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Liberation 11268 2017

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2,00 € Première édition. No 11268
MERCREDI 16 AOÛT 2017
DÉBAT
GAFFE
ÉTÉ
La nouvelle
quête
du grêle
«Deuxième cerveau», «animal de compagnie»… Toutes
les analogies sont bonnes
pour réhabiliter une partie
du corps longtemps ignoré.
CAHIER CENTRAL
Episiotomies non consenties,
actes gynécologiques
irrespectueux… Après
la polémique lancée par
la secrétaire d’Etat Marlène
Schiappa, «Libé» a rencontré
des femmes qui dénoncent
des atteintes à leur intimité.
CHRISTIAN SCHULZ
CRISTOPHER CIVITILLO . PLAINPICTURE
AU CON
www.liberation.fr
PAGES 2-5
Silence,
on songe !
Reportage à Marseille sur le tournage du nouveau film du réalisateur
allemand Christian Petzold. Ici,
la méthode est atypique: on discute
plus que l’on ne filme.
CINÉMA, PAGES 18-21
PUBLICITÉ
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mercredi 16 Août 2017
Contre les violences
gynécologiques
La lutte
prend corps
Après la dénonciation par la secrétaire d’Etat
Marlène Schiappa du nombre d’épisiotomies
pratiquées en France, la polémique enfle.
Accouchements violents, examens traumatisants,
mépris, manque de dialogue… La parole des
femmes se libère et les praticiens font face
à une volée de critiques.
En France,
le premier frottis
n’est recommandé
qu’à partir
de 25 ans. PHOTO TIM
KUBACH. PLAINPICTURE
Par
CATHERINE MALLAVAL
et ANAÏS MORAN
T
iphaine Papadopoulos, juriste de 37 ans, a de son propre chef contacté Libération
pour raconter la naissance de son
fils Anatole, aujourd’hui âgé
de 15 mois. Le jour J, on lui administre une péridurale très chargée. Elle
ne sent plus ses jambes: «A 20h10,
une nouvelle sage-femme arrive. Elle
vient me voir pour me prévenir qu’on
va démarrer. On me dit que je ne
pousse pas correctement. Elle monte
alors sur un marchepied et se met
à appuyer sur mon ventre. Fort. Très
fort. A aucun moment, ni elle, ni le
médecin, ni qui que ce soit ne me
pose la question : “Consentez-vous
à ce que je pratique une expression
abdominale [manœuvre qui
consiste à appuyer sur le ventre de
la mère au moment de l’expulsion,
ndlr] ?” Cette torture dure près de
quarante-cinq minutes. Puis, la
sage-femme me dit : “Si vous ne
poussez pas, on va vous mettre les
forceps. Donc vous avez intérêt
à pousser.” Là encore, personne ne
m’a demandé mon autorisation.»
A sa sortie, son fils pèse 4,240kg, un
poids non détecté à l’échographie,
alors que Tiphaine mesure 1m60 et
pèse 51kg. «Ensuite, le médecin reste
avec moi. Et me recoud. Au moins
trente minutes, avec trois fils différents. C’est en relisant le compte
rendu de l’accouchement que j’ai
compris: douze points d’épisiotomie
[incision partielle du périnée].
De la belle ouvrage. Sans aucun
consentement de ma part. Le coup
de grâce m’est donné le lendemain
matin, poursuit la juriste. Le médecin affirme que la douleur est normale car j’ai eu une “belle” épisiotomie –comprendre plus de dixpoints
de suture… Il m’assène avant de par-
tir: “Madame, pour la douleur, il va
falloir prendre sur soi !”» Tiphaine
ne s’est toujours pas vraiment
remise: «Je suis encore épuisée. J’ai
toujours mal dans toute la zone du
périnée. J’ai eu une côte cassée
à cause de l’expression abdominale.
Une libido en berne…» La juriste a
décidé d’intenter une action en justice contre la clinique parisienne où
son fils est né.
Question : y a-t-il beaucoup de
Tiphaine? Difficile à évaluer. Mais
il a suffi que la secrétaire d’Etat en
charge de l’Egalité entre les femmes
et les hommes, Marlène Schiappa,
balance dans l’arène médiatique
(face aux sénateurs le 20 juillet) le
taux exorbitant et surévalué de 75%
d’épisiotomies lors des accouchements qui se déroulent en France,
pour qu’à nouveau les réseaux
sociaux se déchaînent et les langues
se délient. Comme en novembre 2014, quand une certaine
Ondine, étudiante en pharmacie
de 25 ans, a créé le hashtag #PayeTonUterus, qui a fait flamber les témoignages de femmes en galère
avec leurs gynécos. Comme en 2015,
quand il est apparu au grand jour
que des étudiants en médecine
s’initiaient aux touchers vaginaux
(ou rectaux) sur des patientes
endormies par des anesthésies…
«Violences obstétricales», «maltraitance gynécologique» : les formules inflammables sont de retour.
Des naissances
dans la violence ?
Depuis la déclaration de Marlène
Schiappa, le président du Collège
des gynécologues et obstétriciens
français (CNGOF), Israël Nisand, ne
décolère pas: «Nous ne pouvons pas
accepter qu’une secrétaire d’Etat
nous fasse la leçon comme ça et annonce des chiffres faux. L’Institut
national de la santé et de la recher-
che médicale [Inserm] fait une enquête périnatale tous les cinq ans et
examine quelque 15 000 dossiers,
soit toutes les naissances de France
sur une semaine. En 2010, le taux
d’épisiotomies était de 27 %,
contre 55% en 2005. L’enquête périnatale, normalement mise à jour
tous les cinq ans, n’a pas été refaite
depuis, faute de moyens. Mais je
pense que ce taux a encore baissé.
Dans la maternité où je travaille à
Strasbourg, nous sommes entre 4%
et 5 % sur 6 500 naissances par an.
Au CHU de Besançon, ils en sont
à 0,5 %.»
Pour Martin Winckler, écrivain et
médecin, auteur en 2009 du bestseller le Chœur des femmes et du
blog l’Ecole des soignants, «le débat
n’est pas “le chiffre de la secrétaire
d’Etat est-il faux?” mais “y en a-t-il
trop ?” Si Israël Nisand donne le
chiffre moyen de 27%, et qu’au CHU
de Besançon c’est moins de 1%, alors
Libération Mercredi 16 Août 2017
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
ÉDITORIAL
Par
ALEXANDRA
SCHWARTZBROD
Malaise
certaines maternités en sont à 75%!
Oui, l’épisiotomie est trop fréquente
quand on n’a pas demandé à la
femme son accord. Même pour une
échographie intravaginale, quand
vous êtes enceinte, on doit vous
demander votre consentement,
sinon c’est un viol. Les médecins font
comme si la loi ne s’appliquait pas à
eux. Ils disent que c’est pour le bien
des patientes, mais la loi est la loi.
Il s’agit de la loi Kouchner de 2002
relative aux droits des malades».
Mais sur le fond? Israël Nisand l’admet : «Il n’est pas prouvé qu’il vaut
mieux couper et donc faire une épisiotomie plutôt que de laisser les tissus se déchirer, sauf dans quelques
indications précises. Quand il faut
procéder rapidement à l’extraction
d’un enfant en souffrance pendant
l’accouchement, ou quand nous sommes confrontés à de la souffrance
fœtale, notre responsabilité d’obstétricien ou de sage-femme est enga-
gée. L’épisiotomie est alors un acte
qui tente de hâter la naissance. Ce
geste nécessite ultérieurement une
suture et ne fait en aucun cas gagner
du temps à qui que ce soit. Le
CNGOF a fait des recommandations
à deux reprises sur cette question.
Recommandations par ailleurs largement suivies par les praticiens,
comme le prouve la forte diminution
des épisiotomies ces dernières années.» Dont acte. En tout cas, pour
mieux faire la lumière sur la question des «violences obstétricales»,
épisiotomie ou expression abdominale, un rapport a été demandé au
Haut Conseil à l’égalité entre les
femmes et les hommes.
Des examens brutaux ?
C’est sa première consultation
gynécologique. Son vagin est à
quelques centimètres du visage de
son médecin. Corps entièrement
dénudé, pieds dans les étriers et
cuisses écartées, Iris, 18 ans, «retient ses larmes de honte». Accompagnée de sa mère, elle est venue se
renseigner sur les moyens contraceptifs. Elle se retrouve finalement
sur la table d’examen médical, «victime» d’une palpation des seins et
d’un frottis de dépistage du cancer
du col de l’utérus (qui consiste à
prélever des cellules à l’aide d’un
spéculum et d’une spatule) : «Ce
moment a été le plus malaisant de
toute ma vie. Dès la sortie du cabinet, je me suis mise à pleurer, humiliée. J’avais l’impression qu’on avait
désacralisé mon corps sans ma permission.» Comme beaucoup
d’autres femmes, Iris, paralysée, n’a
pas bronché lors de cette consultation invasive, persuadée de «prendre sur elle pour la bonne cause».
Quelques mois plus tard, lors d’une
visite chez son médecin traitant,
elle apprendra que les prescriptions
françaises actuelles ne recomman-
dent un premier frottis qu’à partir
de 25 ans (puis tous les trois ans jusqu’à 65 ans). «J’avais livré mon intimité à la science avec une confiance
totale. Je me suis sentie trahie.
J’aurais aimé être informée de cet
acte médical qui n’avait donc rien de
normal ou d’obligatoire à mon âge.»
Chaque année en France, près de
3000 cas de cancers du col de l’utérus sont diagnostiqués. L’Institut
national de cancer estime que 90%
d’entre eux pourraient être évités
grâce au dépistage par frottis. Un
pourcentage qui «ne peut justifier
des investigations et traitements
inutiles à des femmes trop jeunes»,
considère le médecin Martin Winckler: «De même, lors d’une consultation, on devrait toujours demander
aux femmes comment elles aimeraient être examinées.» Et pour
cause, l’expérience gynécologique
peut se transformer en véritable
souffrance physique Suite page 4
Nous mettons les femmes
au défi de lire les témoignages recueillis dans ces pages sans s’interroger sur
leur propre expérience
et ressentir un profond
malaise. Soyons clairs: il ne
s’agit pas là de dénoncer
des pratiques ni de critiquer un milieu médical
soumis à rude épreuve ces
dernières années du fait
des réductions budgétaires
et de la détérioration des
conditions de travail. Les
progrès de la médecine
et l’engagement de beaucoup ont permis à nombre
de femmes infertiles
d’avoir des enfants, de réduire considérablement les
problèmes liés à l’accouchement et surtout la mortalité infantile, cela ne sera
jamais assez salué. Mais
justement, à force de se
concentrer sur l’essentiel,
la vie et la mort, peut-être la
médecine a-t-elle oublié au
passage de s’interroger sur
des actes qu’elle perpétue
de façon quasi automatique. Il a fallu que la
secrétaire d’Etat en charge
de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, évoque le
taux d’épisiotomies effectuées en France (75% selon
elle) pour que beaucoup
réalisent que cette intervention, devenue quasi systématique lors d’un
accouchement, n’a en réalité rien d’obligatoire (sauf
dans certains cas). Et qu’il
s’agit donc d’une violence
gratuite d’autant plus insupportable que le consentement de la femme est
rarement demandé. Idem
pour l’examen gynécologique. Cela n’a l’air de rien,
mais combien de femmes
ont été traumatisées à vie
par leur premier examen,
jambes écartées devant un
médecin ou un groupe
d’étudiants? C’est comme
ça, il faut en passer par là et
serrer les dents, affirmaient
les générations précédentes. Et bien non, cette
époque paternaliste et
infantilisante est révolue.
Et tout ce qui pourra être
entrepris pour faciliter la
relation qu’une femme
entretient avec son corps
doit être tenté. Ce con-là,
vu son importance, mérite
bien écoute, respect et
attention… •
4 u
ÉVÉNEMENT
si le bien-être
de la patiente est négligé. Marion,
26 ans, en a «terriblement bavé» lors
de son frottis, réalisé par une «véritable brutasse». Capucine, 34 ans,
enceinte de six mois, raconte avoir
passé plus d’un quart d’heure «à gémir de douleur» lors du premier
toucher vaginal de sa grossesse. Les
deux femmes le concèdent: la position gynécologique du face-à-face
les a effrayées et leurs muscles utérins se sont contractés de stress.
«L’examen latéral (ou à l’anglaise),
c’est lorsque la patiente est examinée en étant allongée sur le côté. Un
truc simple non pratiqué en France,
et qui ne requiert qu’une table d’examen un peu plus large, proteste
Martin Winckler. J’ai testé cela avec
des paraplégiques à qui j’ai posé un
stérilet. On peut aussi faire un frottis ou même accoucher de cette manière. C’est moins intrusif et donc
beaucoup moins malésant pour les
femmes.»
Suite de la page 3
Les femmes
sont-elles entendues ?
Pour Chantal Ducroux-Schouwey,
porte-parole du Collectif interassociatif autour de la naissance
(Ciane), certains traumatismes gynécologiques se retrouvent plus
«dans des paroles maladroites, voire
blessantes, que dans des actes physiques à proprement parler» : «Il y a
un manque de dialogue car les médecins pensent mieux savoir que les
patientes. Trop souvent ils ne discutent pas, ils imposent.» Impossibles
à recenser, parfois même difficiles
à détecter, ces violences symboliques envahissent les cabinets
gynécologiques sous diverses formes et à différentes intensités.
Amélia a consulté pour la première
fois de sa vie à 15 ans et demi.
Huit ans plus tard, elle s’en souvient encore: «Je voulais prendre la
pilule parce que j’avais un copain
depuis longtemps et je voulais une
contraception fiable. La veille, nous
avions eu un accident de préservatif,
j’en ai profité pour en toucher deux
mots à la gynéco. Comme je n’avais
pas encore de carte vitale à mon
nom, mon père est venu à la fin de la
consultation pour payer. La médecin lui a donné l’ordonnance et lui a
lancé : “Allez en urgence dans une
pharmacie, votre fille est enceinte.”»
Une violation du secret médical impardonnable pour la jeune femme,
qui a rompu illico tout contact avec
la praticienne.
Emmanuelle, 24 ans, a également
coupé les ponts avec sa gynécologue. La raison : celle-ci lui a tout
bonnement refusé de lui poser un
stérilet en cuivre: «Je prenais la pilule depuis mes 16 ans. Ça me dégoûtait. A la fin, j’avalais ça avec des
compotes tellement ce comprimé chimique m’écœurait.» La Parisienne
se confie à sa médecin spécialisée,
déterminée à choisir un moyen de
contraception «naturel» (le DIU,
l’autre nom du stérilet, ne diffuse
pas d’hormones). En vain, l’avis de
l’experte médicale est déjà tranché:
«Ma gynéco était contre, elle parlait
d’une “mode”. Elle m’a aussi dit: “Ça
ne fait même pas dix ans que vous
prenez la pilule, vous pouvez encore
la supporter et attendre de mettre
Libération Mercredi 16 Août 2017
Gyn&Co, à chaque genre suffit sa peine
Un collectif féministe rassemble
sur son site des témoignages
de femmes victimes de
«violences gynécologiques»
ou de remarques homophobes,
et propose une liste de
médecins à l’écoute.
C
omment échapper aux expériences
gynécologiques malheureuses ? Aux
remarques déplacées, aux refus ?
Comment aussi ne pas se sentir (mal) jugée en
raison de son orientation sexuelle, de son
genre? En 2013 naissait un collectif féministe
destiné à secouer le cocotier, à dire «marre des
soignants et soignantes qui ont des pratiques
sexistes», ainsi que «lesbophobes, transphobes,
putophobes, racistes, classistes, etc.». Mais aussi
à s’échanger des bonnes adresses. C’est ainsi
qu’un an plus tard naissait leur blog participatif d’entraide entre patientes. Son nom :
Gyn & Co. L’objectif est de permettre à toutes
les femmes et aussi aux minorités de genre de
bénéficier de gynécologues, généralistes et
sages-femmes bienveillants (sans mépris, sans
paternalisme…), et plutôt féministes. Chacune
remplit un questionnaire en ligne afin de conseiller tel ou tel professionnel de santé. A ce
jour, le site propose 484 fiches de médecins
en France métropolitaine et outre-mer, et
6 000 usagères en moyenne chaque mois.
«Depuis le début, nous fonctionnons en petit
groupe (une douzaine actuellement) de personnes concernées par les consultations gynécologiques, explique le collectif à Libération. Donc
il s’agit essentiellement des femmes cisgenres
[autrement dit hétéros, ndlr] et trans, bien entendu, mais aussi des hommes trans et des personnes intersexes.» Depuis sa naissance, le collectif accumule des témoignages sur «certains
médecins qui se permettent de faire la morale
aux femmes ayant contracté une infection
sexuellement transmissible (IST), ou encore
d’insister lourdement pour que leurs patientes
fassent des enfants lorsqu’elles n’en veulent pas.
Ou de refuser carrément de faire des frottis à des
lesbiennes». Bien sûr, chez Gyn&Co, on a suivi
de près la polémique sur le trop grand nombre
d’épisiotomies en France: «Nous militons contre cette forme de mutilation, d’ailleurs déconseillée par l’OMS, dont les séquelles sur les corps
des femmes peuvent être importantes (douleurs
durables, rapports sexuels difficiles, traumatisme psychologique). D’autant plus que les déchirures naturelles, qui surviennent à la suite
de l’accouchement, sont la plupart du temps superficielles et se réparent facilement.» Selon le
collectif, cette affaire «révèle l’étendue du phénomène des violences obstétricales en France,
pays où les médecins refusent encore trop largement de remettre en cause leurs mauvaises
pratiques». Pays aussi où, selon Gyn & Co,
«d’autres problématiques d’ordre gynécologique
sont carrément ignorées, tels la santé sexuelle
des lesbiennes et des trans, la stérilisation
volontaire, les problèmes de libido, les traumatismes liés au viol»: «Quid de la prise en compte
de tous les corps, les sexualités, les conditions
de vie des personnes ?»
CATHERINE MALLAVAL
Un spéculum, qui sert lors de certains examens gynécologiques. PHOTO GETTY IMAGES. SCIENCE SOURCE
un stérilet après avoir eu enfant.”»
Un argument erroné, puisque depuis 2004, l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé
ne considère plus la non-maternité
comme une contre-indication.
«Mais ça, elle ne voulait pas l’entendre.» Un mépris du libre arbitre
inadmissible pour Emmanuelle,
souffre-douleur d’une médecine
à deux vitesses, entre acquis
médicaux irrévocables et nouvelles
avancées scientifiques.
Que faire ?
Juridiquement parlant, pas grandchose. Il y a bien la fameuse loi Kouchner de 2002, qui formule
«qu’aucun acte médical ni aucun
traitement ne peut être pratiqué
sans le consentement libre et éclairé»
du patient. Mais dans les faits, «les
professionnels de santé sont protégés
et bien au-dessus de la loi», concède
Chantal Ducroux-Schouwey, du
Ciane: «Dans cette culture médicale
franco-française, le médecin aura
toujours eu raison de sortir les
ciseaux pour une épisiotomie.» A ce
jour, pas une plainte n’a abouti devant les tribunaux. Marie-Hélène
Lahaye, juriste, précise: «Les médecins ne comprennent pas que le
consentement passe par un échange
d’informations et un dialogue
instauré avec la patiente. Ils ne se
sentent pas menacés par son nonrespect. Il n’est pas rare que des mé-
decins disent ouvertement que la loi
Kouchner est “inapplicable”.»
