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Le Figaro 22832 2018

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lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO - N° 22 832 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
JACQUES JULLIARD
LÉNINE, VÉRITABLE INVENTEUR
DU TOTALITARISME
France Gall,
tout pour la musique
Mélatonine :
premières
recommandations
officielles
La direction de l’entreprise publique est convoquée
au ministère des Transports pour s’expliquer
sur les pannes survenues ces derniers mois
et présenter son plan d’action pour y remédier.
OPPOSITION
L’enjeu stratégique
des adhésions
pour LR PAGE 4
Guillaume Pepy et Patrick
Jeantet ont rendez-vous ce
lundi avec leur ministre de
tutelle, Élisabeth Borne.
Leurs postes ne sont a priori
pas menacés, mais les patrons de la SNCF et du réseau
ferré vont devoir s’expliquer
sur les graves incidents
Larcher : « On
a trop modifié
la Constitution »
PAGE 5
DIPLOMATIE
Macron à Pékin
en quête
de rééquilibrage
PAGE 6
ÉGYPTE
Noël sous tension
pour les coptes
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
n
n
PAGES 32 ET 33
À l’école,
lecture
pour tous
Vers une
nouvelle
géopolitique
des missiles ?
La chronique
de Nicolas
Baverez
L’analyse de
Bertille Bayart
n
n
PAGES 16 À 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Êtes-vous favorable
à l’introduction d’une
épreuve d’éloquence
au baccalauréat ?
NON
46 %
OUI
54 %
TOTAL DE VOTANTS : 33 851
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Êtes-vous favorable
à la suppression des
épreuves de rattrapage
au baccalauréat ?
© VINCENT ISORE/IP3 - POOL/
VILLARD/MAXPPP - FABIEN CLAIRFOND
techniques à répétition qui
ont récemment paralysé les
gares parisiennes, puis détailler les mesures de correction engagées. Cette
convocation très médiatisée,
que les parties s’efforcent
désormais de présenter
comme une « réunion de tra-
vail », vise à s’assurer que
les travaux pour rénover le
réseau sont correctement
engagés et bien maîtrisés. Ce
chantier titanesque représente un coût total de
46 milliards d’euros sur dix
ans, dont 34 milliards à la
charge de l’État.
è DES PANNES ET DES CHANTIERS è LOYAUTÉ ET ENTREGENT, LE KIT DE SURVIE
DE L’INSUBMERSIBLE GUILLAUME PEPY è LE MAQUIS DES TARIFS VIVEMENT CRITIQUÉ
PAR LES VOYAGEURS PAGES 22, 23 ET L’ÉDITORIAL
Enfant de la balle, France Gall a été une interprète
majeure de la chanson française. Dans les années 1960,
elle triomphe avec les chansons de Serge Gainsbourg.
À partir de 1974, elle devient l’inspiratrice
de Michel Berger, auquel elle n’a jamais manqué de
rendre hommage. Elle s’est éteinte hier à l’âge de 70 ans.
PAGE 7
CHAMPS LIBRES
PATRICK AVENTURIER/GAMMA-RAPHO VIA GETTY IMAGES
SÉNAT
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@b@k@i@a";
L’exécutif met
la SNCF
sous pression
VK.COM/WSNWS
PAGE 9
M 00108 - 108 - F: 2,60 E
TROIS ANS APRÈS,
QUE RESTE-T-IL DE L’ESPRIT
CHARLIE ? PAGES 2 ET 3
Réforme du bac :
le rattrapage remis
en question
Fini le passage du baccalauréat au « rattrapage » ? Coûteuses, lourdes à organiser,
ces épreuves orales ne font
plus l’unanimité. Leur suppression est donc une hypothèse constante qui se déga-
ge des consultations menées
en vue de la réforme programmée de l’examen. Pour
ces élèves tangents, un examen attentif du livret scolaire est désormais envisagé.
PAGE 8
ÉDITORIAL par Gaëtan de Capèle gdecapele@lefigaro.fr
Enfin la révolution du rail ?
N
on, tout n’a pas totalement changé dans les mœurs politiques
françaises depuis l’élection
d’Emmanuel Macron. La convocation très médiatisée des dirigeants de la SNCF, après d’inquiétants incidents à répétition dans les gares parisiennes,
fait partie de ces rituels qui ont toujours animé
la vie des entreprises publiques. On conviendra pourtant que, cette fois, il paraissait difficile de rester les bras croisés, tant la pagaille
ferroviaire a suscité d’exaspération, depuis les
quais bondés jusqu’au sommet de l’État. Sans
compter le désagréable pressentiment que de
nouveaux bugs surviendront tôt ou tard.
Sans doute la direction de la SNCF n’est-elle
pas exempte de tout reproche dans la gestion
de cette pagaille. Mais comme l’admet en
connaissance de cause la ministre des Transports - jadis responsable de la stratégie de la
SNCF, puis patronne de la RATP -, les défaillances du rail français relèvent au minimum
d’une responsabilité partagée avec un État actionnaire omniprésent. On ne fait plus la liste
des décisions aberrantes imposées depuis des
décennies à l’entreprise publique, dictées par
des préoccupations strictement politiques.
Jusqu’à cette perle du hollandisme consistant à
lui faire acheter des trains inutiles et inadaptés
pour soutenir Alstom en difficulté.
Les choses vont-elles enfin changer ? Il n’est
pas interdit de rêver. Inscrite à l’agenda de
2018, la transformation de notre modèle ferroviaire prévoit d’ores et déjà la fin du ruineux tout-TGV au profit d’investissements
massifs dans le réseau. Surtout, Emmanuel
Macron laisse entrevoir une révolution
comme
aucun de ses prédécesseurs avant
lui. Régime spécial
des retraites, statut des cheminots,
organisation du
travail… la transformation du fameux « modèle social » qui
réduit à néant la compétitivité de la SNCF et
alimente le gouffre financier de l’État ne semble plus taboue. Tant mieux, car la modernisation sans cesse repoussée du rail français,
en plein délabrement, ne s’effectuera qu’à
cette condition. Et c’est désormais une urgence nationale. ■
Le « modèle
social »
de la SNCF
ne semble
plus tabou.
Tant mieux !
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ISSN 0182.5852
A
FIGARO SANTÉ
PAGE 18
ATTENTATS
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
2
Le sobre hommage de Macron
LOIC VENANCE/AFP FORUM
Trois ans après les attentats, le chef
de l’État s’est rendu dimanche sur
les lieux des attaques de janvier 2015,
sans prononcer de discours.
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
Le 7 janvier
2015 nous
a propulsés
dans un monde
nouveau,
fait de policiers
en armes, de sas et
de portes blindées,
de trouille, de mort.
Et cela en plein
Paris, dans
des conditions
qui n’honorent pas
la République
française. Est-ce
qu’on se marre
quand même ?
Oui
»
FABRICE NICOLINO
JOURNALISTE À « CHARLIE HEBDO »
De 1 à 1,5
million d’euros
par an
C’est le coût
des investissements
réalisés par « Charlie
Hebdo » pour assurer
la protection
de la rédaction
»
CHARLIE HEBDO
DANS UN TWEET, DIMANCHE
A
“
Les familles ont été
claires sur leur souhait
d’avoir un hommage très
sobre. Cela nous a semblé
normal de respecter cela
”
L’ENTOURAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
née : rendre hommage aux victimes,
mais aussi raviver la flamme de « l’esprit Charlie ». Selon un sondage Ifop
présenté samedi aux Folies Bergère,
seuls 61 % des Français se disent « toujours Charlie », soit une baisse de
10 points par rapport à janvier 2016. « Il
y avait une très forte émotion qui, forcément, retombe un peu avec le temps, c’est
normal », tempère François de Rugy.
Aux Folies Bergère, il a aussi été question du combat pour la laïcité, souvent
« menacée », selon les différents intervenants de la journée. La philosophe Élisabeth Badinter, présente sur scène, a notamment remercié Le Figaro - au même
titre que Marianne - pour « ouvrir ses colonnes aux avocats de la laïcité ». ■
L’hebdomadaire s’inquiète
du coût de sa protection
Face au pire,
il y a trois ans,
la France montrait
qu’elle était forte
car unie.
N’oublions jamais
que nous sommes
une Nation qui
se tient ensemble
EMMANUEL MACRON
LE PAS LOURD et le regard ému. Trois
ans après les attentats djihadistes contre
Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la
porte de Vincennes, Emmanuel Macron
s’est rendu dimanche matin sur les lieux
des attaques pour rendre hommage aux
victimes. Le chef de l’État était accompagné de son épouse, Brigitte Macron, de
quatre membres du gouvernement, Gérard Collomb (Intérieur), Nicole Belloubet
(Justice), Françoise Nyssen (Culture) et
Benjamin Griveaux (porte-parole), ainsi
que de la maire de Paris, Anne Hidalgo.
Lecture du nom des morts, dépôt de
gerbes, minute de silence et Marseillaise…
Comme lors de la commémoration des
attaques du 13 novembre 2015, le chef de
l’État a fait dans la sobriété, ne prenant à
aucun moment la parole. « Les familles
ont été claires sur leur souhait d’avoir un
hommage très sobre. Cela nous a semblé
normal de respecter cela », explique-t-on
dans l’entourage du président de la République.
Que ce soit devant les anciens locaux
de Charlie Hebdo, dans le XIe, quelques
mètres plus loin sur le boulevard
Richard-Lenoir, où le policier Ahmed
Merabet avait été tué après l’attaque
contre le journal, ou devant l’Hyper
Cacher, Emmanuel Macron a pris le
temps de glisser quelques mots à l’oreille
des familles des victimes.
« C’est un hommage nécessaire. Non
seulement pour les familles, mais aussi
pour la France, puisque ces attentats ont
été dirigés contre tout le pays », estime,
émue, Gala Romanov, la veuve de Michel
Renaud. Le journaliste était à la rédaction
du journal satirique le 7 janvier 2015 pour
rendre à Cabu des dessins qu’il lui avait
prêtés. Aucun des deux hommes ne survivra à l’attaque.
La commémoration a également été
suivie de près par les habitants du quartier. « J’ai regardé l’hommage à la télévision, et j’ai pleuré. Tous les matins, je passe
devant les anciens locaux et je leur dis “salut” », raconte une retraitée du coin.
La veille, un premier hommage avait
été rendu aux Folies Bergère à Paris, à
l’initiative de trois associations : le
Printemps républicain, le Comité Laïcité République et la Ligue internationale
contre le racisme et l’antisémitisme
(Licra). L’ancien premier ministre Manuel Valls, Anne Hidalgo, la présidente
de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, et le président de l’Assemblée
nationale, François de Rugy, étaient
notamment présents. Le but de la jour-
Couverture du numéro
anniversaire de Charlie Hebdo
paru la semaine dernière.
À ce jour, le journal satirique
vend chaque semaine entre
30 000 et 40 000 exemplaires
chez les marchands de presse,
auxquels viennent s’ajouter
40 000 abonnés.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
TROIS ANS après l’attaque à la kalachnikov ayant tué une grande partie de sa
rédaction, le journal satirique Charlie
Hebdo dévoile dans son dernier numéro
les conditions de travail difficiles dans
lesquelles exercent ses journalistes et
dessinateurs. Pour assurer sa sécurité, la
rédaction a déménagé dans des bureaux
ultra-sécurisés à l’adresse gardée secrète. Si certains membres de l’hebdomadaire bénéficient d’une protection rapprochée assurée par la police nationale,
le journal doit recourir à une société privée pour veiller sur ses locaux et protéger les autres salariés de Charlie. En
ajoutant le coût des travaux pour sécuriser les bureaux (sas, blindage, panic
room…), « ces investissements atteignent
entre 1 et 1,5 million d’euros par an, entièrement à la charge du journal », écrit
Riss, directeur de la publication, dans
son éditorial. « Chaque semaine, au
moins 15 000 exemplaires doivent être
vendus uniquement pour payer la sécurisation de Charlie Hebdo. » L’hebdomadaire parvient à assurer ces dépenses
grâce aux millions d’euros récoltés avec
le « numéro des survivants », publié
après l’attaque du 7 janvier 2015. Mais
« qu’arrivera-t-il le jour où nos réserves
seront épuisées ? prévient Riss. Est-il
normal pour un journal d’un pays démocratique qu’un exemplaire sur deux vendus en kiosque finance la sécurité des locaux et des journalistes qui y
travaillent ? » En attendant, la rédaction
vit dans une « boîte de conserve », avec, à
chaque instant, la peur que l’horreur recommence.
À ce jour, Charlie Hebdo vend chaque
semaine entre 30 000 et 40 000 exemplaires chez les marchands de presse,
auxquels s’ajoutent 40 000 abonnés. On
est loin des 260 000 abonnements souscrits au lendemain de l’attentat dans une
vague de solidarité et de forte émotion.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Mais ces chiffes sont encore largement
supérieurs à ce que Charlie pouvait vendre avant janvier 2015 : 30 000 exemplaires, dont 10 000 abonnements. Toutefois, les volumes baissent lentement. Il
y a un an, le journal satirique vendait
100 000 exemplaires par semaine, soit
30 000 de plus qu’aujourd’hui.
Matelas financier
L’hebdomadaire peut compter sur un
épais matelas financier, avec près de
20 millions d’euros en trésorerie, selon
les informations de BFM Business. Cette
somme a été collectée grâce aux importants chiffres d’affaires de 2015
(63,6 millions d’euros) et de 2016
(19,4 millions d’euros), pour un profit
net après impôts de 17 millions d’euros.
La quasi-totalité de ce bénéfice a été bloquée en banque pour constituer « une réserve statutaire obligatoire consacrée au
maintien ou au développement de l’entreprise », comme l’exige le statut d’entreprise solidaire de presse créé après l’attentat. Aucun dividende n’a été reversé
aux deux actionnaires du journal, Riss et
Éric Portheault. La promesse d’ouvrir le
capital à d’autres actionnaires, énoncée
fin 2015, n’a pas encore été tenue.
Charlie Hebdo a utilisé une petite partie de ses réserves (1,15 million d’euros)
pour éponger ses pertes passées. Une
autre partie a financé le lancement fin
2016 d’une édition allemande. Cette dernière a été stoppée en novembre, faute
d’un lectorat suffisant. Le projet d’une
fondation pour la défense du dessin de
presse semble être resté au point mort.
L’association Dessinez Créez Liberté,
lancée avec SOS-Racisme pour sensibiliser les écoliers à la liberté d’expression,
a, elle, du plomb dans l’aile. Charlie Hebdo dénonce l’attitude du ministère de
l’Éducation nationale, qui se serait dérobé à ses promesses après les attentats du
Bataclan. « Politiquement, “être Charlie”
ne fait plus recette », regrette la présidente de l’association, Agathe André. ■
Être ou ne pas être Charlie ?
ALEXANDRE DEVECCHIO £@AlexDevecchio
LE 11 JANVIER 2015, au fond de leur lit
d’hôpital, le corps encore meurtri par
les balles des djihadistes, le cœur brisé
par la perte de leurs collègues et amis,
Riss et Fabrice Nicolino trouvent matière à espérer. Ils voient dans la plus grande manifestation de l’histoire de France
depuis la Libération le signe d’un profond sursaut. Le slogan «#jesuisCharlie » a rassemblé quatre millions de personnes dans toute la France et semble
faire consensus. Certes, le fameux hashtag, repris en boucle de manière pavlovienne par les médias, peut ressembler
à une injonction. Mais « être “Charlie” »
ne signifie pas nécessairement partager
la ligne éditoriale de l’hebdomadaire
satirique, ni aimer tous ses dessins, ni
même le lire. C’est, comme l’a écrit
Philippe Lançon, rescapé de Charlie
Hebdo : « Refuser qu’on tue ceux qui le
font ». « Être Charlie », ce jour-là, c’est
aussi défendre une certaine idée de la li-
berté, du bien commun et de la France.
C’est enfin, comme l’a joliment résumé
la journaliste Sonia Mabrouk, « une pulsion de vie face au dessein mortifère des
islamistes ».
Mais l’union intellectuelle et politique
de façade autour de Charlie vole rapidement en éclats. En particulier à gauche.
Celle-ci se déchire en deux camps. Celui
des multiculturalistes, « antiracistes »
autoproclamés, qui voient dans « le musulman » d’aujourd’hui « le juif » d’hier
et qui font de la lutte contre l’« islamophobie » une priorité. Et celui des
universalistes qui voient dans l’islamisme un totalitarisme et dans la notion
d’« islamophobie » une « escroquerie intellectuelle » visant à rétablir un délit de
blasphème.
Cette fracture vient de loin. En 1989,
déjà, lors de l’affaire du foulard islamique de Creil, ces deux camps s’étaient affrontés. Dans un appel commun, publié
dans Le Nouvel Observateur, Régis
Debray, Élisabeth Badinter et Alain Finkielkraut avaient dénoncé un « Munich
Trois ans après l’attaque de
l’Hyper Cacher, « tellement
peu de choses ont changé »
EMMANUEL MACRON s’est également
rendu, dimanche matin, au supermarché
casher, porte de Vincennes, dans le
XXe arrondissement de Paris, qui avait
été la cible, le 9 janvier 2015, d’une attaque perpétrée par un autre djihadiste,
Amedy Coulibaly.
Trois clients et un employé avaient été
tués : Yohan Cohen, Yohav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada.
Le chef de l’État a passé quelques minutes
dans le magasin. Les principaux responsables de la communauté juive de France
- le président du Conseil représentatif des
institutions juives de France (Crif), Francis Kalifat, le président du Consistoire,
Joël Mergui, et le grand rabbin de France,
Haïm Korsia - étaient présents.
Le Crif a pour sa part appelé à un nouveau rassemblement mardi à 19 h 30 devant le magasin. « Trois ans après, tellement peu de choses ont changé », a tweeté
Francis Kalifat. La semaine dernière, cinq
croix gammées ont été taguées en rouge
sur les devantures de deux magasins
d’alimentation casher à Créteil. ■
LE FIGARO
lundi 8 janvier 2018
L'ÉVÉNEMENT
à « Charlie Hebdo »
Une enquête complexe qui
prendra peut-être fin cet été
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
CHRISTOPHE ENA/AFP
РЕЛИЗ
ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Les deux gauches divisées
Querelle idéologique
C’est le 17 janvier 2015 à Brétigny-surOrge que commence la nouvelle guerre
des gauches. Edwy Plenel et Tariq Ramadan y font meeting commun contre «
l’islamophobie ». L’auteur de Pour les
musulmans précise que lui n’aurait pas
publié de « caricatures qui offensent
n’importe quelle religion ». La rédaction
de Charlie Hebdo le vit comme une trahison. En avril 2015, le petit livre rouge
d’Emmanuel Todd, Qui est Charlie ?,
vient définitivement achever l’esprit du
11 janvier. Le démographe voit dans la
marche républicaine une manifestation
« islamophobe ». « Blasphémer de matière systématique sur Mahomet, personnage
central de la religion d’un groupe faible et
discriminé, devrait être qualifié d’incitation à la haine », écrit-il. Le Printemps
républicain naît en mars 2016, autour de
Laurent Bouvet, de la volonté de faire
entendre une autre voix : celle d’une
gauche anti-communautariste. Le point
d’orgue de cette querelle idéologique est
l’affrontement entre Mediapart et Charlie Hebdo, en novembre dernier, après
les caricatures du journal satirique visant
Ramadan, puis Plenel. Le directeur de
Mediapart réagit en accusant Charlie
d’avoir déclaré « la guerre aux musulmans ». Trois mots inacceptables pour
Riss. Le directeur de Charlie Hebdo réplique dans un édito implacable en dénonçant « l’appel au meurtre » de Plenel,
coupable, selon lui, d’adouber « ceux qui
demain voudront finir le boulot des frères
Kouachi ».
Zones d’ombre
Bien des zones d’ombre restent donc à
éclaircir. Conseil de parties civiles dans
l’affaire de l’Hyper Cacher, Me Samia
Maktouf l’assure : « Il y a comme une toile
d’araignée entre les terroristes, qui les relie au plan local mais aussi international. »
L’expertise en cours des communications des membres du réseau pourrait
l’étayer, mais elle se heurterait à des problèmes de « cryptage ». L’avocate est
convaincue que des djihadistes arrêtés en
Syrie et en Irak depuis la chute de Mossoul et de Raqqa pourraient apporter des
réponses et qu’il faut les juger en France.
Son confrère Thibault de Montbrial
tire une autre leçon de cette enquête :
« On a longtemps opposé al-Qaida dans
la péninsule arabique (Aqpa), qui a revendiqué l’attaque contre Charlie Hebdo,
et l’organisation État islamique (EI), qui a
endossé les attentats contre Clarissa
Jean-Philippe et contre l’Hyper Cacher.
Mais finalement, les investigations démontrent que, sur le terrain, les hommes
de main travaillent ensemble. » L’enquête pourrait se clôturer d’ici à l’été. Sauf
rebondissements. ■
Débats sur les contours du
futur parquet antiterroriste
« Une partie de la gauche est devenue la
complice la plus active de ceux qui cherchent
à détruire la laïcité », a déclaré Élisabeth
Badinter durant la journée d’hommage,
Toujours Charlie, organisée par le Printemps républicain ce samedi. Trois ans
après la tuerie du 7 janvier, les deux gauches sont plus que jamais irréconciliables.
Alors que Valls entendait incarner la gauche républicaine, Hollande n’a jamais su
trancher entre la ligne laïque de son premier ministre et la ligne « Terranoviste »
qui avait contribué à son élection. Le PS en
est peut-être mort. Chez Mélenchon, on
est également tiraillé entre le jacobinisme
d’un Alexis Corbière et l’islamo-gauchisme d’une Danièle Obono. La France insoumise a parfois des allures de gauche soumise. Enfin, Macron est-il Charlie ? Durant
toute la campagne, le candidat est resté
ambivalent sur cette question. Récemment, il se serait dit vigilant face au risque
de « radicalisation de la laïcité ». Mais, bien
qu’il ait annoncé s’exprimer officiellement
sur le sujet en janvier, « le maître des horloges » reste pour l’heure évasif… ■
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
de l’école républicaine ». En face, Harlem
Désir, alors président de SOS Racisme,
s’alarmait du « retour en force » des
« idées assimilationnistes ». Un an plutôt, François Mitterrand avait été réélu
en partie grâce au travail idéologique de
l’association. Le PS abandonnait alors
notre modèle historique d’assimilation
hérité précisément deux siècles plus tôt
de la Révolution de 1789. L’affrontement
autour de Charlie est une conséquence de
cet abandon et une des nombreuses répliques de la controverse de Creil.
LA JUSTICE tente depuis trois ans de remonter le film de la tragédie des attentats
islamistes de janvier 2015. Les auteurs
principaux sont morts. Les frères
Kouachi, qui menèrent l’attaque contre
Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, ont péri
sous les balles des forces de l’ordre. Tout
comme Amedy Coulibaly, qui tua une
policière municipale, Clarissa JeanPhilippe, à Montrouge (Hauts-de-Seine),
le 8 janvier 2015, avant de s’en prendre,
le 9, aux clients de l’Hyper Cacher de la
porte de Vincennes.
À ce jour, pas moins de 14 personnes
sont mises en examen dans ces affaires,
principalement des membres présumés
des réseaux logistiques. Ce travail d’expertises et de recoupements se concentre
sur des personnages de second plan, à
défaut d’avoir pu d’identifier le commanditaire des attaques, dont la trace se
perd quelque part entre la Syrie et
l’Irak… s’il est toujours en vie.
Les enquêteurs considèrent qu’Amedy
Coulibaly a été un intermédiaire des
Kouachi pour les fournir en armes. Les
deux frères avaient beau nettoyer leur
matériel, des recherches d’ADN ont permis de retrouver, en mai dernier, dans la
graisse d’un fusil d’assaut des tueurs de
Charlie Hebdo, l’empreinte génétique de
Chérif Kouachi mêlée à celle d’Amedy
Coulibaly.
Les expertises menées sur les armes de
Coulibaly ont, quant à elles, permis de
réaliser une série d’arrestations en
avril 2017, avec une double filière d’approvisionnement identifiée. D’un côté,
un réseau lillois, animé par un certain
Claude Hermant, spécialiste de la revente
d’armes démilitarisées en provenance
des pays de l’Est ou des Balkans. Bien
connu des services de police, ce personnage sulfureux, lié notamment aux milieux d’extrême droite, prétend être un
« informateur » des gendarmes. Sept de
ses armes sont passés entre les mains de
Coulibaly. Elles ont été saisies dans l’Hyper Cacher mais aussi dans l’appartement
de Gentilly (Hauts-de-Seine) où celui-ci
avait préparé son ultime attaque. Le dossier dans lequel Hermant est poursuivi a
été disjoint de la procédure principale.
En revanche, l’un de ses complices
présumés, Samir L., petit voyou originaire de Roubaix, est bien mis en examen
dans l’affaire de l’Hyper Cacher. Il était
l’un des contacts présumés d’Hermant
dans les milieux du grand banditisme.
C’est ce Roubaisien qui aurait acheté les
armes pour le compte de Coulibaly. Celles-ci auraient été livrées par au moins
deux hommes de main, arrêtés et placés
en détention depuis.
Une filière belge a également été mise
au jour. Elle gravite autour d’un garagiste d’origine kurde, Metin K., entendu dès 2015, mais mis en examen seulement en juin 2017, avec son lieutenant
présumé, d’origine italienne. Dans leur
entourage, la police a pu identifier
nombre de suspects. Deux d’entre eux,
interpellés, étaient associés dans un garage de Charleville-Mézières, dans les
Ardennes. Une ville où Saïd Kouachi
était domicilié. Mais établir de possibles
connexions entre les uns et les autres est
une chose, déterminer le degré de
connaissance du projet terroriste pour
chacun en est une autre.
UN CONTENTIEUX de masse et si spécifique que s’est imposée l’idée d’un
parquet spécialisé à compétence nationale. Le 18 décembre dernier, Nicole
Belloubet, le garde des Sceaux, a annoncé la création d’un parquet national
antiterroriste. Il revient désormais à la
Direction des affaires criminelles et des
grâces d’en proposer les contours d’ici
au mois de mars prochain.
Tous les acteurs reconnaissent les défauts de la « cellule C1 » mise en place
au parquet de Paris en 1986, alors que
sévissait le terrorisme basque, corse et
de manière infinitésimale le terrorisme
islamiste. L’ampleur actuelle de ce
contentieux exige aujourd’hui une
adaptation en profondeur. La France
compte 2 370 ressortissants qui ont été
impliqués sur les terrains d’opération.
Aujourd’hui, plus 500 individus sont en
détention pour faits de terrorisme et
l’on compte 244 personnes ainsi que
plus d’une soixantaine de mineurs revenus de Syrie et d’Irak.
Deux clans de grands juristes et de
hauts magistrats rivalisent de propositions pour déterminer le périmètre de
cette future structure. Le premier préconise un parquet spécialisé qui resterait
dans le ressort parisien, comme le parquet national financier créé en 2014. Un
procureur, épaulé de trois autres magistrats de même rang, animerait une
équipe d’une vingtaine de « parquetiers ». De quoi répondre à trois défis
majeurs : l’internationalisation d’un
contentieux qui implique une entraide
judiciaire croissante entre les États et les
structures européennes. Mais aussi la
nécessité d’assurer la remontée d’information - souvent de très basse intensité
- en provenance de la province. Enfin
s’assurer d’un dialogue d’égal à égal
avec les grandes agences de renseignement, jugées trop autonomes par rap-
port aux magistrats du parquet anti-terroriste actuel. Ses jeunes substituts sont
certes compétents mais absorbés par le
suivi quotidien des affaires, depuis les
gardes à vue jusqu’aux audiences, sans
oublier les relations avec l’instruction et
les juges de la liberté et de la détention.
En ligne de mire aussi, le traumatisme
de l’affaire Merah. Identifié par les services, il n’a jamais été « judiciarisé ».
Conséquences politiques
D’autres magistrats penchent vers une
structure complètement autonome élevée au rang d’un parquet général pilotant trois parquets spécialisés respectivement dédiés à l’antiterrorisme, à la
criminalité organisée et au blanchiment
d’argent. Cette solution est défendue
par François Molins, le procureur de
Paris, qui gère depuis 2015 les attentats,
qui ont fait 241 victimes en France. Il a
pour lui la légitimité d’une action que
nul ne lui dispute et qui lui permet
d’exiger un renforcement substantiel
de ses effectifs et de ses pouvoirs.
Cette solution aurait actuellement le
vent en poupe, mais beaucoup s’inquiètent des conséquences politiques
d’une structure aussi autonome. Nicole
Belloubet l’a promis, « il ne s’agit pas de
créer une juridiction d’exception mais de
mettre en place une structure efficace et
plus lisible », a-t-elle affirmé lors de
son annonce. « La création d’un parquet
général spécialement dédié en ferait une
structure complètement dérogatoire de
l’organisation judiciaire actuelle et encourrait le risque de critiques de constitutionnalité », soulignent de bons
connaisseurs de la lutte contre le terrorisme. De nombreux spécialistes font
aussi remarquer qu’il « n’existe, en
France, aucun lien avéré entre le terrorisme et la grande criminalité organisée.
Aussi pourquoi les lier ? ». Derrière ces
divergences, le choix entre une solution
simple et pragmatique ou la création
d’un superprocureur à la française. ■
A
Emmanuel Macron
et Anne Hidalgo
devant les anciens
locaux de Charlie
Hebdo, dimanche
à Paris.
3
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
L’enjeu stratégique
des adhésions pour LR
Après l’hémorragie de militants qui a suivi la présidentielle
et les législatives, Les Républicains parient sur le renouvellement
des visages et pointent les « angles morts » du macronisme.
OPPOSITION Ne pas perdre un jour. Les
Républicains entendent mettre les six
premiers mois de 2018 à profit pour reconstruire, impérativement par la base,
leur mouvement. Conscients des coups
subis par leur parti depuis la double séquence présidentielle-législatives de
2017, qui a pesé lourdement sur les adhésions et les finances, Les Républicains
se mettent en ordre de marche pour
consolider leur position de « premier
mouvement politique » de France. Annie Genevard, secrétaire générale de LR,
aborde la nouvelle année avec la conviction d’entrer dans une phase essentielle
de la restauration du dialogue avec les
fédérations départementales et de la
réorganisation interne de l’appareil.
« Ces premiers mois seront très importants, déterminants », insiste la députée
du Doubs.
Après les puissantes turbulences de
l’an passé, Les Républicains ont subi une
fuite des adhésions. Certains ont évalué
cette hémorragie militante à environ
27 %, en moyenne sur l’ensemble des
fédérations, soit plus d’un quart des adhésions. Sur 234 000 adhérents, base
électorale connue lors de la primaire de
la droite, cela représenterait une évaporation d’environ 60 000 militants. Sur le
plan financier, la baisse du nombre de
parlementaires LR a aussi un impact sur
les dotations de l’État. Le parti a ainsi
perdu environ 5 millions d’euros de dotations mais le trésorier Daniel Fasquelle
veille au grain pour que cela ne pèse pas
sur la dynamique locale. « La règle du
reversement des deux tiers des adhésions
et des contributions d’élus vers les fédérations ne doit pas bouger », propose-t-il.
Bernard Accoyer, le président LR par
intérim, avait voulu dresser, avant son
départ, un constat lucide de la situation
en 2017 pour qu’il constitue aujourd’hui
la base de travail de la nouvelle équipe
mise en place par Laurent Wauquiez.
La consolidation de l’ancrage local est
une priorité, comme le démontre la
« task force » déployée par le nouveau
président autour d’Annie Genevard. La
secrétaire générale, qui est aussi viceprésidente de l’Assemblée nationale,
peut compter sur trois piliers clefs pour
le renouvellement des fédérations : Julien Aubert, député du Vaucluse, en
charge de la formation ; Virginie DubyMuller, députée de Haute-Savoie responsable des fédérations (lire ci-dessous)
et Fabien Di Filippo, député de Moselle,
dédié aux adhésions. « Depuis le 10 décembre, l’élection de Laurent Wauquiez a
relancé la mobilisation. Nous sommes
passés de 300 adhésions par semaine à
300 par jour », assure Di Filippo.
Place aux jeunes
Pour le parlementaire lorrain, la dynamique locale sera confortée par trois éléments moteurs : la restauration de
l’image d’un parti LR « porteur de valeurs claires, proche des gens », la définition du rôle des « militants au XXIe siècle » et un maillage territorial destiné à
faire émerger des élus.
Pour identifier des talents et reconstruire du lien, Les Républicains ont défini une méthode et retenu un message.
Avec le « retour de la droite » comme ligne directrice, ils veulent d’abord combattre l’illusion de « l’ancien monde ».
« Pourquoi Castaner est-il en train de
reconstituer un parti politique ? », s’interroge Annie Genevard. Selon elle, les
Marcheurs sont en train de comprendre
« l’importance majeure » d’une solide
base militante. « C’est notre force et leur
faiblesse », juge encore la secrétaire générale en promettant de « capitaliser »
sur cet atout.
Les Républicains veulent ainsi mener
la bataille des idées et constatent que la
fourniture de contenu idéologique dans
les fédérations est une attente forte et
une source de dynamisme. LR veut aussi
démontrer l’utilité d’une droite et d’un
centre dans le débat démocratique. Cohésion sociale, territoires, sécurité, justice, fiscalité…, Les Républicains veulent
défendre leurs propositions dans plusieurs domaines en pointant les « angles
morts » de Macron et en démontrant que
la politique menée par le gouvernement
« n’est pas à la hauteur des enjeux ».
Au cours des prochains mois, la nouvelle équipe dirigeante du parti de Laurent Wauquiez prévoit de sillonner les
fédérations pour les écouter et leur présenter cette stratégie. Après la réunion
du conseil national le 27 janvier à Paris,
un calendrier de visites et des ateliers de
formation seront lancés. Puis en octobre, lors des élections internes des fédérations, chacune d’entre elles devra
s’organiser localement, circonscription
par circonscription, pour répondre à
l’exigence de renouvellement.
Le parti mise sur l’arrêt des listes locales le 30 juin 2018 pour mobiliser les
énergies et « booster » les adhésions.
Seules les nominations des secrétaires
départementaux appartiendront à la
présidence du mouvement. Pour Annie
Genevard, « chacun a bien conscience
qu’il faut faire une place aux jeunes et aux
nouveaux visages ! » ■
E. G.
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Le mois de janvier décisif
de Laurent Wauquiez
U
n mois presque jour
pour jour après son élection
à la présidence
des Républicains, Laurent
Wauquiez aura deux rendez-vous
décisifs : le 25 janvier, il sera l’invité
de « L’Émission politique »
de France 2 et le 27 janvier, il réunira
son premier conseil national de LR.
En soi, ces deux événements attestent
que l’élu de la Haute-Loire est entré
dans la cour des grands. À 42 ans,
plus jeune que tous les joueurs
de première division de la politique
française… à l’exception d’Emmanuel
Macron, son cadet de deux ans. Mais
ces deux échéances sont chacune
une épreuve délicate dont dépend,
en partie, la réussite de son projet.
Avec « L’Émission politique »,
Wauquiez est face à un défi
personnel. Il doit prouver que
sa présidence du parti n’est pas
qu’un titre fonctionnel mais
correspond à une capacité à briguer,
donc à exercer, la plus haute fonction
de l’État. Il doit instaurer une relation
directe et positive avec l’opinion,
qui ne le connaît encore qu’à travers
le portrait peu flatteur qu’en dressent
ses opposants et, plus encore,
ses rivaux de droite. Crédit
et empathie sont deux Graal qu’il doit
rapidement décrocher.
L’entreprise n’est pas mince.
Son image de base n’est pas bonne et,
plus inquiétant pour lui, sa large
victoire de novembre n’a donné
aucun coup de fouet à sa cote
de popularité. Au contraire.
Dans le dernier baromètre Elabe-Les
Échos, il chute de 7 points dans
l’électorat de droite et perd ainsi
son avance auprès de celui-ci sur
ses deux rivaux Xavier Bertrand
et Valérie Pécresse.
Avec le conseil national, Laurent
Wauquiez est face à un double défi
politique : opérer le rassemblement
d’une droite où les stratégies
individuelles s’ajoutent aux
divergences de fond et de ligne,
et réhabiliter le bien-fondé d’un parti
politique quand le macronisme
semble avoir sonné le glas
des appareils traditionnels.
Le président de la région
Auvergne-Rhône-Alpes aurait aimé
que Valérie Pécresse accepte
la présidence du conseil national.
À elle seule, cette alliance aurait
signifié la réconciliation de l’aile
droitière et de l’aile centriste du parti,
offrant mécaniquement à Wauquiez
un statut de rassembleur. Sa collègue
d’Île-de-France n’a pas voulu lui
faire ce cadeau. Le voilà contraint
d’organiser différemment
le pluralisme interne à LR. Ses deux
vice-présidents, Virginie Calmels
et Guillaume Peltier, le reflètent,
à défaut de l’incarner déjà. Calmels,
libérale assumée, défend un État
facilitateur ; Peltier, social
revendiqué, un État protecteur.
La première est résolument
européenne, le second
opportunément souverainiste. L’élue
bordelaise symbolise la France
des métropoles, celui de Neung-surBeuvron, celle de la ruralité. On voit
déjà ce que cet antagonisme recèle
de rivalités personnelles, mais il doit
permettre à Wauquiez de prouver
à la fois qu’il sait faire vivre le débat
interne et que chacun peut trouver
sa place chez les Républicains.
Certes, cela ne réglera pas
le problème de fond de la droite, qui
est d’avoir à se situer en opposition
à un président de la République qui
marche allègrement sur ses platesbandes idéologiques. Mais redonner
sa raison d’être à un parti en l’occurrence LR -, c’est aussi
contourner cette difficulté en ouvrant
des chantiers nouveaux pour l’avenir
et doubler le chef de l’État, moins sur
sa droite ou sur sa gauche que par un
surcroît de créativité et d’originalité.
C’est aussi cela le travail de Laurent
Wauquiez ; dès ce mois de janvier. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8h10
sur Radio Classique
Crédit
et empathie
sont deux
Graal que
Laurent
Wauquiez
doit
rapidement
décrocher
»
Le siège des Républicains, au 238, rue de Vaugirard, à Paris dans le XV e arrondissement.
BERTRAND RIOTORD/LE FIGARO
Virginie Duby-Muller : « Nos adhérents ont besoin d’une droite incarnée »
PROPOS RECUEILLIS PAR
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
A
DÉPUTÉE et conseillère départementale de Haute-Savoie, Virginie DubyMuller a été nommée par Laurent Wauquiez secrétaire générale adjointe en
charge des fédérations au sein des Républicains. Son parcours de militante
de terrain est considéré comme un
atout.
LE FIGARO. - Quelle mission Laurent
Wauquiez vous a-t-il confiée ?
Virginie DUBY-MULLER. - Il m’a demandé d’être son ambassadrice dans
les fédérations, d’être son relais sur le
terrain. Évidemment, cette fonction est
stratégique puisqu’elle est dédiée à
l’ancrage local de notre formation.
Pour nos combats électoraux à venir,
cette force militante sera essentielle.
Lorsque nous nous comparons à En
marche !, nous constatons qu’ils
n’étaient que quelques dizaines de milliers à voter leurs statuts. Et on voit
beaucoup moins de Marcheurs sur le
terrain aujourd’hui ! À l’inverse, chez
Les Républicains, malgré nos revers
électoraux, nous disposons de la première force militante de France.
Aujourd’hui, tout l’enjeu pour nous
consiste à actionner les leviers pour reconstituer cette force indispensable.
Les 234 556 adhérents qui constituaient
le corps électoral lors de notre dernière
élection interne constituent un socle
beaucoup plus puissant que ceux de nos
concurrents. Les fédérations sont une
pièce importante dans l’architecture
d’un parti politique. Il existe une corrélation entre les fédérations solides et les
résultats car la force militante crée une
dynamique et donne une impulsion. Il
est aussi plus difficile pour les élus
d’exister dans les fédérations où la force militante est moins importante.
Quel est l’état des adhésions
au sein des fédérations ?
Le flottement a été très net après les
élections présidentielle et législatives.
Mais depuis l’élection de Laurent Wauquiez à la présidence du mouvement,
nous constatons une recrudescence des
adhésions. Cela démontre qu’il existait
une attente forte de leader et que la désignation de celui-ci, avec une équipe
renouvelée, est désormais une source
de motivation pour ceux qui décident
de reprendre leur carte. Notre formation étant plutôt légitimiste, nos adhérents ont besoin d’une droite incarnée.
Les gens perçoivent positivement nos
messages et nos décisions. C’est bon si-
gne. Mon ambition est de conforter et
d’amplifier cette dynamique.
Comment comptez-vous
vous y prendre ?
Il y a plusieurs pistes. Nous misons avec
Laurent Wauquiez sur la diversification, le rajeunissement de nos adhérents et la clarté de notre ligne. À la
présidentielle, nous savons que les jeunes ont voté plus massivement pour La
France insoumise, LREM ou le Front
national. Seulement 6 % de cet électorat, notamment les jeunes actifs,
s’étaient tournés vers notre candidat.
Notre objectif pour les convaincre est
de développer de nouveaux formats et
notre présence sur les réseaux sociaux
pour faciliter les liens entre Les Républicains et ses militants. Tout en pointant des problématiques rassembleuses,
nous voulons consulter plus fréquem-
ment nos adhérents grâce à de nouveaux outils. Nous devons les impliquer
davantage et les inciter à agir, en élargissant aussi notre base de sympathisants. Les prochaines élections européennes pourraient être l’occasion de
consolider notre projet en nous appuyant sur la consultation de nos adhérents. Aussi, le renouvellement n’est
pas l’apanage d’En marche !. C’est le
premier message de notre président.
Nous disons simplement à nos militants : nous avons compris vos attentes,
le changement de génération à droite
est assuré. D’ailleurs, sur la centaine de
députés que nous comptons à l’Assemblée, il y a 47 nouveaux visages. Nous
pouvons donc récupérer de nombreux
électeurs partis ailleurs, y compris chez
les centristes où beaucoup sont déçus
par l’attitude simplement opportuniste
des constructifs. ■
LE FIGARO
lundi 8 janvier 2018
POLITIQUE
Larcher : « On
a trop modifié
la Constitution »
ZOOM
Démission de la CNCCFP
d’un contrôleur des comptes
de Mélenchon
Invité du « Grand Jury », le président du Sénat
a listé ses « lignes rouges » en vue de la
révision constitutionnelle voulue par Macron.
“
S’il s’agit de nourrir
le populisme ambiant,
je n’en serai pas
GÉRARD LARCHER
”
Reste cependant un certain nombre
de points sur lesquels Gérard Larcher
trace des « lignes rouges ou plus ou moins
clignotantes ». En tête, le rapport entre
le nombre de députés et le nombre de
sénateurs : « S’il y a 400 députés, il faut
240 sénateurs », a-t-il tonné alors que
l’exécutif plancherait plutôt sur un
abaissement du nombre de sénateurs de
348 à 230. « Je n’oublie pas le premier
tour de la présidentielle, d’une France
fracturée en quatre. Une partie du territoire ne se sent plus représentée », a rappelé le président de la Chambre haute
qui plaide pour un redécoupage des circonscriptions électorales au niveau du
département et non de la région.
Gérard Larcher, dimanche, sur le plateau du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI ».
Autre point d’achoppement, la limitation du cumul à trois mandats dans le
temps. « La limitation du cumul des mandats dans le temps, c’est un sujet immense… qui concerne aujourd’hui 12 sénateurs », a ironisé le patron du Sénat.
Balayant le « renouvellement de la classe
politique » que pourrait imposer cette
réforme, Gérard Larcher a rappelé que
« 62 % des sénateurs n’étaient pas séna-
Le Pen veut changer
le nom de son parti
gens de nous placer sur l’échiquier politique et - en même temps – l’envie de lever
un frein, dû au mauvais ressenti que draine ce nom chez certains électeurs », résume l’entourage de Marine Le Pen.
Cette question, comme plus largement
celle des nouveaux statuts du parti qui
devront être adoptés par les adhérents
lors du prochain congrès, animera ce
lundi un bureau politique, au siège du
parti, à Nanterre. Quelques secrétaires
départementaux, triés sur le volet, devraient y participer.
Outre la question du nom du parti figureront au menu des modifications d’ordre organisationnel, ayant vocation à
rendre le parti « plus ouvert ». « Il va y
avoir un changement de nom de pas mal de
structures et d’instances du parti. c’est
bien, ça fera moins Place du Colonel-Fabien », plaisante le sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier dans
une allusion au Parti communiste français. Également sur l’établi, les moyens
de permettre un « élargissement des capacités d’alliances » du FN, particulièrement en vue des prochaines échéances
européennes, en mai 2019.
Cette réforme des statuts du parti
pourrait également permettre de clore
un feuilleton ayant largement trop duré
au goût de Marine Le Pen. L’occasion
rêvée d’effacer d’un trait de plume une
fonction jugée encombrante: la présidence d’honneur du Front national,
toujours occupée par Jean-Marie Le
Pen. La cour d’appel de Versailles doit se
prononcer le 9 février sur l’exclusion du
patriarche du mouvement qu’il a confondé. Si celle-ci est favorable, il a
d’ores et déjà annoncé au Point qu’il se
rendrait au prochain congrès du parti à
Lille, quitte à employer « la force publique » s’il le fallait. ■
C. S.
autant Édouard Philippe à « répondre
aux parlementaires qui lui ont demandé de
publier les résultats de l’expérimentation
sur l’abaissement à 80 km/h de la vitesse
des routes secondaires ».
Le groupe de travail transpartisan du
Sénat, chargé par Gérard Larcher de
plancher sur la révision constitutionnelle, rendra sa copie au président de la République le 24 janvier prochain. ■
LES RÉFORMES MACRON AU BANC D’ESSAI
Agnès Verdier-Molinié s’est imposée à la tête de l’Ifrap * comme l’une des meilleures spécialistes
de l’économie française. Elle fera le bilan de l’efficacité des réformes après 8 mois de présidence
Macron et tracera pour vous les perspectives des politiques mises en œuvre.
*
A. Verdier-Molinié © Jean-Christophe Marmara / Le Figaro
Un feuilleton qui a trop duré
teurs avant ». Et de lancer comme un
avertissement : « S’il s’agit de nourrir le
populisme ambiant, je n’en serai pas. Il
faut ramener les choses à ce qu’elles
sont. »
Un coup de semonce, adressé avec insistance tant au président qu’au gouvernement. Si Gérard Larcher appelle Emmanuel Macron à davantage « prendre
en compte le Parlement », il exhorte tout
CONFÉRENCE - DÉBAT
Ce point et celui des nouveaux statuts devraient
animer ce lundi le bureau politique du parti.
FRONT NATIONAL Au lendemain de la
claque essuyée par son mouvement lors
des législatives, Marine Le Pen avait prévenu : « Je veux tout changer ! » C’est
dans cette perspective - et celle du
congrès du Front national, prévu les 10 et
11 mars à Lille - que le parti bûche sur
une large refonte de ses statuts, censée
finaliser son entreprise de « refondation ». Objectif : «Que le FN termine sa
mue et passe de parti d’opposition, de
contestation à un parti de gouvernement », a rappelé, dimanche, la candidate malheureuse à l’élection présidentielle
lors d’un déplacement près d’Alençon.
Parmi les points à trancher, celui d’un
éventuel changement de nom du Front
national. L’idée avait été lancée au mois
de septembre par Marine Le Pen lors de
son traditionnel discours de rentrée à
Brachay. Il devait être avalisé par une
consultation des 51 487 adhérents à jour
de cotisation. Un questionnaire, ayant
reçu plus de 30 000 réponses, est en
cours de dépouillement.
« Aujourd’hui, si nous changeons le
Front national, alors il faut aussi changer
l’appellation », s’est pourtant prononcée
Marine Le Pen ce dimanche, sans attendre le décompte définitif des vœux de ses
militants, selon elle, « plutôt majoritairement pour un changement de nom ». Une
sortie en réponse aux révélations de RTL,
la semaine dernière, selon lesquelles
« 80 % des adhérents », au terme du dépouillement de la moitié des réponses,
auraient voté contre un changement de
nom.
Si l’information est qualifiée de « fake
news » par Marine Le Pen, le sujet n’est
pas moins jugé « extrêmement délicat » à
Nanterre, au siège du parti, où on reconnaît que les résultats de la consultation
militante s’annoncent « serrés ». « Il y a
un dilemme entre l’envie de capitaliser sur
une marque qui a 45 ans, qui permet aux
Elle avait jusqu’au 8 janvier
pour effectuer des contrôles.
