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Courrier_International_-_24_au_31_Mai_2017

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No 1386 du 24 au 31 mai 2017
courrierinternational.com
France : 3,90 €
EMPLOI
OBJECTIF
LANGUES
Pour travailler, mieux
vaut être polyglotte.
Tous les avantages
du bilinguisme, vus
par la presse étrangère
AVEC FORUM EXPAT
ET
M 03183 - 1386 - F: 3,90 E
3’:HIKNLI=XUX^U\:?b@n@i@g@k";
Afrique CFA 3 200 FCFA Algérie 480 DA
Allemagne 4,50 € Andorre 4,50 €
Autriche 4,50 € Canada 6,95 $CAN
DOM 4,90 € Espagne 4,50 €
É-U 7,50 $US G-B 3,80 £ Grèce 4,50 €
Irlande 4,50 € Italie 4,50 € Japon 800 ¥
Maroc 38 DH Pays-Bas 4,50 €
Portugal cont. 4,50 € Suisse 6,20 CHF
TOM 850 XPF Tunisie 6,50 DTU
ÉTATS-UNIS— TRUMP BIENTÔT DESTITUÉ ? IRAN — UN PLÉBISCITE POUR
LES RÉFORMATEURS ENQUÊTE —LE JOUR OÙ ÉLISABETH II VA MOURIR
4.
J. C. FRANCIS
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
Sommaire
ÉDITORIAL
ÉRIC CHOL
Les sources Chaque semaine les journalistes de Courrier international sélectionnent
et traduisent des articles tirés de plus de 1 500 médias du monde entier. Voici la liste
exhaustive des journaux, sites et blogs utilisés cette semaine :
Les plaisirs
intraduisibles
C
p.30
à la u ne
EMPLOI
OBJECTIF
LANGUES
DESSIN DE MIKEL CASAL, ESPAGNE
Si de plus en plus d’entreprises
recherchent des employés
bilingues, c’est que travailler
en anglais profite finalement à tout
le monde. Mais apprendre une
langue étrangère n’est pas toujours
facile. Les analyses du site
britannique Mosaic, du Boston
Globe et de The Economist.
AMÉRIQUES P.12
Trump ou la destitution
annoncée
En limogeant le directeur du FBI, James Comey,
Donald Trump a rendu plus probable une procédure
d’impeachment, estime dans La Presse l’historien Allan
Lichtman, qui avait prédit l’élection du milliardaire.
IRAN P.16
Un plébiscite pour
les réformateurs
En réélisant largement
le président Hassan Rohani,
les Iraniens ont clairement
affiché leur soutien à la
politique d’ouverture, juge
The Washington Post.
TRANSVERSALES P.38
Fronde contre le franc CFA
“Il est grand temps d’abandonner le franc
CFA”, assure l’économiste sénégalais Ndongo
Samba Sylla.
360°
P.42
Le jour où
la reine
va mourir
Dans le cadre d’un
protocole secret – nom de code
London Bridge –,
les autorités britanniques
se préparent depuis des
années au décès d’Élisabeth II. Enquête
du Guardian.
histoire. P.48
En couverture :
Illustration de Mikel Casal paru dans ABC,
Madrid.
L’éphémère république d’Ukraine
En 1917, le renversement du régime tsariste va aussi chambouler le destin de la toute jeune
nation ukrainienne, raconte le journal zurichois Neue Zürcher Zeitung.
PHOTO ADRIAN DENNIS/AFP
*Le monde est mon langage, Alain Mabanckou
(Grasset), 2016
** “La langue inconnue”, L’Empire des signes,
Roland Barthes, 1970
Asahi Shimbun Tokyo, quotidien. The Boston Globe Boston, quotidien. The Economist Londres, hebdomadaire. L’Enquête Dakar, quotidien.
El Espectador Bogota, quotidien. Foreign Policy Washington, bimestriel. Fraternité Matin Abidjan, quotidien. The Guardian Londres, quotidien. Al-Hayat Londres, quotidien. The Indian Express Bombay, quotidien. The Intercept Brasil (theintercept.com/brasil) Rio de Janeiro, en
ligne. Ledjely.com (ledjely.com) Conakry, en ligne. Mosaic (mosaicscience.com) Londres, en ligne. Neue Zürcher Zeitung Zurich, quotidien.
Newsweek New York, hebdomadaire. The Observer Londres, hebdomadaire. La Presse Montréal quotidien. Proto Thema Athènes, hebdomadaire. Radio Free Asia (rfa.org) Washington, en ligne. The Times Londres, quotidien. The Washington Post Washington, quotidien.
DESSIN DE SCHOT, MOYEN-ORIENT
elui qui ne connaît pas de langues
étrangères ne sait rien de sa propre
langue”, disait Goethe,
l’inventeur du concept de littérature
mondiale. Écrivains et artistes, chez
eux, en exil ou en voyage, ne cessent de
jeter des ponts entre les pays et les
cultures. Pour mieux “prêter l’oreille à la
rumeur du monde”*, comme l’écrit
Alain Mabanckou, dont le dernier
ouvrage est un magnifique périple
autour du monde. Traduit dans une
quinzaine de langues, le romancier,
dont “le Congo est le lieu du cordon
ombilical, la France la patrie d’adoption,
et l’Amérique un coin depuis lequel [il]
regarde les empreintes de [son] errance”,
est habité par cette bougeotte
permanente qui définit les grands
voyageurs, au service depuis presque un
quart de siècle de la langue française.
Dans l’univers professionnel, sauter
d’un continent à l’autre ou d’une langue
à l’autre est devenu une habitude, une
nécessité. Un passeport qui ouvre les
frontières sans pour autant uniformiser
le monde. Une garantie de clarté. On
pense aux discussions entre généraux
de l’Otan, entre les astronautes de l’ESA
ou les diplomates de l’ONU. Entre
hommes d’affaires ou sportifs de
haut niveau. Entre un sous-traitant
mexicain et son donneur d’ordres
américain. Un banquier chinois et une
PME au Mozambique. Une start-up
finlandaise et ses clients d’Abou Dhabi.
Un campus de Singapour ou une
mission scientifique en Antarctique.
On se parle, on travaille ensemble.
On comprend l’autre, on se comprend
soi-même. Mais ni les oreillettes
multilingues ni les applications de
traduction automatique n’effaceront
complètement l’étrangeté du monde.
Cette ultime frontière, qui consiste à
“descendre dans l’intraduisible”, comme
disait Roland Barthes**. En anglais, on
dirait “lost in translation”.—
6.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
SOMMAIRE
SUR NOTRE SITE
courrierinternational.com
LÕhoroscope de Rob Brezsny
Le signe de la semaine
GŽmeaux (21 mai - 20 juin) : Dans la minisérie
Generation Kill, un bataillon de marines
américains s’apprête à envahir l’Irak. Avant
même d’avoir engagé le combat, les soldats
se vantent de leurs faits d’armes. Un officier les
rappelle à l’ordre : “Messieurs, désormais, il va falloir
mériter nos récits de guerre.” Tu n’es certes pas
dans les premières lignes du front, Gémeaux,
mais, dans les semaines à venir, tu devras toi aussi
mériter tes récits de guerre. Ne fanfaronne pas trop,
si tu n’es pas prêt à accomplir des exploits.
Ne promets rien, ne te lance pas de défis, si tu n’es pas
parfaitement préparé à devenir un héros. Cela étant,
tu as de bonnes chances de devenir un héros.
D’un continent à l’autre
12. États-Unis. Trump
bientôt destitué ?
14. Colombie. FARC : la paix,
mais pas partout
16. Iran. Un plébiscite
pour les réformateurs
18. Arabie Saoudite.
Femmes, dévoilez-vous !
19. Royaume-Uni.
Les oubliés de l’Angleterre
20. Grèce. Face à la crise, les
femmes bradent leurs ovocytes
23. Chine. Le coup de poker
de la route de la soie
24. Inde. L’art de faire
des “bébés parfaits”
25. Japon. Les gays, enfi n
familles d’accueil
26. Côte d’Ivoire. Un pays
otage de son armée
28. France. Macron,
un général européen ?
Également sur notre site
Cannes 2017. L’actualité du Festival vue par la
presse étrangère. Comment les films sont-ils perçus
dans leur pays ? Suivez les débats et les réactions
internationales suscités par le palmarès.
VidŽo. La jeunesse underground de Téhéran.
En partenariat avec Spicee, Courrier international
diffuse pour ses abonnés quatre reportages
réalisés avant l’élection présidentielle du 19 mai.
Suivez-nous aussi sur Facebook, Twitter
Instagram
À la une
30. Emploi : objectif langues
Nouveau : découvrez votre horoscope
dans notre application iOS
Transversales
38. Économie. Fronde
contre le franc CFA
40. Sciences. À la recherche
du temps perdu
41. Signaux. Le poids de la dette
Si vous vivez à l’étranger ou comptez vous y installer
pour vos études, pour votre travail ou pour des raisons
familiales, vous trouverez sur notre site toutes les infos,
les conseils et les points de vue pour vous aider.
courrierinternational.com/expat
Cette semaine, vous pourrez découvrir quelles surprises
attendent les entrepreneurs étrangers en Chine, pourquoi
Toronto est devenu une ville de gastronomes, et comment
les entreprises britanniques rassurent les expats inquiets
du Brexit. Retrouvez aussi les témoignages de nos
blogueurs aux quatre coins du monde.
360°
42. Enquête. Le jour où
la reine va mourir
48. Histoire. L’éphémère
république d’Ukraine
51. Tendances. Rêves salés
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Rédaction 6-8, rue Jean-Antoine-de-Baïf, 75212 Paris Cedex 13 Accueil 33 (0)1
46 46 16 00 Fax général 33 (0)1 46 46 16 01 Fax rédaction 33 (0)1 46 46 16 02 Site
web www.courrierinternational.com Courriel lecteurs@courrierinternational.
com Directeur de la rédaction Éric Chol Directrice adjointe de la rédaction Claire
Carrard (16 58) Rédacteur en chef Jean-Hébert Armengaud (16 57) Rédacteurs
en chef adjoints Raymond Clarinard (16 77), Hamdam Mostafavi (17 33) Rédactrice
en chef technique Nathalie Pingaud (16 25) Direction artistique Sophie-Anne
Delhomme (16 31) Conception graphique Javier Errea Comunicación
DESSIN DE MIKEL CASAL POUR COURRIER INTERNATIONAL, ESPAGNE
7 jours dans le monde
8. La photo de la semaine
10. Brésil. Il faut sauver
la démocratie
Monsieur
Édité par Courrier international SA, société anonyme
avec directoire et conseil de surveillance au capital de 106400 €
Actionnaire : La Société éditrice du Monde
Président du directoire, directeur de la publication : Arnaud Aubron
Directeur de la rédaction, membre du directoire : Éric Chol
Conseil de surveillance : Louis Dreyfus, président
Dépôt légal mai 2017. Commission paritaire no 0717c82101.
ISSN no 1154-516X Imprimé en France/Printed in France
édition Virginie Lepetit (chef d’édition, 16 12), Fatima Rizki (17 30) 7 jours
dans le monde Paul Grisot (chef de rubrique, 17 48), Europe Gerry Feehily
(chef de service, 16 95), Danièle Renon (chef de service adjointe, Allemagne,
Autriche, Suisse alémanique, 16 22), Laurence Habay (chef de service adjointe,
Russie, est de l’Europe, 16 36), Judith Sinnige (Royaume-Uni, Irlande, PaysBas, 19 74), Carole Lyon (Italie, Belgique 17 36), Ana Teruel (Espagne, 16 68),
Marie-Line Darcy (Portugal), Iwona Ostapkowicz (chef de rubrique, Pologne,
16 74), Corentin Pennarguear (chef de rubrique, France, 16 93), Alexandre Lévy
(Bulgarie), Solveig Gram Jensen (Danemark, Norvège, Suède), Alexia Kefalas
(Grèce, Chypre), Joël Le Pavous (Hongrie), Pavel Bartusek (République tchèque,
Slovaquie), Kika Curovic (Serbie, Monténégro, Croatie, Bosnie-Herzégovine),
Marielle Vitureau (Lituanie), Alda Engoian (Caucase, Asie centrale), Larissa
Kotelevets (Ukraine) Amériques Bérangère Cagnat (chef de service, Amérique
du Nord, 16 14), Gabriel Hassan (États-Unis, 16 32), Sabine Grandadam (chef de
service, Amérique latine, 16 97), Paul Jurgens (Brésil), Martin Gauthier (Canada)
Asie Agnès Gaudu (chef de service, Chine, Singapour, Taïwan, 16 39), Christine
Chaumeau (Asie du Sud-Est, 16 24), Ysana Takino (Japon, 16 38), Zhang Zhulin
(Chine, 17 47), Guillaume Delacroix (Asie du Sud), Élisabeth D. Inandiak (Indonésie),
Jeong Eun-jin (Corées) Moyen-Orient Marc Saghié (chef de service, 16 69), Ghazal
Golshiri (Iran), Pascal Fenaux (Israël), Philippe Mischkowsky (pays du Golfe)
Afrique Ousmane Ndiaye (chef de rubrique, 16 29), Hoda Saliby (chef de rubrique,
Maghreb, 16 35) Transversales Pascale Boyen (chef des informations, Économie,
16 47), Catherine Guichard (Économie, 16 04), Carole Lembezat (chef de rubrique,
Courrier Sciences, 16 40), Virginie Lepetit (Signaux) Magazine 360° Marie Bélœil
(chef des informations, 17 32), Claire Pomarès (16 74), Delphine Veaudor (16 76),
Mélanie Liffschitz (Histoire, 16 96)
Site Internet Hamdam Mostafavi (responsable, 17 33), Carolin Lohrenz (chef
de service adjointe, 19 77), Clara Tellier Savary (chef d’édition), Carole Lyon
(rédactrice multimédia, 17 36), Hoda Saliby (rédactrice multimédia, 16 35),
Laura Geisswiller (vidéo, 16 65)
Courrier Expat Ingrid Therwath (16 51), Jean-Luc Majouret (16 42)
Développement web Jonathan Parienté (responsable, 16 87), Paul-Boris Bouzin
Traduction Raymond Clarinard (responsable, Courrier Histoire), Mélanie
Liffschitz (chef de service adjointe, anglais, espagnol), Julie Marcot (chef
de service adjointe, anglais, espagnol, portugais), Catherine Baron (anglais,
espagnol), Isabelle Boudon (anglais, allemand), Françoise Escande-Boggino
(japonais, anglais), Caroline Lee (anglais, allemand, coréen), Françoise
Lemoine-Minaudier (chinois, anglais), Olivier Ragasol (anglais, espagnol),
Leslie Talaga (anglais, espagnol) Révision Jean-Baptiste Luciani (chef de
service, 17 35), Marianne Bonneau, Philippe Czerepak, Françoise Picon Pôle
visuel Sophie-Anne Delhomme (responsable), Jonnathan Renaud-Badet,
Alexandre Errichiello, Pierrick Van-Thé Iconographie Luc Briand (chef de
service, 16 41), Lidwine Kervella (16 10), Stéphanie Saindon (16 53), Céline
Merrien (colorisation) Maquette Bernadette Dremière (chef de service,
16 67), Alice Andersen, Catherine Doutey, Gilles de Obaldia, Denis Scudeller
Cartographie Thierry Gauthé (16 70) Infographie Catherine Doutey (16 66)
Informatique Denis Scudeller (16 84)
Directeur industriel Éric Carle Directrice de la fabrication Nathalie
Communeau, Nathalie Mounié (chef de fabrication, 45 35) Impression, brochage,
routage : Maury, 45330 Malesherbes
Ont participé à ce numéro Leïla Bergougnoux, Jean-Baptiste Bor, Isabelle
Bryskier, Daniel Cunin, Aurore Delvigne, Geneviève Deschamps, Mariana Diaz,
Ekaterina Dvinina, Benjamin Fernandez, Maïder Gérard, Claire Gounon, Marion
Gronier, Lison Hasse, Alexandros Kottis, Élisabeth Kulakowski, Cécile Le Liboux,
Valentine Morizot, Emmanuel Saal, Isabelle Taudière, Sarah Zhiri.
Publicité MPublicité, 80, boulevard Blanqui, 75013 Paris, tél. : 0157282020
Directrice générale Laurence Bonicalzi Bridier Directeur délégué David
Eskenazy (david.eskenazy@mpublicite.fr, 38 63) Directrices de clientèle
Laëtitia de Clerck (laetitia.declerck@mpublicite.fr, 37 28), Marjorie Couderc
(marjorie.couderc@mpublicite.fr, 37 97) Assistante commerciale Carole
Fraschini (carole.fraschini@mpublicite.fr, 38 68) Partenariat et publicité
culturelle Guillaume Drouillet (guillaume.drouillet@mpublicite.fr, 10 29)
Régions Éric Langevin (eric.langevin @mpublicite.fr, 38 04) Annonces classées
Cyril Gardère (cyril.gardere@mpublicite.fr, 38 88) Site Internet Alexandre de
Montmarin (alexandre.demontmarin@mpublicite.fr, 38 07) Agence Courrier
Patricia Fernández Pérez (responsable, 17 37), Emmanuelle Cardea (16 08)
Gestion Administration Bénédicte Menault-Lenne (responsable, 16 13),
Étienne Waniart Droits Eleonora Pizzi (16 52) Comptabilité 0148884551
Directeur de la diffusion et de la production Hervé Bonnaud Responsable
des ventes France Christophe Chantrel Chef de produit Carole Merceron
(0 805 05 01 47, 0157283378) Diffusion internationale Saveria Colosimo
(0157283220) Communication et promotion Brigitte Billiard, Christiane
Montillet Marketing Sophie Gerbaud (directrice, 16 18), Véronique Lallemand
(16 91), Véronique Saudemont (17 39), Kevin Jolivet (16 89), Martine Prévot (16 49)
Modifications de services ventes au numéro, réassorts 0805 05 01 47
Service clients Abonnements Courrier international, Service abonnements, A2100 — 62066 Arras Cedex 9. Tél. 0321130431 Fax 0157674496
(du lundi au vendredi de 9 h à 18 h) Courriel abo@courrierinternational.com
Prix de l’abonnement annuel en France métropolitaine : 109 €. Autres destinations :
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Origine du papier : Suède. 0 % de fibres recyclées.
Ce magazine est imprimé chez MAURY certifié PEFC.
Eutrophisations : PTot = 0,005 Kg/Tonne de papier
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s
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o
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l
Stanley Greene,
la guerre est fnie
Afghanistan, Irak, Soudan
du Sud… les pays en guerre
n’avaient pas de secrets pour lui.
Comme ici, en décembre 1999,
à un check-point entre
la république d’Ingouchie
et la Tchétchénie, que fuient
ces habitants devant l’arrivée
des Russes. Le 19 mai, le grand
photojournaliste américain
est mort à Paris des suites
d’une longue maladie. Il avait
68 ans. Né à Brooklyn, de parents
artistes, cet ancien membre
des Black Panthers s’est fait
connaître grâce à ses photos
de la scène punk de San Francisco
dans les années 1970. Stanley
Greene s’est ensuite tourné
vers le reportage de guerre,
grandement infuencé par
le photojournaliste W. Eugene
Smith, pour qui il a travaillé.
“Vous avez envie de vous installer
confortablement pour lire votre
journal en dégustant un mufn
aux myrtilles et vous ne tenez pas
à voir des images qui pourraient
vous gâcher votre matinée”,
déclarait Stanley Greene
dans un entretien accordé en 2010
à Lens, blog du New York Times
qui traite du photojournalisme.
“Or le boulot d’un journaliste,
c’est justement de vous gâcher
votre matinée.” En 2007, il avait
cofondé l’agence de photo Noor,
“lumière” en arabe.
Photo Stanley Greene/Noor
sur notre site
courrierinternational.com
Retrouvez tous les vendredis
notre diaporama “La semaine
en images”. Et dans notre
édition imprimée, chaque jeudi,
la photo d’actualité la plus forte.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
a ns
7 joursodnde
le m
↙ Le petit poisson : Dilma.
La piscine : Politique brésilienne.
Dessin de Pxmolina, Nicaragua.
Brésil. Il faut sauver
la démocratie
De nouvelles révélations au sujet de l’implication
du président Michel Temer dans une affaire
de pots-de-vin montrent à quel point
le gouvernement brésilien est corrompu.
Dire que la situation est intenable pour
Temer au sommet de l’État est un euphémisme. Comment un grand pays peut-il être
gouverné par quelqu’un dont tout le monde
sait qu’il a, quelques mois seulement auparavant, encouragé le versement de pots-devin pour faire taire des témoins dans une
enquête pour corruption ? La seule raison
invoquée pour justifier la présidence de Temer
– à savoir qu’il serait synonyme de stabilité
et qu’il signalerait aux marchés que le Brésil
était de nouveau prêt à faire des affaires –
vient de voler en éclats dans un paroxysme
d’humiliation et de destruction. À ce stade,
le départ de Temer, sous une forme ou sous
une autre, semble inévitable.
Arnaque. Le paradoxe de la destitution de
—The Intercept Brasil Rio de
Janeiro
uand Michel Temer est devenu président, il y a un peu moins d’un an,
après la destitution de Dilma Rousseff,
les ténors des médias brésiliens ont affirmé,
pour justifier sa prise de fonctions, qu’il
apporterait stabilité et unité à un pays en
proie à une crise politique et économique.
Dès le début, c’est le contraire qui a prévalu : Temer et ses alliés les plus proches
ont engendré plus de corruption, de controverse, d’instabilité et de scandales que tout
ce qui les avait précédés. Sa cote de popularité s’est littéralement effondrée, passant
en dessous de 10 %.
Depuis que de nouvelles preuves ont fait
leur apparition, démontrant à quel point
Temer est corrompu et malhonnête, la situation est absolument intenable. Des fuites
concernant l’enquête dont il fait l’objet pour
corruption révèlent qu’il a été enregistré, en
mars, en train d’accepter qu’un chef d’entreprise verse des pots-de-vin pour garantir le
silence d’Eduardo Cunha, l’ancien tout-puissant président de la Chambre des députés,
membre du parti de Temer, qui a piloté la
procédure de destitution de Dilma Rousseff.
L’implication d’Eduardo Cunha dans des
Q
affaires de pots-de-vin ou de dessous-detable était déjà connue, mais il lui avait été
jusqu’ici possible de braver les soupçons,
car, contrairement à maintenant, il n’existait aucune preuve concrète.
Pendant ce temps, le sénateur socialdémocrate Aécio Neves, adversaire de
Dilma Rousseff pour la présidentielle de
2014, dont le parti, qui domine le gouvernement de Temer, a joué un rôle moteur dans
la destitution de la présidente, a été enregistré, lui aussi, alors qu’il réclamait 2 millions
de reais [571 000 euros] à un homme d’affaires. Il vient d’être destitué de son siège
au Sénat, sur décision de la Cour suprême,
et pourrait être rapidement incarcéré.
En résumé, on découvre donc que les deux
personnages clés à l’origine de la destitution de Dilma Rousseff sont des criminels
endurcis, comme le prouvent les enregistrements, vidéos et conversations en ligne
qui seront bientôt accessibles à tous les
Brésiliens. Autrement dit, les indices précis
de corruption que les grands médias brésiliens, d’une partialité notoire, ont vainement
cherché pendant des années contre Dilma
Rousseff viennent tout juste d’être révélés à
l’encontre des deux principaux responsables
de sa destitution, l’un des deux ayant même
pris sa place à la présidence.
Dilma Rousseff risque de se répéter. Comme
les opposants à la procédure de destitution
n’avaient cessé de le répéter, déchoir un président élu démocratiquement au nom de la
lutte contre la délinquance en col blanc était
un leurre. Sa destitution allait justement
porter au pouvoir les factions les plus corrompues, les politiciens les plus véreux et les
plus ignobles, et leur permettre de diriger le
pays sans avoir remporté une seule élection.
La question qui se pose désormais, comme
après le départ de Dilma Rousseff : que faiton maintenant ? Les médias aux mains des
élites brésiliennes et la classe politique complotent désormais ouvertement pour nous
faire avaler la même arnaque. Selon eux,
Temer devrait être choisi non pas par le
peuple brésilien mais par le Congrès, alors
qu’un tiers de ses membres sont cités dans
des enquêtes judiciaires et que ses principaux partis sont minés par la corruption.
La démocratie brésilienne et la stabilité
politique ont déjà été sérieusement ébranlées par le traumatisme de la destitution
de Dilma Rousseff. Et que son successeur
soit un délinquant désormais avéré ne fait
qu’exacerber cette tragédie. Il n’est donc
pas déraisonnable d’affirmer que permettre
aux mêmes factions corrompues de choisir
l’un des leurs pour remplacer Temer – ce qui
reviendrait à bafouer une fois de plus le droit
des Brésiliens à choisir leur propre président
tout en leur imposant un dirigeant issu du
marigot le plus puant de Brasília – porterait le coup de grâce à notre démocratie.
—Glenn Greenwald
Publié le 18 mai
SOURCE
THE INTERCEPT BRASIL
Rio de Janeiro, Brésil
theintercept.com/brasil
Glenn Greenwald, ex-journaliste
du Guardian à l’origine des révélations
d’Edward Snowden, a lancé
en août 2016 une version brésilienne
du site américain The Intercept,
créé en 2014. Son objectif : dénoncer
les liens entre les politique
et les grands médias brésiliens.
Le cirque est fini
ÉTATS-UNIS —
“On baisse
l e r i d e a u ”,
titre The
Washing ton
Post le 22 mai,
au lendemain
de la dernière
représentation
du Ringling Bros. and Barnum &
Baily Circus, le plus vieux cirque
américain. Après cent quarantesix ans d’existence, “le ‘plus grand
spectacle sur Terre’ est contraint
de cesser son activité en raison de
problèmes financiers et des plaintes
des défenseurs des droits des animaux”, explique le quotidien. Face
aux critiques, le cirque Barnum
avait dû mettre fin à ses spectacles
d’éléphants l’année dernière. “On
pensait autrefois que ce spectacle
serait éternel, jusqu’à ce que les temps
changent”, conclut le journal.
Vers l’arrêt
de l’atome
BÉNÉDICTE, LAUSANNE
10.
SUISSE — Dimanche 21 mai, les
électeurs suisses ont approuvé
à 58,2 % un projet de loi pour la
sortie progressive du nucléaire
d’ici à 2050, en développant les
énergies vertes. “La raison l’a
clairement emporté sur la peur”,
se félicite Le Temps, qui salue
un vote historique et assure que
“la population suisse ne s’est pas
laissé berner par les menaces d’une
facture annuelle de 3 200 francs
[2 900 euros] ou d’un rationnement
de l’eau chaude, pas davantage que
par la perspective de voir les crêtes
et les sapins disparaître sous une
jungle d’éoliennes”.
L’opposition
ne faiblit pas
VENEZUELA — A près c i n-
qua nte jou rs de ma n ifestations ininter rompues,
l’opposition à Nicolás Maduro a
7 jours.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
EspagnE
Le roi Zidane
EspagnE — “Madrid chante 33”,
titre La Razón le 22 mai, au lendemain de la victoire du Real Madrid
contre Malaga, qui permet au
club de football de la capitale de
gagner le trente-troisième championnat d’Espagne de son histoire. Le journal madrilène salue
la performance des joueurs, mais
souligne surtout l’exploit de leur
entraîneur, le Français Zinédine
Zidane, qui, “sans jamais bomber
le torse, a rendu meilleur chacun
de ses joueurs et a fait de Madrid
une équipe de champions où tout
le monde se sent important”. Et le
quotidien de conclure : “C’est le
succès de l’humilité.”
Bado, ottawa
Des règles
étranges
IntERnEt — “Révélations : le code
interne de Facebook sur le sexe, le terrorisme et la violence”. Le 22 mai,
The Guardian a publié des documents montrant les critères que
fxe le réseau social pour la censure des contenus mis en ligne.
Le quotidien britannique s’étonne
du flou de certaines règles en
matière de violences et de sexe,
qui permettent que des contenus
manifestement choquants restent
quand d’autres sont efacés. De
plus, “les modérateurs se disent
débordés par le volume de travail et
n’ont souvent qu’à peine dix secondes
pour prendre une décision”, commente le journal.
suèdE — L’enquête pour viol
qui visait depuis 2010 Julian
Assange a été classée sans suite
par la justice suédoise le 19 mai.
Une décision logique au vu de
la faiblesse du dossier, note
Svenska Dagbladet, qui
relève pourtant que
“peu d’affaires ont
suscité de tels mythes
juridiques”. Le journal
rappelle que la justice suédoise a subi de nombreuses
critiques de l’étranger et
espère que cette décision
pourra “casser une partie des
théories du complot sur une justice
suédoise politisée qui aurait voulu
piéger l’homme qui dit la vérité”.
Merkel
l’éternelle
allEmagnE —
“ P o u r l ’é t e r nité, ame n ?”
Le 20 mai, Die
Tage szeitung
s’inter roge :
la chancelière
Angela Merkel
serait-elle en passe d’occuper ce
poste pour toujours ? Son parti,
la CDU, a remporté une série de
victoires aux élections régionales,
notamment en Rhénanie-du-NordWestphalie, où elle a devancé le
14 mai le parti social-démocrate
de Martin Schulz, son rival pour
les élections générales qui auront
lieu à l’automne. Après avoir connu
une phase difcile il y a quelques
mois, Angela Merkel “apparaît de
nouveau comme invincible”.
Inondation
surprise
ClImat — La réserve de Svalbard,
en Norvège, censée protéger les
semences mondiales, est ellemême menacée par le réchauffement climatique : le 19 mai,
l’entrée de la grotte a été inondée…
par de la glace fondue. En 2016,
“les températures moyennes ont
augmenté de sept degrés par rapport à la normale au Spitzberg”,
explique The Guardian, précisant
que l’incident remet en question la
fabilité de cette banque mondiale
supposée protéger les graines sans
intervention humaine.
↓ Dessin de Kazanevsky,
Ukraine.
Pedro Sánchez l’emporte face
à l’establishment socialiste
Une afaire
embarrassante
BoligÁn, Mexico
réuni 200 000 personnes dans les
rues de Caracas et d’autres grandes
villes du pays, samedi 20 mai, pour
demander “des élections, la libération des prisonniers politiques et
le respect de la Constitution”, rapporte El Tiempo. “Aucune trace
de fatigue n’a été perçue à Caracas,
où la manifestation a débordé de
son trajet”, souligne le quotidien
colombien. Depuis le début des
protestations, quarante-sept personnes ont trouvé la mort lors de
heurts avec la police.
11
Lâché par l’appareil du parti, l’ancien dirigeant s’est à nouveau
imposé lors de la primaire du PSOE le 21 mai, en battant
largement sa principale rivale, Susana Díaz.
