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Liberation 11264 2017

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2,00 € Première édition. No 11264
JEUDI 10 AOÛT 2017
www.liberation.fr
L’opération
Sentinelle
à nouveau
prise
pour cible
PAGES 8-9
Coups de
foudre et
de catch :
émotions
fortes
à Locarno
CINÉMA, PAGES 18-19
De provocations en
promesses de riposte,
les leaders américain
et nord-coréen
franchissent un cap
dans la surenchère.
Simple joute rhétorique
ou réelle menace?
TRUMP-KIM
ATOMES
CROCHUS
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
GUILLAUME TC «CROISONS-LES» D’APRÈS GUETTY . AFP ET REUTERS
PAGES 2-5
2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par
ALEXANDRA
SCHWARTZBROD
Folie
Le concept de dissuasion
nucléaire est, depuis plusieurs décennies, le socle
de la géopolitique mondiale. Il est basé sur la peur.
La peur d’être, en cas
d’agression, pulvérisé en
représailles. L’adversaire
doit être convaincu que
l’autre est prêt à utiliser
l’arme atomique, le but
étant bien sûr qu’il ne le
fasse pas. Cette stratégie
comporte une grosse part
de bluff, et donc de réfléchi,
de rationnel. Le plus fort
est celui qui a les nerfs les
plus solides. Dans le concours de virilité qui fait
trembler la planète, aucun
des deux protagonistes,
Donald Trump et Kim
Jong-un, ne correspond à
ce profil. Nous sommes
dans une autre dimension
où règnent en maîtres l’irrationnel et la folie. Et aussi
une bonne part de bêtise.
La dissuasion nucléaire a,
depuis sa conception, pris
tour à tour diverses formes :
du fort au fort, du fort au
faible, ou du fort au fou.
Voilà le scénario, digne de
Stanley Kubrick, du fou au
fou. Donald Trump et Kim
Jong-un sont en effet tous
deux capables d’appuyer
sur le bouton dans un moment de furie, hystérisés
par leur propre rhétorique.
Et le plus fou n’est pas forcément celui auquel on
pense en premier. Les propos entendus mardi soir
dans la bouche de Donald
Trump ne valent pas mieux
que les imprécations de
Kim Jong-un. La suite des
événements, et donc le sort
de la planète, dépend désormais des entourages des
deux dirigeants.
Xi Jinping, le président
chinois, qui apparaît
aujourd’hui (qui l’eût cru ?)
comme un élément pacificateur, saura-t-il calmer le
leader nord-coréen ? James
Mattis et Rex Tillerson, les
secrétaires d’Etat américains à la Défense et aux
Affaires étrangères, aurontils les moyens de raisonner
le président américain ?
On sait en tout cas de qui
on ne peut rien attendre :
le gouvernement français
qui, par la voix de son porte-parole, saluait mercredi
la «détermination» de
Trump. Il est temps qu’il
prenne des vacances. •
Libération Jeudi 10 Août 2017
Etats-Unis vs
CoréeduNord
L’escalade
infernale
Engagés dans une surenchère
verbale depuis plusieurs mois,
Washington et Pyongyang ont
atteint un nouveau sommet
dans la provocation. Après une
énième menace de tir de missile,
Trump a riposté en promettant
«le feu et la colère» à son rival.
ANALYSE
Par
ARNAUD VAULERIN
L’
escalade est bien là. A commencer par la rhétorique.
Dans un registre apocalyptique et martial que ne renierait
nullement la Corée du Nord, Donald Trump a promis le «feu et la colère», mardi soir, au régime de Kim
Jong-un. Et la machine à provocations et tensions est repartie de plus
belle entre Washington et Pyongyang. La crainte d’un embrasement
de la péninsule a refait surface.
Par sa violence inédite, la sortie
enflammée de Trump ne manque
pas d’étonner chez le président de
la première puissance militaire
de la planète.
«La Corée du Nord ferait mieux de ne
plus proférer de menaces envers les
Etats-Unis», a grondé le président
américain depuis son golf de Bedminster, dans le New Jersey, où il
passe des vacances. Si elles devaient
continuer, les menaces «se heurteront au feu et à la colère, comme
le monde ne l’a jamais vu jusqu’ici».
Jamais en reste dans la surenchère
belliqueuse, Pyongyang a rétorqué
en menaçant de frapper l’île de
Guam dans le Pacifique, où sont basés quelque 6000 GI. Puis, un tweet
en bandoulière, le soldat Trump est
remonté au front mercredi pour
bomber le torse avec l’arsenal nucléaire américain: «Il est maintenant
plus fort et plus puissant que jamais.
Espérons que nous n’aurons jamais
à utiliser cette force, mais il n’y aura
jamais un moment où nous ne serons
pas la nation la plus puissante du
monde!» Son ministre de la Défense,
James Mattis, en a remis une couche
mercredi soir, sommant la Corée du
Nord «d’arrêter de s’isoler et d’arrêter
sa course aux armes nucléaires», qui
mènerait «à la fin de son régime et à
la destruction de son peuple».
Depuis le début de l’année et l’arrivée de Trump à la Maison Blanche
Tir de missile Hwasong-14 nord-coréen, le 28 juillet. PHOTO KCNA. KNS. AP
(lire page 4), la crise couve et croît
en Asie orientale, faisant craindre
le retour d’un conflit dans la péninsule, soixante-quatre ans après la
fin de la guerre de Corée. Ce n’est
pas une première dans une région
où les bruits de bottes et d’hélices
se font régulièrement entendre.
En 1994, après plusieurs semaines
de crise, Bill Clinton était à deux
doigts de faire bombarder le site
nucléaire de Yongbyon. Il y a sept
ans, la péninsule avait failli plonger
dans le chaos quand Pyongyang
avait coulé une corvette sud-coréenne, tuant 46 marins. Avant,
quelques mois plus tard, d’expédier
une pluie de roquette sur l’île sudiste de Yeonpyeong.
HUMILIATION
Cette fois, une nouvelle étape est
franchie. Tout laisse à croire que
Donald Trump a ressorti la «théorie
du fou» des manuels de stratégie
américains. Quand, dans les an-
nées 70, l’administration Nixon
entendait faire accroire aux leaders
du bloc communiste que le Président était irrationnel, imprévisible
et capable de déclencher une attaque surprise redoutable. «La sortie
de Donald Trump est beaucoup plus
qu’une nouvelle flambée rhétorique,
juge François Godement, le spécialiste de l’Asie orientale et directeur
pour la stratégie d’Asia Centre. Il
est probable qu’il use lui aussi de
cette théorie du fou. La Chine et la
Russie ont pris peur et voté des sanctions qui sont dures (lire page 5) et je
pense que la Corée du Nord va reculer. Le but de Donald Trump est de
faire pression sur les soutiens de la
Corée du Nord.»
Le président américain a agité la
menace de sanctions secondaires à
l’encontre de la Chine si d’aventure
elle ne coopérait pas plus. Après le
vote, samedi à l’ONU, de la résolution 2371, Washington espère que
Moscou et Pékin sauront tordre le
Libération Jeudi 10 Août 2017
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«[Nous sommes]
aux dernières
étapes avant
le lancement test
d’un missile
balistique
intercontinental.»
«La Corée
du Nord cherche
des ennuis.
Si la Chine décide
d’aider, ça serait
formidable. Kim Jong-un
son discours
Sinon, nous dans
de bonne année
résoudrons
le problème
sans eux!» «Nous ne
Donald Trump
sur Twitter le 11 avril pouvons pas
laisser un fou
avec des armes
«Les salauds nucléaires
d’Américains en liberté
ne seraient pas comme ça.»
très heureux Donald Trump le 29 avril,
téléphone avec son
de ce cadeau au
homologue philippin,
envoyé pour Rodrigo Duterte
l’anniversaire
du 4 Juillet.»
Kim Jong-un le 4 juillet, «[Pyongyang]
après le tir d’un missile étudie avec
balistique intercontinental
attention le plan
opérationnel afin
« [La Corée de faire feu sur
du Nord] les zones situées
se heurtera au autour de [l’île
feu et à la colère, américaine
d’une ampleur de] Guam.»
porte-parole
que le monde Un
de l’Armée populaire
n’a jamais vue de Corée mercredi
jusqu’ici.»
bras au jeune Kim Jong-un. Car
depuis un an, le dernier rejeton de
la dynastie stalinienne a tiré une
trentaine d’engins, a procédé à deux
essais nucléaires. Le mois dernier,
en l’espace de vingt-quatre jours,
il a lancé deux missiles balistiques
intercontinentaux. Une sorte d’humiliation pour Trump qui assurait
en janvier que cela «n’arriverait
jamais». Selon plusieurs experts, le
premier engin dégainé le 4 juillet,
jour anniversaire de l’indépendance
américaine, avait la capacité d’atteindre l’Alaska. Le second aurait
pu frapper New York.
«BAD BOY»
Nouvelle source d’inquiétude
mardi. Le quotidien Washington
Post avance que le régime de Pyongyang serait en mesure d’embarquer
des charges nucléaires. «Les capacités balistiques se sont améliorées,
mais à très court terme je doute que
la Corée du Nord maîtrise les techni-
ques de guidage et de détonation
de ses têtes nucléaires», poursuit
François Godement.
Ancien général et directeur de recherches à l’Institut des relations internationales et stratégiques, JeanVincent Brisset confirme que «l’état
de la menace est relativement limité
et je ne pense pas que les Nord-Coréens soient arrivés à miniaturiser
leur charge nucléaire. En revanche,
ils peuvent être tentés de tirer du chimique ou du radiologique qui ferait
des dégâts. Mais vont-ils se lancer
dans cette entreprise et donner un
prétexte aux Américains pour frapper?» Washington attaquera-t-il le
Nord ? «Le bad boy, c’est Kim, pas
Trump, reprend Brisset. Les EtatsUnis ont la capacité et toutes les
techniques pour cibler une rampe
de lancement, un site de fabrication
ou d’ingénierie nucléaire.»
Mais Pyongyang ne restera certainement pas l’arme au pied en cas
d’attaque. Le grand Séoul avec ses
25 millions d’habitants est à une
quarantaine de kilomètres de son
artillerie contre laquelle le bouclier
antimissile américain Thaad ne
peut rien. «Le châtiment du Nord
sur le Sud serait effarant», note
François Godement. Le reste du territoire sud-coréen et l’archipel japonais sont à portée des missiles dont
le régime des Kim s’est doté depuis 1984. Et pour l’heure, ni Séoul,
ni Tokyo – pourtant dirigé par le
faucon Shinzo Abe– ne veulent entendre parler d’une frappe ciblée ou
préventive. «C’est tout le dilemme de
la région, note François Godement.
Les Japonais et les Sud-Coréens se
plaignent quand les Etats-Unis donnent l’impression de prendre leurs
distances par rapport à la péninsule
et redoutent quand ils passent à
l’offensive.» Comme s’ils s’étaient résignés à vivre avec une Corée du
Nord nucléarisée et dotée d’une
capacité de frappe toujours plus
menaçante. •
Donald Trump dans son
golf du New Jersey, mardi
Portée
des missiles
balistiques
nordcoréens
RUSSIE
CORÉE DU NORD
CHINE
INDE
JAPON
ALASKA
ÉTATS-UNIS
Océan
Pacifique
GUAM
ÉTATS-UNIS
Source : AFP
Avions américains décollant de l’île de Guam, dans le Pacifique, lundi. PHOTO AFP
30
Longueur
(m)
20
10
Portée
(km)
0
Hwasong-5
Rodong
Musudan
300
Hwasong-6 1300 Taepodong-1 2 500 Hwasong-14
à 4 000
500
6700
2500
4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Jeudi 10 Août 2017
Les Etats-Unis se divisent
Dans le camp
républicain, certains
fustigent l’imprudence
de Donald Trump.
L
es menaces proférées mardi par
le président Donald Trump ont
laissé planer le doute sur ses réelles intentions. Serait-il prêt à lancer
une attaque nucléaire contre le régime
nord-coréen? Ses paroles, improvisées
et sans concertation avec ses conseillers en sécurité nationale, selon le
New York Times, rappellent le discours
d e Harry Truman, juste après le bombardement nucléaire de Hiroshima, le
6 août 1945. Intimant aux Japonais de
se rendre, le président américain avait
menacé: «[S’ils ne le font pas], ils pourront s’attendre à une pluie de ruines depuis les airs, d’une ampleur encore jamais vue sur notre planète.» Le
sénateur républicain John McCain
(Arizona), président du Comité des forces armées, a déploré le manque de
prudence des propos de Donald
Trump. «Tout ce que ça peut créer, c’est
nous rapprocher d’une confrontation
sérieuse, a-t-il expliqué dans une interview, mercredi, à la radio KTAR News.
Je m’oppose aux commentaires du Président car il faut être certain d’être en
mesure de faire ce que l’on dit.»
«Message ferme». Mercredi, en
route pour l’île américaine de Guam
que Pyongyang a menacé de bombarder, Rex Tillerson a tenté de calmer le
jeu. «Rien de ce que j’ai vu et de ce que
je sais n’indique que la situation a
changé dramatiquement dans les dernières vingt-quatre heures, a rassuré le
secrétaire d’Etat. Les Américains ne devraient avoir aucune inquiétude.» Tout
en approuvant les menaces guerrières
lancées par le locataire de la Maison
blanche : «Le Président a envoyé un
message ferme à la Corée du Nord dans
le langage que peut comprendre Kim
Jong-un, car il ne semble pas comprendre le langage diplomatique.»
Malgré cela, les esprits continuent de
s’échauffer outre-Atlantique. «Les
Nords-Coréens travaillent sur des missiles qui peuvent porter des têtes nucléaires capables de frapper des villes comme
Boston ou New York», a affirmé Sean
Hannity, éditorialiste de la chaîne
conservatrice Fox News, mardi soir.
«La situation actuelle est préoccupante,
mais nous ne sommes pas à l’aube d’une
guerre dans la région, assure pour sa
part Ryan Hass, ancien du Conseil national de sécurité d’Obama sur l’Asie de
l’Est et chercheur au think tank Brookings Institution, interrogé par Libération. Un tel conflit provoquerait plus
d’un million de morts et mille milliards
de dollars de pertes. Je pense que le président Trump explorera toutes les alternatives pour éviter cela.»
Les Etats-Unis gardent toutefois peu de
moyens de pression sur Pyongyang.
«Pour Trump, il ne reste qu’à se tourner
vers la Chine. Elle seule peut avoir une
réelle influence sur la Corée du Nord,
détaille Waheguru Pal Singh Sidhu,
chercheur au Centre international sur
la coopération de l’université de
New York. Néanmoins, même si Pékin
applique fermement les sanctions adoptées par l’ONU samedi, le programme
nucléaire nord-coréen ne serait que ralenti.» Le régime stalinien a réalisé de
rapides avancées dans le renforcement
de son armement nucléaire. D’après les
renseignements militaires américains
et japonais, il posséderait des missiles
capables de frapper le continent améri-
cain. «Nous ne sommes pas sûrs que ces
missiles puissent supporter la rentrée
dans l’atmosphère», souligne Waheguru Pal Singh Sidhu.
Rhétorique. Mercredi matin, Donald
Trump s’est vanté, sur Twitter, d’avoir
«rénové et modernisé l’arsenal nucléaire
[américain]. Il est désormais beaucoup
plus puissant que jamais.» Il a ajouté
que les Etats-Unis resteraient toujours
«la nation la plus puissante du monde!»
«La modernisation de l’arsenal nucléaire américain que l’on constate ces
temps-ci est en fait la mise en œuvre de
programmes décidés par l’administration Obama, contredit Hans Kristensen, directeur du Nuclear Information
Project à la Fédération des scientifiques américains. Ce que Donald Trump
a fait en janvier, tous les présidents le
font en arrivant à la Maison Blanche:
ils demandent au Pentagone une étude
approfondie sur la composition, l’état
de l’arsenal et les modernisations
nécessaires.»
Autre point sur lequel Donald Trump
est visiblement mal informé: les EtatsUnis ne sont pas la première puissance
nucléaire au monde. Ils sont devancés,
en nombre d’ogives nucléaires, par
la Russie. Les deux puissances restent
loin devant toutes les autres, avec
près de 90% de la réserve d’armes nucléaires mondiale. «Ce qui change
aujourd’hui, c’est la rhétorique, précise
Hans Kristensen. Pendant longtemps,
seuls les leaders nord-coréens faisaient
des déclarations folles. Maintenant, le
président des Etats-Unis s’y met aussi.
Le danger d’une telle dynamique est que
chacun essaye de surpasser l’autre. C’est
là qu’il peut y avoir conflit.»
ISABELLE HANNE (à New York)
et AUDE MASSIOT
Rassemblement en soutien au leader nord-coréen, Kim
La Chine cherche l’apaisement
Si Pékin appelle à une
résolution pacifique, sa
position d’intermédiaire
reste ambiguë.
U
ne priorité : éviter l’escalade.
Mercredi, le ministre des Affaires étrangères chinois a appelé
Pyongyang et Washington à «continuer
sur la voie d’une résolution pacifique de
la question nucléaire dans la péninsule
coréenne, et à éviter les paroles et actions susceptibles d’aggraver la situation». Deux jours plus tôt, il assurait
que son pays «appliquerait à 100%» les
sanctions votées samedi par le Conseil
de sécurité de l’ONU. Des déclarations
dans la droite ligne de la diplomatie
chinoise depuis des décennies.
Pour Antoine Bondaz, spécialiste de la
politique étrangère de la Chine et des
deux Corées à la Fondation pour la recherche stratégique, «le programme
nucléaire nord-coréen est aussi un problème pour la Chine. Mais, à court
terme, elle ne peut pas faire beaucoup
plus. Imaginer que la Corée du Nord
écoute Pékin est une erreur, et c’est lui
donner beaucoup d’importance. Les
deux pays ont des intérêts réciproques,
mais ils ne se font pas confiance».
Washington et Pékin ne cessent de se
renvoyer la responsabilité du dossier.
La Chine répète que, pour Pyongyang,
l’arme nucléaire est un problème bilatéral entre les Kim et les «impérialistes
américains». Les Etats-Unis réclament,
eux, des actions fortes de la part de Pékin, qui assure à son voisin la quasi-totalité de ses échanges commerciaux.
«La Chine a des intérêts conflictuels, reprend Antoine Bondaz. D’un côté, elle
veut apparaître comme une puissance
responsable en votant les sanctions onusiennes. De l’autre, son intérêt national
l’empêche d’abandonner la Corée du
Nord. Car, pour elle, le scénario d’un effondrement brutal du régime n’est pas
une solution acceptable.»
Depuis février, la Chine a drastiquement réduit l’importation de charbon
nord-coréen. Elle craint également la
menace de sanctions secondaires, infligées par les Etats-Unis aux entreprises
chinoises qui, selon eux, dérogeraient
aux restrictions. Mais, depuis 2006, elle
s’est toujours arrangée pour que l’ampleur des sanctions économiques ne
provoque pas l’écroulement du régime
nord-coréen. «Un effondrement reviendrait à ouvrir une boîte de Pandore.
Comment être sûr que tout un pays
rendrait les armes sans combattre ?
Comment sécuriser les armes de destruction massive? se demande Antoine
Bondaz. Une réunification de la péninsule renforcerait également la perception chinoise d’un encerclement stratégique américain, jusque-là cantonné
à la façade maritime via le Japon ou les
Philippines.» Une grande Corée nationaliste pourrait aussi avoir des revendications territoriales sur les districts autonomes chinois peuplés de
minorités coréennes, ou sur le mont
Paektu, jusque-là scindé entre les
deux pays.
Reste que pour Jean-Vincent Brisset,
expert des questions de défense à l’Institut de relations internationales et
stratégiques, «les choses ont changé. La
Chine a fait dix fois plus contre la Corée
du Nord depuis le début de l’année que
depuis 1993, et son vocabulaire est de
plus en plus dur. Il y a eu manifestement
un accord entre Xi Jinping et Donald
Trump, car ce dernier a besoin d’un succès diplomatique. Mais qu’est-ce que
Xi Jinping a obtenu en échange ? Certains craignent que ce soit un abandon
de Taïwan par les Etats-Unis».
LAURENCE DEFRANOUX
Dans une gare de Séoul, en Corée du Sud, mercredi, après
Libération Jeudi 10 Août 2017
«
u 5
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«Il est devenu très
difficile de négocier
avec Kim Jong-un»
Pour la chercheuse Andrea
Berger, les sanctions envers
Pyongyang souffrent
de lacunes, par manque
d’une réelle volonté de la
communauté internationale.
S’il s’agit de mettre sur la Corée du Nord
une pression telle qu’elle l’oblige à revoir
le rapport coût-bénéfice de son programme nucléaire, je pense en effet que la
Chine est de loin l’acteur le plus important.
On doit aussi se demander si les sanctions
ou toute autre mesure politique peuvent
aujourd’hui changer ce rapport-là. Mais les
xperte en politique internationale sanctions visent aussi d’autres objectifs.
et prolifération nucléaire, Andrea Si l’ambition est d’empêcher les Nord-CoBerger est chercheuse associée à réens de vendre des armes et des technolol’Institut Middlebury des études interna- gies militaires à travers le monde, des Etats
tionales à Londres. Au printemps, elle a si- peuvent intervenir en refusant les services
gné un long rapport (A House Without et la logistique nord-coréenne et en
Foundations) dans lequel elle retrace les contrôlant les circuits financiers qui partiéchecs de onze années de sanctions contre cipent au commerce illégal.
la Corée du Nord.
