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Les Echos 22416 2017 Suppl

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N° 70. SUPPLÉMENT AU N° 22416 DU QUOTIDIEN « LES ECHOS » DES 31 MARS ET 1ER AVRIL 2017. NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT. 4,50 €
BUSINESS STORY / CULTURE / STYLE / ... ET MOI
L'AMÉRIQUE ANTI-TRUMP
Enquête sur la grande coalition des opposants irréductibles
au nouveau président des États-Unis
PRÉSIDENTIELLE
La « folle élection » et
les bookmakers anglais
EXPOSITIONS
Une saison africaine
à Paris
AVENTURE
Mon Vendée Globe,
avant, pendant... et après
SOMMAIRE
31 MARS 2017
Au lendemain
de l’investiture
de Donald Trump,
la Marche des femmes
réunit une foule
immense dans
plus de 600 villes
américaines,
comme ici à Miami.
10 ESPRIT WEEK-END
15 LE DIMANCHE IDÉAL DE…
L’explorateur Bertrand Piccard.
BUSINESS STORY
19 EN COUVERTURE :
LA GRANDE COALITION DES ANTI-TRUMP
Le début de mandat du président américain
a confirmé les craintes d’une partie
de l’Amérique. Juges, médias, élus locaux,
entrepreneurs, artistes… se mobilisent.
EN COUVERTURE : J O N AT H A N W I G G S/ T H E B O S T O N G L O B E V I A G E T T Y I M AG E S
AL DIAZ/AP/SIPA
HOLLY WALES POUR LES ÉCHOS WEEK-END
28 LE « E-MULLIEZ » D’AUCHAN
Pour rivaliser avec les géants du commerce
en ligne, le groupe de distribution
expérimente l’esprit start-up. Aux manettes
d’Auchan Direct, le petit-fils du fondateur.
30 LA PRÉSIDENTIELLE, UN RÉGAL
POUR BOOKMAKER ANGLAIS
Depuis le « Penelopegate », les parieurs
londoniens se sont pris de passion
pour la campagne électorale française.
Reportage de l’écrivain Christophe Donner.
CULTURE
35 UNE SAISON AFRICAINE
Un tourbillon de créativité artistique
tout droit venu d’Afrique s’empare
ce printemps de la scène culturelle
française. Demandez le programme !
40 LE PROPHÈTE ET LE MANDARIN
Islamologues réputés, Olivier Roy, agrégé
de philosophie, et Gilles Kepel, politologue,
s’affrontent sur la question des racines
du djihadisme en France.
43 EXPO, LIVRES, BD, CINÉMA, MUSIQUE
Sélection pour se distraire ou s’instruire,
entre coup de foudre, moment de plaisir
et instant de réflexion.
STYLE
58 GASTRONOMIE
47 RETOUR À LA TERRE
Six idées de week-ends à la ferme,
en Normandie, au Portugal,
en Cornouailles… pour respirer, reprendre
racine et se reconnecter à la nature.
74 MYTHIQUE M10
Avec le M10, Leica remet au goût du jour
son appareil télémétrique phare.
52 SCANDALES SUR GRAND ÉCRAN
Le T-shirt de Brando, la robe de Mireille
Darc… À l’occasion de l’exposition « Tenue
correcte exigée », aux Arts décoratifs,
retour sur quatre vêtements cultes.
54 LANVIN SELON BOUCHRA JARRAR
La créatrice entend réinventer,
tout en clarté et lumière, la modernité
de la vénérable maison.
55 VALEURS PARISIENNES
Le sac Paris Premier de Longchamp.
56 DES FOURMIS, DES CRÈMES ET DES HOMMES
Insectes, serpents ou gastéropodes
fournissent des actifs de plus
en plus prisés par la cosmétique.
57 TOP CHRONO
Les montres chronographes fleurent
bon l’histoire de l’aviation et de la course
automobile.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 7
…ET MOI
75 MES 100 JOURS SEUL EN MER
Le 18 février dernier, Fabrice Amedeo,
journaliste et skipper, bouclait le Vendée
Globe, le fameux tour du monde
en solitaire. Il raconte son aventure
sportive, entrepreneuriale et humaine.
82 DÉLICES D’INITIÉS
84 BIEN-ÊTRE
Cerveau : des nouvelles du front.
86 CLAP DE FIN
La chronique de Marc Dugain.
ÉDITO
31 MARS 2017
CULTURE
31 MARS 2017
Qunusa! Buhle, 2015,
de Buhlebezwe Siwani,
à la Fondation
Louis Vuitton.
BUSINESS STORY
STYLE
31 MARS 2017
31 MARS 2017
LA GRANDE COALITION
DES ANTI-TRUMP
ET MOI…
Par Clara Le Fort
31 MARS 2017
Par la rédaction des Échos Week-End
BUHLEBEZWE SIWANI/COURTESY WHATIFTHEWORLD GALLERY, CAPE TOWN
UNE SAISON AFRICAINE
Du Grand-Palais à La Villette, de la Fondation Vuitton au musée
du Quai Branly, le printemps culturel sera africain.
Par Judith Benhamou Huet
L E S E CH O S W E EK - EN D – 3 5
Le président
des États-Unis
d’Amérique
au Pentagone,
le 27 janvier 2017.
À La Granja,
sur l’île d’Ibiza.
MES 100 JOURS
SEUL EN MER
DR
CI-CONTRE : CARLOS BARRIA / REUTERS PAGE SUIVANTE : SHUTTERSTOCK S.DAWSON/BLOOMBERG MEDIAPUNCH/REX SHUTTERS/SIPA R.FREMSON/THE NY TIMES-REDUX-REA D.P.MORRIS/
BLOOMBERG R.DREW/AP/SIPA E.THOMPSON/AP/SIPA D.GOLDMAN/AP/SIPA SIPANY/SIPA M.SHORT/BLOOMBERG R.ASKEW/REX/REX/SIPA C.OWEN/AP/SIPA REX/REX/SIPA
DES WEEK-ENDS
POUR REVENIR À LA TERRE
Cueillir des olives, savourer les légumes du potager,
apprendre à traire, faire son fromage... Le temps
d’un samedi et d’un dimanche à la ferme, on renoue
avec la nature. Sans perdre le sens du confort.
L E S E CH O S W E E K -E N D – 1 9
L E S E C HO S W E EK - E ND – 4 7
Par Fabrice Amedeo
Illustration : Holly Wales
L’HÉRITAGE TRUMP
Les temps sont difficiles pour Donald Trump. Le
voilà obligé de renoncer à une promesse phare
de sa campagne, l’abolition de l’Obamacare.
Majoritaires au Congrès, les Républicains n’ont
jamais réussi à s’accorder sur la réforme qui
aurait remplacé le système d’assurance-maladie
mis en place par Barack Obama. Pourtant, dans
l’opposition, les mêmes n’avaient eu aucun mal
à voter 60 fois contre les différentes tentatives
du parti démocrate d’instaurer ce filet protecteur
pour les plus pauvres. Avant même de subir
cet échec, le chef de l’État aux tweets vindicatifs
venait d’enregistrer le plus bas taux d’approbation
WILLUSTRATION FABIEN CLAIREFOND
Directeur de la publication,
président de la SAS Les Echos : Francis Morel
Editrice : Bérénice Lajouanie
Editrice déléguée :
Capucine Marraud des Grottes
directeur de la diffusion
et du marketing clients : Etienne Porteaux
Directeur Stratégie & Communication :
Fabrice Février
Pour obtenir votre correspondant,
composez le 01 49 53 suivi
des quatre chiffres entre parenthèses.
Les adresses e-mail se construisent ainsi :
initiale du prénomnom@lesechos.fr
RÉDACTION
Directeur : Henri Gibier (6589)
Directeur de création : Fabien Laborde (6304)
Assistante : Maria Lopez-Pissarra (6660)
Rédacteurs en chef :
Gilles Denis (6598), Karl De Meyer (6524)
Rédacteur en chef adjoint : Claude Vincent (6689)
Chef d’édition : Anne-Sophie Pellerin (6587)
Directrice artistique : Cécile Texeraud (6542)
Directrice artistique adjointe:
Alice Lagarde (6591)
Chef de service photo: Jany Bianco-Mula (6497)
jamais obtenu par un président, soixante jours
après son intronisation, du moins parmi tous
ceux qui l’ont précédé depuis Ronald Reagan.
Lequel, à la même période de son premier
mandat, jouissait d’une popularité de 60%.
Le contraste est cruel pour Trump avec ses 37%.
Beaucoup de commentateurs redoutaient que
l’accession du milliardaire au pouvoir suprême
ne porte, sinon un coup fatal, du moins une
blessure durable à une démocratie américaine
déjà outrageusement polarisée. Il fallait, pour
ne pas s’en inquiéter, avoir vraiment foi dans
les fameux « checks and balances » conçus par les
Conseillers éditoriaux : Daniel Fortin (6584),
Pascal Pogam (6719)
Rédaction : Philippe Chevilley (6557),
Thierry Gandillot (6434), Mariana Reali (2248)
(chefs de service), Isabelle Lesniak (6609),
Florence Bauchard (6657) (chefs de rubrique),
Pierre de Gasquet (6354) (grand reporter),
Stefano Lupieri (6692).
Editrice Web : Cécilia Delporte (6328)
Edition : Véronique Broutard (6467),
Emmanuelle Chabert (6706),
Annette Lacour (6650)
Maquette : Christine Liber (6452)
Service photo : Clémentine Neupont (2282),
Constance Paindavoine (7294)
Infographies:
service infographie des « Echos »
Documentation : Anne Flateau (6604)
Ont collaboré à ce numéro :
Fabrice Amadeo, Marie Barbelet (maquette),
Judith Benhamou-Huet, Jérôme Berger,
Philippe Besson, Ludovic Bischoff,
Emmanuelle Bosc, Johanne Courbatère de
Gaudric, Frank Declerck, Christophe Donner,
Marc Dugain, Jean-Denis Errard, Astrid
L E S E CH O S W E EK - EN D – 7 5
pères de la Constitution dans le but d’éviter toute
dérive vers la tyrannie. Le mécanisme remplit
efficacement son office, comme on le voit
avec le sauvetage de l’Obamacare, mais la bonne
surprise c’est le réveil de la société civile
provoqué par cette alternance atypique.
Les groupes les plus divers font entendre leur
voix face aux décisions les plus brutales de la
Maison-Blanche, moins par esprit partisan qu’au
nom de la défense des valeurs démocratiques.
Cette nouvelle vigueur de la citoyenneté pourrait
être, paradoxalement, l’héritage que Donald
Trump laissera à l’Amérique. Henri Gibier
Faguer, Maud Gabrielson, Benoît George,
Laurent Guez, Laure et Sarah, Clara Le Fort,
Shereen Mahhouk (iconographie), Olivier
Malachane, Pascal Morand, Cécile Michel,
Sylvain Ouchickh, Alice d’Orgeval,
Jean-Francis Pécresse, Raphaël Sachetat.
PUBLICITÉ
Team Média. Fax : 01 49 53 68 25.
Présidente : Corinne Mrejen
Directrice générale : Cécile Colomb (2226)
Directeur commercial du pôle BtoB :
Nicolas Danard (6493)
Directrice commerciale du pôle Lifestyle
& Culture : Anne-Valérie Oesterlé (7262)
Directrice adjointe du pôle BtoB :
Muriel Porte Chapuy (2293)
Directrice adjointe du pôle Lifestyle :
Sophie Chartier (6513)
Directeur du pôle Réseaux, International
et Régions : Nicolas Grivon (6483)
SERVICE ABONNEMENTS
4, rue de Mouchy, 60438 Noailles Cedex
Du lundi au vendredi de 9 h à 17 h30
LE S E CHOS WE E K- E ND – 9
au 01 70 37 61 36. serviceclients@lesechos.fr
FABRICATION
Directeur : Jérôme Mancellon (6713)
Responsable fabrication groupe :
Sandrine Lebreton (8932),
assistée de Jean-Claude Lainé (6439)
Photogravure : Key Graphic
Impression : Maury SA, Malesherbes
Origine du papier : Finlande
Le papier de ce magazine est issu
de forêts gérées durablement
Ptot 0.011kg/tonne
Les Echos Week-End est une publication
du Groupe Les Echos. ISSN 2430-7599.
CPPAP 0421 C 83015
Dépôt légal : mars 2017
Principal associé : Ufipar (LVMH)
Président-directeur général : Francis Morel
Directeur général délégué : Christophe Victor
Directeur délégué : Bernard Villeneuve
ESPRIT WEEK-END
31 MARS 2017
L'AGENDA EN FRANCE
CHOLET
À vos chars !
Le Carnaval de Cholet fête ses 100 ans en 2017 !
Une semaine animée qui débute ce dimanche
avec le défilé de jour (de 14 h 30 à 18 h).
Et qui se termine le samedi suivant avec
le carnaval de nuit (de 21 h 30 à 1 h du matin).
Les chars se parent alors de plus de 30 000 LED
scintillantes pour un défilé nocturne unique
en France. Qui s’achèvera par l’embrasement
du « Char à brûler ». Jusqu’au 8 avril.
www.cholet.fr/carnaval
U
Ludovic Bischoff
JUSQU’A
IL
17 AVR
Les garçons d’abord
La Garçonnière est un lieu hybride, au cœur du deuxième
arrondissement parisien, entièrement dédié aux hommes.
Entre salon de barbier, baby-foot et stands de créateurs,
ce lieu réunit à lui seul la quintessence de l’art de vivre
au masculin. Avant de tenter l’aventure outre-Atlantique,
l’équipe de ce concept store d’un nouveau genre lance
une programmation thématique avec un mois dédié
aux artisans en avril, puis à la moto en mai. Prometteur !
www.la-garconniere.fr
METZ
Jardins artistiques
Le Centre Pompidou de Metz présente
depuis quelques jours une exposition
immersive à travers des œuvres
contemporaines qui dessinent un jardin
expérimental, obscur, chaotique, voire
imprévisible. Dans le musée et hors les murs,
dans différents espaces verts de la ville,
l’exposition « Jardin Infini, de Giverny
à l’Amazonie » vous entraîne dans un univers
végétal fantasmagorique. Jusqu’au 28 août.
www.centrepompidou-metz.fr
10 – LE S E CHOS WE E K- E ND
DR
Le coup de cœur de la semaine
par la conciergerie d’
LYON
Pâtisseries sans gluten
Petite révolution dans
la capitale de la gastronomie :
la première pâtisserie 100%
sans gluten vient d’ouvrir dans
le VIe arrondissement de Lyon.
Les Gasteliers (gastel voulant dire
gâteau en vieux français) proposent
une soixantaine de produits de boulangerie,
pâtisserie, viennoiserie et biscuiterie
issus d’ingrédients biologiques.
La gourmandise à la portée de tous…
www.facebook.com/Lesgasteliers
FABRICE NEDDAM
NANTES
Piano à l’honneur
Le Lieu Unique accueille ce vendredi
le festival Variations qui met à l’honneur
le piano et les claviers. Au programme : trois
jours de concerts avec, entre autres, l’intégrale
des pièces pour piano de Philip Glass
interprétée par Nicolas Horvath, le concert
inédit de l’Américaine Joanna Brouk, Chassol,
Baptiste Trotignon, ou Michel Legrand
qui débutera à Nantes sa nouvelle tournée
mondiale en solo piano. Un nouveau festival
qui frappe très fort ! Jusqu’à dimanche.
www.festival-variations.fr
Plus que quelques jours pour admirer
la splendide exposition des toiles de Hans
Hartung au Fonds Hélène et Édouard
Leclerc pour la Culture. Une rétrospective
événement, la première en France
de cet artiste majeur de la peinture
abstraite. On y découvre son travail,
où la recherche sur la matière
et l’expérimentation sont omniprésentes.
Visuels, colorés et audacieux, ses tableaux
sont mis en perspective avec ceux d’autres
grands peintres modernes comme Hantaï,
Twombly, Mathieu… Jusqu’au 17 avril.
www.fonds-culturel-leclerc.fr
T1989-R43, de Hans Hartung (1989).
LAURENT BOCHET
Parmi les pianistes invités à Nantes (de gauche à droite) : Chassol et Baptiste Trotignon.
FONDATION HARTUNG-BERGMAN, ANTIBES/ ADAGP/ FHEL, 2016
VOITURE-BALAI
HANS HARTUNG À LANDERNEAU
ESPRIT WEEK-END
L'AGENDA À PARIS
EXPO ET CINÉ
U
JUSQU’A
S
31 MAR
VOITURE-BALAI
ALLER AU MUSÉE DE LA MARINE
Dernière chance ce vendredi de dire au revoir
au musée de Marine avant la fermeture
de ses portes jusqu’en… 2021 ! Un programme
qui s’adresse autant aux matelots qu’aux marins
urbains : rendez-vous à 10 heures sur le pont
pour une séance de yoga mené par Tigre Yoga ;
à midi, séance de relaxation avec une « sieste
au chant des baleines » ; après-midi consacrée
à la visite des collections, depuis la marine au temps
du Roi-Soleil aux paquebots de légende.
Tél.: 01 53 65 69 53. www.musee-marine.fr
12 – LE S E CHOS WE E K- E ND
ILLUSTRATION FABIEN CLAIREFOND POUR LES ECHOS WEEK-END
Nouvelle adresse à Saint-Ouen, le MOB Hôtel.
J.P BELLA
TENDANCE
Tables saines
Le printemps sera « healthy ». La
preuve en trois nouveaux spots.
Soit chez Opoa près de la
République, 30 rue Albert-Thomas :
la première épicerie de vrac indépendante à
Paris – on peut aussi y bruncher. Ou à l’Abattoir
végétal, 61 rue Ramey 75018, à quelques pas
du Sacré-Cœur – une bulle de quiétude 100%
végane ouverte du petit-déjeuner au dîner.
Ou bien, chez Marcelle, la nouvelle délicieuse
cantine où tout est fait maison, 22 rue
Montmartre 75001 – les véganes, gluten free
et intolérants au lactose sont les bienvenus.
Drame conjugal. Selon US Weekly,
Melania Trump, qui a choisi de vivre
à New York, c’est-à-dire loin de la
Maison-Blanche, « fait chambre à part,
y compris dans les rares occasions
où les époux dorment dans la même
ville ». « Ils ne passent jamais la nuit
ensemble. Jamais. » révèle un proche.
Personnellement, ça me la rend sympathique.
Pas mieux en Angleterre, selon
Closer qui s’intéresse au couple Kate
et William sous le titre « Derrière les
sourires, la guerre ». Explication :
«La publication par le “Sun” de photos
compromettantes du prince a laissé
des traces dans le couple. » On l’y voit
« très proche de la top model
australienne Sophie Taylor durant un
séjour au ski », alors qu’elle était
«coincée à la maison avec les enfants.»
Commentaire : il s’est certainement
«pris une sacrée dérouillée». Si même
les contes de fées n’en sont plus…
Closer s’attaque également à un
autre « mythe » : on sait que François
Fillon se présente volontiers comme
ayant été « rebelle » dans sa jeunesse,
allant jusqu’à se vanter sur C8 d’avoir
« été exclu trois jours de son lycée ».
Un livre « tempère cette image » : « On
l’appelait Choupette, on était
beaucoup à lui trouver des manières. »
Toujours, ce petit problème avec la
vérité, François ?
Enfin, Voici s’intéresse à Stomy
Bugsy, pionnier du rap en France il y
a vingt-cinq ans, engagé aujourd’hui
dans une tournée « L’Âge d’or du rap »
rebaptisé ironiquement « Âge tendre
et tête de bois version 9-3 ». L’artiste
le reconnaît : « On est des
tyrannosaures, c’est la préhistoire
qui est en tournée, là. » Et confie :
« Si je suis avec une fille et que
j’écoute du rap français, je ne peux
pas bander. Ça me rend nostalgique. »
Petit chat, va.
PAUL BOWYER
NOUVELLE ADRESSE
L’hôtel en mieux
Petite révolution dans l’hôtellerie avec
l’ouverture du premier MOB Hôtel de Cyril
Aouizerate à Saint-Ouen. Plus qu’un hôtel,
un laboratoire de tendances. En plus
des 100 chambres, le lobby est une épicerie
et les espaces accueillent gracieusement
des créateurs. Avec aussi jardin potager,
food-truck, marché bio, cinéma en plein air
et scène live. www.mobhotel.com
Alice d’Orgeval
La revue impertinente
de la presse people par
Philippe Besson
ADELAP/HANSLUCAS.COM
BONNE CAUSE
Foire du trône
La plus grande foire parisienne inaugure
sa nouvelle saison sur la pelouse de Reuilly
avec une soirée caritative vendredi au profit
des enfants malades. De 18 h 30 à 23 heures,
tout le monde est convié à faire la fête et profiter
d’une cinquantaine de manèges et d’attractions.
L’intégralité des recettes sera reversée
à l’association Petits Princes. Entrée : 25 €
pour les adultes, 15 € pour les enfants.
www.foiredutrone.com
SALLE D'ATTENTE
GILLES VAUTIER
Étoiles et toile
Deux bonnes raisons de courir au Musée
d’Orsay. D’abord pour y voir l’exposition
« Au-delà des étoiles, le paysage mystique
de Monet à Kandinsky », superbe sélection
de peintures célébrant la communion entre
l’homme et la nature. En parallèle,
Orsay explore le thème des paysages nocturnes
au cinéma. Projections des chefs-d’œuvre
de Spielberg, Fellini et Carpenter jusqu’au
8 avril. Au-delà des Étoiles jusqu’au 25 juin.
www.musee-orsay.fr
-Crédit photo : Getty Images
FAIRE ENSEMBLE DU DROIT DES AFFAIRES
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ESPRIT WEEK-END
L'AGENDA AILLEURS
l’exposition fait découvrir un visage méconnu
de l’artiste bien avant la reconnaissance.
Jusqu’au 7 mai.
www.mcadenver.org
MELBOURNE
Basquiat intime
Avec « Basquiat before Basquiat », le Musée
d’art contemporain de Denver réveille
l’une des légendes de la scène underground
du New York des années 70 et 80. Grâce
à une collection d’œuvres jamais dévoilées,
LA PLAYLIST DE L'ACTU
Mercredi dernier, l’article 50 déclenchant le Brexit était invoqué par le Royaume-Uni
PUISQUE TU PARS
par Jean-Jacques
Goldman
C’était en 1987,
une belle chanson
sur la tristesse
de la séparation,
sur l’album « Entre
gris clair et gris
foncé », un titre
tout en nuances qui
paraît à l’opposé
du choix fait
du « hard Brexit ».
DON’T LEAVE ME
THIS WAY
par The Communards
Reprise en 1986
d’un tube d’Harold
Melvin & the Blue
Notes, que Theresa
May pourrait
entendre de la part
de ses partenaires
si elle rechigne
à payer sa facture
de 60 milliards
à l’Europe.
COMMENT
TE DIRE ADIEU
par Françoise Hardy
Au départ, cette
mélodie américaine
sur laquelle Serge
Gainsbourg posa
des paroles en 1968
s’intitulait :
It Hurts to Say
Goodbye, illustrant
parfaitement le
sentiment lié au
Brexit qui domine.
BORDERS
par M.I.A.
La rappeuse
britannique a écrit
cette chanson
l’an dernier pour
manifester
sa solidarité avec
les réfugiés aux
portes de l’Europe,
ceux qui poussent
l’Angleterre
à restaurer
ses frontières.
14 – LE S E CHOS WE E K- E ND
DIS, QUAND
REVIENDRAS-TU ?
par Barbara
« Dis, au moins le
sais-tu », ajoutait
la dame en noir
en 1964. Nul ne sait
si l’Angleterre
reviendra, ce qui
est certain c’est,
comme le dit ce joli
texte, « que tout
le temps perdu ne
se rattrape plus ».
DOUG PETERS/PA PHOTOS/ABACA
DENVER
NEW YORK
Musée du chocolat
Manhattan a désormais son musée
du chocolat, Choco-Story. Derrière ce lieu
qui a ouvert ses portes dans le quartier de SoHo,
on retrouve le chef français Jacques Torres,
rebaptisé pour l’occasion « Mr. Chocolate ».
Le musée retrace l’histoire de la fève avec
dégustation à l’appui, ainsi
qu’un espace réservé
aux petits
et la désormais
indispensable
appli. www.
mrchocolate.com
Alice d’Orgeval
VICTORIA & ALBERT MUSEUM, LONDON
La mafia dans le viseur
Le musée d’art contemporain de Rome rend
hommage à l’une des grandes signatures
du photojournalisme en Italie, Letizia Battaglia.
À travers une rétrospective de plus de 200
tirages, celle qu’on surnomme « la photographe
de la mafia » nous entraîne dans une folle
course sur les routes de Sicile. Jusqu’au 17 avril.
www.fondazionemaxxi.it
U
JUSQU’A RE
OB
1ER OCT
DR
ROME
Le Victoria and Albert Museum propose
à partir du 13 mai la première grande
rétrospective consacrée aux Pink Floyd.
Très attendue, l’exposition marquera
le cinquantenaire de la sortie de leur
premier single (poster ci-dessous). Après
le chiffre record de visiteurs à l’exposition
« David Bowie is » au même V & A,
les pronostics vont bon train. On peut déjà
réserver son billet. Jusqu’au 1er octobre.
www.pinkfloydexhibition.com
COURTESY LETIZIA BATTAGLIA
La Conta, photo de Letizia Battaglia (1992).
À table
La capitale de la « hype » australienne
remet le couvert pour une semaine
de fête autour de la gastronomie
et du vin. Celle qui a désormais sa place
au rang des destinations mondiales
de la gastronomie n’a pas son pareil pour
twister les saveurs et révéler de nouveaux
codes. Exploration gustative jusqu’au 9 avril.
www.melbournefoodandwine.com.au
IL EST TEMPS DE RÉSERVER
PINK FLOYD DANS LE RÉTRO
ESPRIT WEEK-END
LE DIMANCHE IDÉAL DE…
Noël, Nouvel An, je les ai passés au coin
de la cheminée à faire des corrections.
Je m’attelle désormais à réunir 1 000 solutions
rentables et efficaces pour protéger
l’environnement avant la COP 24 de 2018…
Pas moyen de caser un week-end de ski
complet. Il y a toujours un événement,
une rencontre qui commence tôt le lundi
et m’oblige à quitter la maison le dimanche soir.
Enfant, aimiez-vous le dimanche ?
J’aimais surtout le samedi, quand je pouvais
voler, skier, glisser en toute insouciance.
Le dimanche, veille d’école, était plus cafardeux.
Le dimanche idéal, c’est celui qui précède
un lundi férié !
Les « dimanches sans voiture » en Suisse
ont-ils façonné votre conscience écologique ?
Absolument pas ! Frustrer les gens qui ont
attendu toute la semaine leur promenade
dominicale en famille, c’est le meilleur moyen
de les détourner de l’écologie. Priver les gens
de voiture est totalement inefficace. Il faut
au contraire les faire passer à l’électrique…
Votre musique dominicale ?
Je suis monomaniaque : Leonard Cohen, depuis
1974. J’ai dû écouter ses deux premiers disques
un millier de fois quand je faisais mes devoirs
ou préparais mes examens. Sa musique me met
dans un véritable état d’introspection… J’ai été
très touché de découvrir son livre de poésies
dédicacé dans le cockpit de Solar Impulse, lors
de mon vol entre New York et l’Espagne
– une belle surprise de ma femme et Gregory
Blatt (directeur du marketing de Solar Impulse).
BERTRAND PICCARD
FRED KIHN
Dans « Objectif Soleil », le psychiatre et explorateur suisse raconte
avec son copilote André Borschberg les coulisses du premier tour
du monde en avion solaire. Il n’a pas touché terre un seul dimanche
depuis la fin de leur aventure, le 26 juillet.
Un dimanche historique de vol ?
Sur les 23 jours effectifs de vol de ces quinze
dernières années, je retiens un dimanche,
historique : le dernier trajet de Solar Impulse,
parti du Caire le dimanche 24 juillet 2016 pour
arriver à Abu Dhabi le mardi 26 au matin.
Un moment aussi magique que stressant,
d’une intensité totale. Une avarie technique,
un problème météo, et quinze ans d’efforts
auraient été ruinés ! Ce n’est qu’au moment
où j’ai vu les lumières d’Abu Dhabi, survolé
l’endroit où André avait démarré le tour
du monde en mars 2015, que j’ai commencé à
en profiter en me disant que nous avions réussi…
Depuis votre retour, vos dimanches
sont-ils plus calmes ?
Je n’ai pas touché terre depuis juillet ! Tout s’est
enchaîné à un tel rythme : l’ONU, la COP 22,
le livre que j’ai écrit à la main. Les dimanches,
LE S E CHOS WE E K- E ND – 15
On vous imagine volontiers passer
un dimanche avec l’aviatrice Amelia Earhart…
Avec elle, ce serait plutôt un samedi soir ! Plus
sérieusement, si je pouvais converser avec
une figure historique, je choisirais saint Jean
Baptiste, qui m’a toujours fasciné. C’est lui
qui baptise Jésus. Il représente ce que l’humain
peut être de plus évolué spirituellement
en dessous de Dieu. J’admire aussi Henri Dunant
qui, à la tête de la Croix Rouge, a totalement
changé la vision que l’humanité avait
de la guerre et de la souffrance et a consacré
toute sa vie aux victimes. Je ne pense pas qu’il
y a dans l’Histoire quelqu’un d’autre qui ait à tel
point amélioré le sort d’autant de personnes…
Propos recueillis par Isabelle Lesniak
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BUSINESS STORY
31 MARS 2017
LA GRANDE COALITION
DES ANTI-TRUMP
Par la rédaction des Échos Week-End
Le président
des États-Unis
d’Amérique
au Pentagone,
le 27 janvier 2017.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 19
BUSINESS STORY
Des juges et des chanteurs,
des espions et des artistes,
des prix Nobel et des sportifs...
Ensemble, depuis l’accession
de Donald Trump à la MaisonBlanche, ils font front, au nom
d’une certaine idée des valeurs
de l’Amérique. Réaffirmée la
semaine dernière par l’échec au
Congrès du projet de
démantèlement de l’Obamacare.
Portrait d’un pays en résistance.
L
e 4 avril, une centaine
de cinémas américains vont projeter 1984,
le film de Michael Radford adapté du roman
dystopique de George Orwell sur le totalitarisme,
pour alerter le public sur les dérives de
l’administration Trump. Le leader américain,
on peut le dire après dix semaines à
la Maison-Blanche, ne ressemble à aucun de
ses prédécesseurs, avec son attitude finalement
très peu présidentielle, ses tweets incessants,
ses décrets juridiquement douteux. Pour ne pas
parler de son équipe de communication, dont
le concept de « faits alternatifs » n’est pas sans
rappelerla novlangue (« Newspeak ») inventée
par Orwell. Deux cent vingt-huit ans après
l’entrée en vigueur de sa Constitution, l’Amérique
se mobilise pour préserver ses principes
fondateurs. Les juges et les médias sont
en première ligne. Les pouvoirs locaux, maires
et gouverneurs, utilisent toute leur marge
de manœuvre pour contrer l’échelon fédéral.
