close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Le Figaro - 22819 2017

код для вставкиСкачать
2,40 €
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO - N° 22 819 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
IMPÔTS
ISF, REVENUS, TAXES... CE QUE
LE BUDGET 2018 VA CHANGER
POUR LES FRANÇAIS PAGES 16, 22 ET 23
LE FIGARO LITTÉRAIRE
MICHAEL LONSDALE DONNE VIE
AUX CONTES DE NOËL DES GRANDS
ÉCRIVAINS NOTRE SUPPLÉMENT
BREXIT
Comment May
a réussi à survivre
à son « annus
horribilis » PAGE 8
ARABIE
SAOUDITE
Les rebelles
houthistes tirent
un missile sur
Riyad PAGE 10
RELIGION
Emmanuel Macron
« à l’écoute » des
religions au nom
de la laïcité PAGE 11
L’unité de l’Espagne
se joue en Catalogne
Protéger la nuit,
un enjeu pour
la nature PAGE 13
TENNIS
PAGE 14
ENTREPRISES
CHAMPS LIBRES
La loi fiscale
américaine inquiète
l’Europe PAGE 24
La chronique
d’Éric
Zemmour
Le tête à tête
de Charles
Jaigu
La tribune
de Pierre
Vermeren
La tribune
de Stéphane
Perrier
La chronique
de Luc Ferry
L’analyse de
Bertille Bayart
n
n
n
n
PAGES 17 À 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Croissance : trouvez-vous
que l’économie française
va mieux ?
OUI
37 %
NON
63 %
TOTAL DE VOTANTS : 45 975
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Vol Tokyo-Paris :
l’utilisation d’un avion
privé par Édouard Philippe
pour 350 000 euros vous
choque-t-elle ?
3’:HIKKLA=]UWYUV:?b@c@c@l@k";
À l’issue d’une campagne à couteaux tirés, les Catalans décident jeudi
s’ils reconduisent au pouvoir, ou non, les dirigeants indépendantistes
poursuivis par la justice pour une tentative de sécession.
è LA CAMPAGNE À DISTANCE DE PUIGDEMONT, LE « RÉFUGIÉ » CATALAN DE BELGIQUE è RIEN NE VA PLUS ENTRE LES LEADERS INDÉPENDANTISTES è CIUDADANOS, LE PARTI
ANTI-INDÉPENDANCE QUI LUTTE POUR LA PREMIÈRE PLACE è LA TÉLÉVISION PUBLIQUE CATALANE ACCUSÉE DE PROPAGANDE PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
PMA : les associations
craignent d’être écartées
du débat
Macron plane dans
les sondages, Philippe
dans les turbulences
À partir de janvier, le sujet sensible de l’ouverture de la PMA
aux couples de femmes et aux
célibataires va faire l’objet d’une
grande consultation citoyenne
dans le cadre des États généraux
Emmanuel Macron voit sa popularité bondir en décembre.
Dans le sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et
franceinfo, 52 % des Français
se disent satisfaits de son ac-
de la bioéthique. Les opposants
et les partisans de la PMA « pour
toutes » redoutent de ne pas
réussir à faire passer leur message dans ces échanges préalables
à une nouvelle loi. PAGE 12
n
n
M 00108 - 1221 - F: 2,40 E
EMILIO MORENATTI/AP
L’incroyable défi
de Marion Bartoli
POOL NEW/REUTERS - ANTONIO
GAUDENCIO/PUNTO STUDIO FOTO AG STOCK.ADOBE.COM
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
tion, soit 11 points de plus qu’en
novembre. Édouard Philippe a,
lui, créé la polémique. En cause : la location, pour 350000
euros, d’un avion privé pour
un Tokyo-Paris. PAGES 6 ET 7
www.eric-bompard.com
Le burlesque et le tragique
E
n Catalogne, Jean-Luc Mélenchon a fait campagne mais il n’a
pas fait école. Pas dans ses innovations tribunitiennes, en tout
cas. L’hologramme, pourtant,
eût été fort utile à l’indépendantiste Carles
Puigdemont pour se transporter à Barcelone depuis son exil belge. C’est en effet une
drôle de campagne qui trouve aujourd’hui
son épilogue dans les urnes. Une séquence
où le burlesque l’a disputé au tragique, si
l’on considère la gravité de l’enjeu, l’unité
de l’Espagne. Car ce scrutin a inévitablement des allures de référendum sur l’indépendance.
Le plus étonnant, c’est que tous ces épisodes hauts en couleur ne semblent pas avoir
profondément modifié le rapport de force.
Ni dans un sens, ni dans l’autre. Le camp
indépendantiste ne paraît pas avoir bénéficié de sa stratégie victimaire. Pas plus
qu’il ne semble déserté par des sympathisants effrayés par les dangers de l’aventure
ou mortifiés par la pantalonnade bruxelloise. D’après les sondages, aucun parti ne
pourrait nettement l’emporter. Rien ne dit
que ce scrutin signera la fin de la crise.
Il reste à espérer que ce recours aux urnes
apaise les passions. Déjà, des dirigeants indépendantistes semblent renoncer à la
voie « unilatérale ». Il n’est que temps,
alors que leur rhétorique reposait sur la
fiction d’une oppression crypto-franquiste. Et sur leur prétention à parler au nom
de tous les Catalans. Aujourd’hui, la discussion semble possible. Sous réserve que
le gouvernement Rajoy,
tout en restant ferme sur
les principes,
témoigne
d’un peu plus de souplesse que ces dernières années.
D’un camp à l’autre, les accusations ont
fusé. « Centralisme forcené » d’un côté,
« retour au féodalisme » de l’autre. Sans les
parer de toutes les vertus, les États-nations
semblent bel et bien rester le meilleur
mode d’organisation politique. Ce qui ne
veut pas dire qu’ils ne peuvent se réformer.
Et, surtout, qu’ils ne doivent pas redonner
à leur peuple des raisons d’espérer et de
croire en un destin commun. ■
Un scrutin
aux allures
de référendum
AND : 2,60 € - BEL : 2,40 € - CH : 3,70 FS - CAN : 5,20 $C - D : 3,00 € - A : 3,50 € - ESP : 2,70 € - Canaries : 2,80 € - GB : 2,20 £ - GR : 3,00 € - DOM : 2,70 € - ITA : 2,80 €
LUX : 2,40 € - NL : 3,00 € - PORT.CONT : 2,80 € - MAR : 20 DH - TUN : 3,80 DT - ZONE CFA : 2.200 CFA
ISSN 0182.5852
PHOTOGRAPHIE RETOUCHÉE
SOFT IS THE NEW STRONG : LA DOUCEUR EST UNE FORCE.
A
BIODIVERSITÉ
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Catalogne : un vote aux airs de
PLUS DE 3 MOIS
DE CRISE
6 SEPTEMBRE Le Parlement
catalan adopte une loi
autorisant l’organisation d’un
référendum sur l’indépendance
de la région le 1er octobre.
20 SEPTEMBRE Plusieurs
responsables catalans sont
arrêtés par la Garde civile.
1er OCTOBRE Le référendum
a lieu sous tension. Il débouche
sur une victoire du oui avec
90,18 % des suffrages exprimés,
avec 43 % de participation. Près
de 850 personnes sont blessées
par les forces de l’ordre.
3 OCTOBRE Le roi Felipe VI parle
de « l’attitude irresponsable »
des dirigeants catalans.
10 OCTOBRE Carles Puigdemont
proclame le droit de la région
à devenir un État indépendant
tout en suspendant la mise
en œuvre du processus
afin de permettre un dialogue.
11 OCTOBRE Madrid donne huit
jours à l’exécutif catalan
pour abandonner son objectif.
21 OCTOBRE Après un conseil
extraordinaire des ministres,
Mariano Rajoy annonce,
en vertu de l’article 155 de
la Constitution, le limogeage
du gouvernement régional
et l’encadrement du Parlement
de Catalogne et dit souhaiter la
tenue de régionales anticipées.
27 OCTOBRE Le Parlement
catalan adopte une déclaration
unilatérale d’indépendance
et se prononce en faveur
d’un « processus constituant »
afin de séparer la Catalogne.
Avec l’accord du Sénat
espagnol, Rajoy annonce la
destitution de l’exécutif catalan,
la dissolution du Parlement
régional et la tenue d’élections
anticipées le 21 décembre.
2 NOVEMBRE Placement
en détention provisoire de neuf
dirigeants catalans. Un mandat
d’arrêt européen vise Carles
Puigdemont, qui a gagné
la Belgique le 30 octobre.
11 NOVEMBRE Des centaines
de milliers de partisans
de l’indépendance défilent
à Barcelone pour réclamer
la libération des séparatistes.
5 DÉCEMBRE Retrait du mandat
d’arrêt international visant
Puigdemont et quatre membres
de son ancien gouvernement.
Les Catalans élisent jeudi un nouveau Parlement, mais la crise avec Madrid ne
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
ENVOYÉ SPÉCIAL À BARCELONE
LES ÉLECTIONS catalanes de ce jeudi
sont la trouvaille du président du gouvernement espagnol. Mariano Rajoy
entendait ainsi mettre un terme à la
crise sécessionniste inédite qui culmina
le 27 octobre par la déclaration d’indépendance du Parlement régional. Dans
le cadre de l’article 155 de la Constitution, qui permet de placer sous tutelle
une région rebelle, et qui n’avait jamais
été utilisé, Rajoy a pris le contrôle des
institutions catalanes le temps strictement nécessaire pour dissoudre le Parlement et convoquer de nouvelles
élections. Par cette application a minima de l’article 155, Madrid entendait
tuer dans l’œuf toute critique d’autoritarisme et rêvait de vaincre durablement l’indépendantisme, qui avait
prouvé son incapacité à mettre en
œuvre la République fraîchement proclamée.
C’était compter sans l’action de la
justice, qui maintient en détention
préventive quatre dirigeants sécessionnistes, dont la tête de liste d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC,
centre gauche), Oriol Junqueras ; sans
la manœuvre du président catalan destitué, Carles Puigdemont, qui anime la
campagne de sa liste Junts per Catalunya (JpC, centre droit) depuis la Belgique où il s’est retranché pour éviter
son arrestation ; et sans la stratégie
émotionnelle des indépendantistes, qui
plutôt que de défendre le maigre bilan
de leur action - la théorique République catalane n’a été reconnue par
aucun pays au monde -, présente ces
élections comme un référendum entre
la supposée répression espagnole et la
liberté des Catalans de tenir les rênes
de leur destin.
Mardi soir, ERC a tenu son dernier
meeting devant la prison d’Estremera,
dans la région de Madrid, où est détenu
»
A
ORIOL JUNQUERAS,
CHEF DE LA GAUCHE
RÉPUBLICAINE DE CATALOGNE
(ESGUERRA REPUBLICANA
DE CATALUNYA, ERC),
ACTUELLEMENT
EN DÉTENTION PROVISOIRE
Résultat : rien ne permet de croire
que ce scrutin ne dénoue la crise d’État
inédite qui frappe l’Espagne, menacée,
au moins dans la rhétorique, de dislocation, et la Catalogne, où plus de 3 000
entreprises ont annoncé le transfert de
leur siège social vers d’autres régions
espagnoles. À en croire le dernier sondage publié par El Periodic d’Andorra,
filiale utilisée par un quotidien catalan
pour publier ses enquêtes au-delà du
délai légal en Espagne, le bloc des trois
listes indépendantistes peut obtenir la
majorité absolue de 68 sièges… ou la
manquer de très peu.
Cette étude accorde une fourchette
de 36-37 sièges à ERC, 26-27 à JpC, et
5-6 à la Candidatura d’Unitat Popular
(CUP, extrême gauche). En face, le bloc
favorable à l’unité de l’Espagne est em-
Derniers préparatifs
dans une école
transformée en bureau
de vote, mercredi
à L’Hospitalet
del Llobregat,
près de Barcelone.
PAU BARRENA/AFP
La campagne à distance de Puigdemont, le « réfugié » catalan
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
(ENVOYÉ SPÉCIAL À BARCELONE)
ET JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
(CORRESPONDANT À BRUXELLES)
ALBERT GEA/REUTERS
Je peux
vous assurer
que nous sommes
des démocrates
avant d’être
des séparatistes et
que la fin (obtenir
l’indépendance)
ne justifie pas
toujours
les moyens
Junqueras, pour achever de tirer tout le
bénéfice électoral possible des difficultés personnelles de sa tête de liste. JpC
s’est une fois encore connecté à
Bruxelles, d’où Puigdemont s’adressait
par visioconférence à ses militants, qui
l’écoutaient dans une centaine de meetings concomitants. « Soit c’est le pays
qui gagne, soit c’est Rajoy ! », dramatisait-il.
« 5, 4, 3, 2, 1… » et Carles Puigdemont
apparaît à l’écran de la Plaça de la Virreina, devant l’église Sant Joan Baptista, à Barcelone. Ils ne sont que quelques
centaines à s’être rassemblés mardi soir
dans le quartier bobo de Gracia pour le
dernier meeting de campagne. Mais
l’audience de Puigdemont est bien plus
importante. Car dans une centaine
d’autres lieux à travers la Catalogne, de
mêmes écrans géants ont été installés.
Sans compter les électeurs qui ont préféré assister depuis le canapé de leur salon à la visioconférence du président
catalan destitué ; le meeting de Junts
per Catalunya (JpC, centre droit indépendantiste), la liste confectionnée sur
mesure par Puigdemont, était également retransmis sur Internet.
« En exil », selon son expression reprise par ses fidèles, « en fuite », selon
le gouvernement espagnol, Puigdemont s’est installé en Belgique pour
éviter de répondre aux convocations de
la justice espagnole. S’il mettait un pied
en Catalogne - un coup de théâtre envisagé par certains observateurs -, il serait immédiatement arrêté. À 1 300 kilomètres de Barcelone, force est de
constater que le candidat à la réélection
- à la « restitution », préfère-t-il dire,
pour souligner le caractère supposément illégitime de sa destitution - a su
transformer son absence en une ubiquité politique et médiatique.
« Il a été présent à tous les meetings et
dans tous les débats, observe le politologue Joan Marcet. Par exemple, le grand
journal La Vanguardia a réalisé une série
d’interviews vidéo des têtes de listes, et
Puigdemont vient clôturer la série. Chez
ses rivaux d’Esquerra Republicana de
Catalunya (ERC, centre gauche indépendantiste, NDLR), Oriol Junqueras, en
prison, a dû céder sa place à sa numéro
deux. Puigdemont a sans conteste réussi
sa campagne à distance. »
Omniprésent, Puigdemont a aussi façonné une campagne extrêmement
personnaliste. Il aurait pu reprendre les
couleurs de sa formation, le Partit De-
mocrata Europeu Catala (PDEcat), créé
en 2016 pour reprendre le flambeau de
Convergencia Democratica de Catalunya (CDC), entachée par des affaires de
corruption. Puigdemont a préféré s’en
émanciper. Aux émissaires du parti qui
lui rendaient visite à Bruxelles début
novembre, le président déchu a tenu le
discours suivant, rapporté par La Vanguardia : « Si vous faites campagne sans
moi, vous allez vous effondrer ; si je suis
le candidat du PDECat, on peut obtenir
20 députés ; si je présente ma propre liste, je peux l’emporter. »
Médusés, les dirigeants du PDECat se
sont pliés aux conditions d’un homme
qui avait accédé à la présidence presque
par hasard, pour remplacer au pied levé
le sortant Artur Mas que ne voulait pas
investir la Candidatura d’Unitat Popular (CUP, extrême gauche), un petit
parti indépendantiste indispensable à la
majorité sécessionniste. Depuis, ce sont
donc les hommes et les femmes de
Puigdemont qui, à Bruxelles et à Barcelone, dirigent les opérations.
En Catalogne, Carles Puigdemont a
nommé une directrice de campagne,
Elsa Artadi, qui avait quitté le PDECat
quelques mois plus tôt. En Belgique, il
ne quitte pas Josep Maria Matamala, un
ami intime qui avait fondé CDC dans la
province de Gérone, d’où est originaire
Puigdemont. Pour les relations avec la
presse, ou pour la maintenir à distance,
l’ex-président a convoqué celui qui à
“
La présidence
de la Catalogne ne
se décapite pas, elle ne
se change pas en fonction
des convenances
”
CARLES PUIGDEMONT, EN EXIL À BRUXELLES
Barcelone s’occupait des médias internationaux, Joan Maria Piqué. Le député
européen Ramon Tremosa est l’un des
rares autres au courant de ses déplacements, selon le quotidien El Pais. Dans
une interview au site d’information indépendantiste El Nacional, Puigdemont
justifiait ainsi son hermétisme : « Une
légion de journalistes espagnols s’agite
comme des fous pour savoir ce que je fais,
et s’ils ne le savent pas, ils l’inventent. »
Mais même les reporters ibériques,
débarqués en rangs serrés juste après la
fuite, ont fini par rentrer chez eux. La
presse s’est lassée des rendez-vous sortis de mauvais films d’espionnage, des
visioconférences et autres planques glaciales à proximité d’hôtels plus ou
moins cotés de la capitale. À Bruxelles,
le président catalan « en exil » est devenu l’homme invisible, sauf apparitions
publiques aussi rares qu’orchestrées.
À quoi le réfugié le plus célèbre de Catalogne occupe-t-il ses journées belges
depuis près de deux mois ? Via Twitter
ou Skype, il peaufine visiblement sa
propagande électorale. Sa femme et ses
deux filles sont attendues pour Noël. Il
reçoit tous les jours des Catalans - le plus
souvent en petit comité - au bout de ce
qui est parfois décrit comme un « pont
aérien » entre Barcelone et Bruxelles.
Le mystère vient surtout nourrir la
légende. Des fidèles soutiennent que
Rien ne va plus entre les leaders indépendan
LA PREMIÈRE escarmouche a été tirée lundi de la prison d’Estremera.
La tête de liste d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, centre gauche
indépendantiste), Oriol Junqueras,
expliquait sa détention préventive en
ces termes : « Je ne me cache jamais,
je suis conséquent et assume mes actes, mes décisions, mes pensées, mes
sentiments et ma volonté. »
Autant dire que les responsables
indépendantistes qui se sont installés à Bruxelles pour éviter de répondre aux convocations de la justice
espagnole ne peuvent pas démontrer une telle cohérence politique.
Se sentant visé, le président destitué
de la Catalogne et numéro un de la
liste indépendantiste de centre droit
Junts per Catalunya (JpC), a immédiatement répliqué. « Je suis en Belgique parce que je ne me cache pas,
parce que je suis conséquent et parce
que je considère valides le désir et la volonté des Catalans. Pour pouvoir respecter le mandat des Catalans (mettre
en place l’indépendance, NDLR), je
dois pouvoir me défendre », a répondu
Carles Puigdemont.
Qu’il semble loin, le temps où la
gauche indépendantiste et la droite sécessionniste faisaient campagne ensemble, bras dessus, bras dessous, au
sein d’une même candidature, Junts
pel Sí ! Deux ans à peine se sont écoulés
depuis les dernières élections catalanes, mais aujourd’hui ERC et JpC ne
partagent ni les analyses, ni les programmes, ni les stratégies, ni encore
moins les meetings.
Si les deux partis, ainsi que la petite
Candidatura d’Unitat Popular (CUP,
extrême gauche indépendantiste) ont
accepté de participer à ces élections
convoquées par Madrid, ils leur donnent chacun un sens différent. Pour les
candidats de JpC, ce scrutin « illégitime » doit être utilisé pour « restituer »
la présidence et le gouvernement de
Carles Puigdemont. Le programme de
JpC indique noir sur blanc : « Investir
tout autre candidat revient à légitimer
l’article 155 de la Constitution (qui a
permis la mise sous tutelle de la région,
NDLR) et les attaques contre la démocratie. »
Aucun scénario n’est exclu
Sommés d’indiquer si, en cas de victoire de leur liste au sein du bloc indépendantiste, les députés d’ERC voteraient l’investiture de Puigdemont ou
préféreraient un élu ERC, les candidats
de Junqueras n’excluent aucun scénario. « C’est aux citoyens de décider à
qui ils accordent le plus de soutiens, a
répondu par exemple l’ex-ministre régional à la Justice, Carles Mundo. Si
c’est à ERC, alors ERC a quasiment le
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
L'ÉVÉNEMENT
référendum
cessera sans doute pas avec ce scrutin.
mené par Ciudadanos (C’s, centre libéral), à qui le sondage donne 31 ou 32 députés, suivi par les socialistes (PSC, 20
ou 21) et par le Parti populaire (PP, 4 ou
5), la formation conservatrice de Rajoy.
Entre les deux, Catalunya en Comu Podem (CECP, gauche radicale), ni indépendantiste, ni unioniste, se rêve en
faiseur de roi d’une très difficile alliance
postélectorale.
Si les indépendantistes rééditent leur
majorité absolue, ils chercheront un
accord pour se maintenir au pouvoir.
Les tractations promettent d’être difficiles entre ERC et JpC. Et si la majorité
est exiguë, les sécessionnistes ne pourront pas se permettre d’abandonner
des votes aux députés en prison ou à
l’étranger. À moins que la stratégie ne
soit précisément de provoquer le blocage, en l’attribuant au supposé autoritarisme espagnol qui empêcherait de
gouverner une majorité légitimement
élue…
Le risque de veto croisés
« CECP dit avoir la clé de la majorité,
rappelle Joan Marcet, professeur de
sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone. Mais certaines alliances sont impossibles. Les trois partis
de gauche ERC, CUP et CECP n’auront
pas la majorité, et le PSC refusera de s’y
associer. Un bloc C’s - PSC - CECP - PP
semble également impensable. »
Pour éviter les veto croisés entre la
gauche radicale et le centre droit, la
tête de liste du PSC, Miquel Iceta, croit
avoir une solution : que l’on l’investisse président, même s’il arrive quatrième, car son programme serait le plus
central des quatre forces non indépendantistes. « Mais même si Ciudadanos
acceptait de céder la présidence, l’option
Iceta est très compliquée pour CECP, qui
aura du mal à s’associer au PP et même
à C’s, perçu en Catalogne comme plus à
droite que dans le reste de l’Espagne »,
explique le politologue.
Reste enfin une dernière possibilité,
encadrée par la législation catalane. Si
aucun gouvernement n’est formé en
février, de nouvelles élections seront
automatiquement convoquées en
avril. Dans cette hypothèse, la Catalogne ressemblerait beaucoup à l’Espagne, qui avait dû voter en juin 2016
après que les élections de décembre 2015 échouent à accoucher d’un
gouvernement. ■
3
Ciudadanos, le parti anti-indépendance
qui lutte pour la première place
IMPOSSIBLE de ne pas les voir. Depuis
le début de la campagne, leur chapiteau gonflable orange vif est planté
sur la Plaça de la Universitat, dans le
centre de Barcelone. Toute proche,
donc, des facultés où les étudiants incitaient les partisans de l’indépendance à participer au référendum
d’autodétermination illégal du 1er octobre. L’idéologie des résidents de la
« supercarpa » (le grand chapiteau),
comme ils l’appellent, est aux antipodes de l’indépendantisme.
Le parti centriste et libéral Ciudadanos (ou Ciutadans, en catalan,
puisque le parti est né dans la région
avant de s’étendre au reste de l’Espagne) défend farouchement l’unité du
pays depuis sa fondation en 2006.
Après l’irruption de trois députés au
Parlement catalan en 2006, le parti en
a obtenu 25 en 2015, s’érigeant en
première force de l’opposition aux sécessionnistes. Certains sondages les
placent désormais à la première place,
au coude à coude en tout cas avec les
deux grandes listes indépendantistes.
Est-ce cette dynamique qui a
conduit ces partisans de l’unité de
l’Espagne - discrets jusqu’à maintenant dans les rues catalanes monopolisées par les démonstrations de force
indépendantistes - à afficher leurs
couleurs? « En réalité, c’est l’ensemble
des électeurs non indépendantistes qui
sont sortis du placard à partir des
grandes manifestations d’octobre
contre la sécession », répond sous les
boudins gonflables Susana Beltrán,
députée sortante et candidate à la
réélection.
« Il est vrai aussi qu’avec 25 députés,
le parti a plus de ressources économiques que quand il n’en avait que trois,
nuance Pedro, un avocat de 49 ans
venu prendre quelques conseils avant
d’exercer comme délégué du parti
dans un bureau de vote. Je me suis affilié il y a 15 jours. Après la proclamation de l’indépendance par le Parlement
catalan, il fallait faire quelque chose. »
Pedro avait voté auparavant pour le
Parti populaire (PP, droite), la forma-
Inés Arrimadas (au centre), tête de liste du parti centriste et libéral Ciudadanos,
lors d’un meeting de campagne, mardi à Barcelone. MANU FERNANDEZ/AP
tion de Mariano Rajoy, mais indique
qu’il ne peut plus accorder son suffrage à un parti rongé par les affaires de
corruption. Selon le sondage du Centre de recherches sociologiques (CIS),
un institut qui dépend du gouvernement espagnol, 47,6 % des Catalans
qui avaient pris le bulletin du PP en
2015 s’apprêteraient à voter aujourd’hui pour Ciudadanos.
Inés Arrimadas
séduit les indécis
« Cette campagne est différente de celle
que j’ai vécue il y a deux ans, parce que,
cette fois-ci, les électeurs sont
conscients qu’Inés a des possibilités
réelles d’être investie présidente de la
Catalogne », compare Beltrán. La tête
de liste, Inés Arrimadas, députée régionale depuis cinq ans, est chef de
l’opposition depuis deux ans. Avec son
ton posé, cette juriste de 36 ans a défendu fermement le respect de la loi, de
la Constitution et de la minorité parlementaire face à des indépendantistes
pressés de déclarer l’indépendance de
la région contre vents et marées.
«À la différence d’Albert Rivera (le
fondateur du parti passé aujourd’hui à
la politique nationale à Madrid,
NDLR), qui provoquait des réactions
épidermiques, Arrimadas transmet une
image plus douce, plus acceptable pour
certains électeurs indécis, analyse Joan
Marcet, professeur de sciences politiques à l’université autonome de Barcelone. Sur le fond, elle met moins en
avant les sujets qui divisent, comme
l’éducation publique, et parle davantage de dialogue. »
Ciudadanos rêve d’obtenir la première place ce jeudi. Ce serait un choc
politique et psychologique en Catalogne, où depuis le retour à la démocratie, les nationalistes ont toujours remporté
les
élections
régionales.
L’hypothétique victoire pourrait aussi
être vaine. Car pour s’assurer d’une
majorité, Arrimadas devrait obtenir,
outre le ralliement du PP qui semble
acquis, le soutien du Parti socialiste
(PSC) et probablement de Catalunya
en Comu-Podem (CECP, gauche radicale) qui disent exclure de l’investir
présidente. Après l’OPA brillamment
menée sur l’électorat unioniste, Ciudadanos doit encore démontrer sa capacité à rompre les blocs qui structurent la vie politique catalane. ■ M. DE T.
de Belgique
tistes
devoir de présenter un candidat à
l’investiture. »
Interrogé par Le Figaro, Ernest
Maragall, candidat éligible sur les
listes d’ERC, est plus ambigu : « Le
président Puigdemont a une légitimité
que nous devons respecter. Mais nous
avons tous accepté le principe de ces
élections et personne n’a un droit divin à être investi président, déclaret-il. Si Puigdemont n’a pas la possibilité d’être présent au Parlement pour
être investi (convoqué par la justice,
il risque l’arrestation immédiate s’il
pose un pied en Espagne, NDLR), il
faudra chercher une autre formule. »
Entre une tête de liste bloquée à
l’étranger et l’autre enfermée en
prison, rien ne garantit qu’aucun
des deux candidats ne puisse briguer
l’investiture. Une réalité qui n’empêche pas les deux partis de s’affronter sur le sujet. ■
M. DE T.
scène électoralement payante d’une
semi-clandestinité. Des vigiles catalans
ont semble-t-il remplacé les policiers
belges en civil, initialement censés le
« protéger ». Il n’a plus besoin de se signaler quotidiennement à la justice.
Mais entre la Flandre et Bruxelles, il ne
dort jamais plus de deux ou trois nuits
dans le même lit. Ses activités au grand
jour ne sont annoncées qu’avec quelques heures de préavis, au mieux.
Son pari contre l’Espagne
Les médias, utiles mais délibérément
tenus à l’écart, sont alertés sur le réseau
WhatsApp en trois boucles apparemment bien cloisonnées : les Catalans a
priori bienveillants, les Espagnols
considérés avec une suspicion tenace et
puis tous les autres, tenus en quasi-indifférence. Des quotidiens belges dont
Le Soir, la radio publique RTBF, la chaîne d’État russe RT et la télévision israélienne ont entre autres été conviés à des
interviews personnalisées.
Le message de Carles Puigdemont est
invariable : c’est la nation catalane,
blessée mais surtout pas abattue, qui
vous parle « dans la dignité ». Le même
argument étaye deux sorties récentes.
L’une à l’opéra de Gand pour la représentation du Duc d’Albe de Donizetti,
une œuvre qui renvoie à la rébellion
historique des futures Provinces-Unies
contre l’héritier de Charles Quint.
L’autre dans un bar à Bruxelles pour
marquer lourdement la victoire du club
de football de Gérone - sa ville natale contre l’équipe de Getafe, banlieue de
Madrid.
Le scrutin de jeudi dira si le proscrit
de Bruxelles a réussi son pari contre
l’Espagne et, accessoirement, à creuser
l’écart avec les grands rivaux indépendantistes. L’offensive de charme lancée
à destination de l’Europe a en revanche
échoué. La Belgique, scrutée depuis
Madrid sur le moindre dérapage, a pris
de soigneuses distances malgré les
sympathies indépendantistes de Flamands installés au gouvernement.
Quant à l’UE, Jean-Claude Juncker notamment, elle figure désormais parmi
les bêtes noires de la cause catalane
pour n’avoir rien trouvé à redire sur la
remise au pas décidée à Madrid. ■
A
Carles Puigdemont réunit deux fois par
semaine son gouvernement, ou plutôt
ce qu’il en reste hors de la prison : quatre anciens ministres qui ont pris la tangente, comme lui, à l’annonce du fiasco
de l’indépendance. L’équipe ne publie
ni décrets, ni projets de loi. Elle se prépare activement au grand soir électoral,
assurent les mêmes sources.
Pour les partisans du retour en force,
Carles Puigdemont n’est pas un candidat
indépendantiste. Mais la souveraineté
catalane incarnée, en attente de reconquête par les urnes. « La présidence de la
Catalogne ne se décapite pas, elle ne se
change pas en fonction des convenances », lançait mardi l’intéressé, à destination d’un écran géant dressé de l’autre
côté des Pyrénées. L’ancien journaliste
ne fait pas campagne dans une démocratie. Il demande à son peuple de réinstaller le gouvernement légitime de la
Catalogne après le « coup d’État illégal »
téléguidé par Mariano Rajoy.
L’annulation du mandat d’arrêt international lancé depuis Madrid n’a
pratiquement rien changé à la mise en
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
La télévision publique catalane
accusée de propagande
Les médias espagnols, qu’ils soient à Barcelone ou à Madrid, sont au cœur de la crise
sur l’indépendance de la Catalogne. Chaque côté dénonce la partialité de l’autre.
PATRICK BÈLE £@pbele@lefigaro.fr
DANS cette Espagne au bord de la crise
de nerfs depuis des mois autour de la
question de l’indépendance catalane,
les médias ont été au centre de la polarisation. Pour les unionistes, la Corporació Catalana de Mitjans Audiovisials
(CCMA), qui regroupe les médias publics catalans, a été l’un des vecteurs
principaux de la propagande séparatiste, rompant ainsi avec son devoir de
neutralité en tant que média public.
CCMA emploie 1 800 personnes, dont
300 journalistes pour TV3.
« TV3 est une télévision publique
payée par les impôts de tous, qui doit
avoir comme seul but une information
vraie et objective, explique Joan Lopez,
professeur à l’université Abat Oliba. Au
lieu de cela, TV3 s’est convertie en un
élément fondamental de propagande qui
a pour objectif de répandre les idées proindépendantistes. » Joan Lopez a décidé
en octobre dernier de ne plus participer aux débats sur la télévision catalane, estimant servir de caution à un faux
pluralisme. Selon lui, TV3 présente
systématiquement le gouvernement
espagnol comme fasciste et corrompu
“
Même le journal météo
fait de la propagande (...).
Pour avoir la météo de
Madrid, il faut attendre la
météo internationale où la
capitale espagnole apparaît
avec Oslo et Londres
”
A
JOAN LOPEZ, PROFESSEUR D’UNIVERSITÉ
et l’Espagne comme un pays « attardé,
peuplé de paresseux qui vivent grâce au
travail et à l’argent des Catalans ».
Joan Lopez tient à préciser qu’il s’appelle Joan et non Juan, ses enfants Ricard et Glòria, prénoms catalans, et
que sa « langue habituelle de communication » est le catalan. « Ils disent que
les non-indépendantistes ne sont pas catalans. Non : je suis né ici, je vis dans un
village catalan, je suis catalan et je suis
anti-indépendance. »
La CCMA a été créée en 1983 pour favoriser l’usage du catalan, qui était
interdit sous Franco. Son budget est
aujourd’hui de 230 millions d’euros,
dont 46 millions consacrés à l’information. CCMA diffuse une radio et plu-
sieurs canaux de télévision, dont l’un
consacré à l’information 24 heures sur
24 et l’autre aux enfants. D’emblée, il a
été décidé que tous les programmes de
TV3 et de Catalunya Radio se feraient
en catalan, les autres chaînes et radios
diffusant pratiquement tous leurs programmes en espagnol. Dans le même
temps, il a été choisi de pratiquer l’immersion en catalan dans les écoles :
tous les cours sont dispensés en catalan, à l’exception bien sûr des cours
d’espagnol. « La réalité catalane est la
culture bilingue, explique Joan Lopez.
Par exemple, Joan Manuel Serrat chante
en catalan et en espagnol. C’est une richesse. »
Mais cette promotion de la langue
catalane s’est transformée, tant dans
les écoles qu’à TV3 et Catalunya Radio,
en une opération de propagande indépendantiste, selon les unionistes. Le
groupe de journalistes Periodistas Pi i
Margall a fait un inventaire des « nombreux manquements à la neutralité » de
la part des médias publics catalans.
En voici quelques exemples : le
22 septembre 2017, la police nationale
et la Guardia Civil effectuent des perquisitions dans les locaux des membres
de l’administration catalane à Barcelone. Il s’agissait d’enquêter sur leur
participation à l’organisation du référendum illégal du 1er octobre. Sur Catalunya Radio, la présentatrice Monica
Terribas demande aux auditeurs de signaler les mouvements de la police et
les diffuse en direct sur l’antenne. Une
façon, pour Periodistas Pi i Margall, de
contrecarrer l’action de la police et de
la justice. En avril 2016, alors que le
Tribunal constitutionnel venait d’annuler une loi votée par le Parlement
catalan prévoyant un droit au chauffage pour les plus pauvres, la journaliste et essayiste Empar Moliner brûle
en direct une Constitution espagnole,
expliquant que ce sera la seule façon de
se chauffer pour les plus démunis.
« Même le journal météo fait de la propagande, se lamente Joan Lopez. La
première carte présentée comprend,
outre la Catalogne, les Baléares, Valence, une partie de l’Aragon et les départements français limitrophes. Pour avoir la
météo de Madrid, il faut attendre la météo internationale où la capitale espagnole apparaît avec Oslo et Londres. Sur
TV3, les seuls personnages qui parlent
espagnol sont les femmes de ménage et
les prostituées. »
Dans les programmes pour enfants,
comme le journal InfoK, dénonce Joan
Lopez, les politiques emprisonnés sont
« présentés comme des prisonniers politiques. On ne parle jamais de l’Espagne
mais de l’État espagnol. Quand on utilise
le mot “nation”, il s’agit de la Catalogne, pas de l’Espagne, qui est présentée comme une entité étrangère ».
Pour David Bassa, directeur de la rédaction de TV3, la télévision publique
catalane subit depuis quelques mois des
attaques en règle venant de Madrid
pour la décrédibiliser : « Pour Madrid,
le sentiment indépendantiste est la
conséquence de manipulations de l’opinion par les partis indépendantistes et
TV3. Ils refusent d’admettre qu’une partie importante des Catalans veut plus
d’indépendance. » TV3, la seule télévision en catalan, est leader avec 12 % de
parts d’audience. « Cela signifie que
88 % des Catalans regardent un autre
canal. Comment voulez-vous que nous
manipulions les foules avec 12 %
d’audience ? »
David Bassa rappelle que le Conseil
de l’audiovisuel catalan (CAC), chargé
de contrôler les médias, a jugé que TV3
était la télévision la plus plurielle de
toutes celles diffusées en Catalogne.
40 % des intervenants dans les débats
sont anti-indépendantistes alors qu’ils
sont plus de 90 % sur les autres chaînes. « GFK, un institut allemand qui
analyse les médias, a sondé les Catalans,
pas seulement ceux qui regardent TV3.
Une majorité estime que la chaîne la plus
rigoureuse et la plus crédible est TV3. »
Le journal El País a publié un article
au vitriol contre TV3 dans son édition
du 12 novembre. TV3 a demandé un
droit de réponse, refusé par le journal
madrilène. Dans la foulée, TV3 a déposé plainte pour diffusion de fausses
nouvelles. L’affaire sera jugée le 9 janvier prochain et TV3 accuse à son tour
la presse madrilène de partialité. « Il y a
beaucoup de tristesse dans la rédaction à
voir les médias espagnols convertis en
porte-paroles des mensonges du gouvernement », regrette David Bassa.
« Douze recours devant la commission
électorale ont été déposés contre TV3 par
le PP et Ciudadanos, rappelle Lluis
Caelles, président du conseil de l’information de TV3, un organe élu par la rédaction et chargé de veiller à son indépendance. Ils nous reprochent, par
exemple, d’avoir couvert pendant deux
heures la manifestation pro-indépendantiste du 11 novembre. Nous avons
rappelé que nous avions couvert de la
même manière la manifestation unioniste du 29 octobre. Ils n’en ont pas tenu
compte. »
Une autre plainte a été déposée
contre la couverture d’une manifestation de soutien à Carles Puigdemont
qui a réuni 40 000 Catalans à Bruxelles.
« Nous avons fait un sujet de cinq minutes. Puis les réactions des deux bords. Ils
ont estimé que le reportage devait être
compté dans le temps imparti aux indépendantistes. » Ces plaintes peuvent
donner lieu à des redistributions de
temps de parole ou à des condamnations financières.
Pour Lluis Caelles, la polarisation du
pays a eu des répercussions sur tous les
médias. « Regardez le titre de une du
quotidien El País du mardi 19 octobre :
“Les indépendantistes promettent de
“
Il y a beaucoup de
tristesse dans la rédaction
à voir les médias espagnols
convertis en porte-parole
des mensonges
du gouvernement
”
DAVID BASSA,
DIRECTEUR DE LA RÉDACTION DE TV3
fausses perspectives pour gagner”. Ce
n’est pas une information mais une opinion. Vous avez la même chose dans les
quotidiens El Mundo ou ABC où seuls les
anti-indépendantistes s’expriment. Idem
à TVE, la télévision publique espagnole. »
Le 2 octobre dernier le conseil de
l’information de TVE a demandé la démission de la direction de la rédaction.
Motif : alors que la veille se déroulait le
référendum illégal organisé par les
autorités catalanes, la direction de la
rédaction n’avait pas jugé bon de prévoir une couverture spéciale. « C’était
évidemment une décision politique inacceptable. Nous sommes financés par le
contribuable et nous lui devons une information de qualité, se lamente Alejandro Caballero, président du conseil
de l’information de TVE. Depuis que le
gouvernement de Mariano Rajoy a décidé de changer le mode de désignation
des présidents de médias publics il y a
cinq ans, la situation s’est petit à petit
dégradée. Sur les événements les plus
sensibles en Catalogne, les équipes locales nous envoient des images, et les commentaires et les montages sont faits à
Madrid. » ■
Le chef de file du PP en Catalogne
Xavier Garcia Albiol (à gauche)
pendant un débat sur TV3
avec Marta Rovira, la numéro deux
de la liste de la Gauche
républicaine de Catalogne (ERC),
le 18 décembre, à Barcelone.
JON NAZCA/REUTERS
LE JAUNE
INTERDIT
SUR LES
BÂTIMENTS
PUBLICS
CATALANS
La commission électorale
a interdit à la municipalité
de Barcelone d’éclairer
en jaune les fontaines
municipales, après le dépôt
d’un recours par le Parti
populaire catalan pour nonrespect de la neutralité
institutionnelle. « Grâce au PP,
Ada Colau (maire
de Barcelone) ne pourra pas
continuer d’illuminer les
fontaines avec les couleurs
symbolisant l’appui
aux politiques emprisonnés
pour avoir organisé un coup
d’État », s’est félicité sur
Twitter Xavier Garcia Albiol,
à la tête du Parti populaire
catalan. Depuis que des
membres du gouvernement
catalan et d’associations
indépendantistes ont été
emprisonnés, ceux qui
les soutiennent arborent une
cocarde jaune. Des banderoles
sont accrochées sur les
bâtiments publics et les arbres
de Noël ont droit à la couleur
jaune. La mairie a tenté
de se défendre en expliquant
qu’il ne s’agissait pas de signe
de soutien à une liste
électorale mais aux familles
des leaders indépendantistes
emprisonnés. Mais
la commission électorale est
restée inflexible : toutes les
banderoles de soutien aux
prisonniers ainsi que les objets
ou décorations de couleur
jaune ont été retirés et les
fontaines éclairées en blanc.
P. B.
Photo Sylvie Lancrenon
L’actrice Ornella Fleury
Paris. 15, rue de la Paix - 66, av. des Champs Elysées
Information points de vente : 01 80 18 15 90 - www.mauboussin-sacs.fr
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Édouard Philippe en zone
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Le premier ministre a créé la polémique. En cause, un vol reliant Tokyo
Un désolant principe
d’indignation
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
st-ce une nouvelle forme du
principe de précaution ?
Voici en tout cas le principe
d’indignation érigé en mode
de fonctionnement régulier de la vie
politique et médiatique. Avec le relais
amplifiant et déformant des réseaux
sociaux. Et ses deux piliers : l’émotion
avant la vérification ; réagir avant
de réfléchir.
En moins d’une semaine, on a vu
surgir deux polémiques concernant le
couple exécutif : le week-end familial
des Macron autour du château de
Chambord, le trajet d’avion de retour
de Nouvelle-Calédonie d’Édouard
Philippe. Deux « affaires » qui,
comme aurait dit Jacques Chirac
font « pschitt » tant elles ne révèlent
ni faute des intéressés,
ni dysfonctionnement de l’État,
ni détournement d’aucun ordre.
Mais peu importe : quitte à être
clos, le dossier est instruit et la
polémique s’engage, devenant
par le fait même un objet politique.
Le mécanisme est le même. On part
de l’impact d’un symbole et on le
transforme en symptôme. Macron
à Chambord. D’emblée on apprend
que ce week-end privé est payé
par le chef de l’État lui-même.
Aucun argent public, donc pas
de scandale. On déplace alors l’objet
de la polémique. Chambord c’est le
château de François Ier. Si le président
y a dîné, c’est donc qu’il se prend
pour le roi de France. D’ailleurs,
dans son entretien avec Laurent
Delahousse, n’a-t-il pas parlé de
« mon peuple » ? Impact redoutable
du sophisme déguisé en syllogisme.
350 000 euros pour un vol retour.
Autre symbole piégé. Pour
une soixantaine de personnes,
est-ce exorbitant, est-ce la norme ?
Au fond, là n’est pas l’affaire.
Le montant en lui-même est censé
frapper les esprits. D’autant plus
que personne n’a l’expertise
suffisante pour en juger. Il s’agit de
créer de l’indignation sur le seul effet
d’un chiffre suivi de nombreux zéros.
Pour un peu, on accuserait le chef
du gouvernement d’avoir dilapidé
MATIGNON Une polémique au pied du
sapin. Édouard Philippe s’en serait bien
passé. Mais suite à une dépêche AFP publiée à cinq jours de Noël, le premier ministre se retrouve au cœur dans ce qu’il
convient désormais d’appeler « l’affaire
du vol Tokyo-Paris ». En cause : la décision du premier ministre d’affréter un
avion d’un loueur privé pour rentrer plus
vite de sa visite en Nouvelle-Calédonie et
éviter de terminer le voyage dans un appareil de l’État jugé trop inconfortable.
Coût de l’opération : 350 000 euros. Un
montant qui a provoqué l’émoi dans la
classe politique (lire ci-dessous) et amené
le premier ministre à se justifier mercredi
matin sur l’antenne de RTL.
Déplacer un chef de gouvernement,
« c’est compliqué et c’est cher, a expliqué
Édouard Philippe en s’efforçant de justifier son choix. 24 heures d’avion aller,
24 heures d’avion retour, 11 heures de
décalage sur place, non pas du tout pour
un voyage d’agrément mais pour un déplacement que l’ensemble des observateurs
et des gens qui connaissent la NouvelleCalédonie savaient un déplacement compliqué. » Mais pas de mea culpa. « J’ai
pris une décision que j’assume », a-t-il
tranché.
Un peu auparavant, ses services
avaient reconnu auprès de l’AFP que « la
délégation du premier ministre, composée
de 60 personnes, a fait le vol Tokyo-Paris
sur un vol loué pour la somme de
350 000 euros, soit 6 000 euros par personne ». Précision du premier ministre et
de son entourage dans la foulée : en l’état,
le déplacement en Nouvelle-Calédonie a
coûté moins cher que celui que Manuel
Valls y avait effectué en avril 2016 lorsqu’il était premier ministre. « 30 % moins
cher », a même ajouté Édouard Philippe.
Une précision qui a agacé Manuel Valls et
ses proches.
« À l’époque, nous avions fait trois étapes de plus, on compare donc des choses incomparables, s’étrangle un ancien membre du cabinet de Manuel Valls. Après
Nouméa, nous nous étions rendus sur l’île
de Lifou. Puis, une partie de la délégation
est partie en Nouvelle-Zélande, avant de se
rendre en Australie, afin de signer un accord de vente de sous-marins militaires. En
2016, la délégation du premier ministre
E
70 000 baisses d’APL, comme
si tous les budgets publics étaient
autant de vases communicants.
Le caractère infernal de ces
emballements est que les procès
d’intention s’enchâssent. Celui
en dissimulation d’abord ; comme
si tout ce qui n’était pas dit était
volontairement caché. Celui de la
déconnexion de la « vraie » vie des
Français ensuite ; comme si choisir
un vol plus rapide et plus confortable
était un caprice personnel et pas
une nécessité professionnelle.
Le vrai problème est la propension
croissante à juger les dirigeants sur
des symboles supposés d’exemplarité
et non plus sur l’efficacité de leur
action. Il est plus important de savoir
si le voyage d’Édouard Philippe en
Nouvelle-Calédonie a fait avancer
ou non ce dossier délicat que de savoir
s’il aurait pu prendre un autre vol.
L’exemplarité est une obligation
préalable ; mais pas une finalité.
Et une dépense isolée ne peut être
appréciée sans regarder un budget
global. Au fond, le premier ministre
paie un intégrisme de la transparence
dont l’effet pervers est de transformer
l’électeur en procureur. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Le vrai
problème est
la propension
croissante
à juger les
dirigeants sur
des symboles
supposés
d’exemplarité
et non plus
sur l’efficacité
de leur action
»
Les avions « maudits » de la République
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
LES POLÉMIQUES entourant les déplacements des membres de l’exécutif ont
été nombreuses ces dernières années.
2008 : Christian Estrosi
uJanvier
à Washington
À l’époque secrétaire d’État à l’Outremer, Christian Estrosi avait reporté un
déplacement à Washington à la dernière
minute pour participer un « pot » à
l’Élysée. Résultat : ses services avaient dû
modifier en catastrophe l’organisation
de son voyage, et louer un avion privé
pour la somme de 138 000 euros. Épinglé
par la presse, Estrosi s’était justifié en expliquant que le « montant » ne lui avait
pas été « soumis », sans quoi il ne l’aurait
« bien évidemment » pas accepté. « Je ne
regrette pas ce déplacement, mais je regrette les conditions dans lesquelles il a été
organisé », avait-il fini par concéder,
présentant « toutes (ses) excuses ».
2010 : Alain Joyandet
uMars
en Martinique
Alain Joyandet a aussi fait les frais d’un
déplacement jugé trop onéreux. En
mars 2010, alors secrétaire d’État à la
Coopération, il avait loué un jet privé
pour effectuer un aller-retour express à
une conférence internationale en Martinique, moyennant 116 500 euros. « Le
recours à un avion gouvernemental, facturé au ministère des Affaires étrangères,
aurait coûté à peu près 100 000 euros (et
il aurait fallu) le prévoir à l’avance »,
avait fait valoir son entourage, expliquant qu’il était impossible d’anticiper
ce voyage en raison des spéculations sur
le remaniement qui était en cours… Un
remaniement que l’ex-élu de HauteSaône redoutait, puisqu’il venait d’être
battu aux régionales.
2011 : Nicolas Sarkozy
uFévrier
à New York
En février 2011, le président Nicolas
Sarkozy avait préféré ne pas médiatiser
le discret week-end qu’il s’était offert à
New York pour rendre visite à son fils.
Ce voyage en Falcon gouvernemental,
décrit comme « strictement privé » par
l’Élysée, avait été payé « au tarif commercial » par le président lui-même.
Aucune communication officielle
n’avait été faite à l’époque sur le tarif
précis du déplacement, mais un tel vol
en classe affaires coûtait à l’époque entre 1000 et 4000 euros contre plusieurs
dizaines de milliers d’euros pour un vol
en Falcon.
2011 : François Fillon
uFévrier
dans la Sarthe
À la fin du mois de février 2011, François Fillon, a été épinglé par France Soir
pour ses nombreux week-ends privés
passés dans la Sarthe avec les moyens
de l’État. En effet, l’hôte de Matignon se
rendait dans son fief dans des avions
gouvernementaux tels que le Falcon
900 et le Falcon 7X, pour des raisons de
« sécurité » selon son entourage. Là
encore, aucun montant précis n’avait
filtré, mais l’opinion publique s’était
émue du déploiement d’un tel dispositif
pour une destination qui ne se trouve
qu’à 250 kilomètres de Paris soit à une
heure à peine de TGV.
A
2015 : Manuel Valls à Berlin
uJuin
Début juin 2015, le premier ministre
Manuel Valls est épinglé pour un déplacement privé effectué aux frais du
contribuable. En marge du congrès du
PS qui se tient alors à Poitiers, le natif de
Barcelone s’envole avec un avion de
l’État à Berlin, accompagné de ses deux
enfants, pour assister à la finale de la Ligue des champions où son club de cœur
affrontait la Juventus de Turin. Il aura
fallu attendre une semaine de communication erratique, pour que le chef du
gouvernement annonce finalement le
remboursement du vol de ses enfants,
estimé à 2 500 euros. « Si c’était à refaire, (il) ne le referait pas. » ■
s’était par ailleurs divisée, une fois arrivée
sur Lifou. Le gros de l’équipe était rentré
avec un Airbus de la flotte gouvernementale
en direction de Paris, pendant que le premier ministre et quelques personnalités
embarquaient dans un Falcon de la République, envoyé spécialement pour l’occasion, pour se rendre à Oakland puis Canberra ». Et d’ajouter : « Par ailleurs, si
Édouard Philippe devait rentrer plus rapidement, il aurait pu changer d’avion à Tokyo, mais sans embarquer avec lui toute la
délégation ! » Bref, rien à voir entre les
deux déplacements. Et rien à voir non
plus avec la polémique aérienne qu’avait
connue Manuel Valls lorsqu’il avait emmené ses enfants en avion de la République voir un match de football en Allemagne (lire ci-dessous).
Tournure politique
Dans l’affaire du vol Tokyo-Paris, l’Élysée a soutenu premier ministre et souligné
qu’il s’agissait d’un « déplacement à caractère professionnel » et que Matignon
avait pris « toutes les dispositions nécessaires de manière à assurer la continuité de
présence du duo exécutif sur le territoire
métropolitain ». Il n’empêche, l’affaire
risque d’écorner l’image du premier mi-
Pour l’opposition, un « symbole
CHARLES SAPIN £@csapin
APRÈS l’étiquette de « président des riches » qui a collé aux semelles d’Emmanuel Macron, c’est au tour d’Édouard
Philippe d’essuyer la bronca des rangs
de l’opposition. Suite aux révélations de
l’AFP sur le coût du vol Tokyo-Paris effectué par le premier ministre, gauche
et droite ont condamné à l’unisson « un
symbole de l’arrogance du pouvoir vis-àvis des Français », qui plus est à l’heure
où le gouvernement leur « demande des
sacrifices. » Plutôt épargné par les critiques depuis le début du quinquennat,
Édouard Philippe traverse donc sa première zone de turbulences. Les réactions ont été nombreuses mercredi.
« 350 000 euros pour gagner 2 heures
sur un vol, oui c’est choquant !, a tonné
le député Insoumis du Nord, Adrien
Quatennens au micro de Radio classique. Je rappelle que ce gouvernement
passe le rabot partout et va jusqu’à diminuer les APL de 5 euros pendant qu’il redistribue 9 milliards aux plus riches ! » À
l’autre extrémité de l’échiquier politique, on est à deux doigts de sortir la
calculette : « Cela fait cher la minute ! »,
a réagi sur RFI le député FN des Pyrénées-Orientales, Louis Aliot.
Robert Ménard :
« Je laisse ces polémiques
à Jean-Luc Mélenchon »
STOP aux polémiques sur « des sujets
secondaires ». C’est le message qu’a
martelé Robert Ménard, mercredi, sur
le plateau du « Talk Le Figaro ». Luimême a une certaine expérience en la
matière.
Invité à réagir sur le vol affrété depuis le Japon par Édouard Philippe
pour rentrer plus confortablement à
Paris et facturé 350 000 euros, le maire
de Béziers s’est emporté : « C’est d’une
démagogie, c’est d’une bassesse, de lui
reprocher ça ! Si je veux avoir une discussion avec le chef de l’État ou avec
son premier ministre, c’est sur des
questions sérieuses. Je laisse ces polémiques à Jean-Luc Mélenchon. »
Coutumier des polémiques sur la
gestion de sa ville, l’élu proche du FN
se plaint qu’il y ait « tout un tas de choses que l’on ne peut plus dire ». Prenant
l’exemple de Tex, l’animateur des
« Z’amours », remercié par France 2
suite à des propos jugés sexistes, comme l’éviction de la militante Rokhaya
Diallo du Conseil national du numérique, le conservateur tonne : « Je vais
vous dire : Rokhaya Diallo ne dit que des
bêtises. Mais je suis content que des
gens puissent dire des bêtises. »
Attirer l’attention
À écouter le maire de Béziers, élu en
2014 grâce au soutien du Front national, du Mouvement pour la France et
de Debout la France, il y a pourtant de
bonnes polémiques. Celle qu’a suscitée
sa dernière campagne d’affichage réclamant la venue du TGV dans sa commune en est une : « Ça fait trente ans
qu’on réclame le TGV. On n’en a jamais
autant parlé que depuis cette affiche. »
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
POLITIQUE
de turbulences
à Paris facturé 350 000 euros.
Question : QUEL BILAN TIREZ-VOUS
DE L’ACTION D’EMMANUEL MACRON
EN TANT QUE PRÉSIDENT
DE LA RÉPUBLIQUE DEPUIS
SON ÉLECTION IL Y A 8 MOIS ?
48 %
GLOBALEMENT,
EN ÊTES-VOUS SATISFAIT
-11
pts
OU MÉCONTENT ?
SATISFAIT
(59 %)
MÉCONTENT
(XX) rappel du 09/11/2017
Infographie
7
Question : POUR CHACUN DES DOMAINES D’ACTION SUIVANTS, DIRIEZ-VOUS QUE
VOUS ÊTES PLUTÔT SATISFAIT OU PLUTÔT MÉCONTENT DE L’ACTION
D’EMMANUEL MACRON EN TANT QUE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ?
SATISFAIT
52 %
+11 pts
(41 %)
MÉCONTENT
NSP
(XX) variation par rapport
au 09/11/2017
L'Europe et l'international
61 %
(+6 pts)
38 %
1%
L'éducation
57 %
(+5 pts)
42 %
1%
La sécurité
55 %
(=)
44 %
1%
Les questions économiques
et sociales
43 %
(+8 pts)
56 %
1%
Enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français interrogés par Internet les 19 et 20 décembre 2017. Échantillon de 999 personnes représentatif de la population française
âgée de 18 ans et plus, parmi lesquelles 213 sympathisants de gauche, 128 sympathisants LaREM, 140 sympathisants de droite hors FN et 163 sympathisants FN.
Emmanuel Macron
voit sa popularité bondir
Plus d’un Français sur deux est désormais satisfait de l’action du chef
de l’État. Son image de « président des riches » reste toutefois très ancrée.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
Édouard Philippe
et Christophe Castaner,
jeudi à l’Assemblée nationale.
ALAIN JOCARD/AFP
nistre au moment où il commençait juste
à imprimer son style dans l’opinion. Inconnu du grand public jusqu’à sa nomination à Matignon, Édouard Philippe
avait enregistré récemment de bons scores de popularité et sa notoriété commençait à décoller.
En affrétant ce vol, il s’est attiré, outre
les foudres de ses adversaires politiques,
un rappel à l’ordre de l’association anticorruption Anticor. Dans un communiqué, elle souligne que le premier ministre
a émis en mai dernier une circulaire « relative à une méthode de travail gouvernemental exemplaire » et demande « l’ap-
plication de cette circulaire, surtout par
celui qui l’a signée. Le président de la République serait dans son rôle en exigeant la
même chose ». Signe que l’affaire a pris
une tournure politique, Benjamin Griveaux est monté au créneau jeudi aprèsmidi. « Il sera difficile de faire ce procès à
ce gouvernement de ne pas avoir diminué
drastiquement les coûts de fonctionnement
en partie des cabinets, a assuré le porteparole de l’exécutif. Dans l’exercice quotidien des missions, chaque ministre, et le
premier ministre à l’évidence, prend un
soin particulier à avoir la gestion parcimonieuse des deniers publics ». ■
EXÉCUTIF Popularité retrouvée, bilan
jugé satisfaisant, satisfecit global pour
son action à l’international, sur l’éducation et la sécurité… Il y a pire cadeau
pour un anniversaire.