C
’est un petit tremblement de terre
dans la politique espagnole. Huit
mois après sa démission forcée, Pedro
Sánchez “renaît de ses cendres et reprend les
rênes du PSOE avec une victoire sans appel”,
écrit le site de gauche El Diario, au lendemain de la primaire socialiste du 21 mai. Le
Madrilène s’est imposé avec 50 % des votes
des militants, loin devant sa principale rivale,
Susana Díaz, pourtant soutenue par l’appareil du parti, qui obtient près de 40 % des
voix. Le troisième homme, Patxi López, a
réuni près de 10 % des sufrages.
Sánchez a gagné “contre
des élites toujours si éloignées de leurs citoyens,
de leurs préoccupations et
de leurs intérêts”, estime
El Diario, qui rappelle qu’il a dû se battre
contre “les dirigeants socialistes, l’appareil
du parti, les barons, la majorité des médias,
les pouvoirs économiques”. Le journal conservateur El Mundo parle, lui, d’une “rébellion
des bases” contre “le PSOE de toujours” que
Susana Díaz “prétendait restaurer”. Pour le
journal de gauche El Periódico, c’est une
victoire contre “l’establishment socialiste”
qui “enterre le vieux PSOE”. C’est aussi un
vote contre les “vieilles pratiques politiques
et la connivence de la grande coalition”, ainsi
qu’une “résurrection de la dialectique droitegauche que l’on croyait dépassée”.
Après ses deux défaites aux législatives,
Sánchez avait été évincé de la direction du
parti en octobre 2016. Les barons souhaitaient permettre l’investiture du conservateur
Mariano Rajoy comme chef du gouvernement et mettre ainsi fn au blocage politique qui touchait le pays depuis plus de
dix mois, alors que Sánchez refusait de le
faire. Une fois Sánchez parti, le PSOE s’était
abstenu lors du vote d’investiture, permettant ainsi à Rajoy d’être reconduit, malgré
les nombreux scandales de corruption qui
touchent son parti. “En fn de compte, Sánchez
avait raison : la plupart des militants n’ont pas
compris pourquoi le PSOE a permis le retour
à la présidence de Rajoy”, estime dans son
éditorial El Periódico.
Populisme. Pour El País, qui a fait cam-
pagne contre Sánchez, sa victoire s’inscrit
dans la lignée du “Brexit, du référendum en
Colombie ou de la victoire de Trump” et dans
l’actuel “contexte politique de crise de la démocratie représentative”. Le journal de centre
gauche estime ainsi que
“la démagogie de ceux d’en
Revue
bas s’est imposée à la vérité”.
de presse Il fait le parallèle avec la
France et le RoyaumeUni : “Finalement, l’Espagne a aussi soufert
son moment de populisme. Le socialisme français a connu le même sort ces derniers mois et il
se trouve au bord du goufre, entre les mains du
radical Benoît Hamon. Un désastre similaire
se dessine au sein du Parti travailliste britannique, dirigé par le populiste Jeremy Corbyn.”
L’ensemble de la presse s’accorde sur le
premier déf que doit relever Sánchez, celui
de “recomposer l’unité” du parti, “brisée depuis
des années”, comme le souligne notamment El Mundo. Sa victoire suppose aussi
“un changement au sein du paysage politique
espagnol”, remarque le site conservateur
El Independiente : “Le PSOE de Sánchez va
s’employer à fond pour faire opposition au gouvernement de Rajoy et, tôt ou tard, il présentera
une motion de censure qui obligera Podemos,
les forces indépendantistes et [les centristes de]
Ciudadanos à faire un choix.”—
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
12.
↙ Sur la pancarte : “Tout va comme sur des roul…”
Dans la tornade : “Destitution” Dessin de Danziger
paru dans The Rutland Herald, Washington.
d’un
continent
à l’aut r es.
a mérique
Moyen-Orient.....
Europe ...........
Asie .............
Afrique ..........
France ...........
16
19
23
26
28
États-Unis.
Trump bientôt
destitué ?
L’historien américain Allan Lichtman avait prédit
l’élection de Donald Trump. Il estime aujourd’hui
qu’un “impeachment” du 45e président américain
est de plus en plus probable.
—La Presse Montréal
e renvoi de James Comey [désormais
ex-chef du FBI] rend la destitution
du président Trump beaucoup plus
probable, car il démontre qu’il a quelque
chose à cacher dans l’enquête russe. C’est
le limogeage [en 1973] du procureur spécial Archibald Cox par le président Richard
Nixon qui avait retourné l’opinion publique
contre lui et mis en branle la procédure de
destitution à la Chambre des représentants
L
des États-Unis. Déjà, les appels à la destitution du président Donald Trump résonnent
plus fort”, a confé le professeur émérite de
l’American University à La Presse.
En septembre dernier, Allan Lichtman
avait retenu l’attention en prédisant, contre
toute attente, la victoire de Donald Trump
contre Hillary Clinton grâce à ses “clés de
la Maison-Blanche”, un modèle de prédiction infaillible depuis l’élection présidentielle de 1984. Au même moment, Allan
Lichtman y allait d’une autre prophétie
audacieuse : advenant son élection, Donald
Trump ferait l’objet d’une procédure de
destitution, sujet d’un livre intitulé The
Case for Impeachment [“Les arguments
pour la destitution”], que l’historien a
fait paraître le mois dernier. “Quand j’ai
fait cette deuxième prédiction, je ne pensais
pas encore à écrire un livre, mais plutôt à ce
que je savais de l’histoire de Donald Trump
et de sa campagne.”
Le Donald Trump qu’Allan Lichtman
connaissait n’avait aucune expérience politique, mais une réputation bien ancrée de
s’enrichir aux dépens des autres. Il était
enclin au mensonge, ayant notamment
contribué à propager la thèse bidon des
birthers [nativistes], selon laquelle Barack
Obama était un président illégitime en raison
de sa naissance à l’extérieur des États-Unis.
Donald Trump ne
pourra pas continuer
à défer les normes de
la politique américaine
sans en payer le prix.
Il était prédisposé à enfreindre les lois,
l’ayant notamment démontré en violant la
loi sur le logement équitable [une loi antidiscrimination de 1968] dans les années
1970 et l’embargo commercial contre
Cuba dans les années 1990, sans compter les entreprises frauduleuses ou illégales auxquelles il a prêté son nom – la
Trump University, le Trump Institute
et la Trump Foundation. Il faisait l’objet d’allégations de harcèlement sexuel,
le genre d’afaire qui peut revenir hanter
un président.
“Et il y avait tous ces indices qui pointaient
à l’époque vers une collusion possible entre
l’équipe de Trump et les Russes, a ajouté
Allan Lichtman. […] J’ai donc mis toutes ces
choses ensemble, et cela m’a poussé à croire
que, même si Donald Trump allait être élu,
il ferait également face à la destitution.”
Seulement deux présidents ont fait l’objet d’une procédure de destitution dans
l’histoire américaine : Andrew Johnson
(en 1868) et Bill Clinton (en 1998). Les
deux ont été mis en accusation par la
Chambre des représentants et acquittés
par le Sénat. Richard Nixon (en 1974) a
choisi de démissionner avant d’être mis
en accusation.
Dans la foulée du renvoi de James
Comey, les critiques de Donald Trump,
dont l’éminent constitutionnaliste de
l’université Harvard Laurence Tribe, l’ont
accusé d’entrave à la justice. Dans une
certaine mesure, le président a apporté
de l’eau à leur moulin. Lors d’une interview à [la chaîne] NBC, il a afrmé que
l’enquête russe avait pesé dans sa décision de virer le directeur du FBI. Et il a
proféré sur Twitter ce que certains ont
interprété comme une menace à l’endroit
de ce dernier.
Mais peut-on vraiment concevoir un
scénario où une Chambre à majorité républicaine mettrait en accusation Donald
Trump ? “Il ne faut jamais oublier que la
plus grande priorité d’un élu est l’autopréservation, répond Allan Lichtman. Si les
républicains de la Chambre en viennent à
la conclusion que Donald Trump est une
menace à leur réélection – et ils devront tous
défendre leur siège en 2018 –, ils pourraient
être prêts à l’abandonner.”
Dévoyé. L’historien refuse en outre de
croire que Donald Trump pourra continuer à défer les normes de la politique et
la Constitution américaine sans avoir un
jour à en payer le prix. Ses arguments en
faveur de la destitution du président ne se
limitent pas au renvoi de James Comey. Il
soutient notamment que le locataire de la
Maison-Blanche a déjà violé la clause des
émoluments de la Constitution lui interdisant de recevoir des bénéfces fnanciers de puissances étrangères.
“Pendant toute sa vie, Trump a évité
d’avoir à rendre compte de ses actes, dit
Allan Lichtman. Il a multiplié les faillites,
il a fait perdurer des litiges, il a réglé des
poursuites à l’amiable, il a tourné le dos à de
mauvaises transactions et laissé les autres
encaisser les pertes. Mais, en tant que président, il ne peut pas déclarer faillite. Il ne peut
pas tourner le dos à ses responsabilités. Il est
responsable. Et la responsabilité ultime est
la destitution. La destitution n’est pas une
tragédie, poursuit-il. Elle vise un homme et
non pas la fonction. Les Pères fondateurs
ont mis la destitution dans la Constitution
explicitement pour protéger le pays contre
un président dévoyé.”
Et Allan Lichtman était convaincu que
Donald Trump serait un président dévoyé
avant même qu’il ne prête serment.
—Richard Hétu
Publié le 14 mai
Impeachment :
mode d’emploi
●●● La procédure de destitution
est défnie dans l’article 2 de la
Constitution américaine. Elle prévoit
que “le président, le vice-président
et tous les fonctionnaires civils des
États-Unis seront destitués de leur
charge sur mise en accusation
et condamnation pour trahison,
corruption ou autres crimes et délits
majeurs”. La mise en accusation –
l’impeachment, en anglais – doit
être votée à la majorité simple
par la Chambre des représentants.
La condamnation nécessite ensuite
une majorité des deux tiers au
Sénat, faute de quoi il y a
acquittement.
AMÉRIQUES.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
13
↙ Dessin de Kal paru dans
The Economist, Londres.
L’Otan se
plie en quatre
pour lui
impliqués au niveau national, et si l’Otan soutient la mission, elle ne fait pas ouvertement
partie de la coalition. “Certains membres estiment que ce n’est pas forcément le bon format,
commente un responsable. Puisque tous les
alliés de l’Otan sont déjà membres [de la coalition], la question est de savoir ce que nous pourrions faire de plus, en tant qu’alliance, que ce
que nous faisons déjà.”
Point d’orgue de la tournée
diplomatique du président
américain, le sommet de
l’Alliance atlantique du 25 mai
a été minutieusement préparé
pour complaire au locataire
de la Maison-Blanche.
Renforts. Au-delà de ça, et de l’envoi pro-
—Foreign Policy (extraits)
Washington
I
l est notoire que le président Donald
Trump dispose d’une capacité d’attention réduite, et l’Otan fait tout son
possible pour prendre cette réalité en compte.
L’Alliance atlantique a donc invité les chefs
d’État à limiter leurs interventions de deux à
quatre minutes lors de son sommet. Et l’organisation a renoncé à publier sa traditionnelle déclaration de conclusion in extenso,
qui a d’ordinaire pour fonction de confrmer
son positionnement stratégique.
Le 25 mai, les chefs d’État des vingthuit pays membres se réunissent à l’occasion de ce qui sera la première rencontre entre
Trump et une organisation qu’il n’a cessé de
dénigrer tout au long de sa campagne électorale. Jamais l’Alliance atlantique n’a été
aussi tendue avant l’arrivée d’un locataire
de la Maison-Blanche, et les organisateurs
du sommet se voient contraints d’inventer
des moyens de rendre la chose, d’ordinaire
guindée, plus séduisante.
“C’est un peu ridicule de voir comment ils se
sont préparés à gérer Trump, nous a confé une
source, très au fait des préparatifs, sous couvert d’anonymat. Comme s’ils avaient afaire
à un enfant – quelqu’un de caractériel, qui ne
sait rien de l’Otan, qui ne s’intéresse pas aux
grandes questions politiques, rien.” Et d’ajouter : “C’est la panique.”
Malgré ces modifcations, les spécialistes
redoutent les réactions de Trump lors des
réunions, au cours desquelles d’interminables allers-retours diplomatiques entre
des dizaines de chefs d’État peuvent dégénérer en des heures de discussions tortueuses.
Un ancien haut responsable de l’Alliance
atlantique, lui aussi sous couvert d’anonymat, dépeint ces réunions comme “importantes, mais d’un ennui mortel”.
“Pour Trump, même un court sommet de
l’Otan est trop formel et trop intense sur le plan
politique”, afrme Jorge Benitez, spécialiste
de l’Alliance atlantique au sein de l’Atlantic Council, un think tank de Washington.
Nouveau QG. Autre changement, l’Otan
a donc préféré renoncer à la publication
de sa déclaration ofcielle de conclusion.
Parce qu’il ne s’agit pas vraiment d’une
séance plénière, a laissé entendre un responsable de l’organisation, contrairement aux
grands rassemblements précédents, comme
à Varsovie en 2016, ou au pays de Galles en
2014. À huis clos, cependant, on évoque
d’autres motifs. Les membres de l’Otan
ne vont pas publier leur déclaration traditionnelle “parce qu’ils craignent que Trump
n’aime pas ça”, a concédé une autre source.
“Les gens ont peur de son côté imprévisible et
de ses réactions intempestives, sachant qu’il est
capable de dire tout haut ce qu’il pense et de le
tweeter”, poursuit cette source.
Le sommet du 25 mai est important pour
une autre raison également. Le président
français Emmanuel Macron y assiste lui aussi
pour la première fois. Et les dirigeants de
l’Otan comptent profter de l’occasion pour
dévoiler leur nouveau quartier général – un
édifce moderne, élégant, censé symboliser
une alliance résolument tournée vers l’avenir. L’ennui est qu’il incarne aussi ses manquements : le chantier est très en retard, et
son budget a été largement dépassé.
Un haut responsable de l’Otan avoue
craindre que ça ne constitue une pierre
d’achoppement avec Trump, qui exige des
États européens qu’ils consacrent davantage de fonds à la défense. S’il ne sait pas
grand-chose sur l’alliance militaire, le président américain prétend en revanche s’y
connaître en chantiers de construction qui
bouclent en temps et en heure tout en respectant leur budget.
S’ils arrivent à captiver Trump, les chefs
d’État des pays membres espèrent débattre
de deux grandes questions, toutes deux des
priorités du président américain : la lutte
contre le terrorisme et le partage des coûts.
Sur le front de la lutte antiterroriste, les
États-Unis appellent l’Alliance atlantique à
annoncer qu’elle va ofciellement rejoindre la
coalition contre Daech, une idée que rejette
l’Allemagne. Tous les États membres sont
“Pour Trump, même un
court sommet de l’Otan est
trop formel et trop intense
sur le plan politique.”
Jorge Benitez, expert du think tank
atlantic council
Les informés de franceinfo
Jean-Mathieu Pernin, du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque vendredi avec
bable de renforts en Afghanistan, l’Otan n’a
pas vraiment réféchi à d’autres solutions sur
le front de la lutte antiterroriste. C’est avant
tout un problème de personnel. Trump menaçant depuis des mois d’adopter une approche
radicalement diférente vis-à-vis d’alliances
internationales que Washington a contribué
à créer, il n’y a plus personne pour tenter
d’esquisser un nouveau cap. Trump n’a en
efet procédé à aucune nomination de haut
niveau en Europe, qu’il s’agisse de représentants du Pentagone, du poste de secrétaire
d’État adjoint à l’Europe, ou de celui d’ambassadeur à l’Otan. Privés de ce contact intermédiaire à même de leur fournir des indications
au quotidien, les Européens peinent à comprendre ce que le nouveau gouvernement
américain attend d’eux.
Trump devrait également exiger de ses
alliés canadiens et européens qu’ils contribuent davantage au budget de la défense. Les
États-Unis sont de loin ceux qui y consacrent
le plus de fonds – ces dernières années, leur
part dans le budget militaire de l’Alliance
atlantique a crevé le plafond –, et il y a longtemps déjà qu’ils réclament en vain de leurs
alliés qu’ils augmentent la leur.
Au bout du compte, pour se concilier
Trump, l’Alliance atlantique va sans doute
chercher à présenter les récents changements qu’elle a entrepris comme autant de
concessions à Washington, alors que “98 %
de ces changements sont liés à la Russie, et non
à Trump”, modère Jorge Benitez. D’après un
ancien responsable de l’Otan, l’idée censée
apaiser Trump consiste essentiellement
à présenter sous un jour diférent ce que
l’Alliance atlantique est déjà en train de
faire : augmentation des dépenses militaires,
poursuite de l’aide aux opérations américaines en Afghanistan et à la campagne
contre Daech. “Ils se disent que ça va bien se
passer en mettant des étiquettes neuves sur de
vieilles bouteilles”, résume un ancien responsable américain. Reste à savoir si Trump va
mordre à l’hameçon.
—Robbie Gramer
Publié le 15 mai
AMÉRIQUES
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
↙ Dessin d’Ammer
paru dans NRC Handelsblad,
Amsterdam.
COLOMBIE
Pas assez nombreux. Dans le village de
“On parle à
voix basse parce
qu’on a peur.”
UN HABITANT
es
Andes
La Paz, par exemple, le pouvoir de la dissidence se fait sentir jusque dans le prix
des aliments et des fournitures agricoles :
300 km
le sac de 12 kilos de riz peut coûter entre
80 000 et 90 000 pesos [de 25 à 28 euros]
et le baril de 200 litres de carburant entre
900 000 et 1 000 000 de pesos [de 280 à
310 euros].
COLOMBIE
L’ambiance est également très tendue
Medellín
OCÉAN
à Miraflores [au cœur de la zone amazo-PACIFIQUE
nienne]. Malgré la présence constante des
Bogota
forces de police et de l’armée, le sentiment
Cali
d’insécurité et la paranoïa dominent. “Les
gens vivent dans la peur, déclare un habitant.
Le commerce est au point mort. On parle à voix
re
lè
basse parce qu’on a peur. La police et l’armée
Équateur
sont arrivées en ville et les dissidents opèrent
i e
n
plutôt dans les campagnes, mais le bruit court
o
a z
BRÉSIL
qu’il y a des informateurs partout.”
m
ÉQUATEUR
A
Dans les zones urbaines, comme San
José del Guaviare [chef-lieu du départePÉROU
ment], les extorsions et le racket ont tellement augmenté que les commerçants
ont décidé de descendre dans la rue pour
San José del Guaviare
protester. “Nous avons organisé une manifestation de solidarité à la suite d’un attenDÉPARTEMENT
Calamar
DU GUAVIARE
tat dans un commerce, explique Martha
Lucero Aguirre, présidente de la chambre
Barranquillita
de commerce de San José del Guaviare. Le
Miraflores
propriétaire était harcelé par des hommes qui
disaient appartenir au Front 1 des Farc. La
police a ouvert une enquête.”
À ce sombre tableau s’ajoute l’augmentation signalée des recrutements forcés, sur- le procureur général Fernando Carrillo
tout dans les zones rurales. Des familles a officiellement demandé en février derentières ont dû quitter leur maison pour nier au ministère de la Défense de prendre
protéger leurs enfants. La recrudescence des mesures et d’augmenter le nombre de
de cette pratique serait due au fait que les militaires dans la région pour protéger la
dissidents ne sont pas assez nombreux population. Mais, même ainsi, les groupes
pour répondre aux opérations menées par armés continuent de sévir : ils ont récemles autorités au cours des derniers mois. ment essayé de recruter deux lycéennes de
Ils cherchent donc à accroître leurs effec- San José dont le père était victime de racket.
tifs par n’importe quel moyen. Devant
—Marcela Osorio Granados
Publié le 6 mai
la fréquence des plaintes enregistrées,
d
H
erley López Hernández a été enlevé
dans l’après-midi du 3 mai dans
la zone de Barranquillita, à deux
heures de Miraflores, dans le département
du Guaviare [dans le sud-est du pays]. Cet
employé de l’Office des Nations unies contre
la drogue et le crime (ONUDC) se trouvait
dans un convoi avec quinze autres personnes
lorsqu’il a été intercepté par un groupe de
dissidents du Front 1 des Farc. Les guérilleros ont forcé tous les passagers à descendre
du véhicule sous la menace des armes, leur
ont ordonné de ne pas bouger avant deux
heures et ont emmené López avec eux.
Le fonctionnaire a été enlevé juste après
avoir assisté à une réunion de présentation
du programme de substitution des cultures
illicites [de feuilles de coca], à laquelle avaient
assisté près de 400 personnes. C’était la première des quatre réunions prévues avec les
communautés de la région pour mettre en
œuvre ce projet inclus dans l’article 4 de l’accord de paix [signé entre le gouvernement
et les Farc le 24 novembre 2016].
Cet enlèvement met en évidence un problème beaucoup plus large qui couve depuis
plusieurs mois : la montée en puissance des
groupes dissidents des Farc dans le Guaviare
et la solidité de leur emprise sur la région,
au point de constituer, dans ce département
sévèrement touché par le conflit colombien,
une menace pour cette paix dont tout le
monde parle tant.
Pour aller à Barranquillita, les envoyés de
l’ONU avaient dû demander aux guérilleros dissidents l’autorisation d’entrer sur leur
territoire. L’enlèvement de Herley López est
une conséquence directe du discours que
le Front 1 sert aux agriculteurs et aux producteurs pour les convaincre, à coups de
“conseils” et de menaces, de ne pas remplacer les cultures illicites. “Au début, les guérilleros dissidents disaient qu’ils n’avaient aucune
objection à la mise en œuvre des accords, confie
un leader local qui a demandé à garder l’anonymat par crainte de représailles. Mais ils
ont peu à peu durci le ton, et maintenant il y
a beaucoup de difficultés. D’un côté ils disent
qu’ils ne vont pas s’opposer au programme, de
l’autre ils empêchent les gens d’assister aux réunions et ils sabotent les assemblées. Ainsi, les
communautés ne peuvent rien apprendre sur
les autres moyens de s’intégrer à l’économie.
Cela les prive de la possibilité de changer d’activité et de retrouver leur vocation agricole.”
La peur est si grande dans les zones rurales
que les habitants préfèrent ne pas aborder le
sujet, et ceux qui le font parlent par allusions
●●● Dans tout le pays, quelque
7 000 ex-combattants des Farc ont
désormais rendu les armes et rejoint
l’un des 26 centres de cantonnement
où ils sont préparés à réintégrer la vie
civile. Mais, dans le Guaviare, emmené
par son chef Iván Mordisco, le Frente
Primero (Front 1) des Farc s’est désolidarisé
des négociations de paix de La Havane
depuis leur reprise en 2012. Depuis
quelques mois, le Frente Primero serait
par ailleurs commandé par un autre leader
historique des Farc, Gentil Duarte,
membre de la guérilla depuis trente ans,
avance Las2orillas. Ce groupe détient
Òune forteresse inexpugnable composŽe
dÕune dense for•t, qui lui a servi ˆ cacher
de nombreux laboratoires de coca•neÓ,
affirme le site colombien. Les populations
du Guaviare rapportent que les membres
du groupe diffusent des tracts d’appel
à la ÒrŽsistanceÓ et exhortent la population
Òˆ ne pas accepter lÕŽradicationÓ des
champs de coca, explique El Espectador.
l
—El Espectador (extraits) Bogota
Insoumis
di
Malgré l’accord de paix signé en novembre 2016, un front
dissident de la guérilla refuse de baisser les armes et terrorise
la population dans la région amazonienne du Guaviare.
pour éviter de trop en dire. Apparemment,
les bienfaits du processus de paix ne sont pas
encore arrivés dans le Guaviare. Il semble
plutôt y avoir un recul. “La même violence
qu’avant est en train de revenir, avec des groupes
paramilitaires et des dissidents, poursuit le
leader. Tant que le gouvernement n’accomplira pas ses promesses, comme cela se produit pour la substitution des cultures, les gens
croiront de moins en moins au processus de
paix et donneront de plus en plus raison à la
dissidence.” Le médiateur de la République
avait déjà donné l’alerte en signalant que
le Front 1 durcissait le contrôle social et
territorial dans sa zone d’influence depuis
juin 2016. “Les dissidents ont recommencé
les recrutements forcés de mineurs, restreint
l’entrée et la sortie de leur territoire aux habitants, visiteurs, ONG et institutions de l’État,
interdit la navigation sur certaines parties
[des rivières] Inirida, Unilla et Itilla entre
6 heures et 18 heures, et interdit d’emprunter certaines routes et certains sentiers”, dit
l’un de ses rapports.
Cor
Farc : la paix,
mais pas partout
COURRIER INTERNATIONAL
14.
Voilà 30 ans qu’Erasmus
bouscule l’Europe.
30 ans qu’il lui donne un
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16. D’UN CONTINENT À L’AUTRE
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
moyenorient
Iran.
Un plébiscite
pour les
réformateurs
En réélisant largement Hassan Rohani, les Iraniens
ont clairement afché leur soutien à sa politique
d’ouverture et de réformes. Et renforcé sa position
face aux conservateurs pour son second mandat,
estime le Washington Post.
↙ Dessin de Schot,
Pays-Bas.
plus agressif dans sa volonté de
réformer”.
Rohani et ses partisans réformateurs ont en outre porté un
rude coup aux conservateurs, qui,
pour la plupart, ont soutenu Raisi
et n’avaient que mépris pour le soft
power diplomatique du président
réélu. La participation a été d’environ 70 %, ce qui signife que près
de 40 millions d’Iraniens se sont
rendus aux urnes le 19 mai. L’enjeu
était de savoir si le pays continuerait
à s’ouvrir au monde ou s’il reviendrait à son isolement diplomatique
et économique du passé.
Raisi et ses fdèles étaient apparemment en faveur d’une politique proche de celle de l’ancien
président et agitateur populiste
Mahmoud Ahmadinejad. C’est
du temps où ce dernier était au
pouvoir que les Nations unies ont
commencé à sanctionner l’Iran,
qui refusait alors de mettre fn à
son programme d’enrichissement
de l’uranium.
Mais si Rohani a réussi à obtenir
une levée des sanctions, la croissance économique reste faible, et
le chômage élevé. Les Iraniens sont
encore nombreux à vivre dans la
misère, et Raisi, qui est à la tête de
la plus riche fondation religieuse
du pays, a joué sur le mécontentement des démunis pour mener
une campagne populiste. Laquelle
a, malgré tout, échoué.
Par l’isoloir. “En dépit de condi-
—The Washington Post
Washington
C
D’Istanbul
’est un véritable raz-demarée électoral qui a permis
au président iranien Hassan
Rohani de remporter un second
mandat, comme l’a confrmé le
ministre de l’Intérieur samedi
20 mai, preuve que son projet de
sortir son pays de son isolement
et d’intégrer l’économie mondiale
bénéfcie d’un formidable soutien.
Avec 57 % des voix, Rohani a
défait Ebrahim Raisi, son rival ultraconservateur, qui était appuyé par
le clergé au pouvoir et par ses alliés
au sein des forces de sécurité. Il a
désormais clairement les mains
libres pour poursuivre les réformes
sur le plan intérieur et continuer à
dialoguer avec l’Occident, à partir
de l’accord sur le nucléaire qu’il
a négocié avec les grandes puissances. Cet accord, que Rohani
et son gouvernement ont obtenu
durant son premier mandat, limite
le programme nucléaire iranien en
échange d’un allégement des sanctions internationales.
“Cette victoire écrasante donne
à Rohani des moyens dont il ne
disposait pas pendant son premier mandat”, commente Clif
Kupchan, président d’Eurasia Group, cabinet de consultants
spécialisé dans le risque politique.
“Il restera au centre”, explique-t-il
encore. Mais il pourra “se montrer
tions économiques difficiles, [les
Iraniens] ont dit non au populisme
et aux promesses creuses de subventions gouvernementales”, constate
Reza H. Akbari, spécialiste de la
politique iranienne à l’Institute for
War and Peace Reporting [IWPR,
association à but non lucratif qui
défend la société civile dans les
zones de confit]. “C’est particulièrement rassurant, surtout face à
la vague montante du populisme en
Europe et aux États-Unis. Le système
iranien est loin d’être juste et équitable. Mais les Iraniens ont démontré que, pour eux, la voie la plus sûre
vers la réforme passait par l’isoloir.”
Le président iranien contrôle
l’énorme appareil bureaucratique
du pays, et il exerce également
une influence sur la politique
“Les Iraniens ont
dit non au
populisme et aux
promesses creuses
de subventions
gouvernementales.”
étrangère et intérieure. Mais toutes
les afaires de l’État doivent en fn
de compte être approuvées par le
guide suprême de la révolution,
Ali Khamenei, et le Conseil des
gardiens de la Constitution, composé de théocrates.
Avant l’élection, d’aucuns redoutaient que Khamenei et les Gardiens
de la révolution, organisation paramilitaire nébuleuse la plus puissante d’Iran, ne manipulent les
résultats pour garantir la victoire
de Raisi. Lors de la présidentielle
de 2009, les accusations de fraude
avaient déclenché un mouvement
de contestation populaire, emmené
par les réformateurs, contre
l’État et le président de l’époque,
Ahmadinejad. Les manifestations
avaient été brutalement réprimées,
et les dirigeants de l’opposition –
dont Mir Hossein Moussavi et son
épouse, Zahra Rahnavard, ainsi
que Mehdi Karoubi – placés en
résidence surveillée.
Deuxième chance. “Le fait que
Khamenei n’ait pas cherché à imposer une victoire de Raisi est vraiment
remarquable”, souligne Kupchan.
On supposait en efet que le guide
suprême avait choisi Raisi pour lui
succéder. “Le successeur présumé du
guide a été sévèrement battu, ajoutet-il. Et il semble désormais plus clair
que la voie est ouverte à un successeur
plus modéré de Khamenei.”
Sur la scène internationale,
Téhéran devra faire face au gouvernement plus belliqueux du président Trump. Au moment où les
Iraniens votaient, le 20 mai, Trump
arrivait en Arabie Saoudite, le principal rival de l’Iran dans la région.
La Maison-Blanche a exigé que l’accord sur le nucléaire fasse l’objet
d’une réévaluation de la part des
agences fédérales et a récemment
appliqué de nouvelles sanctions à
l’Iran pour son programme de missiles balistiques.
Quoi qu’il en soit, Rohani s’est
engagé à poursuivre les négociations avec les États-Unis afn de
les persuader de lever les sanctions
qui ne sont pas liées au nucléaire.
Malgré les tensions, Rohani estime
que l’Iran ne peut que profter des
investissements occidentaux, et
plus généralement étrangers.
Manifestement, les électeurs partagent sa vision des choses.
“L’électorat iranien a adressé un
message retentissant au gouvernement Trump, affirme Akbari. Il
défend la voie de la diplomatie et de
la modération. Il soutient les eforts
de Rohani, qui veut sortir le pays de
son isolement.”
