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Le Monde 22694 2017

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LE MONDE
DES LIVRES
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
74E ANNÉE– NO 22694
2,50 € – FRANCE MÉTROPOLITAINE
WWW.LEMONDE.FR ―
FONDATEUR : HUBERT BEUVE-MÉRY
DIRECTEUR : JÉRÔME FENOGLIO
Après le passage
de la tempête
Tembin, sur l’île
de Mindanao,
aux Philippines,
le 23 décembre.
GF CABRERA/AFP
▶ La littérature
peut-elle réparer le
monde ? Un entretien
avec le critique
Alexandre Gefen
▶ Justine Augier,
Jérôme Ferrari, Olivier
Guez, Yannick Haenel,
Philippe Jaenada, Lola
Lafon et Camille Laurens évoquent ces
romans qui leur ont
fait du bien
SUPPLÉMENT – 4 PAGE S
2017 LE CLIMAT S’EMBALLE
▶ Les dernières données
▶ 2017 est l’année la plus
▶ La saison cyclonique
▶ Après une pause,
des météorologistes, qui
viennent de paraître, démontrent l’aggravation du
réchauffement planétaire
chaude jamais enregistrée,
après 2015 et 2016, marquées par l’effet naturel
et aggravant d’El Niño
aura été exceptionnelle,
avec son cortège de catastrophes humaines et de
coûts économiques
les émissions atmosphériques de CO2 ont à
nouveau augmenté
Enquête
L’Iran, maître
du jeu régional
Education
HEC est-elle
à vendre ?
Avec la fin du « califat »
de l’EI en Irak et en Syrie,
Téhéran s’est ouvert un
corridor stratégique
jusqu’à la Méditerranée
Face à la baisse des dotations publiques, les grandes écoles de commerce
menacent de faire appel
à des capitaux privés
PAGES 1 2 - 1 3
PAGE 9
mercredi 27 décembre, les résultats
de son dernier
recensement
I
l s’agit sans doute du premier terroriste français
d’envergure arrêté en Syrie. Le vétéran du djihad Thomas Barnouin, ancien membre
de la filière irakienne d’Artigat
(Ariège), aujourd’hui combattant de l’organisation Etat islamique (EI), a été arrêté à la midécembre par les forces kurdes
en Syrie, en compagnie de plu-
VARIATION ANNUELLE DE LA POPULATION ENTRE 2010 ET 2015
Plus forte
augmentation
Plus forte
baisse
▶ Au 1er janvier 2015,
la population atteignait 66,19 millions
d’habitants, avec un
solde naturel et
migratoire positif
▶ Toujours impor-
tante, la croissance
démographique
se concentre sur des
portions de territoire
de plus en plus
restreintes
PAGE 7
sieurs autres combattants
français. Thomas Barnouin est
visé par un mandat de recherche de la justice française. Contacté par Le Monde, Khaled
Issa, représentant du Rojava
(Kurdistan syrien) en France,
précise que ce groupe de six
Français a été interpellé par la
branche armée du Parti de
l’union démocratique (PYD)
syrien dans la région d’Hassaké
(Nord-Est). Parmi les prisonniers figure un compagnon de
route de Thomas Barnouin,
Thomas Collange, ancien
membre, lui aussi, de la cellule
d’Artigat, l’une des premières
filières d’acheminement de
djihadistes vers l’Irak au milieu
des années 2000.
Italie
Rome renonce
au droit du sol
PAGE 4
PAGE 8
La croissance s’est accélérée à la fin de cette année
et est au plus haut depuis
2011. Les chiffres du chômage, publiés par l’Insee
mercredi 27 décembre,
montrent un léger mieux.
Ces indicateurs s’ajoutent
à d’autres bons chiffres,
comme l’accroissement
de la confiance des investisseurs étrangers dans
notre pays. Dès lors, les
économistes envisagent,
avec retenue cependant,
une embellie en 2018
PAGE 1 0
CLANDESTINE FILMS ET PYRAMIDE PRÉSENTENT
‘‘ UNE PARABOLE MAGIQUE
CONTRE L’INJUSTICE ’’
Les Inrockuptibles
Défense
Des crédits gelés
rétablis dans le
budget des armées
PAGE 8
Cinéma
Notre sélection
des meilleurs
films de l’année
Petite
couronne
PAGE S 1 4 - 1 5
1
ÉD ITO R IAL
▶ Les grandes couron-
nes des agglomérations sont les plus
attractives
PAGE S 2 - 3
Syrie Au moins six djihadistes français arrêtés
INSEE LA FRANCE RECOMPOSÉE
▶ L’Insee a publié,
Economie
Des (prudentes)
raisons
d’espérer
Guadeloupe
Martinique
Guyanne
La Réunion
RÉDUIRE
LA VITESSE POUR
SAUVER DES VIES
UN FILM DE RUNGANO NYONI
ACTUELLEMENT AU CINÉMA
P A G E 19
Algérie 220 DA, Allemagne 3,00 €, Andorre 3,00 €, Autriche 3,10 €, Belgique 2,70 €, Cameroun 2 100 F CFA, Canada 5,20 $, Chypre 2,70 €, Côte d'Ivoire 2 100 F CFA, Danemark 33 KRD, Espagne 2,90 €, Finlande 4,50 €, Gabon 2 100 F CFA, Grande-Bretagne 2,40 £, Grèce 3,00 €, Guadeloupe-Martinique 2,90 €, Guyane 3,00 €,
Hongrie 990 HUF, Irlande 2,90 €, Italie 2,90 €, Liban 6 500 LBP, Luxembourg 2,70 €, Malte 2,70 €, Maroc 17 DH, Pays-Bas 3,00 €, Portugal cont. 2,90 €, La Réunion 2,90 €, Sénégal 2 100 F CFA, Slovénie 2,90 €, Saint-Martin 3,00 €, Suisse 3,90 CHF, TOM Avion 500 XPF, Tunisie 3,10 DT, Afrique CFA autres 2 100 F CFA
2|
INTERNATIONAL
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
L E C H A N G E M E N T C L I M AT I Q U E
Réchauffement :
2017, troisième année
record d’affilée
Marqués par une accumulation d’événements
extrêmes, ces derniers mois ont vu repartir
à la hausse les émissions de gaz à effet de serre
L’
époque semble singulièrement lointaine où le débat
public était saturé d’escarmouches sur l’« arrêt » ou la
« pause » du réchauffement.
Selon les données présentées
fin décembre par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’année en cours
sera l’une des trois plus chaudes jamais observées depuis le début des relevés à la fin du
XIXe siècle, et très probablement depuis
beaucoup plus longtemps. Elle sera surtout,
quoi qu’il arrive, la plus chaude jamais enregistrée en l’absence du phénomène El Niño.
Ce cycle naturel de réchauffement du Pacifique qui, tous les trois à sept ans, tire les températures vers le haut, avait bel et bien marqué les deux années occupant les premières
marches du podium : 2016 et 2015.
Au total, la moyenne des cinq dernières années devrait se situer à 0,40 0C au-dessus de
la moyenne 1981-2010, et au-dessus du seuil
de 1 0C de réchauffement par rapport à la période préindustrielle. Rien ne laisse présager
un tassement prochain de cette tendance.
C’est plutôt le contraire. « Le plus fort taux de
croissance de dioxyde de carbone [CO2] atmosphérique a été relevé entre 2015 et 2016 »,
fait ainsi valoir la climatologue Valérie Masson-Delmotte, chercheuse (CEA) au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement et coprésidente de l’un des trois panels du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
ACCENTUATION DU PHÉNOMÈNE
Or, cette augmentation record de la concentration atmosphérique en CO2 s’est produite en raison de l’inertie du système climatique, alors que les émissions humaines
du principal gaz à effet de serre stagnaient
depuis 2014. Mais, comme le rappelle Valérie Masson-Delmotte, « ces émissions sont
estimées être reparties à la hausse en 2017,
avec + 2 % » par rapport aux niveaux de
2016. On peut donc s’attendre à une accentuation du réchauffement à l’avenir. Outre
l’envolée du mercure, des événements ex-
trêmes successifs ont scandé l’année qui
s’achève. « Nous avons été témoins d’une
météorologie extraordinaire, avec des températures excédant les 50 0C en Asie, une succession d’ouragans record dans la Caraïbe et
l’Atlantique, atteignant jusqu’à l’Irlande, une
mousson dévastatrice qui a affecté plusieurs
millions de personnes et une sécheresse implacable en Afrique de l’Est, a déclaré le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas.
Plusieurs de ces événements – des études
scientifiques détaillées diront combien précisément – sont le révélateur du changement
climatique causé par les émissions humaines de gaz à effet de serre. »
Sans être exceptionnelle par son intensité,
la saison cyclonique a battu, dans le bassin
atlantique, un record en termes de dégâts
économiques. A lui seul, l’ouragan Harvey a
coûté, selon une estimation provisoire de
deux chercheurs de la Ball State University
(Muncie, Indiana), près de 200 milliards de
dollars (168 milliards d’euros). Et, en comptant les dommages occasionnés par les ouragans Irma et Maria, la facture de la saison
2017 pourrait peser au total plus de 400 milliards de dollars. Du jamais-vu.
Au Texas, une grande partie des dégâts ont
été le fait d’inondations catastrophiques,
causées par l’effet conjugué de l’élévation du
niveau de la mer et les pluies exceptionnelles générées par l’ouragan Harvey, les plus
fortes jamais enregistrées sur le territoire
des Etats-Unis.
Depuis la fin de l’automne, plusieurs laboratoires ont cherché les grands déterminants de ces précipitations inédites. « Trois
publications scientifiques montrent que le réchauffement climatique induit par nos rejets
de gaz à effet de serre a joué un rôle dans les
caractéristiques des précipitations d’Harvey », rappelle Valérie Masson-Delmotte. Ces
travaux suggèrent que la probabilité d’un tel
désastre pluviométrique, dans la région concernée, a été multipliée par un facteur trois à
six, en raison du réchauffement en cours.
D’autres épisodes de précipitations intenses ont frappé plusieurs régions du monde.
« NOUS AVONS ÉTÉ
TÉMOINS DE
TEMPÉRATURES
EXCÉDANT LES 50 0C
EN ASIE, D’OURAGANS
RECORD,
D’UNE MOUSSON
DÉVASTATRICE… »
PETTERI TAALAS
Organisation
météorologique mondiale
En Asie du Sud d’abord, où, selon les chiffres
des Nations unies, environ 41 millions de
personnes ont été affectées (principalement
au Népal, en Inde et au Bangladesh) par de
fortes inondations. En Afrique de l’Ouest,
des coulées de boue liées à des pluies
diluviennes, à l’urbanisation sauvage et au
déboisement ont fait plus de 500 morts à
Freetown (Sierra Leone)… Des événements
analogues se sont également produits en
Amérique du Sud, rappelle l’OMM dans son
état des lieux, notamment au Pérou et en
Colombie.
SÉCHERESSE TORRIDE
La part jouée par le réchauffement dans ces
événements extrêmes n’est pas toujours
attestée ; il est même souvent impossible
d’attribuer un événement météorologique
isolé à la tendance lourde du dérèglement
climatique. Cependant, de nombreux phénomènes ayant marqué l’année en cours
correspondent à ce qui est prévu par les
climatologues dans un monde plus chaud.
Des vagues de chaleur et des sécheresses estivales plus fréquentes sont notamment attendues dans la région méditerranéenne.
L’année 2017 a vu des déficits pluviométriques record dans le sud-est de la France et en
Italie – où la récolte d’olive a chuté de 62 %
par rapport à l’année précédente, selon
l’OMM – et des épisodes caniculaires sur la
péninsule Ibérique. En Espagne, il faisait
ainsi 46,9 0C à Cordoue le 12 juillet, et à Grenade, le lendemain, le thermomètre affichait
45,7 0C. Au Portugal, cette sécheresse torride
a favorisé et nourri des vagues de feux de
forêts inédits qui ont causé la mort de
cinquante personnes.
Les forêts d’Amérique du Nord ont, elles
aussi, payé un lourd tribut. Au Canada, la
province de Colombie-Britannique a connu
sa « pire saison d’incendies de l’ère moderne »,
selon John Abatzoglou, professeur associé à
l’université de l’Idaho, spécialiste des liens
entre climat et incendies. Près de 1,2 million
d’hectares ont brûlé – c’est 50 % de plus que
le dernier record, qui remonte à 1958. Là
encore, la chaleur anormale est en cause.
De même, la Californie a été touchée par
une saison d’incendies inconnue des annales. Alors que les feux cessent généralement
de brûler la forêt du grand Etat de l’Ouest
américain en novembre, les sapeurs-pompiers luttaient encore contre les flammes à la
veille de Noël, jusqu’aux portes des grandes
métropoles du Golden State. p
stéphane foucart
Harvey, Irma, Maria : une saison cyclonique au bilan désastreux
En deux mois, dix ouragans se sont succédé dans l’Atlantique, semant la mort et causant des centaines de milliards de dollars de dégâts
I
ls se sont appelés Franklin,
Gert, Harvey, Irma, José, Katia, Lee, Maria, Nate et Ophelia. Une série de dix ouragans
consécutifs dans l’Atlantique
Nord, qu’aucune tempête tropicale – moins puissante – n’est venue interrompre. Du jamais-vu
depuis que les satellites météorologiques observent la Terre.
Entre août et octobre, les médias n’ont eu d’yeux que pour les
cartes du centre américain de
suivi des cyclones de la National
Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) : on y voyait
éclore les immenses tourbillons
au-dessus de l’océan, on en suivait les trajectoires prévues et on
en guettait les changements d’intensité. Pendant plus de deux
mois les ouragans se sont succédé quasiment sans interruption, en un véritable cortège.
Un cortège funèbre pour les
plus dévastateurs d’entre eux. De
cette saison cyclonique 2017
hyperactive resteront quelques
images marquantes. Fin août,
l’ouragan Harvey, scotché au-dessus du Texas, submerge les côtes
du « Lone Star State » sous des
pluies diluviennes. A Nederland,
on enregistre 1,54 mètre de précipitations en quelques jours ! A
Houston, subitement devenue
cité lacustre, des centaines de
milliers d’habitants, piégés par la
montée des eaux, grimpent dans
les étages de leurs maisons inondées pour attendre les secours.
Quelques jours plus tard, pour
la première fois de l’histoire, un
ouragan de catégorie 5, soit le
plus haut degré de l’échelle de
Saffir-Simpson qui classe les cyclones tropicaux en fonction de la
vitesse de leurs vents, s’abat sur
les Antilles. C’est Irma. Les îles de
Saint-Martin et de Saint-Barthélemy sont dévastées par les éléments déchaînés avant qu’Irma
ne fasse route vers Cuba puis vers
la Floride.
Coût de 306 milliards de dollars
Fin septembre, un second ouragan de catégorie 5, Maria, déboule
plus au sud, touche la Guadeloupe et la Martinique, avant de
ravager Porto Rico, causant de
nombreux morts, détruisant les
cultures et le réseau électrique de
l’île. Moins dramatique, le dernier
ouragan de l’année, Ophelia, s’est
fait néanmoins remarquer
comme le plus oriental des ouragans majeurs jamais formés et
surtout pour avoir frappé… l’Irlande – où il a causé la mort de
trois personnes –, soit bien loin
du continent américain où l’on a
coutume de voir s’abattre ces
catastrophes naturelles.
Avec un total de 17 événements
– 7 tempêtes tropicales et 10 ouragans dont 6 majeurs, c’est-à-dire
atteignant ou dépassant la catégorie 3 dans l’échelle de SaffirSimpson –, 2017 fait clairement
figure d’année agitée. Mais pas
d’année record. Ce « titre » revient
toujours au cru 2005 – l’année du
tristement célèbre ouragan Katrina qui tua près de 2 000 personnes à La Nouvelle-Orléans –
avec 28 événements parmi lesquels on ne compta pas moins de
15 ouragans dont 7 majeurs. Ainsi
que l’a expliqué la NOAA dans son
bilan de la saison cyclonique dans
l’Atlantique Nord publié le 30 novembre, « historiquement, 2017 a
été la septième saison la plus active dans une série d’enregistrements qui commence en 1851 et
cela a été la saison la plus active
depuis 2005 ».
L’agence américaine s’appuie là
sur l’indice ACE (Accumulated Cyclone Energy ou énergie cumulative des cyclones), qui, en se fondant sur la vitesse des vents,
agrège l’énergie estimée de chaque tempête tropicale ou ouragan de l’année. Une saison « normale » dispose d’un indice compris entre 66 et 111.
Avec un score de 223, 2017 est
clairement dans le haut du panier
mais reste à distance de l’indice
enregistré en 2005 (250) et du
record en la matière, obtenu
en 1933 (près de 259). Le mois de
septembre a en revanche été le
plus actif de l’Histoire.
Il est un autre chiffre qui, à sa
manière, dit l’ampleur de cette
saison cyclonique, celui des pertes économiques qu’elle a entraî-
nées. Le 20 décembre, le géant de
la réassurance Swiss Re a rendu
publique son estimation du coût
des catastrophes naturelles pour
2017 : « 306 milliards de dollars
[258 milliards d’euros], contre
188 milliards en 2016, et bien plus
que la moyenne annuelle des dix
dernières années (190 milliards de
dollars) ». Swiss Re ajoute que la
seule perte imputable à Harvey,
Irma et Maria s’élève à presque
93 milliards de dollars.
Mais ce montant ne concerne
que les biens assurés. La facture
réelle de la saison des ouragans
2017 devrait être beaucoup plus
élevée. Publiée le 8 septembre par
deux chercheurs américains, une
estimation du coût de Harvey
pour la seule région de Houston
faisait état d’une addition de près
de 200 milliards de dollars… p
pierre barthélémy
international | 3
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
L’incendie
Thomas
ravage le parc
Los Padres
National Forest,
près d’Ojai,
en Californie,
le 8 décembre.
NOAH BERGER/AP
Des températures toujours plus élevées
ÉCART DE LA TEMPÉRATURE MOYENNE MONDIALE PAR RAPPORT À LA MOYENNE 1981-2010,
EN DEGRÉS CELSIUS
El Niño
Neutre
La Niña
0,6
0,4
0,2
0
– 0,2
Les années marquées par un phénomène El Niño
sont tendanciellement plus chaudes que les
années neutres. Les années marquées par le
phénomène inverse, dit La Niña, sont au
contraire plus fraîches que les années neutres.
– 0,4
– 0,6
1950
1960
1970
1980
1990
2000
2010 2017*
* Valeur calculée sur les onze premiers mois
Un niveau de la mer qui augmente constamment
AUGMENTATION DU NIVEAU MARIN,
EN MILLIMÈTRES
90
80
70
60
50
40
La Californie, victime
d’incendies apocalyptiques
30
20
10
0
Inédits à cette saison, les feux ont dévasté le nord et le sud de l’Etat
– 10
1993
san francisco - correspondante
M
ille cinq cents pompiers ont passé Noël
sur le front des incendies en Californie du Sud. Trois semaines après avoir éclaté, l’incendie Thomas n’était pas encore
totalement contenu mercredi
27 décembre et les sauveteurs ne
pensaient pas pouvoir le déclarer
éteint avant le 7 janvier. Avec
1 100 km2 détruits dans les comtés
de Ventura et de Santa Barbara,
c’est l’incendie le plus vaste qu’ait
jamais connu la Californie. Embrasant le ciel de Los Angeles, il a
entraîné l’évacuation de 105 000
habitants, dont quelques célébrités comme Oprah Winfrey, et
détruit 1 063 constructions.
L’incendie a fait deux morts
– un pompier et une habitante de
70 ans, tuée dans sa voiture alors
qu’elle essayait de fuir. Mais s’il
est le plus étendu de l’histoire de
l’Etat – et l’un des plus spectaculaires –, il n’est pas le plus meurtrier. La tornade de feu qui s’est
propagée au début d’octobre en
Californie du Nord a causé la mort
de quarante-quatre personnes,
pour la plupart des personnes
âgées qui n’ont pas eu le temps de
se sauver alors que les flammes
dévalaient brusquement les collines, en pleine nuit.
Ces feux apocalyptiques, aux
portes des deux grandes métropoles de la Californie, ont fait de la
saison 2017 la plus destructrice jamais enregistrée dans cette partie
des Etats-Unis. Comme le craint le
gouverneur Jerry Brown, les incendies semblent constituer « la
nouvelle norme » de l’Ouest américain. Et l’Etat y est confronté « encore à Noël », a-t-il souligné, bien
au-delà de la saison traditionnellement à risque, qui va de la fin
d’août au début de novembre.
Pour les scientifiques, cet annus
horribilis s’explique par une combinaison de phénomènes qui ont
créé « la recette pour une tempête
parfaite », selon l’expression de
Glen MacDonald, géographe et
spécialiste du climat à l’université
de Californie à Los Angeles (UCLA).
« Nous avons eu des précipitations
significatives l’hiver dernier, ce qui
a produit beaucoup de combustible : feuilles, branches, brindilles,
explique-t-il. Puis, en 2017, non
seulement il n’a pas plu mais nous
avons connu des températures record : dans le nord de l’Etat, pendant l’été ; dans le sud, au mois
d’octobre — qui a été le plus chaud
jamais enregistré. » Phénomène
aggravant, les départs de
flamme se sont produits à des moments où les vents d’automne
– dits « diablo » dans le Nord et
« vents de Santa Ana » dans le
Sud – soufflaient violemment.
« Pire des mondes possibles »
Pour Glen MacDonald, coauteur
d’un article sur le rôle du changement climatique, publié le 16 octobre par la revue scientifique en
ligne PLoS One, l’alternance de
périodes pluvieuses et de sécheresse extrême conduit au « pire
des mondes possibles » sur le front
des incendies. La population doit
se préparer, dit-il, ainsi que les
pouvoirs publics. « Il y a peut-être
des solutions techniques, en matière de résistance des matériaux
ou d’espace de défense entre les
habitations. Peut-être faudra-t-il
restreindre les zones habitables »,
envisage-t-il.
Le coût du seul incendie du
Wine Country, dans le terroir viticole au nord de San Francisco, en
octobre, est estimé à 9,4 milliards
de dollars pour les compagnies
d’assurance. De fait, ces catastrophes ont relancé le débat sur la
viabilité du modèle de développement de la Californie, alors que la
population y a triplé dans la
deuxième moitié du XXe siècle.
Avec son climat méditerranéen, la
région est « en danger perpétuel »,
selon l’expression du San Francisco Chronicle. Mais le risque s’est
accru du fait de la crise du logement, car celle-ci pousse les habitants à s’installer dans les territoires intermédiaires entre zones
sauvages et urbanisées, qui constituaient traditionnellement un
rempart contre les incendies.
Désormais certaines associations proposent de ne plus autoriser la reconstruction dans les secteurs exposés ou de décourager
les propriétaires en élevant le prix
des assurances. Autre suggestion,
les autorités locales pourraient
préempter les terrains les plus à
risque. Ces solutions supposent
que ces dernières prennent le problème à bras-le-corps. Or, jusqu’à
présent, les commissions d’urbanisme ont plutôt tendance à approuver des lotissements – de
préférence de luxe –, malgré les
menaces d’incendie. Quelque
11 millions de Californiens vivent
dans des régions exposées, dont
500 000 foyers dans des zones de
risque élevé.
En attendant des mesures à long
terme, l’administration de l’Etat a
imposé, le 26 décembre, de nouvelles réglementations aux compagnies électriques, soupçonnées
de négligence dans le débroussaillage autour des pylônes. Elles
pourront désormais couper l’électricité aux clients qui refuseront
de faucher la végétation sur leur
propriété. Le service des incendies a aussi entrepris de réviser
ses cartes des zones vulnérables
pour tenir compte de la brusque
aggravation de la menace. p
corine lesnes
1995
2000
2005
2010
2015
2018
Une baisse des surfaces cumulées des banquises
ÉVOLUTION DE LA SURFACE DES BANQUISES, EN MILLIONS DE KM2
ARCTIQUE
ANTARCTIQUE
2
TENDANCE
1
0
–1
–2
TENDANCE
–3
–4
1979
1985
1990
1995
2000
2005
2010
2017
ÉVOLUTION DE LA SURFACE TOTALE DES BANQUISES EN MILLIONS DE KM2
ARCTIQUE ET ANTARCTIQUE
2
1
0
–1
–2
Tendance
–3
–4
1979
1985
INFOGRAPHIE LE MONDE
1990
1995
2000
2005
2010
2017
SOURCE : ORGANISATION MÉTÉOROLOGIQUE MONDIALE
4 | international
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
En Italie, la bataille perdue du droit du sol
La refonte du code de la nationalité est en passe d’être abandonnée à la veille de la campagne pour les législatives
rome - correspondance
L
e courrier est arrivé, mercredi 27 décembre, sur le
bureau du président de la
République, Sergio Mattarella, à l’occasion des 70 ans de
la promulgation de la Constitution italienne. « Monsieur le
président, en une journée aussi
belle et fondamentale pour nos
vies et notre démocratie, notre devoir est de vous rappeler que beaucoup d’entre nous ont appris à la
connaître sur les bancs d’école et,
avec elle, les valeurs de liberté,
égalité, paix et respect, devenant
des citoyens… »
Ainsi commence la lettre que le
mouvement Italiens sans citoyenneté a adressée au chef de
l’Etat pour l’exhorter à permettre
au Sénat d’adopter le texte sur le
ius soli (« droit du sol »), en retardant la dissolution imminente du
Parlement. Cette réforme entraînerait l’accès à la citoyenneté
pour environ 800 000 enfants
d’étrangers nés en Italie ou arrivés en bas âge dans le pays.
Sur le papier, rien ne s’opposerait à la requête des partisans du
droit du sol : les élections législatives n’étant pas prévues avant la
date du 4 mars, le Sénat pourrait
encore se réunir afin d’examiner
le texte, adopté sans difficulté par
la majorité de gauche de la Chambre des députés, quand Matteo
Renzi était encore au pouvoir.
Pourtant, la dissolution des assemblées devait être annoncée
jeudi 28 décembre. Les présidents
du Sénat et de la Chambre des députés devaient être reçus par le
chef de l’Etat pour prendre acte de
la fin de la législature.
Débats désertés
Il est donc très improbable que
l’appel en faveur d’une refonte du
code de nationalité soit entendu,
tant le gouvernement de Paolo
Gentiloni semble avoir reconnu,
ces dernières semaines, son incapacité à trouver une majorité au
Sénat pour que ce texte soit
adopté. Dès lors, plutôt que de
s’exposer à un vote négatif, politiquement désastreux, il était plus
simple pour lui de refuser l’obstacle en feignant d’y croire encore
jusqu’au bout, avant d’incriminer
le manque de temps.
Le texte a donc été présenté au
Sénat, en séance plénière, pour
adoption définitive, le samedi
23 décembre, deux jours avant
Noël. Il ne restait plus qu’à constater que de trop nombreux sénateurs étaient partis en vacances,
puis à renvoyer le vote au 9 janvier
– date à laquelle, selon toute probabilité, l’actuel Parlement aura
cessé d’exister. Ainsi la discussion
aura-t-elle été escamotée à la veille
d’une campagne électorale dont
Lors d’un meeting de la Ligue du Nord contre le projet de loi sur le droit du sol, le 10 décembre, à Rome. MICHELE SPATARI/NURPHOTO
l’un des principaux thèmes risque
d’être l’immigration.
Opposants de toujours à la réforme, la droite – qui n’a cessé de
tonner contre le droit du sol – et le
Mouvement 5 étoiles (M5S), qui,
lui, préfère en appeler à une très
improbable décision européenne
en la matière, ont déserté sans surprise les débats. En revanche, ce
sont les défaillances au sein de la
majorité de centre gauche qui font
désordre. Ainsi, un seul des
24 membres d’Alliance populaire
(AP), la formation centriste du ministre des affaires étrangères,
Angelino Alfano, était-il présent
samedi sur les bancs du Sénat. Et
29 parlementaires (sur 98) du
Parti démocrate (PD) manquaient
également à l’appel.
Pourtant, le secrétaire général
du parti, Matteo Renzi, et le président du conseil, Paolo Gentiloni,
se sont toujours déclarés favorables à l’introduction du droit du
sol. En automne, le gouvernement semblait même prêt à
affronter un vote de confiance à
dent du sénat, Pietro Grasso, et de
l’ex-premier ministre Massimo
D’Alema, ainsi que les radicaux
emboîtaient le pas des jeunes du
mouvement des Italiens sans citoyenneté, des voix se sont aussi
fait entendre à l’intérieur du PD
pour tenter de sauver le texte.
« Prolongeons de quelques jours la
législature, elle ne peut pas se terminer sur ces images honteuses des
bancs vides », a ainsi lancé le député Gianni Cuperlo, ex-président
du PD, qui avance l’hypothèse que
deux semaines pourraient suffire.
vers acteurs locaux, le ministre de l’intérieur italien peut mettre en avant le succès
de son action pour arrêter l’afflux de migrants. Entre 2016 et 2017, au 22 décembre,
les arrivées de migrants sur les côtes italiennes ont baissé de 33,85 %. Depuis le
1er janvier, ils ont été presque 119 000 contre les 180 000 de l’année précédente. Et
même si les arrivées continuent – plus de
400 migrants secourus en mer ces derniers jours et acheminés vers des ports en
Italie –, ces « couloirs humanitaires » aériens semblent une façon de mieux affronter le phénomène.
En 2016, c’est la Fédération des églises
évangéliques italiennes et la communauté
catholique de Sant’Egidio qui avaient
donné le coup d’envoi en faisant arriver directement en avion, du Liban, des réfugiés
syriens. Au total, un millier de personnes
sont arrivées en Italie de cette façon, ces
deux dernières années. En novembre, un
autre corridor humanitaire a été ouvert à
partir de camps de réfugiés en Ethiopie
avec, comme pour la Libye, l’Eglise catholique en première ligne. p
[leurs] côtes, ce qui est un faux
sensationnel ». Tel qu’avait été
conçu le projet de loi baptisé « Ius
soli », il ne s’agissait que de prendre en compte les enfants nés en
Italie, dont un des deux parents
possédait un permis de séjour régulier depuis au moins cinq ans.
Et il s’agissait aussi d’un « droit
culturel » réservé aux enfants arrivés avant 12 ans ayant achevé un
cycle scolaire complet en Italie.
Un droit du sol qui aurait dû
mettre fin au dispositif actuel,
qui prévoit l’acquisition de la citoyenneté à 18 ans, au terme d’un
parcours bureaucratique très
complexe. En effet, les candidats
à la naturalisation ne disposent
que d’un an de temps pour demander la nationalité italienne
en produisant toute une série de
documents – de la preuve d’être
restés sans interruption en Italie
toutes ces années à un revenu
conséquent, hors de portée des
jeunes qui étudient.
Ces derniers mois, les histoires
de jeunes qui se sentent encore
étrangers dans le pays qu’ils considèrent pourtant comme le leur
se sont multipliées dans les journaux. Ils parlent souvent les langues locales, vivent la même vie
que leurs camarades, mais sont
privés, par exemple, du simple
droit à un voyage de classe à
l’étranger, ou de la possibilité de
postuler pour un stage ou un séjour de type Erasmus.
Mais les mois de manifestations et de mobilisations de la société civile n’auront pas suffi à
convaincre : les bancs vides du
Sénat, le 23 décembre, en sont la
preuve éclatante.
Tout porte à croire que l’immigration sera au centre de la campagne électorale et que l’amalgame entre droit du sol et immigration incontrôlée s’est imposé.
Il aurait fallu bien du courage aux
élus de retour sur leur territoire
pour expliquer que l’octroi de la citoyenneté à des enfants qui n’ont
jamais connu le pays d’origine de
leurs parents n’a rien à voir avec
l’« invasion » dont tous entendent
parler à longueur de journée à la
télévision ou au café. p
s. a. (rome, correspondance)
salvatore aloïse
Tout porte
à croire que
l’immigration
sera au centre
de la campagne
en vue des
législatives
hauts risques. Mais la realpolitik a
fini par prévaloir. Plutôt que de
s’épuiser à faire adopter un texte
susceptible de faire exploser la
majorité, mieux valait adopter le
budget et concentrer ses efforts
sur un dossier moins controversé, le « testament biologique »
(un texte sur la fin de vie), adopté
le 14 décembre, en guise de caution réformatrice pour la majorité
parlementaire sortante en matière de nouveaux droits.