Mais, avant de faire connaître
publiquement ses conclusions,
c’est un coup de tonnerre
qui a retenti à la Commission
nationale des comptes
de campagne et des financements
politiques, selon Le Parisien. En
effet, Jean-Guy de Chalvron, l’un
de ses rapporteurs, a démissionné
en novembre, car ses réserves
pour 1,5 million d’euros dans les
dépenses de Jean-Luc Mélenchon
n’auraient pas été retenues sur
les 10,7 millions de dépenses
du candidat. Autant de dépenses
litigieuses et qui n’auraient pas dû
être remboursées, selon lui, par
l’État, sans entraîner pour autant
de rejet du compte de campagne.
Il dénonce même, au-delà,
de « graves dysfonctionnements »
de la CNCCFP. Et « deux, voire
trois autres rapporteurs » auraient
aussi claqué la porte de la
commission, écrit le quotidien.
Jean-Guy de Chalvron évoque
« de nombreuses divergences de
fond » avec les propositions finales
de régularisation, dans un courrier
de démission au président
de la Commission, daté
du 22 novembre. La « lettre des
griefs » qu’il souhaitait envoyer
au candidat à la présidentielle
se serait heurtée à un refus
« extrêmement brutal » des
permanents dirigeant la CNCCFP,
qui lui auraient suggéré de revoir
en baisse ses propositions,
a-t-il assuré.
Institut Français pour la Recherche sur les Administrations Publiques
AGNÈS
VERDIER-MOLINIÉ
LUNDI 29 JANVIER 2018
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45-47 rue La Boétie, 75008 Paris
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A
INSTITUTIONS Gérard Larcher est, à lui
seul, la clé d’une révision chère à Emmanuel Macron. Celle de la Constitution
et des institutions, visant à honorer plusieurs promesses présidentielles telles
que la réduction d’un tiers du nombre de
parlementaires, la suppression de la
Cour de justice ou la limitation du cumul
des mandats dans le temps. « Si je suis
rond, dans tous les sens du terme, je suis
également déterminé. Quand je dis non,
c’est un non d’Antigone », a prévenu le
président LR du Sénat sur le plateau du
« Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI ».
Pour modifier la Constitution, le président de la République a besoin de l’assentiment des trois cinquièmes de l’ensemble des parlementaires (députés et
sénateurs) réunis en Congrès, soit
555 élus. Or, la majorité d’Emmanuel
Macron n’est composée « que » de 359
députés REM et MoDem, auxquels
s’ajoutent 28 sénateurs. Un nombre insuffisant pour se passer du soutien d’une
partie du groupe Les Républicains, majoritaire au Sénat, comme du premier
d’entre eux, Gérard Larcher.
Ce dernier ne se dit pas contre l’idée
d’une révision constitutionnelle susceptible de « faire mieux fonctionner la démocratie ». Mais celle-ci doit, selon lui, être
réalisée avec « la main qui tremble »,
comme le défendait Montesquieu. « Nous
allons commémorer les 60 ans de la Constitution. On l’a déjà trop modifiée, assure le
sénateur des Yvelines. Elle a permis de
traverser des crises de la guerre d’Algérie
jusqu’au quinquennat de François Hollande qui n’avait plus de majorité. »
Les projets du chef de l’État de supprimer la Cour de justice de la République seule compétente pour juger les agissements de ministres en exercice - ou de
réformer le Conseil supérieur de la magistrature ont l’assentiment du sénateur.
« En reprenant le texte de 2013, que le Sénat a voté, il y a la base d’un consensus
possible, reconnaît Gérard Larcher.
J’appelle à une indépendance totale de
l’autorité de justice. »
RTL/FRÉDÉRIC BUKAJLO/SIPA PRESS
CHARLES SAPIN £@csapin
5
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
À Pékin, Macron en quête de rééquilibrage
Le chef de l’État entame, ce lundi, son voyage en Chine par une visite à Xi’an. Il rencontrera, mardi, Xi Jinping.
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
CHINE Emmanuel Macron, « Makelong » en mandarin, soit « le cheval
vainc le dragon », s’est envolé dimanche pour la Chine. Après avoir reçu avec
faste le Russe Vladimir Poutine et
l’Américain Donald Trump, le président
français va faire mieux connaissance,
huit mois après son élection, avec le seul
grand leader qu’il n’avait pas encore
rencontré dans un cadre officiel : son
homologue Xi Jinping.
Cette visite d’État de trois jours vise à
« nouer une relation personnelle » et à discuter à des « orientations stratégiques du
partenariat global » entre les deux pays,
sur des dossiers comme l’environnement,
la crise nord-coréenne, la lutte contre le
terrorisme ou les échanges commerciaux.
L’Élysée estime que cet échange intervient à un moment « opportun », dans un
contexte de « renouvellement » lié au
changement politique en France, à l’ambition affichée par Pékin de « renforcer sa
place dans la gouvernance mondiale », ou
au projet de « refondation » d’une Europe
instable porté par Paris.
Les autorités chinoises se sont réjouies
qu’Emmanuel Macron choisisse la Chine
pour son premier voyage en Asie depuis
son arrivée au pouvoir. Le Français est
par ailleurs le premier grand chef d’État
européen à se rendre dans l’empire du
Milieu depuis que Xi Jinping a été reconduit en octobre pour un deuxième mandat, à l’issue du 19e Congrès du Parti
communiste chinois (PCC), dont il est
ressorti plus puissant que jamais.
C’est cependant à Pékin que le chef de
l’État rencontrera les principaux responsables politiques chinois, ainsi que les acteurs de la culture et de l’économie. Il aura
mardi une séance de travail avec le premier ministre Li Keqiang, ainsi qu’avec Xi
Jinping. Les deux hommes se sont déjà
rencontrés en marge du sommet du G20
de Hambourg, en juillet 2017, et ont eu des
discussions téléphoniques, notamment
sur la Corée du Nord. Cette visite devrait
permettre à Emmanuel Macron, qui ne
s’est pas rendu en Chine depuis l’époque
où il travaillait dans le privé, de renforcer
sa stature internationale. « Il s’agit d’une
étape importante, car elle ouvre le chapitre
asiatique de l’action du président, qui, jusqu’à présent, s’était davantage exprimé
sur les questions européennes ou africaines », souligne Alice Eckman, responsable des activités Chine à l’Ifri.
Le principal interlocuteur
européen
Alors que la Grande-Bretagne est embourbée dans le Brexit et que l’Allema-
gne est accaparée par ses problèmes de
politique intérieure, la France apparaît
aux yeux des Chinois comme le principal
interlocuteur européen. En concurrence
avec Washington pour la domination de
la région asiatique, Pékin, qui a besoin de
partenaires, « devrait mener une opération séduction pour que le président français apporte son soutien au projet des
“nouvelles routes de la soie” », observé
pour l’instant avec prudence par l’Europe de l’Ouest ; ou défendre comme la
Chine un « dialogue » avec Pyongyang,
souligne Valérie Niquet, chercheur à la
Fondation pour la recherche stratégique.
Reste à savoir si Emmanuel Macron,
adepte des échanges « francs et directs »,
comme avec Vladimir Poutine ou le président turc Recep Teyyip Erdogan, tout
récemment, abordera publiquement la
question des droits de l’homme – malmenés en Chine – comme l’espèrent
beaucoup d’observateurs. Le ton adopté
face à l’« empereur rouge », particulièrement susceptible sur ses affaires internes, sera scruté avec attention. ■
РЕЛИЗ
ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Emmanuel Macron
en compagnie
de Xi Jinping lors
du sommet du G20,
à Hambourg, en juillet
2017. JACQUES WITT/SIPA
Des positions communes
Les deux dirigeants, qui s’affirment régulièrement en contre-modèles de Donald Trump, chercheront à afficher des
positions communes sur la lutte contre
le réchauffement climatique ou la défense de la mondialisation, deux domaines dont s’est désinvesti le président
américain. Emmanuel Macron, qui emmène avec lui une cinquantaine de chefs
d’entreprise, devrait également récolter
une moisson de contrats économiques.
Ce qui ne l’empêchera pas d’insister sur
la nécessaire « réciprocité » des règles
commerciales et financières.
Accompagné de son épouse, le chef de
l’exécutif commencera son séjour par
Xi’an. L’Élysée y voit un « symbole important » : l’ancienne capitale, située
dans la province du Shaanxi, est à la fois
« le berceau de la civilisation chinoise » et
l’extrémité est des anciennes routes de
la soie. De quoi satisfaire Xi Jinping, qui
a placé au cœur de sa stratégie diplomatique et économique le projet des Nouvelles routes de la soie, consistant à faire
revivre le mythique axe commercial en
construisant un gigantesque réseau
d’infrastructures reliant la Chine à l’Europe. Après avoir admiré la célèbre armée enterrée de soldats en terre cuite,
Emmanuel Macron prononcera un discours sur les relations franco-chinoises
et l’avenir du multilatéralisme.
Au-delà des contrats, de nouvelles routes explorées
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
POUR sa première visite de chef
d’État en Chine, Emmanuel Macron a beau vouloir renouveler la
thématique des relations économiques bilatérales, quelques incontournables
subsisteront.
Alors que le déficit commercial
de
la
France
avec
la
Chine
s’élève
Déficit commercial de
la France avec la Chine. à 30 milliards d’euros là où l’Allemagne engrange un excédent de
Pour sa part,
l’Allemagne engrange 20 milliards, les contrats dans les
secteurs d’échanges traditionnels
un excédent
de 20 milliards d’euros ne peuvent être que bienvenus
pour rééquilibrer ce solde négatif. L’Élysée évoque « une cinquantaine » de contrats et accords divers signés pendant la
visite à laquelle participent des
dirigeants de – entre autres - AccorHotels, LVMH, Safran, Dassault Systèmes ou BNP Paribas.
30
milliards
Ainsi, Fabrice Brégier, le patron
de la division avions commerciaux d’Airbus (qui doit quitter le
groupe en février) sera du voyage.
L’avionneur discuterait de la
vente d’au moins cent appareils,
selon l’agence Reuters. Dans le
nucléaire, l’Élysée souhaiterait la
signature d’un contrat par Areva
pour la construction de la première usine de retraitement de
combustible (sur le modèle de
celle de la Hague), un dossier à
10 milliards d’euros en discussion
depuis des années. Mais Areva
préférerait attendre plutôt que signer, pendant la visite d’État, un
contrat au rabais. EDF, dont le
président Jean-Bernard Lévy accompagne Emmanuel Macron,
devrait signer deux contrats avec
la Chine, l’un portant sur la
construction d’un réseau de chaleur (climatisation, eau chaude
sanitaire…), l’autre sur la réalisa-
tion d’une unité de biomasse. Des
investissements modestes en regard des deux réacteurs EPR que
l’électricien français construit
dans l’empire du Milieu.
Ces deux contrats portés par
EDF (climatisation et biomasse)
reflètent cependant les thématiques, plus nouvelles, sur lesquelles Paris veut appuyer. Le président français entend capitaliser
sur l’engagement climatique de
son homologue Xi Jinping et sur
le sommet One Planet orchestré
le mois dernier à BoulogneBillancourt en valorisant les savoir-faire français en matière
d’énergie propre et de ville durable. Dans la continuité de son action à Bercy, Emmanuel Macron
jouera aussi les promoteurs de la
« French Tech » dont plusieurs
patrons le suivent.
« La valeur de ce voyage ne se
mesurera pas au montant ni au
nombre des contrats », avertit
toutefois David Baverez, investisseur français basé à Hongkong,
auteur de « Paris Pékin Express », livre dans lequel il enjoignait au président de se rendre en
Chine dès le début de son quinquennat. En échange d’un soutien
à l’initiative des Routes de la soie
chère à Xi Jinping (lire ci-dessus),
Emmanuel Macron doit exiger
fermement des contreparties sur
l’ouverture du marché chinois,
conseille David Baverez, sans
quoi, « les Chinois vont nous b…»,
insiste-t-il dans un langage fleuri
assumé. C’est en termes plus diplomatiques, ce que prétend faire
Paris en réclamant de la réciprocité, c’est-à-dire plus d’ouverture de l’empire du Milieu, et en défendant l’initiative prise avec
Berlin et Rome pour protéger les
entreprises stratégiques en Europe de l’appétit chinois. ■
« Génie » autoproclamé, Trump défie les élites
Un nouveau tweet du président américain attise les inquiétudes et les spéculations à Washington sur l’avenir de son Administration.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
A
NEW YORK
ÉTATS-UNIS Donald Trump avait pourtant toutes les raisons de se réjouir, à quelques jours du premier anniversaire de son
entrée à la Maison-Blanche, le 20 janvier 2017 : il tenait sa réforme fiscale, historique, au Congrès, le Dow Jones battait un
record à Wall Street, le chômage fléchissait
un plancher historique de 4,1 %, au bord
du plein-emploi. De quoi pérenniser son
rôle présidentiel, tandis que se profilent de
périlleuses élections de mi-mandat, le
6 novembre. L’embellie a fait long feu.
L’insécurité profonde et la paranoïa du
président milliardaire en ont décidé autrement : il a suffi qu’un livre sur les coulisses
de « sa » Maison-Blanche, signé du journaliste Michael Wolff (1), vienne défrayer
la chronique pour que Trump sorte du
« script » et contre-attaque furieusement,
malgré les appels à la retenue de ses
conseillers. Mû, comme à son habitude,
par la volonté de faire rendre gorge à ses
détracteurs. La veille de la publication des
bonnes feuilles du livre, le 2 janvier, le chef
de l’État s’était déjà livré à une bordée de
tweets échevelés, déroutants de candeur,
fustigeant pêle-mêle l’Iran, les Palestiniens, le Pakistan et le dictateur nord-coréen Kim Jong-un, lui rappelant qui possédait « le plus gros bouton nucléaire ».
Ébranlé par les révélations sur son instabilité, son « semi-illettrisme » et les
doutes sur son degré d’intelligence, soulevés selon Wolff par « 100 % » de ses interlocuteurs au cœur de la présidence, y
compris le gendre Jared Kushner et la
« première fille » Ivanka, Donald Trump a
rebondi samedi 6 janvier en dégainant
contre Michael Wolff et la source la plus
prodigue de celui-ci, l’ex-directeur de la
stratégie présidentielle Steve Bannon, rebaptisé « Steve le débraillé ». « Tout au
long de ma vie, mes deux atouts ont été ma
stabilité mentale et le fait d’être, genre, très
intelligent, a-t-il tweeté à 7 h 10 du matin,
cédant au besoin irrépressible de s’autodiagnostiquer, dix minutes après un débat
en ce sens sur sa chaîne favorite, Fox
News. Je suis passé d’homme d’affaires
TRÈS prospère à grande star de la télé et à
Donald Trump à Camp David, samedi.
SAUL LOEB/AFP
président des États-Unis (dès ma première
tentative). Je pense qu’on peut me qualifier
non seulement de malin, mais de génie… et
un génie très stable, en outre ! » Tandis que
la Toile bruissait de parodies inspirées de
la très enfantine formulation « genre très
intelligent », le président a poursuivi cet
exercice scabreux d’autodéfense lors d’un
point de presse à Camp David, où il avait
convié pour le week-end les dirigeants
républicains à une réunion de coordination sur les grandes priorités de l’année
2018. Pourquoi avoir éprouvé le besoin de
se tresser ainsi des couronnes ? Tout simplement, a rétorqué Trump, parce que « je
suis allé dans les meilleures, dans LA
meilleure université (Fordham à New York
et Wharton en Pennsylvanie, NDLR).
J’étais un excellent étudiant. J’en suis sorti
pour gagner des milliards et des milliards
de dollars. Je suis devenu un des meilleurs
hommes d’affaires. Je suis passé à la télévision, et ce fut un succès monumental. »
Ce nouvel épisode bizarre, s’il a contribué à faire du livre de Wolff, malgré ses
erreurs factuelles, un phénomène de librairie, ne pouvait qu’attiser les inquiétu-
des du Landerneau politico-médiatique
sur l’avenir de l’Administration Trump et
cette « plongée du pays en territoire inconnu », écrit dans le New York Times Maggie
Haberman, un des reporters les mieux informés de Washington. « Le degré d’inquiétude générale est énorme », insiste
Bandy Lee, professeur en psychiatrie à
Harvard, longuement interrogée en décembre par une dizaine d’élus démocrates
(et un républicain non identifié) au
Congrès. Ils sont terrifiés et nous demandent (un collectif de psychiatres à l’origine
d’un livre sur le cas psychiatrique de Donald Trump, NDLR) de rester audibles et
bruyants, jusqu’à ce que quelque chose soit
fait pour arrêter (le président Trump). »
Isolé, coupé de ses soutiens politiques et
financiers, Bannon a présenté ses excuses
dimanche. Il a affirmé que sa référence à
une « trahison » ne visait pas Donald
Trump Jr, mais Paul Manafort, un autre
responsable de la campagne du milliardaire, qui avait assisté à la réunion avec
des Russes à la Trump Tower en 2016. ■
(1) Fire and Fury : Inside the Trump White
House, Éditions Henry Holt & Company.
LE FIGARO
lundi 8 janvier 2018
7
REUTERS
INTERNATIONAL
Le pape copte orthodoxe, Tawadros II, en compagnie du président Abdel Fattah al-Sissi, samedi, au cours de la messe de Noël dans l’église de la Nativité, sortie de terre dans la nouvelle capitale administrative en construction.
Égypte : Noël sous tension pour les coptes
Endeuillés par une année meurtrière, les chrétiens d’Égypte ont célébré Noël sous haute surveillance policière.
LE CAIRE
RELIGION Retransmise en direct à la télévision égyptienne, la cérémonie s’est
voulue grandiose, même si elle a littéralement essuyé les plâtres. Devant une
foule de 8 200 fidèles, le pape copte orthodoxe Tawadros II, très proche des
autorités actuelles, est apparu souriant et
a fait part de « sa reconnaissance et de sa
gratitude envers les forces armées qui servent la nation, maintiennent la sécurité et
la stabilité du pays ».
À ses côtés de nombreux officiels, les
représentants de l’institution musulmane al-Azhar et Abdel Fattah al-Sissi. Le
président égyptien est devenu coutumier
de cet événement : il est le premier chef
d’État à se rendre aux messes de Noël
copte et ce pour la troisième année
consécutive. Dans l’église flambant neuve de la Nativité, la plus grande du
Moyen-Orient, sortie de terre dans la
nouvelle capitale administrative en
construction, il a assuré que « l’inauguration partielle de cette cathédrale est un
message de paix et d’amour de l’Égypte,
pas seulement au pays et à la région mais
au monde entier ».
Naguib Gibrail faisait partie des chanceux triés sur le volet présents dans la
nef : « Je suis extrêmement content. Cette
cérémonie prouve que l’Égypte ne fait
qu’une, que musulmans et chrétiens sont
ensemble. Le président al-Sissi l’avait promis et il l’a fait. Nous avons beaucoup
souffert du terrorisme l’année passée, mais
nous sommes heureux d’être témoins de ça
et contents de célébrer ce Noël en dépit des
incidents récents », assure cet avocat.
Pour Ishak Ibrahim, pourtant, cette cérémonie était « une mauvaise idée ». « On
envoie un message de bonheur, ce n’est pas
approprié une semaine après une tuerie de
masse contre des chrétiens, dit-il. Et toute
cette propagande fait oublier que 15 églises
ont été fermées récemment car c’est plus
simple pour les autorités de les fermer plutôt que de les protéger. Cela fait oublier les
24 incidents sectaires qui ont eu lieu depuis
octobre 2016. Cela fait oublier les refus de
permis des autorités pour la construction de
nouvelles églises », assure ce militant de
défense des droits des chrétiens. « Je n’ai
pas souhaité y aller, je ne veux pas participer à cette mascarade », explique-t-il.
D’autres, comme Ishak, se sont aussi
rendus dans leur église habituelle pour
célébrer la naissance de Jésus, par manque de places disponibles ou juste par fidélité à leur communauté. Dans le centre-ville du Caire, l’église de Bab elLouk a été barricadée comme un bunker.
Le pâté de maison est bouclé depuis la
veille. Devant un portail de sécurité métallique, plusieurs hommes en armes
guettent les va-et-vient et balancent des
mamnou’ (« interdit ») à toutes les gueules qui ne leur reviennent pas.
C’est finalement en plein service que le
père Nader surgit sur le perron : « Laissez
entrer ! », s’agace-t-il. « Désolé, mais les
policiers ont des instructions, il y a énormément de sécurité », s’excuse le religieux
qui disparaît aussi vite. Il n’est pas 9 heures du matin, mais le lieu de culte voit ses
premiers fidèles arriver.
Un nuage entêtant de myrrhe flotte
“
Nous n’avons pas peur,
on s’en remet à Dieu et
on prie quoi qu’il arrive
LE PRÊTRE NADER
”
dans l’air et s’élève dans la coupole marquetée. Les mains sont levées vers le ciel
et, sous les voiles des femmes, la ferveur
prend un visage paisible. Sous le regard
des douze apôtres légèrement souriants,
on s’échange des vœux en silence, balaye du bout des doigts le sol avant de les
porter à sa bouche et ferme les yeux en
recevant les éclaboussures d’eau bénite.
Une porte s’entrouvre laissant entrer un
vent d’air frais.
Dehors, des sirènes de police retentissent. « N’ayez pas peur, Dieu veille sur
vous », assure l’homme qui officie. De-
Record de
candidatures pour
la présidentielle russe
Vladimir Poutine en visite dans les locaux
de la Commission centrale électorale,
à Moscou, fin décembre 2017.
SPUTNIK/REUTERS
Pas moins de 64 prétendants se présenteront
à la fonction suprême au mois de mars,
face à un Vladimir Poutine donné imbattable.
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
RUSSIE Le statut d’archi favori accordé à Vladimir Poutine pour les élections présidentielles du 18 mars 2018
ne semble pas dissuader la concurrence. Selon les derniers chiffres de la
Commission électorale chargée de récolter les demandes, pas moins de 64
personnes ont déjà fait acte de candidature à la fonction suprême : un record !
En 2012, lors des dernières échéances électorales, seules dix-sept personnalités avaient effectué la démarche. « Je suis certaine que les hautes
qualités citoyennes des Russes se refléteront lors de la campagne électorale »,
a déclaré la présidente du Sénat, Valentina Matvienko.
Dimanche, en dépit du Noël orthodoxe, la Commission électorale poursuivait ses décomptes. Les retardataires qui ne présentent sous les couleurs
d’aucun parti politique avaient jusqu’à
minuit pour déposer leurs dossiers. Les
autres, soutenus par une formation,
bénéficient d’un délai fixé au 12 janvier. Soucieux d’apparaître en candidat du peuple, Vladimir Poutine s’est
payé le luxe, cette année, de snober
son parti Russie unie, qui monopolise
la vie parlementaire depuis quinze ans.
Assouplissement de la loi
Au lendemain de sa précédente victoire de 2012 – très contestée - le chef du
Kremlin avait simplifié les procédures
de participation au scrutin suivant. Il
suffit désormais qu’un parti affiche
500 membres, au lieu de 45 000, pour
être enregistré. Le nombre de signatures requises pour les candidats indépendants est passé de 2 millions à
300 000. Seules les quatre formations
officielles siégeant à la Douma sont
dispensées de récolter des paraphes.
Ces assouplissements portés à la loi
électorale ont contribué à la formation
d’un appel d’air. Il est exclu néanmoins que les 64 prétendants au fauteuil suprême franchiront l’étape sui-
puis un an, la communauté copte est victime d’attaques ciblées de la part de l’organisation de l’État islamique : plus de 107
chrétiens ont perdu la vie dans des attentats d’envergure, beaucoup ont aussi dû
fuir leur maison du Nord-Sinaï pour
échapper aux exécutions ciblées dont ils
sont victimes. Ces récentes attaques
s’inscrivent dans un cycle de violences
entamé en 2013 avec la destitution par
l’armée du président islamiste Mohammed Morsi, qui a renforcé l’insurrection
djihadiste dans le pays. Des centaines de
policiers, de soldats et de civils ont été
tués.
« Le contexte est difficile, mais pour
nous ça ne change rien et, pour les fidèles,
les derniers événements grandissent leur
ferveur, ça les motive encore plus à se réunir, à prier, assure le prêtre Nader. Bien
sûr, nous sommes profondément désolés
pour les martyrs, mais il faut être persévérant dans sa foi. Nous n’avons pas peur, on
s’en remet à Dieu et on prie quoi qu’il arrive. En vérité, ceux qui ont les jambes qui
flageolent le plus, ce sont les policiers dehors », assure-t-il.
Sur le bitume, ce sont 230 000 policiers
qui participent au plan de protection des
2 626 églises à travers le pays. Si beaucoup se disent satisfaits de ces mesures,
d’autres notent que la police a rarement
empêché des attaques contre les coptes
dans le passé. « Ce n’est pas le nombre qui
vante. Déjà, plusieurs postulants ont
été écartés de la course. La femme et
conseillère du Moufti de la république
musulmane du Daguestan, Aïna Gamzatova, rédactrice en chef du journal
Islam, s’est vue reprocher le manque
de transparence de ses déclarations financières familiales. Le propriétaire
d’un club de striptease, baptisé Lucky
Lee, a présenté des documents sous
une forme « chaotique », selon la
commission électorale. Dans la presse,
l’intéressé pose avachi, en pantalon
jaune et pantoufles dorées surmontées
à l’extrémité d’un pénis en tissu. Une
défenseuse des droits des propriétaires
floués par les promoteurs immobiliers,
Tatiana Volovik, ainsi que l’ex-milliardaire controversé Sergueï Polonsky
ont connu le même sort.
« Cette campagne électorale se
transforme en campagne publicitaire
pour des gens qui aspirent à devenir célèbres en partant de rien », ironise à la
radio Écho de Moscou le politologue
Stanislav Belkovsky. D’autres spécialistes dénoncent un « carnaval électoral », une opinion que n’est pas loin de
partager le Kremlin. Pour sa part, la figure emblématique de l’opposition,
Alexeï Navalny, est empêchée de
concourir à cause d’une condamnation
judiciaire qu’il estime fabriquée de
toutes pièces.
La journaliste d’opposition Ksenia
Sobtchak, dont le père fut le parrain
politique de Vladimir Poutine, tente
actuellement de capter les voix de
l’avocat anti-corruption. Son acte de
candidature désormais adoubé par la
commission électorale, il lui reste à
collecter 100 000 signatures. Une opération scrutée de très près le Kremlin
qui semble laisser Sobtchak en liberté
surveillée.
À l’heure actuelle, seul le leader nationaliste Vladimir Jirinovsky, qui peut
se prévaloir du soutien du parti LDPR,
a été officiellement admis à se présenter. Celui qui passe pour être un des
porte-parole officieux du Kremlin à la
Douma est candidat pour la sixième
fois de sa carrière. Il sait, à nouveau,
qu’il devrait être battu par Vladimir
Poutine. ■
fait la sécurité, c’est la préparation. Ce
n’est pas tout d’avoir des armes, il faut savoir s’en servir », tranche Ramy, agacé
par l’attaque de l’organisation de l’État
islamique survenue la semaine dernière
dans une église de Helwan. L’assaillant a
tué dix personnes et a été poursuivi et arrêté par un badaud du voisinage.
Quelques minutes avant le début de la
messe nocturne, des tanks et de longs
corridors de sécurité ont aussi été installés devant l’église de la Vierge Marie à
Dokki. À l’entrée, pièces d’identité et
croix tatouées sur le poignet font office
de pass d’entrée. À l’intérieur, les mêmes
fronts posés contre les bancs de prière en
bois, les mêmes nuages d’encens, les mêmes chants, les mêmes mains tendues
vers la voûte ornée de dorures. S’étendant traditionnellement jusque tard dans
la nuit, la messe de Noël, cette année, a
été raccourcie et ne s’est tenue que jusqu’à minuit, ou 23 heures dans les zones
les plus à risque. « Les fidèles ont aussi interdiction de rester devant le lieu de culte,
avant et après la cérémonie », précise l’un
des religieux. « On est contents de fêter
Noël, mais il intervient dans le sang et les
“booms” », se désole encore Ramy. « On
est un peu tout le temps dans l’attente de la
bombe, de la balle ou du couteau du terroriste, explique-t-il. J’ai le sentiment que si
ce n’est pas moi, ce sera mon frère ; si ce
n’est pas ce soir, ce sera demain. » ■
EN BREF
Merkel confiante
sur l’issue des négociations
Angela Merkel s’est dite
« optimiste » dimanche sur
les chances de pouvoir former
un gouvernement en Allemagne
et sortir le pays de l’impasse
politique, à l’entame de cinq
jours de négociations marathon
avec les sociaux-démocrates.
Espagne : plusieurs
centaines de migrants
forcent l’entrée à Melilla
Plus de 300 migrants ont franchi
de force samedi la frontière
fortifiée entre le Maroc et
l’enclave espagnole de Melilla
située sur la côte nord marocaine.
Quelque 209 migrants ont réussi
à rejoindre le territoire espagnol
dans ce que les autorités ont
qualifié de « passage violent »
de la frontière.
Arabie saoudite :
11 princes arrêtés
Onze princes saoudiens ont été
arrêtés après avoir protesté
contre des mesures d’austérité
rognant leurs avantages, ont
confirmé dimanche les autorités
qui cherchent à montrer que
les réformes concernent toutes
les franges de la société, alors
que le royaume est confronté
à des difficultés économiques.
Les princes avaient manifesté,
samedi, contre la décision
du gouvernement de cesser
de payer leurs factures d’eau
et d’électricité.
A
JENNA LE BRAS £@JennaLBs
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Au lycée, neuf « combinaisons » possibles
pour remplacer les trois filières actuelles
Avec la réforme à venir, les élèves commenceraient à choisir leurs matières de prédilection dès la seconde.
ÉDUCATION Le projet de réforme du
bac et du lycée, porté par la mission
pilotée par Pierre Mathiot, l’ex-directeur de Sciences Po Lille, se clarifie après
plus de soixante-dix auditions. Même si
son rapport ne sera rendu à Jean-Michel
Blanquer que fin janvier, plusieurs
constantes sont apparues ces dernières
semaines. Le principe de quatre épreuves en terminale semble acté, avec deux
écrits concernant les deux disciplines de
la « majeure » choisie par l’élève, un
grand oral et une épreuve de philosophie.
Pour remplacer les trois voies actuelles du lycée général (S, L, ES), neuf parcours se dessinent. Des binômes de disciplines « majeures » pourraient être
proposés aux élèves, comme autant de
nouvelles filières : maths-physiquechimie, maths-sciences de la vie et de la
terre,
sciences
de
l’ingénieurphysique-chimie, maths-informatique,
maths-sciences économiques et sociales
(SES), SES-histoire-géographie, lettreslangues, lettres-arts, lettres-philosophie.
L’élève devrait choisir, outre ces deux
disciplines constituant les « majeures »,
deux à trois disciplines « mineures ». Il
pourrait aussi suivre la même discipline
en majeure et en mineure, sous forme
d’un enseignement renforcé. Et tous les
lycéens seraient par ailleurs amenés à
suivre un « tronc commun ». En première, les mathématiques, les lettres, la
langue vivante 1, l’histoire-géographie,
l’éducation physique et sportive. En terminale, la philosophie, l’histoire-géographie, la langue vivante 1 et le sport.
La spécialisation de l’élève serait progressive de la seconde à la terminale,
avec des volumes horaires ramenés à
27 heures de cours hebdomadaires,
selon Claire Guéville du syndicat SnesFSU.
Ces neuf « doublettes » rappellent
l’organisation du lycée précédant la réforme de 1993. À l’époque, les filières du
bac général, aujourd’hui dénommées L
(littéraire), ES (économie) et S (scientifique) étaient plus nombreuses et plus
spécifiques. L’ancien bac C et l’ancien
bac D correspondant précisément à
deux doublettes, respectivement maths
et sciences physiques et maths et sciences de la vie et de la terre. Idem pour la
doublette lettres et langues, qui reprend
le principe du bac A2, ou maths et informatique, qui rappelle la vieille filière E.
S’agirait-il d’un retour en arrière avec
un simple changement d’appellation des
filières actuelles ? Ces parcours sont
« stéréotypés », « contraints » et « finalement assez classiques », pour Jean-Rémi
Girard, du Snalc, selon qui ils ne « mettent pas assez en valeur les différents profils des élèves. On continue à avoir les
scientifiques, les littéraires et les économistes. » Ce projet permettra-t-il de
modifier la hiérarchie des disciplines, au
sommet de laquelle trône le bac scientifique (S), archidominant et que d’aucuns
jugent trop peu scientifique ? « Peu de
70
auditions
ont été nécessaires pour clarifier
le projet de réforme du bac
et du lycée
Ce projet permettra-t-il de modifier la hiérarchie des disciplines, au sommet de laquelle trône le bac scientifique (S) ?
lycéens choisiront les parcours littéraires,
même s’il est positif de respécialiser toutes
les filières », estime Stéphane Crochet,
du SE-Unsa. Pour Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, syndicat de chefs d’établissement, « il existe des invariants de ce que peut offrir un
établissement. Réforme après réforme,
on tourne toujours autour des mêmes articulations disciplinaires, qui correspondent aux débouchés de l’enseignement
supérieur. Le vrai changement, ce sera
celui du bac et de son articulation avec
l’université, pas celui du lycée, qui, à
mon sens, ne révolutionnera pas grandchose ».
Un « choix très guidé »
De fait, le « choix » des lycéens risque de
paraître d’autant plus relatif qu’ils vont
faire face à une réalité contraignante,
celle du stock de professeurs de leur lycée, tous très spécialisés et qui doivent
« faire » leurs dix-huit heures de cours
hebdomadaires. Sans compter l’organisation complexe des emplois du temps.
NICOLAS KOVARIK/IP3
Les personnes auditionnées par Pierre
Mathiot évoquent toutes un « choix très
guidé ». Pas question d’un lycée à la carte, comme certains l’espèrent, permettant de mêler langues et mathématiques
ou art et sciences physiques.
Les choses sérieuses commenceront
dès septembre 2018, en classe de seconde, qui sera semestrialisée. Un tronc
commun pourrait occuper la totalité des
enseignements du premier semestre et
les lycéens pourraient choisir des modules au deuxième semestre, sous réser-
Vers la fin du rattrapage au baccalauréat
MARIE-ESTELLE PECH
FINI LE PASSAGE du baccalauréat au
« rattrapage ». Une notion familière à
tous les bacheliers qui ont présenté
l’examen depuis 1960. C’est une hypothèse constante qui se dégage des
consultations menées par Pierre
Mathiot, chargé par Jean-Michel Blanquer de mener une réflexion sur la réforme programmée de ce monument
vieux de plus de 200 ans. Lourd à organiser, le rattrapage perdrait par
ailleurs de son sens avec la réforme à
venir en 2021, davantage axée autour
du contrôle continu.
Aujourd’hui, l’élève de terminale
présente des épreuves orales de rattrapage – le « second groupe d’épreuves »
dans le jargon officiel - si la moyenne
de ses notes est comprise entre 8 et
10 sur 20. Il ne peut choisir de rattraper
que deux matières parmi les épreuves
écrites obligatoires du bac, les notes
qu’il obtient à chacune de ces épreuves
pouvant alors être substituées à celles
précédemment obtenues. Ils étaient
ainsi 95 000 en juillet 2017 à discourir
deux fois vingt minutes en philosophie, mathématiques ou histoire pour
tenter d’obtenir le sésame avec la peu
honorable mention « passable ». Quelque 60 à 70 % de ces élèves tangents
issus des filières générale, technologique et professionnelle ont réussi. Et
ont permis de gonfler les statistiques
des reçus : 87,9 % de réussite globale
au bac.
Ce deuxième groupe d’épreuves du
bac, qui mobilise des dizaines de milliers d’enseignants en juillet ainsi que
des centaines d’établissements scolaires, pourrait être remplacé par un examen attentif du livret scolaire de ces
élèves tangents.
“
Une épreuve, même
orale, c’est plus fort
qu’un simple regard
sur le dossier
”
STÉPHANE CROCHET, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
DU SE-UNSA
Les syndicats d’enseignants ne pleureront pas sa suppression. « Ces oraux
de rattrapage ne rajoutent pas grandchose et mobilisent beaucoup de monde », estime Frédérique Rolet, du
Snes-FSU, principal syndicat d’enseignants du secondaire. Pour autant,
« selon une enquête que nous avions
réalisée il y a quelques années, les gens y
sont attachés », rappelle-t-elle.
Dans le rapport parlementaire le
plus complet sur le bac datant de 2008,
le sénateur Jacques Legendre faisait
part du fait que ses nombreux interlocuteurs avaient mis l’accent « sur le
caractère profondément insatisfaisant
de ces oraux de rattrapage, ceux-ci
s’apparentant quelquefois à une formalité dès lors que le livret de l’élève semble
plaider en sa faveur ». Les examinateurs sont en effet quelquefois informés dès avant le début de l’oral du
nombre de points nécessaires à l’élève
pour obtenir le bac et de la nature de
son parcours scolaire, via la consultation du livret. Substituer deux notes
d’un court oral à deux épreuves, le plus
souvent écrites, « n’est pas satisfaisant », ajoutait par ailleurs le rapport.
Représentant du principal syndicat
de chefs d’établissement, le SNPDENUnsa, Philippe Tournier considère
pour sa part que ce rattrapage oral
« favorise les élèves aux résultats inégaux, de joyeux drilles qui l’obtiennent
haut la main, tandis que les élèves sérieux et travailleurs mais tangents ne
l’obtiennent pas toujours et sont pénalisés à l’arrivée ». Un examen du livret
scolaire serait pour lui amplement suffisant. Secrétaire général du SE-Unsa,
Stéphane Crochet craint toutefois que
la suppression du rattrapage n’affaiblisse la valeur du bac : « Une épreuve,
même orale, c’est plus fort qu’un simple
regard sur le dossier. » ■
Série noire pour les sapeurs-pompiers
A
Deux jeunes volontaires ont été tués ce week-end dans un incendie qui a fait deux autres morts, dans le
Pas-de-Calais. La semaine dernière, un soldat du feu volontaire savoyard est décédé lors d’une intervention.
SÉCURITÉ Difficile année 2018 pour les
sapeurs-pompiers. La mort de deux
d’entre eux, dans la nuit de samedi à dimanche, dans l’incendie d’une maison
dans le Pas-de-Calais, survient alors
qu’un pompier volontaire savoyard de
64 ans est décédé quelques jours plus tôt.
Le 4 janvier denier, il est tombé dans un
torrent en crue lors d’une intervention
entre Isère et Savoie, alors qu’il se
portait au secours d’un automobiliste en
perdition.
Ce week-end, Arnaud Dauchy et Jonathan Cottret, âgés respectivement de
20 et 32 ans, sont morts en tentant
d’éteindre un incendie à Estrée-Blanche,
qui a également coûté la vie à deux jeunes
habitants de la maison en flammes et fait
trois blessés. Un autre sapeur-pompier a
été brûlé gravement aux mains et aux
jambes et hospitalisé à Lille, tandis que la
mère des deux jeunes gens tués a été admise « en urgence absolue » au service
des grands brûlés du CHRU de cette ville.
L’origine de ce violent incendie n’est
pas encore connue. « Le centre départemental est meurtri », a déclaré le lieutenant-colonel Dominique Guilhem. « La
corporation est entraînée » au risque de
perdre un homme, « mais quand ça
touche l’un des nôtres, nous ne sommes
jamais vraiment préparés », a-t-il déclaré. « Les Français savent ce qu’ils doivent
à tous ceux qui risquent leur vie pour les
protéger », a tweeté le président Emmanuel Macron. Plus d’une dizaine de pompiers sont morts en service depuis cinq
ans, dont au moins cinq étaient des volontaires.
SERVICE SOCIÉTÉ
ve de cohérence. Toutes ces hypothèses
comportent beaucoup d’incertitudes.
Que deviendront, par exemple, les options ou les langues vivantes 2 ? C’est
une source d’inquiétude pour les différentes associations disciplinaires. Le lycée coûte cher. Or proposer certains
cours communs à tous les lycéens pourrait permettre au gouvernement de réaliser des économies. Il peut être tentant
de profiter d’une réforme du lycée pour
réduire le nombre d’options ou de
langues. ■
M.-E. P.
ZOOM
Routes à 80 km/h :
Édouard Philippe se dit prêt
à être « impopulaire »
Dans un entretien au Journal
du dimanche, le premier ministre,
Édouard Philippe, a défendu
la probable réduction de la vitesse
à 80 km/h sur les routes
secondaires, même s’il « comprend
les arguments, et même la
mauvaise humeur », disant
accepter d’être « impopulaire »
si cela peut « sauver des vies ».
Pour tenter d’enrayer la hausse
du nombre de morts sur les routes,
le gouvernement devrait
annoncer mardi l’abaissement
à 80 km/h de la vitesse maximale
sur 400 000 km de routes
secondaires. C’est sur les routes
à double sens hors agglomération,
majoritairement limitées à
90 km/h, que se sont concentrés,
en 2016, 55 % des accidents
mortels, soit 1 911 des 3 477 tués
sur les routes.
EN BREF
Enlèvement d’un bébé :
le père en garde à vue
Un nourrisson de 2 mois,
en danger de mort, qui avait
été enlevé vendredi soir
dans un hôpital de Toulouse,
a été retrouvé vivant samedi soir
et son père a été arrêté.
Un gendarme au repos a repéré
sa voiture dont l’immatriculation
avait été donnée dans l’Alerte
enlèvement du parquet
de Toulouse.
Un homme abattu
devant une discothèque
à Nantes
Un homme a été tué par
arme à feu tôt dimanche matin
devant la discothèque
Le Bilboquet, située sur l’île
de Nantes. La police judiciaire
a été saisie de l’enquête.
Le parquet n’a pas souhaité
donner de précisions sur
les circonstances du drame
ou l’identité de la victime.
LE FIGARO
lundi 8 janvier 2018
SANTÉ
9
lefigaro.fr/santé
DOSSIER
BLESSURES À L’ŒIL :
SOUVENT PLUS GRAVES
QU’ON NE LE PENSE PAGE 10
POURQUOI TANT
DE MAL À SE FAIRE
DU BIEN ? PAGE 12
Des recommandations pour
un bon usage de la mélatonine
LABUNSKIY KONSTANTIN/KOSMOS111 - STOCK.ADOBE.COM/FOTOLIA
Les ventes ayant explosé depuis cinq ans, la Société de recherche en médecine
du sommeil fait pour la première fois le point sur l’efficacité de cette substance.
Course de
vitesse pour
spermatozoïdes
REPRODUCTION Les troubles de la
fertilité touchent environ 15 % des couples
dans le monde. Et on estime qu’un tiers de
ces infertilités sont d’origine masculine.
Pour remédier à ces troubles, il existe des
techniques de fertilisation in vitro. L’injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde (ICSI) est une de ces techniques
consistant en la micro-injection d’un spermatozoïde dans le cytoplasme d’un ovocyte mature grâce à une micro-pipette.
Bien souvent, les spermatozoïdes sont
sélectionnés visuellement par un technicien expérimenté sur la base de leur mobilité et de leur morphologie. Un processus
long, un peu hasardeux, qui peut être traumatisant pour les spermatozoïdes car utilisant de la centrifugation ou des produits
chimiques.
Une équipe de chercheurs de l’université de Stanford (Californie) a imaginé un
moyen simple pour sélectionner les
« meilleurs » des spermatozoïdes, éliminant du même coup les défectueux, à
grosse tête ou à cou tordu.
Ils se sont inspirés d’études d’hydrodynamiques pour tenter de recréer l’intérieur
des voies reproductives féminines. Ils ont
ainsi construit une sorte de piste piscine
munie de microscopiques piliers. Ceux-ci
font 50 μm (millionième de mètre) de hauteur et 10 μm de diamètre. Ils ont testé différents espacements entre les micro-piliers ainsi que différentes longueurs de
piscine. Finalement, ils ont trouvé la
meilleure formule. Et ont vérifié qu’en dix
minutes, ils récupéraient les spermatozoïdes les plus mobiles, avec la meilleure
morphologie et l’ADN dans le meilleur état
possible. Les spermatozoïdes « anormaux » étaient eux éliminés. Un dispositif
qui fait gagner du temps et améliore la
qualité des spermatozoïdes pour la fécondation in vitro (travaux publiés dans Advanced Science).
JEAN-LUC NOTHIAS
La mélatonine améliore
le sommeil dans des
situations particulières,
à condition de respecter
une heure de prise
et un dosage précis.
DELPHINE CHAYET
dchayet@lefigaro.fr
SOMMEIL Présentée – à tort —
comme un « médicament miracle » et
parée de toutes les vertus, la mélatonine a rempli les rayons des pharmacies dès son lancement dans les années
1990. Elle y est toujours vendue sans
ordonnance sous la forme d’un complément alimentaire ou sur prescription médicale au-delà de 2 mg. Mais
« l’hormone de la nuit » a été plus ou
moins boudée par la recherche. Les
rares études menées pour mesurer son
efficacité ont montré qu’elle peut
améliorer le sommeil dans des situations particulières, à condition de respecter une heure de prise et un dosage
précis. « Les résultats de ces recherches
sont méconnus et une certaine anarchie
règne dans la consommation de cette
substance naturelle », observe le
Pr Carmen Schröder, pédopsychiatre
et spécialiste du sommeil au CHU de
Strasbourg.
C’est ce constat qui a conduit la Société française de recherche et médecine du sommeil (SFRMS) à mettre au
point des recommandations, les premières en France, sur la prescription
de mélatonine. Le travail vient d’être
présenté au Congrès du sommeil à
Marseille et sera publié dans les mois à
venir. « L’objectif était d’abord de rappeler son mode d’action sur l’horloge
biologique afin de limiter les mésusages, précise le Pr Schröder, qui a copiloté l’écriture des lignes directrices.
Les médecins sont finalement peu formés aux rythmes circadiens pendant
leurs études. »
Le rôle de la mélatonine, produite
par une glande située à l’arrière du
cerveau, est de préparer le corps humain au sommeil. Sa sécrétion débute
quand la lumière décline et se prolonge tout au long de la nuit, avec un pic
vers 3 heures du matin. Un passage en
« mode veille » qui entraîne une série
de changements dans l’organisme,
dont une baisse de la température cor-
Un nouvel outil de sélection
des spermatozoïdes
Dépôt du sperme
porelle, du taux de cortisol et de la
pression sanguine.
« Elle produit un léger effet soporifique immédiatement après la prise, si la
dose est importante (de 2 à 5 mg) »,
souligne le chercheur Bruno Claustrat,
qui a passé trente ans à étudier ses effets. Mais l’intérêt principal de cette
hormone est dû à son action de reprogrammation de l’horloge biologique,
qui en fait une parade efficace contre le
retard de phase de sommeil. Sont
concernés tous les « couche-tard »
“
Un traitement peut
être envisagé si le
manque de sommeil a
des répercussions graves
à l’école ou en famille
PR SCHRÖDER
”
qui, pour des raisons génétiques ou
conjoncturelles, subissent dans la
journée les effets indésirables de leur
décalage – fatigue, irritabilité, absentéisme, etc. Sans oublier ceux qui pâtissent régulièrement des décalages
horaires.
Selon la société savante, la mélatonine peut ainsi être indiquée à l’adolescence, une période où le rythme
physiologique se déplace naturellement vers le soir. « Un traitement peut
être envisagé si le manque de sommeil a
des répercussions graves à l’école ou en
famille, précise le Pr Schröder. Il faut
alors la prendre deux à quatre heures
avant de se coucher, à une dose inférieure à 1 mg et en libération immédiate. » Avant ce recours à l’ordonnance,
des approches comportementales
doivent être proposées, dont la
suppression des écrans en deuxième
partie de soirée, la relaxation et les
rituels du soir.
Avec le recul, les effets de l’hormone sur l’insomnie du quotidien se sont
avérés moins probants. La Haute
Autorité de santé juge « modeste »
l’efficacité du Circadin, seul médicament contenant de la mélatonine
(2 mg) à libération prolongée. La
SFRMS, elle, tranche en sa faveur, notamment chez les personnes âgées de
plus de 55 ans. « Plusieurs études montrent que ce traitement réduit le temps
avant l’endormissement et améliore la
qualité subjective du sommeil », justifie
le Dr Marie-Françoise Vecchierini,
neurologue au Centre du sommeil de
l’Hôtel-Dieu (Paris). Le groupe d’experts la recommande aussi en cas de
démence, notamment d’Alzheimer,
en l’associant à une luminothérapie.
Vendue librement aux États-Unis,
la mélatonine a peu d’effets secondaires (essentiellement des céphalées) et n’entraîne ni accoutumance
ni syndrome de sevrage. « Mais elle
peut entrer en interaction avec
d’autres médicaments, comme les antidépresseurs et les anticoagulants, et
provoquer des réactions inattendues », relève Bruno Claustrat. Les
études de sécurité sur le long terme
sont rares. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de
l’environnement et du travail (Anses), qui s’est autosaisie après une série d’effets indésirables, doit
d’ailleurs se prononcer prochainement sur son innocuité.