Les économistes, les intellectuels,
les scientifiques fournissent les données
nécessaires au débat. Les artistes, le showbiz,
les sportifs, les stars de la tech mettent à profit
leur exposition médiatique. Voici comment.
HOLLYWOOD
CHEF DE FILE :
MERYL STREEP
mais aussi Alec Baldwin,
George Clooney, Scarlett
Johansson, Casey Affleck,
Barry Jenkins (le réalisateur
de Moonlight), Lin-Manuel
Miranda (créateur
de la comédie musicale
Hamilton).
LES ÉCRIVAINS
CHEF DE FILE :
STEPHEN KING
mais aussi Art
Spiegelman, Junot Diaz,
Dave Eggers, Amy Tan,
Richard Russo.
LES JUGES
CHEF DE FILE :
BOB FERGUSON
(PROCUREUR GÉNÉRAL
DE L’ÉTAT DE
WASHINGTON)
mais aussi James Robart
(juge fédéral de Seattle),
Ann Donnelly (juge fédéral
de Brooklyn), Derrick
Watson (juge fédéral
de Hawaï).
LES SPORTIFS
CHEF DE FILE :
STEPHEN CURRY
(BASKETTEUR)
mais aussi LeBron James
(basketteur), Steve Kerr et
Gregg Popovich (coaches
de basket), Michael
Bradley (football
américain), Ibtihaj
Muhammad
(escrimeuse).
LES RENSEIGNEMENTS
CHEF DE FILE :
MICHAEL HAYDEN
(EX-CIA ET EX-NSA)
mais aussi James Comey
(FBI), Michael Rogers
(NSA), John Brennan
(ex-CIA).
LES JUGES FONT BARRAGE
CHEF DE FILE : BOB FERGUSON,
PROCUREUR GÉNÉRAL DE L’ÉTAT DE WASHINGTON
LES FÉMINISTES
CHEF DE FILE :
RUTH BADER GINSBURG
(COUR SUPRÊME)
Les caricaturistes ont beaucoup mis en scène,
ces dernières semaines, la Justice allégorique,
aux yeux bandés et au glaive acéré, venant à la
rescousse d’une statue de la Liberté brutalisée.
Un hommage aux juges qui ont bloqué le décret
anti-immigration de Donald Trump visant à
fermer les frontières aux ressortissants de sept
pays à « majorité musulmane ». Un texte qui
a vrillé une nation construite précisément
mais aussi Sheryl Sandberg
(Facebook), Oprah
Winfrey (productrice et
éditrice), Lena Douham
(créatrice de la série
Girls), Nancy Sinatra.
20 – LE S E CHOS WE E K- E ND
LA GRANDE COALITION DES ANTI-TRUMP
LES ÉCONOMISTES
CHEF DE FILE :
JOSEPH STIGLITZ
(COLUMBIA UNIVERSITY)
mais aussi Angus Deaton
(Princeton), Paul Krugman
(City University of New
York) et 794 signataires
de la pétition « Economists
against Trump ».
LES SCIENTIFIQUES
CHEF DE FILE :
MICHAEL BRUNE
(SIERRA CLUB)
mais aussi Michael Halpern
(UCS), Daniel Nepstad
(Earth Innovation institute).
LES MÉDIAS
CHEF DE FILE :
DEAN BAQUET
(NEW YORK TIMES)
mais aussi Thomas
Friedman (New York Times),
Rachel Maddow (MSNBC),
Fareed Zakaria (CNN,
Washington Post),
Jeff Zucker (CNN).
LES MAIRES
CHEF DE FILE :
BILL DE BLASIO
(NEW YORK)
LES ARTISTES
CHEF DE FILE :
SHEPARD FAIREY
(GRAPHISTE)
mais aussi
Rahm Emanuel (Chicago),
Eric Garcetti (Los Angeles),
Ed Lee (San Francisco),
Ed Murray (Seattle),
Sam Liccardo (San Jose),
Ted Wheeler (Portland).
LE BUSINESS DE LA GRANDE
CONSOMMATION
CHEF DE FILE :
HOWARD SCHULTZ
(STARBUCKS)
mais aussi Peter Nordstrom
(grands magasins
Nordstrom), Jeffrey Raider
(Warby Parker)
mais aussi Richard Prince
(peintre et photographe),
Richard Serra (sculpteur),
Christo (plasticien), Cindy
Sherman (photographe),
les conservateurs
du MoMa Ann Temkin,
Jodi Hauptman
et Christophe Cherix.
LA SILICON VALLEY
CHEF DE FILE :
MARK ZUCKERBERG
(FACEBOOK)
mais aussi : Sergey Brin
(Google), Tim Cook (Apple),
Reed Hastings (Netflix),
Brian Chesky (Airbnb),
Stewart Butterfield (Slack).
LES RÉPUBLICAINS
OPPOSANTS
CHEF DE FILE :
JOHN MCCAIN (SÉNATEUR)
mais aussi Lindsey Graham,
Marc Rubio, Susan Collins
(sénateurs), Paul Ryan
(président de la Chambre
des représentants).
LES CHANTEURS
CHEF DE FILE :
SNOOP DOGG
mais aussi Moby, Arcade
Fire, Fiona Apple, Katy
Perry, Cher, Miley Cyrus,
Beyoncé, Madonna.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 2 1
BUSINESS STORY
MIAMI,
FLORIDE
21 JANVIER 2017
Au lendemain de
l’investiture, la
Marche des femmes
réunit une foule
immense dans
plus de 600 villes
américaines.
et Sean Spicer. La couverture de cette
administration, devenue très difficile, peut aussi
conduire les journalistes à l’erreur, comme
l’illustre le récent « pschitt » du vrai-faux scoop
de Rachel Maddow, de MSNBC, sur la feuille
d’impôt de 2005 de Donald Trump. Laquelle
avait été érigée en trophée de l’investigation
alors qu’elle ne montrait aucune irrégularité…
Cette guerre de tranchées entre le président
et le quatrième pouvoir a au moins un effet
positif : les Américains s’informent plus
et mieux qu’avant. « Chaque fois qu’il tweete,
cela fait bondir nos abonnements », assure
le directeur du New York Times, qui a engrangé
276 000 nouveaux abonnés numériques
au dernier trimestre 2016.
2 2 – LE S E CHOS WE E K- E ND
Il fallait peut-être s’y attendre, avec un président
aussi étonnamment russophile… Des tensions
inédites se sont fait jour entre l’exécutif
et les grandes centrales d’espionnage. Selon
les médias américains, les professionnels
du renseignement sont en état de choc – on dit
qu’ils cachent des informations à la MaisonBlanche de peur de les voir fuiter. Quand
la rumeur s’est répandue que le Kremlin
détiendrait des documents très compromettants
sur lui, Donald Trump s’en est violemment pris
à ces agences de renseignement, qui auraient
selon lui failli à leur mission en n’empêchant
pas cette « fausse information » de circuler.
« Vivons-nous dans l’Allemagne nazie ? » a-t-il
demandé sur Twitter. Quand le patron du FBI,
James Comey, a rejeté les accusations de Donald
Trump selon lesquelles Barack Obama l’aurait
fait écouter dans la Trump Tower pendant la
campagne, il s’est fait sérieusement recadrer.
Ce qui ne l’a pas empêché d’ouvrir une enquête
sur les liens supposés entre l’équipe du candidat
Trump et le Kremlin, a-t-il confirmé la semaine
THE NEW YORK TIMES
Donald Trump et ses contre-vérités posent une
question existentielle aux médias, qui doivent
désormais défendre la véracité de leurs
reportages. Dans cette bataille aux enjeux
immenses, le New York Times occupe une place
à part. Son directeur, Dean Baquet, a été le
premier à franchir le Rubicon en décidant de
qualifier de « mensonges », dans un titre du
grand quotidien new-yorkais, les contre-vérités
avancées par le candidat, dès septembre 2016.
Une décision prise après débat interne. Mais
il est loin aujourd’hui de détenir le monopole
de la détestation et du passage au crible d’un
président surexposé. Il suffit de prendre la liste
des médias temporairement écartés, fin février,
du « briefing » quotidien de la Maison-Blanche :
CNN, Politico, le Los Angeles Times ou BuzzFeed,
tous désignés comme coupables dans la guerre
des « fake news » par l’équipe de communication
très imaginative formée par Kellyanne Conway
LES AGENCES DE RENSEIGNEMENT À CRAN
CHEF DE FILE : MICHAEL HAYDEN,
ANCIEN PATRON DE LA CIA ET DE LA NSA
AL DIAZ/AP/SIPA
LES MÉDIAS LANCÉS EN CROISADE
CHEF DE FILE : DEAN BAQUET,
DIRECTEUR DU « NEW YORK TIMES »
Le New York
Times a été
le premier
grand média
à dénoncer
ouvertement
les
« mensonges »
de Trump.
SHUTTERSTOCK
sur l’immigration. Le juge fédéral de Seattle,
James Robart, a été le premier à statuer contre
le décret. Mais c’est le procureur général de
l’État de Washington, Bob Ferguson, à l’origine
de la plainte devant le tribunal de Seattle, qui a
pris la tête de la fronde judiciaire, qui utilise des
chemins très détournés. C’est un juge fédéral
d’Hawaï, Derrick Watson, qui a suspendu,
quelques heures avant son entrée en vigueur
prévue le 16 mars, une nouvelle version
amendée du texte, qui interdisait l’entrée sur le
sol américain, pendant quatre-vingt-dix jours,
de toute personne originaire de Syrie, Iran,
Libye, Somalie, Soudan ou Yémen. L’Irak était
sorti de la liste car considéré comme un allié
objectif dans la « guerre contre le terrorisme ».
Dès janvier, Bob Ferguson avait annoncé son
intention de bloquer le décret revu et corrigé au
vu des « problèmes constitutionnels persistants »
qu’il pose en ciblant les migrants sur la base
de leur religion. Donald Trump semble
déterminé à aller jusqu’à la Cour suprême.
LA GRANDE COALITION DES ANTI-TRUMP
dernière au cours d’une audience très tendue
au Sénat. Les patrons des grandes agences ne
pouvant guère se répandre publiquement, ce
sont leurs prédécesseurs qui s’y collent. Michael
Hayden, ancien directeur de la CIA et de la NSA,
s’est fendu mi-mars d’une tribune alarmiste
dans le New York Times, où il accuse le
président d’affaiblir en les politisant les unités
chargées de défendre l’intérêt national. « Je ne
me souviens pas d’une autre administration aussi
prompte à discréditer ces agences comme
malhonnêtes ou incompétentes », écrit-il. Sur un
ton subtilement ironique, il sous-entend que
le président n’a toujours pas compris la nature
profondément apolitique du travail des quelque
100 000 fonctionnaires répartis dans 17 agences.
LA « GRANDE CONSO » PRÊTE À RISQUER LE BOYCOTT
CHEF DE FILE : HOWARD SCHULTZ,
PDG DE STARBUCKS
PHILADELPHIE,
PENNSYLVANIE
29 JANVIER 2017
SHUTTERSTOCK
VICTOR J. BLUE/BLOOMBERG
CHARLES MOSTOLLER / REUTERS
Face au décret
interdisant aux
ressortissants de
sept pays musulmans
d’entrer aux ÉtatsUnis, les opposants
manifestent dans
plusieurs aéroports
américains.
La rumeur prêtait depuis plusieurs mois
l’intention au charismatique patron
de Starbucks de se présenter à l’élection
présidentielle de 2020. Howard Schultz, qui
quittera ses fonctions opérationnelles dans
l’entreprise en avril, a, en tout cas, déjà
influencé le débat politique en annonçant
l’embauche de 10 000 réfugiés sur cinq ans,
en réponse au décret anti-immigration.
Une décision délicate : Credit Suisse a mis
en garde contre la « volatilité significative »
de l’action d’une entreprise désormais boycottée
par certains pro-Trump. La décision des grands
magasins Nordstrom de bannir de leurs rayons
la ligne de vêtements de la fille du président,
Ivanka, n’a eu en revanche qu’« un impact
négligeable sur l’activité », selon leur coprésident
Peter Nordstrom. Pourtant, certains sites
qui continuent de distribuer les productions
d’Ivanka bénéficient de la forte mobilisation
LE S E CHOS WE E K- E ND – 23
James Comey,
le patron du FBI,
a confirmé avoir
ouvert une enquête
sur les liens entre
l’équipe de campagne
du candidat Trump
et le Kremlin.
des partisans du chef de l’État. Sur Amazon,
leurs ventes ont même augmenté de 330%
depuis janvier. La morale peut-elle l’emporter
sur le compte de résultat pendant quatre ans ?
LES ÉCONOMISTES SONNENT L’ALARME
CHEF DE FILE : JOSEPH STIGLITZ,
PRIX NOBEL
S’il tient son cap actuel, Donald Trump
pourrait donner un brutal coup de frein
à la mondialisation des échanges et pousser
les multinationales à changer leurs plans
d’implantation. Pas forcément pour le meilleur.
Déjà, avant l’élection, le président avait réussi
l’exploit de réunir contre lui un aréopage
de presque 800 économistes (dont huit prix
Nobel) exhortant les électeurs américains à ne
pas cautionner sa « dangereuse et destructrice »
politique économique. Ils n’ont pas désarmé.
Au moins trois Nobel d’économie pilonnent
régulièrement les « Trumponomics »,
qu’ils jugent synonymes de régression et de
protectionnisme exacerbé. Le plus virulent reste
Joseph Stiglitz (Columbia University), persuadé
que la politique de Trump va déboucher sur une
aggravation des déficits public et commercial,
une envolée du dollar et des destructions
d’emploi. Sans parler des risques de guerre
commerciale avec la Chine. Il a aussi épinglé,
à Davos, le « manque de courage » des dirigeants
d’entreprise qui veulent éviter de devenir la cible
d’un tweet présidentiel vengeur. Non moins
sceptiques, Angus Deaton (Princeton) et Paul
Krugman (City University of New York) pensent
que les travailleurs des États industriels de
la « ceinture de rouille » (« Rust Belt ») risquent
d’être les premières victimes de la prétendue
politique pro-business de Donald Trump.
Plus nuancé, l’économiste de Harvard, Kenneth
Rogoff – sans cacher ses doutes sur les
compétences économiques de la nouvelle
administration – n’exclut pas que la croissance
américaine puisse se révéler plus soutenue que
sous le double mandat d’Obama, sous l’effet
de la politique de dérégulation en préparation.
Un « Trump boom » à haut risque…
BUSINESS STORY
PACIFIC PRESS/SIPA
Coiffée d’un bonnet
à oreilles de chat,
signe de ralliement
des féministes
anti-Trump, Madonna
est montée au créneau
le 21 janvier, lors
de la Marche des
femmes à Washington,
pour protester contre
le sexisme du nouveau
président.
JOSE LUIS MAGANA/AP/SIPA
Alors que 2016 a été l’année la plus chaude
jamais enregistrée dans l’ère industrielle,
la communauté scientifique panique devant
les vues de la Maison-Blanche en matière
d’énergie. Elle manifestera son désaccord
dans la rue le 22 avril, en point d’orgue d’une
campagne internationale, « Science not Silence »,
lancée par de nombreuses associations
et sociétés savantes dès la fin janvier.
Comme les entreprises de la high-tech, la
science américaine, qui recrute dans le monde
entier, craint en outre de voir se tarir sa source
de matière grise. Michael Halpern, directeur
délégué de l’association UCS (Union of
Concerned Scientists) a rendu publique
son inquiétude, tout comme Daniel Nepstad,
directeur exécutif du Earth Innovation Institute,
qui prône une contre-révolution anti-Trump
avec Mega (Make the Earth Great Again).
Tous craignent de voir s’étendre la rhétorique
antiscience qui frappe les champs de
l’environnement et du climat, avec la suppression
massive de données sur les sites publics,
EPA (agence de l’environnement) en tête. Les
militants écologistes, comme Michael Brune, le
directeur exécutif du Sierra Club, une association
environnementale plus que centenaire,
s’opposent fermement au projet d’oléoduc géant
Keystone XL, qui doit accroître les capacités
d’acheminement du pétrole issu des schistes
bitumineux de l’Alberta (Canada). Stoppé
par Obama, il a reçu le feu vert de Washington
la semaine dernière. Et cette semaine, Trump
a amorcé la remise en cause des réformes
environnementales de son prédécesseur.
tutélaire de la cause féministe, a déclaré que
« Trump n’a aucune cohérence, il dit ce qui lui
passe par la tête ». Le nouveau locataire de la
Maison-Blanche rêve désormais de la voir partir
en retraite et de la remplacer par un juriste
de son bord. Compte tenu de ses propos
de campagne, de son comportement à l’égard
de son épouse, des déclarations déplacées au
sujet d’Ivanka – « Si elle n’était pas ma fille, je
sortirais peut-être avec elle »–, Donald Trump
est une provocation pour toutes celles et tous
ceux qui croient à l’égalité homme-femme.
Le 21 janvier, au lendemain de l’investiture du
président, des millions de femmes ont défilé
dans les rues de plus de 600 villes américaines
pour protester. La chanteuse Madonna a
totalement paniqué les grands réseaux télévisés
quand, dans son discours, elle a employé
le « f-word ». Elle portait un bonnet à oreilles
de chat, dit « pussy hat », accessoire de
ralliement des femmes sur la base d’un jeu
de mot avec le vocable « chatte », allègrement
utilisé par Donald Trump. Sur un
enregistrement privé, il disait au sujet des
femmes : « Quand tu es célèbre, elles te laissent
faire, tu peux les attraper par la chatte. »
SHUTTERSTOCK
SCIENTIFIQUES ET ONG S’INQUIÈTENT POUR LE CLIMAT
CHEF DE FILE : MICHAEL BRUNE,
DIRECTEUR EXÉCUTIF DU SIERRA CLUB
LES FÉMINISTES ENFILENT LE BONNET DE LA RÉVOLTE
CHEF DE FILE : RUTH BADER GINSBURG,
JUGE À LA COUR SUPRÊME
Faut-il qu’elle ait eu Donald Trump en horreur
pour sortir ainsi de la réserve où la cantonne
sa fonction de juge à la Cour suprême ! L’été
dernier, Ruth Bader Ginsburg, 83 ans, figure
NEW-YORK,
ÉTAT DE NEW-YORK
8 MARS 2017
La Journée de la
femme est l’occasion
de rassemblements
pour défendre les
droits des femmes,
le planning familial
et l’IVG.
2 4 – LE S E CHOS WE E K- E ND
LA GRANDE COALITION DES ANTI-TRUMP
CHICAGO,
ILLINOIS
19 FÉVRIER 2017
JIM YOUNG/XINHUA-REA
MEDIAPUNCH/SHUTTERSTOCK/SIPA
L’affiche conçue par
le graphiste Shepard
Fairey s’est vite
imposée comme
l’étendard brandi
dans toutes les
manifestations
anti-Trump.
SHUTTERSTOCK
LES CHANTEURS DONNENT DE LA VOIX
CHEF DE FILE : SNOOP DOGG
Le chanteur Moby
a fait savoir
qu’il accepterait
de se produire
lors de la cérémonie
d’investiture…
à condition que
le président publie
sa feuille d’impôt.
Que les stars de la pop, à l’instar de Madonna
ou Beyoncé, ne portent pas Donald Trump
dans leur cœur, on le savait depuis que l’équipe
du président a eu tant de mal à trouver une voix
pour son investiture. Moby a fait savoir
qu’il irait si le nouvel élu publiait enfin
ses déclarations de revenus – ce qu’il n’a pas fait.
La veille, de nombreux groupes ont sorti
des titres vindicatifs, comme Arcade Fire
avec I Give You Power ou Gorillaz avec
Hallelujah Money. Fiona Apple a joué la carte
de l’humour avec Tiny Hands, clin d’œil
au complexe dont semble souffrir Trump. C’est
le rappeur Snoop Dogg qui est allé le plus loin
en posant le canon d’un revolver en plastique
sur la tempe d’un clown baptisé Ronald Klump
dans la vidéo de son morceau Lavender.
Le président a vivement réagi sur son compte
Twitter : « Imagine-t-on le scandale si ce raté
de Snoop Dogg avait visé et tiré sur le président
Obama ? Il serait allé en prison ! » Le sénateur
républicain de Floride Marco Rubio a critiqué
la mise en scène, rappelant que « nous avons eu
plusieurs présidents assassinés dans ce pays ».
LES ARTISTES APPELLENT À LA GRÈVE
CHEF DE FILE : SHEPARD FAIREY, GRAPHISTE
Une femme voilée aux couleurs du Stars and
Stripes avec pour devise : « We the People »,
soit les premiers mots de la Constitution
américaine. Le graphiste Shepard Fairey
a repris les codes de sa fameuse affiche proObama de 2008, « Hope », pour se faire entendre.
Publiée dans le New York Times et le Washington
Post le jour de l’investiture, l’affiche est depuis
devenue la bannière des anti-Trump, dans la rue
comme sur les réseaux sociaux. Plus de
80 artistes lançaient le même jour une action
LE S E CHOS WE E K- E ND – 2 5
de « grève de l’art », « J20 Art Strike », appelant
le monde de la culture à trouver de nouvelles
formes de protestation « contre la normalisation
du trumpisme ». Message entendu au MoMa, qui
expose depuis le 2 février des artistes des pays
musulmans visés par le décret anti-immigration.
Quant au peintre-photographe Richard Prince,
il a décidé de renier une œuvre qu’il avait réalisée
à partir d’un selfie d’Ivanka Trump, qu’il avait
vendue à la fille du président pour 36 000 dollars
en 2014. Il affirme désormais qu’elle n’est pas
de lui. L’ironie de ce « repentir » original,
c’est qu’il pourrait in fine augmenter la valeur
de ladite œuvre…
LES SPORTIFS SORTENT LE CARTON ROUGE
CHEF DE FILE : STEPHEN CURRY, BASKETTEUR
C’est la position pro-Trump affichée par son
sponsor, Under Armour, qui a poussé Stephen
Curry à sortir de sa réserve. Alors que le patron
de l’équipementier qualifiait le président
d’« asset » (atout), la star de la NBA a préféré
parler d’« ass » (trou du cul). Pas très fin mais
efficace, tant l’Amérique est suspendue aux
paniers du Golden State Warrior. Son rival des
Cavaliers, LeBron James, s’est prononcé contre
« toute politique qui divise et exclut », tout comme
plusieurs coachs qui comptent dans le basket
(Steve Kerr des Warriors, Gregg Popovich des
Spurs). Les sportifs sont surtout remontés contre
le décret anti-immigration : il empêcherait des
étrangers de participer aux compétitions sur
le territoire national. La Fifa explique déjà que
la politique de Trump pourrait diminuer les
chances des États-Unis d’organiser la Coupe
du monde de football… en 2026 !
L’OPPOSITION RÉPUBLICAINE S’AFFIRME
CHEF DE FILE : JOHN MCCAIN,
SÉNATEUR, ANCIEN CANDIDAT À LA MAISON-BLANCHE
L’échec, à la Chambre des Représentants, de
la réforme de la santé concoctée par la Maison
Blanche, la semaine dernière, a montré que
Donald Trump n’a pas que des soutiens au
Congrès. Les républicains modérés ne voulaient
pas autant revenir sur l’Obamacare, tandis que
les radicaux du Freedom Caucus voulaient au
contraire aller beaucoup plus loin dans son
démantèlement. De tous les Républicains, John
McCain, sénateur de l’Arizona et candidat à la
Maison-Blanche en 2008, est vraisemblablement
le plus déchaîné contre le président. Lequel,
durant les primaires, avait contesté ses actes
de bravoure lors de la guerre du Vietnam.
Des hypothétiques mises sur écoute de Trump
par Obama à l’échec de la première opération
militaire américaine au Yémen, en passant
par l’utilisation de la torture à l’encontre des
terroristes, John McCain est sur tous les fronts.
À la tête de la très puissante commission
sénatoriale des forces armées, l’ancien pilote
de chasse craint par-dessus tout un éventuel
rapprochement avec Poutine. même s’il se heurte
au légitimisme de la plupart des représentants,
John McCain peut compter sur l’aile libreéchangiste de son parti pour contrer
BUSINESS STORY
l’homme à la coiffure peroxydée… Et plusieurs
gouverneurs ont exprimé leur mécontentement
face aux coupes prévues dans le projet de budget,
notamment dans les programmes de formation
professionnelle. Au Sénat, où les républicains
n’ont qu’une majorité faible, John McCain
sollicitera le soutien de plusieurs poids lourds :
Marco Rubio (Floride), Lindsey Graham
(Caroline du Sud) ou Susan Collins (Maine).
HOLLYWOOD S’EN VA-T-EN GUERRE
CHEF DE FILE : MERYL STREEP
Sur NBC, Alec Baldwin et Scarlett Johansson tournent en dérision Donald Trump
et sa fille Ivanka dans le « Saturday Night Live », qui enregistre des records d’audience.
LES MAIRES DÉFENDENT LEURS SANCTUAIRES
CHEF DE FILE : BILL DE BLASIO, MAIRE DE NEW YORK
L’échelon local compte bien actionner tous ses
leviers. Le maire de New York, Bill de Blasio, a
montré la voie à des démocrates en panne d’un
leader affirmé. Dès le 21 novembre, il affirmait :
New York « combattra toute mesure contraire à
nos valeurs. Nous utiliserons tous les outils à
notre disposition pour protéger nos concitoyens. »
En premier lieu les clandestins, qui bénéficient
d’un statut privilégié dans les « villessanctuaires », où la police ne les livre pas aux
agents fédéraux quand ils sont arrêtés pour des
délits mineurs. Le 25 janvier, quelques heures
après la signature du décret anti-immigration,
Bill de Blasio a promis de poursuivre le
président en justice s’il mettait à exécution
sa menace de retirer les fonds fédéraux
aux villes-sanctuaires. Plus de 300 villes et
comtés ont revendiqué leur « sanctuarisation ».
Plusieurs gouverneurs ont aussi haussé le ton.
Jerry Brown a opposé au « America First »
de Trump son « California First », rappelant
l’importance de la lutte contre le réchauffement
climatique et la puissance de feu de son État,
sixième économie mondiale à lui seul. Les
municipalités ne sont pas en reste : Berkeley
vient de décider de sortir du capital de toute
entreprise impliquée de près ou de loin dans
la construction du futur mur avec le Mexique.
WILL HEATH/AP/NBC/SIPA
JASON CONNOLLY/AFP
NBC
Il suffit de voir la jubilation avec laquelle l’acteur
Alec Baldwin imite Donald Trump dans le
«Saturday Night Live» depuis octobre dernier
pour s’en persuader: Hollywood est l’ennemi
le plus affirmé du président. Aux côtés de
Baldwin, Melissa McCarthy offre une parodie
désopilante de Sean Spicer, le porte-parole
de la Maison-Blanche, et Scarlett Johansson
ridiculise Ivanka dans le show humoristique
de NBC. Les stars ne loupent aucune occasion
de dire du mal de la nouvelle administration.
Avant George Clooney aux Césars et toutes les
personnalités arborant aux Oscars un ruban bleu
pro-ACLU (American Civil Liberties Union),
c’est Meryl Streep qui a ouvert le bal, aux Golden
Globes, le 8 janvier. La comédienne y a insisté sur
ce que les étrangers apportent à Hollywood.
«Si vous les mettez dehors, vous n’aurez plus rien
à regarder que du football américain et des arts
martiaux.» Dans un tweet rageur, le président
a jugé «surestimée» celle qu’il désignait jusque-là
comme son actrice préférée… Seul Matthew
McConaughey s’est désolidarisé en appelant à
une relation «constructive» avec le président.
DENVER
COLORADO
10 MARS 2017
SHUTTERSTOCK
Les défenseurs des
droits des Indiens
protestent contre
les projets de
pipeline
qui menacent
leurs terres.
26 – L E S E CHOS WE E K- E ND
LA GRANDE COALITION DES ANTI-TRUMP
PALO ALTO,
CALIFORNIE
14 MARS 2017
Dans la Mecque
de la high-tech
et de l’innovation,
la défense de
l’ouverture du pays
au monde mobilise
particulièrement.
SHUTTERSTOCK
JOSH EDELSON/AFP
PETE MAROVICH/BLOOMBERG
LA SILICON VALLEY CRAINT POUR SES TALENTS
CHEF DE FILE : MARK ZUCKERBERG,
PDG-FONDATEUR DE FACEBOOK
Ils font rêver la planète entière, depuis leurs
bases californiennes bouillonnantes d’idées, et
savent ce qu’ils doivent aux étrangers : les ténors
de l’innovation veulent défendre l’ouverture
aux talents. Le 28 janvier, à l’aéroport de
San Francisco, le discret cofondateur de Google
Sergey Brin comptait parmi les manifestants
révoltés par le décret anti-immigration. Né
en Russie, arrivé à l’âge de 6 ans aux États-Unis,
il est représentatif de ces immigrés de première
ou deuxième génération qui ont fait de la Silicon
Valley le creuset de la technologie mondiale.
Sundar Pichai, PDG de Google, et Satya Nadella,
PDG de Microsoft, sont tous deux nés en Inde.
« Apple n’existerait pas sans l’immigration »,
a rappelé Tim Cook, le patron de la firme à la
pomme, dont le fondateur, Steve Jobs, est né
d’un père syrien. Mark Zuckerberg, dont l’épouse
est d’origine chinoise, est monté au créneau, avec
une centaine d’entreprises de la côte ouest, via
un recours en justice. Reste que, dans ce secteur
très exposé, l’opposition frontale n’est pas une
option : il faut composer. Reçu par Trump,
Tim Cook a également dîné avec la fille
du président, Ivanka, et son mari, Jared
Kushner. Pour les ténors du secteur, le choix
est cornélien : pactiser avec le diable au sein du
conseil économique du nouveau président pour
peser de l’intérieur, comme Elon Musk (Tesla),
ou en sortir, à l’instar de Travis Kalanick (Uber) ?
LA PRÉSIDENTE DE LA FED DROITE DANS SES BOTTES
Elle est seule, mais résolue. Janet Yellen,
présidente de la Réserve Fédérale, avait été
accusée par Donald Trump, dès la campagne,
de maintenir une politique monétaire ultraaccommodante pour aider Hillary Clinton.
Il n’avait pas caché qu’il souhaitait se débarrasser
d’elle s’il était élu. Sur ce point, Janet Yellen a été
très claire : « J’entends terminer mon mandat
de quatre ans », qui expire début 2018, a-t-elle
affirmé en décembre. Alors qu’elle vient de
relever les taux directeurs, elle a aussi fait
comprendre que le budget proposé par la
Maison-Blanche mi-mars pourrait conduire la Fed
à accélérer le resserrement monétaire. Enfin,
Janet Yellen a défendu devant le Sénat l’essentiel
des mesures de régulation financière de la loi
Dodd-Frank, votée sous Barack Obama pour
rendre le système financier plus sûr. Un jeu de
contraintes que Donald Trump juge, lui,
« désastreux » et veut mettre à bas.
