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Le Figaro 22707 2017

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vendredi 11 août 2017 LE FIGARO - N° 22 707 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
L’ÉTÉ
DU FIGARO
ILS ONT CHANGÉ DE VIE
LES VILLAS
HISTORIQUES
À DINARD,
LES ROCHES
BRUNES
PAGE 12
AFGHANISTAN
FACE À LA POUSSÉE
DES TALIBANS, TRUMP
TERGIVERSE PAGE 7
Un cambriolage en France
toutes les deux minutes
JEAN-PIERRE
RAFFARIN
VA MILITER
POUR LA PAIX
DANS
LE MONDE
PAGE 4
EXPLORATEURS
MÉCONNUS
Le nombre de logements « visités » a augmenté de 4 % en douze mois. Si cette hausse
se poursuit, le chiffre des intrusions pourrait dépasser le pic de 2013.
JULES
CREVAUX,
DÉFRICHEUR
DE L’AMAZONE
Alors que les vols dans leur
ensemble connaissent un repli sur les douze derniers
mois, le nombre de cambriolages a, lui, bondi de 4 % en
PAGE 9
LES GRANDS
FAITS DIVERS
INTERNATIONAUX
À PALERME,
LA PIEUVRE
AVALE LE JUGE
FALCONE
un an, pour atteindre les
247 394 faits. Soit une effraction en moyenne toutes les
deux minutes. Au moment
où les banques ne disposent
plus d’argent en agence et où
les bijouteries ont caparaçonné leur protection, les
domiciles de particuliers
sont plus que jamais des ci-
bles de choix. L’Île-deFrance est la région la plus
touchée. Les bijoux restent le
butin le plus convoité (54 %),
loin devant la Hi-Fi (31 %),
è LA CARTE DES CAMBRIOLAGES PAR RÉGIONS è LES HABITANTS DE SAINT-HERBLAIN RASSURÉS PAR L’ OPÉRATION « TRANQUILLITÉ VACANCES »
è LE GARDIENNAGE PAR DES PARTICULIERS, UNE FORMULE GAGNANT-GAGNANT è LE SMARTPHONE, UN NOUVEL OUTIL POUR PROTÉGER SA MAISON PAGES 2 ET 3
PAGE 16
COUP D’ESSAI...
COUP DE MAÎTRE
DAMIEN HIRST,
L’ART
ET LA MANIÈRE
PAGE 18
JEUX D’ÉTÉ PAGE 15
L’attaque
de Levallois-Perret
reste
mystérieuse PAGE 8
TÉLÉCOMS
Altice veut
retirer SFR
de la Bourse PAGE 24
CHAMPS
LIBRES
La tribune
de Marin de Viry
n
PAGE 17
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de jeudi :
Craignez-vous une guerre
imminente entre
les États-Unis
et la Corée du Nord ?
OUI
46 %
NON
54 %
TOTAL DE VOTANTS : 78 555
M 00108 - 811 - F: 2,40 E
3’:HIKKLA=]UWYUV:?a@s@l@b@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Approuvez-vous
le financement par l’État
d’un pass culture réservé
aux jeunes de 18 ans ?
PATRICK DESJARDINS, ARCHIVES
MUNICIPALES, VILLE DE DINARD ALEX BRANDON/AP
La diffusion
en streaming
révolutionne
le monde
de la télévision
À l’instar de Disney, les géants de la production de contenus créent leurs propres chaînes sur Internet pour
s’affranchir de jeunes sociétés comme Netflix et augmenter leurs recettes. Le phénomène gagne l’Europe. PAGES 20 ET 21
Le pass
culture pour
les jeunes
de 18 ans,
une coûteuse
promesse
de campagne
Le dispositif qui consistera à
donner 500 euros à un jeune le
jour de ses 18 ans entrera en vigueur en 2018, a annoncé la
ministre de la Culture. Pourtant, les modalités de sa mise en
place et son financement ne
sont pas encore arrêtés.
3,2 millions de jeunes seront
concernés sur la durée du quinquennat pour une facture qui
devrait s’élever à 1,6 milliard
d’euros. PAGE 11 ET L’ÉDITORIAL
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
C
Gadget démagogique
ulture, le mot est sacré, paré de
toutes les noblesses. Inutile de
dire que critiquer une initiative
destinée à en faciliter l’accès
provoque toujours les foudres
des beaux esprits. C’est prendre le risque
de passer pour un privilégié ou un ennemi
de la démocratie.
La promesse de campagne d’Emmanuel
Macron de donner, chaque année, un
« pass culture » de 500 euros aux jeunes de
18 ans suscite pourtant de sérieuses réserves. Le fameux sésame, vient d’annoncer
la ministre Françoise Nyssen, entrera en
vigueur dès l’année prochaine.
Bien sûr, il y a le coût, estimé à 400 millions d’euros annuels. Alors que le gouvernement cherche par tous les moyens à
réaliser des économies, le financement
d’une pareille mesure paraît plus qu’incertain. Réponse : elle sera cofinancée par
les plateformes numériques, type Amazon, Google, Facebook. Peut-on compter
sur elles alors qu’elles rechignent à se soumettre à nos taxes domestiques ?
Ces géants américains trouveront certes
un intérêt, par un juteux retour sur inves-
tissement, à voir les jeunes consommer
davantage encore par leur intermédiaire.
Mais quelle culture ? Plus sûrement les
films à grand succès de Hollywood que la
dernière création de l’Opéra de Paris. Il est
vrai qu’aux yeux du président de la République « il n’y a pas de culture française » ! Il
n’empêche. Déjà, ce pass apparaît bien
plus comme une aubaine pour les majors
de
l’industrie
culturelle qu’un
cadeau offert aux
jeunes en mal de
nourritures spirituelles.
Si nul ne conteste
que la culture
doit être accessible à tous, foin
des gadgets aussi démagogiques qu’inefficaces. C’est d’abord à l’école, bien malade
en France depuis des décennies, qu’on
doit la rencontrer. C’est là que se forment
les esprits, le goût et le discernement. Dès
le plus jeune âge. Pas besoin d’attendre
18 ans pour apprendre, non pas à consommer la culture, mais à l’apprécier. ■
Le pass
culture,
une aubaine
pour les géants
américains
de l’Internet
AND : 2,60 € - BEL : 2,40 € - CH : 3,70 FS - CAN : 5,20 $C - D : 3,00 € - A : 3,50 € - ESP : 2,70 € - Canaries : 2,80 € - GB : 2,20 £ - GR : 3,00 € - DOM : 2,70 € - ITA : 2,80 €
LUX : 2,40 € - NL : 3,00 € - PORT.CONT : 2,80 € - MAR : 20 DH - TUN : 3,80 DT - ZONE CFA : 2.200 CFA
ISSN 0182.5852
A
TERRORISME
REDPIXEL - STOCK.ADOBE.COM
POLITIQUE
Les députés
MoDem, plutôt
« fonceurs » que
« frondeurs » PAGE 4
l’argent et l’informatique.
Face à cette poussée de fièvre, les enquêteurs misent
sur la montée en puissance
de la police scientifique.
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Le nombre
de cambriolages
en hausse de 4 %
En dépit des coups de filets réguliers,
le phénomène des vols par effraction de domicile
continue de progresser. Les enquêteurs misent
sur la montée en puissance de la police scientifique.
CHRISTOPHE CORNEVIN
£@ccornevin
« LES VOLEURS ne prennent pas
de vacances ! » Cette mise en garde
a été diffusée vendredi dernier par
la préfecture de police de Paris qui
a procédé ce jour-là à pas moins
de 16 interpellations lors de six
flagrants délits de cambriolages
menés en six heures dans la capitale et sa proche couronne.
Les stakhanovistes de l’effraction sévissent avec gourmandise.
Aucune parcelle de pays ne semble
plus épargnée. C’est ainsi qu’un
groupe d’enquête de la compagnie
de La Roche-sur-Yon a récemment surpris, à La Bretonnière-laClaye, un gang de cambrioleurs
roumains soupçonnés d’avoir
commis quelque 240 cambriolages
en Vendée depuis 2016. Parfois, la
piste mène à des toxicomanes locaux, à l’image de ce quintette de
marginaux
confondus
pour
165 vols perpétrés dans des mobilhomes du littoral charentais. Dans
le même temps, un réseau de cambrioleurs serbes a été démantelé en
région parisienne par une centaine
de gendarmes appuyés par Europol. Composée d’une douzaine
personnes de 13 à 74 ans, toutes issues de la même famille, cette
20
minutes
est le temps maximum passé
en général par un cambrioleur
sur les lieux de son forfait
« véritable mafia », ainsi que l’ont
qualifiée les enquêteurs, est soupçonnée d’avoir perpétré 137 cambriolages dans tout l’ouest de la
France, de la Normandie au Pays
basque. « Les équipes s’installaient
pour quelques jours dans des hôtels
en périphérie des villes et ratissaient
les habitations en journée dans un
rayon de 50 kilomètres », a expliqué
un enquêteur. Des montres, des
bijoux, des véhicules de luxe et
deux biens immobiliers devraient
porter le montant total des saisies à
1,5 million d’euros.
“
Multiplier
les recoupements,
retracer les parcours,
imputer les faits
de manière formelle
permet de ficeler
des dossiers solides
UN OFFICIER DE GENDARMERIE
”
Les « monte-en-l’air » et autres
« crocheteurs » de serrures frappent avec méthode, se jouent des
alarmes et choisissent leurs cibles
en faisant fi de la qualité de leurs
propriétaires, dès lors que son logement respire la prospérité. Stars
de football, capitaines d’industrie,
mais aussi cadres, commerçants,
artisans ou encore retraités…
aucun milieu n’est épargné. Même
Bernard Cazeneuve, alors premier
ministre, a subi pareille mésaventure le 24 avril dernier à Paris, en
dépit de la sécurité qui l’entourait.
Sur les tableaux de bord de la délinquance, les chiffres des
cambriolages de logement virent
au rouge. La dernière note de
conjoncture Interstats, établie par
les statisticiens du ministère de
l’Intérieur, en atteste. Alors que les
vols – hormis ceux commis sans
violence - connaissent un repli général sur les douze derniers mois,
ils font apparaître que ce phénomène a bondi de 4 % en un an,
pour atteindre les 247 394 faits. Soit
une effraction en moyenne toutes
les deux minutes. Au moment où
les banques ne disposent plus d’argent en agence et où les bijouteries
ont caparaçonné leur protection,
les domiciles de particuliers sont
plus que jamais des cibles de choix.
Cette inquiétante dynamique
intervient alors que, après un
léger reflux (- 1 %) en 2015, les
chiffres sont remontés en flèche
(+ 4 %, 243 500 faits) l’année dernière. Si la hausse se poursuit, le
nombre des intrusions dans les résidences principales est en passe
d’atteindre, voire de dépasser à
terme, le pic de 2013, année noire
où pas moins de 250 400 domiciles
avaient été « visités ».
Pointant de fortes disparités territoriales, le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a
noté en janvier dernier que « la
Corse (était) nettement moins exposée aux cambriolages » : en
moyenne, 2,8 logements sur 1 000
ont été visités en 2016, contre 9,2
en Île-de-France et 3,9 en Bretagne, deuxième région la plus épargnée de la métropole.
Face à cette poussée de fièvre, le
ministère de l’Intérieur cherche à
préparer la riposte. Un effort considérable a notamment été consenti
en matière de police technique et
scientifique (PTS). Avant 2008,
24 % 80 %
des victimes
n’ont pas déposé de plainte
des infractions
se déroulent dans la journée,
en particulier
entre 14 et 16 heures
Les habitants de Saint-Herblain rassurés
par l’opération « Tranquillité Vacances »
GUILLAUME FROUIN
£@guillaumefrouin
A
À SAINT-HERBLAIN
MATINÉE ordinaire au commissariat de Saint-Herblain, dans la
banlieue de Nantes (Loire-Atlantique). Avant de partir en patrouille,
le brigadier-chef Laurent Adam
prend une poignée de fiches OTV.
Pour opération « Tranquillité Vacances ». Le dispositif, initié en
1974, permet aux particuliers de
faire inspecter gratuitement les
abords de leur habitation par des
policiers ou des gendarmes durant
leur absence. Limité dans un premier temps aux vacances d’été,
puis à toutes les vacances scolaires,
il est désormais généralisé à l’ensemble de l’année. Mais juillet et
août demeurent les mois les plus
demandés.
Ce jeudi matin, le brigadierchef et ses deux collègues ont
donc ciblé un quartier pavillonnaire de la ville : la première
maison qu’ils inspectent a déjà
été cambriolée il y a deux ans.
Après avoir fait le tour de l’habitation, ils questionnent le voisin,
sorti sur le pas de sa porte, pour
voir s’il n’y a pas eu de visites
faute de moyens, les limiers en
blouse blanche ne se déplaçaient
pas systématiquement dans les appartements et les maisons cambriolées. Depuis lors, deux plans
successifs visant à développer la
PTS dite « de masse » ont permis de
couvrir plus de 80 % des cambriolages. « Outre 3 600 spécialistes,
10 000 policiers polyvalents issus de
tous les commissariats ont été formés pendant une semaine afin d’apprendre à cibler les endroits où prélever des traces, précise le
contrôleur général Dominique Abbenanti, sous-directeur du service
central de la PTS. Équipés d’une
mallette contenant des pinceaux, des
écouvillons et des “transferts” (supportant les indices, NDLR), ils sont
suspectes. « Voir des policiers
dans les rues, ça rassure,
convient Philippe Proust, un préparateur de commandes de
49 ans. On sait qu’il y a une surveillance pendant notre absence ».
Avant de repartir, Laurent Adam
et ses collègues laissent un petit
coupon dans la boîte aux lettres,
pour signaler leur passage. En cas
10 400
cambriolages
recensés en Loire-Atlantique,
en 2016
d’effraction, ils auraient fait sécuriser au plus vite les lieux et
auraient appelé le contact laissé
par les propriétaires des lieux.
Quelques centaines de mètres
plus loin, les trois policiers inspectent les abords d’une autre maison… quand la propriétaire en sort
au même moment : absente pendant les deux mois d’été, MarieClaude a oublié de spécifier qu’elle
revenait de temps à autre à son
domicile. Cette retraitée de 73 ans
s’efforce en effet de « laisser la
maison vivante » : dix jours plus
tôt, elle aussi a fait l’objet d’une
tentative de cambriolage. Quatre
traces de pesée sur sa porte d’entrée, visiblement à l’aide d’un
tournevis, ont été repérées par un
voisin. Marie-Claude n’est donc
« pas très rassurée » quand elle
s’absente. « La police ne peut pas
être plantée là 24 heures sur 24,
c’est bien dommage », soupire la
retraitée. Mais elle se refuse, pour
autant, à installer une alarme.
« Tout cela a un coût… Et puis,
c’est à l’État d’assurer notre sécurité », s’agace-t-elle.
À Saint-Herblain, 80 personnes comme elle se sont donc
inscrites cet été à l’opération
« Tranquillité Vacances ». C’est
peu pour une commune de
44 000 habitants, mais c’est
beaucoup pour les policiers de
proximité, qui doivent jongler
avec leurs autres missions (intervention sur des accidents de la
route, transfert de détenus…). Au
total, sur l’ensemble des communes de l’agglomération couvertes
par la police, ce sont ainsi
600 maisons et appartements à
surveiller. « Ce n’est pas une assurance tous risques contre le
Dans le cadre
de l’opération
« Tranquillité Vacances »,
un agent la police
nationale patrouille
dans un quartier résidentiel
de Saint-Herblain (44).
OLANRIVAIN/PHOTOPQR/
PRESSE OCEAN/MAXPPP
Ce n’est
« pas
une
assurance
tous risques
contre le
cambriolage,
mais ça peut
jouer
»
GRÉGOIRE CHASSAING,
COMMISSAIRE
DIVISIONNAIRE,
À NANTES
cambriolage, mais ça peut jouer »,
insiste le commissaire divisionnaire Grégoire Chassaing, directeur du service de sécurité et
de proximité au commissariat
central de Nantes. Mieux vaut en
effet prévenir que guérir : en
2016, sur les 10 400 cambriolages
recensés en Loire-Atlantique,
seuls 1 159 ont pu être élucidés.
Pour faire fuir les voleurs, le
commissaire de police réitère
donc ses « conseils de bon sens »
aux vacanciers, à commencer par
« ne pas montrer de signes trop
ostensibles d’absence » - en particulier sur les réseaux sociaux
(photos à l’étranger, messages indiquant la durée de vos vacances…). L’installation de portes
blindées est également conseillée.
« Dans 70 % des cas, les cambrioleurs s’attaquent d’abord aux
portes… Si au bout de cinq minutes
ils n’y arrivent pas, ils vont voir
ailleurs », rappelle le commissaire. Les régulateurs de lumière,
qui permettent d’allumer tous les
jours une lampe sur une plage ho-
raire prédéterminée, peuvent
aussi leurrer les individus mal intentionnés. Grégoire Chassaing
invite également les vacanciers à
faire relever régulièrement leur
courrier par des voisins. « La
boîte aux lettres pleine, c’est fatal », soupire le commissaire. Les
techniques des cambrioleurs,
elles, varient peu : les tournevis et
pied-de-biche demeurent leurs
armes favorites – même si des
équipes plus organisées pourront
préférer l’arrachage de barillet.
Certains vont aussi agir par étapes, en repérant dans un premier
temps les domiciles vides... puis
en revenant commettre leur méfait dans un second temps. « Certains glissent pour cela une feuille
de laurier dans la porte des portails : si elle est toujours là
quelques jours plus tard, c’est que
les occupants ne sont pas là, explique le commissaire Chassaing.
D’autres mettent aussi des curedents au bas des portes ». Plus
discret qu’un coup de craie, mais
tout aussi redoutable. ■
LE FIGARO
vendredi 11 août 2017
L'ÉVÉNEMENT
3
DES EFFRACTIONS EN HAUSSE
VARIATION DES FAITS CONSTATÉS DEPUIS 2016 (DONNÉES BRUTES)
CAMBRIOLAGES DE LOGEMENT
+4%
VOLS SANS VIOLENCE CONTRE DES PERSONNES
+3%
VOLS VIOLENTS SANS ARMES
VOLS DANS DES VÉHICULES
-2%
-2%
-1%
VOLS DE VÉHICULES
-5%
VOLS AVEC ARMES
NOMBRE DE CAMBRIOLAGES
DE LOGEMENTS, en milliers
220,0
159,1
2008
238,1
250,4
235,6 233,5 243,5
2013
2014
247,4
182,5 189,9
2009
2010
2011
2012
2015
2016
2017
TAUX DE COMMISSION
DES CAMBRIOLAGES
DE LOGEMENTS PAR RÉGIONS,
pour 1 000 logements
Hautsde-France
7,9 %
5
minutes
Au-delà de cette limite,
les cambrioleurs
abandonnent
s’ils n’arrivent pas à pénétrer
dans le domicile
reste de la bande encore en possession de 1,8 kg de bijoux. « Multiplier les recoupements, retracer
les parcours, imputer les faits de
manière formelle permet de ficeler
des dossiers solides et d’envoyer ces
multirécidivistes devant la justice »,
explique un officier supérieur.
Selon nos informations, les gendarmes ont mis en cause quelque
9 899 individus dans des affaires de
cambriolages dans les sept premiers mois de l’année. Ce qui leur a
permis d’élucider, dans la même
période, 5 514 vols commis dans des
résidences principales. Pour sa
part, la police n’hésite plus à diffuser sur Internet des catalogues
d’objets dérobés à l’occasion de
raids délinquants dans une région.
Le 21 juillet, les enquêteurs du Vaucluse ont mis en ligne un lot de 200
œuvres d’art volées en dix ans dans
des expositions, chez des commerçants, des musées ou des hôtels de
la région d’Avignon, dont 22 ont
déjà retrouvé leur propriétaire.
Une étude de l’Observatoire national de la délinquance publiée en
septembre dernier a établi que les
bijoux restent le butin le plus
convoité, puisqu’il est lié à 54 %
des cambriolages, loin devant la
Hi-Fi (31 %), l’argent et l’informatique (29 %). Le nombre des
ménages ciblés par des vols d’antiquités et d’œuvres d’art a quant
à lui été divisé par six en huit ans,
en raison de l’atrophie de certaines filières de recel. ■
95 %
des malfaiteurs
prennent la fuite
quand une alarme
se déclenche
« RECOURIR à des gardiens de maison, c’est la meilleure solution que j’ai
trouvée pour éviter un cambriolage.
Ainsi, les potentiels voleurs voient que
mon domicile est occupé. » En vacances pendant quinze jours, Geneviève,
68 ans, a laissé sa maison de Vitrysur-Seine (Val-de-Marne) à une
« home-sitter » (gardienne de maison, en français). Cambriolée il y a un
an alors qu’elle avait installé une
alarme, la retraitée souhaitait se prémunir d’un nouveau vol. Elle a alors
décidé de s’inscrire sur une des multiples plateformes de mise en relation
de vacanciers et de home-sitters.
L’objectif du home-sitting ? Faire
garder la maison ou l’appartement
d’un vacancier par un particulier.
Celui-ci y séjourne gratuitement durant l’absence du propriétaire. Il doit,
en contrepartie, veiller sur la maison,
arroser les plantes, prendre soin des
animaux, relever le courrier… Une
formule gagnant-gagnant qui permet aux propriétaires de partir l’esprit tranquille et aux gardiens de
maison de découvrir la France à
moindres frais. Laëtitia, agent
commercial de 41 ans à Villeneuvela-Garenne (Hauts-de-Seine), sé-
journe consécutivement dans trois
maisons à La Réunion, pendant ses
longues vacances, de mai et jusqu’à
septembre. « Je rends visite à ma sœur
qui habite sur l’île. Si je ne faisais pas
de gardiennage de maison, j’aurais pu
me permettre de payer une location de
vacances, mais seulement pour deux
semaines », relève-t-elle. « On m’a
demandé de garer la voiture à l’extérieur, de faire des allées et venues,
d’ouvrir et de fermer les volets chaque
jour, d’allumer les lumières à l’intérieur et à l’extérieur, précise Laëtitia.
Tout cela, dans le but de montrer que
quelqu’un était présent. »
Un casier judiciaire vierge
Le home-sitting attire surtout les
retraités. Parmi eux, Rita et Alain.
Ce couple qui vit dans l’Aisne propose ses services depuis un an. « On
cherche à faire des rencontres chaleureuses. Et nous aimons garder des
animaux car nous n’en avons plus »,
explique Rita, 64 ans. Le couple a
gardé huit maisons, pour des durées
comprises entre une semaine et un
mois. L’occasion de séjourner dans
les Alpes-Maritimes, dans le Var, en
Isère, à Marseille… Malgré les
contraintes qui leur sont imposées
- ne pas s’absenter plus d’une demi-journée, être présents toutes les
F. BOUCHON/LE FIGARO
Bretagne
3,9 %
CentreVal-deLoire
Pays de
la Loire
5,8 %
De 5,7 à 6,3 %
5,7 %
BourgogneFranche-Comté
5,2 %
6,3 %
Plus de 6,3 %
Grand-Est
9,2 %
Nouvelle
Aquitaine
AuvergneRhône-Alpes
6,0 %
8,7 %
De 3,9 à 5,6 %
ProvenceAlpesCôte d'Azur
Moins de 3,9 %
Occitanie
9,0 %
9,1 %
2,8 %
Corse
NATIONALITÉS DES PERSONNES
MISES EN CAUSES POUR CAMBRIOLAGES
DE LOGEMENTS EN 2016 (en %)
38 %
78,8 % 20 431
France
ont lieu au niveau
des fenêtres
nuits -, le couple de retraités dit
profiter pleinement de ces séjours.
Pour rassurer les propriétaires,
les plateformes de home-sitting garantissent le sérieux de leurs membres. Tous doivent présenter un
justificatif d’identité, un casier judiciaire vierge et une lettre de motivation. Un système qui convainc
Frédéric, 49 ans, propriétaire d’une
maison à Saint-Laurent-du-Var
(Alpes-Maritimes). Cambriolé à
plusieurs reprises, il fait appel à des
home-sitters depuis sept ans. En
vacances jusqu’à fin août, il a confié
ses clés à un couple de retraités.
« J’ai un temps songé à louer ma
maison, car cela était plus intéressant financièrement, mais avec le
home-sitting, j’ai la garantie de laisser la maison à des personnes sérieuses. » Sur la plateforme qu’il a choisie, il a déboursé quelques centaines
d’euros, un montant qui varie selon
la durée du séjour (164 € pour une
semaine, 391 € pour quatre semaines). Des frais versés à la plateforme, qui s’engage à trouver un home-sitter en cas de désistement de
dernière minute et à couvrir le séjour par une garantie Responsabilité
professionnelle. Frédéric en est
convaincu : « Je retrouverai les lieux
comme je les ai laissés. » ■
Afrique
7,6 %
des effractions
Le gardiennage par des particuliers,
une formule gagnant-gagnant
CHLOÉ MARRIAULT £@ChloeMarriault
Un enquêteur
de la police technique
et scientifique recherche
des empreintes
et des indices
dans un appartement
du IXe arrondissement
de Paris, après
un cambriolage.
UE28 hors France
6,2 %
5,6 %
personnes
en 2016
Europe hors UE28*
Asie 1,3 %
Amérique 0,5 %
* hors France
Source : Interstats/SSMSI,
Base des auteurs
de crimes et délits 2016,
données provisoires
Le smartphone, un nouvel outil
pour protéger sa maison
LAURA DULIEU £@laura_dulieu
La première
« manière
de tromper
les
cambrioleurs
reste
la simulation
de
présence
»
MARC WESTERMANN,
DIRECTEUR CHARGÉ
DES SOLUTIONS
CONNECTÉES
CHEZ SOMFY
LES ENTREPRISES de sécurité et de
télésurveillance innovent pour
mieux protéger les maisons, notamment grâce au smartphone. « L’avènement du smartphone transforme le
métier traditionnel de la sécurité »,
assure Marc Westermann, directeur
chargé des solutions connectées chez
Somfy. Désormais, l’utilisateur peut
non seulement voir ce qui se passe
chez lui quand il n’est pas là, mais
aussi agir à distance. Le propriétaire
peut ainsi déclencher les lumières,
les volets ou les alarmes, s’il constate
la présence d’un malfrat.
La start-up Fenotek commence
tout juste à commercialiser son interphone vidéo connecté, le Hi).
Lorsqu’un malfaiteur sonne (les
cambrioleurs sonnent souvent pour
s’assurer qu’il n’y a personne à l’intérieur), l’interphone appelle directement le téléphone portable de
l’usager. Il peut voir qui est devant
chez lui, décider de lui ouvrir ou non.
L’interphone détecte aussi son mouvement et envoie une notification.
« L’utilisateur est ainsi actif dans sa
protection, explique Bruno Davoine,
cofondateur de Fenotek. Il peut décider de déclencher l’alarme ou non. »
L’alerte peut donc être donnée avant
même que la porte ne soit forcée.
Mais si l’entrée est fracturée, un petit
détecteur distribué par Somfy, l’Intellitag, peut déclencher une alarme
pendant l’intrusion du voleur.
Parfois, les voyous utilisent un
brouilleur, coupant ainsi les ondes
GSM de la maison et rendant impossible toute transmission d’alerte à la
police ou au smartphone du propriétaire. D’où l’idée de développer une
fonctionnalité antibrouillage : «Si un
brouilleur est détecté, le système bascule en basse fréquence et la police est
alertée », explique Olivier Horps,
directeur marketing chez Verisure.
Dissuader
« La première manière de tromper les
cambrioleurs reste la simulation de
présence », rappelle Marc Westermann. Selon une étude de l’Observatoire national de la délinquance et
des réponses pénales (ONDRP), les
protections sont plus efficaces si elles se déclenchent au moment de
pénétrer dans le logement. Une fois
entré, un cambrioleur a « plus de
8 chances sur 10 de réussir son cambriolage ». C’est ce vers quoi tendent les professionnels de la sécurité : la dissuasion, plutôt que la
constatation de l’effraction. ■
A
limités à trois prélèvements génétiques maximum, car chaque analyse
coûte 12 euros. »
Pour combattre les gangs qui
écument le territoire jusque dans
ses profondeurs, les gendarmes
ont de leur côté instauré des groupes d’enquête de lutte anticambriolage (Gelac). Les enquêteurs
spécialisés de Brive-la-Gaillarde
ont ainsi récemment procédé au
démantèlement d’une redoutable
équipe albanaise impliquée dans
82 vols commis en quelques semaines à l’occasion de « raids »
menés en Corrèze. Après avoir
surpris des malfaiteurs en train de
faire du repérage fin janvier à
Saint-Pantaléon-de-Larche, ils
ont capturé six mois plus tard le
Île-deFrance
Normandie
4,9 %
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Les députés
MoDem, plutôt
« fonceurs » que
« frondeurs »
Francois Bayrou,
Marc Fesneau et Marielle
de Sarnez, le 21 juin,
à l’Assemblée nationale.
JULIEN MUGUET
poral et je ne l’aurai jamais », prévient
Fesneau, qui compte se démarquer lors
de la discussion budgétaire de l’automne
tandis qu’une partie de ses troupes s’oppose à la baisse du nombre d’élus locaux.
Contrairement aux Marcheurs, les
bayrouistes, qui se connaissaient avant
d’entrer au Palais Bourbon, avancent en
bloc soudé. « Le groupe MoDem, c’est la
génération Bayrou de 2007 », relève Patrick Mignola. Avec un certain flegme, il
relativise les coups durs de ces dernières
semaines : « On est habitués aux mauvaises nouvelles. On a été habitués aux déserts. Aller d’une oasis à une autre, on
connaît, ce n’est pas très grave, ça nous a
rendus humble. »
Face à l’inexpérience des macronistes
à l’Assemblée, le parti de François Bayrou
se pose en allié fiable d’En marche !.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL £@TristanQM
CENTRE C’est un tweet posté au cœur de
l’été qui résonne comme un goût de victoire. « Malgré les résistances, la loi de
moralisation et de confiance a été adoptée
à l’instant. Merci à tous ceux qui l’ont soutenue et votée. » Posté mercredi soir, le
message est signé François Bayrou. Le
président du MoDem, à l’origine du texte,
est ainsi sorti d’un silence médiatique de
plusieurs semaines provoqué par son départ précipité du gouvernement, la faute
à l’affaire des assistants parlementaires
au Parlement européen.
En s’intéressant à l’état d’esprit des
élus du Mouvement démocrate, on pensait trouver un parti éreinté par une escadrille de mauvaises nouvelles. Outre les
départs du gouvernement de François
Bayrou et de Marielle de Sarnez, Michel
Mercier a dû renoncer mardi au Conseil
constitutionnel après la révélation d’emplois familiaux passés. Sale temps pour les
centristes, qui s’étaient pourtant présentés comme le partenaire solide, la deuxième jambe de la majorité… Malgré tout, le
MoDem bouge encore. Ces affaires, « ça
n’a pas été un moment agréable. C’est vrai
que c’est venu nuancer notre bonheur. (…)
Mais, aujourd’hui, notre groupe à l’Assemblée marche plutôt bien, l’ambiance est
bonne », jure Marc Fesneau, son président. « Le début du quinquennat est marqué du sceau du MoDem », se targue Yann
Wehrling, le porte-parole du parti.
Méthode Coué ? Peut-être pas. Les débuts hasardeux de La République en marche et les hésitations des Constructifs de
droite ont requinqué le MoDem, qui y
voit l’opportunité de renforcer ses positions dans la majorité. Ainsi, l’amertume
et les doutes ont été mis de côté. « Nous,
on ne sera pas les frondeurs, on sera les
fonceurs », clame le député Patrick Mignola (Savoie). Lors de l’examen de la loi
de moralisation, il dit avoir perçu « les
questionnements de certains Marcheurs ».