Alors que la nouvelle formation
de gauche anti-Renzi, Libres et
égaux, constituée autour du prési-
Amalgame
Luigi Manconi, sénateur du PD,
en première ligne dans la conception du texte, s’en est pris également aux absents dans les rangs
de son parti. Mais il incrimine
surtout la droite. Au cours d’une
émission radio, il l’a accusée
d’avoir joué sur la peur, « en présentant le texte comme une mesure qui vise à attribuer la citoyenneté italienne à ceux qui débarquent quotidiennement sur
Un corridor humanitaire aérien entre la Libye et l’Europe
les deux appareils C-130 de l’aéronautique italienne sont arrivés à l’aéroport militaire de Pratica di Mare, aux portes de
Rome, vendredi 22 décembre au soir. A
leur bord se trouvaient les 162 premiers réfugiés en provenance de Libye à ne pas arriver par la mer. Des femmes, des enfants,
des personnes âgées, des malades – les
plus vulnérables parmi ceux attendant
dans les centres de rétention libyens –, sélectionnés par des agents du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies,
sur la base d’un accord entre le gouvernement de Tripoli et celui de Rome, avec la
participation de l’Eglise italienne.
Reçus sur le tarmac de l’aéroport par le
ministre de l’intérieur, Marco Minniti, et
le président de la conférence épiscopale
italienne, Gualtiero Bassetti, après un rapide contrôle médical, ils ont été acheminés vers le réseau d’accueil des communes
et des paroisses. Déjà munis du droit
d’asile et donc considérés comme des réfugiés, ils vont pouvoir bénéficier d’une
aide économique, d’une formation professionnelle et de la scolarisation pour les enfants. Selon le ministre de l’intérieur, le
« couloir humanitaire » mis sur pied en
cette fin d’année devrait concerner, au
cours de 2018, environ 10 000 personnes
présentes dans des centres de rétention en
Libye. Elles seront accueillies en Italie
mais aussi dans les autres pays européens
qui décideront d’ouvrir leurs portes. « Il y a
six mois, quand sur les côtes italiennes sont
arrivées, en une seule journée, 26 embarcations chargées de migrants, personne ne
l’aurait cru possible », a affirmé le ministre,
qui a parlé d’une « journée historique ».
Des mois de polémiques
Il fallait d’abord, selon lui, contenir le flux
de migrants en aidant la Libye à contrôler
ses frontières en mer et commencer à procéder au rapatriement vers les pays d’origine des migrants – 30 000 renvois prévus
dans le courant de 2018. Avec l’envoi de militaires italiens à la frontière entre le Niger
et la Libye, autre décision prise ces derniers
jours par le gouvernement de Paolo Gentiloni, la stratégie italienne se concrétise.
Après plusieurs mois de polémiques sur
les accords très controversés conclus par
l’Italie avec le gouvernement libyen et di-
LES CHIFFRES
170 000
personnes ont rejoint les côtes
de l’Europe par la mer en 2017,
selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour
les réfugiés (HCR). Elles étaient
362 000 en 2016, et 1 015 000
en 2015. Parmi elles, 119 000
sont arrivées en Italie, 29 000 en
Grèce et 27 000 en Espagne.
11,3 %
des migrants arrivant en Europe
sont originaires du Nigeria. Suivent la Syrie (10,7 %), la Guinée
(7,9 %) et la Côte d’Ivoire (7,8 %).
3 000
personnes sont mortes ou ont
disparu lors de leur traversée,
selon les estimations du HCR.
710 400
personnes ont obtenu l’asile en
Europe en 2016. Pour moitié, ce
sont des Syriens, et 60 % des attributions ont été faites en Allemagne, selon les statistiques de
l’Union européenne, qui ne fournit pas de chiffres pour 2017.
Parmi elles, 389 670 se sont vu
octroyer le statut de réfugié.
international | 5
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
Russie : le président du Mondial
de football 2018 démissionne
M. Moutko est mis en cause dans le scandale de dopage institutionnalisé
S’
agit-il d’une mise à
l’écart en douceur ou
d’un tour de passepasse du Kremlin ?
Deux jours après avoir mis entre
parenthèses, pour six mois, ses
fonctions de président de la Fédération russe de football, pour
mieux – selon lui – se défendre
dans le scandale du dopage organisé dans le sport russe, Vitali
Moutko a annoncé, mercredi
27 décembre, qu’il quittait la présidence du comité d’organisation de
la Coupe du monde de foot 2018,
organisée en Russie du 14 juin au
15 juillet. C’est son bras droit,
Alexeï Sorokin, qui lui succède.
« Il reste encore beaucoup de travail, mais je suis tout à fait convaincu que tout sera prêt à temps »,
a ajouté Vitali Moutko, cité par les
agences de presse russes, tout en
précisant qu’il allait « se concentrer sur son travail au sein du gouvernement », car il reste jusqu’à
nouvel ordre vice-premier ministre chargé des sports.
En annonçant qu’il demandait la
suspension provisoire de ses fonctions de président de la Fédération
russe de football, ce proche de
Vladimir Poutine, âgé de 59 ans,
avait pourtant affirmé lundi qu’il
continuerait « à travailler comme
vice-premier ministre tant que le
président [lui ferait] confiance et à
superviser la préparation de la
Coupe du monde 2018 ». « Je ne démissionne pas, mon mandat reste
valide », avait alors martelé
l’homme fort du sport russe.
Il a affirmé avoir finalement pris
cette décision afin d’être en mesure de contester auprès du Tribunal arbitral du sport sa suspen-
Ce proche
de Poutine a été
désigné comme
l’ordonnateur des
manipulations
des échantillons
antidopage des
JO de Sotchi
sion à vie des Jeux olympiques,
décidée le 5 décembre par le
Comité international olympique
(CIO) en raison de son implication
dans le scandale du dopage institutionnalisé dans le sport russe.
La concentration des pouvoirs
dans les mains de Vitali Moutko,
qui n’était guère gênante il y a
encore deux ans, l’est devenue
beaucoup plus depuis son bannissement par le CIO.
Dans ses multiples témoignages, corroborés par ses carnets détaillant ses activités comme directeur du laboratoire antidopage
de Moscou, le lanceur d’alerte
Grigory Rodchenkov a désigné
Vitali Moutko comme l’ordonnateur et organisateur des manipulations des échantillons antidopage des JO de Sotchi, en 2014.
Vladimir Poutine avait chargé ce
fidèle de redresser les performances des athlètes russes, catastrophiques quatre années auparavant à Vancouver (Canada).
Vitali Moutko était régulièrement tenu au courant des avancées du plan de dopage pour Sotchi, même si son second, Iouri Nagornykh, était impliqué de plus
Un attentat à Saint-Pétersbourg
Au moins treize personnes ont été blessées, mercredi 27 décembre, dans l’explosion d’une bombe artisanale déposée dans la consigne d’un supermarché de Saint-Pétersbourg. Selon le président
russe, Vladimir Poutine, il s’agit d’un « acte terroriste », et le Comité
national antiterroriste a été chargé de l’enquête. Des images de vidéosurveillance montrent un homme déposant un sac lourd dans
la consigne avant de quitter le magasin. Saint-Pétersbourg a été
visé le 3 avril par un attentat qui avait fait 16 morts dans le métro,
une attaque revendiquée par un groupe peu connu lié à Al-Qaida.
près. Ce dernier a été sacrifié par
le Kremlin après la première enquête diligentée par l’Agence
mondiale antidopage (AMA),
confiée au magistrat canadien
Richard McLaren, au second semestre 2016 ; à l’inverse, Vitali
Moutko avait alors été promu
vice-premier ministre.
Les dénégations du pouvoir
russe sur l’implication de Vitali
Moutko reposaient jusqu’à présent sur la crédibilité contestée de
Grigory Rodchenkov. Le fait que
les enquêteurs de l’AMA et du CIO,
l’ancien président de la Confédération helvète, Samuel Schmid,
chargé par le CIO de présider sa
commission d’enquête sur le dopage russe, et le président de l’instance olympique, Thomas Bach,
aient tous reconnu la véracité des
accusations portées par l’ancien
directeur de laboratoire a réduit
en cendres cette ligne de défense.
Mansuétude de la FIFA
Dans sa conclusion, la commission Schmid désignait Vitali
Moutko comme le principal responsable à sanctionner, le ministre des sports étant chargé, dans le
système russe, de la lutte contre le
dopage ainsi que du respect de l’intégrité des compétitions dans le
pays. La Fédération internationale
de football (FIFA) avait affirmé que
la suspension de Vitali Moutko par
le CIO « n’affecterait pas la préparation de la Coupe du monde de football en Russie en 2018 ». Mais il était
illusoire de penser que la situation
du président du comité d’organisation n’aurait aucune conséquence, au moins médiatique, sur
la compétition.
Quatre jours avant la décision du
CIO, la conférence de presse précédant le tirage au sort de la Coupe
du monde avait été polluée par les
questions de dopage et l’implication présumée de Vitali Moutko,
sous le regard navré du président
de la FIFA, Gianni Infantino.
Le 22 décembre, le journal russe
Kommersant avait annoncé le
prochain retrait de M. Moutko en
raison de la « pression » de la
FIFA. Le dirigeant russe ne fait
pourtant, à ce jour, l’objet
d’aucune procédure formelle du
comité d’éthique de la FIFA pour
son implication dans le scandale
de dopage d’Etat en Russie. Les
accusations portées contre lui
ont bien été examinées par le
Suisse Cornel Borbély, alors
président de la chambre d’instruction dudit comité d’éthique.
Mais ce dernier, dont le mandat
n’a pas été renouvelé en mai par
la FIFA, n’a guère eu le temps de
creuser davantage.
Vitali Moutko, proche de l’exprésident de la Fédération internationale Sepp Blatter (19982015), a bénéficié, un temps, de la
mansuétude de son successeur,
Gianni Infantino, élu en 2016.
L’actuel patron du football mondial et sa secrétaire générale,
Fatma Samoura, ont notamment
encouragé le Portugais Miguel
Maduro, alors numéro un du comité de gouvernance de la FIFA, à
ne pas invalider la candidature
du Russe à un nouveau mandat
au Conseil de la FIFA, dont il était
membre sortant.
En mars, Miguel Maduro a pourtant estimé que Vitali Moutko
était inéligible, ne pouvant cumuler ses activités à la FIFA et son
poste au sein du gouvernement
russe. Gianni Infantino a décidé,
en mai, de ne pas renouveler le
mandat du Portugais.
Vitali Moutko continue malgré
tout à exercer son influence au
sommet de l’organisation. En septembre, c’est son fidèle bras droit,
Alexeï Sorokin, alors numéro
deux du comité d’organisation du
Mondial 2018, qui avait été élu
pour le remplacer au sein du Conseil de la FIFA. Voici donc cet
homme de 45 ans, parlant couramment l’anglais et le français,
plus policé que Vitali Moutko, propulsé à la tête de l’organisation de
la Coupe du monde russe, à moins
de six mois du coup d’envoi de la
compétition. En sera-t-il pour
autant le véritable patron ? p
rémi dupré,
clément guillou
et isabelle mandraud
(moscou, correspondante)
Echange massif de prisonniers en Ukraine
L’opération est l’un des premiers points des accords de paix signés à Minsk en février 2015
I
l s’agit d’un rare signe d’espoir en provenance du front
de l’Est. Mercredi 27 décembre, Kiev et les rebelles séparatistes du Donbass, qui se font la
guerre depuis le printemps 2014,
ont procédé à un important
échange de prisonniers. Soixante-quatorze Ukrainiens ont été libérés et renvoyés chez eux par les
rebelles, tandis que plus de
250 personnes faisaient le chemin inverse.
Des deux côtés, il s’agissait de
militaires capturés durant des
combats, mais aussi de civils suspectés d’actions de soutien au
camp opposé ou simplement d’en
être des partisans.
Cette opération spectaculaire,
maintes fois reportée, s’est déroulée au point de passage de
Maïorsk, sur la ligne de front. Pendant près de deux heures, des
autobus ont conduit les prisonniers de part et d’autre du no
man’s land, avant qu’ils soient
pris en charge par les leurs et accueillis par leur famille.
Théoriquement, 306 personnes détenues en Ukraine devaient être concernées, mais une
quinzaine d’entre elles ont refusé au dernier moment d’embarquer dans les bus et de
rejoindre les zones rebelles.
D’autres, qui ont purgé une
peine de prison en Ukraine,
avaient déjà dit vouloir rester en
zone gouvernementale.
Mauvaise volonté
L’échange de prisonniers est l’un
des premiers points des accords
de paix signés à Minsk en février 2015, selon le principe du
« tous contre tous ». Mais, en dépit de leur apparente simplicité à
mettre en œuvre, de tels échanges sont rares – le dernier remontait à septembre 2016 – et butent
tant sur la mauvaise volonté des
belligérants que sur la paralysie
générale des accords de Minsk.
Selon ce texte, l’échange de prisonniers était ainsi censé se dérouler dans un délai de cinq jours
après le retrait des armes de la ligne de front. Or, celui-ci n’a jamais eu lieu, pas plus que n’ont
tenu les différentes trêves décrétées depuis ou que n’ont été appliquées les dispositions plus complexes du volet politique de ces
accords. Il n’est pas sûr, inversement, que cet échange de prisonniers suffise à débloquer la situation sur le terrain, même s’il constitue l’un des seuls signaux positifs en provenance du front
ukrainien depuis longtemps.
Cette fois-ci, les pressions sont
venues de toutes parts. Le 22 décembre, à l’issue d’un entretien
téléphonique avec la chancelière
allemande, Angela Merkel, dont le
pays assure avec la France le parrainage des accords de Minsk, le
président ukrainien, Petro Porochenko, s’était engagé à mener le
processus à son terme.
De leur côté, les chefs rebelles
ont aussi pris des engagements
publics. Vladimir Poutine, le président russe, s’était entretenu
avec eux au téléphone à la mi-novembre, pour la première fois,
pour évoquer le sujet. Le patriarcat orthodoxe de Moscou a, quant
à lui, organisé, le 25 décembre,
une réunion entre les chefs séparatistes des « républiques populaires » de Donetsk et de Louhansk et le négociateur en chef
ukrainien, Viktor Medvedtchouk,
pour finaliser l’accord.
« Les récupérer tous »
L’échange de mercredi ne règle
pas entièrement la question des
prisonniers. Selon Kiev, les séparatistes détiennent au moins
170 soldats et civils ukrainiens.
Les rebelles n’en reconnaissent
que 97. Et seulement 74, donc, ont
été inclus dans l’échange de mercredi. « Nous devions débloquer le
mécanisme, a expliqué sur Facebook l’une des négociatrices
ukrainiennes, Iryna Guerachtchenko, mais l’objectif reste de les
récupérer tous. »
Parmi ceux libérés se trouvait
Alexeï Kiritchenko. Le Monde
(daté du 30 septembre 2015) avait
relaté l’attente de sa femme, Lilia D., ponctuée d’espoirs déçus et
de tentatives désespérées de récupérer son mari, y compris au risque de voyages clandestins dans
les territoires séparatistes.
Alexeï Kiritchenko, engagé volontaire dans l’armée, avait été
capturé par des soldats russes en
août 2014 durant la bataille de
Saour-Moguila, selon son témoignage. Le Monde l’avait rencontré,
par hasard, dans son premier lieu
de détention, et le prisonnier lui
avait demandé d’entrer en contact
avec Lilia D. Il entrevoyait à l’époque une libération rapide. Celle-ci
aura donc pris trois ans et demi,
alors même que le soldat était inscrit sur les listes de prisonniers à
échanger dès le mois de septembre 2014. Sa détention a été marquée par plusieurs mauvais traitements et du travail forcé. p
benoît vitkine
Barack Obama sur la BBC
au micro… du prince Harry
L’
émission « Today » d’information matinale d’une des
radios de la BBC est réputée pour son ton direct et ses
interviews tranchantes. Elle a fait une exception, mercredi 27 décembre, quand le prince Harry a joué, l’espace d’une
journée, au rédacteur en chef. A ce titre, le petit-fils de la reine
d’Angleterre, qui va se marier le 19 mai 2018, a choisi la plupart
des invités, dont deux d’honneur : l’ancien président américain
Barack Obama, qu’il connaissait déjà bien, et… son père, le
prince Charles. L’émission a pour tradition de recevoir des rédacteurs en chef extérieurs pendant la période des fêtes de fin
d’année. Le scientifique Stephen Hawking, le chanteur Bono ou
le peintre David Hockney ont fait partie des personnalités choisies ces dernières années.
Avec le prince Harry, les interviews ont bien sûr été tout en retenue et en bons sentiments. Face à Barack Obama, le nom de
Donald Trump n’a pas été prononcé une seule fois. Mais l’entretien avec l’ancien locataire de la Maison Blanche, enregistré en
septembre, n’en restait pas moins étrangement intéressant.
Ayant baissé la garde, M. Obama a fait de demi-aveux sur les affres de la vie après la présidence : « J’ai l’impression de vivre au
ralenti. » Il a eu beau vanter les mérites de pouvoir enfin « prendre quarante-cinq minutes pour un long petit-déjeuner et parler
avec Michelle [sa femme] », il a peiné à convaincre.
Barack Obama est aussi revenu sur son enfance, quand il
était élevé par ses grands-parents, n’ayant jamais connu son
père kényan, et sa mère étant très absente. « Pendant mon adolescence,
j’avais un comportement très destruc« J’AI L’IMPRESSION
teur. Et ça a continué jusqu’à ce que
DE VIVRE AU
j’aie 19 ou 20 ans. A n’importe quel moment entre 15 et 20 ans, ma vie aurait
RALENTI », A CONFIÉ
pu dérailler. » C’est ainsi qu’il explique
sa motivation pour travailler auprès
L’ANCIEN PRÉSIDENT
de jeunes en difficulté.
Lui qui a été le premier président
AU PETIT-FILS
américain à bénéficier des réseaux
DE LA REINE
sociaux a également un conseil quant
aux dangers de Facebook à l’ère des
« fake news ». « Une bonne façon de combattre cela est de s’assurer que les communautés en ligne ne restent pas en ligne, mais
qu’elles se déplacent “offline” (…), qu’elles se rencontrent dans
un pub, un lieu de prière ou un quartier et fassent connaissance.
Sur Internet, tout est simplifié. Mais quand vous rencontrez
quelqu’un directement, il s’avère que les choses sont compliquées. »
L’entretien entre le prince Harry et son père s’est révélé moins
fructueux. Le prince Charles a parlé de sa grande passion, la défense de l’environnement et la lutte contre le changement climatique. « Les gens se rendent peut-être compte que ce que je disais depuis des années n’est peut-être pas aussi idiot qu’ils ne le
pensaient. (…) Désormais, et c’est ce dont j’avais peur, nous nous
occupons des symptômes, de conflits horribles, de drames humanitaires, de désastres naturels… Mais aux racines de tout cela se
trouve le changement climatique. » L’un des prochains rédacteurs en chef invités par « Today » sera un programme d’intelligence artificielle. Mieux qu’un prince ? p
éric albert (londres, correspondance)
AFGHAN I STAN
AR GEN T I N E
Des explosions à Kaboul
font au moins 40 morts
Le procureur Nisman a
été assassiné, dit un juge
Au moins 40 personnes ont
été tuées et des dizaines
d’autres blessées, jeudi 28 décembre, dans des explosions
survenues à Kaboul. Selon les
autorités, la cible principale
était un centre culturel où se
tenait une cérémonie à l’occasion du 38e anniversaire de
l’invasion soviétique en
Afghanistan. Les locaux de
l’agence de presse Afghan
Voice Agency ont aussi été
touchés. Mercredi, une attaque contre un commissariat
de la province de Ghazni avait
fait trois morts. – (AFP.)
Le procureur Alberto Nisman,
retrouvé mort alors qu’il était
sur le point de faire des révélations sur l’ex-présidente
Cristina Fernandez de Kirchner, a été assassiné, selon les
conclusions du juge Julian Ercolini, mercredi 27 décembre,
qui exclut un suicide. Soupçonnée d’avoir voulu étouffer
la possible implication de Téhéran dans un attentat qui a
visé en 1994 un bâtiment
d’associations juives, Mme Kirchner, désormais sénatrice, a
été inculpée début décembre
pour trahison. – (Reuters.)
- CESSATIONS DE GARANTIE
LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET
D’APPLICATION N° 72-678 DU 20
JUILLET 1972 - ARTICLES 44
QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour
A – 110 esplanade du Général de Gaulle
– 92931 LA DEFENSE CEDEX (RCS
NANTERRE 414 108 708), succursale
de QBE Insurance (Europe) Limited,
Plantation Place dont le siège social est à
30 Fenchurch Street, London EC3M 3BD,
fait savoir que, la garantie financière dont
bénéficiait la :
SARL JMP IMMOBILIER
73 Rue d’Anjou
44600 SAINT NAZAIRE
RCS: 444 246 235
depuis le 01/01/2004 pour ses activités de :
TRANSACTIONS SUR IMMEUBLES ET
FONDS DE COMMERCE cessera de porter effet trois jours francs après publication
du présent avis. Les créances éventuelles
se rapportant à ces opérations devront
être produites dans les trois mois de cette
insertion à l’adresse de l’Établissement
garant sis Cœur Défense – Tour A – 110
esplanade du Général de Gaulle – 92931
LA DEFENSE CEDEX Il est précisé qu’il
s’agit de créances éventuelles et que le présent avis ne préjuge en rien du paiement
ou du non-paiement des sommes dues et
ne peut en aucune façon mettre en cause
la solvabilité ou l’honorabilité de la SARL
JMP IMMOBILIER.
LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET
D’APPLICATION N° 72-678 DU 20
JUILLET 1972 - ARTICLES 44
QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour
A – 110 esplanade du Général de Gaulle
– 92931 LA DEFENSE CEDEX (RCS
NANTERRE 414 108 708), succursale
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du présent avis. Les créances éventuelles
se rapportant à ces opérations devront
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insertion à l’adresse de l’Établissement
garant sis Cœur Défense – Tour A – 110
esplanade du Général de Gaulle – 92931
LA DEFENSE CEDEX Il est précisé qu’il
s’agit de créances éventuelles et que le présent avis ne préjuge en rien du paiement
ou du non-paiement des sommes dues et
ne peut en aucune façon mettre en cause la
solvabilité ou l’honorabilité de la SARL B
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VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
Catalogne : Carles Puigdemont
temporise, ses ex-alliés piaffent
Les renforts policiers envoyés avant le référendum quittent la région
madrid - correspondance
E
st-le signe d’un apaisement en Catalogne ? Samedi 30 décembre, il ne
restera plus dans la région un seul
des policiers nationaux et gardes
civils envoyés en renfort ces derniers mois. Une semaine après les
élections catalanes du 21 décembre, qui ont conforté les partis indépendantistes en leur octroyant
70 des 135 sièges au Parlement régional (47,5 % des voix), le ministère espagnol de l’intérieur vient
d’annoncer leur retour chez eux
d’ici à la fin de la semaine.
Officiellement, la raison de leur
départ est la fin de l’opération
« Copernico », prévue pour le
31 décembre. Lancée le 20 septembre, cette opération a déployé près
de 6 000 agents espagnols dans la
région pour empêcher le référendum sur l’indépendance du 1er octobre, jugé illégal par Madrid, et la
tentative de sécession de la Catalogne. Régulièrement, les indépendantistes ont demandé leur
départ, leur présence étant perçue
comme une provocation.
Le 22 décembre, l’ex-président de
la Catalogne, Carles Puigdemont,
en « exil » en Belgique, avait encore exigé leur « retrait ». Ainsi que
la « restauration des institutions
catalanes » et la « libération des prisonniers politiques », en référence
aux quatre dirigeants indépendantistes accusés notamment de
« sédition », en prison préventive
depuis début novembre. Or cette
dernière exigence sera peut-être,
moins qu’à Gérone ou Lérida et nous croyons
que nos entreprises ne sont pas intéressées par
l’indépendance. (…) Nous demandons au Parlement le droit à décider d’être une région autonome dans l’Espagne, indépendante de la Catalogne », demande une pétition en ligne.
De quoi provoquer l’indignation des indépendantistes qui ont pris la proposition très au sérieux, au point de défendre ardemment « l’indivisibilité » de la Catalogne. De quoi aussi donner
de nouveaux arguments aux unionistes. Pour
Ines Arrimadas, de Ciudadanos, « Tabarnia est
une drôle d’idée qui met l’indépendantisme face
au miroir de ses propres contradictions et de la
fragilité de ses arguments ». p
prison. « La volonté du président
Carles Puigdemont est de revenir,
mais la pression doit être mise sur
l’Espagne [pour que ce soit possible] », a déclaré l’ancien porte-parole du gouvernement catalan,
Jordi Turrull, à la radio publique
catalane le 27 décembre.
Si M. Puigdemont renonce à revenir, deux options sont envisagées dans son entourage : mener
une réforme express du règlement du Parlement catalan pour
lui permettre de briguer l’investiture à distance, ou bien lui donner la présidence symbolique de
la « République catalane en exil »
en Belgique et placer un de ses
proches à la tête de la région. Pas
question en revanche pour sa formation, le Parti démocrate européen catalan (PDeCAT, droite), de
laisser ERC, longtemps méprisé et
perçu comme un parti de gauche
utopiste sans capacité de gestion,
prendre la tête de la région.
D’autant que la Gauche républicaine n’entend pas renoncer à ses
marqueurs idéologiques. « Le
temps des déclarations est terminé.
Nous avons déjà proclamé l’indépendance. A présent il faut développer la République catalane dans les
faits, dit un dirigeant d’ERC. Pour
nous, cela passe par la défense des
droits sociaux et la récupération
des lois catalanes, sur la pauvreté
énergétique par exemple, que le Tribunal constitutionnel espagnol a
censurées. Il est important d’élargir
la base sociale républicaine… »
L’approche est plus prudente du
côté de la droite indépendantiste.
Le résultat des élections n’a pas
permis aux indépendantistes de
« dépasser les 50 % des votes, ce qui
[les] oblige à être honnêtes : la ratification de la déclaration [d’indépendance] n’est pas encore venue », a indiqué sur Twitter l’ancienne ministre catalane de l’éducation, Clara Ponsati, du PDeCAT.
Quant à l’ancien vice-président
catalan sous le gouvernement
d’Artur Mas, Francesc Homs, il
déclare au Monde, comme pour
temporiser : « Les indépendantistes ont compris qu’il leur faut une
majorité plus large pour avancer,
et le gouvernement espagnol doit
comprendre qu’il ne peut pas imposer ses positions ni utiliser la justice pour ses intérêts politiques. » p
s. m. (madrid, correspondance)
sandrine morel
En « exil »
en Belgique,
M. Puigdemont,
ne semble
finalement pas
décidé à risquer
la prison
elle aussi, en partie satisfaite, dès
le 4 janvier. A cette date, le Tribunal suprême espagnol doit en
effet réviser les mesures préventives imposées au président de la
Gauche républicaine de Catalogne
(ERC) et ancien vice-président de
la région, Oriol Junqueras.
Si le juge le laisse en liberté sous
caution, comme l’espère ERC
(32 députés, 21,5 % des voix), il
pourrait livrer la bataille pour le
contrôle du gouvernement catalan face à la liste de Carles Puigdemont, Ensemble pour la Catalogne (34 sièges, 21,75 %). En effet,
M. Junqueras pourrait alors se
présenter au débat d’investiture
devant la Chambre régionale,
contrairement à M. Puigdemont,
qui a fui à Bruxelles et se trouve
sous le coup d’un mandat d’arrêt
pour « rébellion, sédition et malversations ». Et qui sera arrêté en
cas de retour en Espagne.
Tout en sachant qu’il risque
d’être emprisonné, plusieurs dirigeants d’ERC ont demandé avec
insistance le retour de M. Puigdemont, dont la liste est arrivée en
deuxième position derrière les
centristes (unionistes) de Ciudadanos, mais devant ERC. Il avait
promis pendant la campagne de
revenir en Catalogne. « Nous vous
attendons pour que vous dirigiez
la Généralité avec le vice-président
Junqueras », a insisté sur Twitter
le porte-parole d’ERC au Parlement espagnol, Joan Tarda, le
23 décembre.
En réalité, les deux personnalités, qui ont mené des campagnes
distinctes, sont en concurrence
pour la direction de la région.
L’ancien ministre catalan Carles
Mundo s’est dit « surpris », le
24 décembre, par la possibilité
que M. Puigdemont ne revienne
pas alors qu’il s’y est engagé devant les électeurs, et il a de ce fait
défendu l’investiture de M. Junqueras car « il correspond à l’idée
du gouvernement légitime ».
Exceptionnellement silencieux
« Nous n’avons pas encore commencé à négocier l’investiture
avec Ensemble pour la Catalogne,
précise mercredi 27 décembre au
soir au Monde un dirigeant d’ERC.
Les Catalans ont voté afin de restituer la présidence de la Généralité
à Carles Puigdemont. Il faut faire
en sorte que cela soit possible. Si ce
n’est pas le cas, il faudra reprendre
des négociations à zéro et nous
proposerons alors notre candidat :
M. Junqueras. »
Car M. Puigdemont, exceptionnellement silencieux sur Twitter
depuis le 25 décembre, ne semble
finalement pas décidé à risquer la
Tabarnia la fictive réclame son indépendance
tabarnia n’existe pas. En tout cas pas
ailleurs que sur les réseaux sociaux, où cette
région fictive, qui englobe Barcelone et Tarragone, les deux provinces catalanes où le vote
indépendantiste est resté sous la barre des
50 % lors des élections du 21 décembre, est
devenue trending topic.
Née de l’imagination de membres de l’association Barcelona is not Catalonia, cette région
fictive entend ridiculiser les indépendantistes,
en détournant avec ironie leurs slogans. Mais
également animer le mouvement unioniste en
mobilisant les « Tabarniens » sur Internet,
voire même lors de manifestations.
« Nous avons un déficit fiscal négatif avec la
Catalogne, notre vote vaut trois ou quatre fois
Les Tunisiennes indésirables aux Emirats
En Syrie, premiers
malades évacués de
la Ghouta orientale
Damas a obtenu en contrepartie la libération
de 23 prisonniers par un groupe salafiste
beyrouth - correspondance
L
es sorties se font au compte-gouttes, mais c’est un début. Réclamée depuis des
semaines par les organisations
humanitaires internationales,
l’évacuation médicale de malades
de la Ghouta orientale, l’un des
derniers carrés anti-Assad aux
portes de Damas, a commencé
mardi 26 décembre au soir. Une
fillette hémophile et un enfant
souffrant de leucémie, accompagnés de leurs parents, figurent
parmi les quatre premiers patients qui ont quitté cette enclave,
assiégée par les forces prorégime
et soumise à de graves pénuries
en médicaments et en nourriture.
Douze autres malades ont été
transportés mercredi soir.
Le processus d’évacuation est
complexe. Ralentissant le mouvement, des malades ont préféré ne
plus partir, par peur d’être arrêtés
s’ils passent en zone gouvernementale : les premiers patients
ont été transférés dans des hôpitaux de Damas. En tout, 29 personnes dans un état critique doivent sortir du territoire rebelle. La
liste initiale comprenait une majorité d’enfants, dont certains
souffrant de problèmes cardiaques. Chargés de mener l’évacuation, les secouristes du CroissantRouge arabe syrien et du Comité
international de la Croix-Rouge
naviguent entre les combattants
rebelles, dans la Ghouta, et les soldats, aux portes de cette région,
pour accompagner les malades.
« Jeu de pouvoir »
Mais c’est aussi parce qu’il s’agit
en fait d’un échange que l’opération prend du temps. Les civils
sont une fois de plus utilisés
comme une arme pour négocier :
l’évacuation n’a été rendue possible qu’au terme d’un accord entre
régime et rebelles. Les autorités
syriennes ont refusé le départ
sans conditions des malades,
comme y exhortent les humanitaires. Elles ont obtenu, en contrepartie, la libération de prisonniers détenus par Jaïch Al-Islam,
la faction la plus puissante dans la
Ghouta orientale. « Tout est politisé. Chaque partie veut obtenir un
avantage dans ce genre de deal »,
déplore un humanitaire.
Selon l’accord, 23 civils doivent
quitter les centres de détention de
Jaïch Al-Islam, groupe salafiste
La mesure prise par Abou Dhabi détériore encore un peu plus ses relations avec Tunis
LE CONTEXTE
U
ENCLAVE ASSIÉGÉE
n mail, un Tweet, des dizaines de voyageuses
bloquées tout un weekend dans des aéroports et une
crise diplomatique entre la Tunisie et les Emirats arabes unis.