Alors qu’Emmanuel Macron fête jeudi ses 40 ans, c’est une note globalement positive que les Français lui
adressent après ses huit premiers mois à
l’Élysée. Avec une nuance toutefois
puisqu’ils déplorent toujours chez le
chef de l’État un côté « président des riches » et qu’ils perçoivent chez lui un
manque d’humilité. Voilà les principaux enseignements d’un sondage
Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et franceinfo.
« Emmanuel Macron est redevenu populaire dans les baromètres de popularité
et c’est un phénomène inédit dans l’histoire de la Ve République », souligne le
président d’Odoxa, Gaël Sliman, qui
rappelle qu’« avant lui, et hors période
de cohabitation, aucun président ayant
basculé dans l’impopularité n’avait renoué avec une majorité d’opinions favorables ». Un phénomène qui s’explique
par le regard nouveau que les Français
portent sur l’action du président de la
République depuis son élection, en mai
dernier. En décembre, 52 % des personnes interrogées se déclarent ainsi
satisfaites de l’action du chef de l’État
alors qu’elles n’étaient que 41 % à formuler un tel jugement début novembre.
« Monarque républicain »
Dans le détail, c’est surtout pour son action sur « l’Europe et l’international »
que le chef de l’État est salué avec 61 % de
personnes satisfaites, en progression de
6 points. « L’éducation » arrive juste
derrière, à 57 %, en progression de
5 points, puis « la sécurité », à 55 %, chiffre stable. Seul domaine testé où la part
des Français « mécontents » dépasse celle des Français « satisfaits », celui des
« questions économiques et sociales ».
Les opinions positives progressent certes
de 8 points pour atteindre 43 % mais les
opinions négatives demeurent élevées, à
56 %. « C’est logique, assure Gaël Sliman,
les principales réformes économiques et
sociales portées par Emmanuel Macron
ont jusqu’à présent toutes toujours suscité
une majorité de jugements négatifs. »
Autres points négatifs pour le chef de
l’État, les défauts que lui prêtent les Fran-
çais, comme celui d’être le « président
des riches » (67 %), une sorte de « monarque républicain » qui ne serait « ni
humble » (72 %) « ni proche des gens »
(62 %). Voilà pour le côté obscur du personnage. « Ce sont là des marqueurs
d’image durable, voire indélébiles, qui ne le
quitteront probablement pas durant tout le
quinquennat », prévient le président
d’Odoxa, en évoquant le précédent de
Nicolas Sarkozy.
Pour le reste, c’est un panégyrique
que les Français dressent d’Emmanuel
Macron, président « dynamique »,
« compétent » et « sympathique » qui
« sait où il va » et « incarne le renouveau » grâce à son âge perçu comme
« un atout ». N’en jetez plus ! « Si le bilan global et détaillé d’Emmanuel Macron
est si positif, c’est aussi que dans l’exercice du pouvoir les Français lui ont vu de
très nombreuses qualités personnelles »,
explique Gaël Sliman. Tout l’enjeu pour
Emmanuel Macron consiste désormais
à s’appuyer sur ce capital pour poursuivre l’application de son programme de
réformes. Celui-ci s’annonce déjà
chargé pour le premier semestre 2018
avec des textes potentiellement
conflictuels comme celui sur l’asile et
l’immigration. ■
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
À droite, le voyage ministériel a
donné lieu à des passes d’armes entre
partisans d’une opposition résolue et
les alliés Constructifs de la majorité.
« Aujourd’hui, beaucoup de Français
vont partir en vacances. Ils attendent
leurs horaires du vol charter, ils ont
l’impression que, finalement, on ne vit
pas dans le même monde, a plaidé sur
CNews le député LR Damien Abad.
C’est aussi le symbole de l’arrogance du
pouvoir (…). On a encadré les frais des
députés. Et force est de constater que ce
qu’on impose aux députés, on ne l’impose pas forcément aux ministres ou au
premier ministre. C’est regrettable. »
ROBERT MÉNARD, mercredi,
dans le studio du Figaro.
Pour attirer l’attention, l’affiche en
question montrait une femme ligotée
sur des rails avec ces mots : « Avec le
TGV, elle aurait moins souffert. » Sa diffusion a déclenché une bronca sur les
réseaux sociaux et fait l’objet d’une
plainte déposée par le préfet de l’Hérault. Ménard a fini par la retirer. ■ C. S.
Une sortie qui a fait sortir de leurs
gonds les démissionnaires du parti Les
Républicains : « On comprend pourquoi
on n’est pas du tout dans le même parti,
ni dans le même groupe. Se comporter
comme vient de le faire Damien Abad est
assez indigne. Est-ce qu’on sait ce que
c’est un voyage d’un premier ministre,
c’est 60 personnes, des gens de la sécurité, des élus qui accompagnent, parfois
des chefs d’entreprise, des gens qui vont
contribuer au rayonnement de notre
pays au sein des territoires d’outre-mer.
Ne caricaturons pas les choses, c’est important que quand le premier ministre se
déplace, les gens soient dans des conditions correctes pour voyager », a défendu sur LCP le président du groupe UDI,
Agir et Indépendants à l’Assemblée,
Franck Riester.
Une ligne de défense largement partagée au sein du parti présidentiel, que
les ténors n’ont pas tardé à relayer : « Ce
n’était pas un voyage touristique ! En
Nouvelle-Calédonie, le premier ministre
devait rentrer plus vite pour un conseil de
défense. Il a fait en sorte d’arriver à l’heure pour travailler. Pas pour se promener,
a argumenté le président du groupe
LREM à l’Assemblée, Richard Ferrand.
Le week-end dernier, c’était Chambord,
le président avait loué sur ses deniers un
gîte. On a expliqué qu’il était au château… Maintenant le premier ministre revient pour faire son boulot, on nous explique que c’est trop coûteux (…). C’est de
l’argent public mais ce que fait Édouard
Philippe au service de la France, c’est
aussi d’intérêt public. »
Une justification qui fait sourire les
ex-ministres du précédant quinquennat. « Quand on part à Nouméa, on a un
calendrier, ça se prépare, on sait quand
on doit revenir. Alors pour les professionnels de l’organisation soi-disant du
nouveau monde, et bien bravo quel
exemple ! », a ainsi ironisé sur France
Inter l’ancien ministre de l’Agriculture,
Stéphane Le Foll. ■
A
de l’arrogance du pouvoir »
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
L’UE sort l’arme lourde contre Varsovie
La Commission a déclenché une procédure inédite contre la Pologne, accusée de violer l’État de droit.
droit autant que le reste de l’Union », indique Mateusz Morawiecki. Le jeune poulain de Jarosław Kaczynski, l’hyperpuissant président du parti Droit et justice,
viendra faire entendre ses arguments à
Bruxelles le 9 janvier prochain. JeanClaude Juncker l’a invité pour « intensifier
les discussions sur les sujets d’intérêt mutuel et notamment sur l’État de droit. Un
dialogue sincère est la seule voie pour résoudre nos différences », ajoute le président de la Commission européenne dans
un courrier envoyé aujourd’hui.
Même si elles se disent officiellement
prêtes à discuter, les autorités polonaises
n’ont pas reculé d’un pouce sur le fond. Le
ISABELLE ORY £@isabelleory
BRUXELLES
UNION EUROPÉENNE Contre la Pologne,
la Commission européenne vient d’inventer l’arme « nucléaire » à effet différé. Bruxelles a frappé fort symboliquement mercredi en ouvrant une procédure
inédite contre les dérives de l’État de
droit en Pologne, mais, dans le même
temps, l’exécutif européen a laissé une
porte ouverte au gouvernement de Varsovie, avec un nouveau délai pour rentrer
dans le rang. « C’est le cœur lourd que
nous initions l’article 7 du traité européen,
les faits ne nous laissent pas le choix », est
venu annoncer, d’un ton grave, le Néerlandais Frans Timmermans, à l’issue de la
réunion hebdomadaire de l’exécutif
européen. Il a mis en avant l’ensemble
des lois adoptées ces deux dernières années, qui soumettent le pouvoir judiciaire
au pouvoir politique. Le premier viceprésident de la Commission a néanmoins
précisé immédiatement que les autorités
polonaises avaient trois mois pour rectifier le tir, auquel cas Bruxelles serait prête
à revoir sa position.
Invoqué pour la première fois, l’article 7, que certains observateurs qualifient
parfois d’« option nucléaire », indique la
marche à suivre lorsqu’un État membre
ne respecte plus les valeurs communes
sur lesquelles l’Union européenne est
fondée. Son premier alinéa prévoit que la
Commission peut saisir le Parlement
européen et le Conseil des ministres pour
constater « un risque clair de violation
grave » de ces valeurs. Il faut ensuite que
le constat soit officiellement entériné par
un vote aux deux tiers des suffrages de
“
La Pologne croit
à l’État de droit autant
que le reste de l’Union
Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne, lors d’une conférence de presse, hier à Bruxelles.
l’assemblée et le soutien d’au minimum
22 pays sur 27. En revanche, il faut l’unanimité des États pour passer à la phase
suivante et éventuellement suspendre
certains droits du pays concerné, comme
le droit de vote.
Après deux ans de dialogue de sourds,
Bruxelles passe finalement à l’action.
« Treize lois au total ont été adoptées qui
mettent en danger la séparation des pouvoirs. Toute la structure de l’appareil judiciaire est affectée », a insisté Frans Timmermans. De la Cour constitutionnelle
aux tribunaux ordinaires, tous les échelons ont été repris en main. Le pouvoir
politique peut désormais mettre à la retraite maintenir et dans certains cas
nommer de manière discrétionnaire les
DUNAND/AFP
magistrats. Ces quinze derniers jours,
deux nouvelles législations ont encore été
adoptées par le Parlement polonais.
Varsovie a rapidement réagi après la
décision bruxelloise, largement anticipée.
Le nouveau premier ministre a dégainé un
message en anglais sur Twitter. « Nous
avions profondément besoin de ces réformes judiciaires. La Pologne croit à l’État de
Du fiasco électoral à l’accord sur le Brexit : comment
Theresa May a réussi à survivre à son « annus horribilis »
accord avec l’UE le lundi 4 décembre,
mettant en doute la capacité de May à
mener à bien les pourparlers. Après
quatre jours de sursis offerts par Bruxelles et d’intense offensive diplomatique,
elle a pris le risque raisonné de retourner dans la capitale européenne le vendredi suivant sans leur feu vert. C’est
elle qui les a finalement eus au bluff.
Sans régler la question qui fâche.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
Il y a quinze jours, on se demandait si
elle passerait Noël. Aujourd’hui, les barons du Parti conservateur implorent
Theresa May de rester au moins jusqu’en 2021 pour mener à bien le Brexit.
Après une année infernale de montagnes russes, celle que son ancien collègue du gouvernement George Osborne désignait comme « un cadavre
ambulant » revient de loin.
« Encore ! Encore ! », réclamaient
même des députés tories lors de la dernière séance de questions au premier
ministre de l’année, mercredi. C’est
avec un « ouf » de soulagement qu’elle
va pouvoir rentrer chez elle préparer
son oie de Noël. Le chef de l’opposition
travailliste, Jeremy Corbyn, qui se
voyait à Downing Street avant la fin de
l’année, s’est donné un an de plus.
En sursis depuis la gifle de la perte de
sa majorité aux Communes lors des
“
La résistance personnelle
de la première ministre
est extraordinaire. Elle
l’a démontré dans les
négociations avec l’UE
”
A
NICKY MORGAN, DÉPUTÉE « FRONDEUSE » TORY
élections anticipées de juin, Theresa
May finit l’année sur un succès : l’accord
conclu sur le divorce du Royaume-Uni
avec les Vingt-Sept la semaine dernière.
Ce n’est qu’une étape dans un long processus, accueillie à la satisfaction générale. Elle réduit la probabilité d’une
rupture abrupte. Les deux parties vont
désormais négocier une transition, puis
les termes de leur relation future. De
nombreuses occasions de nouveaux
psychodrames. Mais ce résultat intermédiaire met en lumière des qualités de
la dirigeante britannique, que l’on avait
enterrée un peu trop vite. À tel point que
ses homologues européens lui ont rendu
hommage par une salve d’applaudissements lors du Conseil de Bruxelles.
À domicile, malgré une autorité chahutée de toutes parts, May a réussi à
survivre à la guerre de tranchées entre
l’aile pro-Brexit et les europhiles de son
parti et son gouvernement. Sans les
mettre d’accord – il ne faut pas rêver ! –,
elle a réussi l’exploit de calmer tout le
monde. Son humiliante défaite parle-
”
MATEUSZ MORAWIECK, SOUTIEN DE KACZYNSKI
Pays « vassal » de l’Europe
Theresa May au 10 Downing Street, à Londres, le 20 décembre, avant la session
hebdomadaire des questions du premier ministre à la Chambre des communes. LEAL-OLIVAS/AFP
mentaire d’il y a une semaine apparaît
déjà comme un incident de parcours.
Les onze tories frondeurs qui ont voté
contre son gouvernement avec l’opposition pour donner au Parlement un
veto sur l’accord de sortie de l’UE sont
rentrés dans le rang, forts de leur victoire. Theresa May a habilement évité une
seconde rébellion ce mercredi, lors du
vote d’un amendement au projet de loi
de retrait de l’UE fixant la date du
Brexit. Elle a accepté en concession
qu’en cas de « circonstances exceptionnelles », celle-ci puisse être reportée.
L’ancienne ministre conservatrice
Nicky Morgan, un temps interdite d’accès à Downing Street par l’entourage de
Theresa May en raison de ses critiques
contre elle, salue « la résistance personnelle extraordinaire » de la première ministre. Mieux, elle loue un leadership «
fort et stable », le slogan de May tant
raillé pendant sa campagne ratée pour
les élections anticipées.
Sur le fil du rasoir, la chef du gouvernement gère les difficultés en intégrant
ses faibles marges de manœuvre. À la
tête d’un parti déchiré, sans majorité
absolue à la Chambre des communes,
elle est soutenue à bout de bras par les
dix députés irlandais extrémistes du
Democratic Unionist Party. Leur crise
de nerfs sur la question de la frontière
irlandaise a fait capoter l’annonce d’un
Sortir de l’ambiguïté le plus tard possible. Pour la première fois cette semaine, elle a proposé à son Conseil des
ministres de débattre des objectifs du
Brexit. Un sujet explosif qui divise les
partisans d’une divergence claire et
nette avec l’UE et ceux d’un alignement.
Malgré des grincements de dents, comme ceux de Boris Johnson fustigeant la
perspective de devenir un pays « vassal » de l’Europe, la discussion est restée
cordiale. D’ordinaire tonitruants, les
« Brexiters » ont avalé en silence les
couleuvres des concessions offertes par
Londres à Bruxelles, dont un chèque de
plus de 40 milliards. La première ministre, elle, s’est gardée de donner son avis
sur la direction à prendre. Elle espère
réunir un consensus d’ici à la fin janvier
et l’exposer dans un nouveau discours.
Les multiples complots pour renverser la première ministre sont enterrés.
Ses rivaux n’ont sans doute pas dit leur
dernier mot. Mais le maintien de Theresa May à Downing Street prouve par défaut qu’aucun d’entre eux, pour l’heure,
n’apparaît plus à même qu’elle d’accomplir la tâche. ■
L’UE veut une transition plus courte que Londres
LES VINGT-SEPT sont plus pressés
de voir le Royaume-Uni couper
définitivement les ponts avec eux
que l’inverse. Leur négociateur pour
le Brexit, Michel Barnier, a proposé
mercredi que la transition après
la sortie britannique s’achève le
31 décembre 2020. C’est trois mois plus
tôt que les deux ans « environ » après
la sortie du 29 mars 2019 souhaités par
la première ministre Theresa May.
Cette date, « logique », correspond
à la fin du budget en cours de l’Union
européenne. Les conditions de cette
période de sortie en douceur sont
à confirmer lors d’un sommet
des dirigeants de l’UE fin mars.
Dans ses directives, Bruxelles adopte
d’emblée une position très stricte visà-vis du pays sortant. Puisque Londres
a réclamé un délai de grâce, pour offrir
de la visibilité aux entreprises avant
le grand saut dans le vide, il devra
se plier aux exigences européennes.
Il faudra observer toutes les
réglementations existantes, ainsi que
les nouvelles, se plier à la supervision
de la Cour de justice de l’UE, continuer
à accepter la liberté de mouvement des
citoyens. Le tout, sans voix au chapitre.
Le Royaume-Uni perdra ses députés
au Parlement de Strasbourg,
commissaires et tout pouvoir de
décision. Contrairement à la volonté
exprimée par le gouvernement
britannique, il sera toujours soumis
à des quotas de pêche, mais des
« mécanismes de concertation
spécifiques » devraient être mis
en place dans ce domaine.
Pour Michel Barnier, il n’y aura
« pas de transition à la carte ».
Selon un porte-parole de Theresa May,
cette « position de négociation »
reste « à discuter ».
F. C.
président Duda a même fait le choix parlant d’apposer sa signature mercredi soir
sur les deux dernières lois controversées.
Varsovie sait que la procédure, aussi humiliante soit-elle, a peu de chance de déboucher sur les fameuses sanctions, la
Hongrie de Viktor Orban ayant promis son
soutien. La Commission a-t-elle même les
22 voix nécessaires pour passer le premier
cap ? Elle veut croire que oui, elle dispose
du soutien clair de Paris et Berlin. La France prône d’ailleurs déjà d’autres pistes
pour échapper à l’impasse programmée de
l’article 7. Une solution envisagée pour
l’avenir constituerait à lier le versement
des fonds structurels européens, véritable
manne pour un pays comme la Pologne,
au respect des valeurs de l’Union. ■
EN BREF
Le bloc CDU-SPD reprend
langue le 7 janvier prochain
Le bloc conservateur CDU-CSU
de la chancelière Angela Merkel
et les sociaux-démocrates
du SPD ont annoncé, mercredi,
qu’ils entameraient le 7 janvier
leurs discussions exploratoires
et décideraient avant
le 12 janvier de mener ou pas
de véritables négociations
en vue de la formation d’un
gouvernement de coalition.
L’ex-gouverneur
de Sao Paulo emprisonné
Allié du président conservateur
Michel Temer, le député
brésilien Paulo Maluf (86 ans),
ancien gouverneur, puis maire
de Sao Paulo, s’est rendu
mercredi aux autorités pour
purger une peine de sept ans
de prison pour blanchiment
d’argent à laquelle il a été
condamné en mai.
Trois Serbes arrêtés pour
le massacre de Srebrenica
Trois Serbes de Bosnie, dont
le commandant d’une brigade
des forces serbes bosniennes
pendant la guerre des années
1990, ont été arrêtés, mercredi,
pour leur participation présumée
dans le massacre de Srebrenica,
a annoncé le parquet.
La Bulgarie adopte
une loi anticorruption
Le Parlement bulgare a adopté,
mercredi, à quelques jours
du début de la présidence
bulgare du Conseil de l’UE le
1er janvier, une loi anticorruption
exigée de longue date par
la Commission européenne.
Le chef de la nouvelle institution
sera nommé par le Parlement,
et non par le président Radev,
soutenu par l’opposition,
qui a annoncé son veto à la loi.
Syrie : 19 civils tués
dans des raids de l’aviation
près d’Idlib
Dix-neuf civils dont sept enfants
ont péri dans des frappes
nocturnes, sans doute russes,
dans une localité tenue par
les rebelles dans la province
d’Idlib, dans le nord-ouest
de la Syrie en guerre,
a indiqué mercredi
l’Observatoire syrien
des droits de l’homme (OSDH).
BPCE, Société anonyme à directoire et conseil de surveillance, au capital social de 155 742 320 €. RCS Paris n°493 455 042 - Siège social : 50 avenue Pierre Mendès France 75201 Paris Cedex 13. Intermédiaire d’assurances immatriculée à l’ORIAS sous le numéro 08 045 100. Crédit photo : @riothouseprod – 12/2017 –
Jérémy Rochette,
Vincent André et Julien Durant
Fondateurs de Picture Organic Clothing
CRÉER DES VÊTEMENTS DE GLISSE ECO-DESIGNED*,
C’EST LEUR CHALLENGE.
LES ACCOMPAGNER DEPUIS LEUR CRÉATION,
C’EST LE NÔTRE.
Être la 1ère banque des PME, c’est aider les créateurs d’entreprise à se lancer comme
les 3 amis d’enfance de Picture Organic Clothing, que nous accompagnons depuis bientôt 10 ans.
Plus de portraits d’entrepreneurs sur cockpit.banquepopulaire.fr
*
Dès la phase de design, la recyclabilité, la seconde vie et la in de vie
des produits sont envisagées.
Étude TNS Kantar 2017 – Banque Populaire : 1ère banque des PME
incluant les Banques Populaires, Le Crédit Coopératif et les caisses de
Crédit Maritime Mutuel.
**
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
Téhéran et Riyad se défient au Yémen
Pour la deuxième fois en deux mois, les rebelles houthistes, soutenus par l’Iran, ont tiré un missile sur l’Arabie.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
PÉNINSULE ARABIQUE Est-ce un
avertissement de l’Iran à l’Amérique de
Donald Trump ? Ou un nouvel épisode
de la guerre menée par les rebelles yéménites houthistes contre leur voisin et
ennemi saoudien ?
Pour la deuxième fois en deux mois,
un missile balistique tiré par les houthistes, soutenus par Téhéran, a été intercepté mardi au-dessus de Riyad, la
capitale de l’Arabie saoudite, principale
alliée des États-Unis dans le Golfe. Il
s’agit d’un nouveau tir « irano-houthiste », s’est empressé d’accuser Riyad. Il a
été détruit dans le sud de la capitale,
sans faire de victimes. Alors que le tir
du 4 novembre visait l’aéroport international, celui de mardi devait frapper
le palais Yamama du roi Salmane, a affirmé la chaîne de télévision pro-houthiste al-Masirah. Mais contrairement
au premier tir, le Pentagone s’est abstenu, cette fois, de montrer du doigt
l’Iran. « Le ministère de la Défense a pris
connaissance des récentes informations
selon lesquelles les forces houthistes basées au Yémen ont tiré un missile balistique sur l’Arabie saoudite », a indiqué un
de ses porte-parole.
Une semaine après le premier tir de
missile, le Pentagone avait déclassifié
des informations et, pour faire montrer
la pression sur Téhéran, Nikki Haley,
l’ambassadrice américaine à l’ONU,
s’était déplacée dans une base américaine près de Washington pour exposer des
restes d’un missile Qiam de fabrication
iranienne, selon les États-Unis, et de
trois autres armes livrées par l’Iran à
leurs alliés yéménites. Mais la démonstration n’avait pas convaincu. Interrogés par le New York Times, des experts
militaires ont reconnu être incapables de
savoir quand ces pièces avaient été livrées aux houthistes, et même pour certaines d’entre elles quand elles avaient
été utilisées. Il ne fait guère de doute
que, comme l’avait affirmé Emmanuel
Un module de guidage de roquette Qiam
et, ci-dessous, un drone kamikaze
de provenance iranienne utilisés
par les rebelles houthistes et présentés
mi-décembre par les Américains.
CLIFF OWEN/AP ; JIM WATSON/AFP
Des rebelles houthistes évacuent
un corps après une attaque aérienne
sur un centre de détention à Saana.
HANI AL-ANSI / DPA
Macron à Riyad début novembre, le premier missile tiré par les houthistes était
iranien. Mais le flou persiste sur la date à
laquelle les armes auraient été réceptionnées – avant ou après l’embargo décrété par l’ONU sur les livraisons d’armes aux insurgés yéménites.
En réponse, l’Iran a « fermement »
démenti les accusations saoudiennes et
américaines. « Nous n’avons aucune relation d’armement avec le Yémen », a affirmé mercredi Bahram Ghassemi, le
porte-parole du ministère des Affaires
étrangères à Téhéran. Selon lui, le
« blocus », imposé par l’Arabie et ses alliés arabes engagés militairement au
Yémen contre les houthistes, rendait de
toute façon impossible toute livraison
d’armes.
Faible présence du Hezbollah
Au lendemain du second tir de missile,
et contrairement à ce qu’elle avait fait
début novembre, la coalition arabe, qui
contrôle l’espace aérien yéménite et
l’accès à ses ports, a maintenu ouvert le
port de Hodeïda, sur la mer Rouge,
pour un mois. Cette fermeture des ports
et aéroports avait causé des pénuries
alimentaires dans un pays ravagé par
une guerre qui a fait plus de dix mille
morts et deux millions de déplacés,
alors qu’une épidémie de choléra a affecté un million de personnes.
100% numérique
en illimité, 30 jours gratuits
sans engagement
découvrez l’expérience « la numérique »
une autre façon de lire L’Équipe
toutes les avant-premières
et contenus exclusifs
A
2
le journal L’Équipe dès 0h30,
même hors connexion
rendez-vous sur
Conditions générales de vente : offre sans engagement valable pour tout nouvel abonnement numérique souscrit à L’Équipe. À l'issue du 1er mois offert, l'abonnement
sera automatiquement reconduit au prix de 9,99€/mois. Vous pouvez vous désabonner à tout moment par simple mail envoyé à notre service client.
« Ces tirs de missiles sont des avertissements lancés par l’Iran pour dire aux
États-Unis que s’ils continuent leurs menaces leurs bases militaires dans le Golfe
seront des cibles », confie un diplomate
arabe. En général, l’Iran répond aux
menaces de manière asymétrique en
actionnant ses relais au Moyen-Orient.
Au Yémen, outre les houthistes, Téhéran disposerait d’une douzaine de
conseillers militaires dépêchés par son
allié libanais, le Hezbollah, selon les
services de renseignements français.
« Ce n’est pas beaucoup, précise-t-on à
l’Élysée, c’est pourquoi nous pensons
que c’est un dossier sur lequel l’Iran et le
Hezbollah pourraient faire des gestes
vis-à-vis de l’Arabie. » À Paris, on reconnaît que le Yémen n’est pas stratégique pour l’Iran, contrairement à
l’Irak, la Syrie et le Liban.
D’autres estiment qu’à travers ces
tirs répétés les houthistes cherchent à
forcer Riyad à un compromis. Et ce au
moment où les Saoudiens viennent de
perdre l’ancien président yéménite, Ali
Abdallah Saleh, tué par ses ex-alliés
houthistes alors qu’il venait d’appeler
au compromis avec l’Arabie. Depuis ce
revers, Ryad a accentué les bombardements contre le fief des houthistes dans
le nord du Yémen, faisant 136 morts civils entre le 6 et le 16 décembre, selon
l’ONU. ■
Colombie : Ivan Duque
le candidat anti-Farc
S’il est élu président en mai, il entend réviser
les accords passés avec la rébellion marxiste.
PATRICK BÈLE £@Patrickbele
AMÉRIQUE DU SUD L’enjeu de la présidentielle colombienne, prévue en
mai 2018, est clair : l’application des accords de paix avec les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie).
L’élection d’Ivan Duque, qui portera les
couleurs du Centro Démocratico, le parti
d’Alvaro Uribe, principal pourfendeur
des accords de La Havane, pourrait en
effet fragiliser ces accords de paix ayant
mis fin à plus d’un demi-siècle de conflit
armé. Le dernier sondage du quotidien
El Tiempo lui accorde la seconde place
des intentions de votes, avec 11,3 %,
derrière Sergio Fajardo (15,7 %) de la
Coalition Colombie, appuyée par la
Alianza Verde de Claudia Lopez et le Polo
Democratico de Jose Enrique Robledo.
« La première chose que je rejette
(dans ces accords de paix) c’est le fait
qu’on puisse considérer le narcotrafic
comme un délit amnistiable, explique au
Figaro Ivan Duque. Je présenterai une
réforme pour que ces délits ne le soient
plus. » Dans les accords de paix, le narcotrafic est considéré comme un délit
connexe et donc amnistiable, s’il
constituait un moyen de financement
de la guérilla.
Pour Ivan Duque, le laxisme du gouvernement sur le narcotrafic depuis le
début des négociations a provoqué une
explosion des cultures de coca. Il préconise le retour à l’arrachage obligatoire et
aux fumigations, malgré les dégâts sur la
santé et l’environnement qu’elles provoquent. Selon lui, « l’éradication et la
substitution des cultures de coca doivent
être obligatoires et non pas volontaires »,
comme il est prévu dans les accords.
Ivan Duque rejette également l’idée
que des responsables des Farc puissent
prétendre se présenter aux élections présidentielle et législatives. « Les criminels
contre l’humanité, affirme-t-il, ne peuvent être élus tant qu’ils n’ont pas payer
pour les dommages aux victimes, qu’ils
n’ont pas dit toute la vérité et qu’ils n’ont
pas accompli leurs condamnations. » Le
candidat uribiste rejette la « justice transitionnelle » du Tribunal spécial pour la
paix, qui a été créé dans le cadre des accords de paix. « La justice spéciale est une
source d’impunité. C’est une insulte inacceptable aux victimes. » Il veut que les tribunaux qui jugeront les responsables des
Farc soient sous l’autorité de la justice ordinaire, pour que les peines prononcées
soient à la hauteur des délits constatés.
Des difficultés sur le terrain
Enfin, Ivan Duque estime que les Farc
n’ont pas remis toutes leurs armes et
qu’une partie de leurs militants restent
actifs. « Les Farc, assure-t-il, ont donné
une liste de 7 000 membres dont ne font
pas partie les miliciens. Aujourd’hui plusieurs centaines de dissidents sont actifs
sur le terrain, notamment dans le narcotrafic. Ils continuent de contrôler de vastes zones du territoire. »
Le Centro Democratico estime qu’il
ne sera pour autant pas contraint de renégocier les accords avec les Farc. « Ce
n’est pas nécessaire, explique Ivan Duque ; la Cour constitutionnelle a été très
claire : les modifications peuvent se faire
dans le cadre des textes d’application. On
peut faire des réformes à travers un référendum, le Congrès ou par une Assemblée
constituante. Je pense que la majorité des
modifications doivent pouvoir se faire
avec le Congrès. »
L’appui du très populaire Alvaro Uribe est un atout de poids dans le jeu électoral d’Ivan Duque. La critique faite par
l’ancien président des accords avec les
Farc porte auprès de la population colombienne, qui constate les difficultés
que rencontre l’application sur le terrain de ce qui a été négocié. ■
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
SOCIÉTÉ
11
Emmanuel Macron « à l’écoute »
des religions, au nom de la laïcité
Le chef de l’État rencontre, jeudi, à l’Élysée les représentants des différents cultes.
probable que soit évoquée la Fondation
pour l’islam, véritable serpent de mer.
Car si elle est toujours présidée par JeanPierre Chevènement, et censée assurer le
financement culturel pour l’islam, elle
tourne pourtant au ralenti.
RELIGION Le président de la République
veut « écouter » les religions. Tel est du
moins, selon une source bien informée,
l’objectif de la rencontre programmée à
l’Élysée ce jeudi avec les représentants
des grandes religions en France. Le rendez-vous avait été initialement prévu le
7 décembre. Mais la mort de Jean
d’Ormesson et de Johnny Hallyday avait
totalement bousculé le calendrier présidentiel. Cette date avait été choisie en vue
du 9 décembre, Journée nationale de la
laïcité, date anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905.
Emmanuel Macron devait alors prononcer une grande allocution politique sur sa
vision de la laïcité, un marqueur essentiel
de la société française et de sa culture.
Mais ce 21 décembre, le président ne devrait pas sortir de sa poche le discours
qu’il avait écrit il y a deux semaines. Il le
réserverait pour une autre occasion.
Peut-être début janvier, quand il présentera ses vœux aux religions lors des multiples cérémonies prévues au palais
présidentiel.
« La réunion de jeudi ne sera pas une
réunion de format “grand discours”, avance une source ministérielle, mais une prise
de contact sous la forme d’une rencontre et
d’un échange pour entendre ce que les religions ont à dire et où sont leurs inquiétudes.
Le président regarde avec confiance les religions comme des forces vives de la société.
Il s’est engagé à travailler avec elles, mais il
rappellera aussi le cadre de ce dialogue : la
République, avec des règles communes qui
s’appliquent à tous. » En l’occurrence,
c’est bien la République qui invite ici les
religions. Et elles n’étaient pas « spécialement demandeuses », note une source
confessionnelle.
Une initiative républicaine qui explique
la présence annoncée de deux ministres
de poids : Gérard Collomb, ministre de
l’Intérieur, chargé des cultes, et Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation
nationale. Ils incarnent « deux facettes de
la laïcité », insiste un conseiller ministériel en soulignant l’idée non d’un face-àface mais d’une « nouvelle méthode d’approche plus fluide » de ces questions
sensibles et de la façon de les résoudre.
Comme une main tendue
Le président de la République lors des célébrations du 500e anniversaire de la Réforme
protestante, le 22 septembre, à l’hôtel de ville de Paris. R GAILLARD/POOL/MAXPPP
Aussi devrait-il être question du lancement d’une « instance de dialogue avec les
religions », un concept cher à Gérard Collomb, qui ne devrait être effectif au ministère de l’Intérieur qu’au cours du premier trimestre 2018. Sa vocation ? Un
espace de régulation entre l’État français
et les instances religieuses. Autre sujet
abordé lors de cette rencontre : la décentralisation de « l’instance de dialogue
avec l’islam » que Bernard Cazeneuve et
Manuel Valls, alors respectivement ministre de l’Intérieur et premier ministre,
avaient promue, nationalement, pour régler les problèmes posés par cette religion. Ce dialogue avec l’islam sera désormais régionalisé. Une façon d’être « plus
éloigné de la salle d’honneur du ministère
de l’Intérieur » mais « plus proche du terrain et plus adapté aux différentes situations », indique un connaisseur du dossier. Sur la même thématique, il est
Après Maëlys, Nordahl Lelandais
soupçonné d’avoir tué un militaire
Cet homme de 34 ans a été mis en examen mercredi pour assassinat
dans le cadre de la disparition, en avril dernier, d’un caporal de 23 ans.
JULIEN LICOURT £@julienlicourt
ENQUÊTE L’étau se resserre autour de
Nordahl Lelandais. Déjà soupçonné
d’avoir tué la petite Maëlys cet été en Isère,
le jeune homme de 34 ans vient d’être mis
en examen « pour des faits d’assassinat »
dans le cadre de l’enquête sur la disparition d’un militaire en Savoie au printemps dernier, a annoncé mercredi
Thierry Dran, le procureur de la République de Chambéry. En garde à vue depuis
lundi, l’ancien maître-chien de l’armée a
été déféré mercredi matin pour être présenté à un juge d’instruction.
La disparition d’Arthur Noyer, 23 ans,
caporal du 13e bataillon de chasseurs alpins, remonte à la nuit du 11 au 12 avril
dernier. Le militaire a dîné dans un restaurant de Chambéry, avant de se rendre
dans un bar puis dans une boîte de nuit.
Son téléphone déclenche des relais montrant qu’il sort de l’établissement un peu
avant 3 heures du matin. Il se retrouve
rapidement hors de la ville et la vitesse à
laquelle les relais sont activés montre
qu’il se déplace en voiture. D’importants
moyens de recherches avaient été déployés pour le retrouver. Sans succès.
Mais grâce aux images de vidéosurveillance et aux recoupements, a indiqué
le procureur de Chambéry, une nouvelle
piste est apparue : les gendarmes ont repéré la présence d’un véhicule de marque Audi près des lieux où se trouvait Arthur Noyer dans la soirée du 11 au 12 avril.
Nordahl Lelandais, meurtrier présumé
de la petite Maëlys. FACEBOOK
Près de 2 900 personnes en Savoie
étaient alors détentrices de ce type de
véhicule. « Après l’affaire Maëlys, un lien
a pu être fait avec le véhicule de Nordahl
Lelandais », explique Thierry Dran.
« Des moments concordants »
Le procureur a détaillé les éléments qui
ont été retenus contre le suspect. Il en
existe trois principaux. Tout d’abord, les
deux téléphones de Nordahl Lelandais
ont déclenché les mêmes relais téléphoniques qu’Arthur Noyer, au cours de la
nuit de sa disparition. Les deux téléphones du suspect ont été éteints vers 3 heu-
res et demie du matin, à 10 minutes d’intervalle. Ensuite, le véhicule du suspect a
été identifié sur des images de vidéosurveillance « à des moments concordants »
aux relevés téléphoniques. Enfin, peu de
temps après, Nordahl Lelandais a effectué
sur Internet la recherche « décomposition
d’un corps humain ». Nordahl Lelandais
« a contesté l’ensemble des faits tout en
admettant s’être retrouvé à Chambery et
Saint-Baldoph, donc en même temps
qu’Arthur Noyer », a expliqué le procureur de Chambéry. En outre, lundi dernier, l’ADN d’Arthur Noyer a été identifié
sur un crâne retrouvé le 7 septembre sur
un chemin de randonnée de la région. Un
événement qui a précipité les choses
puisque, dans la foulée, le suspect était
placé en garde à vue.
Nordahl Lelandais est-il un tueur en série ? C’est ce que se demande la justice. Le
procureur affirme que « toutes les disparitions inquiétantes qui ont eu lieu dans la région », et restées inexpliquées, vont être
examinées. Selon France 2, les enquêteurs
s’intéressent particulièrement à deux affaires non résolues, datant de 2011 et 2012.
Il s’agit, dans les deux cas, d’hommes disparus sans laisser de trace après un festival de musique électronique, en Savoie.
Comme Arthur Noyer, ils ont été vus pour
la dernière fois en faisant du stop. Toujours selon France 2, des vérifications
pour découvrir un éventuel lien avec la
tuerie de Chevaline seraient en cours. Des
informations que le parquet n’a pas souhaité confirmer ou infirmer au Figaro. ■
De son côté, l’Église catholique fait profil
très bas, à la veille de cette réunion. Elle
ne souhaite pas s’exprimer avant qu’elle
ne se déroule, et elle y envoie Mgr Pascal
Delannoy, évêque de Saint-Denis, simple
vice-président de la Conférence des évêques de France. L’Assemblée des évêques
orthodoxes de France, représentée par le
métropolite Emmanuel, dit compter,
pour sa part, « sur l’intelligence du chef de
l’État pour construire, ensemble, une relation partenariale avec les cultes en France
sur tous les sujets sociétaux ou autres »,
afin de « préserver » une « laïcité intelligente et l’intelligence de la laïcité ».
Même appréciation positive de l’initiative présidentielle, vue comme une main
tendue du côté musulman. Ahmet Ogras,
président du Conseil français du culte
musulman (CFCM), salue le « cadre apaisé » de ce dialogue et la « prise en considération » des religions par le président
de la République. Mais il évoquera devant
lui les difficultés de fonctionnement du
CFCM et l’importance de la « liberté » religieuse en France. Sans oublier la nécessité pour lui « de tenir le statu quo pour la
ville de Jérusalem-Al Quds ». Le judaïsme,
représenté par le grand rabbin Haïm
Korsia, insistera lui aussi sur le « libre
exercice du culte » mais alertera sur la
« préservation de l’abattage rituel ». Et
plaidera pour le « retour » des religions
au sein du Conseil consultatif national
d’éthique (CCNE).
Enfin, tous défendront collectivement
« la présence des émissions religieuses »
sur le service public. Et plus encore l’importance de la question des réfugiés en
France. C’est François Clavairoly, président de la Fédération protestante de
France (FPF), qui l’exprime avec le plus
de netteté à l’encontre de la politique Macron : « Pourquoi un tel durcissement sur
le sujet de l’accueil des exilés alors que la
France peine à tenir ses engagements
européens de 30 000 accueillis ? C’est indigne d’un pays comme le nôtre. » ■
Neuf ans après s’être vu
accorder un peu plus de
400 millions d’euros,
l’homme d’affaires Bernard
Tapie a été renvoyé en
correctionnelle pour
« escroquerie » et
« détournement de fonds
publics », dans l’affaire
de l’arbitrage controversé
qui devait solder son litige avec
le Crédit lyonnais. L’ancien
patron de l’Olympique
de Marseille doit être jugé
avec cinq autres protagonistes,
dont l’actuel patron d’Orange
et ancien directeur de cabinet
de la ministre de l’Économie
Christine Lagarde, Stéphane
Richard.
EN BREF
Affaire Grégory :
Marcel Jacob autorisé
à rentrer chez lui
Un mois après sa femme,
Jacqueline, Marcel Jacob, mis
en examen avec son épouse
pour l’enlèvement de leur
petit-neveu, Grégory, en 1984,
a été autorisé, mercredi,
à rentrer chez lui, à Aumontzey
dans les Vosges. Il lui est ainsi
permis d’entrer en relation
avec son épouse, mais les autres
obligations du contrôle
judiciaire sont maintenues.
Collision à Millas : une
information judiciaire
ouverte contre la
conductrice du bus pour
« homicides et blessures
involontaires »
La conductrice du car scolaire
entré en collision le
14 décembre avec un train
à Millas (Pyrénées-Orientales),
tuant six collégiens, « devrait
être mise en examen » après son
audition, a indiqué le procureur
de Marseille. Une information
judiciaire pour « homicides
et blessures involontaires »
a été ouverte mercredi, à l’issue
de sa garde à vue. Le parquet
requiert son placement
sous contrôle judiciaire
avec l’interdiction « de conduire
tout véhicule ».
APPEL D’OFFRES - AVIS D’ENQUETE
01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr
PREFECTURE DU VAL-D’OISE
DIRECTION DÉPARTEMENTALE DES TERRITOIRES
---------------
Service Urbanisme et Aménagement Durable Pôle Études et Aménagement Durable
Mission Immobilier Foncier et Procédures
AVIS D’ENQUÊTES PUBLIQUE ET PARCELLAIRE
Commune de Gonesse
Par arrêté n° 2017-14365 en date du 13 décembre 2017, le préfet a prescrit à la demande de
Grand Paris Aménagement (GPA), au profit de l’Établissement Public Foncier d’Ile-de-France
(EPFIF), l’ouverture d’une enquête publique portant sur la déclaration d’utilité publique du
projet d’aménagement de la zone d’aménagement concerté (ZAC) du Triangle de Gonesse, et
d’une enquête parcellaire préalable à la cessibilité des terrains nécessaires à l’aménagement
dudit projet
Cette enquête se déroulera du lundi 08 janvier 2018 au mercredi 21 février 2018 inclus.
Pendant ce délai, les personnes intéressées par ce projet pourront prendre connaissance des dossiers à la mairie de Gonesse et consigner leurs observations sur les registres ouverts à cet effet,
aux heures habituelles d’ouverture au public des bureaux.
Elles pourront également transmettre leurs observations par écrit au commissaire-enquêteur qui
les annexera aux registres des enquêtes.
Le public pourra également consigner ses observations sur l’utilité publique de l’opération, par
voie électronique à l’adresse suivante :
projet-amenagement-zac-triangle-gonesse@enquetepublique.net
et sur le registre dématérialisé via le site internet :
http://projet-amenagement-zac-triangle-gonesse.enquetepublique.net
Le dossier d’enquête d’utilité publique pourra être consulté via le site internet visé ci-dessus et/
ou sur un poste informatique mis à disposition du public à Gonesse, Bâtiment des Bureaux du
Parc, 66 rue de Paris à Gonesse, du lundi au vendredi, de 09h00 à 12h00 et de 13h30 à 17h30.
Bruno FERRY-WILCZEK, Architecte et consultant en environnement, est nommé commissaire
enquêteur pour conduire cette enquête. Il se tiendra à la disposition du public afin de recevoir
les observations et déclarations des intéressés en mairie de Gonesse aux lieux, dates et heures
précisées ci-après :
– Bâtiment des Bureaux du Parc, 66 rue de Paris, les :
• lundi 8 janvier 2018 de 9h00 à 12h00
• mardi 16 janvier 2018 de 16h00 à 19h00
• mercredi 24 janvier 2018 de 14h00 à 17h00
• vendredi 2 février 2018 de 14h30 à 17h30
• mercredi 21 février 2018 de 14h30 à 17h30 (date de la clôture de l’enquête)
– Pôle Population Education et Solidarité (PPES) – 1 rue Pierre Salvi, les :
• samedi 10 février 2018 de 9h00 à 12h00
• samedi 17 février 2018 de 9h00 à 12h00
Une réunion d’information et d’échanges avec le public sur le projet sera organisée le mercredi
31 janvier 2018 de 20h00 à 23h00, à la salle Jacques Brel, 5 rue du commandant Maurice Fourneau à Gonesse.
En complément du dossier déposé en mairie et de la rencontre avec le commissaire enquêteur,
des informations peuvent être demandées à Alexandra ESPINOSA, Directrice de projets à la
Direction territoriale Grand Paris Nord Bâtiment 033 – Parc du Pont de Flandre 11 rue de Cambrai CS 10052-75945 Paris cedex 19 tél : 01.40.04.59.08
@ : alexandra.espinosa@grandparisamenagement.fr.
Les conclusions émises par le commissaire-enquêteur seront communiquées à toute personne
concernée qui en fera la demande au directeur départemental des territoires ou à la mairie
concernée. Elles seront également diffusées sur le site internet de la préfecture du Val-d’Oise,
rubrique Actions de l’État, onglet urbanisme.
A
JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois
ZOOM
Arbitrage controversé :
un procès pénal
pour Bernard Tapie
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
12
SOCIÉTÉ
PMA pour toutes : les associations
craignent de ne pas peser dans le débat
Ce sujet sensible
sera examiné
dans le cadre
des États généraux
de la bioéthique.
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
ÉTHIQUE Les États généraux de la bioéthique, c’est le cadre choisi pour débattre de la PMA pour toutes. Une grande
consultation citoyenne sur laquelle
Emmanuel Macron mise pour bâtir « le
plus large consensus possible », condition
qu’il a posée pour légiférer sur l’extension
de la PMA aux célibataires et aux couples
de femmes. Actuellement, cette technique de procréation est réservée aux couples hétérosexuels infertiles.
L’organisation de ces États généraux,
préalables à la révision de la loi de bioéthique, devrait être annoncée officiellement le 11 janvier par leur pilote, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).
Mais dans la coulisse, les préparatifs ont
déjà commencé. Les espaces de réflexion
éthique régionaux, chargés de faire vivre
les échanges dans toute la France, sont
dans les starting-blocks. Chacun d’entre
eux est actuellement en train de choisir
deux grandes thématiques. Celui des pays
de la Loire, par exemple, a déjà programmé trois débats, dont un fin janvier sur
« l’assistance médicale à la procréation
pour « tou.te.s ». Un intitulé rédigé en
écriture inclusive pour intégrer les hommes au débat et l’élargir à la GPA (gestation pour autrui).
Si nombre de sujets majeurs - comme
l’intelligence artificielle, la modification
génétique, les données massives des patients (big data) ou encore la recherche
sur l’embryon - devraient être abordés
par les citoyens en vue de la révision de la
loi de bioéthique, les discussions sur la
PMA seront chargées d’un poids politique
tout particulier. Reste à savoir si ce sujet
potentiellement explosif pour le gouvernement sera noyé dans la multitude des
thèmes abordés. Conscientes de l’enjeu,
les associations opposées à la PMA « sans
père », mais aussi celles qui réclament
son ouverture à toutes les femmes, s’inquiètent de la place qui leur sera octroyée
dans cette réflexion. La Manif pour tous
compte bien faire entendre sa voix.
« Nous sentons une
grande attente de nos
sympathisants et de
l’ensemble des Français pour ces échanges, prévient Ludovine de la Rochère, la
présidente du mouvement. Mais les objectifs de ces États généraux doivent être
clarifiés. Une absence
de consensus sur la
PMA pourra-t-elle
être prise en compte ?
S’agit-il de s’écouter
les uns les autres et
d’élaborer ensemble
un projet ou seulement
d’amener à une conclusion écrite à l’avance ? » Et de pointer
que l’institution qui
sera chargée d’une synthèse de cette
consultation, le Comité consultatif national d’éthique, a rendu cette année un avis
favorable à la PMA pour toutes. Quant
aux espaces éthiques régionaux, aurontils la volonté et les moyens de laisser tous
les points de vue s’exprimer et de les res-
tituer ? La circulaire adressée par le ministère de la Santé, fin novembre, aux organisateurs des débats ne précise pas
comment les contributions des citoyens
seront restituées et comment le choix des
intervenants sera effectué. Elle les appelle
cependant à
En haut :
des militants de la Manif
pour tous défilent,
en janvier 2013, pour
s’opposer à la loi Taubira.
Ci-contre :
lors de la marche LGBT,
en juin 2013, des femmes
réclament le droit
à la PMA pour toutes.
Ci-dessous :
réalisation d’une
fécondation in vitro dans
le cadre d’une PMA.
SÉBASTIEN SORIANO/
LE FIGARO, LIONEL PRÉAU/
RIVA PRESS, BURGER/PHANIE
Jean-François Mattei :
« Une révolution
sociétale majeure
se profile »
A
LE FIGARO. - Quel regard portez-vous
sur les prochains états généraux
de la bioéthique, ces échanges
citoyens qui précèdent la révision
de la loi ?
Jean-François MATTEI. - La consultation des citoyens est utile mais il faut se
garder de considérer qu’il en sort une
parole absolue. Le danger, c’est que celui qui parle le plus fort l’emporte.
Quand vous faites une conférence citoyenne sur la vaccination, par exemple, ce ne sont pas les défenseurs de la
vaccination qui s’expriment le plus
mais les groupes qui s’y opposent. Il
faut débattre mais le politique ne doit
pas se défausser de son rôle de décideur. Par ailleurs, le principe d’une
révision programmée de la loi de bioéthique à intervalles réguliers a un double inconvénient. D’un côté, il donne
l’impression qu’il existe une date de
péremption sur des grands principes
éthiques et de l’autre, ce calendrier
peut mettre en attente de nouvelles
techniques sur lesquelles il aurait fallu
légiférer plus tôt.
La question de l’ouverture
de la PMA aux femmes seules
et aux couples de femmes
a-t-elle sa place
dans les états
généraux
de la bioéthique ?
Ce n’est plus une
question technique ni médicale. Mais la question de l’enfant doit se
des encore plus nombreuses et peu
poser. On aborde ce débat par le maud’offres, vous créez une situation de
vais côté en considérant exclusivement
marché. La réponse qui s’imposera sera
le désir des adultes. Quand on se dealors celle de l’argent. Il y a donc un
mande si le désir des femmes d’avoir un
risque de mettre à bas un grand prinenfant par PMA est légitime, si elles
cipe de l’éthique à la française, la grasont capables de l’aimer et de l’élever,
tuité du vivant sous toutes ses formes
la réponse est toujours oui. Mais il ne
(le sang, les organes…).
faut pas faire l’impasse sur
l’enfant. Le débat ne doit pas
Quid de l’anonymat
ignorer cette question cendes donneurs ? Permettre
trale du développement psyaux enfants nés d’un don
chologique d’un enfant
de connaître leurs origines
conçu délibérément sans
ne serait-il pas une
père. Aujourd’hui, nous
manière de leur donner un
n’avons pas de réponse abpère, tout du moins
solue à cette question, par
symbolique ?
manque de recul et d’études
Aujourd’hui, le don est
Avec des
sur des cohortes dans la dugratuit, désintéressé, anodemandes
rée. Au nom du principe de
nyme. Le donneur donne
précaution, je ne suis pas sûr
son sperme pour permettre
encore plus
qu’il soit légitime de prendre
à un couple infertile d’avoir
nombreuses
ce risque.
un enfant et non avec l’idée
et peu d’offres, que ce dernier puisse frapvous créez
per à sa porte vingt ans plus
Vous craignez aussi
tard en disant « Coucou
que la PMA pour toutes
une situation
papa, c’est moi ». D’autant
fasse tomber un des piliers
de
marché.
que son don est utilisé en
de l’éthique française :
La réponse
moyenne une dizaine de
la gratuité du don.
Il y a aujourd’hui un déficit
qui s’imposera fois… L’anonymat est donc
apparu comme une soluen donneurs et les couples
sera alors
tion préférable bien qu’imhétérosexuels infertiles atcelle de
parfaite car la demande des
tendent un don entre un et
l’argent
adolescents qui entrent
deux ans. Avec des demanPIERRE VERDY/AFP
ANCIEN MINISTRE de la Santé, JeanFrançois Mattei a révisé en 2004 la loi
de bioéthique dont il avait été le rapporteur à l’Assemblée nationale en
1994. Dans son essai Questions de
conscience *, ce généticien, qui a aussi
présidé la Croix-Rouge, s’interroge sur
les enjeux éthiques du XXIe siècle.
»
dans une quête quasi obsessionnelle de
leurs origines peut se comprendre.
Craignez-vous une révolution de la
parentalité et des atteintes à la filiation?
Avant, sexualité et procréation allaient
de pair. Avec la contraception, sexualité et procréation ont été séparées.
Maintenant, on a la procréation sans la
sexualité. En parallèle, les structures
familiales se sont fragilisées et diversifiées depuis une trentaine d’années. La
société conforte leur diversité. Cela
prépare le chemin à une conception
avec des gamètes fabriqués à partir de
cellules-souches et avec un utérus artificiel, aujourd’hui testé sur des agneaux
prématurés. C’est une révolution sociétale majeure qui se profile. De quoi
mettre à terre des millénaires de transmission entre générations. Je trouve
cela extrêmement dommage car on
porte atteinte à la filiation, qui n’est pas
seulement de la biologie mais aussi
l’ancrage et le passage de relais d’une
histoire familiale. Nous verrons quel
sera le résultat après trente ans de procréation hors du schéma naturel. Il ne
faut pas exclure l’hypothèse d’un sursaut car l’individualisme n’a jamais été
une solution de bonheur. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR A. L.
* Éditions Les Liens qui libèrent.
ne pas se restreindre « à des débats d’experts ». Alliance Vita, association partenaire de la Manif pour tous, met également en garde contre des États généraux
qui ne seraient qu’une « vitrine », en
écartant du débat les mouvements associatifs « qui ont des convictions » et « humanisent les échanges grâce à leur expérience du terrain ». « Nous avons envie de
jouer le jeu de ces États généraux mais non
d’avaliser un système où les politiques se
défausseraient sur ce système participatif
pour trancher », relève son délégué général, Tugdual Derville.
Du côté de l’Inter-LGBT, on regarde
aussi avec méfiance le cadre du débat.
L’inter-associative lesbienne, gaie, bi et
trans considère en effet que la loi de bioéthique « n’est pas le bon véhicule » pour
traiter de l’extension de la PMA, une
question « d’égalité et non d’éthique ».
« Donnera-t-on enfin la parole aux personnes qui sont réellement concernées, aux
femmes qui ont déjà eu recours à la PMA,
aux médecins qui la pratiquent et aux associations qui sont devenues spécialistes du
sujet ? Ou allons une fois de plus laisser des
“experts” déconnectés de la réalité disserter entre eux ? », s’agace Laurène
Chesnel, déléguée Familles de l’InterLGBT. Le collectif BAMP, association de
patients de l’AMP et de personnes infertiles, attend enfin « une véritable réflexion
sur le sujet de la baisse de fertilité qui est
devenu un enjeu de santé publique ». Virginie Rio, sa fondatrice, espère « des
avancées concrètes » sur les questions de
préservation de la fertilité, la prise en
charge des patientes et « la construction
d’un cadre éthique à l’ouverture de la PMA,
en phase avec la société française ». ■
LES ÉTAPES
DU DÉBAT
➔ Les États généraux de la
bioéthique se dérouleront
« de fin 2017 au printemps
2018 », selon une circulaire du
ministère de la Santé adressée
fin novembre aux directeurs
des espaces de réflexion
éthique régionaux. Au
printemps, ces débats feront
l’objet d’une synthèse du
Comité consultatif national
d’éthique (CCNE) remis
à l’Office parlementaire
d’évaluation des choix
scientifiques et
technologiques (OPECST).
Cette grande consultation sera
clôturée par un « événement
de niveau national » le 7 juillet,
sept ans après la loi de
bioéthique de 2011.
➔ Un site Internet sera lancé
en janvier pour recueillir l’avis
des citoyens, des associations
et des sociétés savantes.
Les espaces éthiques sont
également priés d’intégrer
les étudiants à la réflexion.
Des travaux avec Sciences Po
ont notamment été prévus.
Des «conférences de
citoyens», avec un panel de
Français qui donneraient leur
avis, sont aussi envisagées.
➔ Associations, scientifiques
et religieux sont reçus depuis
la rentrée par le président
du CCNE, Jean-François
Delfraissy, qui enchaîne
les auditions. Avant la révision
de la loi, l’instance recevra
aussi les contributions de
l’Agence de biomédecine, du
Conseil d’État et de l’OPECST.
➔ L’objectif est l’adoption
d’une loi de bioéthique
au premier semestre 2019.
Le travail interministériel
sur le projet de loi débutera en
parallèle des États généraux.
L’objectif est de le finaliser
à l’été 2018 pour un dépôt
au Parlement à l’automne.
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
SCIENCES
13
Protéger la nuit, un enjeu pour la nature
Lutter contre la pollution lumineuse n’est pas toujours simple. Des régions inventent les trames noires.
Des cerfs dans le comté d’Essex, en Angleterre. Les éclairages peuvent représenter des barrières infranchissables pour les animaux ou, au contraire, agir comme des leurres.
La combinaison de quatre télescopes au Chili a
permis d’observer des détails sur une géante rouge.
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrilevan
ASTRONOMIE Située à 530 années-lumière de la Terre dans la constellation de
la Grue, l’étoile Pi1 Gruis mérite bien son
nom de géante rouge. Elle est d’une masse
comparable à celle du Soleil, mais comme
elle arrive en fin de vie, elle a beaucoup
gonflé et son diamètre est 350 fois plus
grand que notre étoile. Une cible parfaite
pour réaliser l’image la plus détaillée de la
surface d’une étoile, avec l’utilisation
combinée de quatre télescopes de l’Observatoire européen austral au Chili (le
VLTI de l’ESO). Un tour de force technique qui apporte aux astronomes des informations précieuses sur la manière
dont fonctionnent les étoiles.
L’étoile a beau être très grande, son
diamètre apparent est tout de même très
petit dans le ciel, puisqu’il correspond à la
taille d’une pièce d’un euro distante de
300 kilomètres. « Pour réussir à voir des
détails à la surface, Claudia Paladini et ses
collègues européens ont dû combiner la lumière de quatre télescopes pour simuler un
télescope virtuel de plus d’une centaine de
mètres de diamètre, ce qui correspond à
l’écartement maximum entre les télesco-
La photo livre des informations précieuses
sur la manière dont l’énergie circule à
l’intérieur de cette étoile en fin de vie. ESO
pes », explique Pierre Kervella, astronome à l’Observatoire de Paris. Une technique de combinaison de la lumière qui
porte le nom d’interférométrie.