Car la Corée du Nord continue à vendre
Vous avez écrit dans votre rapport que des armes et poursuit des activités
le régime des sanctions contre la Corée bancaires à l’étranger ?
du Nord est une passoire. Diriez-vous Oui, elle a des clients militaires au Moyenla même chose après le vote de l’ONU Orient, en Afrique et en Asie du Sud-Est.
de la résolution 2371 samedi ?
Et si certains ont été dissuadés de faire afLa nouvelle résolution n’a pas changé le faire avec elle, il en reste encore. Elle a en
fait qu’il y a encore de nombreuses lacunes catalogue une large gamme de produits et
dans la mise en œuvre des sanctions à l’en- de services, allant des systèmes complets
contre de la Corée du Nord. Il faudra beau- d’armement –assemblés ou pas, comme
coup de temps pour constater si celles-ci des tanks– à des armes légères qu’elle peut
peuvent être comblées.
fabriquer, assembler ou réparer sur place
Pourquoi depuis 2006, et plusieurs [en Namibie, par exemple, ndlr]. Elle est casanctions, n’a-t-on pas obtenu plus de pable de fournir des pièces de rechange,
résultats ?
notamment pour les équipeLa Corée est allée bien auments militaires de la guerre
delà du seuil nucléaire.
froide produits par l’Union soEn 2006, il était envisageaviétique et la Chine qui sont
ble qu’elle renonce à ses catoujours en service dans de
pacités de frappes balistinombreux pays. Elle propose
ques et revienne à un statut
également des services et des
d’Etat sans arme nucléaire.
prestations pour moderniser
Elle avait négocié un accord
des équipements, former des
de contrôle de son armetechniciens, entraîner des garINTERVIEW des présidentielles et définir
ment et des restrictions de
ses activités nucléaires sous
des stratégies. En Ouganda,
Kim Jong-il et se montrait disposée à des par exemple, les Coréens ont formé des piconcessions. Avec Kim Jong-un, tout a lotes de chasse. Au Vietnam, ils ont enchangé. Le régime a renforcé ses capacités traîné une partie des forces armées. Et des
balistiques et nucléaires. Pour Kim délégations étrangères sont allées en Corée
Jong-un, c’est un moyen de renforcer sa lé- pour suivre des formations en sécurité.
gitimité. Il est devenu extrêmement diffi- Il y a donc encore des leviers à utiliser?
cile de négocier avec lui. Est-il donc réaliste Tout à fait. Il doit être possible d’empêcher
aujourd’hui de demander à Pyongyang de ces clients de commercer avec la Corée du
renoncer à ses bombes? Non.
Nord et priver ainsi une grande partie du
Pourquoi la communauté internatio- système nord-coréen, c’est-à-dire l’armée
nale n’a-t-elle pas réussi à imposer les et les sociétés d’armement, d’une manne
sanctions qu’elle avait votées ?
financière. Si nous parlons d’actions ciD’abord, elles étaient compliquées à met- blées dans cette politique de sanctions, ces
tre en œuvre. Ensuite, ces sanctions n’ont compagnies devraient être une priorité.
jamais été une priorité pour la commu- Dans quelle mesure les négociations
nauté internationale. Pendant dix ans, avec l’Iran ont influencé les discuscette question n’était pas dans les radars sions avec la Corée du Nord ?
de la plupart des pays de la planète.
Les sanctions à l’encontre de l’Iran ont été
Il y a également un grand scepticisme assez claires. Elles ciblaient des produits
de la Russie et de la Chine…
d’exportation, faisaient pression sur le sysElles ont toujours été sceptiques sur l’effi- tème iranien pour ralentir la croissance
cacité des sanctions en tant qu’instrument économique. Des décideurs à Washington
de politique étrangère. Par ailleurs, elles ont tiré les leçons de la crise et imposé
estiment que les Etats-Unis et leurs alliés le même genre de sanction à l’encontre
se servent des sanctions pour poursuivre de la Corée du Nord. Donc, depuis
des buts qui ne sont pas honnêtes à leurs l’automne (après le cinquième essai nuyeux, comme un changement de régime. cléaire en septembre), il y a eu un réel efLa Chine est-elle la seule à pouvoir fort des Etats-Unis pour cibler de la même
vraiment faire pression sur la Corée manière les sociétés et les individus qui
du Nord ?
généraient des revenus.
Tout dépend des objectifs que l’on se fixe.
Recueilli par ARNAUD VAULERIN
E
DR
Jong-un, face à Donald Trump, à Pyongyang, mercredi. PHOTO KIM WON-JIN
les menaces de Donald Trump à l’encontre de la Corée du Nord. PHOTO JUNG YEON-JE. AFP
6 u
MONDE
Libération Jeudi 10 Août 2017
Entrée libre au Qatar Le riche pays du Golfe, isolé par ses
voisins pour son soutien supposé au terrorisme, a annoncé mercredi
qu’il supprimait les visas d’entrée dans l’émirat pour 80 nationalités,
dans le but de stimuler le tourisme et le transport aérien. Les
ressortissants de 33 Etats pourront rester 180 jours (période
renouvelable une fois), et ceux de 47 Etats pourront rester 30 jours.
Le Liban est le seul pays arabe concerné par la mesure. Les autres
sont des territoires de l’espace Schengen, ainsi que des pays
occidentaux, latino-américains et asiatiques. PHOTO AP
de la commission électorale
s’est adressé aux médias dans
le centre où sont compilés
les résultats de tout le pays :
«Nous ne pouvons pas encore
dire s’il y a eu oui ou non piratage. Mais nous prenons en
considération les accusations
de Raila Odinga, et nous
allons procéder à une enquête
pour vérifier que tout s’est
bien déroulé. Si l’opposition
souhaite recompter les votes,
nous tenons à sa disposition
tous les bulletins.»
Dérapage. Pour que l’élec-
Protestations à Nairobi, mercredi, contre les résultats provisoires donnant vainqueur le président sortant, Uhuru Kenyatta. MARCO. LONGARI. AFP
Après les élections générales,
le Kenya marche sur des braises
Par
BASTIEN RENOUIL
Correspondant à Nairobi
T
out semblait écrit
à l’avance : comme
en 2013 et en 2007,
Raila Odinga allait perdre
l’élection présidentielle. Et
comme lors des précédents
scrutins, il allait en contester
le résultat. La prophétie s’est
réalisée : face à son score
décevant, Raila Odinga s’est
prononcé au milieu de la nuit
de mardi à mercredi. Le dirigeant de la coalition de
l’opposition, la Super Alliance nationale, s’est insurgé
contre les premiers résultats,
selon lui truqués.
Assassinat. D’après l’opposant, on aurait forcé la main
aux électeurs analphabètes
en leur remettant des bulletins préremplis en faveur de
l’Alliance Jubilee, la coalition
présidentielle dirigée par
Uhuru Kenyatta, le président
sortant (qui l’emporterait
avec 54,3% des voix selon les
derniers résultats). Mais plus
grave encore, le système de
transmission des scores et 600 000 déplacés. Meraurait été piraté, un acte faci- credi, au lendemain du vote,
lité par l’assassinat d’un Nairobi se réveille dans un
responsable de la commis- brouillard qui reflète le sentision électorale une semaine ment des habitants. Alors
avant le scrutin. Les votes de qu’aucune voiture ne circule,
l’opposition
les livreurs de jourauraient été SOUDAN
naux commenÉTHIOPIE
transformés
cent leur touren voix pour
née : à la une,
KENYA
le prédident
la plupart
OUGANDA
Kenyatta.
des médias
Nairobi
Odinga, lui,
se félicitent
Lac
Victoria
dénonce : «Je
d’un scrutin
demande aux
organisé sans
TANZANIE
nôtres de ne pas
anicroche.
accepter ces résul150 km
tats et de rester calmes
«Enquête». A queljusqu’à ce que nous ayons plus ques minutes de marche du
d’informations.» En 2007, il bidonville de Kibera, un garavait appelé les siens à mani- dien d’immeuble, John, est
fester. Une crise tribale de l’un des premiers à receplusieurs mois avait éclaté, voir son édition du Daily Nafaisant plus de 1 100 morts tion : «Le vote s’est bien déSOMALIE
Hantés par les
violences de 2007,
les Kényans ont
voté mardi pour
élire leur président
et les députés.
Mais l’opposant
Raila Odinga refuse
sa défaite et accuse
le dirigeant sortant
de fraudes.
roulé, c’est sûr. Mais ce qui
compte, c’est ce qui va se passer dans les jours qui viennent. Là-bas, ajoute-t-il en
désignant le bidonville d’un
grand geste de la main, ça ne
peut que mal tourner si Raila
perd.» Quand les rotatives se
sont activées au milieu de la
nuit, le candidat n’avait pas
encore contesté le résultat
du scrutin. Mais déjà les
rumeurs de violences potentielles bruissaient dans les
ruelles de la ville.
A Kibera, beaucoup continuent à fuir en direction des
campagnes pour échapper à
la fureur postélectorale. Les
autobus bondés se faufilent
au milieu des ruelles, faisant
le plein en quelques minutes.
Afin d’éviter que les tensions
ne s’aggravent, le président
tion soit crédible, la commission électorale devait à tout
prix montrer sa neutralité.
Du côté des observateurs venus en nombre (7 000 Kényans et 5 000 étrangers), si
des fraudes ont bien été relevées, on indique que le scrutin s’est plutôt bien déroulé
dans l’ensemble. Dans les
locaux de la commission,
John Kerry, ancien secrétaire
d’Etat des Etats-Unis, à la
tête d’un groupe d’observation, s’est dit impressionné:
«L’opposition devrait éviter
ses commentaires et attendre
la fin du scrutin.»
Malgré ces annonces visant à
calmer la situation, la parole
de Raila Odinga reste sacrée
auprès de ses partisans.
Mercredi, à Kisumu, bastion
de l’opposition, quelques
jeunes sont sortis manifester
malgré l’interdiction. Au slogan «No Raila no peace» («pas
de Raila pas de paix»), la police a répondu à coups de gaz
lacrymogène, sans bavures.
A Nairobi, le bidonville de
Mathare, lui, a été secoué par
des manifestations plus violentes: face à des jeunes électeurs en colère, la police a tiré
à balles réelles, faisant au
moins deux morts et quelques blessés. A Tana River
(sud-est), les forces de l’ordre
ont aussi annoncé avoir tué
deux hommes qui venaient
d’attaquer un bureau de
vote où se poursuivait le
dépouillement.
Après ces premiers dérapages, le Kenya reste suspendu à la prochaine déclaration de Raila Odinga : un
claquement de doigts du leader pourrait embraser le pays.
Mais à Nairobi, beaucoup
espèrent que ce dernier, qui
à 72 ans disputait son ultime
élection, concédera la défaite
et appellera au calme, pour
que le Kenya ne replonge pas
dans la violence. •
Libération Jeudi 10 Août 2017
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LIBÉ.FR
u 7
Clowns, fantômes et femme nue… un hôtel
du Nevada à dormir debout A vendre, hôtel qui fait peur
bourré de clowns. Situé sur une route désertique à la sortie
de Tonopah, aux Etats-Unis, à mi-chemin entre Las Vegas et Reno. Chambres
avec vue sur le cimetière. Prix : 900 000 dollars (près de 767 000 euros). Les
nouveaux propriétaires sont incités à garder les sept employés et tenus par
contrat à laisser intacte la collection de 600 figurines et tableaux à l’effigie de
clowns, qui donne son charme au Clown Motel, empreint d’une ambiance digne
de Stephen King. PHOTO FAMARTIN. WIKIMEDIA
Maroc Un manifestant meurt après
des heurts avec les forces de l’ordre
Il s’agit du premier manifestant mort à cause de heurts depuis
que la contestation (le Hirak, né en octobre après le décès d’un
vendeur de poisson broyé par une benne à ordures) a éclaté
en octobre dans le Rif, dans le nord du Maroc. Imad Atabi,
plongé dans le coma depuis une blessure à la tête survenue
le 20 juillet lors d’affrontements dans la ville d’Al-Hoceïma entre forces de l’ordre et manifestants, a succombé mardi soir.
La nature de sa blessure n’a jamais été précisée de source officielle, mais les membres du mouvement de contestation dans
le Rif ont affirmé qu’il avait été touché par une grenade lacrymogène tirée par les forces de l’ordre. L’Association marocaine des droits de l’homme a accusé le ministère de l’Intérieur
d’être «responsable» de la mort d’Atabi. Des rassemblements
en la mémoire du jeune homme ont eu lieu dans la nuit de
mardi un peu partout dans le pays, notamment à Casablanca.
AFP
Brésil Le président Temer veut
la récusation du procureur qui l’accuse
Les avocats du président brésilien, Michel Temer, ont réclamé mardi la récusation du procureur général Rodrigo
Janot des affaires visant leur client.
«Nous sommes en présence d’une persécution obsessionnelle», ont-ils déclaré
dans le recours auprès de la Cour suprême. Pour le procureur général, le
Président s’est «prévalu de sa condition
de chef d’Etat» pour toucher des pots-de-vin de la part du géant
de la viande JBS. Mis en accusation par Janot pour corruption
passive, Temer est parvenu à empêcher l’ouverture d’un procès par la Cour suprême en bénéficiant la semaine dernière
d’une large majorité au Parlement pour obtenir le classement
de l’affaire tant qu’il est président. Mais l’enquête le visant
porte aussi sur deux autres chefs d’accusation, obstruction à
la justice et participation à une organisation criminelle, qui
pourraient permettre à Janot de renouveler sa demande d’inculpation. Le procureur général, qui quitte son poste à la miseptembre, dispose encore de quelques semaines pour formuler une autre mise en accusation du président brésilien.
IRAN
SYRIE
Quatre hommes et deux
femmes ont été arrêtés
à Sharoud, dans le nord de
l’Iran, pour avoir enseigné
les danses occidentales, notamment la zumba, a déclaré
un responsable des Gardiens
de la révolution, cité mercredi
par le quotidien Jam-e Jam:
«Le groupe attirait les garçons
et les filles […], et les filmait
pour mettre les vidéos sur les
réseaux sociaux, […] en cherchant à changer le mode de vie
des gens.» Les femmes sont
aussi accusées d’avoir dansé
en public sans voile.
Vingt-neuf civils, dont
quatorze enfants, auraient
été tués en vingt-quatre
heures dans des frappes de
la coalition dirigées par les
Etats-Unis contre Raqqa, en
Syrie, où des jihadistes résistent à une offensive visant à
les déloger, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de
l’homme (OSDH) mardi soir.
Depuis 2014, la coalition a reconnu les morts de 624 civils
dans ses bombardements,
bien que certaines ONG estiment que ce nombre est
largement sous-estimé.
Le Canada, terre d’asile des réfugiés qui
fuient les Etats-Unis de Donald Trump
Sergo Exina est entré au
Québec à pied, le 2 août. Depuis, il est logé au Stade
Olympique de Montréal mis
à disposition pour accueillir
l’afflux récent de demandeurs d’asile venus des
Etats-Unis. Ils seraient environ 6 400 depuis janvier,
dont 3 000 depuis début
juillet, originaires en grande
majorité d’Haïti, mais aussi
de Syrie, du Yémen ou
d’Afghanistan, à avoir trouvé
refuge au Canada. Une
hausse de 220% par rapport
à 2016, que beaucoup associent aux mesures anti-immigration de Trump. «Cela
faisait neuf mois que j’étais
aux Etats-Unis, dit Sergo
Exina. Depuis l’élection de
Trump, j’entendais parler
d’Haïtiens arrêtés par la police et renvoyés malgré leur
statut temporaire. J’ai commencé à avoir peur.»
L’afflux massif ces derniers
jours d’Haïtiens qui traversent la frontière canadienne
pour rejoindre une diaspora
de près 150 000 personnes
fait suite à la menace du président américain de retirer le
statut de protection temporaire aux 58 000 Haïtiens
accueillis aux Etats-Unis
après le tremblement de
Des réfugiés haïtiens, lundi, à la frontière canadienne
(Etat de New York). PHOTO CHRISTINNE MUSCHI. REUTERS
terre de 2010, qui avait fait
plus de 220000 morts.
Sergo Exina a quitté Haïti
en 2012 pour s’installer
d’abord au Brésil avec sa
femme. Il y a travaillé deux
ans avant de perdre son emploi. «Nous avons eu une petite fille au Brésil. Les conditions de travail ne me
permettaient pas de subvenir
aux besoins de ma famille.
Avec un ami, nous avons décidé de partir pour les EtatsUnis», raconte-t-il. Il débute
alors un périple de plusieurs
mois, traversant illégalement une dizaine de frontières à pied, en bateau, à travers des forêts. Objectif :
rejoindre le New Jersey où
réside l’un de ses proches. Il
Lemmy
C’est le nom donné à un redoutable crocodile primitif préhistorique en hommage au
leader du groupe britannique de heavy metal Motörhead, Lemmy Kilmister. C’est à l’occasion d’une nouvelle description scientifique
du fossile marin qu’un groupe de chercheurs
fans du musicien disparu en 2015 a décidé de le
baptiser officiellement «Lemmysuchus» –ce qui
signifie le «crocodile de Lemmy»–, a annoncé
mercredi le Natural History Museum de Londres dans un communiqué. Le fossile a été
trouvé au début du XXe siècle près de Peterborough, en Angleterre.
n’est jamais parvenu à s’y
procurer un permis de travail malgré ses demandes
successives.
Sam, un Syrien aussi débarqué au Canada à pied par la
forêt avec sa femme et leur
bébé de 6 mois, en mai,
confirme la difficulté des
conditions d’immigration
aux Etats-Unis, surtout après
le «Muslim Ban». «Je suis arrivé un mois avant l’élection
de Trump. Depuis, le traitement de ma demande d’asile
a été suspendu et les problèmes administratifs ont
commencé. On a retiré à mon
fils l’accès à l’Obamacare
sans que je puisse m’y opposer. J’ai tout fait pour trouver
des solutions, j’ai dépensé
toutes mes économies. Puis,
un jour, j’ai entendu parler de
ce passage vers le Canada.»
Trois mois après, la famille
a trouvé un logement et
commencé à établir une
nouvelle vie grâce à l’aide
gouvernementale accordée
aux réfugiés. «Depuis que
nous sommes au Canada,
mon fils est calme et heureux. Sa mère aussi. Ce que
ce pays nous offre, je souhaite
lui rendre au centuple», explique celui qui passe ses
journées comme bénévole
dans un centre d’aide aux réfugiés en attendant d’obtenir un permis de travail.
Sergo Exina, lui, n’est au Canada que depuis une semaine, mais il espère que la
suite de son parcours ressemblera à l’accueil qu’il a
reçu : «Ce pays est formidable. Je suis extrêmement
bien traité ici. Je mange trois
fois par jour», dit-il en souriant. Il se projette désormais : «On m’a affirmé que
j’avais de bonnes chances de
voir mon statut régularisé.
J’ai hâte de pouvoir travailler
et de faire venir ma femme et
ma fille que je n’ai pas vues
depuis plus d’un an.»
JUSTINE RASTELLO
(à Montréal)
«Ils sont entrés dans le village
en tirant au hasard, n’épargnant
ni les femmes ni les enfants.
Nous sommes partis sans rien
emporter, même pas
nos chaussures.»
YASIN ABUZAR
habitant du village afghan
de Mirza Olon, pris par l’EI
samedi et libéré mardi soir
Mirza Olong, village chiite du nord de l’Afghanistan, a été samedi le théâtre d’un massacre d’une cinquantaine de civils,
selon les autorités. «Les talibans et l’EI ont bloqué les routes,
les gens se sont retrouvés piégés. Et ils entraient dans chaque
maison pour tuer. J’ai enterré dix corps dans une fosse», a
rapporté Yasin Abuzar, un rescapé. Les portables ayant été
confisqués, 253 civils sont restés coupés du monde jusqu’à leur
libération, mardi soir, au terme d’une une médiation conduite
par les anciens. Mercredi, des opérations militaires étaient
toujours en cours pour reprendre le district alentour.
8 u
FRANCE
Libération Jeudi 10 Août 2017
Levallois-Perret
Six soldats blessés
et un suspect arrêté
Repéré en début d’après-midi
dans le Pas-de-Calais, l’homme
suspecté d’avoir foncé en voiture
sur une patrouille de l’opération
Sentinelle, mercredi matin
dans les Hauts-de-Seine,
a été interpellé. Une enquête
a été ouverte pour tentative
d’assassinats terroristes.
COURBEVOIE
CLICHY
ine
Se
Synagogue
LEVALLOIS-PERRET
Gare de
ClichyLevallois
Place de Verdun
Mairie
DGSI
Association
culturelle
israélite
NEUILLYSUR-SEINE
PARIS
200 m
RÉCIT
Par
PIERRE ALONSO,
RAPHAËL GOUMENT
et ANTOINE PIEL
Q
uelques minutes avant
8 heures, mercredi matin.
C’est l’heure de la relève
pour les militaires de l’opération
Sentinelle, basés place de Verdun, à
Levallois-Perret, dans les Hauts-deSeine. Les hommes sortent d’un local municipal situé au rez-de-chaussée du bâtiment prêté par la ville
pour les héberger. Face aux soldats,
une BMW noire démarre, puis fonce
sur eux. L’attaque se déroule dans
une petite allée normalement fermée à la circulation, entre un vaste
immeuble d’habitation et le parc de
la Planchette. Trois sont blessés
grièvement, dont deux en urgence
absolue, et transférés à l’hôpital militaire Percy, à Clamart (Hauts-deSeine). Les trois autres, plus légèrement atteints, sont pris en charge à
Bégin, à l’est de Paris. Tous appartiennent au 35e régiment d’infanterie de Belfort.
Selon le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, en visite sur place, la
voiture «roulait doucement [et], à
cinq mètres à peu près des militaires, a accéléré de manière à pouvoir
les percuter».