« Nous, nous ne nous sommes pas posé de
question. On était clairs sur la réserve parlementaire et ministérielle et l’indemnité
représentative de frais de mandat
(IRFM) », assure-t-il, tel un gardien de
temple. À demi-mot, il s’imagine que
certains Marcheurs pourraient s’écarter
de la ligne, à la faveur du MoDem : « Pour
« Cohérence idéologique »
l’instant, la majorité n’a pas besoin du MoDem, mais si des fissures apparaissaient,
on sera solides et on saura trouver la
loyauté des MoDem. »
Alors que la caporalisation d’élus macronistes venus d’horizons très divers interpelle, les élus bayrouistes louent leur
ambiance de travail : « On a une liberté, la
certitude que l’on peut donner un point de
vue différent à un moment donné, confie
Erwan Balanant, député du Finistère. On
est dans le cap du président de la République, sur sa ligne et après on peut avoir des
différences. » « Je n’ai pas une âme de ca-
Bayrou « en retrait médiatique mais pas politique »
Son départ du gouvernement
provoqué par l’affaire des assistants
parlementaires européens
« l’a bouleversé et choqué », selon
une proche du président du MoDem.
« François Bayrou attend sereinement
les suites de la procédure », rapporte
la députée Laurence Vichnievsky.
Entre sa mairie de Pau et ses allersretours à Paris au siège du parti,
il trouve le temps de passer quelques
coups de téléphone à ses élus.
« C’est un acteur majeur de la vie
politique française qui restera
engagé », souffle Yann Wehrling.
« Il est en retrait médiatique mais pas
politique », souligne Marc Fesneau.
L’éphémère garde des Sceaux
d’Emmanuel Macron prépare
sa rentrée officielle, qui se tiendra
du 29 septembre au 1er octobre
à Guidel dans le Morbihan. Il devrait
s’exprimer publiquement en amont.
Toutefois, au sein du parti,
certaines interrogations sur son
avenir émergent… « Certains disent
qu’il faut qu’il reste, d’autres non.
Évidemment la question se pose »,
confie une figure du mouvement.
T. Q.-M.
Une sérénité qui serait permise grâce à la
« cohérence idéologique et à la solidité de
cette cohérence », insiste le patron du
groupe MoDem, comme un pied de nez
au groupe LREM, très composite.
Lors des anciennes périodes de vaches
maigres, la quasi-totalité des députés
MoDem ont glané ici et là des mandats locaux, leur offrant une première expérience politique qui s’avère utile aujourd’hui.
En face d’eux, les macronistes essuient les
plâtres. « Et puis on travaille mieux dans
un groupe de 47 élus que dans un groupe de
300 », observe Erwan Balanant, qui va
même jusqu’à présenter le MoDem comme « le moteur intellectuel de la majorité ».
Les mauvais sondages, Yann Wehrling
les temporise : « Je ne connais pas un gouvernement qui n’a pas rencontré de difficultés, d’autant plus quand il tient ses engagements. » Un parlementaire reproche
toutefois au gouvernement de « ne pas
expliquer le sens de son action », comme
sur la baisse de 5 euros de l’APL. « Il y a un
problème de pédagogie », glisse-t-on.
Autre grief : la représentation du MoDem au gouvernement. Si le parti, cerné
par les polémiques au moment du dernier
remaniement, n’a pas exprimé sa déception, certains sont plus prolixes maintenant. « Évidemment que le MoDem est
maltraité. Il se retrouve sous-représenté
avec une ministre subalterne et une secrétaire d’État. C’est une représentation insuffisante par rapport aux services qu’on
pourrait rendre », glisse un cadre du parti,
l’air de rien, comme un avertissement
amical à l’exécutif. ■
Jean-Pierre Raffarin va militer pour la paix dans le monde
ILS ONT CHANGÉ DE VIE
L’ex-premier
ministre, qui
s’apprête à quitter
le Sénat, compte
créer une ONG
pour alerter contre
les risques de guerre.
A
JEAN-BAPTISTE GARAT £@Figarat
DANS LE VASTE bureau, l’un des
plus courus du palais du Luxembourg, règne un étrange désordre.
Sur les tables, les chaises, jonchant
le sol, partout, des cartons attendent d’être refermés et emportés.
Jean-Pierre Raffarin vient de démissionner de la présidence de la
commission des affaires étrangères,
de la défense et des forces armées.
Pour le sénateur de la Vienne, le déménagement qui se prépare est la
première étape de son retrait de la
« vie politique élective ». À 69 ans
- depuis le 3 août -, l’ancien premier ministre décide d’ouvrir un
nouveau chapitre. Et de refermer
celui qui le monopolise depuis 1977
et son élection au conseil municipal
de Poitiers. Cet automne, quarante
ans plus tard, il démissionnera à mimandat de son siège de sénateur.
C’est la fin d’une carrière politique, mais pas celle de son engagement. « Non, on n’arrête pas la politique comme cela, ce n’est pas vrai,
explique-t-il. Je veux consacrer
moins de temps à la politique partisane. Mais quelqu’un comme moi ne
rompt pas avec la politique. Je
l’abandonne comme une vie professionnelle, une vie d’élections, mais
pas comme un sujet de préoccupations et un engagement personnel. »
Preuves de cet engagement intact : les projets de l’ancien premier ministre. Il entend « bien évidemment » poursuivre son action
en faveur du rapprochement
franco-chinois, un dossier où il est
passé expert. Il se dit « surpris de
toutes les propositions professionnelles » qui lui sont faites depuis
l’annonce de son retrait, offres
qu’il examinera « attentivement ».
Et il y a son grand dessein : « créer
une ONG pour alerter contre les risques de guerre », une organisation
pour laquelle il souhaite mobiliser
des « Leaders pour la paix ». Ce
sera son nom.
« Le monde est extrêmement dangereux, explique-t-il. Le retour des
États puissances, des grandes nations revenues au premier rang de la
scène internationale comme la Russie, la Turquie ou l’Iran, ont crispé les
relations internationales. Et l’imprévisibilité de l’hyperpuissance américaine ajoute un sentiment de grande
instabilité. » Dans ce contexte, Raffarin imagine constituer un cercle
de « lanceurs d’alerte » : « Mon
projet est de rassembler des leaders
politiques expérimentés, capables
d’expliquer la dangerosité du monde
et capables de construire une pédagogie des crises, pour mettre du rationnel là où domine l’irrationnel. »
Son projet reste très politique ; il
le revendique même. « Je reviens
aujourd’hui à l’essentiel : la politique,
c’est la paix. La cohésion, le rassemblement, la recherche du vivre-ensemble. On invente des règles pour
Jean-Pierre Raffarin
au Sénat,
le 12 juillet.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
L’ÉTÉ DU
lutter contre le désordre, les tensions,
la loi du plus fort. Toute l’action politique doit être tournée vers la cohésion sociale et donc vers la paix »,
lance-t-il en invoquant Jacques
Chirac, qui voulait « réduire la fracture sociale ». Au passage, l’ex-premier ministre déplore que le mot
« paix » ait disparu de la parole publique. « La guerre étant sortie de
notre champ de vision, la paix a été
touchée par la banalité. Mais la paix
n’est pas banale ! C’est un peu comme
si, possédé par le chemin, on oubliait
la destination », regrette-t-il.
Des regrets, Jean-Pierre Raffarin
en exprime peu. Un, pourtant,
semble vif. « J’aurai rêvé qu’Alain
Juppé soit président. Cela ne s’est pas
passé ainsi, lâche-t-il. Ensuite, j’ai
assumé toutes mes responsabilités.
Une campagne très loyale avec François Fillon. » Après l’élimination du
candidat de la droite, « j’ai fait ce
que j’avais à faire », poursuit-il. « Je
ne pouvais pas accepter l’hypothèse
Le Pen. Et je n’avais rien à reprocher
à Emmanuel Macron. J’ai trouvé
beaucoup de similitudes avec le projet
défendu par Alain Juppé. J’ai soutenu
avec confiance EmmaMacron. »
Mon projet est de rassembler nuel
Le nouveau chef de
des leaders politiques
l’État n’était pas son
premier choix, ni
expérimentés, capables
même son second.
d’expliquer la dangerosité
Mais il reconnaît dans
du monde
l’époque « des simili-
«
»
tudes avec la période Giscard ». « Un
homme jeune, dont le parcours n’est
pas né dans un parti, dont la victoire
est construite dans les réseaux. Un
engagement profondément européen, une vision plutôt libérale de
l’économie et une volonté de réforme
et de modernisation de la société »,
énumère-t-il. Quarante ans après
l’aventure giscardienne, il retrouve
ainsi « une musique qui a quelques
douceurs à nos oreilles ». Il ne l’avait
pas imaginé ainsi, mais voilà la boucle bouclée. Selon lui, l’élection
présidentielle est « le début d’un
nouveau cycle politique ». « Ce n’est
pas par lassitude que je tourne la
page, confie Jean-Pierre Raffarin.
C’est avec confiance. Ma génération
compte sur cette génération pour régler les problèmes que nous-mêmes
n’avons pas su résoudre. »
En se rendant à la salle des
Conférences toute proche pour une
séance de photos, une pensée vient
à l’ancien premier ministre. Il ralentit le pas et évoque le souvenir de
sa mère, décédée il y a trois ans.
« Maman me demandait toujours :
“Mais à quel titre fais-tu cela ? À
quel titre fais-tu ce que tu fais ?” »
La question appelait à l’évidence
une réponse plus précise et autrement plus profonde que la liste des
fonctions et mandats qu’a exercés
son fils. Et Renée Raffarin aurait encore matière à interrogation alors
qu’il se lance dans une nouvelle vie
aujourd’hui. Il l’imagine, dubitative. « Elle me dirait : “Qu’est-ce que
tu veux faire ? La paix ? Ce serait
déjà pas mal d’éviter de faire la
guerre” », devine-t-il. Et en s’éloignant, Jean-Pierre Raffarin répète
pour lui-même : « Ce ne serait déjà
pas si mal. » ■
PROCHAIN ARTICLE :
Jean-Marie Le Guen
LE FIGARO
INTERNATIONAL
vendredi 11 août 2017
5
Nouvelles menaces de la Corée du Nord
Les déclarations
guerrières
de Donald Trump
ont pris de court
son administration.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
Des dizaines de milliers de Nord-Coréens manifestent contre l’ennemi américain, mercredi, sur la place Kim Il-sung, à Pyongyang.
d’Asie, n’auraient été mis dans la boucle.
« À étudier le langage de la conférence
présidentielle, commente Glenn Thrush,
du New York Times, j’y vois plutôt la patte
de Steve Bannon et de Stephen Miller », les
deux scribes attitrés du président.
Ce nouveau désordre au sein de l’exécutif américain vient contredire les assurances de Trump, affirmant que son
Administration « maîtrise » collectivement le scénario nord-coréen. Or les
Nord-Coréens « pourraient penser que
(Trump) projette de frapper le premier,
Israël veut son mur
souterrain face à Gaza
Cet ouvrage, qui doit être bâti d’ici à deux ans, est
présenté comme la solution aux tunnels du Hamas.
MARC HENRY
JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT Entre Israël et le Hamas, la bataille se déroule plus que jamais sous terre. Pour détruire les tunnels creusés par les islamistes à partir
de la bande de Gaza en vue d’infiltrer
des commandos, Israël a décidé de
donner un sérieux coup d’accélérateur
à la construction d’une muraille de plusieurs mètres, qui aura la particularité
d’être enfoncée dans la terre le long des
64 km de la frontière. L’ouvrage, qui
sera en partie prolongé en Méditerranée grâce à un quai flottant, se présente
sous forme de plaques de béton équipées de capteurs censés donner l’alerte
si des Palestiniens en train de creuser
sont repérés.
Israël n’a pas lésiné sur les moyens
pour ce projet considéré comme prioritaire, et d’un coût estimé à quelque
800 millions d’euros. La population reste en effet traumatisée par les images de
quatre Palestiniens surgissant d’un trou
dans le sud du pays et tuant par surprise
cinq soldats, avant d’être abattus, durant la dernière guerre en date, celle de
l’été 2014 entre Israël et le Hamas. À
l’époque, une trentaine de tunnels
avaient été découverts et détruits par
l’État hébreu. Un rapport officiel avait
ensuite tancé le gouvernement de
Benyamin Nétanyahou pour avoir sousestimé le danger représenté pas ce réseau de tunnels. Les habitants israéliens
des localités proches de la bande de
Gaza vivent depuis dans la hantise de
voir apparaître subitement des islamistes au beau milieu de leur salon ou de
leur jardin. Le gouvernement s’est engagé à tout faire pour éviter un tel scénario catastrophe.
À toutes fins utiles, le Hamas a été
prévenu qu’Israël n’hésiterait pas frapper très fort au cas où les centaines
d’ouvriers mobilisés étaient pris pour
cibles de tireurs d’élite à partir de la
bande de Gaza toute proche. Les militaires redoutent en effet que les islamistes soient tentés de réagir violemment à
la perte de l’arme des tunnels qu’ils
considèrent comme leur meilleur atout
stratégique. Sur le terrain, le chantier
présenté cette semaine par l’armée bat
son plein et va atteindre son plein rendement à l’automne, a indiqué le général Eyal Zamir, commandant de la région militaire sud. Une unité de
production de ciment a été montée de
toutes pièces, d’imposantes pelleteuses
et foreuses sont à pied d’œuvre. Une
partie du matériel a été importée d’Allemagne. Des ouvriers ayant passé avec
succès les « tests » du Shin Beth, le service de sécurité israélien chargé de la
lutte anti-terroriste, ont été mobilisés
en Moldavie notamment, de même que
des ingénieurs et des techniciens espagnols et italiens. D’ici à octobre, les effectifs vont être portés à un millier de
salariés sur le site qui sera maintenu en
relève Jon Wolfsthal, un ancien du
Conseil de sécurité nationale au sein de
l’Administration Obama. Publiquement,
nous devrions nous contenter de dire que
nous allons nous protéger et nous défendre, ainsi que nos alliés. Aussi calmement
que cela est possible. En coulisses, nous
devrions dire très directement aux NordCoréens que leurs armes sont inutilisables
et que la moindre attaque contre nos alliés
ou nous-mêmes entraînerait la fin de
l’État nord-coréen. Leur seule option est
donc de ne pas utiliser ces armes et de retourner à la table des négociations ».
C’est exactement ce qu’a fait le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, inaudible
jusque-là. Dans un communiqué, mercredi, il recommandait au satrape nordcoréen de « cesser de s’isoler lui-même et
de renoncer à sa quête d’armes nucléai-
AFP
res », ainsi « qu’à des actes qui précipiteraient la fin de son régime et la destruction
de son peuple ».
État de crise permanent
Le département d’État, lui, paraît horsjeu, au grand dam des alliés asiatiques de
l’Amérique Six mois après l’investiture
du président Trump, aucun ambassadeur n’a toujours été nommé en Corée
du sud. En outre, la représentante permanente auprès des Nations unies, Nikki
Haley, vient de perdre son directeur de
cabinet, Steven Groves, et son porte-parole, Jonathan Wachtel, démissionnaires
sans préavis, invoquant de concert « des
raisons familiales ».
Un tel état de crise permanent, véritable ADN de l’ère Trump, n’autorise cependant pas de conclusions hâtives sur
les risques accrus d’une réaction en
chaîne après une impulsion présidentielle ou un incident en haute mer. « En politique internationale, les mots importent,
certes, mais les actes plus encore », insiste
Alex Fisher, dans le New York Times, relevant quelques évidences parlantes : un,
il n’y a aucune mobilisation militaire du
côté américain, que ce soit à Guam ou
dans les eaux coréennes ; deux, Séoul est
calme, indifférente aux élucubrations
venues de Bedminster comme de Pyongyang. La capitale sud-coréenne serait
pourtant la première à céder à la panique, ses 25 millions d’habitants se trouvant à portée de tir de l’artillerie nordcoréenne. Les marins pêcheurs de Guam
et les « aoûtiens » d’Hawaï peuvent,
comme le disait Tillerson à Guam mercredi, « dormir sur leurs deux oreilles ». ■
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Israël n’a pas lésiné
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de clôture électronique équipée de caméras qui existe déjà va être portée à six
mètres et des pistes permettant le passage le long de la frontière de véhicules
militaires, y compris de chars, vont être
tracées. Tout ce dispositif, qui devrait
être en place d’ici deux ans, se trouve à
plus de 200 mètres en territoire israélien et n’empiétera donc pas sur la bande de Gaza, tiennent à souligner les responsables militaires. L’objectif est de ne
pas justifier des provocations du Hamas
au pouvoir dans cette région depuis dix
ans. Dans les airs aussi les islamistes ont
perdu une de leurs armes les plus performantes. Durant le conflit de 2014,
près de 90 % des roquettes tirées à partir de la bande de Gaza ont été détruites
en vol par « Iron Dome », un système
d’interception israélien, qui a fait ses
preuves à cette occasion. ■
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A
ASIE La Corée du Nord a poursuivi la surenchère avec les États-Unis, en présentant jeudi son plan d’attaque. Le royaume ermite menace donc de viser « miaoût » l’île de Guam, dans l’océan
Indien, et ses deux bases américaines,
avec quatre missiles intercontinentaux
Hwasong-12 de portée intermédiaire,
afin de « donner une leçon » à Donald
Trump, accusé d’avoir « perdu la raison ». Guam se trouve à quatorze minutes de vol pour les Hwasong qui survoleraient trois préfectures japonaises, dont
celle de Hiroshima.
Aux États-Unis, c’est plus la réaction
impulsive du président Trump, sommant Pyongyang de renoncer à ses menaces sous peine de subir « le feu et la furie », qui a surpris par son évocation
d’une guerre nucléaire, autant que par
son improvisation totale. Les conseillers
de la Maison-Blanche semblent en effet
avoir été pris de court par les propos
martiaux de Trump, proférés lors d’une
conférence de presse depuis son club de
golf de Bedminster (New Jersey), et ce
alors qu’il devait évoquer la crise des
opiacés affectant l’Amérique profonde.
Ni le général John Kelly, son chef de cabinet, ni Jim Mattis, secrétaire à la Défense, pas plus que H.R. McMaster, le
conseiller à la sécurité nationale, ou le
secrétaire d’État Rex Tillerson de retour
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Au Kenya,
Kenyatta donné
gagnant de
la présidentielle
Son opposant Raila Odinga crie à la fraude
et le pays redoute des violences.
140 km
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
Dans un bidonville de Nairobi, des heurts ont opposé, jeudi, partisans d’Odinga et forces de l’ordre.
ÉTHIOPIE
OUGANDA
Lac
Victoria
TANZANIE
KENYA
SOMALIE
AFRIQUE DE L’EST L’élection présidentielle au Kenya se déroule comme si
le scénario en avait été écrit à l’avance.
Comme attendu, les électeurs, ont voté
en masse, mardi, après des heures
d’attente dans de longues files calmes.
Comme attendu, les résultats provisoires diffusés mercredi ont donné une
nette victoire au président sortant,
Uhuru Kenyatta. Selon la Commission
électorale (IEBC), qui gère le scrutin, le
chef de l’État remporte un peu plus de
54 % des voix. Et, comme attendu aussi, son rival Raila Odinga a immédiatement contesté ces chiffres, parlant
d’une « fraude d’une grande gravité ».
La suite est en revanche une inconnue. Depuis des semaines, les analystes
redoutent la réaction des partisans de
Raila Odinga et de sa coalition, la Nasa.
En 2007, une défaite contestée du
même Raila Odinga avait dégénéré en
affrontements
sanglants.
Nairobi
s’était enflammée puis la vallée du Rift.
Dans ce fief de l’opposition, des batailles ont opposé, deux mois durant,
les partisans des deux camps laissant
plus de 1 100 morts, 600 000 déplacés
et un pays traumatisé, conscient d’être
passé très près du gouffre.
Mercredi, les premières données
rendues publiques ont soulevé une
certaine colère dans les bidonvilles de
la capitale. À Mathare, des manifestants se sont heurtés à la police. Deux y
ont laissé la vie. À Kisumu, dans le
centre du pays, plusieurs centaines de
protestataires ont affronté les forces de
Nairobi
Mombasa
Infographie
l’ordre en chantant « no Raila, no peace », le slogan de 2007. Mais les heurts
sont restés contenus, presque normaux
dans ce pays aux mœurs politiques
violentes. Et jeudi, le pays semblait
avoir renoué avec le pacifisme, au
moins pour un temps.
En fait, le Kenya attend anxieux la
proclamation des résultats officiels.
L’IEBC doit, avant ça, comparer et publier tous les procès-verbaux des bureaux de vote. Elle dispose de sept
jours, qui paraîtront longs à beaucoup.
Elle a déjà prévenu que rien ne serait
complet avant vendredi. Dans ce suspense lourd, Raila Odinga jeudi a de
nouveau évoqué une fraude tout en entretenant le mystère sur sa réaction à
venir. Sa garde rapprochée a exigé que
l’IEBC le déclare vainqueur, sur la foi
de résultats obtenus « de source confidentielle » au sein de la commission et à
même, d’après eux, de démontrer la
triche. Mais sans donner de preuves.
Mercredi, le leader de l’opposition
avait déjà lancé de graves accusations.
« L’élection kényane de 2017 est une
fraude et le piratage a affecté la crédibilité de cette élection. Ces résultats sont
faux », avait-il lancé. Il avait détaillé,
insistant sur l’utilisation de codes secrets volés au responsable de l’informatique de l’IEBC, retrouvé torturé et
assassiné une semaine avant le scrutin.
Face à la charge la commission a bafouillé. Son président a promis de lancer une enquête, tandis que son adjoint
assurait qu’il n’y avait eu « aucune interférence interne ou externe ». Jeudi,
l’IEBC a finalement reconnu une tentative ratée de hacking.
L’organisme peut tout de même se
réfugier derrière les bons points distribués par les nombreux observateurs.
La mission d’observation électorale de
l’Union européenne a expliqué n’avoir
détecté aucun signe de « manipulation
centralisée ou locale » des votes, avant
de se précipiter pour appeler au calme.
L’ancien secrétaire d’État américain
John Kerry, présent à la tête de l’ONG
Carter Center, s’est lui montré un rien
plus menaçant demandant aux dirigeants kényans de « prendre leurs res-
ponsabilités ». Une manière de souligner, comme l’ont fait beaucoup de
chancelleries, que les incitations à la
violence peuvent être sanctionnées.
Les leaders kényans le savent. Dans la
foulée des rixes de 2007, la Cour pénale
internationale (CPI) avait enquêté.
Uhuru Kenyatta, alors vice-président,
avait été inculpé tout comme William
Rutho, bras droit à l’époque de Raila
Odinga. Les poursuites avaient finalement été abandonnées au beau milieu
des procès.
“
L’élection kényane
de 2017 est une fraude
et le piratage a affecté
la crédibilité
de cette élection
”
RAILA ODINGA, LEADER DE L’OPPOSITION
Raila Odinga semble s’en souvenir.
Mercredi, il a mesuré ses propos, appelant bien au calme, tout en ajoutant curieusement « ne pas contrôler le peuple ». Ces derniers mots ont semé
l’inquiétude tout comme son visage
fermé. Ils ont ravivé les doutes après
une campagne acrimonieuse, hargneuse, bien souvent à la limite de la
menace.
Car la défaite annoncée de Raila
Odinga est sans doute sa dernière.
Venezuela : la Constituante prend le pouvoir
La séance inaugurale de la nouvelle Assemblée constituante confirme le durcissement du régime chaviste.
PATRICK BÈLE £@Patrickbele
ENVOYÉ SPÉCIAL À CARACAS
AMÉRIQUE LATINE Les troubles qui ont
agité le Venezuela et fait plus 130 morts
en quatre mois semblent pour l’instant
s’être apaisés. « L’élection constituante du
30 juillet a permis à la souveraineté populaire de s’exprimer, analyse pour Le Figaro Elias Jaua, ministre de l’Éducation
du gouvernement chaviste. Les violences
ont été balayées par la volonté de paix du
peuple. »
L’opposition est sortie sonnée de cette
élection constituante à laquelle elle a refusé de participer. Elle avait espéré son
annulation. Sans succès. « Quatre jours
avant le scrutin, la MUD s’est dite prête au
dialogue, explique Elias Jaua. Sa première
demande était l’annulation du scrutin.
C’était évidemment impossible. » Diosdado Cabello, l’un des hommes forts du
PSUV (le Parti socialiste unifié du Venezuela), a fait adopter une résolution qui
prévoit que l’Assemblée nationale
constituante (ANC) pourra siéger jusqu’à
deux ans. « L’opposition ne peut pas manifester deux ans dans la rue. Elle devra
trouver de nouveaux moyens d’action »,
estime la politologue Ruth Capriles.
Mardi 8 août, un appel de la MUD, la
coalition de l’opposition, aux blocages
LE MAGAZINE
DU WEEK-END
A
SAMEDI ET DIMANCHE
DE 12H4 À 14H
Isabelle
Lasserre
En partenariat
avec
L’appui de l’armée à l’ANC a été explicite, autant que l’appui de l’ANC à l’armée. Ainsi pour la session inaugurale de
cette Assemblée, le haut commandement
militaire était étonnamment présent.
Mieux ou pire : le ministre de la Défense
Vladimir Padrino en tenue militaire a pu
faire un discours très applaudi : Il a affirmé le caractère « anti-impérialiste, révolutionnaire et bolivarien » de l’armée et
expliqué que « la force la plus puissante de
l’armée, c’est la milice car c’est le peuple
en armes ».
des routes n’a que peu mobilisé. Sur la place Altamira, haut lieu traditionnel de la
contestation, les barrages étaient tenus
par une poignée de très jeunes adolescents
dépenaillés et parfois sans chaussures, qui
rackettaient les voitures pour les laisser
passer. Les journalistes étaient plus nombreux que les « manifestants ». Quand un
groupe d’une cinquantaine de policiers à
moto est intervenu, c’est vers la presse que
leur action s’est dirigée, blessant à la jambe d’un tir de bombe lacrymogène une
journaliste du site Internet 800Noticias.
Une grenade est tombée dans les jardins
de l’ambassade du Canada.
« Un coup d’État »
Juger les chefs de l’opposition
L’ANC a commencé ses travaux après
avoir forcé avec l’aide de membres de la
garde nationale les portes de l’hémicycle
de l’Assemblée nationale pour s’y réunir.
La présidente a fait voter par acclamations plusieurs dispositions qui donnent
une indication claire de ses ambitions : un
décret affirme que tous les pouvoirs
constitués sont subordonnés à l’ANC. Un
autre a créé la Commission de la vérité.
Elle sera chargée de juger, interroger et
sanctionner les personnes que l’ANC estime responsables des violences qui se sont
déroulées depuis 2014.
L’ANC pourra donc juger les chefs de
l’opposition qui ont organisé les manifestations. Une menace supplémentaire sur
les opposants. Déjà le Tribunal suprême
de justice a condamné le maire de Chacao, Ramon Muchacho, et le maire d’El
Hatillo, David Smolansky, à 15 mois de
prison ferme chacun pour n’avoir pas
empêché les manifestations de l’opposition dans leur municipalité. « On nous
condamne pour faire notre travail qui est
de garantir le droit légitime à la protestation pacifique », a déploré le maire de
Chacao avant d’être emmené sur son lieu
d’incarcération.
Le 8 août à Caracas, Julio Borges, chef
de la coalition d’opposition, a dénoncé
une Constituante aux ordres du président
Maduro. ANDRES MARTINEZ CASARES/REUTERS
« L’ANC prétend exercer le pouvoir
exécutif, législatif et judiciaire » s’inquiète
Ruth Capriles. « Le 30 juillet, la Constitution et l’État de droit ont été effacés, explique le président du parti Puente, Hiram
Gaviria. Il n’y a plus qu’un état de fait que
le pouvoir exécutif exerce avec l’appui inconditionnel de l’armée. Quand ils ont destitué la procureure Luisa Ortega Diaz qui
avait eu le front de s’opposer à eux, c’est la
garde nationale qui a envahi les bâtiments
du ministère public et empêcher la procureure générale d’entrer dans son bureau. »
Elias Jaua justifie ce pouvoir absolu de la
Constituante : « L’article 347 de la Constitution prévoit que la Constituante est
convoquée pour réformer et réorganiser
l’État, créer un nouvel ordre juridique, pas
seulement pour rédiger une nouvelle
Constitution. »
« Comment sortir de ce piège démocratiquement et pacifiquement ? s’interroge
Hiram Gaviria. C’est le grand défi du pays.
Nous devons d’abord rétablir la Constitution parce que c’est l’unique point de référence du pacte social. Réaliser des élections
malgré la délégitimation du Conseil national électoral. Nous allons donc participer
aux élections régionales de décembre 2017
pour démontrer une fois de plus notre vocation démocratique. »
Mercredi, l’Assemblée nationale, élue
en 2015 et dirigée par l’opposition, a pu se
réunir de nouveau dans l’Hémicycle. Elle
a dénoncé une Assemblée constituante
toute-puissante et « complètement au
service de Nicolas Maduro et du régime
dictatorial qu’il incarne ».
Pour Williams Davila, député d’Action
démocratique, « ils ont fini d’implanter un
coup d’État que rejette la communauté internationale et le peuple vénézuélien…
Nous le disons au peuple vénézuélien : nous
ne nous sommes pas rendus et nous ne nous
rendrons pas. Nous sommes debout en lutte
pour défendre nos valeurs et nos principes ». Mais après quatre mois de manifestations meurtrières, des centaines
d’arrestations, l’opposition doit se renouveler et trouver de nouveaux modes
d’action. Car la population est lasse. ■
BEN CURTIS/AP
Éternel futur président, trois fois candidat, il devra, à 72 ans, enterrer son
rêve après un demi-siècle d’une vie
publique qui l’a vu tout faire et tout
être : opposant, premier ministre, prisonnier politique, socialiste, libéral…
Raila Odinga est, il est vrai, né pour
cela. Fils d’Odinga Odinga, opposant
de toujours du premier président kényan Jomo Kenyatta, il était destiné à
être l’héritier, l’homme de la revanche. Si la déroute électorale se confirme, elle n’en sera que plus amère, surtout face à Uhuru Kenyatta, l’un des
hommes les plus riches du Kenya, et
fils du rival paternel. Elle sonnera la fin
d’une dynastie, et l’heure de la tristesse pour un vaste clan.
Pour les électeurs, le combat Odinga-Kenyatta n’est pas que celui de
deux hommes. Derrière ces noms, ils
mettent celui de leurs ethnies respectives, les Luos, second groupe du pays,
et les Kikuyus, le premier.
Au Kenya, le vote se fait ainsi, plus
en fonction de l’appartenance tribale
que de programmes qui se ressemblent
tous. Cette polarisation se retrouve
partout, jusqu’aux plus petits villages,
et électrise dangereusement les relations à la moindre élection. Les paroles
des responsables pèsent alors très
lourds. Dans les jours à venir, celles de
Raila Odinga pourraient bien être cruciales pour décider si le film de ce scrutin sera ou non un drame. ■
ZOOM
Yémen : 300 migrants
jetés à la mer
Quelque 300 Africains ont été
intentionnellement jetés à la mer
en 24 heures par des passeurs
au large du Yémen, dont
des dizaines sont morts ou portés
disparus. Jeudi, au moins cinq
migrants ont péri et 50 sont portés
disparus au large de la province
de Chabwa dans le sud du Yémen.
La veille, 120 migrants ont été jetés
à la mer délibérément à l’approche
également de la côte de Chabwa.
Les migrants en provenance
de la Corne de l’Afrique affluent
au Yémen, qui est pourtant
déchiré par la guerre,
avec l’espoir d’atteindre les pays
du Golfe plus riches.
EN BREF
Russie : Oudaltsov libéré
L’opposant russe d’extrême
gauche Sergueï Oudaltsov,
libéré après quatre ans et demi
en prison, a appelé jeudi
à « boycotter » la présidentielle
de mars 2018, critiquant aussi
bien Vladimir Poutine que
son adversaire Alexeï Navalny.
M. Oudaltsov était l’un des chefs
de l’opposition pendant
les manifestations d’ampleur
de l’hiver 2011-2012 à Moscou.
Un ex-otage au Mali contre
le versement de rançons
Johan Gustafsson, 42 ans,
un ex-otage suédois, détenu
par al-Qaida au Mali pendant
plus de cinq ans avant d’être
libéré en juin, a dénoncé
le versement de rançons dans
les affaires d’enlèvement. Peu
de détails sont connus sur
la façon dont Stockholm a assuré
sa libération.
LE FIGARO
vendredi 11 août 2017
INTERNATIONAL
7
Afghanistan : les talibans gagnent du terrain
Depuis l’intervention étrangère de 2001, jamais l’insurrection n’avait tué autant que ces deux dernières années.
