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L'Humanite 22162 2017

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l’Humanité
VENDREDI 21, SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 AVRIL 2017 | N° 22162 | 2 € l’Humanité.fr
Premier tour
de l’élection
présidentielle,
dimanche 23 avril.
Chaque bulletin
pour Jean-Luc
Mélenchon sera
décisif.
PAGES 4 À 9
PIERRE LAURENT : « LE VOTE EN FAVEUR DE JEAN-LUC
MÉLENCHON OUVRE UN ESPOIR CONSIDÉRABLE »
Le secrétaire national du PCF appelle à convaincre les derniers indécis.
Alain Guilhot/Divergence
M 00110 - 421 - F: 2,00 E
3’:HIKKLB=UUWUU]:?k@e@m@b@a";
BELGIQUE 2 € - LUXEMBOURG 2 € - ANTILLES-RÉUNION 2,20 € - ITALIE 2,30 € - ESPAGNE 2,30 € - MAROC 22 MAD
À portée
de main
2
l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
BONNE NOUVELLE
NOS POINTS CHAUDS
AVANCÉES SOCIALES
CULTURE
SCIENCES
POLITIQUE
Iran
Italie
Une équipe d’archéologues
de l’Organisation iranienne
du patrimoine culturel a réussi
a identifié une ancienne cité
souterraine de 2 000 ans
sous la ville actuelle
de Sâmen, à 400 km
de la capitale, Téhéran.
À la suite de la visite
du leader séparatiste
du nord de l’Italie Matteo
Salvini à Naples, les
antiracistes napolitains
organisent un concert
à Pontida, fief de la Ligue
du Nord, samedi.
Maroc
Le squelette d’un dinosaure marin
vieux de 66 millions d’années, retiré
d’une vente aux enchères à Paris
fin février, a été restitué au Maroc.
Japon
Pour la première fois,
l’État envisage de limiter
le nombre d’heures supplémentaires
des travailleurs… à 100 heures
par mois en période d’activité intense.
REGARD SUR L’ACTUALITÉ
Emmanuelle Corne
Géographie de l’humanité
L’actualité sur l’Humanité.fr
Le nombre d’exécutions faisant suite à l’application
de la peine de mort dans le monde a baissé de 37 % en 2016
par rapport à 2015, selon l’ONG Amnesty International.
Un recul à nuancer, toutefois, les chiffres concernant
la Chine étant inconnus.
Dans cette émission du jeudi
20 avril, Patrick Le Hyaric
démonte trois idées reçues sur
Jean-Luc Mélenchon ; il évoque
des pistes pour lutter contre le
dumping social que subissent
aujourd’hui les salariés de
l’usine Whirlpool d’Amiens,
dont la production est
délocalisée en Pologne ;
il apporte son soutien à
Marwan Barghouti, ainsi
qu’aux prisonniers politiques
palestiniens en grève de la
faim ; il réfléchit à la stratégie
à adopter vis-à-vis d’Erdogan
pour ne pas couper le peuple
turc de l’Europe, et il rend
hommage à Armand Gatti.
Une vidéo à voir sur
www.humanite.fr
Le réseau des mobilisations
citoyenne, sociale
et culturelle
La femme du jour
LE FIL ROUGE
HENRIETTE HENRY
filrouge@humanite.fr
C
ontrôleuse du travail et représentante du personnel CGT, Henriette
Henry se retrouve en procédure
disciplinaire pour « propos discriminatoire », après s’être fait traiter de « négresse » par une collègue. La syndicaliste
se dit victime de mesures vexatoires depuis
qu’elle a pu obtenir sa mutation dans sa
Guyane natale. « Cela faisait cinq ans que
je ne répondais pas (aux insultes – NDLR).
J’y suis retournée pour lui dire que je n’en
pouvais plus, que j’étais chez moi ici », a-telle raconté sur France Inter. La veille,
cette même collègue lui aurait dit : « T’es
pas foutue de réussir le grade d’inspecteur,
reste à ta place. » Et pour avoir réagi en
public, c’est Henriette qui risque la rétrogradation et deux ans de suspension. Pourtant, «elle a écrit à sa hiérarchie (...) et
déposé plainte, mais tout ça est resté sans
suite» précise Anthony Thiers, son avocat.
Une injustice dénoncée par la CGT, qui
s’est rassemblée, hier, devant le ministère
du Travail, pour soutenir Henriette, reçue
par la commission disciplinaire. La décision
reviendra à la ministre Myriam El Khomri.
La CGT et l’Union des travailleurs guyanais
(UTG) ont prévenu : aucune sanction ne
sera acceptée.
PIERRIC MARISSAL
L’IMAGE DU JOUR
Avec un Russe et un Américain à son bord, Soyouz MS-04 a décollé en direction
de l’ISS, jeudi, du cosmodrome de Baïkonour. C’est ce vaisseau qui ramènera
Thomas Pesquet sur Terre, en juin prochain. Kirill/AFP
Ligue des Droits de l’Homme @LDH_Fr
Nous demandons aux candidats de la #Présidentielle2017
de s’engager pour faire diminuer la population carcérale !
Béziers (34). Les communistes de Béziers
organisent un apéritif fraternel et citoyen
ce vendredi, en présence des candidats aux
législatives Nicolas Cossange et Nadia Mateu.
Rendez-vous à partir de 18 heures, au pied
de la statue de Paul Riquet, sur les allées.
Saint-Laurent-du-Var (06). Jean-François Téaldi dédicacera son livre Journaliste, syndicaliste, communiste samedi à
la librairie du magasin Galeries Lafayette
Cap 3000, de 11 heures à 19 heures.
Poitiers (86). La CGT du CHU de Poitiers
vous invite, ce vendredi à 16 h 30, à une
table ronde sur le risque de l’amiante
encouru par le personnel comme par les
retraités. Cette table ronde sera animée
par Me Lafforgue, avocat à Paris, spécialisé
dans le droit du travail, ainsi que M. Judas,
fonctionnaire à la retraite et syndicaliste
à la CGT, à la tête du collectif amiante du
Tripode de Nantes. Tour Jean-Bernard,
salle de conférences, 2, rue de la Milétrie,
06 11 94 39 22.
L’HUMANITÉ DANS LES MÉDIAS
Dimanche, à 23 h 30, Patrick
Appel-Muller participera à la soirée
électorale de LCP.
Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité
3
Temps forts
C
inquante mille soixante-et-un
signataires. Le docteur Alain
Frobert, médecin gériatre dans
le sud de la France, n’en revient
pas. Sa pétition pour le développement d’un « réseau national de centres
de santé contre les déserts médicaux » mise
en ligne sur le site change.org il y a tout
juste deux mois, a fait mouche. Non seulement les signataires se bousculent mais
en rajoutent. « Je suis d’autant plus surpris
que la pétition n’a pas été médiatisée. Franchement, lorsque je l’ai rendue publique,
j’étais persuadé que l’idée des centres de
santé n’intéressait pas grand monde, confiet-il. Lorsque j’en parlais, on me disait “oui
mais”… Et puis je constatais que les candidats
à la présidentielle se bornaient à ne proposer
que la poursuite et l’extension de l’aide à
l’installation de praticiens pour lutter contre
les déserts médicaux. Une solution
inefficace. »
Non seulement les signatures affluent,
mais près de 240 pages de commentaires,
de témoignages, des soutiens pour l’essentiel, les accompagnent. Environ 5 000 messages. Certains partisans lui téléphonent,
des collègues généralistes, des internes et
même un cancérologue, responsable de
pôle d’un CHU de la région ChampagneArdenne. Et, bien sûr, des professionnels
de centres de santé. « Du coup, un collectif
informel est en train de voir le jour, se réjouit-il. À l’évidence, le sujet santé est très
important pour les Français, nombreux, dans
leurs témoignages, à évoquer leurs difficultés
d’accès aux soins. » Un phénomène qu’il
connaissait mais dont il a découvert l’ampleur, notamment dans les villes.
ÉDITORIAL
Bruno Arbesu
« La fatalité triomphe dès qu’on croit en elle », écrivait
Simone de Beauvoir. La trahison et les peines sociales
de ce quinquennat, le paysage politique dévasté, les
colères populaires parfois dévoyées vers la haine du
voisin, la dissimulation du libéralisme brutal derrière
le masque d’un jeune ambitieux, la pulsion réactionnaire
qui s’est emparée de la droite, les affaires en cascade
accompagnant les candidats LR et FN… tout aurait pu
noyer la campagne présidentielle sous les fumigènes.
Et à deux jours du vote, c’est le candidat de la transformation sociale, celui qui prône l’égalité et la justice,
qui trouble le scénario établi par les puissants. La gauche
véritable n’est donc pas morte, portée par la jeunesse
et renouant avec les milieux populaires et les chômeurs.
Jean-Luc Mélenchon peut même accéder au second
Par Patrick Apel-Muller
Préemptons
l’avenir!
tour ; c’est à portée de main. Il serait dommage de
rater l’occasion, de ne pas saisir toutes les heures qui
viennent pour convaincre les proches, les hésitants,
les indécis. Au-delà même d’un succès devenu envisageable, le score de Jean-Luc Mélenchon est un investissement pour l’avenir. Il est primordial pour notre
peuple que la gauche ne soit pas dissoute par la religion
du marché, sabordée par les tristes gouvernants qui se
sont soumis aux désirs du Medef et s’agglutinent dans
l’entourage d’Emmanuel Macron, prêts pour certains
à suivre Manuel Valls dans des alliances avec François
Fillon.
Le candidat LR comme celui d’En marche ! promettent
une purge violente au pays. Il faut une force puissante
et attestée dans les urnes pour y résister. Les sensibilités
qui la constituent sont multiples : communistes, insoumises, socialistes, écologistes, syndicalistes et associatives.
Elles peuvent aimanter un rassemblement plus large qui
établisse des majorités durables.« Il n’y a pas de pas perdus », écrivait André Breton. Dimanche, un grand pas
peut être franchi.
MÉDECINE
Le cri qui enfle
dans les déserts
L’appel sur Internet du docteur Alain Frobert pour
le développement d’un réseau de centres de santé afin de
lutter contre la désertification médicale a fait boule de neige.
Le vide des programmes
d’Hamon et de Macron
sur le sujet l’a conduit
à adresser une lettre
ouverte.
Il imagine des actions ancrées
sur le quotidien des gens
À 64 ans, gériatre remplaçant depuis dix
ans après avoir exercé en milieu rural, le
docteur Frobert a, comme l’on dit, « roulé
(sa) bosse ». Et continue d’ailleurs d’enrichir
son expérience de terrain à la faveur de
missions plus ou moins longues dans les
services hospitaliers de soins et de réadaptation (SSR), dans des établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes
(Ehpad), un peu partout en France. « Je
rencontre de jeunes professionnels très impliqués auprès des patients, qui donnent
beaucoup d’eux-mêmes. Ils désirent travailler
autrement. Ils ne sont pas du tout rétifs au
salariat comme l’étaient les anciens. Cette
évolution sociologique est une opportunité
pour développer un autre système de soins. »
En matière de centres de santé, les convictions du docteur Frobert sont déjà anciennes.
médecin. Emmanuel Macron propose d’envoyer les étudiants de médecine faire de la
prévention dans les déserts médicaux pendant trois mois. Cela ne sert à rien », défend, intarissable, le gériatre.
Comment financer tout cela ? Pas de
paiement à l’acte dans les centres de santé.
Il a lu les ouvrages du professeur Grimaldi,
opposant résolu à la tarification à l’acte
(T2A) comme mode de financement de
l’hôpital public. « Le paiement à l’acte est
également un problème pour la médecine
généraliste. Et l’on n’en parle jamais. Par
exemple, il rend impossible, bien que les outils
existent, le dépistage précoce de la maladie
d’Alzheimer qui demande des consultations
d’au moins quarante-cinq minutes. Et cela,
indépendamment de la qualité du praticien. »
Alain Frobert vante la puissance d’un vaste
réseau national de centres de santé chargé
d’un grand plan de dépistage associant des
gériatres, des généralistes. « Nous aurions
d’autres résultats que ceux obtenus aujourd’hui, s’enflamme-t-il. Actuellement,
on découpe toute l’activité médicale en
tranches. On en est au point où des syndicats
de libéraux demandent que leurs conseils
téléphoniques soient codifiés. » Le préambule
Le médecin se réjouit de l’écho de son appel au développement des centres de santé
face à l’ampleur des déserts médicaux.
Ce sont celles du jeune étudiant qui, il y
a une trentaine d’années, fréquentait les
établissements de sa région, du côté de
Montpellier, pour nourrir sa thèse consacrée à ces structures publiques de proximité. À l’entendre, on a l’impression de
pousser les portes de l’un des 4 000 centres
du grand réseau qu’il appelle de ses vœux,
« dimensionné selon les besoins de la population ». « Un maillon du service de santé
public associé aux hôpitaux. » Les prestations y seront gratuites. « Et pour faire
face aux défis du vieillissement de la population, aux problèmes de santé liés à la
nourriture, l’obésité, le diabète, les maladies
cardio-vasculaires, l’éducation sanitaire
et de prévention y sera développée », explique-il. Il imagine des actions ancrées
sur le quotidien des gens. Des groupes de
parole où les patients échangeraient librement sur leurs pratiques alimentaires,
leurs maladies. « Entre pairs, il se dit des
choses très utiles que le malade n’exprime
pas forcément lors du face-à-face avec son
de sa pétition condamne donc naturellement
et fermement le paiement à l’acte. « Les
cotisations de millions de salariés financent
notre système de protection sociale, mais
l’offre de soins reste pour la médecine ambulatoire quasi exclusivement libérale », y
écrit-il. Une idée à laquelle il aimerait associer « ses collègues de gauche ».
Alain Frobert a bien sûr scruté les propositions des candidats à l’élection présidentielle. Le vide des programmes de Benoît
Hamon et d’Emmanuel Macron sur le sujet
l’a conduit à leur adresser une lettre ouverte,
à ce jour sans réponse. Voyant les signatures
affluer, il a aussi écrit à Jean-Luc Mélenchon. « Ce serait formidable, s’il était élu »,
lâche-t-il presque timidement. Et pour
cause, son programme promet le développement massif de centres de santé
locaux et pluriprofessionnels en réponse
aux déserts médicaux.
SYLVIE DUCATTEAU
l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
4
77
L’événement
C’est le pourcentage d’électeurs de gauche, interrogés par l’Ifop
pour le collectif 1maispas3, qui seraient favorables à un
rassemblement entre Mélenchon et Hamon, derrière la candidature
du premier. Chez les électeurs du second, ils sont 57 %.
« NE PAS RATER CETTE CHANCE »
« Je vais voter Mélenchon pour la première fois
(car) il y a une chance de n’avoir ni Fillon,
ni Le Pen, ni Macron président de la République.
Et franchement, je ne raterai pas cette chance. »
Xavier Mathieu (CGT Continental)
PRÉSIDENTIELLE
Dix bonnes raisons
de voter pour
Jean-Luc Mélenchon
Jugée plus qu’improbable il y a encore quelques semaines, une qualification
du candidat de la France insoumise, soutenu par le PCF, est aujourd’hui à portée de main.
Le scrutin de dimanche représente une occasion historique de porter
la gauche de progrès au pouvoir.
L
ÉLECTIONS 2017
e 23 avril, chaque bulletin
sera décisif. La campagne de
Jean-Luc Mélenchon, la dynamique collective attestée
par les sondages placent le
camp du progrès à quelques
pas de la conquête du pouvoir. L’Humanité a sélectionné dix bonnes
raisons de voter « pour que viennent les
jours heureux et le goût du bonheur »…
1
UNE OPPORTUNITÉ HISTORIQUE
POUR LA GAUCHE ALTERNATIVE
Utiliser l’élection de Jean-Luc Mélenchon
pour renouer avec le fil du progrès permettrait
à la France de reprendre à bras-le-corps l’objectif qu’elle s’est fixée en 1789 et qui n’a cessé
de l’animer, du Front populaire en 1936 jusqu’en
mai 1968, en passant par la conquête des libertés
et de la Sécurité sociale au sortir de la Seconde
Guerre mondiale. Il y a eu d’autres victoires
depuis, en 1981, 1988 et 1997, parfois pleines
de bonnes intentions mais émaillées de déceptions. Peu à peu, la démocratie s’est grippée,
le peuple a été exclu de la vie citoyenne. Le
libéralisme et l’austérité se sont imposés. Ils
n’ont pas encore tout dévasté. Il leur reste beaucoup à détruire. Il reste donc beaucoup à défendre, mais surtout à reconquérir et à
conquérir. Ce n’est pas tous les jours qu’une
telle opportunité de porter la gauche de
transformation démocratique, sociale et
écologique à la tête du pays se présente.
2
OUVRIR UNE NOUVELLE ÈRE
DE PROGRÈS SOCIAL
Compétitivité, flexibilité, simplification…
autant d’expression « modernes » pour
imposer toujours plus de sacrifices. « Ils
veulent nous ramener au début du XXe siècle
parce que la retraite à 65 ans, c’était en
1910 », rétorque Jean-Luc Mélenchon
aux tenants de cette « modernité » qui
ne profite qu’à quelques-uns. « Depuis
1870, il nous faut deux fois moins de temps
de travail pour produire 30 fois plus de
richesses », ajoute le candidat. De quoi
trouver les moyens de renouer avec la
réduction du temps de travail avec les
35 heures réelles, une conférence nationale
sur les 32 heures, la retraite à 60 ans… Le
retour du progrès social, c’est aussi le
développement du service public pour
garantir l’accès de tous à une éducation,
des soins ou des transports de qualité.
Autre symbole de la conquête des droits
que veut réenclencher le candidat : la
sécurité sociale professionnelle qui permettra la continuité du revenu en cas de
perte d’emploi.
3
LE VRAI VOTE
ANTI-FRONT NATIONAL
Alors comme ça, le vote le plus efficace
pour éviter un duel Fillon-Le Pen, ce serait
le vote Macron ? Jean-Luc Mélenchon est
pourtant donné largement gagnant, aussi
bien contre la candidate de l’extrême droite
que contre celui de la droite extrême. Une
élection de Macron n’offrirait, qui plus est,
que la poursuite des politiques libérales et
austéritaires qui jettent chaque jour un peu
plus le pays dans le désarroi et participent
à la montée du FN. Face à la haine, à ceux
qui veulent constitutionnaliser les discriminations, qui se vautrent dans le délire
ethnique et détournent la critique du capitalisme en opposant les citoyens les uns
aux autres, le meilleur antidote est toujours
celui qui pointe la véritable origine des
maux, et met l’humain au cœur des
réponses.
4
POUR LA PLANÈTE ET LA
PLANIFICATION ÉCOLOGIQUE
La 6e extinction de masse des espèces a
démarré. Et l’Homme en est la cause. Le
réchauffement climatique menace aussi
bien notre écosystème que les équilibres
internationaux et la paix. Cette question
primordiale pour l’avenir de l’humanité
est centrale dans le programme porté par
Jean-Luc Mélenchon. Le candidat invite à
reconquérir le temps long de l’écosystème
face au « temps court de la finance et de
productivisme qui saccage tout ». Dénonçant
la transformation de la terre et des hommes
en marchandises comme origine de nos
maux, il plaide pour une planification écologique. Parmi les mesures centrales, le
candidat entend inscrire la règle verte dans
la Constitution, pour ne plus prendre à la
terre plus qu’elle ne peut reconstituer. Il
plaide pour une grande transition énergétique créatrice d’emplois industriels. Une
production 100 % renouvelable est visée
pour 2050, en sortant des énergies fossiles
et du nucléaire. Refusant les OGM, les pesticides chimiques et le brevetage du vivant,
il prône un retour à l’agriculture paysanne
(300 000 emplois créés) et soutenue en
circuits courts avec le 100 % bio dans la
restauration collective.
5
REDONNER LE POUVOIR
AU PEUPLE
On vote, on vote et puis, rien. Les exemples
ne manquent pas, à commencer par l’abandon en rase campagne de la lutte contre la
finance promise par Hollande. Avec le projet
de VIe République qu’il défend, l’ambition
de Jean-Luc Mélenchon est claire : redonner
le pouvoir au peuple. La nouvelle Constitution rédigée par une Assemblée constituante a vocation à sortir de la « monarchie
La dynamique collective attestée par les sondages
présidentielle ». Droit de révoquer les élus,
de voter à partir de 16 ans, proportionnelle
aux élections… Il s’agit de reprendre le
pouvoir dans la cité. Face au grand patronat
et aux actionnaires qui dictent leur loi –
encouragés par la loi El Khomri qui permet
d’imposer un Code du travail par boîte –,
le but est aussi de le reprendre dans l’entreprise. Au-delà de l’abrogation de la loi
travail, Mélenchon propose de nouveaux
pouvoirs pour les salariés, dont un droit de
veto suspensif des comités d’entreprise
contre les licenciements économiques.
6
LA RÉVOLUTION FISCALE
PAR LES URNES
« Ils surimposent la classe moyenne et c’est
à moi qu’on fait des reproches sur l’impôt ? »,
s’étonne Jean-Luc Mélenchon. Mis au banc
des accusés par les libéraux pour un soidisant matraquage fiscal, le candidat veut
en réalité s’atteler à ce que « chacun contribue selon ses moyens » grâce à un impôt
plus progressif (avec 14 tranches contre 5).
Si, comme le montre son simulateur sur
Internet, en dessous de 4 000 euros par
mois, les contribuables vont payer moins,
les plus aisés « paieront beaucoup ». « Pour-
Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité
5
Ziegler choisit Mélenchon
Jean Ziegler, membre du comité consultatif du Conseil des droits de
l’homme à l’ONU, estime que Jean-Luc Mélenchon est « le seul candidat
qui a un plan précis pour remettre l’ONU en marche ». Pour le Suisse, « ses
idées sur la sécurité collective, la sortie de la France de l’Otan et le
renforcement des droits de l’homme sont totalement prometteuses ».
L’événement
le vote du 23 avril,
Mode d’eMploi...
Dès 8 heures, ce dimanche 23 avril,
45,678 millions de Français sont appelés
à se rendre aux urnes pour ce premier
tour de l’élection présidentielle (et environ
1,3 million de Français de l’étranger sur
les listes consulaires). Nouveauté cette
année, les 66 546 bureaux de vote
de métropole fermeront au minimum
à 19 heures (au lieu de 18 heures les
scrutins précédents), voire à 20 heures
dans les grandes villes. Pour connaître
son bureau de vote de rattachement, il
suffit de regarder les indications sur sa
carte d’électeur ou, à défaut, de
consulter le site Internet de sa mairie ou
de contacter la municipalité. Afin de
choisir entre les 11 candidats prétendant
à la présidence de la République
française, il faut se munir de sa carte
d’électeur et, dans les villes de plus de
1 000 habitants, de sa carte nationale
d’identité. Attention, les bulletins
annotés, rayés ou déchirés seront
considérés comme nuls au moment du
dépouillement. Pour mémoire, les
citoyennes et citoyens appelés à voter
doivent avoir la nationalité française,
jouir de leurs droits civiques et politiques,
et être inscrits sur les listes électorales.
La particularité notable de ce scrutin, c’est
qu’il se déroulera dans les conditions
particulières de l’état d’urgence, pour
lequel 50 000 gendarmes et policiers
seront mobilisés.