Quelle solution alors ? Pour Israël
Nisand, il faut d’abord réinjecter de
l’argent dans les veines hospitalières: «Notre profession subit aussi
des violences de la part de l’Etat, qui
ne cesse de rogner sur les crédits des
hôpitaux. Quand on est confronté
à une urgence vitale et qu’il y a trop
peu de personnel pour l’assumer,
nous nous sentons gravement démunis et désemparés, et ceci peut évidemment avoir des conséquences sur
la qualité de l’accompagnement des
femmes. Jusque-là, nous avons caché la paupérisation de nos maternités. Mais nous sommes en train de
franchir la ligne jaune de l’insécu-
rité. Nous le dirons désormais
de plus en plus haut et fort.»
Martin Winckler, lui, rejette la faute
sur les professionnels de santé,
incapables de se remettre en question: «Le problème des gynécologues
est leur paternalisme, cette façon
qu’ils ont de croire tout savoir.
En outre, ils se pensent moralement
supérieurs, encore plus avec les
femmes en raison du sexisme
ambiant. Il faut qu’ils revoient
leur façon de penser.» Comment
leur apprendre à entendre un patient dire «non, je ne veux pas » ?
Formation, formation. A la psychologie, à l’écoute, au respect,
répondent ceux qui critiquent le
système. •
Libération Mercredi 16 Août 2017
u 5
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
DR
sants. De ce point de vue, le mé- nables dans leur rapport au corps
dium Internet a reconfiguré les es- que les hommes et donc incapapaces de parole. Les expériences bles de prendre des décisions dans
gynécologiques restaient jus- des moments intenses tels que
qu’alors dans le cadre privé, on en l’accouchement. C’est un regard
parlait à sa famille ou à ses amis. de genre pour une partie de la
Aujourd’hui, les médias ont un ef- profession.
fet porte-voix et les femmes n’ont N’est-il pas difficile de distinplus peur de témoigner de leur guer les violences «obstétrivécu face au corps médical.
cales» des violences «naturelY a-t-il toujours eu des gynéco- les» lors d’un accouchement?
logues-obstétriciens ?
L’accouchement apparaît violent
En France, il n’existe pas de à ceux qui l’observent. C’est un
spécialités médicales avant processus très intense physiquele XIXe siècle. A cette époque, un ment et émotionnellement, mais
médecin généraliste est donc le corps est naturellement capable
de fait gynécologue-obstétricien, de le mener à terme. Le paroxysme
puisqu’il traite toutes les patholo- de l’accouchement n’est pas comgies qui se présentent à lui. Il faut parable à une violence exercée de
attendre la deuxième moitié l’extérieur. L’épisiotomie, l’expresdu XIXe siècle pour voir émerger sion abdominale, toutes ces prales spécialités dans les universités tiques sont brutales car elles
de médecine. Par exemple, le s’exercent contre le corps en train
corps médical des accoucheurs d’accoucher. Les médecins expdes hôpitaux de Paris est créé liquent qu’ils n’ont plus le temps
en 1882. Ce n’est qu’après 1945 ni les moyens d’humaniser les
qu’on observe l’émergence d’une soins. C’est vrai qu’on a augmenté
gynécologie médicale vraiment la taille des maternités sans avoir
distincte de l’obstétrique. Ce nou- plus de personnel, d’où une presveau statut de gynécologue ap- sion intolérable sur les soignants.
paraît d’abord pour encadrer la Les centres hospitaliers sont dans
contraception.
une logique managériale où le
La relation entre le gynéco- résultat (un bébé en bonne santé)
logue-obstétricien et ses prime sur le processus (le déroulepatientes a-t-elle évolué ?
ment de l’accouchement) et où le
En 1952, 50% des accouchements temps consacré à une patiente
se faisaient à domicile et 50 % n’est pas perçu comme rentable. Il
d’entre eux à l’hôpital. Dès 1969, ne tient qu’au monde médical
c’est 98% des femmes qui accou- d’exiger d’autres conditions de trachent en centre hospitalier. Les vail. Je ne vois pas les gynécoconséquences sont considérables logues-obstétriciens dans la rue
dans la prise en charge de la protester contre l’inhumanisation
femme enceinte. A domicile, il y des accouchements, comme l’ont
a une sorte de tête à
fait avant eux des obstête avec une pertétriciens admirables
sonne dévouée à vocomme Fernand Latre accouchement.
maze, Max Ploquin,
Dans le cadre hospiFrédéric Leboyer ou
talier en revanche,
Claude-Emile Tourné.
la prise en charge
La spécialité gynécoest plus fragmentée,
logie-obstétrie est inmoins continue.
dispensable, mais le
Une femme est
INTERVIEW cadre de la formation
confrontée à des
est à revoir si on veut
équipes qui changent le matin et faire évoluer les mentalités et réle soir et qui sont toujours plus pondre aux attentes légitimes des
nombreuses lors de l’accouche- futures mères.
ment (la sage-femme, l’étudiante C’est-à-dire ?
sage-femme, l’anesthésiste, l’in- On n’est plus dans l’après-guerre,
firmière, l’obstétricien, etc.). quand l’ampleur des mortalités
Aujourd’hui, 90% des femmes en- infantile et maternelle pesait sur
ceintes ne connaissent pas le pra- l’exercice quotidien des obstétticien qui va les faire accoucher. riciens et justifiait certains gestes
Les femmes doivent donner d’of- médicaux. Il y a une sorte de techfice leur confiance à des «experts» nicisation du métier qui fait priavec qui elles n’ont noué aucune mer les statistiques sur l’être hurelation personnelle durant leur main. Il serait utile d’intégrer dans
grossesse. Il y a une réelle perte de la formation de tous les futurs mécontrôle de son propre corps et de decins une grosse part de sciences
l’événement à venir.
humaines et sociales pour ancrer
Peut-on parler d’une certaine en profondeur le caractère essen«domination» des gynéco- tiel du «consentement». Dans les
logues sur leurs patientes ?
pays anglo-saxons, le patient a
Oui, d’ores et déjà au sens où, dans vraiment une capacité décisionle contexte médical, tout patient nelle. Si la loi Kouchner de 2002
est fréquemment «déresponsabi- sur les droits des malades est
lisé». En ce qui concerne l’obstét- insuffisamment respectée, c’est
rique, cette infantilisation se dou- parce qu’en France, le savoir médible d’un certain paternalisme. On cal prime sur la décision indiviest entré dans une rhétorique duelle, sans qu’un échange serein
du risque qui minore la parole et profond ne puisse rétablir l’égaféminine sur le corps féminin lité entre médecin et patient. Nos
lui-même. La médecine occiden- jeunes étudiants sont brillants
tale a du mal à se défaire d’une mais font perdurer cette hiérarvision ancienne selon laquelle les chie des savoirs inconsciemment.
femmes seraient moins raisonRecueilli par ANAÏS MORAN
«
Impossibles à recenser, les violences symboliques envahissent les cabinets. PHOTO R. MOHR. PLAINPICTURE
«Il y a une perte de contrôle
de son propre corps»
Pour l’historienne
Nathalie Sage
Pranchère, la médecine
occidentale a du mal à
se défaire des préjugés
infantilisants sur le
rapport de la femme
à son intimité.
L’
historienne Nathalie Sage
Pranchère, auteure de
l’Ecole des sages-femmes,
naissance d’un corps professionnel,
décrypte la relation médecin-patiente à travers les époques et les
failles d’un système de santé
empreint de paternalisme.
De plus en plus de femmes
dénoncent les «violences gyné-
cologiques». Comment expliquer le fait que les langues se
délient?
Effectivement, depuis cinq ans, il
y a une libération de la parole sur
ces questions, qui s’inscrit dans
une «publicisation» de l’intime.
C’est le produit d’une génération
qui ose parler du corps et qui veut
en finir avec les tabous paternali-
6 u
MONDE
Libération Mercredi 16 Août 2017
Jenni Harrington dans son champ de maïs à Bradshaw : «C’est une terre qu’on n’est pas près de céder comme ça.»
Nebraska
A David City, Bob Hilger est convaincu par le projet.
L’Etat, rural et conservateur, est l’un des derniers
à s’opposer au projet Keystone XL, qui doit
acheminer du pétrole issu des sables bitumineux
canadiens vers le golfe du Mexique. Les fermiers
craignent la préemption de leurs terres et la
pollution des nappes phréatiques.
REPORTAGE
«Ce pipeline n’a rien à faire ici !»
Par
ISABELLE HANNE
Envoyée spéciale dans le Nebraska
Photos ADAM WARNER
«T
u vois cette eau ?», demande Terry Van Housen avant même de dire
bonjour. Il désigne du menton les
gouttelettes qui aspergent son maïs,
grâce à une rampe d’irrigation aussi
large que son champ. «C’est de ça
qu’on a besoin, pas du pétrole.»
Le maïs de Terry sert à nourrir les
milliers de vaches –des croisements
d’Angus– qui piétinent le sol brun
et nu de son gigantesque élevage de
Stromsburg, dans l’est du Nebraska.
Terry Van Housen est un opposant
de la première heure au pipeline
Keystone XL. Long de 1900 kilomètres, d’un coût estimé à 8 milliards de dollars (6,8 milliards
d’euros), il doit transporter l’équivalent de 830000 barils de pétrole par
jour, extrait des sables bitumineux
de l’Alberta, dans l’ouest du Canada,
jusqu’aux raffineries texanes du
golfe du Mexique. Aujourd’hui, le
Nebraska est l’un des derniers verrous que l’opérateur, le géant énergétique TransCanada, cherche à
faire sauter. Les écologistes
dénoncent l’impact environnemental de ces sables bitumineux : leur
extraction rejette trois fois plus de
gaz à effet de serre que les hydrocarbures conventionnels.
Terry, lui, n’est «pas sûr de croire au
changement climatique». «Je suis
dehors tous les jours depuis quarante-cinq ans, et chaque année est différente. Pour moi, c’est juste mère
Nature qui décide.» Mais c’est la
«peur de la pollution de l’eau» qui l’a
poussé à s’opposer à l’oléoduc. En
cas de fuite, les tuyaux de Keystone XL, enterrés à environ un mètre de profondeur, menaceraient de
pollution l’aquifère Ogallala, cette
immense nappe phréatique située
sous la région des Grandes Plaines.
Elle fournit l’eau potable à 85% des
habitants du Nebraska, et permet
l’agriculture d’irrigation sur ces terres poussiéreuses.
«Une pollution au pétrole affecterait
forcément notre mode de vie : cette
eau, on la boit, elle irrigue nos cultures qui nourrissent notre bétail,
avance Terry, casquette, short et
chaussettes remontées sur les mollets. Toute l’économie de l’Etat en
dépend.» L’agriculture est en effet,
et de loin, le secteur économique
prédominant du Nebraska. Des cultures à l’élevage –premier exportateur de bœuf, troisième producteur
de maïs du pays –, en passant par
l’agroalimentaire, la distribution et
le transport : les «ag people» font
tourner l’Etat.
RÉSISTANCE
Vu du ciel, le Nebraska est un tissage infini de petits carreaux verts.
Vu du sol, ce sont des parcelles immenses de maïs haut comme trois
hommes, et des fermes impeccables
aux granges peintes au carmin. La
résistance au pipeline Keystone XL
est venue de là où personne ne l’attendait: du Cornhusker State (l’Etat
décortiqueur de maïs), un Etat rural, conservateur et vieillissant du
Midwest, qui a voté pour Donald
Trump à près de 60 %, et jusqu’à
80% dans certains comtés: le même
qui avait promis pendant la campagne de relancer ce projet titanesque,
enterré par Barack Obama fin 2015.
Une fois élu, quatre jours après son
investiture, Trump a ressuscité
Keystone XL.
A l’origine, la demande de permis
de construire avait été déposée
en 2008 par l’opérateur canadien.
Mais c’était sans compter l’opposition d’une partie des agriculteurs du
Nebraska. Sur les 250 propriétaires
fonciers concernés par le tracé du
pipeline dans l’Etat, une centaine
ont refusé de signer un contrat donnant droit d’usage à vie, à TransCanada, d’une bande de terrain. Ils ont
aussi mené plusieurs actions en justice, obligeant l’administration de
l’Etat à prendre position. D’où les
auditions menées par la Public Service Commission (NPSC) la semaine
dernière à Lincoln, la capitale, pour
déterminer si Keystone XL est «d’intérêt public». Cette décision, qui
doit intervenir au plus tard le 23 novembre, permettra, ou non, à Trans-
Libération Mercredi 16 Août 2017
cinq ans d’en revendiquer la propriété. C’est le cas de la Centennial
Hill Farm, une exploitation fondée
par les arrières-arrières-grands-parents de Jenni Harrington en 1865
à Bradshaw, dans le comté de York.
Aujourd’hui, les quatre sœurs Harrington sont propriétaires des terres que doit traverser le pipeline
Keystone XL. «Je suis née ici, dit
Jenni, dont chacun des pas dans
l’herbe sèche de la propriété soulève un escadron de sauterelles.
C’est une terre qui nous est chère, et
qu’on n’est pas près de céder comme
ça.» Son mari cultive maïs et soja ;
elle fait de l’horticulture. Ils ont
refusé l’offre de TransCanada : «Il
s’agissait avant tout de défendre nos
terres, mais on s’est ensuite renseignés sur les sables bitumineux. Ça
a été une révélation: on vit dans un
pays où on a cherché à étouffer le
lien entre énergies fossiles et chan-
ALBERTA
CRAINTES «INJUSTIFIÉES»
Tout le monde n’est pas de cet avis.
Les syndicats ouvriers, dans un Etat
à la croissance en berne – une des
trois plus faibles du pays au premier
semestre 2017–, vulnérable à la variation des prix agricoles, veulent
croire aux emplois dans la construction et la maintenance du pipeline
promis par TransCanada. La chambre de commerce et d’industrie du
Nebraska aussi. «Via la taxe foncière, Keystone XL générerait des
millions de dollars pour les écoles et
les routes de l’Etat, avance Joseph
Young, un de ses responsables. D’un
point de vue économique, le pipeline
a des impacts positifs pour l’Etat,
comme pour le pays.» Selon son collègue Rod Sedlacek, les craintes de
pollution sont «injustifiées»: «Le pi-
SASKATCHEWAN
MANITOBA
KEYSTONE XL
(projet)
IDAHO
250 km
CANADA
DAKOTA
DU SUD
WYOMING
AQUIFÈRE
OGALLALA
NEVADA
DAKOTA
DU NORD
UTAH
COLORADO
IOWA
NEBRASKA
Lincoln
KANSAS
MISSOURI
ARIZONA
ÉTATS-UNIS
NOUVEAU
MEXIQUE
OKLAHOMA
Washington
TEXAS
Source : TransCanada
MISSISSIPPI
OREGON
MONTANA
N
SA
S
WASHINGTON
ILLINOIS
ÉTATS-UNIS
WISCONSIN
KEYSTONE
(existant)
CANADA
MINNESOTA
COLOMBIEBRITANNIQUE
gement climatique. Ce pipeline n’a
rien à faire ici.»
RK
A
mais…” se souvient Terry, rejouant
la scène d’un air faussement pénétré. Comme si j’allais plus lui faire
confiance, parce qu’il était prêtre !
Ils nous prennent vraiment pour
des idiots.»
Dans la région, la lutte contre Keystone n’est pas menée par des militants écologistes venus faire la
leçon à ces fermiers conservateurs.
«On n’a marginalisé personne, on
sait que chacun, quelles que soient
ses idées politiques, peut devenir un
puissant allié, argue la leader de la
contestation et présidente du Parti
démocrate du Nebraska, Jane
Kleeb. Pour ces fermiers, il s’agit de
défendre leurs terres. Dans la plupart des cas, c’est le droit de préemption qui les fait bondir, surtout au
bénéfice d’une entreprise privée. Pas
le changement climatique.»
Terry, d’ailleurs, a voté pour
Trump: «Je pensais qu’on pouvait le
faire changer d’avis, regrette-t-il.
Mais je n’attends rien de Washington : je sais que c’est à nous de stopper le projet. Nous sommes au beau
milieu du Nebraska, et on a réussi à
bloquer une multinationale étrangère qui a la bénédiction du parti au
pouvoir.» «Nous, gens du Nebraska,
sommes très têtus !», lui fait écho
Jane Kleeb, cheveux courts et
regard droit, fondatrice du mouvement anti-Keystone Bold Alliance,
qui fédère agriculteurs, écologistes
et Amérindiens opposés au pipeline. «De nombreux fermiers et éleveurs du Nebraska sont toujours sur
leurs terres familiales. Ils y sont très
attachés, pour des raisons culturelles et affectives.»
Beaucoup sont en effet des descendants de homesteaders, ces familles
devenues propriétaires dans les
années 1860 grâce au Homestead
Act d’Abraham Lincoln. Une loi qui
permettait à chaque famille occupant un terrain depuis plus de
F.
LI
CA
PRÊTRE BAPTISTE
«En 2012, TransCanada est venu me
voir avec un chèque de 34 000 dollars, reprend Terry Van Housen, qui
parle comme s’il mâchait du
chewing-gum. Au départ, je trouvais que c’était une bonne affaire,
jusqu’à ce que je commence à poser
des questions. Et s’il y a des fuites ?
Quels produits chimiques circulent
dans le pipeline? Et si j’endommage
les tuyaux avec mes engins ? Il y
avait beaucoup de zones grises.» Un
jour, il se rend à une réunion de fermiers du comté. «On partageait
tous les mêmes inquiétudes. On a
vite compris qu’on prenait tous les
risques, et que TransCanada, une
multinationale étrangère, prenait
tout l’argent.»
Pour convaincre ces fermiers d’une
région très religieuse, aux routes
plantées de pancartes qui proclament que «Jésus a confiance en toi»
et qu’il faut «protéger la vie», TransCanada envoie, entre autres, un
prêtre baptiste. «Il répétait : “Je
n’aime pas mêler Dieu au business,
A Stromsburg, Terry Van Housen craint pour l’eau, vitale à sa production de maïs et à son élevage bovin.
A
TransCanada a installé son pipeline sous ses terres.
Canada de bénéficier de la préemption des terrains des propriétaires
récalcitrants.
Ces derniers n’ont pas oublié
qu’en 2010 par exemple, la rupture
d’une section du pipeline 6B géré
par l’entreprise Enbridge avait entraîné le déversement de plus de
3000 m3 (trois millions de litres) de
bitume dilué dans la rivière Kalamazoo, qui se jette dans le lac Michigan. Sept années et plus
d’un milliard de dollars plus tard, le
nettoyage n’est toujours pas terminé. De son côté, TransCanada
répète à l’envi que Keystone XL sera
«le pipeline le plus sûr jamais construit sur le territoire américain».