Cellules de convection
« La qualité de l’image obtenue tient au fait
qu’on a pu combiner en une seule fois la lumière venant des quatre télescopes, grâce
à l’instrument Pionier conçu et construit à
l’Institut de planétologie et d’astrophysique de Grenoble », assure Alain Jorissen,
professeur à l’Université libre de Bruxelles et membre de l’équipe qui a publié
cette observation dans la revue Nature.
« Le fait d’avoir 4 télescopes au lieu de 2 ou
3 rend l’image bien meilleure, car il y a
beaucoup moins d’informations manquantes pour remplir les « “trous ” et essayer de
reconstituer un télescope virtuel d’une centaine de mètres de diamètre », complète
Pierre Kervella.
L’image obtenue peut paraître floue et
peu définie, mais elle donne en fait des
informations précieuses sur la manière
dont l’énergie circule à l’intérieur de cette étoile en fin de vie. Les grandes taches
brillantes à la surface sont en fait ce que
les chercheurs appellent des cellules de
convection. Chacune fait ici environ
120 millions de kilomètres de large, plus
que la distance entre le Soleil et Vénus !
Elles correspondent à des bulles de matière chaude qui montent du cœur de
l’étoile et arrivent jusqu’à la surface,
comme des bulles d’eau qui remontent
dans une casserole d’eau bouillante.
« Les processus de convection sont un
peu le talon d’Achille de nos théories de la
structure stellaire, précise Alain Jorissen.
On fait depuis quelques années des simulations numériques sur de gros ordinateurs,
qui donnent des résultats très jolis, mais on
manquait d’observations pour dire s’ils
étaient justes ou pas. Avec nos observations, on comble enfin ce manque. » ■
Moins de pollinisateurs
Colin Fontaine, chargé de recherche au
CNRS (Cesco/MNHN), s’est quant à lui
intéressé aux insectes pollinisateurs,
aujourd’hui grandement menacés. Si
beaucoup d’entre eux butinent le jour,
certains, des papillons notamment, travaillent la nuit. Ses travaux (Nature, août
2017) montrent qu’une prairie éclairée
artificiellement est beaucoup moins visitée par ces pollinisateurs de la nuit. La
principale conséquence est « une diminu-
tion de 13 % des graines produites par les
plantes même si elles sont également visitées par des pollinisateurs le jour », explique-t-il. Pis, la moindre bonne reproduction des plantes pourrait avoir un
effet en cascade sur les pollinisateurs de
jour qui, à leur tour, trouveraient moins à
se nourrir.
« On ne résout pas cette question par
une solution unique », a souligné Christian
Remande, expert auprès de l’AFE (Association française de l’éclairage), qui, tout
en reconnaissant les problèmes pour l’astronomie ou la biodiversité, souligne
également « les inquiétudes psychologiques liées aux questions de sécurité ».
C’est tout l’enjeu des trames noires.
Réussir à trouver le meilleur compromis
entre les besoins d’éclairage pour les populations et l’impérieuse nécessité de
protéger la nuit. Le Parc national des Py-
rénées - qui abrite l’Observatoire du pic
du Midi - s’est lancé dans la mise en place d’une trame noire. « Nous avons
d’abord établi une base de données des
éclairages, chaque point référencé donnant sa puissance et le spectre » raconte
Sébastien Vauclair, astronome et gérant
de la société Dark Sky Lab. Ils ont ainsi
recensé quelque 80 000 points lumineux
dans 475 communes pour toutes les
Hautes-Pyrénées, ce qui inclut celles du
Parc national. « À terme, tous les flux lumineux vers le ciel auront disparu, affirme-t-il, et on aura réduit de 30 % la puissance lumineuse sans qu’un seul usager ne
soit perturbé. »
Aujourd’hui, des travaux pour instaurer des trames noires sont en cours dans
l’agglomération de Lille, à Nancy, dans le
Vercors… Il est urgent que la nuit puisse
retrouver une partie de ses droits. ■
6H -9H30
LE MEILLEUR DES RÉVEILS
ALBERT
SPANO
ÉLODIE
GOSSUIN
MARC-ANTOINE
LE BRET
LE JEU LE +SIMPLE
DU MONDE
DEMAIN À 7H35
RFM VOUS OFFRE
15 000
€
*
LE MEILLEUR DE LA MUSIQUE
* DERNIER JOUR POUR S’INSCRIRE
PAR SMS CODE RFM AU 73916 (2X0,65€ + COÛT SMS)
OU PAR TÉLÉPHONE AU 3916 (0,50 €/MIN + COÛT D’UN APPEL LOCAL)
A
La meilleure image
d’une étoile géante
actuelles d’extinction ne limitaient pas efficacement l’impact de l’éclairage sur les
espèces de chiroptères sensibles à la lumière », souligne la scientifique dans un résumé de sa thèse. « On sait aujourd’hui
que c’est plutôt l’aube et le crépuscule qui
sont des périodes importantes », explique
Romain Sordello.
©GUILHEM CANAL
pour se diriger. Une forte luminosité
peut les tromper.
Mais en la matière rien n’est simple.
Clémentine Azam, docteur en biologie de
la conservation à l’Office national des forêts, s’est intéressée aux chauves-souris
dans le cadre de sa thèse. Ces chiroptères,
dont beaucoup sont aujourd’hui classés
parmi les espèces menacées, vivent la
nuit. Si l’agriculture intensive reste la
première menace pour les espèces françaises, la pollution lumineuse arrive juste
derrière, avant le problème de l’artificialisation des sols. Or « il y a celles qui arrivent à s’adapter et les autres », explique la
chercheuse. Pour tenter de lutter contre
ces effets indésirables, des communes
également soucieuses de faire des économies d’énergie ont décidé d’éteindre tous
les éclairages publics au milieu de la nuit.
« Nos résultats ont montré que les mesures
* JEU GRATUIT SANS OBLIGATION D’ACHAT DU 4 DÉCEMBRE 2017 À 00H00 AU 22 DÉCEMBRE 2017 À 7H10. GAGNANT DÉTERMINÉ PAR TIRAGE AU SORT. RÈGLEMENT & CONDITIONS DE REMBOURSEMENT DÉPOSÉS CHEZ
MAITRE REYNAUD, HUISSIER DE JUSTICE À NANTERRE-LA-DÉFENSE ET DISPONIBLES SUR RFM.FR
BIODIVERSITÉ Si tout le monde trouve
absolument normal de pouvoir se déplacer n’importe où en France, ce n’est que
depuis quelques années que la question
s’est posée pour les espèces sauvages. Au
gré de l’urbanisation, de la construction
de routes et d’infrastructures en tous
genres, animaux et plantes ont été confinés, isolés, au risque de dépérir. « La disparition et la fragmentation des habitats
naturels font partie des causes majeures
d’érosion de la biodiversité », rappelle
Romain Sordello, chef de projet UMS patrimoine naturel (MNHN/CNRS/AFB).
Nanti de ce constat, le gouvernement
lançait en 2007 à la faveur du Grenelle de
l’environnement les trames vertes et
bleues. L’idée est simple. Reconstituer un
maillage de couloirs écologiques sur tout
le territoire afin d’offrir aux espèces une
circulation sans entrave. Aujourd’hui,
une nouvelle exigence apparaît : celle de
protéger également la faune et la flore
d’une autre forme de nuisance, la pollution lumineuse. C’est l’objectif des trames noires.
Ces projets, très nouveaux, faisaient
partie des sujets évoqués lors d’un colloque organisé conjointement par l’AFE
(Association française de l’éclairage),
l’UMS patrimoine naturel (Muséum national d’histoire naturelle, CNRS et
AFB), le 19 décembre à Paris. Longtemps
considérée comme une question secondaire par les professionnels de l’éclairage, la notion de pollution lumineuse est
en train de s’imposer. Il faut dire que de
nombreuses études soulignent clairement les impacts sur les espèces. Elles
montrent comment des éclairages peuvent représenter des barrières infranchissables ou au contraire agir comme
des leurres. C’est ainsi que des tortues de
mer qui sont attirées par le brillant de
l’océan ont pu être détournées par de
vulgaires lampadaires trop lumineux et
marcher vers l’intérieur des terres. On
sait aussi que les oiseaux migrateurs qui
voyagent la nuit se servent des étoiles
MARK BRIDGER/SOLENT NEWS/SIPA
MARIELLE COURT £@Marielle.Court
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
14
SPORT
L’incroyable
défi de Marion
Bartoli, « sauvée
par le tennis »
À 33 ans, l’ex-championne de Wimbledon
va tenter un ambitieux retour en 2018,
après plus de quatre ans d’absence.
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
TENNIS Coucou la revoilou ! En piste
pour son pari fou. Quatre ans après avoir
pris sa retraite dans la foulée de son titre à
Wimbledon, Marion Bartoli (33 ans) se
lance dans un challenge personnel assez
invraisemblable. Septième mondiale en
2012, lauréate de huit titres en simple, elle
avait officialisé mardi son come-back en
mars prochain, sur son compte Instagram et sur le site d’Eurosport, un de ses
employeurs, en évoquant comme objectifs le fait de remporter la Fed Cup, de
participer aux JO de Tokyo et de gagner
un tournoi du Grand Chelem. Rien que
ça ! Au lendemain de l’officialisation de
son retour sur les courts, elle a tenu une
conférence de presse mercredi, et a précisé, émue, en préambule : « Me retrouver devant vous et vous annoncer mon retour, c’est déjà une immense victoire pour
moi. Après, le chemin va être long, je ne
suis pas encore à mon meilleur niveau physique, même si je progresse bien. »
Marion Bartoli prépare son retour sur le
circuit depuis plusieurs semaines afin de
remonter le temps. La fédération a mis à sa
disposition un préparateur physique et un
entraîneur, Rodolphe Gilbert. Sur le plan
purement technique, elle se dit plutôt
agréablement surprise. « Si l’on parle tennis, je suis à 80 % du niveau que j’avais
quand j’ai gagné Wimbledon. » Reste à savoir si le physique suivra et comment son
corps va supporter les doses d’entraîne-
« Sur le plan physique, il me manque 40 % par rapport au niveau qui m’avait permis de gagner Wimbledon », a déclaré Marion
Bartoli, mercredi, lors d’une conférence de presse à Roland-Garros. DARIO HOLTZ/LE FIGARO
Très occupée entre sa collection de vêment. Clairement en surpoids, elle n’a pas
tements, ses rôles de consultante TV
encore retrouvé la ligne d’une joueuse de
(Eurosport et Fix Asia), la jeune retraitée
haut niveau, ce qui pourrait l’exposer aux
n’a pas chômé, avant de frôler le pire. En
blessures. « Sur le plan physique, il me
2016, victime d’un mystérieux virus (elle
manque 40 % par rapport à ce niveau maxia toujours refusé de parler d’anorexie,
mal qui m’avait permis de gagner ce tournoi
NDLR), elle avait perdu une trentaine de
du Grand Chelem », reconnaît-elle.
kilos en un an. Hospitalisée durant quatre
Qu’est ce qui lui a redonné l’envie
mois, elle avait confié en
d’avoir envie ? Rester en
juillet dernier avoir eu peur
vie, justement. « S’il ne
de mourir dans son sommeil
m’était pas arrivé ce qui
alors qu’elle luttait contre sa
m’est arrivé en 2016, je ne
maladie. Très maigre et très
pense pas que j’aurais eu ce
faible durant Wimbledon
sentiment aussi puissant de
2 octobre 1984
2016 (redescendue à 41 kirevenir sur les courts, car
Naissance au Puy-en- los), au point que le staff méc’est le tennis qui m’a tenu en
Velay (Haute-Loire)
dical du All England lui avait
vie et ça a été le point de dé7 juillet 2007
interdit de participer au
part pour revenir finir ce que
Défaite en deux sets
tournoi des légendes.
je n’ai pas pu finir. »
en finale de Wimbledon
« Le jour le plus difficile de
Il faut dire que son corps a
face à Venus Williams. ma vie est arrivé en 2016
terriblement souffert ces
30 janvier 2012
quand je devais m’aligner
dernières années. Une blesElle se hisse au 7e rang dans le tournoi des légendes de
sure à l’épaule droite survemondial, son meilleur
Wimbledon, mais que je
nue après son sacre à Wimclassement.
n’avais plus l’état physique
bledon a d’abord écourté sa
6 juillet 2013
pour pouvoir jouer. Les orgacarrière. La native du PuyElle remporte
nisateurs pensaient que je
en-Velay (Haute-Loire) a
Wimbledon face
pouvais faire un arrêt cardiaainsi décidé de la stopper à
à l’Allemande Sabine
que et mourir, donc je me suis
Cincinnati, le 14 août 2013.
Lisicki, le 8e (le plus
juré que si je pouvais un jour
« Mon arrêt avait été un crèbeau) et dernier titre
être sur un court, je voulais
ve-cœur pour moi, dans la
de sa carrière.
pouvoir revivre ce que j’avais
mesure où je venais de rem14 août 2013
vécu trois ans auparavant, ça
porter mon premier tournoi
Après une défaite
a été là le point de départ. Je
du Grand Chelem. Ma blesau deuxième tour de
voulais pouvoir m’accrocher à
sure à l’épaule droite m’emCincinnati,
elle
annonce
quelque chose d’assez fort. »
pêchait de jouer au niveau
sa retraite, à 28 ans.
Et si elle envisage un retour à
que j’estimais être le mien. »
Bio
EXPRESS
la compétition à Miami (21 mars-1er avril
prochains), et assure avoir le feu vert
médical, un certain flou entoure encore
son come-back. « Elle joue très bien au
tennis et tape très bien la balle, glisse
Pierre Cherret, DTN par intérim. Son regard sur le court et la volonté de chercher
la perfection sur chaque coup, c’est la
marque des grands. Elle l’a toujours. La
phase numéro 2, ça va être un gros boulot
physique. »
Thierry Champion, directeur du haut
niveau à la FFT, ne s’avance pas trop non
plus : « Elle va rentrer dans le dur. Son
corps va nous dire si elle capable de repartir et quand elle pourra repartir. On
connaît sa détermination. Elle prend beaucoup de plaisir dans l’effort. »
À l’en croire, Bartoli fera du Bartoli.
« Je ne vais pas inventer un nouveau jeu à
33 ans. Remettre la balle dans le terrain
trois mètres derrière la ligne, ça n’a jamais
été mon jeu et ça ne le sera jamais. C’est sur
cette intensité que je suis la plus forte et ça
me convient très bien. En revanche, ce qui
va changer, c’est qu’avant, je servais avec
un bras tendu. Il va falloir que j’apprenne à
servir avec un bras fléchi, ce qui n’est pas
facile à 33 ans, mais il faudra s’y faire. »
Une certitude : la Corse, qui évoluera sur
le circuit sans son père, reste une combattante, dont la force de travail et la détermination ne sont plus à démontrer.
Hospitalisée dans un état inquiétant au
mois de juillet 2016, elle a couru… le marathon de New York en 5 h 40 en novembre dernier. Alors… ■
EN BREF
Rallye : Loeb de retour
Sébastien Loeb (42 ans) et son
copilote de toujours Daniel Elena
participeront à plusieurs manches
du championnat du monde
des rallyes en 2018. Le nonuple
champion du monde pilotera la
Citroën C3 WRC lors des épreuves
au Mexique (8-11 mars), en Corse
(5-8 avril) et en Catalogne (2528 octobre). L’Alsacien a quitté
le WRC en 2012.
JO 2024 : Thobois confirmé
directeur général
Tony Estanguet a confirmé
le choix d’Étienne Thobois
au poste de directeur général
du futur comité d’organisation
des Jeux de Paris 2024, la veille
de la présentation à l’Assemblée
nationale de la loi olympique
par Laura Flessel. Déjà DG de la
candidature, Étienne Thobois
faisait figure de grand favori pour
continuer à seconder Estanguet.
Foot : Foucault quitte l’OM
Jean-Pierre Foucault a quitté le
poste de président de l’association
Olympique de Marseille, qu’il
occupait depuis 1997. Il est
remplacé par Jean-Pierre Chanal,
en poste à la mairie de la ville.
Roland-Garros les pieds dans le béton et la boue
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Le stade des Internationaux de France vit de profondes modifications. En surface et en sous-sol. Visite guidée du chantier.
De gauche à droite : le nouveau court 14 (2 200 places), qui devrait être prêt pour le tournoi 2018 ; des travaux autour du central ; le court des serres (5 000 places), qui doit accueillir ses premiers matchs lors de l’édition 2019.
A
JEAN-JULIEN EZVAN ET MARTIN COUTURIÉ
£@JeanJulienEzvan @martincouturie
TENNIS 600 ouvriers œuvrent sans relâche sur le vaste site (un kilomètre sépare
les nouveaux courts 14 et les serres
d’Auteuil) d’un projet imaginé en 2011 qui
devrait être bouclé en 2021. Roland-Garros est en chantier. Le projet d’agrandissement et de modernisation entame la
dernière ligne droite de la deuxième phase (sur quatre au total). Du côté de la procédure, il reste encore un recours d’appel
devant le Conseil d’État. Pour le tournoi
2018, la fin des travaux est programmée
le 15 avril. Après « on va tout reboucher,
on plante, on ficelle un joli paquet cadeau et
on livre le tournoi », sourit Gilles Jourdan,
directeur du projet, en observant une allée éventrée, ceinturant le court Philippe-Chatrier, où sont opérés des « travaux de réseaux enterrés et une reprise de
fondations du futur court central ».
14, village, sièges en bois :
u Court
les nouveautés pour 2018
Le court no 2, apprécié des spectateurs
pour la proximité offerte et son lot de surprises, a déjà disparu (le no 1 vivra, lui, sa
dernière édition lors du printemps prochain ; le no 3 tombera après le tournoi
2020). Le bâtiment de l’organisation (qui
abritera sur deux niveaux le village et ses
déjeuners prisés) sera livré en février.
« Un théâtre à l’italienne » pour Gilles
Jourdan. À ses pieds, les courts 7 et 9,
évasés, dotés de tribunes pérennes, sont
presque prêts. À l’extrême ouest, le
Fonds des Princes a été aménagé en zone
de compétition. Le court 14 (2 200 places)
deviendra le quatrième court, par ordre
d’importance. « Semi-enterré, il est placé
au fond du stade pour répartir les flux dans
le stade », indique Gilles Jourdan. De
l’autre côté du site, le court SimonneMathieu (semi-enterré, de 5 000 places),
installé dans le jardin des serres d’Auteuil
et qui a tant fait polémique, est en cours
de finition et sera livré un mois après la
prochaine édition. En revanche, les bâtiments en meulière (construits en 1898)
seront disponibles pour le tournoi 2018.
Ils ont fait « l’objet de recherches historiques (…) pour restituer le plus fidèlement
possible les épis de faîtage, la couleur des
menuiseries ou la nature des verres soufflés », note Sébastien Clément, architecte
du patrimoine, dans la lettre d’information no 2 postée aux riverains. La vaste
salle principale des meulières devrait accueillir le tirage au sort des prochains Internationaux de France. Le court Suzanne-Lenglen (construit en 1998) lifté
(étanchéité refaite) bénéficiera d’une
plus grande surface de jeu (80 centimètres de part et d’autre en fond de court ;
40 centimètres sur les côtés) et sera dès
cette année le premier des trois principaux courts à s’équiper des sièges en bois.
« Il y avait des bancs en bois dans les années 1930, on modernise en s’attachant à
l’histoire », glisse Jourdan.
joueurs, déchets,
u Voiture,
la vie en sous-sol
Si l’esprit du site fera la part belle aux terrasses plantées avec des espaces verts sur
tous les toits, l’activité sera intense en
sous-sol. Le bâtiment de l’organisation
(regroupant, outre le village, les vestiaires et zones de travail des arbitres, ramasseurs de balles, personnels d’entretien…) a pris, à côté du central, la place du
Centre national d’entraînement (parti
porte d’Auteuil). Il comptait cinq courts
en sous-sol, l’espace sera exploité. « On
utilise les trous qui ont été faits et on aménage. Il y a trois niveaux en dessous et quatre au-dessus. En dessous, il y a des locaux
techniques, des réserves, on peut également circuler en voiture technique entre le
court Suzanne-Lenglen et le central. Il y
aura un passage pour les joueurs pour aller
du central au court 14. Il y a énormément
de choses qui vont se passer en sous-sol,
comme le traitement des déchets », signale
Gilles Jourdan.
le tournoi 2018,
u Après
le cœur du projet, le central
« On maîtrise nos coûts et notre budget
(370 millions d’euros), les choses sérieuses
vont commencer quand on va s’attaquer au
central. Une semaine après le tournoi 2018,
les équipes lanceront la destruction (à
80 %), puis la reconstruction des tribunes.
Pour un stade plus grand, plus confortable.
Ça va être assez tendu, on va travailler six
jours sur sept, de 7 à 22 heures. Il est indispensable de faire les travaux par tranches
entre les éditions, on a une fenêtre de tir de
dix mois (le tournoi dure trois semaines, il
y a 15 jours de préparation et une semaine
de démontage). On ne peut pas être en retard, même pas d’une minute », insiste
Gilles Jourdan. Le nouveau court Philippe-Chatrier sera livré en 2019 et coiffé
d’un toit rétractable en 2020. Et en 2022,
tous les courts seront éclairés. Au final, le
stade passera de vingt à dix-huit courts
pour offrir plus d’espace et de confort à
tous ses acteurs et spectateurs. ■
jeudi 21 décembre 2017
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
du lundi au vendredi
de 9 h à 13 h
et de 14 h à 18 h
les dimanches et jours fériés
de 9 h à 13 h
Jocelyne Bastien,
son épouse,
Constance Bastien
et Frédéric Tupin,
Elise Bastien
et David Messeguer,
ses enfants,
Gabriel Bastien-Tupin,
Apolline Messeguer-Bastien,
ses petits-enfants,
Marie-Noëlle Provost-Bastien,
leur mère et grand-mère,
(excepté les 25 décembre,
Françoise Meresse,
sa sœur,
1er janvier, 1er mai, 15 août )
ainsi que sa famille et ses amis
Elles doivent
nous parvenir avant
16 h 30 pour toutes
nos éditions du lendemain,
avant 13 h les dimanches
et jours fériés.
par téléphone
01 56 52 27 27
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
docteur Bernard BASTIEN
survenu le 17 décembre 2017.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 22 décembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Denis de Quincy-Voisins
(Seine-et-Marne), suivie
de l'inhumation au cimetière
de Montceaux-lès-Meaux.
par télécopie
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
24 € jusqu'à 25 lignes
22 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
27 € jusqu'à 25 lignes
25 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
nous consulter
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
M. Yves Boiret,
son époux,
Odile et Paul Rollier,
Claire Boiret,
Bénédicte et Thibault Delorme,
Myriam et Cyriaque Garapin,
Séverine et Aart Heinen,
ses enfants,
Gabrielle et Jean-François
Guimard,
Côme, Vincent Rollier,
Constance Delorme
et son fiancé,
Inès, Baptiste et Cyprien
Delorme,
Calixte et Bertrand Allaire,
Jacques et Axelle Garapin,
Bérénice, Melchior et François
Garapin,
Clément, Annette, Willemijn
et Benoît Heinen,
ses petits-enfants,
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Yves BOIRET
née Donatienne Dauchez,
signatures
La librairie Le Parchemin
vous convie à une rencontre
avec
le 20 décembre 2017.
La messe d'enterrement
sera célébrée
le samedi 23 décembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Sulpice, Paris (6e).
Anne et Claire BEREST
pour leur ouvrage
Gabriële
le samedi 23 décembre 2017
de 11 heures à 13 heures.
176, rue de Grenelle, Paris (7e),
téléphone : 01 45 51 74 20.
communications
Edouard VALDMAN
sera l'invité de Louis Daufresne
dans l'émission
« Le grand témoin »,
sur Radio Notre Dame (100.7)
à propos de ses deux derniers
ouvrages,
La laïcité, ça suffit !
Jean-Claude Brigeois,
son époux,
Anne-Lise et Camille
Lanet-Brigeois,
Jean-Baptiste et Laurence
Brigeois-Mellet,
Marie-Astrid et Shariar
Tabatabaï-Brigeois,
ses enfants,
Isaure, Louis-Auxence,
Eudoxie, Calixte
et Ambroisine Lanet,
Sixtine, Constance
et Marie-Gabrielle Brigeois,
Antoine, Clément, Matthias
et Héloïse Tabatabaï,
ses petits-enfants,
font part du rappel à Dieu de
(éditions Fons),
Le 21e siècle sera spirituel
ou le Troisième Temple
Marie-Evelyne BRIGEOIS
née Waroux,
(éditions Apopsix),
le mardi 2 janvier 2018
de 7 h 35 à 8 h 25.
Il serait honoré
par votre attention.
deuils
le 19 décembre 2017,
à l'âge de 84 ans, à Paris, munie
des sacrements de l'Église.
La messe sera célébrée
en l'église Sainte-Jeanne-d'Arc,
au Touquet-Paris-Plage,
le vendredi 22 décembre 2017,
à 14 h 30.
ses 20 petits-enfants,
en union avec
Kevin (†) et Aymeric (†),
ses 19 arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
Peggie AUBÉ
née Leyden,
veuve de
Hubert Aubé
le 17 décembre 2017,
à l'âge de 96 ans, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-la-Nativité,
à Villeneuve-le-Comte,
ce jeudi 21 décembre 2017,
à 15 heures,
suivie de l'inhumation.
Ferme de l'Ermitage,
77174 Villeneuve-le-Comte.
La vicomtesse
de Courrèges d'Ustou,
née Françoise
de Curières de Castelnau,
son épouse,
Jean de Courrèges d'Ustou,
Tony et Guillemette
de Courrèges d'Ustou,
Bertrand et Alix
de Courrèges d'Ustou,
Didier et Sophie
de Courrèges d'Ustou,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
survenu le 20 décembre 2017,
à l'âge de 95 ans, à Toulouse.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Jérôme, à Toulouse,
le samedi 23 décembre 2017,
à 10 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière Saint-Michel
de Cazères (Haute-Garonne).
Elisabeth,
Jacques et Kay,
Hubert,
Roland et Anne
de Farcy de La Villedubois,
ses enfants,
Emilia et Allard,
Guillaume et Marion,
Olivia et Jonathan,
Charlotte et Liamine,
Nicolas et Charlotte,
Charles et Julie,
ses petits-enfants,
Arthur, Jean, Louis,
Théodore, Julia,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de la
comtesse de FARCY
de LA VILLEDUBOIS
née Yvonne Servanin,
survenu le 19 décembre 2017,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 22 décembre 2017,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Thomas-d'Aquin,
place Saint-Thomas-d'Aquin,
Paris (7e).
Saint-Claude (Jura).
Casablanca.
Mme Khadija Herzog,
son épouse,
Anne Laure, Eva,
Dominique et Frédéric,
ses enfants,
Karine, Cédric,
Aurélie et Emeline,
ses petits-enfants,
Mélanie, Elise, Mahault,
Ysée et Lukian,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Marcel HERZOG
patron de presse au Maroc,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 11 décembre 2017,
à Casablanca, à l'âge de 96 ans.
La célébration religieuse
aura lieu
le vendredi 22 décembre,
à 14 heures, en la cathédrale
de Saint-Claude,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Saint-Claude.
La famille remercie
d'avance toutes les personnes
qui s'associent à son deuil.
Sainte-Adresse
(Seine-Maritime).
Mme Pierre
Chausserie-Laprée,
son épouse,
Isabelle Faure,
Catherine et Luc Lefevre,
Brigitte et Pierre David,
Claire Lequoy-Aubourg,
Dominique et Guillaume
Cantel,
Bénédicte et Christophe Riss,
ses filles et gendres,
ses 15 petits-enfants,
ses 17 arrière-petits-enfants,
Dominique, Isabelle et Olivier,
ses neveux,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Pierre CHAUSSERIE-LAPRÉE
survenu le 19 décembre 2017,
dans sa 99e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Louis,
à Garches,
le vendredi 22 décembre 2017,
à 14 h 30.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Annie LABORDE
survenu le 18 décembre 2017.
Le service religieux
aura lieu
le vendredi 22 décembre,
à 11 heures, en l'église
réformée de Neuilly-sur-Seine,
18, boulevard d'Inkermann.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Aline Lattès,
Marie-Eve Ecker,
Clément Ecker,
ses filles
et son petit-fils,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Robert LATTÈS
née Monique Lang-Lévi,
survenu le 16 décembre 2017,
dans sa 90e année.
Mme Vincent Lequoy,
née Simone Baradez,
son épouse,
Françoise et Patrick
Chassaing de Borredon,
Patrick et Odile
Chausserie-Laprée,
Anne et Antoine
de Montalembert,
Marc et Sylvie
Chausserie-Laprée,
ses enfants,
Geneviève et Laurence
Laborde,
ses sœurs,
et toute la famille
Paul, vicomte
de COURRÈGES d'USTOU
Cet avis tient lieu de faire-part.
Villeneuve-le-Comte
(Seine-et-Marne).
Patrick et Isabelle Aubé,
Bruno et Patricia Aubé,
Alex et Chantal Aubé,
Frank et Marie-Hélène Aubé,
Ann et Cyril Allibert,
Richard Aubé,
ses enfants,
Toulouse (Haute-Garonne).
15
Pierre-Vincent, Diane, Alice,
Victor, Max, Maude, Manon,
Marin, Albane, Perrine, Félix,
Dorothée, Adélaïde, Agathe,
Lucie, Nicolas, Mathias,
Blanche, Lison,
ses petits-enfants,
Lila, Valentine,
ses arrière-petits-enfants,
la famille et ses amis
ont la tristesse
de faire part du décès du
docteur Vincent LEQUOY
survenu le 17 décembre 2017,
à l'âge de 87 ans, au Havre,
muni des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Denis, à Sainte-Adresse,
le mardi 26 décembre 2017,
à 15 heures.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Elle a rejoint son époux,
Robert Lattès
décédé le 24 janvier 2008.
La cérémonie funéraire
aura lieu ce jeudi 21 décembre,
à 15 heures, au cimetière
du Montparnasse, Paris (14e).
Réunion à l'entrée principale.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. Franck Philippe,
M. Eric Philippe,
Mme Isabelle Derome,
ses neveux et nièce,
ainsi que leurs conjoints
et toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Françoise PHÉLIX
née Philippe,
survenu le 19 décembre 2017,
dans sa 87e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 22 décembre,
à 14 h 30,
en l'église Saint-Saturnin,
à Antony (Hauts-de-Seine).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Henry, Gérard (†) et Philippe
Ranchon,
ses fils,
Martine, Marjorie, Elisabeth,
ses belles-filles,
Julien, Arnaud, Lauriane,
Adrien, Julie, Jean-Baptiste,
Clémentine,
ses petits-enfants,
Léon, Zoé, Charlotte, Maëlle,
Gabin, Louis,
ses arrière-petits-enfants,
ont la grande tristesse
de faire part du décès de
Nadine RANCHON
née Apicella,
survenu le 14 décembre 2017.
Son énergie, sa gaieté
et sa bonté
nous manqueront toujours.
Saint-Maur-des-Fossés
(Val-de-Marne).
Mme Christiane Letessier,
son épouse,
ses enfants, petits-enfant
et arrière-petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Roger LETESSIER
survenu le 18 décembre 2017,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi
22 décembre 2017, à 15 heures,
en l'église Saint-Saturnin,
à Nogent-sur-Marne
(Val-de-Marne).
Mme Mauricette Nicot,
son épouse,
Philippe et Corinne,
Laurent et Claire,
ses enfants,
Ludovic et Sophie,
Anne-Sophie et Vincent,
Clémence,
ses petits-enfants,
Emma et Héloïse,
ses arrière-petites-filles,
Gisèle et Paul,
ses belle-sœur et beau-frère,
toute la famille
Orléans.
Ses enfants et petits-enfants,
son arrière-petit-fils
ont la douleur
de vous faire part du décès du
médecin général inspecteur
Jacques SEGALEN
survenu le 15 décembre 2017,
à l'âge de 90 ans.
Les obsèques ont eu lieu
dans l'intimité.
Bronwen Toubin,
son épouse,
Véronique et Philippe Levassort,
sa fille et son gendre,
Marine, Thomas et Augustin,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Michel TOUBIN
survenu le 19 décembre 2017,
à l'âge de 82 ans.
L'enterrement aura lieu
le samedi 23 décembre,
à 12 h 30,
au cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
Paris (14e).
Une messe à sa mémoire
sera célébrée et annoncée
ultérieurement.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. René NICOT
le 19 décembre 2017,
à l'âge de 95 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 23 décembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Honoré-d'Eylau,
Paris (16e).
52, avenue Foch,
75116 Paris.
Paris (15e).
Evelyne Orfeuil,
son épouse,
Nathalie Grandfils
et William Lavaud,
Gabrielle Orfeuil,
sa mère,
Jean-Pierre et Marlène Orfeuil
et leur fille Caroline,
Evelyne Quantin,
sa marraine,
l'ensemble de la famille
et les proches
ont la tristesse
de faire part du décès de
Maurice ORFEUIL
ingénieur civil
des Mines de Paris,
survenu le 16 décembre 2017,
à l'âge de 73 ans, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Lambert,
2, rue Gerbert,
à Paris (15e),
le vendredi 22 décembre 2017,
à 14 heures.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Evelyne Orfeuil,
16, rue d'Alleray, 75015 Paris.
Mme Nicolas
Villeroy de Galhau,
née Jacqueline de Vulpian,
son épouse,
Astrid et Stefan Dembinski,
Anne-Lorraine et Amaury
Fournial,
Marie-Sarah et Thibault
Raisson,
Pierre et Ophélie
Villeroy de Galhau,
Pauline et Thierry de Lambilly,
ses enfants,
Vassili, Clarisse, Cyril,
Stanislas, Paolina, Balthazar,
Siméon, Rosamée, Octavie,
Cyriac, Ménehould, Guilhem,
Anna, Eugène, Joseph, Jules,
Hadrien et Maxime,
ses petits-enfants,
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
Nicolas
VILLEROY de GALHAU
croix de la Valeur militaire,
chevalier de l'ordre du Mérite
de la République
fédérale d'Allemagne.
disparition
Annie Goetzinger,
grande et belle diva de la BD
OLIVIER DELCROIX
£@Delcroixx
ELLE était l’élégance même.
Féminine jusqu’au bout des
crayons. Souriante, discrète,
mais forte et déterminée
comme ses héroïnes, Annie
Goetzinger avait le charme
pétillant d’un champagne
grand cru. C’est avec une immense tristesse que l’on apprend la mort de cette grande
dame du neuvième art survenue ce mercredi 20 décembre. Elle avait 66 ans.
Ses bandes dessinées
(dont Pierre Christin fut
souvent le scénariste) n’ont
cessé de conter des combats
de femmes. Annie Goetzinger savait toujours y insuffler des moments de grâce,
des parenthèses sensuelles,
des envolées poétiques, avec
l’élégance d’un trait classique, réaliste, mais dont le
galbe restait irréprochable.
Née le 18 août 1951 à Paris,
la jeune Annie choisit très
rapidement le dessin. Après
des études aux Arts appliqués où elle apprend le dessin de mode, elle se dirige
résolument vers la bande
dessinée.
Histoire de France
Dans le sillage et l’efflorescence des années Mai 68, un
vent de liberté souffle sur le
marché des périodiques de
BD. Elle publie dans Circus
(Glénat), L’Écho des savanes
(Albin Michel), Fluide glacial
(Audie), Métal hurlant (Les
Humanoïdes Associés) et
surtout Pilote (Dargaud), où
elle rencontre Pierre Christin, alors scénariste de la
saga Valérian et Laureline
(dessinée par Jean-Claude
Mézières), puis d’Enki Bilal.
Son premier album, Casque d’or (Glénat, 1976),
remporte deux prix au Festival d’Angoulême. Elle dessine ensuite Aurore, une vie
de George Sand (Éditions des
femmes, 1978), d’après un
scénario d’Adela Turin, et
Félina (Glénat, 1979), pour
Victor Mora.
Mais c’est avec Pierre
Christin qu’elle se fait
connaître du grand public
au début des années 1980.
Avec La Demoiselle de la Légion d’honneur (Dargaud,
1980), paru dans Pilote, Annie Goetzinger livre un bouleversant portrait de femme
à travers le destin voyageur
d’une orpheline prénommée Aline, dont les parents
ont été tués en Indochine, et
dont on fait connaissance
alors qu’elle intègre l’école
de la Légion d’honneur. De
cette institution aux allures
quasi disciplinaires, jusqu’aux rives féministes des
années 1970, et les premiers
Annie Goetzinger
est décédée mercredi.
PICMIRANDOLE - WIKIPEDIA
pas du MLF, l’héroïne traverse la grande histoire de
France, la guerre d’Algérie,
la décolonisation. Son existence libérée, ses coups de
cœur, ses chagrins reflètent
l’évolution de la condition
féminine durant les Trente
Glorieuses.
La complicité entre Annie
Goetzinger et Pierre Christin
produira au fil du temps de
nombreux albums de grande qualité, de La Diva et le
Kriegspiel (Dargaud, 1981) à
La Voyageuse de la petite
ceinture (Dargaud, 1985), en
passant par Charlotte et
Nancy (Dargaud, 1987), Le
Tango du disparu (Métaillé,
2008), Le Message du simple
(Le Seuil, 1994), La Sultane
blanche (Dargaud, 1996) ou
Paquebot (Dargaud, 1999).
Élégance feutrée
Le tandem mettra aussi en
scène une série d’albums,
L’Agence Hardy (Dargaud),
dont l’héroïne Édith Hardy,
sorte de « Sam Spade en jupon », mène ses enquêtes
dans le Paris de l’aprèsguerre, qui hésite encore un
peu entre la France du président Coty et l’établissement de la Ve République.
En 2013, toujours fidèle à
l’élégance feutrée qui caractérise son trait, Annie Goetzinger s’était lancée dans
une nouvelle série : Jeune
fille en Dior (Dargaud), roman graphique retraçant la
carrière fulgurante du grand
couturier Christian Dior.
Cette année, elle aura publié
un nouveau roman graphique, Les Apprentissages de
Colette (Dargaud), narrant la
vie mouvementée et libre
celle qui écrivit Le Blé en
herbe.
Avec son dessin raffiné,
élégant et distingué, Annie
Goetzinger aura su enchanter ses lecteurs et ses lectrices. Elle laisse une œuvre
belle et vibrante, empreinte
de féminisme mais aussi
baignée de sensualité mutine. ■
Une dédicace
s’annonce toujours dans Le Figaro
Il s'est endormi dans la Paix
le 20 décembre 2017, muni
du sacrement des malades.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 22 décembre 2017,
à 9 h 45, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, Paris (16e).
souvenirs
Il y a dix ans,
le 21 décembre 2007,
Nicole SCHŸLER
nous quittait.
Merci à tous ceux
qui l'ont connue et aimée
d'avoir une pensée pour elle.
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
L’ISF, ou la longue histoire
des errements fiscaux français
Créé par François
Mitterrand en 1981, l’impôt
sur la fortune a survécu
aux alternances politiques
jusqu’à cette année, à
l’exception de la parenthèse
de 1986 à 1988. C’est que
la France ne renonce
pas facilement à taxer
les « riches ». Quitte à nuire
à l’économie et à monter
des usines à gaz.
Élu président de la République en 1981,
François Mitterrand instaure dans la foulée
l’impôt sur les grandes fortunes (IGF),
l’ancêtre de l’ISF. GEORGES GOBET/AFP
sionné une ponction de plus en plus lourde sur le patrimoine. Avec pour effet d’obliger les entreprises
familiales à verser des dividendes élevés, afin que les
actionnaires non dirigeants puissent payer l’impôt.
Ou de perturber les ventes, les dirigeants actionnaires ne voulant pas perdre leur exonération pour
biens professionnels. Bizarrement, dans les années
1990, le problème a été peu détecté, même à droite.
Les centristes ont bien obtenu en 1988 le plafonnement de l’ISF en fonction des revenus (à 70 %, passé
à 85 % après) pour en atténuer la charge. Mais, en
1995, Alain Juppé, alors premier ministre, a plafonné
ce plafonnement. « À l’époque, les débats ne portaient
pas tant sur les effets économiques négatifs de l’ISF que
sur la façon de contrer l’optimisation fiscale », se souvient Gilles Carrez, député LR. Terrible aveuglement. La mesure Juppé accélère l’exil fiscal.
Contournement par le bouclier en 2007
Cécile Crouzel
cécile.crouzel@lefigaro.fr
O
n le croyait indestructible. Et
pourtant, l’ISF va bel et bien disparaître : le projet de loi de finances pour 2018, le premier de la
majorité LREM, qui sera adopté
par le Parlement ce jeudi, supprime l’article 885 du Code général
des impôts qui régissait ce prélèvement. Toutefois,
les contribuables aisés n’en sont pas quittes. Car le
projet de Budget crée, « en même temps », l’impôt
sur la fortune immobilière (IFI) qui frappera les seuls
actifs immobiliers. Ce qui conduit Éric Woerth, le
président LR de la commission des finances à l’Assemblée, à dénoncer un « mensonge d’État » pour
fustiger une réforme alourdissant à la marge la facture de ceux dont la richesse est dans la pierre. Sur le
fond, l’IFI n’aura pas la nocivité de son ancêtre pour
l’entreprise, la détention de capital n’étant plus
taxée. Et il ne concernera que 150 000 foyers, contre
350 000 pour l’ISF, tandis qu’il rapportera quatre fois
moins, soit 850 millions d’euros par an. Mais force
est de constater que la France ne s’est pas débarrassée de toute imposition sur la fortune, comme le proposait François Fillon. Comme si notre pays ne se résignait pas à ne pas faire payer les « riches ».
La longue histoire de l’ISF, c’est précisément celle
de cette passion française pour l’égalité - d’aucuns
diront pour l’égalitarisme. Pas plus tard que cet été,
selon une étude Elabe, 32 % des sympathisants LR
souhaitaient le maintien de l’ISF, contre 35 % qui
prônaient sa réforme et 32 % sa fin. L’ISF, c’est aussi
le reflet du goût hexagonal pour les symboles.
« Beaucoup de Français savent que cet impôt n’est pas
efficace pour lutter contre les inégalités. Mais ils tiennent à sa valeur symbolique et ne sont que 17 % à vouloir l’abroger », explique Bernard Sananès, le président d’Elabe. C’est si vrai que la majorité LREM s’est
crue obligée de renforcer la taxation des signes extérieurs de richesse dans le projet de Budget.
A
1
Le blocage de Jacques Chirac
Le discours de politique générale de Pierre Mauroy
du 8 juillet 1981, confirmant la création de l’impôt
sur les grandes fortunes (IGF), jouait parfaitement
sur ces cordes sensibles : « En élisant François Mitterrand, les Françaises et les Français ont choisi de
substituer à une société dure aux plus démunis une
société juste et équitable. Mais pour donner plus aux
uns, il faut donner moins aux autres. » Tout un programme. Reste que le tableau serait inexact si on
oubliait que, dans les années 1970, le PCF et le PS
mais aussi certains au RPR étaient favorables à un
prélèvement sur la fortune. Pis, en 1979, le congrès
de l’UDF, le parti du président Giscard, avait voté la
création d’une « contribution de solidarité » sur les
gros patrimoines, afin d’aider « tous ceux qui sont
touchés par la crise ». Ce n’est donc qu’après son instauration, par la loi de finances de 1982, que l’impôt
sur la fortune est devenu un marqueur du clivage
gauche-droite, Raymond Barre le qualifiant de
« leucémie » et Jacques Chirac « d’impôt marxiste ».
Et encore, avec des nuances. Devenu premier
ministre après la victoire de son camp aux législatives de 1986, le leader du RPR supprime l’IGF (avec
effet en 1987). Mais cette parenthèse libérale sera de
courte durée. En 1988, Jacques Chirac est battu à la
présidentielle par François Mitterrand. Il attribue
sa défaite à sa décision sur l’IGF. Par la suite, dans
les années 1990 et 2000, il refusera toujours d’effacer cet impôt, recréé entre-temps par le gouvernement Rocard en loi de finances pour 1989. Un prélèvement habilement nommé impôt de solidarité
sur la fortune (ISF), en lien avec sa justification, fi-
nancer le RMI (revenu minimum d’insertion), mais
toujours nocif.
Car l’IGF et l’ISF sont les parangons de la folie fiscale française. Une folie qu’on essaye d’atténuer tant
bien que mal par des plafonnements et des niches.
Dès sa création dans le Budget de 1982, le danger de
cet impôt, qui décourage la détention d’entreprise,
apparaît. Le Parlement met donc en place un abattement supplémentaire pour les biens professionnels.
Des mesures renforcées les années suivantes, grâce à
l’action du patronat, menée notamment par Yvon
Gattaz, le président du CNPF (ancien Medef) et père
de Pierre Gattaz. Jamais ce principe ne sera remis en
cause. Tout comme l’exonération des œuvres d’art,
mais pour des raisons plus… hypocrites : toujours
justifié lorsqu’il frappe les autres, l’impôt sur la fortune devient insupportable lorsqu’on est concerné,
fut-on membre de la gauche caviar. « Contrairement
à la légende, Laurent Fabius, alors ministre du Budget,
s’est opposé à cette mesure, pour des raisons budgétaires et parce qu’il en pressentait le coût politique pour
lui, fils d’antiquaire. Il est revenu blême sur les bancs
de l’Assemblée après l’arbitrage. C’est Jack Lang qui a
convaincu Mitterrand de sortir les œuvres d’art », raconte Michel Taly, responsable à la Direction de la
législation fiscale à l’époque.
Malgré ces exonérations, au fil des ans, l’impôt sur
la fortune est devenu de plus en plus toxique. Et ce à
cause de ses taux d’imposition. En 1982, le taux
maximal en vigueur était de 1,5 %. Il était de 1,1 % en
1989 et a atteint 1,8 % en 1999. Parallèlement, les
rendements nominaux des placements ont diminué,
avec le recul de l’inflation. Si bien que l’ISF a occa-
+
» Lire aussi PAGES 22 ET 23
La droite finit par se réveiller à son retour au pouvoir
en 2002. « Chirac ne voulait toujours pas entendre
parler d’une suppression de l’ISF mais avec Hervé Novelli, nous lui avons démontré, avec des exemples concrets, qu’il fallait agir pour les entreprises », précise
Gilles Carrez. En 2003, sont créés les « pactes
Dutreil », qui exonèrent 75 % de la valeur des actions, sous certaines conditions. Puis la loi de finances pour 2006 instaure le premier bouclier fiscal, qui
plafonne les impôts directs - ISF, impôt sur le revenu, impôts locaux- à 60 % des revenus. « La polémique sur les pêcheurs de l’île de Ré, obligés de vendre
pour payer un ISF lié à la flambée de l’immobilier, battait son plein. Nous étions également conscients des
problèmes d’attractivité de la France. Le bouclier répondait à ces problèmes », précise Nicolas Jacquot,
avocat associé chez Arsene Taxand, ancien membre
du cabinet du ministre délégué au Budget, JeanFrançois Copé. Le gouvernement Villepin voulait
aussi couper l’herbe sous le pied de Nicolas Sarkozy,
qui avait ce projet dans ses cartons.
Lors de la campagne présidentielle de 2007 justement, Nicolas Sarkozy fait un choix lourd : plutôt que
de proposer la suppression de l’ISF à la faveur du départ de Jacques Chirac, il choisit de renforcer le
bouclier, en le fixant à 50 % et en incluant les prélèvements sociaux. « La rationalité économique
condamnait l’ISF et l’Allemagne y avait déjà renoncé »,
regrette aujourd’hui Gilles Carrez. « Le bouclier était
une mesure de principe forte. Puissant, il permettait
d’araser l’ISF », rétorque Éric Woerth, qui fut ministre du Budget sous ce quinquennat. Sauf que ce bouclier est revenu comme un boomerang. À cause d’un
péché de fabrication (corrigé ensuite) : le fisc envoyait des « chèques » de remboursement, qui ont
parfois fuité dans la presse, comme celui de 30 millions d’euros à Liliane Bettencourt. « Surtout, le bouclier exonérait les plus aisés des hausses d’impôt demandées aux Français pendant la crise. C’était
intenable », avoue Éric Woerth.
Une fois encore, en 2011, les considérations politiques prévalent : le bouclier est abrogé. Néanmoins,
Nicolas Sarkozy fait voter dans le même texte un allégement de l’ISF. Les taux redeviennent raisonnables (0,25 % et 0,5 %). L’impôt est moins nocif économiquement et plus juste. « Ce sont essentiellement
les milliardaires qui profitaient du bouclier en minorant
artificiellement leurs revenus, et non les petits riches »,
explique un avocat, alors membre des cabinets de
Bercy. Las, cette réforme reste virtuelle. Car en 2012,
François Hollande élu président, dans sa frénésie anti-Sarkozy, l’annule. Un ISF classique est rétabli, à
taux élevé (1,5 %), mais avec un plafonnement à
75 % des revenus, pour que le Conseil constitutionnel ne le juge pas confiscatoire. Plafonnement qui a
coûté plus cher à l’État que le bouclier (1,3 milliard en
2017, contre 600 à 700 millions en moyenne) !
La réforme actuelle, bien qu’incomplète sur l’immobilier, met fin à ces errements. Portée par la reprise économique, aidée par l’absence d’opposition
forte, la nouvelle majorité a pu éliminer l’essentiel de
l’ISF, même si Emmanuel Macron s’est fait étiqueter
à cette occasion « président des riches ». Est-ce la
fin de l’histoire ? « Je ne crois pas à une banalisation
du sujet. La réaction de l’opinion peut venir plus tard.
Ce fut le cas pour le bouclier fiscal qui, au départ, semblait accepté », avertit Michel Sapin, ministre des Finances sous Hollande. L’avenir dira s’il a raison.
Pour la France en tout cas, pas de doute : il ne faut
surtout pas que l’ISF ressuscite. ■
Beaucoup de Français savent
que cet impôt n’est pas efficace
pour lutter contre les inégalités.
Mais ils tiennent à sa valeur symbolique
et ne sont que 17 % à vouloir l’abroger
BERNARD SANANÈS, LE PRÉSIDENT D’ELABE
»
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
IDÉES
CHAMPS
LIBRES
17
Cicéron-Macron, même combat
Rien de nouveau
sous le soleil.
Les mœurs politiques
d’hier comme
si vous y étiez.
À Rome hier comme
à Paris aujourd’hui.
PETIT MANUEL
DE LA CAMPAGNE
ÉLECTORALE.
QUINTUS CICÉRON,
LES BELLES
LETTRES, 211 P., 27 €.
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
I
l est le frère. Le cadet. Celui qui
a un prénom quand l’autre
peut se contenter de n’avoir
qu’un nom. Un nom glorieux
depuis deux mille ans. Il est
Quintus quand son frère est
Cicéron pour l’éternité. L’aîné est
l’intellectuel de la famille, qui peut
ironiser tout à loisir sur les limites de
son frère : « C’est assez d’un seul rhéteur non seulement dans une même famille, mais autant dire dans tout le
pays. » L’aîné joue volontiers son rôle
auprès de son cadet « pour l’apaiser en
tant qu’il est mon frère, pour le
conseiller en tant qu’il est mon cadet,
et pour lui faire des reproches, en tant
qu’il se fourvoyait ».
Mais en cette année 64 avant J.-C.,
Cicéron est en campagne électorale à
Rome. Il guigne le poste de consul. Son
frère lui concocte un petit manuel de
campagne électorale, qui s’avère un
bijou de cynisme et de lucidité. L’élève
endosse un instant les habits du maître. Le cadet devient le mentor. Il écrit
un modèle du genre qui n’a pas pris
une ride en deux mille ans et qui, au fil
des pages, nous rappelle étonnamment quelqu’un, et pas seulement en
raison de la rime facile de leurs patronymes.
À chaque phrase, à chaque conseil, à
chaque recommandation, on ne peut
s’empêcher de s’éloigner en pensée de
Rome pour voguer vers Paris : le consul
se fait président, et derrière Cicéron se
glisse notre Macron. « Réfléchis à ces
trois points, lui écrit Quintus : de quelle
cité il s’agit ; à quoi tu candidates ; quel
homme tu es. Presque chaque jour en
descendant au forum, tu dois méditer sur
ces thèmes : “je suis un homme nouveau ;
je suis candidat au consulat ; il s’agit de
Rome”. »
« Ce qui semble pouvoir beaucoup
aider un homme nouveau, c’est la sympathie des nobles et surtout des anciens
consuls. » On se souvient en effet de la
vague de soutiens venus des hauts dignitaires de la nomenklatura administrative, économique et médiatique qui
a très vite soutenu la candidature
d’Emmanuel Macron : Jacques Attali,
Daniel Cohn-Bendit, Alain Minc, Pierre
« Prends bien soin que toute ta campagne soit pleine de pompe, brillante,
splendide, populaire, qu’elle ait un éclat
et un prestige parfaits, que même, si
possible de quelque manière, se diffuse
concernant tes concurrents une rumeur
infamante de crime, d’immoralité ou de
corruption accordée à leurs mœurs. »
François Fillon peut attester que ce
conseil est judicieux. Quintus Cicéron
ne connaissait pas le « Penelopegate »
ni Le Canard enchaîné, mais il n’en
aurait guère été étonné.
« Il est très nécessaire de savoir flatter, chose qui, si elle est vicieuse et honteuse dans les circonstances ordinaires
de la vie, est en revanche indispensable
dans la campagne électorale. » Macron
a beaucoup flatté,
beaucoup séduit,
Homo novus ! Notre candidat
beaucoup charmé : « Les gens
est un homme neuf et c’est bien là
des municipes et
son principal atout. Il doit faire croire
des campagnes, si
à tous (sénateurs, chevaliers et peuple)
on les connaît par
leur nom, pensent
qu’il est favorable à leurs intérêts
qu’ils sont des
amis ; si en outre
ils pensent se ménager quelque appui, ils
Bergé, Patrick Drahi, Xavier Niel, etc.,
ne perdent pas une occasion de mériter
sans oublier les hauts dignitaires de la
cet appui futur. » Il faut reconnaître
Hollandie - Jean-Yves le Drian, voire
que ce conseil cynique n’a pas été suivi
Ségolène Royal.
par le seul Macron. Mais qu’il a su très
« On gagne non seulement d’être touvite adopter les techniques qu’un Jacjours à Rome et sur le forum, mais de faiques Chirac avait portées à son firmare campagne constamment, de s’adresser
ment.
souvent aux mêmes personnes, et d’éviter
Rome ne connaissait pas notre sysque quiconque puisse dire qu’il n’a pas été
tème de partis politiques dont la désinsollicité par toi, et sollicité avec insistance
tégration avancée a profité à Macron.
et application. » Le forum d’aujourd’hui
Mais il y avait alors deux grands mouest constitué par l’agora médiatique ; et
vements d’opinion, les Optimates et
jamais on n’avait vu en France une telle
les Populaires, qui ressemblent, de fort
omniprésence médiatique que celle de
loin certes, à la droite et à la gauche.
Macron, plus d’un an avant l’annonce
Cicéron vient des Populaires, mais
de sa candidature.
«
»
veut gagner le soutien des Optimates.
Lisons ce qu’affirme avec « un culot
d’acier », aurait dit Chirac, notre malin
Quintus : « Nous avons toujours partagé
l’opinion des Optimates et nous n’avons
jamais été du parti des Populaires ; et
que s’il nous est arrivé de sembler tenir
le langage de ce parti, nous l’avons fait à
dessein pour nous concilier Cnaeus
Pompée, afin de nous faire à l’appui de
notre campagne un ami de cet homme si
puissant, ou au moins de ne pas nous en
faire un adversaire. »
François Hollande ignorait sans doute qu’il tiendrait un jour le rôle de
Pompée !
Notre candidat « n’a pas de programme politique… (mais veut) consolider autour de la candidature un ralliement excédant les clivages de classes »,
nous explique le remarquable commentateur du texte, François Prost. On
a envie de dire qu’on l’avait deviné.
Cicéron est un candidat-philosophe,
qui se réfère sans cesse à Platon, comme le nôtre a pris Paul Ricœur comme
totem.
Certains exégètes savants ont depuis
lors mis en doute l’authenticité de cette
lettre. On évoque un pastiche ironique
ou une satire écrite bien après pour
disqualifier les mœurs déliquescentes
de la République romaine. Un ancien
président du Conseil italien, Giulio Andreotti, célèbre pourtant dans les années 1970 pour son amoralisme
manœuvrier, s’étonne de l’audace
« effrontée » d’un texte qu’il voit comme un « hommage du vice à la vertu ».
Cachez-moi ce cynisme que je ne
saurais voir. Les âmes ingénues pourraient y perdre leurs illusions. Et le système démocratique n’y survivrait
pas. ■
Notre avenir est sur l’eau
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
I
l nous reçoit chez lui au cinquième étage d’un immeuble proche
de la gare Montparnasse, d’où il
peut facilement rejoindre l’Atlantique. Christian Buchet le fait
chaque fois qu’il le peut, Paris est
trop continental à son goût. Il aurait
préféré que Rouen fût la capitale de la
France. Un port eût certainement changé les mentalités. Il nous avoue pourtant
ne pas souvent monter à bord d’un bateau à cause du mal de mer. Ceux qui
naviguent ont le verbe bref, ceux qui
contemplent les océans depuis les rives
sont plus bavards. C’est le cas de Christian Buchet, qui est intarissable sur le
sujet. Spécialiste de l’histoire des naufrages, il s’est fait connaître des médias
après celui de l’Erika, en 1999. Si on jette
un œil sur sa notice bibliographique, il
n’est question que de batailles navales,
flibustiers, armateurs, voyous des mers,
mafias des sables. L’historien enseigne
cette matière à l’Institut catholique.
Mais il est aussi un interlocuteur des
pouvoirs publics. Il a été la cheville
ouvrière du Grenelle de la mer en 2009.
Et il se souvient à l’époque d’avoir beaucoup voyagé dans nos territoires ultra-
marins. À chaque fois, à l’exception de
Saint-Pierre-et-Miquelon, il a retrouvé
dans nos îles le paradoxe de la métropole : les Ultramarins ne sont pas de grands
armateurs, ni des aventuriers de la mer.