Le parquet de Paris a annoncé dès
mercredi matin l’ouverture d’une
enquête en flagrance des chefs «de
tentative d’assassinats sur personnes
dépositaires de l’autorité publique en
lien avec une entreprise terroriste et
association de malfaiteurs terroriste
criminelle». Les investigations sont
confiées aux directions régionale et
centrale de la police judiciaire, ainsi
qu’à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
ARRESTATION
«MUSCLÉE»
C’est le bruit qui a alerté les riverains. Rémi était chez lui au moment de l’incident. L’adolescent,
qui montre sur son téléphone les vidéos qu’il a réalisées quelques instants après l’attaque, explique avoir
entendu «un grand bruit et des
cris». Lorsqu’il rejoint sa mère sur
le balcon du deuxième étage, il
aperçoit deux hommes au sol et
quelques pompiers qui commencent à arriver sur les lieux. Le véhicule à l’origine du drame a déjà disparu au coin de la rue.
En milieu de matinée, soldats et policiers bouclent la place de Verdun,
encadrant les officiers de la police
judiciaire affairés autour de la scène
de l’attaque. Devant les caméras, la
députée LREM des Hauts-de-Seine,
Céline Calvez, improvise une conférence de presse. L’élue se montre
prudente, évoquant «un acte
grave». Arrive le maire de la ville,
Patrick Balkany, plus prolixe. L’édile
dénonce un «attentat vraiment
odieux» et se désole d’un acte visant
les militaires, dont «la présence est
appréciée par toute la population».
Avant de concéder que «le risque
zéro n’existe pas». Et de s’en remettre aux 70 caméras de surveillance
installées dans la ville pour accélérer l’enquête. D’autant que le quartier de la place de Verdun est truffé
de sites constituant des cibles potentielles. L’hôtel de ville ainsi
qu’une école juive sont situés dans
un périmètre proche, sans parler du
siège de la DGSI, chargée notamment de la lutte contre le terrorisme, qui se trouve à moins d’un
kilomètre.
Après une chasse à l’homme de plusieurs heures mobilisant 300 policiers, le principal suspect est inter-
pellé dans le Pas-de-Calais, à la
mi-journée. Il roulait sur l’autoroute A16 en direction de Calais,
quand les forces de l’ordre l’ont arrêté, vers 13 heures, quelques kilomètres après Boulogne-sur-Mer. Dépêchées sur place, ce sont les
Brigades de recherche et d’intervention (BRI) de Rouen et de Lille
qui l’ont intercepté. Une arrestation
qualifiée de «musclée», par une
source informée du déroulement de
l’opération.
«LÂCHE
AGRESSION»
Les policiers ont en effet tiré sur
l’occupant de la voiture qui tentait
de s’échapper. Le conducteur de
la BMW recherchée est alors blessé
par plusieurs tirs. «Sa garde à vue,
prise initialement, a été levée au vu
de son état qui ne permet pas d’audition», nous a indiqué mercredi le
parquet de Paris. Un policier est
également blessé par balle à la
jambe.
Un témoin, arrivé sur place juste
après l’interpellation, décrit à Libération un «gros déploiement de forces de l’ordre» : «J’ai vu arriver des
voitures de gendarmes et d’autres de
police, qui étaient banalisées, puis
les pompiers après une quinzaine de
minutes. Il y avait environ quinze
voitures de police au total.»
Le suspect, né en 1980, est de nationalité algérienne. Son titre de séjour
était en cours de vérification, mercredi soir. Il n’est ni fiché S ni inscrit
au Fichier des signalements pour la
prévention de la radicalisation à caractère terroriste.
Dans les heures qui ont suivi son arrestation, les hommages aux forces
de l’ordre se sont multipliés. Le président de l’Assemblée nationale,
François de Rugy, a souhaité des
«vœux de prompt et complet rétablissement», aux six militaires
blessés, dénonçant «une lâche
agression». Le chef du gouvernement, Edouard Philippe, s’est lui
aussi adressé aux soldats, gendarmes et policiers, «chevilles ouvrières
de la lutte contre les attentats»: «Je
veux féliciter l’ensemble des forces de
sécurité qui, dans un délai très
court, ont permis d’appréhender le
suspect, principal à ce stade, de
cette attaque.» Avant de rassurer
l’assistance sur l’état de santé des
blessés, qui «n’inspire plus d’inquiétude». •
Libération Jeudi 10 Août 2017
u 9
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La voiture du
suspect, arrêté
mercredi en début
d’après-midi sur
l’autoroute A16 en
direction de Calais.
PHOTO PHILIPPE
HUGUEN. AFP
L’opération militaire Sentinelle,
cible des critiques
Instauré après les
attentats de janvier 2015,
le dispositif qui mobilise
jusqu’à 10000 hommes,
a été visé six fois par
des attaques. Remis
en cause, il sera réajusté
à l’automne.
L’
opération se voulait courte,
elle s’est installée dans la durée. Depuis janvier 2015, entre 7 000 et 10 000 militaires patrouillent dans les rues des grandes
villes dans le cadre de Sentinelle.
L’«opération intérieure» a vu le jour
après les attentats de Charlie Hebdo
et de l’Hyper Cacher pour «protéger,
dissuader, rassurer», selon la trinité
définie par le ministère de la Défense. Mercredi matin, des soldats
du 35e régiment d’infanterie de Bel-
fort, déployés dans ce cadre à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), ont été
visés par un homme, qui leur a
foncé dessus avec une voiture (lire
ci-contre). Le parquet de Paris a
ouvert une enquête, confiée à la section antiterroriste. Ce n’est pas une
première. Depuis deux ans et demi,
les militaires en faction ou en patrouille ont été à plusieurs reprises
pris pour cible, au même titre que
les policiers.
En mars, un homme de 39 ans avait
tenté d’agresser une patrouille dans
l’aéroport d’Orly avant d’être abattu.
Début février, un Egyptien de 29 ans
avait légèrement blessé un militaire
avec une machette dans le Carrousel
du Louvre, en plein cœur de Paris.
Un geste considéré là encore comme
terroriste par le parquet de Paris.
D’autres précédents, à Valence en
janvier 2016 et Nice en février 2015,
ont donné à l’opération la réputa-
tion de servir de paratonnerre. Selon
le ministre de l’Intérieur, Gérard
Collomb, c’est «la sixième fois»
qu’elle est prise pour cible. «Sentinelle permet de fixer la menace»,
nous confiait tout en euphémisme
un haut responsable français l’année dernière. Jugé risqué, mais surtout peu utile, le dispositif fait de
moins en moins consensus.
déplacement sur la base aérienne
d’Istres, son entourage précisait
néanmoins qu’«il n’y aura[it] pas un
soldat en moins [sur le territoire national] d’ici au 31 décembre 2017».
En visite auprès des militaires patrouillant sur le bassin de la Villette,
dans le nord-est de Paris, la ministre des Armées, Florence Parly, a
«S’adapter». La veille du défilé du
«Quand on dit à nos
jeunes que leur
première mission
sera à la gare
du Nord, cela ne
les fait pas rêver.»
14 Juillet, Emmanuel Macron a pris
acte de ces critiques et annoncé,
dans son discours à la communauté
de la défense, une évolution à venir:
«Nous proposerons une nouvelle doctrine d’intervention qui permettra
de revenir en profondeur sur l’organisation de Sentinelle afin d’avoir
une plus grande efficacité opérationnelle et de prendre en compte l’effectivité et l’évolution de la menace.»
Quelques jours plus tard, lors de son
Le chef d’état-major
de l’armée de terre
à l’Assemblée le 19 juillet
confirmé que «Sentinelle restera en
place tant qu’elle sera utile à la protection des Français. Il faut maintenant s’inscrire dans la durée, et déployer nos efforts de façon un peu
différente. L’objectif est de s’adapter
sans cesse à la menace.»
Le dispositif a déjà connu des ajustements et les missions des militaires
ont évolué. Comme le recommandait un rapport du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), les patrouilles
mobiles, jugées moins astreignantes, ont remplacé les gardes statiques en septembre. Des adaptations
destinées à améliorer le quotidien
des soldats et à enrayer le départ des
jeunes engagés. Alors que les candidatures ont afflué lors de la vague
d’attentats de 2015, beaucoup n’ont
pas trouvé ce qu’ils cherchaient.
«Quand on nous a dit que l’opération
allait durer sur le long terme, il y a eu
une vague de départs dans le régiment», témoignait récemment un
jeune militaire, cité par le Monde.
«Coup dur». La haute hiérarchie
a bien conscience du problème.
«Nos jeunes s’engagent pour l’action
et pour voir du pays. Quand on leur
dit que leur première mission sera
“Sentinelle” à la gare du Nord, cela
ne les fait pas rêver. Je ne vais pas raconter des histoires: ils se sont engagés d’abord pour partir au Mali ou
sur d’autres théâtres d’opérations extérieurs», expliquait le chef d’étatmajor de l’armée de terre (Cemat)
aux députés de la commission de la
défense qui l’auditionnaient le
19 juillet. Pas question, pour autant,
de mettre un terme à toute présence
sur le sol français, poursuivait le général Bosser: «Quel que soit l’avenir
de Sentinelle, je pense que nous
n’échapperons pas à un déploiement
militaire, sur le territoire national,
sur des sites particuliers.» Et faisait
une proposition de refonte :
3000 soldats pour les zones touristiques parisiennes, 3000 en réserve
«en cas de coup dur» (donc d’attentat) et 3000 consacrés à l’«anticipation». La nouvelle doctrine doit être
présentée à l’automne, à la veille de
son troisième anniversaire.
P.Al.
10 u
FRANCE ÉCONOMIE
Libération Jeudi 10 Août 2017
Un élevage
intensif français
de poulets en
février 2012.
Photo diffusée
par l’association
militante L214.
PHOTO L214
Scandale P
Par
JEAN-CHRISTOPHE FÉRAUD
A la chasse aux
œufs contaminés
Alors que des œufs au fipronil ont
été découverts en France, le ministre de
l’Agriculture sort du silence. L’affaire met en
lumière les méthodes de l’élevage intensif.
arti des Pays-Bas mi-juillet, le scandale
des œufs contaminés à l’insecticide
prohibé n’en finit pas de monter. Après
avoir gagné entre autres la Belgique et l’Allemagne, cette mauvaise mayonnaise au fipronil ne s’est pas arrêtée aux frontières de la
France, contrairement à ce qu’espéraient initialement les autorités.
Samedi 7 juillet, le ministère de l’Agriculture
assurait «ne pas avoir à ce jour d’informations
de contamination d’œufs en coquille et de
viande destinés à la consommation». Mais
changement de ton en ce début de semaine
après la découverte ce week-end d’œufs au fipronil sur deux sites français de transformation. Et un nouveau bilan faisant état, mardi,
de cinq usines d’«ovoproduits», situées dans
le Nord et l’Ouest de la France, ayant reçu plusieurs tonnes d’œufs contaminés en provenance des Pays-Bas et de la Belgique.
Deux d’entre elles, Igreca dans le Maine-etLoire, et Samo dans la Vienne, ont reconnu
avoir utilisé à leur insu ces œufs suspects pour
fabriquer des produits alimentaires transformés. Mais les lots identifiés ont été immédiatement «retirés» du marché, ont indiqué les
deux entreprises. Le ministère a lui précisé
que des «enquêtes de traçabilité» étaient en
cours pour «identifier la destination des produits déjà expédiés et susceptibles d’être contaminés». Ce qui laisse supposer que des œufs
au fipronil transformés dans ces usines ont
tout de même pu se retrouver dans des plats
préparés, gâteaux ou autres pâtes mis sur le
marché… Ce qui a conduit le ministre de
l’Agriculture, Stéphane Travert, jusque-là plutôt silencieux, à organiser mercredi un «point
de situation» rue de Varenne, pour annoncer
le lancement d’une enquête nationale chez
«l’ensemble des fabricants d’ovoproduits»,
quatre-vingt au total. Les premiers résultats
des investigations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation sur les cinq
établissements déjà identifiés seront connus
en fin de semaine, permettant de «retirer les
lots incriminés s’il en était besoin», a-t-il précisé. Le ministre a surtout tenu à «rassurer les
consommateurs, leur dire clairement qu’il n’y
avait pas de danger pour la santé humaine».
Mais on n’en a pas appris beaucoup plus, à ce
stade, sur l’état de la crise en France.
LE SILENCE NÉERLANDAIS
L’affaire, qui a déjà entraîné la destruction de
millions d’œufs et l’abattage massif de poules
pondeuses aux Pays-Bas, a aussi rebondi avec
les accusations du ministre belge de l’Agriculture, selon lequel le gouvernement néerlandais connaissait depuis novembre 2016 la
situation et n’avait pas informé ses voisins
européens: «Quand un pays comme les PaysBas, un des plus gros exportateurs d’œufs au
monde, ne transmet pas ce genre d’informations, ça pose vraiment problème», a tancé Denis Ducarme. Et celle de son homologue alle-
Libération Jeudi 10 Août 2017
u 11
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Des poules qu’à moitié
transparentes
Un codage sur les
coquilles permet de
connaître les conditions
d’élevage. Mais 40% des
œufs mangés en France
servent à la confection
d’aliments transformés
et échappent aux radars
du consommateur.
C
omment savoir d’où vient notre
omelette ? Les œufs commercialisés en France et en Europe
sont soumis à une stricte réglementation qui permet normalement d’en assurer la traçabilité. Mais le scandale
du fipronil montre qu’il y a des failles
dans le dispositif et les différentes
étapes de contrôle. D’autant que pour
les «ovoproduits» (produit transformé
à base d’œufs), le processus est bien
plus opaque.
Combien consomme-t-on
d’œufs et sous quelle forme ?
FOIE ET REINS
De fait, c’est une société néerlandaise spécialisée dans la désinfection des élevages, ChickFriend, qui aurait utilisé frauduleusement du
fipronil dans un insecticide commercialisé
sous le nom de DEGA 16. Cette molécule «modérément toxique» selon l’OMS, est dangereuse pour le foie, les reins ou la thyroïde.
Aussi, est-elle strictement prohibée chez les
animaux destinés à la ponte ou à la consommation humaine. L’antiparasitaire interdit
aurait été importé illégalement de Roumanie
et livré à un fournisseur belge, Poultry-Vision.
Des enquêtes judiciaires ont été ouvertes dans
les deux pays pour remonter cette chaîne.
Mais ce nouveau scandale met surtout en lumière les méthodes de l’élevage intensif (lire
ci-contre). Pour éviter les maladies véhiculées
par des parasites, comme le pou rouge, il faut
administrer aux poules pondeuses des insecticides dérivés de pesticides que l’on retrouve
dans les œufs que nous mangeons… Un nonsens dénoncé mercredi en un tweet par l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot: «Friponil
dans les œufs: dernier symptôme d’un système
agro-industriel concentrationnaire fou. Remettons l’agriculture sur terre!» •
Comment savoir où et
dans quelles conditions ont été
pondus les œufs ?
«Les œufs sont marqués d’un code [une
succession de huit caractères, ndlr] désignant le numéro distinctif du producteur et permettant d’identifier le mode
d’élevage», explique la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.
Le premier est un chiffre. Si c’est un 3,
les poules sont en cage et entassées au
maximum : 16 par mètre carré. Elles
restent constamment à l’intérieur, ne
déploient pas leurs ailes, n’ont pas de
bec (souvent coupé peu après la naissance) et ont une espérance de vie d’environ un an. Un an passé à pondre un
>Retrouvez
chaque jour à 8h15
un journaliste de
Libération sur la
Une du cahier été
Qu’est-ce que le fipronil et
y a-t-il un risque pour la santé?
Le fipronil est un biocide (produit antiparasitaire) «modérément toxique pour
l’homme», selon l’Organisation mondiale de la santé. Commercialisé depuis
1993, il est strictement interdit sur les
animaux destinés à la consommation
humaine. Sujet aux controverses dans
les années 2000 pour sa toxicité sur les
abeilles, il a été soumis à un moratoire
européen. En petite quantité, il ne serait néanmoins pas dangereux. Le taux
maximal de fipronil détecté en Belgique n’excédait pas 1,2 mg par kilo
d’œuf, soit bien en dessous des seuils
recommandés. L’Union européenne es-
œuf chaque jour. Si c’est un 2, un seul
critère change: les poules sont élevées
au sol et sont 9 par mètre carré. Si c’est
un 0 (bio) ou un 1, les poules «élevées
en plein air» bénéficient de la lumière
naturelle. En intérieur, les poules
sont 6 à 9 par mètre carré. A l’extérieur,
c’est une poule pour environ 5m². Voilà
pour le premier chiffre.
Vient ensuite le code ISO du pays
d’origine, composé de deux lettres.
Les trois suivantes permettent de déterminer le site d’élevage, suivies de
deux chiffres pour le numéro du bâtiment. La codification est différente
pour les œufs achetés sur le marché.
Composée de six caractères, toujours
avec un 0 «bio» ou un 1 «plein air» au
début, suivi de FR pour France, elle indique le numéro du département dans
lequel sont produits les œufs. Et un
numéro d’ordre d’enregistrement du
producteur dans le département. Les
ovoproduits, eux, sont moins bavards
sur leur origine : seul le nom de l’établissement où l’œuf a été transformé
est mentionné, ainsi que l’éventuelle
– et rare – origine bio.
MATHILDE GUYENNOT
et JEANNE LAUDREN
L’été,
le monde
continue
de tourner.
franceculture.fr/
@Franceculture
LES
MATINS
D’ÉTÉ
7H -9H
DU LUNDI
AU VENDREDI
Lucas
Menget
© Radio France/Ch. Abramowitz
mand, Christian Schmidt, qui a dénoncé «un
acte criminel». Stéphane Travert a lui taclé
en creux les Pays-Bas et la Belgique en souhaitant «des échanges beaucoup plus fructueux et
beaucoup plus rapides» avec ces deux pays au
cœur du scandale.
Les Français font partie des plus gros
mangeurs d’œufs en Europe. En
moyenne, un habitant consomme
216 œufs chaque année, contre 200
pour le reste du continent. La France
est aussi le premier producteur d’œufs
européen. «Nous produisons 100% de
ce que nous consommons. Nous pourrions donc être autosuffisants», explique Philippe Juven, président du Comité national pour la promotion de
l’œuf (CNPO). Cette consommation
prend différentes formes. Sur la totalité
des œufs consommés dans l’Hexagone,
40% le sont sous forme d’ovoproduits.
Leur préparation se fait dans une «casserie», une usine où des machines cassent les œufs à la chaîne. Les jaunes et
les blancs sont ensuite séparés, filtrés
et pasteurisés. Le tout est conservé
dans une chambre froide, dans des
bidons de 3 litres prêts à l’emploi. Ils
sont ensuite vendus à l’industrie agroalimentaire et à la restauration. On retrouve cette préparation dans les pâtisseries vendues en grande surface, les
plats cuisinés, les sauces… Un procédé
industriel pratique, et surtout moins
cher, puisque certaines usines s’approvisionnent en Belgique ou aux PaysBas, où les coûts de production sont
plus faibles.
time qu’il n’y a aucun risque pour le
consommateur s’il ingère moins de
0,009 mg/kg au cours de la journée.
Pour une personne de 60kg, cela représente 0,54mg, soit 8 œufs contaminés
par jour. Pour Yann Nedélec, directeur
de la Confédération française de l’aviculture, il ne faut donc pas s’alarmer:
«Le produit est de faible toxicité, même
s’il faut rester prudent.» Tout est dans
le prudent…
En
partenariat
avec
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L’esprit
d’ouverture.
05/07/2017 13:43
12 u
FRANCE
Libération Jeudi 10 Août 2017
LIBÉ.FR
Tu mitonnes en a gros sur la faisselle
Chaque semaine, passage en cuisine et réveil
des papilles. Ce jeudi, Jacky Durand, notre
chroniqueur, nous propose le songe d’un crépuscule d’été
avec un vieux compagnon de table : le fromage blanc. Mangé
frais avec du persil plat, du concombre, du maquereau,
mais surtout de l’abricot, avec la recette du très élégant «fromage
blanc battu aux abricots et au basilic» de feu Jean-Pierre Coffe.
Ce coulis orange et vert, c’est déjà le rêve. PHOTO EMMANUEL PIERROT
Bruno Le Maire,
le 2 août à l’Assemblée
nationale. PHOTO JACQUES
DEMARTHON. AFP
Géants de l’Internet: les armes fiscales
que Bercy ne dégaine pas
Selon nos
informations,
un mode d’emploi
permettant de taxer
Google et consorts
a été élaboré au
sein du ministère
de l’Economie,
même si Bercy
dément.
Par
FRANCK BOUAZIZ
C
hez Google, Airbnb,
Facebook, Amazon et
consorts, plus on «optimise» sa fiscalité, mieux
c’est. Et le gouvernement
peine à sonner la fin de l’impunité. Mercredi, le ministre
de l’Economie a tenté de reprendre la main sur ce sujet
sensible où l’Etat court après
les impôts non payés par les
géants du Web.
Après avoir qualifié d’«inacceptable» la situation fiscale
des plateformes comme Airbnb, Bruno Le Maire a annoncé une initiative francoallemande pour la mi-septembre. Il s’agirait de proposer à la Commission eu-
ropéenne un texte sur la
fiscalité des entreprises du
numérique. Jusqu’à présent,
ce sont elles qui ont marqué
des points face aux services
des impôts. Le tribunal administratif de Paris vient ainsi
d’annuler le redressement
d’1,1 milliard d’euros notifié à
Google. Si le gouvernement a
fait appel de la décision, le
dossier semble mal engagé
sur le plan juridique.