Une gifle
pour Trump
●●● Dans The
Independent, le reporter
britannique Robert Fisk
commente l’arrivée du
président américain en
Arabe Saoudite, le jour
où les Iraniens portaient
au pouvoir par le sufrage
universel un président
réformateur. Reçu en
grande pompe à Riyad,
Abou Ivanka (comme
l’a surnommé la presse
saoudienne) s’est présenté
devant cinquante
dirigeants de pays
sunnites comme leur
défenseur face à l’Iran.
“Mais quel contraste entre
les élections iraniennes et
ce parterre de dictateurs
et d’autocrates venus
saluer Trump. Presque tous
les dirigeants présents
considèrent la démocratie
comme une farce”,
souligne Fisk. Il est évident
que l’élection de Rohani,
qui veut poursuivre sa
politique d’ouverture,
va compliquer la tâche
de Trump et de ses alliés
sunnites.
Sur le plan intérieur, il est probable que Rohani peinera à mettre
en place des réformes politiques
plus libérales. Il n’est pas parvenu
à obtenir l’annulation de l’assignation à résidence de Moussavi,
Rahnavard et Karoubi. Si l’Iran jouit
d’un meilleur accès aux réseaux
sociaux et à Internet, si les publications et les pages Facebook
favorables aux réformateurs se
multiplient, activistes et journalistes sont encore régulièrement
interpellés et incarcérés. Même
avec l’appui sans réserve des électeurs, on voit mal ce qu’il réussira
ou non à accomplir.
“Pour ce qui est des réformes politiques, la tâche qui attend Rohani
reste ardue”, reconnaît Kupchan.
D’après Akbari, “les éléments modérés et réformateurs au sein de la société
sont parfaitement conscients de ses
lacunes dans le domaine des droits
de l’homme et des libertés civiques”.
“Mais, conclut-il, ils ont décidé de
lui donner une deuxième chance de
tenir ses promesses.”
—Erin Cunningham
Publié le 20 mai
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18.
MOYEN-ORIENT
no 1386 du 24 au 31 mai 2017
← Dessin d’Andre da Loba,
Portugal.
ARABIE SAOUDITE
Femmes,
dévoilez-vous !
L’auteur de cet article d’un journal
pourtant financé par un prince
saoudien estime, avec des pincettes,
que les musulmanes vivant
en Occident doivent s’adapter
aux lois des pays qui les
accueillent, pour gagner
leur liberté.
—Al-Hayat Londres
Q
ue Dieu me préserve ! Jamais je n’oserais dire une chose pareille. Car si je
le faisais, je me ferais lapider. Et pourtant, il faudrait le dire. Seul pourrait le faire
un homme de religion, expert des textes
religieux et qui en connaisse les subtilités.
Un tel homme existe. Il s’agit [du Saoudien]
Mohamed Al-Issa, secrétaire général de la
s
enté voir
prés
r
ys re s à pou
a
p
e 15 de poste
d
s
u
Pl
lliers
s mi
et de
Ligue islamique mondiale [organisation
saoudienne de promotion de l’islam à travers
le monde. Mohamed Al-Issa a auparavant été
ministre de la Justice en Arabie Saoudite]. Il
s’est penché sur la question du port du voile
par des musulmanes en Occident et a donné
son avis d’un point de vue de la charia lors
d’une conférence devant des femmes voilées dans la capitale autrichienne : “Quand
un pays décide démocratiquement de ne pas
ILLER,
ENTREPRENDRE,
VIVRE À L’ÉTRANGER
autoriser le voile, il faut l’accepter. Si l’on veut rester, il faut enlever le voile. Sinon, il faut partir.”
Il y a donc deux possibilités, et deux
seulement : enlever le voile ou partir.
Mais revenons plus précisément à ce qui
en est dit dans la religion musulmane.
L’islam prône le respect des engagements contractuels. Cela a valeur
de loi. Et la loi comporte de nombreux engagements contractuels, parmi lesquels la forme
que doit prendre la résidence de
n’importe quel immigré dans n’importe quel pays.
Ainsi, tel pays peut imposer le port
du voile et la fermeture des magasins à
l’heure de la prière pour que tout le monde
aille prier à la mosquée, ou encore interdire
l’alcool et la pratique de toute autre religion
que l’islam, exposant tout contrevenant à
des sanctions. Tout comme nous demandons aux étrangers chez nous de respecter ces règles, nous devons nous plier aux
lois des autres, fussent-elles contraires à
notre dogme. Sinon, mieux vaut s’abstenir
d’aller chez eux. Que de souffrances pour
les femmes voilées dans les pays occidentaux ! Au milieu d’un monde bigarré qui
met à l’honneur la beauté naturelle, cellesci ressemblent à des taches de tristesse ou
à des pièces rapportées.
Pour parer au déchaînement de colère
que je suis peut-être en train de déclencher, je précise qu’il ne s’agit pas ici d’appeler à la libération des femmes. Ce n’est pas
mon sujet ; c’est l’affaire des femmes ellesmêmes. Nous, les hommes, ne sommes
plus investis de l’autorité pour juger de
leur moralité et de leurs comportements.
Car les femmes doivent être considérées
comme des adultes, libres, pleinement responsables, dotées de raison et capables de
prendre en charge leurs vies.
Nous nous vantons
de notre capacité
à défendre nos
coutumes dans des
contrées différentes.
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Ce dont je veux parler ici est autre chose.
Pour mieux illustrer mon propos, permettez-moi de vous demander ce qui se passerait si une femme occidentale devait se
promener dans les rues de Riyad tête nue,
avec un pantalon rouge moulant et une
blouse découvrant une partie de son physique. Immanquablement, il y aurait une
vague de protestations et de condamnations. Les réseaux sociaux seraient envahis de messages de désapprobation, et, avec
un peu de chance, pendant quelques jours,
ce serait le sujet numéro un sur Twitter.
Donc, dans la mesure où nous-mêmes ne
serions pas contents que cela arrive dans
notre pays, nous devons accepter les lois et
règles chez les autres. Ce n’est que justice.
Notre problème réside dans la façon dont
nous envisageons le rôle de la loi. Pour nous,
elle doit servir à consacrer un point de vue
particulier pour régir la vie des gens. Ainsi,
nous insistons sur notre attachement à
toutes nos traditions et coutumes, quelque
extrémistes qu’elles puissent paraître aux
yeux des autres.
En voyageant dans des pays radicalement
différents du nôtre sur les plans culturel,
légal et religieux, nous mettons un point
d’honneur à nous donner à voir comme si
nous étions une caricature de nous-mêmes.
Et ensuite, nous nous vantons de notre
capacité à défendre nos coutumes dans ces
contrées si différentes. Or nous oublions
allègrement que nous ne pouvons le faire
que parce que ces pays accordent de larges
marges de liberté à tous les étrangers.
Étendard. Jadis, nombre de nos ulémas
interdisaient catégoriquement de voyager
en Occident, sauf en cas de force majeure,
pour des soins hospitaliers par exemple.
Après cette période, nous nous sommes
adonnés à des débats passionnés sur les différentes variantes du voile, chaque courant
faisant de l’une ou de l’autre son étendard.
D’où la question du hidjab [voile couvrant
les cheveux] ou du niqab [voile intégral,
cachant le visage], qui est devenue la grande
affaire pour affirmer l’identité de chacun,
une identité qu’on était sommé d’affirmer
avec obstination, inébranlablement, même
dans des pays où cela était assimilé au phénomène du terrorisme et considéré comme
un symbole de la soumission de la femme
à la tutelle masculine.
C’est le résultat de nos exagérations dans
ce domaine. Personne n’a oublié comment
les talibans ont traité les femmes afghanes,
qui étaient menacées de mort si elles rechignaient à se voiler. De même, le reste du
monde a commencé à voir les femmes portant le voile comme cherchant à s’en servir
pour commettre des attentats terroristes. La
réaction négative est perceptible non seulement en Occident, mais également chez
certains musulmans. On peut rappeler par
exemple Rula Ghani, l’épouse du président
afghan Ashraf Ghani, qui a soutenu la loi
française d’interdiction du voile intégral.
[Il est vrai qu’il s’agit d’une chrétienne
libanaise.]
Aujourd’hui, nous avons besoin d’une
plus grande ouverture sur les points de vue
différents, avec une approche plus rationaliste pour entamer une relecture conforme
à notre époque des textes relatifs au voile,
préservant la dignité de la femme musulmane tout en lui permettant de se faire
accepter dans d’autres sociétés et d’y travailler librement et à égalité avec les hommes.
À défaut, la femme n’aura d’autre choix
que de délaisser définitivement le voile ou de
se replier sur elle-même et de se résigner au
cadre étroit de sa vie. En espérant que nous
serons capables de le faire sans crispations.
—Mohamed Al-Moziani
Publié le 17 mai
D’UN CONTINENT À L’AUTRE.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
↙ Dessin de Pudles paru
dans The Guardian, Londres.
europe
Alex Muller-Nicholson,
AnIMATrICe
I
l est sorti de la brume, telle
une “gigantesque cathédrale
moderniste” au beau milieu
de la mer du Nord. À Hartlepool,
sur le littoral nord-est de l’Angleterre, des centaines de personnes
sont restées bouche bée face au
plus grand navire du monde : le
Pioneering Spirit est arrivé dans
le port le 2 mai, transportant l’une
des plus grandes plateformes pétrolières britanniques, qui sera démantelée et recyclée dans cette ville.
C’est l’un des plus ambitieux projets de ce genre et “l’aube d’une ère
nouvelle” pour le chantier naval, a
titré en une le journal local.
Pour les curieux rassemblés sur
la plage, l’arrivée de la plateforme
géante n’a pas seulement été un
rappel du fer passé de construction
navale à Hartlepool. C’est aussi un
témoignage de confance pour cette
ville qui se sent abandonnée depuis
des décennies. “On vient de récupérer le plus grand navire du monde !
se réjouit Tim Robson, 56 ans,
au-dessus de sa haie de troènes
à Headland, l’un des quartiers les
plus défavorisés de Hartlepool. Ici,
beaucoup de gens broient du noir et
sont repliés sur eux-mêmes. Mais on a
un potentiel incroyable : le plus grand
navire ne serait pas arrivé chez nous
si on était bons à rien.”
Le moindre mal. Les 70 000 élec-
teurs de Hartlepool sont très fers
de leur ville, à défaut d’autre chose.
Depuis 1964, c’est un bastion
incontesté des travaillistes, mais
peut-être plus pour longtemps.
Les électeurs du Parti travailliste
quittent la ville ou meurent. Le
parti eurosceptique Ukip (Parti
pour l’indépendance du RoyaumeUni) est arrivé deuxième aux élections nationales de 2015 et il n’est
plus inconcevable de voter pour
les conservateurs.
Tim Robson, dont la maisonnette donne sur le chantier naval,
est assez représentatif de la population. Il a voté travailliste toute
sa vie, mais il se sent maintenant
oublié par ce parti, tant au niveau
local que national. Il se plaint des
efectifs en baisse des policiers et
Le Brexit a bénéfcié d’un franc
plébiscite – 69,6 % des voix, le
chifre le plus élevé de la région –,
créant ainsi des dissensions avec le
député travailliste proeuropéen, qui
ne se représentera pas après treize
ans dans cette circonscription.
Beaucoup d’électeurs en faveur du
Brexit rencontrés par The Guardian
afrment qu’ils veulent “l’Angleterre
pour l’Angleterre” ; d’autres précisent qu’ils en ont surtout marre
des travaillistes. La plupart souhaitent garder l’anonymat. “Je sais
qu’on m’étripera pour ça, mais je
pense qu’ici la plupart des gens n’ont
pas vraiment compris ce pour quoi
ils ont voté. L’immigration a dominé
le débat. Cela me rend triste, parce
qu’on va devoir payer les pots cassés”,
analyse Tim.
Ancien exportateur pour le géant
de la chimie Imperial Chemical
Industries (ICI), Tim fait partie
des dizaines de milliers de personnes licenciées pendant le douloureux déclin industriel qu’a connu
la conurbation de Teesside. À l’apogée de la crise, dans les années 1980,
Hartlepool avait le plus haut taux
de chômage du pays ; aujourd’hui,
10 % de la population active est sans
emploi, soit le double de la moyenne
nationale. Ces circonstances ont
créé des enclaves de grande pauvreté dans de nombreux quartiers
Fierté. Jonathan Arnott, député
européen de l’Ukip du nord-ouest
de l’Angleterre, concède que son
parti a “sous-estimé” les torys et que
des tracts seront distribués dans
toute la ville avec le slogan “Un
vote pour les conservateurs mettra
Corbyn au pouvoir”. Les membres
de l’Ukip craignent que le vote en
faveur du Brexit ne soit divisé entre
eux et les conservateurs, privant
les deux partis d’une majorité et
permettant au Parti travailliste
de conserver le siège en jeu. “Il
va falloir expliquer aux électeurs
qu’ils font le jeu de Jeremy Corbyn
s’ils votent pour les conservateurs,
affirme Jonathan Arnott. Nous
allons devoir être francs et directs.”
Cette tactique n’est pas sans
risque. Au début de mai, une visite
de Paul Nuttall, dirigeant de l’Ukip,
a été entachée par une bagarre
entre deux femmes à cause du
Brexit, pendant un petit meeting du
parti devant un pub de Headland.
Et beaucoup craignent que les
semaines précédant le scrutin du
8 juin ne rouvrent les blessures
de l’été 2016. “Les gens se sentent
si marginalisés qu’ils cherchent la
bagarre. Ça devient vite houleux”,
explique Alex Muller-Nicholson,
33 ans, qui anime des ateliers artistiques pour enfants.
De retour au chantier naval,
50 ouvriers désossent la plateforme
pétrolière, dont l’aiguille rappelant la tour Eifel domine la silhouette de la ville. Les installations
100 km
ÉCOSSE
Hartlepool
IRLANDE
DU NORD
ROYAUMEUNI
PAYS DE
GALLES
ANGLETERRE
Londres
COURRIER INTERNATIONAL
“Depuis le Brexit,
les gens se sentent
si marginalisés
qu’ils cherchent
la bagarre.”
de la ville. La colère des habitants
a créé un terrain propice à l’Ukip,
qui est arrivé en deuxième position aux élections de 2015 (avec
3 024 votes de moins que le Labour),
rafant ainsi plusieurs sièges aux
travaillistes. L’Ukip a certes essuyé
une défaite cuisante aux élections
locales du 4 mai, mais à Hartlepool
le parti eurosceptique a seulement
perdu de 23 voix un septième siège
face au Labour.
LA
ND
E
À quelques semaines des élections législatives
anticipées du 8 juin, les habitants de la ville
de Hartlepool se sentent abandonnés par le Parti
travailliste et désenchantés par la précarité.
de la criminalité en hausse dans
sa rue. Il afrme qu’il a arrêté de
voter pour les travaillistes à cause
de la politique de Jeremy Corbyn
sur le programme nucléaire britannique. Il a peur que les États-Unis
et la Corée du Nord ne déclenchent
une troisième guerre mondiale.
Tous ces facteurs seront mis dans
la balance quand il votera le 8 juin.
Lors du référendum sur le Brexit,
en 2016, Tim s’est prononcé en
faveur de l’Union européenne, mais
il choisira l’Ukip au prochain scrutin – “c’est le moindre mal parmi les
trois options”, selon lui. “Je n’aime pas
Jeremy Corbyn, ajoute-t-il. Theresa
May ne me plaît pas non plus, car elle
perpétue le thatchérisme. Je pense que
l’Ukip fera le moins de dégâts.” Tim
n’a pas réussi à convaincre ses amis,
sa famille et ses voisins de rester
dans l’Union europénne et il s’inquiète maintenant pour l’avenir.
IR
Royaume-Uni.
Les oubliés
de l’Angleterre
—The Observer Londres
19
de Hartlepool sont les meilleures
d’Europe, construites par Able UK
(spécialiste du démantèlement
implanté à Teesside) pour exploiter le marché forissant du désossement des plateformes qui étaient
en mer du Nord. Jadis un haut lieu
de la construction navale, la ville
espère aujourd’hui un autre avenir.
Alex Muller-Nicholson, qui vote
Labour, raconte qu’elle est fère
d’habiter à Hartlepool et qu’elle
ne veut pas être prise à dénigrer
sa ville, souvent qualifée de “plus
grand village du pays, où tout le monde
se connaît d’une manière ou d’une
autre”. Elle espère que la ville sortira de ce qu’elle appelle une “faille
temporelle” de repli. “Pour briser
cette mentalité insulaire, nous avons
besoin de nouvelles têtes. Pas forcément pour chercher le multiculturalisme, mais au moins pour côtoyer
d’autres cultures, explique-t-elle.
Tout le monde veut être fer de son
lieu de vie, et je le suis, à certains
égards. Mais cette ville a un potentiel inexploité.”
—Josh Halliday
Publié le 8 mai
Labour : Une défaite
moins écrasante ?
●●● Si les sondages
prévoyaient une défaite
cuisante pour le Labour,
“son écart avec le Parti
conservateur se rétrécit”
depuis quelques jours, note
le Financial Times. Selon
un sondage Ipsos, le Labour
aurait gagné 8 points depuis
le lancement de son manifeste
électoral, très marqué
à gauche. Avec 34 % des voix,
le Labour serait toujours
15 points de pourcentage
derrière les torys (49 %)
de la Première ministre Theresa
May, soit nettement moins que
les 20 points dont les instituts
de sondage le créditaient
jusque-là. Le gain de popularité
travailliste ne se ferait pas au
détriment du Parti conservateur
– qui reste stable à 49 % –
mais au détriment de l’Ukip
(qui n’obtiendrait que 2 % des
voix), des Libéraux-démocrates
et des Verts, précise le journal
économique. Pourtant, il est
trop tôt pour que les militants
de Jeremy Corbyn “sablent
le champagne”, note le directeur
d’Ipsos dans The Times :
“Les conservateurs sont
à une altitude qui sera difcile
à atteindre par le Labour.”
20.
D’UN CONTINENT À L’AUTRE
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
GRÈCE
Face à la crise, les femmes
bradent leurs ovocytes
Pour gagner de l’argent dans un pays en pleine récession
depuis plusieurs années, de plus en plus de jeunes Grecques
font “don” de leurs ovocytes aux centres de procréation
médicalement assistée qui visent le marché étranger.
—Proto Thema Athènes
N
otre pays se transforme peu à peu
en… centre de production d’ovocytes. Avec la crise économique,
le nombre de femmes qui vendent leurs
ovocytes à prix réduit augmente sensiblement, tout comme celui des mères porteuses. L’off re d’ovocytes est telle que
beaucoup de laboratoires grecs sont obligés de les vendre au reste des Européens.
En ce qui concerne le marché de la procréation médicalement assistée, les centres
de fécondation in vitro (FIV) grecs visent
désormais les autres pays européens (surtout ceux où la loi ne permet pas cette procédure), faisant valoir un taux de réussite
élevé, un cadre juridique favorable et des
prix compétitifs. L’Australie et les ÉtatsUnis, où la diaspora grecque est fortement implantée, sont également ciblés.
Le nombre de couples, Grecs ou étrangers, ayant des problèmes de fertilité et
qui ont recours aux centres de FIV grecs
augmente continuellement, provoquant
une hausse de la demande d’ovocytes.
Motivations économiques. Même s’il
n’y a pas de chiffres officiels, les donneuses
d’ovocytes sont de plus en plus nombreuses.
Elles agissent officiellement par altruisme
(c’est pour cela qu’on parle de “don” d’ovocytes), mais, en réalité, leur motivation est
économique. D’ailleurs, l’offre d’ovocytes
est telle que certains laboratoires sont
contraints de les exporter pour ne pas
les perdre. Ils doivent être alors envoyés
dans des centres de FIV certifiés pour la
procréation médicalement assistée. Selon
l’Autorité de la procréation médicalement
assistée (EAIYA), on compte dans notre
pays 44 centres de ce genre. Chacun peut,
sous condition, disposer de son propre
“réservoir” de femmes qui off rent leurs
ovocytes. Une “source” qui doit être en
permanence pleine et aux normes sanitaires. Les autorités souhaitent fonder à
présent un centre national de donation
d’ovocytes.
“Ces dernières années, on observe une
multiplication des demandes pour des ovocytes, surtout à cause de l’âge de reproduction
des femmes, qui est de plus en plus avancé”,
affirme Mme Dimitra Drakopoulou, présidente de l’association d’aide à la procréation Kyveli. Le phénomène n’est pas
seulement grec. “Dans tous les pays, la
majorité des couples essayent de fonder une
famille vers 35 ans. Mais c’est aussi l’âge
auquel commence à faiblir la fertilité pour les
femmes”, explique le gynécologue Thanos
Parashos, qui ajoute que bénéficier d’un
don d’ovocytes est la seule solution pour
nombre de femmes qui désirent un enfant
mais ne peuvent en avoir.
“Il y a des femmes ménopausées, qui en ont
assez de prendre des hormones, ou encore qui
ne veulent pas passer par la procédure d’assistance à la procréation. C’est une branche
de la fécondation in vitro qui ne se pratique
pas dans les hôpitaux publics, mais seulement
en cliniques”, précise Mme Drakopoulou.
M. Parashos rappelle toutefois qu’avant
même “de préconiser la solution du don
“Le grand nombre
d’étrangers qui
choisissent la Grèce
pour une FIV explique
qu’il y ait plus de réussites
que d’échecs.”
Aristidis Antsaklis,
PROFESSEUR EN OBSTÉTRIQUE
d’ovocytes le médecin doit s’assurer que sa
patiente ne peut pas tomber enceinte avec ses
propres ovocytes, soit parce qu’ils ne sont pas
de bonne qualité, soit parce qu’elle est médicalement âgée, ou qu’elle souff re d’un défaut
génétique – certaines femmes, par exemple,
naissent sans ovaires. La demande d’ovocytes est aussi prescrite en cas de ménopause
précoce, par exemple à l’âge de 35 ans. Dans
tous les cas, un contrôle est fait par l’Autorité de la procréation, ce qui met en sécurité
tous les futurs parents.”
“Le don d’ovocytes est un moyen de reproduction, et la solution au problème de la
faible natalité, que choisissent la plupart des
couples. La décision de procréer avec les ovocytes d’une donneuse n’est pas simple pour un
couple. Il est important d’en parler, surtout
pour ce qui concerne le lien génétique entre
la mère et l’enfant, l’historique du problème
de fertilité, le choix de faire un enfant à un
âge avancé”, rappelle le docteur Anastasios
Giatzoglou. Selon lui, les femmes qui ont
dépassé l’âge de procréation (après 44 ans),
et celles qui connaissent une ménopause
précoce sont les bénéficiaires les plus
fréquentes. Le nombre de FIV programmées par an en Grèce est en baisse de
40 à 50 % par rapport aux données d’il
y a huit ans. Avant la crise économique,
on les estimait à 15 000 ; en 2013, il y en
a eu 12 750 ; aujourd’hui, il y en a environ
9 000 par an. Mais 15 à 20 % sont faites
avec les ovocytes d’une donneuse. “Nous
connaissons les chiff res de réussite fournis par chaque centre, affi rme le professeur en obstétrique Aristidis Antsaklis.
Le nombre important de couples étrangers
qui choisissent la Grèce pour procéder à ce
genre d’intervention explique qu’il y ait plus
de réussites que d’échecs.”
La Grèce se trouve, en effet, dans la liste
des pays européens qui se distinguent par la
souplesse de leur législation sur la FIV avec
AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
Christine Ockrent
Samedi 11H
– 12H
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En partenariat avec
L’esprit
d’ouverture.
euroPe.
courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
21
↙ Dessin de Cost paru dans
Le Soir, Bruxelles.
“Nous avons constaté
certains cas de trafc
d’ovocytes, ce qui entâche
tout le secteur.”
Themis Mantzavinos, Président
de l’union des Médecins de PMa
12 ovocytes par femme sont recueillis, ce
qui peut satisfaire deux receveuses.
Le profl de ces femmes est au cœur d’une
enquête menée par la Société européenne
de reproduction humaine et d’embryologie dans les pays de l’Union européenne.
Leurs motivations sont attristantes, même
en Grèce. En 2012, 40 % des donneuses
grecques ont avoué qu’elles donnaient
leurs ovocytes pour des raisons purement
économiques, faisant “concurrence” aux
femmes russes, dont 47 % le faisaient pour
des raisons fnancières. Dans le même
sondage, on apprend que 17 % des donneuses sont sans emploi en Grèce, 24 %
en Espagne et 22 % en Ukraine. En Grèce,
près d’une donneuse sur trois déclare ne
pas avoir de mari ni de famille, contre
50 % en Espagne et au Portugal.
Contrôles insuffisants. Nous nous
des ovocytes d’une donneuse. L’Espagne, le
Portugal, Chypre, la Pologne, la République
tchèque sont des pays concurrents de la
Grèce en la matière, avec des prix qui
oscillent entre 4 500 et 7 600 euros pour
toute la procédure avec don d’ovocytes. Les
femmes qui choisissent la Grèce comme
point de départ du difcile voyage de la
maternité viennent de pays européens tels
le Royaume-Uni, l’Italie ou l’Allemagne,
mais aussi d’Australie ou des États-Unis.
Anonymat. “Recherche étudiantes qui
veulent donner leurs ovocytes.” Ce genre
d’annonce est souvent afché sur les panneaux publicitaires des universités américaines, dit Themis Mantzavinos, président
de l’Union des médecins pratiquant la
procréation médicalement assistée. Il
explique qu’il n’y a peut-être pas ce type
d’annonce dans les facultés grecques,
mais que le phénomène se répand dans
le pays. Selon lui, “le cadre juridique exige
des garanties importantes pour la procédure
de don d’ovules, protégeant à la fois la donneuse et la receveuse, tout en gardant l’anonymat des deux femmes liées par ces ovocytes”.
Pour que son don soit accepté, une
femme doit être âgée de 19 à 35 ans, être
en bonne santé, non fumeuse et il ne doit
pas y avoir de maladie génétique dans sa
famille. Selon la loi, la donneuse reçoit
une somme d’argent, en dédommagement
de son absence au travail, de son transport jusqu’à la clinique, ou encore des
frais engendrés par la procédure. Cette
somme est de 1 200 euros. Le coût des
examens médicaux et des médicaments
de la donneuse est pris en charge par le
couple de receveurs. Il peut aller de 300
à 1 600 euros. Le coût des médicaments
prescrits au couple est compris entre 1 800
et 3 000 euros. Le coût de la procédure
(retrait d’ovocytes, procréation, transfert d’embryon) est compris entre 1 600
et 3 600 euros.
Les cliniques notent un grand intérêt
pour le don d’ovocytes ces derniers mois.
Selon les analyses des experts du secteur,
environ 100 femmes sont retenues chaque
année pour le programme de don d’ovocytes. Chaque femme ne peut pas donner
ses ovocytes plus de dix fois – c’est la
limite médicale de sécurité imposée – et
pas plus de deux fois par an. Entre 10 et
sommes entretenus avec des cliniques pratiquant ces interventions dans la région
d’Athènes. Les donneuses sont jeunes –
25 ans en moyenne –, elles sont instruites
et vivent la plupart du temps dans les
grandes villes. Elles savent tout sur la procédure avant même de se rendre en clinique, renseignées souvent par des amies
donneuses elles aussi. La candidate peut
être grecque où étrangère – la loi n’est pas
restrictive quant à la nationalité, disposant uniquement que la donatrice soit résidente en Grèce. La proportion de femmes
grecques et de femmes étrangères est de
40 pour 60.
“Les centres de FIV ont des réseaux de candidates donneuses qui sont ‘activés’ lorsqu’un
couple a besoin d’ovocytes d’une tierce personne. Ce sont des femmes que nous connaissons, elles sont venues dans nos centres et
nous les avons déjà examinées, explique
M. Mantzavinos. “Nous avons malheureusement constaté certains cas de trafc
d’ovocytes, ce qui entache tout le secteur”,
ajoute-t-il. Des observateurs afrment, en
efet, que les contrôles de l’Autorité de la
procréation ne sufsent pas. Aujourd’hui,
personne ne peut contrôler que les donneuses n’aillent pas d’unité en unité pour
obtenir un maximum de dédommagements.
—Panagiota Karlatira
Publié le 15 mai
Source
Proto thema
Athènes, Grèce
Hebdomadaire, 100 000 ex.
protothema.gr
“le sujet principal”, lancé
en 2005, est un titre populaire
qui, en quelques années,
a réussi à tailler des croupières
aux grands journaux grecs.
Publié le dimanche, le journal
est connu pour avoir révélé
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“La majorité des couples
commencent à fonder
une famille vers 35 ans,
au moment où la fertilité
de la femme s’afaiblit.”
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Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
D’UN CONTINENT À L’AUTRE.
↙ Dessin de Schrank
paru dans The Economist,
Londres.
asie
Chine. Le coup de poker
de la route de la soie
Xi Jinping recevait les 14 et 15 mai 60 chefs d’État et de gouvernement
autour de son projet d’infrastructures mondiales. Il prend une assurance
sur l’avenir, mais le pari pourrait être hasardeux, selon ce chroniqueur.
—Radio Free Asia
Washington
L
’élection surprise de Trump
à la présidence des ÉtatsUnis a modifé la stratégie
de développement de Xi Jinping
appelée “nouvelle route de la soie”
[en chinois : “une ceinture (terrestre), une route (maritime)”, et
plus connue internationalement
sous l’acronyme anglais Obor, pour
One Belt, One Road]. En effet,
cet événement historique a non
seulement conduit à une volteface politique des États-Unis, avec
l’abandon du Partenariat transpacifque (TPP) mis en place par
Barack Obama pour isoler la Chine,
mais il a aussi plongé ces derniers
dans une crise politique durable
qui afaiblit considérablement leur
infuence sur la scène internationale. Xi Jinping en profte donc pour
miser davantage sur son projet de
route de la soie.
Les conditions sont-elles réunies pour en garantir la réussite ?
Deux éléments jouent en sa faveur
23
du point de vue strictement économique : tout d’abord, le manque de
matières premières, en particulier
l’insufsance de l’approvisionnement, ne constitue plus la principale entrave au développement
économique au niveau planétaire.
La demande arrive en efet quasiment à saturation dans les pays
développés, tandis que le progrès
technologique permet de considérablement optimiser les conditions
de production. Par conséquent, le
principal moteur de la croissance
économique mondiale est désormais l’accroissement de la demande
dans les pays non développés qui
regroupent la majorité de la population et où la faiblesse des infrastructures constitue un énorme frein
au développement. Voilà qui nous
amène au deuxième argument économique en faveur de la stratégie
“une ceinture, une route” : en soutenant avec force la construction
d’infrastructures dans les pays non
développés, la Chine favorise une
augmentation de la demande en
provenance de ces pays, et donc
de leurs échanges commerciaux,
en particulier avec la Chine, gage
pour elle de maintien d’un certain
rythme de croissance.