Le tour du monde de François Gabart et
les exploits individuels de nos navigateurs donnent le change. Mais la réalité
est toute différente. Christian Buchet a
sans cesse été dérouté par ce paradoxe
français qui fait de ce pays à la fois une
terre paysanne pétrie de lenteurs et de
prudences, sans cesse fragmentée, centrée sur l’effort d’unification intérieure,
d’autodéfense du pré carré, et une nation aux quatre façades marines,
aujourd’hui détentrice du domaine maritime le mieux réparti sur la planète :
« la France est le deuxième pays le plus
grand du monde depuis 1994, grâce à ses
territoires d’outre-mer, et elle reste très
peu orientée vers le grand large ».
Buchet est fasciné par les ressources
énergétiques, économiques et écologiques de la mer, par son potentiel de résolution des maladies, par l’état d’esprit
qu’elle induit, à la fois libéral et entrepreneurial. Il soutient même, contre
Max Weber, que le capitalisme est plutôt
né des ligues hanséatiques et économies
portuaires que de la révolution mentale
du protestantisme. Nous préférons nous
aussi cette thèse braudélienne.
Bien sûr, notre auteur est un anglophile inconditionnel. Mais le grand large
est plus facile à considérer quand on est
France est
« leLadeuxième
pays
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
le plus grand
du monde, grâce
à ses territoires
d’outre-mer,
et elle reste
très peu
orientée vers
le grand large
CHRISTIAN BUCHET
»
une île, même s’il est vrai, comme il le
souligne, que d’autres îles, comme le Japon, n’ont pas développé de marine.
Depuis qu’il se passionne pour ces sujets, Buchet en parle aux politiques, qui
l’écoutent volontiers sans toujours donner suite. Son premier rendez-vous fut
avec Jacques Chirac à l’Élysée. Il en sortit convaincu d’avoir convaincu. Mais il
faut cent fois sur le métier remettre
l’ouvrage. En 2010, il expliqua son plan
pour la mer à un ministre qui lui répondit : « Que d’eau, que d’eau ! » Cela résume mieux la difficulté pour l’État de
concevoir ce qu’il faudrait faire de son
patrimoine bleu.
Pour mieux convaincre du rôle central de la mer dans le succès des sociétés
humaines, Christian Buchet a mobilisé
260 historiens sur un projet baptisé
« Océanide », avec pour tâche d’étudier
l’impact du fait maritime sur l’histoire
de l’humanité. Il en est sorti quatre tomes intitulés La Mer dans l’histoire (Ed.
Boydell&Brewer). Et il vient de publier
une version grand public, accompagnée
d’illustrations. Buchet martèle sa thèse
en déclinant tous les aspects de l’activité
nautique, pour aboutir à chaque fois à la
même conclusion : il n’existe de puissance que maritime. « Les stratèges
européens ont longtemps considéré que
celui qui dominait le cœur des continents l’Eurasie -, dominait le monde, mais c’est
celui qui domine le flux – de marchandises
et d’hommes – qui le domine ». Cette idée
fut longtemps minoritaire chez les maîtres de la pensée militaire. Pourtant,
qu’il s’agisse des civilisations antiques,
de la Perse ou des pharaons, d’Athènes,
de Carthage ou de Rome ; qu’il s’agisse
des modernes, des empires espagnols,
portugais et britanniques, ou même russe, avec Saint-Pétersbourg dont la création ouvrit la maîtrise de mers du Nord,
ce sont à chaque fois la trirème ou la caravelle, le destroyer ou le porte-avions
qui font la différence.
La Chine du XVe siècle aurait dû dominer le monde – par la puissance démographique et l’avancement technique – mais elle refusa la maîtrise des
mers pour des raisons idéologiques. Les
actuels dirigeants chinois en ont tiré les
leçons. L’auteur propose un autre titre
au fameux livre d’Alain Peyrefitte sur le
réveil du géant endormi : Quand la
Chine s’ouvrira sur les mers. C’est le cas
désormais. Les tensions avec le Japon et
les États-Unis autour de la mer de
Chine illustrent la mue de Pékin. Cette
militarisation des flots fait de l’Asie une
poudrière, et illustre la thèse de
l’auteur sur l’importance de l’imperium marin. On cherche bien sûr quelques contre-exemples de grandes puissances qui ne se sont jamais appuyées
sur les liaisons maritimes. C’est le cas
de l’Empire mongol. Mais Buchet y voit
l’exception idéale, tant son organisation territoriale « mise sur la fluidité des
transports, qui est l’essence des stratégies maritimes ». La France, en revanche, est une puissance marine à éclipse.
Elle a, sans aucun doute, trop longtemps regardé l’Est, ce qui fait d’elle
aujourd’hui une nation hybride, entre
terre et mer.
Le XXIe siècle est donc le bon moment
pour embrasser l’Océan. À vrai dire,
« la maritimisation des esprits » dont
rêve l’auteur est dans l’intérêt national,
européen, et mondial. Buchet et les historiens qui ont travaillé avec lui définissent trois périodes de l’histoire des civilisations : le temps des Méditerranées, le
temps de l’Atlantique, et le temps de
l’Océan mondial, qui commence à peine. Avant même de parler de la conquête de l’espace, « la mer reste l’avenir de
la terre ». Le transport maritime représente 92 % des flux du commerce mondial – ce qui remet l’avion à sa modeste
place, et les démographes prévoient que
80 % de la population mondiale sera
concentrée dans les villes et mégalopoles littorales en 2050.
Cette nouvelle frontière marine a
deux faces. Côté pile, l’ingénierie de la
mer est une « immense » source d’emploi. « On y trouve pourtant les deux tiers
de la biodiversité », rappelle-t-il. Côté
face, l’atout écologique qu’elle représente est de plus en plus fragile. Polluée
par de millions de déchets, elle est surtout exposée à l’acidification par la saturation en CO2 dans l’atmosphère.
« C’est le plus grand danger », admet
Buchet. ■
LA GRANDE
HISTOIRE VUE
DE LA MER
Christian Buchet,
Éd Cherche Midi,
257 pages,
30 €.
A
Historien de la mer,
Christian Buchet
publie un « beau
livre », abrégé
d’une entreprise
collective
pour écrire l’histoire
de l’humanité
au seul prisme
des mers.
Passionnant.
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Le nouveau clergé
dans la France du XXIe siècle
n cette veille de Noël,
on aurait tort d’oublier
que la France fut pendant
plus de mille ans
une société cléricale.
On entend par là
une société hiérarchisée, organisée
par un principe d’autorité et de
soumission à une norme centralisée,
forgée, interprétée et diffusée
par l’ensemble des clercs.
Pour donner une idée des enjeux
historiques afférents à cet héritage,
mentionnons le fait qu’au XXe siècle,
le communisme s’est développé
et a pris racine dans les seules sociétés
cléricales, qu’elles soient catholiques,
orthodoxes, chiites, mandarinales
ou juives. Les juifs du monde arabe,
par exemple, ont été à l’origine
de la fondation de partis
communistes dans les pays
du Maghreb et en Égypte.
En revanche, nulle part, dans
les sociétés protestantes, hindoues
ou sunnites, le communisme
ne s’est enraciné ni n’a pris le pouvoir.
L’imprégnation cléricale n’est
donc pas un phénomène à prendre
à la légère, même si son empreinte
et son étreinte se sont fortement
relâchées sur les sociétés occidentales.
Durant ce long millénaire clérical,
l’Église de France a exercé
un quasi-monopole dans la direction
des consciences, tant auprès
des classes dirigeantes que des sociétés
rurales (soit 90 % de la population
jusqu’au XVIIIe siècle, et près
de la moitié jusqu’aux années 1950).
La Révolution et la politique expresse
de déchristianisation conduite
par Paris à partir de 1793 sont loin
d’avoir eu les effets escomptés.
Ainsi, le clergé de France compte
220 000 clercs dans les années 1870,
soit 50 000 de plus qu’en 1789,
et encore 206 000 en 1962 (dont
41 000 prêtres). À cette date et depuis
le XIXe siècle,
la France est la
première puissance
missionnaire
catholique
L’affaiblissement de la fonction d’encadrement
du monde par
du clergé catholique ne signifie pas que la France
le nombre de
ait cessé d’être une société cléricale,
religieux expatriés
argumente l’historien*.
(jusqu’à 70 %
E
PIERRE VERMEREN
puisque chacun peut émettre
des âmes, mais un nouveau haut
des contenus pour tous, et d’abord
clergé en tire toujours un substantiel
pour soi. Mais les Français demeurent
profit matériel. Pour le remède des
soucieux, en tant que vieilles ouailles,
« âmes », psychologues, psychiatres
de savoir ce qu’il faut penser
et psychanalystes se meuvent
de la politique, de la famille, mais
avec aisance dans une société
aussi des romans, des films et de l’art
longtemps habituée à la confession.
en général.
Leur rôle croissant dans la direction
Un haut clergé de grands
de conscience, y compris par revues,
éditorialistes, dans les médias
livres et presse interposés, est notable.
audiovisuels ou les magazines
Ces mêmes hôpitaux, encore
féminins, délivre chaque semaine
peuplés de religieuses et d’infirmières
son imprimatur (nihil obstat) sur telle
en habit dans les années 1950,
ou telle œuvre
ont fait place à un personnel dévoué
d’art – pour
d’infirmières et d’agents civils – le
On penserait à tort que les effets
les films dans
plus souvent des femmes - qui
du cléricalisme se sont volatilisés
« Le masque et la
travaillent en silence au bien de leur
plume » à l’heure
prochain. Leurs modestes salaires
d’un coup. Comment et où observer
des Complies,
ne sont pas exempts d’une forme
les héritages de ce long magistère ?
ou dans Télérama
de gratuité. Enfin, les bonnes sœurs
pour la majorité
modernes s’incarnent plus que
des enseignants. La mise à l’index,
d’autres dans la figure de l’assistante
Comment et où observer
fréquente en cas de déviation hors
sociale, chargée d’adoucir les maux
les héritages de ce long magistère ?
des chemins balisés, est aussi efficace
très rudes d’une société qui ploie sous
Comment ont été redistribuées
auprès de la bourgeoisie provinciale
le joug d’une « modernisation » dure
les fonctions cléricales : direction
qu’elle le fut jadis Claude Lelouch
avec les faibles. Quant à la charité,
de conscience, magistère moral
en a fait l’expérience. Son cinéma
rebaptisée solidarité, elle perpétue
et spirituel, confession, éducation,
est-il trop populaire pour être agréé ?
chaque hiver ses soupes populaires.
soins aux malades, orphelins
Quant à la presse dite féminine,
Enfin, la fonction enseignante
et pauvres ? Ou, dit autrement,
elle n’est pas avare de prescriptions
n’échappe pas non plus à sa tradition
où se nichent aujourd’hui les quelques
morales d’un nouveau genre.
cléricale. Si les classes préparatoires
centaines de milliers de Français
Depuis quelques décennies,
sont toujours les petits séminaires des
qui auraient appartenu au clergé
ses recommandations sont la figure
temps modernes, le corps enseignant
il y a cinquante, cent cinquante
inversée de ce que furent
demeure mû par une vive conscience
ou cinq cents ans ?
les prescriptions cléricales : le modèle
morale : comment, sinon, accepter
Commençons par les fonctions
des « bonnes sœurs » a été remplacé
un travail consciencieux et solitaire,
sacramentelle et spirituelle,
exercé dans
qui constituent le reliquat laissé
des conditions
au clergé traditionnel. Elles sont
Ce
clergé
inversé
exerce
un
magistère
bien plus difficiles
assurées par un clergé vieilli et réduit
que naguère,
à 42 000 membres en 2015 (dont 10 %
tout aussi normatif que le précédent
dans un milieu
de prêtres étrangers). Mais cela
professionnel
reste assez considérable comparé
par le modèle des « femmes libérées ».
infantilisant, et pour des salaires
par exemple aux 1 800 imams
relatifs divisés par deux en quarante
(à plus de 80 % étrangers).
Un exemple : à la promotion
ans ? Les professeurs sont d’anciens
En fait, c’est l’ensemble des fonctions
de l’abstinence jadis a succédé
bons élèves, ayant (presque) fait vœu
cléricales ou assimilées qui
la promotion d’une sexualité affichée
d’obéissance, et les établissements
se sont effondrées dans les diverses
et militante, soutenue par une industrie
scolaires sont remplis de célibataires
confessions.
toujours plus puissante. Ce clergé
rangés qui ne sont pas sans évoquer
Maintenant que l’immense majorité
inversé exerce un magistère tout
les religieux et religieuses d’il y a peu.
du peuple n’est plus haranguée
aussi normatif que le précédent.
À n’en pas douter, la nouvelle
en chair chaque dimanche, on peut
Les grandes fonctions sociales,
France n’est pas encore exempte
estimer, une fois les intellectuels
enfin, ont été accaparées par l’État.
de son passé.
et les écrivains remis à leur juste
La dîme en vigueur sous l’Ancien
et modeste place, que les journalistes,
Régime, soit 10 % du PIB, a été captée
* Ancien élève de l’École normale
les polygraphes et tout un peuple
par le corps médical et les hôpitaux
supérieure, agrégé et docteur
de communicants, a pris le relais
(250 milliards d’euros, soit 350 fois
en histoire, Pierre Vermeren
dans la fonction tribunitienne.
le budget de l’Église aujourd’hui).
est universitaire.
La tendance s’effrite avec l’Internet,
Le soin des corps a supplanté celui
d’entre eux), illustration d’une des
facettes de l’universalisme français.
La puissance du clergé
a en revanche beaucoup diminué
depuis les années 1960, tout comme
celle du communisme d’ailleurs.
Don Camillo et Peppone étaient
devenus les deux faces d’une même
médaille. Mais on penserait à tort
que les effets du cléricalisme se sont
volatilisés d’un coup, y compris
dans notre société technologique,
médiatique et de « communication ».
«
»
«
»
Immigration : tous ces sujets que Macron
doit maintenant prendre à bras-le-corps
a démarche du gouvernement
en matière d’immigration
illégale représente
une inflexion bienvenue.
Ses membres évitent
soigneusement les postures
martiales à visée médiatique
qui ont tant contribué à hystériser
le débat public sur cette question
particulièrement délicate.
Ils ne se complaisent pas davantage
dans les rituelles déclarations
d’intentions qui nous ont trop
souvent tenu lieu de politique.
Le gouvernement a choisi d’aborder
la question de manière concrète,
sous l’angle de l’efficacité.
Il fait ainsi preuve du pragmatisme
qui constitue indéniablement
l’une de ses qualités distinctives.
Force est de reconnaître,
néanmoins, que transparaît également,
en tout cas pour le moment,
le travers accompagnant parfois
son pragmatisme : la tendance
à privilégier une vision purement
technique de l’action gouvernementale.
En l’espèce, un tel primat
se heurterait à un double écueil.
La technique se révèle impuissante
à appréhender une question dont
les implications
humaines sont
si considérables :
nos décisions
déterminent l’avenir
Les mesures souhaitées par le gouvernement
de personnes
en matière d’immigration clandestine et d’asile
ayant tout quitté
sont pragmatiques. Mas le sujet de l’immigration
afin de rejoindre
est beaucoup plus vaste, souligne l’essayiste*.
notre territoire,
DESSINS CLAIREFOND
L
A
STÉPHANE PERRIER
notre politique ne serait que moins
humaine sans être plus efficace.
Il y a donc une action internationale
à conduire, au niveau européen
peut-être, mais plus probablement,
compte tenu de l’inertie propre
à la mécanique bruxelloise, a fortiori
sur un sujet où les positions des États
membres divergent si fortement,
de façon concertée avec nos voisins
les plus intéressés à la question.
À l’intérieur, il faudrait commencer
par lutter véritablement contre l’emploi
d’immigrés illégaux, aujourd’hui
toléré par les pouvoirs publics à en juger
par la faiblesse
des sanctions
Qu’entendons-nous par intégration :
appliquées.
l’appropriation de notre culture,
C’est le grand
non-dit du débat
l’adhésion à nos valeurs, l’insertion dans
actuel. Tant qu’il
notre économie, le respect de nos lois ?
en sera ainsi,
notre politique
sera incohérente – nous incitons
Le premier enjeu se trouve
dans les faits à l’immigration illégale
de fait en dehors de nos frontières,
que nous prétendons combattre – et
dans les pays de départ. La seule solution
éthiquement contestable – comment
durable à l’immigration illégale est
justifier l’éloignement des immigrés
l’amélioration de la situation sur place,
illégaux dès lors que leur emploi est,
à laquelle nous pourrions davantage
en pratique, une composante à part
contribuer en augmentant, mais
entière de l’économie nationale ?
surtout en repensant notre aide
Ce sont là quelques-uns des chantiers
au développement : il faudrait
qu’il appartiendrait au gouvernement
la concevoir comme un authentique
d’ouvrir. Il en existe beaucoup
partenariat économique et social.
d’autres. Et allons même plus loin.
Ajoutons que le principal obstacle
C’est d’une refondation de notre
aux éloignements d’immigrés
politique d’immigration et d’intégration
illégaux est notre difficulté à obtenir
dont nous avons besoin : quel contrôle
leur réadmission dans leur pays.
souhaitons-nous exercer sur les flux ?
Il est vain d’allonger la durée
Ou plutôt quel contrôle souhaitons-nous
de rétention si le renvoi est impossible :
pour des motifs respectables sinon
même estimables. Il est par conséquent
nécessaire qu’un discours cadre,
qui ne peut provenir du seul ministre
de l’Intérieur, fixe le cap de notre
politique.
En outre, quelle que soit
la pertinence de certaines mesures
envisagées, comme la différenciation
accrue du traitement des demandes
d’asile selon le statut du demandeur
ou le raccourcissement des délais
d’instruction, elles s’avéreront
inopérantes si elles ne procèdent pas
d’une démarche globale.
«
»
exercer sur quels flux, car ce terme
désigne des réalités variées ?
Quelles mesures devons-nous prendre
pour favoriser l’intégration
des immigrés ? Par quels moyens
pouvons-nous nous assurer que ceux
qui s’installent définitivement
sur notre territoire s’engagent
effectivement sur la voie de l’intégration ?
Et, d’abord, qu’entendons-nous
par intégration – l’appropriation
de notre culture, l’adhésion
à nos valeurs, l’insertion dans notre
économie, le respect de nos lois ?
C’est en dernière analyse la question
de notre projet politique, de notre
modèle de société qui nous est posée.
Comment nous définissons-nous,
et quelle ambition collective nous
donnons-nous en tant que peuple,
en tant que nation ?
Notre passivité structurelle en matière
d’immigration et d’intégration,
par-delà les alternances électorales,
est le reflet d’un doute profond
que le regain d’optimisme observé
depuis le mois de mai n’a pas résorbé.
Nous attendons encore que le président
Macron indique à la France
un horizon dépassant la simple garantie
de conditions plus propices aux réussites
individuelles. C’est ce débat préalable
qui devrait nous occuper avant que
nous ne dissertions sur l’amendement
à la marge de tel ou tel alinéa mineur
du Code de l’entrée et du séjour
des étrangers et du droit d’asile.
* Vient de publier « La France au miroir
de l’immigration » (Gallimard,
coll. « Le Débat », 304 p., 22 €).
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
Métiers anciens, métiers nouveaux
n 1997, un idéologue,
Jeremy Rifkin, avait réussi
à convaincre Michel Rocard,
qui préfaça son livre
sur la fin du travail,
que les nouvelles
technologies allaient détruire peu à peu
tous les emplois, de sorte qu’il faudrait
instaurer d’urgence les 35 heures,
voire les 25, associées si possible
à un revenu universel de base. Voici,
à titre d’exemple, ce que déclarait
Rifkin à ce sujet : « L’automatisation
remplace le travail humain
dans tout le secteur logistique.
À eux seuls,les États-Unis comptent
aujourd’hui plus de 2,7 millions
de chauffeurs routiers. Il est fort possible
qu’en 2040 les véhicules sans conducteur
E
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
aient éliminé une bonne partie
des camionneurs du pays.
L’automatisation, la robotique
et l’intelligence artificielle éliminent
le travail humain aussi rapidement
dans les services, chez les cols blancs,
que dans l’industrie et la logistique.
Secrétaires, documentaristes,
standardistes, agents de voyages,
guichetiers de banque, caissiers
et d’innombrables autres employés
des services ont pratiquement disparu
dans les vingt-cinq dernières années. »
Le constat est évidemment faux
sur le plan factuel.
En réalité, plus un pays est innovant,
plus il a de robots, moins il compte
de chômeurs selon une logique que
Schumpeter avait parfaitement analysée,
ENTRE GUILLEMETS
21 décembre 1375 : mort de l’écrivain florentin Boccace, auteur du « Décaméron ».
Boccace
Et comme la
reconnaissance est,
à mon sens, la plus louable
de toutes les vertus, et
l’ingratitude le plus odieux
de tous les vices (…)»
ANALYSE
Bertille Bayard
bbayart@lefigaro.fr
U
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
... SOCIÉTÉ
Ces évolutions supposent des réponses.
Les autorités publiques sont contraintes
de réinventer les règles du jeu
économique, social et fiscal. L’innovation,
la croissance et le progrès attachés
à l’émergence des services proposés
par Uber et consorts imposent
qu’on leur ouvre la porte. Les effets
pervers - désorganisation éventuelle
du marché du transport, précarisation
des chauffeurs en termes de couverture
sociale, dans le cas d’Uber - appellent
un encadrement.
La décision de la Cour européenne
de justice rendue mercredi, qui ramène
Uber dans l’univers des transports,
met fin aux tentatives
Les autorités publiques sont
d’imposer une loi
contraintes de réinventer les règles de la jungle. Mais la
façon dont les autorités
du jeu économique, social et fiscal
locales et nationales
organiseront ensuite,
sur la base de cette jurisprudence,
Elle a surtout servi d’accélérateur
leurs marchés des transports, sera
à la prise de conscience des opinions et
déterminante. Uber ainsi que les Airbnb
des autorités face aux bouleversements
et autres plateformes numériques
économiques actuels. En mettant un taxi
ont bousculé avec vigueur, et même
ou une voiture avec chauffeur dans
parfois avec déloyauté et violence,
la poche de tout un chacun, partout sur
leur environnement. Mais ils auront
la planète, Uber a fait tomber la frontière
peut-être in fine le mérite de réhabiliter
entre matériel et immatériel, entre
la régulation dans l’économie de marché
un supposé vieux monde et un nouveau
en lui faisant retrouver l’essence
monde proclamé. Le numérique est
de sa mission : permettre l’activité
devenu tangible dès lors qu’il est devenu
économique et l’innovation dans
la clé d’accès à un transport du quotidien.
un cadre connu et équitable. Qui sait ?
Le phénomène Uber est aussi le symbole
Dans quelques années, peut-être
d’une double mutation. C’est d’une part
faudra-t-il amender la définition
la légitimité des positions acquises, pour
du mot « ubériser », entrée
ne pas dire des rentes, qui est interrogée,
dans le Petit Robert l’an dernier.
défiée. Partout, les taxis ont dû se
Le dictionnaire dit aujourd’hui
réinventer et réapprendre à vivre avec la
qu’il s’agit de « déstabiliser un modèle
concurrence. C’est d’autre part le travail
économique » grâce à la technologie.
qui change, l’emploi qui s’exerce désormais
Demain, cela pourrait vouloir dire
dans de nouveaux cadres, à mi-chemin
« réconcilier avec la technologie ».
entre salariat et entrepreneuriat.
les plus animés de notre époque.
Avant même l’éclatement de l’affaire
Weinstein, la société a été prise dans
la tourmente d’une affaire de sexisme
et de harcèlement, qui a résonné dans
toute la Silicon Valley, puis interrogée
sur sa culture d’entreprise, bien moins
politiquement correcte qu’il y paraissait.
La société a aussi révélé, sur le tard,
avoir été victime d’une cyberattaque et
rançonnée par des pirates qui ont eu accès
aux données de millions d’utilisateurs.
Elle semble aussi s’être rendue coupable
de faits d’espionnage industriel à grande
échelle. Bref, la courte histoire d’Uber est
déjà une somme de toutes nos peurs.
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
jamais ce qui naît. Or, si l’on n’est pas
englué dans une vision platement
naturaliste de l’être humain, si l’on
ne pense pas que nos désirs se réduisent
aux seuls besoins dits « naturels »,
si l’on mesure à quel point nous
sommes, à la différence des animaux,
des êtres de perfectibilité, d’histoire et
de progrès infini, donc d’artifices, alors
il est clair que les nouvelles technologies
créeront des demandes elles aussi
infinies et que les emplois qui leur seront
liés apparaîtront avec elles.
Un seul exemple suffira peut-être
à convaincre : il y a trente ans,
aucun d’entre nous ne disposait d’un
smarphone. Aujourd’hui, il y a plus de
80 millions d’abonnements mobiles en
France, bien plus que de Français, et,
pour l’immense majorité d’entre nous,
cet appareil est devenu tout simplement
indispensable. Les antimodernes diront
que c’est affreux, qu’on a créé des
besoins artificiels de toutes pièces, que
l’humanité avait fort bien vécu pendant
des millénaires sans portables
et qu’il faut d’urgence revenir au bon
vieux temps. À quoi ceux qui aiment
la perfectibilité répondront que c’est un
progrès dont l’humanité s’était certes
passée pendant des millénaires mais
qu’elle s’était aussi passée de médecine
scientifique, d’écoles, de trains, de
voitures, de pharmacies, d’aides sociales
et de mille autres choses encore qui font
que nous vivons en réalité infiniment
mieux et bien plus longtemps
aujourd’hui qu’au XIXe siècle.
Le vrai problème, ce n’est nullement
la fin du travail, mais le besoin urgent
de repenser la protection sociale
et la formation permanente afin
d’assurer dignement la transition
entre les activités qui disparaissent
et celles qui apparaissent.
VOX
Quand Uber réhabilite
la régulation économique
ber est une entreprise
extraordinaire. Elle a,
en l’espace de neuf ans,
fait d’une idée simple
- amener au plus vite
et au plus près d’un client
équipé de son téléphone géolocalisé une
voiture pour le transporter - un empire
planétaire, une marque universelle
et un géant financier valorisé plus
de 60 milliards de dollars. L’avenir dira
si cette hypercroissance est une forme
de progeria, ce syndrome fatal
chez l’humain de sénescence accélérée,
ou le corollaire d’un succès inédit
dans l’histoire économique.
L’année 2017 qui s’achève aura
en tout cas été celle d’un tournant pour
l’entreprise, qui aura dû changer
de patron, de stratégie et de modèle.
Le fondateur, Travis Kalanick - mieux
taillé pour diriger une start-up
provocante que pour piloter
une multinationale qui doit rendre
des comptes à des autorités,
à des investisseurs et à l’opinion
publique - a été évincé. Son successeur,
Dara Khosrowshahi, privilégie désormais
le dialogue avec les autorités plutôt que
l’assaut. Enfin, tout l’environnement
d’Uber a changé en l’espace de quelques
mois, surtout en Europe. L’application
est menacée d’expulsion à Londres,
et la Cour européenne de justice
lui demande de rentrer dans le rang :
elle a jugé mercredi qu’Uber relevait
de la réglementation du secteur
des transports et non de celle des services
numériques. Cela donne à chaque État,
et surtout à chaque ville, le droit d’écrire
le cadre dans lequel l’application peut
exercer son activité.
Uber a beaucoup appris ces derniers
mois. Il a été traversé par les débats
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
celle selon laquelle c’est avant tout
l’innovation qui crée de l’emploi.
À tort, Rifkin était convaincu que
les entreprises du type Amazon,
qui dégagent des profits colossaux,
ne créeraient plus de travail salarié.
Le problème, avec ces thèses alarmistes,
c’est qu’elles ne s’intéressent
qu’aux emplois détruits, jamais
à ceux que les nouvelles technologies
recréent sans cesse.
Sans même entrer dans un
raisonnement économique sophistiqué,
faites tout simplement l’expérience
suivante : demandez autour de vous,
à vos enfants ou à vos amis, en quoi
consistaient au juste les métiers qui
ont disparu au cours du XIXe siècle,
du fait des grandes révolutions
industrielles. Vous verrez que non
seulement ils ont bien du mal à les définir,
mais qu’en outre, ils se fichent comme
de l’an quarante de leur disparition.
Qui sait encore aujourd’hui ce qu’était un
taillandier, un affineur, un amareyeur,
un archier, un aumussier, un agnelier,
un afoireur, un affeneur, un fenassier
ou même une lavandière, un canut ou
un rémouleur ? Et maintenant, faites
par abstraction l’expérience dans
l’autre sens : demandez-vous, par
exemple, ce que Charles X, dans les
années 1830, aurait bien pu connaître
des métiers apparus au XXe siècle grâce
aux innovations. Aurait-il eu la moindre
idée de ce qu’est un fabriquant de GPS,
de microprocesseurs, voire un
mécanicien auto, un généticien, un
radiologue, un photographe ou un pilote
d’avion ?
Leçon de cette petite fable : l’hypothèse
de la fin du travail n’est en réalité
que l’effet d’un singulier manque
d’imagination. Comme toujours, les
pessimistes ne voient que ce qui meurt,
Stage en non-mixité
raciale : une simple
polémique ?
Non, un vrai scandale !,
par Jean-Claude
Magendie, Noëlle Lenoir
et Jean-Eric Schoettl
...
INTERNATIONAL
À Djibouti, l’influence
française doit faire face
à l’offensive de la Chine,
par Franck Gouéry
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
AGNÈS VERDIER-MOLINIÉ
Le lundi 29 janvier 2018
à 20 heures
Salle Gaveau
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
Pour vous abonner Lundi au vendredi de 7 h à 18h ;
sam. de 8 h à 13 h au 01 70 37 31 70. Fax : 01 55 56 70 11 .
Gérez votre abonnement, espace Client : www.lefigaro.fr/client
Formules d’abonnement pour 1 an - France métropolitaine
Club : 409 €. Semaine : 259 €. Week-end : 209 €.
Imprimé sur papier issu de forêts gérées durablement.
Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Cahier 4 Littéraire
8 pages
A
CHRONIQUE
19
B O U T I Q U E E N LI G N E D I O R .C O M
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO - N° 22 819 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
LES SALAIRES
DE BERCY
ÉPINGLÉS
lefigaro.fr/economie
FREE
L’AMBITIEUX MENU DE MATIGNON
POUR MODIFIER LES HABITUDES
ALIMENTAIRES DES FRANÇAIS PAGE 26
STEFAN ROUSSEAU/AFP, JIM LOSCALZO/PICTURE-ALLIANCE/DPA/AP IMAGES, STEPHAN GLADIEU/LE FIGARO MAGAZINE
La réforme fiscale
de Trump pénalise
l’Europe
XAVIER NIEL
ÉTEND SON EMPIRE
EN IRLANDE PAGE 27
Impôts, taxes :
ce que change
le 1er budget
de l’ère Macron
Baisse de la taxe d’habitation, réforme
de la fiscalité du capital... les mesures touchant
ménages et entreprises sont nombreuses.
Les députés vont - sauf surprise - voter ce jeudi trois textes budgétaires
importants de l’ère Macron : le budget
2018, le second budget rectificatif 2017
et la loi de programmation des finances publiques 2018-2022. Ces projets
reprennent la quasi-majorité des promesses de campagne du président de
la République. Ils prévoient, notamment, le remplacement de l’ISF par
l’impôt sur la fortune immobilière
(IFI), la baisse de la taxe d’habitation,
le rabotage - avant sa transformation
en allégement de cotisation en 2019 du CICE pour les entreprises ou la généralisation de la taxe de séjour pour
les locations Airbnb. Parallèlement,
l’accélération de la montée en puissance de la fiscalité verte va fortement
toucher les ménages.
èLE MALUS AUTO S’ALOURDIT MAIS ÉPARGNE LE DIESEL èLES DÉPUTÉS VEULENT
PESER PLUS SUR LES ÉCONOMIES èUNE ENVOLÉE DE LA FISCALITÉ VERTE QUI VA FAIRE
TRÈS MAL èJOËL GIRAUD, LE RELAIS DE MACRON À L’ASSEMBLÉE PAGES 22 ET 23
La justice européenne
met un terme au service UberPop
Le président américain comptait bien fêter mercredi soir
l’adoption de la réforme fiscale adoptée par
les républicains, sa première grande victoire politique.
L’un de ses objectifs : encourager l’investissement
aux États-Unis passe par des mesures qui pénalisent
les entreprises étrangères. L’Europe s’en inquiète. PAGE 24
le PLUS du
FIGARO ÉCO
TRAVAIL
DÉTACHÉ
L’exécutif durcit
les sanctions
PAGE 24
LA SÉANCE
DU MERCREDI 20 DÉCEMBRE 2017
CAC 40
5352,77
-0,56%
DOW JONES (18h)
24755,56 0,00%
ONCE D’OR
1264,55 (1260,35)
PÉTROLE (lond)
64,230 (63,630)
EUROSTOXX 50
3550,83 -0,88%
FOOTSIE
7525,22 -0,25%
NASDAQ (18h)
6466,11 -0,22%
NIKKEI
22891,72 +0,10%
Dans un arrêt rendu le 20 décembre,
la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) juge qu’UberPop relève de la réglementation des transports.
Considéré
comme
une
concurrence déloyale par les taxis, ce
service consiste à mettre en relation
des particuliers qui s’improvisent
chauffeurs avec d’autres particuliers.
En France, ce service lancé en 2014
avait été interdit en 2015 comme dans
d’autres pays. Il ne pourra donc pas
être relancé comme l’aurait voulu
Uber. En revanche, le jugement ne
remet pas en cause l’autre activité
d’Uber qui est exercée par des chauffeurs professionnels indépendants.
PAGE 25
L'HISTOIRE
Sept femmes d’exception vont prendre
en main le Forum de Davos 2018
e Forum économique mondial,
qui se tiendra du 22 au 26 janvier,
s’est choisi un thème herculéen :
« Construire un avenir commun
dans un monde fracturé ».
Et pour mener les travaux, le professeur
Klaus Schwab, fondateur en 1971 et directeur
général du grand raout des « maîtres
du monde », a décidé
de confier les clés à sept
femmes d’exception. Leur
rôle consistera à diriger
les débats et, in fine,
formuler une synthèse.
La diversité des métiers
est idéale. Une
syndicaliste, l’Australienne
Sharan Burrow, secrétaire
générale la Confédération
syndicale internationale
(CSI). Une physicienne,
l’Italienne Fabiola Gianotti,
qui dirige le Cern près de
Genève. Une industrielle,
la Française Isabelle
Kocher(photo), directrice
générale d’Engie.
Une financière, Christine
L
Lagarde , patronne du FMI. Une autre
industrielle, l’Américaine Ginni Rometty, PDG
d’IBM. Une entrepreneuse sociale, l’Indienne
Chetna Sinha, qui, à la tête de la fondation Mann
Deshi, aide un million de chefs d’entreprise
femmes. Une politique, la Norvégienne Erna
Solberg, première ministre de son pays.
Le panel semble parfait. Il n’y manque qu’une
artiste. Mais elles le sont
toutes pour s’être inventé
des carrières aussi réussies.
Tout autant qu’un forum,
Davos 2018 sera un gynécée.
Emmanuel Macron
pourra-t-il y résister ?
Le président de la République
n’a pas dit s’il participerait.
Il s’est contenté de réunir
mardi à l’Élysée une
cinquantaine de chefs
d’entreprise français
qui viendront à Davos
et qu’il considère comme
des « ambassadeurs de
l’attractivité de la France ».
Séducteurs, faites attention
quand même à ne pas en faire
JEAN-PIERRE ROBIN
trop. ■
La Cour des comptes pointe à nouveau du doigt, dans un référé rendu
public mercredi, les distorsions de
rémunération pratiquées à Bercy
entre les différentes directions, et
en particulier le sort avantageux réservé aux hauts fonctionnaires du
fisc. Preuve à l’appui : en 2015, 104
des 150 plus hautes rémunérations
de Bercy étaient perçues par ces
hauts fonctionnaires, rattachés à la
Direction générale des finances publiques (DGFIP). Un administrateur
général des finances publiques « de
classe exceptionnelle » touchait
ainsi en moyenne 202 000 euros par
an, contre 175 000 euros pour les
hauts fonctionnaires en charge du
contrôle budgétaire. « De même, la
rémunération annuelle d’un directeur régional des finances publiques
est supérieure en moyenne d’environ 35 000 euros à celle d’un directeur d’administration centrale, et
encore de près de 8 000 euros à
celle d’un directeur général », notent
les magistrats de la rue Cambon.
Ces niveaux élevés de rémunération au sein de la DGFIP sont hérités
des anciens trésoriers-payeurs généraux, dont la responsabilité pécuniaire personnelle était engagée devant le juge des comptes. Le risque
financier supporté aujourd’hui par
ces agents a été largement encadré.
D’où la recommandation de la Cour
des comptes de « mettre fin à (cette) surrémunération relative ». « En
dépit d’une nette amélioration depuis sa précédente enquête », la
Cour « constate la persistance de
pratiques indemnitaires irrégulières,
notamment des dispositifs de rémunération sans base juridique ».
Pour établir son diagnostic, la Cour
des comptes s’est fondée sur l’examen de la rémunération de l’encadrement supérieur des ministères
de Bercy, soit plus de 750 postes,
pour les exercices 2013 à 2015. Les
hauts magistrats ont déjà mené
deux enquêtes sur les salaires à
Bercy, en 2010 et en 2011. Ils avaient
à l’époque relevé les mêmes irrégularités qui n’ont été dans l’intervalle
redressées que partiellement. Le
référé a été adressé le 12 octobre
aux ministres de l’Économie, Bruno
Le Maire, et des Comptes publics,
Gérald Darmanin.
A. G.
AU
VE
U
NO
DÉCEMBRE 2017 - JANVIER 2018
Les p
plaies
sont toujours
à vif
v
¤
8,90
En vente chez tous les marchands de journau
journaux
et sur www.figarostore.fr/histoir
www.figarostore.fr/histoire
Retrouvez Le Figaro Histoire
sur Twitter et Facebook
Le Figaro Histoire,
tout reste à découvrir
A
AGRICULTURE
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Les députés votent le
1er budget de l’ère Macron
Réforme de la fiscalité du capital, baisse de la taxe d’habitation… les
mesures visant les ménages et les entreprises sont nombreuses.
de la fiscalité
uRéforme
du capital
FISCALITÉ Après trois mois de
marathon budgétaire, les députés
doivent - sauf coup de théâtre définitivement adopter ce jeudi,
dans un joli tir groupé, le budget
de l’État pour 2018, la deuxième
loi de finances rectificative pour
2017 et la loi de programmation
des finances publiques 2018-2022.
Par ces votes seront entérinées
nombre de mesures fiscales emblématiques, promises par Emmanuel Macron durant sa campagne. Mais aussi des hausses
d’impôts dont l’exécutif se vante
moins (lire ci-dessous). Passage en
revue des principales mesures
concernant les ménages et les entreprises en 2018 que les députés
vont adopter.
u
Baisse d’un tiers de la taxe
d’habitation
Chose promise, chose due : 80 %
des ménages verront leur taxe
d’habitation réduite d’un tiers
l’année prochaine. Un premier pas
vers une suppression définitive en
2020 de cet impôt local jugé « injuste » par le chef de l’État, qui
avait promis durant la campagne
présidentielle de le rayer de la carte pour huit foyers sur dix. Pour ce
faire, les ménages concernés verront à nouveau baisser leur taxe
d’habitation d’un tiers supplémentaire en 2019, puis le restant
sera supprimé en 2020. À cette
date, le président de la République
a promis une refonte de la fiscalité
locale - avec un impôt plus juste,
fonction des revenus - qui impliquera, a traduit Gérald Darmanin,
le ministre des Comptes publics,
que « 100 % des Français seront
concernés » par la suppression de
la taxe d’habitation.
DES EFFORTS
D’ÉCONOMIES
QUI PORTERONT
SUR LA 2E PARTIE
DU QUINQUENNAT
+
» L’ISF, ou la
longue histoire
des errements fiscaux
français PAGE 16
Révision du crédit d’impôt
transition énergétique
Le gouvernement voulait exclure
les fenêtres du crédit transition
énergétique (CITE) dès le 1er janvier, mais les députés ont obtenu
un report partiel de la mesure. Les
« parois vitrées » seront éligibles
au CITE, mais déductibles des impôts à hauteur de 15 %, et non plus
30 %, et ce jusqu’au 30 juin 2018.
De plus, ne seront concernés que
« les contribuables remplaçant du
simple vitrage par du double vitrage », précise le gouvernement
dans l’amendement qu’il a, depuis, fait adopter. En revanche, les
portes d’entrée et les volets isolants seront exclus du CITE à
compter du 1er janvier 2018.
de séjour généralisée
uTaxe
aux locations type Airbnb
Les députés l’ont emporté face à
Bercy. Ils ont voté la généralisation de la taxe de séjour sur les locations de courte durée type Airbnb. Cette mesure ne s’appliquera
qu’en 2019 et sera plafonnée à
hauteur de la taxe de séjour appliquée aux hôtels 4 étoiles de la
commune où se trouve la location
louée via une plateforme Internet.
Mauvaises surprises dans le PFU et l’IFI
Certes, la mise en place de l’impôt sur la fortune
immobilière (IFI) et du prélèvement forfaitaire
unique sur les revenus financiers (PFU) à 30 %
allégera considérablement les impôts des
contribuables concernés, mais quelques détails
font office de mauvaises nouvelles. D’abord,
la hausse généralisée de 1,7 point de la CSG
en 2018 s’appliquera, avec rétroactivité,
aux plus-values mobilières (et pas immobilières)
réalisées cette année. Paradoxalement, 2017
sera donc l’année où ces plus-values financières
seront les plus taxées, à hauteur de 17,2 % pour
les prélèvements sociaux - au lieu de 15,5 %
auparavant -, ce qui débouche, pour les plus
Première partie du
quinquennat (2018)
u
La suppression de l’impôt sur la
fortune (ISF), remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière
(IFI), ainsi que la mise en place
d’un nouveau prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % sur les
revenus du patrimoine financier
ont valu à la loi de finances pour
2018 le surnom de budget « pour
les riches ». L’objectif ? Rendre la
France attractive pour les investisseurs et inciter les Français à investir davantage dans les entreprises et moins dans l’immobilier.
De fait, les revenus fonciers seront
davantage taxés qu’auparavant à
cause de la hausse généralisée de
1,7 % de la CSG.
hauts revenus, sur un taux marginal d’imposition
de 66,2 %. À Bercy, qui confirme ce mécanisme,
on précise que « la hausse ne sera pas durable »
grâce l’entrée en vigueur du PFU sur les revenus
financiers générés à partir du 1er janvier 2018.
Par ailleurs, il ne sera possible de déduire de
l’assiette de l’IFI que le montant de sa taxe
foncière. Or, dans le cadre du calcul de l’ISF,
les contribuables pouvaient déduire de leur
fortune leur impôt sur le revenu, les divers
impôts locaux et même le montant estimé
de leur ISF. Les emprunts in fine, dont le capital
est remboursé à échéance, ne pourront pas non
plus être déductibles de l’IFI.
G. G.
SOLDE BUDGÉTAIRE EN 2018
A
C’est une tradition, chaque projet
de loi de finances prévoit d’alourdir du malus automobile. La cuvée
2018 – la nouvelle grille sera applicable à partir du 1er janvier –
risque de peser sur le porte-monnaie des automobilistes. Le principe ne change pas : les acheteurs
de véhicules neufs devront acquitter une taxe supplémentaire
calculée en fonction de la quantité
de CO2 émise par le véhicule
acheté. C’est là que le bât blesse.
L’objectif affiché par le gouvernement est de mettre en place une
fiscalité qui permette d’aller vers
une mobilité plus propre et plus
durable. L’argent du malus doit
ainsi financer les aides à l’achat de
véhicules électriques. Sauf que
« la fiscalité automobile n’a aujourd’hui aucun sens, s’alarme Philippe Geoffroy, président de la
Csiam, syndicat des importateurs
de véhicules en France. D’un côté,
le gouvernement trace une trajectoire de sortie du diesel pour les
voitures. Mais, d’un autre côté, il
soumet au Parlement une grille de
malus qui avantage outrageusement le diesel ».
En effet, un moteur Diesel
consomme
mécaniquement
Les entreprises verront en 2018 le
taux de leur crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) réduit de 7
à 6 % des salaires versés jusqu’à
2,5 smic. « Avec la réforme de la
fiscalité du capital, les chefs d’entreprise sont bien traités dans ce
budget, mais malheureusement pas
les entreprises », déplore Véronique Louwagie, membre LR de la
commission des finances de l’As-
semblée. Toutefois, le gouvernement a acté dans la loi la transformation du CICE en baisse pérenne
des cotisations patronales en 2019.
baisse de l’impôt
u…surMais
les sociétés
Les entreprises verront bien leur
impôt sur les sociétés (IS) baisser en
2018. Le taux d’IS pour les bénéfices
inférieurs à 500 000 euros sera de
28 % (contre 33,33 % auparavant et
pour le reste des bénéfices), tandis
que les PME continueront à bénéficier d’un taux réduit de 15 % sur les
38 120 premiers euros de bénéfices
pour celles dont le chiffre d’affaires
est inférieur à 7,63 millions d’euros.
Les années suivantes, le taux d’IS
sera progressivement réduit pour
atteindre 25 % en 2022.
de la taxe
uSuppression
sur les dividendes
Censurée à la fois par la Cour de
justice européenne et le Conseil
constitutionnel, la taxe de 3 % sur
les dividendes instaurée en 2012
QUATRE MINISTÈRES DONT LES CRÉDITS SONT EN HAUSSE
Solidarités et insertion
+ 8,7 %
Dépenses
Recettes
386,3
302
milliards d'euros
milliards d'euros
Défense
Déficit,
Justice
hors comptes
spéciaux
84,3
Education, recherche
Surcoût de près
de 10 % pour un Duster
des besoins très spécifiques, le
malus a donc plus que triplé en
trois ans. La version diesel du
Duster sera soumise à un malus
de 73 euros (avec 123 grammes de
CO2 par kilomètre parcouru), ce
qui représente un surcoût de
0,4 %.
« Les consommateurs doivent
payer des malus de plus en plus élevés, alors même que les constructeurs ne cessent d’améliorer leurs
produits », déplore encore Philippe Geoffroy. En moyenne, les voitures en Europe émettaient 195
grammes de CO2 par kilomètre
parcouru en 1996. Elles en sont
aujourd’hui à 130 grammes. L’objectif pour 2021 a été fixé à 95
grammes. ■
+ 5,6 %
+ 3,87 %
+ 2,6 %
DEUX DONT LES CRÉDITS SONT RABOTÉS
Emploi et travail
-9%
Logement
- 9,5 %
moins que son équivalent à essence. Or les émissions de CO2 sont
directement corrélées à la
consommation. En clair, un automobiliste a tout intérêt à acheter
un diesel s’il veut minimiser son
malus. Pourtant, le gouvernement, et de nombreuses municipalités, milite pour une disparition du diesel, accusé d’émettre
des particules nocives pour la
santé. D’où l’incompréhension
des constructeurs.
La différence entre la taxe acquittée pour une voiture équipée
d’un moteur essence ou d’un
moteur Diesel peut être très importante. Ainsi, l’acquéreur du
nouveau Dacia Duster TCe 125
(essence) en version 4 × 4 paiera
1 613 euros (émission de 145
grammes de CO2 par kilomètre
parcouru) en plus de son prix de
base de 17 550 euros. Soit un coût
supplémentaire de près de 10 %
du prix de vente ! L’année précédente, le malus aurait été de
seulement 860 euros (5,5 % du
prix de vente). Et, en 2015, c’était
500 euros, soit 3,2 %. Sur ce modèle, qui permet d’accéder à un
véhicule 4 × 4 à un prix abordable, lui permettant de répondre à
François Hollande avait inscrit
cette mesure dans son dernier
budget, mais avec une entrée en
vigueur en… 2019 et sans la financer. L’extension aux retraités du
crédit d’impôt pour l’emploi à domicile a été maintenue par le gouvernement Philippe. Jusqu’à cette
année, les retraités n’avaient
droit, quand ils employaient une
personne à domicile, qu’à une réduction d’impôt.
du CICE
uRabotage
pour les entreprises…
Le malus auto s’alourdit mais épargne le diesel
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
du crédit d’impôt
uExtension
pour l’emploi à domicile
L’acquéreur d’un
nouveau Dacia Duster,
en version essence et
4 × 4, s’acquittera de
1 613 euros de malus,
soit 10 % en plus du prix
de vente du véhicule.
JEAN-BRICE LEMAL
1suppressions
600
de postes dans la fonction
publique d’Etat
Les députés veulent peser
Depuis longtemps, l’examen du
projet de budget de l’État par le
Parlement, tous les ans à l’automne, est l’occasion pour les députés
d’un festival de propositions de
création de nouveaux crédits
d’impôts et autres hausses des dépenses - ces dernières étant, le
plus souvent, retoquées. Cela
pourrait bien changer à l’avenir.
La majorité La République en
marche (LREM) et le président Les
Républicains de la commission des
finances, Éric Woerth, veulent en
effet revoir la procédure budgétaire en 2018, de fond en comble,
dans le cadre de la réforme de
l’Assemblée nationale menée par
son président, François de Rugy.
Jusqu’à cette année, les députés
passent quelques jours à peine à
valider les comptes de l’année
passée, en juin. En revanche, ils
examinent le projet de loi de finances (PLF) de l’année suivante
durant les trois mois d’automne.
L’objectif de la réforme est de passer moins de temps à plancher sur
l’élaboration du budget, pour en
allouer davantage au contrôle du
budget exécuté.
Concrètement, propose notamment Éric Woerth, les députés
passeraient le printemps à évaluer
la manière dont l’État a dépensé
ses crédits de l’année passée. Ce
n’est que grâce à ce travail qu’ils
pourraient ensuite proposer, à
l’automne, des réformes et des
économies dans le PLF pour l’année suivante, explique le président de la commission des finances. « Il faut créer pour cela des
amendements d’économies qui
soient examinés à un moment de la
procédure budgétaire qui leur soit
exclusivement
consacré,
afin
d’obliger les députés à prendre des
positions sur ces sujets », précise
encore l’ex-ministre des Comptes
publics puis du Travail de Nicolas
Sarkozy.
Réforme constitutionnelle
Car si les députés ont, en théorie,
le pouvoir de proposer des coupes
budgétaires, ils ne le font presque
jamais. « Nous ne modifions que
1% seulement des crédits du budget », regrette ainsi Pierre Person,
membre de la commission des finances et rapporteur spécial de la
mission culture. En somme, rien
n’a changé depuis la mise en place
de la loi organique relative aux lois
de finances (LOLF), en 2001, qui
devait notamment inciter les députés à agir sur les dépenses.
Toutefois, proposer des mesures
d’économies suppose que les élus
puissent chiffrer leurs propositions. Ils n’en ont aujourd’hui pas
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
L'ÉVÉNEMENT
23
Joël Giraud, le relais du président
à l’Assemblée nationale
Le rapporteur général du budget a été choisi en personne par le chef de l’État.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
Les députés devraient
définitivement adopter
ce jeudi le budget
de l’État pour 2018,
la deuxième loi de
finances rectificative
pour 2017 et la loi
de programmation
des finances publiques
2018-2022. FRANÇOIS
par François Hollande n’avait plus
d’avenir.
Le
gouvernement
n’avait donc d’autre choix que de
la supprimer pour 2018, ce qu’il a
fait. Mais afin de rembourser les
10 milliards d’euros aux entreprises qui s’étaient acquittées de cette taxe jugée anticonstitutionnelle, Bercy a imaginé, en urgence,
début novembre, une double surtaxe d’IS sur les très grandes sociétés réalisant plus d’un milliard
d’euros de chiffre d’affaires. De
quoi rapporter environ 5 milliards
d’euros entre 2017 et 2018.
BOUCHON/LE FIGARO
de la taxe
uAbaissement
sur les salaires
Afin d’attirer les cadres de la finance fuyant Londres à cause du
Brexit, le gouvernement a décidé
de supprimer la tranche marginale
supérieure de la taxe sur les salaires de 20 % portant sur les rémunérations
supérieures
à
152 279 euros. Celle-ci concernait
surtout la banque et l’assurance. ■
G. G.
DÉFICIT PUBLIC, en % du PIB
Deuxième partie
du quinquennat
2016
2017
2018
ET SOUDAIN, une trompette à
sourdine résonna dans l’hémicycle
de l’Assemblée… En cette énième
suspension de séance de nuit le
5 décembre dernier, le député Joël
Giraud sonne le rappel à sa manière, forcément décalée, alors que
l’examen du projet de budget 2017
rectificatif s’apprête à reprendre.
Pourtant le rapporteur général
LREM de la commission des finances, en charge de présenter les projets de loi de finances, est l’un des
hommes les plus importants du Palais Bourbon en cette saison budgétaire. Sur chacun des milliers
d’amendements déposés sur les
cinq textes financiers examinés depuis juillet, son rôle est de donner
un avis circonstancié que suivra
ensuite la majorité.
Si la matière est grise, le personnage, haut en couleur, détonne au
sein de la majorité. Et pour cause :
Joël Giraud n’a pas grand-chose du
député macroniste typique. Âgé de
plus de 50 ans, c’est un élu de terrain
de l’ancien monde. Il a remporté en
juin son troisième mandat législatif
avec 68 % des voix dans son fief des
Hautes-Alpes, score qu’il ne doit pas
à son étiquette En marche !. En effet,
on peut difficilement être plus enraciné dans son territoire que cet ancien du Parti radical de gauche
(PRG). Succédant à son père décédé
en fonction en 1986, il a tenu la mairie du petit bourg d’Argentière-laBessée, au pied du massif des Écrins,
durant vingt-huit ans, jusqu’en
juillet dernier. Il fut aussi vice-président de la région Paca en charge de
la montagne, qu’il adore au point
d’avoir écrit dans sa jeunesse un livre sur la faune et la flore alpines.
Seul sacrifice à l’air du temps, il a
abandonné cet été sa moustache très
années 1970 pour se laisser pousser
une courte barbe poivre et sel.
DÉPENSES PUBLIQUES, en % du PIB
Au sein d’une majorité qui se
prend très au sérieux, Joël Giraud
ne peut s’arrêter de plaisanter.
Certains élus locaux de sa circonscription l’en trouvent presque fatiguant. Il ne faut pas pour autant
prendre ce diplômé de « l’ENA de la
Poste » (l’ENSPTT, aujourd’hui disparue), passé par Tracfin et la lutte
contre le financement du terrorisme, pour un plaisantin. Son arrivée
au poste clé de rapporteur général
de la commission des finances de
l’Assemblée n’est aucunement le
fruit du hasard. Il y est - cela pèse par la volonté expresse du président de la République qui voulait
« quelqu’un de solide », rapporte
l’intéressé. Et tant pis si les députés
LREM préféraient, eux, le jeune
Laurent Saint-Martin.
Le chef de l’État avait croisé le
radical-socialiste de 58 ans lors de
l’examen de la loi Macron, il y a
deux ans. Il s’est souvenu de lui à
l’heure de choisir celui qui devrait
porter la brûlante réforme de l’ISF, les
coupes budgétaires sur les
APL et les emplois
aidés.
L’expérience
l’a, au final, emporté.
55
0,9
50
54,6 53,9
53,3 52,5
« Ce n’est pas un naïf ! »
Fin septembre, ce membre de l’aile
gauche de LREM a tiré à vue sur la
réforme de l’ISF, qui exemptera les
yachts et les voitures du futur impôt
sur la fortune immobilière (IFI).
« Des symboles de ce genre doivent
être beaucoup plus taxés, lâche alors
l’ex-PRG dans une interview au
Parisien, deux jours après la présentation du budget 2018, le premier de l’ère Macron. Un yacht,
c’est m’as-tu-vu, ce n’est pas productif pour l’économie. »
La sortie fait alors tiquer ses collègues de la LREM et d’aucuns
voient en lui le premier frondeur de la nouvelle majorité…
Grave erreur. Quelques jours
plus tôt, le rapporteur général
et sa collègue Émilie Cariou ont obtenu
gain de cause
auprès de l’Élysée pour taxer
très symboli-
quement les « signes extérieurs de
richesse », contre l’avis de Bercy,
qui redoute le message négatif
d’une France qui continue à ne pas
aimer « les riches ». Lui assume.
« Je ne serai jamais déloyal envers le
président », peut donc se défendre
aujourd’hui Joël Giraud. Au passage, le rapporteur obtiendra de nouveau un arbitrage favorable début
décembre pour généraliser la taxe
de séjour à tous les logements de
type Airbnb, contre l’avis des ministères financiers.
« Joël ne fait pas de politique politicienne : quand il dit quelque chose, ce
n’est pas pour se placer, c’est parce
qu’il y croit, analyse pour sa part
Pierre Person, membre de la commission des finances. Et attention, ce
n’est pas un naïf ! » Joël Giraud
choisit simplement les combats qu’il
sait pouvoir gagner et parle à tout le
monde pour s’assurer de l’emporter. À la gauche et, en même temps,
à la droite. En somme, s’il n’a pas
l’aspect extérieur du macroniste
type, il en a l’ADN. « Nous n’avons
pas la même culture politique, nous
trouvons toujours un terrain d’entente », apprécie d’ailleurs le ministre
des Comptes publics, Gérald Darmanin, issu des Républicains.
Bilan de ces premiers mois très
chargés au poste exposé de rapporteur général ? « Il a su soutenir toutes les grandes mesures, apprécie-ton dans l’entourage du ministre des
Finances, Bruno Le Maire. De plus, il
n’y a jamais eu avec lui de couac en
séance. » Quoi qu’il en soit, Joël Giraud cédera son poste de rapporteur général à Laurent Saint-Martin
à mi-mandat et n’a pour ambition,
en 2022, que de faire valoir ses
droits à la retraite. ■
Joël Giraud, député LREM des Hautes-Alpes
et rapporteur général de la commission
des finances. C.MORIN/IP3 PRESS/MAXPPP
DETTE PUBLIQUE, en % du PIB
2019 2020 2021 2022
0,2
Et qu’importe si Joël Giraud,
contrairement à la jeune garde de la
macronie, n’est pas médiatique
pour un sou. Il ne faut en effet pas
compter sur lui pour défendre la
politique du gouvernement sur les
plateaux de télévision. « Je préfère
faire plutôt que de parler de ce que
les autres font, c’est mon côté d’austère
parpaillot
(protestant,
NDLR) », évacue-t-il. Toutefois,
les rares fois où le Haut-Alpin fait
une sortie dans les médias, il ne
mâche pas ses mots.