Tout a commencé le vendredi
22 décembre par un mail de la
compagnie aérienne Emirates
envoyé à ses passagers, annonçant que les femmes tunisiennes
ne pouvaient plus embarquer
sur ses vols. Sans autre forme
d’explication.
Le 24 décembre, le secrétaire
d’Etat émirati aux affaires étrangères, Anouar Gargash, se justifiait… sur Twitter : il s’agirait de
mesures sécuritaires, des femmes tunisiennes étant soupçonnées de préparer des attentats
aux Emirats. « Discriminatoire »,
« insultant », « contraire aux règlements internationaux »… Sur les
réseaux sociaux, les Tunisiens ne
décolèrent plus.
Après plus de quarante-huit heures, et sous la pression de l’opinion
publique et des médias, la Tunisie
a riposté en annonçant, dimanche
24 décembre, la suspension des
vols de la compagnie Emirates entre Dubaï et Tunis « jusqu’à ce
qu’[Emirates] soit capable de trouver la solution adéquate pour opérer ses vols conformément au droit
et aux accords internationaux », a
annoncé dans un communiqué le
ministère des transports. Mais,
surtout, les raisons sécuritaires
avancées ne convainquent pas
grand-monde en Tunisie, où l’on
voit surtout un nouvel épisode du
conflit diplomatique larvé qui oppose les deux pays depuis six ans.
Leurs rapports se sont en effet
détériorés après la révolution de
2011 et, notamment, le passage au
pouvoir du parti islamiste Ennahda (de la fin de 2011 au début de
2014), qui entretient des relations
étroites avec le Qatar, l’ennemi intime des Emirats dans le Golfe.
« Les relations entre la Tunisie et
les Emirats étaient déjà délicates, et
ce nouvel épisode pourrait exacerber les tensions, estime Oussama
Kardi, analyste et journaliste au
Middle East Eye. Les Emirats considèrent les révolutions qui ont ba-
layé le monde arabe comme une
menace pour la monarchie et leurs
intérêts nationaux et ont œuvré
pour contrecarrer la transition démocratique de la Tunisie, berceau
du “printemps arabe”. »
« Soutien implicite au Qatar »
En 2015, poursuit Oussama Kardi,
« la crise s’est aggravée après que
les Emirats ont tenté d’influer sans
succès sur la politique de Béji Caïd
Essebsi, l’actuel président et chef
du parti au pouvoir, Nidaa Tounès,
en essayant de le persuader de “suivre le modèle égyptien” après le
renversement du président égyptien d’alors, Mohamed Morsi, par
un coup d’Etat ».
L’ancien président tunisien
Moncef Marzouki avait fait référence en 2016 à cet épisode en affirmant « que les forces qui avaient
travaillé en soutien au coup d’Etat
égyptien avaient tenté de faire de
même en Tunisie ». Depuis deux
ans, une coalition qui rassemble
laïques de Nidaa Tounès et islamistes d’Ennahda dirige le pays.
Cette nouvelle crise ouverte par
le « travel ban » du 22 décembre
décrété par les Emirats à l’encontre des femmes tunisiennes
pourrait tendre un peu plus les
relations entre les deux Etats,
dont les différends se sont encore
accrus depuis la crise du Golfe,
qui oppose depuis juin l’Arabie
saoudite, les Emirats arabes unis
et l’Egypte au Qatar.
« La Tunisie a refusé de se laisser
entraîner dans le conflit, préférant
rester neutre dans une tentative de
maintenir une relation équilibrée
avec les deux camps opposés. Selon des sources gouvernementales,
les Emirats considèrent cette neutralité comme un soutien implicite
au Qatar », ajoute Oussama Kardi.
La visite à Tunis du président
turc, Recep Tayyip Erdogan – engagé dans une lutte d’influence
contre Abou Dhabi dans les pays
arabes –, arrivé le 27 décembre à la
tête d’une délégation d’une dizaine de ministres et de plus de
150 hommes d’affaires, ne devrait
pas apaiser la mauvaise humeur
des Emirats. p
madjid zerrouky
Selon l’ONU, quelque
400 000 personnes vivent
assiégées par les forces
prorégime dans la Ghouta
orientale. L’ONU dénonce une
tactique « médiévale ». L’enclave,
aux portes de Damas, comprend
des dizaines de villes et de
villages. Depuis l’été, la situation
humanitaire s’y est gravement
détériorée. L’aide humanitaire
est autorisée au compte-gouttes.
De la nourriture, convoyée par
un commerçant de la Ghouta
orientale, est entrée fin novembre. Mais les prix sont prohibitifs
pour une majorité de civils. Et la
zone souffre de dramatiques pénuries en matériel médical.
GROUPES REBELLES
Quatre groupes rebelles, tous
d’inspiration islamiste, sont présents : Jaïch Al-Islam, Faylaq AlRahman, Ahrar Al-Cham, et l’exFront Al-Nosra, lié à Al-Qaida.
Des malades ont
préféré ne pas
partir, par peur
d’être arrêtés une
fois arrivés en
zone gouvernementale
réputé pour ses pratiques mafieuses. Selon une source informée, il
s’agit de civils. Cinq d’entre eux
sont déjà sortis dans la nuit de
mardi à mercredi. Le groupe insurgé détient des milliers de personnes, peut-être jusqu’à 6 000.
Selon un journaliste du camp
progouvernemental, l’échange a
pu être accéléré par la réunion tenue à huis clos il y a quelques
jours à Astana (Kazakhstan) entre
représentants du régime et de la
rébellion et leurs parrains respectifs : Russie et Iran d’une part,
Turquie de l’autre. « On ignore
encore si ces évacuations marquent le début d’un processus plus
large, ou s’il s’agit d’une opération
isolée », explique-t-il.
Le nombre de patients qui doivent être évacués est infime par
rapport aux besoins. Selon l’ONU,
près de 500 autres personnes ont
besoin de recevoir d’urgence des
soins hors de la Ghouta orientale.
Jan Egeland, le chef du groupe de
travail humanitaire de l’ONU pour
la Syrie, a récemment laissé éclater
sa colère : ce chiffre est « en train de
diminuer, non pas parce que nous
évacuons les gens, mais parce qu’ils
sont en train de mourir ». Au moins
17 personnes sont mortes dans
l’enclave rebelle au cours des dernières semaines, faute de recevoir
des soins appropriés et de pouvoir
être évacuées. M. Egeland avait dénoncé un « jeu de pouvoir entre
hommes de pouvoir, armés et grassement nourris », causant le calvaire des « plus innocents ».
Malnutrition aiguë
Le régime bloque l’entrée d’aide
humanitaire sur une base régulière dans la Ghouta orientale,
malgré ce que prévoyait un accord parrainé par la Russie pendant l’été, et une bonne partie de
l’aide médicale est retirée par l’armée des camions, lorsqu’ils sont
autorisés à rentrer. Des rebelles
sont aussi accusés d’entraver la
distribution de nourriture.
Plus d’un enfant sur dix souffre
de malnutrition aiguë dans la
Ghouta orientale. A cause des violences, ils peuvent difficilement
être soignés. En décembre, les volontaires des casques blancs, secouristes en zone insurgée, ont
fait état de civils blessés dans des
frappes des forces prorégime.
Les bombardements ont aussi
fait des morts, même si leur nombre est moins important par rapport aux quelque 200 victimes
tuées durant les frappes aériennes
particulièrement intenses, entre
la mi-novembre et début décembre. Elles avaient fait suite à une attaque des insurgés contre une position de l’armée. Durant la même
période, 29 civils ont été tués à
Damas dans des tirs massifs
d’obus par les rebelles.
Si d’autres évacuations médicales pourraient avoir lieu, nul ne
s’attend à une levée ou un assouplissement du siège. Bien que la
Ghouta orientale fasse partie, depuis juillet, des zones de « désescalade », le régime semble déterminé à obtenir la reddition des rebelles, par des accords négociés
ou par des départs vers la province insurgée d’Idlib. p
laure stephan
|7
FRANCE
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
La France au 1er janvier 2015
Hausse démographique dans les couronnes
des grands pôles urbains
Le Sud-Est perd de son attractivité,
la façade atlantique confirme son tropisme
TAUX DE VARIATION ANNUELLE DE POPULATION ENTRE 2010 ET 2015, EN POURCENTAGE...
VARIATION DUE AU
SOLDE MIGRATOIRE
Différence entre le nombre d’entrées
et celui des sorties sur un département
TAUX DE VARIATION ANNUELLE
DE LA POPULATION
ENTRE 2010 ET 2015, EN POURCENTAGE
Couronne
de grand pôle
+ 0,5
+ 0,8 ou plus
Commune
multipolarisée
de grand pôle
Commune
isolée
+ 0,4 à + 0,8
La Réunion
VARIATION
DUE AU SOLDE NATUREL
Solde naturel
Pôle
moyen
0
Paris
et la petite
couronne
en baisse
Couronne
de pôle moyen
La taille des losanges est proportionnelle
au nombre d’habitants en 2015
dans les différents types de communes.
Guyane
stable
Couronne
de petit pôle
0
Martinique
+ 0,1 à + 0,4
Autre commune
multipolarisée
Petit pôle
- 0,5
Guadeloupe
Solde migratoire
Différence entre le nombre
de naissances et celui des décès
TAUX DE VARIATION ANNUELLE
DE LA POPULATION
ENTRE 2010 ET 2015, EN POURCENTAGE
Grand
pôle
+ 0,8 ou plus
+ 0,5
+ 0,4 à + 0,8
Guadeloupe
Martinique
Guyane
Paris
et la petite
couronne
La Réunion
+ 0,1 à + 0,4
Le zonage en aires urbaines
stable
En 2010
en baisse
Grande aire urbaine
Grand pôle urbain
Couronne de grand pôle
Aire moyenne
Pôle moyen
100 km
Couronne de pôle moyen
Guadeloupe
Taux de variation annuelle
de la population
entre 2010 et 2015,
Commune multipolarisée de grand pôle
EN POURCENTAGE
+ 1 ou plus
+ 0,5 à + 1
Petite aire
Martinique
Petit pôle
+ 0,1 à + 0,5
Couronne de petit pôle
stable
Guyane
Paris
et la petite
couronne
La Réunion
en baisse
Autre
Infographie Le Monde
Source : Insee
La périurbanisation de la France se poursuit
Selon le dernier recensement de l’Insee, la croissance de la population se concentre sur le Sud et l’Ouest
U
ANALYSE
n littoral atlantique et
un axe Rhône-Alpes
attractifs, une côte méditerranéenne qui le
devient moins, des régions rurales
ou désindustrialisées qui continuent de déprimer, des métropoles qui se renforcent, des zones
périurbaines qui attirent de nouveaux venus : l’Insee a publié,
mercredi 27 décembre, les nouveaux chiffres de la population,
commune par commune. Ils font
apparaître les dynamiques démographiques à l’œuvre sur la période 2010-2015, qui poursuivent
globalement celles de la période
antérieure.
Les données ont été collectées
par des enquêtes conduites de 2013
à 2017 mais, par convention,
ces chiffres sont réputés être ceux
au 1er janvier 2015. Au total, selon
l’organisme public, la population
se montait officiellement à cette
date à 66 190 280 personnes. C’est
1 577 341 personnes de plus
qu’en 2010, soit une croissance
annuelle de 0,5 %.
Croissance naturelle et solde
migratoire Cette croissance est
principalement due au solde « naturel » (l’excès des naissances sur
les décès) qui compte pour + 0,4
point de cette progression. Au niveau local, ce solde reflète la jeunesse d’une population. Le 0,1 %
de croissance restant est dû au
solde entre les entrées et les sorties mesurées dans chaque commune, autrement dit aux démé-
nagements et aux emménagements, dit solde migratoire.
Agrégé au niveau national, il reflète, par soustraction, le solde
entre les arrivées et les départs
sur le territoire national. Localement, il traduit ce que l’on peut
appeler l’attractivité d’une ville
ou d’une région. « Ces rythmes de
croissance sont similaires à ceux
enregistrés annuellement entre
1990 et 2010 », souligne Vincent
Vallès, qui signe la note explicative publiée par l’Insee.
Les deux composantes de la
croissance de la population n’évoluent pas nécessairement dans le
même sens. Une ville, un département peuvent enregistrer un faible dynamisme des naissances
par rapport aux décès mais attirer
de nouveaux venus. A l’inverse,
des naissances relativement nombreuses peuvent masquer en partie un excès des départs sur les arrivées, qui traduira alors un manque d’attractivité du territoire
concerné. Mais certains cumulent
les deux mêmes tendances et apparaissent ainsi particulièrement
dynamiques ou spécialement déprimés démographiquement.
Les « couronnes » attirent Le dynamisme démographique d’un
territoire est en général porté par
les grands pôles urbains. « Parmi
les cinquante intercommunalités
les plus peuplées de France, écrit
l’Insee, celles qui connaissent les
plus fortes progressions de leur population entre 2010 et 2015 sont très
souvent situées dans les régions littorales du sud et de l’ouest de la
La population
des grands pôles
urbains continue
de croître,
mais leur solde
migratoire est
souvent négatif
France, ou en Ile-de-France. » Viennent en tête du classement Montpellier Méditerranée Métropole
(+ 1,9 % par an), les métropoles de
Toulouse, Nantes, Bordeaux, Rennes, et les communautés d’agglomération Grand Paris Sud SeineEssonne-Sénart et Grand Annecy.
Les chiffres attestent « la poursuite du mouvement de périurbanisation », explique Valérie Roux,
chef du département de la démographie de l’Insee. La population des grands pôles urbains
(38,928 millions de personnes)
continue de croître, mais c’est en
général grâce à des naissances
nombreuses, indice d’une population jeune. En effet, leur solde migratoire est souvent négatif.
En revanche, les « couronnes »
(12,530 millions de personnes) de
ces grands pôles attirent de nouveaux résidents, qui viennent
s’ajouter à l’excédent naturel pour
en faire les zones les plus dynamiques. « Le déficit migratoire des
grands pôles se réalise largement
au profit de leur couronne, dont le
solde des entrées-sorties est très excédentaire », écrit ainsi l’Insee à
propos de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). De même,
en Bretagne, « la croissance de la
population est portée par les communes appartenant à la couronne
d’un grand pôle », qui hébergent
27 % de la population et comptent
pour 54 % dans l’augmentation de
la population régionale.
La croissance concentrée dans
quelques départements Au niveau départemental, l’Insee constate que « les fortes croissances
démographiques se concentrent
dans un nombre plus restreint de
départements » que dans la période 1990-2010. La France urbaine continue de se densifier au
détriment d’un axe Nord-Est-Centre-Massif central, qui cumule
parfois solde naturel et solde migratoire négatifs, comme en Haute-Marne, dans les Vosges, la
Nièvre ou l’Indre.
La croissance naturelle est la
plus marquée en Ile-de-France
(+ 1 % par an ou davantage en Seine-Saint-Denis, dans le Val-d’Oise,
le Val-de-Marne, les Hauts-deSeine), dans les départements
d’outre-mer (+ 2,3 % en Guyane,
+ 1,2 % à La Réunion) et dans ceux
où se trouvent les principales métropoles. A l’opposé, elle est la plus
faible dans les départements du
centre de la France (– 0,5 % par an
dans la Nièvre, – 0,4 % dans l’Indre), du quart Sud-Ouest et du
Massif central (Creuse, – 0,8 %,
Cantal, – 0,5 %).
Si l’on ne regarde que les flux migratoires, la répartition est presque inversée. Les soldes d’entrée et
de sortie sont négatifs dans une
bande de départements qui va du
littoral de la mer du Nord et de
la Manche jusqu’à la Lorraine et
à la Franche-Comté, y compris
une bonne partie de l’Ile-deFrance (– 1 % à Paris). Les Ardennes
et la Haute-Marne ont ainsi un
solde migratoire de – 0,5 % par an.
Sauf exception, dans le reste de la
France, les arrivées sont supérieures aux départs. En Corse, dans
l’Hérault, en Gironde, dans les Landes et les Pyrénées-Orientales, ce
solde atteint ou dépasse 1 % par an.
L’Insee relève une nette inflexion de l’attractivité de la bordure méditerranéenne, en particulier en PACA, où le bilan migratoire, bien qu’excédentaire, recule.
La Corse, elle, attire de plus en plus
de nouveaux venus. La Gironde, la
région lyonnaise et la Loire-Atlantique bénéficient de l’appel exercé
par leurs pôles urbains.
La population définie dans cette
enquête constitue la population
légale. Ce sont ces données par
commune qui serviront de base
au calcul des dotations versées
par l’Etat mais aussi à de multiples
réglementations, allant du montant des indemnités des élus au
mode de scrutin applicable aux
municipales en passant par le
nombre de pharmacies autorisées. Dans quelques jours, l’Insee
actualisera son estimation de la
population au 1er janvier 2018 – qui
est un chiffre différent de celui de
la population légale. Au 1er janvier 2017, elle était évaluée à
66,98 millions de personnes. p
cécile chambraud
LE CONTEXTE
COMMENT COMPTER
LA POPULATION
Outre les données de l’état civil,
« cette enquête provient pour
l’essentiel du recensement de
la population, une opération
annuelle depuis 2004 », explique
Valérie Roux, chef du département de la démographie de
l’Insee. Dans les villes de plus
de 10 000 habitants, ce recensement consiste à interroger
chaque année les personnes
vivant dans 8 % des logements.
Dans les communes plus petites,
un recensement complet est
effectué tous les cinq ans. Puis,
chaque année, les données des
cinq dernières années sont
agrégées. « En procédant ainsi
par glissement, dit Valérie Roux,
on se fonde sur 40 % des logements interrogés. »
Les chiffres de population
obtenus sont réputés être ceux
de l’année qui se situe au milieu
de la période enquêtée. Les
chiffres publiés mercredi
27 décembre sont fondés sur les
données recueillies de 2013
à 2017. Ils établissent la population légale au 1er janvier 2015.
8 | france
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
Au moins six djihadistes français
arrêtés par des Kurdes en Syrie
700 millions d’euros
débloqués pour le
budget 2017 des armées
Parmi les combattants de l’EI interceptés, Thomas Barnouin, très proche
des frères Clain, les « voix » qui ont revendiqué les attentats du 13 novembre
La suppression d’une partie des crédits avait
provoqué la démission du général de Villiers
erbil (irak) – correspondance,
I
l s’agit sans doute du premier djihadiste français
d’envergure à avoir été arrêté en Syrie. Le vétéran du
djihad Thomas Barnouin, ancien membre de la filière irakienne
d’Artigat
(Ariège),
aujourd’hui combattant de l’organisation Etat islamique (EI), a
été arrêté à la mi-décembre par
les forces kurdes en Syrie en compagnie de plusieurs combattants
français. L’information, révélée
par TF1-LCI, a été confirmée au
Monde de source proche des services de renseignement.
Contacté par Le Monde, Khaled
Issa, représentant du Rojava (Kurdistan syrien) en France, précise
que ce groupe de six Français a été
interpellé par la branche armée du
Parti de l’union démocratique
(PYD) syrien dans la région d’Hassaké (Nord-Est). Parmi les prisonniers figure un compagnon de
route de Thomas Barnouin, Thomas Collange, ancien membre lui
aussi de la cellule d’Artigat, une des
premières filières d’acheminement de djihadistes français vers
l’Irak au milieu des années 2000.
Vieille connaissance des services antiterroristes, Thomas Barnouin, un converti albigeois de
36 ans, est considéré comme un
théologien et propagandiste res-
En 2015, les
services de
renseignement
font état d’un
projet d’attentat
impliquant des
contacts de
Thomas Barnouin
pecté au sein des troupes francophones de l’EI. Il est notamment
très proche des frères Jean-Michel et Fabien Clain, les deux responsables de la propagande francophone de l’EI qui ont enregistré
le message de revendication des
attentats du 13 novembre 2015 à
Paris et Saint-Denis.
L’« émir blanc »
Selon une note rédigée en 2008
par la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire (SDAT),
Thomas Barnouin se serait converti à l’islam en 2000 après la lecture de trois livres : une « biographie de Malcolm X », Mahomet, la
parole d’Allah et la traduction du
Coran. Deux ans plus tard, il intègre la mouvance salafiste toulousaine en fréquentant une mosquée du quartier de Bellefontaine, à Toulouse. Il s’y lie d’amitié
Des enfants rapatriés d’Irak
Trois enfants, âgés de 3 à 8 ans, d’un couple de djihadistes français parti en Irak en 2015 pour rejoindre l’organisation Etat islamique (EI) ont été rapatriés. Leur mère et son plus jeune enfant de
moins de 1 an sont restés sur place, selon une information de
France Inter. La famille avait été capturée en juillet lors de la reprise de Mossoul. Le père est mort au cours du siège. « Ce retour
est le fruit du dialogue qui s’est intensifié ces derniers mois avec le
Quai d’Orsay et la Croix-Rouge. Nous restons très vigilants sur la situation de Melina et de son quatrième enfant », ont déclaré à l’AFP
les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth. Arrivés en
France le 18 décembre, les enfants ont été confiés à l’aide sociale
en Seine-Saint-Denis et placés dans des familles d’accueil.
avec les frères Clain et Sabri Essid,
dont le père a épousé la mère de
Mohamed Merah, futur auteur
des attentats de Toulouse et de
Montauban en 2012.
Décrit comme un « intellectuel » par un ancien camarade salafiste, Thomas Barnouin part
ensuite étudier la théologie à
l’Université islamique de Médine, en Arabie saoudite, entre
2003 et 2006. A son retour en
France, il prend la décision de
participer au djihad irakien.
La filière dite d’Artigat, du nom
du village de l’Ariège où habitait
son mentor, Olivier Corel dit
l’« émir blanc », est alors en train
de se structurer autour de deux
autres figures du salafisme toulousain, les frères Clain. Thomas
Barnouin deviendra un de ses
pionniers.
En décembre 2006, le jeune
Albigeois s’apprête à rejoindre le
champ de bataille irakien en
compagnie de Sabri Essid quand
les deux hommes sont arrêtés les
armes à la main en Syrie par
les autorités du pays. Après deux
mois d’incarcération, Thomas
Barnouin et Sabri Essid sont
expulsés le 13 février 2007 et interpellés à l’aéroport d’Orly.
Dans les mois qui suivent, la cellule dite « d’Artigat » est entièrement démantelée. Thomas Barnouin, Sabri Essid, Fabien Clain et
cinq de leurs complices seront
condamnés en décembre 2009 à
cinq ans de prison. Après avoir
purgé leur peine, les membres
d’Artigat n’ont rien renié de leurs
convictions. La cellule renaît vite
de ses cendres. Entre janvier et février 2014, plusieurs d’entre eux
– Jean-Michel Clain, Imad Djebali,
Sabri Essid, Mohamed Megherbi
ou encore Thomas Barnouin – rejoignent la Syrie avec femmes et
enfants au nez et à la barbe des
services de renseignement.
Après avoir échoué dans son
implantation irakienne, la cel-
lule, baptisée « Artigat 2 » par les
services antiterroristes, se reconstitue sur une nouvelle terre
de djihad. En Syrie, les frères
Clain deviennent rapidement
des cadres de l’organe de propagande francophone de l’organisation Etat islamique, structurellement lié aux services chargés
de la planification des attentats.
Thomas Barnouin est soupçonné
d’être un de leurs lieutenants.
Revendications kurdes
Mais, avant de quitter la Ville rose,
la cellule a pris soin de semer ses
graines. Dans une note « confidentiel défense » de décembre 2015, les services de renseignement font état d’un projet
d’attentat
impliquant
des
contacts de Thomas Barnouin. On
y trouverait Farouk Ben Abbes, un
autre vétéran du djihad qui avait
été mis en examen en 2009 pour
un projet d’attentat visant le Bataclan. Selon cette note, un groupe
de Toulousains, en contact avec
Thomas Barnouin, Jean-Michel
Clain et Sabri Essid avant leur départ pour la Syrie, projetait une
opération en France.
Quel sera le sort de Thomas
Barnouin ? L’Albigeois est visé par
un mandat de recherche de la justice française. Le représentant du
Rojava en France insiste sur le fait
que « les YPG [Unités de protection du peuple] kurdes respectent
les règles du droit international
qui réglementent les conflits
armés ». Il profite cependant de
l’occasion pour rappeler quelques
revendications du Kurdistan syrien : « La France doit continuer
son soutien militaire, mais surtout
politique et diplomatique pour
que l’expérience démocratique de
la Fédération du nord de la Syrie
soit protégée et équitablement représentée au pouvoir central dans
une Syrie fédérale. » p
allan kaval
et soren seelow (à paris)
A Bordeaux, des arrêts de bus à la demande
Pour lutter contre le harcèlement de rue, deux lignes de bus expérimentent un nouveau service
bordeaux – correspondante
M
êmes couleurs, blanc
et bleu, même panneau d’affichage central et même boîtier pour valider.
Les bus des lignes (« lianes ») 7 et
10 de Keolis, le délégataire de la
métropole bordelaise pour les
transports en commun, ressemblent à tous les autres.
Pourtant, depuis le 6 novembre,
et pour six mois, ces deux lignes
fréquentées – plutôt par les étudiantes et les étudiants pour la 10,
par des jeunes et des salariés pour
la 7 – expérimentent l’arrêt à la demande : à partir de 22 heures, l’usager peut demander au conducteur
de s’arrêter entre deux stations. Il
doit alors descendre par l’avant et
le bus s’arrête en fonction de la
dangerosité de la voirie.
« Sentiment d’insécurité »
« Certains d’entre nous le faisaient
déjà, souligne Christophe Fredon,
la quarantaine, conducteur depuis 2004. Maintenant, c’est encadré mais ça ne veut pas dire qu’on
s’arrête n’importe où, ou par commodité personnelle. »
Maria Roldan emprunte régulièrement ce long bus articulé de
la ligne 10 qui part du centre commercial de Bouliac, sur la rive
droite de la Garonne, vers Gradignan sur la rive gauche à l’ouest,
en passant par la gare de Bordeaux. Cette étudiante mexicaine
de 26 ans monte au centre-ville de
Talence ou sur le campus tout
proche jusqu’à Gradignan, où se
trouve son studio. Elle ne connaît
pas encore ce nouveau service
mais elle l’approuve : « Pour mes
copines qui s’arrêtent en plein
campus, souvent, ça craint. Là,
avec ce système, on est près du
chauffeur, note la jeune femme.
C’est plutôt rassurant car, on a
beau dire, on est plus vulnérables
que les hommes. »
Si officiellement ce dispositif
est ouvert à tous les voyageurs
– hommes et femmes – qui le souhaitent, il est clair qu’il s’inscrit
dans une politique de lutte contre
le harcèlement de rue et les agressions dont sont victimes les femmes. Bordeaux Métropole (BM),
l’établissement public financeur
de Keolis, présidé par le maire (Les
Républicains) Alain Juppé, a fortement appuyé cette initiative. Elle
fait suite à deux campagnes contre le harcèlement dans les transports en commun.
Ces deux lignes ont été choisies
car l’une (la 10) dessert notamment le campus, le second plus
vaste de France avec ses 235 hectares, pourvu de grands espaces
verts sans lumière et de résidences universitaires mal éclairées ;
l’autre (la 7) transporte des sala-
riés, souvent des femmes, tard le
soir, de retour de la zone commerciale et économique du Lac et de
Bordeaux-Nord. « L’horaire de
22 heures correspond à la baisse de
fréquentation dans les bus et les
rues, un horaire qui peut introduire
le plus de sentiment d’insécurité »,
explique Christophe Duprat, le
vice-président de BM chargé des
transports. Jusqu’à présent, seule
l’agglomération de Nantes a généralisé cette pratique, en mai 2016.
Comportements d’évitement
Depuis le lancement de l’opération, peu de demandes d’arrêt ont
été enregistrées : en moyenne
une par soir et par ligne. Mais il
est vrai qu’aucune publicité n’a
été faite hormis sur les panneaux
d’information à l’intérieur des
bus. Seuls les médias locaux en
ont fait écho. « On ne veut pas
créer un point de focalisation sur
ce sujet », justifie Hervé Lefèvre, le
directeur de Keolis. Mais d’autres
canaux comme les réseaux
sociaux ont relayé.
Mélanie Brette, étudiante de
20 ans à Kedge, une école de commerce située à Talence, rencontrée un soir de décembre sur la 10,
l’a appris dans le journal de son
école. Ce soir-là, elle s’est mise sur
son 31 (veste angora blanche,
caraco brodé noir et queue de
cheval lissée) pour fêter la fin des
examens avec ses copains. Habituellement, elle rentre « avec Uber
ou en bus mais jamais seule,
même si je me sens plus en sécurité
ici qu’à Paris. (…) Avec ce nouveau
service, si je peux me rapprocher
– j’habite à 300 mètres de l’arrêt de
bus –, c’est cool ».
Même si les statistiques de la
police bordelaise ne sont pas alarmantes, le soir venu, les jeunes
femmes intègrent toutes des
comportements d’évitement ou
d’adaptation.
« Les femmes suivies, insultées,
bousculées, subissant des exhibitions sexuelles dans la rue, font
rarement de mains courantes,
surtout sur le campus », fait remarquer Yves Raibaud, géographe du genre et vice-président
du conseil du développement
durable à BM.
Il vient de participer à une
grande enquête, entre avril et
juin 2017, sur le campus bordelais
pour mesurer le sentiment d’insécurité des étudiants et du personnel. Sur la base de 4 920 réponses, 28 % des sondés, des étudiantes en majorité, déclarent
avoir subi des actes déplacés :
drague lourde, insultes, rencontre d’un exhibitionniste, agressions jusqu’au viol ou tentative
de viol (0,1 %). Surtout la nuit
tombée. p
claudia courtois
D
ans la bataille budgétaire
qui l’oppose à Bercy, Florence Parly vient de remporter une petite victoire. La ministre des armées a obtenu le déblocage des 700 millions d’euros
de crédit encore gelés pour l’exercice 2017. « Je m’y étais engagée, je
l’ai obtenu. Le budget des armées
confirme sa remontée en puissance. On avance », a-t-elle écrit
sur Twitter, mercredi 27 décembre. Une information confirmée
au Monde par Bercy. Après le revers de cet été – 850 millions
d’euros de crédits gelés avaient été
tout bonnement annulés –, ce déblocage in extremis avant la fin de
l’année est un soulagement pour
la ministre, bonne connaisseuse
de ces questions pour avoir été secrétaire d’Etat au budget sous Lionel Jospin, entre 2000 et 2002.
« Reste à payer »
La suppression des crédits au
mois de juillet avait provoqué la
démission du général Pierre de
Villiers, le chef d’état-major des
armées, et une crise sans précédent entre l’institution militaire
et le gouvernement. Ce dégel de
décembre, très attendu par les armées, a évidemment une portée
symbolique : il devrait permettre
de détendre un peu les relations
en montrant la bonne volonté de
Bercy, même si de nombreux sujets de débat restent sur la table. Il
a également une dimension pratique immédiate : il devrait permettre à la direction générale des
armées de régler quelques dépenses de fonctionnement urgentes.
En septembre, on estimait à 1 milliard d’euros le manque à gagner
pour terminer l’année.
Le déblocage des 700 millions
d’euros pour clôturer l’exercice 2017 ne règle cependant pas
tous les soucis dans l’immédiat. La
joute devrait désormais se porter
sur le terrain des « reste à payer »,
ces engagements pris sans les crédits correspondants. Bercy a l’in-
L’engagement
pris est celui
d’un budget
représentant
2 % du PIB
en 2025
tention de les plafonner au niveau
de 2017. Or, sur les 107 milliards
d’euros en question, 50 milliards
concernent la défense, qui est de
loin le premier investisseur étatique. Les achats d’équipements
– navires, blindés… – s’étalent souvent sur plusieurs décennies.
D’énormes chantiers sont, qui
plus est, encore à venir, comme celui des quatre prochains sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.
L’Etat espère que ce geste permettra de faire patienter les armées jusqu’au prochain exercice
budgétaire, qui devrait être plus
favorable. En septembre, le ministère des armées avait annoncé que
ses crédits pour 2018 allaient être
augmentés de 1,8 milliard d’euros
(portés à 34,2 milliards). La hausse
devrait se poursuivre chaque année pour atteindre 41 milliards
en 2022. A terme, l’engagement
pris est celui d’un budget représentant 2 % du PIB en 2025. Mais
cette hausse devra tenir compte
de l’intégration des dépenses liées
aux opérations extérieures – jusqu’à présent assumées par la solidarité interministérielle – qui représentent 650 millions d’euros
pour 2018 et qui sont estimées à
1,1 milliard en 2020.