Janet Yellen, patronne
de la Réserve fédérale,
entend bien aller au
bout de son mandat.
LES ÉCRIVAINS ENTRE RIRE ET LARMES
CHEF DE FILE : STEPHEN KING
Que le pays qui a engendré Fitzgerald, Roth et
Franzen en arrive là, c’est dur à admettre. Dès
le mois de mai 2016, une pétition réunissant plus
de 400 auteurs, dont certains très populaires aux
États-Unis, défendait les principes de dignité
humaine contre les attaques du candidat Trump.
Cinq jours avant l’investiture, le 15 janvier,
l’organisation de défense de la liberté d’expression
PEN America a organisé une marche de
protestation entre la symbolique New York
Public Library et la Trump Tower. Parmi les
manifestants : le caricaturiste Art Spiegelman.
L’humour semble toutefois avoir un impact plus
fort que les manifestations. Ainsi, les moqueries
de Stephen King, sur son compte Twitter, où il
imite avec talent la phraséologie de Trump, sont
devenues virales. Exemple : quand le président
a accusé Barack Obama de l’avoir espionné
pendant la campagne, l’écrivain a assuré :
« Obama a mis les téléphones de Trump sur écoute
en personne ! Il y est allé en combinaison de
technicien et Michelle montait la garde. » Autre
compte hilarant : celui du dictionnaire MerriamWebster, qui ne passe au locataire de la MaisonBlanche aucune de ses – nombreuses – fautes
d’orthographe et de grammaire. Au sujet de
« unpresidented », mot utilisé par Trump au lieu
de « unprecedented », le dictionnaire précise :
« Nous n’avons pas d’entrée pour ce terme. »
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
LE S E CHOS WE E K- E ND – 27
BUSINESS STORY
Alexandre
Mulliez dans
la « war
room »,
antichambre
des projets
matérialisés
par une
multitude de
post-it.
LE « E-MULLIEZ » D’AUCHAN
Benoît Georges - Photographe : Audoin Desforges
2 8 – L E S E CHOS WE E K- E ND
ALEXANDRE MULLIEZ
Le groupe de distribution
ne veut pas décliner avec la fin
du modèle de l’hypermarché,
né dans les années 1960.
Pour rivaliser avec les géants
du commerce en ligne, il
expérimente l’esprit start-up,
en plein quartier du Sentier
à Paris. Aux manettes, le petitfils du fondateur, Alexandre.
C
’
est un grand immeuble
à l’entrée sans charme du quartier du Sentier,
au cœur d’un Paris où les boutiques de fringues
côtoient depuis dix ans le monde des startup. Le Numa, pionnier des incubateurs et
des espaces de coworking, est au coin de la
rue, juste en face de la Maison du BitCoin.
Un hôtel-restaurant branché, Chez Edgar,
s’est installé dans le dédale de grossistes du
passage du Caire. Dans le grand immeuble
à l’entrée sans charme, au troisième étage,
juste au-dessus des locaux du cybermarchand
PriceMinister, une trentaine de jeunes hommes
et femmes sont répartis dans les salles qui
entourent une grande « war room », aux murs
tapissés de dessins et de post-it. Bureaux
en fouillis, style jeans et sweats à capuche,
PC réservé aux parties de jeux vidéo… On y
retrouve à peu près tous les codes des nouvelles
entreprises du numérique. À un détail près :
tous ces jeunes sont au service d’un groupe
fondé il y a… un demi-siècle.
L’immeuble du quartier du Sentier est le siège
parisien d’Auchan, géant de la distribution créé
en 1961 par Gérard Mulliez. Et c’est un autre
Mulliez, son petit-fils Alexandre, 30 ans à peine,
qui pilote ce qu’il appelle son « laboratoire
avec compte d’exploitation » : Auchan Direct,
le service de livraison de courses à domicile
du groupe, dont Alexandre est, depuis 2014,
le directeur marketing et innovation. En jeans
et t-shirt, fine barbe proprement coupée,
tutoiement d’office, Alexandre Mulliez se fond
sans problème parmi les hipsters du quartier –
il a même fait de Chez Edgar sa cantine – c’est
dire. Et s’il déclare volontiers que l’unité qu’il
dirige doit être « la start-up d’Auchan retail »,
ce ne sont pas des paroles en l’air. Car des startup, ce tout jeune père en a créé trois en cinq
ans, entre sa sortie de l’EM Lyon et son arrivée
dans l’empire familial. La première, Hartô, est
un éditeur de meubles design. La deuxième,
Ores Group, est une agence de communication
dont il était associé et directeur de production.
Et la troisième, la plus récente, Koober, est une
plate-forme qui donne accès à des résumés
de livres sur smartphone ou sur tablette. On y
trouve 300 essais économiques, ouvrages de
management ou de développement personnel,
synthétisés pour être lus – ou écoutés – en
moins de 20 minutes. « L’idée vient d’Alexandre,
qui est un boulimique de livres et qui dit tout le
temps qu’il s’est construit grâce à ces livres »,
raconte le cofondateur de Koober, Alexandre
Bruneau. Fondée début 2015, la start-up
revendique aujourd’hui 50 000 utilisateurs de
son application, dont près de 3 000 abonnés
payants.
C’est au moment où il s’apprêtait à lancer
Koober qu’Alexandre a fait le choix de rejoindre
Auchan Direct . « J’étais déjà administrateur
d’Auchan e-commerce depuis quelques années.
Au départ, je pensais que cela suffirait à partager
ma vision. Mais je me suis rendu compte que,
sans un rôle opérationnel, c’est très compliqué
de faire bouger les choses », précise-t-il. Faire
bouger les choses, c’est depuis fin 2014 son rôle
chez Auchan. Avec l’idée que si le monde de
la distribution rate sa transformation digitale,
il sera dépassé par des acteurs véloces comme
Amazon. Il faut donc agir, et agir vite. Et utiliser
la filiale de livraison à domicile comme un
terrain d’expérimentation pour l’ensemble
du groupe. « C’est un laboratoire très spécifique,
parce qu’en face, on a des clients. Pour innover,
il faut avoir des idées. Mais la vraie difficulté,
c’est de réussir à implémenter ces innovations
pour le client », explique Alexandre, qui dirige
une unité d’une trentaine de personnes, contre
six à son arrivée fin 2014. Une goutte d’eau dans
un océan de plus de 300 000 collaborateurs,
mais une goutte d’eau libre d’inventer, qu’il
s’agisse de technique ou d’organisation, quitte à
bousculer les codes du groupe. « Gérard Mulliez
a une admiration profonde et sincère pour son
30
MILLIONS D’EUROS
Le coût du nouvel entrepôt
automatisé d’Auchan Direct pour
la région parisienne.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 29
petit-fils », estime, sous couvert d’anonymat,
un bon connaisseur du groupe. Une admiration
partagée, et qui donne à Alexandre le pouvoir
d’expérimenter.
Premier changement majeur depuis son
arrivée : toutes les fonctions jusque-là soustraitées ont été internalisées, du développement
du site au design, en passant par la relation
avec les clients. Une agilité héritée des start-up
et amplifiée par les méthodes du « lean
management », dont Alexandre Mulliez est un
adepte enthousiaste. « Le lean management, c’est
se dire que chaque problème est une formidable
opportunité de s’améliorer. Chez nous, ce sont les
personnes du service client qui sont chargées de
faire remonter leurs problèmes, mais aussi de les
résoudre. On ne veut pas avoir d’exécutants. »
D’où la « war room », qu’il appelle aussi « obeya
room », un terme japonais signifiant « grande
salle » et qui sert à piloter tous les projets.
Chaque problème identifié doit être affiché
sur ses murs et sa résolution est suivie grâce
à des post-it de couleurs. Les indicateurs de
performances sont visibles de tous. Comme
dans les bureaux d’Amazon ou de BlaBlaCar,
quelques préceptes jugés essentiels s’affichent
dans l’entreprise : « La remise en question
permanente », « Le manager est un coach,
pas un boss », « Oser aller sur des terrains
difficiles », ou encore « Recruter, conserver,
développer les meilleurs talents ».
CRÉER DE NOUVEAUX CODES
La révolution ne s’arrête pas aux murs
de l’« obeya room ». Elle passe aussi par la
logistique, à travers un entrepôt ultramoderne
récemment ouvert à Chilly-Mazarin pour
desservir toute l’Île-de-France. Organisé autour
de chariots robotisés, il est conçu pour abriter à
terme autant de références qu’un hypermarché,
quand celles d’un site d’e-commerce alimentaire
sont souvent plus proches d’une supérette
de quartier. Mais le plus grand changement
revendiqué par Alexandre Mulliez est celui
du management. « Je suis pour la suppression des
liens de subordination. Pas des liens hiérarchiques,
car la hiérarchie reste indispensable, mais les
managers doivent apprendre à passer à la
subsidiarité si nécessaire. » Cela permet de
s’adapter à un monde de la distribution en
transformation permanente. « Je dis souvent que
le chaos est une vertu. C’est pour cela que je recrute
des gens qui sont capables de remettre les choses
en question. » Persuadé qu’il ne faut recruter que
les meilleurs « pour pouvoir ensuite les laisser
très libres », Alexandre Mulliez rattache cette
vision très start-up à celle du fondateur
d’Auchan, Gérard Mulliez. « J’ai longtemps pensé
que mon grand-père était le meilleur dans tous les
domaines, en comptabilité, en communication ou
en commerce… Et puis un jour, il m’a dit :"de tous
les gens qui sont autour de moi, je suis le moins
bon en tout". Et j’ai alors compris qu’il ne recrutait
que les meilleurs pour leur laisser prendre les
bonnes décisions. » À la condition, tout de même,
que la famille ne soit pas très loin...
BUSINESS STORY
EMMANUEL PIERROT/AGENCE VU
LA PRÉSIDENTIELLE, UN RÉGAL
POUR BOOKMAKER ANGLAIS
30 – LE S E CHOS WE E K- E ND
Q
ui aurait pu imaginer
que l’élection à la présidence de la République
française passionnerait autant les Britanniques ?
Le vendredi 3 mars, d’après oddschecker.com
(site centralisateur des cotes), les paris sur Juppé,
qui faisait encore figure de « plan B » pour
la droite en pleine « affaire Fillon », et sur Le Pen
arrivaient en troisième et quatrième positions,
juste après le combat entre les boxeurs David
Haye et Tony Bellow, qui allait se disputer
le lendemain à Londres au dôme du millénaire.
Du jamais vu. La preuve, s’il en fallait une de plus,
du caractère exceptionnel de cette présidentielle.
Jusque-là, les paris politiques n’avaient jamais
eu l’occasion de concurrencer sérieusement
les paris sportifs. Mais, comme sur l’Eurovision
ou les Oscars, leur présence sur leurs sites était
jugée indispensable par les bookmakers car
c’était une des rares occasions de faire parler
d’eux dans la presse non spécialisée – comme
ici… Sinon, les bookmakers n’aiment pas les paris
politiques : trop d’incertitudes et beaucoup
de travail pour un sujet qu’ils maîtrisent mal.
Tout est beaucoup plus simple en sport où c’est
presque toujours le meilleur qui gagne, alors
qu’en politique, rien n’exclut jamais que ce soit
le plus mauvais… Ce manque de « culture
politique » est sans doute à l’origine de l’énorme
et coûteuse bévue de l’opérateur Paddy Power
qui, en novembre dernier, a payé par erreur près
LES BOOKMAKERS ET LA PRÉSIDENTIELLE
Le scénario de l’élection française paraissait écrit d’avance, après
la primaire victorieuse de François Fillon. Puis le « Penelopegate »
a éclaté… Désormais, Londres est saisi par la fièvre des paris
sur les chances de vaincre de Fillon, Macron et, surtout,
Marine Le Pen. L’écrivain Christophe Donner revisite la politique
nationale vue depuis le paradis du bookmaking.
Par Christophe Donner, en collaboration avec Olivier Malachane
de 1 million d’euros à ceux qui avaient parié sur
Hillary Clinton. Ajouté aux 4 millions d’euros
versés aux parieurs de Trump, c’est la plus grosse
perte jamais enregistrée par ce site sur une
élection. Les joies du bookmaking présentent
quelques risques, sinon ça ne serait pas drôle.
Les choses se compliquent encore avec
la présidentielle française – les principaux
intéressés, les Français, étant exclus de la partie.
Ils n’ont pas le droit d’aller sur leurs sites pour
parier. Et ceux qui seraient tentés de braver la loi,
en visitant des sites étrangers sur Internet,
sentent aussitôt souffler le vent mauvais
de la ségrégation : un vilain « Registration France
forbidden » vient noircir l’écran d’ordinateur
avant même de décliner son identité. Tel
un village gaulois résistant à la mondialisation
de l’industrie du jeu, les Français seront bientôt
les derniers à ne pas avoir le droit de miser
sur la politique, les seuls à ne pas pouvoir goûter
aux plaisirs du pari à cote fixe.
Dans ce type de pari, les cotes sont fixées
empiriquement par le bookmaker,
à la différence du pari mutuel, où les cotes sont
mathématiquement fonction de la masse
des enjeux. Mais, depuis la loi du 2 juin 1891,
le bookmaking est interdit en France
et le monopole des paris mutuels, accordé
au PMU en 1931, n’a été qu’en partie brisé
en 2010 par la loi Woerth, et seulement
sur Internet. Cet archaïsme français, nul
candidat à l’élection présidentielle n’envisage
de le réformer, le lobbying des dirigeants
des sociétés de courses françaises ayant réussi
à faire croire aux responsables politiques que
la Normandie et la Mayenne seraient englouties
dans les entrailles de l’enfer en cas
d’autorisation du bookmaking.
J’ai entendu dire, mais j’ai du mal à le croire,
que certains de nos compatriotes, animés
d’un amour incontrôlable de la politique
et du jeu, auraient traversé le Channel et, bravant
la morale et les lois, auraient ouvert des comptes
dans les agences de la City. Le but ? Obtenir
les cartes de crédit, sésames indispensables
à la connexion aux sites de paris, pour envoyer
tout à leur guise 100 euros sur Macron, 50 sur
Fillon… et quelques pièces faciles sur la victoire
du PSG à Barcelone, histoire de se couvrir.
Ce n’est qu’une rumeur. Rien ne permet
de lui accorder foi. Ce n’est pas avec l’argent
des transfuges français que les bookmakers
anglais vont se remplir les poches. Ce paradoxe
vient s’ajouter à leur difficulté à établir des cotes.
On a en effet tendance à jouer comme on vote,
et comme ceux qui vont avoir le droit de jouer
ne sont pas ceux qui auront le droit de voter,
la nature des paris devient indéchiffrable. Quant
aux sondages qui leur servaient jusqu’ici
de références, le Brexit et l’élection de Trump ont
fini de les disqualifier. C’est au point qu’ils
s’en servent aujourd’hui comme anti-boussole.
JAMES MARSH/BPI/SHUTTER/SIPA
LE « CANARD » REBAT LES CARTES
Tout a basculé le 25 janvier, jour des révélations
du Canard enchaîné sur les emplois présumés
fictifs de la famille Fillon. C’est là que l’argent
a véritablement commencé à entrer dans
les caisses des bookmakers. Jusque-là,
cette élection s’annonçait comme un long fleuve
tranquille. L’avenir présidentiel de Fillon
semblait assuré après sa victoire à la primaire
de la droite et du centre ; sa place
de grandissime favori n’avait pas été contestée
par la jolie surprise de Hamon à la primaire
de la gauche. D’un opérateur à l’autre (il y en a
une bonne vingtaine), la cote du Sarthois
ne dépassait pas les 1,5 contre 1 (vous pariez 1,
vous gagnez 1,5 de bénéfice). Et personne
ne se précipitait pour parier sur Hamon, même
offert à 20/1, pas plus que sur Mélenchon à 55/1.
Le pari qui excitait, en tout bien tout
Les Britanniques
parient sur tout
et n’importe quoi,
même sur
la présidentielle
française !
LE S E CHOS WE E K- E ND – 31
le plus fréquenté et le plus fiable pour les paris
politiques, commentait sur Twitter, graphique
à l’appui que : « Si le nombre de paris placés sur
les différents candidats reflétait le résultat final
probable, ce serait un raz-de-marée pour Le Pen. »
En fait, la présidente du FN est une aubaine
pour les bookmakers : « Pour le moment, nous a
confié Matthew Shaddick, chef du service
politique de Ladbrokes, nous avons une perte
potentielle d’un peu plus de 200 000 livres
sur sa candidature. C’est beaucoup, certes,
mais nous pensons que les marchés surestiment
32 – LE S E CHOS WE E K- E ND
ses chances de succès. » Cela explique pourquoi
les bookmakers prennent le risque
de la proposer à 3/1. Mais une question demeure :
pourquoi miser en masse sur Marine Le Pen
qui n’a pas de chance ?
D’abord, les parieurs sont mécaniquement
attirés par le nom – elle est plus célèbre
que tous les autres candidats. On ne prête
qu’aux riches. Ensuite, son programme est
simple, facilement identifiable, il se résume
pour le parieur à « dehors les étrangers »
et « Frexit ». Le parieur aime les choses simples.
Mais pour mieux comprendre le phénomène,
il faut connaître un peu la psychologie du joueur.
Elle est universelle et ne date pas d’hier. Déjà,
en 1781, Emmanuel Kant écrivait dans Critique
de la raison pure : « Souvent quelqu’un exprime
ses propositions avec une audace si confiante
et si intraitable qu’il paraît avoir entièrement
banni toute crainte d’erreur. Un pari le fait
réfléchir. » C’est une vision optimisme du parieur
qui, il est vrai, au début de sa carrière, est un être
enjoué, malicieux et généreux, en perpétuelles
réflexions contradictoires et fertiles. Il est secoué
de doutes et de grandes espérances.
Mais, avec l’âge, devenu un flambeur
compulsif, le parieur se montre aigri,
paranoïaque, vindicatif, limité et revanchard.
S’il croyait, au commencement, parier avec
sa tête, il n’écoute plus que son cœur et, bientôt,
c’est avec ses tripes qu’il va choisir son pari.
Et que réclament ses tripes ? La fin du monde,
la vengeance divine qui effacera ses dettes
STEFAN WERMUTH/REUTERS
honneur, les parieurs britanniques, c’était
Macron. Il leur faisait penser à leur Tony Blair
des années 90, Premier ministre à 44 ans.
La cote de Macron était passée de 20/1
en septembre à 4/1 après la défection
de Hollande. Quant à Juppé, il restait
curieusement présent au « betting », à 80/1.
Mais la présence de ces cotes est trompeuse.
Dans la plupart des cas, elle indique moins le flux
des paris que la fluctuation des convictions
des bookmakers. À titre d’exemple, ce n’est pas
parce que Poutou est offert à 150/1 qu’une seule
livre sterling a été misée sur ses chances.
Plus exactement, si des paris ont été posés
sur Poutou, ce n’est pas dans la perspective
de gagner 150 fois la mise, ni même pour
déclencher une alerte médiatique sur
un nouveau phénomène social que-personnen’avait-vu-venir. Non ! C’est simplement qu’il y a
des gens qui ne parient pas pour gagner. Comme
il y en a qui s’achètent des chaussures pour
ne jamais les porter. Qui commandent un café
en fin de repas pour ne pas le boire. De gentils
toqués qui participent à l’enivrante et charmante
imprévisibilité de l’espèce humaine.
Ils pourraient devenir les héros de la glorieuse
incertitude de la course à la présidence
de la République.
Plus sérieusement, il faut maintenant faire
comme tout le monde : parler de Marine
Le Pen. Si on mise comme on vote, vu que
les Britanniques ne votent pas, alors pourquoi
misent-ils donc en masse sur elle ? Car c’est bien
ce qui se passe. Chez William Hill, où la fille
de Jean-Marie concentre 54% du total des mises,
on indique avoir accepté un pari de 30 000 livres
d’un seul et même joueur. De loin le plus élevé
de cette campagne… Ladbrokes, l’opérateur
AUGUSTIN LE GALL/HAYTHAM-REA
BUSINESS STORY
LES BOOKMAKERS ET LA PRÉSIDENTIELLE
Par ici la monnaie !
Un nom bien connu,
depuis le temps,
un message
simpliste :
Marine Le Pen fait
le bonheur
des parieurs à 4/1
(au 27 mars).
Benoît Hamon,
vainqueur
de la primaire
de la gauche, est lui
à 190/1. Très loin
des 13/2 de François
Fillon…
COTES ET ENJEUX
Les enjeux sur l’élection présidentielle
française chez les bookmakers s’élèvent à
10 MILLIONS DE LIVRES.
et lui fera oublier ses propres insuffisances,
celles qui le rongent et qui l’ont tant de fois
empêché de gagner alors qu’il savait ce qu’il
fallait jouer. Le pari sur les chances pour Marine
Le Pen de devenir présidente de la République
française aura ainsi une vertu cathartique.
Le joueur va miser sur elle, comme pour laisser
son double maléfique voter pour elle. C’est
ce parieur-là que le bookmaker doit séduire.
Et c’est là où le fonctionnement de l’industrie des
paris peut réellement éclairer l’histoire politique.
SHUTTERSTOCK
SIMON LAMBERT/HAYTHAM-REA
HAMILTON/REA
FAIRE MONTER LA COTE POUR FAIRE LA CULBUTE
Tout comme les parieurs, les bookmakers sont
intimement persuadés que Marine Le Pen
n’a pas la moindre chance de battre qui que
ce soit au second tour ; même face à Hamon,
elle perdrait ! Cette conviction n’est pas
seulement étayée par les sondages, mais par
l’histoire de la famille Le Pen. Si on compte
les candidatures de son père – et on doit le faire
car Jean-Marie est pour beaucoup dans
la célébrité de sa fille –, c’est à six échecs
consécutifs à l’élection présidentielle que Marine
doit mettre fin. Face à Giscard, Mitterrand,
Chirac, Hollande, les Le Pen ont toujours perdu.
Ce n’est plus de la malchance, c’est un rite.
Les comparaisons avec le Brexit ou l’élection
de Trump sont inopérantes. Ces extrapolations
participent du fantasme savamment entretenu
en France par les politiques de tous les autres
bords pour des raisons stratégiques évidentes.
Un argument très utile aux bookmakers anglais
Les cotes des principaux candidats chez
les bookmakers au 22 mars 2017 était de :
Emmanuel Macron : 1,5/1
Marine Le Pen : 3/1
François Fillon : 6/1
Benoît Hamon : 66/1
Jean-Luc Mélenchon : 66/1
Sur Betfair (Betting Exchange)
4,18 MILLIONS DE LIVRES ont changé de main,
soit 8,36 MILLIONS DE TURNOVER au 27 mars 2017.
Cotes proposées et masse d’enjeux au 27 mars :
Le Pen : 4/1 = 1,38 million de livres
Fillon : 13/2 = 1,1 million de livres
Macron : 5/10 = 1,1 million
Hamon : 190/1 = 0,74 million
Mélenchon : 140/1 = 0,18 million.
qui vont s’en servir pour des raisons
commerciales moins visibles mais tout aussi
flagrantes. Tout leur talent consiste
à transformer en or la fascination internationale
pour Le Pen. Il leur faut pour cela rendre l’offre
attractive, en trouvant l’équilibre entre le cœur
et la raison. La barrière symbolique, c’est
« la culbute », en dessous ou au-dessus
du doublement de la mise. À 2,8/1, les parieurs
sont réticents, mais sentent qu’ils ont affaire
à un pari sérieux. À 4/1, ils sont excités, mais
soupçonnent un piège, un miroir aux alouettes.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 33
Ce qu’on appelle aux courses « l’argent des caves »,
ou « le pognon des pigeons » pour les poètes. Entre
ces écueils très symboliques, les bookmakers
trouvent leur chemin et finissent par proposer
Marine Le Pen à 3/1. Certains de faire
une excellente affaire avec cette outsider
déguisée en favori. Évidemment, un doute pointe
toujours au fond des certitudes : et si elle
l’emportait quand même ? Dans ce cas – qu’on
ne peut jamais exclure – , les opérateurs auraient
à payer les millions de livres engagés sur
ses chances, multipliés par trois. Ça ne serait pas
un drame, d’autant que les millions d’euros
engagés sur Hollande, Juppé, Baroin, Sarko
et Valls depuis le début de la campagne sont
définitivement perdus pour les parieurs…
et acquis pour les opérateurs.
Les défections font toujours les affaires de ces
derniers, car ils ne remboursent pas les paris
posés sur des concurrents éliminés en cours
de route. Or on n’a encore jamais vu un cheval
gagner une course à laquelle il n’a pas participé.
C’est ce que les opérateurs ont espéré
le 25 janvier, jour des premières révélations
du Canard enchaîné. Elles n’allaient pas
seulement dynamiter la campagne de Fillon,
elles allaient aussi dynamiser le marché
des paris politiques en ligne. Grand favori depuis
sa victoire à la primaire de la droite et du centre,
Fillon avait permis aux bookmakers d’engranger
une belle quantité de paris. Son abandon
représentait pour eux une aubaine puisqu’ils
n’auraient alors plus rien eu à payer. On en était
encore loin. Car, à bien regarder l’évolution
des cotes dans les jours qui ont suivi la parution
du premier article du Canard, il semble que
ce soit moins les faits révélés – somme toute
moins graves qu’un viol au Sofitel suivi
BUSINESS STORY LES BOOKMAKERS ET LA PRÉSIDENTIELLE
« Nous n’avions jamais dépassé 10 000 livres
de chiffre d’affaires sur une élection française.
Cette année, nous sommes sur le point
d’atteindre le demi-million. Avec le référendum
écossais en 2014, celui sur le Brexit et les
élections américaines, où nous avons totalisé
plus de 5 millions de livres sterling, le pari
politique est devenu notre plus gros marché
non sportif, bien avant les paris sur les émissions
de téléréalité », explique Graham Sharpe,
chef des relations presse chez William Hill.
Juppé tout requinqué, rajeuni, prêt à sauter
le callejón pour aller jouer les espontaneos dans
l’arène. Ses copains le poussent à y aller, mais
il hésite. Il préférerait que le taureau se décide
à mourir avant de lui porter le coup de grâce.
Bonne affaire pour les bookmakers qui avaient
fait de lui leur favori jusqu’au premier tour
de la primaire. Car chaque retournement
de situation déclenche de vastes mouvements
de revente de tickets sur lesquels le site prélève
son petit bénéfice (5%). Des dizaines de milliers
de livres sterling échangées sur Betfair.com,
la bourse de paris en ligne, les jeudi 2 et vendredi
3 mars, ont permis à la plate-forme de dépasser
les 6 millions de livres de chiffre d’affaires sur
le marché de la présidentielle.
Face à cette tourmente républicaine, les cotes
d’Emmanuel Macron (1,2/1) et de Marine Le Pen
(2,2/1) n’ont guère bougé. Mais rien ne dit
qu’entre le moment où cet article est écrit
et le moment où vous le lirez, une nouvelle
tourmente n’aura pas traversé le paysage – pour
le plus grand profit des bookmakers. Quoi qu’il
34 – LE S E CHOS WE E K- E ND
en soit, cette élection restera un moment
inoubliable pour les Britanniques. On est
pourtant censé s’y connaître en coups
de poignard dans le dos des princes dans
la patrie de Shakespeare. Mais là, les Français
les ont épatés. Le fait que Penelope Fillon soit
d’origine galloise ajoute sûrement du sel à leur
plaisir. Voient-ils dans la possible future
première dame de France une réincarnation
sarthoise de Lady Macbeth ? En tout cas, ils ont
été pris d’une excitation qui ne pouvait trouver
d’exutoire que dans le pari. N’est-ce pas à cette fin
que le jeu a été inventé ? Les sociologues
devraient peut-être glisser à l’oreille
des candidats à la présidence et à la députation
quelques informations sur l’utilité de ces jeux
d’argent. Il serait temps d’envisager notre sortie
de cet isolement prétendument moral, rempart
de sable mouillé face à la mondialisation.
Une suggestion d’écrivain flambeur…
Retrouvez Christophe Donner ce samedi dans
LCI Matin Week-end à 9h30 sur
PATRICK KOVARIK/POOL/REUTERS
LES ÉLECTIONS PLUS FORTES QUE LA TÉLÉRÉALITÉ
… Mais le chouchou
des parieurs
britanniques c’est
Emmanuel Macron
(au centre) qui leur
rappelle Tony Blair,
leur jeune
Premier ministre
des années 90.
ALAN CROWHURST/GETTY IMAGES/AFP
d’incarcération immédiate à la prison de Rikers
Island – qui ont accéléré la chute du favori dans
les sondages et sur les sites de paris, que
la maladresse de ses répliques (« Le “Canard” est
misogyne », « La saison des boules puantes est
ouverte », « Il n’y a rien à commenter », etc.).
De fait, la chute de Fillon fut lente. Comme si rien
dans ce dont on le soupçonnait n’était encore
électoralement rédhibitoire. Il est vrai qu’il n’était
encore judiciairement accusé de rien – a fortiori
coupable de rien. « J’ai le cuir dur », déclare-t-il,
un lapsus étrange quand on sait qu’un cuir
dur est un cuir mal entretenu, qui risque
de se fendre et de casser. Il voulait sans doute
dire qu’il avait « la peau dure », ou le « cuir épais ».
L’annonce de sa mise en examen au matin
du 1er mars allait mettre fin à quatre semaines
de supplice pour le saint Sébastien (une flèche
par jour) de la présidentielle 2017. Il entrait alors
dans la phase de mise à mort. Il l’annonçait
lui-même en parlant « d’assassinat politique »
lors de sa conférence de presse. Pendant
quelques heures, les bookmakers n’ont plus su
où donner de la tête. Mal informés ou prenant
leur désir pour la réalité, ils étaient persuadés
que François Fillon allait abandonner après
sa convocation par les juges et son annulation
de dernière minute au Salon de l’agriculture.
Comme à la Bourse dans les moments
de crise, il fallut stopper les prises de paris avant
d’offrir du Fillon à 5/1, puis à 10/1. Mais, au cours
de la conférence de presse, après avoir parlé
d’assassinat, Fillon se déclare paradoxalement
toujours vivant et décidé à aller au bout, quitte
à se délier de son serment d’abandonner en cas
de mise en examen. Les bookmakers réajustent
aussitôt leur cote qui revient à 5/1. Le taureau
à genoux ne veut pas mourir, mais l’orchestre
fait sonner le clairon : il faut en finir avec
François Fillon. Bruno Le Maire croit pourvoir
s’emparer de l’épée pour porter l’estocade.