96,8
96,3
96,8
PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES
en % du PIB
44,4 44,7 44,3 43,3
97,1
96,1
51,8 50,9
43,6
4,5
milliards €
d’économie
94,2
supplémentaires
attendus en 2020
au titre du plan
action publique 2022
1,5
91,4
2,9
2,8
3
3,4
40
2016 2017 2018 2019 2020 2021
2022
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2016
2017 2018 2019 2020 2021
2022
Source : PLF
plus sur les économies Une envolée de la fiscalité verte qui va faire très mal
DOMITILLE ARRIVET £@darrivet
Nous ne
« modifions
que 1 %
seulement
des crédits
du budget
PIERRE PERSON,
DÉPUTÉ LREM
»
Dans le budget 2018, Nicolas Hulot a
choisi d’accélérer les augmentations de taxes vertes durant les cinq
ans à venir afin d’accompagner plus
fermement la transition énergétique. Pour 2018, la taxe carbone a été
relevée à 44,60 euros la tonne de
CO2, alors que le gouvernement
précédent l’avait prévue à 39 euros.
Instauré en 2014 dans la fiscalité des
énergies fossiles, ce prélèvement
est réparti entre le fioul, le gaz de
ville, le gazole et l’essence, en fonction de leur impact sur les émissions
de CO2. Introduite au prix de 7 euros
en 2014, la loi sur la transition énergétique prévoit de porter cette taxe
à 100 euros la tonne en 2030.
La facture sera donc salée… « En
2017, les taxes sur l’énergie représentaient déjà un tiers du montant des
factures de gaz naturel ou d’électricité. D’ici à 2022, elles subiront encore
une hausse de 172 % », calcule le
comparateur de tarifs Selectra. Selon les hypothèses élaborées par le
site spécialisé, un couple chauffé au
gaz (39 % des ménages) dans un
40 m² paiera 19 euros de taxes supplémentaires en 2018 pour cette
énergie - soit 62 euros au total. Dans
un 120 m², ce sera 48 euros de plus soit une note totale de 156,50 euros.
Pour ceux chauffés au fioul (12 %
des ménages), le poids est plus
lourd encore car à la hausse de la
fiscalité s’ajoute l’augmentation du
prix du mazout lié à la remontée des
cours du pétrole. « Depuis juillet, les
1 000 litres de fioul coûtent 100 euros
de plus, souligne Stéphane Séguin,
le PDG de Fioulmarket.fr, filiale de
Total. Quant aux taxes qui représentaient, pour une consommation
moyenne de 2 000 litres par an,
292 euros en 2017, elles passent à
382 euros en 2018. »
Budget des plus modestes
Selon l’Insee, les dépenses énergétiques dans le logement représentent en effet 11 % du budget des
foyers les plus modestes, et seulement 2 % de ceux des plus aisés. « Il
va y avoir des perdants. Dans les zones rurales ou périurbaines, l’utilisation d’un véhicule ou le chauffage au
fioul sont des obligations. Il serait
préférable de réfléchir à la refonte de
l’ensemble de la fiscalité énergétique », conteste le député Nouvelle
Gauche de Seine-Maritime Christophe Bouillon.
Pour Pascal Perri, économiste
de l’énergie, il devient surtout nécessaire d’agir sur les prix.
« L’énergie est une dépense
contrainte qui répond à un besoin
basique. Cette hausse de la fiscalité
va pénaliser le pouvoir d’achat,
alerte-t-il. Dans ce cadre, l’État
doit favoriser les conditions d’une
concurrence sincère entre les opérateurs, au bénéfice des consommateurs. »
Indépendamment de son impact
sur la planète et sur le porte-monnaie des Français, cet impôt rapportera 3,7 milliards à l’État l’an prochain. Et un total de 14,2 milliards
d’euros à la fin du quinquennat. ■
RÉSULTATS SEMESTRIELS
2017/2018
BELLE CROISSANCE DE L’ACTIVITÉ : + 17,4 %
ET DU RÉSULTAT OPÉRATIONNEL : + 19,8 %
EN LIGNE AVEC LES OBJECTIFS
Chiffre d’affaires
Résultat Opérationnel
138,4 M€
29,5 M€
Retrouvez l’intégralité du communiqué sur www.tff-group.com
EURONEXT PARIS - Compartiment B - FR0013295789 - Bloomberg TFF.FP - Reuters TEFE.PA
TFF - Thierry SIMONEL - DAF
Tél : 03 80 21 23 33
Relations Actionnaires - PHI éconéo
Vincent LIGER-BELAIR – Frédéric HUE
Tél : 01 47 61 89 65
ELIGIBLE
TFF
PME
EURONEXT
PEA
Relations Média - Presse&Com Ecofi
Ségolène de SAINT MARTIN
Tél: 06 16 40 90 73
A
les moyens. Beaucoup de commissaires financiers rêvent du Bureau
du budget dont disposent les membres du Congrès américain, une solide administration chargée de les
alimenter en expertises fiscales et
budgétaires. Mais plutôt que de recruter en interne, la commission
des finances envisage de travailler
plus étroitement avec la Cour des
comptes.
En échange de l’accent mis sur
les possibilités de réaliser des économies, Éric Woerth demande la
suppression de l’article 40 de la
Constitution. Celui-ci stipule en effet que « les propositions et amendements formulés par les membres
du Parlement ne sont pas recevables
lorsque leur adoption aurait pour
conséquence soit une diminution des
ressources publiques, soit la création
ou l’aggravation d’une charge publique ». Cette règle avait été mise
en place pour « dissuader députés et
sénateurs de toute forme de proposition coûteuse pour les finances publiques », explique Martin Collet,
professeur de droit public à l’université Panthéon-Assas. La suppression éventuelle de l’article 40
s’intégrerait à la réforme de la
Constitution voulue par Emmanuel
Macron en 2018. Reste à savoir si le
président acceptera ce marché. ■
G. G.
LISTED
Time is on our side : Le temps est notre allié
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
24
ÉCONOMIE
La loi fiscale américaine inquiète l’Europe
Double imposition, guerre fiscale et attractivité accrue des États-Unis : les entreprises vont revoir leur stratégie.
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
PROTECTIONNISME
Donald
Trump comptait célébrer mercredi soir à la Maison-Blanche, en
compagnie de parlementaires républicains, sa première grande
victoire politique. La baisse des
impôts, validée in extremis par la
Chambre des représentants, fait
figure de cadeau de Noël, promis
de longue date à ses électeurs.
C’est loin, en revanche, d’être
une bonne nouvelle pour l’Europe. Bruno Le Maire, ministre de
l’Économie, et ses pairs allemand,
britannique, italien et espagnol ne
s’y sont pas trompés.
La semaine dernière, ils ont envoyé un courrier commun au secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin. « C’est un geste fort
qui montre la gravité du sujet pour
nous », commentait Bruno Le
Maire, lundi, en marge d’une visite à Moscou. « Nous allons procé-
Donald Trump, meilleur ennemi
des paradis fiscaux ?
Le G20 et l’Union européenne
en rêvaient… Trump l’a fait !
Plutôt que de passer des
années à tenter d’identifier
puis de pénaliser les paradis
fiscaux, le président
américain a choisi une
méthode plus simple et rapide
pour en finir avec ces havres
du blanchiment d’argent.
Il propose un taux
d’imposition réduit (8 %
à 15,5 %) sur les bénéfices
que les entreprises
américaines rapatrieront
outre-Atlantique. De quoi
faire migrer jusqu’à
2 600 milliards de dollars
de Panama, des Bahamas,
de Singapour ou encore de
Guernesey vers les ÉtatsUnis. C’est du moins ce
qu’espère Donald Trump. Mais
cela ne pourrait bien n’être
qu’une arme à un coup,
relativisent des économistes.
Les entreprises américaines
risquent de rapatrier les fonds
existants pour profiter du
taux d’imposition préférentiel
puis de placer à nouveau leurs
bénéfices dans des paradis en
attendant la prochaine offre
de rabais fiscal, pointent-ils.
Comme elles l’ont déjà fait
en 2004.
A. BOH
der à un examen juridique » du
projet de loi américain, afin d’en
mesurer « la conformité par rapport aux règles fiscales de
l’OCDE », ajoutait le ministre
français, particulièrement préoccupé par le risque de double imposition pour les entreprises européennes.
Les États pénalisés
La réforme américaine est vue par
ses partisans comme la plus ambitieuse jamais réalisée sur une génération. « Le schéma est en rupture avec le système actuel, qui date
du président Kennedy, lequel avait
souhaité encourager l’exportation
et inciter les entreprises américaines à investir en dehors du pays
pour conquérir le monde », souligne Gianmarco Monsellato, avocat associé au sein du cabinet Taj.
« Cette nouvelle loi fiscale crée un
protectionnisme 2.0., qui cherche à
centraliser les investissements sur
son territoire par un régime attractif et une pénalisation des ventes
provenant d’investissements réalisés à l’étranger », ajoute-t-il.
Les fiscalistes sont loin d’avoir
analysé l’ensemble de ce texte terriblement complexe de 1 097 pages. Pour les entreprises, la loi
prévoit essentiellement une forte
baisse de l’impôt sur les sociétés
(qui passe de 35 % à 21 %) et une
incitation au rapatriement des bénéfices des entreprises américaines détenus et placés à l’étranger.
Les sociétés étrangères sont
surtout concernées par un dispositif général anti-abus, dénommé
BEAT (Base erosion and anti-abuse
tax). Celui-ci prévoit d’appliquer
un impôt spécifique d’au moins
10 % sur les filiales américaines de
groupes étrangers. « Ce niveau
minimum d’imposition peut s’avérer très pénalisant selon le secteur
ou la situation de ces filiales », précise Michel Collet, associé du cabinet d’avocats CMS Francis Lefe-
Le Capitole à Washington. La baisse des impôts, promise de longue date par Donald Trump à ses électeurs
et validée in extremis par la Chambre des représentants, fait figure de cadeau de Noël. MARK WILSON/AFP
bvre Avocats. « Le montage pour
éviter d’être mis en cause par
l’OMC (Organisation mondiale du
commerce) repose sur des barrières fiscales déguisées. Il est très intelligent et il peut s’avérer très
lourd pour les entreprises étrangères. En matière de brevets, par
exemple, la réforme crée une aide
fiscale à la propriété intellectuelle
américaine, qui est doublée d’une
pénalité fiscale pour cette même
propriété étrangère », estime
Gianmarco Monsellato.
L’Union européenne conteste la
compatibilité de ces mesures avec
les traités fiscaux conclus avec les
États-Unis. Mais il n’est pas simple pour les Européens de s’opposer à certains aspects de la réforme
américaine. Avec cette loi, les
États-Unis abandonnent l’imposition des entreprises et des indi-
vidus sur leurs revenus mondiaux
et se tournent enfin, comme la
plupart des États, vers un système
d’imposition locale. Ils œuvrent
en faveur d’un retour de la taxation des profits non seulement là
où les biens sont conçus mais là où
ils sont consommés et ils s’attaquent à la taxation des profits
immatériels. Il s’agit là d’une préoccupation partagée avec les
Européens, soucieux de taxer les
profits des Gafa (Google, Apple,
Facebook, Amazon).
Les entreprises étrangères n’ont
pas tout à perdre de la nouvelle
loi. Les dispositions américaines
risquent d’alimenter une guerre
fiscale dont elles seront les premières bénéficiaires. Cette bataille
de l’attractivité a d’ailleurs déjà
commencé comme en témoigne
l’engagement d’Emmanuel Ma-
cron de réduire le taux d’impôt
sur les sociétés en France à 25 %
d’ici à 2022.
L’un des impacts les plus redoutés de cette loi américaine est
qu’elle risque de détourner des investissements, et donc des emplois, de l’Europe vers les ÉtatsUnis. Bénéficiant de la baisse de
l’imposition sur leurs activités
américaines, les groupes européens seront tentés d’y développer leurs activités. Voire d’y déposer leurs brevets.
De grandes entreprises revoient
déjà leur stratégie vis-à-vis de cet
énorme marché, qui sera dopé par
les nouvelles mesures fiscales et
devient plus attractif encore,
constate un avocat. Tel est bien le
but poursuivi par Donald Trump
et son « make America great
again ». ■
EN BREF
Travail détaché : l’exécutif veut durcir les sanctions
Le gouvernement prévoit également d’enterrer la taxe imposée aux entreprises étrangères.
que ces mesures soient respectées.
Certes, ces dernières années, la
France a renforcé ses moyens
pour lutter contre la fraude, en
augmentant considérablement les
contrôles et surtout en imposant
des amendes financières aux entreprises qui ne respectent pas la
loi. Sauf que le taux de recouvrement de ces amendes ne serait que
de 37 %. « Aujourd’hui, le système
n’est pas dissuasif », déplore-t-on
au ministère.
A
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
SOCIAL Après avoir fait pression à
Bruxelles pour renforcer les règles
européennes encadrant le statut
des travailleurs détachés, le gouvernement prévoit de durcir l’arsenal juridique en place pour lutter contre la fraude. Les équipes
du ministère du Travail planchent
en effet sur une septième ordonnance prise dans le cadre de la réforme du Code du travail, qui sera
consacrée au détachement, et
dont la publication est prévue fin
janvier ou début février. « Le futur
système post-septième ordonnance
sera beaucoup plus puissant en
matière de lutte contre la fraude »,
affirme-t-on dans l’entourage de
la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Il reste à voir. Les travailleurs détachés, ces personnes
venues d’un autre pays de l’Union
européenne (UE) travailler temporairement en France, subissent
toujours des abus. Ils peuvent ne
pas être déclarés, recevoir des rémunérations inférieures au smic
ou encore être logées dans des
conditions d’accueil insalubres.
Concrètement, l’exécutif a tout
d’abord décidé d’enterrer le
« droit de timbre » instauré par la
loi El Khomri, et qui devait s’appliquer à partir du 1er janvier. Il
s’agit d’une taxe qu’auraient dû
payer les entreprises étrangères
pour chaque travailleur détaché
en France, afin de compenser les
coûts administratifs de déclaration et de contrôle du détachement. Cette mesure, qui devait
s’appliquer à partir du 1er janvier,
« ne verra jamais le jour », explique-t-on au ministère du Travail.
Un décret sera adopté début janvier pour la supprimer. Cette taxe
Suspension
du détachement
Les travailleurs
détachés, ces
personnes venues
d’un autre pays
de l’UE travailler
temporairement en
France, subissent
toujours des abus.
VINCENT ISORE/IP3 PRESS/
MAXPPP
a en effet provoqué « des réactions
assez vives de nos partenaires et de
la Commission européenne », explique le ministère. Jugée protectionniste, cette disposition est en
outre « bien moins justifiée » à
partir du moment « où on a
“cranté” dans le droit européen le
principe “à travail égal, salaire
égal” », ajoute-t-on au ministère.
En dépit de fortes oppositions en
Europe de l’Est, les ministres de
l’UE ont en effet scellé un compromis, en octobre dernier, qui
prévoit que les travailleurs détachés devront bénéficier des mêmes rémunérations (comme les
primes) que les travailleurs locaux. De quoi sérieusement changer la donne car, aujourd’hui, la
loi impose de leur verser le smic
seulement. Mais encore faut-il
Fusion des instances, premier accord conclu
Voilà qui devrait inspirer bon
nombre d’entreprises. Solvay
France, filiale du groupe leader
de la chimie belge, est la
première entreprise à avoir
signé un accord avec les
syndicats (CFDT, CFE-CGC
et CGT) sur l’instauration d’un
conseil social et économique
(CSE) qui fusionne le comité
d’entreprise, le CHSCT et
les délégués du personnel,
a révélé le site d’information
actuEL-RH.fr. Obligatoire dans
toutes les entreprises de plus
de 11 salariés d’ici au 1er janvier
2020, la mise sur pied du CSE
est une disposition phare des
ordonnances réformant le
Code du travail. Selon l’accord
signé le 5 décembre, le CSE
de Solvay France sera
opérationnel en mars 2018,
une fois que les élections
professionnelles auront eu
lieu. Plus spécifiquement,
l’accord prévoit de mettre
en place un comité social
et économique central
composé de 20 membres et
20 suppléants. Il se réunira
une fois tous les six mois au
minimum et sera assisté par
cinq commissions spécialisées,
comme par exemple
sur la formation.
M. M.
Le gouvernement veut donc serrer la vis. Globalement, il envisage
d’imposer à ces entreprises frauduleuses de verser « une contribution forfaitaire » en plus des
amendes prévues aujourd’hui par
la loi. Et « si cette contribution
n’est pas payée, ce sera un motif de
suspension de l’activité de détachement », insiste une source qui espère que cette disposition aura un
effet dissuasif beaucoup plus puissant. À noter que la suspension de
la prestation d’une personne détachée est déjà possible aujourd’hui mais dans certains cas seulement.
D’autres dispositions de l’ordonnance à venir devraient au
contraire viser à faciliter le détachement. L’exécutif envisage
d’alléger les formalités administratives de détachement pour certains types de prestations en
France qui concernent, par exemple, les artistes ainsi que les formateurs. Il réfléchit également à
la possibilité de conclure des accords bilatéraux avec des pays
comme l’Allemagne, afin d’alléger les lourdeurs administratives
pour les travailleurs détachés
transfrontaliers. ■
CAMPARI S’OFFRE
LE COGNAC BISQUIT
£ Le groupe italien de spiritueux,
qui a racheté en 2016 Grand
Marnier, s’offre la petite marque
de cognac Bisquit (9 millions
d’euros de chiffre d’affaires)
pour 52,5 millions d’euros.
PAS DE RESTAURATION
CHEZ NESPRESSO
£ Suite à notre article consacré
à l’accord entre Nespresso et le
géant de la restauration Groupe
Bertrand en vue de l’ouverture
de boutiques dans 17 nouvelles
villes en France, la filiale
de Nestlé tient à préciser que
ces points de vente n’offriront
pas de restauration rapide.
CARREFOUR A OUVERT
100 000 COMPTES
£ Huit mois après son
lancement, C-Zam, le compte
courant sur mobile de Carrefour,
vient de franchir le cap des
100 000 clients. Il est vendu
en coffret dans les rayons
des enseignes du distributeur.
CNP RENOUVELLE
SON PARTENARIAT
AVEC UNICREDIT
£ CNP Assurances et UniCredit
ont renouvelé in extremis leur
partenariat dans le domaine
de l’assurance de personnes
en Italie. Conclu pour 7 ans
(fin 2024), il se matérialise par
un pacte d’actionnaires signé
entre CNP, UniCredit et Cardif.
» La facture très salée
des catastrophes
naturelles en 2017
» Des économistes américains
célèbrent les vertus pacifiques
de la pomme de terre en Europe
www.lefigaro.fr/economie
+
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
ENTREPRISES 25
La City veut garder les banques européennes après le Brexit
Londres se montre plus ouverte que Bruxelles en promettant le statu quo aux établissements bancaires de l’UE.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
Le quartier financier
de Canary Wharf,
à Londres.
EDDIE KEOGH/REUTERS
ROYAUME-UNI Deux poids, deux
mesures. Quand l’Union européenne gonfle ses muscles sur l’accès de la finance britannique à son
marché après le Brexit, la City promet de continuer à accueillir à bras
ouverts les banques du continent.
Selon la Banque d’Angleterre, les
établissements européens seront
autorisés à poursuivre leur activité
au Royaume-Uni comme avant,
sans avoir à créer de filiales sur
place, ce qui leur aurait coûté
40 milliards d’euros collectivement. Ils pourront opérer sous le
statut de succursales, relevant de
leur autorité de tutelle nationale, à
condition que celle-ci accepte de
coopérer avec la Banque d’Angleterre. Concrètement, cela signifie
que BNP Paribas ou Deutsche Bank
n’auront pas besoin de doter leur
structure britannique d’un capital
propre garantissant leur activité
locale.
À l’inverse, la Commission européenne prévoit d’instaurer des
barrières aux établissements de la
City pour opérer dans l’UE après le
Brexit. Son négociateur Michel
Barnier a répété cette semaine
qu’ils perdront le « passeport financier » leur permettant de
vendre leurs produits dans l’UE.
Selon lui, un futur traité de libreéchange avec le Royaume-Uni ne
pourra pas inclure la finance. Les
banques installées à Londres risquent en conséquence d’être forcées de respecter les réglementations européennes pour espérer
commercer sur le continent.
Concessions
Londres cherche à se montrer plus
généreuse que les Vingt-Sept dans
le bras de fer qui s’amorce sur
l’après-2019. Elle espère y gagner
des concessions, comme le maintien des chambres de compensation en euro. Ces organismes financiers de la City traitent 90 %
des transactions de produits dérivés dans la monnaie européenne.
Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, précise se
réserver « toutes les options » en
cas de désaccord avec l’UE.
Autrement dit, sa souplesse doit
être payée de retour.
Au-delà de la bonne volonté, il
en va aussi des intérêts britanniques. Cette décision « de bon
sens », explique Miles Celic, directeur du lobby TheCityUK, « va
permettre de soutenir la compétitivité britannique, contribuer à préserver la stabilité financière et défendre la position de Londres
comme place financière mondiale ». Une attitude contraire risquerait de pousser davantage
d’établissements à délocaliser leur
activité, ajoutant à l’hémorragie
déjà en cours dans la City après les
annonces de plusieurs grands
noms internationaux. Ces emplois
contribuent à l’économie locale et
aux recettes fiscales du pays.
Les dirigeants britanniques
s’indignent de l’attitude de
Bruxelles à l’égard de la City.
Michel Barnier est critiqué pour
son approche de « père fouettard », avant même l’ouverture
des pourparlers commerciaux.
« Les services contribuent à hauteur de 80 % à l’économie britannique et de 70 % à celle de l’UE, dont
une partie significative provient de
la finance. Il est vital pour la
compétitivité future du RoyaumeUni et de toute l’Europe que les négociateurs respectifs obtiennent un
accord commercial exhaustif et
ambitieux », plaide Miles Celic. ■
UberPop mis hors
course par la justice
européenne
Un arrêt de la Cour de Luxembourg confirme
que l’application relève du secteur du transport.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
TRANSPORT Le service UberPop,
qui consistait pour des particuliers à
transporter d’autres particuliers
contre rémunération, est enterré.
Définitivement. C’est la conséquence de l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE),
rendu le 20 décembre. La juridiction déclare que ce service d’intermédiation proposé par Uber doit
« être considéré comme étant indis-
Taxify devient Txfy
Le nouvel acteur du VTC
à Paris change de nom.
L’estonien Taxify, qui a
débarqué début octobre à Paris
avec de grandes ambitions,
s’appelle désormais Txfy en
France. La société a pris cette
décision sous la pression
du tribunal de grande instance
(TGI) de Paris. Le tribunal lui
a ordonné de « cesser toute
utilisation du mot taxi »
dans ses activités et dans sa
communication, dans une
ordonnance rendue mardi
19 décembre. « Il est manifeste
que sa dénomination, au sein
de laquelle le terme taxi est mis
en exergue, crée d’évidence
une confusion sur son activité
pourtant étrangère à celle
de taxi », précise le TGI
dans une ordonnance de
référé. La société estonienne
fera appel mais elle a décidé
de modifier son nom.
E. E.
sociablement lié à un service de
transport et comme relevant dès lors
de la qualification de “service dans le
domaine des transports” au sens du
droit de l’Union ».
L’affaire date de 2014, lorsque
UberPop a été mis en service en
Europe. Dans la plupart des pays, les
chauffeurs de taxi, vite soutenus par
les autorités, ont protesté contre ce
qu’ils considéraient comme une
concurrence déloyale. En France,
UberPop est lancé en février 2014,
avant d’être interdit en juillet 2015
par les autorités françaises. En Espagne, une association de chauffeurs
de taxi de Barcelone a porté plainte.
Le tribunal de commerce de la ville a
décidé de porter l’affaire au niveau
européen, afin de déterminer si l’activité d’UberPop relève de la directive relative aux services électroniques ou d’un service de transport.
Pas d’impact sur l’activité
Dans le premier cas, un particulier
pouvait utiliser l’application Uber
sans contrainte spécifique. Dans le
second cas, c’est aux États membres
de fixer la règle applicable. L’Espagne comme la France soumettent
l’exercice de l’activité à l’obtention
d’une autorisation. Ce qui, de
En France, UberPop a été lancé en février 2014, avant d’être interdit en juillet 2015 par les autorités françaises.
Ce service n’est plus utilisé qu’en Pologne, Roumanie, République tchèque et Slovaquie. SETH WENIG/AP
facto, empêche un particulier
d’exercer.
L’arrêt de la CJUE ne change, en
fait, pas grand-chose. « Cette décision, comme le souligne une porteparole d’Uber, aura peu d’impact
dans la plupart des pays de l’Union
européenne où nous opérons déjà
dans le respect du droit des transports. » Le service permettant de
mettre en relation des particuliers
n’est plus utilisé qu’en Pologne,
Roumanie, République tchèque et
Slovaquie. Et dans certains de ces
pays, de nouvelles législations en
préparation pourraient changer la
situation. Le jugement de la CJUE
n’a, par ailleurs, aucun impact sur
l’activité exercée par des chauffeurs
professionnels, les VTC en France.
Après avoir longtemps cherché à
s’affranchir des réglementations,
Uber, en changeant de dirigeant, en
juin, a aussi modifié sa stratégie.
« Comme notre nouveau CEO, Dara
Khosrowshahi, l’a dit, il est légitime
de réguler des services comme Uber
et nous allons continuer à dialoguer
avec les villes européennes »,
confirme la porte-parole du
groupe. Les relations sont loin
d’être pacifiées, comme le montre
l’interdiction qui frappe Uber à
Londres, même si la société continue d’exercer après avoir fait appel.
La décision de la CJUE ne devrait
pas, non plus, avoir de conséquence
sur la qualification du contrat de
prestation de service des chauffeurs
travaillant pour Uber en contrat de
travail. Le modèle économique
d’Uber, et de la plupart de ses
concurrents (LeCab, Chauffeur Privé en France, Marcel, Taxify…)
repose sur des travailleurs indépendants. Régulièrement, des procédures sont engagées pour faire
requalifier ces contrats en CDI. La
semaine dernière, la cour d’appel
de Paris a ainsi requalifié un contrat
de prestation de service d’un
chauffeur travaillant avec LeCab en
contrat de travail. Mais le concurrent d’Uber avait accumulé les maladresses avec un contrat d’exclusivité, un type de véhicule imposé
ou des plages horaires imposées par
la plateforme. Des clauses qui ne figurent pas dans les contrats d’Uber.
Enfin, le fait qu’Uber relève de la
même réglementation que les taxis
n’est pas un argument en faveur de
la requalification. Les chauffeurs de
taxi également sont dans l’écrasante majorité des artisans indépendants. ■
Concurrence : 25 millions d’amende pour Johnson & Johnson
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
PHARMACIE Après le cartel du
lino, un abus de position dominante dans les médicaments.
L’Autorité de la concurrence a
sanctionné le laboratoire pharmaceutique Janssen Cilag et sa
maison mère, le géant américain
Johnson & Johnson, à 25 millions
d’euros d’amende : ils ont entravé l’arrivée puis le développement de médicaments génériques de leur antalgique, le
Durogesic.
Un autre laboratoire, Ratiopharm, est à l’origine de l’affaire,
qui remonte à 2008. Devenu depuis Teva Santé, il avait dénoncé
auprès de l’Agence française de
sécurité sanitaire des produits de
santé (Afssaps) les pressions et dénigrements de ses génériques, de
la part de Janssen Cilag.
Le brevet du Durogesic est tombé dans le domaine public en
juillet 2005. Son fabricant était
déjà en ordre de bataille pour
contrer l’arrivée de concurrents.
L’Autorité de la concurrence évoque une réunion interne intitulée
« Team anti-génériques Durogesic », dès mars 2005.
Malgré une autorisation de mise
sur le marché donnée en octobre
2007 par la Commission européenne, Janssen Cilag a œuvré pour retarder l’arrivée de génériques en
France. Ses mises en garde contre
les risques de substitution (inefficacité, effets indésirables) auprès
de l’Afssaps lui ont permis de gagner un an. Sensible aux arguments du laboratoire, l’Agence n’a
donné son feu vert que fin 2008,
l’assortissant même d’une mise en
garde. L’Autorité parle d’« un délai
exceptionnellement long ».
Janssen Cilag a ensuite - en
2008 et 2009 - mis en œuvre une
cins ont été démarchés. Une lettre
d’information a aussi été largement diffusée, y compris auprès
de la presse spécialisée. En 2008,
le taux de pénétration des génériques était infime (0,5 %), pour
les pharmacies de ville. En 2009, il
était de 8,8 %, et de 16,6 % en
2010.
Appel et cassation
Le brevet de l’antalgique
Durogesic est tombé
dans le domaine public
en juillet 2005.
Son fabricant était déjà
en ordre de bataille
pour contrer l’arrivée
de concurrents.
GARO/PHANIE
vaste campagne de dénigrement
des génériques auprès des médecins et des pharmaciens. Un
« commando » de 300 visiteurs
médicaux a été formé, dans l’optique de discréditer la substitution
au Durogesic. Ainsi, 12 800 pharmacies - à l’hôpital comme en
ville - et presque autant de méde-
« Ces pratiques sont graves, estime
Isabelle de Silva, présidente de
l’Autorité de la concurrence. Elles
se rattachent aux abus de position
dominante. » Le dommage à l’économie n’a pas été chiffré. Le
préjudice touche aussi bien des
laboratoires que les patients et la
Sécurité sociale. « On peut encore
s’attendre à des actions de demande en réparation », prévient le
gendarme de la concurrence.
Pour sa part, Janssen Cilag
conteste « fermement » ce que lui
reproche
l’Autorité.
« Nous
sommes en train d’analyser en
détail la décision et d’étudier les
options juridiques possibles »,
précise la direction des affaires
publiques.
Ce n’est pas la première fois
qu’un laboratoire est sanctionné
pour avoir bloqué l’arrivée de
médicaments génériques. En
2013, l’Autorité de la concurrence
a infligé 40,6 millions d’euros
d’amende à Sanofi-Aventis, qui
avait voulu protéger le Plavix.
Cet anticoagulant est l’un des
médicaments les plus vendus au
monde. La même année, l’américain Schering-Plough avait, lui,
écopé de 15,3 millions de sanctions, pour des motifs similaires
concernant cette fois-ci le Subutex. Ce médicament est utilisé
comme traitement substitutif
pour le sevrage des héroïnomanes. Les deux laboratoires ont
été déboutés en appel puis en cassation. ■
A
Sa filiale, Janssen Cilag, est sanctionnée pour avoir entravé la vente des génériques de son Durogesic.
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
Le menu du gouvernement pour améliorer
le régime alimentaire des Français
Bio, circuits courts, étiquetage nutritionnel… Le premier ministre prévoit une batterie de mesures ambitieuses.
OLIVIA DETROYAT £@oliviader
ET ÉRIC DE LA CHESNAIS
£@plumedeschamps
AGROALIMENTAIRE Jeudi aprèsmidi, le premier ministre Édouard
Philippe conclura à Bercy les États
généraux de l’alimentation (EGA).
Cinq mois après les y avoir lancés,
il annoncera les principales mesures lors de cette grand-messe rassemblant agriculteurs, industriels
de l’agroalimentaire, distributeurs
et consommateurs. Ces derniers
ont planché sur deux chantiers. Le
premier avait pour objectif d’assurer un revenu digne pour les agriculteurs. Il se traduira par une loi
sur les relations commerciales
avec une hausse de 10 % du seuil
de revente à perte et la limitation
des promotions (nos éditions du
19 décembre).
Cette loi contiendra des propositions issues du second chantier
des EGA, dont l’objectif était lui de
poser les bases d’un modèle alimentaire plus sain, avec une sécurité plus grande pour stopper la
spirale des scandales alimentaires.
Les solutions retenues par le gouvernement portent sur l’accélération de l’agriculture biologique. Ce
marché représente moins de 6 %
de la production agricole. Si
7 Français sur 10 consomment régulièrement des produits bio, l’offre tricolore est insuffisante. Pour
changer la donne, le gouvernement présentera un « Plan ambition bio » au premier trimestre
2018. Objectif : atteindre 8 % de la
surface agricole en bio en France.
Au-delà de la loi, dans un souci
d’une meilleure traçabilité et
d’une alimentation plus saine, le
gouvernement prévoit un chapelet de mesures réglementaires
partie de leur production par les
circuits courts. Encore trop peu
pour le gouvernement.
Enfin, pour prévenir l’obésité,
Matignon veut pousser les acteurs
signataires de la charte alimentaire du CSA à élargir à Internet
leurs efforts, pour y limiter le
marketing ciblé sur les enfants.
L’exécutif veut aussi mieux informer le consommateur sur ce qu’il
mange, avec un possible élargissement du programme d’étiquetage
nutritionnel Nutriscore. Quant à
l’expérimentation sur l’étiquetage
de l’origine du lait et de la viande,
elle sera poursuivie.
Si ce plan du gouvernement issu
du second volet des EGA s’annonce riche en promesses, il faudra
plusieurs semaines pour les traduire dans les faits. « Le temps de
l’action commence, et il sera long »,
reconnait-on rue de Varenne. Les
plans de filière demandés aux participants de ces EGA ayant été à
peine déposés, il faudra attendre le
Salon de l’agriculture pour
connaître la répartition du plan
d’investissement de 5 milliards
d’euros, promis pour moderniser
les filières agricoles. ■
MARTIN BUREAU/AFP
Des plans de filière centrés sur le bio, le bien-être animal et l’export
Les filières
« ont
réalisé
un énorme
travail en
moins de
deux mois
LE MINISTÈRE DE
L’AGRICULTURE
»
C’était l’exigence du président de
la République. Avant qu’on légifère sur les relations commerciales
entre distributeurs et industriels
de l’agroalimentaire, chaque filière devait remettre à l’exécutif
un plan stratégique à cinq ans.
Un moyen de mieux valoriser
les productions agricoles et de recréer de la valeur ajoutée pour
tous les maillons de la chaîne.
C’est chose faite. Depuis vendredi, trente filières (lait, porc, viande, fruits et légumes, céréales,
oléoprotéagineux…) ont remis
leur copie au ministre de l’Agriculture et au président. « Les filières ont réalisé un énorme travail en
moins de deux mois, souligne le
ministère de l’Agriculture. Il a
permis de tracer les grandes orientations et les engagements de
chaque interprofession pour mieux
répondre à leurs marchés respectifs. »
LES DÉCIDEURS
â JEAN-LAURENT BONNAFÉ
Association pour le rayonnement
de l’Opéra de Paris
Le patron du groupe BNP Paribas, passionné
d’Opéra, prend la présidence de l’Arop, dont il est
par ailleurs l’un des mécènes. Quinze millions
d’euros ont été recueillis pour la saison 2016-2017
par l’association. Jean-Laurent Bonnafé est
X-Mines comme Jean-Louis Beffa à qui il succède.
â PHILIPPE BERNAND
Aéroport Marseille
Provence-AMP
Ancien président du directoire d’Aéroports de
Lyon, il succède à Pierre Régis à la présidence
de la société AMP qui a accueilli 9 millions de
passagers en 2017. Polytechnicien et ingénieur
des Ponts, il a débuté sa carrière dans le BTP
chez GTM.
â BRUNO LUCAS
Immobilière 3F
A
association contribuant au rapprochement entre producteurs et
consommateurs. Actuellement, à
peine le quart des exploitations
agricoles écoulent au moins une
Édouard Philippe
conclura ce jeudi
les États généraux
de l’alimentation,
qu’il avait lancés
le 20 juillet à Paris.
Prévenir l’obésité
En fin de chaîne alimentaire, la
restauration collective devra, elle,
proposer 50 % de ses plats en bio,
en produits locaux ou labellisés
d’ici à 2022. Un effort inscrit dans
la loi lui sera demandé pour réduire la part du gaspillage alimentaire
et favoriser le don de denrées,
comme ce qui a été fait pour la
grande distribution il y a deux ans.
Autre mesure prévue dans cette
loi : le bien-être animal, essentiel
à la qualité de la viande. L’exécutif
est prêt à étendre la loi sur le délit
de maltraitance protégeant les
animaux domestiques aux bêtes
d’élevage, lors de leur transport et
pendant leur abattage.
pour pousser les circuits courts et
l’économie circulaire. « Aujourd’hui, 6 % à 7 % des achats alimentaires se font en circuit court », se
félicite La ruche qui dit oui !, une
À 58 ans, il devient président du groupe d’action de logement, à la suite de
Christian Baffy. Il est par ailleurs président du groupe de BTP familial Lucas. Engagé, il
a été membre du conseil exécutif du Medef jusqu’en 2013 et présidé l’association la Foncière
Logement.
Certains plans sont détaillés sur
plus de 40 pages. Celui de l’interprofession des fruits et légumes
(Interfel) est le plus abouti. Le niveau de détail est aussi variable
entre les « points de départ » présentés par les professionnels du
porc et les nombreux objectifs
chiffrés des céréaliers.
Valorisation des produits
Au global, les engagements les plus
précis portent sur la qualité, notamment l’agriculture biologique.
Dans le porc, on veut ainsi passer
de 0,5 à 5 % de la part de la production française bio (et 12 % en
Label rouge). Ces labels de production sont un des moyens privilégiés
pour mieux valoriser les produits.
Dans la viande bovine comme dans
le lait, même objectif de doubler la
production bio d’ici à cinq ans
(2,4 % actuellement dans le lait).
Les céréaliers s’engagent de leur
côté sur le doublement des grandes
cultures biologiques. Interfel s’engage à vendre d’ici à 2022 le quart
de ses fruits et légumes sous signes
de qualité, dont en bio.
Autre grand axe : la traçabilité
des produits, censés répondre aux
préoccupations des consommateurs sur l’origine et la qualité de
ce qu’ils mangent. Des critères
pour lesquels ces derniers sont
prêts à payer davantage. Les céréaliers s’engagent ainsi à tester
puis déployer un système de traçabilité d’ici à 2019.
La qualité de la production figure aussi en bonne place des engagements. La filière porcine, qui a
déjà réduit de 41,2 % l’utilisation
d’antibiotiques dans les élevages,
compte intensifier ses efforts en
élaborant un « Plan national des
antibiotiques ». Dans les céréales,
le but est de réduire de 50 % d’ici à
cinq ans la part des productions
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
â
Valérie Messika passe la
surmultipliée avec le joaillier Messika
En cette période de fêtes,
Valérie Messika peut afficher un visage radieux.
Non seulement parce que
la marque joaillière qu’elle
a créée va dépasser le cap des 100 millions
d’euros de chiffre d’affaires, mais aussi parce
qu’elle prépare son offensive à l’international. Le succès de son flagship de la rue SaintHonoré l’a convaincue de déployer son
concept partout dans le monde via un ambitieux programme d’ouvertures de boutiques.
Pas moins de huit implantations, essentiellement en franchise, sont programmées en
2018 sur les marchés porteurs du MoyenOrient (Dubaï, Riyad, Jeddah…) et des ÉtatsUnis (Los Angeles, Las Vegas…). Une boutique en propre ouvrira également à Londres.
À travers plus de 300 revendeurs, la fondatrice de Maison Messika a déjà su faire
connaître la marque parisienne dans une cinquantaine de pays. Sa nouvelle stratégie
d’enseigne marque une accélération dans un
parcours d’entrepreneure inédit dans la profession.
Au départ, Valérie Messika ne comptait pas
suivre la trace de son diamantaire de père,
Juif pied-noir parti de rien qui, tombé amoureux de la reine des pierres, sut avec force
détermination s’imposer dans ce métier très
fermé. Jolie brune aux yeux clairs, elle-même maman de deux fillettes, elle retrace,
admirative, le parcours de cet homme de
caractère qui sut finalement lui transmettre
son amour du métier. « Mon père m’emmenait tout le temps dans ses bureaux près des
Galeries Lafayette. » Elle apprend tout du
diamant et la jeune communicante formée au
Celsa se découvre une fibre artistique. Quand
André Messika part vivre en Israël, il décide
de passer la main à l’aînée de ses six enfants.
Bâtir une marque mondiale
En 2005 , « l’héritière » va plus loin et crée sa
première ligne de bijoux, avec la volonté de
« faire plus mode, plus sexy, plus féminin, plus
accessible », dans ce métier très traditionnel.
Le lancement deux ans plus tard de la ligne
iconique Move fera décoller la marque. Sans
cesse enrichie de nouveaux modèles, celle-ci
souvent considérée comme « le Maje ou
Sandro du bijou » s’est aussi dotée pour ses
dix ans d’un atelier de haute joaillerie. Créatrice et chef d’entreprise, Valérie Messika
dirige avec son mari, fils de diamantaire aussi, une affaire de 140 salariés, rentable depuis
le début, en forte croissance et… très convoitée. Mais celle pour qui l’indépendance n’a
pas de prix est résolue aujourd’hui à faire de
Messika « une marque mondiale ».
C. B.
pouvant contenir des résidus d’insecticides chimiques. Un dernier
axe important porte sur l’export,
relais de croissance pour les filières. La consommation de produits
laitiers, qui peine en France, progresse à l’inverse de 2,5 % dans le
monde. Une opportunité que certains industriels veulent capter en
allant au-delà des 40 % de leurs
volumes à l’export actuellement.
Pour faciliter les échanges et
tenir ces engagements, plusieurs
interprofessions (lait, volaille,
œufs…) ont fait entrer la grande
distribution (représentée par la
FCD) dans leurs rangs. Elles ont
surtout sorti leurs calculatrices.
Les professionnels du lait estiment à 1,3 milliard d’euros les investissements nécessaires pour
réaliser leur plan de transformation. Pour les céréaliers, c’est
près de deux fois plus : 2,2 milliards d’euros. ■
O. D. ET E. L. C.
www.lefigaro.fr/decideurs
â ANNE-SOPHIE FIOR
Autorité des marchés
financiers
À 43 ans, elle devient DRH de l’AMF,
dont elle était directrice adjointe aux
côtés de Myriam Lepetit-Brière. Elle
avait rejoint l’Autorité en 2007 après être passée
par la Caisse nationale des caisses d’épargne en
2004, dans la gestion des carrières.
â ANDRÉ FRANÇOIS-PONCET
Bureau Veritas
En prévision de son départ de la société mère
Wendel, Frédéric Lemoine cède sa place au conseil
de Bureau Veritas à André François-Poncet, son
successeur à la tête de l’investisseur familial.
â CLÉMENT DELPIROU
GUILLAUME DUBOIS
SFR-Altice
Le groupe réorganise la direction de ses activités
de presse. L’HEC Clément Delpirou, qui avait
commencé dans la banque d’affaires Rothschild
& Cie en 1997, devient DG des activités presse et
de Libération. Guillaume Dubois, Sciences Po,
qui a œuvré dans l’analyse financière et le journalisme économique, prend la présidence du
groupe L’Express. Il reste DG délégué des activités presse de l’opérateur.
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
TECH
27
Avec l’Irlande, Free
conforte sa stratégie
à l’international
Xavier Niel a aussi multiplié les
investissements via son holding
personnel NJJ, avec Monaco
Telecom, et aux Comores,
avec Telma Télécom.
JEAN NICHOLAS GUILLO/PHOTOPQR/
LE PARISIEN/MAXPPP
Le groupe de Xavier Niel prépare le rachat d’Eir,
l’opérateur télécoms historique irlandais.
Pour Iliad,
« cette
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
opération
est d’abord un
investissement
financier.
Nous allons
participer
à la création
de valeur
d’Eir
»
THOMAS REYNAUD,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
DÉLÉGUÉ DE FREE
TÉLÉCOMS À pas de loup. Fidèle à
sa stratégie, Free entre sur la pointe
des pieds sur le marché irlandais,
via une prise de participation au
capital (64 % Niel et Free) de son
opérateur historique, Eir. Cette
nouvelle opération permet au
groupe français d’étendre son empreinte à l’international.
Début 2018, Free devrait lancer
son opérateur en Italie. Dans ce
pays, il reprend une partie des actifs
des numéros trois et quatre du marché qui fusionnent pour y devenir,
de facto, le quatrième opérateur.
Comme en France, Free y fera ses
débuts en bénéficiant d’un contrat
d’itinérance avec un opérateur
existant, tout en développant son
propre réseau. Xavier Niel a aussi
multiplié les investissements via
son holding personnel NJJ, tout
d’abord avec Monaco Telecom,
érigé au rang de « laboratoire technologique ». Il est aussi présent aux
Comores, avec Telma Télécom, en
partenariat avec un homme d’affaires malgache, Hassanein Hirid-
jee. Enfin, NJJ est en discussions
très avancées au Sénégal, où il
œuvre au rachat de Tigo, numéro
deux du secteur. D’autres tentatives
ont échoué, comme le rachat de
T-Mobile aux États-Unis en 2014 et
une entrée sur le sol britannique.
Financé en cash
En Irlande, les premières approches
auraient d’abord eu lieu par l’intermédiaire de NJJ, avant d’être étendues et d’inclure Iliad, la maison
mère de Free. Cette évolution aurait
permis d’accélérer les négociations.
« Pour Iliad, cette opération est
d’abord un investissement financier.
Nous allons participer à la création
de valeur d’Eir. Et nous avons la
possibilité de le transformer en investissement industriel, à terme, grâce à
une option d’achat sur la participation de NJJ », explique Thomas
Reynaud, le directeur général délégué de Free. L’opération irlandaise
est en ligne avec la stratégie de
Free : commencer petit puis grossir
progressivement. Eir affiche un revenu de 1,3 milliard d’euros et une
marge d’exploitation de 40 %. Il est
présent à la fois sur le marché du
fixe, où il est numéro un avec 38 %
de parts de marché, et dans le mobile, où il pointe à la troisième place
avec 18 % de parts de marché. Free
va donc bénéficier d’une situation
qu’il connaît bien : une position solide dans le fixe sur laquelle il va
pouvoir s’appuyer pour développer
ses activités dans le mobile. Même
s’il aura face à lui de redoutables
concurrents, en l’occurrence
Vodafone et Three.
« Ce n’est pas Altice ! », s’amuse
un connaisseur du secteur, en référence au peu d’impact sur la dette
d’Iliad de cette acquisition. L’opération comporte plusieurs étages.
Iliad (maison mère de Free) débourse 320 millions d’euros pour
31,6 % du capital d’Eir. Cette partie
est financée via les liquidités dont
dispose Iliad (2 milliards d’euros) et
l’utilisation d’une ligne de crédit
existante. NJJ, le holding privé de
Xavier Niel, assure le deuxième
volet de l’opération, permettant
aux deux entités de Xavier Niel de
détenir 64,5 % de l’irlandais. Iliad a
la possibilité de racheter 80 % de la
participation de NJJ en 2024, soit
26,4 %. Xavier Niel accordera une
décote de 12,5 % sur sa participation, lors de la levée de l’option par
Iliad. À terme, Iliad a donc vocation
à devenir actionnaire majoritaire
d’Eir. La valeur d’entreprise d’Eir
s’établit à 3,5 milliards d’euros. En
prévoyant une décote de 12,5 % sur
la cession de sa participation, Xavier Niel confirme qu’il donne la
priorité à Iliad sur NJJ. Il affirme
aussi sa confiance en sa capacité à
voir la valorisation d’Eir suffisamment progresser jusqu’en 2024
pour sortir gagnant de cette opération, même avec une ristourne !
Thomas Reynaud tient toutefois à
relativiser l’importance de l’investissement irlandais : « Les priorités du groupe restent la France,
avec le déploiement de la fibre et de
notre réseau mobile, et l’Italie. » Le
groupe est très attendu de l’autre
côté des Alpes, dans un marché
déjà très concurrentiel et sur lequel
œuvre activement un autre industriel français, Vincent Bolloré
(Vivendi détient 23,9 % de Telecom
Italia). ■
Les grands groupes français passent en mode start-up
Les leaders mondiaux tricolores fourbissent leurs armes pour le CES de Las Vegas en janvier.
20
grands groupes
français (environ)
sont présents au salon
de l’électronique
de Las Vegas
INNOVATION C’est un véritable
virage. Pendant des années, les
start-up françaises ont joué les vedettes au salon de l’électronique de
Las Vegas, rendez-vous incontournable du high-tech début janvier. Aujourd’hui, ce sont les
grands groupes français qui s’emparent du sujet. Certes, ils sont une
vingtaine face à plus de 320 startup tricolores, mais leur présence
contribue à donner plus de visibilité à la French Tech. Et la plupart
d’entre eux accompagnent des
jeunes pousses. Cette présence est
aussi l’occasion de démontrer aux
partenaires internationaux, déjà
convaincus de la capacité de la
France à faire pousser des startup, de l’importance de ses grands
groupes.
L’Oréal, Valeo et Faurecia (équipementier automobile), Legrand
(infrastructures électriques), La
Poste, Leroy Merlin, les énergéticiens Engie et Enedis, Dassault Systèmes (logiciels), STMicroelectronics (composants électroniques),
Michelin, PSA, Total, Malakoff
Médéric (assurance), Vinci… font
notamment le déplacement. Leur
diversité illustre aussi la variété des
thèmes qui seront abordés dès le
7 janvier dans le Nevada.
Tous y vont avec plusieurs objectifs. D’abord, s’imprégner des
tendances du moment dans le numérique afin d’en faire bénéficier
leur entreprise. « Le CES est un
événement mondial. C’est aussi
l’occasion de nouer de nouveaux
partenariats et de gagner du temps
pour des décisions commerciales »,
résume Stéphane Quéré, directeur
innovation d’Engie. « Nous jouons
aussi notre rôle de service public en
accompagnant des start-up au
CES », ajoute Chantal Genermont,
directrice du numérique d’Enedis
(ex-ERDF).
Ensuite, chacun cherche à s’inscrire dans la liste des acteurs incontournables de la « tech ». La
Poste profite ainsi de l’occasion
pour mettre en avant ses services
numériques, Digiposte et le Hubb,
ainsi que de nouveaux services.
Face à la digitalisation, la capacité
à innover est plus que jamais un
facteur déterminant de succès
pour les entreprises. « C’est devenu le salon par excellence de la
maison connectée. Il est logique que
Legrand y soit présent », souligne
Gilles Schnepp, le PDG de Legrand.
Le français dispose désormais
d’une gamme complète de produits connectés, notamment des
prises et interrupteurs développés
avec la start-up Netatmo (Céliane
with Netatmo). La maison connectée est d’ailleurs un des principaux
thèmes abordés par les entreprises
françaises. Une tendance qui n’a
pas échappé à Leroy Merlin. Le
spécialiste du bricolage y aura un
stand pour la première année,
via sa filiale Enki, du nom de sa
plateforme dédiée à la maison
intelligente.
Moment de vérité
Une autre grande thématique de ce
salon de l’électronique est…
l’automobile ! La tendance n’a pas
échappé à Valeo. L’équipementier
automobile occupera un large espace à l’extérieur, pour la quatrième année consécutive, avec un
circuit où auront lieu de nombreuses démonstrations de véhicules
autonomes. Il est rejoint pour la
première fois par un autre acteur
du secteur, Faurecia. La French
Tech mise d’ailleurs sur cette édition pour mettre en avant le sa-
voir-faire français dans l’automobile, même si les constructeurs n’y
ont pas de stand. PSA sera toutefois
présent sur celui de Paris Région
Entreprises, aux côtés de Total.
Enfin, pas de français sans une
thématique « beauté ». Dans ce
registre, L’Oréal joue son rôle de
leader mondial. « Nous sommes à
l’intersection de la beauté et de la
technologie », explique Guive Balooch, directeur de Tech Incubateur de L’Oréal recherche et innovation. Face à la prolifération des
thèmes abordés et des exposants,
Guive Balooch estime aussi que
l’heure de vérité va sonner pour de
nombreux concepts. « C’est maintenant que l’on va voir comment on
utilise le machine learning, l’intelligence artificielle, tous ces mots qui
font le buzz, pour offrir des produits
et des services pertinents aux
consommateurs ». ■
E. B.
LA SÉANCE DU MERCREDI 20 DÉCEMBRE
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
-1,73 42,405
-0,83 108,15
-1,02 86,42
+0,47 27,04
-0,8
124,8
-0,88 25,49
-0,36 63,1
-0,59 44,045
-0,46 98,88
-0,72
17,44
-0,81
14,32
-1,06 70,98
-0,14
14,56
-0,31 114,85
-1,59 396,7
-1,06 188,8
-0,97 46,5
-0,64 64,06
-0,85 253,85
+0,04 123,5
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
41,55
106,45
84,67
26,62
122,75
25,14
62,31
43,58
97,29
17,12
14,075
69,96
14,385
113,55
388,3
186,3
45,9
63,41
250,2
121,7
0,457
0,183
0,194
0,153
0,295
0,175
0,236
0,217
0,286
0,384
0,169
0,206
0,2
0,303
0,13
0,072
0,039
0,141
0,084
0,148
+17,33
+11,3
+34,95
+28,16
+23,19
+5,29
+3,77
+28,23
+22,47
-24,64
+20,16
+16,56
+19,6
+5,96
+82,54
+7,76
-7,69
+17,96
+38,07
+15,8
JOUR
ORANGE ..............................................14,64
PERNOD RICARD ..................................
129,7
PEUGEOT ..............................................
17,055
♣ 56,34
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
83,57
SAFRAN ..............................................87,84
SAINT GOBAIN ..................................
46,405
SANOFI ..............................................72,94
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
71,44
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
43,37
SODEXO ..............................................
113,3
SOLVAY ..............................................
115,6
STMICROELECTRONICS .............................
18,395
TECHNIPFMC ..................................24,885
TOTAL .............................................. 46,22
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
214,2
VALEO .............................................. 62,09
VEOLIA ENVIRON. ..................................
21,27
♣
VINCI .............................................. 86,24
VIVENDI ..............................................22,705
%VAR.
-0,31
-0,77
-0,52
-0,51
-0,98
-0,3
-1,37
-0,36
-0,11
-0,76
-0,66
-0,6
-1,6
+3,45
+0,15
-1,49
+0,83
+0,21
-1,11
-0,15
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,695
130,9
17,225
56,78
84,47
88,34
47,155
73,65
71,62
43,735
114,35
116,65
18,8
24,885
46,39
217,15
62,44
21,33
87,12
23,265
14,49
129,4
16,965
55,83
83,23
87,58
46,275
72,61
70,98
43,135
112,85
115,4
18,24
24,12
46,025
213,3
61,39
21,035
86
22,605
%CAP.ECH
0,332
0,121
0,271
0,218
0,298
0,137
0,348
0,173
0,178
0,427
0,146
0,213
0,196
0
0,199
0,373
0,651
0,333
0,183
0,267
31/12
+1,42
+25,98
+10,07
-14,05
-1,11
+28,38
+4,86
-5,15
+8,06
-7,22
+3,75
+3,82
+70,72
-26,6
-5,13
-5,53
+13,7
+31,5
+33,29
+25,75
LES DEVISES
dans le Lot, a fait état d’une hausse de
16,5 % de son chiffre d’affaires semestriel
à 170,4 millions d’euros (+ 8 % en croissance organique), en dépit d’une évolution
défavorable des taux de change. Le résultat opérationnel s’est établi à 18,9 millions d’euros (+ 20,8 %), ce qui représente
une marge opérationnelle courante de
11,1 %, en amélioration de 0,4 point. Ces
1 EURO=
1,5427
1,5221
0,8832
9,2677
134,16
1,1702
1,1845
2,967
11,103
4,5366
21,099
7,7926
75,9475
136,274
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34990
34000
-1,02
NAPOLEON ..................................................... 206,9
204,9
-2,13
PIECE 10 DOL USA .....................................................
580
580
-3,65
PIECE 10 FLORINS .....................................................
208
208
-2,71
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1149
1120
-5,04
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
200
200
-2,58
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
290
290
-5,23
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1305
1297,75
-1,88
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
109,9
109,9
-6,79
PIECE SUISSE 20F .....................................................
198,5
198,5
-5,48
PIECE LATINE 20F .....................................................
202,9
202,9
-1,98
SOUVERAIN ..................................................... 252,8
252,8
-3,88
KRUGERRAND .....................................................1109,75
1109,75
-5,15
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
286,78
18/12/17
BETELGEUSE ................................................
50,70
06/11/17
BELLATRIX C ................................................
347,21
06/11/17
SIRIUS ................................................57,60
18/12/17
FIGEAC AERO PARVIENT À RASSURER SUR SES PERSPECTIVES DE RÉSULTATS
Le cours de l’action de l’équipementier
aéronautique Figeac Aero s’est envolé de
plus de 9,54 % mercredi, à 17,69 euros. Ce
rebond du titre, qui intervient après une
forte baisse de 26 % depuis le début de
l’année, est lié à la publication de performances semestrielles au 30 septembre
(exercice décalé) meilleures qu’attendu.
Le groupe, dont le siège social se situe
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
bons résultats ont permis d’améliorer les
capitaux propres, en progression de
30,7 millions d’euros sur six mois, à
242,1 millions.
La société, qui avait été pénalisée durant la première partie de l’année civile
par l’acquisition de la société Auvergne
Aéro en difficulté et par des charges exceptionnelles, a surtout confirmé tous ses
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
objectifs annuels. Pour l’exercice qui
s’achève le 31 mars 2018, Figeac Aero anticipe des free cash-flows encore négatifs de l’ordre de 35 millions d’euros, fortement réduits par rapport aux
86 millions de trésorerie brûlés lors de
l’exercice précédent. L’objectif est de
parvenir à un flux de trésorerie positif récurrent à partir de mars 2019. Au-delà, en
2020, l’ambition est d’atteindre un chiffre
d’affaires d’au moins 650 millions d’euros.
L’inflexion positive de la consommation
de cash, obtenue grâce à la mise en place
d’un plan d’économies, rassure les analystes financiers qui étaient dans l’ensemble assez réservés sur la valeur. Ceux
d’Oddo BHF visent par exemple un cours
de 21,50 euros sur la valeur. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 41,57
♣
AIR LIQUIDE ..................................
106,9
AIRBUS .............................................. 84,8
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,975
ATOS .............................................. 123,5
AXA .............................................. 25,255
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
62,83
BOUYGUES ..............................................
43,655
CAPGEMINI ..............................................
98,16
CARREFOUR ..............................................