Une merveille de technologie avec
des valves automatiques, surveillée
par satellite.
u 7
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peline est le mode de transport le
plus sûr pour le pétrole, beaucoup
plus que le rail ou la route.»
La rhétorique de TransCanada sur
l’indépendance énergétique des
Etats-Unis a aussi marqué les esprits. «Je préfère qu’on fasse du business avec notre voisin et ami, le Canada, plutôt qu’avec l’Arabie
Saoudite», déclame Bob Hilger,
72 ans, qui cultive 250 hectares de
luzerne à David City. La compagnie
canadienne a enterré ses tuyaux
sous ses terres, et installé une station de pompage sur l’une de ses
parcelles. Il ne dit pas combien d’argent il a touché, mais affirme que
c’était «plus que ce que je leur avais
demandé». Pour lui, aucun risque
de pollution –«jamais eu le moindre
problème»–, aucune gêne pour ses
cultures –«Regardez ce champ: l’endroit où passe le pipeline est invisible» – , et d’ailleurs, il est souvent
allé prêcher la bonne parole lors des
réunions de son comté, à la
demande de TransCanada.
Quelle que soit la décision de la Public Service Commission, «l’autre
partie fera appel», affirme Jane
Kleeb, qui prévoit des mois de nouvelles procédures. Mais après plus
de huit ans de lutte, les «anti-pipeline» ne sont pas encore à court
d’énergie ni d’imagination. Comme
le montre le projet «Solar XL»: ces
panneaux photovoltaïques délibérément installés ces temps-ci le
long du tracé du pipeline. Ils sont
conçus par Jim Knopik, un oiseau
rare dans la région: agriculteur bio
californien et installateur à mitemps de panneaux solaires.
«J’aime beaucoup cette idée de mettre à nu TransCanada, lance-t-il, regard lumineux. Ces gens, ce sont des
braconniers. S’ils doivent vraiment
construire ce pipeline, ils devront
détruire ces installations. Et ce ne
sera pas joli à voir.» •
8 u
MONDE
Libération Mercredi 16 Août 2017
LIBÉ.FR
Loup Bureau : Macron
téléphone à Erdogan
Le président français a fait part mardi
à son homologue turc, Recep Tayyip
Erdogan, de sa «préoccupation» au sujet de la détention en Turquie du journaliste français Loup Bureau,
exprimant le souhait que ce dernier «puisse être de retour en France le plus vite possible». Le régime turc
n’a fait aucun commentaire. PHOTO TWITTER
sans vergogne à une culture
politique rongée par la corruption, le parti de Lula voit
dans la conjoncture actuelle
l’espoir d’un retour au pouvoir. Aussi, celui-ci aurait-il
été soulagé de l’issue du vote
du 2 août, par lequel le Parlement n’a pas autorisé la mise
en accusation formelle, pour
corruption, du chef de l’Etat.
Le PT accuse la droite, qui
s’était mobilisée pour chasser le parti du pouvoir, d’être
indifférente à la corruption
de son propre camp. Or l’unique parti de masse du Brésil
s’est également abstenu de
mobiliser ses propres troupes en vue de renverser Temer, qu’il accuse pourtant
d’avoir savonné la planche à
Rousseff.
Boosté par le rejet
du président Temer,
l’ex-chef de l’Etat,
de plus en plus
populaire, entame
jeudi une tournée
en vue de la
présidentielle 2018.
Mais il risque
l’inéligibilité après
sa condamnation en
première instance
pour corruption.
Par
CHANTAL RAYES
Correspondante au Brésil
«L
ula là !» Le cri
de guerre de ses
partisans résonne
à nouveau. Revoilà Lula, un
impeachment (celui de sa
successeure et dauphine
Dilma Rousseff, destituée
il y a un an) et une condamnation (la sienne) plus tard.
L’ancien ouvrier, qui présida
le Brésil entre 2003 et 2011,
remet le pied à l’étrier. Dès
jeudi, sa «caravane» prendra
la route pour sillonner le
pays. «Je veux voir l’état actuel du pays, par rapport à ce
qu’il était quand j’ai quitté le
pouvoir», dit-il, en allusion à
la récession sans fin de l’économie du Brésil depuis
trois ans. Luiz Inácio da Silva,
71 ans, entre donc officieusement en campagne pour la
présidentielle de 2018, dont il
est le grand favori malgré sa
condamnation, le 12 juillet,
à neuf ans et demi de prison
pour corruption et blanchiment d’argent.
Extraordinaire
résilience
Survie politique
commune
L’ex-président Luiz Inácio da Silva, au siège du Parti des travailleurs à São Paulo, le 4 août. NELSON ALMEIDA. AFP
Brésil: une condamnation,
et Lula repart en campagne
Reste à savoir s’il pourra se
porter candidat. Si d’ici
le 15 août 2018, la date limite
pour le dépôt des candidatures, la cour d’appel confirme
le verdict de première ins- Le sort du chef historique
tance, le leader de gauche du Parti des travailleurs (PT)
deviendrait en principe est donc entre les mains de la
inéligible et risquerait même justice. Une justice «politila prison. Selon des juristes, sée», selon lui, et qui n’aurait
un pourvoi en cassation res- d’autre but que d’empêcher
terait cependant possible. son retour au pouvoir. Mais
Mais l’ex-syndicaliste est Lula n’est pas le premier
aussi inculpé
venu. Et contre
L'HISTOIRE toute attente, sa
dans cinq autres
affaires, liées ou
condamnation
DU JOUR
non à l’opération
a confirmé son
Lava Jato («lavage express»), extraordinaire résilience pola tentaculaire enquête anti- litique. Selon un récent soncorruption qui déstabilise la dage, Lula jouirait désormais
vie politique brésilienne de- de 42 % des intentions de
puis trois ans.
vote, soit 2 points de plus en
un mois, creusant encore le
considérable écart qui le sépare de ses adversaires. Audelà du souvenir des années
fastes de sa présidence, cette
popularité est le signe d’un
essoufflement du sentiment
«antipolitique» qui s’est emparé des Brésiliens face à la
crise, analyse l’universitaire
Pablo Ortellado sur les réseaux sociaux. Elle semble en
Lula jouirait désormais
de 42% des intentions de vote,
soit 2 points de plus en un mois,
creusant encore le considérable
écart qui le sépare
de ses adversaires.
tout cas être inversement
proportionnelle à celle de
l’actuel chef de l’Etat, Michel
Temer, le plus impopulaire
président en trente ans. D’où
ce sentiment que le maintien
au pouvoir d’un Temer exsangue –pris la main dans le
sac par Lava Jato et, de surcroît, victime du rejet de ses
réformes économiques «néolibérales» –, arrange le Parti
des travailleurs.
Lui-même discrédité par la
récession, imputée aux politiques de Dilma Rousseff,
comme par son adaptation
«Pour le PT, une telle offensive eut été une façon de reprendre du poil de la bête»,
écrit Helena Chagas, sur le
site Os Divergentes. Ex-cheffe
de la communication de
Rousseff, elle évoque une
«indicible alliance» entre
Lula et Temer, au nom de
leur survie politique commune. Et cela, poursuit en
substance cette observatrice
bien informée, par le biais
d’un dispositif légal qui permettrait aux ex-chefs de
l’Etat d’être jugés non plus
par la justice de droit commun, mais par une Cour suprême débordée, procrastinatrice et donc, de facto,
synonyme d’impunité…
Malgré son impopularité,
Temer, soutenu par des dizaines de députés mis en
cause comme lui dans Lava
Jato, n’a toujours pas perdu
sa majorité parlementaire. Il
serait tenté de s’en servir
pour faire voter des lois «à
même d’atténuer les effets de
l’enquête sur les accusés»,
écrit encore Chagas. Le sociologue Wagner Iglecias, pour
sa part, pense que «Lula
pourrait être arrêté, ou en
tout cas être banni» de la vie
politique. «L’argument juridique importe peu, écrit-il.
Depuis le début, tout ça est
politique. Lula ne s’en sortira
que si la crise économique
perdure. Et encore, seulement
si la bourgeoisie juge qu’elle ne
parviendra pas à éviter l’explosion sociale d’un peuple affamé, désespéré. Ils appelleront alors Lula pour négocier
une issue.» •
Libération Mercredi 16 Août 2017
u 9
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LIBÉ.FR
En Suède, l’élan blanc attire
les foules Des scientifiques ont
mis en garde mardi contre la
dangerosité des élans après la diffusion d’une vidéo montrant un animal très rare, un
élan blanc, filmé dans le centre-est de la Suède,
dans la région de Värmland, qui a rapidement attiré les curieux. Cette région compte à elle seule
entre 50 et 100 élans blancs. PHOTO REUTERS
Le Royaume-Uni veut
aller plus vite que le Brexit
Le gouvernement britannique veut le beurre et l’argent
du beurre : sortir de l’union
douanière sans en perdre ses
avantages. Mardi, le ministère chargé du Brexit a publié
un document censé clarifier
sa position. Froidement accueilli à Bruxelles. Et pour
cause, il propose de mettre en
place un accord temporaire
qui lui permettrait de continuer à commercer avec les
Vingt-S ept
tout en négociant des
accords avec
d’autres pays.
Immédiatement, la Commission a précisé qu’elle n’aborderait pas cette question
avant d’avoir réglé les priorités: «Plus vite le Royaume-Uni
et l’UE à 27 s’accorderont sur
les citoyens, le solde des comptes et l’Irlande, plus vite nous
pouvons discuter douanes et
relations future», a tweeté le
négociateur en chef de l’UE,
Michel Barnier. Son collègue
Guy Verhofstadt a été plus
direct : «Etre à l’intérieur et
à l’extérieur de l’union douanière et de “frontières invisibles” est une fantaisie.»
Certes, le Royaume-Uni n’a
pas changé d’avis : il veut
quitter ce système qui supprime les droits de douanes
sur les marchandises des
pays membres et fixe un tarif
douanier commun pour les
produits importés des pays
tiers. Ce week-end, le ministre de l’Economie, Philip
Hammond, grande figure du
«soft Brexit», et le ministre
du commerce extérieur, Liam
Fox, défenseur du «hard
Brexit», ont accordé leurs
violons et ont répété dans le
Sunday Telegraph que le
Royaume Uni quitterait
bien l’union
douanière
et le marché
commun en mars 2019. Précisant qu’une période de transition serait nécessaire.
Selon le document, Londres
espère mettre en place une
«union douanière temporaire» après son départ officiel afin de limiter la casse.
«Les approches que nous présentons bénéficieront à l’UE et
au Royaume-Uni, et éviteront
aux entreprises et aux individus des deux côtés de se retrouver au bord de la falaise»,
a expliqué David Davis, le ministre du Brexit, estimant que
cette période de transition
devrait se terminer avant les
élections de 2022.
HÉLAINE LEFRANÇOIS
(à Londres)
CORÉE DU NORD
IRAN
Les autorités de Guam se
sont dites «follement heureuses» mardi que la Corée
du Nord ait apparemment
reculé dans son projet de
tirer des missiles en direction
de ce territoire américain
situé dans le Pacifique.
«Il semble n’y avoir aucune
indication, d’après ce que l’on
sait, sur une attaque de missile dans un avenir proche ou
lointain», a ainsi estimé Ray
Tenorio, lieutenant-gouverneur de cet avant-poste stratégique de l’armée américaine sur la route de l’Asie.
L’Iran a menacé mardi de
quitter très rapidement
l’accord sur le nucléaire si
les Etats-Unis continuent
leur politique de «sanctions
et coercition». Conclu en 2015
entre Téhéran et les grandes
puissances, l’accord prévoit
que l’Iran limite son programme nucléaire à des usages civils en échange de la
levée progressive des sanctions internationales. Mais
l’administration Trump, hostile à l’accord, a imposé des
sanctions à l’Iran, non liées
aux activités nucléaires.
VU DE LONDRES
+12 points
Etats-Unis L’Etat poursuivi par
San Francisco et la Californie
La CDU de Merkel est créditée de 37% des intentions de vote, soit 12 points de plus que le SPD
de Schulz (25 %), en vue des élections du 24 septembre, selon un sondage Insa. L’extrême droite
est donnée à 10%, Die Linke et les libéraux à 9%.
La Californie et San Francisco ont décidé de poursuivre l’administration Trump, à l’instar de Chicago. Le ministre de
la Justice de l’Etat s’oppose à ce qu’on «force [s]a police à
mettre en œuvre la politique fédérale de l’immigration». La
Californie, comme certaines villes, a promis de ne pas pourchasser activement les sans-papiers qui ne commettent pas
d’infractions. «[Trump] s’obstine à vouloir diaboliser les immigrés et punir les villes qui préfèrent donner la priorité à
la véritable sûreté publique plutôt que de briser des familles
qui travaillent dur», dénonce le procureur de San Francisco.
LA COMEDIE DE L’ETE !
“Un road-movie drôle et attachant”
LE JOURNAL DU DIMANCHE
“Une comédie sociale
décalée et tendre”
LA CROIX
“Un film bourré de charme
et de poésie”
LE PARISIEN
INDIA
HAIR
JULIE
DEPARDIEU
YOLANDE
MOREAU
CRASH TEST AGLAÉ
UN FILM DE
ÉRIC GRAVEL
ACTUELLEMENT
10 u
FRANCE
Libération Mercredi 16 Août 2017
Par
DIDIER ARNAUD
Envoyé spécial à Verosvres (Saône-et-Loire)
Photos HUGO RIBES. ITEM
L
e bois a-t-il de l’avenir dans le bâtiment? Les acteurs de la filière veulent
croire que oui, même si c’est un acte de
foi. La France a certes construit des charpentes en chêne pendant des siècles mais
aujourd’hui, le bois ne représente plus, selon
les sources, que 3 à 5% du marché de la construction hexagonale. La filière emploie
425000 personnes, ce qui n’est pas énorme.
On est encore loin de la Grande-Bretagne
(15 % du marché), voire de la Scandinavie
(25 % du marché). La France, pays de
Bouygues, est plutôt la patrie du béton. Mais
en 2014, le plan de la «Nouvelle France industrielle» a changé la donne. Son chapitre «Industries du bois» appelait à en finir avec la fatalité consistant à «exporter du bois et
importer des produits finis». Avec un objectif
bien visible: permettre «la construction d’immeubles de grande hauteur». En bois.
Cette construction, nous y voici. Wilfrid Bellecour, architecte, est le concepteur de la tour
Silva, prévue à Bordeaux. Une hauteur
de 50 mètres, 18 étages et 80% de bois. Ce sera
sans doute l’une des plus hautes de France
édifiée avec ce matériau. Il sait bien que «le
marché individuel des particuliers est très
tenté» par l’aspect chalets et cabanes. Mais la
nouveauté, c’est que «même les bétonneurs se
montrent intéressés aujourd’hui». Dans
l’équipe Silva se trouve le groupe Egis, qui fait
partie des gros de l’ingénierie du bâtiment en
France, preuve que ces édifices sont en train
de sortir de l’univers des prototypes. Mais
tout n’est pas gagné. Pour que le phénomène
décolle, il faut, souligne Wilfrid Bellecour,
que la filière soit «poussée, organisée». Industrialisée en somme. A Verosvres (Saône-etLoire), Guillaume Cruzille, directeur du site
Arbonis de Vinci, participe à cette industrialisation. Dans cette usine de 15000 mètres carrés, 75 employés produisent 300 mètres cubes
de «lamellé-collé» par semaine. Ce produit,
qui s’obtient par collage de lamelles de bois,
a des qualités à n’en plus finir: résistance au
feu, qualités thermiques, «grande modularité». Et en plus, précise Guillaume Cruzille,
«quand il est utilisé en structure, il ne nécessite
aucun entretien». Pour ce responsable, le matériau va «bien au-delà du phénomène de
mode». Les mutations du marché ont fait passer le bois du bardage à la charpente puis, désormais, au gros-œuvre. L’usine de Verosvres,
qui fait partie du groupe Vinci, permet à ce roi
du béton de faire bonne figure dans la croissance verte, même si les épicéas utilisés par
le site sont issus principalement du nord
scandinave. Pour le reste, recours au mélèze
ou au Douglas français, bien que le bois du
Nord, selon Guillaume Cruzille, soit plus dur
et plus résistant.
«JEU DE CONSTRUCTION»
Autre pionnier, l’architecte Jean-Paul Viguier
est l’auteur d’Hypérion, un projet de tour en
bois dans le quartier de la gare Saint-Jean,
à Bordeaux. Le nom est celui d’une variété de
séquoia de 120 mètres de hauteur. L’édifice
comprendra 82 logements, une cage d’escaliers et des ascenseurs. Les trois premiers niveaux seront en béton, tout le reste en bois,
de préférence en pin des Landes ou en chêne
et châtaignier du Limousin et du Périgord.
Toutes essences que l’architecte voudrait
«réactiver». Il raconte qu’utiliser le bois, c’est
un peu «monter un immeuble comme un jeu
de construction». Ni bruit ni poussière, et rapidité d’exécution. En outre, la méthode n’est
pas plus chère que le béton. Et ce choix n’est
pas une fantaisie: le bois est utilisé seulement
lorsqu’il est «meilleur que les autres lll
Dans l’usine Arbonis, filiale de Vinci Construction, à Verosvres (Saône-et-Loire).
Le bâtiment
ressort du bois
Face au béton, le pin ou le chêne font leur retour sur
certains projets, y compris de logements en hauteur. Le
matériau, porté par un bilan carbone plus léger, pâtit
d’une filière peu organisée.
ENQUÊTE
Libération Mercredi 16 Août 2017
u 11
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Incendie:
éteindre
les peurs
Face à des normes
de sécurité plus strictes,
le secteur du bois assure
avoir des solutions.
D
Chaque semaine, ce sont 300 mètres cubes de «lamellé-collé» qui sortent de l’atelier.
75 personnes travaillent dans ce bâtiment de 15 000 mètres carrés.
R
LIE
AL
un modèle de céréaliers de la Beauce, remarque Dominique Millereux, délégué général de
l’Union des industriels et constructeurs de
bois. Nous sommes plus sur un modèle artisan,
où il est difficile de prélever.» De plus, même
si le marché de l’édification en bois connaît
un engouement depuis dix ans, il s’est surtout
développé sur le moyen et haut de gamme,
estime-t-il. Le tout-venant est encore dominé
par la brique et le parpaing, que n’importe
quel maçon sait utiliser. «Trouver des charpentiers, c’est plus compliqué», soupire-t-il.
Dans le bois, tout reste à construire. •
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Photo non contractuelle
JURA
NIÈV
RE
lll matériaux de consavoir 1 500 logements en projet,
truction». Pour le cabinet
dont 900 l’an prochain,
de Viguier, ce projet en a
et 200 déjà livrés. La société
déclenché de nombreux
annonce également être sur
autres. On lui demande
«le plus grand campus en
maintenant un hôtel
bois massif à Nanterre»
de 700 places Porte de
(Hauts-de-Seine).
