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Le Monde 22709 2018

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MARDI 16 JANVIER 2018
74E ANNÉE– NO 22709
2,60 € – FRANCE MÉTROPOLITAINE
WWW.LEMONDE.FR ―
FONDATEUR : HUBERT BEUVE-MÉRY
DIRECTEUR : JÉRÔME FENOGLIO
LES RENDEZ-VOUS
DE L’ORIENTATION
AU NORD, LE NUMÉRIQUE
CHERCHE SA PLACE
P A GE 25
Comment Jean-Michel Blanquer travaille
et s’entoure pour repenser l’école
▶ Pour remettre l’école sur
▶ Laïcité, intelligence artifi-
▶ Il s’inspire aussi d’une
▶ Certains s’inquiètent
les rails, le ministre de
l’éducation veut s’appuyer
sur « trois piliers » : la
science, la comparaison internationale, l’expérience
cielle, programmes scolaires, pédagogie : sur tous
ces sujets, Blanquer fait travailler des experts, souvent
issus de la société civile
pratique courante à l’étranger depuis une vingtaine
d’années : l’objectivation
des décisions de politique
publique par la recherche
que ce recours à la science
marginalise les enseignants et leur connaissance du terrain
PAGE S 1 2 -1 3
NUCLÉAIRE : L’ASN JUGE LE PROJET DE BURE DANGEREUX
▶ Le président
de l’Autorité de sûreté
nucléaire (ASN),
Pierre-Franck Chevet,
juge que le projet de
stockage radioactif
de Bure doit être revu
à cause du « risque
d’incendie »
Crédit mutuel
Arkéa décidé
à faire sécession
La guerre fratricide qui
mine le Crédit mutuel
depuis plus de trois ans
devrait trouver son épilogue. Mercredi 17 janvier,
Jean-Pierre Denis, le président d’Arkéa, qui rassemble les fédérations indépendantistes de l’Ouest
du groupe mutualiste et
coopératif, proposera à
son conseil d’administration de faire sécession
CAHIER ÉCO – PAGE 1
Front national
Dans un parti en
crise, Mme Le Pen
joue la carte
sécuritaire
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Après sa défaite à la présidentielle, Marine Le Pen se
repositionne sur sa rhétorique classique d’une
France en perdition. Cela
n’empêche pas les critiques de monter en interne
avant le congrès du parti
▶ L’ASN doit rendre
son avis, lundi
15 janvier, sur le projet d’enfouissement
de déchets nucléaires
dans ce village
de la Meuse
PAGE S 8 -9
▶ Après Notre-Dame-
des-Landes,
le site de Bure donne
lieu à une double
guérilla, devant
les tribunaux et
derrière les barricades
1
ÉD ITO R IAL
Dans le laboratoire
de Bure, en novembre 2017.
PAGE 6
RÉFUGIÉS,
L’APPEL DU PAPE
P A G E 29
FREDERICK FLORIN/AFP
Etude Les riches, grands gagnants des mesures Macron
vient nuancer ce propos. Selon
ses simulations, la nouvelle politique fiscale, marquée par la suppression de l’ISF et une moindre
taxation des revenus du capital,
favorise les plus riches. « A eux
seuls, les 5 % de ménages les plus
aisés capteraient 42 % des gains »,
est-il calculé. Les ménages défavorisés voient leur niveau de vie
croître de 0,2 %. Cette étude vient
relancer le débat politique sur
« Macron, président des riches ».
Gallimard
présente
PAGE 2 3
CATHERINE CUSSET
CAHIER ÉCO – PAGE 3
Tunisie
LE REGARD DE PLANTU Des mesures
sociales pour
apaiser la grogne
PAGE 3
Télécoms
Les opérateurs
promettent la fin
des zones blanches
CAHIER ÉCO – PAGE 8
VIE DE
DAVID HOCKNEY
rom a n
Photo F. Mantovani © Gallimard
alors qu’est voté le projet de
loi de finances 2018, le gouvernement se veut « au service du pouvoir d’achat des Français ». Mais
une étude publiée lundi 15 janvier
par l’OFCE, un cercle de réflexion
économique classé à gauche,
Analyse
Pourquoi
le Parti socialiste
est à la dérive
GALLIMARD
CATHERINE
CUSSET
Vie de David Hockney
ROMAN
Egypte
Les coupes dans
les subventions
provoquent le
mécontentement
gallimard.fr I facebook.com/gallimard
PAGE 2
Algérie 220 DA, Allemagne 3,30 €, Andorre 3,20 €, Autriche 3,30 €, Belgique 2,90 €, Cameroun 2 200 F CFA, Canada 5,40 $, Chypre 2,70 €, Côte d'Ivoire 2 200 F CFA, Danemark 34 KRD, Espagne 3,10 €, Gabon 2 200 F CFA, Grande-Bretagne 2,60 £, Grèce 3,20 €, Guadeloupe-Martinique 3,10 €, Guyane 3,20 €, Hongrie 1 050 HUF,
Irlande 3,10 €, Italie 3,10 €, Liban 6 500 LBP, Luxembourg 2,90 €, Malte 2,70 €, Maroc 19 DH, Pays-Bas 3,20 €, Portugal cont. 3,10 €, La Réunion 3,20 €, Sénégal 2 200 F CFA, Slovénie 3,20 €, Saint-Martin 3,20 €, Suisse 4,00 CHF, TOM Avion 500 XPF, Tunisie 3,20 DT, Afrique CFA autres 2 200 F CFA
2|
INTERNATIONAL
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Au Caire, le 24 décembre 2017,
durant la période des soldes.
AMR ABDALLAH DALSH/REUTERS
L’économie, talon d’Achille du président Sissi
Alors que la présidentielle égyptienne approche, les réformes ont fait exploser les prix, affectant la population
le caire - envoyée spéciale
L
e candidat Abdel Fattah
Al-Sissi n’avait peut-être
pas pris toute la mesure
de la crise économique
lorsqu’il avait promis, lors de la
campagne présidentielle de 2014,
de remettre l’Egypte sur la voie de
la stabilité et de la prospérité en
deux ans. Héritant d’un Etat en
quasi faillite après trois ans de soubresauts révolutionnaires et des
décennies d’attentisme, le président élu a dû se résoudre à lancer
un vaste chantier de réformes en
novembre 2016, qui a mis fin au
modèle d’Etat-providence hérité
de la période nassérienne et devenu intenable.
Un an après la mise en œuvre des
réformes, le président Sissi sait sa
popularité au plus bas parmi la population, qui subit de plein fouet
les coupes aux subventions étatiques et une inflation de plus de
30 %. A quelques semaines de la
présidentielle, du 26 au 28 mars, ce
désarroi populaire pourrait – en
l’absence d’une opposition solide,
décimée par la répression – être le
principal obstacle à une réélection
en forme de plébiscite.
Les acteurs internationaux et les
milieux d’affaires sont, eux, unanimes pour saluer « le courage » du
gouvernement dans la mise en
œuvre de « réformes douloureuses
mais indispensables ». « L’Egypte
était, il y a un an, comme un malade en phase terminale. Elle entre
dans la phase de rémission, qui sera
très longue. Mais, l’Egypte d’avant
et d’après Sissi ne sera pas la même.
C’est une véritable révolution qui
est en cours », résume un diplomate occidental.
Le diagnostic était posé depuis
longtemps. La période de turbulences initiée avec la révolution du
25 janvier 2011 a précipité la crise.
Le désarroi
populaire
pourrait être le
principal obstacle
à une réélection
en forme de
plébiscite
« L’armée a même dû prêter de l’argent à l’Etat en 2011-2012 », assure
un diplomate. Les quatre rentes
sur lesquelles vivait l’Egypte – le
tourisme, le canal de Suez, les
transferts d’argent des émigrés
dans le Golfe et les exportations
d’hydrocarbures – se sont effondrées. Devenu importateur en hydrocarbures, le pays a épuisé ses
réserves en devises : de 36 milliards de dollars (30 milliards
d’euros) avant 2011, elles ont chuté
à 16 milliards mi-2016. Le déficit
public a atteint 13 % du PIB avec des
dépenses souvent improductives :
un cinquième du budget destiné
aux subventions à l’énergie et aux
biens de première nécessité ; un
quart pour les salaires des
sept millions de fonctionnaires.
Le président Sissi s’est entouré
d’une équipe de technocrates,
comme le gouverneur de la Banque centrale égyptienne, Tarek
Amer, ou le ministre des finances,
Amr El-Garhy, venant du privé. « Il
y a, au gouvernement, des hommes qui savent ce qu’il faut faire
mais, tant que la situation n’a pas
été critique, ils n’ont pas pris les
mesures », confirme un observateur étranger. Dès mai 2014, quelques réformes timides ont été introduites pour réduire les subventions. Le président Sissi a misé
sur des mégaprojets (le doublement du canal de Suez, la nou-
velle capitale administrative)
pour créer de l’emploi et relancer
l’économie, laissant les experts
perplexes. Les pays du Golfe, qui
ont renfloué les caisses de l’Etat à
hauteur de 20 milliards de dollars,
ont refusé de continuer à signer
un chèque en blanc à un pays
vivant au-dessus de ses moyens.
Le crash de l’avion russe Metrojet, dans un attentat revendiqué
par l’organisation Etat islamique
en octobre 2015, a porté le coup fatal à l’économie en chassant les
touristes. En quelques mois, le
pays s’est arrêté. Sans devises
étrangères, plus d’importations, et
sans intrants, plus de production.
Tenir bon « six mois »
En juillet 2016, un accord a été
trouvé avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt de
12 milliards de dollars sur trois ans,
prévoyant des réformes monétaires et structurelles. Des mesures
préliminaires – nouvelles coupes
dans les subventions, introduction d’une TVA et encadrement
des salaires de la fonction publique – ont eu raison des dernières
réticences des bailleurs de fonds
internationaux. Le prêt a été débloqué après le feu vert donné, le
3 novembre 2016, au flottement du
taux de change de la livre face au
dollar, une réforme phare du plan
du FMI qui a suscité des hésitations chez les dirigeants égyptiens.
Le taux de change s’est aligné
sur celui du marché noir : 18 livres
égyptiennes (LE) pour 1 dollar contre 8,8 auparavant. Conjuguée aux
coupes aux subventions et à la
TVA, l’inflation a explosé. Les mesures de protection sociale prévues sont encore trop embryonnaires pour aider les populations
vulnérables et la classe moyenne à
absorber le choc. La colère gronde
mais le gouvernement maintient
le cap tandis que le président Sissi
demande à la population de tenir
bon « six mois ». Les seules concessions faites à l’approche de la présidentielle ont été le report de nouvelles suppressions de subventions et l’abandon de la réforme de
la fonction publique.
Un an après la dévaluation, alors
que l’inflation caracolait à plus de
30 % au deuxième trimestre 2017,
les autorités se targuent de n’avoir
pas été confrontées à un conflit social majeur. En janvier 1977, le président Anouar El-Sadate avait dû
revenir sur sa décision d’augmenter de 10 % les denrées de base
après de violentes émeutes. « Les
gens ont conscience que c’était nécessaire et surtout, ils ne veulent
pas le retour des Frères musulmans
au pouvoir. Sans eux, le président
Sissi aurait eu des problèmes car la
population ne tient pas le choc »,
analyse Tewfik Aclimandos, chercheur associé au Collège de France.
Le premier rapport annuel du
FMI, publié en septembre 2017,
acte le retour de la confiance dans
l’économie égyptienne. En décembre, une nouvelle tranche de prêt a
été débloquée, désormais pour
moitié déboursée.
Les observateurs sont unanimes : tous les indices macroéconomiques sont bons. Les réserves en
devises étrangères sont revenues à
38 milliards de dollars ; le déficit
budgétaire a baissé à 9 % du PIB ; et
l’inflation, en décélération, pourrait retrouver fin 2018 son niveau
d’avant-crise, entre 11 % et 13,5 %,
selon les experts. Certains économistes, sceptiques sur les « recettes FMI » à l’instar de Wael Gamal
de
l’université
américaine
du Caire, critiquent « le piège de la
dette » : la dette extérieure s’est
creusée pour atteindre, en
juin 2017, 79 milliards de dollars,
soit près de 20,8 % du PIB.
La situation reste, malgré tout,
fragile dans l’attente de réformes
structurelles pour diversifier l’économie et créer une croissance inclusive, deuxième volet du plan
FMI. La faiblesse de la livre soutient l’objectif du gouvernement
de réduire les importations pour
développer la production et les exportations. « Jusqu’au début de
2016, l’Egypte exportait pour
18 milliards de dollars, tous produits confondus, et importait pour
110 milliards de dollars. Les exportations de produits égyptiens ont
grimpé à 27-28 milliards », note
Hassan Behnam, directeur de la
chambre de commerce et d’industrie française en Egypte. Le pays
prévoit de redevenir exportateur
d’hydrocarbures avec l’exploitation, depuis décembre, du champ
de gaz Zohr en mer Méditerranée.
L’armée, sujet tabou
Misant sur son marché local
(95 millions d’habitants) et sa situation de porte d’entrée du
Moyen-Orient et de l’Afrique,
l’Egypte table sur le retour des investisseurs étrangers dès 2018. Ces
derniers demandent une plus
grande libéralisation de l’économie. Le marché est jugé encore
trop oligopolistique, des obstacles
juridiques et douaniers subsistent,
et la bureaucratie, minée par la
corruption, bloque la mise en
œuvre des réformes. Des secteurs
clés comme l’électricité et le gaz
doivent être privatisés. « Il faut un
L’Egypte table
sur le retour
des investisseurs
étrangers
dès 2018
changement de paradigme, sortir
de cette mentalité soviétique où
l’armée et l’Etat font tout et où l’on
mise sur des mégaprojets plutôt
que des investissements en infrastructures. Après, les dirigeants sont
obligés de faire la quête pour financer de vrais projets et ont tendance
à penser que tout leur est dû », estime un diplomate étranger.
Sujet tabou et véritable boîte
noire, l’armée, dont le budget est
tenu secret, est devenue le maître
d’œuvre de projets titanesques, en
plus d’investissements dans de
nouveaux secteurs : télécommunications, pharmaceutiques, ciment. Les entreprises privées se
plaignent de distorsions de concurrence face à un acteur toutpuissant politiquement. « L’armée
est la seule institution disciplinée
dans une société indisciplinée. Elle
impose aux sous-traitants d’être
dans les délais et sans corruption »,
justifie un responsable égyptien.
Les autres volets sur lesquels doivent se concentrer les efforts du
gouvernement dès 2018 sont le
renforcement de la protection sociale et la création d’emploi.
Dans ce pays très inégalitaire, où
le taux de chômage atteint officiellement 11,9 % – en fait plus – et où
2 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail,
il faut une croissance de 7 % – contre 5 % actuellement – pour créer
de l’emploi. Trop peu d’efforts et de
moyens sont consacrés à l’éducation et à la santé, pourtant décisifs
face au défi qui se pose à l’Egypte et
à ses voisins méditerranéens : la
« bombe démographique » que représente ce pays de 95 millions
d’habitants avec un taux de natalité de 2 % et une superficie utile de
seulement 5 % à 6 % du territoire,
c’est-à-dire la taille d’une grande
région française. p
hélène sallon
international | 3
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Le pouvoir tunisien cherche à apaiser les tensions
Des mesures sociales ont été annoncées pour désamorcer la grogne de ces derniers jours
tunis - correspondant
C
e fut une kermesse
étrange, à la fois festive
et crispée, une fête du
souvenir où la police antiémeute déployait ses escouades
au pied d’estrades de musiciens,
devant une foule drapée dans les
couleurs tunisiennes. Dimanche
14 janvier, l’avenue Bourguiba,
haut lieu des rassemblements politiques au cœur de Tunis, a célébré dans une atmosphère
brouillée le septième anniversaire de la chute du dictateur Zine
El-Abidine Ben Ali. En ces temps
de fièvre sociale, rien n’avait été
laissé au hasard, jusqu’à la fouille
des sacs entre deux barrières.
Alors qu’à travers le pays un mécontentement parfois émaillé de
violences couve depuis le début
de l’année contre la vie chère, le
rassemblement de l’avenue Bourguiba – entre 1 000 et 2 000 per-
LES DATES
2011
14 janvier Le président Ben Ali
fuit pour l’Arabie saoudite après
vingt-trois ans au pouvoir
23 octobre Le mouvement
islamiste Ennahda remporte
la majorité relative (89 sur
217 sièges) des sièges aux
premières élections libres.
2014
26 janvier Une Constitution
libérale est adoptée. Les islamistes se retirent du pouvoir.
Octobre Le parti anti-islamiste
Nidaa Tounès remporte les
législatives. Deux mois plus tard,
son fondateur, Béji Caïd Essebsi,
devient président.
2016
Mai Le FMI donne son feu vert
à un plan d’aide de 2,3 milliards
d’euros sur quatre ans.
Août Youssef Chahed, de Nidaa
Tounès, forme un gouvernement
d’union nationale.
sonnes – offrait une gamme assez
complète des humeurs tunisiennes. On pouvait y trouver des
durs agitant le drapeau de la révolte, comme modérés appelant à
calmer le jeu.
A écouter Wahib Ben Chahla,
militant associatif membre de
Fech Nestannew (« qu’est-ce
qu’on attend ? »), le groupe de militants de gauche qui alimente
l’agitation à Tunis depuis une semaine, la pression va continuer
de monter. « La jeunesse en a
marre de ce système qui la marginalise. Elle ne va pas lâcher prise »,
prévient-il
A l’opposé, Tawfik Rashid, secrétaire général de la fédération
des travaux publics de l’Union
générale du travail tunisien
(UGTT), le principal syndicat tunisien, joue la pondération. « Les
manifestations contre le chômage et la vie chère sont légitimes, explique-t-il, mais la violence des bandits doit être condamnée. A l’UGTT, on demande
que le gouvernement rectifie le tir
de sa politique d’austérité mais on
ne cherche pas le conflit avec lui. »
Conflit larvé
Cette attitude de l’UGTT, acteur
qui a historiquement joué un rôle
décisif dans les mouvements sociaux et politiques en Tunisie, est
probablement le meilleur atout
du gouvernement dans sa contreoffensive visant à reprendre la
main. A l’issue d’une semaine de
tensions, au fil de laquelle environ 800 personnes ont été interpellées, le pouvoir cherche à désamorcer la fronde en affectant de
se montrer à l’écoute de la rue.
Samedi, le ministre des affaires
sociales, Mohamed Trabelsi, a annoncé le relèvement de l’allocation spéciale en faveur des familles nécessiteuses, qui passera
de 150 dinars (50 euros) à 180 et
210 dinars en fonction du nombre
d’enfants. Parallèlement, le gouvernement s’engage à favoriser
l’accession au logement de ces familles les plus modestes et à généraliser la couverture médicale.
Dimanche, le chef de l’Etat, Béji
Caïd Essebsi, a visité une maison
de jeunes à Ettadhamen, un quartier populaire de Tunis, afin de
Lors d’une
manifestation
à Tunis,
le 12 janvier.
ZOUBEIR SOUISSI/
REUTERS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА
VK.COM/WSNWS
renvoyer une image bienveillante
à la population. La veille, en son
palais présidentiel de Carthage où
il recevait des partis politiques affiliés à la coalition au pouvoir, il
avait révélé une autre facette de
son tempérament, dénonçant les
« exagérations » de la presse
étrangère dans la couverture de
l’agitation sociale. « Le monde entier nous a nui », a-t-il déclaré,
jouant sur la corde victimaire.
La contre-offensive du pouvoir
laisse toutefois intactes les lourdes contraintes qui pèsent sur sa
capacité d’action. A la pression de
la rue s’ajoutent en effet de vives
tensions internes au bloc exécutif. La principale hypothèque
tient dans la relation conflictuelle
que le chef du gouvernement,
Youssef Chahed, entretient avec
Nidaa Tounès, le parti dominant
de la coalition au pouvoir, dont
certains dirigeants s’emploient
ouvertement à le torpiller en rai-
son des ambitions personnelles
qui lui sont prêtées.
Dans ce conflit larvé, Béji Caïd
Essebsi prétend à la neutralité,
mais sa relation familiale avec le
chef de Nidaa Tounès – son fils
Hafedh Caïd Essebsi – rend l’équidistance assez fictive. La force de
M. Chahed tient toutefois dans sa
relative popularité, de larges factions de l’opinion publique ayant
soutenu sa campagne anticorruption déclenchée au printemps 2017.
« Déstabiliser le gouvernement »
Dans ce jeu de rivalités, Nidaa
Tounès a pu compter sur le soutien passif du parti islamiste Ennahda, son principal allié au sein
de la coalition au pouvoir. Ennemis irréductibles entre 2011 et
2014, les deux formations se sont
spectaculairement réconciliées à
partir de 2014 sur la base d’un projet de cogérance du pays. Cette en-
« La jeunesse
en a marre
de ce système qui
la marginalise.
Elle ne va pas
lâcher prise »
WAHIB BEN CHAHLA
militant associatif
tente cordiale est toutefois sous
pression en raison de l’affaiblissement continu de Nidaa Tounès,
plongé dans la crise interne depuis la conquête du parti par le
fils du président, et une réconciliation avec les islamistes mal
comprise par sa base électorale.
Afin de remobiliser ses troupes
dans la perspective des élections
municipales prévues en mai, Nidaa Tounès a décidé de prendre
Soudan : le président Al-Bachir sous pression
« Asphyxié économiquement »
Le gouvernement a tardé à présenter son budget 2018, faisant la
part belle à la sécurité et la défense, au détriment de l’éducation et de la santé. Bien qu’avec
une intensité moindre, les conflits se poursuivent au Darfour,
au Kordofan du Sud et au Nil Bleu.
L’Etat reste dépourvu de moyens,
privé de la rente pétrolière depuis
l’indépendance du Soudan du
Sud en 2011 et des revenus tirés de
l’exploitation de l’or, en grande
partie exporté illégalement.
Toujours inscrit sur la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme, le Soudan ne voit pas venir les investissements escomptés. « Nous n’avons pas tiré profit de
la levée de l’embargo [américain].
Les banques du monde entier sont
encore réticentes à faire des affaires
avec les banques soudanaises », a
reconnu le ministre des finances,
Mohamed Othmane Al-Rikabi. Les
aides de l’Arabie saoudite, qui a
déposé 1 milliard de dollars ( soit
815 millions d’euros) sur le
compte de la banque centrale
en 2016 en promettant une aide
militaire de 5 milliards de dollars,
et des Emirats arabes unis (EAU),
qui ont versé 500 millions de dollars au Soudan la même année,
n’ont pas suffi.
« Asphyxié économiquement, le
Soudan a joué la carte de l’Arabie
saoudite [contre l’Iran, avec lequel
il a rompu], mais a enregistré de
lourdes pertes humaines au Yémen,
plusieurs centaines d’hommes
dans une guerre qui ne va nulle part
et ne rapporte pas de fonds, constate Roland Marchal, chercheur au
Centre d’études et de recherches
internationales de Sciences Po Paris. Le Soudan semble chercher à se
désengager et à se rapprocher de
l’axe Turquie-Qatar, mais il est inimaginable pour Riyad et Abou
Dhabi de laisser la Turquie devenir
un grand acteur régional. »
Le président turc, Recep Tayyip
Erdogan, en visite à Khartoum fin
décembre, a multiplié les promesses d’investissements. Le président Omar Al-Bachir a promis de
céder à la Turquie la presqu’île de
Suakin, un bout de terre de 70 km2,
dans le nord-est du pays, pour qua-
tre-vingt-dix-neuf ans, « afin de la
reconstruire », restant flou sur les
contours de l’accord. Autrefois lieu
de passage prisé des pèlerins en
route vers La Mecque, ce territoire
occupe une position stratégique
sur la mer Rouge.
Cette annonce a ravivé les tensions entre le Soudan et l’Egypte,
qui considère la Turquie d’Erdogan comme un soutien des Frères
musulmans. Le Caire redoute l’installation d’une base militaire turque à Suakin, qui ferait suite à celle
créée en Somalie en septembre.
Dans cette bataille d’influence en
mer Rouge, les Emirats arabes unis
disposent d’un accès au port d’Assab, en Erythrée, en partie déjà militarisé et où leur allié égyptien
aurait renforcé son contingent début janvier. Le 9 janvier, le président égyptien, Abdel Fatah AlSissi, a reçu au Caire son homologue érythréen, Isaias Afwerki.
En réaction, le Soudan a rappelé
son ambassadeur au Caire et décidé la fermeture de ses frontières
avec l’Egypte et l’Erythrée. Le viceprésident du parti au pouvoir à
Khartoum, Ibrahim Mahmoud
Hamid, a confirmé jeudi « des informations sur de potentielles menaces sécuritaires de l’Egypte et de
l’Erythrée ». p
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Autorisation Préfectorale N° 2014/22 - Art.L.310-1 du code du commerce
L
sion d’une vidéo montrant Qassem Badri, le doyen de l’université
Ahfad pour femmes, en train de
frapper des étudiantes qui protestaient contre le prix élevé de la
nourriture. L’UE a exhorté, le
11 janvier, Khartoum à autoriser
les manifestations pacifiques. Un
appel à manifester dans tout le
pays a été lancé pour le 16 janvier.
frédéric bobin
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Des manifestations contre la vie chère et des tensions avec l’Egypte fragilisent le régime
a prospérité annoncée par
le régime soudanais à la fin
de l’embargo américain
n’est pour l’instant qu’un mirage.
Depuis la levée partielle, en octobre 2017, des sanctions imposées
par les Etats-Unis depuis deux décennies, la situation économique
s’est dégradée. Le régime d’Omar
Al-Bachir, au pouvoir depuis 1989,
a en effet multiplié par trois les tarifs des droits de douane, provoquant une hausse mécanique des
prix sur les produits importés, soit
presque tout, à commencer par le
blé, l’essence et l’électricité. Le prix
du pain a ainsi doublé.
L’inflation de 37 %, conjuguée à
une dépréciation de la livre soudanaise face au dollar, a suscité la colère des Soudanais.
Ce sont, comme d’habitude, les
étudiants qui ont manifesté un
peu partout dans le pays. Craignant des mouvements d’ampleur comme en 2013 et en 2016,
tous deux déclenchés par la
hausse des prix, le régime a réagi
par la force : arrestations massives
d’étudiants et de deux figures de
l’opposition, un jeune tué, dimanche 7 janvier, et trois autres blessés à Al-Genaïna au Darfour, confiscation de six quotidiens.
Une controverse a vu le jour la
semaine dernière, après la diffu-
ses distances avec Ennahda. Puisque la coalition gouvernementale
est maintenue entre les deux formations, il n’est toutefois pas sûr
que cette nouvelle option tactique fasse la différence et permette à Nidaa Tounès de reconquérir le terrain perdu.
Pour l’heure, la survie de M. Chahed passe par le maintien de la relation de travail fructueuse qu’il a
nouée avec l’UGTT. « Il a pu compter sur notre soutien silencieux, admet un cadre de l’UGTT qui souligne la diminution du nombre de
grèves ces derniers mois, indicateur de la bonne volonté du syndicat. Les adversaires de Chahed veulent déstabiliser le gouvernement.
Mais nous tenons à l’actuelle stabilité politique ». La direction de
l’UGTT, habituée au compromis
avec le pouvoir, doit néanmoins
compter avec une base souvent
récalcitrante. p
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4 | international
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
IVG: l’opposition
polonaise
se discrédite
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Le gouvernement s’apprête à rendre
l’avortement quasi impossible
varsovie
E
n Pologne, le parti ultraconservateur Droit et justice (PiS), au pouvoir depuis 2015, vient de faire
coup double en se rapprochant
d’une interdiction quasi-totale de
l’avortement, tout en semant la
discorde dans l’opposition.
La semaine du 8 janvier, les députés polonais devaient se prononcer sur deux initiatives citoyennes visant à réformer, dans
des directions opposées, le droit
de l’avortement. Le projet de durcissement a été envoyé en commission pour examen, mais pas
la proposition de libéralisation,
rejetée à neuf voix près en première lecture, alors que 39 élus
des partis libéraux étaient tout
bonnement absents de la salle au
moment du vote. Furieux, des
défenseurs des droits des femmes ont manifesté le week-end
du 13 et du 14 janvier dans plusieurs grandes villes pour dénoncer une « honte ».
Comptant parmi les plus restrictives en Europe, la réglementation polonaise actuelle interdit
l’avortement sauf dans trois cas
de figure : si la grossesse met en
danger la vie de la femme enceinte, si elle résulte d’un acte criminel, ou si le fœtus est atteint
d’une grave malformation.
Fruit d’un « compromis » passé il
y a vingt-cinq ans entre conservateurs et libéraux, cette loi continue de satisfaire une majorité relative de Polonais. En revanche,
pour les catholiques radicaux
soutenus par l’épiscopat, le millier d’avortements pratiqués légalement chaque année en Pologne
représente toujours autant de
« meurtres » de trop.
A l’inverse, l’association de
planning familial Federa relève
que « la loi de 1993 est violée de façon chronique » car, même dans
les situations où elle autorise le
recours à l’avortement, il existe
des régions entières où aucun
médecin n’accepte de le pratiquer, soit par peur d’être poursuivi en justice, soit en raison
d’une « utilisation abusive de la
clause de conscience ».
La tactique a fonctionné
Pour lutter contre les effets négatifs de cette législation, en particulier la pratique clandestine
d’avortements dans des conditions souvent dangereuses, le
collectif Sauvons les femmes
avait réuni fin 2017 près de
500 000 signatures en soutien à
une initiative législative qui
aurait établi un droit effectif à
l’interruption volontaire de grossesse (IVG) pendant les douze
premières semaines. C’est ce
texte qui a été rejeté en première
lecture mercredi 10 janvier, par
202 voix contre 194 en faveur de
la poursuite des travaux.
Alors que des députés libéraux
avaient manqué à l’appel, voire
s’étaient prononcés pour l’abandon pur et simple du projet, 58
élus du PiS pourtant hostiles à
l’avortement avaient voté pour
- CESSATIONS DE GARANTIE
LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET
D’APPLICATION N° 72-678 DU 20
JUILLET 1972 - ARTICLES 44
QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour
A – 110 esplanade du Général de Gaulle
– 92931 LA DEFENSE CEDEX (RCS
NANTERRE 414 108 708), succursale
de QBE Insurance (Europe) Limited,
Plantation Place dont le siège social est à
30 Fenchurch Street, London EC3M 3BD,
fait savoir que, la garantie financière dont
bénéficiait la :
SARL AGENCE IMMOBILIERE DU
PAYS D’AUGE
2 Place Saint Mélaine
14130 PONT L’ÉVEQUE
RCS: 408 717 676
depuis le 01/01/2004 pour ses activités de :
TRANSACTIONS SUR IMMEUBLES
ET FONDS DE COMMERCE cessera
de porter effet trois jours francs après
publication du présent avis. Les créances
éventuelles se rapportant à ces opérations
devront être produites dans les trois mois
de cette insertion à l’adresse de l’Établissement garant sis Cœur Défense – Tour
A – 110 esplanade du Général de Gaulle
– 92931 LA DEFENSE CEDEX Il est précisé qu’il s’agit de créances éventuelles et
que le présent avis ne préjuge en rien du
paiement ou du non-paiement des sommes
dues et ne peut en aucune façon mettre en
cause la solvabilité ou l’honorabilité de
la SARL AGENCE IMMOBILIERE DU
PAYS D’AUGE
LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET
D’APPLICATION N° 72-678 DU 20
JUILLET 1972 - ARTICLES 44
QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour
A – 110 esplanade du Général de Gaulle
– 92931 LA DEFENSE CEDEX (RCS
NANTERRE 414 108 708), succursale
de QBE Insurance (Europe) Limited,
Plantation Place dont le siège social est à
30 Fenchurch Street, London EC3M 3BD,
fait savoir que, la garantie financière dont
bénéficiait la :
SARL ALD CONSEIL
10 rue Jean Giono
21000 DIJON
RCS: 538 158 866
depuis le 01/01/2012 pour ses activités de :
TRANSACTIONS SUR IMMEUBLES ET
FONDS DE COMMERCE cessera de porter effet trois jours francs après publication
du présent avis. Les créances éventuelles
se rapportant à ces opérations devront
être produites dans les trois mois de cette
insertion à l’adresse de l’Établissement
garant sis Cœur Défense – Tour A – 110
esplanade du Général de Gaulle – 92931
LA DEFENSE CEDEX Il est précisé qu’il
s’agit de créances éventuelles et que le présent avis ne préjuge en rien du paiement
ou du non-paiement des sommes dues et
ne peut en aucune façon mettre en cause
la solvabilité ou l’honorabilité de la SARL
ALD CONSEIL
LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET
D’APPLICATION N° 72-678 DU 20
JUILLET 1972 - ARTICLES 44
QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour
A – 110 esplanade du Général de Gaulle
– 92931 LA DEFENSE CEDEX (RCS
NANTERRE 414 108 708), succursale de
QBE Insurance (Europe) Limited, Plantation
Place dont le siège social est à 30 Fenchurch
Street, London EC3M 3BD, fait savoir que,
la garantie financière dont bénéficiait la :
SARL ALLIANCE IMMOBILIER
10 Place du Fer à Cheval
31300 TOULOUSE
RCS: 421 571 464
depuis le 01/01/2004 pour ses activités de :
TRANSACTIONS SUR IMMEUBLES
ET FONDS DE COMMERCE depuis le
01/01/2008 pour ses activités de : GESTION
IMMOBILIERE depuis le 01/01/2016
pour ses activités de : SYNDIC DE
COPROPRIETE cessera de porter effet trois
jours francs après publication du présent
avis. Les créances éventuelles se rapportant
à ces opérations devront être produites dans
les trois mois de cette insertion à l’adresse
de l’Établissement garant sis Cœur Défense
– Tour A – 110 esplanade du Général de
Gaulle – 92931 LA DEFENSE CEDEX Il est
précisé qu’il s’agit de créances éventuelles
et que le présent avis ne préjuge en rien du
paiement ou du non-paiement des sommes
dues et ne peut en aucune façon mettre en
cause la solvabilité ou l’honorabilité de la
SARL ALLIANCE IMMOBILIER.
LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET
D’APPLICATION N° 72-678 DU 20
JUILLET 1972 - ARTICLES 44
QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour A –
110 esplanade du Général de Gaulle – 92931
LA DEFENSE CEDEX (RCS NANTERRE
414 108 708), succursale de QBE Insurance
(Europe) Limited, Plantation Place dont le
siège social est à 30 Fenchurch Street, London
EC3M 3BD, fait savoir que, la garantie financière dont bénéficiait la :
SAS RÉGIE D’IMMEUBLES
BONNEFOY
3 Rue Parmentier
69600 OULLINS
RCS: 318 069 382
depuis le 01/01/2005 pour ses activités de :
GESTION IMMOBILIERE cessera de porter
effet trois jours francs après publication du
présent avis. Les créances éventuelles se rapportant à ces opérations devront être produites
dans les trois mois de cette insertion à l’adresse
de l’Établissement garant sis Cœur Défense –
Tour A – 110 esplanade du Général de Gaulle
– 92931 LA DEFENSE CEDEX Il est précisé
qu’il s’agit de créances éventuelles et que le
présent avis ne préjuge en rien du paiement
ou du non-paiement des sommes dues et ne
peut en aucune façon mettre en cause la solvabilité ou l’honorabilité de la SAS RÉGIE
D’IMMEUBLES BONNEFOY. SOCAF – 26,
avenue de Suffren – 75015 PARIS, accepte de
reprendre, avec tous ses effets les garanties de
QBE INSURANCE et notamment de la dégager de toute obligation résultant de ses engagements au titre de ses garanties.
Lors d’une manifestation contre une législation plus stricte sur l’avortement, à Varsovie, le 13 janvier. KASIA STREK/ITEM POUR « LE MONDE »
l’examen du texte en commission. Le parti au pouvoir peut
ainsi se vanter de respecter sa
promesse de campagne de ne repousser aucune initiative citoyenne d’ampleur tout en renvoyant sur l’opposition la responsabilité de l’échec de la proposition.
La tactique a fonctionné : depuis
le vote, les deux partis libéraux se
déchirent en interne à coups de
sanctions, d’exclusions, de suspensions d’adhésion et de menaces de démission. Côté PiS, le président du Sénat, Stanisław Karczewski, a d’ores et déjà indiqué
que la majorité gouvernementale
était « ouverte à des discussions »
pour accueillir les élus mis au ban
de leur formation d’origine.
Les manifestants de ces derniers jours s’en sont également
davantage pris à l’opposition
qu’au PiS. Samedi 13 janvier au
soir, malgré le gel, plus d’un millier de personnes étaient présentes devant le Parlement à Varsovie. A l’invitation d’organisations de gauche, ils ont déclamé
les noms des députés absents
lors du vote sur le texte du collectif Sauvons les femmes en les accusant de « lâcheté ».
Nouvelle journée de mobilisation
Toutefois, au-delà de ces cris de
colère, les revendications des
participants n’étaient pas unanimes. Pat et Michał (qui n’ont pas
communiqué leur patronyme),
un jeune couple, continuaient de
demander la « libéralisation
d’une loi qui ne fonctionne pas »
quand d’autres ne veulent que le
maintien du statu quo. « Je suis
venu réclamer l’abandon du projet de durcissement de la législation sur l’avortement », explique
Adam, retraité.
En Pologne,
il existe des
régions entières
où aucun
médecin
n’accepte
de pratiquer
l’avortement
Plus d’un an après l’échec d’une
première tentative d’interdiction
totale de l’avortement, la nouvelle
proposition de durcissement, soutenue par 830 000 citoyens, abandonne l’idée de punir les femmes
qui recourent illégalement à
l’avortement et maintient la possibilité d’interrompre une grossesse
mettant en danger la vie de la
femme enceinte ou résultant d’un
A Vienne, l’autre Autriche manifeste
contre l’extrême droite
Samedi, un défilé d’ampleur a dénoncé le retour au pouvoir du FPÖ
vienne - correspondant
I
ls voulaient offrir au monde
un autre visage de l’Autriche.
Samedi 13 janvier, ils ont surtout prouvé la grande diversité des
oppositions à l’extrême droite.
Car, finalement, peu de chose rassemblait les milliers de personnes
– 20 000 selon la police, 70 000 selon les organisateurs – venues manifester dans le froid d’un mois de
janvier continental, à Vienne, contre le retour du FPÖ au pouvoir,
dans ce petit pays d’Europe.
Militants d’extrême gauche ou
sociaux-démocrates, étudiants, intellectuels engagés, bénévoles
soutenant les réfugiés ou simples
citoyens alarmés, ils étaient bien
plus nombreux que prévu à avoir
jugé nécessaire d’entamer l’année
en rappelant au nouveau gouvernement, formé le 20 décembre 2017, qu’ils entendaient donner de la voix. « C’était l’une des
manifestations les plus importantes depuis des années », s’est réjouie Carla Sedlak, de l’association
antifasciste Plattform Radikale
Linke, qui déplore que l’Autriche
soit à l’aube d’une « transformation autoritaire, comme en Hongrie et en Pologne ».
Très bien représentés, les syndicats de la gauche ont condamné la
politique économique de la nouvelle coalition entre les conservateurs-chrétiens (ÖVP, parti populaire) et l’extrême droite (FPÖ,
Parti de la liberté d’Autriche), une
« attaque frontale de la classe
ouvrière », selon l’un de leurs
membres, Axel Magnus. Le gouvernement « prévoit des sanctions
à l’encontre des chômeurs de longue durée, réfléchit à des journées
de douze heures de travail et à réduire les pauses des employés, a
énuméré le social-démocrate
(SPÖ) Andreas Schieder. Pendant
ce temps-là, il accorde des énormes
réductions d’impôts à l’industrie du
tourisme et aux employeurs. »
« Provocation »
Les manifestants ont par ailleurs
réclamé la démission du très controversé nouveau ministre de l’intérieur, Herbert Kickl. Ce dernier a
proposé, jeudi 11 janvier, de cantonner les demandeurs d’asile de
manière « concentrée » dans des
centres. Une terminologie rappelant les camps de concentration.
Une « provocation » pour le président de la République, qui a
lancé un rappel à l’ordre. « Qu’elles
soient délibérément utilisées ou
non, les formules pouvant être
comprises comme autant d’allusions aux heures les plus sombres
de notre histoire ne doivent trouver
aucune place dans le discours politique », a mis en garde l’écologiste
Alexander Van der Bellen, précisément élu en 2016 par une majorité
des Autrichiens pour faire barrage
au candidat FPÖ, Norbert Hofer,
au sommet de l’Etat.
Le chancelier social-démocrate
sortant, Christian Kern, a de-
mandé à son successeur, Sebastian Kurz (ÖVP), de sanctionner
ce dérapage en invoquant la « réputation » de l’Autriche sur la
scène internationale. « Dans six
mois, ce ministre va se retrouver
dans une position de leader européen de la politique de l’asile, puisque son gouvernement va présider l’Union européenne, rappelle
Benjamin Abtan, le président du
Mouvement antiraciste européen, qui fédère des organisations dans trente-cinq pays et a
participé aux manifestations à
Vienne. C’est inacceptable. »
Pour l’instant, M. Kurz semble
satisfait de « l’importante clarification » de son ministre, qui a assuré n’avoir « en aucun cas eu l’intention de provoquer ». M. Kickl
n’aura sans doute pas convaincu
le Comité autrichien de Mauthausen, une organisation de déportés, qui s’était déjà indigné,
quinze jours auparavant, de la nomination d’Alexander Höferl
comme porte-parole au ministère de l’intérieur.
Ce dernier n’est autre que l’un
des anciens journalistes d’Unzensuriert, un site Internet de « réinformation », dont les contenus
« aux tendances antisémites et extrêmement hostiles aux étrangers »
relaient des « théories du complot
et une idéologie prorusse », selon
un rapport des services fédéraux
de renseignement, datant de 2016
et consulté par Le Monde. p
blaise gauquelin
viol. Toutefois, la suppression de
l’exception en cas de malformation grave du fœtus reviendrait de
fait à interdire 95 % des avortements légaux aujourd’hui pratiqués en Pologne.
Les organisateurs de la « grève
des femmes », à l’origine des
« marches noires » qui avaient
rassemblé fin 2016 près de
250 000 personnes dans 150 villes et obtenu le retrait du projet
d’interdiction totale, appellent à
une nouvelle journée de mobilisation mercredi 17 janvier.
Toutefois, face à ce nouveau
texte moins sévère, il est possible
que la participation soit moindre. Le parti Droit et justice
n’aurait alors plus de raison de
pas adopter cette nouvelle restriction du droit à l’avortement,
promesse de longue date faite au
clergé en échange de son soutien
électoral. – (Intérim.) p
R ÉPU BLI QU E TC H ÈQU E
Milos Zeman en tête
de la présidentielle, mais
en mauvaise posture
Le président tchèque Milos
Zeman, 73 ans, a manqué, samedi 13 janvier, sa réélection
au premier tour, arrivant
en tête avec 38,6 % des voix,
contre 26,6 % à son principal
adversaire, Jiri Drahos. Pour
le second tour prévu le 26 janvier, trois candidats éliminés
ont indiqué qu’ils soutiendraient M. Drahos : l’ancien
diplomate Pavel Fischer
(10,2 % des voix), le chanteur
Michal Horacek (9,2 %)
et le physicien Marek Hilser
(8,8 %). M. Zeman, élu en 2013,
affirme des positions antimigrants et prorusses au sein de
l’Union européenne – (AP.)
ETATS - U N I S
Donald Trump :
« Je ne suis pas raciste »
« Je ne suis pas raciste », a
assuré le président américain,
Donald Trump, dimanche
14 janvier, aux médias qui
avaient rapporté ses propos
sur l’immigration en provenance de « pays de merde »,
visant l’Afrique et Haïti. « Moi
président, je veux des gens qui
viennent dans notre pays pour
nous aider à retrouver notre
force et notre grandeur, des
gens qui viennent par le biais
d’un système basé sur le mérite. Plus de loteries ! #L’AMERIQUE D’ABORD », a-t-il écrit sur
Twitter. Le Congrès doit trouver un compromis d’ici au
mois de mars pour empêcher
l’expulsion de 700 000 jeunes
immigrés ayant bénéficié du
programme des « Dreamers »
auquel M. Trump veut mettre
fin. – (AFP.)
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slack.com
6 | planète
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Stockage radioactif de Bure : « Une copie à revoir »
L’Autorité de sûreté nucléaire souligne le risque d’incendie de 40 000 colis de déchets destinés au centre Cigéo
L’
ENTRETIEN
LES DATES
Autorité de sûreté nucléaire (ASN) rend public, lundi 15 janvier, son
avis sur le « dossier
d’options de sûreté » du Centre industriel de stockage géologique
(Cigéo). Celui-ci vise à enfouir,
dans le sous-sol de Bure, dans la
Meuse, 85 000 m3 de déchets hautement radioactifs et à vie longue.
Sa mise en service doit débuter
en 2026 ou 2027 et s’étaler jusqu’au milieu du siècle prochain.
Tout en jugeant globalement
« très bon » le dossier présenté par
l’Agence nationale pour la gestion
des déchets radioactifs (Andra),
chargée de ce projet, le président
de l’ASN, Pierre-Franck Chevet, estime qu’il doit être amélioré.
A ce stade, la fiabilité du futur
site du stockage vous semblet-elle garantie ?
Ce dossier est une étape importante, au regard de l’enjeu majeur
de sûreté que constitue la gestion
des déchets nucléaires les plus radioactifs et à vie longue – on parle
ici de centaines de milliers d’années. La France, et je m’en réjouis,
a choisi l’option du stockage géologique à grande profondeur, qui
est aussi la solution de référence
au niveau international. C’est le
seul choix responsable, sauf à reporter sur les générations futures
la charge de gérer ces déchets sur
le long terme. Pour autant, il se
peut que des alternatives soient
trouvées dans le futur, raison
pour laquelle la loi a prévu que le
stockage soit réversible pendant
au moins cent ans.
L’Andra nous a soumis un très
bon dossier. Il confirme que la
zone argileuse retenue possède les
caractéristiques géologiques requises. Et il marque des avancées
significatives en termes de sûreté.
Toutefois, nous avons des réserves
sur un sujet important : celui des
déchets bitumés. Sur ce point, l’Andra doit revoir sa copie. Si ce sujet
n’est pas traité de manière satisfaisante, le stockage de ces déchets ne
sera pas autorisé par l’ASN.
Quel risque ces déchets
présentent-ils ?
Il s’agit de boues radioactives
qui, par le passé, ont été conditionnées dans des matrices en bitume.
Actuellement entreposés dans
les installations du CEA [Commissariat à l’énergie atomique] à
Marcoule [Gard] et d’Areva à la Hague [Manche], ces produits de
moyenne activité à vie longue représentent un peu plus de
40 000 « colis », soit environ 18 %
des conteneurs destinés à Cigéo.
1998
Le site de Bure (Meuse) est
retenu pour l’implantation
d’un laboratoire souterrain.
ÉTÉ 2016
Des opposants entament l’occupation d’un bois de 220 hectares
sous lequel doivent être enfouis
les déchets nucléaires.
2019
Demande d’autorisation programmée de création d’un Centre
industriel de stockage géologique
(Cigéo), destiné à confiner, à
500 m de profondeur, 10 000 m3
de déchets de haute activité et
75 000 m3 de déchets à vie longue.
2026 OU 2027
Mise en service du centre de
stockage avec une phase industrielle pilote de dix ans.
VERS 2145
Des instruments de mesure dans un des puits du laboratoire de Bure, en novembre 2017. FREDERICK FLORIN/AFP
Or, outre que le bitume luimême peut s’enflammer dans certaines conditions, ces déchets sont
aussi susceptibles, par réaction
chimique, de monter en température. Avec, en cas de départ de feu,
le risque d’un emballement thermique propageant l’incendie dans
les alvéoles souterraines de stockage. Cette éventualité doit pouvoir être totalement écartée.
J’insiste sur le risque d’incendie,
car il est particulièrement problématique en milieu souterrain. Il
existe des précédents. En France,
celui de Stocamine, le centre de
stockage de déchets – non radioactifs – installé dans d’anciennes mines de potasse d’Alsace, où un feu a
été provoqué en 2002 par la réaction chimique de produits entreposés, ce qui a conduit à l’arrêt définitif de l’exploitation. Et, aux
Etats-Unis, celui du WIPP [Waste
Isolation Pilot Plant], site de déchets nucléaires militaires implanté au Nouveau-Mexique, dans
une couche de sel, où se sont produits en 2014 un incendie et un relâchement de radioactivité.