«Le paiement par les grandes
entreprises du numérique
d’une juste imposition dans les
pays où leurs profits sont réalisés est un enjeu désormais majeur», ont reconnu lundi dans
un communiqué conjoint les
ministres de l’Economie et
des Comptes publics. Mercredi, Le Maire a enfoncé le
clou tout en renvoyant la balle
dans le camp de l’UE.
Audit. Or le gouvernement
est armé pour agir. Selon
nos informations, un projet
d’instruction sur «la présence
fiscale numérique» existe à
Bercy. Ce document préparé
par le service de la législation
fiscale du ministère de l’Economie est un mode d’emploi
précis. Il propose ni plus ni
moins de taxer «toute entreprise qui collecte des données
numériques sur un territoire».
Et permettrait donc d’imposer en France les Google
et autres Airbnb qui,
aujourd’hui, transfèrent la
plus grande partie de leur
chiffre d’affaires vers l’Irlande
ou les Pays-Bas.
Cette réponse aurait été
élaborée sous l’impulsion
d’Alexandre Gardette, qui a
occupé la fonction de chef
du contrôle fiscal à Bercy.
Contacté, le cabinet de Bruno
Le Maire affirme pourtant «ne
pas avoir de projet en ce sens»,
évoquant «une possible initiative individuelle»… Elle émanerait cependant d’un haut
fonctionnaire du ministère
de l’Economie.
Bruxelles
a en projet
une «assiette
commune
consolidée pour
l’impôt sur
les sociétés».
Si l’Etat décide d’en découdre, il pourra aussi s’appuyer
sur une série de propositions
formulées par ses agents du
fisc. Solidaires Finances publiques, la première organisation représentative à Bercy, a
modélisé trois mesures antiévasion fiscale. Parmi elles,
celle consistant à poursuivre
ceux qui organisent pour les
grands groupes les montages
permettant de réduire, voire
de supprimer, la facture fiscale. Il s’agirait de taper sur
les grands cabinets d’audit et
de conseil (PWC, Deloitte,
KPMG et EY) au même titre
que leurs clients lorsqu’ils
sont sanctionnés pour fraude
fiscale.
La rémunération des informateurs est aussi privilégiée
par les contrôleurs du fisc.
«Aujourd’hui, ils prennent des
risques et subissent des pressions», estime le secrétaire
national de Solidaires Finances publiques, Vincent Drezet. Enfin, le syndicat plaide
pour un renversement de la
charge de la preuve : «Ce serait désormais à l’entreprise
de justifier auprès de l’administration pourquoi elle recourt à un paradis fiscal pour
y transférer une partie de ses
bénéfices», détaille Rachel
Hug, secrétaire de section.
Guichet unique. Les outils
existent donc, manque la volonté politique. Pour l’heure,
Bercy renvoie la patate
chaude vers l’Union européenne, en indiquant que
«l’harmonisation fiscale est
désormais la priorité». Certes, Bruxelles a en projet une
«assiette commune consolidée
pour l’impôt sur les sociétés
(Accis)». En clair, les entreprises présentes dans plusieurs Etats membres de l’UE
feraient une déclaration
d’impôts devant un guichet
unique. L’objectif est d’éviter
le tripatouillage actuel qui
permet aux «Gafa» (Google,
Apple, Facebook, Amazon)
de transférer leurs bénéfices
réalisés en France vers l’Irlande, où ils sont trois fois
moins taxés. Seul hic, il faudra faire adopter cette réglementation à l’unanimité, ce
qui risque de prendre
du temps. «La transposition d’une telle directive en
France interviendra au
mieux en 2019, analyse l’avocat fiscaliste Jérôme Turot.
D’ici là, G oogle sera
probablement rapatrié aux
Etats-Unis si Trump réduit
l’impôt sur les sociétés de 35%
à 20%. Sinon, d’autres plateformes offshore prendront le
relais.»
Le gouvernement a intérêt à
agir vite. Au moment où se
décide le budget 2018, ses recettes fiscales sont à la
baisse. Selon des chiffres
consultés par Libération,
en 2016, l’impôt sur les sociétés a rapporté 56,6 milliards
d’euros, soit 3 milliards de
moins qu’en 2015. Quant au
produit des contrôles fiscaux, il est tombé l’an dernier à 19,4 milliards après un
pic de 21,2 milliards en 2015.
La différence s’explique par
le fait que les exilés fiscaux
sont beaucoup moins nombreux à avoir régularisé leur
situation, puisque le dispositif tire à sa fin. En outre, 2015
avait été caractérisée par
de «belles affaires». Les redressements notifiés à Ikea,
Microsoft et McDonald’s
avaient représenté 970 millions d’euros. Facebook,
Amazon ou Airbnb seront-ils
les prochains sur la liste du
Trésor public ? •
Libération Jeudi 10 Août 2017
u 13
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LIBÉ.FR
Colette met en lumière une fourmi
de la mode Le concept-store parisien
Colette, qui doit fermer le 20 décembre, a invité
l’attaché de presse Lucien Pagès, incontournable dans la
mode, à exposer ses goûts, ses couleurs… A 42 ans, le natif
des Cévennes représente à la tête de son bureau de presse
une quarantaine de marques, dont J.W. Anderson, Loewe,
Lemaire, Courrèges, Jacquemus, Ambush, Olympia Le-Tan,
Vincent Darré, Moynat… PHOTO DR
1946 : une jeune femme au
regard bleu du genre perçant,
Hélène de Creyssac, passe
une audition aux Folies Bergère. Elle sera engagée
comme mannequin et va très
vite devenir Hélène Martini
ou «l’impératrice de la nuit»
parisienne, ou tout simplement «la Comtesse», qui régna sur les Bouffes-Parisiens,
Mogador, la Comédie de
Paris, des cabarets-clubs
comme le Raspoutine et le
Shéhérazade, et pendant
trente-sept ans sur ces Folies
Bergère où elle débuta…
Femme très avare d’apparitions publiques, Hélène Martini est morte samedi dans
son appartement de Pigalle,
à la veille de ses 93 ans, des
suites d’une longue maladie,
a annoncé mardi son avocat.
Née en Pologne en 1924 d’un
Lundi soir, le FN Antoine Golliot, conseiller municipal à
Boulogne-sur-Mer, s’est insurgé dans un tweet (supprimé
depuis) de l’arrivée d’un camp de migrants. Affolé, il s’en
était même inquiété en prévenant par téléphone la Voix
du Nord. Le journal local lui a vite fait comprendre le malentendu: le pseudo-camp de migrants (gardé par un agent
de sécurité, tout de même) n’est autre que le décor de la
prochaine saison du P’tit Quinquin, délirante série de
Bruno Dumont diffusée sur Arte. Sur Twitter, l’élu botte
en touche: «lol, ravis: certains habitants s’inquiétaient de
cela: dommage que cette série ne soit pas mise en avant pr
éviter tt quiproquo» (sic). «L’erreur est humaine, la paranoïa aussi», a commenté la Voix du Nord.
ENA Patrick
Gérard chargé
de la révolution
Un non-énarque –qui a juste
fait Sciences-Po!– à la tête de
l’ENA. Patrick Gérard a été
nommé mercredi directeur
de l’Ecole nationale d’administration, où il succédera
à Nathalie Loiseau, devenue
ministre chargée des Affaires
européennes. L’intéressé présente un profil de pragmatique très macronien. Prof de
droit public, ex-recteur de
l’académie de Paris, où il a
permis aux boursiers d’accéder aux lycées cotés, Patrick
Gérard a été maire centriste
de Vincennes –il a même milité aux Jeunes Giscardiens–
et membre des cabinets de
Gilles de Robien (Education
nationale) et de Rachida Dati
(Justice). A lui la charge de
transformer «au maximum»
cette «grande école», comme
le souhaite le Président. Et ce
afin que les meilleurs des
promos préfèrent les administrations politiques à l’inspection du Trésor.
GAMMA-KEYSTONE. GETTY IMAGES
Pas-de-Calais Un élu FN prend le décor
d’une série pour un camp de migrants
N. MARQUES. KR
Hélène Martini, l’«impératrice de la nuit»
DISPARITION
père français propriétaire
terrien et d’une mère russe,
elle est nourrie des deux
cultures. La Seconde Guerre
mondiale va briser sa jeunesse, lui prendre son père,
fusillé, et sa mère, tuée dans
un bombardement. Les ennemis sont alternativement nazis ou soviétiques. Elle-même
aurait échappé d’un cheveu à
une balle tirée par un officier
russe ivre. Elle passe trois ans
et demi au camp de concentration de Königsberg.
Puis la jeune femme décide
d’émigrer à Paris, où elle
est engagée aux Folies Bergère. Mais pas pour longtemps : Hélène de Creyssac
gagne 3 millions de francs à la
loterie. Et arrête de travailler.
Elle rencontre son futur mari,
Nachat Martini, un avocat syrien «profrançais», réfugié
politique, agent secret selon
certaines sources. Et l’un des
tauliers de Pigalle. «L’empereur de la nuit», c’est lui. A la
mort de son mari en 1960, elle
hérite des night-clubs. La
veuve détient 17 maisons
et 900 employés à Paris, Genève ou Las Vegas, dont les
Folies Bergère, le fleuron,
qu’elle n’obtient pas par testa-
La loi de moralisation
adoptée à l’Assemblée
La réserve parlementaire n’est
plus. Fini les
chèques aux amicales de boulistes
et autres goudronnages quinquennaux
des rues centrales dans les
villages d’élus… Certes,
la réserve n’était pas que
cela, comme l’ont martelé
ad nauseam les représentants de l’opposition à la tribune, mais sa suppression
était devenue un symbole. Avec 412 voix pour,
74 contre et 62 abstentions,
les députés ont définitivement adopté sa disparition
mercredi, alors que les sénateurs avaient choisi de la
maintenir, entraînant un
nouveau vote de la loi organique sur la moralisation
politique, désormais adoptée dans son intégralité.
Si, ces derniers jours, les déclarations de divers ténors
de l’opposition faisaient
planer la menace d’un absentéisme massif, les bancs
de l’Assemblée nationale
n’étaient finalement pas
si clairsemés. Jean-Luc Mélenchon, amplement critiqué pour ses suppliques
vidéo répétées au sujet de
ses congés grignotés par
l’agenda imposé
par le gouvernement, était bien
là, flanqué du
groupe des insoumis dans sa quasiintégralité. Le président du
groupe LR, Christian Jacob,
a, lui, fait remarquer sa
présence en invectivant copieusement les ministres.
Les communistes ont réclamé un ultime renvoi
en commission pour corriger une loi «mal ficelée» et
«cosmétique». Le président
de l’Assemblée, François
de Rugy, a répliqué que 23%
des amendements adoptés
venaient de l’opposition.
Pour Philippe Gosselin
(LR), cette suppression
risque de «couper les ailes
des associations et des petites collectivités». Des députés de l’opposition ont
proposé de conserver les
montants en rendant plus
transparents les attributions. La ministre de la Justice et la rapporteuse ont
balayé ces amendements,
annonçant que ces sommes
iraient aux «territoires» via
des «dispositifs généraux».
Sur fond de baisse massive
des dotations aux collectivités locales. G.G.
DROIT
DE SUITE
ment mais qu’elle achète
en 1974. D’aucuns soupçonnent Hélène Martini de
laisser tables ouvertes à la
mafia. Elle ne dément pas.
Pas plus que sa proximité
avec des grands flics. A l’en
croire, Sinatra disait d’elle :
«C’est ma boss.»
L’âge venant, Hélène Martini
se sépare petit à petit de ses
biens. En 2011, elle cède les
Folies Bergère au groupe
Lagardère et au producteur Jean-Marc Dumontet
pour 9 millions d’euros. La
vieille dame, qui n’a pas de
descendants, n’aime plus
vraiment Pigalle. Elle va
pourtant y rester. Celle qui,
à 87 ans, assenait encore sans
ciller «il faut continuer à regarder vers le futur» a rejoint
la nuit. P.C. et C.Ma.
A lire en intégralité sur Libé.fr.
Mont-Blanc Deux alpinistes
allemands retrouvés morts de froid
Partis en cordée lundi matin du refuge Torino pour faire
la traversée des aiguilles du Diable, deux quadras allemands n’ont pas pu atteindre le sommet du Mont-Blanc
à temps et ont été pris par la tempête avec des vents soufflant à 120 kilomètres/heure. Ils sont morts d’hypothermie.
Les corps ont été retrouvés en matinée et redescendus
dans la vallée.
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France métropolitaine. La livraison du quotidien est assurée par voie postale.
14 u
SPORTS
Libération Jeudi 10 Août 2017
Saut à la perche Mardi, Renaud Lavillenie
a décroché la médaille de bronze du saut à la perche,
avec une barre franchie à 5,89 m à son deuxième
essai, derrière l’Américain Sam Kendricks en or
(5,95 m) et le Polonais Piotr Lisek (5,89 m). Champion
olympique à Londres en 2012 et recordman
du monde (6,16 m), le Clermontois, outsider
ce coup-ci et blessé en début de saison,
décroche une cinquième médaille. PHOTO AFP
Mondiaux d’athlétisme: Pierre-Ambroise
Bosse, faux dilettante et vrai champion
Le jeune homme
est le premier
Français à
remporter
l’or sur le 800m
des championnats
du monde,
après une course
d’anthologie, mardi
soir à Londres.
Un exploit que ses
proches éclairent.
de ses principales faiblesses:
craquer dans les 50 derniers
mètres. C’est la première fois
que la France décroche la
première place du podium
sur 800 m – le 11e médaille
d’or tricolore en individuel en
championnat du monde.
Dimanche matin, avant sa
demi-finale, Bosse, cocréateur d’une application de
rencontres amoureuses, postait une vidéo dans laquelle,
détendu, il réalisait un tour
de magie avec des cartes. Il
commence par sortir un 2 de
cœur et termine en exhibant
un as. Le 2 se transforme 1 :
«Moi, je ne vise qu’une place.»
Son agent renchérit depuis
Londres: «Pierre était loin de
faire sa meilleure saison. Il se
blesse en mai, est contraint de
revoir ses programmes d’entraînement avec son coach. Il
a couru trois meetings, en
s’améliorant à chaque fois,
mais bon, sans faire des choses
exceptionnelles, à l’entraînement non plus. On vient à
Londres en se disant que la finale serait bien. On a essayé
de le mettre en confiance, de
faire des choses simples. Et son
mental d’acier, avec sa bonne
humeur retrouvée, l’ont porté
à faire la compétition la plus
belle de sa vie, à ce jour.»
Par
LUCA ENDRIZZI
P
ierre-Ambroise Bosse
–dit «PAB»– détonnait
bien avant d’avoir
dédicacé sa quatrième place
aux JO de Rio à son chat Rabs
(«rien à branler», le «s» étant
censé marquer le pluriel). Il y
a quelques années, il avait dû
faire une mise au point à
l’Institut national du sport
(Insep), en conférence de
presse, sur son penchant supposé trop marqué pour les
filles, la fête et l’alcool.
A l’époque, un quotidien
avait écrit que l’athlète
de 25 ans avait été repéré
après une compétition dans
un bar, enquillant des bières
avec des amis. PAB, la mine
sombre, avait demandé
qu’on le respecte en tant
qu’homme. Le message était
clair: «Je suis un mec sympa,
mais je ne suis pas un guignol,
laissez-moi vivre.» Kevin
Hautcoeur, son agent : «Il a
une personnalité complexe.
Il a besoin de respirer, de voir
ses amis, des copines. C’est un
mec normal, sauf qu’il s’enfile
au moins douze séances d’entraînement par semaine. Une
bière de temps en temps avec
ses proches ne peut pas lui
faire de mal. Il faut regarder
aussi l’équilibre psychologique
de l’athlète, le côté humain,
pas que son physique. En tout
cas, je peux vous garantir qu’il
a grandi.»
Usure. Mardi soir à Londres,
le Français est devenu champion du monde du 800m au
terme d’une course bluffante.
A l’arrivée, il a encore déconné
Transe. De fait, en dépit de
Pierre-Ambroise Bosse, mardi soir à Londres après sa victoire. PHOTO JEWEL SAMAD. AFP
au micro des journalistes, ce
qui nourrit l’écueil: oublier
–volontairement ou pas– que
PAB est un sportif de très haut
niveau. Dans l’entourage de la
fédération, on nous l’a répété:
«Si tu n’as pas envie, tu ne dures même pas un mois avec Gajer.» Bruno Gajer était son entraîneur à l’Insep jusqu’à l’an
dernier, quand le binôme s’est
séparé. Il est connu pour être
un coach de fer. A présent,
le guide technique du demifondeur est le Lillois Alain
Lignier.
En 2014, aux championnats
d’Europe de Zurich (un mois
après avoir établi son record
de France au meeting de Monaco), Bosse termine dernier,
après avoir mené la course
durant les 600 premiers
mètres. Après coup, il dira :
«J’ai fait de la tachycardie
avant la course. J’ai fait la flipette, tout simplement. Il n’y
avait pas beaucoup de façon
de gagner, la seule était d’imposer un rythme rapide.» En
dépit de son état, il refuse
d’adapter sa stratégie, dont il
avait annoncé les contours
quelques semaines plus tôt.
Partant du postulat qu’il
n’était pas le meilleur sprin-
teur, il voulait avoir la peau
de ses concurrents à l’usure.
«Artiste». Hautcoeur, luimême ancien coureur de
800 m : «On ne peut pas le
contraindre avec une stratégie étudiée à l’avance. Et
d’ailleurs, dans l’absolu, je ne
pense pas que ça soit une
bonne chose, car il faut développer une sensibilité qu’on
pourrait appeler “l’instinct de
la gagne”. Car les grands
champions arrivent à sentir les autres, à se sentir euxmêmes pendant la compétition, à adapter leur stratégie,
à savoir quand attendre et
quand partir. Je lui ai dit :
“Tu es un artiste, prends ta
toile et exprime-toi.”» Il a fabriqué son chef-d’œuvre
mardi soir. Son principal
concurrent était le Polonais
Adam Kszczot, qui avait
triomphé à Zurich. Celui-ci
avait décidé de se concentrer
en priorité sur le Kényan Kipyegon Bett et le Botswanais
Nijel Amos. Adam Kszczot,
excellent sur les 150 derniers
mètres (un vrai tueur), a bien
dépassé les deux coureurs
africains. Mais il y avait
Bosse, qui a surmonté l’une
quelques pépins physiques,
l’athlète remporte la victoire
avec son meilleur chronomètre de l’année, dans une
sorte de transe qui lui a
même fait oublier de lever les
bras à l’arrivée. Après son exploit, il a relativisé : «Je ne
suis pas le meilleur du monde
sur 800, loin de là. Mais j’ai
gagné la bonne compétition,
le bon jour.» Et de décrire son
kif: «Quand j’ai dépassé tout
le monde aux 500 m, je me
suis mis à leur place. Qu’est-ce
qu’ils ressentent à ce moment-là? Je pense qu’ils morflent. Et ça me plaît». Il y a
quelques années, quand il arrivait chez les «grands», il
avait dû préciser la prononciation de son nom : «Bosse,
comme boss en anglais et non
pas Bossé !» Il n’aura plus
besoin de corriger. •
Libération Jeudi 10 Août 2017
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l’arrêté du ministère de la Culture et la
Communication de décembre 2016
<J3><O>1997831</O><J>10/08/17</J><E>LIB</E><V>1</V><P>10</P><C>000001</C><B>0000716506</B><M></M><R></R></J3>@
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Capital social : 5.000 E
Siège social : 5 rue André Messager
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No. SIREN 485241731 RCS Paris
Par délibération en date du 20 juillet 2017,
l’assemblée générale extraordinaire, statuant en application de l’article L.223-42 du
Code du Commerce, a décidé qu’il n’y avait
pas lieu à dissolution malgré un actif net inférieur à la moitié du capital social. Le dépôt
légal sera effectué au registre du commerce
et des sociétés de Paris.
Pour avis et mention.
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Libération
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Cogérants
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François Dieulesaint
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de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Directeur en charge
des Editions
Johan Hufnagel
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
David Carzon,
Alexandra Schwartzbrod
Rédacteurs en chef
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois,
Guillaume Launay (web).
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Rédacteurs en chef
adjoints
Michel Becquembois
(édition),
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon
(spéciaux et futurs).
X
XI
Grille n°679
VERTICALEMENT
1. Etude de cas de conscience 2. Comme François 3. Ville du Pas-de-Calais
qui touche la Somme ; Ils sont à l’abri d’une crise de foi 4. Vous l’avez vue
avant cette grille ; Elle se projette loin vers le haut ; Cœur d’aortes 5. En
milieu de portée quand sol est à la clé ; Au-dessus de seize ; Mis au-dessus
6. Il roule quand on ne marche pas 7. Il nous en reste ruines et sandales ;
Tanné avec de l’alun 8. Pâtes fourrées 9. En fin de vie ; Qui conviennent
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. NIVELEURS. II. ONEGA. TEE. III. MÊLAIS. AC.
IV. BLUR. ESCH. V. RÉ. ÉCLOSE. VI. IGNÉE. VII. LAO. RÂBLE.
VIII. INCONGRUS. IX. STEM. REPS. X. MÉNAGERIE. XI. ESTRAGONS.
Verticalement 1. NOMBRILISME. 2. INÉLÉGANTES. 3. VELU. NOCENT.
4. ÉGARÉE. OMAR. 5. LAI. CERN. GA. 6. SEL. AGREG. 7. UT. SOMBRERO.