Gentilly (Paris), un bâtiPhilippe Zivkovic pense
Verosvres
ment de logements à Fort
que le matériau répond à
Mâcon
d’Aubervilliers (160 logeune
demande, au moment
AIN
ments), un projet à Bry-suroù aménageurs et élus veuLOI
Marne (Val-de-Marne)… Toulent des écoquartiers. Il prévoit
RHÔNE
RE
10 km
tefois, Viguier explique que les
un développement assez rapide
maîtres d’ouvrage ont souvent envie
et une chute des coûts de construcde bâtir avec le bois, mais qu’il leur faut en- tion. A condition, bien sûr, de résoudre la
suite trouver les opérateurs qui sachent tra- question de l’approvisionnement. Après avoir
vailler la matière, lesquels ne sont pas forcé- créé une industrie et valorisé les savoir-faire,
ment faciles à trouver.
les acteurs de la filière devront obtenir la
bonne forêt. Marcel Chouraqui est directeur
FORÊT ABONDANTE
général d’Adivbois, association qui œuvre
Pour la tour Hypérion, c’est Woodeum qui a pour le développement d’édifices dans ce maassuré l’ingénierie du projet. Les fondateurs, tériau (lire ci-contre). Adivbois entend préPhilippe Zivkovic et Guillaume Poitrinal, ont senter des immeubles «démonstrateurs»
créé cette entreprise dans le but de dévelop- sur 24 territoires de l’Hexagone. Mais, remarper la filière. «Quand on fait un logement en que-t-il avec bon sens, «si la construction se
CLT, [pour cross-laminated timber, des pan- développe, il faudra s’organiser parallèlement
neaux de bois lamellé-croisé, ndlr] son bilan pour produire du bois». Or, si la forêt française
carbone est tellement positif que, lorsqu’il est est abondante, elle est loin de pouvoir réponchauffé au gaz, il faut attendre quarante ans dre a une demande importante de bois de
pour que ce bilan devienne négatif», dit Phi- construction. Très morcelée, fourmillant de
lippe Zivkovic . Il insiste sur la rapidité de petites parcelles appartenant à des millions
construction de ce type de bâtiments, qui de propriétaires, elle n’est pas dans la configupousse d’«un étage par semaine», et note ration idéale pour en sortir une production
le «peu de nuisances durant la construction, de masse. La loi a récemment créé une aide
sans aucun marteau-piqueur». Sans compter pour convaincre les particuliers de se grouper
la légèreté du matériau, qui répond à des en échange d’une exploitation de leurs parsituations compliquées. Woodeum assure celles. Mais «la Scandinavie est organisée sur
epuis l’incendie de la tour Grenfell,
qui a fait 80 morts à Londres
le 14 juin, l’idée de tours en bois devient plus difficile à défendre. Le bois
brûle, vient rappeler l’idée reçue la plus
courante. Ces constructions sont-elles
réellement plus dangereuses ? Joël
Kruppa, membre de la commission sécurité chez Adivbois (Association pour le développement des immeubles à vivre en
bois) et expert auprès de la cour d’appel de
Versailles, souligne que des solutions ont
déjà été mises en œuvre dans ces constructions: parements en bois protégés par
des plaques de plâtre, matériaux intumescents (qui gonflent pour éviter la propagation du feu), installation de systèmes d’arrosage à haute pression qui se déclenchent
sous l’effet de la chaleur. Il évoque également les «mesures constructives» à mettre
en œuvre pour que le feu ne se propage
pas entre le plancher et la cloison. Le but
est «d’atteindre le même niveau de sécurité
qu’avec les constructions en acier».
Suffisant pour rassurer ? L’incendie
de Londres a déjà provoqué une remise à
plat des réglementations françaises, pourtant réputées très sûres. Sur les immeubles
de grande hauteur, elles ont fait leurs
preuves et aucun événement grave n’a été
recensé en France. Mais les experts estiment quand même qu’il faudrait prévoir
un dispositif spécial pour les constructions de 28 à 50 mètres de haut. Péché véniel quand on compare à la situation anglaise, dans laquelle les mesures de
sécurité anti-incendie sont laissées au libre arbitre du propriétaire ou du maître
d’ouvrage. Dans le cas de la tour Grenfell,
ce sont les économies sur la mise en œuvre
de la rénovation à l’extérieur qui sont en
cause. L’incendie s’est propagé dans une
isolation par l’extérieur qui n’avait pas été
compartimentée. S.V.
12 u
FRANCE
Libération Mercredi 16 Août 2017
LIBÉ.FR
Blog Les 400 culs. Etes-
vous sûr(e) de l’aimer ? Faut-il lui
déclarer sa flamme ? Votre
histoire est-elle sérieuse ? Vous en avez assez ?
En amour, il faut souvent prendre une décision.
Le problème, ainsi que la sociologue Eva Illouz
le souligne, c’est qu’à force de peser le pour et
le contre, on prend souvent la mauvaise. PHOTO
JUROW-SHEPHERD PRODUCTION
rection de Canal a fortement
incités à aller voir ailleurs…
En «octobre 2016, la société a
été confrontée à un mouvement de grève initié par une
partie de la rédaction. Ce
mouvement s’est soldé par le
départ volontaire d’un nombre important de journalistes.
Les coûts consécutifs à ces départs ont fait l’objet d’une
provision dans les comptes»,
est-il écrit dans les budgets
annuels d’i-Télé que Libération s’est procurés.
Acrobatiques. Ces contre-
A gauche et en bas : lors de la grève des salariés d’i-Télé, le 4 novembre. A droite : Bolloré, le 25 avril. PHOTOS M. CHAUMEIL ET J.-P. PELISSIER. REUTERS
CNews: après sa reprise en main,
Bolloré paye la facture
Plombée par
la grève
des journalistes
qui protestaient
contre les manières
de l’homme
d’affaires, l’antenne
a, selon nos
informations,
perdu 31,9 millions
d’euros en 2016.
rebaptisée CNews depuis
quelques mois, a perdu
31,9 millions d’euros net
en 2016. C’est beaucoup en
comparaison de l’année précédente, qu’elle avait bouclée
sur un déficit de 11,2 millions.
Soit trois fois moins. Et c’est
énorme au regard du chiffre
d’affaires réalisé : 41,1 millions d’euros. Contactée par
Libération, la direction de
Canal n’a pas répondu.
Par
Inertie. En octobre et no-
JÉRÔME
LEFILLIÂTRE
vembre, les journalistes
d’i-Télé avaient mené une
grève de trente et un jours,
déclenchée par l’arrivée de
l’animateur Jean-Marc Morandini à l’antenne. Outre le
retrait de ce dernier, ils demandaient à l’actionnaire de
référence du groupe Canal,
L
a longue grève qui
a paralysé i-Télé à
l’automne a coûté cher
au groupe Canal +. D’après
nos informations, la chaîne
d’information en continu,
Vincent Bolloré, de s’engager nouvelles fraîches. L’effonsur des garanties d’indépen- drement financier de la
dance pour la rédaction. chaîne est le résultat direct
Ayant peu obtenu malgré la de cette période d’inertie
durée et l’impact médiatique éditoriale.
du conflit, environ 80 sala- En 2016, les revenus d’exploiriés, écœurés, avaient quitté tation de la chaîne ont accusé
la chaîne dans la foulée. Pen- une baisse de 12 %, tombant
dant la grève, et
à 41,1 millions
HISTOIRE d’euros, contre
dans les semaines
qui ont suivi, la
DU JOUR 46,9 l’année précéchaîne, saignée à
dente. En cause,
blanc, avait tourné au ralenti, une chute de 4 millions
diffusant en boucle de vieux d’euros des recettes publicireportages plutôt que des taires : soucieux de leur
Après la grève, l’audience a
plongé: elle naviguait autour de
0,6% à la fin de la saison, contre
plus de 1% un an auparavant. Elle
est désormais devancée par LCI.
image de marque et peu enclins à communiquer sur une
antenne vide de programmes, les annonceurs ont déserté. La redevance payée par
la chaîne Canal+ pour l’utilisation des contenus d’information produite par sa filiale
spécialisée a également diminué de 2 millions d’euros par
rapport à 2015. Forcément,
i-Télé ne produisait quasiment plus de reportages…
Aller voir ailleurs. Mais si
l’entreprise a autant creusé
ses pertes, c’est surtout à
cause d’une provision «pour
risques et charges» de
15,4 millions d’euros qu’elle a
passée dans ses comptes.
Cette somme a servi à payer
les indemnités de départ des
salariés-grévistes que la di-
performances financières
traduisent aussi la fragilité
économique de la chaîne sur
un marché de la TNT gratuite
saturé d’info en continu avec
BFM TV, LCI et Franceinfo.
Après la grève, l’audience
moyenne d’iTélé-CNews a
plongé : à la fin de la saison 2016-2017, elle naviguait
autour de 0,6 %, contre plus
de 1% un an auparavant. L’arrivée de Jean-Pierre Elkabbach début février pour l’interview politique du matin
n’a pas permis de relancer la
machine. Largement distancée par BFM TV, CNews est
désormais devancée en
audience par LCI, la chaîne
d’info de TF1.
Pour colmater les brèches,
Bolloré et son équipe imaginent des solutions acrobatiques. Le rapprochement de la
rédaction composée des survivants d’i-Télé et de celle du
quotidien gratuit CNews Matin (ex-Direct Matin, propriété du groupe) a été enclenché cet été. Pas sûr que
l’alliance permette à l’ensemble de repasser dans le vert :
le gratuit de Bolloré a perdu
100 millions d’euros depuis
sa création en 2007, comme
Libé l’a révélé en mars.
En attendant, les coûts de la
chaîne d’info sont serrés au
maximum. Une seule recrue
a été annoncée sur CNews la
saison prochaine: la journaliste Sonia Mabrouk, qui animera une tranche d’info en
fin d’après-midi. Dans le
même temps, deux figures
s’en vont : Olivier Galzi et
Audrey Pulvar. Et pour faire
des économies, CNews rediffusera de 22 heures à minuit
l’émission d’Yves Calvi l’Info
du vrai, programmée sur Canal + de 19 à 21 heures à la
place du Grand Journal. Morandini, lui, devrait hériter
d’une heure d’antenne en fin
de matinée. •
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DÈS LE 28
DeBonneville-Orlandini
VOTRE
MATINALE INFO !
CHRISTOPHE DELAY
ADELINE FRANÇOIS
14 u
FRANCE
Libération Mercredi 16 Août 2017
LIBÉ.FR
Macron, 100 jours à l’Elysée
Depuis son élection, le Président a à son actif des lois adoptées et quelques ratés si l’on
se réfère à ses promesses. Au JDD, il expliquait en avril ne pas «croire» à la théorie des 100 jours durant lesquelles l’essentiel d’un mandat se jouerait. Mais il affirmait que cette période devait poser «les fondations d’une
action pérenne», déroulant une série de mesures à prendre
d’ici l’été. Tour d’horizon sur Libé.fr. PHOTO AFP
persécution. Il a notamment
indiqué qu’il se sentait suivi»,
a indiqué le magistrat du parquet de Meaux.
Motivations. L’auteur des
Devant la pizzeria visée à Sept-Sorts, en Seine-et-Marne, mardi. PHOTO JULIEN MATTIA. LE PICTORIUM
Pizzeria de Sept-Sorts: le chauffard
voulait aller en prison
L’homme, déjà
condamné pour
conduite en état
d’ivresse, sera
entendu pour
«meurtre aggravé»
après avoir causé la
mort d’une ado.
Par
FRANCK BOUAZIZ
«O
n a entendu un
bruit comme une
explosion» : le
gérant du restaurant le Dragon d’or, situé en face de la
pizzeria Cesena, supervisait
sa salle, pleine lundi soir,
quand le choc a eu lieu. «Les
clients se sont levés immédiatement et les secours sont arrivés très vite», se remémore-
t-il. Il est alors entre 20 heures et 20 h 10. Une BMW de
couleur grise vient de bifurquer de son axe de circulation
pour percuter le restaurant
italien situé en périphérie de
Sept-Sorts, village de Seineet-Marne. Elle commence par
heurter les clients attablés en
terrasse, avant de pénétrer
jusqu’à l’intérieur de l’établissement, tuant une fille de
13 ans et blessant 13 autres
personnes parmi la trentaine
de clients attablés. «Le véhicule n’a pas freiné», a tenu à
préciser le procureur adjoint
de Meaux, Eric de Valroger,
mardi. Celui-ci a exclu toute
motivation
terroriste.
Dix minutes après l’impact,
les clients du restaurant asiatique sont évacués afin de
laisser place aux pompiers et
à leur poste de secours
avancé. Les blessés sont
orientés vers les hôpitaux de
la région et vers un établissement parisien pour le garçon
de 3 ans grièvement blessé, et
frère de l’adolescente tuée.
Stupéfiants. Au total, une
centaine de gendarmes et
deux hélicoptères sont mobilisés auprès des victimes.
Sept d’entre elles restent en
état d’urgence relative et un
pronostic vital est toujours
engagé. Le gérant du Dragon
d’or se souvient également
avoir vu, après l’impact, les
feux de recul de la BMW s’allumer, preuve que la voiture
tentait de rebrousser chemin.
Les clients de son restaurant
ont alors jeté des chaises pour
l’empêcher de repartir, avant
qu’une voiture ne vienne lui
barrer la route. Un récit confirmé par le procureur adjoint
de Meaux, qui précise que ce
sont les gendarmes qui ont
«Le conducteur tient des propos
flous et incohérents dans lesquels
apparaît un délire de persécution.
Il a notamment indiqué qu’il
se sentait suivi»
Eric de Valroger procureur adjoint de Meaux
ensuite extrait le conducteur
de son véhicule. Les enquêteurs travaillent maintenant
sur les motivations de
l’homme. Dès son interpellation, un test d’alcoolémie s’est
révélé négatif, tandis qu’une
analyse d’urine sur la consommation de stupéfiants
était en revanche positive.
L’homme a déclaré aux enquêteurs avoir absorbé une
plaquette d’Antarène et un
tube de paracétamol codéiné
la veille de l’attaque. Ce qui
n’est toutefois pas suffisant
pour se suicider, souligne le
parquet, qui explique
qu’après la thèse du suicide,
l’homme aurait justifié cette
prise de médicaments par
des difficultés à dormir. «Le
conducteur tient des propos
flous et incohérents dans lesquels apparaît un délire de
faits, âgé de 32 ans et originaire de La Ferté-sousJouarre, une bourgade voisine, exerçait le métier de
vigile avant qu’un accident
du travail n’interrompe son
activité, il y a quelques mois.
Son casier judiciaire n’indique qu’une condamnation
en 2010, pour conduite en
état d’ivresse. Une perquisition menée mardi à son
domicile a en revanche
confirmé qu’il consommait
des stupéfiants, et ce «depuis
l’âge de 9 ans», a-t-il avoué
aux gendarmes. Durant son
audition, il est également apparu qu’il n’avait aucun différend avec le gérant de la pizzeria et qu’il ne connaissait
aucun des clients, ce qui
semble exclure la thèse du règlement de comptes.
Son plan initial était même
de se rendre à Paris, selon ses
dires. Ses réelles motivations
vont donc être au cœur de
l’enquête à venir. Pour l’instant, le seul motif avancé par
le mis en cause pour justifier
son acte est la «sécurité» que
lui offrirait la prison. Eric de
Valroger, qui évoquait le soir
des faits un «homicide volontaire et involontaire avec
arme» pour qualifier juridiquement les faits, parle désormais de «meurtre aggravé» pour la jeune fille
décédée qui était mineure et
de «tentative de meurtre»
pour les blessés majeurs. Une
information judiciaire va être
ouverte et l’auteur des faits,
actuellement en garde à vue,
sera présenté à un juge d’instruction et examiné par un
psychiatre.
Les enquêteurs disposeront
des enregistrements des
deux caméras de vidéosurveillance situées de part et
d’autre de la zone industrielle. Devraient s’y ajouter
celles qui équipent les enseignes commerciales, installées à quelques dizaines de
mètres de la pizzeria. Elles
pourraient apporter d’utiles
précisions sur l’itinéraire
emprunté par la BMW avant
qu’elle ne prenne la direction
du restaurant. «L’enquête
s’annonce encore longue,
car beaucoup de questions
sont encore sans réponses»,
conclut le parquet. •
u 15
Libération Mercredi 16 Août 2017
LIBÉ.FR
Un bébé tigre du Bengale a été
baptisé «Gignac» en l’honneur de
l’attaquant français du club de foot des
Tigres de Monterrey, après le vote de 3 000 écoliers,
ont annoncé lundi les autorités de l’Etat mexicain
du Nuevo Leon. André-Pierre Gignac «est très heureux et très fier que les enfants l’aient ainsi distingué»,
a déclaré à l’AFP le directeur du service des parcs et
forêts de cet Etat du nord du Mexique. PHOTO AFP
Essonne: une enquête est ouverte après
la mort d’un motard en garde à vue
après un coma, le 8 juillet. Selon la police, il se serait
pendu avec ses chaussettes.
Problème, Mediapart a eu accès à une photo de son cou,
où seule une trace très fine
apparaît. Une enquête a été
confiée à l’IGPN par le procureur d’Evry, Eric Lallement,
et une information judiciaire
ouverte. Par ailleurs, une
plainte a été déposée par les
proches du motard pour «homicide involontaire», «coups
et blessures ayant entraîné la
mort sans intention de la donner», «altération des preuves», et «non-assistance à
personne en péril».
L’avocat de la famille, Jean
Tamalet, émet deux hypothèses. Dans la première, les
policiers ont laissé entrer Lu-
cas M. dans la cellule avec ses
lacets de chaussures, et il se
serait pendu avec. Or depuis 1963, les lacets sont justement interdits aux gardés à
vue. «Dans ce cas, ils ont commis une erreur et tenté de maquiller la scène», dit-il à Mediapart. Seconde hypothèse:
il s’agirait d’un acte de contention ou de coercition policier qui aurait mal tourné, à
l’issue duquel Lucas M. aurait
fini étranglé avec son polo.
Un scénario écarté par le procureur, qui rappelle que
l’autopsie a montré qu’il
s’agissait d’une mort par pendaison. Comment s’est-elle
produite ? Problème : ce
3 juillet, les caméras du commissariat étaient en panne.
ANTOINE PIEL
YVAN
BOURGNON
Skipper
AFP
Que s’est-il passé lors de la
garde à vue de Lucas M., motard arrêté pour excès de vitesse et délit de fuite, début
juillet en Essonne, avant de
décéder cinq jours plus tard à
l’hôpital? La question hante
la famille du jeune homme,
qui réfute la thèse officielle.
Il est un peu plus de 22 heures, ce 3 juillet, lorsque les
policiers arrivent au domicile
de Lucas M. à Etampes pour
informer sa compagne, Séverine, d’une tentative de suicide. L’homme l’avait appelée
quelques heures plus tôt du
commissariat pour la prévenir de son arrestation et lui
dire d’aller chercher leur fille
à l’école. Transporté à l’hôpital de Corbeil-Essonnes dans
un état critique, il y meurt,
«Des cailloux
démoniaques,
une lumière
de malade, des
couchers de soleil
rasant. C’est fou.»