Il va se blesser avec, ce qui fera de lui l’homme
politique le plus maladroit de sa génération.
Alors qu’on attendait « le jeune Baroin », voilà
CULTURE
31 MARS 2017
BUHLEBEZWE SIWANI/COURTESY WHATIFTHEWORLD GALLERY, CAPE TOWN
Qunusa! Buhle, 2015,
de Buhlebezwe Siwani,
à la Fondation
Louis Vuitton.
UNE SAISON AFRICAINE
Du Grand-Palais à La Villette, de la Fondation Vuitton au musée
du Quai Branly, le printemps culturel sera africain.
Par Judith Benhamou Huet
LE S E CHOS WE E K- E ND – 35
CULTURE
E
Notes Towards
a Model Opera,
de William
Kentridge
(détail d’une
projection vidéo)
à la Fondation
Louis Vuitton.
DÉCOUVRIR L’ART SUD-AFRICAIN
« ÊTRE LÀ », ART/AFRIQUE, LE NOUVEL ATELIER,
FONDATION LOUIS VUITTON
En Afrique du Sud, il règne dans les cercles de
l’art un sentiment profond fait de meurtrissures,
de désirs, de revendications. Mais il se dégage
surtout un sentiment d’appartenance
à une culture locale très forte. Ce magma
d’émotions non pacifiées a engendré un art
brûlant qui prend une importance cruciale
aux yeux de ceux qui le font, de ceux qui
le représentent et de ceux qui le regardent.
On peut le découvrir à partir du 26 avril
à la Fondation Vuitton qui s’ouvre à la scène
artistique africaine. « Art/Afrique, le nouvel
atelier » présente 17 artistes sud-africains,
à côté d’une sélection d’œuvres de la Fondation
et de la collection de Jean Pigozzi.
Parmi eux, William Kentridge, la super star
nationale. Né en 1955, il a inventé un univers
unique. Il travaille le dessin, le cinéma
d’animation, le théâtre d’ombres ainsi que
le rapport des images à la musique. Dans
des installations savantes, il met en scène
les grands mythes de l’histoire de l’homme.
Ainsi, à la Fondation Vuitton, l’esclavage,
les révolutions françaises et chinoises sont
représentées sur trois écrans qui interagissent
simultanément. Regarder une installation de
Kentridge, c’est être pris par une bourrasque.
C’est un mélange de burlesque, d’images
d’Epinal, de rythme et d’émotions. William
Kentridge est également exposé à la galerie
Marian Goodman, à Paris jusqu’au 22 avril,
www.mariangoodman.com.
David Koloane, né en 1938, est un autre grand
du patrimoine artistique sud-africain. Ancien
opposant à la politique de l’apartheid, il est
célébré comme un sage. Sa production picturale
a un accent expressionniste et son travail est
36 – L E S E CHOS WE E K- E ND
reconnaissable à l’omniprésence dans ses vidéos
– tirées de ses dessins – de chiens se déplaçant
en meute. Ces animaux qui hantent les villes
symbolisent les êtres traqués par le racisme.
Il aura fallu, bien sûr, un David Koloane
pour qu’apparaisse la nouvelle génération
d’artistes noirs sud africains dont fait partie
la militante Buhlebezwe Siwani. Née en 1987,
elle a été élevée dans un township dont
elle a gardé des souvenirs douloureux
qu’elle sublime par des gestes s’apparentant
à des rituels. Celle qui se dit aussi guérisseuse,
réalise des performances et des sculptures
à partir d’un savon vert extrêmement abrasif,
celui-là même que sa grand-mère utilisait aussi
WILLIAM KENTRIDGE/COURTESY MARIAN GOODMAN GALLERY, PARIS ET GOODMAN GALLERY, JOHANNESBURG
n 2016, on avait senti les
frémissements d’une déferlante africaine avec,
entre autres événements, la première édition
parisienne de l’Akaa (Also Known as Africa, la
foire d’art contemporain et de design d’Afrique)
qui s’était installée au Carreau du Temple.
La semaine dernière, si le Maroc était l’invité
d’honneur du Salon du livre à Paris, ce sont
tous les pays d’Afrique qui étaient distingués au
sein du nouveau pavillon des lettres africaines.
Ce printemps 2017, ce n’est plus un frémissement
mais un véritable bouillonnement africain
qui prend possession de la capitale et de
la France entière. De l’art à la musique, en
passant par la mode et le design, l’ensemble de
la sphère artistique sera représentée par une
centaine de créateurs venus de tout le continent
africain… Dans les grandes institutions
muséales jusqu’aux événements culturels
et lifestyle organisés aux Galeries Lafayette
ou à La Villette, c’est une scène en pleine
effervescence qui vient faire la démonstration
de sa diversité culturelle et créative.
Loin des clichés, elle montrera une Afrique
jeune, dynamique et contemporaine. Voici
une sélection d’événements à ne pas manquer.
CLAUDE GERMAIN/MUSÉE DU QUAI BRANLY
PATRICK GRIES/MUSÉE DU QUAI BRANLY
BÉATRICE HATALA/RMN-GRAND PALAIS (MUSÉE NATIONAL-PARIS)
MATHIEU RABEAU/RMN-GRAND PALAIS
UNE SAISON AFRICAINE
Au musée du Quai
Branly, de haut
en bas, statuette
gardienne
des ancêtres
(Gabon), visage
anthropomorphe
(Guinée) et statue
féminine (Côte
d’Ivoire).
bien pour laver les sols que pour la toilette
de sa petite fille en public près d’un point d’eau.
La souffrance est omniprésente chez Jody
Brand (née en 1989), observant que les noirs
et les métisses sont invisibles dans la population
et ne comptent pas dans le paysage social. Alors
elle réalise des portraits photographiques de son
entourage : femmes, travestis, gens de la rue,…
dans des clichés frontaux et crus. Elle dit de son
travail qu’il est « naïf et instinctif ». On ne pourra
plus ignorer les douleurs sud africaines au
sortir de cette exposition.
Être là, Afrique du sud, une scène contemporaine.
Du 26 avril au 28 août, Fondation Louis Vuitton,
www.fondationlouisvuitton.fr
Photomontage de Jean Harold envoyé à Picasso par Jean Cocteau
et légendé, au dos : par « Picasso – Période nègre ». Ci-contre :
Masque réalisé par Picasso, 1919.
AU CARREFOUR DES ÉCHANGES
L’AFRIQUE DES ROUTES,
MUSÉE DU QUAI BRANLY
En même temps que l’exposition « Picasso
primitif » consacrée à la relation quasi
magnétique que nourrissait le peintre
de Malaga avec les arts anciens d’Afrique,
le musée du Quai Branly s’interroge à travers
300 œuvres et objets sur les échanges entre
le continent et le reste du monde. « Les routes
de l’Afrique » remonte aux origines
de l’humanité puisque c’est au sud du Sahara
que vécurent les premiers hommes. C’est aussi
de là qu’ils partirent vers d’autres directions.
Ainsi, entre le Ier millénaire av J.-C. et le
LE S E CHOS WE E K- E ND – 37
vie siècle, dans la région du Niger et du lac
Tchad, vécut une civilisation qui a laissé
une fascinante forme de sculptures en terre
cuite. Quant à l’ivoire, ressource africaine
capitale, il circule depuis l’antiquité
à destination de l’Europe et de l’Asie.
Sur les côtes africaines, il est échangé contre
la soie, les perles, et même la porcelaine
chinoise. Et puis l’islam, le christianisme
et même le judaïsme vont passer à travers
le continent laissant pour preuve des objets
du rituel et des populations observantes.
La mondialisation n’est pas une invention
contemporaine.
Jusqu’au 12 novembre, www.quaibranly.fr
CULTURE
City Life, 2016,
de Aida Muluneh
exposée à La
Villette.
EXPLOSIONS URBAINES
AFRIQUES CAPITALES,
GRANDE HALLE DE LA VILLETTE
Il y a plusieurs Afrique. Et ses capitales hautes
en couleurs ont inspiré les artistes. Simon Njami,
le commissaire d’expositions et fondateur
du magazine Revue Noire, présente à la Villette
une soixantaine d’artistes sur ces explosions
urbaines et ces manifestations humaines.
On y retrouve le Sud-Africain William Kentridge,
qui met en scène sur huit écrans en 45 mètres
de long une danse mystérieusement macabre.
Le Camerounais vivant en Belgique
Pascale Marthine Tayou (ne vous fiez pas
à l’orthographe, il s’agit bien d’un homme)
a imaginé des « falling houses », des maisons
suspendues à l’envers constituées de bric
et de broc. Quant au Nigérian Uche Okpa Iroha,
il a incrusté des autoportraits dans les images
du film Le Parrain de Francis Ford Coppola
pour bien signifier que les noirs y sont absents.
Un rendez-vous de diversités.
Du 28 mars au 29 mai, https ://lavillette.com
Year and
place : 2015.
Installation
de Pascale
Marthine Tayou
à La Villette.
BEETHOVEN AFRICAIN
Hier, Armand Diangienda
Wabasolele pilotait les avions.
Aujourd’hui, il conduit l’Orchestre
symphonique kimbanguiste,
à Kinshasa, en République
démocratique du Congo.
Le chômage l’a incité en effet
à assumer sa passion pour
la musique, lui qui pratiquait
dès l’enfance le piano, d’oreille,
sans avoir appris. Il réunit alors
des amis, coiffeur ou chauffeurmécanicien, désireux de se lancer
dans l’aventure de l’orchestre.
Comme il n’y a quasiment pas
d’instruments, il faut se débrouiller,
les partager.
Un premier concert donné en 1994
suscite des vocations et depuis
38 – L E S E CHOS WE E K- E ND
l’ensemble de 80 musiciens environ
fonctionne par autofinancement.
Armand Diangienda Wabasolele,
qui s’est improvisé chef d’orchestre
pour parer en catastrophe
à un désistement, se perfectionne
grâce à des stages en France.
En 2013, l’orchestre est invité
à Los Angeles où il croise
Lionel Richie, Herbie Hancock et
Peter Gabriel, puis au Printemps
des Arts de Monte-Carlo. Il y
retourne ce 1er avril et s’associera
avec des musiciens de l’Orchestre
philharmonique de Monte-Carlo
pour interpréter Beethoven
et des morceaux signés Armand
Diangienda Wabasolele. Ph. V.
www.printempsdesarts.com
Un Air de Vacances - Camille Claudel, L’Abandon , bronze, vers 1886, détail. Photo © Marco Illuminati
PHILIPPE DE GOBERT/GALLERIA CONTINUA, SAN GIMIGNANO/BEIJING/LES MOULINS/HABANA
AIDA MULUNEH/COURTESY OF DAVID KRUT PROJECTS
MOHAU MODISAKENG
UNE SAISON AFRICAINE
Série
Endabeni 8
(2015)
de Mohau
Modisakeng,
exposé à Art
Paris Art
Fair.
AGENDA
À PARIS
Afrique Capitales
Du 29 mars au 28 mai,
La Villette, Paris.
Art/Afrique Atelier
Du 26 avril au 28 août,
Fondation Vuitton.
Art Paris Art fair
Du 30 mars au 2 avril,
Grand-Palais.
Africa Now
Happenings et
conferences.
Du 29 mars au 25 juin,
Galeries Lafayette.
EN FOIRE
ARTPARIS ARTFAIR
La foire du printemps Art Paris se focalise
cette année sur les artistes africains. Une
centaine au total sur les 139 stands que
compte la manifestation. Vingt galeries
africaines ont également fait le voyage. Dans
le même temps, Marie-Ann Yemsi, commissaire
de la Biennale de Bamako 2017 et de l’exposition
aux Galeries Lafayette (1), organise dans
le cadre de la foire une exposition de vidéos
sur le thème du corps. « Avec des œuvres
du Maghreb à l’Afrique du Sud, il faut
non seulement sortir des clichés de l’art
africain de l’Ouest mais aussi échapper aux
idées préconçues d’une création qui ne serait
composée que d’un art de recyclage ou de
photographies de studio », conclut Guillaume
Piens, le directeur d’ArtParis.
Du 30 mars au 2 avril, Grand Palais,
www.artparis.com
(1) Marie-Ann Yemsi est commissaire de
l’exposition « Le jour qui vient », composée
de 15 artistes d’origine africaine.
Galerie des Galeries Lafayette du 28 mars
au 10 juin. www.galeriedesgaleries.com
EN RÉGION
Vers le cap de BonneEspérance. Du 6 avril
au 3 septembre. Gare
Saint-Sauveur, Lille.
Émoi Photographique.
Focus sur l’Afrique
avec 4 photographes
invités. Du 25 mars
au 30 avril 2017,
Angoulême.
Printemps des Arts.
Le 1er avril Armand
Diangienda Wabasolele
avec l’Orchestre
philharmonique
de Monte-Carlo.
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
La plus grande
collection des œuvres
de Camille Claudel
#museecamilleclaudel
museecamilleclaudel.fr
Je t’aime
CULTURE
LE PROPHÈTE
ET LE MANDARIN
Olivier Roy, agrégé de philosophie persanophone,
et Gilles Kepel, politologue arabophone,
deux islamologues réputés, se livrent une guérilla
sans merci sur les racines du djihadisme
en France. Au risque de brouiller les pistes…
Par Pierre de Gasquet
40 – LE S E CHOS WE E K- E ND
officier de sécurité chargé
de sa protection rapprochée monte la garde
à sa porte. Sorte de cellule monastique aux murs
blanchis, son bureau plonge sur le cloître
de l’École normale supérieure, rue d’Ulm à Paris.
Contre un mur : un moucharabieh en bois patiné
qui vient du Caire et le suit depuis quarante ans.
C’est là, au dernier étage, que Gilles Kepel, 61 ans,
l’islamologue le plus médiatique de France,
hanté par la menace de l’islamisation du pays,
auteur de Terreur dans l’Hexagone, reçoit
ses visiteurs en leur offrant des nougats iraniens.
De ceux, confie-t-il, que l’ayatollah Khomeini
dégustait en assistant aux exécutions. L’homme
qui a fait d’Olivier Roy – l’autre islamologue
français le plus réputé du moment – sa « tête
de turc », ne déteste pas manier l’ironie blasée.
« J’ai été désigné comme un ennemi de l’islam
par le djihadiste Larossi Abballa (l’auteur du
double assassinat de Magnanville, NDLR), sur
Facebook, le 13 juin 2016. Être condamné à mort
comme universitaire et comme ‘’journaliste’’,
c’est quand même une double peine ! » raille-t-il.
Depuis, Gilles Kepel bénéficie d’une protection
policière. « Jusque-là, je n’avais jamais eu
le moindre souci avec tout ce que j’ai publié. Même
la mouvance islamiste respectait mes analyses :
certains s’en sont servi, s’étonne celui pour qui
« l’attentat de Westminster sonne le glas du rêve
communautariste britannique. » En France,
« les attentats ont polarisé les choses et s’est mise
en place la mouvance islamo-gauchiste ». Le terme
est lâché : l’auteur de La Fracture pourfend
volontiers la « mouvance islamo-gauchiste »
auquel il associe, pêle-mêle, le Bondy blog
dernière mouture ou Edwy Plenel, le fondateur
de Mediapart, ou encore… Olivier Roy.
Au cœur de la polémique qui divise les deux
universitaires : l’analyse de la montée
du djihadisme en France. Pour Gilles Kepel,
le salafisme est le terreau du djihadisme
(c’est la « radicalisation de l’islam »). Pour
le politologue Olivier Roy, 67 ans, les attaques
terroristes dont la France a fait l’objet trouvent
plutôt leurs sources dans une forme de révolte
générationnelle liée à une radicalisation
de la jeunesse dans les banlieues. C’est
« l’islamisation de la radicalité », selon sa propre
expression qui a fait florès. Si Gilles Kepel y voit
parfois une « opposition factice », fruit
de « simplifications paresseuses », la fracture
est réelle et repose sur des analyses
profondément divergentes des racines
du djihadisme contemporain.
À quand remonte cette dispute véhémente
entre le mandarin au profil émacié de Normale
Sup – un « strapontin » dont il a hérité après
sa rupture avec Sciences Po en 2010, dixit
Olivier Roy – et le moine-soldat rondouillard
OLIVIER METZGER/MODDS
Olivier Roy,
auteur de Le Djihad
et la mort,
Le Seuil (2016).
’
L
OLIVIER ROY ET GILLES KEPEL
Gilles Kepel, auteur
de La Fracture,
coédition GallimardFrance Culture
(2016).
de l’Institut universitaire européen (IUE)
de Florence, auteur de La Sainte Ignorance,
dont les analyses ont fait la une du New York
Times après les attentats du Bataclan ? « Cela fait
un an qu’il m’attaque extrêmement violemment.
Commencer son article (une tribune dans
“Libération” du 14 mars 2016) par “Le roi est nu”
n’est ni de bon goût ni respectueux. Parler
de “royale ignorance” à propos d’un collègue,
c’est inacceptable », s’offusque Olivier Roy.
« Sur le fond, Kepel pense que le salafisme est
l’antichambre du djihadisme et que Daech a pour
stratégie d’organiser la guerre civile en France.
C’est totalement faux : il a inventé une citation
d’Abou Moussab Al-Souri (le Syrien qui a
théorisé le « nouveau djihad », NDLR) qui n’existe
pas sur la nécessité de créer la guerre civile entre
les musulmans et les autres. En réalité, Al-Souri
parle de “terreur civile ”. Daech continue
la politique d’Al-Qaida », tempête l’homme
qui est parti participer aux combats de la guerre
d’Afghanistan contre l’URSS dans les années 80.
ROBERTO FRANKENBERG/MODDS
DES VISIONS DIAMÉTRALEMENT OPPOSÉES
Pour Olivier Roy, la querelle n’est pas mince. Car
les conséquences politiques d’une désignation
du problème comme celui de « la radicalisation
de la communauté musulmane » sont
« considérables ». « Si on suit Kepel, tous
les musulmans français forment potentiellement
une cinquième colonne de Daech. Si l’armée
française, qui compte 10% de musulmans dans
ses troupes, prend au sérieux ce qu’il dit,
elle devrait cesser de recruter de jeunes
musulmans. » Là où le romancier Michel
Houellebecq a le « droit de fantasmer
et de raconter ce qu’il veut », Gilles Kepel brandit
le risque de guerre civile en France en faisant
du salafisme l’antichambre du djihadisme. « C’est
notre désaccord de fond : pour prouver son point,
il islamise tout ce qui vient des secondes
générations de musulmans. Par exemple, il a
déclaré que le Bondy Blog (le média en ligne créé
en 2005 pour raconter la France de la diversité
ethnique, NDLR) était tenu par les Frères
musulmans, ce qui est aberrant », estime Olivier
Roy. De fait, Gilles Kepel soupçonne le Bondy
Blog d’avoir été « repris en main par cette frange
frériste qui a fait de l’islamophobie son principal
slogan. C’est là qu’on a commencé à me désigner
comme une cible. Je suis même devenu leur cœur
de cible », fulmine-t-il.
Les deux chercheurs ont également
des visions opposées sur l’état de la recherche
française en la matière. « Il y a une rupture totale
entre l’université et les décideurs politiques.
On a perdu un temps fou. Il y a eu un ratage
complet du ‘“djihadisme troisième génération’’,
dont le principal idéologue est le Syrien Abou
ITINÉRAIRES CROISÉS
OLIVIER ROY
1973-81 Enseignant en philosophie au lycée
de Dreux.
1981-88 Étude de la guerre d’Afghanistan.
1985 Entrée au CNRS. Directeur d’études
à l’EHESS.
1993 Représentant spécial, puis chef de mission
de l’Organisation de la sécurité et de la
coopération en Europe (OSCE) au Tadjikistan.
2008 Visiting Professor à Berkeley University.
2009 Professeur à l’Institut universitaire européen
de Florence, en charge du programme
Méditerranée.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 41
GILLES KEPEL
1977-78 Boursier à l’Institut français
de Damas (Syrie).
1980-83 Chercheur au Centre d’études
juridiques, économiques et sociales du Caire.
1984 Publication de son livre prémonitoire
Le Prophète et Pharaon.
1983-2001 Chercheur au CNRS.
1994-96 Visiting Professor à la New York
University et à Columbia University.
2001-2010 Directeur de la chaire Moyen-Orient
Méditerranée à l’IEP (Institut d’études politiques)
de Paris.
CULTURE OLIVIER ROY ET GILLES KEPEL
À CHACUN SON MARQUEUR
Cette mouvance verrait dans les musulmans
« des opprimés qu’il faut encourager de manière
acritique. Or, la société musulmane française est
extrêmement différenciée : elle ne se réduit pas
aux salafistes et aux islamistes et elle n’est pas
majoritairement religieuse. Analyser la manière
dont fonctionnait la structure sociale, religieuse
et politique des quartiers populaires, comme je l’ai
fait quand j’ai travaillé sur Clichy-Montfermeil,
c’est considéré comme tabou : il ne faut pas
l’étudier de peur de faire le jeu du Front national »,
soupire Gilles Kepel.
« Quand François Hollande a été élu, je l’ai
alerté dès août 2012 sur la situation catastrophique
de la recherche. À Sciences Po, le master spécialisé
que j’avais créé avec Ghassan Salamé a été fermé
en décembre 2010, le mois où Mohamed Bouazizi
s’immolait par le feu en Tunisie. Cela a abouti
à un assèchement de la recherche concrète
et empirique sur le sujet. En vingt-cinq ans
de carrière, j’ai toujours fait attention à ce que
les étudiants connaissent les langues, aillent sur
le terrain et soient formés en sciences sociales : cela
a été complètement détruit », déplore celui qui
se dit « très échaudé par ce dernier quinquennat ».
Le terrain, un autre motif de discorde. Gilles
Kepel accuse volontiers Olivier Roy d’avoir
négligé les banlieues et les prisons pour
les collines toscanes : « Contrairement à [lui], j’ai
passé mon temps sur le terrain en banlieue. » Pour
Olivier Roy, la recherche est vivace à condition
de sortir du franco-français. C’est pourquoi il a
créé un réseau d’une vingtaine de chercheurs,
Middle East Directions, dont la moitié est
arabophone et comprend d’anciens élèves
de Kepel. « L’idée est de comparer les profils
Commémoration au bord du canal Saint-Martin des attentats terroristes du 13 novembre 2015.
de kamikazes en Turquie, en Egypte, au Kosovo,
en Irak… Il faut aller chercher de l’argent en dehors
des universités. » Pour l’auteur de La Fracture,
« Roy a une vision philosophique et comparatiste.
Il en découle une analyse très différente du passage
à l’acte des djihadistes. C’est un ex-maoïste.
À partir des tentations de ses anciens camarades
de la gauche prolétarienne, il applique ce même
logiciel au djihadisme. Moi qui étais trotskiste
à l’époque, on n’était pas du tout fasciné
par le passage à l’acte, on était très attentif
aux stratégies d’organisation et à l’idéologie ».
Et aujourd’hui, Gilles Kepel se considère-t-il
encore comme de gauche ? « Après le quinquennat
hollandais, c’est difficile», reconnaît-il. Pour lui,
François Fillon et Emmanuel Macron sont ceux
qui ont le mieux identifié le problème : « Fillon est
dans une logique d’affirmation de la laïcité
de la République, mais aussi d’un appel aux
racines chrétiennes de la France. Macron identifie
le problème mais souhaite l’inscrire davantage
comme un symptôme d’un mal social et d’un mal
éducatif. » L’enjeu est de savoir « qui saura assurer
la sécurité des Français, sinon la société va éclater.»
Pour lui, il reste à voir qui va mettre en place
« KEPEL ET ROY ONT
TOUS LES DEUX RAISON,
MAIS LEURS TRAJECTOIRES
EXPLIQUENT LEURS
DIFFÉRENCES DE VUE. »
42 – LE S E CHOS WE E K- E ND
un projet économique susceptible de sortir
les quartiers populaires de l’assistanat où les ont
maintenus Sarkozy et Hollande, chacun à leur
manière, et changer en profondeur le modèle
social français ? « Ce qui implique de casser les
systèmes de rentes. » Pour sa part, Olivier Roy fait
de l’affaire du Burkini un bon marqueur : « Alors
que Macron, Hollande et Bayrou considèrent que
cela ne fait pas partie d’une stratégie d’islamisation
de notre société, Fillon, Valls et le Front national
se retrouvent sur une ligne opposée », résume celui
qui s’avoue plutôt « dégoûté » par le PS.
Le plus surprenant est qu’au final, Kepel
et Roy finissent par s’accuser mutuellement
d’avoir inspiré la politique de François Hollande
sur la déradicalisation. Au vu des maigres
résultats, leurs pairs s’agacent parfois de la place
qu’a prise cette querelle de « divas ». « Il se sont
trompés l’un comme l’autre sur la mort de l’islam
politique à la fin des années 90. Roy est un
intellectuel pur, Kepel est plus opportuniste », note
un spécialiste qui privilégie plutôt l’approche
de Farhad Khosrokhavar à l’EHESS. « Kepel
et Roy ont tous les deux raison – il y a des profils
de radicalisation très différents –, mais leurs
trajectoires expliquent leurs différences de vue »,
estime Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire
qui a créé avec Farhad Khosrokhavar
l’Observatoire des radicalisations en 2015.
« Les débats scientifiques ont le salutaire effet
de changer les ennemis qui se méconnaissent
en adversaires qui se comprennent et se tolèrent »,
disait le philosophe chrétien Maurice Blondel.
Du bon usage de la dispute. Entre Florence
et la rue d’Ulm, ce n’est pas gagné…
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
IRINA KALASHNIKOVA/SIPA
Moussab Al-Souri, à partir de 2005, s’emporte
Gilles Kepel. Les services avaient très bien compris
le djihadisme deuxième génération pyramidal.
C’est pourquoi entre 1995 et 2012, il n’y a pas eu
d’attentat. Le problème, c’est qu’on n’a pas compris
que la prison allait devenir “l’ENA du djihadisme’’
et qu’ils allaient faire un prosélytisme dément
auprès des petits délinquants de droit commun.
On a substitué au djihadisme pyramidal
de ben Laden un djihadisme réticulaire
qui s’appuie sur des jeunes coupés culturellement
par le salafisme. » Le politologue se dit aussi
frappé par l’effondrement des études arabes
et de la capacité à analyser ce que pense Daech.
« Olivier Roy pense que cela ne sert à rien
de connaître l’arabe pour travailler
sur les banlieues françaises. Il a cautionné
l’effondrement des études arabes. Pour moi, c’est
une catastrophe épistémologique […] Une partie
de l’université française est désormais contaminée
par le “politically correct’’ : étudier l’idéologie
islamiste fait l’objet d’un interdit car pour toute
une mouvance universitaire, les musulmans
comme “entité abstraite’’ se sont substitués
au prolétariat en tant que classe messianique
porteuse de la rédemption de l’humanité.
Il se trouve que la majorité des ouvriers français
votent aujourd’hui pour le FN. »
CULTURE SORTIES
LA SÉLECTION
Par Judith-Benhamou Huet, Philippe Chevilley, Thierry Gandillot,
Pierre de Gasquet, Henri Gibier et Isabelle Lesniak
LE COUP DE FOUDRE
SUBLIME NATURE À ORSAY
MUNCH MUSEUM
HERVÉ LEWANDOWSKI/RMN-GRAND PALAIS (MUSÉE D’ORSAY)
Le Soleil,
d’Edvard Munch
(1910-13).
EXPOSITION Qui n’a pas fait l’expérience,
au moins une fois, d’une promenade au bord
de la mer, en forêt ou à la montagne, ressentie
soudain comme une observation mystique,
une communion avec le ciel et la terre,
l’impression de tendre vers le sublime ? Pour
revivre cela avec un effet décuplé, il faut
se rendre au musée d’Orsay d’ici le 25 juin.
« Au-delà des étoiles, le paysage mystique
de Monet à Kandinsky » est composé de 110
tableaux qui racontent comment les artistes
sont en quête de l’illumination au contact
de la nature. La co-commissaire de l’exposition,
Isabelle Morin-Loutrel, parle même
de « transcendance ». Nous sommes à la charnière
entre le xixe et le xxe siècle. Le progrès bouleverse
les habitudes. Pour les artistes impressionnistes
par exemple, un des plus grands changements
pratiques tient à la facilité avec laquelle les trains
les amènent désormais « sur le motif », au vert.
Mais philosophiquement, face à cette
déstabilisante déferlante de modernité,
ils cherchent la paix dans la nuit étoilée (van
Gogh), dans le reflet des peupliers sur l’eau
(Claude Monet), dans les zigzags provoqués
par la fonte des neiges en montagne (l’étonnant
tableau du Danois Jens Ferdinand Willumsen).
LA BOULE DE FEU DE MUNCH
Le générique de l’exposition, époustouflant,
montre bien la puissance d’Orsay pour obtenir
des œuvres rares et précieuses. Peut-être même
les choix sont-ils un brin trop larges, allant
de Gauguin à Klimt, et de Chagall période russe
à l’Américaine Georgia O’Keeffe. Mais
l’exposition affiche également des noms
de peintres moins célèbres, comme le Canadien
Tom Thomson (1877-1917) ou le Suédois August
Strindberg (1849-1912), célèbre dramaturge
mais peintre méconnu, à qui l’on doit
un sidérant tableau double face, Vague, qui frise
l’abstraction. En fait, « Au-delà des étoiles » est
La Nuit étoilée,
de Vincent
van Gogh (1888).
LE S E CHOS WE E K- E ND – 43
une opération 100% épicurienne.
Car les thématiques qui scandent le parcours
et pourraient structurer l’exposition, comme
« Contemplation » ou « Le divin », sont
applicables à toutes les œuvres. Une des salles
les plus inspirées est celle consacrée
aux paysages astraux. Au sommet
de l’expérience, il y a l’halluciné et génial
Norvégien Edvard Munch : vers 1910-13,
il prend pour sujet principal le soleil, présenté
comme une boule de feu qui éclabousse
ce qui reste visible du paysage. Baudelaire
aurait pu conclure : « La nature est un temple
où de vivants piliers / Laissent parfois sortir
de confuses paroles ; / L’homme y passe à travers
des forêts de symboles / Qui l’observent avec
des regards familiers. » J. B.-H.
« Au-delà des étoiles. Le paysage mystique
de Monet à Kandinsky », au musée d’Orsay,
Paris, jusqu’au 25 juin. www.musee-orsay.fr
CULTURE
Colin Niel, Sandrine Collette, Thomas Bronnec :
trois écrivains invités à Quais du polar.
POLAR « Superstitieux et triskaïdékaphobes,
cette 13e édition de Quais du polar a été pensée
pour porter chance à tous », précisent les
organisateurs du festival lyonnais. Le rendezvous incontournable des amateurs de thrillers
qui pourront échanger avec une centaine
d’écrivains du monde entier, participer à divers
rendez-vous sur le thème de la musique (dont
une conférence de Donna Leon sur l’opéra
baroque), se familiariser avec la littérature
d’Europe de l’Est et faire le plein d’ouvrages
à frissons. Pour s’y retrouver dans ce marché
foisonnant – un livre sur cinq édités dans
l’Hexagone – trois jeunes auteurs français
invités qui sont déjà des valeurs sûres…
Cette année, la politique est à l’honneur.