Quelles sont les solutions ?
La première, que nous privilégions, est de demander aux producteurs de ces déchets – le CEA,
« La première
solution est de
demander aux
producteurs de
ces déchets de les
reconditionner,
pour les rendre
inertes »
celui-ci ne perdrait-il pas
une partie de sa raison d’être ?
En aucune façon. Les déchets les
plus pénalisants que nous avons à
gérer sont ceux de haute activité,
issus notamment du retraitement du combustible nucléaire.
La vocation principale de Cigéo
est de confiner ces produits de façon sûre et durable. Pour les déchets bitumés, il faudra trouver
un autre mode de stockage.
Areva et EDF – de les reprendre et
de les reconditionner, pour les
rendre inertes. Cela exige de développer à l’échelle industrielle
un procédé de neutralisation chimique. L’autre voie serait de revoir la conception d’ensemble de
Cigéo, en espaçant assez les colis
pour éviter la propagation d’un
feu, et en mettant en place
des moyens de détection très précoce d’une montée de température ainsi que d’extinction
d’un feu. Industriellement, c’est
sans doute compliqué. En tout
état de cause, nous ne transigerons pas avec la sûreté.
Vous demandez néanmoins
à l’Andra d’améliorer son dossier
sur d’autres aspects…
Des questions subsistent en effet, sur la tenue de l’installation
face aux aléas naturels, surtout
aux séismes, ou sur la gestion des
situations post-accidentelles. En
cas d’accident ou d’incident dans
une galerie, quelles sont les dispositions prévues pour intervenir,
pour éviter la propagation du sinistre, pour poursuivre les opérations de stockage ? Ces questions
sont normales au stade d’un dossier d’options de sûreté. L’Andra
devra y répondre. Nos remarques
doivent lui permettre d’amender
et d’améliorer son projet.
Si, finalement, ces 40 000 colis
ne pouvaient trouver
place dans le centre de stockage,
Qu’en est-il du risque d’actes de
malveillance, récemment évo-
qué par Greenpeace pour les piscines d’entreposage du combustible des centrales nucléaires ?
L’ASN est chargée de la sûreté des
installations nucléaires, mais la sécurité n’est pas de son ressort. Cependant, l’Andra devra aussi apporter des précisions sur la façon
dont elle pense se prémunir, à
Bure, contre des actes tels qu’un
incendie d’origine criminelle. Encore une fois, le sujet est particulièrement complexe pour un site
souterrain. Et plus encore pour
une installation dont l’exploitation est prévue sur 100 ou 150 ans.
L’Andra prévoit de vous soumettre sa demande d’autorisation
de création de Cigéo en 2019.
Compte tenu de vos demandes,
ce calendrier est-il réaliste ?
Le dossier est très bien avancé. Il
est tout à fait possible de tenir le
calendrier. Nous jugerons sur pièces, le moment venu.
L’Andra avait chiffré le coût
du centre de stockage à près de
35 milliards d’euros, EDF, Areva et
le CEA, qui le financent, à 20 milliards. L’ex-ministre de l’écologie,
Ségolène Royal, a tranché pour
25 milliards. Ne lésine-t-on pas
sur la sûreté ?
Obturation définitive des
galeries souterraines.
La responsabilité de ce chiffrage
revient au gouvernement. Le plus
important est que l’arrêté signé
en 2016 par Mme Royal précise que
ce coût sera régulièrement réévalué, à chaque étape-clé du projet.
Cigéo est une installation d’un
type nouveau. Il est donc logique
que l’estimation du coût évolue
dans le temps.
Compte tenu des risques et
des incertitudes qui subsistent,
certains opposants prônent
l’abandon du projet d’enfouissement au profit d’un entreposage
en surface. N’est-ce pas la voie de
la prudence ?
Au contraire. Un entreposage en
surface, ou près de la surface, est
certes concevable pour des déchets dont la durée de vie est de
l’ordre du siècle, pas pour des déchets qui resteront radioactifs des
centaines de milliers d’années.
Qui peut garantir l’existence d’un
contrôle humain et sociétal d’une
telle installation à un horizon aussi lointain, qui dépasse
toute capacité d’anticipation ?
Personne. Je le redis, le stockage
géologique profond est la seule
solution responsable. p
propos recueillis par
pierre le hir
Une opposition plus jeune et plus radicale au « cimetière atomique »
Après Notre-Dame-des-Landes, le site de Bure donne lieu à une double guérilla, à la fois devant les tribunaux et derrière des barricades
T
outes proportions gardées,
Bure risque de devenir,
pour le gouvernement, un
nouveau Notre-Dame-des-Landes.
Certes, ce minuscule village meusien de 82 habitants que la France
a choisi – précisément parce qu’il
se trouve au milieu de nulle part –
pour enterrer les déchets les plus
dangereux de sa filière nucléaire,
n’est pas le bocage nantais. Ici, l’opposition au « cimetière atomique »
est encore loin d’être aussi puissante que celle fédérée par le projet
d’aéroport de Loire-Atlantique.
Les contestataires eux-mêmes,
dont le nombre fluctue entre quelques dizaines présents sur place
de façon plus ou moins permanente, et plusieurs centaines lors
des rassemblements qu’ils organisent en été, récusent l’appellation
de « zadistes », à leurs yeux trop
connotée et trop restrictive. En
outre, les échéances de la mise en
service du centre de stockage sont
si lointaines qu’il est difficile de
prédire l’avenir du conflit. Les ingrédients n’en sont pas moins réunis pour faire du dossier de Bure
un cocktail détonant.
Camp retranché
Au départ, lorsque, dans la foulée
de la loi de 1991 sur la gestion des
déchets radioactifs, l’Etat retient le
site de la Meuse, en 1998, pour
l’implantation d’un laboratoire
souterrain, la fronde n’est portée
que par quelques associations environnementales, qui déplient des
banderoles hostiles au projet
quand un ministre s’aventure sur
ces terres lointaines. En 2004, cependant, des antinucléaires français et allemands créent le collectif
Bure zone libre et achètent, l’année suivante au cœur de la com-
mune, un ancien corps de ferme
bientôt transformé en « Maison de
la résistance », avec le soutien du
réseau Sortir du nucléaire.
C’est avec l’arrivée, depuis deux
ans, d’une nouvelle génération de
militants, plus jeunes et aux méthodes plus radicales, que la lutte
prend un nouvel ancrage. Souvent
passés par d’autres combats, ces
« néo-ruraux » disent vouloir redonner vie à un territoire en voie
de désertification, où ils s’emploient à retisser des « liens de solidarité » avec les habitants et les rares paysans encore en activité.
Si la dénonciation de la « poubelle nucléaire » reste un catalyseur, ils rejettent, plus largement,
un monde où « nucléaire » rime
avec « autoritaire » et « mortifère ».
Ils se sont lancés dans une double guérilla, à la fois devant les tribunaux et derrière des barricades.
Sur le plan judiciaire, ils ont remporté quelques succès, en faisant
reconnaître le caractère « illicite »
de défrichements réalisés par
l’Agence nationale pour la gestion
des déchets radioactifs (Andra),
chargée de ce chantier, et en obtenant l’annulation d’une délibération municipale octroyant à l’établissement public la propriété
d’une parcelle forestière stratégique – une nouvelle délibération a
depuis été prise, elle aussi contestée. Mais leur coup d’éclat a été l’occupation, à l’été 2016, d’une forêt
de 220 hectares, le bois Lejuc, où ils
ont mis à bas un mur de béton
construit par l’Andra. Ils y ont depuis aménagé des cabanes, faisant
de cette enclave forestière un
camp retranché.
Ces derniers mois, la tension est
montée, certains opposants revendiquant des actes de « sabo-
tage » contre les installations de
l’Andra, tandis que la préfecture
de la Meuse mettait en place « un
dispositif de sécurité renforcé en
vue de protéger les populations locales ». Le 15 août 2017, un rassemblement de près d’un millier de
personnes a dégénéré en de violents affrontements avec les gendarmes mobiles. Tandis que la
préfecture faisait état de jets de
pierres et d’engins explosifs, les
opposants dénonçaient une riposte disproportionnée, à coups
de grenades lacrymogènes, assourdissantes et de désencerclement, dont l’une a grièvement
blessé au pied un manifestant.
Pour faire retomber la fièvre, les
associations « historiques » ont, à
plusieurs reprises, demandé à être
reçues par le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. Jusqu’ici sans réponse.
Interrogé sur le dossier de Bure
par le Journal du dimanche, en
mai 2017, le ministre fraîchement
nommé avait dit vouloir « l’étudier
davantage » : « Ces déchets, il faut
bien en faire quelque chose, mais en
tout cas, on ne peut pas [les] imposer comme ça à des populations (…)
sans concertation. »
Mais début novembre, au Sénat,
il a déclaré qu’enfouir ces déchets
était « une solution pas entièrement satisfaisante, mais la moins
mauvaise ». Reste à savoir si le dialogue prôné par le ministre suffira
à désamorcer un conflit potentiellement explosif. Certains occupants de la « zone à défendre » de
Notre-Dame-des-Landes ont déjà
annoncé que, si le projet d’aéroport est abandonné, ils viendront
prêter main-forte aux irréductibles de Bure. p
p. l. h.
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Ouverture en 2019 de la Cité internationale de la gastronomie et du vin.
5 restaurants étoilés, une collection unique de 33 000 ouvrages dédiés aux arts
de la table. Développement d’un « projet alimentaire territorial » unique en
France pour une agriculture innovante, durable et locale.
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8|
FRANCE
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
« R E F O N D AT I O N » D U F R O N T N AT I O N A L
Face aux doutes de ses
troupes, Marine Le Pen
joue la carte sécuritaire
La présidente du Front national tente
de se repositionner avant le congrès du
parti, mais les critiques montent en interne
L
a présidente du Front
national (FN) fait ses
gammes. Elle devait
présenter, lundi 15 janvier, ses vœux à la
presse qu’elle a pourtant déjà rassemblée plusieurs
fois, la semaine précédente. Marine Le Pen ouvre l’année sur une
offensive sécuritaire. Mercredi
10 janvier, la députée du Pas-de-Calais avait en effet donné son premier rendez-vous de rentrée à
l’Assemblée nationale pour une
conférence de presse sur les
« propositions du Front national
sur la sécurité ».
Litanie de faits divers à l’appui,
elle a accusé le président de la République, Emmanuel Macron, de
mettre en place une « société d’insécurités au pluriel ». Sécurité, im-
migration, terrorisme… Les accords du discours sont bien connus : « justice laxiste », « fracture
identitaire », « tolérance zéro ». Les
cités deviennent des « zones de
non-France » ; les « revenants » de
l’Etat islamique, des « protégés »
du gouvernement.
Fait divers
Tout y est, même la référence à
Christiane Taubira, l’ancienne ministre de la justice de François Hollande tant honnie par le parti d’extrême droite, à l’époque où il était
bien plus audible. C’était avant la
défaite présidentielle, et ce débat
d’entre-deux-tours qui a entaché
la crédibilité de la meneuse de
troupes frontiste. Sonnant la refondation depuis quelques mois,
le parti en crise revient ici sur ses
fondements. Et Mme Le Pen d’user
de la rhétorique classique, au FN,
d’une France en perdition : « La
grande glissade continue », lançaitelle, mercredi, sur son estrade.
Le soir même, la présidente du
FN a patrouillé avec une brigade
anticriminalité parisienne. Quelques clichés avec des hommes en
bleu, une ou deux petites phrases
de soutien aux policiers « trop
souvent mis en cause » devant micros et caméras, et Marine Le Pen
se campe en protectrice des forces de l’ordre, alors que la grogne
monte une nouvelle fois dans
leurs rangs, après la série d’incidents du début d’année, où plusieurs policiers ont été blessés.
« Le message doit être clair : on ne
touche pas aux policiers », assène
celle qui défend la création d’une
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SAMEDI
10 février
2018
présomption de légitime défense
pour les forces de l’ordre.
Un refrain rejoué dès le lendemain. A nouveau fait divers, nouvelle sortie sécuritaire : trois surveillants de prison sont agressés à
l’arme blanche, jeudi 11 janvier,
par un détenu condamné pour
terrorisme ; Mme Le Pen annonce
dans la foulée qu’elle rendra visite
aux agents de la prison en question, à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), le jour suivant.
Après les fausses notes présidentielles de la soliste du FN,
celle-ci veut prouver qu’elle
connaît toujours son solfège.
D’autant que les critiques montent, localement. Comme dans
l’Hérault, où le secrétaire départemental, Gérard Prato, n’a pas
« peur d’appeler un chat un chat » :
oui, il doute ; oui, il attend beaucoup du congrès à venir pour retrouver confiance en son parti, et
en sa dirigeante. Il faut dire que
la « période troublée » au sein de la
formation politique, comme il la
qualifie, crée des tensions jusque
dans sa fédération.
Le conseiller régional d’Occitanie fait le compte : chute « vertigineuse » des adhésions dans son
département, départs de Marion
Maréchal-Le Pen et Florian Philippot, problèmes bancaires après la
fermeture des comptes du parti
et d’une quinzaine de fédérations
par la Société générale…
A la fin du mois, M. Prato va
même devoir rendre les clés du
local de la permanence de Montpellier, faute de trésorerie. Pompon sur le moral de l’élu local :
« En ce moment, Marine, je ne la
sens pas. » Qu’elle soit présidente,
et même réélue au congrès des
10 et 11 mars, à Lille, ne le « dérange pas ». « Mais est-ce qu’elle
peut être candidate la prochaine
fois… Il faut qu’elle dise rapidement si elle est vraiment motivée
pour repartir. » Le tabou est levé.
Un peu plus haut dans l’organigramme interne, d’autres partagent les mêmes interrogations.
Marine Le Pen est-elle « remise »
de la présidentielle ? Est-elle encore « crédible » pour aller chercher l’électorat de droite, voire
former des alliances ? A-t-elle seulement « envie » d’y retourner ?
Même le nombre de dates de sa
tournée dans les fédérations fait
jaser. « Douze dates en six mois, ce
n’est pas non plus énorme », soupire l’un. « A force de tant claironner cette refondation, on entretient des attentes, et un sentiment
de flottement », estime un autre.
D’autant que même Mme Le Pen
admet que « ce n’est pas le travail
qui va manquer » en ce début
« Est-ce qu’elle peut
être candidate
la prochaine fois…
Il faut qu’elle dise
rapidement si
elle est vraiment
motivée »
GÉRARD PRATO
secrétaire départemental FN
d’année. « Il faut repartir à la
conquête. D’ici le congrès, on a
plein de chantiers à mettre en
place », concède Steeve Briois,
secrétaire général du FN. C’est-àdire ? « Un peu tout. » Dépouillement des 27 000 questionnaires
renvoyés au siège par les adhérents, formation des cadres, rapports avec les élus, communication à affiner… La liste n’en finit
plus de s’allonger.
C’est qu’il reste du chemin au
parti d’extrême droite pour être
perçu comme un parti de gouvernement, et non plus d’opposition, acquiesce un proche de
Mme Le Pen : « Au dernier moment,
la sagesse populaire ne nous avait
pas confié les régions Hauts-deFrance et PACA [Provence-AlpesCôte d’Azur]. Les électeurs avaient
eu un doute, et ce n’est pas injuste
de leur part. Il nous faut mieux
travailler les projets, avoir des cadres mieux formés… »
En passant au second tour de la
présidentielle, « on a fait la moitié
du chemin, mais comment passer
de l’autre côté ? », s’interroge le
porte-parole du Front national,
Sébastien Chenu. Par le désenclavement politique, estiment plusieurs ténors, soit de nouvelles alliances, au-delà de celle entamée
avec Nicolas Dupont-Aignan à la
dernière présidentielle. Une étape
qui passera forcément par une
« révolution interne », selon l’entourage de Marine Le Pen. A savoir
une évolution de la culture héritée du père, cette « certaine raideur qui rend les alliances compliquées », analyse un historique, admettant que la culture de l’ouverture ou du compromis n’est pas
tout à fait une tradition, au FN.
Changement de nom
S’allier, mais avec qui ? Nicolas
Bay, vice-président du Front national en charge des affaires européennes, rêve d’une grande alliance des eurosceptiques pour le
scrutin européen de 2019. Un bon
moyen pour le parti d’extrême
droite d’acculer Les Républicains
– coincés sur une ligne eurocritique d’entre-deux – et, selon lui,
de redevenir le premier opposant
à Emmanuel Macron. « LR est en
vrille, il faut les achever, tranche
un proche de Mme Le Pen. On est
en train de prendre le donjon, on
n’est plus très loin. »
C’est là que devrait intervenir
le changement de nom du parti,
france | 9
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
La note du débat
de l’entre-deux-tours
Une note interne au Front national
publiée par Mediapart, dimanche
14 janvier, éclaire les dessous de
la stratégie de Marine Le Pen dans
son débat raté d’entre-deux-tours
de l’élection présidentielle face à
Emmanuel Macron, le 3 mai 2017.
« L’objectif est de dégrader l’image de
Macron, quitte à perdre en crédibilité,
pour pousser des gens dans l’abstention », écrit dans cette note adressée
à la candidate Damien Philippot,
alors responsable du pôle argumentaires de la campagne frontiste.
« Il faut donc tout le temps être dans
l’offensive (…). Si le débat est électrique, nous avons moins à perdre que
lui », estime le conseiller, qui considère qu’il ne faut pas s’aventurer sur
le « terrain technique », sur lequel son
adversaire « sera toujours meilleur ».
Et de préciser qu’il ne faut « pas
avoir un ton agressif ». Un conseil
visiblement resté lettre morte.
Marine Le Pen, le
20 décembre, à l’Assemblée
nationale. OLIVIER CORET/DIVERGENCE
qui pourrait permettre de nouer
des alliances avec des acteurs
politiques réticents à se rapprocher de l’étiquette Front national. Un cadre émet toutefois une
réserve quant au calendrier :
« C’est plutôt quand on est dans
une phase dynamique qu’on peut
imposer une nouvelle marque. »
Lors de sa conférence de presse
de rentrée, Marine Le Pen, favorable au changement de nom, a
semblé le repousser à l’aprèscongrès des 10 et 11 mars. Ce
dernier entérinera en effet les
nouveaux statuts, ouvrant la
possibilité d’un vote électronique ou postal de l’ensemble
des adhérents.
Reste que ceux-ci doivent
d’abord accorder leur confiance à
Marine Le Pen. « C’est sûr, s’ils ne
veulent ni du changement de nom
ni des alliances, on va avoir beaucoup de mal », admet un dirigeant. Sébastien Chenu, lui, veut
rester positif : « A partir du moment où les plus anciens ont accepté le départ de Jean-Marie
Le Pen, c’est qu’ils sont capables
d’évoluer. » Rendez-vous est pris
au congrès, où Marine Le Pen,
seule candidate à sa propre succession, ne peut prendre le risque
d’être désavouée. p
lucie soullier
Municipales : « Finies les listes avec un
centenaire, un clochard et un mort »
Plusieurs cadres du FN prônent une stratégie électorale resserrée, avec
un objectif sur quelques villes, pour éviter les candidatures farfelues
N
os plus beaux succès électoraux partent d’un enracinement local. » Alors
qu’aucun vote n’est à l’horizon
en 2018, Jean-Lin Lacapelle, le secrétaire général adjoint du Front
national, repartirait presque en
campagne. C’est qu’après la défaite présidentielle, il ne s’agirait
pas, pour le parti d’extrême
droite, de perdre en plus son
maillage territorial. Deux ans les
séparent encore des élections
municipales, mais le scrutin commence déjà à agiter les esprits
frontistes. Et les stratégies.
Louis Aliot, député des Pyrénées-Orientales, a ainsi annoncé
dès novembre qu’il serait de
nouveau candidat à Perpignan
en 2020… mais sans afficher les
couleurs du parti dont il est viceprésident. Pour « rallier ceux qui
sont gênés par l’étiquette FN »,
expliquait alors le compagnon de
Marine Le Pen à L’Indépendant,
il se présentera sans étiquette.
Pourtant, le Front national aura
probablement changé de nom
d’ici là, la présidente du mouvement ayant déclaré y être plus que
favorable.
Outre la question des alliances,
se pose celle du ciblage. Faut-il se
concentrer sur les villes « prenables » ou jouer l’omniprésence,
comme en 2014, au risque de
disperser une énergie militante
encore fragile après le soufflet
présidentiel ? Rien n’a encore été
tranché en haut lieu, précise-t-on
au sein du parti.
Le secrétaire général Steeve
Briois, lui, a un avis bien tranché :
« Si j’avais les pleins pouvoirs au
FN, je me concentrerai sur les villes
où on est certains de gagner, plutôt que de monter des listes partout. » Le maire d’Hénin Beaumont commence d’ailleurs déjà à
cocher, sur la carte des Hauts-deFrance, les dominos qui pourraient tomber, selon lui, dans l’escarcelle frontiste. Il ose même
quelques critiques, pour éviter les
déperditions d’élus municipaux
ensuite, nombreux à démissionner depuis 2014. « Analyser ce qui
n’a pas fonctionné n’est pas un
crime, avance-t-il. (…) Je me suis
rendu compte que beaucoup de
candidats n’étaient pas formés, ne
savaient pas mener campagne, et
« Beaucoup
de candidats
ne savaient
pas quoi faire
une fois élus
au conseil
municipal »
STEEVE BRIOIS
ne savaient pas quoi faire une fois
élus au conseil municipal. »
Le député du Nord, Sébastien
Chenu, acquiesce, citant cet élu
municipal qui lui avait raconté
ses déboires avant de jeter
l’éponge : « Il était seul dans l’opposition, avait du mal avec le budget, et il me dit : “j’en peux plus, il y
a 34 types en face qui attendent
juste que je me trompe pour me
tomber dessus”. »
« Former, former, former »
Une seule solution pour que les
candidats « soient moins perdus en
cas d’élection, et donc moins découragés », répète à l’envi le cadre frontiste : « former, former, former ».
Pour M. Chenu, remplir des listes à tout prix a « causé trop d’ennuis » au Front national : « Finies
les listes avec un centenaire, un
clochard et un mort. Il faut être crédible. » Lui aussi préconise le ciblage. Son parti doit certes présenter une liste dans chaque ville
préfecture de France, précise-t-il,
mais pour ensuite se concentrer
sur les villes qui cochent trois cases : un « gros score » du FN aux
scrutins précédents ; une offre
électorale « contestée » en face ;
« un bon leader ». Reste à trouver
des volontaires pour porter la
bannière du parti d’extrême
droite. Quelle que soit sa nouvelle
appellation. p
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0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Congrès : le PCF ne sait à quelle stratégie se vouer
Pierre Laurent veut se représenter à la tête du parti, sur fond d’incertitude quant à l’alliance avec Mélenchon
C
e seront peut-être les dix
mois qui ébranleront le
Parti communiste français (PCF). Prévu en novembre, le congrès extraordinaire
du PCF agite déjà les esprits. Présenté comme un rendez-vous où
la formation de gauche doit repenser son « action et ses ambitions », il doit permettre au parti
de « se déployer sur plein de thèmes
comme l’écologie, l’égalité des territoires ou le droit des femmes », selon Pierre Laurent, le secrétaire
national, qui devait présenter ses
vœux à la presse, lundi 15 janvier.
Pierre Laurent ajoute que le congrès sera aussi l’occasion de « revoir les orientations du parti et sa
stratégie de rassemblement et d’alliances ». Un vrai travail en profondeur, donc, de redéfinition d’une
« identité communiste moderne ».
Avant cela, le PCF doit organiser
des états généraux du progrès social, le 3 février, rassemblant des
syndicalistes, des militants associatifs et, peut-être, des représentants des partis de gauche.
« Débat puéril »
En attendant, place du Colonel-Fabien, à Paris, le mécontentement
face aux choix de la direction sortante ne se cache plus. En cause,
notamment, l’attitude vis-à-vis
de Jean-Luc Mélenchon et de La
France insoumise (LFI). Pour
beaucoup, la direction du parti
envoie des signaux contradictoires : après avoir soutenu l’ancien
candidat à la présidentielle, les relations entre le PCF et Jean-Luc
Mélenchon sont allées de mal en
pis. Dernier épisode en date : les
élections territoriales en Corse où
la liste locale PCF-LFI a été vilipendée par l’ancien sénateur socialiste. « De la tambouille », selon lui.
« On ne peut pas rester dans
cette situation entre la direction
et Jean-Luc Mélenchon. C’est un
débat puéril entre dirigeants,
alors que les deux groupes travaillent très bien ensemble à l’Assemblée nationale. On est dans
une complémentarité totale »,
juge Stéphane Peu, député de Seine-Saint-Denis. Le Dyonisien, élu
avec le soutien de LFI, estime
d’ailleurs que ce travail en commun fait office de « laboratoire »
à une éventuelle alliance entre
les deux formations, notamment pour les élections européennes de 2019 et les municipales de 2020. « Il faut pouvoir créer
un axe PCF-LFI fort puis rassembler d’autres forces de gauche
autour de cela », ajoute-t-il. Un
avis partagé par Sébastien Jumel,
député de Seine-Maritime, qui
souhaite une alliance avec LFI
aux élections européennes et désire en outre pour son parti « une
cohérence, une lisibilité et une
stratégie qui ne soit pas à géométrie variable ».
De son côté, Marie-George Buffet, députée de Seine-Saint-Denis
et ancienne patronne du PCF, se
dit « découragée » et prend de la
distance par rapport aux débats
internes. Elle pense néanmoins
qu’« il faut mener un combat politique à l’intérieur du PCF mais aussi
publiquement, pour qu’émergent
de nouvelles idées et un mouvement nouveau ». Elle complète :
« On doit créer quelque chose de
neuf. Si on veut faire plaisir à tout le
monde, on n’y arrivera pas. » L’ancienne ministre des sports ne cache pas son souhait d’un rapprochement avec les « insoumis », invoquant l’expérience du Front de
gauche lancée en 2008.
Paradoxe
La direction du PCF se défend de
toute hostilité vis-à-vis de M. Mélenchon. « Nous ne sommes pas en
guerre avec lui. Mais on ne peut
pas toujours envoyer des baisers à
quelqu’un qui n’en veut pas »,
résume Guillaume RoubaudQuashie, membre du comité exécutif et de la revue théorique du
PCF Cause commune. M. Roubaud-Quashie n’élude pas la nécessité d’un bilan à tirer de l’action de la direction sortante : « On
ne se dérobera pas », promet-il. Ce
trentenaire considère, malgré
Pierre
Laurent
au centre
humanitaire
porte de
La Chapelle,
à Paris,
le 9 janvier.
TRISTAN
REYNAUD/SIPA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА
VK.COM/WSNWS
tout, que le parti « s’en sort plutôt
bien ». « On a maintenu son unité
et on a deux groupes parlementaires », se justifie-t-il.
La demande de redéfinition de
la stratégie est également partagée par ceux qui sont rétifs à un
rapprochement avec les « insoumis ». C’est le cas d’André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme
et président du groupe de la
Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée. « Il faut faire
la clarté sur notre ligne politique
qui est faite de zigzags continuels.
On doit réaffirmer notre volonté
d’avoir un rassemblement majoritaire pour transformer la société.
Aucun courant ne peut être majoritaire seul. Il n’y a pas un mouvement central avec ses satellites »,
« On doit
retrouver
une visibilité
perdue. Notre
enjeu est là :
l’effacement ou
la renaissance »
ANDRÉ CHASSAIGNE
député du Puy-de-Dôme
estime-t-il, visant implicitement
La France insoumise. « Je ne supporte plus qu’on doive effacer le
PCF. On doit retrouver une visibilité perdue avec deux non-participation à la présidentielle, tranche-
t-il encore. Notre enjeu est là : l’effacement ou la renaissance. »
Au-delà des alliances, l’autre
question centrale du congrès est
le renouvellement de la direction. Début septembre, plusieurs
personnes tablaient sur un départ de Pierre Laurent après plus
de sept ans à la tête du parti. Ce
scénario ne semble plus à l’ordre
du jour, et l’ancien journaliste de
L’Humanité devrait briguer un
nouveau mandat.
Pour l’instant, personne n’attaque frontalement M. Laurent. On
se contente de souligner que la
nouvelle direction doit être « renouvelée et plurielle ». « Pierre
Laurent a conduit les destinées du
parti face aux difficultés, estime
Pierre Dharréville, député des
Bouches-du-Rhône, longtemps
présenté comme successeur possible de M. Laurent. Il n’y a aucun
problème avec lui. La question
n’est pas celle de son remplacement, mais comment on prend
appui sur ce qui a été fait pour
construire une perspective pour
le PCF. »
Finalement, le paradoxe communiste réside peut-être là : en
concentrant l’ensemble des critiques, des partisans du rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon à
ceux qui y sont opposés, Pierre
Laurent et la direction deviennent le plus petit dénominateur
commun du PCF. Ils servent,
in fine, de ciment à un parti traversé par le doute. p
abel mestre
Laurent Wauquiez se donne le temps de la reconstruction
Le président de LR refonde les instances dirigeantes et va mettre en place un comité stratégique avant le conseil national du 27 janvier
L
aurent Wauquiez apprend
en ce mois de janvier un art
qui lui est relativement inconnu : celui de la patience. Elu il y
a un peu plus d’un mois président
du parti Les Républicains (LR),
l’ambitieux chef de file de la droite,
âgé de 42 ans, s’efforce de rebâtir
les bases de sa formation avant de
se lancer tête baissée dans l’opposition à Emmanuel Macron. Une
nécessité pour celui qui prétend
incarner l’alternative au président
de la République, et doit avant tout
réunir autour de lui ce qu’il reste
de sa famille politique.
Ses premières semaines comme
patron de LR sont donc consacrées en grande partie aux nominations au sein des structures dirigeantes. « C’est une machine à remettre en place. Il y a tout un bou-
lot de fond », avance-t-on dans son
entourage.
En ce début d’année, M. Wauquiez a attendu deux semaines
avant de refaire son apparition
dans le débat politique national.
Dans un entretien au Journal du
dimanche, dimanche 14 janvier,
l’ancien ministre de Nicolas
Sarkozy a affiché une opposition
radicale à Emmanuel Macron sur
à peu près tous les sujets, et tenté
de se poser en héraut d’une
France populaire. L’économie ? « Il
y a un acharnement du gouvernement contre les classes moyennes,
(…) cette France des gens modestes
qui prennent leur voiture pour aller travailler et qui, eux, ne profiteront pas des dispositions sur les
produits financiers », dénonce-t-il.
L’abaissement à 80 km/h de la vi-
tesse maximale autorisée sur
certaines routes ? « Une approche
typiquement technocratique. » Le
projet de loi asile et immigration ?
« Un catalogue de mesures techniques qui ne changeront rien à la
vague migratoire. »
« Faire vivre les sensibilités »
Cette prise de parole sera en théorie l’une de ses rares incursions
médiatiques d’ici à la fin du mois.
Le président de LR prépare en
priorité deux événements : son
passage à « L’Emission politique »
de France 2, le 25 janvier, puis la
réunion, deux jours plus tard, du
conseil national de LR, le parlement du parti. Une instance
dont il a décidé de confier la
présidence à l’ancien centriste
Jean Leonetti.
Fabienne Sintès
le 18/20
18:15 un jour dans le monde
19: 20 le téléphone sonne
Crédit photo : Christophe Abramowitz / RF
Dans son entretien au JDD,
M. Wauquiez a confirmé vouloir
réunir les figures reconnues et expérimentées de LR au sein d’un comité stratégique, cette nouvelle
instance sera composée des présidents de région, du président du
Sénat, des présidents de groupes
parlementaires et des ex-présidents du mouvement. « L’idée est
de faire vivre les différentes sensibilités sans pour autant recréer des
courants », explique au Monde un
dirigeant. « Les sensibilités doivent
s’exprimer au bureau politique et à
la commission d’investiture, il ne
s’agit pas juste de les afficher », note
un proche de Valérie Pécresse.
Le député du Vaucluse Julien
Aubert aurait refusé de prendre la
tête d’un tel comité, préférant devenir secrétaire général adjoint du
parti. L’objectif de rassemblement
qui sous-tend ce projet reste en
tout cas plus que jamais d’actualité : dans Le JDD, le juppéiste Dominique Bussereau a annoncé
pour sa part se mettre « en congé »
de LR, dénonçant une ligne trop radicale. De son côté, Mme Pécresse
peut se féliciter d’avoir obtenu
gain de cause, puisque M. Wauquiez s’est montré ouvert à l’idée
que son mouvement Libres ! devienne un mouvement associé de
LR. « Au même titre que Chasse, pêche, nature et traditions, et que Sens
commun », a-t-il précisé, non sans
malice. « C’est un premier pas, à suivre », commente-t-on dans l’entourage de la présidente de la région Ile-de-France.
Comme l’a révélé L’Opinion, un
centre d’études politiques pour-
rait également voir le jour en
marge du parti et être dirigé par
Bernard Accoyer, qui a quitté en
décembre ses fonctions de secrétaire général de LR. « Si on me propose cette responsabilité, je l’assumerai, assure au Monde l’intéressé. Les partis politiques n’appuient pas assez leur réflexion sur
un travail d’amont, de connaissances. » Ce centre d’études n’aura
« pas la prétention d’être la Fondapol [un think tank de droite] ou la
Fondation Konrad Adenauer [qui
est adossée à la CDU, en Allemagne], mais ça s’en inspire », revendique l’ancien président de l’Assemblée nationale. Favoriser le temps
long : une maxime que Laurent
Wauquiez tente de s’appliquer en
ce début d’année. p
avec les chroniques de
Christophe Ayad, Sylvie Kauffmann
et Corine Lesnes dans
un jour dans le monde
de 18h15 à 19h
olivier faye
france | 11
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Du flou sur le financement des partenaires sociaux
La Cour des comptes note un progrès sur la transparence, mais prône un contrôle accru de certains flux
L
e financement des syndicats et du patronat a gagné en transparence depuis qu’il a été modifié en
profondeur par la loi du
5 mars 2014 relative à la formation
professionnelle, à l’emploi et à la
démocratie sociale. Mais les mécanismes de contrôle prévus dans
ce texte devraient être, à la fois,
renforcés et étendus à des flux
d’argent qui échappent aux
écrans radars, à l’heure actuelle.
Telles sont les principales recommandations d’un rapport confidentiel que la Cour des comptes a
remis à la fin décembre 2017 – et
que Le Monde s’est procuré.
Avant la réforme mise en place
il y a trois ans, les ressources des
partenaires sociaux reposaient,
pour l’essentiel, sur trois piliers,
comme le rappelle la haute juridiction : les cotisations – couplées à d’autres rentrées financières propres (revenus locatifs, ventes de publications…) ; des dotations de l’Etat ; des sommes
octroyées dans le cadre d’accords
de branche ou issues d’organismes paritaires coadministrés par
les organisations de salariés et
d’employeurs.
Les dispositifs, relevant de cette
troisième catégorie, étaient « souvent peu transparents [et] ont pu
donner lieu à des dérives », rappelle la Cour des comptes, en citant l’affaire de la caisse noire du
patronat de la métallurgie ou
celle d’un comité d’établissement
de la SNCF dont le budget de fonctionnement avait été mobilisé
pour financer les activités de plusieurs syndicats de cheminots.
« Contrôle peu approfondi »
Pour rendre plus lisibles les subsides attribuées aux partenaires
sociaux, la loi du 5 mars 2014 a
instauré un système de « financement mutualisé », qui est piloté
par l’Association de gestion
du fonds paritaire nationale
(AGFPN). Celle-ci reçoit deux types de ressources : une contribution payée par les entreprises (qui
« Les circuits sont
très nombreux et
relèvent parfois
de pratiques peu
transparentes »,
écrivent les
magistrats dans
leur rapport
équivaut à 0,016 % de leur masse
salariale) et des subventions de
l’Etat. Les montants sont ensuite
reversés aux organisations
syndicales et patronales : soit
115 millions d’euros, au total,
pour l’exercice 2015. Ce qui représente 9 % de plus « par rapport au
coût [en] 2014 des dispositifs antérieurs » que le fonds paritaire national a remplacés. « Cette augmentation (…) était vraisemblablement une condition de l’acceptation de la réforme [par les
partenaires sociaux] », estiment
les auteurs du rapport.
Les sommes allouées servent à
financer la formation des militants syndicaux et les multiples
missions assurées par les partenaires sociaux (administrer des
instances paritaires, participer à
l’élaboration de politiques publiques, etc.). Or, l’utilisation de cette
manne fait l’objet d’« un contrôle
peu approfondi », aux yeux de la
Cour. Les vérifications reposent
principalement sur le commissaire aux comptes de l’organisation qui a empoché les concours
redistribués par l’AGFPN. Aucune
indication n’est donnée « sur la
nature des actions financées par la
dépense publique », constate le
rapport qui pointe le fait que les
règles du jeu font « reposer l’essentiel des responsabilités sur les commissaires aux comptes, aux frais
de l’organisation bénéficiaire ».
La Cour mentionne cependant
que l’AGFPN a suspendu des versements pour des organisations qui
n’avaient pas rempli leurs obliga-
PART I SOC I ALI ST E
Delphine Batho candidate
au poste de premier
secrétaire
justice, Nicole Belloubet, se
rendra mardi 16 janvier à
Vendin-le-Vieil. − (AFP.)
L’ex-ministre socialiste de
l’écologie Delphine Batho a
annoncé sa candidature au
poste de premier secrétaire
du Parti socialiste, un parti
devenu « une petite mafia politique » dont elle espère
« changer le système », lundi
15 janvier, dans un entretien
au Parisien. Outre la députée
Nouvelle Gauche des DeuxSèvres, quatre candidats se
sont pour l’instant déclarés
pour la présidence du PS :
l’ancien ministre Stéphane
Le Foll, le patron des députés
PS Olivier Faure, le député du
Val-de-Marne Luc Carvounas
et le député européen Emmanuel Maurel. − (AFP.)
POLI C E
PR I SON S
Braquage au Ritz : trois
suspects mis en examen
Le directeur de Vendinle-Vieil demande
à quitter son poste
Le directeur de la prison de
Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais)
a demandé à quitter son poste,
après l’agression de trois gardiens, jeudi 11 janvier, par un
détenu djihadiste. Des syndicats avaient critiqué le récent
allégement des conditions de
détention de l’agresseur et réclamé le départ du directeur
de cet établissement, qui
abrite actuellement 100 détenus. Des opérations de « blocage » ont eu lieu lundi dans
plusieurs prisons de France à
l’appel del’UFAP-UNSA Justice,
la CGT Pénitentiaire et FO Pénitentiaire, qui réclament plus
de sécurité. La ministre de la
Cinq jeunes en garde
à vue après le meurtre
d’un adolescent à Paris
Un jeune de 15 ans a été mortellement poignardé, dans le
quartier de la Bastille, lors
d’une rixe entre bandes à Paris, samedi 13 janvier. La brève
et violente bagarre est survenue en début de soirée, dans
le 11e arrondissement, rue de
la Roquette, connue pour sa
vie nocturne animée le weekend. Des bandes rivales regroupant une trentaine de
jeunes se sont affrontées au
cours de cette rixe. Cinq adolescents étaient en garde à
vue dimanche soir. − (AFP.)
Trois hommes arrêtés mercredi 10 janvier peu après le
spectaculaire braquage du
Ritz à Paris ont été mis en
examen et placés en détention provisoire samedi, tandis que deux autres étaient
toujours recherchés. Les trois
suspects s’étaient retrouvés
pris au piège dans le palace
parisien au moment de prendre la fuite avec des bijoux.
Ils ont été mis en examen
par un juge d’instruction
notamment pour vol avec
usage et sous la menace d’armes en bande organisée. Le
butin, estimé à plus de 4 millions d’euros, avait été retrouvé par les enquêteurs sur
place. − (AFP.)
tions (rapport sur l’usage de la ressource incomplet ou non remis
dans les délais). Le fonds paritaire
envisage par ailleurs de déterminer une procédure de remboursement des sommes dont l’emploi
reste obscur. Les magistrats lui
suggèrent d’aller plus loin en proposant deux solutions : « Préciser
la nature des pièces justificatives
nécessaires pour les contrôles » et
« définir les modalités d’exercice
(…), en toute confidentialité, d’un
contrôle de la conformité des dépenses effectives ».
tués « sans que l’usage fait de ce
financement soit précisé par
les organisations bénéficiaires » ;
quant aux conventions de branche, elles sont « généralement
peu détaillées » au niveau des
« modalités de contrôle de l’emploi des fonds ».
Les montants en jeu sont difficiles à évaluer mais ils pourraient
se situer aux alentours de 20 à
25 millions d’euros, selon un ad-
« Pas de vision centralisée »
La haute juridiction souligne que
la réforme de 2014 n’a supprimé
que certains circuits de financement – ceux « directement liés à
la formation professionnelle ».
De nombreuses autres sources
d’argent subsistent, par le biais
d’organismes paritaires ou en
vertu d’accords de branche : dans
le premier cas de figure, il arrive
que des versements soient effec-
ministrateur de l’AGFPN. « Il
n’existe pas de vision centralisée
de ces circuits qui sont très nombreux et relèvent parfois de pratiques peu transparentes », complète le rapport.
La Cour considère qu’il est « essentiel » de poursuivre le processus pour améliorer la transparence sur le financement des partenaires sociaux. Selon elle, il serait « judicieux », dans un premier
Une manne de 123 millions d’euros
En 2016, les organisations d’employeurs ont perçu près
de 40 millions d’euros de l’Association de gestion du fonds
paritaire national (AGFPN) quand les syndicats, eux, ont empoché un peu plus de 83 millions d’euros, selon le rapport annuel
présenté par l’association en décembre 2017. Dans le monde
patronal, le Medef se taille la part du lion, avec 12,2 millions
d’euros, face à la Confédération des petites et moyennes
entreprises ou l’Union des entreprises de proximité (artisanat,
commerce, professions libérales). Du côté des confédérations
de salariés, la CGT et la CFDT font à peu près jeu égal,
avec plus de 18 millions d’euros chacune, suivies de FO,
de la CFE-CGC et de la CFTC.
temps, de placer sous le contrôle
de l’AGFPN les dotations versées
par les organismes paritaires,
comme l’Unédic, aux organisations de salariés et d’employeurs siégeant dans leurs instances de gouvernance.
Jean-Claude Volot, un représentant du Medef qui assurait la présidence de l’AGFPN jusqu’à début
janvier, reconnaît que « le contrôle de la sincérité de l’usage des
fonds par rapport à la volonté publique doit être fait ». « Cela évitera
que de l’argent venant de l’AGFPN
soit en fait orienté vers les budgets
généraux des organisations syndicales comme patronales », souligne-t-il. Mais pour lui, « c’est à la
direction générale du travail d’assurer cette responsabilité, l’AGFPN
devant rester un simple outil de
distribution des fonds, le plus
automatisé possible ». « Par pitié,
ne faisons pas un bastringue administratif de plus ! », conclut-il. p
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MARDI 16 JANVIER 2018
R E P E N S E R L’ É C O L E
La galaxie Blanquer
DOMINIQUE SCHNAPPER (83 ANS)
Politologue et sociologue, la fille
de Suzanne et Raymond Aron est
la seule nomination confirmée,
à ce jour, au sein du Conseil des
sages de la laïcité, nouvelle
instance de 13 membres dont elle
doit prendre la tête. On dit de cette
ancienne du Conseil constitutionnel qu’elle incarne une
« certaine fermeté républicaine ».
EDGAR MORIN (96 ANS)
Ce défenseur de l’interdisciplinarité est cité comme
une référence par le ministre
de l’éducation qui lui a confié
une chaire à l’Essec (chaire
Edgar Morin de la complexité)
quand il en était encore
le directeur. « Blanquer, Hulot,
Nyssen, trio de l’espoir du
renouveau éducation, culture,
société », avait tweeté
le sociologue et philosophe
à l’annonce de la composition
du gouvernement,
le 18 mai 2017.
FRANÇOIS BAROIN (52 ANS)
LES PERSONNALITÉS
À LA TÊTE
D’INSTANCE
STANISLAS DEHAENE (52 ANS)
Titulaire de la chaire
de psychologie cognitive
et expérimentale au Collège
de France, ce spécialiste
du fonctionnement du cerveau
vient d’être placé à la tête
du Conseil scientifique
de l’éducation nationale,
instance nouvellement créée
de 21 membres – dont 6 issus
des sciences cognitives. Son
credo : « Enseigner est une
science. »
SOUAD AYADA (47 ANS)
Philosophe spécialiste
de spiritualité islamique, cette
inspectrice générale
de l’éducation nationale a été
nommée, en novembre,
à la tête du Conseil supérieur
des programmes, créé sous la
gauche. Elle y remplace Michel
Lussault, démissionnaire,
à un moment stratégique :
la révision des contenus
enseignés au lycée et évalués
lors du bac.
JEAN-MICHEL BLANQUER (53 ANS)
Nommé ministre de l'éducation
nationale par Emmanuel Macron, en
mai 2017, ce docteur et agrégé de droit
a un long passé dans le monde de
l’éducation. Directeur adjoint du
cabinet de Gilles de Robien alors
ministre en 2006, recteur de Créteil
en 2007, puis directeur général
de l’enseignement scolaire sous
Luc Chatel, il devient directeur général
de l’Essec en 2013.
Le sénateur et maire Les
Républicains de Troyes
compte parmi les amis
d’enfance du ministre de
l’éducation. « On s’est connu
en classe de neige », avait
précisé Jean-Michel
Blanquer dans le sillage
de sa nomination au
gouvernement. Le ministe
a d’ailleurs signé une
biographie de son père,
Michel Baroin.
LES PROCHES,
LES INSPIRATEURS,
LES FIDÈLES
PIERRE MATHIOT (51 ANS)
BORIS CYRULNIK (80 ANS)
C’est sur l’expertise de ce neuropsychiatre que vont s’appuyer
les assises sur la maternelle
convoquées en mars. Ce spécialiste
de la petite enfance et du fonctionnement du cerveau a fait partie
de la cinquantaine de signataires
d’un appel lancé, en novembre,
par le syndicat SNUipp, enjoignant
au ministre de l’éducation de
s’appuyer sur « toute la recherche ».
LES MISSIONNÉS
Professeur en sciences politiques
et ex-directeur de Sciences Po Lille,
cet universitaire classé à gauche
a débuté, en décembre, une vaste
concertation consacrée à la réforme
du lycée et du bac. Il est à l’origine
d’un dispositif d’égalité des chances
pour conduire des jeunes de
condition modeste vers les Instituts
d’études politiques.
PASCAL CHARVET (70 ANS)
CÉDRIC VILLANI (44 ANS)
Lauréat en 2010 de la médaille Fields, la plus
prestigieuse distinction de sa discipline,
ce mathématicien, défenseur de la recherche
et de l’Europe, a été chargé par le gouvernement
d’une mission d’information sur l’intelligence
artificielle avec l’inspecteur général Charles
Torossian. Il est, depuis mars 2017, député LRM
de l’Essonne.
Cet inspecteur général honoraire a été
chargé d’une mission de « valorisation des langues et cultures », dans
la continuité de la réforme du collège
engagée par la gauche. Il a dirigé
l’Office national d'information sur
les enseignements et les professions,
et a été vice-recteur en Polynésie.
RICHARD SENGHOR (53 ANS)
LAURENT BIGORGNE (63 ANS)
On dit du directeur du think
tank libéral Institut
Montaigne qu’il a soufflé
à l’oreille du candidat
Macron la plupart des points
inscrits dans son programme
éducatif. Et à celle de
Jean-Michel Blanquer, dont
l’Institut Montaigne a édité
le livre-programme, L’Ecole
de demain (Odile Jacob,
2016).
Maître des requêtes au
Conseil d’Etat, le petitneveu de Léopold Sédar
Senghor est un ami
d’enfance du ministre.
Il a cofondé avec Blanquer
et Baroin l’Association pour
la déclaration du 26 août
1989. Son nom figure dans
la liste des membres du
Conseil des sages de la
laïcité qui circule, mais n’a
pas encore été officialisée.