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
NEW DELHI
ASIE C’est un massacre rare que l’Afghanistan a connu samedi 5 août. D’après la
version officielle, un groupe de talibans
aurait joint ses forces à celles de Daech
pour conquérir le village de Mirza Olong
dans la province de Sar-e Pol, dans le
Nord. Une cinquantaine de civils de
confession chiite auraient été massacrés,
une information qui, si elle était exacte,
confirme le virage sectaire du conflit. Le
porte-parole des talibans a démenti toute
alliance avec l’EI. Les victimes viennent
alourdir un bilan qui n’en finit pas de
grimper depuis janvier.
Dans un rapport publié mi-juillet,
l’ONU a dénombré plus de 1 600 civils tués
et 3 500 blessés. L’année 2016 mise à part,
jamais le pays n’a eu à enterrer autant de
morts depuis la chute des talibans en 2001.
Ce sont d’abord les mines et les attentats à
la bombe qui tuent. Révélateur d’une insurrection plus active que jamais : le nombre d’attaques a grimpé de 21 % entre le
1er mars et le 31 mai avec plus de 6 200 incidents recensés par la coalition. La machine talibane multiplie, depuis le début
de l’été, attentats spectaculaires et embuscades. L’objectif, double, est de
conquérir des territoires, et de piller les
avant-postes de l’armée et de la police.
« Le retrait du gros des troupes de
l’Otan en décembre 2014 a donné une plus
grande marge de manœuvre aux talibans », note Thomas Ruttig, codirecteur
de l’Afghanistan Analysts Network, un
centre de recherche de Kaboul. D’après
la coalition, les autorités ne contrôlent
plus que 60 % du pays, un recul de onze
points en un an et demi. Les forces de sécurité tiennent les grandes villes et les
autoroutes grâce au soutien aérien américain. « Les talibans rechignent à occuper
les centres urbains, même quand ils en ont
les moyens, juge Thomas Ruttig. Cela attirerait les frappes aériennes et ferait des
morts parmi les civils alors qu’ils veillent à
se concilier la population. »
Pour l’emporter, la stratégie talibane
est simple : saper le moral des troupes et
de l’opinion à coup d’attentats et d’em-
buscades pour miner la coalition gouvernementale. Les insurgés espèrent provoquer une crise politique, un effondrement
de l’intérieur qui leur permettrait d’étendre leurs conquêtes. « Ce scénario se réalisera si la communauté internationale retire son soutien », prévient Thomas
Ruttig. À cet égard, l’attentat du 31 mai
sonne comme un avertissement. L’explosion d’un camion bourré d’explosifs
devant l’ambassade d’Allemagne à Kaboul a fait 150 morts, et dans les jours suivant des centaines de personnes ont défilé dans la capitale pour protester contre
un gouvernement jugé incapable de protéger la population.
Très impopulaire, la coalition emmenée par le président Ashraf Ghani et le
chef du gouvernement Abdullah Abdullah s’effrite d’autant plus vite qu’elle est
fragilisée par des querelles ethniques. La
communauté tadjike du Panchir conduite par la famille du commandant Massoud
accuse Ashraf Ghani d’accaparer tous les
pouvoirs. Le leader de la communauté
ouzbeke et vice-président, Abdul Rachid
Dostum, fait le même reproche. Fin juin,
alors qu’il se trouvait en Turquie, il a formé une coalition avec le gouverneur de la
province de Balkh, Atta Mohammed
Noor, et un parti de l’ethnie hazara. Inquiet, le pouvoir central a empêché
l’avion qui transportait Dostum de se poser en Afghanistan le 17 juillet. Du coup, le
vice-président reste exilé à Ankara.
“
Le retrait du gros
des troupes de l’Otan
en décembre 2014 a donné
une plus grande marge de
manœuvre aux talibans
THOMAS RUTTIG, CODIRECTEUR
DE L’AFGHANISTAN ANALYSTS NETWORK
”
La survie politique d’Ashraf Ghani dépendra, en partie, de la stratégie américaine. À son arrivée à la Maison-Blanche,
Donald Trump a demandé au Pentagone
de trouver un moyen de briser l’impasse
militaire. Plusieurs pistes sont à l’étude,
dont l’envoi de quelques milliers de sol-
dats américains. Washington envisage
une pression accrue sur le Pakistan. Dans
un rapport à l’attention du Congrès dévoilé en juin, le Pentagone accuse Islamabad de soutenir les talibans, en particulier
la faction de Sirajuddin Haqqani. Le reproche n’est pas nouveau. Mais les pressions américaines n’ont jamais fait plier le
Pakistan qui nie officiellement tout lien
avec Haqqani. Certes, l’armée entretient
un partenariat vieux de quarante ans
avec ce mouvement de l’Est afghan. Dans
les années 1990, le réseau Haqqani a parrainé l’entraînement de combattants armés par les services secrets pakistanais
qui partaient ensuite au Cachemire indien pour attiser la rébellion séparatiste.
Surtout, les militaires pakistanais refusent de rompre avec Haqqani pour préserver leur influence face au rival indien
qui appuie le gouvernement de Kaboul.
Une entente entre Delhi et Islamabad sur
le dossier afghan est d’autant plus illusoire que la répression indienne contre
l’« intifada » au Cachemire, à majorité
musulmane, exaspère le gouvernement
pakistanais. ■
200 km
40 % du pays échappe au contrôle des autorités afghanes
Mazar-e-Charif
Zone contrôlée par les talibans
Zone de soutien...
Kunduz
... probable
... possible
Kaboul
Mirza
Olong
Hérat
AFGHANISTAN
NOMBRE DE CIVILS...
de janvier à juin
... BLESSÉS
... MORTS
5 243
5 000
Lashkar Gah
3 581
Kandahar
2 492
2 000
1 440
Sources : ONU, Graphic News
Infographie
4 000
3 000
1 662 1 000
1 052
2009 10
11
12
13
14
15
16 2017
Un véhicule transporte les corps de deux militaires américains victimes, le 2 août à Kandahar, d’une attaque suicide contre un convoi
de l’Otan, après leur arrivée sur la base aérienne de Dover, dans le Delaware. STEVE RUARK/AP
Les dilemmes de Donald Trump devant le bourbier afghan
LAURE MANDEVILLE £@lauremandeville
ENVOYÉE SPÉCIALE À WASHINGTON
S’IL Y A une chose que Donald Trump a
critiquée vertement dans le bilan de son
prédécesseur pendant sa campagne, c’est
son retrait d’Irak en 2011, alors que les
militaires américains avaient guerroyé
des années pour y stabiliser la situation et
y constituer un poing dissuasif. En abandonnant le terrain, Obama a donné naissance à l’État islamique, n’a cessé de
tempêter le milliardaire de New York lors
de ses meetings.
On aurait pu penser que, vu cette position claire et nette, Donald Trump
n’aurait, par contraste, pas d’états d’âme
à soutenir les demandes insistantes de ses
généraux pour le renforcement du
contingent américain en terre afghane.
Sous la pression des talibans qui continuent de pousser partout leur avantage,
arrachant des zones entières au contrôle
du gouvernement de Kaboul (qui ne contrôlerait que 60 % des districts du pays),
la situation y est dangereusement fragile,
et les militaires américains affirment qu’il
est indispensable de continuer d’aider
l’armée afghane, si l’on veut être sûr que
les insurgés ne prendront pas l’avantage.
Seulement, voilà, Donald Trump hésite. Il ne semble nullement convaincu par
les arguments des généraux du Pentagone et a même vertement mis en cause le
commandant en chef des forces armées
américaines en Afghanistan, John Nicholson, un soldat pourtant extrêmement respecté à Kaboul comme à
Washington, l’accusant de ne pas avoir
apporté « la victoire ». L’augmentation
des troupes porterait le coût total de
l’opération à 25 milliards de dollars par
an ! Du coup, le camp des sceptiques favorables à un désengagement américain
à l’étranger, mené par le national-populiste Steve Bannon, a tenté de pousser son
avantage en faisant émerger l’idée de
« privatiser » la guerre, en la confiant à…
des mercenaires, avec tous les risques
politiques, éthiques et opérationnels que
cela pourrait impliquer. Eric Prince, le
sulfureux personnage qui dirigea l’entreprise de sécurité privée Blackwater,
sous-traitant de nombreuses missions à
l’étranger, avec maints dérapages, a
brusquement fait paraître un papier en ce
sens.
La bataille entre les deux visions qui
s’affrontent à l’intérieur de l’Administration rappelle en tout cas à s’y tromper,
toutes choses égales par ailleurs, les deux
camps, interventionniste et réaliste, qui
se faisaient face sous Obama en 2009 pendant la discussion sur l’Afghanistan. Il
avait opposé les faucons du Pentagone et
du département d’État – Robert Gates,
Hillary Clinton, David Petraeus – aux
conseillers politiques soucieux de la popularité du président et au vice-président
Joe Biden, favorables à un engagement
minimal. Un parallèle qui montre que,
au-delà des divergences d’hommes et de
“
Les militaires
ne peuvent présenter
qu’une stratégie militaire,
ils restent dans leur
domaine de compétence
”
CHRIS KOLENDA (CENTRE POUR UNE NOUVELLE
SÉCURITÉ AMÉRICAINE)
partis, les mêmes dilemmes se répètent,
déclenchant chez le patron d’une Amérique lasse de guerroyer à l’étranger les
mêmes questions : pourquoi rester ?
Combien cela va-t-il coûter ? Et pour quel
résultat ? Huit ans après Obama, Trump a,
au fond, un peu les mêmes réserves.
« Des réserves absolument justifiées,
déclare au Figaro l’expert du Centre pour
une nouvelle sécurité américaine Chris
Kolenda, un ancien militaire qui a fait
plusieurs tours en Afghanistan. « Les uns
veulent plus de troupes, les autres plus de
mercenaires. Mais personne ne présente
une stratégie claire qui prouve au président
que la politique menée sera plus efficace
que celle qui a prévalu depuis seize ans. Les
militaires se sont contentés de lui présenter
une option et de lui demander de la signer,
il n’est pas content », résume-t-il. Pour
Kolenda, la manière dont les choses se
passent prouve que « la communauté de
sécurité nationale ne fonctionne plus ».
« On demande au Pentagone d’avoir la solution pour les conflits ultracomplexes dans
lesquels nous sommes engagés. Mais les
militaires ne peuvent présenter qu’une
stratégie militaire, ils restent dans leur domaine de compétence. Du coup, le débat
devient : moins de troupes ou plus de troupes. Il est indispensable de substituer à ce
processus l’élaboration d’une stratégie
globale, notamment politique et géopolitique, en impliquant toutes les grandes
agences gouvernementales », dit Kolenda,
qui vient de publier un mémo détaillé de
ses propositions. Il y plaide pour une révision des buts américains, qui devraient
être beaucoup plus limités et centrés sur
les intérêts des États-Unis, mais aussi
pour une médiation géopolitique et politique par « une tierce personne » qui ne
serait pas l’Amérique. Il évoque la Norvège et son rôle dans la médiation entre le
gouvernement et les Farc, en Colombie…
Il pense aussi qu’un civil nommé par le
président, et capable d’incarner la stratégie à la fois politique et militaire de
Washington, devrait être nommé à Kaboul. Les enjeux sont en tout cas énormes
et dépassent le cadre du seul Afghanistan,
vu la volatilité de l’ensemble de la région
et notamment du Pakistan, note aussi un
papier récent de l’Institut de la guerre intitulé « Pourquoi les troupes américaines
doivent rester en Afghanistan ». « La réponse à cette question est simple, y affirment Fred et Kimberly Kagan. C’est la
condition sine qua non de la capacité américaine à mener des opérations de contreterrorisme en Asie du Sud et notamment au
Pakistan. » Mais les deux experts plaident
pour un contingent américain de 34 000
hommes, nombre nécessaire à maintenir
la logistique de ces opérations et à « assurer que notre présence n’invitera pas des
calamités pires que celles que nous avons
vues à Benghazi, en Libye (attaque du
consulat américain en septembre 2012
NDLR). » On imagine la question immédiate de Donald Trump : qui paie ? ■
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laetitia g
nd
Retrouvez tous les samedis à 8h45 «la Tribune des critiques» avec un journaliste du Figaro
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le 6/9 du wee
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
L’attaque de Levallois reste mystérieuse
Depuis 24 heures, la police antiterroriste multiplie les recherches et les auditions pour expliquer l’attaque
qui a visé six militaires mercredi matin. Pour l’instant, aucun élément ne semble relier Hamou B. à l’islam radical.
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
TERRORISME Hélitreuillé mercredi dans
un état plutôt critique au CHU de Lille,
Hamou B., principal suspect après l’attaque qui a blessé six militaires à LevalloisPerret, pourrait ne pas être entendu
avant plusieurs jours. Touché de cinq
balles dans le buste, une main et une
épaule, cet Algérien de 36 ans a déjà subi
deux interventions chirurgicales. Son
bref début de garde à garde a été interrompu le temps de lui prodiguer des
soins. Les policiers ne peuvent donc pas
lui demander pour quelle raison il avait
filé vers le nord de la France au volant de
la BMW noire qui a percuté les soldats de
« Sentinelle ». Un fait semble acquis : au
moment de son interpellation, l’homme
était déterminé. Et semble-t-il prêt à
tuer des policiers. Son interception, qui
solde une traque ayant mobilisé 300 poli-
ciers, est spectaculaire. Repéré sur l’A16
au volant de sa voiture de location dont
l’avant et le pare-brise avaient été accidentés par la collision avec les militaires
le matin même, Hamou B. est pris en
chasse par les brigades de recherche et
d’intervention (BRI) de Lille et Rouen.
« Après s’être assurés qu’il s’agissait
bien de la bonne voiture, notre mission était
d’arrêter le conducteur avec un maximum
de sécurité, raconte Frédéric Doidy, chef
de l’Office central de lutte contre le crime
organisé (OCLCO) et responsable des 16
BRI déployées dans le pays. Plusieurs de
nos voitures l’ont dépassé avant de décélérer au point de provoquer devant lui un
bouchon artificiel. » Comprenant vite la
manœuvre, Hamou B. a cherché à s’esquiver par tous les moyens. « Il a tenté de
percuter une voiture et des policiers sortis
sur la chaussée pour l’interpeller, poursuit
Frédéric Doidy. Il a ensuite fait mine de
prendre quelque chose à sa ceinture, com-
me s’il voulait se faire tuer par la police selon la méthode dite du “suicide by cop”. On
ne savait pas s’il avait un gilet explosif ou
s’il allait sortir une arme. Il a été touché par
des tirs de riposte. »
La BRI avec le Raid
Au total, moins de dix balles ont été tirées. L’une d’elles a traversé la carrosserie de la voiture avant de se loger dans la
cuisse d’un membre de la BRI de Lille, lui
aussi hospitalisé sans que son état de santé inspire d’inquiétude. Montées en puissance pour compter dans leurs rangs jus-
qu’à 400 enquêteurs spécialisés de la
police judiciaire, les BRI de France s’entraînent désormais avec le Raid. Depuis
les attentats 2015, elles ont fait évoluer
leur processus d’intervention à la menace
terroriste, comme à Saint-Quentin-Fallavier ou Saint-Étienne-du-Rouvray où
les policiers ont neutralisé des terroristes.
Concernant les tentatives d’assassinat
de Levallois-Perret pour lesquelles le parquet a saisi les services antiterroristes, les
investigations se poursuivaient pour comprendre les motivations de l’agresseur. Ce
chauffeur de VTC, qui a aussi été livreur
manutentionnaire, menait une vie discrète et habitait dans un immeuble d’un
quartier résidentiel de Bezons, en banlieue
parisienne, qui a été perquisitionné.
Au terme de 24 heures d’enquête,
aucun élément ne semble relier ce suspect, jusqu’ici inconnu des services, à la
piste de l’islam radical. Plusieurs de ses
proches ont été entendus en qualité de
témoins. Personne n’a évoqué une radicalisation récente. Pour l’instant, seul
Hamou B., depuis son lit d’hôpital, pourrait expliquer la glaçante équipée solitaire
de mercredi. ■
En France, le nombre
de radicalisés a augmenté
de 60 % en moins de deux ans
JEAN CHICHIZOLA
L’ATTAQUE de Levallois-Perret et
l’agression avortée de la tour Eiffel inquiètent d’autant plus les autorités qu’elles interviennent dans un contexte de
progression régulière du nombre d’individus radicalisés, comme le soulignait le
6 août Gérard Collomb, le ministre de
l’Intérieur. Ces radicalisés sont recensés
dans un outil dont l’existence a été révélée par Le Figaro (lire nos éditions du 7 octobre 2015), le fichier des signalements
pour la prévention de la radicalisation à
caractère terroriste (FSPRT), créé en
mars 2015. Place Beauvau, on précise
qu’il rassemble aujourd’hui 18 550 signalements. Ce même fichier regroupait
11 400 cas au moment des attentats du
13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis.
Soit une hausse de plus de 60 % en moins
de deux ans. Le fichier évolue constamment, des individus y étant inscrits et
d’autres en sortant selon une évaluation
permanente des services de l’État.
Aux informations classiques (nom, lieu
de résidence, casier judiciaire), cette
base de données, dont la consultation est
extrêmement restreinte, ajoute des éléments plus sensibles (comme d’éventuels contacts avec d’autres radicalisés).
Ce précieux outil est alimenté par trois
sources. Dans le premier cas, les radicalisés sont signalés par les préfectures via
les états-majors départementaux de sécurité. Créés en 2009 pour mieux répondre à l’époque « aux nouvelles formes de
délinquance, relevant à la fois des violences urbaines et du banditisme classique phénomènes de bandes, violences dans les
établissements scolaires, criminalité liée
au trafic de drogue et d’armes », ces
états-majors rassemblent régulièrement, sous la coprésidence du préfet et
du procureur de la République, des représentants de plusieurs administrations, dont les services de police et de
gendarmerie et l’Éducation nationale.
Une vision globale
Seconde source : les individus signalés
par le public via le Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation, gérant notamment le numéro vert
de signalement. Enfin, le fichier, géré par
l’unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), accueille également
des « objectifs » des services de police ou
de gendarmerie (ils étaient un peu moins
de 6 000 au 1er mars 2017), ces derniers
constituant les cas les plus sensibles et les
plus préoccupants. Au total, le FSPRT
permet d’avoir une vision globale de la
Évacuation sanitaire du suspect de l’attaque des militaires, mercredi à Levallois-Perret.
radicalisation en France tant sur le plan
géographique (avec une forte présence
dans les départements d’Île-de-France,
du Nord, des Bouches-du-Rhône, du
Rhône et des Alpes-Maritimes) que sur le
plan démographique. En juin 2017, et
pour ne parler que des individus recensés
via les préfectures ou le public (sans les
« objectifs » des services), les radicalisés
de sexe féminin représentaient 26 % des
cas et les mineurs un peu plus de 16 %.
Les convertis représentaient plus de 34 %
des radicalisés repérés.
Des chiffres particulièrement inquiétants si l’on considère l’évolution de la
menace. Dans un article du numéro de
juillet-août de la revue des anciens de
l’École nationale d’administration,
L’ENA hors les murs, le nouveau patron de
la DGSI, Laurent Nunez, évoque, avec le
tarissement des filières djihadistes, « une
stratégie de l’État islamique davantage
tournée vers l’exacerbation de la menace
endogène ». Une menace qui prend la forme de « djihadistes frustrés qui conçoivent
une action terroriste sur notre sol comme
une alternative à un projet entravé de départ pour la zone syro-irakienne ». « Bien
que privilégiant des modes opératoires
simples contre des cibles vulnérables ou
symboliques », ajoute Laurent Nunez, ces
individus « peuvent chercher à commettre
des actions de grande ampleur ». Autre
élément de cette menace endogène : « Les
primo-terroristes qui passent à l’acte
nourrissent le caractère imprévisible de la
menace et impriment à celle-ci une cadence opérationnelle soutenue. » ■
À Marseille, des restaurants de plage en péril
Huit établissements de la mythique Pointe Rouge ont reçu une mise en demeure de l’État
de détruire leurs terrasses avant le 31 octobre prochain, en vertu du décrié « décret plage ».
pour que ce transfert soit possible, le domaine public maritime doit avoir été libéré de toute occupation.
ALIETTE DE BROQUA £@debroqua
A
CORRESPONDANTE À MARSEILLE
URBANISME L’étau se resserre sur les
huit restaurateurs de la plage de la
Pointe Rouge, dans les quartiers sud de
Marseille. Ils ont reçu une mise en demeure de l’État de détruire avant le
31 octobre prochain les terrasses en dur
de leurs établissements, sous peine
d’astreinte et de l’entrée dans une phase contentieuse. En clair, s’ils ne démolissent pas, c’est l’État qui le fera à leur
place (en leur envoyant ensuite la facture) et ils ne pourront pas se porter
candidat à l’appel d’offres en cours
pour les prochaines concessions.
Les restaurateurs sont donc vent debout ! Ils ont écrit à Nicolas Hulot et au
président de la République et ont lancé
une pétition sur change.org « Non à la
destruction des restaurants de la Pointe
Rouge », qui a recueilli près de
10 000 signatures. « Nos huit restaurants représentent une centaine d’emplois directs et 500 emplois indirects. Si
on les détruit, on va mettre en péril nos
exploitations et beaucoup de monde au
chômage », argumente Cyrille Rebuffat,
responsable départemental de la section
plages à l’UMIH (Union des métiers et
Mettre en place une protection
La plage de la Pointe Rouge, samedi, en début de soirée.
des industries de l’hôtellerie) et patron
de L’Escale, un des établissements de la
Pointe Rouge. « Je suis ouvert 365 jours
par an. Si je détruis avant le 31 octobre, je
me prive d’une partie du chiffre d’affaires
de la saison estivale puis de toute la saison hivernale et printanière. Ce n’est pas
supportable par mon entreprise. Je ne
vais pas pouvoir conserver mes salariés », s’énerve-t-il. Il en emploie 16
l’été et 8 le reste de l’année.
VALLAURI/PHOTOPQR/LA PROVENCE
L’État met progressivement en application le tant décrié « décret plage » qui
en régit l’occupation. Les restaurateurs et
plagistes ne doivent pas occuper plus de
20 % de la surface de la plage et surtout
leurs installations doivent être démontables, ce qui implique de les détruire pour
les reconstruire. En outre, à Marseille, la
ville veut prendre en concession ses plages auprès de l’État pour les sousconcéder ensuite à des plagistes. Mais
« Cela fait trois ans que nous travaillons
sur ce dossier. Nous avons déjà donné un
délai aux restaurateurs qui sont occupants
sans titre depuis la fin 2016 », signale Gille
Servanton, directeur départemental des
territoires et de la mer. « Nous n’accepterons pas de nouveau délai ! », prévient-il
en soulignant qu’en outre, il a été constaté d’autres infractions, comme des surfaces supérieures aux autorisations, du
« travail dissimulé », des contraventions
aux règles sanitaires… Enfin, un des restaurants, l’O’Pedalo, ne sera pas reconstruit car il est actuellement menacé par la
mer, la plage ayant reculé à cet endroit.
« Début juillet, nous avons lancé l’appel d’offres pour sept lots et nous attendons les réponses avant la fin octobre
mais il risque d’y avoir des recours et cela
risque de décaler d’un an », note pour sa
part Didier Réault, adjoint au maire de
Marseille en charge du littoral. La ville
veut profiter de l’occasion pour embellir l’endroit, unifier les établissements,
améliorer les accès et mettre en place
une protection pour que la plage cesse
de reculer. ■
MORTAGNE/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
ZOOM
Loi de moralisation :
le groupe LR saisit
le Conseil constitutionnel
Les députés Les Républicains
ont saisi mercredi le Conseil
constitutionnel de la loi sur
la moralisation de la vie politique.
Ils contestent notamment
les dispositions sur l’interdiction
des emplois familiaux
de collaborateurs pour les élus.
Ces dispositions introduisent une
« discrimination à l’embauche
et une obligation de licenciement
qui n’est pas proportionnée au but
recherché, lequel est de s’assurer
de la réalité du travail du
collaborateur », selon les élus LR.
Ils mettent également en cause
l’imprécision du projet de création
d’« une banque de la démocratie »
destinée à financer des campagnes
électorales. Le Conseil
constitutionnel indique qu’il a été
saisi sur ce texte « par au moins
60 députés ».
EN BREF
Un rapport accable
une prison de l’Aisne
Un rapport dénonce des
conditions de détention
indignes à la maison centrale
de Château-Thierry (Aisne).
Selon le document, 80 à 90%
des 74 détenus qui s’y trouvaient
au 30 mars 2015 « relèveraient
de l’hôpital psychiatrique »
s’ils étaient libres, en raison
de leurs états psychotiques graves.
Montpellier : l’incendie fixé
L’incendie qui a parcouru depuis
mercredi environ 500 hectares
de pinède et garrigue et nécessité
l’évacuation de 400 personnes
près de Saint-Pons-de-Mauchiens
(Hérault), a été «fixé» jeudi
et les secours ont entamé
les opérations de noyage.
Accident de téléphérique
à Brest
Une cabine du téléphérique
de Brest a chuté lors d’une
maintenance. L’accident, survenu
de nuit, n’a pas fait de blessé.
LE FIGARO
SCIENCES
vendredi 11 août 2017
9
Des médecins
plaident pour
un dépistage
de la cirrhose
Cette maladie fait le lit du cancer
du foie qui évolue à bas bruit et concerne
10 000 personnes chaque année en France.
DAMIEN MASCRET £@dmascret
HÉPATOLOGIE Faut-il dépister la cirrhose ? À l’échelle de la population, la
réponse est facile : une telle stratégie
ne serait rentable ni médicalement ni
économiquement. Mais qu’en est-il
lorsque l’on a plus de 50 ans et que l’on
est à risque de maladie du foie ?
Le débat s’est ouvert en juillet dans
les colonnes du Bristish Medical Journal, une influente revue médicale
anglaise, car la cirrhose fait le lit du
cancer du foie. En France, chaque année un cancer du foie est détecté chez
près de 10 000 personnes (7 376 hommes et 2 252 femmes en 2015) dont
96 % après 50 ans.
« En tant que médecins travaillant
dans une unité d’hépatologie, écrivent
les docteurs Ian Rowe (université de
Leeds) et Gideon Hirschfield (université de Birmingham), nous voyons tous les
jours des complications des maladies du
foie donc, conceptuellement, la cirrhose
semble une cible tentante pour éviter un
ensemble de complications personnelles
et sociétales coûteuses. »
D’autant plus que la cirrhose passe
longtemps inaperçue et peut mettre
des décennies avant d’être détectée.
« Mais ce n’est pas parce que c’est
simple en théorie que cela est justifié et
validé », nuancent les deux médecins.
Car l’élastométrie, le test diagnostic
mis au point par les Français, pour mesurer la souplesse du foie (elle est ré-
duite en cas de cirrhose) est un très
bon test pour écarter le mauvais diagnostic si elle est rassurante (96 % de
fiabilité, valeur prédictive négative)
mais moins efficace pour poser le diagnostic (correct dans 74 % des cas, valeur prédictive positive). Autrement
dit, si l’examen montre qu’il n’y a pas
de cirrhose, c’est rassurant, en revanche si le test dit qu’il y en a une, c’est
beaucoup moins fiable. « Si vous prenez
par exemple un million de buveurs au
hasard, avec une prévalence (cas
existant dans une population à un moment donné, NDLR) de 10 % de cirrhoses parmi eux, environ 260 000 person-
“
En France, on conseille
d’associer deux
techniques, l’élastométrie
et un test sanguin, pour
compenser les faiblesses
de l’un et l’autre test
”
PR SÉBASTIEN DHARANCY (CHU DE LILLE)
nes seront faussement étiquetées avec
une cirrhose », expliquent Rowe et
Hirschfield.
« En France, on conseille d’associer
deux techniques, l’élastométrie et un test
sanguin, pour compenser les faiblesses
de l’un et l’autre test », explique le Pr
Sébastien Dharancy, du service d’hépatologie transplantation du CHU de
Lille. Car une fois le diagnostic de
Un médecin observe au microscope optique une coupe histologique d’un foie hémochromatosique avec cirrhose.
cirrhose posé, c’est une surveillance
régulière qui s’impose pour suivre
l’évolution de la souplesse du foie.
« L’élastométrie est le stéthoscope du
foie, explique le Pr Dharancy, elle sert à
la fois au diagnostic et à la surveillance ». Et les améliorations sont visibles
sous traitement adapté à la cause de
l’atteinte du foie : sevrage alcoolique,
éradication virale C, corticothérapie
dans les hépatites auto-immunes.
Le problème c’est que plusieurs millions de personnes sont à risque sans le
savoir en France et que seulement
20 % des cirrhotiques dépistés se font
surveiller régulièrement. En 2015,
l’Association française pour l’étude du
foie et l’association SOS hépatite
avaient lancé une campagne à leur intention : « Cirrhose ? L’écho du foie,
c’est tous les six mois ».
« Vous êtes en surpoids, vous avez une
consommation excessive d’alcool, vous
avez des comportements à risque qui
font que vous avez peut-être été contaminé par une hépatite virale il y a cinq
ans, dix ans, trente ans… Parlez-en avec
votre médecin généraliste. Faites-vous
dépister pour ces causes de maladie
chronique du foie », expliquait alors le
CHU RENNES-GARO/PHANIE
ZOOM
Pr Pierre Nahon, hépatologue à l’Hôpital Jean-Verdier (Bondy). « En France,
grâce à l’observatoire CHANGH, nous
avons clairement démontré que ce dépistage permettait de détecter des cancers du foie plus petits, d’augmenter la
possibilité de traitement curatif (ablation
par radiofréquence, résection chirurgicale, greffe) et d’améliorer la survie »,
explique le Pr Dharancy.
Une étude publiée en début d’année
dans la revue Hepatology, montrait que
la prise en charge précoce était aussi
rentable sur le plan économique.
Pour les docteurs Mark Hudson (université de Newcastle) et Nick Sheron
(université de Southampton), qui
défendent le dépistage dans le British
Medical Journal, « le tribut payé aux
maladies du foie est tel, que les médecins
ne peuvent tout simplement plus rester
dans leur tour d’ivoire à attendre que les
patients atteints viennent les trouver ».
En sachant malgré tout que tous les
cancers ne seront pas détectés avec
une surveillance semestrielle. « Il y a
des cancers à évolution rapide et
d’autres qui progressent plus lentement,
admet le Pr Dharancy, c’est malheureusement vrai avec tous les cancers ». ■
Un très vieux crâne éclaire
l’évolution des grands singes
À quoi pouvait ressembler
l’ancêtre commun aux grands
singes vivants et aux humains ?
Un crâne de jeune primate âgé
de 13 millions d’années permet
de s’en faire une idée, révèle une
étude parue dans la revue Nature.
Découvert dans le nord du Kenya,
ce fossile de Nyanzapithecus alesi
avait un an et quatre mois
au moment de sa mort (âge
révélé grâce aux examens menés
à l’ESRF, le synchrotron
de Grenoble) et aurait pesé 11 kg
adulte. Il avait la face plate comme
un gibbon mais ne se déplaçait pas
comme lui. « N. alesi faisait
partie d’un groupe de primates
qui a vécu en Afrique pendant plus
de 10 millions d’années »,
note Isaiah Nengo, chercheur
de l’Institut du bassin du Turkana
et de l’université de Stony Brook
(États-Unis), auteur principal
de ces travaux.
Jules Crevaux, défricheur de l’Amazone
L’ÉTÉ DU
première expédition avec Apatou,
un ancien esclave de la tribu Boni
(appelée aujourd’hui Aluku), qui le
suivra dans ses trois premières
aventures.
Mission contre la Prusse
À chaque voyage, autour des affluents de l’Amazone qu’il remontait jusqu’à leurs sources pour
s’enfoncer à l’intérieur de terres inconnues, il documentait tout ce qu’il
pouvait. Il rappelle les
savants du siècle des
Lumières ! Curieux de
médecine, de botanique, de géographie,
d’anthropologie et de
linguistique, il fait
tomber des mythes et
perce des secrets.