Avec cette petite victoire de fin
d’année, Florence Parly s’achète
donc du temps et de la crédibilité
auprès d’une institution sous tension. Deux atouts indispensables
en vue de la prochaine négociation de taille, celle de la loi de programmation militaire 2019-2025,
à l’été prochain. p
nicolas chapuis
S OC I AL
EXC LUS I ON
Contrôle des chômeurs :
« Rien de choquant »,
selon Emmanuel Macron
La maire de Paris fait
retirer une « installation
anti-SDF »
Emmanuel Macron a estimé,
mercredi 27 décembre, que le
contrôle des chômeurs était
« normal » et ne présentait
« rien de choquant ». « Il faut
s’assurer que chacun recherche l’emploi qui peut être offert et que, quand un emploi
correspond à ses compétences, il le prend », a-t-il confié à
LCI, depuis Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), où il
passe ses vacances. Le président de la République était
interrogé, après la révélation,
par Le Canard enchaîné, d’une
note présentant des pistes de
mesures visant à modifier les
sanctions contre les demandeurs d’emploi qui manquent
à leurs obligations.
La maire de Paris,
Anne Hidalgo, a fait retirer,
mercredi 27 décembre,
des « barrières anti-SDF »
dressées il y a huit ans
dans le 19e arrondissement.
Elles couvraient plusieurs
grilles d’aération d’où
s’échappe de l’air chaud,
empêchant les sans-abri
de s’y allonger. C’est un
« SDF 2.0 » qui avait alerté
la mairie, lundi, via Twitter :
sous le pseudonyme de
« Page », il dénonçait l’installation, photo à l’appui. Son
indignation a eu un large
écho sur Internet. – (AFP.)
R ELI GI ON
Feu vert à l’expulsion
d’un imam accusé
d’avoir légitimé le djihad
L’imam suppléant de la
mosquée de Torcy
(Seineet-Marne), accusé
d’avoir « légitimé le djihad »
dans ses prêches, pourra être
expulsé vers le Maroc, selon
son avocat, Me Gilles Devers.
La commission, composée
de magistrats, qui était
chargée de se prononcer sur
le sort de Mohammed Tlaghi,
un Marocain de 50 ans, a
rendu un avis favorable à
l’arrêté d’expulsion prononcé
contre celui-ci. – (AFP.)
FON CT I ON PU BLI QU E
Sursis contre
l’inspectrice du travail
accusée d’avoir violé
le devoir de réserve
L’inspectrice du travail,
représentante du syndicat
SUD, qui avait été suspendue
pour faute grave après avoir
critiqué, dans la presse, la ministre du travail, Muriel Pénicaud (Le Monde du 14 décembre), s’est vu infliger quinze
jours de suspension avec sursis, selon un communiqué
d’une intersyndicale (CGT,
CNT, FO, FSU, SUD). Le 14 décembre, entre 200 et 300 personnes avaient manifesté
pour dénoncer « une politique
de répression syndicale et d’entrave à la liberté d’expression ».
france | 9
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
Apprentissage : les régions en colère contre l’Etat
Le pilotage pourrait être confié aux branches professionnelles, privant les collectivités de leurs prérogatives
L
e rabibochage aura été de
courte durée. Lors de la
Conférence nationale des
territoires du 14 décembre, les régions étaient revenues à
la table des négociations, après
l’avoir quittée, deux mois et demi
plus tôt, pour dénoncer la baisse
de leurs dotations. Le 20 décembre, patatras ! Elles ont de nouveau pris leurs cliques et leurs claques. L’objet de la fâcherie avec le
gouvernement est très différent,
cette fois-ci : il porte sur la réforme de l’apprentissage, dispositif dont le pilotage pourrait être
confié aux branches professionnelles, ce qui amoindrirait les prérogatives des conseils régionaux
et les ressources qui leur sont affectées. Les élus de ces collectivités s’y opposent, quelle que soit
leur couleur politique.
Les intentions prêtées au gouvernement s’inscrivent dans un
dessein plus large, qui vise à élever l’apprentissage au rang de
« voie d’excellence ». A l’heure actuelle, ce système de formation
par alternance (allers-retours entre une entreprise et un établissement de formation) rime avec
voie de garage, pour une large
partie de la population.
Changer de modèle
Sa faible attractivité se voit dans
les chiffres : en 2016, le nombre de
contrats d’apprentissage signés
dans le privé a atteint 275 000,
contre un peu plus de 306 000
quatre ans plus tôt. La spirale
baissière a, certes, été stoppée
en 2014 et la tendance est, depuis
lors, à la reprise, très modeste,
grâce à la progression des effectifs
d’apprentis dans l’enseignement
supérieur. Mais c’est la bérézina,
s’agissant des contrats signés par
des jeunes ayant, au maximum, le
niveau secondaire : – 24 % depuis
2008, ce qui correspond à une
tendance lourde dans les métiers
traditionnels de l’apprentissage
(bâtiment, industrie, hôtellerierestauration, entre autres).
Pourtant, cette filière affiche
des résultats intéressants en termes de retour à l’emploi : près de
sept jeunes sur dix, qui l’ont empruntée, ont décroché un poste,
selon la ministre du travail, Muriel Pénicaud. Le gouvernement
voit donc dans l’apprentissage un
outil propre à résorber un double
problème : celui du chômage des
Le gouvernement
espère résorber
un double
problème :
le chômage des
moins de 25 ans
et les besoins
en compétences
des entreprises
Hervé Morin, le 23 novembre à Paris. DENIS ALLARD/REA
jeunes (qui atteint 21,9 % parmi
les 15-24 ans en métropole, contre
9,4 % en moyenne) et celui des
besoins en compétences exprimées par les entreprises – celles-ci
étant de plus en plus nombreuses
à rencontrer des difficultés de
recrutement.
Mais pour l’exécutif, il faut, au
préalable, changer de modèle
– impulser une « révolution copernicienne », selon la formule
un brin pompeuse de Mme Pénicaud. Celle-ci ne veut plus d’une
régulation très largement exercée par les régions – en particulier pour tout ce qui a trait à
l’ouverture et à la fermeture de
places dans les centres de formation des apprentis (CFA).
L’organisation s’avère extrêmement complexe, entre les dispositifs d’aide très disparates et les circuits de financement tortueux,
orientés vers de multiples destinataires (régions, CFA, établissements d’enseignement…). Tout
« Nous n’avons pas
vocation
à être l’aneth
sur le saumon »
HERVÉ MORIN
président de Régions de France
cela engendre, aux yeux du gouvernement, de nombreux dysfonctionnements : CFA partiellement remplis, écarts de prix parfois très importants entre des formations délivrant le même
diplôme, sous-utilisation, dans
certaines régions, du produit de la
taxe d’apprentissage versée à celles-ci (ce que les élus régionaux
contestent)…
D’où la réforme en cours de gestation, qui s’imbrique avec celles
de la formation professionnelle et
de l’assurance-chômage. Trois
chantiers ouverts avec quelques
semaines de décalage mais qui
doivent déboucher sur la rédaction d’un seul projet de loi, fin
mars 2018. S’agissant du dossier
apprentissage, une concertation
a été lancée le 10 novembre avec
tous les acteurs concernés (partenaires sociaux, régions, chambres
consulaires…). Quatre groupes de
travail ont été mis en place, sous
la houlette de Sylvie Brunet, présidente de la section travail et emploi du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
Leurs conclusions devront être
rendues à la fin de janvier ou au
début de février 2018.
Mais le gouvernement a, d’ores
et déjà, une vision très précise du
projet, comme l’a révélé, il y a quelques jours, le quotidien Les Echos.
D’abord, il veut que les branches
professionnelles, c’est-à-dire le
monde économique, occupent
une position cardinale dans la
gouvernance du système, afin que
soient mieux prises en compte les
attentes des entreprises. Ensuite,
les CFA ne toucheraient de l’argent
que pour chaque contrat signé par
un jeune. Enfin, les circuits de financement seraient simplifiés en
instaurant une ponction unique
pour toute l’alternance (contrat
d’apprentissage et contrat de
professionnalisation).
« Privatisation totale »
Dans ce schéma, les régions
seraient délestées de leur part de
taxe d’apprentissage (environ
1,6 milliard d’euros aujourd’hui)
– les fonds étant redirigés vers
des organismes collecteurs, cogérés par les partenaires sociaux, et
vers un fonds de péréquation au
profit des branches ayant peu de
moyens. Parallèlement, les
conseils régionaux continueraient d’être mis à contribution
afin d’investir dans les CFA.
Inacceptable, pour Hervé Morin, le président de Régions de
France, l’association qui regroupe
toutes ces collectivités. L’élu centriste plaide pour que les assemblées régionales restent au centre
du jeu car elles détiennent toute
une gamme de compétences qui
forment un continuum, « une
chaîne de valeurs » (développement économique, formation des
chômeurs…).
Pour M. Morin, les intentions du
gouvernement sont synonymes
de « privatisation totale de l’apprentissage » et servent les intérêts de quelques grandes branches
– en particulier l’Union des industries et métiers de la métallurgie
(UIMM). Or, redoute-t-il, celles-ci
risquent de se montrer peu attentives au sort des petites branches,
tout comme à la nécessité de soutenir des formations concernant
plusieurs secteurs d’activité (sur
des compétences dites « transversales ») ou des domaines d’intérêt
général, comme le secteur
médico-social, par exemple.
Pour toutes ces raisons, le patron de Régions de France a donc
annoncé, le 20 décembre, que son
association suspendait sa participation à la concertation coordonnée par Mme Brunet. Et que les conseils régionaux avaient décidé de
« surseoir à tous leurs projets d’investissement dans les CFA ». « Nous
n’avons pas vocation à être l’aneth
sur le saumon ou le cornichon
dans l’assiette de charcuterie », a
grincé M. Morin, lors d’une conférence de presse. « L’histoire n’est
pas encore écrite », confie-t-il au
Monde : des rencontres sont prévues, début janvier, avec le premier ministre, Edouard Philippe,
avec Mme Pénicaud et avec le président de l’UIMM, Alexandre Saubot. Toute la question, maintenant, est de savoir si un compromis pourra être trouvé. p
bertrand bissuel
Les écoles de commerce s’inquiètent de la réforme portée par l’exécutif
Déjà touchés par le manque de subventions, les établissements interpellent l’Etat sur la suppression de la taxe d’apprentissage
L’
ANALYSE
avenir d’HEC peut-il se
comparer à celui du PSG ?
« Le Qatar a déjà acheté le
PSG, et maintenant, en Chine, nous
rencontrons des entreprises qui se
disent intéressées par le rachat de
nos écoles, d’HEC, de l’Essec, de
l’ESCP Europe… », a lancé le président de la Chambre de commerce
et d’industrie (CCI) d’Ile-deFrance, Didier Kling, lors d’une
conférence de presse, le 14 décembre. Il s’agissait de jeter un pavé
dans la mare, afin de dénoncer la
baisse des transferts financiers de
l’Etat aux chambres de commerce. Et même si cette vente est
aujourd’hui statutairement impossible, M. Kling va jusqu’à évoquer les possibilités offertes par
l’« ingénierie financière » pour
contourner cette barrière…
La CCI évoque également une
nouvelle hausse des frais d’inscription pour les élèves des écoles
consulaires. En effet, la réforme
de l’apprentissage, en cours de
concertation, pourrait affecter les
recettes des grandes écoles. Tactiques de négociation, ces déclarations traduisent un désarroi, à la
mesure du changement de modèle auquel sont confrontées les
grandes écoles de commerce
françaises.
Diplômes payants
Depuis qu’elles se sont lancées
dans la compétition mondiale
avec les meilleures « business
schools » de la planète, leurs coûts
explosent. Alors que l’argent public se réduit plus vite qu’attendu,
ces établissements font face à des
mutations stratégiques accélérées. Pour exister dans le grand
jeu de la concurrence mondiale,
elles ont recruté des enseignantschercheurs qui publient dans les
revues académiques les plus prestigieuses. Plus les professeurs affiliés à une école publient, plus
celle-ci est poussée vers le haut
des classements, qui font de la
recherche un critère d’excellence.
Et plus il leur est facile d’obtenir
les accréditations internationales
fournies par des « agences de notation » – comme l’AACSB, Equis,
AMBA –, qui certifient la qualité
des formations.
Une sorte de bulle financière
s’est créée sur ce marché, qui risque de faire du programme dis-
pensé aux étudiants un parent
pauvre, car les retombées de cette
recherche ne sont pas toujours
utiles à l’enseignement. Ni même
toujours « valorisables » auprès
des entreprises. De plus, les écoles
ont des besoins importants d’investissements afin d’ouvrir des
campus à l’étranger, de transformer leur pédagogie en introduisant les nouvelles technologies, de
développer l’entrepreneuriat…
Au faîte des classements internationaux, les « trois parisiennes » que sont HEC, l’Essec et ESCP
Europe ne sont pas les moins bien
armées dans la compétition mondiale. Mais leurs ressources n’atteignent pas celles de leurs concurrentes directes. Ainsi, le directeur général d’HEC, Peter Todd, assurait récemment tabler sur un
budget de 160 millions d’euros
en 2018-2019, en hausse de 15 millions sur l’exercice en cours. Il le
comparait cependant avec les
450 millions d’euros dont dispose
la business school américaine
Yale avec qui l’école de Jouy-en-Josas (Yvelines) vient d’annoncer
un accord de double diplôme. Or
la concurrence est en train de
s’intensifier doublement : « D’une
part, des acteurs du numérique
comme OpenClassrooms vont
proposer des parcours de formation diplômants construits avec les
offres de différentes business schools. D’autre part, la Chine dispose
désormais de nombreuses business schools accréditées Equis, qui
vont devenir concurrentes de nos
offres », s’inquiète Jean-François
Fiorina, directeur adjoint de Grenoble Ecole de management.
D’où l’appel lancé à l’Etat par les
CCI, qui détiennent ou soutiennent encore bon nombre d’écoles
de commerce. Or l’Etat, qui finance déjà les classes préparatoires et peine à faire face au
boom démographique qu’af-
Une bulle
financière s’est
créée, au risque
de faire du
programme
dispensé aux
étudiants un
parent pauvre
fronte l’université, n’est pas en
mesure de voler à leurs secours. Et
chaque nouveau signe de désengagement fait l’effet d’un chiffon
rouge – notamment la réforme de
la taxe d’apprentissage, qui pourrait supprimer le « hors quota », la
part attribuée librement par les
entreprises aux établissements
d’enseignement de leur choix.
« Les subventions publiques ne
cessent de baisser depuis des années, alors ne touchons pas à la
taxe dans le supérieur ! », prévient
ainsi Alice Guilhon, directrice générale de Skema (issue, en 2009,
de la fusion des écoles de Lille et
de Sophia Antipolis), pour qui ce
« hors quota » permet « d’abaisser
le coût d’une année pour les étudiants qui, sinon, se rapprocherait
des 20 000 à 25 000 euros ». Faute
de cadre stable, elle répète depuis
la rentrée que la délocalisation du
siège de son école à Singapour ou
aux Etats-Unis serait « une possibilité », notamment par le biais
d’une alliance…
Pour atteindre la taille critique
d’une école telle que Skema,
d’autres « sup de co » régionales
ont à leur tour fusionné et pris
leur indépendance juridique vis-
à-vis des CCI, tel Kedge (Bordeaux
et Marseille) ou Neoma (Rouen et
Reims). Les écoles de commerce
ont aussi augmenté leurs frais
d’inscription – doublés en vingt
ans –, accru leurs effectifs, créé de
nouveaux diplômes payants de
bachelors ou de mastères spécialisés, musclé leurs offres de formation continue, multiplié les
collectes de fonds auprès des entreprises et des anciens… Mais le
chemin de l’autonomie est de
plus en plus escarpé.
En créant le statut d’établissement d’enseignement supérieur
consulaire (EESC), qu’HEC a le premier adopté le 1er janvier 2016, la
loi Mandon de décembre 2014
avait accompagné ce mouvement. Les EESC peuvent ouvrir
leur capital, à condition que les
CCI conservent la majorité, et sans
que les actionnaires (aujourd’hui
des fondations ou des associations) puissent recevoir de dividendes. Pour attirer plus d’investisseurs, nombre de responsables
voudraient voir ces conditions assouplies. Avant de vendre HEC en
bloc, bien d’autres voies peuvent
donc être étudiées. p
adrien de tricornot
ÉCONOMIE & ENTREPRISE
France : les raisons d’espérer en 2018
10 |
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
Une croissance qui accélère, des indicateurs au beau fixe : l’année à venir s’annonce sous les meilleurs auspices
A
près des années de
doute et de déprime, la
France est-elle enfin
de retour dans le jeu
économique mondial ? L’année
2018 s’ouvre en tout cas sous les
meilleurs auspices pour l’économie tricolore. Une croissance qui
accélère, des indicateurs au beau
fixe et cet éloge parti d’où on l’attendait le moins : la France baptisée « formidable nation » et sacrée
« pays de l’année » par l’hebdomadaire britannique The Economist
dans son édition de Noël. Si longtemps intraitable vis-à-vis d’un
pays qu’il jugeait sclérosé, voilà le
magazine tombé sous le charme
d’un Emmanuel Macron ayant
promis de rendre à l’Hexagone
son attractivité.
Les sondages racontent la
même histoire. Selon une enquête Ipsos publiée début décembre, 60 % des chefs d’entreprises
étrangères implantées en France
jugent le pays attractif, contre
36 % un an plus tôt. Fin novembre, le baromètre de la chambre
de commerce américaine en
France et du cabinet de conseil
Bain & Company révélait que 72 %
des investisseurs américains installés sur le territoire hexagonal
escomptaient une évolution positive du contexte économique. Un
résultat historiquement élevé.
« Gouvernement pro-business »
« Avant que je prenne mes fonctions, on m’avait parlé de la France
comme d’un pays très compliqué,
contraignant et cher », témoigne
ainsi Sean Gallagher, qui a repris
en mars la présidence de la filiale
française de Xerox, fabricant
américain d’imprimantes. « Cette
image s’est beaucoup améliorée
avec l’élection et les premières réformes qui donnent l’impression
d’un gouvernement pro-business
et désireux de changer les choses
rapidement », constate le PDG.
Globalement, les patrons étrangers fondent leurs espoirs sur les
ordonnances de la loi travail, la ré-
duction progressive de l’impôt
sur les sociétés ou les projets de
simplification administrative.
« On n’a jamais senti un tel intérêt positif pour la France depuis au
moins une décennie », confirme
Gilles Moec, économiste chez
Bank of America ML. Le retour de
la confiance se manifeste aussi
dans le climat des affaires qui a atteint en décembre son niveau le
Chômage : repli du nombre
de demandeurs d’emploi
Le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi en catégorie A
(sans activité) a baissé en novembre de 0,8 %, soit 29 500 demandeurs d’emploi en moins, pour s’établir à 3,45 millions de personnes en métropole, son plus bas niveau depuis octobre 2014, selon
des chiffres publiés mercredi par le ministère du travail. L’indicateur stagne (− 0,1 %), en comptant les demandeurs d’emploi
ayant exercé une activité au cours du mois (catégories B et C), à
5,61 millions en métropole et 5,92 millions dans la France entière.
plus haut depuis dix ans. Dans
l’industrie, le moral des chefs
d’entreprise est désormais plus
élevé qu’avant la crise de 2008.
« C’est comme si la victoire de Macron avait permis d’enlever un couvercle de stress, poursuit M. Moec,
et de réaliser que la machine économique ne se portait pas si mal. »
Le ressenti est une chose. Mais la
reprise s’est bel et bien installée
avant les élections. Et elle n’est pas
une histoire purement hexagonale. « C’est beaucoup une affaire
de circonstances internationales,
décrit Denis Ferrand, directeur général de l’institut de conjoncture
COE-Rexecode. Le contexte mondial est très positif. » En ligne avec
le redémarrage du commerce international, les carnets de commandes des entreprises sont de
nouveau bien garnis. De même, la
dynamique robuste de l’investis-
sement tricolore est celle de l’ensemble de la zone euro.
Le gouvernement bénéficie
aussi des choix du précédent quinquennat, dont le crédit d’impôt
compétitivité emploi (CICE) et le
pacte de responsabilité, qui ont
permis aux entreprises de regonfler leurs marges. Résultat, selon
l’Insee, la croissance française devrait avoir progressé de 1,9 %
en 2017, au plus haut depuis 2011.
D’autres données corroborent
cet élan. Selon l’indice PMI publié
en décembre, l’industrie manufacturière enregistre sa plus forte
croissance depuis près de dix-sept
ans. Et, au premier semestre, les
ouvertures d’usines ont été plus
nombreuses que les fermetures,
pour la première fois depuis 2009.
De timides frémissements s’observent aussi sur le marché de
l’emploi. Selon l’Insee, le taux de
Dans son édition
de Noël,
« The Economist »
qualifie la France
de « formidable
nation » et de
« pays de l’année »
chômage s’inscrit à 9,4 % contre
10 % un an plus tôt.
« Ce qui est intéressant, c’est qu’on
a réussi, sans gros choc, à surmonter l’extinction récente de mesures
temporaires », souligne Denis
Ferrand, citant la fin du dispositif
de suramortissement fiscal, en
avril, ou celle de la prime à l’embauche dans les PME, en juin. Ces
interruptions n’ont pas mis un
coup d’arrêt aux créations d’emploi ni à l’investissement, preuve
d’une plus grande résilience de
l’économie française.
Et après ? Emmanuel Macron arrivera-t-il à conforter l’amorce de
croissance dont il a hérité ? « Il n’y a
pas de raison que ça s’arrête
en 2018 », estime Philippe Waechter, directeur de la recherche chez
Natixis AM. Pour autant, « les attentes sont fortes, donc les risques
de déception sont à la hauteur »,
met-il en garde. Or l’embellie conjoncturelle ne pourra effacer en un
claquement de doigt les faiblesses
structurelles de l’économie française. Après dix ans de crise, la
purge de l’industrie tricolore et un
chômage toujours élevé pèsent
sur la dynamique. Le sursaut de la
croissance demeure inférieur à la
moyenne de la zone euro (2,2 %). p
marie de vergès
L’excès d’offre de pétrole se résorbe, poussant les prix à la hausse
Mardi, le cours du baril de brent de mer du Nord a franchi la barre des 67 dollars, signant son plus haut niveau depuis mai 2015
C’
est le signe que le marché du pétrole, où l’offre est excédentaire depuis quelques années, se rapproche de l’équilibre : les tensions
géopolitiques ou les incidents
techniques sur les installations de
production ou de transport d’or
noir ont à nouveau une influence
sur les cours. Il a suffi d’une explosion sur un important oléoduc du
Sud libyen, mardi 26 décembre,
pour que les prix du baril de brent
de la mer du Nord et du Light
Sweet Crude (WTI) américain s’envolent, même si les volumes
échangés sont bas en cette période de fêtes.
Le premier a atteint 67,02 dollars
(56,31 euros) sur l’Intercontinental
Exchange de Londres, plus haut niveau depuis la mi-mai 2015 ; le second a clôturé à 59,97 dollars sur le
New York Mercantile Exchange,
après avoir franchi les 60 dollars
en séance pour la première fois de-
La production
américaine
d’huile de schiste,
en hausse en 2017,
déboussole
toujours
les analystes
puis la fin juin 2015. Mercredi, le
cours du brent s’établissait à
66,44 dollars, à Londres après des
prises de bénéfices.
L’excès d’offre s’est peu à peu résorbé alors que la demande est
soutenue dans plusieurs zones
du monde, notamment en Amérique du Nord et en Europe, où le
froid augmente la demande de
chauffage. Mais il s’agit là de phénomènes conjoncturels, qui ne
font qu’accentuer la tendance à la
remontée des cours du brut depuis un an, notamment sous l’effet de la prolongation jusqu’à fin
2018 de la baisse de production
consentie par l’Organisation des
pays exportateurs de pétrole
(OPEP) et la Russie fin novembre.
Un accord qui a permis au brent
de se maintenir depuis deux mois
au-dessus de 60 dollars. Le baril a
ainsi gagné 20 % en 2017 par rapport à l’année précédente, ce qui a
entraîné une forte augmentation
des prix à la pompe. Surtout dans
les pays comme la France où les
taxes en représentent plus de la
moitié. « Pour les producteurs,
2017 a été encourageante, note
l’Agence internationale de l’énergie (AIE), comme en attestent les
bons résultats de compagnies pétrolières. Est-ce que cela se poursuivra pour la nouvelle année ? »
Dans son rapport mensuel publié le 14 décembre, l’agence regroupant essentiellement les pays
consommateurs membres de l’Organisation de coopération et de
développement
économiques
(OCDE) indique que les courbes de
la production et de la consommation de brut ne se rejoignent que
sur une partie de l’année, preuve
que le retour à l’équilibre attendu
par les pays producteurs n’est pas
achevé. « La croissance totale de
l’offre pourrait excéder celle de la
demande, indiquent ses experts :
sur le premier semestre, l’excédent
pourrait être de 200 000 barils par
jour, avant de repasser à un déficit
d’environ 200 000 barils au second
semestre. »
La demande globale, elle, devrait
augmenter de 1,3 million de barils
(à 98,9 millions), contre 1,5 million
en 2017. Si l’AIE escompte une offre
stable de l’OPEP et de onze autres
pays (dont la Russie) l’an prochain,
la production restera soutenue,
surtout aux Etats-Unis, qui ne
sont soumis à aucun quota ni ac-
cord de régulation. Tirée par les
huiles de schiste, elle approchait
mi-décembre des 10 millions de
barils de brut (9,79 millions), selon
le département de l’énergie.
L’inconnue des Etats-Unis
L’agence prévient que l’année
nouvelle « ne sera pas nécessairement joyeuse » pour ceux qui tablaient sur un rééquilibrage dès
les premiers mois, notamment
l’OPEP. Le cartel juge néanmoins
que le processus est « en bonne
voie » et que le point d’équilibre
entre offre et demande sera atteint d’ici à la fin 2018. Et c’est encore lui, et surtout son chef de file,
l’Arabie saoudite, qui fournira le
plus gros de l’effort. Mais après
avoir attendu des mois les effets
de leur accord de baisse de production, entré en vigueur début
2017, les dirigeants de l’OPEP peuvent se dire que leur stratégie est
en train de porter ses fruits.
Avec, en toile de fond, l’inconnue
des Etats-Unis, où Donald Trump
fait tout pour doper la production
à coups de mesures fiscales et de
suppression de règles environnementales édictées par son prédécesseur, Barack Obama. Depuis
cinq ans, les analystes sont déboussolés par la production américaine d’huile de schiste. Elle est
repartie à la hausse en 2017 après
une restructuration à la hache du
secteur, devenu bien plus compétitif qu’au début de la décennie.
Cette production, qui se développe surtout dans l’ouest du
Texas, est très flexible et donc très
difficile à anticiper. Mais si les projections établies par l’AIE dans son
rapport annuel publié le 14 novembre se confirment, elle doublera entre 2010 et 2025. Un record
historique : jamais un pays n’a enregistré un tel essor pétrolier sur
une aussi courte période. p
jean-michel bezat
économie & entreprise | 11
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
A peine,
autorisée, la pub
sur les trottoirs
fait polémique
Publicité sur
un trottoir
à Paris,
en avril.
BRUNO
LEVESQUE/IP3
Les villes de Bordeaux, Lyon
et Nantes peuvent expérimenter
les marquages publicitaires
A
Bordeaux, la pilule
passe mal. Alors qu’un
décret publié dans le
Journal officiel du
24 décembre autorise pour dixhuit mois, à titre d’« expérimentation », les « marquages sur les trottoirs à des fins publicitaires » dans
la capitale de la région NouvelleAquitaine, la mairie a fait connaître son agacement. Dans un communiqué, la municipalité s’est
étonnée, mardi 26 décembre, que
« les élus et les administrations de
la ville de Bordeaux et de Bordeaux
Métropole n’ont à aucun moment
été consultés ou informés en
amont de cette décision ».
Le texte rappelle, en outre, que
la ville « a régulièrement opposé
un refus à des demandes de ce type
émanant d’annonceurs ou de
commerçants considérant que
cela constituait une pollution visuelle inutile ». Le même étonnement a prévalu à la découverte du
décret à la mairie de Nantes, l’une
des trois agglomérations, avec la
métropole de Lyon, qui sont concernées par cette initiative.
L’idée d’une révision du règlement sur la publicité remonte à
l’été 2016, dans le cadre d’un projet soutenu par le ministre de
l’économie de l’époque, Emmanuel Macron, et confié à la direction générale des entreprises.
Avec le programme « France Expérimentation », il s’agissait, sur
la base d’un appel à candidatures,
d’identifier des secteurs innovants dont le développement serait freiné par la législation, et de
tirer parti de l’article 37-1 de la
Constitution autorisant, depuis
2003, des « dérogations temporaires à certaines dispositions réglementaires afin de tester et d’évaluer en conditions réelles les conséquences d’une nouvelle réglementation ». Six lauréats avaient été
retenus, dont la société lyonnaise
Biodegr’AD, spécialisée dans la
publicité sur les trottoirs.
Une pratique déjà en vogue
C’est dans ce contexte que s’inscrit le décret publié dimanche. Il
permet de s’affranchir pour une
durée de dix-huit mois de certaines dispositions du code de la
route et du code de l’environnement, qui empêchaient jusque-là
le recours à la réclame sur les trottoirs pour des raisons de sécurité
routière et de qualité de vie.
Le texte encadre pour la première fois une pratique déjà en
PRESS/MAXPPP
vogue : ces publicités devront être
faites par projection ou apposition d’eau ou de peinture biodégradable à travers un pochoir, disparaître au bout de dix jours au
plus, ne pas excéder une surface
de plus de 2,5 mètres carrés, et
être séparées de 80 mètres au minimum. De tels affichages sont en
outre interdits dans des secteurs
spécifiques, par exemple à proximité de monuments historiques
ou dans des parcs naturels.
Même si le décret prévoit que
l’expérimentation fera l’objet
d’une évaluation tous les six mois
et est susceptible d’être suspendue
à tout moment, les associations
hostiles à la réclame y voient un
passage en force dissimulé. Pour
Khaled Gaiji, porte-parole de Résistance à l’agression publicitaire,
cette expérimentation représente
« un recul majeur ». « L’espace public est le seul endroit où on pourrait choisir de ne pas subir ces messages. Or c’est tout le contraire qui
se produit », explique-t-il, en pointant la multiplication des banderoles publicitaires sur les bâtiments historiques. L’association
envisage déjà de mener des actions à Bordeaux, pour manifester
sa désapprobation.
De son côté, Guillaume Pâris de
Bollardière, l’un des cofondateurs de Biodegr’AD, souligne que
« cette expérience n’est pas contraignante pour les collectivités,
qui auront toujours le dernier mot
d’autoriser ou non ces réclames ».
Selon lui, elle a surtout l’avantage
d’ouvrir le débat et doit ainsi permettre de « poser les fondations
d’un modèle intéressant pour toutes les parties », permettant notamment aux municipalités de
percevoir des revenus sur ces
nouveaux formats publicitaires,
ce qui ne leur était pas possible
jusqu’ici.
Depuis cinq ans, la société, qui
compte aujourd’hui de nombreux concurrents, propose déjà
à des grands comptes (ERDF, Kia,
SFR…), à des petits commerçants
ou à des associations ses réclames sur trottoir en faisant valoir
la possibilité de toucher des
audiences quantifiées et qualifiées selon le lieu choisi (devant
une auberge de jeunesse, une
salle de sport…), même là où
aucun équipement publicitaire
n’est présent.
Malgré une législation défavorable, Biodegr’AD assure n’avoir
été sanctionnée par une amende
Apple : les performances commerciales
de l’iPhone X font tousser les marchés
Le dernier-né – et le plus cher – de la gamme des smartphones de la firme à la pomme
ne se vendrait pas aussi bien qu’attendu. Le titre souffre en Bourse
L
es fêtes de Noël pourraient
avoir été moins festives que
prévu pour Apple. Selon le
quotidien taïwanais Economic
Daily, le groupe à la pomme aurait
nettement réduit ses objectifs de
production pour le premier trimestre 2018, en raison des performances décevantes de l’iPhone X,
son tout dernier smartphone. Citant la même explication, plusieurs analystes ont en outre
abaissé, ces derniers jours, leurs
prévisions de ventes pour le début
de l’année prochaine.
« L’importante médiatisation et
la publicité autour de l’iPhone X
n’ont pas permis de stimuler la demande mondiale », soulignent
dans une note les analystes du
courtier JL Waren Capital. Ils citent
deux facteurs : l’absence d’innovations « intéressantes » et le prix
élevé – à partir de 999 dollars
(837 euros) hors taxes aux EtatsUnis et de 1 159 euros en France.