Cependant, comme beaucoup
l’ont déjà souligné, la stratégie Obor
fait courir d’énormes risques politiques et économiques aux investissements chinois. Xi Jinping n’en
aurait-il pas conscience ? C’est peu
probable. Pourquoi veut-il malgré
tout prendre ces risques ?
Déséquilibres. En fait, il n’a pas
vraiment d’autre choix. Le niveau
global d’investissements dans les
infrastructures de base et dans l’immobilier en Chine dépasse d’ores
et déjà celui de n’importe quelle
économie normale. Continuer à
investir dans ce domaine ne pourrait qu’accentuer le déséquilibre
dont soufre la Chine entre ses
échanges intérieurs et extérieurs.
Par ailleurs, vu le taux de pauvreté
du pays [80 millions de Chinois
vivaient avec moins de 1 dollar
par jour en 2015] et la part limitée
de la population ayant accès à des
services sociaux de base, pourquoi
ne pas relever fortement les salaires
et améliorer la couverture sociale
des plus bas revenus plutôt que
d’engager des fonds aussi importants dans des projets hautement
risqués de construction d’infrastructures à l’étranger ?
C’est qu’une telle mesure
serait dangereuse à double titre.
Premièrement, elle pourrait provoquer un rapide dérapage de la
croissance en Chine ; relever brusquement les salaires et le niveau de
couverture sociale des plus pauvres
pourrait considérablement afaiblir
la compétitivité des exportations
chinoises. Deuxièmement – et c’est
l’élément le plus important –, cela
pourrait faire prendre conscience
aux plus démunis de leurs droits
politiques et sociaux, et, compte
tenu des graves insufsances des
services publics chinois, exacerber
une situation extrêmement tendue,
en raison notamment des mécontentements liés à la prise en charge
des malades ou à l’inégale répartition des ressources éducatives.
Une meilleure prise de conscience
de leurs droits et l’éveil politique
des classes les plus basses sont
un processus historique inéluctable, mais Xi Jinping, en tant que
dirigeant d’une société totalitaire,
espère instinctivement que cette
tendance ralentira au lieu de s’accélérer, pour mieux protéger son
propre pouvoir. Même si les risques
sont très importants, cette stratégie lui ofre la possibilité de “jouer
la montre”.
Ne risque-t-elle pas cependant
de se solder par un échec catastrophique ? C’est bien sûr possible. Parmi les scénarios les plus
plausibles, il y a celui d’une crise
fnancière qui entraînerait une
crise du yuan. Mais Xi Jinping
considère que renoncer au projet
n’efacerait pas le risque de crise
monétaire. Inversement, l’initiative “nouvelle route de la soie”,
si elle attire sufsamment d’investisseurs internationaux sur
une durée sufsamment longue,
peut constituer un atout pour la
Chine au moment des négociations dans la guerre des monnaies
qu’elle livre avec les États-Unis
et d’autres pays. En efet, l’efondrement du yuan serait dans ce
cas une catastrophe non seulement pour elle, mais également
pour de nombreux autres pays.
L’efet de “prise d’otage” de cette
stratégie en constitue donc un
objectif majeur.
—Liang Jing
Publié le 16 mai
La feuille
de route de
Xi Jinping
• Le sommet “une ceinture,
une route” (Obor) a réuni
plus de 1 000 personnes,
représentant une centaine
de pays, les 14 et 15 mai
à Pékin. Vingt-neuf chefs
d’État et de gouvernement
étaient présents.
• Au cours de ces deux
jours, près de 270 accords
portant sur le commerce
ont été signés, et 68 pays
sont désormais partie
prenante de l’initiative.
• La Chine s’est engagée
à injecter 124 milliards
de dollars supplémentaires
dans le projet, déjà fnancé
– entre autres par
la Banque asiatique
d’investissement
dans les infrastructures –
à hauteur de
1 000 milliards de dollars.
• Une déclaration
commune sur la
coopération dans le
commerce et la réalisation
d’infrastructures
à travers l’Asie, l’Europe
et l’Afrique a été
entérinée par 30 pays.
Les pays de l’Union
européenne ne l’ont pas
approuvée, insatisfaits
des dispositions
sur la transparence.
• La Chine a assuré ne pas
vouloir faire de l’initiative
un tremplin idéologique
ou politique.
• Le prochain sommet
est fxé en 2019 à Pékin.
sUR NOTRE sITE
courrierinternational.com
“Route de la soie”,
la mondialisation selon
Xi Jinping – La carte
des réalisations et des projets
des “Nouvelles routes
de la soie” lancés par Xi Jinping
en 2013, à consulter sur notre
site courrierinternational.com.
ASIE
24.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
INDE
L’art de faire
des “bébés
parfaits”
—The Indian Express Bombay
T
En Inde, des méthodes
de médecine traditionnelle
sont préconisées
pour engendrer
des enfants “sains”,
“sans gènes défectueux”
et avec le “QI désiré”.
Une pratique favorisée
par les nationalistes hindous.
→ Dessin de Walenta, Pologne.
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rois mois de shuddhikaran (“purification”) pour les parents, des
rapports intimes fixés en fonction de l’alignement des planètes, une
abstinence totale après la conception du
bébé et un régime alimentaire spécifique.
Voilà ce que recommande Arogya Bharati,
une organisation de santé proche des
nationalistes hindous du RSS (Rashtriya
Swayamsevak), aux femmes désireuses
de donner naissance à un uttam santati,
un “bébé parfait”.
D’après ses responsables, cet ambitieux programme aurait été lancé dans
l’État du Gujarat il y a plus de dix
ans et aurait été étendu à l’ensemble
du pays en 2015. Le projet compte
aujourd’hui dix annexes dans le Gujarat
et le Madhya Pradesh et devrait bientôt ouvrir d’autres antennes dans l’Uttar Pradesh et le Bengale-Occidental.
“Notre premier objectif est de construire
une samarth Barath (“Inde forte”) grâce
aux ‘bébés parfaits’. Nous voulons des milliers de bébés d’ici à 2020”, explique le docteur Karishma Mohandas Narwani, qui
chapeaute le programme.
L’inspiration viendrait d’Allemagne, un
pays qui, selon les responsables du projet,
s’est réinventé à travers ses enfants grâce
à des pratiques ayurvédiques [pratiques
médicales traditionnelles en Inde] mises
en place durant les deux décennies qui
ont suivi la Seconde Guerre mondiale.
“Même avec des parents qui ont un faible
QI et n’ont pas fait beaucoup d’études, un
enfant peut se révéler tout à fait brillant.
Si l’on suit les bonnes pratiques, les enfants
de parents à la peau foncée peuvent avoir le
teint plus pâle que leurs parents et être plus
grands”, affirme le docteur Hitesh Jani,
responsable national d’Arogya Bharati.
À en croire Jani, ancien volontaire au
RSS et responsable du service de panchakarma (“purification”) de l’université
d’ayurveda du Gujarat, à Jamnagar, ces
méthodes de conception de l’enfant sont
déjà mentionnées dans les traités hindous.
Le programme aurait déjà permis la naissance de 450 “bébés parfaits” et a pour
objectif d’ouvrir un centre dans chaque
État d’ici à 2020.
D’après Narwani, Arogya Bharati a déjà
organisé plusieurs séminaires et ateliers à
Delhi, Bombay et d’autres villes, comme
Udupi (Karnataka), Kasaragod (Kerala)
et Visakhapatnam et Vijayawada (Andra
Pradesh). D’autres rendez-vous étaient
prévus à Calcutta pour le week-end suivant, puis à Rohtak et à Gurgaon (Haryana).
“Nous n’intervenons pas sur le processus
naturel”, précise Narwani, ces principes
sont simplement guidés par l’ayurveda.
“L’ayurveda détient les clés de l’apparence physique et des qualités mentales du
bébé. Le QI se développe au cours du sixième
mois de grossesse. Si la mère suit un régime
spécifique, mange, écoute et lit ce qu’il faut,
l’enfant aura le QI désiré. C’est ainsi qu’on
obtient des ‘bébés parfaits’”, conclut-elle.
Cette procédure empêcherait également la transmission de gènes défectueux à l’enfant.
Le projet aurait été lancé à l’initiative
d’un maître à penser du RSS, qui aurait
reçu un conseil il y a près de quarante
ans en Allemagne, explique Ashok Kumar
Varshney, militant du RSS depuis plus de
trente ans et secrétaire national d’Arogya Bharati.
“Quelqu’un lui a parlé d’une femme appelée la ‘Mère de l’Allemagne’. Quand il l’a rencontrée et interrogée sur sa résurrection, elle
lui aurait répondu : ‘Tu viens d’Inde et tu
ne connais pas Abhimanyu (le fils d’Arjuna
dans le poème épique du Mahabharata) ?’
Elle lui aurait expliqué que l’Allemagne avait
pu renaître grâce au garbh sanskar [forme
d’éducation du fœtus pendant la grossesse]
et que c’était la raison pour laquelle le pays était
si puissant aujourd’hui”, raconte Varshney.
Prescriptions. Dans le Mahabharata,
il est dit qu’Abhimanyu a appris l’art de
briser le chakravyuh (le piège circulaire)
alors qu’il était encore dans le ventre de
sa mère et que son père expliquait à voix
haute de quelle façon procéder.
“Les textes anciens prescrivent les périodes
spécifiques pour avoir des relations sexuelles.
Les médecins disent aux couples quel moment
est le plus propice pour concevoir en fonction de leur horoscope ou de la position des
planètes… Une fois que l’embryon apparaît,
les parents ne doivent plus être intimes. Ce
serait suicidaire pour la mère et l’enfant”,
affirme Varshney.
Narwani et Jani possèdent un diplôme
universitaire de médecine ayurvédique, et
Varshney a obtenu son doctorat de biochimie à l’université d’Allahabad en 1986.
Le programme comporte deux volets,
explique Jani : avant et après la naissance. “La première partie est consacrée au
nadi shiddhi (la purification des canaux
d’énergie) et au deh shuddhi (la purification du corps) pendant quatre-vingt-dix
jours. Pendant cette période, nous purifions
le sperme de l’homme et l’ovule de la femme
de manière à ce qu’ils ne soient pas porteurs
de gènes défectueux”, explique-t-il.
Puis, durant la grossesse, c’est le régime
alimentaire de la mère qui devient une
priorité. “Il faut du calcium au troisième
mois, quand les os se développent, donc du
lait et des produits laitiers. Quand le cerveau
se développe, pendant le cinquième mois, il
faut du ghee [beurre clarifié]. Quand les yeux
se forment, aux sixième et septième mois, il
lui faut de la vitamine A”, assure Varshney.
Mais ce n’est pas tout. “La mère peut
contribuer au développement mental de
l’enfant en chantant des shlokas et des mantras. Si elle suit ces principes, elle enfantera
sans douleur et l’enfant pourra peser jusqu’à
300 grammes de plus.”
—Ashutosh Bhardwaj
Publié le 7 mai
ASIE.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
25
JAPON
Date de naissance (facultatif)
Email (facultatif)
Tel
Adresse
Prénom
M.
Nom
Code Postal
Ville
À l’attention de Florence Teissier
Greenpeace France
13 rue d’Enghien, 75010 Paris
Mme
Cette forêt
Cett
forêt des Carpates, une des
dernières forêts anciennes d’Europe,
est menacée par la déforestation.
Je souhaite recevoir, sans aucun engagement de ma part,
la brochure complète sur les legs, donations et assurances-vie.
© Mitja Kobal / Greenpeace
Les foyers se
sont davantage
diversifiés
aujourd’hui.
tère de la Santé et du Travail,
quelque 45 000 enfants, orphelins ou victimes de violences,
nécessitent une prise en charge.
Or aujourd’hui 90 % d’entre eux
sont placés en institution et seulement 10 % en famille d’accueil.
En 2011, le ministère s’est donné
comme objectif de porter à 30 %
la proportion d’enfants placés en
famille d’accueil.
Lors d’un séjour aux États-Unis,
Hiromichi Kinouchi, directeur du
Centre de soutien aux familles
d’accueil, une association à but
non lucratif, a vu comment des
couples de lesbiennes jouaient
Merci de bien vouloir nous
retourner ce coupon à l’adresse :
L
a municipalité d’Osaka a
récemment accordé l’agrément à un couple gay désireux de devenir parents d’accueil.
Il s’agit d’une chose inhabituelle
concernant ce système permettant
aux couples d’élever les enfants
qui ne peuvent plus vivre avec
leurs parents biologiques.
Les choses ont commencé à
changer en mai 2014, lorsque
Megumi Fuji, présidente de l’association Rainbow Foster Care, a
interpellé la mairie de Yodogawa,
à Osaka. L’année suivante, à l’initiative de la mairie, une rencontre
a été organisée avec le personnel
en charge des familles d’accueil.
Mme Fuji leur a présenté les expériences de couples LGBT et de
familles d’accueil. Notamment le
cas d’un couple de lesbiennes qui,
il y a plus de dix ans, souhaitaient
devenir parents d’accueil et à qui
la mairie a répondu : “C’est impossible quand on n’est pas marié” [le
mariage homosexuel n’est pas légalisé au Japon]. D’autres personnes
Tokyo réticent. Selon le minis-
un rôle de premier plan parmi
les familles d’accueil. Ainsi, le
fait d’être LGBT peut s’avérer une
aide précieuse pour l’accueil d’enfants LGBT.
Selon une enquête du ministère
japonais de la Santé et du Travail,
près de 90 % des parents d’accueil
sont des couples mariés. D’après
M. Kinouchi, les autorités doutent
de la possibilité, pour une femme
seule, de concilier travail et éducation d’un enfant, et c’est pour cette
raison que les célibataires ont des
difficultés à obtenir l’agrément. En
mars 2016, un couple de lesbiennes
trentenaires de la préfecture de
Hyogo [centre de Honshu] a vu sa
demande acceptée. La préfecture
de Tokyo, en revanche, ne reconnaît pas les couples homosexuels.
“Les autorités japonaises, attachées
aux valeurs traditionnelles, continuent à considérer qu’une famille
d’accueil doit être constituée par un
couple marié, déplore M. Kinouchi.
Or les foyers se sont diversifiés et,
aujourd’hui, n’importe qui devrait
pouvoir devenir parent d’accueil.”—
Publié le 18 avril
Je veux en savoir plus
sur les possibilités testamentaires
en faveur de l’environnement.
—Asahi Shimbun Tokyo
en décembre de l’année suivante,
le maire, Hirofumi Yoshimura, a
donné son accord. La question
de l’homosexualité n’a suscité
aucune résistance chez l’enfant,
et depuis février dernier, le couple
héberge un jeune adolescent.
“Peu importe qu’ils soient LGBT
ou non. Ce genre d’information ne
devrait plus défrayer la chronique”,
a déclaré le maire.
D E M A N D E D E D O C U M E N TAT I O N – C O N TA C T P E R S O N N A L I S É – T R A I T E M E N T C O N F I D E N T I E L
Dans un pays où le droit des minorités sexuelles
est peu reconnu, certaines mairies commencent
enfin à accepter que des couples LGBT accueillent
des enfants.
ont témoigné qu’elles ont hésité
à faire la demande, car elles s’attendent à une réponse négative
ou redoutent le regard que les
gens porteront sur l’enfant. Trois
semaines plus tard, le centre municipal a changé de politique : “On
ne doit pas écarter les couples LGBT
en raison de préjugés.”
Les parents d’accueil ne sont pas
des parents adoptifs : ils n’hébergent l’enfant que jusqu’à l’âge de
18 ans ou jusqu’à ce qu’il puisse
vivre à nouveau avec ses vrais
parents. Les couples qui postulent doivent répondre aux conditions requises : être suffisamment
compréhensif, enthousiaste et
affectueux, ne pas avoir de problèmes financiers, etc.
En automne 2015, un couple
gay – un trentenaire et un quadragénaire – a fait une demande
d’agrément à la mairie d’Osaka, et,
A17CI
Les gays, enfin
familles d’accueil
26.
D’UN CONTINENT À L’AUTRE
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
↙ Dessin de Hajo paru dans
As-Safr, Beyrouth.
afrique
Côte d’Ivoire. Un pays
otage de son armée
La dernière et énième mutinerie, le 13 mai, d’une partie de l’armée
a fait 4 morts et 9 blessés. L’éditorialiste du quotidien national en appelle
à un accord défnitif, au risque d’une guerre civile.
civile]. Et le scénario dans lequel
nous nous enfonçons dangereusement fait de plus en plus penser
à décembre 1999 pour ceux qui
l’ont vécu.
Qui pourra expliquer à nos
mutins qu’ils jouent à un jeu très
dangereux pour notre pays et pour
eux-mêmes, dans cette période où
des djihadistes sont à l’afût de la
moindre faiblesse de nos États pour
les frapper ? Apparemment, il est
devenu impossible de leur faire
Lorsqu’on n’arrive
pas à mater
une mutinerie
ou une rébellion,
on n’a d’autre choix
que de négocier.
—Fraternité Matin
Abidjan
N
ous voici de nouveau face à
nos soldats, face à nos créatures, face à nous-mêmes,
face peut-être à notre destin. De
la façon dont nous gérerons cette
crise dépendra peut-être le destin
de plusieurs d’entre nous, voire
de tout le pays. Il ne s’agit plus ici
de jeter l’anathème sur qui que
ce soit, mais de savoir comment
sortir de ce piège que nous nous
sommes tendu.
Chacun peut reprocher ce qu’il
veut à qui il veut, accuser qui il veut
d’être devant ou derrière cette histoire, cela ne changera rien. Nous
devons savoir que notre pays est
en grand danger en ce moment.
Une situation comme celle-ci, si
elle est mal gérée, peut échapper à tout contrôle et aller dans
tous les sens. Souvenons-nous
que c’est lorsque le pouvoir de
Bamako a été très fortement afaibli par l’avancée des djihadistes et
la débandade de l’armée que le capitaine Amadou Haya Sanogo, dont
personne n’avait jamais entendu
Qui pourra
expliquer à nos
mutins qu’ils jouent
à un jeu très
dangereux
pour notre pays
et pour eux-mêmes ?
parler jusque-là, a pris le pouvoir
au Mali [coup d’État du 26 mars
2012] sans savoir comment l’exercer. C’est aussi lorsque la mort
de Lansana Conté [22 décembre
2008] a surpris la Guinée que le
capitaine Moussa Dadis Camara,
lui aussi illustre inconnu, a surgi
sur la scène politique et exercé le
pouvoir de la manière que nous
savons et qui n’a pas fait honneur
à la Guinée. Souvenons-nous de
décembre 1999 dans notre pays,
où au départ il était question de
la réclamation d’une prime qui
devait revenir à un groupe de soldats. Comme aujourd’hui. Nous
savons comment cela s’est terminé [cycle de rébellions qui s’est
soldé par une sanglante guerre
entendre raison, dès lors qu’on ne
leur propose pas de l’argent. Qui
pourrait s’en étonner, dans un pays
où des policiers ont tiré sur des
chaufeurs de gbaka [minicars de
transport en commun de 18 places]
pour des pièces de 100 francs CFA,
où des médecins ont laissé mourir
des personnes pour des billets de
1 000 francs CFA, où des journalistes, magistrats, pasteurs, imams
ou hauts fonctionnaires sont prêts
à vendre leur âme au diable pour de
modiques sommes ? Qui ne peut
pas comprendre que pour ces soldats souvent analphabètes, sans
aucune formation, cette promesse
[d’une prime] de 7 millions [environ 10 000 euros] était le rêve de
toute leur vie, et qu’ils sont prêts à
mourir ou à tuer pour cela ?
Cela dit, il nous faut bien sortir
du piège. Lorsqu’on n’arrive pas à
mater une mutinerie ou une rébellion, on n’a pas d’autre choix que
de négocier. On nous a dit à la télévision qu’un accord a été trouvé
avec les mutins, sans donner de
détails. Il vaut peut-être mieux ne
pas les donner. Mais espérons que
cet accord sera vraiment le bon,
je dirais même un vrai, parce que
nous avons encore en mémoire l’accord que l’on nous avait annoncé
vendredi dernier, par lequel
les mutins étaient censés avoir
renoncé à toute prétention fnancière, et qui s’est révélé être un faux
accord. Visiblement, notre chef de
l’État a été trompé, et avec lui tout
le peuple ivoirien. Espérons que
cela ne se répètera plus. Lorsque
l’on s’apprête à abriter les Jeux de la
francophonie (en juillet prochain)
et à lancer un grand emprunt sur
les marchés fnanciers internationaux, il est urgent que cette crise
trouve solution par un vrai accord,
fût-il boiteux.
Dans une situation comme
celle-ci, ou l’on va vers les solutions extrêmes qui ont leur lot
de risques plus ou moins élevés,
ou l’on trouve des compromis,
c’est ce que nous appelons un
accord boiteux. Mais un accord
boiteux vaut mieux qu’un faux
accord. Dépêchons-nous donc
de régler cette afaire. Parce que
plus le temps passera, plus les
mutins, grisés par ce qu’ils croient
être leur force, franchiront des
étapes, iront plus loin dans la
défance de l’autorité et commettront des fautes de plus en plus
lourdes. Et lorsqu’ils se rendront
compte qu’ils ne peuvent plus faire
machine arrière sans encourir de
graves sanctions, ils n’auront pas
d’autre choix que d’aller plus loin,
c’est-à-dire de chercher simplement à prendre le pouvoir. Mais
une fois que nous aurons obtenu
l’accalmie, il est impératif que
nous nous asseyions pour en tirer
ensemble les leçons et prendre
toutes les dispositions pour que
de telles mésaventures qui n’honorent personne et encore moins
notre pays ne se répètent.
—Venance Konan
Publié le 16 mai
SOURCE
Fraternité Matin
Abidjan, Côte d’Ivoire
Quotidien, 25 000 ex.
www.fratmat.info/
Propriété de l’État depuis 1960,
Frat’ Mat’, comme on l’appelle
à Abidjan, a toujours été un
organe gouvernemental pur et
dur. Dès son arrivée au pouvoir
en avril 2011, le président
Alassane Ouattara a promis
d’accorder son indépendance
au quotidien en nommant
le très respecté journaliste
Venance Konan à sa tête.
Depuis, on note une reprise
prometteuse. Très célèbre
dans la sous-région, Frat’ Mat’
a défendu tour à tour la vision
des présidents HouphouëtBoigny, Henri Konan Bédié, du
général Robert Gueï, de Laurent
Gbagbo et d’Alassane Ouattara.
AFRIQUE.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
Aux sources du mal
Les mutineries à répétition sont le fait d’ex-membres
de la rébellion qui a porté le président au pouvoir en
2011. Une intégration aux forceps mal gérée.
—Ledjely.com Conakry
qu’il s’agit plutôt d’une nouvelle
règle en phase de systématisaprès trois jours d’agi- tion. Et la préoccupation est telle
tations nées de la nou- que, cette fois, les mutins s’en
velle mutinerie au sein sont intentionnellement pris à
de l’armée, la Côte d’Ivoire essaie la population en faisant un mort
de retrouver un semblant de [quatre, finalement] et une vingcalme. Mais, chez bon
taine de blessés. Des
nombre d’Ivoiriens,
signaux inquiétants
ce nouveau mouvepour une Côte d’Ivoire
ment d’humeur de la
dont on croyait qu’elle
soldatesque génère
avait tourné le dos à
ANALYSE
questionnements,
ses vieux démons pour
incompréhension et
faire face aux défis de
incertitude. Autant on avait cru l’émergence qui lui tend les bras.
que les premières protestations du
Dans son for intérieur, Alassane
genre en janvier dernier étaient Ouattara doit se sentir mal. Lui,
exceptionnelles, autant on est l’artisan du retour de l’espoir et de
aujourd’hui amené à comprendre l’optimisme en Côte d’Ivoire, sait
A
en effet que l’avenir radieux dont
il rêve pour son pays et ses compatriotes est fortement menacé.
Mais son plus grand malheur
est certainement le fait de comprendre qu’il est lui-même à la
base de cette menace. Aussi paradoxal que cela puisse être. En
effet, il ne faut ni se mentir à soimême ni se leurrer. Les mutineries à répétition qui émaillent la
Côte d’Ivoire depuis le début de
cette année n’affectent pas que
le présent du pays. Au contraire,
c’est un problème structurel au
sein même de l’armée ivoirienne.
Le mal vient de l’intégration de
rebelles au sein de cette armée. De
ce greffage contre nature est en
train de jaillir un cancer qui cible
particulièrement la discipline
Cette infiltration
vient de l’intégration
de rebelles dans
l’armée, en guise de
récompense, par les
nouvelles autorités.
républicaine des troupes. Dans
une armée ayant une certaine
éthique, les mutineries se font
en effet selon une certaine discipline. En l’occurrence, on ne
s’en prend pas ouvertement à
une population qui n’est nullement responsable du malaise qui
pousse à la révolte. De même, on
ne cible pas des objectifs politiques comme cela a été le cas
ces derniers jours à Bouaké et à
Korhogo, où les mutins se sont
particulièrement intéressés aux
symboles, militants et responsables du RDR [Rassemblement
des républicains], le parti au pouvoir. Quand une armée agit de la
sorte, c’est qu’elle est pervertie,
dévoyée et peut-être infi ltrée.
Dans le cas de la Côte d’Ivoire,
cette infiltration vient de l’intégration de rebelles dans l’armée,
en guise de récompense, par les
nouvelles autorités.
Les nouveaux venus sans
aucune formation préalable,
ayant appris le maniement des
armes par nécessité et sur le
tas, n’ont qu’un seul moyen de
27
revendication : leurs armes.
Réfractaires à l’encadrement,
ils sont par ailleurs notoirement
indisciplinés vis-à-vis de la hiérarchie. Et c’est cette espèce de
loup qu’Alassane Ouattara a fait
entrer dans la bergerie. Un regret
qui devrait continuer à hanter sa
conscience.
—Boubacar Sanso Barry
Publié le 15 mai
SOURCE
LEDJELY.COM
Conakry
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28.
D’UN CONTINENT À L’AUTRE
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
↙ Dessin de Stephf,
Thaïlande.
france
Macron, un général
européen ?
Avec le Brexit, l’Union européenne
va perdre l’une de ses deux grandes
armées. Reste la France,
qui a multiplié les terrains
d’action ces dernières
années.
—The Times Londres
Q
uand, le 14 mai, François
Hollande a transmis les
codes de tir de la force de
frappe – la dissuasion nucléaire
française – à Emmanuel Macron,
il lui a également confé une liste
impressionnante de problèmes. La
façon dont le nouveau président
va les gérer sera déterminante
non seulement pour la sécurité
de son pays dans les années à
venir, mais aussi pour celle de
l’Europe, et la nôtre.
Après le Brexit, l’Union européenne (UE) se retrouvera avec un
seul poids lourd sur le plan militaire : la France. Ses forces armées
disposent de capacités avancées
sur terre, sur mer et dans les airs
(et dans le cyberespace), et sont
capables d’intervenir partout dans
le monde, mieux qu’aucun autre
État membre de l’UE. Dans bien
des régions du monde – dans le
Pacifque et en Afrique du Nord,
par exemple –, la France compte
plus que le Royaume-Uni.
Comme les nôtres, les forces françaises sont étirées au maximum de
leurs moyens. Ainsi que le souligne
le cabinet de consultants Friends
of Europe dans un rapport récent,
les “singes capitulards boufeurs de
fromage” tournés en dérision par
les Américains parce qu’ils ont
refusé de participer à la guerre
en Irak en 2003 se sont transformés en “grenouilles de guerre”.
Ces dernières années, la France a
mené davantage d’opérations sur
des théâtres extérieurs que tout
autre pays de l’UE, y compris le
Royaume-Uni. Dans des confits
comme ceux de Libye et de Syrie,
Paris, pour Washington, est un
allié plus important que Londres,
désormais à bout de ressources.
Contrairement à ce qui se passe
dans tous les autres pays de l’UE,
les forces armées françaises jouent
un grand rôle dans la lutte contre
le terrorisme sur le territoire national, où dix mille soldats sont afectés à la sécurité dans les rues et
Les forces armées
françaises disposent
de capacités
avancées.
à la protection de cibles potentielles. Depuis la proclamation de
l’état d’urgence, la France déploie
davantage d’hommes chez elle
qu’à l’étranger.
Un terrible fardeau. Reste qu’il
lui faut maintenant moderniser ses
forces de dissuasion. Comme nous
autres, Britanniques, l’avons appris
à nos dépens, le maintien, pour
qui n’est pas une superpuissance,
d’un arsenal nucléaire indépendant
constitue un terrible fardeau, dans
tous les sens du terme.
Sur certaines de ces questions,
l’opinion publique française est
unanime. Les dépenses du secteur
de la défense sont déjà en hausse,
et les principaux candidats à la présidentielle, à l’exception de JeanLuc Mélenchon, étaient en faveur
de leur accroissement. Quand il
s’agit de soutenir leur dissuasion
nucléaire, les Français ne font pas
dans le sentiment. Pas plus qu’avec
leur énorme et fort peu scrupuleuse
industrie de l’armement, qui ne fait
guère l’objet d’opprobre dans le
domaine des droits de l’homme. La
lutte contre le terrorisme peut elle
aussi s’appuyer sur un vigoureux
consensus national. La violence
djihadiste est bien plus redoutée par les Français que par les
Britanniques. Certains commentateurs français considèrent que
leur système laïque est engagé
dans une lutte à mort sur le plan
civilisationnel, qui va durer pendant des décennies.
Les divisions n’en sont pas moins
inquiétantes. La politique vis-àvis de la Russie sert aujourd’hui
de paratonnerre à l’antiaméricanisme français, qui obscurcit le
paysage politique tant à droite qu’à
gauche. Parmi les grands candidats,
seul Macron a adopté une position
modérément ferme à propos de la
menace que représente la Russie
pour l’Occident. Marine Le Pen
s’est vantée de
ses liens avec
le K remlin
(qui lui a ofert
un soutien rhétorique et fnancier), et elle s’est
fait l’écho des
propos de
Donald Trump
en déclarant que
l’Otan était “obsolète”. François
Fillon, représentant
la droite traditionnelle,
entretient depuis longtemps des
contacts avec Moscou. Il a dénoncé
le refroidissement des relations EstOuest et appelé à une plus grande
coopération avec le Kremlin face
à la menace islamiste.
Ces inquiétudes se sont provisoirement dissipées après la
défaite de Le Pen et des autres candidats prorusses. On voit mal, en
efet, comment l’Otan aurait survécu à une présidence de Le Pen.
Mais les atlantistes français n’ont
pas de quoi se réjouir. Au premier
tour, les prorusses ont totalisé
plus de 61 % des voix. Macron,
modérément va-t-en-guerre, et le
socialiste conventionnel Benoît
Hamon n’ont obtenu en tout qu’un
peu plus de 30 %.