Avec sa formation
médicale, acquise à
Strasbourg, à Brest,
puis lors de ses premiers
voyages, il soigne des
populations autochtones et gagne ainsi la
confiance de « médecins » indigènes. L’un
d’entre eux lui vend le secret d’une forme de curare,
qui porte son nom (Strychnos
Crevauxii). « Il obtient la recette
de fabrication contre des pacotilles
et une pièce de 5 francs », rappelle
Francis Grandhomme.
Il démonte aussi la légende de
l’Eldorado. En se rendant par deux
fois aux monts du Tumuc-Humac,
il ne trouve aucune construction
avec des murs en or, mais des roches contenant du mica qui brillent
au soleil. Par ailleurs, le mythe des
guerrières Amazones serait selon
des témoignages – contestés depuis
- un groupe de femmes répudiées
par leur communauté. Jules
Crevaux a été qualifié d’« explorateur aux pieds nus », d’« aventurier
de l’Amazone » ou de « Livingstone
de l’Amérique du Sud ». Mais lors
de ses dernières missions, il semble
un peu blasé. Il s’empare notamment de crânes et des squelettes. Et
le ressort de son dernier voyage
serait peut-être « la revanche,
après une déception amoureuse en
France », indique Francis Grandhomme. Et d’ajouter, c’était « un
personnage de son temps au service
des gouvernements ».
Les explorations de Jules Crevaux
se comprennent aussi par sa propre
histoire. Pendant la guerre de 1870,
il se distingue par des opérations de
renseignement pour la France. Il
remplit avec succès, à Orléans, une
mission contre la Prusse, confiée
par Gambetta. Né à Lorquin, une
petite ville de Lorraine, le 1er avril
1847, Jules parle l’allemand, la langue de l’ennemi. Enfin, Jules Ferry
le soutiendra et financera certaines
explorations du médecin de première classe de la marine.
Après sa mort, Jules Crevaux entrera dans l’imaginaire populaire.
Maurice Leblanc, domicilie Arsène
Lupin, rue Crevaux, qui existe toujours dans le XVIe arrondissement
de Paris ! ■
(1) « Jules Crevaux et l’exploration
de l’Amérique du Sud (1847-1882) »,
à paraître aux Indes Savantes.
(2) « ¿ Quien mato a Crevaux ? »,
Éditions El Pais-Santa Cruz
de la Sierra, 2017
RETROUVEZ DEMAIN :
Auto-expérimentation,
les kamikazes de la médecine
Werner Forssmann
A
JULES CREVAUX, médecin et aventurier, a-t-il été tué en mai 1882,
après sa capture en Bolivie le 27 avril
par des Indiens tobas qui l’auraient
mangé ? « Le mystère demeure sur
les circonstances de sa mort et
l’identité des meurtriers, et le témoignage des survivants peut être mis en
doute », raconte Francis Grandhomme, qui a fait son doctorat
d’histoire sur l’aventurier (1).
« À cette époque, c’était un peu
le Far West dans cette région du monde. Les
colonisateurs, qui
n’avaient pas accès à la maind’œuvre
indienne, et les
missionnaires
franciscains se
détestaient »,
explique Isabelle Combès,
anthropologue au
Ciha, à Santa Cruz
de la Sierra (Bolivie)
(2). De ce fait, chaque
communauté a accusé l’autre de
toutes les turpitudes, même les plus
folles.
Ainsi, germe l’idée fausse que les
Indiens tobas, qui « n’ont jamais été
cannibales », rappelle la chercheuse, ont été incités à attaquer l’expédition du médecin, composée d’une
vingtaine de personnes. Par
ailleurs, le témoignage de l’explorateur français Émile-Arthur
Thouar, parti sur les traces du dernier voyage de Jules Crevaux, sur le
Pilcomayo, est à prendre avec des
pincettes. Il a changé ses déclarations au fil du temps pour finir, sans
preuve, par accuser missionnaires
et Tobas dans son dernier texte.
La mort de Jules Crevaux, à
35 ans, a toutefois provoqué un vif
émoi, en Amérique latine et en
France. « L’explorateur avait vécu
comme un dandy à Buenos Aires, où il
avait soigné du saturnisme des marins argentins », rappelle Francis
Grandhomme. Il était réputé à Paris
et dans sa Lorraine natale, après ses
conférences d’explorateur à la Sorbonne et à la Société de géographie.
Ses exploits lui ont permis d’être
nommé chevalier de la Légion
d’honneur à 31 ans et officier trois ans plus
tard. En quatre expéditions
en
Amérique latine, il a parcouru au total
14 000 kilomètres.
Juste avant
de débuter sa
première exploration,
en
1876, il commence
par soigner pendant
près de six mois, aux îles
du Salut, en Guyane française, le
personnel pénitencier du bagne,
atteint par la fièvre jaune. Ensuite,
il remontera le Maroni, pour s’enfoncer à l’intérieur de la Guyane,
qu’il avait déjà visité en 1869, lors
d’un voyage en tant qu’apprentimédecin sur une frégate de la marine nationale.
Pendant ses premières missions,
il révèle une « approche presque humaniste » qui dénote un « éclectisme de ses centres d’intérêt », estime
Emmanuel Lézy, chercheur à l’université Paris-X Nanterre. Jules
Crevaux rentre, en France, de sa
EXPLORATEURS
MÉCONNUS 6/6
MARC CHERKI £@mcherki
FRANCO VISINTAINER, MARY EVANS/RUE DES ARCHIVES
Cet explorateur de l’Amérique du Sud à la fin du XIXe siècle était aussi médecin, botaniste, espion et linguiste…
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
SPORT
10
Claudio Ranieri :
« Sans le football,
je suis mort ! »
EN BREF
Football : Emirates reste
sponsor du Paris SG
Malgré la crise diplomatique
dans le golfe Persique,
la compagnie Emirates confirme
qu’elle restera sponsor maillot
du PSG, au moins jusqu’en 2019.
Cyclisme : Warren Barguil
sur le Tour d’Espagne
Le meilleur grimpeur du Tour
de France, Warren Barguil
(Sunweb), vainqueur de deux
étapes, disputera la Vuelta
à partir du 19 août. Ce sera son
sixième et dernier Grand Tour
avec cette équipe qu’il quittera
à la fin de la saison pour
rejoindre Fortuneo-Oscaro.
Le flamboyant entraîneur italien confie
au « Figaro » le secret de son éternelle
jeunesse et de son ambition intacte.
PROPOS RECUEILLIS PAR
CHRISTOPHE REMISE £@cremise77
FOOTBALL Passionné et souriant, Claudio Ranieri (66 ans) nous a reçus au
centre d’entraînement du FC Nantes,
juste avant la reprise du championnat.
LE FIGARO. - Dans quel état d’esprit
abordez-vous la saison avec Nantes ?
Claudio RANIERI. - L’état d’esprit est
grand, j’ai toujours fonctionné comme
cela. Sans la force, sans l’enthousiasme,
on ne peut pas motiver les autres. Je déborde d’ambition et de positif. J’ai une
bonne relation avec les joueurs. Je veux
qu’ils me suivent et adhèrent à mon
discours. C’est très important.
Quels objectifs vous a fixés
la direction du club ?
L’objectif, c’est de faire une bonne saison. Difficile d’en dire plus. La première partie de la saison dernière n’a pas
été bonne, et la deuxième a été excellente ! Où se situe le vrai Nantes ? J’espère que le président (Waldemar Kita,
NDLR) va recruter d’autres joueurs. Il
m’a assuré de son intention de recruter
de bons éléments. À la fin du mercato,
on verra ce qu’on peut faire. Je laisse le
président réfléchir à la façon d’améliorer l’équipe.
Le mercato est particulièrement animé,
avec des sommes records…
Oui… C’est compliqué de payer le juste
prix pour les joueurs. Nous avons une
idée très claire de ce que nous voulons.
Mais le marché est très difficile. J’espérais avoir mon effectif au complet ou
presque avant le début du championnat. Mais ce n’était pas possible en raison du marché. J’espère qu’on arrivera
à boucler tous les dossiers d’ici fin août.
En tout cas, l’équipe n’est pas encore au
complet. J’ai besoin d’autres joueurs.
Certains ont pu être surpris de voir
débarquer un entraîneur
de votre calibre à Nantes…
J’ai tout de suite été séduit par l’enthousiasme du président lorsque nous
nous sommes rencontrés. Je voulais
voir s’il pouvait y avoir une bonne connexion entre nous. Je connaissais Nantes pour y avoir joué avec Monaco. Je
me souviens de leurs supporteurs, très
chauds, très bons, avec beaucoup de
passion. Et j’ai dit « OK ». Nantes est un
grand club, avec huit titres de champions à son palmarès, une histoire. De
grands joueurs ont porté ce maillot :
Marcel Desailly, Didier Deschamps…
Espérez-vous faire de Nantes
le Leicester à la française ?
Non, les gens ne doivent pas penser
qu’on peut refaire à Nantes ce qu’on a
réussi à Leicester… Ce qui a été fait avec
Leicester n’arrive qu’une fois dans la
vie ! J’espère faire du bon travail ici,
mettre en place les fondations de la
maison. L’idée est d’améliorer la situation année après année.
Dimitri Rybolovlev m’avait dit quand
j’étais à l’ASM. Il voulait que Monaco
soit prêt à saisir l’opportunité si le PSG
était moins bon. C’est ce qu’ils ont
réussi à faire. Donc je leur tire mon
chapeau !
La Ligue 1 fait la part belle
aux entraîneurs étrangers…
C’est bon pour le football français. Cela
apporte un regard différent, une autre
vision du football.
Claudio Ranieri :
« Les gens ne doivent
pas penser qu’on peut
refaire à Nantes
ce qu’on a réussi
à Leicester. »
PHILIPPE HUGUEN/AFP
Quel regard portez-vous sur la Ligue 1 ?
Il y a cinq grands championnats en Europe : Italie, Espagne, Allemagne, Angleterre et France. Je pense que la Ligue 1
va s’améliorer tous les ans. Il y a de
bons entraîneurs et de très bons joueurs. Il n’y a qu’à voir le nombre de
clubs étrangers qui piochent dans les
équipes françaises. Jouer contre des
clubs français en Ligue des champions
n’est pas facile ! La Ligue 1 est globalement dans une phase ascendante.
Vous évoquiez Neymar à l’instant…
Que vous inspire sa venue à Paris ?
Neymar, c’est un champion ! Le PSG en
compte déjà beaucoup dans ses rangs.
Leur but sera de remporter la Ligue 1,
mais pas seulement : leur objectif principal est la Ligue des champions. De notre point de vue, ce sera un bon challenge lorsqu’on affrontera le PSG
(sourire). C’est bon pour tout le monde,
parce qu’avec Neymar, les stades sont
pleins. Donc c’est bon pour les caisses
de toutes les autres équipes !
Quel regard portez-vous sur votre
ancienne équipe, l’AS Monaco ?
J’ai été très content de les voir remporter le championnat la saison dernière.
J’ai vu beaucoup de leurs matchs en Ligue des champions. Ils ont fait du bon
travail. Phénoménal, super ! Mais je
n’ai pas été surpris. Et ce pour une bonne raison : ils ont fait exactement ce que
Lequel est le meilleur, selon vous ?
C’est dur à dire ! Sans doute ceux qui
ont gagné… Leonardo Jardim à Monaco,
mais aussi Lucien Favre à Nice, Unai
Emery à Paris… Les grands entraîneurs
ont les grandes équipes.
On vous connaît finalement assez peu,
malgré vos longues années
sur les bancs européens…
J’ai une grande passion pour le football.
La vie, c’est le foot, pour moi, c’est l’enthousiasme du terrain. Sans le football,
je suis mort !
Est-ce le secret de votre longévité ?
Je me fixe des objectifs et des trajectoires à suivre. On me parle souvent de la
pression, mais, moi, j’ai la pression
quand je ne travaille pas ! Au boulot, je
suis calme. Je n’ai pas le temps de penser à la pression ou de la ressentir… ■
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LE FIGARO
CULTURE
vendredi 11 août 2017
11
Pass culture pour les jeunes : Macron veut
aller vite, mais dans un grand flou artistique
L
CLAIRE CONRUYT
cconruyt@lefigaro.fr
a ministre de la Culture,
Françoise Nyssen, a assuré ce mercredi
devant l’Assemblée nationale que le
pass culture serait « effectif dès l’année
prochaine ». Cette aide financière de
500 euros, distribuée à tous les jeunes le
jour de leurs 18 ans, leur permettrait
d’acheter des places de concert, de cinéma ou de spectacles, mais également
des livres ainsi que des entrées dans les
musées ou les monuments historiques.
Cette mesure figurait dans le programme électoral d’Emmanuel Macron
dont une des priorités est de développer
une politique d’accès aux arts. Partant
de cette idée, le ministère de la Culture
a établi ce constat : « Les jeunes entre 18
et 25 ans sont les oubliés de la politique
culturelle. Une étude montre qu’un étudiant, une fois qu’il a dépensé le nécessaire pour se loger et se nourrir, ne dispose plus que de 5 à 7 euros pour financer
ses activités culturelles. » Il n’est pas
inutile de rappeler que le pouvoir exécutif vient précisément de baisser les
aides publiques au logement de 5 euros.
On peut s’interroger sur la logique de
son raisonnement.
Une application dédiée
Le gouvernement a choisi de s’inspirer
du « bonus culture », là aussi d’un
montant de 500 euros, mis en place en
Italie sous l’impulsion du président du
Conseil Matteo Renzi, en janvier 2016.
Tous les Italiens nés en 1998 ont ainsi
bénéficié de coupons culturels, qu’ils
peuvent retirer dans les bureaux de
postes ou télécharger sur une application dédiée. C’est cette dernière option
que semble retenir aujourd’hui le ministère de la Culture français : « L’application sur smartphone présente de
nombreux avantages puisqu’elle apparaît familière aux jeunes de la génération
concernée. Mais la question n’est pas encore tranchée. »
Ce pass a aussi pour objectif d’encourager les jeunes à appréhender de
nouveaux pans de la culture. L’idée est
de les inciter à se rendre dans des institutions culturelles dont le prix d’entrée
reste habituellement trop élevé pour
eux. « L’État ne doit pas être prescriptif,
mais il y a des moyens techniques que
nous pourrons développer pour inciter
les usagers à se déplacer vers d’autres
domaines culturels que ceux vers lesquels ils iraient spontanément », observe-t-on Rue de Valois. « Nous pourrions alors instaurer un système avec
lequel un jeune, s’il veut continuer à dépenser dans un domaine en particulier,
doit d’abord dépenser dans un autre. Il
faut trouver un équilibre et respecter le
choix de chaque individu tout en évitant
une trop grande concentration. La philosophie du pass consiste à renverser les
logiques traditionnelles de la politique
culturelle. »
Quid du calendrier ? « Nous avons encore quelques mois devant nous pour
mettre cela en place. L’instruction technique a démarré ainsi que les discussions
avec les différents distributeurs », affirme-t-on au ministère de la Culture. Un
autre défi aussi s’impose : la presse italienne a révélé les failles du dispositif.
De nombreux jeunes ont en effet revendu leurs chèques en échange d’une
somme inférieure aux 500 euros initiaux. « Nous tirons les leçons de ce que
nous observons et allons placer des garde-fous nécessaires », rétorque-t-on au
ministère.
LUCAS BARIOULET/LE FIGARO
POLITIQUE CULTURELLE Annoncé pour l’année prochaine, le dispositif, qui figurait dans le programme
du président de la République, coûtera cher pour une pertinence loin d’être évidente.
Cette aide financière de 500 euros, distribuée à tous les jeunes le jour de leurs 18 ans,
leur permettrait d’acheter des places de concert, de cinéma ou de spectacles.
Dans le droit sillon de la volonté
d’Emmanuel Macron de promouvoir la
culture, le pass s’inscrit dans un
ensemble de mesures. Depuis sa prise
de fonction, la ministre de la Culture,
Françoise Nyssen, a déjà avancé sur
plusieurs axes : l’ouverture des bibliothèques le dimanche, la rentrée
des classes en musique. « Le pass
culture doit être un moyen d’accès, mais
il faut que le goût de se rendre au théâtre
ou de voir des spectacles soit déjà
apparu. Il s’inscrit dans un ensemble
qui commence par l’éducation artisti-
que à l’école, car c’est dans les premières années de la vie que s’éveille le
goût à la culture », affirme-t-on au
ministère.
Pour ce qui est du financement (lire
ci-dessous), Françoise Nyssen et son
équipe restent flous. Selon nos
calculs, environ 3,2 millions de jeunes
seront concernés par la mesure entre 2018 et 2022, fin du quinquennat.
Soit un coût total de 1,6 milliard
d’euros pour 100 % des pass consommés. En Italie, seuls 60 % des jeunes
l’ont utilisé. ■
EN BREF
Obsèques de Gonzague
Saint Bris le 14 août
Décédé dans un accident
de la route en Normandie
dans la nuit de lundi à mardi,
l’écrivain Gonzague Saint Bris
sera inhumé le lundi 14 août
à Amboise. La 22e édition
de La Forêt des livres,
rencontre littéraire qu’il avait
créée, est maintenue
le 27 août à Chanceaux-prèsLoches (Indre-et-Loire).
ALEXANDRE DEBOUTÉ
£@axel_deb
L’instauration d’un pass culture de
500 euros peut certes être perçue comme
une généreuse idée. Mais son financement s’annonce très compliqué. Car le
calcul est simple : pour la classe d’âge atteignant 18 ans en 2018, c’est-à-dire les
enfants nés en 2000, soit environ 805 000
individus, cela représente un coût de
400 millions d’euros, dans le cas où
100 % des pass sont utilisés.
À ce stade, le gouvernement ne détaille pas comment il compte s’y prendre, mais il défend le principe d’une pri-
Cela représente un coût
de 400 millions d’euros,
dans le cas où 100 %
des pass sont utilisés
se en charge partagée entre l’État et les
acteurs qui bénéficieront de la mesure,
c’est-à-dire les distributeurs, diffuseurs
ou plateformes en ligne. En janvier dernier, le futur président de la République,
Emmanuel Macron, l’avait déjà laissé
entendre : la facture devrait être partagée, l’État ne prenant en charge qu’une
« partie très minoritaire », le reste étant
payé par les diffuseurs et les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon).
Le pass culture français s’inspire pour
son contenu de ce qui a été fait en Italie,
mais pas pour son mode de financement.
L’ancien président du Conseil italien
Matteo Renzi a en effet instauré un pass
permettant aux Italiens nés en 1998 de
bénéficier de coupons culturels entre
janvier 2016 et jusqu’à la fin 2017. Des
coupons téléchargeables sur un site Internet dédié, ou retirables dans les bureaux de postes. Le coût, estimé à
300 millions d’euros, a été entièrement
couvert par les deniers publics.
Il existe en France des exemples locaux
de pass culturels. En septembre 2016, le
département de Seine-Maritime a ainsi
fusionné ses anciens « Pass’Sport » et
« Pass’Culture » en un « Pass Jeunes »
unique. Sur l’année scolaire 2016-2017, il
a permis aux jeunes dont les familles sont
bénéficiaires de l’allocation de rentrée
scolaire ou de l’allocation d’éducation
d’un enfant handicapé de financer à
hauteur de 100 euros les activités culturelles et sportives des 6-15 ans. Mis en
place notamment grâce à la contribution
des réseaux de cinéma par l’intermédiaire de la Fédération nationale des cinémas
français, il donnait par exemple droit à
une réduction supplémentaire dans les
salles. 22 000 jeunes pouvaient en bénéficier.
À Paris aussi, plusieurs mairies d’arrondissement proposent des pass culture
gratuits permettant de bénéficier de tarifs préférentiels ou d’invitations à des
visites privées ou des inaugurations. La
mairie du XIXe arrondissement revendique 5 000 adhérents. Ces pass ont surtout
vocation à valoriser les offres culturelles
locales en faisant leur promotion. Ils font
l’objet de négociations avec les établissements (cinémas, théâtres, musées…) qui
souhaitent y participer. Avec une différence de taille : ces pass sont proposés à
tous les habitants des arrondissements,
pas spécialement aux jeunes.
Le pass culture qu’ambitionne de créer
le gouvernement sera donc une innovation - si elle aboutit - pour ce qui concerne son mode de financement. Mercredi, à
l’Assemblée nationale, la ministre de la
Culture, Françoise Nyssen, a seulement
indiqué sur le sujet que le ministère commençait « à en faire très sérieusement
l’étude, pour que ce soit effectif dès l’année
prochaine ». Dans son entourage, on indique qu’« un examen attentif de ce qui
existe est en cours ». Dans tous les cas, la
philosophie du pass « n’est pas simplement de donner une capacité de dépense à
des jeunes. C’est de l’argent qui revient
vers la culture, vers les cinémas, les théâtres, les musées, les salles de spectacle… »,
souligne-t-on Rue de Valois. Reste à
convaincre les Gafa de mettre la main à la
poche, ce qui s’avère déjà compliqué sur
le plan strictement fiscal… ■
A
Un financement qui
s’annonce un vrai casse-tête
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
12
SÉRIE
À DINARD,
les Roches brunes
Chaque jour, « Le Figaro » présente un chef-d’œuvre d’architecture balnéaire
ouvert à la visite. Aujourd’hui, rendez-vous en Bretagne.
LES
VILLAS
HISTORIQUES
ANNIE BARBACCIA
abarbaccia@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À DINARD
Emblème de la station, cette villa
est la seule qui se visite. Cet été,
elle expose des photos de JacquesHenri Lartigue.
POINTE de la Malouine, la villa
Belle Époque scrute le cap Fréhel,
Saint-Malo, le fort de l’île Harbour
et l’île de Cézembre. Elle s’appelle
« les Roches brunes », référence
sans doute à l’éperon rocheux sur
lequel elle fut postée, tout au
bord, défiant les lois de la gravité,
confortée dans sa position par un
double mur de soutènement – on
dirait des remparts. À croire que
le fort Harbour, authentique
Vauban, a servi de modèle. Les
jardins en terrasses cascadent jusqu’à la Manche qui vire au turquoise et au vert à l’approche du
rivage - la Côte d’Émeraude porte
bien son nom. Taillé dans le granit, un escalier dégringole jusqu’aux deux plages étalées au pied
de la propriété. À gauche, la petite
grève de Port-Salut. À droite,
l’anse blonde de l’Écluse, le sable
historique des plaisirs iodés, le
plus chic de Dinard.
Des grandes belles maisons de
vacances d’autrefois, la station
d’Ille-et-Vilaine en compte plus
de 400, tous styles et générations
confondus, du second Empire à
l’entre-deux-guerres. Mais cette
villa-phare de la pointe de la
Malouine sort du lot. Brique et
blanche, coiffée d’ardoises grisbleu et flanquée d’une tour au
grand toit en pavillon, elle est,
avec ses encadrements de baies,
chaînages d’angles harpés et lucarnes à fronton triangulaire,
l’unique modèle néo-Louis XIII. Et
sa principale singularité, c’est
qu’on peut y entrer. Léguée à la
Ville en 2007 par Paul Braud, son
dernier propriétaire, elle est devenue, selon la volonté de son défunt maître, « un lieu culturel
ouvert au public ». De la mi-mai
aux Journées du patrimoine en
septembre (les 16 et 17 cette
année), elle accueille des expositions temporaires. C’est récent.
Car avant de recevoir le public,
plus de 10 000 visiteurs par saison,
deux ans de travaux, entre 2012
et 2014, et 1,2 million d’euros ont
été nécessaires.
A
La saga des Poussineau
Reste que la rénovation de la vaste
demeure étagée sur cinq niveaux,
du sous-sol au grenier, est loin
d’être achevée. Pour l’heure, sur
une vingtaine de pièces, seules
celles du rez-de-chaussée sont
accessibles. Vides de tout mobilier, on n’en admire que mieux le
brillant parquet de chêne et les
monumentales cheminées. Quant
aux photos qui animent les murs
blancs, c’est l’exposition de la saison, « La femme sur le rivage » :
cent clichés signés Jacques-Henri
Lartigue. Cette série d’été sur les
La bâtisse
est la première
du genre
construite sur
la pointe de
la Malouine,
en 1893,
par Émile
Poussineau,
un couturier
parisien de
renom. Avec
elle, commence
l’âge d’or
de Dinard
(ci-dessous).
PATRICK
DESJARDINS,
ARCHIVES
MUNICIPALES, VILLE
DE DINARD
L’ÉTÉ DU
5/6
PRATIQUE
VISITE GUIDÉE
Exposition
Jacques-Henri Lartigue,
jusqu’au 17 septembre,
tous les jours sauf lundi,
entrée 6 €.
3, allée des Douniers,
tél. : 02 99 16 30 63
et www.ville-dinard.fr
DORMIR
Au Castelbrac,
hôtel 5 étoiles,
ex-villa Belle Époque
et station marine du
commandant Charcot.
24 chambres avec vue
sur mer (à partir
de 395 €) et une suite
(1 089 €), restaurant,
spa Thémaé, piscine
extérieure chauffée.
17, avenue George-V,
tél. : 02 99 80 30 00
et www.castelbrac.com
SE RENSEIGNER
Office du tourisme,
tél. : 0 821 23 55 00
et www.dinardemeraude
tourisme.com ou
tourismebretagne.com
grandes vacances à la plage, de la
Belle Époque aux années 1970, fait
le tour de l’entrée, de la bibliothèque, de la salle à manger, du petit
et du grand salon. Elle se déroule
dans tous les hauts lieux balnéaires du littoral français. Sauf
Dinard. Le célèbre photographe
n’y est jamais venu. Regrets…
Les images d’archives de l’Écluse, de la Malouine et des Roches
brunes, on les trouvera dans La
Saga dinardaise des Poussineau,
une mini-brochure rédigée par
Marie-France Faudi, présidente
d’honneur de l’association Histoire
et patrimoine du Pays de Dinard.
Dommage que ce document, disponible à l’office de tourisme
(10 €), ne le soit pas aussi à la villa.
Car c’est la seule mine d’informations sur la naissance des Roches
brunes comme maison de vacances d’un certain Émile Poussineau
et sur l’urbanisation, par son frère
Auguste, de la pointe de la Malouine. Ce luxueux lotissement donna
le coup d’envoi de l’âge d’or de
Dinard.
En cette fin du XIXe siècle, les
frères Poussineau sont des couturiers parisiens en vogue. Les élégantes se bousculent dans leur
magasin Félix du faubourg SaintHonoré. Sarah Bernhardt est leur
égérie. Mais lorsqu’en 1879 le duc
d’Audiffret-Pasquier met en vente
son domaine de chasse de la
Malouine, Auguste Poussineau,
flairant la bonne affaire, saute sur
l’occasion. Il revend à son cadet
ses parts de Félix, quitte la capitale, s’installe à Dinard et devient
l’entreprise à son nom (elle existe
toujours), spécialisée dans la fabrication de machines agricoles.
Son fils Paul sera le dernier propriétaire de cette villa unique.
Des palets en chocolat
promoteur. À l’exception d’un
petit château (détruit en 1944 par
les bombardements alliés), le site
de la Malouine est vierge. Notre
homme le découpe en parcelles de
600 à 800 m2, sur lesquelles l’architecte Alexandre Angier, de
Saint-Brieuc, construit d’énormes
villas avec vue sur la mer. Les lots
s’arrachent. Dans ce quartier résidentiel un brin excentré et fermé
par des grilles de fer forgé, la bonne société s’offre la vie de château.
Et qu’importe la proximité des
voisins. Au contraire, l’important,
c’est de voir et d’être vu.
Alors que le Tout-Paris se retrouve chaque été plus nombreux
à Dinard, Émile Poussineau se décide, en 1893, à y construire une
villa. Ce sera, question de standing, la plus spectaculaire, le point
de mire de la falaise : en 1896, les
Roches brunes sortent de terre. Le
couturier n’en profitera pas longtemps. En 1912, un revers de fortune le contraint à se séparer de sa
somptueuse demeure. Le président du syndicat des ingénieurs de
France la rachète puis la revend à
son tour, en 1938, à un Nantais,
Alexandre Braud, fondateur de
«Pas tout à fait, rectifie MarieFrance Faudi. À l’origine, les
Roches brunes avaient une jumelle,
son exacte réplique, à l’autre extrémité de la plage de Port-Salut. Son
propriétaire, Théophile Michau,
industriel et sénateur du Nord,
l’avait baptisée “Greystones”. Mais
en 1938, l’architecte Roux-Spitz en
a hérité et l’a démolie pour en
construire une autre dans le style
moderne de l’époque. » Depuis le
bow-window du grand salon des
Roches brunes, on voit très bien
Greystones 2. Elle appartient
maintenant à François Pinault.
Inscrites en 2014 à l’inventaire
supplémentaire des monuments
historiques, rarissime pour une
villa, les Roches brunes sont
aujourd’hui l’emblème de Dinard.
L’imposante sentinelle polychrome trône sur les dépliants touristiques, les pages Web consacrées au
patrimoine local, les fonds de selfies. Depuis l’an dernier, on peut
même la croquer. L’Atelier M du
chocolat, haut lieu gourmand de la
rue Levavasseur, a créé des palets
à son effigie : 5 € les 100 g de « Roches brunes », noirs ou au lait. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
L’atelier des Domergue,
à Cannes
vendredi 11 août 2017
LE CARNET DU JOUR
deuils
Le service reçoit
les annonces
tous les dimanches
et jours fériés de
9 heures à 13 heures
Gérard Baudry,
son époux,
(excepté les 15 août,
25 décembre,1er janvier, 1er mai)
par téléphone
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site :
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Les lignes comportant des
caractères gras sont facturées
sur la base de deux lignes ;
les effets de composition
sont payants ;
chaque texte doit comporter
un minimum de 10 lignes.
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
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Tél Abonnements :
01 70 37 31 70
Laurent, Charlotte, Pauline,
ses enfants,
Jean-Charles Legendre,
Mayeul, Marceau, Marin,
son gendre
et ses petits-enfants,
Dragonette de Varine-Bohan,
sa sœur,
ses enfants et petits-enfants,
Jean-Pierre et François,
ses beaux-frères,
leurs épouses
et leurs enfants,
les familles Rostan d'Ancezune,
de Boisfleury, Lanxade,
Dewatre, de Lanversin
ont l'honneur
de vous faire part du décès de
Mme Gérard BAUDRY
née Béatrice
Rostan d'Ancezune.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 12 août 2017,
à 15 heures, en l'église
Saint-Jean-Marie-Vianney
du Charrel, à Aubagne,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial
du Mont-Rose,
à la Madrague-de-Montredon,
dans l'intimité.
La famille remercie
tout particulièrement
les personnes qui l'ont entourée
de leurs soins
et de leur affection,
tout au long de sa maladie.
commémoration
Commémoration de la
déportation des Juifs de France
par l'association
Les Fils et Filles
des Déportés Juifs de France
et le Mémorial de la Shoah,
avec le soutien de la Fondation
pour la Mémoire de la Shoah.
La Buissonne,
1450, chemin de Carpiagne,
13400 Aubagne.
Une cérémonie rappellera la
mémoire des 1007 déportés du
François-Xavier, Alain,
Arnould, Loïc, Véronique (†),
Marie-Agnès, Claire, Benoît,
Christine,
ses enfants, leurs conjoints,
convoi n° 18
partis, il y a 75 ans,
du camp de Drancy
pour le camp d'extermination
d'Auschwitz-Birkenau,
ses 24 petits-enfants,
leurs conjoints,
ses 16 arrière-petits-enfants
le samedi 12 août 2017,
à 12 heures,
au Mémorial de la Shoah,
17, rue Geoffroy-l'Asnier,
Paris (4e).
ont la tristesse
de faire part du décès de
Les noms des déportés
du convoi n° 18
seront lus à cette occasion.
Christiane
BOURGUIGNON d'HERBIGNY
née de la Broïse,
Renseignements :
téléphone : 01 53 01 17 18,
courriel :
lieux@memorialdelashoah.org
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Rémi,
à Gif-sur-Yvette (Essonne),
le lundi 14 août, à 15 heures.
Annoncez-la
... et recevez Le Figaro
gracieusement
pendant 3 mois
Caen (Calvados).