INFOGRAPHIE LE MONDE
CRÉDITS PHOTOS : AFP - FONDAPOL/CC BY-SA 2.5 ; ANDIA - LEEMAGE
Tout l’univers de Jean-Michel Blanquer
Le recours à des scientifiques pour repenser l’école fait craindre à certains un éloignement du terrain
I
l l’a développé dans ses écrits
– dont le dernier, L’Ecole de
demain (Odile Jacob, 2016),
peut se lire comme un programme éducatif. L’a souligné sur
le parvis du ministère de l’éducation avant d’y poser ses cartons,
le 17 mai 2017 : les trois « piliers » de
Jean-Michel Blanquer pour remettre l’école sur des rails sont la
science, la comparaison internationale, l’expérience.
Depuis, les lettres de mission ont
afflué en direction de scientifiquesde renom : un médaillé Fields
– équivalent du Nobel en mathématiques –, Cédric Villani (député
LRM de l’Essonne), mandaté par
Matignon pour définir la « stratégie nationale » en matière d’intelligence artificielle. Un politologue,
Pierre Mathiot, faisant référence
en matière d’égalité des chances,
convoqué pour dépoussiérer cet
examen bicentenaire, réputé intouchable, qu’est le baccalauréat.
Un neuropsychiatre, Boris Cyrulnik, invité à coordonner des « assises » pour donner un nouvel élan à
l’école maternelle.
Une « inspiration macronienne »
La mission est parfois collective :
ce sont treize « sages » (la liste n’a
pas encore été officialisée) qui
siégeront autour de Dominique
Schnapper pour préciser la position de l’institution scolaire en
matière de laïcité et de fait religieux. Douze chercheurs, universitaires et élus qui, avec une philosophe, Souad Ayada, poursuivront
Si les partisans
saluent un
« casting de
premier choix »,
d’autres évoquent
des « cautions
pour rassurer
l’opinion »
la refonte des programmes scolaires engagée sous la gauche. Et une
vingtaine d’experts – dont près
d’un tiers issu des sciences cognitives – qui, au sein d’un Conseil
scientifique, présidée par un spécialiste du fonctionnement du
cerveau, Stanislas Dehaene et
inauguré le 10 janvier, auront à se
pencher sur la pédagogie, la formation, les manuels ou encore la
métacognition. Derrière ce mot
savant, l’idée qu’il faut « apprendre
aux enfants à apprendre ». Un slogan qu’on a plus coutume de voir
invoqué à gauche qu’à droite de
l’échiquier politique.
Faut-il voir dans la convocation
d’experts en grande partie issus de
la société civile une « marque Blanquer » ? On peut y lire une « inspiration macronienne », relèvent la plupart des observateurs ; une sorte
de promesse d’un renouvellement
de ceux qui font et pensent l’école,
tendant à légitimer l’action politique par l’expertise scientifique.
Inspiration, aussi, d’une tendance
à l’œuvre à l’étranger depuis une
vingtaine d’années : celle de l’objectivation des décisions publiques par les sciences et la recherche (« evidence-based policy », en
anglais), mouvement parti de
Grande-Bretagne pour gagner
l’Allemagne et la Pologne, et dont
la France est, longtemps, restée en
retrait, précise-t-on au CNESCO, ce
Conseil national d’évaluation du
système scolaire créé sous le précédent quinquennat et que JeanMichel Blanquer a conservé.
« Il y a chez ce ministre un côté
prof de fac assumé, et quand on est
prof de fac, on s’entoure de chercheurs, résume l’un de ses proches. Il est allé les chercher un peu
partout dans l’enseignement supérieur et pas, comme le voudrait
l’usage, principalement au sein de
l’inspection générale. Et ça, ça
coince… » De fait, les réactions
sont mitigées : si les partisans du
ministre saluent un « casting de
premier choix », ses détracteurs
évoquent des « cautions pour rassurer l’opinion », vouées à siéger
au sein de « comités Théodule ».
Au-delà des clivages partisans, la
convocation de la science pour réformer l’école n’a rien de véritablement neuf, rappellent les historiens de l’éducation. Il n’est qu’à regarder la liste des contributeurs au
Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson, anthologie publiée
entre 1882 et 1887, pour prendre la
mesure des scientifiques, bâtisseurs de l’école républicaine et laïque, rassemblés autour de Jules
Ferry. Exemple plus récent : le
recours, à la Libération, à deux professeurs au Collège de France, Paul
Langevin, physicien, et Henri Wallon, psychologue, pour élaborer le
projet global de réforme dont on
vient de célébrer le 70e anniversaire. On se souvient aussi de la
constitution, sous Jospin, d’une
commission de réflexion animée
par le sociologue Pierre Bourdieu
et le biologiste François Gros.
Un premier conseil scientifique
Alain Savary, François Bayrou, Jack
Lang ont su, eux aussi, en tant que
ministres de l’éducation, s’entourer de conseillers de renom… Jusqu’à Najat Vallaud-Belkacem qui, à
l’automne 2016, réunissait pour
réfléchir à l’enseignement de la
langue française un aréopage d’experts – dont, déjà, le professeur
Stanislas Dehaene et quatre autres
membres du Conseil scientifique
qu’il préside aujourd’hui.
M. Blanquer ne joue pas une partition qui lui est inconnue. Comme
directeur général de l’enseignement scolaire – fonction de « numéro deux » du ministère occupée
de 2010 à 2012 –, il a posé des jalons,
créant un premier conseil scientifique. Le chercheur Michel Fayol,
professeur de psychologie cognitive et du développement, tout
juste rappelé au sein du « conseil
Dehaene », en faisait déjà partie.
« Je ne me sens pas prisonnier d’un
conseil, quel qu’il soit, et j’ai toujours
travaillé avec la même liberté »,
confie ce spécialiste de l’acquisi-
tion de l’écrit, égrenant les instances de réflexion autour de la
lecture auxquelles il a pu participer – « sous Bayrou, sous Najat
Vallaud-Belkacem, sous Blanquer… » Pour quelle utilité ? « Le
conseil scientifique est un conseil.
La politique… c’est autre chose, reconnaît Michel Fayol. Il se peut –
c’est même probable – que le Conseil
scientifique rende un avis, et que cet
avis ne soit pas suivi. L’action politique impose des contraintes que la
science n’a pas, et réciproquement. »
Dans les rangs syndicaux, on
s’interroge, aujourd’hui, autant
sur l’équilibre des champs disciplinaires représentés, que sur le lien,
à construire, entre experts et communauté éducative. « Si l’on ne
veut pas en rester à une affaire de
spécialistes, il faut réfléchir à l’articulation entre ces nouvelles instances et les enseignants, les parents,
fait valoir Christian Chevalier,
membre du Comité syndical européen pour l’éducation. L’école a besoin de références extérieures pour
« Il faut réfléchir
à l’articulation
entre ces
nouvelles
instances et
les enseignants »
CHRISTIAN CHEVALIER
syndicaliste
refonder un système à bien des
égards replié sur lui-même, traversé
par des querelles de chapelle. Mais
si ses 800 000 enseignants ne sont
pas impliqués, je vois mal ce qui
pourra en sortir », note l’ancien secrétaire général du SE-UNSA.
Au sein de ce syndicat, d’autres
réserves s’expriment : « Le choix
des experts, l’utilisation de travaux
scientifiques à géométrie variable
– seulement quand ils sont en
phase avec les convictions du ministre, comme l’a montré le retour
en arrière sur les rythmes scolaires –
discrédite l’argument du pragmatisme », observe sa cosecrétaire
Claire Krepper. Majoritaire dans le
premier degré, le SNUipp pousse
plus loin la critique, mettant en
cause et la composition du Conseil
scientifique (« des pans entiers de
la recherche en sciences de l’éducation en sont absents », affirme ce
syndicat), et son « indépendance
politique ». La FSU, elle, a dénoncé
le « scientisme » du ministre.
« Il ne faudrait pas qu’on remplace une cléricature par une
autre, relève Blanche Lochmann,
de la Société des agrégés ; autrement dit, qu’on enterre les messagers des sciences de l’éducation
uniquement pour survaloriser les
messagers des sciences cognitives ». Comme nombre d’enseignants, elle identifie un risque
dans une « trop forte confiance
donnée au gouvernement des experts » : celui de se couper de la parole et de l’apport du terrain. p
mattea battaglia
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MARDI 16 JANVIER 2018
Neurosciences : des avis partagés
quant à leur utilisation politique
Si nombre d’enseignants ne sont pas réticents à utiliser les sciences
cognitives, peu les considèrent comme une solution miracle
L
outils numériques… –, c’est aussi
s’appuyer sur les neurosciences ; repenser l’organisation de la salle de
classe, disposer les bureaux en îlots
pour favoriser la confrontation
cognitive, tout cela relève d’une
même démarche », assure-t-il.
Cécile Hémous, qui enseigne en
petite section de maternelle en
Gironde, n’a pas non plus le senti-
« Si les
enseignants se
nourrissent de
ces recherches,
il faut aussi que
les recherches
se nourrissent
du terrain »
FRANCETTE POPINEAU
syndicaliste
ment d’une « découverte ». Pas
qu’elle s’y soit frottée durant sa
formation (« Il y a vingt ans, on ne
parlait pas du tout de ce pan de la
recherche »), mais parce qu’elle
s’est documentée, a compulsé des
ouvrages… « Porter une attention
particulière aux enfants, aux phases de répétition et de mémorisation, penser à les encourager, les
motiver, réfléchir au statut de l’erreur… les sciences cognitives viennent légitimer nos pratiques plutôt
que bouleverser le métier », dit-elle.
Se saisir des connaissances sur le
fonctionnement du cerveau pour
adapter leurs gestes professionnels, leur approche en classe, tous
deux y sont « prêts ». Ils ne se
reconnaissent pas dans ces « réactions défensives » évoquées par le
ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, dans un entretien
au Figaro lors de l’installation
du Conseil scientifique. Mais ils
ne nient pas qu’elles existent.
De fait, les réactions du monde
Tenir compte de la diversité
L’appel d’une cinquantaine de
chercheurs que ce syndicat, majoritaire à l’école primaire, a lancé en
novembre enjoignait au ministre
de l’éducation de tenir compte de
la recherche dans toute sa diversité – et pas seulement des neurosciences – pour donner corps au
Conseil scientifique. Une instance
appelée à se prononcer sur la
pédagogie, l’évaluation, les manuels scolaires… Cet appel du
SNUipp-FSU a « en partie » été entendu, reconnaît Mme Popineau :
sur la vingtaine de personnalités
nommées ce 10 janvier, six sont issues des sciences cognitives. On
compte aussi trois philosophes,
un linguiste, deux sociologues,
eu os dont le siè e social est
C édit : iStock Photos.
C3MIF - S3S au capital de
Nio t sous le numé o
deux chercheurs en sciences de
l’éducation… L’économiste Esther
Duflot y côtoiera le chercheur Pascal Bressoux, le psychologue et
statisticien Marc Demeuse ou encore le mathématicien Etienne
Ghys. Certains observateurs se
sont émus de la faible représentativité des sciences de l’éducation,
plus valorisées sous la gauche. Interrogé, mercredi soir, M. Blanquer a répondu que les « sciences
de l’éducation étaient une étiquette
large et destinée à vivre et à évoluer,
(et) qu’il n’était donc pas absurde
de dire que les membres du conseil
(allaient en) faire ».
Parviendra-t-il a en convaincre
cette frange d’enseignants pour
qui la pluridisciplinarité à l’œuvre
au sein du conseil reste limitée ?
« Les réticences ne viennent pas
tant des neurosciences que de l’utilisation idéologique qui peut en
être faite, explique la professeure
de maternelle Cécile Hémous,
syndiquée au SNUipp. Les recherches en sciences cognitives peuvent nous éclairer, mais elles relèvent d’une science de laboratoire,
alors qu’une classe n’a rien à voir
avec ça, fait-elle valoir. On ne peut
y transposer ce qui se joue sous un
microscope et ne pas tenir compte
des conditions d’apprentissage
– l’enfant a-t-il bien mangé ? Bien
dormi ? Se sent-il en sécurité ? Est-il
au contraire stressé ? »
Depuis son école en Sologne,
Delphine (elle a requis l’anony-
« Les réticences
ne viennent
pas tant des
neurosciences
que de l’utilisation
idéologique qui
peut en être faite »
CÉCILE HÉMOUS
professeure
mat) se dit « convaincue [qu’il y a]
des choses bonnes à prendre dans
les neurosciences » – à commencer par ce qui a trait à la mémorisation et à l’ancrage des connaissances, « jamais » abordés durant
sa formation. Le discours politique, en revanche, ne la convainc
guère : « Laisser croire qu’une solution unique peut fonctionner
pour tous les enfants, c’est méconnaître la réalité de la classe ».
Autre motif d’irritation : le sentiment d’un recours « à géométrie variable » à la science. « Notre
ministre invoque sans cesse la recherche, mais en a-t-il tenu
compte en permettant le retour
du redoublement ou celui de la semaine de quatre jours ? interroge
Delphine. Cet usage politique,
je ne suis pas sûre que ce soit
le meilleur service à rendre aux
neurosciences ! » p
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА
VK.COM/WSNWS
, ue jac ues Da ue e -
NIORT, immat iculée au RCS de
es neurosciences, une révolution à l’école ? Pas pour
Bertrand Picolet, enseignant dans la banlieue lyonnaise,
qui a le sentiment d’être « déjà
dans le bain ». Si ce professeur des
écoles trentenaire conçoit que
l’apport des sciences cognitives
puisse être une « découverte pour
le grand public » – à la faveur de
l’inauguration, mercredi 10 janvier, du Conseil scientifique de
l’éducation nationale présidé par
Stanislas Dehaene, titulaire de la
chaire de psychologie cognitive au
Collège de France –, lui a le sentiment que « les neurosciences ont
déjà trouvé leur place dans bon
nombre de classes ».
Dans la sienne – un CM1 –, c’est
au quotidien qu’il s’en inspire, raconte-t-il. « Faire travailler les élèves en binômes ou en petits groupes, c’est déjà des neurosciences ;
les faire s’autocorriger, les amener
à raisonner à partir d’un maximum
de supports – cahiers, tableau,
enseignant semblent mitigées,
selon les syndicats. « Les collègues
sont ambivalents, observe Stéphane Crochet, du SE-UNSA. Ils
sont intéressés par les progrès de la
recherche, mais rejettent l’idée
d’une solution miracle qui laisserait croire qu’on peut résoudre
d’en haut, de manière hors-sol et injonctive, la difficulté scolaire ».
Analyse peu différente du
SNUipp-FSU : « On ne nie pas l’apport des neurosciences, mais cela
doit passer par une interaction, défend sa secrétaire générale, Francette Popineau : si les enseignants
se nourrissent de ces recherches, il
faut aussi que ces recherches se
nourrissent du terrain. »
*
1 REVERSÉ
%
* Su cami . du
Janvie
au
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minuit.
Toutes les in o mations su
le onds de dotation C3MIF
su cami .
AU FONDS DE DOTATION CAMIF
POUR L’EMPLOI EN FRANCE
mattea battaglia
14 | france
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
A Croisilles, l’attente angoissée des migrants de Calais
Emmanuel Macron doit visiter, mardi, un centre d’accueil du Pas-de-Calais. L’Etat souhaite en ouvrir d’autres
REPORTAGE
gner de la frontière. « Si tu veux
vraiment passer, faut y être toutes
les nuits », soupire Khamal, qui repartira vite. Dawood, lui, est sorti
de ce monde. Comme une petite
dizaine d’Afghans, il attend à
Croisilles son billet d’avion pour
rentrer en Afghanistan. L’Office
français de l’immigration et de
l’intégration propose un pécule
assez conséquent pour rentrer la
tête haute et lancer une « affaire ».
croisilles (pas-de-calais)
S
- envoyée spéciale
ur le bureau, une plaquette de paracétamol, remède aux migraines d’angoisse. Dans la penderie,
une unique veste, prête à être enfilée, et, plus loin, un ordinateur
stoppé en plein film. Tout semble
en pause dans la chambre de Khalid. Même sa vie. « Qu’est-ce que je
dois faire ? Est-ce qu’ils vont me renvoyer en Autriche si je reste ici ? »
Dans un souffle, l’Irakien lâche la
question qui le taraude. Son regard
fouille les yeux de son interlocuteur en quête d’une réponse, d’un
conseil. Khalid ne sait pas trop s’il
peut s’autoriser à se sentir bien au
centre d’accueil et d’examen des
situations (CAES) de Croisilles
(Pas-de-Calais), au sud d’Arras.
En dépit de son engagement
dans les forces spéciales irakiennes, le garçon a été débouté de
l’asile en Autriche. S’il redépose
une demande ici, la France saura
qu’il est passé par Vienne. Et
comme l’autorise le règlement
européen de Dublin, elle tentera
de l’y renvoyer. « Ensuite, l’Autriche
me renverra en Irak où je suis un
homme mort », ajoute celui qui un
jour de décembre a débarqué dans
le froid de Calais, sans grande envie d’aller en Grande-Bretagne,
juste en quête d’une seconde
chance. Là, la situation l’a choqué.
« C’est pas humain, Calais. On
mange dans la boue, on dort dans
les fossés, on a tellement froid. Je
sais pas trop si j’ai bien fait de venir
ici me reposer, mais je pouvais plus
rester là-bas », témoigne le garçon.
Epée de Damoclès
Cruel dilemme… Cette peur d’être
renvoyé au nom des accords de
Dublin empêche le CAES de Croisilles et les deux autres des Hautsde-France de faire le plein.
Ouverts dans la foulée du jugement du Conseil d’Etat du
31 juillet 2017, ordonnant d’en finir
avec l’indignité du non-accueil à
Calais, ces lieux offrent gîte, couvert, soins et contrôle administratif. A titre expérimental dans les
Hauts de France, ils ont ensuite essaimé à Paris avant que, ce dimanche 14 janvier, le ministre de l’inté-
Des migrants à l’extérieur du centre de Croisilles (Pas-de-Calais). LAURENCE GEAI POUR « LE MONDE »
rieur, Gérard Collomb, ne déclare
qu’il allait en ouvrir dans toutes
les régions. 1 300 places d’ici fin
janvier, 2 600 à terme.
« Pour celui qui veut demander
l’asile, c’est parfait, observe Vincent de Coninck, du Secours catholique. Mais ils ne sont guère
nombreux dans ce cas… En revanche, pour les “dublinés”, il ne faut
pas rester longtemps », ajoute l’humanitaire. Il conseille aux migrants épuisés par le froid « d’aller
s’y reposer une dizaine de jours et
de disparaître quand on leur parlera d’aller en préfecture. Mais les
exilés se disent entre eux qu’il ne
faut aller ni à Croisilles ni dans un
autre CAES si on a laissé ses empreintes sur la route. »
A Croisilles, La Vie active, qui
gère le lieu, leur laisse pourtant
une bonne semaine de répit avant
de passer à l’évaluation officielle
Aucun des trois
centres d’accueil
et d’examen des
situations des
Hauts-de-France
n’est plein
de leur statut. Les « dublinés » ne
restent pas là. Ils sont regroupés
dans un hôtel proche de Béthune
pour y être assignés à résidence.
Dans la pratique, si l’on s’en tient
aux moyennes nationales, moins
de 10 % seront effectivement
renvoyés, dont une partie revient
illico. En attendant, cette épée
de Damoclès dissuade, et seuls
378 exilés ont accepté l’invitation
à prendre le bus pour Croisilles
depuis le 8 août, alors qu’ils sont
quelque 600 à dormir dehors à
Calais, selon les associations. Seules 270 places de l’hébergement
d’urgence du plan grand froid ont
en effet été ouvertes à Calais
même et les migrants préfèrent
cela sur place aux CAES.
Sur les trois CAES des Hauts-deFrance, aucun n’est plein. L’un est
à 10 % de taux d’occupation et
Croisilles affiche le meilleur remplissage, avec 62 lits occupés
sur 70. Ce qui n’empêche pas le
ministère de l’intérieur de se féliciter que « ces centres ont permis
de significativement améliorer la
situation là où ils sont déployés ».
En fait, les migrants n’y restent
pas longtemps. Outre ceux qui repartent après un peu de repos
(dont le nombre n’est pas public),
« les locataires de Croisilles sont
majoritairement des demandeurs
d’asile qui n’avaient pas trouvé
place dans le dispositif dédié et
vont y être orientés maintenant »,
souligne Romain Strasser, un des
éducateurs. « Dans ces conditions,
pas facile d’assurer un suivi », regrette Christian Desailly, un bénévole qui enseigne le français.
« J’avais prévu d’enseigner la conjugaison de quelques verbes courants ce matin, mais mes élèves de
l’autre jour ont disparu et j’ai trois
nouveaux venus », constate-t-il, samedi 13 janvier. Assis côte à côte,
Ahmad, Salim et Khamal aimeraient se débrouiller un peu
mieux en Français. L’un est « dubliné » et risque le renvoi vers l’Italie, l’autre attend une réponse à sa
demande d’asile, quand le troisième a pour obsession Londres.
L’autre raison de ne pas venir au
CAES, c’est son éloignement de
130 km de Calais, une distance
voulue par les autorités pour éloi-
Dureté de l’Europe
En 2017, 280 Afghans ont dit
« banco », dont un tiers issus des
Hauts-de-France. « Je vais ouvrir
un petit commerce à Kaboul », explique cet homme de 30 ans, les
traits tirés, le visage triste. Officiellement, il rentre parce que sa
« mère est malade ». Mais il raconte tellement la dureté de l’Europe, l’impossible vie à Calais où il
a passé six mois, qu’on pressent
d’autres raisons à son renoncement. Depuis quarante jours, il se
requinque là, se prépare psychologiquement, aussi.
Romain Strasser fera tout pour
que lui et les autres retissent avant
de partir le lien qui s’est brisé entre
eux et l’Etat français. Les contrôles
policiers, les multiples envois en
rétention, la destruction de leurs
cabanes et tentes, la confiscation
de leurs affaires personnelles jetées dans les bennes à ordures, ont
cassé la foi qu’ils avaient en la
France. De l’ambiance ludique qui
règne sur la salle commune de cet
ancien EHPAD avant le déjeuner,
ils conserveront forcément quelques beaux souvenirs. Samedi, les
parties de dominos s’animent,
une tablée installe, elle, un jeu de
plateau, les cartes ne sont pas loin.
Comme souvent, le maire de
Croisilles est passé dire bonjour.
Ici, chacun sait que sans cet élu socialiste il n’y aurait pas de lieu de
répit dans un département où le
Front national enregistre ses
meilleurs scores. Mais Gérard Dué
a su tenir tête à une semaine
complète de manifestations quotidiennes devant sa mairie avant
l’ouverture du lieu. « J’ai fait ce que
je devais faire », commente
cet homme modeste, vieux militant PS qui finira son quatrième
mandat en 2020. p
maryline baumard
Egalité des sexes: les manuels d’enseignement Deneuve s’excuse auprès
des victimes de violences
moral et civique peuvent mieux faire
L’actrice assume la tribune des 100 femmes
L’enquête du Centre Hubertine-Auclert constate la présence de seulement 28,8 % de femmes « pour la liberté d’importuner » et s’explique
C
omment l’école enseignet-elle l’égalité des sexes ?
Depuis 2011, le centre Hubertine-Auclert (centre francilien
pour l’égalité femmes-hommes) a
mené une série de cinq études sur
les manuels scolaires, vérifiant le
nombre de femmes et d’hommes
représentés et traquant les préjugés sexistes susceptibles de jouer
sur les représentations des élèves.
Une dernière étude, qui sera présentée mardi 16 janvier, vient
clore ce cycle avec une matière
introduite dans les classes du CP à
la terminale à la rentrée 2016.
L’enseignement moral et civique
(EMC) remplace les anciens dispositifs d’éducation civique.
Avec pour mission de permettre
la « formation de la personne et du
citoyen », l’EMC comporte un volet
d’éducation à l’égalité et à la lutte
contre les discriminations. « Par
ailleurs, l’école a une mission assumée de mise en œuvre de l’égalité
filles-garçons, rappelle Amandine
Berton-Schmitt, chargée d’étude
au centre Hubertine-Auclert. Et les
manuels scolaires devraient en
toute logique y participer. Or, vingt
ans de recherches en sociologie et
en sciences de l’éducation nous démontrent qu’ils ne le font pas. »
Sous-représentation des femmes,
narrations et mises en scène reproduisant des schémas sexistes…
Les études précédentes ont démontré que des progrès restaient
à faire, notamment en histoire.
Déséquilibre numérique
Sur un corpus de vingt-cinq manuels d’EMC parus après juin 2015,
le centre Hubertine-Auclert a étudié comment les problématiques
liées aux droits des femmes et aux
discriminations sont abordées,
selon trois axes : la représentation
des femmes dans le monde professionnel et dans la sphère publique, le recours à des expertises de
femmes dans les manuels euxmêmes, et le traitement des notions de sexisme, d’égalité, de discrimination et de harcèlement.
Le centre reconnaît une présentation « satisfaisante » des droits
des femmes et de leur défense,
avec plusieurs manuels présentant des dossiers transversaux, en
mentionnant par exemple la cam-
pagne HeforShe, dont l’ambassadrice Emma Watson est populaire
auprès des jeunes. Des dossiers
thématiques permettent de problématiser des notions comme la
parité réelle, se félicite Amandine
Berton-Schmitt : « Avant, les manuels faisaient vaguement le lien
entre l’absence de parité dans une
entreprise et les inégalités professionnelles. » Aujourd’hui, des activités proposent aux enfants de réfléchir aux liens de causalité dans
la construction des inégalités.
Mais les manuels d’EMC pourraient encore mieux faire. Le
centre Hubertine-Auclert constate un déséquilibre numérique
entre les femmes et les hommes
représentés, qu’ils soient fictifs ou
réels (28,8 % de femmes représentées, pour 71,2 % d’hommes), alors
que la parité est presque atteinte
chez les personnages mineurs.
Une constante dans les manuels, et pas seulement en EMC :
« Il semble plus aisé de représenter
des filles en situation scolaire, que
de montrer des femmes dans la
sphère publique en général et dans
le monde professionnel en particu-
lier », conclut l’étude. En outre,
les expertes sont « sous-représentées », et l’étude conclut à une
« certaine invisibilité » des femmes célèbres, dont les occurrences constituent une liste éclectique où, à la différence des figures
masculines, le nombre de mentions n’a pas de rapport avec le
degré de célébrité du personnage :
Marie Rose Moro, pédopsychiatre
à Paris, est citée plus souvent
que Marie Curie.
Dans une matière aussi large,
faite de principes aussi transversaux que l’EMC, il y avait pourtant
de quoi faire. « La femme politique
la plus citée, c’est Marianne ! », regrette Amandine Berton-Schmitt.
Mais les manuels doivent rester
un support pédagogique parmi
d’autres pour l’enseignant, qui
peut aussi aller chercher des ressources ailleurs. « Et en ce moment, sur les droits des femmes, ça
ne manque pas », fait remarquer la
chargée d’étude, faisant référence
au débat actuel sur le harcèlement, né cet automne dans la foulée de l’affaire Weinstein. p
violaine morin
L
a tribune des 100 femmes
« pour la liberté d’importuner » n’en finit pas de faire
des remous. L’actrice Catherine
Deneuve, signataire du texte revendiquant une « liberté sexuelle »
contre le « puritanisme », publié
dans Le Monde du 10 janvier, a
pris la parole, dimanche 14 janvier, dans Libération. L’actrice dit
vouloir apporter des « précisions », après une semaine de polémique. Sa renommée internationale a contribué au retentissement du texte, traduit dans la
presse étrangère et en général
présenté avec une photo d’elle.
Dans cette lettre adressée à la rédaction de Libération, l’actrice
présente ses excuses aux « victimes d’actes odieux qui ont pu se
sentir agressées » par la tribune,
tout en défendant ses positions.
« Rien dans le texte ne prétend que
le harcèlement a du bon, sans quoi
je ne l’aurais pas signé », affirme-telle, avant de prendre ses distances avec certaines signataires. Faisant référence aux propos de Brigitte Lahaye, qui a déclaré sur
BFM-TV qu’on pouvait « jouir pen-
dant un viol », Catherine Deneuve
dénonce un propos « pire qu’un
crachat au visage de toutes celles
qui ont subi ce crime ».
« Une des 343 salopes »
Après la publication de la « tribune
des 100 femmes » qui critiquait le
mouvement #metoo, des dizaines de militantes et d’expertes ont
réagi, lisant dans ces lignes une
« banalisation des violences sexuelles ». « On m’a parfois reproché de
ne pas être féministe, répond Catherine Deneuve, dois-je rappeler
que j’étais une des 343 salopes, avec
Marguerite Duras et Françoise Sagan, qui a signé le manifeste “Je me
suis fait avorter”, écrit par Simone
de Beauvoir [publié en 1971] ? »
L’actrice précise enfin ce qui l’a
motivée à signer. « Je n’aime pas
cette caractéristique de notre époque où chacun se sent le droit de juger, d’arbitrer, de condamner »,
explique-t-elle, pointant les dangers du « nettoyage » dans les arts.
« Ce climat de censure me laisse
sans voix et inquiète pour l’avenir
de nos sociétés. » p
service société
disparitions | 15
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Daniel
Lindenberg
РЕЛИЗ
ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Historien des idées
L’
historien des idées, essayiste et sociologue
Daniel Lindenberg est
mort des suites d’une
longue maladie, vendredi 12 janvier, à Paris. Sa vie a été vouée à un
engagement sans faille au sein de
la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin. Issu d’une famille
liée au Bund, mouvement socialiste juif et antisioniste fondé à la
fin du XIXe siècle en Russie, en
Lituanie et en Pologne, il a toujours revendiqué son attachement à un judaïsme laïque et progressiste. Son itinéraire se confond surtout avec celui d’une génération marquée par l’avant et
l’après-Mai 68, moment auquel il
sera toujours resté fidèle.
Daniel Lindenberg est né
en 1940 à Clermont-Ferrand, alors
que ses parents, juifs polonais,
tentaient de passer en zone libre.
Son père et sa mère s’étaient rencontrés quelques années auparavant à Strasbourg, où l’un et
l’autre avaient émigré pour suivre
des études de médecine (en Pologne, le numerus clausus concernant les juifs les en avait empêchés). Après des études d’histoire
et de sociologie à la Sorbonne,
Daniel Lindenberg adhère, dans
les années 1960, à l’Union des
étudiants communistes, dont la
fraction gauchiste avait été « épurée » par le PCF. Puis il passe à
l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, groupe
maoïste où milite également
Blandine Kriegel, dont il croise
l’itinéraire. C’est sous l’influence
de la philosophe qu’il dira avoir
rompu avec le marxisme.
Il devient ensuite historien des
idées, sa carrière épousant l’aventure de l’université de Vincennes
(aujourd’hui Paris-VIII-Saint-Denis, où Lindenberg était professeur depuis 1996). Ses premiers livres sont marqués par les options
politiques de l’époque : L’Internationale communiste et l’école de
classe (Maspero, 1972), sous l’inspiration du philosophe althussérien
Nikos Poulantzas, et Le Marxisme
introuvable (Calmann-Lévy, 1975).
Un autre essai, Lucien Herr, le socialisme et son destin (CalmannLévy, 1977), écrit avec Pierre-André
Meyer, défend les socialistes
contre les attaques d’un autre
dreyfusard, Charles Péguy.
Polémique des néoréactionnaires
C’est ce livre qui provoque la rencontre avec le philosophe Paul
Thibaud, plus favorable à Péguy, et
avec la revue Esprit. A cette époque, Daniel Lindenberg tente de
délimiter une tradition socialiste
française non marxiste, démarche
proche de celle de l’historien Jacques Julliard. Ami d’Olivier Mongin, qui succède à Paul Thibaud
en 1988 à la tête d’Esprit, Lindenberg y publie des articles consacrés à l’histoire intellectuelle (objet de ses Années souterraines, La
Découverte, 1990) ainsi qu’au conflit israélo-arabe. Partisan du franco-judaïsme, il militait pour une
version « laïque et humaniste » de
la judéité – ce dont témoigne son
essai Figures d’Israël. L’identité
juive entre marranisme et sionisme (Hachette Littérature, 1997).
Mais c’est en 2002 que Daniel
Lindenberg se retrouve projeté au
cœur des polémiques intellectuelles françaises. Quelques mois
après le séisme du 21 avril et l’élimination de Lionel Jospin au premier tour de l’élection présidentielle, et alors que la gauche « plurielle » apparaît en ruine, l’historien lance une bombe éditoriale
qui fait imploser, cette fois, une
partie de la gauche « intellectuelle ». Cette bombe est un livre
intitulé Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil). Lindenberg y dénonce le triomphe d’une « libido
réactionnaire » chez certains intellectuels longtemps étiquetés
« de gauche ». Sous prétexte de
provoquer une « levée générale
des tabous », dit-il, ceux-là en
sont venus à exprimer une répugnance de plus en plus ouverte
à l’égard des droits humains, de
l’antiracisme, de Mai 68 ou
encore de la culture de masse, au
En 2002.
JOHN FOLEY/OPALE/LEEMAGE
point de vomir la démocratie
en tant que telle.
Egrenant les noms des écrivains
Michel Houellebecq et Maurice
Dantec, comme ceux des philosophes Alain Finkielkraut, Pierre
Manent, Marcel Gauchet ou Pierre-André Taguieff, l’historien ne
prétend pas décrire un parti organisé. Il parle plutôt d’une « nébuleuse » disparate, rassemblant des
hommes venus d’horizons divers, mais qui seraient passés
« de Trotski à Carl Schmitt, des “années rock” au culte académique de
la langue française et du latin
d’école, du gauchisme chevelu à la
croisade contre les fadeurs vénéneuses de la modernité »… Durant
de longues semaines, l’affaire des
« nouveaux réactionnaires » occupe le devant de la scène, faisant
l’objet d’émissions à la radio
comme à la télévision, envahissant surtout les rubriques « débats » des journaux. Le Monde va
jusqu’à lui consacrer sa manchette – fait rarissime pour l’actualité des idées.
En effet, c’est l’occasion d’explorer les mutations du paysage intellectuel français, et en premier
lieu l’implosion de cette galaxie
qu’on nommait la « famille antitotalitaire ». Partageant une
même réflexion sur le phéno-
mène totalitaire, cette famille
s’était formée dans le soutien aux
dissidents des régimes staliniens
et dans la redécouverte de la pensée politique libérale du XIXe siècle (en particulier Alexis de
Tocqueville et Benjamin Constant). On la trouvait rassemblée
autour de quelques revues, notamment Le Débat, Commentaire
ou Esprit, et de quelques espaces
universitaires, dont le Centre Raymond-Aron, un laboratoire de
l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).
22 OCTOBRE 1940
Naissance
à Clermont-Ferrand
1969 Docteur
en sociologie
1977 « Lucien Herr,
le socialisme et son
destin » (Calmann-Lévy)
2002 « Le Rappel
à l’ordre. Enquête
sur les nouveaux
réactionnaires » (Seuil)
2009 « Le Procès
des Lumières » (Seuil)
12 JANVIER 2018
Mort à Paris
Infatigable pétitionnaire
En 2002, la querelle apparaît donc
comme une affaire de famille :
lorsque paraît le livre de Lindenberg, ce dernier est conseiller à la
direction de la revue Esprit, où
bon nombre des auteurs ciblés
par lui ont leurs habitudes. De
même, l’historien Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de
France et président de La République des idées, association qui
édite Le Rappel à l’ordre au Seuil,
se trouve être également le directeur du Centre Raymond-Aron. Il
y côtoie, entre autres proches de
l’historien François Furet qui
avait dirigé la thèse de Lindenberg, Pierre Manent et Marcel
Gauchet, que l’ouvrage dépeint
comme de dangereux contempteurs de la société démocratique.
Telle était donc l’une des significations de cette controverse : un
peu plus de dix ans après la chute
du mur de Berlin, considérant que
le danger « totalitaire » appartenait au passé, la gauche qui se proclamait réformiste et moderne
n’envisageait pas sa refondation
sans une nette redéfinition de ses
frontières. La ligne de front, désormais, n’opposait plus les démocrates aux « totalitaires » : elle passait
au sein même du camp démocratique. Saine entreprise de clarification pour les uns, cette polémique
a surtout mis en lumière, pour
d’autres, l’état de confusion et
de panique où se trouvait alors
(déjà ?) la gauche progressiste. Infatigable pétitionnaire et membre
du PS, Lindenberg, lui, se définissait comme « plutôt jospiniste ». Il
poursuivra ses réflexions avec
Le Procès des Lumières. Essai sur la
mondialisation des idées (Seuil,
2009). Intellectuel républicain, cet
homme sensible, dont la présence
timide disait parfois les failles,
n’aura jamais cessé d’analyser les
clivages intellectuels et politiques
qui n’en finissent plus d’électriser
la France contemporaine. p
jean birnbaum
et nicolas weill
« Parler de défaite des nouveaux réactionnaires serait imprudent »
Dans une interview accordée au « Monde » peu avant son décès, Daniel Lindenberg analyse l’état des forces du courant « néoréactionnaire »
Q
ENTRETIEN
uelque temps après la
victoire d’Emmanuel
Macron, et observant le
désappointement du
courant que Daniel Lindenberg
qualifiait de « néoréactionnaire »
vis-à-vis d’un président qui réhabilitait le « progressisme » face au
« conservatisme », Le Monde avait
proposé à l’historien des idées de
réaliser un entretien sur le sujet.
La maladie contre laquelle il luttait, tout comme le rythme de
l’actualité, avait reporté ce projet.
L’interview se fit par mail à la fin
du mois de décembre 2017. Nous
publions ci-dessous ce dernier entretien dans lequel Daniel Lindenberg montre, une nouvelle fois, et
malgré les circonstances, qu’il
était un intellectuel capable de
mettre la plume dans la plaie et de
faire vivre le débat tout comme la
République des idées.
La présidence d’Emmanuel
Macron signe-t-elle une défaite
– même momentanée – des
néoréactionnaires, qui avaient,
lors de la présidentielle, soit
opté pour François Fillon,
soit pour Marine Le Pen ?
Parler de défaite serait imprudent, surtout dans la mesure où
vous choisissez comme critère les
résultats électoraux. En réalité,
c’est le coup d’arrêt donné à la
progression jugée irrésistible de
la dynamique néoréactionnaire
qui a changé, au moins pour un
temps, le climat idéologique, en
réhabilitant, par exemple, l’adjectif « progressiste » face à ce que le
président appelle « conservatisme » et qui n’est pas obligatoirement une catégorie politique,
mais une ouverture vers un optimisme jusque-là disqualifié.
Il n’est plus honteux aujourd’hui
de penser que les nouveaux réacs
ne sont pas « dans le sens de l’histoire », vu qu’ils représentent une
survivance d’idées rétrogrades, y
compris chez des penseurs que
l’on se plaît à classer comme progressistes. Mais cette bouffée
d’optimisme reste fragile, car il
faut tenir compte du climat parti-
culier de l’élection de Macron et de
l’absence, par exemple, d’intellectuels de référence qui porteraient
au même niveau d’autorité la
nouvelle parole « progressiste ».
Peut-être trouvera-t-on des éléments possibles dans le livre de
Michel Serres C’était mieux avant !
[Le Pommier, 96 p., 5 €].
La réhabilitation du progressisme au détriment du conservatisme par le président de la
République marque-t-elle le début de la fin d’une hégémonie
intellectuelle, celle de la « révolution conservatrice » en cours ?
Ce qui précède explique qu’une
hirondelle ne fait pas le printemps, et que quelques propos isolés contredisent par ailleurs
d’autres du président et n’annoncent nullement un quelconque
renversement global, ce qui,
d’ailleurs, ne serait pas dans ses
possibilités. Il suffit de penser au
succès très net de la mouvance
Charlie Hebdo contre le bloc beaucoup moins puissant qui soutient
Edwy Plenel et Mediapart pour se
convaincre que, sur les questions
toujours centrales de l’islam et de
la soi-disant laïcité, le rapport de
force n’est pas près d’être renversé.
Emmanuel Macron et certains
ministres de son gouvernement n’ont-ils pas, par ailleurs,
récupéré des éléments de
langage du néoconservatisme
ambiant ?
C’est un fait que le discours de
certains ministres du président,
je pense à Jean-Michel Blanquer
dans le domaine de l’éducation
ou encore à Gérard Collomb dans
celui de l’islam et de la laïcité,
n’est nullement en rupture avec
les éléments de langage les plus
rétrogrades sur ces questions. Ce
qui entretient pour le moins la
confusion ; cette confusion permet que ce soient les mêmes intellectuels qui soient plébiscités
par des organes de droite comme
Le Figaro, La Revue des deux mondes, Le Point, Valeurs actuelles et
des organes réputés encore être
de gauche (L’Obs, Marianne et
France Culture).
Comment expliquez-vous
la banalisation des
interviews d’intellectuels
de gauche dans la revue
« Eléments » ?
La revue Eléments a été créée
par les intellectuels d’extrême
droite qui, voyant la stérilité des
stratégies de la violence, ont privilégié ce qu’ils appellent « le
combat des valeurs », c’est-à-dire
la séduction par la supériorité des
arguments (ou de l’argumentation). Les intellectuels de gauche
sont flattés par cette attention
qui leur est portée par les représentants en pointe de la révolution conservatrice. Ils éprouvent
la sensation toujours enivrante
de dîner avec le diable tout en
sortant d’un certain ghetto. La revue Eléments, créée en 1975, remplit depuis des années cette fonction qui avait d’abord été celle
de revues communistes ou communisantes (La Pensée, La Revue
internationale).
pour contrer les néoréactionnaires, comme l’a illustré
le succès d’« Histoire mondiale
de la France » ?
En effet, le succès d’ouvrages à vocation encyclopédiques
comme L’Histoire mondiale de la
France [Seuil, 2017], sous la direction de l’historien progressiste
Boucheron, est un signe encourageant. Le fait que cette nouvelle
école se soit affranchie à la fois
de la vulgate rétrograde ou spiritualiste et des débris des dogmatismes marxistes ouvre des
perspectives inespérées pour en
finir avec les chaînes de la période précédente, que symbolisait le choix impossible entre islamophobie et Indigènes de la
République. Ce choix n’est sûrement pas celui de Macron, mais
on peut lui accorder que c’est lui
qui a permis d’échapper à ce dilemme mortifère. p
Les intellectuels progressistes
ont-ils un nouvel espace
Retrouvez l’intégralité
de l’entretien sur Lemonde.fr
propos recueillis par
nicolas truong
16 | enquête
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Evacuation
de manifestants
ultraorthodoxes
contre le service
militaire près
de Modiin,
le 19 octobre.
AMMAR AWAD/REUTERS
Les conscrits de Dieu
jérusalem - correspondant
L
es canons à eau avancent, puis
reculent. Leur détermination est
douteuse, leurs jets manquent de
puissance. On sent les policiers
aussi irrités qu’embarrassés. Face
à eux, des centaines de silhouettes sombres dansent et chantent. Certains se
jettent sous les roues des camions avant
d’être évacués. D’autres, stoïques, ont protégé
leur chapeau noir avec un sac plastique puis
ont offert leur dos aux jets à haute pression.
Ils psalmodient. En ce dimanche de la fin
novembre 2017, les tramways ne passent pas
au bout de la rue Jaffa, à Jérusalem. Une nouvelle manifestation réunit la frange la plus endurcie, très jeune, des communautés ultraorthodoxes. Celle qui est prête à tous les excès
pour s’opposer à une perspective insupportable : le service militaire obligatoire pour tous.
Plus d’exemption permettant de consacrer
sa vie à Dieu et aux textes ? On est encore loin
d’une telle révolution. Mais le 12 septembre,
la Haute Cour de justice a estimé que la législation en vigueur était discriminatoire
envers le reste des jeunes Israéliens, ceux qui
font leur service. Une loi qui prévoyait d’accélérer la participation des haredim (« les craignant Dieu ») à l’armée avait en effet été neutralisée par un amendement voté en 2015.
Les hauts magistrats ont donné jusqu’à la fin
de l’été 2018 au gouvernement de Benyamin
Nétanyahou pour concevoir un nouveau dispositif. La coalition de droite, à laquelle participent deux formations ultraorthodoxes
choyées comme jamais, cherche une porte
de sortie. En attendant, cette population religieuse est mobilisée pour pousser ses propres représentants à l’action.
Au moment de la fondation de l’Etat d’Israël,
il y a soixante-dix ans, les haredim ne se distinguaient pas du reste de la population. Mais
les premiers dirigeants laïcs, à commencer
par le premier ministre, David Ben Gourion,
ont accordé une exemption aux jeunes ultraorthodoxes pour étudier la Torah, notamment parce que beaucoup de yeshivas (écoles
religieuses) avaient été anéanties en Europe
pendant la guerre. Les rabbins ont ensuite défendu ce principe, redoutant la dissolution de
l’identité religieuse conservatrice dans le
chaudron de l’armée, où l’uniforme efface les
différences. Pour eux, la mixité est une contamination, une forme de dégradation morale.
Au fil des décennies, ces communautés se
sont étendues, tout en se raidissant contre le
service militaire. La tension avec le reste de la
société s’est focalisée sur cet engagement
patriotique, qui mobilise les hommes pendant trente-deux mois et les femmes pendant
vingt-quatre. Certes, le nombre de jeunes inté-
En Israël, les juifs ultraorthodoxes s’opposent
farouchement au service militaire
obligatoire, après avoir toujours bénéficié
d’une exemption pour leurs études
religieuses. Mais les communautés haredi
évoluent, comme l’armée elle-même
grant les forces armées est en hausse constante. Mais cela correspond à la croissance générale de ces communautés, qui représentent
aujourd’hui 11 % de la population. En pourcentage, près d’un haredi sur trois sert sous les
drapeaux, selon une étude du Israel Democracy Institute. On est encore loin d’une généralisation. Or les besoins en personnel ne cessent d’augmenter, entre l’occupation en Cisjordanie, la poudrière de la bande de Gaza, la
menace du Hezbollah au Liban, la Syrie…
RAIDISSEMENT ET RADICALITÉ
Fatalement, les résistances au service et les
débats internes dans les communautés
haredi – qui sont très diverses et se divisent
en trois grands courants – recueillent davantage d’écho que dans le passé. En mai, toute
la presse en avait parlé : une poignée de
fanatiques avaient distribué des tracts devant le domicile même du major général
Moti Almoz, chef des ressources humaines
de l’armée, lui promettant une « fin amère »
semblable à celle d’Adolf Hitler. Quelques
jours plus tôt, dans le quartier ultraorthodoxe de Mea Shearim à Jérusalem, un
mannequin à l’effigie d’un soldat avait été
transformé en torche, sous les applaudissements. Une forme exceptionnelle d’outrage
à la première institution du pays.
On n’ose imaginer le sort qui aurait été
réservé à des Arabes israéliens s’ils avaient
accompli un tel geste. Mais les ultraorthodoxes représentent une population en pleine
croissance, à la discipline de vote stricte, gardienne d’une conception conservatrice et littérale du judaïsme, dans un pays où la question religieuse a pris une importance inédite.
L’Etat ne veut pas les opposer au reste de la
population, même si une partie des ultraorthodoxes se moque de l’idée d’un royaume
juif sur terre. « Si l’armée du roi David existait
ici, conforme aux préceptes religieux, on en
serait membres, assure le rabbin Tzvi Rosen.
Mais on ne peut intégrer une armée laïque. » Ce
responsable religieux figure parmi les organisateurs des protestations contre le service
obligatoire, au sein de la Faction de Jérusalem.
Connu pour sa radicalité et ses débordements violents, ce groupe s’est attiré les
« LA “HALAKHA” ET
LE LIVRE NE SONT
PAS UN GENTIL
HÉRITAGE, MAIS
LA VÉRITÉ DONNÉE
PAR DIEU. ON
N’A PAS LE LUXE
DE POUVOIR FAIRE
DES COMPROMIS »
SHLOMO ZALMAN MILLER
membre de la Faction
foudres des responsables communautaires
haredi. Contrairement à la Faction, ces derniers acceptent au moins que les jeunes se
rendent au bureau de recrutement, pour
obtenir une exemption sous forme écrite. « Il
existe une différence de stratégie, mais on est
d’accord sur le fond », assure le rabbin Rosen.
Le fond, c’est que le service militaire représenterait une menace pour le mode de vie
ultraorthodoxe. Il altérerait les esprits en les
confrontant à d’autres modes de pensée, en
instillant le doute sur la primauté de l’étude
des textes sacrés.