Quant aux résultats, qu’ils soient partiels
ou définitifs, ils ne paraîtront pas avant
20 heures, excepté ceux de l’abstention.
place le camp du progrès à quelques pas de la conquête du pouvoir. chaque meeting démontre ce désir de changement. J. Jaulin/Hanslucas
quoi ? Parce qu’ils ont beaucoup », répond
Mélenchon, qui dénonce un « système
intrinsèquement mauvais », fondé sur « la
cupidité et la compétition ». Quant à l’évasion fiscale, qui confisque chaque année à
l’État 80 milliards d’euros, elle sera sur le
gril avec l’impôt universel, l’interdiction
pour les banques françaises d’exercer dans
les paradis fiscaux, le reporting pays par
pays…
7
répondre aux urgences
sociales
Neuf millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins
de 1 000 euros par mois. Nombre de candidats trouvent cette situation tolérable.
Jean-Luc Mélenchon propose d’y mettre
un terme via l’augmentation des minima
sociaux. Il ambitionne d’éradiquer la pauvreté avec la création d’un plan personnalisé
dédié et d’atteindre l’objectif de zéro sansabri. Il souhaite instaurer la gratuité des
quantités d’eau, d’électricité et de gaz indispensables à une vie digne. Ce changement de paradigme sera accompagné d’une
restructuration des emprunts des ménages
surendettés et d’une augmentation de 16 %
du Smic net mensuel, qui passera à 1 326 euros pour 35 heures. Les petites retraites
seront revalorisées. Enfin, le candidat défend le 100 % Sécu, afin de rembourser
totalement les soins de santé prescrits.
8
un bulletin
pour la paix
Jean-Luc Mélenchon prône la désescalade
des tensions mondiales. « Il vaut mieux se
parler que de se faire la guerre », plaide-t-il
au sujet de son projet de la conférence sur
les frontières de l’Atlantique à l’Oural. Surtout,
le candidat souhaite faire sortir la France de
l’Otan, afin de quitter la tutelle militaire des
États-Unis. « Notre vocation est à l’ONU et
dans les coopérations privilégiées avec les pays
émergents », estime-t-il, appelant à renforcer
le rôle des Nations unies et à placer la France
au sein d’une coalition pacifique des pays non
alignés. Partisan de la reconnaissance de la
Palestine, il est favorable, pour la Syrie, à la
construction d’une « coalition universelle sous
mandat de l’ONU » dont l’objectif serait d’imposer un cessez-le-feu avant d’organiser des
élections. Au-delà, il défend une sortie du
FMI, de l’OMC, de la Banque mondiale et des
traités de libre-échange commerciaux inégaux
afin de construire des échanges internationaux
basés sur la coopération. Il plaide pour la création d’une Organisation mondiale des migrations, avec l’ONU, afin de combiner mesures
d’urgence, soutiens aux pays d’accueil et
anticipation de la crise climatique.
9
séparer la république
et l’argent
Le débat présidentiel a été pollué par les
affaires des candidats de droite et d’extrême
droite, après un quinquennat ponctué par
les scandales Cahuzac ou Thévenoud. Avec
la proposition d’une VIe République, JeanLuc Mélenchon a fait siennes toutes les
recommandations d’Anticor et de Transparency International. Il propose de supprimer
le monopole du déclenchement de poursuites judiciaires par Bercy en cas de fraude
et de rendre inéligible à vie tout condamné
pour corruption. Il souhaite aussi mettre
un terme aux conflits d’intérêts en tout
genre : « La monarchie présidentielle, se
croisant avec la toute-puissance de l’argent,
donne un monstre, une caste qui circule entre
les plus hauts niveaux des affaires et les plus
hauts niveaux de l’État. La séparation de
l’État et de l’argent doit être prononcée. »
10
un vote pour une
nouvelle europe
Estimant que les « peuples sont soumis à
la dictature des banques et de la finance »,
Jean-Luc Mélenchon propose de renégocier les « traités européens qui nous font
obligation de mener des politiques d’austérité, d’abolir l’action de l’État et les
investissements publics ». L’objectif est
de s’exonérer du TSCG, de refuser tout
traité comparable au Tafta et toute régression du droit national en matières
sociale et écologique. Il souhaite modifier
en profondeur le rôle de la Banque centrale
européenne et mettre au pas la finance.
Élu président, il convoquerait une conférence européenne de renégociation des
dettes. En rupture avec l’austérité, il défend
la relance de l’investissement, à hauteur de
100 milliards d’euros pour la France. Cette
solution amènerait à terme à une hausse
des recettes publiques (+190 milliards)
et à une réduction du déficit et de la dette,
preuve, en cas de succès, de l’absurdité
totale des politiques actuellement imposées
par la Commission européenne.
Julia haMlaoui
et aurélien soucheyre
6
l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
L’événement
Pierre Laurent: «La qualification de Jean-Luc Mélenchon
est possible. Elle ouvre un espoir considérable»
À deux jours du premier tour de l’élection
présidentielle, le secrétaire national du
PCF appelle à convaincre les derniers
indécis et à transformer l’espoir né de
cette dynamique en majorité politique.
des promesses, les discours mensongers
trahis dans les actes. Les citoyens ne supportent plus cette confiscation démocratique. L’agressivité de la droite montre que,
si elle revenait au pouvoir, elle deviendrait
plus autoritaire encore. Fillon et Macron
revendiquent même haut et fort, et c’est
inédit, la possibilité de gouverner par 49-3
et même par ordonnances. Ces charges
grossières révèlent aussi le caractère ringard
et ultraconservateur de toutes ces forces de
droite. Qu’elles se présentent sous une forme
la plus réactionnaire avec Fillon ou sous le
vernis de la modernité avec Macron, elles
s’accrochent à un modèle de mondialisation
capitaliste qui n’est plus capable d’apporter
des réponses aux grands défis du développement de l’humanité. Le temps est venu
d’inventer une autre voie, sociale, solidaire,
écologique, dans laquelle les citoyens reprennent réellement le pouvoir. Si la droite
est si violente, c’est qu’elle prend conscience
de cette poussée, qui existe en France et
dans d’autres pays du monde. Ils ne supportent pas que l’idée du commun, qui est
le sens du projet communiste depuis toujours, gagne du terrain. Car, au fond, le
monde prend conscience que, pour relever
les défis sociaux et écologiques, il faudra y
répondre par la solidarité, le partage, l’égalité et la protection des biens communs.
Leurs attaques anticommunistes surannées
visent ces idées qui sont au cœur de notre
projet émancipateur pour le XXIe siècle.
ÉLECTIONS 2017
L
a qualification pour le second tour
de Jean-Luc Mélenchon, soutenu par
le PCF, semble à portée de main.
Quel message voulez-vous envoyer
dans la dernière ligne droite ?
PIERRE LAURENT Cette qualification est possible. Elle ouvre un espoir considérable.
Pour les électeurs, le choix entre les quatre
candidats, donnés au coude-à-coude dimanche, est extrêmement clair. François
Fillon représente une droite brutale et
violemment antisociale. Marine Le Pen a
montré que, non seulement le Front national n’a pas changé, mais qu’il est bien
resté ce parti raciste et xénophobe, dangereux pour la paix, toujours prêt à diviser
le peuple français. Quant à Emmanuel
Macron, au fil de la campagne, l’opération
de communication autour de sa personne
s’est peu à peu évanouie pour laisser apparaître le fond de son programme libéral,
d’ubérisation de la société. La seule possibilité d’ouvrir un chemin de progrès qui
corresponde aux énormes attentes sociales
et démocratiques du pays, c’est le vote
Jean-Luc Mélenchon. Beaucoup de ceux
qui restent indécis peuvent être convaincus
dans les heures qui viennent.
J’appelle tous les communistes, tous ceux
qui se sont investis dans la campagne de
Jean-Luc Mélenchon à parler autour d’eux,
avec leurs collègues, amis, famille ou voisins
pour les convaincre du chemin d’espoir
que constituerait son accession au second
tour. Je l’ai senti sur le terrain partout où
je suis allé, la France a besoin d’urgence
d’une relance sociale, d’un nouveau modèle
de développement écologique, d’une industrialisation qui s’appuie sur la relance
des services publics, mais aussi d’un profond
renouvellement démocratique. Elle aspire
à se faire entendre fortement en Europe et
dans le monde pour porter la voix de la
paix. Ce sera le cas avec le vote pour JeanLuc Mélenchon.
Les communistes mènent de front les campagnes présidentielle et législatives depuis
plusieurs mois. Avez-vous été surpris par
l’ampleur de cette dynamique de fin de
campagne ?
PIERRE LAURENT L’élan qui s’est manifesté
ces dernières semaines autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon traduit
une nouvelle fois, après les mobilisations
contre la loi El Khomri l’an dernier notamment, qu’une majorité existe dans
notre pays en faveur de changements très
« La dynamique médiatique et numérique, additionnée à l’impressionnant travail militant
déployé sur le terrain, peut donner des résultats importants. » M. Zizzo/Hanslucas
profonds. J’ai parcouru un département où ils dirigent des villes, le vote Mélenchon
par jour ces dernières semaines et constaté, sera en tête.
depuis l’élan donné par la marche du
18 mars à la Bastille, une dynamique gran- Que révèle, selon vous, la violence des attaques
dissante. La montée en puissance de l’en- venues de la droite et du grand patronat,
gagement des communistes a été manifeste. notamment à l’égard des communistes ?
La dynamique médiatique et numérique, PIERRE LAURENT Elle démontre qu’ils sont
additionnée à l’impresprêts à tout pour défendre
sionnant travail militant
leurs privilèges. Depuis le
déployé sur le terrain, peut «Cett e campagne
référendum sur la Constidonner des résultats imeuropéenne de 2005,
annonce de belles tution
portants. Et j’en prends le
les politiques libérales, qui
pari : dans les circonscrip- promesses
n’ont plus de majorité dans
tions où les communistes
ce pays, sont imposées par
ont une forte implantation, pour la suite.»
l’autoritarisme, la trahison
Quelle que soit l’issue du scrutin, dimanche,
quelles prolongations donner à cette dynamique populaire, comment envisagezvous la suite ?
PIERRE LAURENT Cette dynamique annonce
de belles promesses pour la suite. Évidemment, je souhaite que cet élan permette la qualification au second tour. Mais
dans tous les cas, il faudra prolonger cette
campagne pour transformer l’espoir en
une majorité politique. Nous avons eu
raison de dire depuis un an que les deux
élections, présidentielle et législatives,
auront la même importance. Avec le bouleversement politique auquel nous assistons, les élections législatives vont jouer
un rôle inédit pour redéfinir la majorité
politique du pays. Seule une présence
massive de députés décidés à poursuivre
cet élan dans le Parlement, accompagnés
de mobilisations citoyennes et sociales,
rendra possibles les changements attendus.
C’est cette construction d’un front populaire et citoyen que nous visons. Il est
indispensable si nous gagnons, pour rendre
possible la politique promise, mais aussi
pour résister à la droite et l’extrême droite
si nous ne parvenons pas à remplir tous
nos objectifs. Nos candidats aux élections
législatives sont d’ores et déjà au travail
pour concrétiser ces espoirs en changements tangibles et concrets pour nos
concitoyens.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR
MAUD VERGNOL
Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité
7
L’événement
Le temps
de parole bafoué
de Mélenchon
L’exposition du candidat de la France
insoumise et de ses soutiens est particulièrement à la traîne sur les ondes et
les chaînes de télévision.
À
deux jours du premier tour, la vitrine
médiatique de Jean-Luc Mélenchon
est largement inférieure à celle des
« chouchous » des grands médias. Comprenez, Marine Le Pen, Emmanuel Macron
et François Fillon. Le candidat de la France
insoumise, ses porte-parole ainsi que ses
soutiens du PCF et d’Ensemble ! ont cumulé
160 heures de temps de parole (TV – radio)
depuis le 1er février, selon un relevé du
Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).
Le candidat de la droite et son entourage
sont, quant à eux, en tête de peloton avec
301 heures, suivis par Benoît Hamon (256 )
et Emmanuel Macron (234), talonné par
Marine Le Pen (229 ).
Plusieurs ONG, dont Oxfam, ont fait de la lutte contre l’évasion fiscale une priorité. Les propositions de « l’Avenir en
commun » rejoignent le plus leurs attentes. Ici lors d’une action à Paris, en mars. Patrick Kovarik/AFP
Le candidat de la France insoumise,
porte-drapeau des urgences citoyennes
Un collectif s’est amusé à croiser les attentes exprimées
par vingt grandes ONG et les propositions des candidats.
Résultat : le programme de la France insoumise est celui
qui répond le mieux aux attentes de la société civile.
Q
Oxfam, Actionaid, le CCFD-Terre solidaire et le Secours catholique, 9 sont portées quasi intégralement par la France insoumise
et 3 le sont en partie ». Jean-Luc Mélenchon « propose de nombreuses mesures pertinentes, notamment sur le partage des richesses, la lutte contre la pauvreté et les inégalités, la promotion
de la justice climatique et de la souveraineté alimentaire », relèvent
les ONG, qui ne sont vraiment critiques que sur deux points :
son manque de précision sur les enjeux relatifs à l’Agence française de développement et les moyens à allouer à l’adaptation
aux changements climatiques.
uel est le candidat dont les propositions croisent le
plus les attentes exprimées par vingt grandes ONG
françaises ? Un groupe éclectique de jeunes intellectuels s’est posé la question et leur réponse ne souffre
d’aucune ambiguïté : c’est Jean-Luc Mélenchon.
Libertés, égalités hommes-femmes, aide au développement, écologie ou partage des richesses… construit
« Les propositions de Jean-Luc Mélenchon
sur un mode collaboratif et avec l’appui de contrirejoignent nos recommandations »
buteurs de la société civile, le programme du
Pour comparaison, Benoît Hamon, lui, est estimé
« jeAN-Luc
candidat de la France insoumise arrive en tête
moins
précis, « même s’il propose des mesures qui
MéLeNchON, Le PLus
sur tous ces thèmes, parfois même haut la main.
répondent positivement à la moitié des attentes des
PrOfONdéMeNt
Le travail qui a conduit à cette conclusion ne
ONG », relève le collectif. François Fillon, lui, est
féMINIste des cINq
“GrANds” cANdIdAts. »
peut être qualifié d’étude. Ses auteurs se préjugé en contradiction avec les attentes de la société
sLAte.fr
sentent comme « un petit groupe de chercheurs
civile sur cinq grands sujets (citons la lutte pour
et de créatifs, de sensibilités politiques variées ».
la justice fiscale ou les politiques migratoires) et
Ils sont à peu près tout cela – on trouve parmi
totalement ignorant de sept autres (la régulation
eux des graphistes, des vidéastes, acteurs du champ
de la finance, par exemple, ou le droit des femmes).
social ou de l’information. Ni fondation politique, ni
Le collectif informel a ainsi pioché dans les analyses
bureau d’étude pour appuyer leur prospective. « Nous sommes
formulées par diverses organisations ou médias spécialisés.
de sensibilités politiques diverses », précise Georges Ledoux- Mélenchon récolte le meilleur commentaire d’Amnesty InterLanvin, musicologue, qui a prêté son blog au groupe, lequel national, qui estime qu’en matière de libertés, « ses propositions
navigue entre collectif artistique et bande d’amis. « Nous nous rejoignent nos recommandations ». Côté écologie, il obtient la
retrouvons en revanche sur un constat», précise Émilien, autre faveur de Greenpeace, qui juge qu’il « a clairement enrichi ses
acteur de la troupe. Nous ne voulons plus que les politiques ignorent connaissances et musclé son programme sur l’écologie » et « décertaines urgences dont beaucoup d’ONG se font le relais. »
cline toute une série de mesures au service de la sobriété et l’efIls ont donc entrepris d’éplucher ces dernières et de les croiser ficacité énergétiques ». Mais le défrichage laisse aussi apparaître
avec les programmes des cinq principaux candidats à l’élection des lacunes. Ainsi, sur les questions de justice, les avocats du
présidentielle. Et à chaque fois, donc, les propositions de Jean- barreau de Paris placent Mélenchon en tête… ex aequo avec
Luc Mélenchon se détachent du lot.
François Fillon. Et estiment en substance que les deux candidats
Ainsi, concernant les enjeux de lutte contre la pauvreté et de ne semblent pas s’être pleinement emparés de la question.
partage des richesses. Sur « les 15 propositions défendues par
MArIe-NOëLLe BertrANd
46 heures de temps de parole,
contre 170 pour François Fillon
C’est sans compter les « petits » candidats
qui se partagent les miettes : Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) a été médiatisé seulement 44 heures, 20 pour
Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste). Pour compenser ce manque de
temps de parole, France 2 a finalement
organisé jeudi soir une suite d’entretiens
de quinze minutes avec chaque candidat.
Mais, leur passage ne va pas rééquilibrer
ces inégalités de traitement qui remontent
au début de la campagne. Dès février, le
CSA avait relevé une visibilité « anormalement élevée » de François Fillon et se disait
« préoccupé » sur les capacités des chaînes
à rattraper ce retard…
Pourtant, les onze candidats sont censés
bénéficier de la phase d’« égalité », en
vigueur depuis le 10 avril, date de l’ouverture de la campagne officielle pour le
premier tour. Les chaînes de télévision et
radios doivent alors respecter une stricte
égalité dans le temps de parole des candidats et de leurs soutiens, qu’importe
leur poids politique. Mais nouveauté cette
année : la nouvelle mesure d’« équité »
appliquée par le CSA entre le 1er février et
le 10 avril, suite à la loi initiée par la majorité socialiste en 2016. Pour la première
fois, les candidats se sont vu imposer un
temps de parole au prorata de leur représentativité, fondée sur les sondages, les
résultats aux élections précédentes ou
encore le nombre d’élus de leur parti…
Ces critères ont accentué les inégalités
entre les candidats. Pour Jean-Luc Mélenchon, cela s’est traduit par 46 heures
de temps de parole, contre 170 pour François Fillon. Emmanuel Macron occupe la
deuxième place avec 106 heures, 105 pour
Benoît Hamon, 80 pour Marine Le Pen.
C’est une des raisons pour laquelle la France
insoumise a très tôt développé une communication, notamment sur les réseaux
sociaux, visant à « contourner les médias
traditionnels ».
LOLA ruscIO
8
l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
L’événement
Hésitations
et certitudes du
peuple de gauche
Hamon, Mélenchon ou Macron. Certains électeurs
de gauche ont décidé. D’autres pas encore. Plongée
dans les discussions des citoyens marseillais.
ÉLECTIONS 2017
A
Marseille, envoyé spécial.
u menu du lundi de Pâques chez les Roger (1),
il y avait : salade pascale, agneau pascal arrosé
d’un bordeaux rouge 2011 et… l’élection présidentielle. Comme chaque année, Jean et
Catherine accueillaient enfants, beaux-enfants
et petits-enfants pour la chasse aux œufs de Pâques. Comme
il y a cinq ans, la politique s’est invitée dès l’apéro. En 2012,
il y avait les pro-Hollande et les pro-Mélenchon. Les cloches
passées, les choix étaient faits. Cette année, les options
sont moins tranchées.
Pour les parents – Jean, retraité de La Poste, et Cathy,
mère au foyer et volontaire aux Restos du cœur –, le remueméninges avait commencé dès janvier et la primaire du PS.
Les deux avaient finalement voté Hamon « pour virer Valls ».
Mais, dimanche prochain, aucun des deux ne glissera un
bulletin en faveur du candidat socialiste. « Mon vote de
conviction, ça resterait Hamon, explique Jean. Je suis vraiment séduit par sa proposition de revenu universel. Il a compris
les évolutions du monde. Et puis, je préfère sa position sur
l’Europe, qu’il ne faut quand même pas casser. Mais je voterai
Mélenchon, le seul de gauche qui m’apparaît capable de se
qualifier pour le second tour. » Pour Catherine, en revanche,
pas de réticence : « Je n’ai voté Hamon, que je trouve bien
au demeurant, que pour faire battre Valls. Mais je savais que
je voterai Mélenchon. Aux Restos du cœur, je vois toujours
plus de misère. Il faut un programme qui arrête cela. »
« Je ne sais pas. Peut-être le jour même.
Peut-être dans l’isoloir »
Si les parents sont décidés, les enfants, eux, font encore
partie des indécis. Il y a quelques semaines, Ben, programmateur en informatique, voulait s’abstenir. Après une amicale
leçon civique de ses parents, il s’était décidé à aller voter.
« Pour Mélenchon, comme en 2012, précise-t-il. Mais maintenant, je ne sais plus trop. Aucun des candidats ne me convient
vraiment. J’apprécie chez Macron cette envie de prendre des
bonnes idées de gauche comme de droite. » Verdict ? « Je ne
sais pas. Peut-être le jour même. Peut-être dans l’isoloir. »
Même dilemme pour sa sœur cadette, Michelle. « Économiquement, je serais plutôt de droite, donc plus proche de
Macron », expose celle qui a voté Sarkozy en 2007 sur « la
notion du travail » puis Hollande en 2012 pour sanctionner
le président sortant, qui l’avait déçue. « En tant que profes-
La dernière enquête d’opinion, avant le passage aux urnes, pourrait bien convaincre les indécis. Denis Allard/REA
sionnelle de santé (elle exerce en libéral – NDLR), «Je voterai
d’opinion qui déterminera son vote. « Si les
je suis également sensible à ce qu’Hamon déchances de qualification de Fillon apparaissent
veloppe sur les perturbateurs endocriniens, Mélenchon, le
nulles, alors je voterai Mélenchon pour sa
ajoute-t-elle. Mélenchon me touche beaucoup
proposition de VIe République. Cela fait des
seul
de
gauche
par ses valeurs humaines. La minute de silence
années que j’y suis favorable. C’est même
observée pour les migrants morts en Méditercela que j’avais voté Montebourg à la
qui m’apparaît pour
ranée lors de son meeting sur le Vieux-Port de
primaire en 2012. »
Marseille a eu énormément de sens pour moi. » capable de se
« Moi, les sondages, je m’en moque, s’énerve
Verdict ? Elle esquisse un sourire un peu mysCathy. Qu’ils donnent Hamon à 5 % s’ils veutérieux puis finit par lâcher : « Ce sont les valeurs qualifier pour
lent, je voterai pour lui. On a le droit de voter
humaines qui vont prendre le dessus sur les
conviction, non ? » Pour cette militante
le second tour.» par
valeurs économiques, je crois. »
PS, fonctionnaire territoriale, ces derniers
Chez les Savidan (1), en revanche, il ne
JEAN mois ont ressemblé à une lente descente vers
vaut mieux pas parler politique. « On évite
la désillusion. « Après la primaire, c’était bien
plus que soigneusement, insiste Didier. Sinon,
parti. Puis les autres ont trahi. Mais plus ils
ça gâche le repas. Au moins le mien. » Ses beaux-parents trahissent, plus je suis déterminée. » Ces camarades partis
et son beau-frère votent FN et ne tempèrent jamais leurs chez Macron lui donnent « des boutons ». Mais l’argument
commentaires racistes. Lors des précédentes élections, il d’autres de ses camarades tentés par Mélenchon ne lui procure
était en mode « combat ». « Mais là, cette année franche- pas « de migraine ». « Qu’est-ce que c’est cette histoire de
ment… Le quinquennat de Hollande m’a terriblement déçu. » vote utile ? » À distance, Hugo, « hamoniste » de la première
Passionné de politique, électeur de Bayrou en 2007, éphé- heure, lui répond : « C’est ce que l’on sert aux autres candidats
mère militant du PS ensuite, ce juriste presque quadra- de gauche depuis 2002. Votez pour nous sinon ce sera l’extrême
génaire parle sans fard de son désenchantement : « Je n’ai droite. Maintenant, ça se retourne contre nous. » Ce jeune
pas suivi grand-chose cette année. J’en ai même presque chargé de communication poursuit : « Franchement, je ne
honte. Ce n’est pas glorieux mais je vais sans doute voter sais pas. D’un côté, je ne veux pas lâcher Benoît, qui est un
Macron. Je ne veux pas avoir un second tour Fillon-Le Pen. homme de gauche sincère. De l’autre, avec Mélenchon, la
Comme j’ai encore constaté lors du déjeuner familial que gauche sincère a une chance historique de bousculer le scénario
tous les électeurs Le Pen comptaient bien y aller et comme préétabli… » Regard pensif, il conclut : « Quand je serai au
je vois que Fillon remonte dans les sondages… » Ah, les bureau de vote, il faudra bien que je décide. »
sondages ! « Je sais, je sais, rétorque-t-il dans un soupir.