M. et Mme Etienne Browaeys,
M. et Mme Henri Browaeys,
M. et Mme Aymeric Bonnaud,
ses trente-deux petits-enfants,
ses six arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
Michèle BROWAEYS
© Gettyimages
née Deroure,
veuve de
Tél. 01 56 52 27 27
Fax. 01 56 52 20 90
M. et Mme Vincent Querette,
M. et Mme Louis
de Broch d'Hotelans,
M. et Mme Henri
de Broch d'Hotelans,
M. et Mme Guy
de Broch d'Hotelans,
M. et Mme Philippe Chouvin,
Mlle Elisabeth
de Broch d'Hotelans,
ses enfants,
Bertrand, Louis-Alexis,
Clotilde, Amaury, Victor,
Camilo, Paloma, Agnès,
Clément, Cécile, Sixtine,
Calixte, Louis, Hippolyte,
ses petits-enfants,
ses frères et sœur,
beaux-frères, belles-sœurs
et neveux
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Bernard
de BROCH d'HOTELANS
chevalier de l'ordre
souverain de Malte,
rappelé à Dieu le 8 août 2017,
à l'âge de 69 ans, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 12 août,
à 10 heures, en l'église
Saint-Pierre-et-Saint-Paul,
à Genouilleux (Ain).
Annecy.
Mme Léon Fournier,
Mme Georges Brière,
Mme Pierre Chanteret,
M. et Mme Charles Fournier,
les familles Fournier, Berjon,
Chanteret, Brière, Vignon,
la congrégation
des bénédictines
de Jésus Crucifié
vous font part
du retour au Père de
Jeanne FOURNIER
en religion
sœur Jeanne Françoise
La messe de funérailles sera
célébrée le samedi 12 août 2017,
à 9 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Liesse
d'Annecy,
par dom Mark Daniel Kurby.
L'inhumation suivra
dans le caveau de famille,
au cimetière de Loverchy.
Evelyne Fournier,
son épouse,
Aurélie et Alexandre Fournier,
ses enfants,
Elisabeth et Jean-Paul,
ses sœur et frère,
ont la tristesse de vous
faire part de la disparition de
M. Robert FOURNIER
survenue en son domicile
de Vanves, le 6 août 2017,
dans sa 70e année.
Mme Yves
Robin-Champigneul,
Mme Françoise de Castilla,
M. et Mme Jacques de Castilla,
ses enfants,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 16 août, à 10 h 30,
en la cathédrale
de la Sainte-Trinité,
1, quai Branly, Paris (7e).
Cyril et Violetta
Robin-Champigneul,
Loïc et Gaëtane
Robin-Champigneul,
François Robin-Champigneul,
Etienne Robin-Champigneul,
Céline et Andrea Tessitore,
Aurélie Sarda de Castilla,
Guillaume et Camille
Sarda de Castilla,
Fabien de Castilla
et Marion Laporte,
Marion de Castilla,
ses petits-enfants,
M. Yves Goinère,
le général et Mme
Pierre Goinère,
M. Bruno Goinère
et Françoise,
leurs enfants et petits-enfants
Faez-Alexandre, Leila et Max,
Arthur et Victoire,
Achille, Allegra et Olimpia,
Maya et Joan,
Gabrielle, Jean et Ninon,
ses arrière-petits-enfants,
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Camille Yvette GOINÈRE
dans sa 93e année.
L'inhumation a eu lieu
dans la plus stricte intimité,
le 31 juillet 2017,
à La Buisse (Isère).
Une messe sera dite
ultérieurement,
à Paris et La Buisse.
Jean de CASTILLA
survenu le 8 août 2017,
à l'âge de 89 ans, à Dax.
Naissance
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Mme Bernard
de Broch d'Hotelans,
née Isabelle de Saint Victor
de Saint Blancard,
son épouse,
13
Michel Browaeys
le 8 août 2017,
à l'âge de 86 ans, à Caen.
La cérémonie religieuse
aura lieu
ce vendredi 11 août, à 10 h 30,
en l'église Saint-Vigor,
à Louvigny (Calvados).
décédé le 8 août 2017,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 14 août,
à 14 h 30, en l'église
de Silly-en-Gouffern (Orne),
suivie de l'inhumation
au cimetière.
« Que Dieu l'accueille
en son royaume et veille
sur tous ceux qui l'ont aimé. »
Saumur.
Nous sommes priés
d'annoncer le décès de
M. Pierre LOMER
Marie-Claire COUTANT
née Perbos.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Clodoald,
5, place de l'Église,
à Saint-Cloud,
ce vendredi 11 août, à 10 h 30.
Viviane Lastours,
sa sœur,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de faire part du décès de
S.E. Claude LOSGUARDI
ancien ambassadeur,
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 8 août 2017.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Lourdes,
à Thonon-les-Bains,
ce vendredi 11 août 2017,
à 9 h 30.
Ni fleurs ni couronnes,
des dons à l'association BPCO,
115, rue Saint-Dominique,
75007 Paris.
Saint-Mandé (Val-de-Marne).
Ses enfants,
Marianne,
Jérôme et son épouse Jocelyne,
Alexis et Virginie,
ses petits-enfants,
Manon, Alice, Brice, Anjuna
et Alexandre,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Christian MILLAU
journaliste-écrivain,
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
commandeur de l'ordre
des Arts et des Lettres,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en la basilique Notre-Damedu-Perpétuel-Secours,
55, boulevard de Ménilmontant,
à Paris (11e),
le mercredi 16 août, à 14 h 15.
46, avenue Alphand,
94160 Saint-Mandé.
Famillemillau@free.fr
vicomtesse
Renaud de RORTHAYS
née Régina
Savary de Beauregard,
survenu le 9 août 2017,
dans sa 92e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Saint-Lambert-la-Potherie
(Maine-et-Loire),
le lundi 14 août, à 15 heures.
La comtesse Saint Bris,
née Agnès Mame,
Julie Saint Bris,
Édouard et Laetitia Saint Bris,
François et Béatrice Saint Bris,
Bernard et Isabelle Saint Bris,
Marie et François Bouyer,
Henry et Estelle Saint Bris,
ses frères, sœur, beau-frère
et belles-sœurs,
ses neveux et nièces
ont la grande tristesse
de vous faire part
du décès accidentel de
Gonzague SAINT BRIS
rappelé à Dieu le 8 août 2017,
à l'âge de 69 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 14 août,
à 14 heures, en la collégiale
Saint-Denis d'Amboise
(Indre-et-Loire),
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Amboise.
Une messe sera également
célébrée à Paris dans le courant
du mois de septembre.
La date sera communiquée
ultérieurement.
Les Editions Albin Michel
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
colonel Louis Eugène Gervais
LEMAIRE
survenu le mardi 8 août 2017,
dans sa 100e année.
De la part de
ses enfants,
Dominique,
Loïc et Marie-Laure,
Pascale et Jean-François,
Benoit et Anne,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants.
La cérémonie d'absoute
aura lieu en l'église
de Saint-Marc-Jaumegarde
(Bouches-du-Rhône),
ce vendredi 11 août, à 15 h 30.
Mme Henri Savary,
née Claudine Combe,
son épouse,
Karine et Nicolas Bataille,
sa fille et son gendre,
Arnaud et Eric,
ses petits-enfants,
ont l'immense douleur
de vous faire part du décès de
Henri SAVARY
survenu le 8 août 2017,
à l'âge de 70 ans,
des suites d'une maladie
qu'il a combattue
avec grand courage.
La cérémonie religieuse
aura lieu ce vendredi 11 août,
à 10 heures,
en l'église Saint-Amédée
d'Hauterives (Drôme), paroisse
Saint-Joseph-de-la-Galaure,
dans la stricte intimité
familiale,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial
du cimetière d'Hauterives.
Une messe à son intention
sera célébrée à Paris
au mois de septembre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
remerciements
Ses parents,
sa compagne,
ses enfants et petits-enfants,
ainsi que toute sa famille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Alexandre BOUSSAGEON
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès du
vicomte Etienne
de CHAMPS de SAINT-LÉGER
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Jacqueline, son épouse,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petite-fille
ainsi que toute sa famille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Marcel LEBLOND
Gonzague SAINT BRIS
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
survenu accidentellement
le 8 août 2017.
souvenirs
Elles s'associent à la douleur
de ses proches.
Le 11 août 2016,
Alain de GRIMOÜARD
ses enfants et petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Guy POUSSARD
ancien directeur administratif
de Van Cleef & Arpels,
survenu le 8 août 2017,
dans sa 87e année.
Les obsèques auront lieu
au cimetière ancien,
6, rue du Ménil,
à Asnières-sur-Seine
(Hauts-de-Seine),
ce vendredi 11 août 2017,
à 15 heures.
Cet avis tient lieu de faire-part.
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ont la douleur de
vous faire part du décès de la
Cet avis tient lieu de faire-part.
survenu le 5 août 2017,
à l'âge de 88 ans,
à Saint-Mandé.
Mme Claude Poussard,
son épouse,
Nous sommes priés
de faire part du décès du
François et Carine Coutant,
Frédéric et Marie-José
Coutant,
ses enfants,
ont la tristesse de faire part
du décès le 7 août 2017,
à l'âge de 79 ans, de
Julien et Sonia,
Mathieu et Isabel,
Hubert,
Guillaume,
Antoine et Amélie,
Laurice,
ses enfants,
Christine et Bernard Eimery,
Béatrice et Emmanuel
Chevalier du Fau,
Hubert et Bénédicte
de Rorthays,
Hervine Menager,
Maelys et Jérôme Toulemonde,
Laure et Emmanuel Renoul,
Patricia et Henry le Levreur,
Albine et Olivier Roblot,
Bénédicte et Franck Plichon,
Flore et Dominique Lemoine,
en union avec
Isabelle (†) et Sibylle (†),
ses 74 petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ancien proviseur du lycée
Duplessis-Mornay de Saumur
de 1992-1997.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).
Thonon-les-Bains
(Haute-Savoie).
Valérie Trapenard,
son épouse,
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3 ## #&%.%$(% ,4 3&0, (#, % #
. # *1 &0,$ #+-( % 3%0 %, ,#3 ##
4 ,. # ,, +1% 01 3,) &1. &13, ,4
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(,. 1% .( %. #. &,0. ,%% .. 3&1. 3&1.
,(&.,4 %. #+1% . (#1. ##. &,0,... 0,%.&,$.
% '0# ,$ %)
#! ! # !" Yannick et Ginette Suet,
Patrick et Elisabeth Suet,
ses enfants,
Edouard, Olivier, Pierre-Henry,
Charles-Etienne,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
entrait dans la Lumière.
Pensez à lui
lors de la messe de ce jour,
à Saint-Jean-Cap-Ferrat.
offices religieux
ont la douleur de vous
faire part du rappel à Dieu de
Denise SUET
née Brasseur,
à l'âge de 87 ans, le 9 août 2017.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Bonchamp-lès-Laval
(Mayenne), le samedi 12 août,
à 14 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Famille Suet,
115, rue de la Pompe,
75116 Paris.
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 11 août 2017,
avant 20 h 55
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
-8
8 / 7
$ 56
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1%%- 21 /.4 ,
8 #' (( +
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( vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
TÉLÉVISION
14
« Atypical » ou l’autisme
au cœur d’une comédie familiale
Surprise estivale, la fiction de Netflix dépeint le passage à l’âge adulte
d’un jeune de 18 ans atteint de cette maladie. Malgré les bons sentiments,
elle sait être juste et touchante.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
A
près 13 Reasons Why sur le
harcèlement et To the Bone
sur l’anorexie, Netflix
poursuit avec sensibilité son
exploration des adolescences douloureuses et en marge. Ce vendredi, la plateforme de streaming lance
Atypical, une comédie familiale douceamère en huit épisodes sur l’autisme. À
18 ans, Sam (Keir Gilchrist, United States of Tara) est un ado comme les
autres. Il rêve d’indépendance et
d’amour. Sauf que le jeune homme, incollable sur l’Antarctique et ses manchots, est atteint d’autisme. La perspective de le voir s’émanciper angoisse
+@
SUR LE WEB
goisses d’Elsa et de Doug face au futur
incertain de Sam, ni le poids que
l’autisme a fait peser sur leur couple, ni
la tentation de sacrifier l’avenir prometteur de Casey pour qu’elle continue
à veiller sur son aîné, ni l’incompréNombreuses anecdotes
hension des camarades de Sam quand
celui traverse une crise de panique…
Atypical suit Sam dans ses tentatives
De nombreuses anecdotes sentent le
maladroites de séduction. Peu évidenvécu. Sûrement parce que la créatrice
tes : le jeune homme prend toute sugRobia Rashid a côtoyé l’autisme de près
gestion de manière littérale. L’humour,
dans sa famille. « De plus en plus de jeujamais moqueur ou blessant, naît aussi
nes sont diagnostiqués autistes. Ils ont
des échanges acides entre Sam et sa
les mêmes aspirations que leurs pairs
sœur Casey qui se chamaillent. Comme
mais leurs expériences, leurs difdans n’importe quelle fratrie.
ficultés ne sont pas prises en
Malgré ces bons sentiments,
compte dans les fictions actuelAtypical dépeint le handicap au
les. Avec Netflix, il y avait une
quotidien avec justesse. Le
○○○¡
réelle possibilité de sortir de la
feuilleton n’occulte ni les anses parents (trop) protecteurs, Elsa et
Doug (Jennifer Jason Leigh et Michael
Rapaport), qui ont construit leur famille
entièrement autour de leur fils, jusqu’à
en oublier leurs propres besoins.
On suit le quotidien de Sam (épatant Keir Gilchrist) qui, comme tous les adolescents,
rêve d’indépendance et d’amour. GREG GAYNE/NETFLIX
universels », estime qu’« au fond, le
message d’Atypical, c’est que personne
n’est normal ». Si la série – surtout dans
ses derniers épisodes – s’égare parfois
dans des ressorts du soap opera, la performance nuancée et émouvante de
Keir Gilchrist, qui s’est battu pour avoir
le rôle, lui permet de retomber sur ses
pieds et de rester sincère. Ce qui suffit
pour qu’on lui souhaite de connaître
une deuxième saison. ■
zone de confort habituelle », confie au
Figaro la scénariste qui a fait ses armes
sur How I Met your Mother. « Être un
ado ou un parent peut donner lieu à de
grands moments de solitude, surtout
quand vous vous occupez d’enfants en situation de handicap. Avec cette série,
j’espère que chacun se sentira moins
isolé. »
Robia Rashid, pour qui « l’amour et
les tensions qui animent une famille sont
» Nelson Monfort : « Les réseaux sociaux sont devenus des fléaux sociaux » » Angela Lansbury de retour dans « Arabesque » ? www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Claire
Soleil: Lever 06h36 - Coucher 21h13 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton. Avec Ingrid Chauvin 20.00 Le
20h 20.45 Nos chers voisins. Série.
18.40 N’oubliez pas les paroles !
Jeu; Présentation : Nagui 20.00
20 heures 20.50 Vu. Magazine
18.05 Questions pour un champion.
Jeu. Prés. : Sameul Etienne 19.00
19/20. Présentation : Djamel Mazi.
21.00
20.55
20.00
Série. Comédie
Série. Policière
Athlétisme
19.20 Suburgatory. Série; Avec
Jeremy Sisto. (4 épisodes).
MATIN
21.00 24H aux urgences
Série doc. Santé. Fra. 2015. Réal. :
J. Korkikian. 1h00. Entre la peur et
l’espoir. L’équipe des urgences de
Toulon est confrontée au cas d’un
bébé qui a chuté d’un canapé.
13
40
14
12
11
9
Caïn
Fra. Saison 14. Avec Mimie Mathy,
Delphine Rollin. Double foyer. Joséphine doit apporter son soutien à
Julie, qui est trompée et souvent
brimée par son mari, Franck.
Fra. Saison 3. Avec Bruno Debrandt,
Davy Sanna. Le fils de Caïn (1 et 2/2).
Le fils de Caïn, Ben, est heureux. Il est
tombé amoureux d’Amandine. Par
ailleurs, les parents de cette dernière
aiment beaucoup Ben.
22.55 New York, unité spéciale
22.55 Caïn Série. Policière. Fra.
Série. Policière. EU. (4 épisodes)
Avec Christopher Meloni.
2012. Saison 1. Jalousie - Justices
0.50 Fais pas ci, fais pas ça. Série.
Championnats
du monde
23.50 L’âge d’or des variétés : les
Carpentier Doc. 1.50 L’âge d’or des
21.40 Les routes de l’impossible. Série doc. 22.40 C dans l’air. Magazine.
19.45 Les Guignols (C) 19.50 L’été
papillon (C) 20.40 La semaine de
Catherine et Liliane (C)
19.00 Des insectes au menu. Série
doc. 19.45 Arte journal 20.05 28 minutes 20.50 La minute vieille. Série.
19.45 Le 19.45. Présentation : MarieAnge Casalta 20.25 En famille. Série.
Avec Yves Pignot, Marie Vincent.
21.00
20.55
21.00
15
Film. Action
Série. Policière
Série. Policière
11
12
15
13
19
15
16
19
60
20
APRÈS-MIDI
21
40
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18
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20
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15
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22.50 Père et maire. Série. Ah, la
famille ! - Un plus petit que soi.
19
21
24
25
22
15
19
20
20
15
22
22
22
17
17
20
21
20.55 Père et maire
Série. Comédie. Fra. 2007. Saison 6.
Avec C. Rauth. Miracle à Ville-Grand !
Le jour de l’inauguration d’un bassin
d’ornement, une jeune paraplégique
retrouve l’usage de ses jambes.
11
10
20
18.50 La revanche des ex. Téléréalité. Présentation : Amélie Neten.
11
10
13
20.50 Les routes de l’impossible
Série doc. Société. Fra. 2014. 0h50.
Tanzanie - Lac Tanganika et vogue
la galère. Inédit. Rejoindre les villages enclavés sur les rives sud du
lac Tanganyika est difficile.
variétés : les Carpentier. Doc.
12
19.00 Silence, ça pousse ! 19.55 Terriers, garde-manger et nids douillets
En direct de Londres (Angleterre).
Commentaires : P. Montel, S. Diagana, A. Boyon. Au programme,
notamment : finale 200 m dames .
23.15 Soir/3
10
9
12
20
11
10
11
11
12
11
12
13
10
22.00 24H aux urgences. Série doc.
23.15 Appels d’urgence. Magazine.
Joséphine,
ange gardien
11
26
25
27
60
25
19.10 Retour à l’instinct primaire.
Himalaya - La jungle du Nicaragua.
Ninja Turtles 2
EU. 2016. Réal. : Dave Green. 1h52.
Avec Megan Fox, Noel Fisher.
Michelangelo, Donatello, Leonardo
et Raphael sont de retour pour affronter des méchants toujours plus
forts et impressionnants.
22.45 Warcraft - Le commencement Film. Fantastique 0.45 The
Nice Guys. Film. Comédie.
Squadra criminale
Ital. Saison 1. Avec Miriam Leone,
Matteo Martari, Thomas Trabacchi,
Riccardo Lombardo. 2 épisodes. Inédits. Valeria enquête sur la tentative d’assassinat d’une jeune Égyptienne, Amina.
22.35 Quatre garçons dans le
vent Film. Musical 0.00 Sgt. Pepper’s Musical Revolution. Doc.
Rosewood
EU. Saison 2. Avec Morris Chestnut,
Jaina Lee Ortiz, Gabrielle Dennis, Jan
Parrish. 2 épisodes. Inédits. L’équipe
enquête sur le meurtre d’un producteur de musique, retrouvé momifié
sur son yacht.
22.45 Rosewood Série. Policière.
24
T (en °c)
20.50 Les complices d’Hitler
Série doc. Historique. All. 1998. Réal. :
Guido Knopp et Jörg Müllner. 0h55.
Adolf Eichmann. Membre de la SS,
Adolf Eichmann fut en charge de la
planification de la solution finale.
21.45 Les complices d’Hitler 23.35
La recherche de l’arme absolue
EU. Avec Morris Chestnut (4 épisodes) 2.15 Les nuits de M6. Mag.
<-10 à 0
19.10 Charmed. Série. Mariage diabolique - La quatrième sœur.
19.50 Alerte Cobra. Série. Avec E.
Atalay. Hors de contrôle (2/2).
21.00 Sosie ! Or Not Sosie ?
A
Prés. : V. Cerutti. 2h05. Invités
notamment : Thierry Lhermitte,
M. Pokora. Des stars s’amusent à
jouer leur propre sosie pour piéger
des anonymes en caméra cachée.
23.05 Sosie ! Or Not Sosie ? 1.25 Ces
émissions qui nous ont marqués
18.50 Un dîner presque parfait. Qui
remportera le titre de meilleur hôte?
21.00 Enquête d’action
Société. Prés. : M.-A. Casalta. 1h50.
Légion étrangère : un mois au cœur
de l’enfer vert. En Guyane, 35 soldats vont repousser leurs limites
pour venir à bout de leur formation.
22.50 Enquête d’action. Magazine.
Présentation : Marie-Ange Casalta.
18.00 Guess My Age. Divertissement. Prés. : Jean-Luc Lemoine.
21.00 Laurent Gerra intime,
de la campagne à la scène
Documentaire. Cinéma. 2h00. D’habitude peu enclin à se livrer devant
une caméra, Laurent Gerra se confie
pourtant à Laurent Boyer.
23.00 Mimie Mathy intime, du
théâtre de Bouvard à Joséphine
SAMEDI
22.45 Les Simpson. Série. Animation. (5 épisodes).
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
12/22
12/22
16/18
26/38
13/21
15/19
13/28
22/30
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
DIMANCHE
15/28
13/19
15/24
14/22
14/24
15/22
14/26
26/36
16/18
23/37
20/35
18/22
24/31
LUNDI
13/20
11/21
14/19
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
14/19
21.00 Les Simpson
Série. Animation. EU. 2007. Saison 19. 4 épisodes. Homer découvre
que sa famille a disparu. Il prend peur
car il a bu un breuvage qui rend amnésique.
24/27
18/25
8/17
15/18
14/21
18/25
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
16/27
16/30
18/30
18/29
23/28
lachainemeteo.com
par téléphone :
2,99 €/appel
LIVE 24/24 SUR
et sur
LE FIGARO
JEUX D'ÉTÉ
15
tAKUZU
sU Do KU
Remplir la grille avec les chiffres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
En partant des chiffres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chiffres de 1 à 9.
FAcile
grille 477
grille
2219
grille
FAcile
4
9
5 2
3
8
7
6 2
2
6
4
8
3
7
9 2
mots fléchés N° 1738
PRINCIPE
SPIRITUEL
ANCIEN
ESPION (D’)
PRONOM
DONNER DE
L’AMPLEUR
AMBULANTS
ACTEUR
FRANÇAIS
PEINTRE
BELGE
PRINCE
TROYEN
GRANDE
DÉLICATESSE
DÉTENDUE
REVIENT
EN FORME
VOITURE DE
CARNAVAL
BERGERS
JEUNE
ANIMAL
TÊTU
NOTÉE
DANS UN
PEDIGREE
POLICHINELLE
UN PRO DE
L’AUTO
ÉVANGÉLISTE
TIR
LA
THAÏLANDE,
AUTREFOIS
DURILLONS
ENCHÈRES
SUR LE
PORT
POÈME
COMPLÉMENT DE
MANIÈRE
PIEU
BOIS
PRÉCIEUX
FRUIT
DES BOIS
ÉCOULE
AVANT
L’HEURE
CHLORE DU
CHIMISTE
MONTE EN
CAS DE
DISPUTE
ALLÉE EN
VILLE
Vendredi 11 août
OBSOLÈTE
PROBLÈME N° 4489
HORIZONTALEMENT
1. A beaucoup de mal à quitter sa place.
- 2. Ses chants furent exaltés par les
surréalistes. - 3. Droite de passage. - 4.
Travailles aux pièces. - 5. Pas bien élevé.
Poulet au whisky. - 6. Se fait doubler pour
un gamin. Convoqué solennellement. - 7.
Nourrit la Vilaine. Retient la vedette. - 8.
Elle s’enfonce dans le chagrin. - 9. N’a pas
d’avenir, par conséquent. - 10. Entraînai
peu à peu. - 11. Peinture en bâtiment.
Succession de tuiles. - 12. Une femme qui
engraisse.
VERTICALEMENT
1. Elle ne s’éloigne pas de l’objectif. - 2.
Lardons remuants. Devant Capone et à la
pointe d’Alcatraz. - 3. Finis par obéir.
Action à la hausse. - 4. Religieux qui
réforma l’abbaye de Cluny. Président
palindrome en Argentine. - 5. Portique
à l’entrée du stupa. Taille en pointe. - 6.
Élèvent dans le respect. Grand dieu du ciel
en Mésopotamie. - 7. Avec elles, on peut
regarder à la dépense (trois mots). - 8.
Marier ses fils. Surnommée.
Par Vincent Labbé
2
3
4
5
6
7
8
1
2
3
4
5
6
7
8
9
BR I D G E
PROBLÈME N° 2630 :
Fort coefficient
d’attraction
763
RV74
A3
V942
O
N
S
E
ARD
A
R 10 7 6 4 2
D 10 3
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4488
HORIZONTALEMENT 1. Coutumes. - 2. Obnubilé. - 3. Messager. - 4. PS. Scrub. - 5. Tipi. ésO.
- 6. Atèle. IC. - 7. Bêta. Isr. - 8. Igor. - 9. Lite. ETA.
- 10. Irisé. ET. - 11. Tao. Vite. - 12. Ennéades.
VERTICALEMENT 1. Comptabilité. - 2. Obésité.
Iran. - 3. Uns. Pétition. - 4. Tussilages. - 5. Ubac.
Eva. - 6. Migre. Ire. Id. - 7. Éleusis. Tête. - 8.
Serbo-croates.
Contrat : Sud joue
3 Sans-Atout.
Entame : 9 de pour
le 4, le 2 et votre As.
1
2
9
7
6
4
3
5
8
6
3
5
9
1
8
2
7
4
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2629 :
Bifurcation exigée
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : Valet de pour votre As (le 3 en Est).
Il va de soi que vous allez commencer par les en
encaissant le Roi puis la Dame. Si l’As apparaît à un
moment quelconque, vos neuf plis sont là (un , cinq et trois ).
Mais si l’As reste caché ? Il serait dangereux d’insister à .
Pour la bonne raison que la défense n’aurait aucun mal à
ce stade à trouver la contre-attaque à et vous seriez
en passe de concéder quatre , l’As de et l’As de .
Après avoir « volé » deux levées de , il est temps de
prendre votre chance à en espérant la couleur 3-3 ou
l’As second à gauche. À la quatrième levée, jouez donc pour le Valet, descendez en main au Roi de et rejouez vers le Roi. Ici, Ouest fournit l’As et contre-attaque à mais c’est la fin de vos soucis. Encaissez le Roi de ,
rejoignez votre main à la Dame de (précieuse communication) et réclamez un ,
RV5
deux , trois et trois .
652
Remarque : bien qu’impos V 10 9 8 7 6
sible à enchérir, 5 Carreaux
5
10 9 6 4
est un bien meilleur contrat. A 8
N
Ici, vous auriez lourdement V 10 9 8 O E 7 4 3
3
chuté à 3 Sans-Atout si A 5 4
S
V732
RD964
Ouest avait entamé à .
D732
ARD
RD2
A 10 8
4
5
2
9
8
3
7
1
6
3
6
9
1
7
5
8
2
4
2217
4
7
8
3
5
2
1
6
9
grille
D’UN PAYS
BALTE
SIGLE
D’UNION
AUGURE
1
T
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grille
grille
BUE ET
SIFFLÉE
PETITE
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MOT S C ROI S É S
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Mots
fléchés
476
Sudoku
BOUGE
DE LÀ
QUI M’APPARTIENT
TOUTE UNE
ÉPOQUE !
CELA
ANNONCE
UNE CAUSE
A
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I
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Takuzu
COUVERT
DE
CHAPELURE
GADINS
QUATRE
APRÈS
HENRI
EMPEREUR
BIEN SUPÉRIEURE
L
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RAYONS
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AU DUT
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CLIGNER
DES YEUX
CORDAGE
MARIN
SE CABRE
P
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MOI, MOI,
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MOI ET MOI !
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solUtioNs Des jeUx
DU NUméro PrécéDeNt
IL AVANCE
PAR RAMES
ÎLE D’ITALIE
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ORIENTAL
9
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5
6 9 2
7
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5
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7 3 9
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9
4
8
1 7
UNE CONJONCTION
CACHER
9 4
7
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9
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2218
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9
7
6
2
1
8
5
4
3
mots coUPés
Mots
coupés
cerTes - FriPon Frison - Pincer PinPon - Pinson PinTer - Poncer PonTer - Poucer PouPin - PouPon Tercer - Tesson TesTer.
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots différents.
A D E
A R C
D O R
I E N
P E L
R A P
S A L
U R E
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
A
ART DIVINATOIRE
BAPTISÉ
eXPerT
6
Par Diane monfort
OBSCURCIR
QUI A PRIS
DU POIDS
2220
5
6
8
1
4 5
1
4
8
5 3
1
8
7
2
7 3
5
PIQUEASSIETTE
CRISES
SOCIALES
vendredi 11 août 2017
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
SÉRIE
L’ÉTÉ DU
Par Thierry Portes £@ThDoors Envoyé spécial à Palerme
Rome
À Palerme, la Pieuvre
avale le juge Falcone
ITALIE
Naples
Mer Tyrrhénienne
Capaci
Palerme
Sicile
TUNISIE
Sur les lieux de l’attentat
au cours duquel le juge
Giovanni Falcone trouva
la mort avec son épouse,
Francesca Morvillo,
et leur escorte, le 23 mai
1992 à Capaci, en Sicile.
FARABOLA/LEEMAGE,
EGIDIO SCACCIO/LEEMAGE
Les grands
faits divers
internationaux
UN BOSS de la Mafia, Giuseppe Dainotti, roulait
sur son vélo blanc, quand, peu avant 8 heures,
près d’une école, ses meurtriers se sont portés à
sa hauteur en scooter et l’ont abattu de deux
balles dans la tête. « Quand quelqu’un dit que la
Mafia n’existe plus, il se produit quelque chose
pour confirmer que la Mafia existe encore », a
commenté le procureur de la capitale sicilienne.
Avant, plus mystérieux, d’ajouter : «Tuer Dainotti de jour, en plein centre de Palerme, un 22 mai
2017, peut avoir diverses significations… »
La Sicile est une île de secrets, où les hommes
et les choses participent d’une histoire difficilement déchiffrable. La politique, dite d’« immersion », à laquelle la Mafia s’est tenue ces dernières années, afin de reconstituer ses forces dans la
clandestinité, venait-elle de s’achever avec ce
meurtre ? Non, expliqua un policier, la Mafia,
bien qu’affaiblie et désormais moins puissante
que sa cousine calabraise, a juste voulu, la veille
du jour anniversaire de l’assassinat du juge
Giovanni Falcone et de ses gardes, « démontrer
sa vitalité alors que l’État s’apprête à célébrer ses
héros ».
C’était il y a vingt-cinq ans, le 23 mai 1992.
Parti sans prévenir de son bureau de Rome, le
plus célèbre juge antimafia, âgé de 53 ans, s’était
posé avec son épouse à l’aéroport de Palerme
pour rejoindre la ville en convoi. Mais un informateur avait de Rome annoncé son départ, un
autre son arrivée sur l’île, à cet aéroport de Punta
Raisi notoirement contrôlé par la Mafia. Au village de Capaci, des guetteurs postés sur une colline ont actionné les 600 kg d’explosifs placés
dans une conduite passant sous l’autoroute A29.
Un attentat à la libanaise, disait-on à l’époque.
Vers 18 heures, cette « bombe » a creusé un cratère de huit mètres. Le bitume a été pulvérisé sur
50 mètres, et plus loin lacéré et broyé sur des dizaines de mètres encore. La première voiture,
celle des trois policiers de l’escorte, morts sur le
coup, a été projetée à 100 mètres. Le juge
Falcone, qui avait pris le volant de la deuxième
voiture, et sa femme assise à ses côtés ont été tués
par le choc de l’explosion. Seul le chauffeur, à
l’arrière du véhicule, a survécu.