Pour Shlomo Zalman Miller, l’armée est
« probablement une perte de temps ». Début
2015, le jeune homme a déchiré la lettre de
convocation qu’elle lui avait envoyée. Il était
parmi les quatre membres de la Faction alors
arrêtés. Il a attendu tranquillement la police
militaire, venue l’interpeller, puis a passé dixhuit jours en détention. A la sortie, ses
camarades l’ont fêté en héros de la cause. « La
Halakha [loi juive] et le Livre ne sont pas pour
nous un gentil héritage ou de jolies idées, mais
la vérité donnée par Dieu, ce qui nous commande, explique-t-il. On n’a pas le luxe de
pouvoir faire des compromis. » Traduction :
on n’est pas de ces esprits faibles, parmi les
haredim, trop tentés par les jeux politiques
ou les plaisirs consuméristes.
Depuis dix ans, les autorités israéliennes
ont consenti beaucoup d’efforts. Les jeunes
ultraorthodoxes ont la possibilité d’effectuer
un service civil, le plus souvent dans leurs
communautés, ou bien d’intégrer des unités
religieuses spéciales de l’armée, qui leur détache un personnel entièrement dévoué.
Tout a été aménagé pour satisfaire leurs
besoins. La cacherout (code alimentaire) la
plus stricte est respectée, des heures de
prière et de lecture quotidiennes sont prévues. « Ils commencent leurs journées plus
tard que les autres et n’ont pas les mêmes
tours de garde. Ils peuvent amener leurs enfants à l’école et ne finissent pas après 17 h 30 »,
énumère Yossef Boaron, chargé, au sein de
l’armée de l’air, des deux programmes
spéciaux d’intégration pour les ultraorthodoxes. Le premier, destiné aux 18-21 ans
après le bac, réunit environ 300 personnes
par an. Le second, pour les 21-27 ans, généralement déjà mariés et ayant fini leurs études
religieuses, en accueille plus de 200.
Yossef Boaron est lui-même issu du milieu
haredi. Père de cinq enfants, il a étudié dans
une yeshiva pendant sept ans, avant de travailler à l’étranger pour les centres loubavitch, le mouvement hassidique. De retour
en Israël, il entend parler, en 2009, du programme lancé par l’armée de l’air. Son père a
appartenu à une unité d’élite, après avoir été
en rupture temporaire avec son milieu d’origine. Mais il s’oppose à ce que son fils
endosse à son tour l’uniforme. « Le mouvement hassidique est moins hostile à l’armée
qu’avant, affirme Yossef Boaron. Mais l’armée
ne correspond pas, à ses yeux, à l’ordre naturel
des choses : la yeshiva, puis le mariage, puis
être père de famille. » De petits rassemblements haineux ont eu lieu en bas de chez lui,
téléguidés par des rabbins. Yossef Boaron a
été menacé, insulté. « On m’a dit que je volais
les enfants de la communauté. C’est une petite
minorité très bruyante, la même qui manifeste. Mais elle crée un antagonisme qui fait
peur à ceux pensant à rejoindre l’armée. »
LES CONCESSIONS DE TSAHAL
De nombreux appelés entrent en conflit avec
leurs parents, bravant l’interdit pour servir
leur pays. Le week-end, ils tournent en rond,
sans pouvoir retourner au domicile familial.
D’autres se changent dans les toilettes du
train, pour ne pas être identifiés par l’uniforme dans leurs quartiers, à Bnei Brak, près
de Tel-Aviv, ou à Beit Shemesh. Parmi eux se
trouvent de jeunes hommes déjà en rupture
avec le mode de vie haredi, et d’autres qui
pensent d’abord à leur avenir.
Dans les forces armées, ils reçoivent une
formation de qualité – nouvelles technologies, électronique… –, qui leur permettra
ensuite d’envisager une insertion aisée dans
le monde du travail. Un vrai atout, par rapport au sort habituel des ultraorthodoxes,
handicapés par leur éducation parallèle, lorsqu’il s’agit de rapporter de l’argent au foyer.
Et l’armée a dû faire une autre concession
d’envergure, par rapport à sa mixité habituelle. « Les soldats haredi ne se retrouvent pas
dans un environnement totalement hermétique, sans côtoyer de femmes, dit le lieutenantcolonel Lior Bardea. Mais l’idée est qu’il n’y ait
pas de mixité au sein de la chaîne de commandement. » Cet officier est le rabbin de l’armée
de l’air depuis un an et demi. Il est chargé « de
l’environnement spirituel des soldats, du calendrier et de la nourriture, ainsi que des 60 synagogues » ouvertes sur les bases de l’armée de
l’air. « On prend chez nous des jeunes qui ont
fini leurs études religieuses, pour éviter les
conflits avec leurs communautés », dit-il.
Le caporal Yossi G., 22 ans, est l’un d’eux.
Quand il va faire des courses avec son
épouse, il s’habille toujours en civil. A plusieurs reprises, dans la rue, alors qu’il portait
l’uniforme militaire, des insultes ont fusé.
« Hardak ! » L’expression désigne un ultraorthodoxe de piètre moralité. Elle est typique
de la Faction de Jérusalem. « Je respecte leur
idéologie, dit-il, mais pour moi, la Torah n’est
pas exclusive, elle vient avec la vie civile et le
travail dans l’armée. » Le caporal Yossi G. est
programmateur au sein d’une unité de l’armée de l’air. Fils d’un couple de juifs américains arrivés il y a vingt-cinq ans en Israël, il
rêvait, plus jeune, de devenir pilote de chasse.
Patriote, il a accepté avec enthousiasme
une autre voie, faute de résultats suffisants.
On lui propose à présent de suivre une formation pour officiers. La perspective le
réjouit. Il n’a que des raisons de se féliciter de
cette expérience professionnelle. « L’armée
crée un groupe de gens plus avancés et ouverts
parmi les haredim, souligne-t-il. On y rencontre des personnes différentes de nous, on
découvre un monde qui n’est pas hostile
comme on le pensait. Et notre présence affecte
aussi les athées, qui ne connaissaient pas les
nuances de notre monde. » p
piotr smolar
CULTURE
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
| 17
Sauver Carmen, un contresens
En épargnant l’héroïne de Bizet, l’Opéra de Florence pense soutenir les femmes mais tue la tragédie
Q
ANALYSE
ui a dit que l’opéra était
un art hors de son
temps ? L’onde de choc
Weinstein (dont l’histoire finira sans doute
sur une scène) et les violences faites aux femmes s’invitent à leur
tour dans l’arène lyrique. Dans la
série #balancetonopera, Carmen,
qui se retrouve en première ligne
depuis que la nouvelle production,
présentée du 7 au 18 janvier à
l’Opéra de Florence, a décidé
d’épargner la cigarière pour sacrifier son meurtrier, Don José.
Au-delà du vaste débat sur le respect et la fidélité dus aux œuvres,
toucher au synopsis d’un opéra ne
relève plus de l’événement depuis
que les hommes de théâtre ont
pris, avec talent parfois, le pouvoir
sur les scènes lyriques. Les exemples abondent, qu’il serait fastidieux de citer. Mais Carmen reste
l’opéra le plus joué du monde – en
moyenne deux fois par jour si l’on
en croit le site Operabase, qui répertorie pour l’année 2017 pas
moins de 719 représentations du
chef-d’œuvre de Bizet au fil de
179 productions présentées dans
128 villes. C’est aussi le seul qui a su
traverser toutes les couches sociales, des plus populaires aux sphères philosophiques, de la habanera
muleta (« L’amour est un oiseau
rebelle ») à la séguedille banderille
« Près des remparts de Séville », en
passant par son « Frappe-moi
donc, ou laisse-moi passer » final.
Bien-pensance
L’« affaire Carmen » a été lancée
médiatiquement le 4 janvier après
que fut révélé que le directeur de
l’Opéra de Florence, Cristiano
Chiarot, avait demandé à son
metteur en scène, Leo Muscato,
de revisiter le final de l’opéra afin
de ne pas souscrire aux violences
faites aux femmes en applaudissant le meurtre de l’une d’entre elles. Une initiative approuvée par
le maire de la ville, Dario Nardella,
qui y voit un « message culturel,
social et éthique » face à une violence « accrue en Italie ». Autant
sauver la peau de Carmen puisqu’on ne peut rien faire pour la
centaine de femmes qui meurent
chaque année en Italie sous les
coups d’un conjoint, sans compter les 32 % d’Italiennes déclarant
avoir été victimes d’abus physiques ou sexuels.
C’est ainsi que la soprano Veronica Simeoni, après avoir jeté sa
РЕЛИЗ
ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Carmen
(Veronica
Simeoni) tue
son ex-amant
(Roberto
Aronica)
dans un final
revisité,
à l’Opéra
de Florence,
le 7 janvier.
PIETRO PAOLINI/
TERRAPROJECT/AP
bague à la tête de son ex-amant
(Roberto Aronica), lui dérobera
son revolver et la vie au terme
d’une lutte au corps-à-corps. Mais
le spectacle vivant n’ayant,
comme l’amour, « jamais connu de
loi », le hasard voudra que l’arme
s’enraye le soir de la première.
Plus que le délit de blasphème
ou de sacrilège qui arrache des
cris d’orfraie aux puristes, pire
que le déni cathartique de la scène
comme exutoire, ce qui sidère ici
est une bien-pensance qui se
prend les pieds dans le tapis du
contresens. Qu’on les sauve toutes, les sacrifiées, les suicidées, les
délaissées, les mortes d’amour
qui fleurissent à pelletées dans
l’opéra, mais qu’on laisse mourir
Carmen ! La mégère insoumise de
Mérimée, même humanisée par
les librettistes de Bizet, Meilhac et
Halévy, n’a rien d’une victime.
C’est une héroïne tragique, dont
le destin s’écrit dès l’ouverture.
Depuis sa création parisienne
controversée à l’Opéra-Comique
le 3 mars 1875, le succès (qui
échappera à Bizet, décédé trois
mois plus tard) a célébré le rendez-vous de la femme libre avec la
mort. La Carmencita ne défie pas
quelque taureau métaphysique
quand elle blesse au couteau la cigarière Manolita, avant de soudoyer charnellement celui qui est
censé la mettre en prison, qu’elle
fera ensuite déserteur puis contrebandier, avant que cocu et
La mégère
insoumise de
Mérimée, même
humanisée par
les librettistes
de Bizet, Meilhac
et Halévy, n’a rien
d’une victime
meurtrier. C’est juste un être qui
vit « à son gré » et se fiche de la
mort comme de l’air du temps ou
de la rédemption. La mort ? Une
péripétie dernière, voire une simple formalité, contagieuse parfois. Ainsi la Carmen de Martin
Kusej, donnée au Théâtre du Châtelet en 2007, qui ouvrait et fermait sur une double exécution de
Don José, lequel avait aussi tué
Micaëla d’une balle perdue tandis
qu’Escamillo mourait, après avoir
été encorné dans l’arène.
Leo Muscato n’est pas le premier à faire justice à José – si ce
n’est au nom d’une pseudo-morale qui conjugue marketing et
opportunisme social. Déjà,
en 1998, le metteur en scène
russe Dmitri Bertman poussait la
douce Micaëla à poignarder
l’homme qui l’avait trompée,
vengeant Carmen au passage.
Plus près de nous, la Carmen de
Dmitri Tcherniakov, au dernier
Festival d’Aix-en-Provence, se
transformait en jeu de rôle thérapeutique : Don José en mal de libido finissait par péter les
plombs et par perpétrer un carnage avant de sombrer dans la folie. Carmen s’en sortait sans une
égratignure. Une idée également
effleurée par Olivier Py en 2012 à
l’Opéra de Lyon : « Carmen ne
mourait pas non plus, elle se relevait et partait, comme si le geste
de Don José n’avait pas été un
geste mortel, elle l’abandonnait à
son sort », a rappelé le metteur en
scène le 5 janvier sur France Culture, ajoutant : « Je pense qu’il y a
dans certains opéras du XIXe une
manière de traiter les personnages féminins qui, dans certains
cas, n’est plus acceptable
aujourd’hui. Je peux donc comprendre que l’on propose une
autre fin. » Bon courage : il lui faudra réécrire les neuf dixièmes du
répertoire ! En attendant, Carmen
court toujours, qu’on la poignarde ou non dans le dos. p
marie-aude roux
L’Ircam et le Centre Pompidou font concert commun
Les deux institutions travaillent de plus en plus étroitement, comme le montre l’exposition « L’œil écoute »
P
MUSIQUE
endant quarante ans, l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam), conçu par Pierre
Boulez comme un super-studio
de création, a vécu bon gré, mal
gré son association implicite au
Centre Pompidou. Ces deux institutions, jumelées dans les textes
fondateurs et sur le plateau Beaubourg, donnaient souvent l’impression de s’ignorer, incarnant
au plus haut niveau le peu d’intérêt réciproque que manifestaient
sur le terrain plasticiens et musiciens. Quand un événement de
grande ampleur (par exemple, un
parcours artistique multimédia)
tentait d’associer l’Ircam à un
projet du Centre Pompidou, le
rapprochement semblait forcé et
le résultat s’avérait décevant.
Les choses ont changé. Serge
Lasvignes, président du Centre
depuis 2015, et Frank Madlener,
directeur de l’Ircam depuis 2006,
entretiennent bien plus que des
relations de circonstance. L’« exposition-dossier » « L’œil écoute »
montre à quel point l’apport des
équipes de l’Ircam peut être enrichissant dans l’abord des œuvres
signées par des peintres, des
sculpteurs, des photographes ou
des cinéastes.
Face-à-face pertinents
Le principe est simple mais efficace : proposer un focus d’ordre
musical (à partir de divers documents sonores ou non) à l’intérieur ou en marge de certaines
salles des collections permanentes du Musée national d’art moderne. Ici, le jazz et Van Dongen,
là, Erik Satie et Brancusi. Partout, des face-à-face pertinents,
mais pas toujours connus, à
l’instar de ces artistes « musicalistes », tels Henry Valensi et
Léopold Survage, qui, dans les
années 1910-1930, peignent l’un
« L’œil écoute »
propose un focus
d’ordre musical
à l’intérieur
ou en marge de
certaines salles
des collections
permanentes
une Symphonie verte et l’autre
un Rythme coloré.
Le « spectateur-auditeur-visiteur », auquel Frank Madlener disait vouloir s’adresser par la programmation de ManiFeste 2017,
n’est donc plus seulement sollicité au moment du festival ; il l’est
encore, et c’est nouveau, dans le
cadre de la saison de l’Ircam.
Ainsi, le concert donné par le Lemanic Modern Ensemble, samedi
13 janvier, au Centre Pompidou,
était-il proposé en lien avec « L’œil
écoute ». Bien sûr, il n’était pas indispensable de parcourir l’exposition avant d’y assister ; mais s’être
plongé au préalable dans la relation musique-peinture constituait une sorte de bonus.
Sons ingrats et pâte séduisante
La première œuvre du concert,
une création de Stefano Gervasoni (un Italien qui enseigne au
Conservatoire de Paris), procède
d’un autre conditionnement. Le
compositeur déclare placer les
musiciens dans un « inconfort »
qui, une fois surmonté, devrait
leur valoir le « plaisir de l’effort ».
De fait, les quinze membres du
Lemanic Modern Ensemble, dirigé par William Blank, paraissent
d’abord à la recherche d’un équilibre entre la production de sons,
individuellement « ingrats », et la
réalisation collective d’une pâte
homogène et séduisante. Le titre
de Capriccio ostico (qui pourrait
se traduire par « caprice éprouvant »), ne recouvre que très modestement la réalité de l’œuvre
qui, pendant une vingtaine minutes, conduit l’auditeur à savourer jusqu’à l’euphorie une expression d’une rare ambivalence :
nouvelle sans rechercher l’innovation, authentique alors qu’elle
mise sur des apparences trompeuses, évidente à l’issue d’une
série d’intrigues.
Difficile d’exister après un tel
opus, qui conjugue force de l’écriture et finesse de l’oreille. L’Autre,
de Hanspeter Kyburz (seconde
création de la soirée), n’y parvient
pas. Conventionnelle par sa
forme (concerto pour hautbois)
et consensuelle par son langage
(lyrisme straussien), la musique
du Suisse ne tient pas la distance.
Son seul intérêt réside dans l’instauration de climats, en particulier celui, plaintif, qui repose sur
l’usage du lupophone, instrument grave qui, comme son nom
le laisse penser, fait entendre le
loup qui sort du (haut) bois.
Seule « pièce Ircam » (c’est-àdire avec électronique) au programme, Kaleidoscopic Memories, de Beat Furrer (suisse également), s’apparente à un rendezvous manqué entre un soliste qui
ne joue pas de la contrebasse
mais avec sa contrebasse et un
double préenregistré de type BO
d’un film d’horreur. Retour aux
fondamentaux avec At First Light,
écrit par l’Anglais George Benjamin quand il n’avait que 22 ans.
Une partition flamboyante qui
traite de lumière et de couleur
avec des sons. Inspirée d’une toile
de William Turner, elle ne renvoie
pas à l’exposition du Centre Pompidou mais s’inscrit parfaitement
dans la dynamique de « L’œil
écoute ». p
pierre gervasoni
L’œil écoute, Centre Pompidou,
Paris 4e. Jusqu’au 16 avril.
18 | culture
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
« 1993 », ou
le miroir éclaté
de notre monde
A Gennevilliers, Julien Gosselin
met en scène un texte hypnotique
écrit par Aurélien Bellanger
THÉÂTRE
J
ulien Gosselin n’aime pas le
théâtre patrimonial. A la relecture des classiques, il oppose son désir d’un théâtre
européen d’aujourd’hui. Et il
le met en pratique, depuis ses débuts, en choisissant des auteurs
contemporains comme Michel
Houellebecq, Roberto Bolaño ou
Don DeLillo, dont il adaptera trois
romans au prochain Festival d’Avignon. En attendant, le metteur en
scène, qui, à 30 ans, est une figure
de proue de la jeune génération,
propose, au Théâtre de Gennevilliers, un spectacle saisissant,
1993, dont le texte a été écrit par
Aurélien Bellanger.
Au départ, les deux trentenaires
voulaient parler de Calais, la ville
de Julien Gosselin, en recueillant
des témoignages, des migrants
aux skinheads. Finalement, Aurélien Bellanger s’est emparé du sujet, à sa manière, comme dans ses
romans, La Théorie de l’information (Gallimard, 2012) ou Le Grand
Paris (Gallimard, 2017) : 1993 est un
essai politique et poétique, qui renvoie du monde un miroir éclaté.
Deux tunnels sont au centre de
la réflexion de l’auteur : celui sous
la Manche, et celui de l’accélérateur de particules du CERN. L’un
et l’autre abolissent une frontière,
entre le Royaume-Uni et la
France, entre la France et la Suisse.
Ils témoignent d’une Europe du
début des années 1990, libérale et
technologique, en laquelle des politologues
comme
Francis
Fukuyama voyaient un symbole
de la fin de l’histoire.
Aurélien Bellanger traite cette
pensée avec une ironie souriante
mais mordante : vous avez eu tout
faux, monsieur Fukuyama, dit-il
en substance, en croyant que la
question politique ne reviendrait
pas au pas de charge dans cette Europe où seule semblait prédominer l’économie. Elle est revenue,
avec ce que l’on n’aurait pas imaginé à la fin du XXe siècle : qu’une
ville comme Calais, symbole
d’une Europe pacifiée, soit le lieu,
sinon d’une guerre, du moins
d’une violence que l’on imaginait
éradiquée sur le continent.
Cette Europe est celle dans laquelle ont grandi les comédiens
de 1993, issus du Groupe 43 de
Deux journées
de rencontres
avec des artistes.
Des débats,
un ciné-club,
une master class.
Dea Liane,
Quentin
Barbosa,
Yannick
Gonzalez
et Marianne
Deshayes,
dans « 1993 ».
JEAN-LOUIS
FERNANDEZ
l’école du Théâtre national de
Strasbourg, dont ils sont sortis
en 2017. Ils sont encore loin d’avoir
30 ans, et Julien Gosselin et Aurélien Bellanger tiennent compte du
décalage entre leur génération et
la leur. Pour ceux qui sont nés avec
les années 1990, le monde n’est
plus comparable à un terminal
d’aéroport ; il ressemble à la « jungle » de Calais, avec ses barbelés,
ses camions roulant vers la Grande-Bretagne et ses réfugiés tentant au prix de leur vie de traverser le tunnel sous la Manche. C’est
aussi l’Europe de la montée des
nationalismes, qu’Aurélien Bellanger traite d’une manière radicale, en montrant, dans la seconde
РЕЛИЗ
ПОДГОТОВИ
ЛА ГРУППА
VK.COM/
WSNWS
Cannes
partie de 1993, comment une soirée d’étudiants d’Erasmus peut virer à la bastonnade cryptofasciste.
Autant il y a de mots, dans la première partie du spectacle, jusqu’à
la saturation, autant ce sont les
corps qui ensuite dominent. Des
corps qui boivent, baisent et se
droguent, jusqu’à la catatonie.
Erasmus et le vide idéologique
Ce qui est saisissant, dans 1993,
c’est la fusion entre le texte et la
mise en scène. Julien Gosselin va
au bout du bout. La traversée symbolique des deux tunnels se déroule dans le noir, d’où émergent
d’une manière fantastique les zébrures de néons blancs autoroutiers ou les rotations circulaires
d’un accélérateur de particules.
On ne voit pas les comédiens, ils
habitent ce noir tel un chœur, livrant la parole d’Aurélien Bellanger comme une série de détonations scandées par la musique de
Guillaume Bachelé, déjà présente
sur les précédentes créations de
Julien Gosselin. Répétitive et lancinante, cette musique renvoie au
style eurodance, révélé en 1993
Autant il y a
de mots, dans
la première
partie, jusqu’à
la saturation,
autant ce sont
les corps qui
ensuite dominent
avec le duo néerlandais 2 Unlimited. Elle rappelle aussi celle de
Kraftwerk, avec le côté hypnotique d’Autobahn et de Radioactivity, qui fut le point de ralliement
d’une autre génération européenne, dans les années 1970.
Alors, la transe était une expérience de pensée. Il en va de même
aujourd’hui avec 1993, où les sens
débordent l’intelligence, alertée
par la collusion souvent inattendue des mots d’Aurélien Bellanger.
Avec la deuxième partie, consacrée à une soirée Erasmus, on
change de registre, mais pas de
propos. Les comédiens, cette fois
visibles, sont dans un appartement, filmés par un vidéaste. Ambiance nocturne, ivresse blanche :
quand ils veulent chanter l’Ode à
la joie, ces étudiants venus de
toute l’Europe (et qui parlent différentes langues) se rendent
compte qu’ils n’en connaissent
pas les paroles. L’idéal des pères
fondateurs, Jean Monnet et Robert Schuman, est un Moyen Age
de l’histoire de ces jeunes gens,
sur les visages desquels la caméra
s’attarde quand la soirée bascule :
s’il y a une fin de l’histoire, elle est
peut-être là, dans ce vide idéologique qui fait écrire « SS » sur les fesses d’un garçon, avant qu’une fille
ne brandisse un pistolet. Mais
c’est une fin provisoire, comme
toujours quand le théâtre remplit
une fonction salutaire. p
brigitte salino
1993, d’Aurélien Bellanger.
Mise en scène de Julien Gosselin.
Théâtre de Gennevilliers (Hautsde-Seine). Du lundi au vendredi,
à 20 heures ; samedi 20 janvier,
à 16 heures (dernière). Durée :
1 h 45. Theatre2gennevilliers.com
Mario Testino et Bruce Weber
accusés de harcèlement sexuel
Des mannequins dénoncent les agissements des photographes stars
L
#MairiedeCannes
Vendredi 2 février 2018
au Théâtre Alexandre III
Samedi 3 février 2018
à l’espace Miramar
Entrée gratuite.
Réservation sur
debats@telerama.fr
a vague de dénonciations à
la suite de l’affaire Harvey
Weinstein continue de déferler sur la photographie de
mode. Dans ce secteur où la séduction et le désir sont une composante essentielle des images, on a
longtemps fermé les yeux sur les
relations ambiguës cultivées par
certains photographes stars avec
les jeunes filles qui se dénudent
devant leur objectif. Mais le vent a
tourné : en octobre 2017, Terry
Richardson, aux images ouvertement sexuelles – que des modèles
avaient déjà accusé d’agression
lors de shootings (ce qu’il a toujours démenti) –, a été blacklisté
par tout le groupe Condé Nast (Vogue, Vanity Fair, Glamour, GQ…).
Aujourd’hui, ce sont des hommes
qui accusent de harcèlement deux
grandes figures du milieu, Mario
Testino et Bruce Weber, dans un
article publié le 13 janvier par le
New York Times.
Mario Testino, 63 ans, est depuis
quarante ans une des vedettes du
magazine Vogue. Il a photographié non seulement tous les acteurs et musiciens de premier
plan, mais aussi la princesse
Diana, dont il a publié un portrait
mémorable en 1997 dans Vanity
Fair. C’est lui, aussi, qui a pris la
photo de la joueuse de tennis Serena Williams avec son bébé pour
la couverture de février de Vogue.
Dans le New York Times, treize
hommes, mannequins et anciens
assistants, l’accusent de leur avoir
fait des avances ou d’avoir sollicité
des relations sexuelles.
Le mannequin Ryan Locke, qui
considère Mario Testino comme
un « prédateur sexuel », raconte
que lors d’une séance photo destinée à une publicité pour Gucci
dans les années 1990, le photographe se serait enfermé seul avec lui
dans le studio, et se serait jeté sur
lui sur le lit en lui disant : « Je suis la
fille, tu es le garçon. » Plusieurs assistants témoignent que le photographe leur touchait le sexe ou se
masturbait devant eux. Roman
Barret, qui travaillait pour Mario
Testino à la fin des années 1990, se
rappelle que le photographe s’est
frotté contre sa jambe et s’est masturbé devant lui. Les avocats de
Mario Testino ont démenti les
faits et mis en cause la fiabilité des
témoignages de personnes jugées
fragiles ou d’anciens employés
« mécontents ».
Condé Nast prend des mesures
Le New York Times a également recueilli la parole de quinze mannequins ou anciens mannequins,
tous masculins, à l’encontre d’un
autre photographe très connu,
Bruce Weber. Ce dernier, âgé de
71 ans, avait déjà été assigné en
justice en décembre 2017 pour
agression sexuelle par le mannequin Jason Boyce. Selon plusieurs
témoins, le photographe demandait aux modèles de venir dans sa
chambre pour des tests photo ou
des exercices de respiration, et les
photographiait en train de se
déshabiller complètement ou de
se masturber. Terron Wood, un
mannequin qui a participé à plusieurs campagnes de publicité
photographiées par Bruce Weber
dans les années 2000, raconte
comment, dans l’espoir d’être engagé, il s’est laissé convaincre de
montrer son pénis à Bruce Weber,
uniquement « parce qu’il était le
photographe de Ralph Lauren ».
Bruce Weber a démenti les accusations dans un communiqué au
New York Times, niant avoir « jamais touché personne de façon
inappropriée ».
A la suite de l’article, les responsables de Condé Nast ont déclaré
cesser toute collaboration avec
ces deux photographes « jusqu’à
nouvel ordre ». Ils ont également
annoncé des mesures pour lutter
contre le harcèlement sexuel
dans le groupe : tous les mannequins devront être âgés d’au
moins 18 ans et toute séance impliquant de la nudité, une tenue
légère ou des poses suggestives
devra voir son contenu approuvé
préalablement par le modèle. p
claire guillot (avec afp)
culture | 19
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
France-Italie, le match de la romance pop
De Phoenix à Fitness Forever ou Giorgio Poi, les échanges prolifèrent entre les musiciens des deux pays
est un penchant national difficile à réfréner : les refrains
français sont très référencés. On a tous quelque chose
en nous de Tennessee, Ella, elle l’a,
Ma Benz… Clins d’œil, jeux de
mots, noms propres, rimes plus
ou moins riches saturent l’histoire de la chanson d’ici. Un tic
qui cite plus souvent qu’à son
tour nos cousins transalpins :
L’Italien, Le Rital, La Dolce Vita,
Que c’est triste Venise, Bambino,
La Mamma, Je t’aime à l’italienne,
Week-end à Rome, tout un pan
de notre pop lorgne la Botte avec
insistance.
Question d’émigration – de
Ferré à Ferrer, de Christophe à
Reggiani, de Montand à Dalida,
du sang italien coule dans les veines de maints aînés. Question
d’imaginaire, aussi – l’herbe est
toujours plus verte chez le voisin
–, et, pour nombre de nos faiseurs
d’airs, l’air serait plus inspirant
de l’autre côté des Alpes : « Les
arts à l’Italie, l’esprit comique à la
France, la science à l’Allemagne, la
raison à l’Angleterre, tel a été l’arrêt
du destin », décrétait Stendhal,
pour qui « la musique seule vit en
Italie, et il ne faut faire en ce beau
pays que l’amour ».
De Paris à Rome, cette romance
hors d’âge connaît un brusque retour de flammes. Il y a deux ans,
Arnaud Fleurent-Didier, discret
depuis que le disque-concept La
Reproduction l’avait révélé
en 2010, revenait avec Un homme
et deux femmes, single annonciateur d’un album à venir : une affriolante affaire de transports
transalpins, tant aériens qu’amoureux, roucoulée sur des arrangements morriconiens.
En juin 2017, ses amis du groupe
Phoenix, autres piliers de la
« French touch », publiaient Ti
amo. Un sixième album en forme
de panégyrique de l’Italie en général, et de ses meilleurs chanteurs – Lucio Battisti, Franco Battiato, Luca Carboni… – en particulier. C’est à la mort de leur père, né
dans le Trentin-Haut-Adige, que
les frères Mazzalai, les deux guitaristes du quatuor, se sont plongés
dans la riche histoire de la musica
leggera, encore méconnue à l’extérieur de la Botte. Dans le même
temps, le chanteur, Thomas Mars,
sortait d’un séjour de trois mois à
Rome, où sa femme, Sofia Coppola, a mis en scène un opéra.
Bien que chanté en anglais, hormis quelques couplets en italien
et en français, Ti amo procède
d’une approche très hexagonale
du lifestyle rital, dont les archétypes – verres de prosecco, glaces saveur fior di latte… – sont égrenés
façon inventaire à la Prévert ou
liste de Perec : même en vacances,
les Français n’oublient jamais
d’indiquer leurs références.
Le même été, Benjamin Biolay
décochait la chanson Roma
(amoR), cousine de Romy, morceau en italien de Julien Doré, expédié un an plus tôt. Depuis quelque temps, nos deux crooners
s’efforcent de latiniser les calembours de Gainsbourg, au risque
de louper leurs déclinaisons. Ici,
l’Italie vire à la litanie : leurs cartes
postales ont déjà jauni.
Une bougeotte très italienne
La démarche du duo Réplicant est
autrement originale. Dan est niçois, Lucie parisienne, mais trois
des Quatre chansons d’amour qui
constituent leur premier « EP »,
paru en mai 2017, sont chantées
dans la langue de Dante. « J’ai appris l’italien dès l’école primaire, et
je me suis lié à un musicien romain, Marcello Newman, lors d’un
échange scolaire, se souvient
Dan, attablé dans un café du
Quartier latin, à Paris. J’écoutais
alors beaucoup de rock anglosaxon – New Order, Sonic Youth… –
et un peu de variété française –
Daho, France Gall… Grâce à Mar-
A Rome,
le chanteur
français
Vincent Mougel
(à gauche)
et le musicien
napolitain
Carlos
Valderrama,
du groupe
Fitness Forever.
ALESSANDRO PENSO/
MAPS POUR « LE MONDE »
cello et ses amis, j’ai découvert les
grands classiques de la pop italienne, comme Battiato, dont le
mysticisme me bouleverse. Mais
aussi toute la scène indépendante
romaine, en pleine ébullition : I
Cani, Calcutta… »
Un an durant, Dan s’installe à
San Giovanni, le quartier étudiant
de Rome, en coloc avec son amico
Marcello. Rencontrée sur les
bancs d’un master de cinéma, à
Paris, sa compagne, Lucie, l’y suit.
Le retour en France est rude.
Automne 2015 : le froid douche le
duo, l’effroi post-attentats aussi.
« On s’est mis à écrire des chansons
pour combattre la déprime, clament-ils en chœur. L’italien nous
est venu naturellement. C’est une
langue plus musicale que le français et moins convenue que l’anglais, qui respire le soleil, le romantisme. Les sentiments s’expriment
plus simplement, sans s’encombrer de cynisme, de vanité. »
Magnifiques de candeur, les ritournelles des tourtereaux retournent le palpitant d’Edoardo
D’Erme, alias Calcutta, démarché
par des amis communs. La star de
l’italo-pop réalise illico presto
leur EP à Bologne, et le fait publier sur son label, Bomba Dischi.
Voilà Dan et Lucie en tournée cet
hiver sur les routes d’Italie : « La
majorité de notre public ne sait
pas que nous sommes français ! »,
s’amusent-ils avec l’ingénuité de
leurs 25 ans.
Emprunter les lacets de la Botte,
Giorgio Poi ne s’en est jamais
lassé. Comme l’EP de Réplicant, le
premier album solo de ce grand
voyageur, Fa niente, est paru début 2017 sur Bomba Dischi. Il le
défendra en concert, le 17 janvier,
à l’International, à Paris. Une salle
qui lui sied à merveille : « Mes parents ne tenaient pas en place, et
moi encore moins », se marre ce
routard un peu roublard, dans un
troquet de style colonial, place de
la Bastille. Né à Novare, dans le
Piémont, il a grandi à Lucques, en
Toscane, puis à Rome, près du
« La majorité
de notre public
ne sait pas que
nous sommes
français ! »
DAN ET LUCIE,
DU DUO RÉPLICANT
Stade olympique. Il étudiera la
musique à Londres, se posera un
temps à Berlin, avant de regagner
ses pénates péninsulaires.
Le tube de son premier groupe,
Vadoinmessico (« Je vais au Mexique »), s’appelait In Spain ; le nom
de son second combo, Cairobi,
mariait Le Caire à Nairobi. Le
vidéoclip du single Acqua minerale, tourné en tournée, le montre
en buveur d’eau ambulant, toujours sur la brèche. Au diapason
de ses mélodies en zig-zag, dont
les brillants entrelacs croisent le
psychédélisme de MGMT et de
Lucio Battisti : « Paradoxalement,
ma bougeotte a quelque chose de
très italien, analyse le trentenaire
à la voix acidulée. Tous mes amis
ont tenté, un jour ou l’autre, l’aventure à l’étranger. »
Si tous les chemins mènent à
Rome, la réciproque est vraie :
peuple de migrants, qu’ils soient
légionnaires, missionnaires ou
mercenaires, l’Italie n’a cessé de
rapporter au vaste monde ses
empires politiques, religieux ou
culturels. D’opéras en partitions, l’italien ne fut-il pas, des
siècles durant, la langue musicale universelle, bien avant que
l’anglais ne la supplante ? Plus
tardivement industrialisée que
les pays anglo-saxons, la Botte a
gardé un lien étroit avec ses
campagnes et leur folklore. De là
découle, peut-être, la dimension
cosmique de l’italo-pop, dont témoignent ses principaux hérauts – Lucio Dalla chantant la
grandeur des navigateurs, Lucio
Battisti traversant le pays à cheval avec son parolier Mogol ou
Franco Battiato communiant
avec le firmament.
Alors, aux Français la culture et
aux Italiens la nature ? « C’est vrai
que notre musique est moins érudite et plus élémentaire que la vôtre, confirme Giorgio Poi, qui assure la première partie de la tournée italienne de Phoenix, et dont
le frère, diplomate, est actuellement en poste à Paris. Là où vous
multipliez les citations, nous
chantons la terre, la mer, le ciel.
Cela conditionne aussi notre manière d’agencer les sons, d’occuper
le studio d’enregistrement : les arrangements d’Ennio Morricone,
par exemple, reflètent une science
de l’espace très particulière. »
Ces visées exploratrices sont dorénavant soutenues par une structure idoine, Italia Music Export.
Fondée en novembre, elle aide les
« Là où vous
multipliez les
citations, nous
chantons la terre,
la mer, le ciel »
GIORGIO POI
musicien italien
chanteurs italiens émergents à
percer à l’étranger, en coproduisant des concerts ou en finançant
des campagnes de communication. Les premières retombées se
font sentir : de Libération à Society
ou Magic, la presse française commence enfin à louer la nouvelle
scène italienne. Mirko Bosio, lui
aussi, voit plus grand. Restaurateur à ses heures perdues, cet organisateur de concerts basé à Paris ne fait plus jouer ses compatriotes dans le sous-sol de sa trattoria, CiaoGnari, rue des Pyrénées,
mais dans de vraies salles, comme
La Boule noire. Le barde sarde Iosonouncane y est passé cet
automne ; Cosmo, molosse
maousse de l’électro-pop piémontaise, s’y produira le 22 février.
Etincelante palette vocale
Cosmos, justement : ainsi s’intitulait le splendide deuxième album
du groupe napolitain Fitness Forever, sorti en 2013. Cosmopolites, ces Italiens le sont pour le
moins : signés sur un label espagnol (Elefant Records), accompagnés de temps à autre par une
svelte et suave diva balte, ils font
voir du pays à leurs orchestrations – le Brésil de Marcos Valle, la
Californie de Burt Bacharach, la
Suède d’Abba… Pour ne rien arranger, leur facétieux leader se camoufle sous un pseudonyme
chipé à un footballeur colombien, Carlos Valderrama. Au cœur
du cosmos dudit Carlos brille un
astre obscur de la pop transalpine, la cosmic disco. Ce sous-courant transformait, au tournant
des années 1980, les boules à facettes des night-clubs de la côte
adriatique en sphères célestes et
tourbillonnantes…
De fait, le Cosmos de Fitness Forever a lui aussi fait de jolis loopings. Passé inaperçu en Italie, le
disque a tapé dans l’oreille de
quelques Frenchies à l’affût, d’Arnaud Fleurent-Didier (tiens, tiens,
le revoilà…) au duo Papooz, en
passant par Fred Pallem, l’hom-
me-orchestre du Sacre du Tympan. D’un côté à l’autre des Alpes,
des amitiés se sont nouées. Si
bien que le troisième album de Fitness Forever, l’excellent Tonight,
paru cet automne, vibre d’une
francophilie enthousiaste.
Mastérisé par Antoine Chabert
(dit Chab) – derrière les meilleures productions hexagonales de
ces trente dernières années –, le
disque compte parmi ses invités
Anna Jean, chanteuse du groupe
Juniore et fille cadette de l’écrivain J.M.G. Le Clézio, qui prête son
timbre taquin à Arbre magique. Quant à la chanson-titre, Tonight, elle fait resplendir l’étincelante palette vocale du Lorrain
Vincent Mougel, alias Kidsaredead. Professeur agrégé de musique, accompagnateur prolixe de
Mathieu Boogaerts, Herman
Dune ou Juliette Armanet, ce
trentenaire a suivi sa femme à
Rome, qui y travaille pour l’ambassade de France, et leur enfant.
De la Cité éternelle à l’île de la
Cité, Tonight serait très prisé
des joggeurs, qui l’écouteraient en
boucle pendant leur fitness, paraît-il. Il se dit même que l’album
aurait favorisé certains rapprochements binationaux : ils ont
beau courir tout autour du
cosmos, les Italiens savent s’arrêter quand un Français leur fait
de l’œil. p
aureliano tonet
Tonight, de Fitness Forever,
1 CD Elefant Records.
Giorgio Poi en concert le
17 janvier à l’International,
à Paris ; Cosmo, le 22 février
à La Boule noire, à Paris.
Et si votre santé
devenait
un art de vivre ?
NOUVEAU
# 6 - JANVIER/FÉVRIER 2018
C’
MUSIQUE
L E
C O R P S
L ’ E S P R I T
L E
M O N D E
Cultivez votre
intuition
Les pouvoirs
de l’intelligence
émotionnelle
Un hiver en forme
Sauna et grand air,
l’art de vivre suédois
Maladie de Crohn
Le régime alimentaire
pour mieux vivre
Tous généreux
Le secret d’un
cerveau heureux
La bonne posture
Gagner en force
et en souplesse
UNE PUBLICATION DU GROUPE
EN PARTENARIAT AVEC
EN VENTE
CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX
20 | télévisions
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Les vaches à traire
de l’industrie laitière
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
« Cash Investigation » consacre une enquête
au secteur laitier, et plus particulièrement
à Lactalis et Sodiaal
FRANCE 2
MARDI 16 – 20 H 55
DOCUMENTAIRE
C’
est l’histoire d’un paradoxe. Celui d’un
secteur
d’activité
évalué à 27 milliards
d’euros de chiffre d’affaires en
France, qui pourtant ne rapporte
rien à ceux qui en sont la source.
En octobre 2016 déjà, France 2
avait consacré un numéro d’« Envoyé spécial » à l’industrie laitière
qui se concentrait principalement
sur la mobilisation des éleveurs
laitiers contre Lactalis. En cause,
les cours intenables imposés par le
numéro un mondial aux producteurs dont certains travaillent parfois plus de soixante-dix heures
par semaine, à perte. Cette année-là, ils étaient d’ailleurs 10 000
à mettre la clef sous la porte.
Mais alors, où passe l’argent de
la production ? C’est à cette question qu’a tenté de répondre JeanBaptiste Renaud pour « Cash Investigation ». Le journaliste a enquêté pendant un an sur le secteur laitier, notamment sur
Lactalis – au cœur de l’actualité
dans le scandale des laits infanti-
VOTRE
SOIRÉE
TÉLÉ
M AR D I 1 6 JAN VI E R
TF1
21.00 Star Wars, épisode 6 :
Le Retour du Jedi
Film de science-fiction de Richard
Marquand. Avec Mark Hamill,
Harrison Ford, Carrie Fischer
(EU, 1983, 145 min).
23.25 Star Wars, épisode 5 :
L’Empire contre-attaque
Film de science-fiction d’Irvin
Kershner (EU, 1980, 140 min).
les contaminés par des salmonelles –, réputé faire partie des groupes qui paient le moins bien les
agriculteurs. Afin d’en comprendre les raisons, il s’est penché de
plus près sur cette entreprise familiale opaque, dirigée par Emmanuel Besnier, onzième fortune
de France, selon le classement 2017 de l’hebdomadaire
économiques Challenges. Une enquête pour le moins édifiante.
Conflit d’intérêts
On découvre que Lactalis ne publie pas ses comptes, alors que la
loi le lui impose. Celle-ci prévoit
même, dans certains cas, une
amende de 2 % du chiffre d’affaires
par jour de retard dans la publication des comptes d’une entreprise.
A condition toujours que celle-ci
les ait publiés au préalable. Ce qui
n’est pas le cas de Lactalis. Une situation kafkaïenne, puisque le
magazine de France 2 révèle également un conflit d’intérêts au sein
du tribunal de commerce de Laval
(ville où siège Lactalis), chargé de
faire publier ses comptes à l’entreprise. Son vice-président n’est
autre qu’un cadre dirigeant du
groupe mayennais.
Le site Lactalis de Craon, en Mayenne, le 12 janvier. STEPHANE MAHE/REUTERS
Alors, après mûre réflexion, certains fermiers, comme Pierre, se
sont dit qu’il était préférable de travailler pour la coopérative Sodiaal.
Tenue par des fermiers pour des
fermiers, elle est censée être plus
vertueuse. De prime abord seulement. Car, en 2016, Sodiaal, maison mère de Yoplait et Candia, figurait aussi sur la liste des mauvais payeurs. Si la coopérative reverse bien tous ses bénéfices
déclarés à ses agriculteurs, il semblerait qu’elle en dissimule une
partie dans plusieurs de ses filiales, afin de faire grimper sa valeur.
Ainsi, en 2015, les exploitants de
chez Sodiaal se seraient contentés
de 3,5 millions d’euros sur les
51 millions de bénéfices enregistrés par la coopérative. Pourtant,
cet argent, ils en auraient bien besoin depuis que le groupe les a
poussés vers une agriculture productiviste dès la fin des quotas laitiers en 2015, dans l’espoir d’éponger leurs dettes. Mais c’était loin
d’être une bonne idée. En témoigne, dans le documentaire, la frénésie hyperproductive du secteur
laitier en Nouvelle-Zélande, pays
où la dette des éleveurs se chiffre
en millions d’euros. Loin des reportages cousus de fil blanc sur la
énième manifestation d’agriculteurs mécontents, « Cash Investigation » s’attache à comprendre
pourquoi, dans un secteur où tout
va bien pour les industriels, les
agriculteurs survivent. Si la réputation de Lactalis n’est plus à faire,
la partie sur Sodiaal, elle, est plus
surprenante.
Produits laitiers : où va l’argent
du beurre ?, de Jean-Baptiste
Renaud (Fr., 2017, 140 min).
Laurent Védrine conte le fabuleux destin de la bicyclette, du XIXe siècle à nos jours
même dans les coins les plus reculés, de s’offrir un vélo. Et plus tard,
les premiers congés payés vont en
faire un symbole de liberté.
« Outil de liberté »
Précieux outil de ravitaillement
pour les citadins durant l’Occupation, il perd cependant du terrain après-guerre. La bagnole démocratisée et les deux-roues motorisés donnent des cyclistes
l’image de marginaux ou de pauvres n’ayant pas d’autres choix
de locomotion. Mais en 1973, le
choc pétrolier redonne de l’es-
HORIZONTALEMENT
GRILLE N° 18 - 013
PAR PHILIPPE DUPUIS
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
I
II
III
IV
V
VI
VII
I. Leurs portraits sont toujours pleins
de leurs. II. Dure et sombre africaine.
Assure inluence et rapprochement.
III. A un peu trop consommé. Assistante artistique. Bon ou mauvais, il
avance. IV. Préparé spécialement
pour être descendu. Tous les associés
en réduction. V. Le noir la rend sinistre. Donnes l’impression. VI. Démonstratif. Derniers appels. Un lob
qui ne passera pas. VII. Tension dans
la grille. Détourne au passage.
VIII. Mouillées pour préparer les
sauces. Parle beaucoup trop.
IX. Prince troyen. Finira par lasser.
X. Vous mettra dans de bonnes
dispositions.
VERTICALEMENT
VIII
IX
X
SOLUTION DE LA GRILLE N° 18 - 012
HORIZONTALEMENT I. Eczémateuses. II. Nue. Epuisera. III. Ciné. Lire. Gc.
IV. Asociale. Cor. V. Binette. Mati. VI. Ln. Réinsérés. VII. Ui. RTT. VIII. Re-
cèle. Ebahi. IX. Eril (lire). Niño. Un. X. Sélectionnée.
VERTICALEMENT 1. Encablures. 2. Cuisinière. 3. Zénon. Cil. 4. Ecervelé.
5. Me. Ite. 6. Aplatirent. 7. Tuilent. II. 8. Eire. Sténo. 9. Usé. Me. Bon.
10. SE. Carda. 11. Ergoté. Hue. 12. Sacristine.
1. Attila et les siens chez le jardinier.
2. Approchèrent l’inconnu. 3. Embarrassée aux entournures. Hongroise
au pied des monts Matra. 4. Non
conformes aux règles. Le dernier
n’est pas suivi. 5. Tête d’œuf. Remue
le monde boursier. 6. Rogne en bordure. 7. Le gros doit être consommé
avec modération. Article. 8. A lui de
tout mettre en bonne place. 9. Font
tourner notre économie. Porta un
mauvais coup. 10. Interjection. Chez
ma tante. Chez maman. 11. Prophète
biblique. D’un auxiliaire. 12. Le
temps a ralenti son activité et ses
performances.
poir aux amateurs de la petite
reine. Des manifs écolos ont lieu
sur les Champs-Elysées aux cris
de « Des vélos, pas d’autos ! » Le
Mouvement de défense de la bicyclette ne compte pas encore
beaucoup de militants.
En 1974, la ville de La Rochelle
met gratuitement à disposition de
la population 300 vélos jaunes en
libre-service. A Strasbourg, le premier plan vélo date de 1978. Les
autres municipalités traînent des
pieds. En 1995, le mois de grève
dans les transports en commun
tombe à pic : 250 000 vélos sont
achetés. Les premières pistes
cyclables parisiennes voient le
jour en 1996, et Lyon fait découvrir
le Vélo’v avant le Vélib’parisien.