Paparazzi: Macron marri
franceculture.fr/
@Franceculture
L’été,
le monde
continue
de tourner.
La villa préfectorale, à Marseille, lundi. B. LANGLOIS. AFP
pris ses quartiers, selon
la Provence. Connu pour ses
splendides villas et desservi
par plusieurs petites rues réglementées, l’accès à ce quartier est gardé en permanence
par des vigiles privés. Plusieurs camions de police stationnent également sur l’avenue bordant le parc.
Macron en vacances à Marseille? «C’est un bon coup politique, a salué lundi Bernard
Tapie dans le Parisien. Il y a
un million d’habitants. Les
gens sont vachement fiers qu’il
soit ici, et ce quelle que soit
leur couleur politique.»
Qu’un chef de l’Etat, luimême protégé durant son
mandat par son immunité
présidentielle, porte plainte
n’est pas fréquent. C’est une
première pour Emmanuel
Macron. Si l’actrice Julie
Gayet avait attaqué en justice
le magazine Voici, qui avait
publié en 2014 des photos
d’elle et du chef de l’Etat
dans l’enceinte de l’Elysée,
François Hollande, lui,
n’a pas intenté d’action en
justice.
Son prédécesseur, Nicolas
Sarkozy, avait porté plainte à
plusieurs reprises. Contre la
compagnie aérienne Ryanair
pour avoir utilisé son image
dans une publicité. Contre
le Nouvel Obs pour avoir affirmé que le président avait
envoyé un SMS à son exfemme Cécilia lui proposant
d’annuler son mariage avec
Carla. Et enfin contre Yves
Bertrand, l’ex-patron des RG,
après la publication d’extraits
de ses carnets secrets.
>Retrouvez
chaque jour à 8h15
un journaliste de
Libération sur la
Une du cahier été
LES
MATINS
D’ÉTÉ
7H -9H
DU LUNDI
AU VENDREDI
Lucas
Menget
© Radio France/Ch. Abramowitz
Emmanuel Macron, actuellement en vacances dans la résidence d’Etat du préfet de
Marseille, a porté plainte contre un photographe qui se serait montré pressant, a indiqué mardi l’Elysée. «De temps
en temps, [le Président] sort
[…] et ce photographe journaliste l’a suivi à plusieurs reprises à moto. La sécurité lui a
demandé à plusieurs reprises
de ne pas le faire, il a continué,
parfois à ses risques et périls»,
a expliqué le service de communication de l’Elysée.
Lequel a ajouté, confirmant
une information du magazine VSD: «Dimanche, il s’est
introduit sur la propriété privée, ce qui a conduit à un dépôt de plainte» pour «harcèlement et tentative d’atteinte à
la vie privée». La plainte a été
déposée «au nom du Président», souligne-t-on.
D’après VSD, le photographe
a été retenu environ six heures en garde à vue dimanche
dans un commissariat de
Marseille. Selon une source
policière, il se trouvait à l’entrée du parc Talabot lors de
son interpellation et a été relâché à l’issue des vérifications d’usage. C’est au sein de
ce parc de plusieurs hectares
que se trouve la somptueuse
villa préfectorale avec piscine
où le couple présidentiel a
Doigts gelés, eau glacée,
absence de civilisation et risque de chavirage élevé: Yvan
Bourgnon s’aventure depuis
un mois dans l’Arctique pour
devenir le premier marin à se
frayer un chemin dans le passage du Nord-Ouest. Seul sur
son petit bateau dépourvu de
cabine de protection, le navigateur projette de rallier en
45 jours le Groënland depuis
l’Alaska par ce passage du
Nord-Ouest. Une voie encombrée par les glaces et jamais
empruntée par un solitaire.
«Le silence est impressionnant, une baleine tu l’entends
souffler à 1 kilomètre», raconte le marin suisse parti de
Nome (Alaska) le 13 juillet. S’il
a pu partir à la découverte
du passage, c’est à cause de
la fonte des glaces, conséquence du réchauffement
climatique sur lequel il veut
interpeller, tout comme sur la
pollution des plastiques.
En
partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
16 u
Libération Mercredi 16 Août 2017
L’ISS et la banalisation du lointain
Par MICHEL LUSSAULT Géographe
En haut, la photo Earthrise, prise le 24 décembre 1968 par Bill Anders lors de la mission Apollo 8, a changé notre vision du monde. PHOTO NASA. SPL. COSMOS
Ci contre-, un cliché du delta Saloum(Sénégal) pris le 4 février par Thomas Pesquet. PESQUET. ESA. NASA. SIPA
Libération Mercredi 16 Août 2017
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
IDÉES/
Pendant six mois,
Thomas Pesquet
fut un quasi-touriste
de l’extrême, publiant
chaque jour sur
les réseaux sociaux
des clichés de la Terre
vue de l’au-delà
du ciel, depuis la
Station spatiale.
Une domestication
de l’extra-ordinaire.
E
n sept mois de présence
continue dans l’espace,
du 17 novembre 2016
au 2 juin 2017, Thomas Pesquet est
devenu un personnage médiatique.
Et ce, grâce à son travail de reportage en direct de sa vie d’astronaute,
à sa couverture photographique de
la moindre zone terrestre survolée
et à la publication incessante sur les
réseaux sociaux de clichés de la
Terre vue de l’au-delà du ciel. Manifestant un enthousiasme de tous les
instants, il multiplia les occasions de
faire parler de sa mission spatiale.
Il organisa des sessions d’échange
en direct avec des bipèdes restés sur
le plancher des vaches, assura des
séances pédagogiques avec des élèves. Il réalisa également la première
couverture street view d’un espace
extraterrestre, celui de la Station
spatiale internationale (ISS), composée de quinze modules associés, en
orbite à plus de 300km du sol: on
peut désormais parcourir l’ISS sur
Internet, montrée comme un domicile tout à la fois lourdement technique, léger, fragile et, surtout, comme
un hyper-lieu humain pionnier, vers
qui convergent tous les regards; un
logis totalement clos, isolé, climatisé
et multiconnecté, à l’empan dilaté à
l’échelle de la planète tout entière. Il
compense, par l’intensité de
l’attention qu’on y porte, la fragilité
de sa condition et la modestie de son
occupation. Bref, Thomas Pesquet
fut notre voisin, voyageur lointain le
plus proche qu’on ait jamais connu,
et la station orbitale notre résidence
touristique la plus exotique et pourtant familière qui soit.
Bulles hyperconnectées
Les multiples images et activités de
Thomas Pesquet prouvent que notre monde déborde son lieu
terrestre: les sociétés humaines ont
su envoyer de petites sphères
sociotechniques (les satellites, les
capsules, les sondes, les stations orbitales, les navettes) pour observer,
puis habiter, la planète de l’extérieur.
La Terre ne contient plus parfaitement l’intégralité du monde, qui
l’excède peu à peu, l’entoure en installant au sein du cosmos une multitude d’objets spatiaux, en nombre
bien plus important qu’on peut le
croire. Ainsi, il existerait aujourd’hui
environ 1500 satellites actifs en orbite (sur un total de 5500 lancés depuis 1957 et le premier Spoutnik)
indispensables au fonctionnement
du monde dont ils procèdent, puisqu’ils assurent notamment la permanence et la puissance des couvertures communicationnelles et des
systèmes comme le GPS.
Thomas Pesquet nous a permis de
mieux nous approprier les principes
de cette spatialisation, sous la
forme de bulles distantes et hyperconnectées, d’occupation plus ou
moins permanente –où le robot se
substitue souvent à l’homme – reliées par des flux d’informations indispensables à la survie de l’ensemble. A y songer, ce genre spatial
périterrestre ne serait-il pas moins
marginal que prototypique ? Ne
constituerait-il pas un ensemble de
formes dont on s’inspire en permanence pour organiser les espaces de
vie du monde contemporain ? Du
coup, comme le montrent d’ailleurs
les romans, les films et les séries de
science-fiction, les espaces du cosmos proposeraient des perspectives: ce qui nous oriente «ici-bas» et
vers quoi nous allons.
Les images de la surface terrestre de
Thomas Pesquet sont aussi à relier
à toute l’iconographie de notre planète vue de l’espace. En la matière,
il y eut un avant et un après la publication de deux images. La première
fut prise par un astronaute américain, William Anders, lors de la mission Apollo 8, le 24 décembre 1968.
L’équipage du vaisseau a instinctivement senti que le spectacle qu’il
contemplait, fasciné, devait être
fixé, immortalisé: celui d’un «lever
de Terre» exceptionnel, où un demiglobe illuminé s’élève au-dessus du
premier plan formé par la Lune
–autour de laquelle tournait la capsule spatiale. Ainsi naquit Earthrise,
image dont le succès allait être immédiat et durable. La seconde, intitulée Blue Marble, plus célèbre encore, fut prise par Ronald E. Evans,
lors de la mission Apollo 17, le 7 décembre 1972, à 45000 kilomètres de
la Terre. Cette image, la première en
couleur à saisir si parfaitement
la rotondité de la planète, sera aussi
la dernière prise par un humain,
puisque Apollo 17 fut l’ultime mission lunaire habitée à ce jour, et
donc son équipage le dernier à pouvoir saisir le globe dans son entièreté, de cette manière.
Ces deux clichés marquent pour
l’humanité l’avènement du monde:
l’affirmation irréversible d’un nouvel espace social d’échelle planétaire. L’un comme l’autre ont été
pris par des astronautes propulsés
hors de l’orbite terrestre, dans une
position d’extériorité qui permettait
de contempler à distance la Terre
dont ils se détachaient, s’arrachaient. Cette situation paradoxale
de prise de vue –un humain centrifugé, voguant vers la Lune, qui
trouve dans cette expulsion la condition même de la seule vraie appréhension de cette sphère vitale–
fonde la puissance des deux images,
portraits réalistes, poétiques, symboliques de ce que l’on nomme en
anglais The Home Planet.
Monde mosaïque
Thomas Pesquet a réactualisé la
puissance de fascination de cette
position, mais dans un contexte différent, celui où l’aventurier est aussi
devenu un quasi-touriste de l’extrême: un voyageur décontracté et
rieur qui publie chaque jour les
meilleures photographies de son périple. Alors que Earthrise et Blue
Marble nous décentraient et marquaient la découverte de notre fragilité, Pesquet domestique le séjour
dans l’espace, en fait une expérience
presque ordinaire, partageable en
temps réel sur les réseaux sociaux.
Là où les deux icônes des années 60-70 nous montraient l’extra-
u 17
LES HYPER-LIEUX EN APPLI
Retrouvez sur Libé.fr tous les épisodes de cette série qui
se conclue aujourd’hui. Times Square, Ipanema, Istanbul…
loin de s’uniformiser, les villes de la mondialisation se
démarquent les unes des autres pour des raisons
politiques, touristiques, culturelles ou historiques.
ordinaire, l’activisme de notre ami
aventurier banalise l’étonnement,
jusqu’à lasser certains spectateurs.
Les images prises par Pesquet montrent moins le globe dans son unicité, son intégrité d’objet spatial, que
la variété de ses géographies: l’hyperhabitant logé dans l’ISS nous
donne à voir un monde mosaïque
caractérisé par la diversité de ses
configurations, que toutes ses photographies documentent en composant un catalogue procédant d’une
tentative d’épuisement d’un espace
singulier. Là où Earthrise et Blue
Marble homogénéisaient le monde,
en intégrant tout ce qui le compose
dans l’orbe de la sphère qui nous
contient tous, les clichés de Thomas
HYPER-LIEUX,
LES NOUVELLES
GÉOGRAPHIES
DE LA
MONDIALISATION
de MICHEL
LUSSAULT
Seuil, 2017.
L'ŒIL DE WILLEM
Pesquet confèrent de l’importance
à la différentiation locale du global.
Il nous offre des visuels qui prouvent que l’on peut toujours, même
de la très haute altitude de l’hyperlieu du dehors, reconnaître la spécificité des contrées, la configuration
particulière des paysages, la singularité des villes. Il oppose ainsi
à l’idée de l’homogénéisation du
monde la preuve par la photographie qu’aucun espace ne ressemble
à s’y méprendre à un autre. Il met
d’ailleurs un point d’honneur à toujours identifier ses clichés, à souligner l’originalité géographique de ce
qu’ils représentent et, lorsqu’il lui
arrive de se tromper dans cette identification, il s’excuse comme s’il
avait commis la faute la plus grave
qui soit : confondre deux espaces,
c’est-à-dire ne pas distinguer ce qui
devait absolument l’être. Avec Thomas Pesquet, jamais la tension entre
le «tout» (le globe entièrement humanisé) et ses parties (les lieux singuliers) n’avait été aussi clairement
mise en scène. •
18 u
Libération Mercredi 16 Août 2017
Paula Beer (Marie),
Christian Petzold et
Franz Rogowski
(Georg) en juin à
Marseille, lors
du tournage.
Par
GUILLAUME TION
Envoyé spécial à Marseille
«M
ais où est Nina Hoss ?» On a
beau la chercher sur le plateau,
dans la rue, plus loin vers les
cantines, on ne la voit pas. L’actrice allemande, inséparable du metteur en scène
Christian Petzold avec lequel elle a tourné
cinq longs métrages, ne figure pas au casting
de son dernier film, Transit, dont le tournage
se déroulait en juin dans les rues de Marseille.
A la lecture des feuilles de route, il faut se rendre à l’évidence : Nina s’est séparée de la caméra de Christian au dernier plan de Phoenix,
en 2014, dans l’Allemagne de l’après-Seconde
Guerre mondiale. Et, aujourd’hui, Petzold
s’enfonce sans sa muse dans cette saga de réfugiés hantant les rues de la ville méditerranéenne en 1940.
Ce trente-troisième jour de tournage, le décor
est un restaurant à l’intérieur art déco négligé. Niché dans un quartier populaire à
deux pas de la gare Saint-Charles, le Longchamp Palace reconfiguré en pizzeria du
mont Ventoux aligne au mur des croûtes,
dont une gravure de jonque entrant dans ce
qui ressemble au Vieux-Port; au sol du vieux
carrelage, du parquet à chevrons; et à l’arrière
une charmante courette où sous 35°C transpire l’équipe de prod française au milieu d’un
fourbi de trépieds et de gélatines. Dans le restau s’agite l’équipe allemande : le fils comédien de feu le chancelier Willy Brandt fait des
blagues derrière le comptoir, le preneur de
son a un casque et un long fil de jack tatoués
sur l’épaule et le torse (la blague d’une vie), et
l’assistante du metteur en scène, bilingue, fait
l’interface entre les deux mondes. Le mot
d’ordre est à la célérité et à l’efficacité.
L’équipe est en retard sur le planning, comme
tous les jours. Elle parviendra à finir en
avance, comme tous les jours.
INCURSIONS
Christian Petzold, l’un des tenants du «nouveau cinéma allemand» aujourd’hui quasi
vingtenaire, a une façon de travailler élastique. Il s’enferme en début de journée dans le
décor avec ses comédiens et la première assistante. Personne d’autre n’est convié, ni script,
ni costumière, ni représentant de la prod. Le
chef opérateur fait des incursions quand on
le lui demande. De l’extérieur, pendant des
heures, il ne se passe donc rien. L’équipe en
profite pour déjeuner, et ce qui se bricole à
l’intérieur attise les curiosités: réécriture du
scénario ? Sieste ? Orgies ?
Christian Petzold, le cheveu brun, l’œil bleu
rieur, la cinquantaine tout en vivacité, explique: «Je cherche surtout à créer un lien de fiction avec les acteurs. Sans caméra. Comme au
théâtre, mais sans quatrième mur et sans public. Les comédiens évoluent dans le décor, et
nous cherchons ensemble une narration.»
Paula Beer, qui joue le rôle de Marie, surenchérit : «Nous parlons beaucoup, du sens
de la scène, des intentions des comédiens.
Christian recontextualise tout, la séquence,
le personnage, les sentiments que sont censés
éprouver les spectateurs. Nous l’écoutons
et lui proposons aussi des idées.» lll
A Marseille, Petzold
songe dans le décor
En juin, le réalisateur allemand de «Barbara» et «Phœnix»
tournait «Transit» dans les Bouches-du-Rhône, autour de la quête
d’identité de personnages fantomatiques et en fuite. Pour «créer
un lien de fiction avec les acteurs», il a privilégié le huis clos avec
ces derniers sur les plateaux, adaptant le scénario au fil des jours.
Libération Mercredi 16 Août 2017
u 19
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CINÉMA/
Dans Transit, des réfugiés fuyant les Allemands se retrouvent à Marseille. Petzold a
transposé le roman de 1944 d’Anna Seghers à notre époque. PHOTOS CHRISTIAN SCHULZ
lll
Au bout de cette longue répétition, nale de partis comme le FN en France ou l’AfD
«qui peut ressembler à un séminaire de ci- en Allemagne: «Aujourd’hui, nous avons des
néma, une fois que nous avons trouvé une vagues de migrants qui viennent d’Afrique et
identité scénique propre, je sais
nous agissons comme si nous avicomment je vais filmer», reprend REPORTAGE
ons tout oublié.» De fait, son prole cinéaste. Dès lors, l’équipe repos est lui aussi élastique –sur le
monte dans le décor et le tournage est ultra- papier, on ne sait pas jusqu’où remonter les
rapide. Une ou deux prises, changement de analogies entre la Seconde Guerre mondiale
plan, fin de journée.
et aujourd’hui– et aboutit à des effets miroirs
Quand elle écrit Transit, en 1944, l’Allemande inattendus: par exemple, la cohorte de futurs
Anna Seghers raconte la fuite des pourchas- migrants qui peuplent les rues et les ambassasés du nazisme. Après avoir dévalé la France, des de Transit sont des Européens de familles
se retrouvent à Marseille Juifs et opposants installées cherchant à fuir le régime.
au régime. Ils cherchent à s’embarquer pour
ailleurs, attendent des visas. Petzold n’a pas PULSATION CANICULAIRE
l’intention de reconstituer l’époque de la Le roman d’Anna Seghers permet aussi à
guerre. Il n’aime pas les films historiques. Il Christian Petzold d’évoquer ses deux thèmes
transpose directement l’action du roman à de prédilection: la fuite et les fantômes. Beaunos jours. Dans les rues de Marseille actuelles, coup de ses films sont construits autour d’une
il suit donc un homme, Georg, pourchassé par même situation: le personnage principal, le
une police fascisante. Georg, en transit, va plus souvent une femme, le plus souvent
rencontrer et s’accrocher à une femme, Marie, Nina Hoss, ne se trouve pas dans un environqui elle-même cherche son mari.
nement adéquat, et on ne sait jamais si elle va
«Choisir notre époque pour ce contexte bien ou non pouvoir s’en extraire. Dans Phoenix,
précis est une manière de raconter le passé l’héroïne doit rejoindre Israël mais le refuse;
dans le présent et le présent dans le passé», dé- dans Barbara, elle doit passer à l’Ouest mais
crit le cinéaste, qui, avec ce sujet, a en ligne renonce… Ici, Georg et Marie veulent quitter
de mire les discussions sur l’identité natio- l’Europe. Comment va réagir cette nouvelle
héroïne? «La situation de cette femme a complètement évolué et sa vie n’est pas du tout ce
qu’elle avait imaginé. Marie est perdue. Et
cette femme perdue, qui recherche son mari
dans les rues de Marseille, se cherche avant
tout elle-même», explique Paula Beer au sujet
de son personnage. Une traque à l’identité,
personnelle cette fois.