Des hommages nombreux
A
En bord de mer, de part et d’autre de l’autoroute longeant le village de Capaci, deux stèles
signalent le lieu exact de l’attentat. Mais la mémoire de cet événement et des deux décennies,
1980 et 1990, où l’État italien a joué sa survie face
à la Mafia engagée par le clan de Corleone dans
une stratégie terroriste, est inscrite dans bien
d’autres lieux de Palerme. En ville, plusieurs établissements scolaires portent le nom du célèbre
juge, dont le courage et la détermination sont régulièrement enseignés aux lycéens. Ce qui manifestement irrite au sein de la pègre, et peut-être
même certains mafieux. Le 10 juillet dernier,
dans un quartier abandonné à la périphérie nord
de Palerme, la statue de Giovanni Falcone trônant devant l’école éponyme a été décapitée. Le
[ 5/11 ]
1992
L’assassinat du juge
antimafia a soulevé
les foules, et la pression
populaire a contraint
l’État italien
à poursuivre la lutte
contre l’organisation
criminelle.
même jour, un autre établissement Falcone a
également été vandalisé. Les tentatives visant à
écorner la mémoire du juge antimafia semblent
pourtant vouées à l’échec. Les hommages sont
toujours aussi nombreux et renouvelés à
Palerme, notamment sur l’arbre qui orne l’entrée de l’immeuble où résidait Giovanni Falcone.
Des photographies, des lettres et des dessins à la
gloire du grand homme sont accrochés au tronc
et aux premières branches de ce splendide magnolia. Tout le monde connaît « l’arbre Falcone »
sur l’avenue Emmanuele-Notarbartolo, juste
avant le croisement avec Piersanti-Mattarella.
Deux hommes politiques siciliens, l’un du XIXe,
l’autre de la seconde moitié du XXe, qui furent
assassinés par la Mafia. Des « cadavres excellents », selon l’expression consacrée.
Giovanni Falcone s’attendait à être exécuté.
L’ancien capo Tommaso Buscetta, qui lui livra les
secrets de l’organisation
mafieuse sicilienne parce que les Corléonais avaient décimé sa
famille, l’avait
d’emblée prévenu, avant de commencer sa
confession. « Un autre juge poursuivra mon travail », avait répondu Falcone. Le maxiprocès,
ouvert en février 1986, clos en décembre 1987,
fut la vengeance du repenti, et la grande victoire
du pool antimafia de Palerme, dont le juge
Falcone était la figure emblématique. Près de la
prison d’Urcciardone, le bunker, spécialement
construit pour l’occasion et censé résister aux
tirs de missiles, témoigne encore, par sa présence, que la force doit rester à la loi. À l’intérieur, les cages où étaient enfermés les prévenus
n’ont pas été démontées. En cette enceinte, en
1987, la perpétuité a été prononcée à l’encontre
de 19 chefs mafieux en cavale, dont les boss de
Corleone, Toto Riina et son adjoint, Bernardo
Provenzano.
Pour la première fois, la justice italienne a détaillé l’organisation mafieuse, ses rites et sa
structure pyramidale coiffée par la fameuse
commission. Elle a également dévoilé les rapports de force entre les différents clans, et les
multiples tentacules de la Pieuvre. Jusqu’alors
objets de controverses, quand elles n’étaient pas
niée, l’existence de la Mafia et la spécificité de
son mode de fonctionnement qui la distingue des
autres organisations criminelles sont devenues
des faits avérés. Grâce à Falcone le Sicilien, qui
sut gagner la confiance de son compatriote mafieux Tommaso Buscetta. Le juge et le capo
étaient des enfants de Palerme. Mais c’est avec
Paolo Borsellino, qui deviendra son complice au
sein du pool antimafia, que Falcone jouait gamin
au foot dans les jardins du couvent de l’église San
Francesco d’Assisi, dans le quartier de la Kalsa.
Moins de deux mois après Falcone, Borsellino fut
tué à son tour, avec son escorte policière, par un
attentat à la voiture piégée, dans une rue de cette
même capitale sicilienne.
L’opération « Mani pulite »
(mains propres)
Ces deux morts ont soulevé les foules, et la pression populaire a contraint l’État à poursuivre la
lutte contre la Mafia. Le juge Falcone disposait
du fameux article 416 bis définissant l’« association mafieuse », et pouvait saisir les biens appartenant à Cosa Nostra. Il imposa l’isolement carcéral aux mafieux condamnés, afin qu’ils ne
puissent continuer de gérer leurs affaires de leur
cellule. Nommé à Rome en 1991, après bien des
déconvenues à Palerme où sa hiérarchie
l’avait lâché, il orienta les
lois pour empêcher le
blanchiment d’argent et
autoriser le gouvernement à
dissoudre les conseils municipaux infiltrés par la Società
Onorata. Il eut encore le
temps, avant d’être assassiné, de lancer ce qui allait devenir le parquet national antimafia, et la direction nationale
des services de sécurité antimafia.
Le 31 janvier 1992, la Cour de
cassation confirme le jugement
du maxiprocès de 1987. La folie
sanguinaire du psychopathe Toto
Riina s’amplifie. Un mois plus
tard, en février 1992, les magistrats de Milan engagent l’opération « Mani pulite » (mains propres) contre les élites politiques et économiques
du nord de l’Italie. Tandis que le Corléonais tue à
tout va, et fait exploser des bombes à Rome, Milan et Florence, la « bourgeoisie mafieuse »,
dont les affaires sont déjà dans le nord de l’Italie,
s’inquiète. Des émissaires de l’État et de la Mafia
prennent langue. Dans ses confessions, Tommaso Buscetta s’était bien gardé de mentionner
des hommes politiques. Leonardo Vitale, le premier « repenti » qui avait révélé nombre de secrets de Cosa Notra en 1973, avait aussitôt été
placé en hôpital psychiatrique par des autorités
qui crièrent au fou. Ce n’est qu’une fois nommé
à Rome, après cette décennie 1980 passée à
Palerme, que Falcone commence à s’intéresser
de près aux affaires politico-financières. Il va en
Suisse, prend conscience, le premier, du rôle
joué par les paradis fiscaux. La Mafia est sortie de
Sicile, et son argent est partout, caché sur des
comptes à son image, secrets et difficilement
déchiffrables.
Dans les années 1990, l’Italie découvre que la
réalité est d’une folle complexité. Durant les
deux décennies précédentes, rappelle l’historien
de la Mafia Jacques de Saint Victor *, « par l’intermédiaire de la Maçonnerie déviante (loge P2 de
Licio Gelli), plusieurs mondes sont entrés en
contact : des dirigeants de la Démocratie chrétienne, autour de Giulio Andreotti, la Banque vaticane, les services secrets, l’extrême droite et la
Mafia ». Si le commanditaire des assassinats de
Giovanni Falcone et de Paolo Borsellino est bien
le Corléonais et capo di capo Toto Riina, il a peutêtre été encouragé ou épaulé par certains serviteurs de l’État.
En 1989, Falcone avait attribué la tentative
d’attentat contre la villa qu’il louait sur la côte de
l’Addaura, près de Palerme, à des « esprits très
raffinés ». On découvrit longtemps après sa mort
que deux membres des services secrets avaient
visité cette villa peu avant qu’une charge explosive n’y soit découverte. Les deux agents furent
tués, l’un étranglé et dissous dans l’acide, l’autre
avec sa femme enceinte. L’ombre des services
secrets a également été détectée dans les ultimes
préparatifs menant à l’assassinat de Borsellino.
Toto Riina, arrêté en 1993, demande aujourd’hui
de pouvoir mourir de son cancer hors de prison.
Mais, alors que la justice vient de découvrir qu’il
continue de gérer ses affaires de sa prison grâce
aux visites de son épouse, aucun juge ne semble
en mesure de l’inciter à décrire dans le détail la
toile qu’il avait tissée dans les années 1980-1990.
« Mon frère m’a appris à ne croire que les preuves, et je veux croire que la justice arrivera à lever
certains mystères », affirme Maria Falcone, la
présidente de la fondation éponyme. Une autre
sœur sicilienne, Rita Borsellino, qui est engagée
en politique, a des propos d’un pessimisme plus
tranchant. Elle ne cesse de dénoncer les complicités mafieuses de ministres et fonctionnaires
romains dans les assassinats des deux juges,
grandis dans les venelles palermitaines de la
Kalsa, et qui, presque à eux seuls, sauvèrent
l’honneur et l’intégrité de l’État italien. ■
* « Un pouvoir invisible. Les mafias
et le pouvoir démocratique (XIXe-XXe siècle) »,
Jacques de Saint Victor, Gallimard.
RETROUVEZ DEMAIN : Waco, la ferme de l’Apocalypse
vendredi 11 août 2017
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
MARIN DE VIRY
Depuis que les députés
Insoumis ont laissé
tomber la cravate d’usage
dans l’Hémicycle, tout est
permis à l’Assemblée.
Un laisser-aller qui agace
l’écrivain*, qui défend
avec humour la nécessité
du maintien contre
l’individualisme débraillé.
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
17
La décadence vestimentaire
à l’Assemblée ou la disparition du surmoi
C’
qu’on peut trouver un point d’accord
Je veux bien avoir été élu en disant
symbolique avec les Insoumis. Ils
en bras de chemise des choses comme
désignent ensemble - déboutonnés
« on va casser le mindset des partis »,
résistants (Insoumis) et déboutonnés
ce qui m’arrive me procure une
cools (Marcheurs)- les porteurs de
émotion.
cravate comme des soumis à reculons,
Cette émotion a quelque chose de
ou des pusillanimes à la démarche en
solennel. Ce quelque chose de solennel
crabe, ou des velléitaires en marche
est peut-être sacré. Ce quelque chose
arrière, comme vous voudrez, du
de peut-être sacré me pousse à
moment qu’il s’agit de quelque chose
m’habiller d’une manière qui honore
d’infâme. C’est en
le lieu, le principe, le phénomène,
effet sur la création
l’institution, que sais-je ? En tout cas,
Nu, le représentant du peuple
ex nihilo de ringards
je ne me balade pas là-dedans comme
que
s’exerce
s’il m’était donné, à moi, de déchirer
est pur comme le peuple
la poussée politique
le rideau du Temple comme ça, crac,
dont il émane. Son mandat
contemporaine.
d’entrée de jeu.
devient symboliquement impératif
Du côté d’En
« Back to basics », comme disait
marche !, la chose
l’autre : pourquoi est-on habillé,
par le moyen du déshabillé
– je veux dire la
ou plutôt pourquoi n’est-on pas nu ?
chemise ouverte ou le
Parce qu’on a honte. Pourquoi a-t-on
petit top sans veste – sont dans l’esprit
Voltaire avait dû chuchoter à
honte ? Mystère, mais qui ne se réduit
du mouvement, car ils sont « casseMélenchon qu’il n’y a « rien de plus
pas à un vieil appris archaïque,
codes ». Ce sont des gens qui cassent
respectable qu’un ancien abus »,
à une convention abusive. En fond de
les codes sans les avoir jamais
et la conscience de ce tribun,
tableau biblique, s’habiller est un aveu
décodés. Ils ont lu dans la Harvard
n’écoutant que le désir historique
d’indignité. C’est après avoir trahi
Business Review qu’il était bon de
d’émancipation du peuple et le
Dieu que la pudeur naît. S’habiller,
casser
les
codes.
Alors
ils
cassent.
Bon.
scandale de cette vénération obscure,
c’est ensuite endosser le rôle que
Dansez avec Cohn-Bendit, les gars,
en avait immédiatement conclu qu’il y
prend sa personne dans le regard des
les filles, ça vous passera avant
aurait désormais des sans-cravates
autres : prêtre, chef, militaire, savants
que ça me reprenne, se dit
comme il y avait eu des sans-culottes.
de tout poil, paysan, etc. Et c’est enfin
le spectateur citoyen.
Il s’agit, au fond, de briser la vieille
une sorte d’aimantation érotique,
malédiction de la soumission à l’ordre.
la fabrication de son
Là-dessus, une bonne partie des
apparition aimable.
Du côté d’En marche !, la chemise
godelureaux incultes (expression dans
Si on renonce à ces
laquelle il ne faut voir aucune ironie,
trois fonctions
ouverte ou le petit top sans veste
car ils sont aussi fiers d’être
- pudeur, rôle social,
sont dans l’esprit du mouvement,
inexpérimentés que dépourvus
séduction - au profit
de connaissances) qui font le fond
d’une approche
car ils sont « casse-codes ».
du mouvement En marche ! se disent
sans-culotte » de
Ce sont des gens qui cassent les codes «l’aspect
vestimentaire,
sans les avoir jamais décodés
c’est qu’on ne s’estime
fondamentalement
Et puis il y a les autres. Ceux qui
pas capable de culpabilité, que l’on
restent cravatés et celles qui restent
se soustrait à assumer son rôle social et
en tailleur. Tout le monde ne peut pas
que l’on renonce à la séduction, ou en
embarquer pour le Nouveau Monde.
tout cas à l’amabilité, ou disons encore
Tout le monde ne verra pas la statue
à la conversation des apparences.
GRANGER NYC/RUE DES ARCHIVES
de la Liberté se détacher dans la
On peut trouver la cravate dépassée,
brume de Manhattan. Il y a ceux qui
ridicule, esthétiquement improbable,
restent au pays.
et au fond n’étant pas en phase avec la
Je pose modestement une question
dignité de la fonction telle qu’elle doit
citoyenne d’importance symbolique
s’exprimer de manière moderne.
non nulle : pourquoi et comment
C’est tout à fait légitime. Mais si on ne
s’habille-t-on, singulièrement quand
met rien à la place, on aura célébré
on est député-e ?
le culte de la table rase, pas celui de
N’ayant jamais été élu du peuple
la politique. Il se passe avec la cravate
dans quelque instance que ce soit,
bourgeoise le même phénomène
je ne peux que m’imaginer député.
qu’avec les hôtels particuliers piqués
Je me réveille un matin, morceau
à l’aristocratie pendant la Révolution.
de la souveraineté. Représentant
La République les habite toujours. Mais
de la volonté générale. Partisan
son génie est de les avoir envahis, pas
d’une certaine conception de la
d’avoir inventé une architecture des
société. Voulant à toute force que
lieux de pouvoir qui lui soit propre.
la loi reflète mes arguments car
Abolir n’est rien.
j’aurais convaincu mes collègues
*Marin de Viry est écrivain
au cours d’une noble discussion
et collaborateur à la «Revue des Deux
et le vote aura tranché. Le tout
Mondes». Il vient de publier
au Palais Bourbon. Au cœur
«Un roi immédiatement»
de la capitale, de la République,
(Éditions Pierre-Guillaume de Roux,
de la politique, de l’histoire de France.
144 p., 18,50 €).
l’Apollon du Belvédère ou Vénus sortie
de sa conque, mais le symbole est
posé : nu, le représentant du peuple
est pur comme le peuple dont
il émane. Son mandat devient
symboliquement impératif par
le moyen du déshabillé. À poil,
le représentant parle peuple comme
les apôtres parlent dans la langue de
l’Homme pendant la Pentecôte.
est amusant comme
une « séquence »
au sens des
communicants
– un thème vague,
un politique
ambitieux qui trouve un angle
hasardeux pour faire un clash qui le
hissera dans le monde, une polémique
poussive, dans le meilleur des cas
conclue par une réforme creuse,
le tout suivi d’une sieste générale
et d’un immense désir d’oubli –
se ferme dans l’esprit du citoyen,
et qu’il lui est difficile d’y revenir.
Ainsi en va-t-il de l’affaire
des sans-cravates à l’Assemblée
nationale, qui mérite pourtant
qu’on y revienne, car elle possède
son petit capital symptomatique.
La « séquence » était la suivante.
D’après nos rebelles, l’ordre
phallocratique et bourgeois au service
du capital avait réussi de longue date
à imposer ses codes esthétiques
dans l’enceinte parlementaire.
Porter la cravate, c’était se soumettre
à cette violence symbolique devenue
immémoriale. Refuser de la porter,
c’était y faire pénétrer la lumière
de la volonté populaire moderne, et
reculer l’assujettissement aux formes
culturelles de l’oppression. Dans son
esprit, ce refus dotait l’horizon
eschatologique d’une nouvelle beauté
morale : le naturisme parlementaire.
Certes, tout le monde est bien
conscient que le représentant moyen
du peuple n’est pas fait comme
«
»
«
»
ENTRE GUILLEMETS
11 août 1297 : canonisation de Louis IX, qui devient Saint Louis.
Louis IX à sa fille
La mesure dont
nous devons
l’aimer (Dieu),
c’est de l’aimer
sans mesure»
BIBLIOTHÈQUE DES ESSAIS
■ « Qui imagine
le général de Gaulle
mis en examen ? »
de Georges Fenech
FIRST DOCUMENT, 206 P., 15,95 €.
■ POLITIQUE « Qui imagine le général
de Gaulle mis en examen ? » La formule
inventée par François Fillon pour nuire
à Nicolas Sarkozy s’est retournée, on le
sait, contre son auteur. Elle prend un
tour encore plus cruel en accroche de
couverture du dernier livre de Georges
Fenech.
Cet ancien député Les Républicains du
Rhône a vécu aux premières loges le
psychodrame qui a coûté à la droite
l’élection présidentielle de 2017, mais
aussi, dans la foulée, les législatives. Il a
surtout été le premier parlementaire de
son parti à oser prédire publiquement la
défaite inéluctable du vainqueur de la
primaire de la droite et du centre en
raison des « affaires » qui parasitaient
sa campagne. Ce qui n’a pas empêché
Georges Fenech d’être balayé à son tour
par la vague Macron, en perdant sa cir-
conscription de Givors, en périphérie
de Lyon.
Au fil des pages, cet ancien magistrat
retrouve ses réflexes. Il décortique une
défaite comme on bâtit, pas à pas, un
dossier d’instruction. Tout est là, les
noms, les dates, les déclarations, la
description clinique d’un mécanisme
qui conduira à une forme de suicide
collectif, façon Ordre du Temple
solaire. Georges Fenech pense savoir de
quoi il parle : il fut des années durant le
patron de la mission interministérielle
de lutte contre les sectes. Il a espéré un
temps que les amis de Fillon parviendraient à convaincre leur champion de
renoncer à se présenter à l’élection suprême, surtout après sa mise en examen. Comme l’ancien premier ministre
s’y était d’ailleurs engagé devant les
Français. Désillusion.
Fenech a alors pris la tête d’une véritable fronde et poussé la candidature
d’Alain Juppé. Sans plus de succès. Il a
même cru en François Baroin… pas plus
de 24 heures. Tant d’allégeances successives qui en disent long sur le désarroi d’une famille politique en pleine décomposition. Dans son récit, l’auteur va
jusqu’à se demander si Sarkozy n’a pas
fait « capoter le plan Juppé » et laissé
« Fillon courir au désastre », en espérant
ensuite « reprendre la main avec ses fidèles ». Une liberté de ton assumée. Car
il frappe fort et tous azimuts, mais essentiellement sur son propre camp. Au
risque de s’attirer des haines farouches.
La théorie du complot brandie par
Fillon pour expliquer sa déconfiture,
Fenech n’y croit pas. Et pour cause : le
système judiciaire en France est ainsi
organisé que tout remonte au sommet
de l’exécutif. Nul besoin d’un « cabinet
noir ».
Au final, une chronique documentée,
légitime et courageuse. Elle véhicule
peut-être une vision un brin idéalisée
de l’action et de la personnalité de certains magistrats, oubliant même de citer des noms pourtant essentiels, comme celui de Jean-Louis Nadal, figure de
proue de la gauche judiciaire bombardée à la tête de la Haute Autorité pour la
transparence de la vie publique sous
François Hollande. Mais Georges
Fenech l’avoue volontiers : de son ancienne vie professionnelle, il a conservé
une certaine nostalgie. Son livre, en
tout cas, est un coup de poing, asséné
avec d’autant plus d’énergie que son
auteur assure désormais vouloir « prendre date avec l’histoire ». À suivre…
JEAN-MARC LECLERC
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
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Cahier 2 Économie
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Magazine 96 pages
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Cahier 2 Économie
A
Dassault Médias
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75009 Paris
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Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU
Étudiant
sans le sou
issu de la ville
ouvrière
de Leeds,
Damien Hirst
sera révélé
en 1988,
par « Freeze »,
sa « Graduation
Exhibition ».
P
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O
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DAVE BENETT/
GETTY IMAGES,
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DE
1988
Damien Hirst,
l’art et la manière
Étudiant du Goldsmiths College, il organise
une exposition d’avant-garde dans le port de Londres.
Bio
EXPRESS
1965
Naissance le 7 juin
de Damien Steven
Brennan à Bristol,
d’une mère
d’ascendance
irlandaise
et catholique.
Il n’a jamais connu
son père, a grandi
à Leeds.
1997
Exposition
« Sensation »
à la Royal Academy,
qui révèle la YBA
(Young British
Artists) Generation.
2008
Les 15 et
16 septembre, Hirst
organise sa propre
vente aux enchères
chez Sotheby’s à
Londres. Résultats
fous : 111 millions de
livres pour 218 lots.
2017
A
Hirst signe son
retour à Venise
avec « Treasures
from the Wreck of
the Unbelievable »
chez François
Pinault, histoire
de l’art revue et
follement corrigée.
RETROUVEZ
DEMAIN :
Kaija Saariaho,
l’opéra au féminin
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
En 1988, S. M. Elizabeth II est la
reine du Royaume-Uni depuis le
6 février 1952. Le 3 janvier, sa première ministre conservatrice,
Margaret Thatcher, a battu le record de longévité avec huit ans et
244 jours d’exercice. En février, il
est établi que 50 % des travailleurs
et 80 % des travailleuses gagnent
moins que la plus petite somme nécessaire pour s’acheter une maison
à Londres. En mai, le chômage
descend en dessous des 2,5 millions, une première depuis 1981. En
juin, le président Ronald Reagan
fait une visite d’État à Londres et
80 000 personnes assistent à un
concert en l’honneur de Nelson
Mandela au stade de Wembley. Du
6 août au 29 septembre, une exposition d’avant-garde, « Freeze », attire l’œil sur les Surrey Docks des
London Docklands dans l’Est prolétaire de la capitale. Son organisateur s’appelle Damien Hirst…
Avec le recul de l’histoire s’écrit
la légende dorée d’un artiste
aujourd’hui riche et célèbre
(536 000 résultats sur Google), qui
vient de transformer son faux naufrage en succès phénoménal chez
François Pinault à Venise. S’écrit
aussi la geste de ces découvreurs
dont le flair vaut de l’or. Cette
exposition dans un entrepôt abandonné des Docks est celle qui a
révélé Damien Hirst, étudiant sans
le sou en deuxième année du
Goldsmiths College, fils à problèmes, émigré de Leeds l’ouvrière,
prototype d’un nouveau genre, rebelle, autoentrepreneur, instinctif,
convaincu, ambitieux et stratège…
Ses pairs hériteront, grâce à lui, du
royal titre de YBA (Young British
Artists) Generation. Quand un courant est baptisé, son importance
dans l’histoire de l’art est sanctifiée,
sa cote aussi dans ce monde de l’art
contemporain qui éclot alors.
Grâce aux recommandations de
Michael Craig-Martin du Goldsmiths College, cette exposition
d’été, excentrée et sans paillettes,
touche son cœur de cible. Elle reçoit la visite du magnat de la publicité et collectionneur phare des années 1990, l’Anglo-Irakien Charles
Saatchi (son agence Saatchi & Saatchi a inventé « Labour Isn’t Working » pour la campagne des tories
en 1979). Celle de l’historien de l’art
Nicholas Serota, pur diplomate à
l’anglaise, pile l’année où il quitte la
Whitechapel Gallery de Londres
pour prendre la direction de la Tate
qui n’est pas encore dédoublée entre
Tate Britain et Tate Modern (sir
Nicholas Serota y restera vingt-huit
ans !). Et celle de son grand rival, le
génie persifleur Norman Rosenthal,
« Exhibitions Secretary » à la Royal
Academy of Art (RAA) depuis 1977,
qui fera exploser la renommée de la
YBA Generation et de son lider
maximo, Damien Hirst, avec son
exposition « Sensation » en 1997.
Pour être sûr que Rosenthal se dérange, confirme l’artiste sur son
site, Damien va le chercher en voiture à la RAA et l’y reconduit après.
Officieusement, nous dit une de
ses proches, Damien Hirst rit de
tous ceux qui prétendent aujourd’hui être allé, à l’autre bout de
Londres, voir cette petite exposition
téméraire sans autre bénédiction
que celle de la London Docklands
Development Corporation. Peu de
Cette exposition
d’été, excentrée
et sans paillettes,
touche son cœur
de cible.
Peu de pièces,
un accrochage
de 16 artistes,
mais Damien Hirst
exhale un charme
tout neuf
pièces dans cet accrochage de 16 artistes, pour la plupart apprentis du
Goldsmiths College. Une pièce en
trois actes dans un lieu déglingué à
une époque où, sortie de la musique
et de ses stars, Londres fait plutôt
bon genre et grise mine. Une ville du
business où l’art est chose soignée,
bourgeoise, à l’abri des sanctuaires
que sont les musées et les quelques
galeries. Il exhale donc un charme
tout neuf, amateur et vindicatif de
cette « Graduation Exhibition ».
Conquête oblige, il y a déjà un vrai
catalogue de Tony Arefin avec un
essai du mentor Ian Jeffrey, une
couverture or et « Freeze » écrit en
vert et blanc. En tirage hyperlimité,
mais distribué manu militari par les
artistes tout l’été dans les galeries de
Londres. Aujourd’hui, un « collector » que personne ne laisse traîner
dans sa bibliothèque.
Le jeune Damien Hirst, 23 ans,
expose d’abord des boîtes de
céréales repeintes aux couleurs de
Malevitch et agencées en sculptures
conceptuelles (Boxes), puis étrenne
ses Spot Paintings en peignant directement sur les murs de ce premier loft de l’art (Edge et Row). En
2011, juste avant d’envahir les onze
espaces de la Gagosian Gallery à
travers le monde, ce roi de l’autopromotion nous disait avoir peint
« autour de 1 500 de ses Spot
Paintings en vingt-cinq ans de peinture, soit une moyenne de 60 Spot
Paintings par an ». Le succès
remonte donc loin. Après les Docks,
sa première exposition solo « In and
Out of Love », organisée par Tamara Chozdko dans une ancienne
agence de voyages à Woodstock
Street, dévoile, à l’été 1991, ses
Butterfly Paintings, papillons englués dans la peinture industrielle.
La même année, l’exposition « New
Contemporaries » à l’Institute of
Contemporary Arts de Londres fait
un carton. Sa soirée mémorable
aussi. Car, irlandais par sa mère,
Damien Hirst aime la fête et le partage qui va avec. Son charisme est
fait d’une vitalité débordante et
d’une intelligence éclair.
Buveur, noceur, pourfendeur,
l’artiste est né trop tard pour être
punk mais en aime les outrances
théâtrales. En 1981, il n’a que 16 ans
lorsqu’il travaille quelque temps à la
morgue de Leeds. Par bravade, il se
fait prendre en photo à côté d’une
tête humaine coupée : « With Dead
Head », tirage crâneur de bizuth
devient œuvre vintage sur aluminium en 1992. Hors de prix, of course. Il tapissera sa première série de
Medicine Cabinets de chaque chanson de l’album God Save the Queen
des Sex Pistols. Après un de ses premiers vernissages, Eric Franck,
homme de finance devenu galeriste
photo, frère de la photographe
Martine Franck et beau-frère du
grand Henri Cartier-Bresson, s’enthousiasme pour l’un de ses Medicine Cabinets : ce ready-made en
forme d’armoire à pharmacie est
une vanité contemporaine où les
médicaments sont alignés comme
dans un précieux coffre-fort.
« Quand j’ai connu Damien, un an
avant les Docklands, il était manutentionnaire chez le grand galeriste
de Londres Anthony d’Offay, gentleman à l’élégance parfaite. Il sortait
les tableaux de maître des rails pour
les montrer à des milliardaires. Il
avait déjà un discours très posé sur ce
système qui ne profitait qu’aux
marchands et pas aux artistes. Ses
yeux brillaient, il parlait très vite
avec un bagout et un accent intenses », nous raconte une de ses
fidèles. Tout était dit. ■
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO - N° 22 707 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
CUBA
ALTICE
COUP DE FREIN
DU GOUVERNEMENT
AU SECTEUR PRIVÉ PAGE 21
LA SOCIÉTÉ DE PATRICK
DRAHI VA RETIRER
SFR DE LA BOURSE PAGE 24
économie
Le streaming provoque un
big bang dans la télévision
À l’instar de Disney, les producteurs comptent diffuser eux-mêmes sur Internet
leurs contenus. Un coup dur pour les câblo-opérateurs, les télés… et Netflix.
Les téléspectateurs se détournent
de plus en plus de la télévision en
direct. Armés de leurs PC, smartphones ou tablettes, ils s’habi-
tuent à consommer autrement
via les petits écrans. La puissance
de YouTube ou Facebook dans la
vidéo ou de Netflix et Amazon
avec des séries et des films qu’ils
produisent eux-mêmes poussent
les producteurs et diffuseurs historiques à lancer une contre-of-
fensive. En reprenant la main sur
leurs contenus, et en lançant
leurs propres plateformes, comme va le faire Disney.
èLA TÉLÉVISION BOULEVERSÉE PAR L’ESSOR DU STREAMING èPOUR LE TÉLÉSPECTATEUR, TOUT SE COMPLIQUE
è NETFLIX CONTRAINT D’ACHETER DES CONTENUS PAGES 20 ET 21
Les alliances
se multiplient
dans
la voiture
autonome
TOYOTA
Après BMW en début
d’année, ou RenaultNissan l’an dernier,
Toyota va à son tour
créer un consortium
dans la voiture
autonome. L’objectif
est de s’associer avec
des entreprises des
hautes technologies
pour optimiser de
lourds investissements.
NOUVEAU BRAS
DE FER ENTRE
DELIVEROO ET
SES COURSIERS
Grogne chez les coursiers travaillant pour la start-up de livraison
de repas à domicile Deliveroo. Rendez-vous est donné ce vendredi, à
19 heures, pour manifester place de
la République, à Paris, à l’appel du
Clap, le Collectif des livreurs autonomes de Paris, SUD et la CGT, pour
protester contre le nouveau mode
de rémunération décidé par la direction. Un appel similaire a été lancé à
Bordeaux et Lyon. Un précédent
rassemblement, en mars, avait attiré une centaine de livreurs à Paris.
Jérôme Pimot, ancien livreur et cofondateur du Clap, en attend cette
fois-ci plusieurs centaines.
Depuis quelques jours, Deliveroo a
modifié les conditions de rémunération de ses livreurs, s’attirant le feu
de critiques. La CGT a estimé que la
start-up a fait preuve « d’une brutalité absolue », en changeant ses
tarifs. Le syndicat estime que la décision entraîne des « pertes de revenus de l’ordre de 30 à 40 % ».
Jusqu’alors, les livreurs les plus anciens disposaient d’une « rémunération minimum de 7,50 euros par heure ainsi qu’une part variable allant de
2 à 4 euros par course ». Depuis le
27 juillet, Deliveroo ne les rémunère
plus qu’« à la tâche ». « Notre message à la direction de Deliveroo est
clair : si vous ne voulez plus nous
payer qu’à la course, notre prix minimum est de 7,50 euros par course,
pas moins. Son tarif de 5 euros en
province (5,75 à Paris), est inacceptable », insiste Jérôme Pimot.
Selon lui, Deliveroo minimise le
changement en expliquant qu’un livreur effectue en moyenne 3,2
courses par heure. « C’est une
moyenne très théorique. Elle ne correspond pas à la réalité, juge Jérôme
Pimot. Un coursier fait en moyenne
une course à l’heure, car tous ne
travaillent pas aux heures de pointe
ni dans les bons quartiers. »
La direction de l’entreprise explique
que le changement de contrat ne
concerne que 10 % des livreurs, soit
600 -parmi les plus anciens, sur un
total de 7 500. « Nous égalisons,
cet été, les conditions tarifaires de
tous nos livreurs ».
