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L'Humanite 22134 2017

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l’Humanité
DISPARITION
Ángel Parra, le Chili
e
La VI République au cœur
DÉMOCRATIE
de Saillans
Reportage dans le village de la
Drôme, où l’équipe municipale
a donné du pouvoir effectif aux
citoyens, qui usent pleinement
de leurs prérogatives. P. 6
Farouche opposant
à Pinochet, le
chanteur s’est éteint
à l’âge de 73 ans.
En 2003, il avait livré
sa dernière prestation
à la Fête de l’Humanité
(notre photo). P. 21
Hollande se couche
devant Erdogan
TURQUIE La France accueillera
des ministres du « Sultan ». P. 15
DÉBATS & CONTROVERSES
La transformation
sociale à l’ordre du jour
des élections? P. 12
Joël Saget/AFP
LUNDI 13 MARS 2017 | N° 22134 | 2 € l’Humanité.fr
À gauche, leurs plans pour
combattre l’austérité en Europe
L
Gleb Garanich/Reuters
M 00110 - 313 - F: 2,00 E
3’:HIKKLB=UUWUU]:?a@n@b@n@a";
BELGIQUE 2 € - LUXEMBOURG 2 € - ANTILLES-RÉUNION 2,20 € - ITALIE 2,30 € - ESPAGNE 2,30 € - MAROC 22 MAD
’anniversaire, en pleine
campagne présidentielle
française, ne passera pas
inaperçu. Celui de la signature, il y a soixante ans, du
traité de Rome (le 25 mars 1957) est
pour la gauche un moment d’introspection : Benoît Hamon, le candidat
socialiste, bâtit la relance de sa campagne sur l’idée d’une Assemblée de
la zone euro, et d’un programme européen présenté en détail vendredi.
Jean-Luc Mélenchon pointe les
manques de ce programme qui prétend
s’attaquer à l’austérité en épargnant
la Banque centrale européenne, et en
usant d’un artifice comptable
pour déroger aux critères de
CE QUI DIVISE
Maastricht, traité signé, lui,
le 7 février 1992, il y a vingtDANS LES
cinq ans – cet anniversaire
PROGRAMMES
n’a pas vraiment été célébré
DOMINE PLUS
SOUVENT QUE CE dans l’UE.
Pourtant, la question est
QUI RAPPROCHE.
au cœur de la campagne à
gauche, où chacun cherche
une porte de sortie aux politiques
d’austérité. Maastricht jetait les bases
de la monnaie unique, fixait la limite
de 3 % du produit intérieur brut (PIB)
pour le déficit public. Des dirigeants
européens imaginaient alors que ce
dispositif drastique prémunirait des
crises financières. Certains dans cette
campagne y croient encore, tel Emmanuel Macron, dont le porte-parole
évoque « une règle symbolique ».
D’autres mesurent que, avec la crise
lancinante en Europe depuis 2008,
d’autres solutions ne sont pas seulement souhaitables, mais possibles.
Ceux-là se trouvent à gauche.
Lire page 4
Annonces légales et judiciaires en page 18.
2
l’Humanité Lundi 13 mars 2017
BONNE NOUVELLE
Géographie de l’humanité
NOS POINTS CHAUDS
SCIENCES
CULTURE
ENVIRONNEMENT
Chine
Colombie
En 2016, la politique
des deux enfants a donné
lieu à 18,46 millions d’enfants,
soit deux millions de plus que
le niveau moyen de ces cinq
dernières années. Le taux
de fécondité total a augmenté
à 1,7, contre 1,5 à 1,6
entre 2000 et 2015.
Des paléontologues ont exhumé
des restes d’un reptile marin,
le plésiosaure, « uniques au monde »
car datés du Crétacé inférieur
(de – 145,5 millions d’années
à – 65,5 millions d’années).
Égypte
Pérou
Bénin
Après avoir fait pousser
des pommes de terre
dans des conditions
atmosphériques
similaires
à celles de Mars,
des astrobiologistes
estiment possible
d’entretenir
ce type de culture
sur la planète rouge.
Le pays a formulé
une demande officielle
à la France pour
exiger la restitution
de son patrimoine
en art classique.
La diplomatie française
s’y est opposée
la semaine dernière
mais Porto-Novo
compte poursuivre
le bras de fer.
À Matareya, une banlieue
populaire du Caire,
les archéologues ont fait
une découverte majeure
en retrouvant les restes
de deux statues présentées
comme celles de pharaons
du XIIIe siècle avant J.-C.,
dont l’une représente
probablement Ramsès II.
L’actualité sur l’Humanité.fr
Une équipe de chercheurs sud-africains a identifié
le gêne CDH2, responsable de la mort subite chez
les jeunes dont la mutation prédispose à un arrêt cardiaque.
En Afrique du Sud, cinq personnes de moins de 30 ans
décèdent quotidiennement de mort subite.
REGARD SUR L’ACTUALITÉ
Lors de ce rendez-vous
hebdomadaire, nous
soumettons plusieurs sujets
marquants de la semaine
au directeur de l’Humanité,
Patrick Le Hyaric, afin
de recueillir ses réactions
et analyses.
Au sommaire de l’édition
du vendredi 10 mars :
la famine dans la Corne de
l’Afrique, le droit au logement,
la journée de mobilisation pour
la défense du service public
de la santé, les Atsem en lutte
pour leur statut, les femmes
dans la révolution russe et
solidarité pour Jamal Abu-Leil.
Une émission vidéo à voir
sur www.humanite.fr
ÉNERGIE
À l’heure de la transition
énergétique, se pose
la question de l’accès à tous au
gaz et à l’électricité. Des aides
et des solutions existent pour
ne pas se retrouver en situation
de précarité énergétique.
Lire toutes les informations
utiles dans notre rubrique « vos
droits » sur www.humanite.fr
Le réseau des mobilisations
citoyenne, sociale
et culturelle
L’homme du jour
JAMAL ABU-LEIL
LE FIL ROUGE
C
e militant palestinien est en
grève de la faim.
Emprisonné dans les
geôles du régime de
Benyamin Netanyahou
depuis le 15 février 2016,
il vient d’être placé
au secret. Le directeur de l’Humanité,
Patrick Le Hyaric, a lancé vendredi sur
notre site www.humanite.fr un appel
en faveur de « la libération sans délai »
de ce prisonnier politique.
Avant d’être arrêté, Jamal Abu-Leil
était responsable du camp de réfugiés
de Kalandia, en Cisjordanie, où il s’occupait notamment des enfants. C’est
un habitué des allées de la Fête de l’Humanité. Et pour cause, il participe activement aux actions de l’Association
pour le jumelage entre les camps de
réfugiés palestiniens et les villes françaises (AJPF). L’un des compagnons de
Jamal Abu-Leil, Mohamed Al Qiq, journaliste, a lui aussi lancé une grève de
la faim à la suite de laquelle, vendredi,
les autorités ont décidé de ne pas renouveler en avril sa détention administrative.
G. D. S.
filrouge@humanite.fr
L’IMAGE DU JOUR
L’ONU interpelle le monde sur la famine qui sévit dans 4 pays : la Somalie,
le Soudan du Sud, le Nigeria et le Yémen (notre photo). Plus de 20 millions
de personnes risquent de mourir de faim. Mohammed Hamoud/Anadolu Agency
Oxfam France @oxfamfrance
Les banques FR abusent-elles des #paradisfiscaux ?
Notre réponse : OUI ! Mention spéciale @BNPParibas
#NousAccusons
Paris. L’Humanité Dimanche et le secteur
international du PCF organisent une
rencontre « 100 ans après la révolution,
pourquoi la Russie actuelle se positionne
comme un pilier du conservatisme »,
le lundi 13 mars de 16 h 30 à 18 h 30, au
2, place du Colonel-Fabien. Le débat est
animé par Vadim Kamenka, de l’HD, et
verra la participation de Jean Radvanyi,
professeur à l’Inalco, Andreï Gratchev,
journaliste et ancien conseiller de
Mikhaïl Gorbatchev, et de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF.
Bourges (18). La Société des amis de
l’Humanité et Paroles publiques convient
à une rencontre sur « Séverine, première
journaliste professionnelle », à l’amphithéâtre du Muséum (les Rives d’Auron), le vendredi 17 à 18 h 30.
Paris. Rassemblement les 13, 14 et
15 mars de 16 heures à 19 heures, place
de la République, pour exiger la libération des prisonniers politiques sahraouis.
Ces jours-là, se tient à Rabat (Maroc) le
procès de plusieurs militants arrêtés lors
de l’évacuation violente du camp de
Gdeim Izik, le 8 novembre 2010.
Lundi 13 mars 2017 l’Humanité
3
Six semaines… Sans céder à l’espèce de sidération
généralisée qui provoque des regards en biais sur une
campagne qui ne ressemble décidément à aucune autre,
oui, vous avez quand même bien lu : il reste quarantedeux jours avant le premier tour de la présidentielle. Et
comme chacun peut le constater avec plus ou moins
d’amertume, les débats politiques et médiatiques oscillent
entre l’hystérie généralisée et une forme de grand jeu
soi-disant ludique, façon PMU ou Loto sportif, où chacun
y va de son pronostic en misant sur les scénarios anticipés d’un résultat pourtant aléatoire, comme le pratiquent
les pires bookmakers de pays voisins… Combien de temps
encore cela durera-t-il ? Combien de temps faut-il à une
société démocratique comme la nôtre pour encaisser le
choc inouï d’une confrontation quasi confisquée, pour
enfin dépasser l’émotion du grand n’importe quoi et
L
e nom de Carlos va de nouveau
s’imposer dans le box des accusés.
Le célèbre Vénézuélien, figure
du terrorisme internationaliste
des années 1970-80, comparaît
à partir d’aujourd’hui devant une cour d’assises spéciale pour l’attentat du Drugstore
Publicis, commis il y a quarante-trois ans,
qui fit deux morts et plusieurs dizaines de
blessés. Un voyage dans le temps judiciaire
qui résonne avec le contexte actuel. Durant
trois semaines, magistrats et parties civiles
vont replonger dans d’autres décennies
de plomb. Celles où l’Europe fut la cible
d’attaques menées au nom de la lutte contre
l’impérialisme et la défense de la cause
palestinienne. Ils seront aussi et surtout
confrontés à l’imprévisible « Chacal », qui
a gardé un art consommé de la provocation
et de la dénégation têtue.
À 67 ans, Ilich Ramirez Sanchez, dit Carlos,
a depuis longtemps remisé béret, cigare et
lunettes noires. Incarcéré en France depuis
son arrestation en 1994, au Soudan, l’homme
à la mise élégante a déjà été condamné à deux
reprises à la réclusion criminelle à perpétuité
pour le meurtre de trois hommes, dont deux
policiers en 1975 à Paris, et pour quatre attentats à l’explosif qui avaient fait 11 morts
et près de 150 blessés en 1982 et 1983, à Paris,
Marseille et dans deux trains.
L’affaire du Drugstore Publicis, attentat le
plus ancien reproché à Carlos, a frôlé la prescription des faits. Mais au terme d’une longue
bataille procédurale, la justice a rejeté l’argument. À ses yeux, cette prescription a été
interrompue par les actes de procédure accomplis dans les autres dossiers de Carlos,
les faits s’inscrivant « dans la persévérance
d’un engagement terroriste ». Ils remontent,
en tout cas, aux prémices de l’engrenage
sanglant dans lequel s’est enferré le
Vénézuélien.
Il nie l’attentat, mais pour
l’accusation, cela ne fait aucun doute
Il est 17 h 10, ce 15 septembre 1974,
lorsqu’une violente explosion survient dans
l’enceinte de cette galerie marchande, propriété du publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet, située à l’angle du boulevard
Saint-Germain et de la rue de Rennes. Une
grenade explosive, remplie d’éclats métalliques, dévaste les vitrines et laisse un cratère
de 15 cm de diamètre dans le sol en marbre.
Deux personnes sont tuées et 34 autres
blessées.
À l’époque, Carlos n’a pas encore 25 ans. Il
est inconnu des services de police. Mais déjà
bien introduit dans le Front populaire de
libération de la Palestine (FPLP). Il l’a rejoint
Crédit photo
Temps forts
ÉDITORIAL
Par Jean-Emmanuel Ducoin
Les idées, bordel!
s’autoriser une prise de hauteur qui permettrait de retrouver collectivement le chemin de la pensée et de la
raison ? Alors que la moitié des électeurs potentiels ne
savent toujours pas s’ils iront voter et pour qui, sinon
pourquoi, nos esprits éprouvés de tristesse, de colère
parfois, de peur aussi, sont sommés de n’avoir qu’un seul
horizon : se déterminer en fonction du monde FN. Sauter
les étapes. Céder à tout. Et pourquoi pas se jeter soi-même
par-dessus bord…
Il n’y a rien de pire que les évidences qu’on cherche
à nous imposer. Ainsi, il n’y aurait pas d’alternative à la
vague brune forcément irrépressible, pas d’autre système
possible que le libéralisme – doux ou sauvage –, pas d’autre
avenir européen que celui de Merkel-Hollande-Macron
et, bien sûr, pas d’autres candidats crédibles que ceux dont
les sondages – fumisterie – nous claironnent qu’ils seront
assurément au second tour. Et les idées, bordel ! Pourquoi
votons-nous ? Pour la mise en place de minables stratégies
dont les Français ne veulent d’ailleurs plus, autant de basses
manœuvres commanditées qui caractérisent, plus que
jamais, la fin de l’ancien régime et la faillite d’une Ve République à bout de souffle ? Ou votons-nous pour des idées ?
Notre conviction est simple : les électeurs vraiment de
gauche ne voteront pas, cette fois, sous la pression de
certitudes qui n’en sont pas. C’est sérieux, la politique.
JUSTICE
Nouveau procès
Carlos, 43 ans après
La cour d’assises de Paris se penche à partir d’aujourd’hui
sur l’attentat du Drugstore Publicis, le plus ancien attribué
au célèbre terroriste, qui avait fait deux morts en 1974.
ration qui menace de capoter, Carlos aurait
voulu faire chanceler le gouvernement en
improvisant un attentat. « Il a alors décidé
de jeter une grenade au Drugstore dans le
quartier Saint-Germain, racontera un des
compagnons de route de Carlos, l’ancien
révolutionnaire allemand Hans-Joachim
Klein. Il a simplement indiqué qu’il voulait
mettre la pression pour la libération du Japonais. » De fait, le surlendemain de l’attentat
du Drugstore, le détenu japonais a pu rejoindre le Yémen à bord du long-courrier,
avec les autres membres du commando de
La Haye.
Un autre témoignage atteste de la responsabilité directe de Carlos. Une longue interview donnée à un journaliste ami, Assam
Al Joundi, parue fin 1979 dans le magazine
Al Watan Al Arabi. Le Chacal y raconte avec
moult détails le déroulement de la prise
d’otages de La Haye et reconnaît avoir jeté
la grenade à Paris. Mais face aux juges Carlos
niera avoir donné cet entretien, et ne cessera
d’évoquer des « témoins bidon »… Une ligne
de défense qu’il devrait encore tenir aujourd’hui. « Il conteste être l’auteur des faits
pour lesquels il est poursuivi, notamment
Incarcéré en France
depuis son arrestation en
1994, au Soudan, il a déjà
été condamné à deux
reprises à la réclusion
criminelle à perpétuité.
Des enquêteurs à l’entrée du Drugstore Publicis, cible d’un attentat,
le 15 septembre 1974 à Paris. Photo STF/AFP
dès 1970, et notamment sa branche opérations
spéciales (FPLP-OS), où il seconde Michel
Moukharbal sur le territoire européen, avec
un surnom évocateur : le Spécialiste. Le jeune
homme, qui vit entre Londres, Paris, la Suisse
et les Pays-Bas, sous une fausse identité,
est-il l’auteur direct de cet attentat ? Il le nie
encore aujourd’hui. Mais pour l’accusation,
cela ne fait aucun doute.
Cet attentat du Drugstore Publicis n’intervient pas par hasard. Au même moment où
a lieu l’explosion, une prise d’otages s’enlise
à l’ambassade de France à La Haye. Un commando de trois membres de l’Armée rouge
japonaise, affiliée au FPLP, exige depuis quarante-huit heures la libération d’un de ses
membres interpellé à l’aéroport d’Orly deux
mois plus tôt, en possession de documents
relatant des projets d’enlèvements avec demande de rançon. Mais le gouvernement
français traîne des pieds. Notamment pour
acheminer le Boeing 707 réclamé par les
preneurs d’otages, ainsi que 1 million de
dollars. Maître d’œuvre avéré de cette opé-
pour “assassinats en relation avec une entreprise terroriste” », rappelle l’avocate de
Carlos, Me Isabelle Coutant-Peyre, qui a
épousé religieusement son client en 2001.
Mais dans cette affaire, il n’y a pas que des
témoignages. Il y a aussi des faits matériels.
L’engin explosif employé dans le Drugstore
notamment. Une grenade à main défensive
de type M26, amorcée au moyen d’un bouchon allumeur automatique modèle M204
A2. Un modèle uniquement utilisé par l’armée américaine et provenant d’un lot de
75 grenades volées entre janvier et juin 1972
au camp militaire américain de Miesau, en
Allemagne. Des grenades qui étaient les
mêmes que celles des preneurs d’otages de
La Haye. Et que les enquêteurs ont également retrouvées, parmi un véritable arsenal,
au domicile parisien d’une certaine Amparo
Silva Masmela, la maîtresse de Carlos…
LAURENT MOULOUD
l’Humanité Lundi 13 mars 2017
4
2%
du PIB, c’est le coût du paiement des
intérêts de la dette publique. Soit plus
que la croissance même du PIB, de
1,1 %.
L’événement
PRÉSIDENTIELLE
L’Europe au carrefour
de la campagne
française
Le 60e anniversaire du traité de Rome, le 25 mars, met en relief les différences à gauche
sur la question européenne, où ce qui divise prend volontiers le pas sur ce qui rapproche
dans le débat présidentiel. Les attentes françaises sont pourtant grandes.