À trois semaines de la présidentielle, la lecture
d’En pays conquis de Thomas Bronnec
(Gallimard Série Noire) a une saveur particulière.
Le journaliste, déjà auteur des Initiés, situe
l’intrigue au cœur de ce ministère de
l’Économie qu’il connaît bien. Bercy doit faire
face à l’arrivée aux portes du gouvernement du
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HACQUARD ET LOISON/OPALE/LEEMAGE/EDITION DU ROUERGUE
Renée est-elle vraiment la timide
et prude directrice d’école qu’elle
semble être au début d'Orpheline ? On
le pense jusqu’au moment où les flics
viennent l’arrêter dans le cadre d’une
veille affaire. Tout le monde tombe
des nues, à commencer par son
amoureux. Car Renée dissimule des
zones d’ombre : un père maltraitant,
une adolescence fugueuse, sa plongée
dans la délinquance et la criminalité.
Arnaud des Pallières a pris un double
risque. Faire incarner son héroïne
aux quatre âges de sa vie par quatre
actrices différentes, parmi lesquelles
Adèle Exarchopoulos, frémissante
et fragile, et Adèle Haenel, mutique,
secrète, inquiétante; ensuite de
déstructurer son récit en imposant
d’incessants allers-retours.
Félicité est chanteuse dans un bar
de Kinshasa. Libre, indépendante,
elle trace sa route. Elle n’a pas
d’amis, entretient le mystère autour
de sa vie privée. Son existence,
bascule le jour où son fils de 14 ans
est victime d’un accident de moto.
Elle doit d’urgence trouver
de l’argent pour lui éviter
l’amputation. La caméra d’Alain Gomis
nous entraîne alors dans la moiteur
d’une ville électrique en plein chaos.
Couronné au festival de Berlin
et de Ouagadougou, Félicité, malgré
quelques longueurs et complaisances
d’auteur, séduit grâce à son héroïne,
la chanteuse Véro Tshanda Beya.
Rassemblement national, un redoutable parti
d’extrême droite qui veut la sortie de l’euro
et de l’Union européenne. Manipulations, coups
bas, détournements des comptes de campagne :
l’ouvrage ne réconcilie pas avec le jeu
démocratique, mais offre un mélange efficace
de suspense et de compassion pour des acteurs
broyés par la politique…
Tout aussi sombre, Les larmes noires de la
terre, cinquième roman de Sandrine Collette
(Denoël/Sueurs Froides), propose une dystopie
plus sociale. Après des mauvais choix, Moe,
jeune fille des îles qui vient de donner la vie,
se retrouve prisonnière de La Casse. Dans
ce ghetto composé de carcasses de voitures
où la société isole ses laissés pour compte,
elle découvrira l’humanité au contact de
compagnes d’infortune. Cinq « destins rognés »
décrits avec force et sensibilité… « Tant qu’il y
aura des femmes », écrit l’écrivaine, dont
le précédent ouvrage, Il reste la poussière,
avait reçu le prix Landerneau 2016.
Dans un autre roman choral, Seules les bêtes
(Rouergue Noir), Colin Niel croise les destinées
de cinq personnages qu’a priori tout sépare
– classe sociale, âge, origine. Leurs témoignages
s’imbriquent avec intelligence pour reconstituer
le puzzle d’une double disparition dans
un village de montagne français. Après
sa trilogie guyanaise qui lui a valu l’an dernier
le prix des lecteurs Quais du Polar pour Obia,
l’auteur abandonne son héros Noir marron
pour des gens de la métropole, prêts à tout
pour soutirer quelques miettes d’amour à des
relations vouées à la déception. La structure et
la puissance du livre ne sont pas sans rappeler
Réparer les Vivants, de Maylis de Kérangal. I. L.
Quais du Polar, du 31 mars au 2 avril.
www.quaisdupolar.com
Découvrez notre sélection élargie de
romans noirs sur www.lesechos.fr/
week-end
DR
L’actualité cinématographique
de la semaine vue
par Thierry Gandillot
LES FILMS HATARI/LES FILMS D'ICI
SALLES OBSCURES
LE MOMENT DE PLAISIR
FRISSONS LYONNAIS
SORTIES
ET AUSSI…
2014. Le tirage au
sort des nouveaux
notaires imaginé
par la loi Macron
arcboute toute
une profession
et impressionne
tout un président.
MUSIQUES
Fleetwood Mac
V. CABUT
DR
LA REDÉCOUVERTE
LES PRÉSIDENTS DE CABU
CARICATURE Cette campagne un peu folle,
elle était faite pour lui, qui a croqué tous nos
présidents, depuis de Gaulle jusqu’à Hollande,
entre ses premiers dessins de presse, à 14 ans,
et sa disparition le 7 janvier 2015, victime
de l’attaque terroriste islamiste contre Charlie
Hebdo. Cabu a laissé une masse d’archives,
publiées ou non, dans laquelle s’est plongée
sa compagne, Véronique Brachet Cabut, pour
perpétuer sa mémoire et, surtout, continuer
à faire connaître aux jeunes générations
son immense talent. Dans ce volume qui
regroupe 300 dessins centrés sur ceux qui ont
occupé le sommet de l’État, la virtuosité
de son trait éclate à chaque page, avec cette
manière qui n’appartenait qu’à lui de marier
la puissance, parfois la férocité, du message
et une certaine tendresse dans la caricature.
Chirac l’a particulièrement inspiré, au gré de ses
métamorphoses, longs bras, grande bouche
et forte présence du corps, mais on sent qu’il s’est
aussi régalé avec Mitterrand, sphinx, tantôt
chattemite, tantôt léonin à la lippe protubérante.
Sarkozy est représenté en petit diablotin,
Pompidou cigarette pendue aux lèvres, Hollande
la veste mal boutonnée, Giscard les sourcils
en accent circonflexe… Cadeau de prix, le
dessinateur nous a laissé quelques portraits des
principaux candidats de l’actuelle présidentielle.
Hamon à la barbe de trois jours, Marine Le Pen
en mégère au physique de Castafiore, Melenchon
tribun colérique et un Fillon sombre comme
ses sourcils. À l’époque ministre de l’Économie,
le jeune Macron est représenté assez criant
de vérité en train de renouer sa cravate,
prêt pour partir à l’assaut… H. G.
Le Journal des présidents, par Cabu.
Éditions Michel Lafon, 176 p., 19,95 euros.
Tango in the Night, Coffret du trentième
anniversaire, 1 vinyle, 3 CD, 1 DVD. Warner, 56,99 €
La pochette de « Tango in the Night » est
l’une des plus fameuses de l’histoire du rock.
Sorte de jungle naïve où paressent
hippopotames, crocodiles, girafes, oiseau de
paradis – même un pingouin (!) –, elle a été
réalisée par Brett-Livingston Strong en « homage
(sic) à Henri Rousseau ». L’album signait aussi
le retour au sommet de Fleetwood Mac depuis
« Rumours » en 1977. Il s’en est écoulé 15 millions
d’exemplaires. Quatre titres Big Love, Seven
Wonders, Little Lies et Everywhere ont trusté
le Top Ten britannique, pendant 123 semaines.
« Tango in the Night » a été composé dans le plus
grand chaos, si l’on en croit les souvenirs
des participants. Il est la synthèse ultime,
la fusion géniale des talents du quintette formé
de Lindsey Buckingham, Mick Fleetwood, Stevie
Nicks, John et Christine McVie. Les morceaux
inédits, version alternatives, démos, remix
et instrumentaux qui nous font pénétrer
dans les arcanes d’une usine à tubes. T. G.
FOnDATiOn
CLaude
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à Giverny
La maison et les jardins
24 mars > 1er novembre
ouvert tous les jours — 9h30 > 18h
tél: 02 32 51 28 21 — www.claude-monet-giverny.fr
CULTURE SORTIES
L’INSTANT DE RÉFLEXION
ÉLOGE DU RALENTISSEMENT
SOUS TRUMP
Thomas Friedman
auteur de Merci d’être
en retard ; Survivre
dans le monde de demain,
traduit par PascaleMarie Deschamps,
Éditions Saint-Simon,
342 pages, 22,80 euros.
Pour autant, Thomas Friedman reste
sceptique sur la proposition de taxation
des robots avancée par Bill Gates (ou Benoît
Hamon, en France) et il est « à 100% » opposé
à l’idée d’un revenu universel garanti. « Donner
de l’argent aux gens pour qu’ils restent chez eux,
ce n’est pas une réponse. Le travail est trop
important pour la dignité. Nous avons déjà
une épidémie de consommation d’héroïne
(liée à la prescription massive des antidouleurs
opioïdes, NDLR) dans certains Etats comme
le Maryland, et plus seulement dans
les Appalaches. » Pour ce défenseur
du « centrisme radical » à la Tony Blair,
il vaudrait mieux lancer un emprunt immédiat
de 50 milliards de dollars à taux zéro pour
« remettre à niveau ports, aéroports, réseaux
et créer des emplois ». Si le chroniqueur avoue ne
pas voir de solution miracle pour les quinquas
moyennement qualifiés, il reste optimiste sur
le dynamisme des communautés locales
(Seattle, Portland, Austin, Charleston…), face
au déficit de confiance du gouvernement fédéral.
En 2005, dans La Terre est plate, Thomas
Friedman exhortait ses filles à ne pas perdre
de temps et à jeter leurs Game Boy : « Finissez
vite vos devoirs, car il y a des gens en Chine et
en Inde qui meurent d’envie de prendre
vos jobs… » Douze ans plus tard, son manuel
de survie sonne plutôt comme un appel
au ralentissement salutaire et à « appuyer
sur le bouton pause ». Surtout, ne pas céder
à la panique à l’ère de l’ubérisation triomphante
et de la post-vérité rampante. P. de G.
François Dumont
et l’Orchestre Symphonique de Bretagne
Mozart
Concerto n.17 K.453 en sol majeur
aria «ch’io mi scordi di te» K.505 pour soprano,
Concerto n.23 K.488 en la majeur
Mercredi
19 avril 2017 à 20h30
Salle Gaveau / Paris 8
Avec Helen Kearns (soprano)
RÉSERVATION
01.49.53.05.07 W W W . S A L L E G A V E A U . C O M
BRUNO CHAROY POUR LES ECHOS WEEK-END
ESSAI Natif du Minnesota, – un des rares
bastions démocrates à avoir échappé à
la « vague Trump » –, Thomas Friedman rêvait
d’être un joueur de golf professionnel. Il lui est
même arrivé de « pousser le chariot » pour
le grand champion portoricain Chi-Chi
Rodriguez. Très vite, il a opté pour le métier
de journaliste, pas celui de rubricard
ou de « chasseur de scoop », mais de
correspondant de guerre au Liban et en Israël.
Après avoir engrangé trois prix Pulitzer,
le chroniqueur-vedette du New York Times
s’est transformé en talentueux vulgarisateur.
Douze ans après son best-seller, The World
is flat (2005), brillant essai sur le double effet
de la globalisation et de la révolution numérique
(plus de 4 millions d’exemplaires vendus),
il publie une sorte de « manuel de survie » face
à l’emballement des révolutions technologiques.
« Le monde est devenu trop rapide pour
les employés à qualification moyenne.
On a besoin de quelqu’un qui ralentisse
la musique », confie l’auteur de Merci d’être
en retard. Pour lui, 2007 aura été une année
pivot avec une accélération décisive des
avancées technologiques dévoreuses d’emplois
à qualification moyenne. « Il n’y a plus de mur
ou de coussin pour les protéger […] Cette période
a été destructrice pour l’American Dream
et le French Dream. » C’est pourquoi, il voit
davantage aujourd’hui dans le Brexit, la victoire
de Trump et la montée de Marine le Pen,
une révolte contre cette accélération
technologique qu’une fronde anti-globalisation.
STYLE
31 MARS 2017
DES WEEK-ENDS
POUR REVENIR À LA TERRE
Cueillir des olives, savourer les légumes du potager,
apprendre à traire, faire son fromage... Le temps
d’un samedi et d’un dimanche à la ferme, on renoue
avec la nature. Sans perdre le sens du confort.
Par Clara Le Fort
DR
À La Granja,
sur l’île d’Ibiza.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 47
STYLE
SOBRIÉTÉ BIO
À LA GRANJA (IBIZA)
C’est une des adresses confidentielles d’Ibiza.
À un jet de pierre de la péninsule ibérique,
La Granja est accrochée dans les pinèdes qui
surplombent San Antonio, près de Buscastell.
Reprise par Claus Sendlinger, par ailleurs
connu comme le fondateur et PDG du groupe
Design Hotels, cette ancienne ferme a été
reconvertie en repaire pour aficionados de neuf
chambres, décorées de manière sobre. Suivant
les codes de l’agrotourisme, revus et corrigés
façon luxe, La Granja vit au rythme du potager :
et pour cause, cette finca du xviiie siècle a
toujours bénéficié d’une nature providentielle.
Du matin au soir, on est ici en autosuffisance.
Collaborant avec l’Ibiza Preservation Fund, La
Granja soutient aussi les initiatives d’agriculture
biologique sur l’île, et aide à l’expansion de
plantes et espèces natives (moutons, volailles).
Que faire ? Des visites, projets communautaires
et ateliers sont organisés pour enseigner les principes
d’une agriculture biodynamique, de la lactofermentation pour aider les plantes à se défendre
naturellement, et l’utilisation de probiotiques pour
ramener les terres arables à la santé, en douceur.
Sous la houlette du « maître fermier » californien,
Andy Szymanowicz, le potager et le cochon baptisé
Coco sont au centre de toutes les attentions.
Combien ? Chambres « Intimate Rooms » (de 16
à 24 m2) à partir de 350 €/nuit ; suite à partir de
750 €/nuit. La guesthouse pour cinq personnes,
située à 50 mètres du bâtiment principal, est à louer
à partir de 950 €/nuit.
En savoir plus ? www.lagranjaibiza.com
HUILE ESSENTIELLE
À LALLA ABOUCH (MAROC)
Exploitation bio située à quelques kilomètres
d’Essaouira, au cœur du pays Haha, la ferme
Lalla Abouch est entouré d’arganiers, de terres
semi-désertiques et d’un potager bio tenu par
Ahmed, au cœur d’un parc de deux hectares.
Dans cette ancienne maison berbère restaurée
avec soin, on vit comme dans un riad : les
chambres, la salle à manger, les salons et
la cuisine s’organisent autour d’un large patio
ensoleillé. Après le potager, on découvre une
basse-cour abritant poules, canards, paons
et lapins, tandis que mules, ânes et chèvres
arpentent les pâturages en toute liberté. Pour
ses hôtes, la ferme Lalla Abouch produit huile
d’argan (en version alimentaire et cosmétique),
huile d’olive, amlou (une pâte à tartiner à base
d’huile d’argan), miel, couscous d’orge et
Ci-dessus, à Ibiza,
La Granja, une finca
du xviiie siècle
reconvertie dans
l’agrotourisme de
luxe, milite pour
l’agriculture bio.
Photos de droite :
près d’Essaouira,
à la ferme
Lalla Abouch,
on vit comme dans
un riad, potager,
basse-cour en plus.
48 – L E S E CHOS WE E K- E ND
VOYAGE
diverses farines de manière authentique.
Disponibles à la vente, ces produits viennent
soutenir un projet plus vaste, celui de la
sauvegarde des techniques traditionnelles
marocaines.
Que faire ? Passer un week-end à Lalla Abouch,
c’est s’initier aux secrets de fabrication de la
précieuse huile d’argan, extraite, ici, de manière
artisanale tout au long de l’année (la cueillette des
fruits de l’arganier ne se fait qu’en été). C’est aussi
découvrir, en compagnie d’Ahmed, le potager bio,
où poussent plantes aromatiques, légumes et
céréales traditionnelles utilisés dans la cuisine
marocaine et berbère. Cours de cuisine à volonté.
Combien ? Location exclusive de la ferme à partir
de 150 €/nuit pour deux ou trois personnes
en demi-pension. Séjour minimum de deux nuitées.
Capacité maximale six personnes.
En savoir plus ? www.abouch-essaouira.com
ESCAPADE CULINAIRE
À COOMBESHEAD (GRANDE-BRETAGNE)
DR
ARTUR TIXILISKI
Ci-dessus,
à Coombeshead,
en Cornouailles,
la chef April
Bloomfield a redonné
vie à une ancienne
ferme laitière,
nichée au milieu
de 27 hectares
de pâturages.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 49
C’est en Cornouailles que la chef anglaise April
Bloomfield a décidé de laisser son empreinte
et de renouer avec sa terre natale. Star des
cuisines du Breslin à New York, April sentait
le besoin de rééquilibrer son quotidien avec un
projet tourné vers la nature. « Je voulais regagner
un peu de contrôle sur les ingrédients que j’utilise,
connaître leur histoire, leur provenance. Et,
si possible, les faire pousser dans mon jardin »,
explique-t-elle, tout en continuant de partager
son temps entre les deux rives de l’Atlantique.
Au milieu de 27 hectares de pâturages, elle a
récemment redonné vie au Trelaske Estate, une
ferme laitière de style géorgien érigée en 1748.
Autour d’une cour centrale, cinq suites
permettent de partager le quotidien d’April, et de
manger divinement bien ! « Depuis des années,
nous travaillons avec des bouchers, fermiers et
producteurs locaux qui nous inspirent ; nous
voulions créer un lieu qui permette au chef de faire
le lien. Et démontrer ce que l’on peut accomplir,
ensemble, sur un même terroir », ajoutent April
Bloomfield et son partenaire, le chef Tom Adams.
Que faire ? Autour des chefs, des ateliers sont
organisés en fonction des saisons pour apprendre
à faire du pain, découper la viande, préparer de la
charcuterie, des conserves, des salaisons ou fabriquer
du fromage.
Combien ? Sur la base du B & B, à partir de 120 £/nuit
pour une chambre double (à partir de 50 £ pour
une personne).
En savoir plus ? www.coombesheadfarm.co.uk
STYLE
ESCALE ŒNOLOGIQUE
À BARROCAL (PORTUGAL)
Ferme familiale depuis deux cents ans,
São Lourenço do Barrocal fait partie intégrante
du paysage de l’Alentejo avec ses vignobles
et ses oliveraies, ses potagers et ses écuries.
Au cœur de cette propriété de 700 hectares
gérée par José António Uva, représentant de
la huitième génération d’exploitants, les corps
de bâtiments ont été aménagés en hôtel cinq
étoiles sous l’œil attentif du prix Pritzker
d’architecture Eduardo Souto de Moura. Sur ce
domaine exceptionnel, on vit au rythme de la
ferme, avec notamment, un restaurant « farm to
table » – qui ne sert que des produits de saison
récoltés dans le potager bio, des viandes
du bétail nourri sur la propriété, des agrumes
qui proviennent de l’orangeraie, etc. – un spa
« naturel » et un bar installé sous les voûtes
de l’ancienne presse à olives. On pourra y
monter à cheval ou choisir de parcourir à pied
pâturages, champs de lavande et réserve
ornithologique, à la recherche des seize
dolmens néolithiques.
À droite : à São
Lourenço do
Barrocal, au cœur
des vignobles de
l’Alentejo, on mange
et on boit les
produits maison.
Ci-dessous : comme
dans une ferme à
l’ancienne… mais
sous une tente, c’est
l’offre originale du
réseau Un Lit au Pré.
Sur le domaine
d’une vraie ferme,
bien sûr !
Que faire ? Assister aux vendanges et à la fabrication
du vin – vinifié dans des tonneaux en chêne blanc
français. Et bien sûr déguster les vins produits
sur la propriété par Susana Esteban, maître de chais
reconnue. Mais on peut aussi préférer s’occuper
des chevaux, visiter le potager bio ou cuisiner.
Combien ? Chambres de 40 à 60 m2, plus terrasse
de 20 m2), à partir de 168 €/nuit pour deux personnes,
petit-déjeuner inclus.
En savoir plus ? www.barrocal.pt
SOUS LA TENTE
EN NORMANDIE, BRETAGNE, AUVERGNE...
Un Lit au Pré est à la France ce que
l’« agriturismo » est à l’Italie : un concept unique
pour savourer les bienfaits d’un séjour à la
campagne, depuis une tente familiale très cosy
de 45 m2 installée sur le domaine d’une
exploitation agricole. « De courts séjours à la
ferme, sans wifi ni électricité, pour des familles
citadines soucieuses de retrouver la nature,
voilà ce que prône Un Lit au Pré depuis dix ans
déjà. Chaque exploitation est singulière, aussi
bien dans ses élevages que dans ses cultures,
dans sa façon de voir le métier et de transmettre
une passion pour l’agriculture ». Dans tous les
cas, le confort n’est pas en reste : en toile épaisse
et bois massif, chaque tente accueille
douillettement jusqu’à cinq adultes plus
un enfant de moins de 12 ans. On y vit à la lueur
des candélabres, des lampes à pétrole et du
50 – L E S E CHOS WE E K- E ND
VOYAGE
poêle à bois qui fait office de cuisinière
et de chauffage. Un retour à une vie simple...
avec des petits-déjeuners inoubliables.
Que faire ? Selon les fermes, on découvrira l’élevage
de chevaux, de bovins, de vaches laitières,
de moutons, l’agriculture biologique, les spécialités
du terroir… À la ferme de la Moricière, proche du
Mont-Saint-Michel, on apprend à traire une vache ;
à la ferme de la Folivraie, dans le Calvados, près
des plages du Débarquement, on nourrit les chèvres.
Au fil des saisons, on participera aux moissons,
on paillera le poulailler, on s’essaiera à la fabrication
du beurre ou du fromage…
Combien ? Séjours de deux nuits à partir de 179 €
par famille, séjours de trois nuits à partir de 239 €
par famille, petit-déjeuner inclus.
En savoir plus ? www.unlitaupre.fr
Des adresses sont également proposées
en Belgique, Angleterre, Allemagne, etc.
Surplombant
les plaines de
Toscane, la ferme
Montestigliano
invite
à la découverte
des secrets
de l’huile d’olive.
À une douzaine de kilomètres de Sienne,
les origines de la ferme Montestigliano
remontent à 1783, quand la famille
d’aristocrates De Vecchi y érigea les premiers
corps de bâtiment. Dominant la plaine, la
propriété de 1 000 hectares surplombe la rivière
Merse et les plaines de Toscane. Au fil des
siècles, ce qui n’était qu’une simple ferme
s’élargit, changea de mains pour devenir un vrai
hameau. Depuis 1975, Giancarlo Donati et ses
enfants l’exploitent, avec une vraie conscience
écologique. « À Montestigliano, tout repose sur
un juste équilibre entre respect des traditions et
innovation : nous n’émettons aucun CO2 et avons
misé sur les énergies renouvelables – panneaux
solaires, un système de purification de l’eau
et production de biogaz – tout en respectant une
architecture du xviiie siècle », explique le
patriarche. Tour à tour rénové, aménagé et
décoré avec soin, chacun des bâtiments est
devenu une villa ou « casa » à louer en famille.
Que faire ? L’oliveraie, sur la propriété, est le point
de départ idéal pour suivre, à l’automne, la fabrication
traditionnelle de l’huile d’olive, de la récolte des
différentes variétés à la presse manuelle, dont
les rouages et cuves en bois ont traversé les siècles.
Des dégustations sont aussi organisées toute l’année.
Combien ? À partir de 806 €/nuit pour quatre lits
(villa privée), en basse saison.
En savoir plus ? www.montestigliano.it
NELSON GARRIDO
DR
MONTESTIGLIANO
DANIEL JAMES
FARNIENTE ÉCOLOGIQUE
À MONTESTIGLIANO (ITALIE)
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LE S E CHOS WE E K- E ND – 51
STYLE
L’ANALYSE
SCANDALES SUR GRAND ÉCRAN
Denis Bruna, commissaire de l’exposition « Tenue correcte exigée,
quand le vêtement fait scandale », revient sur l’histoire
de quatre vêtements cultes des salles obscures.
Par Maud Gabrielson
Comment naît le scandale ? Par quels
mécanismes l’ire de l’opinion publique
se déclenche-t-elle ? En prenant le prisme
des vêtements au cours des siècles, le musée
des Arts Décoratifs de Paris décortique
la question du code vestimentaire comme sujet
de bonne conduite de la société. Très bien
documentée, grâce à plus de 400 habits
et accessoires issus du fond de collection
du musée ou prêtés pour l’occasion,
en s’appuyant aussi sur des photos de défilés
de mode, des images conservées par l’INA
ou encore des extraits de films, l’exposition
« Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait
scandale », montre à voir le chemin parcouru
ainsi que les mutations du monde
contemporain. Média visuel s’il en est,
le cinéma s’est souvent retrouvé au cœur
de ces débats, bousculant les normes
vestimentaires et inscrivant ainsi des scènes
mythiques au cœur de l’imaginaire collectif.
Denis Bruna, conservateur et commissaire
de l’exposition, revient ici sur quatre scandales
de tissus, nés sur la pellicule.
LE DÉCOLLETÉ INVERSÉ DE MIREILLE DARC
Mireille Darc
et sa fameuse
robe qui fait
toujours autant
fantasmer…
public est toujours la même : tout le monde
la reconnaît ! C’est donc ce qu’on appelle
un vêtement emblématique du cinéma. »
LE LOOK TRANSGENRE DE MARLÈNE DIETRICH
« Il s’agit de l’habit de scène de Marlene Dietrich
dans le film Morocco (Cœurs brisés) de Josef
von Sternberg, en 1930. Elle y interprète
une danseuse de cabaret qui se produit habillée
ainsi. Elle porte un pantalon, une chemise
blanche à plastron et son nœud papillon,
un gilet, une veste et un chapeau haut de forme.
L’uniforme masculin est complet. Dans le film,
52 – L E S E CHOS WE E K- E ND
lorsqu’elle apparaît sur scène, il y a un chahut
dans la salle. Elle est notamment sifflée
par les femmes qui voient leurs codes
vestimentaires totalement brouillés. Ce costume
est intrinsèquement lié à l’allure de l’actrice
à la ville. Et dans les années 30, les femmes
en pantalons sont très rares. On les aperçoit
dans des circonstances très particulières
comme les soirées mondaines ou dans
les casinos. De plus, lorsqu’on étudie les rares
pantalons que portaient les femmes à l’époque,
ce sont des pièces féminisées avec des pattes
très larges ou façonnées dans des tissus
BRIDGEMAN IMAGES/COURTESY LES ARTS DÉCORATIFS
« Il s’agit d’une scène du film Le Grand Blond
avec une chaussure noire d’Yves Robert, en 1972.
Mireille Darc a d’ailleurs fait don de cette robe
aux collections du musée. Dans la presse de
l’époque, elle racontait son désir de porter une
robe emblématique et précise alors que, n’ayant
pas une poitrine assez développée à son goût,
elle demande à Guy Laroche de lui imaginer
une robe avec un décolleté plongeant dans le dos.
Elle explique que lors les premiers essayages,
les costumières en avaient le souffle coupé !
Pierre Richard n’était pas au courant. C’est ce
qui fait tout le comique de la scène. Lorsqu’elle
se tourne, il est éberlué par cette robe très
plongeante qui donne à voir la naissance
des fesses. Dans l’exposition, il y a une partie
consacrée au vêtement qui ne remplit pas sa
fonction, en l’occurrence couvrir le corps et nous
y avons associé cette pièce. Le scandale n’a pas
été majeur à l’époque, pourtant cette robe a
marqué l’inconscient collectif, également auprès
de ceux qui n’ont pas vu le film. Lorsque nous
nous promenons dans l’exposition, la réaction du
MODE
1946, la bombe
du bikini :
Michelline
Bernardini,
danseuse nue
au Casino de
Paris pose avec
le maillot de
bain créé par
Louis Réard.
EUGENE ROBERT RICHEE/EVERETT COLLECTION/COURTESY LES ARTS DÉCORATIFS
AFP/COURTESY LES ARTS DÉCORATIFS
BRIDGEMAN IMAGES/COURTESY LES ARTS DÉCORATIFS
Marlène
Dietrich
arborant
les attributs
de l’homme :
illégal
en 1930.
de couleurs. Surtout, chose plus provocante,
ils avaient une ouverture sur le côté. Ceux
de l’actrice, à la scène comme à la ville,
ont une ouverture sur le devant, ce qui a
d’autant plus choqué. Toute la presse a été
scandalisée. En 1933, elle s’est vu refuser l’entrée
du restaurant parisien Le Caneton parce qu’elle
était en pantalon. Elle tombait sous le décret
de la préfecture de police du 17 novembre 1800
qui interdit le travestissement aux femmes.
Ce dernier n’a été abrogé qu’en 2013. »
LE T-SHIRT DE MARLON BRANDO
« Nous sommes en 1951. Elia Kazan présente
Un Tramway nommé Désir, avec Marlon Brando
et Vivian Leigh. Dès l’affiche, l’acteur, âgé alors
de 26 ans, apparaît en t-shirt moulant trempé
de sueur. Lucinda Ballard, la costumière, a
voulu érotiser au maximum le corps de Marlon
Brando. Il interprète ici un ouvrier, et elle s’est
inspirée de ceux travaillant dans les rues de
New York. Il faut noter que la transgression est
ici représentée par le t-shirt, et non par le jean.
À cette époque, ce dernier est encore
considéré comme un vêtement du dessous,
un tricot de corps que l’on porte sous
une chemise et qui n’est pas destiné à être vu.
Dans différentes scènes, il lève son t-shirt,
et on ne distingue quasiment pas la différence
entre le corps habillé et le corps nu. De plus,
il apparaît taché et déchiré. La déchirure
a longtemps été taboue dans le vêtement. Il est
inscrit dans l’Ancien Testament qu’il est interdit
d’altérer ses habits. Les prêtres n’ont pas le droit,
par exemple, de déchirer les leurs. La déchirure
a longtemps été considérée comme le signe
de la folie. Dans les arts visuels au Moyen Âge,
puis à la Renaissance, les allégories de la tristesse
ou de la dépression sont représentées par
des personnages qui abîment leurs vêtements.
Marlon Brando ou le corps masculin comme
objet du désir, lui aussi.
Cette image de Brando a scandalisé l’Amérique
puritaine des années 50, plus particulièrement
la génération qui précède celle de l’acteur.
En revanche, cela a été un élan considérable
pour la mode des jeunes gens dans les années 50.