« Alors que la première vague
d’achats est passée, le prix pourrait
affaiblir la demande au premier trimestre », anticipe, par ailleurs,
Zhang Bin, de Sinolink Securities.
D’après les sources citées par
l’Economic Daily, Apple table désormais sur une production de
30 millions d’iPhone X entre janvier et mars, au lieu des 50 millions d’exemplaires initialement
prévus. Son unique assembleur,
le géant taïwanais Foxconn,
aurait ainsi interrompu ses recrutements dans au moins l’une de
ses trois usines dévolues à Apple,
toutes situées en Chine.
Commercialisé depuis le 3 novembre, l’iPhone X constitue une
évolution importante en matière
de design, qui a très peu évolué
ces dernières années. L’appareil,
qui célèbre le dixième anniversaire du smartphone vedette, est
doté d’un écran sans bordures,
mais pas du traditionnel bouton
« Home ». Il intègre, par ailleurs,
un nouveau système de déverrouillage à reconnaissance faciale
remplaçant les empreintes digitales. Deux modèles classiques, les
iPhone 8 et 8S, avaient été lancés
quelques semaines plus tôt.
Dépassé même par l’iPhone 6
A Wall Street, ces perspectives ont
provoqué, mardi 26 décembre, un
repli de 2,5 % du cours de l’action
de la société. Mais celui-ci affiche
toujours un bond de 47 % sur l’ensemble de l’année 2017, principalement grâce aux espoirs suscités… par l’iPhone X. En novembre,
Apple avait prédit une période de
fêtes record, avec un chiffre d’affaires attendu entre 84 milliards
et 87 milliards de dollars.
Cet optimisme était partagé par
la majorité des observateurs. Ils
anticipaient un supercycle de
remplacement, alors que de nombreux utilisateurs avaient choisi,
ces dernières années, de conserver leur ancien smartphone plus
En novembre, le
nouveau modèle
a concentré
moins de 30 %
des ventes
de téléphones
de la marque
longtemps en l’absence de changements majeurs. Et ils estimaient que l’iPhone X allait être
le modèle le plus populaire, notamment parce qu’une grande
partie des consommateurs ne
paient pas l’intégralité du prix
d’un smartphone. Ils bénéficient
d’une subvention accordée par
leur opérateur ou d’un plan de financement sur un ou deux ans.
Ce scénario ne semble pas s’être
matérialisé. En novembre,
l’iPhone X a concentré moins de
30 % des ventes du smartphone
d’Apple, d’après les estimations
du cabinet CIRP. Cette tendance
s’est même aggravée : à Noël, l’appareil n’a représenté que 15 % des
activations d’iPhone, d’après la
société d’analyse Flurry. « Au départ, les stocks réduits ont peutêtre limité les ventes, mais ils semblent désormais abondants »,
note Mike Levin, de CIRP.
« Des acheteurs ont attendu le
lancement de l’iPhone X pour voir à
quoi ressemble un smartphone à
1 000 dollars et ont finalement
acheté les modèles moins chers »,
ajoute M. Levin. Selon Flurry, la
version anniversaire a été dépassée par l’iPhone 7, sorti il y a un an,
et même par l’iPhone 6, lancé
en 2014 et disponible dans un
nombre limité de pays. Au total,
près de 70 % des iPhone achetés à
Noël ont été des anciens modèles,
plus abordables et finalement assez peu différents des récents.
Cette tendance pourrait négativement impacter en 2018 les performances financières d’Apple,
qui fait par ailleurs l’objet depuis
cette semaine, aux Etats-Unis et
en France, de plaintes après avoir
reconnu brider les performances
d’anciens modèles. Si les opérateurs et les distributeurs disposent de stocks plus importants
qu’anticipé d’iPhone X, les livraisons de l’appareil à ces derniers
baisseront au cours des prochains mois.
A plus long terme, cependant, ce
n’est pas le plus important pour
Apple. L’entreprise cherche avant
tout à accroître sa base d’utilisateurs. Et à la monétiser par des services, comme son offre de streaming musical, sa boutique d’applications et sa plate-forme de paiements mobiles. Ce segment
affiche une forte croissance
(+ 34 % entre juillet et septembre).
Apple doit donc vendre le maximum d’iPhone. Peu importe leur
ancienneté ou leur prix. p
jérôme marin
vincent fagot
EMPLOI
T RAN S PORTS
PSA prêt à utiliser la
rupture conventionnelle
collective
Les dirigeants de la
SNCF convoqués par la
ministre des transports
Le groupe automobile PSA
veut supprimer des postes en
recourant à la rupture conventionnelle collective, indique Le Parisien du jeudi 28 décembre. Inscrite dans les
ordonnances réformant le
code du travail, cette procédure permet à l’employeur de
réduire ses effectifs sans que
les salariés démissionnent ou
soient licenciés et sans que
l’entreprise soit contrainte de
faire un plan social. Elle doit
néanmoins faire l’objet d’un
accord majoritaire des syndicats, auxquels le projet sera
présenté le 9 janvier 2018.
Au lendemain de la panne qui
a affecté le trafic de la gare
Saint-Lazare à Paris, la ministre des transports a annoncé,
mercredi 27 décembre, avoir
convoqué les patrons de la
SNCF, Guillaume Pepy, et de
SNCF Réseau, Patrick Jeantet.
La rencontre, prévue le 8 janvier, doit permettre, selon Elisabeth Borne, de « tirer ensemble le bilan des incidents ».
Après les graves incidents survenus en 2017 dans les gares
de Montparnasse et de Bercy,
les deux dirigeants devront
aussi présenter leurs « analyses et les actions engagées ».
CULTURESMONDE.
du lundi
au vendredi
11H – 11H5
Florian
Delorme
© Radio France/Ch. Abramowitz
san francisco - correspondance
que quatre ou cinq fois. Pour
l’avocat de la société, Gilles Le
Chapelier, cela s’explique par l’interprétation « libérale ou stricte »
que font les municipalités du
code de la voirie. De la même manière, les villes peuvent se doter
d’un règlement local de la publicité plus ou moins strict.
Aujourd’hui, les villes concernées par le décret sont dans l’expectative. Dans son communiqué, la mairie de Bordeaux se dit
« dans l’attente de précisions
quant à l’utilité d’une telle décision
et des conditions de son application ». Sans doute sera-t-elle satisfaite, au moins, que le texte lui
confie, conjointement avec la
mairie de Nantes et le conseil de la
métropole de Lyon, la mission de
rédiger un rapport final sur les
impacts du dispositif en termes
de sécurité routière, de bénéfice
économique et de perception de
la population. p
Jusqu’ici, ce type
de réclame
était interdit
pour des raisons
de sécurité
routière et
de qualité de vie
franceculture.fr/
@Franceculture
En
partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
12 | enquête
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
L’Iran
maître du jeu
régional
Russie
Si les Russes sont aujourd'hui alliés
aux Iraniens, ils pourraient
rapidement devenir des rivaux,
notamment sur l'influence que les
uns et les autres vont avoir dans la
reconstruction de la Syrie.
Des territoires divisés
entre chiites et sunnites…
TURQUIE
Mossoul
Alep
SYRIE
LIBAN
ISR.
Antioche
IRAK
Beyrouth
Damas
IRAN
Khmeimim
JORDANIE
ARABIE
SAOUDITE
APRÈS LE CALIFAT 3|5 La guerre engagée depuis juin 2014
Tartous
Sunnites
Chiites
Autres
Zone désertique
LIBAN
Damas
Golan Kuneitra
Haïfa
ISRAËL
placer à l’avant-garde de la reconquête du territoire. Elles recrutent massivement et noyautent une entité militaire appelée à opérer aux
côtés des forces régulières : la Mobilisation
populaire (MP), un groupement de milices.
Ces hommes, formés durant les années
2000 dans la lutte contre « l’occupant » américain, puis dans la guerre civile entre groupes sunnites et chiites, étaient jusque-là perçus par bien des Irakiens comme des criminels, des semeurs de trouble. Avec la bénédiction de l’ayatollah Ali Al-Sistani, qui ne les
porte pourtant pas dans son cœur, ils se rachètent tout en acquérant d’un coup une légitimité nationale. Etroitement encadrés par
des conseillers politiques et militaires iraniens dépêchés sur les fronts, ils vont étendre leur influence.
Tel-Aviv
CISJORDANIE
Amman
GAZA
ÉGYPTE
Jérusalem
… où l’Etat islamique a tenté
d’effacer les frontières
JORDANIE
TURQUIE
Alep
Mossoul
Rakka
SYRIE
LIBAN
L’IMPLANTATION PAR LES MILICES
Après trois ans de combats, le « califat » djihadiste est aujourd’hui vaincu. Alors que l’autorité de Bagdad s’affirme de nouveau dans les
zones sunnites du pays, l’implantation des
milices chiites a tracé les contours d’une
zone d’influence iranienne renouvelée, encore en construction, qui va de la province de
Diyala, sur la frontière iranienne, au gouvernorat de Mossoul, frontalier de la Syrie. Elle
couvre les secteurs majoritairement sunnites ou « mixtes » qui s’étendent du sud-est au
nord-ouest, aux confins du pays kurde et de
l’Irak arabe. Ce sont les premières étapes du
corridor iranien au Moyen-Orient.
« Politiquement, les principaux vainqueurs
de la guerre contre Daech [acronyme arabe de
l’EI], ce sont l’Iran et ses hommes en Irak »,
tranche un membre des services de renseignement kurdes irakiens, lié à une faction
dont les liens avec Téhéran sont anciens et
solides. Il suit l’avancée des intérêts iraniens
depuis son bureau, dont les murs sont couverts de cartes des districts du nord de l’Irak,
où il a ajouté à la main des dizaines de noms
de tribus et de clans. « Dans les zones libérées,
les milices pro-iraniennes cooptent des chefs
de tribus ou des notables locaux, qui créent
leurs propres groupes armés dans le cadre de
la MP, indique-t-il. Elles leur permettent d’investir les institutions locales. En retour, ils servent leurs intérêts. Les zones affectées par le
conflit sont dévastées. Il n’y a pas d’autre solution, pour recevoir un salaire, que d’être recruté au sein des milices locales. »
Cette stratégie d’influence iranienne, déployée parfois à l’échelle microscopique de la
tribu, du village ou du quartier, est orchestrée par de hauts cadres de la MP comme
Hadi Al-Amiri, le leader des brigades Badr, et
Abou Mahdi Al-Mohandes : deux anciens résistants à Saddam Hussein, soutenus par
l’Iran dès les années 1980. Les efforts du premier ont déjà abouti dans le gouvernorat de
Diyala, frontalier de l’Iran. Cette province,
« mixte » du point de vue confessionnel, a
longtemps été un terrain de confrontation
entre l’insurrection sunnite irakienne, dont
l’EI est issue, et les forces de sécurité de
Bagdad, à dominante chiite. Les djihadistes y
avaient pris le contrôle de plusieurs localités
après 2014. Leur défaite a laissé le champ libre
à Hadi Al-Amiri pour parachever un travail
de sape entamé dès 2003 au sein de la population sunnite.
« A Diyala, le facteur tribal a été utilisé parmi
les sunnites pour bannir certains clans hostiles
et en rallier d’autres. Après Daech, leurs chefs
ont été contraints de se soumettre ou de partir », explique l’agent du renseignement
kurde, en contact régulier avec des figures tribales sunnites opposées à l’expansionnisme
iranien. Une logique similaire a été suivie
Tripoli
Beyrouth
250 km
Mer
Méditerranée
L
Homs
KOWEÏT
contre l’organisation Etat islamique a permis à la
puissance chiite d’asseoir son influence en Syrie
et en Irak, et de réaliser son dessein régional
e roi Soleiman ». En ce 21 novembre, le quotidien iranien Afkar
tressait une couronne au général
Ghassem Soleimani à sa « une ».
Cet officier iranien, figure éminente des gardiens de la révolution et patron de la force Al-Qods, un contingent d’élite voué aux opérations extérieures,
venait de se rendre maître d’Al-Boukamal,
une bourgade syrienne située aux confins de
la vallée de l’Euphrate. A la tête d’une troupe
expéditionnaire, il avait chassé l’organisation Etat islamique (EI) de la dernière ville de
Syrie : ses hommes pouvaient multiplier les
selfies en faisant jonction avec des forces irakiennes alliées, sur la frontière.
Après trois ans de combats contre l’EI dans
ces deux pays, Soleimani avait l’honneur de
proclamer la « victoire » finale contre les djihadistes, dans une lettre ouverte adressée au
Guide suprême iranien, Ali Khamenei. Quelques jours plus tôt, Javan, le quotidien des gardiens, avait publié une tribune résumant l’enjeu de cette bataille : « La libération d’Al-Boukamal signifie l’achèvement du corridor terrestre
de la résistance, qui ouvrirait à Téhéran un accès terrestre à la mer Méditerranée et à Beyrouth : un fait notable dans l’histoire millénaire
de l’Iran. » Entre les lignes du texte triomphal,
pointait comme une nostalgie impériale…
Ce « corridor terrestre » relie trois capitales
arabes sous emprise iranienne (Bagdad,
Damas, Beyrouth), selon un axe orienté vers
la Méditerranée. C’est une zone d’influence
plutôt qu’une véritable autoroute, comme
certains critiques de Téhéran aiment pourtant le laisser croire. Il est d’ailleurs étonnant
de lire ce terme aux accents coloniaux dans
un journal iranien.
Auparavant, le roi Abdallah II de Jordanie
avait popularisé une autre expression, le
« croissant chiite », après la chute de Saddam
Hussein, en 2003. Le « croissant » comme le
« corridor » désignent à peu près la même
chose : la longue montée en puissance de
l’Iran, en rivalité avec les monarchies sunnites
du Golfe. Les Iraniens, eux, évoquent avec
constance depuis les années 1980 un « axe de
la résistance » à Israël – l’ennemi originel –,
aux Etats-Unis et à leurs alliés arabes du Golfe.
Accessoirement, Téhéran inonde déjà le premier tronçon de cet axe, l’Irak, de ses produits
manufacturiers (électroménager, automobiles, agroalimentaire, etc.) et promet d’investir
dans la reconstruction de la Syrie.
Ce grand dessein, les djihadistes de l’EI ont
bien failli le détruire en 2014 en prenant le
contrôle des provinces majoritairement sunnites d’Irak. Au mois de juin, Mossoul,
deuxième ville du pays, tombe. La police et
l’armée s’effondrent dans tout le nord. Le
« califat » est proclamé avec à sa tête Abou
Bakr Al-Baghdadi. Bagdad et les provinces
kurdes sont menacées : l’Iran dépêche immédiatement son aide, des conseillers militaires, des armes. Les Etats-Unis, qui ont retiré
leurs troupes de ce pays en 2011 – laissant
Téhéran s’y affirmer comme une puissance
tutélaire –, attendront trois mois avant de se
résoudre à intervenir.
Pour les Iraniens, l’EI représente une menace existentielle : les djihadistes sunnites
voient dans la République islamique d’Iran
une ignominie, et tiennent les chiites dans
leur ensemble pour des apostats. Pourtant,
passée la panique des premiers mois, cette
guerre va offrir à Téhéran une opportunité
historique. L’appel à la mobilisation nationale
contre l’EI émis par l’ayatollah irakien Ali AlSistani, la plus haute autorité religieuse chiite
de leur pays, en juin 2014, donne aux milices
irakiennes fidèles à l’Iran l’occasion de se
Lattaquié
BagdadNicosie
CIS.
Alep
IRAN
Damas
Bagdad
CIS.
ISR.
JORDANIE
ARABIE
SAOUDITE
IRAK
Territoire contrôlé par l’organisation
Etat islamique en novembre 2014
Zone d’influence
250 km
« LE CORRIDOR DE
LA RÉSISTANCE
OUVRIRAIT À
TÉHÉRAN UN ACCÈS
TERRESTRE À LA
MER MÉDITERRANÉE
ET À BEYROUTH :
UN FAIT NOTABLE
DANS L’HISTOIRE
DE L’IRAN »
UNE TRIBUNE DANS LE
JOURNAL DES GARDIENS
DE LA RÉVOLUTION
dans le gouvernorat limitrophe de Salahaddin, au nord de Diyala, après la reprise, au
printemps 2015, de son chef-lieu Tikrit, bastion sunnite et ville de naissance de Saddam
Hussein. « La lutte contre l’Etat islamique leur
a facilité le travail, poursuit la même source
kurde. Il suffit de présenter les personnalités
sunnites qui ne se rallient pas comme des soutiens du terrorisme pour les marginaliser ou
les supprimer. »
UN ARCHIPEL DE MINORITÉS CHIITES
Le camp pro-iranien s’est appuyé sur un
archipel de minorités chiites enclavées du
nord de l’Irak, notamment dans les territoires disputés par les Kurdes et Bagdad. Début
2017, dans la bourgade de Touz Khormatou,
Ahmed Charliya, un cadre militaire des
Kataeb (brigades) Hezbollah, une milice affiliée à Téhéran, décrivait ainsi le nouvel ordre
en marche : « Avant Daech, les Kurdes contrôlaient tout ici. Aujourd’hui, nous sommes
armés et organisés. Et nous représentons
l’autorité du gouvernement central irakien
face à eux. Soit ils coopèrent, soit un jour ou
l’autre ils seront chassés. » Longtemps, seule
la médiation d’émissaires iraniens avait
permis de maintenir un semblant de paix civile entre les deux communautés kurde et
turkmène chiite.
Ahmed Charliya, un quinquagénaire massif
qui s’appuie sur une canne de bois vernis, a
joué un rôle décisif dans l’expulsion des populations arabes sunnites des environs de
Touz Khormatou, à la faveur du reflux de l’EI.
Et même s’il se réclame de l’autorité de Bagdad, c’est à l’omniprésent général iranien
Ghassem Soleimani – le « roi Soleiman »
adulé par le quotidien iranien Afkar – que sa
fidélité va d’abord. Frère de quatre « martyrs », l’un tué au combat contre les Américains dans les années 2000 au sein d’une milice pro-iranienne, les trois autres contre l’EI,
Ahmed Charliya jouit d’un accès privilégié à
100 km
Soleimani. « C’est l’homme qui pense le projet
iranien en Irak et dans toute la région, dit-il.
Un être exceptionnel qui a une relation particulière avec Dieu. A Touz, nous sommes avec
la République islamique, l’Iran est comme notre père. Il nous a aidés avant même Bagdad. Il
nous a donné des munitions, des équipements, des armes… »
En septembre, le référendum sur l’indépendance organisé dans la province autonome
du Kurdistan a suscité une vive réaction de
Bagdad : le gouvernement central est revenu
en force à la mi-octobre dans les zones que les
forces kurdes lui disputaient. Depuis, les Kurdes de Touz Khormatou ont quitté la ville,
leurs biens ont été largement détruits. La
mairie a été reprise par un fidèle des brigades
Badr d’Hadi Al-Amiri (MP), qui ont également gagné en influence à Kirkouk, capitale
d’une province riche en hydrocarbures, à une
heure de route au nord.
Les cadres des brigades Badr y laissent le
contrôle des rues à l’armée et à la police, et
s’attachent à combler le vide politique laissé
par les Kurdes, maîtres de la ville depuis la
chute du régime de Saddam Hussein, en 2003.
Il leur revient d’organiser de nouveaux réseaux de clientèle parmi les tribus sunnites.
Les élections locales et parlementaires de
2018 devraient leur permettre d’affermir leur
emprise sur les institutions locales.
Alors que le pétrole brut de Kirkouk sous
domination kurde était exporté vers la Turquie par oléoduc, il est passé pour l’essentiel
sous le contrôle de l’Etat central irakien.
« Cette évolution renforce d’abord Bagdad,
mais elle profite aussi à l’Iran », explique Ben
Van Heuvelen, rédacteur en chef de la publication spécialisée Iraq Oil Report : « Le Kurdistan irakien est beaucoup plus faible et moins
lié aux intérêts turcs depuis que le gouvernement fédéral a repris le contrôle des champs
pétroliers de Kirkouk. C’est un développement
positif du point de vue de Téhéran. »
enquête | 13
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VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
te
TURQUIE
ra
Eu
ph
Kurdistan irakien
Proche de la Turquie et des Etats-Unis, la
province autonome du Kurdistan irakien
demeure profondément sous influence
iranienne. Affaiblie face à Bagdad, elle se
divise depuis l’échec du référendum pour
l’indépendance de septembre.
Diyarbakir
Gaziantep
Kobané
« NOUS AGIRONS
POUR EMPÊCHER
L’IRAN D’ÉTABLIR
DES BASES
MILITAIRES
EN SYRIE »
Lac
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Kamechliyé
BENYAMIN NÉTANYAHOU
Hassaké
Rakka
SYRIE
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ph
ra
Tall
Afar
Sinjar
Mossoul
Erbil
Baaj
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Deir ez-Zor
premier ministre israélien
Mahabad
Kurdistan
irakien
NINIVE
Kirkouk
Souleimaniyé
IRAN
KIRKOUK
Tig
Mayadin
Téhéran
re
Touz Khormatou
Palmyre
Al-Boukamal
Etats-Unis
La présence américaine
sporadique auprès de
groupes opposés à
Bachar Al-Assad
constitue un obstacle à
la volonté iranienne de
créer un « corridor ».
Tikrit
Qom
Kermanshah
SALAHADDINE
DIYALA
IRAk
Ramadi
Bagdad
Khorramabad
Fallouja
Ti
Tribus irakiennes sunnites
Les Iraniens ont étendu leur
Kerbala
influence sur les territoires
sunnites en jouant des rivalités
entre tribus, et en instaurant des Nadjaf
milices locales pro-iraniennes.
ARABIE
SAOUDITE
Eu
ph
rat
gr
e
Ahvaz
e
Mais l’Iran a-t-il vraiment besoin de semer
des casernes à chaque kilomètre de son corridor ? Ses combattants ont mené l’essentiel de
la guerre sans installations militaires propres,
en s’appuyant sur les bases de l’armée syrienne. Depuis 2012, ils n’ont pas ménagé
leurs efforts pour pénétrer l’appareil sécuritaire. Tout comme en Irak, ils ont coopté des
milices syriennes mobilisées par les multiples
services de sécurité de Damas. « Les Iraniens
ont beaucoup investi dans les réseaux du régime, résume Kheder Khaddour, chercheur
syrien invité au centre Carnegie pour le
Moyen-Orient à Beyrouth. Leur objectif n’est
pas de maintenir une présence militaire, des bases dans le pays à long terme, mais de demeurer
ancrés dans ces réseaux. »
Le diplomate interrogé par Le Monde à Paris
estime lui aussi que « les Iraniens n’ont pas l’intention d’envahir la Syrie. Ils souhaitent une
présence armée aussi faible que possible ».
Quitte à faire pression sur Bachar Al-Assad
pour garantir de bonnes places à leurs alliés
locaux. A la fin du mois de novembre, le leader
des gardiens, Mohammad Ali Jafari, affirmait
ainsi qu’Assad se savait « endetté » auprès des
« milices populaires ». Le dictateur comprenait
que leur soutien lui était désormais indispensable, estimait le général, cité par le quotidien
iranien Vatan-e-Emrooz. Assad « institutionnalisera, bien sûr, les milices, afin qu’elles demeurent utiles face à de futures menaces ».
LE HEZBOLLAH EN PREMIÈRE LIGNE
L’Iran progresse dans les territoires abandonnés
par les djihadistes…
« Corridor » iranien,
axes stratégiques de développement
Extension de l’influence iranienne
dans les provinces irakiennes
à la faveur de la guerre contre l’EI
… et se heurte à ses rivaux
Principaux axes routiers
Axes commerciaux
entre Iran et Irak
Lieux saints du chiisme
Puissances régionales hostiles à l’Iran
Territoire contôlé par les gouvernements
syrien et irakien, et sous influence de l’Iran
et de ses alliés
(Hezbollah libanais, milices)
Présence militaire américaine
zones désertiques
Golfe
Arabo-Persique
Cartographie : Mathilde Costil et Dario Ingiusto, avec Louis Imbert
SOURCES : LIVEUAMAP.COM ; ANADOLU ; REUTERS ; LE MONDE
Bases russes
Plus à l’ouest, la ville de Mossoul barre la
trajectoire expansionniste de l’Iran et de ses
alliés vers le désert syro-irakien. Bastion sunnite, deuxième agglomération du pays, ancienne capitale irakienne de l’EI reprise aux
djihadistes à l’issue d’une bataille de neuf
mois, Mossoul n’a pas été une prise facile.
Mais son arrière-pays, qui va jusqu’à la frontière syrienne, s’est révélé un bon terrain
d’expérimentation pour l’ingénierie géopolitique iranienne. Chiites de la minorité shabak ou chrétiens dans les plaines de Ninive,
yézidis du Sinjar ou encore Turkmènes chiites de Tall Afar, tous ont créé leurs propres
groupes armés depuis 2014, désormais reconnus au sein de la Mobilisation populaire.
Ici aussi, on prépare les élections du printemps prochain.
Certains de ces militants « s’idéologisent » à
grande vitesse : ils jurent fidélité au Guide suprême et aux dogmes de la révolution iranienne. Mais la plupart jouissent avant tout
du confort qu’offre une place dans le camp
des vainqueurs. En s’appuyant sur des potentats locaux, Téhéran peut jouer les médiateurs, régler les conflits, inévitables entre ses
partenaires. Mais ces zones morcelées du
nord de l’Irak révèlent toute la fragilité du
corridor iranien. Loin de ses bases, Téhéran
court le risque d’être dépassé par des guerres
de clocher insolvables. Vu d’ici, la Méditerranée paraît encore loin…
Depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump, en janvier, Washington clame sa
volonté de « repousser » l’influence iranienne
dans la région. Mais aucune mesure concrète
n’émerge en Irak, encore moins en Syrie, le
deuxième morceau du corridor, malgré le déploiement par les Etats-Unis de la principale
force aérienne dans la région, dans le cadre
de la coalition internationale contre l’EI.
Cette puissance de feu attend que Washington formule une nouvelle politique pour la
Syrie, début 2018. « Les faucons aux Etats-Unis
Territoires inamicaux pour l’Iran en Syrie
car contrôlés par les forces kurdo-arabes – Forces démocratiques
syriennes, Etat islamique, Armée syrienne libre et troupes
turques
zones désertiques
veulent remettre l’Iran dans sa boîte. Mais
c’est une position idéologique, ça ne veut rien
dire, s’exclame un diplomate à Paris. Il est
normal que l’Iran exerce une influence. »
Cette influence, l’Iran l’a payée durant cinq
ans en soutenant le président syrien Bachar
Al-Assad contre l’insurrection, aux côtés de
son allié libanais, le Hezbollah, dont la survie
dépend des armes, des fonds et du matériel
iraniens qui lui parviennent à travers la Syrie
depuis les années 1980. C’est le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui se serait rendu
en 2012 à Téhéran, « neuf mois après le début
de la guerre civile », pour convaincre le Guide
suprême, Ali Khamenei, de peser de toutes
ses forces dans une bataille qu’il jugeait alors
presque perdue, selon un récit donné par l’exparlementaire iranien Esmail Kowsari, un
ancien gardien de la révolution, à l’agence de
presse Fars, fin 2013.
« AXE DE LA RÉSISTANCE » CONTRE ISRAËL
Depuis, plus de 500 Iraniens sont morts en Syrie. Le Hezbollah a payé un prix plus élevé :
plus de 1 200 morts, d’après un décompte d’Ali
Alfoneh, expert affilié au think tank américain The Atlantic Council. A ces pertes, il faut
ajouter un millier de miliciens chiites afghans
et pakistanais opérant sous commandement
iranien, et au moins une centaine d’Irakiens.
Parmi ces derniers figurent quelques fidèles
d’Ahmed Charliya, le petit potentat que nous
avions rencontré à Touz Khormatou, dans le
nord de l’Irak. M. Charliya se dit fier d’avoir
participé avec ses hommes à la guerre civile
syrienne, sous commandement iranien. Si
loin de chez lui, son horizon s’est élargi. Il a le
sentiment d’avoir participé à un projet qui le
dépasse, dans lequel les frontières s’effacent :
la construction d’un « axe de la résistance »,
sous la houlette d’une puissance unique,
l’Iran. « J’ai combattu le terrorisme chez moi, à
Touz Khormatou, comme je l’ai combattu à
Alep, en Syrie, lance-t-il. Toujours sous les
PLUS ENCORE QUE
L’IRAK, LA GUERRE
CIVILE SYRIENNE
EST LE CHAUDRON
DANS LEQUEL
LES GARDIENS
DE TÉHÉRAN
ONT FORMÉ
UNE COALITION
DÉVOLUE À LEUR
GRAND DESSEIN
RÉGIONAL
ordres du général Ghassem Soleimani. C’est
une guerre unique et nous savons que l’ennemi
est Israël. » Le 20 novembre, en proclamant la
victoire contre l’EI, ce même général rendait
hommage aux « martyrs » de l’internationale
milicienne. Il oubliait de mentionner le fait
que ces hommes avaient combattu avant tout
les opposants à Bachar Al-Assad, et plus tardivement – et dans une moindre mesure – l’EI.
Plus encore que l’Irak, la guerre civile syrienne est le chaudron dans lequel les gardiens de Téhéran ont formé une coalition dévolue à leur grand dessein régional, relativement peu coûteuse. « C’est en quelque sorte
une réponse locale et bricolée à l’OTAN : les Iraniens ont appris en Syrie à déplacer et à coordonner de larges corps miliciens internationaux au sein de leur zone d’influence », résume Afshon Ostovar, professeur à l’Ecole navale américaine de Monterey (Californie).
Alors que cette internationale chiite célèbre sa « victoire », Moscou, dont le soutien
aérien a été décisif, presse désormais pour
une solution politique en Syrie, sous l’égide
de l’ONU. L’opposition syrienne, ses soutiens
étrangers et le voisin israélien, eux, s’interrogent : l’Iran retirera-t-il ses contingents ?
Dans son discours à l’assemblée générale
des Nations unies, en septembre, le premier
ministre israélien, Benyamin Nétanyahou,
mettait Téhéran en garde : « Nous agirons
pour empêcher l’Iran d’établir des bases militaires permanentes en Syrie (…), d’y produire
des armes mortelles (…), et d’ouvrir de nouveaux fronts de la terreur contre Israël le long
de notre frontière nord. »
La mise en application n’a pas tardé : le 2 décembre, des missiles israéliens auraient
frappé des hangars et des baraquements militaires à Al-Kiswah, à une dizaine de kilomètres
au sud de Damas. Selon une source au sein
d’un service de renseignement occidental cité
par la BBC, l’Iran y construisait une base permanente, sur un site de l’armée syrienne.
Dans la phase de reconstruction du pays qui
s’annonce à peine, les gardiens comptent
sur ces alliés pour sécuriser leurs chantiers,
signalait M. Jafari. Les entreprises qu’ils
contrôlent ont une expertise reconnue dans
les travaux publics. « Au sein de l’Etat iranien
lui-même, le niveau d’expansion des gardiens
en Syrie fait désormais débat, affirme Pierre
Razoux, directeur de recherche à l’Institut de
recherche stratégique de l’Ecole militaire.
Certains estiment qu’ils devraient recentrer
leurs efforts en Iran, où l’EI a commis une première attaque terroriste en juin, à Téhéran. »
De toute façon, les gardiens peuvent compter sur le Hezbollah, que peu d’observateurs
imaginent quitter la Syrie, alors que l’armée
syrienne manque cruellement d’hommes.
« L’axe de la résistance » passe par la ville de
Qoussair, tout près de la frontière libanaise,
point d’entrée de l’intervention massive du
Hezbollah en Syrie, en 2013. Le mouvement libanais est aussi présent sur la route reliant
Damas à Beyrouth, dont il contrôle de longue
date l’aéroport. A Damas, les alentours du
mausolée de Sayyida Zeinab, petite fille du
Prophète, un lieu de pèlerinage chiite, ont été
colonisés par les alliés irakiens et ceux issus
de la petite communauté chiite syrienne.