Symbole de la modernité à ses débuts, la bicyclette devient – ironie
de l’histoire – celui d’une contremodernité nécessaire. Et comme
le rappelle l’un des témoins : « Le
vélo est un outil de liberté. Et la
liberté, c’est de la politique. » p
alain constant
La Reine bicyclette : l’histoire
des Français à vélo, de Laurent
Védrine (Fr, 2013, 55 min).
France 5
20.55 Angkor dévoilée
Documentaire de Nick Green
et Ben Lawrie
(GB-EU, 2014, 80 min).
23.25 C à vous
Talk-show présenté par
Anne-Elisabeth Lemoine.
Arte
20.50 Poutine
contre les USA
Documentaire de Michael Kirk
(EU, 2017, 2x55 min).
22.55 Président Trump
Documentaire de Michael Kirk
(EU, 2016, 52 min).
0123 est édité par la Société éditrice
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Très facile
Complétez toute la
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allant de 1 à 9.
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Chaque chiffre ne doit
être utilisé qu’une
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par colonne et par
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carré de neuf cases.
Réalisé par Yan Georget (https://about.me/yangeorget)
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Canal+
21.05 Chez nous
Drame de Lucas Belvaux.
Avec Emilie Dequenne,
André Dussollier
(Fr.-Bel., 2017, 110 min).
22.55 Tchi tcha
Magazine présenté par
Laurie Cholewa.
M6
21.00 Patron incognito
Magazine.
SUDOKU
N°18-013
& CIVILISA TIONS
D
rôle, instructif et riche de
nombreuses archives filmées, dont certaines
datent du début du XXe siècle, ce
documentaire retrace l’histoire
d’une passion française : la bicyclette. Dès son apparition, aux
alentours des années 1890, cette
dernière est présentée comme un
véritable bienfait social. D’abord
réservée aux classes aisées, elle se
démocratise, permet aux fem-
mes de se déplacer, aux ouvriers
d’aller au turbin. Mais, très vite, à
Paris – où vélos, calèches, omnibus, charrettes et piétons se disputent l’espace public –, la cohabitation se révèle difficile.
Après une dizaine d’années de
bagarre, le vélo et l’automobile
vont finir par chasser des rues le
cheval et le piéton. Au début des
années 1910, la bicyclette devient
un outil banal de la vie quotidienne. Dans les années 1920, la
vente par correspondance (avec
notamment le catalogue Manufrance) permet à tout le pays,
France 3
20.55 Quelque chose
a changé
Téléfilm de Jacques Santamaria.
Avec Pierre Arditi, Evelyne Bouix
(Fr, 2017, 95 min).
23.20 In Situ
Magazine présenté par
Marie-Sophie Lacarrau.
mathieu ait lachkar
Le vélo, une passion française
LCP
MARDI 16 – 20 H 30
DOCUMENTAIRE
France 2
20.55 Cash investigation
Produits laitiers :
où va l’argent du beurre ?
Magazine présenté par
Elise Lucet.
23.15 Les Revenantes
Documentaire de Marion Stalens
(Fr., 2017, 80 min).
5
7
9
du « Monde » SA. Durée de la société : 99 ans à
compter du 15 décembre 2000.
Capital social : 124.610.348,70 ¤.
Actionnaire principal : Le Monde Libre (SCS).
Rédaction 80, boulevard Auguste-Blanqui,
75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00
Abonnements par téléphone : de France 3289
(Service 0,30 ¤/min + prix appel) ; de l’étranger :
(33) 1-76-26-32-89 ; par courrier électronique :
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Tarif 1 an : France métropolitaine : 399 ¤
Courrier des lecteurs
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sans l’accord de l’administration. Commission
paritaire des publications et agences de presse
n° 0722 C 81975 ISSN 0395-2037
N° 35
JANVIER 2018
NS
& CIVILISATIO
MYSTÈRES
D’ÉGYPTE
QUOI DE NEUF
APRÈS
?
TOUTANKHAMON
ION
PROHIBIT
UNIS
Chaque mois,
un voyage à travers
le temps et les grandes
civilisations à l’origine
de notre monde
LES ÉTATSEN GUERRE
CONTRE L’ALCOOL
LA DAME
D’ELCHE
POLÉMIQUE SUR E
UN CHEF-D’ŒUVR
L
HANNIBA
AL QUI FIT
LE GÉNÉR
TREMBLER ROME
E
BARCELON
IE
L’ARCHÉOLOG
RÉVÈLE
SA GRANDEUR PASSÉE
CHEZ VOTRE
MARCHAND DE JOURNAUX
Présidente :
Laurence Bonicalzi Bridier
PRINTED IN FRANCE
80, bd Auguste-Blanqui,
75707 PARIS CEDEX 13
Tél : 01-57-28-39-00
Fax : 01-57-28-39-26
L’Imprimerie, 79 rue de Roissy,
93290 Tremblay-en-France
Toulouse (Occitane Imprimerie)
Montpellier (« Midi Libre »)
Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100 %.
Ce journal est imprimé sur un papier UPM issu de forêts gérées
durablement, porteur de l’Ecolabel européen sous le N°FI/37/001.
Eutrophisation : PTot = 0.009 kg/tonne de papier
styles | 21
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
boîte de vitesses. « C’est mon tapis
volant », s’attendrit le propriétaire
d’une Renault Zoé. « L’électrique ou le
plaisir de conduire retrouvé », renchérit l’acquéreur d’une modeste
Peugeot Ion. « Je suis passé à l’électrique d’abord par conviction, mais
maintenant, je vanterais plutôt la
conduite apaisante et les économies
qui ont divisé par quatre mon budget
carburant par rapport à un diesel »,
plaide Flavien Nivet, 34 ans, technicien dans l’Hérault, qui a quitté depuis neuf mois le côté obscur de la
force pour passer à l’électrique.
L’autonomie réduite, surtout l’hiver lorsque le chauffage sollicite les
batteries ? La faible densité du réseau de bornes de recharge rapide ?
Le prix d’achat très salé de ces véhicules qui, malgré leur popularité
croissante, ne représentent guère
qu’une vente de voiture neuve sur
quatre-vingts en France, le pays
européen le plus porté sur l’automobile à watts ? Il en faudrait davantage pour doucher leur enthousiasme et bouder leur plaisir de
s’installer aux commandes d’une
machine « qui vous donne l’impression de glisser sur le bitume ».
JULIA SPIERS
les adorateurs
de l’électrique
Il y a le silence, l’impression
de glisser sur le bitume,
les accélérations ludiques…
Et si les voitures
« zéro émission » redonnaient
le plaisir de conduire ?
Témoignages enthousiastes
de conducteurs devenus accros
C’
AUTOMOBILE
est dit, ils ne reviendront jamais en arrière. Qu’on ne compte
pas sur eux pour lâcher le volant de cette voiture qui
file sans faire de bruit ni cracher de
fumée et vous laisse d’un calme
olympien dans les encombrements.
Solliciter l’avis des conducteurs de
voitures électriques, c’est déclencher en retour un flot de témoignages d’affection pour un objet paré
d’un charisme auquel l’automobile
ne nous avait plus habitués depuis
longtemps. Bien sûr, c’est le « côté
militant » qui a poussé certains à
franchir le pas. Ou un calcul économique qui réduit le coût d’usage à
1,50 euro d’électricité aux 100 km et
les amène souvent à rouler beaucoup plus qu’ils ne l’avaient prévu.
Pourtant, ce que mettent d’abord en
exergue les convertis à la voiture
électrique, c’est le rapport particulier, autant physique que psychique,
noué avec leur véhicule.
« Conduire une voiture électrique
est une expérience, assure Nicolas
Carrier, 53 ans, cadre administratif
dans le Val-d’Oise. On se sent un peu
à part du reste du flux des automobiles vrombissantes, avec l’étrange sensation que le ballet des accélérations,
coups de frein et autres manifestations d’énervement nous est totalement étranger. » La fée électricité,
c’est le silence de fonctionnement
et, surtout, l’absence de vibrations,
d’à-coups ou de rapports à passer,
puisqu’on ne s’encombre plus de
« Griller » une Audi au feu rouge
Les constructeurs confirment que
cette clientèle, composée de deux
tiers d’hommes et dont les revenus
sont sensiblement supérieurs à la
moyenne des acheteurs de voitures
neuves, n’appartient pas à la catégorie des râleurs. « Leur taux de satisfaction atteint 93 %, ce qui est exceptionnel, et ils sont 96 % à recommander leur voiture à d’autres consommateurs, ce qui l’est tout autant »,
souligne Thomas Chrétien, directeur de l’activité véhicule électrique
pour Nissan-France. « D’ailleurs, leur
distance annuelle parcourue est de
17 000 km, contre 12 000 km en
moyenne pour un véhicule à moteur
thermique », ajoute-t-il.
Selon des études menées par Renault, qui a vendu 90 000 Zoé depuis 2012, dont 49 000 en France, on
ne jauge pas une automobile électrique à l’aune des autres modèles.
« Les clients évoquent d’abord l’absence de bruit puis le plaisir de conduire, cité spontanément par 57 %
d’entre eux, contre à peine 10 % des
acquéreurs de Clio », indique Robert
Bonetto, chargé des voitures électriques au sein du service produit de
Renault. « Aujourd’hui, dit-il, les raisons d’achat d’une électrique tiennent surtout aux dimensions technologique et environnementale, mais le
principal motif de satisfaction des
utilisateurs tient aux sensations particulières ressenties au volant. »
A entendre cette population qui se
présente immanquablement comme « l’heureux propriétaire » de sa
voiture, cette expérience de conduite compose un étonnant cocktail de
sérénité et d’excitation. Côté pile, la
révélation d’un « formidable antistress dans les embouteillages, une
source de zénitude ». « Je suis devenu
plus cool au volant, sans savoir expliquer pourquoi », confie un retraité de
Moselle. Passé sans transition d’une
Mégane RS, caricature de la culture
« vroum-vroum », à une Zoé, son antithèse, cet autre automobiliste dit
avoir « appris la conduite zen » et assure que dorénavant, il « arrive au
travail complètement détendu ».
Côté face, la vivacité qu’offre un
moteur à couple constant, capable
d’accélérer en un éclair et de répondre sans délai à la moindre sollicitation de la pédale d’accélérateur. Certains matins, Rebecca Lulli, Parisienne de 27 ans abonnée au réseau
de voitures électriques Autolib’, se
livre à son petit jeu favori. « L’autre
jour, j’ai grillé une Audi au feu vert.
Il fallait voir la tête du type…
Aujourd’hui, par contre, impossible
de gratter une Toyota Prius, mais elle
était elle aussi en mode électrique »,
s’amuse-t-elle. Propriétaire depuis
« C’EST MON TAPIS
VOLANT », S’ATTENDRIT
LE PROPRIÉTAIRE
D’UNE RENAULT ZOÉ.
CET AUTRE
AUTOMOBILISTE ASSURE
QUE, DORÉNAVANT,
IL « ARRIVE AU TRAVAIL
COMPLÈTEMENT
DÉTENDU »
trois ans d’une Zoé, un amateur de
belles mécaniques qui, par ailleurs,
roule aussi en Porsche Macan, considère avoir trouvé le véhicule idéal
pour se déplacer dans la capitale.
« Ce qui m’étonne le plus dans cette
auto, ce sont les reprises : ce n’est pas
un véhicule cacochyme qui peine à
s’intégrer à la circulation du périphérique. La Zoé est à l’aise aussi
bien dans les embouteillages qu’à
110 km/h en cruising sur les autoroutes urbaines. » Cette notion de sportivité distinguée, qu’est parvenue
à incarner la marque américaine
Tesla, a incité BMW à lancer la i3s,
version survitaminée de sa i3. Renault fera de même avec la Zoé.
Les constructeurs ont bien compris qu’il leur fallait exploiter et valoriser cette conduite « à l’élastique », qui peut devenir jubilatoire, et
s’impose à quiconque prend place
au volant d’une voiture électrique. A
bord de la dernière génération de la
Nissan Leaf, commercialisée dans
les prochaines semaines, tout est
fait pour que l’on conduise sans
mettre le pied sur la pédale de frein.
Un mode permet d’obtenir un maximum de récupération d’énergie au
freinage. Lever brusquement le pied
de l’accélérateur engendre une forte
décélération alors qu’un dosage
plus progressif offre de gérer en
douceur la conduite dans le trafic, le
recours au frein classique étant réservé à des situations imprévues.
Un feu passant inopinément au
rouge, par exemple.
Fini la routine !
Cette particularité incite à adopter
spontanément une conduite assez
progressive, fondée sur l’anticipation. Une façon, finalement, de se
réinvestir dans le pilotage de sa voiture après des années de routine.
« Hélas, soupire Christophe Campos, rompu aux arcanes de la voiture électrique, cette attitude est mal
vécue par d’autres automobilistes
qui, ayant appris dans les auto-écoles françaises, croient que la façon
normale d’arriver à un stop ou un feu
est de freiner fort au dernier moment. » Autre piège dont il faut se
garder : les piétons, convaincus que
l’absence de bruit de moteur suppose que la voie est libre.
La dimension volontiers ludique
associée à la voiture électrique – l’attrait, sans doute, de la nouveauté –
se retrouve dans la gestion de l’autonomie. Passé l’angoisse initiale de la
panne qui étreint le néophyte, les tenants de l’électromobilité mettent
un point d’honneur à soigner leur
performance énergétique, davantage pour se lancer un petit défi que
par obligation. « J’ai beaucoup progressé en éco-conduite », se vante le
propriétaire de la Peugeot Ion, pas
peu fier d’avoir « réalisé cet été un
trajet de 180 km avec une seule
charge alors que la norme officielle,
plutôt optimiste, table sur 150 km ».
Le genre de performance à livrer à
ceux n’ayant pas encore sauté le pas
et qui, sur le parking de l’hypermarché où la voiture est en cours de recharge, viennent se faire une idée
plus concrète de l’automobile de demain. « Non, corrige un aficionado.
De l’automobile d’aujourd’hui. » Au
pays de la voiture électrique, on a la
foi chevillée au corps. p
jean-michel normand
22 |
DÉBATS & ANALYSES
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
La succession du Guide, l’enjeu majeur en Iran
Yann Richard, spécialiste
de l’Iran, estime que, au-delà
de la crise qui a secoué le pays,
c’est la question de l’aprèsKhamenei qui agite Téhéran
fascinée par son identification au
modèle occidental, n’accompagne pas
vraiment les ambitions propalestiniennes, panislamistes ou panchiites de ses
dirigeants, et elle le leur fait savoir.
L’idéologie militante des révolutionnaires khomeynistes est contestée par
les jeunes diplômés avides de liberté et
par les oubliés du régime, chômeurs et
néo-citadins aux prises avec les difficultés économiques. Les besoins induits par l’accès à l’instruction et par
l’accès aux médias modernes sont systématiquement bridés. En ouvrant l’enseignement supérieur à sa jeunesse,
c’est comme si les mollahs avaient
couvé des petits Californiens ! Faute de
leur proposer des débouchés, ils les
rendent sensibles aux sirènes de la propagande occidentale.
Par YANN RICHARD
L’
Iran bouge à nouveau et,
comme en 2009, lors de la réélection contestée de Mahmoud
Ahmadinejad, les médias s’agitent :
va-t-on voir la fin de ce régime qui a bouleversé le monde musulman et toute la
planète depuis bientôt quarante ans ? La
crise actuelle est d’abord une crise intérieure, mais sur fond d’un chaos grandissant dans tout le Moyen-Orient.
Le mécontentement économique a
entraîné des protestations en différents
endroits grâce aux moyens de communication modernes, résultat d’un profond malaise. Même avec une inflation
plus réduite, l’emploi des jeunes ne
pourra redémarrer que lorsque l’Iran
aura retrouvé des relations commerciales plus naturelles, ce que son potentiel
pétrolier et gazier devrait permettre.
Mais malgré l’accord sur le nucléaire de
2015, qui prévoit la levée progressive des
sanctions, les transactions en dollars
sont encore entravées par le blocus américain. La promesse du président Rohani
ne concernerait-elle que le redémarrage
économique, force est de reconnaître
qu’il a échoué. Hélas, dans le domaine
des libertés, son bilan n’est guère
meilleur : arrestations arbitraires, entraves à la liberté de la presse, à la libre expression, même dans le domaine artistique, intimidations constantes envers les
intellectuels… Rien n’a vraiment changé
depuis le mandat de M. Ahmadinejad.
Ne prenons pas ces révoltes pour une
révolution qui renverserait le régime.
Celui-ci est fort, même s’il est miné par
de nombreux ennemis à l’intérieur et à
l’extérieur. L’expérience amère de
2009 a appris aux forces répressives
qu’elles peuvent museler les opposants, même quand ils ont une raison
politique (la contestation électorale) et
un leader (Mir Hossein Moussavi).
Aujourd’hui, le mécontentement n’a ni
leadeur, ni raison politique, ni idéologie. Le ras-le-bol ne suffit pas.
LA MATURITÉ
RÉPUBLICAINE
DES IRANIENS
NE SUFFIT PAS
À GARANTIR
UNE ALTERNANCE
PAISIBLE
FAIRE TOMBER LA FIÈVRE
L’attitude, apparemment indécise,
du président Rohani peut s’expliquer
par le fait que ses adversaires politiques au sein même du régime rêvaient
de le mettre en minorité lors du renouvellement de son mandat, l’année dernière. Ils n’hésitent pas à mener contre
lui des opérations de déstabilisation.
Celles-ci ont dérapé. L’assainissement
de la politique du crédit et la lutte contre la corruption ne font pas que des
heureux, et le rapprochement timide
avec les Européens, faute d’avoir pu
faire de même avec Washington, contrarie ceux qui militent pour le radicalisme khomeyniste pur et dur.
NI PARTI, NI MÉDIA, NI PROGRAMME
L’opinion iranienne est régulièrement
leurrée par le jeu électoral qui semble
ouvrir, tous les quatre ans, la possibilité
de l’alternance. Il y a eu alternance
en 1997, lors de l’élection de M. Khatami,
puis en 2005, lors de l’arrivée de M. Ahmadinejad, et à nouveau en 2013, quand
M. Rohani a été élu la première fois.
Mais rien n’a vraiment changé, sauf la
prise de pouvoir réelle des gardiens de
la révolution et les manipulations de
plus en plus habiles du Guide, Ali Khamenei. Cet homme a succédé à Rouhollah Khomeyni, en 1989, sur un malentendu, ou sur une machination imparfaite de l’intrigant Hachemi Rafsandjani, récemment disparu.
Celui qui devait n’être qu’un paravent
cachant l’action du président de l’exécu-
tif s’est révélé un excellent animal politique, et il jouit de pouvoirs plus étendus que les monarques de l’ancien régime. M. Khamenei a pris appui sur les
gardiens de la révolution, par commun
intérêt à empêcher tout rapprochement
avec les Etats-Unis. Il n’a face à lui que de
vertueux politiciens incapables de faire
aboutir de véritables réformes. Il manque à l’Iran des contre-pouvoirs qui empêcheraient les dérives populistes et absolutistes : une presse libre, des partis
politiques dignes de ce nom et une justice indépendante. La corruption et la
répression ont tout paralysé. Les Iraniens se révoltent aujourd’hui contre
leurs dirigeants, incapables de se réformer. Mais derrière les braillements légitimes, je ne vois ni parti, ni organe d’information, ni programme.
Un des slogans des révoltés actuels en
rappelle un de 2009, qui dénonçait déjà
l’expansionnisme de la République islamique au détriment d’une véritable politique de relance économique. Deux
grandes réalisations sont à mettre à
l’actif du pouvoir : l’indépendance retrouvée et la fierté de jouer un rôle régional majeur. Les Iraniens se souviennent qu’après deux guerres désastreuses contre la Russie, un traité de 1828
leur avait imposé le régime des capitulations, suivi de toutes sortes de manipulations par les puissances européennes. La Révolution constitutionnelle de
1906 n’avait pas réussi à en sortir : l’alliance russo-britannique, bénie par la
France à l’époque, faisait de la Perse un
royaume fantoche. La découverte du
pétrole, en 1908, ne changea rien : il
était aux mains des Britanniques. Et
quand le mouvement nationaliste de
Mossadegh a nationalisé les hydrocarbures, un coup d’Etat, orchestré en
août 1953 par les Américains, a mis fin
aux ambitions anti-impérialistes.
La prise en otage des diplomates américains par les révolutionnaires islamistes, entre 1979 et 1981, a effacé ces humiliations et coupé le cordon qui avait fait
du Shah une marionnette à la tête d’un
satellite de l’Occident. Et au cours des
huit ans de guerre contre l’Irak, c’est-àdire contre le monde entier, l’Iran islamique a prouvé qu’il avait la force de se
défendre en mobilisant toute la nation.
Quant au retour sur la scène régionale, même les Iraniens les moins acquis à l’idéologie khomeyniste doivent
reconnaître que leur pays est désormais au centre de tous les conflits de la
région, non plus comme le gendarme
des Occidentaux, mais comme un acteur doté d’une stratégie. On n’avait
pas vu de militaires iraniens sur les rives de la Méditerranée depuis… les Sassanides ! Il est clair que c’est là un renversement que nos propres soldats
envahisseurs du Proche-Orient à la fin
de la première guerre mondiale
n’auraient jamais osé imaginé.
Ces victoires iraniennes, largement
dues aux gardiens de la révolution, ont
un coût. L’opinion iranienne, encore
Pourtant, comme lorsque Saddam Hussein avait attaqué l’Iran, en septembre 1980 – avec nos encouragements et
notre soutien –, une nouvelle menace
extérieure (saoudienne, par exemple)
pourrait réconcilier les jeunes avec les
dirigeants enturbannés malgré les divergences culturelles. C’est ce que semble indiquer l’index du Guide Khamenei
qui se pointe vers Riyad. Le conflit virtuel contre la puissance arabe et wahhabite pourrait-il dégénérer en guerre ?
L’accumulation d’armes sophistiquées
par les Saoudiens pourrait y faire penser. Les conséquences en seraient très
graves pour le monde entier, et nous devons souhaiter qu’une médiation fasse
tomber la fièvre, malgré l’intérêt évident des marchands de canons.
L’enjeu majeur, auquel pensent tous
les acteurs iraniens, c’est l’après-Khamenei. Eliminons les solutions simplistes.
Il n’y aura pas d’alternative royaliste par
absence de prétendant crédible. Ni
d’unanimité islamiste pour un ayatollah consensuel, introuvable. Les tensions entretenues par les Etats-Unis ne
font qu’exacerber les tendances à prendre les choses en main de manière implacable, c’est-à-dire par les milices islamistes qui ont déjà le pouvoir économique et qui dominent les opérations
extérieures. La maturité républicaine
des Iraniens ne suffit pas à garantir une
alternance paisible qui respecterait les
minorités et les libertés. Et plus on fait
durer la pression économique par les
sanctions injustes, plus on favorise la
radicalisation qui se profile. J’ai peur de
dire que l’immaturité républicaine, une
fois encore, s’accommoderait d’une solution énergique par laquelle on donnerait une plus grande stabilité à la région
et une place à la reprise économique. p
¶
Yann Richard est professeur émérite
à l’université Sorbonne-Nouvelle. Il a
notamment écrit « L’Iran de 1800 à
nos jours » (Flammarion, 3e éd., 2016)
En Irak, la seule solution passe par le confédéralisme
Le ministre des affaires étrangères du Kurdistan
irakien, Falah Mustafa Bakir, considère
que le système politique mis en place après 2003
a échoué en raison du sectarisme de Bagdad
Par FALAH MUSTAFA BAKIR
A
près l’opération de libération de
2003, nous, habitants de la région du Kurdistan irakien, avons
opté pour un authentique partenariat
avec le nouvel Irak. Nous pensions que
celui-ci serait fédéral et démocratique,
qu’il serait régi par un gouvernement fédéral fondé sur le consensus, la prospérité, le partage du pouvoir. Mais comme
pour de nombreuses autres promesses
faites par la communauté internationale
avant et après 2003, le système prévu
pour l’Irak s’est soldé par un échec. Substituer à ce type de projet dysfonctionnel
un système confédéral bien structuré entre l’Irak et le Kurdistan pourrait représenter pour tous une planche de salut.
Bien que nous ayons connu des périodes difficiles lors de l’instauration de no-
tre gouvernement pluraliste, nous avons
développé notre propre système, instauré une économie de marché et approfondi notre démocratie afin d’établir des
passerelles avec le reste du monde. Malheureusement, en raison notamment
du sectarisme du gouvernement central,
nos efforts n’ont jamais été étendus au
reste de l’Irak, et notre réussite s’est mise
à briller d’un éclat trop vif aux yeux des
autorités de Bagdad.
L’accumulation des échecs dans la relation entre le gouvernement régional du
Kurdistan et Bagdad a tout naturellement conduit la région du Kurdistan à
explorer d’autres voies. Pourtant, là encore, on nous a refusé le droit de décider
de notre avenir. Le peuple kurde possède
sa propre culture et sa propre identité. Il
chérit les valeurs du pluralisme, de la démocratie et de la coexistence pacifique.
Le nier ne pourra qu’avoir des consé-
quences regrettables. Si l’on souhaite
que nous continuions à faire partie de
l’Irak, le statu quo doit évoluer. Cette
situation d’incertitude, dans laquelle on
nous refuse l’indépendance tout en
nous privant des droits légitimes qui
devraient être les nôtres en tant qu’Irakiens, n’est pas tenable.
La question est de savoir quel sera
l’avenir du Kurdistan si l’on nous dénie
le droit de nous séparer de l’Irak tout en
nous privant de toute alternative nous
permettant de vivre en bonne entente
avec les autres Irakiens. Est-ce de la realpolitik, une politique de deux poids,
deux mesures, ou de la simple hypocrisie ? Les problèmes ne s’arrêtent pas là.
EMPÊCHER L’AGGRAVATION DU CHAOS
Le vide politique et la concurrence malsaine entre différents groupes d’intérêt
ont favorisé l’instabilité et ont permis
l’émergence du terrorisme. Le gouvernement fédéral et la communauté internationale doivent s’occuper beaucoup plus
sérieusement de la situation actuelle
afin d’empêcher l’aggravation du chaos.
Bagdad est responsable du manque de
ressources et de revenus dans la région,
ce qui suscite une grande déception
parmi le peuple du Kurdistan, qui estime
ne pas recevoir la part qui lui revient. Les
sanctions économiques, l’interdiction
des vols internationaux et les tentatives
de couper le Kurdistan irakien du monde
extérieur sont autant de coups portés à
l’économie de la région. Les conséquences néfastes de cette situation ne touchent pas seulement les habitants du
Kurdistan irakien eux-mêmes, mais
aussi près de 1,5 million de personnes déplacées et de réfugiés accueillis dans le
sanctuaire kurde. Le partage du pouvoir
et des richesses n’a aucune place en Irak.
Par ailleurs, les gros titres de presse qui
glorifient l’Irak ne servent pas le statu
quo de manière positive, ni ne décrivent
correctement la réalité des conflits profonds qui déchirent la région. Prétendre
le contraire ne fait que préparer la voie à
des problèmes encore plus graves dans le
futur. La communauté internationale a la
responsabilité de soutenir l’Irak dans son
ensemble, elle ne peut appuyer seulement Bagdad au détriment du Kurdistan.
Un Kurdistan irakien fort, stable et
prospère ne peut que contribuer positivement à l’émergence d’un Irak fort et
pacifié qui représenterait un phare de la
coexistence dans une région du monde
où cela est devenu une rareté.
Kurdes, chiites et sunnites d’Irak ont
besoin d’une réorganisation structurelle
des liens qui les unissent. L’état actuel
de leurs relations ne fait qu’aggraver les
tensions entre les différents groupes.
Une solution politique prenant la forme
d’une confédération est la seule voie
possible pour que les différents groupes
parviennent à résoudre les problèmes
urgents qui se posent aujourd’hui.
La seule façon pour l’Irak de parvenir à
la stabilité intérieure est de se réorganiser sur la base d’un dialogue franc et
ouvert entre les différentes entités qui le
composent. Faute de quoi, le pays restera instable et sera toujours sur le point
de sombrer dans le chaos, ce qui n’est
dans l’intérêt de personne. p
Traduit de l’anglais par Gilles Berton
¶
Falah Mustafa Bakir
est ministre des affaires étrangères
du Kurdistan irakien
débats & analyses | 23
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Aux sources d’une France bien peu libérale
Le livre
E
ncore aujourd’hui, l’Etat menace le
plein déploiement de la liberté des
hommes. C’est le point de vue de Mathieu Laine, directeur du cabinet de
conseil Altermind, soutien d’Emmanuel Macron et fréquent contributeur extérieur aux
pages Débats du Monde, et de Jean-Philippe
Feldman, professeur de droit et spécialiste de
l’histoire des idées.
Certains qu’il faut « transformer la France »
pour libérer le potentiel de chacun, ils se lancent « à la rencontre du passé et des traits qui
font de notre beau pays l’un des plus rétifs au
changement ». Et partout, ils découvrent la
trace d’un Etat omniprésent. Leur étude de
l’histoire confirme leur intuition : des habitudes figées rien de moins que dans l’ADN du
pays empêchent celui-ci d’évoluer. La France
serait centralisatrice, interventionniste, protectionniste, encline à la pression fiscale, ambiguë dans son rapport aux libertés et aux
religions, prompte à l’envie et habitée d’un
« réflexe fonctionnaire ».
L’acte de naissance de « l’interventionnisme
permanent » remonterait ainsi à 803. La monarchie organise alors le commerce en fixant
les horaires et les jours d’ouverture des commerces et des marchés. Mais ce ne fut qu’une
première étape : par la suite, la couronne déterminera par décret les prix des denrées.
Bientôt, des péages sont établis sur les routes
et « entravent la liberté de circulation ». Mais
c’est sous Colbert, semble-t-il, que l’interventionnisme atteint un sommet. Cet influent
ministre de Louis XIV met en place une politique de mercantilisme : « droits de douanes élevés, prohibitions, protectionnisme, création de
manufactures royales, colonisation et subventions ». Se déploie alors une « hyper-réglementation marquant durablement les mentalités ».
La Révolution ne met pas fin à cette fâcheuse
tendance, pis, elle y ajoute un « légicentrisme
assumé » qui confie, selon les auteurs, un pouvoir excessif à la loi. Le libéralisme naissant
fera tout de suite face à l’hostilité et, au cours
du XIXe siècle, l’interventionnisme est « partout ». Au XXe siècle, il en va de même, tandis
qu’après la guerre s’installe ce que les auteurs
appellent le « mythe » du Conseil national de la
résistance, dont droite et gauche se réclament
toujours. A ce compte, il n’y aurait pas à s’étonner que l’attachement de la France à l’action de
l’Etat reste une spécificité hexagonale.
Les auteurs entendent démontrer la persistance de ce phénomène en citant, en fin de
chapitre, différents chiffres qui permettent
d’apprécier l’ampleur, encore aujourd’hui, de
cet « interventionnisme congénital ». Par exemple, les aides au logement, dont la récente
baisse a fait polémique, ont augmenté de façon constante depuis les années 1980 ; près de
6 000 dispositifs d’aide publique aux entreprises existent ; enfin, en 2013, l’Etat français était
propriétaire de 1 444 sociétés. Ce chassé-croisé
L’Autriche refuse de se lancer
dans un travail de mémoire
Si l’extrême droite est
au pouvoir à Vienne, c’est parce
que les Autrichiens n’ont jamais
remis leur passé en cause,
estime le psychanalyste
Franz Kaltenbeck
Par FRANZ KALTENBECK
I
l y a dix-huit ans déjà, en Autriche, le
Parti conservateur (ÖVP), sous la direction de Wolfgang Schüssel, a formé une
première coalition de gouvernement avec
l’extrême droite (FPÖ) de Jörg Haider. Vu le
programme du FPÖ, un parti fondé par
d’anciens SS, les autres gouvernements
européens réduisirent leurs contacts avec
l’Autriche au minimum, tandis que de puissantes manifestations avaient lieu à Vienne
et dans d’autres villes d’Europe, notamment à Paris, pour protester contre cette
ignominie. La coalition s’étant brisée deux
ans plus tard, après la démission de trois
membres du FPÖ, tout sembla rentrer dans
l’ordre et la routine s’installa à nouveau.
Mais voici que, quinze ans après, tout recommence avec la coalition gouvernementale formée par le conservateur Sebastian
Kurz (ÖVP) et l’ex-néonazi Heinz-Christian
Strache (FPÖ), signée le 18 décembre. Mais,
d’une façon qui ne laisse pas de surprendre,
le retour du FPÖ au gouvernement n’a pas
ému les dirigeants européens. Peu de
monde a protesté. Il est vrai que la « maladie nazie » de l’Autriche est lassante et que le
pays n’a pas grand intérêt politique.
Pourtant, affirmait Lacan, « la répétition
demande du nouveau ». Un aphorisme à
méditer dans la situation actuelle. En effet,
qu’est-ce qui ne passe pas dans l’histoire
autrichienne depuis l’Anschluss, pour faire
ainsi turbiner cette compulsion de répétition que Freud n’hésitait pas à qualifier de
démoniaque ? Un grand vide : l’absence de
l’acte politique qui aurait confronté les
Autrichiens avec ce qu’ils ont fait entre 1938
et 1945. A la différence du laborieux travail
de mémoire en Allemagne, cette confrontation a, on le sait, été évitée en Autriche
grâce à un tour de passe-passe : l’invasion
du pays par Hitler prouverait que les Autrichiens ont été les victimes, et non pas les
complices, voire les agents, de nombreux
crimes ! Or l’Autriche de 1938 n’est plus celle
de 1929, dans laquelle Freud terminait son
Malaise dans la civilisation, ni même celle
de 1933, quand Karl Kraus achevait sa Troisième Nuit de Walpurgis, une critique
de l’hitlérisme. Les milliers d’hitlériens
enthousiastes qui saluaient leur Führer sur
la Heldenplatz (« place des héros ») à
Vienne, en 1938, ont transformé leur patrie
en une simple province du IIIe Reich. Et leur
pays ne s’est jamais remis de cette transfor-
TRANSFORMER
LA FRANCE - EN FINIR
AVEC MILLE ANS
DE MAL FRANÇAIS
de Mathieu Laine
et Jean-Philippe Feldman,
Plon, 228 pages,
19,90 euros
entre l’histoire et la France contemporaine
auquel se livrent les auteurs n’évoque pas la
politique d’Emmanuel Macron. Ils pourraient
pourtant y trouver une source de satisfaction.
La réforme fiscale a mis fin à « l’éternelle spirale
de la fiscalité », du moins pour certains. L’ISF
n’existe plus, les dividendes et les intérêts ne
seront plus imposés qu’à 30 %. De même, le
président, avec son emblématique réforme du
code du travail, est venu rogner le « légicentrisme » de la France. Entre syndicats et employeurs, la négociation est moins encadrée,
notamment sur les salaires et le temps de travail. Lorsque des licenciements surviennent,
ils n’ont plus forcément à être justifiés sur le
plan économique, si un accord a été trouvé
avec les syndicats. Même si l’ouvrage ne se
veut pas un commentaire sur l’actualité politique, le silence des auteurs sur un président qui
devrait leur inspirer confiance surprend.
L’HÉRITAGE D’ALAIN PEYREFITTE
Ce livre qui se veut plein d’enthousiasme, en
dépit de son sombre diagnostic, ne semble pas
vouloir prendre espoir dans les dernières évolutions du pays. Que l’on soit d’accord ou non
avec l’orientation libérale des auteurs, la réserve dont ils font preuve donne peu d’indication quant à leur projet. Pour transformer le
pays, ils disent ne pas vouloir de gestes
abrupts ou agressifs, ils prennent ouvertement leurs distances avec Ronald Reagan.
Pour eux, « réformer la France contre l’Etat est
un fantasme voué à l’échec ». Ce libéralisme
POLITIQUE RACISTE
Alexander Van der Bellen, le président de la
République, aurait eu la possibilité de retarder, au moins par ses objections, la nomination de M. Kickl comme ministre de l’intérieur. Ne contrôlera-t-il pas désormais les
services secrets ? Jean-Claude Junker n’a pas
été plus courageux quand il a déclaré que la
quasi-totalité du programme de MM. Kurz
et Strache lui convenait. Les chefs d’Etat
européens se taisent. A l’exception de l’Italie, qui a trouvé à redire à la proposition
autrichienne d’offrir un passeport aux
habitants germanophones du TrentinHaut-Adige. Pourquoi ne pas en proposer
un, de même, aux sympathisants hongrois
de Viktor Orban pour restaurer la Kakanie ?
Si l’Autriche avait assumé son passé, elle
se serait engagée dans une autre voie et
aurait au moins respecté l’humanisme
d’Angela Merkel. Aujourd’hui, les Autrichiens rechignent à appliquer les quotas
modestes de l’immigration demandés par
l’EU. Ils veulent au contraire retirer leur passeport et leur argent aux migrants dès leur
arrivée et réduire leur allocation au tiers du
minimum social accordé aux Autrichiens.
L’agitation envers l’Italie et la politique
raciste anti-immigrés des nouveaux maîtres de Vienne indiquent assez qu’ils se sentent pousser des ailes. Les fascistes autrichiens ne seraient-ils pas tentés de faire
alliance un jour avec leurs homologues du
groupe de Visegrad [Hongrie, Pologne,
Slovaquie, République tchèque] contre l’Europe ? Il est grand temps que les Européens
se réveillent pour prévenir d’autres actions
des nationalismes autrichiens, prévisibles
au regard du passé. p
¶
Franz Kaltenbeck est psychanalyste.
Il exerce à Lille et à Paris
marc-olivier bherer
Le Parti socialiste à la dérive
Analyse
mation, surtout quand les Autrichiens ont
déclaré n’être pour rien dans ce qui s’était
passé pendant l’ère nazie.
Sans ce déni, comment comprendre des
slogans aussi abjects que celui-ci : « Sang
viennois, trop d’étrangeté, ce n’est bon pour
personne » ? Sang viennois, le titre d’une célèbre valse de Johann Strauss, est ici détourné. Dans une visée raciste, cette locution fait référence au sempiternel reproche
des provinciaux réactionnaires à Vienne,
considérée comme un melting-pot de différentes populations. Le sang des Viennois
serait donc impur du point de vue d’un ressortissant attaché à ses origines supposées
germaniques. Qui a composé cet aphorisme ? Herbert Kickl, né en 1968 en Carinthie, le pays du défunt Jörg Haider. Et Kickl
vient d’être nommé ministre de l’intérieur
du gouvernement de Sebastian Kurz.
Comme chef de la police, il s’occupera sans
doute de la pureté du pays.
réconcilié avec l’Etat qu’ils appellent de leurs
vœux serait-il en train de prendre son essor ?
Pour définir ce nouvel objet idéologique, ils se
contentent de revendiquer l’héritage d’Alain
Peyrefitte, qui, dans son essai Le Mal français
(Plon, 1976), prônait l’essor d’une société gagnant-gagnant, « de solidarité, de projet commun, d’ouverture, d’échange », et non de défiance. Puis, dans leur conclusion, Mathieu
Laine et Jean-Philippe Feldman précisent que
« l’Etat gagnerait donc à se “revisiter” − à se délester des domaines qui ne doivent plus être les
siens, tout en se renforçant puissamment dans
son domaine régalien ».
Comment les auteurs comptent-ils concilier
ces deux exigences ? Ils ne répondent pas à
cette question. L’enthousiasme de l’introduction et de la conclusion se perd au cœur du livre. MM. Laine et Feldman semblent dès lors
renouer avec le libéralisme boudeur, qui ressasse ce qu’il considère comme des tares françaises. Mathieu Laine s’était pourtant fait le
préfacier de Non, ce n’était pas mieux avant
(Plon, 2017), un essai de Johan Norberg, un économiste suédois qui tentait justement de donner au libéralisme un visage plus souriant.
Dans ce nouveau livre, avec son coauteur, il
semble revenu à des positions moins audacieuses. Comme si tous deux butaient sur l’incompréhension que suscite toujours en
France, selon eux, l’individualisme, soit « la
défense des droits de la plus petite des minorités
qu’est la personne humaine ». p
michel noblecourt
Editorialiste
M
LE CONGRÈS
D’AUBERVILLIERS
SERA D’AUTANT
MOINS
UNE BATAILLE
DE COURANTS QUE
CHAQUE CANDIDAT
S’EMPLOIE
À ATTÉNUER
TOUT CLIVAGE
IDÉOLOGIQUE
ercredi 10 janvier, pour
la dernière fois à son
siège parisien de la rue
de Solférino – qu’il a
vendu et doit quitter fin
septembre –, le Parti socialiste présentait ses vœux à la presse. Un rituel qui attire d’habitude une foule de journalistes. Cette année, ils n’étaient qu’une petite
quarantaine, entassés dans une salle étriquée
pour écouter le discours de Rachid Temal. Ni
flonflons ni bulles de champagne. Le coordinateur de la direction collégiale de 28 membres du PS a réussi, maniant en virtuose la langue de bois, à ne pas commenter les candidatures au poste de premier secrétaire. Un climat
crépusculaire qui reflète l’état d’un parti exsangue, inaudible, à la dérive, à trois mois du
congrès qui va se tenir, les 7 et 8 avril, dans la
commune communiste d’Aubervilliers.
En vue de cette échéance, destinée à donner
le coup d’envoi à la refondation d’un PS en
ruine, il y a pour l’heure cinq candidats décidés
à briguer les suffrages, le 29 mars, des
90 000 adhérents revendiqués – le corps électoral risquant d’être réduit à moins de 40 000 :
les députés Luc Carvounas, 46 ans, Stéphane
Le Foll, 57 ans, ainsi qu’Olivier Faure, 49 ans, le
député européen Emmanuel Maurel, 44 ans, et
la députée Delphine Batho, 44 ans, qui s’est déclarée lundi 15 janvier. Les trois premiers sont
issus de la même motion, arrivée largement
en tête au congrès de Poitiers, en juin 2015,
avec 60,04 % des voix. Le benjamin, disciple
de Jean Poperen, incarne l’aile gauche, qui,
en 2015, avec le renfort des « frondeurs », laminés depuis aux élections législatives, avait obtenu 28,46 %. La majorité a volé en éclats et
M. Maurel prétend aller pêcher au-delà de son
pré carré, en prônant une « synthèse nouvelle »
rassemblant des socialistes avec lesquels il
s’est « parfois affronté ». Les courants, en voie
d’extinction depuis le début des années 2000,
appartiennent à l’histoire du monde d’hier.
Pendant plus d’un siècle, les courants ont
rythmé l’histoire socialiste. En 1905, à sa fondation, la SFIO, sous la houlette de Jean Jaurès et
de Jules Guesde, réunit toutes les familles socialistes. En 1907, elle officialise le système
des courants : les instances dirigeantes seront
composées à la représentation proportionnelle, selon le vote des motions défendues par
les différentes sensibilités. En 1971, au congrès
d’Epinay, ce fonctionnement est pérennisé,
la structuration en « tendances » étant proscrite. La confrontation idéologique s’enflamme, avec comme point d’orgue le congrès
de Metz, en 1979, où la première gauche de
François Mitterrand l’emporte sur la
deuxième gauche de Michel Rocard.
La présidentialisation des institutions de la
Ve République accélère la mutation. D’idéologiques, les courants se muent en écuries prési-
dentielles. En 1990, au congrès de Rennes, le PS
est paralysé par la guerre entre les héritiers de
François Mitterrand, Lionel Jospin et Laurent
Fabius. Entre 1993 et 1995, le jeu des courants
fait valser trois premiers secrétaires (M. Fabius, M. Rocard et Henri Emmanuelli). En 1995,
M. Jospin met le système à mal en instaurant
l’élection du premier secrétaire au suffrage direct des militants. De 1997 à 2008, François
Hollande, en parfait « transcourant », pratique
l’art de la synthèse. En 2008, au congrès de
Reims, l’affrontement entre Martine Aubry et
Ségolène Royal oppose deux coalitions hétérogènes, chaque candidate ayant fait son nid
dans l’émiettement des courants. Comme
l’écrit Alain Bergounioux dans Les Socialistes
(Le Cavalier bleu, 2010), ces derniers « sont de
plus en plus déterminés par la logique de la
présidentialisation, et donc par la recherche
d’une légitimité extérieure dans l’opinion ».
AUCUN PRÉSIDENTIABLE
Le congrès d’Aubervilliers sera d’autant moins
une bataille de courants que chaque candidat
s’emploie à atténuer tout clivage idéologique.
Surtout, aucun des cinq postulants n’a une
étoffe de présidentiable, même si la candidature de Benoît Hamon a montré que tout est
possible… Le jeu consistera à mettre en avant
les différences sans fermer la porte à une
synthèse. M. Carvounas s’est refait une virginité politique. Hier porte-flingue de Manuel
Valls, il défendait la loi El Khomri et fustigeait
la CGT, « une caste gauchisée ». Aujourd’hui, il
se fait le chantre de « l’union de la gauche ».
Grognard de la Hollandie, M. Le Foll devra faire
oublier qu’il a été réélu député sans adversaire
de La République en marche. Fin connaisseur
du parti, il a le soutien de barons hollandais,
comme François Rebsamen et Patrick Kanner,
pour « redresser » le PS.
Président du groupe Nouvelle gauche à l’Assemblée nationale, M. Faure a une image
consensuelle. Afin de « conduire la renaissance
des socialistes », c’est lui qui a, sur le papier, le
plus d’atouts pour rassembler et rompre avec
un fonctionnement qui a « laissé les clans remplacer les idées ». Son handicap est son absence
d’aura médiatique, ce qui l’avait amené à pousser la candidature de Najat Vallaud-Belkacem.
« Républicain, antilibéral, écologiste », M. Maurel se réclame d’« une gauche de gouvernement
classique », mais se félicite de ne pas avoir
coupé les ponts avec Jean-Luc Mélenchon.
Pour l’heure simple spectatrice, Mme Aubry,
première secrétaire de 2008 à 2012, a jugé que
le futur patron du PS devrait avoir de l’« autorité », car on n’est pas « au pays des Bisounours ». Le PS devra surtout se réinventer une
identité – réformiste ? – et ne plus être en
déshérence. « La social-démocratie en France
va jouer sa survie », confie François Hollande à
ses visiteurs. Les futures élections seront cruciales. Aux européennes de 2019, le PS peut se
retrouver derrière le mouvement Générations
de M. Hamon. Aux municipales de 2020, ce
sont ses assises locales qui seront en péril. p
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DIMANCHE 15 - LUNDI 16 - MARDI 17 MAI 2016
L E R E N D E Z- V O U S D E L’ O R I E N TAT I O N
Au Nord, le numérique
cherche sa place
A l’occasion de la
seconde édition
de 021 dans la région
lilloise, les 19 et
20 janvier, visite de
la Serre numérique,
à Valenciennes, où
se côtoient étudiants,
chercheurs et
entrepreneurs.
Sans véritables liens
avec les habitants
Des étudiants devant la Serre numérique, à Valenciennes, en décembre 2017. OLIVIER TOURON/DIVERGENCEPOUR « LE MONDE »
valenciennes - envoyée spéciale
S
edrat dessine de la main
les hauts fourneaux et
les usines qui s’élevaient
ici. Aujourd’hui retraité,
il a longtemps travaillé en tant
que chalumiste dans l’usine de
sidérurgie Vallourec. « Des milliers d’ouvriers, c’était tout le
temps en activité ! » Il raconte la
fumée crachée par les cheminées, le vacarme des machines.
La vie. « Il y avait des magasins,
des cafés, tout le long de cette rue,
se souvient-il en remontant le
col de son manteau. Puis ça
s’est arrêté, et les magasins
ont fermé. » Silence. Il regarde le
bâtiment qui s’élève désormais
à l’emplacement de l’usine. Cette
« Serre
numérique »
de
17 000 mètres carrés dont la façade évoque un circuit imprimé
géant. Il habite en face mais n’y
est jamais entré. Sa fille, si. Une
fois. « Ça lui a plu. »
Inaugurée en avril 2015, la Serre
numérique a coûté 37,25 millions
d’euros. Elle rassemble des entreprises, les trois écoles de design, jeux vidéo et animation du
groupe Rubika et leurs 850 élèves, ainsi que des laboratoires de
recherche. Lancé à l’initiative de
la chambre de commerce et d’industrie (CCI) Grand Hainaut, le
projet est de créer une « fertilisation croisée ». Autrement dit, rassembler dans un même bâtiment différents acteurs pour
Sous le haut
patronage du
leur permettre d’interagir. Ces
liens traversent-ils les immenses
baies vitrées de la Serre ?