Dans les usages vestimentaires américains,
et ensuite occidentaux, il y a clairement eu un
avant et un après Marlon Brando dans ce film. »
LE BIKINI DES STARLETTES
« Il ne faut pas confondre le bikini, né en 1946,
et le maillot de bain deux-pièces, qui existe
depuis les années 30. Ce dernier n’a pas suscité
LE S E CHOS WE E K- E ND – 53
de scandale car il cachait ce qu’il devait cacher,
notamment le nombril. Le véritable scandale
dans l’apparition du bikini est qu’il y avait très
peu de tissu. Il y a une partie pour la poitrine,
une partie pour le pubis et une dernière pour
les fesses. On lui a reproché de montrer les
hanches et de dessiner la forme du triangle
pubien, ce qui était vu précisément comme
le fait de souligner le sexe féminin. De plus,
il donne à voir le nombril. Ce dernier a été
longtemps considéré comme une image
extrêmement forte, très érotique et souvent
dissimulé dans les arts visuels. On le cachait
car c’est le symbole de la mère, de la nudité,
de la sexualité. En nommant sa création
« bikini », Louis Réard a littéralement provoqué
l’effet d’une bombe, car il fait référence aux
essais nucléaires dans l’Atoll du même nom.
Le premier modèle reproduisait dans
son imprimé des coupures de presse
sur ces essais. Lorsqu’il a voulu lancer une
publicité, il s’est trouvé face à un dilemme :
aucun des mannequins de mode n’a accepté de
prendre la pose. Il a donc fait appel à Micheline
Bernardini, danseuse nue au Casino de Paris. En
1946, le scandale a été total. Plusieurs communes
françaises ont pris des arrêtés municipaux
pour l’interdire sur leurs plages. Le bikini évoque
aussi les starlettes du Festival de Cannes
dans les années 50 et 60, qui déambulaient
sur La Croisette ainsi vêtues. Ce maillot attirait
l’attention et était très provocant. Elles étaient
ainsi certaines de se faire remarquer. »
« Tenue correcte exigée, quand le vêtement
fait scandale », au musée des Arts décoratifs
de Paris, jusqu’au 23 avril 2017.
www.lesartsdecoratifs.fr
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
STYLE
L’INSPIRATION
LANVIN NOUVELLE ÈRE
5
54 – L E S E CHOS WE E K- E ND
LA BANDE-SON DU DÉFILÉ
Pour cette rencontre de deux sensibilités, celle
léguée par Jeanne Lanvin et celle de Bouchra
Jarrar, première femme à en diriger la création
depuis le décès 1946 de la fondatrice, ce sont
les voix de l’actrice Rachida Brakni et de
l’ancien mannequin Christine Bergström
lisant des extraits d’India Song, la pièce de
Marguerite Duras, qui ont donné le ton
pour une bande-son de Frédéric Sanchez. En
arrière-plan, des extraits du « God » de Prince.
BERTRAND RINDOFF PETROFF
4
ROBERT FAIRER
2
COURTESY LANVIN
1
précisément de féminin/masculin dont il s’agit.
Et du dosage, de l’un et de l’autre. Ou comment,
une créatrice dont la signature, outre l’épure,
sont le pantalon taillé au cordeau et le perfecto
(deux pièces maitresses du vocabulaire
stylistique de Bouchra Jarrar, empruntées
au dressing de l’homme), renverse le propos
pour servir une griffe dont l’essence,
l’ultraféminité, est d’un
romantisme absolu. Ou, pour
le poser de façon technique
en reprenant les termes des
deux grandes divisions des ateliers
de couture, comment passer d’une
suprématie « tailleur », que l’on
maitrise parfaitement, au « flou ».
En se concentrant sur l’essentiel :
la cohérence, en restant fidèle
à l’esprit, équilibre de rigueur et de
3
fluidité, de poésie et de précision,
proche de celui de la fondatrice.
Sont conviés tailleurs-pyjama d’inspiration
Art déco, transparences mariées à l’opaque et
brillances au mat, longues robes de mousseline
illusion imprimées de fleurs de pavot (photo 5),
déshabillés de rêve et perfecto en tweed et cuir
vinyle… Une harmonie, tout en douceur
et détermination, qui habitait ces nouvelles
conquérantes – Karlie Kloss, Jourdan Dunn,
Arizona Muse, Imaan Hammam, Guinevere Van
Seenus et autres filles de caractère –, fortes d’un
féminisme bienveillant et raffiné, aux silhouettes
comme des fulgurances de lumière. Belles
comme le jour… Emmanuelle Bosc
KACPER KASPRZYK
ne saison injectée de lumière. Tel était
le souhait de Bouchra Jarrar en réalisant
sa première collection Lanvin. Une saison
des beaux jours (celle de ce printemps-été 2017.
Mais parler de Bouchra Jarrar, c’est déjà évoquer
la clarté. Celle de la ligne pure, graphique
et féminine, de ses silhouettes. Une élégance
minimaliste et un don pour l’art de la coupe
qui l’ont très vite menée vers le succès
et la reconnaissance de Balenciaga, époque
Ghesquière, à Christian Lacroix et au lancement
de sa propre marque en 2010. Limpidité
du propos, également, lorsqu’elle explique
combien le corps de la femme est le focus.
Son talent à le sublimer, en toute sobriété,
par un sens des justes proportions
qui tient de la formule magique, est
désormais reconnu par tous ceux
qui aiment la mode et l’élégance.
Son arrivée chez Lanvin fut, à bien
des égards, une bonne nouvelle.
Il en fallait, de son tranquille
rayonnement, pour redonner
(en)vie à une maison ébranlée par
le départ, cinq mois plus tôt, d’Alber
Elbaz. Le choix porté sur Bouchra
Jarrar fut perçu comme un signe de
clairvoyance. Et d’espoir de sérénité
retrouvée, pour cette institution qui,
fondée en 1889 par Jeanne Lanvin
(photo 3), reste aujourd’hui la plus
ancienne maison de couture
française encore en activité.
Noir et blanc, or et cobalt. Pour
ce premier défilé, la partition
chromatique de la garde-robe (photos 2, 4)
fut inondée de toute la lumière invoquée, sous
les lustres des salons de l’Hôtel de Ville
(photo 1), au cœur de Paris, à l’heure où le
soleil est à son zénith. Un horaire relevé
par la presse anglo-saxonne comme
signe de différenciation avec l’atmosphère
nocturne et festive des défilés de son
prédécesseur. Un vestiaire de jour, donc,
mais tel qu’on peut
le concevoir lorsqu’on est une femme
moderne qui décline sa féminité au pluriel,
facette masculine comprise. Car c’est
DR
U
Pour son entrée en scène chez Lanvin, la créatrice Bouchra Jarrar a
d’emblée apposé sa vision, précise et poétique. Le défi ? Réinventer
la modernité de la doyenne des maisons de couture française.
MODE
L’OBJET
LA CHRONIQUE
Pascal Morand* s’interroge sur
ce que signifie 10 millions de
followers dans le monde de la mode.
Au sortir du défilé femme
de Louis Vuitton, le parvis
du Louvre fut égayé par
un long concert de cris
MILLIONS
stridents émanant d’une
foultitude de fans reflétant
la jeunesse française dans toute
sa diversité. « SE-HUN », scandèrentils soudain pris d’une émotion
indescriptible à la vue de leur idole,
tout de Vuitton classieusement vêtu.
Il s’agissait de Sehun, chanteur,
rappeur et danseur, membre d’EXO,
un Boy’s Band emblématique
de la K-Pop, la pop coréenne, en grand
essor depuis les années 2000
sous l’impulsion d’entreprises
telles que SM Entertainment,
qui a créé et manage EXO.
Dix, c’est le nombre de millions
d’habitants de la Suède, c’est aussi
le nombre de millions de followers
que Sehun atteindra aisément
sur Instagram dans le courant
de l’année. Il est également très
réputé pour son amour de la mode.
Parmi nombre de sites et pages étant
consacrés à la Sehun Fashion
celle qu’il porte dans les aéroports
est ainsi soigneusement répertoriée.
Plus globalement, dans la foulée
de la K-Pop et du K-Drama (les séries
télévisées) s’affirme désormais
la K-Fashion. La présence de stars
tels que Sehun au premier rang
d’un défilé prestigieux revêt une
importance qui reflète notre nouveau
monde, où les industries créatives
se mixent allègrement, où l’Occident
n’a plus le monopole des références
iconiques, où la déferlante des
images de toutes natures structure
les influences de consommation
comme elle peut faire jaillir
les inspirations.
Économiste et président exécutif
de la fédération de la couture et
du prêt-à-porter.
10
ILLUSTRATION FABIEN CLAIREFOND
VALEURS PARISIENNES
Baptisé Paris Premier, ce sac cabas en cuir
ivoire joue de son héritage. Son nom, tout
d’abord, qui renvoie à l’adresse de la boutique
historique de Longchamp – 404, rue SaintHonoré dans le premier arrondissement
de la capitale. Ses lignes graphiques, ensuite,
dont la simplicité est chère à la marque – c’est
ce qui fait le succès du best-seller de la maison,
Le Pliage au format trapèze. Ses matières, enfin,
parce que taillé dans du cuir de veau français
et doublé de cuir d’agneau, la dernière création
de la directrice artistique Sophie Delafontaine
s’appuie sur un savoir-faire réel. Paris Premier
est ainsi une manière de réaffirmer les valeurs
de la griffe à l’heure où celle-ci poursuit
son développement global – après le
prêt-à-porter et les chaussures pour femmes,
les accessoires masculins, la maison s’attaque
à la lunette féminine – et connaît une croissance
positive. Son chiffre d’affaires est en progression
de 14% sur 2015.
COMBIEN ? Sac Paris Premier, Longchamp,
1 490 euros.
Texte : Astrid Faguer
Photographie : Laure et Sarah.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 55
STYLE BEAUTÉ
LA QUESTION
LA FAUNE EST-ELLE L’AVENIR DE LA COSMÉTIQUE ?
Après-rasage
à la bave d’escargot.
Réducteur de pilosité
aux œufs de fourmis.
Crème anti-rides au
collagène de méduse…
… ou au venin
de serpent.
LA THÉORIE DE L’ÉVOLUTION
LE COUPE-CHOUX
Nom donné au rasoir
droit, appelé aussi
« sabre », dont la lame se
glisse dans le manche.
Apparu au xvie, il est
encore utilisé par les
barbiers et par les
amateurs de pogotonomie,
l’art de se raser soi-même.
Sa réputation d’offrir
un rasage ultraprécis
est légendaire.
LE RASOIR JETABLE
En 1975, le français Bic
invente le rasoir jetable
à une lame, l’année
suivante l’américain
Gillette réplique avec
un jetable à deux lames.
Le succès est
immédiat : 60 milliards
de rasoirs Bic auraient
été vendus depuis. En
1994, il lance sa version
féminin, le Twin Lady.
56 – LE S E CHOS WE E K- E ND
LE RASOIR ÉLECTRIQUE
Le premier brevet
daterait de 1898 mais
la commercialisation
plutôt des années 20,
aux États-Unis. En 1939,
Philips invente le rasoir
à tête rotative. Depuis,
il s’est fait sabot à
barbe, tondeuse, mais
aussi épilateur ou
brosse nettoyante
pour le visage.
ITVEGA/SHUTTERSTOCK
MELAZERG/SHUTTERSTOCK
la curiosité et de revendiquer une certaine
expertise en usant d’actifs qui selon leur dosage
peuvent être des remèdes ou des poisons,
le pharmakon, disait-on en grec », ajoute
Pierre Bisseuil. Nombreuses sont les marques
sur ce créneau, comme Garancia, Transparent
Clinic, Skin Chemists ou encore W. Lab,
Mibelle Biochemistry. Le nouvel actif star
aux côtés du venin de serpent, est celui d’abeille
dont Hippocrate vantait déjà les mérites.
Une des dernières marques à l’utiliser
est Abellie : elle en fait l’ingrédient star d’une
ligne anti-âge et éclat. « Tout ce qui se déplace
sur ses pattes, vole ou rampe est bon pour
la marmite », dit-on au Mexique. Désormais,
l’adage vaut aussi pour le pot de crème.
Johanne Courbatère de Gaudric
MORPHART CREATION/SHUTTERSTOCK
et la recette puiserait dans la tradition turque,
précise la marque Gutto Natural. La vague
entomologique qui fait fureur du côté des
assiettes gagnerait-elle aussi la cosméto ? Selon
Pierre Bisseuil, directeur de recherche chez
Peclers, cet engouement s’inscrit surtout dans
une quête d’un nouvel exotisme, où le goût
des expériences extrêmes croise l’attrait pour
tout ce qui est étrange et fascinant. Dans
la même catégorie, il cite les massages réalisés
avec des pythons aux Philippines, ou les bébés
scorpions posés sur des faux ongles au Mexique
et qui ont créé le buzz sur la Toile. Autre raison,
la recherche de nouveaux ingrédients naturels
toujours plus puissants qui s’inspirent
de la pharmacopée traditionnelle et quasi
alchimique. « C’est aussi une façon de susciter
Rasoir multifonction
série 7000, Philips.
ANDREY OLEYNIK/SHUTTERSTOCK
vous conseiller la nouvelle crème au venin
de serpent. Si vous préférez une action coup
d’éclat et raffermissante, le venin d’abeille
sera plus indiqué. » Ce n’est pas une scène
de La Petite Boutique des horreurs ni d’un nouvel
opus d’Harry Potter, mais les recommandations
beauté d’un site de vente en ligne spécialisé
dans les cosmétiques aux extraits naturels…
En France comme dans d’autres pays européens
ou en Corée, ils sont nombreux, à l’instar
de l’enseigne Cosmeto Nature, à se lancer
sur ce créneau de cette nouvelle « naturalité »
à base d’ingrédients particuliers : venins
d’abeille, de serpent ou de méduse, bave
d’escargot, œufs de fourmis. Ces derniers
feraient, paraît-il, merveille pour l’épilation
DR
COSMÉTIQUE « Pour un effet très naturel, je peux
REDDAXLUMA/SHUTTERSTOCK
BIC
Crème anti-tâches
au venin d’abeille.
PHILIPS
DR
De nouveaux actifs issus des insectes, gastéropodes et autres animaux intègrent les produits
de beauté. Un drôle de bestiaire pour des marques surfant sur l’exotisme et les sensations extrêmes.
STYLE HORLOGERIE
CADRANS
TOP CHRONO
Montre sportive par excellence, le chronographe
ajoute l’affichage de temps chronométrés à la
lecture de l’heure courante. Ses différentes
évolutions et caractéristiques sont intimement
liées à l’essor de l’aviation et de la compétition
automobile. C’est ainsi, par exemple, que la
fonction « retour en vol » ou flyback – arrêt d’un
chronométrage en cours et lancement simultané
d’un nouveau en une seule manipulation – offrira
aux aviateurs une meilleure précision pour
tracer leur route lors des changements de cap.
L’échelle tachymétrique, qui équipe les montres
de notre sélection, permettra à un automobiliste
de connaître sa vitesse moyenne sur une distance
de 1 000 mètres. On le trouve ainsi sur la lunette
de l’emblématique Omega Speedmaster, qui fête
en 2017 son 60e anniversaire. Ce chronographe
qui est entré dans l’histoire en 1969 en
accompagnant les premiers pas de l’homme
sur la Lune, est depuis surnommé Moonwatch.
La version actuelle abrite un calibre identique
à celui du modèle des astronautes. La même
année, 1969, Zenith créait le calibre El Primero,
le premier mouvement chronographe
automatique, précis au 1/10e de seconde.
Une performance qui distingue encore
aujourd’hui la montre Héritage 146, certifiée
COSC. Dans un autre style, Chopard rend
hommage à la Mille Miglia, course automobile
mythique, avec un chrono GTS du même nom,
reconnaissable au premier coup d’œil
avec son bracelet en caoutchouc sculpté
comme un pneu Dunlop des années 60.
Par Frank Declerck
Photographe : Romin Favre
Chopard, Mille Miglia GTS Chrono : 6 510 €
Omega, Speedmaster Moonwatch
Professionnal : 4 300 €
Zenith, Héritage 146 : 7 900 €
TACHYMÈTRE Spécifique
aux chronographes, l’échelle
tachymétrique transforme
la montre en tachymètre.
Elle est généralement située sur
la lunette, comme sur le célèbre
Cosmograph Daytona de Rolex.
Cette graduation, étalonnée
en unités par heure, permet
de déterminer la vitesse moyenne
d’un véhicule entre deux bornes
kilométriques (1 000 m). Un
déclenchement du chronométrage
SOUS LE MARTEAU
au passage de la première borne,
un arrêt à la suivante, et la vitesse
est immédiatement pointée
par l’aiguille centrale des secondes.
Chez Breitling, le précurseur
du chronographe-bracelet (1915),
la Navitimer dévoilée en 1952
embarquait quant à elle
un tachymètre variable (une règle
à calcul circulaire) permettant
aux pilotes d’effectuer tous
les calculs mathématiques
liés à la navigation aérienne.
PLUS DE 33 000 EUROS
À Hong Kong,
le 29 novembre
dernier, chez Phillips,
un chronographe
mécanique en or jaune
Vacheron Constantin
datant de 1944,
à cadran champagne,
a été adjugé
275 000 dollars
de Hong Kong (plus
de 33 000 euros).
LE S E CHOS WE E K- E ND – 57
11 250 DOLLARS
C’est le prix
d’adjudication atteint
par un chronographe
IWC Portugaise
à rattrapante en or
blanc, datant
de 1999 et édité
à 100 exemplaires,
lors de la vente
Antiquorum organisée
à New York
le 23 février dernier.
112 500 DOLLARS
Dans cette même
vente Antiquorum
était présenté
un chronographe QP
Patek Philippe de 2013.
Cette édition en or
blanc, à mouvement
mécanique,
a été emportée
à un prix resté
dans la fourchette
d’estimation.
IMAGE DE FOND : 123RF/ANDREY KUZMIN
LE MOT
STYLE
LES PETITS PLATS
DANS LES GRANDS
Correct, sans plus
Bonne adresse de quartier
Très belle table
Cuisine, décor : tout y est
PAR LAURENT GUEZ
Attention : table d’exception
CLOVER,
C’EST UN ORDRE !
Illustrations : Lapin
Lorsqu’il a ouvert ses portes,
il y a trois ans, il fallait s’y prendre tôt pour
trouver une table. C’était bien logique : Clover
(trèfle, en anglais), le « petit restaurant »
de Jean-François Piège, ne compte qu’une
vingtaine de places alors que sa cuisine – sans
chercher à rivaliser avec son Grand Restaurant
doublement étoilé – est étincelante. Aujourd’hui
n’hésitez plus à appeler le jour même, surtout
pour le midi. L’autre semaine, nous avons trouvé
une table sans difficulté et, dans la petite salle,
les serveurs et les cuisiniers étaient plus
nombreux que les clients. Dans ces moments-là,
des pensées folles nous traversent. Sortir
en hurlant à l’injustice. Courir comme
un dément et déloger les clients
des établissements alentour, les houspiller
sur leurs mauvais choix, leur intimer l’ordre
de vous rejoindre. Bon, je pousse un peu…
Reprenons nos esprits pour décrire le joli repas
qui nous a été servi lors de ce déjeuner de mars.
Pour ouvrir l’appétit, un velouté d’asperges vertes
servi avec une quenelle de glace d’anguille fumée
et une touche d’orange sanguine. Chapeau pour
la subtilité des arômes et l’harmonie
de l’ensemble. Ensuite, une « caillette » d’agneau
servie sur une salade de jeunes pousses,
complétée d’une belle mousseline de pommes
de terre. La caillette est une spécialité drômoise,
comme Jean-François Piège, né à Valence.
Il s’agit en principe d’une farce à base d’abats
de porc, enveloppée dans une crépine. Le chef l’a
réinterprétée en préparant une riche farce
d’agneau, composée de morceaux nobles
et d’abats (pour lui donner du caractère)
et en « glaçant » la crépine pour une présentation
brillante. Un plat de terroir impeccablement
modernisé. Un vacherin à l’ananas est venu clore
ce moment de grâce. Au moment de régler
une addition si légère, on se pince.
« Clover », 5, rue Perronet, 75007 Paris.
Tél. : 01 75 50 00 05. Au déjeuner, un menu
entrée-plat-dessert exceptionnel à 35 euros.
Le soir, menus à 60 ou 73 euros.
LA RÉDACTION DES « ÉCHOS » A TESTÉ
À BORDEAUX, ÉCHO, ES-TU LÀ ?
À PARIS, LE KLAY SAINT SAUVEUR, TROPICAL
Combien : compter 25 euros par personne,
Combien : de 12 (superbowls) à 25 euros (plat)
Entre bar à vins, bistrot et table à tapas, Écho est,
en un an et demi, devenu l’une des coqueluches
du quartier Saint-Pierre. La décoration est
spartiate, le lieu exigu et un peu bruyant.
Si l’on se bouscule tant aux deux services du soir
(19 h 30 et 21 h 30), c’est pour l’originalité
des mariages gustatifs proposés par le jeune
propriétaire, Bruno Grannet, œnologue
de formation, et son papa : plats et assiettes
à partager, accompagnés de vins bios inattendus.
Les produits, préparés sous nos yeux dans
la cuisine ouverte, proviennent de fournisseurs
locaux soigneusement sélectionnés.
Ne pas manquer l’étonnante mozzarella fumée,
l’onctueux houmous à la coriandre et le fameux
cheesecake à la pistache. Isabelle Lesniak
Entre Saint-Denis et Montorgueil, le Klay Saint
Sauveur offre, dans une ambiance rétro chic
façon L.A. et Miami, avec cactus et plantes
tropicales – une mini-serre en plein Paris –
un superbe cadre, aussi spacieux qu’intime
et convivial. Et la table (maison, en partie
végane et gluten free) y est fort sympathique !
Les sportifs du cru (le Klay est contigu à un club
premium) adorent les cocktails protéinés
«detox», «booster» ou «recovery»,
les superbowls («quinoa power», «beluga-ga»…)
et les salades. Mais les gourmets apprécieront
aussi les saint-jacques, le médaillon de lotte
sur riz noir ou le tempura de légumes.
Et, pour les hipsters, ne pas rater le… barbier
du club ! Claude Vincent
un verre de vin compris.
C’est où : 18, rue de la Cour des Aides,
33000 Bordeaux. Tél. : 05 56 81 69 95.
environ.
C’est où : 4 bis rue Saint-Sauveur, 75002 Paris.
Tél. : 01 40 26 69 66.
58 – LE S E CHOS WE E K- E ND
GASTRONOMIE
TOP 5
LES MEILLEURS FLANS
01 LE PLUS EN PÂTE
Ce flan à la vanille (5 €) dénote par son goût
de pâte feuilletée craquant, d’autant plus
persistant que celle-ci est flanquée d’une fine
couche de caramel.
Ladurée : www.laduree.com
02 LE PLUS COUTURE
Une pâte cassante, un appareil sans œuf,
un fin nappage d’abricotine, des notes de vanille
Bourbon qui durent… Oh qu’il est ciselé,
le flan signé Benoît Couvrand pour Cyril
Lignac ! 4 € à emporter.
La Pâtisserie Cyril Lignac :
www.lapatisseriecyrillignac.com
03 LE PLUS GRAND-MÈRE
Dans le quartier du Sentier, la boulangerie
de Terroirs d’Avenir propose un flan généreux,
gourmand, peu vanillé, au bon parfum d’œufs…
Celui de notre enfance (3 € la part).
Boulangerie du Nil : 1, rue du Nil, 75002 Paris.
Tél. : 01 85 09 84 45.
04 LE PLUS VANILLÉ
Une puissante saveur de vanille de Madagascar
se dégage de cette longue part de flan (2,80 €),
très onctueuse au demeurant. Entêtant.
Utopie : 20, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris.
Tél. : 09 82 50 74 48.
05 LE PLUS DO IT YOURSELF
La « toile » a adopté de longue date la recette
du « flan parisien à la crème » publiée par
Christophe Felder. Alors, pourquoi pas vous ?
« Gâteaux», Éditions de la Martinière, 35 €.
Jérôme Berger
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
LA CHRONIQUE VIN DE JEAN-FRANCIS PÉCRESSE
FERRAND DIFFÉRENT
LE GRAIN DE SEL DE
JEAN-LUC ROCHA
Partage et rigueur l’ont construit. Depuis
son enfance en Haute-Saône, autour
des grandes tablées familiales, à ses premières
expériences. Au Vallon de Valrugues, puis
Aux Armes de Champagne, l’exigence de Gilles
Blandin le forge. Devenir Meilleur Ouvrier
de France s’impose. Ce sera fait en 2007.
Aux Bas Rupts, à Gérardmer, la convivialité
de François Lachaux le porte. À La Pyramide
de Vienne, Patrick Henriroux y ajoute plus
de discipline encore. Suit le Château CordeillanBages, de 2002 à 2017. Depuis janvier, Jean-Luc
Rocha œuvre au Saint James Paris, à Paris.
Taille humaine et parc lui donnent le sentiment
d’être hors capitale. Là, il sert sa cuisine,
ses plats signatures : l’huître Papin et le caviar
d’Aquitaine, le foie gras en croûte de sésame
et pavot… « La gastronomie que j’aime, celle
que j’ai envie de faire partager ! »
Saint James Paris : 43, avenue Bugeaud,
75116 Paris. Tél. : 01 44 05 81 81.
Le produit « Les fraises, en condiment, avec
du poivre, du vinaigre… sur une viande
ou un poisson. »
L’association « Morilles et basilic, en velouté.
Un joli mariage ! »
Une technique « Les marinades, fraîches
et vives, au fil d’un carpaccio de lotte, d’un maigre
au lait de coco et coriandre… » J. B.
Comme la viticulture, la littérature est un art
du genre neutre, pratiqué indifféremment
par des hommes ou des femmes. Mais ce regard
indifférencié que nous portons aujourd’hui
sur la relation entre l’artiste et sa création
est d’une génération récente. Aussi faut-il
reconnaître un mérite à la décision du ministère
de l’Éducation nationale d’inscrire Madame
de La Fayette avec son roman La Princesse
de Montpensier au programme de l’une
des épreuves du bac français de l’an prochain.
Il ne fut pas toujours simple d’ajouter un « e »
à écrivain. Parce qu’elle était femme, en ce xviie
siècle qui fut pourtant le Grand Siècle
des écrivaines, celle-ci publia d’abord son Zaïde
sous le pseudonyme masculin de Segrais.
À la même époque, sa grande amie Madeleine
de Scudéry livra, elle aussi, ses premiers romans,
galants, en empruntant le prénom de son frère
Georges. C’est que cette dernière, dont
l’on présume que Molière, cruel, dépeignit
en personnage de ses Précieuses, fit de sa plume
une flèche contre le mariage. En ce temps-là,
à Bordeaux, où il exerçait le jour la profession
d’avocat et s’exerçait la nuit à l’art poétique, Élie
de Bétoulaud entretenait avec Mademoiselle
de Scudéry une abondante correspondance,
lui adressant moult poèmes enflammés
à la gloire du Roi Soleil, ce « Louis, plus semblable
à Mars que le premier des Césars ». Sous les vignes
de son château de Ferrand, construit à SaintÉmilion en 1702 selon les canons du classicisme,
Bétoulaud fit d’ailleurs creuser trois grottes,
décorées de végétation et de sculptures,
qu’il conçoit comme des « monuments éternels
de la gloire du roy Louis le Grand ». À défaut
de recréer sous terre la Galerie des Glaces,
le poète laissa une longue dynastie familiale. Fait
assez rare, celle-ci conserva Ferrand jusqu’à
son acquisition en 1978 par le baron Bich.
Aujourd’hui, sa fille Pauline, et son gendre
LE S E CHOS WE E K- E ND – 59
Philippe Chandon-Moët, ne s’efforcent pas
seulement de faire de ce bijou de pureté
architecturale un haut lieu de l’œnotourisme.
Ils ambitionnent d’écrire une nouvelle page
de l’histoire de leur vin. Ils y parviennent
vraiment depuis le millésime 2012 avec des vins
plus précis, expressifs et bien dessinés.
Ce progrès est spectaculaire avec un 2014 encore
tout jeune mais déjà ouvert et racé. Ferrand
est bien différent. Différent, c’est aussi le nom
du second vin. Le style, ça se transmet ?
Château de Ferrand 2014, saint émilion.
33330 Saint-Émilion. Tél.: 0557744711.
35 euros au château.
OÙ BOIRE UN VERRE DE CHAMPAGNE À TROYES ?
01. Aux Crieurs de Vin
L’un des meilleurs cavistes et bars à vin
de France. En plus des belles références, on peut
se laisser tenter par l’un des champagnes
des maisons Drappier, Fleury, Jacques Lassaigne
ou encore David Leclapart…
4, place Jean-Jaurès. Tél. : 03 25 40 01 01.
02. Chez Philippe, Bulles & Douceurs
L’initiative est audacieuse : dix maisons
de champagne de Celles-sur-Ource dans l’Aube
se sont associées avec un restaurateur local
pour donner naissance à ce lieu en centre-ville.
On y déguste des champagnes de vigneron
au verre ou à la bouteille, avec un chaource
crémeux, affiné… au champagne.
11, rue Champeaux. Tél. : 03 25 43 17 96.
03. Le Millésimé
Un large choix de champagnes de la région
de l’Aube et des tapas pour une association
décontractée. Pourquoi pas la cuvée D,
le « multimillésimes » de la maison Devaux ?
7, place Saint-Rémy. Tél. : 03 10 94 10 10.
Sylvain Ouchikh
PUBLI-REPORTAGE
VOITURES DE FONCTION :
À quel carburant se vouer ? Entre un diesel pointé du doigt, l’essence qui
retrouve une nouvelle jeunesse, des automobiles hybrides qui incarnent
la modernité, et des modèles électriques enfin dignes d’intérêt il n’y a jamais
eu autant de raisons de se poser la question. Début de solution pour mieux
choisir sa prochaine voiture de fonction.
l suffit parfois d’un détail pour comprendre que l’on
a changé d’ère. Depuis l’entrée en vigueur, en 2017,
de la vignette Crit’air (Certificat officiel distinguant
les véhicules selon leur empreinte environnementale), pas un modèle diesel, fût-il neuf, n’a droit à la
vignette Crit’air 1 ; la plus enviable dédiée aux véhicules
dotés d’un moteur à combustion… Que s’est-il produit
pour qu’en l’espace de quelques saisons le diesel, drapé de toutes les vertus depuis l’an 2000 – jusqu’à encore concerner six conducteurs hexagonaux sur dix – se
I
FRANCE
Progression des ventes de
voitures hybrides rechargeables
Évolution des ventes
de voitures électriques
6451
2014
6000
2015
5006
5000
2016
Publi-rédactionnel _sans borne_ Création
22 700
20 000
4000
17 779
3000
2000
1527
10 000
10 612
1000
0
retrouve en situation délicate ? Il y a certes le poids
de nouvelles contingences politiques (la ville de Paris
comme le ministère de l’Environnement ne font pas mystère de leur désamour pour le gasoil) et économiques
(depuis le 1er janvier une harmonisation des coûts fiscaux
entre diesel et essence est en cours). Mais il faut surtout y voir les prémices d’une mutation technologique et
énergétique, sans précédent, qui étreint en ce moment
toute l’industrie automobile. Ainsi, chers et réservés à
quelques connaisseurs il y a encore dix ans, les véhicules
hybrides existent aujourd’hui à presque tous les prix et
voient leurs parts de marché décoller jusqu’à flirter avec
les 4 % du marché hexagonal en 2016 (contre à peine
plus de 1 % il y a cinq ans). Même engouement pour les
voitures électriques dont les commandes entre l’année
2014 (10 555 unités) et l’année 2016 (21 793 unités) ont
plus que doublées, dopées par une offre qui s’étoffe et
des distances franchissables, entre chaque recharge, enfin rassurantes.