17,25
CREDIT AGRICOLE ..................................
14,155
DANONE ..............................................70,17
ENGIE .............................................. 14,495
ESSILOR INTL. ..................................113,75
KERING ..............................................389,35
L'OREAL ..............................................186,85
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
46,075
LEGRAND ..............................................63,64
LVMH .............................................. 250,45
♣
MICHELIN ..............................................
122,4
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Après Apple, Google
s’engage dans
la lutte contre les
publicités intrusives
Son navigateur Chrome bloquera à partir du 15 février
prochain les formats jugés les plus agressifs.
Google
« s’engage
dans la lutte
contre les
« mauvaises
publicités »,
qui causent
tant de tort
aux acteurs
du Web,
qui pour
la plupart
vivent
de la vente
d’espace
»
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
PUBLICITÉ Google tient ses promesses. Depuis l’été dernier, le
géant du Web promet pour ses utilisateurs moins de publicités intrusives sur Chrome, son navigateur
Web. Il vient de fixer une date à laquelle il mettra à exécution sa nouvelle politique : le 15 février 2018
prochain, a rapporté le site VentureBeat. À compter de cette date, et
sans que cela nécessite de changer
de version de navigateur, Chrome
chassera les publicités jugées les
plus intrusives, à savoir les pop-ups
(fenêtres publicitaires qui s’ouvrent
intempestivement), vidéos en lecture automatique avec du son, interstitiels plein écran (publicités qui
couvrent tout l’écran en transparence) ou publicités avec compte à
rebours notamment. Le dispositif
s’activera si au moins l’un de ces
formats jugés indésirables apparaît
sur un site. Google a repris à son
compte la classification établie par
la Coalition for Better Ads, un groupement international des acteurs
de la publicité en ligne auquel la firme de Mountain View a adhéré cette année.
Google s’engage donc dans la
lutte contre les « mauvaises publicités », qui causent tant de tort aux
acteurs du Web, qui pour la plupart
vivent de la vente d’espace. C’est le
cas évidemment de Google, dont
les revenus sont quasi exclusivement publicitaires. Pour l’achat de
mots-clés, l’activité principale du
moteur de recherche Google, la
question de la mauvaise publicité
ne se pose pas. Elle est néanmoins le
problème majeur de nombreux sites qui abusent de formats de plus
en plus spectaculaires pour émerger. Google a d’ailleurs associé à sa
démarche de nombreux éditeurs
En promettant une navigation plus saine, Google cherche aussi à dissuader des millions d’internautes de recourir
à des bloqueurs de publicité. REX FEATURES/REX/SIPA
pour qu’ils puissent eux-mêmes se
préparer aux nouvelles règles.
Formats agressifs
En promettant une navigation plus
saine, Google cherche à prendre le
problème en amont, pour dissuader
in fine que des millions d’internautes aient recours à des bloqueurs de
publicité type Adblock, une extension de navigateur qui filtre le
contenu des pages Web pour bloquer notamment les bannières,
format le plus répandu sur Internet.
Avec son nouveau Chrome, Google
veut aussi inciter les sites les moins
« vertueux » en matière de publicité à faire évoluer leurs pratiques,
dans le souci de l’internaute mais
aussi des sites éditoriaux qui dé-
pendent dans leur très grande majorité de la publicité. Si un site
« pousse » des publicités intrusives,
il sera mis en garde une première
fois par Google. S’il continue
sciemment à le faire, malgré ses remontrances, Chrome pourra bloquer toutes ses publicités. La méthode
peut
potentiellement
« nettoyer » une partie du Web qui
use et abuse de formats agressifs.
L’implication de Google marque
en tout cas un tournant dans la prise en compte de la problématique
publicitaire par les acteurs mondiaux du Web. Apple s’est lui aussi
lancé dans une démarche qui vise à
limiter la publicité jugée trop intrusive. La dernière version de son navigateur Safari (pour ordinateur et
Le jeu vidéo va créer 1 300 emplois en France
La ministre Françoise Nyssen assure un soutien fort et durable envers cette industrie.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
A
JEUX VIDÉO Les années noires
semblent bel et bien derrière l’industrie française du jeu vidéo, en
grande difficulté au début de la décennie. La dernière édition du
« Baromètre » du secteur, réalisé
par l’Idate pour le compte du Syndicat national du jeu vidéo (SNJV),
multiplie les indicateurs positifs
pour ce secteur qui couvre plus de
1 000 entreprises, dont la moitié
dans la création, et près de
28 000 emplois directs et indirects.
Aux yeux des entrepreneurs, la
France est redevenue attractive
avec 72 % d’opinions positives,
contre 50 % en 2015. Ils sont près de
90 % à être optimistes face à l’avenir. Le taux de « très optimistes » a
même bondi de 3 % à 22 % en deux
ans ! Et si le Canada, aux politiques
fiscales très généreuses envers le
jeu vidéo, fait toujours rêver, il n’est
plus le seul horizon envisageable
pour les créateurs français. « Cette
renaissance est de bon augure pour
notre pays », veut croire le président du SNJV, Lévan Sardjevéladzé.
Doublement des créations
de postes
Cette confiance retrouvée se traduit
sur le front de l’emploi avec la création en 2018 de 1 300 postes, dont
près de la moitié en CDI. Soit deux
fois plus qu’en 2017. Et ce n’est pas
terminé. Le champion français,
Ubisoft, prévoit de créer entre 500
et 1 000 emplois d’ici à 2027, répartis entre Lyon, Montpellier et Bordeaux. Les studios parisiens d’Ubisoft sont aussi en pleine croissance.
« Le succès mondial de nos derniers
jeux créés en France, Mario et les
Lapins Crétins et Ghost Recon Wildlands, favorise l’emploi », note un
porte-parole de l’éditeur. Car 2017
a rimé avec la sortie de nombreux
blockbusters internationaux made
in France, une situation qui était
devenue rare. Cette tendance va se
poursuivre en 2018, avec l’arrivée
chez le parisien Quantic Dream du
jeu Detroit, dont le budget se chiffre
en dizaines de millions d’euros, ou
Le budget du jeu Detroit
chez le parisien
Quantic Dream
se chiffre
en dizaines de millions
d’euros. QUANTIC DREAM
de Vampyr chez Dontnod (Paris,
11 millions d’euros de budget). Grâce à l’essor de la distribution digitale sur consoles et mobile, des TPE
françaises ont aussi réussi de beaux
coups à l’international, comme Accidental Queens avec A Normal Lost
Phone ou The Pixel Hunt et son Enterre-moi, mon amour.
Cette situation positive doit
beaucoup au volontarisme des acteurs publics, qui ont créé des crédits d’impôts (CIJV) et des aides à la
création (CNC et fonds régionaux).
Ces dispositifs publics sont utilisés
par plus des deux tiers des studios
de développement, quelle que soit
leur taille. Hors des grandes structures, les banques restent en effet
très frileuses (58 % d’accès difficile
aux prêts), tout comme les investisseurs, malgré la bonne santé des
entreprises de moins de 5 ans : seules 16 % sont en déficit. Les aides
publiques ont aussi permis de relocaliser des emplois et de faire éclore
de nouvelles pépites comme le studio Amplitude, racheté l’an passé
par le japonais Sega.
« La reconnaissance du secteur du
jeu vidéo est une évidence et notre
soutien sera fort et durable », affirme la ministre de la Culture Françoise Nyssen. Pour preuve, la création d’un groupe d’étude à
l’Assemblée nationale autour du jeu
vidéo a été validée ce mercredi.
« Nous allons nous pencher sur tout
ce que nous pouvons faire pour être
encore plus forts et gagner des parts
de marché à l’international », explique le député LREM Denis Masseglia, porteur du projet. ■
mobile) intègre ainsi une fonctionnalité baptisée l’Intelligent Tracking Prevention, qui traque encore
plus sévèrement qu’avant les cookies, petits fichiers qui suivent le
surf des internautes pour les cibler
publicitairement. Apple l’a mis en
place en septembre dernier au nom
de la protection des données personnelles. Au grand dam des professionnels de la publicité, mais
aussi de nombreux éditeurs. Et avec
un impact immédiat sur certains
acteurs de la publicité en ligne. Criteo, spécialiste français du « reciblage » publicitaire qui utilise les
cookies pour suivre les internautes,
prévoit que son chiffre d’affaires
reculera en conséquence de 22 %
cette année. ■
EN BREF
RÉORGANISATION
CHEZ PRISMA MÉDIA
£ Daniel Daum, directeur
du pôle TV-Entertainment,
quitte le groupe de presse au
31 décembre. Le pôle TV sera
dirigé par Rolf Heinz, président
de Prisma Média. Voici et VSD
reviennent à Pascale Soquet,
directrice du pôle femmes.
L’ACPM CERTIFIE
L’AFFICHAGE DIGITAL
£ L’Alliance pour les chiffres
de la presse et des médias
(ACPM) a présenté mercredi sa
nouvelle certification, DOOH
Trust, qui évaluera désormais
les dispositifs d’affichage
digital. JCDecaux, In-Store
Media, Mediatransports
et PhenixDigital ont démarré
le processus de certification
de leurs campagnes.
« CAUSETTE »
EN DÉPÔT DE BILAN
£ Le magazine féministe
est à la recherche
d’un repreneur. Le tribunal
de commerce décidera
des modalités le 9 janvier.
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO - N° 22 819 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
CLAP DE FIN POUR COLETTE,
LE CÉLÈBRE CONCEPT STORE
PARISIEN PAGE 32
GASTRONOMIE
UN BELGE SE LANCE
DANS LA PRODUCTION
DE FOIE GRAS EN ÉGYPTE
PAGE 34
CHRISTOPHE ABRAMOWITZ / RADIO FRANCE
Des chœurs d’enfants bien maîtrisés
La Maîtrise
de Radio France.
De Toulouse à Paris, ces formations à vocation pédagogique, artistique et sociale connaissent
une nouvelle renaissance, au point de devenir incontournables dans le paysage musical. Enquête. PAGE 30
La très belle croisade
du « Comte Ory »
OPÉRA Donnée à l’Opéra-Comique,
Christian Merlin
e comique rossinien, c’est
d’abord une horlogerie musicale. La plus réussie des
mises en scène ne sauvera
rien si la direction d’orchestre n’est pas réglée au cordeau et si le
chant n’allie pas expression et virtuosité. Pour toutes ces raisons, la première du Comte Ory de Rossini qui
vient d’avoir lieu à l’Opéra-Comique
est la production lyrique la plus réussie à Paris depuis six bons mois. On le
doit d’abord à une distribution tout
simplement sensationnelle, représentative de la santé éclatante de la
jeune génération du chant français.
La Comtesse de Julie Fuchs ? Un
miracle de technique tellement maîtrisée qu’elle se fait oublier au profit
de la beauté du timbre et du naturel
du jeu. On ne voit pas qui pourrait
chanter cela mieux aujourd’hui.
L’Isolier de Gaëlle Arquez ? Un chefd’œuvre de chaleur vocale au service
de la perfection du style. Leur duo ?
Le comble de la sensualité. Un peu
fermée au début, la voix du ténor Philippe Talbot s’ouvre par la suite, compensant un certain manque de séduction par l’aisance dans l’aigu requise
par le rôle-titre. Sans parler de leur
souci de diction française, car
l’avant-dernier opéra de Rossini a
bien été composé pour l’Opéra de
L
Paris. Rien n’est laissé au hasard chez
les comparses : un luxe d’avoir JeanSébastien Bou, Eve-Maud Hubeaux et
Patrick Bolleire pour compléter un
plateau.
Un vrai travail d’équipe, autrement
dit, condition sine qua non de la réussite d’un opéra de Rossini, a fortiori
celui-ci, si riche en ensembles. Pour
en garantir la cohésion, un maître
d’œuvre : Louis Langrée, qui dirige
son premier Rossini avec une parfaite
synthèse de souplesse et de stabilité,
tenant ce mécanisme avec une discipline de chaque instant sans en brider
l’élan. Les instruments anciens de
l’Orchestre des Champs-Élysées sonnent plus pleins et mats que l’idée de
légèreté aérienne traditionnellement
associée à Rossini : n’oublions pas que
Beethoven n’était mort que depuis un
an à la création du Comte Ory.
Excellente participation du Chœur
Les Éléments, qui fête à cette occasion
ses 20 ans. Un bonheur musical sans
mélange, donc, que le metteur en scène Denis Podalydès a eu la sagesse de
ne pas venir déranger. Dans le décor
comme toujours à dominante grise
d’Éric Ruf, le sociétaire de la Comédie-Française transpose habilement
les croisades au moment des guerres
napoléoniennes et cultive le comique
de situation sans tomber dans la
vulgarité. ■
Le Comte Ory, Opéra-Comique (Paris IIe),
jusqu’au 31 décembre.
Reprise à l’Opéra de Versailles
les 12 et 14 janvier.
www.opera-comique.com
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO ; IBRAHIM ZAYED
A
MORCEAU CHOISI
berluti.com
l’œuvre de Rossini est la production lyrique
la plus réussie depuis six mois à Paris.
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
Les maîtrises retrouvent
voix au chapitre
CLASSIQUE Depuis
un peu plus de dix ans, les formations de jeunes choristes
se professionnalisent. Un exemple à suivre pour l’éducation musicale à l’école ?
180
Le nombre d’élèves
scolarisés à la Maîtrise
de Radio France,
du primaire à la terminale,
des quartiers nord
de Bondy au lycée
La Fontaine, à Paris.
La Maîtrise de Toulouse,
au couvent des Jacobins.
MAÎTRISE DE TOULOUSE
I
THIERRY HILLÉRITEAU
CRÉDIT PHOTO // MATIAS ANTONIASSI
l y a un mois, la Maîtrise de Toulouse faisait son entrée sous la coupole de
l’Institut de France pour y recevoir des
membres de l’Académie des beaux-arts
le Prix Liliane Bettencourt pour le chant
choral. Un événement pour cette formation d’une trentaine d’enfants de 10 à
15 ans et une vingtaine de jeunes adultes.
Car si depuis plus d’un quart de siècle le
Prix Bettencourt récompense les ensembles contribuant au rayonnement de l’art
vocal français (à l’instar du chœur Accentus, des Arts Florissants ou de Pygmalion), il n’avait plus été décerné à un
chœur d’enfants depuis… 2002 !
« Depuis des années, nous constatons la
vitalité de l’effort maîtrisien, explique
Olivier Brault, directeur de la Fondation
Bettencourt-Schueller. Mais il nous est
difficile de distinguer au même niveau un
chœur avec enfants, réalisant un travail en
profondeur sur l’artistique, la pédagogie
et le social, et des chœurs d’adultes professionnels. Nous avons donc souhaité
consacrer l’édition 2017 aux maîtrises, et
réfléchissons à une alternance pour les années à venir. » Pour ce prix « spécial maîtrises », qui a reçu le soutien de l’académicien et compositeur Thierry Escaich,
la Fondation a reçu pas moins de 33 can-
didatures. Et « nous avons été agréablement surpris du niveau des jeunes formations », poursuit Olivier Brault. Parmi
lesquelles la Maîtrise de Toulouse, qui fêtait l’an dernier ses 10 ans. À titre
d’exemple, le prix de 2002 avait échu à la
Maîtrise de Notre-Dame de Paris, riche
de… huit siècles d’histoire !
« Ouverture et éclectisme »
À Toulouse, Mark Opstad, directeur
artistique de la Maîtrise, est conscient de
la portée de ce symbole. « C’est une
reconnaissance essentielle pour nous et
pour toutes les maîtrises françaises »,
concède ce pur produit du système anglais, passé par les chœurs de la cathédrale de Bristol, Oxford puis Cambridge.
D’après lui, il y a eu une première vague
de renaissance des maîtrises françaises
dans les années 1980, avec le Centre de
musique baroque de Versailles et la redécouverte du répertoire français des XVIIe
et XVIIIe siècles, « à laquelle les voix
d’enfant ont largement pris part. Mais le
maillage sur le territoire était très
inégal ».
C’est pour pallier l’absence de maîtrise
dans le Sud-Ouest qu’il a fondé celle de
Toulouse, sous la tutelle du Conservatoire de la ville. Ses choristes suivent un
cursus scolaire en classe à horaires
aménagés, reçoivent entre cinq et neuf
heures de formation musicale par semaine : chant, technique vocale, instrument
CHUT !
*
* L'OCCASION
UNIQUE DE S’OFFRIR
UNE MONTRE DE LUXE MOINS CHÈRE !
A
OFFRE EXCLUSIVE :
un écrin 3 montres ofert (d’une valeur de
69€) avec le code avantage FIGARO2017**.
PARIS - LYON - LILLE
BORDEAUX - AIX EN PROVENCE
CANNES - LUXEMBOURG
CRESUS.FR
04 72 32 20 00
**Ofre valable du 15/10 au 31/12 pour tout achat de 1 000€ minimum
et danse. Une complémentarité qui, pour
Gaël Darchen, directeur de la Maîtrise
des Hauts-de-Seine, rattachée à l’Opéra
de Paris, est au centre de ce renouveau
des maîtrises. Le chef s’est vu offrir une
résidence à La Seine musicale, à Boulogne. Des conditions idéales pour ses
500 jeunes : trois salles de classe, une salle de répétition pouvant être aménagée
en théâtre, des espaces de récréation
dernier cri. « La preuve qu’il y a aujourd’hui de vraies volontés de pérenniser
l’action des maîtrises », s’enthousiasmet-il. Avant d’ajouter : « L’ouverture et
l’éclectisme sont la clef de ce modèle
d’éducation par la musique. Elles donnent
aux enfants, en plus des valeurs de rigueur, de travail et de partage propres aux
maîtrises, un maximum d’outils pour une
carrière dans le spectacle vivant. Et
permettent de forger leur esprit critique et
par capillarité celui des parents et des frères et sœurs. »
Une dimension pédagogique et sociétale, donc, à laquelle Olivier Mantei, directeur de l’Opéra-Comique, est également sensible. L’an dernier, il n’a pas
hésité à intégrer à son établissement un
chœur d’enfants. Ses jeunes chanteurs y
pratiquent aussi bien la musique que le
théâtre, la danse que les claquettes. Baptisé Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique, il est sous la direction de la jeune Sarah Koné, un exemple dans sa
génération de jeunes professionnels qui
considèrent la direction des chœurs
d’enfants comme une affaire sérieuse.
On lui doit l’initiative de cet ensemble
né il y a huit ans au collège Couperin, à
Paris. D’abord une simple expérimentation de vulgarisation de l’opéra par le
chant choral, auprès d’une population de
non-initiés. « Malgré un quartier bobo,
Couperin accueille des enfants de milieux
sociaux très différents, dont les élèves des
foyers de l’aide sociale à l’enfance », explique l’intéressée. Commencé avec
vingt volontaires, son chœur en compte
aujourd’hui une centaine, du primaire au
lycée, et bénéficie de classes à horaires
aménagés. « Combinée à son exigence artistique, cette dimension sociétale très forte s’intégrait parfaitement au projet de
l’Opéra-Comique », dit Olivier Mantei.
Qui ajoute, à l’unisson d’Olivier Brault,
que les maîtrises devraient jouer un rôle
essentiel dans le développement du
chant choral à l’école souhaité par les
ministres Jean-Michel Blanquer et Françoise Nyssen. Avis partagé par Gaël Darchen : « Le chant dans l’Éducation nationale devrait être un plan d’urgence »,
clame-t-il depuis des années. Quant à
Mark Opstad, il ne se dit pas tant surpris
par la différence de niveau entre chœurs
français et anglais que par l’absence de
piano dans nos écoles, là où les gares en
sont de plus en plus pourvues. Reste à espérer que le gouvernement prenne le
train de l’éducation musicale. ■
Concerts
de Noël
Maîtrise de radio france
« Noël à Broadway ».
Les 22 décembre à 20 heures
et 23 décembre à 15 heures à la
Maison de la radio (Paris XVIe).
Maîtrise de toulouse
Le 22 décembre à 20 heures
à la basilique Saint-Sernin
de Toulouse. Nouveau CD :
« Slava » (Regent).
Maîtrise de Notre-Dame de Paris
Le 22 décembre à 20 h 30
à la cathédrale.
Les Petits Chanteurs
de Strasbourg
Concert apéritif de Noël,
le 23 décembre à 11 heures
à l’Opéra du Rhin.
Pages et Chantres du CMBV
« Noël à la cour de Dresde ».
Le 21 décembre à 17 h 30
à la Chapelle royale
du château de Versailles.
« Les enfants retrouvent la joie de chanter »
Chef d’origine suédoise, Sofi Jeannin dirige depuis dix ans la Maîtrise de Radio
France, fer de lance des maîtrises françaises. Rencontre avec une femme de tête
et de cœur, également à la tête du chœur
de Radio France et qui prendra, la saison
prochaine, celle des BBC Singers, de
l’autre côté de la Manche.
LE FIGARO. - On fête les 10 ans du second
site de la Maîtrise de Radio France,
à Bondy. Quel bilan tirez-vous
de cette ouverture à la banlieue ?
Sofi JEANNIN. - À Bondy, ce ne sont pas
les enfants qui viennent à nous avec des
projets ou des projections de carrière,
mais nous qui venons à eux. L’approche
est davantage sensorielle. Nous sommes
ravis de constater que cette tentative
d’ouverture s’est installée de manière
pérenne. L’influence des aînés, de la première génération de la Maîtrise à Bondy,
est visible. C’est réconfortant.
En quoi est-ce important ?
Radio France est un service public, nous
devons embrasser la réalité sociale tout
en préservant notre exigence d’excellence. D’autre part, rappelons que les maîtrises mises à mal pendant la Révolution
portent, en plus de leur ambition pédagogique et artistique, une ambition sociale tout sauf contraire à l’idéal républicain.
Ce sont des modèles de sociétés idéales,
où l’on vise le perfectionnement individuel et collectif. Sauf qu’ici il ne s’agit pas
de taper le plus fort dans le ballon mais de
créer du beau. Il n’y a ni gagnant ni perdant. Nos trois valeurs clés sont responsabilité, autonomie et entraide.
En quoi le chant choral est-il le meilleur
vecteur de cet idéal ?
Faire de la musique ensemble avec ce qui
est notre moyen d’expression le plus
primaire accroît la prise de risque. La voix
est connectée à l’être, chanter en chœur
oblige, plus que tout
Il ne s’agit pas de taper le plus fort instrument, à dépasser sa
pudeur pour se rendre
dans le ballon mais de créer
audible des autres dans
du beau
un
souci
constant
SOFI JEANNIN, DIRECTRICE DE LA MAÎTRISE DE RADIO FRANCE
d’harmonie.
«
»
La Suède possède une vraie tradition
des chœurs d’enfants. Quel regard
portez-vous sur la France ?
Il y a une dynamique très forte. Une volonté des jeunes chefs et compositeurs de
porter haut la renaissance de ces chœurs.
Ce qui m’a surprise, c’est que les enfants
n’éprouvaient pas autant que dans les
pays du Nord la joie de chanter. Les choses changent, et j’observe avec curiosité
la prise de conscience politique qui semble se faire sur ce point.
Les maîtrises peuvent-elles jouer un rôle
dans ce retour du chant à l’école ?
Le meilleur moyen de donner envie de
chanter en chœur à des enfants reste de
leur montrer d’autres enfants qui chantent. Ensuite, sans nous substituer aux
dispositifs de formation de l’Éducation
nationale, nous pouvons mettre à disposition des outils numériques pédagogiques d’éveil et de création pour les enseignants et élèves. À Radio France on a
commencé à le faire sur des opéras pour
enfants et des comptines pour les maternelles. Nous allons le développer dans les
années à venir. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR T. H.
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
CULTURE
31
Aristophil, un coup d’envoi très chahuté
ENCHÈRES Privée de ses cinq lots phares, classés « trésor national », la vente des biens de la liquidation
et ceux des indivisions ont totalisé 3 millions au marteau. Quatre fois moins que l’estimation annoncée.
L
tiers), non seulement pour les lots faisant
partie de la vente judiciaire (14,4 % de
frais TTC) mais aussi ceux de la vente volontaire (30 % TTC, 26,3 % pour les livres). Exit le témoignage d’une rescapée
du Titanic, ravalé à 270 000 euros, mais
aussi un grand nombre de pièces de
moins de 15 000 euros.
BÉATRICE DE ROCHEBOUET
bderochebouet@lefigaro.fr
a foule compacte jouait des
coudes pour entrer mercredi salle 1-7, au
premier étage de l’Hôtel Drouot à Paris.
Le suspense aura duré jusqu’aux premières minutes de la vente inaugurale
du fonds réuni par celui que ses milliers
de victimes nomment le « Bernard Madoff des lettres et manuscrits ». Nombre
de personnes concernées de près ou de
loin par l’affaire Aristophil, et surtout
beaucoup de spectateurs, ignoraient
qu’il fallait s’inscrire auprès de la maison Aguttes pour avoir une place. Un
service d’ordre tenta de maîtriser la
cacophonie !
Dans la salle archicomble, la tension
était à son maximum, nourrie ces dernières semaines par les turbulences provoquées par la vente. À l’affaire frauduleuse d’Aristophil s’est ajoutée celle
d’une dispersion hautement sensible
ayant provoqué un vent de fronde. Défendant plusieurs milliers d’indivisaires,
l’une des cinq associations, Cparti, avait
dénoncé une dispersion préparée à la vavite, annoncée prématurément, alors
que le commissaire-priseur Claude
Aguttes n’avait pas encore en main l’ordonnance du tribunal de grande instance, et orchestrée, selon eux, sans transparence.
L’inquiétude était visible sur les visages. Ceux des professionnels, venus juger
de la capacité du marché à résister à une
avalanche d’œuvres au pedigree entaché
de scandale - ce n’est que le premier
round lançant 300 ventes en six ans pour
liquider plus de 130 000 pièces. Ceux
aussi, et surtout, des petits épargnants,
n’ayant plus d’espoir de récupérer leurs
économies investies dans cette pyramide
de Ponzi (8 % promis de plus-value) qui
a abouti à la mise en examen de Gérard
Lhéritier - pour escroquerie en bande
L’autorité de régulation
du secteur saisie
Le manuscrit d’Honoré de Balzac, Ursule Mirouët, s’est envolé à 900 000 euros.
organisée et blanchiment de fraude fiscale - et à la liquidation judiciaire de la
société Aristophil en août 2015.
Quand Claude Aguttes monta au pupitre, la salle retint son souffle. « Malgré
cet incident d’organisation, nous allons
commencer, déclara le commissairepriseur. Si vous ne souhaitez pas être vus,
baissez la tête, pour ne pas être à la télévision ce soir, surtout si vous êtes là en douce de votre femme… », a-t-il lancé pour
détendre l’atmosphère. Il annonça ensuite ce à quoi tout le monde s’attendait :
«Le 14 décembre, Mme la ministre de la
Culture a signé des arrêtés refusant les
certificats d’exportation publiés au Journal officiel du 19 décembre pour les
C. AGUTTES /DROUOT
œuvres suivantes : le rouleau du Marquis
de Sade, Les 120 journées de Sodome ou
L’école du libertinage, le premier et le second Manifeste du surréalisme d’André
Breton ainsi que le manuscrit de Poisson
soluble et Poisson soluble II. » En clair,
les cinq lots phares sur 190 (Me Aguttes a
fait une demande tardive de certificat
d’exportation) ont été retirés in extremis
sur décision de l’administrateur de la liquidation Aristophil. Ils seront vendus
de gré à gré. Interrogé la veille de la vente, le ministère de la Culture nous précisait qu’aucune discussion sur les valeurs
de ces cinq lots n’avait été entamée. Et
que les sommes avancées ces derniers
jours pour Sade et Breton n’étaient en
aucun cas celles qui pourraient être négociées avec l’État.
En couverture du catalogue, ce rouleau de Sade que Gérard Lhéritier avait
payé 7 millions d’euros avant de le vendre en indivision pour 12,5 millions était
justement censé servir de locomotive
pour les autres lots, avec une estimation
de 4 à 6 millions d’euros. Tout comme les
quatre lots Breton proposés avec faculté
de réunion pour 4,5 à 5,5 millions
d’euros. En conséquence de ces retraits,
la vente, estimée entre 11 et 16 millions
d’euros, a vu ce chiffre chuter vertigineusement. Au final, la dispersion a totalisé 3 millions d’euros (sans les frais) et
compte 54 invendus sur 185 (soit un
La salle est restée atone jusqu’au numéro 40, où le manuscrit de présent au
tsar de Russie, L’Alchimiste d’Alexandre Dumas dans sa belle reliure de velours vert, s’est envolé à 72 000 euros,
prix marteau. Son acquéreur dissimulé
sous son chapeau de cow-boy n’était
autre que Jean-Claude Vrain, le libraire poursuivi dans l’affaire Aristophil
pour avoir mis des estimations vertigineuses sur les livres de Gérard Lhéritier. C’est lui encore qui emporta à
900 000 euros, le manuscrit de Balzac,
Ursule Mirouët, l’un des deux seuls en
mains privées que l’État n’a pas classé
« trésor national ». Napoléon fit des
étincelles (240 000 euros pour la lettre
d’amour de Bonaparte à Joséphine) en
présence de nombreux collectionneurs, Pierre-Jean Chalençon assis au
deuxième rang.
Dégoûtés, nombre d’épargnants sont
repartis avant la fin. « Au début, ce fut
un massacre pour les investisseurs, a déclaré l’avocat de l’association Cparti,
Me Matthieu Sellies qui avait tenté par
tous les moyens de faire suspendre la
vente. Celui-ci vient de saisir la commissaire du gouvernement auprès du
Conseil des ventes, autorité de régulation du secteur. Joint par téléphone,
Frédéric Castaing - président de la
Compagnie des experts (CNE) - qui
avait poussé un cri d’alarme deux jours
avant la dispersion - espère quant à lui
que « Me Aguttes et son collège d’experts inexpérimentés pour faire une telle
vente en tireront la leçon.» ■
Le rap en bulles
et en lettres
CHRONIQUE Avec le troisième tome du « Hip Hop
Family Tree », Ed Piskor consacre ce genre musical.
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
e rap est aujourd’hui la musique dominante. Aux yeux (et
aux oreilles) de certains, ce
style est devenu la nouvelle
variété. La chanson française
n’a qu’à bien se tenir. Le rock rase les
murs : voilà bien longtemps qu’il n’est
plus majoritaire. La culture hip-hop a
acquis ses lettres de noblesse. Le graffiti
et la danse sont des disciplines reconnues, encadrées et encouragées par les
institutions. Il est temps pour une nouvelle génération de se pencher sur
l’histoire de ce mouvement culturel et
musical.
À la télévision, la série The Get Down
en a retracé avec beaucoup d’intérêt les
premiers pas dans le Bronx des années
1970. Considéré par certains comme une
expression jeune, le rap est en réalité
une forme quadragénaire. La bande dessinée d’Ed Piskor, Hip Hop Family Tree,
en restitue la richesse et la complexité.
Sélectionné au prochain Festival de BD
d’Angoulême (du 25 au 28 janvier prochain), le troisième volume de cette saga
vient de sortir. Il se concentre sur les années 1983 et 1984. Au même moment,
les deux premiers tomes (1970’s-1981 et
1981-1982) sont réunis dans un coffret
idéal pour mettre sous le sapin de Noël.
Aux États-Unis, le travail d’Ed Piskor
a été salué unanimement. Né en 1982,
cet auteur de BD a littéralement été bercé par les grands disques de hip-hop. Sa
connaissance encyclopédique lui permet aujourd’hui d’en raconter les ramifications avec une précision implacable.
Publiée initialement sur Internet, la saga
fait l’objet d’une déclinaison papier de-
L
puis 2013. Très marqué par le coup de
crayon de Robert Crumb – qui consacra
de nombreuses pages au blues et aux
musiques américaines d’avant le rock –,
Piskor évoque la musique au travers de
portraits de ceux qui la font.
Saga initiatique
Dans le troisième tome, des figures aussi
fondatrices que Russell Simmons, Rick
Rubin, Chuck D ou Run-DMC, soit la
deuxième génération de rappeurs, après
la première à la fin des années 1970, sont
croqués. Il n’est pas nécessaire de
connaître leurs disques sur le bout des
doigts pour apprécier la lecture du Hip
Hop Family Tree. Le récit a tout de la saga
initiatique, avec une dramaturgie réussie, et des guerres de clans bien restituées. On doit à l’excellente maison parisienne Papa Guédé Éditions – déjà
éditrice d’un remarquable Les Voix du
Mississippi en 2013 – la déclinaison française de la série. La traduction est remarquable. Peut-être parce que la France est depuis longtemps la seconde
patrie du hip-hop, juste derrière les
États-Unis et loin devant la GrandeBretagne, par exemple.
Il nous tarde de découvrir la suite des
aventures, notamment les épisodes
consacrés à la domination du gangsta
rap du début des années 1990, ceux narrant l’émergence d’Eminem, jusqu’au
dernier développement. Notamment le
sacre de Kendrick Lamar, génie actuel
du hip-hop. Aux États-Unis, le volume
dédié à 1984-1985 vient de paraître. Dès
aujourd’hui, Piskor publie par ailleurs
une nouvelle série, X-Men : Grand Design, qui fait de lui le premier auteur à assurer scénario, dessin, encrage, couleurs et lettrage d’une série Marvel.
Historique !
Hip Hop Family Tree, 1983-1984, d’Ed Piskor,
Papa Guédé Éditions, 110 p., 26 €.
G AL ER I E 18 2 9, CAV E S D E L A M AI S ON , A Ÿ
L’ A B U S D ’ A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É . À C O N S O M M E R AV E C M O D É R AT I O N .
A
LA MUSIQUE
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
32
STYLE
Colette, le rideau est tombé
ADRESSE Mercredi, le plus connu des concept stores parisiens, fondé par Colette Roussaux et Sarah Andelman,
fermait définitivement ses portes, attirant une foule de nostalgiques au 213 de la rue Saint-Honoré.
H
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
ier matin, aux abords
du métro Tuileries. Les conversations
entre Français ou étrangers laissent
échapper le même mot, dans toutes les
langues : Colette. Devant le numéro 213
de la rue Saint-Honoré (Paris Ier), quelques journalistes caméra au poing pratiquent le micro-trottoir habituel. À un
touriste coréen chargé de sacs en papier
cartonné blanc aux deux ronds bleus
(référence 293c Pantone), on demande :
« Qu’avez-vous acheté ? » Des teeshirts, des sweat-shirts, des objets reprenant le logo, édités pour les 20 ans de
la boutique. Comme tout le monde.
Ces derniers temps, la spéculation est
en marche. Au début de la semaine, un
vendeur nostalgique s’agaçait de ces
clients opportunistes, venus acheter les
reliques pour les revendre à travers les
circuits parallèles et sur les sites d’occasion. La bougie Air de Paris (signature
olfactive autour de la feuille de figuier
qui embaumait le quartier) est épuisée
depuis longtemps. Certes, la boutique
était assez coutumière de la rupture de
stock plus ou moins orchestrée (à l’instar des sneakers NMD cosignés Chanel x
Pharrell Williams x Adidas Originals,
toutes vendues en un claquement de
doigts, il y a un mois). Quoi qu’il en soit,
aujourd’hui, la cote de feu Colette a dû
monter en flèche.
Ce 20 décembre, l’ambiance est presque plus solennelle malgré la musique à
plein régime. Sans doute la présence à
l’entrée de Sarah Andelman, cofondatrice avec sa mère Colette Roussaux. Les
clients sortent en la saluant, la remerciant pour cette aventure qui aura duré
vingt ans. Elle répond, souriante et un
peu absente, la gorge nouée, leur tend
un dernier petit cadeau, deux cœurs en
chocolat bleu de Pierre Marcolini et un
sticker en cuir d’Anya Hindmarch
Hier, devant le célèbre multimarque parisien.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
« Colette I was there, 1997-2017 ».
« Mon sentiment aujourd’hui ? Je ne parviens pas vraiment à mettre les mots dessus, dit-elle visiblement émue. Évidemment, c’est touchant, on a un pincement
au cœur. On sait aussi que c’est le point de
non-retour. Depuis plusieurs jours, la
queue aux caisses et au Water Bar (le restaurant du sous-sol, NDLR) tourne dans
tous les sens. C’est la période des fêtes,
mais je pense qu’il y a un petit effet Colette.
On veut faire en sorte que les gens partent
avec le sourire, et non pas frustrés, pour
garder un bon souvenir de nous. Je vais
rester, ici, pour accueillir tout le monde.
Ma mère ? Je ne sais pas trop ce qu’elle a
prévu (rires). Voilà, c’est typique, je pensais qu’elle serait dans le magasin, mais là
il faut que j’enquête pour la trouver. Elle va
passer quand même… »
Depuis le 12 juillet dernier et le post
sur Instagram de Sarah Andelman annonçant la fin du concept store, des
centaines de personnes, intimes, créateurs, jeunes marques et clients anonymes, répondent à chacun de ses messages sur le réseau social, partageant leurs
souvenirs de Colette. De nombreux médias en France et à l’étranger ont, eux
aussi, consacré articles et reportages à la
fermeture de cette adresse qui a changé
le visage de Paris.
« Ça va faire un vide »
Ce matin, le rideau graffé d’un monstre
« Colette Forever » de l’artiste newyorkais Kevin Lyons restera donc tiré.
Non parce que la boutique était en perte
de vitesse ou que les fondatrices ont décidé de vendre leur franchise. Mais par
choix et par volonté justement de ne pas
spéculer sur la marque aux deux ronds
bleus. « Si vous vous demandez toujours
pourquoi nous avons décidé de fermer ce
20 décembre, c’est d’abord et avant tout
une décision personnelle pour ma mère de
se retirer, et pour moi de refuser de continuer sans elle ou de laisser Colette devenir
quelque chose d’autre sans nous », écrivait Sarah encore sur son compte
Instagram, il y a trois semaines.
Aux alentours, les voisins n’en reviennent pas de la foule qui se presse ces
derniers temps. « Tout le monde a envie
d’aller y faire un ultime tour. Colette et
Sarah ont parfaitement orchestré la fin,
en continuant les événements, les vitrines
jusqu’au dernier jour. Jusqu’au bout, le
mythe Colette est resté un mythe, admire
Virginie Barbarin, fondatrice du bureau
de relations presse 217 RP sis rue SaintHonoré, à deux numéros du concept
store. Pour les commerçants, les gens, il y
a la nostalgie d’une page de la vie du
quartier qui se tourne. Et le regret que ce
soit remplacé par un énième magasin de
luxe. Tout le monde se demande aussi si
cette fermeture va avoir un impact sur le
prix des loyers ! »
« Dans le quartier, ça va faire un vide,
renchérit Flavie Costamagna, à la tête de
l’agence de conseil dans le domaine du
luxe, Magna Presse, dont les bureaux
sont aussi à deux pas. Quatre fois par semaine, il se passait quelque chose. On vivait au rythme des lancements et des événements de Colette. »
La présentation en avant-première
mondiale de la montre Apple Watch, qui
a réuni sous le même toit Karl Lagerfeld
(client de la première heure), Anna
Wintour, Jony Ive et Marc Newson en
2014. Ou la même année, une séance de
dédicace du rappeur Drake qui a déclenché l’émeute dans la rue. Et puis les
promotions en tout genre d’anciens
mannequins (Kate Moss, Cindy
Crawford, Claudia Schiffer), de joueurs
de foot (Zlatan), de rappeurs, etc. Pendant la Fashion Week, c’était un rendez-vous incontournable. « Toutes les
marques réclamaient d’être distribuées
chez Colette. Y avoir sa vitrine était une
consécration, assure Mme Costamagna.
Sarah a aussi permis de mettre en avant
des labels émergents, de jeunes créateurs.
Et je ne vois pas aujourd’hui, à Paris, qui
va reprendre ce rôle d’incubateur. Nous
sommes un peu orphelins. »
À l’étage, des vendeuses et des clientes fidèles se serrent dans les bras. Les
équipes noient leur tristesse dans la suractivité du jour et, exceptionnellement, Carlos qui s’occupe de passer la
musique autorise ses collègues à venir
réclamer leur morceau préféré. « C’est
un mélange de sentiments contradictoires : nous sommes à la fois si occupés que
nous ne nous posons pas de questions et,
en même temps, nous recevons tellement
de marques d’affection », explique
Guillaume Salmon en charge de la communication. Dix-huit ans de maison et
devenu une personnalité de la scène parisienne. « En 1999, je connaissais vaguement l’endroit qui était pour moi un
truc de branchés. Puis j’ai fait un petit
boulot de serveur pour une soirée que la
boutique organisait à l’Opéra Garnier.
J’ai découvert un monde incroyable.
Quand je suis allé chercher mon chèque,
j’ai demandé s’ils avaient une place de
vendeur à mi-temps. Finalement, j’ai arrêté mes études et suis rentré dans la famille Colette, ça a été mon école. » En février, il lancera seul son agence de
communication en espérant emporter
avec lui cet esprit transversal et ouvert
appris ici.
L’adresse est a priori reprise par la
griffe Saint Laurent qui se serait engagée
à garder le personnel (114 employés).
Certains resteront, d’autres vont voler
de leurs propres ailes. Marco du Water
Bar, le restaurant qui n’a jamais désempli pendant toutes ces années, pourrait
dupliquer le principe de la carte (en partenariat avec plusieurs maisons et artisans parisiens), dans un lieu non loin.
Sarah a déjà commencé ses nouvelles
activités. « Je vais continuer à travailler
avec des marques, des artistes, provoquer des collaborations, mais sans être
attachée à un lieu comme c’était le cas
avec Colette. En conservant la même
philosophie : que les choses se fassent
avec énergie. J’ai envie de monter des
projets pour Paris mais avec une vision
plus internationale aussi. Ces dernières
années, je me disais qu’il était dommage
que certains créateurs que nous avions
découverts ou mis en avant n’aient pas de
visibilité dans d’autres pays. Ce sera enfin
possible. » ■
Le style Alaïa reste
ANNONCE Une exposition dirigée par Olivier
Saillard, un projet de fondation, des collections
en 2018… La maison entretient le legs du couturier.
undi, un communiqué levait le
voile sur l’avenir de la maison
du styliste franco-tunisien.
Azzedine Alaïa n’était pas du
genre à désigner son successeur et on ignore les termes qui régissent le contrat entre sa griffe et Richemont (le groupe auquel elle était
adossée depuis 2007) en cas de succession.
Un mois après sa disparition brutale,
la marque annonce donc plusieurs rendez-vous à venir dont une expositionhommage sous la direction d’Olivier
Saillard (commissaire de la rétrospective que lui consacrait le Palais Galliera
fin 2013) qui se tiendra dans la galerie
Alaïa, au 18, rue de la Verrerie (Paris
IVe), dès le 21 janvier. Au printemps,
Londres accueillera « Azzedine Alaïa, le
Couturier » (London Design Museum)
mais aussi la première boutique britannique au 139 New Bond Street.
Ces projets, sans doute validés par le
couturier, sont portés aujourd’hui par
le peintre Christoph von Weyhe (son
L
ACIER, 42 MM
AUTOMATIQUE
Bucherer PARIS / Siegl CANNES / Morice LA BAULE / Bollwerk MULHOUSE
Valer NANCY / Sallier ORLEANS / Arnautou PAU / Albert SAINT-GERMAIN-EN-LAYE
A
Catalogue disponible sur demande au 01 58 18 14 39
www.baume-et-mercier.fr
partenaire de vie) et l’éditrice Carla Sozzani, amie de plus de quarante ans. Ils
étaient, à ses côtés, les cofondateurs de
l’Association Azzedine Alaïa créée en
2007, réunissant ses immenses collections d’art, de design, de costumes, de
mode (ses archives mais aussi celles de
Paul Poiret ou de Comme des Garçons
dont il était grand amateur). Destinée à
devenir une fondation installée dans
l’ancien entrepôt du BHV, elle montera
des expositions en collaboration avec
des institutions culturelles et abritera
une bibliothèque dédiée à la mode et à la
culture.
De manière plus ambiguë, le communiqué confirme les prochaines collections en janvier et mars 2018. La marque
continuera-t-elle d’exister en s’appuyant sur le savoir-faire de ses collaborateurs ? C’est pour l’instant le message
officiel : « perpétuer la vision et le style de
M. Alaïa : une beauté intemporelle qui
prend vie chaque jour dans ses ateliers,
son studio et ses archives. »
H. G.
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
DESIGN
33
Révolution
de palais
ENTRETIEN En créant Design Partners,
Linda Pinto et Thierry Despont installent
la première agence internationale
consacrée à l’architecture et à la décoration
de luxe. Rencontre exclusive.
L
CATHERINE DEYDIER
cdeydier@lefigaro.fr
e ton est donné d’emblée.
« Nous allons mettre Design Partners sur
orbite et ce sera incontournable. » Entre
Thierry Despont, l’architecte né à
Limoges qui a ouvert son agence en
1980 à New York, et Linda Pinto, qui
poursuit avec talent l’œuvre de son frère Alberto Pinto en faisant rayonner son
univers dans le monde entier, l’accord
est d’évidence parfait. Ils déclarent
d’une même voix partager « l’obsession
d’être les meilleurs au monde et de tout
faire pour être toujours à leur maximum
comme s’ils se préparaient pour les Jeux
olympiques ». Et cela n’étonnera pas,
tant ils déroulent une même vision de
l’avenir. Ils révèlent avoir signé un accord, il y a quelques semaines, à New
York pour créer une nouvelle cellule
de réflexion et de création, DP, pour
Design Partners, qui anticipe le futur,
parie sur la transmission et est appelée à
accueillir d’autres savoir-faire. Rencontre en avant-première à Paris, dans
l’hôtel de la Victoire, où est installée
l’agence Pinto.
Linda Pinto et Thierry
Despont. GONZALO MARCHADO
velopper une large palette d’interventions, qui se décline des hôtels 5 étoiles
jusqu’aux meubles et à la vaisselle.
T. D. - Ce qui est formidable, c’est que
nous apprécions la diversité autant l’un
que l’autre. J’ai une tendance à l’émerveillement éclectique. Pinto peut se balader sur le registre de la tradition aussi
bien que de la modernité. Je n’aurais pas
pu, par exemple, réaliser ce genre d’accord avec Richard Meier. Nous partageons le goût des différents vocabulaires. Cette base commune nous permet
de nous compléter. Et nous pensons déjà
à faire grandir DP en apportant d’autres
spécialités, en faisant appel à un paysagiste, à un spécialiste de la lumière et de
l’éclairage…
Concrètement, comment cela va-t-il
se passer ?
T. D. - Que ce soit clair, ce ne sont pas
deux maisons françaises qui s’associent
mais une agence new-yorkaise – et je
suis le seul Français dans ma société - et
une parisienne, qui s’allient en apportant chacune sa notoriété et ses états de
service. Chacun de nous reste indépen-
F O N D É À PA R I S E N 1 9 2 0
100/100
dant, garde ses clients et ses chantiers
mais, avec DP, nous allons nous attaquer
à des projets communs inédits. Nous
avançons doucement, chacun se positionne, mais heureusement nous
n’avons pas d’énormes ego et sommes
entourés de collaborateurs qui ont parfois vingt-cinq ans de maison. Ils
connaissent nos jeux de mains et, surtout, ils savent que c’est pour eux que
nous travaillons, pour que l’aventure
continue lorsque nous ne serons plus là.
Avec DP, un plus un va faire beaucoup
plus que deux.
L. P. - Nous ciblons d’autres talents,
d’autres expertises, d’autres décorateurs. Nous préparons la relève. C’est un
« re-départ » dans le travail. Pas question pour moi de laisser tomber ces
équipes qui sont ma famille. Et on ne
peut pas continuer un petit peu. Nous
sommes donc dans une concordance de
temps naturelle, plus nous avançons
dans les échanges, plus cela s’impose. Si
cela ne se fait qu’aujourd’hui, c’est qu’il
ne pouvait pas en être autrement.
Avez-vous déjà des projets
pour DP ?
L. P. - Oui, nous en avons déjà trois ou
quatre potentiels alors qu’à ce jour notre
accord n’est pas divulgué. Et nous avons
très envie de les commencer. Nous sommes jumeaux dans notre philosophie et
notre personnalité. Nous affichons quarante ans d’expérience de chaque côté,
des équipes fidèles (50 collaborateurs à
New York chez Despont et 80 à Paris chez
Pinto, NDLR), cela représente une belle
puissance de frappe. Nous n’avons rien à
perdre. Je retrouve la même curiosité
que lorsque j’ai commencé. C’est un sacré souffle de renouveau. ■
Robert Parker
LE FIGARO. - Comment cette
association a-t-elle vu le jour ?
Thierry DESPONT. - Nous souhaitons
que nos maisons nous survivent. Or,
dans le monde du design, il n’y a aucun
exemple de maison qui perdure après la
disparition de son créateur alors que,
dans la couture, c’est devenu fréquent.
DP, c’est le futur. Nous partageons vraiment cette vision. À deux, nous sommes
plus forts. Nous initions cette joint-venture avec beaucoup d’enthousiasme.
Nous nous connaissons depuis longtemps, nous parlons le même langage,
nous avons la même culture et souvent
les mêmes clients. Des préoccupations
communes, aussi, car nous souhaitons
préparer l’avenir et le futur de nos équipes. Nous en parlions souvent amicale-
“
Nous affichons
quarante ans d’expérience
de chaque côté,
des équipes fidèles,
cela représente une belle
puissance de frappe
”
ment mais, cet été, nous avons décidé de
passer à l’acte. La mondialisation du
luxe, nous la vivons à travers nos clients
qui possèdent des maisons à Paris, New
York, dans les Hamptons, etc. Nous annonçons donc aujourd’hui officiellement la création de la première Design
House, DP, un clin d’œil aussi aux initiales de nos noms. Nous sommes similaires et complémentaires. Despont apporte l’architecture, la décoration et le
design. Pinto, outre la décoration, l’expérience sur les avions et les jets, les bateaux.
Linda PINTO. - En fait, notre réflexion
découle d’une demande de notre clientèle qui nous pousse à mieux la servir, à
lui offrir un service encore plus qualitatif, à développer une synergie de savoirfaire. Nous nous sommes également
rendu compte que nous travaillons
exactement de la même manière, dans
une recherche, une quête incessante de
luxe et de raffinement. Thierry apporte
sa structure d’architecte, nous un savoir-faire dans les avions et les bateaux.
Nous avons décidé ces fiançailles comme une évidence.
Que vous apporte de plus
ce rapprochement ?
L. P. - J’aime bien rappeler que nous ne
faisons pas les décors pour nous mais
pour le client. Donc nous n’avons pas un
style mais un esprit qui se conjugue en
termes de luxe, de raffinement. Thierry
Despont n’est pas dans l’orientalisme,
nous si, etc. Nous pouvons ensemble dé-
w w w. b e r n a r d - m a g r e z . c o m
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
w w w. p e t r o s s i a n . f r
Alberto Pinto, Signature, Éditions
Flammarion, 256 p., 70 €.
Zeuxis, l’art dans la maison
TENDANCE Cette galerie parisienne devient lieu de vie pour mettre les œuvres en perspective.
a finance mène à tout. Ce
n’est pas Amélie du Chalard
qui dira le contraire. En 2015,
la jeune femme, forte du
constat qu’entrer dans une
galerie peut parfois être intimidant,
décide de quitter les bilans et les chiffres pour s’adonner à sa passion pour
l’art contemporain et s’inventer un
nouveau métier. Zeuxis est né.
Le concept ? Proposer des œuvres de
qualité destinées à toutes les bourses
autour du thème de l’abstraction. La
Française sélectionne elle-même les
pièces de jeunes talents qu’elle suit depuis longtemps, qu’ils soient fraîchement diplômés des Beaux-Arts ou plus
confirmés. Ce sera d’abord une plateforme de vente en ligne. Mais très vite,
la jeune femme ouvre une galerie appartement dans le VIIe arrondissement
de Paris, pour accueillir les clients - sur
L
Amélie
du Chalard,
la fondatrice
de Zeuxis,
a ouvert une
deuxième
art room
parisienne,
rive droite.
ZEUXIS
rendez-vous - et leur offrir de mettre
en perspective, dans un univers domestique, les œuvres qui les intéresse.
Succès aidant, une art room Zeuxis
ouvre à Londres, en 2016. Pour installer
sa deuxième adresse dans la capitale,
Amélie du Chalard ne laisse, une fois de
plus, rien au hasard. C’est dans un bâtiment du IXe arrondissement, datant
des XVIIIe et XIXe siècles, qu’elle choisit
de mettre en scène objets et toiles.
L’agence d’architecture Batiik signe la
rénovation des 230 m2 répartis sur deux
niveaux. L’art s’y installe de l’entrée à
la salle de bains, de la chambre au salon. Dès le rez-de-chaussée, les toiles
sont accrochées. Pour l’inauguration,
les artistes Nadine Altmayer, MarieClaude Bugeaud, Tanguy Tolila ont réalisé des pièces in situ. Zeuxis affiche désormais 4 000 œuvres et objets de
design à son catalogue dont les prix varient de 100 euros à 5 000 euros. Enfin,
les samedis 23 et 30 décembre, la galerie (ouverte au public, tous les jours de
9 heures à 19 heures) organise un goûter, histoire de faire découvrir son mur
de Noël, tout en petits formats spécialement commandés par l’hôte des lieux
(à partir de 150 euros). ■
C. D.
Zeuxis rive droite, 10, rue Clauzel
(Paris IXe). zeuxis-art.com
A
LINDA PINTO
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
À TABLE
34
Du foie gras au pays des Pyramides
DÉCOUVERTE Dans la campagne luxorienne, Michel Mosser produit depuis 2015 l’un des fleurons
de la gastronomie. Une idée pas si saugrenue puisque la technique du gavage des canards a été inventée,
il y a plus de 4 500 ans, dans l’Égypte antique.
«
I
fresques dépeignant le gavage de plusieurs espèces d’oiseaux. « Les gens interloqués me demandent souvent ce que
je fais. Quand je leur explique, ils me disent : “Ah, tu fais le tazrit. Ma grandmère fait ça avec les pigeons et les canards !” », raconte Michel. Mais il
précise, toutefois : « Le gavage a été
imaginé ici mais il n’y a pas de recette de
foie gras égyptien. La première recette
de foie gras qu’on possède est romaine.
Elle a voyagé de l’Empire romain à
l’Europe de l’Est, puis en Alsace jusqu’au
sud-ouest de la France. Moi, je referme
la boucle en le faisant revenir en
Égypte. » Son enseigne, nommée Sa Re,
porte d’ailleurs le canard et le soleil que
l’on retrouve sur certaines peintures et
hiéroglyphes de l’Égypte antique faisant référence à cette pratique gastronomique.
JENNA LE BRAS
CORRESPONDANTE AU CAIRE
l a une longueur en bouche, une
note d’intensité qui dure. On peut sentir
une petite résistance sous la dent, il est
un peu croquant sur l’extérieur et fondant à l’intérieur. Goûte-le sans pain,
c’est comme ça que c’est le meilleur. »
Sur sa terrasse baignée d’aube, Michel
Mosser, 40 ans, sert du thé aux fruits
avec son produit phare. Celui qui fait de
lui le sujet de tous les bouche-à-oreille.
Il n’est pas 9 heures du matin ; à la
recherche du temps perdu, une assiette
de foie gras jaune sable aux deux beaux
lobes bien lisses et homogènes est
disposée sur la table. Au pied de la
montagne, où se cache la célèbre vallée
des Rois, on retrouve soudain sur la
langue la réminiscence des engueulades
lors des soupers de Noël en famille et les
grandes plaines herbeuses du sud-ouest
de la France. Pourtant, les canards de
Michel sont élevés à 5 600 km des
souvenirs, dans une petite ferme du village d’al-Kom, sur la rive ouest de
Louxor.
Après plus de dix ans en politique, ce
Belge, ancien conseiller au ministère de
l’Environnement à Bruxelles, a tout
quitté en 2014 pour apprendre les techniques de gavage et s’installer l’année
suivante en Haute-Égypte afin de lancer sa production de foie gras. « Il y a
près de 5 000 ans, les Égyptiens avaient
observé que les oies au bord du Nil se
gavaient naturellement pour se préparer
aux migrations. Ils avaient trouvé que
leur chair était meilleure et se sont
dit : pourquoi ne pas essayer ? »,
raconte-t-il. Dans la nécropole de
Saqqarah au sud du Caire, on retrouve
effectivement dans la tombe de Mererouka, datant de la VIe dynastie, des
Dévalisé à l’approche des fêtes
Formé dans le Gers, Michel produit un
foie gras « égypto-franco-belge ». La
technique est quasiment la même : des
canards mulards, presque similaires à
ceux que l’on retrouve dans le SudOuest, gavés deux fois par jour avec du
maïs « qu’on trempe et qu’on n’a pas besoin de cuire, puisqu’il fait plus chaud »,
décrit le producteur. S’il a opté pour le
maïs traditionnel, il aimerait se rapprocher un peu plus des techniques anciennes en utilisant des fruits séchés. La figue, autrefois employée, est trop chère,
il est donc en train d’imaginer une alimentation à base de dattes que les palmiers égyptiens produisent en grande
quantité. Sa Re propose aussi des rillettes, du magret, des cuisses de canard,
du confit et souhaite développer un potager en parallèle. Michel, grand amateur de viande séchée rêve aussi de faire
du saucisson d’âne. « Mais ça va être
difficile, simplement parce que personne
ne l’a jamais fait ici. Les Égyptiens sont
Michel Mosser élève ses canards dans une petite ferme du village d’al-Kom, sur la rive
ouest de Louxor. IBRAHIM ZAYED
traditionalistes dans leur approche culinaire. Toute nouveauté paraît suspecte et
potentiellement interdite », explique
l’artisan-entrepreneur qui précise que
« tous (ses) produits sont halal ! ».
D’ailleurs, son succès est grandissant :
dans sa petite boutique en centre-ville
de Louxor, les étagères sont presque vides : « À l’approche des fêtes, j’ai été dévalisé, j’ai monté 15 kilos la semaine dernière sur un marché du Caire, nous
sommes presque en rupture de stock !