« 160 emplois ont été créés, indique Eric-Dominique Deburge, vice-président du développement
économique et du numérique à
Valenciennes Métropole. L’objectif à l’horizon 2025 est de 2 000
emplois. » Les 25 entreprises de la
Serre embauchent. Mais combien
de Valenciennois ? Chez VSI Innovation, par exemple, sur les sept
employés, seul Anthony est originaire du secteur. Mais la plupart
des autres salariés ont décidé de
s’installer ici.
Créer des liens localement
Au fond d’une impasse, non loin,
Abderezak nettoie sa voiture à
l’aide d’un aspirateur. Ce trentenaire algérien est employé en intérim pour la sécurité incendie
du lieu. « C’est un beau bâtiment,
oui, mais j’y vais pour le travail et
ça s’arrête là », lâche-t-il en souriant. Il admet par ailleurs qu’il se
méfie de tout ce qui touche au
numérique. « En Algérie, dans ma
région, des jeunes se sont suicidés
à cause d’un jeu vidéo. Je ne veux
pas que mes enfants jouent à ça. »
La Serre compte pourtant sur le
jeu vidéo pour créer des liens avec
les habitants du quartier. Le « Gamelab » permet de tester des jeux
vidéo auprès d’utilisateurs potentiels. Les chercheurs ont ainsi travaillé avec une école basée à Ronchin, près de Lille.
Stéphane André, directeur de
Rubika, voudrait renouveler cette
expérience avec des écoles locales. « On aimerait vraiment que les
élèves de l’école soient des passeurs, qu’ils échangent autour de
leur projet, explique-t-il. Je pense
qu’on peut mieux faire, on a eu une
phase d’installation, maintenant
on doit partager. » Stéphane André souhaite par ailleurs mettre
en place un système de bourses
pour aider des étudiants du cru à
financer les 8 000 euros de frais
de scolarité annuels à Rubika.
Aristote, élève en troisième année à Supinfocom, la filière animation, est fier d’avoir pu participer à l’organisation de différents
événements. « On a déjà exposé
nos œuvres à la bibliothèque et au
Musée de Valenciennes, je me souviens d’un petit garçon qui était
comme un fou, il voulait tout
voir », raconte-t-il en souriant.
Pour des projets, les étudiants doivent par ailleurs souvent échanger avec des habitants ou des en-
« C’est un beau
bâtiment, oui,
mais j’y vais pour
le travail et
ça s’arrête là »
ABDEREZAK
employé en intérim
à la Serre numérique
treprises locales. Mais Odilon, de
la filière design, reconnaît que le
temps manque pour des projets
extrascolaires. « Il y a des jours où
on part le matin, il fait nuit, on rentre chez nous, il fait nuit. On s’investit beaucoup dans nos études,
et c’est vrai que ça laisse peu de
temps pour s’ouvrir, admet ce
jeune qui a fait le choix d’habiter
dans un immeuble à vocation intergénérationnelle. Pour le moment, on est surtout des étudiants,
mais d’autres habitants plus âgés
devraient s’installer. »
Du côté des élus et des responsables de la Serre, on l’admet volontiers, l’objectif initial de ce projet
n’était pas l’ouverture au grand
public. « L’intention première est la
création d’emplois », affirme EricDominique Deburge. « Cela
s’adresse à des professionnels qui
veulent concrétiser un projet, explique Mélissa Bourgeois, responsable de la Serre numérique auprès
de la CCI Grand Hainaut. On se
voulait complémentaire par rapport à des dispositifs déjà existants,
comme la Nouvelle forge avec son
fab lab, plus accessible. » La CCI
voudrait par ailleurs mettre en
place des créneaux fixes pour accueillir le grand public, le mercredi
ou le week-end par exemple.
Mais pour l’instant, certains estiment que les liens sont quand
même manquants, surtout
auprès d’un public parfois peu
sensibilisé au numérique. A quelques centaines de mètres de la
« On aimerait
que les élèves
de l’école soient
des passeurs,
qu’ils échangent
autour de leur
projet »
STÉPHANE ANDRÉ
directeur de Rubika
Serre se trouve la maison de quartier Beaujardin. Son directeur,
Jérémy Pommerolle, a pris les
choses en main avec d’autres acteurs locaux. « L’agglomération a
pris le parti de créer un pôle d’excellence, ils n’avaient pas besoin d’un
public. » Avec son équipe, et l’aide
de l’association Hors cadre, ils ont
monté un projet pour tourner
une vidéo au sein de la Serre.
Prothèses en 3D
« On a été très bien reçu, explique
Ilies Mahmmed, l’animateur qui a
encadré le projet. On a fait une
journée de préparation avec sept
jeunes, et ensuite on est allés tourner sur place. » Ayoub, 12 ans, faisait partie du projet : « On voulait
être renseigné sur ce qu’ils faisaient. » Mais Adam, lui, peine un
peu à se souvenir, il se concentrait
surtout sur le tournage. « Mais si,
l’interpelle Ayoub, rappelle-toi, ils
nous ont montré des prothèses
pour les dents imprimées en 3D ! »
Les collégiens ont rapporté en
souvenir un petit personnage de
Dark Vador rouge fabriqué par une
des imprimantes 3D de la Serre.
Dans le même temps, ils ont
fait, avec le comité d’usagers du
quartier et le conseil citoyen, une
enquête auprès des habitants.
« Avez-vous entendu parler de la
Serre numérique ? Qu’en savezvous ? Est-ce que vous pensez que
la Serre numérique donne de la valeur à votre quartier ? Etes-vous intéressé pour une future collaboration ? » Voilà les questions auxquelles les habitants du quartier
ont répondu, ainsi que d’autres,
sur leur usage du numérique. La
maison de quartier est en train de
restituer les informations collectées. « Nous allons proposer aux
différents acteurs de faire une table ronde au premier trimestre
2018 pour envisager des collaborations. » Pour Jérémy Pommerolle,
les habitants attendent des choses concrètes qui pourraient avoir
un impact sur leur quotidien :
comment s’approprier le numérique, par exemple.
En attendant, une nouvelle employée responsable du numérique a été embauchée à la maison
de quartier. C’est là que les habitants peuvent venir suivre une
formation informatique et pourront bientôt accéder à une borne
pour pouvoir imprimer des documents administratifs. p
caroline pain
26
|
0123
décryptage
DIMANCHE 31 DÉCEMBRE 2017 - LUNDI 1ER - MARDI 2 JANVIER 2018
L E R E N D E Z- V O U S D E L’ O R I E N TAT I O N
Lille, les effets de la transition digitale
La région accompagne l’émergence d’un écosystème numérique avec un vrai souci d’intégration locale
U
ne université unique
de 68 000 étudiants
depuis le 1er janvier
2018, des grandes écoles d’ingénieurs (IMT Lille Douai,
Centrale Lille…) et de commerce
(Edhec, Iéseg…) au rayonnement
international, sans oublier Sciences Po Lille. Troisième ville universitaire de France après Paris et
Lyon, la capitale des Flandres bénéficie aussi d’un écosystème dynamique sur lequel elle entend
s’appuyer pour former aux nouveaux métiers et amener la région à devenir une référence en
matière de numérique.
Plusieurs grandes entreprises
historiques ont en effet mené à
bien leur transition digitale, à
l’image de La Redoute qui a très tôt
misé sur les achats sur mobile, ou
de Leroy-Merlin qui s’est inscrit
dans le mouvement des makers
avec l’ouverture en avril 2017 d’un
gigantesque atelier collaboratif, le
TechShop. Parallèlement, d’autres
acteurs sont apparus, tel OVH, l’un
des leaders mondiaux de l’hébergement Internet : fondée en 1999,
l’entreprise implantée à Roubaix
compte aujourd’hui 2 000 salariés
et a lancé une vaste campagne de
recrutement : 1 000 personnes
en 2017, le double en 2018.
De plus, les pouvoirs publics
ont impulsé le développement de
pôles d’excellence autour du numérique. Créé en 2009, EuraTechnologies s’est donné « pour
mission d’accompagner la mutation d’un territoire qui a souffert
de désindustrialisation », rappelle
son directeur général, Raouti
Chehih. 100 projets par an sont
accompagnés dans ce lieu qui est
à la fois un hôtel d’entreprises, un
incubateur et un accélérateur de
start-up, situé au cœur des anciennes filatures Le Blan-Lafont.
Objectif affiché : recréer, grâce au
numérique, les 4 000 emplois
perdus dans le textile.
En 2015, ce sont les locaux de La
Redoute à Roubaix qui ont été réhabilités pour accueillir Blanchemaille, déclinaison d’EuraTechnologies spécialisée sur le e-commerce, tandis qu’un autre pôle
doit voir le jour en 2018 autour
de l’agriculture numérique (l’AgTech), dans la commune de
Willems, à la frontière belge. De
son côté, Plaine Images rassemble
des écoles, chercheurs, entreprises
et start-up autour des images numériques et des industries créatives (animation, jeu vidéo, marketing digital, réalité virtuelle…),
dans l’ancienne usine Vanoutryve
« Nous avons
pour mission
d’accompagner
la mutation
d’un territoire qui
a souffert de désindustrialisation »
RAOUTI CHEHIH
directeur d’EuraTechnologies
à Tourcoing. La philosophie est la
même : créer 3 000 emplois dans
la nouvelle économie d’ici à 2020,
là où 3 000 personnes travaillaient
sur des tissus d’ameublement.
Une myriade d’initiatives locales
Au-delà de l’objectif de développement économique, la plupart
de ces projets comportent une dimension sociale, dans une région peu favorisée : les Hauts-deFrance ont le plus important taux
de pauvreté de France métropolitaine après la Corse et un étudiant
sur trois est boursier dans l’académie. Soucieux de toucher des
populations éloignées du numérique, les différents acteurs mènent
des initiatives pour acculturer
celles-ci aux nouveaux outils. Et
ce, dès le plus jeune âge : EuraTech’Kids a initié 200 enfants de 6
à 12 ans à la robotique et la 3D depuis son lancement, en septembre 2017. Les ados, quant à eux,
peuvent participer à divers événements sur l’entrepreneuriat ou les
métiers du digital. Certains ciblent plus particulièrement les
filles, à l’instar de Numériqu’Elles :
organisée par IBM (en partenariat
avec OVH, Décathlon, Promod…),
cette opération s’adresse à des collégiennes et lycéennes de REP (réseau d’éducation prioritaire). A
partir de 18 ans, les ateliers Btech
prennent le relais à EuraTechnologies, en proposant une initiation
au code à une quarantaine de jeunes chaque année. A raison de
deux jours par mois pendant
deux mois, « l’objectif n’est pas de
former des experts mais de leur
donner un vernis numérique afin
de booster leur employabilité »,
précise Raouti Chehih.
« Alors que la plupart des jeunes
ont un usage essentiellement ludique du numérique, ces dispositifs
visent à faire connaître les nouveaux métiers et à repérer des appétences afin de construire des
parcours de formation, en lien notamment avec la Grande Ecole du
numérique », explique Olivier
Jastrzab, directeur adjoint de la
Mission locale de Lille. Parmi elles,
Pop School a formé 150 personnes
en deux ans, dont 30 % de décrocheurs universitaires de niveau
bac + 2 ou bac + 3 à Valenciennes,
Saint-Quentin, Lens, Maubeuge et
Saint-Omer. « Notre impact va audelà des personnes en formation,
estime sa présidente Florette
Eymenier. En envoyant des stagiaires dans les entreprises locales pour
développer leur site Internet ou
faire un peu de community management, nous contribuons à l’acculturation globale au numérique. »
C’est aussi ce que s’attache à faire
Pop Place, structure connexe d’innovation sociale qui a ouvert des
tiers-lieux, espaces de cotravail et
fab labs, à Valenciennes et SaintOmer, et a lancé en octobre 2017 le
programme « Beam me up », un
pré-incubateur de projets pour les
jeunes de 18 à 30 ans. Cependant,
malgré cette myriade d’initiatives,
le chemin reste encore long. « Il
faudra du temps pour former des
générations entières », reconnaît
Olivier Jastrzab. D’après la dernière
enquête de l’Insee, le numérique
ne représentait, fin 2014, que 2 %
de l’emploi salarié de la région. p
sophie blitman
LILLIAD
Pour sa seconde édition lilloise,
O21 s’installe à Lilliad, au cœur
du campus de Villeneuve-d’Acsq.
Inauguré en novembre 2017,
ce learning center est le fruit d’un
chantier de dix ans qui a donné
naissance à une des bibliothèques universitaires les plus
innovantes d’Europe : 12 000 m2,
100 000 documents, un vaste
espace dévolu à la valorisation
de la recherche (« Xperium »), un
centre de congrès avec deux amphithéâtres, une salle modulable
pour les expérimentations
pédagogiques (la salle Y)… et
2 000 prises électriques. Les trois
étages mélangent les espaces
et les ambiances. Mobilier épuré
sur fond blanc, bouquets de canapés rouges, chaises musicales,
coins détente et, surtout,
cinquante salles de travail, toutes
dotées d’un écran où connecter
ordinateur, téléphone ou
tablette. Majoritairement financé
par la région, le projet a coûté
35 millions d’euros. Il concentre
les trois grandes missions
de l’université : on y étudie,
recherche et diffuse le savoir.
O21 LILLE
GRANDE ÉCOLE D’INGÉNIEUR GÉNÉRALISTE À LILLE
OÙ ET QUAND ?
Vendredi 19 et samedi 20 janvier à Lilliad, sur le campus de
l’université à Villeneuve-d’Ascq
(2, avenue Jean-Perrin).
LES CONFÉRENCES
Entrée libre.
Inscription vivement recommandée, notamment pour les
ateliers, sur lemonde.fr/o21.
Pour les groupes, écrire à :
education-O21@lemonde.fr.
L’éducation nationale étant
partenaire de l’événement,
les lycées peuvent organiser
la venue de leurs élèves
durant le temps scolaire.
Entre les conférences, des
ateliers de découverte et
d’aide à la connaissance
de soi sont proposés.
JOURNÉES
PORTES
OUVERTES
03
17
FÉVRIER
MARS
2018
2018
10h > 17h
www.hei.fr
VOUS ÊTES UNIQUE,
VOS ÉTUDES LE SERONT AUSSI
VENDREDI 19 JANVIER
9 heures - 10 h 30
CHOISIR
Alors que la mutation numérique bouleverse des dizaines
de métiers, quelle voie
choisir ? A qui me fier pour
trouver une orientation
qui me corresponde ?
Avec : Sidonie Babron, cofondatrice d’Elan ; Georgette Dal,
université de Lille ; Sabine
Duhamel, université du littoral
côte d’Opale, à Dunkerque ;
Sylvie Delmer, université de Lille ;
Jin Hao Li, développeur ; Frédéric Kochman, clinique Lautréamont de Loos ; Juliette Maillard
Sobieski, Femmes ingénieures ;
Françoise Valla, Orange France ;
Boris Walbaum, Article 1.
11 h 30 - 13 heures
ANTICIPER
Dans un monde qui se transforme à toute vitesse, quelles
nouvelles compétences
faut-il acquérir ? Comment
se préparer au mieux ?
Avec : Philippe Berlan, La Redoute et Solidarcité ; Frédéric
Blin, Plaine Images à Tourcoing ;
Siegfried Delannoy, WeGravit ;
Florette Eymenier, Pop School ;
Clément Francomme, Utocat ;
Anne Lalou, directrice de la Web
School Factory ; Maxime Mularz,
professeur en lycée agricole et
fondateur de Hostabee ; Julien
Payen, ingénieur textile et Pierre
Guerreschi, chirurgien esthétique et plastique, tous les deux
à l’origine d’une nouvelle
technique de reconstruction
mammaire, qui utilise dentelle
et impression 3D ;
Xavier Vandendriessche,
université de Lille.
14 h 30 - 16 heures
SE FORMER
Faut-il plutôt apprendre
à apprendre ou devenir
spécialiste ? Quelles initiatives nouvelles suivre ?
Avec : Azad Bapir, étudiant
à Sciences Po ; Svenia Busson,
EdTech World Tour ; JeanCharles Cailliez, Université
catholique de Lille ; JeanChristophe Camart, université
de Lille ; Marlène Denis,
Epitech ; Nadine FoulonBelkacémi, Orange Nord ;
Anne Guillon, Edhec ; Pierre
Mathiot, Sciences Po Lille ;
Véronique Riffault, Institut Mines Telecom Lille Douai ; Julien
Roche, Lilliad ; Molly Schneider,
MIT France.
SAMEDI 20 JANVIER
9 h 30 - 11 heures
CRÉER
Face à l’automatisation
annoncée de nombreux
métiers, la créativité devient
une compétence cardinale.
Peut-on apprendre à être
créatif ? Et doit-on tous
le devenir ?
Avec : Alexia Audemar,
étudiante et serious game
designer ; Julien Champagne,
UX designer ; Emilie Chapuis,
strategy scenarist ; Emmanuel
Delamarre, Plaine Images ;
Céline Dubois-Duplan, Yncréa ;
Pierre Giorgini, Université
catholique de Lille ; Julien
Ignaszewski, TechShop Lille ;
Hélène Michel, Grenoble école
de management.
11 h 30 - 13 heures
OSER
A l’époque actuelle, il n’y a
plus grand-chose de sûr.
Cela vaut tout autant pour
les études que pour la suite.
D’entrepreneur à free-lance,
jusqu’où prendre des risques ?
Avec : Rami Abi Akl, Global
Startup Workshop du MIT ;
Nour Akbaraly, Les Nouveaux
Affineurs ; Robin Braem, concepteur de la trottinette-chariot
Maestra ; Damien Cavaillès,
WeLoveDevs.com ; Raouti
Chehih, EuraTechnologies ;
Frédérique Grigolato, Click and
Walk ; Frédéric Motte, Medef
de Lille et des Hauts-de-France ;
Jasmine et Flavie Seren-Rosso,
cofondatrices de The Boston
Club.
14 h 30 - 16 heures
SE RÉALISER
La jeune génération annonce
privilégier les métiers qui
donnent du sens. Est-ce une
utopie ? Comment se réaliser
dans le monde du travail ?
Avec : Gérard Bellet, Jean
Bouteille, Clément Dazin,
gymnaste, danseur, jongleur ;
Jean-Christophe Levassor, La
Condition publique (Roubaix) ;
Philippe Liger-Belair, Sciences
Po Lille ; Hubert Motte, La vie
est Belt ; Julien Pilette, Gecco
et Signes de sens ; Inès Seddiki,
Axa et Ghett’up ; Bastien Sibille,
Groupe Pop ; Agathe
Vanhaverbeke, Enactus.
Onze associations partenaires
accompagnent O21 et contribuent à la richesse des débats :
APM, Article 1, Ashoka,
Enactus, Femmes ingénieures,
France digitale, Initiative
France, l’Institut de l’engagement, Les Entretiens
de l’excellence, Pépite France
et Ticket for Change.
0123
décryptage
DIMANCHE 31 DÉCEMBRE 2017 - LUNDI 1ER - MARDI 2 JANVIER 2018
Jasmine et Flavie SerenRosso, fondatrices de la
start-up The Boston Club
proposer des jeux de textures variées,
elles font appel à des chercheurs de
l’école d’ingénieurs agroalimentaires
UniLaSalle, à Beauvais, pour allonger la
durée de conservation de leurs biscuits.
« Nous avons eu la chance de travailler
avec ces experts, pendant un an, sur
de la recherche et développement », se
réjouit Flavie, qui n’a jamais pu passer
le CAP pâtisserie après son école
de commerce, déjà trop âgée pour trouver un apprentissage dans la région.
Comme dans le domaine du luxe
qu’elle connaît bien, la chef a imaginé
un biscuit « Signature », le produit phare
de la marque. Une base moelleuse, sur
laquelle elle pose un fondant au chocolat
noir et bio 70 % de cacao, qu’elle coiffe
d’un biscuit très fin et très croquant.
Les parfums suivront le fil des voyages
et des saisons. Au programme : citron
et cardamome, cerise noire et amande
amère, datte et noix de coco… p
léa iribarnegaray
Si l’on tape son nom sur Google – JeanChristophe Levassor –, le premier résultat référencé est une interview de lui
sur le site de HEC. Diplômé de la grande
école de commerce en 2004, JeanChristophe Levassor affiche une carrière
brillante et fulgurante, mais dans
la culture. Après une expérience dans
la production au Théâtre national
de Chaillot, il devient administrateur du
Centre dramatique national de Nancy à
tout juste 25 ans, avant d’entrer au ministère de la culture en tant que chef du bureau du secteur audiovisuel public. Deux
ans plus tard, il prend la casquette de
directeur de la culture de la métropole
européenne de Lille. Une succession
de postes importants et passionnants,
certes, « sauf qu’il manquait un truc ».
« Le truc » se définit par l’envie de
s’ancrer dans un territoire. De jouer un
rôle « plus incarné ». Jean-Christophe
Levassor choisit alors La Condition publique, sorte de « laboratoire créatif » à
Roubaix, dont il est le directeur depuis
2016. Implanté dans le quartier ouvrier
de la ville la plus pauvre de France,
il n’a pas fait dans la dentelle en termes
de « territoire » : si plus de la moitié de
la population a moins de 30 ans et vit
sous le seuil de pauvreté, la matière
à explorer révèle une grande richesse,
avec un engagement associatif très fort.
Entre deux maisons typiques en briques, La Condition publique, anciennement utilisée pour le conditionnement
des matières textiles, ressemble à une
énorme friche industrielle.
Jean-Christophe Levassor tente d’y
façonner « une ruche, un pôle de développement, un outil partagé ». Il expérimente de nouveaux croisements, incarne lui-même ce carrefour entre
enjeux sociaux, culturels, urbains.
« D’habitude, le directeur d’un établissement culturel en est le directeur artistique.
PASCALINE CHOMBARD
«Un lieu pour se détacher d’une
consommation passive de la culture»
Jean-Christophe Levassor,
directeur du laboratoire
de création La Condition
publique, à Roubaix
Moi, je ne cherche pas la verticalité,
j’accepte de lâcher prise. Chacun doit pouvoir s’emparer du projet et apprivoiser
le lieu », explique-t-il. Ainsi, une partie
de l’activité est tournée vers la traditionnelle programmation culturelle, une
autre vers la construction de programmes d’innovation sociale et d’accompagnement pour des associations, entreprises et autres collectifs indépendants.
Résultat ? Un potager pédagogique posé
sur le toit, des ateliers de bricolage ou
d’écriture, de la sérigraphie côté fab lab…
« Une multitude de petites choses font
tomber les barrières et permettent de
se détacher d’une consommation passive
de la culture », se félicite Jean-Christophe
Levassor. Pour que chacun trouve
sa porte d’entrée, sans avoir fait HEC. p
léa iribarnegaray
Il tisse sa toile pour ne pas marcher seul sur son fil.
Chirurgien plasticien, Pierre Guerreschi soigne
les patients au CHRU de Lille, enseigne à la faculté
de médecine et fait de la recherche. Une triple
mission assez courante pour un médecin hospitalouniversitaire, mais sa spécialité reste l’une des plus
récentes : elle n’a émergé qu’après la seconde guerre
mondiale et son lot de « gueules cassées ». L’une
des plus petites aussi : elle compte 1 000 membres,
dont une quarantaine d’hospitalo-universitaires
travaillant en CHRU, loin de l’exercice en ville
de la chirurgie esthétique. « C’est ce côté agile et
encore neuf qui m’a donné le goût pour ce métier.
Je savais d’emblée qu’il serait possible d’innover »,
raconte Pierre Guerreschi, qui tresse son maillage
en le liant à l’histoire textile du Nord.
Grâce au pôle de compétitivité UP-tex, installé
entre Roubaix et Tourcoing, le chirurgien plastique
rencontre notamment un ingénieur textile, Julien
Payen, afin de progresser sur la reconstruction
mammaire. Si de nombreuses techniques existent
déjà dans le domaine, aucune n’est totalement aboutie : soit on pose un corps étranger – une prothèse
en silicone –, soit on transfère du tissu de la patiente,
mais en plusieurs interventions lourdes et répétitives. « Nous avons cherché à apporter de manière simple, en une seule fois, sans corps étranger, un volume
suffisant de tissu graisseux », explique le chirurgien.
La création s’appelle Mat(t)isse. Une coque imprimée
en 3D, constituée d’un matériau résorbable, forme
un bio-incubateur. On y place une petite quantité
de tissu adipeux : celui-ci va grossir pour remplir
finalement la cage qui, elle, disparaîtra au bout de
six mois. Clin d’œil régional, renouveau d’un métier
ancestral, c’est une dentelle de Calais qui sert de socle à la coque, son maillage désordonné permettant
une meilleure accroche des cellules.
Avant sa commercialisation par l’intermédiaire
de la start-up Lattice Medical, Mat(t)isse nécessite
POLLEN-AM
Au téléphone, difficile de suivre la
conversation, tant ces deux-là ont un
timbre de voix similaire. Ça fuse et on
ne sait jamais vraiment qui parle.
Nos interviewées sont sœurs. Jasmine
Seren-Rosso, 29 ans. Flavie Seren-Rosso,
26 ans. Diplômée de l’Iéseg, école
de commerce à Lille, l’aînée travaille
dans l’industrie avant de reprendre un
cursus d’ingénieurs à Centrale Paris.
La cadette intègre elle aussi une école
de commerce, Skema, sur le campus de
Sophia Antipolis. Résultat, malgré leurs
trois années d’écart, elles terminent
leurs études au même moment et peuvent se lancer dans un projet commun.
Ayant baigné dans un milieu d’entrepreneurs, les sœurs Seren-Rosso partagent l’envie de créer une start-up
autour de leurs passions respectives
– le dessin pour Jasmine, la pâtisserie
pour Flavie. L’une et l’autre voyagent
énormément. Jasmine a vécu quatre
ans à l’étranger : en Chine, aux EtatsUnis, en Inde, en Australie. Flavie s’est
installée en Norvège, puis en Chine, et a
fini par un double diplôme en Caroline
du Nord, dans le management du luxe à
l’international. Jolie drôlerie, elles sont
aujourd’hui de retour au bercail, chez
les parents, dans la commune de SaintFuscien (Somme), près d’Amiens. Mille
âmes au compteur. « J’ai travaillé dans
une société au bord du dépôt de bilan
en Picardie. Ça m’a beaucoup marquée.
De nombreuses usines ferment ici.
On voulait aussi revenir pour tenter
de participer à la création d’emplois
dans la région », raconte Jasmine.
Inspirées par l’engouement chinois
pour la pâtisserie française, les sœurs
inventent The Boston Club, une box
de biscuits bio et bons, dont la première
sera commercialisée fin janvier. Avec
un positionnement haut de gamme,
c’est Jasmine qui dessine chacun
des étuis et Flavie qui élabore chacune
des recettes. Refusant d’ajouter conservateurs ou colorants, mais souhaitant
27
« On ne peut réussir qu’en créant
localement des synergies »
THE BOSTON CLUB
«On voulait revenir pour participer
à la création d’emplois dans la région»
|
Pierre Guerreschi, chirurgien
plasticien au CHRU de Lille, créateur
de la bioprothèse Mat(t)isse
encore une année d’expérimentation animale,
avant un essai clinique. « On travaille désormais
avec des chimistes, des ingénieurs et même des designers. On ne peut réussir qu’en créant localement
des synergies, souligne Pierre Guerreschi, qui se dit
incapable d’innover sans transversalité. Contrairement à un chirurgien cardiaque qui n’opère que
le cœur, nous n’avons pas d’organe “à nous”. »
L’artisan de 39 ans poursuit donc son cousu main
arachnéen. Il travaille notamment avec ses collègues ORL pour transposer la technique de la
reconstruction du sein à la membrane du tympan
et au pavillon de l’oreille. p
l. ir.
28 | disparitions
Evgueni Avrorine
Physicien russe
Premier essai expérimental
Sur le site du « KB-11 » implanté
en 1947 non loin de la ville de Sarov, dans la région de Nijni-Novgorod, à moins de 500 kilomètres de Moscou, et demeuré
connu sous le nom de code d’Arzamas-16 jusqu’à la chute de
l’URSS, Avrorine participa au développement de la première
bombe H soviétique (RDS-37) testée dès novembre 1955. Il travaillait alors sous la direction
d’Igor Kourtchatov, père du programme soviétique, en compagnie du futur Prix Nobel de la
paix, Andreï Sakharov.
La même année, en 1955, il est
cependant transféré dans le second centre nucléaire de recherche du Vnieff qui vient tout juste
de voir le jour, à Snejinsk, ex-Tcheliabinsk-70, au sud de l’Oural. Une
autre « ZATO » (Zakrytye administrativno-territorialnye obrazovaniïa), autrement dit une ville fermée qui ne figurait sur aucune
carte, et dont les accès étaient restreints. Le physicien, qui y passa
la majeure partie de sa vie et fit
même partie des députés locaux,
devrait y être aussi inhumé.
C’est d’ici, sous sa direction
et celle de Iouri Romanov,
qu’en 1957 fut conçu puis fait, sur
Ng Ectpgv
Xqu itcpfu fixfipgogpvu
Pckuucpegu. dcrv‒ogu. octkcigu
Cxku fg ffieflu. tgogtekgogpvu.
oguugu cppkxgtucktgu
Eqnnqswgu. eqphfitgpegu.
rqtvgu/qwxgtvgu. ukipcvwtgu
D
ans le cercle des physiciens russes qui mirent fin dans les années 1950-1960 au
monopole des Etats-Unis sur les
armes nucléaires, Evgueni Nikolaievitch Avrorine, décédé le 9 janvier à l’âge de 85 ans, à Tcheliabinsk, dans la région de l’Oural,
reste sans doute l’un des moins
connus, tout en ayant été l’un de
ses principaux artisans. De dix
ans le cadet d’Andreï Sakharov, il a
travaillé toute sa vie dans ce qu’il
est convenu d’appeler aujourd’hui
l’Institut panrusse de recherche
scientifique en physique expérimentale (Vniief), le saint des
saints du nucléaire soviétique.
Né en juillet 1932, à Leningrad,
d’un père géographe et fondateur
du jardin botanique le plus septentrional du monde sur la péninsule
de Kola, tout au nord de la Russie,
Evgueni Avrorine a, sitôt ses études achevées, commencé à travailler au « KB-11 », le bureau de
conception de « Tsar Bomba ».
Ainsi nommée par les Américains,
la bombe nucléaire soviétique,
d’une puissance de 58 mégatonnes équivalente à 3 600 Hiroshima, explosa le 30 octobre 1961 suspendue à un parachute au-dessus de l’archipel de la
Nouvelle-Zemble, dans l’Arctique,
provoquant un champignon
nuageux de 67 kilomètres de haut
et 95 kilomètres de diamètre.
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Uqwvgpcpegu fg ofioqktg. vjflugu
Juillet 1932 Naissance
à Leningrad
Années 1950 Participe au
développement de la première bombe H soviétique
1985-2007 Dirige l’Institut
panrusse de recherche
scientifique en physique
expérimentale
2009 Rejoint le mouvement Pugwash
9 janvier 2018 Mort à
Tcheliabinsk (Oural)
Rqwt vqwvg kphqtocvkqp Ectpgv <
23 79 4: 4: 4:
23 79 4: 43 58
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AU CARNET DU «MONDE»
Décès
un site du ministère de la défense
soviétique dans l’archipel de Nouvelle-Zemble, le premier essai expérimental destiné à mesurer les
effets sur les matériaux dans les
conditions extrêmes d’une explosion nucléaire. Ces recherches seront à la base de son doctorat obtenu en 1974. Puis, de 1985 à 2007,
il prendra les commandes de
l’institut, dont il restera le dirigeant honoraire jusqu’à sa mort.
Bardé de décorations, auteur de
215 ouvrages scientifiques, membre de la prestigieuse Académie
des sciences avant de faire partie
des conseils scientifiques rattachés à la présidence russe, sous
Boris Eltsine, comme sous Vladimir Poutine, Evgueni Avrovrine
ne suivra pas les traces de son
aîné Andreï Sakharov en faveur
des droits de l’homme, des libertés civiles et de la réforme de
l’Union soviétique. Il s’orientera
vers le nucléaire à des fins civiles
et ce n’est que tardivement, à
partir de 2009, qu’il rejoindra le
Mouvement Pugwash, qui rassemble des personnalités universitaires et politiques, animées
par la volonté de réduire les dangers des conflits armés.
Fondé en 1957 en pleine guerre
froide, ce mouvement né à Pugwash, au Canada, faisait suite au
manifeste Russell-Einstein qui
appelait les scientifiques à se réunir pour débattre des dangers des
armes de destruction massive.
A l’époque, tandis que l’URSS menait à bien ses premiers essais nucléaires, trois représentants
avaient été dépêchés par Moscou.
Mais, plus tard, Pugwash, qui se
verra attribuer le prix Nobel de la
paix en 1995, contribuera à mettre en place les traités d’interdiction des essais nucléaires et de
non-prolifération, et Mikhaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant soviétique, admit par la suite l’influence que l’organisation avait
eue sur lui. Evgueni Avrorine
présidera la section du mouvement à Snejinsk jusqu’en 2014. p
isabelle mandraud
Michel Barrot,
son mari,
Marc et Adrien Barrot,
ses ils,
Laurent Perahia,
son frère,
Esther, Ariel, Lucile, David, Gabriel,
Judith et Naomi,
ses petits-enfants,
ont la douleur de faire part du décès de
Colette BARROT,
née EICHISKY,
survenu le 9 janvier 2018,
à l’âge de quatre-vingt-sept ans.
Sociologue du travail, fondatrice
de l’association Tremplin, elle a joué
un rôle pionnier en faveur de l’emploi des
personnes handicapées. Son intérêt profond
pour les autres et la vivacité de son
intelligence ont marqué tous ceux qui
l’ont connue.
Les obsèques auront lieu vendredi
18 janvier, à 11 heures, au cimetière
parisien de Bagneux (entrée principale).
Frédéric, Isabelle et Fabrice,
son ils, sa ille et son petit-ils,
ont le chagrin d’annoncer la disparition,
à la veille de ses quatre-vingt-quinze ans,
de
Laurence BÉNOLIEL,
née FRANCESCHI.
L’inhumation a eu lieu dans l’intimité
au cimetière du Montparnasse, Paris 14e.
Sa mémoire sera évoquée lors d’une
messe célébrée le dimanche 21 janvier
2018, à 11 heures, en la cathédrale SaintLouis des Invalides.
Léa et Théo,
ont perdu leur maman,
Rosalie, Clarisse, Gaston, Louison,
Valentine et Gloria,
ont perdu leur Mina,
Sophie et Antoine,
partagent leur chagrin.
Norma BONILLA
nous a quittés.
La cérémonie aura lieu le jeudi
18 janvier 2018, à 12 heures,
au crématorium du cimetière du PèreLachaise, Paris 20e.
Bruno, Isaline, Aleth,
ses enfants,
Catherine, Jean, Jacques,
sa belle-ille et ses gendres,
Marie, Gabrielle, Jean,
Emma, Sacha, Adrien,
ses petits-enfants,
ont la tristesse de faire part du décès de
Janine BUISSON,
née RIPERT,
survenu le 11 janvier 2018,
à l’âge de quatre-vingt-dix ans.
Une cérémonie religieuse sera célébrée
le mardi 16 janvier, à 10 h 30, en l’église
Saint-Joseph-des-Quatre-Routes, 182, rue
du Ménil, à Asnières (Hauts-de-Seine).
0123
Les Unes du Monde
Encyclopédie
Universalis
www.lemonde.
Nouvelle édition
Tome 2-Histoire
fr
RETROUVEZ L’INTÉGRALITÉ
DES « UNES » DU MONDE
En plus du « Monde
---
Jeudi 22 janvier
Uniquement en
»
France métropolitaine
2009
Fondateur : Hubert
Le nouveau président
américain a demandé
la suspension des audiences
Beuve-Méry - Directeur
: Eric Fottorino
à Guantanamo
Barack et Michelle
Obama, à pied sur
Pennsylvania Avenue,
mardi 20 janvier,
WASHINGTON
se dirigent vers
la Maison Blanche.
CORRESPONDANTE
montré. Une nouvelle
DOUG MILLS/POOL/REUTERS
génération s’est insevant la foule la
tallée à la tête de
a Les carnets
plus considérable
l’Amérique.
qui ait jamais été
transformation a commencé. Une ère de Angélique Kidjo,d’une chanteuse.
a Le grand jour.
réunie sur le Mall
née au Bénin, a chanté
Les
national de Washington,
Des rives
aux Etats-Unis pendant
la liesse ; les ambitions cérémonies ;
a Feuille de route.
Barack lantique, du Pacifique à celles de l’At- de
la campagne
Obama a prononcé,
« La grandeur
Barack
toute
la première décision d’un rassembleur ; n’est jamais
mardi 20 janvier,
un dû. Elle doit se
discours d’investiture
un sur le moment l’Amérique s’est arrêtée pendant Obama en 2008, et de nouveau
de la nouvelle
mériter. (…)
administration: la
les festivités de l’investiture,
qu’elle était en train
Avec espoir et vertu,
suspension
force d’invoquer presque modeste. A vivre : l’accession
bravons une fois
de
pendant cent vingt
Abraham Lincoln,
de plus les courants
au poste de comman- du 18 au 20 janvier. Pour Le Monde,
jours des audiences
Martin Luther King
glacials et endurons
dant en chef des
elle
raconte : les cérémonies,
de Guantanamo.
ou John Kennedy,
les tempêtes à venir.
Pages 6-7 et l’éditorial
les rencontres
avait lui même placé
il l’arme nucléaire, armées, responsable de – elle a
» Traduction intégrale
croisé
page 2
la barre très haut.
du discours inaugural
e
discours ne passera
Le cain-américain d’un jeune sénateur afri- le chanteur l’actrice Lauren Bacall,
a It’s the economy...
probablement pas
de 47 ans.
Harry Belafonte…
des Etats-Unis. Page du 44 président
à la
postérité, mais il fera
Il
et l’écono- velle
miste Alan Greenspan.
date pour ce qu’il
équipe beaucoup faudra à la nou- a Bourbier irakien.18
Lire la suite page
a
d’imagination
6 la taraude : qu’est-ce Une question
Barack Obama
pour sortir de la tourmente
a promis de retirer
que cet événement
Corine Lesnes
toutes
financière
va changer pour l’Afrique
et économique qui
de combat américaines les troupes
secoue la planète.
? Page 3
d’Irak d’ici
Breakingviews
à mai 2010. Trop
page 13
rapide,
hauts gradés de l’armée. estiment les
D
Education
UK price £ 1,40
ET RECEVEZ CELLE DE
VO
VOTRE
CHOIX, ENCADRÉE
65e Année - N˚19904
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métropolitaine
L’investiture de Bar
ack Obama
Premières mesures
L’avenir de
Xavier Darcos
« Mission
Ruines, pleurs et deuil
dans Gaza dévastée :
terminée » :
le ministre de l’éducation
REPORTAGE
ne cache pas qu’il
se
GAZA
considérera bientôt
ENVOYÉ SPÉCIAL
disponibilité pour en
ans les rues de Jabaliya,
d’autres
les
tâches. L’historien
enfants ont trouvé
un
de l’éducation Claude
veau divertissement. nouIls collectionnent les éclats
Lelièvre explique
missiles. Ils déterrent d’obus et de
comment la rupture
du sable des
morceaux d’une
s’est
fibre compacte
faite entre les enseignants
qui s’enflamment
immédiatement
et Xavier Darcos.
au contact de l’air
Page 10
et qu’ils tentent
Automobile
Fiat : objectif
Chrysler
Au bord de la faillite
il y a quelques semaines,
l’Américain Chrysler
négocie l’entrée du
constructeur italien
dans son capital, Fiat
à hauteur
de 35 %. L’Italie se
réjouit
de cette bonne nouvelle
pour l’économie nationale.
Chrysler, de son côté,
aura
accès à une technologie
plus innovante. Page
12
Algérie 80 DA, Allemagne
2,00 ¤, Antilles-Guyane
Enquête page 19
Bonus
Les banquiers
ont cédé
Nicolas Sarkozy a
obtenu
des dirigeants des
banques
françaises qu’ils renoncent
à la « part variable
de leur rémunération
».
En contrepartie,
les banques pourront
bénéficier d’une aide
de l’Etat de 10,5 milliards
d’euros. Montant
équivalent à celle
accordée
fin 2008. Page 14
D
difficilement d’éteindre
avec leurs
pieds. « C’est du phosphore.
Regardez comme ça brûle.
»
Surlesmursdecette
rue, des tra- boutique.
cesnoirâtressont visibles.Les
Le
bom- victime, âgée père de la septième
bes ont projeté partout
de 16 ans, ne décolèchimique qui a incendié ce produit re pas. « Dites bien
aux dirigeants
une petite des nations
fabrique de papier.
occidentales
«
mière foisque je voiscela C’est la pre- innocents sont morts que ces sept
huit ans d’occupation après trente- Qu’ici, il n’y a jamais pour rien.
eu de tirs de
israélienne », roquettes.
s’exclame Mohammed
Que c’est un
bo. Dans son costume Abed Rab- nel. Que les Israéliens acte crimi- La parution
nous en
trois pièces, nent
cette figure du quartier
la preuve, puisqu’ils don- de deux textes
porte le veillent
surinédits
deuil. Six membres
de sa famille Rehbi tout depuis le ciel », enrage de Roland Barthes,
ont été fauchés
Hussein Heid.
par
devant un magasin, une bombe mains, il tient une Entre ses mort en 1980, enflamme
le 10 janvier. papier
feuille de le cercle
Ils étaient venus s’approvisionner
de ses disciples.
avec tous les
morts et des blessés, noms des Le demi-frère
pendant les trois
de
heures de trêve
ainsi que leur
âge, qu’il énumère
décrétées par Israël
à plusieurs l’écrivain, qui en a autorisé
pour permet- reprises,
tre aux Gazaouis de
comme pour se persua- la publication,
souffler.
essuie
der qu’ils sont bien
Le cratère de la bombe
morts.
les foudres de l’ancien
est toujours là. Des éclats
Michel Bôle-Richard
ont constellé le
éditeur de Barthes,
mur et le rideau métallique
Lire la suite page
de la
5 François Wahl.
27 000 profs partiront
chaque année
à la retraite, d’ici à
2012.
et Débats page 17
Cet avis tient lieu de faire-part.
Catherine Calmet Rebérioux
Olivier Calmet,
ses enfants,
Vincent Rebérioux
et Elisabeth Petro Calmet,
ses gendre et belle-ille,
Clément, Martin, Valentine, Quentin,
ses petits-enfants,
Jade, Emma et Liam,
ses arrière-petits-enfants,
Sa famille,
Ses amis,
ont la tristesse d’annoncer le décès de
Janine CALMET,
Edition
Barthes,
la polémique
Le livre-enquête incontournable
pour alimenter le débat
sur l’avenir de l’école.
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F CFA,
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¤,
2,00 ¤, Autriche 2,00
L’inhumation aura lieu le mercredi
17 janvier, à 11 h 30, à Mens (Isère).
Page 20
oficier
dans l’ordre des Palmes académiques,
survenu le mercredi 10 janvier 2018,
à Créteil,
à l’âge de quatre-vingt-six ans.
RENDEZ-VOUS SUR www.lemonde.fr/boutique
Ses obsèques auront lieu au crématorium
de Valenton (Val-de-Marne), le mercredi
17 janvier, à 11 heures.
Michèle Pollak-Cornillot,
son épouse,
Jean-Denis, Henry et Alexis,
ses enfants,
Alexandre, Delphine, Guillaume,
ses beaux-enfants,
Cécile, Sandrine,
ses belles-illes,
Thomas, Marion, Chloé, Sophie,
ses petits-enfants,
Maxime, Emil, Kaya, Léa, Nathan,
Mahoe, Rose, Theo, Juliette,
ses petits-beaux-enfants,
Anne, Marie,
ses sœurs
Et toute sa famille,
ont la grande tristesse de faire part du
décès de
Pierre CORNILLOT,
professeur de médecine,
ancien doyen fondateur
de la Faculté de Bobigny,
ancien président
de l’université Paris XIII Villetaneuse,
Michèle Leuilliot, née Fischmann,
Anne Leuilliot,
Michèle et Pierre Ubrich,
Antoine et Aude,
Pierre Leuilliot,
Loïc,
Orphélie Hun,
Julien et Coraline
Janine Leuilliot,
Les familles Vignard, Walberg, Saloin,
Les amis Hugoliens, Aragoniens,
Tous les autres,
ont la tristesse de faire part de la mort de
Bernard LEUILLIOT,
survenue le 11 janvier 2018, à Paris.
La cérémonie aura lieu au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise (métro, bus,
Place Gambetta), Paris 20e, le 20 janvier,
à 10 h 15.
survenu à Paris, le 10 janvier 2018,
à l’âge de quatre-vingt-six ans.
Le Département de Philosophie de
l’université Paris 8
La cérémonie religieuse sera célébrée
le jeudi 18 janvier 2018 à 14 h 30, en
l’église de l’Arche d’Alliance, Paris 15e,
suivie de l’inhumation le même jour,
à 16 h 30, au cimetière de Sèvres.
a la tristesse d’apprendre le décès de l’une
de ses igures emblématiques,
31, rue Censier,
75005 Paris.
Fabienne et Jean-Marc,
ses enfants,
Louis, Éléonore, Valentin, Nessim
et Hugo,
ses petits-enfants,
Félix et Adèle,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse de faire part du décès de
Rémi DALL’AVA,
diplomate, poète,
survenu le 10 janvier 2018,
dans sa quatre-vingt-septième année.
Il nous a demandé de dire merci à tous
les siens, ainsi qu’à toutes les personnes
avec lesquelles la vie lui a offert de
partager.
Une messe à sa mémoire sera célébrée
le samedi 10 février, à 12 heures,
en l’église Saint-Léon, 1, place du Cardinal
Amette, Paris 15e .
La Baule. Saint-Nazaire.
Sucé-sur-Erdre. Calorguen. Rennes.
Ris-Orangis.
Mme Jacqueline Desdevises,
née Choquet,
son épouse,
Yves Desdevises et Muriel Bourrain,
Claire et Yann Lavoué- Desdevises,
ses enfants,
Malo, Gwénaël et Alice,
ses petits-enfants,
Jean-François (†)
et Andrée Desdevises,
Pol (†) et Jacqueline Desdevises,
Yvon et Marie-Clet Desdevises,
ses frères et belles-sœurs,
Les familles Choquet, Foy,
Ses neveux, nièces,
Ses petits-neveux et petites-nièces,
ont la tristesse de faire part du décès de
M. Alain DESDEVISES,
oficier
dans l’ordre des Palmes académiques,
président honoraire
de l’Ecole nationale supérieure de chimie
de Rennes,
survenu le 11 janvier 2018,
à l’âge de quatre-vingt-trois ans.
Les obsèques auront lieu le mardi
16 janvier, à 15 heures, en l’église du
Sacré-Cœur de Ris-Orangis (Essonne).
Famille Desdevises.
Jacques Hochmann,
son époux,
Michel et Frédérique Hochmann,
Jean-Pierre Hochmann
et Agnès Magne-Hochmann,
Marie-Hélène
et Jean-Michel Bourquin,
ses enfants,
Maryline et Nicolas Jacob,
Fanny Hochmann, Yvonne Hochmann,
Cécile Bourquin, Georges Hochmann,
Antonin Bourquin, Louis Hochmann,
François Hochmann, Samuel HochmannPralong,
ses petits-enfants,
ont la tristesse de faire part de la disparition
de
Colette HOCHMANN,
née MARTIN,
le 12 janvier 2018,
dans sa quatre-vingt-troisième année.
15, rue Saint-Paul,
69005 Lyon.
Pierre Chevalier et Sara Marquet,
ses neveux,
font part du décès de
Jacques LE MARQUET,
survenu à Paris, le 30 décembre 2017.
Selon ses dernières volontés,
son corps a été incinéré dans l’intimité,
le mardi 9 décembre 2018, au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise,
Paris 20e.
pchevalier@statim-rh.fr
saramarquet@yahoo.fr
Cyrille MARTIN,
dit Kyril RYJIK.