Cette évaluation est d’autant plus
attendue que la consommation de
mélatonine connaît depuis cinq ans
une augmentation impressionnante.
1,4 million de boîtes de compléments
alimentaires se sont écoulées en 2016
et les ventes du médicament ont
quasi doublé en trois ans. Sauf exception, le traitement n’est pas remboursé. Pour Élise Haro, pharmacienne, il semble que « la recherche de
solutions ‘‘naturelles’’ pousse les
Français à se tourner vers cette substance pour dormir, en remplacement
des benzodiazépines ». ■
Zone de recueil
des spermatozoïdes
Infographie
Source : Advenced Science
+@ SUR LE WEB
» Vulgariser
pour mieux soigner
» Pourquoi il est inutile
de se nettoyer les oreilles
» L’addiction aux jeux vidéo
bientôt reconnue par l’OMS
» Par quels mécanismes
meurt-on du cancer ?
» Boire du thé
tous les jours réduirait
le risque de glaucome
Efficacité pour les troubles du sommeil des enfants autistes
L’INSOMNIE touche deux tiers des enfants autistes et a des répercussions majeures sur leur vie. Elle exacerbe les
troubles comportementaux souvent associés à ce syndrome, comme l’hyperactivité ou les stéréotypies. Elle nuit
aux apprentissages. Pour les parents et
la fratrie, elle est synonyme d’épuisement et de stress. Or la mélatonine peut
soulager ces familles, montre une étude
parue en novembre dans le journal de
l’Académie américaine de psychiatrie
de l’enfant et de l’adolescent. Les chercheurs ont testé l’hormone du sommeil
dans une forme pédiatrique mise au
point par un laboratoire israélien auprès
de 125 enfants, âgés de 2 à 17 ans.
« Comparé au placebo, le traitement est
sûr et efficace, concluent-ils. Après
13 semaines, les enfants ont gagné en
moyenne 57 minutes de sommeil par nuit.
Le temps passé à s’endormir a chuté de
près de 40 minutes, sans que les réveils
matinaux ne soient avancés. »
Le médicament a été administré tous
les soirs à un dosage de 2 mg (pouvant
être porté à 5 mg), en libération prolongée – une formule qui permet de com-
penser l’élimination rapide de la mélatonine par le foie. Les effets indésirables
(maux de tête et somnolence durant la
journée) sont « rares et modérés ».
« Il a été montré que certains enfants
présentant un trouble du spectre autistique ont un déficit de sécrétion de la mélatonine », pointe le Pr Carmen Schröder,
pédopsychiatre au CHU de Strasbourg,
rappelant toutefois qu’un faisceau de
facteurs biologiques, comportementaux
ou psychologiques peut expliquer la fréquence des troubles du sommeil chez
ces enfants.
Pour répondre au besoin désespéré de
solutions des parents, les médecins proposent d’abord des stratégies comportementales. Parmi elles, encourager des
horaires du coucher et du lever réguliers, instaurer une routine du soir
consistante et bannir les jeux vidéo
avant le coucher. En cas d’échec, la mélatonine est désormais recommandée.
Depuis 2015, le seul médicament en
contenant, le Circadin, est pris en charge dans cette indication, dans le cadre
d’une dérogation accordée par la Haute
Autorité de santé. ■
D. C.
A
SPL/PHANIE
PSYCHO
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
10
DOSSIER SANTÉ
Blessures à l’œil : souvent
plus graves qu’on ne le pense
Les traumatismes oculaires sont souvent
évitables avec quelques précautions.
moins un quart d’heure, puis aller
consulter tout de suite aux urgences.
La branche reçue dans l’œil, le coup
OPHTALMOLOGIE « Nous avons tous d’ongle de bébé, le gravier ou l’insecte
fiché à la surface de la cornée font extrêl’expérience de gardes de fêtes de fin
mement mal, car celle-ci est 300 fois
d’année passées à recevoir des personnes
plus innervée que la peau, et ces personvictimes de contusions oculaires parfois
nes vont consulter rapidement si la dougravissimes, avec des yeux perdus à cause
leur persiste. Le premier risque d’une
de bouchons de champagne. » Pour le
plaie à l’œil, même superficielle, c’est
Pr Antoine Brézin, ophtalmologiste (hôl’infection. Et en cas d’effraction, l’inpital Cochin, Paris), une règle simple
fection intraoculaire, gravissime, peut
évite l’accident : « Ne jamais ouvrir une
provoquer la perte de l’œil. L’antibiobouteille de champagne en la dirigeant
thérapie est donc systématique.
vers quelqu’un et ne jamais regarder le
De même, le bricoleur ou l’ouvrier
bouchon quand on ouvre une bouteille ! »
qui se projette un morceau de métal ou
« Parmi les 120 000 cas par an accueillis
une mèche d’outil dans l’œil faute
dans les trois centres parisiens d’urgences
d’avoir mis des lunettes de protection
ophtalmologiques - les Quinze-Vingts, la
va immédiatement arriver aux urgenFondation Rothschild et le nouvel Ophtalces. « Mais une blessure à l’œil n’est pas
moPôle de l’AP-HP à Cochin -, 16 % sont
forcément douloureuse, et le plus douloudes urgences traumatiques, précise le
reux n’est pas forcément le plus grave.
Pr Jean-Louis Bourges, ophtalmologiste
Un éclat très petit peut pratiquement
(hôpital Cochin), auteur d’un prochain
passer inaperçu s’il pénètre dans l’œil à
rapport sur les urgences ophtalmologitrès grande vitesse et faire de gros dégâts
ques. Soit près de 20 000. En France, les
sur le cristallin, l’iris, le vitré ou la rétine,
urgences ophtalmologiques représentent
immédiats ou à distance de l’accident,
3 % de toutes les urgences, et chaque anexplique le Dr Éric Tuil, ophtalmologisnée, 6,5 % de la population consulte pour
te (hôpital des Quinze-Vingts, Paris).
une urgence oculaire ressentie, toutes
La règle absolue, c’est donc de toujours
causes confondues. »
rechercher la présence d’un corps étranParmi les 300 000 cas vus aux urgenger, à l’aide de radios et d’un scanner.
ces ophtalmologiques, un sur six vient
D’autant qu’un fragment de fer ou de
pour un traumatisme. « Les hommes de
cuivre négligé libère des sels toxiques
35-45 ans victimes d’accidents de bricopouvant provoquer la perte de l’œil. »
lage, de sport ou professionnels, les femAutre règle absolue : ne jamais toucher
mes âgées qui tombent et les enfants avant
à une plaie de l’œil ni tenter d’enlever un
5 ans sont les plus touchés », indique le
corps étranger. « Il faut mettre un pansemédecin.
ment sans appuyer
du tout, et aller imEn France, les urgences
médiatement
aux
urgences. Les seophtalmologiques représentent
cours mettent une
3 % de toutes les urgences
coque sur l’œil pour
PR JEAN-LOUIS BOURGES, OPHTALMOLOGISTE (HÔPITAL COCHIN, PARIS)
le protéger, ou à défaut le fond d’un gobelet coupé », souligne le Dr Tuil. L’urLes contusions du globe oculaire, sans
plaie, sont les plus fréquentes. Mais pas
gence pour l’ophtalmologiste, c’est donc
toujours les moins graves. « Le bouchon
de fermer le globe au plus vite, ôter ou
de champagne ou la balle de squash peupas le corps étranger, selon sa composivent être très destructeurs : l’énergie du
tion, sa taille et sa localisation, et faire un
choc, transmise jusqu’à l’arrière de l’œil
bilan complet de l’œil, quitte à réopérer
par sa paroi, la sclère, provoque un
plus tard.
œdème qui peut bloquer la vascularisation
Mais la prévention, surtout, devrait
de la macula, la zone majeure de la rétine,
s’améliorer. Le port indispensable de luou du nerf optique. Même transitoire, il
nettes de protection pour des sports
peut induire des lésions gravissimes des
comme le squash, les travaux ou le bricentres de la vision, avec un œil anatomicolage dangereux devrait être systémaquement intact mais qui n’est plus
tiquement rappelé dans les établissefonctionnel. Pour tenter de réduire les
ments concernés et les magasins de
conséquences, ces patients hospitalisés en
bricolage. ■
urgence sont traités par corticoïdes intraveineux à fortes doses. Mais les chances
de récupération sont limitées et les séquelles souvent définitives », explique le
Pr Louis Hoffart, ophtalmologiste (hôpital de la Timone, Marseille).
« Qu’elle soit due à un accident ou à une
agression physique, toute contusion significative mérite un avis médical. Dès
qu’il y a un signe de gravité - œil rouge,
qui fait mal, baisse d’acuité visuelle, vision
double ou anomalies dans le champ de vision -, il faut consulter en urgence un ophtalmologiste », insiste le Pr Bourges.
Même s’il n’y a pas de dégâts apparents,
un examen ophtalmologique avec le
matériel adéquat est préférable pour
contrôler toutes les structures et le fond
de l’œil, en revoyant le patient les jours
suivants pour suivre l’évolution.
En cas de projection chimique dans
l’œil, qu’il s’agisse d’eau de Javel, d’acide, de soude, de chaux, de béton sur un
chantier, un seul réflexe : rincer imméBlessure à la suite d’un accident de plongée.
diatement l’œil sous l’eau du robinet, au
»
cas par an
Nombre d’urgences
ophtalmologiques prises
en charge dans les trois
centres parisiens spécialisés
dans ce domaine
Un organe fragile mais naturellement protégé
LES PRINCIPALES PROTECTIONS DE L'ŒIL
La sclère : membrane très résistante
(le blanc de l'œil) qui recouvre 80 %
de la surface du globe oculaire.
Protection contre les chocs et
les rayons lumineux.
Les paupières : protection
contre les projections et
la lumière intense.
MARTINE LOCHOUARN
«
120 000
Les cils : protection contre
les impuretés, atténuation
des rayons lumineux.
L'iris : en se contractant, il
protège l'œil contre une
lumière trop importante.
La partie avant
est la plus
vulnérable aux
agressions
externes.
L'œil est protégé
par une cavité
osseuse.
La conjonctive : fine membrane dont les
cellules produisent le mucus du liquide
lacrymal. Protection contre les bactéries,
les agents chimiques de l'air et les
poussières.
La cornée : transparente, elle permet
l'entrée de la lumière. Riche en fibres
nociceptives, elle provoque un réflexe
de protection avec le clignement de
l'œil et la sécrétion lacrymale.
Illustration : Sophie Jacopin
Infographie
Tout est réparable…
ou presque
CERTAINES ATTEINTES de l’œil comme les contusions légères vont guérir
d’elles-mêmes, spontanément. Mais le
bilan ophtalmologique d’un traumatisme oculaire doit toujours être complet
et précis, rechercher une atteinte de la
cornée, de l’iris, du cristallin, de l’angle
irido-cornéen, du vitré, de la rétine…
« Chacune de ces structures peut avoir
été abîmée par l’onde de choc de la contusion ou par le traumatisme dû au corps
étranger qui l’a traversée. Après, tout est
réparable ou presque, avec ou sans séquelles. Pour qu’il n’y ait pas de séquelles,
il ne faut pas que la blessure soit survenue
sur l’axe optique, qu’il y ait une cicatrice
dans cet axe », explique le Pr Brézin.
Après une contusion, un petit saignement peut apparaître, formant comme
un petit niveau de sang au pied de l’iris.
C’est un hyphéma, qui guérit normalement spontanément, avec du repos et
un collyre anti-inflammatoire, mais
qu’il faut surveiller. Si cette contusion
s’accompagne d’un décollement de rétine, il faut intervenir chirurgicalement
pour la recoller. Mais, souligne le
1754801/SEAWATERS/STOCK.ADOBE.COM
Pr Hoffart, « si la contusion est violente et
s’accompagne d’une nécrose ou d’une ischémie de la rétine, le pronostic est assez
sombre et les chances de récupération
sont limitées. La rétine est une émanation
du cerveau, donc si elle subit un traumatisme vasculaire, c’est comme un accident vasculaire cérébral : les possibilités
d’intervention sont ensuite limitées ».
Progrès techniques
considérables
Les petites blessures très superficielles
ne touchant que l’épithélium, la couche
superficielle de la cornée, se réparent
spontanément en 24 à 48 heures, mais il
faut veiller au risque infectieux. Dès que
la plaie atteint les couches plus profondes de la cornée, elle peut laisser une cicatrice, une déformation ou les deux. Il
faut alors opérer. « Comme une cicatrice
sur la cornée peut s’accompagner d’une
perte visuelle, une greffe de cornée sera
peut-être nécessaire. De même, toute atteinte du cristallin laissera une cicatrice,
comme une cataracte, et il vaut parfois
mieux le remplacer directement par un
implant », précise le Dr Tuil. Mais aucun
implant ne redonnera le confort de la
vision naturelle.
Certains actes chirurgicaux sont aussi
effectués ultérieurement. Ainsi, une atteinte de l’iris n’est jamais traitée en urgence. « C’est une chirurgie de haut vol,
très difficile, que peu de chirurgiens savent faire. Elle est donc faite dans un second temps », explique le Pr Brézin.
La traumatologie oculaire a bénéficié,
comme toute la chirurgie de l’œil, de
progrès techniques considérables. « Là
où il fallait ouvrir la moitié du globe voilà
trente ans, les vitréotomes actuels nous
permettent d’intervenir en microchirurgie dans l’œil par des sections d’un demimillimètre, d’être beaucoup moins traumatisants, avec un meilleur pronostic »,
souligne le Pr Bourges. Des progrès restent encore nécessaires dans la difficile
prise en charge des lésions des structures entourant l’œil, appareil lacrymal,
muscles orbitaires et fractures de l’orbite en particulier. ■
M. L.
A
Des conséquences qui peuvent se révéler à long terme
« CE QUI EST compliqué en traumatologie oculaire, ce sont les conséquences à
long terme. Quelqu’un qui a reçu une balle de tennis dans l’œil à 9 ans peut faire un
décollement de rétine des années plus
tard, parce que le vitré de l’œil a été
ébranlé, que des tractions sont survenues
sur le vitré, la macula, qui ont créé un terrain favorable au décollement de rétine.
Ou faire une cataracte post-traumatique
parce que le cristallin a été fragilisé. Devant un décollement de rétine ou une cataracte unilatérale chez une personne de
40-45 ans, nous recherchons toujours un
antécédent de traumatisme oculaire »,
explique le Pr Brézin.
Autre conséquence possible, l’apparition d’un glaucome secondaire à un
traumatisme. « Si l’angle irido-cornéen a
été abîmé et si cette lésion n’a pas été décelée au moment du traumatisme, l’écoulement de l’humeur aqueuse de l’œil peut
être perturbé, provoquant une pression
intraoculaire considérable dans un œil,
avec un risque de perte visuelle. Il faut
donc toujours faire contrôler sa tension
oculaire un à trois mois après un traumatisme. » Un saignement mal résorbé
dans la partie antérieure de l’œil peut
avoir la même conséquence.
Lésions dégénératives
Un corps étranger métallique, même
petit, laissé en place, peut aussi avoir des
conséquences ultérieures dramatiques.
Ainsi, le fer se dégrade en libérant des
sels toxiques qui vont peu à peu se diffuser dans tout l’œil, provoquant des lésions dégénératives dans toutes les
structures de l’œil. Cette sidérose oculaire une fois installée est irréversible et
peut être à l’origine d’un glaucome. Un
fragment de cuivre peut avoir la même
conséquence, on parle alors de chalcose.
Mais parfois, certains matériaux inertes
(verre) ou mal situés sont laissés en place et ne seront enlevés que plus tard.
Autre conséquence, le préjudice visuel d’une blessure à l’œil peut se doubler d’un préjudice de confort et d’un
préjudice esthétique, qu’il faut aussi limiter. « Si on peut conserver la sclère
malgré la perte de l’œil, le résultat de la
prothèse sera meilleur parce qu’on aura
préservé le parallélisme des yeux », précise le Pr Bourges. ■
M. L.
Ne jamais
ouvrir
une bouteille
de champagne
en la dirigeant
vers quelqu’un
et ne jamais
regarder
le bouchon
quand on ouvre
une bouteille !
»
PR ANTOINE BRÉZIN,
OPHTALMOLOGISTE
(HÔPITAL COCHIN, PARIS)
UNE RÉACTION
PAS
SYMPATHIQUE
Quand l’œil n’est pas réparable,
il faut parfois l’enlever
en urgence. « Une blessure
oculaire très délabrante peut
exposer à l’extérieur certaines
structures de l’œil qui,
normalement, sont
encapsulées et n’ont jamais
été en contact avec le propre
système immunitaire du
blessé. En cas d’effraction
de l’œil, elles peuvent venir
en contact du sang, et les
défenses immunitaires du
sujet vont les reconnaître
comme étrangères et les
attaquer. Cette réaction de
rejet peut aussi être dirigée
contre l’œil sain, de l’autre côté,
et se déclenche parfois
des années après. C’est ce
qu’on appelle une ophtalmie
sympathique. Pour la prévenir,
il est donc nécessaire, dans
certains cas, de procéder
à l’énucléation de l’œil blessé
afin de préserver l’œil sain.
C’est là qu’intervient
l’oculariste, spécialiste des
prothèses oculaires. Il en existe
plusieurs types, sur un œil
inesthétique ou à la place d’un
globe oculaire, dont certaines
mobiles. Elles sont faites
essentiellement en verre et
sont réalisées de manière
à ne pas pouvoir être
distinguées de l’autre œil. »
M. L.
LE FIGARO
lundi 8 janvier 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
Pourquoi y a-t-il
des ruptures de stock
de médicaments ?
L
MARIE-CHRISTINE
BELLEVILLE
Membre de l’Académie
nationale de pharmacie
BRUNO
BONNEMAIN
Membre de l’Académie
nationale de pharmacie.
es ruptures d’approvisionnement
des
médicaments
constituent une véritable préoccupation de santé publique.
Depuis 2006, les professionnels de santé de tous les pays, dont la
France, ont pu constater la hausse
constante du nombre de ruptures. Et
ce phénomène touche à la fois l’officine et les hôpitaux. Il concerne les médicaments récents, sous brevet, et les
médicaments moins récents, présents
sur le marché sous forme générique.
Ces ruptures ont des causes diverses, d’où la difficulté à endiguer le
phénomène. Une des causes majeures
est liée, comme pour nombre de produits industriels, à l’internationalisation de la production. Pour faire face à
la demande mondiale et optimiser les
coûts de production, liés au renforcement des normes (notamment environnementales), les usines ont été de
plus en plus spécialisées. Et cette
spécialisation a son revers.
Pour certains médicaments, entre l’étape de la
matière active et le conditionnement final dans la
langue du pays à livrer, peuvent intervenir quatre usines,
11
œuvre de plans de gestion de pénurie,
que pour les distributeurs, avec l’interdiction d’exporter si la rupture les
concerne.
Il est encore trop tôt pour voir les effets de ces mesures. Sans nul doute, elles amélioreront la situation. Cependant, il est peu probable qu’elles
éviteront la dégradation de la situation
pour certains médicaments anciens,
essentiels (anticancéreux ou antibiotiques), parce que la cause de leur indisponibilité progressive est largement de
nature économique. Les
États-Unis ont réussi à
Dans le cas des vaccins,
prévenir et diminuer nola volatilité de la demande
tablement les pénuries en
se dotant dès 2013 d’un
au gré de l’actualité est telle
plan stratégique en comque les besoins peuvent doubler
plément des mesures palliatives de premier reou tripler en quelques mois
cours. Dans le même
temps, face au nombre croissant de cichargée des médicaments (Ansm) gère
toyens européens qui n’ont pas accès à
de façon rapprochée, avec les indusdes médicaments essentiels, de nomtriels, les ruptures de stock concernant
breuses réflexions ont été menées en
des médicaments d’intérêt thérapeutiEurope, et la ministre de la Santé néerque majeur (MITM) pour lesquels il
landaise vient de proposer à ses homon’existe pas d’alternative thérapeutilogues européens de réfléchir d’urgenque disponible en quantités suffisantes.
ce à une modernisation du système.
Par exemple, elle recherche avec l’inMais seule une action déterminée des
dustriel l’existence de médicaments
pouvoirs publics peut permettre d’indisponibles à l’export s’il en existe et
verser le phénomène. En France,
accélère les processus d’importation.
l’Académie nationale de pharmacie a
Dans tous les cas, l’Ansm informe
sonné l’alerte dès 2011 ; ses recompresque en temps réel les profesmandations ont contribué à une prise
sionnels de santé et travaille aux
VEZ
U
de conscience de la gravité de la situasolutions thérapeutiques palliatives
O
R
T
E
R
IS
V
A
tion et elle est déterminée à poursuivre
dans
l’intervalle.
S
O
ses actions d’information pour aller
Pour les MITM, la loi n° 2016-41
TOUS N RTS
E
P
plus loin et plus vite, au bénéfice des
du
26
janvier
2016
a
prévu
de
X
D’ E
malades. Il serait effectivement impornouvelles obligations, exigibles
SUR
tant qu’un plan ambitieux soit rapidedepuis
février
2017,
tant
pour
les
RO.FR
ment mis en place. ■
exploitants, avec la mise en
LEFIGA
voire plus, et celles-ci sont souvent
installées dans des pays différents. Le
moindre grain de sable et la chaîne est
rapidement en « tension ». Une autre
cause est la difficulté à anticiper la demande. Par exemple, dans le cas des
vaccins, la volatilité de la demande au
gré de l’actualité est telle que les besoins peuvent doubler ou tripler en
quelques mois ; or, il faut le plus souvent plus d’un an pour fabriquer un
vaccin. La pénurie de DTP-coqueluche
nourrisson est ainsi due à une recrudescence de la coqueluche, qui a incité
les États-Unis, l’Inde et une quinzaine
de pays à inscrire le vaccin au calendrier vaccinal des femmes enceintes
tandis que d’autres États programmaient des rappels.
Depuis 2011, pour améliorer la situation, en France, les autorités ont
multiplié les initiatives. C’est ainsi que
l’ordre des pharmaciens a mis en place
en novembre 2016 un système d’alerte
directe entre les pharmacies d’officine
et les industriels, grâce à un logiciel
« DP-Ruptures ». Bien évidemment,
ce système ne permet pas d’éviter une
rupture si elle est constituée. Cependant, il permet de résoudre des situations où le médicament n’est pas en
rupture de stock mais simplement in-
+@
disponible transitoirement chez le
grossiste-répartiteur qui livre l’officine. Près de la moitié des 22 000 pharmacies françaises sont déjà connectées
avec 68 laboratoires, et les premiers
résultats montrent une réduction significative du nombre de tensions au
niveau de l’officine, première étape
d’une amélioration de la prise en charge au bénéfice des patients. De plus,
DP-Ruptures permet de faire tous les
mois un état des lieux à jour des ruptures en France. De son côté, l’agence
«
»
figaro.fr
sante.le
tamment dans les dimensions numériques, intelligence artificielle et technologique. Les initiatives prises au cours de
la dernière décennie ont créé quelquefois des concurrences et des superpositions de structure, mais en même temps
ont projeté notre pays et nos écosystèmes dans la compétition internationale.
La démarche « tech », qui s’applique
évidemment à la santé, est perceptible
dans le monde entier, mais l’éclatement
des structures en Île-de-France n’en facilite pas toujours la lisibilité et l’accès
pour les acteurs internationaux. Chacun
semble vouloir tirer la couverture à soi,
ce qui engendre non seulement un manque de cohérence, mais aussi une forme
de désintérêt.
Sciences du vivant :
comment passer
de la recherche
au patient ?
Preuve de pragmatisme
Il y a donc un enjeu qui consiste à faire
de la région Île-de-France un écosystème unique et indispensable au développement de la santé du futur. Elle doit
ainsi affirmer sa volonté de concourir
pour les premières places de la compétition en nouvelles technologies et solutions dans la santé et de contribuer à la
compétitivité de notre pays au service
des malades. Pour cela, il faut faire
preuve de pragmatisme, d’intelligence
et faire converger les actions, notamment dans les domaines technologiques
où elle a de nombreux atouts, le numérique, l’intelligence artificielle, les sciences de l’ingénierie, avec une forte volonté d’ouverture à l’international.
C’est dans cet écosystème particulièrement dense, que le pôle de compétiti-
CHRISTIAN
LAJOUX
Président de Medicen Paris Région,
pôle de compétitivité mondial dédié
aux technologies innovantes pour
la santé et les nouvelles thérapies
vité agit comme un catalyseur, un ensemblier et un simplificateur, au service
des chercheurs académiques et de ceux
des entreprises. Il constitue un fléchage
de qualité et d’efficience particulièrement utile qui a pour but de rééquilibrer
les collaborations entre une offre scientifique dense et des start-up et PME
quelquefois démunis dans les phases de
développement de leur activité.
Les projets issus de Medicen Paris
Région ont par exemple permis la mise
sur le marché d’appareils d’imagerie innovants, comme un nouveau mammographe moins traumatisant pour la patiente et optimisé pour la biopsie
(Mammonext), ainsi qu’un système
d’imagerie robotisé et mobile, permettant le guidage d’interventions chirurgicales mini-invasives (IRIMI). L’oncologie constitue un thème majeur : les
projets CReMEC puis IMODI, portés par
une PME et réunissant 18 partenaires,
créent la première filière nationale dédiée à la modélisation des cancers pour
une meilleure personnalisation des traitements. La santé publique est également visée par ces projets collaboratifs,
comme l’impact sur la santé de la pollution des eaux usées. Ainsi, la première
station de vigilance des eaux hospitalières (SVEH) a été inaugurée le 22 novembre 2017 au sein du Centre hospitalier
Sud francilien d’Évry.
L’imagerie interventionnelle, le
diagnostic, le numérique, la médecine
régénérative et les biothérapies ont
constitué les conditions d’échanges
étroits entre les structures académiques,
les petites et les grandes entreprises.
Au-delà de l’émergence et du développement des projets se pose avec de plus
en plus d’acuité la question de la
production des lots cliniques et commerciaux des candidats produits, qu’il
s’agisse des biomédicaments ou des
medtechs.
Les pôles de compétitivité sont les
acteurs désignés, en concertation
étroite avec l’État et les régions, pour
assurer la continuité de la chaîne de valeurs entre la recherche, la volonté de
réindustrialisation et l’accès des marchés internationaux. Il « suffit » maintenant de dépasser le stade du diagnostic partagé pour s’inscrire dans le
volontarisme industriel. ■
MedXperience, les 15 et 16 mars 2018,
sera le premier sommet international de la
santé du futur, initié par la région, Sanofi
et Medicen. www.medxperience.org
A
L
a santé du futur doit être
pensée internationalement et
ses applications localement. La
compétition est mondiale, elle
est scientifique, économique et
stratégique. Elle participe également à
la souveraineté du pays et à son
indépendance.
Quels atouts sont indispensables pour
passer de l’excellence scientifique à la
compétitivité industrielle ? Pour répondre à cette question, prenons l’exemple
de l’Île-de-France. Près de 50 % de la
recherche nationale est réalisée dans
son écosystème. Plus encore, la diversité des disciplines, le lien de plus en plus
étroit avec les sciences dures telles que
les mathématiques, la physique, les
sciences des ingénieurs, le numérique et
les nouvelles technologies sont reconnus au niveau international. La région
est riche d’établissements de soins de
pointe, acteurs de recherche clinique :
APHP, IGR, Curie…
Pourtant, l’Île-de-France n’est pas
encore une capitale mondiale reconnue
des entreprises de santé à la hauteur de
son écosystème scientifique. Bien que
les lignes aient beaucoup bougé au cours
des dernières années. En effet, de nombreux lieux de développement ont
ponctué les différentes initiatives développées par l’État et les collectivités territoriales pour encourager le transfert de
l’innovation et la coopération entre la
recherche publique et les entrepreneurs.
Une trentaine de clusters, parcs d’entreprises, incubateurs, pépinières sont
aujourd’hui concernés par la santé, no-
GE HEALTHCARE
À Buc, dans les Yvelines,
la ligne de production
de la société GE Healthcare
dédiée à la fabrication
d’un nouveau mammographe,
le Senographe Pristina.
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
12
SANTÉ PSYCHOLOGIE
Pourquoi tant de mal
à se faire du bien ?
La difficulté à prendre soin de soi montre que le rapport
au bien-être et au plaisir est plus complexe qu’il n’y paraît.
PASCALE SENK
PROCRASTINATION Il y a de quoi s’arracher les cheveux : vous pratiquez le
yoga en groupe chaque semaine, cela
vous « re-énergétise » ou « vous détend » ou « vous assouplit » si bien !
Vous en parlez avec enthousiasme à tous
vos amis, êtes passionné(e)… Mais
échouez toujours à le pratiquer au quotidien seul(e), chez vous, ce qui est pourtant fort recommandé pour en intensifier
les bienfaits.
« Je veux (faire du jogging, apprendre le
japonais, travailler moins…) mais je n’y
arrive pas. » « J’aimerais – ou j’ai envie de
-… Mais je ne peux pas aujourd’hui. Je
commencerai le mois prochain »… Combien de phrases ainsi martelées tout au
long de l’année ?
Celles-ci interrogent depuis toujours,
bien évidemment, la psychologie. Pour
la psychanalyse freudienne, cette dichotomie est sans aucun doute une preuve
de l’existence de l’inconscient, cette
zone de nous qui nous échappe, « la partie profonde de l’iceberg » d’un moi nous
poussant à faire ce que nous ne voulons
pas et nous empêchant – c’est tout l’art
de la névrose - d’accomplir nos désirs…
Depuis Freud, d’autres regards se posent sur ces empêchements « irrationnels » à nous faire vraiment du bien, et
encore plus sur le long terme. Pour le
philosophe Fabrice Midal, qui publie un
éloge du narcissisme (Sauvez votre peau !
Devenez narcissique. Éd. Flammarion),
ces maux viendraient d’une mauvaise
compréhension du mythe de Narcisse.
Nous avons entendu son récit comme
une critique de l’amour de soi, alors que,
selon l’auteur, le héros nous montre surtout qu’on devrait pouvoir mieux se
connaître. « Le narcissisme n’est pas un
nombrilisme, écrit Fabrice Midal, il n’a
rien à voir avec la vanité, il est tout simplement la reconnaissance de soi en tant
qu’être vivant et digne d’intérêt ».
On pourrait ajouter « et singulier ».
Peut-être alors que les recettes de bienêtre et autres techniques universelles
destinées à se faire du bien ne marchent
pas parce qu’elles sont du « prêt à porter » pour tous, et n’envisagent pas ce
dont nous-même, être singulier, avons
réellement besoin ?
Pour Valérie Richard, coach et auteure
en développement personnel qui publie
Osez enfin penser à vous ! (Éd. Courrier
du Livre), les empêchements à se faire du
bien sont d’ordre culturel. « Dans notre
société judéo-chrétienne, le plaisir de
s’occuper de soi est mal vu et nous-mêmes
n’enseignons pas à nos enfants, par exemple, à prendre soin de leur personne », estime–t-elle. « Chez les femmes, c’est encore plus marqué : il nous faut d’abord
nous occuper des autres, de notre travail,
de notre maison… Avant de prendre soin
de nous. Beaucoup – et notamment vers
l’âge de 40 ans - viennent me consulter
avec cette question qui les taraude : “ j’ai
toujours consacré ma vie aux autres,
pourquoi n’ai-je pas appris à me poser
pour m’occuper de ma vitalité, de mon
corps négligé ?” ». Selon la coach, ces
«
Dans notre société
judéo-chrétienne,
le plaisir de s’occuper
de soi est mal vu et nousmêmes n’enseignons
pas à nos enfants, par
exemple, à prendre soin
de leur personne
»
VALÉRIE RICHARD, COACH ET AUTEURE
EN DÉVELOPPEMENT PERSONNEL
personnes incapables d’un « sain égoïsme » ont plutôt été éduquées à éviter la
souffrance alors qu’elles auraient dû apprendre à rechercher le plaisir de vivre.
De nombreux psychothérapeutes
abordent cette problématique avec un
autre regard. Pour eux, le fait de ne pas
tenir ses résolutions de « mieux vivre »
est d’abord une tendance à la procrastination – toujours remettre à plus tard ce
qui est important pour soi. Parmi les racines de ce comportement : la peur, insidieuse et inconsciente. « Avoir peur peut
être source d’une grande motivation, explique le psychiatre américain John M.
Grohol (sur le site PSYChcentral*). Mais
cette émotion peut aussi renforcer une tendance à ne rien accomplir. » Peur de mal
faire ce qu’il y a à faire, peur de perdre
mon travail si je passe trop de temps à
m’occuper de moi, peur que mon partenaire se sente abandonné si je pars à mon
cours de tennis…
Ces peurs sont aussi nourries par des
« distorsions cognitives » ou manières
irrationnelles d’envisager la situation.
Ainsi, la procrastination est intensifiée
par le fait de surestimer le temps consacré à ce qui doit être accompli. La personne surestime aussi sa motivation – et
sa réussite - à accomplir la tâche dans le
futur.
Ou bien elle croit devoir être dans une
« humeur adéquate » pour faire ce
qu’elle a à faire, sinon ce n’est pas la peine qu’elle s’y mette, alors qu’en réalité,
c’est en faisant que son état d’esprit
changera ! De nombreux psychothérapeutes s’attachent donc à amoindrir,
voire neutraliser ces manières irrationnelles d’envisager les tâches ou pratiques
à accomplir grâce à des entretiens motivationnels remettant la personne en
contact direct avec ses buts et ses valeurs
profondes (« je veux pratiquer le yoga
car cela assouplit mon corps et mon esprit » ou « faire de la marche rapide allège mes pensées »). Mais les stratégies
mentales pour éviter de prendre vraiment soin de soi semblent toujours plus
retorses qu’il n’y paraît. ■
* www.psychcentral.com/lib/learn-aboutprocrastination/
« La contrainte humanise le plaisir »
DIDIER PLEUX, psychologue et
psychothérapeute, vient de publier Le Complexe de Thétis. Se
faire plaisir, apprendre à vivre (Éd.
Odile Jacob).
DIDIER PLEUX
Psychothérapeute
LE FIGARO. - Pour la
psychanalyse, c’est notre
inconscient qui nous empêcherait
d’accomplir ce qui est vraiment
bon pour nous. Qu’en pensezvous ?
Didier PLEUX. - Je pense qu’en
effet, notamment quand nous devons tenir des résolutions, un débat naît en nous entre une pensée
- « ça me ferait du bien d’aller
marcher une heure » – et une
émotion – « je n’ai pas envie, il
fait trop froid ». Mais ce débat n’a
rien d’inconscient, il nous amène
simplement à céder devant ce que
j’appelle notre «synthèse de vie»,
la philosophie qui nous accompagne et nous guide dans l’existence. Ainsi, si je suis du type « Carpe
diem » et considère depuis l’enfance que l’important est de
« jouir avant tout », il est évident
que les situations frustrantes généreront un « j’ai pas envie »
quasi systématique. Je serai alors
juste capable de cette « mauvaise
foi » dont parlait Sartre, en me
retrouvant par exemple à faire
des choses encore plus contrai-
gnantes - terminer un dossier ou
faire le ménage - plutôt que sortir
me faire du bien en marchant…
Les types de plaisirs,
selon qu’ils nous frustrent
ou non, n’ont-ils rien à voir ?
Il y a ces plaisirs immédiats qu’on
trouve à dévorer une tablette de
chocolat, surfer sur Internet ou
faire l’amour… Et puis des plaisirs
qui vous provoquent un bien-être
différé, parfois longtemps après
– avoir appris une nouvelle partition en musique, gagné une compétition, lu l’œuvre de Proust…
On parle alors d’un hédonisme à
long et moyen terme qui nécessite, c’est vrai, de la contrainte
dans l’immédiat. Cependant,
j’insiste souvent, notamment
auprès des addicts qui ne peuvent
résister au plaisir immédiat : ces
plaisirs plus longs à construire
sont beaucoup, beaucoup plus
forts. Je dis à mes patients « tout
immédiat » - qui sont de plus en
plus nombreux : « Économiquement, vous y perdez : vous jouissez
plus vite, certes, mais votre plaisir
est beaucoup moins intense au total car il va en s’amoindrissant, il
s’épuise. »
Pourquoi la contrainte
amènerait-elle plus de plaisir ?
Parce qu’elle humanise le plaisir.
Lorsqu’on est capable de s’adonner à un hédonisme à long terme,
qu’on se lance dans une préparation de voyage au long cours – par
exemple -, on y rêve de longs
mois avant, on diffère nos achats
de billets à la période adéquate,
“
Si on n’a pas eu
une éducation un tant
soit peu frustrante,
on sera vulnérable
à la moindre
difficulté
”
on réalise un jour le périple et
quand on en revient, c’est plein
de souvenirs qui nous accompagneront à jamais… Il y a dans ce
type de réalisations à la fois le
plaisir de les vivre mais aussi celui
d’y penser. Rien à voir avec la
consommation rapidement « expédiée » d’un plaisir immédiat.
Vous dites que vous recevez
de plus en plus de patients
« tout immédiat ».
Que génèrent donc ces types
de comportements ?
Je remarque que les nouvelles
pathologies ont toutes à voir avec
une certaine intolérance à la
frustration. Cela va de la tendance à la procrastination – des patients qui ne parviennent pas à
prendre les rendez-vous médicaux ou professionnels qui s’imposent, par exemple - à une immense anxiété provoquée pas un
sentiment d’impuissance (« je
n’y arrive pas ») en passant par la
vraie dépression quand la réalité
semble toujours plus difficile,
submergeante… « Si tout est si
dur, pourquoi vivre ? », se demandent ainsi certains. En réalité, parce qu’ils n’acceptent aucune contrainte, de plus en plus de
nos contemporains s’affaiblissent. J’observe ainsi que les dimanches soir sont de plus en plus
anxiogènes. Si j’interroge la personne déprimée le lundi matin, je
découvre qu’elle a passé son
week-end sur Internet ou à faire
du shopping ou boulotter devant
sa série préférée… Elle ne s’est
rien imposée, n’a fait aucun effort. Or, il faut savoir introduire
du déplaisant, du contraignant
dans sa vie. Si on n’a pas eu une
éducation un tant soit peu frustrante, comme le pressentait
Thétis pour son fils dans le mythe, on sera vulnérable à la moindre difficulté. On s’étiolera. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
A
Pierre Godeau, l’harmonie, Philippe Mouret, l’incompris
La vie de nos aînés, qu’ils aient
« réussi » ou non, contient bien souvent
matière à réflexion. C’est le cas
du dernier ouvrage du Savoyard
Pierre Godeau, membre de l’Académie
nationale de médecine, figure de la
médecine française. Il est connu sur tous
les bancs des facultés pour un traité
de médecine, constamment réédité
et enrichi depuis plus de 35 ans, que l’on
appelle « le Godeau ». « Il reste un guide
pragmatique de réflexion quotidienne
et décisionnelle pour le praticien qui est
appelé à agir en permanence par des
gestes concrets, loin des spéculations
intellectuelles et des utopies. » Dans son
livre de souvenirs, il a choisi de raconter
des tranches de vie au travers
de « quatre exemples concrets mettant
en relief la pérennité de l’amitié résistant
aux caprices de la destinée ». Il fut
l’un des médecins du roi du Maroc,
Hassan II, il ne s’en cache pas mais
on cherchera, heureusement en vain,
une petite anecdote « croustillante ».
Il évoque longuement son amitié avec
Lionel Bécourt, « médecin de banlieue,
médecin des pauvres ! ». Avec d’autres.
Cet amateur de décapotables sportives
découvre les avantages du TGV. À défaut
de profiter des paysages, il aimera, à son
corps défendant, le voyage car il est
propice à la méditation et à l’évocation
des souvenirs. C’est peut-être pour cela
qu’il acceptera de se plonger dans
des documents de famille. Ressurgiront
alors des souvenirs « perdus »
de sa grand-mère, Delphine, « femme
dominante qui a la fin du XIXe siècle
avait 50 ans d’avance sur les femmes
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
de sa génération » et qui n’est pas pour
rien dans son engagement médical.
Autre grand médecin, autre destin.
C’est Gilbert Schlogel qui nous
raconte Philippe Mouret (1938-2008),
« le Français qui a bouleversé la pratique
chirurgicale du monde entier ». En 1987,
il réalise la première cholécystectomie
laparoscopique. En clair, il a enlevé
à une patiente sa vésicule biliaire sans lui
avoir « ouvert » la paroi abdominale.
C’était une innovation de rupture
qui a « envahi » toute la chirurgie
abdominale. Au début, Mouret
est la cible de certains chirurgiens,
« incrédules, moqueurs ou méprisants »,
qui jugent l’opération comme
« une acrobatie technique sans intérêt ».
Parlez-en aux patients, aux milliers
de patients opérés par cette technique,
s’exclame Gilbert Schlogel. Puis
les succès s’enchaînent. La technique
s’équipe de caméras, devient miniinvasive, ambulatoire… Philippe Mouret
se lance alors dans la création d’un
centre privé de chirurgie abdominale
à ventre fermé. Très vite, le centre est
prêt. Mouret s’est lourdement endetté.
Mais les administrations tardent
à donner l’autorisation d’ouverture et
d’exercice. Sécurité sociale, ministère,
CRAM, DDASS, CPCAM tergiversent.
Les créanciers du chirurgien
s’impatientent, puis font saisir
ses biens… Ruine et liquidation
judiciaire. Puis exclusion de
l’Ordre des médecins…
Mouret le découvreur
devient un paria… Quelle
injustice !
CAPRICES DU DESTIN,
CONSTANCE DE L’AMITIÉ...
Un médecin se penche
sur son passé. Pierre
Godeau. Éditions Fiacre.
PHILIPPE MOURET
Une (R)évolution
pour la cœlio-chirurgie.
Gilbert Schlogel.
Sauramps Médical.
LE FIGARO
lundi 8 janvier 2018
SPORT
13
Bordeaux, en crise, humilié par Granville
Le petit club normand a réalisé l’exploit des 32es de finale de la Coupe de France en éliminant les Girondins.
de Granville
u L’exploit
contre Bordeaux
Granville, quart de finaliste en 2016,
n’avait jamais éliminé une formation de
Ligue 1. C’est désormais de l’histoire ancienne. Les amateurs normands, qui évoluent en 4e division, ont créé la sensation
du week-end en se payant le scalp de
Bordeaux (2-1, a.p.). Un long dimanche
de cauchemar pour les Girondins, avec
une égalisation granvillaise à 10 secondes
de la fin du temps additionnel (94e), trois
cartons rouges et une humiliation. Avec
une seule petite victoire depuis la gifle reçue face au PSG (6-2) fin septembre, Jocelyn Gourvennec, dont la tête est réclamée depuis plusieurs semaines par une
partie des fans bordelais, pourrait bien ne
pas résister à cette nouvelle claque…
Montpellier a bien failli connaître la
même mésaventure à Pontarlier, pensionnaire de National 3, soit quatre divisions en-dessous du MHSC. Sur un
terrain difficile, les hommes de Michel
Der Zakarian s’en sont finalement sortis à
l’issue de la séance de tirs au but (1-1, 2
tab 4).
Petit Poucet Still a bousculé
u Le
l’Ogre Troyes
Entré dans les annales, comme Houilles,
en devenant le plus petit club à se qualifier pour les 32es de finale, le FC Still, qui
joue en Régionale 3 Alsace (8e division), y
a cru contre Troyes. Longtemps, les Alsaciens ont tenu bon. Avant de craquer sur
un but de l’inusable Benjamin Nivet (0-1,
80e). Du coup, Houilles ayant également
u Lille et Monaco se sont fait peur
Appelé à la rescousse fin décembre au
chevet d’un Losc embourbé dans les profondeurs de la Ligue 1 (18e), Christophe
Galtier n’a pas raté sa première. Mais si le
résultat est positif, les Dogues n’ont pas
franchement rassuré au Mans, désormais
en 4e division (2-4). Lille, qui menait 2-0
après 13 minutes avant de se faire rejoindre à la demi-heure de jeu, a attendu la
95e minute pour se mettre à l’abri. Si
Les Petits Poucets sont
désormais des équipes
de National 3, l’équivalent
de la 5e division
Monaco s’est fait reprendre par deux fois
sur la pelouse d’Yzeure (N2), le champion
de France en titre a su accélérer au retour
des vestiaires sous la houlette d’un excellent Guido Carrillo, auteur d’un triplé,
pour se sortir du piège tendu (2-5).
Ligue 2 a fait souffrir
u La
la Ligue 1
Les clubs de l’antichambre de l’élite ont
donné beaucoup de fil à retordre aux
équipes de L1 ce week-end. Deux sont
même parvenus à leur fin : Lorient, 7e de
Ligue 2, sur la pelouse d’Angers (0-2) et
surtout Sochaux, 8e en L2, qui a humilié
Amiens à Bonal (6-0). Poussé en prolongation par Valenciennes au Vélodrome,
Marseille a été libéré par Jordan Amavi
(1-0, 103e). Côté lyonnais, le sauveur se
nomme Maxwel Cornet, auteur d’un
coup franc décisif dans le temps additionnel à Nancy (2-3, 94e). Guingamp
s’est contenté du strict minimum contre
Niort (1-0) tandis que Saint-Étienne, rapidement en supériorité numérique
contre Nîmes, a moins transpiré (2-0). ■
CHARLY TRIBALLEAU/AFP
FOOTBALL La magie de la Coupe de
France tend à s’estomper. Globalement,
les clubs professionnels, et en particulier
de Ligue 1, ont fait honneur à leur statut
lors des 32es de finale de la Coupe de
France ce week-end. Quelques frayeurs,
parfois de grosses bouffées de chaleur.
Mais, au final, peu de surprises. Si ce n’est
une. Une vraie.
vu son parcours prendre fin contre
Concarneau (0-3), les Petits Poucets sont
désormais des équipes de National 3,
l’équivalent de la 5e division : Canet-enRoussillon, Saint-Lô et Biesheim.
L’arbitre Thomas Leonard sanctionne d’un carton rouge le joueur bordelais Thomas Carrique (deuxième à gauche),
lors des 32es de finale de la Coupe de France opposant Granville à Bordeaux (2-1), dimanche, au stade Louis-Dior de Granville.
Cardinale plombe Nice à Toulouse
Trois chocs entre clubs de Ligue 1
étaient prévus lors de ces 32es de
finale. Alors que Rennes et le PSG
devaient en découdre dimanche soir,
Toulouse et Strasbourg sont sortis
vainqueurs des deux premiers duels.
Au Stadium, le TFC a reçu un joli coup
de main du portier niçois Yoan
Cardinale, auteur d’une (nouvelle)
bourde à l’origine de l’unique but de
la partie (1-0). « Ça arrive à tous les
gardiens, l’a défendu son coéquipier
Dante. J’ai joué avec de très grands
gardiens qui ont aussi fait de grosses
boulettes. Même pire. Notre
confiance en lui ne change pas. »
Un coup d’arrêt pour les Aiglons, qui
avaient terminé 2017 par une belle
série (5 victoires en 6 matchs en L1).
Les Strasbourgeois ont, eux, mieux
démarré la nouvelle année qu’ils
n’avaient clôturé la précédente en
prenant le meilleur sur Dijon
(3-2 a.p.) à la Meinau.
V. D.
Le vélo, entre tradition et modernité
Dernier volet de notre série,
le vélo est un symbole de
liberté, de vitesse, parfois
encombré de controverses.
Le matériel des sportifs
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
6/6
CYCLISME Le vélo ne se cache plus. Il
défile en ville. Source de bien-être.
Symbole de liberté. Il s’expose dans
les vitrines, comme celles de Paul
Smith, s’accroche au mur comme un
tableau dans sa déclinaison « fixies »
(vélos urbains à pignon fixe, inspirés
des coursiers new-yorkais). Vélo
tendance. Et, en compétition, il s’inscrit comme un concentré de technologie. À l’ombre de l’Orange Vélodrome, épilogue brûlant du dernier
Tour de France, dans le périmètre réservé aux équipes, régnait une effervescence comparable à celle qui bout
dans les stands des écuries de Formule 1, de Moto GP ou les zones d’assistance des équipes de rallyes WRC.
Partout, le vélo trônait. Rutilant objet
du désir. Au centre de toutes les attentions. Des mécaniciens aux gestes
sûrs aux coureurs, en passant par les
spectateurs ou les commissaires.
Quête de performance, souci d’équité
autour d’un objet qui a évolué.