CHRISTOPHE DEROUBAIX
Mais quel autre instrument me permet de mesurer plus ou
moins l’état de l’électorat ? » C’est donc la dernière enquête (1) Les noms de famille ont été changés.
L’élection présidentielle dans
 LUNDI 24 AVRIL Spécial premier tour : retrouvez nos analyses, commentaires et reportages
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Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité
9
L’événement
mÉdias
L’alerte est unanime sur la menace d’un succès
de l’ultradroite à Paris. Mélenchon comparé
aux phénomènes Podemos et Sanders.
I
ntriguée par ses incessants
Les craintes sont encore plus fortes
coups de théâtre, la presse en Allemagne. Après Trump, le
étrangère scrute l’élection pré- Brexit et le succès référendaire d’Ersidentielle française avec un mé- dogan, l’avènement d’un gouverlange d’étonnement et d’angoisse. nement nationaliste en France serait
La percée de Jean-Luc Mélenchon « catastrophique » (Focus) pour le
dans les sondages est prise très au Vieux Continent. « Il sonnerait le
sérieux. Pour le quotidien espagnol coup de grâce pour l’Union euroEl Pais, cette « remontada » (allu- péenne » (Die Zeit). Dans un long
sion à un exploit récent de l’équipe dossier, Der Spiegel se penche sur
de foot de Barcelone), doit beau- les raisons de l’élimination de tous
coup « aux tactiques » du candidat les favoris du scrutin et du succès
de la gauche française « inspirées des candidats qui se prétendent
de Podemos ». Ses qualités de
« anti-système ». « L’absence de
tribun et sa campagne au plus
vraie différenciation » entre
près de l’aspiration des
les politiques mises en
« aVec
citoyens, dans le
œuvre par les uns
jeux VidÉo et
HoLogrammes, tout
style du parti issu du
o u l e s a u t re s ,
en saLuant Le
mouvement des Incomme la multipliPouVoir du quinoa,
dignados, sont mises
cation des scanmÉLencHon a menÉ
en avant pour explidales alimentés par
L’une des camPagnes
quer le phénomène.
« l ’ é t h iq ue dé Les PLus innoVantes »,
faillante des diriBloomberg, l’une
seLon Le Financial
des plus influentes
geants des deux
Times
agences de presse
grands partis français
états-uniennes, s’efforce
(LR et PS) » sont à la
de démontrer « comment Bernie
source du discrédit de « l’esSanders joue un rôle dans l’élection t a b l i s h m e n t » , a n a l y s e l e
française », révélant que Mélenchon magazine.
avait dépêché sa conseillère en
communication, Sophia Chirikou,
Macronite aiguë dans
comme « émissaire secrète embarla presse européenne
quée (embedded) dans les coulisses »
Dans ce lourd contexte, bon
de la campagne du sénateur du nombre d’observateurs internaVermont.
tionaux n’ont souvent d’yeux que
pour Emmanuel Macron, à l’instar
« De gros risques d’instabilité » de leurs collègues hexagonaux. Le
pour le Wall Street Journal
personnage rassure une presse euLes analogies entre les phéno- ropéenne qui le considère bien
mènes apparus à gauche des deux souvent comme le seul à pouvoir
côtés de l’Atlantique s’imposent « garantir une continuité » (le Soir,
d’autant plus fort qu’émerge « une Belgique). Le quotidien Die Welt,
symétrie singulière », avec les proche de la chancelière allemande,
montée en puissance parallèle des encense un dirigeant « jeune et
extrême droites. Comme le ferait néanmoins compétent ». The Obun chat échaudé par le succès, server britannique le décrit comme
inattendu jusqu’au bout, de Donald « l’homme de la “3e voie”, ne se
Trump, une partie de la presse revendiquant plus de la droite, ni
états-unienne ne cache pas sa de la gauche, à l’instar du Britanpréoccupation. D’autant que, en nique, Tony Blair ou de l’Allemand
dépit de ses efforts de « normali- Gerhard Schröder », et donc celui
sation », la candidate du FN n’a qui permettrait à la France de « ratpas franchement rompu avec son traper le train des réformes ». Der
passé, souligne le New York Times Spiegel, qui n’échappe pas à cet
en allusion aux déclarations de accès de macronite aiguë, s’interMarine Le Pen sur le Vél’d’Hiv. roge toutefois sur la solidité du
Sans surprise, le Wall Street Journal phénomène qui porte l’ex-ministre
met, lui, davantage l’accent sur de l’Économie de François Hol« les gros risques d’instabilité » lande. « Il a beau recevoir des souque pourrait générer sur les mar- tiens de personnalités éminentes, il
chés « l’arrivée aux affaires d’une lui manque, estime-t-il, encore un
droite populiste », désireuse de peu de substance. »
« quitter l’euro ».
Bruno odent
Parti socialiste Hollande
et cambadélis en plein déni
à l’aube de l’élection, c’est l’heure des
bilans... parfois œillères au visage. «Je
laisserai à mon successeur un pays en bien
meilleur état que celui que j’ai trouvé», a
déclaré le chef de l’État, François Hollande,
lors d’une visite de l’entreprise Andros, à
Biars-sur-Cère (Lot). Le conseil qu’il donne
à son successeur? Ne pas «démolir» son
héritage. Côté premier secrétaire du PS, ce
n’est pas mieux. à la question de la percée
de Jean-Luc Mélenchon, qui pourrait
prendre sa source dans les déceptions liées
au quinquennat, Jean-Christophe Cambadélis a répondu: «Je n’en tire aucune
leçon, parce que je pense que cette présidentielle est tellement atypique qu’on ne
peut pas en tirer des leçons politiques.»
Lr Les soutiens de François
Fillon à sa rescousse
La visite de l’école 42, prévue mercredi, a été
annulée après que des élèves ont préparé le
message « Rends l’argent ! » pour le candidat
de la droite. L’opération « unité » (de façade)
aux côtés d’Alain Juppé a finalement eu lieu
dans les locaux de Deezer. Jeudi, de nouveau,
les affaires rattrapent François Fillon. Après
son refus de répondre à une interview du
Monde, qui lui-même a refusé d’éviter des
questions sur ses affaires, Fillon a estimé que
ce n’était « pas les médias qui décid(ai)ent
des questions »… Nicolas Sarkozy est arrivé
à la rescousse, en s’affichant en photo avec
son ex-rival de la primaire, estimant que,
« compte tenu de la gravité des enjeux », « pas
une voix ne doit manquer » au candidat LR.
audrey Loussouarn
Portraits d’en France 39/44
Quel est
votre idéal ?
Par Edmond Baudoin
Le dessinateur a sondé les aspirations
actuelles des gens de Clamecy, en écho
à l’histoire de cette ville de la Nièvre
qui s’insurgea en 1851 alors que
la IIe République était en danger.
© Edmond Baudoin & L’Association, à paraître en septembre 2017.
Une presse étrangère
surprise et inquiète
10 l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
Gaz : baisse des tarifs réGlementés
La Commission de régulation de l’énergie a annoncé
une baisse des tarifs réglementés de 3,4 % pour les foyers
se chauffant au gaz, de 1,2 % pour le gaz de cuisson
et de 2,1 % pour le double usage. Depuis le 1er janvier 2014,
ces tarifs ont baissé de 16,2 %.
Capital/travail
4 100
C’est la fourchette haute du nombre d’enfants touchés
depuis 1967 par des malformations majeures
survenues après la prise de dépakine, selon l’agence
du médicament et l’assurance-maladie.
L
Village Pierre, Saint-Laurentdu-Maroni (Guyane), envoyée spéciale.
e drapeau français descendu
de son mât et confié à un
représentant de la collectivité territoriale guyanaise
(CTG). À la place, celui des
peuples natifs est hissé haut.
En ce jour de rassemblement
des représentants amérindiens en Guyane
à Village Pierre, commune de 402 âmes de
Saint-Laurent-du-Maroni, le message
adressé à l’État est limpide. « Ici, c’est chez
nous », chante un homme dans son
dialecte.
Très actives dans le mouvement qui secoue
le territoire, les différentes organisations
de natifs ont pour une fois l’impression
d’être écoutées. Au début de cette réunion,
inédite depuis 1984, Christophe Pierre,
leader des Jeunesses autochtones, lance fièrement : « Nous
avons montré à la France et à
la Guyane que nous pouvions
C’est le nombre
nous mobiliser. » À la suite
approximatif
des négociations avec le goud’amérindiens que
vernement, 400 000 hectares
Compte la Guyane,
soit environ 5 % de
de forêts détenues par l’État
la population
(ce qui est le cas de la majorité
totale.
du foncier en Guyane –
NDLR) leur seraient ainsi rétrocédés. La création d’un grand
conseil coutumier serait aussi actée.
le message adressé par les communautés amérindiennes à l’état est limpide : « ici, c’est chez nous ». Pascal Gely
9 000
La mise en lumière du combat
séculier des premiers Guyanais
Mais Christophe Pierre reste prudent :
« Nous avons besoin de nous réunir pour
discuter de ce que nous avons obtenu, pour
savoir ce que nous allons en faire, un parc
naturel ou des constructions. Nous voulons
une gouvernance propre sur la terre de nos
ancêtres. Ça fait quinze mille ans qu’on est
là, alors la collectivité territoriale guyanaise
ne peut pas dire aux anciens où ils peuvent
s’installer. »
Figure de proue de la communauté, le
jeune homme de 23 ans bloquait dès fin
mars le rond-point devant Village Pierre.
La marche des Amérindiens à Cayenne
avait également mis en lumière le combat
séculier des premiers Guyanais. Colonisés,
opprimés puis marginalisés par la République, ils ont eu officiellement la nationalité
française dans les années 1960. Pour les
5 000 personnes, en majorité des Kali’na,
qui peuplent les rives du Maroni comme
pour les milliers d’autres disséminées sur
le territoire, l’espoir de temps nouveaux a
surgi. Les rythmes syncopés des sambulas
(tambours) résonnent comme autant d’incantations pour l’avenir.
« J’ai besoin de me plonger dans ma
culture pour mieux me retrouver »
« Cette lutte a appris aux gens à se battre,
explique Christophe Pierre. On s’intéresse
à nous seulement quand on a nos plumes et
nos habits. L’État doit arrêter de nous voir
comme des gentils, des pacifistes, on ne
s’interdit pas des actions coups de poing.
Que nous soyons guyanais ou amérindiens,
personne n’est satisfait ! »
outre-mer
Les Amérindiens
de Guyane relèvent la tête
Très actifs dans le mouvement guyanais, les peuples natifs tenaient cette semaine une
réunion historique. Leur mobilisation replace au premier plan le combat pour leurs droits.
Certains ont donc voyagé plus de quinze
heures sur le fleuve ou par la route pour assister à ces retrouvailles historiques. Robert
(1), lui, est venu du village d’Awala, à soixante
kilomètres de là. Sur la terrasse en bois de la
maison prête à accueillir la réunion, le professeur de collège médite : « Cette crise nous
force à nous organiser de manière politique,
elle nous pousse à prendre la parole, ce qui
n’est pas toujours facile. Ça fait des années
que nous nous battons, on ne s’est pas réveillés
il y a deux jours ! Beaucoup de jeunes sont en
échec scolaire, 80 % maîtrisent mal le français.
Dans mon village, nous voulons plus de moyens,
notamment pour recruter des intervenants en
langue maternelle (ILM) en école primaire.
Les jeunes sont en train de perdre leur culture. »
Enroulée dans son châle coloré, Clarisse,
17 ans, veut justement renouer avec ses
racines. Membre de plusieurs collectifs
comme celui de son lycée, baptisé les Lumineux, cette étudiante déplore cette perte
d’identité : « J’ai besoin de me plonger dans
ma culture pour mieux me retrouver, d’apprendre la langue, les traditions, de porter
les colliers… Cette mobilisation doit nous
permettre de prendre un nouveau départ,
c’est important pour ma génération »,
sourit-elle.
Dans cette ébullition revendicative, l’élection
présidentielle arrive donc majoritairement
au second plan. Robert garde toutefois cette
échéance en ligne de mire : « On est français
de fait, même si nous ne sommes pas reconnus
par l’État. Le seul qui parle d’une libre organisation pour les peuples, c’est Jean-Luc Mélenchon. On attend des jours heureux. »
CéCile rousseau
(1) Le prénom a été changé.
les disCussions Continuent
Depuis la fin de la semaine dernière, le
dialogue reprend entre l’État et le collectif
Pou Lagwiyann dekolé. Après son refus
catégorique de valider la proposition
gouvernementale d’un plan d’aide de plus
d’un milliard d’euros sur dix ans, le
collectif a envoyé dimanche à la ministre
de l’Outre-mer un nouveau projet
d’accord. Le gouvernement a fait une
contre-proposition qui était encore, jeudi,
en discussion en Guyane. Cette dernière
mouture « prend acte de la demande de
mesures supplémentaires à hauteur de
2,1 milliards d’euros », assure le
gouvernement. La levée des barrages
en Guyane dépend de sa validation.
Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité
L’Humanité des débats
le bloc-Notes P. 13
tribuNe libre P. 17
la chroNique Philo P. 17
Jean-emmanuel Ducoin :
Horizon(s)
Écrivains, cinéastes, artistes,
intellectuels pour le vote Mélenchon
cynthia Fleury :
L’élaboration des valeurs
11
Table ronde
La recherche
scientifique
ferait-elle peur
aux puissants ?
olivier berné
astrophysicien
à l’Irap
de Toulouse,
membre
du comité
de citoyens
organisateur
de la Marche
pour les sciences
en France
hervé christofol
secrétaire
général du
snesup-FsU
et enseignantchercheur
Jean-Michel
besnier
philosophe,
professeur
à l’université
paris-sorbonne
Depuis son élection, Donald Trump
ne cesse d’attaquer les résultats
et la recherche scientifiques en
multipliant des propos et des mesures issus des créationnistes et
des climatosceptiques. Comment
analysez-vous ce recul vers l’obscurantisme ? En tant que chercheurs, quel regard
portez-vous sur la situation américaine et a fortiori
française ?
olivier berNé Cette situation est inquiétante car
elle démontre que les discours rétrogrades, voire
obscurantistes, peuvent trouver un écho chez
les citoyens, y compris dans de grandes démocraties. Personnellement, je vois l’élection de
Donald Trump comme un signal d’alarme. En
France, il faut regarder les choses en face : la
campagne électorale n’a pas été épargnée par les
discours travestissant les réalités scientifiques
ou historiques, et Marine Le Pen nous en a donné
un exemple cinglant ces jours-ci. Ces prises de
position arbitraires, déconnectées voire ignorant
les faits établis sont omniprésentes et portées par
un vent populiste qui souffle sur l’Europe. À
l’inverse, les discussions concernant les questions
de société sur lesquelles les scientifiques alarment :
climat, qualité de l’air, politiques énergétiques,
vaccination… ont occupé une place marginale
dans cette campagne. Retenons par exemple que
huit minuscules minutes, sur un total de trois
heures, ont été consacrées à l’environnement
dans le débat entre candidats diffusé sur TF1…
hervé christoFol Ces situations relèvent de la
conjonction de plusieurs processus distincts. J’en
soulignerai deux. Le premier, depuis plusieurs
années, les lobbies de grandes entreprises des
secteurs d’activité tels que le tabac, les hydro-
Getty Images/I Stock
raPPel Des Faits Contre les obscurantismes,
pour redonner tout son sens au progrès dans
la cité, les chercheurs français appellent
les citoyen-ne-s à les rejoindre, ce samedi,
à une marche mondiale pour les sciences.
carbures et l’industrie pharmaceutique ont corrompu des ingénieurs pour qu’ils conduisent des
études discréditant les connaissances généralement admises par les communautés scientifiques.
C’est ce que Robert Proctor a appelé l’agnotologie
(The Making and Unmaking of Ignorance, 2008).
Ces actions visaient à introduire le doute, discréditaient les travaux de chercheur-e-s reconnue-s, leur attentaient des procès et décourageaient
des scientifiques à se lancer dans des domaines
de recherche polémiques (cf. « Accusé chercheur,
levez-vous » par Sonya Faure, dans Libération,
le 7/09/2016). Ainsi, alors que les impacts des
produits et technologies de ces multinationales
étaient connus, ils ont pu continuer leurs affaires
sans être contraints de les remettre en cause par
la justice ou l’opinion publique. Deuxièmement,
Marcher coNtre les reculs
Née aux États-Unis pour contester l’attitude
de l’administration Trump, la Marche pour
les sciences s’exporte à l’étranger. En France,
plusieurs manifestations sont prévues à la veille
de l’élection présidentielle pour faire face
à « de nouvelles politiques qui menacent
d’entraver davantage la capacité des chercheurs
de mener à bien leurs recherches et de diffuser
leurs résultats ».
le retour du créationnisme relève lui de l’amalgame entre deux concepts différents, d’une part
la science, qui découvre et construit une connaissance du monde et de l’univers à partir de la
confrontation de théories et de faits issus d’expériences ; d’autre part les cosmologies des différentes civilisations, qui ont construit des
légendes pour asseoir leurs religions et leurs
morales. Cet amalgame conduit à un conflit de
légitimité alors que ces connaissances ne relèvent
pas des mêmes paradigmes. Ces deux processus
sont aujourd’hui utilisés par les oligarques et
leurs multinationales pour intensifier l’exploitation des ressources naturelles de notre planète
et des êtres humains, manipuler les informations
et entraver l’émancipation des peuples.
JeaN-Michel besNier Les rapports de la science et
de la démocratie n’ont jamais été simples. D’où
vient qu’il y aurait des vérités soustraites à l’approbation du citoyen ? Platon posait déjà la question, en soutenant la thèse que tout n’est pas
discutable par tous. Par exemple, l’art de faire la
guerre ou de construire des murailles, s’il concerne
bien le peuple, n’est pas accessible à la délibération
publique. Aujourd’hui, où l’on affirme que les
connaissances sont universellement accessibles,
grâce à Internet, la frustration des ignorants se
fait violente, et l’on voit le savoir des experts
continuellement contesté par ceux que l’on appelle les « profanes sachants ». Dans ces conditions, il est à peine étonnant de voir s’imposer
un relativisme ou même une remise en cause
12 l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
Table ronde
« Je défends
l’idée que la recherche
doit être indépendante
des pouvoirs
en place. »
DR
La recherche scientifique ferait-elle
peur aux puissants ?
de la notion de vérité elle-même. Dans un monde
qui accueille l’ère de la postvérité comme une
fatalité et quelquefois comme une revanche antiaristocratique, c’est le rapport de forces qui l’emporte. Le président des États-Unis a les moyens
d’imposer son point de vue aux scientifiques, qui
n’ont d’autre affaire que la vérité.
DR
la revue de presse
France Info
Le président Donald Trump a
récemment déclaré que le
réchauffement climatique était un
canular. Pour Adrien Jeantet,
physicien, « avoir une croyance, une
opinion, est tout à fait respectable,
mais ça ne se place pas sur
le même plan qu’un ensemble
de faits qui ont été validés
par des démarches scientifiques.
Donc, quand on dit qu’il y a du
réchauffement climatique et que ce
réchauffement climatique est causé
par l’homme, c’est validé par des
recherches, par des travaux de
centaines et de milliers de
olivier Berné
« La précarité
se développe
dans l’enseignement
supérieur
et la recherche. »
Cécile Marson
Le 22 avril, en France, les chercheurs organisent
une marche mondiale pour les sciences. Ils encouragent les citoyen-ne-s à les rejoindre, serezvous de la partie ?
olivier Berné En tant que membre du comité de
citoyens qui organise la Marche pour les sciences
en France, je serai bien entendu présent le 22 avril
dans le cortège, à Toulouse, où je vis et travaille.
De nombreux soutiens rejoindront par ailleurs
les marches françaises, dont des représentants
du CNRS et de plus de 40 sociétés savantes représentant des disciplines aussi variées que les
mathématiques, l’histoire, la sociologie, la biologie. Mais ce mouvement va bien au-delà du
monde académique ! Dès ses premiers jours, de
nombreux acteurs de la scène scientifique française l’ont rejoint : blogueurs, youtubeurs, enseignants, journalistes, réalisateurs-trices,
associations de protection de l’environnement
et de diffusion des savoirs, musées… C’est important car ils sont ceux qui font vivre le lien
entre sciences et société, et sans qui le travail des
scientifiques serait vain. Cette convergence des
acteurs du monde scientifique autour d’un message commun : « les sciences sont un pilier de la
démocratie », est unique. Il sera porté le 22 avril
dans une vingtaine de villes en France simultanément aux plus de 500 marches qui auront lieu
dans le monde.
Jean-MiCHel Besnier Les chercheurs qui défileront
le 22 avril prochain ont hélas peu de chance de
renverser en leur faveur le rapport de forces car
ils s’opposent à ceux qui ont évacué de leur horizon l’argumentation rationnelle et qui ne se
laisseront donc pas convaincre. Je soutiens néanmoins cette marche internationale parce qu’il
reste du sens commun dans les sociétés démocratiques et qu’il faut le faire savoir. Le règne des
« fausses nouvelles », pratiquées dans l’espace
politique, suscite des résistances. Celui des contrevérités scientifiques est intolérable au public des
gens éclairés. Il y a en France des initiatives
nombreuses pour rendre les connaissances scientifiques accessibles, non pas sous une forme
dogmatique mais selon les démarches qui les ont
personnes. On ne peut pas
simplement dire “moi, à mon avis,
ça n’existe pas” ».
Le Monde
david larousserie
Si les attaques sont moins
virulentes qu’aux États-Unis, le
monde scientifique est préoccupé et
se mobilise en masse. (…) « C’est du
jamais-vu ! C’est la première fois
que des organismes de recherche
prennent position et appellent à
manifester », constate Jean-Paul
Moatti, directeur de l’Institut de
recherche pour le développement,
qui sera présent à Paris le 22 avril.
Hervé CHristofol
« Il reste du sens
commun dans
les sociétés
démocratiques
et il faut le faire savoir. »
Jean-MiCHel Besnier
construites et établies. Les centres de culture
scientifique, technique et industrielle (les CCSTI),
les universités populaires, des associations comme
les Petits Débrouillards ou l’Arbre de la connaissance en sont le témoignage. On y invite des
chercheurs à raconter leur travail et parfois à
accueillir dans leurs labos des jeunes, dont la
curiosité n’est pas découragée par le déferlement
d’informations chaotiques sur le Web.
Hervé CHristofol Il est important de rappeler le
rôle des scientifiques et les missions des chercheurs pour relever les défis climatiques, démocratiques, sanitaires, économiques, sociaux et
culturels contemporains. Il est aussi primordial
de défendre une recherche publique indépendante
des lobbies, au service des citoyens et du progrès
humain et respectueuse des travailleuses et des
travailleurs scientifiques. C’est pourquoi les
syndicats de la FSU et le Snesup-FSU en particulier
seront dans la rue le 22 avril pour revendiquer
l’importance de nos missions, nos valeurs et des
moyens pour l’amélioration de nos conditions
de travail, indispensable au développement d’une
recherche de qualité.