8. RÉACS. LUPIN. 9. SÉCHERESSES.
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GORON
HORIZONTALEMENT
I. Après quinze ans de
pouvoir, un coup est parti et lui
avec II. Posé sur un satellite ;
Empreinte d’une négation
III. Prise de corps ; En fin
de vie IV. Elle est au guidon
du vélo ; Bout d’Occitanie
V. Bout de trait trait et bu
d’un trait avec le deuxième
VII. ; Touches au bout VI. Il
met les poumons en danger ;
Elle peut mettre le cerveau en
danger VII. A 100% ; Base d’un
accord VIII. A la fois insecte
et mangouste IX. Ce pronom
colle après le deuxième VII. ;
Crée un rapprochement
X. Douleur féminine XI. Pays
de l’UE en VO ; Haut labo
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LE LIBÉ DES
PHOTOGRAPHES
Avec : n Reportage au cœur de la
bataille de Mossoul
n Le plan
climat de Nicolas Hulot
n Pierre
Henry, mort du pionnier de la musique
concrète
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PAGES 14-15
GOODBYE
ENQUÊTE
SUR UN MEURTRE
DE MASSE
BAYROU OUT
PAS DE QUARTIERS
«Libération» a épluché trois ans d’articles de presse
et documenté les cas de 220 femmes tuées dans la plus grande
indifférence par leur compagnon ou leur ex-conjoint.
PAGES 2-7
Malgré les mises en garde, Donald Trump a choisi de
sortir les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat.
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ELLE N’A PAS CH
En juin 1974, tout juste nommée ministre de la Santé dans le gouvernement de Jacques Chirac. PHOTO KEYSTONE. GAMMA. GETTY IMAGES
PAGES 8-9
VIOLENCES CONJUGALES
BIG
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VENDREDI 5 MAI 2017
NUMÉRO SPÉCIAL RENCONTRES D’ARLES
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engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
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VINCENT NGUYEN/ RIVA.PRESSE
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2,00 € Première édition. No 11181
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RENSEIGNEMENTS
COMMERCIAUX
Emmanuel Macron se déleste des trois poids lourds Modem mis en cause
par «Libération» et constitue un gouvernement de techniciens à sa main.
PAGES 2-5
LA COMBATTANTE
Simone Veil est morte à 89 ans. PAGES 2-11
PAGES 2-7
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Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 3,40 €, Andorre 3,40 €, Autriche 3,90 €, Belgique 2,80 €, Canada 6,20 $, Danemark 36 Kr, DOM 3,50 €, Espagne 3,40 €, Etats-Unis 6,00 $, Finlande 3,80 €, Grande-Bretagne 2,80 £,
Grèce 3,80 €, Irlande 3,50 €, Israël 27 ILS, Italie 3,40 €, Luxembourg 2,80 €, Maroc 30 Dh, Norvège 36 Kr, Pays-Bas 3,40 €, Portugal (cont.) 3,60 €, Slovénie 3,80 €, Suède 34 Kr, Suisse 4,40 FS, TOM 560 CFP, Tunisie 4,90 DT, Zone CFA 2 900 CFA.
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IDÉES/
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Libération Jeudi 10 Août 2017
CONNECTÉS, PIONNIERS :
10 HYPER-LIEUX DE LA PLANÈTE
Times Square, Ipanema, Istanbul, Tombouctou : loin de s’uniformiser, les villes de
la mondialisation se démarquent les unes des autres pour des raisons politiques,
touristiques, culturelles ou historiques. Autant de facettes pour ces hyper lieux,
d’après le concept théorisé par le géographe Michel Lussault. Demain : Tianjin
e meilleur jour de la semaine pour
prendre l’avion à Lagos ou y atterrir,
c’est le dimanche. Le dimanche, malgré
l’intense circulation routière due au très
grand nombre d’églises sur les îles et sur le
continent, la ville est relativement tolérable.
J’ai récemment quitté Lagos un mardi soir du
mois de mai, et j’ai été prise dans un embouteillage sur le pont qui relie Victoria Island à
Ikoyi. Victoria Island, qu’on appelle VI, borde
la péninsule Lekki, où j’habite à Lagos. Ikoyi,
connu comme le quartier européen durant
l’époque coloniale, est le lieu où je suis née et
où j’ai grandi.
Le pont fourmillait de marchands ambulants
qui vendaient de tout, depuis les journaux jusqu’aux ventouses pour déboucher les toilettes.
Un groupe d’enfants des rues s’est précipité
autour de la voiture de location qui nous
transportait, mon mari et moi. Armés de chiffons et de seaux d’eau sale, ils ont tapé sur le
pare-brise, importunant le chauffeur pour de
l’argent en échange d’un nettoyage, offre que
celui-ci a déclinée.
En traversant Ikoyi, nous sommes passés devant de belles demeures dissimulées derrière
de hauts murs en ciment au sein d’un quartier
qui, sans être exactement une banlieue chic
de Lagos, en est toutefois une zone plus verte,
Tous ces liens qui
m’attachent à la
chaotique Lagos
Ni les voitures, ni l’eau, ni l’électricité, ne circulent
correctement dans la capitale économique du Nigeria.
Mais, on ne peut s’en éloigner, alors,
on y revient sans cesse.
Par SEFI ATTA Ecrivaine
Traduit de l’anglais par Judith Strauser
avec buissons de bougainvillées et arbres du
voyageur. Des bâtisses coloniales sont à des
stades divers de délabrement et la plupart des
maisons modernes ont été reconverties en
banques, quelques-unes en imposants blocs
d’appartements appartenant à des banquiers
Un jour de marché à Lagos, le 24 décembre 2014. PHOTO AKINTUNDE AKINLEYE. REUTERS
et des politiciens. Juste avant le pont qui mène
au continent se dressait un immeuble en
construction abandonné, un projet de cité financé par l’Etat pour héberger des fonctionnaires et érigé sur des terres gagnées sur le lagon de Lagos. Le soleil brillait d’un orange vif,
le lagon d’un gris métallique. J’ai pensé à Eko
Atlantic, une ville commerciale internationale
luxueuse voisine de Victoria Island, construite
sur des terres gagnées sur l’Atlantique, et j’ai
demandé à mon mari si ce projet de cité publique serait jamais terminé, tout en connaissant
la réponse; il m’a dit: «Probablement pas.»
Lagos en voiture ne reste pas longtemps pittoresque ni égalitaire. Le pont que nous avons
emprunté pour rejoindre le continent commence à Ikoyi, lieu de résidence de l’élite. Il
contourne ces quartiers continentaux comme
Yaba et Surulere où vivent les Lagotiens de la
classe moyenne, qui n’existent prétendument
pas, et il se termine à Ebute Metta et Oworonshoki, où se trouvent les masses populaires.
J’ai écrit au sujet des gens d’Ikoyi. C’est ce type
de gens que Frantz Fanon aurait peut-être appelé la bourgeoisie indigène. J’ai aussi écrit à
propos du Lagos continental et de ses populations, sans rien embellir. Je n’ai jamais trouvé
nécessaire d’embellir parce qu’à mes yeux la
ville est suffisamment fascinante. Mes voyages fréquents là-bas m’ont permis de conserver le pouls de la ville dans mes fictions, en
partie parce qu’au fil des années j’ai eu connaissance des potins. Sans les potins, il est impossible de comprendre Lagos. Ici, on échange
des potins sur tout le monde. Nos présidents
Libération Jeudi 10 Août 2017
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eux-mêmes n’y échappent pas. Lors de ce
voyage-ci, un ami m’a confié qu’il savait de
première main que notre actuel président,
alors à Londres en congé pour maladie, se remettait bien; un autre m’a juré que le même
homme était en phase terminale. Je me suis
souvenue d’un régime militaire sous lequel
personne n’aurait osé prononcer en public le
nom de notre président et encore moins spéculer qu’il était vivant ou mort, de peur d’être
détenu par des agents de la sécurité de l’Etat.
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L'ŒIL DE WILLEM
Impossible d’ignorer l’histoire
Pour comprendre Lagos, il faut aussi être
conscient des changements qui ont eu lieu au
fil des années, puisque tant de choses s’écoulent ici sans être documentées. Karl Maier,
Rem Koolhaas et Pieter Hugo ont tous donné
à voir certains aspects de la vie à Lagos. La
BBC aussi, en grande partie sous la forme de
documentaires télévisés. Tous ont rencontré
l’indignation d’un certain nombre de lecteurs
et de téléspectateurs nigérians, même si rares
sont ceux qui se sont donné la peine de répondre à ces descriptions de Lagos. En général, on
tient pour acquis que les documentaristes
étrangers veulent, soit par ignorance, soit par
malice, donner une image négative de la ville.
Je soupçonne que Lagos, ville débordante
d’activité, peut sembler quelque peu statique
aux documentaristes qui ne savent pas ce qui
s’y est produit avant leur arrivée.
A Lagos, impossible d’ignorer l’histoire, histoire orale comprise –celle des familles, des
communautés, des industries et des paysages.
Il n’est pas obligatoire de se plonger dans l’histoire, mais il est précieux d’y être attentif pour
pouvoir reconnaître ce que l’on voit. Pour moi,
la ville change si rapidement entre deux visites qu’il me manquera sans doute des jalons
importants si je ne demande pas ce qui s’est
passé pendant mon absence.
Si Lagos est une ex-capitale du Nigeria, elle en
est toujours le centre social, culturel et économique. Sa population oscille entre 8 et 18 millions d’habitants selon la source. Les chiffres
du recensement ne sont pas fiables.
J’ai lu un jour que l’entreprise de recherche
Economic Intelligence Unit classait Lagos
quatrième dans sa liste des dix pires villes du
monde où vivre. Ma première réaction a été
d’être surprise que Lagos ne soit pas en tête de
ce classement, et la suivante, de me poser
cette question qui s’impose à moi à chaque
fois que je quitte la ville: pourquoi je persiste
à y revenir ? Serait-ce simplement ce sentiment d’appartenance que j’éprouve –ma famille, mes amis, mes relations, toute la sphère
sociale? Peut-être, mais mes visites se finissent souvent par de la frustration, parfois
même j’ai le cœur brisé.
Je publie moi-même mes livres au Nigeria et
cette fois-là je m’étais rendue à Lagos pour la
sortie de mon dernier livre, une collection de
pièces de théâtre. J’avais payé une avance à un
imprimeur en janvier. En mars, il m’avait dit
que la tâche était finie et j’avais payé le reste.
En avril, j’ai découvert à mon arrivée qu’il
n’avait pas encore fabriqué mes livres. En fait,
il ne les a pas apportés avant la veille du lancement, et c’est ce jour-là que j’ai découvert qu’un
bon nombre de copies étaient défectueuses.
J’ai déclaré à mon mari que je n’organiserai
plus jamais d’événement à Lagos, mais nous
y retournerons en octobre pour la première
d’une de mes pièces, si tout se passe bien.
Au sujet de Lagos, nous sommes plein d’espoir
–obstinément. Y partir nous emplit toujours
d’excitation, malgré les inconvénients rencontrés. Notre maison à Lekki est équipée d’un
puits de forage pour fournir de l’eau en continu et d’un système de traitement pour la purifier, mais elle n’est pas potable. On achète de
l’eau minérale. Pour l’électricité nous avons
trois générateurs : un gros pour la nuit, un
moyen pour la journée, et un petit pour la
dame qui s’occupe de la maison en notre absence. Nous avons aussi un convertisseur de
courant. Pendant ce séjour, nous n’avons eu
de l’électricité que deux jours. Lagos émergeait tout juste des célébrations de son cinquantenaire et au-dessus du péage entre Lekki
et Victoria Island se dressait un panneau proclamant «50 ans d’excellence».
Ecrire cette ville, c’est en partie montrer l’emprise captivante qu’elle exerce sur ses habitants. Beaucoup de Nigérians s’installent
ailleurs, partout dans le monde, pour étudier
et travailler, mais ils y retournent, si et quand
ils le peuvent. Les Lagotiens qui peuvent se le
permettre quittent la ville pour voyager aussi
souvent que possible et s’achètent des résidences secondaires en Angleterre, aux EtatsUnis, et à Dubaï. Ils ne séjournent jamais trop
longtemps loin de Lagos. Quasiment tous les
pays, toutes les régions du Nigeria et toutes les
ethnies sont représentés à Lagos, mais elle est
et demeure avant tout une cité yoruba. Le nom
yoruba de Lagos est Eko. Les Lagotiens l’appellent Eko ile, et ile signifie «chez-soi».
J’aime Lagos même si
elle me brise le cœur
Revenir chez moi, ça veut dire revenir aux coupures d’électricité, à l’eau non-potable et à la
circulation automobile. Ça signifie interroger
mes propres privilèges chaque fois que quelqu’un m’interpelle dans un embouteillage
pour me demander des sous. Ça veut souvent
dire perdre de l’argent lorsque mes projets
d’édition vont de travers, et ça signifie l’incapa-
cité de planifier ne serait-ce qu’un jour à
l’avance. Je connais des Lagotiens qui ont besoin de tout un régiment pour faire face: portier, jardinier, chauffeur, cuisinier, nourrice,
domestiques filles et garçons. Tout ce personnel finit toujours par contribuer à leurs irritations quotidiennes. À cause du manque d’ordre
généralisé, personne ne planifie rien au-delà
du moment présent. En plein chaos, tous cèdent à leurs pulsions au lieu de faire face aux
défis permanents qui leur sont imposés. C’est
cela, je crois, qui leur procure une bouffée
d’exaltation, qu’ils confondent souvent avec
une vie vécue pleinement.
J’aime Lagos, même si elle me brise le cœur
de temps en temps. Elle est le siège de mon
imagination. La plupart des expériences que
j’y vis restent non écrites. Je me suis souvent
demandé ce que des écrivains comme Dickens, Joyce et Tchekhov feraient de ce vécu.
Mais, pour écrire sur Lagos avec justesse, il
faut bien la comprendre, et pour continuer à
en sentir le pouls, il faut y retourner. •
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Libération Jeudi 10 Août 2017
De haut en bas : Madame
Hyde, de Serge Bozon, Era
uma vez Brasília, d’Adirley
Queirós et Ta Peau si lisse,
de Denis Côté. PHOTOS
PRAESENS-FILM/ TERRATREME
FILMES/ SISTER DISTRIBUTION
Saines
paniques
à Locarno
Bodybuilders québécois, docu SF brésilien,
chatoyante furie dominicaine,
Isabelle Huppert en «Madame Hyde»:
la 70e édition du festival suisse a démarré
avec son lot de films aussi audacieux
qu’inattendus. Bilan à mi-étape.
Par
LUC CHESSEL
Envoyé spécial à Locarno (Suisse)
U
n film est un film, la phrase
semble vraie, mais elle l’est
seulement jusqu’à un certain point. On entre dans une salle,
on est devant un film, avec la certitude tautologique d’être au cinéma.
Jusqu’au moment où l’évidence de
la situation, cette assurance tranquille qu’offre la condition de spectateur, tout ça se trouble, remplacé
par une question ou une exclamation : mais qu’est-ce que je suis en
train de voir? Et la course de vitesse
s’engage entre le film et les pensées
(ou comment les appeler ?), sans
cesse empêchées de suivre leurs
cours : celles-ci essayant de rattraper celui-là, qui tente de les semer,
ou bien par instants se laisse frôler,
pour mieux bifurquer à nouveau
sans prévenir. Si cela n’arrive pas, si
la question ne se pose pas, rien ne
se passe. La tautologie de départ est
en fait un paradoxe: un film est un
film «si et seulement si» il cesse d’en
être un et devient autre chose, dont
on ne sait pas du tout ce que c’est. Il
faudra cette panique pour simplement continuer à regarder. Plus la
panique dure – elle peut durer des
années après la fin de la projection–
«meilleur», comme on dit, est le
film, et certains films ne redeviendront jamais les films qu’ils étaient,
juste avant qu’on commence à les
voir. Ce sont ces films qu’on cherche
à voir partout où, donc, ils ne sont
pas –et pourquoi pas au bord d’un
lac suisse. Dans une petite ville du
Tessin repeinte aux couleurs du léopard qui est devenu son emblème,
les festivaliers sont plutôt des tortues cherchant leur Achille. Le festival de Locarno cherche toujours à
nous faire des tas de problèmes.
Pour sa 70e édition, il prétend nous
offrir encore quelques surprises. Ce
sera, par exemple, le temps d’un
seul plan.
BOUCHÉES DE MÜESLI
Dans Ta Peau si lisse, de Denis Côté,
documentaire présenté en compétition internationale qui fait le portrait d’une bande de bodybuilders
québécois travaillant avec acharnement à leur propre corps, on voit
l’un d’eux prendre son petit déjeuner. On est sur son visage : il ne
mange pas ses céréales, il les bouffe,
soufflant comme un bœuf, mâchant
et avalant dans un effort suprême
qui contraste avec ses biceps gonflés de testostérone. L’effort va jusqu’aux larmes, qui embuent ses
yeux entre deux bouchées de
müesli, quelque chose se passe
dans cette mastication, une émotion qui étreint inexplicablement
cette masse de chair. Et la salle entière arrête brutalement de lll
Libération Jeudi 10 Août 2017
u 19
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CINÉMA/
lll rire, qui se demande ce
qu’elle est en train de voir: elle a vu
soudain son propre visage sur
l’écran.
Mais sans doute pas autant que sur
les traits, pourtant bien connus, de
celui qui irradie au centre de Madame Hyde, du Français Serge Bozon, le grand inventeur de révoltes
logiques. Ce qu’il présentait luimême comme un «film sur l’éducation» reprend ses grandes lignes au
célèbre Docteur Jekyll et Mister
Hyde de Stevenson, en racontant
l’histoire de Madame Géquil (Isabelle Huppert), une très maladroite
professeure de physique, enseignant dans un lycée de banlieue. La
mauvaise prof y affronte un mauvais élève, l’insolent Malik (Adda
Senani), qui marche avec l’aide d’un
déambulateur. Le film raconte leur
rencontre, le cheminement de leur
changement mutuel, le périple d’un
apprentissage en commun. Cela
passe par un événement qui semble
pourtant purement extérieur, objectif: une nuit, Madame Géquil prend
la foudre dans son laboratoire, et
voici Madame Hyde, «femme de feu»
qui hante les cités la nuit sur les
traces de Malik, et trouve pour son
enseignement diurne une énergie
soudaine et profitable. Or, contrairement au Docteur Jerry et Mister
Love de et avec Jerry Lewis (1963),
qui adaptait déjà le conte de Stevenson en milieu scolaire, ce n’est pas
la transformation qui intéresse Bozon, mais la transmission. Là où
Lewis était prof de chimie, Huppert
est prof de physique, qui ne croit
qu’aux «lois de la nature», accessibles par la réflexion et non par l’expérience.
CHARGE ÉROTIQUE
Le trajet moral des deux personnages forme un chiasme: le handicapé
physique, assoiffé d’expérience, fait
le pur chemin vers la logique,
quand la handicapée morale, férue
de raisonnement, fait le trajet inverse vers l’expérience physique. Au
point de croisement entre les deux
corps, un coup de foudre, des étincelles, un incendie qui redistribue
et interchange la matière. La transmission ne laisse pas les corps indemnes, mais fait passer sans retour ses éléments de l’un à l’autre,
et de l’autre à l’un: c’est la pédagogie bozonienne, son naturalisme
géométrique, où chacun devra vivre
le drame physique de l’autre pour le
comprendre. «Un bon prof ne doit
pas être aimé, il doit être compris!»,
dit Géquil, et cela vaut sans doute
pour les bons films. Ils se laissent
pourtant aimer, comme malgré eux,
au moment où notre question de
départ se pose : quand le film va
plus vite que la pensée et que l’in-
Le cinéma tient
dans ce paradoxe:
un film est un film
«si et seulement si»
il cesse d’en être un
et devient autre
chose, dont on ne
sait pas du tout
ce que c’est.
tale Brasília. A court de carburant,
il échoue en 2016 dans la ville voisine de Ceilândia, où l’attendent
Andreia, en résidence surveillée
dans sa propre maison, et Marquim,
un ancien détenu mutilé par la police, qui est peut-être le narrateur
de toute l’histoire. Alors que le coup
d’Etat parlementaire qui signera la
chute de la présidente Dilma Rousseff fait rage, les trois agents partent
en guerre contre les «monstres» qui
hantent la politique contemporaine
brésilienne, à commencer par son
Parlement.
compréhension libère sa charge
érotique de 100 000 volts.
Il faudrait parler de Cocote, de Nelson Carlo de Los Santos, qui est un
film dominicain, c’est-à-dire quelque chose de rare, surtout dans les
festivals internationaux. Ou bien il
faudrait le voir pour le croire. A partir d’une histoire de vengeance, qui
avance sur fond de rituels de deuil
et de transes religieuses dans un village au bord de la mer, le film se déchaîne dans plusieurs directions,
sous plusieurs formats, en plusieurs
jeux de couleurs, se réinventant à
chaque plan : ce qui aurait pu être
une pure débauche de style se resserre pourtant en permanence sur
son récit, et nous serre ainsi le cœur,
nous enserre dans un délire qui est
celui de son héros autant que celui
de la terre qu’il arpente. Cocote, avec
sa folie des sensations, est à son
tour un film qui n’en est pas un, et
le devient à force de ne pas l’être
– mais presque un livre (se cherchant du côté de Juan Rulfo ou de
Roberto Bolaño, d’un certain infraréalisme magique) et presque la vie
(qui va toujours plus vite ou plus
lentement que le regard qui prétend
la questionner).
Mais le film qui n’en sera plus jamais un, l’événement des premiers
jours du festival, ou sa première
grande panique, est sans nul doute
Era uma vez Brasília d’Adirley
Queirós. S’il fallait lui assigner un
genre, on dirait que c’est un documentaire de science-fiction. Présenté dans une section intitulée
«Signs of Life», voilà un absolu signe de vie, émis dans le désert intergalactique du présent comme un
signal de détresse. Si tous les films
sont des bouteilles à la mer, certains
en sont aussi une version améliorée: des cocktails Molotov lancés à
travers le vide pour le faire péter.