Outre les autres tâches ardues
qui attendent le nouveau président – il va lui falloir inculquer à
l’opinion publique française les
bases de l’économie de marché,
gérer les tensions régionales,
sociales et religieuses et naviguer
dans un système politique qui lui
est hostile –, il va devoir développer une politique de défense et la
vendre à ses concitoyens.
Étant donné ses dispositions
multilatéralistes et les contraintes
économiques auxquelles il est
confronté, il est peu probable
qu’il favorise une approche néogaulliste, qui verrait la France
dépenser sans frein pour rester
une puissance militaire indépendante. Par conséquent, la question n’est pas de savoir si la France
s’intégrera à ce qui reste de l’architecture de sécurité occidentale, mais comment elle le fera.
Otan. Une solution serait de
jouer pleinement la carte d’une
coopération européenne. Ce
qui pourrait passer par un glorieux marchandage avec Berlin,
la France ajoutant son poids militaire à la puissance politique et
économique de l’Allemagne. Cela
conviendrait à nombre d’électeurs
français qui soit détestent Trump,
soit doutent de son engagement
en faveur de l’Alliance atlantique.
Ce serait une catastrophe pour
le Royaume-Uni, qui se retrouverait sur la touche à un point tel
que toutes les générations précédentes de stratèges britanniques
en seraient horrifées. C’est une
éventualité, mais pas tant qu’Angela Merkel se trouve aux commandes à Berlin. La chancelière
allemande est persuadée que les
États-Unis, en dépit des excentricités de la Maison-Blanche, sont
toujours un élément vital de la
sécurité en Europe.
L’autre solution consisterait
donc à resserrer les liens avec
l’Otan. Ce qui pourrait mener à
une intensifcation des relations,
déjà excellentes, avec Londres (en
particulier dans les domaines du
renseignement et de la guerre
navale, nucléaire et électronique).
Le gouvernement de Theresa May
est prompt à rappeler son engagement au nom de la sécurité européenne, dans l’espoir d’atténuer
les dégâts causés par le Brexit.
Des soldats et des blindés français sont déjà déployés aux côtés
d’un contingent britannique plus
important en Estonie.
Un facteur pourrait jouer un
rôle clé : l’ingérence, dans la
présidentielle française, de la
Russie, qui s’est eforcée de dénigrer Macron en le dépeignant
comme le pantin homosexuel
de banquiers juifs, en l’accusant
d’évasion fscale, et qui a piraté
ses courriels de campagne et
d’autres documents. Bien que
ces attaques aient échoué, elles
ont fait la démonstration, sans
l’ombre d’un doute, de l’infuence
du Kremlin.
—Edward Lucas
Publié le 12 mai
Courrier international
↓ Gérard Collomb, Édouard Philippe,
François Bayrou, Nicolas Hulot. Dessin
de Sondron paru dans L’Avenir, Namur.
Gouvernement : du
panaché en marche
Les premières réactions de la presse étrangère
à la nomination du cabinet resserré du président.
COMMANDEZ
DÈS MAINTENANT
FrANCe,
le temps des révolutions
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Portrait d’une France oscillant
entre élan révolutionnaire
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à travers des grands reportages
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tranchés, et les “chroniques du
quinquennat” passé illustrées
par Mix & Remix.
• Format : 230 mm x 297 mm
• 76 pages
eUrOP
r e, LA FiN ?
rOP
HOrs-série
P
our le journal italien
La Stampa, Emmanuel
Macron, qui avait promis
un gouvernement de droite et de
gauche, “a tenu parole, même si,
globalement, cet exécutif qui sera
dirigé par Édouard Philippe semble
avoir son centre de gravité plus
à gauche (ou du moins au centre
gauche) qu’à droite”. En Espagne,
ABC compare ce gouvernement
à “une paella avec des ingrédients
d’origines très diverses”.
Résultat : 18 ministres et 4 secrétaires d’État, venant d’horizons différents. “Il panache des responsables
de droite, de gauche, du centre et de la
société civile, pivot de la doctrine politique du jeune président centriste, qui
a désigné lundi un Premier ministre
issu du parti
de droite Les
Républicains,
Édouard
Philippe,
46 ans, quasi
inconnu du grand public”, relate
le quotidien suisse Le Temps.
Selon un autre titre italien, La
Repubblica, “cet exécutif reflète la
volonté du président de former une
équipe élargie et composée de personnalités gaullistes, socialistes et
écologistes”.
En Allemagne, Zeit Online
préfère parler d’un “mélange
de socialistes, de libéraux et de
conservateurs”.
The Daily Telegraph retient
en titre la nomination de Sylvie
Goulard, “une femme comme ministre
de la Défense”, symbole de la parité
voulue par Emmanuel Macron,
d’après le journal conservateur
britannique. Après avoir nommé
un Premier ministre de droite, note
le quotidien londonien, “M. Macron
a choisi Gérard Collomb, un vétéran
socialiste, maire de Lyon, comme
ministre de l’Intérieur et numéro
deux du gouvernement”.
En Belgique, Le Soir insiste sur
le “trophée vert” remporté par
Emmanuel Macron avec la nomination de Nicolas Hulot comme
ministre de l’Écologie : “Une belle
prise pour le nouveau président français. Et l’occasion de redorer son
image écolo, les problématiques environnementales ne constituant certainement pas le cœur de son projet
présidentiel.”
Côté économie, le site d’information américain Bloomberg
s’intéresse plus
particulièrement au nouRevue
de presse veau ministre
Bruno Le Maire,
“un germanophone qui va resserrer les liens avec
le voisin principal”.
Au-delà des appartenances politiques, El País souligne le fait que
“Macron s’appuie sur des vétérans de
la politique pour mettre sa révolution
en marche”. Le quotidien espagnol
insiste sur le “secret dans lequel les
délibérations ont été menées”, ce
qui “a fait monter les spéculations
à Paris, une ville dans laquelle une
grande partie de l’activité tourne
autour du pouvoir et de l’État”.
El País rappelle toutefois que “ce
gouvernement est provisoire” et que
“sa mission aujourd’hui n’est pas
seulement de gouverner mais aussi
de gagner les élections”.—
La question devient inéluctable :
l’UE est-elle encore viable ?
C’est à cette interrogation
que ce hors-série tente,
non sans appréhension,
de répondre, à travers des
débats, des chroniques et des
reportages sélectionnés dans
toute la presse européenne.
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À LA UNE
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
à la une
Les scientifiques, les recruteurs
et les pédagogues sont tous
d’accord : pour travailler, voyager,
nouer des contact, mieux vaut
aujourd’hui parler plusieurs
langues (lire ci-contre). Si de plus
en plus d’entreprises recherchent
des employés bilingues (p. 33),
c’est que travailler en anglais
profite à tout le monde (p. 35).
Mais apprendre une langue
étrangère n’est pas toujours
facile (p. 31), même si les trucs
et astuces ne manquent pas (p. 33).
EMPLOI :
OBJECTIF
LANGUES
31
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
L’avenir appartient
aux polyglottes
soi inférieure, développent des comportements
déviants, souff rent de dédoublement de la personnalité et même de schizophrénie. Ces craintes,
qui ont persisté jusqu’à récemment, ont dissuadé
de nombreux parents immigrés de parler leur
langue maternelle avec leurs enfants. Or une
expérience de 1962 ignorée durant des dizaines
d’années montre que les enfants bilingues réussissent les tests d’intelligence verbale et non
verbale mieux que les enfants monolingues.
Les recherches que mènent depuis dix ans
neurologues, psychologues et linguistes grâce
aux derniers outils d’imagerie cérébrale révèlent
que le bilinguisme présente une ribambelle
d’avantages sur le plan cognitif. Cela tient à la
façon dont nos cerveaux, plastiques tout au long
de la vie, apprennent à faire plusieurs choses
en même temps.
La plupart des gens dans le monde parlent plusieurs langues.
À en croire les scientifiques, les bénéfices du multilinguisme
sont immenses, sur les plans professionnel, social et cognitif.
—Mosaic (extraits) Londres
D
ans un café du sud de Londres, deux
ouvriers du bâtiment sont lancés dans
une joyeuse conversation. Leurs couverts dansent alors que leurs gestes se
font plus emphatiques, et ils lâchent de
temps en temps des éclats de rire. Ils discutent d’une femme, c’est très clair, mais les
détails m’échappent. Ce qui est dommage parce
que leur discussion a l’air drôle et intéressante,
surtout pour quelqu’un de curieux comme moi.
Mais je ne parle pas leur langue.
Par curiosité, je les interromps pour leur
demander dans quelle langue ils s’expriment.
M’adressant un sourire amical, ils passent tous
les deux spontanément à l’anglais pour m’expliquer qu’ils sont sud-africains et qu’ils discutaient à l’instant en xhosa. À Johannesburg,
d’où ils viennent, la plupart des gens parlent au
moins cinq langues, m’explique l’un d’eux, Theo
Morris. Par exemple, la langue de la mère de
Theo est le sotho et celle de son père, le zoulou ;
il a appris le xhosa et le ndébélé avec ses amis
et ses voisins, et l’anglais et l’afrikaans à l’école.
“J’ai été en Allemagne avant de venir ici, je parle
aussi allemand”, ajoute-t-il.
Gymnastique. Est-ce facile d’apprendre autant
de langues ? “Oui, c’est normal”, rit-il. Il a raison.
Sur la planète, plus de la moitié de la population – les estimations oscillent entre 60 et 75 %
– est au moins bilingue. Beaucoup de pays possèdent plus d’une langue officielle – l’Afrique du
Sud en a 11. Et, par les temps qui courent, on
s’attend de plus en plus à ce qu’une personne
parle, lise et écrive au moins une des quelques
“superlangues”, comme l’anglais, le chinois, le
hindi, l’espagnol et l’arabe. Conclusion : être
monolingue, comme c’est le cas de nombreux
locuteurs natifs de l’anglais, c’est faire partie
d’une minorité. Et c’est peut-être passer à côté
de quelque chose.
On savait déjà que le multilinguisme a de
nombreux avantages sur les plans social et psychologique, et pour la qualité de vie en général.
Mais des chercheurs sont en train de lui découvrir une ribambelle de bienfaits pour la santé :
le multilinguisme aide notamment à se rétablir
plus rapidement d’un AVC et à retarder l’apparition de la démence sénile.
Serait-il possible que le cerveau humain ait
évolué pour être multilingue ? Ceux qui ne
parlent qu’une langue n’exploiteraient-ils donc
pas pleinement leur potentiel ? Et, dans notre
monde où les langues disparaissent plus vite
que jamais – au rythme actuel d’un idiome
tous les quinze jours, la moitié de nos langues n’existeront plus d’ici à la fin du siècle –,
que se passera-t-il si la diversité se perd et si
la plupart d’entre nous ne parlent plus qu’une
seule langue ?
Les premiers mots jamais prononcés l’ont peutêtre été il y a 250 000 ans, quand nos ancêtres
se sont redressés sur leurs deux jambes, libérant
ainsi leur cage thoracique, ce qui leur a permis
de développer un contrôle nerveux plus fin de
leur respiration et de leur voix. Et, une fois que
les humains ont eu une langue, ils n’ont sans
doute pas tardé à en avoir beaucoup.
L’évolution linguistique peut être comparée
à l’évolution biologique, à cette différence près
que, tandis que les changements génétiques sont
guidés par la pression de l’environnement, les
langues, elles, évoluent du fait de la pression
sociale. Au fil du temps, différents groupes d’humains primitifs se sont mis à parler différentes
langues. Et, afin de communiquer avec d’autres
groupes – pour faire du commerce, voyager,
etc. –, certains membres d’une même famille
ou d’un même groupe ont dû parler d’autres
langues. Étroitement liée à l’identité, la langue
est aussi profondément politique. Avec l’émergence des États-nations d’Europe et l’essor de
l’impérialisme au cours du xixe siècle, parler
autre chose que la langue nationale était considéré comme déloyal. Cela a peut-être contribué
à l’opinion largement répandue – particulièrement en Grande-Bretagne et aux États-Unis –
selon laquelle élever un enfant dans deux langues
serait mauvais pour sa santé et pour la société
d’une manière générale.
On redoutait que l’apprentissage de deux
langues perturbe les enfants, qu’ils soient
moins intelligents, présentent une estime de
De nombreuses personnes
bilingues disent se sentir
une autre personne
quand elles parlent
leur autre langue.
← Dessin de Mikel Casal
paru dans ABC,
Madrid.
●●● Le groupe Le Monde organise, en partenariat avec Courrier
international, la cinquième édition du Forum Expat, les 30 et 31 mai
à la Cité de la mode et du design, à Paris. Ce salon aidera
les candidats au départ à concrétiser leur projet d’expatriation
et leur permettra de rencontrer quatre-vingts acteurs majeurs
de la mobilité internationale ainsi que les représentants de quinze
pays. L’équipe de Courrier Expat sera présente pour répondre
à leurs questions et animera quatre conférences. L’entrée
est gratuite, mais il faut s’inscrire en ligne sur leforumexpat.com
Dans les années 1960, Susan Ervin-Tripp,
une des pionnières de la psycholinguistique,
a réalisé un test auprès de femmes bilingues
anglais-japonais à qui elle a demandé de finir plusieurs phrases dans chacune des deux langues.
Elle a constaté que ces femmes terminaient les
phrases de manière très différente en fonction
de la langue qu’elles employaient. Susan ErvinTripp en a conclu que l’être humain pense en
fonction d’une personnalité liée à la langue et
que les personnes bilingues ont une personnalité différente pour chaque langue – une idée
révolutionnaire, que corroborent des études
ultérieures. De nombreuses personnes bilingues disent d’ailleurs se sentir une autre personne quand elles parlent leur autre langue. Ces
différentes personnalités sont en permanence
en conflit, les cerveaux bilingues déterminant
constamment quelle langue utiliser.
Depuis dix ans, une kyrielle d’études montre
que les personnes bilingues réussissent mieux
que les personnes monolingues toute une série
de tâches cognitives et sociales, de la réalisation de tests verbaux et non verbaux jusqu’à la
capacité à interpréter ce que pense autrui. On
pense que leur plus grande empathie vient du
fait qu’elles savent mieux faire abstraction de
leurs sentiments et de leurs croyances pour se
concentrer sur ceux d’autrui. “Les bilingues réalisent ces tâches bien mieux que les monolingues
– ils sont plus rapides et plus précis”, commente
Panos Athanasopoulos, professeur de psycholinguistique et de cognition bilingue à l’université de Lancaster. Ce qui laisse penser que
leur système exécutif est différent de celui des
monolingues.
Jubin Abutalebi, neuropsychologue spécialisé en sciences cognitives à l’université de San
Raffaele, à Milan, explique qu’il est possible
de distinguer un bilingue d’un monolingue
32.
À LA UNE
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
Éclairage
Inégaux dans l’apprentissage d’une langue
●●● Lorsqu’un Français ne comprend
pas quelque chose, il dit que cela ressemble
à du chinois. Pour un Allemand, ce qui est
incompréhensible s’apparente à de l’espagnol ;
pour un Anglais, ce sera du grec ;
et pour un Italien, de l’arabe. Pourquoi ?
Parce qu’“il n’existe pas de langues plus
ou moins difciles par nature, mais des
ressemblances ou des diférences plus
ou moins marquées avec la langue maternelle
de chacun. Par conséquent, évaluer le degré
de difculté d’une langue est une tâche complexe
et assez arbitraire”, explique le quotidien
espagnol La Vanguardia.
Ceux qui ont pour langue maternelle l’anglais
auront peu de difculté à apprendre
l’espagnol, le suédois ou le français,
quand l’apprentissage de l’arabe
ou du japonais exigera 2 200 heures
de cours, selon les estimations
du département d’État des États-Unis.
Tout dépend de notre famille linguistique
originelle et de la langue que l’on souhaite
apprendre, mais aussi des moyens mis
à notre disposition pour l’apprentissage
de cette langue.
Si “Friedrich Engels s’est fait remarquer
pour avoir entièrement appris la grammaire
perse en quarante-huit heures […], il est,
au contraire, impossible pour certains adultes
d’apprendre une nouvelle langue,
parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’avoir
uniquement à la vue d’un scanner cérébral. “Les
personnes bilingues ont signifcativement plus de
matière grise que les personnes monolingues dans le
cortex cingulaire antérieur parce qu’elles l’utilisent
bien plus souvent”, explique-t-il. Le cortex cingulaire antérieur est comme un muscle cognitif, précise-t-il : plus on l’utilise, plus il est fort,
gros et souple.
Le bilinguisme s’avère également bénéfque en
cas de lésion cérébrale. Lors d’une étude récemment réalisée sur 600 personnes ayant subi
un AVC en Inde, Thomas Bak, neurologue spécialisé en sciences cognitives, a découvert que
les bilingues avaient deux fois plus de chances
que les monolingues de récupérer leurs fonctions cognitives.
De telles découvertes montrent que le bilinguisme nous aide à avoir un cerveau en bonne
santé. Le bilinguisme serait peut-être même un
avantage que l’évolution a sélectionné dans nos
cerveaux – une idée que semblent corroborer la
facilité avec laquelle on apprend de nouvelles
langues et on passe de l’une à l’autre ainsi que
l’omniprésence du bilinguisme dans l’histoire
de l’humanité. Tout comme nous devons faire
de l’exercice physique pour maintenir en bonne
santé nos corps qui ont évolué depuis l’époque
de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs physiquement actifs, peut-être devrions-nous faire plus
d’exercices cognitifs pour conserver un cerveau en bonne santé, en particulier quand on
ne connaît qu’une langue.
Le bénéfce du bilinguisme
le plus intéressant apparaît
avec la vieillesse : il semble
protéger de la démence.
Les bilingues mobilisent en permanence leur
système exécutif, car leurs deux langues sont
constamment en concurrence. L’imagerie cérébrale montre que quand une personne bilingue
parle dans une langue, son cortex cingulaire
antérieur lutte sans cesse contre la tendance à
emprunter les mots et la grammaire de l’autre
langue. Mieux, son cerveau évalue continûment
quand et comment utiliser telle ou telle langue.
Par exemple, une personne bilingue se trompe
rarement entre ses deux langues, mais elle a plus
de chances d’introduire un mot ou une phrase
de l’autre langue si elle discute avec une personne qui la parle aussi.
Pour les bilingues et leur contrôle exécutif
hypermusclé, la tâche de Flanker [qui consiste
à traiter des stimuli et à inhiber les informations gênantes] n’est qu’une version consciente
de ce que fait leur cerveau toute la journée – pas
étonnant qu’ils la réussissent si bien. Capacité
de concentration, résolution de problèmes, souplesse mentale et compétences multitâches, tous
ces atouts sont bien sûr utiles dans la vie de tous
les jours. Mais le bénéfce du bilinguisme peutêtre le plus intéressant apparaît avec la vieillesse, quand les fonctions exécutives déclinent :
il semble protéger de la démence.
Critiques. Depuis quelques années, les études
montrant les bénéfces du bilinguisme suscitent
de vives critiques. Plusieurs chercheurs ont
essayé, en vain, de reproduire certains résultats ; d’autres mettent en question les avantages
qu’apporterait une amélioration des fonctions
exécutives dans la vie quotidienne. Thomas Bak
a publié une réponse à ces critiques : il existe
aujourd’hui des expériences psychologiques et
des études d’imagerie cérébrale qui prouvent
incontestablement que les cerveaux bilingues et
monolingues fonctionnent diféremment. Pour
lui, les détracteurs de cette idée ont commis des
erreurs dans leurs méthodes expérimentales.
La psycholinguiste Ellen Bialystok partage son
avis. Elle souligne qu’il est impossible de déterminer si le bilinguisme améliore les résultats d’un
enfant à l’école du fait qu’il existe tellement de
facteurs de confusion. Mais, précise-t-elle, “étant
donné que, au pire, cela ne change rien – aucune
↙ → Dessins de Mikel Casal paru
dans El Correo, Bilbao.
l’enseignement préalable nécessaire,
ne disposent pas d’assez de temps,
d’enseignants compétents, du matériel
adéquat ou d’interlocuteurs motivants”,
résume The Times Higher Education.
L’hebdomadaire britannique note par ailleurs
que tout le monde n’est pas considéré de la
même façon et que certaines langues priment.
“Alors que Mark Zuckerberg est applaudi
quand il prononce un discours en chinois,
un discours en anglais énoncé par un Chinois
est rarement remarqué, et s’il l’est, c’est
probablement pour ses fautes”, juge le journal.
étude n’a jamais montré que le bilinguisme détériorerait les performances – et considérant ses nombreux avantages sociaux et culturels, le bilinguisme
doit être encouragé”. Quant
aux avantages fnanciers,
selon une estimation, la
connaissance d’une deuxième langue peut rapporter jusqu’à 128 000 dollars
sur quarante ans.
Apprendre une nouvelle langue
n’est pas la seule manière d’améliorer nos fonctions exécutives
– les jeux vidéo, l’apprentissage
d’un instrument de musique
et même certains jeux de
cartes peuvent y contribuer
–, mais comme nous utilisons
la langue en permanence, il
s’agit probablement du meilleur exercice que nous puissions faire pour nos fonctions
exécutives. Reste à savoir comment appliquer nos connaissances linguistiques en pratique.
Une option consiste à faire cours
aux enfants dans une langue
seconde. C’est déjà le cas dans bon
nombre de régions du monde : quantité d’enfants indiens, par exemple,
utilisent à l’école une langue diférente de leur langue maternelle ou
de celle qui est pratiquée dans leur
village. Mais dans les pays anglophones, c’est rare.
Toujours est-il que le mouvement en faveur de l’enseignement
en immersion linguistique, c’est-àdire où la moitié des cours se fait
dans une langue seconde, gagne du
terrain. Aux États-Unis, bon nombre
d’écoles de l’État de l’Utah, pionnier dans ce domaine, proposent
une immersion en mandarin ou
en espagnol. “Nous travaillons par
emploi : objeCtif langues. 33
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
Pratique
Comment atteindre
un bon niveau
(et le prouver)
●●● Si vous postulez à l’étranger,
il vous sera souvent demandé un certifcat
de langues. Notez qu’un test de langues
a une durée limitée dans le temps
(2 ans, pour la plupart).
L’angLais
Le ToEic (Test of English for International
Communication) est utilisé dans beaucoup
d’entreprises et de cabinets de recrutement.
Il se compose de 200 QCM. Son coût
est de 93 euros. Il est valable deux ans.
demi-journée : un jour la langue cible est utilisée
pour les classes du matin et l’anglais pour celles
de l’après-midi, et inversement le jour suivant –
certains apprennent mieux le matin et d’autres,
l’après-midi”, explique Gregg Roberts, qui s’est
fait le champion de l’immersion dans la région
et travaille avec le bureau de l’éducation de
l’État de l’Utah. “Nous constatons que les enfants
en immersion réussissent aussi bien et généralement mieux que leurs camarades monolingues dans
toutes les matières. Ils ont une meilleure concentration et bien plus d’estime de soi. Quand on comprend une autre langue, on comprend mieux sa
propre langue et sa propre culture. Tout cela est
bénéfque sur les plans économique et social. Nous
devons en fnir avec notre maudit monolinguisme.”
Le Royaume-Uni aussi s’essaie à l’immersion.
À l’école Bohunt de Liphook, dans le Hampshire,
l’enseignant qui dirige l’établissement, Neil
Strowger, a mis en place une immersion en
chinois pendant quelques cours. Assis au milieu
d’élèves de 12 ans, j’assiste à un cours d’art
donné par deux professeurs : l’un parle anglais,
l’autre chinois. Ces élèves sont impliqués, mais
calmes, tout appliqués à apprendre de nouvelles
idées. Quand ils en parlent, ils le font souvent
en chinois – et il y a quelque chose de surréaliste à voir, au Royaume-Uni, ces enfants discuter en mandarin de l’artiste urbain britannique
Banksy. Ils disent qu’ils ont choisi de suivre des
cours en chinois parce qu’ils pensaient que ce
serait “amusant”, “intéressant” et “utile” – on est
à mille lieues des ennuyeuses leçons de français que j’ai subies à l’école.
“Quand on comprend
une autre langue,
on comprend mieux
sa propre langue
et sa propre culture.”
Gregg Roberts,
BurEAu DE L’ÉDuCATIoN DE L’uTAh
La majorité des élèves du cours d’art obtiendra l’examen de chinois en avance, mais Neil
Strowger me dit que le programme a de nombreuses vertus au-delà des notes : les élèves
s’impliquent et s’amusent, ils sont plus sensibles aux autres cultures, ce qui en fait des
citoyens du monde bien équipés. Ils élargissent
leurs horizons et améliorent leurs perspectives
professionnelles.
Jamais trop tard. Quid de ceux d’entre nous
qui ne vont plus à l’école ? Pour conserver les avantages du bilinguisme, il faut utiliser ses langues,
ce qui n’est pas toujours facile, notamment pour
les plus vieux d’entre nous qui n’ont guère d’occasions de les pratiquer. Peut-être nous faut-il
des clubs linguistiques où les gens se rencontreraient pour parler d’autres langues ? Bak a réalisé une petite étude pilote auprès de personnes
âgées qui apprennent le gaélique en Écosse. Il a
constaté des bénéfces signifcatifs au bout d’une
semaine à peine. À présent, il veut mener une
étude de grande envergure.
Le fait est qu’il n’est jamais trop tard pour
apprendre une nouvelle langue et que cela peut
s’avérer très gratifant. Alex Rawlings, un polyglotte professionnel britannique, parle 15 langues :
“Chaque langue nous ouvre la porte d’une manière de
vivre entièrement nouvelle et nous permet de trouver
des sens entièrement nouveaux. C’est addictif ! Les gens
disent que c’est trop dur une fois adulte, ajoute-t-il.
Je pense au contraire que c’est bien plus facile après
8 ans. Il faut trois ans à un bébé pour apprendre
une langue et seulement quelques mois à un adulte.”
Comme le montrent les récentes recherches, le
bilinguisme demande un investissement de temps
qui en vaut la peine. S’il aide réellement nos cerveaux à fonctionner plus longtemps et mieux, cela
pourrait avoir un impact massif sur notre manière
d’éduquer nos enfants et de traiter nos personnes
âgées. En attendant, c’est toujours un plaisir de
parler, talk, hablar, sprechen, beszél, berbicara dans
autant de langues que nous le pouvons.
—Gaia Vince
Publié le 7 août 2016
sourCe
Mosaic
Londres, Royaume-Uni
mosaicscience.com
Mosaic est un
magazine en ligne
dédié à “l’exploration
des sciences de la vie”.
Créé en 2014
par le Wellcome Trust,
un fonds britannique
qui veut “encourager
et promouvoir la
recherche dans le but
d’améliorer la santé
de l’homme et des
animaux”, Mosaic
publie toutes les
semaines un grand
format sur “les
personnes, les idées
et tendances qui font
avancer la biologie
et la médecine, et qui
touchent notre vie,
la santé et la société”.
Le site est indépendant
sur le plan éditorial
et ses articles
sont en accès gratuit.
La chambre de commerce francobritannique propose 4 diplômes :
le DBE (Diploma in Business English),
pour un haut niveau d’anglais commercial ;
le DETT (Diploma in English for Travel
and Tourism), qui s’adresse aux agents
de comptoirs, agents de voyages,
tour operators, accompagnateurs,
gestionnaires de l’hôtellerie et du tourisme ;
le EBc (English for Business Communication),
qui valide les connaissances et confrme
la capacité à répondre en anglais
à des situations de la vie professionnelle ;
le BEsT (Business English Skills Test),
un test de compétence en anglais
des afaires qui permet de tester
et de valider la capacité d’une personne
à lire, écrire, écouter et parler anglais
dans le monde professionnel.
Le BULaTs (Le Business Language Testing
Service) : ce test fournit un rapport sur les
compétences linguistiques du personnel
en entreprise. Il a un coût de 55 euros.
L’EspagnoL
Les diplômes d’espagnol langue étrangère
(DELE) sont des diplômes ofciels. Ils sont
délivrés par l’Instituto Cervantes au nom
du ministère espagnol de l’Éducation,
de la Culture et du Sport. Il existe six
niveaux. Les tarifs varient de 92 à 166 euros
selon le niveau.
L’aLLEManD
En plus des tests destinés à ceux souhaitant
poursuivre leurs études en Allemagne,
les examens du Goethe Institut attestent
de plusieurs niveaux et sont adaptés
à diférents publics.
34.
À LA UNE
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
Insolite
Cinq langues
dans l’oreillette
Entreprises cherchent
employés bilingues
Aux États-Unis, les ofres d’emploi réservées aux travailleurs bilingues
sont de plus en plus nombreuses. Rien d’étonnant : un Américain
sur cinq parle une autre langue que l’anglais à la maison.
—The Boston Globe Boston
E
ntre 2010 et 2015, le nombre d’annonces publiées
en ligne pour recruter des employés bilingues
a quasiment triplé, selon un rapport publié en
mars par New American Economy, un groupement de maires et d’entrepreneurs favorables à une réforme de l’immigration. Les
langues dont la demande a progressé le plus vite
sont le chinois, l’espagnol et l’arabe. Sur cette
période, ce sont les postes bilingues à responsabilités, notamment dans la fnance et l’ingénierie, qui ont connu la plus forte progression, mais
la plupart des recrutements bilingues n’exigent
pas de diplôme universitaire de premier cycle,
par exemple les emplois d'assistant médical ou
de chargé de clientèle.
Dans le Massachusetts, les offres d’emploi
publiées sur Internet à l’attention de personnes
bilingues ont augmenté de 160 % entre 2010 et 2015
– les compétences en chinois, en espagnol et en
allemand étant les plus recherchées selon l’étude.
L’enseignement, la santé et les assurances sont
trois secteurs particulièrement intéressés par
les sinophones et les hispanophones, tandis que
les entreprises des industries pharmaceutique et
électronique, fortement implantées en Europe,
représentent l’essentiel de la demande pour l’allemand. Le pourcentage d’emplois exigeant un personnel bilingue est relativement faible, soit 2,3 %
de toutes les annonces parues en ligne en 2015,
mais ce chifre n’était que de 1,9 % en 2010. En
cinq ans, le nombre de recrutements bilingues a
augmenté plus vite que les embauches en général.
Locuteurs natifs. Dans certains cas, faire appel
aux populations immigrées est le seul moyen pour
une entreprise de se développer, afrme Annalisa
Nash Fernandez, spécialiste de la stratégie interculturelle à New York. Et puisqu'un Américain
sur cinq parle une autre langue que l’anglais à la
maison, contre un sur neuf en 1980, on peut en
déduire qu’un nombre croissant de personnes
apprennent plusieurs langues dès l’enfance. Et
ce sont elles que recherchent les employeurs, précise Annalisa Nash Fernandez, pas les adultes qui
prennent des cours du soir en espagnol. “Il y a suffsamment d’Américains de première et de seconde
génération parfaitement bilingues. Il est difcile de
→ 36
rivaliser avec eux”, résume-t-elle.