Il y a développé un enseignement
original sur l’écriture et la pensée chinoises
dont ont bénéficié des générations
d’étudiants et dont les principes et les
applications sont rassemblées dans L’idiot
chinois, devenu un ouvrage de référence.
Bordeaux.
Mme Françoise Mulliez,
son épouse,
Stéphane Mulliez,
David Mulliez-Portois,
Florentine et Stéphane Mulliez-Lescs,
Pierre et Claire Mulliez-Rigal,
Benjamin Mulliez
et Johanne Languille,
ses enfants et leurs conjoints,
Marie-Louise, Rosalie, Madeleine,
Joséphine, Basile, Chloé, Mina, Ticha,
Panpi, Zéphyr et Aguirre,
ses petits-enfants,
Mme Christiane Bouchon,
Les familles Mulliez-Lestienne
et Portois-Delbecque,
font part du décès de
M. Michel MULLIEZ,
dans sa quatre-vingt-dix-septième année.
La cérémonie religieuse sera célébrée
le jeudi 18 janvier 2018, à 10 heures,
en l’église Saint-Armand de Bordeaux
Caudéran, suivie de la crémation au
crématorium de Mérignac, dans l’intimité
familiale.
Michel Langlois,
son compagnon,
Ses amis de France et du Québec,
ont la tristesse d’annoncer le décès de
Mieres SANCHEZ,
« Mimi ».
Ses obsèques auront lieu le 18 janvier
2018, à 16 h 30, au crématorium du
cimetière du Père-Lachaise, Paris 20e.
Le département de philosophie,
L’association des étudiants haïtiens
Et le Parcours Caraïbe
des masters philosophie et littérature
de l’université Paris 8,
expriment leur peine immense
de perdre leur meilleur et plus infatigable
ami,
Etienne TASSIN,
professeur de l’université Paris 7.
(Le Monde du 13 janvier.)
Georges VERDIANI,
psychiatre et psychanalyste,
s’est éteint à Marseille,
le 9 janvier 2018,
dans sa soixante-seizième année.
Il a vécu, il a aimé, il a aidé, il a lutté.
Son épouse,
Ses enfants,
Ses belles-illes,
Ses petits-enfants,
Son ex-épouse,
Ses cousins
Et ses nombreux amis,
le gardent pour toujours dans leur coeur.
Marie-Thérèse,
sa femme,
Jean-Baptiste et Catherine,
Anne et Luc,
Bénédicte et Philippe,
Marie-Hélène et Alain,
ses enfants et leurs conjoints,
Pauline, Louis, Iris, Martin, Noé, Jules,
Henri, Céleste, Zélie, Flore
ses petits-enfants,
Ses parents et amis,
partagent le chagrin du départ de
René VERLHAC,
X 56,
architecte,
survenu le 12 janvier 2018,
dans sa quatre-vingt-deuxième année.
Les obsèques seront célébrées le
vendredi 19 janvier, à 9 h 45, en l’église
Saint-Martin Saint-Laurent d’Orsay
(Essonne).
« Adôn, vers qui irions-nous ?
Les paroles de la vie en pérennité
tu les as. »
(Jean 6-68).
« Ce qui fait le bonheur de l’existence
c’est l’amour ».
Julien Le Bonheur
Et sa famille,
ont la tristesse de faire part du décès de
Mme Pierrette RENON,
née JULIEN,
le 22 décembre 2017.
Par volonté de la défunte, l’inhumation
aura lieu en terrain commun, au cimetière
parisien de Thiais (division 58), mardi
16 janvier 2018, à 15 h 30.
Pas de leurs.
Dons à Bibliothèques sans Frontières.
Paris.
Mme Sonia Sariel,
Mme Martine Sallaud,
M. Mathias Sariel,
Mlle Camille Lellouche,
M. Maxime Lellouche,
M. Jean Sallaud,
Mme Marie-Thérèse Seguin,
ont la douleur et le chagrin de faire part
du décès de leur père, grand-père, frère...,
de
M. Yvon SALLAUD,
survenu le 10 janvier 2018, à Paris,
à l’âge de quatre-vingt-douze ans,
des suites d’une longue maladie.
La cérémonie religieuse se tiendra
en l’église Sainte-Anne, Paris 13e, le mardi
16 janvier, à 10 h 30.
Il sera inhumé au cimetière parisien
de Bagneux, à 12 heures.
Remerciements
Ses enfants
Et ses petits-enfants,
profondément touchés des marques
de sympathie que vous leur avez
témoignées, lors du décès de
Madeleine HUSSON,
vous remercient de vous être associés
à leur peine par votre présence,
vos messages, vos pensées et vos prières.
Avis de messe
En souvenir de
Odile SABADIE,
chevalier de l’ordre national du Mérite,
commandeur
dans l’ordre des Palmes académiques,
décédée le 19 décembre 2017, à Paris
et inhumée dans l’intimité familiale,
à Carcassonne.
Ses amis et anciens collègues
du ministère de l’Education nationale
feront célébrer une messe en la basilique
Sainte-Clotilde, 23, rue Las-Cases,
Paris 7 e , le mardi 16 janvier 2018,
à 12 h 15.
Congrès
Congrès annuel
de la Société Française Shakespeare
« Shakespeare désenchaîné »
18-20 janvier 2018,
Fondation Deutsch de la Meurthe,
Cité internationale universitaire de Paris.
Rencontres avec Denis Podalydès
et Irina Brook.
Ouvert à tous dans la limite
des places disponibles.
Programme complet :
http://shakespeare.revues.org/3900
# # $ !# $ # #$ $# $-* )1-*
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0123 | 29
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
ÉCONOMIE |
CHRONIQUE
par sté p hane l aue r
De la ploutocratie
en Amérique
U
n an après son investiture, Donald Trump
est toujours en campagne. Même s’il vient
de faire adopter sa première
grande réforme en baissant massivement la fiscalité, le président
américain a besoin de se rassurer.
Au lendemain de ce vote, il a envoyé à ses partisans un message
sous la forme d’un sondage.
« Comment qualifieriez-vous ce
que fait le président Trump pour le
peuple américain ? », demande
l’enquête. Quatre réponses sont
possibles : « Génial », « Bon »,
« Okay » ou « Autres ». Le but consiste à clouer le bec à ses détracteurs, qui persistent à véhiculer
des « fake news », comme ces enquêtes d’opinion qui prétendent
que cette réforme fiscale est désapprouvée par les deux tiers des
Américains. La question était sans
doute mal posée.
Pourtant, il suffit de regarder
qui va bénéficier de « la plus
grande baisse d’impôts de l’histoire » pour avoir une idée de la
popularité potentielle de cette réforme. Selon le Tax Policy Center
et le Joint Committee on Taxation, deux organismes non partisans, ce sont les grandes entreprises et les 1 % les plus riches. Si
M. Trump s’est fait élire en populiste, il gouverne désormais en
ploutocrate. Sa victoire s’est construite grâce aux messages destinés aux « oubliés » de l’Amérique,
ces « petits Blancs » de l’intérieur
du pays, qui se sentent marginalisés par la marche du monde. Un
an plus tard, sa réforme fiscale risque de creuser les inégalités et de
saper un peu plus les fondements
de la démocratie américaine.
Les bénéfices des entreprises
sont à un plus haut historique ?
Qu’à cela ne tienne, l’impôt sur
leurs profits va baisser d’un tiers !
Le taux marginal pour les hauts
revenus était à 39 % contre 70 %
quand Ronald Reagan est arrivé
au pouvoir en 1980 ? Baissons-le
encore un peu plus, à 37 % ! Les
droits de succession ne concernaient que 0,2 % des foyers fiscaux ? C’était encore trop : la nouvelle loi double le plancher d’exonération à 11 millions de dollars
(9 millions d’euros). Le rêve américain est en train de devenir synonyme de rente.
Le pire, c’est que si les réductions
d’impôts pour les entreprises
sont pérennes, celles pour l’Américain moyen sont temporaires.
Comme le carrosse de Cendrillon,
elles se transformeront en citrouille en 2026, le temps sans
doute pour les républicains de
passer sereinement les élections
de mi-mandat, voire la prochaine
présidentielle. Last but not least,
M. Trump s’est bien gardé de supprimer la niche fiscale dite du
« Carried Interest », qui permet
aux dirigeants de fonds d’investissement de payer proportionnellement moins d’impôts que leur secrétaire, et qu’il qualifiait quand il
était candidat d’« injuste pour les
travailleurs américains ».
Tous ces cadeaux aux plus fortunés ont, bien entendu, un coût.
Le déficit budgétaire va ainsi se
creuser de plus de 1 000 milliards
d’ici à 2028. Mais les républicains
se disent prêts à tailler dans les
programmes sociaux pour compenser. Non contents de ramasser les miettes de la réforme fis-
NON CONTENTS DE
RAMASSER LES
MIETTES DE LA
RÉFORME FISCALE,
LES PLUS PAUVRES
LA FINANCERONT
LES RICHES
INFLUENCEURS
SONT ENTRÉS AU
GOUVERNEMENT,
QUI N’A JAMAIS
COMPTÉ AUTANT DE
MILLIARDAIRES
cale, les plus pauvres la financeront. Les cyniques diront qu’il
n’est pas étonnant qu’un magnat
de l’immobilier gouverne selon
ses propres intérêts. Mais la dérive ploutocratique a nécessité la
complicité de la majorité républicaine. « Trump est peut-être un
chien fou, mais c’est notre chien »,
disaient certaines figures du
Grand Old Party pendant la campagne de 2016.
Si le populisme est largement
resté au stade de la rhétorique,
qu’il s’agisse du protectionnisme
ou de l’immigration, la ploutocratie connaît son avènement. La
réforme fiscale n’en est que
l’exemple le plus caricatural. Qu’il
s’agisse de la déréglementation
financière, de l’affaiblissement
des administrations publiques ou
du travail de sape à l’encontre
de la représentation syndicale,
empêchant les revendications salariales de s’exprimer, M. Trump
ne fait qu’accélérer un mouvement engagé depuis 1980 et que la
parenthèse Obama n’a ralenti
qu’à la marge.
Habile lobbying
Cette évolution est simplement
concomitante du rôle grandissant
que l’argent joue dans la politique.
Le déplafonnement des dons a
ouvert un boulevard aux plus riches pour peser sur le débat démocratique. Lors de la dernière
campagne présidentielle, moins
de 25 000 donateurs (0,01 % de la
population américaine) ont apporté 40 % des financements.
En 1980, ce n’était que 15 %, selon
Adam Bonica, professeur à Stanford. Le Congrès se fait et se défait
également à coups de millions.
Sur les 541 parlementaires recensés par le site Roll Call, 200 sont
millionnaires.
Pendant longtemps, l’influence
de l’argent s’est exercée à travers
un habile lobbying de plus en plus
richement doté. Celui-ci a permis
de diminuer constamment l’impôt sur le capital, tandis que les revenus de l’immense majorité faisaient du surplace. Le pouvoir
d’achat de ceux qui touchent le salaire minimum est ainsi inférieur
de 10 % à ce qu’il était en 1968.
Mais avec M. Trump, une nouvelle étape a été franchie. Il avait
promis d’« assécher le marais » des
lobbyistes à Washington. Pourtant, les riches influenceurs sont
carrément entrés au gouvernement, qui n’a jamais compté
autant de milliardaires. En 1835,
Alexis de Tocqueville commençait De la démocratie en Amérique
par ces lignes : « Parmi les objets
nouveaux qui, pendant mon séjour aux Etats-Unis, ont attiré mon
attention, aucun n’a plus vivement
frappé mes regards que l’égalité
des conditions. » Désormais,
n’est-ce pas l’inégalité qui saute
aux yeux ?
En 1863, dans son célèbre discours de Gettysburg, Abraham
Lincoln avait défini la démocratie
comme « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
L’Amérique de Trump pourrait se
résumer aujourd’hui par « le gouvernement des riches, par les riches, pour les riches ». En attendant, le peuple peut toujours cocher la case « Autres » pour donner son avis. p
Tirage du Monde daté dimanche 14 - lundi 15 janvier : 231 722 exemplaires
RÉFUGIÉS :
L’APPEL
DU PAPE
D
epuis le début de son pontificat, en
mars 2013, le pape François a une
parole qui bouscule son Eglise
quitte à déranger ses fidèles. Il l’a encore
montré, à la fin de l’année 2017, en admonestant sévèrement la curie romaine. Mais
il ne dévie pas de sa route, en premier lieu
dans son combat pour l’accueil des migrants. Dimanche 14 janvier, à l’occasion de
la 104e Journée mondiale des migrants et
des réfugiés, Jorge Bergoglio, issu lui-même
d’une famille d’émigrés italiens venus en
Argentine, a employé des mots forts. « Tout
immigré qui frappe à notre porte, a-t-il souligné, est une occasion de rencontre avec
Jésus-Christ, qui s’identifie à l’étranger de
toute époque, accueilli ou rejeté. »
Le pontife romain, qui entame lundi
15 janvier un voyage au Pérou et au Chili, a
fait écho aux réticences, voire au refus, de
l’accueil qui s’expriment dans l’Eglise catholique : « Les communautés locales ont parfois
peur que les nouveaux arrivés perturbent l’ordre établi, “volent” quelque chose de ce que
l’on a construit péniblement. Les nouveaux
arrivés aussi ont des peurs, ils craignent la
confrontation, le jugement, la discrimination, l’échec. Ces peurs sont légitimes, elles se
fondent sur des doutes parfaitement compréhensibles d’un point de vue humain. »
En avril 2016, François était rentré d’une
visite sur l’île grecque de Lesbos en embarquant dans son avion trois familles de réfugiés syriens musulmans. Ce geste symbolique avait été diversement apprécié au sein
de la communauté catholique. Le 14 janvier,
il a réitéré avec force son appel à l’hospitalité : « Ce n’est pas un péché d’avoir des doutes et des craintes, a-t-il affirmé. Le péché,
c’est de laisser ces peurs déterminer nos réponses, conditionner nos choix, compromettre le respect et la générosité, alimenter la
haine et le refus. Le péché, c’est de renoncer à
la rencontre avec l’autre. » Un langage qui
sonne comme une mise en garde aux gouvernements européens et un rappel à l’ordre de la communauté catholique.
Depuis l’appel du pape en septembre 2015, plus de 3 000 réfugiés ont été ac-
cueillis dans les diocèses de France. De
nombreux signes montrent cependant
que, à la base, les catholiques manifestent
une certaine frilosité. Un sondage de l’IFOP
indiquait, en novembre 2016, que, si 44 %
des Français se déclaraient favorables à l’accueil des migrants, les catholiques pratiquants n’étaient que 46 % à partager cet
avis. C’est la crainte de voir s’incruster un
islam jugé conquérant ou communautariste qui est agitée. Pour Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques
de France, « suivant les quartiers, des personnes ont pu se sentir en insécurité culturelle ». L’archevêque de Marseille plaide
pour qu’« une plus grande place soit donnée
à la raison, non pas simplement aux slogans
et aux peurs ».
Le souverain pontife se veut aussi pragmatique – en Birmanie, en novembre 2017,
il avait défendu la cause des Rohingya sans
prononcer leur nom – et reconnaît qu’« un
gouvernement doit gérer le problème avec la
vertu propre au gouvernant, c’est-à-dire la
prudence ». Il invite les migrants à « connaître et respecter les lois, la culture et les traditions des pays qui les accueillent ». Au moment où le projet de loi « asile et immigration » fait l’objet de nombreuses critiques,
jusqu’au sein de la majorité, Gérard Collomb devrait s’inspirer de l’humanisme du
pape. Dans le strict respect de la laïcité. p
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PAGE 7
Arkéa engage sa sortie du groupe
et de la marque Crédit mutuel
Les opérateurs
vont investir
3 à 4 milliards
dans le mobile
▶ Jean-Pierre Denis, patron du Crédit mutuel Arkéa, va proposer à son conseil d’administration de faire sécession
L
a guerre fratricide qui mine depuis
plus de trois ans le Crédit mutuel
pourrait trouver son épilogue avec
le départ du groupe des fédérations « indépendantistes » de l’Ouest. L’équipe dirigeante du Crédit mutuel Arkéa, qui réunit
le Crédit mutuel de Bretagne, celui du
Sud-Ouest et pour quelques mois encore
celui du Massif central, a décidé de larguer
définitivement les amarres. Selon nos informations, son président, Jean-Pierre Denis, va proposer mercredi 17 janvier au
conseil d’administration du groupe Crédit mutuel-Arkéa de quitter la Confédération nationale du Crédit mutuel (CNCM),
la structure de tête du groupe coopératif
et son organe central. Un véritable séisme
pour l’institution, qui se verrait amputée
d’une partie de son activité, et pour
Arkéa, ses 9 000 salariés et ses 3,9 millions de clients. Car en quittant le groupe,
Arkéa devra abandonner la marque commerciale « Crédit mutuel », la marque
bancaire la plus appréciée des Français selon l’Observatoire Posternak-IFOP. Un
saut dans l’inconnu, car il faudra en outre
qu’Arkéa obtienne un nouvel agrément
bancaire et clarifie son niveau de fonds
propres. Le nom devra disparaître des
agences, des présentoirs, des documents
publicitaires. Pourquoi cet établissement,
dont le bénéfice net a dépassé les
300 millions d’euros en 2016, en arrive-t-il
à cette extrémité ?
véronique chocron
LIR E L A S U IT E PAGE 6
Un début de quinquennat favorable aux ultrariches
▶ Une étude de
l’OFCE évalue
l’impact des mesures socio-fiscales
du gouvernement
sur la croissance et
le pouvoir d’achat
des Français
▶ Si les réformes devraient à terme profiter à – presque –
tous les Français,
les plus riches resteront les premiers
bénéficiaires
▶ « A eux seuls,
les 5 % de ménages
les plus aisés capteraient 42 % des
gains » de niveau
de vie, note l’étude
sandrine cassini
LIR E L A S U IT E PAGE 8
10 000
PAGE 3
Emmanuel Macron,
à l’Elysée, le 11 décembre
2017. LÉA CRESPI POUR « LE MONDE »
PORTRAIT
CYRIL RAMAPHOSA, UN
HOMME D’AFFAIRES POUR
REDRESSER L’ÉCONOMIE
SUD-AFRICAINE
PAGE 2
OPTIQUE
LE TASSEMENT
DU MARCHÉ ET LE TOUR
DE VIS DES MUTUELLES
ALARMENT
LES OPTICIENS
PAGES 4 - 5
J CAC 40 | 5 507,40 PTS – 0,18 %
j DOW JONES | 25 803,19 PTS + 0,89 %
J EURO-DOLLAR | 1,2228
J PÉTROLE | 69,76 $ LE BARIL
J TAUX FRANÇAIS À 10 ANS | 0,841 %
VALEURS AU 15 JANVIER À 9 H 30
U
n miracle. Au terme de
six mois d’âpres négociations, le gouvernement est parvenu à mettre d’accord Orange, SFR, Free [dont Xavier Niel, le fondateur, est
actionnaire à titre individuel du
Monde] et Bouygues Telecom,
aux intérêts souvent divergents.
Les quatre opérateurs ont signé le
plan du gouvernement sur la
couverture mobile, qui va permettre de l’améliorer et de généraliser la 4G à l’ensemble de la population. « C’est un accord historique. Aujourd’hui, beaucoup trop
de villages sont mal ou non couverts. Les opérateurs vont investir
massivement dans ces zones-là.
En trois ans, nous allons faire ce
que nous avons fait par le passé en
quinze ans », se félicite Julien Denormandie, le secrétaire d’Etat à
la cohésion des territoires.
D’ici à 2020, date à laquelle Emmanuel Macron avait promis un
accès au « bon débit » Internet
pour tous fixes et mobiles, la totalité du plan sera lancé, même s’il
ne sera pas entièrement achevé.
Sa partie la plus importante va
consister à couvrir les « zones
blanches », ces hameaux ou villages qui n’ont pas du tout accès à la
téléphonie mobile. La définition
même de zone blanche sera élargie afin de permettre aux élus qui
estiment leur commune mal couverte d’entrer dans cette catégorie.
Un millier de villages, contre 500
aujourd’hui, devraient y figurer.
C’EST LE NOMBRE DE COMMUNES
QUI SERONT CONVERTIES À LA 4G
PERTES & PROFITS | PARIS, BORDEAUX, MARSEILLE
Aéroport d’origine contrôlée
M
anifestement, la crispation du
débat autour du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes
n’empêche pas les Bretons de
prendre l’avion. Le trafic aérien dans la région
nantaise est au beau fixe. Ni les débats politiques ni l’accélération du TGV n’ont empêché
l’aéroport de Nantes Atlantique de battre tous
ses records. En 2017, il a allègrement passé le cap
des 5 millions de passagers, 5,2 millions, selon le
président de la chambre de commerce et d’industrie de Nantes, Yann Trichard, interrogé samedi 13 janvier sur RTL, soit plus de 10 % de
hausse par rapport à l’année précédente, qui
était elle-même en forte progression. Un chiffre, selon lui, en avance de dix ans par rapport
aux prévisions de trafic formulées en 2003, lors
de l’enquête publique sur le nouveau projet.
Un petit décalage qui devrait rendre d’autant
plus modestes tous les experts que les études
antérieures – celles qui ont justifié l’investissement de Notre-Dame-des-Landes – prévoyaient, elles, une saturation de la plateforme actuelle entre 3 et 4 millions de passagers. Elle devrait en accueillir deux fois plus
en 2018. Les détracteurs du nouvel aéroport affirment que cela démontre la « plasticité » de
l’installation nantaise, capable d’absorber une
hausse considérable du trafic aérien, quand les
autres, comme Yann Trichard, soulignent l’urgence d’une nouvelle infrastructure.
Pas facile donc de tracer des lignes claires en
matière de grandes infrastructures quand les
chiffres dansent aussi frénétiquement, démen-
Cahier du « Monde » No 22709 daté Mardi 16 janvier 2018 - Ne peut être vendu séparément
tant régulièrement tous les plans sur la comète.
En toute logique, l’extension des lignes ferroviaires à grande vitesse vers Rennes et Bordeaux aurait dû avoir un impact très négatif sur
le transport aérien vers l’Ouest et le Sud-Ouest.
C’est tout le contraire qui se passe. L’aéroport de
Bordeaux a vu l’an dernier son trafic bondir de
près de 8 %, alors que la ville n’est plus qu’à
deux heures de train de la capitale. Même constat du côté de Marseille et de la plupart des
autres aéroports des grandes villes françaises.
Rupture fondamentale
Deux raisons à cela. D’abord, la croissance globale du trafic aérien mondial se combine avec
la stratégie des grandes compagnies, qui consiste à rabattre leurs clients provinciaux vers
leurs grandes plates-formes mondiales
comme Paris, Londres ou Francfort, ce qui les
pousse à multiplier les navettes aériennes,
comme les dix vols quotidiens Bordeaux-Paris.
Et, enfin, bien sûr, le low cost. C’est cette rupture fondamentale dans le métier de l’aérien,
que n’avaient pas vue venir les prévisionnistes, qui a multiplié les destinations et rempli
les avions. Après les courtes distances, elles enchaînent les destinations moyennes et longues. Marseille s’envole vers Montréal, Bordeaux vers Tel-Aviv. La fringale de voyages
n’est plus l’apanage des hommes d’affaires, et
l’avion n’est pas plus démodé que la voiture.
Consommer local est à la mode, mais jamais
l’homme lui-même ne s’est autant exporté. p
philippe escande
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0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Cyril Ramaphosa, un espoir
pour l’économie sud-africaine
Militant historique de la lutte contre
l’apartheid, cet ex-syndicaliste est
aussi un homme d’affaires apprécié
des marchés. Elu président de l’ANC
en décembre 2017, il doit s’atteler
à rénover le parti et à redresser
l’économie nationale. Un lourd défi
johannesburg - correspondance
A
vant, chacune de ses entrées
était accueillie par une salve
d’applaudissements. Samedi
13 janvier, l’arrivée du président Jacob Zuma aux célébrations du 106e anniversaire du parti au pouvoir en Afrique du Sud,
avec plus d’une demi-heure de retard, a déclenché un concert de huées. Les discours officiels avaient déjà débuté. « Cette année, nous
avons commencé à l’heure. C’est un signal
clair que les choses sont en train de changer »,
a remarqué Cyril Ramaphosa, le remplaçant
de M. Zuma à la tête de l’ANC (Congrès national africain). En plein été austral, la commémoration de la création du plus vieux parti
d’Afrique sert de rentrée politique, en cette
année capitale pour l’ANC dans la perspective
des élections générales de 2019. Le 18 décembre 2017, M. Ramaphosa, 65 ans, l’actuel viceprésident d’Afrique du Sud et ancien syndicaliste reconverti avec succès dans les affaires, a
remporté d’une courte tête la présidence de
la formation de feu Nelson Mandela.
Dans une course à la succession qui s’est
muée en guerre de tranchées, le chef de l’Etat
soutenait l’ancienne présidente de la Commission de l’Union africaine, l’expérimentée
Nkosazana Dlamini-Zuma, qui est aussi son
ex-femme. Une énième manœuvre destinée
à protéger Jacob Zuma de la justice, mais
vouée à l’échec : une litanie de scandales de
corruption a entaché son deuxième mandat,
et le président laisse un parti en lambeaux,
profondément divisé entre factions rivales.
Incarnant l’aile sociale-démocrate de l’ANC
contre la tendance plutôt nationaliste du
clan Zuma, Cyril Ramaphosa doit désormais
remettre en ordre de marche le parti, mais
aussi l’économie. La croissance est atone, le
chômage avoisine les 28 % et les manœuvres
politiques de son prédécesseur ont durablement miné la confiance des principaux acteurs économiques.
Samedi, lors de son premier grand discours
depuis son élection, le nouveau président de
l’ANC s’est efforcé de donner des gages aux
investisseurs. « Notre vision est celle d’une
économie qui encourage et accueille les investissements, qui apporte de la stabilité et s’attaque aux obstacles entravant la croissance et
l’inclusion sociale », a-t-il déclaré, avant de
réitérer sa grande promesse de campagne,
celle de « combattre la corruption sous toutes
ses formes ». « Des milliards de rands ont été illégalement détournés par des individus », at-il ajouté, dans une philippique adressée, de
manière à peine voilée, à son prédécesseur.
Depuis fin 2016, Jacob Zuma est empêtré
dans un scandale portant sur l’influence
d’une sulfureuse famille d’hommes d’affaires d’origine indienne, les Gupta, accusés
d’intervenir dans la nomination des ministres afin d’empocher des contrats publics.
« L’INTIMIDATION, LE CHARME, L’HUMOUR »
Né à Johannesburg, le cœur minier et industriel de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa a
grandi à Soweto, le berceau de la lutte contre
l’apartheid. Militant de la première heure
contre ce régime raciste, il s’engage dès l’université et se trouve emprisonné à plusieurs
reprises pour « terrorisme ». Une fois avocat,
il participe à la fondation du premier syndicat minier NUM, qui, sous sa direction, se
mue en plus grande centrale syndicale du
pays. « C’est un négociateur hors pair, très expérimenté, qui sait combiner une grande panoplie de techniques différentes – l’intimidation, le charme, l’humour – et se montre exceptionnellement calme sous la pression », relève
son biographe non officiel, Anthony Butler.
Personnage-clé de la transition démocratique post-apartheid, il négocie, en 1991, la sortie de prison de Nelson Mandela, puis devient l’un des architectes de la nouvelle constitution. L’icône Nelson Mandela en aurait
A son domicile de Johannesburg,
le 8 décembre 2017. FOTO 24/GETTY IMAGES
fait son dauphin si les caciques du parti ne
lui avaient pas préféré Thabo Mbeki, en 1997.
C’est le plus grand échec de Cyril Ramaphosa.
Alors, il quitte l’avant-scène de la vie politique et compte parmi les premiers à bénéficier de la politique de discrimination positive au moment où l’élite de l’ANC est associée au monde des affaires. Il s’agit de remédier à la mainmise de la minorité blanche sur
les leviers économiques et de favoriser
l’émergence d’une bourgeoisie noire en faisant entrer des entrepreneurs noirs au capital des grands groupes. Une politique qui est
aujourd’hui très critiquée. En effet, seule une
poignée de personnages aux réseaux influents a réussi à s’enrichir. Cyril Ramaphosa
est de ceux qui ont tiré leur épingle du jeu.
En l’espace de deux décennies, il monte un
conglomérat, Shanduka Group, qui va des
mines à la finance, en passant par la restauration rapide. Le groupe détient la licence
sud-africaine de la chaîne américaine McDonald’s et des participations dans la filiale de
Coca-Cola. En 2015, le magazine américain
Forbes a estimé sa fortune à 450 millions de
dollars, la douzième d’Afrique du Sud. Cyril
Ramaphosa est le seul Noir à figurer au palmarès, avec le milliardaire Patrice Motsepe
(6e), dont il a épousé l’une des deux sœurs.
Auréolé de ce passé d’hommes d’affaires,
Cyril Ramaphosa incarne l’espoir du redressement économique. A Sandton, le centre
économique et financier du pays, sis au nord
de Johannesburg, un certain optimisme est
déjà palpable. Dans ce lieu d’opulence, ce
« Wall Street africain » en puissance, où les
gratte-ciel continuent de pousser malgré la
morosité ambiante, le vice-président a été
adoubé par les milieux d’affaires.
De passage sur le square Nelson-Mandela,
porte d’entrée vers le vaste centre commercial de Sandton City, Sumaya N., 31 ans, se félicite que M. Ramaphosa ait accédé à la tête de
l’ANC. « Il a déjà beaucoup d’argent, donc il ne
« TANT QU’IL NE
PREND PAS LA PLACE
DE JACOB ZUMA
À LA TÊTE DU
GOUVERNEMENT,
IL N’EST PAS
MAÎTRE DE TOUS
LES LEVIERS
ÉCONOMIQUES »
ISAAC MATSHEGO
économiste
1952
1991
2015
2017
Naissance
à Johannesburg,
le 17 novembre
Chef des négociations pour mettre
fin à l’apartheid
Devient la
douzième fortune
d’Afrique du Sud
Elu président de l’ANC
le 18 décembre,
il est le grand favori
des élections générales
de 2019
sera pas tenté d’en détourner comme les
autres », affirme cette Sud-Africaine blanche,
qui a lancé une entreprise de livraison de
fruits de mer. « Jacob Zuma nous a beaucoup
coûté financièrement. Chacune de ses décisions a eu un impact négatif direct sur le
rand », explique-t-elle. L’annonce de la victoire de Cyril Ramaphosa, elle, a fait repartir
à la hausse le cours de la devise sud-africaine
face au dollar.
Mais, de l’autre côté de la place, assises sur
des marches derrière la statue de bronze de
Mandela, Onakho Majali et Kamo Ramashala
attendent de voir des résultats concrets
avant de se prononcer. Toutes deux vendeuses dans une boutique de bijoux de luxe, ces
jeunes Noires, âgées respectivement de
25 ans et 23 ans, sont profondément déçues
par l’ANC. « Ramaphosa était vice-président
tout ce temps, donc il est autant responsable
que les autres de ce bazar », souligne Onakho.
Mère célibataire, Kamo gagne 3 000 rands
(200 euros) par mois et peine à joindre les
deux bouts. Onakho, elle, est en train de
monter son commerce parallèle de vente de
sacs à main. « A la limite, avec mon salaire, je
m’en sortirais s’il n’y avait que mon fils et moi.
Mais, avec la famille, dès que quelqu’un a un
emploi stable, tout le monde vient quémander
quelque chose », observe-t-elle.
L’ANC doit dorénavant convaincre une
multitude de déçus de revenir dans son giron
pour espérer conserver sa majorité parlementaire en 2019. Les dernières élections
municipales, en 2016, ont servi d’avertissement, des grandes villes comme Johannesburg et Pretoria ayant basculé dans l’opposition. Un défi pour M. Ramaphosa. Aux yeux
d’une frange de l’électorat, qui lui reproche
d’être soumis au patronat blanc, son nom
reste associé au massacre de Marikana.
En 2012, la police avait ouvert le feu sur des
mineurs en grève, faisant trente-quatre
morts. L’ancien syndicaliste était l’un des administrateurs de la mine.
SAVANTS ÉQUILIBRES
La prudence reste donc de mise. « Toute la
question est de savoir si M. Ramaphosa sera
capable de mettre en œuvre ce qu’il a promis »,
affirme l’économiste Isaac Matshego, qui
reçoit à l’un des étages de Nedbank, l’une des
plus grandes banques sud-africaines. « Or,
tant qu’il ne prend pas la place de Zuma à la
tête du gouvernement, il n’est pas maître de
tous les leviers économiques », précise-t-il. Les
féaux de M. Zuma ayant conservé des postesclés au sein de l’ANC, Cyril Ramaphosa devra
respecter de savants équilibres pour avancer
sans être bloqué par ceux qui doivent tout à
l’ancien président du parti.
A chaque réunion de la formation politique, les médias locaux spéculent sur un départ imminent du chef de l’Etat, dont le mandat ne se termine, en théorie, qu’en 2019.
Régime parlementaire oblige, le dirigeant du
pays est élu par les députés et peut donc être
démis sans attendre l’élection. « Ce qui est
clair, c’est qu’en coulisse des tractations ont
commencé pour obtenir son départ », note
Isaac Matshego. Nombreux sont ceux qui
préféreraient lui trouver une porte de sortie
honorable, plutôt que se prononcer en faveur
d’une éviction brutale susceptible d’écorner
encore davantage la crédibilité de l’ANC. p
adrien barbier
économie & entreprise | 3
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Les riches, grands gagnants des mesures Macron
L’OFCE a évalué l’impact de la politique socio-fiscale de l’exécutif sur le pouvoir d’achat des Français
M
acron, président
des riches ! » A
l’automne 2017,
l’opposition n’en
démordait pas. Dans sa ligne de
mire : la suppression de l’impôt
sur la fortune (ISF) et son remplacement par une taxe sur le patrimoine immobilier, la mise en
place d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % sur les
revenus du capital, la baisse de
5 euros des APL ou encore la réduction des emplois aidés.
Le premier marathon budgétaire du gouvernement s’annonçait rude. Malgré les critiques et
une opinion partagée, le projet de
loi de finances 2018 a été adopté le
21 décembre sans encombre. Le
même jour, le gouvernement se
félicitait, par la voix du ministre
des comptes publics, Gérald Darmanin, d’un « budget de transformation [de l’économie] au service
du pouvoir d’achat des Français ».
Tous devaient bénéficier du train
de réformes.
Vraiment ? Une étude de l’Observatoire français des conjonctures
économiques (OFCE), cercle de réflexion classé à gauche, publiée le
lundi 15 janvier, relativise ce satisfecit. Centrée sur les réformes socio-fiscales votées par la majorité
et leur impact sur la croissance et
le pouvoir d’achat des Français en
2018 et 2019, l’analyse vient rappeler que la politique du gouvernement ne fera pas que des heureux.
Au moins à court terme.
Du pouvoir d’achat… à terme
« Les mesures nouvelles pour les
ménages [seront] en 2018 largement au bénéfice des 2 % de ménages du haut de la distribution des
revenus, détenant l’essentiel du capital mobilier, note le rapport.
Pour les ménages du bas de la distribution, les revalorisations en fin
d’année des minima sociaux ne
compensent pas les hausses de la
fiscalité indirecte [fiscalité écologique et tabac] ».
Cette année, les 5 % de Français
les plus modestes devraient ainsi
voir leur niveau de vie reculer de
0,6 % en moyenne, soit 60 euros
par ménage, tandis que les 5 % les
plus aisés verront le leur augmenter de 1,6% (1 730 euros par ménage). Toutefois, l’étalement des
mesures sur l’année 2018 et notamment la deuxième tranche de
baisse des cotisations salariales,
couplée à la revalorisation de la
prime d’activité, devraient redonner, à terme, du pouvoir d’achat
aux Français.
En 2018,
les 5 % de
Français les plus
modestes
devraient ainsi
voir leur niveau
de vie reculer de
0,6 % en moyenne
« Au total, sur deux ans, un peu
plus de 6 milliards d’euros auront
été rendus aux ménages. Il y aura
essentiellement des gagnants :
cette politique ne se fait pas au détriment des classes modestes », estime Mathieu Plane, économiste à
l’OFCE. A la fin 2019, les 5 % du bas
de l’échelle enregistreront une
hausse de leur niveau de vie de
0,2 % et les 5 % du haut de 2,2 %. Les
plus riches resteront les premiers
bénéficiaires des réformes. « A eux
seuls, les 5 % de ménages les plus
aisés capteraient 42 % des gains »
de niveau de vie, ajoute l’étude. « Il
n’y a pas que les riches qui gagnent,
mais ce sont eux qui gagnent le
plus », résume M. Plane.
Les ménages aisés mais sans patrimoine seront les seuls à voir
leur niveau de vie baisser (– 0,4 %)
par rapport à 2017 : ils continueront à payer la taxe d’habitation,
sans bénéficier ni des mesures sociales (prime d’activité, allocation
de solidarité pour les personnes
âgées…) ni des allégements de fiscalité sur le capital. Quant aux classes moyennes, les mesures de
l’exécutif devraient peu influer sur
leur niveau de vie : l’abattement
de 30 % de la taxe d’habitation et
l’élargissement du crédit d’impôt
pour les emplois à domicile voté
par la précédente majorité compenseront les hausses de fiscalité
écologique et sur le tabac ainsi que
celle de la CSG pour les retraités.
A Bercy, on s’empresse de déminer. « Ce résultat doit être relativisé.
(…) Les ménages du premier décile
verront leur niveau de vie augmenter de 0,9 % », explique le cabinet
du ministre de l’économie, Bruno
Le Maire, qui estime que les mesures concernant le tabac et l’énergie
modifieront les comportements
et ne coûteront pas autant aux
Français.
Pourtant, les déséquilibres attendus en 2018 ne surprennent
pas Jean Pisani-Ferry, maître
d’œuvre du programme du président. « La réduction du déficit imposait un choix [nécessité d’être en
Manifestation contre la loi travail, à Paris, le 23 septembre 2017. GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP
dessous de 3 % pour se conformer
aux règles européennes]. Le gouvernement a choisi de faire passer
d’abord les mesures concernant la
fiscalité du capital, qui mettent plus
de temps à produire leurs effets. (…)
Les mesures plus sociales (bascule
de cotisations, prime d’activité, emplois francs, minima sociaux) sont
étalées dans le temps. C’est un
choix politiquement coûteux mais
économiquement rationnel », assure l’économiste.
Reste une interrogation :
l’étude ne tient pas compte des
coupes dans la dépense publique
aux effets non directement
quantifiables pour les Français.
« A fin 2019, quelque 8 milliards
d’euros de mesures ne sont pas encore financés. Ils le seront vraisemblablement par une réduction
de la dépense publique, qui amputera le pouvoir d’achat des ménages, notamment des moins aisés
(dépenses des collectivités locales,
rémunération des fonctionnaires,
économies sur le logement…) »,
avance Mathieu Plane.
« Ce n’est pas contradictoire de
constater que cette politique avan-
IMPACT DES MESURES SOCIO-FISCALES DU BUDGET SUR LE NIVEAU DE VIE
DES MÉNAGES À FIN 2019 PAR RAPPORT À 2017,
EN % DU NIVEAU DE VIE
Gain de niveau de vie
2,2
2,5
2,0
1,5
1,7
1,3
0,9
1,0
0,5
0,8
0,2
0,0
30 %
– 0,5
50 %
Niveau de vie
5 % des ménages les plus pauvres
70 %
5 % des ménages les plus riches
Note : les mesures étudiées devraient accroître
en moyenne de 0,2 % le niveau de vie des ménages les plus pauvres
tage les plus riches et de considérer
qu’elle va dans le bon sens, estime
quant à lui l’avocat fiscaliste Michel Taly. La réforme de 2012 était
allée beaucoup trop loin dans la
taxation des revenus mobiliers. La
dépense publique ne peut pas être
– 0,4
SOURCE : OFCE
financée uniquement par les riches
et les entreprises. »
Pour Emmanuel Jessua, du think
tank proche du patronat COERexecode, le budget a surtout le
mérite d’instaurer une « fiscalité
plus saine et plus neutre, qui inci-
tera davantage les Français à investir en actions pour financer les activités productives ». En matière de
dépenses, le premier budget Macron est, en revanche, loin d’être la
« révolution » vantée par la majorité. « Il se caractérise par une faible
réduction de la dépense publique
structurelle, loin des recommandations de la Commission européenne », souligne M. Plane.
Dans l’ensemble, le chef de l’Etat
récolte les fruits de la politique
économique du précédent quinquennat. En effet, les mesures de
Macron devraient peser sur le PIB
(– 0,2 point en 2018 et – 0,1 point
en 2019). Mais l’impact différé des
dispositifs Hollande (le crédit
d’impôt pour la compétitivité et
l’emploi et le pacte de responsabilité, principalement), qui mettent
cinq à dix ans à produire leurs effets complets, apporte « un surplus
de croissance significatif ». Ils donnent en outre au gouvernement le
temps de mettre en place ses principales réformes. De quoi conforter la stratégie de l’exécutif. p
élise barthet
et audrey tonnelier
Le rebond des mises sur Internet soutient la croissance du PMU
Le total des enjeux de l’opérateur de paris a progressé de 2 % l’an dernier, marquant une rupture après les reculs des années précédentes
E
n offrant Vésuve de Brekka,
un hongre bai brun de la
Garde républicaine à son
homologue chinois Xi Jinping,
lors de son premier voyage officiel
en Chine, le président Emmanuel
Macron a remis le cheval sur un
piédestal. Tout un symbole pour le
PMU. L’opérateur de paris a bien
évidemment contribué à la concrétisation de ce cadeau et s’est retrouvé dans le club des entreprises
françaises venant nouer des relations étroites avec des homologues chinois. Mais si la Chine est
un pari sur le futur pour le PMU, sa
destinée immédiate est entre les
mains du gouvernement.
Or la situation du groupement
d’intérêt économique (GIE), détenu par les sociétés de courses
France Galop et Le Trot reste délicate. La concurrence de la Française des jeux (FDJ) et des opérateurs de paris sportifs et de poker
en ligne est rude. Pourtant, malgré ce terrain lourd, à force de cra-
vacher, le PMU a renoué avec la
croissance en 2017.
Selon les chiffres publiés lundi
15 janvier, le total des enjeux, englobant paris hippiques, paris
sportifs et poker, a progressé de
2 %, à 9,929 milliards d’euros.
L’activité hippique, qui représente près de 80 % du total, affiche elle-même une hausse de 2 %.
Portée par la croissance des enjeux à l’international de plus de
10 %, mais aussi par celle des paris hippiques en France, à + 0,9 %.
Un retour dans le vert qui doit
surtout au rebond des mises sur
Internet alors que l’érosion se
poursuit dans les points de vente
à – 0,7 %.
Une « rupture de tendance »
comme la qualifie Alain Resplandy-Bernard, PDG par intérim du
PMU, depuis la démission de Xavier Hürstel en novembre 2017. Il
se félicite d’autant plus de cette
performance que 4 quintés ont été
annulés au cours de la saison. Elle
Le pari hippique
par SMS a trouvé
son public,
avec un total
de mises
de 90 millions
d’euros en 2017
est très liée à la dynamique d’innovation retrouvée du PMU.
Le lancement du pari hippique
par SMS, par exemple, a trouvé
son public avec un total de mises
de 90 millions d’euros en 2017. De
même que le Simple Jackpot, un
pari sur un cheval gagnant ou
placé dont le gain peut être multiplié par un facteur allant jusqu’à
mille. Seule ombre au tableau, en
donnant ainsi un coup d’accélérateur au pari simple, moins lucratif
pour l’opérateur, les marges sont
un peu sous pression. En l’occurrence, le produit brut des jeux (la
différence entre les mises et les
gains des joueurs) se tasse de
0,3 %, à 2,437 milliards d’euros.
Pour 2018, le PMU espère repasser la barre des 10 milliards
d’euros d’enjeux. Un niveau franchi à la baisse en 2014. « Nous devons allumer le quatrième moteur
et être en croissance sur tous nos
segments et sur tous les vecteurs de
commercialisation, y compris dans
les bars PMU », affirme M. Resplandy-Bernard. Sachant que le plan de
modernisation des 13 350 points
de vente se poursuit.
L’objectif est également de continuer à proposer deux nouveaux
paris et services par an. Le PMU va
ainsi lancer le 28 janvier à l’occasion du Prix d’Amérique, la grande
réunion de trot à Vincennes, Epiqe
Tracking, une application pour vivre les courses autrement sur son
smartphone. Les chevaux seront
équipés de capteurs et chacun
pourra suivre la chevauchée
comme s’il drivait lui-même le
sulky de son choix. Les paris sportifs qui bénéficieront cette année
de l’engouement pour la Coupe du
monde de football sont aussi considérés par l’opérateur historique
comme un levier pour recruter
une clientèle plus jeune.
60 000 emplois directs
Le recrutement et la fidélisation
des joueurs conditionnent la
santé économique de toute une filière, qui revendique 60 000 emplois directs, souvent dans des territoires ruraux. Ce qui distingue le
PMU des autres opérateurs de jeu.
En effet, le GIE verse l’intégralité
de ses dividendes aux sociétés de
courses, France Galop et Le Trot.
Or, le montant versé a décru avec
le repli de l’activité du PMU et les
comptes des sociétés de courses
ont viré au rouge. Pour 2018, le
PMU s’est fixé comme objectif de
verser 5 millions d’euros supplé-
mentaires à France Galop et
autant au Trot, portant le montant
des dividendes à 803 millions.
Le PMU serre donc les boulons. Il
a lancé, en 2016, un plan d’économie sur 3 ans avec un objectif de
réduction des coûts de 24 millions
d’euros et la suppression de
88 postes. Il a, par exemple, décidé
de ne plus être sponsor de l’équipe
de football du PSG. Autre coupe
nette, côté télé : l’arrêt d’Equidia
Life, pour ne garder qu’Equidia en
tant que chaîne des courses.
Dans ce contexte compliqué, les
projets du gouvernement sont
scrutés de près. Comme la possible cession de parts de l’Etat dans
la FDJ ou la volonté de libéraliser
encore plus le secteur des jeux.
Reste à savoir qui succédera à M.
Hürstel à la tête du PMU. Les chasseurs de têtes ont fait une sélection. A moins que M. ResplandyBernard ne poursuive le travail engagé. Les paris sont ouverts. p
laurence girard
4 | dossier
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Chez un opticien,
à Paris, en 2014.
FRANCK LODI/SIPA
Optique, la fin des illusions
C
oup de stress dans la filière optique. 2018 sera-t-elle l’année
de tous les dangers pour une
profession qui a si longtemps
prospéré à l’abri des mutuelles
et de leur propension à rembourser si facilement les lunettes ? Voilà
qu’elles resserrent la vis, avec le soutien de
gouvernements qui, depuis deux ans, s’inquiètent d’une dérive qui peut se résumer en
deux constats : les dépenses d’optique en
France sont les plus élevées d’Europe ; et il y a
aujourd’hui à Paris autant d’opticiens que de
boulangeries. L’année 2017 a été marquée
par le premier tassement de ce marché en
France, avec plus de fermetures que d’ouvertures de magasins. Si, à la pression des pouvoirs publics, on ajoute l’arrivée d’acteurs
discount et la menace que fait peser le mariage du premier verrier mondial, Essilor,
avec le premier lunetier et distributeur,
Luxottica, on peut affirmer, sans crainte
d’être démenti, que pour le secteur, qui emploie 40 000 personnes en France (magasins
et fabricants), la fête est finie.
Il y a un an, le candidat Emmanuel Macron
promettait « la prise en charge à 100 % des lunettes et des prothèses auditives et dentaires
d’ici à 2022, en lien avec les mutuelles et l’ensemble des professionnels de santé ». La promesse visait à garantir à tous l’accès à ces
équipements vitaux sans « reste à charge »
(« zéro RAC »), quand, en moyenne, 24 % du
prix des équipements est encore payé par les
ménages. Un taux pourtant le plus faible
d’Europe. Alors que le ministère de la santé et
des solidarités consulte depuis décembre
tous les acteurs concernés, chacun s’interroge : qui va payer pour la promesse de campagne ? Et quelles seront les conséquences
sur une chaîne qui s’étend des financeurs –
les assurances complémentaires, à 72 %
en 2016, la Sécurité sociale n’en payant pas
plus de 4 % – aux porteurs de lunettes, en
passant par les réseaux de soins, qui dirigent
les assurés vers des opticiens sélectionnés,
les fabricants, verriers et lunetiers, les centrales d’achat, les opticiens, qui vendent et
adaptent les lunettes, et l’Etat, qui collecte la
TVA à 20 % et les taxes sur les assurances.