MATHILDE VISSEYRIAS
PAGE 22
L’ÉTÉ DU FIGARO
La savonnerie
Marius Fabre
perpétue la tradition
PAGE 23
LA SÉANCE
DU JEUDI 10 AOÛT 2017
CAC 40
5115,23
-0,59%
DOW JONES (18h)
21926,61 -0,55%
ONCE D’OR
1284,40 (1271,05)
PÉTROLE (lond)
52,620 (52,280)
EUROSTOXX 50
3433,54 -1,01%
FOOTSIE
7389,94 -1,44%
NASDAQ (18h)
6256,57 -1,51%
NIKKEI
19729,74 -0,05%
L'HISTOIRE
OurCompany, l’application
qui mesure le bien-être en entreprise
S
uis-je heureux ou malheureux
à mon travail ? Suis-je condamné
au burn-out ou au bore-out ?
Ces questions, beaucoup
de salariés se les posent.
L’application OurCompany, lancée
en mai 2017, permet justement de mesurer
son niveau de bien-être au travail
pour mieux prévenir les situations
humainement difficiles.
Pour appréhender une telle notion,
la start-up propose de mesurer
soi-même trois critères
quotidiennement :
le stress, l’humeur
et l’énergie.
Trois indicateurs
symbolisés par des
émoticônes et une
pile plus ou moins
chargée.
Une centaine
de questions du type
« Suis-je stimulé
par mon travail ? »,
« Ai-je du mal a
décroché de mon
travail ? » permettent
également d’étayer le résultat.
À la clé, des graphiques comparatifs sur
son propre bonheur au travail, celui de ses
collègues et de toutes les autres personnes
connectées. Mieux, chacun peut voir le niveau
de bien-être global des 250 à 300 entreprises
déjà notées. « C’est une déclinaison
de Tripadvisor dans l’entreprise », relève
son président fondateur, Stéphane Bourbier.
À terme, l’application pourrait même devenir
une sorte de syndicat du futur.
« Le stress est très
présent dans mon
métier », explique ainsi
Isabelle, déléguée
du personnel
dans une société
d’assurances
et utilisatrice de la
première heure de l’appli.
L’application est pour elle
un moyen de sonder
les préoccupations de ses
collaborateurs, via le chat
anonyme de l’appli,
et de les relayer lors
des dialogues sociaux. ■
AMAURY BUCCO
La production
industrielle
décline en juin
Si la production industrielle a
augmenté de 1,2 % sur l’ensemble du deuxième trimestre et de 1,9 % sur un an, les
résultats sont toutefois décevants pour le mois de juin.
Selon les chiffres de l’Insee
publiés jeudi, elle a ralenti de
1,1 % alors qu’elle était en
hausse de 1,9 % au mois de
mai. Plus spécifiquement,
concernant la production
manufacturière, l’Insee enregistre une baisse de 0,9 %
en juin après avoir bondi de
2 % en mai. Et pour le
deuxième trimestre, elle est
en hausse de 1,3 %.
Premier secteur à l’origine de
cette baisse de la production
au mois de juin, les matériels
de transport, avec un recul
de 4,4 %. La production des
biens d’équipement a également baissé de 2,7 %, plombés par un recul de la fabrication de l’appareillage
électrique. Du côté des énergies extractives, de l’énergie
et de l’eau, les résultats se
détériorent également avec
une baisse de la production
de 2,2 %. Quant aux autres
secteurs, l’Insee observe un
repli de la production agroalimentaire ou encore de la
métallurgie et du textile.
A contrario, d’autres secteurs sont restés dynamiques. C’est le cas de la cokéfaction et du raffinage
(transformation du pétrole
brut et du charbon en produits utilisables) qui enregistrent de bonnes performances avec une hausse de la
production de 4,4 % en juin
contre 2,1 % en mai. Et, sur
l’ensemble du deuxième trimestre, elle a augmenté de
18 % par rapport à la même
période l’an dernier.
La production pharmaceutique retrouve, elle, de la
croissance avec une hausse
de 3 % après un recul de
0,7 % en mai. Enfin, la production de bois, de papiers et
de l’imprimerie, s’est stabiliA. B.
sée autour de + 0,5 %.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
La télévision bouleversée par le streaming
La consommation de programmes passe de moins en moins par les chaînes traditionnelles. Toutes veulent
CHLOÉ WOITIER
ET ALEXANDRE DEBOUTÉ
£ @W_Chloe £@axel_deb
C’est une lame de fond qui traverse
l’industrie de la télévision payante
américaine. Un à un, les grands
groupes TV se lancent dans l’aventure des offres d’abonnement en
streaming. Dernier en date et non
des moindres : Disney. À partir de
2019, les Américains pourront puiser dans son immense catalogue de
films et de séries et les regarder sur
n’importe quel écran (télévision,
mobile, tablette, PC), où et quand
ils le souhaitent, grâce à leur
connexion à Internet.
Disney prévoit d’ajouter des
contenus spécifiquement créés pour
cette offre payante en OTT (voir
glossaire). Le géant du divertissement lancera en 2018 une offre similaire pour ses chaînes de sports
ESPN. Il n’y aura plus besoin d’être
abonné à la télévision câblée pour
regarder les grandes compétitions
sportives américaines. Là encore,
un écran connecté à Internet suffira.
Time Warner avait donné le la en
2015 avec l’offre HBO Now, qui permet, pour 15 dollars par mois, de
regarder la chaîne payante et de
consulter à l’envi tout de son cata-
logue sans être abonné au câble. Le
groupe a depuis bâti d’autres offres,
comme FilmStruck (classiques du
cinéma) ou Boomerang (dessins
animés). Les autres groupes télévisés suivent le mouvement, et la liste
des abonnements en OTT s’allonge
de jour en jour : CBS, Showtime,
FX, NBC…
Compétition sportives,
films et séries télévisés
sont de plus en plus
disponibles par le biais
d’offres d’abonnement
en streaming.
ELSA/AFP, SAMSUNG,
RICH GRAESSLE/AP, ZADE
ROSENTHAL/MARVEL, SONY
Marche forcée
Mais que l’on ne s’y trompe pas.
Cette tendance est avant tout une
marche forcée pour ne pas se faire
« ubériser » par les nouvelles stars
des écrans, qu’elles s’appellent
Netflix, Hulu ou Amazon Video,
mais aussi YouTube (Google) ou
Facebook, qui prennent de plus
en plus des airs de télévisions. Facebook a ainsi annoncé mercredi le
lancement de Watch, un nouvel espace dédié aux contenus originaux
produits pour le réseau social. Entre
toutes ces plateformes, le téléspectateur a découvert une nouvelle liberté : choisir ce qu’il veut regarder, quand il en a envie. Finie la
dictature de la grille des programmes, vive la « délinéarisation ».
Jusqu’à récemment, les grands
groupes TV américains ne voyaient
pas d’inconvénient à déverser leurs
contenus sur ces nouvelles plateformes vidéos à la demande (SVOD).
Elles représentaient un moyen efficace de monétiser leurs fonds de ca-
talogue sans bourse délier. Mais le
frottage de mains a laissé place à la
soupe à la grimace. Netflix ne cesse
de grossir. Le service compte à ce
jour 50 millions d’abonnés aux
États-Unis. La télévision câblée,
elle, n’en a plus que 48 millions.
Car, chose impensable jusqu’alors,
de plus en plus d’Américains
- 941 000 rien qu’entre avril et
juin - se désabonnent des bouquets
de chaînes des câblo-opérateurs.
Le modèle du câble, fixé depuis
les années 1970, est bien en train de
vaciller. Les tarifs des câblo-opérateurs, oscillant entre 50 et 100 dollars par mois, semblent désormais
disproportionnés face à un Netflix à
10 dollars. Leurs contrats sur douze
ou vingt-quatre mois paraissent
aussi dépassés face à des plateformes auxquelles on s’abonne sans
engagement.
La ruée actuelle vers les plateformes répond à l’évolution des usages
et à la perspective de faire payer
l’accès à des contenus premium.
Les producteurs de contenus comme Disney ou HBO, qui investissent
lourdement
Netflix contraint d’acheter des contenus
La décision de Disney de quitter
Netflix fin 2018 éclaire d’un jour
nouveau l’annonce, faite une
journée plus tôt, du rachat par la
plateforme vidéo du label de comics Millarworld. Alors que les
très bankables héros de Marvel
(Les Avengers) de Disney vont
faire leurs valises, Netflix devient
propriétaire d’un autre catalogue
de super-héros, comme KickAss, qu’il pourra exploiter à loisir
sous forme de séries ou de longsmétrages. Et ceux-là ne pourront
jamais quitter son catalogue.
Cela fait déjà plusieurs années
que Netflix investit massivement
dans la production de ses propres
contenus. Il avait débuté en 2013
avec la série House of Cards.
Aujourd’hui, ce sont près d’une
dizaine de « Netflix Originals » qui
déferlent chaque mois sur le servi-
ce. Netflix souhaitait initialement
renforcer l’attractivité de son offre
en proposant des programmes visibles nulle part ailleurs. Avec le
recul, cette stratégie s’est avérée
judicieuse. Si le départ de majors
comme Disney est indéniablement
un coup dur, le catalogue de Netflix ne se retrouve pas vidé du jour
au lendemain.
La concurrence directe
d’Amazon Video et Hulu
La société a consacré cette année
6 milliards de dollars à la production de films, séries, documentaires, spectacles comiques ou dessins animés. Derniers coups en
date, la diffusion en 2018 d’une
série créée par les frères Coen, et
le retour d’une légende de la télévision américaine, David Letterman. Mais la fuite en avant n’est
pas loin. Netflix doit composer
avec la concurrence directe
d’Amazon Video et Hulu, qui investissent aussi dans les programmes originaux premium. Le
lancement d’offres en streaming
chez les chaînes de télévision
n’arrange pas les choses. Et que
dire de YouTube, Snapchat et Facebook, qui ouvrent à leur tour
leurs chéquiers pour acquérir des
contenus vidéos exclusifs et des
droits sportifs.
Avec 104 millions d’abonnés
dans le monde, Netflix a de quoi
voir venir. Mais à mesure que la
concurrence gagnera en puissance, il devrait dépenser de plus
en plus pour conserver les faveurs des internautes. Selon le
LA Times, l’endettement de Netflix s’élève à 20 milliards de
dollars. ■
C. W.
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
09/08/2017
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
A
Aviva Investors France
24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Vocation
Valeur
Valeur
Valeur a la
création précédente liquidative
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
141,95
62,56
627,60
763,76
875,42
140,35
61,95
626,26
760,11
875,94
PROCHAINE PARUTION : 18/08/2017
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
dans le développement de programmes, veulent reprendre la
main sur la chaîne de valeur.
Les câblo-opérateurs se sont aussi
mis à proposer des « skinny bundles », des mini-bouquets à prix réduits regroupant des chaînes de télé
incontournables à consulter sur un
appareil connecté. Aux États-Unis,
le leader du marché, SlingTV,
compte 1,3 million d’abonnés. YouTube s’y met aussi, avec YouTube
TV. Mais des groupes médias travaillent à leur propre skinny bundle,
comme Discovery. Il vient de racheter pour 14,6 milliards de dollars
le groupe télévisé Scripps afin de bâtir une offre lifestyle sur ce mode.
Cette révolution permet aux
chaînes américaines de reprendre le
contrôle de la distribution de leurs
contenus. Elle pourrait, à terme,
menacer le modèle de la télévision
câblée. Mais ces velléités s’effacent
au-delà des frontières des ÉtatsUnis. Les chaînes payantes laissent
Netflix, mais aussi les acteurs locaux
comme Sky ou OCS exploiter leurs
catalogues en SVOD à l’international. Pour combien de
temps ? la chaîne HBO s’est exportée en Espagne et dans les pays nordiques. Cette semaine, CBS a annoncé le lancement de son offre CBS
All Access à l’étranger à partir de
2018. « Netflix a plus de 50 millions
d’abonnés à l’international. Le gâteau est énorme et on ne voit pas
pourquoi on ne pourrait pas croquer
dedans », a affirmé le patron de CBS,
Leslie Moonves, qui préfère exploiter lui-même ses contenus.
En France, Altice et Vivendi
se distinguent
De l’autre côté de l’Atlantique, en
Europe, le même phénomène provoque les mêmes effets. Le Britannique Sky, bientôt sous contrôle à
100 % de Fox, fourbit ses armes au
Royaume-Uni ou en Allemagne, où
Sky Deutschland a racheté la plateforme de streaming HollyStar. En
France, les principaux acteurs de la
télévision se démènent aussi. Les
grands groupes télé TF1 et M6 ont
bien conscience de la montée en
puissance du streaming, qui met à
mal leur modèle d’audience en direct vendue aux annonceurs. Ils dé-
Pour le téléspectateur, tout
DÉCRYPTAGE
Chloé Woitier
£@W_Chloe
50
millions
de foyers américains
abonnés à Netflix
48
millions
de foyers américains
abonnés à la télévision
payante par câble
Le fan français de football le sait
bien : pour suivre les plus grandes
compétitions sur son écran, il lui
faut dépenser beaucoup d’argent.
Avant, un abonnement à Canal +
suffisait. Puis sont arrivés beIN
Sports et désormais SFR Sports.
Même logique pour l’amateur
de séries. Après des années d’offre
légale inexistante, il peut désormais s’abonner à Netflix, OCS,
Amazon Prime Video, CanalPlay
et bientôt Altice Studio. Les droits
de diffusion en streaming ne durant qu’un temps, une série peut
passer d’une plateforme à une
autre, au gré des négociations
avec les ayants droit. Pour être sûr
de ne rien rater, la facture totale
de notre fan doit donc tourner à
plus de 50 euros par mois, auxquels s’ajoute le coût de l’accès à
Internet. Tous les « sérievores »
ne sont pas prêts à mettre ce prix,
loin de là.
Le téléspectateur américain est
en train de vivre le même phénomène à une échelle supérieure.
Au rythme actuel, chaque grande
chaîne payante du câble et les
majors du cinéma finiront par
proposer un abonnement en di-
rect aux clients (OTT) oscillant
entre 3 et 10 dollars par mois bien plus en ce qui concerne le
sport, dont il faut bien compenser
le coût exorbitant des droits de
retransmission. N’oublions pas
non plus dans l’équation les Netflix, Hulu et Amazon Prime Video,
qui détiennent leurs propres exclusivités.
Des arbitrages
pour alléger la facture
Théoriquement, d’ici à 2020, le
téléspectateur américain devrait
pouvoir se bâtir une offre à la
carte. Fini, les bouquets de 800
chaînes imposés par les opérateurs du câble, avec un replay limité et l’impossibilité de regarder les programmes sur un
mobile, à près de 100 dollars par
mois. Il va pouvoir piocher ici un
peu de sport avec ESPN, par là de
l’info avec Fox News, avec une
louche de séries avec Netflix et
une offre de dessins animés Nickelodeon pour les enfants. Le
tout visible à la demande sur tous
les écrans.
Séduisante sur le papier, l’idée
risque d’être plus complexe dans
la réalité. Il faudra créer, et gérer,
autant de comptes que d’abonnements souscrits à différents
médias. Oublié, le numéro de
SAV unique en cas de pépin. Impossible également d’avoir une
LE FIGARO
veloppent leurs plateformes, mais
avec une offre limitée de contenus.
Deux acteurs se distinguent : Altice et Vivendi. Le premier veut aller très vite dans l’enrichissement
de son offre, qui comprend des
chaînes, des droits sportifs majeurs
comme la Ligue des champions de
football, et bientôt du cinéma avec
le lancement dans dix jours d’Altice
Studio, sa plateforme pour les séries
et le cinéma.
Vivendi, qui opère aussi à l’international, veut aussi créer un « Netflix latin ». Le groupe dirigé par
Vincent Bolloré dispose d’une production puissante dans le cinéma et
les séries grâce à Canal + et d’une
pratique des plateformes, comme
Watchever en Allemagne ou Dailymotion, qui doit lui permettre d’aller vite dans les prochains mois.
Du côté du service public aussi,
Delphine Ernotte, la présidente de
France Télévisions, veut lancer en
septembre une plateforme de
SVOD. Moins chère que celle de
Netflix, elle donnera accès à des
films, des séries, des documentaires et de l’animation. Des accords
doivent être signés avec de gros
producteurs comme Banijay Zodiak, Lagardère ou Newen. Objectif : 300 000 abonnés pour atteindre l’équilibre. Peu de chose à côté
du 1,5 million d’abonnés à Netflix
en France. ■
OTT
En anglais, « Over The Top »
désigne un service par
contournement, c’est-à-dire
une offre d’accès direct à des
contenus audio et vidéo et à
d’autres médias sur Internet,
sans la participation
d’un opérateur de réseau
traditionnel, comme
une compagnie de câble ou
un opérateur télécoms ou de
satellite. Le développement
de l’OTT devrait passer
par l’augmentation du parc
de téléviseurs connectés.
Exemple : Molotov, le service
de télévision lancé fin 2016
qui veut « révolutionner
la télé ».
STREAMING
C’est un mode de diffusion
des flux audio et/ou vidéo en
continu, en temps réel ou en
léger différé, qui ne nécessite
pas de téléchargement
préalable. La lecture se fait à
mesure que le flux est diffusé.
Le stockage de données
étant provisoire, il n’apparaît
pas sous forme de fichier sur
le disque dur du destinataire.
C’est ce type de flux qui
alimente les plateformes
musicales Spotify, Apple
Music ou Deezer.
REPLAY
se complique
vision unifiée et globale de l’ensemble des contenus disponibles
sur tous ses abonnements. Plus
important encore, le coût total.
S’abonner individuellement aux
offres de Fox, CBS, HBO, CW, FX,
ESPN et Turner risque de s’approcher dangereusement d’une
facture classique pour le câble,
avec des chaînes en moins. Tout
ça pour ça ?
Les foyers américains ne manqueront pas de procéder à des arbitrages pour alléger la facture.
Gare aux offres avec des contenus
peu attractifs. Déjà, la guerre de
l’OTT a fait sa première victime.
Lancé en 2016, le service Seeso de
NBC (4 dollars par mois) va déjà
fermer, faute d’une base suffisante d’abonnés. D’autres devraient
suivre.
Autre risque pour les télévisions : que l’internaute, qui peut
résilier quand il le souhaite, rationalise à l’extrême la gestion de ses
abonnements. D’accord pour
prendre ESPN, mais seulement
durant le mois du Super Bowl.
HBO, oui, mais uniquement durant les trois mois de diffusion de
Game of Thrones. À la clé, des revenus irréguliers et beaucoup
d’incertitudes financières pour les
groupes télévisés. Le câble, au
moins, garantissait des revenus
stables, que les chaînes soient regardées ou non. ■
Terme anglais qui définit
à la fois un type de service et
un mode de consommation
en différé de contenus de
télévision, séries, films ou
émissions de divertissement
notamment. On parle
en français de télévision
de rattrapage. Ce service
nécessite d’accéder
à un réseau interactif
(ADSL, câble, Wi-Fi,
réseaux mobiles...).
Toutes les grandes chaînes
de télévision proposent
généralement cette
fonctionnalité via leurs
réseaux numériques
et leurs sites Internet.
Le service de replay permet
aux téléspectateurs
de visionner une émission
peu de temps après
sa première diffusion,
généralement pendant
une période de quelques
jours. Passé ce délai,
le contenu est inaccessible
ou supprimé, ou il devient
payant.
SVOD
En anglais « Subscription
Video On Demand »,
ou service de vidéo à la
demande par abonnement.
Le terme désigne
des plateformes très
nombreuses, les plus
connues étant Netflix
et Amazon Video, ou encore
CanalPlay et OCS en France.
La Havane serre la vis
au secteur privé cubain
Les autorités limitent l’octroi de licences, sept ans après avoir ouvert
l’économie. Raul Castro met en avant la lutte contre l’évasion fiscale.
REPORTAGE
HECTOR LEMIEUX
LA HAVANE
CARAÏBES « Travail indépendant :
sur la voie de l’actualisation ». Le
titre d’un grand article de deux pages paru la semaine dernière dans
le quotidien officiel du Parti communiste cubain, Granma, a semé la
panique chez les 567 000 petits entrepreneurs du privé (cuentapropistas) de Cuba. « Ici, c’est toujours
deux pas en avant, trois pas en arrière », confie John, un petit entrepreneur étranger installé dans la
capitale cubaine.
Dans un geste sans précédent,
La Havane a suspendu l’octroi de
licences dans une trentaine de professions, principalement celles de
la restauration, du transport et du
logement, où l’on compte le plus
grand nombre de cuentapropistas.
Raison officielle de cette mesure
drastique presque sept ans après le
virage capitaliste lancé par Raul
Castro qui a permis de relancer la
croissance ? Lutter contre les fraudes et l’économie parallèle, mais
aussi, comme l’a souligné dans
Granma Marta Elena Feito Cabrera,
vice-ministre du Travail et de la
Sécurité sociale, contre « le nonrespect des obligations fiscales, la
sous-déclaration des revenus ainsi
que l’usage de matières premières et
équipements d’origine illicite ».
L’évasion fiscale s’avère en effet
très élevée à Cuba. « Je déclare toujours 10 CUC (9 euros) pour une nuitée facturée 30 CUC ou plus au
client. C’est le minimum pour ne pas
avoir de problèmes avec le fisc », révèle Eubelio, un haut fonctionnaire
retraité qui loue avec son épouse
une chambre chez l’habitant (casa
particular) dans le quartier du Vedado. Si le geste du gouvernement
castriste a pris par surprise bien des
cuentapropistas, dans les faits, tout
a commencé à l’automne dernier.
Le gouvernement a alors suspendu
les licences d’exploitation de nombreux restaurants privés (paladares), soupçonnés de fraudes et
d’évasion fiscale. Au printemps, à
la suite d’une grève des chauffeurs
de taxis collectifs, l’État a révoqué
bon nombre de permis de taxis.
Outre la suspension de licences début août, le gouvernement a annulé
l’exemption fiscale dont bénéficiaient jusqu’ici les cuentapropistas
pour les cinq premiers travailleurs
embauchés. Pour chacun de ces recrutements, les petits patrons paieront un impôt égal à 5 % du salaire
médian mensuel du travailleur
dans la province. Les exploitants de
paladares et de casas particulares
devront en outre créer un compte
bancaire professionnel spécifique à
leur activité. Ernesto, cireur de
chaussures de Centro Habana, est
un des rares cuentapropistas à s’en
réjouir. « Cela va mettre de l’ordre.
Jusqu’ici, les gens fraudaient et gardaient leur argent chez eux. Et puis
la banque garantit la sécurité et un
intérêt financier », explique sagement le cireur.
« La corruption est terrible »
Selon la vice-ministre du Travail, il
n’est pas question de remettre en
cause l’actuel modèle économique
cubain. Les cuentapropistas, pour la
plupart, en doutent. Ils représenteraient, selon le gouvernement,
12 % de la population employée.
« Que ce soit à l’Onat (les services
fiscaux) ou ailleurs, l’attente pour
effectuer la moindre formalité est
très longue. L’employé n’est pas là
ou est occupé. Tout cela pour obtenir
un billet. La corruption est terrible », confie Dayami, propriétaire
d’un paladar.
S’il est encore trop tôt pour dire
si La Havane souhaite seulement
mettre de l’ordre dans un secteur
privé naissant ou réellement le brider, l’excellence des services des
casas particulares et des paladares
constitue une concurrence terrible
pour des hôtels et des restaurants
d’État dont la qualité laisse souvent
à désirer. Or, le tourisme représente un secteur important pour l’économie : en 2015, il pesait 15 % du
PIB. « Ces nouvelles mesures sont
catastrophiques. Des cuentapropistas ont investi, aménagé un local et
ne pourront l’exploiter faute de licences », déplore Dayami. Comme
les Cubains ont coutume de dire :
« A Cuba, no es facil. » ■
Le paladar La Guarida,
un célèbre restaurant
monté et tenu par une
famille dans sa propre
maison, à La Havane.
JAVIER GALEANO/AP
567 000
petits entrepreneurs
du privé,
les cuentapropistas,
à Cuba
La Russie, nouvel eldorado des Cubains
Les Cubains en pincent-ils
pour le grand capital de leurs
ex-camarades soviétiques ?
La Russie est devenue
le tout dernier lieu à la mode
pour faire du commerce.
Longtemps, les Cubains
sont partis au Venezuela,
en Équateur puis au Guyana
pour acheter des biens
de consommation qu’ils
revendaient ensuite plus cher
à Cuba. « Moscou, c’est
merveilleux et les vêtements,
chaussures que j’ai pu acheter
sont d’excellente qualité »,
explique Onélia, revenue
d’un voyage en Russie début
août. « Nous sommes pris
en charge par des Cubains de
Moscou qui nous emmènent
dans les endroits les moins
chers. Une fois par an, la
douane cubaine nous permet
de revenir avec 130 kg
de marchandises exemptes
de taxes. Les autres fois,
on fait le voyage avec
des mules », précise la jeune
femme, enthousiaste.
H. L
Glencore repasse dans le vert
Après deux années de pertes, le groupe de négoce de matières
premières renoue avec les bénéfices et reprend une stratégie offensive.
LOUIS CLÉMENT lclement@lefigaro.fr
INDUSTRIE Après deux années
noires, Glencore aurait-il retrouvé le filon de la croissance ? Au
premier semestre, le géant suisse
du négoce de matières premières
a dégagé un bénéfice net de
2,4 milliards de dollars, loin de la
perte de 370 millions un an plus
tôt. Ces bons résultats sont portés
par la reprise des cours des matières premières. Le groupe a aussi
réduit sa dette de 1,6 milliard de
dollars, à 13,9 milliards. Cette
amélioration laisse désormais de
« la place pour des opportunités de
croissance hautement sélective »,
souligne Ivan Glasenberg, son
PDG. Après des années de conditions économiques difficiles pour les
matières premières et de déclin des
prix, la reprise observée fin 2016
s’est poursuivie sur la première
moitié de 2017. »
Dans ce contexte plus favorable
pour les matières premières,
Glencore a relevé son objectif de
résultat opérationnel, visant la
fourchette de 2,4 à 2,7 milliards de
dollars cette année.
Le groupe suisse, côté à Londres, revient de loin. En 2015, il
avait plongé en Bourse jusqu’à ne
valoir qu’une dizaine de milliards
de livres, contre 60 milliards de
Le groupe suisse mise
sur la voiture électrique
comme principal
relais de croissance
à moyen terme
livres en 2013, lors de sa fusion
avec Xstrata, une autre entreprise
du secteur. L’opération avait fait
de Glencore le leader incontesté
du marché des matières premières, mais au prix d’un endettement trop lourd de 30 milliards de
dollars.
Après sa chute en Bourse, le
groupe suisse avait dû engager
une cure drastique : il avait suspendu le versement de dividen-
des, cédé des actifs et fermé temporairement des mines pour se
concentrer sur le négoce.
Rétabli, Glencore a renoué cette
année avec une stratégie offensive. En mai, il avait approché le
géant américain du négoce des
céréales et oléagineux américain
Bunge, de manière informelle, en
vue d’un éventuel rachat.
En juin, il s’était également
invité dans l’offre sur les mines de
charbon
australiennes
que
l’anglo-australien Rio Tinto était
en train de céder au chinois Yancoal, en offrant un prix plus élevé.
Éconduit, Glencore avait de nouveau créé la surprise un mois plus
tard en annonçant la création
d’une coentreprise avec le même
Yancoal.
Pour l’avenir, le groupe mise
maintenant sur la voiture électrique comme principal relais de
croissance à moyen terme. En effet, de nombreux métaux - cuivre, cobalt, zinc, nickel - entrent
dans la fabrication des batteries
des futurs véhicules. ■
Après des
années
difficiles pour
les matières
premières
et de déclin
des prix,
la reprise s’est
poursuivie sur
la première
moitié
de 2017
»
1
lancer leur Netflix.
21
IVAN GLASENBERG,
PDG DE GLENCORE
A
Glossaire
ÉCONOMIE
TOBY MELVILLE/REUTERS
ENTREPRISES
vendredi 11 août 2017
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
La voiture autonome pousse constructeurs
et entreprises technologiques à coopérer
Toyota, Intel et Ericsson, notamment, créent un consortium pour développer un véhicule sans conducteur.
pourraient se contenter de fournir
le métal et lui, l’intelligence et la
valeur ajoutée.
Mais les constructeurs sont prêts
à prendre le risque aujourd’hui de
s’associer avec ces acteurs de la
technologie. Ils se sont rendu
compte qu’il serait difficile d’acquérir toutes les technologies nécessaires à la conduite autonome.
Les accords passés par Nvidia le
montre bien. Les puces pour carte
graphique, spécialité du coréen,
s’avèrent utiles, voire indispensables, pour qu’une voiture puisse se
passer de conducteur. Conséquence: Nvidia a signé avec Volvo,
Toyota, Bosch ou encore Audi.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
Le
« constructeur
estime que
l’environnement
technologique
va changer
profondément
d’ici à 2025.
Et les volumes
de données
échangées
entre
les véhicules
et les serveurs
informatiques
distants
atteindre
10 exaoctets
par mois
»
AUTOMOBILE En août, Toyota ne
chôme pas. Moins d’une semaine
après avoir pris une participation
de 5 % dans son compatriote Mazda, le premier constructeur automobile japonais annonce, jeudi
4 août, la création d’un consortium destiné à développer les
technologies de la voiture autonome. Sans surprise, plusieurs entreprises nippones en font partie,
comme l’équipementier automobile Dentsu et l’opérateur télécoms NTT Docomo. Mais le suédois Ericsson et l’américain Intel
intègrent également cet Automotive Edge Computing Consortium.
Investissements
colossaux
Un changement d’attitude
Son objectif, explique Toyota, est
de « développer un écosystème
permettant aux véhicules connectés
d’utiliser des nouveaux services
comme la conduite autonome, les
aides à la conduite et la création de
plan évoluant en temps réel dans un
environnement distant (cloud) ». Le
constructeur estime que l’environnement technologique changera profondément d’ici à 2025
avec une multiplication par 10 000
du volume de données échangées
entre les véhicules et les serveurs
informatiques distants ! Ce volume devrait atteindre 10 exaoctets
par mois.
Le développement attendu de la
voiture autonome est en passe de
Dans un centre de recherche du constructeur, une Lexus LS 600HL utilisée comme véhicule de démonstration
des compétences de Toyota dans la conduite autonome. TOYOTA
bouleverser le paysage automobile.
Ces derniers mois, les consortiums
ou les partenariats entre acteurs
traditionnels, comme les constructeurs ou les équipementiers, et les
géants des technologies se sont
multipliés. En début d’année,
BMW s’est associé à Intel, déjà, et
Mobileye, spécialiste israélien de la
vision. Ce consortium a été rejoint,
depuis, par les équipementiers
Delphi et Continental. L’an dernier, c’était Microsoft et Renault-
Nissan qui avaient annoncé travailler ensemble sur le sujet.
Ces annonces multiples montrent un changement d’attitude
de la part des constructeurs. Ils
ont longtemps cherché à développer seuls leur propre voiture autonome. Ils ont recruté des informaticiens, établi des partenariats
avec des start-up et sont allés jusqu’à en acheter certaines. Mais ils
se gardaient de travailler trop
étroitement avec les géants de la
tech, de peur qu’ils ne deviennent
des concurrents directs.
Le risque n’est pas exclu aujourd’hui. Intel s’impose comme un
acteur incontournable, à la fois
avec ses activités propres, mais
aussi grâce à l’acquisition - finalisée cette semaine pour 15,4 milliards de dollars – de Mobileye. Le
géant américain vient d’annoncer
son intention de créer une flotte de
cent véhicules autonomes. Dans la
vision d’Intel, les constructeurs
L’autre motivation des constructeurs est simplement financière.
Les investissements sont colossaux: grâce aux partenariats, ils
peuvent les mutualiser mais aussi
partager les pertes éventuelles.
Car si tous les acteurs voient un
grand avenir à la voiture autonome, rien ne dit que le succès soit
immédiatement au rendez-vous.
Travailler avec des entreprises
intéressées par ces technologies
est donc, finalement, assez logique. Pour l’instant, les constructeurs préfèrent collaborer avec
des concurrents potentiels que des
concurrents réels. En revanche,
les constructeurs n’ont pas encore
fait le choix de coopérer entre eux
dans ce domaine. ■
Worldpay devient leader mondial des systèmes de paiement
L’américain a déboursé près de 9 milliards d’euros pour mettre la main sur l’ancienne filiale de RBS.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
3,2
milliards
C’est le chiffre
d’affaires en dollars
du nouvel ensemble
FINANCE À l’image des géants de
l’e-commerce, les acteurs des
technologies de paiement sont entrés dans une course à la taille.