De quoi la recherche a-t-elle besoin à court, moyen
et long terme, pour apporter des progrès qui
profitent à tou-te-s ?
Jean-MiCHel Besnier La recherche a besoin qu’on
la laisse en paix et qu’on cesse de prétendre
l’orienter depuis les cabinets ministériels ou les
agences de programmation, qui attendent des
« livrables » à court terme, des évaluations permanentes et des publications tous azimuts. Sous
prétexte qu’il faut des moyens de plus en plus
sophistiqués dans certaines disciplines, on a
étendu les exigences contractuelles visant à les
satisfaire à tous les laboratoires, y compris à ceux
dont la vocation n’est pas de produire des innovations technologiques. Il n’y a plus un chercheur
qui ne doive aujourd’hui passer sous les fourches
caudines d’évaluateurs patentés. Avec la course
aux brevets, l’injonction « publish or perish »
est l’aberration la plus connue de cette déstructuration programmée des chercheurs. Contraint
à publier vite, personne n’a plus le temps de lire
ce que l’autre produit sous la même pression. Et
c’est comme cela qu’on paralyse les meilleurs,
qui tentent d’aller chercher ailleurs, là où l’on
ne confond pas le « money maker » et le savant,
la course à l’innovation et les valeurs de
progrès.
Hervé CHristofol Aujourd’hui, sous l’effet conjoint
de l’austérité imposée par la baisse des budgets
de l’État et des financements à la tâche par appels
à projet concurrentiels, la précarité se développe
dans l’enseignement supérieur et la recherche
(avec une moyenne de 35 % de contractuels,
c’est le plus haut taux de toute la fonction publique !), la majorité des équipes n’a plus les
moyens de travailler tandis qu’une poignée
d’autres n’a pas l’opportunité d’utiliser l’intégralité des ressources octroyées. Partout le temps
de recherche est obéré par le temps de recherche
de financements et de restitution de l’avancée
des travaux auprès des financeurs. Ce phénomène
est aggravé par l’implication des chercheurs
dans les processus de fusion et de regroupements
imposés par les dernières lois et les injonctions
ministérielles qui détournent les agents de leurs
missions tout en détériorant leurs conditions de
travail. Enfin, il faut que notre pays reconnaisse
la qualification du doctorat dans les conventions
collectives et la fonction publique afin de revaloriser les salaires et permettre aux scientifiques
d’accéder à la haute fonction publique et y apporter une culture différente de celle des
énarques, des ingénieurs ou des écoles de
commerce.
olivier Berné Je défends l’idée que la recherche
doit être indépendante des pouvoirs en place.
En pratique, cette indépendance est difficile à
maintenir, car il faut toujours que « quelqu’un »
finance le travail des scientifiques, sans s’immiscer dans ces travaux. Mon point de vue est
que ce rôle doit revenir aux États, car ils ont le
pouvoir de protéger les chercheurs des intérêts
privés. Cette garantie est nécessaire au fonctionnement d’une démocratie éclairée, mais elle
exige des choix politiques et des moyens financiers. En pratique et pour le cas particulier de la
France, il faut que les gouvernements cessent
de vouloir soumettre le travail des chercheurs
à la rentabilité immédiate. Il faut par exemple
limiter le financement par « appels à projets »,
qui, bien que plébiscité par les gouvernements
successifs, est catastrophique. Non seulement il
met en compétition les chercheurs, qui perdent
un temps précieux à rédiger les projets les plus
bancables possible pour obtenir les crédits nécessaires à leurs travaux, mais en plus il participe
à l’explosion du taux d’emploi contractuel dans
la recherche publique (+ 30 % en cinq ans au
CNRS), avec les effets secondaires que cela implique (précarité, perte pour les laboratoires des
compétences acquises par les scientifiques à la
fin des contrats…). Il est urgent de remettre une
part importante des centaines de millions d’euros
alloués aux appels à projets dans le financement
direct des laboratoires. Simultanément, il faut
augmenter le nombre de postes permanents dans
les organismes de recherche et dans les universités. Ces réformes ont un coût, de l’ordre de
2 milliards d’euros par an selon l’association
Sciences en marche, soit 0,1 % du PIB de la
France. Le prochain gouvernement sera-t-il
prêt à investir cette somme pour garantir à notre
pays le maintien d’une pensée critique ?
entretiens Croisés réalisés par
anna Musso
Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité 13
LE BLOC-NOTES
DE JEAN-EMMANUEL
DUCOIN
Bruno Arbesu
C’est vous qui le dites
Les lecteurs en direct
PRENEZ LA PAROLE, RÉAGISSEZ À L’ACTUALITÉ !
Horizon(s)
Par courriel à filrouge@humanite.fr
Par courrier à l’Humanité, 5 rue Pleyel,
immeuble Calliope, 93528 Saint-Denis Cedex
PEUPLE Chacun est l’héritier actif du présent ; contemporains
nous sommes. Alors, humblement mais sereinement, le blocnoteur doit passer aux aveux. Les urnes étant des boîtes à multiples
fonds, électoral, funéraire, et remplies d’espoir, elles recueillent
– et depuis trop longtemps – nos rêves les plus fous et nos cendres
emportées par les vents. À l’heure d’un vote si important, une
forme de tétanisation nous gagne, une peur d’échouer si près du
but, si près d’un basculement. Le miroir du temps et des déceptions
accumulées incitent donc autant à l’utopie qu’à la prudence raisonnée. Instruits par les générations antérieures, nos désarrois
de promeneurs solitaires nous préservent des croyances aveugles.
Et, puisque l’histoire n’est pas l’étude du passé mais de l’homme
dans sa durée, avec ses changements et ses mutations, plantons
là l’ego-histoire : allons à l’essentiel. Précisément, à quel point
en sommes-nous de l’histoire de France, si ce n’est pas là pour
nous tous un non-sujet, et du peuple dit de gauche, si le mot ne
paraît pas trop rétro ? Le peuple ? Oui, le peuple, en tant que
destin long, ou plus exactement l’unité
ce destin. Les déboussolés de gauche,
Et si 2005 se de
sans faire le détail de ses groupes et avec
reproduisait, tous ses aggiornamentos, ont dans leur
ADN un pacte avec la durée, parce qu’elle
est transmission, transport d’une inforen plus
mation rare au fil du temps, parce que
«historique»? le goût de l’aventure collective ne nous
est pas tombé dessus tout cuit. Nous
avons une créance. Une longue tradition nous pousse dans le dos.
Et nous savons, mieux que quiconque, que nous ne nous en sortons pas tout seuls : les hommes se sauvent ensemble ou pas du
tout. Voilà pourquoi nous devons mesurer ce qui se passe et ce
qui sera possible, pourquoi pas, ce dimanche 23 avril.
CLAQUE Quand on mesure l’écart dans le domaine de l’action
publique entre ce qu’on veut et ce qu’on peut (vieille antienne),
entre le but visé au départ et le but atteint par manque de volonté,
le temps dévie souvent les trajectoires. Peut-on ignorer les refrains
du siècle ? Si obsédant le cynisme politique, si fort le divertissement, si puissant l’enchaînement des désirs, qu’ils nous détournent parfois de la vie même et « de la » politique, celle qui, jadis,
aspirait à « changer la vie ». Souvenons-nous : d’immenses espoirs
suivis de grandes désillusions. Non, il n’y a pas de « nobles échecs »
moralement sécurisants et explicables par on ne sait quelles
conjonctures défavorables. Il n’y a que dévoiements, trahisons,
paroles non tenues, promesses oubliées. Ne nous trompons pas.
La candidature de Jean-Luc Mélenchon propose tout le contraire :
le changement, le vrai changement, tous les changements, avec
l’engagement citoyen de les tenir. En somme, pas de politique
sans philosophie et sans « fil d’Ariane ». C’est une clef de voûte.
Car l’intellectuel en politique n’est rien sans le peuple conscientisé, même si, bien sûr, c’est aussi le candidat qui, du fait de sa
position, dispose d’une forme d’autorité et la met à profit avec
tout son talent pour persuader, proposer, débattre, permettre
à l’esprit critique de s’émanciper des représentations sociales.
Juste de quoi retourner le « cercle de la raison », nous remettre
dans les clous de nos Spartacus et procéder, pas à pas, au remplacement du notable par le militant. Dimanche, devenons des
femmes et des hommes en partance, chacun de nos pas pouvant
soulever la poussière et laisser des empreintes d’argile, creusées
de mille fatigues, pour que s’effacent enfin les remords des âmes
anciennes. Le cœur a sa géographie, elle a aussi son histoire.
Nous connaissons la nôtre. Cette fois, l’horizon n’est pas qu’un
songe. Il est là, à hauteur de regards, à portée de main. Cela ne
vous évoque aucun souvenir ? Rappelez-vous la charge de la
brigade lourdingue des « ouistes » lors du référendum sur le
projet de constitution européenne en 2005. Rappelez-vous, ils
avaient tout pour eux. Les sondages, les leçons de morale, la
marche forcément inexorable de l’Histoire (la leur)… Et puis ?
Une claque démocratique. Et si la plus belle, la plus « historique »
des claques, était encore à venir…
Le journal des repères
Gérard Leidet
Gréasque (Bouches-du-Rhône)
Merci à l’Humanité de couvrir, par
des notes de lecture abouties et
très pertinentes, les parutions
d’ouvrages consacrés à l’histoire
sociale. Dans la presse nationale
– si on excepte les excellents
confrères de Politis, du Monde
diplomatique et de Regards –,
cela fait aujourd’hui figure d’exception… J’ai beaucoup apprécié
la double page (voir l’Humanité
des débats des 7-9 avril) autour
de la biographie de Jules Guesde
par Jean-Numa Ducange (Jules
Guesde, l’anti-Jaurès ?). L’entretien,
fort bien mené par Gilles Candar,
président de la Société d’études
jaurésiennes, permet au lecteur
de bien saisir combien Guesde
« représente un moment fort de
la vie politique française important à restituer », et ce, dans des
temps où les repères fondamentaux transmis par l’histoire sociale
tendent parfois à s’estomper… Le
travail entrepris par Jean-Numa
Ducange vient à son heure. Il
prolonge de façon très stimulante
les travaux érudits entrepris en
son temps par Claude Willard
(on pense à sa thèse éditée sous
le titre « Les Guesdistes. Le mouvement socialiste en France (18931905) » aux Éditions sociales, en
1965). Mais je repense aussi et
surtout à un autre livre de Willard,
que j’avais lu en 1991 : Jules
Guesde, l’apôtre et la loi. Cet ouvrage constitua, pour moi à
l’époque, une biographie novatrice de celui qui fut « la loi et le
prophète » dans sa double mission de diffuseur de la pensée
marxiste en France et de créateur
d’un parti de classe.
Un vote et des «valeurs
chrétiennes»
Marcel Lopez
Par Internet
Dans le Monde, trois jeunes intellectuels catholiques posent la
question des valeurs chrétiennes
comme étant constitutives de la
construction d’une société plus
inclusive, capable de réinventer
son développement dans des
écosystèmes fragiles. En novembre 2016, la conférence de
évêques du Japon a, cinq ans
a p r è s l a c a t a s t ro p h e d e
Fukushima-Daiichi, publié un
long document appelant tous
les citoyens de la Terre à œuvrer
pour l’abolition du nucléaire civil. Cette exhortation prophétique
entre en écho avec d’autres vibrants appels, qu’il s’agisse de
l’indispensable sortie des énergies fossiles ou de l’abandon de
productivisme agricole. Ce faisant, ils défendent la légitimité
d’un vote radical qui réponde
aux exigences auxquelles appellent l’humanisme évangélique
et les interpellations fréquentes
du pape François. Il s’agit de
combattre le délitement des liens
sociaux, accélérés par la montée
des inégalités économiques, et
de se saisir, dans cette volonté,
de la question écologique. Ainsi,
ces jeunes chrétiens militent et
appellent leurs semblables à
repenser en profondeur leur manière de participer à la vie démocratique et citoyenne. Pour
eux, cela passe par la création
de lieux où peuvent s’élaborer
« des significations communes
(votations, conseils citoyens,
budgets participatifs) » qui répondent à la nécessité absolue
de se réapproprier l’action politique. Cela les ramène à leur
fondement humain en prenant
l’exemple de l’arrivée des réfugiés
qui constitue un événement majeur pour les chrétiens et qui doit
les interroger « dans leur pratique
de l’hospitalité biblique et de la
fraternité républicaine ». Cela
n’est pas sans rappeler l’appel de
Maurice Thorez, du 17 avril 1936,
connu sous le nom de « la main
tendue », cherchant à approfondir le débat sur « l’homme », mais
aussi pour contrer « le fascisme »
et œuvrer au redressement du
pays. Alors, terminent ces auteurs,
« si seul le programme de JeanLuc Mélenchon, mûri au fil des
dernières années, porte cette
espérance, c’est pour lui que nous
voterons ».
Et le logement?
Bernard Devert
Par Internet
La part du logement dans le budget familial n’a cessé de croître ;
elle représente près de 50 % pour
ceux disposant de revenus si faibles
qu’ils se voient refuser l’attribution
d’un logement social. Un comble !
La dignité que l’on doit à chacun
– et particulièrement aux plus
pauvres – oblige à renverser les
pratiques. Aussi conviendrait-il de
retenir comme premier critère d’accès au logement social le reste pour
vivre, en ajustant le montant du
loyer au disponible pour habiter.
La rue a tué plus de 5 000 personnes
en dix ans ; elle demeure le lieu d’une
assignation pour des milliers
d’autres, au soir de leur vie ; plus de
600 000 enfants sont par deux fois
punis par la misère : un présent si
déshumanisé qu’il condamne leur
avenir. Que d’iniquités ! La République, indivisible, est fracturée par
de graves inégalités et discriminations dans les quartiers dits sensibles
ou encore de non-droit. Bâtir en
s’inquiétant de la fragilité, c’est rechercher une urbanité créatrice de
liens, ou encore une hospitalité,
trace de l’estime de l’autre dans le
respect de nos valeurs républicaines.
Une ouverture se dessine – soyons
justes – avec la loi « égalité et citoyenneté », mais, plus qu’un texte,
s’impose l’ambition d’une urgente
réconciliation de la nation avec ses
cités. Accepter qu’un jeune sur deux,
en âge de travailler, soit en chômage, ou maintenir ces machines
à loger qui stigmatisent et développent les ruptures sociales
jusqu’à faire surgir ce cri : « J’ai la
haine ! », c’est consentir à une
indifférence, brûlot de la cohésion
sociale.
Réinventer La Poste
Bernard Labat
Dax (Landes)
La mission principale du service
public est la distribution du courrier en tous points du territoire et
égale pour tous. Le facteur joue
un rôle d’ambassadeur : il est un
lien social indispensable en milieu
rural, urbain, dans les zones sensibles pour les personnes
âgées, etc., dans notre société de
plus en plus déshumanisée. La
direction veut au contraire préparer l’opinion publique et les
salariés à de nouvelles coupes
claires dans les effectifs et le
nombre de bureaux de poste.
L’avenir de la France serait-il celui du Canada ? Là-bas, prétextant
de la baisse du courrier, La Poste
annonce la suppression de la
distribution à domicile. Les habitants doivent récupérer leur
courrier dans des boîtes aux
lettres collectives !
14 l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
L’entretien
Roland Gori
« Face au dés-œuvrement,
à la désolation, réhabiliter
le champ du politique »
Psychanalyste, professeur honoraire de psychopathologie à l’université d’Aix-Marseille,
cofondateur de l’Appel des appels, il a récemment publié Un monde sans esprit,
la fabrique des terrorismes et il y a quelques jours, avec Bernard Lubat et Charles
Silvestre, le Manifeste des œuvriers (éditions Actes Sud-les Liens qui libèrent).
« Un monde dés-œuvré est un
monde sans avenir », écrivez-vous.
Qu’est-ce qui caractérise ce
dés-œuvrement ?
Roland GoRi C’est une référence
à Hannah Arendt, qui distingue
le travail (de nos corps), l’œuvre
(de nos mains) et l’action (de la parole et du politique). Le dés-œuvrement, c’est ce qui conduit
au désenchantement du monde, et à la prolétarisation des activités humaines. Cette désolation,
cet esseulement, qui isole les humains, les asservit
aux machines matérielles ou numériques, participent de ce que j’appelle un technofascisme,
place les citoyens sous une curatelle technicofinancière qui favorise, aujourd’hui, les théofascismes. Face au dés-œuvrement, face à la
désolation, il faut réhabiliter le champ du politique : restituer à la parole une place centrale
qu’elle a perdue au profit d’une vision du monde
économique, technique.
Comment en est-on arrivé là ? Y a-t-il eu défaillance
(des politiques, des intellectuels, des syndicats) ?
Roland GoRi La prolétarisation symbolique de nos
sociétés se traduit par la confiscation de notre
capacité à créer, malgré les apparences, malgré
les progrès sociaux. Nous
avons assisté à une hégémonie
culturelle néolibérale du fait
d’une absence de contradiction et d’alternatives à la pensée capitaliste à la suite de la
faillite des socialismes des
pays communistes. Les néolibéralismes ont constitué une
véritable révolution symbolique proposant un hédonisme
de masse, une globalisation
débridée, des libertés sociétales en échange d’une
liquidation progressive des protections sociales
et des promesses de liberté politique. Face à la
crise actuelle de cette civilisation libérale qui
produit un chaos mondial et des fragmentations
régionales, d’où émergent des « monstres », il
s’agit d’inventer de nouvelles manières de dire
le monde, dans un pluralisme des langues et des
cultures. Cela implique de sortir du monolinguisme
de l’économisme comme vision du monde. Le
langage économique, le langage poétique, le
langage politique, le langage de l’humanité constituent une biodiversité des langages. Nous avons
besoin de retrouver la biodiversité des langages
pour penser ce sur quoi chacun d’eux bute, son
intraduisible.
Que peuvent le désir, l’imaginaire ?
Roland GoRi Aujourd’hui, on a réduit le désir aux
besoins et à la nécessité, on a sacrifié la liberté et
la justice à une vision purement économique du
monde et du sujet humain avec un appareillage
technique qui l’asservit aux lois du marché et des
logiques de domination sociale. C’est une conception uniquement matérialiste de la vie et du vivant.
Le social-libéralisme européen a constitué l’ultime
tentative pour sauver cette manière pragmatique
et utilitariste de vivre. La faillite des sociaux-libéralismes à vouloir concilier la pensée Tina (There
is no alternative) de Margaret Thatcher et les coussins compassionnels de la charité sociale s’est
partout vérifiée. Elle est l’objet aujourd’hui d’un
vif rejet populaire, de ce côté de l’Atlantique comme
de l’autre, qui nourrit les populismes, les nationalismes et les fanatismes. On a oublié que l’humain
avait autant besoin de nourriture, de jeux que
d’amitié et de sacré ! La question de la fonction
sociale de l’art, l’art comme une manière de penser
le monde, est vitale. Camus et
Jaurès nous lèguent un héritage
très précieux sur ce besoin de
spiritualité : créer, c’est donner
une forme à son destin.
« Il s’agit d’inventer
de nouvelles manières
de dire le monde,
dans un pluralisme
des langues et
des cultures. »
Vous évoquez « un retour à
l’œuvre collective ». Cette notion de collectif semble avoir
connu un âge d’or puis une
grande traversée du désert au
nom d’un individualisme affirmé. Le collectif retrouverait-il aujourd’hui une
nouvelle dynamique ?
Roland GoRi À condition de ne pas rester qu’un
mot. « Nous sommes dans ce clair-obscur entre le
vieux monde qui tarde à mourir et le nouveau monde
qui tarde à naître », disait Gramsci. Nous en
sommes exactement là. Ces bouffées de nihilisme
technocratique, cette idéologie néolibérale sont
à l’œuvre et en même temps en crise. Cette idéologie favorise l’émergence de monstres théofascistes mais aussi des postures nostalgiques. Or il
s’agit de penser l’avenir en faisant prévaloir, de
nouveau, les valeurs vitales sur les valeurs économiques. Ce qui fut le cas à la Libération lorsqu’à
Philadelphie le BIT, en mai 1944, déclara que si
nous ne voulions plus de guerres fratricides il
fallait investir dans la santé, l’éducation, la justice
et la culture. C’est-à-dire tout ce qui risque de
passer à la trappe pour cause d’inutilité, et qui
est pourtant essentiel. On commence à s’en rendre
compte puisque c’est justement ces actes « inutiles » qui ont une fonction sociale ! Ce retour au
collectif est de l’ordre de frémissements.
Camus, dans l’État de siège, écrit : « Nous étions
le peuple, nous sommes la masse. » On peut décliner cette assertion : « Nous étions des citoyens,
nous sommes des consommateurs… »
Roland GoRi Michelet faisait l’éloge du peuple.
Pasolini parlait d’un peuple pulvérisé par les idéaux
de la bourgeoisie. La masse, c’est des individus
isolés qui se trouvent faire population, faire masse,
sans partager une histoire, une culture, sans pra-
Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité 15
L’entretien
Un ManifEstE à MEttRE EntRE
toUtEs lEs Mains œUvRièREs
Du mouvement ouvrier au mouvement
œuvrier, il n’y a qu’un pas que Roland Gori,
Bernard Lubat et Charles Silvestre ont
franchi. Avec en tête l’idée de conjuguer les
intelligences pour conjurer l’obscurantisme
et la peur, le dés-œuvrement et
le désenchantement. Un manifeste, utile
à vivre et à rêver, qui réhabilite
la communauté humaine, son savoir-faire
jusqu’ici morcelé au nom d’un libéralisme
autoritaire, bureaucratique et mortifère.
Face au travail en miette, ils évoquent
« une mine d’art à ciel ouvert » et appellent
à inventer de nouvelles fraternités.
Manifeste des œuvriers, éditions Actes Sud-LLL,
80 pages, 9,50 euros.
industrielle. Ces crises-là ont eu lieu à la fin du
XIXe siècle et débouché sur la Première Guerre mondiale. Dans l’entre-deux-guerres, il y a eu résurgence
de ces contradictions et les nazis ont senti ces failles.
Hannah Arendt disait qu’on avait vaincu les nazis
par les armes, pas par les arguments…
A-t-on les arguments aujourd’hui ?
Roland GoRi Il faut revoir la copie et en finir avec les
évaluations aux seuls critères techniques et financiers.
Peut-être, enfin, faudrait-il impérativement redonner
à l’homme son statut d’artiste. Retrouver le temps
de la flânerie qui délivre. Libérer le désir qui rend
possible une pensée qui imagine, qui rêve sans se
satisfaire simplement du besoin. C’est là que l’art est
essentiel : parce qu’il est inutile.
« Tout travailleur serait un homme de l’art », écrivez-vous. Pouvez-vous expliquer ce concept ?
Roland GoRi Nous ne pouvons continuer dans une
voie de la spécialisation des métiers qui exclurait
les dimensions artisanales et artistiques. Finalement,
ce qui a produit le désastre, c’est l’organisation
scientifique du travail, le taylorisme, un clivage
entre ceux qui décident et ceux qui exécutent. Dans
cette organisation sociale, il s’est agi de lutter contre
la flânerie naturelle de l’ouvrier. La notion de collectif
que j’évoquais en amont incluait celle de solidarité
et de fraternité. Le taylorisme s’est diffusé dans les
gestes et les esprits de tous les métiers. Il s’est généralisé, prolétarisant les gens, et les a mis en
contradiction avec leurs propres
aspirations et celles que leur faisait
miroiter le libéralisme. D’où cette
peur du déclassement. Une peur
du déclassement qui se traduit
jusque dans les urnes. Il y a ce que
j’appelle des professions canaris.