Avec sa présence en Syrie, le Hezbollah dispose d’une profondeur stratégique précieuse,
en cas de nouveau conflit avec Israël, en prolongement de ses bases dans le sud du Liban
et dans la vallée de la Bekaa. De fait, l’ampleur
de la « frontière » entre la milice chiite libanaise et l’Etat hébreu a doublé à la faveur de la
guerre civile syrienne. En novembre, Moscou
a négocié avec Washington et Amman une
« zone d’exclusion » dans le sud syrien, qui
précise un premier accord conclu en juillet. Il
s’agissait notamment de garantir à Israël que
le Hezbollah comme les gardiens iraniens se
tiendraient à l’écart d’une zone qui s’étend
jusqu’à trente kilomètres du plateau du Golan, sous contrôle israélien. Cependant, Téhéran maintient ses liens avec des groupes locaux alliés, et Israël a laissé entendre qu’il
pourrait frapper encore dans la région.
A Washington, des analystes militaires craignent que l’Iran ne développe la capacité de
déployer ses forces dans cette zone, depuis
les profondeurs de son corridor. Cette inquiétude est flatteuse pour Téhéran, mais elle paraît surévaluer ses ambitions. Mal équipées,
technologiquement dépassées après des décennies d’isolement et de sanctions, « les forces iraniennes demeurent structurées selon
une logique défensive », assure Pierre Razoux,
à l’Ecole militaire. Elles ont déjà fort à faire
pour souder les maillons de ce corridor, qui
s’étire dans le même temps à l’ouest, jusqu’en
Afghanistan. p
louis imbert
et allan kaval (erbil, correspondance)
Prochain article : Au nord de la Syrie,
le « laboratoire » kurde
14 |
CULTURE
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
« Moonlight », de Barry Jenkins. DAVID BORNFRIEND
La sélection
de Thomas Sotinel
Nos films
coups de cœur
de 2017
Les critiques cinéma du « Monde » ont
chacun sélectionné les cinq œuvres qui les
ont le plus émus et convaincus cette année
Il ne faut surtout pas prendre le trio de tête
pour un ghetto. La sortie quasi simultanée de
ces trois films, reflets de l’expérience
afro-américaine, relève autant de la coïncidence de cycles de production que de l’émergence d’une vague. Reste qu’on les a vus en
même temps – le récit d’apprentissage de
Barry Jenkins, l’essai littéraire et cinématographique autour de James Baldwin de Raoul
Peck (qui est américain puisque haïtien), le
film d’horreur (qui est aussi un film sur l’horreur, celle de la servitude) de Jordan Peele – et
qu’on y a trouvé une richesse de sensations,
d’informations, de réflexions qui n’appartient qu’au cinéma. Quels que soient les périls qui guettent le cinéma américain, cette
trilogie née du hasard témoigne de sa puissance d’analyse, de l’infinie diversité de ses
approches et de ses effets.
La proximité entre 120 battements par minute
et Une vie violente est du même ordre. Deux
longs récits qui fouillent au cœur de l’engagement, dans un pays – la France – où la politique tend à échapper au commun des mortels. Les militants d’Act Up que filme Robin
Campillo donnent chair et désir à l’action
collective, quand bien même elle se déploie
à l’ombre de la mort. Presque symétriquement, les nationalistes corses de Thierry de
Peretti échouent à échapper à la logique létale de leur action. Là encore, tout près de
chez vous, c’est le cinéma qui dit le mieux le
monde et son histoire.
1. Ex aequo : « Moonlight »,
de Barry Jenkins ;
« Get Out »,
de Jordan Peele ;
« I Am Not Your Negro »,
de Raoul Peck
4. « 120 battements par minute »,
de Robin Campillo
5. « Une vie violente »,
de Thierry de Peretti
La sélection
de Jacques Mandelbaum
« Twin Peaks,
the Return »,
de David Lynch
SUZANNE
TENNER/SHOWTIME
En plaçant en première et deuxième positions des films à strictement parler de télévision, on prend le risque de scandaliser la
filière cinéma. En réalité, point de dandysme
ici. Il s’agit de deux œuvres de cinéastes qui
poursuivent leur quête créatrice à la télévision, signant deux purs chefs-d’œuvre. David Lynch remet en désordre de marche,
après vingt-cinq ans d’absence, son grand
mystère sériel. Bruno Dumont imagine l’enfance de la pucelle entre Bresson, Péguy et
pop baroque. A quoi tient leur réussite ? Au
fait qu’ils nous réveillent, nous touchent au
plus profond, nous engagent. Au sentiment,
devant eux, de retrouver une voie poétique,
pour ne pas dire mystique, du cinéma, perdue depuis si longtemps. Cela se ressent,
dans une mesure sinon égale du moins semblable, aux rangs 1, 2, 3, 4 et 5.
Pour autant, aucun de ces films ne flotte
dans l’éther à quoi, trop souvent, on voudrait
réduire une certaine radicalité artistique. Ces
œuvres relèvent pleinement du monde qui
nous entoure. Lynch, de « l’âge noir » que
l’humanité traverse, et de l’espoir ténu mais
bouleversant d’un retour à la vie. Dumont de
la tiédeur et de la lâcheté qui corrompent le
monde et de la révolte qu’il convient de leur
opposer. Tomita, dans son envoûtant voyage
entre Thaïlande et Laos, de l’aliénation politique et de la dignité des colonisés d’hier et
d’aujourd’hui. Reichardt, à travers une chronique fragmentaire de la vie quotidienne au
Montana, de l’atomisation douloureuse de la
société américaine. Larrain, depuis la résidence endeuillée des Kennedy, du récit toujours défait de la bonne gouvernance des
hommes et de la violence comme moteur de
l’Histoire. Hommage enfin, d’actualité après
la révélation de l’affaire Weinstein, aux femmes qui luttent et se libèrent en 2, 3, 4 et 5. La
route est longue, mais les portraits livrés par
ces films, d’une beauté qui ne va jamais sans
rudesse, montrent la voie.
1. « Twin Peaks, the Return »,
de David Lynch
2. « Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc »,
de Bruno Dumont
3. « Bangkok Nites »,
de Katsuya Tomita
4. « Certaines femmes »,
de Kelly Reichardt
5. « Jackie », de Pablo Larrain
La sélection
d’Isabelle Regnier
En 1992, à la fin du dernier épisode de Twin
Peaks, Laura Palmer nous fixait un improbable rendez-vous un quart de siècle plus tard.
En se pointant avec cette troisième saison,
David Lynch a prouvé qu’il était homme de
parole, mais surtout un des artistes les plus
déments de notre époque. Lui qui a révolutionné l’histoire de la télévision avec les
deux premières saisons de Twin Peaks, signé
avec Mulholland Drive un des plus beaux
films de l’histoire du cinéma, revient avec
une œuvre renversante : un film-monde de
dix-huit heures dont les origines sont plus à
chercher du côté de la peinture – de Brueghel l’Ancien, ou de Jérôme Bosch – que dans
le cinéma ou la télévision. Plongée métaphysique au cœur du mal, Twin Peaks,
the Return reconfigure l’espace et le temps
en explosant les frontières du cinéma, des
culture | 15
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VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
A gauche :
« I’m Not
Your Negro »,
de Raoul Peck.
DAN BUDNICK KARMA FILMS
Ci-contre,
de haut en bas :
« Jeannette,
l’enfance
de Jeanne d’Arc »,
de Bruno
Dumont.
R. ARPAJOU©TAOS FILMS
« 120 battements
par minute », de
Robin Campillo.
MEMENTO FILMS
PRODUCTION
arts plastiques et de la télévision au fil d’un
vertigineux récit en miroir. Difficile de se
mesurer à une telle puissance, et ce n’est
peut-être pas un hasard si les films qu’on
aura préférés s’en font l’écho.
Un effet de sidération semblable naît dans
Un jour dans la vie de Billy Lynn de la collusion entre la sensibilité à vif d’un jeune soldat
revenu d’Irak et le chaos du show patriotique
géant dans lequel on le propulse. Le péché
originel de l’Amérique que met en scène
Raoul Peck à partir des écrits de James Baldwin dans I Am Not Your Negro résonne avec
le forage qu’opère Twin Peaks dans les zones
les plus sombres de l’horreur du XXe siècle.
Quant à l’idée du mal tapi sous le masque lénifiant du voisin amical, sur laquelle repose
Creepy, elle a toujours été l’obsession de
Lynch. Il n’y a guère qu’Un beau soleil
intérieur, comédie tellement déliée qu’elle n’a
de comptes à rendre qu’à elle-même, pour
échapper à cette orbite démoniaque.
1. « Twin Peaks, the Return »,
de David Lynch
2. « Un jour dans la vie de Billy Lynn »,
d’Ang Lee
3. « I Am Not Your Negro »,
de Raoul Peck
4. « Creepy »,
de Kiyoshi Kurosawa
5. « Un beau soleil intérieur »,
de Claire Denis
La sélection
de Jean-François Rauger
Le cinéma a fait l’objet en cette fin d’année
d’une série d’attaques aussi grotesques que
violentes. Il lui fut réclamé d’être exemplaire
et socialement utile. Il lui fut reproché
d’avoir contribué à la domination masculine.
Sa capacité d’enregistrement devient suspecte, considérée comme dangereuse en soi,
comme si elle contenait des pouvoirs magiques et nuisibles. Cette façon d’envisager le
cinéma et de déconsidérer la manière dont
imaginaire et fiction s’y affirment n’est guère
éloignée de celle de ces peuplades primitives de bande dessinée considérant l’image
photographique comme une dangereuse voleuse d’âme. Les grandes œuvres rendent
systématiquement dérisoires de tels a priori.
Kathryn Bigelow désigne, au terme d’un récit
éprouvant, la nature sexuelle du racisme. James Gray témoigne de la façon dont toute
identité (et notamment masculine ou féminine) est le produit d’autres identités. Hong
Sang-soo, par la simplicité de sa mise en
scène et l’ironie de la construction de ces récits, décrit, avec précision et humour, le cauchemar de l’indécision masculine. Garrel est
au plus près de la vérité cruelle des sentiments. Enfin, Logan subvertit la mythologie
du super-héros en la transformant en road
movie mélancolique et dépressif. Les bons
films et les grands cinéastes ne sont jamais là
où les idéologues les attendent.
1. « Detroit »,
de Kathryn Bigelow
2. « The Lost City of Z », de James Gray
3. « L’Amant d’un jour »,
de Philippe Garrel
4. « Yourself and Yours », de Hong Sang-soo
5. « Logan », de James Mangold
La sélection
de Mathieu Macheret
Une œuvre par-dessus toutes a traversé
l’année comme un grondement de tonnerre :
le retour à Twin Peaks de David Lynch. Cette
troisième saison a constitué un hapax fulgurant, sous forme de trou noir, dans le
champ aujourd’hui majoritaire de la série.
Lynch nous tend le reflet d’un monde disloqué, trempé dans l’horreur et l’insensibilité
contemporaines, et creuse un récit perclus
d’accrocs et de suspensions. Il s’attaque ainsi
au culte des « arcs narratifs » bien bouclés et
invente une fiction zébrée de grandes scènes
irrésolues, de soudaines déflagrations visuelles, de bouffées sentimentales et d’intermèdes musicaux, retrouvant dans ce geste de
montage souverain l’essence même, hasardeuse et vagabonde, de la meilleure télévision – c’est-à-dire du cinéma. Cette chronique
d’une dévastation achevée trouvait parallèlement dans les salles de troublants échos :
cette Amérique des petites villes désaffectées
que dépeint Kelly Reichardt dans Certaines
femmes, ou celle, croulant sous le règne sans
partage du « show-business », que traverse le
jeune soldat Billy Lynn avant de retourner au
front (Un jour dans la vie de Billy Lynn). Tandis
que Philippe Garrel décelait une rivalité enfouie dans l’amitié naissante entre deux femmes (L’Amant d’un jour), M. Night Shyamalan
révélait une solidarité de souffrance entre un
schizo-prédateur et sa proie adolescente
(Split). C’est enfin dans Creepy, de Kiyoshi
Kurosawa, que se nichait le moins vulnérable
des psychopathes, sous les traits d’un voisin
dont la seule présence suffit à vous asservir.
Bienvenue dans l’âge obscur. p
1. Ex aequo : « Certaines femmes »,
de Kelly Reichardt ;
« Un jour dans la vie de Billy Lynn »,
d’Ang Lee
3. « L’Amant d’un jour »,
de Philippe Garrel
4. « Split »,
de M. Night Shyamalan
5. « Creepy »,
de Kiyoshi Kurosawa
+ Bonus : « Twin Peaks, the Return »,
de David Lynch
NUMÉRO DOUBLE EXCEPTIONNEL
16 | télévisions
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
Une histoire de l’Europe version « Game of Thrones »
VOTRE
SOIRÉE
TÉLÉ
Les jongleries chronologiques qui émaillent les quatre épisodes discréditent cette série historique
FRANCE 5
VENDREDI 29 – 20 H 50
SÉRIE DOCUMENTAIRE
L
e succès de la série Game
of Thrones n’en finit plus
d’influencer les passeurs
d’histoire. Alors que depuis longtemps, les historiens ont
renoncé à réduire l’évocation du
passé à la simple narration dynastique ou au récit des guerres et
des traités qui prétendent les conclure – vulgate qui choisissait ses
héros et caricaturait les clivages
autrement subtils que les combats d’ego et les péripéties matrimoniales –, La Guerre des trônes
s’attache à parcourir deux siècles
de tensions internationales en
Europe, du XIVe siècle au XVIe siècle, en ne promettant qu’une
« épopée » dont notre temps serait la résultante, « ponctuée de
meurtres, de sexe et de trahisons ».
Nous voilà prévenus !
Il n’y aura donc au fil de ces
quatre épisodes aucune réflexion sur ce qui relève de mutations sociales ou économiques,
des mouvements intellectuels et
artistiques, des conflits religieux
et éthiques : un comble dans un
continent qui se déchire d’un
schisme pontifical aux réformes
du XVIe siècle…
Tout repose sur les tenants de
dynasties – Valois pour la France,
Lancastre, York puis Tudor pour
François Ier fait prisonnier à Pavie en 1525 (extrait de l’épisode 4). PERNEL MEDIA
les Anglais, Habsbourg enfin
pour le dernier volet qui intègre le
Saint Empire –, leurs ambitions,
leurs unions et leurs alliances.
Dramaturgie déséquilibrée
On accepterait ce simplisme
vieillot, qui a la vertu de donner
un tour feuilletonesque à l’évocation, voire les scènes jouées,
bien pauvres en figurants
comme en dialogues, dans des
décors rarement crédibles, hormis les sites requis, des cathédrales aux champs de bataille, si
seulement l’information délivrée était fiable…
Bruno Solo mène certes bravement une narration d’une dramaturgie déséquilibrée. La place accordée à la captivité de François Ier
après Pavie, du « miracle » de sa
guérison à sa tentative d’évasion,
tient-elle quand on passe sous si-
lence l’épisode des bourgeois de
Calais au lendemain de Crécy, la
fronde municipale d’Etienne
Marcel durant la captivité de Jean
le Bon, comme la phase de reconquête de Charles V avec le concours de Du Guesclin ?
Mais ce qui est retenu est rarement fiable : Louis XI est donné
pour né à Loches au lieu de Bourges ; Charles VI, en campagne militaire, n’est plus qu’à la chasse lors
de son premier accès de folie ;
Charles Quint règne dès la mort de
son grand-père sur l’empire inca
seize ans avant sa conquête… Véniel, dira-t-on, mais le soulèvement des princes contre Charles VII en 1440, « la Praguerie », imputé à la liaison du roi avec Agnès
Sorel, qu’il n’a pas encore rencontrée, méconnaît le sens de cette
opposition
capitale
quand
s’amorce une monarchie « moderne ». Et les jongleries chronologiques qui transforment en cause
des conséquences et inversement
n’amuseront pas ceux qui espéraient apprendre de ce divertissement des notions fondatrices
pour l’Europe politique.
On regrette d’autant plus ces
scories qu’il y avait là une occasion de proposer un récit rythmé
et justement illustré – les châteaux auront le plébiscite des
amateurs de célébration patrimoniale – si on n’en avait évacué la véritable profondeur pour se satisfaire de plans faussement coquins
dont on ignore à qui ils s’adressent. Dommage vraiment… p
philippe-jean catinchi
La Guerre des trônes,
de Christopher Holt et Vanessa
Pontet, réalisé par Alain Brunard
et Vanessa Pontet. (Fr., 2017,
4 × 55 min). Les épisodes 3 et 4
seront diffusés le vendredi
5 janvier 2018 à 20 h 50.
Le duo gore de la petite voleuse et du tueur à gages
A la limite de l’horreur, « Good Behavior » revient avec ses Bonnie and Clyde, défiant, parfois, le vraisemblable
OCS GO
À LA DEMANDE
SÉRIE
L
a Lady Mary Crawley de
Downton Abbey (2010-2015)
en fuyarde droguée et pickpocket de l’Amérique profonde ?
A vrai dire, on y croyait à moitié et
on a mis un peu de temps, au
cours de la première saison de
Good Behavior, créée par Chad
Hodge et Blake Crouch, à oublier
la hautaine bêcheuse de la série
britannique. Avant que le feuilleton-fleuve qui portraiturait les
misères et les joies d’une famille
aristocratique et sa vie de château
ne la rende célèbre dans le monde
entier, Michelle Dockery, l’interprète de Letty, le rôle féminin principal de Good Behavior, s’était surtout fait connaître sur la scène
théâtrale londonienne.
Forces autodestructrices
L’actrice britannique a certes
un peu de mal à contrefaire l’accent américain mais, en dépit de
ce léger handicap, elle se révèle
excellente et convaincante dans
ce nouvel emploi, qui la trans-
figure et dans lequel elle montre
d’autres facettes de son talent.
La voici chapardeuse professionnelle dans les hôtels et les
boutiques de luxe et passablement instable psychiquement, luttant entre ses dépendances à l’alcool et aux drogues
et sa volonté de récupérer son
jeune fils qu’a élevé sa mère
quand elle était en prison.
Voici surtout Letty plus liée que
jamais à Javier, un ténébreux
tueur à gages argentin (Juan
Diego Botto), avec lequel elle
noue et renoue sans cesse une re-
HORIZONTALEMENT
GRILLE N° 17 - 303
PAR PHILIPPE DUPUIS
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SOLUTION DE LA GRILLE N° 17 - 302
HORIZONTALEMENT I. Vexillologie. II. Ile. Aurélien. III. Dandin. Am. PS.
IV. Egoïnes. Iseo. V. Punaises. ORL. VI. OAS. Pari. VII. Mi. Pressenti.
VIII. Mégies. Sisal. IX. Enée. Tien. Il. X. Stout. Frétée
VERTICALEMENT 1. Vide-pommes. 2. Elaguaient. 3. Xénons. Géo. 4. Dia.
Pieu. 5. Lainière. 6. Lunes. Est. 7. Or. Seps. If. 8. Léa. Sasser. 9. Olmi.
Reine. 10. GI. Soins. 11. Ieper. Taie. 12. Ensoleillé.
I. Si vous n’attendez rien d’eux, vous
ne serez pas déçu. II. Esbroufe et fanfaronnade. Ses soldats se battent
pour la paix. III. Mené à bien. Grande
voie. Le thulium. IV. Ne sont plus
portés glacés, mais sont encore souvent enneigés. Suiveur inconditionnel. V. Dégagé. Essence blanche et
légère. VI. Démonstratif. Bien moins
rapide dans l’exécution. Bon dans son
domaine. VII. A rencontré le cerf en
forêt. Tiré de la galette. VIII. Au cœur
du présage. Mit les bœufs devant la
charrue. IX. Retourneras a qui de
droit. Suivit les afaires de la droite.
X. On le croyait disparu, mais son traic existe toujours à travers le monde.
VERTICALEMENT
1. Grand cousin africain du sanglier.
2. Leurs lames arrachent tout sur leur
passage. 3. Bien modeste redistribution. Facilite les essais. 4. Se fait comprendre d’une petite croix. Article.
Pris dans les délais. 5. Sur le retour.
Tombera violemment. 6. Dressent le
monument. Un peu d’aventure.
7. Ouvre des possibilités. Fougue
amoureuse. Unité sensible. 8. Au
centre du traic d’une région. 9. Sans
valeur. Mis de côté. 10. Prêtresse
d’Héra. Leur production ne fume plus
beaucoup. 11. Sans la moindre restriction. Accroche le ilet au passage.
12. Permet de retrouver la bonne
page.
lation complexe, cabossée et passionnelle. Mais plus Javier veut recomposer une famille avec Letty
et son fils, plus les circonstances
s’y opposent. Quand ce ne sont
pas les forces autodestructrices
de la jeune femme qui se mettent
en travers des événements potentiellement positifs de sa folle et
dangereuse destinée.
Les aventures rocambolesques
et criminelles – traitées parfois
sur le registre de l’horreur et du
gore – de ces nouveaux Bonnie
and Clyde défient, parfois, le vraisemblable. Mais elles ont un côté
Arsène Lupin assez réjouissant.
Et les ressorts du trépidant scénario de Good Behavior – signée
des créateurs de l’exceptionnelle
Wayward Pines – sont tels qu’on y
croit et qu’on espère une troisième saison. p
renaud machart
Good Behavior (saison 2), série
créée par Chad Hodge et Blake
Crouch. Avec Michelle Dockery,
Juan Diego Botto, Lusia Strus,
Terry Kinney, Nyles Julian Steele,
Ann Dowd, Maria Botto (EtatsUnis, 2017, 10 × 43 minutes).
TF1
21.00 Les Cerveaux
Divertissement présenté
par Laurence Boccolini. Invités :
Gil Alma, Kids United…
France 2
20.50 Bon anniversaire
Monsieur Gerra
Divertissement présenté
par Michel Drucker et Laurent Gerra.
Invités : Michel Sardou, Carla Bruni,
Eddy Mitchell, Bénabar, Nolwenn
Leroy, Isabelle Boulay…
00.10 Prodiges
Divertissement présenté
par Marianne James.
France 3
20.55 Commissaire Magellan
Série créée par Laurent Mondy.
Avec Jacques Spiesser, Selma
Kouchy, Bernard Alane (Fr., 2015
et 2013, 2 x 95 min).
Canal+
21.00 RAID dingue
Comédie de et avec Dany Boon.
Avec Alice Pol, Dany Boon, Michel
Blanc (Fr.-Bel., 2016, 105 min).
22.45 Il a déjà tes yeux
Comédie de et avec Lucien
Jean-Baptiste. Avec Aïssa Maïga,
Zabou Breitman (Fr., 2016, 90 min).
France 5
20.50 La Guerre des trônes,
la véritable histoire de l’Europe
Série documentaire
d’Alain Brunard et Vanessa
Pontet (Fr., 2017, 1 et 2/4)
22.40 C dans l’air
Magazine présenté
par Bruce Toussaint.
Arte
20.55 Le Bébé et le Clochard
Téléfilm de Michael Verhoeven.
Avec Herbert Knaup,
Alice Dwyer, Naomi Krauss
(All, 2014, 90 min).
22.25 Le Barbier de Séville
Opéra bouffe de Gioacchino Rossini.
Enregistré au Théâtre des ChampsElysées, à Paris, le 16 décembre.
M6
21.00 NCIS
Série créée par Donald Paul
Bellisario et Don McGill. Avec Mark
Hamon, Michael Weatherly, Sean
Murray, Gaius Charles (EU, S12, ép. 1
et 2/24 ; S9, ép. 21, 22/24).
0123 est édité par la Société éditrice
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Réalisé par Yan Georget (https://about.me/yangeorget)
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Europe : la rébellion viendra de l’Est • Macron : après la France,
l’Europe • Bye-bye, la City • Amérique latine : stop à la corruption
• La course au streaming • Le nucléaire ne séduit plus • Environnement :
la Chine se réveille • Cannabis repetita • Poutine se cherche
un successeur • Espace : viser la Lune • Les invités : John McCain,
Alexeï Navalny, Graça Machel, Richard Branson, Yuriko Koike…
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du « Monde » SA. Durée de la société : 99 ans à
compter du 15 décembre 2000.
Capital social : 124.610.348,70 ¤.
Actionnaire principal : Le Monde Libre (SCS).
Rédaction 80, boulevard Auguste-Blanqui,
75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00
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(Service 0,30 ¤/min + prix appel) ; de l’étranger :
(33) 1-76-26-32-89 ; par courrier électronique :
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VENDREDI 29 DÉCEMBRE
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CHEZ VOTRE MARCHAND
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Laurence Bonicalzi Bridier
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Montpellier (« Midi Libre »)
Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100 %.
Ce journal est imprimé sur un papier UPM issu de forêts gérées
durablement, porteur de l’Ecolabel européen sous le N°FI/37/001.
Eutrophisation : PTot = 0.009 kg/tonne de papier
carnet | 17
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
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AU CARNET DU «MONDE»
Naissance
Sa famille
Et les Missionnaires d’Afrique
(Pères Blancs),
font part du retour vers le Seigneur du
père Maurice BORRMANS,
originaire du diocèse de Lille,
décédé à Bry-sur-Marne,
le 26 décembre 2017,
à l’âge de quatre-vingt-douze ans
dont soixante-neuf ans de vie missionnaire
essentiellement en Tunisie, Algérie, Italie,
à Bahreïn et en France.
La messe des funérailles sera célébrée
le mardi 2 janvier 2018, à 14 h 30,
en l’église paroissiale de Bry-sur-Marne,
suivie de l’inhumation au cimetière de
Bry.
Ils le recommandent à vos prières.
Michèle,
son épouse,
Sébastien,
son ils,
L’ensemble de la famille,
Tous ses proches
Et amis,
ont l’ininie tristesse de faire part du décès,
le 19 décembre 2017, de
Bernard BOUBÉ.
Les obsèques ont eu lieu dans l’intimité
familiale.
Laurent Berger
Et la commission exécutive
de la CFDT,
ont la tristesse de faire part du décès de
Jacques CHÉRÈQUE,
ancien secrétaire général adjoint
de la CFDT,
secrétaire général de la Fédération
générale de la Métallurgie
de 1971 à 1979,
préfet délégué
en charge du redéploiement industriel
en 1984
et ministre délégué
chargé de l’aménagement du territoire
et des conventions industrielles
de 1988 à 1991.
Julie et Philippe,
ses parents,
Camille et Mélodie,
ses sœurs,
La CFDT salue un grand militant,
porteur d’une vision d’avenir,
profondément attaché à la personne
humaine, animé en permanence par la
quête de sens, avec le souci de traduire ses
valeurs en actes.
ont la grande joie d’annoncer la naissance
de
Ils s’associent à la douleur de la
famille.
Thomas CANTON-JOLY,
Les obsèques de Jacques Chérèque ont
eu lieu le 28 décembre 2017, à 14 heures, à
Pompey (Meurthe-et-Moselle).
le 22 décembre 2017, à Paris.
CFDT,
4, boulevard de la Villette,
75019 Paris.
Si beau qu’il faut le voir
pour le croire !!!
(Le Monde du 27 décembre.)
Un grand merci aux équipes
de Port Royal.
Décès
Yvette Auriac,
son épouse,
Ses enfants,
Ses petits-enfants
Et arrière-petits-enfants,
font part du décès de
Franck AURIAC
(1935-2017)
géographe
et membre du Groupe Dupont.
Cantalien de cœur, il a souhaité que ses
cendres soient dispersées à Anglards de
Salers.
Yvette Auriac,
12, rue Ferdinand-Fabre,
34090 Montpellier.
yvette.auriac@orange.fr
François-René Cristiani-Fassin
et Claudette, Guillaume,
Jérôme Cristiani et Émilie, Thomas
et Olivia,
Olivier Cristiani et Cidalia,
Isabelle Cristiani, Sampiero, Clémence
et Elio
ses ils, belles-illes et petits-enfants,
ont la douleur de faire part du décès de
Jacques Dominique CRISTIANI,
commandeur de la Légion d’honneur,
croix de guerre 1939-1945 avec palme,
médaille de la Résistance française,
médaille de l’internement pour faits
de résistance,
liquidateur du réseau Navarre,
survenu le 24 décembre 2017,
à Clamart (Hauts-de-Seine),
dans sa quatre-vingt-seizième année.
Une cérémonie aura lieu le vendredi
29 décembre, à 11 heures en la cathédrale
Saint-Louis des Invalides, Paris 7e, suivie
de l’inhumation au caveau de l’ordre de la
Libération, cimetière du Père-Lachaise,
Paris 20e.
Laure Dufau,
son épouse,
David Todd,
son beau-ils,
Ses amis,
Nantes. Angers.
ont la tristesse de faire part du décès de
Olivier DUFAU,
ancien administrateur territorial,
chevalier de la Légion d’honneur,
Les membres de la SEPEA
(Société européenne pour la psychanalyse
de l’enfant et de l’adolescent)
ont la tristesse de faire part du décès du
docteur James GAMMILL
(1925-2017).
Ce pionnier de la psychanalyse
d’enfants en France fut un membre
éminent de notre association.
Nadine et Thierry,
sa ille et son ils
et leurs conjoints,
Stéphane, Romain, Dimitri et Yann,
ses petits-enfants
et leurs familles,
ont la tristesse d’annoncer le décès de
Nicole GAYET
(1925-2017).
Une cérémonie sera célébrée en l’église
Saint-Léger de Morainvilliers, place de
l’Église (Yvelines), le 3 janvier 2018,
à 10 h 30.
40, rue de Crimée,
75019 Paris.
GUILLAUME-THOMMASSON,
pharmacien,
Les obsèques seront célébrées dans la
plus stricte intimité.
Remerciements particuliers à
l’association Vie Harmonieuse pour son
soutien ces dernières années.
Cet avis tient lieu de faire-part et de
remerciements.
Marie Thérèse Keravec,
sa sœur,
Emmanuel et François Poly,
ses frères,
leurs époux et épouses, Daniel, Arlette,
Marie-Veronique,
leurs enfants, Olivier, Nicolas, Julien,
Marion, Romain, Sébastien, Benjamin,
Laurent,
leurs épouses et époux, Sophie, Caroline,
Charles, Jennifer, Clémence, Yasmine,
Justine,
ont la tristesse de faire part du décès de
La cérémonie religieuse sera célébrée
en l’église Saint-Sulpice, 2, rue Palatine
Paris 6e, le mardi 2 janvier 2018, à 10 h 30,
suivie de l’inhumation dans la sépulture
de famille à Thiviers (Périgord).
Sceaux.
Mme Marie-Claude Langlois,
née Duval,
son épouse,
Eric, Xavier, Catherine,
ses enfants
Et ses petits-enfants,
à l’âge de quatre-vingt-huit ans.
La cérémonie laïque aura lieu
le vendredi 29 décembre 2017,
à 10 heures, au crématorium d’Auxerre.
La famille tient à remercier toutes les
personnes qui ont entouré leur maman
et qui l’ont aidée, en particulier son
médecin, son psychologue, Michel, ainsi
que le personnel de la Résidence le Saule,
le personnel de l’UDAF, les auxiliaires de
vie qui s’occupaient d’elle les après-midi.
Pudeur/Impudeur :
3 samedis
entre Médecine et Psychanalyse
ENS, salle Dussane, Paris 5e,
de 14 heures à 18 heures.
Samedi 13 janvier 2018 :
« Moins de gestes, plus de regards :
le corps dévoilé »
Samedi 7 avril :
« La faillite de la pudeur »
Samedi 26 mai :
« Le triomphe de l’impudeur. »
Tarifs : 150 € pour l’ensemble,
70 € pour une AM.
Formation continue No 11 753 805 075.
Intervenants et programme sur
www.medpsycha.org
Communications diverses
Cet avis tient lieu de faire-part et de
remerciements.
Le père Provincial de
la Compagnie de Jésus,
Sa communauté
Et sa famille,
père François ROULEAU sj.,
Annie-Claude Froment-Sauffroy,
son épouse,
Claire,
sa belle-ille
et son époux,
Thérèse Sauffroy,
sa mère,
Mchèle Paret et Odile Palmiéri,
ses soeurs,
Son beau-frère,
Ses neveux et nièce,
Conférences
Nous nous excusons par avance auprès
de ceux que nous n’avons pas pu citer.
font part du retour à Dieu du
Anne POLY,
Cet avis tient lieu de faire-part.
a rejoint la Maison du Seigneur,
le 26 décembre 2017.
ont le chagrin de faire part du décès de
chirurgien dentiste,
Ses obsèques auront lieu au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise, Paris 20e,
le mardi 2 janvier 2018, à 14 heures
Mme Arlette
Frédérique, Laurence, Hélène, Marie,
ses illes,
Ses gendres
Ses petits-enfants,
Ses neveux et nièces
ainsi que toute sa famille du Laos,
Gérard,
son cousin,
Murielle,
son amie,
Mme Claude RIBIER VOGEL,
survenu le 25 décembre 2017,
à l’âge de soixante-sept ans.
survenu le 24 décembre 2017,
à l’âge de soixante-douze ans.
décédé à Pau,
le 22 décembre 2017,
dans sa quatre-vingt-dix-neuvième année
et la soixante-seizième année de sa vie
religieuse.