«
sidentielle, soit une sortie des
Schulz bientôt, rival du SPD en
traités européens unilatérale
octobre prochain d’Angela
« SI NOUS
par la France, assise sur un
Merkel, suggère de « mettre
FAISONS UN DÉBAT,
QU’EST-CE QU’ON VA
référendum.
l’austérité en minorité », au
METTRE EN SCÈNE ?,
cinquante jours du premier
Également sur une ligne de
terme d’un travail de perNOTRE OPPOSITION ?
tour, il n’est pas possible remise en question de la
suasion. Travail qui aboutirait
CE N’EST PAS LE
de régler la différence construction européenne
à instaurer une assemblée
SUJET. » JEAN-LUC
qui, par exemple, nous libérale, le candidat socialiste
de la zone euro en place de
MÉLENCHON
sépare sur la question vient justement de détailler,
l’actuel Eurogroupe, repreessentielle de l’Europe », vendredi, son projet pour l’UE
nant la suggestion de l’écoécrivait Jean-Luc Mé- et diverge au moins sur la méthode.
nomiste Thomas Piketty. Cette
lenchon, fin février, après sa rencontre avec « Je veux réussir à parler d’Europe sous
assemblée serait désignée à la proporBenoît Hamon. Comme deux gauches irré- une autre forme que celle d’un dangereux tionnelle des pays et des groupes représentés
conciliables sur la question ? Ce week-end, chiffon rouge » que serait un plan B, évacue dans les parlements nationaux. Elle aurait
le candidat de la France insoumise a devancé celui qui fut noniste en 2005. Le candidat des missions plus élargies que l’Eurogroupe
le 60e anniversaire du traité de Rome pour du PS, soucieux de prouver que, contraire- (instance informelle des ministres des Fidiscuter à nouveau de la mise en œuvre d’un ment à 2012, les promesse seront tenues, a nances de la zone euro) et serait chargée de
plan B visant à rendre la parole aux peuples même produit un projet de traité en 22 ar- « décider du budget de la zone euro, mais
en Europe, en compagnie de Zoé Konstan- ticles, Traité de démocratisation de la gou- aussi des politiques d’harmonisation fiscale
topoulou, ancienne présidente du Parlement vernance de la zone euro (et même baptisé et sociale ». D’après les projections effectuées
hellénique, et de responsables de Die Linke T-dem, en anglais). Il n’entend pas sortir par son équipe selon un savant mix (s’y
en Allemagne ou encore Podemos en Espagne. du carcan des 3 % de déficit sinon par une trouveraient aussi des députés européens),
Dans la suite du sommet internationaliste astuce : sortir du calcul les dépenses de dé- une majorité absolue se dessinerait à condipour un plan B en Europe, qui s’était tenu en fense et d’accueil des migrants. Auparavant, tion d’y intégrer la colonne « gauche radicale
janvier, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé le il se montrait plus ambitieux, en voulant de Die Linke, Podemos, Syriza »… « Cosmécamp socialiste européen et sa logique de sortir les dépenses d’investissement. Sans tique », avait jugé Jean-Luc Mélenchon
« grande coalition » avec la droite. Avec un doute, le soutien – mesuré – des derniers avant sa rencontre avec Benoît Hamon, et
plan A, comme aléatoire, tant une sortie hollandais était à ce prix de ne pas renoncer idée empruntée à Hollande, qui n’oublie
concertée des traités européens dans une au dogme du déficit.
jamais que c’est « la monnaie d’abord, l’idenrenégociation à 27 paraît encore difficile à
Comment alors parvenir à convaincre, tifiant européen ». « Nul ne demande, reatteindre, c’est un plan B que garde aussi l’Allemagne en particulier ? Le candidat marque Jean-Luc Mélenchon, pas même
dans l’escarcelle le candidat à l’élection pré- socialiste, qui compte rencontrer Martin Benoît Hamon, de revenir sur l’indépendance
de la Banque centrale européenne, ni sur son
statut. Et personne ne parle de placer le marché
unique et ses règles sous le contrôle
VENDREDI, LE PCF CONVOQUE L’EUROPE À VILLERUPT
parlementaire. »
ÉLECTIONS 2017
À
«
Le 17 mars, les communistes
organisent leur 3e grande
rencontre nationale sur
l’Europe à Villerupt, en
Meurthe-et-Moselle. « C’est
l’avenir de l’Europe qui se
dessine dans l’élection
française, rappelle Anne
Sabourin, responsable aux
questions européennes du
PCF. Évidemment, l’enjeu à
gauche est de rendre
visibles non pas seulement
la critique indispensable de
l’UE actuelle, mais aussi un
projet alternatif pour
l’Europe. » Le PCF a donc
invité avec Raphaël Halet,
lanceur d’alerte de l’affaire
LuxLeaks, Patrick Le Hyaric,
eurodéputé FG, Pascal
Debay, membre du bureau
confédéral de la CGT, Kate
Hudson, militante pacifiste
britannique, ou encore
Charlotte Balavoine,
candidate des Français de
l’étranger au Benelux, à
venir débattre avec Pierre
Laurent du rôle de la France
dans la nécessaire
« offensive pour une Europe
de progrès ».
Benoît Hamon a une conception trop
faible de la transformation de l’UE
Tandis que le PCF organise, vendredi, une
initiative nationale de campagne à Villerupt
sur la question européenne (lire ci-contre),
Anne Sabourin, représentante du PCF à la
direction du Parti de la gauche européenne
(PGE), pointe plusieurs impasses. « Du côté
de Benoît Hamon, la conception de la transformation de l’UE est trop faible. Est-ce que
le problème premier de la zone euro, c’est sa
gouvernance ? La bataille ne doit-elle pas
Pour réconcilier les deux visions, Anne Sabourin, re
porter avant tout sur les objectifs de la politique économique et monétaire européenne ?
Je ne suis pas sûre que les votants pour Benoît
Hamon à la primaire du PS approuvent le
rapprochement que le candidat vient d’opérer
avec François Hollande. Lequel porte l’idée
d’une Europe à deux vitesses, relancée autour
du noyau dur de la zone euro et d’un projet
de défense européenne. À moins de deux mois
des élections, après tous ses renoncements
et la mise en cause de sa politique, il n’est
vraiment pas légitime pour engager la France
dans ce débat. » De l’autre côté, poursuitelle, « les électeurs du Front de gauche de
2012 ne sont pas aujourd’hui majoritairement
pour un plan B ou une sortie de l’euro ». Pour
réconcilier les deux visions, la responsable
communiste avance qu’il « faut développer
le plan A et tenir compte de l’éventail très
large des formes d’action que peut avoir la
France, si elle en a la volonté politique, avec
un gouvernement prêt à mener la bataille ».
Regagner la souveraineté populaire permettrait, selon Anne Sabourin, que, par exemple,
« l’exécutif français ne puisse plus participer
à un sommet sans prendre son mandat auprès
du Parlement ». Le retour aux évidences
démocratiques quelque peu oubliées.
LIONEL VENTURINI
Lundi 13 mars 2017 l’Humanité
indécis à convaincre
« Si nous gagnons Benoît et
moi 25 % des gens indécis,
l’un de nous est au second tour. »
Jean-Luc Mélenchon, On n’est pas
couché, 11 mars 2017.
5
La fiscaLité, prochain axe de hamon
Selon son porte-parole, Vincent Peillon,
dans le projet fiscal qu’il présentera en fin
de semaine, il y a des mesures pour les plus
modestes et l’héritage et la transmission,
« grandes discriminations d’aujourd’hui ».
L’événement
sponsable communiste, avance qu’il « faut développer le plan a et tenir compte de l’éventail très large des formes d’action que peut avoir la france ». Tiziana Fabi et Gabriel Bouys/AFP
L’UE débat de son avenir. La France peut s’en saisir pour en changer les règles
Depuis le Brexit, l’Union européenne se cherche. Ses
prérogatives futures ont encore été discutées, jeudi
et vendredi, à Bruxelles, par les dirigeants européens.
À Paris de poser les questions qui fâchent.
P
rès d’un an après le référendum sur le Brexit,
la construction européenne est à l’arrêt. Pas
plus le Parlement que la Commission européenne
ou les 28 chefs d’État et de gouvernement réunis
jeudi et vendredi à Bruxelles ne savent où donner de la tête. Mais un thème revient sur toutes les lèvres :
celui d’une Union européenne (UE) à plusieurs vitesses.
C’est l’une des cinq hypothèses sur lesquelles a planché
Jean-Claude Juncker dans son Livre blanc sur l’avenir de
l’Europe, publié le 1er mars. De quoi s’agit-il ? On ne
change rien des institutions et de la répartition des compétences actuelles, ni de l’orientation libérale de l’Union,
gravée dans le marbre des traités européens. La marche
vers plus d’intégration politique à 27 est interrompue,
mais les États qui le souhaitent peuvent amorcer des
coopérations renforcées dans des domaines spécifiques,
comme c’est le cas aujourd’hui pour l’euro ou l’espace
Schengen.
C’est le choix sur lequel planchent quatre gouvernements
d’États « privilégiés » parce que peuplés et occidentaux,
l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne, dont les di-
rigeants se sont réunis à l’invitation de François Hollande sociale », l’un des grands échecs de son quinquennat. Sur
au château de Versailles, lundi 6 mars. « La devise est que cette question, le président de la République ne précise
nous sommes unis, mais unis dans la diversité », a déclaré, pas comment les pays concernés se protégeraient du
jeudi, à son arrivée à Bruxelles, Angela Merkel.
dumping dans le cadre d’un marché unique restant
De quoi faire bondir les pays de l’Est. Ceux-ci craignent immuable.
de jouer les figurants face à un protectionLivre blanc le 1er mars, sommet la senisme des grands pays d’Europe de l’Ouest. S’il est laissé aux
maine dernière, discussion mercredi
Il n’est pas question d’ériger « un nouveau
prochain au Parlement européen… l’UE
rideau de fer entre l’Est et l’Ouest », a tenu conservateurs et
connaît le plus grand débat sur son
à les rassurer Jean-Claude Juncker.
depuis 2005. S’il est laissé aux
sociaux-libéraux, avenir
Les propositions de Paris et Berlin ne reconservateurs et sociaux-libéraux, il
mettent pas en cause l’orientation euro- il ne débouchera
ne débouchera que sur des aménagepéenne. Lors du sommet au château du
ments institutionnels. Les questions
Roi-Soleil, François Hollande a avancé, la que sur des
primordiales seront encore mises de
semaine dernière, quels seraient les docôté. Pour mettre au cœur des discusmaines dans lesquels il serait possible aménagements
sions la lutte contre le dumping, le
« d’avancer plus vite à quelques-uns ». Il institutionnels.
changement des finalités de la zone
prône ainsi un approfondissement de la
euro, une politique de paix, une sortie
zone euro, soit un renforcement des
de la logique de blocs et créer de noucontraintes pesant sur les États. Il souhaite également une veaux rapports de forces, les dirigeants français élus au
Europe de la défense, « en coopération avec le Royaume- printemps pourront s’appuyer, plus qu’en 2012, sur les
Uni ». C’est, pour l’heure, le projet le plus avancé, qui interrogations et mobilisations qui agitent les peuples
ferait peser d’énormes risques à la paix globale. La France italien, espagnol, portugais, grec, allemand, belge, et
pourrait être entraînée dans des aventures guerrières que même sur les débuts de critiques de l’austérité énoncées
pourraient déclencher les éléments les plus anti-Russes par certains gouvernements.
de l’UE. Enfin, il envisage une « harmonisation fiscale et
GaëL de santis
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l’Humanité Lundi 13 mars 2017
MÉLENCHON A 500 PARRAINAGES
Politique&Citoyenneté
Jean-Luc Mélenchon a annoncé, samedi, qu’il
disposait des 500 parrainages nécessaires pour se
présenter à la présidentielle. « Merci aux élus qui
ont défendu la démocratie », a twitté le candidat
de la France insoumise.
42 %
C’est le pourcentage de sympathisants
de droite qui estiment qu’une victoire de
Le Pen serait un drame pour la France,
selon un sondage ViaVoice pour Libération.
DÉMOCRATIE
La VI République de Saillans
e
Dans ce village de la Drôme, l’équipe municipale développe la démocratie participative et la co-construction pour lutter
contre « l’accaparement du pouvoir ». Reportage sur cette expérience locale qui éclaire l’actualité nationale.
DES IDÉES
ET DES ACTES
C
Saillans (Drôme),
envoyé spécial.
omme des milliers
d’autres maires en France,
Vincent Beillard a accordé
son parrainage à un candidat à l’élection présidentielle (Philippe Poutou, en
l’occurrence). La différence – et elle n’est pas infime – est que le
nom du candidat a été choisi par la population de Saillans, non par le premier édile,
dans l’objectif « d’assurer la pluralité des
candidatures ». Le vote s’est déroulé hier
matin, jour de marché. « C’est tout simplement en adéquation avec notre projet »,
expose-t-il dans un sourire. Ainsi va la vie
à Saillans, village situé au pied du Vercors :
les élus ne décident pas seuls. De l’adaptation de l’éclairage nocturne à la révision du très complexe PLU (plan
local de l’urbanisme), la poUN CONSEIL
pulation est appelée à coDES SAGES COMPOSÉ
construire les décisions. « La
DE NEUF HABITANTS
formule que nous retenons est
VEILLE
celle de démocratie particiAU RESPECT
pative, même si le thème a été
DE LA POLITIQUE
galvaudé », reprend Vincent.
Pour le parrainage à l’élection présidentielle, le nom du candidat a été choisi par la population de Saillans,
PARTICIPATIVE.
« Les trois piliers de cette
non par le maire. Le vote a eu lieu dimanche. Juan Robert
démocratie directe, ce sont la
collégialité, les groupes actionprojet et la transparence », complète
pulation se dresse contre ce projet,
sonne de naissance et directrice d’école à
« Les trois piliers de
Fanny Larroque, chargée de mission que
consciente des conséquences en cas de
la retraite. Tous les élus forment d’ailleurs
la mairie a pu embaucher grâce à une sub- réalisation : la dévitalisation du centre- cett e démocratie directe,
un binôme : chaque dossier mérite bien
vention de la Fondation de France. Depuis bourg. Le maire reste droit dans ses bottes,
deux regards… plus ceux de la population.
trois ans, un certain nombre d’outils ont mais c’est l’enseigne qui plie bagage. La ce sont la collégialité,
Des outils sont mis en place. « La méthode
été créés afin de faire prospérer une « dé- victoire des opposants ne s’apparente pourest aussi importante que le fond », insiste
mocratie ouverte », selon la formule de tant pas à un clap de fin. « On ne s’était pas les groupes action-projet
Fernand, salarié d’une imprimerie. Des
Fernand Karagiannis, adjoint au maire seulement mobilisés contre le Casino, mais et la transparence.»
commissions participatives sont créées,
chargé de l’économie.
contre les manquements démocratiques »,
ainsi que des groupes action-projet (acFANNY LARROQUE tuellement, une douzaine). Ces derniers
souligne Fernand. Une partie des mobilisés
CHARGÉE DE MISSION À LA MAIRIE portent sur une thématique précise (du
L’implantation d’un supermarché
le restent. En juin 2013, ils se réunissent et
a fédéré le village contre ce projet
envisagent de constituer une liste. Leur
compostage collectif à la mobilité, en pasAvant de détailler ces « canaux » de l’ex- priorité : le projet. La désignation des can- (80 %). La « révolution » démocratique sant par le PLU) et mènent un travail de
pression citoyenne, il faut replonger un didats ne représente que le dernier étage peut commencer. Tout d’abord, le maire fond afin de préparer à la décision. Pour
instant dans l’histoire et ses hasards. Parmi de la fusée. Vincent Beillard est désigné n’est pas le chef suprême. Vincent occupe « surveiller » le tout, un conseil des sages
les membres de l’équipe municipale ac- tête de liste par ses pairs… sans qu’il le cette fonction, car, légalement, il ne peut – 12 au total –, devenu depuis peu un « obtuelle, peu s’envisageaient, il y a quelques sache. Puis, une fois validé ce choix, il n’est en être autrement. Mais le siège qu’il occupe servatoire de la participation », composé
années seulement, comme des élus. Tout pas immédiatement rendu public. La « ve- dans la salle du conseil municipal, classée de citoyens volontaires tirés au sort. Régine
a commencé par une décision de l’ancien dette », c’est le projet.
monument historique, lui, est inconfor- Salamone en fait partie depuis deux ans
maire. Une décision solitaire et sans appel :
En mars 2014, Autrement pour Saillans… table. Lui, le veilleur de nuit, arrivé dans que cette Marseillaise est venue s’installer
la construction d’un supermarché Casino tous ensemble recueille 57 % des voix dans le village il y a dix ans, fait « binôme » avec à Saillans. « Je n’avais jamais fait de poliaux portes de la ville. Une partie de la po- un contexte de très forte participation la première adjointe, Annie Morin, Saillan- tique avant. Je n’y avais jamais trouvé intérêt.
Lundi 13 mars 2017 l’Humanité
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Politique&Citoyenneté
Mais je crois en cette façon de gouverner »,
explique cette assistante maternelle. « On
a inversé la pyramide traditionnelle avec le
maire au-dessus et la population en dessous,
revendique Vincent. Cela bouscule les représentations. Certains rejettent d’ailleurs
cette idée qu’un village n’a pas besoin d’un
chef de tribu. »
Cette sorte de mini-VIe République à
l’échelle d’un village drômois, cela donne
ceci, en pratique : un jeudi soir, une salle
de travail en mairie, une réunion du comité
de pilotage qui rassemble élus et citoyens.
Deux heures quinze de travail pour un ordre
du jour serré. De nombreuses questions à
étudier. Par exemple : l’emplacement des
containers de tri sélectif, dont la compétence appartient à la communauté de communes, dont la majorité, dirigée par le très
droitier Hervé Mariton, a vu d’un très mauvais œil l’élection de la nouvelle majorité
à Saillans. Les relations ont été glaciales.
Elles se réchauffent petit à petit. Mais l’incompréhension demeure. Sur le sujet évoqué, un élu de l’intercommunalité a, un
jour, lancé à Vincent : « Il faut que le maire
prenne une décision ! » Réplique immédiate :
« Vous savez bien que ça ne marche pas
comme cela chez nous ! »
« Notre action, ici, vise à éviter
l’accaparement du pouvoir ».
Autre question abordée : la demande
d’achats de tablettes numériques par la
direction de l’école. Le binôme Christine
et Isabelle donne des informations. Arthur,
arrivé depuis peu dans le village, intervient
pour exposer tout le mal qu’il pense du
tout-tablette pour les plus petits. Un peu
plus tard, il expliquera son projet de jardin
partagé. En attendant, il se dit disponible
pour aider au travail de réflexion. Alors,
que fait-on ? « On peut aussi mettre en débat
public », propose Vincent. Ainsi va le processus décisionnaire à Saillans. « L’éducation
populaire permet de faire monter en compétences », commente « Monsieur le maire »
(on ne l’appelle ainsi que par taquinerie ou
par une vieille habitude). « On n’a jamais
autant parlé de politique à Saillans. »
Le village a fait l’objet de nombreux articles
de presse, de nombreux reportages télévisés.
Des chercheurs et universitaires continuent
de scruter cette expérience de démocratie
participative. Les élus se gardent bien d’ériger celle-ci en « modèle », mais refusent
de laisser croire que la méthode ne serait
applicable que dans un village de 1 200
habitants. « Transparence, collégialité, binôme : bien sûr que tout le monde peut le
faire », veut convaincre Fernand.
Vincent et Fernand ne s’échappent pas
lorsqu’on les interroge sur l’actualité nationale au regard de leur expérience locale.
« Notre action, ici, vise à éviter l’accaparement du pouvoir. L’élection présidentielle
vise justement à cet accaparement, développe
l’adjoint à l’économie. Je suis favorable à
la suppression de l’élection du président de
la République au suffrage universel et à l’instauration d’une VIe République. » « Une
VIe République mais pas forcément dans les
cent jours, comme j’entends le proposer
Jean-Luc Mélenchon. Pas de précipitation,
nuance le maire. Le temps est d’importance.
Il ne ralentit pas les projets mais il permet
de respecter la méthode. »
CHRISTOPHE DEROUBAIX
Le patron d’En marche et son bras droit Ismaël Emelien dans sa loge au meeting de Montpellier. S. de la Moissonniere / IP3
PROJET
Emmanuel Macron recycle
les orphelins de DSK
Le candidat d’En marche ! rencontrerait régulièrement l’ex-patron du FMI.
Son équipe est composée de proches de Dominique Strauss-Kahn.
présidentielle. Un autre homme joue les « go between »
discrets, c’est Philippe Grangeon, lui aussi très proche
ÉLECTIONS 2017
conseiller de DSK à Bercy, devenu directeur de la communication de Capgemini, et qui occupe également une
SK, père spirituel d’Emmanuel Macron ? Il place de choix dans l’entourage du candidat d’En marche !
suffit de jeter un œil sur l’organigramme de
De l’attachée de presse du mouvement, Sibeth Ndiaye, en
campagne de l’ancien associé de la banque passant par le porte-parole Benjamin Griveaux, mais aussi
Rothschild pour s’en convaincre : les rouages Stanislas Guerini ou encore le trésorier Cédric O… tous ces
essentiels de la machine d’En marche ! sont trentenaires, pour beaucoup issus des rangs d’HEC, ont usé
tous issus des cabinets de l’ancien patron du FMI, candidat leurs semelles en 2006 rue de la Planche, au QG de Domidéchu aux primaires socialistes de 2012. Le nom le plus nique Strauss-Kahn. Et tous ont participé, dès fin 2015, à
emblématique est celui de Jean Pisani-Ferry, ancien la création du phénomène « Macron », bien avant que ceconseiller influent de DSK lorsqu’il était
lui-ci n’affiche publiquement ses ambitions
ministre de l’Économie (1997-1999), avant Il n’hésite pas
présidentielles. « Il y a une filiation intellecd’être nommé par François Hollande en
tuelle commune, faite d’une connaissance fine
2013 commissaire général de France Stra- à piocher
des mécanismes économiques. Entre eux, il
tégie (ancien commissariat au Plan). En
existe un respect réciproque », explique Ismaël
2014, à la demande d’Emmanuel Macron allègrement dans Emelien, qui lance, en guise d’aveu : « Le
et de Sigmar Gabriel, il livre un rapport, l’héritage de
concept d’égalité réelle (défendu par Macron
censé servir de vernis scientifique aux
– NDLR), DSK l’avait développé dans une
recettes ultralibérales des ministres de l’ancien patron
note pour la fondation Jean-Jaurès en 2004.
l’Économie française et allemande, dans
DSK apprécie d’avoir quelqu’un qui porte ses
lequel il préconise le gel des salaires, la déchu du FMI.
valeurs. » Car Emmanuel Macron, le chantre
réduction drastique de l’intervention pude la modernité en politique, n’hésite pas à
blique et une « flexibilisation » accrue du marché du piocher allègrement dans les marottes de l’ancien patron
travail… Il est aujourd’hui le chef d’orchestre du pro- du FMI. Par exemple, la proposition du candidat d’exonérer
gramme d’Emmanuel Macron !
de taxe d’habitation 80 % des Français, présentée comme
Autre orphelin à jouer un rôle clé : Ismaël Emelien, an- le nec plus ultra de l’inventivité, était un leitmotiv de
cienne petite main de la campagne de 2006 de Dominique Dominique Strauss-Kahn… à la fin des années 1990. Mais
Strauss-Kahn, qui fut son professeur à Sciences-Po. À de cet héritage politique, c’est François Bayrou qui en parle
29 ans, c’est sur lui que repose une grande partie de la finalement le mieux. « Ce sont les mêmes forces (les grands
campagne d’En marche !, qu’il a réfléchie sur le modèle intérêts financiers) qui veulent réussir aujourd’hui avec Macron
des start-up. C’est aussi par son entremise que les deux ce qu’elles ont raté avec Strauss-Kahn », déclarait en sepanciens ministres de l’Économie se seraient rencontrés et tembre le maire de Pau, avant de négocier chèrement, lui
rapprochés au printemps dernier, avant qu’Emmanuel aussi, son ralliement au candidat d’En marche !
Macron ne démissionne de Bercy pour se lancer vers la
MAUD VERGNOL
D
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l’Humanité Lundi 13 mars 2017
Politique&Citoyenneté
GAUCHE
Mélenchon-Hamon: les
appels au rassemblement
se renforcent
Responsables politiques et citoyens tentent
encore de pousser les deux candidats au dialogue,
face au danger d’une absence au second tour.
« autant impliqués depuis des se» dans ce but. Depuis la miÉLECTIONS 2017 maines
février – alors que s’organisaient
des apéros citoyens et des réunions
oilà quinze jours que Jean- de collectifs tels que l’Appel des
Luc Mélenchon et Benoît 100, les Jours heureux, Pouvoir ciHamon se sont dit non à toyen en marche et Utopia –, la
l’issue d’un tête-à-tête, à l’abri pétition de cet étudiant de Nanterre
des caméras. Les candidats de la est passée de 60 000 à 77 000 siFrance insoumise et du Parti so- gnatures. « Les appels qui se pourcialiste ont acté leur « non-ac- suivent sont le signe d’une urgence.
cord », principalement lié à une Il nous reste seulement une semaine
vision divergente sur l’Europe (voir pour changer la donne… Les enjeux
notre événement du jour). Ils ont
sont trop importants et les circonsmis fin, aussi, aux espoirs de
tances trop favorables, avec
ces citoyens de gauche
une gauche à 30 % si elle
qui appelaient à un
se réunit, pour se re« ON NE RENONCERA
rapprochement
trouver au pied du
JAMAIS À TROUVER
mur », explique
pour la présidenUNE SOLUTION POUR CE
tielle. Certains,
David Teixeira. Cette
RAPPROCHEMENT. ON A
TOUS LES ÉLÉMENTS
pourtant, contiinquiétude se reEN MAIN, IL FAUT AGIR »,
trouve dans la vague
nuent d’y croire,
SOULIGNE OLIVIER
multipliant les apde courriers reçus à
DARTIGOLLES, PORTEpels et les rasseml’Humanité, après la
PAROLE DU PCF.
blements pour une
dernière chronique
union à gauche.
de Philippe Torreton dans
Pour commencer, ils mettent
nos colonnes du 3 mars, dont
en avant leur droit de regard sur
la déception exprimée a été parles raisons de cette rupture. Repre- tagée par nos lecteurs.
nant l’appel à un débat public, publié le 28 février sur Mediapart,
« Continuer ainsi, c’est
Regards et Libération, une soixancourir à la catastrophe »
taine de citoyens, élus et militants
C’est pourquoi d’autres jouent le
nantais proposent aux deux hommes tout pour le tout. Militants et resun rendez-vous fixé à mercredi, ponsables politiques du PCF et de
soit deux jours avant la date limite partis de gauche, intellectuels,
de dépôt des parrainages. Le but ? syndicalistes et militants associatifs
Évoquer « la situation de la gauche, appellent dans une pétition à une
leurs projets et solutions pour battre « candidature commune à l’élection
la droite lors du second tour », écri- présidentielle et à un pacte de mavent-ils. Jean-Luc Mélenchon a jorité ». Tous invitent les deux
répondu négativement à ces nom- candidats à se mettre d’accord
breuses sollicitations qui voient le avant le 17 mars : « Continuer ainsi,
jour depuis sa rencontre avec Benoît c’est courir à la catastrophe d’un
Hamon. « Si nous faisons un débat, second tour entre la droite et l’exque va-t-on mettre en scène ? Notre trême droite, alors que des éléments
opposition ? Cela ne ferait qu’ag- nouveaux permettraient de la conjugraver notre situation. Nos adver- rer. Qui est prêt à en porter la ressaires en rêvent ! » disait-il, samedi ponsabilité ? », analysent les
soir, sur le plateau d’On n’est pas signataires. Les électeurs de gauche
couché sur France 2.
profitent aussi des déplacements
des candidats pour les interpeller
« Les appels qui se poursuivent directement : mardi dernier, un
homme interrogeait Jean-Luc
sont le signe d’une urgence »
« Nous n’arrivons pas à nous faire Mélenchon sur ses capacités à
à l’idée que ces deux hommes ont « mettre en place (son) programme
tranché du sort de la gauche à l’étage sans union de la gauche ». « S’il n’y
d’un bistrot », explique pourtant a pas un ticket avec Hamon, ce n’est
David Teixeira, initiateur d’une pas possible » de passer le premier
pétition sur change.org, alors que tour, lui lançait-il.
ses comparses et lui-même se sont
AUDREY LOUSSOUARN
V
Révélations De mystérieux
mécènes habillent Fillon
François Fillon se serait vu offrir pour près
de 48 500 euros de vêtements à la boutique
Arnys, dont 35 500 euros auraient été réglés
en espèces, selon des révélations du JDD.
Heureux hasard du calendrier, un chèque
a été signé, cette fois-ci, le 20 février, pour
régler deux costumes d’un montant exorbitant de 6 500 euros chacun, quinze jours
après les révélations du Penelopegate. Les
proches du candidat de la droite n’ont pas
manqué de réagir : « On se demande jusqu’où
iront ces intrusions malveillantes dans sa vie
privée. Quant à l’affirmation que certains
costumes auraient été payés en espèces, c’est
totalement extravagant. Aucune maison sérieuse n’accepte des paiements en espèces
pour de tels montants. »
Droite « Les Républicains » en
flagrant délit d’antisémitisme
Pour s’attaquer à Macron, « Les Républicains » ont osé le caricaturer en banquier au
nez crochu, portant un costume noir, un
chapeau à haut-de-forme et une faucille
rouge à la main pour couper son cigare. Avec
en titre, « La vérité sur la galaxie Macron »
et l’image de soutiens allant de Robert Hue
à Claude Bartolone, l’illustration publiée
vendredi sur le compte Twitter des « Républicains » reprend les codes iconographiques
de la propagande antisémite des années 1930,
avec une référence au communisme soviétique. Affligeant. À la suite du tollé suscité
par ce tweet, le dessin a depuis été retiré et
le parti jure « qu’il n’y avait aucune volonté
de faire une référence hasardeuse ».
LOLA RUSCIO
PORTRAITS D’EN FRANCE 11/44
Quel est
votre idéal?
Par Edmond Baudoin
Le dessinateur a sondé les aspirations
actuelles des gens de Clamecy, en écho
à l’histoire de cette ville de la Nièvre
qui s’insurgea en 1851 alors que
la IIe République était en danger.
Lundi 13 mars 2017 l’Humanité
fliCage du teMpS de travail
Le ministère de la Fonction publique prépare
deux circulaires appelant les employeurs publics
à mieux contrôler le temps de travail des fonctionnaires
et même à remettre en cause les attributions
des « autorisations spéciales d’absence ».
9
0,8 %
C’est l’augmentation individuelle de salaire
promise par air france à ses employés
(1 % pour les cadres) personnels aux sol,
provoquant la colère des syndicats de pilotes.
Capital/travail
Seita
Mobiliser un
gouvernement
« indifférent »
Forts de leur projet alternatif, les salariés de la dernière usine
de fabrication de cigarettes réclament une table ronde
de la filière, pour contrer la fermeture programmée en 2018.
D
es semaines que les salariés
de la Seita demandent une
table ronde avec le secrétaire d’État chargé de
l’Industrie et sa collègue
de la Santé, alors que la
dernière usine de production de cigarettes de l’Hexagone, située à
Riom dans le Puy-de-Dôme, peut fermer
définitivement ses portes dès 2018. Des semaines que dans les ministères de la Santé,
de l’Industrie et du Budget, leurs adresses
sont restées lettre morte. Pas un mot, pas
un coup de fil. Pourtant, s’ils sollicitent le
gouvernement avec autant d’acharnement,
c’est parce qu’ils disposent d’un projet alternatif. Lequel pourrait sauver le site de
Riom (239 salariés) et le laboratoire de
contrôle et d’analyse (87 postes) de Fleuryles-Aubrais (Loiret), mais aussi toute la filière,
qui représente jusqu’à « 1 000 emplois en
Auvergne », affirme le secrétaire CGT du
comité d’entreprise, Sébastien Allègre. Ce
projet permettrait d’aider « à faire baisser
la consommation de cigarettes en France »,
« le bénéfiCe
net du groupe
S’élève à
2,7 MilliardS d’euroS
en 2016, leS
dividendeS reverSéS
aux aCtionnaireS
ont augMenté
de 10 % », Selon
l’unSa.
grâce à des cigarettes moins
nocives et provoquant moins
de dépendance. « Il y a encore
des Français qui fument et si la
fabrication est délocalisée, les
normes ne seront plus les
mêmes. Si le gouvernement
laisse faire et détruit les outils
existants, les multinationales, avec la
mise en place des paquets neutres, se feront
uniquement concurrence sur le produit à fumer,
sur l’aptitude à créer de la dépendance, sur
des additifs créateurs de sensation, sans aucun
contrôle ni aucune analyse du produit qui
puisse détecter les pesticides… »
Les salariés soutenus
par leurs élus locaux
Un comité de soutien a été créé. Une pétition a même été lancée, réunissant plus
de 1 100 signatures. Les salariés ont également reçu le soutien de leurs élus locaux.
À l’instar de Boris Bouchet, conseiller municipal communiste de Riom, et conseiller
régional Auvergne-Rhône-Alpes, qui a
SnCf un délégué du personnel Sud rail
se suicide à la gare Saint-lazare, à paris
Un cheminot de 42 ans, délégué du personnel SUD rail,
s’est suicidé sur son lieu de travail, gare Saint-Lazare à
Paris, dans la nuit de vendredi à samedi. Le syndicat met
en cause la direction, « qui ne supportait pas son engagement
syndical ». Ultime illustration en date, un conseil de discipline l’avait condamné à un dernier avertissement avant
licenciement, avec douze jours de mise à pied, et à un
déplacement disciplinaire pour avoir eu « un regard menaçant » envers un directeur d’établissement. Cette condamnation allait à l’encontre des préconisations du médecin
du travail, qui interdisait tout déplacement, le cheminot
étant reconnu travailleur handicapé à la suite de « problèmes
psychologiques ». La direction de la SNCF a indiqué qu’une
« enquête de police était en cours » sur ce décès et a concédé
que le délégué de SUD rail avait « a priori des relations
tendues avec ses dirigeants ». Un CHSCT extraordinaire est
convoqué aujourd’hui à Saint-Lazare.
pi. M.
à riom, le 7 mars dernier, les employés de la Seita se sont mobilisés
contre la fermeture prochaine de leur site. Thierry Zoccolan/AFP
relayé « leur demande auprès du gouvernement d’organisation d’une table ronde
avec tous les acteurs de la filière,
des représentants du corps médical et
des associations antitabac ». Tout comme
les parlementaires, Christine Pirès-Beaune
(PS) et Jacques-Bernard Magner (PS), le
président du conseil départemental, JeanYves Gouttebel (PRG), le maire de Riom,
Pierre Pécoul (sans étiquette), mais aussi
Laurent Wauquiez, président de la région
Auvergne-Rhône-Alpes. Une mobilisation
qui leur a permis d’être reçus par le secrétaire
d’État à l’Industrie, mais sans les salariés,
et sans aucun résultat, alors que le groupe
a touché chaque année près de 700 000 euros
de crédit d’impôt compétitivité emploi
(Cice). Or, explique Stéphane Allègre, « il
n’y a que l’État qui peut suspendre le projet
uber propositions tarifaires des syndicats
de chauffeurs vtC dans la négociation
Les chauffeurs de VTC n’entendaient pas se faire dicter le
programme des négociations avec Uber. Après avoir obtenu une première rencontre le 22 février, les conducteurs
indépendants arrivent cette fois-ci avec leurs propres
propositions s’attaquant aux sacro-saints tarifs proposés
par la plateforme numérique, qui avait au départ annoncé
ne pas vouloir en discuter. En prévision de la deuxième
phase de discussion du 15 mars, quatre organisations
(CFDT, Capa VTC, Actif VTC, UDCF) viennent donc de
présenter leurs revendications. Concernant l’application
UberX, les VTC veulent notamment abaisser la commission ponctionnée par Uber de 25 à 20 % et instaurer une
course à 8 euros au minimum (contre 6 euros actuellement). Si le syndicat SCP VTC Unsa ne s’est pas associé à
ces revendications, l’inconnu demeure sur la participation
ou non de la nouvelle organisation VTC CGT aux discusK. J.
sions de mercredi.
de fermeture du groupe, le temps que la filière
se mette en place ». Les candidats à l’élection
présidentielle ont également été sollicités.
« Nous avons reçu quelques soutiens et rencontré Benoît Hamon qui était en déplacement
dans le département, affirme le syndicaliste,
mais il n’y a toujours rien qui bouge. » Or,
le compte à rebours a commencé. La dernière
réunion du comité central d’entreprise est
fixée au 4 juillet 2017. Si le groupe a l’obligation de rechercher un repreneur, à la suite
de l’adoption de la loi Florange en 2014, « il
n’y a rien de bien concret » d’obtenu, regrette
le secrétaire du CE. En attendant, le 21 mars
prochain, date de la journée d’action interprofessionnelle pour la défense de l’industrie portée par la CGT, les salariés de la
Seita en profiteront pour faire connaître
leur projet alternatif.
Clotilde Mathieu
Sapeurs-pompiers Sept organisations
appellent à une manifestation le 14 mars
« Nous constatons une augmentation des interventions, le
vieillissement des matériels et une baisse des effectifs ne
nous permettant plus de garantir la qualité de votre service
public de secours », s’inquiète une intersyndicale des
agents de services d’incendie et de secours regroupant
pas moins de sept organisations (CFDT, CGT, CFE-CGC-AS,
FA/SPP-Pats, CFTC-SPA, SUD Sdis, Unsa). L’intersyndicale conclut au risque d’un rallongement des délais
d’intervention des sapeurs-pompiers, conséquence des
politiques d’austérité sur les budgets départementaux
dont dépendent leurs services. L’intersyndicale alerte sur
un management qui ne prend pas à cœur les risques psychosociaux, ni ne respecte la mise en place de CHSCT.
Pour une meilleure reconnaissance de ces agents de la
fonction publique territoriale, contre la précarisation des
statuts, l’intersyndicale appelle à une manifestation naK. J.
tionale à Paris ce mardi 14 mars.
10 l’Humanité Lundi 13 mars 2017
la pub sexiste Ysl retirée
La jugeant « dégradante » pour l’image de la femme,
l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité
(ARPP) a confirmé vendredi le retrait de la campagne
d’Yves Saint Laurent. Un retrait pour de tels motifs est
« rarissime », a précisé Stéphane Martin, le patron de l’ARPP.
Société&Solidarités
18
C’est, en nombre de mois, la peine de prison
ferme infligée vendredi à un homme de
nationalité afghane, accusé d’avoir menacé
de mort des magistrats à Grasse.
libre, une responsable vient à leur rencontre.
« L’une de mes élèves avait indiqué que nous
venions du 93, raconte l’enseignant. Dès lors,
les personnels nous ont eu à l’œil, au point
que les gardiens se parlaient par talkiewalkie en indiquant notre présence
« ils se Font
au fur et à mesure que nous proContrôler et palper
gressions dans les salles. » Au
partout, tout le
lieu d’en prendre ombrage, les
teMps, ils doivent
élèves s’amusent à saluer les
être à l’aFFût et sur
gardiens pour signifier leur
leurs Gardes »,
FustiGe élise,
présence. « Cela dit, ils m’en
la proF d’épinaYparlent encore », constate Henri.
sur-seine.
« D’autant qu’une autre classe,
basée à Strasbourg celle-ci, était à
nos côtés sans subir le même traitement.
Il y a clairement eu un “ effet 93”. »
Une violence policière et sociétale
désignés comme coupables par leur seule apparence physique ou leur lieu de résidence, les jeunes du 93 subissent d’incessants
contrôles dans les lieux publics, comme ici à la gare du nord à paris. Hadj/SIPA
C
«
es sorties scolaires
me font prendre
conscience à quel
point leur quotidien
est épuisant et
stressant. » Eux, ce
sont les élèves
d’Élise, professeure en lycée professionnel
à Épinay-sur-Seine, une commune de SeineSaint-Denis. Depuis plusieurs mois, elle
constate la multiplication des humiliations
dont sont victimes ces jeunes adultes, désignés comme coupables par leur seule apparence physique ou leur lieu de résidence. Le
dernier épisode date de fin février et a pour
cadre un séjour scolaire à Bruxelles. « Nous
descendons tous du train et là, l’un des élèves
se fait contrôler par un policier, raconte Élise.
Je m’interpose pour lui faire comprendre qu’il
est sous ma responsabilité, mais le policier
me dit qu’il s’en moque et me demande de
reculer. » Du coup, le reste du groupe est
contraint d’attendre dans le hall, où la professeure finit par les rejoindre. « Quand j’ar-
eduCation
Le ras-le-bol d’Élise
face à l’arbitraire
Une enseignante de Seine-Saint-Denis, épuisée par les
brimades subies par ses élèves durant les sorties scolaires,
invite ses collègues à signaler tout acte de discrimination.
rive, les élèves sont entourés par des policiers,
l’un d’eux ayant un comportement musclé »,
dénonce l’enseignante, atterrée. Au total,
sur les cinq garçons que compte la classe,
trois feront fait l’objet d’un contrôle injustifié.
L’un se prénomme Mamadou, l’autre Ilyas
et le troisième Zakaria…
Cet épisode n’a, hélas, rien d’extraordinaire.
En décembre dernier, Henri, professeur d’histoire-géo à Saint-Ouen, toujours en SeineSaint-Denis, emmène ses élèves à Strasbourg
pour, entre autres, visiter un musée d’art
contemporain. Peu après leur arrivée, alors
qu’ils possèdent des billets pour une visite
Rincée par sa dernière expérience, Élise
veut mettre un terme à ces pratiques. Au
travers d’un communiqué, elle demande à
ses collègues enseignants « de porter plainte
auprès d’un commissariat étranger à l’affaire
ou du procureur de la République, de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et
auprès du Défenseur des droits » à chaque fois
que des élèves sont discriminés dans le cadre
de sorties scolaires. Elle demande également
que des associations de lutte contre le contrôle
au faciès puissent intervenir dans les établissements scolaires. « La violence n’est pas que
policière, c’est celle d’une société tout entière »,
pointe Élise, qui précise que son dépôt de
plainte a été refusé par le commissariat de
Saint-Denis. « Ces événements ont clairement
modifié ma perception des faits divers liés à
des contrôles, explique-t-elle. Ces jeunes gens
vivent de manière permanente sous le stress,
les regards hautains et les humiliations. »
Des faits qui font écho à la visite mouvementée d’une classe de Stains (93) au musée
d’Orsay, journée ponctuée d’insultes et de
traitements dégradants de la part des personnels (lire notre édition du 12 décembre 2016). « Comment voulez-vous vendre
à ces jeunes gens une République qui s’arrête
aux portes du périphérique ? » questionne
finalement Henri, un brin dépité.
Joseph Korda
COURSES HIPPIQUES AVEC P. ROSSO
homophobie un militant lGbt algérien
séquestré et violé à Marseille
Sa photo, le visage tuméfié, a fait le tour des réseaux sociaux,
après sa publication sur Facebook par l’association
Shams France, qui se bat pour les droits des jeunes LGBT
maghrébins. Elle décrit – en partie – la violence de l’agression dont a été victime Zak Ostmane, 35 ans, militant LGBT
algérien réfugié en France depuis 2014, survenue à Marseille
le 3 mars. Drogué, séquestré, violé et battu, le jeune homme
a vécu l’enfer pendant près de 36 heures, n’échappant à
ses agresseurs qu’en hélant des policiers depuis la fenêtre
de la chambre d’hôtel dans laquelle il avait été attiré. Arrêtés, les suspects, un ex-légionnaire de 31 ans et un autre,
signalé comme déserteur, selon le Parisien, ont été depuis
mis en examen pour « viol, séquestration, vol aggravé,
violences aggravées et extorsion » et écroués. Le caractère
homophobe du crime n’a pour l’heure pas été retenu, alors
qu’il ne « fait aucun doute », selon SOS Homophobie (plus
d’informations sur humanite.fr).
Cancer les jeunes en ont « peur », mais
connaissent mal les facteurs de risque
Alors que s’ouvre la Semaine nationale de lutte contre le
cancer, la Ligue contre le cancer rend publique ce lundi
une étude sur la perception de la maladie par les adolescents.
Résultat (sans surprise) : le cancer fait « peur » à 74 % des
15-18 ans interrogés, qui considèrent que « les traitements
pour lutter contre la maladie sont trop chers », à 89 %. Plus
inquiétant, si les jeunes identifient bien certains facteurs
de risque, comme le tabac (94 %) ou la radioactivité (93 %),
ils en sous-estiment d’autres, comme l’alcool, le cannabis,
l’alimentation ou le manque d’activité physique. De même,
ils sont 40 % à considérer que le cancer est une maladie
héréditaire. Lucides, une majorité d’entre eux (53 %)
s’estiment « mal informés », en particulier sur les avancées
de la recherche (75 %). Le nombre de nouveaux cas de
cancers chez les enfants et adolescents est environ de 2 500
chaque année. Soit une infime partie des 385 000 nouveaux
cas annuels relevés en France.
alexandre FaChe
NOTRE CHOIX POUR LE QUINTÉ
Lundi à Compiègne l
R1 l 1e course à 13h47 l
Plat - Handicap l 16part l
3.600 m. Corde à gauche l
Mardi à Deauville PSF l
R1 l 3e course à 13h47 l
Plat - Handicap l 16part l
1.500 m. Corde à droite l
BASES
BASES
.
9. RAYODOR
1. VINCENTO
7. POSTMAN
6. RONCHOIS
.
8. XOTIC
5. SUPER CITY
10. LUCKY TEAM
12. DIAMANT DE VATI
CHANCES
CHANCES
8. PANDEMONIUM
12. SALUT LIONEL
5. VASY SAKHEE
2. BLINK
6. YUME
14. DYLABAN
17. INDIAN WALK
9. TWO SHADES OF GREY
LE BON FAVORI :
VINCENTO
L’OUTSIDER REPÉRÉ :
RAYODOR
LE BON FAVORI :
XOTIC
L’OUTSIDER REPÉRÉ :
YUME
Lundi 13 mars 2017 l’Humanité
Parrainage
La Société des lectrices et lecteurs
a réalisé, en 2016, 200 abonnements
découverte. Il est possible de parrainer
un abonnement à l’Humanité de trois
mois, pour seulement 30 euros.
Combats
« Notre défi essentiel,
c’est la façon dont nous nous
positionnons dans la bataille
idéologique, sur tous les
supports. » Patrick Le Hyaric.
11
L’Humanité
À quoi sert donc le journal ? tel était le thème abordé, samedi, à Paris, lors de l’assemblée générale de la société des lecteurs et lectrices de l’Humanité. Julien Jaulin/Hanslucas
débat
L’Humanité, pour lutter
contre la résignation
La Société des lecteurs et lectrices de l’Humanité s’est réunie, samedi après-midi, à Paris, pour
un débat sur le rôle émancipateur du journal, en ces temps troubles de guerre idéologique.
Cynthia Fleury, Rima Hawi, Patrick Le Hyaric et Alain Ruscio participaient aux discussions.
N
«
ous sommes des combattants pour défendre un enjeu qui
nous dépasse considérablement », a affirmé avec gravité le
directeur de l’Humanité, samedi après-midi, devant la Société
des lecteurs et lectrices de l’Humanité.
Réunis dans la salle du Patronage laïque
du 15e arrondissement de Paris, après une
matinée consacrée à l’assemblée générale
de leur association, les lecteurs s’étaient
réunis pour parler du rôle émancipateur
de nos titres, « à l’heure où les grands médias
prônent la résignation ». La philosophe
Cynthia Fleury, l’économiste Rima Hawi
et l’historien de la colonisation Alain Ruscio
participaient à la discussion, aux côtés du
directeur du journal, Patrick Le Hyaric.
Le tableau terrifiant de la situation
des médias aujourd’hui
À quoi sert donc le journal ? Chacun y
va de sa motivation. Cynthia Fleury, qui
écrit une chronique chaque semaine dans
nos colonnes, salue l’effort du journal
pour rester en lien avec tous les jeunes
chercheurs. « Pour moi, la démocratie,
c’est d’abord un régime de savoir avant
d’être un régime de pouvoir. » Et la science
et la culture viennent « construire notre
geste démocratique ». Pour elle, l’Humanité participe chaque jour à chasser
les fausses informations « en se battant
pour une information sourcée, référencée
intellectuellement », et parle de « geste
de mépris social » devant les titres qui
renoncent à cette exigence. Rima Hawi
regrette que l’Humanité ne soit pas distribuée dans les universités, contrairement aux autres titres. Pour autant, elle
estime qu’il existe des poches de résistance contre la pensée unique dans tous
les secteurs de la société : les livres d’économie alternatifs, la CGT, le succès de
films comme Merci Patron ! ou la Sociale
sont autant d’encouragements. Elle cite
Simone de Beauvoir : « La fatalité
triomphe dès qu’on croit en elle. » Alain
Ruscio loue les pages historiques de l’Humanité et de l’Humanité Dimanche, qui
« abordent les grands moments des XVIIIe,
XIXe et XXe siècles de façon différente de
l’air du temps ». L’Humanité, seul journal
à rappeler les massacres en Indonésie en
1965, ou la mort indigne de Fernand
Yvetot pendant la guerre d’Algérie. Pour
lui, nous sommes dans une période de
« révisionnisme historique ».
Patrick Le Hyaric a dressé un tableau
terrifiant de la situation des médias aujourd’hui. L’information est omniprésente,
mais elle pose problème dans son traitement : « De quel endroit vous parle-t-on,
de quelle analyse, quelle opinion ? » La
mainmise des vendeurs de téléphonie sur
les médias a un but : la culture du clic. Et
un reportage sur un quartier défavorisé
de La Courneuve fera toujours moins de
clics qu’un papier sur The Voice, l’émission
de TF1. « Ces gens sont en train de détruire
le journalisme », alerte-t-il. Il n’ignore
pas qu’il est difficile de dépenser 2 euros
pour acheter un journal quand tant d’informations, même pas sollicitées, arrivent
entre les mains du citoyen. D’autant que
les rapaces, qui aimeraient récupérer la
marque « l’Humanité », rôdent. Comme
ceux qui veulent sa mort aussi. « Selon qui
sera président de la République, je pense
que nous aurons du mouron à nous faire,
craint-il. Et si le pire arrivait… on voit déjà
ce que l’extrême droite a pu faire en Hongrie
ou en Pologne… » Dans ce contexte dangereux, la disparition du titre poserait « un
problème démocratique à la nation ». « Ça
me fait mal au cœur de faire appel à vous,
a-t-il dit aux lecteurs. Mais si ça n’avait
pas été le cas, nous serions tombés. » Il a
annoncé, pour les semaines à venir, la
création d’un nouvel outil, Partage social
Club, et le redéploiement de Cerise, le
réseau militant testé à la dernière Fête de
l’Humanité. Les lecteurs se sont quittés
en méditant sur une phrase d’Hölderlin,
citée par Alain Ruscio : « Là où croît le péril
croît aussi ce qui sauve. »
Caroline Constant
J’adhère à la Société des lectrices et lecteurs de l’Humanité
 J’adhère à la Société des lectrices et lecteurs de l’Humanité.
 Je règle ma cotisation 2017 de 18 euros ou je verse la somme de ..... euros.
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Chèque uniquement à l’ordre de la Société des lectrices et lecteurs de l’Humanité.
À renvoyer à Société des lectrices et lecteurs de l’Humanité – Immeuble Calliope, 5, rue Pleyel – 93528
Saint-Denis Cedex – tél. 01 49 22 72 90 – courriel : lectriceslecteurs@humanite.fr – Facebook.com/sllhbl.1
12 l’Humanité Lundi 13 mars 2017
Débats&Controverses
Le débat entre les mains des citoyen-ne-s
Comment mettre la transformation sociale
à l’ordre du jour des élections de 2017? (3)
RAPPEL DES FAITS Cette
période de campagne électorale,
sur fond de grave crise politique,
appelle un grand débat
démocratique. Pour ce faire,
l’Humanité ouvre ses colonnes.
à la réorganisation d’ensemble de la production et à sa
démocratisation, sous contrainte impérative de justice
sociale et de mutation écologique ; la défense, la redéfinition
et l’extension des services publics ; l’égalité partout et pour
tou-te-s, au travail, dans les quartiers, afin d’en finir avec
les ségrégations mortifères.
À l’image du combat contre la loi travail, les mobilisations
sociales sont puissantes et elles portent ces propositions.
Mais, défaites les unes après les autres, elles laissent place
à une séquence électorale fascinée par sa propre décomposition, qui doit nous faire réfléchir dès à présent à ses lendemains difficiles. Bref, il ne s’agit plus de penser la politique
comme substitut, ni comme simple relais des mobilisations
sociales, mais bien d’envisager leur transformation réciproque, radicale de part et d’autre : la transformation sociale
est un choix de société, ou elle n’est pas.
Une alternative par et
pour les classes populaires
L
Priorité à l’espérance
sociale et à la rupture
U
n processus de transformation
sociale ne se réduit bien sûr pas
à ses dimensions électorales.
Encore faut-il que le vote soit cohérent
avec son projet. En 2017, on peut se
persuader aisément que cette transformation se heurte à deux obstacles
majeurs, qui ne datent pas d’aujourd’hui, ni même d’hier. Le premier
Roger Martelli
tient à ce que, depuis 1982-1983, la
Historien
gestion gouvernementale impulsée
et codirecteur
par les socialistes fait de la mondiade Regards
lisation une contrainte, qui obligerait
à s’ancrer dans les objectifs de compétitivité, de flexibilité, de réduction
de la dette et de compression des dépenses publiques. Le
second obstacle tient à ce que, depuis 1978-1981, l’équilibre
des forces à gauche s’est déplacé en faveur du Parti socialiste.
La jonction des deux obstacles, en longue durée, a produit
le délitement des dynamiques à gauche, le désarroi de
l’électorat et la déconnexion entre le mouvement social et
les perspectives politiques. Il ne peut y avoir de relance à
gauche et de possible majorité politique transformatrice, si
ces deux obstacles ne sont pas levés. Si la gauche va mal, ce
n’est pas d’abord parce qu’elle est divisée, mais parce qu’elle
a perdu le projet de rupture sociale qui soudait son espérance
et lui donnait sa force propulsive populaire.
L’année 2017 se présente donc sous une forme contradictoire. La fragilisation longue de la gauche n’est pas surmontée,
ce qui limite son expression électorale, nourrit l’abstention
et stimule, tout à la fois, la poussée de l’extrême droite et
les tentations centristes. En même temps, les signaux ne
manquent pas pour dire qu’il est possible d’ouvrir une
nouvelle page.
La combativité sociale et l’esprit démocratique se sont
réveillés au printemps 2016, dans la rue et sur les places.
Lors de la primaire socialiste, les électeurs ont infligé une
sévère défaite à Manuel Valls. Le PS est désormais en crise,
Le chômage reste
la question centrale
D
Bruno ARBESU
Julien Jaulin/Hans Lucas
a transformation sociale est aussi
une question politique. C’est
une banalité d’affirmer cette
unité lorsqu’on analyse le désastre
en cours. Mais il est bien plus ardu de
construire une véritable alternative
qui soit à la fois politique et sociale,
face aux dégâts sans nombre du capitalisme en crise. Car, en cette péIsabelle Garo
riode électorale, le bilan est sombre :
Philosophe
après le désastreux quinquennat Hollande et des décennies de reculs sociaux, le paysage politique français
est un champ de ruines, la démocratie se résume à sa propre
parodie, les inégalités progressent, l’État social est attaqué
de toutes parts, les traités européens imposent leur cage
d’acier austéritaire, la violence d’État et la répression
s’abattent sur les jeunes des quartiers populaires, les militants syndicaux et politiques, les sans-papiers et les réfugiés,
l’environnement se dégrade inexorablement. La démolition
de nos fragiles conquêtes sociales et de nos maigres acquis
démocratiques avance du même pas.
Pourtant, les projets de gauche existent – et même s’affrontent ; les luttes sociales persistent ; les expériences et
les idées se multiplient – coopératives, biens communs,
gratuité, etc. Mais toutes ces propositions échouent à
construire une alternative globale, crédible, qui soit aussi
une culture politique et sociale neuve, vraiment vivante,
construite par et pour les classes populaires, les jeunes, les
habitants des quartiers.
Comment se défaire de l’étau, en assumant la rupture avec
le capitalisme entrée en phase sénile, sans en rester aux
imprécations ? Il est tout aussi vain d’attendre la solution
des seules élections que de prétendre les contourner. Il faut
faire avec et voir plus loin, renouer avec les visées globales,
donner une orientation concrète à la colère montante et
une issue émancipatrice à la désespérance.
À gauche, c’est le moment de hausser le niveau de nos
exigences et non d’en rabattre. Il faut réamorcer sans attendre l’invention collective, redonner un sens aux mots
de socialisme et de communisme. Nos projets de transformation n’existeront qu’à la condition de les construire
démocratiquement, comme capacité à imaginer et à inventer
en stratèges notre futur, comme construction de forces
sociales et d’organisations politiques à la hauteur de cette
lutte des classes menée de main de maître par les dominants,
comme ruptures qui durent, se pensent et s’organisent.
Parmi les questions clés de la transformation nécessaire,
figurent en priorité la réduction du temps de travail, couplée
tiraillé entre les valeurs de gauche maintenues et l’attraction
persistante d’une ouverture au centre. La crise, toutefois,
ne crée pas en elle-même les conditions de son issue.
La possibilité est ouverte d’un rassemblement à gauche
propulsif, retrouvant l’esprit renouvelé de cette transformation sociale radicale qui l’a porté autrefois. Mais, pour
que ce projet devienne réalité, il faut choisir entre deux
pistes possibles de reconstruction. À sa manière – que l’on
peut certes discuter –, Jean-Luc Mélenchon incarne un
esprit de rupture, dans la continuité des combats antérieurs
et de la campagne présidentielle de 2012. Benoît Hamon,
lui, incarne un entre-deux, préférable à la dérive socialelibérale, mais qui reste du domaine du discours et ne peut
encore, pour des raisons lourdes, aller jusqu’à tourner le
dos à plus de trois décennies gestionnaires.
Face à une droite radicalisée, devant les recentrages persistants qu’incarne par exemple un Emmanuel Macron, la
gauche n’a de perspective d’avenir que si elle dit clairement
dans quelle direction elle veut aller. Tant qu’elle ne choisira
pas la priorité à l’espérance sociale et une méthode de
rupture, elle restera fragilisée, sans majorité suffisante, sans
ressort pour réussir au pouvoir.
En 2017, comme en 2012, le vote en faveur de Jean-Luc
Mélenchon reste donc un outil. Au-delà, demeurera la
question essentielle : dans une gauche déséquilibrée, il
manque une force politique populaire, franchement alternative, cherchant à renouer les liens du social et du politique.
Une force suffisamment plurielle pour attirer, suffisamment
cohérente pour gagner…
e Jacques Chirac en 1986 à
Myriam El Khomri en 2016,
cela fait trente ans que des lois
sont votées pour « favoriser l’emploi »
en facilitant les… licenciements. Les
statistiques, pourtant, sont formelles :
les lois qui favorisent les licenciements
ont pour principal effet d’accroître
le nombre de chômeurs. Nous nous
Karl Ghazi
en serions doutés, mais cette lapalissade devrait être sans cesse répétée,
Syndicaliste
tant le dogme du « Facilitons le licenciement pour rassurer les patrons, qui
du coup embaucheront » nous est asséné à longueur d’antenne de télévision et de programmes politiques de « redressement de la France ». Rappelons sans cesse que, depuis
1974, la seule inversion notoire de la courbe du chômage
ne s’est produite qu’à la faveur des 35 heures. Rappelons
aussi que le chômage pèse d’un poids déterminant dans la
dégradation des rapports de forces sociaux. Et que cette
dégradation, qui est continue depuis 1974, a ouvert la voie
à d’innombrables régressions sociales et politiques. Que la
flexibilité, la précarité, le temps partiel imposé, Uber, le
démantèlement des services publics, de la Sécurité sociale,
la délocalisation de la production sont les enfants du chô-
Lundi 13 mars 2017 l’Humanité 13
Débats&Controverses
mage de masse, tout comme le fait que des gouvernants inversion des rapports de forces et par l’éradication du
s’arrogent le droit de gouverner à l’inverse de la volonté chômage de masse.
de ceux qui les ont élus.
Si les « affaires » ont monopolisé la campagne, révélant
Pourtant, à quelques semaines d’une élection majeure, les l’hypocrisie infinie des partisans de l’austérité (pour les
programmes de droite réunissent plus de 75 % des intentions autres), si les surprises réservées suscitent un intérêt digne
de vote. Les raisons de ce paradoxe sont multiples, mais
des meilleurs feuilletons, le salut politique ne peut venir
il en est une qui est essentielle : si la question du
de la satisfaction que l’on peut ressentir devant les
chômage reste au cœur des préoccupations exdéconvenues des uns et les déconfitures des
primées par les citoyens, elle ne s’est pas
autres.
imposée comme la question centrale dans
Il est encore temps de forcer ceux que les
ESPéRaNCE dE viE,
SColaRiSaTioN,
la confrontation politique en cours.
sondages ont déjà désignés comme les vainuRBaNiSaTioN,
Le chômage, pourtant, résulte d’un choix.
queurs à parler du fond. Et le fond, c’est
PoPulaTioN aCTivE...
Le choix d’un partage du travail et des rid’abord le chômage. C’est ainsi et seulement
SoNT dES iNdiCaTEuRS
chesses qui se fait au détriment des traainsi qu’ils seront démasqués. Il est encore
du ChaNgEmENT
vailleurs. L’histoire récente a montré que
temps de demander aux libéraux comment
SoCial.
d’autres choix étaient possibles, en particulier
leurs politiques, qui ont toujours échoué
celui d’une réduction massive du temps de
depuis trente ans, ont plus de chance de réussir
travail. Jamais, même de 1950 à 1974, la croissance
demain. Il est encore temps, pour les candidats
seule n’a suffi à assurer un solde positif d’emplois.
qui s’opposent à ces politiques, de crier haut et fort
Or, si la revendication de la CGT des 32 heures est reprise « Mon programme, c’est l’éradication du chômage ! », pour
dans certains programmes, elle n’a pas atteint, dans le débat le bénéfice de tous les travailleurs, sans distinction d’origine,
politique, le même niveau d’importance que d’autres thèmes. ni de statut.
Elle devrait, pourtant, être la clé de ce débat, comme devrait
l’être la question d’une réindustrialisation de la France dans
un cadre de transition énergétique et écologique.
Dire cela, ce n’est pas minimiser les autres grandes quespoursuivez le débat sur
tions qui nous sont chères. C’est reconnaître que nos objectifs
l’humaNiTé.fR
démocratiques, écologiques, féministes, passent par une
Tribune libre Adresse aux candidats
La recherche est absente
du débat présidentiel
L
Inserm
a recherche scientipublications sont cosignées
fique française jouit
par un laboratoire hors de
d’un grand prestige et
France et leur prestige est
son apport à la recherche
tel que beaucoup de cheret développement (R & D)
cheurs étrangers postulent
est essentiel. Une analyse
au concours de recruterécente de la société Thomment (près de 30 % des
son Reuters plaçait trois
chercheurs recrutés chaque
organismes français de reannée depuis 2012). Ces
cherche, le CNRS, l’Inserm Bruno Chaudret deux organismes sont égaet le CEA, parmi les dix or- Président
lement les premières insganismes publics les plus du conseil
titutions européennes
innovants au monde. Avec scientifique
d’accueil des prestigieuses
plus de 43 000 publications du CNRS
subventions European Redans tous les domaines de
search Council (ERC), prela science, le CNRS est le
mier rang pour le CNRS,
premier producteur au
toutes disciplines confonmonde de connaissances
dues, et premier rang dans
scientifiques. Les classele domaine biomédical pour
ments internationaux monl’Inserm.
trent également qu’il est la
Ces données illustrent le
première institution pour
fait que notre pays dispose
l’impact de ses publications
d’un appareil de recherche
(Nature Index). L’Inserm se
et d’une R & D de grande
situe au premier rang eu- alain Tedgui
qualité qui, en cette époque
ropéen des institutions aca- Président
de globalisation, sont indémiques de recherche dans du conseil
dispensables à la réussite
le domaine biomédical, scientifique
du redressement éconoavec près de 12 000 publi- de l’inserm
mique de notre pays. De
cations par an, et au deunombreux travaux monxième rang mondial
trent d’ailleurs que la comderrière les National Institutes of pétitivité économique d’un pays et le
Health intra-muros. Le CNRS et l’In- niveau de son enseignement supérieur
serm jouissent d’un fort rayonnement et de sa recherche sont très étroitement
international. Plus de 50 % de leurs liés. Toutefois, si l’on se compare à
nos principaux concurrents dans l’espace mondialisé et hautement compétitif de la recherche scientifique,
force est de constater que notre système de recherche risque de rapidement décrocher. Les financements de
R & D de l’Allemagne ont augmenté
de 75 % en dix ans, quand les nôtres
se sont érodés. Nous sommes loin des
3 % du PIB fixés comme objectif par
la stratégie Europe 2020.
Dans le paysage universitaire en pleine
restructuration, les organismes de recherche français sont un point de stabilité qu’il s’agit de renforcer. Ils jouent
un rôle structurant dans un grand
nombre de disciplines, appuient la recherche universitaire dans le cadre des
structures originales que sont les UMR
et exercent un certain nombre de missions d’intérêt national au service de
toute la recherche française. Notre système de recherche s’appuie sur un
emploi scientifique et technique permanent et un soutien direct aux structures de recherche, mais il est essentiel
qu’une véritable politique de l’emploi
scientifique pérenne soit mise en place
et que cesse la diminution des effectifs
et des moyens affectés à la recherche
publique. Les conseils scientifiques du
CNRS et de l’Inserm souhaitent alerter
les candidats à l’élection présidentielle
sur la situation critique de l’emploi
scientifique et du financement de la
recherche publique. La recherche française est un des pôles reconnus de la
science mondiale. Pour maintenir et
développer cette position éminente,
nous demandons aux candidats de
s’engager en faveur d’un investissement
à la hauteur des enjeux dans la recherche
et, en premier lieu, dans nos organismes
de recherche publics.
la chronique
juridique
d’emmanuelle
BouSSard-Verrecchia
AvocAte du BArreAu
de PAris
discrimination :
la bataille de l’accès
à la preuve
E
n litige avec son employeur, IBM, au
sujet de son évolution de carrière et
salariale, un salarié saisit le conseil de
prud’hommes de Montpellier. Il obtient du
bureau de conciliation la communication par
IBM d’éléments d’évolution de carrière, de
notations, de classifications et de rémunération, depuis leur embauche, des salariés
qu’il estimait lui être comparables, sans astreinte. IBM se sent autorisé à ne faire que
des communications partielles de pièces et
fournit des tableaux sans communiquer les
documents d’origine ayant servi à leur élaboration. Estimant cette attitude suspecte,
le salarié saisit de nouveau le conseil de
prud’hommes des mêmes demandes, qui a
pu statuer en départage après radiation de
la première procédure.
Le juge a d’abord rappelé qu’il entrait dans
les pouvoirs du bureau de conciliation d’ordonner toutes mesures d’instruction
le juge n’a pas
utiles. Il n’a pas cru
les explications de
cru iBm, qui
l’employeur, qui
s’opposait à la deaffirmait
mande de commune plus avoir
nication. Il faut dire
qu’elles étaient
les documents
fantaisistes : l’emou encore ne pas ployeur affirmait ne
plus avoir les doavoir d’accès
cuments fondant
ses propres tainformatique
bleaux, ou encore
ne pas avoir d’accès
aux bulletins
informatique aux
bulletins de salaire
de salaire.
avant 2002 ou aux
entretiens d’évaluation avant 2013. Inconcevable pour une société comme IBM, a souligné le juge !
La cerise sur le gâteau fut l’argument d’un
incendie aux archives, sans aucune justification, qui convainc définitivement le juge
de la mauvaise foi d’IBM. Une partie ne peut
pas « empêcher une juridiction de trancher le
litige de manière éclairée en optant pour une
rétention déloyale d’informations et pièces
que seule cette partie détient », a affirmé avec
force le juge. L’enjeu est celui de la qualité
de la décision de justice, au fond, d’avoir les
moyens de rendre une justice juste. L’employeur a donc ordonné à IBM de communiquer l’ensemble des contrats de travail,
bulletins de salaire et éléments de notation
des salariés comparants. Et cette fois-ci, le
juge a assorti sa décision d’une astreinte de
200 euros par jour de retard.
Conseil de prud’hommes de Montpellier,
ordonnance du 26 janvier 2017 n° 16/01322.
14 l’Humanité Lundi 13 mars 2017
ConfianCe éCornée
Une planète et des hommes
Le parc animalier de Pairi Daiza, en Belgique, a
décidé de raccourcir temporairement les cornes
de ses rhinocéros, après l’abattage d’un
pachyderme au zoo français de Thoiry. Le trafic
de cornes peut rapporter 60 000 dollars le kilo.
18 000
Années d’archives climatiques : c’est ce que
représente le glacier bolivien Illimani (6 400 m),
à l’assaut duquel une vingtaine de scientifiques
partiront en mai afin d’en extraire des carottes.
Grande Barrière de corail. En mai dernier,
pourtant, l’Unesco ne s’était pas résolue à
faire le lien. Dans un rapport intitulé «
Patrimoine mondial et tourisme dans le
contexte des changements climatiques »,
elle listait 31 sites menacés dans 29 pays…
sans jamais mentionner la Grande Barrière
australienne. Canberra avait, dit-on, pesé
de tout son poids pour que ce chapitre
disparaisse.
Le rapport remis la semaine dernière invite
l’Unesco à rattraper le coût lors de son
prochain comité sur le patrimoine mondial,
en juillet 2017. Les ONG, parmi lesquelles
Earthjustice et Environmental Justice Australia, espèrent ainsi pousser la communauté
internationale à intensifier ses actions contre
le réchauffement. Et l’Australie se voit singulièrement interpellée.
Classée par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1981, la Grande Barrière de corail, qui s’étend sur près
de 2 500 kilomètres au large du Queensland, a perdu 22 % de ses coraux l’an dernier. Biopixel/AFP
E
t si l’Unesco rattrapait cette
année ce qu’elle a manqué
de faire l’an dernier ? Plusieurs ONG et scientifiques
ont fait, jeudi, le déplacement d’Australie jusqu’à
Paris, où siège l’organisme
culturel et scientifique des Nations unies,
pour demander à ce dernier de reconnaître
les dangers que font courir sur la Grande
Barrière de corail les émissions de gaz à
effet de serre liées aux activités humaines.
Dans leur mallette, un rapport, pointant
la responsabilité de l’Australie, dont le
territoire maritime héberge ce récif corallien, le plus grand au monde, aujourd’hui
en passe de se dissoudre.
Classée par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1981, la Grande
Barrière de corail, qui s’étend sur près de
2 500 kilomètres au large du Queensland,
est en alerte rouge. L’été austral 2016 aura
été éloquent en la matière. Les records de
température de l’eau constatés il y a un an
éCosystèMe
Alerte rouge sur les
coraux australiens
Une délégation de scientifiques et d’ONG en appelle
à l’Unesco pour mettre sous protection la Grande Barrière
de corail, plus grand récif corallien au monde.
ont provoqué le blanchiment de 93% des
récifs individuels qui composent la Grande
Barrière, dont 22% des coraux sont définitivement morts.
Pour être extrême, l’épisode n’était pas
inédit. Des chercheurs estiment qu’au
rythme actuel, cela pourrait se reproduire
tous les deux ans d’ici à 2030, mettant en
danger cet écosystème marin unique, dont
dépend l’économie de nombreuses populations. Combiné au phénomène d’acidification des océans, le réchauffement
climatique pourrait conduire, d’ici à 2030,
à dégrader sur le long terme 70% de la
L’australie ne paraît pas décidé
à respecter ses engagements
Grande pourvoyeuse d’émissions de gaz
à effet de serre (GES), les ambitions qu’elle
affiche pour les réduire sont jugées insuffisantes (– 26% à – 28% d’ici à 2030,
quand beaucoup estiment que son objectif
aurait dû être compris entre – 45% et
– 65%). Surtout, le pays ne paraît pas
décidé à respecter ses engagements. Certains rapports scientifiques affirment
même que ses émissions de GES pourraient
augmenter d’ici les douze prochaines
années. Sa politique industrielle est en
cause. Le gouvernement australien s’est
ainsi engagé à ouvrir six mines de charbon
dans le Bassin de Galilée, au Queensland,
dont les réserves exploitables sont estim é e s à 2 3 g i g a to n e s .
« Si toutes devaient être brulées, relève le
rapport, cela représenterait un tiers du
budget carbone international autorisé pour
avoir une chance raisonnable de contenir
le réchauffement en deçà de 2 °C.» La mine
de Carmichael, première des six susceptible
d’entrer en fonction, pourrait à elle seule
émettre chaque année 79 millions de tonne
de CO2, soit plus que les émissions annuelles
de nombreux pays. Australie incluse.
Marie-noëlle Bertrand
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Lundi 13 mars 2017 l’Humanité 15
REvERs pouR lE décREt tRump
Une famille syrienne a eu gain de cause auprès d’un juge du
Wisconsin. Un réfugié syrien pourra faire venir sa femme et sa fille
restées à Alep. Leur venue avait été bloquée par le décret Trump contre
les ressortissants de six pays musulmans, adopté lundi. Le jugement
ne vaut que pour cette famille mais pourrait faire jurisprudence.
45 000
c’est le nombre d’affaires
de corruption traitées en chine
en 2016, avec un taux
de condamnation de 99,92 %.
Le monde en mouvement
L
e président turc, Recep Tayyip
Erdogan, en pleine campagne référendaire pour
renforcer ses prérogatives,
le sait mieux que quiconque :
la France est son plus grand
allié en Europe ! Celui que
l’on surnomme le nouveau sultan, en
difficulté dans son propre pays pour obtenir
des pouvoirs étendus (au sein même de
son propre parti, celui de la justice et
du développement, l’AKP, certains édiles
refusent d’appeler à voter oui), compte
beaucoup sur la diaspora turque en Europe.
Pour gagner ces votes, il a envoyé ses nouveaux janissaires, les ministres, pour tenir
meetings dans différents pays de l’UE. Luimême, en 2015, n’avait pas hésité à venir
faire le bateleur pour rameuter les troupes.
De fait, l’AKP était devenu majoritaire parmi
ces populations.
Certains pays, pourtant, ne
goûtent guère la venue sur leur
l’Exécutif tuRc
sol de ministres qui sont plumisait suR
tôt des agents électoraux que
sa campagnE
des représentants diplomaEn EuRopE pouR
tiques. Ainsi, l’Allemagne,
touchER
particulièrement ciblée par
sa diaspoRa
Erdogan parce qu’elle acà l’étRangER.
cueille la plus forte communauté turque d’Europe (sur
les quelque 3 millions de personnes d’origine turque, 1,4 million
peuvent voter au référendum), a fait annuler
le président turc a envoyé son ministre des affaires étrangères, mevlut cavusoglu, hier à metz. Photo Jean-Christophe Verhaegen/AFP
plusieurs meetings pro-Erdogan. Le sang
du sultan n’a fait qu’un tour. Il a accusé
tuRquiE
Berlin de « pratiques nazies ». Peu de temps
après, les Pays-Bas, à leur tour, faisaient
savoir que les membres du gouvernement
turc venant faire campagne étaient indésirables. Malgré les menaces d’Ankara de
« lourdes sanctions » (sic), La Haye interdisait au ministre des Affaires étrangères,
Mevlut Cavusoglu, d’atterrir aux Pays-Bas.
Là encore, un « vestige du nazisme », selon
Erdogan, qui a ajouté : « Vous pouvez interdire à notre ministre des Affaires étrangères
de voler, mais à partir de maintenant voyons
comment vos vols vont atterrir en
En vue du référendum du 16 avril, le président turc envoie ses ministres en Europe.
Turquie. »
Erdogan peut toujours
compter sur Paris
La Suisse et l’Autriche ont interdit
sur leur sol des meetings électoraux
Ankara a annoncé avoir bloqué les accès
à l’ambassade des Pays-Bas à Ankara et au
consulat du royaume à Istanbul pour « raisons de sécurité ». Le ministère turc des
Affaires étrangères a convoqué le chargé
d’affaires néerlandais à Ankara et lui a
signifié que la Turquie « ne souhaite pas que
l’ambassadeur néerlandais, actuellement
hors du pays, revienne au travail avant
quelque temps ». À Istanbul, un millier de
personnes environ se sont rassemblées
devant le consulat des Pays-Bas, scandant
des slogans en soutien à Erdogan.
La suisse et l’Autriche ont, à leur tour,
interdit la tenue sur leur sol de meetings
électoraux en présence de membres de
l’AKP, arguant de risques de troubles à
l’ordre public, alors même qu’une visite
du ministre Cavusoglu était en théorie
prévue dimanche à Zurich. Hier, enfin, la
suède se positionnait de la même manière.
Plusieurs pays refusent, dont l’Allemagne et les Pays-Bas. Pas la France.
À Rotterdam, la ministre turque de la Famille, Fatma Betül sayan Kaya, arrivée par
la route depuis Düsseldorf samedi soir, a
été empêchée d’entrer au consulat par la
police, qui l’a reconduite à la frontière dans
la nuit. sa venue a été qualifiée d’« irresp o n s a b l e » p a r l e g o uve r n e m e n t
néerlandais.
Le chancelier autrichien, Christian Kern,
avait appelé, il y a une semaine, à une « réponse collective de l’Union européenne pour
empêcher de tels événements de campagne »
de responsables turcs dans les pays de l’UE.
Mais la Turquie sait qu’elle peut compter
sur son allié indéfectible : la France. Le chef
de la diplomatie, Mevlut Cavusoglu, a pu
atterrir samedi soir à Metz, où il devait
participer, dimanche, à un meeting à l’invitation de la branche lorraine de l’Union
des démocrates turcs européens (UETD),
qui organise des meetings électoraux pour
l’AKP. Une source diplomatique française
a confirmé que « le ministère des Affaires
étrangères a été informé de la venue du
ministre » turc, soulignant « le fait que
le ministre turc puisse tenir son meeting
tient (…) de la liberté de réunion ». Une
attitude à rapprocher de la coopération
sécuritaire entre Paris et Ankara qui vise
surtout à pourchasser les militants kurdes
du Parti des travailleurs du Kurdistan
( PK K ) , c on s idéré s c om me de s
terroristes.
La France devrait pourtant jeter un œil
plus avisé sur le rapport présenté vendredi
par le Haut-Commissariat de l’ONU aux
droits de l’homme, qui parle de « graves
violations » des droits de l’homme dans le
sud-est du pays, au Kurdistan.
piERRE BaRBancEy
lEs dRoits dE l’hommE violés
Quelque 2 000 personnes « auraient été
tuées dans le cadre des opérations de
sécurité » en Turquie. Dans son rapport,
le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits
de l’homme étaye ses allégations relatives
à un « usage excessif de la force, des
assassinats, des disparitions forcées, des
actes de torture ». Le Haut-Commissariat
se dit « particulièrement alarmé par les
résultats de l’analyse des images satellite,
qui révèlent des destructions massives
d’habitations avec des armes lourdes ».
Il décrit par exemple la destruction
de quartiers entiers de la province
de Mardin, où 1 786 immeubles ont été
détruits ou endommagés.
16 l’Humanité Lundi 13 mars 2017
Le monde en mouvement
Corée du Sud
La destitution offre des perspectives
Le limogeage de la présidente Park Geun-hye, pour son implication dans un scandale de corruption mettant en cause
les grandes entreprises du pays, ouvre la voie à la réforme profonde des fondements politiques et économiques du pays.
I
l y a une semaine, les partisans les
plus radicaux de la présidente sudcoréenne, Park Geun-hye, promettaient d’installer le chaos dans le pays
si celle-ci venait à être destituée.
Vendredi, la Cour constitutionnelle a voté
à l’unanimité le limogeage de la cheffe de
l’État, impliquée dans un vaste scandale
de corruption, après des mois de crise
politique. Sous l’influence d’une chamane
qui a extorqué 60 millions d’euros aux
grandes entreprises de l’État et avait la
main sur les plus hautes affaires du pays,
Park Geun-hye a « porté gravement atteinte
à l’esprit (…) de la démocratie et de l’État
de droit » et a « trahi » le peuple, selon
la présidente de la Cour, Lee Jung-mi.
Recluse dans le palais présidentiel, Park
Geun-hye n’a pas daigné commenter la
décision. Une présidentielle devra néanmoins être organisée dans les soixante
(Publicité)
jours mais son issue reste incertaine alors
que tous les fondements politiques et
économiques du pays ont été remis en
cause par la crise. En plus de la corruption
et de la collusion entre le pouvoir politique et les conglomérats, la dérive autoritaire qui a marqué le mandat de Park
Geun-hye a cristallisé la colère. Violente
répression antisyndicale, et embastillement de syndicalistes, perte de cinq
points de croissance en cinq ans, projets
de loi controversés sur le travail et la santé,
accord de libre-échange avec la Chine qui
a poussé les agriculteurs et les pêcheurs
dans la rue, atteintes à la liberté d’expression, gestion catastrophique du naufrage
du Sewol, bouclier antimissile américain,
publication de manuels d’histoire « officielle » réhabilitant la dictature de Park
Chung-hee, père de la présidente destituée…
les griefs sont nombreux dans tous les secteurs de la société.
« Nous pouvons faire de cette crise
une opportunité »
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été ni vendus à l’issue de la période de cotation, ni exercés à l’issue de la période de souscription seront
sans valeur et caducs.
« La Cour constitutionnelle a été créée
pour protéger le public contre les abus de
pouvoir dans le cadre de régimes autoritaires », rappelle la Confédération coréenne
des syndicats. D’aucuns demandent
désormais une réforme en profondeur et
une transition économique qui remettent
en cause l’hyperconcentration des « chaebols ». « Nous pouvons faire de cette crise
une opportunité pour améliorer la gouvernance des conglomérats », suggère Ha
Joon-kyung, professeur à l’université
Hanyang. Cette prise de conscience « a
fait avancer la démocratie », abonde le
quotidien progressiste Hankyoreh. « Il est
crucial que nous élaguions toutes les
branches anciennes et malades afin que de
nouvelles pousses puissent se développer.
Mais le chemin est long avant que ces jeunes
pousses commencent à fleurir. »
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Le Prospectus ayant reçu de l’Autorité des marchés financiers (l’« AMF ») le visa n° 17-085 en date du 6 mars 2017, composé du Document de Référence déposé auprès
de l’AMF le 6 mars 2017 sous le numéro D.17-0125 et d’une Note d’Opération (incluant le résumé du Prospectus) relative aux modalités de l’offre, est disponible sans
frais et sur simple demande au siège social de la Société, situé au 22-30, avenue de Wagram – 75382 Paris Cedex 08, ainsi que sur les sites Internet de la Société
(www.edf.fr) et de l’AMF (www.amf-france.org). L’attention des investisseurs est attirée sur les facteurs de risque présentés à la section 2.1 du Document de Référence
et au chapitre 2 de la Note d’Opération. Ce document ne constitue pas une offre de vente ou d’achat de titres Électricité de France SA dans un quelconque pays, en
particulier aux États-Unis, une telle offre étant soumise aux lois et règlements applicables dans tout pays concerné. Électricité de France SA n’a pas l’intention
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La livraison des premiers éléments
du bouclier antimissile américain Thaad
en Corée du Sud, la semaine dernière,
et la montée des tensions avec la Chine
affectent les secteurs du tourisme et
de la distribution, selon une étude menée
auprès de 597 entreprises. 56,2 % d’entre
elles estiment que les sanctions prises
par Pékin et l’interdiction faite aux
ressortissants chinois de se rendre
en Corée du Sud ont déjà eu
des conséquences néfastes.
Lundi 13 mars 2017 l’Humanité
SatiSfait maiS Lucide
« On a rempli notre mission mais on a revu
des lacunes qui font les grosses différences
entre nous et certaines équipes que
nous n’arriverons pas à battre. » Guy Novès,
sélectionneur du XV de France.
L’angLeterre remporte Le tournoi
L’Angleterre a remporté son deuxième Tournoi des VI-Nations
consécutif grâce à sa large victoire avec bonus contre l’Écosse, samedi à
Twickenham (61-21), lors de la 4e et avant-dernière journée. Avec ce succès,
le XV de la Rose égale aussi le record de la Nouvelle-Zélande de 18 succès
internationaux consécutifs obtenus lors des années 2015 et 2016.
S
Toulouse (Haute-Garonne),
correspondance.
i les grands clubs ne meurent
jamais, ils peuvent connaître
des périodes de déclin. Le Stade
Toulousain, plus beau palmarès
du rugby français, n’a plus atteint une finale du championnat
national depuis 2012, une finale
de coupe d’Europe depuis 2010. Le club des
Rouge et Noir, dépassé par les puissances
émergentes (Toulon, Racing 92), joue désormais les seconds rôles. Il ne s’agit pas
d’un simple passage à vide mais d’une baisse
tendancielle inscrite dans la durée.
La saison 2016-2017, espérait-on sur les
bords de la Garonne, serait celle du retour
au premier plan. Or le déclin ne fait que
s’accentuer. Après 20 journées, le Stade
Toulousain occupe une piteuse 10e place au
classement du Top 14. Il compte davantage
de défaites (11) que de victoires (9). Le club
vient de subir 4 revers consécutifs. La réception de La Rochelle, le 5 mars, s’est
soldée par une nouvelle désillusion (21-27),
confirmée samedi lors du déplacement à
Brive : victoire des Corréziens 21-19. Adieu
la qualification pour les phases finales ? En
coupe d’Europe, le Stade est qualifié pour
les quarts de finale mais, s’il balbutie une
nouvelle fois son rugby ne pèsera pas lourd
le 1er avril en Irlande face au Munster.
Résultats sportifs et résultats
économiques ne cessent de fléchir.
Pourquoi le Stade Toulousain n’est-il plus
ce qu’il était ? La réponse est à chercher
sur le terrain mais aussi en coulisses. Depuis
le départ en 2012 de l’entraîneur des avants,
Yannick Bru (1), le rendement du huit de
devant a sensiblement fléchi. On pourrait
aussi citer le manque de précision chronique
des buteurs. Ou encore la fréquente absence
des internationaux, appelés en équipe de
France. Les propos sibyllins de l’entraîneur,
Ugo Mola, après la défaite contre La Rochelle, suggèrent une autre piste : « Il y a
des raisons à ce qui nous arrive, comme le
flottement ambiant autour de nous. »
17
Soyons sports
LeS bLeuS S’offrent
une baLade romaine
Le XV de France s’est offert une bouffée
d’oxygène dans le tournoi des VI-Nations
en s’imposant samedi en Italie (40-18,
4e journée). Cette deuxième victoire, la
première à l’extérieur depuis l’arrivée de Guy
Novès aux commandes, fin 2015, permet
aux Bleus de terminer éventuellement sur le
podium, pour la première fois depuis 2011,
en cas de succès face aux Gallois samedi au
Stade de France. Un succès leur permettrait
aussi de garder leur 8e place mondiale
et de bénéficier a priori d’un tirage au sort
de la Coupe du monde 2019 au Japon
plus favorable, le 10 mai.
L’arrière toulousain maxime médard pendant le match, brive-toulouse, le 11 mars 2017
au stade amédée-domenech. Diarmid Courrèges/AFP
rugby
La mauvaise
pente du Stade
Toulousain
La défaite de Toulouse à Brive (21-19), samedi, confirme
un déclin qui vient de loin. Le club des Rouge et Noir,
divisé par des querelles internes, en oublie son rugby.
Car les luttes intestines qui ont secoué le
club des Rouge et Noir voici deux ans ne
semblent pas tout à fait éteintes. Luttes pour
le contrôle de la juteuse régie publicitaire.
Luttes pour le pouvoir. Elles ont tourné à
l’avantage du clan formé autour des frères
Didier et Michel Lacroix, anciens joueurs.
Mais se pose encore la question de succession
de René Bouscatel, qui tient les rênes du Stade
Toulousain depuis 1992. Son mandat s’achève
en juin. Va-t-il prolonger sa longue présidence ? Officiellement, rien n’est décidé.
Peut-être Hervé Lecomte, qui préside déjà
le conseil de surveillance, sera-t-il intronisé.
Celui-ci est réputé se trouver sous l’influence
du clan Lacroix.
À l’instar des résultats sportifs, les résultats
économiques ne cessent de fléchir. Baisse
de la billetterie, baisse de la vente des produits dérivés… En deux ans, le chiffre d’affaires du Stade a fondu de 32 à 29 millions.
L’année 2016 accuse un déficit de 1,5 million.
Depuis 2013, le déficit cumulé atteint
10,5 millions. Aussi le Stade Toulousain, tout
en assurant que la situation n’est pas dramatique, a décidé en décembre dernier
d’ouvrir son capital. Les actionnaires historiques, Association du Stade Toulousain
et Amis du Stade Toulousain, qui dé-
POUR qUe vive
Je libelle mon chèque à l’ordre de :
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Je retourne ce coupon complété et accompagné de mon chèque à :
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18 l’Humanité Lundi 13 mars 2017
Soyons sports
La mauvaise pente
du Stade Toulousain
tiennent à eux deux 76 % des parts, baisseraient leur participation à 51 % pour faire
place à de nouveaux venus, avec une manne
espérée de 3 à 6 millions. Il est douteux que
Fiducial (10 %) monte en puissance dans
l’actionnariat. Airbus possède aussi des parts.
Il semble qu’on ne se bouscule pas pour entrer
au capital du Stade Toulousain.
haNdball
L’irrésistible ascension
du HBC Nantes
Le club doit-il pour autant
jeter la culture Rouge
et Noir à la Garonne ?
Le club ligérien s’est qualifié samedi pour les 8es de finale de la Ligue des champions.
Une performance pour ce club qui découvre le plus haut niveau européen.
A
près avoir servi de rampe
de lancement à l’équipe
de France pour ses titres
mondiaux en l’accueillant
lors de la phase de groupes
des championnats du monde 2001 et
2017, Nantes est en train de devenir
une place forte du handball hexagonal
et européen. Samedi soir, le HBC
Nantes s’est qualifié pour les huitièmes
de finale de la Ligue des champions
de handball. Vainqueur à Logroño
31-25 à l’aller face aux Espagnols de
La Rioja, les Ligériens se sont à nouveau imposés largement 37-31 à
domicile.
Il s’agit d’une première pour le « H »,
qui découvre le plus haut niveau européen, et dont le futur adversaire des
huitièmes n’est autre que le Paris
Le club est condamné à se renouveler. Doit-il
pour autant jeter la culture Rouge et Noir à
la Garonne ? Il n’est pas sûr que la solution
passe par l’abandon de la politique de formation des joueurs, préférée jusqu’à présent
au star-system. Les meilleurs joueurs au
monde arrivés en France (Wilkinson, Halfpenny, Sexton, Carter) ne portent pas le
maillot toulousain. Les salaires, très confortables, n’atteignent pas ceux de Toulon ou
du Racing 92. Ce modèle signifie un travail
sur le long terme quand d’autres bâtissent
des châteaux de sable. Le Stade devra dans
un premier temps faire taire ses querelles
internes et enfin se consacrer au rugby.
bruNo ViNceNs
(1) Depuis 2012, Yannick Bru est l’entraîneur
des avants du XV de France.
Saint-Germain et sa pléiade de stars.
Doté d’un budget de 4,9 millions d’euros (le 3e du championnat), Nantes est
pourtant loin d’avoir les moyens du
PSG (17,5 millions d’euros). Mais son
centre de formation lui permet chaque
année de sortir de jeunes talents (Nyateu, Delecroix, Tournat…).
Les seuls vainqueurs du PSG
Créé en 1953, le club n’accède à la
première division qu’en 2008. Mais,
depuis, le HBCN grimpe régulièrement
les échelons, jusqu’à terminer 3e du
championnat en 2016. Cette saison,
le club occupe la 2e place actuellement
(31 points) à une unité du PSG avec
seulement deux défaites, toutes compétitions confondues. Mais surtout les
hommes de Thierry Anti sont les seuls
à avoir fait tomber le PSG en championnat cette saison (37-31).
Depuis son arrivée aux commandes
en 2009, Thierry Anti symbolise la
montée en puissance du club. En quittant Beaulieu en 2015 pour s’installer
dans sa nouvelle salle de la Trocardière
(4 500 places), le HBCN franchit une
nouvelle étape. La même année, celui
qui a remporté trois Coupes de France
avec Créteil et le Paris Handball ramène
son premier trophée à Nantes en gagnant la Coupe de la Ligue. La saison
suivante, les Nantais s’inclinent en
finale de la Coupe EHF, la petite Coupe
d’Europe (32-26) contre les Allemands
de Göppingen. Avec cette nouvelle
étape en Ligue des champions, l’ascension continue.
Nicolas GuillermiN
247x146 HQ AL LUNDI 13 MARS 2017
Annonces légales
AVIS DE CONSTITUTION
Par acte SSP du 21 février 2017, il a été constitué
une société dénommée :
AUTOS CLASSIC
Forme : SASU
Capital : 5 000 euros
Siège social : rue du Thé, 125 D, zone Juliette,
94310 Orly Aérogare
Objet : achat et vente, import et export, location
de voitures
Président : M. Bouazza Ali, demeurant 15, rue
François-Rude, 94230 Cachan
Durée 99 ans à compter de l’immatriculation
au RCS d’Évry
Aux termes d’un acte SSP en date du 1er mars
2017, il a été constitué une société dont les
principales caractéristiques sont les suivantes :
Dénomination sociale :
SOCIÉTÉ CIVILE
IMMOBILIÈRE
RÉSIDENCE GAOUA
Forme : SCI
Sigle : SCI GAOUA
Capital social : 90 euros
Siège social : 25 bis, rue Jean-Jaurès, 93140
Bondy
Objet social : acquisition et gestion d’immeubles.
Gérance : M. Laury Gaoua, demeurant
25 bis, rue Jean-Jaurès, 93140 Bondy
Clause d’agrément : les statuts contiennent une
clause d’agrément des cessions de parts.
Durée : 99 ans à compter de son immatriculation
au RCS de Bobigny
Dénomination :
MARY
Forme : SARL
Capital : 8 000 euros
Siège social : 66, avenue Paul-Vaillant-Couturier,
93120 La Courneuve
Objet : fabrication de vêtements ; achat et vente
produits textiles tous genres
Gérant : M. Kaya Ali Ihsan, demeurant 59, rue
Heurtault, 93300 Aubervilliers
Durée: 99 ans à compter de l’immatriculation au
RCS de Bobigny
Par acte SSP du 3 mars 2017, il a été constitué
une société dénommée :
HQ 13-03-2017 -247x146.indd 1
L’Humanité est officiellement habilité pour l’année 2017, pour la publication des annonces judiciaires et légales dans les départements :
75 (arrêté n° 2016-12-28-001) 5,50 euros HT/ligne, 91 (arrêté 2016-PREF/DCSIPC/BAGP n° 1181) 5,25 euros HT/ligne, 92 (arrêté CAB/SDCI n° 2016-809) 5,50 euros HT/ligne,
93 (arrêté n° 2016-4365) 5,50 euros HT/ligne, 94 (arrêté n° 2016-3895) 5,50 euros HT/ligne. Ministère de la culture et de la communication (arrêté du 18 décembre 2015, version consolidée au
11 janvier 2017) relatif au tarif annuel et aux modalités de publication des annonces judiciaires et légales NOR : MCCE1529458A). La ligne se définit par 40 caractères, signes ou espaces de corps 6.
ECHAFAU CLIN
Forme : SARL
Capital : 1 000 euros
Siège : 26, rue des Rigoles, 75020 Paris
Objet : montage et démontage d’échafaudage ;
peinture et nettoyage
Gérant : M. Eley Yambe, demeurant 16 bis, rue
du Tir, 77500 Chelles
Durée : 99 ans à compter de l’immatriculation
au RCS de Paris
Par acte SSP en date du 25 janvier 2017 à
Livry-Gargan, il a été constitué une société
dénommée :
A.M.S
Forme : SASU
Siège social : 133, chemin des Postes, 93190
Livry-Gargan
Objet : travaux de peinture
Capital social : 1 000 euros
Président : M. Sewalm Khaled Elsayed Ahmed,
demeurant 133, chemin des Postes, 93190
Livry-Gargan
Durée: 99 ans à compter de l’immatriculation
au RCS Bobigny
Par acte SSP en date du 3 mars 2017, il a été
constitué une société dénommée :
SARL DAMANE
Forme : SARL
Capital : 7 000 euros
Siège social : 54, avenue Henri-Barbusse, 93700
Drancy
Objet : la location courte et longue durée de
camion, de bennes sans chauffeur
Gérance : M. Gaha Mohamed Etabet, demeurant 43, 45, chemin des Joncherolles, 93380
Pierrefitte-sur-Seine
Durée : 99 ans à compter de son immatriculation
au RCS de Bobigny
Aux termes d’un acte SSP en date du 9 mars
2017, il a été constitué une société dont les
principales caractéristiques sont les suivantes :
Dénomination sociale :
HAMDINI
CONSULTING &
RESEARCH
Sigle : HCR
Forme : EURL
Capital social : 1 000 euros avec un capital minimum de 100 euros
Siège social : 79, rue Orfila, 75020 Paris
Objet social : conseil et recherche dans le
domaine de la propreté aux maîtres d’œuvre
et d’ouvrage.
Gérance : Mme Rania Hamdini, demeurant
79, rue Orfila, 75020 Paris
Durée : 99 ans à compter de son immatriculation
au RCS de Paris
DIVERS SOCIÉTÉS
PANAFRICAINE
DE COMMERCE
INTERNATIONAL
SARL au capital de 7 622,45 euros
Siège social :
98, rue Myra, 75018 Paris
443 302 849 RCS Paris
Par décision de l’AGE du 23 janvier 2017, les
associés ont décidé de procéder à la dissolution de la société à compter de ce jour ; nommé
M. Sylla Ibrahima, demeurant 16, rue Blondel,
75002 Paris, en qualité de liquidateur et les
pouvoirs les plus étendus lui ont été conférés.
Le siège de liquidation et de l’adresse de correspondance sont fixés au siège social.
L’AGE du 30 janvier 2017 a approuvé les
comptes définitifs de liquidation, a prononcé la
clôture des opérations de liquidation et a donné
quitus de son mandat au liquidateur.
Les comptes du liquidateur ont été déposés au
GTC de Paris.
Suivant acte SSP du 2 mars 2017 enregistré
à SIE d’Issy-les-Moulineaux le 2 mars 2017,
bordereau n° 2017/196, case n°24 :
M. DOMINGUES
ENRICO
Demeurant 26, rue Louis-Girard, 92240 Malakoff,
immatriculé au RCS n° 391 694 452, a donné en
location gérance à :
M. KHIAS FOUAD
Demeurant 140, avenue Henri-Barbusse, 92700
Colombes, un fonds de commerce de autorisation
de stationnement n° 30395 et du véhicule équipé
taxi, sis et exploité 26, rue Louis-Girard, 92240
Malakoff, pour une durée d’un an à compter du
2 mars 2017, renouvelable par tacite reconduction.
ANDALUCIA
SARL au capital de 5 000 euros
Siège social :
120, avenue de Clichy
75017 Paris
798 418 703 RCS Paris
L’AGE du 1er mars 2017 a décidé de nommer
gérant M. Kaddour Amirouche, demeurant à Paris
(75017), 6, rue des Apennins, suite à la démission
de M. Larab Sami, a décidé le transfert du siège
social au 6, rue des Apennins, 75017 Paris, et
modifié l’objet social qui devient : achat & vente
d’équipements de boulangeries, à compter du
1er mars 2017.
Dépôt au RCS de Paris.
EGYBAT
SARL au capital de 90 000 euros
Siège social :
16, rue du Séminaire
94516 Rungis CEDEX
498 437 508 RCS Créteil
Suivant l’AGE du 1er septembre 2016, il a été
décidé de transférer le siège social au 27, rue
des Cités, 93300 Aubervilliers ; de nommer
M. Darwich Mohamed, demeurant 27, rue des
Cités, 93300 Aubervilliers, nouveau gérant, en
remplacement de M. El Nawasany Mohamed,
gérant et démissionnaire, et de modifier la forme
sociale qui devient : EURL.
Mentions faites aux RCS de Créteil et de Bobigny.
BATISS
EURE INTER
SARL au capital de 100 000 euros
Siège social :
147, rue Anatole-France
93700 Drancy
800 956 468 RCS Bobigny
Suivant l’AGE du 1er novembre 2016, il a
été décidé de nommer nouveau gérant
M. Koume Mamba, demeurant 3, allée JeanMoulin, (95) Villiers-le-Bel en remplacement de
Mme Dinev, épouse Hachem Roselyne, gérante
et démissionnaire.
Mention en sera faite au RCS de Bobigny.
ETANCH-ROOF
Siège social : chez ABC CONTACT
26, 36, rue Alfred-Nobel
93600 Aulnay-sous-Bois
503 961 401 RCS Bobigny
Aux termes d’une AGE en date du 2 mars 2017,
il a été décidé :
- l’adjonction d’activité : « isolation » ;
- de transférer le siège social qui sera dorénavant
au 5, rue de Belfort, 93600 Aulnay-sous-Bois ;
- le nom commercial est dorénavant « ET.R
Étanchéité » ;
- la démission de co-gérant : M. Bourahel Maamar, de ses fonctions.
Mentions seront faites au RCS de Bobigny.
Rectificatif à l’annonce parue le 9 février 2017
concernant la société :
LEADER GROUP
Il y a lieu de lire :
« Adresse du nouveau gérant M. Erdogan Yann, 24, allée Danton, 93320 Les
Pavillons-sous-Bois ».
Additif à l’annonce parue le 6 mars 2017, concernant la société :
SARLU PRESTIGE
CAR
Lire :
« Suivant l’AGE du 1er mars 2016 augmentation
du capital de 7 500 euros à 50 000 euros ».
Mention faite au RCS de Bobigny
EURL THR
EURL au capital de 7 500 euros
Siège social : 27, rue Victor-Hugo
93500 Pantin
820 915 015 RCS Bobigny
Suivant l’AGE du 20 février 2017, il a été décidé
de nommer nouveau gérant M. Mohamed Salim,

demeurant chez M. Alimur Réza, 7, avenue
Paul-Vaillant-Couturier, 93120 La Courneuve,
en remplacement de M. Sen Razan, gérant et
démissionnaire.
Mention faite au RCS de Bobigny.
P.S DRIVER
SASU au capital de 60 000 euros
Siège social : 9, avenue Michelet
93400 Saint-Ouen
821 544 954 00018 RCS Bobigny
Aux termes d’une AGE en date du 1er novembre
2016, il a été décidé l’adjonction d’activité :
« transport public routier de personnes avec
des véhicules n’excédant pas neuf places, y
compris le conducteur ».
H CAR
SASU au capital de 1 500 euros
Siège social : 1, rue Louis-Aragon
94310 Orly
817 396 153 RCS Créteil
Suivant l’AGE du 1er mars 2017, il a été décidé
l’extension de l’objet social aux activités de :
« transport de voyageurs par taxis, achat, vente
et location de voitures ».
Mention en sera faite au RCS de Créteil.
L’entreprise individuelle :
OUNOUFI
MOHAMMED AREZKI
Domiciliée au 27, rue Paulus, 95130 Franconville,
siret 328 136 254 00039, a donné en location
gérance à la SASU :
H CAR
Immatriculée au RCS de Créteil 817 396 153,
sis 1, rue Louis-Aragon, 94310 Orly, un fonds de
commerce de taxi parisien n° 40011, pour une
durée allant du 1er mars 2017 au 28 février 2018,
renouvelable par tacite reconduction.
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09/03/2017 15:14:38
Culture&Savoirs
Lundi 13 mars 2017 l’Humanité 19
ThéâTre
Au beau milieu
des plantes carnivores
N
Stéphane Braunschweig présente Soudain l’été dernier, de Tennessee Williams, première création
depuis qu’il a pris ses fonctions de directeur du Théâtre de l’Odéon.
ous ne connaîtrons jamais
les circonstances exactes
de la mort de Sebastian
Venable. Le suspense demeurera entier, jusqu’à la
dernière réplique. Où est
la vérité ? Qui ment ? Violette Venable qui, du haut de sa stature familiale et sociale, toise le monde qui
l’entoure ? Ou Catherine Holly, sa nièce,
témoin de la mort de son fils sur la plage de
Cabeza del lobo ? L’affrontement est rude,
rugueux. Mrs Venable se drape dans sa douleur de mère, les piques qu’elle envoie distillent du poison dans les têtes et jusque dans
les veines de Catherine, déjà sous l’emprise
médicamenteuse depuis que sa tante l’a fait
interner. Ce n’est pas une enquête policière
mais une enquête psychique, une double
confession psychanalytique – celle de la mère
et de la nièce – confiée par Mrs Venable au
Dr Cukrowicz, jeune psychiatre dont les travaux de recherche sont financés par cette
dernière. On pense que l’affaire est bouclée,
que le jeune médecin va céder aux arguments
de la mère…
ne démordra pas de sa version. Ni le sérum
de vérité, ni la menace d’une lobotomie ne
la feront fléchir. Le docteur Cukrowicz va
recevoir la parole de la tante et de la nièce
sans jamais juger, et son écoute va bouleverser
la donne, inverser les rapports de forces et
de domination qui régulaient ce petit monde.
Stéphane Braunschweig signe la mise en
scène et la scénographie. C’est dans le jardin
imaginé par la victime que ce huis clos familial
va se dérouler. Des plantes tropicales exubérantes enveloppent les protagonistes. Une
nature suffocante, envahissante, carnivore ;
un éden à la fois ordonné et indomptable,
dont les branches géantes des plantes vont
inexorablement se refermer sur leurs proies
prises à leur propre piège. Luce Mouchel est
une Mrs Venable impressionnante, à la fois
autoritaire et blessée dans son orgueil de
mère qui oscille sans cesse entre folie et lu-
Les mots disent à la fois le pouvoir
et l’impuissance
cidité morbide, et sent son ascendance sur
tous lui échapper. Elle navigue sans cesse
d’un état l’autre, furieuse de sentir son emprise, son empire s’effriter. Tout passe par
des inflexions de voix, une gestuelle aristocratique, des haussements de sourcils à peine
perceptibles… Les incursions de Virginie
Colemyn, Mrs Holly, belle-sœur et mère de
Catherine, personnalité ambiguë tiraillée
entre ses enfants et l’héritage familial, sont
savoureuses. Chez Tennessee Williams, ce
n’est pas Saturne dévorant ses enfants, mais
les mères qui les étouffent contre leur sein.
Jean-Baptiste Anoumon campe le jeune médecin et, au fur et à mesure, donne de l’amplitude à son personnage. Marie Rémond,
Catherine, ne nous a pas tout à fait convaincus.
Son interprétation manque de mystère, d’intensité. Sa partition est encore trop monochrome et ne laisse rien filtrer de son combat
intérieur, de ses tourments, ni percevoir la
fragilité et la force du personnage. Peut-être
n’est-ce là qu’une question de temps…
L’écriture dense, intense de Tennessee
Williams éclaire par à-coups les zones
d’ombre, reconstituant un à un les morceaux
du puzzle familial dont il semble sans cesse
manquer un morceau. Derrière la façade
policée de la demeure, des non-dits, des
rancœurs cumulées, des envies de meurtre
dissimulées. Racisme, homophobie, inceste,
cannibalisme… tout est poisseux, glauque.
La relation mère-fils, fusionnelle plus que de
raison. Celle qu’entretiennent la tante et sa
famille, belle-sœur et neveu, particulièrement
perverse et toujours intéressée, tous étant
prêts à sacrifier Catherine sur l’autel de l’héritage. L’argent, le pouvoir qu’il confère, qui
tire les ficelles, faisant de chacun des protagonistes des petits monstres d’égoïsme,
cupides et veules. Mais c’est là le premier
niveau. Tout est plus complexe. Moins évident.
Les masques tombent peu à peu, mot à mot,
et révèlent des êtres esseulés, des mères malaimantes et des enfants mal-aimés. Les mots
disent à la fois le pouvoir et l’impuissance.
Catherine est et sera à jamais le grain de sable
qui fait s’enrayer la machine qui permettait
de sauver les apparences. Catherine, être à
la fois fragile et fort qui, en dépit des pressions,
Racisme, homophobie,
inceste, cannibalisme…
tout est poisseux, glauque.
Marie-José sirach
Marie rémond et Glenn Marausse dans Soudain l’été dernier où le suspense demeure
entier jusqu’à la dernière réplique. Thierry Depagne
Jusqu’au 14 avril, au Théâtre de l’Odéon.
Location : 01 44 85 40 40. Du 25 au 29 avril
au Théâtre du Gymnase à Marseille.
Du 11 au 14 mai au Piccolo Teatro à Milan.
20 l’Humanité Lundi 13 mars 2017
CHORÉGRAPHIE
Elles dansent au féminin
pluriel et singulier
Trois femmes, trois destins, pour raconter sans fard l’itinéraire
de trois artistes venues du bout du monde.
E
lles s’appellent Asthar Muallem,
Voleak Ung et Cathrine Lundsgaard Nielsen. L’une est d’origine palestinienne, l’autre
cambodgienne, la dernière danoise. Elles ont fait leurs classes au Centre
national du cirque de Châlons. C’est là que
Séverine Chavrier, musicienne, metteuse
en scène et, désormais depuis janvier,
directrice du Centre dramatique national
d’Orléans, les a rencontrées.
Une chorégraphie intense, émouvante,
joyeuse et désordonnée
Beauvoir, d’Olympe de Gouges. Tour à tour
princesses, sorcières, elles dansent, se défient, tapent du pied sur le sol, grimpent
au mur, se coursent-poursuite, s’amusent,
se battent, arpentant la scène dans tous les
sens.
C’est une chorégraphie intense, émouvante, joyeuse et désordonnée, comme la
vie, leur vie. Comme les pays qu’elles ont
quittés, le pays où elles se sont posées. Séverine Chavrier sublime leurs paroles, leurs
gestes, dans un dispositif scénique sobre qu’elles
zèbrent d’éclairs mouvementés, dans un jeu de miroirs
où leurs histoires se croisent, les séparent et les rapprochent. Danse, chansons, photos anciennes d’ici et de
là-bas, instantanés vidéo, tout est mouvement, tout fait
mouvement. Le corps, les mots, leur souffle, les souvenirs,
les rêves d’avenir soulèvent des montagnes. Elles ont de
l’énergie à revendre. Des choses à raconter utilisant la
langue des signes, des mots et des corps sans crier gare.
On retient tout de leurs confessions dansées, et surtout,
ou avant tout, leur sourire, éclatant.
DE SA
FORMATION
EN LETTRES
ET EN PHILOSOPHIE
À SES ÉTUDES
DE PIANO, SÉVERINE
CHAVRIER A GARDÉ
UN GOÛT PRONONCÉ
POUR LE MÉLANGE
DES GENRES.
De leurs récits de vie, elle a créé un spectacle, Après coups
Projet Un-Femme, où elles se racontent, où elles jouent et
dansent leur vie. Là, sur le plateau, sans artifice, avec une
énergie folle, une sacrée dose d’humour et un sens de
l’autodérision terrible, n’hésitant pas à danser un crêpage
de chignon prompt à défriser les moustaches des misogynes
du monde entier ! À ceux-là, elles tiennent tête, avec
malice, avec courage. Elles trois ont traversé des frontières,
avancé à tâtons, pris des chemins de traverse, lutté contre
des vents contraires sans jamais renoncer à leurs rêves.
Leur corps a pris des coups mais, tels les roseaux, ils ont
parfois plié, jamais rompu. Elles ont pris conscience de
leur puissance – girls power ! – au fur et à mesure qu’elles
s’émancipaient de tous les carcans et préjugés, devenant,
peut-être sans le savoir, les héritières de Simone de
MARIE-JOSÉ SIRACH
Le spectacle a été créé au Théâtre de la Bastille en février
dernier. Les 15 et 16 mars au Théâtre des Deux-Rives
à Rouen dans le cadre du festival Spring.
Les 31 mars, 1er et 2 avril aux Subsistances à Lyon,
au Fest’Avril en vrille.
Asthar Muallem, Voleak Ung et Cathrine Lundsgaard Nielsen jouent et dansent leur vie. Alexandre Ah-Kye
LA CHRONIQUE
THÉÂTRE
DE JEAN-PIERRE
LÉONARDINI
Éric Lacascade
boxe à poings nus
A
près les Barbares (2006) et les Estivants
(2008), Éric Lacascade s’attaque aux
Bas-Fonds, bouclant ainsi avec éclat
une trilogie vouée à Maxime Gorki (1). On sait
la prospérité cinématographique de l’œuvre,
honorée par Jean Renoir et Akira Kurosawa.
Créée en 1902 au Théâtre d’art de Moscou, la
pièce après plus d’un siècle n’a rien perdu de
son mordant de classe, ni de son esprit de
commisération. Lacascade, adaptant la traduction d’André Markowicz, en renforce la
brutalité émotive en phrases rudes, dans un
parler cru que quinze acteurs habitent avec
un juste emportement dans une scénographie
d’Emmanuel Clolus (chef-d’œuvre d’arte
povera ; sur l’aire vaste, des tables et chaises
en plastique, un rideau transparent devant
une collection de lits de camp). Le seul luxe,
c’est le jeu, tout en saccades, impulsions, sans
cesse soumis à la tentation du corps-à-corps
et toujours contrôlé. C’est
que la misère face à l’inUne
justice sociale criante et
la rage qui en découle
population
avant l’accablement
de déclassés,
n’engendrent pas je ne
quelle mièvre éléde désespérés sais
gance mais en inventent
une autre, plébéienne,
sur le mode
qui s’habille de fureur.
actuel.
En deux heures et quart,
la représentation va son
train d’enfer. L’admirable est que cela s’effectue
sans nuire à la compréhension de la fable, où
l’on voit un jeune voleur en mal de rédemption
par l’amour s’éprendre de la fille battue du
riche marchand de sommeil dont la femme,
jalouse, pousse au meurtre de l’époux, tandis
que gravite autour de ceux-là une population
de déclassés, de désespérés sur le mode actuel,
qu’un sage vagabond de passage va tenter, en
vain, de révéler à eux-mêmes. À la fin, un
homme se pend. Éternel paradoxe du théâtre,
qui peut simuler la réalité la plus noire des
sans-papiers (de la Russie du tsar à la douce
France républicaine des droits de l’homme)
jusqu’à en faire matière d’art. Ici, c’est grâce
à l’excès en vigueur dans la mise en scène,
qu’on pourrait comparer à de la boxe à poings
nus. Le dessein présent d’Éric Lacascade est
on ne peut plus lisible. Il s’agit pour lui de
s’attacher, en toute véhémence, à un théâtre
d’état d’urgence qui peut labourer le champ
politique de façon indirecte, porté qu’il est par
la vitalité désespérée (comme disait l’autre,
Pier Paolo Pasolini, pour le nommer) d’une
troupe conduite aux confins d’une expression
plastique intense. Voir, à ce titre, cette scène
où la bière coule à flots pour dire la colère impuissante.
(1) La création a eu lieu à Rennes,
du 2 au 11 mars. Du 17 mars au 2 avril,
les Bas-Fonds seront à l’affiche des Gémeaux
(scène nationale) à Sceaux.
Joël Lumien
Culture&Savoirs
Lundi 13 mars 2017 l’Humanité 21
Culture&Savoirs
DISPARITION
Ángel Parra, la voix
du peuple chilien
Le chanteur, qui fut contraint à l’exil sous la dictature de Pinochet,
est mort, samedi, à Paris, à l’âge de 73 ans, des suites d’un cancer.
I
Il enregistra son premier
disque à quinze ans
Ángel Parra était né en 1943, à
Valparaiso. Son père, Luis Cereceda, était cheminot, membre
du Parti communiste. À la séparation de ses parents, il fut élevé
par sa mère, Violeta Parra, immense interprète de la musique
traditionnelle et de la chanson
populaire chiliennes. Elle fut
l’une des premières chanteuses
qui donna à son répertoire un
contenu politique. Ainsi est né
ABONNEMENT COUPLÉ l’Humanité quotidienne,
avec le magazine l’Humanité Dimanche, chaque jeudi.
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o abonnement postal 39,50 € o abonnement au portage 42,50 €
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Tarif spécial : chômeur, étudiant et moins de 26 ans (justificatif obligatoire)
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UNE QUESTION ? LA RELATION LECTEUR VOUS RÉPOND
AU 01 55 84 40 30.
HQ 22134
l disait avoir deux pays,
deux langues, deux
cultures. Installé avec sa
famille en France depuis
1976, il gardait en mémoire
son pays, le Chili, où il avait enfin
pu retourner en 1989. Ángel Parra
portait en lui la douleur de l’exil
et le souvenir du 11 septembre
1973, quand le général Pinochet
fomenta son coup d’État, réprimant dans le sang l’expérience
démocratique du gouvernement
d’Unité populaire dirigé par le
président Salvador Allende.
Commença alors la longue nuit
du peuple chilien, qui connut
seize années de dictature, l’enfermement, la déportation, la
torture de milliers d’entre eux,
plongeant le pays dans le deuil
et la résistance. Ángel Parra fut
de ceux-là. Membre du PC
chilien, on ne lui pardonnera pas
d’avoir chanté l’espoir et rêvé
de changements pour son pays.
Il fut emprisonné au stade national de Santiago, puis déporté
près d’un an dans le camp de
Chacabuco, dans le désert d’Atacama, au nord du Chili. Puis il
s’exila au Mexique et trouva refuge à Paris. Il avait été libéré
grâce à la protestation de nombreux artistes, dont Yves Montand et Charles Aznavour. Il
n’oublia jamais ces années terribles, marquées par l’emprisonnement, la torture et la mort
du musicien Victor Jara, du poète
Pablo Neruda douze jours après
le coup d’État, dans sa maison
saccagée par la junte militaire,
et la fin tragique de Salvador
Allende, retranché dans le palais
de la Moneda bombardé par les
chars et l’aviation.
Abonnements
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Adresse..............................................................................................................................................................
................................................................................................................................................................................
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Téléphone........................................... Adresse e-mail............................................................................
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DIMANCHE 19 MARS À 17H
AU CABARET SAUVAGE
Ángel Parra lors de la Fête de l’Humanité, en 2003. Pierre Pytkowicz
l’amour d’Ángel Parra pour la
musique, découverte grâce à sa
famille. À quinze ans, il enregistre son premier disque. « J’ai
appris à chanter avec ma mère,
une grande chanteuse populaire
qui elle-même avait appris de la
sienne », avait-il confié à notre
journal, en 2003, à l’occasion de
son passage sur la scène du village du monde à la Fête de l’Humanité. « Ma grand-mère
chantait dans les villages où la vie
festive se déroulait autour de ces
femmes qui faisaient vivre les
chants traditionnels. Ma mère,
Violeta, a ensuite collecté ces
trésors dans tous le pays et les a
inscrits à son répertoire pour les
restituer. » Un héritage qu’il
partagea naturellement avec elle
sur scène, en tant que musicien
et compositeur, avant de fonder
en 1965, avec sa sœur Isabel, la
Peña de los Parra, lieu de concerts
et de rencontres de la chanson
populaire où se croisèrent des
auteurs tels Pablo Neruda, Victor
Jara ou encore Paco Ibáñez. « Ángel Parra était non seulement
membre d’une dynastie de créateurs incomparables, mais aussi
un être engagé, solidaire, entier,
une personnalité charismatique
et généreuse », a souligné l’ambassadrice du Chili en France,
en annonçant la mort du chanteur. En 2006, il avait sorti un
disque où il interprétait les chansons de sa mère, Violeta, ainsi
qu’un livre évoquant sa vie. Il
fut aussi l’auteur du roman Mains
sur la nuque (2007), évoquant le
coup d’État de Pinochet. En 2013,
il avait également fait paraître
un album, Venceremos, en hommage à Salvador Allende.
VICTOR HACHE
Bal poétique de l’Afrique enchantée
animé par Vladimir Cagnolari et Soro Solo,
parrain du 19e Printemps des Poètes
Lancement
de la 22e Semaine
de la langue française
et de la Francophonie
Clôture du 19e
Printemps des Poètes
Infos pratiques › Billets : 15e adultes / 8e enfants (sur place)
Points de vente habituels – Plus d’infos sur :
www.cabaretsauvage.com – www.printempsdespoetes.com
22 l’Humanité Lundi 13 mars 2017
Culture&Savoirs
rAdio
notre choix télé
La voix de Pierre Bouteiller
s’est éteinte
François Hollande,
le mal-aimé
France 3, 20 h 55.
Documentaire
de Jean-Michel Djian.
Un documentaire à la gloire
du chef de l’État, il fallait
oser. Et France 3, tranquillement, met les pieds dans
le plat. Si François Hollande
est mal-aimé, selon les mots
du réalisateur, c’est que les
Français ne l’ont pas compris. Selon les intervenants
multiples du documentaire
de Jean-Michel Djian, les
seuls torts de l’occupant
actuel de l’Élysée sont un
manque de pédagogie sur
son action et une trop forte
confiance en lui. Hollande
sur le mode Calimero, il ne
nous manquait plus que ça.
À voir, par curiosité.
L’homme et dirigeant de la radio publique s’est éteint vendredi
à l’âge de 82 ans. Créateur tous azimuts, il est une des grandes voix de son époque.
I
l commençait ses émissions par un « bonjour », qui n’était
pas qu’une politesse. Dans le ton de ce « bonjour »-là, il y
avait certes une infinie élégance. Mais aussi une sacrée dose
d’impertinence. Pierre Bouteiller est décédé vendredi à
82 ans, « en écoutant du jazz », a raconté l’un de ses fils. Le
jazz, sa seconde passion après la radio, auquel il a consacré toute
sa vie, dénichant des talents, dépoussiérant les antennes.
Pierre Bouteiller était né le 22 décembre 1934 à Angers. Étudiant,
à la fin des années 1950, il se passionne, avec quelques amis, pour
une émission de jazz, sur Europe 1, alors en pleine ascension. Ce
qui lui donne envie de passer un concours de jeunes reporters
pour la station, qu’il remporte, en 1968. Sa carrière est lancée,
et le virus de la radio ne le quittera jamais. Il se fait virer dix ans
plus tard, à propos d’un sketch irrévérencieux sur le général de
Gaulle. Et atterrit alors sur France Inter, où il peut recevoir, tous
azimuts, les artistes, dans Embouteillages. Il anime aussi l’émission
culte de la station publique, le Masque et la Plume, jusqu’en 1989.
Mais, à côté, quel découvreur de talents ! Lors de son bref passage
à TF1, en 1981, il met à l’antenne le fameux Droit de réponse de
Michel Polac.
Retour au jazz avec TSF
Directeur de France Inter en 1989, il recrute un petit jeune,
Laurent Ruquier, mais s’entoure également de journalistes aussi
talentueux que Gérard Lefort ou Kathleen Evin, et redonne une
émission à Bernard Lenoir. En 1999, il dirige France Musique, et
fait ajouter un « s » à musiques. La station a de très bons résultats
Fondateur : Jean Jaurès. directeur : Patrick Le Hyaric.
Société anonyme à directoire et conseil de surveillance.
Société nouvelle du journal l’Humanité (SA 99 ans à compter du 1er janvier 1957).
capital social : 2 500 000 euros.
siège social : 5, rue Pleyel, immeuble Calliope, 93528 Saint-Denis CEDEX.
Téléphone : 01 49 22 72 72. service diffusion (fax) : 01 49 22 73 37.
service aux abonnés : 01 55 84 40 30 - relationlecteur@humanite.fr.
Vente commerciale : 01 49 22 73 31. Vente militante : 01 49 22 73 47.
Publicité : Comédiance. Téléphone : 01 49 22 74 43 (commerciale). 01 49 22 74 53
(annonces classées). 01 49 22 74 89 (annonces légales).
directoire : Patrick Le Hyaric, président du directoire et directeur de la publication ;
Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction ; Silvère Magnon, secrétaire général
et co-directeur de la publication ;Frédéric Borie, directeur administratif et financier.
conseil de surveillance : Jean-Louis Frostin, président.
Actionnaires principaux : l’Association des lectrices et lecteurs de l’Humanité ;
l’Association des diffuseurs de l’Humanité.
impression : POP (La Courneuve), Mop (Vitrolles), Nancy-Print, CILA (Nantes).
Numéro ISSN : 0242-6870.
dépôt légal : date de parution.
commission paritaire : 0418 C 79615.
tirage du jeudi 9 mars 2017 : 45 653 exemplaires.
Imprimé sur des papiers produits
en France, Belgique et Espagne
– 60% ou 100 % de fibres recyclées – IFDG.
retrouVez l’HUmanité sur internet
www.humanite.fr
facebook.com/humanite.fr
twitter.com/humanite_fr
Film de Costa-Gavras,
avec Charles Vanel,
Jean-Claude Brialy,
Bruno Cremer, Michel Piccoli.
l’animateur a consacré toute sa vie à la radio. INA/AFP
d’audience, mais le directeur de Radio France, Jean-Paul Cluzel,
le jugera « trop vieux » pour continuer, en 2006. Il se consolera en
animant sur TSF Jazz Si bémol et fadaises, une émission matinale
puis dominicale jusqu’en 2015. Les hommages, unanimes, ont
tous salué sa mémoire, son élégance, et son esprit irrévérencieux.
À l’instar de ce mot sur Radio France, ressorti par Philippe Vandel :
« Radio France, c’est simple : si ça parle, c’est France Musique. S’il
y a de la musique, c’est France Info qui est en grève. »
Mots croisés
HORIZONTALEMENT
1. Contredisant. 2. Retire. Rendues plus
attrayantes. 3. Singe-araignée. 4. Résistance physique. Sur une peau d'âne.
5. Chalands. Se rend. 6. Mouche piqueuse. Acteur humoriste français aujourd’hui disparu. 7. Canal qui conduit
l'eau d'un lieu à un autre. Sud-Ouest en
abrégé. 8. Bon à rien. Noir, c'est le pétrole. Unités monétaires principales de
la Roumanie. 9. À toi. Balourd. 10. Presses à mâchoires. Se dilater la rate.
PIF
En 1943, un groupe de maquisards délivre des résistants promis à l’exécution.
À peine l’opération terminée, le chef de groupe
s’aperçoit qu’un prisonnier
de droit commun a été libéré
aussi. La règle voudrait qu’il
soit tué sur-le-champ…
cAroline constAnt
I
N° 21134 par Martial Dubois
II
III
IV
V
VI VII VIII IX
X
1
VERTICALEMENT
I. Note. Quatre-vingts. II. Période de
beaux jours tardifs, lorsqu'on le dit indien. Vernît. III. Abréviation désignant
un avocat. Combustible liquide dérivé
du pétrole. IV. Gros harpon à plusieurs
dents pointues. Il mouille son petit lit.
V. Drame lyrique. Sur une borne. Très
agréable au toucher. VI. Machines agricoles. VII. Pilastres carrés. Symbole du
tour. VIII. Bien arrivée. Poème narratif.
IX. Boîte à images. X. Petit os du carpe.
SOLUTION : HORIZONTALEMENT. 1. Démentant. 2. Ôte. Ornées. 3. Atèle. 4. Force. Ès. 5. Clients.
Va. 6. Taon. Sim. 7. Aqueduc. S.O. 8. Nul. Or. Lei. 9. Ta. Rustaud. 10. Étaux. Rire.
VERTICALEMENT. I. Do. Octante. II. Été. Laquât. III. Me. Fioul. IV. Foëne. Ru. V. Nô. RN. Doux.
VI. Tracteurs. VII. Antes. Tr. VIII. Née. Lai. IX. Téléviseur. X. Sésamoïde.
l’humAnité
Un Homme de trop
Arte, 20 h 50.
Humanité N° 22134
2
3
4
5
6
7
8
9
10
D’après C. ARNAL
Lundi 13 mars 2017 l’Humanité 23
ViVre sans musique…
« La vie sans musique
est tout simplement
une erreur,
une fatigue, un exil. »
Friedrich Nietzsche
2 000
C’est le nombre d’enfants
qui ont découvert
la musique classique par
le biais de la Philharmonie.
Reportage
un Projet et une méthoDe sPéCifique,
initiés Par la Philharmonie De Paris
Présent dans plusieurs régions de France, ce projet initié
par la Philharmonie de Paris a développé une pédagogie
spécifique. D’abord, l’apprentissage de l’instrument se fait
dans l’orchestre pour favoriser les liens entre les enfants
et les encadrants. Le travail d’écoute est privilégié,
avec l’oral et l’imitation. La deuxième année, ils passent
à la lecture musicale pour déchiffrer la partition.
La troisième s’ouvre sur le répertoire et la pratique
orchestrale. C’est au terme de ce cycle de trois ans
que les enfants peuvent soit continuer leur instrument
dans le cadre du projet, soit se présenter dans une école
de musique ou un conservatoire.
répétition au club léo-lagrange
à Bonneuil-sur-marne.
« apprendre un instrument, c’est
surtout apprendre un comportement,
une régularité dans le travail et écouter
les autres pour jouer ensemble. »
Bonneuil-sur-Marne
Culture
Cordes sensibles à
Bonneuil-sur-Marne
Depuis 2010, le projet Demos favorise l’accès à la musique classique,
pratiquée en orchestre, pour les enfants issus de milieux modestes.
B
oubakary est campé sur sa chaise. La
posture parfaite. L’archet dans une main.
Son bras gauche embrasse le violoncelle.
Ses yeux fixés sur la partition, Grande
ritournelle, extrait de la Belle Excentrique
d’Erik Satie, il joue la mélodie aux côtés
de Yanis, 15 ans, et de Silly, 7 ans. C’est
ici, au club Léo-Lagrange, que, chaque semaine depuis
sept ans, une quinzaine d’enfants des cités environnantes
de Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne) viennent apprendre à jouer d’un instrument à cordes. Le violon ou
l’alto pour les uns, le violoncelle pour les autres. Situé
rue Léa-Maury, le club propose des ateliers sociolinguistiques à destination d’enfants qui rencontrent des difficultés
scolaires et familiales. C’est à ces enfants-là, les plus
éloignés d’une pratique musicale, que Sylvie Forestier,
directrice du club Léo-Lagrange, a proposé une aventure
hors du commun, à l’initiative de la Philharmonie de
Paris : le projet Demos (peuple, en grec).
Chaque mercredi et chaque vendredi, ce rez-de-chaussée
d’immeuble se transforme en conservatoire de musique
avec trois professeurs, des pupitres et des instruments,
dont les étuis sont étiquetés au nom de chaque élève. À
13 h 30, une grappe d’enfants toque à la porte. Pendant une
demi-heure, ce groupe réduit répète les variations en petit
comité. Puis, de 14 heures à 16 heures, les musiciens en
herbe travaillent les morceaux ensemble. Dans une des
deux salles, Pierre Charles, professeur de violoncelle, installe
les pupitres en cercle. En jogging et baskets noirs, Boubakary
semble impatient de commencer la leçon. Il sort lui-même
son violoncelle de l’étui, le place devant lui et le cale au
pied de sa chaise. Il l’accorde. Sur sa partition, il a écrit son
prénom au crayon de bois. Il parle peu, observe attentivement son professeur, puis se lance dans les premières notes.
Fa, sol, la… « Je t’arrête tout de suite, intervient Pierre
Charles, il était un peu bas ton fa, tu reprends un peu moins
vite ? » Le professeur joue l’orchestre. « On rentre au milieu
d’une phrase, donc il faut faire plus doucement d’emblée »,
corrige-t-il. Bouba soulève les cordes avec fluidité.
Après sept ans de travail, cet élève de 4e n’est plus le même.
Pour Sylvie Forestier, la directrice du club, il était impensable qu’à l’âge de 7 ans, au début du projet, il tienne une
minute assis sur une chaise sans bouger. « Il était dissipé
et se mettait facilement en colère. Il se retrouvait souvent par
terre. Il avait aussi des difficultés scolaires. On lui a proposé
un instrument. Il a accroché très vite. Pendant les cours, il
était concentré et motivé. Ce n’était plus le même. » Bouba
sourit lorsqu’on parle de lui. Et quand on lui demande ce
qu’il pense de ce projet, il répond, laconique : « C’est autre
chose que le rap. »
Pendant ce temps, dans le couloir, deux élèves accordent
leur violon avec Jalil Cherraf, professeur de violon. Entré
dans le projet il y a trois ans, il a appris à transmettre la
musique autrement. « Apprendre un instrument, c’est surtout
apprendre un comportement, une régularité dans le travail
et écouter les autres pour jouer ensemble. On n’est pas sur
une approche académique de la musique classique, mais on
exige autant de rigueur. » Et cela n’empêche pas certains
de se révéler particulièrement doués. Jalil pense notamment
à une élève de 17 ans capable de reproduire immédiatement
la mélodie au violon.
Dans les ateliers, les plus jeunes ont parfois du mal à
comprendre le sens d’un travail acharné sur une partition.
Le but de jouer en orchestre paraît abstrait. Mais, lorsqu’ils
ont donné un concert salle Pleyel, l’an dernier, tout s’est
éclairé. « Le temps leur a semblé si court. Ils étaient tous
hallucinés. Sept mois de travail pour quinze minutes de présence sur scène, c’est peu. Ils font appel non pas à leur force
physique, mais à leur sensibilité. C’est ça, pour moi, la réussite. Quoi qu’ils fassent plus tard, cette expérience va les
marquer à vie », conclut Jalil.
« En concert, ils ne sont pas comme à la maison,
ils sont sérieux et posés »
Le projet s’adresse indirectement aux familles. Il arrive
que certains parents s’opposent à l’apprentissage de la
musique à cause de croyances culturelles ou religieuses.
« Rien n’est gagné d’avance, assure Sylvie. On se bat pied
à pied pour convaincre et motiver les jeunes qui pensent
arrêter parce qu’ils ne sont pas toujours soutenus par leurs
parents. Ils se retrouvent tiraillés alors qu’ils adorent venir
jouer. D’autres parents soutiennent à fond le projet et ont été
très émus de voir leurs enfants sur scène. » C’est le cas de
Maro, la maman de Bintou et Silly. « À la maison, ils en
parlent tous les jours, de la musique. Silly était jaloux de sa
sœur, qui faisait du violon. Lui, il voulait faire de la contrebasse, mais c’était trop gros ! Alors il fait du violoncelle et
dit qu’il deviendra musicien », confie-t-elle. Les voir sur
scène, à Paris, a été intense pour Maro. « Ils ne sont pas
comme à la maison, ils sont sérieux et posés. C’était
magnifique ! »
Pendant les vacances de Pâques, comme à chaque vacances
scolaires, le groupe de Bonneuil-sur-Marne fera un stage
intensif en Bretagne. Avec pour objectif un concert, le
23 juin, avec un orchestre de jeunes Colombiens sur la
prestigieuse scène de la Philharmonie de Paris.
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