Les mineurs descendaient avec cet
oiseau dans les galeries car son
agitation permettait d’anticiper
les coups de grisou. Je considère
que les professions du soin, de l’éducation, de la
recherche, de l’information et de la culture sentent
venir le coup de grisou. Elles sont des lanceurs
d’alerte. De les avoir martyrisées depuis Sarkozy,
ces professions sont meurtries et ne peuvent porter
le message qu’un coup de grisou se prépare.
donner un sens. Jusqu’ici, nous avions des idéologies
pour donner un sens à ce monde chaotique. La chute
du mur de Berlin, l’effondrement symbolique du
discours émancipateur a ouvert une autoroute pour
une idéologie de l’homme entrepreneurial dont
l’hégémonie globalisante a conduit
aux nihilismes et aux terrorismes.
« Libérer le désir
L’universel porté par les interventions occidentales dans certaines qui rend possible
régions du monde, au prétexte de
greffer la démocratie et le libéra- une pensée qui
lisme, est apparu comme ce qu’il
était vraiment : l’impérialisme imagine, qui rêve
d’une civilisation particulière qui sans se satisfaire
a produit en retour des réactions
(contre)-révolutionnaires.
simplement
Pierre Pytkowicz
du besoin. »
tiques sociales qui sont celles qui constituent un
peuple. L’hédonisme de masse, dont parle Hannah
Arendt, résulte d’une dépolitisation de la vie sociale.
Dès lors, on consomme à tout va, même du spectacle
politique. Camus dans un éditorial de Combat évoque
« cette éternelle confiance de l’homme, qui lui a toujours fait croire qu’on pouvait tirer d’un autre homme
des réactions humaines en lui parlant le langage de
l’humanité ». Le soin, l’éducation, la prévention, la
justice, la culture, l’information sont ce langage de
l’humanité. Sans ce langage de l’humanité, nous
n’avons que des masses et des populations livrées
à la misère des solitudes extrêmes et aux contagions
affectives des fanatismes.
« Ce monde sans esprit » devient ainsi cette « fabrique de terrorismes » que vous dénoncez dans
votre précédent ouvrage…
Roland GoRi L’effacement des nations au profit de
la globalisation a créé du chaos. Si l’on part de
Nietzsche – le monde est un chaos –, nous sommes
tous requis pour vivre à devoir l’organiser et à lui
Vous parlez de refonder un « pacte
d’humanité ». Qu’entendez-vous
par là ?
Roland GoRi Nicolas Sarkozy a imposé un pacte
de stabilité, à la suite des traités européens de 1997.
François Hollande a évoqué un pacte de sécurité
à la suite des attentats. Dans l’un et l’autre cas, on
a une réponse technique à un problème social,
économique et culturel. Un pacte d’humanité
induit la nécessité de savoir comment nous en
sommes arrivés là, comment nous avons transformé
une idéologie théologicopolitique comme le salafisme en carburant révolutionnaire dont l’offre
monstrueuse pouvait devenir attractive. Le monolinguisme et le nihilisme d’un monde sans esprit
ont favorisé l’émergence, la résurrection d’anciens
monstres. Nous avons mis le chaos dans le monde
et nous sommes en difficulté avec une partie de la
jeunesse à laquelle on ne propose pas un avenir
radieux mais désespérément « gris », bouché par
des réalismes cyniques et des nihilismes. Si nous
ne sommes pas à même de porter une nouvelle
fiction, un récit politique (de la fraternité, du soin…),
nous continuerons de renvoyer une partie de la
population dans les bras de partis de masse, faute
de leur avoir donné les moyens culturels et politiques de devenir un peuple.
On dit que l’histoire ne se répète pas. Pour autant,
beaucoup d’indicateurs rappellent avec force le
climat des années 1930…
Roland GoRi Comparaison n’est pas raison. Les
choses ne se répètent pas et rien ne dit qu’on va
reconduire les tragédies du XXe siècle. Mais le libéralisme, dans son incarnation sociale, est en contradiction avec lui-même au moins depuis la fin du
XIXe siècle, à la suite de la deuxième révolution
Malgré tout, de nouvelles fraternités sont à l’œuvre ?
Roland GoRi Les collectifs comme l’Appel des appels,
Nuit debout, Sauvons la recherche, Nuit sécuritaire
cherchent le langage de l’humanité qui crée la fraternité. Ce qui frappe, c’est cette forte attente affective et sociale. Ce que nous avions oublié dans
nos pratiques. On a fait comme si les humains
n’avaient pas besoin d’un temps de respiration, qui
est du côté de l’art, de la pensée, de l’amitié, de
l’amour. On a fait comme si l’homme n’était qu’un
animal producteur… Pour résumer, dans Un monde
sans esprit, la fabrique des terrorismes, je fais état
d’une contradiction inhérente à l’organisation de
nos sociétés et aux alternatives pseudo-révolutionnaires. Dans le Manifeste des œuvriers, avec Charles
Silvestre et Bernard Lubat, nous avançons des pistes,
nous affirmons la possibilité de convergences entre
l’artiste, l’artisan et le citoyen. C’est cette convergence des luttes et des analyses qui devrait permettre
aujourd’hui de restituer la dimension œuvrière à
nos métiers. C’est de là qu’une nouvelle révolution
symbolique doit partir. Comme le disait Jaurès, « la
démocratie ne doit pas s’arrêter aux portes des
usines ». Elle pourrait demain se construire sur nos
scènes professionnelles à partir d’un tripode : l’art,
l’artisanat… et le socialisme !
EntREtiEn Réalisé paR
MaRiE-José siRach
16 l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
Tribune libre
Le refus d’une catastrophe morale
et démocratique programmée
Nous, citoyen-ne-s,
exigeons le respect
de la parole politique
Collectif
Nous, hommes et femmes de gauche, citoyens et
citoyennes auxquels sont chères les idées et les valeurs
du socialisme, adhérents ou anciens membres du
Parti socialiste, sympathisants, compagnons de route
ou simples amis, quels que soient notre trajet, nos errances
ou nos doutes passés, condamnons le ralliement de Manuel
Valls au candidat Emmanuel Macron.
Nous, citoyens et citoyennes, militants politiques, syndicaux,
mutualistes et associatifs, agents du service public et salariés
du secteur privé, défenseurs acharnés de la chose publique
– res publica – et de l’intérêt général au quotidien, ne supportons plus que la parole politique publique soit autant
méprisée. Nous, hommes et femmes de gauche qui nous
sommes mobilisés en masse à la primaire de la Belle Alliance
populaire, dénonçons l’éclatement méthodiquement préparé
du Parti socialiste par ceux qui feignent encore s’en revendiquer
afin de mieux l’affaiblir et, avec lui, toute la gauche. Nous,
citoyens et citoyennes, qui engageons nos missions sur le
terrain en respectant et promouvant inlassablement l’éthique
de la morale publique, fustigeons votre absence de vertu. Nous,
ci toyen s e t ci toyen ne s ,
conspuons le cynisme politique
Nous dénonçons et la malhonnêteté intellectuelle
des anciens premiers ministres
l’éclatement
ou candidats supposément réméthodiquement publicains, qui bafouent leur
parole en refusant de soutenir
préparé du Parti le candidat désigné au terme
d’un processus citoyen auquel
socialiste.
ils ont souscrit, en refusant de
retirer leur candidature en cas
de mise en examen au mépris de leur engagement solennel
médiatique, en balayant leur convocation à comparaître devant
la police au mépris des règles élémentaires du droit auquel
aucun d’entre nous ne saurait se soustraire.
Nous, citoyens et citoyennes, avons conscience du délitement
du lien social et de l’effondrement des valeurs morales fondamentales de notre République par le manquement à la parole
de certains de ses représentants élus. Nous, citoyens et citoyennes, refusons de continuer à être pris impunément en
otage par certains de nos plus hauts responsables politiques.
Nous, simples citoyens et citoyennes, l’affirmons avec force :
Manuel, Jean-Yves, Gérard, quittez le Parti socialiste et
émancipez-vous définitivement de son histoire à laquelle
vous tournez le dos ; Jean-Christophe, excluez ceux et celles
qui se revendiquent d’un socialisme dont ils ne partagent plus
les valeurs élémentaires ; Benoît, Jean-Luc, dépassez vos
personnes, cultivez ce qui vous rapproche et refondez le
socialisme avant que ses usurpateurs néolibéraux et ses ennemis des droites ne viennent saper davantage encore les
bases de notre République. Nous, simples citoyens et citoyennes,
hommes et femmes de gauche, refusons de continuer à être
les spectateurs passifs d’une catastrophe morale et politique
programmée et dont nous redoutons tous ce qui pourrait en
ressortir demain. Nous, citoyens et citoyennes, nous nous
indignons et appelons à l’union des gauches. Le vent se lève,
il est urgent d’agir.
Signataires : Cyril Triolaire, maître de conférences des universités,
Olivier Ponte Garcia, professeur des écoles, et Pierre Dedet,
professeur de français en collège, militants socialistes.
Le souffle d’un processus constituant
Du désir de soulèvement
Par Guillaume Beaulande Journaliste
Une même dynamique opère dans la Mettre à l’épreuve sa liberté, c’est voir dans les
tentation du fameux « vote utile » et de situations de l’existence individuelle et collective
« l’abstention », celle qui vient des pro- ce qui est susceptible de nous construire un horizon
fondeurs instinctives de l’animal pen- commun. Or toutes les vagues ne sont pas des
sant en proie à ses démons : la dynamique du tsunamis. La déstabilisation du système capitaliste
recul. D’où qu’elle vienne, cette peur au mieux passera par des vagues libératrices successives qui
tétanise, au pire commande une réaction élec- finiront inéluctablement par creuser le roc.
trique contraire à la conservation des êtres.
Pour en finir avec l’abstention et éviter que le
Comme pris en étau entre la crainte du néofas- vote de défiance n’ait raison du vote d’adhésion,
cisme et la précipitation dans le vide, le vertige il s’agit de s’interroger sur l’origine de l’évanouisroule une mécanique bien huilée de fascination sement démocratique. La mythologie du « vote
et conduit inévitablement à la constipation de la utile » et la « politique du désespoir » qui accompensée. Se soustraire au péril n’est plus alors pagne l’abstention relèvent d’une même construcconsidéré comme la possibilité d’un combat mais tion médiatique : le recul. Comprendre que la
comme une résignation fardée en libre arbitre. logique des puissants comprime autant les libertés
Le conditionnement psychologique n’est alors civiles que le feu de nos désirs, c’est envisager que
plus conscient. Le système
le dernier réflexe à avoir, c’est
honni repose essentiellement
celui qui conduit à l’aveuglement
sur la dépolitisation de la société La déstabilisation
panurgique. Ce serait se déet ne se porte jamais mieux que
pouiller soi-même d’une des
du système
lorsqu’on lui donne carte
rares armes encore à disposition
blanche. Une grande machinerie capitaliste passera
pour avoir une chance d’en finir
dont les rouages ne grincent
avec ce qui nous mortifie que de
pas s’accommode parfaitement par des vagues
céder à l’une ou l’autre de ces
de quelques pansements mideux engeances.
libératrices
nutieusement appliqués sur ses
Par ailleurs, la rupture avec cette
failles. La mise à l’index de l’op- successives.
monarchie présidentielle et le
portunité quinquennale, desouffle d’un processus constituant
ve n u e l e s y m b o l e d e l a
doivent faire sauter les verrous
dépossession du pouvoir citoyen, prend à revers d’un système inégalitaire et servir de catalyseur.
ces vieilles terreurs païennes qui, jadis, nous Pas suffisant mais élémentaire. De ceux pour qui
faisaient défier le feu pour mieux l’honorer et le tout passera par les luttes sociales à ceux qui sont
conjurer dans la même impulsion.
dans l’action des initiatives locales en passant par
Voter ou ne pas voter, plier aux exigences média- ceux qui n’y croient plus du tout, une colonne d’air
tiques du blanc-seing accordé au candidat du système devrait s’élever entre le ravin et les fourches Caudines
ou s’enfuir, l’alternative ainsi posée ne prête pas pour éviter le recul ou le faux pas, sur cette respivraiment aux réjouissances. La question soulevée ration, une même volonté de rupture, un même
en des temps si fragiles mérite un autre angle de tir. désir de soulèvement.
Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité
17
Femmes et hommes, écrivains, cinéastes, artistes, intellectuels
Avec le vote Mélenchon, les chemins
de l’engagement collectif à gauche
Collectif
Nous nous inscrivons dans la
chinoise, ou nationale. Nous sommes d’aclignée de ceux qui ont combattu DES APPELS ET
cord avec la proposition de Jean-Luc Médès leur origine les institutions UNE DYNAMIQUE
lenchon d’ouvrir largement les portes de
monarchiques de la Ve Répul’Académie française aux pays francophones
blique. Et parce que nous avons une haute De nombreux appels
– en affirmant que la langue française peut
idée de la démocratie, nous considérons de syndicalistes,
et doit s’émanciper de tout le passé coloque, pour la faire vivre, il est nécessaire d’économistes et
nialiste et de tout relent de discours postqu’une critique radicale du capitalisme d’intellectuels en France
colonialiste : les esprits suivront. Nous
soit possible : de sa domination écono- et dans le monde
sommes d’accord avec cette autre propomique, politique, mais aussi culturelle, circulent en faveur du
sition de Jean-Luc Mélenchon de mettre
cognitive, psychologique. Nous sommes vote Jean-Luc Mélenchon. à contribution les profits générés par les
écœurés par la désinformation et la censure La dynamique
œuvres des auteurs tombés dans le domaine
qui sévissent partout (et notamment la enregistrée dans les
public pour créer un fonds de soutien à la
caricature du programme de Jean-Luc meetings ou dans
création littéraire et intellectuelle
Mélenchon et des Insoumis), orchestrées les enquêtes d’opinion
contemporaine.
par les propriétaires de la plupart des moyens se confirme aussi par ces
Femmes et hommes, écrivains, cinéastes,
d’information. Nous n’admettons pas que expressions collectives.
artistes, intellectuels, nous voulons retoute la classe politique fasse bloc contre
trouver les chemins de l’engagement
un candidat, Jean-Luc Mélenchon, parce
collectif à gauche, bâtir une nouvelle héqu’il menace les intérêts dominants – et
gémonie par et pour le peuple. Cette déles soubresauts de la Bourse sont significatifs à cet égard. marche nécessite le rassemblement et l’union. Une
Pour qu’enfin la démocratie cesse d’être réduite à un choix union des gauches écarte un PS qui a cédé aux sirènes
par défaut, pour que demain nous puissions recommencer du social-libéralisme, ne soutient que du bout des lèvres
à relever l’immense défi de l’exigence de justice sociale, son candidat, et prépare une alliance pour les législatives
d’égalité et de dignité pour tous les individus – que n’aurait avec la néodroite d’Emmanuel Macron, au détriment
jamais dû cesser de signifier le mot « gauche » –, pour des écologistes et des frondeurs. Nous n’acceptons pas
toutes ces raisons, nous appelons à voter Jean-Luc que le Parti socialiste, pris en otage par ses dirigeants,
Mélenchon.
prépare la continuité de la politique de droite menée
Nous ne sommes pas le petit doigt sur la couture du pan- par François Hollande, en s’alliant avec le candidat des
talon. Nous avons et nous aurons des divergences avec banques et de l’énarchie au service du CAC 40, EmmaJean-Luc Mélenchon.
nuel Macron.
Mardi Jean Rouaud
Mais nous voulons que renaisse dans ce pays une gauche
Nous appelons écologistes et frondeurs, et tous les
puissante, qui en finisse avec les désastreux
relents
racistes
électeurs
de la gauche sincère à saisir la chance historique
Mercredi Pierre Ivorra
et fascistes de la petite entreprise d’extrême droite des Le qui nous est offerte, et à participer avec nous à une
Jeudi
Francis Combes
et Patricia
Pen. S’il y a eu une montée insupportable
de l’extrême
recomposition
politique :Latour
vouloir faire gagner la gauche
droite dans ce pays, l’une des principales raisons en est la et faire battre la droite et l’extrême droite passe, auVendredi
le cahier
criminalisation
de toute véritable
pensée
critique dedans
la jourd’hui,
par le vote pour Jean-Luc Mélenchon.
undi 25 avril
2016 l’Humanité
15
l’Humanité
des débats, la chronique
domination de l’argent. Nous n’acceptons
pas ce déni de
réalité, imposé par des « intellectuels de
» qui
ont, depuis
Premiers
: Annie Ernaux, écrivaine,
Cynthia
Fleury
et lesignataires
bloc-Notes
Pascale Fautrier, écrivaine, Robert Guédiguian, réalisateur,
quarante ans, réalisé une OPA sur la « gauche ».
de Jean-Emmanuel Ducoin
Il ne s’agit pas de choisir un homme, mais une volonté Jean-Yves Mollier, historien, Gérard Mordillat, réalisateur et
politique d’en finir avec le régime présidentialiste de la auteur, Jean Ortiz, universitaire, Alain Ruscio, historien, Louis
Ve République, et, par l’élection d’une Assemblée consti- Weber, éditeur, Jean-Paul Scot, historien, Claude Mazauric,
tuante, de rechercher ensemble des solutions pour briser historien, Simone Mazauric, historienne des sciences et
les liens antidémocratiques entre les grands argentiers du philosophe, Olivier Steiner, écrivain, Bertrand Rothé,
LA CHRONIQUE
CAC 40 et l’État, pour l’avènement d’une République professeur agrégé et journaliste, Yves Charnet, écrivain,
DE BARBARA
sociale. Il ne s’agit pas de sortir de l’Europe mais de dire Eugène Durif, écrivain, Frédéric-Yves Jeannet, écrivain,
ROMAGNAN
haut et fort que nous n’acceptons pas cette Europe des Augustin Charnet, chanteur, Jacques Bidet, philosophe,
Pierre Serna, historien, Sophie Wahnich, historienne,
banquiers qui a mis la Grèce à terre.
Nous sommes internationalistes et nous voulons que la directrice de recherche CNRS, Bernard Foutrier, historien,
pensée critique puisse s’exercer à l’échelle internationale, Pierre Bergounioux, écrivain, Roger Martelli, historien,
en dialoguant, sur les cinq continents, avec ceux qui Vincent Dieutre, cinéaste, Marie-Jean Sauret, psychanalyste,
luttent partout contre la tyrannie des oligarchies locales, Olivier Long, universitaire et peintre, Julien Cendres, écrivain,
ongtemps, j’ai pensé que pour améliorer
qu’elles soient sous domination américaine, ou russe, ou Ernest Pignon-Ernest, artiste peintre.
Olivier Coret
Toute la semaine,
retrouvez
nos chroniqueurs
dans les pages
Débats&Controverses
L
Juste le respect
de la loi
la société il fallait faire changer les lois.
Je n’ai jamais pensé que cela pouvait
suffire, à la fois parce qu’un certain nombre
d’évolutions ne passent pas par la loi, ou, a
minima, ne s’y limitent pas, aussi parce que
les lois peuvent nécessiter
le recours
aux insToute
la semaine,
titutions judiciaires et la vigilance citoyenne
retrouvez
nos
pour se confirmer
dans25
lesavril
faits.
Maischroniqueurs
jamais
Lundi
2016
l’Humanité 15
je n’ai eu à ce point le sentiment
se
dansqu’il
lesfallait
pages
battre pour faire respecter la loi dans notre
pays, y compris par des institutions qui ont
les moyens de ne pas ignorer la législation.
Je connais une femme, dont je sais qu’elle
n’est pas seule dans cette situation, qui a dû
mener une bataille difficile pour pouvoir ouvrir
étendue
compte bancaire
alors
même que la loi lui
ntun
d’une
LA
CHRONIQUE
en garantit le droit.DE
Elle
vit en France depuis
BARBARA
pendants
deux ans avec ses deux
enfants depuis qu’elle
ROMAGNAN
livier Coret
Débats&Controverses
Mardi Jean Rouaud Mercredi Pierre Ivorra
Jeudi Francis Combes et Patricia Latour Vendredi
dans le cahier l’Humanité des débats, la chronique
de Cynthia Fleury et le bloc-Notes de Jean-Emmanuel
Ducoin
LA CHRONIQUE
PHILO
DE CYNTHIA
FLEURY
L’élaboration des valeurs
D
epuis plusieurs semaines, l’agence canadienne Filteris, qui mesure le poids numérique des candidats, place Marine Le Pen
et François Fillon aux première et deuxième places,
certains allant un peu vite en besogne en traduisant
celles-ci en intentions de vote. Pour autant, l’annonce n’est pas à prendre à la légère, tant la propagande a repris la main dans les périodes
électorales. L’agence tente d’analyser trois
« dynamiques », celles de la conscientisation, du
dénigrement et de la redondance. N’oublions pas,
par ailleurs, le profi l sociologique du votant, aux
alentours de 60 ans, surreprésenté dans les intentions de vote du fait même qu’il s’abstient moins
que d’autres catégories d’âge, et qu’il choisit principalement les deux partis de droite. Quant aux
valeurs, elles n’ont cessé d’être invoquées, par
tous les candidats, de gauche, de droite, de la
troisième voie naissante, les instrumentations
réciproques entre religion et politique n’étant pas
en reste – un candidat s’est même cru autorisé à
revendiquer la religion chrétienne comme garante
de l’intérêt général et du service public –, même
si l’idée ou la construction médiatique du « vote
utile » s’amplifie.
Dans son dernier ouvrage, Des valeurs. Une approche sociologique (Gallimard, 2017), la sociologue
Nathalie Heinich revient
sur ces valeurs, ces « reDéfendre
présentations collectives
cohérentes et agissantes »,
une approche
pour montrer comment
de sociologie
celles-ci ne relèvent pas
exclusivement de la philoaxiologique.
sophie morale, mais bien
plutôt de jeux d’acteurs et
de leurs raisons débattant. En somme, beaucoup
de choses sont à prendre en compte pour en saisir
leur diversité et leur complexité : les intérêts cachés
des acteurs, leurs croyances, leurs espérances,
leurs émotions, l’exigence de rationalité, les représentations collectives stabilisées par les institutions, etc. « Fin de partie », conclut l’auteure en
défendant une approche de sociologie axiologique
déployant un « relativisme sous contrainte de
rigueur » qui n’assimile pas relativité et relativisme.
Il ne s’agit donc pas de fonder scientifiquement
les valeurs, mais d’enquêter, avec le plus de neutralité possible, au sens d’impartialité (sachant
que les scientifiques sont également des « acteurs »),
sur les relations qu’entretiennent les acteurs,
nota m ment da n s la démocrat ie, avec le s
valeurs.
Il existe, certes, des ressemblances entre valeurs,
d’un même registre : aesthésique (plaisir, sensualité, sensation, etc.), épistémique (savoir, connaissa nce, vérité, etc.), herméneutique (sens,
spiritualité), mystique (sacralité), civique (intérêt
général, responsabilité), éthique (règles morales),
juridique (légalité, conformité aux règlements),
fonctionnel (utilité, commodité), technique (performance, efficacité), ludique, réputationnel (visibilité, renommée), économique (activités
marchandes), affectif, domestique, esthétique…
Pas moins de 16 registres de valeurs défi nis par la
sociologue, sachant qu’il peut y avoir combinaison
de registres ou valeurs qui traversent différents
registres. À vos assemblages, donc.