0
Source : CCFA
60 | VOITURES DE FONCTION | MARS 2017
Il suffit parfois d’un détail pour
comprendre que l’on a changé d’ère. Depuis
l’entrée en vigueur, en 2017, de la vignette
Crit’air, pas un modèle diesel, fût-il neuf, n’a
droit à la vignette la plus enviable dédiée aux
véhicules dotés d’un moteur à combustion…
”
© DR.
QUELLE ÉNERGIE
CHOISIR AUJOURD’HUI?
MERCEDES E350
Cohabitation intelligente essence et diesel
FIAT 500X LOUNGE
Ne reste plus, dans ce catalogue d’énergie désormais
disponible, qu’à faire le bon choix ! Une affaire de bon
sens en apportant une réponse claire et nette – avant
même de se poser la question du type de carrosserie – à
l’usage auquel on destine sa future voiture de fonction ;
le kilométrage annuel envisagé et la fréquence des trajets quotidiens devenant plus que jamais la clef d’une
bonne opération financière… ■
FRANCE
Parts de marché des voitures particulieres immatriculées
sur 25 ans, par types d’énergies
1990
2000
2005
2010
2015
Diesel
Unités
760 K
1M
1,4 M
1,6 M
1M
Part de marché
33 %
49 %
69 %
70 %
57 %
PDM du parc roulant
16 %
36 %
47 %
58 %
62 %
Unités
12
184
2,6 K
5,6 K
17,2 K
Part de marché
0
0
0,3 %
0,5 %
0,9 %
électrique
© DR.
hybride
Unités
9,6 K
13 K
27 K
61 K
Part de marché
0,4 %
10,6 %
1,5 %
3,2 %
MARS 2017 | VOITURES DE FONCTION | 61
Source CCFA
Et puis il y a les surprenants progrès enregistrés par les
modèles essence conventionnels. Moins gourmands que
jadis et souvent moins chers à l’achat que leur équivalent
gasoil, les véhicules carburant au super représentent, depuis le début de l’année, plus d’une transaction sur deux
en France ; du jamais vu en 25 ans. Est-ce à dire que le
diesel n’aurait plus son mot à dire ? Erreur. Également
réenchanté par la technologie et la sévérité des normes
d’homologation européennes (Euro6d applicable en
2018) ses performances environnementales – un temps
décriées – sont désormais au-dessus du soupçon, certains n’hésitant plus à affirmer qu’un diesel sortant
d’usine en 2017 est tout aussi « propre » qu’un modèle
essence comparable. On n’arrête pas le progrès, ni l’ironie de l’histoire.
PUBLI-REPORTAGE
VOITURES DE FONCTION
POURQUOI ROULER (ENCORE)
AU DIESEL ?
AUDI A4
© DR.
Plus que jamais le gazole est
à réserver aux gros, très gros
« rouleurs », ceux qui effectuent plus
de 40 000 kilomètres minimum/an.
Dans ce cas, il demeure idéal
et toujours sans égal. Un rôle
qui est le sien depuis toujours.
On l’avait juste un peu oublié...
Avec une consommation de chameau, un prix à la pompe plus qu’alà entraver la présence des modèles diesel en centre-ville perd de son
léchant, une TVA récupérable et une fiscalité centrée sur les seules
sens. Une chose est toutefois certaine : ces nouvelles normes exigent
émissions de CO2, le gasoil a vécu de très belles années en France.
des technologies (filtres et systèmes de réduction des gaz d’échappement et des dioxydes d’azote) plus couteuses qu’auparavant. RésulQuinze ans de suprématie presque sans souci, puisque aujourd’hui
tat, les constructeurs les destinent aux modèles de tailles déjà conséencore, plus de six voitures sur dix en circulation carburent au diesel.
quentes : berlines et breaks familiaux notamment, sans oublier les
Toutefois, sur fond de remise en cause – plutôt à juste titre – des faSUV, dont le succès ne se dément pas.
veurs fiscales dont il jouissait et de criCe qui tombe plutôt bien puisque ce
tiques portées sur ses performances
sont
les modèles idéals pour rouler
environnementales, pas toujours opAvec une consommation de
loin et longtemps. Des voitures destitimales, ses ventes sont en repli dechameau, un prix à la pompe plus
nées… aux gros rouleurs !
puis trois ans… On connaît désormais
tous l’histoire. S’il est vrai que sa comqu’alléchant, une TVA récupérable et
bustion émet moins de de dioxyde de
40 000 km/an sinon rien
une fiscalité centrée sur les seules
carbone (autrement désignée CO2)
Le temps où le plein de diesel s’affiémissions de CO2, le gasoil a vécu de
chait 20 à 30 % moins cher que celui
que l’essence, on s’est aperçu que
ses suies noires (ses fameuses « partitrès belles années en France. Quinze ans réalisé au super est d’ores et déjà…
loin. Désormais, la différence s’est
cules fines ») étaient hélas, et dans le
de suprématie presque sans souci […]
réduite autour d’un écart de 5 %
même temps, bien plus présentes que
tandis que les déclarations gouversur les modèles essence comparables
nementales visent, de plus en plus clairement, un rapprochement
et insuffisamment traitées… De quoi alarmer. Sauf que les normes
des prix entre les deux carburants ainsi que la suppression des priviEuro6d qui entreront en vigueur d’ici septembre 2017 viennent
lèges accordés au seul diesel, notamment en matière de déduction
mettre un terme aux inquiétudes. Particulièrement strictes, celles-ci
de TVA. Opter pour un diesel n’a donc aujourd’hui de sens que si
exigent des niveaux de dépollution (appréciés dorénavant sur un cycle
l’on roule beaucoup (40 000 kilomètres par an minimum), sur de très
d’homologation plus conforme à la réalité qu’auparavant) sans précélongues distances autoroutières et à vitesse stabilisée. Seul cet usage
dents. À tel point, d’ailleurs, que les experts estiment que continuer
”
62 | VOITURES DE FONCTION | MARS 2017
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BMW 530D - XDRIVE
Opter pour un diesel n’a
met en avant sa moindre consomrespectivement moins de 4l/100 km
mation (10 à 30 % de moins que
et 4,5l/100 km, tout comme une
aujourd’hui de sens que si l’on roule
les modèles essence équivalent) et
bonne partie des Mercedes Classe C
beaucoup (40 000 kilomètres/an),
permet des économies substantielles
et E. Bon point également pour le
sur de très longues distances
et l’amortissement d’un tel modèle.
Peugeot 3008 (sous les 4,5l/100 km
Tous les autres, y compris un fort
dans tous les cas) et le VW Tiguan
autoroutières et à vitesse stabilisée.
kilométrage quotidien urbain (qui
TDI (4,7l/100 km) qui, dans le camps
Seul cet usage met en avant
nécessitera une maintenance plus rédes SUV, tirent leur épingle du jeu.
gulière et financièrement plus consésa moindre consommation.
Dernier détail : les finitions Business
quente) perdent de leur intérêt ; les
– qui portent bien leur nom – sont
taxis ont ainsi, et depuis longtemps,
à privilégier dans la plupart des cas.
compris que les hybrides étaient plus adaptés, moins ruineux et plus
Conçues pour les « gros rouleurs » elles offrent le package idéal entre
fiables en ville que les diesels… Sans compter les politiques d’éviction
équipements de confort et technologies utiles aux « pros de la route »
– à tort ou à raison – du gasoil, dans les centres urbains, qui pèsent sur
(notamment en matière de connectivité et d’aides à la conduite). ■
l’acquisition d’un diesel à long terme.
”
Bref, le choix d’un nouveau modèle gazole est aujourd’hui à réserver
aux professions se déplaçant énormément et quotidiennement sur le
territoire. On pense alors, et surtout, aux commerciaux mais aussi aux
indépendants et dirigeants de PME amenés à sillonner leur région,
sinon la France voire l’Europe pour leurs affaires. Un usage souvent
intense qui exige des modèles modernes et sûrs qui seront remplacés au bout de deux à trois ans maximum grâce à une acquisition
conseillée en location longue durée (LLD) ; la solution de financement
la plus intelligente pour s’assurer de rouler l’esprit tranquille à prix
décents sans avoir à se soucier de la revente de modèles à kilométrage
élevé mais présentant encore très bien. Les constructeurs l’ont bien
compris puisqu’ils réservent à ses « gros rouleurs » des vaisseaux au
long cours aux finitions et confort de plus en plus soignés, à l’équipement prenant soin de leur sécurité (généralisation du freinage automatique d’urgence et des assistances se rapprochant de la conduite
autonome) et capables de se contenter de moins de 5l/100 km à
130 km/h pour garantir plus de 1 000 kilomètres entre chaque arrêt
à la pompe… À ce petit jeu, l’Audi A4 TDI150 Ultra (3,8l/100 km et
99 g de CO2/km) s’en sort très bien, idem pour la nouvelle BMW Série5 dont les puissantes 520d (190 ch) et 530d (265 ch) revendiquent
64 | VOITURES DE FONCTION | MARS 2017
LE BARÊME DE BONUS-MALUS FAVORISE
– ENCORE –UN PEU- LE DIESEL…
Calculé sur les émissions de CO2, le fameux bonus/malus qui
affecte (ou pas) le prix d’un modèle neuf continue de mettre
en valeur les modèles diesel ; 90% ne souffrent d’aucun
malus… La raison est bêtement technique : à puissance
comparable un moteur diesel rejette moins de CO2 qu’un bloc
essence. Résultat, lors de l’achat, les modèles à essence bien
plus souvent «malussés» apparaissent moins tentants… Mais
attention aux illusions. Le coût d’acquisition d’un modèle diesel
s’avère généralement (bien) plus élevé (de 10 à 15%) que son
équivalent essence, coût du malus inclus. Bref, à réserver, une
fois encore, aux «gros, très gros rouleurs». Eux seuls seront
réellement en mesure d’amortir l’acquisition d’un diesel. Le
retour du pragmatisme. ■
PUBLI-REPORTAGE
VOITURES DE FONCTION
© DR.
VOLVO XC60
POURQUOI PASSER
À L’ESSENCE ?
En France, pour la première fois en 25 ans, les ventes de modèles essence
sont repassées devant les ventes de modèle diesel… Moins gourmandes,
plus plaisantes et économiquement de plus en plus intéressantes les voitures
fonctionnant au super ne manquent plus de rien pour (re)séduire le plus grand
nombre. Explication.
l est désormais loin le temps où rouler à l’essence
s’accompagnait d’une consommation proche des
7 à 10l/100 km… Portés par des efforts en recherche et développement sans précédent les motoristes proposent aujourd’hui des voitures fonctionnant au super dont les consommations et les rejets
en CO2 se rapprochent des modèles fonctionnant au
gasoil. Un exemple pris au hasard parmi les dernières
nouveautés : la VW Golf. Pour la même puissance de
150 ch la compacte européenne bien connue offre le
I
66 | VOITURES DE FONCTION | MARS 2017
choix entre inédit 1.5 TSI (essence) se contentant d’à
peine 5l/100 km et un 2.0 TDI (diesel) se satisfaisant,
quasiment, de valeur… identiques. Autant dire que si
l’on roule modérément (moins de 30 000 kilomètres/
an), l’essence devient subitement intéressante. D’autant
qu’au confort de conduite, propre au fonctionnement
des moteurs à essence (vibrations mieux contenues et
acoustique plus agréable), s’ajoutent des tarifs d’acquisition moindre. Deux exemples : une Fiat 500X MultiAir
(essence) de 140 ch est proposée à 21 900 euros (malus
© DR.
FORD EDGE
JEEP RENEGADE
© DR.
L’essence, un meilleur
rapport qualité/prix
pour le plus grand nombre…
PEUGEOT 3008
compris !), tandis que l’équivalent diesel (moins puissant
puisqu’il offre « seulement » 120 ch) s’affiche à partir de
22 990 euros ; idem chez Ford, où un Kuga essence de
150 ch s’affiche à 25 320 euros (malus compris), contre
28 350 euros pour son « concurrent » diesel. Autre économie attendue : les coûts de maintenance. L’entretien
d’un bloc essence nécessite en effet moins d’opérations
qu’un moteur diesel tout en se contentant de révisions
plus espacées. Autrement dit, la facture entretien peut
ici baisser de 10 à 30 % minimum. Tout sauf négligeable.
Enfin, la fiscalité moins avantageuse de l’essence comparée au diesel est en train de devenir une histoire ancienne. Les prix à la pompe entre les deux carburants
sont clairement au rapprochement tandis que la TVA sur
le plein d’essence est devenue déductible pour les sociétés – à l’image de celle qui se pratiquait pour le seul
gasoil – depuis le début de cette année. Et puis dernier
détail qui qui compte : un modèle essence neuf est crédité sans sourciller d’une vignette Crit’air 1 – la meilleure
vignette que l’on puisse accorder à un véhicule à combustion – alors que les diesels les plus modernes – respectant la Norme Euro6 – ne se verront décerner qu’au
mieux une vignette Crit’air 2. De quoi faire réfléchir.
LES VENTES AUX ENTREPRISES
DE MODÈLES À ESSENCE EN HAUSSE
Ultra minoritaires pour ne pas dire insignifiants il y a encore
un an, les modèles à essence progressent dans les parcs
d’entreprises jusqu’à représenter, depuis le début de cette
année nettement plus de 15% des immatriculations sur le
marché des véhicules de sociétés. Inédit. La conséquence est
– naturellement – un effritement de la part du diesel qui passe
sous les 80% lorsque l’on soustrait les ventes de véhicules
hybrides et électriques, également en nette progression.
68 | VOITURES DE FONCTION | MARS 2017
Si le diesel, de manière logique, séduit encore les commerciaux roulant énormément, les indépendants et les
cadres, plus sédentaires professionnellement, optent lentement mais surement pour des motorisations essence.
Un phénomène initié par les particuliers depuis deux ans
et porté par l’arrivée sur le marché d’une offre de modèles essence de nouvelle génération et de taille réduite,
parfaitement économes et idéaux pour les trajets quotidiens s’effectuant en agglomération. Pour ne retenir que
des exemples français on pense aux Peugeot 208, 2008
et 308 avec leurs moteurs PureTech. Remarque identique
chez Citroën qui propose ce même bloc sur la nouvelle
Citroën C3 ou C4 Picasso. Quant à Renault, les charmes
de son 1.2 TCe s’apprécient de la Clio au nouveau Scénic
en passant par la Mégane. Des voitures pour tous, proposées à tarifs accessibles et dont l’amortissement idéal sur
trois ans en Location longue durée (LLD) se situe autour
d’un kilométrage annuel compris entre 15000 et 25000
kilomètres ; de quoi couvrir à terme 70% des attentes
de possesseurs de voitures de fonction en France, si ce
n’est en Europe. Comme le soulignent les expertises du
cabinet PWC : «En France, en 2017, comme dans le reste
de l’Europe, nous constaterons une poursuite du recul
des ventes de motorisations diesel – au profit notamment
des motorisations essence et hybrides. Sur l’année 2016,
les ventes de véhicules particuliers à motorisation essence
ont évolué de plus de 19% à 883000 unités contre une
baisse de 4,3% pour le diesel à 1,050 million d’unités.» ■
+ 5,08 %
sur les ventes totales de véhicules
particuliers entre janvier 2016 et 2017.
—
+ 9,13 %
sur les ventes essence.
© DR.
PUBLI-REPORTAGE
PUBLI-REPORTAGE
VOITURES DE FONCTION
Outsider parmi les alternatives énergétiques,
les hybrides voient enfin leurs ventes décoller,
portées par une offre qui s’étoffe, des
consommations urbaines imbattables
et des tarifs de plus en plus accessibles…
arier l’essence et l’électricité pour moins
consommer, voilà plus de 20 ans que la légendaire Toyota Prius en a fait son succès
planétaire. Une technologie qui nécessite
toutefois un savoir-faire. Raison pour laquelle la concurrence a mis du temps à arriver. Dopé
par une sensibilité environnementale favorable à l’emploi d’électricité et de dernières avancées augmentant
l’autonomie en mode tout électrique à parfois plus
d’une cinquantaine de kilomètres (comme la future
DS7), les ventes de modèles hybrides se sont enflammées (+ 33 % en France en 2016) notamment auprès
des sociétés, enchantées de profiter de bonus désormais introuvables et de déductions (partielles ou totales selon les cas) de Taxe sur les véhicules de sociétés
(TVS).
M
GOLF GTE
© DR.
POURQUOI CHOISIR
L’HYBRIDE ?
Pour rouler beaucoup… en ville
Bref, tout pour plaire. À condition cependant d’éviter…
les longs trajets autoroutiers. Un hybride est avant tout
un véhicule urbain ou péri-urbain qui se nourrit d’une
conduite rythmée par les arrêts aux feux pour recharger
ses batteries et optimiser sa consommation comme aucune autre auto à combustion ; c’est à cette condition que
certains y signent alors des records sous les 2l/100 km! En
revanche, sur les longs trajets rectilignes de plusieurs centaines de kilomètres, les batteries une fois épuisées – notamment celles des Plug-in Hybrid – ne sont plus d’une
grande utilité ; la voiture s’en remet alors à ses cylindres
qui, pour mouvoir l’ensemble, consomment parfois bien
plus qu’on ne l’espère… Certains gros rouleurs alléchés
par la nouveauté et les chiffres officiels de consommations (en ville) en ont fait la douloureuse expérience. Une
fois encore l’usage dicte les économies attendues. Ceux
qui l’ont bien compris sont les taxis urbains ; l’hybride est
en effet l’idéal pour ceux qui effectuent la plupart de leurs
déplacements quotidiens en agglomération. ■
IMMATRICULATIONS FRANCE
Top 5 –Véhicules hybrides rechargeables - Février 2017
Mercedes GLC
BMW 225 XE
Volvo XC90
BMW X5 Drive 40e
Audi A3 e-tron
113
38
37
51
45
L’HYBRIDE POUR LES NULS
Il existe deux types de mariage essence-électricité autrement appelé, à juste titre, «système hybride». Un système dit «traditionnel»
(existant depuis 20 ans) où les batteries (de petite taille) se rechargent d’elle-même en roulant et n’autorisent qu’une très faible autonomie
en mode «tout électrique» (moins de 2 km) mais, déjà, de substantielle économie en carburant (10% de moins qu’un diesel équivalent) ;
c’est le système le plus répandu à ce jour en particulier grâce à Toyota et sa célèbre Prius. Autre système, l’hybride dit «rechargeable» (ou
Plug-In en anglais). Plus récent (5 ans) il offre des batteries de plus grande taille entraînant un ou des moteurs électriques plus puissants
autorisant une autonomie en mode «tout électrique» de 20 à 60 kilomètres. Autre atout, les batteries se rechargent en roulant, mais
également en les branchant, de sorte qu’il devient possible de ne plus consommer une goutte de carburant pour des parcours quotidien
de moins de 20 kilomètres… Bien que cette seconde catégorie ne concerne pour le moment qu’essentiellement des modèles haut de
gamme, elle a le vent en poupe!
70 | VOITURES DE FONCTION | MARS 2017
PUBLI-REPORTAGE
VOITURES DE FONCTION
POURQUOI DIRE OUI
À L’ÉLECTRIQUE ?
Magique l’électrique ? Le coup de foudre a mis un peu temps à prendre,
mais les choses évoluent au rythme de l’autonomie qui grandi…
a voiture électrique comme remplaçante d’une
« vraie » voiture ? Il faut être honnête pas un modèle alimenté uniquement par ses batteries n’a
encore pu égaler la liberté ultime offerte par les
voitures fonctionnant au carburant fossile. Néanmoins, après bientôt cinq ans d’existence et d’expérience
visible, les voitures électriques soignent leur autonomie.
Limitées à une centaine de kilomètres à leurs débuts,
elles atteignent désormais des valeurs intéressantes ;
300 kilomètres dans la vraie vie pour la dernière version
de la Renault ZOE, presque 400 pour l’inédite Opel AmperaE et plus de 500 km pour la célèbre Tesla ModelS
P100D. On n’arrête pas le progrès. De quoi décider, année après année, de plus en plus de clients en France.
En 2015 ils étaient un peu plus de 17 000 à franchir le
cap, 21 000 l’année dernière et le rythme ne faiblit pas,
sur les deux premiers mois de 2017, la hausse des ventes
frôle les 40 %.
© DR.
L
RENAULT ZOE
vant en périphérie des villes. Un territoire où les voitures
électriques sont aux anges ; les autoroutes rectilignes à
vitesse soutenue sont moins leur tasse de thé – leur batterie y perdent très vite en autonomie. Bref, la voiture
électrique est une « super » seconde voiture au quotidien, celle avec laquelle on aime aller au travail. ■
De plus en plus accessibles
Naturellement, la multiplication des bornes de recharge,
la fiabilité – à presque toute épreuve –, la maintenance
restreinte, l’attrait écologique et l’absence de dépenses
extravagantes en carburant font leur œuvre auprès des
entreprises. Et puis les incitations fiscales (aides à l’achat,
exonération de TVS, bonus, vignette Crit’air « maximum », etc.) conjuguées aux économies d’échelles (l’accélération des ventes mondiales de modèles électriques
font baisser les coûts de production) laissent enfin entrevoir des tarifs plus alléchants. Reste que, pour pleinement profiter des avantages liés à l’utilisation d’un
modèle électrique, il faut se contraindre à des déplacements quotidiens sous les 300 kilomètres entre chaque
recharge pour rouler l’esprit tranquille. Tant mieux, cela
correspond à 95 % des habitudes des conducteurs vi72 | VOITURES DE FONCTION | MARS 2017
EN QUELQUES CHIFFRES
Prix moyen de vente batteries
Ventes de véhicules électriques
USA, Europe et Chine (unité milliers)
En $ par KWh
- 77 %
1 000
800
800
642
600
599
501
US
EUR
Chine
~530
+ 160 %
540
251
400
169
269
200
227
88
4
2010
2011 2012 2013 2014 2015 2016
2010
32
2011 2012 2013 2014 2015 2016
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propose aux professionnels un large choix de véhicules business ou
utilitaires grâce aux 6 marques du groupe Fiat Chrysler Automobiles.
STYLE HIGH-TECH
PASSE-PARTOUT
Avec son look vintage, ce M10 est
diablement séduisant et il offre
l’avantage de ne pas attirer
l’attention. Ce qui facilite la prise
de vue et aide à obtenir des clichés
spontanés. Très efficace aussi dans
les environnements sombres, grâce à
ses objectifs particulièrement
lumineux (grande ouverture). Autre
avantage de la télémétrie, le
déclenchement est plus silencieux –
un petit clic et c’est dans la boîte.
24 MILLIONS DE PIXELS
Le capteur du Leica M10 est un CMOS
à surface active de 24 millions de
pixels en plein format (24 × 36 mm),
avec des fichiers stockés sur la carte
SD en format natif, sans compression
(DNG, l’équivalent du RAW) ou en JPEG
(plus courant). De quoi faire des
tirages grand format sans problème.
PAS DE ZOOM
L’une des particularités
des appareils
télémétriques, c’est
qu’on ne peut pas y
adapter de zoom –
amateurs de photo
animalière, passez votre
chemin. On travaille en
focale fixe (souvent plus
qualitative), et il faut
donc (ré)apprendre
à se mouvoir pour
trouver la bonne
composition de
la photo. Les grands
angles sont
particulièrement
performants sur
ce boîtier.
UN PEU D’HISTOIRE
Leica a donc fêté ses
100 ans l’an dernier.
En 1954, le M3 faisait
le bonheur des
photographes grâce
à son viseur
télémétrique avec
compensation de
parallaxe automatique.
Trente ans plus tard,
le télémétrique
réapparaît avec le M6.
Et, en 2006, le premier
M numérique est mis
sur le marché (10,8 MP).
Pour l’anecdote, c’est
à la marque allemande
que l’on doit le record
atteint par un appareil
photo aux enchères : en
2012, un Leica modèle 0
trouvait preneur à
2,16 millions d’euros !
ET LE WI-FI FUT
MYTHIQUE M10
C’est la première fois
qu’un Leica de cette
gamme propose un
système de partage
instantané via le wi-fi.
En quelques secondes,
il est possible
d’envoyer les images
sur son smartphone
pour les partager sur
les réseaux sociaux
– histoire de montrer
qu’on peut être attaché
aux traditions et vivre
avec son temps !
Pour les vrais amateurs de photographie traditionnelle, Leica propose une nouvelle
version de son appareil télémétrique phare, le M10. Sans compromis.
Rien que l’essentiel. Pas de vidéo, pas de
fioritures, pas même de port USB. Mais de quoi
ravir les amateurs de cette marque allemande
qui a fêté son centenaire l’an dernier. Après
le Leica M (Typ 240, sorti en 2014), voici le M10.
Le sortir de son étui, enfiler la bandoulière
en cuir noir, c’est déjà s’immiscer dans l’univers
de Doisneau ou de Cartier-Bresson. C’est faire
un saut dans le passé, dans le monde de la photo
argentique, même si c’est bien d’un appareil
numérique dont il s’agit. La prise en main n’est
pas une évidence pour qui a l’habitude des APN
classiques. Le poids, d’abord, est important
vu sa taille, même si celle-ci a diminué depuis le
dernier opus. Le M10 reste moins encombrant
qu’un reflex ordinaire, mais c’est du solide
– l’objet est coulé sous pression dans du
magnésium et doté de caches de protection en
laiton. Sa caractéristique principale repose sur
la télémétrie. C’est une manière très différente
d’appréhender la photo : la mesure d’exposition
se fait directement à travers l’objectif – il n’y a pas
de miroir. Comme l’obturateur se situe dans
l’objectif, le temps entre le déclenchement et la
prise de photo est très court. Ce système permet
d’anticiper les scènes en gardant les deux yeux
ouverts pendant la prise de vue. Le viseur, très
lumineux, est agréable, même s’il faut s’habituer
74 – L E S E CHOS WE E K- E ND
à voir un bout de l’objectif dans le champ. Pas
d’autofocus, tout se fait manuellement, comme
les réglages de base (vitesse d’obturation et
profondeur de champ). On ne fait pas ici une
belle photo par hasard, mais la satisfaction en est
d’autant plus grande. Le piqué des images est de
grande qualité grâce à la précision des objectifs
– le Summilux 35 mm f ; 1,4 notamment. Le mode
monochrome donne des clichés superbes avec
petit supplément d’âme. L’essayer (longtemps,
pour l’apprivoiser), c’est l’adopter. Disponible
en version chromée argent ou noire.
COMBIEN ? 6 500 € le boîtier nu (l’objectif
Summilux 35 mm f ; 1,4 est à 4 550 €).
DR
Par Raphaël Sachetat
ET MOI…
31 MARS 2017
MES 100 JOURS
SEUL EN MER
Par Fabrice Amedeo
Illustration : Holly Wales
LE S E CHOS WE E K- E ND – 75
ET MOI…
Journaliste et skipper, Fabrice Amedeo
a mis pied à terre il y a quelques semaines après
avoir bouclé en 103 jours le Vendée Globe,
ce fameux tour du monde à la voile en solitaire.
Une aventure sportive, entrepreneuriale et
humaine, débutée bien avant le départ. Récit.
Fabrice Amedeo
à bord du NewrestMatmut, ancien
bateau de Loïck
Peyron sur le
Vendée Globe 2008,
acquis pour
750 000 euros.
n’est pas une fatalité, c’est un défi. Impossible
est une chance. Impossible est provisoire.
Impossible n’est rien. »
EN CIRÉ LE LUNDI, EN COSTARD LE MARDI
Ce défi, je n’étais pas programmé pour
l’affronter. Je ne suis pas un pensionnaire
du pôle d’excellence de la course au large
à La Forêt-Fouesnant, dans le Finistère. Je n’ai
pas fait mes classes olympiques en voile légère
puis remporté la Solitaire du Figaro. Pendant
que mes futurs concurrents du Vendée Globe
2016 naviguaient déjà plus de 200 jours par an,
j’ai fait des études puis ai intégré le monde de
l’entreprise et mené une carrière de journaliste
pendant plus de dix ans. Ce Vendée Globe
n’entrait pas dans un plan de carrière : je l’ai
voulu et suis allé chercher la ligne de départ
comme la ligne d’arrivée à la sueur de mon
76 – LE S E CHOS WE E K- E ND
front. Aujourd’hui, j’en retire le sentiment
d’avoir vécu une expérience globale et
transversale passionnante : j’ai créé mon
entreprise, j’ai dû trouver des sponsors,
j’ai convaincu une banque et acheté un bateau,
j’ai managé une équipe, défini une stratégie
de communication, je me suis préparé
physiquement. J’ai navigué bien sûr, mais je
me suis aussi formé aux réparations de mon
électronique embarquée, de mon moteur,
j’ai dû apprendre à me poser une perfusion,
à me recoudre une plaie. J’ai appris à escalader
mon mât en solitaire pour libérer une drisse,
à plonger sous ma quille sans personne à bord
pour assurer ma sécurité. Beaucoup de terriens
ont suivi nos aventures sur les mers du globe
mais peu imaginent toutes ces facettes d’une
navigation en course autour du monde. J’ai dû
revêtir le ciré le lundi pour préparer cet
JEAN-MARIE LIOT / NEWREST-MATMUT
C’est l’aventure d’une vie. Le 18 février dernier,
j’ai franchi la ligne d’arrivée du Vendée Globe
aux Sables d’Olonne à bord de mon 60 pieds
Newrest–Matmut et mis ainsi un point final
à 103 jours de course en solitaire autour du
monde, sans escale et sans assistance. 103 jours
pour descendre l’Atlantique nord jusqu’à
l’Équateur, franchir le pot au noir, naviguer
le long du Brésil dans les alizés de l’hémisphère
sud, traverser l’anticyclone de Sainte-Hélène,
toucher les dépressions australes et démarrer
la cavalcade sur le tapis roulant dépressionnaire
autour de l’Antarctique, fendre l’océan Indien,
passer l’Australie, la Tasmanie, la NouvelleZélande, traverser le Pacifique sud, doubler
le cap Horn, remonter le long de l’Argentine et
du Brésil avec un bateau fatigué par déjà
20 000 milles de navigation, retrouver
l’hémisphère nord et faire enfin route
vers la maison.