En plus de cent ans, le vélo du
vainqueur du Tour de France a fondu,
passant de 20 kg à 6,8 kg (« Si les
constructeurs avaient carte blanche,
on descendrait en dessous des 5 kg
pour certains vélos », assure Thomas
Voeckler, jeune retraité). Le carbone
a remplacé l’acier et l’aluminium. Les
pédales automatiques (1984), les
roues lenticulaires (1985), le guidon
de triathlète (1989), le changement
de vitesses au guidon (1990), jusqu’au
plateau non rond (à l’aspect ovale) de
Christopher Froome ont fait leur apparition. Sans négliger le souci de
l’indispensable sécurité (plus de
100 km/h dans les descentes). Vélo et
champion, une histoire intime. Thomas Voeckler résume : « C’était mon
Pour Bernard Hinault (ici en 1983 sur le Tour de France ), « la recherche
a commencé dans les années 1977-1978 ». BRUNO BADE/BUREAU233
plateaux, en essayant de diminuer le
outil de travail, j’en prenais soin. Je me
poids. Sa génération n’avait pas les
souviens d’une fois où mon épouse
matériaux composites qu’on a eus
avait laissé traîner un carton vide sur le
après, dans les années 1980-1990. Par
vélo, cela avait occasionné une belle
ailleurs, le système des freins a été inpetite engueulade parce que mon vélo,
tégré dans les câbles, au lieu de filer le
cela faisait vraiment partie de moi. »
long du cadre. Et maintenant, c’est le
Le vélo le plus cher du peloton du
dérailleur électrique. Si j’étais pro
Tour est, selon, le magazine Cycle,
aujourd’hui, j’aurais des freins à
celui de Sky : 15 000 euros. « Certains
disque pour, un peu compassionnés ont des vélos
me dans l’automobile,
plus beaux que ceux des
freiner au dernier moment
pros. Entre une paire de
avant de prendre une
roues qui coûte 500 euros
courbe. Les freins à diset une qui vaut 2 000 ou
que, au niveau aérodyna2 500 euros quand on les
misme, ce n’est peut-être
fait tourner entre les
pas ce qu’il y a de mieux,
doigts, on sent tout de suide vélos vendus en
te la différence, et il y a une France lors de l’année car c’est une masse supplémentaire que l’on rapmultitude de petites choses
2016, dont 134 000
porte. Il faut travailler,
comme cela », indique
vélos électriques
(source
:
Union
parce qu’au niveau perBernard Hinault.
Sport & Cycle)
formance, il y a moyen de
Le quintuple vainqueur
faire de sacrés numéros. »
du Tour de France revisiSelon Cycle News, l’équipe Trekte l’évolution qui a touché l’allure et
Segafredo sera cette année équipée
la technique du vélo : « La recherche a
de freins à disque sur les classiques et
commencé dans les années 1977-1978.
les grands Tours (Marcel Kittel, le
J’ai eu la chance d’être à la régie Resprinter allemand de l’équipe Quicknault et de profiter de la soufflerie, de
Step, est en juillet dernier devenu le
ce qui se faisait en Formule 1. Eddy
premier coureur vainqueur d’une
Merckx, lui, n’avait pas travaillé sur
étape du Tour de France sur un vélo
l’aérodynamisme, il avait recherché la
avec des freins à disque).
légèreté en faisant des trous sur les
3
millions
En dix-sept ans de carrière, Thomas Voeckler a vu le vélo évoluer.
Sans être dénaturé. Il souligne : « Cela
n’a pas été révolutionné. C’est peutêtre ce que les gens aiment aussi. Il y a
cinquante ans, on pédalait avec un dérailleur, une chaîne, des étriers, des
patins… C’est bien d’avoir des évolutions, mais qu’un vélo reste un vélo. En
revanche, ce qui l’est moins, ce n’est
pas sur les machines, mais sur les
oreillettes. Je ne suis pas contre les
progrès, mais les oreillettes généralisées, comme les capteurs de puissance
généralisés, cela permet de trop réguler la course, cela dénature. Un capteur de puissance, c’est un outil formidable pour l’entraînement, indispensable pour la nouvelle génération,
pour progresser et travailler de manière scientifique, mais je pense que si on
les supprimait, non à l’entraînement,
mais en course, cela pourrait débloquer des situations et rendre l’ensemble plus attrayant. Faire naître des vocations et donner envie à plus de
sponsors de venir. »
Et s’inscrire dans le sillage de ce
vélo dans l’air du temps (en 2016, plus
de 3 millions de vélos ont été vendus
en France et 2 millions de voitures)
qui, chez les Anglo-Saxons, concurrence le golf comme hobby des quadras et quinquas aisés. Vélo chic.
Avec des vélos haut de gamme. D’où
la mode du « bikepacking » (le voyage à vélo), que raconte Claude
Droussent dans Les Plus Beaux Endroits pour pédaler (Éditions Gründ).
Des paysages et des parcours de rêve
loin des controverses qui hantent le
milieu professionnel, comme le révèle l’enquête passionnante (Rouler plus
vite que la mort, Éditions Grasset) de
Philippe Brunel, parti sur les traces
du mystérieux Istvan Varjas, « physicien hongrois concepteur de vélos à
moteur ».
Un récit hanté par le spectre de
Lance Armstrong. Méandres illustrant la fragilité d’une discipline qui
doit sans cesse lutter pour sa crédibilité, mais qui, force séculaire, demeure à la mode… ■
ZOOM
Rugby : Montpellier
nouveau leader du Top 14
Grâce au septième succès avec
bonus offensif de sa saison,
Montpellier, vainqueur du Stade
Français Paris (28-16), a repris
la tête du championnat devant
La Rochelle, auteur d’un match
nul fleuve (38-38) à Oyonnax.
Dans le bas du tableau, Brive et
Agen respirent après leurs
victoires respectives contre
Toulon (13-12) et Castres (30-3).
Si les deux clubs restent
en position de relégables,
ils recollent au classement.
TOP 14 - 15E JOURNÉE
BORDEAUX (8)
BRIVE (12)
AGEN (13)
OYONNAX (14)
MONTPELLIER (1)
PAU (9)
RACING 92 (4)
19-10
13-12
30-3
38-38
28-16
11-10
Hier
LYON (7)
TOULON (5)
CASTRES (3)
LA ROCHELLE (2)
PARIS (11)
TOULOUSE (6)
CLERMONT (10)
EN BREF
Football : Coutinho
3e transfert le plus cher
Le Brésilien Philippe Coutinho
(25 ans) est en passe de devenir
le troisième joueur le plus cher
de l’histoire en quittant
Liverpool pour le FC Barcelone
contre la somme de 160 M€,
dont 40 M€ de bonus. Le milieu
offensif de la Seleçao doit passer
ce lundi la visite médicale
validant son contrat de cinq ans
et demi en Catalogne.
Blaise Matuidi victime
d’insultes racistes à Cagliari
L’international français de la
Juventus Turin a été la cible
d’insultes racistes à Cagliari,
en championnat d’Italie.
Les faits ont eu lieu peu avant
la 40e minute du match. Après
un duel avec un défenseur de
Cagliari, l’ex-milieu de terrain
du PSG s’est tourné l’air furieux
vers une tribune de la Sardegna
Arena. L’arbitre, M. Calvarese,
n’a pas réagi, et Matuidi, très
énervé, a été calmé et éloigné
par ses coéquipiers, avant d’être
sanctionné d’un carton jaune.
Rallye : triplé de Peugeot
sur la 2e étape du Dakar
Après la victoire du Qatarien
Nasser al-Attiyah (Toyota) lors
de la première étape, le Français
Cyril Despres (Peugeot) s’est
imposé hier dans la 2e étape,
devant ses coéquipiers
et compatriotes Stéphane
Peterhansel et Sébastien Loeb.
Il occupe la première place
du classement général (autos)
avec 27 secondes d’avance sur
Peterhansel.
A
VINCENT DUCHESNE vduchesne@lefigaro.fr
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Les Bleus terminent en demi-teinte leur préparation
Les derniers matchs ont montré des signes favorables et quelques faiblesses au coach Didier Dinart, dans l’optique de l’Euro 2018.
HANDBALL Trois victoires en trois
matchs, voilà comment préparer un
championnat d’Europe de manière
idéale. Jusqu’à la dernière seconde de la
rencontre amicale face au Danemark
(28-29), les Français y ont cru ce dimanche à l’AccorHotels Arena. Un tir à
la hanche scandinave a toutefois déchiré
cette belle image. Restent deux victoires
contre la Norvège (32-27), puis l’Égypte
(33-23), pour une défaite, donc…
« Il n’y a pas de match facile, soufflait
Nikola Karabatic hier, tout le monde se
prépare et essaye de gagner de la
confiance. Contre les Danois, on n’arrive
pas à tuer le match, alors qu’on l’a entre
les mains. Ce n’est qu’une rencontre amicale, la victoire, comme la défaite, ne veut
pas dire grand-chose… L’important, c’est
la manière. Nous avons montré ce que
nous savons bien mais aussi mal faire. »
Auparavant, l’équipe de France s’était
rassurée contre les Norvégiens, puis les
Égyptiens, deux équipes contre lesquelles les Bleus avaient enregistré deux défaites en octobre 2017.
« Si nous jouons avec cette rigueur,
nous pouvons montrer un beau visage »,
analysait Didier Dinart, conscient des
progrès de son groupe. Avec un dispositif innovant - Porte et Caucheteux aux
ailes, Mem et Nikola Karabatic arrières,
Tournat en pivot et Mahé en demi-centre -, les Français ont étouffé leurs adversaires, démontrant une belle effica-
cité offensive contre les Africains, en
particulier. Le plus efficace des Français
a été Quentin Mahé (7/9), devant Raphaël Caucheteux (4/5) et Nedim Remili
(4/6).
L. VADAM/MAXPPP
ALFRED REY arey@lefigaro.fr
convoqués. Ainsi, l’ailier de Saint-Raphaël, Raphaël Caucheteux, meilleur
buteur du championnat de France, a effectué ses premiers pas en Bleu… à
32 ans. Un rêve éveillé pour ce joueur
qui n’a plus à faire ses preuves au niveau
national, mais qui découvre la vie en
bleu : « Chaque fois que tu joues avec la
boule au ventre, tu joues mieux… J’avais
envie de bien faire, car cela fait dix ans
que j’attends ce moment. Ça durera peutêtre une semaine, mais je profite chaque
instant. »
Samedi, lors de la large victoire française contre l’Égypte (33-23), d’autres
nouveaux se sont illustrés. En l’absence
de Nikola Karabatic, Vincent Gérard et
Michaël Guigou, les Nantais Cyril Dumoulin (33 ans), les deux Nicolas, Claire
“
Si nous jouons
avec cette rigueur,
nous pouvons
montrer un beau
visage
”
DIDIER DINART, ENTRAÎNEUR DES BLEUS
Dans le cadre de cette préparation au
championnat d’Europe 2018, Didier Dinart a pu tester les ressources de la liste
élargie de vingt et un joueurs qu’il avait
(30 ans) et Tournat (23 ans), ont formé
une belle colonne vertébrale gardiendemi centre-pivot. Le jeune Romain
Lagarde (20 ans) a, lui, signé une seconde période remarquable (1 sur 4 au tir,
3 passes décisives). Ces quatre Nantais,
tous privés de Mondial l’an passé, ont
marqué des points pour l’Euro à venir.
Anciens comme nouveaux attendent
désormais la liste de seize (ou dix-sept)
joueurs communiquée ce lundi par Didier Dinart et son staff. Les heureux sélectionnés s’envoleront mercredi pour
la Croatie, où débutera le championnat
d’Europe dès vendredi 12 janvier. Les
Bleus retrouveront pour l’occasion un
adversaire qu’ils connaissent bien,
puisqu’il s’agira… de la Norvège, avant
d’affronter l’Autriche et la Biélorussie. ■
Les promesses de Gilles
Simon et de Gaël Monfils
INDRANIL MUKHERJEE/AFP, IBRAHEEM AL OMARI/REUTERS
Vainqueurs
respectivement
à Pune et à Doha,
les deux Français
ont débuté 2018
à la perfection.
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
TENNIS L’un, Gilles Simon, était sur la
photo des vainqueurs de la Coupe Davis
2017 sans avoir joué la finale France-Belgique, mais seulement le 1er tour au
Japon. L’autre, Gaël Monfils, n’a même
pas eu droit à une réplique du Saladier,
ayant manqué l’intégralité de la campagne victorieuse des Bleus. Il faut dire que
les saisons 2017 des deux potes d’enfance
ont viré au cauchemar. Déjà (presque) de
l’histoire ancienne grâce à leurs victoires
en finale samedi à Pune pour Simon et à
Doha pour Monfils. Deux joueurs français, vainqueurs le même week-end
d’un tournoi ATP. Une performance rarissime, arrivée à deux reprises par le
passé : en janvier 2000 (Santoro à Doha
et Golmard à Chennai) et en juillet 2007
(Santoro à Newport et Mathieu à Gstaad).
Auteur d’une saison 2017 catastrophique, Gilles Simon a frappé fort en Inde en
s’adjugeant son 13e titre sur le circuit, le
premier depuis près de trois ans
(Marseille, en février 2015). Tombeur du
Croate Marin Cilic, 6e mondial en demifinales, le Niçois a maté en finale (7-6,
6-2) le Sud-Africain Kevin Anderson, 14e
mondial et finaliste du dernier US Open.
Résurrection pour un joueur de 33 ans
que l’on croyait fini. En 2017, Simon a
ainsi dégringolé de la 25e à la 89e place
mondiale. Après son sacre inattendu en
Inde, il fait un bond de 32 places pour se
Gilles Simon (à gauche) a remporté son 13e titre, samedi à Pune, en Inde ; Gaël Monfils son 7e, samedi, à Doha, au Qatar.
hisser au 57e rang. De quoi effacer quelques doutes. Battu à 14 reprises au 1er
tour, il n’a jamais enchaîné trois victoires
consécutives la saison dernière. Il s’est
pourtant imposé cinq fois consécutivement en Inde et s’est offert, en une semaine, trois joueurs du top 20 (RobertoBautista Agut, Marin Cilic et Kevin
Anderson).
En 2017, il n’avait signé qu’un seul
succès face à un joueur de ce standing…
« Je ne réalise toujours pas comment j’y
suis arrivé. Je suis vraiment heureux
d’avoir réussi à le faire ». Pour sa 19e finale en carrière, la première depuis Metz
2015, Simon a fait du… Simon, en faisant
déjouer la machine à aces Kevin
Anderson, tête de série numéro 2, qu’il
n’avait jamais battu auparavant en trois
rencontres. Le Français a mis fin à une
longue traversée du désert personnelle à
porté à Doha son septième titre en carrière en croquant en finale le Russe Andrey Rublev (6-2, 6-3) et a mis fin à une
longue parenthèse désenchantée. Le Parisien, qui avait achevé 2016 à la 6e place,
a été rattrapé la saison dernière par les
blessures pour dégringoler à la 46e place,
son plus mauvais classement depuis l’été
2013. Souffrant d’une blessure au genou
droit, il n’avait plus joué en compétition
depuis son abandon au 3e tour de l’US
Open contre David Goffin début septembre. Il a effectué pour Doha une demande
d’invitation à la dernière minute, quelques jours après Noël. Initiative gagnante
et invitation bien honorée.
Il devient au passage la première wild
card à s’imposer au Qatar depuis Nicolas
Escudé en 2004. Bénéficiant d’un tableau
très dégagé, il est vrai, Monfils n’a croisé
aucun membre du Top 30 sur sa route,
l’autre bout du monde. Cette victoire
surprise valide ses choix radicaux. L’ancien numéro 6 mondial ayant tout remis
en question, à l’issue de sa catastrophi-
“
Je ne réalise toujours
pas comment j’y suis
arrivé. Je suis vraiment
heureux d’avoir réussi
à le faire
GILLES SIMON
”
que année 2017, en se séparant de l’ensemble de son staff. Il voyage désormais
seul et cela a parfaitement fonctionné
cette semaine. Il faudra bien encore
compter sur lui en 2018.
Comme il faudra compter sur Gaël
Monfils. Le showman de 31 ans a rem-
mais a eu le mérite de saisir les opportunités. Le Parisien disputait sa quatrième
finale à Doha (après 2006, 2012 et 2014)
et sa 27e sur le circuit. L’élève de Mikael
Tillstrom n’en avait auparavant gagné
que six sur vingt-six…
Face à Rublev, il n’a pas tremblé et a
assumé son statut de favori pour décrocher son premier succès depuis
Washington en 2016. « À cette époque,
j’étais presque au sommet, j’avais fait une
très bonne année, mais je n’ai pas vraiment pu défendre mes chances en 2017. Je
me suis bien reposé, longtemps, et je veux
revenir en force en 2018, c’est mon but. »
Remis de ses pépins à un genou et à un
tendon d’Achille, l’Antillais progresse de
sept places à la 39e position. Pas suffisant
toutefois pour être tête de série à l’Open
d’Australie (15-28 janvier). Certains gros
bras peuvent déjà trembler. ■
Martin Fourcade en orbite avant les Jeux olympiques
Avec sa double victoire du week-end, le Français réaffirme son ambition moins d’un mois avant le rendez-vous de Pyeongchang.
BIATHLON Martin Fourcade ne pouvait
pas mieux débuter 2018. À croire que les
agapes de fin d’année ont entretenu chez
lui le goût de la victoire, dans la foulée de
la mass-start du Grand-Bornand remportée juste avant les fêtes. En Allemagne, le week-end dernier, le Français a
vu grand. Vingt-quatre heures après
avoir remporté le sprint, il s’est adjugé la
poursuite d’Oberhof, pour signer un
doublé en forme de message envoyé à
tous ses adversaires : le patron, c’est toujours lui !
Avec dix podiums en dix courses cette
saison, Martin Fourcade (29 ans) témoigne en effet d’une exceptionnelle régularité. Un socle de performances qui fait de
lui la cible numéro un des autres concurrents, parmi lesquels les Norvégiens Jo-
hannes Boe (24 ans), son frère Tarjei (29
ans) et Emil Svendsen (32 ans), trois
gaillards qui contestent sa suprématie
avec force et talent. Après avoir assisté à
un véritable festival du plus jeune des
Boe, lequel a enchaîné cinq victoires fin
2017, Martin Fourcade, remonté, souhaitait poursuivre l’opération recadrage à
Oberhof. Mission accomplie. Plus fort, il
a pris de nouveau un ascendant psychologique.
« Le combat, c’est moi qui le mène !
a ainsi clamé l’enfant de Céret, dans les
Pyrénées-Orientales. C’était encore un
beau match avec Johannes (Boe), parce
qu’on évolue clairement au-dessus des
autres, tous les deux. Mais, entre nous, il y
a un avantage de son côté du point de vue
physique et un avantage pour moi au niveau de la régularité et du tir. Cela fait des
courses serrées avec des vainqueurs qui
changent. »
Grâce à son doublé, Fourcade a répondu de la plus belle manière aux provocations des deux jeunes Vikings, que l’on a
vus être défiés du regard par le Français,
après le dernier tir de la poursuite. À ce
moment-là, Martin Fourcade savait sa
victoire acquise.
« Je n’ai pas peur »
JENS MEYER/AP
A
LAURENT LOUËT £@LaurentLouet
Martin Fourcade célèbre sa victoire,
vendredi, à Oberhof en Allemagne.
« Je n’ai pas chambré, se défendait-il
après coup, tout gentil, j’ai juste répondu
à ma manière. Emil Svendsen avait dit à la
télévision norvégienne que je faisais dans
mon pantalon et que j’avais peur. C’était
donc ma façon de répondre : je les respecte,
ils sont très forts, mais je n’ai pas peur ! »
Si ce doublé le conforte à la première
place du classement général de la Coupe
du monde de biathlon, il semble également le propulser tout droit vers le destin
olympique qui l’attend à Pyeongchang
(Corée du Sud), du 9 au 25 février pro-
chain. La meute nordique est prévenue.
« Il faut que j’élève mon niveau, reprend le
Français. Ce sont des courses extrêmement difficiles physiquement, mais aussi
mentalement. Il y a une très grande adversité, que ce soit les frères Boe ou Svendsen.
Ce sont de grands adversaires, donc il faut
sortir de grandes courses pour les battre.
Mais je prends encore plus de plaisir à le
faire. »
La prochaine confrontation ne tardera
pas, puisque tout ce petit monde a prévu
de se retrouver lors de l’étape de Ruhpolding (Allemagne), dès le week-end prochain. À moins d’un mois des Jeux olympiques d’hiver, Martin Fourcade tentera
certainement d’enchaîner les victoires,
histoire de répondre à la récente série de
Johannes Boe et d’en remettre une couche à l’égard d’Emil Svendsen… « Emil a
fait sa petite pique, mais aujourd’hui il doit
se trouver un peu bête. » ■
lundi 8 janvier 2018
LE CARNET DU JOUR
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Amboise (Indre-et-Loire).
Le baron et la baronne
Odet de Cassin,
leur fils Amaury
et leurs petits-enfants,
Paul et Victor,
le baron et la baronne
Patrice de Cassin
et leurs filles,
Julia, Anna et Victoria,
M. et Mme Arnaud Lanquest
et leurs enfants,
Pauline, Arthur et Chloé,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
baronne Charles de CASSIN
née Claude
Millon de la Verteville,
le 6 janvier 2018,
à l'âge de 94 ans.
Elle rejoint son époux,
le baron Charles de Cassin,
sa fille Ysabel,
son fils Xavier
et son petit-fils Tristan.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 11 janvier,
à 14 heures, en l'église
Saint-Denis d'Amboise.
Saint-Rémy (Saône-et-Loire).
L'ingénieur général
et Mme Pierre Donne,
ses parents,
Clément,
son fils,
Francesca Massa,
sa compagne,
Nathalie, Xavier et Arnaud,
sa sœur et ses frères,
Jean-Pierre, Monique
et Stéphanie,
son beau-frère
et ses belles-sœurs,
Corentin, Guillaume, Nicolas,
Lucie, L ucas et Romain,
ses neveux et sa nièce,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Benoît DONNE
officier de marine marchande,
commandant du Club Med 2,
survenu le 3 janvier 2018,
à l'âge de 58 ans, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Saint-Cast-le-Guildo,
(Côtes-d'Armor),
le mardi 9 janvier, à 14 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Pierre et Mireille Donne,
7, rue Nicolas-Copernic,
71100 Saint-Rémy.
ainsi que les familles
Chastel, Choisnel
et Geoffroy Saint-Hilaire
ont la tristesse
de faire part du décès de
Marie-Jacques CHASTEL
née Choisnel,
survenu le 4 janvier 2018,
dans sa 90e année, munie
des sacrements de l'Église.
Elle rejoint son époux,
Jean Chastel
décédé en 1986.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 9 janvier, à 14 h 30,
en l'église
de Romanèche-Thorins
(Saône-et-Loire).
Une messe sera dite
à son intention à Paris
ultérieurement.
Paris (12e).
Mme René Gaillet-Motte,
son épouse,
Luc et Martine Gaillet,
Anne-Sophie et Hugues
Saucourt-Harmel,
Jean-Roch Gaillet
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. René GAILLET
survenu le 5 janvier 2018,
à l'âge de 92 ans, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-la-Nativitéde-Bercy, à Paris (12e),
le jeudi 11 janvier 2018,
à 14 h 30.
Golfe-Juan (Alpes-Maritimes).
Escaudain (Nord).
Écouen (Val-d'Oise).
Suzanne Gerbens,
née Ginouvès, son épouse,
Michel Lehut,
son époux,
Bernard et Nicole Lehut-Gex,
Benoit et Brigitte
Lehut-Escuriet,
Marie-Agnès et Daniel
Poret-Lehut,
ses enfants,
Thibaut et Marina,
Anne et Paul,
Mathilde et Romain,
Camille et Alberto,
ses petits-enfants,
toute sa famille
M. et Mme
Jean-Hugues Pettré,
M. Patrice Pettré
et Mme Marion Le Helloco,
Mme Régine Pettré,
ses enfants,
Victoire, C éleste et Rose,
ses petites-filles,
Dirk, Pierre et Franck,
ses fils, et leurs épouses,
Anne-Laure, Marien, Florent
et Sophie,
ses petits-enfants,
et leurs conjoints,
Ayden, son arrière-petit-fils,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Frans, Dirk, Andries
GERBENS
survenu le 5 janvier 2018,
à l'âge de 97 ans, à Antibes.
Les Hespérides Lérins,
279, avenue
Georges-Pompidou,
06220 Golfe-Juan.
Saint-Laurent-des-Combes
(Gironde).
Mme Martine Chazanoff,
sa fille,
M. Jean Labusquière,
son fils,
ses petits-enfants
et leur famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Simone LABUSQUIÈRE
née Coustilat,
veuve du
médecin général
René Labusquière
disparue le 3 janvier 2018,
dans sa 99e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église de
Saint-Laurent-des-Combes,
le mercredi 10 janvier,
à 15 h 30,
suivie de l'inhumation.
Le vicomte Bernard
de La Chapelle d'Uxelles,
son époux,
Dominique et Bernard Maury,
Jean-Guy et Véronique
de La Chapelle,
Olivier et Brigitte
de La Chapelle,
Guillaume et Ariane
de La Chapelle,
Alfred et Valérie
de La Chapelle,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
vicomtesse Bernard
de LA CHAPELLE d'UXELLES
née Nicole Gilardoni,
le vendredi 5 janvier 2018,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce lundi 8 janvier 2018,
à 14 h 30, en l'église
de Chapaize (Saône-et-Loire).
Saint-Christoly-Médoc
(Gironde).
Mme Antoine Leenhardt,
son épouse,
Mme Olivia
Huyghues Despointes,
sa fille,
Victor Huyghues Despointes,
Charles et Anna
Huyghues Despoines,
ses petits-enfants,
ses enfants,
Sophie, Valérie,
Christophe et Stéphane,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Anne GRONDIN
née Myey,
veuve de
François GRONDIN
dit GUÉRIN
survenu le 6 janvier 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la chapelle
haute de l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine,
le jeudi 11 janvier 2018,
à 11 heures.
15
ses petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Me Antoine LEENHARDT
avocat honoraire
à la cour de Paris,
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
chevalier
des Palmes académiques,
chevalier du Mérite agricole,
survenu le 4 janvier 2018,
à l'âge de 84 ans.
Une cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 11 janvier,
à 14 heures, en la chapelle
du cimetière protestant
de Nîmes, 17 bis, avenue
du Pasteur-Paul-Brunel,
à Nîmes (Gard),
suivie de l'inhumation.
Un culte sera célébré
également le mercredi
17 janvier, à 18 heures,
en l'église réformée de l'Étoile,
54-56, avenue
de la Grande-Armée,
Paris (17e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Le président,
le conseil de surveillance,
les dirigeants
et les employés de la
Société Descamps SAS
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du décès soudain,
le samedi 6 janvier 2018,
de son directeur général,
M. Michel LHOSTE
Nous gardons en souvenir
sa grande humanité,
sa passion
et son professionnalisme
qu'il a incarnés
tout au long de sa carrière.
font part du rappel à Dieu de
Anne-Marie LEHUT
née Drouin,
le 5 janvier 2018,
à l'âge de 87 ans, à Denain,
munie des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Martin, à Escaudain,
le mercredi 10 janvier 2018,
à 14 h 30.
Ni fleurs ni couronnes.
On nous prie d'annoncer
le décès le 5 janvier 2018, de
Michel MAUER
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
fondateur et président
de Cogedim.
De la part de
Betty Eloy,
Mme Michèle Levallois,
sa belle-sœur,
ses neveux et nièces,
les familles Pettré, Levallois,
Pascal
et toute la famille
ont la douleur
de faire part du décès de
Mme Jeanine PETTRÉ
née Levallois,
veuve de
Me Raymond Pettré
survenu le 3 janvier 2018,
à l'âge de 86 ans,
à Levallois-Perret.
Le docteur Claude Robert,
son épouse,
ses enfants et petits-enfants
ont la tristesse de faire part du
décès le 28 décembre 2017, du
professeur Michel ROBERT
chevalier
de la Légion d'honneur,
ancien chef du service
de chirurgie pédiatrique
du CHU de Tours,
ancien président
de la Société française
de chirurgie pédiatrique,
membre de l'Académie
nationale de chirurgie.
Antoine et Véronique Delaire,
Serge et Corinne Charpin,
ses enfants,
Ses obsèques ont eu lieu
à Saint-Cyr-sur-Loire,
le 4 janvier 2018.
ses petits-enfants,
15, rue Honoré-de-Balzac,
37540 Saint-Cyr-sur-Loire.
Annick Mauer,
François et Christine Tron,
Eric et Martine Mignon,
ses sœurs,
et leurs enfants,
Henri et Pauline de Perignon,
Thomas et Marie de Perignon
et leurs enfants.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 10 janvier 2018,
à 14 h 30, en l'église
protestante unie de l'Étoile,
56, avenue de la
Grande-Armée, à Paris (17e).
Vineuil (Loir-et-Cher).
Pierre Menon-Bertheux,
son époux,
Paul et Justine,
Caroline, Jeanne,
ses enfants,
Isolde, Gaspard et Violette,
ses petits-enfants,
Andrée Varache,
sa mère,
Annick Menon-Bertheux,
sa belle-mère,
Catherine et Yves Beauquesne,
Nicolas et Catherine Varache,
Michel Varache
et Corinne Bien-Rosa,
Jean-Louis Varache,
ses frères et ses sœurs,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Anne MENON-BERTHEUX
née Varache,
survenu le 5 janvier 2018,
dans sa 64e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église de Vineuil,
le mercredi 10 janvier 2018,
à 10 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Aubagnan (Landes).
Sainte-Croix-de-Beaumont
(Dordogne).
Le Vésinet (Yvelines).
Jean-Marc et Monique
Mouxaux,
Monique et Patrick Prigent,
Véronique et Merrall Sims,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Jean MOUXAUX
survenu à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 11 janvier 2018,
à 14 heures, en l'église
Sainte-Marguerite du Vésinet,
suivie de l'inhumation à 15 h 30,
au cimetière du Vésinet.
M. Julien Selz-Sénac,
son neveu,
les familles Couvelaire,
Baschet, Vendryes,
les familles Vérant
et Prunet-Foch
ont la tristesse
de faire part du décès de
Marguerite-Marie SÉNAC
survenu le 4 janvier 2018,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 9 janvier,
à 15 heures, en l'église
de Soustons (Landes).
Françoise Trécan,
sa fille,
Francis Vidal,
son gendre,
Tiphaine, Benoît, Jeanne, Soïg,
Youna,
ses petits-enfants,
Daphné, Basile, Kiara,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous annoncer le décès de
Jacques TRÉCAN
croix de guerre 1939-1945,
survenu le 5 janvier 2018,
à l'âge de 91 ans.
Une célébration aura lieu
le mardi 9 janvier, à 14 h 30,
en l'église Saint-Jean-Baptiste,
à Neuilly-sur-Seine.
L'inhumation se fera
le mercredi 10 décembre,
à 16 h 30, au cimetière
du Relecq-Kerhuon (Finistère).
messes
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Emmanuel RAULT
Bruno Foucart,
historien de l’art précurseur
ADRIEN GOETZ
Bruno Foucart, né en 1938,
vient de disparaître le
5 janvier. Esprit brillant,
formé à l’École normale
supérieure, rue d’Ulm, cet
agrégé de lettres qui avait
choisi l’histoire de l’art fut
d’abord un grand professeur, à l’université de Dijon, à Nanterre, à la Sorbonne
et
à
l’École
nationale supérieure des
beaux-arts.
Ses travaux sur le
XIXe siècle et sur les années
1930 allaient à l’encontre
des idées reçues : le premier, il s’engagea dans la
réhabilitation des architectes restaurateurs en qui
il était de bon ton de ne
voir que des pasticheurs,
Viollet-le-Duc en tête,
auquel il consacra une exposition fondatrice au
Grand Palais en 1979.
Il prit la défense des artistes
classiques
du
XIXe siècle et osa, en 1989,
intituler un livre magistral
Le Renouveau de la peinture
religieuse en France (18001860), lançant un vaste
courant de réappréciation
d’œuvres alors dédaignées
d’Ingres et de ses élèves,
combat qui se poursuit
aujourd’hui.
Éclectique
dans ses goûts, il était capable d’aimer Cézanne
autant que Gervex et Puvis
de Chavannes, de ressusciter, face aux admirateurs
du seul Le Corbusier, les
édifices oubliés de Pierre
Barbe ou de Jacques Carlu.
À contre-courant
Son rôle dans la création
du Musée d’Orsay fut décisif. Homme d’action,
conseiller dans les cabinets
ministériels d’Alain Peyrefitte et de Michel Guy, ami
d’enfance de Jean-Philippe
Lecat, il joua un rôle central dans la protection du
patrimoine français, particulièrement pour les monuments du XXe siècle,
puis à la présidence du Comité du patrimoine cultuel
du ministère de la Culture.
Régulièrement consulté
par Jean-Jacques Aillagon,
qui le salua comme « son
maître » lors des Journées
du patrimoine de 2002, et
Madeleine HUSSON
qui nous a quittés
le 31 octobre 2017.
Elle repose au cimetière
de Figeac aux côtés
de son époux,
Hubert Husson
préfet,
chevalier
de la Légion d'honneur.
La cérémonie religieuse aura
lieu le mercredi 10 janvier 2018,
à 16 h 30, en l'église
Saint-Louis-en-l'Île, Paris (4e).
messes
et anniversaires
Mathilde
CHOMBART de LAUWE
entrait dans la Vie éternelle
le 8 janvier 1998.
survenu le 5 janvier 2018.
Une pensée est demandée
à ceux qui l'on aimée.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
à Paris (16e), le mercredi
10 janvier 2018, à 14 h 30.
Une messe sera dite
le samedi 13 janvier 2018,
à 17 h 30, en l'église
Saint-Germain-des-Prés,
Paris (6e).
Bruno Foucart.
EDITIONS-MONELLE HAYOT
par Frédéric Mitterrand,
qui lui remit en 2012, Rue
de Valois, les insignes d’officier de la Légion d’honneur, il incarnait une forme d’élégance savante,
pratiquant toujours avec
justesse l’art d’être à contre-courant.
L’Institut de France lui
avait confié la direction
scientifique de la bibliothèque Paul-Marmottan de
Boulogne-Billancourt, où il
organisa des expositions
marquantes et dont il fit un
centre
de
recherches
ouvert à tous. Élu municipal, il est à l’origine du développement dans cette
ville d’un grand musée des
Années 1930.
Ses articles ont été réunis aux Éditions Norma en
2008 en un fort volume intitulé Deux siècles précurseurs. À l’instar d’André
Chastel, qui l’avait encouragé à ses débuts, il aimait
écrire dans la presse, et
donna billets et tribunes au
Quotidien de Paris ou au Figaro. Ses formules fulgurantes et son humour
étaient légendaires. Il apporta un éclatant soutien à
des artistes comme Olivier
Debré, Georges Jeanclos,
Jean-Michel Bacquet ou
Vincent Corpet. Sans son
intelligence et son œil,
sans son action discrète,
l’histoire du ministère de la
Culture et des musées
français aurait été différente. À l’Université, où il
forma plusieurs générations, ses élèves ne pourront pas l’oublier. ■
Sonia Debeauvais,
du théâtre à la presse
ARMELLE HÉLIOT
Une messe sera célébrée
à l'intention de
Paris (16e).
France Odile Rault,
sa femme,
Lionel et Benoît Rault,
ses fils,
Marie-Agnès Roux Dessarps,
sa sœur,
disparitions
Née le 15 mars 1925, Sonia
Debeauvais s’est éteinte le
2 janvier. Elle avait travaillé
auprès de Jean Vilar, s’occupant plus particulièrement du public, à Chaillot,
au TNP et à Avignon et avait
ensuite été secrétaire générale du Centre de perfectionnement des journalistes.
C’était une femme grande, belle, élégante, une
femme au beau visage un
peu slave, avec un teint clair
et un regard bleu, très intense. Sonia Debeauvais demeure pour toujours indissociable de l’aventure de
Jean Vilar. Elle était demeurée proche collaboratrice de
celui qui avait voulu faire du
théâtre un « service public » après son départ du
festival et jusqu’à sa mort en
1971. Sonia Debeauvais fut
ensuite secrétaire générale
du Centre de perfectionnement des journalistes (CPJ),
s’occupant
particulièrement de la presse régionale.
Elle était née à Aarhus,
ville du Jutland. Si ses parents étaient danois, c’est à
Paris qu’ils élevèrent Sonia,
qui se maria d’abord avec
un grand libraire de Grenoble. Veuve, mère de jeunes
enfants, elle avait ensuite
épousé Michel Debeauvais,
diplomate, lui-même veuf
et père. C’est lors d’un passage du TNP en Belgique que
Sonia Debeauvais avait rencontré Jean Vilar auprès de
qui elle travailla à partir de
1956 avec charge du public,
des collectivités. Deux ans
plus tard, l’administrateur
Jean Rouvet l’appelle aussi à
Avignon. Dès lors, elle sera
l’une des figures les plus importantes des deux institutions. Chez les Papes, Sonia
Debeauvais s’occupait notamment de la programmation des légendaires Rencontres du Verger , tout en
veillant sur sa famille recomposée. Les obsèques de
Sonia Debeauvais se dérouleront vendredi 12, à 15 h 30,
au crématorium du PèreLachaise. ■
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
À l’école, lecture pour tous
L’initiative d’un lycée
francophone d’Ankara
d’instaurer un quart d’heure
de lecture quotidien
se développe en France
grâce à l’association
« Silence on lit! » animée
par le cinéaste
Olivier Delahaye
et l’académicienne
Danièle Sallenave.
Objectif : généraliser
cette bonne pratique
dans l’Éducation nationale.
Tous les jours, à 13 h 35, au lycée
francophone Tevfik-Fikret à Ankara,
la sonnerie retentit et tout le monde
s’interrompt et prend un livre :
la directrice de l’établissemement,
les élèves, mais aussi la maîtresse
ou encore le surveillant.
Et ce depuis seize ans. COURTESY
présentante de la Turquie au Conseil de l’Europe.
Le nom du lycée, celui d’un grand poète francophile de la fin de l’Empire ottoman, comme les effigies d’Ataturk, apposées sur les casiers des élèves
et les murs du lycée, disent son attachement à la
laïcité, l’égalité et la démocratie, dans un pays en
pleine tourmente.
La lecture quotidienne, entrée dans les mœurs
de Tevfik-Fikret, aurait donc pu rester une sympathique spécificité d’un lycée d’excellence d’Ankara… C’était sans compter la visite en 2015 du cinéaste français Olivier Delahaye, familier de la
Turquie, et venu à Tevfik-Fikret présenter son
film Soleils. Aucun rapport avec la lecture, a priori.
Ce jour-là, à 13 h 35, la sonnerie retentit dans
la salle des professeurs où il se trouve, et tout naturellement tout le monde s’interrompt et prend
un livre. « C’est le temps de lecture », lui dit-on
laconiquement. L’atmosphère de recueillement
dans laquelle est plongé le lycée le saisit. De retour en France, il n’a de cesse qu’il ne fasse
connaître cette initiative. Son propos parvient
aux oreilles de Danièle Sallenave, écrivain,
membre de l’Académie française, qui a longtemps enseigné la littérature à l’université. Elle
est aujourd’hui très préoccupée par le recul de la
lecture en France. « Une pratique sinistrée », résume-t-elle. Non pas comme phénomène culturel mais comme « mécanisme » : en France gagne
un illettrisme qui ne dit pas son nom. Son cri
d’alarme remonte à dix ans : un essai intitulé
Nous, on n’aime pas lire.
« De nombreuses personnes ne peuvent pas déchiffrer plus de quelques lignes. Elles n’ont pas acquis la pratique de la lecture suivie. Pis : celle-ci leur
fait peur. »
Étienne De Montety
£edemontety@lefigaro.fr
ans le quartier moderne Mustafa-Kemal d’Ankara, comment
ne pas remarquer ce grand ensemble blanc liseré de rouge, aux
couleurs de la Turquie : c’est le
lycée francophone TevfikFikret. S’y pressent les enfants
de la société turque attachée à un enseignement de
qualité, qui passe par l’apprentissage du français.
Un lycée semblable à des milliers d’autres dans le
monde, avec ses classes, ses laboratoires, ses terrains de sport, ses bons élèves et ses fumistes : sauf
que tous les jours à 13 h 35, ce n’est pas le bruit de
1 600 enfants et adolescents que l’on entend, une
meute s’ébrouant après une matinée studieuse,
mais une sonnerie puis le silence, porté par une
musique douce : chut, on lit. En classe ou au gymnase, on lit. Pas seulement les élèves, tout le monde lit : des professeurs au personnel administratif.
Des cuisines à la direction.
« Si un visiteur vient me voir sans rendez-vous à
cette heure-là, il attend jusqu’à ce que j’aie fini ma
lecture », raconte Ayse Basçavusoglu, la directrice
du lycée Tevfik-Fikret.
Lecture pour tous : ce rituel du lycée TevkifFikret n’est pas observé occasionnellement, à la
faveur par exemple d’une semaine de la lecture,
mais quotidiennement depuis seize ans. C’est devenu un temps qui rythme les journées de travail,
au même titre que le cours d’histoire ou de mathématiques. Il est né un jour de 2001 où les enseignants s’interrogeaient sur le moyen de promouvoir la lecture, qu’ils jugeaient insuffisante ; l’une
d’entre eux eut l’idée simple d’établir un temps
quotidien de lecture obligatoire. Celle-ci s’imposa
aussitôt non comme une contrainte, un allongement de la journée, mais comme une évidence. Et
désormais, comme une habitude.
« La première année, ce moment de lecture avait
été fixé à 10 minutes. Ce sont les élèves qui ont demandé qu’il soit allongé à 15 minutes. »
D
« De la volonté, et aussi de la méthode »
La venue d’Ayse Basçavusoglu à la Foire du livre
de Brive que préside l’académicienne à l’automne
2015 sert de rampe de lancement. L’association
des trois s’appellera « Silence on lit ! ».
« Le point d’exclamation est important, soulignent-ils de concert : organiser un temps de lecture
quotidienne demande de la volonté, mais aussi de la
méthode. Sinon, ça ne dure pas. »
Depuis deux ans, l’association se structure. Elle
a établi une charte qu’elle propose aux établissements demandeurs. Olivier Delahaye a momentanément posé sa caméra et sillonne la France en
ambassadeur de cette initiative. Il passe de longs
moments au téléphone avec les recteurs d’académie, les directeurs d’établissement pour les
conseiller dans la mise en place.
« Certains professeurs freinent. Certains confondent ce temps avec un allongement de l’enseignement du français au détriment de leur discipline.
D’autres nous voient comme un cheval de Troie du
ministère. Il faut rassurer. »
Près de 400 établissements sont désormais
membres de Silence on lit !. L’enthousiasme de
Florence Robine, rectrice de l’académie MetzNancy, a donné un coup d’accélérateur à son installation dans la région Grand Est. Lorient, Vallauris, Nemours se sont lancées. Un collège d’Oujda
(Maroc) aussi. La mairie de Strasbourg étudie
l’idée d’instaurer ce temps de lecture non seulement dans les écoles de la ville mais à l’Hôtel de
ville pour le personnel municipal.
« Ce temps de silence, si bénéfique, pourrait être
généralisé aux collectivités et aux entreprises »,
rêve Delahaye qui cite Blanchot : « Une œuvre littéraire est, pour celui qui sait y pénétrer, un riche
séjour de silence, une défense ferme et une haute
muraille contre cette immensité parlante qui
s’adresse à nous en nous détournant de nous. »
Et l’Éducation nationale ? Cet automne, JeanMichel Blanquer a reçu Danièle Sallenave et Olivier Delahaye : cette aventure insolite, née à Ankara, rejoint ses préoccupations. Silence on lit !
attend maintenant un soutien concret.
Après la distribution des Fables de La Fontaine,
promise par le ministre en juin dernier, le moment
est peut-être venu d’organiser leur lecture. ■
A
1
« Un besoin premier
pour donner du sens à la vie »
Ce rituel, Ayse Basçavusoglu y tient tout particulièrement. Elle dirige l’établissement depuis 1993
(il compte deux sites, à Ankara et à Izmir). Ancienne élève du lycée Charles-de-Gaulle d’Ankara, puis de Tevfik-Fikret, elle y fut interprète
(pour le personnel non francophone) puis professeur de français avant d’en prendre la direction.
Cette femme élégante, qui dégage une autorité naturelle, explique ses choix pédagogiques : « La lecture n’est pas un loisir, mais un besoin premier pour
donner du sens à la vie. »
Son attachement à la lecture s’enracine dans sa
propre histoire : elle se souvient, enfant, de son
père qui ramenait chaque soir un livre à la maison.
À huit ans, quoique orpheline, elle était déjà riche
d’une solide bibliothèque. Elle est aujourd’hui une
lectrice éclectique, formée aux classiques, amatrice de Fred Vargas et d’Amin Maalouf. Elle veille à
ce qu’à Tevfik-Fikret, lecture rime avec livre. Les
élèves peuvent choisir un ouvrage en turc ou en
français, apporté par leurs soins ou choisi à la bibliothèque de l’établissement, riche et variée. Quel
qu’en soit le genre littéraire – « à l’exception de la
pornographie », tient-elle à préciser. La lecture se
pratique sous le signe de la liberté. En revanche,
pas question d’ouvrir un magazine, un manuel
scolaire, encore moins une tablette numérique.
« Un livre se rapporte à nos sens, on le touche
d’abord, on sent le papier, et puis grâce à la vue on
commence à le lire », explique-t-elle.
Depuis seize ans, elle a vu passer les modes éditoriales : à Harry Potter a succédé Game of Thrones. Mais elle se souvient aujourd’hui avec émotion de cet élève réticent à l’exercice à qui le
professeur avait mis entre les mains un livre de
poésie. Face à ce qui ressemblait à un pari de Pascal (lis et tu aimeras lire), le récalcitrant l’ouvrit,
se prit au jeu et demanda à garder le volume.
« La bande dessinée est autorisée, ajoute Ayse
Basçavusoglu. Car nous avons observé avec plaisir
que les élèves qui commencent par ce genre poursuivent au bout de quelques mois par la lecture de
“vrais” livres. »
Le lycée Tevfik-Fikret est un des fleurons de la
francophonie en Turquie. Créé il y a cinquante ans,
cet établissement privé est lié avec la France par le
label « FrancEducation » : son diplôme de fin
d’étude est reconnu comme équivalent du baccalauréat et les liens sont anciens et étroits avec
l’Institut français à Ankara (Éric Soulier conseiller
de coopération et d’action culturelle et Sébastien
de Courtois). Ils sont nombreux dans la vie politique turque, la diplomatie, la culture ceux qui sont
passés par Tevfik-Fikret. On trouve aussi bien
l’écrivain Hakan Günday (auteur de Encore, prix
Médicis étranger 2015) que Gülsüm Bilgehan, re-
Pour en savoir plus : www.silenceonlit.com
Certains professeurs freinent.
Certains confondent ce temps avec
un allongement de l’enseignement du
français au détriment de leur discipline.
D’autres nous voient comme un cheval
de Troie du ministère. Il faut rassurer.
OLIVIER DELAHAYE, CINÉASTE
»
LE FIGARO
lundi 8 janvier 2018
CHAMPS LIBRES
INTERNATIONAL
17
Vers une nouvelle géopolitique
des missiles ?
qui secouent le monde depuis le début
des années 2000.
Malgré les efforts de lutte contre la prolifération de la communauté internationale, la bombe nucléaire a toujours le
vent en poupe. Les expériences vécues
par l’Irak, la Libye et l’Ukraine, trois
pays attaqués ou envahis par des armées étrangères après avoir accepté de
se débarrasser de leur arsenal, ont rappelé aux puissances émergentes que
l’arme atomique – et les missiles qui
l’accompagnent - reste le meilleur
moyen de sanctuariser un territoire et
de garantir la survie d’un régime. À
l’heure où les États-Unis voudraient
s’effacer de la scène internationale, où
la Russie revient en force dans la diplomatie mondiale, où l’Europe est accaparée par ses problèmes internes – Brexit
et crise des migrants -, où chiites et
sunnites s’affrontent au Moyen-Orient,
les pays sont nombreux à se disputer ce
pouvoir. Mais la prolifération concerne
également les missiles conventionnels,
à courte et longue portée, dont la multiplication au Moyen-Orient et aux
portes de l’Europe pose un problème
nouveau aux armées occidentales, tenues à distance par des puissances
voulant imposer leur influence ou leur
hégémonie.