●●● Si l’on en croit le
Financial Times, l’outil miracle
“capable de faire de vous
un citoyen du monde” existe :
il s’appelle Pilot et ne coûte
que 280 euros. Pilot est une
oreillette censée permettre
à ses utilisateurs de suivre
une conversation en 5 langues :
anglais, espagnol, portugais,
italien, français. Pour le
mandarin et l’arabe, il faudra
attendre un peu. Certes, Pilot
a ses limites. Question rapidité,
il faudra voir à l’usage.
En revanche, on se doute déjà
que “son utilisation à l’étranger
va coûter une fortune” du fait
de la quantité de données à
traiter à distance. Il ne faut
pas non plus s’attendre
à des traductions très fables
ou même faisant toujours sens.
“Une langue, c’est horriblement
complexe et subtil, explique
le journaliste Jonathan
Margolis. Au-delà de la syntaxe
la plus basique, la traduction
reste un déf hors de portée
pour tous les types
d’intelligence artifcielle.”
Pour qui, alors, l’oreillette
miracle ? “Les touristes,
les voyageurs d’afaires,
les volontaires qui interviennent
dans les zones sinistrées”
la trouveront très utile, assure
l’hebdo britannique. Premiers
kits disponibles cet été.
Pas une minute
à perdre
●●● Marre d’attendre
bêtement derrière votre
ordinateur qu’une page soit
chargée, un e-mail envoyé
ou un dossier téléchargé ?
Utilisez plutôt ce temps mort
pour perfectionner une langue
étrangère ! Des chercheurs
du Massachusetts Institute
of Technology ont mis au point
une série d’applications
répondant au nom
de WaitSuite : chaque fois
que votre appareil vous fait
attendre, une fenêtre s’ouvre
et vous propose d’apprendre
du vocabulaire dans la langue
de votre choix. Cela s’appelle
“l’apprentissage en attendant”,
ou “wait-learning”, indique
CBC News. La chaîne de
télévision canadienne est plutôt
sceptique : “Personnellement,
j’aime cette idée de mettre
à proft tous ces petits moments
d’attente, mais je suis impatient
qu’une autre version
de WaitSuite sorte, celle
qui me recommanderait
d’oublier un peu plus mes
appareils : de les éteindre,
de faire le tour du quartier
ou juste de m’éloigner
un peu plus souvent de mon
ordinateur.”
Parler avec
un ami imaginaire
●●● Pour apprendre une
langue étrangère, rien de tel
que de s’entraîner en discutant
avec des amis. Même
imaginaires. C’est ce que
conseille un coach linguistique
dans le quotidien britannique
The Telegraph : “Je vais vous
suggérer un truc : quand vous
marchez dans la rue, sortez
votre téléphone et faites
semblant de parler à quelqu’un.
Proftez simplement de ce
moment pour pratiquer votre
langue étrangère.” Peur d’être
ridicule ? Selon ce spécialiste,
qui dit utiliser cette astuce
tous les jours, personne
ne remarquera rien. “Vous
pensez peut-être que les gens
vous trouveront bizarre,
mais est-ce bien sûr ? Faitesvous vraiment attention
à ce que les gens que vous
croisez dans la rue disent
au téléphone ? Et, le plus beau,
c’est que vous pouvez raconter
ce que vous voulez, parce
que la plupart des gens
ne comprendront même pas.”
↖ Dessin de Mikel Casal
paru dans El Correo, Bilbao.
PÔLE EMPLOI &LA MOBILITÉ
INTERNATIONALE
COMMUNIQUÉ
Des milliers de demandeurs d’emplois sont chaque année intéressés par une
expérience professionnelle à l’étranger. Depuis le mois de juin 2016 Pôle emploi
s’est doté d’une organisation performante pour leur permettre de concrétiser
leur projet dans les meilleures conditions.
Bac + 5 ou sans diplôme, polyglottes ou unilingues, jeunes ou expérimentés : tous les demandeurs d’emploi peuvent
prétendre à un emploi hors des frontières hexagonales. Afin d’aider les personnes tentées par l’expérience,
Pôle emploi s’est organisé pour répondre au mieux à leurs demandes. Sa nouvelle devise - «Vos compétences n’ont
pas de frontières » -, se traduit concrètement par un accompagnement personnalisé des candidats à la mobilité
internationale. Car la mobilité, ça marche ! Il suffit d’être bien préparé pour lever certains obstacles, solliciter les
employeurs à l’étranger et réussir son installation.
DES OUTILS ADAPTÉS À TOUS LES PUBLICS
« Nous avons mis en place une offre de services
Mobilité internationale accessible à tous, via le web,
notamment sur www.pole-emploi.fr et dans la rubrique
International de l’Emploi Store (www.emploi-store.fr/)
qui propose une quarantaine de services digitaux »,
explique Jean-Christophe Bonnin, responsable du
département Mobilité et Placement international à la
Direction générale de Pôle emploi. On trouve sur ces
deux sites des conseils et des outils pour optimiser sa
recherche d’emploi à l'étranger, évaluer ses
compétences linguistiques, rédiger son CV et sa lettre
de motivation en anglais ou en allemand, ou encore
préparer ses entretiens en version originale à l’aide de
simulateurs virtuels qui tiennent compte des
différences culturelles des recruteurs. Très
prochainement, des simulations adaptées au contexte
culturel de l'Amérique du Nord et de l'Asie seront
d'ailleurs mises en ligne. Des webconférences sont
également réalisées régulièrement pour permettre au
candidat de sonder de façon méthodique son souhait
d’aller travailler dans un autre pays (Travailler à
l’étranger, pourquoi pas ?).
« Pour celles et ceux qui ont besoin d'un
accompagnement plus personnalisé et mieux ciblé,
nous avons mis en place des équipes spécialisées par
destinations, poursuit M. Bonnin. Nos conseillers sont
en capacité de suivre des candidats souhaitant trouver
un emploi partout dans le monde, évidemment sur les
destinations les plus prisées comme le Royaume-Uni
ou le Canada, mais aussi sur l’Allemagne, les pays
scandinaves, ou certains pays d’Europe centrale ou
orientale, moins recherchés, mais dont nous
connaissons le potentiel en matière d’emplois.»
Les publics a priori les moins concernés par la mobilité
internationale sont aussi ciblés par Pôle emploi.
« Partir, c'est une expérience professionnelle autant
que personnelle très enrichissante, affirme M. Bonnin.
Tout le monde doit pouvoir la vivre. Elle produit des
résultats pour développer ses compétences et accéder
à l’emploi.»
DES AIDES FINANCIÈRES EFFICACES
L’offre Mobilité internationale de Pôle emploi s’adresse
à tous. « Certes, les jeunes diplômés sont de plus en
plus mobiles, et les personnes moins qualifiées ou
moins jeunes ne pensent pas spontanément qu’elles
pourraient occuper un emploi hors de France et assurer
une évolution professionnelle positive. C'est pourquoi
désormais nous demandons systématiquement aux
demandeurs d'emploi s'ils envisagent une projet
professionnel international. En cas de réponse positive,
lors de leur premier entretien, leur conseiller explore
cette piste avec eux. Si le projet paraît suffisamment
mûr, le demandeur d'emploi peut être orienté vers l'un
de nos conseillers spécialisés dans la destination qu’il
souhaite, et avec lequel il pourra s'entretenir via le web.
Tous les entretiens sont dématérialisés, ce qui permet à
tous les demandeurs d’emploi concernés, où qu’ils
résident, d'être suivis par un conseiller référent sur la
zone géographique qu’ils ont ciblée.»
Une fois le lien établi avec son conseiller Mobilité
internationale, le demandeur d'emploi peut bénéficier
d'un programme de mobilité adapté à sa situation. La
capacité de repérer les offres d’emplois à l’étranger est
développée, car désormais les entreprises étrangères
peuvent déposer des offres sur le site de Pôle emploi, et
la plateforme EURES facilement accessible agrège des
centaines de milliers d’offres d’emploi en Europe. Son
conseiller peut aussi présenter alors la candidature du
demandeur d’emploi à des entreprises. Pôle emploi peut
éventuellement prendre en charge son déplacement en
Europe pour se rendre à l'entretien d'embauche, pour
son déménagement, ses cours de langue… Il peut aussi
bénéficier de programmes européens d’aide à la
mobilité comme Your First Eures Job (http://www.
yfej-atoolformobility.joconsulting.eu/) pour les moins
de 35 ans ou Reactive Boost Your Mobility
(http://www.pole-emploi.fr/informations/reactivateboost-your-mobility-@/article.jspz?id=426945) pour les
plus de 35 ans.
Les PME, quant à elles, peuvent percevoir une aide
financière pour les soutenir dans l'intégration de salariés
français. Pôle emploi va aussi contribuer à mettre en
place le nouveau programme du Corps européen de
solidarité, pour permettre aux jeunes de moins de 30 ans,
en difficulté, d’accéder à un emploi dans une activité
de solidarité.
Par ailleurs, tous les demandeurs d’emploi ayant besoin
d’acquérir des compétences dans un autre pays de
l’Union européenne (capacité à travailler dans un autre
environnement, connaissances de techniques de
production particulières, adaptabilité, autonomie, etc.)
ou d’apprendre une autre langue peuvent bénéficier
d’un stage proposé par Pôle emploi dans le cadre
d’ERASMUS + afin de s’immerger 3 ou 6 mois dans le
pays choisi.
Enfin, soucieux de sécuriser la mobilité internationale,
Pôle emploi s’adresse aussi aux Français qui souhaitent
rentrer au pays. Afin de faciliter leur retour, Emploi
Store leur propose des conseils personnalisés pour
valoriser leur expérience, connaître les démarches à
effectuer… (http://www.emploi-store.fr/portail/services/
bABaRetourDeMobilite). La boucle est bouclée !
36.
À LA UNE
34 ← D’après le rapport de New American
Economy, c’est Bank of America qui recrute le
plus d’employés bilingues (à l’échelle nationale
et du Massachusetts), soit plus d’un tiers des
postes à pourvoir aux États-Unis en 2015. De nombreuses banques courtisent les immigrés, qui se
passent plus fréquemment de compte bancaire
et d’autres services fnanciers que la population
née aux États-Unis, selon l’étude. Les minorités
démographiques seront majoritaires aux ÉtatsUnis d’ici aux années 2040 et 2050, selon des projections du Pew Research Center. Les mesures
répressives prises par Donald Trump en matière
d’immigration rendent le pays moins accueillant
pour les réfugiés et les étrangers, mais si l’afux
d’immigrants ralentit, la main-d’œuvre américaine risque de se contracter.
“Combien de langues parlez-vous ?” Kaissa Oulhadj
se souvient que c’est la première chose qu’on lui
a demandée lors de l’entretien qu’elle a passé
en 2016 pour devenir assistante médicale au
Boston Medical Center. Cette jeune femme de
27 ans née en Algérie parle berbère, arabe, français et anglais, comprend le farsi et apprend l’espagnol. Il n’est pas rare pour elle d’utiliser quatre
ou cinq langues au quotidien, même si “c’est parfois épuisant”, reconnaît-elle.
Depuis janvier 2016, Kaissa fait partie des
315 employés qui maîtrisent au moins deux langues à la clinique ambulatoire du Boston Medical
Center, soit plus de 40 % des recrutements pour
ce type de consultations. Cet hôpital sert depuis
longtemps les populations immigrées, mais cherche
désormais à recruter plus d’employés multilingues pour que les patients se sentent plus à l’aise,
explique Lisa Kelly-Croswell, responsable des ressources humaines.
“Le discours a changé en cinq ans : avant, des postes
étaient publiés, mais les hôpitaux veulent maintenant les pourvoir à tout prix, précise-t-elle. ‘On a
désespérément besoin du coréen. On a désespérément besoin du somalien.’ Je reçois des appels
et des courriels suppliants.” Les entreprises qui
“On a désespérément besoin
du coréen et du somalien.
Je reçois des appels
et des courriels suppliants.”
Lisa Kelly-Croswell,
Boston Medical center
embauchaient des immigrés quasi exclusivement pour des emplois peu qualifés sont maintenant en mesure d’engager des responsables
d’équipe bilingues pour faire le lien. Mais, parfois, une trop grande immersion dans la culture
américaine peut desservir. Free Logo Services,
une société implantée à Boston qui conçoit des
logos, compte des clients dans 120 pays et traduit son site Internet en 10 langues. Son activité
ne cesse de croître dans le monde. Pour veiller
à ce que chaque version linguistique du site soit
exacte, notamment sur le plan culturel, l’entreprise exige de ses traducteurs qu’ils aient grandi
dans le pays dont ils parlent la langue. “S’ils sont
trop américanisés, afrme le PDG, Craig Bloem,
ils risquent de ne pas s’exprimer aussi précisément.”
—Katie Johnston
Publié le 12 mars
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
Travailler en anglais :
des avantages pour tous
L’anglais s’est imposé comme la langue de travail
des multinationales. Ce qui ne pénalise pas forcément
ceux dont ce n’est pas la langue maternelle.
↓ Dessin de Mikel Casal
paru dans ABC,
Madrid.
—The Economist Londres
L
e monde travaille de plus en plus en anglais.
Les multinationales, même celles situées en
Suisse ou au Japon, par exemple, font de cette
langue leur langue de travail. Et les organisations internationales comme l’Union européenne et les Nations unies utilisent de plus
en plus fréquemment la nouvelle langue mondiale par défaut. Dans la vie professionnelle, c’est
le règne de l’anglais, toutes les autres langues ne
font que suivre.
Il est sans aucun doute difcile de travailler
dans une langue étrangère. Il est plus facile d’argumenter avec fuidité ou de faire une remarque
pertinente avec subtilité quand on n’a pas à se
rappeler un vocabulaire rarement utilisé ni à s’efforcer de construire ses phrases correctement.
Les gens dont l’anglais est la langue maternelle
peuvent essayer de noyer les arguments de l’autre
sous un verbiage torrentiel, de monopoliser la
parole pour empêcher les autres de s’exprimer
ou détendre l’atmosphère par une plaisanterie.
Tout cela est bien plus difcile pour ceux pour
qui l’anglais est une langue étrangère. Les locuteurs non natifs ont sinon une main, du moins
une petite partie de leur cerveau liée dans le dos.
Michael Skapinker écrivait récemment dans le
Financial Times qu’il était important pour
les personnes dont l’anglais est la langue
maternelle d’apprendre à parler avec
celles dont ce n’est pas le cas.
Choisir ses mots. Il y a cependant
des avantages à ne pas être locuteur
natif, relève-t-il. Des avantages subtils mais loin d’être anodins. Les
locuteurs non natifs ne sont peutêtre pas capables de montrer facilement leur talent. Mais ce peut
être un gros avantage d’être pris
pour un peu plus bête qu’on ne
l’est, cela apporte un élément de
surprise dans une négociation. Et,
comme un professeur américain en
France nous l’a confé, le fait de venir
d’une autre culture, et pas seulement
d’une autre langue, permet de remarquer
les pierres d’achoppement et les habitudes
mentales des autochtones et de les surmonter.
On peut emballer ce mode de pensée hétérodoxe
d’un peu d’ignorance hypocrite : “Je ne sais pas
trop comment ça se passe ici mais je me disais…”
Les personnes qui travaillent dans une langue
qui n’est pas la leur signalent d’autres bénéfces.
Demander des explications peut faire gagner du
temps ou fournir une distraction bienvenue, selon
un Russe qui travaille à The Economist. Parler
lentement permet de choisir exactement le mot
qu’il faut – ce qu’on ne fait en général pas quand
on est excité et ému. Il vaut bien mieux penser
plus vite qu’on ne parle que l’inverse.
Ce qui est très curieux, c’est que la langue a
peut-être une infuence sur la façon de penser.
Des chercheurs malins ont découvert qu’on prenait parfois de meilleures décisions quand on le
faisait dans une langue étrangère. Une équipe
scientifque de l’université de Chicago a soumis
des personnes à un test comportant des pièges
EMPLOI : OBJECTIF LANGUES. 37
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
– des réponses qui avaient l’air bonnes mais
qui étaient en fait mauvaises. Les sujets qui ont
passé le test dans une autre langue que la leur
avaient plus de probabilités d’éviter les pièges et
de choisir la bonne réponse. En d’autres termes,
la fluidité de la pensée a ses inconvénients et
la lenteur ses avantages. Un des chercheurs de
cette équipe a découvert que, même pour des
décisions morales – par exemple, serait-il acceptable de tuer quelqu’un de ses propres mains
pour sauver d’autres vies ? –, les gens pensaient
d’une façon plus pratique, moins émotionnelle,
quand ils étaient testés dans une langue étrangère. Un Américain qui travaille au Danemark
confie tenir à mener ses négociations de salaire
en danois – il a le plus grand mal à demander
davantage en anglais.
Les locuteurs non natifs peuvent toujours
parler leur langue en privé avant de rejoindre la
conversation en anglais. Quand on passe d’une
langue à l’autre, on se voit rappeler constamment
que les autres peuvent voir les choses différemment, fait remarquer un fonctionnaire danois de
la Commission européenne. D’après une étude,
les enfants bilingues parviennent mieux à deviner ce qu’il se passe dans la tête des autres, peutêtre parce qu’ils vérifient constamment qui parle
quelle langue dans leur monde. On a dit que Ginger
Rogers devait faire tous les pas que faisait Fred
Astaire mais en arrière et en talons hauts. Et c’est
ce qui lui avait permis de devenir une danseuse
exceptionnelle. Les personnes qui travaillent
dans une langue étrangère adorent parler de ces
avantages et inconvénients. Hélas, les monolingues n’auront jamais cette chance. Ayez pitié de
ces gens qui doivent se débattre avec une autre
langue que la leur – mais ayez aussi une pensée
pour tous ces monolingues qui n’ont aucun moyen
de savoir ce qu’ils perdent.—
Publié le 12 avril
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et les points de vue pour vous aider.
Allemagne
Volkswagen s’y met aussi
●●● Si vous comptez travailler dans une entreprise allemande,
mieux vaut maîtriser la langue de Goethe. En effet, peu de sociétés
emploient l’anglais, pourtant considéré comme la langue
internationale des affaires, même quand leur personnel est
originaire de plusieurs pays. Mais les choses sont en train de
changer, annonce Die Welt. “Les mois à venir devraient se révéler
intéressants chez Volkswagen. Peut-être même franchement
bizarres. Une note de Karlheinz Blessing, responsable des
ressources humaines, pourrait avoir un effet détonant. Il a annoncé
que désormais l’anglais remplacerait l’allemand dans l’entreprise.
On s’attend à des malentendus, à des confusions et à des erreurs.”
Si la décision du DRH de Volkswagen choque tant, c’est que
les managers de l’entreprise ne sont pas connus pour
leurs prouesses linguistiques. Le PDG, Matthias Müller,
a même décidé de ne plus donner d’interviews en anglais
après un entretien avec la radio américaine NPR. Attention,
prévient le quotidien allemand, “l’échec de la fusion entre Daimler
[Allemagne] et Chrysler [États-Unis] a été attribué au fait
que les salariés allemands n’avaient pas pu communiquer
de façon satisfaisante leurs souhaits, leurs préoccupations
et leurs idées”.—
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38.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
tra n sversales.ie
économ
Fronde contre
le franc CFA
↙ Dessin de Vlahovic,
Serbie.
Sciences ......... 40
Signaux .......... 41
Monnaie. Il est grand temps d’abandonner
le franc CFA, cet héritage de la colonisation française
qui entrave le développement de l’Afrique,
estime cet économiste sénégalais.
—L’Enquête (extraits)
bancaires à l’économie/PIB est de
l’ordre de 25 % en zone Uémoa et
de l’ordre de 13 % en zone Cémac,
ans le cadre d’un débat alors qu’il se situe en moyenne à
démocratique, les adver- plus de 60 % pour l’Afrique subsaires doivent se vouer un saharienne, à 100 % en Afrique
respect mutuel, et l’objectif devrait du Sud, etc. Autrement dit, apparêtre d’éclairer les citoyens ordi- tenir à l’espace FCFA, c’est être
naires, les décideurs publics, etc. membre d’un espace où les porLes meilleurs arguments doivent teurs de projets économiques ont
triompher des intérêts partisans. très peu de chances d’obtenir un
Autant nous devons nous réjouir de financement bancaire de moyen
l’émergence d’un débat public sur ou de long terme abordable.
le franc CFA partout dans l’espace
Quatrième fait irréfutable : les
francophone, autant nous devons pays de l’espace FCFA sont ceux
déplorer le manque de courtoisie qui souffrent le plus des flux finanet d’honnêteté intellectuelle de ciers illicites en Afrique. Alors que
nombre de partisans du franc CFA. l’espace FCFA représente 11 % du
Lorsque l’on se limite aux faits, et PIB du continent, il pèse 18,5 % du
uniquement aux faits, il est impos- montant estimé des flux financiers
sible de souhaiter le maintien du illicites qui sont sortis du continent
système franc CFA.
entre 2004 et 2013. Chaque jour,
Premier fait irréfutable : le franc ce sont ainsi 21 milliards de FCFA
CFA n’a pas favorisé le dévelop- [30 millions d’euros] en moyenne
pement économique des pays qui qui sortent de l’espace FCFA sous
l’ont en partage. L’appartenance forme de flux financiers illicites.
à l’espace FCFA (par ce raccourci Cette réalité est facilitée, on le
commode il est fait
devine bien, par le prinréférence aux deux
cipe de libre circulation
blocs monétaires
des capitaux au sein de
que sont l’Uémoa
cet espace.
[Union économique
Compte tenu des
et monétaire ouestfaibles performances
OPINION
africaine] et la Cémac
socio-économiques des
[Communauté éconopays de l’espace FCFA
mique et monétaire de l’Afrique et de l’emprise que la France y
centrale] ; la zone franc en exerce, il n’est pas surprenant que
Afrique, c’est l’espace FCFA + les l’appartenance à la zone franc ait
Comores) est corrélée avec le sous- été, et continue d’être, synonyme
d’instabilité politique et d’autoridéveloppement et la pauvreté.
Parmi les 14 pays de cet espace, 10 tarisme. C’est là un cinquième fait
sont classés [par l’ONU] parmi les irréfutable. Entre 1960 et 2012, cette
pays les moins avancés ; les 4 autres zone a enregistré 78 tentatives de
(Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, coups d’État, soit près de 40 %
Congo) ont un niveau économique des tentatives dénombrées pour
(PIB par habitant) inférieur au tout le continent africain sur cette
moins à celui des années 1990. Sur période ! De manière générale, on
les 11 pays en bas du classement observe que le couple franc CFA/
mondial 2015 de l’indice de déve- ressources naturelles rime souvent
loppement humain [du Programme avec régime politique autoritaire.
Ces cinq faits irréfutables plaides Nations unies pour le développement], qui prend en compte dent tous contre le maintien du
le revenu par habitant, le niveau système franc CFA en l’état. Les
scolaire et l’espérance de vie à la partisans du franc CFA les passent
naissance, 6 font partie de l’es- d’ordinaire sous silence, préférant
pace FCFA.
un discours de justification du
statu quo. Cette apologie de l’imFaible performance. Deuxième mobilisme monétaire repose sur
fait irréfutable : on ne peut pas dire une série d’affirmations dénuées
que le franc CFA ait favorisé l’inté- de fondement. Citons-en deux
gration commerciale du continent. principales.
En 2014, les échanges commerLes partisans du franc CFA souciaux au sein de la zone franc se tiennent que la stabilité monésituaient à moins de 10 % du total taire permise par la fixité du taux
des exportations et des importa- de change entre le franc CFA et
tions des pays membres.
l’euro encourage l’investissement
Troisième fait irréfutable : les et la croissance. Dans les faits,
pays de l’espace FCFA souffrent aucun pays de la zone franc (à
d’un déficit chronique de cré- l’exception de la Guinée équatodits bancaires. Le ratio crédits riale, pays pétrolier contrôlé par les
Dakar
D
transversales.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
multinationales et dont l’équivalent de la moitié du PIB est transféré chaque année vers l’étranger)
n’a réussi à obtenir un taux de croissance du PIB par habitant de plus
de 2 % en moyenne annuelle sur
le long terme (disons depuis les
indépendances). Par comparaison, la Corée du Sud et la Chine
ont obtenu des taux de croissance
par habitant de 6 à 7 % en moyenne
annuelle durant trois ou quatre
décennies.
Sur ce point, les partisans du
franc CFA sélectionnent adroitement les faits. Ils vont dire que le
franc CFA favorise la croissance
en donnant les exemples des performances économiques actuelles
du Sénégal et de la Côte d’Ivoire,
pays qui vivent une conjoncture
favorable.
Ce qu’ils ne vont pas dire, c’est
que des épisodes d’accélération de
la croissance ont souvent été observés en Afrique. Mais ces épisodes
ont rarement été durables. D’où
un constat empirique bien établi
dans la littérature économique :
en Afrique, il est plus facile d’allumer la croissance que de la soutenir durablement. Rien ne dit que la
croissance économique récente de
pays comme le Sénégal et la Côte
d’Ivoire sera durable. Ce qu’ils ne
vont pas dire, c’est que le PIB par
habitant du Sénégal en 2014 était
inférieur à celui de 1960, et que la
Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara
avait un PIB par habitant en 2014
inférieur de 41 % au meilleur niveau
de l’histoire du pays, observé à la fn
des années 1970, sous l’ère [Félix]
Houphouët [-Boigny].
Ce qu’ils ne vont pas dire, c’est
que la prétendue stabilité monétaire
Indépendance. En réalité, le franc
CFA permet de préserver le pouvoir
d’achat de ceux qui ont un revenu
important – les classes les plus
aisées. Il ne permet pas de créer
du pouvoir d’achat pour ceux qui
n’ont pas de revenus ou dont les
revenus sont insufsants. Cette
célébration du faible taux d’infation dans le contexte de pays
pauvres est d’autant plus risible
qu’une ville comme Dakar est l’une
des plus chères du monde.
Parallèlement, l’argument est
souvent avancé qu’un faible taux
d’infation facilite l’octroi de crédits bancaires à des taux abordables. Cela n’est pas vérifé dans
l’espace FCFA. Non seulement les
crédits bancaires sont faibles, mais
les taux d’intérêt sont prohibitifs.
Faute d’avoir un argument économique décisif, les partisans du franc
CFA tendent à mobiliser le registre
des déclarations comminatoires :
“Si on sort du franc CFA, ce sera le
chaos monétaire.” Et, pour illustrer leur point de vue, ils vont citer
des exemples comme le Nigeria, la
Guinée, etc. Ils vont dire que certains pays voisins non-membres de
l’espace FCFA ont plus confance
dans le franc CFA que dans leur
monnaie nationale.
Le manque d’honnêteté intellectuelle repose ici dans la sélection
de contre-exemples, c’est-à-dire
des pays qui ne sont pas, à dire
vrai, des parangons de souveraineté économique (la monnaie est
une dimension parmi d’autres de
sourCe
l’ENquêtE
Dakar, Sénégal
Quotidien, 1 000 ex.
enqueteplus.com
Lancé en juin 2011, ce journal
est né de la volonté de
journalistes sénégalais de faire
de l’investigation. En une année
d’existence, il s’est imposé dans
un paysage très concurrentiel.
Espace franc CFA
Il comprend 2 espaces économiques et monétaires :
l’UEMOA*
la Cemac**
SÉNÉGAL
MALI
NIGER
TCHAD
B.F.
M
TO. BÉ.
Équateur
CO
BÉ. Bénin, B.F. Burkina Faso,
G-É Guinée-Équatoriale, TO. Togo
NG
O
G-É
RÉP. CENTRAFR.
* Union économique et monétaire ouest-africaine
** Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale
1 000 km
Contrepoint
Un débat trop politique
●●● Le sommet des ministres de la zone franc, qui s’est tenu
à la mi-avril à Abidjan, a relancé le débat autour du franc
CFA. Alors qu’en Afrique les partisans d’un abandon de cette
monnaie se font plus nombreux, certains observateurs
dénoncent une attitude partisane, fondée sur une idéologie
souverainiste plutôt que sur la théorie économique.
“II y a beaucoup plus de politique et d’émotions que
d’analyses techniques profondes” dans le débat, déplore
ainsi l’économiste Moustapha Kassé, cité par le site ivoirien
Abidjan.net. D’après l’ancien doyen de la faculté des
sciences économiques de Dakar, l’indépendance que certains
réclament peut être trompeuse. “Beaucoup de monnaies
africaines dites souveraines ou indépendantes traversent
des crises”, souligne-t-il. Il en veut pour preuve l’instabilité
des monnaies de la Zambie, de l’Angola, du Kenya ou
du Nigeria, qui s’explique par le fait qu’elles ne peuvent
“pas supporter des chocs exogènes” – à l’inverse du franc CFA.
Cette monnaie “confère une crédibilité sur le plan
international aux yeux des investisseurs”, avance
de son côté l’économiste congolais Noël M. Ndoba
sur Cameroonvoice.com. “Dans un pays instable avec
une monnaie faible, qui viendrait investir ?” se demande-t-il.
Au lieu de se concentrer sur le seul abandon du franc CFA,
mieux vaudrait plancher sur un projet de monnaie africaine
commune. Selon lui, “il est vain de sortir du franc sans
stratégie solide en vue d’une monnaie unique africaine”,
voire d’un marché commun panafricain. “Levons les barrières
douanières et commerciales ainsi que tout autre obstacle
à la mobilité des personnes et capitaux”, enjoint-il.
Quant à Ahmadou Aly Mbaye, Ibrahima Thione Diop et
Fatou Guèye, de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar,
ils montrent, chifres à l’appui, dans Le Soleil,
que “les indicateurs fnanciers récents des pays de la zone
franc ne sont pas toujours plus mauvais que ceux des pays
africains non-membres”, contrairement à ce qu’avancent
souvent les tenants de l’abandon du CFA. Ainsi, “le niveau
de crédit bancaire à l’économie, rapporté au PIB, était plus
élevé, en 2015, dans beaucoup de pays de la zone franc
que dans des pays non-membres”, précisent-ils.
Même chose pour le niveau d’infation, “contenu dans
des limites ne dépassant pas 3 % […] grâce à la discipline
monétaire propre à l’organisation de la zone franc”.
COURRIER INTERNATIONAL
ER
OU
N
CÔTE
D’IVOIRE
CA
GUINÉEBISSAU
N
Ce docteur en économie a été
conseiller de l’ancien président
de la République sénégalaise
Abdoulaye Wade. Il a écrit
La Démocratie contre la
république (2015) et Le Scandale
commerce équitable (2013),
publiés par les Éditions
L’Harmattan. Ndongo Samba
Sylla a par ailleurs été plusieurs
fois champion du monde
de scrabble francophone.
la souveraineté économique). La
Tunisie, le Maroc et l’Algérie étaient
membres de la zone franc et l’ont
quittée au moment des indépendances (respectivement en 1958,
1959 et 1963). Chacun d’entre eux
dispose de sa monnaie nationale
et a une situation économique plus
enviable que n’importe lequel des
pays de l’espace FCFA.