Le Vendée Globe est un condensé de vie.
Chaque jour, j’ai ri, j’ai pleuré, je me suis
enthousiasmé, j’ai espéré, j’ai souffert,
je me suis dépassé. Chaque jour, j’ai réussi
des manœuvres que je me croyais incapable
d’accomplir, j’ai réparé des choses à bord
qu’il m’était impossible de réparer à terre voici
tout juste quelques mois. Le Vendée Globe
est une compétition impitoyable et une
aventure grandiose, mais c’est dans la tête
qu’il se conquiert. Chaque jour, j’ai essayé
de faire honneur à cette citation de Mohamed
Ali qui ornait l’intérieur de ma cabine,
comme un message que je voulais laisser
à mes visiteurs avant le départ et comme
une invitation à ne jamais oublier ce combat
que je m’étais promis de livrer jusqu’au bout :
« Impossible n’est rien qu’une excuse avancée
par ceux qui trouvent plus facile de vivre dans
le monde qui leur a été légué plutôt que de
chercher en eux la force de le changer. Impossible
MES 100 JOURS SEUL EN MER
JEAN-MARIE LIOT / NEWREST-MATMUT
À Belle-île,
en octobre 2016,
séance
d’entraînement
à moins d’un mois
du départ.
Le 6 novembre,
le skipper
s’élancera des
Sables d’Olonne,
pour son premier
tour du monde,
sans escale
et sans assistance.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 77
immense défi, le costard le mardi pour
convaincre des partenaires, le bleu de travail
le mercredi pour maîtriser tous les paramètres
techniques de ces machines en carbone très
technologiques.
DANS LA PEAU D’UN CHEF D’ENTREPRISE
Mon Vendée Globe a démarré à quelques
centaines de mètres des Échos, boulevard
Haussmann à Paris, à bord d’un autre navire
amiral de la presse quotidienne nationale :
Le Figaro. J’ai posé un congé sans solde de deux
ans pour création d’entreprise afin d’être libre
de tout engagement professionnel et monter
mon projet. Puis j’ai fondé ma société : la SAS
Reporters du Large. L’occasion de découvrir les
subtilités des régimes de retraite en France et
de la couverture maladie : une SARL me plaçait
sous le régime du RSI et me couvrait peu en cas
de disparition en mer, la SAS me permettait
de rester au régime général et d’être mieux
protégé. Tel un chef d’entreprise qui démarche
ses premiers clients, j’ai ensuite dû trouver des
partenaires, les entreprises qui garantiraient
un chiffre d’affaires me permettant d’acheter
un bateau et de l’amortir, de payer les salaires
de ma future équipe ainsi que les nombreux
prestataires : électronicien, expert en
20 DÉCEMBRE
Passage du Cap Leeuwin,
au sud-ouest de l’Australie.
25 DÉCEMBRE
Noël dans le Grand Sud, 500 milles
au sud de la Tasmanie.
2 JANVIER
Ambiance rude en début
de Pacifique sud.
composite, spécialistes des cordages… Mon
budget était de 2,3 millions d’euros sur deux
ans : 750 000 euros pour l’achat du bateau,
le reste en dépenses de fonctionnement. Dès
l’arrivée des premiers partenaires, j’ai pu
m’entourer d’une équipe : deux personnes
à plein temps sur la partie technique et la
préparation du bateau et quatre prestataires
intégrés au projet pour la partie
communication : une attachée de presse,
un apporteur d’affaires chargé de démarcher
de futurs partenaires, un responsable web
et vidéo et un chargé de projet pour monter
les opérations de relations publiques et les
événements de nos sponsors. Le budget m’a
permis d’acquérir un bateau de la génération
Vendée Globe 2008, l’ancien Gitana 80 de Loïck
Peyron, et de préparer au mieux ce défi sans
ambition de victoire. Par comparaison, les
projets gagnants (Banque Populaire, Safran,
Hugo Boss etc.) ont investi environ 5 millions
d’euros dans un bateau neuf puis de l’ordre
de 1,5 million d’euros par an en fonctionnement.
Mon idée était d’allier un programme cohérent
sportivement à un projet cohérent en termes
de communication pour mes sponsors. Il se
UNE NUIT DE JANVIER DANS
LE PACIFIQUE SUD, LE CIEL
EST BLEU ÉLECTRIQUE.
À TRIBORD, UNE LUMIÈRE
ORANGE, TEL LE HALO D’UNE
VILLE. C’EST LE REFLET DU
SOLEIL SUR L’ANTARCTIQUE.
« découper » la visibilité du bateau et donc
le budget et de proposer une collaboration
gagnant-gagnant aux entreprises ciblées. 80%
du budget serait couvert par deux partenaires
titres qui se partageraient le nom du bateau
dans le cadre d’un cobranding. Newrest m’a tout
d’abord fait confiance. Ce groupe présent sur
le marché du catering aérien, de la restauration
ferroviaire – il a remporté le dernier appel
dans les TGV de la SNCF – et de la restauration
collective à l’international se lançait en 2016
dans la restauration collective en France.
Le Vendée Globe était donc une belle occasion
de faire connaître sa marque dans l’Hexagone.
L’assureur Matmut lui a ensuite emboîté le pas
avec notamment des ambitions de
communication interne et l’envie de s’impliquer
dans un sport très prisé par les banques et
les assurances : Banque Populaire, Generali,
Groupama, SMA, MACSF.
Le reste du budget a été apporté par un club
de partenaires secondaires à qui je n’ai pas
vendu une visibilité B to C, bien que le logo
des entreprises soit bien évidemment visibles
sur mon bateau. Je me suis plutôt adressé à des
acteurs du B to B en quête de communication
construisait autour de deux événements
majeurs : la Transat Jacques Vabre 2015 entre
Le Havre et le Brésil – une course en double
qui allait être pour moi l’occasion de me former
avec un marin professionnel –et le Vendée
Globe 2016. Entre les deux, trois traversées
de l’Atlantique pour parfaire ma préparation,
dont une qualificative pour le Vendée Globe.
Je ne suis pas parti à la pêche aux
2,3 millions d’euros au hasard. L’idée a été de
CHIFFRES CLEFS
MON BATEAU
18,28
mètres de long pour 8,6 tonnes,
un tirant d’eau de 4,50 m, une hauteur
de mât de 29 m et un spinnaker
(la plus grande voile) de 400 m2.
MON BUDGET
2,3
millions d’euros
sur deux ans.
78 – LE S E CHOS WE E K- E ND
MA COURSE
11
e
à l’arrivée
sur 29 concurrents au départ,
après 103 jours de mer et
27 000 milles (40 000 km) parcourus.
FABRICE AMEDEO
ET MOI…
MES 100 JOURS SEUL EN MER
16 JANVIER
Passage du Cap Horn après
plus de 70 jours de mer.
20 JANVIER
Au large
des îles Malouines.
interne, qui pouvaient être intéressés par l’idée
de faire naviguer leurs clients sur un bateau
d’exception et de leur faire vivre le départ
d’une course mythique. Si nous avons parlé
stratégie de communication, facteurs clefs
de succès et retour sur investissement, nous
avons aussi partagé une aventure hors norme,
noué des amitiés fortes. C’est aussi cela,
le Vendée Globe : l’humain a peu à peu pris
le pas sur le business.
de 50 oiseaux dans mon sillage. Autre moment
de magie, dans le Pacifique sud cette fois-ci,
début janvier. Le temps est anticyclonique,
le froid polaire et la mer a le calme d’un lac.
Durant la nuit, le ciel est d’un bleu électrique
comme il peut l’être en haute montagne. Des
millions d’étoiles illuminent ma route. Et sur
mon tribord, une lumière orange comparable
au halo d’une grande ville : la réverbération
du soleil sur l’Antarctique. Dans ces moments,
la compétition est loin et le skipper se sent
véritablement aventurier, là où l’homme ne
va pas, loin de tout.
Mon retour à la civilisation a eu lieu au large
du Brésil, en remontant vers l’Europe et en
renouant avec le trafic maritime. Ce jour-là,
tout début février, je suis contacté sur la VHF
par l’équipage brésilien d’un cargo que je suis
en train de dépasser : « Very fast sailing boat »,
me dit une voix dans un anglais hésitant.
« Where are you coming from ? » Je réponds
aussitôt : « From France ». Long silence. Il faut
dire que je fais route vers le nord. « And where
do you go ? » reprend alors la voix du marin.
« To France ! » Nouveau blanc sur les ondes.
En expliquant ce que je venais de faire, j’en
DES IMAGES IMPRIMÉES POUR L’ÉTERNITÉ
FABRICE AMEDEO
25 JANVIER
Cheveux et barbes rasés
au large de l’Argentine.
Si beaucoup de choses se passent avant le
départ, une grande partie de l’aventure s’est bien
évidemment déroulée en mer. Je reviens à terre
avec des images imprimées pour la vie sur
ma rétine. Je garde en moi ce passage au large
de l’archipel Fernando de Noronha à l’aller :
cette mer bleu turquoise, les poissons volants
par centaines et le bateau qui avance à vive
allure avec un skipper porté par l’insouciance
de sa première rencontre à venir avec le Grand
Sud. Des mers australes, je garde ce passage au
nord des îles Kerguelen mi-décembre. Il neige
sur le pont, la mer est noire, les embruns d’eau
glacée me brûlent les mains et je dois avoir plus
LE S E CHOS WE E K- E ND – 79
ET MOI… MES 100 JOURS SEUL EN MER
18 février 2017.
Fabrice Amedeo
franchit la ligne
d’arrivée aux
Sables d’Olonne.
L’apothéose
au terme d’une
incroyable
aventure où
« chaque journée
qui passe est
une victoire ».
réalise l’immensité : le tour du monde par les
trois caps – Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn.
Et maintenant, je devais rentrer à la maison.
ET L’ANIMAL REDEVIENT HOMME
Michel Desjoyeaux, double vainqueur de
l’épreuve, m’avait prévenu : « Tu verras, le Vendée
Globe, c’est une emmerde par jour. » J’ai pu le
constater en gérant quotidiennement des petits
soucis techniques afin de garder un bateau à
100% de son potentiel, mais aussi en faisant face
à quelques ennuis plus importants : des safrans
qui montraient d’importants signes de faiblesse,
une grand-voile déchirée dans les mers du Sud,
une montée au mât pour libérer une voile que je
ne pouvais plus affaler ou encore pour changer
des chariots de grand-voile tandis que le bateau
filait à vive allure vers les Sables d’Olonne. Tous
ces défis ont été autant de victoires quotidiennes :
sur le Vendée Globe, chaque journée qui passe
est une victoire, et sur une telle course il s’agit
souvent avant tout de survivre. J’ai parfois prié le
ciel pour que l’enchaînement des ennuis s’enraye
et me laisse un peu de répit. En vain. J’ai dû
chaque jour trouver les ressources mentales au
plus profond de moi pour poursuivre ma route.
C’est, à mes yeux, la grande leçon de ce tour
du monde : le potentiel de dépassement de soi
de l’Homme est infini. Et même au bout de
soi-même, au bout de l’épuisement, demeure
Après une telle intensité de vie, la descente
à terre fait planer le risque d’un « Vendée Globe
blues ». Le retour a été difficile, notamment
la remise en route du corps après deux semaines
de privations alimentaires pour terminer
la course, plus longue que prévu. Mais le moral
est au beau fixe. J’ai pris le parti de tout de suite
conjuguer ma vie au futur. Je prépare d’ores
et déjà le Vendée Globe 2020 et mes journées
sont rythmées par l’écriture d’un livre,
la fidélisation des partenaires qui m’ont fait
confiance et la recherche de nouveaux pour
pallier quelques départs. La vie normale d’un chef
d’entreprise, en somme. Mais le ciré n’est pas loin.
Déjà, le large m’appelle : je participerai en fin
d’année à la transat Jacques Vabre à destination
du Brésil sous les couleurs de Newrest et de la
Matmut qui m’ont renouvelé leur confiance.
toujours un résidu de flamme, quelque chose
à aller chercher au fond de soi pour tenir bon.
L’autre grande leçon de vie, je l’ai eu au cap
Horn, graal de tout marin. On m’avait prévenu
que la transition climatique serait rapide : après
avoir pris 55 nœuds (plus de 100 km/h) de vent
avant le cap, je navigue dès le lendemain dans
une quinzaine de nœuds, sous un grand soleil,
dans le dévent de la cordillère des Andes. J’en
80 – L E S E CHOS WE E K- E ND
profite pour aérer ma cabine. Je réalise alors
que j’ai passé 40 jours dans le Sud et qu’au cours
de ces 40 jours, j’ai gardé les mêmes polaires, les
mêmes chaussettes, ne me suis pas lavé, ai dû me
brosser les dents trois fois. D’un coup, je réalise
que je me suis transformé en animal et me suis
recentré sur mes besoins primaires : boire,
manger, dormir, faire mes besoins. D’un coup, je
réalise que les mers du Sud, cette nature sauvage
hostile, m’ont fait courber l’échine et m’ont volé
mon humanité. Je me remémore alors une
rencontre dans un train avec le skipper Thomas
Coville, récent détenteur du temps de référence
en solitaire autour du monde. Il m’avait dit : « Tu
vas voir, on décline énormément dans le Sud. Pour
lutter contre cela, j’ai un tableur Excel sur lequel
je note tout : le nombre de fois où j’ai fait mes
besoins, me suis lavé les dents, ai lavé l’intérieur
de mon bateau… » Je l’avais pris pour un fou.
Et c’est en passant le cap Horn que j’ai compris.
En laissant derrière moi les mers australes,
j’ai eu envie d’y retourner. D’y retourner pour
les défier non pas dans un combat du marin
face aux éléments – ils auront toujours le
dernier mot – mais dans un combat du marin
contre lui-même : en luttant pour garder mon
humanité dans le Sud, la prochaine fois, je serai
plus performant !
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
JEAN-MARIE LIOT/DPPI/VENDEE GLOBE
DÉJÀ, L’APPEL DU LARGE
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AU LOUVRE
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DESARTS.COM
LE SITE DE VOS EXPOSITIONS
ET MOI…
DÉLICES D’INITIÉS
Six idées pour faire fructifier son argent. Ou dépenser futé.
Par Jean-Denis Errard
MISE DE DÉPART :
Presque rien
Très faible
Significative
Importante
Très élevée
PROFIL DE RISQUE :
Nul
Très faible
Faible
Significatif
Important
Très élevé
02
AUTO MOTIVÉE
01
MMMM
PARADIS EN LUBERON
MISE DE DÉPART :
HHHHH
PROFIL DE RISQUE :
MM
Pour moins de 3 millions d’euros, vous pouvez
acquérir ce prieuré bénédictin du xiie siècle,
véritable petit coin de paradis niché au cœur
du sud Luberon ! La vue apaisante
sur les montagnes alentour est à la mesure
de la beauté du lieu : près de 7 hectares
de jardin, de terres, une oliveraie d’une
centaine d’arbres, 3,5 hectares de vignes en
AOC Côte du Luberon (grenache noir et blanc,
syrah, cinsault et clairette). Nous sommes ici
tout près de l’un des plus beaux villages classés
de France, Lourmarin. Cet ancien prieuré,
rénové, s’étend sur 700 m² habitables et
s’articule autour d’une grande cour intérieure
accessible par un passage voûté. À l’intérieur,
vous découvrez des réceptions voûtées
en enfilade, une grande cuisine provençale,
un salon avec sa cheminée, une belle chapelle
de 65 m². Aux trois étages supérieurs,
de nombreuses chambres. Juste splendide !
La propriété est proposée par l’agence Émile
Garcin Provence.
82 – L E S E CHOS WE E K- E ND
Pour diversifier votre portefeuille ou votre plan
d’épargne en actions (PEA), intéressez-vous
à Kendrion, une entreprise spécialisée
dans l’électronique embarquée et les capteurs
– des technologies qui sont l’avenir du secteur
automobile. Coté à Amsterdam, le titre
est certes au plus haut à 30 euros, mais
le niveau de valorisation par rapport au potentiel
semble raisonnable (environ 14 fois le bénéfice
attendu pour 2018). Pour 400 millions d’euros
de valeur boursière seulement l’entreprise
affiche en 2016 quelques 443,6 millions d’euros
de chiffre d’affaires pour 31,1 millions d’Ebitda
(résultat brut d’exploitation) avec des ratios
assez sains. Personne ne contrôle le capital,
et les deux fonds hollandais récemment entrés
ne détiennent que 9,9% (Delta Lloyd)
et 6% (Kempen). Ce secteur d’activité
va susciter de plus en plus de convoitises,
comme le montre l’OPA sur Mobileye
(que nous avions anticipée il y a quelques
semaines !). Achetez sous les 30 euros.
DR
Un ancien prieuré du xiie siècle
au cœur de Luberon : le rêve…
MISE DE DÉPART :
H IIII
PROFIL DE RISQUE :
MON ARGENT
04
VIVE L’EUROPE !
03
À FOND LA CAISSE
MISE DE DÉPART :
HHHII
PROFIL DE RISQUE :
DR
MAISON BOULE
MMM
Les aficionados de voitures de sport
apprécieront cette soirée d’adjudications,
organisée par la Maison Boule, qui a lieu
ce 1er avril au circuit de vitesse Paul Ricard,
au Castellet (Var). Évidemment, tous vont
remarquer ces rares Lamborghini
(le Murcielago avec ses ouvertures papillon
et l’Aventador de 700 CV, à 270 000 euros),
la Porsche 993RS Club sport (300 000 euros)
ou encore la très racée GT1 de compétition
vers 150 000 euros. Notre attention se porte
pourtant sur la Bentley Continental T, le chic
anglais en version vitaminée, avec le moteur
qui a longtemps eu le couple le plus puissant
installé sur une voiture de série (un V8 porté
à 420 ch et 881 Nm de couple) – estimation
95 000 euros. Plus abordable : une belle
Mercedes 450 SLC 5 l à 19 000 euros. Et un beau
coup de cœur pour la Triumph Spitfire modèle
1500 de 71 CV à 9 500 euros « seulement ».
MISE DE DÉPART :
HHIII
PROFIL DE RISQUE :
MMMMM
INOCAP Gestion, une société de gestion
de portefeuilles indépendante spécialisée
dans le financement des PME/ETI (400 millions
d’euros d’encours), lance un nouveau fond
Quadrige Europe. Le gérant, le très talentueux
Pierrick Bauchet (ses performances
sur les deux autres fonds Quadrige qu’il gère
sont impressionnantes), va investir
sur une trentaine d’entreprises européennes
« innovantes et familiales », principalement
allemandes et françaises et pour environ 20%
belges et italiennes. Ce fond créé fin 2015,
mais ouvert au public seulement à partir
de maintenant, a progressé de +23,8%
(à fin février) avec une volatilité maîtrisée.
« Nous allons privilégier le plus souvent des
leaders sur leurs marchés, en excluant le secteur
des biotechs parce que ce sont des entreprises
dont nous ne comprenons pas le potentiel »,
explique sans détour Pierrick Bauchet.
06
MARSEILLE RÉNOVÉE
MISE DE DÉPART :
HHHHI
PROFIL DE RISQUE :
MMM
05
POUR DES REVENUS SÛRS
MISE DE DÉPART :
HHIII
PROFIL DE RISQUE :
MM
Autre Porsche, une 944 Turbo Cup 290 CV.
en immobilier), de type similaire, assez
performant (5,86%, dividendes inclus, en 2016,
après 5,03% en 2015). Prix de souscription :
1 000 euros la part, avec un minimum
de cinq parts. En s’appuyant sur l’expertise
et l’implantation de Swiss Life en Europe,
cette SCPI va notamment investir en France
et en Allemagne sur trois segments locatifs :
bureaux, hôtellerie, secteur de la santé.
Une bonne source de revenus réguliers.
Fondée en 2007 par Frédéric Bôl, l’actuel
président de l’Association des gestionnaires
de fonds immobiliers (l’ASPIM), Swiss Life
REIM propose en ce moment une SCPI (société
civile de placement immobilier) dénommée
Pierre Capitale. Cette société de gestion
avait déjà lancé un autre fonds, en 2010,
un OPCI (organisme de placement collectif
LE S E CHOS WE E K- E ND – 83
Dans le VIe arrondissement de Marseille, au
23 rue Dieudé, la société UpStone conseille
de s’intéresser à la bastide saint Thomas
d’Aquin, près du Vieux-Port et de la Canebière.
C’est là, sur les pentes de la colline de Fongate,
que Pierre Puget, illustre artiste et architecte
marseillais, fit édifier cette bastide dans
les années 1680. Occupée au xxe siècle par
une congrégation de dominicaines, la propriété
présente un certain cachet architectural.
UpStone, filiale du groupe Primonial
(un des plus importants groupes de conseil
en gestion de patrimoine), propose d’investir
en réhabilitation à usage d’appartements dans
un but locatif. L’idée est d’imputer le déficit
(surplus de coût des travaux par rapport
aux loyers encaissés) sur votre revenu global
jusqu’à 10 700 euros par an et sur l’ensemble
de vos revenus locatifs (donc vous défiscalisez
à la fois les loyers de cet appartement sur
dix ans et d’autres loyers si vous avez mis
en location d’autres biens). Regardez bien le prix
de revient par rapport à la cote du quartier
et au niveau de loyer praticable.
ET MOI… BIEN-ÊTRE
CERVEAU : DES NOUVELLES DU FRONT
Par Claude Vincent - Illustrations : Carole Barraud
D
SANS FARINE
Les intolérants cœliaques, ou ceux sensibles au
gluten, vous diront qu’il est difficile de vivre dans
un monde où règne le « sabot » – seigle, avoine, blé,
orge, tritical – ces céréales qui leur sont interdites
ou qu’ils rejettent. Et s’il y a bien des façons
de se nourrir sans risque, la nostalgie de
la madeleine ou de l’éclair reste toujours présente.
Les gourmets ont cependant des solutions.
Les Parisiens connaissent, par exemple, l’inventivité
de la boulangerie-pâtisserie Chambelland, 100%
gluten free, dans le quartier Popincourt. Désormais,
les Lyonnais vont pouvoir se fournir aux Gasteliers,
une enseigne gourmande qui vient juste d’ouvrir
dans le quartier Masséna avec Christophe Rasneur
au four et au moulin, chef pâtissier initié par
Thomas Chambelland lui-même. Éclairs, tartes
et tartelettes, Paris-Brest, choux, tuiles, sablés,
fondant, cookies... Il y en a pour tous les goûts. C. V.
écidemment, le cerveau n’en finit pas
de nous surprendre. Ainsi, des médecins
de l’université de l’Ontario ont observé, par
hasard, que celui d’un homme aurait continué
à émettre des ondes delta, typiques du sommeil
très profond, durant dix minutes après la mort
clinique (pas d’activité musculaire spontanée,
de respiration et de réflexes) du patient. Ils n’ont
pas trouvé de dysfonctionnement côté matériel
(Canadian Journal of Neurological Sciences,
mars 2017). Interloqués, ils se gardent bien pour
l’instant d’avancer une explication ni de faire
allusion aux sujets controversés de mort
imminente (EMI) ou de conscience post-mortem.
À l’université de Californie-Los Angeles (UCLA),
cette fois, des chercheurs se sont intéressés
aux dendrites, ces extrémités de neurones
impliquées dans la mémorisation et qu’on
pensait tout juste bonnes à transférer les signaux
d’un neurone à l’autre. Surprise : elles seraient
hyperactives, avec un mode de travail hybride
numérique/analogique similaire aux ordinateurs
quantiques (Science, mars 2017) ! Plus amusant :
des chercheurs auraient localisé le… sens
de l’humour (Frontiers in Human Neuroscience,
novembre 2016)… dans le cortex préfrontal.
Mais il ne serait pas situé exactement au même
endroit chez les comédiens et les autres.
« Les découvertes scientifiques des quinze dernières
années sur le cerveau ont été spectaculaires
et promettent de l’être bien plus encore »,
s’enthousiasme Jean-Marie Lledo, le directeur
du département neurosciences de l’Institut
Pasteur (Le cerveau, la machine et l’humain,
Odile Jacob, mars 2017). On veut bien le croire
et on l’espère car 10% de la population française
est concernée par une maladie neurologique
et 35% des dépenses de santé publique en Europe
résultent d’un dysfonctionnement des circuits
nerveux, rappelle le chercheur.
CHIRURGIE PLASTIQUE : RIEN NE SE PERD !
La dernière tendance en chirurgie plastique, du
moins aux États-Unis ? Ne plus jeter le gras prélevé
à un endroit du corps, en général par liposuccion
de l’abdomen, mais plutôt le recycler dans une autre
partie de l’anatomie afin de resculpter sa silhouette.
C’est ce que disent les dernières statistiques
produites récemment par la Société américaine
de chirurgie plastique, l’association professionnelle
du secteur (ASPS). Le nombre d’autogreffes pour
le remodelage des fesses a augmenté de 26%
en 2016 et celui vers la reconstruction mammaire
de 72% ! L’argument avancé par les professionnels :
l’effet est plus durable et l’opération mieux acceptée
que les prothèses. Autre tendance détectée : la
réduction et le remodelage des lèvres, une pratique
encore rare mais en pleine croissance (+283%). C. V.
84 – L E S E CHOS WE E K- E ND
NUITS FAUVES
Antistress, socialisation, exercice… Les bienfaits
que procure la compagnie des animaux
domestiques sont nombreux. Avec les animaux
sauvages, c’est autre chose. À les côtoyer,
jour et nuit, certains en profiteront plutôt
pour apprivoiser leurs craintes, d’autres pour
rêver face à une faune qui tend à disparaître.
L’agence Oovatu propose de dormir parmi
les animaux – ou du moins de les approcher
au plus près –, lors de séjours dans des lieux
d’exception. En toute sécurité, bien sûr.
Au milieu des lions de la savane, dans les
cabanes en hauteur de la Lion Sands Game
Reserve, dans le parc Kruger en Afrique du Sud ;
auprès des éléphants dans un centre de
protection des pachydermes ou avec les singes
Langur dans un parc naturel, en Thaïlande ;
aux côtés des oryx (des gazelles) et des renards
dans le désert d’Al Maha, à Dubaï. Voire
dans une chambre sous-marine, quatre mètres
sous la surface de l’eau, avec une vue à 360°
dans l’île de Pemba, au large
V. de la Tanzanie. C.
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4 septembre 75002 Paris - RCS Paris B 582 071 437. Les conditions générales de vente et d’utilisation du site Les Echos sont disponibles sur http://www.lesechos.fr/pratique/
cgu.htm, ou sur simple demande au 01 70 37 61 36. Conformément à la loi «informatique et libertés» du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification
aux données vous concernant qui sont susceptibles d’être utilisées afin de vous faire parvenir des sollicitations de la part de nos partenaires commerciaux. Si vous ne le
souhaitez pas, cochez la case ci-contre
ou écrivez à l’adresse suivante : Les Echos - 4, rue de Mouchy - 60438 Noailles Cedex. Photos non contractuelles.
CLAP DE FIN
Le spectacle fera date dans l’histoire
audiovisuelle et on risque de le revoir en boucle
dans les bêtisiers qu’on vous livre en fin d’année
avec les marrons glacés. Face à face,
un candidat à la magistrature suprême éreinté
et une écrivaine. Pourquoi l’avoir choisi elle ?
Certainement parce qu’elle aime le scandale
et qu’elle a une façon tout épidermique d’aborder
les sujets, d’autant plus quand elle se trouve
sous les projecteurs des studios télévisés.
Pour François Fillon c’est une sacrée chaussetrape de mettre en face de lui dans une émission
politique une femme qui promène son surmoi
comme un chien sans laisse. À quel titre est-elle
là ? Comme écrivain notoire, mais aussi comme
représentante désignée du peuple. Elle va dire
ce que les autres corps constitués présents
sur le plateau, les journalistes qu’elle désigne
nommément, ne peuvent pas exprimer. Face
à ce qu’elle ressent comme une longue litanie
de mensonges depuis le début de l’affaire,
elle explose, se désintègre, rugit, vocifère sur
un Fillon qui garde le calme de façade qu’on
lui connaît depuis qu’un bélier médiatique
et judiciaire tente désespérément d’enfoncer
la porte de sa sincérité. Elle prend l’exemple
d’un bracelet de prix qu’elle a autour du poignet,
un cadeau qui lui aurait été fait il y a longtemps
en échange de services qu’elle n’a pas voulu
rendre. On imagine quelqu’un cherchant une
position dans le milieu littéraire, un éditeur ou
un prix, insinuation que la corruption atteindrait
même cette engeance que sont les écrivains qui,
comme les politiques, ont le verbe empressé.
Le problème c’est que le bracelet, elle l’a toujours
autour du poignet. Fillon en profite pour
renverser la situation sous le regard plein de
délectation de ses « fidèles » placés derrière lui,
des cerbères de la « Sarkozie » pour la plupart.
Le lendemain matin je suis convié sur France
Inter pour présenter América, une revue
littéraire magnifique à laquelle je participe,
FACE À FACE QUI FERA DATE :
UN CANDIDAT
À LA MAGISTRATURE
SUPRÊME ÉREINTÉ ET UNE
ÉCRIVAINE ÉPIDERMIQUE.
LE TRAIT
86 – LE S E CHOS WE E K- E ND
initiative brillante de François Busnel et Eric
Fottorino qui vise à faire suivre pendant quatre
ans « l’expérience Trump » par des écrivains
des deux côtés de l’Atlantique. La question
émerge immédiatement : « Vous y seriez allé
à la place de Christine Angot ? » La réponse
est claire : J’y serais allé mais j’aurais procédé
différemment, en particulier sur la forme.
Je lui aurais calmement signifié que
la présomption d’innocence, dont il se targue
à raison du point de vue du droit, a cédé devant
les manifestations répétées de la post-vérité
dont il est l’incarnation française aujourd’hui.
On ne peut pas se prévaloir du général
de Gaulle quand on se fait offrir des costumes
d’un chantre de la Françafrique, quand
on rémunère sa famille de façon très exagérée
sur des fonds publics et quand on conseille
des entreprises ou des chefs d’État dont on
se trouvera obligatoirement l’obligé une fois élu.
On ne parle pas de droit, on parle d’éthique,
une éthique d’autant plus impérative quand
on défend un programme qui demande
aux Français des sacrifices. Parce que toutes
ces affaires, si elles ne lui interdisent pas d’être
élu, l’empêcheront de gouverner. Ce qui rend
la défaite, le seul plan B envisageable.
ILLUSTRATION PORTRAIT : FABIEN CLAIREFOND
MARC DUGAIN
À LA PLACE DE CHRISTINE ANGOT
LE 19/20H
PATRICK POIVRE
D’ARVOR
© Cormac Hanley
DU LUNDI AU JEUDI, DE 19H À 20H
La radio qui change des radios classiques
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