Trois prisonniers du Temps s’y rencontrent dans un territoire sous
surveillance. WA4 (Wellington
Abreu) est envoyé en liberté conditionnelle sur Terre dans un vaisseau
spatial, pour assassiner en 1959 le
président du Brésil Juscelino Kubitschek, constructeur de la capi-
«ABSURDE
ET CHAOTIQUE»
Era uma vez Brasília est un pari désespéré sur l’avenir, sur un futur qui
n’est que l’envers documentaire du
présent, cette époque plus folle et
plus violente que toutes les fictions.
Au départ, d’après le cinéaste, il
s’agissait «d’imaginer que l’assassinat de Kubitschek empêche la construction de Brasília, qui représente
le Brésil blanc, phallique, oppresseur, colonial et réactionnaire, le
même qui a tramé le récent coup
d’Etat contre ceux qui menaient la
politique la plus juste et la plus égalitaire jamais tentée dans ce pays.»
Ceilândia –décor du film et lieu de
vie des gens qui y apparaissent pour
y jouer une version d’eux-mêmes–
est une ville construite à l’époque à
la marge de Brasília pour y contenir
les populations affluant vers les bidonvilles de la nouvelle capitale, et
nommée d’après le sigle CEI, «Campagne d’Eradication des Invasions»: là où en effet la science-fiction et le document semblent se
rejoindre (c’est-à-dire partout, dans
le monde capitaliste), Adirley Queirós a cherché à faire un film qui parvienne à être «aussi absurde et chaotique que la réalité du Brésil passé et
actuel». Il invente un cinéma aléatoire, à la hauteur non seulement de
la tragédie du Temps, mais de la résistance et de la beauté de tous ceux
que ce temps prétend enfermer derrière les barreaux d’une chronologie
manipulée en Destin.
Un peu plus tard dans Locarno la
nuit, au cours d’une fête brésilienne
où auraient coulé, d’après la rumeur, mille litres de cachaça, Adirley Queirós jouait des percussions
en fendant la nuit tessinoise d’un
cri –«Répandez la terreur!»– avant
qu’une foule de 200 personnes mises dehors traverse la bourgade déserte aux cris de «Fora Temer !» –
slogan de ralliement contre l’actuel
président du Brésil – pour se jeter,
à l’aube, dans le lac. •
70E FESTIVAL INTERNATIONAL
DU FILM DE LOCARNO
Jusqu’au 12 août. Rens. : pardo.ch
20 u
Libération Jeudi 10 Août 2017
J’aime lire
Quarante ans
d’âge
de raison
Depuis 1977, le magazine du groupe
Bayard propose tous les mois aux
7-11 ans un roman exigeant et facile
à lire. Il est aujourd’hui le plus lu dans
son secteur. Témoignages d’auteurs et
d’illustrateurs qui ont fait son succès.
Par
GUILLAUME LECAPLAIN
Illustration ZOÉ THOURON
P
armi les magazines pour la jeunesse, c’est un monument national. J’aime lire règne sur le secteur florissant des publications pour les
enfants. Avec ses 150000 exemplaires
diffusés chaque mois, dont 132000 par
abonnements (notamment dans les
écoles et les bibliothèques), le petit livre rouge est le magazine jeunesse le
plus lu en France. Il cumule 2,5 millions
de lecteurs, selon la dernière livraison
de l’étude «Junior Connect» d’Ipsos.
Ainsi, dans la tranche des 7-12 ans, le
magazine de Bayard Presse (la Croix,
Notre Temps, Okapi…) fait mieux que
Super Picsou Géant. Il s’agit de «la plus
forte audience presse des moins de
20 ans en Europe», avance la rédactrice
en chef, Delphine Saulière.
Depuis son premier numéro, paru en
janvier 1977, J’aime lire repose sur trois
piliers: un roman accessible à des enfants de primaire, d’abord et surtout,
mais aussi des jeux (animés par la mascotte Bonnemine) et des bandes dessinées (Tom-Tom et Nana est la plus connue). Ce mélange a été imaginé au sein
du groupe Bayard par Jacqueline Kerguéno et Anne-Marie de Besombes. La
première était orthophoniste, la seconde, rédactrice en chef du jeune magazine, connue pour être particulièrement convaincue par la pédagogie
Montessori (qui mise sur l’autonomie
de l’enfant). Leur but était de proposer
aux enfants de 7 à 11 ans «un magazine
fait pour eux, qu’ils puissent lire tout
seuls», résume Delphine Saulière.
En quarante ans, et avec plus de
480 romans publiés, J’aime lire est resté
fidèle à son squelette tout en évoluant,
en recrutant de nouveaux talents. Libé
retrace l’histoire du magazine, racontée
par ceux qui l’écrivent et l’illustrent. •
Libération Jeudi 10 Août 2017
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La une du dernier
J’aime lire. Un hors-série
réunissant dix des «histoires
cultes» parues dans
le magazine depuis 1977
sortira le 25 août.
LIVRES/
NICOLAS DE HIRSCHING, AUTEUR DEPUIS 1981
«À L’ÉPOQUE, MES ÉLÈVES ÉTAIENT MES COBAYES»
«Je viens d’écrire une histoire de père
Noël qui paraîtra en décembre. Mais
j’ai commencé à écrire pour J’aime
lire alors que j’étais instituteur. J’avais
une classe de CP, c’était à la fin des
années 70. Il fallait apprendre aux
élèves à lire et les histoires des manuels étaient archinulles, aucun intérêt. Je me suis mis à écrire des histoires adaptées à leur tranche d’âge.
Elles leur plaisaient, alors peu à peu
je me suis dit qu’elles pourraient être
publiées.
«A ce moment-là, des petits romans
faciles à lire et pas cucul, ça n’existait
quasiment nulle part ailleurs que
chez J’aime lire. J’ai eu de la chance,
ils ont accepté mon premier manuscrit. J’ai fait pour eux le Navire ensorcelé (1981) puis le Mot interdit (1982).
Celui-là a été un best-seller qui conti-
nue aujourd’hui encore à me nourrir!
Il a été édité en format roman seul, et
je crois qu’on est déjà à la 36e édition.
«Depuis, j’ai écrit une vingtaine de
textes pour J’aime lire. L’univers des
textes publiés par le magazine est
très varié: il y a autant de romans historiques que de science-fiction, d’humour, de vie quotidienne… En revanche, la rédaction est très pointilleuse
sur le style: il faut que cela soit facilement lisible, que les phrases ne
soient pas trop alambiquées. Il y avait
des bagarres sur des points de détail,
sur des passages qu’ils jugeaient difficiles. J’aime lire proscrit par exemple le passé simple, j’ai réussi à en
placer, mais en luttant un peu.
A l’époque, mes élèves étaient mes
cobayes, je leur racontais toujours
mes histoires avant. A leur attitude,
je voyais les passages qui marchaient
ou pas. J’avais un retour direct.
«La touche J’aime lire, c’est des histoires qu’on commence et qu’on veut
finir; il y a quand même la recherche
d’une certaine efficacité. Le but,
c’est que le lecteur ait envie d’aller
jusqu’au bout. La recette tient au
texte, bien entendu, mais aussi aux
illustrations, très bien pensées, et à
la typo, lisible. La présentation est
très importante pour des enfants de
l’âge visé.
«Je crois qu’il existe une affection des
lecteurs pour cette collection. Les
gosses la gardent, ça reste dans les
familles. Je vois des adultes qui me
parlent de mes histoires, ça me
donne un coup de vieux, mais à partir du moment où ils s’en rappellent,
c’est bon signe.»
FRÉDÉRIC JOOS, ILLUSTRATEUR DEPUIS 1993
«LA COLONNE VERTÉBRALE N’A PAS BOUGÉ DEPUIS LE PREMIER NUMÉRO»
«J’ai commencé à aller démarcher
des éditeurs à Paris à la fin des années 80, avec mon carton à dessin
sous le bras. Mais Bayard n’avait pas
voulu de moi. Et les éditions Milan
non plus, ils m’avaient dit : “Cela ne
nous intéresse pas, allez voir Bayard!”
Mais quelques mois après, Milan m’a
rappelé, puis Bayard, sans doute pour
dépanner. Bref, j’ai commencé un
peu de façon inattendue. Depuis, je
n’ai jamais arrêté de collaborer avec
J’aime lire. Quelques exemples : Un
livre pour Rose-Marie (1993), Journée
poubelle pour Gaëlle (1995), Damien
et la photo magique (1995) et toute la
série l’Espionne (à partir de 2001).
«Quand on m’appelle, c’est qu’il y a
eu une réflexion en amont, c’est
parce qu’on pense que mon dessin
correspond à l’esprit du récit.
«Voilà comment ça marche: une histoire est proposée à la rédaction de
J’aime lire, qui a une liste d’illustrateurs à disposition, dans laquelle elle
cherche celui qui pourrait s’adapter
au mieux. Je crois que c’est aussi simple que ça. Mon dessin va du poétique à l’humour, avec de la tendresse.
Mon style n’est pas très actuel : je
dessine le trait à l’encre de Chine et
mes couleurs à l’aquarelle. Beaucoup
des jeunes illustrateurs le font à
l’ordinateur.
«Pour moi, le succès de J’aime lire
tient essentiellement à sa formule,
une création pensée pour les jeunes
lecteurs, qui tient dans la poche,
avec plein de rubriques : entre le roman, les jeux, les BD, les astuces, la
recette de cuisine, c’est très complet.
«Ils réactualisent régulièrement le
magazine, mais la colonne vertébrale
n’a pas bougé depuis le premier numéro. Je pense aussi qu’ils savent
faire le bon choix d’auteurs et d’illustrateurs.
«J’ai reçu parfois des lettres très élogieuses de petits lecteurs, avec des
dessins, c’est très touchant, notamment pour La maîtresse est amoureuse (1998). Ça avait beaucoup plu
− dès que vous mettez “amoureux”
dans le titre, ça marche.»
MICHELLE MONTMOULINEIX, AUTEURE DEPUIS 2007
«IL FAUT QUE LE HÉROS GAGNE QUELQUE CHOSE»
«Dans les années 2000, j’avais déjà
écrit un album chez Albin Michel qui
avait bien marché. J’avais différents
textes que je voulais publier. Les retours des éditeurs étaient très lents,
alors je me suis dit: pourquoi pas essayer la presse? Mes enfants étaient
abonnés à J’aime lire, j’ai appelé
Christophe Nicolas, qui était alors
responsable des romans pour le magazine. Il a tout simplement répondu
au téléphone, et on a pu discuter.
C’était magique. Il s’est montré intéressé, j’ai envoyé des textes, mais ce
n’était pas exactement ce qu’il cherchait. J’ai renvoyé d’autres propositions, et ça a marché avec les Chats
anglais [parus en 2007, ndlr].
«J’ai un univers très onirique, avec
peu d’action. Ce qui me plaît, ce sont
les histoires pas forcément drôles,
voire pessimistes. Pour J’aime lire, au
contraire, Christophe Nicolas m’a expliqué qu’il fallait que le héros gagne
quelque chose, qu’il soit acteur de
son histoire. Il voulait clairement de
la narration.
«Les Chats anglais ont reçu le prix
des lecteurs décerné tous les ans, le
Bonnemine d’argent, et les Bestioles
(2009), le Bonnemine d’or. Malgré
tout, proposer un texte restait un parcours du combattant : il y a d’abord
le choix des éditeurs, mais aussi les
remarques d’une orthophoniste qui
a un droit de regard sur la difficulté
du texte, enfin une réunion avec des
commerciaux qui donnent leur avis.
J’avais proposé par exemple un texte
un peu politique, qui parlait du statut
de la fille au Maroc, il n’a pas été retenu. J’aime lire a un gros tirage, et
est souvent considéré comme un
outil pédagogique, donc ça peut impliquer une certaine abrasion du
texte pour que ça passe.
«Un texte pour J’aime lire doit aussi
avoir une certaine taille : 15 000 signes, divisibles en chapitres. Et puis
il faut du tempo, du rythme, que ça
soit simple. On s’adresse à un âge où
on veut que ça soit clair. Aujourd’hui,
je trouve que ça peut être un peu décharné, trop narratif. Moi, ce qui
m’intéresse, c’est la littérature, pas
forcément le récit pur. Est-ce qu’on
veut conduire les enfants vers la littérature ou simplement vers la lecture?
Ce n’est pas la même chose. Le magazine doit faire une navigation difficile
entre choisir des auteurs de qualité et
rester un grand vaisseau qui a le vent
en poupe.»
AURÉLIE NEYRET,
ILLUSTRATRICE
DEPUIS 2010
«IL Y EN A POUR
TOUS LES
GOÛTS»
«J’ai commencé à travailler
pour J’aime lire à mes débuts: en 2010, j’ai illustré Follette exagère et Follette s’entête [de Marie Vaudescal,
ndlr]. J’avais envoyé un book
en ligne à Bayard, et j’étais
super contente d’être appelée. J’aime lire, j’étais abonnée quand j’étais petite. Je
me souviens d’une histoire
de sorcière relue plein de
fois.
«Travailler pour le magazine,
c’est comme si la boucle
était bouclée. Je me suis mis
un peu la pression : c’est un
titre super connu, plein de
gens allaient voir le résultat.
Mais tout s’est très bien
passé et le travail avec
Bayard était très détendu.
«J’aime lire respecte les différents styles des auteurs
avec lesquels il travaille.
Pour moi, c’est une des recettes du succès : chaque
mois, une histoire différente
et un dessinateur différent.
Il y en a pour tous les goûts
avec le gage d’une certaine
qualité.
«Pour les dessinateurs, cela
offre une grosse visibilité. Il
y a un côté boule de neige.
Faire un J’aime lire, ça peut
déboucher sur d’autres
clients, d’autres éditeurs.
C’est un bon atout.
«J’ai illustré les Trois Etoiles
pour le numéro de Noël
[écrit par Gwénaëlle Boulet
et paru en décembre 2016],
c’était très audacieux parce
qu’ils ne sont pas tombés
dans le truc classique avec
le père Noël. C’était l’histoire
super forte d’une famille syrienne qui fuyait la guerre et
arrivait en France.
«Ce numéro a fait beaucoup
parler ; la rédaction a reçu
plein de lettres, des avis négatifs qui disaient que J’aime
lire faisait l’apologie de l’immigration clandestine, mais
aussi beaucoup de retours
qui faisaient plaisir. J’aime
lire m’a transmis une lettre
d’une jeune lectrice qui disait qu’elle avait trop aimé ce
numéro, qu’elle l’avait emmené dans sa classe et qu’il
faudrait l’envoyer à Marine
Le Pen.»
22 u
Libération Jeudi 10 Août 2017
LIVRES/
Alexandre Tharaud
vient de publier
Montrez-moi
vos mains. PHOTO
MARCO BORGGREVE
lages horaires, se veut pourtant
humble passeur, un filtre éclairé,
entre la partition et le public, qui
désire se faire oublier. Mais comment le peut-il ? Lui, la star multisupport –disques, concerts, films,
et qui maintenant écrit? Pour prouver son statut de fantôme, Tharaud
raconte sa vie d’errances, le caractère passif des journées de concert,
où il attend, écoute son corps,
observe les autres, juge les lieux,
pense aux absents, parle avec les
morts. Jamais mécontent mais
toujours un peu nostalgique. Puis le
pianiste rend justice à une batterie
d’invisibles, son armée, qui rôde
comme lui autour des claviers :
accordeurs, tourneurs de pages,
agent, producteurs, organisateurs,
professeurs… Ce sont aussi eux
qui façonnent la géographie d’une
interprétation: quels sont les territoires partagés avec l’accordeur,
le soliste choisit-il ses concerts, qui
décide des programmes ?
Cocon. Tharaud se dévoile lors-
Alexandre Tharaud,
le soliste et ses fantômes
Mondialement
connu, le pianiste
à la personnalité
attachante dépeint par
petites touches ses
récitals vus depuis les
coulisses et peuplés
d’alliés invisibles.
P
osté face à la scène, le spectateur trouve le côté jardin à sa
gauche, le côté cour à sa
droite. Pour s’en souvenir, il suffit
de penser à Jésus-Christ, jardincour. De la scène, l’artiste sait que le
côté cour est à sa gauche, car cœur
comme cour. Alexandre Tharaud
évoque cour et jardin dans son
ouvrage Montrez-moi vos mains,
mais il parle aussi beaucoup de
cuisine. Le pianiste international,
fierté française au large répertoire,
maigre silhouette mais amoureux
des desserts, se montre merveilleusement disert quand il raconte les
coulisses d’une carrière, la partie
immergée du clavier, la cuisson du
récital. Et sa tambouille se dévore.
Avec l’apparence du naturel, Tharaud déroule un récit sophistiqué,
construit en trois parties («Naissance», «Désir», «Feux»). Le pianiste
démonte les mécanismes de son
quotidien en même temps qu’il raconte à peu près chronologiquement une journée de récital. Tharaud ne se prive pas d’harmoniser
ses courts chapitres: tous déroulent
un thème (la projection du son, les
trous de mémoire, le chiffre 9…) qui
se rattache au fil des paragraphes à
un environnement plus large (les
accordeurs, les tourneurs de page,
la numérologie…). Son long périple
vers le clavier est imbriqué dans un
voyage plus ample et qui le dépasse:
celui de la naissance du pianiste so-
liste, racontée par petites touches,
depuis les années 1830, avec le compagnonnage et l’ambivalence entre
Chopin et Liszt, l’importance des
facteurs de piano, les grandes évolutions et figures totémiques, la généalogie aujourd’hui asséchée.
Piscines. Que le lecteur ne s’attende pas à découvrir ici des anecdotes folles (encore que celle du
spectateur chinois qui monte sur
scène pendant le récital pour photographier le pianiste est bien barrée) ou encore le secret du mystère
d’un concert réussi (il n’y en a pas,
tout est affaire d’adaptation et d’acceptation, depuis le premier geste
du matin). Ce que raconte Alexandre Tharaud n’a rien de neuf : les
éclairages historiques se retrouvent
dans les dictionnaires de musique,
la vie des solistes au gré des hôtels
est visible dans une avalanche de
documentaires télé, et le ressenti de
Tharaud sur tel ou tel compositeur
nourrit ses interviews. On est pourtant aspiré par l’ouvrage, qu’on
avale d’une traite en en redemandant 100 pages supplémentaires.
Car la valeur de Montrez-moi vos
mains réside incontestablement
dans la personnalité complexe et
attachante de son auteur. Pianiste?
Bof. Plutôt homme-théâtre : père
baryton, mère danseuse, sœur prof
de chant. Petit, le bonhomme construisait des maquettes de salles de
spectacles. Plus grand, devenu insomniaque, il se perd tant entre les
touches de l’instrument qu’il refuse
d’en avoir un chez lui. Quand Tharaud, musicien sans instrument,
évoque le piano ou la musique, ce
sont directement le piano et la musique qui par lui s’expriment.
Le garçon pâle, assidu des piscines
internationales où il noie les déca-
qu’il compile les tours du monde :
des salles qu’il a pratiquées, des
compositeurs qu’il aime, des spectateurs qu’il voit de profil. Le pianiste à la mémoire rongée par les
somnifères connaît pourtant sur le
bout des doigts toutes les pièces du
puzzle qui se construit et se défait
à chaque récital : les tousseurs, les
anti-tousseurs, Madeleine et son
bonbon bruyamment déballé, les
fleurs dont on ne sait que faire, le
dernier applaudissement qui clôt le
spectacle, le grésillement du hautparleur quand on appelle l’artiste
dans sa loge, l’interdiction des ascenseurs, les deux pompiers dans la
coulisse… Tous ces éléments qui se
mettent en place, Tharaud les aime,
même les plus désagréables, car ils
sont là, ils adviennent. Le soliste
passe sa vie à voyager pour retrouver un cadre immuable, et sa course
incessante aboutit à un cocon rassurant. «Le bruissement du public
semble encore loin, il se trouve pourtant à quelques mètres. Nous vivons
un décalage. Eux dans le déploiement de la parole, avant le silence
imposé, moi dans le recueillement.
Je suis là, ils ne le savent pas encore.
De son casque, le régisseur reçoit les
ordres. La salle s’obscurcit à son
tour. Nous voilà à égalité. Personne
ne dit mot. Les projecteurs enflamment la scène, je n’attends que le
signe du régisseur pour enjamber la
frontière invisible, un grand bond
dans le vide, en une fraction de
seconde me retrouver chez moi.»
GUILLAUME TION
ALEXANDRE THARAUD
MONTREZ-MOI VOS MAINS
Grasset, 224 pp., 17 €.
Libération Jeudi 10 Août 2017
À SAVOIR
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Anniversaire Les éditions Tristram fêtent leurs 30 ans en
publiant le 7 septembre le recueil Association de malfaiteurs
pour faire le point avec de nombreux contributeurs sur la
situation de la littérature, la critique et l’édition contemporaines. Préface des fondateurs Sylvie Martigny et Jean-Hubert
Gailliot : «Qu’est-ce qui sépare une “association de malfaiteurs”
d’une “société de bienfaisance” ? Trente années.» Tristram est,
entre autres, éditeur d’Arno Schmidt, Maurice Roche, Mark
Twain, Mehdi Belhaj Kacem et, bien sûr, Laurence Sterne.
u 23
Biographie Les éditions Piranha annoncent
pour le 7 octobre la parution de la traduction
française de la biographie Karl Marx, homme du
XIXe siècle, de l’Américain Jonathan Sperber.