Sortir du franc CFA = chaos
monétaire programmé ? Si c’était
le cas, pourquoi la Tunisie, le Maroc
et l’Algérie n’ont pas vécu un efondrement monétaire ? Pourquoi
donner l’exemple du Nigeria ou
de la Guinée alors que nous avons
l’expérience plus parlante de pays
de la zone franc qui ont fait très tôt
le choix résolu de la souveraineté
économique ? Pourquoi choisir des
pays qui ont une gestion monétaire
loin d’être exemplaire alors qu’il y
en a beaucoup d’autres à travers
le monde qui ont réussi à se développer grâce à une gestion monétaire souveraine et pragmatique ?
À nouveau, la réponse est le manque
d’honnêteté intellectuelle.
Dire non au franc CFA, ce n’est
pas faire de l’idéologie ni verser
dans le nationalisme primaire.
Est-il normal que la France continue de gérer la monnaie des pays
africains près de soixante après
les indépendances ? A-t-on déjà
vu un pays ou un groupe de pays
d’une taille signifcative se développer sur le plan économique avec
une monnaie coloniale – créée,
administrée et “garantie” par l’expuissance coloniale ?
Faute de s’être ouvertement prononcés là-dessus, sous le prétexte
qu’ils ne parlent que des choses
techniques et jamais de “politique”, les partisans du franc CFA
répondent implicitement par l’afrmative à ces deux questions. Pour
nous autres qui sommes pour une
sortie collective méthodique du
système du franc CFA, la réponse
ne soufre aucune ambiguïté. C’est
NON dans les deux cas.
—Ndongo Samba Sylla
Publié le 2 mars
BO
NdoNgo Samba Sylla
n’est qu’un objectif intermédiaire.
Ce n’est pas une fnalité en soi. Ce
qui importe au bout du compte,
c’est l’amélioration du bien-être
des populations, ce que le franc
CFA ne permet pas. Que signife
d’ailleurs la stabilité monétaire
dans un contexte de paupérisation
massive ? Sans doute que ceux qui
veulent transférer vers le reste du
monde leurs avoirs peuvent le faire
sans courir de risque de change.
Les partisans du franc CFA
soutiennent également qu’il est
un mécanisme pour préserver le
pouvoir d’achat des populations.
L’infation est certes en moyenne
plus faible dans les pays de l’espace FCFA, mais l’obsession antiinfationniste dans cet espace a
pour contrepartie une croissance
économique en dessous du potentiel des pays membres. Ce point a
été mis en évidence par beaucoup
de travaux économiques. Moins
de croissance économique, c’est
moins d’emplois décents et moins
de revenus distribués aux ménages.
GA
L’auteur
39
40.
transversales
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
↙ Dessin de Beppe Giacobbe,
Italie.
sCienCes
À la recherche
du temps perdu
Physique théorique. Il est possible de voyager dans le temps, afrment
des chercheurs. Il suft d’un bon modèle mathématique, d’un peu de
gymnastique intellectuelle… et probablement d’un univers diférent du nôtre.
—Newsweek New York
n
ombreux sont ceux qui
ont rêvé de voyager dans le
temps et ont fni par juger
que c’était irréalisable. Deux chercheurs proposent aujourd’hui un
modèle mathématique qui rend
la chose possible. Il repose sur les
concepts de la théorie de la relativité générale d’Einstein et sur l’hypothèse que le temps n’est pas une
dimension distincte des autres.
On considère traditionnellement que l’Univers est constitué de trois dimensions spatiales
et d’une dimension temporelle.
C’est faux, estime le mathématicien Ben Tippett, de l’université de Colombie-Britannique, au
Canada. Selon lui, le temps ne
devrait pas être séparé des trois
dimensions spatiales, elles fonctionnent plutôt toutes les quatre
ensemble, simultanément.
En collaboration avec David
Tsang, un astrophysicien de l’université du Maryland [États-Unis],
il se fonde sur ce principe pour
afrmer la possibilité du voyage
dans le temps. Les conclusions
des deux chercheurs sont publiées
dans la revue [à comité de lecture]
Classical and Quantum Gravity. “Les
gens pensent que le voyage dans le
temps, c’est de la fction, déclare Ben
Tippett. On a tendance à considérer
que ce n’est pas possible parce qu’on
n’en fait efectivement pas. Mais,
mathématiquement, c’est possible.”
Courbure. Dans un entretien
accordé à Newsweek par courriel,
il explique le fonctionnement
du Tardis (traversable acausal
retrograde domain in spacetime
– “domaine traversable rétrograde de l’espace-temps”) [l’acronyme fait référence au nom de la
machine à remonter le temps de
la série britannique de science-fction Doctor Who]. Selon la théorie
de la relativité générale, la gravité
est provoquée par la courbure
de l’espace-temps, celui-ci étant
déformé par les objets [possédant
une masse] qui le traversent. C’est
pour cela que les planètes orbitent
autour des étoiles : si l’espacetemps n’était pas courbe, toutes
les planètes et toutes les étoiles
se déplaceraient en ligne droite.
Donc, si l’espace-temps est courbe
et que le temps s’y écoule simultanément, la courbe peut théoriquement se transformer en une
boucle, et le voyage dans le temps
devient possible.
“Depuis les années 1950, beaucoup de structures d’espace-temps
permettant de remonter le temps ont
été proposées, précise le chercheur.
Je me suis employé à modéliser une
‘machine à remonter le temps’, qui
consiste en une boîte de taille limitée
dont les passagers peuvent voyager
dans l’espace et le temps en suivant
un cercle, et ainsi retourner dans
leur passé.”
Il précise : “J’ai utilisé la forme
de l’espace-temps pour modifer la
direction, dans l’espace et le temps,
de la fèche du temps [une notion physique initialement introduite pour
rendre l’idée que le temps s’écoule
dans une seule direction] de l’intérieur de la boîte. J’ai ensuite fait
appel à la théorie d’Einstein pour
analyser cet étrange espace-temps
et déterminer ce qu’il faudrait pour
construire une chose pareille.”
La machine à remonter le temps
de Tippett et Tsang crée une courbure de l’espace-temps telle qu’il est
replié en cercle. Tout objet – une
boîte avec quelqu’un dedans par
exemple – se déplaçant le long de
ce cercle serait ancré à cette version du temps et se déplacerait en
arrière. Quelqu’un qui regarderait
de l’extérieur pourrait voir les événements se dérouler à l’envers.
“C’est parce que le temps et l’espace sont attachés l’un à l’autre que la
machine à remonter le temps se comporte ainsi, ajoute Ben Tippett. Pour
dire les choses simplement, l’orientation de la fèche du temps à l’intérieur de la boîte n’est pas la même
que celle de la fèche du temps à l’extérieur. Initialement, elles pointent
toutes les deux dans la même direction ; puis celle de l’intérieur tourne
de sorte qu’ ‘en avant dans le temps’
dans la boîte corresponde à la direction spatiale ‘sur le côté’ à l’extérieur
de la boîte. Puis la fèche de l’intérieur
de la boîte continue à tourner dans
l’espace et le temps jusqu’à revenir à
son orientation initiale.”
Si vous étiez dans la machine en
train de préparer le petit déjeuner,
les aiguilles de votre montre avanceraient et vous sentiriez “une accélération persistante”, explique Ben
“Votre double décuit
les œufs et les remet
dans leur coquille.”
Ben Tippett,
mathématicien
Tippett, mais si vous regardiez à
l’extérieur, les choses sembleraient
très bizarres.
“Vous ver riez deux choses
étranges, prévient le mathématicien. Premièrement, vous verriez
une deuxième version de vous dans
une copie identique de la boîte mais
décalée dans le temps (à un moment
antérieur, donc), et en plus le temps
s’écoulerait à l’envers. Votre double
serait en train de décuire les œufs
et de les remettre dans leur coquille
et de déverser le lait de son café. Les
aiguilles de l’horloge qui se trouve
à l’extérieur bougeraient de façon
erratique, d’abord dans le sens des
aiguilles d’une montre puis dans
le sens contraire, selon le voyage
que vous seriez en train de faire.
Ce qui est amusant, ajoute encore
le chercheur, c’est qu’un spectateur
extérieur verrait deux versions de
vous : une dans laquelle le temps irait
de l’avant (casser les œufs et les faire
cuire) et l’autre où il irait en arrière
(déverser le lait du café).”
Une telle machine existera-t-elle
un jour ? Non, répond Ben Tippett.
“Notre article comprend une analyse méticuleuse de cette géométrie
et des problèmes qu’engendrerait la
construction d’une telle machine.
Pour rester dans le général, remonter le temps provoque ordinairement
des singularités (des trous dans l’Univers) ou des instabilités qui vous font
tomber dans un trou noir si on les
titille comme il ne faut pas. Donc,
malheureusement, je ne pense pas
que ce soit faisable un jour.”
Raccourcis. Pour Marika Taylor,
chercheuse en physique théorique
à l’université de Southampton
[Royaume-Uni], “tous les modèles
mathématiques de voyage dans le
temps exploitent l’idée de créer des
raccourcis dans un espace-temps.
Les auteurs de cette étude explorent
une version de cette idée, des bulles
dans un espace-temps. Cependant,
les problèmes principaux que posent
tous ces modèles, c’est que les raccourcis sont souvent détruits par des
efets quantiques (des efets qu’on
ne peut expliquer par la physique
classique), et qu’il faut des formes
exotiques de matière pour créer ces
raccourcis.”
La matière exotique, c’est une
sorte de matière qui n’a pas encore
été découverte [qui ne serait pas
formée des mêmes particules que
la matière ordinaire et qui permettrait d’expliquer la matière noire,
par exemple]. Contrairement à la
matière ordinaire, elle provoque
l’expansion de l’espace et du temps
et donne un efet de répulsion à la
gravité. Pour les auteurs de l’étude,
le temps ne peut être mis en cercle
qu’avec de la matière exotique.
“Les auteurs de cette étude ne
cachent pas qu’ils ont eu ces problèmes
aussi, poursuit Marika Taylor. Leurs
bulles doivent être soutenues par des
formes exotiques de matière (de la
matière qui n’a jamais été vue dans
la nature !).”
“Donc, en résumé, conclut la physicienne, si ce travail est intéressant
et apporte une contribution à la littérature existante, il ne montre pas
réellement que le voyage dans le temps
est possible dans notre univers. On
ne sait pas s’il existe des formes aussi
exotiques de matière dans notre univers – mais c’est très improbable.”
—Hannah Osborne
Publié le 2 mai
transversales.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
41
Chaque semaine, une page
visuelle pour présenter
l’information autrement
sig n au x
Le poids de la dette
Sur les cinquante États américains, le Tennessee est le seul dans lequel l’endettement ne dépasse pas 1 000 dollars par habitant.
Dette des États (en milliers de dollars par habitant)
Géorgie
1,3
Plus la dette par habitant est importante,
plus l’État est gros sur cette représentation.
Les États les plus endettés se trouvent
par ailleurs au centre de l’“escargot”.
Colorado
Michigan
Différence entre la dette de l’État et la moyenne
nationale (en milliers de dollars par habitant)
supérieure à la moyenne
Missouri
3,2
3,1
3,2
Caroline
du Sud
3,1
inférieure à la moyenne
de 0 à + 1
de + 1 à + 3
de + 3 à + 5
+ 5 et plus
de 0 à – 1
inférieur à – 1
Ohio
Indiana
2,9
3,2
Delaware
MOYENNE NATIONALE 3 566 dollars/hab.
5,7
NouveauMexique
Minnesota
Vermont
5,3
Hawaii
5,1
5,9
3,3
2,9
Illinois
Washington
4,5
Montana
Dakota
du Nord
2,6
Connecticut
9,2
3,3
Rhode
Island
8,9
Tennessee 0,9
Virginie
4,4
Utah
2,5
Massachusetts
11
3,3
Nebraska
Maryland
1
VirginieOccidentale
4,3
6,1
2,4
New
Hampshire
Nevada
1,2
Alaska
8,2
New Jersey
Géorgie
1,3
New York
Kentucky
Maine
4,1
7,4
Oklahoma
2,3
6,9
3,4
Arkansas
Louisiane
1,5
Kansas
2,3
4,1
Californie
Oregon
4
3,7
Texas
1,6
Pennsylvanie
Wyoming
1,6
3,7
Caroline
du Nord
Wisconsin
Dakota
du Sud
3,9
Idaho
2,2
3,8
1,8
Floride
1,8
La source
Mississippi
Alabama
1,8
HowmucH.net. Ce blog américain consacré à la
datavisualisation économique fonctionne sous licence Creative
Commons. Ses productions sont régulièrement reprises dans la
presse, notamment par The Telegraph, Vice, The Washington Post…
Iowa
2
Arizona
2,1
Sources :
taxfoundation.org ;
howmuch.net/articles/snow
ball-state-debt-usa
Publiée le 30 mars, celle-ci montre l’endettement par habitant
des 50 États et souligne le fait qu’un Américain doit non seulement
supporter le poids de la dette de l’État fédéral (42 500 dollars
par habitant) mais aussi celle de l’État dans lequel il vit.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
42.
360
MAGAZINE
L’Ukraine, république éphémère • Histoire ...... 48
Rêves salés • Tendances ........................ 51
Le jour où la reine
va mourir : le plan secret
de Buckingham Palace
Dans le cadre d’un protocole méticuleux – nom de code London Bridge –,
les autorités britanniques se préparent depuis des années au décès
d’Élisabeth II (91 ans). Un événement déterminant pour le futur
du Royaume-Uni et de la monarchie. — The Guardian (extraits) Londres
SOURCE
THE GUARDIAN
Londres, Royaume-Uni
Quotidien, 166000 ex.
theguardian.com
Né en 1821, le quotidien anglais
se distingue par son indépendance
et sa qualité. C’est le journal
de référence de l’intelligentsia,
des enseignants et des
syndicalistes. Orienté au centre
gauche, il se montre très critique
vis-à-vis du gouvernement
conservateur.
L
a plupart des plans élaborés pour la mort de la
reine – il en existe plusieurs versions, au palais
de Buckingham, au gouvernement et à la BBC
– supposent qu’elle mourra après une courte
maladie, entourée de sa famille et de médecins.
Avant de s’éteindre dans l’après-midi du samedi de
Pâques 2002, à la Royal Lodge de Windsor, la reine mère
avait eu le temps de téléphoner à ses amis pour leur dire
au revoir et de donner certains de ses chevaux. C’est le
Pr Huw Thomas, médecin de la reine, qui sera la personne
de référence pendant ces dernières heures. Il s’occupera de
sa patiente, contrôlera l’accès à sa chambre et décidera des
informations qui seront rendues publiques. Le lien entre
un souverain et ses sujets est une chose étrange et pour
l’essentiel inexplicable. La vie d’une nation devient celle
d’une personne, et tout à coup le fil se rompt.
Le palais émettra des bulletins – pas beaucoup, mais
suffisamment. “La vie du roi se dirige doucement vers son
terme”, déclarait le dernier émis par lord Dawson, médecin de George V, le 20 janvier 1936, à 21 h 30. Peu après,
Dawson injectait au roi 750 milligrammes de morphine et
1 gramme de cocaïne – assez pour le tuer deux fois – afin
de soulager ses souffrances et le faire expirer à temps pour
les presses du Times, qui entraient en mouvement à minuit.
On fermera les yeux de la reine et Charles sera roi. Ses
frères et sœurs lui baiseront les mains. Sir Christopher
Geidt, secrétaire particulier de la reine, prendra alors les
choses en main. Cet ancien diplomate a reçu un deuxième
titre de noblesse en 2014, entre autres pour avoir organisé
la succession de la souveraine. Geidt contactera la Première
ministre [Theresa May]. Il y a soixante-cinq ans, le décès
de George VI avait été annoncé à Buckingham Palace par le
mot de code “Hyde Park Corner” pour éviter que les standardistes n’aient vent de la nouvelle. Le plan prévu pour
Élisabeth II porte le nom de “London Bridge”. On réveillera la Première ministre si elle n’est pas déjà réveillée et on
annoncera “London Bridge is down” [le pont de Londres s’est
écroulé, une expression empruntée à une célèbre comptine]
sur des lignes sécurisées. La nouvelle sera transmise par le
ministère des Affaires étrangères aux gouvernements des
quinze États dépendant de la Couronne, et aux trente-six
autres pays du Commonwealth dont la reine était la figure
de proue depuis le début de l’ère atomique.
Pendant un moment, elle aura disparu sans que nous le
sachions. L’information se propagera comme les ondes de
compression qui précèdent un tremblement de terre et ne
sont détectables qu’avec un équipement spécial. Gouverneurs
généraux, ambassadeurs et Premiers ministres seront les
premiers informés. On ouvrira les placards pour trouver
les brassards noirs à porter au bras gauche.
Le commun des mortels apprendra la nouvelle plus rapidement que jadis. George VI avait été trouvé mort par son
valet, à Sandringham, le 6 février 1952 à 7 h 30, mais la BBC
n’avait annoncé la nouvelle qu’à 11 h 15, soit près de quatre
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
360°.
43
← La reine Élisabeth II
photographiée
au Chelsea Flower Show
de Londres en mai 2013,
l’une des plus grandes
expositions florales au monde.
Photo Adrian Dennis/AFP
ENQUÊTE
360°
L
es écrans chauferont, les tweets voleront. La
BBC activera le “système de transmission d’alerte
radio” (Rats) – un dispositif datant de la guerre
froide visant à permettre au pays de résister à
une attaque contre ses infrastructures. Tous
les médias d’information s’empresseront de
difuser des flms et de poster des nécrologies en ligne.
Le rédacteur en chef adjoint du Guardian a une liste
d’articles tout prêts punaisée au mur. The Times aurait
déjà sufsamment de matière pour remplir onze éditions. La chaîne de télévision Sky News et la société de
production ITN, qui répètent depuis des années, appelleront les experts avec qui elles ont déjà signé un contrat
d’exclusivité. “Je serai assis à une énorme table à tréteaux
devant Westminster Abbey et commenterai l’événement pour
300 millions d’Américains”, m’explique l’un d’entre eux.
Des playlists radio
“d’humeur triste”.
Les stations de radio commerciales de Grande-Bretagne
disposent d’un réseau de “lumières nécro” bleues, testé
une fois par semaine et censé s’allumer en cas de catastrophe nationale. Quand la nouvelle tombe, ces lumières
clignotent pour prévenir l’animateur de basculer sur
les infos dans les minutes qui suivent et de difuser de
la musique anodine en attendant. Toutes les radios, y
compris celle des hôpitaux, ont préparé des listes composées de chansons “humeur 2” (triste) et “humeur 1”
(très triste) à écouter en cas de deuil soudain. “Si vous
entendez un jour Haunted Dancehall (Nursery Remix), des
Sabres of Paradise, dans la journée sur BBC Radio 1, allumez
la télé, écrivait Chris Price, un producteur de la chaîne
de radio, dans le Hufngton Post en 2011. C’est qu’il vient
d’arriver quelque chose de terrible.”
Ces plans pour le décès de personnalités de la famille
royale mettent certains journalistes mal à l’aise. “Certaines
histoires sont considérées comme plus importantes que
d’autres”, me confie un ancien producteur de Today
[une émission de BBC Radio 4]. Mais les plans les mieux
conçus ne marchent pas toujours. À la mort de la reine
mère, en 2002, les lumières nécro ne se sont pas allumées parce qu’on n’avait pas appuyé sur le bouton correctement. Peter Sissons portait une cravate marron au
moment d’annoncer la nouvelle sur la BBC, ce qui lui a
valu de vives critiques. On lui avait pourtant demandé
de ne pas en faire trop pour l’occasion.
Pour la reine, il n’y aura pas de place pour l’improvisation. Les présentateurs porteront costume et cravate noire.
Quand on songe à un décès dans la famille royale dans
la Grande-Bretagne contemporaine, on songe inévitablement à celui de Diana. Celui de la reine sera monumental en comparaison. Il ne sera peut-être pas aussi chargé
en émotion, mais il aura une portée plus grande et des
implications plus dramatiques. Cela s’explique en partie
par l’énorme poids de l’événement. Le déroulement des
funérailles royales modernes nous est plus ou moins
familier (celles de Diana s’inspiraient de Tay Bridge, le
plan prévu pour celles de la reine mère), mais les rituels
entourant le décès d’un monarque britannique et l’arrivée d’un nouveau chef de l’État dépassent la mémoire des
vivants : trois des quatre derniers Premiers ministres de
la reine sont nés après son accession au trône [en 1952].
Quand elle mourra, les deux chambres du Parlement seront
convoquées, les gens quitteront leur travail plus tôt et
les pilotes d’avion annonceront la nouvelle à leurs passagers. Dans les neuf jours qui suivront (le plan London
Bridge parle de Jour J, J + 1, etc.), il y aura des proclamations rituelles, le nouveau roi se rendra dans les quatre
d’irritation aristocratique. “Je déclare devant vous que
ma vie entière, qu’elle soit longue ou brève, sera consacrée
à votre service et au service de notre grande famille impériale à laquelle nous appartenons tous”, annonce-t-elle,
avec des voyelles et une conception du monde qui ont
également disparu.
“Il nous faut un fl rouge pour les événements royaux, m’a
expliqué Lytton Strachey, biographe de la reine Victoria.
Sous le règne de Victoria [1837-1901], tout allait de mieux
en mieux et était de plus en plus grand. La même narration n’est plus de mise aujourd’hui.” Conséquence, on se
refuse à songer à ce qui se passera à la mort de la reine
– et encore plus à en parler. On pourrait penser que
c’est de la bonne éducation, mais c’est aussi de la peur.
Pour rédiger cet article, j’ai interrogé des dizaines de
↗ Deux fans de la reine
pendant le jubilé de diamant
des 60 ans de son règne.
→ Le prince Charles lors
d’une visite en 1984 en
Papouasie-Nouvelle-Guinée.
→→ Avril 1947, au Cap (Afrique
du Sud), Élisabeth prononce
un discours pour la BBC
à l’occasion de ses 21 ans.
→→ → La reine sur une plage
non localisée. Une photo non
ofcielle vendue à des
médias anglais par un
collectionneur anonyme.
nations du pays, les programmes de télévision seront
aménagés et nous aurons à Londres une assemblée de
diplomates comme nous n’en avons pas vu depuis la
mort de Winston Churchill, en 1965.
On dressera le bilan psychologique du royaume que
la reine laissera derrière elle. Élisabeth II est notre dernier lien vivant avec notre grandeur passée – l’identité
de la Nation, son regard sur elle-même – qui est toujours
défnie par notre victoire dans la Seconde Guerre mondiale. Contrairement à la présidence américaine, par
exemple, la monarchie lie de longues périodes – parfois
un siècle – à la personne du monarque. L’époque actuelle
restera probablement dans les mémoires comme une
période de déclin national continu, voire de désintégration si la reine vit sufsamment longtemps pour voir
l’Écosse quitter le Royaume-Uni. La vie et la politique
à la fn de son règne n’ont plus rien de la grandeur et de
l’innocence qui étaient les leurs en 1952. “Ce n’est pas de
sa faute, m’a confé l’historien et biographe royal Philip
Ziegler [auteur notamment d’une biographie autorisée
d’Édouard VIII, inédite en français]. Nous avons décliné
avec elle, pour ainsi dire.”
D
es reportages nécrologiques nous rappelleront à
quel point le pays était diférent à son accession
au trône. Les images de son 21e anniversaire, en
1947, seront redifusées en boucle. La princesse
Élisabeth était alors en vacances au Cap avec
ses parents, à 10 000 kilomètres de chez elle,
mais dans les limites de l’Empire britannique. On la
voit installée à une table avec un microphone. L’ombre
d’un arbre joue sur son épaule. La caméra change de
plan à trois ou quatre reprises pendant qu’elle parle et,
chaque fois, elle a une petite crispation, un bref instant
présentateurs de télévision, de fonctionnaires et d’anciens membres du personnel du palais, dont plusieurs
avaient travaillé directement au plan London Bridge.
Tous ou presque ont exigé le secret absolu. Le palais
de Buckingham a par ailleurs pour politique de ne pas
commenter les arrangements prévus pour les obsèques
des membres de la famille royale.
Dix jours de deuil
et de spectacle.
Ce tabou, comme une grande partie de ce qui touche à
la monarchie, n’est pas entièrement rationnel et masque
une réalité. La prochaine grande rupture dans la vie nationale britannique est en fait planifée à la minute près.
Elle touche des questions d’une importance énorme,
sera payée par nous et se produira de toute façon. Selon
l’Ofce des statistiques nationales, une Britannique qui
arrive à l’âge de 91 ans – ce qui [a été] le cas de la reine en
avril – peut espérer vivre encore quatre ans et trois mois
en moyenne. La reine approche de la fn de son règne
alors que l’inquiétude est à son comble quant à la place
de la Grande-Bretagne dans le monde et que les tensions
politiques internes sont près de faire éclater le royaume.
Et sa mort libérera des forces déstabilisatrices en ellesmêmes : l’arrivée de la reine Camilla, l’accession au trône
d’un roi déjà âgé et l’incertitude entourant l’avenir du
Commonwealth. Le Premier ministre et le chef de l’opposition australiens souhaitent tous deux que l’Australie devienne une république.
La gestion de ces événements est le prochain grand
déf de la maison de Windsor, dernière famille royale
topical press agency/ hulton archive/getty images
heures plus tard. La princesse Diana est morte à l’hôpital de
la Pitié-Salpêtrière à Paris, à 4 heures du matin heure locale,
le 31 août 1997, et les journalistes qui accompagnaient Robin
Cook, ministre des Afaires étrangères, en visite ofcielle
aux Philippines, l’ont appris dans les quinze minutes. La
BBC a longtemps été la première informée des décès dans
la famille royale mais le monopole dont elle jouissait pour
annoncer la nouvelle à l’Empire a disparu. Quand la reine
mourra, une dépêche sera transmise simultanément à la
Press Association [agence de presse anglaise] et aux autres
médias du monde. Au même moment, un valet de pied en
habits de deuil sortira du palais de Buckingham et accrochera l’avis de décès, bordé de noir, au portail. Dans le même
temps, le site Internet du Palais afchera une page unique
reprenant le même texte sur fond sombre.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
anwar hussein/getty images
44.
360°.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
Chronologie
Le règne d’ÉLisabeth ii en 6 dates
d’Europe à pratiquer des couronnements et à entretenir la magie de toute l’entreprise, avec l’adhésion d’une
opinion enthousiaste. C’est la raison pour laquelle les
plans concernant la mort de la reine et le cérémonial
qui suivra sont aussi exhaustifs. La succession fait
partie du boulot. C’est l’occasion de réafrmer l’ordre.
La reine Victoria avait précisé par écrit le contenu de
son cercueil dès 1875. Les funérailles de la reine mère
avaient été répétées pendant vingt-deux ans. Louis
Mountbatten [1900-1979], le dernier vice-roi des Indes,
avait préparé un menu d’hiver et un menu d’été pour
son déjeuner funèbre. London Bridge est le plan de
sortie de la reine. “C’est de l’Histoire”, pour reprendre
les termes d’un de ses courtisans. Ce seront dix jours
de deuil et de spectacle au cours desquels nous savourerons ce que nous étions et éluderons la question de
ce que nous sommes devenus.
Rien ne doit être oublié. Si la reine meurt à l’étranger, Vol Royal, un avion BAe 146 de la 32 e escadrille de
la RAF [Force aérienne royale] décollera de Northolt, à
l’ouest de Londres, avec un cercueil à son bord. Leverton
& Sons, les entrepreneurs de pompes funèbres royaux,
en ont toujours un en cas d’urgence.
Les plans les plus élaborés concernent toutefois un
décès à Balmoral [la résidence d’été d’Élisabeth II, en
Le personnel connaît déjà
la procédure par cœur.
Dans tous les scénarios, le corps de la reine revient à la
salle du trône du palais de Buckingham. Il y aura un autel,
le cercueil, l’étendard royal et quatre soldats des Grenadier
Guards montant la garde, bonnet en poil d’ours incliné, fusil
pointé vers le sol. Le personnel, qui était au service de la
reine depuis plus de cinquante ans, arpentera les couloirs
en suivant une procédure qu’il connaît par cœur.
À l’extérieur, les médias seront réunis sur des sites convenus d’avance près de Canada Gate, au fond de Green Park
[l’un des parcs royaux au cœur de Londres]. Il y a sous le
Mall [avenue qui s’étend de Buckingham Palace à Trafalgar
Square] un câble en fbre optique qui permet de difuser
les cérémonies d’État. Les drapeaux seront en berne et le
glas sonnera dans tout le pays.
a
reeman dansie/reuters
stefan wermuth/reuters
Écosse], où la reine séjourne trois mois par an. Nous
aurons d’abord une série de rituels écossais. Le corps
reposera dans un premier temps à Holyroodhouse, son
plus petit palais, à Edimbourg, où elle est traditionnellement gardée par la Royal Company of Archers.
Le cercueil remontera ensuite le Royal Mile jusqu’à la
cathédrale St Giles [toujours à Edimbourg], où il sera
accueilli avant d’être embarqué sur le Train royal à la
gare de Waverley, d’où il descendra la ligne de la côte
est. La foule devrait se masser aux passages à niveau
et dans les gares tout au long du parcours et jeter des
feurs à son passage (le train sera suivi d’une autre
locomotive qui dégagera les débris des voies). “C’est
très compliqué, en fait”, m’a confé un responsable des
transports.
45
1948 — La princesse Élisabeth donne naissance
à son premier enfant, Charles, le 14 novembre.
Le prince de Galles occupe la première place
dans l’ordre de succession au trône britannique.
1952 — Mort du roi George VI le 6 février.
À 25 ans, Élisabeth succède à son père.
1953 — Élisabeth II est couronnée le 2 juin.
L’événement est retransmis à la télévision
en direct au Royaume-Uni – où il est suivi
par 27 millions de Britanniques – ainsi qu’en
France et dans quatre autres pays d’Europe.
1992 —Dans un discours célébrant ses 40 ans
de règne, le 27 novembre, la reine déclare que
1992 est son “annus horribilis”. Alors que
sa cote de popularité est au plus bas, elle afrme
que toute institution doit être ouverte
à la critique, mais que celle-ci peut être aussi
efcace si elle est faite avec humour
et bienveillance.
1997 — La reine est confrontée à une vague
d’hostilité après la mort de son ex-belle-flle,
Diana Spencer, le 31 août à Paris. On lui reproche
notamment de n’avoir pas mis en berne
les drapeaux du palais de Buckingham. Devant
la virulence des réactions, Élisabeth II prononce
une allocution télévisée le 5 septembre, la veille
des funérailles de Diana.