Isabelle Lasserre
ilasserre@lefigaro.fr
ARMEMENT L’Iran développe son
programme balistique et fournit des
missiles à ses affidés, le Hezbollah libanais ou les rebelles yéménites houthistes. La Turquie achète à la Russie des
missiles S-400, incompatibles avec le
système de l’Otan. La Corée du Nord
défie le monde avec ses tests de missiles
balistiques. La Russie déploie des missiles de croisière pouvant viser l’Europe
occidentale, en violation du traité soviéto-américain de 1987 sur les forces
nucléaires à portée intermédiaire (FNI).
Du Moyen-Orient à l’Extrême-Orient,
les missiles, nucléaires ou conventionnels, permettent aux puissances émergentes de renforcer leur influence et de
contrer le pouvoir de l’Occident.
PARLER
D’UNE PROLIFÉRATION
❙DESPEUT-ON
MISSILES ?
Qu’ils demeurent dans l’atmosphère ou
qu’ils s’enfoncent dans l’espace, qu’ils
soient à courte ou à longue portée, faits
pour accueillir une tête nucléaire ou accomplir des missions conventionnelles,
leur trajectoire dessine les nouveaux
rapports de force internationaux. Elle
consacre l’influence des nouvelles
puissances montantes : Iran, Russie,
Turquie, Arabie saoudite…
La première phase de dissémination
des missiles balistiques, c’est-à-dire
des engins propulsés dans l’espace et
conçus pour porter une charge nucléaire, incombe à l’Union soviétique,
qui pendant la guerre froide équipait
ses amis et ses alliés politiques. Depuis,
le secteur a connu de profondes évolutions. Longtemps restée l’apanage des
grandes puissances, la longue portée
est désormais accessible à de nombreux pays. L’accès généralisé aux programmes balistiques remet en question
la puissance de l’Occident. Il est un révélateur des changements stratégiques
DES MISSILES RUSSES
QUI MENACENT
❙L’EUROPE
?
Depuis qu’elle a décidé de retrouver son
rang de grande puissance et de revoir
l’architecture de sécurité européenne
qu’elle juge défavorable à ses intérêts, la
Russie investit lourdement dans ses programmes de missiles, balistiques ou
conventionnels. Portée par un budget
militaire en constante augmentation,
l’armée russe multiplie les tests. Dernier
essai en date, le 26 décembre, celui d’un
missile intercontinental Topal, doté
d’une nouvelle ogive capable de contrer
le système de défense antimissile américain. 2017 fut aussi l’année du déploiement, au sud du pays, de missiles de
croisière SSC-8 pouvant être équipés
d’une tête nucléaire et visant l’Europe
occidentale. Washington a dénoncé la
violation du traité soviéto-américain de
1987 sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, qui avait permis d’éliminer
cette catégorie d’armes pendant la guerre froide. Il avait mis fin à la crise des
euromissiles provoquée par le déploiement en URSS de missiles nucléaires à
moyenne portée SS-20 menaçant les capitales d’Europe de l’Ouest. L’Otan voit
avec inquiétude revenir certains réflexes
de la guerre froide, même si la Russie
considère qu’elle ne fait que répondre à
une violation du traité par les États-Unis,
qui déploient des lanceurs intercepteurs
en Roumanie et bientôt en Pologne.
L’Europe aussi s’inquiète de la recrudescence des systèmes de missiles offensifs
et défensifs russes à ses frontières. Les
patrouilles de sous-marins russes dans
l’Atlantique sont de plus en plus fréquentes. Le transfert de batteries de
missiles sol-air S-300 ou S-400 à Kaliningrad, en Biélorussie et en Méditerranée orientale pose aux puissances occidentales un problème nouveau de déni
d’accès. Déployé en Syrie après l’intervention russe pour établir une bulle de
protection autour des places fortes du
régime, le système a compliqué les marges de manœuvre aériennes de la coalition anti-Daech. En réduisant la liberté
de circulation et d’action, les systèmes
de missiles russes peuvent contraindre la
décision politique de leurs adversaires.
C’est le cas au Levant, mais aussi vis-àvis des anciennes républiques soviétiques comme l’Ukraine ou la Géorgie.
MISSILES ENTRE
L’OTAN ET LA TURQUIE ?
❙ DES
C’est la dernière provocation de Moscou
et Ankara, deux épines stratégiques pour
les puissances occidentales. Le projet est
quasiment finalisé : la Russie livrera en
2020 quatre batteries de missiles S-400 à
la Turquie, qui devient ainsi le premier
membre de l’Otan à s’équiper d’un système incompatible avec celui de l’organisation. La nouvelle inquiète l’Alliance,
qui entretient des relations glaciales
avec la Russie depuis l’annexion de la
Crimée et froides avec la Turquie depuis
les purges consécutives au coup d’État
raté de juillet 2016. L’Otan a néanmoins
Russie
Royaume-Uni
Biélorussie
Slovaquie
Corée du Nord
Roumanie
Corée du Sud
France
Kazakhstan
Turquie
Chine
Grèce
1
8
2
9
4 3
Irak
5
États-Unis
Pakistan
6
Libye
Égypte
Arabie
saoudite
7
Vietnam
Yémen
Le missile balistique,
l’arme emblématique des grandes puissances
1 De quel missile parle-t-on ?
Inde
LEXIQUE DES CINQ TYPES DE MISSILES
SRBM (Short Range Ballistic Missile), missile balistique à courte portée (portée inférieure à 1 000 kilomètres)
MRBM (Medium Range Ballistic Missile), missile balistique à moyenne portée (entre 1 000 et 3 000 kilomètres)
IRBM (Intermediate Range Ballistic Missile), missile à portée intermédiaire (entre 3 000 et 5 500 kilomètres)
ICBM (InterContinental Ballistic Missile), missile à longue portée (supérieure à 5 500 kilomètres)
SLBM (Submarine Launched Ballistic Missile), missile lancé depuis un sous-marin
2 Les 32 pays* possédant
des missiles balistiques
NOMBRE DE MODÈLES DE MISSILES BALISTIQUES EN SERVICE**
1
2
3
4à6
10 à 15
17 à 23
*dont le Hezbollah libanais **ou en cours de développement ***SNLE en français
3 Le sous-marin, l’autre symbole
des grandes puissances
PAYS DISPOSANT DE SOUS-MARINS NUCLÉAIRES...
... lanceurs d’engins (SSBN***)
... lanceurs de missiles de croisière (SSGN)
GUERRE DES
MISSILES AU PROCHE
❙ETUNE
MOYEN-ORIENT ?
Nouveau pouvoir ascendant au MoyenOrient, l’Iran est devenu, avec la Corée
du Nord, l’un des principaux acteurs
proliférants. La République islamique
utilise les missiles, balistiques ou
conventionnels, pour pousser son influence dans la région, pour la sanctuariser et pour repousser l’adversaire hors
de la zone. « Tous les affidés de l’Iran au
Moyen-Orient ont des missiles. C’est une
étape qui change la donne régionale »,
commente un ancien officier français
spécialiste du dossier. Dans la guerre
pour le leadership du Moyen-Orient que
se livrent sunnites et chiites, les missiles
donnent un avantage certain à Téhéran.
À deux reprises ces dernières semaines,
les miliciens chiites yéménites houthistes ont tiré un missile balistique d’origine iranienne contre Riyad, la capitale de
l’Arabie saoudite sunnite. La donne
change aussi pour Israël, qui regarde
avec inquiétude gonfler le stock de missiles - dont certains ont une capacité balistique - détenus par le Hezbollah, milice chiite pro-iranienne, au Liban et en
Syrie. Les convois de missiles en Syrie
ont été visés par les bombardiers israéliens. « Les missiles iraniens sont en train
de transformer la dynamique entre l’Iran
et Israël », explique Émile Hokayem,
spécialiste de l’Institut international
d’études stratégiques (IISS) au récent
Forum du dialogue de Manama (Bahreïn). Faut-il redouter une guerre entre
Israël et les alliés de l’Iran au Liban et en
Syrie ? « Personne ne la veut. Mais tout le
monde s’y prépare », poursuit-il. Le programme balistique a en outre envenimé
les relations entre Téhéran et certaines
puissances occidentales. Donald Trump
aimerait l’intégrer à l’accord sur le nucléaire, menaçant ainsi de faire capoter
ce succès diplomatique obtenu en
juillet 2015 après de longues années de
négociations.
MISSILES NORDCORÉENS CHANGENT-ILS
❙LALES
DONNE EN ASIE ?
Taïwan
Iran
gardé pour elle ses colères et ses
rancœurs, considérant, comme le dit un
de ses anciens responsables, qu’il est
« moins dangereux d’avoir une Turquie
rebelle à l’intérieur de l’Alliance qu’une
Turquie hostile à l’extérieur ». « Sans
compter, ajoute-t-il, que nous avons besoin d’elle dans la lutte antiterroriste et
pour juguler les flux de réfugiés. » L’attitude « compréhensive » des alliés durera-t-elle ? Au Congrès américain, certains évoquent la possibilité de prendre
des sanctions contre Ankara. « En vendant des S-400 à la Turquie, Moscou réalise un de ses objectifs : mettre Ankara en
porte à faux avec l’Otan, voire en situation de rupture. Pourtant, jamais la Turquie ne pourra jouir de ces missiles de façon indépendante : les Russes, qui ne
veulent pas que les militaires américains
stationnés en Turquie viennent mettre le
nez dans leur système, ont exigé d’en
garder l’entier contrôle », affirme un
spécialiste turc du dossier, en délicatesse
avec le pouvoir.
1. Géorgie
2. Arménie
3. Syrie
4. Hezbollah
5. Israël
6. Bahreïn
7. Émirats arabes unis
8. Turkménistan
9. Afghanistan
Infographie
Sources : Federation of Atomic Scientists, Arms Control Association et Centre d’études stratégiques de la Marine
Depuis que la Corée du Nord a prouvé
qu’elle était non seulement devenue un
État doté de l’arme nucléaire mais
qu’elle maîtrisait en outre suffisamment
son programme balistique pour envoyer
des missiles pouvant atteindre les territoires américains, les équilibres stratégiques ont changé en Asie. L’incertitude
qui caractérise la diplomatie américaine
dans la région depuis Barack Obama
pousse le Japon et la Corée du Sud à revoir leur système de défense. Le Japon a
décidé d’acheter un système d’interception de portée plus longue et de moderniser ses missiles Patriot. Mais Séoul et
Tokyo pourraient un jour aller plus loin
et miser eux aussi sur l’arme nucléaire
pour se défendre de la Corée du Nord et
de la Chine si les garanties américaines
leur paraissent insuffisantes. Car la crise
des missiles nord-coréens n’a que de
faibles chances de trouver une issue
dans les négociations. Pas seulement en
raison du jeu trouble de la Chine et de la
Russie, qui l’alimentent. Mais parce que
la bombe et le programme de missiles
qui l’accompagne permettent à Kim
Jong-un de sanctuariser son régime tout
en renforçant son pouvoir… ■
A
Du Moyen-Orient
à l’Extrême-Orient,
les missiles
permettent
aux puissances
émergentes
de renforcer
leur influence
et de contrer
le pouvoir
de l’Occident.
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
18
FABIEN CLAIREFOND
POLITIQUE DE LA HAINE
Le
Carnet
DE JACQUES
JULLIARD
Lénine, véritable
inventeur
du totalitarisme
Au sens russe
du terme,
l’intelligentsia
désigne la partie
des intellectuels
hantés par
le déclassement
social
»
surtout qui inspire les premiers
massacres de masse à l’aveugle :
Lénine pensait que la révolution dont
il rêvait avait pour condition expresse
la guerre civile, qu’il appelait de
ses vœux plutôt que de la redouter.
Ce qu’il faut surtout souligner,
c’est que cette politique de la haine,
qui exclut toute pitié, tout sentiment
national, tout pardon, toute
réconciliation n’est compatible
qu’avec un seul type de régime :
la dictature à perpétuité, comme la
suite des événements l’a montré.
Pis que cela ; le totalitarisme,
c’est-à-dire la réunion dans la même
main de tous les pouvoirs, politique,
économique, policier, militaire et
culturel. Dans le système totalitaire,
il n’y a pas de place pour l’amour
du peuple, mais seulement une haine
mortelle pour tout ce qui s’interpose
encore entre le révolutionnaire
parvenu à ses fins et le pouvoir
absolu.
Dans des pages remarquables,
Stéphane Courtois montre ce que
Lénine devait, en deçà de Marx, au
Que faire ? de Tchernychevski, dont
le Rakhmetov est la préfiguration de
Lénine révolutionnaire et dictateur,
et peut-être surtout au nihiliste
Netchaïev qui, dans son Catéchisme
révolutionnaire, a eu le premier,
l’idée du parti léniniste, fait de
révolutionnaires professionnels,
impitoyables et obsessionnels.
Et maintenant revenons
à la France. Il va sans dire que la
haine n’est pas un sentiment propre
à une certaine gauche. Elle est le fond
de sauce de l’extrême droite,
à l’égard de l’immigré. On l’a
justement combattue, sur ce point,
à telle enseigne qu’une sorte
d’ouverture règne désormais dans les
rangs du Front national, avec pour
conséquence une véritable duplicité
entre les sentiments intimes, toujours
aussi virulents, et l’expression
politique, presque toujours contenue.
Quant à la gauche…
Il y a au fond deux types d’hommes
de gauche. Ceux qui, à l’instar
d’Alain Badiou, s’accommodent
de cette montagne de massacres,
de crimes de masse, d’un régime
policier total, comme l’inévitable prix
à payer pour l’accession à la cité
radieuse du communisme ; et ceux,
dont je suis, qui considèrent qu’on ne
saurait parvenir à une société de paix
et d’égalité au prix d’un
déchaînement de violence et
de barbarie sans précédent dans
l’histoire. La haine de l’ennemi de
classe ne saurait tenir lieu d’amour
UV
EA
U
L’historien et essayiste*
a apprécié
la monumentale
biographie de Lénine
par Stéphane Courtois.
La place de la haine
dans la psychologie
et l’action
des révolutionnaires
professionnels n’est
pas assez soulignée,
observe Jacques Julliard.
En France, aujourd’hui
encore, l’intelligentsia,
qui ne regroupe
qu’une partie
des intellectuels,
conserve
un tempérament
léniniste, argumente
l’essayiste.
Maurice Agulhon, qui fut sans doute
le meilleur connaisseur des
mentalités politiques à l’époque
contemporaine, professait qu’il existe
en France trois camps : la droite, la
gauche, la révolution. Malgré mon
admiration pour ce grand historien
aujourd’hui décédé, je suis demeuré
longtemps sceptique, et resté fidèle,
notamment dans mon livre sur les
gauches, à la bipartition classique,
qui intègre la révolution à l’intérieur
du camp de la gauche.
Et puis un ouvrage tout récent m’a
amené à y réfléchir à frais nouveaux.
C’est une biographie de Lénine (1),
mais le gros livre, qui est aussi un
grand livre, de Stéphane Courtois,
par la richesse de sa documentation
et la profondeur de ses vues, invite
à repenser les rapports de la gauche
et de la révolution de façon plus
générale. Non, certes, la Révolution
française, qui fut un mouvement
de masse avec pour acteur principal
le peuple selon Michelet, mais la
révolution marxiste du XXe siècle,
dès lors que l’acteur principal est
devenu ce corps de révolutionnaires
professionnels, organisés en partie
selon le schéma léniniste
de Que faire ?
Le propos de Stéphane Courtois que
je ne saurais suivre ici dans le détail
est de montrer, à travers sa
biographie, qui se confond avec
l’histoire de la Russie de 1870 à 1924,
que Lénine a été l’inventeur du
totalitarisme avant Hitler et que tout
ce que Staline a perpétré en fait de
crimes de masse a été d’abord
imaginé et mis en pratique par Lénine
lui-même. L’opposition entre le
« bon » Lénine et le « méchant »
Staline, imaginée par Khrouchtchev
lors du XXe Congrès (1956),
était destinée à faire la part du feu
et à sauver le système, tout en
décrochant de la terreur à grande
échelle comme moyen de
gouvernement pratiqué par Staline.
Je n’en veux retenir qu’un point,
car il est le plus souvent négligé, et
il est pourtant décisif : la place de la
haine dans la psychologie et l’action
des révolutionnaires professionnels,
à commencer par Lénine lui-même.
Non pas la haine ordinaire que l’on
rencontre à tous les carrefours de
l’Histoire, mais une haine tenace,
acharnée, rabique et universelle, une
haine en quelque sorte fonctionnelle,
et pour ainsi dire professionnelle, qui
exsude de tous les écrits de Lénine,
livres, brochures, articles, discours,
lettres. Une haine qui n’épargne à
peu près personne, ni le tsar et sa
famille bien sûr, ni l’aristocratie, ni la
bureaucratie, ni la paysannerie qu’il
ne connaît pas et qu’il méprise, ni
une grande partie de l’intelligentsia,
le clergé, ni même cette classe
ouvrière à l’état naissant qu’il fait
mine de préférer par religion
marxiste, mais dans laquelle il ne voit
qu’une masse de manœuvre urbaine
pour déclencher le moment venu
grèves et manifestations. A-t-il
jamais, demandait Simone Weil, mis
les pieds dans une usine, autrement
que pour haranguer les foules ?
Et dans le milieu politique, le seul
qu’il ait un peu connu, et encore
toujours de loin, son exécration
n’épargne personne, ni les membres
du parti libéral (Cadets) ; ni les
socialistes révolutionnaires (SR)
ses grands rivaux, ni les mencheviks,
ni les anarchistes et, dans sa propre
fraction bolchevique, tous ceux dont
il estimait qu’ils pourraient un jour
faire obstacle à son appétit de pouvoir
absolu.
C’est la haine à l’état pur, et non
la stratégie politique, qui lui inspire,
au lieu du procès à l’image de celui
de Louis XVI préconisé par certains,
l’ignoble massacre du tsar et de sa
famille à Ekaterinbourg ; c’est elle
qui jusque sur son lit de mort l’amène
à persécuter un malheureux
intellectuel inoffensif, c’est elle seule
RESTONS PRUDENTS !
- Comment appelle-t-on
la célébration du Grand Pardon
chez les juifs ?
- Yom Kippour !
- Comment appelle-t-on
la célébration du sacrifice du mouton
par Abraham chez les musulmans ?
- L’ Aïd el-Kébir !
- Comment appelle-t-on
la célébration de la nativité de Jésus
chez les chrétiens ?
- Les fêtes !
- Ces fêtes dont vous parlez,
n’est-ce pas là justement
ce que l’on appelait jadis Noël ?
- C’est bien possible. Des textes
anciens l’attestent. Mais parlons bas.
Ces chrétiens s’introduisent partout.
(1 ) « Lénine, l’inventeur du
totalitarisme », de Stéphane Courtois,
Perrin, 2017, 502 p.
* Éditorialiste de l’hebdomadaire
« Marianne ».
Prochain atelier
O
IRÈNE FRAIN
Romancière et biographe
N
A
du peuple, le tempérament
révolutionnaire fondé sur la haine ici
et en tout lieu ne saurait déboucher
sur une société réconciliée.
On n’établit pas la République
universelle avec au fond du cœur
la détestation du genre humain.
Dans la France contemporaine,
où la lutte des classes a perdu de son
intensité à mesure que la condition
des plus pauvres s’améliorait, c’est
dans l’intelligentsia que s’est réfugié
le tempérament léniniste, fait d’une
culture de haine et de préférence
pour la violence. Au sens russe
du terme, tel qu’en use Courtois,
l’intelligentsia ne désigne pas
l’ensemble des professions
intellectuelles : c’est la partie
des intellectuels hantés par le
déclassement social, un prolétariat
intellectuel (Trotski) persuadé qu’il
lui appartient de diriger le pays et de
lui donner ce dont il a besoin sans
en avoir conscience ; c’est la frange
radicalisée des intellectuels hostiles
à tout compromis avec le régime
en place, et dont Lénine fut jadis
le représentant le plus achevé.
En ce sens, il y a bel et bien en
France une intelligentsia spécifique
à l’intérieur du monde intellectuel.
C’est elle qui singe le style léniniste,
elle qui jusque dans ses écrits les plus
théoriques et les plus sophistiqués
exprime la haine de tous les
« dominants », c’est-à-dire
des pouvoirs établis ; qui, dans
la controverse intellectuelle,
pratique à jet continu l’insulte
et la dénonciation ; y compris
l’identification, dont les nazis se
resserviront contre les Juifs, de
l’ennemi avec les animaux les plus
répugnants ; elle encore qui organise
des bandes de pétitionnaires pour
stigmatiser l’adversaire isolé et le
vouer à la vindicte générale.
Comme si beaucoup de ces
intellectuels frustrés, déclassés, ratés
parfois, entendaient faire oublier par
un surcroît de radicalité l’ambiguïté
de leur statut social.
Voyez le traitement infligé à Alain
Finkielkraut, coupable d’avoir
défendu l’identité française :
dénoncé, caricaturé, calomnié, objet
de menaces et même de violences
physiques de la part de Nuit debout,
qui constituait la quintessence de
cette intelligentsia, il a vu la plus
grande partie de ses confrères
intellectuels se réfugier dans le
silence. Ce qui lui arrivait, il l’avait
bien cherché… Cette lâche attitude,
quels que soient les jugements que
l’on peut porter sur les positions
de Finkielkraut, est une honte ;
le courage n’est pas la qualité
principale de la classe intellectuelle.
Voyez encore le ton haineux qui
s’est introduit, du fait des autonomes,
anarchistes et autres zadistes dans les
diverses manifestations de la gauche,
jadis qualifiées invariablement de
bon enfant. Des mots d’ordre comme
« tout le monde déteste la police »
vont bien au-delà des rodomontades
« antiflics » traditionnelles dans
la mouvance libertaire. Le début
de lynchage d’une policière à terre
par une bande de « jeunes »
à Champigny-sur-Marne lors du
Nouvel An en est une manifestation
odieuse, parmi d’autres. Comme si,
veuve du marxisme, l’extrême
gauche en était revenue
aux errements infantiles
de l’émeute de jadis.
Voyez enfin les accents
hystériques, le ton de guerre civile
employé par l’islamo-gauchisme
dès qu’il est question de l’islam.
À propos d’un problème où le sangfroid, la modération, l’écoute
des contradicteurs sont parmi les
conditions expresses d’une issue
heureuse, combien sont-ils
à prendre la pose et pratiquer
rétrospectivement un
anticolonialisme résolu, dont
on aurait bien eu besoin à l’époque
où la question coloniale se posait ?
Ce léninisme de Quartier latin
n’a guère d’écho dans les couches
profondes de la gauche ; il est
significatif de ses difficultés à
retrouver un enracinement social
digne d’un grand parti aspirant au
gouvernement démocratique de la
société ; mais il est influent dans les
médias car beaucoup de journalistes
appartiennent eux-mêmes, de
par leur état hybride et de par la
confusion de leurs sentiments, à cette
intelligentsia hors sol. On ne saurait
expliquer autrement le succès
médiatique de l’idée du revenu
universel. Il est spontanément rejeté
par le mouvement ouvrier qui y voit
à juste titre une négation de toutes
ses valeurs ; mais il trouve un terreau
fertile dans cette intelligentsia
post-industrielle, qui est à la fois
la base et la limite du parti de Benoît
Hamon : un parti à 6 %, et qui
est appelé à le rester. Pas plus
aujourd’hui qu’hier il ne faut
confondre le socialisme
avec la bohème.
Les mêmes tendances se retrouvent
chez Jean-Luc Mélenchon, en tout
cas dans un groupe parlementaire
bien peu représentatif des 19,5 %
de son leader à la présidentielle.
Au hasard des succès locaux aux
législatives, est apparu un étrange
club hétéroclite, fédéré par la
pratique de l’invective à jet continu
et de l’exhibitionnisme médiatique,
sans grand rapport avec la France
populaire. S’il veut réussir une
carrière politique, le problème
numéro un de Jean-Luc Mélenchon,
improbable croisement du Père
Duchêne et de Georges Marchais,
sera de savoir comment
s’en débarrasser.
Les simagrées néo-léninistes
d’une petite intelligentsia en rupture
de classe n’ont pas de portée sociale
significative mais le climat de haine
qu’elles entretiennent est assurément
un obstacle et même un repoussoir
à la reconstruction de la gauche.
Si en effet le socialisme n’est pas
cette « grande amitié » dont parle
Michelet à propos de la République,
il ne vaut pas un quart d’heure de
peine. C’est du côté de la fraternité
qu’il peut se reconstruire, comme
« l’espoir qui luit comme un brin
de paille dans l’étable ». Jusqu’ici
les philosophes se sont contentés
de détester le monde, il s’agit
aujourd’hui de se réconcilier avec lui.
« Nous portons tous un livre en nous, un désir de texte pour soi ou à
partager. Le Figaro littéraire a ouvert de nouveaux ateliers pour celles
et ceux qui sont attirés par la formidable aventure de l’écriture. »
24 janvier/31 janvier/7 février
14 février/7 mars/14 mars
Dans les locaux du Figaro, 14 boulevard Haussmann, Paris 9ème de 18h à 22h.
Découvrez toutes les modalités sur: lefigaro.fr/ateliers-d-ecriture
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LE FIGARO
lundi 8 janvier 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
2018 : une année décisive pour l’Europe
oixante ans après le traité de
Rome, l’Europe se trouve à une
heure de vérité. L’amélioration
de la conjoncture ouvre une
fenêtre pour sa refondation.
Mais elle est limitée dans
le temps par l’entrée en fonction
du nouveau gouvernement allemand
qui pourrait ne pas intervenir avant
avril 2018 et les européennes de mai 2019.
Le Brexit puis l’élection de Trump
aux États-Unis ont paradoxalement
contribué à créer un momentum
européen. L’Europe connaît une reprise
progressive mais solide. La zone euro
conjugue développement et stabilité
avec une croissance de 2,3 % supérieure
à celle des États-Unis (2,1 %) et du
Royaume-Uni (1,7 %), un taux
de chômage revenu de 12,2 % à 8,7 %,
un large excédent commercial, un déficit
S
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
et une dette publics réduits à 1,1 %
et 87 % du PIB. La relance est équilibrée
et profite pleinement à l’Europe du Sud.
Le secteur financier, activement soutenu
par la BCE, retrouve une certaine vitalité
et poursuit sa restructuration,
notamment en Italie et en Espagne.
Au plan politique, conformément
au paradoxe de Tocqueville qui a montré
que le risque révolutionnaire est à son
apogée lors des sorties de crise, l’Europe
est sous la pression du populisme, qui se
nourrit des séquelles de la récession, de la
désintégration des classes moyennes,
de la peur de la mondialisation et de
la révolution numérique, des vagues
migratoires et du renouveau des risques
sur la sécurité. Mais elle leur oppose
une résistance inattendue. La percée
des démagogues en Allemagne,
en Autriche et en République tchèque
ENTRE GUILLEMETS
8 janvier 1896 : mort de Verlaine.
Verlaine
RUE DES ARCHIVES/RDA
Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone»
ANALYSE
Bertille Bayart
£@BertilleBayart
P
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
en juillet dernier, quand Bruno Le Maire
avait exigé du PDG d’EDF Jean-Bernard
Lévy un « plan d’action rigoureux »
pour éviter de nouveaux dérapages
du chantier britannique d’Hinkley Point.
Le gouvernement met la pression sur les
patrons et met en scène sa détermination
à les placer devant leur responsabilité,
à leur demander des comptes et à exiger
des résultats cohérents avec ses objectifs.
La même démarche a guidé l’annonce
d’un « spoil system » pour la haute
administration, dont les 250 plus
éminents fonctionnaires devaient être
confirmés ou infirmés avant la fin
de l’année. De quoi mettre sous tension
l’appareil d’État sans pour autant créer
une chasse aux sorcières : ils ne sont
finalement que quelques-uns à avoir
dû quitter leurs fonctions, dont le chef
d’état-major des armées Pierre de
Villiers, le patron de la Caisse nationale
d’allocations familiales, la directrice
de la législation fiscale à Bercy, une
rectrice d’académie ou encore quelques
préfets dont celui du Rhône, limogé
après l’attaque de la gare Saint-Charles.
Face à la posture très verticale
de l’exécutif, les patrons d’entreprises
publiques ou de celles dont l’État est
un actionnaire prépondérant ont leurs
propres stratégies, selon leurs agendas
respectifs. Stéphane Richard, candidat à sa
propre succession à la tête d’Orange (dont
l’État a 24 % du capital) au printemps
prochain, fait une campagne bruyante
pour défendre son bilan et afficher
ses soutiens. Isabelle Kocher, directrice
générale d’Engie (24 % du capital), sait
maintenant qu’elle ne sera pas PDG.
Le président du conseil d’administration
Gérard Mestrallet aura un successeur.
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
... IMPÔTS
Mais la seule femme dirigeant du CAC 40
s’affiche clairement en patron pour
préparer le rapport de force de cette future
cohabitation, et elle cultive son image
de combattante du climat. Chez Renault
(15%), Carlos Ghosn mène une discrète
négociation. En phase de réconciliation
avec l’État actionnaire, il doit trouver avec
lui un compromis sur sa propre succession
au poste de directeur général. Il restera
président du constructeur et de l’Alliance
Renault-Nissan. Tom Enders, lui, n’a plus
d’illusion. Il ne sera plus patron d’Airbus
(11 %) en 2019. Sa succession se décide
en ce moment même, mais l’Allemand
veut quitter la tête haute un groupe
en pleines turbulences. Chez EDF (84 %),
le mandat de Jean-Bernard Lévy
se jouera en 2019. Le PDG mène une partie
tactique, s’efforçant de ne pas gêner
le gouvernement sur le dossier miné
du nucléaire et de donner des gages
massifs dans le domaine des énergies
renouvelables. Guillaume Pepy a en
principe encore trois ans devant lui. Mais
il dirige une entreprise réputée pour avoir
65 millions de PDG. Il a prudemment pris
du champ avec l’exposition médiatique…
Les semaines qui viennent seront
instructives, puisque ce sera le temps
de la décision chez Orange, Engie,
Renault et Airbus. Ces quatre cas diront
mieux que les longs discours quel patron
est Macron. Pour la RATP, dont les rênes
ont été confiées en août à Catherine
Guillouard, et la Caisse des dépôts,
attribuée en novembre à Éric Lombard,
l’Élysée s’est attaché à objectiver
son choix par des processus de sélection
ostensiblement rigoureux. Mais une
vieille évidence demeure : la décision
ultime revient au chef de l’État.
FIGAROMEDIAS
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Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
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entre les Vingt-Sept. Elle exige,
pour préserver les valeurs de l’Europe,
l’abandon des négociations en vue
de l’adhésion de la Turquie, en pleine
dérive autocratique et islamiste, au profit
d’un partenariat privilégié.
La deuxième priorité concerne la zone
euro qui doit être renforcée pour pouvoir
affronter les prochains chocs que
la multiplication des bulles spéculatives
rend inévitables. L’agenda, bien rempli,
oppose frontalement les conceptions
de la France et de l’Allemagne autour
de l’émergence d’une union de transfert.
La troisième urgence concerne la crise
des migrants, qui divise profondément
les pays membres de l’Union. L’Italie
a accueilli plus de 620 000 personnes
en quatre ans. L’harmonisation du droit
de l’immigration et de l’asile a pour
condition le contrôle des frontières
extérieures de l’Europe.
Le quatrième impératif concerne la
sécurité afin de répondre à la montée des
menaces stratégiques et à la disparition
de la réassurance offerte par les ÉtatsUnis. Une Union de la sécurité s’impose,
dont les missions comprendraient lutte
contre le terrorisme, protection des
infrastructures critiques, contrôle des
frontières extérieures et cyberdéfense.
Elle ne sera efficace que si elle se trouve
adossée à la définition d’une stratégie
européenne de sécurité et à un effort
de réarmement portant les dépenses
militaires à un minimum de 2 % du PIB.
Le temps est compté et les contraintes
fortes. Le Royaume-Uni est absorbé par
le Brexit qui l’entraîne dans une nouvelle
période de déclin. L’Italie s’emploie
à faire barrage à Beppe Grillo. L’Espagne
se mobilise pour préserver son unité
face à l’indépendantisme catalan.
L’Europe centrale et orientale est
obsédée par la défense de son identité
face aux migrants. Tout dépendra donc
du couple franco-allemand.
VOX
Entreprises publiques :
le patron, c’est Macron
our les patrons d’entreprises
publiques, « en même
temps » n’est pas seulement
une formule. C’est un
quotidien. Ils doivent
appréhender la nouvelle
donne créée par l’arrivée d’Emmanuel
Macron à l’Élysée. Le président de la
République est réputé libéral en économie
et il a, plus qu’aucun autre de ses
prédécesseurs, une connaissance intime
de leurs défis stratégiques et de leurs
contraintes. Et, en même temps, le chef
de l’État est déterminé à leur tenir la bride
courte, à exercer avec intransigeance
ses prérogatives d’actionnaire.
«J’ai la vision d’un État stratège, d’un
État actionnaire fort et attaché au respect
scrupuleux de la grammaire des affaires,
d’une gouvernance assainie qui nomme
des dirigeants compétents… et les écarte
quand ils se révèlent incompétents »,
expliquait au Figaro en février 2016
le ministre de l’Économie d’alors.
Le président de la République
d’aujourd’hui n’a semble-t-il à ce jour
pas identifié d’incompétents à la tête des
entreprises publiques : aucune tête n’est
tombée depuis son élection. Logique,
puisque Emmanuel Macron, à Bercy puis
à l’Élysée, a participé à la nomination
d’un bon nombre de ces dirigeants.
L’air du temps n’est donc pas au
débarquement inopiné, mais au respect
des échéances. Et, pour l’heure,
l’exécutif manifeste son autorité
de façon assez classique, à l’occasion
de convocations solennisées. Comme
ce lundi, pour les dirigeants de la SNCF
Guillaume Pepy et Patrick Jeantet reçus
par leur ministre de tutelle, Élisabeth
Borne (lire pages 22 et 23). Comme
Dassault Médias
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Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
est contrebalancée par leur défaite
en France et aux Pays-Bas. L’Union,
loin de se décomposer ou d’encourager
l’éclatement des États membres,
offre pour l’heure une réponse unie
et cohérente au Brexit comme
au sécessionnisme catalan.
Pour autant, le dilemme de la
rénovation ou de l’implosion de l’Union
perdure. Les principes sur lesquels
elle fut construite - résistance à l’URSS,
garantie de sécurité américaine,
réconciliation franco-allemande,
contournement du politique par le droit
et le marché - sont caducs. Les risques
économiques demeurent élevés,
liés à la faiblesse de la productivité
et de l’investissement - notamment
dans l’intelligence artificielle -,
à la concurrence des émergents et à la
dépendance technologique vis-à-vis de
l’oligopole du Gafam, à la vulnérabilité
face à la floraison des bulles spéculatives,
à l’insuffisante résilience de la zone euro.
Le péril populiste est loin d’être écarté
comme le montrent la position de force
du Mouvement Cinque Stelle dans
la campagne pour les élections italiennes
de mars ou la convergence des pays
du groupe de Visegrad autour du modèle
de « démocratie illibérale » promu
par Viktor Orban. La défaite de l’EI
au Levant renforce la menace terroriste
sur l’Europe tandis que les démocratures
russe et turque accroissent leur pression.
Pour l’Europe, l’urgence n’est plus
à négocier de nouveaux traités, mais
à apporter des réponses concrètes
aux demandes des citoyens. Et ce autour
de quatre priorités.
La première touche au périmètre
et à l’identité de l’Union. Elle implique
de conduire la deuxième phase
des négociations du Brexit avec
la détermination et la même cohérence
alors que le dossier clé de l’indemnité
britannique ne scellera plus le consensus
ET DÉPENSES
DE L’ÉTAT
Pourquoi Macron
devrait suivre l’exemple
canadien, par Kevin
Brookes, analyste
à l’Institut économique
de Montréal, et Nicolas
Lecaussin, directeur
de l’Institut de recherches
économiques et fiscales
(IREF, Paris)
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MÉDIAS
LES SIX DÉFIS DE 2018,
ANNÉE CHARNIÈRE
POUR LE SECTEUR PAGE 30
PIXATERRA - STOCK.ADOBE.COM, NETFLIX, VINCENT ISORE/VINCENT ISORE/IP3
SNCF : la grande
explication
Après les pannes
et les bugs,
les patrons
de l’entreprise,
Guillaume Pepy
et Patrick Jeantet,
sont convoqués
par le
gouvernement.
PAGES 22 ET 23
Guillaume Pepy
et Élisabeth Borne,
ministre
des Transports.
Volkswagen toujours en lice pour rester no 1 mondial
Le groupe automobile allemand
Volkswagen aurait vendu quelque
10,7 millions de voitures l’an dernier selon des sources internes citées par le quotidien Bild am Sonntag. Ces chiffres n’ont pas été
commentés par le groupe, qui doit
publier le 17 janvier ses chiffres officiels de ventes pour 2017.
Si ces performances étaient confirmées, le constructeur allemand
resterait en lice pour se maintenir
au rang de no 1 mondial. Toyota Motor a précisé le mois dernier s’at-
le PLUS du
FIGARO ÉCO
BLOC-NOTES
Mauvais
pronostics
PAR JACQUES-OLIVIER MARTIN
PAGE 27
LIBRES
ÉCHANGES
Les Français prêts
pour la révolution
culturelle
que leur propose
Macron ?
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 27
LIVRES ET IDÉES
Les bureaucrates,
ces « chieurs
d’encre » comme
les appelle Zola
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 27
tendre pour 2017 à des ventes mondiales de 10,35 millions - avec ses
marques Toyota, Lexus, Daihatsu et
Hino -, soit 2 % de plus qu’en 2016.
Il devrait alors se contenter du troisième rang mondial.
La première marche du podium se
jouera donc entre Volkswagen et
l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Au premier semestre, cette
dernière avait pris l’avantage avec
5,27 millions de ventes contre
5,11 millions pour son rival allemand. Preuve que le finish sera serré
à fin novembre, Renault tenait encore l’avantage avec 9,81 millions de
véhicules produits contre 9,74 pour
Volkswagen et une estimation finale
à 10,7 millions contre 10,6 millions
prévus à l’époque pour Volkswagen,
selon le site spécialisé Daily Kanban.
Une chose est sûre : le groupe allemand avec ses multiples marques
(Audi, Porsche, Seat, Skoda) a bien
su rebondir après le « dieselgate » et
devrait afficher pour 2017 un chiffre
d’affaires de quelque 220 milliards
d’euros, nouveau record après les
217 milliards de 2016, selon Bild am
Sonntag. Le groupe a par ailleurs
profité du salon CES de Las Vegas
pour officialiser un partenariat avec
un spécialiste de la conduite autonome.
De son côté, Renault enregistre de
très bons résultats malgré les problèmes de production ayant affecté le
groupe Nissan en novembre, l’obligeant à rappeler plus d’un million de
véhicules au Japon. Le groupe compte par ailleurs lancer 12 nouveaux véhicules 100 % électriques d’ici à 2022.
Le fondateur d’Uber,
Travis Kalanick, cède
le tiers de ses actions
L'HISTOIRE
La truffe reprend racine
dans le Sud-Ouest
O
n vend trois fois plus de truffes
que l’an dernier. Une telle
quantité, c’est du jamais vu
depuis dix ans ! » Responsable
du marché de gros de Lalbenque
dans le Lot et secrétaire de la Fédération
nationale des trufficulteurs, Alain Ambialet
n’en revient pas
de l’abondance
et de la qualité des Tuber
melanosporum
proposées sur
les marchés. Même
constat en Dordogne
où la production est huit
fois plus importante
cette saison que l’an
dernier. « Nous avons
été aidés par la pluie,
tombée au bon moment
et en juste quantité. La
truffe noire du Périgord
reprend racine dans le
Sud-Ouest », se réjouit
Alain Ambialet. Depuis
quelques années,
la région Sud-Est
(Drôme, Gard, Vaucluse,
«
La facture de Carmen et d’Eleanor,
qui était dimanche à l’origine de cinq
décès et trois disparitions, sera élevée. Le passage en France de ces
tempêtes a occasionné plus de
150 000 sinistres. Et leur coût total
est estimé à environ 200 millions
d’euros, a indiqué samedi la Fédération française de l’assurance (FFA).
« Il s’agit de tempêtes classiques
hivernales avec beaucoup de sinistres. Mais ce sont des sinistres d’un
faible montant, plutôt des vitres
cassées, des cheminées arrachées,
etc. », a souligné un responsable du
syndicat professionnel. La grande
majorité des sinistrés sont des particuliers, répartis dans une quarantaine de départements.
Le coût et le nombre de sinistres
pourraient toutefois être revus à la
hausse, a précisé la FFA pendant le
week-end. Le risque d’inondations
restait fort en effet dimanche, en
particulier dans le Sud-Est.
Partout dans le monde, la facture
des catastrophes naturelles, parmi
lesquelles les plus coûteuses sont
les tempêtes et les séismes, est en
hausse. L’an dernier, en particulier, a
été une année au bilan très lourd. En
2017, les catastrophes naturelles
ont occasionné 330 milliards de dollars (274 milliards d’euros) de dégâts. C’est quasiment le double de
2016 et le bilan le plus élevé de l’histoire après l’année 2011 (354 milliards de dollars), estime le réassureur - ou assureur des assureurs allemand Munich Re.
Au total, près de 710 événements
climatiques ou géologiques extrêmes ont été recensés en 2017. La
tempête Harvey en août, avec ses
pluies torrentielles sur le Texas, a
causé à elle seule 85 milliards de
dollars de dégâts. L’ouragan Irma,
qui a dévasté les Antilles françaises
et la Floride en septembre, a coûté
plus de 32 milliards de dollars. Certaines de ces catastrophes « ont
donné un avant-goût du futur et
nos experts s’attendent à voir plus
souvent ces événements se produire », même s’ils ne sont pas tous
« directement attribuables au
changement climatique », indique
Munich Re.
A. BOH
Var) avait pris le leadership de la production
nationale. Las, la sécheresse de 2017
en a décidé autrement. « Certains trufficulteurs
n’ont rien ramassé du tout. Personnellement,
je limite la casse à moins 50 % parce que j’ai
arrosé mes cultures… mais quand ce n’est
pas la sécheresse, ce sont les sangliers
qui ont ramassé les truffes »,
témoigne Michel Tournayre,
cultivateur dans le Gard.
Président de la Fédération
nationale des trufficulteurs,
ce dernier plaide depuis
des années pour un soutien
à la professionnalisation de la
filière. « Pour sécuriser
la production de truffes, il faut
de l’eau et des clôtures.
En quelques années, grâce à
des aides publiques, l’Espagne
a structuré sa production.
Si la truffe est vraiment un
emblème de la gastronomie
française, il faut donner
à la filière les moyens de se
professionnaliser », plaide
Michel Tournayre. ■
GUILLAUME MOLLARET
La retraite de Travis Kalanick
vis-à-vis d’Uber continue, selon les informations de l’agence Bloomberg. Écarté de la direction en juin 2017 après
différents scandales, le fondateur de la plateforme de VTC
en était toutefois resté administrateur avec 10 % du capital
de l’entreprise. Mais l’arrivée
de nouveaux investisseurs,
emmenés par le géant de la téléphonie japonais SoftBank
Group, va permettre à Travis
Kalanick de céder un tiers des
parts qu’il possède, soit 2,9 %
du capital, pour un montant de
1,4 milliard de dollars (environ
1,2 milliard d’euros). À 41 ans,
il devient donc de fait milliardaire, lui qui en dix ans à la tête
d’Uber se targuait de n’avoir
jamais vendu la moindre action en sa possession.
Cette acquisition permettra
par ailleurs au consortium
nippon, déjà actionnaire à
hauteur de 17,5 %, d’atteindre
les 20 % souhaités, le tout
pour un montant approchant
les 9 milliards de dollars
(7,5 milliards d’euros), puisqu’il avait valorisé Uber
48 milliards de dollars. Ce
nouvel actionnariat confortera
Dara Khosrowshahi, directeur
général depuis août 2017, dans
son rôle de restaurateur de
l’image du groupe, ternie par
différents procès. Le retrait
partiel de Travis Kalanick
du capital d’Uber conclut une
année pendant laquelle la société aura été totalement
transformée.
Toujours selon Bloomberg,
Travis Kalanick aurait souhaité vendre jusqu’à la moitié de
ses 10 % de parts dans Uber,
mais en aurait été empêché
par les limites fixées entre
Uber et SoftBank. C’est également le cas d’autres investisseurs, limités de leur côté par
l’afflux de titres à vendre. Cet
accord était pourtant leur dernière chance de cession avant
l’introduction en Bourse du
groupe, prévue en 2019.
AMAURY BUCCO
1
LE GAZ NATUREL, CARBURANT
D’AVENIR POUR DES POIDS
LOURDS MOINS POLLUANTS PAGE 26
A
TRANSPORTS
LES TEMPÊTES
COÛTERONT
200 MILLIONS
D’EUROS
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Le gouvernement met la SNCF sous
Guillaume Pepy et Patrick Jeantet sont attendus dans le bureau de la ministre Élisabeth Borne pour une
né des sous-investissements
chroniques dans le réseau classique pendant trois décennies. Le
gouvernement et la direction de
la SNCF sont au diapason sur ce
point. La ministre a même publiquement reconnu la responsabilité de l’État dans les difficultés
de la SNCF.
Mais le gouvernement veut
s’assurer de l’avancée des solutions, pour ne pas laisser s’enliser une situation impactant le
quotidien
des
Français.
« Quand la SNCF fait la une de
l’actualité avec des incidents et
des pannes, en tant que ministre
des Transports, je ne peux m’en
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
TRANSPORTS Séance d’explications en vue. En guise de vœux
pour 2018, Guillaume Pepy, le
patron de SNCF Mobilités, et Patrick Jeantet, son homologue
chez SNCF Réseau, l’entité qui
gère les 30 000 kilomètres de
rails français, sont attendus de
pied ferme ce lundi midi chez
Élisabeth Borne, ministre des
Transports. L’objet de cette réunion au sommet, très commentée : analyser les incidents à répétition des derniers mois dans le
réseau tricolore (pannes, saturation des trains lors des départs,
accidents…). Et surtout en tirer
les conséquences pour limiter les
failles qui ont plongé l’entreprise
dans la tourmente depuis l’été
dernier.
Si le premier ministre lui-même a publiquement renouvelé
mercredi sa confiance à Guillaume Pepy, qui pilote l’entreprise
publique depuis dix ans, cette
« convocation » résonne comme
un coup de semonce. Évoquant
une « mise au point » ou un simple « rendez-vous de travail »,
les deux parties tentaient ces derniers jours de dédramatiser la
rencontre. Elles sont certes d’accord sur bon nombre de constats
et de solutions. Mais il s’agit bien
pour le gouvernement de marquer le coup et d’obtenir des réponses.
PATRICK
JEANTET
La rencontre au sommet est la
conséquence directe des mégapannes de ces derniers mois. Mais
les défis de la SNCF sont plus larges. Revue de détail.
uLa modernisation du réseau
On doit
« mettre
le paquet,
non pas sur
de nouvelles
lignes
à grande
vitesse, mais
sur les trains
de la vie
quotidienne
»
GUILLAUME PEPY,
PRÉSIDENT DE LA SNCF
DEPUIS 2008
C’est la « priorité absolue » du
rail français, selon Guillaume
Pepy. La SNCF veut en effet
« mettre le paquet sur les trains de
la vie quotidienne », victimes de
sous-investissements pendant des
années, appuie le dirigeant. En
2015 et 2016, 3 000 chantiers ont
été menés pour supporter la hausse du nombre de voyageurs et rénover les infrastructures (50 %
des ponts, tunnels et autres maîtrises d’art ont plus de 100 ans).
L’État et SNCF Réseau, le gestionnaire du réseau ferroviaire français, y ont investi 9,8 milliards.
L’an dernier, cela représentait
5,2 milliards sur 1 600 chantiers.
Cet effort sera pérennisé : il y a un
an, SNCF Réseau et l’État ont
conclu un contrat de performance
pluriannuel avec à la clef 46 milliards d’investissements sur dix
ans, dont 34 milliards apportés
par l’État. Nécessaires pour lutter
contre le vieillissement du réseau,
ces grands travaux causent des
dysfonctionnements. Une gestion
des travaux que la ministre des
Transports, Élisabeth Borne, a demandé début décembre à SNCF
Réseau d’améliorer rapidement
(nos éditions du 5 décembre).
A
u
Marges du TGV
À plus de 35 ans, le TGV n’est
plus la vache à lait du groupe. Plus
des deux tiers des lignes de trains
à grande vitesse sont déficitaires.
Ce qui soulève la question du
Exercice d’équilibriste
Suffisant pour faire éclore la rumeur d’un départ forcé du dirigeant. Mais cette hypothèse semble à ce stade peu crédible, à
l’aube de réformes importantes
prévues par le gouvernement.
Les dirigeants devront donc surtout rassurer et s’engager sur leur
bonne maîtrise des actions entreprises. Notamment sur les mesu-
res de fiabilisation de des grands
travaux lancés en 2014 : 5 milliards d’euros d’investissements
par an, sur plus de 1 600 chantiers par an.
Après un premier
coup de semonce du gouvernement début
décembre,
Patrick Jeantet a remanié
l’équipe en
charge de la
coordination
des
projets,
avec la nomination de Mat-
La ministre des
Transports connaît bien
la SNCF pour en avoir
été la directrice de la
stratégie entre 2002
et 2007. Après avoir
exprimé sa
préoccupation, celle qui
a fait des transports
du quotidien une de ses
priorités attend de ses
interlocuteurs un point
précis sur le
programme de
rénovation du réseau.
Ainsi que sur la
meilleure information
des passagers.
FRANCK DUBRAY/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP ,, FRÉDÉRIC PITCHAL/DIVERGENCE , F. BOUCHON, J.-C. MARMARA/LE FIGARO,
Des pannes
et des chantiers
apparaît incompréhensible et suscite une légitime exaspération. » Tout
en mettant en garde, « cela alimente un sentiment de perte de maîtrise des fondamentaux du service
public ferroviaire ».
ÉLISABETH BORNE
Le PDG de SNCF
Réseau depuis
avril 2016
s’est retrouvé
brutalement sous
le feu des projecteurs.
Sa mission
de rénovation
de l’infrastructure
est cruciale, à la fois
pour améliorer
le service des trains du
quotidien, pour réaliser
des économies
de fonctionnement…
et pour répondre
des incidents comme
celui de la gare
Montparnasse.
Tolérance écornée
Depuis l’été 2017, plusieurs pannes, aux causes et à la gravité variées, ont remis sur le devant de la
scène les failles de l’entreprise
(voir ci-dessous). Elles ont surtout
sérieusement écorné la tolérance
des Français envers le rail français, ces couacs ayant eu lieu lors
de fortes affluences.
Le constat de la situation sera
assez vite fait : la politique du
tout TGV, très coûteuse, a entraî-
satisfaire », a ainsi appuyé jeudi
sur CNews Élisabeth Borne. En
clair : si l’État a mis la main à la
poche en s’engageant sous le précédent gouvernement à investir
34 milliards sur dix ans dans le
réseau, le groupe doit prendre ses
responsabilités.
Dans sa lettre
envoyée aux dirigeants durant la trêve
des
confiseurs, la ministre avait
insisté : « La
répétition de
ces situations
En gare de Nantes, le 3 décembre, les passagers subissent les retards occasionnés par le bug informatique, qui a perturbé pendant 16 heures la gare Montparnasse.
nombre de gares TGV en France,
actuellement au nombre de 230,
et sur lesquelles la Cour des comptes avait émis de virulentes réserves en 2014. Plus que le tout-TGV,
la SNCF doit s’atteler aux lignes les
plus « circulées » et sur lesquelles
l’exaspération des usagers est
aussi forte que lors des bugs de
grands départs. Dans un rapport
plus global sur l’État actionnaire,
les sages de la Rue Cambon ont par
ailleurs estimé début 2017 que
l’intrusion étatique trop poussée
dans le fonctionnement de l’entreprise publique freinait son efficacité économique.
à la concurrence
uL’ouverture
Aujourd’hui, seuls le fret et les
lignes internationales sont ouverts
à la concurrence. Mais le calendrier européen prévoit de faire de
même pour les lignes nationales
de TGV dès 2020, et les TER et Intercités au plus tard pour 2023. Le
point le plus sensible est social : le
transfert des cheminots auprès
des éventuels nouveaux opérateurs privés ayant remporté les
appels d’offres.
pagailles à répétition
uLes
La loi des séries. Après les terri-
bles accidents de Brétigny-surOrge en 2013 et du train d’essai
à Eckwersheim (Bas-Rhin) ayant
entraîné respectivement 7 et
11 morts, c’est un lot de pannes
techniques dans les gares parisiennes qui provoque depuis six
mois l’inquiétude et la colère des
passagers. Le 30 juillet, une panne
dans le système d’aiguillage de la
gare Montparnasse a perturbé le
chassé-croisé de 100 000 juillettistes et aoûtiens pendant trois
jours. Quatre mois plus tard, rebelote avec une interruption totale du trafic le 3 décembre dans
cette même gare pendant plus de
16 heures. En cause : un plantage
du système informatique après la
fin de travaux de modernisation.
Une semaine plus tard, nouvelle
panne d’électricité, toujours à
Montparnasse. Le jour de Noël,
une affluence inattendue a cette
fois entraîné un cafouillage, plus
léger, notamment dans les gares
d’Austerlitz et Bercy, avec 5 500
voyageurs touchés. Dernier couac
en date : la gare Saint-Lazare a été
victime le 26 décembre dernier
d’une panne d’alimentation qui
l’a paralysée pendant deux heures. Si les conséquences en gare
sont d’intensité variable, chaque
nouvel incident provoque des
réactions de plus en plus épidermiques chez les voyageurs.
des voyageurs
uL’information
Mise en cause après les mégapannes de l’été et de la fin d’année
2017, la SNCF a débloqué une enveloppe de 150 millions d’euros,
portée récemment à 200 millions,
sur les deux prochaines années
pour améliorer l’efficacité de ses
systèmes d’information aux voyageurs (application, informations
en gare…). Une priorité pour limiter l’effet boule de neige en cas
d’incident.
dette
uLa
Selon le dernier chiffrage de
l’État, l’endettement de SNCF Réseau atteignait 46 milliards
d’euros mi-2016. Gonflant de
3 milliards par an, elle devrait dépasser 65 milliards d’ici à 2025. La
question d’une reprise de cette
dette abyssale par l’État ressurgit
régulièrement. Même si le précédent gouvernement s’y était refusé en septembre 2016, Emmanuel
Macron n’y serait pas totalement
opposé, en échange d’efforts de
productivité internes, voire d’une
réforme du système des retraites
des cheminots. ■
O. D.
LE FIGARO
lundi 8 janvier 2018
L'ÉVÉNEMENT
pression
séance d’explications.
thieu Chabanel en charge de repenser « l’ensemble de la filière
ingénierie et la maîtrise d’ouvrage ». Un exercice d’équilibriste
puisqu’il faut accélérer la lutte
contre le vieillissement du réseau,
tout en évitant de trop désorganiser les rames au quotidien.
Pas question pour autant de ralentir la cadence. Les groupements de travaux (fermeture
d’une ligne pendant un week-end
pour un gros chantier) pourraient
être augmentés. Avec une information très en amont des voyageurs. C’est le deuxième axe majeur du plan Robustesse et
Information sur lequel sont entendus les dirigeants : la refonte
du système d’information des
passagers. Parfait lorsque les
trains arrivent à l’heure, il connaît
de sérieux ratés quand les choses
déraillent. Ce qui accroît le ras-lebol des usagers.
« L’information lors du grand bug
de cet été a été minable »,
reconnaît-on en interne. 200 millions
d’euros sur trois
ans ont été débloqués pour refondre ce système
qui sera centralisé sur l’application SNCF. Fin
du chantier en
2020. ■
GUILLAUME PEPY
Plutôt discret depuis
six mois, le patron
du groupe SNCF
et PDG de sa branche
mobilité reste aux
yeux de l’opinion
le visage
de l’entreprise
ferroviaire qu’il dirige
depuis dix ans.
Une mission qu’il
entend poursuivre
jusqu’au terme de son
mandat, en 2020.
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
La foudre jupitérienne est tombée à
La Mongie. Après les fêtes de Noël
passées dans cette station de ski des
Pyrénées, le président de la République a demandé à sa ministre Élisabeth Borne de convoquer le patron de la SNCF. « Mon mandat est à
la disposition du gouvernement », a
lâché Guillaume Pepy, nommé par
Nicolas Sarkozy en 2008 et renouvelé par François Hollande en 2013.
Cette formule paratonnerre, qu’il
dégaine en cas de coup dur (accident, grève, crise…), a permis au
président du directoire du groupe
SNCF (et PDG de SNCF Mobilités)
de vite obtenir le soutien public de
Christophe Castaner, du premier
ministre Édouard Philippe et d’Élisabeth Borne. Pepy, qui a annulé
ses vacances, restera donc en poste.
« L’exécutif ne veut pas ajouter un
problème de gouvernance à l’aube de
la discussion de la loi sur les mobilités
et alors que la SNCF doit négocier
avec ses syndicats la fin des régimes
spéciaux de retraite et l’ouverture à
la concurrence des TER, assure un
connaisseur du pouvoir. D’autant
qu’il n’y a personne en interne pour
assurer une transition douce. »
En 1982, ce fils de bonne famille
classé à gauche s’était battu pour
que sa promo de l’ENA soit baptisée
« Louise Michel » et non « Machiavel ». Il a pourtant bien assimilé
l’art de rester au
À droite, la lettre de la ministre des Transports, Élisabeth Borne, convoquant Guillaume Pepy et Patrick Jeantet.
pouvoir. « Il y a quelque chose de
spécial entre Guillaume Pepy et la
SNCF, c’est son extraordinaire attachement depuis trente ans à l’entreprise, assure Raymond Soubie,
ex-conseiller de Nicolas Sarkozy.
C’est l’une des passions de sa vie. »
L’attachement de cet homme pudique (60 ans en mai) à la SNCF va de
pair avec sa maîtrise des dossiers et
des arcanes du groupe. C’est une
assurance professionnelle, renforcée par sa loyauté sans faille à l’État
actionnaire et son art consommé de
soigner ses réseaux.
32,3
milliards
Fan d’avions
d’âge moyen pour
le rail français,
contre 15 ans pour
le réseau allemand
Entré à la SNCF en 1988, il l’a quittée en 1990 pour devenir dircab de
Martine Aubry puis en 1996 pour
une brève expérience à la tête de la
Sofres. Début 2015, ce fan d’avions
aurait tenté de se faire nommer à la
tête d’Air France-KLM à la place
d’Alexandre de Juniac. Guillaume
Pepy, qui dément l’épisode, aurait
suggéré d’être remplacé par Élisabeth Borne, alors dircab de Ségolène Royal et avec laquelle, dit-on,
les relations n’ont pas toujours été
faciles. De quoi s’assurer le soutien
du gouvernement. Las. Juniac a été
reconduit, et Pepy s’est replongé à
fond dans les dossiers du rail. Il a
aussi continué, comme il a toujours
su le faire, à entretenir son réseau.
« Au guidon de son scooter électrique, il peut passer sans se forcer
dans trois événements différents lors
d’une même soirée », assure un
proche de cet homme d’un
naturel attachant, sensible
et sympathique, mais en
tension permanente.
Emmanuel Macron lors
de l’inauguration du TGV
Paris-Rennes en juillet
n’avait pas été tendre avec la
SNCF : « Nous avons vécu sur
beaucoup de mensonges… La
SNCF doit devenir le champion de la mobilité du
XXIe siècle », avait martelé le
président. Il remettait ainsi
en cause des décennies de
priorité accordée au TGV et
invitait la SNCF à s’occuper de
« mobilité du quotidien ».
Pepy n’a pipé mot. « Courageux, il défend ses positions
jusqu’au bout dans les cabinets
ministériels, mais sait qu’il est
vain de se rebeller contre l’État
actionnaire, lâche Raymond
Soubie. Je ne connais pas de
poste plus difficile que la présidence de la SNCF, et je n’ai jamais vu quelqu’un intriguer pour
avoir sa place. » Un proche de
Pepy d’abonder : « Un job mal
payé où tu te fais agonir d’injures
au moindre problème et où tu passes ton temps à gérer les ordres et
les contre-ordres de l’État ? Les
candidats ne sont pas légion… »
Capable d’avaler des couleuvres (tel ce lâchage par le gouvernement désireux de protéger la loi
El Khomri avant l’euro 2016, alors
que Pepy négociait avec les syndicats un accord d’entreprise), le
patron de la SNCF est conscient de
ses forces. Il a prévu de partir à
l’issue de son mandat en 2020, pas
avant. ■
Le maquis des tarifs vivement critiqué par les voyageurs
MATHILDE VISSEYRIAS £@MVisseyrias
Pour la
« troisième
année
consécutive,
il n’y a pas
d’augmentation
des tarifs
du TGV
»
GUILLAUME PEPY
Billets hors de prix, service et propreté laissant à désirer… sur les réseaux sociaux, les mécontents de la
SNCF se déchaînent. À Noël, ils
n’ont pas manqué de s’offusquer de
tarifs parfois supérieurs à ceux de
l’avion. Le début des vacances tombait le week-end de Noël, et le trafic
a été beaucoup plus important que
d’habitude.
Pourtant, Guillaume Pepy l’a redit en début d’année sur RMC :
« Pour la troisième année consécutive, il n’y a pas d’augmentation des
tarifs du TGV. » Il a même promis
de doubler les TGV à petits prix Ouigo, en augmentant leur nombre de
passagers de 7 à 13 millions.
Depuis plus de dix ans, la SNCF
s’est mise, comme les compagnies
aériennes et les hôteliers, au « yield
management ». En d’autres termes,
les prix évoluent au fil du temps en
fonction de l’offre et de la demande.
L’objectif est simple : mieux remplir
les trains et maximiser la recette par
passager. La formule est informatique, complexe et… secret défense,
ce qui nourrit les incompréhensions
et les critiques.
D’une manière générale, ce
« yield management » incite à réserver le plus tôt possible. De fait, il
alimente un sentiment de cherté
car les prix de dernière minute sont
toujours les plus élevés. Or, tout le
monde n’est pas capable d’organiser des semaines à l’avance son
voyage. À cela s’ajoute qu’il n’y a
plus un prix par train, mais plusieurs. Ce n’est plus une affaire de
classe depuis bien longtemps. C’est
devenu aussi une question de flexibilité - les Prem’s, non échangeables, non remboursables, sont les
plus intéressants -, de cartes de réduction (100 000 jeunes ont l’abonnement illimité TGVMax à 79 euros
par mois). Au total, 75 % des clients
bénéficient d’une réduction. Il existe des billets modifiables, d’autres
modifiables « sous conditions ».
Parfois, la première classe est moins
chère que la seconde…
Cette jungle tarifaire est d’autant
plus mal vécue que la SNCF, de par
son statut, a une mission de service
public sur tout le territoire. « La
SNCF doit homologuer ses tarifs
maximums auprès de l’État », rap-
LES
CHIFFRES
CLÉS
DU RÉSEAU
pelle Jean Lenoir, vice-président de
la Fnaut, la Fédération nationale des
associations d’usagers des transports. Dans les faits, la SNCF module ses prix comme elle veut.
« Quand ses dirigeants disent que les
tarifs n’augmentent pas, ce n’est pas
clair. En plein tarif, le train est plus
cher en Grande-Bretagne et en Allemagne. Mais dans ces pays, les cartes de réduction et d’abonnement
sont plus vite amorties qu’en France », souligne Jean Lenoir, qui déplore en particulier l’absence d’offre pour les familles. De son côté,
Guillaume Pepy martèle qu’il veut
diminuer les coûts, pour baisser les
prix. L’entreprise développe en
particulier l’offre de TGV low-cost
Ouigo. Ces trains sont désormais au
départ de Paris intra-muros. ■
d’euros
de chiffre d’affaires
en 2016
33
ans
4,5
millions
de trains
ont circulé en 2017,
transportant
5 millions de
personnes par jour
230
gares TGV
sur 2 100 kilomètres
de lignes
à grande vitesse
46
milliards
d’euros
de dette pour SNCF
Réseau, qui gère
le système
ferroviaire français
Sources : SNCF, Ministère
des Transports
AGENDA
SOCIAL
CHARGÉ
Les secousses
qui touchent la SNCF
interviennent alors que
l’année sociale s’annonce
pour le moins chargée. Les
contours de l’ouverture à
la concurrence prévue par
les textes européens vont
être précisés. Surtout, le
gouvernement réfléchit,
pour fin 2018 ou début
2019, à une vaste refonte
du régime des retraites,
qui ferait basculer tout le
monde dans un système
unique. Ce qui affecterait
de fait le régime spécial
des cheminots. Un sujet
pour le moins épineux…
Enfin, à l’issue des Assises
de la mobilité qui ont
eu lieu de septembre à
décembre, une grande loi
d’orientation des mobilités
est attendue le mois
prochain. Ces séquences
délicates jouent en faveur
de l’équipe en place, le
gouvernement pouvant
difficilement se permettre
de couper les têtes à
l’aube de telles échéances,
et alors que la DRH
de la SNCF vient d’être
remaniée. OLIVIA DETROYAT
A
Loyauté et entregent, le kit
de survie de l’insubmersible
Guillaume Pepy
23
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
24 ÉCONOMIE
Les licenciements économiques plus faibles dans l’industrie
Le retour à l’emploi y est toutefois plus difficile. Mais les pénuries sectorielles offrent des perspectives d’avenir.
47 %
des salariés
du secteur industriel
ont retrouvé un poste,
trois ans après
avoir été licenciés,
alors qu’ils sont
54 % dans
les secteurs protégés
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
SOCIAL Voilà de quoi surprendre à
l’heure où les fermetures d’usines et
délocalisations inquiètent toujours
autant. Particulièrement exposée à
la concurrence internationale, l’industrie connaît un taux de licenciements pour motif économique plus
faible (2,3 % de la main-d’œuvre)
que les métiers protégés de la mondialisation (3,3 %) comme, par
exemple, les boulangers et les kinésithérapeutes, constate une étude
de la Fabrique de l’industrie, publiée en décembre. « Les travailleurs qui font face à la mondialisation ne sont pas forcément plus
vulnérables que les autres », poursuit le laboratoire d’idées, qui a
analysé les trajectoires de centaines
de milliers de travailleurs entre
1998 et 2010. Ce constat nuance
ainsi l’idée selon laquelle le libreéchange constitue une réelle menace pour l’emploi industriel. « On
cherche maintenant à comprendre
les diverses causes de ce résultat, explique Thierry Weil, conseiller à la
Fabrique de l’industrie. Un des facteurs est sans doute l’importance des
investissements à réaliser pour créer
une usine, ce qui engendre une forte
inertie. Il est bien plus difficile de fermer des sites industriels que, par
exemple, des agences bancaires. »
L’étude se montre en revanche
plus pessimiste sur les chances des
salariés du secteur industriel de retrouver un emploi. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : trois ans après
avoir été licenciés, seulement 47 %
de ces salariés ont retrouvé un poste, alors qu’ils sont 54 % dans les
secteurs protégés.
Effets du libre-échange
Certes, le retour sur le marché du
travail dépend largement des caractéristiques individuelles. Selon
l’étude, un homme cadre, francilien avec de l’ancienneté est plus
armé que, par exemple, une femme
issue du secteur agricole qui vit
dans le centre de la France. Mais
« même en tenant compte des carac-
téristiques des travailleurs, les chances de réemploi sont plus faibles pour
les travailleurs licenciés du secteur
manufacturier ». Car ce domaine
d’activité pâtit aussi d’une forte
concentration géographique, indique le laboratoire d’idées.
En effet, lorsqu’une usine met la
clé sous la porte, difficile pour ses
salariés de retrouver un emploi dans
le même secteur à moins de déménager dans un autre bassin d’emploi. Aussi, bien souvent, les travailleurs licenciés préfèrent changer
d’activité, sachant pertinemment
qu’ils ne pourront pas mettre à profit leurs compétences acquises. Bon
nombre migrent vers d’autres métiers davantage protégés des effets
du libre-échange, mais souvent peu
qualifiés et précaires. Typiquement
dans les secteurs de la sécurité, du
nettoyage ou encore de la gestion
des déchets. Or, « contrairement à
une idée reçue, rester dans l’industrie
n’est pas synonyme de déclassement », remarque le laboratoire
d’idées, qui constate que plus de
25 % des ouvriers non qualifiés deviennent des ouvriers qualifiés.
Cette tendance à la promotion a
de fortes chances de se poursuivre
du fait de l’importante pénurie de
main-d’œuvre compétente dans
certains secteurs industriels comme
l’automobile et l’aéronautique.
Bref, l’industrie offre des perspectives d’avenir. ■
L’économie cubaine
fait marche arrière
Après la libéralisation, Raul Castro bride le secteur
privé, pesant sur l’île très affectée par les ouragans.
LES CHIFFRES CLÉS
1,6 %
Estimation du taux de
croissance de l’économie
en 2017, selon les
autorités cubaines.
87
milliards de dollars
de PIB en 2015 (dernières
estimations de la Banque
mondiale).
11,15
millions d’habitants
en 2017.
REPORTAGE
HECTOR LEMIEUX
LA HAVANE
CARAÏBES À Cuba, le capitalisme
commence toujours dans les garages. Yaimara ne déroge pas à la règle. Elle a installé dans sa petite
maison de Santo Suarez, dans la
périphérie de La Havane, un cabinet de manucure. Les Cubaines,
coquettes en diable, dépensent entre 20 et 40 pesos cubanos
(0,75 euro-1,50 euro) pour arborer
des ongles manucurés aux couleurs
bariolées. Yaimara gagne ainsi en
une seule journée des centaines de
pesos, autant que le salaire mensuel
d’un ingénieur du secteur public !
Au fond de son garage, elle a disposé une petite imprimante. « Je fais
aussi des photocopies et je vends des
Telenovelas (feuilletons latinoaméricains) et des films d’amour
aux habitants du quartier pour les
mettre sur leurs clés USB », explique
la jeune patronne.
Face aux 4 millions de Cubains qui
travaillent pour l’État, ils sont
aujourd’hui 556 000 travailleurs indépendants (Cuentapropistas) comme Yaimara, des petits patrons aux
fortunes diverses : vendeurs ambulants, horlogers, réparateurs de téléphones portables…
Depuis 2010, date de l’ouverture
par Raul Castro d’un capitalisme à la
cubaine, tout allait pour le mieux.
Mais l’an dernier, les petits patrons
sont devenus les bêtes noires du régime. Tout a commencé au printemps lorsque les chauffeurs de
taxis collectifs (les boteros) ont
commencé à manifester pour avoir
le droit d’augmenter le tarif de leurs
courses. « Nous sommes des Cuentapropistas et le gouvernement veut
se mêler de nos affaires », se lamente
Yunior, botero havanais. À la suite
de ces manifestations et des demandes d’émancipation économique
des Cuentapropistas de tout acabit,
le régime s’est durci comme jamais,
a envoyé la police et révoqué des
centaines de licences de taxis. Par la
suite, la suspension de l’octroi de licences s’est étendue à presque tous
les secteurs du privé.
Le virage capitaliste initié par
Les travailleurs indépendants, comme cette patronne d’un salon de beauté à La Havane, peuvent gagner
en une journée autant que le salaire mensuel d’un ingénieur du service public. DESMOND BOYLAN/REUTERS
Raul Castro qui a contribué à relancer l’économie, mais aussi à
l’émergence de libertés, peut-être
trop dérangeantes pour le pouvoir,
a vécu. Au risque de mener l’économie cubaine plus près du précipice. Les autorités ont peu à peu
pris des mesures contre-productives. Selon les annonces officielles,
la croissance de l’économie cubaine
devrait atteindre 1,6 % en 2017. Des
chiffres qui ne reflètent pas le quotidien des Cubains. Les étals des
magasins de nourriture sont vides.
« Il n’y a plus rien à manger. Les
œufs étaient jusqu’ici notre nourriture de base, mais l’ouragan Irma a
détruit les poulaillers. Pour notre
commerce, c’est une catastrophe »,
se lamente Pedro, propriétaire d’un
paladar (restaurant privé) à La Havane. Rien ne va plus. La faute aux
terribles dégâts causés par Irma,
estimés à 13 milliards de dollars,
également au renforcement de
l’embargo des États-Unis voulu par
Donald Trump qui pèse sur le tourisme et les investissements, mais
aussi à l’effondrement économique
du Venezuela, le pays frère fournisseur de pétrole à prix cassé.
Pas plus d’une entreprise
Jusqu’à ce nouveau coup de théâtre. En ce début de 2018, les Cuentapropistas n’ont plus le droit de
posséder deux entreprises. Ils vont
devoir choisir entre l’une ou l’autre
et fermer boutique. Tel Roberto,
propriétaire d’un paladar et d’une
casa particular (appartement loué
aux touristes). « J’ai investi des milliers de pesos dans mon paladar que
je vais devoir fermer », confie-t-il,
résigné. À Cuba, tout est arbitraire
et rien n’est figé.
Ainsi, en est-il de Raul Castro.
Après avoir annoncé depuis plusieurs années qu’il quittera le pouvoir le 24 février prochain, Raul Modesto Castro Ruz a décidé de jouer
les prolongations jusqu’au 21 avril,
alimentant les spéculations dans la
population. Beaucoup estiment qu’il
pourrait ne jamais céder le pouvoir.
Le frère de Fidel Castro a invoqué les
dégâts causés par Irma pour reporter son départ. Mais à Cuba, nul ne
sait si le pays se réveillera avec un
nouveau président le 21 avril. ■
La crevette vietnamienne à l’assaut de l’Europe
Le quatrième exportateur mondial mise sur le high-tech et le bio pour séduire le consommateur européen.
REPORTAGE
FABIENNE MEYER fmeyer@lefigaro.fr
A
CAN THO, VIETNAM
ASIE Bienvenue dans la plus grande
ferme aquacole du monde, dans le
sud du Vietnam, à Vinh Thinh, province de Bac Liêu. « Tout doit être
parfait pour une crevette parfaite »,
loue Vu Duc Tri, directeur de communication de Viet Uc, qui ouvre
ses portes à la presse européenne
pour une opération séduction.
Le groupe industriel australovietnamien mise sur le high-tech
avec en ligne de mire un accord de
libre-échange avec l’Union européenne, qui devrait être signé d’ici
à la fin de l’année. Sur les
1 000 hectares de bassins géants et
laboratoires dédiés à la production
et l’élevage de la Litopenaeus vannamei (crevette à pattes blanches),
on se déplace en voiturette électrique. Le contrôle doit être rigoureux, de l’écloserie des larves à la
nurserie au recyclage des eaux
usées, en passant par l’alimentation
sans farines animales. « Il faut un
modèle durable pour que le Vietnam
devienne le numéro un mondial de la
crevette », ponctue le directeur.
Le « tigre » d’Asie du Sud-Est
(6,8 % de croissance en 2017) est
aujourd’hui le quatrième exportateur mondial d’un marché de la
crevette dominé par la Thaïlande.
L’Europe est un débouché clé, en
forte expansion (plus de 30 %
d’importations en un an). Soucieuse de maîtriser toute la chaîne de
production, l’entreprise transmet
son savoir-faire à des petits éleveurs sous-contrat désireux de
participer à cette révolution industrielle de la filière.
L’enjeu est économique, social et
environnemental. Connu pour ses
rizières, ses étangs d’élevage, ses
vergers, le delta du Mékong assure
la subsistance de près de 20 millions
de personnes. Menacée par la pollution, la montée des eaux, la salinité du fleuve et aussi la pêche sauvage qui détruit les écosystèmes, la
région doit s’adapter. « L’élevage
industriel des crevettes est encouragé par le gouvernement pour éviter
de puiser dans les ressources naturelles », explique Nguyen Van Sang,
directeur de l’Institut de recherche
pour la pêche et l’aquaculture à Hô
Chi Minh-Ville. Les riziculteurs se
convertissent à l’aquaculture, plus
lucrative.
Dans son bureau à Hô Chi MinhVille, Lan To Thi Tuong, secrétaire
générale adjointe de l’Association
des producteurs et exportateurs de
produits aquatiques du Vietnam,
insiste sur les atouts de la permaculture. « Non seulement, le système assure la pérennité des sols, mais
en plus ces crevettes en milieu naturel sont très recherchées. »
Replanter les forêts
À Cà Mau, dans le delta
du Mékong, l’entreprise
Minh Phu possède
l’une des plus grandes
usines de
transformation
de crevettes au monde.
12 000 ouvriers
à la chaîne, payés
près de deux fois
le smic local,
s’y relaient jour et nuit.
VORIN PHOTO
À Phong Thanh, dans la province de Bac Liêu, Van Le Thale s’est
lancée dans l’aventure avec les
autres riziculteurs de son village
réunis en coopérative, bénéficiant
de formations payées par l’État et
du soutien du WWF (World Wide
Fund for Nature). En alternance
avec le riz, ces cinquante-trois familles élèvent des crevettes Black
Tigers certifiées ASC (label néerlandais environnemental et social).
Chaque famille possède 1,8 hectare
et chaque hectare donne une tonne
de crevettes bonnes pour l’export.
Un filon qu’exploite Minh Phu, société privée devenue en vingt-cinq
ans l’un des principaux transformateurs de crevettes dans le monde, qui emploie 14 000 salariés et a
exporté cette année 55 000 tonnes
de Black Tigers. Son PDG, Le Van
Quang, cherche d’autant plus à séduire le consommateur européen
que les États-Unis, troisième marché d’exportation, ont décidé de
ne pas adhérer au traité de libreéchange transpacifique.
Il mise pour cela sur les crevettes bio élevées en mangrove (marais maritime). Assurée par un
réseau de 50 000 éleveurs indépendants sous contrat avec Minh
Phu, leur production doit bondir
de 20 % à 50 %.
Dans son usine de Cà Mau, une
armée d’ouvriers « aseptisés »
(employés
qualifiés
gagnant
188 euros par mois contre
110 euros pour le smic) décortique,
déveine, aplatit, congèle et conditionne pour l’export… Le Van
Quang exhorte les éleveurs à multiplier les certifications européennes : «Nous encourageons les paysans à replanter les forêts et à faire
de l’élevage. Tout le monde est gagnant. » Pour chaque kilo de Black
Tigers bio, les éleveurs touchent
10 euros !
Installé à Kinh Rang, village
bordé par l’un des neuf bras du
Mékong, Nam Thai Hoang se
consacre à cette Black Tiger de
compétition depuis 2013. Avec ses
5,4 hectares de mangrove exploitable, sa ferme produit un peu plus
d’une tonne de crevettes par an, ce
qui lui garantit un chiffre d’affaires
de 800 à 1 000 euros par mois. Une
fortune ici ! Sous son patio, entre
fleuve et mangrove, il raconte son
parcours : «On épuisait les ressources. Pour s’en sortir, on a décidé de
faire du bio et préserver notre écosystème. Maintenant, ma famille vit
confortablement… Et, avec l’accord
de libre-échange (avec l’UE), je
pense gagner encore plus ! » ■
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
ENTREPRISES
Un camion-benne roulant
au gaz pendant sa tournée
de collecte des déchets.
Les camions roulant au gaz tracent la route
Ces véhicules contribuent à la lutte contre les émissions de C02. Ils bénéficient du soutien du gouvernement.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
TRANSPORT La commande géante de 250 camions fonctionnant au
gaz a marqué les esprits en novembre, à Lyon, lors de Solutrans, salon professionnel du transport de
marchandise. Transports Perrenot,
l’un des plus grands acteurs du
secteur en Europe, est un fidèle de
ce mode de propulsion. Il disposera
d’une flotte de 550 unités roulant
au gaz naturel pour véhicules
(GNV) à la fin de l’année 2018. Son
objectif est d’arriver à 1 000 camions d’ici à 2020.
La propulsion au GNV n’est pas
nouvelle. Elle a même connu son
heure de gloire pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’accès au pétrole était difficile. Elle a
ensuite reflué sauf dans quelques
pays comme l’Italie. Depuis quelques années, elle revient au goût
du jour. Elle fait partie des outils
de lutte contre le réchauffement
climatique. Le GNV et, surtout, sa
déclinaison bioGNV, issue de la
méthanisation
des
déchets,
contribue de manière significative
à la réduction des émissions de
CO2. Un rapport prospectif de
l’Agence de l’environnement et de
la maîtrise de l’énergie (Ademe)
souligne que les véhicules roulant
au GNV pourraient représenter un
tiers de la circulation en 2050, le
solde se répartissant entre les véhicules électriques et les thermiques hybrides.
Aujourd’hui, le développement
des véhicules au gaz passe moins
par les voitures que par les véhicules industriels. Le faible nombre
de stations d’avitaillement au gaz
se pose moins pour ces derniers
qui font souvent des tournées ou
des trajets identiques avant de revenir à leur point de départ. Le
GNV a déjà trouvé sa place pour les
bus et les bennes à ordures ménagères. Aujourd’hui, le potentiel se
trouve dans le transport de marchandises comme le montre la
commande de Transports Perrenot. « Si on veut réduire la part du
diesel dans le transport de marchandises, il n’y a qu’une technologie disponible : le gaz », explique
François Savoye, directeur de la
stratégie et de l’efficacité énergé-
Durand, secrétaire général de
l’Association française du gaz naturel véhicules (AFGNV).
Les donneurs d’ordre des transporteurs, grande distribution en
tête (Carrefour, Casino, Intermarché…), poussent à la roue. S’ils
n’obligent pas leurs transporteurs
à adopter ce type de propulsion, ils
les motivent en concluant des
contrats plus longs à ceux qui s’y
mettent.
tique chez Renault Trucks,
aujourd’hui filiale de Volvo
Trucks.
Conséquence : le gouvernement
pousse à l’adoption plus large du
GNV. Pour y parvenir, il propose
de geler la fiscalité sur le gaz pour
véhicule pendant cinq ans, ce qui
va donner de la visibilité à ceux qui
optent pour ce type de motorisation. De même, le suramortissement fiscal pour les véhicules de
plus de 3,5 tonnes est maintenu.
Là encore, cela conforte la rentabilité économique du GNV. « À
partir de 120 000 kilomètres parcourus annuellement, le GNV devient rentable par rapport au diesel
pour un camion », calcule Gilles
L’alternative de l’électrique
Les ventes de camions au GNV
doublent tous les ans, même si
leur niveau n’est pas encore très
élevé : 1 000 véhicules attendus
en 2017. « On a réussi à créer une
A
ment sur le moteur électrique.
« Nous avons une offre de véhicules au gaz, car il existe un potentiel
de développement à court terme,
concède François Savoye. Néanmoins, à plus long terme, nous misons sur l’électrique pour les trajets de courte distance et l’urbain,
et le diesel pour les trajets longue
distance. » Les investissements
sont trop importants pour pouvoir jouer sur les deux tableaux.
L’atout des camions au gaz étant
qu’ils sont disponibles aujourd’hui. Les véhicules électriques
devraient arriver à partir de
2020. Le match entre les deux
modes de propulsion pourra
alors vraiment débuter. ■
Le distributeur Primagaz
mise sur l’autoroute
DOMITILLE ARRIVET £@darrivet
Ne pas hésiter trop longtemps entre la poule et l’œuf. Pour investir
en pionnier le cercle vertueux de
la distribution de carburant
moins polluant, Primagaz prend
les devants et mise sur l’autoroute. En partenariat avec le réseau
de stations-service Avia, il ouvrira dans quelques jours un deuxième point de distribution de gaz
naturel pour véhicules (GNV),
aux abords de Montélimar. Le
premier a été lancé à Limoges début octobre. Des investissements,
à chaque ouverture, de 1,2 million
d’euros. Ce carburant, destiné
aux poids lourds de 400 CV (les
« tracteurs » de 22 tonnes) qui
traversent l’Europe, comme aux
camions plus petits (les « porteurs ») qui assurent les trajets
régionaux ou intra villes est, selon
Primagaz, promis à un bel avenir.
En 2024, les véhicules polluants
ne seront plus autorisés à entrer
dans Paris. Une tendance qui devrait faire les affaires des producteurs, distributeurs et utilisateurs
de GNV.
Pour le moment, le développe-
ment de ce carburant est encore
embryonnaire, et il n’équipe
qu’une part infime du parc de véhicules de transports. Mais le réseau progresse. En 2015, 45 stations étaient installées sur les
routes nationales. Il y en a actuellement 80, leur nombre devrait
avoir triplé d’ici à 2020. « On mise
sur 2000 points d’avitaillement en
2030 », prédit même Gilles Durand, secrétaire général de l’Association française du gaz naturel
pour véhicules (AFGNV). Une
croissance dont Primagaz et Avia
veulent profiter en prenant leurs
concurrents de vitesse sur les
autoroutes.
Succès d’estime
Une offensive de Total n’est pas
loin. Avec 24 % du marché de la
distribution de carburant, 3 500
stations en France dont 107 sur les
autoroutes, le champion français
du pétrole compte lui aussi s’installer sur ce marché naissant. Il a
ouvert en avril une première station GNV à Carquefou près de
Nantes. Trois sont déjà opérationnelles dans son réseau de stationsservice AS24 dédiées aux camions.
Il en déploiera 20 autres en 2018.
Un marché restreint pour les particuliers
Si le gaz naturel pour véhicules
semble promis à un bel avenir,
il l’est moins pour les voitures des
particuliers. Seul Fiat fait preuve
d’une réelle volonté sur ce
segment. Le constructeur de
Turin, qui propose une large offre
pour les voitures et pour les
utilitaires légers, en vend près
de 70 000 par an en Italie. Grâce
aux accords passés entre Fiat
et l’énergéticien Eni, l’Italie est
dynamique avec un réseau de distribution modeste », se félicite
Thierry Chambon, responsable
développement gaz pour l’Europe
chez le constructeur italien Iveco.
Ce réseau de distribution, actuellement en plein développement,
permet d’envisager des lendemains qui chantent. D’ici à 2022,
le secrétaire général de l’AFGNV
table sur un parc de 55 000 camions utilisant le gaz et sur
220 000 d’ici à 2030.
Sauf si le moteur électrique lui
fait de l’ombre. Telsa a marqué
les esprits avec la présentation de
son futur camion, mais d’autres
constructeurs comme Mercedes
ou Renault Trucks misent égale-
d’ailleurs le seul pays d’Europe
à compter un vrai marché
des véhicules à gaz. Et les
volumes de Fiat sur ce segment
lui permettent de proposer
des véhicules à des prix attractifs
en France. Un autre constructeur,
Volkswagen, dispose d’une offre
gaz pour les particuliers. Mais
son succès est très modeste
en Allemagne et ses voitures
ne sont pas en vente en France,
où, de leur côté, ni Renault
ni PSA n’en proposent.
Les stations d’avitaillement, peu
nombreuses et peu soutenues par
les pouvoirs publics, sont le frein
principal au développement du
gaz naturel pour les particuliers.
Le gouvernement français mise
surtout sur l’électrique, poussant
au développement de réseaux
de bornes de recharge électrique.
E. E.
Le GNV est déjà adopté par des
transporteurs qui privilégient le
point à point à partir d’une plateforme logistique - comme le font
par exemple Ikea, Coca-Cola ou
encore les grandes surfaces alimentaires pour une partie de leur
flotte de poids lourds. Jusqu’à
présent, ils alimentent leurs réservoirs auprès de pompes installées sur le lieu de chargement.
L’objectif de Primagaz est maintenant d’ouvrir ces postes de distribution à tous. Et de stimuler
par cette offre de services destinée aux transporteurs routiers le
développement de l’utilisation du
GNV. « La France sera pilote. Nos
stations vont permettre de créer la
demande. Elle incitera à l’implantation de stations et poussera les
transporteurs internationaux à
s’équiper en camions au GNV et
traverser l’Europe », calcule Gino
Vansteenhuyse, directeur commercial de Primagaz. Il parie que
les constructeurs de camions et
les transporteurs suivront (lire cidessus). La société prévoit qu’en
2020, elle approvisionnera 20
stations Avia dans l’Hexagone.
S’octroyant ainsi 30 % du marché, la hausse de la demande et le
maillage territorial tous les 400
kilomètres permettant de fixer
un équilibre à 60 stations équipées sur autoroute.
Une station GNV
Primagaz, à Limoges.
SÉBASTIEN ROBERT
La France
« sera
pilote.
Nos stations
vont permettre
de créer
la demande.
Elle incitera
à l’implantation
de stations
et poussera les
transporteurs
internationaux
à s’équiper
en camions
au GNV
et traverser
l’Europe
»
GINO VANSTEENHUYSE,
DIRECTEUR COMMERCIAL
DE PRIMAGAZ
À Limoges, la première station
Avia équipée de GNV bénéficie
d’un contrat avec un transporteur
du groupe Casino qui lui envoie
une vingtaine de camions chaque
jour. Ils devraient bientôt être une
cinquantaine, assurant à la pompe de Primagaz la vente de 30
tonnes de GNV par an. « Nous
sommes au cœur d’une filière qui se
crée sur un intérêt écologique et
économique, souligne Gino Vansteenhuyse. Celle-ci ne reçoit
aucune subvention, mais elle ne
pourra perdurer que si la taxation
de ce produit lui permet de rester
compétitive par rapport au diesel
routier. »
Cette question cruciale est en
cours de négociation auprès du
gouvernement français. Un préalable à son développement et, à
terme, à son basculement vers le
biogaz, un combustible renouvelable constitué à partir d’huiles recyclées et de biomasse qui devrait
séduire encore davantage les promoteurs des énergies vertes. Les
opérateurs y seront attentifs. « Le
développement du nombre de stations n’est pas suffisant à la réussite
de cette transition. En France, nous
avons 1 750 stations au GPL. Pourtant cela n’a pas permis d’aller audelà d’un succès d’estime pour ce
carburant », avertit Gilles Durand
de l’AFGNV. ■
GEOFFRAY YANN/RENAULT TRUCKS SAS
26
LE FIGARO
lundi 8 janvier 2018
CHRONIQUES
27
BLOC NOTES
JACQUES-OLIVIER MARTIN
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
Nos gouvernants devraient relire « Le Mal français » d’Alain Peyrefitte.
Mauvais pronostics
En ce début janvier, il est de
tradition de faire des vœux
pour l’année qui s’ouvre. L’expérience récente nous rappelle
qu’il est hasardeux de tenter de
prédire l’avenir, y compris le
plus proche. 2017 a ainsi eu le
bon goût de déjouer tous les
pronostics. La France a élu un
jeune président sur lequel personne n’aurait parié un centime il y a 365 jours. Les jeux
étaient largement faits : François Fillon devait entrer à l’Élysée, soutenu par une solide
majorité LR à l’Assemblée. Ce
sont pourtant les Marcheurs
qui gouvernent, trop à droite
pour les derniers socialistes et
La France insoumise, trop à
gauche pour Les Républicains.
La vie est ainsi faite.
Sur le front économique, même
surprise. Le nouveau chef de
l’État devait se préparer à une
année 2017 difficile. Les économistes et les instituts de statistiques n’étaient pas rassurants
il y a un an. Beaucoup évoquaient la fin du fameux alignement des planètes (pétrole
peu cher, taux d’intérêt proches de zéro et euro faible par
rapport au dollar). D’autres
spéculaient sur les conséquences négatives pour l’Europe
d’un ralentissement de l’économie britannique avec le
Brexit ou sur les suites économiques incertaines de l’élection de Donald Trump. Il y a un
an, les prévisionnistes pariaient donc sur une croissance
française de 1,4 %, à peine supérieure à celle de l’année précédente. On connaît là encore
la suite. La hausse du PIB frise
les 2 %, du jamais vu depuis
2011.
Mettre à l’actif du nouveau
chef de l’État ce regain de dynamisme serait inapproprié.
Concédons à Emmanuel Macron d’avoir redonné un surcroît de confiance aux chefs
d’entreprise,
indispensable
pour relancer l’investissement
et de futures créations d’emplois. Mais cela n’explique pas
toute l’accélération de ces derniers mois. Elle tient en réalité
à la solidité de la conjoncture
en Europe, aux États-Unis et
aux initiatives prises par François Hollande en fin de quinquennat. Les mini-lois El
Khomri et Macron conjuguées
au CICE ont redonné de l’oxygène aux entreprises.
Les fruits de la politique du
chef de l’État seront visibles
plus tard, pas avant quelques
années. À la différence de ses
Les Français prêts pour la révolution
culturelle que leur propose Macron ?
prédécesseurs tentés par les
initiatives aux résultats rapides, Emmanuel Macron a préféré les réformes structurelles
aux effets lents. D’ici là, la
France ne sera pas à l’abri de
quelques événements imprévus
susceptibles de tout chambouler - les fameux cygnes noirs comme la faillite de la banque
Lehman Brothers en 2008.
C’est donc en comparant les
performances économiques de
la France avec celles de ses voisins, l’Allemagne en tête, que
l’on pourra vraiment juger de
la réalité de la transformation
de notre pays si chère au président. Rappelons qu’en ce début
d’année, notre pays affiche une
croissance toujours inférieure à
la moyenne européenne, l’un
des pires déficits de la zone
euro, et un chômage près de
deux fois supérieur à celui de
l’Allemagne…
TOUS DEVANT ET
LA FRANCE DERRIÈRE
C’était écrit de longue date :
l’Inde va devenir la cinquième
puissance économique mondiale devant la France et le
Royaume-Uni dans les prochains mois. Avec une population plus de 20 fois supérieure à
chacun des deux ex-empires
européens, cette ascension est
assez logique. C’est pourtant le
genre de nouvelle qui résonne
en chacun de nous. Elle bouscule une hiérarchie apprise sur
les bancs de classe, celle du fameux G7 qui semblait immuable. Il est plus que jamais temps
de changer de logiciel. Le barycentre de la création de richesses se déplace inexorablement
vers l’Asie à mesure que les
pays les plus peuplés se modernisent et s’industrialisent.
Les historiens ne manqueront
pas de rappeler que l’on revient
à la hiérarchie qui précédait la
révolution industrielle. Avant
le XIXe, selon les travaux de
l’économiste britannique Angus Maddison, le haut du classement des États les plus riches
de la planète était dominé par
la Chine et l’Inde, pays où la
population était la plus importante.
Dans quinze ans ou avant, la
Chine sera redevenue la première puissance économique
mondiale devant les États-Unis
et l’Inde aura chipé la 4e place
au Japon. Il faudra aussi compter sur la Corée, probable
8e puissance mondiale devant le
pays qui aura le plus chuté dans
les années à venir : la France ! ■
N
otre président auraitil perdu le sens de la
formule au point de
devoir les emprunter ?
« Demandezvous chaque matin ce
que vous pouvez faire pour le pays et
au-delà de votre quotidien, de votre
vie, parfois de ses difficultés, ditesvous toujours que vous appartenez à
un collectif plus fort, plus grand que
vous : la nation française. » Telle a
été l’idée la moins convenue des
vœux d’Emmanuel Macron le
31 décembre. La seule qui soit roborative, qui dépasse la simple compassion, registre habituel d’un chef
de l’État s’adressant à ses concitoyens au soir de la Saint-Sylvestre.
Nous avons tous été heureux de
reconnaître la phrase de John F.
Kennedy prononcée le 20 janvier
1961 à son discours d’investiture à la
Maison-Blanche. « Vous qui, comme
moi, êtes américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire
pour vous, mais demandez-vous ce
que vous pouvez faire pour votre
pays. »
Peu importe que certains préfèrent l’original à la copie. Dans un
pays où tout tombe du ciel - l’État
français -, promouvoir le sens inverse, partir du bas vers le haut
(bottom up, dans le langage du management), voilà qui est neuf. Une
révolution culturelle mine de rien.
N’est-ce pas ce dont la France a besoin, la condition sine qua non de
tout véritable changement ?
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
Chaque nation
a son propre système
Les révolutions culturelles ont certes mauvaise réputation. Celle de
Mao Zedong, de 1966 à 1976, a fait
plus d’un million de morts en Chine.
Vouloir changer les esprits s’apparente à du lavage de cerveau, le propre des régimes totalitaires. Une société n’en repose pas moins sur des
valeurs, conscientes ou pas. Chaque
nation a son propre système, qui la
définit et qui l’enserre pour le
meilleur et pour le pire. C’est à ce
niveau qu’il convient de jouer, ce
qui suppose évidemment beaucoup
de doigté si l’on veut « transformer » - sésame du pouvoir actuel le cours des choses.
Nul mieux qu’Alain Peyrefitte n’a
su cerner cette problématique dans
son ouvrage Le Mal français paru il y
a quarante-deux ans et sans cesse
réédité depuis. Au point de devenir
un classique, tout comme on ne se
lasse pas de relire Les Fleurs du mal.
Avec sa double casquette d’homme
politique expérimenté - maintes fois
ministre, sous de Gaulle, Pompidou,
Giscard d’Estaing - et d’intellectuel
à l’immense culture, il avait parfaitement identifié les raisons des
échecs français. Rien que l’exergue
de l’ouvrage, repris de Paul Valéry,
LIVRES
est d’une cruelle vérité : « Aucune
nation n’aime à considérer ses malheurs comme ses enfants légitimes. »
Il est tellement plus facile d’incriminer les autres et la fatalité que de se
regarder dans le miroir !
« De tous les régimes qu’a connus
notre peuple, pas un n’a su éviter la
catastrophe », observe Peyrefitte.
« La royauté absolue ? Elle a sombré
dans la plus sanglante des révolutions. La Ire République ? Dans
l’anarchie et le coup d’État. Le premier Empire ? Dans deux invasions et
deux abdications. La Restauration ?
La monarchie de Juillet ? En quelques
journées de barricades. La IIe République ? Dans le césarisme. Le second
Empire ? À Sedan. La IIIe République ? À Sedan aussi. Vichy finira à
Sigmaringen, et la IVe République par
le coup d’Alger. »
Quant à la Ve République et ses
alternances, où chaque présidence
s’attache à détricoter ce qu’a
construit la précédente, elles témoignent de « cette longue impuissance
à fonder une légitimité nouvelle ».
Outre l’incapacité congénitale à gérer le temps long, la France se caractérise par des invariants qui n’en
apparaissent que plus exorbitants.
C’est tout d’abord l’hypercentralisation dont Tocqueville a été le
premier à souligner la continuité
parfaite entre la royauté et la République (in L’Ancien Régime et la Révolution). Alain Peyrefitte en regrette à son tour les méfaits avant de
définir les autres singularités françaises qui traversent les siècles. On
en retiendra trois.
Tout d’abord la défiance mutuelle
de nos compatriotes, ce qui a toujours empêché l’émergence d’une
société et d’une économie libérales
(peut-être l’apport le plus original
L’apathie et l’esprit de soumission
« des
Français face à l’administration
coexistent avec une incivilité
quotidienne unique en Europe
et une propension à la révolte
»
du Mal français). Ensuite la vénération de l’État qui est le corollaire de
la défiance, avec cette ambivalence
et ce paradoxe : l’apathie et l’esprit
de soumission des Français face à
l’administration coexistent avec
une incivilité quotidienne unique en
Europe et une propension à la révolte toujours prête à éclater. Les gouvernements en sont tétanisés.
D’où cette troisième caractéristique qui découle des deux autres : il
faut parer au plus pressé. « On prend
la fièvre pour la maladie ; nous ne
voyons pas les choses telles qu’elles
sont mais telles que les groupes de
pression nous les présentent ; les
Français veulent bien que l’on mette
fin aux effets mais pas aux causes »,
explique Peyrefitte qui a en tête le
mot de Bossuet : « Dieu se rit des
hommes qui déplorent les effets dont
ils chérissent les causes. »
Ferblanterie technocratique
Le dieu de l’économie rigole de ces
politiques qui ont voulu l’euro pour
ne plus avoir à dévaluer le franc face
au mark mais n’ont jamais accepté
de s’en donner les moyens. Et
« faut-il osciller entre 1e chagrin et la
pitié » (Peyrefitte) devant ces Français qui demandent des baisses
d’impôt mais pas de la dépense publique ? À cet égard, le budget 2018
prouve que le tandem Macron-Philippe a bien entendu ses électeurs. Et
que penser de ce président de la République qui annonce tout de go,
lors des vœux à la presse, deux nouvelles lois, sur les « fake news » (le
franglais macronien pour « fausses
nouvelles ») et l’autre sur l’audiovisuel public ?
L’auteur du Mal français considérait à l’instar de Montesquieu que
« lorsque l’on veut changer les
mœurs et les manières, il ne faut pas
les changer par les lois… il vaut mieux
les changer par d’autres mœurs et
d’autres manières ». Pour sa part, la
révolution culturelle de Macron
n’entend pas renoncer à la ferblanterie technocratique, ce mal français. ■
Alain Peyrefitte,
dans son
ouvrage Le Mal
français paru il
y a 42 ans, avait
parfaitement
identifié
les raisons
des échecs
français.
G. BENDRIHEM/AFP
IDÉES
Jean-Pierre Robin
jprobin@lefigaro.fr
XIXe siècle, qu’on trouve notamment sous la plume d’Émile Zola et
qui était alors répandue dans les milieux populaires. Les « chieurs d’encre » désignaient les personnes dont
ID AGENCY - ERIC DE MILDT
SOCIÉTÉ Tout un chacun peste
contre la bureaucratie. Il est pourtant peu d’activité professionnelle
qui ait donné lieu à des récits aussi
désopilants. De Courteline à Amélie
Nothomb, en passant par Alfred
Jarry (le père d’Ubu) et Kafka, lui
aussi auteur comique à sa manière,
la vie de bureau a inspiré les écrivains. Ils s’en sont moqués à cœur
joie et nous leur en savons gré.
Courtelinesque, kafkaïen, ubuesque, dit-on couramment pour qualifier les dédales de la paperasserie et
les situations grotesques que nous
infligent les administrations.
René ten Bos, philosophe natif des
Pays-Bas, pays d’adoption de Descartes et de Spinoza, s’inscrit dans
cette veine. Son livre Bureaucratie :
encre, paperasse et tentacules est à la
fois drôle, original, profond, et parfois ardu. L’idée de départ lui est venue d’une expression française du
RENÉ TEN BOS
BUREAUCRATIE : ENCRE, PAPERASSE ET TENTACULES
Le Pommier
le métier consiste essentiellement à
écrire, des employés de bureau aux
hommes de lettres. « Et les ouvriers
se moquent des “déjetés”, des
“chieurs d’encre”, des “assis” », a pu
dire le poète Jean Richepin (18491926) mis en musique par Dardigna.
L’encre est de multiples façons au
centre de la bureaucratie qui signifie
à la lettre « l’ère du bureau ». René
ten Bos nous rappelle l’étymologie
latine : burra est le tissu de bure dont
on recouvre la table pour la protéger
des taches d’encre. On sait aussi que
« la bureaucratie est une pieuvre »,
de la famille des mollusques. Leur
caractéristique n’est-elle pas, avec
leurs tentacules, de « produire une
encre qui leur sert de camouflage » ?
Chieurs d’encre ou gratte-papier ? Les deux vont de pair. On
gratte le papier, ce qui est en soi ennuyeux et péjoratif. Mais cela permet aussi de raturer… pour cacher
quelque chose. Les bureaucrates visent à « nous plonger dans un océan
d’incompréhension, cette incompréhension qui sert précisément de base à
leur pouvoir », souligne l’auteur. Et il
poursuit : « Max Weber, le grand
théoricien de la bureaucratie, l’a
compris : plus l’écriture et les comptes
sont compliqués, plus l’autorité centrale en sort renforcée. » Ce ne sont
pas les contribuables français qui diront le contraire.
Depuis que le terme même a été
forgé par le négociant et économiste
français Vincent de Gournay en
1759, la bureaucratie a certes vu ses
formes évoluer, mais « un principe
unique compte : l’individu est toujours
subordonné à la fonction », écrit
René ten Bos. Le bureaucrate exerce
son activité « selon les mots de Tacite, sine ira et studio (sans animosité
ni sympathie), ou encore, sans se préoccuper de la personne ».
Il ne faudrait pas croire que la paperasse et la dépersonnalisation des
relations concernent exclusivement
les administratifs stricto sensu.
« Tout le monde est contaminé, enseignants, policiers, professionnels de
santé… Entre vingt et trente pour cent
du temps de travail du personnel non
administratif se passe en obligations
administratives. » Le phénomène
touche également le secteur privé,
« à l’instar de la tache d’encre qui
s’étale », ironise l’auteur. La production manufacturière mais aussi
les métiers de service sont de plus en
plus soumis à la standardisation et à
des processus de bureaucratisation.
« Calibrés, quantifiés, gérés, allons-nous tous nous métamorphoser
en “chieurs d’encre” ? », s’inquiète
le philosophe devant l’envahissement de la bureaucratie qui épargne de moins en moins nos vies
privées. ■
A
Les bureaucrates, ces « chieurs d’encre » comme les appelle Zola
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
DÉCIDEURS
La directrice
générale
d’Entreprise
&Personnel
et la directrice
générale talents
et culture, membre
du comité exécutif
d’AccorHotels,
analysent comment
le numérique
change l’évaluation
des salariés.
Sandra
Enlart
Arantxa
Balson
« La technologie augmente
la responsabilité »
PROPOS RECUEILLIS PAR
YANN LE GALÈS £@YannLeGales
INTERVIEW Sandra Enlart, directrice générale d’Entreprise&Personnel et Arantxa Balson, directrice générale talents et culture,
membre du comité exécutif d’AccorHotels, s’interrogent sur la manière dont la technologie bouleverse la performance. Ce thème
sera traité lors de l’université d’hiver d’Entreprise&Personnel qui se
déroule vendredi 12 janvier à Paris.
LE FIGARO. – Le numérique,
l’intelligence artificielle
et les robots augmentent-ils
la performance des salariés ?
Arantxa BALSON.-La technologie
est une création de l’homme comme l’art, la peinture, la littérature,
l’éducation ou l’entreprise. Elle
augmente l’homme comme la
main intelligente permet à une
personne qui a été amputée de faire certains gestes. La technologie
rend les hommes et les femmes
beaucoup plus puissants et optimise leur impact sur le monde.
L’algorithme va-t-il
remplacer le manager ?
Sandra ENLART.- Le numérique
permet une performance augmentée et un contrôle augmenté.
C’est déjà le cas dans les ressources humaines, le recrutement, la
gestion de carrière, la mobilité. Or
ce contrôle est anonyme. Il n’est
plus réalisé par un manager. Les
salariés ne savent pas qui a écrit
les algorithmes et à quelles fins ils
ont été écrits.
A. B.- La grande force du numérique est de permettre un retour
d’expérience immédiat. La donnée n’est qu’un outil. Il permet
d’obtenir des réponses aux ques-
AVEC
tions que les collaborateurs souhaitent poser à leurs clients internes et externes pour mieux
connaître leurs préférences, leurs
besoins et innover. La seule question qui mérite d’être posée est
celle-ci : quel est le sens des actions que l’entreprise souhaite
mener pour améliorer la performance individuelle et collective ?
La technologie réduit-elle
la responsabilité du salarié ?
A. B.- La technologie ne se substitue pas au jugement humain. Au
contraire, elle le complète. Ce qui
est essentiel, c’est comment le salarié accroît sa performance grâce
au numérique. C’est pourquoi je
n’associe pas numérique à contrôle mais à apprentissage, conviction, responsabilité et plaisir. La
technologie augmente la responsabilité des salariés.
S. E.- Je partage votre analyse.
Mais votre approche exige la
transparence.
A. B.- Elle exige de l’éthique et des
valeurs partagées. Car l’éthique
est à la base de la transparence.
S. E.- La transparence impose que
les collaborateurs puissent donner
leur avis sur les questions et sur la
manière dont les réponses sont
traitées. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas. De nombreuses start-up spécialisées dans
les ressources humaines refusent
de dévoiler leurs algorithmes.
Leurs équipes se retranchent derrière le secret industriel. Elles refusent d’expliquer comment elles
déterminent le profil du bon candidat en analysant des données.
Une start-up ne doit-elle pas
protéger ses secrets industriels ?
S. E.- Je le comprends mais je ne
peux pas admettre le risque de
manipulation. Car les collaborateurs des ressources humaines
n’ont plus les moyens de comprendre pourquoi tel candidat est
retenu. Ils sont dans la même position que le consommateur qui ne
comprend pas pourquoi il paie
trois fois plus cher son billet
d’avion ou de train que son voisin.
Le salarié doit comprendre pourquoi une décision est prise et comment elle est prise. La transparence et l’éthique sont essentielles.
CONFIDENCE
QUELS SONT LES PERSONNALITÉS,
LES ENTREPRENEURS OU LES INITIATIVES
QUI VOUS INSPIRENT ?
Sandra ENLART.- Le projet Plaine Commune
qui, depuis plus de dix ans, expérimente avec
neuf communes une autre manière de vivre la
citoyenneté et le développement du territoire.
Arantxa BALSON.- Le pape François, pour
son courage et la transformation qu’il porte.
Toutes les initiatives œcuméniques de paix,
de rapprochement, de partage. Il y en a de plus
en plus portées par des jeunes partout
à travers le monde. Et globalement, j’admire
les entrepreneurs sociaux qui nous montrent,
à nous grandes entreprises, un chemin
de responsabilité.
Je reste, je suis très positive. Nous avons
le potentiel de changer les choses.
A. B.- Le collaborateur doit pouvoir poser les questions qu’il souhaite. Le dirigeant doit consacrer
le temps qu’il faut pour qu’il comprenne. Il doit rendre simple ce
qui est parfois complexe. Il le doit
à ses équipes. L’entreprise doit
nous permettre de devenir plus
intelligent en tant qu’individu et
en tant qu’équipe.
La personne qui sert le petit
déjeuner n’a pas la même liberté
de décision qu’un membre
du comité exécutif d’AccorHotels.
A. B.- Chaque collaborateur est
une personne autonome et responsable. Quel que soit son poste,
il doit pouvoir diriger sa vie. Il
peut décider ou non d’aider un
collègue à servir les petits déjeuners, d’aider une personne mal
voyante à rejoindre sa table. Il
peut décider ou non de parler de
son ressenti à son manager. Il est
un décideur, un leader, et je tiens
à le traiter comme tel.
Quel est le rôle du dirigeant ?
A. B.- Le dirigeant est au service
des autres. Je me sens au service
de chacun des 280 000 collaborateurs du groupe. Je dois permettre
à chaque salarié de comprendre
pourquoi et comment la technologie l’aide à mieux faire son métier.
Quel est le pouvoir de décision
du salarié ?
A. B.- C’est lui qui décide ou non
d’utiliser la technologie mise à son
service, de transformer les informations mises à sa disposition en
action et de créer de la valeur.
TOP
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
VOLVO
Brigitte Laporte
Yves PasquierDesvignes
A
â LES
Cyril Chatelet
Nathalie Duneau
Boris Lemery
Cette décision relève de sa seule
responsabilité.
Les efforts des salariés
doivent-ils être récompensés ?
S. E.- L’autonomie, la responsabilité et la fierté du travail sont des
valeurs qui doivent être développées dans les entreprises. Mais ces
efforts accomplis par les salariés
doivent être reconnus par une politique de rémunération équitable.
Est-il acceptable qu’un salarié à
qui l’entreprise donne de plus en
plus de responsabilité soit payé
300 fois moins qu’un PDG?
A. B.- Je suis sensible à ce paradoxe. Un grand entrepreneur que
j’ai eu la chance de rencontrer a
prononcé un jour une phrase qui
m’a marquée à vie : « L’entrepreneur perd le contrôle de son entreprise le jour où il accepte que ses dirigeants gagnent plus de dix fois
que la caissière du magasin. »
Est-il facile de partager la valeur
créée par l’entreprise entre les
actionnaires, les dirigeants et les
salariés ?
A. B.- C’est plus facile pour une
entreprise non cotée. Mais une
entreprise cotée peut aussi le
faire. AccorHotels a lancé un
plan d’actionnariat salarié ambitieux qui permet à tous les collaborateurs, partout dans le
monde et quelle que soit la fonction exercée, de devenir actionnaires de leur entreprise. Je suis
convaincue du bien-fondé de
ces initiatives. La grande entreprise peut et doit montrer la voie
du partage. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Patricia Michellier
Marc Debord
Marie-Noëlle Pillot
DÉCIDEURS de Volvo Car France
C’est à une véritable « Volvo mania » que
l’on assiste actuellement dans l’Hexagone.
Après le bon exercice de 2016, Volvo Car
France a poursuivi l’an dernier sa montée en
puissance avec une belle progression de ses
immatriculations, grâce notamment au suc1987
cès du SUV XC60 et de la gamme 90. SéduiDébuts chez BMW
sant de plus en plus les cadres, la marque
1992
suédoise, avec notamment son offre de 30 %
Enchaîne aux ventes
d’hybrides rechargeables, continue de grichez Fiat France
gnoter des parts de marché sur le premium,
1998
Directeur commercial les allemandes notamment.
Au volant de la filiale française depuis trois
chez Chrysler-Jeep
ans et demi, Yves Pasquier-Desvignes se féli2009
Après le commercial et cite de cette dynamique de lancements mais
le marketing, devient
aussi de l’impulsion donnée par le chinois
PDG de General
Geely qui a racheté Volvo en 1990. Ventes et
Motors France
rentabilité records : alors que personne n’y
2014
croyait, le fondateur Li Shufu a réussi l’intéQuitte Gemy
gration du constructeur suédois, tout en respour la présidence
pectant son autonomie, le travail des ingéde Volvo Car France
DATES
CLÉS
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
28
nieurs, et en apportant de puissants moyens
pour en faire un champion mondial. Le lancement en ce début d’année du nouveau
XC40, premier SUV compact de la marque
suédoise, représente un nouveau défi pour le
président de la filiale tricolore. Sciences éco
passé par HEC, ce père de quatre enfants qui a
voué l’essentiel de sa carrière à l’automobile
(BMW, Fiat, Chrysler, GM, Gemy) est parvenu à faire de la filiale tricolore l’une des plus
performantes d’Europe. Le fruit de la réorganisation que le « Bourguignon du Beaujolais », fan de Harley et de piano, a mise en
place depuis son arrivée. Yves Pasquier-Desvignes s’appuie notamment sur un réseau de
distribution performant de 116 points de vente, via 55 partenaires. Et sur une équipe motivée d’une soixantaine de collaborateurs.
Remarqué notamment, dans un secteur resté
très masculin, son comité de direction composé à 50 % de femmes et 50 % d’hommes.
Depuis 2008, Brigitte Laporte, fidèle de la
marque depuis 1984, est directrice administrative et financière. En 2010, après la vente
par Ford à Geely, celle qui débuta comme
auditeur chez « Price » a participé à la séparation du groupe FMC France et à la création
de la nouvelle société Volvo Car France.
Innovation et services au client
Homme de Nissan et ancien de Mazda, Cyril
Chatelet est arrivé lui en 2015 comme directeur commercial. Le quadra a apporté
l’impulsion qu’il fallait à la marque suédoise en
France, tout comme Nathalie Duneau, arrivée
la même année de Louvre Hotels, comme
directrice marketing. Cette ISG au cursus
international avait aussi fait ses preuves en
agence, au sein des groupes BBDO et TBWA.
Arrivé quelques mois auparavant, comme
directeur développement réseau, Boris
Lemery a su, lui, appliquer les recettes éprou-
vées chez Nissan puis Ducati. Innovation et
audace, le président a aussi confié en octobre
sa nouvelle direction Services à une pro de la
stratégie relation clients, Patricia Michellier,
débauchée chez… SFR. Cette Edhec qui débuta
chez Danone apporte un œil neuf dans un secteur ultra compétitif, où le service au client est
un levier stratégique primordial.
Quant au quinqua Marc Debord, fidèle de
Volvo depuis 2006, et communicant chevronné passé notamment par Mercedes, Nissan et Mitsubishi, il reste en première ligne
comme directeur de la communication et
infatigable promoteur de la marque. Autre
visage féminin, enfin, Marie-Noëlle Pillot
dirige depuis 2011 les ressources humaines et
le développement des compétences réseau
de Volvo Car France. Elle avait été auparavant responsable ressources humaines chez
Apple Inc, où elle a passé dix ans. Compétences et diversité, donc…
C. B.
lundi 8 janvier 2018
29
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lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
30
MÉDIAS et PUBLICITÉ
2018, une année charnière pour les médias
La recomposition du marché va s’accélérer. Plusieurs grands dossiers devraient trouver leur dénouement.
MÉDIAS Doublement impacté par
la révolution numérique et la volonté de l’exécutif de faire évoluer
le cadre réglementaire, le paysage
des médias devrait changer encore
un peu plus de visage cette année.
Avec, en fil rouge, la réforme de
l’audiovisuel public, dont l’acte de
renaissance est programmé pour
2019. Sur plusieurs dossiers urgents, le gouvernement est attendu
au tournant, tandis que la bataille
pour les droits de la Ligue 1 de football, les aventures italiennes de
Vivendi et l’avenir du distributeur
de journaux et de magazines Presstalis devraient animer le secteur.
MATCHS À HAUT
RISQUE POUR
❙L’OBTENTION
DES
DROITS DE LA LIGUE 1
A
Plus d’une décennie qu’exploitants
de salles, chaînes de télévision,
ayants droit et opérateurs s’écharpent régulièrement sur la refonte de
ce qui constitue la clé de voûte du financement du cinéma français. Cet
ensemble de règles né dans les années 1980 impose des délais entre la
sortie d’un film en salle et sa diffusion sur d’autres supports : 4 mois
pour la vidéo à la demande et les
DVD, 10 mois pour Canal +, le premier financeur du cinéma, entre 22
et 30 mois pour les chaînes classiques, 36 mois pour les services de
vidéo à la demande par abonnement
type Netflix… Aujourd’hui, le système est à bout de souffle. Les spectateurs ne veulent plus attendre aussi
longtemps pour visionner un film.
Résultat, le piratage des œuvres explose. Mais personne n’arrive à se
mettre d’accord sur une modernisation des règles du jeu. Trois ministres de la Culture s’y sont déjà cassé
les dents. La nouvelle locataire de la
rue de Valois semble toutefois bien
décidée à couper la tête de ce vieux
serpent de mer. À l’automne, Françoise Nyssen a lancé une médiation
sur le sujet. Dans le rôle-titre du
Casque bleu, Dominique d’Hinnin,
ex-directeur financier de Lagardère. L’ultimatum est très clair : en cas
PUB TV : LA FIN
DES SECTEURS
❙INTERDITS
ET LA POSSIBILITÉ
DU CIBLAGE
Le gouvernement doit arbitrer deux sujets relatifs à la
publicité à la télévision. Le
tabou des secteurs interdits
(promotion des distributeurs,
cinéma et édition) pourrait
tomber cette année. Motivée
historiquement par la préservation des intérêts des
médias locaux, cette interdiction avait été maintenue
en 2007 lors de la levée de
l’interdiction pour les campagnes d’image des distributeurs. Cette fois, le verrou
pourrait tomber étant donné
le nouveau contexte. Le problème n’est plus la concurrence entre médias nationaux et locaux mais plutôt
entre l’ensemble du marché
et deux acteurs dominants
dans la publicité digitale :
Google et Facebook. Le Syndicat national de la publicité
télévisée (SNPTV), qui réunit
LIEWIG CHRISTIAN/ABACA
CHRONOLOGIE
DES MÉDIAS, LA FIN
❙D’UN
ÉTERNEL DÉBAT ?
venir jouer les trouble-fête. Sans
parler des Gafa… Facebook et Amazon sont en embuscade et discutent
déjà avec la LFP.
a occasionné quelques remous en
Italie, l’autorité de régulation des
télécoms exigeant que Vivendi fasse des choix. Aujourd’hui, Vivendi
estime que le temps est à l’apaisement et souhaite revenir à l’esprit
de l’accord de 2016 : créer des synergies fortes entre un opérateur
télécoms, Telecom Italia, et des
producteurs de contenus, dont
Mediaset. Vivendi a contourné les
difficultés en créant une coentreprise entre sa filiale Canal + et Telecom Italia, qui a vocation à s’allier à
Mediaset dans la distribution et la
production de contenus. Un accord
pluriannuel pourrait être signé entre cette coentreprise et Mediaset
pour faire bénéficier aux clients sur
fibre et mobile de Telecom Italia des
contenus du groupe TV italien
(films, séries et sport). Le montant
versé à Mediaset pourrait s’élever à
plusieurs centaines de millions
d’euros et clore le contentieux avec
Vivendi. Le groupe dirigé par Vincent Bolloré pourrait alors devenir,
comme il l’ambitionne, un acteur
incontournable de la convergence
entre télécoms et contenus dans le
sud de l’Europe.
CONQUÊTE
❙DELAITALIENNE
VIVENDI
Le tournant judiciaire de l’aventure
italienne de Vivendi pourrait
connaître un dénouement cette année si le
groupe de médias français, maison mère de
Canal +, trouve un terrain d’entente avec Mediaset, contrôlé par la
famille Berlusconi. Le
juge italien a constaté
en décembre que la médiation en cours était en
bonne voie. Les deux
parties doivent donc se
mettre d’accord avant
le 27 février, date fixée
pour la prochaine
audience. Depuis l’été 2016, l’accord sur le bouquet premium de
Mediaset est tombé à l’eau. Un
échange de participations était
prévu avant que Vivendi ne choisisse finalement de monter à 28,8 %
du capital de Mediaset pour en
devenir le deuxième actionnaire
après Fininvest, le holding des
Berlusconi. Cette montée en puissance, conjointe à celle de Vivendi
dans Telecom Italia, dont le groupe
français est devenu
le premier actionnaire avec 24,5 %,
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
PUBLIC PAR MACRON
Le dossier est aussi inflammable
qu’un baril de poudre. Mais Emmanuel Macron est bien décidé à le faire exploser. Durant l’automne dernier, le président de la République a
savamment confectionné le détonateur : coupes budgétaires, critiques cinglantes, patrons mis sous
tension… En 2018, il enclenche la
mise à feu. Le calendrier est serré.
Fin mars, « des propositions partagées, chiffrées et structurées,
construisant un scénario de transformation à mettre en œuvre » seront présentées par une commission
interministérielle.
Elles
doivent servir de base à un débat
« large avec l’ensemble des professionnels » avant d’aboutir à un projet de loi soumis au Conseil des ministres d’ici à la fin de l’année.
Gouvernance, mode de nomination
des présidents de Radio France ou
de France Télévisions, périmètre
des missions, fermetures de chaînes, fusions ou rapprochements
entre sociétés, à l’instar de France 3
et France Bleu, ressources allouées… Le président n’a pas de sujet tabou pour un secteur qui pèse
4,5 milliards d’euros, soit le plus
gros budget de la Culture. Objectif :
reconfigurer un modèle toujours
figé sur « le monde d’avant », devenu la « honte de la République »,
dixit Emmanuel Macron. Une fois le
plan de transformation arrêté, le
gouvernement pourra s’atteler
dans la foulée à la refonte de la redevance. L’idée d’une contribution
universelle appliquée à tous les
foyers tiendrait la corde. Le sujet
devrait être largement débattu à
l’automne prochain dans le cadre
de la présentation du projet de loi
de finances 2019 au Parlement.
des médias historiques. Le SNPTV
préconise que ce levier soit donc
actionnable par toutes les régies
afin de redynamiser le marché de la
publicité TV, atone depuis trois ans.
Il estime l’apport annuel incrémental de recettes en publicité segmentée à 200 millions d’euros,
contre 80 millions si le ciblage est
autorisé mais sans possibilité de
géolocalisation.
AU BORD
❙DEPRESSTALIS
L’ABÎME
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
MISE À JOUR
❙DELAMUSCLÉE
L’AUDIOVISUEL
Le siège de Telecom
Italia, à Milan
(ci-dessous).
Un des 24 000
marchands de presse
approvisionnés par
Presstalis (en bas).
GIUSEPPE CACACE/AFP
La guerre du foot est déclarée. Sur
le terrain du sport, s’il y a un droit
ultrastratégique, c’est bien celui de
la Ligue 1. La raison ? Pour les chaînes de télévision payantes, la compétition constitue le plus fort vecteur d’abonnements en même
temps qu’une arme de fidélisation
précieuse. Et l’attractivité du premier feuilleton sportif hexagonal a
été renforcée depuis l’arrivée de
Neymar au PSG. La hausse des
audiences en atteste. La Ligue de
football professionnel (LFP), qui
commercialise le championnat de
France, espère bien en profiter pour
faire monter les enchères et dépasser la barre du milliard d’euros lors
du prochain appel d’offres. Juridiquement, la LFP a jusqu’à la mi2019 pour lancer la procédure qui
concerne la période post-2020.
Mais le top départ devrait être donné courant 2018. Canal + et beIN
Sports se partagent aujourd’hui les
matchs moyennant un peu moins
de 750 millions d’euros. Malgré un
trou d’air boursier, Altice-SFR, qui
s’est offert en mai dernier la Ligue
des champions et la Ligue Europa
pour 1,2 milliard d’euros, pourrait
notamment les régies des groupes
TF1 et M6, souligne qu’« ouvrir des
opportunités publicitaires aux annonceurs génère des dépenses publicitaires supplémentaires ».
L’autre grand chantier qu’ouvre le
gouvernement est celui de la « publicité segmentée » à la télévision,
interdite à l’heure actuelle, toujours pour préserver les médias locaux. Elle permettrait, via les box
des opérateurs télécoms, de cibler
les messages en fonction des données déclaratives ou de consommation récoltées. Or, là encore, ce
sont surtout Google et Facebook,
pas contraints en la matière, qui ont
jusqu’ici raflé la mise au détriment
Le siège de France
Télévisions, à Paris
(ci-dessus, à gauche).
Neymar (PSG)
dans un match
de Ligue 1
(ci-contre).
Le service payant de
vidéos à la demande
Netflix (ci-dessous).
C’est le dossier le plus chaud et le
plus à risque pour la presse écrite.
Le principal distributeur de journaux et de magazines en France,
qui approvisionne chaque jour
24 000 marchands de presse, est
plongé dans la crise. Son exercice
2017 est très déficitaire - La Correspondance de la presse avance le
chiffre de 15 millions d’euros de
pertes. La précédente direction a
été remerciée à l’automne, remplacée depuis novembre par Michèle Benbunan, venue de Hachette Livre. Sa première décision
a été de placer Presstalis sous la
protection de la justice, en obtenant la nomination d’un mandataire ad hoc, Me Hélène Bourbouloux. La seconde, annoncée début
décembre, a suscité l’ire d’une
grande partie du secteur. Jusqu’à
fin janvier, Presstalis ampute de
25 % les sommes qu’il reverse aux
éditeurs après la vente de leurs
magazines et journaux. Le décalage de paiement sera d’un total de
37 millions d’euros. Les petits éditeurs sont montés au front pour
dénoncer une décision unilatérale
qui met gravement en péril leur
santé financière.
L’État risque d’être appelé à la rescousse pour sauver Presstalis de
l’abîme. Car la chute de cet acteur
historique aurait un effet domino
dévastateur pour la filière : rayonnages faméliques pour les marchands de journaux, déjà en difficulté, et risque de disparition pour
les titres ayant peu d’abonnés. Les
éditeurs indépendants espèrent que
la crise sera l’occasion de remettre
à plat le fonctionnement des exNMPP, fondées après-guerre.
Presstalis ne manque pas de
contempteurs.
Ses
dysfonctionnements
(erreurs dans les factures ou les livraisons,
retards en tout genre…) ont un impact
concret
dans
les
comptes des marchands de presse, parfois réduits à mettre la
clé sous la porte. Certains petits éditeurs de
magazines
pestent
aussi contre le diffuseur et préfèrent parfois partir chez son
concurrent, les MLP.
Le conseiller à la Cour
des comptes Gérard
Rameix rendra très
prochainement, à la
demande du gouvernement, un rapport
sur la situation de la
distribution de presse
en France. Il y formulera des recommandations de court et
moyen terme. Ses
conclusions sont très
attendues. ■
NETFLIX
d’échec de la concertation entre
professionnels, le gouvernement
passera par la loi. Les premières pistes de réflexion devraient être dévoilées début mars pour un dénouement attendu en avril. Juste avant le
Festival de Cannes.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
ET ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO - N° 22 832 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
HIGH-TECH
MODE, BEAUTÉ...
LES INCONTOURNABLES
DE LA SEMAINE PAGE 34
COMMENT LE POSTE DE TÉLÉVISION
DU SALON EST DEVENU
UN OBJET TRÈS COMPLIQUÉ
Hermès
PAGE 35
France Gall,
une muse française
THIERRY ORBAN/SYGMA VIA GETTY IMAGES
La chanteuse s’est éteinte hier à l’âge de 70 ans.
De Claude François à Michel Berger en passant
par Serge Gainsbourg, cette égérie discrète a incarné
le meilleur de la chanson populaire. PAGES 32 ET 33
France Gall au Palais des sports, en décembre 1982.
Renzo Piano, un monument italien très parisien
ILS VONT FAIRE 2018 La star architecte a reçu, fin 2017, l’Équerre d’argent pour l’immeuble qui accueillera le tribunal
de grande instance, bâtiment phare dans le XVIIe arrondissement.
l n’y a pas plus parisien que l’Italien Renzo Piano ! À 80 ans, ce
Génois d’origine, qui a installé en
2000 le siège français de son
agence – le Renzo Piano Building
Workshop – rue des Archives, dans le
IVe arrondissement, est le petit chéri
des Français. Et il n’y a rien d’étonnant
à ce qu’il ait reçu, le 27 novembre dernier, au Palais d’Iéna, l’Équerre d’argent 2017 pour le nouveau tribunal de
grande instance, projet conduit avec
son associé Bernard Plattner qui a tenu
en haleine les Parisiens jusqu’à ces
derniers mois.
Avec ses trois étages en gradins de
taille décroissante pour y installer des
terrasses arborées, l’imposant bâtiment de verre posé sur son socle trône
en bordure des boulevards des Maréchaux dans le quartier en friche des
Batignolles, à la lisière du périphéri-
I
Le verre privilégié
C’est la deuxième fois que Renzo Piano reçoit cette distinction,
considérée comme le Goncourt de l’architecture.
que. Financé en partenariat publicprivé, avec Bouygues Bâtiment Île-deFrance pour la construction, il est le
deuxième édifice habité le plus haut de
la capitale (160 m), après la tour Montparnasse. On le voit de très loin. Comme sa tour Shard de Londres (2013) qui
OLIVER HADLEE PEARCH POUR HERMÈS ; SAMSUNG ; BENOIT TESSIER/REUTERS
semble vouloir attraper le ciel, cet immeuble belvédère reflétant la ville et le
ciel donne au Paris historique sa dimension du futur.
C’est la deuxième réalisation de
Renzo Piano dans la capitale après les
logements de la rue de Meaux (XIXe)
Depuis toujours, l’Italien entretient
une histoire d’amour avec Paris dont il
a aimé redessiné les contours. Cela remonte au 16 juillet 1971, lorsque son
projet révolutionnaire, conçu avec
Richard Rogers, est sélectionné parmi
681 propositions pour la construction
du Centre Pompidou qui vient de fêter
ses 40 ans. Renzo Piano reviendra dans
la capitale en 2014 pour signer le drôle
d’œuf de la fondation Seydoux-Pathé
implanté au cœur d’un îlot du XIIIe ar-
rondissement, architecture high-tech
de cinq étages coiffée d’une coque en
verre recouverte de 7 000 volets
métalliques.
L’architecte montre là comment il a
su se renouveler, face à des programmes toujours différents, de petite ou
grande envergure, pour s’insérer au
mieux dans le tissu urbain. C’est là sa
force. Ne jamais donner à voir ce que
l’on pourrait attendre de lui, même si
l’on sait qu’il aime le verre, son matériau de prédilection pour privilégier
les lumières traversantes, utilisé au
couvent des clarisses à Ronchamp au
pied de la chapelle de Le Corbusier
(2011), au Whitney Museum de New
York (2015) ou au Centre Botin de Santader inauguré en juin dernier. Récompensé par le prix Pritzker en 1998,
auteur de dizaines d’édifices dans le
monde (du centre Tjibaou à Nouméa à
la Fondation Beyeler à Bâle), Renzo
Piano nous réserve une nouvelle surprise pour 2018 : l’École normale supérieure de Cachan à Paris-Saclay. ■
A
construits autour du jardin de bouleaux et de chèvrefeuilles signé Michel
Desvigne, eux aussi couronnés par
cette Équerre d’argent en 1991. Avec
Jean Nouvel, Henri Gaudin et Yves
Lion, il est l’un des rares ayant obtenu
deux fois cette distinction, considérée
comme le Goncourt de l’architecture.
Depuis trente-cinq ans, celle-ci récompense le meilleur bâtiment ou
ouvrage livré sur le sol français au
cours de l’année écoulée.
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
32
L'ÉVÉNEMENT
France
porte-paroles
DISPARITION Des « Sucettes »
à « Babacar » en passant par
« Débranche », ses tubes signés
Gainsbourg ou Berger
ont accompagné nos vies.
PAR OLIVIER NUC £@oliviernuc
France Gall,
en 1968.
F
PHOTO 12
A
tistique la présente à un de ses poulains : Serge Gainsbourg. Chanteur à
l’insuccès chronique malgré un talent
indiscutable, ce dernier lui écrit ses
premiers tubes : N’écoute pas les idoles
et Laisse tomber les filles, en 1964. Mais
c’est l’année suivante qu’elle triomphe
avec Poupée de cire, poupée de son, qui
lui vaut le grand prix de l’Eurovision.
Contrairement aux chanteurs de la
vague yé-yé, France Gall défendra
toujours un répertoire original, et non
des adaptations de succès anglosaxons. Gainsbourg s’amuse à confectionner à cette femme enfant une image de Lolita plus sexuée, jusqu’à l’excès
: Les Sucettes, en 1966, un texte dont
elle avouera des années plus tard
n’avoir pas saisi le double sens pendant
longtemps ! À la ville, elle est la fiancée
de Claude François. Leur relation orageuse dure - avec des interruptions de 1964 à 1967. En guise de rupture, il
écrit Comme d’habitude, futur standard
international.
Après les années Philips et Gainsbourg, France Gall entame une traversée du désert qui durera jusqu’au milieu des années 1970. Des auteurs de la
trempe de Jacques Lanzmann ou
CHRONO
1947 Naissance d’Isabelle Gall
à Paris
1965 Remporte le grand prix
de l’Eurovision avec Poupée de cire,
poupée de son
1974 La Déclaration d’amour
marque le début de sa collaboration
avec Michel Berger
1976 Mariage avec Michel Berger
1992 Mort de Michel Berger, après
un album commun, Double Jeu
1996 Dernier disque, France,
enregistré avec des musiciens
de Prince
1997 Mort de sa fille Pauline
d’une mucoviscidose
2015 Création de la comédie
musicale Résiste
Étienne Roda-Gil sont convoqués pour
lui écrire des chansons qui demeurent
confidentielles. En 1972, Gainsbourg
est rappelé, mais les deux singles qu’il
lui offre, Frankenstein et Les Petits Ballons, ne brillent ni pour leur qualité ni
pour leur audience.
C’est en entendant la chanson Attends-moi à la radio, un jour de 1973,
qu’elle a le coup de foudre pour Michel
Berger. Avec La Déclaration d’amour,
“
Qu’il reste quelque
chose de moi
m’indiffère
FRANCE GALL
”
celui-ci relance sa carrière en beauté
l’année suivante. Avec cet auteurcompositeur surdoué, qui vient de lancer la carrière de son grand amour, Véronique Sanson, elle opère un retour au
premier plan. France Gall devient une
des plus grandes stars de la scène française, à grands coups de singles à succès et de spectacles marquants.
Son premier album sort l’année de
son mariage avec son nouveau Pygma-
lion, et son retour sur scène (au Théâtre des Champs-Élysées) précède de
quelques mois la naissance de leur premier enfant, Pauline Isabelle, en 1978.
En 1979, elle participe à la première
mouture de la triomphale comédie
musicale Starmania, écrite par Luc
Plamondon et composée par Michel
Berger, qui reste un mois à l’affiche du
Palais des congrès.
Les années 1980 la voient se consacrer à des projets humanitaires, notamment Action Écoles, auprès de Daniel Balavoine, tout en enregistrant des
albums aussi populaires que Paris,
France ou Débranche. Palais des sports,
Zénith, Bercy : elle remplit les plus
grandes salles parisiennes avec des
shows ambitieux et modernes. Raphaël
Michel, né en 1981, agrandit le clan
Berger, qui apparaît comme une des familles les plus soudées du show-business. Ce bonheur volera en éclat avec la
mort accidentelle de Michel Berger, qui
succombe à une crise cardiaque au
cours de l’été 1992. Ensemble, Berger et
Gall venaient d’enregistrer leur premier album à deux voix, Double jeu, qui
aurait dû être suivi d’un spectacle en
commun.
Réactions du monde de la culture et de la
Julien Clerc
France, nous avions 20 ans,
des bonheurs, des chagrins.
Une part de ma vie s’en va avec toi.
Avec Michel Berger, en 1978.
France Gall a traversé le temps grâce
à sa sincérité et sa générosité.
Elle laisse des chansons connues
de tous les Français et l’exemple
d’une vie tournée vers les autres,
ceux qu’elle aimait et ceux
qu’elle aidait.
Pierre Lescure
J’avais beau savoir que France était
affaiblie ces temps derniers, je pleure
comme un môme. Parce que France
Gall avait de la grâce, une des plus
grandes et belles voix de France.
Avec Serge Gainsbourg, en 1965.
contrat, on lui suggère de changer de
prénom pour ne pas subir la concurrence d’une autre jeune chanteuse,
Isabelle Aubret. Ses premières chansons sont enregistrées avec Alain Goraguer, compositeur et arrangeur proche
de Vian et Gainsbourg. C’est le jour
même de ses 16 ans que la chanson Ne
sois pas si bête est diffusée pour la première fois à la radio. Son directeur ar-
pas à une génération : elle a su
s’adresser à toutes. Elle a affronté
des combats personnels en donnant
tout pour la musique. Elle nous quitte
mais évidemment on dansera encore
sur des accords qu’on aime tant.
Emmanuel Macron
KEYSTONE-FRANCE ; RUE DES ARCHIVES/AGIP
rance Gall a rejoint le
paradis blanc le
7 janvier, après avoir
défié depuis deux
ans, avec discrétion
et dignité, la récidive
de son cancer. »
C’est par ces mots,
transmis à nos confrères de l’AFP par
sa chargée de communication Geneviève Salama, que l’on a appris la disparition de la chanteuse, dimanche
dans la matinée. France Gall avait été
admise à l’hôpital américain de Neuilly
avant les fêtes de Noël pour une infection sévère. Son absence lors des obsèques de son ami Johnny Hallyday, au
côté duquel elle était apparue une dernière fois sur scène en 2000, avait suscité l’inquiétude. Après avoir été une
des chanteuses françaises les plus populaires de son époque, France Gall
aura passé les vingt dernières années
de sa vie dans la plus grande discrétion.
Ayant vécu par et pour la musique,
cette femme refusera d’apparaître au
cinéma ou d’écrire son autobiographie.
« Qu’il reste quelque chose de moi m’indiffère », déclarait-elle avec modestie.
Pourtant, ses tubes ont accompagné
la vie des Français pendant au moins
deux séquences : le milieu des années
1960, puis l’ensemble des années 1980.
Simple interprète, elle se sera mise au
service d’autres, auteurs et compositeurs. Les plus marquants resteront
Serge Gainsbourg et, surtout, Michel
Berger, auprès duquel elle construira
non seulement un répertoire, mais
aussi une famille.
Née Isabelle Gall dans le XIIe arrondissement de Paris le 9 octobre 1947,
elle avait passé son enfance dans un
foyer très marqué par la chanson. Son
père, Robert, chanteur lui-même,
avait signé des textes à succès pour
Edith Piaf (Les Amants merveilleux) ou
Charles Aznavour (La Mamma). Sa
mère, Cécile Berthier, était quant à elle
la fille du cofondateur des Petits Chanteurs à la croix de bois. Piano à 5 ans,
guitare à 11, elle aura toujours été encouragée par son père à pratiquer la
musique. Celui-ci lui fait sécher l’école
les lendemains de première de Piaf,
Aznavour ou Bécaud. À la maison, elle
fréquente les artistes croisés dans les
coulisses de l’Olympia : Hugues
Aufray, Marie Laforêt ou Claude Nougaro. Dès l’adolescence, avec ses deux
petits frères (les jumeaux Patrice et
Philippe), elle forme un premier orchestre. Son caractère buté lui vaut le
surnom de « Petit Caporal ».
C’est l’année de ses 16 ans, en 1963,
qu’elle est signée chez Philips, après
une audition au Théâtre des ChampsÉlysées organisée par Denis Bourgeois,
un ami de la famille. À peine sous
«
Stéphane Bern
Tristesse et émotion alors
qu’un nouveau deuil nous frappe
tous avec la disparition de France Gall.
Notre jeunesse s’envole avec elle
mais sa voix et ses chansons rendront
son souvenir toujours présent.
Fabienne Thibeault
Triste façon d’entrer dans les 40 ans
de Starmania, après Johnny la série
noire continue.
Hugues Aufray
Jane Birkin
France était très proche de ma fille
Kate qui l’aimait tant. À sa mort,
elle a été tout près de nous. Elle était
surprenante, candide, mystérieuse.
Françoise Nyssen
Icône de la chanson française,
intemporelle, France Gall n’appartenait
Elle chantait avec une petite voix
très juste. Elle était très simple,
charmante, pas du tout « star ».
à jamais dans nos cœurs.
Pensées pour les siens.
Lara Fabian
Elle avait ce tout petit supplément
d’âme, cet indéfinissable charme,
cette petite flamme.
Xavier Bertrand
Juste deux ou trois mots d’amour,
hommage à celle que la France a tant
aimée, à cette voix unique qui
a marqué la chanson française.
Amir
Ton cœur reste gravé dans
tes chansons… pour l’éternité.
Adieu poupée de cire.
Tatiana de Rosnay
Je me souviens, j’étais le souffle
de vent le matin, et le sable et la terre
et leur parfum, et le bruit du soleil
qui connaît son chemin et j’étais bien.
Nicolas Sarkozy
C’est tout autant l’artiste
merveilleuse et talentueuse que
la personnalité engagée, passionnée,
entière que j’aimais chez France Gall.
Ses mots et ses mélodies resteront
Christophe Castaner
Ils ont de la chance les anges,
ils viennent d’être rejoints par
une étoile. s’ils pouvaient lui dire
LE FIGARO
CULTURE
lundi 8 janvier 2018
CULTURE
33
Lambert Sustris renaît
au musée de Caen
SES PLUS
GRANDS SUCCÈS
CHRONIQUE Pour la première fois sont réunies aux Beaux-Arts des œuvres
de cet artiste méconnu. Un seul tableau est signé de sa main.
LES ARTS
Adrien Goetz
1965
L
1974
Première chanson écrite et
composée par Michel Berger pour
elle, cette ballade délicate relance
son interprète après une
traversée du désert de plusieurs
années. Après avoir écrit pour
Françoise Hardy et produit
Véronique Sanson, Michel Berger
a trouvé sa muse idéale.
En avril 1993, la chanteuse est opérée
avec succès d’un cancer du sein avant
de monter sur la scène de Bercy afin de
défendre le répertoire de l’homme de
sa vie, auquel elle ne manquera jamais
de rendre hommage. C’est encore le
cas à Pleyel en 1994 et à l’Olympia en
1996. Cette même année, elle enregistre, avec des musiciens américains
- notamment des accompagnateurs de
Prince -, un album de chansons de son
mentor, sur des arrangements très soul
et funk.
La mort prématurée de leur fille Pauline, qui succombe à une mucoviscidose à l’âge de 19 ans, lui fait abandonner
son métier de chanteuse définitivement. Elle refait sa vie avec l’Américain Bruck Dawit, ingénieur du son,
compositeur, arrangeur et producteur,
passe six mois par an au Sénégal, où
elle s’est fait construire une maison.
Avec lui, elle écrira le spectacle Résiste,
évocation réussie du répertoire qu’elle
avait constitué avec Michel Berger. À la
première parisienne, le 4 novembre
2015, elle apparaît sur scène lors des
rappels, émue et fière du succès recueilli par cet hommage à l’homme
auquel elle devait tant. ■
politique
« quelques mots d’amour » de ma
part, ce serait chouette. Au revoir.
Gérard Larcher
Elle incarne une génération.
Des souvenirs du lycéen avec Poupée
de cire, Poupée de son. Et puis un
moment assez étonnant qui est cette
rencontre avec Michel Berger et
La Groupie du pianiste. Tout ça nous
marque et ça reste une référence
transgénérationnelle.
1980
CAEN, MUSÉE DES BEAUX-ARTS
Gall
e seul tableau signé de Lambert Sustris, artiste mystérieux né aux Pays-Bas dans les
années 1510 et dont on perd la
trace après 1553, est conservé
au Musée de Caen depuis 1802. Ce Baptême du Christ, peint vers 1550, a fait
partie des collections de Louis XIV.
C’est un étrange chef-d’œuvre : dans
un large paysage bleuté, d’une intense
poésie, le Christ n’est pas, au premier
regard, la figure principale. Une jeune
baigneuse, qui pourrait sembler bien
profane avec ses cheveux blonds dénoués, se dévêt sur un rocher, comme
une figure de proue néerlandaise, incongrue au milieu du Jourdain. L’incarnat de sa peau nimbée de lumière
pourrait presque faire oublier le mystère de l’incarnation, la colombe du
Saint-Esprit et même, dans les nuages,
l’apparition de Dieu le Père. Diane et
Actéon, prêt exceptionnel des collections royales britanniques, montre aussi une scène de bain en pleine nature.
Lambert Sustris joue du mélange du
sacré et du profane, il peint un délicieux jardin géométrique à l’arrièreplan du Christ ressuscité dans son Noli
me tangere, venu du palais des beauxarts de Lille. Étrangeté des détails
– Actéon en habit de chasse avec ses
cornes de cerf, la Fortune en équilibre
sur une boule, des captifs derrière une
grille menacés par le fouet d’une vieille
femme – et raffinement de la lumière
caractérisent ces tableaux qui n’avaient
jamais été rassemblés. Emmanuelle Delapierre, la directrice du Musée des
beaux-arts de Caen, a eu la bonne idée
de faire appel à Benjamin Couilleaux,
C’est avec cette chanson de
Gainsbourg, révolutionnaire
pour l’époque, que France Gall
remporte le prix de l’Eurovision,
sous les couleurs du Luxembourg.
Elle n’a pas encore dix-huit ans
et une belle carrière l’attend.
Le Baptême du Christ, 1552-1553, de Lambert Sustris, huile sur toile.
conservateur au Musée Cognacq-Jay,
qui poursuit actuellement une thèse
consacrée à la carrière du peintre.
Fantaisies audacieuses
Pour mieux connaître ce voyageur qui
séduisit quelques-uns des grands commanditaires européens de son temps, il
a réuni tous les éléments du dossier :
treize tableaux, pas plus, mais choisis
pour éclairer les jalons les plus importants d’une vie d’artiste. L’exposition
est passionnante, et courageuse, elle se
visite comme une recherche en cours,
mené par un savant qui n’élude aucun
problème de datation ni d’attribution,
et s’efforce d’établir une chronologie à
partir de documents lacunaires et peu
nombreux.
Ce Lambert d’Amsterdam arrive à
Rome vers 1530, travaille à Venise et à
Padoue, on le retrouve à Augsbourg
après 1548, c’est à peu près tout ce que
l’on sait de lui. Le réduire à n’être qu’un
émule du Titien ou de Tintoret est à
l’évidence injuste. L’exposition met en
évidence couleurs douces et fantaisies
audacieuses, qui n’appartiennent qu’à
lui. On y découvre une magnifique Judith, tenant d’une main une épée et de
l’autre la tête décapitée d’Holopherne,
œuvre de la Cobbe Collection de Hatchlands Park, confrontée à celle de Lille
et à la Judith de Véronèse et de son atelier, qui appartient au musée de Caen,
et se trouve quelques salles plus loin.
Les compositions de Lambert Sustris
sont faites pour plaire et intriguer. Cette première exposition aurait pu n’être
qu’un exercice d’érudition, un accrochage pour spécialistes : les tableaux
irradient de toutes leurs splendeurs
maniéristes et la réussite est totale.
« Lambert Sustris. Un artiste de la
Renaissance entre Venise et l’Allemagne »,
Musée des beaux-arts, Caen (14),
jusqu’au 4 mars. Catalogue, Musée
des beaux-arts de Caen, 17 €.
VENDÔRAMA
Numéro un cet été-là, ce tube a
été inspiré à son auteur par les
prestations enflammées de Jerry
Lee Lewis, le « Killer » pianiste,
pionnier du rock’n’roll, au jeu de
scène sauvage et très influent.
1981
Initialement sorti en face B
du single Tout pour la musique,
ce morceau à l’impératif
deviendra un tube à son tour,
préfigurant Débranche et sa
thématique typique des années
1980. France Gall le reprendra
en 1996 sur son ultime album.
Clémentine Autain
Je t’envoie comme d’un papillon à
une étoile… quelques mots d’amour.
Anne Hidalgo
C’était une artiste et une femme
exceptionnelle qui a marqué la chanson
française. Une femme d’une grande
douceur et d’un très grand courage.
Mes pensées vont à son fils,
à sa famille et à ses proches.
Grand admirateur d’Ella
Fitzgerald, Berger commence
une chanson en son hommage
au milieu des années 1970. Il la
complète dix ans plus tard avec
un arrangement d’une grande
complexité rythmique qui
donnera du fil à retordre à son
interprète et à ses musiciens.
VENDÔRAMA
EXPOSITION
12—28 JANVIER
4TER RUE GUÉNÉGAUD, 75006 PARIS
MONNAIEDEPARIS.FR
ENTRÉE GRATUITE
RÉSERVATIONS SUR
VENDORAMA.BOUCHERON.COM
A
Marlène Schiappa
1987
APACHE ; WARNER ; ATLANTIC ; PHILIPS
Ses chansons m’ont accompagnée,
comme tant d’entre nous, depuis
mon enfance… Un refrain : Cherche
le bonheur partout, va, refuse
ce monde égoïste…
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
STYLE
Neuf
2
1
3
OLIVER HADLEE PEARCH POUR HERMÈS , ROKSANDA, GIVENCHY, OFF WHITE, GOUTAL PARIS, GOSHA RUBCHINSKIY/BURBERRY, LOEWE, PROENZA SCHOULER, PIERRE HARDY, FARGES FRANCOIS MNHN PARIS
34
4
comme un lundi
Des filles tout sauf fleur bleue, un sac qui ne fait pas tapisserie,
un trésor de diamants et des carreaux pour jeunes gens modernes.
Encore une semaine pleine de promesses.
PAGE RÉALISÉE PAR MADELEINE VOISIN AVEC ÉLODIE BAËRD, VALÉRIE GUÉDON ET ÉMILIE VEYRETOUT
MONOCHROME Nous ne vous rejouerons pas ici la scène culte du Diable
s’habille en Prada, sorte de leçon de
chose de la tyrannique Meryl Streep à
la jeunette Anne Hathaway sur la teinte
céruléenne, dont semble s’être inspiré Virgil Abloh pour son label
Off-White (4) (www.off---white.com).
Reste que la mode (re)plonge dans la
vague
indigo.
Électrique
chez
Givenchy (3) (www.givenchy.com),
azur pour la puriste maison Hermès (2)
(Tél. : 01 40 17 47 17), ou lapis chez la
créatrice serbe
Roksanda (1)
(www.matchesfashion.com), il envahit
nos dressings. De quoi compter les jours
jusqu’au printemps, sans bleu à l’âme…
7
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
en partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
5
6
REGAIN Paul Verlaine inspire la par-
fumerie. C’est au tour d’Annick Goutal
de réécrire sa célèbre Eau d’Hadrien,
lancée en 1981 et portée fidèlement par
Adjani, Deneuve et Mitterrand. Ni tout
à fait la même, ni tout à fait une autre…
La fraîcheur tendre et citronnée se réchauffe au contact des bois, se sophistique sur la peau, se masculinise franchement, même. Encore une version
signée Camille Goutal, la fille d’Annick.
La marque profite de ce nouveau chapitre pour moderniser ses flacons et
changer de nom : en 2018, elle devient
Goutal Paris (5). [ Bois d’Hadrien, 102 €
les 50 ml dans les boutiques et sur
www.goutalparis.com ]
RETOUR AU COOL Révélée en
juin dernier, la capsule unisexe de Gosha
Rubchinskiy - ce touche-à-tout russe
fasciné par sa jeunesse dans les nineties
postsoviétiques - pour Burberry (6) est
enfin en boutiques. Au programme, une
réinterprétation des intemporels de l’institution britannique à la sauce streetwear,
non sans rappeler la panoplie des
« chav », ces fans de foot anglais qui, à la
fin des années 1990, arboraient dans les
tribunes le tartan de la griffe. Déjà cultes,
le bob (325 €) et le paletot à plastron en
check (2 195 €) ou encore le trench bigoût, miel et marine (1 995 €). [ À la boutique du 56, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris VIIIe et sur www.burberry.com ]
SECONDE PEAU
SE FAIRE UNE TOILE Avis
UNE HISTOIRE EN OR Le visiteur
ne ressentira pas le même envoûtement
que Louis XIV devant ces vingt diamants - puisque ceux-là sont des répliques en zircon -, mais tout de même.
Leur épopée fait son effet. Jugez plutôt :
rapportés des mines de Golconde, en
Inde par l’explorateur Jean-Baptiste Tavernier, ils furent acquis par le Roi-Soleil en 1668, avant d’être volés ou égarés
à la Révolution, et parfois retaillés.
Tous, sauf le bleu, ont disparu. Grâce au
concours du Muséum d’histoire naturelle, l’École des arts joailliers (10), avec
Van Cleef & Arpels, expose ces gemmes
synthétiques et historiques. [ Informations sur www.lecolevancleefarpels.com ]
aux
connaisseurs. Rendant hommage à
William Morris (1834-1896), figure du
mouvement Arts and Crafts, Jonathan
Anderson transpose pour Loewe (7)
quatre des plus célèbres imprimés de
l’artiste sur une collection d’accessoires
et de prêt-à-porter pour homme et
femme. Notre pièce préférée ? L’un des
classiques de la maison, le sac transformable Hammock, paré du sublime
motif Acanthus (1874). Cerise sur le gâteau, il peut être personnalisé grâce à
des charms en tous genres, tels ce
calendula et cette rose ancienne. [ En
toile et cuir, 1850 €. Charms fleur, 290 €
l’un. www.loewe.com ]
8
Si, comme nous,
vous avez préféré vous percher sur des
stilettos vertigineux afin d’accueillir la
nouvelle année en beauté, vous serez
ravie de glisser vos pieds (meurtris)
dans ces bottines façon chaussettes non
dénuées d’allure. En haut, des boots en
maille tricotée gris chiné et surélevées
d’un talon incurvé en métal argenté du
duo américain Proenza Schouler (8)
(730 € sur www.matchesfashion.com).
Plus bas, une paire plus classique en
cuir naturel griffée du chausseur Pierre
Hardy (9), qui, resserrée d’un élastique,
enveloppe délicatement la cheville
(730 € sur www.pierrehardy.com).
À enfiler de toute urgence.
9
10
LE FIGARO
HIGH-TECH
lundi 8 janvier 2018
35
La fin de la télé
de papa
DÉCRYPTAGE L’accès à des contenus
sur mesure, qui a profondément changé
notre manière de consommer la télévision,
remet en cause le rôle central du téléviseur.
l’occasion du CES, le
salon international de l’électronique
qui se déroule en ce moment à Las Vegas, le constructeur coréen LG a annoncé de nouveaux téléviseurs dopés à
l’intelligence artificielle. L’intérêt ?
Permettre au téléspectateur de commander l’appareil à la voix, de manière
naturelle, pour lui demander par
exemple « Passe sur “Rendez-vous en
terre inconnue” ou encore “Montremoi tous les films avec Tom Cruise” »,
mais aussi de piloter divers équipements connectés, du système d’éclairage à l’aspirateur robot. Cette évolution
illustre bien le profond changement du
téléviseur en quelques années.
Objet central du foyer, affecté à la réception de programmes en direct, il devient aujourd’hui un écran plus grand
que celui d’un smartphone pour accéder à des contenus sur mesure dont la
plupart proviennent d’Internet. Conséquence : la bonne vieille télécommande
est menacée de disparition. Il faut dire
qu’il est devenu quasiment impossible
de l’utiliser à l’ancienne, en appuyant
sur le bouton 1 de la télécommande
pour regarder TF1 et sur le 2 pour France 2. Aujourd’hui, quand on allume un
téléviseur moderne, c’est une interface
qui s’affiche, donnant accès à une
quantité de contenus et de services.
Parmi lesquels, dans un coin, une
ouverture sur les chaînes de télévision.
Le téléviseur n’a pas seulement changé
d’un point de vue esthétique et technologique. Son mode de fonctionnement
lui-même, plus technique, a profondément évolué. Le téléspectateur actuel se
retrouve ainsi le plus souvent devant un
écran qui rappelle celui d’un ordinateur : des icônes d’applications, des onglets, des vignettes. Exemple le plus
flagrant : les téléviseurs équipés d’Android TV, le système de Google relié à
Internet. Une fois mis en route, ils proposent principalement les services de
Google, le moteur de recherche et YouTube en tête, et il faut jouer du curseur
à distance pour trouver la diffusion des
chaînes de télévision.
Des menus
de plus en plus sophistiqués
Il faudra s’y résoudre : la télé de papa est
en voie de disparition. Le phénomène a
débuté avec les box Internet qui ont démocratisé la TV par ADSL. D’abord la
Freebox fin 2002 puis la Livebox
d’Orange (alors Wanadoo) en 2004 et
d’autres enfin proposées par SFR, Numericable ou Bouygues Telecom. Au fur
et à mesure de leur évolution, elles se
sont équipées d’un disque dur pour enregistrer les programmes, d’un tuner
TNT pour recevoir par l’antenne les
chaînes de télévision, de divers connecteurs permettant de se relier à Internet
et de brancher une quantité de périphériques et d’accessoires. Leur utilisation
passe par un menu de plus en plus sophistiqué pour gérer tous les contenus
disponibles. Déjà, la télécommande
commence à se trouver à l’étroit. L’an-
Comment se protéger
contre les failles
informatiques ?
Le téléviseur n’a pas seulement changé d’un point de vue esthétique et technologique. Son mode de fonctionnement lui-même,
plus technique, a profondément évolué. SHUTTERSTOCK
cienne zapette se transforme en manette de sélection pour naviguer à l’écran
et jongler entre les différentes entrées
HDMI auxquelles sont branchés le lecteur de DVD ou de Blu-ray, la console
de jeu ou le disque dur externe.
D’autant plus que les box ont encore
élargi leur offre en donnant la possibilité
de jouer à des jeux en streaming,
d’écouter la musique des plateformes en
ligne comme Deezer et Spotify, de
consulter la météo ou de regarder des
vidéos sur YouTube et Dailymotion.
Certaines proposent même de partager
sur les réseaux sociaux nos impressions
concernant un programme télévisé.
D’autres équipements ont aussi enrichi la gamme de contenus à diffuser sur
un téléviseur, comme l’Apple TV ou le
boîtier Chromecast de Google, qui donnent accès à des centaines d’applications et à des services Internet. La liberté de pouvoir choisir parmi une
incroyable quantité de contenus a pris
le pas sur les petits déboires techniques
comme la lenteur du démarrage du té-
léviseur ou le délai entre le passage
d’une chaîne à l’autre.
Cette mutation est avantageuse. Grâce à la connexion à Internet, on peut
revoir des programmes déjà diffusés et
choisir ses séries à la carte. Il n’y a pas si
longtemps, accéder à la télévision de
rattrapage supposait de disposer de
l’application correspondant à chaque
chaîne : MyTF1, France TV Pluzz, Arte,
6Play, CanalPlay, etc. L’arrivée de
Molotov a simplifié les choses en regroupant plusieurs services de replay et
en donnant la possibilité de reprendre
une émission à son début alors que la
diffusion en direct est déjà avancée.
Tous les supports sont bons
Le cas de Netflix est aussi édifiant. Inconnu en France il y a trois ans, ce service de vidéo à la demande par abonnement réunit aujourd’hui environ
2 millions de Français autour de ses
films et ses séries. À la clé, des feuilletons inédits de toutes sortes et un système de recommandation qui a fait ses
IMMOBILIER
avec
SÉCURITÉ Les défauts de conception identifiés
sous le nom de Meltdown et Spectre concernent
tous les ordinateurs, Mac ou Windows, et même
plusieurs smartphones. Voici comment réagir
Ce sont deux failles de sécurité particulièrement inquiétantes qui ont été révélées mercredi dernier par des chercheurs autrichiens et une équipe de
Google. Tout simplement parce qu’elles
se situent au niveau du processeur,
c’est-à-dire l’unité de calcul et de traitement des ordinateurs.
Affectant les composants Intel, AMD
et ARM, elles concernent pratiquement tous les équipements en circulation depuis vingt ans, serveurs, portables ou modèles de bureau, qu’ils
fonctionnent avec Mac OS, Windows
ou Linux. Et même les smartphones et
les tablettes, notamment l’iPhone et
l’iPad, mais aussi plusieurs mobiles
Android.
En exploitant ces vulnérabilités, les
cybercriminels peuvent facilement dérober des données confidentielles
contenues sur l’appareil, comme l’ont
démontré les chercheurs en utilisant
un programme en JavaScript exécuté
sur un navigateur Web. En attendant
que des solutions à grande échelle
soient disponibles, il est possible de
procéder à quelques réglages pour éviter le pire.
❙
SÉCURISER LA
NAVIGATION SUR LE WEB
Installez sur votre appareil la dernière
version de votre logiciel de navigation.
Les principaux éditeurs, Microsoft (Internet Explorer et Edge), Google (Chrome) et Mozilla (Firefox), ont déjà publié
ou vont publier des correctifs et mises à
jour pour résoudre une grande partie
du problème.
❙
Immobilier
d'entreprise
Ventes
BUREAUX
OPTIMISER LE LOGICIEL
SYSTÈME
PARIS 9°-OPERA
Si vous utilisez Windows, téléchargez et
installez le dernier patch de sécurité que
propose Microsoft. Attention : il faudra
sans doute désactiver votre antivirus
auparavant. Avec un Mac, procédez à la
mise à jour de Mac OS distribuée par
Apple. Pour les systèmes Linux, il faudra consulter le site de l’éditeur de la
distribution que vous utilisez. Enfin, les
mobiles Android bénéficient normalement d’un correctif qui devait être disponible le week-end dernier.
❙
❙
Explorimmoneuf
o
t
RESTER
PRUDENT
Les vulnérabilités peuvent être exploitées à l’aide d’un programme malveillant dissimulé dans une page Web ou
dans une application. Surveillez encore
plus attentivement les messages suspects et les sites douteux. Et ne téléchargez d’applications qu’à partir de sources
fiables, comme l’App Store pour iOS ou
le site officiel de l’éditeur. ■
D. S.
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Le problème concernant le processeur
demanderait une intervention sur son
fonctionnement. Faute de pouvoir le
remplacer, les utilisateurs devraient disposer dans les jours qui viennent d’une
mise à jour du Bios de leur ordinateur, le
micro-programme qui gère une partie
de ses fonctions. Elle devrait être proposée à ses clients par chaque fabricant.
preuves. La formule inspire d’autres
services comme CanalPlay, SFR Play,
Amazon Prime Video. À la différence de
la télévision traditionnelle, qui oblige à
attendre à heure fixe la diffusion d’un
programme spécifique, ces plateformes
de TV à la demande permettent de regarder les programmes qu’on veut
quand on le veut. Et pas seulement sur
un téléviseur d’ailleurs. Tablettes, ordinateurs, smartphones : tous les supports
sont bons pour profiter de ces contenus.
En 2015, selon Médiamétrie, « près de
3 millions d’individus de 15 ans et plus ont
regardé des programmes sur un autre
écran que le téléviseur, contre 2 millions
en 2 014 ». Une tendance qui ne cesse de
se confirmer. Le temps passé devant le
petit écran diminue chaque année et les
ventes de téléviseurs chutent, en particulier chez les jeunes : « Les moins de
35 ans ont moins tendance à s’en équiper
au profit d’écrans alternatifs », souligne
Médiamétrie. L’avenir nous dira si l’intelligence artificielle comme la propose
LG pourra relancer le téléviseur… ■
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lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
36
TÉLÉVISION
Figaro top,
Figaro flop
16/20
« SAM », SAISON 2
TF1, lundi 8 janvier, 21 heures
Sam est une femme très « attachiante ».
Professeur de français au caractère bien
trempé, Sarah Amélie Moreau (Sam,
donc) revient sur TF1 avec cette deuxième saison et un nouveau visage ! Interprétée initialement par Mathilde Seigner
(elle n’avait signé que pour six épisodes
et trouvait qu’il y avait trop de textes à
apprendre), Natacha Lindinger (Hard,
Les Petits Meurtres d’Agatha Christie) lui
succède avec brio. Héroïne rebelle, elle
s’exonère bien souvent de ses responsabilités professionnelles. Et se mêle sans
leur demander leur avis de la vie de ses
élèves. En accompagnant l’une d’elles
au planning familial ou en interférant
dans l’existence d’un autre dont la mère
est hospitalisée. Aussi paradoxal que
cela puisse paraître, cet électron libre se
met en couple avec Xavier (Fred Testot),
le principal du collège où elle enseigne.
Adaptation de la série danoise Rita, cette
comédie dramatique reste fidèle à l’esprit rock’n’roll de son modèle et ose
(enfin !) proposer un contenu qui tranche avec les séries familiales de la première chaîne. Dynamique et touchante,
elle n’est pas sans rappeler l’univers de
la bande dessinée Les Profs. Album dans
lequel chaque personnage est caricaturé,
comme ici, avec justesse. La présence de
Fred Testot, l’ancien complice d’Omar
Sy dans « SAV des émissions » de Canal +, est un gage supplémentaire de
qualité pour cette fiction.
tant sur la route de tribus du désert. De
son côté, leur mentor Floki découvre les
terres édéniques de l’Islande. Outre le
souffle des conquêtes et des explorations, on se délecte dans ces inédits de
l’affrontement sans merci entre Ivar et
l’évêque guerrier Heahmond. Ce dernier est interprété par Jonathan Rhys
Meyer, ex-Henri VIII des Tudors, justement. Un homme toujours au bord de la
folie qu’il incarne à merveille. Au point
de se demander s’il s’agit là d’un rôle de
composition.
13/20
« BORN TO KILL »
Canal +, lundi 8 janvier, 21 heures
Diffuseur de Black Mirror ou de The State
qui plongeait dans l’enfer de Daech, la
chaîne britannique Channel 4 s’est fait
un nom en diffusant des fictions audacieuses, promptes à provoquer le débat
et, parfois, le malaise. Sa dernière minisérie de quatre épisodes ne déroge pas à
cette règle et met à l’honneur un adolescent tueur en série qui laisse libre cours à
ses pulsions psychopathes. Bon élève,
garçon obéissant, Sam (Jack Rowan au
calme et au silence inquiétants que l’on
reverra dans Peaky Blinders) est élevé
par sa mère infirmière (Romola Garai,
bouleversante d’impuissance). Celui qui
adore lire des histoires au chevet des patients en soins palliatifs est convaincu
que son père est mort en héros en
JULIEN CAUVIN/TF1
Une prof envahissante, un étudiant psychopathe,
des Vikings revanchards ou une avocate débordée
par sa vie amoureuse… À quels héros de série
faut-il se vouer cette semaine ?
FIGARO TOP Fred Testot et Natacha Lindinger dans Sam, une série dynamique et touchante adaptée d’une production danoise.
Afghanistan. En réalité, il est emprisonné pour meurtre et violences conjugales.
Sous la surface, Sam, qui raconte à qui
veut l’entendre les exploits imaginaires
de son père, bouillonne de colère. L’arrivée d’une nouvelle camarade et les
sentiments qu’elle suscite le poussent à
suivre ses instincts meurtriers. L’interprétation excellente de Jack Rowan et
une mise en scène aux accents psychédéliques permettent de se laisser embarquer dans ce récit très noir, souvent dur
à supporter, qui rappelle les meilleures
heures de Bates Motel.
my ou Dr House, M6 lance Code Black.
Une plongée dans le service d’urgences
le plus fréquenté de Los Angeles, où
chaque vie peut basculer en une fraction
de seconde. Comme dans Urgences,
donc. Développée par CBS, cette fiction
s’inspire du documentaire éponyme
réalisé par Ryan McGarry. Le « code
noir » du titre fait référence à une situation où le nombre de patients dépasse les
ressources disponibles de l’établissement hospitalier. Cas de figure qui provoquerait normalement une tension extrême. Pas ici, comme par miracle. Les
médecins bavassent sans cesse. Expliquent dans les moindres détails leurs
opérations. À défaut d’avoir des plans
serrés sur leurs mains en plein travail,
Code Black montre avec insistance le visage des comédiens qui causent. On suit
donc de loin chaque scène. Sans véritable immersion au bloc, difficile alors de
s’attacher aux acteurs et encore plus à
leurs histoires. Même l’actrice oscarisée
Marcia Gay Harden, qui joue le Dr Leanne Rorish, est contrainte de jouer petit
bras. Inutile de prendre des gants pour
vous dire que ça ne prend pas.
8/20
« CODE BLACK »
M6, jeudi 11 janvier, 21 heures
Les séries médicales sont un grand classique du petit écran. Passées de mode ?
Dans la lignée d’Urgences, Greys Anato-
15/20
Les Tudors avaient fini par nous fatiguer
à force de se cantonner aux secrets d’alcôves d’Henri VIII. Dans sa deuxième
saga qui retrace les grandes heures de la
domination viking sur l’Europe au
IXe siècle, Michael Hirst parvient à attiser
la curiosité comme au premier jour. Son
récit rassemble le meilleur des mythes
nordiques, de l’histoire du haut Moyen
Âge et des impératifs de la fiction. En
cette saison 5, les fils de Ragnar ont
achevé de faire ployer l’est de l’Angleterre. Mais la domination du cadet, le sadique Ivar le désossé, ainsi prénommé en
raison de son handicap, est source de
dissensions. Pendant qu’il met à feu et à
sang la ville de York, l’un de ses frères
part naviguer en Méditerranée, se met-
CBS BROADCASTING INC ALL RIGHTS RESERVED/TÉVA
« VIKINGS », SAISON 5
Canal +, jeudi 11 janvier, 21 heures
FIGARO FLOP Katherine Heigl interprète l’ambitieuse avocate de Doubt, une série
qui ne réussit pas à se démarquer d’un banal soap opera.
MOT S C ROI S É S
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4617
HORIZONTALEMENT
VERTICALEMENT
1. Bruyère ou rhododendron. - 2.
Moins diplomatique qu’une ambassade. - 3. Voitures d’écurie.
Armée de la guerre de Cent Ans.
- 4. Fleuve comme la Têt. Fin de
série. - 5. Produit un son aigu. - 6.
Dirigé par Rocard de 1967 à 1973.
Il fut le premier à donner des noms
aux différentes figures de rhétorique. - 7. Égalises en surface. - 8.
Mouche. - 9. Fines croûtes. Coule
à Crémone. - 10. Arrosée par le
gave de Pau. Flan aux pruneaux.
- 11. Prendra partie. - 12. Ridiculisé
par un goupil.
1. Roi d’Amérique (prénom et nom).
- 2. Œuvres d’un chef de bande.
- 3. Prévient l’inflammation. - 4.
Dossier spécial. Polyamide synthétique. - 5. Chef d’atelier. De
Pâques et de la Trinité. Symbole
du magnésium. - 6. Le seigneur
des anneaux. Catalyseurs biologiques. Garniture de sole. - 7.
Rouges à lèvres. Ne pouvait rien
coûter à Pascal. - 8. N’admet point
d’inflexion. Souffle en rafales sur le
lac Léman.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4616
A
HORIZONTALEMENT 1. Graisser. - 2. Ohmmètre. - 3. Nabatéen.
- 4. FBI. Élit. - 5. Adam. ENA. - 6. Nones. TB. - 7. OMC. Obel. - 8. Nævus.
- 9. In. Orna. - 10. Écima. If. - 11. Rivetage. - 12. Ségrégué.
VERTICALEMENT 1. Gonfanoniers. - 2. Rhabdomancie. - 3. Ambiance.
IVG. - 4. IMA. Mê. Vomer. - 5. Sète. Sourate. - 6. Stèle. BSN. AG. - 7.
Éreinté. Aigu. - 8. Rentable. Fée.
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8
7/20
« DOUBT : AFFAIRES DOUTEUSES »
Teva, dimanche 14 janvier, 20 h 50
Le titre de gloire de cette série judiciaire ? Sans doute pas sa longévité. Doubt a
été le feuilleton procédural le plus rapidement annulé de l’année 2017 aux
États-Unis. À peine deux petits épisodes
en février avant que CBS, très contrariée
par les audiences catastrophiques, n’envoie les onze volets restants dans les tréfonds de sa grille estivale. Une mise à
mort pour le moins radicale. Pourtant,
sur le papier, cette fiction n’avait rien
d’une catastrophe industrielle en puissance. Imaginée par un ancien duo de
scénaristes de Grey’s Anatomy primés
aux Emmy Awards, cette série suit le
BR I D G E
PROBLÈME N° 2736 :
Voilà qui change tout !
1
2
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4
5
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R83
AR8732
3
N
O
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S
R762
AD5
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A8762
7
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
8
Entame : Dame de pour l’As
d’Est qui rejoue le 3 de pour
votre Roi (le 9 en Ouest). Question
subsidiaire : comment joueriezvous avec la Dame de à la
place du 8 de ?
9
10
11
12
destin de Sadie, une ambitieuse avocate
interprétée par l’ancienne vedette de
Grey’s Anatomy, Katherine Heigl (qui
loupe encore une fois son come-back
après l’insipide State of Affairs). Cette
workalcoholic va beaucoup se compliquer la vie et mettre en danger sa carrière en tombant amoureuse de son client,
Billy. Ce chirurgien pédiatrique fortuné
qui soigne les malades aux quatre coins
de la planète n’a qu’un défaut. Il est accusé d’avoir assassiné il y a un quart de
siècle sa petite amie. Non seulement ce
coup de foudre de Sadie n’est pas éthique mais elle n’est pas certaine de son
innocence. Elle en doute. Las, au lieu de
tendre vers la complexité et l’ambivalence d’un Murder (la série de Shonda
Rhimes avec Viola Davis en professionnelle du barreau sans conscience), Doubt
n’arrive pas à démarquer d’un banal
soap. Billy manque cruellement de charisme. Et l’affaire au centre de laquelle il
se trouve, d’un véritable intérêt. Cela
s’apparente finalement à un immense
gâchis surtout que les créateurs de la série avaient eu, sinon l’audace, du moins
la bonne idée de choisir comme consœur
de Katherine Heigl, Laverne Cox. De la
révélation décoiffante d’Orange Is the
New Black, première héroïne transgenre
à être jouée par une comédienne transgenre dans une série diffusée sur une des
chaînes généralistes outre-Atlantique,
ils ne font rien de très excitant. ■
CONSTANCE JAMET ET VINCENT MOREL
LE BUZZ TV
Invités : Sidonie Bonnec
et Thomas Hugues
interviewés par Nicolas Vollaire
et Damien Canivez, aujourd’hui sur :
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2735 :
En avant, marche !
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout, après une ouverture
en troisième de 1 en Ouest (Tous vuln.)
Entame : Dame de (le 3 en Est).
Le bridge est ainsi fait qu’on y trébuche encore et
toujours… dès la première marche. Cette donne en est un
nouvel exemple.
L’hypothèse de crainte prend la forme du Valet de au
moins quatrième en Est. En guise de bouée de sauvetage,
vous lorgnez sur le partage 3-3 des .
Pour profiter pleinement de toutes vos chances, vous
devez faire la première levée au mort de l’As.
Ensuite, vous testez les en jouant As-Roi. Une fois la
mauvaise nouvelle apparue, vous enchaînez par Roi de et pour le Valet, manœuvre double qui sert à la fois
d’impasse et de manœuvre orientée afin d’éviter qu’Est
puisse prendre la main et vous transpercer à .
Ici, le Valet est pris de la Dame par Ouest qui insiste à mais le Roi précieuse432
ment conservé vous
A42
permet d’avoir accès
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trois et deux ).
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lundi 8 janvier 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
37
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Lucien
Soleil: Lever 08h41 - Coucher 17h10 - Lune décroissante
19.25 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.50 C’est Canteloup. Divertissement.
19.15 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.50 Parents
mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.10 Le journal du Dakar
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie dramatique
Série. Policière
Film. Drame
20.00 PeP’s. Série 20.55 LolyWood.
Divertissement.
MATIN
21.00 Appels d’urgence
M a g . S o c ié t é . 0 h 5 5 . P o m p
P a r is : l e s n o u v e a u x h é r o s d
p ti a l e I. l s s o n t s o u v e n t j e u n e
c lé s , r e s p e c t é s , e t t o uj o u r s
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21.55 Appels d’urgence. Mag. 0.10
Flics : leur vie en direct. Série doc.
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30
Sam
Les petits meurtres
d’Agatha Christie
La femme au tableau
F r a . S a is o n 2 . A v e c N a t a c h a L i n d i n g e r , F r e d T e s t o t , F a n n y G i l le s , C h a r l o t t e G a c c i o . L e s m é m o ri e s . I n é d ti .
S a m , é t e r n e l l e c é l i b a t a ri e , h é s ti e à
s ’e n g a g e r a v e c X a v ie r , p r in c ip a l d u
c o l l è g e o ù e l l e e s t p r o f d e f r a n ç a is .
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20.00 C à vous, la suite 20.20 Entrée
libre. Invité : Bernard Lavilliers.
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APRÈS-MIDI
22.20 C dans l’air. Magazine 23.25
Avis de sorties 23.40 C à vous
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20.45 Canalbis (C). Divertissement
20.58 Catherine et Liliane (C). Divertissement. Avec Alex Lutz.
19.00 Le fleuve Brahmapoutre, de
l’Himalaya au golfe du Bengale. 19.45
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19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier de Moulins 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Marion Game.
21.00
20.50
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Série. Thriller
Film. Comédie dramatique
Magazine. Aventures
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19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Johnny Galecki. (2 épisodes).
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20.55 Crimes
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m a t i è r e d e t e r r o r is m
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22.50 Crimes. Magazine 0.45
Crimes dans le Nord. Magazine.
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19.55 Seuls face à l’Alaska. Téléréalité. Ma cabane en Alaska - Des…
Born to Kill
Ma saison préférée
G B . S a is o n 1 . A v e c S i m o n B u b b ,J a c k
R o w a n , D a n i e l M a y s . 2 é p is o d e s .
I n é d it s . S a m , 1 6 a n s , v it s e u l a v e c
s a m è r e i n f ri m i è r e , J e n n y . C o n f o r t é
p a r s a m è r e , il a t o ujo u r s c r u q u e s o n
p è r e é t a ti m o r t d a n s u n a c c i d e n t .
22.40 L’effet papillon M a g a z i n e .
R e p o r t a g e . P r é s . : D . R o u l i e r 23.30
L’odyssée. Film 1.30 Éternité. Film.
20.50 Les ovnis du passé
À l’état sauvage
F r a . 1 9 9 2 . R é a l. : A n d r é T é c h in é
2 h 0 0 . A v e c C a t h e r in e D e n e u v e
A p r è s la m o r t d e le u r m è r e , u n fr è r e
c h ri u r g i e n c é l i b a t a ri e e t f a n t a s q u e
et u n e s œ ur, é p o u s e et m ère d e
f a m i l l e b o u r g e o is e , s e r e t r o u v e n t .
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P r é s . : M ik e H o r n . 2 h 0 5 . A d r ia n a K a r e m b e u d a n s le s p a s d e M ik e H o r n .
I n é d ti . M i k e H o r n e t A d r i a n a K a r e m b e u s o n t a u c œ u r d u N é p a l , a u p ie d
d e la c h a în e d e s A n n a p u r n a s , p a r m i
le s p lu s h a u t s s o m m e t s d u m o n d e .
22.55 La vie de château F i l m . C o m é d i e d r a m a t i q u e 0.25 Rabbi Wolff.
Documentaire 1.55 Détective. Film.
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R é a l . : D a v id G a l le y . 0 h 5 5 . L a m
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23.05 À l’état sauvage M a g a z i n e .
A v e n t u r e s . I n é d ti . I n v ti é e : A d r i a n a
K a r e m b e u 0.05 La robe de ma vie
19.10 Les Simpson. Série. Animation.
(4 épisodes).
MARDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
19.50 Les princes et les princesses
de l’amour. Téléréalité.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Sherlock Holmes 2 :
jeu d’ombres
21.00 Le flic de Beverly Hills 2
21.00 Seven
F i l m . C o m é d ie . E U .1 9 8 7 . R é a l . : T o n y
S c o tt . 1 h 4 0 . A v e c E d d ie M u r p h y .
D e r e t o u r à B e v e r l y H i l ls , l e p o l ic i e r
A x e l F o le y tr a q u e u n e b a n d e d e b r a q u e u r s m e u rtr ie r s .
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F
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22.45 Le flic de Beverly Hills. Film.
Policier. A v e c E d d i e M u r p h y .
23.30 The Code. Film. Thriller. Avec
Antonio Banderas, Radha Mitchell.
F ilm . A v e n t
R ti c h i e . 2 h 0
Jr . , J u d e L
tr a q u e s o n
u r e s . E U . 2 0 11 . R
7 . A v e c R o b e rt
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e n n e m ij u r é , M o
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r ia r t y
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23.15 Sherlock Holmes. Film. Aventures. Avec Robert Downey Jr.
i l m . T h r i l le r . E U . 1 9 9 6 . R é a
in c h e r . 2 h 0 0 . A v e c B r a d
i e u x p o l ic i e r e t s o n j e u n e
e u r tr a q u e n t u n t u e u r q u i
e s s e p t p é c h é s c a p ti a u x .
l . : D a v id
P it t . U n
s u cc e s s ’ i n s p ri e
MOTS FLÉCHÉS N°1863
TRÈS
SÉRIEUSEMENT
ENGOURDI
D’AUTREFOIS (D’)
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A le x a n d r e e t L io n n e l A s t ie r . V e
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e l o t t s ’ o r g a n is e a u t o u r d u r o i
r à la r e c h e r c h e d u S a in t G r a a l .
GROS
PORTEUR
DE FRET
EUROPÉENNES
PALAIS
D’ORIENT
PETIT
GROUPE
SANS ÂME
QUI VIVE
TERME
-2/2
6/11
3/5
4/5
1/7
10/18
JEUDI
5/7
6/10
7/11
5/10
4/12
5/8
5/10
10/13
8/13
3/7
4/7
7/10
9/13
22.30 Kaamelott. Série. Avec
Alexandre Astier, Audrey Fleurot.
par téléphone :
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9/11
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DISTRAIRE
EN RAVISSANT
NIAIS
10/15
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7/9
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3/4
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
MERCREDI
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3/9
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10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
0/8
FORCE 2
MONTRERAIS
LES DENTS
INTIME
CYCLES
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8/13
8/10
2/7
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3/5
8/13
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
21.45 Inside zone 51. Documentaire
22.35 La révélation des pyramides
0 à 10
présente
Volume
15
ENCARTAI
BAIGNÉE
C’EST
TRANCHÉ
DIFFAMATEUR
ÉPUISANTE
QUI NE
DIT MOT
STÈRE
ABRÉGÉ
GARNEMENT
JUDICIEUX
GARDIEN
DU PAF
DOUBLÉ
CHEZ
PAPY
DÉFUNTE
RÉSEAU
FRANCILIEN
INCONTESTABLE
POUR LA
TROISIÈME
FOIS
IL EST
TOUJOURS
FROID
EN ÉTÉ
DISPOSER
EN
COUCHES
FINASSE
ENDURER
BAIGNOIRE
DE JADIS
SYMBOLE
CHIMIQUE
DE
L’ASTATE
CROIX
DE SAINTANTOINE
RUISSEAU
PONCÉ
AVEC UNE
MEULE
INDUIRE
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SORT DE
L’EAU OU
DU PIANO
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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R U E S
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A
IL EST
DONNÉ
POUR
ALLAITER
GRAND
AXE
CONIFÈRE
lundi 8 janvier 2018 LE FIGARO
38
Marie Eloy,
amplificatrice d’énergies
Alyette Debray-Mauduy
adebray@lefigaro.fr
ette fille est un concentré d’ondes
positives, un antidote à la morosité, un remède à prescrire à tous
ceux - et celles - qui manqueraient de motivation. À chaque
fois que nous la rencontrons, Marie Eloy a un grand sourire aux lèvres, un ton enjoué, presque
euphorique. Elle ne laisse jamais paraître la moindre faille, le moindre « coup de mou ». Enthousiaste - presque exaltée -, elle a des yeux pétillants, a toujours plein de choses à raconter et
beaucoup d’énergie à faire passer. Elle parle beaucoup, très vite. Un peu comme une enfant incrédule face à ce qui lui arrive. Car jamais cette ancienne journaliste, qui avoue « marcher avec son
cœur et ses tripes », n’aurait imaginé en arriver là
en créant son petit réseau d’entraide au féminin,
Femmes de Bretagne.
En trois ans, celui-ci a connu un succès digne
d’une start-up avec 6 000 membres, plus de
200 entreprises créées via le réseau et 30 rencontres de femmes organisées chaque mois dans la région. Son initiative est vite repérée par de grands
groupes : la MAAF, BNP Paribas ou encore EY, leader de l’audit et du conseil, qui deviennent ses
partenaires ; Madame Figaro qui la sélectionne
parmi les six finalistes de son premier prix Business With Attitude. Aujourd’hui, Marie Eloy re-
C
COLLECTION PERSONNELLE
SUCCÈS Après avoir créé une plate-forme d’entraide au féminin dans
sa région, cette Bretonne d’adoption vient de lancer dans toute la France
Bouge ta Boîte, un réseau business pour aider les femmes entrepreneurs.
activité. « J’ai vu des femmes désespérées, en
connaît qu’elle déjeune régulièrement avec Jeanpleurs, explique-t-elle, qui n’arrivaient pas à joinPierre Letartre, le président de EY, qui voit en elle
dre les deux bouts. Celles-ci ne possèdent pas forcé« une femme forte, qui, derrière sa bienveillance et
ment les codes économiques, elles ont tendance à se
sa grande gentillesse, sait ce qu’elle veut et va au
sous-estimer et n’osent pas se vendre à leur juste
bout de ses convictions pour réaliser son projet enprix. » Ce constat la pousse à créer Bouge ta Boîte
trepreneurial ». Depuis septembre, elle s’occupe
qu’elle lance, dès 2017, chez elle, en Bretagne. Sa
du lancement de « Bouge ta Boîte », un réseau
« région de cœur », plus exacteplus business, un « écosystème qui a
ment, car elle n’est pas une Bretonne
vocation à accompagner les créatripure souche. Elle est née à Saintces d’entreprise à développer leur
Germain-en-Laye et a grandi dans la
potentiel et à accroître leur chiffre
région lilloise, « dans la campagne,
d’affaires. En clair, à élaborer un buavec mes bottes en caoutchouc et mon
siness model rentable et à oser ga1975
potager bio ». Son seul lien avec la
gner de l’argent ». Concrètement,
Naissance
Bretagne, c’est cette toute petite
ce dernier fonctionne grâce à des
à Saint-Germainmaison de famille à Dinard, son
cercles de 10 à 20 femmes entrepreen-Laye (Yvelines).
« petit paradis ».
neurs, d’horizons différents, qui se
2000
réunissent deux fois par mois pour
La passion des voyages
Diplômée du Celsa,
échanger, « brainstormer », s’enelle démarre une carrière
traider… D’ici à la fin de l’année,
À peine son bac terminé, elle passe
de journaliste à RFI.
elle aura ouvert quatorze cercles
son permis de conduire le jour même
2007
dans dix villes françaises et vise la
pour mettre le cap sur l’Ille-et-VilaiS’installe en Bretagne,
barre des cent pour la fin 2018. Son
ne. Après des études de droit à Renà la naissance
idée séduit. Elle est régulièrement
nes, puis en Angleterre, Marie Eloy
de son premier enfant.
contactée par des femmes qui souintègre le Celsa, à Paris. Elle a deux
2011
haitent monter un cercle et a même
idées en tête : voyager et être jourOuvre une école
été approchée par des femmes chefs
naliste. « J’ai harcelé RFI pour traMontessori dans son
d’entreprises congolaises et québévailler chez eux et j’y suis restée sept
village de Larmor-Baden
coises.
ans. » Au service société-éducation,
(Morbihan).
Marie Eloy l’avoue : l’expérience
elle parcourt la planète. Égypte, Li2014
Femmes de Bretagne lui a ouvert les
ban, Mongolie… « Je voulais palper le
Crée le réseau
yeux sur une réalité. Les femmes ne
pouls du monde, comprendre les civicollaboratif Femmes
représentent que 14 % des dirilisations. » Passionnée de chute lide Bretagne.
geants de société de plus de 10 salabre, elle en profite aussi pour s’offrir
2017
riés et seules 12 % des entrepreneuquelques sensations fortes au Brésil,
Lance Bouge ta Boîte.
res vivent correctement de leur
au Maroc ou en Nouvelle-Zélande,
Bio
EXPRESS
où elle sautera tous les jours pendant un mois,
alors qu’elle couvre la Coupe de l’America.
À la naissance de sa fille, la journaliste retourne
vivre dans sa « région de cœur », toujours elle, la
Bretagne. À Larmor-Baden, dans le Morbihan.
Soucieuse de l’éducation de ses enfants – elle a
aussi un fils – et toujours poussée par cet élan de
solidarité, Marie Eloy se démène, bénévolement,
pour ouvrir une école Montessori dans son village,
trouver du financement, des tables, des chaises…
Déjà, cette première aventure entrepreneuriale est
un succès, l’école affiche complet dès la première
rentrée des classes. Peu de temps après, Marie
Eloy se retrouve seule, divorcée, avec deux enfants à élever et un RSA pour vivre. Elle traverse
une période difficile mais se refuse à prendre le
premier boulot venu. « J’ai toujours fait les choses
par passion. Je devais donc trouver quelque chose
qui me corresponde, tout en restant dans mon village
auquel j’étais très attachée. À l’école, j’avais vu des
femmes qui avaient des gênes entrepreneuriales
mais qui les gardaient en elles, qui n’osaient pas.
J’étais persuadée que l’on a toutes un conseil, une
compétence, un encouragement à donner aux autres
et que cela peut changer leur vie. C’est comme ça
qu’est né Femmes de Bretagne. » Sans le vouloir,
Marie Eloy est devenue une businesswoman moderne qui jongle entre de nombreux déplacements
et une vie familiale où elle s’est imposée certaines
règles, comme celle de ne jamais s’absenter plus
de deux soirs par semaine. Ou encore de toujours
choisir ses baby-sitters avec ses deux enfants,
aujourd’hui âgés de 6 et 10 ans. Elle s’attache aussi
à leur transmettre sa passion des voyages. L’année
dernière, ils sont partis en Inde. Et à Noël, à
Cuba. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Génie [jé-ni] n. m.
Maître ès talents
C
e week-end, Donald Trump s’est qualifié de génie. Le mot vient du latin genius
et désigne une divinité veillant et influant sur les destinées d’un être
ou d’un peuple. C’est effectivement sa situation aux États-Unis. L’avenir dira
s’il en fut le bon ou le mauvais génie.
Il y a quelque chose d’ingénu dans cet aveu du président, qui est de surcroît un peu
général. Quel genre de génie serait-il ? Civil ou militaire ? Sa politique intérieure,
ses relations avec la Corée du Nord ou de l’Iran nous fixeront assez vite sur ce point.
En vérité pour connaître la part géniale de Trump, il faudrait se lancer dans
une enquête génétique, ou du moins connaître la genèse, mot qui en l’espèce
se confond avec la jeunesse, de l’homme d’affaires : qui est-il ? Son incroyable
parcours ressortirait-il au génie ?
Avant de se vanter, Trump aurait pu relire Flaubert (entre génies…) qui dans son
Dictionnaire des idées reçues notait : « Génie : inutile de l’admirer, c’est une névrose. »
Ce qui est sûr, c’est que l’emploi de ce mot est embarrassant : et il est à craindre
que là où il y a de la gêne, il n’y ait pas de génie. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
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Les bons vœux de Macron aux militaires
Emmanuel Macron se rendra le 19 janvier à Toulon pour la traditionnelle
cérémonie des vœux aux armées. « Pour la première fois, le président
de la République annoncera dans ses vœux une augmentation de l’effort
de la France en faveur des armées », indique une bonne source
à la Défense. Le 22 janvier, ce sera au tour de la ministre des Armées,
Florence Parly, de présenter ses vœux.
Une rencontre pour raviver
les liens franco-québécois
ICI COMMENCE L’AILLEURS
A
Pour évoquer la réforme constitutionnelle chère
à Emmanuel Macron, Gérard Larcher s’est rendu au Palais
de l’Élysée le 20 décembre dernier. Outre le président
de la République et le premier ministre Édouard Philippe,
le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, pas moins
de quatorze personnes étaient présentes à la réunion,
dont certaines accompagnées de conseillers. Le président
du Sénat, lui, était seul, sans même un « porteur
de dossier ». « C’était un peu surprenant, mais le dialogue
s’est révélé finalement positif », a-t-il confié.
Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, se rendra à Paris début
mars dans le cadre des rencontres alternées entre premiers ministres
et sera à ce titre reçu par Édouard Philippe. Ce rendez-vous sera l’occasion
de relancer une relation politique franco-québécoise un peu atone.
Une situation paradoxale à un moment où jamais autant de Français,
jeunes et moins jeunes, partent vivre au Québec.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Larcher seul contre tous à l’Élysée
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