L’auteur du Capital (photo) y apparaît plus proche de Robespierre que des communistes soviétiques. L’éditeur compare cette production, pour
son caractère «définitif», au Freud de Peter Gay
et au Hitler de Ian Kershaw. PHOTO AKG-IMAGES
Nostalgies
en zones
sombres
Dans «Juste la lumière», Pascale
Dewambrechies décrit de façon
franche et directe les affres de son
héroïne, reflet inversé de celle de son
précédent roman, «l’Effacement».
E
va est la maîtresse suprême de son existence,
cheffe de sa propre vie, et de ses choix. Directrice d’une galerie d’art, puis écrivaine, elle ne
laisse rien au hasard. Pourtant, il existe une part d’ombre au revers de ce contrôle qu’elle s’efforce d’appliquer. Un secret tu, qu’elle sait tout proche. Elle sait que
quelque chose s’est perdu, quelque part entre son enfance et son passage à l’âge adulte. Cela vient tout droit
du pays qu’elle appelle l’Ailleurs, pays dans lequel elle
a grandi, «plein de soleil» et «jamais trop brûlant». Endroit qu’elle a quitté à regret, naguère. Elle ne s’en remettra jamais tout à fait, et pleure encore ce paradis
infantile arraché.
Juste la lumière évoque le monde de l’inconscient, à
l’abri de cet éclairage, et qui ne demande pourtant qu’à
être découvert. N’est-ce pas son père, l’amateur de
Nietszche, qui pensait que «ce dont on ne parle pas
n’existe pas»? Eva, lorsqu’elle écrit, raconte «les pleins,
mais surtout les vides», «ce qui ne se voit pas». Sa rencontre avec Dimitri, l’amant, l’alter ego et le «double
masculin», tendre et cruel, son voyage dans la magnifique Bucarest, ainsi que la maladie qui la foudroie, sont
autant d’éléments qui marquent son existence, et constituent les facettes énigmatiques de sa personnalité. Ces
jalons la dévoilent petit à petit, tout en assombrissant
son ciel. Mais la clarté salvatrice reprend ses droits, tout
près, attendant d’intervenir. La fin se tisse comme en
écho au prologue, à la fois ténu et puissant. Une mise
en abyme prend forme, au-delà du sens qui en découle,
au-delà de la vérité tant attendue.
Dans sa recherche de vérité, inconsciente au début puis
effrénée par la suite, Eva l’écrivaine se bat, tombe, se
relève. S’enfuit, tantôt victorieuse, tantôt victime, de
la douleur physique et mentale créée par l’ignorance.
Comment faire pour survivre quand la vie balaie d’un
revers de main tout ce que nous nous efforçons de construire ? Pascale Dewambrechies use de la narration à
la deuxième personne du singulier, comme une subtile
mise à distance. Le ton, franc et direct, rappelle celui
de l’Effacement. Dans ce premier roman, qui reparaît
en poche, la disparition est celle que Gilda, le personnage principal, s’impose, au comble du désespoir
amoureux. Pascale Dewambrechies façonne sans artifice des personnages réalistes. Gilda est une brillante
institutrice dans un village des Pyrénées. Comme pour
Eva, il y a un sentiment de désespoir et de vide, que rien
ne réussit à combler. Ce sont deux époques différentes,
deux femmes aux caractères opposés. Eva recherche
activement la lumière, tandis que Gilda se laisse emporter, dans une douce mélancolie, par les ténèbres. Dans
le tumulte des passions subsistent deux constantes immuables, la vérité cachée et l’amour gâché.
NOURHANE MAHMOUDI
PASCALE DEWAMBRECHIES
JUSTE LA LUMIÈRE Passiflore, 154 pp., 17 €.
L’EFFACEMENT Folio, 224 pp., 6,60 €.
Lors de la cérémonie de clôture du Congrès national du peuple à Pékin, en 2016. PHOTO DAMIR SAGOLJ. REUTERS
La Chine dans les starting-blocks
pour la course de fonds
Dans un ouvrage concis et édifiant,
Mathieu Duchâtel tisse les liens entre
les traditions passées d’un pays replié
sur lui-même et son expansionnisme
actuel jusqu’au continent africain.
R
ésumer la géopolitique de la Chine,
du «mandat céleste»
des anciens empereurs
aux nouvelles «routes de
la soie» du président
Xi Jinping, en 128 pages
tient du tour de force. C’est
pourtant ce qu’a réussi Mathieu Duchâtel, chercheur
au Conseil européen des
relations internationales,
pour un «Que sais-je ?» qui
ravira les étudiants en politique internationale – mais
pas seulement.
Alliance. On plonge dans
l’histoire de la plus vieille
civilisation du monde avec
le système du tribut, base
de la relation de l’empire
avec ses Etats vassaux durant des siècles, qui garantit sa pérennité, «une vision
classique qui n’a pas disparu de la géopolitique chinoise contemporaine». Uni-
fication et fragmentation,
territoires perdus ou
conquis, frontières mouvantes… : une partie des
conflits d’aujourd’hui
prend ses racines dans le
passé lointain. Mais ils
s’éclairent aussi à la lueur
du «siècle des humiliations», qui a vu les guerres
de l’opium déclenchées par
les Britanniques, la révolte
des Boxers matée par une
alliance occidentale et les
invasions japonaises.
De l’idéologie communiste, il ne reste plus désormais que l’habillage tant la
visée expansionniste et capitaliste a pris le pas depuis
le tournant du siècle.
«En 2013, les nouveaux
investissements directs à
l’étranger dépassent pour la
première fois la barre symbolique des 100 milliards de
dollars. En 2016, ce chiffre
a déjà doublé […]. Qui se
souvient qu’au moment du
lancement des réformes,
en 1978, la Chine représentait moins de 1 % du commerce international ?»
Ce déploiement économique est une révolution géopolitique pour un pays jusque-là plutôt concentré
sur ses frontières terrestres
et ses besoins internes,
attaché à maintenir une
stabilité régionale propice
aux affaires. Pékin doit désormais gérer les conséquences diplomatiques
des appétits de ses entreprises dans toute l’Asie et
en Afrique. Pour protéger
ses intérêts, «le drapeau
suivant le commerce», Pékin se retrouve à mettre en
péril un des principes fondateurs de la République
populaire, la non-ingérence dans les affaires des
autres Etats.
Ressortissants. Le cas
de l’Afrique est le plus flagrant. La Chine est aujourd’hui le principal partenaire commercial du
continent. Pour protéger
les infrastructures qu’elle y
construit à tour de bras,
elle a commencé à s’immiscer dans les affaires de
sécurité, et a ouvert une
base militaire à Djibouti
en 2016. «L’Armée populaire de libération est un
acteur important dans les
affaires africaines», relève
le chercheur. Et en cas de
crise mettant en danger
ses ressortissants à l’étranger, toujours plus nombreux, «le scénario d’un
usage de la force n’est plus
à exclure».
Entre les enjeux de sécurité
et l’ambition de prendre le
leadership mondial aux
Etats-Unis, Pékin pourrait
être tenté d’oublier sa prudence stratégique. «La
Chine peut-elle parvenir
à devenir la première puissance mondiale sans une
guerre ? se demande Mathieu Duchâtel. La théorie
réaliste des relations internationales prévoit que cette
perspective est très peu probable.»
LAURENCE DEFRANOUX
MATHIEU DUCHÂTEL
GÉOPOLITIQUE DE
LA CHINE PUF «Que saisje?», 128 pp., 9 €.
Libération Jeudi 10 Août 2017
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LES CHAMPIONS INSOLITES (4/8)
Lanceur alerte
Alain Jourden Cet habile finistérien est recordman
du monde de cracher de bigorneaux et de jet d’artichauts.
«A
lain, une star locale ? Non ! mondiale, corrige
Tito, ami de l’athlète et pittoresque tenancier du
Ty Jean Bart, estaminet soigné 60’s US de Moguériec-Sibiril, dans le nord du Finistère. Eh! oh! un titre est
un titre, hein !» Réponse de l’intéressé : «Il faut rester humble.» C’est qu’Alain Jourden est aussi habile avec sa langue
au deuxième degré qu’avec sa bouche et ses bras. Depuis quatorze ans, le Finistérien est –entre autres, on le verra– champion incontesté de cracher de bigorneaux, dont il détient le
record mondial. «En 2002, j’avais vu dans le journal un article
qui annonçait le concours sur le port de Moguériec. Je me suis
dit: “Ça, c’est pour moi!”» Ah, oui? «J’aime tout ce qui est farfelu et bizarre.»
Il y a quinze ans, cette première participation signe sa première victoire, en battant, qui plus est, le record planétaire
de l’époque avec un cracher à 9,70 mètres. Sa philosophie ?
«Tant qu’à y aller, autant gagner.» On ne saurait mieux résumer. Depuis, le goémonier –sa profession consiste à ramasser
des algues alimentaires – n’a jamais été battu lors de cette
compétition qui possède une page Wikipédia, un référencement dans le Guinness Book et rassemble entre 300 et 400 participants chaque été. Dont des étrangers qui se déplacent spé-
cialement pour l’occasion. «Les Belges et les Allemands sont
très forts. Ce sont mes principaux concurrents.» Une explication, Maître? «Ils aiment bien déconner et picoler.» Tout cela
se tient parfaitement.
Chacune des éditions du concours se déroule de 14 à 18 heures
sur le port de Moguériec. Cette année, il a eu lieu le dimanche
6 août, et il a encore gagné, avec un jet de 8,58 mètres. Les gastéropodes marins, de taille standard, sont ramassés in situ
par les organisateurs avant l’épreuve. «Une année, la SPA allemande avait gueulé parce que les bigorneaux étaient vivants.
On leur avait répondu qu’ils étaient remis à la flotte tout de
suite après le concours.» Mais le bigorneau n’est-il pas traumatisé par l’exercice?«Non, je ne pense pas», répond le virtuose
marié à une enseignante avec laquelle il a deux enfants. Nous
voilà rassuré.
Ensuite, chacun des concurrents choisit au feeling les bestioles, selon son calibre préféré. «Attention ! prévient le champion. Il ne faut pas croire que les petits vont aller plus loin. Cela
dépend du vent. S’il est de face, et qu’on prend un bigorneau
trop petit, il va être stoppé net.» Avec une pièce d’un euro, chaque participant effectue trois cracher. «Après, on peut faire
autant de séries que l’on veut: dix, vingt, cinquante… détaille
la pointure. Mais c’est fatigant, donc c’est pas dit qu’en multipliant les tentatives, on fera un meilleur résultat.»
Mine de rien, Alain Jourden la joue tactique. «Je commence
par une première série, puis j’avise en fonction de mon score
et de la concurrence en face. Au début, c’était un peu chaud
avec les Allemands. Mais depuis quelque temps, je suis un peu
sur mes acquis, lâche-t-il, tranquille. Même si désormais c’est
mon fils, éducateur sportif, qui est mon principal concurrent.
Son record est à 9,58 mètres. Il est encore un peu juste.» En 2011,
un gars du terroir l’avait taquiné avec un cracher à 9 mètres
qui avait eu pour motif de décupler sa motivation. Résultat:
record du monde battu avec un jet buccal de 11,04 mètres
validé par les deux juges. «Depuis, je suis assez serein, avoue
le crack invaincu. Je fais tout à fond, mais en étant décontracté.
Il y a des gens qui font le concours en tirant la gueule parce
qu’ils perdent ou qu’ils ont peur d’être ridicules. Dans ce cas,
il vaut mieux ne pas venir.»
En montant sur la première marche du podium, le champion
se voit royalement remettre une coupe et des crabes. Mais l’affaire demande préparation et technique. «Ça paraît con,
comme ça. Pourtant, c’est assez complexe, prévient le virtuose.
Chacun a sa méthode. Moi, j’ai ma petite botte secrète.»
En exclusivité pour Libération, il accepte de lever le voile sur
sa science. «L’essentiel, c’est
la position du bigorneau dans
la bouche. Je le coince sous la
1961 Naissance
lèvre supérieure en mettant la
à Saint-Pol-de-Léon
pointe vers l’intérieur.
(Finistère).
Je prends ma respiration,
2002 Première
puis je le fais descendre avant
participation au
d’expulser l’air et de le crachampionnat du
cher.» Et de mimer sa gesmonde de cracher
tuelle. «Je me mets de côté, je
de bigorneaux
prends deux pas d’élan. Je
et première victoire.
fais en même temps un mou2011 Record du monde
vement d’épaule et de la tête,
(toujours valide)
comme si je donnais un coup
avec un cracher
de boule de côté, paf… et je
de 11,04 mètres.
crache. J’ai la chance d’avoir
du coffre car j’ai fait beaucoup de course sur route et de hand-ball jusqu’à mes cinquante balais.»
L’autre talent d’Alain Jourden est le lancer d’artichauts. Discipline dont il est également champion planétaire avec son
équipier de fils, lui-même recordman du monde de cracher
de tomates cerises, avec un score de 10 mètres. L’objectif est
que le lanceur, placé à 11 mètres du receveur doté d’une hotte
dans le dos, en mette le plus possible en une minute. Lors de
leur première participation au mondial, dans la commune
également finistérienne de Henvic, en 2014, le record était de
47. «On l’a torché avec 69 artichauts dans la hotte.» L’an passé,
ils ont battu à nouveau le record à Plouénan, lors des championnats de France, avec 77 jets réussis. «Là, c’est bon… je crois
que ça ne sera jamais battu…»
Il y a quelques années, Alain Jourden avait lancé à la volée une
demande de sponsoring «pour faire un tour de France de ces
concours un peu absurdes. La chose ne s’est malheureusement
pas faite». Cela ne l’a pas empêché de concourir au championnat de lancer de menhir, un bloc de granit de 25 kilos, à Guerlesquin, commune aussi finistérienne. «Je n’étais pas trop mal,
j’avais fini cinquième. Le record, proche des 10 mètres, était détenu par le champion de France du lancer de marteau.» Fort
de ses titres, le Breton a également été contacté pour participer
au championnat de lancer de bottes. Nouvelle victoire, «avec
une vingtaine de mètres, je ne me souviens pas exactement».
Il s’est aussi essayé au lancer du casier à crevettes en 2013. «J’ai
fait troisième. En cogitant un peu, on doit trouver la technique», assure le pratiquant de pêche en mer à la canne.
Ses autres loisirs l’amènent à réaliser des dessins, des
tableaux, des sculptures et des décorations de scène pour des
bars musicaux. «Avant, je faisais tous les concerts du coin.» Au
rayon rock old school, Joy Division, le Gun Club, Buzzcocks
et les Young Gods ont les faveurs de ce fils d’employé municipal et de serveuse qui vote à gauche. Mais Alain Jourden vit
secrètement son rêve absolu: voler jusqu’à New York pour participer au championnat de bouffeurs de hot-dogs. L’enjeu
taraude le multiple champion du monde : «Là, je pense
qu’il faut un peu d’entraînement pour prendre les Américains
sur leur terrain.» •
Par PHILIPPE BROCHEN
Photo FABRICE PICARD. VU
Pics de campagne (4/5)
Flash-back sur les moments clés de la présidentielle
ÉTÉ
MARINE LE PEN
DÉBÂCLE D’ENTREDEUX-TOURS
n Et aussi deux pages
BD n de la photo n le
Vipéroscope n des
recettes n les
inavouables…
PHOTOMONTAGE CHRISTOPHE MAOUT D’APRÈS UNE CAPTURE DE D’ÉCRAN FRANCE 2
Jeudi
10 août 2017
II u
ÉTÉ / SÉRIE
Libération Jeudi 10 Août 2017
Un débat
et de gros
dégâts
pour le FN
Pics de
campagne (4/5)
Le naufrage en direct
de Marine Le Pen
face à Emmanuel
Macron dans
l’entre-deux-tours
de la présidentielle
a accentué
les fractures au sein
du parti.
Par
DOMINIQUE ALBERTINI
L
es deux personnages tiennent
à l’anonymat. Disons qu’il s’agit
d’un spécialiste reconnu du FN et
d’un jeune cadre du parti. Ce
lundi 8 mai, le téléphone sonne chez le
premier. Au bout du fil, le second, avec qui
il entretient de courtoises relations. La
discussion s’engage sur le résultat de la présidentielle: la veille, Emmanuel Macron a balayé Marine Le Pen, avec 66 % des voix. Le
frontiste est amer. Et finit par demander à son
interlocuteur, étonné: «A votre avis, existe-t-il
un moyen de… se débarrasser d’elle?» Dans ce
parti que les moqueurs surnomment parfois
«l’Eglise de marinologie», les exemples de ce
désamour se ramassent à la pelle. Ce n’est pas
seulement la défaite –on en a vu d’autres. Ce
n’est pas seulement le résultat, qu’on aurait
bien su justifier. C’est le souvenir obsédant
de ce maudit débat télévisé, le soir du 3 mai.
Les images reviennent par flashs. Sourire
narquois. Ton prétentieux. Parole agressive
et parfois triviale. Table chargée de notes,
comme autant d’antisèches auxquelles la
candidate se reporte trop souvent, jusqu’à s’y
perdre : «Madame Le Pen, vous êtes en train
de lire une fiche qui ne correspond pas au
dossier dont vous parlez, c’est triste pour
vous», peut tacler Macron à la mention (sans
preuves) d’un hypothétique compte offshore
du candidat d’En marche. Ou encore cette
étrange réplique, hululée par une Le Pen
hilare, en référence à un discours à propos
du FN prononcé deux jours plus tôt par
Macron : «Regardez, ils sont lààà, dans les
campagnes, dans les villes, sur les réseaux
sociauuux…»
Arrogance, brutalité, amateurisme: la frontiste
paraît, ce soir-là, céder à tous ses travers. Sur
le terrain, les effets ne tardent pas à se faire
ressentir. «L’humeur, c’était : “Ça va bien
cinq minutes”, témoigne un élu provençal. Du
pied-noir au gaulliste en passant par les jeunes,
tout le monde pense qu’elle nous a plantés.»
D’après un frontiste du Sud-Ouest, «pendant
les législatives, on était tous les jours pris à partie par des gens qui l’avaient trouvée nulle. Des
sympathisants dont toute la famille votait FN
me disaient qu’il n’en était plus question». Sentiment partagé par ce partisan déçu, à Paris:
«Détruire cinq ans de travail en deux heures…
Je connais des gens qui adoraient Marine et qui
se sont mis à la détester. On se sent trahis
d’avoir soutenu une telle incapable.»
«Légère euphorie»
L’intéressée elle-même a dû reconnaître sa
faute. Le 18 mai, sur TF1, elle évoque un débat
«incontestablement raté». Et fin juin, sur
BFM TV, «une conjonction [d’éléments], au
premier rang desquels un temps de préparation qui n’était pas suffis ant». Un coup d’œil
sur son agenda le confirme. Le dimanche 30 avril, Marine Le Pen participe à un dépôt de gerbe à Marseille. Elle se rend ensuite
Libération Jeudi 10 Août 2017
u III
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Lors du traditionnel
débat de l’entre-deuxtours, le 3 mai. PHOTO
BORIN ALLIN. HANS LUCAS
agenda, comme l’a fait Macron, plutôt que de
saisir toutes les occasions qui passaient. Mais
entre la visite surprise réussie à l’usine Whirlpool et le ralliement de Nicolas DupontAignan, une légère euphorie s’est imposée :
comme le joueur de poker, tant qu’on gagne,
on joue. Et quand tout le monde répète qu’il
faut faire ceci ou cela, elle finit par lâcher :
“D’accord, on y va.”»
«Stratégie à la Trump»
Cette philosophie laisse peu de place à une
préparation sérieuse du débat. Dans ce qui en
tient lieu, interviennent principalement Philippe Olivier, son beau-frère et conseiller, Florian Philippot, le vice-président du FN, et le
frère de ce dernier, Damien, ancien sondeur.
Même expéditif, ce coaching semble avoir eu son
importance. «L’attitude
de Marine n’était pas fortuite: c’était une stratégie
décidée en amont», assure
Louis Aliot, très remonté
contre l’entourage de sa
compagne. La ligne politique des frères Philippot
est connue ; bien différente est celle d’Olivier,
qui plaide pour un ancrage à droite du Front national et se déclare, en
privé, favorable à l’euro.
Un partisan FN
Au Front, les théories qui
circulent sont donc souvent guidées par l’esprit de faction. «Les Philippot ont soutenu une
stratégie à la Trump: taper comme un sourd
sur Macron, qui finirait par quitter le plateau»,
croit savoir un élu sudiste, hostile aux deux
frères. «Florian et Damien ont préparé les notes, la substance, mais c’est Philippe Olivier qui
voulait pousser Macron à bout», assure de son
côté l’eurodéputée Sophie Montel, proche de
Florian Philippot. Ni ce dernier ni Philippe Olivier n’ont donné suite à nos demandes.
Une chose est sûre: jusqu’au dernier moment,
l’entourage mariniste est à la pêche aux idées.
«Quatre ou cinq heures avant le plateau, Damien Philippot nous a demandé des répliques
pour Marine, témoigne une petite main de la
campagne. Ça ne faisait pas très préparé.
La meilleure pique du débat a d’ailleurs été
trouvée à ce moment: “La France sera de toute
façon dirigée par une femme, Merkel ou moi.”»