Anniversaire de décès
Besançon. Albi. Bologna. Paris.
Florence GERBET
SOS AMITIE
Envie d’être utile ? Venez nous rejoindre
dans un centre proche de chez vous !
Les bénévoles de SOS Amitié écoutent
par téléphone et par internet
ceux qui souffrent de solitude, mal-être
et pensées suicidaires.
Nous ne répondons qu’à 1 appel sur 7
et recherchons des écoutants bénévoles.
L’écoute peut sauver des vies
et enrichir la vôtre.
Horaires lexibles, formation assurée.
RDV sur www.sosamitieidf.asso.fr
(1980-2006).
Remerciements
ont la douleur et le chagrin de faire part du
décès de
Musée de l’Orangerie
M. Jean-Louis SAUFFROY,
ont la tristesse d’annoncer le décès de
M. Michel LANGLOIS,
ancien élève de l’ESCP,
directeur de recherches au CNRS,
survenu le 11 décembre 2017,
au Kremlin-Bicêtre,
à l’âge de soixante-sept ans.
La cérémonie a eu lieu le 19 décembre,
dans l’intimité familiale, selon la volonté
du défunt.
survenu le 23 décembre 2017,
à l’âge de quatre-vingt-un ans.
La cérémonie religieuse sera célébrée
le vendredi 29 décembre, à 10 h 30, en
l’église de Sceaux, sa paroisse, où l’on se
réunira.
Catherine Malek,
sa ille,
David Newhouse,
son gendre,
Zoé et Emma,
ses petites-illes,
ont l’immense tristesse de faire part
du décès de
survenu le 16 décembre 2017,
à New York.
ont la tristesse d’annoncer la mort
le 22 décembre 2017,
dans sa quatre-vingt-huitième année, de
Eugène MALEK,
rescapé des camps d’extermination nazis,
ancien professeur de mathématiques
des universités de Tours
et de Californie.
Les obsèques ont eu lieu dans la plus
stricte intimité le 26 décembre 2017
au cimetière La Salle à Tours.
La cérémonie religieuse aura lieu
le jeudi 11 janvier 2018, à 10 heures,
en l’église Saint-Martin de Léognan
(Gironde), elle sera suivie de l’inhumation
dans l’intimité familiale, au cimetière
de Léognan.
Château Haut-Bailly,
33850 Léognan.
En cette in d’année 2017
L’UNICEF France
rend hommage aux bienfaiteurs
qui ont légué en 2017,
un avenir en héritage aux enfants.
Leur générosité permet jour après jour
de sauver, protéger et éduquer des
milliers d’enfants dans plus de 190 pays.
Véronique Sanders - van Beek
Et les collaborateurs
du Château Haut-Bailly,
Robert G. WILMERS,
oficier de la Légion d’honneur,
Pour chaque enfant,
léguons à l’UNICEF
unicef.fr/legs
Spectacle
Vendredis 12 et 19 janvier 2018,
à 19 heures et 20 h 30,
« Dada Paradis »
Création contemporaine
inspirée des performances Dada
au café Voltaire.
Gratuit sur réservation
Tél. : 01 44 50 43 01.
information@musee-orangerie.fr
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Jean-Antoine MATHYS,
109, rue de Rennes,
75006 Paris.
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Laure Mathys,
son épouse,
Julie et Thibaud,
ses enfants,
Michèle Mathys,
sa sœur,
ont la tristesse de faire part du décès de
survenu à Paris, le 14 décembre 2017.
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Auxerre (Yonne).
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18 | débats & analyses
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
Levothyrox : le temps de la raison
Cinq endocrinologues
estiment que la crise
provoquée par la nouvelle
formule du médicament
relève d’un « effet nocebo »
– le ressenti d’effets
indésirables, bénins, à une
exposition inoffensive
Collectif
U
ne vraie frustration pourrait
gagner ceux qui soignent
ces patients et qui observent, effarés, cette invraisemblable « crise du Levothyrox ». Notre conscience nous impose une conduite simple. Dire ce que nous pensons.
Sereinement. Nos patients et notre discipline, l’endocrinologie, le méritent
bien. Nous pensons que les symptômes
rapportés comme « effets indésirables »
ne peuvent pas être provoqués par les
excipients de la nouvelle formulation
du médicament du laboratoire Merck.
Le lactose contribuait à une moindre
stabilité. L’adjonction de mannitol (un
édulcorant des chewing-gums sans sucre) et d’acide citrique (utilisé dans les
confitures industrielles) n’est pas à redouter ; le même excipient est utilisé
dans les comprimés d’Aspro ou de
Doliprane ou le citrate de bétaïne. Les
tests chez les sujets sains ont établi une
bioéquivalence analogue de la nouvelle
formulation. Nous pensons que les
symptômes rapportés comme « effets
indésirables » ne sont pas en lien avec un
« déséquilibre » thyroïdien. Les signalements les plus fréquents (fatigue, maux
de tête, insomnie, vertiges, douleurs articulaires et musculaires, chute de cheveux, troubles digestifs, modifications
caractérielles) sont banals, peu spécifiques, peu évocateurs d’un déséquilibre
thyroïdien. Le plus souvent, la TSH [thyréostimuline] est normale. La très grande
majorité des sujets inquiets ont pu être
rassurés.
Des symptômes ont été décrits chez
des patients qui prenaient l’ancienne
formulation. Nous pensons que le rapport de pharmacovigilance de l’Agence
nationale de sécurité du médicament et
des produits de santé du 10 octobre va,
en fait, exactement dans ce sens. Dans sa
conclusion, il met en avant la rupture
d’équilibre provoquée par le passage au
Levothyrox « nouvelle formulation »… ce
qui est contredit par les données.
En effet, lesdits « effets indésirables »
sont strictement identiques, que les patients soient hyper ou hypothyroïdiens,
voire normaux ! De plus pour le très modeste niveau de déséquilibre hormonal
constaté, a priori, aucun effet clinique
n’est raisonnablement attendu. Le rapport évoque, dans son résumé, « l’hypothèse d’effets indésirables expliqués par
d’autres facteurs qu’une dysthyroïdie (…)
méritant plus d’investigations ». Enfin, le
rapport ne dit rien sur les enfants recevant le Levothyrox nouvelle formulation, chez qui les pédiatres semblent
unanimement n’observer aucun effet
indésirable. Nous pensons que les symptômes rapportés témoignent essentiellement d’un effet nocebo. Le sentiment
d’être mis devant le fait accompli, l’amplification médiatique, un certain silence médical contrastant avec l’activisme des associations, tout était réuni
pour créer suspicion et angoisse.
CARTON INFORMATIF
Le mot « nocebo » désigne un phénomène bien connu. Dans les essais thérapeutiques, certains patients ressentent
une amélioration de leurs symptômes
alors qu’ils reçoivent le placebo, dénué
de principe scientifiquement actif autre
que psychologique. L’effet nocebo en est
le miroir : les sujets ressentent des effets
indésirables, bénins, en réponse à une
exposition inoffensive.
Un tel effet nocebo a déjà été observé
en 2007-2008, il s’est passé en NouvelleZélande une « crise de l’Eltroxin » (lévothyroxine de l’entreprise pharmaceutique GSK), strictement identique à la
« crise du Lévothyrox » en France. Le simple changement d’excipient (suppression du lactose) et de la couleur des comprimés a entraîné une multiplication
par 2 000 des déclarations d’effets indésirables ! L’analyse externe effectuée par
une agence anglaise (The Medicines and
Healthcare Products Regulatory Agency)
a mis en avant le manque d’information
et le rôle des médias. On a observé que la
répartition géographique de la fréquence des plaintes reproduisait l’intensité du bruit médiatique local.
Nous pensons que l’hypothèse nocebo peut être scientifiquement testée.
Ces effets nocebo sont mis en évidence
dans des essais bien calibrés (cross over
randomisé en double aveugle, N-ofone). Eventuellement avec l’aide des patients intolérants et volontaires. C’est
une belle occasion de réunir les patients, les associations et les endocrinologues. Nous pensons que le traitement
médiatique de cette situation ne peut
qu’augmenter – à tort – l’angoisse des
patients et alimenter le cercle vicieux
de l’effet nocebo.
Une série d’actions judiciaires ont été
lancées : plaintes (« mise en danger de la
vie d’autrui », etc.), perquisitions… Il est
intéressant de noter l’actualisation des
griefs d’avocats : « On ne demande pas réparation pour les effets secondaires (…)
une indemnisation pour le fait qu’ils
n’aient pas été informés des risques encourus et de la nouvelle composition du
médicament, et que cela a généré chez
eux beaucoup d’angoisse ». Nous pensons qu’il faudra s’interroger sur ce qui a
pu – involontairement – provoquer cette
angoisse, et surtout – inutilement –
l’exacerber. Mieux informer ? On aurait
pu s’inspirer de l’expérience belge : un
Par YVON QUINIOU
L
e président Macron, dans un
entretien inédit et chaleureux
avec les représentants des différents cultes, a affirmé que « les religions font partie de la vie de la nation » [Le Monde du 23 décembre]. Affirmation surprenante : on peut y
voir un truisme, un constat d’évidence – ce qu’elle n’est pas. Bien plutôt, elle constitue une forme d’apologie des religions, la reconnaissance
implicite de leur apport positif à la
vie collective. Or ceci n’a rien d’un
truisme et constitue au contraire
une thèse tout à fait contestable et
d’une rare naïveté, surtout si l’on se
souvient qu’il a un minimum de formation philosophique. Car elle
oublie un fait, lui incontestable : les
religions, qui sont censées unir les
hommes (le mot latin religare signifie « relier »), n’ont cessé, tout au long
de l’histoire, de se déchirer entre elles
et d’abîmer le lien social, donc la vie
en société, et ce de plusieurs manières qu’Emmanuel Macron semble
oublier ou ne veut pas voir.
Sur le plan intellectuel, ce sont
leurs dogmes qui les ont opposées et
ont opposé du même coup les communautés qui s’en réclamaient, au
prix de guerres « civiles » atroces. La
tolérance interreligieuse n’a guère
été leur fait, mais plutôt le dogmatisme et le fanatisme, avec en plus,
une haine de l’athéisme qui culmine
dans l’islam comme on le voit encore aujourd’hui – haine qu’on trouvait déjà, peu le disent, dans la Lettre
sur la tolérance de John Locke sur ce
sujet. Donc : lien, en interne, mais
rupture du lien en externe.
Et puis, tout autant, il y aura eu le
combat constant qu’elles auront
mené contre les sciences et les scientifiques : Bruno, Galilée, Darwin en
ont fait les frais, et les avancées scientifiques n’ont été reconnues (quand
elles le sont) par les Eglises que tardivement, quand elles y étaient con-
traintes et forcées par leur évidence
reconnue ! Or ici, en dehors de la désunion intellectuelle, elles auront
tenté de retarder tous les progrès
dans la vie sociale que les sciences et
les techniques ont apportés et qu’il
est inutile de citer longuement : maîtrise de la nature, maîtrise du corps
humain, amélioration concrète de la
vie quotidienne, etc. Si c’est cela faire
partie (au positif, donc) de « la vie de
la nation », bravo au président Macron pour son inconscience la plus
totale ! Même Paul Ricœur, son maître soi-disant, n’en reviendrait pas.
DIAGNOSTIC CRITIQUE
Quant à la dimension pratique des
choses, le bilan des religions est encore plus accablant. Elles n’auront
cessé de soutenir les pires pouvoirs
politiques, de la monarchie « de droit
divin », avec ses inégalités criantes,
aux diverses dictatures du monde
contemporain. Rousseau ne dénonçait-il pas déjà l’appui que la référence à ce « droit divin » apportait
aux pires injustices en les sacralisant ? Tout autant, elles auront constamment fait obstacle aux conquêtes sociales qui ont marqué et fait
progresser notre vie collective depuis
1789 : république, droits de l’homme,
égalité de la femme et de l’homme,
mais aussi progrès nombreux des
mœurs, acceptation du divorce, liberté sexuelle, valorisation du corps
et de la vie sensible contre leur négation au nom d’une conception « moralisante » de la vie, littéralement
mortifère.
Certes, ce bilan historique autant
que politique n’est pas que catastrophique. Si on laisse de côté la question de la foi intime, les religions ont
pu avoir des effets bénéfiques sur la
vie sociale : formes concrètes de charité et de dévouement et, surtout,
des éléments éthiques ou moraux,
issus des Evangiles, qui ont pu jouer
un rôle positif au sein des rapports
interhumains et dans de brèves tentatives de transformations sociales.
Ce fut le cas lors de la Guerre des paysans (1524-1526) en Allemagne avec
Luther, durant l’épisode des prêtresouvriers en 1968, ou encore avec la
théologie de la libération en Amérique latine, vite étouffée ou censurée, y compris avec l’aide de notre
pape actuel.
Mais au total, leur bilan humain et
donc leur sens social sont bien très
largement négatifs et il ne faut ni
l’oublier ni, du coup, favoriser l’expansion des religions ou stimuler la
religiosité ambiante par de pareils
propos ou attitudes venant du chef
de l’Etat. A-t-il conscience, aussi, qu’il
n’a pas le droit de dire que « la République est laïque, pas la société » ?
Cette formule est illégitime au regard de notre Constitution, selon laquelle nous vivons dans une « République une, indivisible, laïque et sociale » – la laïcité concernant donc
aussi la société et lui évitant des divisions communautaristes qui freinent l’émancipation de la vie sociale : aucune religion n’a le droit
d’imposer socialement ses croyances et son culte aux citoyens.
Au final, on est un peu stupéfait
par ces propos d’Emmanuel Macron, même si l’on sait par ailleurs
qu’il se dit « habité par la transcendance », ce qu’il ne devrait d’ailleurs
pas déclarer publiquement, car il
rompt ainsi le pacte de neutralité
qu’il devrait observer en tant que
chef d’Etat ! Stupéfait, aussi, car il devrait se souvenir du diagnostic critique que tous les grands penseurs
ont pu faire de la religion : Spinoza,
Hume, Kant, Rousseau, en tant que
philosophes partisans de la rationalité et du libre examen, puis les esprits de type scientifique du XIXe et
du XXe siècle comme Feuerbach,
Marx, Nietzsche et Freud. Leurs approches sont différentes (psychologique, sociale, biologique, psychanalytique) mais, sur ce sujet, complémentaires.
On peut les résumer en disant que,
au-delà de l’explication humaine de
l’origine des religions, ils ont dénoncé leurs effets désastreux sur la
vie des hommes, y voyant une source
d’aliénation, contribuant à empêcher les êtres humains de réaliser
toutes leurs potentialités de vie.
Est-ce cela, Monsieur le Président,
que vous approuvez et même valorisez… ou alors êtes-vous dans le subtil
calcul politicien, les croyants étant
aussi des électeurs ? p
¶
Xavier Bertagna, Jean-Louis
Wémeau, Jacques Young Philippe
Bouchard et André Grimaldi sont
professeurs d’endocrinologie.
Les trois premiers auteurs ont déclaré des
liens d’intérêt avec les compagnies impliquées dans les pathologies thyroïdiennes :
Genevrier (JLW), HAC Pharma (JLW),
Merck-Serono (JLW, JY), Novartis (XB, JLW)
1917, une source
d’inspiration
Dire que « la société n’est pas laïque »
est une formule illégitime
Le philosophe Yvon Quiniou répond
au président Emmanuel Macron, qui,
lors d’une rencontre avec les représentants
des six principaux cultes, jeudi 21 décembre,
déclarait que « c’est la République qui est
laïque, pas la société »
carton informatif dans les boîtes de la
nouvelle formulation de L-Thyroxine
semble avoir évité ce type de crise. On
s’interroge sur le rôle plus utile qu’auraient
pu jouer les associations de patients.
L’emballement médiatique n’a fait
qu’aggraver les choses et conduit à une
judiciarisation probablement sans issue.
Nous pensons qu’il est urgent de recréer la confiance entre les interlocuteurs : patients-associations (pas obligatoirement paranoïaques ou systématiquement quérulents) ; médecins-experts
(pas tous à la solde des firmes) ; autorités
de santé (pas forcément obsédées par la
seule réduction des dépenses) ; industriels (pas uniquement guidés par l’appât du gain). Nous pensons qu’il sera important d’avoir une expertise sociologique de cette « crise ». Il faut de la raison,
mais tellement de confiance. Nos patients s’en porteraient mieux, et peutêtre aussi notre société. p
1917. OCTOBRE ROUGE.
NOUVELLES NOIRES
collectif,
Les Editions Arcane 17,
340 pages, 21 euros
Le livre
C’
¶
Yvon Quiniou est philosophe et auteur notamment
du livre « Critique de
la religion. Une imposture
morale, intellectuelle
et politique »
(La ville brûle, 2014)
est une drôle de façon de fêter le centenaire
de la révolution bolchevique. Arcane 17, petite maison d’édition proche du Parti communiste français, a demandé à une trentaine d’auteurs de polars et de romans noirs de travailler
autour de 1917. Le résultat est détonant : une série de nouvelles qui donnent une déclinaison – critique et respectueuse – de l’héritage contemporain de ces journées d’octobre qui changèrent le monde. Parmi les auteurs, Didier
Daeninckx et Hervé Le Corre, engagés à gauche et qui travaillent sur la mémoire historique française et ses tabous. Dans son texte, Didier Daeninckx fait revivre John
Reed, journaliste communiste américain, auteur de Dix
jours qui ébranlèrent le monde, récit de la révolution qui
sera préfacé par Lénine. Sous la plume de l’auteur français, Reed rencontre un bolchevique arborant fièrement
un Stetson… en plein Petrograd à la veille de la prise du
palais d’Hiver. C’est en fait un Géorgien qui a fui aux
Etats-Unis pour échapper à la police du tsar après un braquage sous les ordres d’un certain Ivanovitch. Qui se révélera être Staline. L’occasion pour Daeninckx de rappeler la jeunesse délinquante du « Petit Père des peuples ».
MÉLENCHON CENT ANS EN ARRIÈRE
Hervé Le Corre, lui, décline le thème « rouge » en racontant la vie d’un militant communiste, de sa conception à
sa mort. Un texte fin et touchant qui interroge la part de
l’héritage politique dans l’engagement des jeunes générations. Pierre Dharréville, quant à lui, a choisi une forme
plus classique de l’intrigue policière : l’enquête sur le
meurtre d’une jeune femme retrouvée dans la Neva. Le
cadavre révélera un secret inavouable qui fascine jusqu’à
aujourd’hui certains esprits portés sur les complots.
Mais la meilleure nouvelle reste celle écrite à quatre
mains par Thomas Jimenes et Céline Servat. Inconnus du
grand public, ils signent un récit acide et ironique totalement maîtrisé, sous un titre reprenant une chanson de
Manu Chao : La vida es una tombola. Lors d’une réunion
secrète en octobre 1917 réunissant, entre autres, Lénine et
Staline, une apparition survient. Une silhouette qui
flotte et qui interpelle les présents par un « Hé, ho !, les
gens ! » C’est en fait… Jean-Luc Mélenchon, télétransporté
cent ans en arrière après une mauvaise manipulation de
sa machine à hologrammes. S’ensuit une série de quiproquos drolatiques entre Lénine, Mélenchon et Gérard
Miller. Et qui aboutira à une fin qui déplaira, à coup sûr,
au chef de La France insoumise.
L’ensemble de ces vingt-huit textes hétéroclites a une
cohérence : même centenaire et même décriée, la révolution d’Octobre reste un sujet d’inspiration jubilatoire. p
abel mestre
0123 | 19
0123
VENDREDI 29 DÉCEMBRE 2017
par chr istop he ayad
Jérusalem: sous la
cendre, la braise
D
onald Trump et Jared
Kushner doivent se
dire qu’ils avaient bien
raison, qu’il n’y avait
pas de quoi faire tout un foin diplomatique et pousser les hauts
cris aux Nations unies après l’annonce par le président américain
de la reconnaissance de Jérusalem
comme capitale d’Israël. La
preuve ? Les principaux concernés, les Palestiniens, ont à peine
manifesté. Le « jour de colère », décrété par l’Autorité palestinienne
vendredi 8 décembre, deux jours
après le discours de Donald
Trump, a été plus suivi par les journalistes que par les jeunes manifestants, hormis quelques échauffourées. Après tout, doivent penser le président américain et son
gendre, qui exerce auprès de lui les
fonctions de conseiller spécial
pour le Proche-Orient malgré une
grande proximité avec la droite
israélienne, eux aussi auraient
compris l’évidence : Jérusalem est
déjà la capitale d’Israël, et cette
reconnaissance ne fait qu’entériner un « état de fait ».
Une fois de plus, le conflit israélo-palestinien a déjoué les attentes. La première Intifada n’avaitelle pas éclaté, en 1987, à la suite
d’un accident entre un camion israélien et une voiture palestinienne – qui avait tué quatre Palestiniens ? A Jérusalem, les vendredis suivants ont été plus calmes
que le premier « jour de colère ». La
preuve d’une lassitude, d’une résignation, ou encore du discrédit de
l’Autorité palestinienne, dont les
mots d’ordre ne sont plus suivis ?
Probablement, mais pas seulement. C’est aussi la preuve d’une
mutation dangereuse du conflit
israélo-palestinien.
Rien à espérer
Car il faudrait être fou pour croire
que Jérusalem n’importe pas
aux Palestiniens, ceux qui résident dans la ville trois fois sainte,
comme les autres. Seulement, ils
ne croient plus aux discours, ni à
ceux de leurs chefs qui les appellent à se soulever après les avoir
tant de fois réprimés ni même à
ceux du président des Etats-Unis
– fussent-ils chargés d’espoir et de
promesses, comme ceux de Barack Obama, ou de mépris et de
désinvolture, comme aujourd’hui
ceux de Donald Trump. Les mots,
les incantations pour un « processus de paix », les concepts trop rabâchés et usés comme des galets
par la mer – « les deux Etats vivant
côte à côte avec Jérusalem pour
capitale », « le gel de la colonisation », « la fin de l’occupation », « le
respect du droit international » –
sont devenus des abstractions,
des tics de langage vidés de sens.
La colonisation a rendu impossible l’existence d’un Etat palestinien viable. La jeunesse palestinienne le sait mieux que quiconque. Tout comme elle sait que la
réconciliation entre la bande de
Gaza, dirigée par le Hamas, et la
Cisjordanie, administrée par le
Fatah, relève d’une chimère. Pour
qu’un Etat palestinien devienne
possible, il faudrait que la société
israélienne décide que le conflit
avec les Palestiniens a un coût
trop élevé. Ce n’est pas le cas.
Et, lorsque les Palestiniens ont eu
recours à la violence, de 2000 à
AUJOURD’HUI,
L’OPINION
PALESTINIENNE EST
SURTOUT AFFECTÉE
PAR LES INCIDENTS
DE PROXIMITÉ OU
L’ATTEINTE AU SACRÉ
LE « JOUR DE
COLÈRE » DÉCRÉTÉ
PAR L’AUTORITÉ
PALESTINIENNE A
ÉTÉ PLUS SUIVI PAR
LES JOURNALISTES
QUE PAR LES
PALESTINIENS
2002, au début de la seconde Intifada, la société israélienne a réagi
en faisant bloc autour de son armée et en élisant Ariel Sharon.
Quant à la communauté internationale, elle n’existe pas, et, quand
bien même elle existerait, elle a
d’autres chats à fouetter, l’Iran, la
Corée du Nord, la Syrie, etc.
Il n’y a donc rien à espérer pour
les Palestiniens dans un avenir
proche, tangible. Restent le concret, la vie quotidienne, et l’audelà, l’éternité. Le conflit israélopalestinien s’est perdu quelque
part entre ces deux bornes, l’une
trop proche, et l’autre trop lointaine. Ce qui affecte aujourd’hui
l’opinion palestinienne, ce sont
les incidents de proximité ou l’atteinte au sacré. Le conflit s’est déterritorialisé, il est devenu « communal » et « identitaire », voire
confessionnel tout à la fois.
Deux incidents illustrent tout
particulièrement ce double phénomène à Jérusalem. En juillet
2014, un adolescent palestinien,
Mohammed Abou Khdeir, était
enlevé et brûlé vif à Jérusalem-Est
par de jeunes extrémistes juifs,
condamnés depuis à la perpétuité et à vingt et un ans de
prison. Cette agression ignoble
avait déclenché des émeutes dans
le quartier, puis dans la partie
orientale de la ville, avant d’alimenter une escalade entre le
Hamas et l’armée israélienne
dans la bande de Gaza, débouchant sur une guerre meurtrière
(1 500 morts, quasiment tous
palestiniens) de six semaines.
Ici, c’est donc un drame de proximité qui a mis le feu aux poudres.
Un peu plus d’un an plus tard
éclatait ce que l’on a appelé « l’Intifada des couteaux », une série
d’attaques au couteau et à la
voiture-bélier. Des attaques de
proximité encore.
A l’autre bout du spectre se trouvent Dieu et l’au-delà. En juillet,
lorsque la police a installé des
portiques de détection de métaux
à l’entrée de l’esplanade des Mosquées, près de laquelle un policier
israélien avait été abattu, un mouvement populaire sans précédent, pacifique, s’était développé.
Un mouvement spontané, qui
avait pris de court le leadership
politique et religieux palestinien
et qui avait fait reculer le gouvernement Nétanyahou. Le contraste
avec les mornes « jours de colère »
décrétés en décembre par l’Autorité palestinienne est saisissant.
La question de Jérusalem,
comme celle de la Palestine en général, est devenue ultralocale et
surtout ultraconfessionnelle. On
peut le regretter, car autant il est
possible de négocier et de transiger sur le territoire et les frontières, autant on ne le fait pas sur le
respect dû au jour le jour, encore
moins sur les questions qui touchent au sacré. Il faut donc s’attendre à des jours de braise et de
colère à Jérusalem, comme dans
les territoires palestiniens ; il suffira d’une étincelle, qui viendra
sûrement, hélas, d’un incident local ou d’une atteinte aux lieux
saints. Donald Trump sera passé à
autre chose d’ici là. p
RÉDUIRE
LA VITESSE
POUR SAUVER
DES VIES
A
baisser la vitesse sur les axes secondaires pour épargner des vies. La
mesure n’est pas nouvelle. En 2013,
le Conseil national de la sécurité routière
avait déjà proposé de ramener la limitation
de vitesse sur « les routes bidirectionnelles
sans séparateur médian » de 90 à 80 km/h.
Quatre ans plus tard et après 7 643 décès sur
ce type de voies, le gouvernement devrait
enfin passer à l’acte mi-janvier, malgré la
bronca des associations d’automobilistes et
du lobby des constructeurs.
Cette focalisation sur les routes secondaires est difficilement discutable. Les axes bidirectionnels concentrent 87 % de la mortalité sur route hors agglomération et 55 %
de l’ensemble de la mortalité routière. Suivant les orientations définies par les Na-
tions unies et l’Union européenne, le gouvernement s’est fixé comme objectif de
faire passer le nombre annuel de morts
sous les 2 000 à l’horizon 2020 (contre 3 655
aujourd’hui). Cibler cette catégorie de routes particulièrement dangereuses est donc
frappé au coin du bon sens.
Si la mortalité a reculé de près de 13 % depuis 2010, on constate depuis trois ans une
remontée inquiétante du nombre de décès
sur les routes. L’objectif de 2020 semble de
plus en plus hors de portée : pour y parvenir, il faudrait respecter un rythme de
baisse de 6,7 % par an sur la décennie.
Compter sur le dispositif sécuritaire et répressif actuel pour atteindre ces chiffres serait illusoire.
Au-delà des drames familiaux provoqués
par les accidents de la route, la baisse de la
mortalité au volant constitue un enjeu économique majeur. L’insécurité routière a
coûté 50 milliards d’euros en 2016, soit 2,2 %
du PIB, contre seulement 1,5 % en Allemagne. Comme Emmanuel Macron l’a encore
rappelé le 5 septembre, se contenter de cette
situation est « inacceptable », et elle nécessite « une réaction ambitieuse et collective ».
Les experts affirment que baisser la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h permettrait de sauver de « 350 à 400 vies par an ».
Ce chiffre est contesté par les associations
d’automobilistes, qui considèrent que la vitesse n’est pas le problème. Elles pointent
l’équipement insuffisant et l’entretien déficient de ces routes secondaires et accusent
les pouvoirs publics de vouloir seulement
remplir les caisses de l’Etat en intensifiant
la répression. Elles craignent enfin que
cette mesure contribue à enclaver un peu
plus des zones rurales qui ne disposent pas
d’axes de circulation rapide.
Pourtant, comme le rappelle la Sécurité
routière, la vitesse est « souvent » un « facteur déclencheur » des accidents « et pratiquement toujours » un « facteur aggravant ». Ce paramètre est à l’origine d’un accident sur trois, au même niveau que
l’alcool et l’inexpérience.
Le lobby automobile demande au gouvernement de renoncer à son projet sous prétexte qu’une majorité de Français est contre. Mais à chaque durcissement de la réglementation, on a entendu les mêmes
arguments. En 1973, quand la limitation est
passée à 100 km/h, puis à 90 km/h, alors
que plus de 16 000 personnes mouraient
sur les routes. Mais aussi en 2003, sous Jacques Chirac, lorsque les premiers radars
automatiques furent installés. Ces mesures
impopulaires contribuèrent pourtant à
faire baisser significativement le nombre
de morts. La sécurité routière est un domaine qui peut faire gagner des vies, mais
perdre des voix aux élections. Raison de
plus pour prendre des décisions en début
de mandat. p
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INTERNATIONAL | CHRONIQUE
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Tirage du Monde daté jeudi 28 décembre : 193 104 exemplaires
1|4
SPÉCIAL
« RÉPARER
LE MONDE »
v Entretien avec
Alexandre Gefen
v Le livre réparateur
de Justine Augier,
Jérôme Ferrari, Olivier
Guez, Yannick Haenel,
Philippe Jaenada
et Camille Laurens
S P ÉC I A L
A nos
lecteurs
Dès la semaine
prochaine votre
supplément, dans
son format habituel,
rendra compte de la
rentrée d’hiver 2018
Quand la littérature nous sauve
« Réparer
le monde » : telle
est la tâche que
s’assignent de
nombreux écrivains
français actuels,
selon le critique
Alexandre Gefen.
« Le Monde
des livres » s’est
entretenu avec lui,
et a posé la question
à plusieurs auteurs :
« Quel est votre
livre réparateur ? »
Réponses de Justine
Augier, Jérôme
Ferrari, Olivier Guez,
Yannick Haenel,
Philippe Jaenada,
Lola Lafon et
Camille Laurens
CHIARA DATTOLA
« Avec “Blonde”, Joyce Carol Oates répare l’affront fait à Marilyn », par Lola Lafon
A
uscultation d’une Amérique qui fait son cinéma à
grand renfort de jeunes
filles, ce négoce majuscule qu’est Hollywood,
dont le surnom, « The
Industry », énonce clairement l’enjeu,
auscultation de l’enfant abandonnée
Norma, de l’adolescente Norma Jean,
pin-up qu’on épingle et écartèle comme
un papillon rare, nue sur du velours
rouge, auscultation de Marilyn Monroe
menée sans le moindre espoir d’une intervention salvatrice puisque le prologue
est consacré au personnage de « La
Mort », Blonde, de Joyce Carol Oates,
s’annonce trompeusement comme une
réhabilitation de l’actrice Monroe.
Si la mécanique de la fabrication des
stars est un sujet classique de la littérature nord-américaine, le coup de maître
d’Oates est de prendre la « réparation »
au mot et d’en faire le pivot, le corollaire
de toute célébrité féminine. Car pas une
seule des près de mille pages du roman
ne laisse le moindre doute : si on prépare
les acteurs avant leur mise sur le marché,
les actrices, on les répare, on les rafistole.
Le jeune corps féminin du personnage
Monroe est « découvert » comme un territoire convoité, une maison à transformer avant de la louer. A moins de 20 ans,
ses dents seront redressées, son nez
raboté, ses seins refaits.
Il faut relire les pages consacrées à sa
mise en scène par elle-même et ses coiffeurs, ses maquilleurs, de Marilyn, ce
temps infini à se fabriquer, cinq heures,
« autant que pour préparer un cadavre ».