2015 — Depuis le 9 septembre, elle est le
souverain britannique ayant régné le plus
longtemps (plus de soixante-cinq ans en 2017).
J + 1, le lendemain du décès, les drapeaux seront
remontés et, à 11 heures, Charles sera proclamé
roi. Le Conseil d’accession se réunira au palais
de St James. Richard Tilbrook, le grefer, lira la
formule consacrée “Considérant qu’il a plu à Dieu
de rappeler en son giron notre défunte souveraine
Dame reine Élisabeth la deuxième, de bienheureuse et glorieuse
mémoire…” et Charles accomplira les premiers devoirs
ofciels de son règne : jurer de protéger l’Église d’Écosse
et évoquer le lourd fardeau qui est désormais le sien.
A l’aube, la fenêtre centrale qui surplombe Friary Court
[cour du palais de St James], sur la façade est du palais, aura
été retirée et le toit couvert de feutre rouge. Une fois que
Charles aura parlé, les trompettes des Life Guards s’avanceront, sonneront trois fois et Thomas Woodcock, roi
d’armes de la Jarretière [le plus élevé des ordres de chevalerie britanniques], lancera les proclamations rituelles du
roi Charles III. “Je ferai la première”, confe Woodcock, dont
la mission est rémunérée 49,07 livres depuis les années
1830. En 1952 [lors des funérailles du roi George VI, le père
d’Élisabeth II], le moment avait été enregistré par quatre
caméras des actualités. Cette fois, le public comptera des
milliards de personnes. L’orchestre des Coldstream Guards
jouera l’hymne national [God Save the Queen] sur des tambours voilés de noir.
“Aucune concession à la
modernité dans tout cela.”
Ce ne sera que le début. Le roi d’armes de la Jarretière,
escorté d’une demi-douzaine d’autres hérauts semblant
tirés d’une production shakespearienne à gros budget,
se rendra ensuite en carrosse à la statue de Charles Ier,
au sud de Trafalgar Square, qui constitue le centre ofciel de Londres, et réitérera son annonce. Quarante et
un coups de canon seront tirés depuis Hyde Park, soit
près de sept minutes d’artillerie. “Il n’y a aucune concession à la modernité dans tout cela”, me confe un ancien
fonctionnaire du palais. Il y aura des bicornes et des
chevaux partout.
D’autres rituels suivront puis le nouveau roi se rendra
à Edimbourg, Belfast et Cardif. On le verra pleurer avec
ses sujets, assumer le rôle écrasant et solitaire qu’il tient
dans l’imagination du public. “Il s’agira de voir et d’être vu”,
explique un de ses conseillers.
L’art du spectacle royal a longtemps été pour les autres, les
peuples plus faibles : les Italiens, les Russes et les Habsbourg.
Les cérémonies britanniques étaient une catastrophe. Les
personnes chargées des funérailles de la princesse Charlotte,
en 1817, étaient ivres. Dix ans plus tard, il faisait si froid
360°
dans la chapelle St George [du château de Windsor] lors
des obsèques du duc Frederick d’York que George Canning,
ministre des Afaires étrangères, a contracté des rhumatismes et que l’évêque de Londres est mort. “Jamais on ne
vit troupe plus disparate, plus grossière, plus mal tenue”, rapporta The Times à propos des funérailles de George IV, en
1 830. Le sacre de Victoria, quelques années plus tard, n’avait
rien d’exceptionnel. Le clergé s’est trompé dans le texte, le
chœur était afreux et les joailliers royaux avaient fait la
bague de couronnement pour le mauvais doigt. “Certaines
nations ont un don pour les cérémonies, écrivait la marquise de
Salisbury en 1860. En Angleterre, c’est exactement l’inverse.”
La reine, qui est quelqu’un de pratique et ne fait pas de
sentiment, comprend la puissance théâtrale de la couronne. L’une de ses formules serait “Il faut qu’on me voie
pour qu’on croie”. Et rien ne permet de douter que ses funérailles provoqueront un vif émoi collectif. “Il y aura un
énorme et authentique déferlement d’émotion”, m’a déclaré
l’historien Andrew Roberts. Pour elle, et en fait pour nous.
Nous aurons besoin d’aller dans la rue, de voir ça de nos
propres yeux, de faire partie de la foule. Nous deviendrons
conservateurs dans l’âme. “La mort de la reine intensifera
le sentiment patriotique.”
Cette vague d’émotion contribuera à noyer les points délicats de la succession. Camilla, d’abord. Elle est parvenue à se
faire accepter en tant que duchesse de Cornouailles mais on
saura vraiment à quel point quand elle deviendra reine.
Quant au Commonwealth, en 1952, cette entité qui était
en train de prendre forme ne comptait que huit membres.
La reine, qui était chef de l’État de sept d’entre eux, a été
proclamée chef du Commonwealth pour tenir compte du
cas unique de l’Inde, qui était une république. Soixantecinq ans plus tard, l’organisation compte trente-six républiques et représente un tiers de la population mondiale.
Le problème, c’est que cette fonction n’est pas héréditaire
et qu’il n’existe aucune procédure pour choisir le prochain
titulaire. “Nous sommes en pleine zone grise”, constate Philip
Murphy, qui dirige l’Institut des études du Commonwealth
de l’université de Londres.
V
oilà plusieurs années que le palais essaie discrètement d’assurer l’accession de Charles à
la tête du bloc. L’ancienne Première ministre
australienne Julia Gillard a révélé en octobre
que Christopher Geidt, secrétaire particulier
de la reine, lui avait rendu visite en février 2013
pour lui demander de soutenir cette idée. Le Canada et
la Nouvelle-Zélande s’y sont ralliés depuis mais il est peu
probable qu’on inclue le titre dans la proclamation du roi
Charles. La question fera plus probablement partie du
discret lobbying qui aura lieu dans les jours suivant la
mort de la reine, où Londres se remplira de diplomates
et de présidents.
Il y aura encore des milliers de préparatifs dans les
neuf jours précédant les funérailles. Les soldats répéteront le parcours du cortège, on répétera les prières. À J + 1,
Westminster Hall sera fermé, nettoyé et le sol de pierre
couvert de 1 500 mètres de moquette. On apportera des
cierges de l’abbaye, la mèche déjà rodée. Les rues alentour
se transformeront en espaces de cérémonie. On retirera
les bornes du Mall et on posera des barrières pour protéger les haies. Horse Guards Parade [grande place située
dans le quartier de Westminster à Londres] peut contenir
7 000 sièges et Carlton House Terrace [une rue adjacente
à Horse Guards Parade] 1 345. En 1952, on avait arraché
tous les rhododendrons de Parliament Square. “On ne peut
rien faire pour protéger les bulbes”, relevait le ministère des
Travaux publics. On choisira les dix porteurs du cercueil,
qui s’entraîneront à leur tâche loin des regards, dans une
caserne quelconque. Les membres de la famille royale sont
inhumés dans un cercueil doublé de plomb. Celui de Diana
pesait 250 kilos.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
monter la garde. Les enfants et les petits-enfants de la reine,
pour la première fois femmes incluses, feront de même.
À J + 9, jour des funérailles, avant l’aube, les joyaux seront
retirés du cercueil et nettoyés. En 1952, il avait fallu près
de deux heures à trois joailliers pour enlever toute la poussière. Le pays aura un jour de congé. Les magasins fermeront
ou réduiront leurs heures d’ouverture. Certains afcheront une photo de la reine en vitrine. La Bourse n’ouvrira
pas. La nuit précédente, il y aura eu des services religieux
dans tout le Royaume-Uni – dans les stades de football en
cas de besoin.
a
afp
46.
↑ 2 juin 1953. Le couronnement d’Élisabeth II.
À J + 4, le cercueil sera transféré à Westminster Hall, où
il sera exposé pendant quatre jours entiers. Le cortège qui
partira du palais de Buckingham sera le premier grand déflé
militaire de London Bridge : il descendra le Mall, passera
par Horse Guards et devant le Cénotaphe [un mémorial
de la Première Guerre mondiale]. Un million de personnes
pourraient y assister. Elles y arriveront par les moyens
logistiques mis en place pour les Jeux olympiques de 2012.
Il y aura peut-être des corgis. En 1910, le cortège funèbre
d’Édouard VII était mené par Caesar, son fox-terrier. Le cercueil de son fls [George V] avait été suivi jusqu’à la gare de
Wolferton, à Sandringham, par Jock, un cheval de chasse
blanc. Le cortège arrivera à Westminster Hall à l’heure. “Big
Ben commencera à sonner quand les roues s’arrêteront”, pour
reprendre les termes d’un homme de télévision.
Un seul être vous manque
et toute une nation est
désemparée.
Une fois à l’intérieur, le cercueil sera placé sur un catafalque drapé de violet, au son de psaumes. Le roi Charles,
de retour de sa tournée, mènera le cortège. L’orbe, le sceptre
et la couronne impériale seront placés sur le cercueil, des
soldats monteront la garde puis les portes s’ouvriront à la
foule qui se sera formée à l’extérieur et déflera pendant
vingt-trois heures d’aflée chaque jour.
Tout semblera merveilleusement organisé, réconfortant
et réglé au millimètre près, parce que c’est le cas. Quatre
soldats se relaieront toutes les vingt minutes pour veiller
le cercueil au garde-à-vous, avec deux en réserve. La RAF,
l’armée de terre, la Royal Navy, les Beefeaters [les gardes
de la Tour de Londres], les Gurkhas [unité d’élite de l’armée britannique composée de Népalais] – tout le monde
participera. Le plus gradé se tiendra au pied du cercueil, le
moins gradé à la tête. Les couronnes posées sur le cercueil
seront renouvelées tous les jours. Pour Churchill, en 1965,
on avait construit une réplique du hall dans la salle de bal
de l’hôtel St Ermin, de façon à ce que les soldats puissent
s’entraîner avant de prendre leur service. En 1936, les quatre
fls de George V avaient rétabli la veillée du prince, qui voit
les membres de la famille royale arriver sans s’annoncer et
9 heures, Big Ben sonnera. Son battant sera
ensuite recouvert d’un tampon de cuir de plus d’un
centimètre d’épaisseur pour assourdir le son. Le
palais et l’abbaye de Westminster ne sont séparés
que de quelques centaines de mètres. La reine
sera le premier monarque britannique à y avoir
ses funérailles depuis 1 760 [depuis les funérailles du roi
George II]. Les deux mille invités seront assis à l’intérieur.
Le cercueil arrivera aux portes de l’abbaye à 11 heures et
tout le pays fera silence. Les bavardages se tairont. Les gares
ne feront plus d’annonces. Les bus s’arrêteront et les chauffeurs descendront du côté de la route. En 1952, au même
moment, tous les passagers d’un vol reliant Londres à New
York s’étaient levés, à 5 500 mètres au-dessus du Canada,
et avaient incliné la tête.
À l’époque, les enjeux étaient clairs, du moins apparemment. Le roi bègue George VI avait fait partie d’un mode
de vie qui avait survécu à la guerre. La couronne déposée
par Churchill déclarait : “Au courage.” Le commentateur
de la BBC était Richard Dimbleby [1913-1965], qui avait été
sept ans auparavant le premier journaliste britannique à
entrer dans Bergen-Belsen [camp de concentration nazi
allemand de la Seconde Guerre mondiale] et à en transmettre l’horreur.
Les trompettes et les rites antiques étaient la preuve que
nous avions survécu et qu’Élisabeth gouvernerait dans la
paix. “Ces cérémonies royales représentaient la décence, la tradition et le devoir, par opposition avec l’horreur du nazisme”,
pour reprendre les termes d’un historien. “C’était réparateur”, m’a expliqué Jonathan Dimbleby, fls et biographe
de Richard. C’est probablement son frère David [tous les
deux sont journalistes politiques] qui sera au micro de la
BBC cette fois. La question sera de savoir ce que les cloches,
les emblèmes et les hérauts représentent aujourd’hui. À
partir de quel moment la pompe d’une monarchie impériale devient-elle ridicule quand le pays s’est afaibli ? “On
risque de les considérer comme des accessoires de cirque”, m’a
confé un historien.
Si la monarchie est un spectacle, ce doute fait partie du
spectacle. Peuvent-ils toujours y arriver ? Quand on sait
tout ce que l’on sait en 2017, un seul individu peut-il toujours contenir l’âme d’une nation ? La monarchie n’a pas
pour but de répondre à ce genre de question mais de continuer. “Nous passons vraiment une grande partie de notre vie
à jouer un rôle”, disait la reine mère.
À l’intérieur de l’abbaye, l’archevêque parlera. Les caméras
ne montreront pas les visages de la famille royale pendant
les prières. Le cercueil ressortira, les porteurs le placeront
sur l’afût de canon vert qui a servi pour le père de la reine,
son père et le père de son père et 138 marins le tireront. La
procession gagnera lentement le Mall. De Hyde Park Corner,
le corbillard fera 37 kilomètres par la route jusqu’au château de Windsor, qui accueille le corps des souverains britanniques. Le personnel l’attendra debout sur la pelouse.
Puis les portes du cloître se refermeront et les caméras cesseront de tourner. Dans la chapelle, l’ascenseur descendra
à la crypte royale et le roi Charles jettera une poignée de
terre rouge tirée d’un bol d’argent.
—Sam Knight
Publié le 17 mars
Agence : Movement Paris
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48.
360°
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
histoire.
L’éphémère
république C
d’Ukraine
—Neue Zürcher Zeitung (extraits)
déclenché la mobilisation sociale et nationale
de couches importantes de la population. Et, du
fait de sa démographie, de ses ressources écono’est dans un empire multiethnique, où les miques et de son emplacement géostratégique,
Russes ne représentent que 44 % de la popu- l’Ukraine ne va pas tarder à devenir un problème
lation et les Ukrainiens 18 %, qu’éclate la majeur, d’abord pour le gouvernement provisoire
révolution de 1917. Pourtant, il s’agit avant tout d’une puis pour les bolcheviques [qui prennent le pourévolution russe, partie de la capitale, Petrograd, voir à Petrograd en octobre 1917].
comme a été rebaptisé Saint-Pétersbourg en 1914.
Car en Ukraine aussi la révolution entraîne une
C’est là que, à la fn du mois de février, des ouvriers, libéralisation de la vie politique et culturelle, et il
des soldats et des femmes russes renversent le vieux s’y met également en place un “double pouvoir”. Le
régime des tsars. Pour la première fois de l’histoire, gouvernement provisoire s’y appuie sur la populala révolution de Février établit en
tion urbaine, surtout russe et juive. Les
Russie une république démocratique
soviets, eux, s’appuient sur les ouvriers,
qui garantit les droits de l’homme et
principalement russes, concentrés
du citoyen ainsi que l’émancipation
dans les grands centres de l’industrie
des nationalités.
lourde du sud-est de l’Ukraine. Quant
Les nationalités non russes de
à la majorité de la population rurale,
série 1917 ukrainienne, elle s’empare des biens
l’empire accueillent favorablement
des propriétaires fonciers (généralecet efondrement de l’ordre ancien.
5/8
ment russes et polonais) à l’occasion
Elles placent leurs espoirs dans la
nouvelle Russie démocratique, représentée par le d’une révolution agraire spontanée.
“double pouvoir” du gouvernement provisoire et
Une semaine à peine après la révolution de
du soviet des représentants des ouvriers et des sol- Février, des forces nationalistes ukrainiennes font
dats de Petrograd. La Russie est alors en guerre, et leur apparition. À Kiev, les représentants de divers
le combat aux côtés de la Triple-Entente unit les groupes sociaux, pour l’essentiel membres de l’inforces démocratiques contre les monarchies d’Al- telligentsia socialiste modérée, se rencontrent pour
lemagne et d’Autriche-Hongrie.
fonder la Rada centrale, qui en quelque sorte préLes seuls qui, en 1917, défent directement le fgure l’Assemblée constituante. Elle élit à sa prégouvernement provisoire et infuencent subs- sidence l’historien Mykhaïlo Hrouchevsky [l’une
tantiellement le cours de sa politique sont les des grandes fgures de la renaissance nationale
Ukrainiens. Ce qui est surprenant, car la consti- ukrainienne du début du xxe siècle]. Au début
tution de ces derniers en tant que nation est tar- d’avril, elle est légitimée dans le cadre d’un congrès
dive [pas avant le xviie siècle]. Mais la Première panukrainien. Elle proclame sa loyauté envers
Guerre mondiale et la révolution de Février ont le gouvernement provisoire de Petrograd et dit
Zurich
1917 – année de toutes
les révolutions
Le renversement du régime
tsariste change le cours
de la Première Guerre
mondiale. Il va aussi chambouler
le destin de la toute
jeune nation ukrainienne.
360°.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
avoir pour objectif une autonomie territoriale
nationale de l’Ukraine, dans le cadre d’une république russe fédérative.
Mais les négociations avec le gouvernement provisoire russe n’aboutissant à aucun résultat, la Rada
déclare, en juin 1917, l’autonomie de l’Ukraine dans
son premier “universal” [nom inspiré des édits
des hetmans, les chefs de l’État cosaque zaporogue ukrainien aux xvie et xviie siècles]. Par le
recours aux concepts de “Rada” et d’“universal”,
le pouvoir de Kiev s’eforce alors de se rattacher
symboliquement à l’époque de l’hetmanat cosaque
d’Ukraine qui, vers le milieu du xviie siècle, avait
connu une brève existence en tant qu’État indépendant : “Peuple ukrainien ! Peuple des paysans, des
ouvriers, des actifs ! Par ta volonté, tu as fait de nous,
la Rada centrale ukrainienne, la gardienne des droits
et des libertés de la terre ukrainienne ! Peuple ! Tes
députés ont fait connaître ta volonté : Ukraine, sois
libre ! Sans se séparer de la Russie, sans quitter l’union
de l’État russe, le peuple ukrainien aura le droit, sur
sa terre, de décider de sa propre vie.”
Le gouvernement provisoire, qui s’accroche à
l’idée d’une “Russie une et indivisible”, n’est pas prêt
à répondre à ces exigences. Une semaine plus tard,
il en appelle à la relation fraternelle et à l’unité
entre les deux peuples : “Citoyens d’Ukraine ! Le
destin de l’Ukraine n’est-il pas indissociable de celui
de la Russie libérée ? […] Frères ukrainiens ! Ne choisissez pas la voie, lourde de conséquences, de la fragmentation des forces de la Russie libérée ! Ne vous
arrachez pas à notre patrie commune !”
Kiev se dote alors d’un secrétariat général de la
Rada, premier gouvernement de l’Ukraine moderne.
Après de nouvelles négociations avec le gouver-
Pour la première fois
le pouvoir central russe cède
une partie de ses pouvoirs
à une entité ukrainienne.
nement provisoire russe, les deux parties parviennent à un compromis. Petrograd reconnaît
de facto la Rada et le secrétariat général comme
représentants de la nation ukrainienne. La décision sur l’autonomie de l’Ukraine est certes reportée à une Assemblée constituante, qui ne sera élue
qu’après la prise de pouvoir des bolcheviques,
mais pour la première fois le pouvoir central russe
cède ainsi une partie de ses pouvoirs à une entité
ukrainienne. Ce qui entraîne une crise gouvernementale et le départ de la plupart des ministres
nationalistes libéraux à Petrograd.
Pendant ce temps, en Ukraine, les intellectuels ne sont plus les seuls à se mobiliser. Ils sont
rejoints par des segments importants de la population au niveau national. Durant l’été, les paysans fondent des organisations nationales sous la
férule du syndicat des paysans ukrainiens. Ce dernier convoque un congrès au mois de juin, auquel
prennent part quelque 2 000 délégués, qui se prononcent en faveur d’un règlement de la question
agraire et d’une autonomie de l’Ukraine. De leur
côté, les soldats ukrainiens forment des unités
nationales et organisent trois congrès successifs.
Et, lors des élections de l’Assemblée constituante,
en novembre 1917, les bolcheviques n’obtiennent
qu’environ 10 % des voix en Ukraine (contre 24 %
dans toute la Russie). La majorité de la population
Repères
LA “qUEsTIOn nATIOnALE” dAns L’EmPIRE RUssE
L’historienne russe Tamara
Krassovitskaïa, interrogée par
le site Lenta.ru pour sa série sur
le centenaire de la révolution
d’Octobre, estime que ce qu’on
appelait alors la “question
nationale” a été “déterminante
pour le destin de l’Empire
russe en 1917”. À l’orée du
xxe siècle, l’empire compte
125 millions d’habitants,
dont 55 millions de Russes
seulement. Ces derniers
constituent le groupe
le plus nombreux, mais
représentent seulement
44 % de la population.
“Cette situation minoritaire
de l’ethnie fondatrice
d’un empire est
dangereuse et potentiellement
explosive”, écrit-elle.
La question nationale est celle
des relations entre les Russes
– qui gouvernent – et les
non-Russes au sein de l’Empire.
À cette époque, elle est
particulièrement sensible
concernant les Finlandais, les
Polonais – qui acquièrent leur
indépendance respectivement
fn 1917 et fn 1918 – et les
Ukrainiens, mais elle se pose
aussi au sujet des Juifs – la judéité étant considérée
comme une nationalité –,
des populations du Caucase
et du Turkestan russe.
Partout, des mouvements
identitaires et des partis
politiques nationaux se créent.
Avant les grandes réformes
d’Alexandre II en 1861,
la population était
massivement rurale, et les
villes majoritairement russes
[sauf en Pologne, en Finlande et
en Géorgie]. Au début
du xxe siècle, la conscience
nationale des diférentes
populations se forge avec
l’essor industriel et le
développement des villes.
“En 1917, l’empire a craqué sur
les frontières nationales – et
c’est ce qui s’est exactement
reproduit en 1991 [chute de
l’URSS]”, rappelle l’historienne.
49
territoire de l’Ukraine actuelle (à l’exception de la
Crimée). Elles lui promettent un soutien militaire
et exigent, en contrepartie, la livraison de vivres.
Les troupes rouges sont chassées d’Ukraine,
et en mars 1918, dans le cadre du traité de BrestLitovsk [qui scelle la paix entre les Empires centraux et la Russie], les bolcheviques sont contraints
de reconnaître l’indépendance de Kiev. En quelques
semaines, les forces allemandes et austro-hongroises
vont occuper l’ensemble du pays. Mais les puissances centrales s’accommodent mal d’une république populaire d’orientation socialiste et la
remplacent par un gouvernement fantoche dirigé
par Pavlo Skoropadsky, un ancien général de l’armée impériale russe. Ce prétendu État ukrainien
adopte une politique sociale conservatrice, qui
se heurte à la résistance des paysans, lesquels
redoutent un retour des grands propriétaires et
se préparent à résister les armes à la main.
Jour de l’unité. Bien que dépendant des puis-
sances centrales, en 1918, c’est la première fois
depuis le xviie siècle qu’existe un État ukrainien
qui entreprend de développer sa propre administration et un système d’éducation en langue
ukrainienne. Et avec la fn de la Première Guerre
mondiale et le retrait des troupes allemandes et
austro-hongroises, la République populaire ukrainienne ressuscite. Elle revendique tous les territoires majoritairement peuplés d’Ukrainiens
sur le territoire de l’ancien empire des tsars ainsi
que ceux des Ruthènes, les Ukrainiens de l’ancienne monarchie des Habsbourg. C’est dans cette
région, en novembre 1918, qu’est établie une république populaire d’Ukraine de l’Ouest, mais cellerurale vote pour les SR, les socialistes révolution- ← Les troupes
ci est aussitôt assaillie par les forces polonaises.
naires agrariens qui, en Ukraine, se sont consti- mobilisées par la Rada Aussi, le 22 janvier 1919, la république populaire
quittent Kiev pour
d’Ukraine de l’Ouest fusionne-t-elle avec l’UNR.
tués en parti à part entière.
Entre-temps, pourtant, la révolution d’Oc- marcher contre
Cette unité de l’Ukraine est toutefois de courte
tobre a bouleversé l’échiquier. Si les Ukrainiens, les forces bolcheviques durée, ce qui n’empêche pas la date du 22 janvier
dans leur grande majorité, sont opposés aux bol- après la révolution
d’être célébrée dans l’Ukraine moderne comme
cheviques, Kiev choisit d’abord l’attentisme. Le d’Octobre. Dans
le “Jour de l’unité”.
7 novembre 1917, la Rada centrale proclame l’avè- le même temps,
Au cours de la guerre civile qui fait rage de 1918
nement de la République populaire ukrainienne la capitale ukrainienne à 1921, l’UNR va fnir par succomber, prise en étau
(UNR), mais toujours dans le cadre d’une fédé- est le théâtre
entre les bolcheviques et les Russes blancs hostiles
de violents combats
ration russe.
aux soviets. Malgré tout, elle garde une grande
La Rada réussit à consolider son pouvoir dans la entre bolcheviques
importance symbolique dans l’État indépendant
plupart des régions du pays. Cela, les bolcheviques et nationalistes.
d’aujourd’hui, où elle est considérée comme le prene l’acceptent pas. À la mi-décembre, à Kharkiv Photo CCI/Bridgeman
mier État national ukrainien. Au point que Kiev a
[une ville de l’est de l’Ukraine, alors aux mains de Images
repris à son compte son emblème, le trident, mais
groupes armés bolcheviques] un congrès des soviets
aussi son drapeau bleu et jaune, son hymne natioukrainiens annonce la création de la République
nal et sa devise, la hryvnia.
Aujourd’hui, dans la conscience collective des
populaire ukrainienne des soviets, qui s’appuie
sur la population ouvrière. Cette république de
Ukrainiens, ce n’est pas la révolution russe de 1917
Kharkiv revendique le pouvoir sur l’ensemble de
qui est au premier plan, mais la révolution natiol’Ukraine et lance une ofensive militaire contre
nale de 1917 à 1921, la Rada centrale constituée en
la Rada centrale, dépeinte comme l’incarnation
réaction à la révolution de Février, et surtout la
des “nationalistes bourgeois”. Ce n’est que lorsque
République populaire ukrainienne. C’est d’elle,
les forces bolcheviques pénètrent dans le centre
et non de la révolution de 1917, que s’est réclade l’Ukraine que la Rada se décide à rompre avec
mée la révolution de l’Euromaïdan [qui, à l’hiver
l’État russe. Le 12 janvier 1918, l’Ukraine déclare
2013-2014, a débouché sur la chute du président
son indépendance.
prorusse Viktor Ianoukovytch], favorable à un
Un peu plus tard, les troupes bolcheviques s’eméloignement vis-à-vis de la Russie et à un rapprochement avec le reste de l’Europe.
parent de Kiev. Le lendemain, l’UNR conclut une 1917 5/8
—Andreas Kappeler
paix séparée avec les Empires centraux [nom de la Prochain épisode
Publié le 7 mars
coalition que forment, durant la Première Guerre de notre série :
mondiale, les Empires allemand, austro-hongrois les journées
et ottoman, et le royaume de Bulgarie]. Ces der- de juillet et la chute
*Andreas Kappeler est professeur émérite spécialiste en
nières reconnaissent la république ukrainienne en du gouvernement
histoire de l’Europe orientale à l’université de Vienne et
membre de l’Académie des sciences autrichienne.
tant qu’État indépendant couvrant l’essentiel du provisoire.
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360°.
Courrier international — no 1386 du 24 au 31 mai 2017
51
tendances.
Ils dessInent
le futur
REnIA MEDhAt,
professeure d’arts martiaux
égyptienne, 24 ans
Bâtons
modernes
Rêves salés
Piste directe
Défouloir ludique
PAYS-BAS — “C’est le rêve
de tout cycliste de pouvoir
traverser la ville en
enchaînant les feux verts
et sans devoir s’arrêter pour
laisser passer les voitures
ou les piétons”, afrme
Curbed. Un rêve pas loin
d’être une réalité dans
la ville d’Utrecht, où est testé le système de signalisation Flo,
créé pour éviter les arrêts répétés pendant les trajets à vélo.
Situées à environ 120 mètres des feux rouges, les bornes
lumineuses Flo détectent la vitesse des cyclistes en leur
indiquant s’ils doivent accélérer, ralentir ou rester au même
rythme pour passer directement au vert. De nombreuses
bornes devraient être installées dans la ville dans les prochains
mois, faisant des amateurs de vélo d’Utrecht ceux
“que tous les cyclistes urbains envient”, selon le site américain.
AFRIQUE DU SUD — Alors que les appels à la démission
du président Jacob Zuma se multiplient, l’exaspération
des Sud-Africains inspire les créateurs de jeux en ligne
se moquant du chef de l’État. Le Sunday Time estime
que le jeu Tricky Zuma a été créé pour permettre aux
citoyens de passer leurs nerfs en dehors des pétitions
et des manifestations. Le principe
est simple : l’utilisateur peut
cribler de fèches la tête d’un
Jacob Zuma virtuel et déclencher
son ricanement légendaire.
Au moment où “nos réalités
virtuelles et physiques
se confondent de plus en plus,
ces jeux apportent une certaine
forme de satisfaction”
aux citoyens qui se sentent
impuissants, note le journal.
jackie clausen
sprinGlab
Dans sa série photographique Salt : Vanity, présentée à la galerie Hamilton
de Londres, Murray Fredericks capture la dimension onirique du lac Eyre.
photo Situé au centre de l’Australie, ce lac salé est le plus grand du pays, et
son point le plus bas se trouve à environ 13 mètres au-dessous du niveau de la mer.
En positionnant dans chaque paysage un miroir, le photographe australien interroge
notre relation à la nature et à son infnité, “nous encourageant à prêter attention
à la lumière, à la couleur et à l’espace”, explique-t-il au magazine en ligne iGnant.
Modern taHteeb Facebook paGe
Mirror 10, 2017 © Murray Fredericks, courtesy oF HaMiltons Gallery, london
I
nscrit en 2016 au patrimoine
de l’Unesco, le tahteeb,
art martial dans l’Égypte
ancienne, est un jeu qui se pratique avec un bâton, symbole de
la virilité, et qui est traditionnellement réservé aux hommes. Ce
n’est pas l’avis de Renia
Medhat, la première
fem me ég y p tienne à devenir
instructrice certifée de tahteeb.
“Je suis attachée à
cet art depuis mon
enfance. Je regardais
les compétitions projetées au cinéma,
car en Haute-Égypte [dans le Sud]
les femmes ne sont pas autorisées
en tant que spectatrices”, confet-elle à Al-Monitor. Sélectionnée
par une organisation non gouvernementale, l’Association de la
Haute-Égypte pour l’éducation et
le développement, Renia Medhat
a pu suivre une formation intensive d’une version moderne de
l’art martial au Caire et devenir
la première femme à enseigner
le tahteeb dans la capitale. Plus
qu’un sport, la discipline ancestrale aide, selon elle, “à renforcer
l’identité égyptienne et à améliorer la confance en soi de ceux qui le
pratiquent”.—
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