Mais le prochain gavage est quasiment
fini, donc d’ici une semaine nous aurons
re-rempli les stocks. »
La clientèle qui se presse dans sa boutique et sur son stand, lors des marchés,
est principalement constituée d’expatriés : chercheurs, retraités, diplomates
et professeurs en manque de saveurs
françaises. Benjamin, égyptologue sur
le temple de Karnak, s’approvisionne
régulièrement chez Michel. « J’ai emménagé en Égypte avant que Michel ne
IMMOBILIER
s’implante. Quand il est arrivé, c’était
une bonne nouvelle, ça nous rapproche
un peu de chez nous », commente le
jeune homme qui vient chercher sa
commande. « On ne se rend pas forcément compte, mais la nourriture de chez
soi, c’est ce qui manque le plus lorsqu’on
vit à l’étranger. »
L’enthousiasme n’a pas encore vraiment gagné les Égyptiens, d’abord parce
que le coût est conséquent : 20 euros le
bocal de 250 grammes ; mais aussi parce
que la recette laisse perplexe. « Ces produits nécessitent une éducation du palais,
de bons revenus et une ouverture sur le
monde », admet Michel. « Je me souviens
d’une réception où j’avais proposé des
rillettes de canard au buffet. Des Égyptiens interloqués sont venus me voir en me
demandant : “C’est du miel ? Du thon ?” »
L’adhésion au foie gras et autres spécialités de canard pourrait néanmoins se
produire par le biais des hôtels de luxe,
du moins pour la classe aisée égyptienne.
« Plusieurs établissements commencent à
montrer leur intérêt mais on ne veut pas
aller trop vite », souligne Michel dont la
petite production ne lui permet pas encore de satisfaire l’appétit des grands
noms de l’hôtellerie. Avec quatre employés seulement, sa production annuelle est de 600 canards, là où les fermes
françaises artisanales dépassent les
2 000. ■
L E G A Sdepuis
S E 1963
VIAGER
avec
Spécialiste du viager
Une étude et un suivi gratuit, discret et personnalisé
47, avenue Bosquet (7e)
96, avenue Mozart (16e)
Tél. : 01 45 55 86 18
Tél. : 01 40 71 14 20
Fax : 01 45 55 50 18 - Site Internet : www.viager.fr
Augmenter sa retraite en restant chez soi
Immobilier
AVIS À NOS LECTEURS - MENTIONS LÉGALES
ventes
et achats
Toutes les annonces qui ne comprennent pas la mention
« Part. » pour les particuliers ou « Agents Co. » pour les agents
commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
Ventes 7e
APPARTEMENTS
BEAUGRENELLE
Ventes 6e
Appt 106m2, 2 chbres, vue
980.0001 HAI
BARNES 01.85.56.05.00
çGDS AUGUSTINS 35m2ç
Imm.19°-2°ét.-2P. 1 chbre
A rafraîchir - 470.0001
Ventes 16e
APPARTEMENTS
çEMILE GARCINç
- 01.44.49.05.00 www.emilegarcin.fr
çSt GERMAIN des Présç
118m2-2 chbres - terrasse
Studio 22m2 - 2.200.0001
Légende des sigles utilisés dans nos annonces : ◆ membre
F.N.A.I.M (Fédération nationale de l’immobilier) membre
S.N.P.I (Syndicat national des professionnels immobiliers)
■ Notaires ● Ventes aux enchères M.A.P : mise à prix.
*
Ventes 15e
APPARTEMENTS
çEMILE GARCINç
- 01.42.61.73.38 www.emilegarcin.fr
ç BOURDONNAIS ç
79m2, 3°ét., ancien - Vue
2 chambres - 1.116.0001
ç SUFFREN ç
Récent,5°ét., 77m2,Balcon
Vue T.Eiffel-1.290.0001
çCHAMP DE MARSç
1930 - 7°ét.,5P 164m2,Vue
T.Eiffel,balc.-2.950.0001
çLAS CASESç
Anc.3°ét,4P d'angle 138m2
Soleil,charme-3.200.0001
ç MUSEE D'ORSAY ç
RdC 225m2 parfait état
Poss prof lib-4.160.0001
ç FEAU 7EME ç
01.47.05.50.36
www.feau-immobilier.fr
APPARTEMENTS
JOUVENET 68 M2
1930, 4e ét. asc. sud-est,
3P. plan étoilé. 680.0001
Part. 07.68.30.72.08.
A
Ventes 8e
APPARTEMENTS
DARU
Imm. pierre de t. 128 m2
3 chbres, 2 s. de bains,
rénovation récente par
architecte, 3e ét. sud-est
parquet moulures cheminées
belle hauteur sous plafond
calme, asc., cave, park.
emplacement idéal (parc
Monceau, transports,
écoles, tous commerces)
1.720.000 1 hors parking
part. de préf. à part.
06.27.44.33.31
Ventes 14e
Sud-Est
Bel ancien - 4°ascenseur
4 chambres-Service et box
L'ALPE D'HUEZ
A 1860m skis aux pieds,
dans 2 luxueux châlets
d'architecture authentique
matériaux nobles,
EMILE GARCIN
01.47.17.18.18
www.emilegarcin.fr
influence
Figaro Immobilier
19
€ HT*
LA LIGNE
Annonce difusée dans
Le Figaro Quotidien,
Le Figaro Immobilier
et Explorimmo
renseignements :
01 56 52 80 00
*Tarif
*T
arif HT au 8 juin 2015
Immobilier
MEGÈVE - CHALET
meublé de 235 m2, master +
3 chambres, jamais habité.
Plutôt que de vous en
parler, nous préférons
vous inviter à le voir.
Vous pourrez venir à
pieds, il est à 7 mn du
centre du village. Bien
entendu, vous pourrez
aussi le rejoindre en
voiture, il y a un grand
garage pour la garer.
Si vous voulez vous y
détendre, il y a un SPA
avec jacuzzi et sauna.
Sur Rdv les 27, 28, 29 et
30 décembre en écrivant à:
primaverachalet@gmail.com
locations
Locations
CORSE - PIEDS
DANS L'EAU
GASSIN. BORD DE MER
Demeures hôtelières :
Villa avec piscine,
12 chambres. 2.990.000 1
IDÉAL INVESTISSEUR
BONNE RENTABILITÉ
Part. 06.15.31.29.47
st.tropez83@gmail.com
Un
appartement
à vendre ?
PIETRAMARE
A 2 mn de BASTIA,
06.62.70.21.01.
www.pietramare.fr
01.45.03.63.21
Basse californie, comme 1
villa gd stand résidentiel
150 m plages. 3P. 76 m2
(possib. + 25 m2 par
véranda vitrée) plein sud
terrasse 39 m2, rez de
jard. surélevé, traversant
cuisine américaine, clim.
réversible, 2 bains, 2 wc
gar. fermé. Prox tous
commerces. 660.000 1
Part. 07.86.18.93.34.
VIDES ET MEUBLES
RIVE GAUCHE
et RIVE DROITE
www.groupemobilis.com
LUXUEUSE
PROPRIÉTÉ
01 56 52 8000
01 56 52 8000
HAUTEURS CANNES
Chemin des Collines,15 mn
Croisette, villa 300 m2,
Classement 5 étoiles.
S/terrain plat, piscine
12 X 5, 7 chbres, 4 s. de
bains, 2 s. d'eau, sauna,
clim. A saisir 1.068.0001
idéal investisseur.
Part. Tél. 06.42.72.37.12
ou 06.60.94.40.24.
PASSY
bel haussmannien stand.
Appt 3 P. 83 m2, 4e asc.
salon, 2 chbres + service
cuis. équipée, s. de bains
moderne, 2520 1 + 1401
ch. Part. 06.10.22.29.28.
Province
LYON 2e AINAY
Gd T3. 95 m2 anc. rénové
5e ét. asc. Libre Janvier
1700 1/mois ch. comp.
Part 06.88.86.16.85.
Immobilier
locations
saisonnières
Locations
SPORTS D'HIVER
MEGÈVE
Californie. Beau studio
rénové 29 m2 + 7 m2
terrasse, 2e ét., cuis.
équipée, clim., cave,
park., piscine, 180.0001
Part. 06.15.97.07.51.
www.edenblanc-alpedhuez.fr
CANNES
APPARTEMENTS
DE QUALITE
Vue mer Golfe St- Tropez
CANNES CENTRE
VEFA livraison fin 2018
larges balcons ou terrasse
prestations de qualité
cave et box en s./sol
OFFRES VIDES
Locations
01.47.20.30.00
DOMAINE PRIVÉ
Locations 16e
OFFRES MEUBLÉS
NOUS
RECHERCHONS
à la location,
Pour nos clients
français et étrangers,
contact@cofim.eu
06.77.11.43.53.
DU STUDIO AU 5P
DEMANDES VIDES
avec pour panorama la mer
et les îles toscanes,
APPTS DE STANDING
DU 2 AU 5 P.
ST TROPEZ
Ventes 92
APPARTEMENTS
APPARTEMENTS
M°ALESIA 3P 61M2+Balc
5°asc.Bon état - 618.0001
Gr.Franklin 0142.33.61.73
Ventes
APPARTEMENTS MAISONS
2P. 5eét.asc, balcon
Bon étaté01.45.03.33.85
çST JAMES 244M2ç
01 56 52 8000
BORDEAUX
Proche Chartrons, imm.
pierre 220 m2, comprenant
2 gds appts, 2 gar. jard.
Travx à prévoir, 850.0001
IDÉAL INVESTISSEUR
Part. 06.08.84.89.63.
ç PASSY 50M2 ç
Hauts-de-Seine, Neuilly
Ventes
IMMEUBLES
Duplex 4 chambres
Gd stand, neuf, jardin,
prox. pistes et centre,
2.000 à 5.0001 sem. Part.
0044.78.25.11.60.56.
caroline.megeve@yahoo.com
TOULON CAP-BRUN
A moins de 5 mn plages.
VILLA 180 m2, JARDIN
1226 m2, PISCINE.
1.495.000 1
06 48 35 55 65
justaprivateproperty.com
19 € HT* LA LIGNE
01 56 52 80 00
*Tarif HT au 8 juin 2015
Immobilier International
de Prestige
VENTE
LOCATION
GESTION
RECHERCHE APPTS
VIDES ET MEUBLES
pour sa clientèle
internationale aux solides
garanties financières.
location@
barnes-international.com
Locations
VACANCES OFFRES
Montagne
MEGEVE JAILLET
500 M DES PISTES
Très chaleureux chalet
8 pers. 4 chambres,1 bains
1 douche. Tout confort.
Part 06.10.85.08.86.
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
TÉLÉVISION
35
Venise, contre temps et marées
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Confrontée notamment à la montée des eaux due au réchauffement climatique, la Sérénissime
saura-t-elle lutter pour sa survie ? Le documentaire de Barbara Necek apporte des éléments de réponse.
À dormir
debout
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
É
coutée à la dérobée, déjeunant
d’une tomate farcie qui n’était
pas mauvaise du tout, la
meilleure émission d’Europe 1, celle
de Franck Ferrand. Ce joyeux
conteur nous pond chaque jour
un œuf de notre histoire. De quoi
s’agissait-il, mardi ? De Mme Fraya
(née Valentine Dencausse,
1871-1954) qui, pendant
la Première Guerre mondiale,
aurait joué un rôle non négligeable.
La mère Fraya était une voyante fort
célèbre à l’époque. Les livres
d’histoire ne nous disent pas tout.
Écoutez ça. Nous sommes début
septembre 1914, les hostilités
viennent d’être déclarées et
on s’agite dans les ministères.
Les Allemands sont aux portes
de Paris, à Senlis. Alexandre
Millerand, alors ministre de la
Guerre, et son cabinet n’en mènent
pas large. Ils sont à cran, s’en
remettent aux forces obscures.
Dernier recours, il faut téléphoner
dare-dare à la mère Fraya. Il est
2 heures du matin. La voyante
un peu paniquée quitte sa chemise
de nuit, enfile sa robe de jour,
direction rue Saint-Dominique.
Millerand presque en pyjama :
« Les Allemands vont-ils entrer dans
Paris ? » La mère Fraya, pas folle la
guêpe, eut, miracle, ce rêve : « Non,
leur victoire va tomber à l’eau. Aux
environs du 10 septembre, ils seront
obligés de se retrancher sur l’Aisne. »
Ce n’était pas faux. On connaît la
suite. Le 6 septembre, une contreoffensive organisée par Foch et
Joffre permit de refouler l’ennemi.
Et le 10 septembre, l’armée
allemande donna l’ordre de replis.
Madame Fraya a eu son heure de
gloire, célèbre dans le Tout-Paris
pour ses dons divinatoires. Jean
Jaurès lui aurait demandé, obsédé
par sa propre mort, comment il allait
être mangé par la grande faucheuse.
La chiromancienne lui répondit : « Je
vois que vous allez mourir d’une mort
violente. » Jaurès : « Oui, et ce sera à
la veille d’une déclaration de guerre .»
Il fut assassiné le 31 juillet 1914.
Esprit es-tu là ?
L
a Cité des doges risque-t-elle
de finir ensevelie sous les flots ?
« D’ici à la fin du siècle, le niveau
de l’eau pourrait monter dans la
Cité des doges de 20, 30, 50,
voire même 60 centimètres par rapport à
aujourd’hui », dit Pietro Teatini, ingénieur à l’université de Padoue. Il est l’un
des nombreux spécialistes à s’exprimer
dans le documentaire Sauver Venise diffusé ce soir sur RMC Découverte. Le film
de Barbara Necek montre parfaitement
l’état de vulnérabilité dans lequel se
trouve aujourd’hui la Sérénissime. Mais
si Venise est victime du réchauffement
climatique, de l’industrialisation à
outrance ou encore du tourisme de masse, des solutions apparaissent malgré
tout.
Dernière idée en date, un peu folle,
pour lutter contre la montée des eaux et
l’affaissement de la ville : injecter massivement de l’eau de mer dans les sables
de la lagune afin de faire
remonter le sol, comme
si on le gonflait. « Nous
prévoyons d’installer dix
○○○¡
ou douze puits tout autour
de Venise (…) et on injecterait de l’eau de mer dans la nappe phréatique à environ 600 ou 1 000 mètres de
profondeur », explique Pietro Teatini.
Les chercheurs espèrent obtenir ainsi
une élévation du sol de vingt à vingtcinq centimètres en dix ans. Mais ce
projet pharaonique cherche encore des
financements…
Détermination des Vénitiens
Pas simple, d’autant plus qu’un autre
chantier au long cours, entamé, lui, depuis 2003, pour lutter contre les crues
toujours plus nombreuses dans la lagune,
engloutit des milliards d’euros. Le budget
de 5,5 milliards pourrait même être dé-
GIVAGA/ STOCK.ADOBE.COM
Europe 1 | 14 heures | Mardi
20.50
Le film montre parfaitement l’état de vulnérabilité dans lequel se trouve aujourd’hui la Sérénissime.
passé alors que la fin des travaux est sans
cesse retardée. Il s’agit du projet Mose,
qui vise à lutter contre les marées excessives qui peuvent être dévastatrices,
comme celle de 1966. Ainsi l’objectif estil d’installer de gigantesques barrières
métalliques mobiles, capables de bloquer
l’arrivée de l’eau dans les trois chenaux
d’accès à Venise (Lido, Malamocco et
Chioggia). Reste à savoir quand ce système sera achevé.
En attendant, Venise continue de souffrir. L’eau, qui ne cesse pour l’instant de
monter, attaque les palais. La pierre d’Istrie, qui forme le soubassement de ces
bâtiments, résistante aux flots, ne peut
désormais plus protéger correctement
les briques des façades. Ces dernières,
désormais souvent immergées, subissent
des infiltrations. La chaux qui les tient
également. Des schémas didactiques apparaissent à l’écran, très éloquents. Des
travaux de restauration sont effectués
avec des techniques modernes. Mais la
tâche à effectuer est immense, tout comme les dépenses qui l’accompagnent.
Finalement, la détermination des Vénitiens à sauver leur cité, malgré toutes
les difficultés, est la principale source
d’optimisme pour l’avenir. Et c’est dans
l’histoire de Venise, nous montre le
documentaire, que cette capacité des ha-
bitants à trouver des solutions apparaît
avec éclat. Ainsi au XVe siècle, alors que
la ville est confrontée à un ensablement
qui pourrait bien la faire disparaître, des
travaux titanesques sont décidés. Les
fleuves Brenta et Sile sont carrément détournés pour qu’ils déversent leurs sédiments à l’extérieur de la lagune. Et ça
marche ! Plusieurs kilomètres de canaux
sont creusés, une incroyable prouesse
dont la réalisation durera cent ans ! C’est
à cette époque que la Cité des doges a été
figée dans l’état qui est encore le sien
aujourd’hui. Cela au prix d’un gigantesque effort humain. Comme quoi le pire
n’est jamais certain. ■
« Dirty Dancing » à petits pas
La romance culte des années 1980 a droit à un nouveau remake sans magie.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
A
ccéder au statut de film culte,
c’est la garantie d’avoir droit
à son remake. Après Hannibal, L’Armée des douze singes, Minority Report ou encore Limitless, c’est au tour de Dirty
Dancing de se réinventer à la télévision.
Pour fêter les 30 ans de la comédie romantique qui porta au firmament Patrick
Swayze et Jennifer Grey, la chaîne américaine ABC a concocté une nouvelle
adaptation à découvrir ce soir sur TF1.
Qui arrive après la comédie musicale déjà
inspirée par la romance qui tourne en ce
moment à travers la France.
LE BUZZ TV
Invité : Jean-Luc Lemoine
interviewé par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez, aujourd’hui sur :
Abigail Breslin sauve cette adaptation
un peu terne de Dirty Dancing . E./ABC
MOT S C ROI S É S
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4602
HORIZONTALEMENT
VERTICALEMENT
1. Coupé en deux, étymologiquement. - 2. Flotte de commerce.
C'est la fin des haricots. - 3. Coupés en trois, étymologiquement.
- 4. Fragment de moelle. N’eut pas
foi en la génisse. - 5. Employé.
Bout d’un noir. - 6. Sont pour
bientôt. - 7. Agrandit un cercle.
Devant rac, c’est exactement.
- 8. Coupé en quatre, étymologiquement. - 9. Petit bassin où l’on
barbote. Parangon de lenteur. - 10.
Coupé en cinq, étymologiquement. - 11. Ont leur subsistance
assurée. - 12. Va marier ses fils.
1. Soustraction frauduleuse. - 2.
Gris de verres. Cercle d’église,
en un sens. - 3. Insecte aux ailes
repliées en toit sur le dos. Courbe.
- 4. Devant Diego ou Remo.
Sèment l’épouvante. - 5. Lève le
bras chez Drouot. Un peu hirsute.
- 6. Fait la queue au supermarché.
Partie du monde en petits morceaux. - 7. A franchi le même col.
Serrer comme harengs en caque.
- 8. Éclaircie dans le maquis.
Développe des lanceurs.
VERTICALEMENT 1. Dépôt de bilan. - 2. Épatée. Roule. - 3. Sana.
Lord. To. - 4. Sud. Bi. Récit. - 5. Élevées. Rapt. - 6. Ramie. Aï. Loi. - 7.
Triangulaire. - 8. Identifiants.
4
5
6
7
8
20.55
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME N° 2724 :
Un temps d’avance
1
D V 10 9
RD9
765
ADV
Contrat : Sud joue 4 Piques.
N
O
E
S
Entame : Roi de (le 2 en Est).
AR873
V8
AV4
10 8 6
3
4
5
RÉPONSES AU TEST D’ENCHÈRES N° 2723
Votre main en Sud
6
1 - R9
2-R9
3-RDV4
4-AV5
5-D3
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4601
3
BR I D G E
2
7
HORIZONTALEMENT 1. Desserti. - 2. Épaulard. - 3. Pandémie. - 4.
Ôta. Vian. - 5. Té. Béent. - 6. Délié. GI. - 7. Sauf. - 8. Brrr. Ili. - 9. Ioder.
Aa. - 10. Lu. Câlin. - 11. Altiport. - 12. Néotties.
2
te version. Sa maladresse, son embarras
face aux sentiments qu’elle éprouve peu à
peu sont sincères. Ce Dirty Dancing reprend plan par plan la plupart des scènes
de son modèle. Sauf qu’il en délaisse le
romanesque, certes parfois un peu sirupeux, pour un réalisme un peu terne. Et
cela, en dépit du format comédie musicale qui a été choisi par ce remake bien trop
conventionnel. Agile sur ses orteils, Colt
Prattes n’a pas hélas le charisme de Patrick Swayze. Sa performance est raide,
voire risible, quand il lance la fameuse
réplique : « Personne ne
laisse Bébé dans un coin. »
Le plus bel atout de ce téléfilm ? Donner envie de
revoir l’original. ■
La jeune Abigail Breslin, révélation de
Little Miss Sunshine, se glisse dans les
souliers de la Bébé, lycéenne studieuse
de bonne famille qui s’apprête en cet été
1963 à entrer en fac de médecine. Quant
au danseur Colt Prattes, il interprète
Johnny, ce prof de danse qui a une revanche à prendre sur la vie. Parce qu’elle
veut aider la partenaire de Johnny, Penny, qui doit se faire avorter en cachette,
Bébé accepte de prendre des cours intensifs pour la remplacer dans un numéro de mambo. D’abord méprisant face à
cette ingénue, Johnny
va tomber sous son
charme.
Abigail Breslin est le
○○¡¡
vent de fraîcheur de cet-
9
10
11
12
A 10 8 7 6
R D 10 7 6
R D 10 7 6
A D 10 8 3 2
ADV82
D974
AD765
AD4
D98
AV5
R8
7
8
3
A82
Le début de la séquence :
Sud Ouest Nord
Est
1
2
3* passe
?
* Fitté 4e, forcing de manche.
Quelle est votre enchère en Sud avec
chacune des cinq mains ci-contre ?
Main 1 : 4. En face de ce fit forcing de manche, le saut à la manche montre une main
minimale (principe de la « vitesse d’atteinte », sous-entendu « de la manche »).
Main 2 : 3. Le cue-bid vous donne l’occasion de décrire utilement votre bicolore.
Main 3 : 4SA. Blackwood. Inutile de « raconter votre vie ». Le contrat final n’est plus qu’une
question de clés.
Main 4 : 4. Classique Splinter avec une courte à dans une main unicolore toutefois limitée
en points.
Main 5 : 3. Cette enchère montre une main positive (trop forte pour 4) et pas bicolore.
A
« Au cœur de l’Histoire »
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
36 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Pierre
Soleil: Lever 08h41 - Coucher 16h55 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.45 Nos chers
voisins. Série 20.50 C’est Canteloup
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu 20.50
Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.25 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Avy Marciano.
21.00
20.55
20.55
Film TV. Comédie dramatique
Magazine. Reportage
Film. Fantastique
19.50 Nos chers voisins. Série. Avec
Martin Lamotte. 20.55 LolyWood
MATIN
8
21.00 La bûche
Film. Comédie dramatique. Fra. 1999.
Réal. : D. Thompson. 1h46. Avec Sabine Azéma. La préparation de Noël
incite trois sœurs très différentes à
se révéler telles qu’elles sont.
40
8
8
5
6
8
9
3
4
9
7
23.00 Chroniques criminelles. Magazine. Présentation : Magali Lunel.
6
7
1
6
6
5
5
5
20
Dirty Dancing
Envoyé spécial
EU. 2017. Réal. : Wayne Blair. 2h15.
Inédit. Avec Abigail Breslin, Colt
Prattes, Debra Messing. Été 1963.
En vacances, une jeune fille surnommée Bébé tombe sous le charme de
Johnny, instructeur de danse.
Prés. : Élise Lucet. 2h05. Inédit. Invités : François Gabart, Thomas Pesquet. «La vie devant soi» - «Le jeune
homme et la mer» - «Thomas Pesquet, l’envoyé spatial» - «L’odyssée
de l’espoir».
23.50 Cinquante nuances de
Grey Film. Drame. Avec Dakota
22.50 Complément d’enquête
Johnson, Jamie Dornan.
Magazine. Présentation : Thomas
Sotto 0.20 Rigoletto. Opéra.
5
Le seigneur
des anneaux…
5
4
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
6
0
5
2
20.50 La grande librairie
6
5
…la communauté de l’anneau
EU-Nouvelle-Zélande. 2001. Réal. :
P. Jackson. 2h50. Avec Elijah Wood.
Le jeune Hobbit Frodon Sacquet
hérite d’un anneau de pouvoir.
Magazine. Littéraire. Prés. : François Busnel. 1h30. En direct. François
Busnel propose chaque semaine un
magazine qui suit l’actualité littéraire
sous toutes ses formes.
23.50 Grand Soir/3 0.20 Dutronc,
la vie malgré lui Documentaire
2.10 Midi en France. Magazine.
22.20 C dans l’air 23.25 C à vous.
Magazine 0.20 C à vous, la suite
6
5
8
8
4
30
3
APRÈS-MIDI
10
50
10
18.40 L’info du vrai (C). Magazine
20.45 Canalbis (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Terres de cinéma. Série doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.50 Tu mourras moins bête. Série.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Audrey Lamy.
21.00
20.55
21.00
Série. Drame
Série. Policière
Film. Comédie sentimentale
7
7
9
10
19.00 The Big Bang Theory. Série.
Avec Johnny Galecki, Jim Parsons.
10
8
11
10
6
8
8
5
8
20.55 Arthur 3, la guerre
des deux mondes
9
7
Film. Aventures. Fra. 2010. Réal. : Luc
Besson. 1h40. Avec F. Highmore.
Arthur, Sélénia, Bétamèche et leurs
amis affrontent l’affreux Maltazard.
7
9
9
7
20
6
10
22.50 Arthur et la vengeance de
Maltazard. Film. Aventures.
2
10
9
11
9
9
9
11
9
20
12
19.00 Seuls face à l’Alaska. Encore
plus loin - L’enfer de l’hiver.
Snowfall
EU. Saison 1. Avec Damson Idris,
Carter Hudson, Emily Rios, Sergio
Peris-Mencheta. 2 épisodes. Inédits. Franklin Saint mesure ce que
lui coûte son business... La situation
de Teddy McDonald se détériore.
Top of the Lake China Girl
20.50 Sauver Venise
Love Actually
Aus. Saison 2. Avec Elisabeth Moss.
2 épisodes. Inédits. Brett, l’inquiétant
jeune client de Cinnamon, découvre
à la morgue le cadavre de «China
Girl» et la reconnaît.
22.40 American Horror Story :
Cult Série 23.30 Evolution. Film 0.50
22.55 L’amour est un crime parfait Film. Thriller 0.40 L’Apollonide,
La tête dans le sac. Documentaire.
souvenirs de la maison close. Film.
11
T (en °c)
GB. 2003. Réal. : Richard Curtis. 2h10.
Avec Hugh Grant, Liam Neeson
Chiwetel Ejiofor, Keira Knightley.
Deux mois avant les fêtes de Noël,
dix couples se forment ou se défont :
l’amour est partout.
Documentaire. Société. 2017.
Réal. : Barbara Necek. 0h50. Inédit.
L’histoire de Venise, sous l’angle
de sa construction et des moyens
mis en œuvre pour la préserver.
21.40 Méga Constructions 22.30
Florence, ville mystérieuse. Doc.
23.35 La robe de ma vie Divertissement. Présentation : Cristina
Cordula 2.35 Scandal. Série.
18.50 Les Simpson. Série. (5 épisodes).
<-10 à 0
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
18.50 Les princes et les princesses
de l’amour. Téléréalité.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Moi, moche et méchant
21.00 Mon pire cauchemar
Film. Animation. EU. 2010. Réal. :
Pierre Coffin, Chris Renaud. 1h35.
L’arrivée dans sa vie de trois orphelines bouleverse les projets de Gru,
qui rêve de voler la Lune.
Film. Comédie sentimentale. Fra.
2011. Réal. : A. Fontaine. 1h36. Avec
I. Huppert. Ils ne se ressemblent pas,
ne se supportent pas et n’auraient
jamais dû se rencontrer.
21.00 Les Chevaliers du Fiel :
Noël à Miami
22.50 En attendant Noël : une année
incroyable à Disneyland. Doc.
23.00 Bones. Série. Avec Emily
Deschanel, David Boreanaz.
SU DO KU
GRILLE 2364 CONFIRMÉ
9 3 1 6
4 2
8 4
5
5 2
2 7
1 8 4
3
5
4 7 9
8 6
7 6
4
9 3
6 5
2 1 8 7
PETITE
GRAINE
PREMIER
À BORD
SOLUTION DU N° 2363
A
2
3
1
4
9
8
7
6
5
8/9
22.25 Picsou : le trésor de la lampe
perdue. Film. Animation.
3
6
8
1
5
4
9
7
2
5
9
7
8
6
2
4
1
3
1
4
2
3
7
9
5
8
6
4
2
5
9
8
7
6
3
1
7
8
3
5
1
6
2
9
4
9
1
6
2
4
3
8
5
7
BOX EN
ÉCURIE
ANALPHABÈTES
8/9
5/6
7/10
7/8
6/14
6/10
2/6
3/8
4/10
7/14
8/11
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
FORCE 2
POÈTE
GREC
AXE EN
FRANCE
RÉMISSION
DES
PÉCHÉS
BIEN
SOUDÉES
STATUE
ANTIQUE
CHAUMES
EMPLI
DE SA
PERSONNE
COTTE À
L’ATELIER
MILLÉSIME
À offrirrir
ou à s’off
AMATEUR
DE BELLES
CHOSES
DANS
PROPOS
ÉVIDENTS
POUR
ABRÉGER
présente
INCOGNITO
ANTICHAMBRE
BANDE DE
VISON
LIVRE
D’IMAGES
APPELA
UN TAXI
BIEN
EN CHAIR
ROI
D’ALFRED
JARRY
HECTARE
COLIN
À PARIS
ACTINIUM
ROULA
DANS
LA FARINE
TYPE DE
SOCIÉTÉ
FINAUDE
ESPÈCE
DE
CAFARD
A CHAUD
DRÔLE DE
MOUETTE
CONJONCTION
C’EST UNE
ÉQUERRE
DÉSAVANTAGÉ
REPRÉSENTATION D’UN
PAYSAGE
ALGUE
VERTE
DONNER
LA VIE
CONFLIT
ARTICLE
ANDALOU
ADJECTIF
NUMÉRAL
EAU
DE PISE
DO, AVANT
6
5
9
7
2
1
3
4
8
23.00 Les Chevaliers du Fiel : «Noël
d’enfer !». Spectacle.
8/9
MOTS FLÉCHÉS N°1850
Chaque jour un peu plus difficile
8
7
4
6
3
5
1
2
9
Film TV. Comédie. Fra. 2017. 2h00.
Inédit. Le couple Lambert gagne un
voyage à Miami. Or, les Lambert détestent les voyages et l’Amérique !
DIMANCHE
7/9
8/9
6/8
9/11
6/7
5/7
-1/0
7/14
2/6
7/10
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
SAMEDI
8/10
Film. Animation. Fra. 2010. Réal. : Luc
Vinciguerra. 1h20. Le Père Noël ne
veut pas prendre sa retraite, mais
il doit se choisir un apprenti qui le
remplacera.
8/8
-1/0
8/10
10/13
4/11
0/9
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
VENDREDI
21.00 L’apprenti Père Noël
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
10/13
7/12
1/6
5/7
10/12
8/16
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
ON LA
CONNAÎT
PAR
SON NOM
ON LE
SUIT À SKI
DORMIR
TOUT HAUT
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
M
O
I
A
P
J
V
M A I S O N
S T A T U F I E
T R E P A S S E R
R E S T
S E R R U R I E R
C A R C A
L I
S T E N T O R
R E G
T A T E
I S E R E
B E R E
S E L E C T
E S S E
E R
A S S I D U E S
T O N
E
M A L
T A R I N
P E L E M E L E
E N E
G
R
A
N
I
T
E
24,90€
ACTUELLEMENT DISPONIBLE
Chez tous les marchands
de journaux, en librairie et
sur www.figarostore.fr
LE FIGARO
jeudi 21 décembre 2017
37
Didier Codorniou,
d’une mêlée l’autre
l a longtemps été « le Petit Prince » du rugby. A été le héros de la première victoire du
XV de France sur les All Blacks, en Nouvelle-Zélande, le 14 juillet 1979. Il affiche
31 sélections au compteur. Et, à 59 ans, Didier Codorniou vient de gravir un échelon
de plus en politique. Jusqu’alors quatrième
vice-président de la région Occitanie-Pyrénées-Méditerranée (délégué à l’économie maritime, au littoral et aux aéroports), il est devenu, le
5 novembre dernier, premier vice-président à la
faveur du désistement de Sylvia Pinel, victorieuse
aux législatives. Un poste de quasi-premier ministre d’une région plus grande que l’Irlande…
On l’attend au bord des terrains et on le croise au
Salon nautique. La silhouette du joueur s’est à peine
épaissie, la tignasse a un peu blanchi. Cet ancien
joueur de Narbonne et du Stade Toulousain a longtemps été considéré comme le meilleur trois-quarts
centre du monde. « Un joueur flamboyant, c’était le
Conrad Smith, c’est dire, de son époque », disent de
lui David Reyrat et Arnaud Coudry, les duettistes du
rugby au Figaro. « Codor », comme le surnomment
ses amis, marque, le 14 juillet 1979, à 21 ans, un essai
décisif de la première victoire des Bleus en Nouvelle-Zélande. À la fin du match, il ramasse le ballon
oublié sur le bord du terrain. Un ballon qui trône
aujourd’hui dans son bureau de la mairie de Gruissan (Aude), ce village côtier dont les chalets sur pilotis ont été rendus célèbres par le film de Beineix
37°2 le matin. Des maisons sur pilotis qu’il aimerait
imposer par endroits comme autant de solutions
possibles à l’implacable montée des eaux de la Méditerranée. « Le trait de côte recule, dans certains
coins de la Méditerranée d’un mètre par an. Des plages disparaissent. Nous devons anticiper, lutter
contre le réchauffement climatique. »
Drôle de trajectoire. Codorniou aurait pu rester
ambassadeur d’Adidas ou chargé de clientèle au
Crédit agricole, mais il a été happé par la politique.
« Il n’était pas prévu qu’en 2001 il soit tête de liste aux
I
UN DERNIER MOT
municipales à Gruissan, explique Louis Labattut, son
premier adjoint. Il est devenu maire après un désistement inattendu. » Sa rencontre avec le très controversé Georges Frêche va tout accélérer. En 2004,
l’homme fort du Languedoc, alors étiqueté PS, veut
attirer de nouvelles têtes dans son entourage. Il en
fera partie et ne renie rien aujourd’hui. Au contraire. « Nous avions presque des relations père-fils, se
souvient-il. Je me suis inspiré de sa culture, de son
savoir. » « Codor » apprend vite. Sur le tas. « J’ai été
sauvé par ma passion pour les chiffres, ma capacité
de travail. » Il se cultive aussi. « Dans le car du Stade
Toulousain, il faisait écouter de la musique classique à
Denis Charvet », se souvient l’un de ses amis toulousains, Marc Julia, qui lui a permis de rencontrer
Rostropovitch dans un dîner autour du foie gras.
Son engagement socialiste sera cependant assez
bref. En février 2010, il est exclu du PS pour s’être
rallié à Georges Frêche, viré trois ans plus tôt du
parti pour ses propos injurieux à l’égard des harkis.
Sa tentative aux législatives de 2012 sera l’un de ses
rares échecs. Codorniou se désiste en faveur de la
candidate PS, Marie-Hélène Fabre, alors qu’il est en
position de se maintenir. « J’ai lutté contre plus fort
que moi, lâche-t-il. C’était dans la foulée de l’élection
de François Hollande, j’avais le PS contre moi et peu
de chances. »
Construire un avenir maritime
Qu’importe. Le rugby lui a appris à encaisser les
coups. Solide, ce fils de maçon qui adore partir à la
chasse avec son épagneul breton de 16 ans ou aller
aux cèpes avec son ami Jeff Fabre connaît les rouages de la politique. En 2014, Jean-Michel Baylet
l’accueille au PRG. « On ne trouve pas grand monde,
même parmi ses adversaires politiques, qui dise du
mal de lui, explique Michel Demelin, journaliste fin
observateur de la vie régionale. Il est toujours sur le
terrain, il bosse et il est ouvert aux idées des autres. »
Car après le maillot bleu, c’est la grande bleue que
Didier Codorniou défend. Avec le Parlement de la
mer, qu’il préside, il veut, dans le cadre du Plan
Littoral 21, construire l’avenir maritime de la région en conciliant dynamisme économique et préservation du littoral. Dans l’enceinte du Parlement
de la mer, créé en 2013, il regroupe tous les acteurs
régionaux concernés par la Méditerranée. « Les
gens de tous les bords, professionnels et politiques,
ont de bonnes idées, qu’ils soient de droite, de gauche
ou du centre », assure cet adepte du consensus. S’il
incarne une certaine idée humaniste et républicaine de la politique, pour beaucoup de ses électeurs il
demeure une icône du rugby. « Dans certains villages des Pyrénées, la présence de Didier Codorniou a
été très utile à Carole Delga, se souvient un de ses
amis. Tous les anciens le connaissaient et n’identifiaient pas forcément la présidente de la région. »
L’avenir ? « Je resterai fidèle à Carole Delga et au
PRG. » Comme il est resté fidèle au Racing club de
Narbonne. Un objectif ? Parvenir à faire d’Occitanie-Pyrénées-Méditerranée la première région de
France à énergie positive. Finalement, à son image :
énergique et positif. ■
Bio
EXPRESS
1958
Naissance à Narbonne
(Aude).
1979
Première de ses
31 sélections en équipe
de France de rugby.
1979
Participe à la première
victoire du XV de France
contre les All Blacks
en Nouvelle-Zélande.
2001
Élu maire de Gruissan
(Aude).
2017
Devient premier viceprésident de la région
Occitanie-PyrénéesMéditerranée.
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Vol [vol] n. m.
Déplacement qui fait brasser beaucoup d’air.
e vol Tokyo-Paris du premier ministre en avion privé suscite la polémique.
Le mot vient du verbe volare, se déplacer dans les airs. Pourquoi tant de bruit ?
Parce que visiblement il n’y a pas que le premier ministre et sa suite
qui se sont envolés : le prix du voyage aussi. À première vue, ce trajet
dans un avion privé et luxueux ressemble à un vol avec étalage.
Pendant ce temps, les amis d’Édouard Philippe, même ceux qui n’ont pas volé
à ses côtés, doivent s’y mettre : ils volent au secours du chef du gouvernement
qui reçoit depuis quelques heures du bois vert. À la volée.
Ce Tokyo-Paris a tout d’un direct, en plein visage.
Les reproches et les invectives fusent, en escadrille. Certains estimeront
que Philippe ne l’a pas volé, ayant fait montre d’une attitude désinvolte,
étonnante de la part d’un homme politique expérimenté.
Les autres jugeront que le débat public actuel mérite mieux que cette médiocre
dispute, et qu’il devrait, à l’instar d’un A 340, voler plus haut. ■
L
Absentéisme des élus : Valérie Pécresse
durcit les sanctions
La présidente LR de la région Île-de-France estime que
les résultats des réformes engagées contre l’absentéisme
depuis le début de son mandat, en 2015, ne sont pas
satisfaisants. Désormais, toute absence injustifiée entraînera
automatiquement un coup de rabot sur l’indemnité
de l’élu concerné. Concrètement, sur une rémunération
de 2 300 euros, la sanction d’un élu ayant boudé trois
réunions sur 25 pourrait atteindre 360 euros.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
*Quoi d’autre ? **Jours très heureux ***voir modalités complètes de l’offre sur www.nespresso.com NESPRESSO FRANCE SAS - SIREN 382 597 821 - RCS PARIS
Charles Gautier
£@CHGAUTIER
VILLE GRUISSAN
SUCCÈS À 59 ans, cette ex-star du rugby, qui fut proche
de Georges Frêche, est devenu premier vice-président
de la région Occitanie-Pyrénées-Méditerranée.
DU 18 AU 25 DÉCEMBRE
JUSQU’À -20%
SUR VOTRE COMMANDE DE CAFÉ ***
Exclusivement en France métropolitaine
Les regrets de Franck de Lapersonne
*
A
Le comédien, qui avait soutenu Marine Le Pen lors de la campagne
présidentielle, nourrit aujourd’hui des regrets. « Je n’aurais jamais
dû la soutenir, c’est la plus grosse bourde de ma vie ! », reconnaît l’acteur,
qui « demande pardon aux Français». Seul bon point de son expérience
au Front national : sa rencontre avec Florian Philippot. « Sans lui, le FN
n’était rien », explique-t-il. C’est donc sans hésitation que l’acteur a suivi
l’ancien bras droit de Marine Le Pen lorsqu’il a claqué la porte du parti pour
se consacrer à son mouvement Les Patriotes.
EVERYTHING STARTS WITH A WHY
yslbeauty.com
ALEXANDRE ROBICQUET
CHERCHEUR EN
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
OAPLF – SNC – 29 rue du Faubourg Saint-Honoré Paris 8ème – 314 428 186 RCS Paris.
*
Tout commence par un pourquoi
Y, LE NOUVEAU PARFUM MASCULIN
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO - N° 22819 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
littéraire
lefigaro.fr/livres
JUAN MANUEL DE PRADA
UN ROMAN-FLEUVE
SUR LA PERTE DES PHILIPPINES
PAR L’ESPAGNE PAGE 3
BEAUX LIVRES
COCTEAU, LA BIBLE,
CARMEN EN IMAGES
PAGES 6, 7 ET 8
PHOTO LOT (CI-CONTRE) ET ULF ANDERSEN/AURIMAGES (EN HAUT, À GAUCHE)
réenchanté
DOSSIER Perpétuant une tradition
littéraire, Colette, Giono, Supervielle,
Marie Noël ont écrit sur la Nativité
des histoires merveilleuses.
Michael Lonsdale en lit
des extraits, le dimanche,
au Théâtre de Poche.
Une véritable liturgie
poétique. PAGE 2
Gala, la muse et la mante
rejoint Salvador en qui elle devine un artiste : il est extravagant, tantôt époustouflant tantôt impossible, souvent les deux
à la fois. Elle aide l’homme qu’elle aime
désormais à devenir Dali - plus tard
Avida dollars (son anagramme). Elle sera
pour lui « l’Ange de l’Équilibre ». Les
LA CHRONIQUE
d’Étienne
de Montety
artistes ont de ces notions de physique…
Leur vie commune à Paris puis en Catalogne devient un roman, un film, une
tragi-comédie, une fresque, le tout mis
en scène par Dali.
De Gala, Dominique Bona avait fait il y
a quelque vingt-cinq ans le portrait
précis, rigoureux et plein de charme.
L’histoire des lettres, de la peinture au
XXe siècle se confond en effet avec
l’existence romanesque de cette femme, muse et mante tout à la fois. Manquait l’image : Éluard et Gala, Gala et
Dali, autant de couples qu’on qualifierait aujourd’hui de glamour. Leurs destins croisés appellent photos, fac-
similés, reproductions. Leurs vies sont la
vie même.
Voilà pourquoi, dans ce nouveau récit
captivant de bout en bout, l’iconographie
fait merveille : le monde de Gala proprement enchanté s’anime sous nos yeux.
Grimée en Pierrot avec Éluard, elle est
habillée en Chanel avec Dali. Tuberculeuse au sana enneigé de Davos, elle est
solaire à Port Lligat.
C’est cette image que la jeune Dominique
a d’elle, se souvenant de la femme, làbas, dont on murmurait le nom sur son
passage, tandis qu’elle montait dans une
barque pour se baigner au large, en liberté, loin des regards. Si l’on voulait voir
Gala, prière d’admirer les toiles de Dali
où elle pose, en Leda atomica ou en Madone de Port Lligat.
Grâce à ce livre, on
ne s’en prive pas,
sous la conduite
élégante de Dominique Bona, le guide
rêvé. ■
UNE VIE DE GALA
De Dominique Bona,
Flammarion,
230 p., 29,90 €.
une salutaire bouffée
d’oxygène. »
« Une
déclaration
d’amour. »
14,90 €
CHRISTIANE
RANCÉ
A
G
ALA, c’est un prénom de fête
perpétuelle, associé pour
l’éternité à Éluard et à Dali.
Elle s’appelait à l’état civil
Elena Dimitrievna Diakonova, c’est du moins sous ce nom qu’Eugène Grindel la rencontra dans un sanatorium suisse à la veille de la guerre de 14.
Elle n’est pas vraiment jolie, elle est
mieux que ça : séduisante. Tous les hommes en sont toqués. Grindel n’y échappe
pas. Elle est née à Kazan et viendra prendre place dans la longue et prestigieuse
liste des égéries russes.
Bientôt elle sera Gala, et lui Éluard, fils de
famille, amateur d’art et poète. C’est peu
dire : avec Aragon, Tzara, Ernst, il va
participer à une révolution, le surréalisme. Le communisme ne sera jamais
loin, quoique les principes et la morale
marxiste-léniniste ne s’accordent guère
avec la fantaisie, parfois la folie, de ces
jeunes gens réchappés de la Grande
Guerre.
1929. En vacances à Cadaqués, Paul et
Gala font la connaissance d’un garçon
mince et gauche qui se prénomme Salvador. À l’époque, García Lorca parle de lui
et de son « imparfait pinceau adolescent ».
Gala va en faire sa créature, c’est-à-dire
un peintre de génie. Elle quitte Éluard et
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
2
Le miracle
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
de l’enfant Dieu
DOSSIER En lisant des contes
et des poèmes inspirés par la fête
de la Nativité, Michael Lonsdale invite
à retrouver le sens du merveilleux.
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
O
N SE CROIRAIT dans
une grotte réchauffée
par un feu invisible.
Dans une petite pièce,
basse de plafond, le
public est assis sur des chaises disposées en rond autour d’une table.
Un cierge, deux sapins illuminés et
un arbre maigrelet habillé d’une
guirlande éclairent le cœur de la
salle. Une jeune fille passe et dépose sur la table un verre d’eau
chaude où elle a versé du miel. On
attend, juste le temps de se dévêtir
du bruit du dehors et du froid hivernal. Bientôt, précédé de Pierre
Fesquet qui lui donnera la réplique,
Michael Lonsdale entre à pas lents,
cheveux longs, barbe blanche, sa
haute silhouette voûtée revêtue
d’une chasuble couleur paille. Il a
une écharpe rouge sur les épaules.
On dirait Gandalf ! le sage facétieux
du monde de Tolkien, envoyé aux
peuples de la Terre du Milieu pour
les aider à lutter contre le seigneur
des Ténèbres.
L’acteur qui a joué tant de rôles
au cinéma et au théâtre s’assoit ici
comme s’il était chez lui et porte à
ses lèvres la boisson au miel en
tenant la soucoupe à deux mains.
Ce soir-là, premier dimanche de
l’Avent, il va lire des textes que
Noël a inspirés à des écrivains qui
ne croyaient pas tous au Ciel, loin
de là. Il y a des poèmes de Villon, de
Prévert, de Théophile Gautier, de
Rimbaud sur les étrennes, une saynète d’Alexandre Vialatte, une
lettre de Rilke, le conte du sapin
d’Andersen, un hymne de Marie
Noël qui donne la parole à la Vierge
Mère : « De bouche, ô mon Dieu,
Vous n’en aviez pas/ Pour parler
aux gens perdus d’ici-bas./ Ta bouche de lait vers mon sein tournée/
Ô mon fils, c’est moi qui te l’ai
donnée. »
A
Le rêve et le désir
Michael Lonsdale lit ensuite un extrait de la première pièce que Sartre
ait écrite lorsqu’il était au stalag, un
conte de Noël qui fut représenté le
24 décembre 1940, l’histoire d’un
« Dieu tout petit qu’on peut prendre
dans ses bras et couvrir de baisers ».
Plus tard, Sartre expliquera qu’il
s’agissait « de trouver un sujet qui
pût réaliser, ce soir de Noël, l’union
la plus large des chrétiens et des incroyants ». Le miracle de l’enfant
Dieu : unir autour de son berceau
les mages d’Orient et les bergers de
Palestine, les pauvres et les riches,
les bêtes et les anges.
Après le philosophe de L’Être et
le Néant, voici l’auteur de Claudine
à l’école, qui rédigea en 1909 une
« merveilleuse petite fable », dit
Lonsdale. Il accentue l’adjectif
« petit » de ce ton pointu que prennent les mères lorsqu’elles parlent
à leur nouveau-né. Puis il chuchote
les mots de Colette, élevée dans
une région sans religion où les enfants n’attendaient rien dans leurs
souliers : « Le soir de Noël je quittais
mes sabots trempés de neige, et je les
portais, comme les autres soirs,
dans la cuisine, sur le fourneau tiède,
où ils séchaient jusqu’au matin.
Maintenant que je vieillis, il me vient
un regret tardif, hors de saison, le
regret d’une foi que je n’ai pas eue. »
Michael Lonsdale se laisse emporter par les histoires qu’il lit comme
s’il s’adressait à lui-même ou à un
petit garçon qui, sur le point de
s’endormir, se prépare à passer
dans un monde où le merveilleux
est vrai.
Trois jours après, le voici au café
où il a ses habitudes. Il a commandé un grand décaféiné crème où il
verse avec gourmandise trois doses de sucrette. Auparavant, il a
docilement accepté de poser pour
une photo. Il demande un coup de
main pour boutonner sa gabardine. Simplicité sublime. On pense aux derniers mots de Jésus à
Pierre. Il se tient les épaules rentrées, comme un enfant qui grelotte, à la merci d’un coup de vent,
si léger. Il ressemble à un personnage de son ami Beckett dont il dit
qu’il était « une sorte de saint ».
Lorsqu’on l’interroge sur la littérature et Noël, il opine, hmmm,
hmmm, émet un petit rire argentin. On dirait un écolier qui ne
veut pas être désobligeant mais
pense que les questions du maître
passent à côté de l’essentiel.
A-t-il gardé de son enfance de
bons souvenirs de la Nativité ? Il
évoque un Père Noël, dans un
grand magasin à Londres, qui lui
avait fait très peur. Dans sa famille,
on n’avait pas de crèche. Il n’a pas
connu la joie de créer un monde
autour des santons, comme le faisait Giono qui, avec le papier d’argent des tablettes de chocolat, façonnait des ruisseaux - ou des
fleuves tumultueux. Car, pour ceux
qu’éclaire leur imagination, une
crèche peut contenir l’univers entier. Le réalisme a la vue courte.
Lonsdale récite le texte de Giono :
« Il est bon de voir que rien ne se fait
sans le rêve et le désir : même pas le
Divin Enfant. »
« S’alléger, être libre »
Lorsqu’il est question d’enfance, il
sort de sa réserve : « Certains parents disent à leur enfant que tout ça
n’existe pas. Pourquoi abîmer le désir qu’il a de croire au merveilleux ?
C’est criminel. Il faut nourrir l’enfant de belles choses. Il a besoin
d’amour, et la beauté est une forme
de l’amour. Un enfant qui n’est pas
aimé, c’est l’horreur. Il souffrira et
ne saura pas pourquoi. » Là, sa voix
devient dure.
Lonsdale sait que « Dieu a caché
aux savants et aux sages ce qu’il a
révélé aux touts petits », comme l’a
dit son ami Jésus. Plutôt que de
philosopher, il contemple les peintures de la Vierge Marie qu’il a réunies dans un bel ouvrage. « Si vous
n’êtes pas comme des enfants vous
n’irez pas au paradis, dit le Christ. »
Il rit : « C’est génial, de dire ça. »
Mais comment redevient-on enfant lorsqu’on est adulte ? Il a l’air
étonné, comme si c’était une évidence : « Il faut s’alléger, être
libre. » Dans son autobiographie, Il
n’est jamais trop tard pour le plus
grand Amour, il écrit que prier rend
libre. Vraiment ? « C’est difficilement explicable et en même temps
très simple. » Michael Lonsdale prie
un peu tout au long de la journée,
même sur scène ou lorsqu’il répond
à une interview.
L’autre soir, il a lu une saynète de
Supervielle qui imagine les premières nuits de la Chrétienté : « Le
bœuf se lève, constate qu’il y a dans
la crèche un enfant nu qui dort et, de
son souffle chaud, le réchauffe avec
méthode. La Vierge le remercie. »
Silence. « Des êtres ailés entrent et
sortent, feignant de ne pas voir les
murs. Joseph revient avec les langes
prêtés par une voisine. »
Lonsdale sourit. Lorsqu’on lui
demande s’il croit vraiment à toutes ces histoires, Marie, Joseph, les
anges, il est surpris : « Bien sûr. Ça
paraît enfantin, mais c’est salutaire. » Il ajoute : « Je suis convaincu
que Dieu est en nous tous, mais le
laissons-nous vivre ? » ■
Michael Lonsdale
à Paris le 6 décembre.
SÉBASTIEN SORIANO/
LE FIGARO
AU
THÉÂTRE
BELLE ET DOUCE
MARIE
De Michael Lonsdale,
Éditions Philippe Rey,
126 p., 29 €.
Conte de Noël : une tradition vivace
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
Il était une
« fois,
dans
la commune
de Svartsjö,
dans la
province
de Värmland,
un homme,
qui, le jour
du réveillon
de Noël, fit
une tournée
de ses amis
pour les
inviter
à partager
le repas
du soir...
»
SELMA LAGERLÖF
D
IS-MOI quel est ton
conte de Noël préféré, je te dirais qui tu
es. Les Trois Messes
basses
d’Alphonse
Daudet ? Gourmand. Noël prussien
de Léon Bloy ? Féroce. Un Noël à
Rio de Blaise Cendrars ? Exotique.
La Mère Noël de Michel Tournier ?
Farceur. Un réveillon de Guy
de Maupassant ? Insolent. Les
Compagnons de la dernière heure
d’Antoine Blondin ? Mélancolique.
Pat Hobby fait un vœu de Noël de
Francis Scott Fitzgerald ? Désinvolte. Le Sapin de Hans Christian
Andersen ? Enfantin. Casse-noisette et le roi des souris d’Ernst
Theodor Wilhem Hoffmann ?
Romantique. Et j’oublie les taciturnes, les plaisantins, les endeuillés, les rieurs, les hédonistes,
les bilieux, les insouciants.
Les bibliothèques conservent des
contes de Noël pour tous les tempéraments. Qu’on soit béni ou
qu’on soit maudit, comme chante
Michel Polnareff ; qu’on croie au
Ciel ou qu’on n’y croie pas. On
aurait tort de se représenter la tradition des contes de Noël comme
étant strictement germanique ou
scandinave. Du Nord et de l’Est
nous sont, certes, arrivés des récits
qu’on dirait sculptés dans un flocon
de neige. Des histoires troublantes
comme « Le Crâne » de Selma Lagerlöf, célèbre grâce au Merveilleux
Voyage de Nils Holgersson à travers
la Suède (1906-1907), première
femme de lettres à avoir reçu le
prix Nobel de littérature, en 1909.
Publié dans son Livre de Noël (Actes
Sud), le conte de la romancière
suédoise commence de manière un
peu triste. « Il était une fois, dans la
commune de Svartsjö, dans la province de Värmland, un homme, qui,
le jour du réveillon de Noël, fit une
tournée de ses amis pour les inviter à
partager le repas du soir, mais ne
trouva personne qui voulût quitter sa
maison. Il parcourut ainsi un bout de
chemin mais finalement, quand la
nuit commença à tomber sans qu’il
eût réussi à attirer un seul hôte, il
comprit qu’il n’avait plus qu’à retourner chez lui avec son dépit. » Il y
a je ne sais quoi d’évangélique dans
cet incipit et la suite se dessine dans
une perspective bien luthérienne.
Une poétesse française morte le
23 décembre 1967 — il y aura cinquante ans très exactement ce
vendredi — sait se montrer aussi
troublante et aussi touchante
lorsqu’elle évoque l’enchantement de la Fête de la Nativité, à la
poursuite de quelque chose de
merveilleux. C’est Marie Noël, née
en 1883 à Auxerre et morte dans
cette même ville dont elle n’aura
pas beaucoup bougé, à l’âge de
quatre-vingt-quatre ans. Marie
Noël, l’auteur trop peu lue et trop
peu célébrée du Rosaire des joies et
de L’Âme en peine. Dans « Le Noël
du chameau », elle rappelle qu’on
ne peut pas servir deux maîtres :
Dieu et l’Argent. La joie, suggère
Marie Noël au fil de ce conte drolatique, n’est pas donnée aux
voyageurs trop chargés et l’enchantement est réservé à ceux qui
se présentent les mains vides devant « le Petit Enfant (…) venu pour
être écrasé sous le poids de péchés
du monde ». Il existe certes des
contes de Noël plus prosaïques,
sans crèche ni petit Jésus. Mais
il est un invité qui ne manque jamais à l’appel, dans ces fantaisies
enneigées : l’enfance. ■
Jusqu’au 7 janvier,
le dimanche à 17 h
au Théâtre de Poche
Montparnasse,
Michael Lonsdale lit
des textes de grands
écrivains sur Noël.
L’accordéon
de Thierry Bretonnet
l’accompagne.
Pierre Fesquet qui
a choisi les textes
lui donne la réplique.
On se croirait dans
un cabaret enchanté,
au pied d’un sapin
ou d’une crèche.
Réservation
au 01 45 44 50 21.
Bio
EXPRESS
1931
Naît un dimanche
de Pentecôte.
Enfant illégitime
d’une mère française
et d’un père anglais.
1931-1947
Grandit à Jersey,
Londres, Casablanca.
1953
Demande le baptême.
1966-1968
Joue dans des pièces
de Samuel Beckett, puis
de Marguerite Duras
avec laquelle il tournera
plusieurs films.
1967
La mariée était en noir
de Truffaut. Tourne avec
Orson Welles, Bunuel,
Mocky, Malle, Losey mais
aussi dans des films grand
public. Joue le méchant
dans un James Bond
en 1979, Moonraker.
2010
Des hommes et des dieux,
film de Xavier Beauvois.
2016
Publie Il n’est jamais
trop tard pour
le plus grand amour
aux Éditions Philippe Rey.
LE FIGARO
Un inconnu mondialement célèbre
L’un des événements de la Foire de Francfort 2017
en octobre dernier fut la vente à douze pays par
les Éditions Calmann-Lévy des droits de traduction
du livre La Chambre des merveilles, d’un auteur
quasi inconnu, Julien Sandrel, trente-sept ans. Un joli
coup pour Philippe Robinet, PDG de Calmann-Lévy, déjà
auteur du transfert de la décennie avec l’arrivée de Guillaume Musso dans son écurie.