La comédienne bilingue apprécie les «vibes»
locales. «L’atmosphère est particulière, avec
un vrai décor et cette chaleur que l’on ressent
constamment», explique l’Allemande aux
yeux gris, connue en France pour son rôle
dans Franz de François Ozon. «Les scénarios
ne sont pas écrits sur les plateaux, sourit-elle.
L’ambiance du tournage joue énormément, elle
force à adapter certaines scènes.» Ce qui a été
le cas ce jour-là. Le passage de Marie dans la
pizzeria, à la recherche de son mari, a été simplifié et débarrassé d’une ambiguïté écrite
dans le script. «L’atmosphère du plateau influe
aussi sur la façon dont on créé le personnage.»
Pour incarner l’héroïne de Transit, reflet
d’Anna Seghers, Paula Beer a donc été inspirée par la pulsation marseillaise caniculaire,
mais aussi par la mélancolie des personnages
du livre, et par une certaine… «Nina Hoss: la
première fois que j’ai lu le scénario j’ai pensé
à elle.» Evidemment.
Ce mardi matin, un autre être à la pâleur fantomatique visite le film: Franz Rogowski, le
comédien interprétant Georg. La star montante du cinéma allemand (Happy End), ancien danseur et sosie acceptable de Joaquin
Phoenix, joue le lundi soir au théâtre, à Munich. Une fois la représentation achevée, il
prend l’avion et passe par la Suisse avant de
se retrouver sur Transit avec de maigres heures de sommeil dans les jambes. Ses gestes
lents devant une pizza collent parfaitement
avec la situation inextricable du personnage.
Christian Petzold aime ces personnages fantômes. «Le cinéma raconte deux choses, la solitude et le mouvement», analyse-t-il en tirant
en fin de déjeuner sur sa vapoteuse. Sa filmographie inspirée du film noir est trouée de
rêves, de «flash-back forwardés», comme si
le mélange des songes et de la réalité, du
passé et du présent pouvait seul donner la
clé d’une personnalité –ce que ses héros recherchent tous, y compris dans Transit.
Pourquoi cet attrait des spectres ? «Quand
j’avais 14 ans, mon père s’est retrouvé au chômage. C’était quelqu’un d’expansif, qui parlait fort. Très autoritaire. Après quatre ans
de chômage, il était muet, complètement
brisé. Un fantôme. Les fantômes, personne
n’en a besoin, tout le monde en a peur. Personne ne veut les regarder. Le cinéma et la littérature peuvent faire vivre les fantômes et
leur donner un lieu», raconte-t-il en souriant
comme s’il nous donnait l’adresse de la
bonne boulangerie du quartier. Il dit aussi :
«J’ai imaginé que Phoenix pouvait être le rêve
que faisait l’héroïne juste avant de mourir
dans un camp.» Idée vertigineuse.
ÉQUATIONS DU DEUXIÈME DEGRÉ
Sur le boulevard Longchamp, une femme
tient en laisse deux chiens, des colleys bien
peignés et au bord du malaise, qui lapent
dans des gamelles en inox posées sur le trottoir en face de la régie. Six figurants en tenue
blanche de marin impeccablement repassée
poireautent. L’un d’eux, assis sur les marches
d’un immeuble, résout des équations du
deuxième degré dans un petit carnet. Il relève
la tête: on l’appelle, le tournage reprend. Au
fond du restau, Petzold est assis à une table.
En face de lui, un combo, le scénario, sa vapoteuse, un étui à lunettes, un crayon, tous bien
ordonnés. Matthias Brandt est en claquettes
derrière le bar, Franz Rogowski est devant sa
pizza, Paula Beer passe à la recherche de son
mari. Christian Petzold accompagne la fin de
plan d’un ample mouvement de main,
comme s’il orchestrait sa mise en scène.
«Merci c’est parfait !» dit-il en français.
Mais quelque chose ne colle toujours pas. On
ose: «Où est Nina Hoss?» Petzold sourit: elle
est à New York pour la série Homeland, et prépare à Berlin une pièce adaptée de Retour à
Reims de Didier Eribon, mise en scène par
Ostermeier. Son aura est aussi très présente
dans les Bouches-du-Rhône, sur ce plateau
marseillais. •
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Libération Mercredi 16 Août 2017
CINÉMA/
dans les Rues de Pantin, de Nicolas Leclère)
ses souvenirs des premières heures après l’explosion, l’engagement de sa sœur infirmière
dans un hôpital bondé, et la mort terrible de
celle-ci quelques semaines plus tard suite aux radiations qui continuaient
de faire leur effet dans la
chair des survivants. Bien
que ce moment de tournage apparaisse comme
clairement mis en scène,
le récit de Mme Takeda
semble, lui, relever du document – en tout cas à la
majorité de ceux qui n’y
auront pas reconnu les
traits de Mamako Yoneyama, danseuse et
mime japonaise, autrefois célébrée pour avoir
importé l’art occidental de la pantomime au
pays du butô dans les années 50.
Dans sa quête d’une
fiction théorique
aux couleurs de
l’expérience, le film
cherche le ton modéré
d’un cinéma fantastique
qui serait absolument
dénué d’horreur.
Mélancolie. Le tournage prend fin, et Aki-
Akane Tatsukawa incarne Michiko, l’énigmatique jeune fille que le héros du film va croiser. PHOTO POTEMKINE FILMS
«Lumières d’été»,
Hiroshima à perte de vue
Après divers documentaires,
Jean-Gabriel Périot revient
sur les conséquences au
long cours du bombardement
de la ville japonaise dans
une première fiction limpide.
L
umières d’été est le premier «long métrage de fiction» de Jean-Gabriel Périot,
qui s’est fait connaître avec des films de
montage d’archives, de longueurs diverses,
où il recomposait certains pans de l’histoire
politique du XXe siècle, parmi lesquels The
Devil (2012, sur les Black Panthers dans les
Etats-Unis des années 60) ou Une jeunesse allemande (2015, autour de la Fraction armée
rouge dans l’Allemagne de la décennie suivante). Après un court métrage autour du
Dôme de Genbaku –ce bâtiment resté seul debout après l’explosion de la bombe atomique
américaine, à une centaine de mètres de ses
murs, sur Hiroshima le matin du 6 août 1945,
monument devenu symbole et Mémorial du
bombardement– 200000 Fantômes, réalisé
en 2007 et qui sera projeté en première partie
de ce nouveau film, Périot revient cette fois
dans la ville japonaise par le chemin de la fiction. Cela ne suffit certes pas à définir son
film. Lumières d’été pourrait appartenir au
genre, autrefois musical, du divertimento,
avec ses parties bien définies, la clarté de sa
composition et de son propos, la légèreté de
sa forme avançant vers une chute qui est un
retour au début. Une petite danse? Or, danser
à Hiroshima, c’est forcément valser avec des
morts, donc se laisser mener par leurs mouvements, par leurs souvenirs, leurs pas de côté
dans les marges d’une histoire trop atroce,
trop frontalement criminelle, fautive et démesurée pour être comprise dans son entier
par ceux qui voudront bien l’entendre. C’est
en tout cas ce que nous dit Lumières d’été, qui
prend donc l’histoire par la ruse, et la ruse
principale du cinéma, ce sont les histoires de
fantômes.
Témoignage. 200000 Fantômes était composé de nombreuses photographies du Dôme
à travers le temps, du jour même de l’explosion à sa transformation en mémorial et son
intégration à un paysage urbain reconstruit,
images qui s’accumulaient en couches sur
l’écran, tournant autour du monument
comme pour percer sa verticale énigme. Lumières d’été dit bien que cette première tentative d’épuisement ne pouvait pas suffire, il
congédie à sa façon monument et document.
Le long premier mouvement du film est l’enregistrement d’un témoignage, celui d’une hibakusha (survivante de la bombe), qui raconte à la caméra d’un réalisateur (joué par
Hiroto Ogi, déjà vu et entendu en français
hiro, le réalisateur, bouleversé par cette rencontre, sort dans la rue. Il marche sur la place
de la Paix, lieu de l’impact transformé en parc
mémoriel, où il rencontre une jeune femme,
joliment vêtue à l’ancienne, avec qui la conversation s’engage – et avec qui il passera le
reste de la journée et le reste du film, abandonnant son tournage pour une dérive à travers la ville et ses alentours côtiers. Il mettra
longtemps à comprendre ce que le spectateur
pressent vite, avec de plus en plus de certitude : l’identité de cette jeune femme, dont
notre première intuition fait bifurquer le film
vers ses autres mouvements. Du témoignage
à la promenade, du faux document (grave) à
la vraie fiction (légère), puis de celle-ci à une
sorte de troisième terme où se mélangent les
deux premiers –une échappée– à quoi succéderont l’intensité d’une fête et la mélancolie
d’une fin, allegro ma non troppo.
Lumières d’été a quelque chose de transparent. Et il cherche quelque chose d’éphémère:
dans sa quête d’une fiction théorique qui
aurait en même temps les couleurs de l’expérience (les couleurs de la mer au petit matin),
il ressemble à l’un de ces feux d’artifice tenant
entre les doigts, que l’un des deux autres personnages principaux du film, un enfant
nommé Yuji, aime à allumer les soirs de fête.
Il cherche le ton modéré d’un cinéma fantastique qui serait absolument dénué d’horreur,
une autre manière de penser aux fantômes:
quand Akihiro comprend ce qu’il lui arrive,
le film, nous l’ayant révélé bien plus tôt l’air
de rien, minimise ce choc pour continuer, à
côté de lui, la scène joyeuse où il prend place.
Divertissement où l’important n’est pas d’y
croire, mais d’y prendre plaisir : le temps
d’une pantomime légère qui dit sans doute
quelque chose de notre rapport incrédule à
l’histoire, à ses crimes vécus dans la chair,
oubliés et transformés en monuments ou en
récits qui ne posent aucune borne à la répétition des douleurs.
LUC CHESSEL
LUMIÈRES D’ÉTÉ
de JEAN-GABRIEL PÉRIOT
avec Hiroto Ogi, Akane Tatsukawa… 1 h 23.
Libération Mercredi 16 Août 2017
u 21
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Sergei Loznitsa
reconstitue un
monde peuplé
de personnages
aussi truculents
qu’inquiétants.
PHOTO HAUT
ET COURT DIST.
VITE VU
EGON SCHIELE
de DIETER BERNER (1 h 49).
Malgré les efforts louables de
tous les jeunes et beaux acteurs, ce film centré sur les
rapports d’Egon Schiele avec
les femmes est totalement dénué d’émotion et de sensualité. Noah Saavedra, qui incarne le peintre avec une
certaine grâce, semble constamment empêché par un cinéaste visiblement plus intéressé par les meubles que par
les corps. Tout semble fait ici
pour ne pas choquer le plus
coincé des collégiens (public
apparemment visé par ce didactisme au bromure), qu’un
bout de sein ou de fesse entraperçu concédera cependant à
émoustiller afin de bien lui
montrer combien ces artistes
étaient polissons et combien
coquine était leur bohème. Misère du biopic qui, se penchant
sur un peintre aussi singulier
que Schiele, s’échine à en policer toutes les facettes, à rendre
présentable tout ce qu’il peut
avoir de troublant, à en glacer
le feu. Bref, à le trahir. M.U.
WILSON
de CRAIG JOHNSON (1h35).
L’œuvre de Daniel Clowes,
l’une des figures les plus imposantes de la BD américaine,
a déjà été portée au cinéma
à la faveur de tentatives
insipides (Art Confidential, 2006) ou charmantes
(Ghost World, 2001), jamais
tout à fait probantes. Cela n’a
pas dissuadé Craig Johnson,
auteur d’un film indé remarqué (The Skeleton Twins, inédit en France) de tenter le
coup, en misant sur les mêmes ingrédients que le Ghost
World de Terry Zwigoff :
Clowes en personne cachetonnant au scénario et la réunion
d’une foule de très aimables
character actors souvent plus
accoutumés au petit qu’au
grand écran (Woody Harrelson, Laura Dern, Cheryl Hines…). Qu’ils se montrent tous
très à leur aise dans cette relecture de Wilson, l’itinéraire
accidenté d’un misanthrope
vers la refondation d’une famille, fût-elle passablement
fucked up, ne permet jamais
au film de prêter chair et relief
à des personnages et situations qui demeurent toujours
les spectres poussifs de leurs
doubles de papier. J.G.
«Une femme douce»,
sombre ballet russe
L’Ukrainien Sergei
Loznitsa déroule une
fresque hallucinée et
pesante sur la Russie
et ses vieux démons.
D
ans ses documentaires, Sergei Loznitsa, qu’il filme des
paysans russes ou les touristes visitant Dachau (dans le récent Austerlitz), s’intéresse avant
tout à la façon dont le passé affleure dans le présent. Geste à la
fois mélancolique et politique qui
peut procurer la vertigineuse sensation (souvent renforcée par l’utilisation d’un noir et blanc vaporeux) d’être confronté à des images
d’un autre temps. Un trouble com-
parable nous saisit face à Une
femme douce, troisième long métrage de fiction du cinéaste ukrainien, présenté au dernier Festival
de Cannes (lire Libération du
26 mai) tant il est difficile de définir l’époque à laquelle il se déroule.
Quelques détails confirmant qu’il
est bien contemporain ne font
qu’entretenir cette confusion temporelle dont le but est de montrer
combien la société russe n’est jamais parvenue à se dépêtrer des
violences, injustices et absurdités
de la période soviétique.
Soûlards. «En Russie, l’idée de
progrès telle qu’on la connaît en Europe n’existe pas, les choses sont davantage vécues comme un cycle, une
spirale infinie», affirme Loznitsa.
Et cette spirale d’une histoire qui
ne cesse de bafouiller, de tourner
en boucle malgré d’illusoires changements de régime, il en rend
compte ici à travers la construction
d’un récit qu’il n’est pas abusif de
qualifier de kafkaïen. Une femme
cherche par tous les moyens à rendre visite à son mari incarcéré pour
un crime qu’il n’a pas commis, notamment afin de lui donner un colis qui lui a été renvoyé sans qu’elle
sache pourquoi. Elle est confrontée
à divers interlocuteurs qui ne font
que reporter sa requête pour des
raisons opaques, la maintenant
dans une attente répétitive et absurde. Indéniablement, Loznitsa
ne manque pas de talent pour donner à ce récit le caractère flottant
d’une hallucination et pour reconstituer un monde peuplé de
personnages aussi truculents
qu’inquiétants.
Le problème est qu’en voulant dessiner une Russie condamnée à une
infinie répétition, le film donne
lui-même le sentiment de recycler
de l’ancien. Ces soûlards hurlant,
ces gueules marquées par la vodka,
ces fonctionnaires violents ou
aberrants, ces femmes à foulards,
ces vieillards tannés et barbus, ces
décors glauques, rouillés et suintants, sans oublier les références à
Kafka, Gogol et Dostoïevski, tout
cela laisse un goût de déjà-vu esthétiquement un peu rance.
D’autant plus que le cinéaste, si sobre et rigoureux dans ses documentaires, cherche ici à traduire la
cacophonie du monde par une surcharge d’accessoires et de figurants, ou par des envolées théâtrales au volontarisme épuisant.
Simpliste. Puis le film s’écroule
définitivement sous son propre
poids dans le dernier quart lorsqu’il bascule brusquement dans
l’onirisme. Ce changement de registre très forcé aurait pu ménager
une forme d’ouverture, de suspension. Au contraire, il referme le
film sur une allégorie aussi laide
que simpliste, et particulièrement
insupportable lorsque le cinéaste
filme à la lettre l’idée, exprimée par
lui, selon laquelle la Russie est «un
pays où les gens se font perpétuellement violer».
MARCOS UZAL
UNE FEMME DOUCE
de SERGEI LOZNITSA avec
Vasilina Makovtseva, Marina
Kleshcheva… 2h23.
«Atomic Blonde», mouchard jetable
Adapté d’un roman
graphique, le film d’espion
de David Leitch lance
Charlize Theron dans
une frénésie de pirouettes.
S
ans doute plus proche d’une chatoyante
attraction emplie d’acrobatiques hostilités qu’un grand récit d’espionnage, Atomic Blonde est le premier long métrage de David
Leitch, adapté du roman graphique The Coldest
City d’Antony Johnston et Sam Hart. On y suit
la course contre la montre d’une agente du MI6
dans Berlin (une Charlize Theron extra-coachée) avant et pendant la chute du Mur. L’athlétique espionne est envoyée pour retrouver au
cœur de la RDA un ex-membre de la Stasi qui
détient une liste cruciale d’agents secrets disséminés dans le monde entier. Une intrigue plutôt
routinière (y compris dans ses cliffanghers) colle
aux fesses de l’histoire. Les filtres caméra à foison aux couleurs exubérantes envahissent les
visages, la musique frappe pour porter à bout
Charlize Theron interprète une athlétique
espionne du MI6. PHOTO FOCUS FEATURES LLC
de bras les séquences (Nick Cave, Iggy Pop, David Bowie…), on s’assoit en plein milieu d’un
univers clipeux qui n’est certes pas déplaisant.
Mais comment s’en contenter ?
David Leitch (appuyé d’un bagage d’assistant
réal et surtout de cascadeur pour de nombreuses créations : Matrix, V pour Vendetta ou en-
core X-Men…) recèle d’autres qualités avec lesquelles on aimerait le voir jouer de façon plus
décalée. Notamment ce plan-séquence bidouillé qu’il manie comme un réalisateur-cascadeur, accompagnant une longue lutte entre
Theron et ses nombreux assaillants dans un immeuble. Entre la circulation dans les escaliers,
les passages de portes, l’ascenseur, les volteface, les corps de combattants semblent se mouvoir dans un assaut chorégraphié avec la caméra
et sa promesse d’unité. Dans l’infernale pirouette de coups, l’épuisement et les blessures
qu’accuse l’agente, certes quasi invincible, lui
transmettent un amollissement réaliste. Elle
n’arrive même plus à emboutir une porte. Non
loin, on s’épuise pour et avec elle, en spectateur,
on a subi l’étourdissement de cette séquence
continue et on attend maintenant impatiemment une coupure, un souffle qui nous laisse
aussi une chance de récupérer nos forces.
JÉRÉMY PIETTE
ATOMIC BLONDE
de DAVID LEITCH avec Charlize Theron,
James McAvoy… 1 h 51.
22 u
LES CHAMPIONS INSOLITES (8/8)
Prendre son pied
Nicolas Mercier et Ludovic Lambert Ce duo d’instits
est triple champion du monde de lancer de tongs.