Cette semaine, un nouveau poids
lourd est né. L’américain Vantiv
vient de racheter le britannique
Worldpay pour 8 milliards de livres
(8,87 milliards d’euros). L’ancienne filiale de Royal Bank of Scotland
(RBS) avait suscité il y a des années
la convoitise du français Atos avant
que celui-ci ne mette en Bourse sa
branche dédiée aux moyens de
paiement, Worldline.
Worldpay emploie 4 500 personnes et traite chaque jour envi-
ron 31 millions de transactions en
ligne, sur le mobile ou en magasin.
Le nouvel ensemble, valorisé environ 22,2 milliards de livres conservera le nom de Worldpay.
« Notre groupe combiné aura une
taille sans précédent, une gamme
complète de solutions et la présence
mondiale nous permettant de devenir le partenaire mondial de choix
dans le secteur des paiements »,
souligne le PDG de Vantiv, Charles
Drucker. Et d’ajouter que le rapprochement permettrait des gains
en matière de taille et de technologies. Le directeur général de
Worldpay, Philip Jansen, assure
que le nouveau Worldpay sera numéro un aux États-Unis et en
Europe avec des perspectives de
croissance en Amérique latine et en
Asie Pacifique.
Il traitera environ 1 500 milliards
de dollars (1 275 milliards d’euros)
de paiements et 40 milliards de
transactions grâce à plus de
300 méthodes de paiement dans
146 pays et 126 devises. Le chiffre
d’affaires net combiné de Vantiv et
de Worldpay atteindra plus de
3,2 milliards de dollars. La banque
américaine JPMorgan avait également manifesté son intérêt pour
Worldpay et retiré son offre en
juillet.
Ces prochains mois, d’autres
opérations de consolidation devraient se conclure dans cet univers encore atomisé. Deux opérations sont actuellement en cours :
LA SÉANCE DU JEUDI 10 AOÛT 2017
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 39,5
♣
AIR LIQUIDE ..................................
103,15
AIRBUS .............................................. 71
ARCELORMITTAL SA ..................................
22,93
ATOS .............................................. 126,9
AXA .............................................. 24,97
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
66,69
BOUYGUES ..............................................
37,645
CAPGEMINI ..............................................
89,83
CARREFOUR ..............................................
20,16
CREDIT AGRICOLE ..................................
15,205
DANONE ..............................................65,49
ENGIE .............................................. 13,74
ESSILOR INTL. ..................................105,25
KERING ..............................................303,55
L'OREAL ..............................................173,7
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
51,11
LEGRAND ..............................................59,19
LVMH .............................................. 215,15
♣
MICHELIN ..............................................
117,7
%VAR.
+HAUTJOUR
-0,99 39,95
-0,96 104,3
-0,69
71,65
-0,11
23,01
-1,17 128,55
-1,46 25,41
-0,86 67,43
+0,39 37,95
-0,41 90,45
-0,79 20,365
-0,94 15,325
-1,71
66,55
+0,44 13,835
-0,43 106,05
-0,7 308,05
-1,08 175,95
-1,06 51,83
-0,35 59,4
-0,92 217,3
+0,04 117,7
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
39,41
102,7
70,81
22,67
126,75
24,82
66,01
37,345
89,45
20,105
15,075
65,34
13,62
104,95
302,6
172,95
51,06
58,78
214,95
116,4
0,303
0,201
0,162
0,245
0,216
0,282
0,258
0,214
0,25
0,27
0,229
0,26
0,212
0,175
0,156
0,118
0,051
0,205
0,099
0,152
+11,49
-2,37
+12,99
+8,94
+26,58
+4,11
+10,14
+10,57
+12,08
-11,93
+29,07
+8,79
+13,37
-1,96
+42,31
+0,17
+2,39
+9,71
+18,61
+11,35
JOUR
NOKIA .............................................. 5,356
ORANGE ..............................................14,285
PERNOD RICARD ..................................
117,35
PEUGEOT ..............................................
18,205
♣ 62,29
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
75,38
SAFRAN ..............................................81,25
SAINT GOBAIN ..................................
46,79
SANOFI ..............................................80,8
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
67,04
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
47,89
SODEXO ..............................................98,32
SOLVAY ..............................................
121,7
TECHNIPFMC ..................................23,015
TOTAL .............................................. 43,54
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
210,85
VALEO .............................................. 57,88
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,045
♣
VINCI .............................................. 76,61
VIVENDI ..............................................19,24
%VAR.
-1,03
-0,28
-0,34
+0,19
-0,27
-0,36
-0,21
-1,18
-0,05
-1,47
-1,14
-0,21
-0,61
+0,2
+0,21
-0,38
+0,42
+0,24
-0,4
-0,57
+HAUTJOUR +BAS JOUR
5,443
14,385
117,75
18,24
62,75
75,75
81,76
47,405
81,25
68,01
48,7
98,85
122,65
23,18
43,65
211,7
58,03
19,05
77,66
19,375
%CAP.ECH
5,349
14,25
116,95
17,995
62,04
74,88
80,99
46,56
80,3
66,82
47,565
98,08
121,2
22,885
43,13
209,9
57,2
18,925
76,28
19,175
0,058
0,205
0,105
0,251
0,241
0,306
0,183
0,241
0,158
0,194
0,415
0,149
0,236
0
0,231
0,22
0,635
0,34
0,177
0,203
31/12
+17,3
-1,04
+13,99
+17,49
-4,97
-10,8
+18,75
+5,73
+5,07
+1,41
+2,45
-9,96
+9,3
-32,12
-10,63
-7,01
+5,99
+17,74
+18,41
+6,56
LES DEVISES
le rachat du britannique Paysafe
par un consortium de fonds de capital-investissement (Blackstone,
CVC Capital) pour environ 3 milliards de livres, et l’acquisition du
suédois Bambora par le français
Ingenico pour 1,5 milliard d’euros.
Rester dans la course
Les analystes financiers s’attendent à une décennie de consolidation sur un marché qui regroupera
la gestion des transactions, des relations clients et des services annexes tels que l’analyse de données, les changes et même le
crédit.
Les acteurs de ce marché, souvent issus du secteur bancaire,
évoluent aux côtés d’autres entre-
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
SICAV ET FCP
1 EURO=
1,4888
1,4923
0,903
9,168
128,76
1,1341
1,1732
2,8376
11,14
4,1462
20,96
7,8068
75,208
128,87
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
prises tournées non pas vers les
professionnels mais vers le grand
public comme PayPal, l’ancienne
filiale d’eBay, ou Apple Pay.
D’autres géants du paiement,
comme Mastercard, cherchent à
rester dans la course. L’américain a
ainsi racheté le britannique VocaLink pour plus 900 millions de dollars. Son but ? Se positionner sur le
marché du paiement instantané.
Les sociétés de paiement sont
devenues des cibles pour les émetteurs de cartes de crédit, les banques et les groupes de hautes technologies, qui cherchent à profiter
de la baisse du nombre de transactions en liquide et de l’essor des
paiements sur les appareils mobiles. ■
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34900
34310
-1,27
NAPOLEON ..................................................... 204,1
206,9
-3,45
PIECE 10 DOL USA .....................................................
590
586
-1,99
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213,5
213,5
-0,14
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1170
1160
-3,31
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
205
205
-0,15
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
305
305
-0,33
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1300
1300
-2,26
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
117
117
-0,76
PIECE SUISSE 20F .....................................................
203,1
199,1
-3,29
PIECE LATINE 20F .....................................................
203,4
199,1
-1,74
SOUVERAIN ..................................................... 262,8
261,5
-0,08
KRUGERRAND .....................................................1160
1143
-0,85
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
281,73 08/08/17
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
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Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,88 23/03/17
BELLATRIX C ................................................
332,47 23/03/17
SIRIUS ................................................57,18 08/08/17
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A
ADECCO DÉÇOIT LES INVESTISSEURS MALGRÉ SON DYNAMISME
Le premier acteur mondial du travail
temporaire souffre en Bourse. Jeudi
10 août, le titre d’Adecco a dégringolé
de 6 % en une seule séance. Les investisseurs n’ont que moyennement goûté
les résultats publiés par le groupe suisse pour le compte du deuxième trimestre 2017.
Le groupe suisse a dégagé un résul-
tat net de 192 millions d’euros, en hausse légère de 1 % par rapport à la même
période de l’année précédente. Les analystes attendaient, en moyenne, un résultat de 194 millions d’euros.
Surtout, le titre a été pénalisé par un
arrêt de la croissance en Grande-Bretagne. Il s’agit là d’une conséquence du
Brexit. Nombre d’entreprises britanni-
ques ont gelé leurs recrutements dans
l’attente des résultats des négociations
entre le gouvernement britannique et
Bruxelles sur les conditions de sortie du
pays de l’Union européenne.
Le dynamisme est cependant bien au
rendez-vous pour le géant du travail
temporaire. Il bénéficie pleinement de la
reprise économique constatée dans la
plupart des pays européens. En France,
son premier marché, son chiffre d’affaires croît de 9 % au deuxième trimestre.
L’activité dans l’Hexagone a été portée
par l’automobile, la construction et la logistique. Et nombre de zones géographiques affichent des croissances à
deux chiffres. C’est le cas de l’Italie
(+ 27 %), de la péninsule Ibérique (+ 12 %)
ou du Benelux et des pays nordiques
(+ 10 %). Au final, le chiffre d’affaires
d’Adecco progresse de 6 %, à 5,97 milliards d’euros. Les perspectives sont
également positives, malgré les incertitudes liées au Brexit. Le titre, qui progresse de 25 % sur un an, montre bien
cette tendance de long terme porteuse. ■
E. E.
LE FIGARO
SÉRIE
vendredi 11 août 2017
23
Marius Fabre perpétue la tradition
Installée à Salon-de-Provence depuis 117 ans, la savonnerie familiale défend un savoir-faire ancestral
et revendique une production authentique à travers la visite de ses ateliers.
L’ÉTÉ DU
Série 4/5
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
SAGE/MARIUS FABRE, AGENCE CAMÉLÉON / MARIUS FABRE
Tourisme
La folie
Industriel
des visites
d’entreprise
Par Clémentine
Maligorne
£@ClemMali
COUP DE CŒUR
Portail en fer forgé vert foncé, bâtisse ocre
jaune surmontée d’une cheminée d’usine et
petite cour figée dans le temps… S’il n’y avait
ce chariot télescopique et ces quelques voitures neuves garées, on se croirait revenu cent
ans en arrière.
C’est justement ce que cherchent à entretenir les propriétaires de la savonnerie Marius
Fabre qui fabrique, sous les yeux du public, le
savon de Marseille selon une recette quasiment inchangée depuis… 1688. Nous sommes
ici à Salon-de-Provence (45 000 habitants),
ville située aux portes des Alpilles, ancien
haut lieu du négoce et capitale autoproclamée
du savon de Marseille.
Marius Fabre est l’une des cinq dernières
savonneries artisanales encore en activité
dans la région, qui en comptait une centaine
avant la Première Guerre mondiale, dont
quatorze rien qu’à Salon. L’arrivée des ma-
chines à laver dans les années 1950-1960 et
des détergents de synthèse puis la concurrence de savonnettes importées d’Asie ont
mis à mal la dynamique de cette industrie.
Pour les rares rescapés, la stratégie est donc
de valoriser une production artisanale, naturelle et « Made in Provence ». Et quoi de
mieux que d’ouvrir les portes de l’usine au
public, comme c’est le cas chez Marius Fabre
depuis 1996, pour lui prouver qu’un savon
authentique est bien fabriqué ici ?
Fidéliser le client
« Avec 32 000 visiteurs chaque année, c’est une
part essentielle de notre activité, admet Julie
Bousquet-Fabre, l’arrière-petite-fille du
fondateur à la tête depuis 2009, avec sa sœur
% 5%
Marie, de cette entreprise familiale de 38
Mode et
salariés d’où sortent 1 000 tonnes de sa10 % cosmétique
vonnettes et cubes de savons de Marseille chaque année. C’est une excelPART
lente carte de visite, un bon
DES SECTEURS
complément. » Et aussi une bonne
8
Fragonard partage
ses secrets de fabrication
Deux usines ouvertes au public à
Grasse et une troisième à Èze, dans
les Alpes-Maritimes, ainsi que trois
musées du parfum à Paris… Depuis
plus de 90 ans, la maison Fragonard
a toujours su allier fabrication de
parfum et tourisme afin de se développer. Installée à Grasse, ville berceau des parfumeurs, l’usine historique a ouvert pour la première fois
ses portes en 1929 aux Anglais, en
villégiature l’hiver sur la Côte
d’Azur. Depuis, les touristes affluent chaque été, par cars entiers,
et se pressent derrière ces murs
jaunes typiquement provençaux
imprégnés d’effluves. On y découvre tout de l’univers du parfum et
de sa fabrication. De la macération
au filtrage, en passant par le conditionnement du précieux arôme
dans les estagnons, ces flacons en
aluminium dorés devenus emblématiques de la marque.
Menées avec professionnalisme
et élégance, les visites sont gratuites
et dispensées dans une dizaine de
langues. Un positionnement stratégique, comme le confirme l’arriè-
17 %
Artisanat
re-petite-fille du fondateur, Agnès
Costa-Webster, à la tête de l’affaire
familiale avec ses sœurs, Anne et
Françoise. « C’est à la fois pour partager notre savoir-faire, mais c’est
aussi une affaire commerciale », résume-t-elle. La visite se termine
ainsi systématiquement dans de
grandes boutiques où les produits
de la marque sont vendus à prix
d’usine (39 euros le flacon d’eau de
toilette de 100 ml). Le concept
fonctionne et plaît aux visiteurs
(1 million chaque année), souvent
devenus clients.
Il est d’autant plus important
pour l’entreprise au chiffre d’affaires à deux chiffres (55 millions fin
2015) que Fragonard est à la fois
producteur et distributeur. Ses parfums ne sont pas vendus dans les
grandes enseignes mais uniquement sur Internet et dans ses vingtquatre points de ventes à Paris et
sur la Côte d’Azur, dont évidemment ceux attenantes aux usines et
musées, et aussi dans la dernière
boutique Fragonard, ouverte récemment à… Milan.
DANS LE TOURISME
INDUSTRIEL
00
32vis0
iteurs
par an
manière de fidéliser le client pour cette entreprise qui a réalisé 8,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016, dont 25 % à l’export.
Les visites, guidées et gratuites, ont lieu toute l’année. Cinq personnes y sont dédiées, neuf
l’été. La visite commence par la salle des chaudrons où mijote, durant dix jours, le savant
mélange d’huiles végétales et de lessive de
soude, ensuite lavé à l’eau, sous l’œil du maître
savonnier. Puis direction la salle des mises à
l’étage. Avec un peu de chance, on assiste à la
coulée de l’épais liquide verdâtre, déversé
dans de grands moules à même le sol. Il va sécher dans ce grenier pendant 48 heures avant
d’être découpé mécaniquement, puis moulé et
tamponné en machine ou à la main. Au rezde-chaussée, un petit musée retrace l’épopée
de ce produit du quotidien.
La visite se termine évidemment par
la boutique où sont alignés sur de hautes étagères en bois des centaines de
cubes de savon verts ou blancs. Le
visiteur repart au moins avec un
Source :
Entreprise et
découverte
Les chaussettes Perrin
■ Ces pièces, commercialisées sous
les marques Berthe aux Grands Pieds
ou Dagobert à l’Envers, sont fabriquées
à Montceau-les-Mines, en Bourgogne.
Tous les ans, 1 700 à 2 000 personnes
visitent les ateliers de cette entreprise
familiale de 80 salariés fondée en 1924.
60 %
Agroalimentaire,
vins et spiritueux
LE TOP 10
DES ENTREPRISES
LES PLUS VISITÉES
EN 2016
ENTREPRISE&DÉCOUVERTE
1 ● La verrerie de Biot,
en Paca
(600 000 visiteurs/an)
2 ● EDF et ses 50 sites
(400 000)
3 ● Les Cordeliers,
Les Tricots Saint James
valorisent leur savoir-faire
À l’origine équipement indispensable
des marins bretons et normands partis
pêcher la morue à Terre-Neuve, le pullover de la marque Saint James est devenu depuis les années 1970 l’un des classiques du sportswear chic à la française.
Rayé ou uni, avec des boutons sur
l’épaule et au point tricoté très serré, ce
vêtement est toujours fabriqué en France, à Saint-James, bourgade située à une
vingtaine de kilomètres du Mont-SaintMichel et qui a donné en 1889 son nom à
la marque de vêtements de style marin.
en Nouvelle Aquitaine
(350 000)
4 ● Cave de Gan
Jurançon, en Nouvelle
Aquitaine (274 000)
5 ● Confiserie des
Hautes Vosges, dans
le Grand Est (200 000)
6 ● Confiserie
Bressaude, dans
le Grand Est (180 000)
7 ● Biscuiterie
de la pointe du Raz,
en Bretagne (153 776)
8 ● Le Salin
d’Aigues-Mortes,
en Occitanie (153 700)
9 ● Biscuiterie
de Pont-Aven,
en Bretagne (138 910)
10 ● Coutellerie
Laguiole Honoré
Durand, en Occitanie
(132 300)
FRAGONARD PARFUMEUR, PERRIN
produit (les premiers produits sont en vente à
2,50 euros), des conseils des vendeuses pour
faire sa lessive soi-même ou l’argumentaire
des bienfaits du savon pour vaincre l’eczéma
ou soulager les crampes.
Présidente de l’Union des professionnels du
savon de Marseille, Julie Bousquet-Fabre espère désormais obtenir pour ses savons une
indication géographique des produits industriels et artisanaux (IGP), sorte d’appellation
d’origine protégée (AOP) pour les produits industriels et artisanaux, comme il en existe déjà
dans l’alimentation. « L’appellation savon de
Marseille est tombée dans le domaine public.
Devant un produit contrefait, le consommateur
n’a aujourd’hui aucun moyen de savoir s’il
s’agit du véritable savon de Marseille, fabriqué
à Marseille ou sa région, regrette cette gardienne des traditions familiales. On estime que
plus de 80 % des savons de Marseille n’en sont
pas. » Chez Marius Fabre, la visite de l’usine
vient rappeler que le traditionnel savon de
Marseille n’appartient pas qu’au passé… ■
Saint James
Montceaules-Mines
Salon-deProvence
Grasse
Depuis 2014, les ateliers de confection, l’une des plus grandes unités de
tricotage d’Europe, ouvrent leurs portes
au public. L’occasion pour cette entreprise de quelque 300 salariés et qui a
réalisé 55 millions d’euros de chiffre
d’affaires en 2016, dont 40 % à l’export,
de mettre en avant son savoir-faire. La
visite payante (3,50 euros) se fait sur réservation. D’une durée d’une heure, elle
est notamment conduite par des guides
retraités de l’entreprise. On y découvre
une dizaine de métiers, du tricotage à la
confection, en passant par le remaillage
(l’assemblage du col d’un pull maille par
maille). « Certains métiers, très techniques, nécessitent parfois plus de 18 mois
de formation », fait valoir Luc Lesénécal, qui a repris l’entreprise en 2012,
initialement familiale et cédée à ses salariés au début des années 1990.
La visite se termine par la boutique
de 300 m2, où l’on peut notamment
acheter un pull à partir de 100 euros ou
une marinière à partir de 59 euros. « Les
visiteurs, 8 000 par an, sont les meilleurs
ambassadeurs de notre marque, présente
dans environ 500 points de vente multimarques, dont 50 boutiques en France,
deux à New York, six au Japon et six en
Corée du Sud », ajoute le dirigeant, qui
espère attirer à Saint James, bientôt,
2 000 visiteurs de plus par an, notamment une clientèle plus jeune et « plus
soucieuse de l’origine des produits ».
RETROUVEZ DEMAIN :
Saint-Nazaire, Peugeot...
A
ENVOYÉE SPÉCIALE À SALON-DE-PROVENCE
(BOUCHES-DU-RHÔNE)
La visite d’entreprise,
tradition qui remonte
au XVIIIe siècle,
est une activité
économique à laquelle
s’adonnent 13 millions
de personnes
chaque année.
Elle s’est structurée
depuis 2012 avec une
association publique
(AVE), un site (entrepriseetdécouverte.fr)
et même un guide du
Routard. Sur les 2 500
entreprises qui en
ont fait un business,
38 % ont plus
de 50 ans, 86 %
sont des TPE et 78 %
disposent d’un espace
de vente postvisite.
Voici, par secteurs,
les exemples les plus
emblématiques...
vendredi 11 août 2017 LE FIGARO
24
MÉDIAS et TECH
Altice veut
retirer SFR
de la Bourse
Avec plus de 95 % du numéro deux
français des télécoms, la société va
lancer une offre de retrait de la cote.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉCOMS Après une première
tentative il y a tout juste un an,
Altice s’apprête à retirer SFR de la
Bourse de Paris. Le groupe de
Patrick Drahi détient plus de 95 %
des titres de l’opérateur et s’apprête à déposer une nouvelle offre
de retrait de la cote, cette fois en
numéraire.
Altice propose 34,50 euros par
action de sa filiale française, soit
un total d’environ 600 millions
d’euros pour cette opération, pour
une valorisation de SFR à
15,3 milliards d’euros. Sitôt l’annonce faite ce jeudi matin, le titre
SFR a gagné plus de 9 % s’alignant
quasiment sur le prix de l’offre.
« Sur trois mois, la prime offerte est
de 10 %, alors que les performances
de la société ne sont pas très bonnes.
Les actionnaires de SFR sont bien
traités », estime Arnaud Dassy,
associé de la banque Perella Weinberg, qui conseille SFR. « Ce prix
est une victoire pour les actionnaires minoritaires », estime AnneSophie d’Andlau, associée du
Fonds CIMA et qui s’était opposée
à la première tentative d’OPR de
SFR, en septembre 2016.
Le groupe n’avait alors pas reçu
le visa de l’AMF. Le gendarme de
la Bourse s’était inquiété d’un défaut d’information des actionnaires minoritaires, portant sur les
frais de franchises versés par SFR à
Altice. En filigrane, l’AMF mettait
en cause la parité proposée, soit
Le groupe de Patrick
Drahi, Altice, propose
34,50 euros par action
de sa filiale française,
soit un total d’environ
600 millions d’euros,
et une valorisation
de SFR à 15,3 milliards.
Jeudi, le titre SFR
a gagné plus de 9 %
pour quasiment s’aligner
sur le prix de l’offre.
BENOIT TESSIER/REUTERS
8 actions Altice pour 5 actions SFR.
Cela correspondait alors à
24,72 euros par action. La nouvelle
offre est mieux-disante.
Altice n’en réalise pas moins
une bonne opération. En effet, en
un an, la maison-mère a fait passer sa participation dans sa filiale
de 77,5 % à 95,9 %, essentiellement en rachetant des blocs d’actions à des investisseurs institutionnels, aux termes de la
première offre, donc, sans débourser de cash. Pour mémoire,
les actions A d’Altice sont assorties
d’un seul droit de vote, tandis que
celles de classe B, que détient Patrick Drahi, en comptent 25. De
quoi permettre au tycoon des télé-
coms de réduire sa participation
financière sans perdre le contrôle
de son groupe. C’est d’ailleurs cette possibilité qui justifie en grande
partie le fait qu’il ait choisi Amsterdam comme place de cotation
pour Altice.
Des ambitions
américaines
L’offre publique de retrait, après
validation de l’AMF, devra logiquement être suivie d’un retrait de
la cote de SFR. Altice aura donc les
mains plus libres pour procéder à
l’intégration du groupe. Il pourra
notamment mettre en place les
frais de management et de franchise, prévus pour rémunérer
En Afrique, les téléphones portables se mettent
au service de la santé et de l’éducation
Les applications pour sensibiliser
les patients, aider et former
le personnel soignant se multiplient.
A
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
À proximité de Maroua, dans le nord
du Cameroun, Aissatou a posé sa calebasse pleine sur le bord du chemin.
Elle souffle un peu avant de sortir
son téléphone mobile. Pas d’erreur,
elle vient de recevoir un SMS. C’est
un message de l’appli Gifted Mom,
qui lui rappelle qu’elle doit se rendre
à la maternité « dans trois jours ».
Aissatou fait partie des quelque 40 %
d’habitants de la brousse ou des petites bourgades qui possèdent un
portable. Dans les grandes villes, cet
outil précieux est déjà détenu par
près de 100 % des habitants.
C’est ce qui a incité Alain Nteff,
sensible au problème des grossesses
difficiles et des naissances prématurées à l’origine de nombreux décès, à créer Gifted Mom. « Je voulais
développer la prévention », explique
cet ingénieur âgé de 25 ans. Sa plateforme numérique signale aux mamans leurs rendez-vous à l’hôpital
et leur envoie des SMS de rappel.
Résultat, leur taux de participation
aux rendez-vous a augmenté de
80 %. Les mamans sont aussi reliées
à des médecins par un numéro vert
et elles reçoivent régulièrement des
SMS pédagogiques. Gifted Mom bénéficie du programme d’aide au développement de l’Agence française
de développement (AFD), qui sélectionne chaque année cinq acteurs de l’innovation numérique en
Afrique. Gifted Mom s’appuie aussi
sur les nouveaux acteurs décidés à
participer au développement du
numérique sur le continent. Le
marché est en effet prometteur. Entre les équipements et les applications, la technologie mobile aurait
généré 3,5 millions d’emplois et
110 milliards de dollars en Afrique
subsaharienne en 2016 selon une
étude de GSMA, l’association internationale des télécoms, soit 7,7 %
du PIB.
La société Gifted Mom travaille
avec Orange, deuxième opérateur
télécoms au Cameroun, et elle a signé plusieurs partenariats avec des
industriels, distributeurs de lait et
fabricants de produits pour enfants.
Son fondateur réfléchit à de nouveaux services, payants ou gratuits,
liés à la maternité.
L’ÉTÉ DU
En Afrique, où près d’un demimilliard d’habitants sont équipés de
téléphones mobiles, les solutions digitales fleurissent par centaines.
« La santé mère enfant est l’un des
domaines où il y a le plus de besoins »,
pointe Béatrice Garrette, directrice
générale de la Fondation Pierre Fabre, qui a créé un « observatoire de la
e-santé dans les pays du Sud ».
Le numérique ouvre des perspectives vertigineuses dans de nombreux domaines de la santé : prévention, détection, suivi des
traitements ou formation des professionnels et des patients. L’innovation peut réduire fortement « les
barrières liées au coût des traitements, au manque d’accès aux structures médicales, à la faible qualité des
soins ou au manque d’informations »,
résume Jérémy Guyon, responsable
de mission du cabinet Alcimed.
l’appui du holding à ses filiales ou
encore l’accès à des services fournis par le groupe, comme la future
chaîne « premium » Altice Studio.
De plus, SFR va bientôt être rebaptisé Altice, ce qui va générer
une nouvelle forme de valorisation
de la marque. Même si la direction
d’Altice s’en défend, c’est un
moyen efficace de faire remonter
des cash-flows à la maison-mère.
Le retrait de la cote de SFR est
sur les rails, alors qu’Altice US fait
ses débuts à Wall Street. La situation peut sembler paradoxale. Elle
correspond à des stades différents
de développement d’Altice. En
France, SFR est le numéro deux du
marché, avec de faibles perspectives de croissance, de l’aveu
même de Patrick Drahi. Il cherche
avant tout à avoir les coudées
franches pour mettre en place ses
méthodes loin du regard des marchés financiers. Aux États-Unis, il
n’est « que » numéro quatre du
câble et cherche à grossir. La
Bourse n’est qu’une étape avant
une nouvelle acquisition de plus
grande ampleur.
L’homme d’affaires lorgne
Charter Communications (nos éditions du 10 août), le numéro deux
du câble américain, qui pèse
180 milliards de dollars dette comprise, soit deux fois et demie Altice. Une opération compliquée, qui
cacherait peut-être d’autres tractations. Patrick Drahi pourrait
aussi être tenté par Cox, le numéro
trois, dont l’énorme avantage est
d’être un groupe privé. ■
ZOOM
TOSHIBA : PERTE
DE 7,5 MILLIARDS
£ Après plusieurs reports,
Toshiba publie ses comptes
pour son exercice annuel clos
au 31 mars 2017. Il affiche
un chiffre d’affaires
de 37,9 milliards d’euros
pour une perte de 7,5 milliards
d’euros, due à Westinghouse,
sa filiale nucléaire américaine.
Elle a sous-estimé les coûts
de construction de centrales
nucléaires. Toshiba cherche
désormais à céder ses actifs
dans les composants
électroniques, valorisés
16 milliards de dollars. Le
conglomérat japonais devrait
en outre échapper à la radiation
de la Bourse de Tokyo.
EN BREF
FACEBOOK LANCE
LE CONCURRENT
DE YOUTUBE
£ Le réseau social a annoncé
Facebook Watch, un service pour
diffuser du contenu original.
Ses utilisateurs auront accès
à des séries ou à des événements
en direct et pourront s’abonner
à des créateurs de contenu,
concurrents des youtubeurs.
Livraison par drones
Là où les infrastructures de transport font cruellement défaut, le
diagnostic à distance devient un
outil précieux. Exemple au Mali,
l’application Ikon Tele-radiology
envoie les radios effectuées dans les
centres médicaux ruraux aux experts des hôpitaux de la capitale.
Elle propose aussi une assistance
chirurgicale via la télémédecine.
Au Cameroun, la révolution médicale s’appelle CardioPad, invention d’Arthur Zang, un
CAMEROUN
5/6
jeune ingénieur, qui pallie
le manque de cardiologues (une soixantaine pour une population de
22 millions d’habitants). Pas besoin de formation approfondie pour
utiliser sa tablette. Les données
physiologiques du patient - électrocardiogramme, tension artérielle - captées à l’aide d’électrodes
sont télétransmises au médecin qui
peut établir son diagnostic à distance. Lancée en 2014 sur financement
participatif après un véritable parcours du combattant - Arthur a
construit tout seul son premier prototype - la petite start-up Himore
Medical engrange aujourd’hui les
ventes. Au Rwanda, l’un des pays
les plus avancés en matière de numérique où une stratégie nationale
a été adoptée dès 2008, des drones
sont utilisés pour livrer du sang aux
hôpitaux et à moyen terme des vaccins et des médicaments. Tandis
qu’au
Ghana, c’est une
autre start-up qui se distingue : M-Pedigree a mis au point un
système tout simple pour lutter
contre les faux médicaments, un
fléau en expansion en Afrique. Il
suffit au consommateur d’envoyer
par SMS le code figurant sur la boîte. Il reçoit alors instantanément
une réponse sur l’authenticité. Plus
de 200 millions d’Africains utilisent
cette plateforme. ■
RETROUVEZ DEMAIN:
Le Rwanda, pionnier
de l’e-gouvernement
BASF RESTREINT
L’USAGE DE FIPRONIL
£ Le chimiste allemand BASF
cesse pour des raisons
« économiques »
de commercialiser dans l’Union
européenne son pesticide
fipronil dans le traitement
des semences. Ce produit
a été retrouvé dans des millions
d’œufs de poule. Accusé de
provoquer une surmortalité
des abeilles, il n’était autorisé
en Europe que dans certaines
cultures. Il est toujours utilisé
comme antiparasitaire pour
les chiens et les chats.
Plus de 500 écoles low-costs
Source inépuisable d’accès
à la connaissance, le numérique
est alimenté par de jeunes
entrepreneurs et de grandes
firmes. Le programme « Connect
to learn » d’Ericsson propose des
contenus pédagogiques aux
jeunes de 13 pays d’Afrique. Plus
ambitieux, Bridge International
Academies, soutenu par Bill Gates
et Mark Zuckerberg, fournit des
programmes standardisés pour
quelques dollars. Ils permettent
à des professeurs peu formés,
mais équipés d’une tablette
numérique, d’enseigner. Cette
éducation low-cost controversée
est déjà utilisée dans plus de 500
écoles. Et les dirigeants de Bridge
International, des Américains
installés au Kenya, visent
10 millions d’élèves en 2025. A. B.
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