Comme Musso et Bernard Minier, l’auteur
de La Chambre des merveilles est une découverte de Caroline Lépée, la discrète
mais efficace responsable (depuis septembre) de la littérature française chez
Calmann-Lévy. Les droits du premier roman de Sandrel, qui sortira le 7 mars, ont
aujourd’hui été vendus à six pays supplémentaires et une adaptation cinéma est en cours.
La force du destin
JUAN MANUEL DE PRADA
Dans son torrentiel roman historique, l’Espagnol
revient sur un des épisodes tragiques de l’histoire
de son pays : la perte des Philippines.
THIERRY CLERMONT
tclermont @lefigaro.fr
A
VEC Mourir sous ton ciel
(Morir bajo tu cielo),
Juan Manuel de Prada
(né en 1970) a composé
son roman le plus
achevé et le plus abouti à ce jour, un
ouvrage accueilli avec enthousiasme
par la critique espagnole, y compris
par le quotidien El Pais, ce qui n’est
pas peu dire.
Provocateur, hétérodoxe, maniaque du verbe, familier des lexiques
les plus rares et les plus précieux,
jouant sur les tonalités les plus diverses et les plus audacieuses, l’auteur
de La Tempête fait preuve d’une superbe maestria.
Cette fois-ci, dans le cadre d’un
cycle en devenir que l’on pourrait
assimiler au « roman national »
(« Episodios nacionales » dans la langue de Cervantès), Prada s’est penché sur un moment tragique de l’histoire de son pays, à savoir la perte de
l’archipel des Philippines en 1898,
l’année où la couronne espagnole se
voyait également amputée de Cuba
et de Porto Rico, sous les coups de
boutoir des États-Unis.
Nous sommes sur l’île de Luzon,
précisément dans le village de Baler,
où une poignée de soldats ibériques
résiste à l’assaut des troupes philippines. L’un des protagonistes dira :
« Nous défendons une terre qui n’est
plus la nôtre. » Ici, Prada mêle admirablement la fiction à l’Histoire, où
défilent des trafiquants d’armes
(le franc-maçon hollandais hispanophobe Rutger Van Houten, qui n’est
pas sans rappeler le Kurtz du Cœur
des ténèbres), des capitaines (l’héroïque Martin Cerezo), des déserteurs,
et cette sœur Lucia dont il brosse un
superbe portrait, sans oublier frère
Candido ou encore la jeune métisse
Guicay.
3
Libretto va avoir 20 ans
Née en mars 1998, la collection au format semipoche « Libretto », devenue, en 2012, maison du
groupe Libella présidé par Vera Michalski-Hoffmann, va donc fêter ses 20 ans en 2018. Au catalogue, plus de 600 titres, un mélange de livres
contemporains et de rééditions de textes
oubliés. Au programme de 2018, Le Dieu nu de
Robert Margerit, Guerres de Timothy Findley,
Une confession de Maxime Gorki, L’Enchanteur
pourrissant d’Apollinaire…
CRITIQUE
littéraire
MOURIR
SOUS TON CIEL
De Juan Manuel
de Prada,
traduit de l’espagnol
par Gabriel Iaculli,
Seuil,
681 p., 24,90 €.
carnaval, ses brouets de carême, ses
nuits de goguettes et ses siestes avec
urinoir et Pater Noster ».
À sa sortie, en 2014, l’ouvrage
avait été salué en ces termes par le
grand poète catalan Pere Gimferrer :
« Un roman admirable qui marie
l’esprit d’aventure de Joseph Conrad
et la sensibilité de John Ford. » On ne
serait mieux dire. ■
Juan Manuel de Prada, qui a reçu le prix Planeta (l’équivalent du Goncourt
en Espagne) pour La Tempête, publie son neuvième roman en français.
Langue de poudre et de miel
L’intrigue de ce roman historique richement documenté doublé d’un roman d’aventures est menée à un train
d’enfer, avec coups de théâtre, trahisons et rebondissements, les dialogues fusent dans ce récit torrentiel,
polychrome et polyphonique, où reviennent inlassablement les thèmes
suivants : Dieu, la patrie, l’amour, le
progrès, la force du destin.
Dans le même temps, Mourir sous
ton ciel est un vibrant et émouvant
plaidoyer pour l’Espagne, son histoire, sa culture, ses coutumes et ses
paysages, sa langue « de poudre et de
miel », ce castellano « capable de
chanter l’infinie beauté et l’infinie
douleur du monde ». Prada y loue
« ses gargotes aux relents de sueur,
ses religieuses stigmatisées, ses toreros à brandebourgs roulés en sang
dans l’arène, ses romances poussées
par des aveugles, la promiscuité de ses
bals populaires, ses mascarades de
MAGNIFIQUE.
UNE PLUME SOBRE
ET ARDENTE.
«
«
Dominique Bona, Le Figaro Magazine
Le livre de sa mère
HERVÉ LE TELLIER L’histoire
d’une famille complètement loufoque.
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
C
« La place de père était largement
vacante, mais il ne s’empressa pas
de la saisir, et d’ailleurs, je n’étais
pas disposé non plus à ce qu’il
l’occupât. Finalement, le poste ne fut
jamais pourvu. »
E N’EST RIEN. Mon
père est mort. »
Hervé Le Tellier
aurait pu faire de
Jamais ensemble
ces mots un incipit
digne de L’Étranger de Camus
Côté maternel, ce n’est pas mieux,
– « Aujourd’hui, maman est morte.
le personnage vaut le détour : « J’ai
Ou peut-être hier, je ne sais pas. » –
toujours su que ma mère était folle »,
qu’il cite dans son récit. « Ce n’est
dit l’auteur, anecdotes surréalistes
rien. Mon père est mort », cette
à l’appui. Pour résumer toute une
phrase étrange se trouve en
vie de couple, il ajoute : « Ma mère
page 15. Il la prononce à la suite
et Guy formaient un cas rare de
d’un coup de fil qu’il
couple fusionnel sans
reçoit alors qu’il se
amour. Jamais elle sans
trouve en voiture avec
lui, jamais lui sans elle,
TOUTES
Jean-Pierre Verhegjamais ensemble. »
LES FAMILLES
gen et Jean-Claude PiMais qu’on ne s’arHEUREUSES
rotte en route pour le
rête pas à cette premièD’Hervé Le Tellier,
Festival de Manosque.
re et forte impression.
JC Lattès,
Il voulait juste les rasIl faut creuser. Comme
224 p., 17 €.
surer ! Autant l’avouer
l’affirme la compagne
tout de suite : on n’a
du narrateur, on peut
pas souvent l’occasion
être redevable à une
de lire un roman aussi
famille un peu frappadéjanté, caustique et
dingue, on peut être
relevé. Un peu comme
fait de bric et de broc.
Hervé Le Tellier, qui
L’absence, le manque
passe son temps à dire
d’amour, la folie peu« Je suis un monstre »,
vent constituer un teraprès avoir constaté
reau de miracles. On
son indifférence, son
comprend ainsi qu’un
manque d’empathie,
enfant n’ait parfois pas
son incapacité à feind’autre choix que de
dre la tristesse…
quitter ce foyer toxique
Il faut dire que
au surlendemain de sa
l’écrivain décrit une famille commajorité. On songe aux romans de
plètement foutraque. Bon, l’histoiModiano – que Le Tellier cite à plure démarrait mal. Hervé a un père,
sieurs reprises. Parfois, il en prend
Serge, qu’il a à peine vu. Puis un
l’air, voire la musique, avec des
beau-père, Guy, que sa mère épouphrases de toute beauté, telles
se alors qu’il a un an et demi et qui
qu’« on n’échappe jamais à ce qui
lui donnera son nom : Le Tellier.
nous a manqué ». ■
«
«Pour notre admiration
et notre édification,
une histoire profonde
et riche d’enseignements.»
Etienne de Montety,
Le Figaro Littéraire
«Un beau geste de piété,
de réparation et de
résistance à l’oubli.»
Bernard-Henri Lévy, Le Point
«Une méditation puissante
sur l’honneur.»
Raphaëlle Stainville,
Valeurs Actuelles
«Un livre à la fois
subtil et profond.»
Maurice Szafran, Challenges
«Il nous parle de nous,
de la France, d’un univers
et d’une sensibilité
militaire douloureuse.»
Jean-Marie Rouart, Paris Match
«Il vante l’esprit hussard,
toute forme de panache,
et bien plus encore :
l’honneur.»
David Foenkinos, L’Express
www.facebook.com/editionsgrasset
www.twitter.com/editionsgrasset
Grasset
A
P. LOURMAND/CALMANN-LÉVY
confidences
ULF ANDERSEN/EPICUREANS
EN TOUTES
jeudi 21 décembre 2017
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
4
&
ÇÀ
LÀ
CRITIQUE
littéraire
vie une réflexion sur le théâtre, le
public, Shakespeare, le comique,
la place du silence et du vide sur
scène (Odile Jacob, le 24 janvier).
Les leçons de Brook
La nouvelle guerre
de Prilepine
Dans Du bout des lèvres, le grand
metteur en scène Peter Brook,
quatre-vingt-douze ans, mêle au
récit des moments décisifs de sa
Dix ans après son entrée fracassante en littérature avec un roman sur la guerre de Tchétchénie
(Pathologies), l’écrivain russe
Zakhar Prilepine renoue avec le
thème de la guerre. Il publie un
reportage de terrain sur le conflit
qui déchire l’est de l’Ukraine, Ceux
du Donbass (à paraître le 15 février aux Éditions des Syrtes).
Pancrazi, retour raté
en Algérie
Je voulais leur dire mon amour
est le récit émouvant d’un re-
La place du mort
tour en Algérie. Invité comme
juré dans un festival de cinéma,
le narrateur de Jean-Noël Pancrazi retourne dans son Algérie
natale. Une fois le festival terminé, alors qu’il s’apprête à retourner voir la maison de son
enfance, un événement inattendu bouleverse son voyage.
À paraître chez Gallimard début
janvier.
Isabelle Carré publie
son premier roman
Isabelle Carré sera l’une des découvertes de la rentrée de janvier. Elle publie son premier roman, Les Rêveurs, chez Grasset.
C’est son autobiographie romancée, qui présente une famille
déréglée mais touchante, son
enfance dans les années 1970 et
sa découverte du théâtre.
Le meilleur
des mondes
MARGARET ATWOOD
La société de demain imaginée
par une romancière visionnaire
Mais tout système finit par
achopper sur une faille, et c’est
ce qui se produit lorsque Stan se
ONSILIENCE =
met à fantasmer sur Jasmine, la
CONDAMNÉS +
part femelle du couple d’ « AlterRÉSILIENCE. UN
nants » logeant dans la maison de
SÉJOUR EN PRIStan et Charmaine quand ceux-ci
SON AUJOURsont en prison. Et Charmaine,
D’HUI, C’EST NOTRE AVENIR
par un hasard malencontreux,
GARANTI. » Au vu de cette publirencontre Max, le mari, et decité illustrée de photographies en
vient sa maîtresse une fois par
Technicolor montrant une ville
mois, une heure, entre le moidéale, aux maisons idéales, exacment où il sort de Positron et le
tes reproductions de l’Amérique
moment où elle y entre. La règle
rêvée des années 1950, Stan
veut qu’aucun habitant de
et Charmaine, un jeune couple
Consilience ne croise jamais son
de
laissés-pour-compte
du
Alternant. Pourtant…
XXIe siècle qui, après avoir perdu
leurs emplois respectifs, vivent
Une baleine blanche
dans leur voiture au milieu d’un
qui s’effiloche
pays dévasté livré aux ruines et à
la violence, passent les tests exiDès lors, le roman, de réflexion
gés pour être admis dans les cités
désabusée sur un avenir redoutajumelles de Consilience et de Poble, se fait à la fois roman noir et
sitron.
roman d’espionnage, et ConsiConsilience, c’est ce qu’on voit
lience et Positron deviennent les
sur les affiches. Positron, la ville
miroirs à peine déformés d’un
jumelle, c’est la prison, dans lamonde moderne qui est celui
quelle les habitants de Consiliendans lequel nous vivons. Clonace passent un mois
ge, trafic d’organes,
sur deux, car les
manipulations généconcepteurs de l’avetiques et cérébrales,
C’EST LE CŒUR
nir idéal ont trouvé
profit à tout-va, priQUI LÂCHE
une solution mathésons privatisées : tout
EN DERNIER
matique au problème
De Margaret Atwood, est là. Et, dans la derdu chômage : diviser
traduit de l’anglais par nière partie du livre,
la population amérile Las Vegas halluciM. Albaret-Maatsch,
caine en gens libres et
nant dont les rues
Robert Laffont,
en prisonniers, selon
sont parcourues par
445 p., 22 €.
une alternance mendes sosies d’Elvis et
suelle. Sachant que
de Marilyn photograles prisonniers, occuphiés par des tourispés à des tâches utites ravis semble à
les, bénéficieront de
peine moins imagitout le confort monaire que les cités inderne et d’une excelventées par Margaret
lente cuisine.
Atwood. On n’est
On retrouve ici
plus dans la scienceMargaret Atwood telfiction.
le qu’en elle-même,
C’est le cœur qui lâimpressionnante
che le dernier est un
d’humour et d’intellivre qui ne se décrit
ligence. Visionnaire,
pas : il commence
aussi, en ce qu’elle paraît capable
comme une satire à peine caricad’imaginer un avenir plausible,
turée du monde d’aujourd’hui et
trop plausible, à partir du monde
se termine en Grand-Guignol efqu’elle a sous les yeux. Inutile de
frayant dans lequel se trouvent
dire que la cité idéale se révèle
plongés deux Américains moyens
bien vite aussi étouffante qu’un
restés en marge du Grand Rêve
pays totalitaire et que Stan et
américain, une baleine blanche
Charmaine, au bout de quelque
qui s’effiloche et dont on ne voit
temps, ne font plus la différence
plus que l’armature. On rit, souentre le cocon de leur maison
vent, grâce à des détails savouet celui de la prison : un ronron
reux dont la verve de Margaret
mortifère qui pourrait durer
Atwood n’est pas avare, mais
jusqu’à la fin des temps.
d’un rire glacé. ■
CHRISTOPHE MERCIER
C
LAURENT MONLAÜ/SIGNATURES
«
Les premières pages
des Ombres de l’Araguaia
peuvent se lire comme un guide
de survie en Amazonie.
GUIOMAR DE GRAMMONT La romancière brésilienne
publie un roman amazonien où glissent les ombres des enfants perdus
d’une guérilla au cœur de l’enfer vert.
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
A
UX LÉGIONNAIRES
du 3e régiment étranger d’infanterie (REI)
de Kourou invités à
participer au rugueux
stage du Centro de Instruçao de
Guerra na Selva (Centre d’instruction de la guerre dans la jungle) de
l’armée brésilienne établi à Manaus, on conseillera d’emporter
dans leur paquetage Les Ombres de
l’Araguaia de la romancière et universitaire Guiomar de Grammont.
Les cinquante premières pages de
ce livre qui évoque un chapitre sanglant de l’histoire nationale
— l’écrasement, au début des années 1970, d’une soixantaine d’opposants au régime militaire établi à
Brasilia enrôlés dans une guerre
populaire perdue d’avance —,
constituent en effet un guide de
survie en Amazonie d’un genre un
peu particulier. « Le plus grand défi,
c’est la forêt. Elle va devenir notre
refuge, notre maison. Il faut que nous
apprenions à la comprendre : savoir
comment revenir sur nos pas quand
nous nous engageons à l’intérieur ;
apprendre à chasser ; ne pas avoir
peur des serpents ou de dormir dans
la jungle. » Fièvres, épouvante et
piqûres de moustiques garanties. La
mort aux trousses, il n’est pas aisé
de prêter attention aux splendeurs
bleutées des morphos qui papillonnent au bord de l’eau.
À un contre mille
Piégé par les soldats de la brigade
d’infanterie parachutiste de l’opération « Perroquet », un homme
tente d’échapper à une mort certaine en s’engageant dans les profondeurs de l’enfer vert. On suit sa
course au fil du journal qu’il a rédigé jour après jour. « J’étais perdu
dans la forêt depuis plus d’un mois,
séparé de mes compagnons. » Que
manger, que boire, quand marcher
et quand s’arrêter ? Avant de passer au Vieux Campeur acheter un
couteau, une boussole et une paire
de Pataugas, le lecteur curieux
saura tout.
Longtemps après cet épisode refoulé de la mémoire collective brésilienne, Sofia mène l’enquête pour
éclairer la disparition de son frère
Leonardo. Il avait vingt ans, il étudiait à São Paulo, il croyait possible
de mener une guerre à un contre
mille sur un théâtre d’opérations
qu’il ne connaissait pas avec une
bande d’idéalistes adeptes du « foquisme » : la création de foyers de
guérilla rurale capables de contrarier l’impérialisme des États-Unis.
Mais en face d’eux, les officiers
anticommunistes formés à la guerre
contre-insurrectionnelle par des
loups de guerre français revenus
d’Algérie ne plaisantaient pas. Par
là, Les Ombres de l’Araguaia est une
histoire assez atroce, la saga avortée de perdants qui n’eurent rien de
magnifiques. Il faut songer à ces
jeunes Brésiliens qui finirent découpés en morceaux ou jetés dans
le vide depuis un hélicoptère quand
tant de leurs contemporains se roulaient des joints au festival de l’île
de Wight en écoutant Jimi Hendrix
et Joan Baez. Il n’y a pas de guerre
propre, mais certaines d’entre elles
sont plus sales que d’autres. Et toute l’eau du rio Araguaia ne lavera
jamais le sang innocent répandu
dans la forêt immense et verte, au
sud de l’État du Para, dans les années 1970. Voilà qui n’empêche pas
l’obstinée Sofia d’être mue par une
puissante certitude : Leonardo est
vivant. D’une façon ou d’une autre,
il a dû échapper à ses poursuivants.
Bienvenue en Amazonie. ■
LES OMBRES
DE L’ARAGUAIA
De Guiomar
de Grammont,
traduit du portugais
(Brésil) par Danielle
Schramm,
Métailié,
230 p., 18 €.
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
Les désaxés du Sud profond
L Y A un nom pour ça : la
poisse, la fatalité, la malchance. Les deux héros ne
sont guère gâtés par l’existence. Russell a passé onze
ans en prison. À sa sortie, ses
vieux ennemis, les frères Tisdale,
lui offrent un tabassage en règle.
Bienvenue au pays. L’ex-détenu
retrouve sa maison et son pickup. Son père a refait sa vie avec
une Mexicaine qui bredouille
quelques mots d’américain et dit
le bénédicité avant les repas. Russell siffle des bières au volant,
roule au hasard sur les routes de la
nuit, tombe sur un copain d’en-
A
I
fance devenu flic. Dans un bar, il
croise une rousse prénommée Caroline qui n’est pas vraiment farouche. Avec elle, peut-être que
le bonheur aura droit de cité. On
ne sait jamais, hein ?
Il y a aussi Maben. Au début, on
la voit cheminer le long d’une
autoroute avec sa fille Annalee,
cinq ans. Toutes ses possessions
tiennent dans un sac-poubelle.
Elle se dirige vers la ville de McComb où les attend un foyer.
L’épuisement les pousse à s’arrêter dans un motel. C’est l’erreur.
Sans le sou, Maben observe le
manège qui se déroule sur le par-
king. Elle aussi pourrait proposer
ses services aux chauffeurs de
poids lourds garés devant la
chambre. On ne racontera pas
comment, mais la malheureuse
sera obligée de tirer sur un policier pervers. C’est un livre rempli de canettes vides et de gyrophares, de désillusions et de
souvenirs.
Ces destins parallèles finiront
par se rencontrer. Il faudra bien
des drames pour qu’une lueur
d’espoir brille vaguement dans
ces paysages du Sud profond, où
l’on pêche des poissons-chats et
où les anciennes pom-pom girls
ont désormais des kilos en trop.
Cela s’appelle le mariage.
Une rude violence baigne ces pages rédigées dans un style puissant, avec tantôt de longues phrases sinueuses, tantôt quelques
mots entre deux points. Michael
Farris Smith noue son intrigue
avec l’habileté d’un cinéaste à la
Peckinpah. Le rêve américain
n’est pas pour tout le monde. La
vengeance est un plat qui se mange en caractères d’imprimerie.
Russell et Maben trimbalent un
chagrin terrible, des remords à la
pelle. Ils sont passés à côté de
quelque chose, mais de quoi ?
Peut-être qu’ils n’avaient pas mérité ça. Ce sont des personnages
qu’on a envie de serrer contre son
cœur. Voilà bien du lyrisme. C’est
dire le talent de Farris Smith qui
fait semblant de signer un polar et
nous emmène dans des régions de
l’âme qu’on ne soupçonnait pas. ■
NULLE PART
SUR LA TERRE
De Michael Farris Smith,
traduit de l’anglais (États-Unis)
par Pierre Demarty,
Sonatine,
363 p., 21 €.
«
C’est un livre
rempli
de canettes vides
et de gyrophares,
de désillusions
et de souvenirs
»
LE FIGARO
5
Une rentrée littéraire morose
parle
ON EN
Ils étaient 581 en août. Seulement 5 ont dépassé les 80 000
exemplaires vendus selon le
magazine Livres Hebdo qui établit chaque année un tableau des
meilleures ventes de la rentrée.
C’est un thermomètre qui en dit
long sur la période la plus média-
SEULS CINQ ROMANS
DE LA RENTRÉE ONT DÉPASSÉ
LES 80 000 EXEMPLAIRES VENDUS
D’APRÈS LES CHIFFRES
DU MAGAZINE « LIVRES HEBDO ».
tisée de l’année, avec ses découvertes, ses coups et sa course aux prix d’automne. Le
premier constat est amer :
« La rentrée a été médiocre
avec une baisse globale des
ventes par rapport à l’an dernier
(la rentrée 2016). Le total
d’exemplaires vendus est en
baisse de 12,5 % », commente le
magazine. C’est brutal. Les premiers du classement sont aussi
touchés. Le Goncourt attribué à
Éric Vuillard ne s’est vendu
« qu’à » 176 500 exemplaires ;
Amélie Nothomb se maintient et
finit 2e avec plus de 137 000
exemplaires tandis que le Renaudot d’Olivier Guez frôle les
100 000 exemplaires. Seule
éclaircie, le premier roman de
David Lopez tire son épingle du
jeu (près de 10 000 exemplaires).
MOHAMMED AÏSSAOUI
Il était une fois les samouraïs
Que s’est-il passé pendant
ces dix millénaires qui séparent
les « hommes préhistoriques »
de « nos ancêtres les Gaulois » ?
C’est tout l’objet du livre de
Jean-Paul Demoule, archéologue
de renom qui, après avoir fouillé
la terre, met au jour avec des mots
ces siècles obscurs qui furent ceux
de l’humanité. Cette large période
dont on ne parle presque jamais
fut celle de la « révolution
néolithique ». Par migrations
du Proche-Orient, elle touchera
ce qui deviendra la France
et l’Europe. L’être humain, après
avoir vécu de pêche, de chasse
et de cueillette, inventa
l’agriculture et l’élevage. L’arc,
la pirogue, la poterie, les bâtiments
en pierre, les filets à poissons
apparaissent alors. Et tout le reste
s’ensuivit, les dieux, les chefs,
la guerre, les premières villes
du monde (en Égypte et
en Mésopotamie). Cet ouvrage
transversal répond avec clarté
à nombre de questions qui nous
taraudent. À lire absolument alors
que notre mode de vie rural et
villageois est en voie d’extinction.
JEAN-MARC BASTIÈRE
L
Nostalgie d’un monde
chevaleresque
Pierre-François Souyri retrace la genèse de cette caste guerrière qui rappelle à certains égards la chevalerie
occidentale et qui a été romantisée et
idéalisée par des écrivains qui en ont
fait les héros de l’identité japonaise,
puisque la Chine ou la Corée confucianiste n’ont pas connu ce type
d’aristocratie guerrière. « Samurai
dérive d’un ancien verbe, saburafu,
qui signifiait servir. Le samouraï est
donc à l’origine un serviteur particulier, un serviteur armé, le membre
de l’escorte d’un puissant, un garde
du corps, en quelque sorte. », écrit
Pierre-François Souyri. Ces hommes
moment, on redécouvrait un ouvrage rédigé par un samouraï lettré du
début du XVIIIe siècle, le Hagakure,
dont s’inspira particulièrement
l’écrivain Mishima, qui le traduira et
le commentera, et où la mort héroïque est recherchée comme une forme de consécration. « J’ai découvert
que mourir est au cœur du bushido.
Tenu de choisir entre la vie et la mort,
je choisis sans hésitation la mort »,
est-il écrit dans ce traité qui fait de la
mort par seppuku, le fameux harakiri, le rituel suprême du guerrier
qui choisit de s’immoler pour
échapper à l’opprobre de l’humiliation ou de la défaite. Cette mort
choisie sera instrumentalisée par les
nationalistes qui magnifieront le suicide pour la patrie. En réalité, quand
le mythe se développe à la fin du
XIXe siècle, les samouraïs réels ont
quasiment disparu, marginalisés
qu’ils furent par la fin de la féodalité
et la montée en puissance de l’État à
l’époque de l’ère Meiji. Ils étaient
même, pour certains, devenus des
parias. Mais ils avaient existé suffisamment des siècles durant pour
imprégner l’imaginaire d’un pays
qui y voyait le noyau dur de son
identité. ■
(1) Kamikazes, Flammarion.
LES DIX MILLÉNAIRES OUBLIÉS
QUI ONT FAIT L’HISTOIRE
Jean-Paul Demoule,
Fayard,
318 p., 20,90 €
Une femme sans concession
BIOGRAPHIE Portrait de Mme du Deffand, l’un des esprits les plus subtils du XVIIIe siècle.
E
LLE INCARNE la société aristocratique des
Lumières. Un monde à
part qui ne correspond
pas exactement à celui
des « philosophes », même s’il les
fréquente, entretient avec eux
des amitiés jalouses et des échanges fructueux. Mais cette société
mondaine conservait une autre
façon de voir le monde, fruit
d’une résistance frondeuse, et
peut-être aussi d’une « école
d’insensibilité », qui l’empêchait
d’être parfaitement de son
temps. À ce titre, Mme du Deffand, à la fois par son style inimitable et par la finesse de son esprit – une des seules à tenir tête à
Voltaire, un de ses principaux
correspondants -, résume ce siècle dont elle a parcouru l’essentiel (elle vécut de 1697 à 1780).
Une âme passionnée
Pénétrer dans le monde de
Mme du Deffand, comme le fait
Benedetta Craveri, dont on réédite le livre dans une version
augmentée (par rapport à celle de
1986), c’est entrer dans le mystère de cette société disparue qui
déplorait discrètement le triomphe des philosophes, sans pour
autant défendre la cour de Versailles que ses ancêtres contestaient sous la Fronde et que
Mme du Deffand raillait encore
sous la Régence.
Cette jeune beauté avait suivi
dans ses excès Mme de Prie dont
elle partagea ensuite l’exil et la
fin tragique. Elle revint alors à
Paris, loin de Versailles, un « lieu
bien ennuyeux pour quelqu’un
d’aussi peu riche que moi ».
Alors, pour passer le temps, elle
y tiendra un salon où cette femme atteinte de cécité précoce recevra toute l’Europe des Lumières, s’attachera à d’Alembert,
lancera Julie de Lespinasse, sa
lectrice, et finira par tomber
sous le charme excentrique du
difficile Horace Walpole, auteur
du Château d’Otrante, le premier
roman « gothique ». Elle fera de
la conversation un art : « La douceur et la sûreté de la conversation sont un plaisir aussi réel que
celui d’un rendez-vous dans la
jeunesse. »
On l’a dite méchante. Elle serait l’incarnation glaçante de cet
art de la mondanité des salons du
XVIIIe siècle ; elle était proche de
Choiseul. Dans ce portrait littéraire, sa biographe démonte cette
accusation en pénétrant les
méandres complexes d’une âme
passionnée, qui lutte contre ellemême, fidèle au goût des Anciens,
et qui se désespère au fond de son
monde, aussi bien celui des rhéteurs que des prédicateurs. Dans
une lettre de 1728, elle se décrit
ainsi à la troisième personne :
« La sévérité avec laquelle elle se
LA MATMUT, COMPLICE
DES TALENTS ÉMERGENTS
En partenariat avec les Éditions DENOËL
L
du Groupe GALLIMARD
Jury présidé par Philippe LABRO
OUVERT AUX AUTEURS
N'AYANT JAMAIS ÉTÉ PUBLIÉS
RÈGLEMENT ET INSCRIPTIONS
www.lesprixmatmut-jcbevents.fr
lesprixmatmut@jcbevents.fr
La marquise du Deffand.
Gravure du XIXe siècle.
BIBLIOTHÈQUE DES ARTS
DÉCORATIFS PARIS/AURIMAGES/
COLLECTION DAGLI ORTI
juge lui laisse peu d’indulgence
pour les ridicules qu’elle aperçoit. » Mais cette nature passionnée n’hésitera pas à frôler le ridicule à son tour en tombant
amoureuse à soixante-huit ans.
Ce portrait au fond tragique
d’un esprit hors du commun, qui
n’a laissé qu’une correspondance, mais une des plus brillantes
du siècle – comparable à celle de
Mme de Sévigné –, est accompagné de deux petits essais sur le
style de M me du Deffand.
Un classique pour tous les amateurs du XVIIIe siècle. ■
A
JACQUES DE SAINT VICTOR
© sector_2010 - Fotolia.com
MADAME
DU DEFFAND
ET SON MONDE
De Benedetta Craveri
traduit de l’italien
par Sibylle Zavriew,
Flammarion,
584 p., 26 €.
Combat de samouraïs, estampe d’Hiroshige Utagawa (1797-1858). JOSSE/LEEMAGE
intrépides et farouches qui se battaient parfois pour des broutilles au
nom du culte de l’honneur, comme
le montre très bien Kurosawa dans
son film Les Sept Samouraïs, allaient
nourrir le mythe du bushido, la voie
du guerrier, dont dériveront les arts
martiaux japonais. Paradoxalement,
c’est un intellectuel chrétien, Nitobe
Inazo, qui allait réactiver la nostalgie
de ce monde chevaleresque à travers
un essai devenu mythique, Bushido :
Soul of Japan, publié aux États-Unis
en 1899. « Grattez le Japonais afin
de lui ôter la couche superficielle
d’idées occidentales et vous trouverez
un samouraï », écrit-il. Au même
littéraire
Révolution
néolithique
PAUL-FRANÇOIS PAOLI
ES KAMIKAZES japonais
qui se tuaient pour la patrie
en fracassant leurs avions
sur les bateaux américains
ne sont pas les héritiers
spirituels des samouraïs. Dans
Les Guerriers dans la rizière : la grande épopée des samouraïs, PierreFrançois Souyri, historien et expert
de l’histoire japonaise, tord le cou à
ce mythe qui a la vie dure.
Dans cet essai d’une érudition hors
pair, celui qui est aussi l’auteur d’un
beau livre consacré aux kamikazes (1) rappelle comment la légende
du samouraï a été construite par le
nationalisme japonais pour servir la
cause de celui-ci, et ce dans un esprit
totalement anachronique. Car les samouraïs étaient avant tout des individualistes farouches et nullement
des fanatiques au service d’un État
totalitaire, notion totalement absente durant l’époque féodale, où ils furent au zénith de leur réputation.
HISTOIRE
ET AUSSI
ESSAI La figure de ces guerriers féodaux a imprégné l’imaginaire japonais.
Qui étaient-ils vraiment ?
LES GUERRIERS
DANS LA RIZIÈRE
De Pierre-François
Souyri,
Flammarion,
380 p., 23,90 €.
jeudi 21 décembre 2017
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
6
EN TÊTE
littéraire
La guerre
des étoiles
selon
saint Jean
BIBLE Illustrée
par les chatoyantes
tapisseries d’Angers,
l’Apocalypse se lit
comme une épopée.
L
E RÉCIT de l’Apocalypse,
attribué à l’apôtre Jean,
semble étrange, voire effrayant, aux mentalités
contemporaines. Et pourtant. Lorsqu’on le lit dans ce volume,
illustré par la prodigieuse tapisserie
d’Angers - six chapitres divisés en
quelque quatre-vingts scènes -, on
l’envisage sous un jour nouveau :
comme une épopée dont Star Wars
est une version moderne, celle de
l’homme aux prises avec les puissances de l’univers, luttant pour ne pas
tomber du côté obscur de la Force.
Au chapitre X de l’Apocalypse,
un ange donne à Jean un petit livre :
« Prends, et dévore-le ; il remplira
tes entrailles d’amertume, mais
dans ta bouche il sera doux comme le
miel. » Paule Amblard, qui commente cet ouvrage avec limpidité,
rigueur et élévation, a fait la même
expérience. Elle reconnaît que travailler sur l’Apocalypse fut pour
elle une épreuve : oui, ce livre « est
doux comme le miel parce qu’il porte
le message d’une libération » mais
« amer aux entrailles car il nous
confronte à nos ombres ». Comme le
dit Carl G. Jung dans Réponse à Job,
SOUS L’ANGLE
DE L’ÉCONOMIE
Le titre semblera austère. Mais cela
n’en fait pas moins un beau livre fort
instructif et qui permet de relire l’histoire
de France à travers un prisme
économique souvent négligé et dont
on sait pourtant combien il fut décisif.
Des foires de Champagne à l’adoption
de l’euro en passant par la mise en place
désastreuse du « laisser faire »
à l’époque de Turgot, ce livre revient
en 56 dates et illustrations sur
les moments les plus importants
de l’évolution de notre pays sur le plan
économique. On peut ainsi saisir toute
l’importance de l’œuvre de l’État pour
le bien-être des populations. Le roi
de France ne se contenta pas d’être un
père nourricier, même si, à la différence
du roi d’Angleterre, il se considéra
toujours comme responsable de
la survie matérielle de son peuple. Il fut
aussi le modernisateur de l’économie
à travers la recherche de la stabilité
monétaire, les banques, les réformes
des impôts, de l’armée, les sociétés, les
lois sur le travail des enfants, etc. À offrir
à tous ceux qui ont oublié ce que fut
un véritable État « modernisateur ».
JACQUES DE SAINT VICTOR
A
➜ Les Grandes Dates de l’histoire
économique et financière de la France
Préface de Jean-Noël Jeanneney,
Comité pour l’histoire économique
et financière/IGPDE, 242 p., 36 €.
LIVRES CADEAUX
ASTRID DE LARMINAT
nature profonde, il ne peut apprivoiser les forces qui l’habitent. Si
ce texte a bien une dimension prophétique dans la mesure où il annonce l’avènement à la fin des
temps d’une cité céleste
d’où la nuit aura disparu
et où l’arbre de vie sera
rétabli, elle est aussi
une description des
L’APOCALYPSE
turbulences
de
De saint Jean,
l’histoire humaine
et de chaque hisillustrée par
toire individuelle.
la tapisserie d’Angers,
« La prophétie de
Éditions
l’Apocalypse est un
chemin de connaisDiane de Selliers,
sance de soi. Elle
404p., 65 €.
concerne le cœur de
l’homme, éclairant celui-ci sur ce qui l’égare et
le détruit. Le récit guide vers
une transformation profonde de
l’être », dit encore Paule Amblard.
« Il ne s’agit pas de comprendre
l’Apocalypse, mais de se promener
l’Apocalypse avait montré avant la
dedans », écrivait aussi Paul
psychanalyse que l’homme porte
Claudel. Une promenade initiatique
en lui son propre pouvoir de desqu’on fait ici dans la compagnie
truction et que s’il ne connaît pas sa
rassurante de Jean, que la tapisserie
d’Angers met en scène de façon très
expressive dans ses tableaux.
Sixtine de laine
Historienne de l’art et spécialiste de
la symbolique chrétienne médiévale,
Paule Amblard retrace aussi la genèse de cet ouvrage d’art exceptionnel
dont les dimensions - 775 mètres
carrés – font une sorte de chapelle
Sixtine de laine. Réalisée au XIVe siècle, époque de conflits et d’épouvantables épidémies – une personne
sur trois est morte de la peste en
France –, elle mobilisa plusieurs
corps de métiers dirigés par un maître
d’ouvrage pour tisser les « patrons »
de l’artiste Hennequin de Bruges. Elle
connut ensuite une destinée éprouvante, fut utilisée à la fin du XVIIIe
comme bâche sur des chantiers ou
dans des écuries, faillit disparaître
avant d’être retrouvée au milieu du
XIXe. La dernière restauration, en
1981, mit au jour l’envers spectaculaire de cette tapisserie qui avait été
conçue pour pouvoir être vue sur ses
deux faces : ainsi furent révélées ses
couleurs originales, d’une vivacité
insoupçonnée. C’est ce côté-là, invisible d’ordinaire, qui a été photographié dans ce volume. « Viens ! Que celui qui entend dise : Viens ! Et que
l’homme assoiffé s’approche, que
l’homme de désir reçoive l’eau de la vie
gratuitement », dit la fin de l’Apocalypse. Cet ouvrage magnifique est
une invitation à suivre l’appel. ■
L’HISTOIRE DU VRAI SPIROU
DES RIVIÈRES
ET DES POÈMES
Un sol craquelé, des empreintes
de feuilles ou de pattes d’oiseau,
au milieu coule une rivière,
des arbres en majesté
ou des troncs sciés, une plage
déserte… Ce sont quelques-unes
des photos en noir et blanc prises
par Jean-Luc Chapin. Des images
de paysages, de plantes, de cours
d’eau ou encore de traces laissées
par des animaux. C’est paisible
et beau, étrange et mélancolique.
Le livre tire sa force de l’ensemble
uni comme les doigts de la main :
les photos, la préface de Muriel
Barbery et la poésie de Jean-Marie
Laclavetine que l’on découvre.
« Vieille cicatrice cousue de fil noir/
Sur la peau du fleuve/ L’œil
demande réparation/ Dans le carré
noir et gris l’unité s’accomplit/ Dans
le carré le monde est uni/ Le monde
M. A.
tient bon/ Pour un peu. »
➜ Natures
Photographies de Jean-Luc Chapin,
textes de Jean-Marie Laclavetine,
préface de Muriel Barbery,
Gallimard, 164 p., 39 €.
Les éditions Dupuis, qui créèrent en 1938 Le Journal de Spirou
et son personnage éponyme inventé par le dessinateur Rob-Vel,
ont lancé une série où des grands noms de la BD se relaient pour raconter
une histoire mettant en scène le groom en habit rouge. Dans le nouvel
album de cette série, Verron et Sente imaginent l’histoire du garçon
qui inspira à Rob-Vel le personnage de Spirou, un mousse qu’il avait
rencontré sur le paquebot où il était steward dans les années 1920-30.
L’histoire se passe à Noël en 1929. C’est la crise économique. Afin
de négocier les frais de port, le directeur de la compagnie transatlantique
s’embarque pour New York avec sa jeune
fille malade. Sur leur paquebot se cache
un acrobate orphelin qui veut tenter
sa chance en Amérique… Une jolie BD
d’aventure vintage, pleine d’espièglerie
A. L.
et de tendresse.
➜Il s’appelait Ptirou
De Verron et Sente, Dupuis, 80 p., 16,50 €.
L’ABCÉDAIRE JÉSUS
LETTRES DE BALZAC
Avec ce troisième volume, nous avons
désormais l’intégrale de la correspondance de
Balzac dans la « Pléiade ». On y retrouve le grand
amour de sa vie, Eveline Hanska, désormais libre.
Les deux amants parcourent l’Europe :
Saint-Pétersbourg, Berlin, Amsterdam, Rome
et l’Ukraine, terre d’élection de Mme Hanska, qu’il
a épousée. C’est une période faste pour l’auteur
du Père Goriot, libéré des soucis financiers.
« De 1833 à 1843, il s’est écoulé dix années,
écrit-il, pendant lesquelles tous les sentiments
que je lui porte ont, contrairement à la loi commune, grandi, de tous les chagrins
de l’absence, et de toutes les déceptions que j’ai eues. On ne refait ni le temps
ni les affections ! » Les lettres à son éditeur Hetzel permettent de suivre
la genèse de ses œuvres : Modeste Mignon, Petites misères de la vie conjugale,
La Cousine Bette et Le Cousin Pons. Par ailleurs, Balzac, à travers ses
correspondants, ne nous cache rien de ses tentatives infructueuses d’entrée
THIERRY CLERMONT
à l’Académie française, malgré l’appui de Victor Hugo.
➜ Correspondance, t. III (1842-1850)
D’Honoré de Balzac, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1 424 p., 65 €.
Ce Dictionnaire des évangiles de MarieFrançoise Baslez, ancienne élève de
l’ENS, professeur émérite à la Sorbonne,
à la chaire d’histoire des religions
de l’Antiquité, a l’immense mérite d’allier
simplicité, concision, facilité d’utilisation
et une érudition extrêmement solide.
On entre dans l’ouvrage par le nom
des personnages, lieux, institutions
et événements mentionnés
dans les évangiles : Auguste, Femmes,
Caïphe, Pâques, Temple, etc.
L’auteur combine un point de vue
historique sur les faits mentionnés dans
les évangiles et l’interprétation qu’on
peut en donner à la lumière de l’Ancien
Testament, des religions de l’époque et
de la foi de ses rédacteurs. À l’article
Baptême, par exemple, elle évoque les
pratiques cultuelles de purification dans
l’Antiquité, la différence du baptême
que proposait Jean, et la particularité
du baptême de Jésus, événement
A. L.
majeur des quatre évangiles.
➜ Jésus, dictionnaire
historique des évangiles
De Marie-Françoise Baslez,
Omnibus, 300 p., 30 €.
LE FIGARO
■ Au cœur de la vie et du martyre.
À
LIRE
C’est un road-trip bien particulier,
où l’aventure humaine côtoie le sacré,
où les roues d’une vieille 4L usent
leur gomme sur la longue route
de l’Histoire. Vincent Gelot, 26 ans,
a voyagé deux années durant à la
rencontre des chrétiens d’Orient. D’étape
en étape, il est devenu le témoin de l’appel
à l’aide de ces communautés multiséculaires
S’attaquer au mythe de Carmen n’était
pas chose aisée. La femme fatale
de Mérimée a nourri un imaginaire
pléthorique depuis près de deux siècles,
du théâtre à la poésie, en passant
par le cinéma et la musique
avec Georges Bizet. Que pouvait-on
encore en dire, en lire ou en écrire ?
Cette question, Benjamin Lacombe l’a
tranchée avec singularité et talent.
L’illustrateur renoue ici avec les démons
du macabre en offrant un tableau
baroque et gothique de la tragédienne.
Regard noir, mantille sur les cheveux,
lèvres rouge sang, la bohémienne est
plus irrésistible que jamais. Sans jamais
trahir l’histoire de jalousie contée par
Mérimée, le dessinateur la sublime en
tissant au fil des pages l’image d’une
sorcière dévorant, telle une mante,
les mâles tombant dans sa toile. Difficile
de ne pas succomber à la tentation…
ALICE DEVELEY
➜ Carmen
De Benjamin Lacombe,
Métamorphose, 176 p., 32,50 €.
7
malmenées par la marche violente
du siècle, menacées en bien des
lieux de disparition. Ce voyage si
riche de sens a donné naissance
à un livre magnifique, tant par
les photos inédites que par les
textes témoignages qui l’émaillent.
EN TÊTE
ARNAUD DE LA GRANGE
littéraire
Chrétiens d’Orient. Périple au cœur d’un
monde menacé. Albin Michel, 272 p., 49 €.
UNE CARMEN
GOTHIQUE
jeudi 21 décembre 2017
DÉSERT, DÉSIR
« Le Désert… Ah ! Le Désert… » Quand
il en parle, le romancier Yasmina Khadra
a des trémolos dans la plume. Il écrit que
toute chose en ce bas monde a une fin,
semble-t-il : « Les joies comme les
peines, les triomphes comme les sièges,
les expéditions punitives comme les
chemins de croix, la soumission comme la souveraineté claironnante
de ces apprentis sorciers qu’on appelle les Hommes… » Toute chose… ?
« Le Désert… Quel affront pour moi, ce mot ! » Suit un texte d’un lyrisme qui
donne des frissons. Jamais, peut-être, Yasmina Khadra n’est allé aussi loin
dans la prose poétique. C’est qu’il l’aime, son désert, lui, le bédouin. C’est
son lieu originel. Il n’a accepté qu’un compagnon de voyage : Lassaâd Metoui,
M. A.
le calligraphe aux traits enchantés, lui, aussi, enfant du désert.
➜ Ce que le mirage doit à l’oasis
De Yasmina Khadra, œuvres de Lassaâd Metoui, Flammarion, 194 p., 21,90 €.
PENSEURS ANTIQUES
« L’antiquité ne nous a pas seulement offert
une Renaissance, elle nous a appris à devenir
intelligents », écrit Jean-Louis Poirier, collaborateur
de l’édition des présocratiques et des épicuriens dans
la « Bibliothèque de la Pléiade », qui nous présente une
sélection de textes classiques qui relèvent de ce
que nous appelions autrefois « les humanités »,
car ils appartiennent aux fondements de la culture
européenne. Tous les grands penseurs de l’Antiquité
gréco-romaine y sont présents, de Pythagore à
Boèce, qui vécut au début du VIe siècle, en passant par
saint Augustin d’Hippone. Des extraits des œuvres
canoniques d’Héraclite, Platon, Aristote, Plotin,
Sénèque, Épicure, Lucrèce, mais aussi Plutarque
et Thucydide ou Cicéron, d’autres encore, illustrent
les grands courants de pensée de l’Antiquité.
PAUL-FRANÇOIS PAOLI
➜ Bibliothèque idéale des philosophes antiques,
de Pythagore à Boèce
Les Belles Lettres, 684 p., 29,50 €.
NEW YORK
SUR CRIMES
De l’assassinat de Helen Jewett en 1836
jusqu’à l’attaque des Tours jumelles en
2001, en passant par la mystérieuse
disparition de Ruth Cruger (1917), le meurtre
de la baignoire (1936), les exactions du gang
des Vampires (1959) ou le braquage chez
Tiffany (1994), le fonds d’histoires
criminelles de New York est inépuisable.
Baroque et démesuré aussi à l’image
de la Grosse Pomme. Ces archives,
très diverses, proviennent des dossiers
des administrations (policiers, magistrats,
prisons…) enrichies de l’aide d’experts en
tout genre (médecins légistes, balisticiens,
thanatologues, graphologues, psychiatres…). L’historien Bruno Fuligni
nous présente la sélection la plus noire de ces documents distillés sous la forme
de récits qui cognent et de photos qui hypnotisent. Au-delà du fait divers, on en
apprend beaucoup sur les conditions de vie et les inégalités sociales, les interdits
JEAN-MARC BASTIÈRE
et la sexualité, etc. La réflexion suit la sidération.
➜ Police de New York. 200 ans de crimes et faits divers
De Bernard J. Whalen, Philip Messing et Robert Mladinich, L’iconoclaste, 456 p., 29 €.
LA FAMILLE
AU MOYEN ÂGE
Voici un livre rare, aussi remarquable
sur le plan esthétique qu’émouvant.
Chiara Frugoni, spécialiste de l’histoire
du Moyen Âge, y commente deux cents
illustrations dont certaines sont
réalisées par de très grands peintres
mais aussi par des anonymes.
Elles représentent la vie familiale,
en particulier aux XIIIe et XIVe siècles, en
Italie mais aussi en France. « Comment
vivaient les hommes, les femmes (…)
et surtout les enfants du berceau
à la première enfance au Moyen Âge ?
J’ai voulu le raconter, en tissant textes
et images en un fil continu, qui a révélé
(…) des aspects insolites
et surprenants. » Ainsi par exemple de
ce texte de recommandation d’un mari à
sa femme intitulé Le Mesnagier de Paris
qui nous fait partager l’intimité d’un
couple parisien à la fin du XIVe siècle. Un
livre en tout point exceptionnel. P. F. P
➜ Vivre en famille au Moyen Âge
De Chiara Frugoni,
Les Belles Lettres, 343 p., 25,50 €.
Le rêve, machine à créer
DANIEL BERGEZ Du Moyen Âge aux surréalistes, peintres et écrivains se sont inspirés de leurs songes nocturnes.
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
D
ANIEL
BERGEZ
aime enjamber
les
ponts.
De par sa formation,
on
pourrait
le
qualifier
d’honnête homme au sens
du XVIIe siècle, il s’intéresse aux lettres et aux
sciences humaines, il est
agrégé et docteur d’État.
Ses travaux ont porté à plusieurs reprises sur les rapports entre la peinture et la littérature. Il est directeur de
collections universitaires, critique
littéraire et critique d’art, et luimême artiste peintre – il expose
dans le monde. Un de ses livres a
particulièrement attiré notre attention, parce qu’il parle de Gao
Xingjian, peintre de l’âme, Prix
Nobel de littérature en 2000,
auteur français d’origine chinoise,
écrivant dans les deux langues,
celle de son pays natal et celle de
son pays d’adoption.
PEINDRE
LE RÊVE
De Daniel Bergez,
Citadelles
& Mazenod,
200 ill. couleurs,
256 p., 69 €.
Dans Peindre le rêve, Daniel Bergez embrasse des siècles de représentation du rêve en peinture, du
Moyen Âge aux surréalistes.
Bergez affirme : « Au gré des
époques et des mouvements esthétiques, le rêve suscite des allégories, nourrit des fantaisies
légères ou nocturnes, ouvre
un questionnement métaphysique ou se confond avec un
chimérisme porteur d’illusion. »
Et d’ajouter : « Le symbolisme
puis le surréalisme imposeront
le rêve comme un foyer d’inspiration, le confondant même
avec le processus de création. »
Il parle du rêve, mais le cauchemar produit les mêmes effets. Le propos et commentaires, comme les illustrations qui
les accompagnent, sont instructifs
et passionnants. L’iconographie
est un travail d’orfèvre. C’est un
angle original que propose Bergez.
Où l’on voit que le rêve se transforme en une machine à créer des
romans et des tableaux.
Bien sûr, l’auteur s’appuie sur
les exemples les plus célèbres –
quel grand peintre n’a pas tenté
d’imprimer ses rêves ? On croise
et on admire Gauguin, Picasso,
Cézanne, Dürer, Géricault, Paul
Klee, Bosch et tant d’autres du-
rant ces superbes deux cent cinquante pages (l’index est impressionnant) ; mais on s’appuie aussi
sur les œuvres des écrivains, des
philosophes, des artistes (on pense
à Charlie Chaplin), des musiciens.
Victor Hugo se retrouve dans les
deux catégories : la plume et le
trait. L’auteur du Dernier jour d’un
condamné à mort symbolise bien
l’entreprise de Daniel Bergez : la
peinture et la littérature se mêlent
et se nourrissent l’une de
l’autre. ■
A
Symbolisme
jeudi 21 décembre 2017 LE FIGARO
8
■ Perry-Salkow, roi des mots
Nous voilà, comme Alice, passés
de l’autre côté du miroir. D’un
seul coup, notre regard se
penche et oscille de gauche à
droite. Les mots sont devenus
de petites bêtes sans queue ni
tête, qui se lisent dans les deux
sens. Surréaliste ? Fantastique ?
Abracadabrantesque ? Voilà
EN TÊTE
littéraire
l’incroyable ouvrage que nous
propose de découvrir
Jacques Perry-Salkow.
Dans son Vivarium
de palindromes, le génial
poète et créateur fou
d’anagrammes nous offre
une balade hallucinée
à travers une galerie de petits
poèmes en prose. Dans ce musée de
papier, le lecteur vogue alors de Tokyo
à Kyoto, dans la rue Verlaine, génial
rêveur, jusqu’à l’Etna de Dante. Chaque
phrase se transforme en réservoir
d’histoires. L’Odyssée, Le Comte de
Monte-Cristo… On se perd et l’on revient
d’avant en arrière avec délectation dans
ces couloirs littéraires.
ALICE DEVELEY
Le Vivarium des palindromes,
Fayard, 140 p., 15 €.
À
LIRE
Cocteau mis en scène par un peintre
MANUSCRIT Introuvable depuis 1957, le texte de « La Voix humaine », calligraphié et illustré par Bernard Buffet, reparaît aujourd’hui.
BRUNO CORTY
bcorty@lefigaro.fr
C’
EST une histoire
simple, poignante, celle d’une
femme qui tente
de joindre au téléphone l’homme qu’elle aime et qui
la quitte pour une autre. Cocteau a
écrit cette pièce de théâtre en un
acte en 1929. Elle a été créée par
Berthe Bovy pour la première fois
à la Comédie-Française, dans une
mise en scène de Jean-Pierre
Laruy, le 15 février 1930. Lors de la
première représentation privée,
les surréalistes, emmenés par
Éluard, firent scandale en attaquant Cocteau sur sa vie sentimentale. La polémique sera étouffée par la force du texte qui
inspirera à Pierre Bost ce commentaire dans La Revue hebdomadaire : « Ce qui surtout est émouvant ici, c’est la situation ellemême, ce drame de la présenceabsence, ce dialogue-monologue ;
et ce qui fait de cette scène rapide
une vraie tragédie, c’est cet appareil insensible, image de la fatalité,
plutôt que les paroles qu’il apporte
et emporte. »
Au lieu d’illustrer lui-même son
texte, le poète accepta de confier le
travail à un jeune peintre au style
si particulier, Bernard Buffet.
Lequel avait déjà illustré Les
Chants de Maldoror de Lautréamont et Recherche de la pureté de
Jean Giono. « Médiéval. C’est le
terme qui s’impose si je cherche à
résumer d’un mot l’œuvre de Bernard Buffet. Sa chance semble venir
d’avoir touché la corde d’un des
pendus de Villon », écrira Cocteau,
cité à la fin de l’ouvrage par sa
petite-nièce, Dominique Marny.
LA VOIX HUMAINE
De Jean Cocteau,
illustrations
de Bernard Buffet,
Éditions
des Saints Pères,
30 p., 189 €.
Il y a soixante ans, donc, Bernard
Buffet publia un volume de
28 planches gravées sur papier
d’Auvergne. L’ouvrage, tiré à
150 exemplaires numérotés
et signés par l’auteur de la
pièce et par l’illustrateur,
était devenu une rareté.
On félicitera donc les
éditeurs des Saints Pères
d’avoir exhumé ce monologue qui reste l’une
des pièces de Cocteau les
plus jouées au monde.
Écriture de
« mante religieuse »
Une pièce ici calligraphiée par
Buffet, de son inimitable écriture
de
«mante
religieuse»
sur
religieuse
28 feuillets. La taille irrégulière des
lettres accompagne au mieux ce
déchirant monologue où le téléphone devient objet de torture, se
transforme en revolver et son fil en
arme idéale pour le suicide. Buffet
accompagne au plus près ces scènes de souffrance d’une femme au
bout de sa nuit qui s’écrie : « J’ai le
fil autour de mon cou... J’ai ta voix
autour de mon cou. » Le format de
ce manuscrit exceptionnel l’est
aussi puisque le 25 x 35 cm habituel
est ici remplacé par un format tout
en hauteur de 25 x 49 cm.
Depuis sa création, la pièce de
Cocteau a été jouée sans interruption
dans le monde entier. Un an après le
travail de Bernard Buffet, Francis
Poulenc composera une tragédie lyrique en un acte, créée par Denise
Duval, Salle Favart à Paris. Des actrices comme Simone Signoret ou
Ingrid Bergman joueront ce texte.
Mais aucune version ne sera jamais
aussi forte et impressionnante que
celle de Bernard Buffet, le «prince
des fleurs de l’encre et du fil de fer». ■
L’EVEREST EN BRETAGNE
À offrifrfrir
ou à s’o
présente
UN COFFRET EXCLUSIVEMENT
RÉSERVÉ AUX AMOUREUX
DE LA LANGUE FRANÇAISE
Marc Pennec a passé sa vie dans
les fourrés, comme Rick Bass. L’écrivain
américain s’est réfugié dans le Montana.
Pennec a pour lui les monts d’Arrée : 385 m
d’altitude. Grand reporter à Ouest France
et préfacier de Xavier Grall, il est aussi
poète sur la route. En Arrée est le chant
d’un monde, celui de la Bretagne intérieure,
jaune et tourbe, des sentiers troués
de flaques. Les montagnes de l’Arrée sont
« nos Everest », jure-t-il. Pennec chemine
en invoquant ses oncles d’Amérique,
Kerouac et Harrison. Ce récit de plein vent
est illustré par Nono, dessinateur au
Télégramme. Ses dessins sont beaux et
simples, comme le verbe de Pennec. Dans
« La Petite Carrée », les Éditions Dialogues
ont le mérite de publier des beaux livres qui
ne coûtent rien. On y trouvait Perros, Le Guillou ou Le Men. En Arrée s’ajoute à la collection.
Ce carnet de voyage ne restera pas sur la table basse. On le trimballera avec nous, de Brest
PIERRE ADRIAN
jusqu’au Montana.
Petit traité singulier des
pléonasmes
➜ En Arrée De Marc Pennec et Nono, Dialogues, 104 p., 14 €.
insoupçonnés
par Jean-Loup Chiflet
nuances
Les
de la langue française
par Jean-Loup Chiflet
Le fabuleux destin des
noms propres
devenus communs
A
par Jean Maillet
24,90€
ACTUELLEMENT DISPONIBLE
Chez tous les marchands de journaux, en librairie et sur www.figarostore.fr
DANS L’INTIMITÉ DE GAINSBOURG
On ne peut pas la rater cette maison de la rue de Verneuil tant
sa façade est incroyablement et artistiquement taguée.
Ici vécut Serge Gainsbourg de 1969 à sa mort en 1991.
La demeure est restée en l’état. Un musée interdit au public.
D’où l’intérêt de ce livre composé de photographies de Tony
Frank, l’auteur de la pochette de l’album mythique Mélodie Nelson
ou de la tout aussi mythique photo des fesses de Polnareff.
Quand on aime Gainsbourg, voir ses collections, ses objets,
ses disques d’or, ses livres, le poster géant de Bardot,
c’est un peu comme effectuer un pèlerinage. C’est en tout cas
un bel hommage à cet artiste hors-norme qui nous manque. B. C.
➜ Gainsbourg, 5 bis rue de Verneuil
Photographies de Tony Frank, textes de Jean-Pierre Prioul,
préface de Charlotte Gainsbourg, E/P/A, 179 p., 29,90 €
« Le Figaro Littéraire »
vous souhaite de bonnes fêtes
et vous donne rendez-vous le 11 janvier 2018
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
77
Размер файла
11 497 Кб
Теги
Le Figaro, newspaper
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа