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Le Figaro 22833 2018

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mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO - N° 22 833 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
EXPOSITIONS
DELACROIX, PICASSO, FAUTRIER...
LES GRANDS RENDEZ-VOUS
DE 2018 PAGES 28 ET 29
ENQUÊTE
TÉLÉPHONE PORTABLE :
COMMENT DÉSINTOXIQUER
LES ADOS PAGE 8
Macron veut rééquilibrer
la relation franco-chinoise
COMMUNES
Taxe d’habitation :
sa suppression ne
passe toujours pas
chez les maires
PAGE 4
GRIPPE
Le vaccin protège
bien contre le virus
dominant PAGE 9
Se ralliant aux « nouvelles routes de la soie », le projet économique phare de Xi Jinping, le chef
de l’État a mis en garde contre toute tentation hégémonique de la deuxième puissance mondiale.
SPECTACLES
Pour sa première visite en
Chine, le président français
a salué, lundi, les « nouvelles routes de la soie », projet
colossal
d’infrastructures
cher au président Xi Jinping,
Gad Elmaleh :
« Le Carnegie Hall,
c’était comme mon
premier Olympia ! »
PAGE 16
tout en le mettant en garde
contre le risque d’une « nouvelle hégémonie ». Emmanuel
Macron a symboliquement
entamé lundi sa visite à
Xi’an, ancienne capitale de
l’empire chinois, qui fut le
point de départ de l’antique
route de la soie. Défendant
le multilatéralisme, le chef
de l’État s’est fait le chantre
d’une alliance entre l’Europe
PSA se prépare à
recourir à la rupture
conventionnelle
collective PAGE 20
Immobilier : accalmie РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
sur le front des prix
AUTOMOBILE
VK.COM/
WSNWS
L’Iso Grifo à travers
la passion
de Johnny Hallyday
n
n
n
n
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de lundi :
Êtes-vous favorable
à la suppression des
épreuves du rattrapage
au baccalauréat ?
OUI
51 %
TOTAL DE VOTANTS : 20 939
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@l@a@j@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Êtes-vous favorable
à l’abaissement de la
vitesse à 80 km/h sur
les routes secondaires ?
FRANCK RAUX / RMN-GP/AGENCE
PHOTO DE LA RMN-GP-BRUNO
CAMPELS/PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE/
MAXPPP
La Grand Place
de Lille.
Le marché devrait rester orienté à la hausse en 2018, selon les professionnels, mais à un rythme moins soutenu que
l’an dernier et avec des disparités importantes entre Paris, les grandes métropoles et les villes moyennes. PAGES 18 et 19
Sécurité
routière :
la vitesse
bientôt
limitée
à 80 km/h
Malgré la levée de boucliers
qu’elle suscite, la limitation de
vitesse à 80 km/h va être généralisée sur les axes secondaires. Édouard Philippe doit
en faire l’annonce ce mardi.
Sur 400 000 km de réseau bidirectionnel sans séparateur,
les panneaux du 90 km/h vont
ainsi disparaître. Selon les
spécialistes, une baisse de
10 km/h de la vitesse sur ce réseau épargnera 350 à 400 vies.
Des résultats notamment liés à
la distance d’arrêt. PAGE 7
ÉDITORIAL par Patrick Saint-Paul psaintpaul@lefigaro.fr
L
Face au dragon chinois
e chemin d’Emmanuel « Makelong » est encore long pour dompter
le dragon chinois. Mais le chef de
l’État l’a bien compris, même si la
partie n’est pas sans risque : un invraisemblable jeu de go diplomatique vient de
lui offrir une chance inespérée pour avancer
ses pions dans cet empire à la gloire retrouvée.
Derrière les murs rouges de leur nouvelle Cité
interdite, les dirigeants chinois se frottent les
mains de l’irrationnel retrait américain en
Asie opéré par Donald Trump. En Allemagne,
partenaire privilégié de Pékin en Europe, Angela Merkel paraît moins souveraine. La voie
s’est dégagée pour Emmanuel Macron.
À Xi’an, le président français a habilement
joué la fibre de l’histoire millénaire chinoise,
appelant de ses vœux des « routes de la soie »
ouvertes dans les deux sens. La Chine a prévu
d’investir l’équivalent de sept fois le plan
Marshall dans ce projet économique phare
pour étendre son influence sur le monde. À
Pékin, il tentera de persuader Xi Jinping de
rééquilibrer les échanges en ouvrant le marché chinois aux entreprises françaises, qui
pourront accompagner la Chine dans la montée en gamme de son économie.
Attention, Emmanuel Macron devra déjouer
un piège, lui qui pointe régulièrement les dangers posés par les régimes autoritaires aux démocraties libérales. Face au tout-puissant Xi,
il pourra rappeler que la libre circulation des
idées, vecteur essentiel d’innovation, a aussi
contribué à la gloire de l’antique Chang’an.
Cependant, la susceptibilité est grande sur
ces questions dans l’Empire rouge. À
Macron de trouver
le juste ton.
Il ne faut pas s’y
tromper : le danger posé par un
désengagement
du monde à ce sujet est réel. Pour
Xi, ces nouvelles routes sont un outil de domination. Obsédé par la survie du Parti communiste, il y voit un moyen de faire avancer le
contre-modèle qu’il oppose aux démocraties
occidentales. En Europe, les investissements
chinois se concentrent sur les pays les plus
fragiles, ceux qui pourraient un jour devenir
dépendants économiquement de la seconde
puissance économique, là où la tentation
d’une dérive autoritaire plane déjà. ■
Déjouer
les pièges du
contre-modèle
offert
par Pékin
AND : 2,60 € - BEL : 2,40 € - CH : 3,70 FS - CAN : 5,20 $C - D : 3,00 € - A : 3,50 € - ESP : 2,70 € - Canaries : 2,80 € - GB : 2,20 £ - GR : 3,00 € - DOM : 2,70 € - ITA : 2,80 €
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ISSN 0182.5852
A
À Bagdad,
l’haltérophilie
au féminin
renverse
les clichés
Les bulles
sont-elles
de retour sur
les marchés
financiers ?
Les tribunes
de Chantal
Delsol et de
Catherine
Kintzler
La chronique
de Renaud
Girard
L’analyse
d’Eugénie
Bastié PAGES 12 À 15
GODARD / ANDIA.FR
CHAMPS LIBRES
PAGE 26
NON
49 %
Jinping de « relancer la bataille climatique ». Le président français a offert à Xi un
cheval de la Garde républicaine, une réponse à la « diplomatie du panda ».
è LE FACE-À-FACE ENTRE UN JEUNE LEADER LIBÉRAL ET UN AUTOCRATE TOUT-PUISSANTè LES CHINOIS SÉDUITS PAR LE JEUNE « MAKELONG »
è UN NOUVEL ÉLAN POUR L’HISTORIQUE PARTENARIAT FRANCO-CHINOIS PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
SOCIAL
M 00108 - 109 - F: 2,60 E
et la Chine. Face à la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l’accord de Paris sur le
réchauffement, il a ainsi annoncé qu’il proposerait à Xi
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
En Chine, l’opération séduc
Saluant les « nouvelles routes de la soie », le chef de l’État a cependant mis en garde,
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
L’intention
de la France
n’est pas de barrer
la route à la Chine.
Mais il convient
d’établir un
partenariat fondé
sur la réciprocité
en matière
d’ouverture
des marchés.
Nos interlocuteurs
chinois préfèrent
(la formule)
gagnant-gagnant.
Pourquoi pas ?
À condition
que ce ne soit pas
le même qui soit
deux fois
gagnant
À PEINE descendus de l’avion, à Xi’an,
Emmanuel Macron et son épouse, en
manteau rouge, se sont engouffrés
dans une limousine Hongqi, celle des
hauts dignitaires chinois, pour se diriger vers le célèbre site de l’armée
enterrée de soldats de terre cuite, dont
le bâtiment était entouré de neige.
Comme François Mitterrand, Jacques
Chirac et Nicolas Sarkozy avant lui, le
président français a apprécié lundi
matin ce joyau du patrimoine mondial,
datant de la fin du IIIe siècle avant
Jésus-Christ, avec ses milliers de
guerriers aux visages finement sculptés et tous différents, qui avaient été
retrouvés en plusieurs morceaux lors
de la découverte du site en 1974. Emmanuel Macron, qui effectue sa première visite officielle en Chine – et en
Asie – depuis son élection, y a vu la
marque de la « puissance » d’un « peuple uni ». Mais l’endroit témoigne aussi
de la personnalité mégalomaniaque du
premier empereur Qin Shihuang,
grand unificateur de la Chine, mais
aussi tyran sanguinaire, qui fit détruire
de nombreux ouvrages jugés subversifs et voulut être enseveli pour
l’éternité avec son armée factice, à défaut d’avoir pu obtenir de ses savants
un élixir d’immortalité.
Dans cette ville chargée d’histoire,
le chef de l’État, qui a longuement insisté sur les points de convergence entre deux pays qui sont aussi « deux civilisations », a plaidé, lors d’un
discours de plus d’une heure, pour une
alliance essentielle à ses yeux pour
« l’avenir » du monde, notamment en
matière d’environnement. Preuve de
sa volonté de faire entrer la relation
dans une « ère nouvelle », il a promis
de revenir « au moins une fois par an en
Chine », devant un public majoritairement chinois (composé d’étudiants
en filière française, d’universitaires ou
de chefs d’entreprise).
Redéfinir les règles du jeu
Mais Emmanuel Macron s’est surtout
servi d’un autre symbole associé à
Xi’an pour illustrer sa volonté de relancer le multilatéralisme et de redéfinir les règles du jeu entre l’empire du
Milieu et l’Europe. L’ancienne capitale
de l’empire était en effet située à
l’extrémité est de l’ancienne route de
la soie, qu’empruntaient jusqu’au
XVe siècles des caravanes chargées de
soie, de pierres précieuses, d’épices ou
d’ambre. Un axe commercial mythique entre l’Asie et l’Europe que le
président Xi Jinping a décidé de faire
revivre, en lançant en 2013 un gigantesque projet d’infrastructures (routes,
ports, voies ferrées…) dans une
soixantaine de pays.
Le chef de l’État a eu le geste que
Pékin attendait, en affirmant qu’il souhaitait que la France et l’Europe participent à ce chantier pharaonique, alors
que la plupart des pays d’Europe de
l’Ouest – dont l’Hexagone – se montraient jusqu’ici méfiants, jugeant parfois qu’il incarnait surtout les ambitions expansionnistes de la Chine. Mais
s’il a tendu la main, le fondateur d’En
marche !, qui s’est présenté comme un
interlocuteur européen privilégié, a
aussi posé des conditions. Selon lui, le
projet ne pourra être une « réussite »
que s’il s’appuie sur une « coopération
équilibrée », d’autant que les routes de
la soie « n’ont jamais été purement
chinoises ». Le numéro un français a
d’ailleurs lancé un avertissement très
clair : ces routes « ne peuvent pas être »
celles « d’une nouvelle hégémonie, qui
viendrait mettre en état de vassalité les
pays qu’elles traversent ». Emmanuel
Macron a par ailleurs salué les efforts
»
JEAN-YVES LE DRIAN, CHEF
DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE
L’UE PRÔNE
PLUS
D’OUVERTURE
A
L’Union européenne attend
de la Chine qu’elle « s’ouvre
plus » aux investissements
étrangers et « joue mieux
le jeu du libre commerce »
avec ses partenaires,
a déclaré lundi la commissaire
européenne au Commerce,
Cecilia Malmström.
« Nous sommes en discussion
avec la Chine pour voir
comment nous pouvons
travailler avec eux pour
qu’ils s’ouvrent davantage »,
a-t-elle dit sur BFM Business,
appelant Pékin à agir
pour qu’il y ait plus
de réciprocité avec
ses partenaires européens.
« Aujourd’hui (…) c’est difficile
pour les compagnies
européennes d’investir
en Chine », a-t-elle souligné,
évoquant notamment
le « manque de
transparence » et « d’accès
à Internet » qui handicapent
les entreprises.
« La Chine veut être
une économie de marché,
elle ne l’est pas, mais si elle
veut l’être, elle doit jouer aussi
selon ces règles », a insisté
Mme Malmström.
+
» Airbus accélère la cadence
de son usine en Chine PAGE 21
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Le face-à-face entre un jeune leader libéral et un autocrate
« LOIN DE DEVOIR être toujours considérée comme un péril, la Chine peut, si
l’on sait s’en donner les moyens, constituer une chance », écrit Emmanuel Macron, dans son livre Révolution, qui est
sorti opportunément lundi, le jour de
son arrivée en Chine. De quoi mettre le
président chinois Xi Jinping, ravi par
ailleurs que le président français
choisisse son pays pour sa première visite en Asie, dans de bonnes dispositions. « La Chine et la France sont deux
grands pays avec une histoire glorieuse », dont les dirigeants actuels
partagent le désir d’être « historiquement responsables », a d’ailleurs déclaré
le maître de Pékin en accueillant son
hôte, en fin d’après-midi.
Pour le chef de l’État français, qui ne
s’est plus rendu dans l’empire du Milieu
depuis qu’il a quitté le privé, ce voyage
officiel est l’occasion d’établir un
contact « personnel » avec le leader de
la deuxième puissance économique
mondiale, âgé de 64 ans ; et de poser les
jalons de sa politique asiatique. Les deux
hommes, qui s’étaient rencontrés en
marge du sommet du G20, à Hambourg,
en juillet dernier, devaient faire mieux
connaissance lundi soir au cours d’un
dîner à quatre avec leurs épouses, avant
une réunion de travail, ce mardi, dans le
très stalinien Palais du peuple.
Emmanuel Macron a montré face à
Donald Trump ou Vladimir Poutine
qu’il n’était pas du genre à se laisser
intimider. Mais cette fois, il aura face à
lui un dirigeant de la deuxième
puissance économique mondiale, tout
juste reconduit pour un deuxième
mandat, et ressorti plus puissant que
jamais du 19e congrès du Parti communiste chinois (PCC), en octobre. Au
cours de cette grand-messe, qui a lieu
tous les cinq ans, « l’empereur rouge »
est parvenu à faire inscrire sa
« pensée » dans la charte du Parti
communiste, ce qui lui donne un statut
équivalent à celui de Mao Tsé-toung, le
fondateur de la République populaire.
Jouissant désormais d’une autorité
incontestée, le leader communiste a
affiché dans un discours fleuve
d’immenses ambitions pour la Chine,
dont il veut faire une superpuissance
« moderne » et dotée d’une armée de
« classe mondiale ».
Lutte contre le réchauffement
climatique
Dans un contexte d’absence de leadership américain dans de nombreux
domaines, de Brexit, et de difficultés
politiques internes en Allemagne, le
président français, pourtant novice en
politique internationale, bénéficie
d’une dynamique positive. « Les
Chinois attendent beaucoup de cette visite, car, à leurs yeux, la France s’est replacée au cœur de l’initiative européenne.
En recevant Emmanuel Macron, c’est un
peu comme s’ils recevaient le principal
diplomate européen », souligne Barthélemy Courmont, directeur de recherche
à l’Iris. Le maître de Pékin traitera avec
les honneurs le représentant d’un pays
qui, après le départ du Royaume-Uni,
sera le seul en Europe à être à la fois
membre permanent du Conseil de
sécurité des Nations unies, détenteur de
l’arme nucléaire et capable de déployer
massivement des forces armées à l’international.
Les deux hommes n’auront pas de
mal à trouver des terrains d’entente,
comme le soutien au multilatéralisme,
la lutte contre le réchauffement climatique ou, sur le principe, le combat
contre le terrorisme islamique. La
Chine, qui rivalise de plus en plus avec
les États-Unis pour la suprématie mondiale, « est très intéressée par les réticences envers Trump » du président
français, qui rejoignent celles de Xi
Jinping, explique Bertrand Badie,
professeur à Sciences Po. L’Élysée, qui
compte de nombreux partenaires
stratégiques en Asie, qui lui ont acheté
des armements ces dernières années,
devra toutefois faire comprendre au
géant asiatique qu’il ne peut pas obliger
Paris à choisir entre lui et, par exemple,
l’Inde ou le Japon, soulignent certains
experts.
De la culture française
à la propagande
Si les deux dirigeants ont à cœur d’afficher des projets communs, un gouffre
sépare en revanche l’ancien banquier
d’affaires et le leader communiste, fils
d’un héros de la révolution et entré au
PCC à 21 ans, sur le plan idéologique. Et
ce, même si l’homme fort de Pékin aime
citer des auteurs français, et exhibe
dans la bibliothèque de son bureau des
œuvres de Diderot, Rousseau, Balzac ou
Hugo. La Chine, telle qu’est en train de
la façonner Xi Jinping, s’éloigne en effet
de plus en plus des valeurs du président
français, qui fustige régulièrement à
domicile les entraves à la liberté de la
presse ou à la démocratie.
Depuis son arrivée au pouvoir, le maître de Pékin n’a cessé de resserrer l’emprise du Parti sur la société civile. La
presse, les religions ou les ONG sont
étroitement surveillées. Les défenseurs
BARTHÉLÉMY COURMONT
DIRECTEUR DE RECHERCHE À L’IRIS
«
Les Chinois attendent beaucoup de cette visite, car,
à leurs yeux, la France s’est replacée au cœur de l’initiative
européenne. En recevant Emmanuel Macron, c’est un peu
comme s’ils recevaient le principal diplomate européen
»
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
tion de Macron
lundi à Xi’an, contre toute tentation hégémonique de Pékin.
mant que « l’intelligence, à la fin, c’est
la place de l’individu, c’est le sujet libre » et en louant la liberté de penser.
Avant de prendre congé, l’orateur a
mis la salle en émoi et provoqué des
exclamations ravies de la part du public féminin en envoyant un baiser de
la main à l’assistance. « Nous nous
sommes regardés et je lui en ai renvoyé
un », raconte une étudiante encore
sous le coup de l’émotion. Ce n’est pas
non plus le fond du message présidentiel qui a le plus marqué sa camarade de l’université de Xi’an : « J’ai eu
l’honneur d’écouter son discours, il est
vraiment beau ! », s’exclame-t-elle.
Désireux de comprendre la diversité
culturelle du pays, le leader français,
s’est aussi rendu à la Grande pagode de
l’oie sauvage de Xi’an, où des moines
lui ont raconté l’histoire d’un religieux
qui avait rapporté d’Inde des écrits
sacrés du bouddhisme, puis s’est rendu à la Grande mosquée, datant du
VIIIe siècle et mélange d’architecture
traditionnelle chinoise et d’art islamique. Le quartier étant placé sous
haute sécurité, il n’a pu avoir aucun
contact avec la population.
Le couple présidentiel français était
attendu à dîner lundi soir en compagnie de Xi Jinping et de son épouse, la
chanteuse Peng Liyuan. En écho à la
« diplomatie du panda » de la Chine,
qui prête ses ursidés à des pays étrangers pour consolider les liens, Emmanuel Macron a renoué avec la tradition
de la « diplomatie du cheval », en offrant à son homologue un cheval de la
Garde républicaine. Selon l’Élysée, Xi
Jinping, qui avait été escorté lors de sa
visite à Paris en 2014 des Invalides à
l’Élysée par une centaine de cavaliers
du corps d’élite, avait été fasciné par
ce spectacle. Une attention délicate de
la part du président français, dont le
nom en mandarin, « Makelong », signifie « le cheval vainc le dragon »… ■
Emmanuel Macron
et Xi Jinping
accompagnés
de leurs épouses,
lundi, à Pékin. AFP
tout-puissant
des droits de l’homme ou les avocats subissent sous le règne de Xi la répression
la plus sévère depuis des décennies, et,
plus généralement, toute voix contestataire est muselée ou emprisonnée. Symbole de cette absence de liberté d’expression, le Prix Nobel de la paix Liu
Xiaobo est décédé l’été dernier, après
huit ans de détention pour avoir réclamé des réformes démocratiques. Sa mémoire est désormais taboue sur Internet
- où le régime traque le moindre propos
jugé « sensible » - et sa veuve, Liu Xia,
reste assignée à résidence, même si elle
n’a jamais été poursuivie officiellement.
Visiblement décidées à transformer en
réalité le monde de « Big brother » imaginé par George Orwell, les autorités
ont prévu de développer d’ici à 2020 un
système de « crédit social », déjà testé
dans certaines villes, qui notera les citoyens en fonction du paiement de leurs
factures ou l’orthodoxie des opinions
émises sur les réseaux sociaux. Loin de
proposer la moindre ouverture politique, le numéro un chinois continue
d’accroître la pression. « Tout doit être
placé sous la direction du Parti », que ce
soit « le gouvernement, l’armée ou la société civile », a-t-il martelé lors du
Congrès, appelant à combattre tous
ceux qui « sapent » l’autorité du Parti.
La propagande chinoise ne cesse par
ailleurs de fustiger le concept de «
valeurs universelles » défendu par les
pays occidentaux. Le président de la
Cour suprême chinoise avait appelé l’an
dernier à résister à l’influence néfaste
des idées occidentales, telle que « l’indépendance de la justice ». Même si Xi
Jinping se veut le chantre de la mondialisation, les entreprises étrangères
continuent par ailleurs de se plaindre
des discriminations dont elles sont victimes dans certains secteurs sur le marché
chinois, et tant Washington que l’Union
européenne dénoncent le protectionnisme du géant asiatique. En réalité, « la
vision qu’a le président chinois du monde
est à la fois très marquée par le marxisme-léninisme et guidée par un ressentiment anti-occidental et antilibéral assez
fort », décrypte Alice Ekman, responsable des activités Chine à l’Ifri.
Enfin, alors qu’Emmanuel Macron
s’est prononcé en faveur d’une certaine
distance du pouvoir par rapport à la
presse, le culte de la personnalité autour
de Xi Jinping s’est développé en revanche, en Chine. Le président, qui est aussi
secrétaire général du Parti et chef des
armées, est omniprésent dans les médias. Sa « pensée » est désormais intégrée dans le programme scolaire national, et étudiée dans les universités.
Quant à son ouvrage sur « la gouvernance de la Chine », dont le premier volume
a été tiré à 17 millions d’exemplaires en
2015, et qui vient d’être complété par un
tome 2, on ne voit que lui dans tous les
kiosques à journaux. À côté, le livre
d’Emmanuel Macron, diffusé en Chine à
50 000 exemplaires, ne risque pas de lui
faire de l’ombre… ■
C. P. (À PÉKIN)
Le couple présidentiel à Xi’an, lors de sa visite de l’armée en terre cuite du premier
empereur de Chine, Qin Shi Huang. CHARLES PLATIAU/REUTERS
Les Chinois séduits
par le jeune « Makelong »
L’ÉLECTION du proeuropéen Emmanuel
Macron a été accueillie avec soulagement par les autorités chinoises, qui
craignaient un éclatement du Vieux
Continent en cas de victoire de Marine
Le Pen. La Chine « a plutôt un préjugé
favorable sur Macron, même si elle le
connaît encore mal et attend de voir ce
qu’elle peut bâtir avec lui, car il est proeuropéen, et elle est désorientée par la crise européenne », explique Bertrand Badie, professeur à Sciences Po.
Nouveau venu sur la scène internationale, le dirigeant français n’a pas encore
une très grande notoriété auprès du public et est parfois confondu avec Nicolas
Sarkozy. Mais il jouit toutefois d’une popularité indéniable auprès des Chinois
qui ont entendu parler de lui. À dire vrai,
c’est surtout sa différence d’âge avec son
épouse qui fascine les internautes. Dans
un pays où les hommes préfèrent généralement épouser des femmes plus
jeunes, son choix a été jugé par beaucoup
« romantique » : une preuve qu’il éprouve de véritables sentiments.
Parfois plus connue que son mari,
Brigitte Macron a aussi été mise à
l’honneur par les médias chinois
pour avoir récemment baptisé un bébé
panda - dont elle est la co-marraine avec
la première dame chinoise - au zoo de
Beauval, où l’ursidé est né. Les parents
du quadrupède ont été prêtés par la
Chine dans le cadre de la « diplomatie du
panda », qui permet de resserrer les liens
avec d’autres pays. L’événement, au
cours duquel la première dame a salué
« un dialogue toujours fécond » entre les
deux peuples, a eu un grand retentissement dans l’empire du Milieu, quelques
semaines avant la visite du président
français.
L’image du chef de l’État est aussi servie par un physique qui ne laisse pas les
Chinoises indifférentes, et par son nom
en mandarin (« Makelong »), proche de
la sonorité du mot « macaron », une
douceur française appréciée.
Mais, de façon moins superficielle,
son attitude en séduit certains. « Macron
donne une impression positive car il est
jeune et dynamique ; il a des idées et est
charismatique », souligne Wang Yiwei,
professeur en relations internationales à
l’Université du peuple de Pékin. Il est
aussi vu comme « un président fort, qui
ose tenir tête à Poutine, Trump et autres
leaders et pense pouvoir réformer l’Europe tout en se montrant assez nationaliste ;
ce qui en fait un leader ambitieux, à l’instar du président Xi Jinping », renchérit
Jean-Pierre Cabestan, sinologue à l’université baptiste d’Hongkong.
Les Chinois avaient également été
sensibles au fait que le fondateur d’En
marche ! cite des dirigeants chinois emblématiques pendant sa campagne.
« Peu importe qu’un chat soit blanc ou
noir, ce qu’on lui demande, c’est d’attra-
“
Macron donne
une impression positive
car il est jeune et
dynamique ; il a des idées
et est charismatique
”
WANG YIWEI, PROFESSEUR
EN RELATIONS INTERNATIONALES
À L’UNIVERSITÉ DU PEUPLE DE PÉKIN
per la souris », avait-il ainsi déclaré, au
nom du dépassement du clivage droitegauche, en reprenant la célèbre formule
de Deng Xiaoping, le père des réformes
économiques.
Il avait aussi multiplié les appels à mettre en œuvre une « révolution culturelle »
dans de nombreux domaines, bien que
cette expression évoque l’une des périodes les plus noires de l’histoire chinoise. Et baptisé « La Longue Marche »,
pendant sa campagne, la phase de collecte d’informations auprès des citoyens.
Son équipe avait assuré à l’époque en
plaisantant qu’il ne fallait pas y voir de
« fil rouge »… ■
C. P. (À PÉKIN)
Un nouvel élan pour l’historique
partenariat franco-chinois
SI LA FRANCE et la Chine ont établi des
rapports stables ces dernières années,
rythmés par des rencontres régulières au
plus haut niveau, il était temps de repartir sur de nouvelles bases en y associant
davantage l’ensemble du Vieux Continent, estime Emmanuel Macron. « La relation est devenue de plus en plus déséquilibrée, à la fois politiquement, du fait de la
montée en puissance sans précédent de Pékin, mais aussi économiquement », la
Chine représentant le premier déficit
commercial de la France (30 milliards
d’euros) en 2016, résume Jean-Pierre Cabestan, sinologue à l’université baptiste
de Hongkong.
Le président français a beaucoup insisté, lors du premier jour de sa visite dans
l’Empire du milieu, sur la nécessité pour
les deux pays, dont les liens se sont parfois distendus, de travailler à des projets
communs. À l’époque contemporaine,
l’histoire entre la République populaire et
la Chine et la France avait bien commencé, puisque le général de Gaulle fut le
premier dirigeant occidental à reconnaître, en 1964, le régime fondé par Mao
Tsé-toung, quinze ans avant les ÉtatsUnis, mettant fin à l’isolement diplomatique imposé par Washington. Un an
après la visite du président américain Richard Nixon, Georges Pompidou, fut le
premier dirigeant d’Europe de l’Ouest à
se rendre dans l’empire du Milieu. Les
deux pays avaient insisté sur leur coopération économique, dans les domaines
maritime et aérien.
Valérie Giscard d’Estaing a fait aussi le
déplacement, de même que François
Mitterrand. Lors de sa visite, en 1983, Paris et Pékin étaient à l’unisson sur la plupart des sujets. Mais la répression sanglante du mouvement pro-démocratie
de la place Tiananmen à Pékin, en 1989,
mit brutalement un terme à la lune de
miel. Le 6 juin, deux jours après les tragiques événements, la France gèle ses relations avec la Chine. Elles sont renouées
deux ans plus tard grâce à une visite du
ministre des Affaires étrangères Roland
Dumas ; mais pour une courte durée.
Rebattre les cartes
La Chine est ulcérée cette même année
par le feu vert donné par Paris à la vente
de frégates non-armées à Taïwan. Et les
liens sont à nouveau coupés après la vente de 60 Mirage 2000 à Taïpei en 1993.
L’année 1994 marque la « normalisation
totale » des relations, la France reconnaissant officiellement que Taïwan est
partie intégrante du territoire chinois.
De nouveaux incidents retentissants
ont lieu sous la présidence de Nicolas
Sarkozy. En 2008, le passage de la flamme olympique à Paris est perturbé par
des activistes pro-tibétains : Pékin voit
rouge. Des manifestations anti-françai-
ses agitent plusieurs villes chinoises.
Quelques mois plus tard, le régime émet
de « vives protestations », alors que le dalaï-lama s’entretient avec Nicolas
Sarkozy en marge d’une cérémonie en
Pologne. La brouille enfle encore quand,
la même année, Carla Bruni, la première
dame, rencontre le chef religieux. Les
choses rentrent dans l’ordre deux ans
plus tard, même si la crise a laissé des traces, lors du deuxième déplacement de
Nicolas Sarkozy en Chine, sous Hu Jintao.
Peu de remous sont enregistrés sous
François Hollande, dont la dernière des
deux visites officielles remonte à octobre
2015. Il a signé plusieurs accords commerciaux en 2013, notamment dans le
gaz, le nucléaire et l’uranium, mais s’est
montré muet publiquement sur la question des droits de l’homme.
Désormais au pouvoir, son ancien ministre de l’Économie souhaite rebattre les
cartes. « La France se transforme en
profondeur et, avec elle, c’est l’Europe qui
est de retour pour construire une coopération équilibrée avec la Chine », a-t-il déclaré. Emmanuel souhaite faire acter une
nécessaire « réciprocité , afin, notamment, que les entreprises françaises disposent des mêmes possibilités en Chine
que dans le schéma inverse. Reste à présent à savoir si la deuxième puissance
économique mondiale acceptera de jouer
le jeu. ■
C. P. (À PÉKIN)
A
de la Chine en matière de protection de
l’environnement. Sans la décision de
Pékin de le ratifier, l’accord de Paris
sur le réchauffement climatique, dont
s’est retiré l’Américain Donald Trump,
« n’aurait pas survécu », a insisté le
locataire de l’Élysée, qui a ajouté qu’il
proposerait à Xi Jinping de « relancer la
bataille climatique ».
Le chef de l’exécutif, qui n’a pas hésité à bousculer le Russe Vladimir
Poutine ou le Turc Recep Tayyip Erdogan, lorsqu’il les a reçus en France,
s’est toutefois gardé d’évoquer la
question des droits de l’homme et des
libertés publiques. L’Élysée avait
prévenu que dans un « souci d’efficacité », ces questions ne seraient pas
abordées publiquement, mais à huis
clos. Le président français a toutefois
fait une allusion subtile au sujet, dans
un pays où les censeurs traquent sur
Internet tout contenu susceptible de
déplaire au gouvernement, en affir-
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
La suppression de la taxe d’habitation
ne passe toujours pas chez les maires
COMMUNES « Il ne faut pas nous
prendre pour des billes ! On connaît
trop bien la machine et on sait que la
parole de l’État ne vaut qu’un an. »
Ces mots lâchés par l’un des cadres
de l’Association des maires de
France (AMF) résume parfaitement l’état d’esprit des élus locaux
face à la suppression de la taxe
d’habitation voulue par Emmanuel
Macron.
Philippe Laurent, maire UDI de
Sceaux et secrétaire général de
l’AMF, partage largement ces inquiétudes. Il juge d’ailleurs « énorme » le fait que l’État ait décidé de
supprimer les « impôts des autres »
alors qu’il est lui-même en manque
de ressources. En cas de suppression totale de la taxe d’habitation,
la compensation promise par le
gouvernement atteindrait 24 milliards d’euros, dont 5 milliards déjà
assumés par l’État.
Même si le dégrèvement est acté
pour 2018, les maires ne peuvent
pas croire que le gouvernement
compensera durablement cette annulation. « L’expérience nous prouve qu’un impôt en voie de suppression
n’est jamais totalement compensé à
terme », dénonce Philippe Laurent.
François Baroin,
président de l’AMF,
Emmanuel Macron
et André Laignel,
vice-président
de l’AMF,
en novembre dernier,
lors du 100e congrès
des maires de France.
80 % des foyers en 2020
Le maire de Sceaux croit d’ailleurs
que la taxe foncière, calculée sur
les mêmes bases que la taxe d’habitation, sera elle aussi amenée à
« disparaître ». « En réalité, le vrai
sujet ce sont les modalités d’appréciation de l’autonomie financière
des collectivités locales », insiste un
responsable de l’AMF, dont le bureau exécutif se réunit mardi, pour
préparer la suite et envisager de
poser la question de cette autonomie dans le cadre de la prochaine
révision constitutionnelle. Les
maires de France veulent conserver des marges de manœuvres et
attendent une redéfinition de la
notion de « ressources propres ».
Le 28 décembre dernier, lorsque
le Conseil constitutionnel a validé
le projet de loi de finances 2018,
l’AMF n’a pas été surprise par les
réserves des Sages. Selon certains
constitutionnalistes, ces dernières
sont à la fois « importantes » et
inédites (lire interview ci-dessous).
La réforme de la taxe d’habitation
s’étalera progressivement pour
concerner 80 % des foyers en
2020, selon un calcul basé sur le
quotient familial. Le 30 décembre,
au moment de signer la loi de finances, le chef de l’État avait annoncé la suppression totale de cet
impôt pour les 20 % de foyers restants, à partir de 2020.
Si plus de 60 députés et plus de
60 sénateurs avaient déposé des
recours contre ce projet, François
Baroin en avait critiqué, lui aussi,
certains aspects du texte. Il a
adressé une lettre pimentée au
Conseil constitutionnel le 27 décembre. Dans le silence de « la trêve des confiseurs », ce courrier est
un peu passé inaperçu. mais le président de l’AMF a saisi les sages
MICHAEL BAUCHER/PANORAMIC/STARFACE
Le bureau exécutif de l’AMF se réunit ce mardi après-midi pour réfléchir à d’éventuels recours contre l’État.
pour les alerter, notamment sur
l’article 5, qui soulèverait « de très
graves motifs d’inconstitutionnalité ». Soulignant le fait que ce texte
avait été « adopté par la seule Assemblée nationale », le maire de
Troyes a estimé que les mesures
annoncées pouvaient « porter une
atteinte particulièrement significative au principe constitutionnel de libre administration des communes et
des EPCI » (Établissements publics
de coopération intercommunale).
Dominique Chagnollaud : « Les réserves
du Conseil constitutionnel sont importantes »
PROPOS RECUEILLIS PAR
EMMANUEL GALIERO
egaliero@lefigaro.f
Selon le président du Cercle des
constitutionnalistes, le Conseil
constitutionnel a placé l’État sous
surveillance.
« Grande improvisation »
Se disant en phase avec la position
du Sénat et le « sentiment très majoritaire des élus locaux », Baroin
s’est également élevé contre une
« discrimination » entre communes riches et moins riches. Selon
lui, si une éventuelle augmentation de taux ne devait être supportée que par certains contribuables,
l’État serait même en « contradiction avec l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme ». Pour
sa part, André Laignel, vice-président de l’AMF, blâme une réforme
« totalement disproportionnée et
bricolée », fruit d’une « grande
improvisation ».
Si le maire PS d’Issoudun (Indre)
se félicite des réserves du Conseil
constitutionnel auxquelles il s’attendait, il se demande surtout, en
tant que président du Comité des
finances locales, comment Emmanuel Macron pourra retomber sur
ses pieds après un « saut considérable » de 24 milliards d’euros.
Une somme colossale qu’il faudra
bien trouver quelque part. ■
E. G.
Conseil
« Leconstitutionnel
met l’État sous
surveillance.
Il brandit
une forme
de menace
»
DOMINIQUE CHAGNOLLAUD
DE SABOURET
LE FIGARO.- Comment replacer les
réserves du Conseil constitutionnel
dans sa jurisprudence ?
Dominique CHAGNOLLAUD de
SABOURET. - Il faut considérer
d’abord que le Conseil constitutionnel, selon ses propres termes,
« n’a pas un pouvoir général d’appréciation et de décision de même
nature que celui du Parlement. Il ne
saurait rechercher si les objectifs
que s’est assigné le législateur
auraient pu être atteints par
d’autres voies, dès lors que les modalités retenues par la loi ne sont pas
manifestement inappropriées à
l’objectif visé ». Il l’a encore rappelé dans sa décision. Autrement dit,
en matière de loi de finances, domaine régalien par nature, le
Conseil exerce un contrôle « minimum » et n’entend pas devenir législateur à la place du Parlement.
Comment doit-on comprendre
ces réserves sur la taxe d’habitation ?
Elles sont importantes. Ainsi, le
Conseil ne renonce pas à son rôle de
gardien de la Constitution et laisse
planer une « épée de Damoclès » à
double tranchant mais nous ne
sommes pas heureusement au
Ve siècle avant Jésus–Christ… Primo, il note que la réforme ne réduit
pas complètement l’ensemble des
disparités de situation entre contribuables au regard de la taxe d’habitation dans la mesure où une partie
d’entre eux restent assujettis à cette
taxe. Il examinera donc de près la
réforme annoncée de la fiscalité locale pour voir si une correction a
été effectuée. Secundo, il veillera
dans l’avenir à ce que le dégrèvement soit entièrement et effectivement pris en charge par l’État sauf à
méconnaître le principe constitutionnel d’autonomie financière des
collectivités territoriales, consacré
par l’article 72-2 de la Constitution.
Et si le Conseil constatait que la part
des ressources propres dans l’ensemble de celles des communes devenait inférieure au seuil minimal
de ressources propres déterminé
par la loi organique en vertu du
même article, « il appartiendrait à
la loi de finances pour la deuxième
année suivant celle de ce constat
d’arrêter les mesures ». Honnêtement, de telles réserves sont assez
nouvelles, pour la simple et bonne
raison que c’est la première fois
qu’un gouvernement tranche de
manière aussi drastique dans les
ressources des collectivités. À si-
tuation nouvelle, décision nouvelle
du Conseil constitutionnel.
Les maires craignent une atteinte
à la libre administration
de leur commune et brandissent
la menace d’une question
prioritaire de constitutionnalité.
Qu’en pensez-vous ?
Pour sa part, le Conseil constitutionnel met l’État sous surveillance.
Il brandit une forme de menace
puisqu’il prévient le gouvernement
qu’en cas de non-respect d’une
compensation intégrale annoncée
pour assumer les pertes de recettes
par les communes, ce gouvernement méconnaîtrait le principe
d’autonomie. Je note que le premier
ministre, Édouard Philippe, s’est
engagé à respecter ce principe de
compensation et à publier un rapport sur le sujet avant le 1er juin
2020.
Que se passerait-il si le Conseil
devait finalement juger les mesures
anticonstitutionnelles ?
Une censure quasiment inédite de
la loi de finances. Si le Conseil devait pointer certaines dispositions
contraires dans la loi de finances, il
contraindrait le gouvernement à
se mettre en conformité et à faire
revoter sa réforme en urgence,
probablement dans les six mois.
Gageons que nous n’en arriverons
pas là. ■
Pierre-Yves Bournazel réclame davantage de baisses d’impôt
A
MARCELLO WESFREID £@mwesfreid
DROITE Les désaccords entre la majorité et les Constructifs, ces élus du centre et de la droite compatibles avec Emmanuel Macron, ne sont pas toujours
faciles à discerner, sauf quand il est
question de fiscalité. Partisan de la
« TVA sociale », le député Constructif
de Paris Pierre-Yves Bournazel regrette
la stratégie fiscale du chef de l’État,
dont l’une des mesures emblématiques
est la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages. « J’aurais
préféré qu’on aille vers une hausse de la
TVA, qui aurait compensé une baisse des
charges », explique l’élu, invité lundi
du « Talk-Le Figaro ».
Membre du nouveau parti « Agir, la
droite constructive », il plaide pour une
accélération du rythme des réformes.
Pour obtenir davantage de baisses d’impôts et de taxes, Pierre-Yves Bournazel
« encourage » l’exécutif à « poursuivre
la réforme de l’État » et « du poids de la
puissance publique », en coupant dans
les dépenses. Pour le reste, l’ancien soutien d’Alain Juppé délivre un satisfecit à
l’« homme d’État » Emmanuel Macron
et au gouvernement d’Édouard Philippe, qui s’attelle à des chantiers reportés
depuis « quarante ans ».
« Porosité » avec le FN
« Je ne me retrouve plus dans la ligne politique des Républicains », poursuit le
parlementaire, qui dénonce l’évolution
idéologique du mouvement depuis
l’élection de Laurent Wauquiez à la
présidence du parti, en décembre dernier. Il regrette une « porosité » avec le
Front national, un discours « identitaire » et peu clair sur l’Europe.
L’élu du XVIIIe arrondissement de la
capitale n’est guère plus tendre avec la
maire PS de Paris Anne Hidalgo. Il
pointe, pêle-mêle, la « saleté » des
rues, le « manque d’ambition sur l’attractivité », un management rugueux,
où la maire « donne le sentiment d’avoir
toujours raison contre tout le monde »,
notamment sur les sujets de circulation.
Pierre-Yves Bournazel s’insurge également des propos tenus par la maire de
Paris sur l’exposition consacrée au
« Che ». « Non, il n’est pas un héros romantique, mais un personnage qui a du
sang sur les mains », cingle-t-il. Enfin,
il souligne la dégradation des comptes
de la collectivité et l’exposition du
nombre d’agents publics. Avec des
conséquences palpables pour les Pari-
siens. Si Anne Hidalgo a décidé d’augmenter le tarif des contraventions depuis le début de l’année (elles ont bondi
à 50 euros), c’est principalement parce
que la maire « cherche de l’argent », assure Pierre-Yves Bournazel.
Pour autant, pas question de faire acte
de candidature pour les prochaines municipales, qui doivent se tenir en 2020.
En tout cas, pas à ce stade. « Beaucoup
de Parisiens attendent l’alternance »,
mais « le temps des candidatures n’est
pas venu », affirme le député constructif, dont le nom circule pour la course à
l’Hôtel de ville, tout comme ceux du secrétaire d’État Benjamin Griveaux ou du
vice-président de l’Assemblée nationale
Hugues Renson. Deux macronistes pur
jus. « Je désire participer à la fabrication
d’une alternance à Paris », reconnaît
Pierre-Yves Bournazel. ■
PIERRE-YVES BOURNAZEL,
hier, dans le studio du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
POLITIQUE
5
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
La méthode Philippe
face aux dossiers sensibles
YOUTUBE / LREM
Alors étudiant, Rayan Nezzar avait écrit des tweets insultants à l’égard de responsables politiques et de journalistes.
Face à la polémique,
Nezzar jette l’éponge
Les tweets injurieux de l’ex-porte-parole de LREM suscitaient
depuis vendredi le malaise au sein du parti présidentiel.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
MAJORITÉ Rayan Nezzaz avait été nommé jeudi porte-parole de La République
en marche. Il a jeté l’éponge lundi soir. Le
jeune homme de 27 ans était au cœur
d’une polémique pour le moins embarrassante pour le mouvement qui prône
« la bienveillance ». En cause : des tweets
écrits en 2013. À l’époque, alors étudiant à
l’ENA, il proférait des insultes à l’égard de
responsables politiques et de journalistes.
« Fiotte » pour Alain Juppé, « couille molle » pour Bruno Le Maire, « pouffiasse »
pour Valérie Pécresse. Le maire de Meaux
Jean-François Copé n’avait pas été épargné non plus.
Les tweets, exhumés vendredi par le
site d’informations Buzzfeed, avaient
dans la foulée été effacés par son auteur.
« J’ai tenu des propos irréfléchis quand
j’étais étudiant, je les regrette bien évidemment et présente toutes mes excuses pour
ces mots qui ont pu choquer », avait-il
alors indiqué sur son compte Twitter. La
ministre du Travail avait volé à son secours dès dimanche sur Europe 1, plaidant
l’erreur de jeunesse. Mais aussitôt, le député LREM des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert demandait au délégué général du parti, Christophe
Castaner, de « revenir sur cette nomination
qui nuit à tout le monde et ne fera que renforcer le Front national ».
Au sein de la direction du parti présidentiel, la gêne était palpable depuis plusieurs jours. On reconnaissait un « malaise » après la révélation de ces messages.
« C’est dommage et regrettable. Depuis
que je le connais, il n’a jamais insulté personne. Il est tellement poli et lisse en réalité ! », commentait la députée Laëtitia
Avia, déléguée nationale en charge de la
communication de LREM. « Il a néanmoins toute ma confiance parce qu’il désapprouve ces propos. On ne peut pas jeter
l’opprobre sur quelqu’un définitivement.
La question que nous devons nous poser
c’est : est-ce que sa voix peut porter audelà de ces éléments ? Pour moi, la réponse
est oui », soulignait-elle aussi.
Rencontre avec Castaner
Lundi après-midi, d’autres étaient un peu
moins optimistes quant à l’impact de la polémique. « C’est très compliqué de garder
comme porte-parole quelqu’un qui a insulté
des responsabilités politiques », pointait un
cadre du groupe LREM à l’Assemblée nationale, qui plaidait la démission pure et
simple. « Il a fait amende honorable, on ne
va pas en faire une affaire », minimisait Arnaud Leroy, dirigeant de LREM. « À Christophe Castaner et à lui de voir s’il peut rester,
il ne faut pas que cela entame le collectif. »
Le délégué général du mouvement
s’était entretenu plusieurs fois avec Rayan
Nezzar au cours du week-end. Les deux
macronistes s’étaient également vus lundi,
en amont de la réunion de rentrée du bureau exécutif. Castaner lui a-t-il demandé
de démissionner ? Sans doute même si le
secrétaire d’État avait pris soin de ne pas
s’exprimer publiquement, si ce n’est pour
démentir des propos qu’on lui prêtait. Selon RTL, Castaner aurait relativisé les propos de Nezzar en invoquant « le vocabulaire
de Montreuil » (d’où est originaire le porteparole, NDLR). « Il utilise des mots inacceptables, mais doit-on pour autant le bannir de
la société ? À l’époque, il n’avait aucune responsabilité, il faut remettre les choses à leur
place », soufflait-on alors dans l’entourage
du secrétaire d’État. « Il a fait une bêtise il y
a cinq ans, ça mérite une explication mais ce
serait dommage que l’on ne retienne que cela
de lui », soulignait Marie Guévenoux, député LREM membre du bureau exécutif.
Dans le communiqué qui annonçait sa
nomination, le macroniste était présenté
comme un militant exemplaire « attaché
aux vertus d’une démarche pédagogique ».
Diplômé de l’université Panthéon-Sorbonne, de Sciences Po et de l’ENA, Nezzar
avait participé à la préparation du programme de campagne d’Emmanuel Macron. Il n’est plus porte-parole de La République en marche. ■
Le FN boucle ses nouveaux statuts
Le Front national a tenu son premier bureau politique de l’année, largement animé par la question
d’un éventuel changement de nom du parti, à la suite des déclarations de Marine Le Pen dimanche.
choisi par Jean-Marie Le Pen en 1972,
compte tenu de son histoire, décourage les
formations « amies » de toute idée de coalition contre les « forces européistes ». Marine Le Pen garde en mémoire la bonne séquence enregistrée au lendemain du
premier tour de la présidentielle, grâce à
« l’accord de gouvernement » conclu avec la
tête de Debout la France, Nicolas DupontAignan. Un succès totalement éclipsé ensuite par le débat raté de l’entre-deuxtours face à Emmanuel Macron, dont le
Front national porte encore les stigmates.
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
ET CHARLES SAPIN £@csaspin
EXTRÊME-DROITE L’année 2018 a beau
ne pas être une année électorale, elle
s’annonce à haut risque pour le Front national. Placée sous le signe du « travail, de
la remise en ordre et de la refondation » par
Marine Le Pen lors de ses vœux de fin
d’année, elle sera avant tout marquée par
l’organisation du 14e congrès du parti à la
flamme, les 10 et 11 mars prochain à Lille.
Ce n’est pourtant pas le programme de
ce grand raout qui a occupé le gros des
discussions du premier bureau politique
de l’année, ce lundi, au siège du parti à
Nanterre. La réunion interminable a
avant tout permis de boucler la rédaction
des nouveaux statuts du parti, qui seront
envoyés prochainement aux adhérents.
Le comité central, actuel « parlement »
du parti, qui compte une centaine de
membres, pourrait ainsi devenir un
« conseil national ». Et le bureau politique pourrait être rebaptisé « bureau national ».
Hormis quelques responsables retenus
en circonscription en cette période de
vœux, la quasi-totalité du bureau politique a également eu à cœur de revenir sur
l’un des souhaits chers à Marine Le Pen : le
changement de nom du parti. Une petite
révolution que la candidate malheureuse à
l’élection présidentielle a défendue dimanche, en marge d’un déplacement
Négociations avec Dupont-Aignan
La présidente du Front national, Marine Le Pen, en décembre à l’Assemblée nationale.
LIONEL BONAVENTURE/AFP
dans l’Orne, près d’Alençon, mais qui ne
fait pas l’unanimité en interne.
Si la présidente du FN n’imagine pas un
changement dans le parti sans en « changer l’appellation », le député du Pas-deCalais, Bruno Bilde, l’a mise en garde
contre « l’impact potentiellement dangereux » d’une telle démarche sur les électeurs, qui pourraient y perdre leurs repères. La transformation de l’UMP en Les
Républicains, jugée ratée, a été citée en
contre-exemple de ce qu’il faut faire. Illustration à laquelle d’autres ont opposé
La France insoumise de Jean-Luc Mélen-
chon, comme modèle d’une transformation réussie.
Si le Front national et ses adhérents décidaient finalement de rebaptiser le parti,
le bureau politique a acté qu’une société
spécialisée dans la communication serait
mobilisée. Le nom définitif serait choisi
par les adhérents parmi plusieurs propositions lors du congrès du mois de mars.
Derrière cette question du changement
de nom s’en cache une autre tout aussi
stratégique : celle des capacités d’alliance
du parti à la flamme. Beaucoup de responsables frontistes redoutent que le nom
Alors qu’elle ne sera pas tête de liste lors
des européennes de mai 2019, Marine
Le Pen entend pourtant s’y investir et
souhaite construire à nouveau un pont
avec la formation du député de l’Essonne.
Invitée du « 20 Heures » de TF1 mi-décembre, la candidate malheureuse à la
présidentielle avait espéré à haute voix la
conclusion d’une nouvelle « alliance nécessaire et logique » pour le pays.
Malgré plusieurs rencontres, les négociations sur une plateforme commune
pour les européennes sont au point mort
entre Nicolas Dupont-Aignan et Marine
Le Pen. Le président de Debout la France
se fait le chantre d’une coalition à trois
avec Les Républicains et le FN, mais pas
question de prendre le risque de se retrouver dans un tête-à-tête avec le parti
de Marine Le Pen. « Il ne veut pas devenir
l’UDI du FN », souffle son entourage. ■
Cette manière de mouiller sa chemise
vise à la fois à s’attirer le respect
des acteurs d’un dossier, qui peuvent
ainsi se sentir valorisés, à désarmer
certaines critiques, en affichant
une volonté sincère de trouver des
solutions, et enfin de se distinguer
clairement du rôle du président
de la République.
C’est en effet un casse-tête
constant de tout premier ministre :
comment exister à côté du chef
de l’État ? Cela passe habituellement
par la recherche d’un agenda
médiatique propre, par la volonté
de faire entendre une petite musique
personnelle, par l’espoir d’une
certaine autonomie par rapport à
l’Élysée. Édouard Philippe, pour
l’instant, échappe à cette logique.
Dans son action et dans sa stratégie
de communication, il veut éviter tout
ce qui pourrait donner prise à un
soupçon de rivalité avec Emmanuel
Macron. Il est par exemple plutôt
enclin à ne pas faire cette année
de vœux à la presse à Matignon pour
ne pas singer ni doubler l’exercice fait
la semaine dernière à l’Élysée.
Faire le choix d’une forte
implication en temps sur quelques
dossiers précis est peut-être peu
valorisant médiatiquement, mais
Philippe est persuadé que c’est sa
valeur ajoutée la plus utile. Il veut
donner l’image d’un premier
ministre qui travaille plus que
d’un aspirant potentiel à l’Élysée
qui fait de la politique. ■
C’est un cassetête constant
de tout
premier
ministre :
comment
exister à côté
du chef
de l’État ?
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»
Guillaume Tabard
tous les matins à 8h10
sur Radio Classique
ZOOM
Mélenchon défend
ses comptes de campagne
Jean-Luc Mélenchon a défendu
lundi la sincérité de ses comptes
de campagne et mis en garde
contre toute calomnie après
la démission de Jean-Guy
de Chalvron, l’un des deux
rapporteurs chargés de contrôler
les dépenses de l’ex-candidat
à la présidentielle. « J’ignore
absolument quelles dépenses
ce rapporteur jugeait non
remboursables », a réagi le leader
de La France insoumise dans un
billet publié sur son blog. « En
tout cas, les échelons au-dessus de
lui ont jugé comme c’est leur rôle.
Et il n’a pas été suivi. Ce n’est pas
de ma responsabilité », poursuit-il
dans ce billet. Jean-Guy de
Chalvron estimait qu’un certain
nombre de dépenses du candidat
- pour 1,5 million d’euros
sur un total 10,7 millions -,
ne pouvaient ouvrir le droit
à un remboursement par l’État,
sans pour autant entraîner
un rejet de ces comptes.
Après leur validation par
la Commission nationale
des comptes de campagne, les
comptes des candidats à la
présidentielle de 2017 doivent être
publiés au JO. Ce sera le cas dans
les prochains jours. Par la voix de
son trésorier, le FN s’est réjoui dès
lundi de la validation de ceux de
Marine Le Pen. « La campagne a
été une réussite parfaite sur le plan
financier alors que nous n’avions
pas accès aux banques », s’est
félicité Wallerand de Saint Just.
A
I
l a commencé vendredi dernier
avec les parlementaires de LoireAtlantique. Il termine ce vendredi
en recevant les élus du bureau
du Syndicat mixte aéroportuaire
du Grand Ouest. En une semaine,
six rendez-vous inscrits à l’agenda
d’Édouard Philippe pour déminer
le dossier Notre-Dame-des-Landes.
Sans parler de l’annonce ce mardi
de la nouvelle limitation de la vitesse
sur les routes secondaires (lire page 7).
Le premier ministre ne fait pas
les choses à moitié. C’est la méthode
Philippe. S’investir fortement en
temps pour traiter une question à
risque. Il avait déjà testé ce dispositif
chronophage sur la NouvelleCalédonie. En novembre, il avait
présidé lui-même à Matignon les plus
de dix heures de négociation entre
indépendantistes et loyalistes dans le
cadre du XVIe comité des signataires
de l’accord de 1998. Cet
investissement personnel avait été
salué par les deux parties et avait
clairement permis de régler les
questions délicates en suspens
dans la perspective du référendum
de l’automne prochain.
Rien ne dit que la multiplication
des rendez-vous organisés à
Matignon suffise à dégager un
consensus sur Notre-Dame-desLandes. Par définition, toute décision,
que ce soit la construction de cet
aéroport ou son abandon au profit
d’un agrandissement de NantesAtlantique, provoquera la fureur des
tenants de l’une ou de l’autre solution.
Mais à tout le moins Édouard Philippe
veut que personne ne puisse l’accuser
d’avoir négligé un aspect du dossier
ou d’avoir ignoré un acteur local.
De même, il vient de rajouter à son
agenda de la semaine deux séries de
consultations de deux heures chacune
sur le chantier du droit d’asile et de
l’immigration, première réforme à
faire grincer des dents au sein même
de La République en marche.
C’est aussi une manière de
concevoir son rôle de premier
ministre. De Matignon, lieu où
passent des dizaines de sujets
par jour, Philippe ne veut pas être
uniquement celui qui annonce
des décisions, mais aussi celui
qui construit les solutions ; pas
uniquement un arbitre final,
mais un acteur de tout le processus.
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Theresa May s’offre un léger remaniement
Si elle se dote d’un nouveau bras droit au sein du Cabinet Office, la première ministre britannique a choisi
de conserver les quatre poids lourds de son gouvernement.
la Santé, mais se voit confier la responsabilité des affaires sociales. Sur la
sellette depuis plusieurs mois, il est
resté plusieurs heures avec la première ministre, plaidant sa cause, et a finalement réussi à convaincre Theresa
May de le maintenir à son poste. La
fusion entre les secrétariats de la santé et des affaires sociales a été largement applaudie, mais les problèmes
de financement du système de santé
britannique sont loin d’être réglés et
Jeremy Hunt est toujours sous pression pour sauver le NHS de la faillite
totale.
MARINA DARAS £@MarinaDaras
LONDRES
ROYAUME-UNI Pour les travaillistes,
ce remaniement n’est ni plus ni moins
qu’un « coup de communication désespéré » à un moment où la première
ministre devrait se concentrer sur la
crise qui touche le système de santé
publique, le NHS, au bord de l’explosion en raison d’une épidémie de
grippe.
La fin d’année avait été très dure
pour Theresa May qui avait perdu trois
ministres en l’espace de quelques semaines. Et après la démission forcée de
son bras droit et ami de longue date
Damian Green juste avant Noël, Theresa May n’avait que très peu d’alliés
au sein du gouvernement. La première
ministre souhaitait donc commencer
2018 avec une nouvelle équipe ministérielle, plus jeune et plus paritaire,
qui consoliderait sa position de chef du
gouvernement.
Aucun nouveau visage
Une démission surprise
Elle n’avait malheureusement pas
beaucoup de marge de manœuvre et
son remaniement n’en porte que le
nom. Certains ministres occupant des
postes clés sont devenus presque intouchables depuis les dernières élections législatives. C’est le cas de David
Davis, le ministre du Brexit, de Philip
Hammond, le ministre des Finances
pourtant très critiqué au sein du gouvernement, de Boris Johnson aux Affaires étrangères et d’Amber Rudd au
ministère de l’Intérieur.
À eux quatre, ils représentent le
parfait équilibre entre « Brexiters » et
« Remainers », un équilibre dont ne
peut se passer Theresa May alors que le
Theresa May pose avec sa nouvelle équipe gouvernementale, lundi à Londres, devant le 10 Downing Street.
pays s’apprête à se lancer dans la
deuxième phase des négociations sur
le Brexit avec Bruxelles. C’est donc
sans surprise que Downing Street a
annoncé dès le début d’après-midi que
les quatre poids lourds conserveraient
leur poste.
L’ancien secrétaire à la Justice, David Lidington, s’est vu confier le rôle
crucial de Damian Green aux côtés de
Theresa May dans le Cabinet Office,
mais n’a pas reçu le titre de député, un
poste qui est pour l’instant toujours
vacant. Avec cette promotion, David
Lidington devient donc le bras droit de
Theresa May et devra présider plusieurs comités sur le Brexit en son absence. David Gauke prendra sa place
au ministère de la Justice.
Le ministre britannique chargé de
l’Irlande du Nord James Brokenshire a,
à la surprise générale, présenté sa démission lundi matin, en raison de problèmes de santé. Un changement qui
SIMON DAWSON/REUTERS
n’a donc pas été provoqué par Theresa
May, mais qui laissait un poste de plus
à pourvoir en ce premier jour de remaniement. La première ministre a
nommé à ce poste stratégique l’ancienne ministre de la Culture, Karen
Bradley, un an après la chute du gouvernement nord-irlandais qui échoue
depuis lors à trouver un accord sur un
nouvel exécutif décentralisé.
Le très contesté Jeremy Hunt garde
finalement son poste au ministère de
Iran : la fronde s’essouffle à travers le pays
Vingt-deux personnes ont été tuées en dix jours d’émeutes. S’il ne tire pas les leçons du coup
de semonce, le régime pourrait finir par imploser sous le poids de ses dissensions et de ses blocages.
nération. Notre manière de penser est différente de la leur. Le problème est que nous
voulons que la génération de nos petitsenfants vive comme nous. » Sera-t-il
l’homme qui rénovera un système essoufflé ? Tous ceux qui, tout en souhaitant des réformes, ne sont pas descendus
dans la rue l’espèrent encore. « On mise
sur lui », insiste Ramine, un étudiant joint
au téléphone à Téhéran. Comme
d’autres, il rêve que ce religieux ouvert
sur le monde succède à Ali Khamenei, à la
mort du guide suprême, âgé de 78 ans.
D’ici là, aucune véritable libéralisation
n’est à attendre.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
MOYEN-ORIENT Il y a quarante ans jour
pour jour, des étudiants en théologie en
soutien à l’ayatollah Khomeyni manifestaient dans la ville sainte de Qom, allumant le feu d’une révolution qui, un an
plus tard, allait renverser le régime du
chah. La république islamique, qui succéda à la monarchie, affronte depuis dix
jours une vague de protestations, inédites
depuis 2009. Alimentées par le chômage
ainsi que par l’absence de perspectives
économiques et politiques, ces émeutes,
qui ont touché plus de 80 villes et villages, s’essoufflent. Les rassemblements
sont plus sporadiques, la mobilisation recule depuis le durcissement de la répression, en milieu de semaine dernière.
Au total, 1 700 personnes ont été arrêtées, et 22 autres ont été tuées dans ces
protestations sociales, parties de la ville
sainte de Machhad, dans l’est du pays,
avant de se répandre et de prendre un
tour politique avec des slogans « À bas la
république islamique » et « Mort au guide
suprême », l’ayatollah Ali Khamenei.
D’après la police, la plupart des jeunes
appréhendés ont été relâchés, sauf les
« meneurs » de la fronde. Mais à Téhéran,
pourtant peu touché par la contestation,
90 étudiants seraient encore sous les verrous – on est sans nouvelle de dix d’entre
eux –, selon le député réformateur Mahmoud Sadeghi. L’un des protestataires
retenus à la prison d’Évin, dans le nord
de la capitale, est mort durant sa détention, mais il se serait suicidé, a assuré le
ministère des Renseignements.
La république islamique n’a pas été
Risque d’implosion
Des contre-manifestations rassemblant des dizaines de milliers de partisans du régime
ont été organisées à travers le pays, comme ici, à Téhéran, vendredi dernier
afin de répondre au mécontentement populaire. ATTA KENARE/AFP
menacée. Au total, 42 000 personnes ont
manifesté dans le pays, selon le ministre
de l’Intérieur, Abolreza Rahmani Fazli.
Sur 80 millions d’habitants – et même si
le chiffre est minoré –, on est très loin des
deux millions d’Iraniens en colère qui
avaient ébranlé le régime en 2009 lorsque
ce dernier avait truqué les résultats de
l’élection présidentielle au profit de Mahmoud Ahmadinejad.
Ahmadinejad dans le viseur
Même si une importante présence policière était relevée ces derniers jours dans
des villes comme Khorramabad, dans le
Sud-Ouest, l’unité d’élite des gardiens de
la révolution n’a été déployée que dans
deux ou trois provinces. Et mercredi, le
blocage du réseau de partage de photos
Les informés de franceinfo
A
Une émission de Jean-Mathieu Pernin,
du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
Instagram a été levé. Mais Telegram,
principal vecteur de la mobilisation avec
plus de 25 millions d’utilisateurs chaque
jour, continue de faire l’objet de restrictions.
Le chef des gardiens, le général Ali Jaafari, a annoncé « la fin de la sédition »,
alors que des contre-manifestations rassemblant des dizaines de milliers de partisans du régime étaient organisées à travers le pays. Le général Jaafari a
également affirmé que la sécurité enquêtait sur l’implication d’un « ancien leader » - Ahmadinejad, qu’il n’a pas nommé - dans le lancement des troubles par
un appel sur un site Internet qui lui est
proche. Des rumeurs persistantes ont
circulé sur l’arrestation d’Ahmadinejad,
qui ont été démenties par son fils. Une
chose est sûre : le candidat écarté de la
dernière présidentielle reste dans le viseur des autorités judiciaires.
Mais au-delà des règlements de comptes internes, la république islamique
souffre de bien d’autres maux. Le président Hassan Rohani, qui ne dispose que
d’une partie des pouvoirs, l’a reconnu,
lundi. « Les gens ont aussi des exigences
politiques, a déclaré Hassan Rohani, cité
par l’agence Tasnim. Le problème que
nous avons aujourd’hui, c’est la distance
qui sépare les responsables et la jeune gé-
Attaché à la « pureté islamique et révolutionnaire » du régime, Khamenei n’a-t-il
pas demandé, ce week-end, que l’anglais
ne soit plus appris à l’école primaire ?
« L’anglais, c’est l’invasion de la culture
occidentale », ironise Ramine. Comme
lui, la jeunesse éduquée de Téhéran, qui
avait fourni le gros des manifestants en
2009, n’a pas suivi. Réaliste, elle rationalise encore ses frustrations. Quant aux
autres, les appels de Donald Trump les
ont fait sourire. « C’est lui qui nous refuse
l’accès aux États-Unis, et maintenant il
nous demande de nous soulever ! » s’étonne Abdolfaz, un cadre.
« Les problèmes sont iraniens, les manifestants sont iraniens et la solution sera
iranienne », insiste le chercheur iranoaméricain Reza Marashi. Mais pour combien de temps encore, tous les frustrés
refuseront de se joindre à la cohorte des
chômeurs et des nouveaux pauvres issus
des classes moyennes qui n’attendent
plus rien du système. « La société se détache peu à peu des fondements de la république islamique, analyse François Nicoullaud, ancien ambassadeur en Iran.
Elle n’est pas prête à ce jour à se lancer
dans un nouveau cycle révolutionnaire.
Celui qu’elle a vécu il y a bientôt quarante
ans lui a trop coûté. Mais que le régime
n’en retire pas un sentiment de sécurité.
S’il ne parvient pas à profondément se réformer, il finira implosant sous le poids de
ses propres blocages, dissensions et
contradictions, un peu comme l’Union soviétique. » ■
L’ancien président du Parti conservateur et ministre sans portefeuille Patrick McLoughlin semble quant à lui
avoir payé le prix des résultats désastreux de son parti lors des dernières
élections législatives. Il est donc remplacé par l’ancien ministre de l’Immigration, Brandon Lewis.
Le Parti conservateur avait pourtant
annoncé Chris Grayling, ministre des
Transports, comme chef du parti dans
un tweet qui a été immédiatement effacé après l’annonce de la première
ministre. Difficile de dire s’il s’agit
d’une simple erreur ou d’un changement de décision de dernière minute
de Theresa May.
La première ministre britannique
semble vouloir continuer sur la même
lignée alors qu’elle avait promis un
remaniement de taille. À la fin de cette première journée, elle est loin
d’avoir atteint l’égalité des genres
qu’elle souhaitait, ni même le renouveau de la classe politique puisque
lundi soir, aucun nouveau visage
n’avait encore franchi la porte de
Downing Street. ■
EN BREF
La Turquie prolonge
l’état d’urgence
Le vice-premier ministre turc
a annoncé que l’état d’urgence
serait prolongé de trois mois. Il
avait été proclamé en juillet 2016,
après la tentative de putsch menée
contre le président Erdogan,
à l’issue de laquelle d’importantes
purges ont été menées.
Royaume-Uni : Jérusalem
doit in fine « être
une capitale partagée »
Le ministre britannique des
Affaires étrangères, Boris Johnson,
a redit lundi la nécessité d’une
« solution à deux États » lors de
son entrevue avec son homologue
palestinien Riyad al-Maliki.
Le « statut de Jérusalem doit être
déterminé par un accord négocié
entre Israéliens et Palestiniens,
avec, in fine, Jérusalem comme
capitale partagée des États
israélien et palestinien. »
Syrie : 21 civils tués
dans des raids à Idlib
Au moins 21 civils, dont huit
enfants, ont été tués dans des raids
aériens du régime et de son allié
russe visant Idlib, dans le nordouest de la Syrie, où le pouvoir
poursuit une offensive contre
des djihadistes.
Égypte : présidentielle
en mars
Le premier tour de la présidentielle
se tiendra du 26 au 28 avril.
Aucun candidat n’a encore été
officiellement annoncé. L’actuel
président Abdel Fattah al-Sissi
a récemment déclaré qu’il ne
briguerait pas un troisième mandat
en 2022, faisant de lui un candidat
probable cette année.
États-Unis :
plus de 200 000 Salvadoriens
menacés d’expulsion
Le département de la Sécurité
intérieure américaine a mis fin
au statut de protection temporaire
accordé aux réfugiés salvadoriens.
Ce programme avait permis
à 200 000 Salvadoriens de rester
aux États-Unis. Ils devront quitter
le territoire, ou obtenir un autre
permis de résidence.
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
SOCIÉTÉ
7
SÉCURITÉ ROUTIÈRE Même si la mesure
ne fait plus mystère, la baisse de la vitesse
sur nos routes risque d’occulter les autres
décisions qui vont être annoncées ce mardi, lors d’un comité interministériel de la
sécurité routière (CISR). Après trois années consécutives de hausse des tués sur
nos axes, le gouvernement souhaite, en
effet, mettre rapidement en œuvre des
mesures « fortes » pour créer un électrochoc parmi les usagers et stopper les mauvais chiffres de l’accidentalité routière.
Malgré la levée de boucliers qu’elle
suscite parmi les automobilistes, la limitation de vitesse à 80 km/h, va donc être
généralisée sur nos principaux axes secondaires. Sur 400 000 km de réseau bidirectionnel sans séparateurs, les panneaux du 90 km/h vont ainsi disparaître
pour une nouvelle signalisation plus
contraignante.
Ce nouveau tour de vis n’est pas lié à
l’expérimentation lancée de juillet 2015 à
juillet 2017 sur trois tronçons en province, où le 80 km/h avait été testé. Même si
les résultats se sont révélés plutôt positifs
avec une chute des tués de moitié, la durée de deux ans a en effet été jugée insuffisante pour en tirer des enseignements
scientifiques fiables.
Ce sont d’autres données qui ont
convaincu le gouvernement de cette mesure. Selon les spécialistes, une baisse de
10 km/h de la vitesse sur le réseau secondaire épargnera entre 350 à 400 vies. Ces
résultats sont notamment liés à la distance d’arrêt. À 90 km/h, celle-ci est de 81
mètres tandis qu’à 80 km/h elle est ramenée à 64 mètres. En roulant un peu
moins vite, on stoppe donc plus facilement son véhicule et l’accident a plus de
chance d’être évité. Les experts de la sécurité routière gardent d’ailleurs en mémoire une période de référence où des
chiffres spectaculaires avaient été obtenus. Entre 2002 et 2005, la vitesse, qui
avait chuté de 7 km/h sur ce réseau se-
“
Je sais que si nous
annonçons cette mesure je
serai critiqué. Mais je sais
qu’elle va sauver des vies
ÉDOUARD PHILIPPE
”
condaire, avait en effet permis de faire
reculer de 37 % la mortalité.
Aujourd’hui, on est bien loin de ces
bons résultats. Alors que la situation s’est
dégradée depuis trois ans sur l’ensemble
du réseau français, avec 3 655 tués en
2016, les axes secondaires sans sépara-
teurs sont désormais les plus meurtriers,
concentrant 55 % des décès (1 911 l’an
passé). Édouard Philippe est donc décidé
à agir, quitte à prendre « des coups ». « Je
sais que si nous annonçons cette mesure je
serai critiqué. Mais je sais qu’elle va sauver
des vies », a-t-il déclaré le week-end
dernier au JDD.
Pour lutter contre l’alcool et le téléphone au volant, les deux autres fléaux
sur nos routes, le CISR devrait adopter de
nouvelles mesures. Notamment l’installation obligatoire de l’éthylotest antidémarrage (EAD) pour les personnes qui, en
état de récidive, ont pris le volant avec un
taux d’alcool non autorisé. La mise en
place automatique de cet équipement
sera à chaque fois indiquée par la commission médicale administrative de chaque préfecture, le lieu de passage obligé
des conducteurs venant récupérer leur
permis confisqué. « Cette mesure qui vise
les récidivistes, soit 25 % des 320 000 personnes contrôlées positives chaque année,
aura forcément des effets bénéfiques », se
félicite Philippe Lauwick, président de
l’Automobile Club médical de France, qui
milite depuis des années pour le recours à
l’EAD en France. Malgré une existence
légale et une expérimentation en cours
dans trois départements depuis un an,
l’EAD n’est aujourd’hui guère utilisé
comme sanction par les juges.
Une mesure devrait concerner le téléphone au volant, à l’origine aujourd’hui
d’un accident sur dix. En complément du
PV de 135 euros et du retrait de 3 points,
le CISR devrait annoncer une autre sanction. Enfin, diverses mesures sont attendues pour optimiser la protection des
piétons, particulièrement touchés l’an
dernier. Leur mortalité, en recul entre 2000 et 2015, a grimpé de 16 % en
2016, portant à 559 le nombre de décès. ■
EN BREF
Plus de 100 000 demandes d’asile en France
Alexandre Djouhri, proche de
Sarkozy, interpellé à Londres
L’homme d’affaires français
Alexandre Djouhri a été interpellé
dimanche à Londres et placé en
détention provisoire dans le cadre
de l’enquête sur un possible
financement libyen de la campagne
de Nicolas Sarkozy en 2007.
Les chiffres de 2017 confirment une hausse historique du flux de migrants réclamant le statut de réfugié.
Forte demande des Albanais
PAYS DE PROVENANCE DES PRINCIPAUX
DEMANDEURS D’ASILE EN 2017
et variation annuelle
Albanie
7 630 +65,8 %
Afghanistan
5 987 +6 %
Haïti
4 934 +0,1 %
Soudan
4 486 -23,9 %
Guinée
3 780 +61,8 %
Syrie
3 249 -10,1 %
Côte d'Ivoire
3 243 +111,8 %
Rép. Démocratique du Congo
2 941 +15,3 %
Algérie
2 456 +24,5 %
Source : OFPRA, données provisoires au 5 janvier 2018
GUILLAUME DESCOURS
ET JEAN-MARC LECLERC
IMMIGRATION La pression de l’asile en
2017 aura été plus forte que prévu. Le
nombre de demandes d’asile en France a
dépassé la barre symbolique des
100 000 demandes (100 412 demandes).
Une augmentation de 17 % par rapport à
2016, selon l’Office français de protection
des réfugiés et apatrides (Ofpra). Son directeur général, Pascal Brice, parle d’un
« niveau historique ».
Et encore ce chiffre ne tient-il pas
compte des dizaines de milliers de demandeurs passés sous le statut des accords de Dublin, c’est-à-dire ceux qui
ont déjà tenté leur chance dans un pays
de l’Union, comme l’Allemagne ou l’Italie, par exemple, et qui repassent au guichet en France. Ceux-là doivent en principe être renvoyés vers le pays de
premier accueil. Mais la France en renvoie moins de 10 % chaque année.
La France est l’un des pays d’Europe
où la demande d’asile est la plus forte,
derrière l’Allemagne notamment. En
2017, le premier pays d’origine des demandeurs d’asile a été l’Albanie, dont
seulement 6,5 % des ressortissants obtiennent l’asile.
Délai d’attente tombé à 3 mois
Deuxième pays d’origine des demandeurs, l’Afghanistan a représenté
5 987 demandes (+ 6 %), avec un taux de
protection de 83 %. Mais les migrants
afghans arrivés l’an dernier en France
sont sans doute plus nombreux. Beaucoup, en effet, relèvent de la procédure
« Dublin », notamment après un passage
en Allemagne. Viennent ensuite les ressortissants d’Haïti avec 4 934 dossiers déposés, du fait du niveau toujours élevé de
demandes en Guyane, puis les Soudanais
(- 24 %, à 4 486) et les Guinéens, qui ont
été 3 780 à solliciter l’asile, soit un bond
de 62 %.
L’autre forte progression vient des personnes venant de pays d’Afrique de
l’Ouest et francophones, notamment des
La famille, antidote à « l’hiver
démographique » pour le Pape
Dans ses vœux aux ambassadeurs près le Vatican, François a défendu l’union
entre l’homme et la femme, terreau de la natalité et « roche » pour « l’ordre social ».
JEAN-MARIE GUÉNOIS jmguenois@lefigaro.fr
RELIGION Le pape François a placé la famille au cœur de son message de vœux
annuel, adressé lundi au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège. Une famille composée fondamentalement
« d’un homme et d’une femme ». Une famille qui agit comme une « roche » pour
« l’ordre social », même si elle est « considérée comme une institution dépassée » en
Occident. Sauf que ce « désintérêt » pour
les familles, a plaidé François, entraîne
une « conséquence dramatique », la
« baisse de la natalité », voire, pour certaines régions du monde, « un hiver démographique ». Une expression que le
pape argentin avait peu utilisée jusquelà. Il a donc appelé, c’est une « urgence »
pour lui, les États du monde à mettre en
œuvre de « réelles politiques de soutien
aux familles ».
Dans cette ligne, François a déploré
« l’instauration de formes modernes de colonisation idéologique des plus forts et des
plus riches au détriment des plus pauvres et
des plus faibles », avec la « violation » de
« nombreux droits fondamentaux » dont le
« droit à la vie », avec notamment « des
enfants innocents, rejetés avant même de
naître ; non voulus, parfois uniquement
parce qu’ils sont malades ou mal formés, ou
à cause de l’égoïsme des adultes ».
Tour d’horizon géopolitique
Autre nouveauté dans ce discours adressé
aux 185 ambassadeurs accrédités au Vatican, qui est aussi l’occasion d’un tour
d’horizon géopolitique, une précision apportée par le pape François sur la question
de l’accueil des immigrés. Son message
pour la Journée mondiale des migrants,
qui avait été publié en août 2017 et où il appelait à ouvrir largement les frontières de
l’Occident, avait suscité beaucoup d’incompréhension. Lundi, si le Pape a de
nouveau appelé l’Europe à la générosité
migratoire qui est dans son « patrimoine »,
il a aussi insisté sur « la vertu de prudence »
des gouvernants, de façon à accueillir
« dans la mesure compatible avec le bien
réel de leur peuple » et à ne pas se retrouver
comme « un constructeur imprévoyant qui
ferait mal ses calculs ». Il a également précisé que « l’intégration est un processus bidirectionnel, avec des droits et des devoirs
réciproques ». Si le pays d’accueil doit
veiller à assurer tout le nécessaire à celui
qui arrive, « celui qui est accueilli doit se
conformer immanquablement aux normes
du pays qui l’accueille, ainsi qu’au respect
de ses principes identitaires ». ■
Ivoiriens, dont le nombre a plus que doublé, atteignant les 3 243 demandes. Les
Syriens, souvent arrivés via des programmes de réinstallation (donc sélectionnés à
l’étranger), ont été moins nombreux à
solliciter l’asile directement en France.
Au total, en 2017, près de 43 000 personnes (+ 17 %) ont été placées sous la
protection de l’Ofpra. Le taux de protection s’établit donc à 27 % à l’Ofpra et à
36 % en incluant les décisions de la Cour
nationale du droit d’asile (CNDA).
La machine de l’asile en France n’a jamais connu un tel rythme. L’Ofpra a rendu en 2017 plus de 115 000 décisions
(+ 30 %). Le délai moyen d’attente de réponse pour les demandeurs « est tombé à
près de trois mois », se félicite Pascal Brice. C’est deux fois moins qu’en janvier
2015 (7,4 mois, soit 226 jours). Ce diplomate assure que l’Office « poursuit ses efforts pour atteindre en 2018 l’objectif des
deux mois » fixé par Emmanuel Macron,
« dans le strict respect des droits de chaque
demandeur ». Cependant, l’immense majorité de déboutés reste en France. ■
La djihadiste française Émilie
König dément toute torture
Un organe de propagande des forces
kurdes en Syrie a diffusé lundi deux
vidéos dans lesquelles Émilie König,
figure de la mouvance djihadiste
française détenue en Syrie, affirme
n’avoir subi aucune torture depuis
son arrestation, contrairement
à ce qu’avait annoncé sa mère
la semaine dernière.
Octuple infanticide dans
le Nord : Dominique Cottrez
bientôt libérée
Le tribunal d’application des
peines d’Arras a décidé lundi que
Dominique Cottrez, condamnée
en juillet 2015 à neuf ans de prison
pour huit infanticides entre 1989
et 2007, serait libérée le 22 janvier.
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ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
Les axes secondaires sans séparateurs sont les plus meurtriers du réseau français, concentrant 55 % des décès (1 911 l’an passé).
*Plus d’achat, plus de remises
Annoncée mardi, cette mesure
se veut un électrochoc pour enrayer
l’augmentation de l’accidentalité routière.
MICHAEL ESDOURRUBAILH/PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE/MAXPPP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Le 80 km/h
généralisé
sur le réseau
secondaire
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Portables : comment éduquer les ados
Alors que l’usage du smartphone va être limité à l’école, voici quelques recommandations pour la maison.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
NUMÉRIQUE C’était un engagement
d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a
confirmé l’interdiction totale, à la rentrée
2018, du téléphone portable pour les élèves des écoles et collèges. « Nous sommes
en train de travailler sur cette question pour
les modalités », a-t-il précisé mi-décem-
bre, lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. En septembre, il avait évoqué pour
ce faire « des casiers qui ferment ». Une
pratique déjà testée dans de nombreux
établissements. Quant aux autres, ils bataillent ferme… « Quelque 40 % des sanctions », indique Philippe Tournier, proviseur du lycée Victor-Duruy, à Paris, et
secrétaire général du Snpden-Unsa, sont
liées à l’usage intempestif du téléphone.
D’après une enquête de l’Association
française de pédiatrie ambulatoire (Afpa),
47 % des moins de 3 ans utilisent des
écrans interactifs ! La plupart des enfants
reçoivent leur premier téléphone à 11 ans,
à l’entrée au collège.
« Couteau suisse »
Selon le Credoc, qui a réalisé une enquête en 2015, 93 % des 12-17 ans sont équipés d’un portable. « C’est leur couteau
suisse, ils font tout avec, tout le temps »,
résume la journaliste Céline Cabourg,
auteur d’une enquête sur le sujet*. Ils le
consultent jusqu’à cinquante fois par
jour… et aussi la nuit ! Mais pas pour téléphoner : seuls 5 % de leurs communications seraient vocales. En revanche, ils
envoient des SMS : en moyenne 300 par
semaine.
Il n’y aura bientôt plus de portables à
l’école, donc. Mais à la maison, comment baliser l’usage des écrans ? Sur le
site de l’Observatoire de la parentalité et
de l’éducation numérique (Open), le
psychiatre Serge Tisseron répond à des
questions de parents dans de courtes vidéos. Convaincu que la prévention passe
aussi par les parents, Thomas Rohmer,
président de l’Open recommande
d’adapter leurs usages des écrans devant
les enfants et de sanctuariser des moments déconnectés pour préserver les
échanges. Et de leur parler, dès le plus
jeune âge, de ce qu’ils ont vu. ■
* « Portables, la face cachée des ados »,
de Céline Cabourg et Boris Manenti,
Flammarion, janvier 2017.
STEVE TAYLOR
DIRECTEUR ADJ. DU BRIGHTON COLLEGE
« Merveilleux
brouhaha de rires
à la cantine »
Depuis la rentrée, le Brighton College
(au sud de Londres) a instauré une cure
de « détox » au portable. Le directeur
adjoint, Steve Marshall Taylor,
détaille cette démarche qui vise plus
à « améliorer le comportement
en société » que les résultats scolaires.
Steve MARSHALL TAYLOR. - Le déclic
est venu d’un groupe d’élèves parmi
les plus âgés. Ils avaient remarqué que
les plus jeunes étaient le nez sur leur
téléphone dès qu’ils le pouvaient. Il est
clair que les téléphones sont élaborés
pour créer une addiction. Ils empiètent
sur les conversations en tête-à-tête
ou la lecture. On a d’abord fait une détox
à l’essai, et comme cela a été fructueux
nous l’avons élargie. Nous avons
tenu à différencier les téléphones
des ordinateurs ou autres tablettes :
en classe, nous utilisons les technologies
pour améliorer l’apprentissage et donner
aux élèves l’accès aux meilleures
sources sur Internet. En outre, cette
cure a été organisée tout en mettant
l’accent sur le plaisir de lire.
Comment cela fonctionne-t-il ?
La philosophie, c’est d’apprendre aux
élèves à utiliser leurs appareils de façon
raisonnable plutôt que de les bannir.
Nous faisons aussi une distinction selon
l’âge : les plus jeunes (de 11 à 14 ans)
confient leur téléphone dès le début de
la journée de classe à leur professeur,
qui les enferme dans une boîte. Ceux
de 15 ans ne les donnent que trois jours
par semaine, ceux de 16 ans, deux jours.
Quant aux plus âgés, ils doivent
montrer qu’ils font preuve
de responsabilité dans l’usage
de leur téléphone, sinon, ils devront
nous le remettre ! Et personne, membre
du personnel ou autre, n’est autorisé
à utiliser son téléphone au réfectoire,
à la cafétéria et dans la cour.
Comment les enfants ont-ils réagi ?
Et les parents ? Quels résultats ?
Quand on l’a annoncé aux élèves, il y a
d’abord eu la crainte que cela soit difficile.
Cependant, ils se sont adaptés presque
immédiatement et facilement. Durant
les récréations et la pause déjeuner,
ils prennent désormais part à davantage
d’activités (sport, musique, théâtre).
Il y a des tournois de Monopoly
ou d’échecs, pour tous les âges.
La différence se mesure à l’heure du
déjeuner : il y a désormais un merveilleux
brouhaha de conversations et de rires,
là où auparavant régnait un silence dû
à la consultation des téléphones. Sans
leurs téléphones, ils sont bien plus
en interaction les uns avec les autres !
Une nouvelle norme a été établie,
et c’est fantastique ! Quant aux parents,
ils ont été enchantés par la proposition
et très heureux d’avoir l’aide de l’école
pour limiter l’usage du téléphone
par leurs enfants et les encourager
à plus de responsabilité.
PROPOS RECUEILLIS PAR S. K.
Hélène Roussel
le 5/7
A
avec tous les mercredis
Marcelo Wesfreid
du quotidien
CARBALLO - STOCK.ADOBE.COM
LE FIGARO. - Pourquoi avoir mis
en place cette « détox » ?
La plupart des enfants
reçoivent leur premier
téléphone à 11 ans,
à l’entrée au collège,
affirme une enquête
de l’Association française
de pédiatrie ambulatoire
(Afpa).
Les bonnes recettes des
établissements britanniques
INTERDICTION du portable pendant la
récréation, confiscation la nuit dans les
dortoirs, cure de désintoxication… En
matière de détox numérique à l’école,
toutes sortes d’expériences ont déjà été
tentées à l’étranger. Mais parfois, on en
revient… À New York, par exemple, le
bannissement des téléphones des écoles a
duré dix ans. En 2015, ils ont finalement à
nouveau été autorisés par le maire Bill de
Blasio, pour « permettre aux parents de
rester en contact avec leurs enfants ». En
Allemagne, seule la Bavière a une réglementation sur les portables, strictement
interdits dans les établissements scolaires
depuis 2006. Toutefois, de nombreux
professeurs, parents, jeunes et même politiques réclament un assouplissement…
Dans le sud-ouest de l’Angleterre, la
Stroud High School, un collège-lycée de
filles, est souvent citée en modèle dans la
lutte contre les problèmes d’addiction au
digital. L’an dernier, une expérience y a
été tentée, pendant tout une semaine :
interdiction d’apporter au collège tout
objet connecté (ni portable, ni gadget numérique). Car, un peu plus tôt dans l’année, une enquête avait révélé des résultats inquiétants : les trois quarts des
collégiennes racontaient répondre « instantanément » à tout message sur un réseau social. La moitié avouait apporter
leur smartphone jusque dans leur lit.
Pourtant, ces collégiennes disaient vouloir apprendre à mieux contrôler leur
usage d’Internet… « Les filles étaient
constamment en train de se comparer les
unes aux autres, a indiqué Cindi Pride, la
proviseure adjointe, à la presse britannique. “Elle a des longs cheveux, des cheveux plus blonds, de plus jolis habits, des
meilleures vacances…” Les gens ne postent que les facettes dorées de leur vie. Cette comparaison constante est dévastatrice.
L’école doit être un endroit où les enfants
peuvent apprendre, s’amuser, avoir de
vraies relations d’amitié, et non pas se parler entre eux via Snapchat ! »
Après une semaine de cette détox numérique - avec prolongation le soir pour
les plus courageuses -, les résultats ont été
extrêmement probants : baisse du niveau
de stress, de la fatigue, meilleure concentration… et, bien sûr, de meilleurs résultats en classe. « Avant, j’avais de grosses
difficultés pour mes devoirs, raconte une
collégienne. J’écrivais une phrase, puis
j’allais sur Snapchat. Alors je réécrivais
cette même phrase. Mes devoirs, au lieu
d’une demi-heure, me prenaient une heure
et demie. Je n’ai jamais aussi bien travaillé
que cette semaine, je n’étais pas fatiguée.
Normalement, quand je vais au lit, je reste
une heure sur mon téléphone avant de dormir. Mais cette semaine, j’ai eu mes huit
heures de sommeil par nuit, et je me levais
en forme ! » Du coup, à la Stroud High
School, on a décidé de généraliser l’expérience : depuis la rentrée de septembre,
les téléphones sont interdits dans l’enceinte de l’établissement. Sauf pour les
plus âgées, qui peuvent les consulter lors
de la pause déjeuner.
Au très chic collège d’Eton - où le prince William a fait ses études -, c’est à partir de 21 h 30 que les élèves doivent se séparer de leurs portables ; la direction a
remarqué que la moitié des jeunes souffraient d’une addiction à leur smartphone, 10 % d’entre eux admettant le
consulter jusqu’à dix fois par nuit. « On
s’attendait à ce que les garçons se plaignent, a indiqué le directeur au Daily
Mail, mais en fait ils sont soulagés qu’on
prenne leurs appareils, pour qu’ils n’aient
plus la pression de devoir aller sur les réseaux sociaux la nuit. » Selon une étude
“
Les enfants ne postent
que les facettes dorées
de leur vie. Cette
comparaison constante
est dévastatrice
”
CINDI PRIDE, PROVISEURE ADJOINTE
DE LA STROUD HIGH SCHOOL
de la London School of Economics datant
de 2015, dans les établissements qui bannissent complètement les portables, les
bénéfices pouvaient être équivalents à
une semaine de cours supplémentaires
sur l’année. Des bénéfices d’autant plus
importants que les élèves viennent de
milieux défavorisés.
Mais parfois, les jeunes se rebellent. En
Allemagne, un lycéen berlinois de 18 ans
s’étant fait confisquer son portable durant tout un week-end avait porté plainte, en 2015, contre son professeur. La punition l’avait « humilié », ont indiqué, il y
a quelques mois, ses parents au tribunal.
Mais, deuxième humiliation, le jeune
plaignant a été débouté, le juge ayant estimé que ses « droits fondamentaux »
n’avaient pas été violés… Tout autre approche, en Corée du Sud. En novembre,
un jeune élève a lancé une pétition contre
le proviseur de son collège, qui voulait
interdire les téléphones de 9 heures du
matin jusqu’à la fin des cours à 16 heures.
Et la Commission nationale des droits de
l’homme lui a donné raison, considérant
l’interdiction comme une violation de la
liberté de communication. ■
S. K.
Quatre écoles danoises
sur dix « libérées » du mobile
SLIM ALLAGUI
À COPENHAGUE
LISE OERSTED vient chercher ses enfants, Sebastian, 9 ans, et Sophie,
6 ans, à l’école, comme chaque fin
d’après-midi. La « Skole paa
Grundtvigvej », faite de briques rouges, située dans un quartier résidentiel de Copenhague, Frederiksberg,
ressemble à tous les autres établissements scolaires du Danemark. Mais à
l’intérieur, le portable est banni depuis l’automne pour les 600 élèves de
6 à 13 ans, en classe, en récréation et
même pendant les activités périscolaires. Tignasse de Viking, Sebastian
« ne ressent aucun manque. Au
contraire ». Il s’amuse davantage
avec ses copains. « Nous jouons, courons, rions et parlons ensemble, alors
qu’avant tout le monde était collé à son
mobile », dit-il. Sa mère acquiesce :
« Les enfants peuvent se consacrer totalement à leurs cours et à leurs jeux de
récréation. Et puis nous, parents, nous
n’avons pas besoin d’appeler à tout
bout de champ nos enfants à l’école ! »
Louise, 8 ans, est « peinée », quant à
elle, de « ne pas pouvoir appeler maman » quand elle est « triste et lorsque
sa camarade la taquine ». Mais « il
faut suivre le règlement », dit-elle.
Deux mois après le début de cette
expérience, « les résultats sont encourageants. Les élèves sont plus
Lise Ammitzboell la Cour, directrice
de la « Skole paa Grundtvigvej »,
à Copenhague, enferme dans un casier
deux téléphones confisqués
à « des enfants distraits ». SLIM ALLAGUI
concentrés, bougent pendant les pauses et participent davantage aux activités après les cours », constate la directrice Lise Ammitzboell la Cour,
tout en enfermant dans un casier
deux téléphones confisqués à « des
enfants distraits ».
Une vie scolaire sans portables…
C’est désormais possible pour quatre
écoles sur dix du royaume scandinave
qui ont décidé elles-mêmes, depuis
octobre, de se débarrasser, à titre expérimental, de « cet intrus perturbateur » dans les classes du primaire et
du collège. Mais cette interdiction
n’est pas du goût d’un noyau dur de
parents, qui refusent de voir leurs enfants privés de portables, et de certains enseignants. Tel Chris Kummel,
professeur de langues à Skovvejens, à
Ballerup, « pas du tout convaincu que
ce soit une bonne idée, car on utilise le
téléphone comme outil d’enseignement
et à rien d’autre sinon il est confisqué ! » Face aux critiques de cette décision parfois jugée « absurde à l’ère
du numérique », Lise Ammitzboell rétorque que « les élèves apprennent
ainsi à mieux gérer leur accoutumance
au portable. Et en classe, nous avons
des tablettes et des ordinateurs pour les
plonger dans le monde digital ».
« Dépendance incontrôlée »
La ministre de l’Éducation, Merete
Riisager, a apporté son « soutien total
aux établissements qui se battent
contre l’omniprésence du portable »,
exhortant tous les autres à « suivre la
même voie ». Une interdiction nécessaire, selon elle, car le Danemark est
l’un des pays de l’OCDE où les enfants passent le plus de temps sur
leurs smartphones et sur les réseaux
sociaux, à la fois à l’école et en dehors. Les enfants danois sont de plus
en plus jeunes à recevoir en cadeau
de Noël leur premier portable, parfois
à 6 ans, et en moyenne à l’âge de
8 ans. « Les parents doivent réfléchir
aux conséquences de l’usage du portable sur le développement de leur progéniture », assure le psychologue
Morten Munthe Fenger, auteur d’un
livre Lorsque le mobile prend le pouvoir. « Quand on offre un téléphone à
un enfant, c’est comme lui donner un
sachet de bonbons qu’il ne cessera de
manger jusqu’à la fin », dit-il, mettant en garde contre « une dépendance incontrôlée », et saluant « l’initiative remarquable des écoles pour
freiner ce tsunami du portable ». ■
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
SCIENCES
9
Cette année, le vaccin antigrippal
protège bien contre le virus dominant
La majorité des virus détectés en France depuis le début de l’épidémie sont de type H1N1. Une souche
bien ciblée par le vaccin et moins dangereuse pour les personnes âgées que celle circulant l’année dernière.
NOMBRE DE CAS DE SYNDROMES GRIPPAUX (pour 100 000 habitants)
Semaine du 25 au 31 décembre 2017 :
Saison :
Rouen
Paris
Metz
Strasbourg
Châlonsen-Champagne
800
2015 :
semaine 6
827
Rennes
Orléans
Nantes
Dijon
Besançon
600
527
467
Pour 100 000 hab.
Lyon
Limoges
ClermontFerrand
400
Montpellier
200
”
410
PR BRUNO LINA, RESPONSABLE
DU CENTRE NATIONAL DE RÉFÉRENCE
DES VIRUS RESPIRATOIRES À LYON
Bordeaux
Toulouse
Marseille
0
Ajaccio
Août
Source : réseau Sentinelles
Pourtant, les sociétés savantes de
cardiologie, française comme européenne, recommandent clairement depuis déjà une dizaine d’années que les
personnes faisant un infarctus soient
traitées de la même façon, quel que soit
leur sexe.
« C’est très étonnant car quand on
pense à notre pratique on n’a pas l’impression de se comporter différemment,
explique au Figaro le Pr Éloi Marijon,
cardiologue à Paris (Hôpital européen
Georges-Pompidou). On savait déjà
qu’il pouvait y avoir un retard de prise en
charge pour les femmes, notamment parce que les signes avant-coureurs étaient
atypiques (par exemple une petite douleur abdominale), ajoute-t-il, mais les
auteurs de cette étude mettent en évidence une différence même une fois que le
diagnostic correct a été posé. C’est donc
une réalité qui nous échappe, qu’on a du
mal à admettre. »
« Il y a urgence »
La Fédération française de cardiologie
s’est pourtant engagée depuis des années dans la prise de conscience de la
fragilité du cœur des femmes. « Il y a urgence à bouleverser nos cultures sociétales, qui considèrent encore que les femmes jeunes sont protégées des maladies
cardiovasculaires par leurs hormones »,
estimait sa présidente en 2015, le
Pr Claire Mounier-Vehier.
Cette année-là, une étude sur la mortalité hospitalière post-infarctus en
Suède et au Royaume-Uni montrait
aussi que suivre les recommandations
officielles améliorait la survie et le pronostic des patients. Raison de plus pour
les appliquer aux femmes.
« L’étude montrait aussi qu’en cas
d’infarctus il fallait mieux être pris en
charge dans un grand centre que dans un
petit », souligne le Pr Blacher. Et, cette
fois, pour les deux sexes. ■
Août
Infographie
modifiée chaque année en fonction des
virus les plus susceptibles de circuler
pendant l’hiver. Or ceux-ci, capables de
muter facilement, parviennent régulièrement à fausser les prédictions des
EA
U
pandu actuellement en France. Il vise
aussi certains virus A (H3N2), mais la
souche circulant en Australie a muté, le
rendant inefficace sur ce continent. La
composition du vaccin antigrippal est
UV
Pour le moment, plus de la moitié des
virus grippaux détectés dans l’Hexagone
sont de type A (H1N1). Par chance, le
vaccin dont nous disposons cette année
protège donc contre le virus le plus ré-
Janvier
Quant au virus H3N2, connu pour
provoquer des complications chez les
personnes âgées, il ne représente que
10 % des virus détectés, selon Santé Publique France. « Nous risquons d’avoir
plus de cas que d’habitude, mais avec une
mortalité moins élevée que les années
précédentes, explique Bruno Lina. Le
nombre de foyers épidémiques en Ehpad
et la mortalité parmi les personnes âgées
sont à un niveau nettement inférieur par
rapport à l’année passée, et cela grâce à
la faible circulation du virus H3N2. »
En attendant mieux, le vaccin dont
nous disposons actuellement, bien
qu’imparfait, reste la meilleure façon de
se protéger de la grippe. ■
À VOS
PLUMES,
REJOIGNEZ
LES ATELIERS
D’ÉCRITURE
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« Nous portons tous un livre en nous, un désir de texte
pour soi ou à partager. Le Figaro littéraire a ouvert de
nouveaux ateliers pour celles et ceux qui sont attirés
par la formidable aventure de l’écriture. »
Prochain atelier
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24 janvier/31 janvier/7 février
14 février/7 mars/14 mars
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6 mars/13 mars/21 mars
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Romancier et essayiste
5 mars/12 mars/19 mars
26 mars/5 avril/12 avril
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24 mai/31 mai/7 juin
14 juin/21 juin/28 juin
Dans les locaux du Figaro, 14 boulevard Haussmann, Paris 9ème de 18h à 22h.
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A
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250
170
120
80
50
25
0
“
On s’attend à une
efficacité vaccinale
(en France) pouvant
atteindre 60 à 70 %
2017 :
semaine 52
Poitiers
Les recommandations de prise en charge et
de suivi sont mieux appliquées pour les hommes.
CARDIOLOGIE « C’est une étude terrible », réagit le Pr Jacques Blacher, cardiologue et chef du Centre de diagnostic
et de thérapeutique de l’Hôtel-Dieu
(Assistance publique-Hôpitaux de Paris). Terrible pour les femmes, terrible
pour leurs cardiologues !
L’étude anglo-suédoise qui vient
d’être publiée dans la revue scientifique
de l’association américaine du cœur
(Journal of the American Heart Association) montre en effet que les femmes qui
font un infarctus du myocarde meurent
davantage que les hommes, à profil cardiovasculaire et situation équivalents.
Après un infarctus, surtout lorsqu’il
est lié à l’obstruction complète d’une
artère nourricière du cœur (Stemi dans
le jargon médical), la mortalité des femmes est supérieure de 89 % à celle des
hommes avec un an de recul. Elle reste
supérieure de 60 % avec cinq ans de recul. Pourquoi un tel écart en défaveur
des femmes ? « Parce que les docteurs ne
leur proposent pas des soins au même niveau que ceux des hommes », répond le
Pr Blacher. C’est ce que montre l’étude
suédoise. Les auteurs ont analysé les
données correspondantes aux 60 000
malades, dont un tiers de femmes, qui
avaient été hospitalisées pour un infarctus du myocarde (de type Stemi) en
Suède entre 2003 et 2013. Résultat : Les
femmes bénéficiaient d’un tiers en
moins de gestes de revascularisation
(angioplastie, pontage) que les hommes.
Une inégalité qui ne s’arrête pas là
puisqu’à la sortie de l’hôpital elles
étaient aussi moins nombreuses que les
hommes à bénéficier d’un médicament
ayant prouvé son efficacité tel qu’une
statine (24 % en moins que les hommes), de l’aspirine (16 % en moins) un
bêta-bloquant (moins 12 %).
2015-2016
2017-2018
Amiens
Caen
L’infarctus des
femmes sous-estimé
DAMIEN MASCRET £@dmascret
2014-2015
2016-2017
Lille
O
GRIPPE Chaque hiver, passé les premières semaines d’épidémie grippale, la
même question revient : le vaccin est-il
efficace ? Pour l’heure, il n’est pas possible de le savoir précisément car l’épidémie bat son plein en France. Mais pour
les pays de l’hémisphère Sud, qui ont
connu leur saison grippale quelques mois
avant nous, des données sont déjà disponibles et, disons-le, peu réjouissantes.
Selon le ministère de la Santé australien, l’efficacité du vaccin antigrippal se
situerait aux alentours de 10 % pour
l’épidémie 2017. Une mauvaise performance qui s’accompagne d’un nombre
exceptionnel de malades : plus de
215 000 au total, soit près de 4 fois plus
que lors de la pandémie de 2009. Or le
vaccin distribué en Australie est précisément le même que celui dont nous
disposons cet hiver. Faut-il s’attendre à
un tel échec en France ?
« Ce qui se passe dans l’hémisphère Sud
ne permet pas de présager ce qui va se
passer dans le Nord, assure le Pr Bruno
Lina, responsable du Centre national de
référence des virus respiratoires à Lyon.
L’épidémie australienne a été marquée par
la prédominance de la souche H3N2. Or
celle-ci circule très peu cette année en
France. »
Doit-on craindre une résurgence du
H3N2 dans les prochaines semaines ?
« Avec la grippe, j’ai appris à ne jamais
rien prédire, confie le Pr Sylvie van der
Werf, responsable du Centre national de
référence des virus des infections respiratoires à l’Institut Pasteur. Par ailleurs,
je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà vu une
épidémie grippale avec deux pics successifs causés par des virus H1N1 et H3N2. »
scientifiques. « Ce virus (H1N1, NDLR) est
exactement le même que celui contre lequel
protège le vaccin, confirme le Pr Bruno
Lina. On s’attend donc à une efficacité
vaccinale (en France) pouvant atteindre
60 à 70 %. » Un chiffre important, puisqu’une hausse d’efficacité de 10 % est
généralement suivie d’une réduction
d’environ 1 000 décès, selon le spécialiste. « Le virus H1N1 diffuse bien, en particulier chez les 15-65 ans, où on trouve les
formes les plus graves », indique-t-il.
Depuis le 1er novembre, 434 personnes
souffrant d’un syndrome grippal ont été
admises en réanimation, dont plus de la
moitié appartenait à cette tranche d’âge.
Tou te la France touchée par une épidémie de grippe toutefois moins importante qu'en 2015
N
CÉCILE THIBERT £@CecileThibss
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
10
SPORT
Franck Cammas :
« La Coupe
repart d’une
feuille blanche »
Frank Cammas : « Il faudrait
des intentions d’engagement
pour 70 % du budget d’ici à juin
pour bien lancer le projet (...)
Si on ne peut pas s’inscrire en juin,
on ne partira pas. » CVS/BESTIMAGE
tentions d’engagement pour 70 % du
budget d’ici à juin pour bien lancer le
projet. Il faut avoir l’argent à temps
afin de monter une équipe performante et démarcher les bons profils qui
sont très recherchés. Certains éléments de chez nous ont déjà été débauchés par nos concurrents. Ça veut
dire qu’on avait des bons. Si tu as l’argent la dernière année, cela ne sert à
rien. Tu ne peux même pas les dépenser. Si on ne peut pas s’inscrire en juin,
on ne partira pas.
Le skipper français cherche 80 M€ pour
participer à la Coupe de l’America 2021
sur des monocoques révolutionnaires.
PROPOS RECUEILLIS PAR
GUILLAUME LOISY ET MARTIN COUTURIÉ
£@guiloisy £@martincouturie
VOILE Avant d’embarquer sur le bateau
chinois Donfgeng en tant que navigateur dans la Volvo Ocean Race (voir notre encadré), Franck Cammas était de
passage à Paris mi-décembre pour
prospecter en vue de la 36e Coupe de
l’America. En quête de financement, le
skipper de Team France veut être sur la
ligne de départ en Nouvelle-Zélande en
2021. Mais la route jusqu’au golfe de
Hauraki est encore longue comme il
l’explique au Figaro.
LE FIGARO. - Franck,
où en est Team France depuis la fin
de la 35e Coupe de l’America en juin
dernier et le retrait de Groupama ?
Franck CAMMAS. - Nous sommes lancés dans la course à la 36e édition prévue en 2021. Le futur bateau a été dévoilé fin novembre par les NéoZélandais qui ont remporté le trophée
aux Bermudes. Il s’agit d’un monocoque à foils finalement assez proche de
l’AC50, le catamaran volant de l’édition
précédente. C’est une bonne nouvelle,
car nous étions opposés à un retour au
monocoque classique comme nous
pouvions le craindre.
Parlez-nous justement de ce bateau
qui s’annonce révolutionnaire,
sans quille et équipé de foils pour voler…
Il sera plus grand (75 pieds) et deux fois
plus lourd (7 tonnes) que l’AC50. Les
équipages seront aussi plus importants
avec 10 à 12 personnes à bord contre 6
auparavant. Les Néo-Zélandais et les
Italiens (Luna Rossa est le challenger officiel, NDLR) veulent une voile épaisse
que l’on peut affaler, entre des voiles
classiques et l’aile rigide de l’ancien bateau. Il sera surtout équipé de foils jamais vus jusque-là. Ils feront une tonne
et demie chacun et serviront de quille
pour empêcher le bateau de chavirer
quand il ne volera pas. Il faudra beaucoup de puissance pour accélérer,
comme sur un monocoque Imoca. Ce
Comment réunir une telle somme ?
La Coupe n’est pas facile
à vendre en France…
Sauf miracle, on va avoir du mal à trouver un sponsor qui donne 20 M€ par an.
On compte sur le sponsoring classique
comme on le connaît dans la voile en
France, mais ce ne sera pas suffisant.
On mise sur l’intérêt des acteurs de
l’industrie maritime qui peuvent voir
dans la Coupe une vitrine technologique et de performance nationale. Des
entreprises de haute technologie peuvent être intéressées par l’idée de devenir mécènes dans ce projet de bateau
amené à faire rayonner leur savoir-faire au niveau mondial.
sera un vrai défi de faire voler ces bateaux. Sans oublier les risques de collision avec ces grands foils. Si deux bateaux se rentrent dedans, ça peut faire
mal. Des foils comme ceux-là, ça ne se
change pas dans la nuit.
Ces monocoques peuvent-ils être
aussi rapides que les agiles AC50
qui filaient à plus de 45 nœuds ?
Dan Bernasconi (responsable du design
chez TNZ) dit qu’ils iront aussi vite. Je le
crois. Pas dans six nœuds de vent, car ils
ne voleront qu’à partir de neuf nœuds.
Mais dans quinze nœuds ou plus, la vitesse peut être égale. Pour le moment,
on ne connaît ce bateau que par la 3D et
quelques chiffres. Les règles seront publiées d’ici à fin mars. On repart donc
d’une feuille blanche et c’est très excitant. Ça va faire fonctionner les cerveaux des ingénieurs (sourire).
Les vôtres planchent-ils déjà
sur le sujet ?
Nous n’avons pas assez d’argent pour
faire fonctionner un bureau d’étude
pour l’instant. Mais nous essayons de
monter un bureau de bonne volonté
avec les ingénieurs qui ont envie de réfléchir à ce bateau. Michel Desjoyeaux y
travaille aussi. Les Néo-Zélandais l’ont
conceptualisé très récemment, en seulement deux mois. Nous étions partis
trop tard sur la dernière Coupe, bien
après les autres équipes. Là, on repart à
égalité au niveau du timing.
Pour briller dans la Coupe, il faut
du temps et surtout de l’argent.
Où en êtes-vous question budget ?
Pour bien faire les choses, il nous faut
un budget de 80 millions d’euros. Soit
environ 25 millions par an sur trois ans
et quelques mois, puisque la Coupe finira en mars 2021. Il faudra déjà payer
un million d’inscription en juin prochain. Sur la dernière campagne, nous
avions pris ce qu’on nous avait donné
(32 M€). Cette fois, il faudrait des in-
Cammas de retour sur la Volvo Ocean Race avec Dongfeng
Six ans après son triomphe à la barre
de Groupama 4, Franck Cammas est de
retour dans la Volvo Ocean Race, le tour
du monde en équipage avec escales.
L’Aixois a embarqué sur Dongfeng
pour la 4e étape entre Melbourne et
Hongkong. Remplaçant de luxe de Pascal
Bidégorry, blessé au dos, Cammas fait
parler sa science de la course au poste
de navigateur. « Il scrute et analyse
le moindre détail, le moindre réglage,
raconte Martin Kéruzoré, mediaman
à bord du bateau sino-français
et visiblement marqué par le niveau
d’exigence de son nouveau coéquipier.
Nous sommes toujours trop lents
pour Franck, la satisfaction est absente
de son vocabulaire. Il y a toujours mieux,
toujours plus efficient et rapide. Il ne
s’arrête jamais, il court partout malgré
la petitesse du navire (20 mètres), c’est
usant. Une chose est sûre, cela a déjà
fait ses preuves et ce très grand marin
impose un immense respect. »
En 2012, pour sa première participation,
Franck Cammas avait triomphé dans
l’ancienne Whitbread, véritable chasse
gardée des Anglo-Saxons. Avant lui,
seul Lionel Péan, sur L’Esprit d’Equipe en
1986, était parvenu à hisser tout en haut
le drapeau tricolore. Barreur
de Groupama 4 et désormais skipper
de Dongfeng, Charles Caudrelier n’a pas
hésité à faire appel à Cammas : « Nous
naviguons ensemble depuis vingt ans,
nous sommes comme des frères. »
En approche du Pot-au-Noir au nord
des îles Salomon, cette dream team
française de la course au large (Jérémie
Beyou est également à bord), lutte
actuellement pour la première place
avec quatre bateaux dont
les Espagnols de Mapfre, leaders
du classement général. Arrivée
à Hongkong prévue fin janvier.
G. L.
Thomas Voeckler, Monsieur l’ambassadeur
L’ancien Maillot jaune de la Grande Boucle sera présenté ce mardi comme la nouvelle figure
des épreuves d’Amaury Sport Organisation, l’organisateur du Tour de France. Un rôle sur mesure.
A
THOMAS LOUAPRE/DIVERGENCE
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
Très sollicité et très attiré par le monde
des médias pour tenir un rôle
de consultant, Thomas Voeckler
disposera d’un programme adapté.
CYCLISME Tout frais retraité du peloton,
Thomas Voeckler (38 ans) lèvera, ce mardi à 11 heures, le voile sur une partie des
activités de sa nouvelle vie. À l’occasion
de la présentation, à Versailles, du parcours de Paris-Nice (du 4 au 11 mars), incontournable épreuve qui lance toujours
la saison européenne des courses par étapes. L’ancien leader de l’équipe Direct
Énergie sera officiellement présenté par
Amaury Sport Organisation comme le
nouvel ambassadeur d’un certain nombre
des courses qui garnissent son calendrier
(105 jours de compétition par an). Comme
avant lui Bernard Hinault.
Une arrivée qui satisfait Christian
Prudhomme, le directeur du Tour, qui
disait, en juillet dernier, avant la quinzième et dernière Grande Boucle de Thomas
Voeckler : « On disait de Florence Arthaud
qu’elle était la “petite fiancée de l’Atlantique”. Thomas Voeckler, c’est le petit fiancé
du Tour de France. » Et de résumer :
« C’est un champion populaire et le cyclisme est par essence populaire. C’est quelqu’un qui a une belle et longue carrière, il a
toujours un contact remarquable avec les
gens. Le coureur le plus encouragé sur le
Tour de France, c’était Thomas Voeckler.
Je me souviens d’un jour où François Hollande était dans la voiture, président de la
République sur le Tour, et où il y avait en
permanence entendu des “Allez Thomas”,
“Allez Thomas”. Il m’avait dit “On apprend l’humilité dans cette voiture”. Thomas Voeckler a ce contact, il est toujours
pertinent dans ce qu’il peut dire, il n’hésite
pas à parler haut et fort quand il le faut et il
nous a permis de mieux passer les jours
mauvais. Il y avait de multiples raisons qui
faisaient qu’on avait envie de se rapprocher. On est très heureux. »
Très sollicité et très attiré par le monde
des médias pour tenir un rôle de consultant (voir nos éditions du 27 décembre),
Thomas Voeckler disposera d’un programme adapté. Christian Prudhomme
souligne : « On ne lui a pas demandé d’être
sur Paris-Roubaix, cela n’a pas de sens, en
revanche sur des épreuves qu’il a courues
et sur lesquelles il a brillé, oui. Bien sûr le
Tour mais aussi Paris-Nice, il l’a couru
treize fois, a gagné deux étapes, le Dauphiné, Paris-Tours, le Tour du Yorkshire,
même s’il ne fera pas l’ensemble de
l’épreuve parce qu’il avait déjà un truc
calé. Il est là-bas aussi l’un des plus populaires, l’un des coureurs les plus encouragés. Partout, il a ce truc avec les gens et en
même temps cette curiosité saine, naturelle
pour tout ce qui se passe, pas simplement la
performance à vélo. Ce que Bernard Hinault nous apportait. Dans la détermination, ils se ressemblent. Et Thomas a la
même curiosité. Il doit rester lui-même, je
ne suis pas très inquiet. Il a tout. On est ravis de l’accueillir, j’aurais été déçu que cela
ne se fasse pas… » ■
LES INVITÉS DU TOUR. Les organisateurs de la
Grande Boucle ont annoncé les quatre équipes
invitées pour la 105e édition (7-29 juillet). WantyGroupe Gobert (du grimpeur Guillaume Martin),
Cofidis (du sprinter Nacer Bouhanni), Direct Énergie
(du puncheur Lilian Calmejane) et Fortuneo-Samsic
(nouvelle équipe du dernier Maillot à pois Warren
Barguil) ont, comme l’an dernier, été retenues.
Ces équipes sont également invitées sur Paris-Nice
et sur le Critérium du Dauphiné (3-10 juin). Vital
Concept, la nouvelle formation de Bryan Coquard,
dirigée par Jérôme Pineau est, elle, appelée à faire
ses preuves. « Je leur souhaite de grandir. C’est leur
première année, il faut qu’ils construisent petit
à petit. Il faut un minimum de patience, plutôt
que d’impatience », indique Christian Prudhomme.
Votre discours
trouve-t-il un écho positif
auprès des entreprises ?
Les retours sont bons. C’est évident que
la Coupe intéresse les filières technologiques, car c’est une très belle vitrine.
Surtout avec ce projet de monocoque
innovant. Sur la dernière Coupe, on
avait pris le risque de partir dans de
mauvaises conditions. On a fait des
choses bien, d’autres moins bien (premier éliminé des qualifications aux Bermudes malgré deux victoires). Aujourd’hui, on est convaincu d’avoir la
bonne vision pour organiser une équipe. Team France a une structure très
forte, grâce notamment aux entreprises
qui nous ont aidés la fois précédente.
Altran, DCNS et Dassault Système seront encore là. Norauto continue également avec nous et nous permet de naviguer sur le circuit GC32. On est
beaucoup mieux armé aujourd’hui.
Quelles sont vos relations
avec les Néo-Zélandais après
la polémique née aux Bermudes* ?
Il y a plein de gens que j’aime bien chez
eux, dont Guillaume Verdier (architecte
naval). Je pense d’ailleurs que ce projet
de monocoque volant vient beaucoup de
lui. Mais on ne se tape pas dans le dos au
bar avec les Kiwis (sourire). Il y a eu des
mots par presse interposée. Avec Grant
Dalton, nous n’avons pas la même façon
de voir les choses, mais ce n’est pas très
grave. Ça nous motivera encore plus
pour la Coupe chez eux… ■
* Team New Zealand avait reproché aux
Français de ne pas l’avoir aidé après son
chavirage en demi-finales des Challengers.
EN BREF
Rugby : Altrad
sur les maillots du XV
de France jusqu’en 2023
Le comité directeur de la FFR
a validé la proposition d’Altrad,
seul groupe à avoir répondu
à l’appel d’offres pour être sponsor
maillot du XV de France
sur les cinq prochaines années.
L’entreprise spécialisée dans
la production et la distribution
de matériels pour le bâtiment
fondée par Mohed Altrad réglera
7 M€ par saison, soit 35 M€
jusqu’en 2023. Le président
de la FFR, Bernard Laporte,
soupçonné de conflit d’intérêts
avec Altrad l’été dernier,
a promis de « garantir (un)
sentiment d’impartialité ».
Football : Nice-Monaco
pour lancer les quarts
Nice reçoit Monaco, ce mardi (21 h,
Canal +) en ouverture des quarts de
finale de la Coupe de la Ligue. Les
autres quarts, mercredi : RennesToulouse (18 h 30), Amiens-PSG
et Angers-Montpellier (20 h 55).
Tennis : Murray opéré
Andy Murray a été opéré
de la hanche lundi à Melbourne
et il vise un retour sur les courts
pour la saison sur gazon disputée
après Roland-Garros.
mardi 9 janvier 2018
LE CARNET DU JOUR
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caractères gras sont facturées
sur la base de deux lignes ;
les effets de composition
sont payants ;
chaque texte doit comporter
un minimum de 10 lignes.
Le docteur Claude Braud,
son mari,
Fontaine-les-Coteaux
(Loir-et-Cher).
Charles et Élisabeth Braud,
Pierre (†) et Marie-Claude
Braud,
ses enfants,
Francine Dufournier,
son épouse,
Édouard et Paola Braud,
Jean-Baptiste, Jean et Antoine,
ses petits-enfants,
Andrea et Chiara,
ses arrière-petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Thérèse BRAUD
née Raison,
survenu le 5 janvier 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 11 janvier 2018,
à 15 h 30, en l'église
Saint-Aspais de Melun.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Claude Braud,
732, rue Pipe-Souris,
77350 Le Mée-sur-Seine.
Christophe et Robin
Dufournier,
Emmanuel et Marie
Dufournier,
Géraldine
et François-Agathange
Hallopeau,
Thibaut et Lidia
Dufournier Chavinskaia,
ses enfants,
George, Annagathe, Benjamin,
Céleste, Claire, Corentin,
Victor, Camille, Alexandra,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Pierre DUFOURNIER
survenu le 5 janvier 2018,
à l'âge de 85 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Gilles,
à Bessé-sur-Braye (Sarthe),
le vendredi 12 janvier,
à 11 heures.
deuils
On nous prie d'annoncer
le rappel à Dieu de
Mme Pierre AZAN
née Marie-José
Pocquet de Livonnière,
dans sa 95e année,
munie des sacrements
de l'Église.
De la part de
la vicomtesse
Louis Dominique de Joannis,
Mme Marie-Antoinette
Le Bourgeois,
ses sœurs,
ses neveux, petits-neveux
et arrière-petits-neveux.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 11 janvier 2018,
à 14 h 30,
en l'église Saint-Symphorien
de Versailles.
M. et Mme Plamen Roussev,
Mme Sophie Bril-Most,
ses enfants,
Elie, Wladimir, Raphaël, Sean,
ses arrière-petits-fils,
Jacques, Bernard,
Pierre, Vincent,
ses frères,
Chantal Ausseur-Foucart,
sa sœur,
son beau-frère,
ses belles-sœurs,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de faire part du décès de
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
David, Olivia et Olivier,
Emilie, Nicolas et Elise,
ses petits-enfants,
Mme Georges BRIL
né Jeannine Hayem,
survenu le 7 janvier 2018,
dans sa 100e année
La cérémonie aura lieu
le jeudi 11 janvier, à 15 h 30,
au cimetière ancien
de Neuilly-sur-Seine,
3, rue Victor-Noir.
Lyon.
Françoise Dambrine,
son épouse,
Bernard Bonin,
son mari,
Frédéric, Stéphane, Cécile
et Claire,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
et toute sa famille
Eric Dambrine,
Brigitte et Benoit Gros,
Philippe et Anne Dambrine,
Régis et Emmanuelle
Dambrine,
Anne et Thierry Devèze,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Anne Marie BONIN
survenu le 6 janvier 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église d'Yzeron (Rhône),
le jeudi 11 janvier, à 10 heures,
suivie de l'inhumation
dans la plus stricte intimité.
Amélie Boula de Mareuil,
sa sœur,
vous font part
du rappel à Dieu de
Marie BOULA de MAREUIL
Elle sera suivie
de l'inhumation au cimetière
de Saint-Avit-Frandat (Gers),
dans l'intimité.
ses treize petits-enfants
et leurs conjoints,
ses neuf arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
Mme Max
BRAC de LA PERRIÈRE
née Etiennette de Damas,
le 6 janvier 2018,
à l'âge de 96 ans, à Santeny.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église de Santeny,
le mercredi 10 janvier,
à 14 h 30.
L'établissement public des
musées d'Orsay
et de l'Orangerie
Bruno FOUCART
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 12 janvier,
à 14 heures,
en l'église Saint-Martin
de Louveciennes (Yvelines),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Louveciennes.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Liliane-Valentine
DELAHOUSSE
survenu le 7 janvier 2018,
dans sa 85e année,
à Rueil-Malmaison.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le jeudi 11 janvier,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Clodoald de Saint-Cloud
(Hauts-de-Seine).
historien d'art,
professeur d'Université.
Grand défenseur du patrimoine
français, il joua un rôle décisif
dans la création du musée
d'Orsay.
Spécialiste mondialement
reconnu du XIXe siècle,
il fut un des membres de la
commission d'acquisition du
musée et de sa Société d'amis.
Profondément attaché à cette
institution, il en fut même
un des généreux donateurs.
Son érudition et son humour
auront marqué tous ceux
qui ont eu l'honneur
de le rencontrer.
Mme Philippe Galichon,
née Simone Bonnet,
son épouse,
le docteur et Mme
Bertrand Galichon,
M. et Mme Pascal Galichon,
M. et Mme
Rémy-Charles Marion,
M. et Mme
Christian Galichon,
ses enfants et beaux-enfants,
ses 17 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 11 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous annoncer
le rappel à Dieu de
M. Philippe GALICHON
HEC 47,
le 7 janvier 2018.
Marie-Christine Dop-Wagner,
son épouse,
sa famille et ses amis
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
François DOP
le 6 janvier 2018,
à l'âge de 78 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 10 janvier,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Nicolas-du-Chardonnet,
23, rue des Bernardins,
Paris (5e).
Vincennes (Val-de-Marne).
Margaux, Alexandre, Victor,
Oscar et Charles,
ses petits-enfants,
font part du rappel à Dieu de
M. Dominique LOMBART
le 8 janvier 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Martin, à Chenu
(Sarthe), le mercredi 10 janvier,
à 15 heures.
Ses nièces et neveux
ainsi que toutes
les familles Naslin et Hamard
ont la tristesse
de faire part du décès de
Françoise HAMARD
née Nicolau,
survenu le 1er janvier 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre, à Belin (Gironde),
le jeudi 11 janvier, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial.
Brigitte Naslin,
4, rue Alfred-de-Vigny,
75008 Paris.
Le comte Régis d'Hauterives
et sa famille,
le docteur Monique
Grosdhomme-Dupire
ont la douleur
de faire part du décès du
commandeur
de la Légion d'honneur,
commandeur
des Arts et des Lettres,
survenu le 4 janvier 2018,
à l'âge de 84 ans, à Parmain,
muni des sacrements
de l'Église.
Mme Jacques
Macquart de Terline,
née Claude-Marie
Teyssier de Savy,
son épouse,
Laurence,
Hervé et Natacha (†),
Bruno et Emmanuelle,
ses enfants,
Ysé,
Anatole et Léopold,
Amaury, Guillaume, Astrid
et Stanislas,
ses petits-enfants,
M. Jacques
MACQUART de TERLINE
Il avait choisi de faire don
de son corps à la science.
La messe du souvenir
sera célébrée
le jeudi 11 janvier 2018,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, Paris (16e).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 12 janvier 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Nicolas-et-Saint-Marc,
4, rue de Sèvres,
à Ville-d'Avray
(Hauts-de-Seine).
Une bénédiction aura lieu
le samedi 13 janvier,
à 11 heures,
en l'église Saint-Privat
de Montcuq (Lot),
suivie l'inhumation au
cimetière de Montlauzun (Lot).
46-48, rue de Sèvres,
92410 Ville-d'Avray.
Josquin Barré,
les familles Groiseau
et Ménard de Couvrigny,
ses amies et amis
ont l'immense tristesse
d'annoncer le décès de
« Maïté »,
les familles Decroux, Lebel,
Zéléla, Manus,
parents et alliés,
la direction et le personnel
de l'hôpital Rossini,
à Paris (16e)
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Henry JEAN-BAPTISTE
magistrat honoraire
à la Cour des Comptes,
député de Mayotte,
conseiller personnel
des présidents
Léopold Sedar Senghor,
à Dakar (1970-1979)
et Valéry Giscard d'Estaing
(1979-1981),
pieusement décédé
le 5 janvier 2018,
à l'âge de 85 ans.
Que le Seigneur et
la Vierge Marie l'accueillent !
L'inhumation dans le caveau
familial aura lieu au cimetière
de Bagnoles-de-l'Orne,
à 15 heures,
le vendredi 12 janvier.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Geneviève Nuret,
son épouse,
Pascale et France,
ses filles, et leurs conjoints,
ses petits-enfants
et ses arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès,
à l'âge de 94 ans, du
commandant Michel NURET
Saint-Cyr,
promotion Nouveau Bahut,
Brigitte et Yves Bastide,
Catherine et Antoine Sebaux,
Arnaud et Sandrine Limal,
Olivier et Beatrice Limal,
ses enfants,
ses petits-enfants
et ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
Paule LIMAL
née Deleplanque,
épouse de
Michel Limal (†)
survenu le 5 janvier 2018,
munie des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-François-de-Sales,
6, rue Brémontier, à Paris (17e),
le mercredi 10 janvier 2018,
à 14 h 30.
chevalier
de la Légion d'honneur,
croix de guerre 1939-1945,
croix de guerre des TOE,
croix du combattant
volontaire 1939-1945,
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mercredi 10 janvier 2018,
à 14 h 15, en l'église de Bully
(Rhône), suivie de l'inhumation
au cimetière de l'Arbresle.
Edouard et Delphine
PROTHERY
ont l'immense douleur
de vous annoncer
le décès accidentel,
le 21 décembre 2017,
à Stockholm, de leurs fils,
Auguste et Ernest
âgés de 8 ans et 5 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 12 janvier 2018,
à 11 heures, en Suède,
suivie de l'inhumation.
Une messe sera dite
à leur intention,
au même moment,
dans la crypte de l'église
Saint-Lambert, à Paris (15e),
paroisse où leurs deux enfants
ont été baptisés.
De la part
des familles Prothery, Norberg,
Lemoine et Vallery-Radot.
Mme Aïda TCHERKEZIAN
le 3 janvier 2018,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 11 janvier 2018,
à 11 h 30,
en la cathédrale arménienne
Saint-Jean-Baptiste,
15, rue Jean-Goujon,
Paris (8e).
Véronique Sanders - van Beek,
et les collaborateurs du
Château Haut-Bailly
ont l'immense tristesse
de faire part du décès de
Robert G. WILMERS
officier de la Légion d'honneur,
survenu le 16 décembre 2017,
à New York.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 11 janvier 2018,
à 10 heures,
en l'église Saint-Martin
de Léognan (Gironde).
Château Haut-Bailly,
33850 Léognan.
souvenirs
Le jeudi 1er janvier 2015,
Alice BRÉAU
née Racine,
nous quittait.
Mme Roger PSALMON
née Elisabeth Barbier,
le samedi 6 janvier 2018,
dans sa 98e année, munie
des sacrements de l'Église.
De la part de :
ses enfants,
François (†)
et son épouse Christelle,
Jean-Michel,
Claire et Philippe Sarrand,
ses petits-enfants,
Mathieu, Léo, Lilly, Javotte,
Blaise, Victoria, Samuel,
Roxanne, Mathis,
son frère,
Bernard Barbier,
David, Séverine, Stéphane,
Stéphanie, Adrien, Juliette,
Xavier, Clarisse,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Le Seigneur a rappelé
dans Sa Lumière
Le défunt ayant fait don
de son corps à la science,
une cérémonie d'adieu
sera célébrée ultérieurement.
Elisabeth et Bernard Picot,
Jacqueline et Joël Sellier,
Jacqueline et Jean-Claude
Picot,
Marie-Françoise Picot,
ses enfants,
Marie, Laetitia et Alexandre,
ses petits-enfants,
Que ceux qui l'ont connue
et aimée aient une pensée
pour elle.
survenu le 4 janvier 2018.
Résidence Parc Talma,
12, avenue
du Maréchal-Davout,
91800 Brunoy.
Isabelle Tcherkezian,
sa fille,
Emmanuel Tcherkezian,
son fils,
et son épouse, Elisabeth,
survenu le 5 janvier 2018,
à l'âge de 98 ans.
ses arrière-petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
Paris (17e).
ont la douleur de faire part
du décès de
le 5 janvier 2018.
Les obsèques auront lieu
le samedi 13 janvier 2018,
à 10 heures, au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise,
71, rue des Rondeaux,
Paris (20e).
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 11 janvier,
à 15 heures, en l'église
de la Madeleine, à Paris (8e).
Condoléances sur registre.
Mme Ginette Prévost,
son épouse,
ses enfants,
M. Thierry Spicher
et Mme, née Martine Prévost,
M. Jean-François Palmièri
et Mme, née Odile Prévost,
ses petits-enfants,
Ludovic et Coralie Spicher,
Anthony, Claire et Pierre
Palmièri,
les familles Prévost, Palmièri
et Michaux
font part du rappel à Dieu de
Marie-Thérèse
MÉNARD de COUVRIGNY
Eric et Luce Jean-Baptiste,
ses enfants,
Julia et Emmanuel
Jean-Baptiste,
ses petits-enfants,
Sèvres (Hauts-de-Seine).
Bully (Rhône).
M. Emile PRÉVOST
le 28 décembre 2017.
Braine (Aisne).
Raymonde Jean-Baptiste,
son épouse,
rendent hommage à
Francis DAMBRINE
M. Claude GRESSIER
survenu le 7 janvier 2018.
L'inhumation aura lieu au
cimetière de La Madeleine,
à Amiens, dans l'intimité.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Olivier et Sylvie Delahousse,
Hugues et Anne Delahousse,
François-Xavier
et Véronique Goehrs,
ses enfants,
ses 25 petits-enfants
et ses 36 arrière-petits-enfants
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 12 janvier 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Vincent-de-Paul,
à Paris (10e).
et les équipes des musées
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 12 janvier,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Jean-Baptistede-Grenelle, Paris (15e).
Hugues et Ghislaine
Brac de La Perrière,
Myriam et Patrick
de Castet La Boulbène,
Thérèse et Henry Defforey,
Laurence et Marc Terray,
Béatrice et Jean de Gesnais,
Emmanuel et Dominique
Brac de La Perrière,
Véronique et François
Boüan du Chef du Bos,
Philippe (†) et Isabelle
Brac de La Perrière,
ses enfants,
survenu le 5 janvier 2018, dans
sa quatre-vingtième année.
et toute sa famille
ingénieur ENSIA
(École nationale supérieure
des industries agricoles
et alimentaires),
l'Académie de marine
ont la tristesse
de vous faire part
du décès de leur confrère
Hortense Lombart
et Patrice Rousseau,
Caroline et Thierry Meffre,
ses enfants,
comte Arnaud d'HAUTERIVES
la Société des amis des
musées d'Orsay
et de l'Orangerie
décédée à Paris,
le 1er janvier 2018,
dans sa 98e année.
Santeny (Val-de-Marne).
professeur émérite d'histoire
de l'art à l'université Paris IV,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
survenu le 6 janvier 2018,
dans sa 94e année.
Ses petits-enfants,
Bruno FOUCART
Le président,
le bureau
et les membres de
les familles Psalmon, Barbier,
Lorgeré, Sarrand.
Le service religieux aura lieu
en l'église Saint-Louis-en-l'Île,
rue Saint-Louis-en-l'Île,
Paris (4e),
le vendredi 12 janvier 2018,
à 11 heures.
L'inhumation aura lieu
dans la plus stricte intimité,
au cimetière de Rampillon
(Seine-et-Marne).
Ni fleurs ni couronnes,
des dons à l'Église.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Famille Psalmon Sarrand,
10, quai Henri-IV,
75004 Paris.
Mme Dora KONFORT
1er janvier 20081er janvier 2018.
Dix ans déjà, tu n'étais
que sourire, élégance et bonté.
Tu nous manques.
Nicole, Laurence, Sophie
Dahan.
Il y a un an,
le 13 janvier 2017,
Felix LANZMANN
notre fils adoré nous quittait.
Ceux qui l'ont aimé
sont invités à venir se recueillir
sur sa tombe au cimetière
du Montparnasse, Paris (14e),
le samedi 13 janvier 2018,
à 16 heures.
Souvenirs, Messes...
Partagez le souvenir
d’un être cher
dans le carnet du jour
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Charles PICOT
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
officier
des Palmes académiques,
Toute l'équipe de la
Société du Figaro
a la douleur de vous faire part
du décès de
son ancien collègue,
ancien directeur de
l'École nationale des services
du Trésor (ENST),
chef typographe,
ancien trésorier-payeur
général des départements
de La Réunion et de la Savoie,
survenu le 4 janvier 2018,
à l'âge de 79 ans.
survenu le 5 janvier 2018,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 11 janvier, à 14 h 30,
en l'église Saint-Thibaut
du Pecq (Yvelines),
58 bis, avenue du PrésidentJohn-Fitzgerald-Kennedy.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Gérard ROBIN
Les obsèques auront lieu
le vendredi 12 janvier 2018,
à 16 heures, au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise,
71, rue des Rondeaux,
Paris (20e).
Elle adresse
ses sincères condoléances à
son épouse Danielle,
ses filles, Florence et Valérie,
et toute sa famille.
© Gettyimages
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Tél. 01 56 52 27 27
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mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
12
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
Tous les jours sauf le vendredi, neuf jeunes femmes âgées de 16 à 20 ans s’entraînent dans une ancienne base militaire reconvertie en gymnase de fortune située à Sadr City, au nord-est de Bagdad.
ÉMILIENNE MALFATTO
À Bagdad, l’haltérophilie
au féminin renverse les clichés
ÉMILIENNE MALFATTO
£@emalfatto
Bagdad
es mains sont blanchies par la magnésie, cette poudre qui permet une
meilleure prise. Le regard est fixe. Le
visage rougi. Les muscles bandés dans
la préparation de l’effort à venir. Elle
expire bruyamment, deux fois, dans
l’air déjà saturé de sueur. Crispe le visage. Un cri. Alors Huda Salem, 20 ans, soulève
soixante-dix kilos de fonte. Sa silhouette massive,
musclée, moulée dans un caleçon de sport, se détache sur les parois du gymnase. Derrière elle, sur le
mur du fond, des lettres géantes rappellent que
« Dieu est le plus grand ». Allah akbar, la devise du
drapeau irakien. La scène se passe à Sadr City, banlieue déshéritée du nord-est de Bagdad. Le quartier
est plus renommé pour ses attentats que pour ses exploits sportifs. Habité quasi exclusivement par une
population chiite, Sadr City est régulièrement visé
par des groupes extrémistes sunnites, comme
l’organisation État islamique (EI).
Le quartier est aussi et surtout un bastion des
conservateurs – l’une des rares zones de la capitale
irakienne où les femmes portent systématiquement
l’abaya, le voile intégral noir, par-dessus leur hijab.
Ce n’est pas pour rien qu’il s’appelle Sadr City, du
nom du controversé leader politique et religieux
Moqtada Sadr, ennemi juré de l’armée américaine
dans les années 2000. Avant 2003, l’endroit s’appelait
« Saddam City », en hommage à Saddam Hussein.
Avant cela encore, « Madinat al Thawra », la ville de
la révolution. Mais seuls les vieux s’en souviennent.
Le quartier, construit au début des années 1960, se
voulait un espace de vie moderne, rationalisé,
construit selon un plan en damier et divisé en « secteurs ». Raté. Les familles s’entassent – les conflits
successifs ont fait affluer des vagues de déplacés. Des
habitations sauvages – presque des bidonvilles – ont
vu le jour. L’électricité est une vaste plaisanterie, le
tout à l’égout, une utopie. Plus de deux millions de
personnes s’entassent dans cette banlieue délabrée.
Alors, entraîner des jeunes filles à soulever de la fonte, au nez et à la barbe – c’est le cas de le dire – des interdits sociaux, il fallait oser.
L
La banlieue chiite
de Sadr City est plus
réputée pour ses attentats
sanglants que pour les
exploits de ses sportives.
C’est pourtant
dans ce quartier
ultraconservateur
de Bagdad qu’une équipe
de jeunes filles soulève
de la fonte avec à sa tête
Huda, championne d’Irak
d’haltérophilie.
A
La main de fer du « Professeur Abbas »
L’idée est venue d’un homme. Originaire du quartier.
La cinquantaine, grisonnant, râblé, Abbas Ahmed
Abbas a le visage sévère et des lunettes dont les reflets
empêchent de distinguer bien les yeux. Il les ôte
promptement – accès de coquetterie inattendu – si
on sort un appareil photo. Il dirige ses filles d’une
main de fer. Pas de numéro de téléphone – l’appareil
en lui-même est admis, pas la carte SIM –, pas de petit copain, pas d’e-mail ni de réseaux sociaux. « Tout
ça, c’est dangereux », assène-t-il sans plus d’explication. Il entend garder ses filles sous une autorité incontestée et sans partage. Et, à ce titre, tient à ce que
les athlètes soient célibataires. Être mariée ou fiancée, c’est incompatible, assure-t-il. Une des jeunes
filles avoue néanmoins avoir un « amoureux » dont
elle montre furtivement le portrait, loin des yeux et
des oreilles de celui qu’on appelle ici, respectueusement, Ustad Abbas. « Professeur Abbas ».
« Au début j’étais entraîneur de l’équipe nationale
masculine d’haltérophilie et, dans ce cadre, je voyageais à l’étranger », se souvient-il. « Dans les compétitions, je voyais les filles étrangères, asiatiques,
arabes… C’est ça qui m’a donné l’idée de créer une
équipe féminine. » C’était en 2011. Aujourd’hui, il
entraîne neuf jeunes femmes âgées de 16 à 20 ans.
Tous les jours sauf le vendredi – jour de repos musulman –, les athlètes se retrouvent dans une ancienne
base militaire reconvertie en palestre de fortune.
Le salaire de la sueur
Les haltères sont vétustes, les tatamis élimés, les murs
écaillés – sauf celui qui arbore le drapeau national.
Peu ou pas d’aide gouvernementale, même si les athlètes reçoivent un salaire de l’État – 500 dollars par
mois et 700 dollars pour Huda Salem, star de l’équipe,
championne nationale. Elle peut soulever jusqu’à
111 kg en épaulé-jeté, technique qui consiste à tirer
l’haltère depuis le sol jusqu’aux épaules, puis à la
pousser au-dessus de la tête, bras tendus. Ce record
personnel date des Jeux asiatiques, tenus au Turkménistan en avril 2017. Huda s’y est classée quatrième
dans sa catégorie. « Bientôt, inch’Allah, je soulèverai
davantage. » Avant l’effort, elle crie le nom de
l’imam Ali ou de l’imam Hussein, deux figures centrales de l’islam chiite. « Je les invoque, c’est comme
une bénédiction, une façon de me donner de la force. »
Les filles, toutes originaires de Sadr City, partagent
la salle de sport avec d’autres clubs sportifs du
quartier. Des clubs masculins, donc. Cela ne pose pas
de problème. Un vent de liberté, un rapport serein au
corps et au sexe opposé – du moins plus serein qu’il
l’est d’ordinaire dans la société irakienne – semblent
prévaloir entre les murs du gymnase. Chacune, ici, est
libre de s’habiller comme elle veut – manches longues
ou courtes, par exemple. Libre également de se couvrir
ou non la tête. Zohra laisse son chignon à l’air libre
tandis que Khadija arbore un petit bonnet. Deux adolescents – dont le fils d’Abbas – s’entraînent parfois
avec elles. En toute tranquillité. « C’est normal, c’est le
sport. On est ici pour s’entraîner, pas pour autre chose », lâche Huda en haussant les épaules, comme pour
montrer que la question des rapports hommes-femmes n’a, ici, que peu d’importance.
C’est pourtant la tendance inverse qui semble prévaloir dernièrement en Irak. Les femmes y ont vu de
facto leurs libertés restreintes au cours des dernières
années. Dernier exemple en date : en novembre 2017, des députés ont proposé de légaliser le
mariage des fillettes chiites à partir de 9 ans, pro-
Au début j’étais entraîneur de l’équipe nationale
masculine d’haltérophilie et, dans ce cadre,
je voyageais à l’étranger. Dans les compétitions,
je voyais les filles étrangères, asiatiques, arabes…
C’est ça qui m’a donné l’idée de créer une équipe
féminine ABBAS AHMED ABBAS, ENTRAÎNEUR D’HALTÉROPHILIE
»
voquant un tollé dans le pays et à l’étranger. La loi
actuelle, qui date de 1959, interdit officiellement le
mariage avant 18 ans.
L’équipe d’Abbas Ahmed Abbas apparaît comme un
ovni dans ce contexte. Une majorité d’Irakiens ignore
même son existence. Mais, à Sadr City, les choses se
passent étonnamment bien – la plupart du temps, du
moins. Entraîneur et athlètes connaissent les codes, les
limites à ne pas dépasser. « Les familles des filles sont
d’accord pour qu’elles viennent s’entraîner », explique
le coach, même s’il avoue devoir composer avec les
sensibilités du quartier. « On va voir les parents, on leur
explique, et ils voient qu’il ne se passe rien de choquant ni
de répréhensible ici. » Abbas a même un minivan dans
lequel il transporte les sportives, de la maison au
gymnase, du gymnase à la maison.
Parfois pourtant, comme aujourd’hui, Huda rentre
à pied avec sa petite sœur Hadeel, 17 ans, elle aussi
membre de l’équipe. Leurs parents habitent à moins
de cinq cents mètres de la salle d’entraînement. Une
fois changées, avant de sortir du gymnase, les deux
sœurs au teint cuivré enfilent un hijab et une chemise
longue sur leurs jeans. Rien de plus – pas d’abaya.
Sortie dans la rue. Retour à la réalité. D’immenses
panneaux font la promotion de milices chiites. Sur
l’un d’eux, un combattant, la tête couverte de vert
émeraude – couleur de l’islam –, affronte seul une
armée indistincte brandissant des drapeaux américains, britanniques et israéliens. Un peu partout, le
visage agrandi de Moqtada Sadr flotte sur des
drapeaux – l’œil torve mais les traits étonnamment
poupins sous l’inévitable turban noir.
Un père, milicien en survêtement
La famille Salem habite une maison de briquettes nues
écrasée entre deux autres masures dans une rue de
terre battue. Deux étages, un toit-terrasse. Des
colombes qui roucoulent dans leur cage. Les filles regagnent leur chambre, au premier. Au mur, un ours
en peluche géant rapporté d’une compétition à Doha.
Et l’inévitable portrait de l’imam Hussein, stylisé,
beau et tragique, les yeux fardés de khôl rivés à jamais
sur l’écran plat qui, en face, diffuse des clips dignes de
MTV – version monde arabe – que Hadeel regarde
passionnément.
Et puis, dans deux boîtes, il y a les – nombreuses –
médailles. Le père des deux sœurs fouille parmi les
rubans, exhibe les récompenses. Salem Ne’am,
grand et maigre, la cinquantaine bien tassée, ne
pourrait pas être plus fier de ses filles. Lui-même
adore le sport, il a été entraîneur de football, continue de s’habiller en survêtement, suit passionnément les matchs – la question classique ici, Real ou
Barça, est rapidement soulevée.
Mais M. Ne’am, à l’image de l’Irak, est pétri de
contrastes. Il est également membre des milices
chiites Hashd al-Shaabi, plus connues pour leurs
idées conservatrices que pour leur soutien au sport
féminin. En 2014, il a même pris les armes pour se
battre contre l’EI qui approchait dangereusement de
Bagdad, raconte-t-il simplement, assis par terre
dans le salon où son fils cadet sert le thé. La décoration elle-même est à l’image des nuances de la société irakienne : la pièce est tapissée de photos de football et de Huda en compétition. Et, collé sur la porte
du frigo, Moqtada Sadr, en version sticker, observe
la championne d’un œil sombre. ■
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
CHAMPS LIBRES
13
ÉCONOMIE
Les bulles sont-elles de retour
sur les marchés financiers ?
Bertille Bayart
bbayart@lefigaro.fr
FINANCE « Wow ! » Sur son fameux
compte Twitter, mi-décembre, Donald
Trump a salué sans retenue le 70e record
de l’année battu par l’indice Dow Jones.
Du jamais-vu. Sur les marchés financiers, 2017 a été un millésime exceptionnel. Wall Street a gagné plus de 25 %,
l’indice technologique Nasdaq, 28 %. Le
CAC a été plus sage, mais il a tout de
même enregistré une hausse de 9,26 %.
Cette euphorie est-elle légitime ou témoigne-t-elle de la formation de nouvelles bulles, voire de la perspective
d’une nouvelle crise financière, dix ans
après celle, ravageuse, des subprimes ?
❙ LE TERREAU DES BULLES
On sent chez certains acteurs et gendarmes de la finance comme une pointe d’inquiétude. Des bulles ? « Il doit y en avoir,
répondait dans nos colonnes Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs, mi-novembre. Je n’ai jamais vu autant d’anxiété
sans raison spécifique d’être anxieux. » Cet
automne, le FMI, puis l’Esma, l’autorité
européenne des marchés financiers, ont
sonné l’alerte.
De fait, certaines des conditions nécessaires à la formation de bulles sont réunies.
Dans son Économie du bien commun, le
Nobel Jean Tirole décrit « les circonstances macroéconomiques dans lesquelles une
bulle financière peut émerger », en l’occurrence une situation dans laquelle le
taux d’intérêt dans l’économie n’excède
pas la croissance. Nous y sommes. Au niveau microéconomique, un actif sujet à
bulle suppose, d’une part, de n’exister
qu’en « quantité limitée », et d’autre part
d’avoir un horizon long de façon à ce que
l’investisseur qui l’achète puisse croire
qu’il empochera un gain en le revendant.
Enfin, la bulle se définit, selon les travaux
de Robert Schiller, par un processus de
déconnexion entre le prix d’un actif et les
dividendes ou autres bénéfices qu’il procure. Par exemple, le prix d’un appartement est supposé refléter la valeur actualisée des loyers qu’il rapportera.
Des records
de ventes d'actifs
Un tableau de Léonard de Vinci
a été adjugé
450,3 millions de dollars
Le mercato footballistique bat des
records avec le transfert du Brésilien
Neymar de Barcelone au PSG, pour
222 millions d'euros
Le plus gros diamant jamais
présenté à une vente aux enchères,
est vendu pour près de
34 millions de dollars
❙ LA SOIF DE RENDEMENT
Les bulles
dans le passé
D’autres actifs non traditionnels attirent
l’attention, comme l’art, dont le marché
bat des records. Certains actifs financiers
interrogent aussi, comme le financement
des rachats par LBO (Leverage buy out)
opérés par le capital-investissement. De
même, les volumes des crédits automobiles et des prêts étudiants aux États-Unis
ont progressé respectivement de 50 % et
100 % en dix ans, et leurs taux de défaut
grimpent, évoquant le souvenir des subprimes immobiliers. Ces crédits « ne provoqueront certainement pas la prochaine
crise, parce que ce sont des risques connus.
La plupart des crises viennent de risques
auxquels nous sommes restés aveugles »,
affirmait, dans Les Échos en juillet, Raghuram Rajan, ancien chef économiste du
FMI. Si l’on suit son raisonnement, l’évolution des prix de l’immobilier résidentiel,
qui montre dans certains pays des signes
de surchauffe, et surtout de l’immobilier
commercial, ne seraient pas non plus le
prochain déclencheur de la crise, tant la
pierre a par le passé été le détonateur de
graves déflagrations financières.
Pour certains, la bulle la plus dangereuse
du moment serait ailleurs, tellement
énorme qu’elle se déroberait aux regards. Il s’agit du marché des actions
américaines. Albert Edwards, stratégiste
de la Société générale connu pour son
penchant pour les sombres prédictions,
voit dans le phénomène du bitcoin une
distraction. « Une bulle peut être identifiée par l’intensité et la persistance d’une
hausse des prix car même les sceptiques et
les opposants systématiques sont emportés dans un raz de marée haussier », explique-t-il en rappelant les propos de
l’ancien patron de Citigroup Chuck Prince : « Tant que la musique joue, il faut
danser. » Pour Albert Edwards, il est
probable que les investisseurs du
S&P 500 dansent sur un volcan. Il en
veut pour preuve la « situation de surachat record depuis 1995 », matérialisée
par l’évolution du RSI, un indice technique qui mesure la pression acheteuse sur
les cours. D’autres clignotants sont au
rouge. Et notamment l’indicateur fourni
par le ratio cours sur bénéfices (Price
earning ratio) ajusté sur le cycle (avec les
bénéfices moyens calculés sur dix ans).
Ce ratio atteint un niveau de 32,4 qu’il
n’a historiquement dépassé qu’en deux
L’euphorie ambiante n’est pas sans fondement. Elle répond à une accélération de la
croissance mondiale, qui se révèle supérieure aux anticipations, et de la progression des bénéfices. Le risque politique reste
important, notamment au Moyen-Orient
ou encore avec la Corée du Nord. Mais il a
plutôt diminué en Europe. Bref, chaque
record boursier n’est pas une preuve de
plus de bulle. Pour autant, tout ne tourne
pas rond sur la planète finance, gonflée à
l’hélium par les liquidités des banques
centrales, anesthésiée par ce traitement au
point de ne plus donner assez de prix au
risque, et qui se complaît dans des situations exorbitantes d’endettement public et
privé. Le mouvement haussier des marchés s’est réalisé en 2017 dans une mer
d’huile, caractérisée par une volatilité historiquement basse et en cela inquiétante.
Cette période peut s’avérer dangereuse,
justement parce que tout semble aller bien.
Parce que l’illusion d’une sortie de crise
peut inciter à un mouvement de dérégulation comme cela s’est produit avant le
krach de 1987, avant celui de 2000-2001,
et enfin avant la faillite de Lehman Brothers. Après 2007-2008, tout a changé. Le
système financier a été reconstruit, s’est
consolidé. A-t-on ainsi tant appris que
l’on ne refera pas les mêmes erreurs ? Pas
si sûr. La prochaine crise n’est peut-être
pas imminente. Mais ce n’est certainement pas le moment de croire que « cette
fois, c’est différent ». Ce sentiment-là, souligné en titre de l’histoire de huit siècles de
folie financière rédigée en 2009 par
Carmen Reinhart et Kenneth
Rogoff, est, pour le coup,
l’indicateur le plus
certain de la formation de bulles. ■
dica
Les taux d'intérêt
au plus bas
6
TAUX À 10 ANS EUROPE
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4
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1997 2001 2005 2009 2013 2017
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ÉVOLUTION DU NASDAQ
en points
6
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2000 : éclatement
de la bulle Internet
2
1997 2001 2005 2009 2013 2017
5 000
1635
La bulle immobilière
américaine
INDICE DES PRIX
IMMOBILIERS
AUX ÉTATS-UNIS
1636
1637
20 000
Base 100 en 1980
5 000
SEPT. 2008 :
faillite de la banque
Lehman Brothers
2013
8 janvier 2018
Économies avancées du G20
Source : U.S. Federal Housing Finance Agency
250
200
150
100
2016
250
15 000
1 000
300
1980
1 0 000
0
25 000
3 000
2007 : crise
des subprimes
350
L'envolée du bitcoin
Les indices boursiers
au plus haut depuis
la bulle Internet
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ÉVOLUTION DU CAC 40
DEPUIS 30 ANS
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en points
0
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15 390
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2000 : éclatement
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de la bulle Internet
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SEPT. 2008 :
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Lehman Brothers
5 000
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CETTE FOIS,
DIFFÉRENT »
❙ «C’EST
t
ten
ÉCHELLE LOGARITHMIQUE, en florins
Des actifs non traditionnels ? Le bitcoin,
la plus fameuse des cryptomonnaies, en est
la meilleure illustration. Les experts des
marchés sont quasiment unanimes pour
affirmer que la pureté de la courbe ascendante de sa valeur offre le spectacle en direct d’une bulle en formation. Et tous n’ont
pas attendu que le cours franchisse la barre
des 10 000, puis des 15 000 dollars. Dans
son Économie du bien commun, édité en mai
2016, Jean Tirole évoquait déjà « un cas
d’école ». L’envolée du bitcoin rappelle
l’ancêtre de toutes les bulles, celle de la tulipe au XVIIe siècle, quand les marchands
hollandais spéculaient l’automne sur la valeur des fleurs qui écloraient le printemps
suivant, jusqu’à perdre tout sens de la réalité et donner à chaque bulbe le prix de plusieurs hectares de terre. Ce n’était plus la
valeur de la fleur qui comptait, mais le prix
que chacun était prêt à payer en comptant
qu’il revendrait ensuite plus cher. Le bitcoin serait la tulipe du XXIe siècle, selon le patron de Credit Suisse,
Tidjane Thiam. « La seule
raison aujourd’hui pour
acheter ou vendre du
bitcoin est de gagner de l’argent,
ce qui est la
définition
❙ UNE MÉGABULLE ?
uiè
La tulipe :
première bulle de l'histoire
❙ LE BITCOIN, CAS D’ÉCOLE
occasions : juste avant le krach de 1929 et
en l’an 2000, en pleine bulle Internet.
Patrick Artus reconnaît que les valorisations sont élevées. Sans être forcément
extravagantes, même pour les Gafam
(Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), dont les capitalisations ont explosé, mais dont les PER ressortent entre 25 et
30, moitié moins que ceux du Nasdaq de
l’an 2000. Dans une présentation devant
l’American Economic Association la semaine dernière, l’ancien chef économiste
du FMI Olivier Blanchard expliquait que
sur les 22,4 % de hausse de l’indice S&P
depuis l’élection de Donald Trump,
10 points correspondent effectivement à
une augmentation des bénéfices, et
5 points à l’anticipation des effets de la réforme fiscale. Les primes payées par les investisseurs sont à ses yeux du niveau de
celle constatées en 2000-2005 plutôt que
de 2006-2007. Pour lui, il n’y a pas là, ou
du moins pas encore, d’éléments significatifs constitutifs d’une bulle.
même de la spéculation et la définition même
d’une bulle. » Et la fièvre gagne d’autres
cryptomonnaies, surtout le Ripple.
in q
Le contexte actuel semble propice à la
formation de bulles. Question de calendrier : dix ans après la crise des subprimes,
les experts scrutent les signaux du prochain retournement de cycle. Question de
circonstances surtout : les marchés
d’aujourd’hui sont façonnés par les politiques exceptionnelles mises en œuvre par
les banques centrales pour répondre justement à la crise de 2007-2008. Ils sont caractérisés par des taux d’intérêt incroyablement bas (qui amorcent une remontée
aux États-Unis) et une liquidité surabondante. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), les bilans des banques
Source : AFP
centrales américaine, européenne et japonaise ont progressé de quelque 8 300 milliards de dollars depuis 2008, quand le PIB
de ces zones a augmenté de 2 100 milliards.
Soit 6 200 milliards de dollars de liquidités
excédentaires créées sur la période.
Dans son rapport de stabilité financière de
l’automne, le FMI résumait ainsi la situation : « Il y a trop d’argent en quête d’actifs
rentables. » Les actifs qui rapportent manquent ou sont peu accessibles. Le nombre
d’actions cotées aux États-Unis n’augmente pas assez, car les introductions en
Bourse sont moins à la mode et, comme le
souligne Patrick Artus, chef économiste de
Natixis, les entreprises américaines rachètent l’équivalent de 3 % à 4 % de leur capital chaque année, créant un phénomène de
raréfaction. Côté obligations, les volumes
de dette d’entreprise ont certes beaucoup
augmenté (de 35 % depuis 2010 aux ÉtatsUnis). Mais selon le FMI, il n’y a aujourd’hui que l’équivalent de 2 000 milliards de
dollars d’obligations de qualité raisonnable
(notées « investment grade » par les agences) qui rapportent au moins 4 %, contre
16 000 milliards avant la crise. En Europe,
les achats de la BCE viennent mordre dans
les quantités disponibles pour les autres
investisseurs.
L’écrasement des taux d’intérêt aplatit les
rendements. Après sept à huit ans de ce
régime, relève Patrick Artus, les rendements moyens des portefeuilles des assureurs-vie allemands sont tombés à 1,2 %,
ceux des français à 1,8 %. « Les primes de
risques sont écrasées, souligne-t-il. Plus
les taux restent bas longtemps, plus l’incitation à aller chercher des actifs non traditionnels est forte. »
1997
2001
2005
Source : Bloomberg
2008
10 000
5 000
1997 2001 2005 2009 2013 2017
Dow
Do
w Jones
ÉVOLUTION
ÉVO
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N SUR 10: A
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ÉVOLUTION SUR 10 ANS
en points
200
Chine
150
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50
Économies émergentes du G20*
1990 94
98
02
06
10
14 16
La dette mondiale
atteint des sommets
Source : FMI * hors Chine
ÉVOLUTION DE LA DETTE
DES PAYS DU G20, en % du PIB
A
L’année 2017 a été
exceptionnelle
sur les marchés.
L’envolée du bitcoin
est-elle le signe
avant-coureur
de la formation
de bulles
dont l’explosion
serait ravageuse ?
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
République
■ Le
débat sur la laïcité, spécifiquement français, ne cesse de refaire surface. Deux
conceptions s’affrontent : l’une défend une vision stricte de la neutralité de l’espace public, l’autre prône une vision plus « ouverte » qui permettrait l’expression absolue de
toutes les croyances. Pour la
philosophe Chantal Delsol, il
y a une certaine hypocrisie à
affirmer que toutes les religions ont un rapport similaire à la laïcité. Elle rappelle les
fondements judéo-chrétiens
et la difficulté particulière de
a volonté des gouvernants
en modernisant ou si l’on veut
l’islam à s’y adapter. La phiet des médias est constante
en « protestantisant » leur propre
losophe Catherine Kintzler
de tenter de mettre le judéoreligion. C’est bien d’ailleurs parce que
défend la « respiration laïchristianisme et l’islam
cette évolution vers la laïcité exige un
que » selon elle libératrice
sur un pied d’égalité,
changement profond, parce qu’elle ne
en ce qu’elle permet de suafin de diluer dans un grand
correspond pas à la tradition islamique,
chaudron étiqueté « religion » les
qu’elle suscite la constitution de
bordonner le droit d’apparcomportements parfois si archaïques
groupes intégristes bientôt terroristes.
tenance au droit de non-apet inacceptables de l’islam. Certains
La laïcité est à l’origine (sous forme
partenance.
Le problème religieux vis-à-vis de la laïcité
française est spécifique aux musulmans
L
de nos gouvernants sont tentés
d’éradiquer tout signe religieux d’où
qu’il vienne, afin de ne pas faire preuve
de « discrimination » envers l’islam –
idée simplissime, et contre-productive
dans sa pathétique sottise.
Un soupçon d’honnêteté nous
impose pourtant de distinguer ce qui est
tellement différent. Nos contemporains
n’aiment pas distinguer, ils voient là
des discriminations, et leur désir
inaltérable d’égalité les emmène
vers toujours plus d’indifférenciation.
C’est ainsi qu’on se livre à longueur
de médias à des amalgames assez
monstrueux : il suffirait d’être un peu
patient avec l’islam, puisque
le catholicisme aussi a mis des siècles
à devenir tolérant et à abandonner
ses prétentions au pouvoir temporel.
Comme si la laïcité était un cadeau
du temps, un simple produit
de l’habitude. Alors que la laïcité est,
en réalité, la manière française de dire
cette séparation du politique et du sacré
qui s’appelle sécularisation chez tous
les Européens et apparaît
très anciennement chez les Grecs
(au VIIe siècle avant J.-C. avec
la création de l’Archontat à Athènes),
et surtout chez les chrétiens avec
le « rendez à César ce qui est à César,
et à Dieu ce qui est à Dieu ». Il n’y a ni
séparation entre le politique et le sacré,
donc ni sécularisation ni laïcité,
dans la religion
musulmane.
Cela ne veut pas
dire que nombre
de musulmans
de France, français
La philosophe rappelle que la laïcité est un produit
ou non, ne peuvent
de la tradition grecque et judéo-chrétienne.
adopter notre
Dire que toutes les religions sont également
laïcité et la vivre
hostiles à ce principe est faux et réducteur.
même avec ferveur,
CHANTAL DELSOL
POUR « LE FIGARO »
et les chrétiens d’organiser des prières
de rue ni de brandir le voile intégral
dans l’espace public : ils ne le font pas.
Le problème religieux vis-à-vis
de la laïcité française est spécifique aux
musulmans. Pour pouvoir se permettre
de s’opposer aux usages musulmans
qui vont à l’encontre de la laïcité,
on se croit alors obligé d’aller reprocher
aux chrétiens jusqu’à leurs legs
de sécularisation), notre invention
culturels, comme l’exposition des
et notre produit : celui des peuples
crèches. Rappel d’un événement vrai
grecs et judéo-chrétiens. Elle découle
et fondateur pour les croyants,
directement, et même abruptement,
la crèche est devenue pour les nondes caractéristiques spécifiques de ce
croyants un mythe signifiant de
Dieu, qui donne la liberté à l’homme
l’histoire de l’Occident. Toute grande
et par conséquent le laisse agir dans
croyance établie sur le long terme laisse
sa sphère, celle immanente – celle du
des mythes à ses bords, comme
politique. Un Dieu qui laisse sa créature
la vague de la mer laisse l’écume.
faire et assumer ses propres errements.
En Occident, les mythes, histoires
Il n’en va pas du tout de même avec
ni vraies ni fausses
mais signifiantes
On ne peut pas, on ne doit pas,
et édifiantes,
proviennent
dans l’affolement face au terrorisme
du judéoreligieux et dans la volonté d’égalité
christianisme,
ce qui est normal
de traitement entre les religions,
puisque c’est cette
supprimer toute mention évoquant
religion qui nous
la religion dans l’espace public
a structurés.
S’il y a aujourd’hui
un islam de France, puisque
l’islam, qui n’est pas une religion
10 % des Français sont musulmans
de liberté, mais d’inclusion
(selon les chiffres d’Hakim El Karoui),
et de soumission – c’est le mot même.
pour autant nous ne sommes pas
Aussi l’importance, et l’obligation,
habités par les croyances/mythes des
de respecter la laïcité, ne signifie pas
razzias de Mahomet ni la vision des
du tout la même chose en France
femmes de Mahomet. Nous sommes
pour des judéo-chrétiens et pour
structurés par l’histoire d’Abraham
des musulmans. Pour les premiers
et d’Isaac ou par les histoires des saints
elle est la suite légitime de toute leur
chrétiens. La crèche de Noël, à laquelle
histoire, qu’ils n’ont pas toujours,
les chrétiens prêtent foi, représente
loin de là, respectée correctement,
pour les non-chrétiens un mythe
mais qu’ils n’ont pas de raison de ne pas
culturel actif, racontant comment
respecter à moins de se nier
le salut ne vient jamais de la grandeur
eux-mêmes : on demande juste
mais toujours d’une forme
à l’inventeur de reconnaître son
de la pauvreté. On ne peut pas,
invention… Pour les musulmans,
on ne doit pas, dans l’affolement face
c’est autre chose, puisque toute leur
au terrorisme religieux et dans
histoire dit précisément le contraire.
la volonté d’égalité de traitement entre
On tient, et on a raison, à ce que
les religions, supprimer toute mention
toutes les religions sans exception
évoquant la religion dans l’espace
se sentent concernées par la laïcité
public. S’il est vrai que la foi est intime,
et obéissent à ses exigences. Cependant
la religion ne peut être tout à fait exclue
on n’a pas besoin d’empêcher les juifs
«
»
ni bannie des apparences. Elle fait
partie de notre existence au même titre
que la culture et l’histoire.
Elle représente une partie
de l’atmosphère de notre incarnation.
Depuis les premiers attentats
meurtriers, il a été demandé avec force
et bien légitimement d’éviter
les amalgames entre les terroristes
musulmans et la population
musulmane largement modérée
(c’est d’ailleurs cette population qui
prend le risque de s’amalgamer ellemême aux terroristes quand elle garde
un silence assourdissant– un des traits
qui marque notre différence culturelle :
il est clair que si un groupe de
catholiques cinglés se mettaient à tuer
ainsi en commandos, nous cesserions
illico de dormir tant que nous n’aurions
pas réussi à nous démarquer d’eux par
tous arguments imaginables). Mais il est
étrange de voir l’amalgame qui est fait
dans le même temps, et d’aussi bon
cœur, entre le judéo-christianisme
et l’islam – comme si ces deux religions
avaient autant de mal l’une que l’autre
à assumer la nécessaire laïcité. Alors
que la première est simplement la mère
nourricière de la laïcité, bien avant
les républicains bruyants, et connaît la
chanson mieux que tous ses successeurs
donneurs de leçons. Et que la seconde,
qui n’est pas née dans le même
chaudron, doit tout apprendre de cette
séparation du politique et du sacré. Ce
qui est loin d’être acquis. Il faut arrêter
de sanctuariser l’islam pour se racheter
face à d’anciens colonisés. Ce n’est pas
seulement l’islamisme, c’est l’islam
tout court qui doit tout apprendre sur
la laïcité, la tolérance et l’émancipation
des femmes. Les 10 % (selon Hakim
El Karoui) de musulmans français,
ou installés en France, sont bienvenus
s’ils acceptent notre art de vivre,
et en premier lieu la laïcité avec tout
ce qu’elle comporte. Mais ce n’est pas
en nous inventant des vices que nous
les porterons à notre niveau. C’est en
les respectant tels qu’ils sont puis en
leur donnant envie de nous ressembler
– ce qui suppose que nous cessions
de nous mépriser nous-mêmes.
La laïcité est l’articulation de deux principes :
neutralité et liberté d’expression
e régime de laïcité
est difficile à comprendre,
car il articule deux
principes. D’une part l’idée
selon laquelle ce qui
participe de l’autorité
publique s’abstient au sujet des
croyances et incroyances – c’est le
principe de laïcité stricto sensu. Mais
il ne faut pas oublier l’autre aspect,
qui donne sens au principe précédent
et qui est conditionné par lui : partout
ailleurs y compris en public, c’est
la liberté d’expression qui s’exerce
dans le cadre du droit commun.
La méconnaissance (parfois
volontaire) de cette dualité entraîne
des malentendus et des dérives.
Une première dérive consiste
à vouloir étendre à l’autorité publique
le principe qui vaut pour la société
civile : ce sont les tentatives
d’« accommodements »,
de « toilettage », qui aboutissent
à la reconnaissance des communautés
en tant qu’agents politiques.
L’autre dérive, symétrique, consiste
à vouloir appliquer à la société civile
l’abstention que la laïcité impose
à l’autorité publique : position
extrémiste
qui prétend
« nettoyer »
l’espace social
La philosophe* rappelle les fondements du régime de toute visibilité
religieuse
laïque, qui installe une dualité entre
(revendication
une abstention de l’État quant aux croyances
brandie
et une liberté d’expression dans la société civile.
principalement
CLAIREFOND
L
A
CATHERINE KINTZLER
commun, y porter un signe religieux,
s’y exprimer religieusement, y prier
pourvu que cela ne contrarie aucun
autre droit. Ce n’est pas parce
qu’elles sont religieuses que
des prières « de rue » sont interdites,
mais parce qu’elles s’imposent à
autrui et accaparent la voie publique :
elles sont soumises à la même
réglementation que les manifestations.
Ce n’est pas comme signe religieux
que le voile intégral est interdit
dans la rue, mais parce qu’il est une
des façons de dissimuler
volontairement
L’adhésion à une communauté
son visage.
La loi du 14 novembre
n’est vraiment un droit
1881 « sur la liberté
que si elle est subordonnée
des funérailles »
pose le principe
au droit de non-appartenance
de non-discrimination
dans les cimetières. Ceux-ci sont
Les objets de la voie publique
des lieux publics civils, où toute
sont soumis au principe de laïcité
marque de reconnaissance des
- on ne peut donc pas y placer de
différentes confessions est prohibée
signe religieux, cela depuis l’entrée en
dans les parties communes, seules
vigueur de la loi du 9 décembre 1905
les sépultures pouvant faire apparaître
et sauf les exceptions prévues par la loi
des signes propres à la religion du
(article 28 : « Il est interdit, à l’avenir,
défunt. Depuis l’entrée en vigueur de
d’élever ou d’apposer aucun signe ou
cette loi, l’apposition d’un emblème
emblème religieux sur les monuments
religieux à l’entrée d’un cimetière est
publics ou en quelque emplacement
donc illégale, ainsi que l’existence de
public que ce soit, à l’exception des
« carrés confessionnels » indiqués par
édifices servant au culte, des terrains
des signes placés ailleurs que sur les
de sépulture dans les cimetières, des
tombes. Cela n’empêche pas un maire
monuments funéraires, ainsi que des
de décider de l’emplacement de
musées ou expositions. ») En revanche,
certaines sépultures, et de procéder
les personnes qui sont dans la rue
ainsi à des regroupements pourvu que
jouissent de la liberté d’expression :
ces derniers ne soient pas identifiables
on peut donc, dans le cadre du droit
contre une religion, l’islam).
Or la laïcité n’est ni l’une ni l’autre.
Elle rend possible la liberté
d’expression dans l’espace social
en astreignant la puissance publique
à la réserve en matière de croyances
et d’incroyances. Dès qu’on a une idée
claire de cela, on évite les
malentendus et les interprétations
réductrices.
Deux exemples peuvent illustrer la
difficulté et éclairer les malentendus :
celui de la rue ; celui des cimetières.
«
»
par des signes dans des parties
communes, et que personne ne soit
empêché ou obligé de s’y faire
inhumer au motif de sa religion
ou de sa non-religion.
Le régime laïque installe donc
une dualité : principe d’abstention
s’agissant des croyances
et incroyances dans le domaine
participant de l’autorité publique,
principe de libre expression partout
ailleurs. Cette dualité distingue
les espaces, les temps, les fonctions,
les discours. Cette disposition est
profondément libératrice. En effet,
elle s’oppose à l’uniformisation et par
là à tout intégrisme. Par exemple,
un élève qui ôte ses signes religieux
en entrant à l’école publique et qui
les remet en sortant fait l’expérience
concrète de cette dualité. J’appelle
cela la respiration laïque, qui permet
à chacun d’échapper au lissage
de sa vie - que celui-ci soit produit
par une étatisation abusive ou par
une exigence communautaire
de conformation négatrice
de la singularité. Dans une République
laïque, il n’y a pas d’obligation
d’appartenance : l’adhésion
à une communauté n’est vraiment
un droit que si elle est subordonnée
au droit de non-appartenance.
Aujourd’hui plus que jamais il importe
de consolider cette respiration, sans se
laisser impressionner par des discours
culpabilisateurs et identitaires.
* Auteur de « Penser la laïcité»,
Minerve, 2014
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
Que souhaiter au monde pour 2018 ?
ous fêterons cette année
le centième anniversaire de
la fin de la Première Guerre
mondiale. Elle fut le suicide
de l’Europe, après un siècle
(1815-1914) relativement
peu belliqueux, marqué par l’ancrage
de l’État de droit, de la stabilité monétaire,
des échanges commerciaux,
des influences culturelles réciproques,
du développement industriel, de la
recherche scientifique, de l’instruction
publique. La leçon de cet horrible conflit
a été tirée par tous les dirigeants français
et allemands depuis Charles de Gaulle
et Konrad Adenauer : la paix est le trésor
le plus précieux des sociétés humaines.
Ceux qui critiquent l’euro ont parfois
des arguments économiques qui tiennent
N
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
debout ; mais ils oublient le principal, à
savoir que l’Union monétaire – renforcée,
depuis la crise financière de 2008, par
l’Union bancaire – a été faite dans un but
politique : cimenter la paix sur le continent
européen. Il est regrettable que l’Union
européenne (UE) ait eu besoin des ÉtatsUnis pour imposer, il y a vingt ans, la paix
dans sa périphérie balkanique et qu’elle
n’ait pas pu prévenir la guerre, en 2014,
dans sa périphérie ukrainienne. Mais le fait
qu’elle ait maintenu la concorde entre ses
membres représente déjà une magnifique
réussite. Il serait irréaliste de souhaiter que
l’UE parvienne seule à réconcilier Kiev et
Moscou en 2018 : l’Amérique joue un rôle
trop important dans cette crise pour ne pas
être associée à sa résolution. Mais l’UE a
le devoir de renverser la tendance qui voit
ENTRE GUILLEMETS
9 janvier 1908 : naissance de l’écrivain
Simone de Beauvoir RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER
« Mémoires
d’une jeune fille rangée »
Je me disais que,
tant qu’il y aurait
des livres,
le bonheur
m’était garanti»
la discorde progresser dans ses rangs.
Au lieu de pointer du doigt un risque
fasciste qui n’existe pas en Europe
orientale, la Commission serait bien avisée
de concentrer son travail sur des dangers
réels. Puisse-t-elle assurer enfin
sa fonction première de protection
des frontières de l’Union face aux trafics
d’êtres humains et aux migrations illégales
en provenance d’Afrique ou d’Asie
centrale, ainsi que face au dumping
commercial et au pillage technologique
en provenance de Chine.
Cette valeur politique suprême
que représente la paix entre les nations,
l’Amérique et la Chine semblent l’avoir
bien saisie, du moins dans leur gestion
du dossier coréen. Pékin a su faire
de l’excellente diplomatie secrète. Le
président américain a salué la reprise du
dialogue entre le Nord et le Sud – qui se
fera ce mardi 9 janvier 2018 à la « Maison
de la paix du village de la trêve »,
à Panmunjom, où fut signé l’armistice
de juillet 1953. Mieux, Trump a accepté
la demande de Séoul d’un report
des manœuvres militaires annuelles
américano-sud-coréennes. Washington
semble avoir compris le danger de
l’idéologie néoconservatrice (qui préfère
la propagation de la démocratie à la paix)
et tiré les leçons du chaos créé par
les guerres préventives occidentales en
Irak (2003) et en Libye (2011). Une guerre
préventive contre une dictature aussi
militarisée que celle de Kim Jong-un
aurait pu avoir des conséquences
catastrophiques sur toute la péninsule.
Faisons le vœu que les Américains
fassent preuve d’un pragmatisme
équivalent au Moyen-Orient. Il serait
irresponsable qu’ils se retirent de
l’accord de dénucléarisation passé avec
l’Iran le 14 juillet 2015. Ce n’est qu’à
un rythme décidé par elle-même (et non
imposé de l’extérieur) que la Perse
abandonnera le régime archaïque dont
l’a dotée l’ayatollah Khomeyni il y a près
de quarante ans. Il serait en revanche très
responsable qu’ils persuadent Israël de
proposer enfin aux Palestiniens un État
viable en Cisjordanie et à Gaza. La bombe
démographique arabe est de loin la plus
dangereuse pour l’avenir de l’État juif.
Il faudra des décennies pour que les
sociétés musulmanes du Moyen-Orient
adoptent pleinement la démocratie,
mais du moins peut-on les aider
à revenir à la paix, grâce à des médiations
inventives. Le prince héritier d’Arabie
saoudite a raison de vouloir moderniser
sa société, mais il a eu tort de se lancer
dans une cruelle guerre aérienne
au Yémen. Jamais des chasseursbombardiers n’imposeront du ciel une
solution à un pays politiquement divisé.
La Russie verra les élections
présidentielles de mars 2018 reconduire
le tsar Poutine pour six ans. Faisons
le vœu qu’il construise enfin un État
de droit solide en Russie, qui a vocation
à rejoindre sa famille européenne. Si y
demeurent l’arbitraire et la corruption,
jamais cet immense pays ne développera
d’économie complémentaire à sa rente
pétrolière.
Une sainte exigence de gouvernance
est à souhaiter pour l’Afrique et
l’Amérique latine. Tristes sont les contreexemples de la République démocratique
du Congo et du Venezuela, où
s’accrochent au pouvoir des dirigeants
ayant fait la preuve de leur impéritie.
Pour faire progresser la gouvernance
dans le monde, mais aussi
la gouvernance du monde (pollution
des océans, réchauffement climatique,
etc.), on n’a pas trouvé mieux que
le multilatéralisme. Souhaitons-lui
une année prospère, sinon joyeuse.
ANALYSE
Eugénie Bastié
£@EugenieBastie
Quand le politiquement
correct réécrit les classiques
«
’idée m’a été suggérée
par le directeur
du théâtre, qui voulait
que je trouve un moyen
pour ne pas faire mourir
Carmen. Il estime qu’à
notre époque, marquée par le fléau
des violences faites aux femmes, il est
inconcevable qu’on applaudisse
le meurtre de l’une d’elles. » Voilà
comment Leo Muscato, metteur en
scène italien, a justifié la réécriture
de la fin de Carmen à l’opéra de Florence.
Dans sa mise en scène contemporaine,
qui se déroule dans un camp de Roms,
la jeune Bohémienne n’est plus tuée par
le brigadier Don José fou de jalousie,
mais appuie sur la gâchette et supprime
son agresseur.
Exit le moteur même de l’œuvre
de Georges Bizet, inspiré d’une nouvelle
de Prosper Mérimée qui disait lui-même
avoir puisé sa source dans les tragédies
grecques. Pas d’universalité
de la tragédie qui tienne pour les
déconstructeurs : l’hubris passionnelle
est réduite aux catégories sociologiques
contemporaines d’un « féminicide ».
« Carmen a été écrit il y a cent cinquante
ans, dans un contexte culturel différent.
Les temps changent, explique
au Telegraph Paolo Klun, le directeur
du Teatro del Maggio Musical. Il y a
dans certains opéras du XIXe une manière
de traiter les personnages féminins qui,
dans certains cas, n’est plus acceptable
aujourd’hui », a renchéri le directeur
du Festival d’Avignon, Olivier Py.
Faut-il également réécrire Othello
(encore un rôle négatif incarné par
une personne non blanche, pourrait
remarquer le CSA) alors que ce maure
jaloux tue Desdémone ? Antigone
L
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
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Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
emmurée par Créon ? Iphigénie sacrifiée
par Agamemnon pour plaire aux dieux ?
Certes, ce n’est pas la première fois
qu’une œuvre théâtrale subit les assauts
du politiquement correct. On ne peut
plus se rendre à l’opéra sans voir
les classiques réinvestis d’une charge
contemporaine contre le racisme ou
la lutte contre les discriminations. Mais
les attaques féministes contre les œuvres
ont pris une tournure particulière
depuis la campagne mondiale contre
le harcèlement lancée par l’affaire
Weinstein en octobre dernier. Un jour,
c’est une mère de famille britannique qui
réclame que le conte La Belle au bois
dormant soit expurgé des programmes
scolaires au motif que le jeune prince
embrasserait la princesse sans son
consentement, ce qui alimenterait
dans l’imaginaire collectif une « culture
du viol ». Un autre, c’est l’universitaire
Laure Murat qui écrit dans Libération
sa consternation après le revisionnage
du film Blow-up, chef-d’œuvre
d’Antonioni dont le héros principal est
un jeune photographe n’hésitant pas à
molester ses modèles féminins. Elle dit
son profond malaise quant à la « façon
odieuse et continue dont sont représentés
les rapports entre les hommes et les
femmes » dans ce film désormais
« inacceptable » et cite l’historien Régis
Michel : « L’art d’Occident ne sait parler
de sexe que sur un seul mode : la
violence. » Ce genre d’initiatives se
multiplie, à tel point que l’Observatoire
de la liberté de création, crée en 2003
pour défendre la liberté artistique contre
des associations dites réactionnaires
souhaitant protéger l’enfance de la
pornographie, s’inquiète désormais
d’une « nouvelle forme de censure venue
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
d’associations féministes et antiracistes ».
Dans un savoureux roman paru à
l’automne, L’Homme surnuméraire
(Rue Fromentin), l’écrivain Patrice
Jean imaginait la reconversion
professionnelle de Clément, passionné
de littérature au chômage, embauché
dans une maison d’édition pour
accomplir une tâche étrange : récrire
dans la collection « Littérature
humaniste » les grands classiques en
les expurgeant de tout propos
« nauséabond » raciste, misogyne ou
homophobe. « Aujourd’hui, le racisme
social de Molière est archaïque, on ne peut
plus mettre en scène des paysans parlant
le patois pour se moquer d’eux, c’est
vraiment abject, lui explique l’éditeur
en charge du projet. On ne peut plus
se permettre d’éditer des pages qui
bafouent l’humanité. » Ces lignes qui
relevaient de la fiction en septembre
semblent peu à peu devenir réalité.
Georges Steiner, dans son célèbre essai
Extraterritorialité, s’interroge
sur les rapports entre le mal et la création
artistique. Il répondait à Jean-Paul
Sartre, qui, dans Qu’est-ce que
la littérature ?, affirmait qu’il était
impossible d’écrire un bon roman faisant
l’apologie de l’antisémitisme. Steiner
contestait cette vision platonicienne,
rappelant qu’on pouvait, hélas, tout à fait
écouter Bach et lire Pouchkine puis se
lever tous les matins pour accomplir sa
sinistre tâche à Auschwitz. Les œuvres
artistiques ne sont pas là pour nous
édifier mais pour traduire de façon
universelle la dualité tragique de toute
existence humaine, déchirée entre
l’aspiration au bien et la tentation du mal.
Pour le reste, l’art est enfant de bohème,
il n’a jamais, jamais connu de loi.
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
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VOX
...CULTURE
« Céline est-il
un salaud sadien ? »,
par Robert Redeker
...CHRONIQUE
« Ce n’est pas seulement
Bizet qu’on assassine »,
par Gilles-William
Goldnadel
...SOCIÉTÉ
Policiers lynchés
à Champigny :
une indignation
et puis s’en va ?,
par Jérémy Collado
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
AGNÈS VERDIER-MOLINIÉ
Le lundi 29 janvier 2018
à 20 heures
Salle Gaveau
Réservations :
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www.lefigaro.fr/
rencontres.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
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Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 16 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
A
CHRONIQUE
15
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
llutaud@lefigaro.fr
l y a trois ans, Gad Elmaleh partait de zéro
aux États-Unis. Bien décidé à se hisser au
niveau des plus grands. Une démarche
personnelle et solitaire. Au pays de Donald Trump, il en a bavé. On lui demandait comment s’épelait son nom. Plus
personne ne lui réclamait de selfie. Au royaume
du stand-up, personne ne l’attendait. Le prix à
payer a été élevé mais il a réussi. Sa photo est désormais accrochée au Comedy Cellar, la Mecque
des humoristes. À Hollywood, sur Sunset Boulevard, son nom brille sur le fronton du Comedy
Store. Ce succès a de multiples conséquences
inattendues.
I
LE FIGARO. - Après trois ans à jouer en anglais
à travers les États-Unis, soit 164 shows
devant 80 000 personnes, vous venez de donner
votre dernière représentation à New York.
Êtes-vous satisfait ?
Gad ELMALEH. - Vous voulez que je fasse un
bilan ? Un bilan sanguin alors, pas un dépôt de bilan (rires). Je suis passé des comedy clubs où une
poignée de gens vous regardent d’un œil en
mangeant un burger, au Carnegie Hall. Ce soir-là,
ma mère a eu autant le trac que pour mon premier
Olympia.
De Seth Meyers (NBC) à Stephen Colbert (CBS),
vous avez été invité dans la quasi-totalité
des late night shows regardés par des millions
d’Américains. En coulisses, comment cela
se passe-t-il ?
Leurs studios sont très petits. Les Américains sont
extrêmement efficaces et professionnels. Avant
l’émission, on discute du sketch que je vais faire et
j’envoie le texte au producteur. Il le renvoie avec
des commentaires. Il vous demande de jouer le
texte avec ses notes dans un comedy club. Il faut se
filmer et lui envoyer le résultat. Ensuite, il vient
avec son équipe me voir le jouer sur scène. Quand
j’arrive sur le plateau télévisé, il n’y a aucune
surprise. Je suis très reconnaissant à Michel
Drucker de m’avoir fait faire ma première télévision, en 1995. Si j’avais découvert ce monde
maintenant, j’aurai été très déstabilisé.
Quelles émissions rêvez-vous de faire là-bas ?
Je vais faire celle de Jimmy Fallon sur NBC à New
York en février-mars. À Los Angeles, je rêve
d’être invité au show d’Ellen DeGeneres enregistré dans les studios de Warner Bros, à Burbank.
J’ai le pressentiment qu’elle peut devenir mon
РЕЛИЗ
ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
RENCONTRE
léna Lutaud
Gad Elmaleh : « Le Carnegie Hall,
c’était comme mon premier Olympia ! »
Après avoir réalisé l’exploit de conquérir le public yankee, l’humoriste se lance
dans une tournée internationale. Une réussite exceptionnelle dans le show-biz français.
amie. Et puis, bien sûr, il reste Saturday Night Live
(SNL). Dans l’Amérique profonde, il est aussi
primordial de faire les radios locales. Le jour même
du show, je me lève très tôt et je peux en faire
jusqu’à quatre. On ne vous y fait pas de cadeau : au
Texas, je n’ai pas eu droit à un café avant d’avoir
fait mes preuves à l’antenne. Ce n’est pas une
société facile. Mais les radios comme les talkshows sont essentiels, car les Américains font
beaucoup de « walk in ». Ils se décident le matin
même : « Ce soir, on fait sushi ou comedy club ? »
Qui est votre public aux États-Unis ?
Cela dépend des villes. À New York et à Los
Angeles, il y a beaucoup de Français. Les Sénégalais sont à San Francisco. Les Marocains à
Houston. Mais quand je me produis dans des villes
plus reculées comme Portland et Dallas, le public
est américain. À Pittsburgh, sur 600 spectateurs, il
n’y avait qu’une seule petite dame française.
Cela me rassure que les francophones soient là
et en même temps, je suis tellement fier d’attirer
les Américains.
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
SAINT-PÉTERSBOURG, LA MAGIE BLANCHE
C’était il y a trois siècles. La volonté de fer du tsar
Pierre le Grand faisait sortir la Venise du Nord des
eaux : née en 1703, cette improbable ville flottante
devenue la capitale des tsars fascine l’épaisseur
de son histoire et par sa beauté. Le Figaro HorsSérie consacre à Saint-Pétersbourg un numéro
exceptionnel : découvrez le rêve de Pierre Ier devenu
réalité sur les bords de la Neva, les caprices des
tsarines de Tsarskoie Selo, le mythe littéraire d’une
ville exaltée tout autant que maudite par Pouchkine,
Gogol, Dostoievski, Anna Akhmatova… Le dernier
bal des Romanov à la veille de la Révolution russe,
les hypothèses les plus récentes sur l’assassinat de
Raspoutine au palais Yousssoupov, et la polémique
de cet automne russe sur le film Matilda, qui met
en cause Nicolas II. Somptueusement illustré, à michemin entre le récit historique et le beau livre, ce
numéro double vous invite au plus époustouflant des
voyages dans cette sublime ville d’art et d’histoire.
Le Figaro Hors-Série Saint-Pétersbourg, La Magie Blanche.
164 pages.
Le cocktail
« parfait,
c’est l’efficacité,
la rapidité d’esprit
d’un Jerry Seinfeld
avec la rondeur
d’un Michel
Boujenah
et l’art de jongler
avec
les personnages
de Philippe
Caubère
GAD ELMALEH
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A
« Dans l’Amérique
profonde, il est aussi
primordial de faire
les radios locales.
Le jour même du show,
je me lève très tôt
et je peux en faire
jusqu’à quatre. On ne vous
y fait pas de cadeau :
au Texas, je n’ai pas eu
droit à un café
avant d’avoir fait mes
preuves à l’antenne. »
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Votre photo vient d’être accrochée
au Comedy Cellar à New York.
Cela équivaut à un Oscar…
C’était assez solennel. Estee la programmatrice,
très certainement la personnalité la plus importante dans l’humour aux États-Unis, m’a demandé
de lui apporter ma photo. Sur le coup, je n’ai pas
réalisé. Estee ressemble à ma mère (il montre une
photo sur son téléphone, NDLR). Elle n’est pas
commode et quand elle m’observe sur scène, je
tremble. Sur la photo de moi qu’elle a accrochée,
j’ai écrit : « Chère Estee, merci de m’avoir aidé à
bâtir cette nouvelle page de ma vie. »
Appuyer sur un accent tonique, épurer les textes,
faire une blague toutes les vingt secondes…
vous avez travaillé pour faire rire les Américains.
Quels conseils donneriez-vous aux humoristes
francophones qui rêvent de suivre votre exemple ?
Il faut s’inspirer de leur efficacité. Chez nous, la
mise en place d’un sketch est trop longue. Il faut
aussi arrêter la fascination qu’on a pour eux. De
nous, les Américains doivent apprendre la rondeur, l’élégance, le charme et la mise en scène.
Nous avons de l’audace, nous jouons dans des
théâtres sublimes, nous savons recevoir. Le
cocktail parfait, c’est l’efficacité, la rapidité d’esprit d’un Jerry Seinfeld avec la rondeur d’un
Michel Boujenah et l’art de jongler avec les personnages de Philippe Caubère. J’envoie un message aux jeunes : prenez ce qu’il y a à prendre
là-bas mais sachez que nous aussi, nous avons des
choses à leur apprendre. Les rois du stand-up
regardent de près ce qu’il se passe en France, en
Europe.
Les stars de l’humour aux États-Unis
comme Trevor Noah et Jerry Seinfeld ont passé
un cap en ayant leur propre série
ou show à la télévision. Et vous ?
En mai, je vais tourner en anglais une série autobiographique de huit épisodes de trente minutes
pour Netflix. Cette série va me donner beaucoup
« d’exposure » (il le prononce avec l’accent américain). Ce sera l’histoire de mon American
Dream, bla bla bla tout ça mais également une
histoire de famille émouvante. Mes parents
joueront leur propre rôle.
Netflix a également capté votre dernier show
à New York pour le diffuser courant 2018.
Que vous apporte concrètement
cette collaboration ?
Jusqu’à présent, Netflix diffusait mes shows en
français sous-titrés. Là, c’est directement en anglais, dans 180 pays. Cela va me permet de partir
pour la première fois en tournée en Europe au printemps 2018. Je vais jouer à Anvers, à Copenhague, à
Malmö, à Stockholm, villes où le public a l’habitude
de voir des spectacles en anglais. La force de ce
projet aux États-Unis, c’est de ne pas juste être
l’American Dream. J’aime l’idée de faire voyager
cette histoire. Les conséquences sont mondiales. À
Paris, depuis septembre, j’utilise mon carnet
d’adresses pour faire venir une fois par mois au
Théâtre de l’Œuvre, près de Pigalle, une star américaine de l’humour. De mon côté, en 2018, je vais me
produire à Dubaï, à Hongkong. Parler anglais dans
mon métier me permet désormais de discuter avec
les humoristes du monde entier. Avec l’Allemand
Michael Mittermeier et l’Indien Vir Das qui sont des
stars chez eux mais veulent réussir mondialement,
on partage nos expériences, nos problèmes. ■
VÉRONIQUE FEL-KISSMAN
16
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO - N° 22 833 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
LA COUR DES COMPTES VEUT
UNE REFONTE DES POLITIQUES
D’INSERTION DES HANDICAPÉS
TÉLÉVISEURS
LA COURSE
AU GIGANTISME AGITE
LES FABRICANTS PAGE 23
PAGE 19
Immobilier :
les prix vont grimper
moins vite
PSA inaugure
la rupture
conventionnelle
collective
Le nouveau dispositif est issu de la réforme
du Code du travail votée à l’automne.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, STOCK.ADOBE.COM,
PSA est le premier grand groupe à recourir à la rupture conventionnelle
collective (RCC). Une négociation doit
se tenir ce mardi entre la direction et
les syndicats.
Côté PME, la chaîne de prêt-à-porter
Pimkie compte l’utiliser pour faire
face à ses difficultés. Ce dispositif,
créé par les ordonnances réformant le
Code du travail, est entré en vigueur
depuis le 1er janvier. Avec la RCC, les
entreprises peuvent organiser des
plans de départs volontaires (PDV)
même si elles ne rencontrent pas de
difficultés économiques. La RCC est
inspirée de la rupture conventionnelle
individuelle qui connaît un succès important depuis sa création en 2008 :
près de trois millions de ces séparations à l’amiable entre un employeur
et un salarié ont été homologuées par
l’administration en neuf ans.
èPIMKIE SE RÉSOUT À FERMER 37 MAGASINS ET À SUPPRIMER 207 POSTES
èUN DISPOSITIF QUI VISE À ENCADRER ET SÉCURISER LES PLANS DE DÉPARTS
VOLONTAIRES PAGE 20
Allemagne : les métallurgistes
en grève pour obtenir les 28 heures
En 2018, les prix de l’immobilier devraient continuer
à progresser mais cette hausse sera modérée. Surtout, elle
ne sera pas uniforme. De plus en plus, la France est coupée
en deux. Le marché est dynamique à Paris et dans les
grandes villes. En revanche, dans bien des villes petites et
moyennes, les prix baissent faute d’acheteurs. PAGES 18 ET 19
le PLUS du
FIGARO ÉCO
PRESSE
Les journaux
personnalisent
les contenus pour retenir
les abonnés digitaux
PAGE 24
LA SÉANCE
DU LUNDI 08 JANVIER 2018
CAC 40
5487,42 +0,30%
DOW JONES (18h)
25259,38 -0,14%
ONCE D’OR
1319,95 (1317,15)
PÉTROLE (lond)
67,580 (67,550)
EUROSTOXX 50
3618,00 +0,29%
FOOTSIE
7696,51 -0,36%
NASDAQ (18h)
6673,23 +0,30%
NIKKEI
Marché clos
Ce sont pour l’instant des coups de semonce. Des arrêts de travail « avertissements » pour faire pression sur la négociation avec le patronat. Le puissant
syndicat de métallurgie allemande, IG
Metall, défend une revendication qui
ferait passer Martine Aubry et ses
35 heures pour réactionnaire : la semaine de 28 heures de travail. Il s’agit de
faire davantage profiter aux salariés des
fruits de la reprise et d’un taux de chômage historiquement bas.
Le syndicat propose non pas un temps
de travail réduit appliqué à toute la métallurgie mais un choix individuel, limité dans le temps, à deux ans. Le patronat
pour l’heure reste sourd à cette revendication, ce qui fait craindre à certains
un mouvement social d’ampleur inédite
PAGE 19
depuis des années.
L'HISTOIRE
Les entreprises de plus en plus
sensibles au « made in France » ?
L
e « made in France » serait-il
devenu un critère d’achat à part
entière pour les entreprises?
La 8e édition de l’étude annuelle
d’AgileBuyer, société de conseil
dans les achats, tend à le prouver.
« Notre étude menée auprès
de 628 professionnels des achats indique
une inflexion inédite », explique son
directeur, Olivier Wajnsztok. Il apparaît
ainsi qu’un tiers des entreprises
privées sondées
s’intéressent désormais
à la part d’achats
provenant de
l’Hexagone. Voici
une dizaine
d’années, elles ne
s’en souciaient
pas. Dans le
secteur public,
ce pourcentage
d’achats locaux
passe à 42 %.
« On peut avoir
le sentiment que les
collectivités locales
exercent une certaine
pression, volontaire ou non », poursuit
Olivier Wajnsztok. Selon la société
de conseil, les consommateurs finaux sont
de plus en plus sensibles à ce label national.
« Par exemple, il y a de moins en moins de
centres d’appels à l’étranger, poursuit-il,
car les consommateurs n’aiment pas. »
Dans le même ordre d’idées, les pays à bas
coûts perdraient aussi du terrain, surtout
dans les services et la logistique.
Avec un certain pragmatisme,
les entreprises clientes
veulent aussi chouchouter
leurs fournisseurs,
afin de n’être pas pris
au dépourvu en cas
d’approvisionnement
en urgence.
AgileBuyer
a d’ailleurs un nom
explicite pour
qualifier la relation
avec les
fournisseurs :
la câlinothérapie…
Et ça, c’est très « made
in France » aussi. ■
CHARLES GAUTIER
Vivarte s’apprête à céder André à
Spartoo, roi de la vente de chaussures sur Internet, selon Les Échos. Une
information confirmée par d’autres
sources. Selon la CGT, les représentants du personnel ont été convoqués à une réunion d’information à ce
sujet mardi.
Selon nos informations, Spartoo
(165 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont la moitié à l’international, et
400 salariés) est en négociations exclusives pour acquérir André, deux
fois plus gros (800 salariés et 175
boutiques), mais au chiffre d’affaires
inférieur. De 124 millions d’euros sur
l’exercice 2016, il a baissé de 30 % depuis 2013, mais s’était amélioré ces
derniers temps. Le site d’e-commerce d’André, lancé en 2013, réalise déjà
les ventes d’un grand magasin André.
Vivarte, désendetté, poursuit les cessions pour se recentrer sur son enseigne La Halle et ses enseignes de
centre-ville Minelli, San Marina, Cosmoparis et Caroll. Il a déjà cédé Pataugas et Kookaï en 2017 et vient
d’annoncer qu’il se séparait aussi de
Besson, du fait de son positionnement trop proche de celui de La Halle
aux chaussures. La cession de Naf
Naf sera annoncée cette semaine.
Né en 2006, Spartoo a, lui, décidé
d’étoffer son portefeuille de marques
en propre, même si son site reste
aujourd’hui un portail d’e-commerce
multimarque. Il a notamment racheté
GBB à Kindy. Spartoo a vu ses ventes bondir de 10 % l’an passé et a décidé d’ouvrir aussi des magasins
physiques. Il en a fermé quelquesuns mais en a quinze en France et en
ouvre un nouveau sous peu à la Défense. Avec André, le voilà qui ferait
un pas de géant dans le commerce
physique. Spartoo appartient à 25 %
à ses fondateurs, mais il compte aussi à son capital les fonds A Plus Finance, CIC, Highland Capital et Sofina.
Aucune société n’a souhaité commenter ces informations.
Comme nous le dévoilions en mars
dernier, André avait mandaté la banque Lincoln pour trouver des candidats à la reprise d’André. Le directeur de l’enseigne, Pascal Poulain,
avait un projet de reprise, qui n’a pas
retenu l’attention de la direction de
Vivarte.
ANNE-SOPHIE CATHALA
Le Cese lance une
consultation citoyenne
sur l’orientation
Alors que dans quelques jours
les élèves de terminale devront s’inscrire sur la nouvelle
plateforme d’orientation, Parcoursup, qui a remplacé le décrié système APB, et que la réforme de l’apprentissage est
en cours, c’est sur le thème
« Orientation des jeunes :
quelles solutions ? » que le
Conseil économique, social et
environnemental (Cese) a
choisi d’ouvrir sa première
consultation citoyenne. Celleci inaugure la plateforme de
consultation participative en
ligne, lancée lundi.
Parmi les six thèmes sélectionnés pour nourrir cette
consultation, les internautes
pourront soumettre leurs idées
en réponse aux questions telles
que « Comment mieux accompagner les jeunes dans leurs
parcours ? », « Comment faciliter l’insertion professionnelle
des jeunes ? » ou encore
« Comment l’offre de formation
peut-elle permettre un réel choix
d’orientation ? ». Chacun peut
apporter sa contribution en
quelques clics à l’adresse suivante : https ://participez.lecese.fr.
Cette consultation alimentera
le projet d’avis sur « L’orientation des jeunes » qui sera
soumis au vote de l’assemblée
plénière du Cese le 11 avril. En
optant pour cette méthode
inédite au Cese, l’objectif des
rapporteurs, Laure Delair
(groupe des organisations étudiantes et mouvements de
jeunesse) et Albert Ritzenthaler (groupe CFDT), est d’associer toutes les parties prenantes, dont élèves, enseignants,
parents, « afin d’améliorer
l’orientation et savoir comment
créer des conditions favorables
pour que chacun.e puisse
construire son avenir sereinement », indique l’institution.
Durant toute la durée de la
consultation, des événements
seront organisés sous la forme
d’ateliers-relais. Le premier se
déroulera jeudi au Cese avec
des lycéens.
CO. C.
A
EMPLOI
SPARTOO
VA RACHETER
ANDRÉ
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
18
L'ÉVÉNEMENT
Immobilier : la hausse se ralentira en 2018
Dans l’ancien, l’écart se creuse entre Paris, où les prix s’envolent, et les petites villes où, au contraire, ils baissent.
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
CONJONCTURE Acheter son logement coûtera-t-il plus cher cette
année ? Au petit jeu des pronostics, 51 % des professionnels de
l’immobilier interrogés par le Crédit foncier anticipent plutôt une
stabilité des prix et 29 % une hausse. Une chose est sûre en tout cas :
à moins d’un événement extraordinaire, en 2018, il n’y aura ni
écroulement ni flambée des tarifs
dans l’immobilier ancien.
«Nous tablons sur une légère
hausse des prix contenue entre 1 %
et 2 % », affirme Laurent Vimont,
président du réseau d’agences
immobilières Century 21. « Nous
nous attendons à une augmentation
des prix comprise entre 2 % et
3 584 €
Prix moyen
du m2
CentreVal-de-Loire
1 599 €
BourgogneFranche-Comté
(+ 5,5 %)
(+ 2,3 %)
(+ 2%)
NouvelleAquitaine
en %
3 172 €
1 465 €
2 993 €
Yvelines
3 179 €
(- 0,4 %)
A
2 500
(+ 2,2 %)
2 108 €
Occitanie
1 718 €
Provence-AlpesCôte d’Azur
3 425 €
(stable)
Seine-et-Marne
2 302 €
(+ 5,6 %)
Essonne
2 693 €
(+ 0,7 %)
(+ 8,7 %)
Paris
9 084 €
(+ 7,5 %)
2 014 €
1 569 €
SeineSt-Denis
3 113 €
1 500
(+ 4,9 %)
Val-de-Marne
4 148 €
(+ 5,1 %)
1 000
1
A
C’est une fracture territoriale silencieuse. Celle de l’immobilier. Si, à
Paris, les propriétaires se réjouissent de la valorisation de leurs appartements, ailleurs certains doivent revoir leurs prix à la baisse et
patienter pour réussir à se défaire
d’une maison isolée ou d’un appartement dans une petite ville en
perte de vitesse. Le parc n’est plus
en phase avec les besoins et l’évolution des prix reflète sans état d’âme
les écarts d’offres et de demandes :
dans la capitale, les prix se sont ainsi
envolés de 7,5 % en un an selon
Century 21 alors qu’en France ils
n’ont grappillé que 1,2 % l’an
dernier. Et ils ont reculé dans bien
des endroits.
C’est une France à deux vitesses
qui se dessine. La part des logements
vacants a augmenté de 6,9 à 7,9 %
entre 1999 et 2014 selon la Fnaim (et
atteint même 10 % dans les villes
moyennes). « Faute de logements
adéquats, de services adaptés ou tout
simplement d’emplois et de formations
à proximité, de nombreux logements
restent vacants et se dégradent »,
constatait, l’automne dernier, le
gouvernement. Il a promis 5 milliards d’euros sur le quinquennat
pour dynamiser les centres-villes
des bourgs. Parallèlement, il est prévu de racheter et de rénover jusqu’à
600 immeubles par an.
Le grand défi est évidemment de
loger les Français là où ils sont, là où
ils ont un emploi, où ils étudient. À
Paris, où la demande est forte, l’offre progresse peu. Comment l’augmenter ? « On pourrait construire
sur le périphérique ! Et puis il y a
800 000 m2 de bureaux vides à Paris.
Les transformer en logements n’est
pas rentable aujourd’hui, mais le deviendrait si on assouplissait les normes et notamment le minima de 25 %
de logements sociaux », suggère par
exemple Laurent Vimont, le président de Century 21.
L’encadrement des loyers
fait fuir les investisseurs
Dans les grandes métropoles, pour
aider les locataires à trouver un toit
avec un loyer raisonnable, une des
pistes imaginées ces dernières années a consisté à encadrer les
loyers. Ce qui a été fait à Paris et à
Lille. Après l’annulation de cette
mesure par les tribunaux administratifs fin 2017 (parce qu’elle aurait
dû concerner, selon la loi Alur, les
agglomérations entières), le gouvernement a décidé de faire appel
pour aller au bout de l’expérimentation. Sujet polémique, l’encadrement des loyers est un casse-tête.
Début de
la crise des subprimes
aux États-Unis
M
1 266 €
Début de
la crise de la dette
dans la zone euro
La BCE met en œuvre
sa politique de
« quantitative easing »
Source : Century21
2000
2001
2002
Ces biens qui valent de plus en plus cher
et ceux qui ne valent plus grand-chose
CAROLE PAPAZIAN
cpapazian@lefigaro.fr
1 952 €
1 904 €
(- 3,8 %)
Hautsde-Seine
5 802 €
2 102 €
2 000
Baisse des prix
(+ 0,4 %)
3 328 €
3 000
Auvergne-Rhône-Alpes
2 298 €
(+ 5,1 %)
Hausse supérieure
à+5%
Hausse comprise
entre 0 et + 5 %
Val-d’Oise
2 721 €
3 491 €
(+ 3,5 %)
2 072 €
VARIATION DU PRIX
DU M2 SUR 1 AN,
3 500
Grand-Est
1 536 €
(+ 1,6 %)
Pays de la Loire
1 957 €
Mais cette hausse ne concerne pas
tous les territoires. De plus en plus
se dessine une France immobilière
à deux vitesses. À Paris où il y a très
peu de constructions neuves, la
hausse a atteint 7,5 % l’année dernière avec un m2 qui dépasse désormais les 9 000 euros. Depuis dix
ans, l’augmentation a été supérieure à 43 %. « Et, comme la demande reste supérieure à l’offre
avec des délais de vente descendus à
65 jours, la hausse devrait se pour-
suivre cette année », anticipe
Christine Fumagalli. Dans les
grandes métropoles de province et
les régions attractives en termes
d’emploi, les prix continuent à
monter même si le mouvement est
moins spectaculaire : + 5,1 % en
Nouvelle-Aquitaine et + 2,2 % en
Auvergne-Rhône-Alpes en 2017.
En revanche, les régions moins
dynamiques sur un plan économique sont en souffrance. En 2017, les
prix ont reculé de 3 % en Bretagne
et de 0,4 % dans les Hauts-deFrance. Dans les agglomérations
de moins de 100 000 habitants où
la fermeture d’une usine est vécue
comme une catastrophe, les prix
sont plutôt à la baisse. Selon
Meilleursagents, dans les villes qui
ne font pas partie des cinquante
plus grandes de France, un bien
ÉVOLUTION ANNUELLE DES PRIX MOYENS AU M2 EN FRANCE, en euros
2 017 €
(- 3 %)
Roanne en berne
(- 0,4 %)
Normandie
1 729 €
Bretagne
jours un temps de retard car leur
collecte des avant-contrats de vente
ne se fait pas en temps réel à la différence de la nôtre, explique
Laurent Vimont. Or l’augmentation des prix a été freinée au quatrième trimestre 2017. »
3 491 € du m2 pour un appartement contre 2 014 € du m2 pour une maison
Hauts-de-France
1 440 €
Prix moyen du m2
en France en 2017
phiques ci-dessous). « Il y a donc
encore des réserves de hausse des
prix », résume Jean-Marc Torrollion, président de la Fnaim, le syndicat des agents immobiliers.
Si les coûts de l’immobilier ancien continuent à grimper cette
année, ce sera la troisième année
consécutive de hausse. En 2017,
avec près d’un million de ventes
de logements anciens selon les Notaires de France, l’activité a battu
tous les records. Et cette forte demande s’est accompagnée d’une
augmentation des prix.
Selon Orpi, la hausse a été de
3,1 %. Pour Century 21, les prix au
m2 n’ont augmenté que de 1,2 %
l’année dernière. Les Notaires de
France parlent d’une augmentation de 4,7 % des prix l’année
dernière. « Les notaires ont tou-
Infographie
2 552 €
3 % », estime de son côté
Christine Fumagalli, présidente du
réseau Orpi.
Les prix ont de fortes chances de
rester légèrement orientés à la
hausse pour au moins deux raisons. D’une part, même si les taux
d’intérêt peuvent un peu remonter
cette année (lire ci-dessous), ils
resteront très bas, avec à la clé un
pouvoir d’achat important pour
les
acquéreurs
potentiels.
« Aujourd’hui, les banques prêtent
aux acquéreurs 100 % du coût de
l’acquisition d’un bien moyen en
France, soit 208 230 euros à raison
d’une mensualité de 1 000 euros sur
vingt ans », explique Laurent
Vimont.
D’autre part, les prix n’ont pas
encore retrouvé leur plus haut niveau historique de 2011 (voir gra-
Pour les propriétaires il est dissuasif. L’envolée des prix et le couperet des loyers aboutissent mathématiquement à un rendement
peau de chagrin.
Selon Century 21, la part des investisseurs a chuté de près de 17 %
en un an à Paris, où ils ne représentent plus qu’un acheteur sur
cinq. « Ce sont 25 000 à 35 000 logements qui n’ont pas été vendus à
des investisseurs, sans compter les
propriétaires qui sont partis louer
sur AirBnb. Les locataires vont avoir
du mal à trouver des logements à
l’avenir dans la capitale », avertit
Laurent Vimont, qui espère comme la plupart des professionnels
l’abrogation de ce dispositif. « Encadrer c’est confisquer les revenus
de l’épargne immobilière. AirBnB a
été le réceptacle de la réaction des
acteurs économiques à cette injustice », ajoute Jean-Marc Torrollion,
président de la Fnaim. ■
À Paris, les prix de l’immobilier se sont envolés de 7,5 % en 2016.
2003
2004
2005
2006
LA TRANSACTION
IMMOBILIÈRE
EN CHIFFRES
(SOURCE : CENTURY 21)
91 jours
Délai de vente moyen
en 2017 (contre 93 jours
en 2016)
4,3 %
Écart de prix entre
la mise en vente
et le compromis en 2017
(contre 4,8 % en 2016)
86,2 m2
Superficie moyenne
d’un bien acheté en 2017
(contre 84,4 m2 en 2016)
20,3 ans
Durée moyenne d’un crédit
immobilier en 2017
(contre 19,9 ans en 2016)
MICHEL GAILLARD/REA
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
Les taux de crédit restent bas
de doper la demande
MARIE BARTNIK £@mariebartnik
Il y a un an, les professionnels de
l’immobilier redoutaient qu’une
remontée brutale des taux d’intérêt ne grippe le marché immobilier. Leur crainte s’est avérée largement infondée. Depuis le
plancher historique atteint au
troisième trimestre 2016, à 1,31 %
selon Crédit Logement, les taux
des crédits immobiliers ne sont finalement que légèrement remontés et ont donc continué à porter
une demande exceptionnellement
dynamique.
Selon le courtier meilleurtaux,
les aspirants propriétaires s’endettent actuellement à 1,4 % en
moyenne sur 15 ans, 1,62 % sur
20 ans et 1,85 % sur 25 ans. Un niveau d’autant plus avantageux que
l’inflation, de son côté, s’est redressée bien plus nettement, pour
atteindre 1,2 %, contre 0,2 % à la
fin de l’année 2016. À titre d’exemple, un couple disposant d’un bon
niveau de revenu et d’un peu plus
de 10 000 euros d’apport a pu récemment acquérir un bien à
235 000 euros pour 1 158 euros par
mois, grâce à un prêt à 1,45 % sur
20 ans, relève le courtier. « Après
de petites baisses de taux observées à
la fin de l’année 2017, la tendance
actuelle est à la stabilité », constate
Maël Bernier, directrice chez
meilleurtaux.
Pour les banques, le crédit
immobilier reste en effet un moyen
privilégié d’attirer de nouveaux
clients. Pour compenser la hausse
des prix immobiliers, elles ont
consenti des prêts sur des durées de
plus en plus longues. En moyenne,
les Français s’endettent sur un peu
plus de 18 ans (un peu plus de 19 ans
dans l’ancien), soit six mois de plus
qu’il y a un an. « Un de nos clients a
Entretien pour un crédit immobilier dans une agence bancaire.
MICHEL GAILLARD/REA
LE FIGARO
ÉCONOMIE
mardi 9 janvier 2018
L'ÉVÉNEMENT
1919
MIGUEL MEDINA/AFP
La Cour des comptes veut refonder
la politique d’insertion des handicapés
acheté 100 000 euros il y a dix ans
ne vaut plus, en moyenne, que
87 000 euros aujourd’hui. « Un
acheteur peut trouver maintenant
un quatre-pièces à Roanne pour
45 000 euros », illustre Jean-Marc
Torrollion.
Autre différence : en 2017, le
prix des maisons - biens plus recherchés - a augmenté plus vite
que celui des appartements. Selon
Century 21, la hausse a été de
1,6 % alors que l’augmentation
n’était que de 0,9 % pour les logements dans un immeuble. Cela
n’empêche pas que les appartements, beaucoup plus nombreux
dans les grandes agglomérations
dynamiques, valent toujours plus
cher en moyenne : 3 300 €/m2
contre 2 125 €/m2 pour les maisons selon Orpi. ■
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
En 2018,
nous tablons
sur une légère
hausse des prix
contenue entre
1 % et 2 %
»
LAURENT VIMONT,
PRÉSIDENT DE CENTURY 21
Hauts-de-France
140 582 €
Prix moyen d’une acquisition
en France en 2017
(99,5m2)
Normandie
156 358 €
Grand-Est
(90,6m2)
Bretagne
144 376 €
(95,6 m2)
171 221 €
(86,3m2)
Surface moyenne
des transactions
PRIX DE VENTE MOYEN
DES TRANSACTIONS,
en euros
Plus de 250 000
Pays de la Loire
177 580 €
(90,7 m2)
CentreVal-de-Loire
155 718 €
BourgogneFranche-Comté
(98,5 m2)
(90 m2)
NouvelleAquitaine
126 578 €
Auvergne-Rhône-Alpes
203 151 €
189 212 €
(89,7 m2)
(92,6m2)
De 200 à 250 000
Occitanie
De 150 à 200 000
150 965 €
Provence-AlpesCôte d’Azur
253 990 €
(90,1 m2)
De 130 à 150 000
(74,1 m2)
Moins de 130 000
Val-d’Oise
237 016 €
Seine-et-Marne
205 983 €
(88,5m2)
(93,4 m2)
Yvelines
Essonne
284 038 €
(90,3m2)
234 856 €
(89,1 m2)
et continuent
même récemment signé un prêt immobilier sur 28 ans à un taux de
1,91 %, c’est du jamais vu ! »,
constate Sandrine Allonnier chez le
courtier Vousfinancer.
Les primo-accédants
pénalisés
Et que les aspirants propriétaires se
rassurent : les banques ne devraient
pas être moins bien disposées à
court terme. « Pour 2018, leurs objectifs de conquête de nouveaux
clients ne sont pas moins élevés qu’en
2017 », note Sandrine Allonnier.
Elles seront d’autant moins enclines à augmenter fortement leurs
taux que la demande se tasse du fait
de la hausse des prix immobiliers.
Les ménages jeunes et modestes,
qui achètent souvent pour la première fois et disposent d’un apport
personnel moindre, sont de moins
en moins nombreux à pouvoir devenir propriétaires. « Au dernier
trimestre de l’année, la production
de crédit dans l’ancien a enregistré
un recul sensible », constate Michel
Mouillart, professeur d’économie à
l’Université de Paris Ouest. Si les
Français se sont endettés comme
jamais en 2017 - au point d’inquiéter le Haut Conseil de stabilité financière -, 2018 s’ouvre donc sous
d’autres auspices.
À plus long terme, le niveau des
taux d’intérêt dépendra également
d’autres facteurs, comme la politique monétaire de la BCE ou la prochaine décision du Conseil constitutionnel sur la possibilité de
résilier chaque année son assurance-emprunteur. Si les Sages validaient cette disposition adoptée
l’année dernière, les banques pourraient être tentées d’augmenter
plus sensiblement leurs taux pour
reconstituer leurs marges… ■
Hautsde-Seine
367 483 €
SeineSt-Denis
(64,9m2)
(68,1 m2)
Paris
452 545 €
(50,8 m2)
212 931 €
Val-de-Marne
288 182 €
(69,8 m2)
DANS LE
NEUF AUSSI…
Des promotions : la place
de parking, la cuisine
équipée ou les frais
de notaire sont offerts.
Pour dynamiser leurs
ventes, les promoteurs
immobiliers font
régulièrement des
opérations commerciales.
En revanche, hors de
question de baisser les
prix. Tout simplement
parce que les coûts de
revient sont en hausse.
« Sur un an, en première
couronne parisienne,
les prix de vente sont
en augmentation de 3 %,
en deuxième couronne
d’à peu près 2 % et en
région bordelaise où la
demande est très forte,
elle peut atteindre
les 10 % », illustre Thierry
Delorge, directeur de la
coordination commerciale
chez le promoteur Pichet.
La raison de ces hausses ?
L’envolée du coût
du foncier qui peut
représenter jusqu’à 40 %
du prix d’un logement.
Pour lutter contre
cette inflation,
le gouvernement
a promis d’accélérer la
vente de terrains publics.
Il n’est pas sûr que cela
suffise. Il y a quatre ans,
Cécile Duflot, alors
ministre du Logement,
avait fait la même
promesse. Sans
grand résultat.
HANDICAP Un vrai coup de semonce ! Dans un référé rendu public ce lundi, la Cour des comptes
juge que la gestion des deux fonds
œuvrant pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées, l’Agefiph (pour le privé) et le
FIPHFP (pour le public), est « coûteuse et mal maîtrisée » et que ces
deux organismes sont confrontés
« à une impasse financière ». Et ses
magistrats financiers d’en tirer
une conclusion on ne peut plus radicale : « La valeur ajoutée de ces
organismes dans la mise en œuvre
de cette politique est faible, et leurs
résultats insuffisants mettent en
évidence la nécessité d’une refondation. » Fermez le ban !
Concrètement, l’Agefiph et le
FIPHFP collectent les pénalités
des entreprises et des administrations qui ne respectent pas l’obligation d’employer au moins 6 %
de travailleurs handicapés et mettent en œuvre la politique d’insertion professionnelle des personnes
handicapées. Depuis plusieurs
mois, leurs présidents tirent la
sonnette d’alarme sur la fonte de
leurs réserves financières. De fait,
plus les entreprises embauchent
de personnes handicapées, moins
elles paient de pénalités et plus les
réserves des deux fonds s’amenuisent. Or les besoins en insertion demeurent importants, avec
un taux de chômage des personnes handicapées qui reste très élevé, à 19 %. Soit deux fois, peu ou
prou, la moyenne nationale.
Conscient de cette difficulté, le
gouvernement avait annoncé, lors
du comité interministériel du
handicap en septembre, une réflexion sur la pertinence du dispositif en place. « Ce système est
mortifère, il ne fonctionne plus : il
faut le renouveler, le moderniser,
avait reconnu, deux mois plus
tard dans Le Figaro, Sophie Cluzel
(nos éditions du 13 novembre). Il ne
s’agit pas de dépenser plus mais de
dépenser mieux : les pouvoirs publics investissent déjà 40 milliards
d’euros par an pour le handicap,
mais les financements sont éparpillés entre des administrations qui
ne se parlent pas. » La secrétaire
d’État chargée des personnes
handicapées a alors confié une
mission sur le sujet à la sénatrice
PS Dominique Gillot avant de promettre un plan de rénovation des
dispositifs d’emploi existants pour
le premier semestre 2018.
Accord de Darmanin
Mais pour les Sages de la Rue
Cambon, il ne faut pas « limiter la
réflexion engagée à un simple
changement de modèle de financement » mais s’interroger « sur
l’utilité même de ces fonds et sur le
bien-fondé des principes qui soustendent leur action ». Avec une
idée précise à la clé de ce qu’il faudrait faire… Si la Cour plaide pour
une plus grande harmonisation
entre les instances, elle recom-
mande surtout « d’évaluer l’intérêt
de maintenir le FIPHFP », privilégiant « une affectation directe de
crédits » et de « recentrer l’Agefiph
sur des missions spécifiques » basées sur « une analyse précise des
besoins des personnes handicapées ». Pour soutenir la politique
d’insertion, elle préconise encore
de « déterminer le financement nécessaire à long terme et fixer en
conséquence les modalités de la
contribution à la charge des employeurs privés et publics ».
Au gouvernement, Gérald Darmanin a dit partager la préoccupation de la Cour de « retenir des
modalités clarifiées de calcul des
contributions des employeurs mais
également d’harmoniser les règles
applicables, en interrogeant la pertinence des exonérations actuelles ». Le ministre des Comptes publics a par ailleurs souligné que les
universités, souvent pointées du
doigt car elles bénéficiaient d’un
régime dérogatoire, sont entrées
dans le droit commun en 2017. Ce
qui devrait accroître de manière
significative l’assiette des ressources du FIPHFP ! ■
Le taux de chômage
des personnes
handicapées reste
très élevé en France,
à 19 %. (Ci-dessus :
une adulte trisomique
travaillant en cuisine
et en salle dans un
restaurant nantais.)
VINCENT JAROUSSEAU/
HANSLUCAS
Allemagne : des grèves d’avertissement
pour obtenir la semaine de 28 heures
Le patronat refuse de discuter sur les demandes du syndicat IG Metall.
NICOLAS BAROTTE
£@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
SOCIAL Les premières entreprises touchées sont symboliques de
l’économie allemande. Lundi,
3 000 employés de Porsche ont
cessé leur travail dans leur usine
de Stuttgart. Ailleurs, chez
Volkswagen, Otis ou Bombardier, d’autres salariés ont aussi
débrayé. Au total 15 000 employés dans 80 entreprises ont
participé aux actions du syndicat
IG Metall, selon des chiffres communiqués par la centrale. Ce
mardi, 143 entreprises devraient
être concernées par ces débrayages ponctuels et d’autres encore
mercredi. Ce sont des grèves
« d’avertissement » avant la reprise des négociations salariales
entre IG Metall, qui défend les
3,9 millions salariés de la métallurgie, et le patronat.
« La mobilisation des équipes
montre ce qu’elles pensent des propositions du patronat : rien ! », a
tonné lundi Jörg Hofmann, le président d’IG Metall, en laissant
craindre un bras de fer social comme l’Allemagne n’en a pas connu
depuis longtemps. Si les discussions, qui reprennent entre le 11 et
le 15 janvier, n’aboutissent pas, le
syndicat n’exclut pas des grèves
illimitées. « Les grèves ne sont généralement pas un moyen approprié
pour résoudre les conflits salariaux,
elles nuisent à l’exportation, donc à
l’entreprise et in fine aux employés », a prévenu de son côté
Bertram Brossardt, le dirigeant du
patronat bavarois de la métallurgie et de l’industrie électrique.
Dans ce conflit, il n’est pas seulement question d’argent. Certes,
IG Metall demande une hausse de
6 % des salaires, alors que le
patronat ne propose que 2 %. Mais
le cœur du conflit n’est pas là. Il
s’agit d’une révolution dans la
conception du temps de travail :
une flexibilité au profit des
salariés.
Un droit limité à deux ans
Le syndicat veut obtenir pour les
salariés de l’industrie le droit à la
semaine de 28 heures. Cette
réduction ne serait pas globale : la
proposition est plus précise et
donc plus ambitieuse. IG Metall
milite pour que les salariés
bénéficient du droit de réduire
individuellement, sans justification et pendant deux ans maximum, leur temps de travail (fixé à
35 heures). À l’issue de cette
période, ils pourraient retrouver
leur temps plein. Si la réduction
est demandée pour s’occuper de
ses enfants, d’un proche malade
ou pour suivre une formation, la
perte salariale serait partiellement
compensée. IG Metall prend ainsi
acte des nouvelles aspirations de la
société allemande.
Si le patronat est maintenant
habitué, dans une Allemagne ri-
che, à mieux partager les profits, il
refuse catégoriquement d’ouvrir
la porte à une discussion sur le
temps de travail. Pour Gesamtmetall, la proposition du syndicat serait illégale en menaçant l’équité
de traitement entre les travailleurs
normalement à temps partiel et
ceux qui en bénéficieraient. Elle
mettrait surtout en péril selon lui
l’équilibre du secteur. Avec sa population vieillissante et son taux
de chômage au plus bas, à moins
de 6 %, l’Allemagne connaît déjà
une pénurie de main-d’œuvre. La
proposition d’IG Metall ne ferait
qu’aggraver la situation. Pour le
syndicat, l’argument ne tient pas :
cette flexibilité au profit de la famille permettrait d’augmenter
notamment le taux d’emploi des
femmes, qui demeure bas. Deux
visions s’affrontent.
Le bras de fer s’annonce dur.
Certaines entreprises commencent
à craindre un conflit aussi long que
les grèves de 1984, qui avaient duré
près de sept semaines. Les syndicats s’étaient alors battus pour la
semaine de 35 heures.
Si IG Metall est aujourd’hui
moins puissant qu’auparavant,
frappé comme tous les syndicats
par une crise structurelle, la bonne
santé économique de l’Allemagne
le place en position de force pour
réclamer un nouveau partage de la
prospérité. Mais le patronat craint
l’effet boule de neige étendu à
d’autres secteurs si les métallurgistes obtenaient gain de cause. ■
BRAS DE FER
3,9
millions.
Nombre d’adhérents
d’IG Metall
6%
Hausse de salaire
revendiquée par IG Metall
2%
Hausse de salaire
que le patronat
est prêt à accorder
A
208 759 €
Dans un référé à charge, l’institution épingle la très mauvaise gestion
des deux fonds (public et privé) dédiés à cette mission d’intérêt général.
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
20 ÉCONOMIE
Emploi : PSA se prépare à recourir
à la rupture conventionnelle collective
Le constructeur réunit les syndicats mardi 9 janvier pour leur demander d’approuver ce nouvel accord.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
SOCIAL C’est le groupe PSA qui
ouvre le bal pour les grandes entreprises. Le constructeur a
convoqué les syndicats ce mardi
9 janvier afin de négocier un projet
de rupture conventionnelle collective (RCC). Cette possibilité est
ouverte par la réforme du droit du
travail dont les ordonnances ont
été récemment approuvées par le
Parlement. Jusqu’à présent, un
plan de départs volontaires nécessitait un plan de sauvegarde de
l’emploi (PSE), c’est-à-dire une
procédure lourde. Ce ne sera plus
le cas. L’annonce de cette RCC
chez PSA n’est pas encore officielle, mais elle figure dans l’avis de
convocation reçu par les syndicats.
Ce qui a provoqué une réaction
courroucée de la CGT. « Nous allons assister à la mise en place d’un
nouveau plan de suppressions
d’emploi s », s’alarme Jean-Pierre
Mercier, délégué central de la CGT.
Philippe Martinez, secrétaire général du syndicat, estime que « la
volonté de la direction de PSA est de
transformer les CDI en précaires ».
Une analyse pas forcément démentie par les chiffres. Entre 2014
et 2016, les effectifs (en CDI et
CDD) de la branche automobile en
France sont passés de 70 000 à
62 000 personnes. Dans le même
temps, le nombre des intérimaires
a progressé de 2 900 à 5 200. Un
mouvement qui passe d’autant
plus mal que l’entreprise, qui perdait de plus de 700 millions d’euros
en 2014, a dégagé 1,73 milliard de
profits en 2016.
Un employé sur la
chaîne de montage
de l’usine PSA Peugeot
Citroën de Mulhouse.
SEBASTIEN BOZON/AFP
Les départs volontaires
existent déjà chez PSA
La position de PSA est, forcément,
plus pondérée. En amont de la
réunion du 9 janvier, les informations ne sont données qu’au
compte-gouttes, en raison du risque de délit d’entrave. La négociation autour de la rupture conventionnelle collective est cependant
confirmée. Surtout, toute nouveauté est déniée à cette mesure.
« PSA a déjà recours à un dispositif
de départs volontaires, dans le cadre du Daec - dispositif d’adéquation entre les emplois et les compétences -, déjà approuvé par une
majorité de syndicats en juin 2014 »,
explique un porte-parole du
constructeur. Ce dispositif classe
les métiers du groupe en trois catégories : en tension (où il existe
des opportunités), à l’équilibre et
sensibles (où les évolutions futures
risquent de conduire à une baisse
des effectifs). Pour cette dernière
catégorie, le Daec proposait des
mobilités internes (avec formation) ou externes, c’est-à-dire des
départs volontaires bénéficiant de
mesures incitatives. Ces évolutions
sont indépendantes des résultats
économiques de l’entreprise. À
l’orée de l’année 2016, PSA tablait
sur 1 000 départs volontaires. Et la
demande a été supérieure.
Les dernières négociations sociales, en juillet 2016, ont été approuvées par toutes les organisations syndicales représentatives,
hormis la CGT. Cette large approbation - plus de 80 % des salariés explique la position modérée des
syndicats. « Mettre en place des dé-
parts volontaires dans un cadre qui
s’appelle rupture conventionnelle
collective plutôt que Daec ne nous
pose aucun problème, confirme
Franck Don, de la CFTC, à condition que les modalités soient identiques à ce qu’elles étaient dans le cadre précédent. » Notamment pour
les indemnités. Le syndicaliste ne
s’attend pas à des mesures qui déclenchent une levée de boucliers.
La direction n’a en effet prévu
qu’une journée de négociations,
alors qu’elles avaient duré plusieurs mois en 2016. Il faudra ensuite un comité central d’entreprise exceptionnel, sans doute d’ici la
fin janvier, pour valider l’accord. ■
Vauxhall réduit encore la voilure
Si PSA, avec ses marques
historiques Peugeot, Citroën
et DS, va bien, il n’en est pas
de même pour sa nouvelle filiale
Opel - et son pendant
britannique Vauxhall. Le plan
de redressement en cours
s’avère brutal en GrandeBretagne. L’usine Vauxhall
d’Ellesmore Port, dans le nord
de l’Angleterre, supprimera
250 emplois, a indiqué
lundi 8 janvier un porte-parole
de Vauxhall. Il s’agira
du deuxième plan depuis
la reprise par PSA à l’été 2017.
En octobre, le constructeur
avait déjà annoncé son
intention de supprimer 400
des 1 900 emplois de l’usine,
afin d’améliorer la compétitivité
du site. L’usine assemble l’Astra
Sport Tourer, modèle
qui n’a pas le vent en poupe.
PSA doit décider d’ici à la fin
de l’année s’il confiera
un nouveau modèle
à Ellesmore Port.
E. E.
Pimkie se résout à fermer 37 magasins et à supprimer 207 postes
PIMKIE EN CHIFFRES
EN 2017
754
magasins : 321 en France
et le reste dans 10 pays
5 200
45
salariés
millions d’euros
de pertes opérationnelles
ANNE-SOPHIE CATHALA
£@Ascathala
Pimkie, chaîne de prêt-à-porter
féminin du groupe Mulliez, est la
première entreprise à annoncer
officiellement la mise en œuvre du
dispositif de rupture conventionnelle collective (RCC). Elle a dévoilé son projet lundi en comité
central d’entreprise (CCE), depuis
Villeneuve-d’Ascq (Nord). Pimkie
compte 754 magasins (dont 321 en
France) et emploie 5 200 salariés
dans le monde (1 900 en France).
Selon la direction, 207 suppressions de postes « au maximum »
sont envisagées en France sur la
base du volontariat, comme le
prévoit le dispositif. Quatrevingt-trois salariés perdront leur
poste à cause de la fermeture,
dans les deux ans à venir, de
37 magasins non rentables. Des
baux ne seront pas renouvelés et
des cessions de fonds de commerce sont aussi au menu. Quarante
et un salariés sont aussi menacés
dans la logistique, 30 au siège
France de Neuville-en-Ferrain, et
53 au siège international. C’est
« un plan social déguisé », estime
la déléguée FO, Maley Upravan.
Selon Valérie Pringuez, élue CGT
au CE, ni son organisation ni FO
ne sont disposées à signer un tel
accord, alors que la RCC doit être
approuvée par les syndicats majoritaires. Du côté de la direction,
« on espère qu’ils pourraient revoir
leur position sur la base des informations concrètes sur la RCC qui
seront données ce mardi ».
Une première réunion de négociation avec les syndicats est prévue ce mardi. C’est le coup d’envoi de négociations que la
direction souhaiterait mener à
bien en un mois afin que la réorganisation soit finalisée dans deux
mois.
Pimkie justifie sa décision par
ses difficultés. Elle a lancé, dès
septembre, un plan de transformation et fait appel à un cabinet
en retournement d’entreprise,
Prosphères. Selon les syndicats, la
société accuse une perte opérationnelle de 45 millions d’euros,
dont 3 seulement pour la France.
Fin décembre, la direction a
évoqué un projet de « retournement d’entreprise », « alors que le
chiffre d’affaires s’érode depuis dix
ans », qu’il a baissé de 10 % en
2017, et que « Pimkie présente des
résultats déficitaires depuis 2015 ».
Des suppressions d’emplois hors
RCC seraient aussi prévues à
l’étranger : plus de 90 magasins
pourraient fermer en Europe. ■
Un dispositif qui vise à encadrer et sécuriser les plans de départs volontaires
les
« Avec
ruptures
conventionnelles
collectives,
les départs
contraints
pourraient
diminuer
»
A
DÉBORAH DAVID,
AVOCATE
Créée par les ordonnances réformant le Code du travail et entrée
en vigueur depuis le 1er janvier, la
rupture conventionnelle collective
(RCC) permet aux entreprises
d’organiser des plans de départs
volontaires (PDV) même si elles ne
rencontrent pas de difficultés
économiques.
u
Pourquoi l’exécutif
a-t-il créé ces ruptures
conventionnelles collectives ?
Les ruptures conventionnelles
collectives ont pour but de sécuriser les plans de départs volontaires largement utilisés depuis de
nombreuses années par les employeurs mais seulement encadrés
par la jurisprudence. Avec ce nouvel outil juridique - c’est un aspect
crucial -, l’entreprise peut désormais procéder à des restructurations de ce type même si elle est en
bonne santé financière pour, par
exemple, s’adapter à l’évolution
du marché du travail ou de la
concurrence.
Elle ne doit donc pas, comme avec
un plan de départs volontaires
classique, démontrer l’existence
de difficultés économiques. Plus
largement, la RCC s’inspire de la
rupture conventionnelle individuelle qui connaît un succès important depuis sa création en
2008 : près de trois millions de ces
séparations à l’amiable entre un
employeur et un salarié ont été homologuées par l’administration en
neuf ans. « Si tout le monde est
d’accord, éviter le traumatisme du
licenciement, c’est quand même
mieux », s’est défendue, dimanche
sur Europe 1, Muriel Pénicaud, la
ministre du Travail. « En mettant
en place cet outil juridique d’anticipation, les départs contraints pourraient ainsi diminuer », précise
Déborah David, avocate associée
au cabinet Jeantet.
va se négocier
uComment
une RCC ?
Concrètement, une RCC vise seulement les salariés volontaires. Elle
doit être définie par un accord collectif d’entreprise approuvé par les
syndicats représentant au moins
50 % des suffrages exprimés. Cet
accord détermine notamment le
nombre maximum de départs envisagés ainsi que les indemnités de
rupture que toucheront les salariés
concernés et qui ne devront pas
être inférieures aux indemnités légales. Nul doute que les syndicats
vont négocier dur pour obtenir un
chèque de départ conséquent…
Des mesures visant à faciliter le reclassement externe des salariés
via, par exemple, des actions de
formation, doivent également être
prévues.
L’accord doit ensuite être homologué par les services déconcentrés
du ministère du Travail (les Dirrecte) qui doivent notamment vérifier « l’absence de discrimination
entre les salariés de l’entreprise »,
selon les termes des ordonnances.
Soit la mise en œuvre d’un plan ciblant spécifiquement les seniors en
vue de les remplacer par des jeunes. L’accord peut enfin être
contesté devant le tribunal administratif par les syndicats ou les sa-
lariés dans un délai de deux mois
seulement. « Seuls les litiges relatifs à l’exécution de la rupture
conventionnelle collective pourront
être portés devant le conseil des
prud’hommes », indique encore
Déborah David.
les syndicats
uPourquoi
sont-ils sceptiques
sur le recours aux RCC ?
Les syndicats de salariés redoutent
que les entreprises abusent de cette
nouvelle procédure. « Je connais
un certain nombre de dirigeants de
grandes entreprises qui vous disent :
“c’est ça ou sinon je ferme une usine.” Vous savez en matière de choix,
c’est compliqué, le volontariat c’est
pareil, on connaît tous un certain
nombre de volontaires forcés », a
dénoncé lundi Philippe Martinez,
le patron de la CGT. La centrale de
Montreuil s’est toujours opposée à
cette réforme du Code du travail.
D’autres craignent que les RCC
constituent des « pré-PSE », pour
préparer le terrain aux fameux
« plans de sauvegarde de l’em-
ploi » (PSE) obligatoires dans les
entreprises de plus de 50 salariés
qui veulent licencier au moins
10 personnes. « L’entreprise qui entend proposer une rupture conventionnelle collective se sera fixé des
objectifs en termes de nombre d’emplois à supprimer. Si la voie négociée
de la rupture conventionnelle collective s’avère insuffisante, il est fort
probable qu’elle sera suivie d’un
PSE, entretenant ainsi la confusion
entre les différentes voies », met en
garde la CFDT dans une note analysant les ordonnances.
Des arguments que rejettent toutefois bon nombre d’experts juridiques. « Si une entreprise lance
une RCC pour difficultés économiques, elle doit faire extrêmement
attention car, en cas d’échec (si les
salariés décident de ne pas partir,
NDLR), il sera difficile de procéder
ensuite à des licenciements économiques », nuance Déborah David.
Nul doute que l’interprétation du
juge sera, sur ce point, regardée
de près. ■
MANON MALHÈRE
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
ENTREPRISES
21
Airbus accélère
la cadence de son
usine en Chine et
espère des contrats
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
ENVOYÉ SPÉCIAL À PÉKIN
+
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PAGES 2 ET 3
AÉRONAUTIQUE Fabrice Brégier
ne sait toujours pas combien d’avions il « signera », ce mardi à Pékin,
sous le regard des présidents Emmanuel Macron et Xi Jinping, mais
il affiche l’assurance des vieux routiers, à l’occasion de sa dernière visite en Chine comme numéro 2
d’Airbus.
« Je ne suis pas inquiet. J’ai l’habitude, parfois nous discutons jusque
dans les dernières minutes et nous
nous accordons sur les chiffres seulement avant la signature. », déclare
au Figaro le directeur exécutif de
l’avionneur, sur le départ, dans le
sous-sol d’un hôtel de la capitale
chinoise. En coulisses, les âpres négociations entre l’Élysée et la
deuxième économie mondiale se
poursuivaient lundi soir à l’occasion de la première journée de la visite du président français, conclue
par un dîner avec Xi. L’avionneur
espérait toujours décrocher des
commandes fermes de « 50 à 100
appareils », essentiellement des
A 320 Neo et quelques A 330, confie
une source Airbus. Mais le groupe
européen n’exclut pas de revenir
bredouille, avec une simple lettre
d’intention d’achat des autorités
chinoises qui traînent des pieds,
après avoir déboursé 22 milliards
d’euros pour 140 appareils à l’occasion de la visite de Xi, en Allema-
Figeac Aéro décroche son
premier contrat avec Boeing
Le français produira une pièce du 777X.
FIGEAC AÉRO
EN CHIFFRES
EXERCICE 2017-2018
3 300
salariés
325
millions d’euros
de chiffre d’affaires
+ 20 %
de résultat opérationnel
pour le premier semestre
de l’exercice 2017-2018
Jean-Claude Maillard,
PDG de Figeac Aéro
(à gauche), et Jean-Marc
Fron, directeur général
de Boeing France.
BOEING
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
AÉRONAUTIQUE Figeac Aéro travaillera pour la première fois en
direct avec Boeing, pour produire
une pièce très technique, longue
de près de 4 mètres, destinée au
nouvel avion 777X du géant américain. Le sous-traitant français
rejoint ainsi la petite dizaine d’entreprises françaises - comme Latécoère, Safran, Ratier-Figeac,
Aubert & Duval, Dassault Systèmes… - déjà sélectionnées par
l’avionneur américain pour la
construction de ce nouvel appareil, qui devrait effectuer son premier vol en 2020.
Les français retenus par Boeing
pour cet appareil
de 350 à
420 places étaient jusqu’à présent
surtout des équipementiers choisis pour fournir une fonction précise (la vidéo embarquée, par
exemple). Peu de sous-traitants,
chargés seulement de produire
une pièce de l’appareil, avaient eu
cette chance, avant Figeac Aéro.
C’est une victoire longtemps
attendue pour cette entreprise,
qui, depuis 2010, a décidé de créer
des filiales à l’étranger, pour installer son savoir-faire et sa production au plus près des nouveaux
marchés qu’elle convoite. « Notre
métier s’exerce plutôt localement,
mais il se mondialise. Nous avons
dû nous adapter », explique JeanClaude Maillard, PDG du groupe
français.
Passé les premiers mois d’adaptation, qui permettront de transférer aux États-Unis le savoir-faire nécessaire, Figeac Aéro
produira donc la pièce destinée au
777X intégralement dans l’usine
de Wichita, au Kansas, qu’il a rachetée en 2014. Un site pour lequel il a investi dans un outillage
innovant adapté aux pièces très
particulières comme celle que recherche Boeing. « Il était important pour nous de produire aux
États-Unis, car il est plus facile d’y
acheter les matières premières homologuées par Boeing », indique
Jean-Claude Maillard.
Sept compagnies aériennes ont
déjà commandé 340 appareils
777X. « Il faudra attendre les premières livraisons pour communiquer la cadence de production du
nouvel appareil », précise JeanMarc Fron, directeur général de
Boeing France.
Un sésame pour décrocher
d’autres contrats
Les effets de ce nouveau contrat se
feront donc sentir progressivement seulement sur les comptes
de Figeac Aéro, qui livrera à
Boeing sa première pièce d’ici
deux mois. Mais le sous-traitant y
voit surtout l’opportunité de démontrer sur le terrain au géant
américain sa compétitivité et sa
fiabilité industrielle. Un sésame
pour décrocher par la suite
d’autres commandes.
Figeac Aéro avait déjà obtenu
début 2017 un contrat avec l’équipementier Spirit AeroSystems,
lui-même fournisseur du géant
américain. « Mais l’accord signé
avec Boeing nous donne aujourd’hui directement accès au plus
grand donneur d’ordre mondial,
avec Airbus », rappelle JeanClaude Maillard.
Boeing lui a ouvert ses portes à
l’occasion des nouveaux appels
d’offres lancés pour la construction de son 777X. Mais le
constructeur aéronautique américain travaille déjà depuis longtemps, pour ses autres avions,
avec de nombreux spécialistes
français de l’aéronautique. « Les
commandes directes de Boeing
aux sociétés françaises représentent 6 milliards de dollars par an
de chiffre d’affaires et contribuent
au maintien de plus 30 000 emplois, directs et indirects, dans
l’Hexagone », souligne JeanMarc Fron. ■
Un fuselage d’A 330 en construction dans l’usine chinoise d’Airbus, à Tianjin.
gne, en juillet. Dans l’empire du
Milieu, les affaires sont d’abord politiques, comme le sait Brégier qui a
effectué plus de soixante voyages
sur place, accompagnant quatre
présidents depuis Jacques Chirac.
Le Dijonnais a installé le leadership européen face à Boeing, en
misant sur un partenariat industriel
avec l’État. « En Chine, on ne fait
pas des coups, sinon on perd le coup
suivant. Il faut respecter la parole
donnée, miser sur le long terme »,
explique le corpsard des mines.
Brégier, coureur de fond
Une stratégie de coureur de fond
qui sera confirmée ce mardi par
l’annonce d’une montée en puissance de l’usine d’Airbus à Tianjin.
« Nous allons augmenter la production de 50 %. On passera de quatre à
six A 320 produits par mois, d’ici à la
fin 2020 », dévoile Brégier. Une accélération rendue nécessaire par la
croissance forte du trafic aérien en
Chine qui devrait s’établir à 6,9 %
par an pour les deux prochaines décennies. Mais aussi une exigence du
régime qui conditionne ses achats
d’appareils à une production locale
accrue et des transferts de technologies, avec pour ambition de devenir à son tour un géant de l’aéronautique, bousculant le duopole
Airbus-Boeing.
« Cette stratégie de partenariat est
nécessaire pour la bonne image d’Airbus en Chine. Il est logique de faire des
efforts de localisation pour un marché
de cette taille, même si le maintien
d’un partenariat équilibré devient un
challenge à mesure que le pays se dé-
veloppe », concède Brégier. À
Tianjin, Airbus coopère avec le
constructeur d’État AVIC, et intègre
un nombre croissant de pièces
chinoises à Toulouse. Une stratégie
donnant-donnant qui a permis à
l’avionneur de voir sa part de marché en Chine bondir de 6 % en 1995 à
plus de 50 % aujourd’hui. La deuxième économie mondiale absorbe désormais près d’un quart de la production d’avions commerciaux
d’Airbus, soit 170 appareils en 2017.
Le décollage l’an dernier du
C 919, le premier moyen-courrier
chinois, annonce une concurrence
locale nouvelle, mais Brégier est
persuadé qu’Airbus « peut maintenir son leadership sur les vingt prochaines années en Chine », notamment grâce à la demande croissante
de long-courriers A 330 et A 350, tirée par l’essor du tourisme. Il espère même que l’empire du Milieu volera un jour à la rescousse de l’A 380
en difficulté, « qui pourra percer en
Chine, car les compagnies chinoises
vont créer des hubs mondiaux ».
Non reconduit à son poste par le
conseil d’administration, à la suite
d’un veto du président exécutif du
groupe Tom Enders, lui aussi sur le
départ, Brégier serre les dents et refuse de parler de « gâchis ». « Les
dernières marches sont toujours les
plus dures à monter. Il faut accepter
les décisions et partir sans regret
avec le sentiment d’avoir laissé une
entreprise qui marche bien, en particulier en Chine », explique-t-il
avant de démarrer une nouvelle
aventure après quinze ans dans le
cockpit d’Airbus. ■
REUTERS
EN BREF
ALSTOM LIVRERA
14 TRAINS
À DEUX RÉGIONS
£ Le constructeur ferroviaire
Alstom va fournir 14 trains
supplémentaires à deux
régions, Bourgogne-FrancheComté et Grand Est,
pour un montant global
de 100 millions d’euros.
Ils s’ajoutent aux 285 trains
régionaux déjà commandés
par les régions à Alstom
en 2009.
LA VENTE DE
CIGARETTES RECULE
£ Les ventes de cigarettes
en France ont reculé de 1,48 %
en volume en 2017,
selon un premier bilan établi
par Logista France,
fournisseur de la quasi-totalité
des buralistes, un an
après l’entrée en vigueur
du paquet neutre en France.
44,26 milliards de cigarettes
ont été livrées aux buralistes
dans l’Hexagone, selon
des chiffres de Logista cités
par l’AFP.
+@
» DOSSIER : toute
l’actualité du CES
de Las Vegas
» Le parc nucléaire d’EDF tourne
presque à plein régime
www.lefigaro.fr/economie
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ét iles ?
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Faites l’expérience d’une
métropole gourmande
RDV le 08 janvier sur www.nosambitions2018.fr
A
La signature, sous l’œil des présidents Macron et Xi,
pourrait porter sur 50 à 100 avions A 320 et A 330.
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
SNCF :
la ministre
attend
des résultats
Les gares seront passées au crible
et l’information devra être plus claire.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORT Inscrite fin décembre dans les agendas, après une
série d’incidents dans plusieurs
gares provoquant la grogne de
nombreux voyageurs, la « réunion de travail » entre Patrick
Jeantet, PDG de SNCF Réseau,
Guillaume Pepy, PDG de SNCF
Mobilités, et Élisabeth Borne, ministre des Transports, a « accouché » de deux nouvelles mesures.
Première décision : une « radiographie » des gares sera menée
d’ici à mars. « Un diagnostic complet des systèmes d’alimentation
électrique, de signalisation et sur
les postes informatiques » sera
établi dans toutes les grandes gares parisiennes et dans les principales de province, précise le mi-
nistère des Transports. Élisabeth
Borne attend que des « propositions d’actions notamment sur les
investissements prioritaires dans
ces grandes gares » soient élaborées pour la fin avril. Depuis l’été
dernier, la gare Montparnasse a
été frappée par trois pannes
consécutives, électriques et informatiques. L’une d’elles, survenue
fin juillet, avait sérieusement affecté les départs en vacances vers
les plages de l’Atlantique. Plusieurs dizaines de milliers de
voyageurs avaient été touchés.
Élisabeth Borne,
ministre des Transports,
et Guillaume Pepy,
PDG de SNCF Mobilités,
à la gare Montparnasse
en mai 2017.
VINCENT ISORE/IP3 PRESS/
MAXPPP
Échelle de Richter sur
la gravité des incidents
Fin décembre, la gare Saint-Lazare subissait elle aussi une panne
d’alimentation électrique de trois
heures. Ces incidents se déroulent
le plus souvent à l’issue de chan-
tiers de rénovation sur le réseau
ferroviaire, objet d’un programme de modernisation inédit de
46 milliards d’euros sur dix ans.
Deuxième
annonce,
une
« échelle de gravité » des incidents (graduée de 1 à 6 ou illustrée
par des couleurs) donnera aux
voyageurs une indication « claire
et objective » de l’impact sur la
circulation. « Cette échelle de gravité sera testée à partir du 15 janvier et généralisée au 1er février »,
précise le ministère des Transports dans un communiqué.
De plus, la SNCF s’est engagée à
publier quotidiennement la régularité observée de ses trains (TER,
Transiliens, Intercités et TGV) en
rappelant qu’il s’agit d’une initiative « unique en Europe ». « Dès le
lendemain », les voyageurs pourront connaître « la régularité par
ligne ou par axe des 15 000 trains
qui circulent sur le réseau » avec à
chaque fois des informations sur
les causes des principaux incidents. Aujourd’hui, des indicateurs mensuels de régularité sont
rendus publics. Mais, selon les
sources, les résultats divergent.
Et, surtout, les progrès ne sont pas
au rendez-vous.
Ces nouvelles mesures vont-elles changer la donne ces prochains jours ? Probablement pas.
Mais le gouvernement qui prépare
un projet de loi sur les mobilités
en mars, dont un volet important
concernera la SNCF, doit montrer
qu’il veille à améliorer la fiabilité
du ferroviaire. Le groupe public
vient de mettre en place une nouvelle organisation pour mieux
coordonner les travaux et mieux
réagir en cas d’incident. Mais il
faudra plusieurs mois pour évaluer son impact.
Autre préoccupation des voyageurs : l’information lors des incidents. Une nouvelle application
sur smartphone devrait être lancée au printemps. Présentée comme le « Waze de la SNCF » - inspiré du GPS -, elle intégrera, en
cas de crise, les informations de la
SNCF et celles des voyageurs euxmêmes.
« Fournir des informations, c’est
complexe, reconnaît Thierry Marty, membre du conseil d’administration de SNCF Mobilités. Plusieurs canaux coexistent : celui du
transporteur, celui du gestionnaire
d’infrastructures. Elles sont parfois
contradictoires. » Il faudra désormais unifier les systèmes informatiques pour mettre tout le
monde au diapason. ■
Compagnie des Alpes s’offre un site de vente de séjours au ski
Avec Travelski, l’exploitant de domaines skiables accélère sa diversification pour se rapprocher de ses clients.
35
millions
d’euros
Chiffre d’affaires
de Travelfactory,
dont 70 % avec
les séjours au ski
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
TOURISME Leader mondial de l’exploitation de domaines skiables,
Compagnie des Alpes (CDA) devient numéro un de la distribution
de séjours au ski en France. CDA rachète 73 % de Travelfactory, qui
s’arroge 27 % du marché sur Internet. Le tour-opérateur, connu sous
la marque Travelski, a fait partir
220 000 clients dans 90 stations
françaises, l’an dernier.
« C’est un pas stratégique important. La maîtrise de la distribution est
clé », affirme Dominique Marcel,
PDG de la CDA. Avec Alpes Ski Résa,
le groupe avait créé en 2013 une offre maison de vente de séjours sur
mesure. De plus en plus exigeants,
les clients ne veulent plus perdre de
temps pour récupérer clés, forfaits
et skis. Ils apprécient de pouvoir
tout réserver en ligne sur un même
site. « Avec cette acquisition, nous
gagnons du temps », insiste Dominique Marcel. Prix moyen d’un séjour chez Travelski (3 personnes,
7 nuits) : 1 800 euros. Le site propose
hébergement, forfaits de remontées
mécaniques, location et cours de
ski, et courses livrées à domicile le
jour de l’arrivée. Maeva (Pierre
& Vacances), un autre hébergeur
français, et un rival étranger de Travelski étaient sur les rangs. D’ici
LES DÉCIDEURS
â PATRICE MONTI
Agence France-Presse
Il secondera Stéphane Marcovitch, directeur
commercial et marketing groupe, comme
directeur adjoint. Après des débuts chez Lagardère comme responsable de commercialisation
publicitaire, cet Essca avait rejoint le groupe
New York Times en 2000, où il était vice-président en charge des ventes internationales.
â ARNAUD LAROCHE
EY
À 45 ans, il prend les commandes des activités
intelligence artificielle pour l’Europe, le
Moyen-Orient, l’Inde et l’Afrique. Il avait fondé
en 1998 le cabinet Bluestone Consulting, spécialisé en data science, racheté en 2015 par EY.
A
â JEAN-DENIS PERCHE
Goodyear
Ex-directeur général de Goodyear
Moyen-Orient et Afrique, il prend la
tête de l’Europe du Sud. À 43 ans, cet
Essca cumulera également la fonction de DG de
la filiale Dunlop pour la France. Jean-Denis
Perche avait commencé sa carrière chez Euromaster en 1996, dont il avait pris la direction
marketing deux ans plus tard. Il avait rejoint le
groupe en 2002, puis en 2004.
quatre ans, la CDA pourra contrôler
100 % de Travelfactory, en rachetant les actions du président fondateur, Yariv Abehsera.
Agences immobilières
Avec un volume d’affaires de
85 millions d’euros en 2017 pour
35 millions de chiffre d’affaires, le
tour-opérateur emploie 130 personnes. Créé en 1999, il a grossi par
acquisitions (une dizaine, dont Locatour), en restant spécialisé sur le
ski (70 % des ventes). L’été, Travelfactory commercialise des séjours
en résidences de tourisme ou mobile-home en France et en Espagne,
bien moins chers. En 2017,
403 000 clients (92 % de Français et
8 % de Belges) ont choisi Travelfactory. La CDA gère les remontées
mécaniques de onze stations (Tignes, Val d’Isère…) et exploite des
parcs d’attractions (Astérix, Futuroscope, Grévin). « Ces stations génèrent 30 % de nos ventes au ski,
précise Yariv Abehsera. Il n’est pas
question de les favoriser, mais de
promouvoir le ski français, en attirant notamment les jeunes. » Travelfactory est le premier partenaire
des bureaux des élèves d’écoles de
commerce et d’universités.
Avec Travelfactory, la CDA va
ajouter 13 agences immobilières aux
9 qu’elle a déjà. Cela lui permettra
de gérer 3 800 appartements pour le
compte de propriétaires. Or, maî-
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
â
Marguerite Bérard-Andrieu, la
relève pour le réseau de BNP Paribas
Comme le foot, la banque
connaît des transferts.
Celui
de
Marguerite
Bérard-Andrieu a été
annoncé lundi : le groupe
BNP Paribas a recruté chez son concurrent
BPCE la future responsable de ses activités de
banque de détail en France. Un sacré défi
pour cette femme de 40 ans, qui pour la première fois aura la responsabilité directe d’un
métier. Il va lui revenir de poursuivre la
transformation, délicate chez BNP Paribas
comme ailleurs, de l’activité de banque de
détail, confrontée à la triple vague de la baisse
des taux et donc des marges, du durcissement
de l’environnement réglementaire, et de la
révolution digitale qui rebat les cartes de la
relation client et de la concurrence.
BNP Paribas donne à Marguerite Bérard-Andrieu le temps de réfléchir à sa mission. Si elle
rejoint le géant de la banque dès le 15 janvier,
elle ne prendra les rênes de son réseau français
que le 1er janvier 2019, date à laquelle elle
entrera au comité exécutif du groupe. Un an de
« tour de banque » en France et dans le monde
est donc programmé. La transfuge de BPCE
succédera à Marie-Claire Capobianco, qui
dirige la banque de détail de BNP Paribas
depuis 2011. Celle-ci prendra de nouvelles
fonctions au sein du comité exécutif du groupe.
Ce mouvement de Marguerite Bérard-Andrieu n’est pas une surprise. Son départ de
BPCE avait été annoncé en décembre. La jeune femme a passé près de six ans dans ce
groupe, où elle avait rejoint le président du
directoire, François Pérol, son ancien « boss »
à l’Élysée, où il était secrétaire général
adjoint. En 2007, cette brillante inspectrice
des finances, major de la promotion de l’ENA
Leopold Sédar-Senghor qui est aussi celle
d’Emmanuel Macron, diplômée de l’université américaine de Princeton, avait quitté
Bercy pour devenir conseillère sociale du
président Nicolas Sarkozy. En 2010, elle a
dirigé le cabinet de Xavier Bertrand au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé.
Chez BPCE, elle a été directeur général
adjoint, puis directeur général en charge des
finances, de la stratégie et des affaires juridiques. Un parcours qui avait fait d’elle l’été
dernier une candidate en puissance à la
direction générale de la Caisse des dépôts.
L’exécutif n’a finalement pas choisi de tenter
le saut de génération pour la Vieille Dame de
la rue de Lille, dont les rênes ont été confiées à
Éric Lombard. Marguerite Bérard-Andrieu
n’a manifestement rien perdu dans l’épisode,
qui a peut-être donné à BNP Paribas l’idée de
lui proposer un autre défi.
BERTILLE BAYART
triser les stocks de lits disponibles
est un enjeu majeur à la montagne.
Dominique Marcel compte développer toutes les activités de Travelfactory. « Un client qui va au ski,
même dans une station que nous ne
gérons pas, favorise la montagne
française, déclare le dirigeant. C’est
bon pour tout le monde au moment où
la France perd des parts de marché.
Les complémentarités vont plus loin
avec le développement de séjours incluant des entrées dans nos parcs. »
L’hiver prochain, Travelski visera les marchés britannique et néerlandais. Plusieurs acquisitions sont
à l’étude : des agences immobilières
et un tour-opérateur étranger, spécialisé dans le ski. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â JEAN-BAPTISTE CARPENTIER
Veolia
Le géant français de la gestion de
l’eau se dote d’un nouveau directeur
de la conformité, directement rattaché au PDG, Antoine Frérot. Ancien
dirigeant de la cellule antiblanchiment du
ministère de l’Économie, Jean-Baptiste Carpentier arrive un an après les affaires de
conflit d’intérêts qui avaient secoué le groupe
fin 2016.
â ÉRIC DE SEYNES
Yamaha
Après avoir pris la tête de la France, puis du
Japon, une grande première pour un
Français, Éric de Seynes prend les rênes de
l’Europe. Ce passionné de moto est également membre de la famille héritière
d’Hermès, où il siège au conseil de surveillance.
â JEAN-PIERRE RAFFARIN
Pierre et Vacances
L’ancien premier ministre devrait
être nommé administrateur du
groupe de tourisme français le mois
prochain, à l’occasion de l’assemblée générale mixte du groupe.
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
TECH
23
Nvidia va équiper
toutes les voitures
autonomes d’Uber
Le groupe américain s’allie aussi
avec le constructeur Volkswagen.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
ENVOYÉE SPÉCIALE À LAS VEGAS
VOITURE CONNECTÉE On pourrait presque oublier que Nvidia
ne construit pas de voitures.
L’entreprise américaine, spécialisée dans la production de cartes
graphiques, a profité du Consumer Electronics Show (CES) à Las
Vegas pour déclarer son amour à
l’industrie automobile. Elle a notamment annoncé la signature
d’un partenariat avec l’application de transport Uber. Les deux
entreprises vont travailler sur
des voitures autonomes. Le sujet
est étudié avec attention par
Uber depuis plusieurs années.
Son centre de recherche en la
matière, et le lieu de la plupart de
ses tests auprès de véritables
consommateurs, se situe à Pittsburgh, aux États-Unis.
Uber avait déjà doté certains
de ses véhicules de puces Nvidia,
qui est l’une des rares entreprises
à fournir ce genre de technologie. Cet accord vient néanmoins
officialiser la relation entre les
deux entreprises. Toutes les voitures autonomes testées par Uber
seront équipées de Xavier, une
puce spécialement dédiée à la
conduite sans chauffeur.
Nvidia, de son côté, voit la voiture autonome comme l’un de
ses marchés d’avenir. L’entreprise américaine s’est d’abord
fait connaître pour ses cartes
graphiques (GPU) performantes,
très appréciées par les joueurs de
jeux vidéo. Elle promeut depuis
une conception bien à elle de
l’informatique, où les GPU remplaceraient les microprocesseurs
(CPU) classiques comme cœur
des ordinateurs. Cette stratégie
lui a déjà permis de conquérir de
nombreux laboratoires d’intelligence artificielle, à la recherche
de solutions efficaces pour mener un très grand nombre de calculs complexes. Nvidia fait le pari
que ses outils pourraient être
particulièrement utiles au futur
de l’industrie de l’automobile.
Interlocuteur
technologique unique
Là où d’autres grands acteurs,
comme Google, ont fait le choix
de se concentrer sur l’aspect logiciel de la conduite autonome,
l’entreprise de Jensen Huang se
présente comme un interlocuteur technologique unique à l’industrie de la voiture, se positionnant sur plusieurs créneaux à la
fois. Elle développe des puces
mais aussi une plateforme en ligne capable de traiter les données collectées par une voiture
sans chauffeur, améliorant ainsi
sa conduite. Cette dernière, baptisée « Nvidia Drive », est déjà
utilisée par plus de 320 partenaires dans le monde, dont le
constructeur BMW, le géant
chinois Baidu ou la start-up
Aurora. En novembre, l’entreprise a annoncé un accord avec
DHL, qui doit utiliser avant la fin
de l’année des véhicules autonomes pour effectuer des livraisons
de colis sur des courtes distances.
Autre accord annoncé, celui
passé avec Volkswagen. Nvidia
est censé aider le constructeur
allemand à « infuser de l’intelligence artificielle dans sa prochaine génération de véhicules », mais
ne donne pas plus de détails sur
cette collaboration. Enfin, Nvidia
a présenté une plateforme de
développement d’applications
en réalité augmentée dédiées à la
conduite, baptisée « Nvidia
Drive AR ». ■
« The Wall », le nouvel écran
de Samsung, mesure 3,75 mètres
de diagonale (soit 146 pouces). SAMSUNG
La course au gigantisme
des fabricants de téléviseurs
Samsung annonce pouvoir faire des écrans de n’importe quelle taille.
ELSA BEMBARON £@ElsaBembaron
ENVOYÉE SPÉCIALE À LAS VEGAS
TÉLÉVISEURS Chaque salon de
l’électronique grand public (CES)
est l’occasion d’une nouvelle démonstration de force. Celui-ci
n’échappe pas à la règle. Cette année encore, Samsung, le leader du
secteur, a décidé de frapper les esprits avec un mur, appelé précisément « The Wall ». Le nom du
nouvel écran de télévision du coréen fait référence à sa taille, soit
146 pouces (3,75 mètres) de diagonale. Avec lui, Samsung fait la
démonstration d’une nouvelle
technologie d’écran, baptisée microLED, qui lui permet de faire des
écrans de n’importe quelle taille,
quasiment à la demande, en assemblant des petits carrés de quelques
centimètres de côté. Mis bord à
bord, ils créent cet immense ensemble et il est impossible de voir à
l’œil nu les jonctions entre eux.
Autre particularité technique, chaque élément qui compose l’écran
crée à la fois sa lumière et sa propre
couleur.
Cette course au gigantisme répond à une demande du marché,
qui va vers des écrans de plus en
plus grands. Certes, « The Wall »,
Jensen Huang, PDG de Nvidia, a présenté son projet de partenariat
avec Uber, dimanche, lors du CES de Las Vegas. RICK WILKING/REUTERS
qui sera commercialisé en France à
la fin de l’année, reste un produit de
niche. Son prix, « élevé » selon un
représentant de la marque, n’a pas
encore été divulgué. Mais il illustre
bien la demande des consommateurs vers des téléviseurs de plus de
50 pouces. « Dans un marché en
baisse l’année dernière, les ventes de
très grands écrans ont grimpé »,
mentionne de son côté Stéphane
Curtelain, directeur marketing LG
France. Tandis que Samsung continue de parier sur sa technologie
QLed pour se différencier en termes
de qualité d’image, LG maintient le
cap avec les Oled. Une technologie
aussi adoptée par Panasonic, Sony
et Philips. Elle permet à ces quatre
marques de venir titiller Samsung
sur le marché haut de gamme.
Commande à la voix
Armés de téléviseurs toujours plus
performants, les fabricants restent
convaincus que les jeunes reviendront vers eux, quand ils seront
lassés de regarder leurs vidéos sur
des smartphones, des tablettes ou
des PC. Avec plusieurs préoccupations : retrouver les mêmes contenus, le faire facilement et avec une
qualité d’image supérieure. Samsung pousse aussi ses pions dans ce
domaine avec un écran 8K (huit fois
LE MARCHÉ
DES VENTES
DE TÉLÉVISEURS
PART DE MARCHÉ
MONDIALE EN %
35 à 40 %
Part de marché
de Samsung
15 à 20 %
Part de marché de LG
20 %
Part de marché détenue
par Sony, Panasonic
et Philips
la définition de la HD) doté d’une
intelligence artificielle. La présence
de cette dernière dans le téléviseur
permet d’augmenter la définition
de n’importe quel contenu pour le
faire passer en 8K. Ce qui est indispensable, puisqu’il n’existe pas de
contenus diffusés avec une telle définition.
Cela fait aussi plusieurs années
que les fabricants cherchent à trouver une façon simple de commander un téléviseur. Il semble que la
commande vocale, également
agrémentée d’intelligence artificielle, soit la solution à cette difficulté. LG a particulièrement insisté
sur ce point. La marque intègre son
propre assistant ThinQ auquel elle
ajoute Google Assistant. LG parie
ainsi sur un environnement ouvert,
contrairement à Samsung qui fait
cavalier seul sur ce plan. Les téléviseurs Samsung se pilotent à la voix
avec l’assistant Bixby, qui n’est pas
encore disponible en français. Il
devrait l’être dans le courant de
l’année.
Pour le moment, le groupe se
concentre sur la signature de partenariats locaux (par exemple en
France avec Canal +) pour être capable d’offrir de nombreux services et
des contenus en ligne avec les attentes particulières à chaque pays. ■
LA SÉANCE DU LUNDI 8 JANVIER
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
+1,39 44,65
+1,1
109,9
+1,19
86,62
+2,76 29,225
-0,51 127,7
+1,22 25,92
+0,95 64,84
+0,97 44,7
-0,1
102,95
-3,11
18,53
+1,09
15,01
-0,67
71,77
+0,65
14,7
+0,48 115,2
-1,14 402,7
-0,08 187,1
+1,06 49,9
-0,12
65,8
-1,6 248
+1,07 128,4
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,93
109,3
85,8
28,705
126,1
25,645
64,01
44,21
102,15
17,87
14,82
71,01
14,615
114,2
396,7
185,85
49,42
65,46
244,35
125,85
0,374
0,266
0,172
0,175
0,241
0,25
0,243
0,256
0,188
0,68
0,294
0,181
0,167
0,172
0,124
0,073
0,044
0,172
0,106
0,321
+3,21
+4,52
+4,36
+7,69
+4,16
+4,37
+3,61
+2,93
+3,55
-0,55
+7,43
+1,89
+2,48
-0,04
+1,07
+0,97
+5,63
+2,13
+0,04
+6,48
JOUR
ORANGE ..............................................14,7
PERNOD RICARD ..................................
132,3
PEUGEOT ..............................................
18,035
♣ 55,76
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
88,47
SAFRAN ..............................................89,04
SAINT GOBAIN ..................................47,915
SANOFI ..............................................74,35
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
73,36
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
45,135
SODEXO ..............................................
112,05
SOLVAY ..............................................
118,85
STMICROELECTRONICS .............................
19,32
TECHNIPFMC ..................................26,88
TOTAL .............................................. 48,035
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
213,4
VALEO .............................................. 64,98
VEOLIA ENVIRON. ..................................
22,07
♣
VINCI .............................................. 88,4
VIVENDI ..............................................23,82
%VAR.
+0,55
+0,27
-0,39
+0,29
+1,46
-0,18
+0,31
-0,01
+0,16
+0,13
-0,44
-0,88
-0,57
+0,52
+0,44
+1,09
+1,12
+0,82
+0,18
+1,15
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,725
132,55
18,48
56,04
88,9
89,6
48,08
75,23
73,64
45,45
113,05
120,65
19,53
27,23
48,28
214,2
65,6
22,09
88,62
23,92
14,59
130,8
18,02
55,42
87,33
88,82
47,69
74,07
72,9
44,935
111,8
118,85
19,225
26,8
47,845
211,1
64,5
21,87
87,9
23,44
%CAP.ECH
0,172
0,166
0,524
0,297
0,346
0,152
0,226
0,141
0,199
0,464
0,187
0,279
0,227
0
0,154
0,451
1,191
0,267
0,16
0,279
31/12
+1,55
+0,27
+6,37
-1,57
+5,43
+3,64
+4,21
+3,48
+3,53
+4,84
+2,55
+6,12
+3,98
+4,32
+1,62
+4,35
+3,74
+3,82
+6,24
LES DEVISES
ter dès cette année les dividendes du plan
de restructuration mis en place début
2017 pour faire face à l’effondrement de
l’activité dans le secteur des services parapétroliers. Outre-Atlantique, le regroupement de toutes les activités de production d’acier nécessaires à la fabrication
des tubes dans la nouvelle usine de Jeceaba, au Brésil, va lui permettre de réali-
1 EURO=
1,5289
1,488
0,8841
9,3656
135,34
1,1709
1,1973
2,9727
11,103
4,4887
21,12
7,7816
76,0375
137,21
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35370
35000
+1,78
NAPOLEON ..................................................... 205,1
206,8
-0,87
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
212
212
-0,38
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1190
1190
+1,88
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
205
205
+0,49
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
295
295
-3,28
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1317
1317
+0,53
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
113,4
113,4
+3,28
PIECE SUISSE 20F .....................................................
203
203
+0,15
PIECE LATINE 20F .....................................................
204,4
204,4
+0,74
SOUVERAIN ..................................................... 262,5
260,8
+0,69
KRUGERRAND .....................................................1129
1128
+0,92
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
286,03 04/01/18
VALLOUREC EST BIEN DÉCIDÉ À RATTRAPER SON RETARD EN 2018
Après près de cinq années de baisse ininterrompue, le titre Vallourec est bien décidé à prendre sa revanche en 2018. À
5,68 euros, il affiche déjà une hausse de
près de 13 % par rapport à son cours du
29 décembre, ce qui le place en tête des
plus fortes hausses à la Bourse de Paris.
Le spécialiste français des tubes de forage pétrolier sans soudure devrait récol-
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
BETELGEUSE ................................................
50,70
06/11/17
BELLATRIX C ................................................
347,21
06/11/17
SIRIUS ................................................57,43 04/01/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
ser d’importantes économies. Vallourec,
dont la compétitivité est désormais restaurée, est bien placé pour bénéficier de la
reprise des activités de forage pétrolier
aux États-Unis. Pour 2018, une enquête
de la réserve fédérale de Dallas montre
que plus de 23 % des opérateurs du secteur prévoient de maintenir leurs investissements au niveau de 2017, 51 % pré-
voient de les augmenter légèrement et
19 %, significativement. Vallourec devrait
aussi continuer à être porté par les hausses de prix passées au second semestre
de 2017 et il n’est pas exclu que celles-ci
se poursuivent en 2018, si les conditions
de marché restent toujours favorables.
Les comptes 2017, qui seront publiés le
21 février, devraient ressortir en nette
amélioration et l’équilibre opérationnel
pourrait être atteint cette année. La capitalisation boursière, qui dépassait les
14 milliards d’euros à l’été 2008, est aujourd’hui tombée à 2,6 milliards. Le groupe se
traite dès lors en Bourse à un prix jugé très
attractif au regard des quelque 4 milliards
d’euros de chiffre d’affaires attendus par
les analystes pour cette année. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 44,38
♣
AIR LIQUIDE ..................................
109,8
AIRBUS .............................................. 86,62
ARCELORMITTAL SA ..................................
29,2
ATOS .............................................. 126,4
AXA .............................................. 25,815
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
64,5
BOUYGUES ..............................................
44,58
CAPGEMINI ..............................................
102,4
CARREFOUR ..............................................
17,94
CREDIT AGRICOLE ..................................
14,825
DANONE .............................................. 71,27
ENGIE .............................................. 14,69
ESSILOR INTL. ..................................114,9
KERING ..............................................397,2
L'OREAL ..............................................186,75
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
49,69
LEGRAND ..............................................65,56
LVMH .............................................. 245,5
♣
MICHELIN ..............................................
127,3
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
24
MÉDIAS et PUBLICITÉ
TF1 réfléchit à étoffer son offre d’info après le JT de 20 heures
La chaîne pourrait remplacer le programme court « Nos chers voisins » par un nouveau format magazine.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
TÉLÉVISION Le début des grandes
manœuvres ? Selon nos informations, TF1 a entamé une réflexion
afin d’enrichir son offre d’info sur le
carrefour d’audience stratégique
qui suit le JT de 20 heures et s’étire
jusqu’au prime time.
La chaîne envisagerait de créer
un mini-magazine, d’une durée de
cinq à six minutes, qui viendrait
remplacer la fiction courte Nos
chers voisins. Si la série est toujours
en cours de diffusion, l’arrêt de sa
production a été officialisé en juin
dernier par TF1. La nouvelle offre
d’info devrait faire l’objet de plusieurs tournages tests dans les dix
prochains jours. À la manœuvre,
Thierry Thuillier, qui a succédé à
Catherine Nayl à la tête de l’info, et
les journalistes de la rédaction : ce
format inédit serait en effet intégralement écrit et produit en interne.
Qui incarnera le programme ?
S’agira-t-il de raconter l’histoire
singulière d’une personnalité ou
d’un simple inconnu ? Aucune déci-
sion n’aurait encore été arrêtée. Une
chose est sûre toutefois : la diffusion
quotidienne d’un magazine de six
minutes sur un seul sujet requiert
des moyens et implique de pouvoir
industrialiser la production. À titre
de comparaison, un sujet de JT dure
environ une minute trente.
Pour TF1, remplacer un programme
de fiction par un supplément d’info
présenterait en tout cas plusieurs
avantages. D’une part, clarifier la
grille quelque peu décousue à cette
heure de grande écoute. S’y succèdent, pêle-mêle, de la publicité, des
bandes-annonces, le bulletin météo
et une série courte. D’autre part,
cela permettrait de fixer un nouveau
rendez-vous aux téléspectateurs. À
20 heures, le JT de Gilles Bouleau.
Vers 20 h 30, un magazine d’information incluant la météo. Et enfin, à
20 h 50, le format d’infotainment
« C’est Canteloup », qui conserverait sa case. Reste à savoir comment
s’articuleront les coupures de pub.
Au final, la chaîne proposerait un
ensemble cohérent autour de l’ac-
connecté depuis trois jours et a raté
une enquête sur un sujet qui lui
tient à cœur ? L’article sera placé
très haut sur sa homepage.
« C’est une chose de gagner des
abonnés numériques, mais l’autre
grand défi est de les conserver »,
note Ludovic Blécher. Le taux de
désabonnement dans les médias en
ligne peut osciller entre 20 et 50 %,
un chiffre trop élevé pour composer un modèle économique stable.
Pour abaisser ce taux, les éditeurs
souhaitent améliorer leur relation
client à tous les niveaux, éditorial
compris. « La question clé est :
comment donner envie aux lecteurs
de consommer leur abonnement ?
Que leur offre-t-on en plus ? »,
souligne Ludovic Blécher. Un
abonné qui ne lit plus risque fort de
se désabonner. Le New York Times
dédie déjà 25 salariés à la « rétention » de ses abonnés numériques.
Plusieurs outils (alertes, envoi
d’e-mails…) sont activés dès que
l’on constate qu’un abonné se
connecte de moins en moins.
Avec la personnalisation des homepages, les éditeurs souhaitent
offrir un cocon à leurs abonnés. Ils
trouveront toujours facilement sur
l’application des articles qui les intéressent, et auront envie d’y retourner très régulièrement. Gare
toutefois à ne pas enfermer le lecteur dans une bulle, en ne lui montrant que les actualités qu’il souhaite bien voir. Si Netflix ou
Spotify peuvent se permettre
d’ignorer des pans entiers de la
création vidéo ou musicale pour
satisfaire leurs clients, un média
serait en faute s’il n’informait pas
correctement son lectorat. Le New
York Times prévoit de sélectionner
de 20 à 30 articles « essentiels »
chaque jour, qui seront mis en
avant sur toutes les homepages,
qu’importe le profil du lecteur.
Certains lecteurs pourraient aussi
se sentir « espionnés » par leur
journal, envers qui le rapport de
confiance doit être total. La personnalisation reposera donc sur un
subtil dosage si elle ne veut pas se
transformer en repoussoir.
Les outils de la personnalisation
vont aussi être adaptés aux
paywalls dans les prochains mois.
Au lecteur passionné, une offre
d’abonnement adaptée à son profil
sera proposée. À l’internaute dilettante, venu des réseaux sociaux, il
sera suggéré de regarder une publicité ou de répondre à un sondage pour accéder à l’article. Un
autre moyen de monétiser un public peut enclin à sortir sa carte
bancaire. ■
Remettre de la cohérence
tualité et de l’info, qui demeure pour
elle un puissant vecteur d’audiences. Entre septembre et fin décembre, le JT de Gilles Bouleau a fédéré
en moyenne 5,5 millions de fidèles,
soit 24,4 % du public. Ce qui représente environ 700 000 téléspectateurs de plus que sur France 2.
« Alors que certains prédisent la mort
des JT, TF1 prend le contre-pied en
faisant le pari de rajouter une brique
d’info supplémentaire », constate un
bon observateur de l’audiovisuel.
Sachant que son JT est leader, autant
surfer sur ce succès. ■
La presse en
ligne s’adapte
aux goûts
de ses abonnés
La personnalisation des contenus
vise à lutter contre les résiliations.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
PRESSE Les abonnés aux plateformes de musique en ligne
connaissent bien les playlists hebdomadaires concoctées par les algorithmes de Spotify ou Deezer.
Elles sont parfaitement taillées
pour leurs goûts musicaux, sans
qu’ils n’aient jamais eu à cocher de
cases pour dire qu’ils préfèrent le
jazz à la folk. Cette personnalisation de l’offre pourrait bientôt toucher la presse en ligne, à en croire
les dossiers retenus lors du dernier
tour du fonds Google pour les médias européens (Digital News Initiative, ou DNI). Objectif, gagner
des abonnés numériques… et les
conserver.
Le Times of London, le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Le Monde
ou Les Échos en France : ces éditeurs vont tous recevoir des aides
de Google pour mettre en place des
solutions permettant de distribuer
autrement leurs contenus. Le britannique Times travaille ainsi sur le
projet James, « un majordome virtuel de l’information, qui apprendra
progressivement les habitudes du
lecteur pour lui proposer les
meilleurs articles, même issus d’anciennes éditions, au meilleur moment. » Le projet Votre Monde
souhaite quant à lui « proposer une
expérience personnalisée sur tous
les écrans ». « La personnalisation
devient une tendance forte dans la
presse, explique Ludovic Blécher,
directeur de Google DNI. La grande
nouveauté est que le lecteur n’a plus
à sélectionner à la main, dans des
menus compliqués, quels types de
sujets l’intéressent. Tout va se faire
désormais de manière passive. »
Premiers retours
prometteurs
Le Wall Street Journal est pionnier
grâce à sa nouvelle application
pour iPhone, sortie début novembre. En plus de la homepage classique, elle comprend un onglet,
« My WSJ », géré par une intelligence artificielle, qui sélectionne
les articles les plus adaptés au profil
du lecteur en fonction de son historique de navigation sur le site.
Les premiers retours sont prometteurs : « My WSJ » ne détourne pas
les abonnés de la homepage classique. Bien au contraire, l’onglet apporte des clics supplémentaires et
prolonge le temps de consultation
de l’application. Il a pour avantage
de faire vivre autrement, et plus
longtemps, des contenus qui
auraient pu très vite disparaître de
la homepage générale.
Le New York Times travaille, lui
aussi, sur une personnalisation de
sa homepage, sans passer par un
onglet dédié. Des premiers tests
ont permis de mettre en avant des
articles sur New York si le lecteur
est géolocalisé dans la mégalopole.
Mais le quotidien veut aller plus
loin. Un abonné ne s’est pas
Le Wall Street Journal
est pionnier grâce
à sa nouvelle application
pour iPhone, sortie
début novembre.
VLADISLAV GUDOVSKIY/
STOCK.ADOBE.COM,
PHOTOMONTAGE LE FIGARO
« cléLa question
est :
comment
donner envie
au lecteur de
consommer
son
abonnement
numérique ?
Que lui
offre-t-on
en plus ?
»
LUDOVIC BLÉCHER,
DIRECTEUR DE GOOGLE
DIGITAL NEWS
INITIATIVE
EN BREF
GOOGLE A VENDU
10 MILLIONS DE HOME
£ Le géant américain a indiqué
qu’il a vendu plus de 10 millions
d’exemplaires de son enceinte
connectée depuis octobre.
DÉPARTS CHEZ
MONDADORI FRANCE
£ La direction de la filiale
française de l’éditeur italien
a annoncé l’ouverture d’un plan
de départs volontaires qui
pourrait concerner 35 postes,
dont la moitié dans les
rédactions du groupe qui édite
Biba, Grazia, Auto Plus ou Closer.
MOTION DE DÉFIANCE
À LCP
£ La Société des journalistes
de LCP a voté à l’unanimité
une motion de défiance contre
la direction après la décision
de Marie-Ève Malouines de
réintégrer le journaliste Frédéric
Haziza. Ce dernier fait l’objet
d’une enquête préliminaire
pour agression sexuelle.
Le Qatar lorgne le championnat italien de football
L’organisateur du Mondial de 2022 est prêt à débourser 13 milliards d’euros pour dix saisons.
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
Les joueurs de la
Juventus de Turin,
samedi, lors du match
de la Serie A du Calcio
contre Cagliari.
A
ALBERTO LINGRIA/ACTION
IMAGES/PANORAMIC
DROITS SPORTIFS La surenchère
sur les droits du foot n’est pas près
de flancher. Après des informations
de presse faisant état, à la fin de la
semaine dernière, de l’intérêt
d’Amazon pour les droits de la Premier League anglaise, ce qui risque
de faire exploser les compteurs
même si aucun montant ne circule,
c’est le Qatar qui défraie la chronique en Italie. Mais cette fois avec
des chiffres vertigineux. Selon le
contenu d’un e-mail diffusé le
week-end dernier par la presse
transalpine, l’International Bank of
Qatar serait en effet disposée à in-
vestir pas moins de 13 milliards
d’euros pour s’emparer des droits
de la Lega Calcio, le championnat
des clubs italiens, pour les dix prochaines saisons. Avec l’idée de revendre ensuite des droits à plusieurs diffuseurs.
Alors qu’au Royaume-Uni la
mise aux enchères officielle n’interviendra qu’en mai prochain, les
droits de la Lega doivent rapidement être réattribués après l’échec
de l’appel d’offres lancé en
mai 2017. Pour les droits 2018-2021,
la Lega espérait recueillir 1,2 milliard d’euros par saison, mais Sky
Italia, seul candidat, n’a proposé
que 495 millions… L’offre de la banque qatarienne, si elle est effective,
irait donc bien au-delà en portant à
1,3 milliard d’euros le montant des
droits pour chaque saison. Pour la
période 2015-2018, Sky Italia et
Mediaset
avaient
déboursé
946 millions d’euros par saison.
L’incertitude Mediaset
Les candidats ont jusqu’au 22 janvier pour présenter leurs offres. À
date, l’incertitude domine. Avec
notamment un gros point d’interrogation sur une éventuelle offre de
Mediaset. L’allié de Sky dans le précédent appel d’offres pourrait cette
fois faire pot commun avec Canal +
dans la coentreprise que la filiale de
Vivendi a constituée avec l’opérateur Telecom Italia, dont Vivendi
est le premier actionnaire. Encore
faut-il que la famille Berlusconi, qui
contrôle Mediaset, trouve un terrain d’entente avec Vivendi. Une
médiation est en cours qui doit donc
intervenir avant ce 22 janvier pour
que l’attelage franco-italien tienne
la route. Dans le différend qui les
oppose, Vivendi et Mediaset doivent en tout cas se mettre d’accord
avant le 27 février, date fixée par le
juge pour traiter les plaintes de
Mediaset et de Fininvest, le holding
des Berlusconi, contre le groupe
médias français.
L’appel d’offres italien devrait
servir de test avant ceux des championnats de football anglais et français. En France, pour les saisons
après 2020, la Ligue de football professionnel (LFP) pourrait lancer les
hostilités dès cette année, même si
elle n’est juridiquement tenue de le
faire qu’avant la mi-2019. Sur les
rangs, Canal + pourrait se trouver
un allié, comme il l’avait fait pour
les droits 2016-2020 avec le qatarien beIN Sports en offrant un peu
moins de 750 millions d’euros par
saison. En 2014, ce montant constituait déjà un record. Mais il est parti
pour exploser.
Entre Canal +, Altice, qui s’est
déjà offert l’an dernier les droits de
trois saisons de la Champion’s League pour 1,2 milliard d’euros, mais
aussi Facebook et Amazon, la
bataille devrait être homérique. ■
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO - N° 22 833 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
MODE
Zadig & Voltaire
Purple Label Ralph Lauren
PASSAGE EN REVUE
DES BONNES AFFAIRES
24 HEURES AVANT
LES SOLDES PAGES 30 ET 31
EXPOSITIONS
DE DELACROIX À KUPKA,
LA RENTRÉE EST MARQUÉE
PAR LES GRANDS MAÎTRES PAGES 28 ET 29
Portrait de famille (1910), de Frantisek Kupka.
REPORTERS ASSOCIES/GAMMA-RAPHO VIA GETTY IMAGES
Qui va s’offrir
la voiture
de Johnny ?
Johnny Hallyday et Sylvie
Vartan, assise à bord
de l’Iso Grifo, le 20 octobre
1965, à Paris.
Le 7 février prochain, à Paris, RM Sotheby’s vendra aux enchères la légendaire Iso Grifo ayant appartenu
à la rock star. Une auto d’exception au pedigree pailleté. PAGE 26
Camille Bertault, l’affranchie
OLIVIER NUC £@oliviernuc
amille Bertault se joue des codes
et des dogmes avec une virtuosité époustouflante. En 2018,
c’est sûr, il faudra compter avec
cette chanteuse de 31 ans au talent insolent.
Pour elle, tout a commencé sur Internet, en 2015. Frustrée d’avoir manqué
l’examen final du Conservatoire, elle poste une vidéo qui ne va pas tarder à faire le
buzz : elle y reprend, note pour note, la ligne de saxophone de John Coltrane sur
Giant Steps, chef-d’œuvre du jazz des années 1960. Il n’en faut pas plus pour enflammer la Toile et lancer cette passionnée en orbite. Grandie dans un foyer
musical auprès d’un père féru de piano,
Camille Bertault dispose de plusieurs centres d’intérêt, qu’elle malaxe habilement
sur Pas de géant, son second album.
Après des études de piano, elle s’est accomplie dans le chant, mais aussi dans le
théâtre, écrivant et mettant en scène plu-
C
Camille Bertault livre un deuxième album
virtuose, ludique et attachant.
sieurs pièces. Jeune femme de son époque,
elle jongle sans peine avec les références,
de Coltrane à Ravel, en passant par Gainsbourg, la musique brésilienne ou Brigitte
Fontaine. De la fantasque chanteuse et
parolière exceptionnelle, elle reprend
l’impeccable Conne avec une délectation
qui fait plaisir à entendre. Camile Bertault
se défend de l’appellation jazz, tant il est
vrai qu’elle envoie valser les étiquettes
tout au long des seize pièces qui constituent son nouvel album. « Ce disque, je l’ai
délibérément voulu éclectique », expliquet-elle avec gourmandise, quitte à désorienter le public et à fâcher les puristes.
Aujourd’hui, cette personnalité simple
et spontanée, à cent lieues des divas du
genre, n’a plus guère le temps de poster
les reprises filmées chez elle au naturel
sur Facebook. Obstinée, elle a veillé à ce
que Pas de géant, qu’elle est allée enregistrer à New York sous la houlette de Dan
Tepfer, lui ressemble trait pour trait. Virtuose, ludique et attachant, ce disque va
faire d’elle une personnalité dont on suivra les développements avec intérêt et
curiosité. ■
Pas de géant (Okeh-Sony Music),
le 19 janvier. En concert le 20 janvier
dans le cadre de la soirée Jazz Magazine
au Trianon (Paris XVIIIe).
SOLDES *
JUSQ U ’ À
* D u 10 j a nv i e r a u 2 0 fé v r i e r 2 018
ZADIG & VOLTAIRE, PURPLE LABEL RALPH LAUREN, ADAGP, PARIS, 2018/NARODNI GALERIE V PRAZE/NATIONAL GALLERY IN PRAGUE 2017, P. ROUSTEAU/OKEH-SONY MUSIC
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Ouverture exceptionnelle
dimanche 14 janvier 2018
A
ILS VONT FAIRE 2018 Avec son second album, « Pas de géant »,
la jeune chanteuse confirme son talent insolent et son éclectisme.
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
L
«
SYLVAIN REISSER
sreisser@lefigaro.fr
a conduite d’une voiture,
c’est formidable. Au volant d’une voiture
de sport, j’éprouve les mêmes sensations
qu’au moment de rentrer sur scène, seul
face au public », confiait souvent Johnny Hallyday. La rock attitude, la star
décédée le 6 décembre dernier au petit
matin, l’avait aussi au volant. Souvent.
Trop souvent peut-être. En tournant les
pages de son album photo, on découvre
que Jean-Philippe Smet avait l’ivresse
de la vitesse. Cela lui valut quelques
frayeurs et beaucoup de tôles froissées.
Il aurait pu mourir cent fois sur la route.
C’était l’époque insouciante des yé-yé.
On brûlait la vie à 200 à l’heure. De jour
comme de nuit. Personne mieux que lui
comprenait la romancière Françoise
Sagan lorsqu’elle écrivait que « la vitesse n’est ni un signe, ni une preuve, ni une
provocation, ni un défi, mais un élan de
bonheur ». Ce vertige de la vitesse, Johnny Hallyday l’éprouvait au volant de
bolides qui feraient le bonheur des plus
grands collectionneurs de la planète. Il
nourrissait une véritable passion pour
les voitures de sport et les motos. Elle l’a
conduit à posséder quelques-uns des
monstres sacrés du marché. Son goût
prononcé du pilotage l’a même amené à
participer au rallye Monte-Carlo en
1967 au volant d’une Ford Mustang engagée par le constructeur puis au ParisDakar 2002.
laquelle, il promène Catherine Deneuve. Johnny rêvait du spider italien depuis qu’il avait posé en une du magazine
Sport Auto à bord d’un véhicule essayé à
Bruxelles, au garage Francorchamps.
Appelé sous les drapeaux, Johnny se sépare, la mort dans l’âme, de sa California. Lorsqu’il revient de son service militaire, il hérite de la Buick Riviera de
son imprésario. C’est au volant du coupé américain qu’il emmènera Sylvie
Vartan à l’église de Loconville pour célébrer leur mariage le 12 avril 1965.
La voiture de sport italienne est un virus dont on ne guérit jamais. Johnny fait
le tour du segment en pleine révolution.
De nouveaux acteurs contestent la suprématie de Ferrari. L’Iso Grifo A3/C
(pour Corsa) fait figure d’épouvantail.
Cette berlinette n’est pas seulement
l’unique modèle du marché à franchir la
barre mirifique des 300 kmh, c’est aussi
une voiture d’esthète. Au Mans 1964,
une version préparée a fait des étincelles, remportant sa catégorie. Rien
d’étonnant, donc, à ce que Johnny passe
commande du bolide auprès du distributeur Sonauto, sis 23 avenue des Ternes à Paris. Il touche son Iso (châssis no
B/0209) munie d’un numéro provisoire
(7381 WW 75) dans les premiers jours
d’octobre 1965. Le 27 du même mois, la
préfecture l’enregistre sous le numéro
« 4958 RZ 75 ». Pour l’anecdote, la carte
grise porte la mention « M. Smet dit
Johnny Hallyday, Jean-Philippe. » C’est
cette voiture que la maison canado-anglaise va proposer aux enchères le 7 février prochain dans le cadre de sa vente
parisienne de la place Vauban.
L’Italie automobile
des années 1960
Pour les connaisseurs, l’Iso Grifo A3/C
aurait pu accueillir un cheval cabré sur
sa calandre. Avec elle défile toute l’Italie
automobile des années 1960. Son
concepteur n’est autre que Giotto Bizzarrini, le père de la glorieuse Ferrari
250 GTO. Le talentueux ingénieur-es-
L’Iso Grifo A3/C
de Johnny
n’a jamais quitté
le territoire
français.
Si la voiture a été
repeinte depuis
1965, l’habitacle
est d’origine.
REMI DARGEGEN
©2017 COURTESY
OF RM SOTHEBY’S
Le fantasme absolu
Gueule d’ange, déjà 36 chansons enregistrées et plus de 1,6 million de disques
vendus, Johnny a à peine 18 ans et pas
encore le permis de conduire, mais il
sillonne Paris au volant d’une Triumph
TR3 A blanche. Le roadster anglais en
vogue au début des années 1960 lui a été
offert par son imprésario Johnny Stark.
Il ne dure que le temps d’un été. En
1962, l’idole des jeunes passe la vitesse
supérieure. Il s’offre la sportive qui fait
rêver le monde entier : une Jaguar Type
E cabriolet. Enzo Ferrari dira à son propos : « C’est la plus belle voiture au monde. » Faute de voir le bout du capot
vraiment trop long, la rock star ramène
la belle anglaise en remorque. Tout va
bien : ce n’est que de la tôle. La jeunesse
dorée danse le twist ; Johnny roule désormais des mécaniques au volant d’une
exclusive Ferrari 250 GT Spider California. Le fantasme absolu. Alain Delon a la
sienne. Roger Vadim aussi, au volant de
sayeur claque la porte de Maranello fin
1961, par solidarité pour ses collègues
qui démissionnent à la suite de l’ingérence de Laura Ferrari, la femme
d’Enzo, dans la gestion de l’écurie de
course. Avec l’ingénieur Carlo Chiti,
Bizzarrini rejoint l’industriel Giorgio
Billi, l’héritier bolivien Jaime Ortiz-Patino et le comte Giovanni Volpi Di Misurata, héritier d’une famille patricienne
de Venise, pour former ATS (Automobili
Turismo e Sport). Des dissensions se
font vite jour et Bizzarrini reprend sa liberté pour fonder la Societa Autostar en
1962. Il dessine ainsi le V12 pour la première Lamborghini puis rejoint Renzo
Rivolta, un industriel de l’électroménager qui veut se lancer dans l’automobile
de sport. De cette association naît l’Iso
Rivolta GT dessinée par le jeune designer Giorgetto Giugiaro œuvrant alors
pour la carrosserie Bertone. L’année
suivante, au Salon de Turin 1963, le public découvre un chef-d’œuvre de style : l’Iso Grifo A3/C et sa sœur, l’A3/L
(pour Luxe). Giugiaro a mis tout son talent au service de Bizzarrini. Racée, la
nouvelle GT 2 places profite des enseignements de ses années Ferrari. Elle est
très profilée et très basse (1,11 m) ; le
moteur est placé en position centrale
avant afin d’assurer une parfaite répartition des masses. Il l’équipe d’un moteur fiable et sans histoire : un V8 5,3 litres Chevrolet de plus de 300 ch. La
carrosserie réalisée en Avional, un alliage d’aluminium léger utilisé dans l’industrie aéronautique, à laquelle s’adjoint près de 7 000 rivets, permet de
revendiquer un poids record de 969 kg.
Véritable voiture de course, l’A3/C a été
produite, selon toute vraisemblance, à
un peu plus de dix unités, entre 1963
et 1965. « C’est une occasion presque
unique d’acquérir une A3/C. Nous n’en
avons recensé que cinq ou six dans le
monde », dit Augustin Sabatié-Garat de
RM Sotheby’s. La voiture de Johnny
dispose d’une histoire limpide. Elle n’a
jamais quitté le territoire français et a
parcouru à peine plus de 26 000 km depuis sa fabrication. Sa provenance mythique ajoute à la fascination du modèle
et explique que l’estimation soit 25 à
50 % supérieure à la cote, c’est-à-dire
de l’ordre de 3 000 000 euros pour la
fourchette haute. ■
CORBIS/GETTY IMAGES
À l’occasion de la vente aux enchères par RM Sotheby’s, à Paris
le 7 février prochain, de son Iso Grifo, un bolide d’exception,
retour sur la grande passion de la rock star pour les voitures de sport.
EXCLUSIF
LES MONSTRES
SACRÉS
DE M. SMET
TRIUMPH TR3 A
Symbole de la voiture de sport
par excellence au début des
années 1960, le roadster anglais
est la voiture de ses 18 ans.
Johnny a réussi à obtenir le
numéro 15, correspondant à sa
date de naissance, sur sa plaque
d’immatriculation. Un cabriolet
Jaguar Type E la remplacera.
APIS/CORBIS/GETTY
Johnny à 200 à l’heure
FERRARI 250 GT
SPIDER CALIFORNIA
Il n’a que 20 ans lorsque
commence sa longue histoire
d’amour avec la firme
de Maranello. Dessinée par
Pininfarina et animée par un V12
de 240 ch, la California est l’icône
absolue. Sa cote avoisine
actuellement 18 millions d’euros.
NORTON ATLAS 750
À la suite de la Harley-Davidson
Hydra Glide 1200, Johnny s’offre
ce modèle anglais, l’un des
fleurons des roadsters, au cours
des années 1960. L’influence
des États-Unis est manifeste :
Johnny l’a fait modifier
en chopper avec un guidon haut
et les échappements relevés.
MOTORS
EDITIONS HUGO
A
LE FIGARO. - Johnny Hallyday
était-il plus passionné de voitures
que de motos ?
Jean BASSELIN. - Au début de sa carrière, sa préférence allait aux voitures.
Il avait déjà les moyens d’acquérir les
fleurons des voitures de sport. Mais il
ne faut pas oublier qu’il était attiré par
les États-Unis. Le King, Elvis Presley,
son idole, roulait en Harley-Davidson.
C’était dans l’ordre des choses qu’il
roule aussi en deux-roues. Plus tard,
lorsque je suis devenu son secrétaire, il
m’a demandé d’organiser un road trip
à moto. Avec notre ami commun Pierre Billon, il voulait refaire la route Easy
Rider à l’envers. Nous sommes allés à
Miami pour acheter les Harley puis
nous sommes montés à Daytona pour
assister à la Bike Week. Nous avons
pris la direction de La Nouvelle-Orléans, notre destination finale. Deux
mois vraiment inoubliables.
Avait-il un bon coup de volant ?
Johnny aurait pu être pilote automo-
bile. C’est ce qu’il aurait aimé faire s’il
n’était pas devenu chanteur. Il avait
un sacré coup de volant. Il a conduit
des voitures puissantes très jeune. À
24 ans, il roulait en Lamborghini
Miura. Cela forge l’expérience. Il a
profité de sa notoriété pour participer
à des compétitions.
Quelle était sa voiture préférée ?
Sans conteste la Ferrari 250 GT Spider
California. C’est le mythe absolu.
L’incarnation du rêve automobile. La
California était à ses yeux la plus belle
voiture qu’il ait eue.
S. R.
RUE DES ARCHIVES/AGIP
« Il aurait pu être pilote automobile »
Auteur de l’ouvrage Johnny Hallyday,
mes motos et voitures d’exception, paru
récemment, Jean Basselin a été le secrétaire de la rock star entre 1986 et
1992.
JACK BURLOT/SYGMA VIA GETTY IMAGES
26
FORD MUSTANG
La star prend le départ du rallye
Monte-Carlo 1967 en compagnie
d’Henri Chemin, responsable
des relations publiques de Ford
France. Avant l’épreuve finale,
l’équipage est disqualifié,
soupçonné d’avoir utilisé un pneu
de plus que les huit autorisés.
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
CULTURE
27
Toulouse-Lautrec :
les dessous canailles
de la Belle Epoque
ARTS Au cœur du Valais suisse, la Fondation Gianadda
dévoile une collection d’affiches et d’estampes de l’artiste.
L’
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À MARTIGNY (SUISSE)
austère Valais suisse s’encanaille. Finis le génépi et les frissons
hivernaux, place à l’absinthe et aux gais
frous-frous. À Martigny, sous la houlette du truculent Daniel Marchesseau,
la Fondation Gianadda accueille une riche exposition d’œuvres graphiques de
Toulouse-Lautrec. La butte Montmartre s’y révèle plus impressionnante que
les monts alpins barrant pourtant à
360° la plaine alentour. Aux cimaises en
effet, 30 affiches sur les 31 inventoriées,
et des estampes, tirages préparatoires,
variantes, états définitifs ou uniques.
Cet ensemble de quelque 120 feuilles est
la propriété d’un collectionneur local
anonyme. Il se trouve ici présenté pour
la première fois en Europe.
Comme on pouvait s’y attendre, voici
Bruant avec son cache-nez rouge, la
Goulue et ses jupons chatouillant le nez
crochu de Valentin le Désossé. Et encore Yvette Guilbert symbolisée par ses
longs gants noirs et sa bouche rouge en
cul-de-poule, Misia tout aussi aguicheuse sous sa mantille, la clownesse
Cha-U-Kao cuisses écartées et chignon
pointu, le commando coquin de
Mlle Églantine, Jane Avril mi-Ève vénéneuse mi-Laocoon moderne, Marcelle
Lender et ses narines en chatières, May
Belfort caressant son minou noir…
Femmes au corset, sur le dos ou se livrant à quelque tendresse saphique
abondent pareillement, notamment
celles de l’album Elles, hommage sincère au quotidien des employées des maisons closes.
Toute la planète a en tête ces icônes
produites durant la courte vie (18641901) de l’Albigeois de Paname. Et si
Edmond de Goncourt a pu le surnommer l’« homoncule ridicule », cela n’a
pu être qu’en référence à son handicap
physique. Car autrement, par cette
griffe reconnaissable au premier coup
d’œil, le génie éclate partout.
Le parcours fait d’accrochages en séries – tels ces trois états de Jane Avril
dansant le french cancan avec levé de
jambe devant le manche phallique
d’une contrebasse – permet d’appréhender la méthode de travail. Lithogra-
“
Ne manquent
à la Fondation que le fumet
des beuglants et le chahut
des arsouilles
”
phies en vert olive, éditions en noir sur
papier vergé ou à plusieurs couleurs
(jusqu’à huit pour Mademoiselle Lender
en buste ce qui est une prouesse) :
l’œuvre sans cesse déclinée chatoie. On
peut la comprendre comme un très
moderne « work in progress ». Au fil
des feuilles, les innovations surgissent,
telle la technique du crachis qui consiste à passer un couteau sur une brosse à
dents encrée afin d’obtenir de fines
projections d’encre.
Le parcours offre également l’opportunité d’apprécier la radicalité du
style – lignes expressives qui sont
autant de signes schématiques, aplats
criards, perspectives poussant celles
du japonisme et de Degas. « Ni son
dessin, ni sa couleur ne font des simagrées (…) Y en a pas deux comme
Lautrec pour piger la trombine des capitalos gogos attablés avec des fillasses
à la coule qui leur lèchent le museau »,
résumait un journaliste du Père peinard. Un Jacques Villon, aîné des frères
Duchamp, ou le jeune Picasso en subiront l’influence. À la Fondation, les
premières eaux-fortes du second le
démontrent.
Regrette-t-on l’absence d’huiles et
de pastels ? Comme l’a écrit le regretté
André Fermigier, professeur d’histoire
de l’art à la Sorbonne et dont il serait
bon qu’on célèbre le trentenaire de la
mort l’année prochaine, « pour Toulouse-Lautrec, la lithographie est un art de
peintre… et son œuvre de peintre existe
surtout en fonction de son œuvre de lithographe ».
La visite s’avère enfin une passionnante plongée dans l’histoire. Les
odeurs les plus fortes de la Belle Époque
s’exhalent non seulement des illustrations de revues, de feuilletons ou des
réclames, telles celles pour les chaînes
de vélo Simpson. Mais encore de nombreux textes placardés en regard. Un
dictionnaire d’argot est recommandé
pour lire la prose d’un Gustave Geffroy,
d’un Frantz Jourdain, des Huysmans,
Banville ou même la nécrologie d’Arsè-
Jane Avril dansant le french cancan (1893), Henri de Toulouse-Lautrec.
COLLECTION PARTICULIÈRE©PETER SCHÄLCHI
ne Alexandre parue dans ces colonnes.
À côté des caricatures et des portraits
photographiques des vedettes du temps
par Nadar (ses cartes postales originales
sont réunies dans une vitrine en postface), on lit encore des extraits de
chansons telles Je suis pocharde ou Les
Vieux Messieurs. Ainsi, partout, le vice
et l’ivresse s’emparent des sens. Nous
voilà pris par cet art comme, dans
L’Anglais au Moulin Rouge, lord pigeonné par deux lorettes aux yeux de
félins. Ne manquent à la Fondation que
le fumet des beuglants et le chahut des
arsouilles.
Quand il était question d’aller droit à
la vérité la plus crue, donc la plus pure,
Lautrec, cadet de Van Gogh, ami des
nabis, collègue des nouveaux affichistes
Bonnard, Vallotton, Cheret, Mucha ou
encore Steinlen (tous représentés ici
par divers travaux telle la célébrissime
affiche du cabaret du Chat noir), laissait
tout le monde derrière lui. Prenez son
banquier véreux à bajoues et paupières
flasques de Reine de joie. Il ferait passer
Harvey Weinstein pour un enfant de
chœur. ■
« Toulouse-Lautrec à la Belle Époque »,
à la Fondation Pierre Gianadda,
Martigny (Suisse), jusqu’au 10 juin.
Catalogue FPG, 290 p., 35,50 €.
Tél. : +41 (0) 27 722 39 78.
www.gianadda.ch
Des archives
qui ont du coffre
CHRONIQUE Les 65 CD consacrés au chef
André Cluytens illustrent bien l’intérêt que portent
les labels à leurs trésors parfois délaissés.
Christian Merlin
vez-vous encore des cadeaux à faire ? Des chèques
à convertir ? On a ce qu’il
vous faut. En 2017, les éditeurs ont confirmé leur regain d’intérêt pour l’exploitation raisonnée de leurs archives. Après des
années d’anarchie où les labels ont traité leurs trésors par-dessus la jambe,
ceux-ci sont maintenant très soigneux
dans l’exploitation systématique de
leurs cavernes d’Ali Baba. On voit donc
paraître des coffrets réunis avec rigueur
éditoriale et sens esthétique, dont le
prix peut impressionner au premier regard, mais qui se réduit à trois fois rien
quand on le divise par le nombre de CD.
On vous a déjà entretenu ici du magnifique coffret Warner Classics consacré
aux enregistrements live de Maria
Callas : 42 CD, 3 DVD et un livret de
216 pages, avec notamment 12 opéras
qu’elle n’a jamais enregistrés en studio.
On y mesure ce que la scène ajoutait à
l’art incandescent de cette torche vive.
Mais l’événement de l’année écoulée
reste le fabuleux coffret de 65 CD
consacré par Erato au chef André Cluytens, The Complete Orchestral and
Concerto Recordings . Mort à 62 ans seulement, en 1967, ce Belge naturalisé
français fut quelque peu éclipsé de son
vivant par les figures charismatiques de
ses aînés Pierre Monteux et Charles
Munch. Aujourd’hui, le recul permet de
lui redonner sa vraie place, parmi les
plus grands.
Dans ces enregistrements étalés de
1943 à 1965, on redécouvre un musicien
A
universel, aussi à l’aise dans le style
français que dans le répertoire allemand
et la musique russe. Partout règne l’élégance suprême d’un des plus beaux bras
de l’histoire de la direction, le sens souverain de l’équilibre formel et des couleurs instrumentales, la beauté du phrasé et le dosage des sonorités. L’ardeur
de ses Berlioz et la sensualité de ses Ravel le disputent à la noble clarté de ses
Wagner, ce grand romantique se révélant aussi un maître du classicisme de
Haydn. Premier Français à diriger à
Bayreuth, il fut aussi le premier à enregistrer une intégrale des symphonies de
Beethoven avec le Philharmonique de
Berlin, avant Karajan : un modèle, tout
comme ses accompagnements de
concertos et son sens vocal dans la musique sacrée. Un tel universalisme est
pour le moins rare, et l’on croit voir en
écoutant ces disques rayonnants le regard bleu qui charmait autant le public
que les musiciens d’orchestre.
John Adams en lumière
D’autres pensent aux archives de demain. L’Orchestre philharmonique de
Berlin publie sous son propre label
(www.berliner-philharmoniker.de) un
somptueux coffret de 4 CD audio et
2 Blu-Ray vidéo consacré… à John
Adams, que Simon Rattle avait invité à
être compositeur en résidence à Berlin
la saison dernière. Dirigés par Rattle,
mais aussi Gustavo Dudamel, Kirill
Petrenko et le compositeur, ces enregistrements de premier ordre offrent le
meilleur panorama possible de l’œuvre
du plus populaire des musiciens
contemporains, tout en étant emblématiques de ce que Rattle, qui quittera ses
fonctions en juin prochain, aura apporté
au Berliner : faire entrer le symbole du
XIXe siècle de plain-pied dans le XXIe. ■
E X P O S I T I O N VA L É R I E B E L I N
Venez découvrir les œuvres d’une des photographes
les plus influentes de sa génération.
JUSQU’AU 25 MARS 2018
DU VENDREDI AU DIMANCHE, 13H-18H
A
LE CLASSIQUE
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
28
CULTURE
A.O.F. - Togo - Cameroun, Jeanne Thil, au Quai Branly.
JEANNE THIL/MUSÉE DU QUAI BRANLY/JACQUES CHIRAC, PHOTO ENGUERRAN OUVRAY
La Mer vue des hauteurs de Dieppe dit aussi La Mer à Dieppe, Eugène Delacroix, au
L’art en 2018, un mélange explosif
EXPOS Au programme de ce premier semestre, de grands maîtres d’hier et d’aujourd’hui, de Delacroix
de Jean Fautrier et Kupka à Sheila Hicks et David Goldblatt. Mai 68 devrait y apporter son grain de sel.
À PARIS
VALÉRIE DUPONCHELLE £@VDuponchelle
ET ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
£ebietryrivierre@lefigaro.fr
Jean Fautrier, Musée d’art
umoderne
de la ville de Paris
Le Musée d’art moderne de la ville de
Paris rend hommage à Jean Fautrier
(1898-1964), peintre proche des écrivains, à travers une rétrospective
composée d’environ 200 œuvres, dont
près de 160 tableaux, dessins et gravures, ainsi qu’un important ensemble de
sculptures. En 1964, le musée présentait sa première rétrospective réalisée
en collaboration avec l’artiste suite à sa
donation. Du 26 janvier au 20 mai.
Quai Branly
uPeintures,
Le musée des arts premiers dévoile
un large pan de sa collection de…
peintures occidentales ! Des trésors
d’exotisme longtemps cantonnés aux
réserves, car ils renvoient à un passé
colonialiste. Mais ces œuvres sont
souvent le fait d’artistes sincèrement
émerveillés. Du 30 janvier au
28 octobre.
Meiselas, Jeu de Paume
uSusan
Membre de Magnum Photos depuis
1976, la photographe américaine Susan
Meiselas (1948, Baltimore) s’est fait
connaître par ses images sur les zones
de conflit en Amérique centrale dans
les années 1970 et 1980, notamment
grâce à la force de ses photographies
couleur. On a pu vérifier la pertinence
de sa pratique documentaire à Paris
Photo avec ses Carnival Strippers 19721975 à la Danziger Gallery. Le Jeu de
Paume lui consacre l’exposition la plus
complète jamais réalisée en France. Du
6 février au 20 mai.
Hausmann,
uRaoul
Jeu de Paume
De cet artiste clé du XXe siècle, la postérité a d’abord retenu le rôle majeur au
sein de Dada Berlin, les assemblages, les
collages, les photomontages, les poèmes
optophonétiques. Ce Viennois qui fut
taxé d’artiste « dégénéré » par les nazis
et quitta précipitamment l’Allemagne
en 1933 dut abandonner bien des clichés
sur la route de ses exils. Le Jeu de Paume
lui rend la lumière. Du 6 février au
20 mai.
néerlandais,
uPeintres
Petit Palais
Le séjour des peintres néerlandais à Paris, de la fin du XVIIIe siècle au début du
XXe, de Scheffer à Mondrian en passant
par Jongkind, Van Dongen (dont l’atelier au Bateau-Lavoir sera également
évoqué au Musée de Montmartre) et
Van Gogh, bien sûr. Du 6 février au
13 mai.
uSheila Hicks, Centre Pompidou
Cette Américaine est la Matisse de
l’art textile. Au début des années 1960,
cette native de Hastings (Nebraska) vit
au Mexique et devient proche de l’architecte Luis Barragan et de l’artiste
Mathias Goeritz. Sheila Hicks travaille
avec des tisserands en Inde et au Maroc,
puis s’installe à Paris. On l’a vue sur la
High Line de New York, à la Biennale de
Venise, à Versailles. Beaubourg la
consacre enfin. Du 7 février au 30 avril.
u
Corot, Musée Marmottan
Le directeur des peintures au Louvre
Sébastien Allard sera le commissaire de
cette exposition Corot. Sa sélection se
concentrera moins sur le paysage que
sur la figure humaine. Un aspect moins
connu de la production, avec notamment La Femme à la perle, La Dame en
bleu du Louvre ou la délicate Italienne de
Londres. Du 8 février au 8 juillet.
Goldblatt,
uDavid
Centre Pompidou
Le Centre Pompidou consacre, pour la
première fois en France, une rétrospective à David Goldblatt, 87 ans, figure clé
de la scène photographique sud-africaine et maître du documentaire engagé. On l’a vu dans « Afrique, le nouvel
atelier », l’été dernier à la Fondation
Vuitton. Du 21 février au 7 mai.
uLa Maison rouge
Mémoires tziganes,
Née en Autriche en 1933, Ceija Stojka est
déportée à l’âge de 10 ans parce que
rom, avec sa mère Sidonie et d’autres
membres de sa famille. Elle survit à trois
camps de concentration, AuschwitzBirkenau, Ravensbrück et Bergen-Belsen. Son œuvre peinte ou dessinée est
extraordinaire. Du 23 février au 20 mai.
de la ville de Paris, elle couvre toute
l’œuvre du peintre tchèque, de ses débuts marqués par le symbolisme jusqu’à
ses dernières réalisations des années
1950. Portrait d’un peintre intense
(1871-1957) en 300 œuvres – peintures,
dessins, gravures, manuscrits, journaux, livres illustrés, photographies et
films. Du 21 mars au 30 juillet.
de Suez,
uCanal
Institut du monde arabe
La dantesque épopée du canal de Suez,
des pharaons à nos jours. Une prouesse
d’ingénieurs, doublée d’une page décisive pour l’Égypte moderne et le commerce mondial. Du 26 mars au 5 août.
uPicasso
Focus sur la gestation de son chef-
d’œuvre Guernica en son musée parisien. Une exposition remaniée de l’originale (en 2017 au Museo Nacional
Centro de Arte Reina Sofia dans le cadre
du 80e anniversaire de la création de
l’œuvre. Du 27 mars au 29 juillet.
Le Louvre
uDelacroix,
Énorme rétrospective du maître romantique au Louvre, associé pour l’occasion au Met de New York. La dernière
remonte au centenaire de la mort de
l’artiste, en 1963. Des scandales des années 1820 aux ultimes fresques religieuses, plus de 180 œuvres devraient être
réunies. De son côté, à partir du 11 avril,
la maison atelier de la place de Fürstenberg montrera les études pour les décors de l’église Saint-Sulpice. Du
29 mars au 23 juillet.
Giverny
uImpressionismes,
Le japonisme, une des influences
majeures
de
l’impressionnisme.
Soixante tableaux rapprochés d’autant
d’estampes. Du 30 mars au 15 juillet.
uRodin
La danse obsédera Rodin en son mu-
sée parisien. L’exposition s’articulera
autour de la célèbre série des Mouvements, jamais exposée du vivant du
sculpteur, et d’une cinquantaine de
dessins inspirées par Isadora Duncan,
Loïe Fuller, les danseuses cambodgiennes et japonaises. Du 7 avril au 22 juillet.
Musée Maillol
uFoujita,
Foujita, ses chats, ses femmes, sa
des pays Baltes,
uPeintres
Orsay
bande de Montparnos et son pinceau fin
de calligraphe. Ses années folles, entre
1913 et 1931, seront privilégiées. Une
fête avec également des œuvres signées des amis Modigliani, Zadkine,
Soutine, Indenbaum, Kisling et Pascin. Du 7 mars au 15 juillet.
Connaissez-vous la peinture symboliste
estonienne, lettone ou lituanienne ? Si
vous n’avez jamais visité les musées des
pays Baltes, cette exposition sera assurément une découverte. Drakkars, forêts, cosmos, légendes locales et tourments de l’âme : ces œuvres sont plus
que de simples témoignages du romantisme national, alors naissant dans cette
partie de l’Europe. Du 10 avril au 15 juillet.
Le Tintoret, Musée
udu
Luxembourg
Le Tintoret, ses années de jeunesse à Venise. Hommage au
coloriste maniériste, élève de
Titien qu’il est réputé avoir
dépassé. Espaces vertigineux, corps en pâmoison et
clairs-obscurs dramatiques
assurés. Du 7 mars au
1er juillet.
Mary Cassatt,
uJacquemart-André
Hommage, en une cinquantaine d’huiles, de pastels, de dessins et de gravures, à Mary Cassatt (1844-1926), la plus
impressionniste des artistes américaines. Il est vrai qu’elle a vécu près de
soixante ans en France. Du 9 mars au
23 juillet.
Anticipations
uLafayette
Imaginée par Guillaume Houzé, cette
nouvelle institution ambitieuse ouvrira
dans le Marais. Son architecture, signée
Rem Koolhaas, est conçue comme une
installation mobile et modulable.
À partir du 10 mars.
Mouvement
de danse A,
Auguste Rodin,
au Musée
Rodin.
MUSÉE RODIN,
PH. C. BARAJA
A
, Grand Palais
uKupka
Première rétrospective, depuis celle
À la Galette, Kees Van Dongen, au Petit Palais.
COURTESY GALERIE ARTVERA’S © ADAGP, PARIS 2017
de 1975-1976 au Guggenheim Museum
de New York et au Kunsthaus de Zurich,
et celle de 1989 au Musée d’art moderne
Images sur les zones de conflit en Amérique centrale
de la photographe américaine Susan Meiselas, au Jeu
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
CULTURE 29
Comédiennes et souveraines
EN PROVINCE
INP/GHYSLAIN VANNESTE
THÉÂTRE Au Rond-Point, une femme seule incarne le personnage imaginé
par Rémi de Vos dans « Toute ma vie j’ai fait des choses… ». À la Manufacture
des Œillets, « Reines », de Normand Chaurette, réunit six interprètes rares.
LOUVRE-LENS
Tandis que l’Iran moderne s’agite,
le musée prépare la première
rétrospective au monde consacrée
à l’art fastueux des Qajars.
Une dynastie qui régna sur
ce pays de 1786 à 1925. Peintures
(ici Danseuse au tambourin, vers
1820-1830), mais aussi photos,
bijoux, tapis, costumes et armes
d’apparat. Scénographie Christian
Lacroix. Du 28 mars au 22 juillet.
RMN/GRAND PALAIS (MUSÉE DU LOUVRE)/P. FUZEAU
Toute ma vie j’ai fais des choses que je savais pas faire, avec Juliette Plumecoq-Mech.
ARMELLE HÉLIOT aheliot@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/theatre
WWW.BRIDGEMANART.COM
Gupta,
uSubodh
Monnaie de Paris
La Monnaie de Paris présente la première rétrospective en France de l’artiste indien Subodh Gupta (né en 1964
et vivant à New Delhi). On a vu ses accumulations de métal étincelant dans
les biennales, à Lille, aux Moulins de la
Galleria Continua. Le voici face au Louvre. Du 13 avril au 26 août.
Attia, Palais de Tokyo
uKader
Le prix Marcel-Duchamp 2016,
chouchou des biennales et autres Documenta sera avec Jean-Jacques Lebel
au Palais de Tokyo, du 16 février au
13 mai. Puis tout seul au MacVal, du
14 avril au 16 septembre.
PONT-AVEN
Le Talisman, petite huile de Paul
Sérusier (Musée d’Orsay), revient
sur les lieux de sa naissance.
Œuvre fondatrice du mouvement
nabi, elle a été exécutée sous les
conseils de Gauguin. Elle frise
l’abstraction tant elle est
audacieuse, Gauguin ayant exigé
« le droit de tout oser ». Une
exposition-dossier devrait
le rappeler. Elle viendra en 2019
à Orsay. Du 30 juin au 6 janvier.
créateur
uL’artiste,
de mondes, Fondation
JOHN KASNETSIS/ADAGP, PARIS 2017
Louis Vuitton
Brassage contemporain en quelque
25 artistes français et internationaux,
de Boltanski à Cyprien Gaillard, de
Matthew Barney à Sigmar Polke, présentés en deux parcours d’expositions
complémentaires. Du 10 avril au
27 août.
Caron, Hôtel de Ville
uGilles
Le photoreporter a su définir une
« chorégraphie de la révolte ». Démonstration avec le cinquantenaire de
Mai 68. De mai à juillet.
uPeindre les courses aux XVIII
Chantilly
et
XIXe siècles. Force, mouvement et
grâce dans les toiles de l’Anglais
Stubbs ou des maîtres français Géricault et Degas… Une sélection arrêtée
par Henri Loyrette, président-directeur honoraire du Louvre. Du 16 juin au
14 octobre. ■
ADEL ABDESSEMED
(ici, à Matagalpa, au Nicaragua)
de Paume. SUSAN MEISELAS/MAGNUM PHOTOS
Enfant terrible de l’art
contemporain et pourfendeur
du politiquement correct, Adel
Abdessemed revient en France,
où il a déjà eu les honneurs
du Centre Pompidou en 20122013. Il se dévoilera dans son
mélange à haut risque, entre
sensualité, poésie et violence,
au Mac Lyon (ci-dessus : Shams).
Du 9 mars au 8 juillet.
“
La pièce appartient
totalement aux acteurs
”
NORMAND CHAURETTE À PROPOS DES « REINES »
seulement a été tabassé, mais qui est
sans doute mort. La sobriété de la mise
en scène, économe de tout effet, s’impose d’autant plus que l’actrice est
d’une rigueur grande. Elle aussi refuse
tout effet. Il y a son timbre, les modulations particulières d’une voix prenante,
et le récit de ce qui est advenu. Le sentiment d’un accomplissement dramatique saisit chacun.
Avec Les Reines, on est face à une pièce ambitieuse, complexe, une pièce
dans laquelle l’action, de fait, c’est aussi, comme chez Rémi De Vos, la parole.
C’est ce que les protagonistes s’envoient littéralement à la figure, qui
constitue le « drame », le mouvement
de l’ouvrage. L’écrivain québécois Normand Chaurette a puisé chez Shakes-
Rémi Larrousse a fait un rêve…
Dans l’art moderne, les artistes
vont aussi par deux. Sonia
et Robert Delaunay. Anni
et Josef Albers. Max Ernst
et Dorothea Tanning (ci-dessus).
Alexej von Jawlensky et Marianne
von Werefkin. Après sa superbe
saison japonaise, le Centre
Pompidou-Metz ouvre l’album
intime de l’histoire de l’art.
Du 26 avril au 20 août.
MAGIE Dans son nouveau spectacle, « Songes d’un illusionniste »,
le mentaliste devine les pensées nocturnes du public. Envoûtant !
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
ADEL ABDESSEMED/ADAGP, PARIS, 2018
e
COUPLES MODERNES
D’
peare la plupart des figures des souveraines qu’il réunit dans cette œuvre très
difficile. Une difficulté qu’on éprouve,
avouons-le, à la lecture même. Les Reines exige une attention de tous les instants et, que l’on connaisse ou non la
pièce qui nourrit l’écriture de Chaurette, on peut perdre pied.
L’auteur de Fragments d’une lettre
d’adieu lus par les géologues ou de Passage de l’Indiana a souvent expliqué comment il s’était trouvé pris au piège de
Shakespeare. On lui avait demandé la
traduction de Richard III, mais il avait le
sentiment de ne pas s’en sortir, et, littéralement, il s’est trouvé ligoté par le
charme ensorceleur des femmes gravitant autour du « crapaud du diable ».
À la Manufacture des Œillets, Élisabeth Chailloux a réuni six comédiennes
de haut talent. Les aînées, Sophie Daull
(la Duchesse d’York), Laurence Roy (la
reine Marguerite) et celle dont les fils
sont menacés, Anne Le Guernec (Élisabeth). Elles sont impressionnantes. Glissons une réserve : on déteste la manière
scabreuse dont les enfants sont représentés. Marion Malenfant est Anne
Warwick, elle aussi sur une ligne ferme.
Chaurette a introduit des figures qui ne
sont pas dans Richard III. Isabelle
Warwick, la sœur (Pauline Huruguen),
vive et précise, et Anne Dexter, sœur des
rois (Bénédicte Choisnet), profonde et
déliée. De véritables reines. ■
Toute ma vie j’ai fait des choses que je
savais pas faire, Théâtre du Rond-Point
(Paris VIIIe), salle Roland-Topor, jusqu’au
4 février. À 20 h 30 du mardi au samedi,
15 h 30 dimanche. Tél. : 01 44 95 98 21. Texte :
Actes Sud-Papiers. Une tournée suit. Les
Reines, Manufacture des Œillets, jusqu’au 29
janvier, horaires variables. Tél. : 01 43 90 11 11.
Texte : Léméac/Actes Sud. Une tournée suit.
os rêves sont-ils prémonitoires ? » « Révèlent-ils un
passé enfoui ? », demande
une voix off. Avant de proposer au spectateur d’écrire
les leurs sur un bout de papier. « N’ayez
pas peur, soyez le plus honnête possible », conseille-t-elle. Les amateurs de
mentalisme frémissent. Rémi Larrousse
les a déjà bluffés en 2011 avec Le Script
qui leur faisait tourner la tête avec des
tours comme les « Nombres infernaux » ou les « Lettres dans l’espace ».