Les teintures qui brûlent le cuir chevelu,
produits si puissants qu’il faut diriger
un ventilateur sur Marilyn pour lui éviter l’asphyxie, les mules si étroites et à
talons si hauts qu’elle ne peut avancer
qu’à pas de bébé, le fond de teint à la
texture d’enduit qui bouche les pores,
les somnifères pour un teint reposé et
les amphétamines pour la brillance du
regard. Joyce Carol Oates prend note de
chacun des outrages faits à la « dumb
blonde » qui n’était ni blonde ni idiote,
qui disait des choses si « bizarres et
peut-être si profondes », « une fente dans
la chair made in America ». Oates expose
ce corps-territoire occupé par des hommes de pouvoir, un terrain de jeux qui
rapportent gros, un champ de bataille
criblé de verbes. « Ils promouvaient
exaltaient matraquaient et massacraient. »
L’écrivaine Oates se fait archiviste, médecin légiste, comptable, elle dresse les
listes de noms – amants, producteurs –,
de chiffres, ces salaires dérisoires de
Marilyn par rapport à ce qu’elle rapporte. Pour réparer l’affront fait à Monroe, elle se tient si près de l’actrice qu’à
force, comme une photo dont les pixels
surexposés rendraient le modèle méconnaissable, c’est de n’importe quelle
chair qu’il pourrait s’agir, n’importe
laquelle de ces peaux rasées, exfoliées,
désodorisées, à consommer avant la
date de péremption.
blonde,
de Joyce Carol Oates,
traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Claude Seban, Stock, 2000.
Cahier du « Monde » No 22694 daté Vendredi 29 décembre 2017 - Ne peut être vendu séparément
La déglingue américaine
Au dernier tiers du roman, le temps
d’un chapitre, Oates coupe le son de la
narration classique et procède à un questionnement rageur et répété : « Pourquoi
le monde voulait baiser Marilyn baiser
baiser baiser pourquoi le monde voulait-il
s’enfoncer jusqu’à la garde sanglante
comme une grande épée tumescente dans
Marilyn ». Comme si Oates craignait, en
procédant de façon plus linéaire, de produire une fiction réparatrice qui colmaterait les béances de Marilyn pour n’en
garder que les plus présentables ; ici, seul
le morcellement narratif, ce passage à la
question, semble à même de sommer
que l’on choisisse son camp ; puisqu’on
aime tant voir ça de près, que l’on regarde la déglingue américaine jusqu’au
bout et en gros plan, que l’on admette
que notre faim des outrages faits aux
belles jeunes femmes blondes est sans
limite.
Aujourd’hui où deux mots, me et too,
symbolisent la « libération » de la parole
des femmes (comme si ça n’était pas
plutôt que leurs voix, auparavant, se
noyaient dans le vide), c’est la logorrhée
splendide d’Oates, la lente brutalité de
Blonde qui fait peut-être la seule réparation possible à Marilyn Monroe. Ecriture
du ravage, dégâts surexposés, Oates les
laisse à nu. « Je ne suis pas celle que vous
voulez », prévient la Marilyn de Joyce
Carol Oates, à moins que ça ne soit
l’auteure elle-même qui avertisse que
cette ode furieusement réparatrice à
Norma Jean n’oubliera pas de désigner ce
et ceux qui ont cassé Marilyn. p
Dernier livre paru de Lola Lafon :
« Mercy, Mary, Patty », Actes Sud, 2017.
2 | Spécial | Quand la littérature nous sauve
0123
Vendredi 29 décembre 2017
«La littérature est
capable d’aller
dénicher la fragilité
du langage, des
idées et des êtres»
Entretien avec Alexandre Gefen, auteur de « Réparer le monde »
propos recueillis par nicolas weill
D
ans Réparer le monde,
le critique Alexandre
Gefen, directeur de recherche au CNRS, tente
de trouver une caractéristique commune à la
production littéraire en France depuis les
années 1980, et pense pouvoir trouver
cette marque distinctive à travers la notion de « littérature réparatrice ». Rompant avec le formalisme et l’idéal d’une
écriture autonome et esthétisante, la fiction actuelle chercherait au contraire à
s’ouvrir au réel, qu’elle se donnerait pour
tâche de corriger. Adoucir les imperfections du monde, telle serait donc, selon
Alexandre Gefen, la démarche de beaucoup de romanciers contemporains, au
risque – assumé – d’effacer les frontières
entre la littérature et le journalisme, la
thérapie, le développement personnel
ou l’ingénierie sociale. Entretien.
Que voulez-vous dire en parlant
d’une tendance « réparatrice » propre
à la littérature française la plus
contemporaine ?
Que la littérature, loin d’être un simple
divertissement, constitue une opération
fondamentale d’aménagement de nos
structures mentales, de nos anticipations du futur et des types de réponses
que nous apportons aux questions morales. La fiction, au sens le plus étendu
possible, doit avant tout être considérée
du point de vue des effets (sociaux, thérapeutiques, émotionnels) qu’elle déclenche chez les lecteurs. Ma réflexion
doit être replacée dans le contexte de la
théorie littéraire actuelle, qui se nourrit
des sciences cognitives. Elle montre
comment le récit romanesque entend intervenir pour réguler les problèmes de la
vie ordinaire. La littérature est donc fondamentalement conçue comme utile à
l’homme en tant que celui-ci est un « animal fabulateur », autrement dit un fabricant d’histoires.
La littérature n’en perd-elle pas, du
coup, ce qui la caractérise au moins
depuis le XIXe siècle : le fait d’être un
art pur, coupé d’un monde qu’elle
n’observe que pour le critiquer et
mieux s’en détacher ?
Faisons l’hypothèse inverse. Et si la
littérature « littéraire », telle qu’elle s’est
édifiée au XIXe siècle, la littérature à la
Flaubert, n’avait été qu’une parenthèse
dans l’histoire des pratiques écrites ?
L’idéal de la littérature n’ayant d’autre
but qu’elle-même pourrait bien n’avoir
été, sur la longue durée, qu’un épiphénomène. Et d’ailleurs, avant le XIXe siècle, ni
un Montaigne ni un Racine ne se préoccupait de savoir si ses œuvres rentraient
dans cette catégorie. Mieux vaut du reste
parler de « littéraire » plutôt que de « littérature ». Car pourquoi se limiter à ce
que le sociologue Pierre Bourdieu appelait la « littérature restreinte », celle qui
aujourd’hui encore s’obstine à publier le
énième roman à la Perec ? Je vois de plus
en plus de gens s’essayer à la poésie sur
Facebook, composer des romans maladroits sur le site Wattpad [où des auteurs
peuvent publier directement des livres
électroniques]. Au nom de quoi mépriserais-je ces phénomènes ? Pourquoi
dédaignerais-je les lecteurs qui vont
acheter en librairie
réparer
le livre « antidépresle monde.
seur » ? Je n’aime
la littérature guère cette vision
française face aristocratique d’une
au xxie siècle,
littérature qui ne
d’Alexandre
servirait qu’à vous
Gefen,
« creuser », à vous
Corti,
faire du mal. Le ro« Les Essais »,
man ne peut-il pas
398 p., 25 €.
aussi améliorer nos
existences ?
Mais la littérature aux prises avec
les problèmes du seul présent risque
de ne pas lui survivre. Votre analyse
ne s’expose-t-elle pas au reproche
de « présentisme » ?
Nous sommes, de toute façon, trop
myopes pour décider de ce qui va durer
ou pas, et l’on ne saurait sacrifier le présent au nom d’une prétendue « éternité »
de la chose littéraire. N’a-t-on pas déjà
critiqué Victor Hugo parce qu’il s’engageait dans ses écrits contre la peine de
mort au lieu de rester cantonné à ses
hautes sphères « littéraires » ? Quand,
dans Mémoire de fille [Gallimard, 2016],
Annie Ernaux dresse la liste de ce qu’il
faut sauver de sa génération, ou quand
Emmanuel Carrère met en scène les surendettés [D’autres vies que la mienne,
POL, 2009], n’est-ce pas aussi, à leur manière, la littérature qu’ils sauvent ?
Votre thèse ne privilégie-t-elle pas
une sorte de néoréalisme qui
bannirait d’autres genres, comme
la satire, le grotesque, etc. ?
Il est vrai que les gens, en particulier les
jeunes, consomment énormément de
science-fiction ou de fantasy, et je reconnais qu’il y a toute une partie de la création d’imagination que j’ai écartée de
mon étude, parce qu’elle ne vise pas à
« réparer » le monde. Elle n’en a pas
moins une action morale, psychologique
et cognitive du simple fait qu’à travers
un détour par l’improbable et le fantastique, elle crée un outil de déplacement
des possibles. Elle développe des capacités imaginatives qui n’ont rien de parasitaires mais qui sont indispensables à la
vie en société. Fût-ce sous la forme des
dystopies d’un Antoine Volodine.
Justement, cette vogue des dystopies
n’est-elle pas le signe que la littérature renonce à changer le monde ?
Oui, on peut l’admettre. La littérature
réparatrice serait en phase avec le règne
du libéralisme triomphant, quoique per-
pétuellement secoué par des crises qu’il
s’efforce de surmonter. On peut la voir
comme une boîte à outils, destinée à colmater les brèches du corps social, parfois
sous la forme d’un emplâtre sur une
jambe de bois. Dans bien des cas, son
rôle s’avère un peu dérisoire. Lire un livre
pour « aller mieux », pour « positiver »,
voilà autant de marques qui signalent
qu’on entre dans l’espace de la mauvaise
littérature de réparation, celle qui refuse
de prendre en charge les questions
vraiment graves. Va-t-on d’ailleurs être
meilleur, plus empathique, parce qu’on
aura lu Jane Austen ? Je reste sceptique,
même si tout le monde s’accorde à attribuer des effets positifs à la littérature.
N’est-il pas problématique de voir
les écrivains endosser l’habit
d’historien, de sociologue
ou de journaliste ?
Non, la littérature comme le journalisme va de nos jours « là où ça fait mal » !
Ainsi la déstructuration de la province et
de la campagne, avec des communautés
vieillissantes et des paysages ravagés par
les hypermarchés, a-t-elle été prise en
charge par des écrivains originaires du
centre de la France comme Richard
Millet, François Bon, Pierre Michon ou
Pierre Bergounioux. Et il n’y a pas que la
province ou la France périurbaine qui
suscitent l’intérêt des romanciers. Un
Philippe Vasset, muni de son appareil
photographique, explore les non-lieux,
les friches, les zones abandonnées. Un
Didier Daeninckx s’intéresse aux tombeaux de SDF tandis qu’un Eric Vuillard
repère dans l’annexion de l’Autriche par
l’Allemagne nazie, en 1938, un égarement
de l’histoire qui renvoie à nos démissions collectives [L’Ordre du jour, Actes
Sud, prix Goncourt 2017]. Pour autant, la
« “Le livre que je ne voulais pas écrire”, d’Erwan Larher,
apporte de la grâce dans la vie », par Philippe Jaenada
R
le livre
que je ne voulais pas écrire,
d’Erwan Larher,
Quidam, 2017
et
journal,
d’Hélène Berr,
préface de Patrick Modiano,
Tallandier, 2008
éparer le monde est un drôle de
titre – le monde n’est ni cassé ni
détérioré, il est solide, fort, il se
nourrit et se régénère tout seul,
bien ou mal –, mais ce n’est justement
qu’un titre : si l’auteur veut parler, plutôt,
de tentatives de réparer les injustices et
d’apaiser les douleurs du monde (qui
en font partie), de trouver surtout un
moyen d’évoluer dans ce grand bazar
dramatique, Le livre que je ne voulais pas
écrire, d’Erwan Larher, s’inscrit pile au
cœur de cette démarche littéraire qu’il
évoque.
C’est le récit d’un survivant du Bataclan, d’un écrivain plongé, ou déposé, en
plein centre de l’abject, de la rage aveugle, de l’incontrôlable et de l’incompréhensible, de la violence noire – tout ce
qui infecte le monde, concentré dans une
salle, en trois heures, comme en une maquette monstrueuse. Il raconte ce qu’il a
vécu ce soir-là, mais aussi avant et après,
à l’hôpital, longtemps, et ensuite. Il ne dit
évidemment pas ce qu’il faut penser, ce
qu’il faut ou ne faut pas faire, il dit ce
qu’il fait, ce qu’il ressent, ce qu’il vit.
En lisant, je pensais au Journal, d’Hélène Berr. Dans le principe, et seulement
dans le principe, c’est la même chose. Car
ce n’est pas un livre sur le Bataclan, pas
plus que le Journal d’Hélène Berr n’est un
livre sur l’Occupation et la Shoah. C’est
un livre sur l’être humain cerné, agressé,
frappé par l’horreur du monde. Et comment il fait face, ou s’en détourne, s’en
sort, provisoirement.
En équilibre
Hélène Berr et Erwan Larher, cernés,
pouvaient légitimement basculer dans
l’effroi, la souffrance, le désespoir, ou au
contraire dans le déni du malheur, la
posture insouciante qui devient de l’indifférence. Ils sont restés en équilibre. Ils
ont évité à la fois le pathétisme et le
cynisme. Erwan, comme Hélène, n’est
pas fou, il a conscience de la sauvagerie,
de la tyrannie, de la mort autour de lui.
Comme elle, il parle d’impuissance
(avec, en ce qui le concerne, une sorte de
métaphore disons anecdotique, quoique
cruelle) mais pas de résignation. Comme
elle, il continue à vivre de son mieux,
il regarde autour mais aussi devant, il
tombe amoureux et, surtout, il oppose
la légèreté à la brutalité, la lumière à la
noirceur, l’envie à la mort. Ils voient
leurs amis, ils rient, ils écoutent de la
musique. Ils apportent, tous les deux, de
la finesse et de l’élégance, de la grâce
dans la vie – aussi lourde soit-elle.
Seul(e), on ne peut pas mieux faire, je
pense, pour réparer ce qui peut l’être
et vivre encore, qu’opposer la grâce à
l’ignominie. p
Philippe Jaenada a reçu le prix Femina
2017 pour « La Serpe », Julliard.
Quand la littérature nous sauve | Spécial | 3
0123
Vendredi 29 décembre 2017
« Se réconcilier avec la
complexité du réel grâce à
“La Supplication”, de Svetlana
Alexievitch », par Justine Augier
D
ans La Supplication,
Svetlana Alexievitch
revient sur la catastrophe de Tchernobyl,
en 1986, désastre sans visage, au
caractère irréel (« Pas un incendie
ordinaire mais une luminescence.
C’était très beau. Je n’ai rien vu de
tel, même au cinéma », dit un
homme). Le livre s’ouvre sur
l’image du sarcophage bâti à la
hâte afin de recouvrir le quatrième réacteur de la centrale.
Des tonnes de matière combustible contenues sous une chape
sillonnée de milliers de fissures ;
« Ce qu’il advient aujourd’hui de
cette matière, nul ne le sait ».
Dix ans après l’explosion, l’écrivaine s’immerge parmi ceux qui
ont survécu, recueille la parole
que les gouvernants ont tenté
d’endiguer aussi. Les mots s’extirpent, s’échappent pour nous parvenir et constituer une mémoire,
les témoignages restitués, montés sans cadre explicatif, les voix
cousues ensemble.
Une maîtresse demande à ses
élèves de « dessiner la radiation ».
Dans les territoires interdits et
désertés, les liquidateurs « épluchent » la terre, enterrent les maisons et exécutent chiens et chats.
On coule des tonnes de béton sur
les cercueils, les vergers en fleur
n’ont plus d’odeur, fantômes et
légendes sont convoqués et on
observe avec une attention retrouvée, comme à nouveau indemne, la pluie, la forêt, les mésanges, les vers de terre et les
hannetons.
CHIARA DATTOLA
littérature réparatrice n’a pas vocation à
ressusciter le roman social à la Zola. Elle
se montre infiniment plus sensible en
utilisant à plein la capacité qui lui est
propre d’aller dénicher, jusque dans les
moindres détails, la fragilité du langage,
des idées, des êtres, des groupes humains. Pour Réparer les vivants [Verticales, 2014], Maylis de Kerangal est allée observer le fonctionnement d’un hôpital,
dans l’idée de se tenir au plus près de la
parole de soignants chargés d’annoncer
la mort d’un jeune homme. Seul l’esprit
de finesse propre à la littérature, son
attention au langage, est en mesure d’atteindre et de traiter ces objets-là.
Le formalisme, prêté de façon
emblématique au Nouveau Roman,
avec sa volonté de dissoudre l’auteur
ou les personnages, constitue-t-il,
pour vous, un contre-modèle ?
Cette opposition, bien qu’opératoire,
reste très schématique. Mais effectivement, la littérature française contemporaine sort de l’ornière formaliste pour se
préoccuper du monde en revenant au
récit. Et cela ne signifie nullement qu’elle
décline, au contraire. Que peut-on rêver
de mieux que d’avoir à lire, à quelques
mois d’intervalle seulement, les nouveaux livres de Pascal Quignard et de Patrick Modiano ? Pourquoi s’accrocher à
l’image désuète d’une littérature agonisante, d’un auteur de plus en plus absent,
n’écrivant plus que sur son impossibilité
d’écrire ? Le thème de la « mort de la
littérature » est une antienne qui revient
tous les dix ans. Délaissant le modèle
d’une écriture qui mourrait de s’observer
elle-même en s’enfermant dans l’illisibilité, qui se satisferait d’écrivains silencieux à la Maurice Blanchot, la littérature
actuelle témoigne d’une très grande
vitalité et d’une diversité de thèmes impressionnante. Elle se tient enfin dans
un rapport apaisé avec le grand roman
américain, qui a cessé de représenter à
ses yeux un repoussoir.
L’exigence esthétique, le souci
du beau, ne sont-ils pas les grands
perdants d’une littérature qui
serait toute d’intervention ?
Le « beau littéraire » est-il exclusivement celui qui s’est constitué comme tel
au XIXe siècle et jusqu’à Mallarmé ? Dans
une littérature qui emprunte ses voies à
la non-fiction, au reportage ou à l’enquête, le beau n’arrive qu’en supplément.
Rendre la parole à des populations maltraitées ou massacrées, accompagner les
morts, ne pas les laisser disparaître sans
nom, voilà, entre autres, ce que cherche
avant tout le romancier d’aujourd’hui.
L’heure est aux écrivains de terrain. p
« Le meilleur des antidépresseurs :
“Zuckerman délivré”, de Philip Roth »,
par Olivier Guez
A
l’été 2000, un chagrin d’amour. Je
partis à Istanbul me changer les
idées ; dans mes bagages, Le Livre
noir, d’Orhan Pamuk (Gallimard,
1995) et Extension du domaine de la lutte, de
Michel Houellebecq (Flammarion, 1994). Le
premier narre l’errance malheureuse d’un
couple dans l’Est de la Turquie, le second, la
misère humaine : j’eus envie de me pendre et
rentrai précipitamment à Bruxelles où je
vivais alors.
Onze ans plus tard, rebelote, et mauvais
timing de surcroît, quelques jours avant
Noël. Nulle expédition exotique cette fois,
mais un séjour all inclusive dans mon lit en
compagnie de Nathan Zuckerman, l’alter ego
de Philip Roth, bientôt mon comparse et le
meilleur des antidépresseurs à mesure que je
dévorais Zuckerman délivré. Comme moi,
Zuckerman (et Flaubert) fantasmait sur les
« gens dans le vrai » ; comme moi, Zuckerman
passait son temps « à se compliquer la vie ». Il
s’excusait auprès de sa mère pour son « palmarès conjugal désastreux » et son incapacité
« à se lier pour la vie à une seule femme ». Son
père lui recommandait la vertu, sa mère la
gentillesse et l’université l’avait gavé d’humanités, pourtant Zuckerman ne vivait pas
convenablement. Une foule de gens lui en
voulaient. Il était entouré de personnages
tordus « affligés du virus de l’intensité ».
Zuckerman mon frère, guide des égarés, tu
m’as sauvé. Je n’avais pas ri autant depuis des
lustres. Au début du livre, j’avais noté une
phrase à laquelle je voulais croire et dont je
fis part à ma femme, des années plus
tard : parfois, « le destin change de cheval ». A
suivre. p
Olivier Guez a reçu le prix Renaudot 2017
pour « La Disparition de Josef Mengele »,
Grasset.
zuckerman délivré,
de Philip Roth,
traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Henri Robillot,
Gallimard, 1982.
Une vision dense
Le réel s’épaissit, se colore et se
dilate. Face au nihilisme incarné
par la technique et la centrale nucléaire, à l’incompréhension devant l’événement que nul ne peut
circonscrire et qui ne cesse de se
déborder lui-même (« Personne
la supplication. tchernobyl,
chroniques du monde
après l’apocalypse,
de Svetlana Alexievitch,
traduit du russe par Galia
Ackerman et Pierre Lorrain,
JC Lattès, 1998.
ne sait ce qu’est Tchernobyl »),
émerge une vision dense, un paysage dans lequel on trouve peu à
peu sa place, parmi ces voix qui
se mettent à faire monde.
Inlassablement, le chœur revient à la nuit du 25 au 26 avril
1986 en même temps qu’il cherche à lui échapper, à inventer des
formes de résistance et de dépassement. Un ensemble qui laisse
entendre des répétitions, de légères dissonances parfois, des silences, de petites collisions ; autant
d’accidents dans lesquels s’offre,
au beau milieu de la dévastation,
la possibilité du surgissement
poétique et d’une réconciliation,
furtive mais puissante, avec la
complexité du réel. p
Justine Augier a reçu le prix
Renaudot de l’essai 2017 pour
« De l’ardeur », Actes Sud.
« “Guerre & Guerre”, de Laszlo
Krasznahorkai, une brèche
poétique dans l’invivable »,
par Yannick Haenel
L
e personnage de Guerre
& Guerre, de Laszlo Krasznahorkai, vient d’arriver à
New York. Il est seul, désemparé, au bord de la folie. Ce
petit historien s’apprête à rendre
public un manuscrit stupéfiant
qu’il a trouvé dans les archives
d’une ville de Hongrie : « Le texte
le plus extraordinaire qui ait jamais été écrit sur cette terre »
– une révélation théophanique
consacrée au dieu Hermès, qui va
changer l’histoire du monde.
Etre en possession de ce manuscrit le libère de tous ses liens.
En sortant de son hôtel, à Prince
Street, le voilà qui tombe en arrêt
devant un écriteau immense où
figure en lettres rouge sang le
mot « SAVE ».
Non seulement ce mot le calme,
mais il l’accorde à son destin lumineux. Puis il s’avise, en s’approchant de l’écriteau, qu’il fallait
lire « SALE » (non pas « sauve »,
mais « soldes »).
La vérité gît dans ce lapsus : l’esprit n’est-il pas réduit partout au
commerce ? La quête racontée
par ce grand roman de Krasznahorkai implique qu’on ne se
contente pas de cette version sécularisée du salut qu’est la « réparation », mais qu’on réaffirme
l’impossible, qu’on cherche le
salutaire, qu’on réinvente de la
prophétie.
A sa manière modeste, le petit
archiviste voit une lueur. Sa
guerre & guerre,
de Laszlo Krasznahorkai,
traduit du hongrois
par Joëlle Dufeuilly,
Cambourakis, 2013.
lumière fait plus que réparer, elle
ouvre une brèche poétique dans
l’invivable, elle change les coordonnées du monde. Le geste de la
littérature consiste à ne pas se satisfaire de ce qui est écrit sur les
panneaux : à corriger la lettre L du
mot « SALE » en V – à affirmer le
mot « SAVE ». p
Yannick Haenel a reçu le prix
Médicis 2017 pour « Tiens ferme
ta couronne », Gallimard,
« L’Infini ».
4 | Spécial | Quand la littérature nous sauve
0123
Vendredi 29 décembre 2017
« “Dora Bruder”, de Patrick
Modiano, ne répare pas
l’irréparable mais l’amnésie »,
par Camille Laurens
dora bruder,
de Patrick Modiano,
Gallimard, 1997.
D
e plus en plus de livres
apportent une forme
de témoignage – réel
ou fictif – sur les marges : malheureux, malades, déclassés, migrants, victimes, tous
ceux que l’Histoire avec sa grande
hache laisse sur le carreau, abandonne aux confins de l’indifférence. « L’ère du soupçon » dont
parlait Nathalie Sarraute (Gallimard, 1956) se prolonge par une
remise en question des discours
officiels et des hiérarchies traditionnelles ; pour les historiens
comme pour les écrivains, les
anonymes sont désormais des
héros dont la vie compte. Beaucoup d’œuvres offrent ainsi aux
oubliés du monde un asile de
mémoire et de compassion.
Si j’envisage la littérature sous
cet angle, c’est Modiano et sa
Dora Bruder qui me viennent
aussitôt à l’esprit. Tout ce qu’analyse Alexandre Gefen sur le désir
de réparation et l’identification
empathique aux êtres les plus
fragiles, ce récit l’incarne avec
une sobriété poignante. En partant à la recherche d’une jeune
fugueuse juive de 15 ans disparue
le 31 décembre 1941 d’un pensionnat de la rue de Picpus, à Paris, et
déportée à Auschwitz le 18 septembre 1942, Patrick Modiano
brave les « sentinelles de l’oubli »,
toujours promptes à effacer les
recherchent de
nouveaux auteurs
Envoyez vos manuscrits :
Editions Amalthée
2 rue Crucy – 44005 Nantes cedex 1
Tél.
02 40 75 60 78
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traces. Il cherche dans la géographie urbaine celle des invisibles
que sont Dora Bruder et ses parents. L’enquête est malaisée car
« ce sont des personnes qui laissent peu de traces derrière elles.
Presque des anonymes. Elles ne se
détachent pas de certaines rues de
Paris, de certains paysages de banlieue, où j’ai découvert, par hasard,
qu’elles avaient habité. Ce que l’on
sait d’elles se résume souvent à
une simple adresse. Et cette précision topographique contraste
avec ce que l’on ignorera toujours
de leur vie ».
D’un autre côté, le verbe « réparer » ne saurait s’appliquer à son
récit : on ne répare pas l’irréparable. Si, comme l’évoque le beau
titre de Maylis de Kerangal, on
peut « réparer les vivants » (Verticales, 2014), il est plus difficile
de réparer les morts. Tout au
plus peut-on réparer l’amnésie,
même si le tissu de l’histoire
reste criblé de trous impossibles
à repriser.
Fragment du Mur des noms
A son enquête dans le passé,
l’auteur mêle ses propres souvenirs, il fait acte de présence pour
tous les absents. Faute de pouvoir
restaurer le vide – il se refuse à inventer –, il montre au creux du livre le manque d’une adolescente,
ce « bloc d’inconnu et de silence »
qui figure, au creux du monde, la
disparition massive des juifs et
symbolise l’horreur de la Shoah.
Les nazis voulaient effacer jusqu’au nom des juifs qu’ils assassinaient. En faisant du nom de
Dora Bruder le titre d’un livre, il
tire cette jeune fille du néant, et
avec elle, symboliquement, tous
les enfants juifs morts dans les
camps dont la brève histoire
nous est à jamais inconnue.
L’ouvrage devient un fragment
du Mur des noms.
Il y a trois ans, une promenade
Dora-Bruder a été inaugurée dans
le 18e arrondissement de Paris,
tout près de l’école qu’elle fréquenta et du boulevard Ornano,
où elle vécut avec ses parents.
Grâce à Patrick Modiano, la ville
de sa naissance porte la marque
concrète de son passage et l’empreinte indélébile de sa tragédie.
C’est la preuve, s’il en faut, que la
littérature peut contribuer à faire
connaître le réel, à l’inscrire dans
la mémoire comme dans la matière même du monde : si elle
n’est pas un remède, elle est une
forme de résistance. « En écrivant
ce livre, je lance des appels,
comme des signaux de phare dont
je doute malheureusement qu’ils
puissent éclairer la nuit. Mais
j’espère toujours. » p
Dernier livre paru de Camille
Laurens : « La Petite Danseuse
de quatorze ans », Stock.
CHIARA DATTOLA
«Un livre “réparateur” – ce qui ne signifie pas “optimiste”: “La
Fille que j’ai abandonnée”, de Shusaku Endo», par Jérôme Ferrari
la fille que j’ai abandonnée,
de Shusaku Endo,
traduit du japonais
par Minh Nguyen-Mordvinoff,
Denoël, 1994.
J’
ai toujours cru que la littérature
avait d’autres fins qu’elle-même,
quoiqu’il me soit impossible de
déterminer quelles pourraient
bien être ces fins. Le concept de
littérature est essentiellement vague et,
par conséquent, incapable de déterminer
a priori le genre d’objets qui lui correspondent. Toute définition trop rigoureuse se condamne à écarter du champ
littéraire ou romanesque des œuvres qui
en relèvent manifestement. Je n’ai pas le
sentiment que la littérature ait jamais
contribué à réparer quoi que ce soit, et
l’un de mes romans français préférés
s’appelle Démolir Nisard, d’Eric Chevillard (Minuit, 2006). Le seul livre
auquel je puisse penser qui m’ait paru en
un certain sens « réparateur » – ce qui ne
signifie pas « optimiste » et encore moins
« niais » –, c’est La Fille que j’ai abandonnée, de Shusaku Endo (1923-1996) dont,
comme beaucoup d’autres, sans doute,
j’ai découvert l’œuvre à l’occasion de
l’adaptation de Silence (Calmann-Lévy,
1971) par Martin Scorsese en 2017.
Dans
l’immédiat
après-guerre,
Yoshioka partage à Tokyo un appartement crasseux avec un de ses camarades
étudiants. Les deux seules choses qui
l’intéressent jusqu’à l’obsession, l’argent
et les filles, sont précisément celles qui
lui font le plus cruellement défaut. En ce
qui concerne l’argent, Yoshioka parvient
à en gagner un peu grâce aux petits boulots minables, à l’extrême limite de la légalité, que lui propose un sympathique
escroc coréen. Le problème des filles
semble insoluble jusqu’à ce que Yoshioka
ait l’idée brillante et sournoise de traquer sa proie dans le courrier des lectrices d’un magazine populaire. Des jeunes
filles y cherchent des correspondants
avec lesquels partager leur passion pour
les stars de cinéma. « Voilà comment,
écrit Yoshioka, je fis la connaissance de
Mitsu que j’abandonnerais par la suite,
comme un chien. »
Remords vagues mais persistants
Mitsu est une jeune ouvrière arrivée de
la campagne, elle n’est pas intelligente,
elle n’est pas belle, elle est affligée d’une
sudation excessive qui lui emperle
constamment le nez et elle a une tache
suspecte sur le poignet. Subjuguée par le
statut d’étudiant et les mensonges éhontés de son séducteur, elle accepte de coucher avec lui. Ce n’est évidemment pas
une réussite. Yoshioka se comporte de
manière ignoble et la plante sous la pluie
en se jurant qu’il ne la reverra jamais. Il
l’oublie. Ses études terminées, il trouve
un travail et entame une chaste idylle
avec une collègue de bureau, Mariko. En
attendant de l’épouser, Yoshioka, qui traverse le roman dans un état de rut rendu
plus insoutenable encore par la proximité du corps intouchable de sa fiancée,
fréquente des prostituées. Des remords
vagues mais persistants ainsi que certaines péripéties que je ne veux pas dévoiler l’amènent à repenser à Mitsu. Il la
revoit, une dernière fois, pour prendre de
ses nouvelles, certes, mais aussi dans
l’espoir de coucher avec elle sans avoir à
débourser un yen. Elle lui apprend que
les médecins ont identifié sa tache
comme un symptôme de la maladie de
Hansen et qu’elle doit partir dans une léproserie tenue par des religieuses. De ce
qui se passe ensuite, je ne peux rien dire.
L’œuvre de Shusaku Endo porte toujours des traces de la relation compliquée qu’il entretient avec la religion catholique. A la léproserie, Mitsu refuse de
croire en un dieu qui provoque ou tolère
la souffrance des enfants, dont elle est
témoin. Une religieuse, qui écrit à
Yoshioka que « l’amour du prochain ne
signifie ni sentimentalité ni pitié » mais
« requiert patience et effort », ajoute que
Mitsu pratique la charité si naturellement qu’elle n’a pas « besoin de ces deux
vertus ». Il me semble que l’évocation
d’un tel destin, si triste et poignant
soit-il, ne doit pas seulement nous laisser, comme Yoshioka à la fin du roman,
en proie à une mélancolie dont nous ne
comprenons pas l’origine ; car ce que
nous donne à voir Shusaku Endo, c’est
une figure modeste, peut-être dérisoire,
mais incontestable, de la sainteté. p
Dernier livre paru de Jérôme Ferrari :
« Il se passe quelque chose »,
Flammarion, 2017.
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