Julien Jaulin/Hanslucas
Tribune libre
18 l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
repères
Histoire
1947 Les Américains décident
de soutenir le gouvernement
grec dans sa lutte contre
les communistes (Truman).
Janvier 1952 Une nouvelle
Constitution est proclamée,
Papagos prend la tête d’un
gouvernement conservateur.
novembre 1963 Victoire
de l’Union du centre aux
législatives. G. Papandréou
devient premier ministre.
1974 Rétablissement
de la démocratie. La Grèce
se retire de l’Otan.
A. Papandréou fonde le Pasok.
une brèche dans les années de pierre
En 1969, le poète, diplomate et prix Nobel de littérature
Georges Séféris refuse le prix national en dénonçant
la dictature. Sa mort en 1971 donne lieu à une immense
manifestation populaire dans les rues d’Athènes. Son
cercueil est suivi par la foule qui chante en chœur
ses poèmes mis en musique par le grand Theodorakis,
dont les œuvres sont interdites par la dictature. Les
mobilisations internationales permettent la libération
et l’expulsion de nombreux artistes et intellectuels,
tandis que d’autres s’exilent à l’étranger, ainsi Patrikios,
Tsarouchis. Depuis la guerre civile, la répression s’appuie
sur un réseau de mouchards tandis qu’en province,
la gendarmerie toute puissante surveille la « moralité »
des familles. Exode rural ou émigration sont souvent
la seule issue pour échapper à ces années de pierre.
les tanks de l’armée grecque prennent position sur la place omonia (athènes), le 21 avril 1967, après le coup de force
mené par l’officier Georgios papadopoulos. Votava/AFP
1967, la dictature des
colonels s’installe en Grèce
qui ne collaborent pas sont arrêtés puis exilés dans les
îles ; tous les intellectuels soupçonnés de sédition sont
emprisonnés ; tortures et sévices sexuels reprennent dans
les geôles. L’ordre imposé par la dictature est un mélange
de mesures tragi-comiques – interdiction des minijupes
et des cheveux longs – et d’ordre moral chrétien, asséné
par le slogan « Grèce des Grecs chrétiens ». Le glorieux
passé antique est exalté dans les stades par des fêtes inspirées par les péplums. L’éducation de la jeunesse est prise
en main, ultranationaliste, ultraréactionnaire, en langue
« pure » archaïsante, la katarevousa.
Dictateur, président et régent
La situation économique portée par les Trente Glorieuses
est favorable aux débuts du régime, soutenu par l’élite
économique du pays, qui trouve son compte dans la
répression des droits syndicaux et sociaux. Cependant,
le mécontentement populaire monte. Pour contourner
l’impasse constitutionnelle de l’absence du roi, le dictateur
Papadopoulos organise en juillet 1973 un référendum
pour se donner un air démocratique. Il devient président
et régent, déclenchant l’ire d’une partie de l’armée qui
considère qu’il a trahi « l’idéal révolutionnaire nationaliste
du 21 avril ». L’occupation en mars 1973 de l’université
Le vendredi 21 avril 1967 à l’aube, Athènes est réveillée par des bruits
de droit, violemment réprimée, est suivie en novembre
métalliques : des chars sillonnent les rues et entourent le Parlement. Le pays
par celle de polytechnique, relayée par la radio pirate
des étudiants soutenus par la population. La répression
subit un coup d’État militaire. La dictature des colonels va durer sept ans.
militaire fait plus de cent morts.
Une partie de l’armée se range derrière Ioannidis, qui
destitue Papadopoulos et instaure une deuxième dictature
Avec la guerre civile (1946-1949) officiellement américaine. En effet, depuis 1947, la tutelle des États-Unis militaire. Persuadé de la protection américaine, Ioannidis
close en 1961, les Grecs croyaient pourtant s’exerce sur l’État grec aux niveaux économique et mi- provoque en juillet 1974 un coup d’État à Chypre pour
sortir de la terreur. Les derniers prisonniers litaire, par l’intermédiaire du plan Marshall. Après avoir renverser le président Makarios, accusé de sympathies
politiques ont tout juste regagné leur foyer en été formé aux États-Unis, Papadopoulos a assuré la liaison communistes, et instaurer l’Union entre la Grèce et Chypre.
1964, lors du printemps d’Athènes (1). Mais la de la CIA avec la KYP, les services secrets grecs. Mais Il provoque ainsi – à dessein ? – un débarquement militaire
liberté retrouvée se heurte aux ambitions des monarques l’élection de Papandréou inquiète le palais
turc, l’autre puissance tutélaire de Chypre,
grecs, liés à l’organisation chrétienne orthodoxe d’extrême et les services secrets soupçonnent son Aucune
qui ne cachait pas ses appétits territoriaux
droite, la ZOÏ, et s’appuyant sur un obscur mécanisme fils Andréas de sympathie avec les
aux dépens de la grande île souveraine. La
d’État parallèle. La Constitution laisse au roi des pouvoirs communistes, toujours hors-la-loi. Aucune opposition
partition et l’occupation de 40 % de l’île
exorbitants : il peut bloquer toute loi ou légiférer par décrets opposition institutionnelle ni diplomatique
laissent des milliers de morts et de disparus
et il en abuse. Ainsi, les souverains s’opposent au premier ne vient contrer le coup d’État ; les colonels institutionnelle
et plus de 300 000 réfugiés. Quelques jours
ministre Caramanlis, puis à Georges Papandréou (père appliquent un mécanisme bien rodé dès ni diplomatique
après, le gouvernement des colonels à
d’Andréas), qui a pourtant recueilli près de 70 % des les premières heures. Le confesseur du roi
Athènes livre le pouvoir aux politiques. Ils
suffrages librement exprimés lors des élections de 1964. et responsable de la ZOÏ est nommé ar- ne vient contrer
rappellent Constantin Caramanlis, qui
Le palais nomme plusieurs gouvernements de son choix chevêque d’Athènes à la tête de l’Église,
revient de son exil parisien dans l’avion de
mais sans majorité à la Vouli (Parlement grec), provoquant après destitution arbitraire de son prédé- le coup d’État.
son ami Giscard d’Estaing. Il est chargé
des manifestations violemment réprimées, au prix de cesseur et de nombreux cadres ecclésiasd’organiser le processus de réconciliation
plusieurs morts, dont Lambrakis et Petroulas. Les enter- tiques. Le roi Constantin et le palais s’inclinent, avant nationale et d’instaurer une démocratie parlementaire,
rements se transforment en énormes protestations.
de tenter un contre-coup d’État de circonstance fin 1967, qui s’accomplira sept ans plus tard en 1981 avec l’élection
Devançant les élections de mai 1967, censées ramener qui contraint la famille royale à fuir en Italie.
du socialiste Andréas Papandréou.
l’équilibre politique, les officiers putschistes menés par
Depuis trois décennies, les Grecs restaient astreints à un
Marie-laure coulMin Koutsaftis
Papadopoulos sont issus d’une organisation secrète fa- « certificat de civisme » attribué arbitrairement par la
natiquement anticommuniste, l’Idea, liée à l’armée police. Syndicalistes, anciens résistants, hommes politiques (1) Lire Printemps perdu, de Stratis Tsirkas (Seuil, 1982).
Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité 19
Capital/travail
énergie
rail
Engie : la CGT craint
des licenciements secs
Le réseau
ferré à la diète
Le groupe gazier a annoncé, mercredi, une vaste réorganisation de ses sièges
sociaux impliquant la suppression de 850 postes. Les syndicats s’inquiètent.
C
L
e groupe Engie (ex-GDF) a
annoncé, mercredi, un vaste
plan de restructuration. En
tout, 850 postes seront supprimés dans les trois sièges
sociaux du groupe basés à Londres,
Bruxelles et Paris, soit 40 % des effectifs de ces sites. Le siège de Londres
sera même rayé de la carte. « Depuis
quatre mois, nous étions au courant
qu’une réorganisation allait avoir lieu,
mais nous ne nous attendions pas à un
plan social de cette ampleur », explique
Éric Buttazzoni, coordinateur CGT du
groupe. « Nous avons su que des directeurs de service ont été mis sous
pression, contraints de revoir leur copie
à plusieurs reprises car leurs propositions de réduction de postes étaient
insuffisantes pour la direction », poursuit-il. « Cela semble énorme », a également réagi Hamid Ait Ghezala, le
représentant de la CFE-CGC. Avec les
postes vacants non remplacés depuis
quelques années et la centaine de
postes qui vont être créés, ce sont en
totalité 504 postes nets qui vont
disparaître.
« S’il n’y a pas d’inflexion
de la part de la direction,
nous aviserons »
« Sur le siège, nous assistons à la quatrième réorganisation. La première avait
eu lieu en 2011 », rappelle la CGT. En
2016, la direction du groupe avait déjà
supprimé 750 postes dans les services
commerciaux du groupe via des pré-
internet google veut bloquer
les publicités… des autres
Bercy et SNCF Réseau s’entendent
sur un financement minimum
de l’infrastructure ferroviaire.
auront trouvé un autre emploi chez un
concurrent. Les autres vont subir une forte
pression psychologique pour les forcer à
quitter le groupe ». Et dans le cas où le
plan de départs volontaires ne serait pas
rempli, Éric Buttazzoni craint que « la
nouvelle étape ne soit des licenciements
secs ». Ce qui serait « inacceptable »,
prévient le cégétiste. Pour l’instant, les
syndicats vont « passer dans les services »
pour analyser les conséquences de cette
réorganisation sur les conditions de travail
des agents et vérifier si la baisse d’activité
correspond à la baisse d’effectifs. « S’il
n’y a pas d’inflexion de la part de la direction, nous aviserons », alerte Éric
Buttazzoni.
’est l’une des dispositions qui parachèvent la mise en œuvre de la
réforme ferroviaire, votée en 2014.
Jeudi, l’État et SNCF Réseau, le gestionnaire d’infrastructure (ex-RFF), ont signé
trois contrats de performance, censés
planifier les investissements relatifs à
l’infrastructure sur dix ans. À la veille du
premier tour de l’élection présidentielle
et malgré l’opposition de l’Autorité de
régulation des activités ferroviaires et
routières (Arafer) et du Sénat, le gouvernement a mis un point d’honneur à aller
au bout de sa réforme, vivement contestée
par la CGT cheminots.
Si, pour Bercy, la signature de ces contrats
permet au système ferroviaire de se doter
« pour la première fois d’une vision stratégique de long terme », leur contenu signe
surtout « l’abandon par l’État de la moitié
du réseau sur les lignes dites UIC 7 à 9 (classification en fonction de la fréquentation –
NDLR), petites lignes qui recouvrent 46 %
du territoire français », dénonce pour sa
part l’Association des régions de France
(ARF), qui, consultée, s’est abstenue sur
ces contrats. L’opposition du Sénat s’est
quant à elle fait entendre par la voix d’Hervé
Maurey (UDI), qui préside la commission
de l’Aménagement du territoire et du Développement durable. L’élu a jugé mercredi
qu’il serait « scandaleux que le gouvernement
signe un tel contrat (...) en refusant toute
explication préalable auprès du Parlement ».
Paradoxal de la part d’un sénateur dont le
groupe parlementaire a voté sans hésiter
et à l’unanimité la réforme ferroviaire
de 2014.
Clotilde Mathieu
Marion d’allard
au siège, c’est la quatrième réorganisation qui se profile. Gilles Rolle/REA
retraites et des mesures de reclassement. Le groupe table prioritairement
sur « la mobilité interne et la formation »
pour accompagner ces suppressions
de postes, et annonce que le budget de
formation sera « multiplié par trois ».
Il compte également sur des départs
en retraite anticipée qui pourraient
concerner environ 250 salariés.
Mais, cette fois, le géant gazier prévoit
un plan de « départs volontaires ». Une
première dans l’entreprise, affirme Éric
Buttazzoni, coordinateur CGT du groupe.
Jusqu’à présent, aucun agent du groupe
« ne risquait d’être poussé dehors, explique le syndicaliste. Nous allons non
seulement perdre des compétences, car
ceux qui voudront partir sont ceux qui
Google craint pour sa régie publicitaire, Adsense, qui n’a
rapporté « que » 4 milliards d’euros au dernier trimestre
2016, soit 17 % des revenus du groupe. Les adwords (achats
de mots sur le moteur de recherche) se portent eux toujours
aussi bien et représentent le gros des 80 milliards de revenus
de la publicité de Google. Mais Adsense est concurrencée
par Facebook. Et Amazon, qui se lance sur le marché et
espère gagner 7 milliards ces prochaines années en s’occupant de la réclame sur sa plateforme de vente, visitée par
250 millions de personnes par mois. Google envisage donc,
pour les utilisateurs de son navigateur Chrome, de bloquer
le gros des réclames… des autres. Le constat est double : la
nuisance des publicités vidéo pousse de plus en plus d’utilisateurs à installer des bloqueurs de pubs (uBlock Origin).
En maîtrisant sur Chrome l’affichage des réclames, Google
veut forcer les annonceurs à rester raisonnables et renforcer
son monopole sur la publicité en ligne.
Pi. M.
Média arnaud lagardère se nomme aux
manettes d’europe 1 en crise d’audience
Arnaud Lagardère a réuni les 200 salariés d’Europe 1, jeudi,
pour leur annoncer qu’il prenait la direction de la radio à
la place de Denis Olivennes, qui restera patron de Lagardère Active. « Les résultats d’audience ne sont pas bons.
Vous connaissez mon attachement personnel à Europe 1 et
l’importance d’Europe 1 pour le groupe et pour le paysage
audiovisuel français. Pour ces raisons, j’ai décidé de prendre
la présidence d’Europe 1 », a-t-il justifié dans un entretien
paru dans le Monde. La station a atteint son plus bas niveau
depuis douze ans, d’après Médiamétrie, avec 7,7 % d’audience, soit 4,2 millions de personnes. Par comparaison,
il y a cinq ans, elle réunissait 500 000 personnes de plus.
Arnaud Lagardère souhaite rapidement former une nouvelle équipe et nommer un directeur d’expérience à sa
tête. Europe 1 était déficitaire en 2016, avec une perte
d’environs 7 millions d’euros, et devrait l’être encore en
S. g. aveC PaSCal Jouary
2017.
nantes après six semaines de grève,
les éboueurs durcissent le mouvement
Les éboueurs de Nantes Métropole ont amplifié leurs
actions, jeudi, au cours de leur sixième semaine de mobilisation contre une réorganisation qui va entraîner, d’ici
le 1er octobre, la suppression de 24 postes sur quelque 210
d’agents titulaires et une augmentation du tonnage par
agent, ainsi qu’une modification des horaires de travail.
Les fonctionnaires ont bloqué les trois sites de collectes
des déchets ménagers et ont déversé des ordures devant
la mairie en réaction au « chantage » de la municipalité,
qui refuse de négocier, après l’échec d’une réunion mardi
dernier, s’ils ne lèvent pas « les blocages, qui sont illégaux ».
Nantes Métropole a d’ailleurs assigné la CGT et FO en
référé (procédure d’urgence) devant le tribunal administratif. L’audience est prévue ce vendredi, et donnera lieu
à un rassemblement. Les éboueurs refusent notamment
la fin du principe « fini-parti », qui permet aux agents de
quitter le travail dès le ramassage terminé.
C. M.
20 l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
Une planète et des hommes
V
erre à moitié vide ou à
moitié plein, tout dépend
du point de vue selon lequel on se place. En résumé, c’est un peu de cette
manière que le Bureau de
recherches géologiques et
minières (BRGM) a présenté, jeudi, ses conclusions sur l’état des nappes d’eau souterraines
en France au 1er avril 2017. Si leur situation
n’est pas folichonne en ce début de printemps,
elle n’est pas non plus catastrophique comme
ce fut le cas en 2012, où le déficit en eau avait
été très important au point de pénaliser une
partie du monde rural.
Dans le Sud-Est, le déficit de pluie avait
atteint 25 % en moyenne. La ProvenceAlpes-Côte d’Azur et la Corse avaient été
les régions les plus défavorisées. Du MidiPyrénées à l’Anjou et à la région nantaise,
le bilan des pluies avait été encore plus
déficitaire, et ce malgré des mois d’avril,
mai et juin copieusement arrosés. La sécheresse s’était même aggravée, durant
apple mise sur le renouvelable
« Notre objectif doit être une chaîne (...) où
les produits seront fabriqués en utilisant
uniquement des ressources renouvelables
ou des matériaux recyclés », plaide Apple
dans son rapport sur l’environnement 2017.
Des perturbateurs enDocriniens
plein la tête
Des traces de perturbateurs endocriniens ont été
retrouvées dans les cheveux d’une quarantaine d’enfants,
selon une étude de 60 millions de consommateurs,
qui appelle autorités et consommateurs à réagir.
nappes phrÉatiques
La France entre
deux eaux
La France n’est pas logée partout
à la même enseigne
Ce manque d’eau cet hiver a été, et de
manière étonnante, plus prononcé dans les
parties nord, est et ouest du pays. La Champagne, la plaine d’Alsace, l’Aquitaine, mais
aussi la Bretagne nord et centre ont été les
régions les plus impactées. Dès le mois de
nappes ne sont pas totalement terminées, décembre, des arrêtés de restriction d’eau
nous n’en sommes pas là, et ce même si le ont été pris en Bretagne. Mercredi, enfin,
BRGM a tenu à alerter sur certains points on apprenait sur le site Propluvia (outil de
noirs : « Nous ne sommes qu’au début du gestion des arrêtés de restriction d’eau du
printemps. L’hiver, la végétation est en som- ministère de l’Environnement) que de noumeil et ne consomme que peu d’eau. Si les veaux arrêtés étaient en cours en Ille-etconditions pluviométriques, qui ont été Vilaine et Côtes-d’Armor avec une réduction
des prélèvements à des fins agricoles inférieure à 50 %, une interdiction d’activité
nautique et à certaines heures d’arroser les
jardins, espaces verts ou golfs, etc. À un
degré moindre, dans le Calvados, dans
l’Eure, en Savoie et dans le Haut-Rhin, des
informations et incitations aux particuliers
ainsi qu’aux professionnels à faire des
économies d’eau ont été lancées.
« après
Pourtant, la France n’est pas
un mois De mars
logée partout à la même enDoux, peu arrosÉ, la
seigne. « La vallée du Rhône,
sÉcheresse Des sols
la Provence, les Vosges, le Jura,
Était notable en
les Pyrénées ainsi que la
bretagne, au suD De
Beauce sont dans des condila normanDie et sur
tions disons favorables, exles rÉgions au norD
De la seine. » mÉtÉo
plique Philippe Vigouroux,
France.
membre du BRGM. On reste
dans une situation sinon normale,
du moins pas particulièrement critique
par rapport aux autres années. »
Conclusion confirmée par Nathalie Dörfliger, directrice eau, environnement, écotechnologies. « Rien, ici, de comparable aux
déficits historiques de 2003 et 2004. »
Le manque de pluie durant cet hiver a certes affecté
les réserves d’eau du territoire français, mais nous sommes
encore loin d’une situation de crise, d’après le BRGM.
l’été, de l’Aquitaine aux Pays de la Loire et
du Bassin parisien jusqu’au Limousin. Sur
l’ensemble de ces régions, le déficit avait
atteint plus de 60 % en moyenne, et même
80 % en Île-de-France.
Quoi qu’il en soit, à ce jour, et alors que
les périodes de recharge hivernale des
faibles cet hiver dans certaines régions,
n’évoluent pas, alors là, oui, on pourra parler
de risque. »
Malgré tout, d’après les données publiées
jeudi, presque 54 % des nappes phréatiques
sont à un niveau considéré « comme plus
bas que la moyenne habituelle en ce mois
d’avril ».
mercredi, de nouveaux arrêtés de restriction d’eau étaient en cours en ille-et-vilaine et dans les côtes-d’armor. E. Berthier/hemis.fr
Éric serres
POUR qUe vive
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Je retourne ce coupon complété et accompagné de mon chèque à :
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Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité 21
le lAbour en cAMpAgne
« Le Parti conservateur
est le parti des privilégiés. »
Jeremy Corbyn,
chef du Parti travailliste britannique,
très bas dans les sondages (24 %).
recours Aux Mines Au YéMen
L’utilisation de mines par les rebelles au Yémen
provoque de nombreuses pertes civiles
et empêche le retour chez eux de milliers
de civils déplacés par la guerre, a dénoncé jeudi
l’organisation Human Rights Watch (HRW).
Le monde en mouvement
turquie
Les prisonniers
de Recep Tayyip Erdogan
Depuis le coup d’État avorté de juillet 2016, 40 000 personnes ont été arrêtées et emprisonnées. Après la victoire du oui
au référendum accroissant les pouvoirs d’Erdogan, d’aucuns craignent que la répression ne s’accélère. Témoignages.
À
Istanbul (Turquie), envoyé spécial.
quelques pas de la place
Taksim et du parc Gezi(1),
de lourds grillages constellés de panneaux estampillés
« polis » enceignent un immeuble a priori banal. Dans
le hall d’entrée, le comité
d’accueil est à l’image du dehors : une dizaine
de policiers fument et boivent du café, regardant de temps à autre leurs écrans de
contrôle. Rien de plus normal s’il s’agissait
d’un commissariat ; plus inquiétant, en revanche, quand on sait que l’on vient de pénétrer les locaux du journal Cumhuriyet.
Après deux sas de sécurité, nous accédons
enfin à l’ascenseur donnant sur les salles de
rédaction. Dans les couloirs, un journaliste
fait les cent pas, ne sachant comment titrer
son papier. « Autocensure… autocensure… »
sourit l’homme d’un certain âge. Un étage
plus haut, Yonca Verdioglu Sik, l’épouse du
célèbre journaliste turc Ahmet Sik, et l’avocat
du journal, Tora Pekin, visionnent une vidéo
sur un smartphone. Une heure plus tôt, ils
étaient encore au tribunal.
Des journalistes, des députés et des
maires de l’opposition terrorisés
Sur l’écran, le reporter invective les juges :
« Vous êtes aujourd’hui de ce côté de la barrière,
mais n’oubliez pas ce qui est arrivé à ceux qui
m’avaient injustement condamné, il y a cinq
ans ! Cela vous arrivera à vous aussi ! » augure
celui qui se retrouve aujourd’hui en prison
pour soutien supposé au prédicateur islamiste
Fethullah Gülen, l’ancien grand ami de Recep
Tayyip Erdogan, que ce dernier accuse d’avoir
fomenté le coup d’État raté de juillet 2016.
Les larmes aux yeux, Yonca arrête la vidéo
du portable : « En 2011, Ahmet avait été arrêté
après la publication d’un livre qui avertissait
de la menace Gülen au sein de la société turque.
À l’époque, mon mari avait pris un an de
prison pour avoir touché à l’ex-ami d’Erdogan.
Comment peut-il être accusé maintenant de
faire partie de cette organisation ? Absurde !
tonne la jeune femme. Aujourd’hui, Ahmet
a voulu avertir ses juges que ceux qui l’avaient
envoyé en prison à l’époque ont été à leur tour
incarcérés, voici quelques semaines, et ce
sous le même chef d’accusation que lui et avec
le même régime carcéral au bout du
chemin ! »
Manifestation dans les rues d’istanbul pour la libération des journalistes emprisonnés. Yasin Akgul/AFP
C’est-à-dire des conditions
Nul ne sait si, parmi les
de détention très dures. De- « Depuis la
livres qu’il désirait obtenir,
puis plus de six mois, Ahmet victoire du oui,
Ahmet Sik aurait voulu ceux
Sik et dix autres journalistes
de sa compatriote Asli Eret avocats du journal sont je ne sens pas
dogan, la célèbre romancière
soumis à un régime sévère.
turque qui, après avoir passé
« Mon client est aujourd’hui du tout ce qui
trois mois en prison l’an derà l’isolement », explique son se passe dehors.
nier, attend que son procès
avocat Tora Pekin. « Les
reprenne en juin. Dans un
autorisations de visite sont Je me sens tout
café de la place Taksim,
extrêmement rares, que ce
l’écrivaine, très marquée par
soit pour la famille comme le temps en
l’épreuve, fume cigarette sur
pour les avocats. Une heure
cigarette. « J’ai beaucoup de
insécurité. »
par semaine au maximum.
maux d’estomac, je dors
Quant à sa santé, si elle reste
Asli erdogAn mal… cette situation est abromAncièrE TurquE surde, commence-t-elle.
bonne, les pressions psychologiques sont lourdes. On lui
Depuis la victoire du oui, je
refuse, par exemple, l’accès aux journaux ne sens pas du tout ce qui se passe dehors. Je
ou aux romans, qu’il demande », conclut me sens tout le temps en insécurité. Je crains
Tora, tandis qu’un concert de sirènes de qu’un mauvais coup ne se prépare », dit-elle
police monte de la rue.
la voix nouée et regardant avec suspicion
les deux hommes venus s’asseoir à une table
non loin d’elle. Asli Erdogan fait partie des
40 000 personnes qui ont été arrêtées et
emprisonnées depuis la tentative de coup
d’État. Dans le même temps, 130 000 personnes de la sphère publique – professeurs,
professionnels de santé, juges, etc. – ont été
démises de leurs fonctions. Le 10 novembre 2016, le parquet d’Istanbul avait
requis contre l’auteure la prison à perpétuité
pour avoir collaboré au journal d’opposition
Özgür Gündem, fermé depuis lors. Asli Erdogan est accusée de soutien à une organisation terroriste, en l’espèce le Parti des
travailleurs du Kurdistan (PKK), que les
États-Unis et l’Union européenne ont aussi
placé sur liste noire. Cent cinquante journalistes mais aussi des dizaines de députés
et maires de l’opposition, en particulier ceux
du Parti démocratique des peuples (HDP),
ont subi le même sort. « Aujourd’hui, je
22 l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
Le monde en mouvement
Les prisonniers
de Recep Tayyip Erdogan
suis dehors mais pas en liberté. Istanbul est
une prison à ciel ouvert, pour moi. Mes papiers
m’ont été confisqués, m’empêchant tout
mouvement à l’intérieur comme à l’extérieur
du pays », rappelle la romancière. « Que
pensez-vous de la situation vous en Europe ? »
interroge-t-elle. « Croyez-vous, comme
disent des analystes, que la victoire du oui va
apaiser Erdogan et qu’il fera acte de commisération en nous faisant grâce ? » lance-t-elle
comme pour se rassurer. « Moi, j’ai peur que
la Turquie ne ressemble de plus en plus à l’Allemagne d’Hitler », dit-elle, portant une
énième cigarette à sa bouche.
« Il faut se taire et faire
ce qu’on peut »
Un sentiment partagé par le cinéaste Halit
Eke. Dévalant la pente raide menant du
quartier de Galata jusqu’à Karaköy au bord
du Bosphore, le jeune homme fait part de
l’emprisonnement intérieur qu’il ressent
au jour le jour : « Je suis kurde et juif, deux
identités difficiles à porter ici en Turquie,
explique-t-il. Mon père, qui travaille dans
le pétrole, ne veut pas en entendre parler.
Mais moi, j’ai grandi avec ces deux origines
en question. Pourquoi ne pouvions-nous pas
parler kurde dans la famille ? Pourquoi ne
pas avouer nos origines juives ? Cette impression d’étouffement et de reniement s’est
de nouveau amplifiée avec l’arrivée au pouvoir
d’Erdogan, il y a quinze ans ! » Invité cette
année au Festival de Cannes pour y pré-
senter son court métrage, Almodovar Theory,
Halit Eke a décidé de ne pas choisir la lutte
armée pour résister à l’oppression. « Jusqu’à
18 ans, j’étais en colère. Je me battais avec
ma famille, avec les flics dans des manifs.
La violence était un mode d’expression. Et
puis, le cinéma m’est apparu comme un
moyen de lutte salvateur et beaucoup plus
efficace. Mon rêve, c’est d’amener sur les
écrans turcs la question kurde dans des fictions. C’est cela qui fera avancer les choses.
Transmettre par la culture et non pas la
violence. Seule manière de s’échapper de
nos prisons intérieures… » prévient-il, tandis
que son ami Jamil le rejoint sur le quai des
navettes de Karaköy.
Ce dernier, un des chefs opérateurs les
plus prisés de l’industrie du cinéma turque,
ne tient pas d’autre discours : « Il faut se
taire et faire ce qu’on peut », dit-il, le regard
lointain. « Moi, je suis kurde yezidi, mais je
ne le crie pas sur les toits. Ce qui m’intéresse,
c’est de faire de belles choses. De créer de
belles images, de faire de beaux films. Je n’ai
plus le courage de me battre pour affirmer
une identité… la prison, ça suffit comme
ça ! », affirme-t-il avant d’embarquer à
l’ombre du pont situé au-dessus de l’embarcadère. Au-dessus de lui, une colonne
de véhicules de police s’ouvre un chemin
dans les bouchons. L’état d’urgence est
devenu une habitude, ici, à Istanbul.
Stéphane aubouard
(1) Symboles des manifestations spontanées
de 2011, en plein printemps arabe.
italie
Victoire syndicale
sur les lois travail
Le Parlement italien a rétabli mercredi la responsabilité
des donneurs d’ordres et aboli les chèques emploi-service.
O
n savoure la victoire, à la
Confédération générale italienne du travail (CGIL). Le
Sénat italien a approuvé mercredi
un décret-loi qui revient sur deux
reculs sociaux inscrits dans les réformes du marché du travail de 2003
et 2015. Grâce à ce vote, les « vouchers », ces chèques emploi-service
utilisés par les employeurs pour rémunérer les précaires pour quelques
heures de travail, sont abolis. Le recours aux vouchers avait été multiplié
par 270 entre 2008 et 2016, notamment grâce à leur libéralisation en
2015. Par ailleurs, la responsabilité
des donneurs d’ordres dans le nonrespect des règles du travail par les
entreprises sous-traitantes, qui avait
été fortement limitée en 2003 par
Silvio Berlusconi, est rétablie.
Par ce vote, le Sénat empêche la
tenue d’un référendum abrogatif
sur l’abolition des vouchers et la
responsabilité des donneurs
d’ordres. Une consultation populaire avait été programmée par la
Cour constitutionnelle le 27 mai
prochain, suite à la collecte par la
CGIL, la première centrale du pays,
de 1,1 million de signatures.
Par ce vote, le gouvernement du
démocrate Paolo Gentiloni s’évite
un échec référendaire. Son prédécesseur, le secrétaire du Parti
démocrate (PD), Matteo Renzi,
avait démissionné après avoir
échoué, le 4 décembre dernier, à
faire approuver une réforme
constitutionnelle par référendum.
De plus, le PD, qui organise une
primaire le 30 avril pour reconduire Matteo Renzi au poste de
secrétaire, souhaite s’éviter une
campagne électorale.
Gaël de SantiS
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Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité 23
SHArAPoVA dAnS l’Attente
La Fédération française de tennis se prononcera le 15 mai sur le fait
d’attribuer ou non une invitation à la Russe Maria Sharapova pour
Roland-Garros (22 mai – 11 juin). L’ex-numéro 1, qui n’a plus de
classement en raison de sa suspension de quinze mois pour dopage,
bénéficie déjà d’invitations à Madrid et Rome qui divisent le circuit.
20
c’est le nombre de semaines de grossesse
de l’Américaine Serena Williams.
la numéro 1 mondiale a annoncé, mercredi,
la fin de sa saison tennistique.
Soyons sports
L
e stade Marcel-Deflandre,
maison mère des Jaune et
Noir de La Rochelle depuis
1926, a beau être presque
centenaire, il cumule les
premières historiques cette
saison. Versant européen, il
accueillera samedi la première demi-finale
européenne de l’histoire du Stade Rochelais.
Sur sa pelouse, l’équipe entraînée par Patrice Collazo défiera les Anglais de Gloucester afin d’atteindre la finale du Challenge
européen, la Coupe d’Europe bis – lire
notre encadré. Un adversaire que connaît
bien le coach rochelais puisqu’il a passé
une saison comme joueur dans les rangs
des Cherry and White, en 2006. Vainqueurs
du Challenge à deux reprises – en 2006 et
2015 –, les Anglais ont battu les Français
en phase de poules le 8 décembre avant
que les Rochelais ne prennent leur revanche
une semaine plus tard. À l’époque, les
Maritimes commencent tout juste à passer
la surmultipliée en championnat de France.
Entre une vilaine défaite à Bordeaux le
19 novembre 2016 (0-26) et un revers
– avec une équipe bis envoyée en prévision
de la Coupe d’Europe – contre Lyon le
week-end dernier, La Rochelle a enchaîné
une série de onze matches sans défaite :
un nul, dix victoires. Le record d’invincibilité, détenu par Toulouse depuis la saison
2008-2009, est même égalé au passage. Et
à chaque victoire, les hommages des vaincus pleuvent : « La Rochelle est bien à sa
place de leader », reconnaît Laurent Labit,
l’entraîneur des arrières du Racing 92, en
mars. C’est « une équipe en totale confiance
et qui n’est pas par hasard leader du championnat, dès lors que cette équipe maîtrise
son rugby, elle est redoutable », s’incline
Ugo Mola, le coach du Stade Toulousain,
toujours en mars. Jeu en mouvement, mêlée
solide, conquête en touche et une bonne
pincée de joueurs sans noms ronflants mais
à l’esprit d’équipe affirmé forment sur le
terrain la réussite rochelaise, solide leader
du Top 14 devant Clermont et en passe de
clerMont et le StAde FrAnçAiS
Sur le Pont de l’euroPe
Avec La Rochelle, deux autres clubs seront
sur le pont de l’Europe, ce week-end. Dans
l’autre demi-finale du Challenge européen,
le Stade Français recevra les Anglais
de Bath, dimanche, à Jean-Bouin. Et côté
« grande » Coupe d’Europe – la Champions
Cup –, Clermont affrontera dimanche,
à Lyon (France 2, 15 h 50), les Irlandais
du Leinster. Une équipe qui ne réussit
pas franchement aux Auvergnats, battus
lors de leurs deux affrontements en phases
finales européennes.
l’entraîneur de la rochelle, Patrice collazo, au milieu de ses joueurs avant le match
du top 14, le 15 avril. Romain Lafabregue/AFP
rugby
À l’Ouest,
du nouveau et
du mouvement
Leaders du Top 14, les Maritimes peuvent aussi s’offrir une
première finale européenne s’ils viennent à bout samedi –
21 heures, France 4 – des Anglais de Gloucester.
Football Monaco cherchera à continuer
sur sa lancée européenne face à lyon
À peine qualifié pour les demi-finales de la Ligue des
champions – tirage au sort ce vendredi – après sa victoire
face à Dortmund mercredi (3-1), l’AS Monaco se replongera dès dimanche dans la réalité hexagonale en se déplaçant à Lyon lors de la 33e journée du championnat de
France de Ligue 1. Leaders du championnat de France à
égalité de points avec le PSG qui compte un match en plus,
les Monégasques ont l’intention de se battre sur tous les
fronts. « Il reste un gros mois de compétition et il faut aller
chercher au moins quelque chose, martèle ainsi Valère Germain, auteur du troisième but face à Dortmund à Louis-II.
Il faut rester concentré, bien récupérer. Cette saison est très
belle, mais elle pourrait l’être beaucoup moins si on n’a rien
au bout. » Les Monégasques surveilleront donc avec attention le résultat du PSG qui recevra, dès samedi, Montpellier au Parc. Et à suivre le coach de l’ASM, Leonardo
Jardim, pas question de jouer avec le frein à main en Ligue 1 : « On va essayer de jouer “no limit” dans les deux
compétitions », assure le technicien portugais.
cyclisme la fédération britannique
commande un audit pour rouler droit...
Grand nettoyage à prévoir ou opération de communication ?
La fédération britannique de cyclisme British Cycling vient
en tout cas de commander un audit sur ses pratiques
médicales, après les sévères critiques de l’agence antidopage britannique (Ukad). Début mars, la responsable de
l’Ukad, Nicole Sapstead, avait mis en cause la fédération,
ainsi que l’équipe Sky et son médecin pour ne pas avoir
conservé les dossiers médicaux de Bradley Wiggins. Conséquence de cet oubli : il n’y a plus aucun moyen de savoir
si le cycliste avait reçu ou non un médicament interdit en
juillet 2011 peu avant le Tour de France. L’équipe Sky et
la fédération britannique font actuellement l’objet de deux
enquêtes. L’une est menée par l’agence antidopage britannique sur le dossier concernant le premier coureur du
pays vainqueur du Tour de France en 2012, Bradley Wiggins. L’autre par l’organisme de financement UK Sport.
Confié au responsable des services médicaux de l’Institut
anglais du sport, le docteur Rod Jaques, l’audit tant attendu
devrait être rendu en juin.
F. S.
se qualifier pour les demi-finales à Marseille
les 26 et 27 mai. Une autre première. Pourtant, cette baraka étonne les intéressés
eux-mêmes. « On ne pensait pas faire une
série comme ça, explique le talonneur Jérémie Maurouard. Après, l’explication de la
réussite, c’est qu’il y a un bon groupe et on
avance ensemble. » Et tout roule comme ça :
« On ne se prend pas la tête, c’est ce qui fait
notre force », renchérit Pierre Aguillon, le
centre de l’équipe, arrivé au club cette saison. Mais, tout n’est pas non plus suspendu
dans les airs, La Rochelle, c’est aussi un
« modèle économique vertueux » que vante
le dauphin Clermont. Là aussi, les forces
s’additionnent : une multitude de petits actionnaires abonde un budget d’environ
20 millions d’euros (12e budget du Top 14)
et joue le long terme en proposant aux joueurs
des contrats certes moins payés que ceux
des grosses écuries (Racing, Toulon, Clermont…) mais avec des perspectives de durée.
Enfin, aux commandes, il y a Vincent Merling,
patron d’une entreprise de torréfaction mais
aussi ancien joueur et éducateur du Stade.
Président depuis 1991, il est d’une fidélité
sans faille, comme celle des supporters : le
Stade Rochelais compte 11 400 abonnés pour
un stade de 15 000 places.
Frédéric Sugnot
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R1 l 2e course à 14h45 l
Trot l 15 part. - Autostart l
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11. VÉNÉZIA DE MAI
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15. RADIEUX
LE BON FAVORI :
ATTACUS
L’OUTSIDER REPÉRÉ :
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Dimanche à Saint-Cloud - 1e impression - Q+ - Prix Pays de Loire Plat - Handicap - 3 ans - 2.100 m. : PASCASHA D’OR lGOLDEN RAJSA l
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BHAGEERATHI lTINARILOU lFROSTY BAY lZAIN GOLD
Culture&Savoirs
24 l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
Profitons de l’aubaine ! Pour la deuxième année
consécutive, le Printemps de Bourges
propose des concerts
gratuits de grande
qualité, sur la place
Séraucourt. La planète hip-hop et ses satellites y ont leur coin
de soleil. On ne manquera pas Féfé (le
21 avril), issu du Saïan Supa Crew. « Ça me
fait plaisir de retrouver le Printemps de
Bourges, déclare-t-il. C’est un carrefour des
musiques actuelles dans leur diversité. J’aime
son public, ouvert, motivé. » On découvrira
en live le nouveau CD de Féniksi, Mauve. Ce
disque fait sacrément du bien, avec son
irrésistible appel à la danse et ses messages
sans concession, positifs. « Je l’ai ainsi baptisé
parce que j’y ai combiné le rose de mes rêves
et les bleus de la vie. Ça donne du mauve. »
Pour le troisième album à son nom, le chanteur, auteur et compositeur d’origine nigériane avait besoin de se ressourcer. Il est
parti sur les traces de ses ancêtres paternels,
à Lagos, ainsi qu’à Bahia et Cuba. « Cela m’a
fait un bien fou. Je suis revenu en France avec
un regain d’énergie et une direction : faire
mon disque en indépendant, le produire moimême, avec de vrais amis, Fred Savio et Felipe
Saldivia, aux antipodes des pressions du
showbiz. »
« J’ai toujours été utopiste, mais j’ai
reçu des coups jusqu’à déprimer »
Il en résulte un bel équilibre. Complexes
investigations sonores malgré l’apparente
simplicité, richesse rythmique, mélodies
entraînantes, exhortations à la conscience,
refrains jubilatoires… Les apports yorubas y
sont imbriqués avec finesse. « Ce qui m’a
frappé, en Afrique comme au Brésil et à Cuba,
c’est la manière éminemment vivante dont les
jeunes s’emparent de cet héritage, sans craindre
de le faire évoluer, de le tordre et distordre.
Moi qui ai un immense respect pour Tony Allen
et l’afrobeat, ça m’a désinhibé. Ça m’a libéré
de chaînes mentales. Mon séjour à Cuba a été
une révélation. J’ai été fasciné par la grande
culture du peuple, malgré l’embargo économique et la misère. Cuba est l’exemple flamboyant d’un peuple éduqué. »
À Bourges, Féfé interprétera l’ode tendre
adressée à chacune de ses deux filles (Dans
tes yeux). Et l’émouvant hommage à KLR,
membre du Saïan Supa Crew fauché par la
mort avant même que le groupe ne sorte, en
1999, son premier album (nommé KLR en
sa mémoire) et ne connaisse le succès. Tout
au long de Mauve, on perçoit une lucidité
critique qui fait des pieds de nez à l’amertume
en se tournant résolument du côté de la joie.
« J’ai toujours été utopiste, mais j’ai reçu des
coups jusqu’à déprimer », explique Féfé avec
pudeur.
La gloire du Saïan et sa cohorte de trahisons
n’ont pas été faciles à vivre pour les très
jeunes hommes qu’étaient les sept rappeurs
franciliens. C’est à un paradoxe similaire
auquel a dû faire face Soprano, d’abord au
sein de Psy 4 de la rime, puis au cours de
son parcours en solo. Un jour il confiait :
« J’ai connu la célébrité, les coups dans le
« La vraie force de soprano réside dans sa capacité à distiller des messages positifs dans chacune de ses compositions. » JMLUBRANO
Musique
Féfé et Soprano, un rap
libre et sans frontières
L’ancien du Saïan et le rappeur de Psy 4 de la rime ont en commun une lucidité critique.
Ils font des pieds de nez aux coups durs de la vie et à la cruauté du système.
dos, la dépression. » Il est tombé, s’est relevé,
a résisté, repris sa vie en main. C’est parce
qu’il a su gravir la rude pente de la résilience
que Soprano a appelé le dernier album à son
nom Everest. On distingue, comme chez
Féfé, cette dualité qu’engendre le cocktail
des illusions perdues et d’une volonté rageuse
de s’en sortir.
Soprano et Féfé demeurent fidèles
au rap contestataire
Comme à Féfé, des puristes reprocheront
à Soprano d’avoir pris un virage stylistique
accessible au grand public. IHH, magazine
du hip-hop conscient, réplique à juste titre :
« Aucune raison de jouer les vierges effarouchées devant Everest. La vraie force de Soprano réside dans sa capacité à distiller des
messages positifs dans chacune de ses compositions. » Dès la plage introductive du
disque, le rappeur marseillais énonce, avec
sérénité : « tolérance, solidarité ». Soprano
et Féfé demeurent fidèlement ancrés dans
l’esprit du rap, dans sa force contestataire.
Mais ils refusent qu’on les claquemure dans
un genre. Sans jamais oublier leur public
premier, que l’un et l’autre ne manquent
pas de célébrer, ils ont le légitime désir de
parler au monde, sans œillères, sans barrières, sans frontières.
Fara C.
Le 21, de 17 h 50 à 23 h 30,
notamment Féfé, grande scène Séraucourt,
entrée libre. Le 23 avril, 16 heures,
clôture avec Soprano, au W.
inForMations pratiques
Le 21 avril, en accès libre, la grande
scène Séraucourt accueille, outre Féfé, les
Liégeois de Dan San. Féfé, qui présente sur
scène son nouveau CD Mauve (chez FE2/
Universal), se produira par ailleurs le
7 octobre à l’Élysée Montmartre (http://fe2.
fr/). Quant à Soprano, en concert également
le 30 septembre à Paris (AccorHotels Arena)
et le 7 octobre au nouveau Stade Vélodrome
(http://www.soprano-lesite.fr/), il revisite lors
d’une longue tournée son disque l’Everest
(Parlophone/Warner). Il conclura le
Printemps de Bourges, le 23 avril (16 heures,
au W), avec, en première partie, Keblack.
Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité 25
Culture&Savoirs
entretien
Musique
La crête punk
déferle sur Bourges
La pop psyché
de Part Company
Le festival fête les 40 ans du mouvement punk avec expositions,
débats et films, dont nous parle Boris Vedel, directeur du Printemps.
Guillaume Souvant/AFP
Le Printemps de
Bourges fête les 40
ans du mouvement
punk, bien qu’il
n’ait pas spécialement un esprit no future. Pourquoi
ce choix ?
Boris Vedel Je suis très sensible
à ce mouvement, peut-être aussi
parce que j’ai été moi-même un
petit punk entre 15 et 18 ans.
Le premier groupe dont j’ai été
fan était J’allais en Angleterre
dans les surplus acheter des
tee-shirts dont un était marqué
« À bas toutes les armées » et
j’ai même eu la crête ! (Rires.)