Dans ce nouveau seul-en-scène,
Songes d’un illusionniste, avec une lenteur calculée, méthodique, le trentenaire devine les rêves ou cauchemars
du public. Certains les gardent pour
eux. On ne sait jamais, les pensées secrètes ne sont pas toutes avouables. Il
est trop fort ce Rémi Larrousse ! L’air
de ne pas y toucher, il met au jour l’intime. Le public est éberlué, abasourdi.
Là, un homme rêve de faire l’amour
avec une créature idéale. Ici, une femme court sur une montagne enneigée.
« À vous de trouver la signification de
votre rêve », prévient Rémi Larrousse
tandis que les intéressés cherchent le
N
SVEND ANDERSEN/THÉÂTRE DU LUCERNAIRE
et Rodin à Picasso,
un côté un homme à
terre. De l’autre des
femmes debout. D’un
côté, au sol, la trace à
la craie des scènes de
meurtre, dans la pénombre. Et une silhouette, allongée, en sweat et pantalon
couleur de muraille. De l’autre, un
vaste espace bifrontal, avec des galeries
surplombant l’espace de jeu, des lumières tombant en douche irisant les silhouettes des femmes dans leurs atours
princiers.
D’un côté, un texte très récent, au
titre long comme une réplique de comparution immédiate, Toute ma vie j’ai
fait des choses que je savais pas faire, au
Théâtre du Rond-Point. De l’autre, un
texte d’il y a plus de vingt-cinq ans, au
titre bref comme un jugement qui n’appelle pas réponse, Les Reines, à la Manufacture des Œillets.
Les femmes ont parfois la part belle au
théâtre, et, en cette deuxième vague de
créations ou de reprises, la « rentrée de
janvier » aussi pléthorique que la rentrée
littéraire, elles sont nombreuses à être
au cœur des projets. Deux des spectacles
qui ont déjà commencé – sans compter,
au Rond-Point également, Tableau
d’une exécution d’Howard Barker avec
Christiane Cohendy – sont construits sur
la présence des femmes, et d’elles seules.
Paradoxalement, avec Toute ma vie…,
Christophe Rauck, directeur du Théâtre
du Nord, qui signe la mise en scène, a
confié la partition d’un homme – et le
texte de Rémi De Vos est bien composé
au masculin – à une femme. L’auteur a
écrit pour Juliette Plumecocq-Mech, in-
SIMON GOSSELIN
terprète très originale qui possède indéniablement un certain charme androgyne. Mais ce n’est pas cela qui est
intéressant, ici.
Avec ce monologue, créé en novembre 2015 à Lille et repris durant l’été
2016 à Avignon – où il a triomphé –,
l’écrivain, le metteur en scène et l’interprète nous montrent que la question du
genre ne compte pas au théâtre. Juliette
joue le féminin comme le masculin, indifféremment. Dans Le Cercle de craie
caucasien de Brecht, elle était, entre
autres, le juge Azdack, mais elle se moquait bien de travestissement. De même
ici. C’est la parole qui compte. L’encre
de l’auteur. Son style. Sa manière de
donner des mots à quelqu’un qui non
Rémi Larrousse a été couronné
d’un Mandrake d’or en 2014.
« truc ». Deux nuages dominent un petit escalier et de mystérieux cubes noirs
installés sur le plateau. Où sont les caméras ? Utilise-t-il des oreillettes - il
propose à un spectateur de s’en assurer -, a-t-il des complices ? Les questions ne trouveront pas de réponses.
Charismatique, dans un décor minima-
liste conçu par Sarah Bazennerye, le
mentaliste aux pieds nus marche sur
des morceaux de verre et pénètre les
cerveaux les plus réfractaires. À ses débuts, il racontait qu’il voulait devenir
comédien et jouer des pièces du répertoire. Un jour, il a découvert Le Script,
un recueil de tours de magie, et a décidé
d’être illusionniste.
Charme et suspense
Influencé notamment par The Great
Alexander (1880-1954), mentaliste
américain, et encouragé par Arthur Jugnot, acteur amateur de magie, et Arturo Brachetti, le transformiste italien,
Rémi Larrousse a trouvé son style. Un
savant dosage de charme, suspense et
humour pour lequel il a été couronné
d’un Mandrake d’or en 2014.
Originaire de la commune de Bordères, près de Pau, ce fils d’un artisan de
textile et d’une dentiste a été initié à
l’art dramatique vers l’âge de 10 ans.
Benjamin Boudou, son camarade de
Sciences Po, dont Rémi Larrousse est
sorti diplômé en 2005 collabore à
l’écriture des textes et à la mise en scène de ses spectacles envoûtants. ■
Songes d’un illusionniste, Lucernaire
(Paris VIe), jusqu’au 28 janvier. Durée : 1 h 30.
Tél. : 01 45 44 57 34 et www.lucernaire.fr
A
Louvre.
mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
30
STYLE
Robert
Clergerie
Vingt-quatre heures a
Mulberry
FEMME Dès demain et jusqu’au 20 février, petit pull en cachemire, boots en veau
velours et manteau en tissu masculin sont les valeurs sûres d’un hiver à prix doux.
HOMME Le blouson incarne la n
MARIE-ANNE BRUSCHI
BÉNÉDICTE JOURGEAUD
ENVIE DE DOUCEUR
LE BLOUSON SE PIQUE DE LAINE
Quand les températures sont en chute
libre, se lover dans un petit cachemire
est toujours une bonne idée. Surtout
quand lesdits pulls sont soldés ! Cap sur
les basiques avec le modèle à col cheminée gris chiné de Montagut (- 20 %,
184 €. www.montagut.com) et le col V
ample de Gérard Darel (- 30 %, 171,50 €.
www.gerarddarel.com). Histoire de faire bande à part, Majestic Filatures ose la
marinière d’hiver (- 40 %, 126 €.
www.majesticfilatures.com). Quant à
l’incontournable Eric Bompard, il orne
son cachemire bleu profond d’écussons
brodés main (- 40 %, 330 €. www.ericbompard. com).
En ville, il est la nouvelle veste de costume. Le blouson se convertit même
aux lainages façon City tout en restant
moins formel que le complet classique.
Bref, c’est la pièce qui « twiste » la silhouette, à l’instar des modèles au format « boxy » (comprenez court et carré) en laine bouillie marine et
anthracite de Marcel Lassance (- 30 %,
245 €. Tél. : 01 45 48 29 28). Pour une
coupe aviateur en laine mélangée et col
en mouton, direction Balibaris (- 30 %,
311,50 €. www.balibaris.com/fr/).
Autre allure, chez Ly Adams où il affiche des rayures banquier sans pour
autant se prendre au sérieux (- 40 %,
250 €. Tél. : 01 40 24 24 64).
AVIS DE GRAND FROID
ESPRIT JACQUARD, ES-TU LÀ ?
Toujours luxueuse mais résolument
contemporaine, la fourrure s’invite
dans notre dressing. Elle flirte avec les
tendances chez Robert Beaulieu qui décore son manteau en vison d’une insertion de fleur pop (- 50 %, 2 497,50 €.
Tél. : 01 45 61 06 32). Surprenante, la
veste à capuche en vison est modernisée dans une subtile teinte bleu glacier
par G.R. Fischelis (- 40 %, 5 100 €.
www.fischelis.com). Et Yves Salomon
donne un coup de jeune à la veste en vison traditionnel grâce à un col montant
et des manches trois-quarts (- 30 %,
5 040 €. www.yves-salomon.com).
Paule Ka
Essentiel Antwerp
Diesel
ATOUT CARREAUX
L’ÉTOFFE DES HOMMES
Pour jouer les Marlene Dietrich, la
mode décline à l’infini les tissus masculins associés à des coupes très féminines. En majesté, le prince-de-galles
taillé en une robe-manteau croisée
sans manches en laine chez Paule Ka
(- 40 %, 510 €. www.pauleka.com), ou
en un pardessus à col de fausse fourrure léopard chez Essentiel Antwerp
(- 30 %, 297,50 €. www.essentiel-antwerp.com). Zadig & Voltaire propose
un costume pantalon ample à carreaux, à porter avec des sneakers ou
des boots selon l’humeur (- 30 %,
346 € le haut, et - 40 %, 192 € le bas.
www.zadig-et-voltaire.com). Pour le
soir, pourquoi ne pas sophistiquer sa
veste par un caraco en soie et dentelle
de Maison Lejaby qui confère une touche sensuelle (- 40 %, 59,40 €.
www.maisonlejaby.com) ?
Gérard Darel
Maje
Yves Salomon
Eric Bompard
Tara Jarmon
Majestic Filatures
A
VITE DES BOOTS
Les chaussures sont les pièces qui
s’envolent dès les premiers jours durant les soldes. Alors, ne réfléchissez pas
trop et foncez sur une paire de bottines à
Cette vaste gamme chromatique se présente comme un bon investissement à
l’heure où le thermomètre mollit. L’imperméable bicolore en gabardine de coton signé Eden Park s’inspire des teintes
de la forêt (- 30 %. 388,50 €. Tél. :
01 70 92 50 00). Le manteau 100 % cachemire dont le prix fond comme neige
au soleil chez Uniqlo est une autre option (- 60 %, 59,90 €. www.uniqlo.fr).
Tout comme le caban vert olive de la ligne Purple Label de Ralph Lauren
(- 50 %, 1 225 €. À la boutique Ralph
Lauren Saint-Germain, Paris VIe. Tél. :
01 44 77 77 00). Ou la parka Balmain en
coton Stretch (- 30 %, 2 093 €. En exclusivité au Printemps Haussmann.
Tél. : 01 42 82 50 00).
CHAUSSÉ DE DAIM
DOUDOUNE NOUVELLE ÈRE
Cet hiver, elle reprend le dessus.
Oubliés les modèles fins et légers à glisser sous une veste, la doudoune prend
de l’ampleur et fait de l’ombre au manteau. Délaissant ses origines montagnardes, elle pratique le hors-piste et
joue sur les matières à l’instar de la
parka en velours noir matelassé de
Geox (- 30 %, 139 €. www.geox.com).
Vanessa Bruno mise sur un satin réglisse pour sa version oversized à larges
bandes dont la coupe structurée lui
permet d’être portée aussi bien sur
une jupe qu’un jean (- 40 %,
294 €. www.vanessabruno.com).
Un rien rétro, Tara Jarmon dessine une veste esprit anorak en Nylon rose poudré afin de séduire les
cœurs tendres (- 40 %, 210 €.
www.tarajarmon.com).
Ils ont envahi la totalité du vestiaire et
leur succès n’est pas près de retomber.
À commencer sur les chemises évidemment. Look casual mais chic chez Capel
qui joue le contraste de filets blancs sur
fond gris anthracite (- 40 %, 95 €.
www.capelstore.fr). Autre déclinaison
possible chez Figaret Paris, cette fois-ci
avec de petits carreaux à dominante
bordeaux. Le plus : une coupe ajustée et
une qualité en popeline de coton
(- 30 %, 94,50 €. www.figaret.com). Le
spécialiste de la chemise anglaise
Hilditch & Key solde de son côté l’ensemble de ses modèles à carreaux : on
choisit, cette saison, le microvichy (de
- 30 % à - 50 %, de 133 € à 95 €. Tél. :
01 42 60 36 09).
PALETTE DU SOUS-BOIS
L’ATTRACTION DU MÉTAL
Lamé, effet métallisé, paillettes… Le
métal émet toujours son magnétisme
fatal. Après les accessoires, il investit
les collections de prêt-à-porter sans
complexes. Autorisation de sortie accordée et remarquée en robe bronze
sous le genou de la marque Polder
(- 40 %, 181,20 €. www.polder.fr). Encore plus diva, la sculpturale robe longue en Lurex argent de Diesel s’inspire
des looks seventies (- 50 %, 80 €. fr.diesel.com/fr). Loin d’être toc, la jupe
midi à sequins argentés de Maje fait tilt
de jour comme de nuit (- 50 %,
112,50 €. fr.maje.com).
Par leurs motifs, les mailles jacquard
racontent de véritables histoires. Comme les pulls proposés par la maison
Jamieson’s tricotés dans des laines des
îles Shetland depuis cinq générations !
Une valeur sûre… (- 20 %, 124 €.
www.beige-habilleur.com). Dans le
même esprit (sans l’héritage familial),
on peut aussi opérer sa sélection chez
The
Kooples
(- 50 %,
99 €.
www.thekooples.com). Tandis que De
Fursac explore les géométries écossaises du losange Argyle (- 30 %, 164,50 €.
www.defursac.com).
Geox
talons, idéale à porter entre deux saisons. Cet hiver, les cuirs colorés marchent fort. En croûte velours vert sombre chez Avril Gau (- 30 %,
290 €, www.avrilgau.com).
En suède indigo chez Iro qui
ajoute, pour le fun, un détail
volanté années 1980 (- 40 %,
264 €. www.iroparis.com).
Mix de cuir rouge lipstick
pour la Sabina de Michel
Vivien
(- 30 %,
448 €.
www.michelvivien.fr). Veau
velours écarlate et talon
asymétrique chez Robert
Clergerie qui alimente
encore la machine à
désir (- 30 %, 315 €.
Iro
Tél. : 01 45 48 75 47).
Montagut
Maison Lejaby
LA MAIN DANS LE SAC
L’engouement pour les sacs multiportés ne se dément pas. Pour preuve, le
cabas Bayswater en veau grainé de
Mulberry équipé d’anses et d’une sangle (- 30 %, 907 €. www.mulberry.com). D’inspiration couture, le
Mary de la jeune marque parisienne
Chloé Ramseyer se pare d’une double
anse, courte en cuir et plus longue en
chaîne dorée, qui sert surtout d’ornement (- 40 %, 372 €. www. chloeramseyer.com). Idem chez Tila March
dont le Karlie se porte soit avec une
anse en cuir lisse, soit glissé sous le
bras au moyen d’une chaîne courte
argent et cuir. Pratiques, elles sont toutes deux amovibles (- 40 %, 297 €.
tilamarch.com).
Boots et bottines ne se démodent pas. À
la fois élégantes et confortables, ces
souliers musclent n’importe quelle tenue, surtout revisités en daim et autres
cuirs de velours pour leur côté
« country chic ». Chez Crockett &
Jones, voici l’occasion de miser sur une
paire de bottines derbys en veau velours
à semelle cuir (- 20 %, 340 €. Tél. :
01 45 44 19 30). Tommy Hilfiger livre
une version des classiques desert boots
montées sur crêpe (- 30 %, 97,90 €.
Tél. : 01 42 60 70 02). De quoi affronter
l’hiver le pied léger ! Enfin, Emling
réinterprète, pour sa part, la « Chukka
boot » et la dote d’un cousu blake
(- 50 %, 310 €. Tél. : 01 53 43 30 30).
ADOPTER DES RICHELIEUS
G.R. Fischelis
On a toujours besoin d’une belle paire
de richelieus à accorder à ses costumes.
Voire de plusieurs si l’on veut jouer avec
les couleurs. Pour de précieuses nuances châtaigne, on investit dans les bouts
fleuris signés Crockett & Jones (- 15 %,
550 €. Tél. : 01 45 44 19 30). Pour une
variation en gold, se tourner vers les
modèles Bexley à patin intégré (- 30 %,
99 €. Tél. : 04 78 38 59 54). Envie d’un
délicat gris patine ? Finsbury peaufine
ROBERT CLERGERIE, MULBERRY, PAULE KA, ESSENTIEL ANTWERP, DIESEL/ENEA DAL FORNO, GÉRARD DAREL/LAURENT DUBIN, MAJE, YVES SALOMON, MAJESTIC FILATURES, ERIC BOMBARD, TARA JARMON, GEOX, MONTAGUT, MAISON LEJABY/JEAN LUC MICHON, IRO/MARKO DAPIC, G. R. FISCHELIS, PAUL SMITH, FINSBURY, BALIBARIS, LY ADAMS, THE KOOPLES, FIGARET
PARIS, CAPEL, EMELING, JAMIESON’S, EDEN PARK/AUSTUDIO/KEVIN LIZZIT/ELISE REVERCHON, NAPAJPIJRI, CROCKETT & JONES, UNICLO, HUGO BOSS
en daim sont en marche et la qua
LE FIGARO
mardi 9 janvier 2018
STYLE
avant les soldes
31
Finsbury
nouvelle veste, le sous-bois inspire la palette, les souliers
ualité demeure toujours au rendez-vous d’une saison à bon marché.
Paul Smith
Capel
Figaret Paris
Balibaris
Emeling
Ly Adams
The Kooples
Jamieson’s
Eden Park
Napapijri
son modèle Lonchamps (- 25 %, 199 €.
www.finsbury-shoes.com).
rigides. Paul Smith, non sans humour,
donne du caractère à son modèle
48 heures avec un imprimé Monkey
(- 50 %, 270 €. www.paulsmith.com).
Dans un registre plus formel, la valise en
cuir texturé noir d’Hugo Boss assure une
stature de businessman (- 30 %,
BON VOYAGE !
Pourquoi ne pas profiter des soldes pour
s’offrir un nouveau sac de week-end ? Il
existe de multiples versions, de souples à
Crockett & Jones
836,50 €. Tél. : 01 44 17 16 81). Pour les
adeptes des versions souples, direction
Napapijri et le Hampton Duffle en coton
ciré d’esprit Army avec bretelles et bordures en cuir (- 30 %, 210 €. www.napapijri.com). De quoi affronter les destinations les plus rudes !
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mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
Les secrets de la diplomatie papale
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Idole chérie
« Disparition
de France Gall »
Chaînes info | Lundi |
D
imanche matin, vers
10 heures du matin, la
France s’est installée à la
fenêtre pour regarder la pluie
tomber. Après la disparition de
Johnny, elle venait de perdre sa
petite fille chérie, sa poupée de cire,
sa poupée de son. La France
est en manque de Kleenex,
ça commence à bien faire. Alors,
c’est peu dire que les spécialistes
de la chanson française ne savent
plus, depuis un mois, où donner
de la tête, ils ne sont pas à la noce.
Surbookés, ils naviguent de plateau
en plateau. Sur CNews, l’excellent
Pascal Praud avait convoqué entre
autres à sa table (« L’heure des
pros », 10 heures) Fabien Lecoeuvre,
une fine lame, justement, de notre
patrimoine musical. Il dit : « France
Gall a traversé les décennies 1980
et 1990 avec les chansons
de Michel Berger comme Johnny
qui a eu l’intelligence de prendre
ce compositeur pour se refaire
une image et retraverser les vingt
ou les trente années suivantes. »
Il allume un cierge, quoi. Sur
Europe 1, Daphné Bürki (« Bonjour
la France») recevait des messages
de condoléances. Le souvenir
d’Armande ? « J’étais avec mon mari,
je faisais beaucoup les brocantes
à l’époque et nous étions à la Foire
à la ferraille et au jambon. Mon mari
était fan de France Gall (…).
À un moment, j’ai vu qu’elle était juste
près de lui. Il a passé un moment
à côté de son idole sans le savoir.
Elle était si discrète ! »
Une autre femme témoigne
sur son cancer. Sa chanson
préférée ? Résiste. France Gall
n’avait apparemment qu’un seul
désir, très simple, celui d’être
heureuse et elle savait sans doute
que les véritables artistes
ne cherchent pas toujours
la reconnaissance mais la paix. Telle
était-elle. Comme dirait l’autre,
c’est triste mais la vie est une sale
araignée et l’on ne peut swinguer
qu’un moment dans sa toile. France
Gall a fait si bien chanter la France.
Rare plongée dans les dédales d’un monde inattendu, celui des relations extérieures de l’Église catholique,
qui utilise son incomparable réseau mondial d’information au profit de la défense des droits de l’homme.
JEAN-MARIE GUÉNOIS
jmguenois@lefigaro.fr
a diplomatie du Vatican est
nimbée d’un mystère que le
documentaire de Constance
Colonna-Cesari lève en partie.
D’abord, elle est faite d’hommes, et quelques-uns d’entre eux se
laissent découvrir au fil de cette belle
enquête, très bien montée, d’Arte.
Parmi eux, il y a des « nonces apostoliques », ces ambassadeurs du Pape présents dans quasiment tous les pays. Leur
rôle est ici minoré - ce qui est effectivement une nouveauté de la diplomatie de
terrain du pape François - au profit de
ceux qui forment les églises locales, les
évêques, les prêtres, les religieux et religieuses. Ce clergé souvent
natif du pays connaît en
profondeur la culture et
les acteurs locaux. Ils n’y
passent pas de courtes
○○○¡
années comme des diplomates civils mais ils y demeurent toute
leur vie, au plus près des populations. Ce
clergé catholique forme ainsi un réseau
d’information internationale sans équivalent et présent dans tous les recoins de
la planète. Un réseau envié - et surveillé
de près par d’autres instances de renseignements - assure le documentaire.
L
Pression sur Raul Castro
et Barack Obama
Après les hommes, il y a l’organisation,
l’Église catholique. Entité religieuse,
mais aussi État. L’existence même du
Saint-Siège, entité de droit international
reconnue par environ 200 pays ou organisations supranationales, donne à
l’Église catholique la possibilité de siéger
à peu près partout, souvent à titre d’observateur mais toujours très vigilant, sur
les questions des droits de l’homme et de
la liberté religieuse.
22.20
La diplomatie vaticane a retrouvé des couleurs grâce à la personnalité du pape François et à ses choix géopolitiques.
Il y a ensuite les dossiers. Le film en
ouvre une large série. Dont un très
émouvant reportage sur les pas de
Mgr Pascal Gollnisch, directeur de
l’Œuvre d’Orient, qui visite les dévastations encore fumantes de Daech dans les
villages chrétiens irakiens. Ce qui pose
alors la problématique des chrétiens de
Terre sainte face à l’islam. L’action diplomatique du Saint-Siège en Syrie est
également évoquée, tout comme au
Venezuela. Et montrée de façon très détaillée - c’est une des forces de cette réalisation - à Cuba. On y voit la pression du
pape François dès son élection en 2013
sur les présidents Raul Castro et Barack
Obama afin de sortir Cuba de son isole-
ment pour débloquer un des lourds passifs dans les relations entre l’Amérique
latine et les États-Unis. Le dossier des
migrants, cher au pape François, qui
transporte à Rome des familles musulmanes dans son avion depuis l’île de
Lesbos, est également très bien expliqué.
Enfin et surtout, il y a la question de
« l’influence » des « diplomates du
Pape », titre du documentaire. Elle est
« sans précédent », affirme l’auteur, qui
laisse même entendre qu’elle n’aurait
jamais été aussi « puissante ».
Ce serait la seule limite de ce travail
sérieux. S’il est exact que la diplomatie
vaticane - après la phase morne du
pontificat de Benoît XVI - a retrouvé
des couleurs, liées, en réalité, à la personnalité du pape François et à ses
choix géopolitiques de Latino-Américain, elle exista avec la même force sous
le pontificat de Jean-Paul II. Cette
constance est évoquée avec le rappel de
la médiation entre l’Argentine et le
Chili à propos du canal de Beagle, mais
il serait faux d’imaginer que cette diplomatie viendrait de se réinventer.
Bruno Joubert, interviewé comme ancien ambassadeur près le Saint-Siège,
la qualifie de diplomatie « des signaux
faibles ». Endurante, discrète, elle n’est
effectivement pas née de la dernière
pluie. Et pense même, face aux États,
avoir l’éternité pour elle… ■
« Titanic », Cameron en eaux troubles
Le cinéaste confronte son film à la réalité du naufrage du paquebot britannique.
SARAH LECOEUVRE £@SarahLecoeuvre
ingt ans après la sortie de son
film aux onze oscars, le réalisateur James Cameron remonte le temps pour vérifier
si son scénario a pu coller à la
réalité. Aurait-on pu sauver plus de passagers du Titanic lors du naufrage en
1912 ? Comment le film de James Cameron sorti en France en 1998 a-t-il été
perçu par les descendants des victimes ?
Les décors étaient-ils semblables à ceux
du paquebot transatlantique ? C’est dire
si le réalisateur reste encore hanté par
cette histoire. Même s’il ne compte pas
« refaire ce film » ou lui offrir une suite, il
V
LE BUZZ TV
Invitée : Marie Gillain
interviewée par Nicolas Vollaire
et Damien Canivez, aujourd’hui
sur :
Vingt ans après la sortie de son film,
James Cameron continue ses recherches
scientifiques. Depuis 1998, il a plongé une
trentaine de fois sur le site de l’épave. TMC
MOT S C ROI S É S
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4618
HORIZONTALEMENT
VERTICALEMENT
1. Plaques rouges portées par
les grands officiers de la Légion
d’honneur. - 2. A connu un problème de croissance. - 3. Noir qui
évoque le blanc. - 4. Baron de la
sculpture belge. Revendicatif chez
nous, beaucoup plus sage en
Chine. - 5. Fait des cartes de
France. Plus fin que le sable. - 6.
Fait d'hiver. Liquide en Transylvanie. - 7. C’est vraiment affreux.
- 8. Note. Un être binaire, en toute
logique. - 9. Le paradis des surfeurs.
- 10. On fait toute la lumière sur
elles. Convient. - 11. Fait la revue
avec Quel. Est au bord de la ruine.
- 12. Pompe ouverte.
1. Un as de la police scientifique.
- 2. Remettent en vigueur. - 3.
Servir du canard. Poudre de lune.
- 4. Cela fait une quarantaine d’enfants. Surprendre par une attaque
aérienne. - 5. Trophées de solitaires. Augmenter le suspense.
- 6. A mis à exécution. Portion
de tripes. Abrégé d’enseignement.
- 7. Emblème national irlandais.
Amenai à un plus haut niveau. - 8.
Pour un conflit haut perché et qui
dure depuis 1950.
1
2
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4617
HORIZONTALEMENT 1. Éricacée. - 2. Légation. - 3. Vans. Ost. - 4. IlI. Ie.
- 5. Sifflant. - 6. PSU. Isée. - 7. Ragrées. - 8. Éteins. - 9. Sials. Pô.
- 10. Lons. Far. - 11. Entamera. - 12. Ysengrin.
VERTICALEMENT 1. Elvis Presley. - 2. Réalisations. - 3. Ignifugeante.
- 4. Cas. Rilsan. - 5. At. Îliens. Mg. - 6. CIO. Ases. Fer. - 7. Éosines. Pari.
- 8. Entêté. Joran.
2
3
4
5
6
7
8
continue ses recherches scientifiques.
Une quête de vérité dévoilée dans un documentaire très réussi ce soir sur TMC.
Planche de salut
Depuis la sortie de Titanic, James Cameron a plongé une trentaine de fois sur le
site de l’épave situé dans l’Atlantique
Nord. Pendant l’une de ses explorations,
il s’est rendu dans la supposée suite de
son héroïne Rose, incarnée par Kate
Winslet. Un lieu au style Régence qu’il
avait reproduit à l’aveugle car les découvertes archéologiques de
l’époque n’étaient pas
suffisantes. Il faudra
attendre 2005 pour
○○○¡
constater que son décor
BR I D G E
4
5
6
7
9
10
11
12
qui abrite la scène culte où Jack, campé
par Leonardo DiCaprio, dessine Rose nue,
correspond bien à la réalité. Quant au bâtiment, a-t-il coulé comme il l’a montré,
avec la poupe à la verticale ? Rien n’est
moins sûr…
Cameron reconnaît des erreurs, comme celle d’avoir mis en scène le suicide
de l’officier William Murdoch. Les descendants de ce personnage ont contesté
ce récit. « Ici, je faisais un travail de scénariste et non d’historien », confie-t-il à
la petite-fille d’une rescapée de la catastrophe. Quant à savoir si
Rose et Jack auraient pu
tenir tous les deux sur la
planche, le mystère reste
entier. ■
21.00
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME N° 2737 : Mauvais flair
DV2
D63
R
987542
N
O
3
8
A
ANDREAS SOLARO/AFP
32
E
S
A R 10 9 8
9
D 10 4 3
ADV
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (Tous vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
2* passe 3
contre passe 4 passe
4
* 5 + 4+m, 5-10H
Entame : 7 de (pair-impair inversé).
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2736 : Voilà qui change tout !
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : Dame de pour l’As d’Est qui rejoue le 3 de pour votre Roi (le 9 en Ouest).
Question subsidiaire : comment joueriez-vous avec la Dame de à la place du 8 de ?
Il semble naturel d’espérer les 3-3 et de jouer Dame de , pour le Roi et les honneurs
à . Toutefois, l’assurance de ne perdre que trois vous permet d’améliorer vos chances en
jouant la Dame de prise de l’As et Roi de . Si un adversaire
854
quelconque détient V9 ou V10 ou 109 secs, vous l’emportez
R83
grâce à cet astucieux maniement. Si des petites cartes sont
AR8732
3
apparues, rejouez en priant pour que la couleur soit 3-3.
A3
Question subsidiaire : avec la Dame de à la place du 8 de , D V 10 9
N
V9764
la meilleure ligne est bien différente. Encaissez la Dame de , 10 2
O E
V654
10 9
S
les trois en terminant au mort, puis As et Roi de (la couleur R 5 4
D V 10 9
n’est hélas pas 3-3) avant de sortir à . Dans la plupart des cas,
R762
Ouest n’aura que trois plis à faire et devra se jeter dans la fourAD5
D
chette As-Dame à .
A8762
mardi 9 janvier 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
33
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Alix
Soleil: Lever 08h41 - Coucher 17h12 - Lune décroissante
19.25 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.50 C’est Canteloup. Divertissement.
19.15 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.10 Le journal du Dakar
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
21.00
20.55
20.55
Film. Science-fiction
Divertissement
Film TV. Policier
19.00 La villa des cœurs brisés
20.00 PeP’s. Série 20.55 LolyWood
MATIN
4
21.00 On a échangé
nos mamans
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4
1h50. Maelis vs Maeva. Inédit. Pendant une semaine, ces deux mamans que tout oppose vont échanger leurs maris et leurs enfants.
4
5
4
4
5
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6
5
22.50 On a échangé nos mamans.
Divertissement.
4
6
3
5
5
7
4
7
30
Star Wars : épisode 5 L’Empire…
… contre-attaque
EU. 1980. Réal. : I. Kershner. 2h00. Avec
Harrison Ford. Luke Skywalker se
rend vers une planète marécageuse
pour recevoir l’enseignement de Yoda.
23.10 Star Wars : épisode 3 - La
revanche des Sith Film. Sciencefiction. Avec Ewan McGregor.
7
Tous... pour la musique
Ce que vivent les roses
1h55. Invités, notamment : Vanessa
Paradis, Matthieu Chedid, Céline
Dion, Diam’s, Calogero. Cette fiction-divertissement a été animée
et mise en scène par France Gall
elle-même après dix ans d’absence.
Fra. 2016. Réal. : F. Berthe. 1h50. Inédit. Avec H.Noguerra. Dans la salle
d’attente d’un médecin, une policière
reconnaît sur deux patientes des traits
qui lui sont étrangement familiers : il
s’agit de ceux de Suzanne Girardin.
20.50 L’armée d’argile
de l’empereur Qin
22.50 C’est votre vie ! Divertisse-
22.30 La clinique du docteur H
ment 0.45 Bivouac. Magazine 0.55
Un jour/un destin. Magazine.
Film TV. Policier 0.05 Grand Soir/3
0.40 Le magasin des suicides. Film.
21.40 L’énigme du Taj Mahal 22.30 C
dans l’air 23.40 C à vous. Mag.
6
5
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
8
6
7
10
10
9
7
Société. 2018. Réal. : T. Ranson.
0h50. Inédit. Qui était le premier
empereur de Chine et pourquoi at-il créé cette armée en terre cuite ?
5
11
7
10
50
10
APRÈS-MIDI
6
50
6
18.35 L’info du vrai (C). Magazine.
Présentation : Yves Calvi 20.45 Plateau sport (C). Magazine.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes.
Mag. Prés. : É. Quin. Élisabeth Quin et
son équipe s’emparent de l’actualité.
19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier de Moulins 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Audrey Lamy.
21.00
20.50
21.00
Football
Documentaire. Société
Divertissement
9
7
7
9
19.00 Friends Trip. Téléréalité 19.55
The Big Bang Theory. Série.
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11
10
8
10
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9
20.55 Age of Heroes
10
11
Film. Action. GB. 2010. Réal. : Adrian
Vitoria. 1h30. Avec James d’Arcy.
Durant la Seconde Guerre mondiale. Ian Fleming monte une troupe
d’élite : le «30 Assault Unit».
8
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11
40
11
12
22.50 Braquage infernal. Film TV.
0.50 Les oiseaux 2. Film TV. Horreur.
9
10
13
14
13
11
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13
15
40
13
19.00 Seuls face à l’Alaska. Fonte
des glaces - Epreuves de force.
La fin
Patron incognito
des chrétiens d’Orient ? 1h40. Siben N’Ser, P-DG fondateur
Coupe de la Ligue. Quart de finale.
En direct de l’Allianz Riviera, à Nice.
Pour accéder à ce quart de finale, les
Monégasques ont battu aisément
le club de Caen, alors que les Niçois
ont disposé de Lille aux tirs au but.
22.55 Tchi tcha, l’année du cinéma Invité, notamment : Dany Boon
23.50 Fleur de tonnerre. Film.
Fra. 2016. Réal. : Didier Martiny. 1h30.
Minée par les persécutions, l’exil et le
recul de ses droits, la communauté
chrétienne va-t-elle disparaître du
Moyen-Orient ?
de Planet Sushi. Inédit. Siben N’Ser,
40 ans, est le P-DG fondateur de
Planet Sushi, créé en 1998. Refusant
de se reposer sur ses acquis, il s’est
prêté au jeu du «patron incognito».
22.20 Les diplomates du pape
22.40 Patron incognito Stépha-
Doc. 23.15 Sonita ou la valeur d’une
vie 0.15 Les temps modernes. Film.
nie Estre, la patronne de Carlance, a
tenté une aventure incognito.
20.50 Alaska Express
Aventures. EU. 2014. 1h40. La crue.
Inédit. Bruce, le chef de section, provoque des avalanches préventives
à l’aide de tirs de mortiers militaires.
- Retard sur la ligne. Inédit.
22.30 Alaska Express. Série documentaire. Le trek - L’avalanche.
<-10 à 0
19.10 Les Simpson. Série. Animation.
(4 épisodes).
19.50 Les princes et les princesses
de l’amour. Téléréalité.
21.00 Titanic :
20 ans d’un film culte
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Bones
21.00 Le Négociateur
Documentaire. Cinéma. 2018. 1h25.
Inédit. Retour sur les dessous d’un
film au succès immédiat et sur les
coulisses d’un tournage hors norme.
Série. Policière. EU. 2013. Saison 8.
Avec Emily Deschanel. (2 épisodes).
Le cadavre d’un homme passionné
par les voyages dans le temps est
découvert dans un champ.
Film. Policier. EU. 1998. Réal. : Gary
F Gray. 2h15. Avec Samuel L. Jackson. Victime d’un complot, un policier
spécialisé dans les prises d’otages
retient prisonnier son accusateur.
22.25 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
22.40 Bones. Série. Avec Emily Deschanel. (4 épisodes).
23.45 La loi du tueur. Film TV. Thriller. Avec Samuel L. Jackson.
SU DO KU
GRILLE 2383 FACILE
5 1 8 6
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2 8 7
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3 4
2 6 3 5
2 9
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22.45 Les rois de la réno. Téléréalité.
Capharnaum - Au voleur - On met…
A
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DÉFAITE
COMPLÈTE
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MOTORISTE
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FORCE 2
MET HORS
D’EAU
TERRE
AUSTRALE
DEVOIR
SCOLAIRE
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LÉGER
4/6
2/9
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et sur l’appli TV Mag
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SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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GRISANT
IMPRÉCISION
VENDREDI
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MOTS FLÉCHÉS N°1864
Chaque jour un peu plus difficile
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JEUDI
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Film. Drame. Fra. 2004. Réal. : Philippe de Broca. 1h40. Avec Catherine Frot. Devant la sévérité et la
méchanceté de sa mère, un garçon
élevé par sa grand-mère se révolte.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 Vipère au poing
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
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mardi 9 janvier 2018 LE FIGARO
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SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Françoise de Bourbon
Lobkowicz, au nom du Liban
SUCCÈS Cette descendante de Saint Louis vient de célébrer les trente ans
de son association Malte-Liban, dont l’objet est de recueillir les fonds
nécessaires pour promouvoir les opérations de l’Ordre de Malte au Liban.
Jean-Baptiste Semerdjian
jbsemerdjian@lefigaro.fr
voir peur ? C’est impossible. J’avais
peur pour les autres, pas pour
moi. » C’est ce que répond Françoise de Bourbon-Lobkowicz
quand on lui demande si l’idée de
faire demi-tour aurait pu traverser son esprit, lorsqu’elle menait
des convois de médicaments vers
les victimes de bombardements au Sud-Liban, en
1985.
Héritière d’un nom qui porte l’histoire de France,
mariée avec un prince de Bohême, Édouard de Lobkowicz, à Notre-Dame de Paris… Au premier
abord, la fondatrice de l’association caritative de
soutien à l’Ordre de Malte au Liban, avec ses bracelets en or qui cliquettent au poignet, fait bien plus
princesse qu’amazone de l’humanitaire.
Il faut dire que princesse, Françoise de BourbonLobkowicz l’est. Il sied d’ailleurs de l’appeler ainsi. À
bientôt 90 ans, cette descendante directe de Saint
Louis et Louis XIV a clairement hérité de la piété de
l’un et de la force d’esprit de l’autre. Petit détail, elle
entend mal. « Depuis la violente agression dont j’ai été
victime, je suis de plus en plus sourde. » C’était en
1996, dans les rues de Paris. Une agression probablement liée au poste d’ambassadeur de l’Ordre souverain de Malte au Liban qu’occupait alors son époux.
Elle fait donc répéter ses interlocuteurs en riant de ce
léger handicap. Françoise de Bourbon-Lobkowicz
rit beaucoup. Elle a pourtant côtoyé le pire.
A
«
dre de Malte a faite sienne « Je ne te demande pas quelle
est ta race ou ta religion, mais quelle est ta souffrance. »
Dans les récits qu’elle fait avec passion, les réfugiés
affluent, les médicaments manquent, les civils s’entraident miraculeusement et les balles sifflent.
« Quand on a eu une kalachnikov pointée dans le dos, on
en oublie la date », dit-elle, dans une pirouette, pour
justifier un trou de mémoire. Le pape Jean-Paul II, à
l’origine de la nomination de son
mari, déclarait que ce pays était un
message au monde entier (« La disparition du Liban serait sans aucun
doute l’un des grands remords du
monde. Sa sauvegarde est l’une des
tâches les plus urgentes et les plus no1928
bles, que le monde d’aujourd’hui se
Naissance à Paris.
doit d’assumer », avait-il notam1960
ment déclaré). La princesse l’a pris
Mariage avec le prince
au pied de la lettre. Elle est devenue
Édouard de Lobkowicz,
un messager. « C’est impossible de ne
à Notre-Dame de Paris.
pas être sensible à 6 000 années
1979
d’histoire. Tous les conquérants sont
Rencontre le pape
passés là ! Quand on touche à ce pays,
Jean-Paul II.
on touche aux racines culturelles du
1980
monde », tranche-t-elle.
S’installe au Liban
En 1987, Françoise de Bourbonavec son époux.
Lobkowicz crée donc l’association
1987
Malte Liban grâce à laquelle elle réCrée l’association
colte des fonds - auprès de donaMalte-Liban.
teurs surtout français - pour pro1990-1995
mouvoir les opérations de l’Ordre
Participe à la délégation
de Malte au Liban au service des
du Saint-Siège
pauvres et des malades.
aux Nations unies,
Trente années plus tard, les résulà New York.
tats sont au rendez-vous : les centres
2017
soignent plus de 200 000 personnes
Fête les 30 ans de
l’association Malte-Liban. par an grâce aux dons de particuliers
C’est un matin très tôt, durant l’Occupation, que
son père fut arrêté par les nazis puis déporté au camp
de Dachau, en Bavière. « Il les a tellement insultés
qu’ils n’ont pas osé emmener le reste de la famille », affirme-t-elle en regardant une photo de ses parents
accrochée au mur dans son appartement des beaux
quartiers de Paris. « Le prince de Bourbon est un
exemple pour tous, et je dois m’incliner devant une telle
personnalité », écrivit alors son codétenu
Léon Blum. Un « rouge » qui complimente le sang bleu ! À la Libération, son
père rentre sain et sauf.
200 000 personnes soignées
par an
« Comme je parlais allemand, je suis partie
avec le Secours catholique en Autriche, car
il y avait l’exode des Hongrois qui fuyaient
la révolution de 1956. Et après avoir pris
des risques là, je suis allée à Berlin-Ouest
pour soigner ceux qui fuyaient l’URSS. »
L’actuel président du Sénat, Gérard
Larcher, loue « une femme avec une foi
exceptionnelle qui a consacré sa vie aux
autres ». Quand son mari est nommé au
Liban en 1980, elle s’investit spontanément pour ce pays meurtri. Françoise de
Bourbon-Lobkowicz parle beaucoup du
Liban, son pays de cœur, déchiré par la
guerre et les bouleversements régionaux
depuis des années.
Elle raconte comment elle a accompagné son mari sur le terrain pour la
construction et le développement des
douze centres médico-sociaux de l’Ordre de Malte. Des centres ouverts à tous,
fidèles à la formule de Pasteur, que l’Or-
Bio
EXPRESS
et d’organisations comme la Fondation Pierre Fabre
ou encore le ministère français des Affaires étrangères. Françoise de Bourbon-Lobkowicz tient à souligner la diversité de l’origine des fonds. Elle est très
touchée par les plus modestes, accompagnés de lettres sur lesquelles il est parfois sobrement marqué :
« Nous donnons 10 euros. Priez ! », mais apprécie évidemment aussi les dons de « gens très fortunés ».
« Cela ne suffit jamais », déplore-t-elle cependant.
Comme elle est peu prolixe pour égrener ses propres actes de bravoure, elle qui, aujourd’hui encore,
se rend toujours sur le terrain pour visiter les centres,
s’informer de leurs besoins, témoigner de leur quotidien, il faut interroger l’actuel ambassadeur de l’Ordre de Malte au Liban et président de l’association,
Charles-Henri d’Aragon, pour en savoir plus. « Ils ont
construit ces centres afin de protéger les chrétiens là où
ils étaient le plus menacés, pour recréer du lien avec les
autres communautés, principalement musulmanes. »
La princesse aime d’ailleurs parler de Mme Rabab
Sadr, une personnalité chiite très respectée qui gère
l’un des centres près de Cana. « La seule chose qui l’intéresse, c’est d’évoquer nos religions pour trouver nos
points communs. Tous les jours, ses infirmières travaillent voilées avec la croix de l’ordre de Malte sur la
poitrine. Elles en sont très fières ! »
Son engagement, Françoise de Bourbon-Lobkowicz l’a aussi porté aux Nations unies, entre 1990 et
1995, comme membre de la délégation du Saint-Siège. « On y voyait très bien le jeu international contre le
Liban », glisse-t-elle. Les mêmes tensions internationales qui apparurent dans la lutte contre Daech.
D’ailleurs, quand l’État islamique s’approcha d’un
centre de l’ordre de Malte, au nord du pays, « il fallut
littéralement ligoter la princesse pour l’empêcher d’y
aller », assure, sourire en coin, d’Aragon. Elle avait
peur pour les autres. Pas pour elle. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Limitation [li-mi-ta-sion] n. f.
Contrôle, qui peut prendre un tour fiscal.
L
e gouvernement va établir une nouvelle limitation de vitesse à 80 km/heure
sur certaines routes secondaires. Le mot vient de limitatio, dérivé de limes,
qui désigne le chemin bordant un domaine.
La décision du premier ministre appelle un propos liminaire : c’est vrai, la route tue
trop souvent. C’est pourquoi sur certaines nationales la vitesse autorisée sera réduite
de 10 km/heure. La limitation concernera tout le monde : limousines et cabriolets.
Cette limitation est prise pour éviter l’imitation. De qui ? De Fangio, par exemple :
autrement dit, une conduite imprudente. Ou, pour parler moderne : limite dangereuse.
Le problème, disent les incrédules, ce n’est pas tant la limite que la limite de la limite :
quo non descendet ? aurait dit le surintendant Fouquet. Jusqu’où va-t-on l’abaisser ?
70, 60, 50 ? Car ces limitations incessantes envoient un message subliminal :
toute allure, quelle qu’elle soit, est dangereuse.
Les automobilistes vont bien sûr s’y plier, car en lisant les panneaux de limitation
ils traduiront : au-delà de cette limite, votre permis ne sera plus valable.
Mais in petto ils pesteront. Or la résignation est comme la vitesse : elle a ses limites. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Le champion de natation sera mercredi, à 7 h 30, en direct,
l’invité de Cyril Viguier dans « Le JT des territoires »,
émission de la matinale d’infos de Public Sénat (rediffusion
à 10 h 30 et 13 heures). Après Laurent Gerra venu parler
de Lyon - qui avait inauguré cette nouvelle séquence
intitulée « Un homme, une femme, un territoire » -,
le médaillé olympique viendra évoquer ses passions pour
la région Occitanie, qui l’a vu naître, et pour Marseille,
dont il est l’une des figures emblématiques après
des années passées à s’entraîner au Cercle des nageurs.
Les Autrichiens de Paris
célèbrent leur jubilé d’or
Embarquez sur le Yangzi Explorer, le plus petit et le plus convivial des bateaux voguant
sur le Yang-Tsé ; un bateau entièrement privatisé pour les lecteurs du Figaro.
Entre forêts de pins, rizières en terrasses, extravagantes formations rocheuses, votre
voyage vous fera découvrir, au cours des escales, les trésors d’une civilisation millénaire.
La colline sacrée à Fengdu, le parc du mont Lushan, les murailles de Nankin, le jardin
du Pin ancien à Mudu... autant de lieux exceptionnels qui vous enchanteront.
A
Arnaud de La Grange, Directeur adjoint du Figaro, ancien correspondant en Chine,
vous fera partager, lors de ses conférences à bord, sa passion toujours intacte pour
ce grand pays.
L’Association autrichienne de Paris
va célébrer, le 27 janvier, en l’hôtel
Intercontinental, les 50 ans du bal
autrichien en France, en enchantant
la capitale française par ses valses
de Vienne. Aucun événement politique
ou économique n’a jamais troublé
la célébration, chaque année, en un demisiècle, de l’alliance franco-autrichienne.
Sous le patronage du chancelier et du maire
de Vienne, les invités se retrouveront
autour de l’ambassadeur et de la maîtresse
des cérémonies, Melitta Schneeberger.
À minuit, Patrick Dupond
et la chorégraphe Leïla Da Rocha
donneront un ballet en hommage à Mozart.
Édouard Courtial
en Chine avec
Emmanuel Macron
L’ancien ministre sarkozyste
accompagne, actuellement,
le président de la République
en Chine. Sénateur de l’Oise,
Édouard Courtial fait partie
du programme « Young
Leaders » de la French China
Foundation et s’investit
beaucoup dans la diplomatie
entre les deux pays.
Il entretient, par ailleurs,
une relation personnelle avec
Emmanuel Macron depuis que
celui-ci a fait l’un de ses stages
de l’ENA dans l’Oise, en 2003.
BERZANE NASSER/ABACA
Camille Lacourt sur Public Sénat
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