Ce n’est pas tout: une vidéo, largement partagée sur les sites de la fachosphère, a retenu
l’attention de certains au FN. Le psychiatre
italien Adriano Segatori y disserte sur un
Macron victime à l’âge de 15 ans d’une «grave
agression sexuelle» de la part de sa future
épouse. Qualifié de «psychopathe narcissique», le candidat d’En marche serait particulièrement sensible à la provocation. Difficile
d’évaluer le crédit accordé à cette vidéo par
les conseillers marinistes. En revanche, une
déclaration attribuée à Emmanuel Macron est
prise au sérieux : selon BFM TV, le candidat
serait prêt à quitter le plateau mercredi si son
adversaire se montrait trop indélicate. «Cela
a été pris comme une incitation à le pousser
dans ses retranchements, regrette un cadre,
d’autant qu’on avait aussi noté ses emportements de fin de meeting.» Un véritable chiffon
rouge pour le taureau Le Pen. Tout le monde
le sait, mais personne ne le dit: la candidate
«Détruire cinq ans
de travail en deux
heures… Je connais
des gens qui adoraient
Marine et qui se sont
mis à la détester. On
se sent trahis d’avoir
soutenu une telle
incapable.»
à Gardanne pour visiter une usine devant
laquelle elle devra finalement tourner les
talons, trouvant porte close. Images piteuses
sur BFM TV, retour à Paris. Le 1er mai, elle
organise à Villepinte son grand meeting d’entre-deux-tours. Le lendemain, veille du débat,
elle est invitée au 20 heures de TF1. Après
le JT, elle file dans le XVe arrondissement de
Paris pour un étonnant rendez-vous: la candidate a jugé bon de répondre à l’invitation d’un
obscur «Collectif des Africains», dirigé par
une connaissance de son compagnon Louis
Aliot. «C’était prévu de longue date, se défend
celui-ci. On avait tout fixé en leur disant :
“Trente minutes et on s’en va, il faut
qu’à 21 heures ce soit fini”.» Il est en fait presque 22 heures lorsque Marine Le Pen s’extirpe
de la réunion. D’habitude couche-tôt, la candidate est alors «visiblement fatiguée», selon
un témoin. Le lendemain matin, selon le
Monde, elle souffrira d’une crise de migraine
ophtalmique, violente au point de lui faire envisager un report du débat.
«La faute est collective, estime Jérôme Rivière,
un ancien député UMP désormais dans l’entourage mariniste. Il aurait fallu vider son
n’a besoin d’aucun conseiller pour glisser sur
sa pente naturelle, l’agressivité et le mépris
de ses contradicteurs.
Le 3 mai au soir, le QG frontiste se remplit peu
à peu. Baptisé l’Escale, il est situé dans un
immeuble bourgeois de la rue du Faubourg
Saint-Honoré, à Paris, et se compose de deux
étages. Au premier niveau, une salle de travail, où sont installés quelques cadres et
l’équipe qui, durant la soirée, diffusera la
communication frontiste sur les réseaux sociaux. Au second, plusieurs dizaines de spectateurs, essentiellement de jeunes sympathisants, installés sur des rangées de chaises.
«Dès le début du débat, quelques-uns ont
trouvé ça catastrophique et ne s’en sont pas remis de la soirée, témoigne un participant.
Mais beaucoup aimaient bien le côté match de
boxe.» Et si chacun sent bien que la candidate
n’est pas au mieux, «personne n’a le recul
nécessaire, raconte un autre, surtout qu’on est
entre militants et qu’à la fin, il y a des médias
dans la pièce. Au bout d’un moment, quand
même, ça devient long: Marine, on la connaît
par cœur, on voit qu’elle fatigue».
A l’étage inférieur, les cadres se posent moins
de questions: «Au bout de cinq minutes, avec
les textos qu’on recevait, on savait qu’il y avait
un problème», raconte l’un d’eux. De son côté,
Marine Le Pen ne montre aucun signe de
détresse en quittant le plateau. «J’en referais
bien un deuxième», fanfaronne-t-elle devant
les caméras de France 2. La candidate est
moins sûre d’elle auprès de la dizaine de proches qui l’ont accompagnée dans les studios,
suivant le débat depuis deux loges différentes. «Alors?» demande-t-elle. Les avis divergent, entre les prudentes réserves des frères
Philippot et les abondantes flatteries du futur
député Sébastien Chenu. Un peu plus tard,
Philippe Olivier décide même de passer un
coup de fil à… Philippe de Villiers, pour évoquer avec lui un débat qu’il juge fort réussi.
Pas convaincu – euphémisme –, le vicomte
tente de nuancer le tableau. Avant de renoncer, dépassé par l’enthousiasme de son interlocuteur.
Flagorneries
Lorsque Marine Le Pen débarque à son QG,
une ovation l’accueille. On trinque au champagne, et la courtisanerie se donne libre
cours. «Marine présidente!» braille, extatique,
l’acteur Franck de Lapersonne, tandis que le
cadre Mikaël Sala applaudit à s’en briser les
mains. D’autres, tout de même, ont déjà quitté
les lieux, n’ayant pas le cœur aux flagorneries,
comme Jérôme Rivière ou l’économiste JeanRichard Sulzer. Marine Le Pen sait-elle déjà
qu’elle a raté le plus important rendez-vous
de sa campagne ? Louis Aliot est réputé
être le premier à lui avoir exprimé franchement le fond de sa pensée. «J’ai toujours dit
ce que j’avais à dire», commente simplement
celui-ci. Il reste deux jours de campagne: trop
tard pour rattraper le coup, trop tôt pour la
grande explication. Le lendemain, dans les
médias, tout le FN tresse des louanges à sa
candidate. Jérôme Rivière n’échappe pas à la
règle. Comme ses camarades, l’homme sait
désormais que la défaite sera lourde, et que
se préparent des lendemains difficiles. «Mais
j’ai quand même fait un communiqué pour
dire qu’elle avait une stature de chef d’Etat.»
Il sourit. «C’est la campagne…» •
IV u
ÉTÉ / PHOTO
Libération Jeudi 10 Août 2017
L’invitée
surprise
Asie (5/6)
Tout l’été, «Libé» décline
le thème du continent
à travers le regard
de 30 photographes
émergents. Ce jeudi,
la Chinoise Silin Liu,
qui aime squatter
les images mythiques.
L’
artiste chinoise Celine
Liu, qui occidentalise son
prénom à l’occasion de sa
série I Am Everywhere
(«Je suis partout»), expose une
performance en 20 clichés sur les
murs de l’Atelier mécanique, aux
Rencontres d’Arles. Depuis 2012,
Celine Liu récupère sur le Web des
images de stars, de personnalités
politiques, de peintres. Cette abon-
dante mise à disposition d’effigies
lui permet de collectionner des images mythiques.
Après les avoir accrochées au mur
de sa chambre, l’artiste entreprend
de les manipuler, avant de les remettre en ligne, tels de nouveaux
originaux. Le personnage Celine
Liu s’introduit dans le cadre, s’invite auprès des grands de ce monde,
frôle l’épaule de Simone de Beau-
voir ou accapare le premier plan
dans la voiture fatale du président
Kennedy, ou rejoint Marylin Monroe sur son canapé.
Ces consommations et banalisations d’images iconiques réinventent les destins et provoquent des
rencontres avec le passé: Celine Liu
perturbe la lecture de l’histoire,
brise les frontières géographiques
et temporelles, trouble la mémoire
collective, interroge notre mode de
consommation des images.
ISABELLE GRATTARD
Diaporama sur Libération.fr
SILIN LIU (CELINE LIU)
Née en 1990. Vit et travaille à Pékin.
«I Am Everywhere», jusqu’au
24 septembre à Arles (Atelier de
la mécanique).
www.rencontres-arles.com
Libération Jeudi 10 Août 2017
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FRAÎCHEURS /
ÉTÉ
u V
C’EST QUOI
LE BONHEUR ?
(5/15)
MERCI DE
L’AVOIR
POSÉE
Tout l’été, ils se relaient
pour nous donner leur
définition. Ce jeudi,
le peintre Marc
Desgrandchamps
reprend le flambeau
de Fabrice Hergott
avant de le transmettre
à Richard Leydier.
Pourquoi
les serpents
tirent-ils toujours
la langue ?
«U
n slogan bolchévique
de 1917 disait:“D’une
main de fer acculons
l’humanité au bonheur.” Cette injonction à la fois
tragique et comique, tragique par la
violence dont elle est porteuse,
comique par l’absurdité du
programme, pose la question du
collectif et de l’individuel. Il m’est
souvent arrivé de me sentir heureux,
et ceci indépendamment de ce qui
arrivait dans le monde. Ce sentiment
recouvre pour moi un éventail
d’humeurs différentes, allant de
l’exaltation à la tranquillité d’âme.
L’exaltation s’identifie à l’instant
vécu dans toute son intensité, la
tranquillité à une forme de sérénité
nécessaire pour goûter les choses de
la vie. Les sources en sont multiples,
allant de l’euphorie momentanée
produite par une belle matinée de
travail sur un tableau, la découverte
chez un disquaire d’un album tant
recherché, la lecture stimulante d’un
livre, la présence d’un être aimé, un
whisky à l’heure de l’apéritif, la cime
d’une montagne se détachant sur
l’horizon. Il m’est arrivé de me sentir
rétrospectivement heureux. Le bonheur ne se conjugue pas toujours au
présent, il nécessite distance pour
être reconnu. Je me dis que ce que
j’ai vécu à une période sans l’avoir
identifié pouvait être de l’ordre du
bonheur. Même s’il s’agit du passé,
l’idée en demeure agréable. J’ai
d’ailleurs un fantasme des époques
dites heureuses, et cela ne recoupe
pas mon destin personnel mais celui
collectif et favorable des hommes à
certains moments de l’histoire. Je
crois par exemple au cliché des années 60, assimilées aux couleurs
d’une pochette de disque ou d’un
film. Une de mes utopies en ce
présent dystopique serait de choisir
son époque. Il me faudra attendre
l’invention du voyage dans le temps.
Je cède la parole au critique Richard
Leydier car il m’a toujours donné
l’impression d’avoir la tranquillité
d’âme évoquée plus haut. Il goûte les
choses de la vie, sinon les roses, et le
fait avec attention et bonheur.»
SORBETS À CŒUR
Sans sorbetière, un blanc d’œuf
mixé avec les autres ingrédients
déjà refroidis apporte de l’onctuosité (l’œuf évite la formation de
cristaux).
Vous pouvez faire vos gammes
avec ce magnifique «sorbet au
melon vert et à la fleur d’oranger»,
recette extraite du livre que l’on
omme souvent quand il emmènera en vacances: la Cuisine
est question de bec- végétarienne du Moyen-Orient de
tance, le sorbet raconte Salma Hage (2). Il vous faut: 500 g
la marche du monde, de melon ver t coup é en
comme l’écrit Claudine Brécourt- dés ; 4 cuillères à soupe de sucre
Villars dans Mots de table, mots de en poudre; 2 cuillères à café d’eau
bouche (1) : «Sorbet, emprunt à de fleur d’oranger. Dans le bol
l’italien “sorbetto”, lui-même tiré d’un mixeur, réduisez le melon, le
du turc “serbet”, de l’arabe “sarba”, sucre et l’eau de fleur d’oranger en
signifiant “boisson”, attesté
une purée lisse. Versez la
au milieu du XVIe siècle au I FEEL préparation dans une sorsens “boisson à base de ci- FOOD
betière et turbinez jusqu’à
tron, de sucre et d’eau”.
ce que le sorbet soit
S’applique depuis 1782 à la prépa- presque glacé, ou selon les indicaration glacée faite de jus et de tions du fabricant. Comme vous
pulpe de fruits, de sucre et d’eau, n’êtes pas obligés de vous charger
parfois aromatisée de liqueur, dis- d’une sorbetière en vacances, vous
tincte de la glace en ce sens qu’elle pouvez aussi verser la préparation
ne contient ni matière grasse ni dans un bac à glace, la placer
jaune d’œuf.»
trente minutes dans le compartiNous, ce qui nous plaît dans le ment à glace du frigo. Puis,
sorbet, c’est cette idée d’aller à l’es- sortez-la, battez-la à nouveau à
sentiel, le goût du fruit, en l’aide d’une fourchette et recomtravaillant son jus, sa pulpe. mencez encore une fois la
D’ailleurs, l’équation du sorbet est séquence pour éviter la formation
limpide : il faut au moins 25 % de de cristaux de glace. Prévoyez au
fruits mixés, de l’eau et du sucre. minimum 1h30 de congélation
avant de servir.
Les recettes. De base, la recette Vous pouvez suivre la même
pour une sorbetière est : 500 g de recette avec le «sorbet fraise-rose»
fruits mixés, le jus d’un demi-ci- en mixant 500 g de fraises
tron, 100 g de sucre, 25 cl d’eau. équeutées ; 150 g de sucre en
Dessert glacé (5/5)
Cette semaine, «Libé»
vous donne des idées
pour déguster sucré.
Aujourd’hui, l’équation
simple du fruité
complètement givré.
C
poudre; 2 cuillères à café d’eau de
rose; un filet de jus de citron; et en
décorant avec des pistaches non
salées concassées. Au retour du
marché, vous pouvez également
tenter un «sorbet maison abricot
citron basilic».
Il vous faut 500 g d’abricots; le jus
d’un citron ; 12 feuilles de
basilic ; 1 cuillère à soupe de
miel; 20 cl de crème liquide froide
(30 % de matières grasses) ;
3 œufs ; 150 g de sucre en poudre.
Faites infuser les 6 feuilles de basilic restantes dans la crème liquide
pendant au moins 2 heures. Faites
compoter à feu doux les abricots
avec un peu d’eau, le jus de citron
et 6 feuilles de basilic pendant 5 à 6 minutes. Egouttez et
versez le miel. Prolongez la
cuisson de 5 minutes. Retirez les
feuilles de basilic, mixez et faites
légèrement refroidir. Séparez les
jaunes des blancs. Dans un grand
bol, battez les jaunes avec le sucre
jusqu’à ce que le mélange blanchisse et incorporez-le à la purée
d’abricots. Dans un saladier,
montez les blancs en neige. Dans
un autre saladier, battez la crème
en chantilly et mélangez-la à la
préparation aux abricots. Ajoutez
délicatement les blancs en neige
à cette préparation et verser dans
des bacs à glace. Faire prendre 24 heures au congélateur.
JACKY DURAND
Illustration FRED PÉAULT
(1) Ed. la Table ronde (2009), 10 €.
(2) Ed. Phaidon (2016), 34,95 €.
Chez l’humain, tirer la
langue à l’encontre de l’un
de ses congénères est synonyme de nargue.
Pas chez les serpents.
Les Grecs anciens pensaient que l’organe fourchu permettait d’inoculer
le venin. Faux. Les reptiles
vivent dans un environnement d’odeurs en tout
genre chargées d’informations hallucinantes. Grâce
à leur langue, au cours
d’une rencontre, ils savent
à quelle espèce ils ont
affaire, à son sexe, à son
statut social et si c’est une
proie ou non. Cette analyse
approfondie provient de
l’organe voméro-nasal luimême, composé de la
langue et de l’organe de
Jacobson, explique Ivan
Ineich, maître de
conférences au Muséum
national d’histoire naturelle, spécialiste des reptiles. En sortant sa langue,
qui effectue des mouvements rapides de bas en
haut avant de rentrer, «le
serpent capture et piège des
molécules d’odeurs avant
qu’elles ne soient plaquées
contre son palais, où se
situe l’organe de Jacobson».
Ce dernier va décrypter les
senteurs et transmettre
leur analyse au cerveau.
Exemple : le serpent se
trouve au bout d’une
pièce ; à l’opposé, une
souris. L’odeur du rongeur
se diffuse petit à petit. Le
reptile sort sa langue pour
en capturer les particules.
Si la souris est plutôt
positionnée à droite du
serpent, c’est ce même côté
de la langue en Y du reptile
et donc le plus proche du
rongeur qui va en capter
un maximum. Plus il avancera dans l’axe de la souris,
plus ces particules seront
homogènes sur toute sa
langue. Selon les reptiles et
la stimulation, leur langue
peut sortir plusieurs fois
par seconde.
AURORE COULAUD
ÉTÉ / BD
Libération Jeudi 10 Août 2017
1
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Levants de Nicolas Presl
Editions Atrabile
VI u
Libération Jeudi 10 Août 2017
u VII
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
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6
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8
ORIENT
EXPRESS
Sans un mot, le Français Nicolas Presl met
en scène l’odyssée
d’un homme qui craint
de vieillir sans avoir vu
le monde. Au fil des
rencontres se télescopent mythes et affaires
sentimentales sur fond
de pays en guerre.
LEVANTS
de NICOLAS PRESL
Editions Atrabile, 330 pp.,
en librairie le 24 octobre.
VIII u
Libération Jeudi 10 Août 2017
CONCOURS
INAVOUABLES
P !
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E
Chaque jour de la semaine, les passions et les haines
honteuses de la rédaction de «Libération».
Découpez chaque jour une pièce du puzzle,
reconstituez le dessin de Sophie Guerrive,
renvoyez-le complet, collé sur papier libre, avant
le 9 septembre, à Libération-puzzle,
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à se désagréger tandis que
le tissu est, lui, réutilisable.
Vous contesterez : «Et l’hygiène dans tout ça ?» Lavé
après quelques utilisations
à 60°C, le mouchoir est
libre de tout microbe. Et en
plus, c’est classe.
Par FLORIAN BARDOU
Illégitime défense
Les mouchoirs
en tissu, ça tue
On le dit ringard et désuet,
dégoûtant et dégoulinant,
ou encore sale, cradingue
et vecteur de contagions.
En un mot : répugnant.
D’usage multiple et multiséculaire – il servait dès le
Moyen-Age à étaler sa fortune aux yeux des autres –,
le mouchoir en tissu est devenu le bout de chiffon
à abattre de notre société
du tout jetable. Il est pourtant urgent de mettre fin à
cette entreprise de démolition. Car contrairement à
son homologue de papier
dont nos contemporains
célèbrent les vertus hygiéniques, le carré de coton
mérite toute notre attention. Argument de taille en
sa faveur : l’écologie. Certes, aujourd’hui les mouchoirs jetables sont «écoresponsables» et, dit-on, en
papier recyclé. Mais où partent ces milliers de petits
bouts de cellulose jetés à
vau-l’eau dans la nature ?
Ils mettent plusieurs mois
Légitime défonce
Le tofu, ça pue
Pâte informe et blanchâtre,
substance inodore et insipide, produit non identifié
sans goût ni saveur : le tofu
est, avec le lait d’amande et
le chou kale, l’ingrédient le
plus surcoté de notre
temps. Imposé à nos assiettes comme l’aliment miracle, à savoir protéiné, diététique et de surcroît bon
marché, le fromage de soja
est néanmoins à la cuisine
végétarienne ce que Pierre
VIPÈROSCOPE
ALLEZ AU P’TIT POINT
«Libé» passe en revue le zodiaque.
Le jeudi, fini les câlins et les conseils
d’ami, place à la vérité vraie, cruelle.
Redécouvrez une archive de Willem grâce à ce jeu de
point à point
Bélier. La graisse à traire pour bronzer
un max, c’est so 80’s, et so moche. Te
voilà cramé, au sens propre comme figuré, et
ruiné en Biafine.
Taureau. Ça y est, tu sais allumer le
barbeuc. Bravo, mais trop tard. Chéri(e)
est parti(e) faire bouger son corps dans les bambous avec Xavier qui t’a tout appris.
Gémeaux. On comprend : cet été,
juste avant le passage à l’autre décennie, comme un baroud, tu as bouffé à tous les râteliers, même mariés. On te déteste ? Assume.
Cancer. La chair du crabe, y a pas
mieux, c’est ce que te répète chéri(e)
avec un regard de merlan frit. Profite, car retour
aux affaires rime avec retour aux requins.
Lion. Roi-reine de la savane, toi ? De la
savate, plutôt. Que tu traînes, toute dignité remisée, de même que tu oses le pantacourt et/ou la casquette retournée. Un naufrage.
Vierge. Les Français se lavent trop, et
toi, tu as des oursins dans les poches.
Bilan, zéro savon dans la valise, tu as décidé que
la mer suffirait. Bonjour l’odeur de ragondin.
Balance. Si bien dans ta peau et ton
corps que tu te vois en Kelly Slater,
le surfeur. La bienveillance étant devenue une
loi française, les gens se cachent pour ricaner.
Scorpion. Tellement convaincu(e) de
la connerie des autres, tu n’as plus
aucune conscience de la tienne. L’enfer,
c’est qui ?
Sagittaire. Parce que tu as voté
La France insoumise, tu as décidé que
personne ne te dicterait plus quoi que ce soit.
Oui, les autres sont repartis avant la date prévue.
Capricorne. Tu ne te remets pas de
la disparition du PS et tu es totalement
à l’arrêt, pas du tout en marche. Has been complet. Et là-dessus, la canicule.
Verseau. Ben non, être spirituel ne
suffit pas. Au lieu de jacasser, bouge,
fais, montre, poste sur les réseaux sociaux. C’est
vain et épuisant ? 2017, bon sang !
Poissons. Tu avais vendu aux autres :
«Dix gosses ensemble, super, pas la
peine de s’en occuper». A peine une semaine de
passée et vous avez tous envie de vous jeter par
la fenêtre.
Palmade est à l’humour
français : une incongruité.
D’ailleurs, pas besoin d’être
un fin gourmet pour se rendre compte de la supercherie culinaire car une fois en
bouche, le «met» d’origine
chinoise n’inspire aucune
divagation. Autre ligne
à ajouter au réquisitoire : le
fait que la fabrication d’un
kilo de cette pâte de soja
fade et sans histoire émet
presque autant de CO2 que
la production d’un kilo de
poulet (selon une étude
néerlandaise) ! Et si l’or vert
nécessaire à sa conception
vient d’Amazonie, l’addition écologique risque
d’être salée (contrairement
au tofu qui ne l’est décidément pas). Une bonne raison pour passer au seitan
ou au tout champignon. •
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SOLUTION D’HIER
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Le dessin d’origine paru
dans Libération
le 25 juillet 2007. WILLEM
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