J’écoutais aussi Bérurier noir,
Parabellum et tout ce qui sortait
du label Boucherie Productions. les sex pistols, un groupe mythique du mouvement punk. AP Photo
Mais ce n’est pas qu’un plaisir
personnel. Nous
voulions faire écho
Crash Control, du label devenu en étant présent un peu
à ce qu’est le PrinBorn Bad Records, au partout dans la société autemps de Bourges,
Nadir ou des artistes jourd’hui. Je ne voulais pas de
qui, à ses débuts en
comme Cheveu.
conférences qui ne soient
1977, a été créé pour
qu’historiques et figées dans le
donner la parole à
Parlez-nous de l’expo- passé. C’est bien quand les dédes artistes qui ne
s i t i o n a u P a l a i s bats nous amènent à au jourd’hui, posent quelques
passaient pas dans
d’Auron…
les médias. Higelin,
Boris Vedel Il y a pluquestions provoc en partant du
Renaud, c’était ces
sieurs thématiques qui courant musical pour aller vers
artistes-là, dont on Boris Vedel
ont été choisies par les le sociétal, pour découvrir où
ne peut pas dire directeur
commissaires de l’expo sont les frontières du punk. Il
qu’ils étaient punk. du printemps
réalisée en partenariat y a des films à voir tels Gimme
Mais il y avait un de Bourges
avec la discothèque de Danger, de Jim Jarmush, ou
souhait de mettre en
Radio France et la Sa- Rude Boy-The Clash, au cinéma
lumière les courants
cem, qui nous a prêté d’art et essai de la maison de la
contestataires.
de nombreuses archives de dé- culture de Bourges, toujours
pôts d’œuvres. Une m’a fait hors les murs, boulevard CleLe festival a-t-il une histoire par- beaucoup rire. La déclaration menceau. Enfin, il y a une exticulière avec le courant punk ?
d’une chanson du chanteur punk position, « Self Made Punk »,
Boris Vedel Je ne dirais pas que
Gogol Premier intitulée Je t’enc… du collectif Belle Journée en
le festival ait mis en avant le punk avec la mention « genre : perspective. Trois photographes
au long de ses quarante et une poème » ! (Rires.) Hormis cela, qui ont été embarqués dans le
éditions. Il n’y a pas de nihilisme il y a le proto-punk, qui a initié mouvement punk dans les années
dans le Printemps de Bourges. le mouvement, une partie qui 1970 et ont pu prendre plein de
En ce sens, il n’est pas punk, est dédiée au punk français, une clichés à Paris, Londres ou Birpuisqu’il se veut un événement autre au punk américain et une mingham. Ce sont des archives
constructeur et constructif. Il est au punk anglais. On s’aperçoit extraordinaires à découvrir sur
indépendant, c’est important. qu’il y a des mouvements très les grilles de l’archevêché, du
Indépendant des modes dans son distincts entre les working class palais Jacques-Cœur et dans sa
projet culturel. Il s’adresse à tous heroes anglais, la Factory wa- cour intérieure.
les publics, tous les genres mu- r h o l i e n n e e t l e d é j a n t é
entretien réalisé par
sicaux. Il a pour vocation de français.
Victor HacHe
mettre en lumière toutes les musiques, du jazz au punk, en pas- Il y a aussi des tables rondes, Expo « Punk, 40 ans de no future »
sant par la chanson. Cette année, un cycle de films…
au Palais d’Auron et cycle punk
il n’y avait pas dans la program- Boris Vedel Des conférences qui au cinéma + expo photos « Self
mation l’idée de faire du punk. sont animées par le journaliste Made Punk » : http://www.
Mais il y a quelques clins d’œil Éric Tandy. Où l’on débat du printemps-bourges.com/fr/
avec les concerts de Pogo Car punk, d’où ça vient, ce qu’il est programme/cycle-punk.html
Le duo français va faire vibrer le 22 ce
vendredi soir avec son album Seasons.
Après deux EP, Babar et Manfred, le duo Part
Company se produit à Bourges, où l’on s’apprête
à découvrir son premier disque, Seasons (label
Gum). Une pop intemporelle et élégante aux influences
indies-électro qui s’accompagne de voix aériennes et de
rêveries musicales colorées. En témoigne la pochette de
l’album due aux artistes photographes Mazaccio & Drowilal,
au décor alpin où se croisent poneys, chiens, chats et
perroquets. Un univers kitsch, ludique et teinté d’un
certain mystère, qui fait écho aux quatre saisons d’une
pop rétro et contemporaine aux climats psychédélique et
folk. Des ambiances imaginées par Yoël et Damien, à
l’origine du projet Part Company, qui se sont rencontrés
sur les bancs du collège à Lyon. Où l’on apprend que les
deux musiciens, qui chantent en anglais, ont d’abord puisé
dans la collection de disques de leurs parents, avant de se
découvrir une passion pour la musique qu’ils composent
en commun. Amateurs de voyages, les deux globe-trotteurs
ont traîné leurs guêtres aux États-Unis, au Maroc, en
Australie ou encore en Colombie. Si Damien a vécu à
Londres et Yoël à Berlin, c’est à Nice que sont nées les
premières mélodies de Seasons. Des morceaux enregistrés
dans les Alpes-Maritimes, dans la maison familiale de
Yoël, et mixés à Londres par le musicien et producteur de
disques anglais Luke Smith (Foals, Depeche Mode…). Une
électro-pop euphorisante à l’esthétique nomade qui ne
va pas manquer de faire vibrer le Printemps, ce 21 avril,
où se produiront également Idles, PWR BTTM, Rat Boy,
The Moonlandingz et The Sonics.
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l’Humanité Vendredi
22 et dimanche
23 avril 2017
226 L’Humanité
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Culture&Savoirs
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Musique
Juliette Armanet,
reine de cœur du Printemps
notre choix télé
Trop jeune
pour mourir
Vendredi.
Arte, 22 h 25.
Documentaire
d’Annette Baumeister.
PAGE MODELE COIN DU FOU
La chanteuse sera samedi au 22 à Bourges. Un concert très attendu, où elle dévoilera
son premier album piano-voix, Petite Amie, aux émouvantes ambiances sentimentales.
Et si on s’échappait des pesanteurs du quotidien
pour aller draguer les nuages ? Juliette Armanet, dont
le premier album, Petite Amie (chez Barclay), vient
de paraître, invite à prendre de la hauteur avec un
registre empreint de légèreté, où sa voix cristalline
fait merveille. Un album qui nous parle de désir
d’ailleurs, de manque d’amour, comme autant de cartes postales
sentimentales.
Née à Lille, la chanteuse a grandi en banlieue parisienne.
Parents libraires passionnés de piano, il ne lui en fallait pas
plus pour passer derrière l’instrument, qu’elle apprit très tôt
avant de délaisser ses gammes classiques à l’âge de 11 ans.
Ancienne journaliste, elle a travaillé durant quelques années
sur des documentaires télé (pour Arte). Puis elle s’est lancée
dans la chanson, sa passion depuis son adolescence, où elle
écoutait en boucle Alain Bashung, Barbara ou Alain Souchon.
Juliette Armanet est à l’origine de chansons émouvantes (« à
la guerre comme à l’amour, on perd, un peu, toujours ») qui nous
font fondre en un clin d’œil (« Je suis ton ombre maintenant/
Laisse-moi juste l’élégance de t’aimer »). De douces folies
intimistes et ludiques, qui donnent envie de danser sur des
tempos fragiles sur fond de mélodies mélancoliques. Un registre
sensible où elle s’accompagne au piano, sa « bête noire » complice de scène, qui fait suite à la sortie en 2016 d’un EP, Cavalier
seule, orné d’une pochette à l’humour décalé signé du plasticien
Théo Mercier, la révélant en ponette pop, mi-femme, mi-animal
à queue de cheval. Un univers qui oscille entre variété chic aux
Fondateur : Jean Jaurès. Directeur : Patrick Le Hyaric.
Société anonyme à directoire et conseil de surveillance.
Société nouvelle du journal l’Humanité (SA 99 ans à compter du 1er janvier 1957).
capital social : 2 500 000 euros.
siège social : 5, rue Pleyel, immeuble Calliope, 93528 Saint-Denis CEDEX.
Téléphone : 01 49 22 72 72. service diffusion (fax) : 01 49 22 73 37.
service aux abonnés : 01 55 84 40 30 - relationlecteur@humanite.fr.
Vente commerciale : 01 49 22 73 31. Vente militante : 01 49 22 73 47.
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Directoire : Patrick Le Hyaric, président du directoire et directeur de la publication ;
Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction ; Silvère Magnon, secrétaire général
et co-directeur de la publication ;Frédéric Borie, directeur administratif et financier.
conseil de surveillance : Jean-Louis Frostin, président.
Actionnaires principaux : l’Association des lectrices et lecteurs de l’Humanité ;
l’Association des diffuseurs de l’Humanité.
impression : POP (La Courneuve), Mop (Vitrolles), Nancy-Print, CILA (Nantes).
Numéro ISSN : 0242-6870.
Dépôt légal : date de parution.
commission paritaire : 0418 C 79615.
tirage du mercredi 19 avril : 45 519 exemplaires.
Imprimé sur des papiers produits
en France, Belgique et Espagne
– 60% ou 100 % de fibres recyclées – IFDG.
retrouVez l’humaniTé sur internet
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Caïn
Vendredi.
France 2, 20 h 55.
Série de Bertrand Arthuys.
Avec Bruno Debrandt
et Julie Delarme.
l’artiste chante des mélopées piano-voix teintées d’électro qui
résonnent comme des classiques. Erxwan Fichou&Théo Marcier
contours eighties et style rétro-moderne où elle invente des
paysages délicats et aériens qui la situent dans la lignée de
Véronique Sanson, William Sheller ou Christophe. Des mélopées
piano-voix teintées d’électro qui résonnent déjà comme des
classiques, entre ballades, slow et disco (l’Amour en solitaire,
À la folie, Star triste). Un répertoire en forme de kaléidoscope
amoureux qui vient couronner une chanteuse dont le concert
à Bourges va faire sensation.
Victor hAche
Dans une résidence, la méfiance s’est installée depuis
une affaire de pédophilie.
Un supposé coupable est retrouvé mort. Caïn enquête et
ne croit pas aux rumeurs qui
entourent le défunt. Il est prêt
à tout pour faire connaître la
vérité. D’autre part, le lieutenant et son fils Ben ne s’entendent plus. Ce dernier court
après une femme habituée au
luxe. Caïn ne croit pas à cette
relation…
Le coin du fou
n° 22162 par ÉRIC BIRMINGHAM
Niveau de difficulté : * facile, ** difficile, *** très difficile
Étude de E. Pogosjants, 1965 *** Les Blancs jouent et gagnent
solution : 1.Tc5! (sur : 1.Tc4? Rb7 2.Rd7 Tf5= Avec le coup joué, le pion a5
est soutenu.) 1...Rb7 2.Ch4! Ta3 3.Cf5 Ra6 (comment défendre le pion ?) 4.Cd6!!
Te3+ (si : 4...Txa5?? 5.Tc6#) 5.Rd8 (sur : 5.Rd7? Te7+ 6.Rc6 Tc7+ 7.Rxc7= pat)
5...Te5 (après : 5...Td3 6.Rc7 Td5 7.Tc4 Rxa5 8.Rc6 Th5 9.Cb7+ Ra6 10.Ta4+ Ta5
11.Txa5#) 6.Tc6+ Rxa5 7.Cc4+ 1–0
l’huMAnité
Bruce Lee est né à San Francisco en 1940. Mais il a ensuite grandi à Hong Kong
et n’est revenu aux ÉtatsUnis qu’à l’âge de 18 ans.
Maître en arts martiaux, il
entame une carrière d’acteur. Il devient vite une star
de premier plan. Il trouve
la mort à seulement 32 ans,
sur le tournage d’Opération
dragon. Son entourage revient sur sa vie.
CodE dEs symbolEs : ! Très bon coup n !! Coup excellent n ? Coup faible n ?? Très
mauvais coup n ?! Coup douteux n !? Coup Intéressant n +- Avantage décisif pour les Blancs
n -+ Avantage décisif pour les Noirs n + Échec au Roi n 1-0 Victoire des Blancs n 0-1 Victoire
des Noirs n 0,5 Partie nulle n # Mat
PIF
D’après C. ARNAL
Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017 l’Humanité 27
Sortir
ce week-end
musique & expos...
Les coups de cœur
de Fara C.
Côté agenda nos conseils
disquaire day
zeste de printemps
dvd
Rares Talents, l’inattendu
En sept ans, le Disquaire Day/Record Store Day est
devenu le plus grand événement international dédié
à la musique enregistrée et au disque vinyle. Cette
journée du 22 avril, organisée en France par le Club
action des labels indépendants français (Calif), qui
se déroule à Paris et dans 90 villes, met en lumière
les disquaires indépendants chez qui l’on trouvera
des raretés et éditions limitées proposées dans 260
magasins participant à la manifestation. Soit 300
références disponibles à la vente où seront mis à
l’honneur les artistes de la scène musicale actuelle
hexagonale (Theo Lawrence, Cléa Vincent, Piers
Faccini, H-Burns...) ou internationale (David Bowie,
Prince…). De quoi faire le plein de vinyles rares. Tels
les 45 tours produits par Session Unik Fip Adami,
enregistrés en une seule prise dans les studios de
Radio France avec, cette année, Dionysos + Emily
Loizeau et Baptiste W Hamon ; Eric Legnini + General
Elektriks ; Babx + Archie Shepp. Une journée accompagnée d’événements live, d’expositions, de dédicaces
et clôturée par les concerts du Disquaire Day Night
à Paris et à Lyon avec plus de 150 artistes présents.
viCtor haChe
Uzeste sème ses notes printanières, avec l’espoir d’un
renouveau, d’un chambardement sonique et politique.
Uzestival reçoit un aréopage
d’inventifs œuvriers : François
Corneloup, auteur du superbe
CD le Peuple étincelle, l’agitateur trio Das Kapital, le guitariste danois Hasse Poulsen,
le souffleur allemand Daniel
Erdmann, le décoiffant trio
de Mélanie Loisel, Marthe Vasa
et Fabienne Yvain, l’émérite
bugliste Jean-Luc Cappozzo…
Et, bien sûr, la Cie Lubat dans
tous ses éclats, des jeunes aux
anciens. Films, concerts, débats, amitié… en point d’org ue , le 2 3 , à 1 8 h 3 0 ,
rendez-vous pour le « Dépouillement sélect’oral…
premier tour ».
Fara C.
Uzestival de printemps,
jusqu’au 29 avril, Uzeste,
Théâtre l’Estaminet,
http://www.uzeste.org/.
premier contact,
de denis villeneuve.
DVD, Sony, 17,99 euros.
Avant le très attendu
Blade Runner 2049 (avec
Ryan Gosling), dont la sortie est prévue pour l’automne, le Canadien Denis
Villeneuve signe avec ce
Premier Contact un efficace
film de science-fiction en
adaptant la nouvelle de
l’écrivain américain Ted
Chiang, Story of your lLife.
« L’autre » auquel va se
confronter l’humanité est
ici représenté par douze
vaisseaux spatiaux extraterrestres, sortes de gigantesques monolithes
évoquant lointainement
celui de 2001. Sauf que
ceux-ci sont creux et habités. La linguiste Louise
Banks (Amy Adams) est
convoquée pour faire la
causette à ces nouveaux
arrivants…
alexandre FaChe
Cinéma
Zootrope Films
Par ici les sorties par Vincent Ostria
11 minutes,
de Jerzy skolimowski.
Tours de passe-passe. Infatigable
Skolimowski, qui reprend du poil de
la bête à 75 ans passés et tourne un
film assez intrigant – qui scrute avec
férocité la nouvelle société polonaise.
Au lieu d’une simple histoire, il en
mêle plusieurs, qui vont converger
au même endroit et dont les protagonistes vont provoquer ou subir un
choc fatal. C’est, plus qu’un simple
film choral, une tapisserie narrative
enchevêtrant les vécus de divers
personnages pendant les mêmes 11
minutes. Exercice de style, certes,
mais assez virtuose. Cela manque
peut-être un peu d’émotion. Mais
c’est le prix à payer pour une telle
démonstration, avant tout formelle,
dont la conclusion est on ne peut
plus spectaculaire
retour à Forbach,
de régis sauder.
Anatomie d’une ville. Remarqué pour
divers documentaires (dont Nous, princesses de Clèves), Régis Sauder retrouve
ses racines lorraines et pose sa caméra
dans sa ville natale, Forbach. Mêlant
récit familial, souvenirs, interviews de
ses proches et des habitants, le cinéaste
sillonne les rues, filme les commerces
vides et les maisons, dressant un portrait composite et inquiet de cette ville
qui périclite doucement depuis la fermeture des mines de charbon il y a une
vingtaine d’années. De quoi permettre
à la rancœur de s’installer chez certains
habitants qui se sentent un peu aban-
donnés (voir une patronne de bistrot
très remontée). Mais le cinéaste ne se
focalise sur personne et laisse tous
s’exprimer, démontrant que la parole
s’est libérée en Lorraine – et ailleurs.
Par la même occasion, il dévoile certaines beautés de la ville, invisibles
pour un œil distrait.
Du 25 au 29 avril, à Montreuil, Paris, Rosny-sous-Bois,
http://rarestalents.com.
Sidi Bémol, hymne à la paix
Mustapha Boutadjine
Nicolas Deblonde
Simon Doazan
Festival fondé à Montreuil par le grand bassiste
compositeur Hilaire Penda, Rares Talents privilégie
l’inédit. Spectacles buissonniers, artistes explorateurs, rencontre avec des lycéens à la Pêche (Montreuil), etc. Trois créations : Earth Beat, ou le groove
bantu porté notamment par le danseur Merlin
Nyakam (le 25, Paris, Petit Bain, plus une carte
blanche à Patricia Essong) ; Gum Saï Bang, transe
orientale par l’exceptionnel trio de Jean-Philippe
Rykiel, Loy Ehrlich et Cyril Atef (en divers contextes,
les 21, 25 et 26, à la Pêche) ; T for Three, sous le
souffle conjugué des saxophonistes Julien Lourau,
Ricardo Izquierdo et Jean-Jacques Elangué (le 27,
Paris, FGO Barbara). Après Fufu Machine (le 28,
Rosny), apothéose afrobeat (le 29, Montreuil, la
Marbrerie).
Le portrait de Cheikh Sidi Bémol (notre photo),
extrait de la belle et singulière monographie Collage
Résistant-s de Mustapha Boutadjine, illustre à merveille la démarche du chanteur, auteur-compositeur
Hocine Boukella (son vrai nom) :
on y perçoit la mosaïque artistique et éthique propre à ce
créateur. En son conte musical,
qu’il crée au Théâtre d’Ivry Antoine-Vitez, Sidi Bémol s’inspire
d’un personnage légendaire de
Kabylie, remontant à l’ère
païenne du Maghreb. Il explore
des rapprochements entre jadis
et aujourd’hui, entre les civilisations du Maghreb et d’Europe,
plus largement de la Méditerranée. Il officie à la guitare, au chant et aux percussions, avec Damien Fleau
(piano, flûte…) et Maxime Fleau (percussions, clarinette), sur une mise en scène de Kên Higelin. La
création prolonge le CD, l’Odyssée de Fulay. Chants
berbères antiques, qui réunit des chansons écrites par
Ameziane Kezzar et contient un riche livret (24 pages,
dessins, textes en kabyle et en français). Mirifique
hymne à la tolérance et à la paix.
Jusqu’au 22 avril, à 20 h 30, l’Odyssée de Fulay, Théâtre
d’Ivry Antoine-Vitez, métro Mairie-d’Ivry, de 6
à 20 euros, http://theatredivryantoinevitez.ivry94.fr ;
CD Chants berbères antiques (CSB Productions/l’Autre
Distribution)
L’aFFranchie,
de marco danieli.
.
Dés-identification d’une femme. Ce
n’est pas la grande révolution (ni révélation) du cinéma italien (que l’on n’attend plus), mais une œuvre relativement
touchante sur les métamorphoses d’une
jeune femme, Giulia, qui passe sans
transition des Témoins de Jéhovah au
trafic de drogue à cause de son petit
ami. L’occasion d’une séquence cocasse
où Giulia livre les clients de son copain
en fourrant leurs doses de dope dans
des prospectus religieux. Cela dit, c’est
avant tout un mélo aux rebondissements
prenants mais hélas oubliables.
Fidèle de la Fête de l’Humanité et interprète majeure
de Ferrat, la chanteuse Mireille Rivat offrit un captivant concert-manifeste à Jazz’ Hum’Ah 2016. À
Ivry, dans Comment souffle le vent, elle met en
lumière des textes de Brecht, Eisler et Weill qui,
dans les années 1930-1940 notamment, résistèrent
par leur plume libre. Avec le polyinstrumentiste
Daniel Beaussier et Manu Pekar (guitare), Rivat
l’insoumise diva attise les braises de leur mémoire,
de sa voix de vigie.
Rivat l’insoumise
Le 21 avril, à 20 h 30, à Ivry,
au Forum Léo-Ferré, de 15 à 10 euros
resa@forumleoferre.org, http://www.forumleoferre.org.
Cortex
28 l’Humanité Vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 avril 2017
Chacun son dessein ! par Adele
Parce que la lutte des classes passe
par la guerre des idées
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Gattaz, le charlatan de la politique économique
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apôtres : « Allez voir
là-bas si j’y suis. »
Ils y allèrent et il y était.
On n’en dira pas autant
de Jean-Luc Mélenchon,
mais quand même.
Présent à Dijon et dans
six villes de France et d’outre-mer, pas
mal. Mais Emmanuel Macron, lui, est
apparu personnellement et
simultanément à Matthieu Croissandeau,
le directeur de l’OBS, à Christophe Barbier,
le directeur de l’Express, à Laurent Joffrin,
celui de Libération, lesquels sont
les journaux des très modernes patrons
de presse Niel-Bergé-Pigasse et Patrick
Drahi. Un hasard, sans doute. Il faut
le reconnaître (ah bon ?), écrit par exemple
Matthieu Croissandeau, « il a su mieux
que personne dans cette campagne
incarner à la fois un projet, un élan,
un espoir de renouvellement et une
volonté de rassemblement ».
S’il le dit. Et, ajoute-t-il, « la question
n’est plus de savoir si Emmanuel Macron
est de gauche, mais si un électeur
de gauche peut voter Macron.
Et la réponse est oui, évidemment ».
Bien sûr, mais le plus évident quand on
est de gauche, ce ne serait pas tout de
même de voter là où elle est ?
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Le billet de Maurice Ulrich
Bruno Arbesu
obilisation générale des forces politique. L’Observatoire français de la
vives ! » a décrété Pierre Gattaz. conjoncture économique (OFCE) est lui aussi
Jeudi, le patron du Medef menait entré de plain-pied dans le débat présidentiel.
campagne sur les plateaux de BFM Business Dans une note publiée hier, l’institut a mis en
contre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, garde les candidats à la présidentielle contre
mis dans un même sac dans lequel il ajoute une approche uniquement « comptable » de
aussi Benoît Hamon. Ces trois candidats
la dépense publique alors que cette question
sont des « charlatans de l’économie »,
renvoie surtout « à un choix de société ».
ose le patron des patrons (du CAC
« Il est important de relier le niveau
40), qui a radoté contre la
de dépense publique au service
Le Patron
Du MeDef PerD
« hausse des dépenses purendu, c’est-à-dire les presses nerfs. son
bliques ». Cela entraînera,
tations et services publics auxrefrain sur Les
prévient-il mécaniquement,
quels ont droit les citoyens en
DéPenses PubLiques
« des hausses d’impôts, afcontrepartie des impôts et cone troMPe PLus
faiblissant le pouvoir d’achat
tisations versés ». Réduit de
Personne, saouLant
des Français, des ménages,
100 milliards d’euros (Fillon)
MêMe Les aniMateurs
de nos salariés et bien sûr
ou de 60 milliards (Macron)
De bfM
réduisant la compétitivité des
la dépense publique ne se fera
business.
entreprises ». Et le perroquet du
pas « sans modifier le niveau de vie
Medef de s’emballer : « Ils n’ont rien
des ménages et la répartition des revecompris à l’économie ! » Même l’animateur
nus ». Pis, cela entraînerait, comme l’ont déjà
de BFM Business semblait excédé d’entendre dénoncé des experts du FMI, une baisse de
toujours le même couplet. « Vous martelez croissance qui, couplée à celle d’impôts équiceci et ça ne passe pas », dira le journaliste valente, « aurait ainsi un effet récessif de l’ordre
Stéphane Soumier, fatigué des plaintes de 0,4 point de PIB les deux premières années,
patronales.
puis de 0,1 point de PIB à l’horizon de cinq
On le comprend. Car le « charlatanisme ans ». Alors, c’est qui le charlatan ?
économique » n’est pas seulement un mal
Pierre Duquesne
«
o Je suis déjà lecteur (lectrice) et souhaite faire parvenir l’HUMANITÉ à
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