U
Libération Mercredi 16 Août 2017
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ne fois, les triples champions du monde en titre ont
lancé plus loin que 39,56 m, leur record et celui de la
discipline. Le jet de Nicolas Mercier est parti à environ
41 mètres (une estimation), mais Ludovic Lambert, le receveur, a malencontreusement perdu l’équilibre. Le règlement
en trois parties n’a jamais bougé : aucune homologation
quand les deux pieds du «rattrapeur» (dans le jargon) ne sont
pas collés au sol. Frustration. Le duo d’instits, qui s’est offert
le 6 août un triplé, dit que l’esthétisme –il y a un classement
pour les artistes– leur importe désormais moins que le reste,
à savoir la dimension statistique. La longueur, la distance.
Bref, la perf.
Il y a deux ans, il leur arrivait encore de mettre de la fantaisie
en pleine compétition. Des roulades, par exemple, en guise
de touche gourmande. Une vidéo de leur chorégraphie est en
ligne: leurs dos épousent le sol, tel le pyjama moulant sur le
corps moelleux. Ludovic, l’après-midi du record, en 2015, au
micro du Parisien: «On avait pour objectif d’essayer de le battre, ce qui a été fait… Ça a été fait deux fois. On est donc plutôt
satisfaits de la journée.» Sur la technique: «Il suffit de bien se
déplacer, d’être attentif à la trajectoire, et la réception se fait
toute seule.» Lucide, concis, propre.
En plus des récompenses habituelles (équipements, coupes,
médailles), le comité organisateur leur a décerné un trophée
de prestige chacun. Nicolas l’a mis dans une chambre après
l’avoir exposé dans sa salle de classe, Ludovic l’a revendu une
poignée de centimes lors d’un vide-greniers. Les trophées :
des tongs géantes. Ils préviennent: «C’est juste de la déconne
entre potes, hein.»
Déformation professionnelle: subtilement, on avait tenté de
soutirer au duo Lambert-Mercier des infos tordues sur les dessous de la compétition –rixes pieds nus, intimidations, rivalités entre équipes, tricheries, entraînements trop rigoureux.
Que dalle, juste des vannes. Jusque-là, on connaissait le lancer
de sandales à l’horizontale, en indoor: des mamans anonymes
qui trustent des records de précision, sans médiatisation
aucune. De temps en temps, elles se déchaussent pour balancer l’objet plastifié dans le dos d’un enfant fuyant qui, en général, s’étale au sol juste après pour miauler «c’est pas moi». Le
poignet est souple, le coude accompagne la trajectoire, et les
yeux brillent comme des clignotants d’une R9.
On est allé à la rencontre des experts de la version verticale
du jet, totalement indolore, laquelle se pratique à Hourtin,
en Gironde, le temps d’un après-midi d’été dans un coin
appelé l’Ile aux enfants. La notice: une heure d’échauffement
(des essais dans un coin), une tong au bout d’un pied (les tenants du titre sont sur du 43-44), une jambe qui se balance,
un mouvement sec (un expert interrogé par un confrère comparait cela à un swing au golf), un jet à doser avec le vent, un
envol gracieux pour les meilleurs, une aire bien délimitée
(60 mètres de long et de 20 de large) pour l’atterrissage, des
gueuletons avant et après, du fair-play partout. Tellement
Pierre de Coubertin que même les accidents sont sans conséquence : parfois, la sandale ne part pas ou bien elle atterrit
n’importe où. François Bucalo, organisateur et speakeur, préfère évoquer les as: «Une année, un lanceur a fait la roue avant
de lancer… la tong a quitté son pied au moment où il avait la
tête en bas.» Et admettre la vérité, de lui-même: «Je fais la présentation en anglais et en français. Mais on ne va pas se raconter d’histoires… on dit “championnats du monde”, mais la plupart des équipes viennent de la région.»
Parmi les étrangers: des Belges, des Néerlandais et des Britanniques. En 2015, les instits, tous les deux originaires d’Aquitaine, ont gagné avec une tong customisée au cutter, prêtée par
les organisateurs. Comme elle pesait trop lourd, il a fallu improviser et l’alléger manuellement. La loi, toujours et encore: l’objet ne doit pas peser plus de 225 g. François Bucalo, à l’origine
de la codification par écrit, est
parti d’une formule: la charge
d’une claquette taille 46 prise
1983 Naissance
sur un pied au pif (220 g)
des champions.
+ 10% du chiffre qu’indique la
Eté 2015 Premier titre
balance égale tong homolomondial, avec le record
guée. Ludovic consent tout de
en prime (39,56 m.).
même à évoquer une miniEté 2016 Second titre,
pression due à la présence du
avec un lancer
public, quelques centaines de
honorable à 37,23.
personnes: «L’année d’après,
6 août 2017 Troisième
on est revenus avec la même
titre.
tong coupée au cutter. Mais
elle a été jugée trop lourde.
Elle avait pris du poids.» Nicolas, célébré publiquement par
le maire dans la commune où il enseigne: «Il y a un coût. A force
de lancer, la lanière lâche. Donc, tous les ans, il faut investir
dans de nouvelles claquettes: 15 euros.» Sur les conseils de son
directeur, ce dernier a écrit à une célèbre marque de tongs pour
se faire sponsoriser. En vain. Les deux copains ont refusé Cyril
Hanouna –à cause d’un planning ric-rac– qui les voulait sur
le plateau lors de son marathon de trente-cinq heures pour balancer des babouches avec Mokhtar, le colosse du programme.
Nicolas, réagissant à notre suggestion de faire un arrêt maladie:
«L’inspecteur nous aurait vus en direct.»
Les duettistes se sont rencontrés à la fac, en Staps (sciences
et techniques des activités physiques et sportives). Ils se définissent comme écolos. Ne gaspillent pas, consomment local.
Habitent dans deux petites communes de l’arrondissement
de Blaye séparées par une petite route. Ludovic a deux enfants, pas Nicolas.
2003, la genèse. Corinne Navas, impliquée dans la vie associative de la ville, cherche une activité insolite à promouvoir à
Hourtin. L’été, il y a les touristes, par milliers, et les campings.
En regardant ses pieds, elle se dit que faire voler des tongs est
mieux que faire des batailles de bouffe, de surcroît quand on
est responsable d’une antenne locale des Restos du cœur. Dans
la foulée, François Bucalo, un ami investi aussi dans le coin,
gratte un vade-mecum précis pour éviter la grogne en cas de
litige. La presse locale, les rubriques insolites des canards, les
reportages télé de l’été: on se dit que des disciplines olympiques dans lesquelles des sportifs pèsent leur riz au grain bénéficient d’une exposition moins régulière. Il y a une dizaine d’années, même Charlie Hebdo avait fait un dessin. «L’auteur a péri
au moment des attentats», regrette le coorganisateur.
Une fois, un chauffeur de bus a reconnu Nicolas (pas loin de
chez lui), et une autre, un Ch’ti de passage chez les voisins de
Ludovic a viré dingue quand il a su qu’il était champion du
monde –il lance des tatanes dans le Nord. Le duo ne sait plus
trop à quand remonte sa première participation aux championnats du monde. Sept, huit ans peut-être. En chœur, ils déroulent: «On s’était entraînés une fois dans un jardin, on a vu
qu’on pouvait lancer loin.» Et confirment la solitude des sportifs après les honneurs: «L’an passé, quand on est venus s’inscrire au concours, les organisateurs ne nous ont pas de suite
reconnus. Pourtant, on était champions du monde.» Rires. •
Par RAMSÈS KEFI
Photo ANNE LEROY
Libération Mercredi 16 Août 2017
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HORIZONTALEMENT
I. Artistes qui, pour
toucher, touchent touches
II. Proposant cent cœur
III. Qui ne pèchent pas à
la ligne IV. Peine = crime ;
LVxX V. Vous manquez de
jus ? Allez sous le premier
7. ; Telle une peau travaillée
pour avoir un aspect velouté
VI. Vin AOC du Gard ; Ce
qui nous sépare du départ
VII. Vieux poème ; Accueillir
froidement avec le premier V.
VIII. Comme l’emplacement
et la taille de cette grille
depuis deux ans IX. Qui est
dans la section incertain
regard X. Parti ; Parti XI. Elles
ont été assemblées
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V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
Grille n°683
VERTICALEMENT
1. Artiste qui, pour toucher, travaille par touches, en couches 2. Comme le
VIII., seul change le nombre 3. Il écarte des tenailles ; Limite 4. Affréta à
Québec ; Lieu d’attente 5. En France, au-dessus de tout, en Inde, au-dessous
de tous 6. Morceau de pièce ; Nations qui aspirent à la paix 7. Lieu d’apprentissage ; Quand la Russie ne met pas son veto ; Revue à la mode 8. Avant
une date ; Rendit chèvre, entre autres 9. A la mode ; Fais tomber des cordes
Solutions de la grille précédente
Horizontalement I. PAPIER-CUL. II. RUISSELLE. III. ÉTATS. OMS.
IV. LO. HORN. V. EDAM. UÉLÉ. VI. VIDERA. OR. VII. EDO. HIÂT.
VIII. MAPPE. DIE. IX. EXTENSION. X. NIA. AMÈNE. XI. TEIGNEUSE.
Verticalement 1. PRÉLÈVEMENT. 2. AUTODIDAXIE. 3. PIA. ADOPTAI.
4. ISTHME. PÈ. 5. ESSO. RHÉNAN. 6. RE. RUAI. SME. 7. CLONE. ADIEU.
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LE LIBÉ DES
PHOTOGRAPHES
Avec : n Reportage au cœur de la
bataille de Mossoul
n Le plan
climat de Nicolas Hulot
n Pierre
Henry, mort du pionnier de la musique
concrète
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PAGES 14-15
GOODBYE
ENQUÊTE
SUR UN MEURTRE
DE MASSE
BAYROU OUT
PAS DE QUARTIERS
«Libération» a épluché trois ans d’articles de presse
et documenté les cas de 220 femmes tuées dans la plus grande
indifférence par leur compagnon ou leur ex-conjoint.
PAGES 2-7
Malgré les mises en garde, Donald Trump a choisi de
sortir les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat.
PAGES 30-31
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En juin 1974, tout juste nommée ministre de la Santé dans le gouvernement de Jacques Chirac. PHOTO KEYSTONE. GAMMA. GETTY IMAGES
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LE 9 AOÛT AU CINÉMA
Mercredi
16 août 2017
Et aussi
n 2 pages BD
n des photos
n le Citasscope
n les recettes de l’été
n les inavouables…
Succès fous (2/4)
Les intestins enfin
pris au sérieux
GROS
PLAN
SUR LES
FÈCES
ILLUSTRATION «LIBÉRATION» À PARTIR D’UNE PHOTO ALTAYB . GETTY . ISTOCKPHOTO
ÉTÉ
II u
ÉTÉ / SÉRIE
Libération Mercredi 16 Août 2017
Tous
en selles
Succès fous (2/4)
En moins de
cinquante ans,
l’intestin et sa flore
sont passés de sujet
tabou à «deuxième
cerveau» du corps
humain. Devenus
stars de la recherche
médicale comme
des librairies, nos
excréments sont
aujourd’hui à la
mode.
Par
ÉRIC FAVEREAU
«L
es selles ? C’est fascinant, c’est
magnifique. Avec le microscope,
c’est comme si j’étais en hélicoptère et que je survolais un paysage. Et quand elles sont malades, alors on voit
de beaux, de très beaux tableaux avec des images uniques.» Le professeur Jean Gérard Gobert est intarissable. Il a beau être à la retraite,
c’est toute sa carrière qui remonte: il fut l’un
des tout premiers chercheurs-biologistes à
s’intéresser à nos selles et à les regarder
comme un miroir de nos corps et modes de
vie. Et aujourd’hui, il exulte.
Dans les années 70, on commençait tout juste
à s’intéresser à nos excréments. Le professeur
Gobert, lui, les prenait déjà très au sérieux. Il
analysait leur texture. Mettait au point des
boîtes pour les transporter. Concevait des fécalogrammes pour analyser leur composition. Imaginait des traitements. On parlait
alors de «flore intestinale», mais le professeur
Gobert était bien seul et cette spécialité médicale restait marginale.
Montre-moi ton microbiote…
Trente ans plus tard, c’est le monde à l’envers.
L’intestin est partout. Il triomphe, aussi bien
dans les librairies que comme objet de recherche médicale. L’intestin, c’est l’Allemande
Giulia Enders, interne en médecine de 25 ans,
qui totalise plus d’un million d’exemplaires
vendus avec le Charme discret de l’intestin.
Ce sont des budgets énormes investis pour
observer les 100 000 milliards de bactéries
qui peuplent cette partie de notre tube digestif. Signe de ce bouleversement, un nouveau
mot a balayé l’ancien : si l’on veut paraître à
la page, il faut parler de «microbiote» et non
plus de flore intestinale. Montre-moi ton microbiote, je te dirai qui tu es…
L’intestin est donc sorti de l’ombre. Le voilà
ausculté, admiré, regardé comme un organe
précieux, avec ses millions de neurones connectés entre eux qui émettent des signaux
lui permettant de se contracter et de participer à la digestion. A l’intérieur, il y a le microbiote, à savoir l’ensemble des micro-orga-
nismes qui s’y sont installés: bactéries, virus,
parasites, champignons, etc. Le microbiote,
c’est nous en résumé.
Il se constitue dès notre naissance, au contact
de la flore vaginale après un accouchement
par voie basse, ou au contact des micro-organismes de l’environnement pour ceux nés par
césarienne. Notre intestin se remplit, et cette
colonisation bactérienne va se faire progressivement: sous l’influence de nos aliments, de
notre génétique, mais aussi de notre hygiène
ou encore des traitements médicaux reçus et
de notre environnement. «Le rôle de la mère
dans la constitution du microbiote intestinal
est important, insiste Joël Doré, chercheur à
l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). On retrouve des souches d’origine
maternelle chez le nouveau-né, qui proviennent du microbiote intestinal et vaginal de la
mère. Pour simplifier, disons que c’est un bagage, avec des éléments déterminants de ce que
sera le microbiote de l’adulte.»
Transplantation fécale
On connaît aujourd’hui de mieux en mieux
le rôle du microbiote intestinal. On le sait
Libération Mercredi 16 Août 2017
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u III
Coupe transversale
de l’intestin grêle
au microscope.
CNRI. SPL. GETTY IMAGES
peut pas) vous guérir. On devine les applica- «Tandis que nous parcourons le monde en
tions possibles.
deux coups de cuillère à pot, nous passons à
«Cela bouge comme jamais», répète Laurence côté de quantité de choses formidables. Au plus
Zitvogel. Exagère-t-elle? «Laurence Zitvogel profond de nous, en effet, sous le rempart proest certainement l’une des personnalités les tecteur de notre épiderme, on ne chôme pas :
plus marquantes dans le domaine», affirmait on écoule, on pompe, on aspire, on écrase, on
récemment dans le magazine Science et Ave- désagrège, on répare et on réorganise. Toute
nir Jules Hoffmann, prix Nobel de médecine une équipe d’organes sophistiqués s’active
en 2011. Et Laurence Zitvogel ne doute pas joyeusement, tant et si bien qu’en une heure,
de la suite: «On va lancer des essais cliniques. un adulte consomme à peu près autant d’énerLa révolution est vraiment lancée.»
gie qu’une ampoule de 100 watts.»
Mais il n’y a pas que cela. A côté de ces La mode de l’intestin signifierait-elle un
recherches fondamentales, il y a des traite- retour sur soi, une énième manifestation du
ments, eux, bien plus terre à terre: les fameu- narcissisme ambiant? Toujours est-il que ces
ses greffes fécales. Oui, vous avez bien lu, des derniers mois, ce sont une dizaine d’ouvrages
greffes d’excréments. Au regard de plusieurs sur l’intestin ou le microbiote qui sont parus.
pathologies, des études ont montré depuis Aux titres sans appel. Les Bactéries, des amies
plusieurs années l’efficacité quasi miracu- qui vous veulent du bien. Ou: Le bonheur est
leuse de cette «greffe», que l’on appelle plus dans l’intestin. Ou encore, l’Intestin, c’est la
sérieusement «transplantation de microbiote vie. Voire Prendre soin de son intestin. Et
fécal» (TMF). La TMF est radicale : on lave même Qu’est-ce que tu as dans le ventre? prél’intestin d’une perfacé par l’incontoursonne malade avant
nable Michel Cymes.
de lui administrer les
Dans un registre plus
selles d’un donneur
grave, on trouve la
sain, par une sonde
Nouvelle Microbiolonasogastrique ou une
gie : des microbiotes
coloscopie. L’objectif
aux CRISPR. Plus aguiest d’apporter directecheur, Ben mon côlon!
ment dans le système
Les dernières découverdigestif du patient des
tes sur le microbiote et
bactéries (et autres
l’intestin. Sans oublier
micro-organismes)
Ma Bible du ventre…
saines, pour reconstiRarement un organe
tuer sa «flore intestiaura connu en aussi
nale». En 2013, le New
peu de temps une telle
England Journal of
inflation éditoriale.
Medicine a ainsi fait
Hier, c’était le cœur
état d’une étude cliniqui focalisait l’attenque montrant que la
tion des éditeurs, puis
transplantation fécale
est arrivé le cerveau
était efficace dans
Le professeur Gabriel Perlemuter, avec la panique autour
plus de 90 % des cas chef de service à l’hôpital Antoine de la maladie d’Alzheipour soigner l’infecmer. Et maintenant,
Béclère de Clamart
tion par la bactérie
c’est donc ce tuyau,
Clostridium, qui provoque de graves diar- long de 7 à 8 mètres et lourd de près de 2 kilos.
rhées, des inflammations du système diges- «Savez-vous quel est l’endroit sur Terre où la
tif. Une autre étude, menée en 2015 sur près densité d’êtres vivants est la plus élevée? interde 500 patients, a confirmé ces résultats. De- roge ainsi dans les Bactéries, des amies qui
puis, la recherche ne s’arrête plus : environ vous veulent du bien le professeur Gabriel Per150 essais cliniques sont actuellement menés lemuter, chef de service à l’hôpital Antoine
dans le monde, sur les multiples usages de Béclère près de Paris. Inutile d’aller chercher
la transplantation fécale, selon le Groupe bien loin, la réponse est en nous. Des bactéries
français de transplantation fécale (GFTF). On peuplent notre tube digestif et dans un
ne dira pas, pour autant, que l’avenir est aux gramme de selles, on compte 100 milliards de
greffes fécales, mais leur réussite souligne la bactéries vivantes, c’est-à-dire plus que le
nouvelle place symbolique de l’intestin… et nombre de cellules vivantes du cerveau.»
de ce qui en sort.
Et pour ceux qui en doutent encore, écoutons le très sérieux Michel Neunlist, direcInflation éditoriale
teur de recherches à l’Institut des maladies
Et donc, consécration ultime, cette mode de l’appareil digestif à Nantes : «Les recherde l’intestin a débordé du champ médical. ches récentes ont permis d’établir que notre
La meilleure preuve de cet engouement est ventre est un cerveau, le deuxième cerveau
le Charme discret de l’intestin. En ce mois avec 200 millions de neurones indépendants.
d’août, cela fait plus de cent semaines que le Notre intestin grêle est un concentré d’intellilivre de Giulia Enders figure dans le peloton gence, équivalent à celui d’un petit animal de
des meilleures ventes. Un succès incroyable, compagnie. Une grande partie de nos activiinédit. Cette jeune médecin a su mettre des tés neuronales prennent naissance dans le
mots sur nos histoires de ventre, et surtout, ventre.» En somme, on a peut-être du mal à
elle a su nous convaincre de nous pencher sur le concevoir, mais nos selles aussi… pournotre nombril, d’une écriture enthousiaste: raient bien penser ! •
«Notre ventre
est un cerveau,
le deuxième cerveau
avec 200 millions
de neurones
indépendants.
Notre intestin grêle
est un concentré
d’intelligence,
équivalent à celui
d’un petit animal
de compagnie.»
notamment déterminant dans les fonctions
digestives, métaboliques, immunitaires et
neurologiques. Ce n’est pas sans conséquence: toute modification de la flore intestinale devient une piste pour comprendre
l’origine de certaines maladies, que ce soit
les pathologies auto-immunes ou inflammatoires. «Cette thématique est devenue centrale
pour la recherche biologique et médicale», explique-t-on à l’Inserm (Institut national de la
santé et de la recherche médicale). De fait,
l’intestin aimante de grands chercheurs, telle
la professeure Laurence Zitvogel.
Laurence Zitvogel, c’est une star, «la» star,
toujours aux quatre coins du monde, avec un
agenda impossible à suivre. Impressionnante,
elle avance, sûre d’elle. Son talent réside dans
la place unique qu’elle a su construire, à la
confluence de trois disciplines: l’oncologie,
l’immunothérapie, mais aussi les recherches
sur le microbiote. C’est elle qui, fin 2015, a été
la première au monde à démontrer dans une
publication que «la composition du microbiote
intestinal modulait la réponse immunologique». En clair: selon la composition de votre
microbiote, une chimiothérapie peut (ou ne
IV u
ÉTÉ / PHOTO
Blessures du bush
Océanie (3/5) Tout
l’été, «Libé» décline
le thème du continent
à travers le regard
de 30 photographes.
Ce mercredi, le travail
de l’Australien Michael
Cook sur le rapport
entre la maternité
et l’enfance.
U
ne petite femme, «la mère»,
puisque la série s’intitule
ainsi, campe seule dans le
bush abandonné. Elle est
vêtue à la mode des années 60. Un objet d’enfance (cerceau, landau, vélo,
maison de poupée) lui tient compagnie. La situation est trouble : qui est
cette mère-enfant? Michael Cook, qui
a réalisé cette série en 2016, fait partie
des «générations volées» d’Australie, ces
enfants d’Aborigènes et d’indigènes du
détroit de Torrès enlevés de force à
leurs parents par le gouvernement jusque dans les années 70. Métis de mère
aborigène et de père blanc, Cook a eu
la chance, dans son malheur, de grandir dans une famille adoptive militant
pour la cause des populations autochtones, et il a revu sa mère biologique à
l’âge de 30 ans. Après avoir été un photographe «commercial» (mariages, portraits, mode), ce qui lui permit de se
perfectionner techniquement, il est
devenu un artiste de grand talent exposant partout dans le monde. Ses photographies-tableaux ont pour but de faire
bouger les mentalités. Il dit: «Mes photographies ne sont jamais trop dures car
je veux que le public soit longuement
habité par elles. […] Le cinéma raconte
des histoires, je veux faire de même avec
mes photographies.»
LAURE TROUSSIÈRE
Diaporama sur Libération.fr.
MICHAEL COOK
Né en 1968. Vit au nord
de Brisbane (Australie).
La série «Mother»
est à dévouvrir
jusqu’au 7 janvier dans le
cadre de l’exposition «l’Effet
boomerang» au musée
d’Ethnographie de Genève.
www.michael-cook.net.au.
Libération Mercredi 16 Août 2017
Libération Mercredi 16 Août 2017
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FRAÎCHEURS /
ÉTÉ
u V
C’EST QUOI
LE BONHEUR ?
(8/15)
MERCI DE
L’AVOIR
POSÉE
Tout l’été, ils se relaient
pour nous donner leur
définition. Ce mercredi,
l’apnéiste Pierre Frolla
reprend le flambeau
de Peyo Lizarazu avant
de le transmettre au
réalisateur Jimmy Golaz.
Pourquoi les
Zénith s’appellentils des Zénith ?
«S
ous l’eau, je découvre qui
je suis. L’eau presse mon
corps et me permet d’atteindre l’essence même
de mon être. Plonger en apnée, c’est
devenir eau, devenir homme. Au plus
profond des océans, je suis au plus profond de moi-même. L’apnée, c’est le
partage, la quête profonde de la vérité,
la recherche perpétuelle des sensations les plus pures. Je me laisse aller,
je me laisse happer, je glisse vers l’inconnu, en ayant comme seuls repères
mes sensations. L’apnée est en moi
comme je suis en elle. Elle me guide,
me construit, me consume. Je ferme
les yeux, je retiens ma respiration, je
plonge. Tout devient plus clair, je vis,
je m’élève. Sous l’eau, je sais qui je suis.
Mon corps ne se bat plus, ne cherche
plus sa place. Il épouse les vagues.
Quand la pesanteur me gagne, que
ma quête abyssale commence,
j’éprouve une joie intense. Le bonheur,
c’est ce sentiment de liberté lorsque je
sens l’élément aquatique prendre
entièrement possession de mon corps.
En apesanteur, je vole sans aucune
contrainte. J’entends au loin le bruit
des galets qui roulent au fond de
l’océan. Je suis à la fois marionnettiste
et pantin. Le bonheur, c’est cette
plénitude qui m’étreint lorsque, les
yeux fermés, j’ouvre les bras et que
le vent enveloppe mon corps et me
chamboule. Je l’expérimente à chaque
rencontre avec les géants des océans ; à
travers le regard inquisiteur du grand
requin blanc, la vibration du chant des
baleines à bosses qui accélère les battements de mon cœur, le cliquetis des
codas qu’émettent les cachalots et qui
résonnent dans ma nuque. Je
l’éprouve lorsqu’une odeur me rappelle un souvenir de mon enfance ; les
embruns qui jaillissent à mes narines
quand les vagues viennent frapper et
mourir sur les falaises ; et cette odeur
unique, addictive, du caoutchouc
laissé en plein soleil. Il y a aussi le
bonheur partagé, puisé dans l’individuel et offert au collectif. Finalement,
le bonheur est un éveil et un rappel des
sens. Mon choix, pour continuer
la chaîne, se porte sur Jimmy Golaz.
Il sait cultiver le bonheur, le reconnaître et s’en nourrir.»
ÉTOILES DE L’EST
nir une pâte molette. Farinez le
dessus du levain et déposez-le
dans un endroit tiède pour qu’il
double de volume. Versez le reste
de farine dans un saladier, creusez le milieu, ajoutez le sel, le sucre, l’œuf et le restant de lait
on d’un gars du haut, un tiède. Mélangez rapidement et
été sans saucisse de soigneusement. Pétrissez vigouMorteau, c’est comme reusement en plaquant la pâte
une cuite à l’eau: impos- contre la paroi du saladier durant
sible. C’est comme la mirabelle, il huit minutes. Incorporez ensuite
faut qu’on grimpe sur l’arbre pour le beurre préalablement malaxé.
bâfrer ses fruits d’or en contem- Continuez à travailler la pâte jusplant la ligne bleue des Vosges. qu’à ce qu’elle se détache de la
Car la Morteau et la mirabelle sont main, puis mélangez pâte et lepour nous les deux mamelles de vain et laissez lever pendant une
la cuisine de l’Est. Cette
heure ou une nuit au réfriannée, le printemps avait I FEEL gérateur, elle sera d’autant
bien commencé pour la FOOD
plus facile à étaler le lendemirabelle de Lorraine.
main. Etalez la pâte dans
Une magnifique floraison annon- un moule à tarte. Dénoyautez les
çait une très belle cueillette. Mais mirabelles. Coupez-les en quarts
fin avril, les fortes gelées tardives et disposez-les harmonieusement
ont mis à mal les arbres en fleurs. sur le fond. Saupoudrez de 100 g
Au début de l’été, après trois se- de sucre. Cuisez à four chaud. Démaines de comptage dans les ver- moulez sur une grille après la
gers, les 250 producteurs lorrains cuisson. Saupoudrez de sucre
estimaient la cueillette 2017 à glace et de cannelle en poudre.
4000 tonnes environ pour la mi- Vous pouvez également tenter ce
août. Nous, en tout cas, on a déjà «crumble aux mirabelles de Lorpréparé notre recette de tarte aux raine». Il vous faut 50 g de sucre
mirabelles tirée d’un précieux li- en poudre; 50 g de beurre; 50 g de
vre de chevet (1).
farine; 50 g de poudre d’amandes.
Mettez le sucre, la poudre
Les recettes. Pour la pâte levée, d’amandes et la farine dans une
il vous faut 250 g de farine; 5 g de jatte. Mélangez l’ensemble, puis
sel; 40 g de sucre; 10 g de levure; ajoutez le beurre divisé en petites
un œuf entier ; 75 g de beurre ; noisettes. Malaxez rapidement du
10 cl de lait tiède. Délayez dans un bout des doigts en petites bouletbol la levure avec 5 cl de lait ; in- tes. Lavez et séchez les mirabelcorporez 50 g de farine pour obte- les. Coupez-les en deux et retirez
Points cardinaux (3/5)
Cette semaine, «Libé»
vous donne des idées
venues de tous les
coins du pays.
N
les noyaux. Répartissez les mirabelles dans 4 petits plats à four individuels. Parsemez le dessus de
boulettes de pâte. Glissez les plats
dans le four préchauffé à 210 et
laissez cuire quinze minutes.
Pour une recette estivale de Morteau, voici le «carpaccio de saucisse de Morteau et de melon à
l’huile de macvin» de Jean-Pierre
Razurel, du restaurant L’Epoque
à Morteau (2). Pour quatre personnes, il vous faut une saucisse
de Morteau; 1 melon; 4 tomates;
huile de noisette ; macvin du
Jura ; herbes fraîches et poivre.
Cuisez la saucisse quarante minutes en démarrant à l’eau froide
puis laissez-la refroidir. Coupez le
melon et les tomates en fines
tranches (six par personne). Coupez la saucisse en fines rondelles.
Dressez sur chaque assiette en alternant les tranches de saucisse,
de melon et de tomates. Préparez
l’assaisonnement : mélangez
l’huile de noisette et le macvin,
versez l’ensemble sur le carpaccio, poivrez et garnissez avec
quelques herbes.»
JACKY DURAND
Photo CARMEN MITROTTA
(1) Les Recettes de la table
alsacienne de Joseph Koscher,
Antoine Diss, Francis Hinault et
Charles Euler (éd. Casteilla, 1969).
(2) Cité dans A table avec… la
saucisse de Morteau, de Véronique
Vuillemin-Filipi, Pierre Izibert et
Jean-Claude Barbeaux (éd. Tigibus,
2001).
Pour répondre à cette question, il faut remonter
à mai 1981. Jack Lang
décide d’ouvrir son
ministère de la Culture
aux arts populaires et
sonde les professionnels
du milieu, dont Daniel
Colling, le fondateur du
Printemps de Bourges.
Ce dernier propose notamment de créer des structures pour accueillir un public conquis par la musique
pop-rock mais en manque
de salles de concerts.
Deux mois plus tard,
Daniel Colling a pour
mission d’en créer une
en région parisienne et il
faut lui trouver un nom :
«Pour trouver le bon, j’avais
appris qu’il en fallait un
très différent de notre
activité et que c’était elle
qui donnerait ensuite la
couleur au nom, comme
c’est le cas du frigidaire qui
est une marque au départ.
On a pensé au mot “Zénith”
qui signifie le maximum,
le haut du ciel. C’est planant et ça a un lien indirect avec la musique.»
En janvier 1984, le premier
Zénith est ainsi inauguré
à Paris.
Montpellier, Toulon, Pau,
Dijon… La France en
compte 17 aujourd’hui,
dont le nombre de places
dépend de la population
où il est implanté, hormis
celui de Paris qui est l’un
des plus petits avec
6 800 places. Les Zénith
appartiennent aux pouvoirs publics (celui de Paris
à l’Etat et les autres aux
communes ou aux communautés d’agglomération) et
doivent répondre à un cahier des charges bien précis avec des normes de
construction (hauteur sous
plafond, blocs de loges,
parking, etc.) et un fonctionnement bien particulier : ce sont des équipements au service des
producteurs de spectacles
qui les louent.
CÉCILE BOURGNEUF
ÉTÉ / BD
Libération Mercredi 16 Août 2017
1
2
3
4
Levants de Nicolas Presl
Editions Atrabile
VI u
Libération Mercredi 16 Août 2017
u VII
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
5
6
7
8
ORIENT
EXPRESS
Sans un mot,
le Français Nicolas
Presl met en scène
l’odyssée d’un homme
qui craint de vieillir
sans avoir vu le monde.
Au fil des rencontres
se télescopent
mythes et affaires
sentimentales sur fond
de pays en guerre.
LEVANTS
de NICOLAS PRESL
Editions Atrabile, 330 pp.,
en librairie le 24 octobre.
VIII u
Libération Mercredi 16 Août 2017
CONCOURS
INAVOUABLES
P
ZU !
Z
L
E
Chaque jour de la semaine, les passions et les haines
honteuses de la rédaction de «Libération».
ler voir Plaza au théâtre.
Spoiler : on a eu peur de
croiser une connaissance,
mais on a trouvé ça bien.
Par GURVAN KRISTANADJAJA
Légitime défonce
A droga basta
Découpez chaque jour une pièce du puzzle,
reconstituez le dessin de Sophie Guerrive,
renvoyez-le complet, collé sur papier libre avant
le 9 septembre, à Libération-puzzle,
23 rue de Chateaudun, 75009 Paris,
avec vos coordonnées postales.
A GAGNER L’ORIGINAL DU DESSIN,
10 SÉJOURS (valeur 1 000 €)
ET 45 VOLS ALLER-RETOUR (valeur 350 €).
Règlement complet sur Libération.fr
Illégitime défense
Stéphane Plaza
Derrière son air benêt, il est
la seule réjouissance de notre dimanche. Le rituel est
le même : au pied de notre
canapé, les restes d’un fastfood à peine terminé, les
mains dans le short, on observe les images défiler sur
la télé. Jusqu’à la rediffusion de Recherche appartement ou maison sur M6.
Une émission ou des Français en quête d’un bien à
acheter se font conseiller
par des agents immobiliers
Un jeune homme se colle à
notre oreille pendant un
concert en extérieur et susurre : «Tu cherches pas du
LSD ?» On lui répond que,
puisqu’il est 15 heures,
qu’on est dimanche et
qu’on n’a aucune envie de
voir des éléphants danser
la macarena, on va continuer à siroter notre bière
tranquillement. Lui poursuit comme un vendeur de
valises : «Bon OK. Cocaïne
ou MD non plus ?» Ce que
notre ami dealer ne sait
pas, c’est que depuis ce
space cake avalé, ado, et les
(dont Stéphane Plaza à Paris). Une heure durant laquelle on rit grassement, et
on se projette dans la situation des futurs acquéreurs.
Quand vient le moment du
choix, on se surprend à
beugler : «Mais non, pas celui-là ! Le T3 avec terrasse
était exposé sud-ouest et
avait une belle hauteur
sous plafond. Le con !» Un
jour, alors qu’on cherchait
un appart à Paris, on a hésité à participer à l’émission. Avant de se dire qu’il
était plus raisonnable d’al-
CINÉMOSCOPE
ALLEZ AU P’TIT POINT
«Libé passe en revue le zodiaque.
Mercredi, jour de sortie des films, le
prisme grand écran s’imposait.
Redécouvrez une archive de Willem grâce à ce jeu de
point à point
heures d’hallucinations qui
ont suivi, la drogue, c’est
hors de question. Trop
peur de perdre le contrôle
ou de rester bloqué. On
aime se pavaner en soirée
avec un air détaché : «L’alcool me suffit.» Depuis
quelques mois, à chaque
moment festif, on nous en
propose de toutes les couleurs. Et en plus de ne pas
vouloir les ingérer, il faut
gérer les câlins et baisers
d’amis sous MDMA, les
consommateurs qui passent leur soirée dans la
salle de bains à prendre de
la coke ou même les rails
de kétamine lors d’un repas
d’anniversaire un mercredi
à 22 heures sur une biographie de Kersauzon. Alors
que nous, on n’en est qu’à
notre huitième verre. •
l
174
Bélier. Valérian ? Non merci, même en
vacances, tu tiens à ta dignité. Et tu te
dis que la pistoche qui t’a coûté deux bras fait un
décor parfait pour ton Grand Bleu à toi.
Taureau. «Juliette, jeune fille de
18 ans à la beauté provocante, suscite
le désir des hommes…» : à Saint Trop’, tu rejoues
Et Dieu créa la femme.
Gémeaux. De la nature indomptée,
une salutaire confrontation entre toi et
les éléments : ton été, c’est Into The Wild. La première douche est à 100 bornes.
Cancer. Deuxième tranche de vacances, cette fois avec les potes, tu prépares fiches cuisine et jeux de cartes. Et le DVD des
Petits Mouchoirs, votre must.
Lion. Tu t’en doutais, cette semaine
avec les potes allait droit dans le mur.
Tu claques la porte du gîte sans une once de remords, allègre tel Bébel dans l’Homme de Rio.
Vierge. En deuil de Claude Rich, tu
achètes tous ses DVD. Même en druide
dans Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, sa
classe internationale te met la larme à l’œil.
Balance. Brrrrr, tu ne te doutais pas,
hein, que la Suède pouvait être flippante à ce point. Tu aurais dû aller au cinéma
voir Dans la forêt, de Gilles Marchand.
Scorpion. Dès le décollage, tu ne l’as
pas senti, ce vol. Trous d’air, valises cabine sur la tronche. Cerise : l’atterrissage tête
dans les genoux. Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Sagittaire. C’est le Grand Sommeil
mais littéralement. A croire que tout le
monde s’est fait piquer. Il faudrait enquêter sur la
mouche tsé-tsé.
Capricorne. Comme quoi ça peut
servir d’être fan d’Audrey Hepburn.
Ces Vacances romaines sont al dente comme tu
les aimes.
Verseau. Chabadabada chabadabada, mon œil. Tu as beau arpenter la
plage en âme inconsolée, Un homme et une
femme reste une fiction.
Poissons. Cette chaleur de plomb
digne d’un Sergio Leone te mène à
Appaloosa, et au tandem Ed Harris-Viggo
Mortensen. What else ?
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Le dessin d’origine paru
le 11/02/2015 dans
«Libération» WILLEM
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liberation, newspaper
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