Depuis dix ans, la filière optique est régulièrement montrée du doigt par les autorités
de contrôle pour ses pratiques, au pire douteuses (ajustement des factures aux garanties, fausses factures…), au mieux fortement
inflationnistes. Si la France est le premier
marché de l’optique en Europe, c’est parce
que la dépense y est plus élevée qu’ailleurs :
434 euros TTC en moyenne en 2014 pour le
marché hors CMU-C, selon l’Observatoire de
Le gouvernement s’attelle à mettre en œuvre
la promesse de campagne d’Emmanuel Macron
de garantir à tous des lunettes sans « reste à charge ».
Déjà surveillée de près par les mutuelles et confrontée
à une concurrence nouvelle, la filière est inquiète
l’optique – 316 euros pour les lunettes à verres simples et 613 euros pour des lunettes à
verres multifocaux.
Les montures y sont plus chères, en raison
d’une plus forte présence de modèles de
marque. Concernant les verres, ce n’est pas le
niveau de prix qui explique l’écart, mais le
fait qu’en France, on s’équipe davantage de
verres progressifs. Ceux-ci sont trois fois plus
chers que les verres simples et représentent
40 % du marché en volume (63 % en valeur),
selon l’Observatoire de l’optique. Des verres
dont les prix sont augmentés par le dépôt régulier de brevets par Essilor, pour des innovations dont le service rendu est de moins en
moins perceptible. Ailleurs en Europe, on
s’équipe davantage de « verres intermédiaires », ces unifocaux à profondeur de champ,
qu’aucun opticien ne propose ici car ils coûtent 35 % de moins que les verres progressifs.
La France est aussi un pays qui surconsomme ces options d’esthétique ou de con-
fort, présentes sur 90 % des lunettes vendues,
qui font le bonheur des verriers et des opticiens : amincissement, traitements de surface tels que le durcissement, l’antireflets,
l’antilumière bleue, mais aussi les verres photochromiques ou polarisants… « On est au
bout du toujours plus de traitements de surface », reconnaît toutefois un ancien d’Essilor.
NIVEAU DE QUALITÉ MINIMALE
Financé par les mutuelles, le marché français
de l’optique est donc devenu très haut de
gamme, dépassant les objectifs de santé publique, où les marges brutes des opticiens
sont telles – à 62 %, contre 37 % pour l’ensemble du commerce de détail – qu’ils parviennent à vivre en ne vendant en moyenne que
2,8 paires de lunettes par jour. Des marges
qui attirent toujours plus d’opticiens (34 370
aujourd’hui, contre 21 000 en 2010), qui
ouvrent de nouvelles boutiques : près de
12 500, contre 7 900 en 2000. Ceci alors qu’en
« SI L’ON VEUT
BAISSER LES PRIX,
IL FAUT D’ABORD
RÉORGANISER
LE SYSTÈME
DE DISTRIBUTION »
THIERRY BEAUDET
président de la
Mutualité française
moyenne, un porteur de lunettes s’offre une
nouvelle paire tous les trois ans…
Selon la Mutualité française, le système de
distribution absorberait plus de 71 % du coût
des lunettes hors taxes. A rebours de toutes
les théories économiques sur les vertus déflationnistes de la concurrence, plus les magasins d’optique se multiplient, plus le prix
moyen des équipements vendus est élevé. Ce
qui fait dire à Thierry Beaudet, le président
de la Mutualité française : « Si l’on veut baisser
les prix de l’optique, il faut d’abord réorganiser
son système de distribution et former moins
d’opticiens. »
La réforme du « zéro reste à charge » passera donc par une restructuration de toute la
chaîne de valeur de la filière. Comme elle ne
se fera ni par la hausse des remboursements
de la « Sécu » ni par l’augmentation de la contribution financière des organismes complémentaires (mutuelles et assurances) – qui
ont payé en 2016 4,4 milliards d’euros des dépenses d’optique, sur un total de 6,1 milliards –, elle ne peut se faire que par la baisse
des prix. Tout le monde l’a bien compris. La
question, c’est comment ? Par une baisse ciblée sur quelques offres ? Ou par une déflation du marché ? Rien n’est encore tranché.
Les fabricants, verriers en tête, mais aussi
les réseaux de soins, défendent que l’offre à
bas prix et à « zéro RAC » existe déjà chez tous
les opticiens. Aux bénéficiaires de la couverture maladie universelle-C (CMU-C) et de
l’aide au paiement d’une complémentaire
santé (ACS), ou au travers de l’association Op-
Une start-up expérimente avec succès un modèle discount
à 13 heures ou 19 heures, il y a
toujours la queue au 3, rue de Turbigo,
à Paris, où siège le premier magasin
Lunettes pour tous. Son argument ?
« Des lunettes à votre vue, à 10 euros,
prêtes en 10 minutes. » Comme tous
les discounters, qui débarquent notamment sur le Web à l’instar de Happyview ou Sensee, son modèle repose
sur le volume : « Quand un opticien
traditionnel vend très peu de paires de
lunettes avec des marges très élevées,
chaque jour, des milliers de clients
nous permettent de réduire les marges
sur chaque paire », explique Paul Morlet, le fondateur, âgé de 27 ans, de Lunettes pour tous.
A l’instar de ses concurrents, Lunettes pour tous a supprimé les intermédiaires et achète directement aux fa-
bricants – des verres simples à moins
de 3 euros pièce en Chine, et des montures pas beaucoup plus chères. Mais
ce n’est pas sur le prix qu’il entend durer : lui aussi propose tous les traitements de surface de dernière génération, sur des verres plus sophistiqués
achetés directement au sous-traitant
tchèque d’un grand verrier français.
« C’est sur le service que va se jouer l’avenir de l’optique », estime Paul Morlet.
Un reste à charge égal à zéro
Fondée en 2014 avec 1 million d’euros
apportés par Xavier Niel (actionnaire
du Monde à titre individuel), la société
compte déjà six boutiques en France,
toutes profitables, à Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille et Toulouse. Et
s’apprête à en ouvrir sept autres, dans
les prochains mois, notamment à
Nantes, Rennes, Montpellier, Nice et
Strasbourg. « Notre objectif est d’être
présents dans les quinze villes françaises les plus peuplées d’ici à la fin de l’année », ambitionne le patron de l’opticien discount.
Lunettes pour tous propose d’obtenir en magasin un bilan visuel complet par un opticien diplômé, gratuitement et sans rendez-vous. Dans le laboratoire, à quelques pas de là, qui détient 1 300 montures et 25 000 verres
en stock, des machines taillent et
montent les verres sur les montures
en moins de trois minutes. Le succès
de la formule est tel que, chaque jour,
l’opticien procède dans son magasin
parisien à entre 80 à 100 bilans visuels
et vend 300 paires de lunettes, soit
cent fois plus qu’un magasin indépendant, et dix fois plus qu’une grande
enseigne. Sur ses six magasins, il en
écoule 1 000 par jour au total.
Un développement fulgurant, qui
tranche avec les ventes sur le Web, qui,
elles, ne décollent toujours pas. Le panier moyen s’élève à 60 euros sur les
lunettes à verres progressifs et à
38 euros sur les équipements à verres
simples. Ce sont donc bien des « lunettes pour tous », avec un reste à
charge égal à zéro quelle que soit la
correction, comme le souhaite le gouvernement. Une formule qui, surtout,
résout les problèmes d’accès aux
soins. Et pourtant, Paul Morlet n’a pas
encore réussi à se faire référencer par
un réseau de soins… p
v. se.
dossier | 5
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Les opticiens ont profité d’un marché boosté par les mutuelles
2 ... car l’optique est un marché important
et lucratif...
1 Des opticiens très nombreux...
EN FRANCE
NOMBRE D’OPTICIENS POUR 100 000 HABITANTS EN 2016
NOMBRE DE POINTS DE VENTE EN OPTIQUE
8 300
12 440
74 %
des Français
de plus de 15 ans
déclarent avoir
des troubles de la vision,
corrigés ou non
FRANCE 53
2003
2017
10
NOMBRE D’OPTICIENS-LUNETIERS
34 370
ALLEMAGNE 26
27 340
21 055
ROY.-UNI 10
DÉPENSES D’OPTIQUE MÉDICALE
EN FRANCE, EN MILLIARDS
D’EUROS
TAUX MÉDIAN DE MARGE
COMMERCIALE EN 2014
62 %
6,1
4,4
2010
2013
2016
3 ... dans lequel les complémentaires santé jouent
un rôle de plus en plus important
PART DES DÉPENSES D’OPTIQUE MÉDICALE PRISES EN CHARGE
PAR CHAQUE ACTEUR
Assurance-maladie
Complémentaires santé
5
Ménages
4 Des remboursements plafonnés pour éviter un dérapage
des dépenses d’optique
PLAFONDS DE PRISE EN CHARGE* DES LUNETTES PAR LES MUTUELLES
(VERRES + MONTURES)
4
2006
Optique Commerce
de détail
2016
CROISSANCE DES VENTES DE VERRES ESSILOR EN FRANCE,
EN %
Depuis le 1er avril 2015
1 équipement remboursé tous les deux ans pour les adult
adultes.
Pour les mineurs ou en cas d'évolution de la vue des adultes,
1 équipement peut être remboursé tous les ans.
24
40
37 %
10
6
6
Pour une paire de lunettes à verres...
55
2006
72
2016
INFOGRAPHIE : MARIANNE BOYER, MAXIME MAINGUET
tique solidaire, les opticiens sont tenus de
proposer des offres très basses. Pour les
autres, il existe dans toutes les chaînes des
offres à petits prix. « Le problème n’est pas de
créer des offres qui existent déjà, mais de les
faire connaître par le biais des assureurs », résume Nicolas Seriès, directeur général du
verrier Carl Zeiss en France. Les opticiens reconnaissent que l’on peut aller plus loin, avec
des offres garantissant un niveau de qualité
minimale pour chaque type de correction.
En clair, que l’on peut améliorer le rapport
qualité-prix des offres à « zéro RAC ».
Si verriers et opticiens souhaitent que l’on
s’en tienne là, il n’est pas sûr que le gouvernement l’entende de cette oreille. Car ce sont
les organismes d’assurance-maladie complémentaire (OCAM) qui vont être chargés de
mettre en œuvre la réforme, selon les orientations du ministère de la santé. Tous leurs
contrats devront proposer des « équipements
de qualité » sans reste à charge. Et être suffisamment lisibles pour que les assurés comprennent le montant qui leur sera remboursé. Ce en euros – et non, comme
aujourd’hui, en multiplicateur des tarifs de la
Sécurité sociale. « Il ne peut y avoir de “zéro
reste à charge” sans lisibilité des contrats », résume André Balbi, président du Rassemblement des opticiens de France (ROF). Le gouvernement ira-t-il jusqu’à leur imposer trois
contrats types pour faciliter leur lisibilité,
comme le candidat Macron l’avait promis ?
Ce point est en discussion avec les OCAM,
qui, souhaitant conserver une marge de différenciation commerciale, s’y opposent.
L’ARME DES « CONTRATS RESPONSABLES »
Surtout, en donnant les leviers de la réforme
aux assurances complémentaires, l’Etat va
leur confier la régulation du marché, en particulier par le biais de leurs réseaux de soins,
créés pour mettre un terme à la dérive inflationniste du marché. D’ores et déjà, s’adresser à des opticiens adhérents à un réseau permet de diviser par deux le reste à charge sur
l’optique, comme l’a constaté l’inspection générale des affaires sociales.
Reste à définir ce qu’est un « équipement de
qualité sans reste à charge ». A savoir un « panier de soins visuels » qui ne soit ni hard discount, comme les lunettes de la « Sécu », ni
doté d’options de confort superfétatoires. « Il
devrait s’en tenir aux objectifs de santé publique, à savoir à une bonne acuité visuelle, estime le professeur Antoine Brézin, ophtalmologiste à l’hôpital Cochin, à Paris. Soit
10/10 pour la vision de loin et Parinaud 2 pour
la vision de près. » Qui doit décider de la composition de ce « panier de soins visuels » ?
simples
complexes
très complexes
470 €
750 €
850 €
2012
Dont le plafond de 150 euros pour les montures
*plafonds intermédiaires possibles en cas de lunettes avec deux types de verres différents.
Verriers et opticiens veulent en être. Mais
seule la Haute Autorité de santé (HAS) dispose de l’indépendance nécessaire pour définir ce panier, quitte à y intégrer des options
qui peuvent être jugées nécessaires.
Dans cette bataille, le gouvernement conserve une arme : celle des « contrats responsables », lancés en 2014 par l’ancienne ministre de la santé Marisol Touraine pour mettre
fin au financement trop généreux des lunettes, et qui limitent les remboursements à
une paire tous les deux ans, et pour des montants plafonnés. « C’est le plafonnement des
remboursements qui a eu le plus d’impact
modérateur sur le marché », assure Emilie
Gros, analyste au cabinet GfK.
Si la Mutualité française a proposé de réduire le montant maximal remboursé sur les
montures (de 150 à 100 euros), on peut aller
beaucoup plus loin sur les verres. A commencer par les « verres de stock », des verres
simples achetés 2 à 3 euros pièce par les opticiens et revendus au prix moyen de
116 euros, selon GfK. Mais aussi sur les verres
progressifs, sans prendre la toute dernière
génération, dont le service rendu additionnel n’est pas toujours perçu par les porteurs
de lunettes. Enfin, en poussant les verres intermédiaires pour les non-myopes. « Il suffit
« C’EST LE
PLAFONNEMENT DES
REMBOURSEMENTS
QUI A EU LE PLUS
D’IMPACT
MODÉRATEUR
SUR LE MARCHÉ »
ÉMILIE GROS
analyste au cabinet GFK
3,5
2,6
2013
2014
2015
2016
SOURCES : DRESS, INSEE, MUTUALITÉ FRANÇAISE, JOURNAL OFFICIEL, ESSILOR
d’abaisser par décret les plafonds remboursés
dans les contrats responsables et les prix pratiqués par les opticiens s’ajusteront automatiquement », pronostique Paul Morlet, fondateur de la chaîne Lunettes pour tous.
Cette réforme ne se fera pas sans douleur :
fermetures de magasins et chômage, chez
des opticiens trop nombreux, sont à prévoir.
A moins que ceux-ci n’obtiennent enfin la
prise en charge du bilan visuel au-delà de
l’extension de validité des ordonnances, obtenue en 2016. Cela permettrait de désengorger les cabinets d’ophtalmologie, où les délais d’attente vont jusqu’à quatre mois dans
le Nord ou l’Est en raison d’un numerus
clausus trop serré (il y a 5 000 ophtalmologistes au niveau national), et de rapprocher la
situation de celle d’autres pays européens,
où les ophtalmologistes opèrent et soignent
et ne passent pas 80 % de leur temps à faire
de la réfraction. Une réforme à laquelle les
médecins ont toujours été opposés, au nom
de la séparation entre prescription et vente,
tout comme le ministère de la santé, en raison de la tendance des opticiens à pousser à
la dépense. Mais cette inflexion pourrait
constituer un geste politique fort à l’égard
d’une profession en état de siège. p
valérie segond
Des tarifs préférentiels assurent le règne des réseaux de soins
c’est la bête noire des opticiens,
qui les accusent de tous les maux : elles détourneraient leur clientèle, organiseraient leur dépendance et leur
précarité, pousseraient à la baisse de
la qualité, complexifieraient leur gestion… « Elles », ce sont ces six platesformes de gestion de réseaux de soins,
créées par les assurances complémentaires au début des années 2000 pour
permettre à leurs assurés d’accéder à
des tarifs préférentiels, en particulier
en matière d’optique.
Beaucoup d’assurés l’ignorent, bien
que près de 50 millions de Français
aient aujourd’hui accès à ces réseaux,
dont le nom apparaît en tout petit
sur leur carte de mutuelle : ils s’appellent Carte Blanche, Istya, Itelis, Kalivia, Santéclair et Sévéane. Or c’est
sur eux que compte le gouvernement pour assainir durablement la
filière optique, condition de la baisse
du reste à charge.
Sans être prescripteurs, ils guident
le marché. Le contrat entre le réseau et
l’opticien consiste à échanger des
baisses de prix contre une hausse des
volumes vendus. Ces réseaux se divisent en deux catégories, selon qu’ils
sont « ouverts » ou « fermés ». Les premiers acceptent les opticiens conventionnés et privilégient la proximité et
l’accessibilité géographique, regroupant jusqu’à 8 000 opticiens chez
Carte Blanche et Istya.
Les seconds, à savoir Santéclair et
Itelis, procèdent à une sélection beaucoup plus stricte des revendeurs sur
la base d’un cahier des charges très
détaillé. Ils ne regroupent pas plus de
3 000 opticiens sur le territoire et privilégient la baisse des prix par la
hausse des volumes vendus, avec un
numerus clausus par zone de chalandise. Ils autorisent une offre restreinte de montures et de verres référencés (trois verriers sont référencés
chez Santéclair), en fixent les tarifs et
orientent résolument leur clientèle
en différenciant les remboursements
des mutuelles selon que les achats
ont été faits dans ou hors du réseau.
Une méthode hypersélective et directive, qui a exclu les indépendants et
favorisé les grandes enseignes. La
rentabilité des opticiens est très sensible aux volumes : une paire de plus
par jour a un effet énorme sur le
compte de résultat quand, en
moyenne, les opticiens en vendent
moins de trois.
Comportements inflationnistes
L’effet de ces intermédiaires est très
net sur la dépense et sur le reste à
charge. L’Inspection générale des affaires sociales a constaté un écart de
prix de 22 % sur les verres simples, et
de 19 % sur les verres complexes.
« Mais, précise le rapport, cet écart de
prix ne dit rien de la qualité du produit
acheté, il indique seulement une moindre dépense. » Chez Santéclair, la directrice générale, Marianne Binst, affirme que, « à référence identique, les
prix chez les opticiens agréés par notre
réseau sont inférieurs de 30 % sur les
verres et de 15 % sur les montures par
rapport aux prix hors réseau ».
Cet effet n’est pas encore vraiment
visible sur l’ensemble du marché.
En 2016, les magasins d’optique ne
réalisaient que 13 % de leur chiffre
d’affaires moyen par ces intermédiaires, dont le poids est beaucoup plus
lourd chez les grandes enseignes (47 %
des ventes). Mais cela tient aussi au
comportement des assurés, qui, lorsqu’ils bénéficient de tarifs moins
chers, en profitent pour s’offrir plus
d’options. « Dès que cela touche à la
santé, c’est toujours difficile de vendre
de l’entrée de gamme, reconnaît Marianne Binst. En l’absence d’évaluation
scientifique des verres, les assurés
croient qu’un produit de santé moins
cher est forcément moins bon. » La capacité des réseaux de soins à démontrer aux assurés qu’ils peuvent avoir
des équipements de qualité sans reste
à charge sera une clé de la réussite de
la réforme. p
v. se.
6 | économie & entreprise
0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Arkéa-Crédit mutuel : la fin d’une guerre fratricide
Les conseils d’administration des fédérations de l’Ouest vont être consultés sur la sécession d’Arkéa
suite de la première page
Le feuilleton de la discorde a pris
pour la première fois une tournure judiciaire en octobre 2014.
Dénonçant « une situation persistante de conflits d’intérêts au
sein de la confédération », accusée de faire cause commune avec
les puissantes fédérations de l’Est
de la France (« CM11-CIC »), le Crédit mutuel Arkéa avait alors saisi
l’Autorité de la concurrence et le
procureur de la République de
Paris.
Les griefs ont ensuite évolué
lorsque la Banque centrale européenne (BCE) a demandé à la confédération de renforcer ses pouvoirs d’organe central, pour une
meilleure surveillance des risques au sein du groupe. Arkéa, jaloux de l’autonomie dont il disposait jusqu’alors, a refusé de s’y
soumettre. S’en est suivie une intense guérilla judiciaire, qui s’est
traduite par la rupture du dialogue entre les deux parties.
M. Denis, qui a initié la bataille
et s’est toujours refusé au compromis, en dépit des tentatives de
médiation des pouvoirs publics
et des évolutions de statut proposées par la confédération, a désormais besoin des instances de
son groupe pour obtenir l’indépendance.
Les conseils d’administration
des fédérations de Bretagne et du
Sud-Ouest, programmés vendredi 19 janvier, devraient proposer aux présidents de caisses locales d’Arkéa de voter au cours du
premier trimestre. M. Denis
aurait, selon plusieurs sources,
mis son mandat dans la balance.
« Nous allons leur demander de
choisir entre rester au sein de la
confédération nationale, ce qui
revient à accepter notre perte
d’autonomie progressive, et à sortir de la confédération en abandonnant la marque. Mais évidemment nous resterons un groupe
mutualiste et coopératif. Nous tenons bien entendu les pouvoirs
publics informés », a précisé au
Monde un dirigeant du groupe
Arkéa.
Le Crédit mutuel du Massif central devrait quant à lui réunir son
conseil la veille, jeudi, mais il
constitue un cas à part puisque,
favorable à l’unité du groupe bancaire, il travaille actuellement à
son rattachement au Crédit
mutuel-CM11.
Des syndicats inquiets
Les dirigeants d’Arkéa se disent
confiants sur l’issue du vote des
représentants des sociétaires. En
octobre 2016, M. Denis avait déjà
sollicité les caisses locales de son
institution, qui devaient à l’époque se prononcer sur un projet
beaucoup moins clivant : la création d’un deuxième organe central distinct pour Arkéa, mais toujours sous la bannière du Crédit
mutuel. 96,4 % des 334 présidents
des caisses locales de Bretagne, du
Massif central et du Sud-Ouest,
s’étaient alors exprimés en faveur
du projet de M. Denis.
L’initiative avait toutefois
tourné court, seule une disposition législative ayant le pouvoir
de scinder l’organe central d’un
groupe mutualiste. Or les pouvoirs publics y étaient opposés,
tout comme le président de la
Confédération nationale du
Crédit mutuel, Nicolas Théry,
inlassable défenseur de l’unité du
groupe.
Un véritable
séisme pour
l’institution,
qui se verrait
amputée
d’une partie
de son activité
En renonçant à la marque Crédit
mutuel, Arkéa met aujourd’hui
toutes les chances de son côté.
Toutefois, des résistances demeurent. Si la défense de l’autonomie
a toujours remporté l’adhésion
des équipes, il en ira autrement
L’Inde tend les bras aux investisseurs
étrangers dans le secteur du commerce
Les enseignes de distribution monomarque pourront détenir 100 % d’une société indienne
bombay (inde) - correspondance
L
e vent du libéralisme, en
Inde, souffle davantage
comme une brise légère
que comme une bourrasque qui
emporterait sur son passage tout
ce qui reste de l’économie socialiste à la Nehru. Le gouvernement
de Narendra Modi vient encore
de le prouver. Conformément à sa
pratique des réformes par petites
touches, il a dévoilé une série de
mesures visant à encourager les
investissements directs étrangers
(IDE), sans aller pour autant jusqu’au bout de sa logique, qui voudrait que le secteur de la grande
distribution soit un jour ouvert à
la concurrence. Au grand dam des
Walmart et autres Carrefour ou
Auchan, ce ne sera vraisemblablement pas le cas d’ici à la fin de la
législature, en 2019.
En attendant, une mesure importante a été prise pour donner
satisfaction au secteur du commerce : les entreprises de distribution monomarque pourront
dorénavant détenir jusqu’à 100 %
d’une société indienne, sans avoir
à demander une autorisation spéciale à l’Etat. Jusqu’à présent, les
investissements étaient libres
jusqu’à 49 % du capital mais, audelà, il fallait solliciter le feu vert
du département de la politique
industrielle et de sa promotion
(DIPP), ce qui prenait souvent de
longs mois. En outre, l’obligation
d’avoir 30 % de fournisseurs locaux va être assouplie : au lieu de
devoir respecter cette règle trois
ans maximum après l’ouverture
d’un magasin, les opérateurs
auront cinq ans pour le faire.
C’est le résultat d’un intense lobbying mené ces trois dernières
années par l’américain Apple et
les suédois Ikea et H&M, lesquels
s’estimaient entravés dans leurs
projets de développement en
Inde et comptaient sur l’appétence supposée de Narendra
Modi et de son parti (droite nationaliste), le BJP, pour l’économie de
marché, pour y remédier. Le premier ministre en a profité pour
acter d’autres dispositions allant
dans le même sens, afin de clarifier notamment le statut des
agences immobilières, ou de permettre aux fonds d’investissement d’entrer au capital de compagnies d’électricité cotées sur le
marché primaire, et non plus seulement sur le second marché.
Le gouvernement a également
mis fin à l’exception d’Air India,
qui interdisait à tout investisseur
étranger d’entrer au capital de la
compagnie aérienne publique,
alors que cela est autorisé pour les
compagnies privées. La privatisation d’Air India ayant été programmée pour 2018, il s’agit de
trouver des candidats hors des
frontières qui soient en mesure
de faire monter les enchères,
alors qu’à ce stade, deux entreprises indiennes seulement sont sur
les rangs : la compagnie IndiGo,
qui domine déjà très largement le
marché du transport aérien,
d’une part, le conglomérat Tata et
son partenaire Singapore Airlines, d’autre part.
Arrière-pensées politiques
« New Delhi avance doucement,
mais à fréquence régulière, pour
simplifier l’environnement des investisseurs, tout cela va dans le
bon sens », estime Jean Muller, directeur associé à Khaitan & Co,
l’un des plus grands cabinets
d’avocats d’affaires de Bombay.
« L’Inde se débarrasse progressivement des derniers vestiges de protectionnisme et la situation s’améliore, car le gouvernement donne
de plus en plus de visibilité à l’économie », précise-t-il.
Les résultats sont d’ailleurs au
rendez-vous. Sur l’année fiscale
2016-2017, a fait savoir le ministère du commerce et de l’industrie, les investissements directs
étrangers en Inde ont franchi la
barre des 60 milliards de dollars
(49,1 milliards d’euros). Sur l’exercice fiscal 2013-2014, clos deux
mois avant l’arrivée au pouvoir
de Narendra Modi, les IDE
n’avaient représenté que 36 milliards de dollars.
L’île Maurice reste très largement en tête des pays d’origine
des investisseurs, devant Singapour, le Japon et l’Allemagne,
mais cette situation, qui s’explique par l’optimisation fiscale
pratiquée par les riches Indiens
dans l’île proche de Madagascar,
est en passe de changer, car New
Delhi, en avril 2017, a instauré de
nouvelles règles sévères pour lutter contre l’évasion fiscale.
Les dernières annonces du premier ministre ne sont naturellement pas dénuées d’arrière-pensées politiques. M. Modi a décidé
de se rendre le 23 janvier au
Forum de Davos, ce qui n’était pas
arrivé à un chef de l’exécutif indien depuis 1997. Il y mettra sans
nul doute en avant sa grande
fierté de 2017, à savoir que l’Inde
est remontée du 130e au 100e rang
des pays où il est facile de faire
des affaires, dans le classement
de la Banque mondiale.
Avec ces nouveaux assouplissements, il pourra montrer que son
gouvernement est décidé à ne
pas relâcher l’effort, sans compromettre pour autant le devenir
des petits commerçants, qui
constituent une base électorale
importante pour le BJP, à un peu
plus d’un an des élections générales. – (Intérim.) p
pour faire accepter en interne la
rupture avec les racines et l’identité du Crédit mutuel.
Alertés sur une rumeur de « désarrimage » du Crédit mutuel, les
représentants des salariés d’Arkéa
l’ont vécue comme un coup de
tonnerre. La CFDT, la CGT, le SNB
et l’UNSA, réunis en intersyndicale, ont adressé vendredi 12 janvier un courrier aux administrateurs d’Arkéa pour leur faire part
de leurs vives inquiétudes.
« Nous vous alertons sur l’avenir
de notre groupe mutualiste et la
pérennité de nos emplois. Cette entreprise est aussi la nôtre », indiquent les organisations syndicales dans cette lettre, dont Le
Monde a obtenu copie.
« Notre place au sein du Crédit
mutuel (…) assoit la sécurité financière des sociétaires notamment
par un dispositif de solidarité efficace. (…) Sur les places financières,
elle permet une appréciation favorable des agences de notation en
bénéficiant de la force du Crédit
mutuel », poursuivent-ils, appelant les dirigeants à « respecter
leur parole qui a toujours affirmé
« l’autonomie au sein du Crédit
mutuel ». Les syndicats mettent
également en avant « le risque de
voir s’implanter des agences “Crédit mutuel” sur nos territoires
après notre départ du groupe ».
« Effectivement, il n’y aura plus de
clause territoriale », a reconnu un
responsable d’Arkéa.
La guerre commerciale promet
d’être sanglante si, une fois Arkéa
sortie de son giron, la Confédération nationale du Crédit mutuel
décide d’ouvrir massivement des
guichets à sa marque. A cette confusion se greffera le cas des caisses locales qui refuseront de suivre M. Denis dans sa quête d’indépendance.
Plusieurs présidents de caisse,
opposés à sa stratégie, se sont déjà
réunis depuis octobre 2016 au
sein d’un collectif, baptisé « Les
présidents lucides du Crédit mutuel Arkéa ». « Ma caisse ne suivra
pas, je veux qu’elle participe à la
mise en place d’un nouveau Crédit
mutuel en Bretagne avec la confédération », prévient déjà l’un
d’eux. Il faudra alors beaucoup de
pédagogie pour expliquer aux
clients à quelle banque ils appartiennent in fine.
Outre cette pagaille, le choix sécessionniste d’Arkéa pourrait
créer un précédent dans le paysage bancaire français. Cette
nouvelle incertitude sur le périmètre des groupes mutualistes
ne laissera pas indifférents le
Crédit agricole, BPCE (Banque populaire Caisse d’épargne), le superviseur bancaire ni les marchés financiers. p
véronique chocron
12 MILLIONS
C’est le nombre de produits commercialisés dans 83 pays, que Lactalis
s’est engagé à rappeler, selon les propos tenus par son président Emmanuel Besnier, dans un entretien publié par Le Journal du dimanche,
le 14 janvier. M. Besnier promet d’indemniser « toutes les familles qui
ont subi un préjudice ». La crise sanitaire à la suite de la contamination
de trente-sept bébés en France et un en Espagne, ayant consommé
des laits susceptibles de contenir des salmonelles fabriquées dans
l’usine Lactalis de Craon (Mayenne), a pris un tour politique après la
demande de sanction exprimée par le gouvernement.
BT P
Le britannique Carillion
fait faillite
Carillion, l’un des plus importants groupes de construction
britanniques, s’est déclaré en
dépôt de bilan, lundi 15 janvier. L’entreprise, qui emploie
au total 43 000 personnes,
dont 19 500 outre-Manche,
était en négociations avec
ses créanciers pour éviter la
faillite, mais ceux-ci ont refusé de lui apporter tout nouveau soutien financier. L’Etat
devrait néanmoins fournir les
fonds nécessaires pour poursuivre les contrats passés avec
le secteur public. Lourdement
endetté, Carillion avait annoncé une perte de plus de
1 milliard de livres sterling
(1,12 milliard d’euros) au premier semestre 2017.
AU TOMOBI LE
Véhicules électriques :
Ford prêt à investir
11 milliards de dollars
Le constructeur américain
Ford va augmenter ses investissements dans les véhicules
électriques pour les porter à
11 milliards de dollars (9 milliards d’euros) d’ici à 2022 et
disposer ainsi d’une gamme
de 40 véhicules électrifiés,
soit 24 hybrides et 16 entièrement électriques, a annoncé
son président Bill Ford
dimanche 14 janvier.
AÉR ON AU T I QU E
Airbus condamné
à payer 104 millions
d’euros à Taïwan
Airbus a annoncé, samedi
13 janvier, avoir écopé d’une
amende de 104 millions
d’euros dans le cadre d’une
procédure arbitrale pour un
litige remontant à 1992 et
concernant la vente de missiles à Taïwan par le groupe
Matra, acquis par la suite par
l’avionneur. Cette condamnation fait suite à « une plainte
pour rupture de contrat concernant l’accord de vente de
missiles » à Taïwan. Matra
Défense, qui fait partie du
groupe Airbus depuis 1998,
« est en train d’étudier
l’amende afin d’évaluer quelles
seront les prochaines décisions
à prendre » dans ce litige.
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0123
MARDI 16 JANVIER 2018
Mobile : un accord pour mettre
fin aux zones blanches
Les opérateurs investiront 3 à 4 milliards d’euros pour couvrir la France
suite de la première page
Deuxième étage de la fusée,
« 10 000 communes qui sont en 2G
ou en 3G seront converties à la
4G », complète le secrétaire d’Etat.
Enfin, « les opérateurs accéléreront la couverture des axes routiers et ferroviaires », affirme
M. Denormandie. A l’intérieur
des bâtiments, la couverture sera
également améliorée. « Nous allons obliger les opérateurs à faire
des offres de voix sur Wi-Fi. Tous
ceux qui auront Internet pourront
téléphoner », indique Sébastien
Soriano, le président de l’Autorité
de régulation des communications électroniques et des postes
(Arcep), qui a mené les négociations avec les opérateurs.
Pour répondre aux attentes du
gouvernement, les opérateurs
ont accepté d’investir entre 3 et
4 milliards d’euros d’ici cinq ans.
Un montant qui vient s’ajouter
aux 8,9 milliards d’euros qu’ils
avaient injecté, en 2016, dans
leurs réseaux.
En échange, le gouvernement a
accepté un sacrifice de taille : il a
renoncé aux enchères financières
qui accompagnent l’attribution
des fréquences de téléphonie mobile, et va donc se priver d’une
manne financière importante.
En 2015, le dernier appel d’offres
avait rapporté 2,8 milliards
d’euros à l’Etat. « C’est un changement de paradigme. Ces fréquences vont être mises au service du
quotidien des Français », justifie
M. Denormandie.
Cette fois, pour obtenir les précieux sésames, les opérateurs ne
devront pas passer à la caisse, mais
verront leurs obligations renforcées. « C’est ce qui rend le deal contraignant. Nous ne sommes plus
dans les bonnes intentions », témoigne M. Denormandie. « L’investissement sera supérieur à ce
qu’auraient rapporté les fréquences. Il ne s’agissait pas de faire un
cadeau aux opérateurs », assure
M. Soriano. De fait, le montant du
En échange,
le gouvernement
renonce aux
enchères
accompagnant
l’attribution des
fréquences
chèque signé par les opérateurs
était la clé pour convaincre Bercy
de renoncer à cette manne.
Les opérateurs verront leurs licences actuelles prolongées de
dix ans. En outre, le portefeuille
de fréquences de Free, opérateur
le moins bien loti car arrivé plus
tard sur le marché, sera étoffé. Ce
prolongement et cette réattribution, qui se concrétiseront ces
prochains mois, sont délicats à
mettre en place. Le spectre hertzien étant un bien public, une
procédure d’attribution publique
sera menée. L’Arcep ne devra pas
donner l’impression que tout est
joué d’avance.
« Tout le monde s’y retrouve »
« Il s’agira d’une procédure ouverte
qui maximise l’aménagement du
territoire », explique pudiquement M. Soriano, évitant soigneusement l’expression « négociation de gré à gré ». Ces incertitudes juridiques ont d’ailleurs
contribué à ralentir les discussions. Les opérateurs voulaient
être sûrs que le gouvernement
soit capable de tenir ses promesses et de leur assurer la pérennité
de leurs licences. « Nous serons
heureux le jour où nous serons attributaires de nos fréquences »,
confirme un opérateur télécoms.
Les opérateurs applaudissent
néanmoins le geste du gouvernement. « Pour la première fois, la
puissance publique d’un grand
pays européen renonce à des enchères pour mener un grand projet
d’aménagement du territoire.
Dans cinq ans, la France sera le
pays le plus avancé en matière de
digital », se félicite Maxime Lombardini, le directeur général de
Free. « Nous proposions, sans l’obtenir, ce genre de mécanisme depuis longtemps. En six mois, ce
gouvernement réussit à obtenir un
accord alors que cela fait
quinze ans qu’il y a des zones blanches », corrobore Didier Casas, directeur général adjoint de Bouygues Telecom. Et l’ancien conseiller régalien d’Emmanuel Macron qui l’a soutenu avant
l’élection présidentielle d’expliquer que l’idée d’un accord donnant-donnant est née pendant la
campagne. « Tout le monde s’y retrouve, et a priori, il n’y aura plus de
zones blanches », ajoute Régis Turrini, le secrétaire général de SFR.
Fait rare également, les opérateurs sont parvenus à signer la
paix des braves. Pendant des mois,
les discussions ont buté sur la manière dont se concrétiseraient les
investissements et le nombre
d’antennes qui seraient mutualisées, autrement dit partagées entre les opérateurs. Pour SFR, Bouygues Telecom et surtout Orange,
qui dispose de la couverture la
plus vaste, la mutualisation revient à faire la courte échelle à
Free, qui doit parachever la construction de son réseau en particulier dans les milieux ruraux.
« Orange a été très dur sur ce
point-là », lâche un témoin. Dans
un premier temps, l’Arcep avait
d’ailleurs produit un plan comportant un très fort niveau de partage des antennes, s’attirant les
foudres des concurrents de Free,
Orange en tête. Au point, selon
nos informations, de donner envie à l’opérateur historique
d’outrepasser le régulateur et d’aller négocier en direct avec le gouvernement.
« A l’origine, le plan prévoyait que
10 000 et 12 000 antennes soient
mutualisées, c’était énorme. Finalement on est plus autour de 6 000 à
7 000. C’est plus équilibré », dit un
LES CHIFFRES
5 000
C’est le nombre d’antennes supplémentaires, mutualisées ou
pas, que chaque opérateur devra construire.
3À4
C’est en milliards d’euros, l’effort
par les opérateurs pour parachever la couverture en téléphonie
mobile de la France en 4G.
8,9
C’est en milliards d’euros, le
montant total des investissements dans les réseaux fixes
et mobiles en 2016 faits par les
quatre opérateurs nationaux.
1,1 %
C’est la baisse des revenus mobiles subie par les quatre opérateurs au troisième trimestre
2017, selon l’Arcep, après une remontée du chiffre d’affaires en
début d’année.
92 %
Orange affiche la meilleure couverture 4G du territoire, devant
SFR (91 %), Bouygues Telecom
(90 %) et Free (82 %). Mais ce
taux varie entre 48 % et 65 % en
termes de superficie du territoire.
industriel. Quant à Bouygues Telecom, l’opérateur était particulièrement sensible à toute nouvelle
sortie de cash supplémentaire. A
l’arrivée, de bonne source, ses efforts seront lissés. Si tous sont
contents, ils rappellent aussi l’effort produit. « Nous allons accélérer, mais pour certains, avec l’épée
dans les reins. Tout le monde va
souffrir », dit l’un d’eux. p
sandrine cassini
Le mouvement de protestation des femmes
journalistes du « Parisien » gagne des soutiens
Leur « candidature collective » à un poste de direction est appuyée par leurs consœurs de « L’Obs »
U
ne boutade entre collègues au Parisien est en
train de se transformer
en mot d’ordre contagieux. Lors
d’un déjeuner à la cantine, mardi
9 janvier, des journalistes femmes du quotidien détenu par le
groupe LVMH se sont mises à discuter de l’appel à candidatures
ouvert pour un nouveau poste au
sein de la direction de la rédaction
afin de s’occuper des éditions du
dimanche. « On va encore avoir un
mec », a lancé l’une. « Pourquoi ne
pas déposer une candidature collective ? », a répondu une autre.
Le mouvement était enclenché.
Alors qu’elles comptaient rassembler seulement une trentaine de
noms, leur initiative a fait tache
d’huile. Finalement, elles ont été
77 à signer ce texte pour déposer,
jeudi, une « candidature de principe ». « De principe, car mon profil
ne correspond peut-être pas au
poste actuellement ouvert. En revanche, de nombreuses femmes en
ont pleinement les qualifications.
Des femmes aujourd’hui absentes,
à ce niveau de la hiérarchie de
notre journal, dont la charge est de
donner le cap aux équipes, à
travers ses choix éditoriaux », ontelles écrit dans leur e-mail.
La veille, elles avaient appris la
nomination d’un homme comme
quatrième adjoint de Stéphane
Albouy, le directeur des rédactions : Jean-Baptiste Isaac, un journaliste venu du Figaro. L’annonce
a renforcé leur détermination à
faire bouger les choses. « Il y a des
femmes à l’avant-dernier étage de
la fusée, mais pas au dernier. Il y a
un plafond de verre », déplore
l’une des instigatrices du texte.
Combat pour l’égalité
Cinq hommes se trouvent à la tête
de la rédaction en chef nationale,
cinq aussi dirigent celle des éditions départementales et deux le
magazine du week-end. Le seul
poste de responsabilité éditoriale
au plus haut niveau occupé par
une femme est à La Parisienne, le
magazine féminin… Nettement
insuffisant, jugent les « 77 », alors
que l’affaire Weinstein – du nom
du producteur américain Harvey
Weinstein, accusé de harcèlement
et d’agressions sexuels – a relancé
le combat pour l’égalité.
Dans un courriel diffusé vendredi, rédigé en écriture inclusive,
la directrice générale du Parisien,
Sophie Gourmelen, et Stéphane
Albouy ont affirmé être « sensi-
bles » à ce message « concernant
l’évolution professionnelle des
femmes au sein du journal ».
« Qu’il n’y ait pas de femmes au
sein de la direction de la rédaction
est un constat que nous partageons avec vous. Ce n’est en aucun
cas une volonté, ont-ils ajouté.
Nous continuerons à apporter une
attention extrême à ce que l’évolution professionnelle des femmes
soit accompagnée afin de leur permettre d’accéder à tous les postes
de l’entreprise », ont-ils assuré
dans leur message.
Les « 77 » ont été rejointes, non
seulement par d’autres femmes
du journal, notamment les chefs
Le seul poste
de responsabilité
éditoriale au plus
haut niveau
occupé par une
femme est à
« La Parisienne »,
le magazine
féminin
de service, mais aussi par une centaine d’hommes, qui ont signé un
« texte de solidarité et d’appel à
l’exemplarité », rappelant que la
société ne cessait de « bouger sur
ces questions ». « Notre journal se
doit à l’évidence d’accompagner ce
mouvement. Comme toute entreprise. A une différence près : un
journal donne le ton, repère des
tendances, respire l’air du temps.
Avec un peu d’avance si possible.
Ne soyons pas à l’arrière-garde de
cet élan-là. »
Un autre soutien a émergé de
l’extérieur, en provenance de
L’Obs. Soixante-deux journalistes
femmes de l’hebdomadaire détenu en majorité par Xavier Niel
et Matthieu Pigasse – également
actionnaires du Monde – ont pris
la plume pour appuyer leurs
consœurs du Parisien et dénoncer
la situation dans leur titre, avec
une direction de la rédaction « exclusivement masculine » et une rédaction en chef qui « ne compte
que deux femmes pour quatre
hommes ». De plus, soulignent-elles, leurs collègues masculins bénéficient de salaires plus élevés
en moyenne. p
françois bougon
et alexandre piquard
Atos veut développer
ses supercalculateurs
L’entreprise dirigée par Thierry Breton
va participer à un appel d’offres européen
D
es années d’effort sont
en passe d’être récompensées. La Commission
européenne a annoncé, jeudi
11 janvier, le lancement d’un programme de financement de 1 milliard d’euros afin de doter l’Europe
d’une nouvelle génération de superordinateurs, capables d’ingérer des quantités exponentielles
de données et d’effectuer des calculs de plus en plus importants.
« Nous poussons cette initiative
depuis le début. La première à
l’avoir évoquée, c’est Neelie Kroes
[l’ancienne Commissaire européenne au numérique], en 2011.
Jusque-là, il y avait des financements dans les calculs intensifs,
mais ils étaient saupoudrés », rappelle Pierre Barnabé, le directeur
général de la division big data et
cybersécurité d’Atos. Le groupe informatique joue gros. Depuis le
rachat de Bull en 2014, Atos est le
seul constructeur européen à fabriquer des supercalculateurs.
Les superordinateurs sont au
cœur de la recherche et de l’industrie du futur. Les promesses sont
immenses. Imaginer la pluviométrie avec des heures d’avance, réduire les cycles de production
d’une voiture de soixante mois à
vingt-quatre mois, simuler des
crashes sans casser un véhicule ou
connaître l’impact d’une cellule
sur le reste de l’organisme et faire
progresser la recherche dans les
sciences du vivant… le champ
d’application est vaste.
Du pétaflop à l’exaflop
En débloquant des financements
spécifiques, la Commission européenne répond aux grands programmes déjà lancés aux EtatsUnis, en Chine et au Japon, qui
portent sur des milliards d’investissements, et qui placent l’Europe en position de challengeur.
Au niveau mondial, Atos se situe à
la 5e place du marché, derrière
IBM, HP, Lenovo et Huawei. « Les
scientifiques et les entreprises
d’Europe effectuent de plus en plus
souvent le traitement de leurs données en dehors de l’Union européenne. Ce manque d’indépendance constitue une menace pour
la vie privée, la protection des données, les secrets commerciaux et la
propriété des données », a justifié
la Commission, en lançant un
plan spécifique.
Des étapes restent à franchir.
Treize Etats membres et la Suisse
ont adhéré au projet. Bruxelles
doit convaincre les pays qui n’ont
pas encore signé. Il faudra aussi
obtenir auprès des Etats près de
500 millions d’euros, en sus des
486 millions que la Commission
européenne va injecter.
L’objectif est de mettre à la disposition des industriels et des
chercheurs européens la prochaine génération de supercalculateurs. « Nous allons passer du
pétaflopique [un million de milliards d’opérations à la seconde] à
l’exaflopique [un milliard de milliards de calculs à la seconde] »,
explique Pierre Barnabé. A titre de
comparaison, les superordinateurs actuels sont « limités » au
pétaflop. La structure de pilotage
du projet, baptisée « EuroHPC »,
lancera un appel d’offres pour
l’achat de quatre superordinateurs, deux consacrés à la recherche et deux à la production.
Atos entend bien participer à ce
concours. « Nous allons monter un
consortium avec des industriels et
des organismes de recherche »,
confirme M. Barnabé, déjà sûr
d’embarquer dans cette aventure
le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives
(CEA) et le centre de recherche allemand de Jülich (Rhénanie-duNord-Westphalie).
Du
côté
des grands groupes, Siemens, Thales, Airbus ou BMW pourraient
être intéressés.
Le consortium d’Atos ne sera pas
seul en lice. Contrairement aux
Etats-Unis ou à la Chine, où le
groupe franco-allemand regarde
passer les trains sans pouvoir
monter à bord, les grands leaders
mondiaux des superordinateurs
peuvent concourir à l’appel d’offres. « Jusque-là, avec des financements plus modestes, nous avons
tenu la dragée haute à ces autres
géants. Mais il faut que l’on continue d’être excellents, notamment
face aux Chinois, encore relativement discrets. Nous nous préparons à un combat de Godzilla ! »,
lance Pierre Barnabé. p
sandrine cassini
1,5 MILLION
C’est en dollars (soit 1,2 million d’euros) ce que l’acteur Mark Wahlberg
donnera à l’association Time’s Up, pour les victimes de harcèlement
sexuel, a-t-il annoncé samedi 13 janvier après une polémique autour
de son cachet pour Tout l’argent du monde. Il a touché mille fois plus
que sa partenaire à l’écran, Michelle Williams. Le comédien avait
rejoué, dans l’urgence, des pans entiers du film, pour que
Ridley Scott en expurge Kevin Spacey, accusé de harcèlement. – (AFP.)
C I N ÉMA
Sheryl Sandberg et
Jack Dorsey sortent du
conseil d’administration
de Disney
Sheryl Sandberg, directrice
générale de Facebook, et Jack
Dorsey, le patron fondateur
de Twitter, vont mettre fin
à leur mandat d’administrateurs du groupe Disney pour
éviter d’éventuels conflits
d’intérêts, indique l’AFP lundi
15 janvier. Ils ne brigueront
pas un nouveau mandat lors
de l’assemblée générale du
groupe Disney, le 8 mars,
selon un document présenté
au gendarme boursier américain. Mi-décembre, Disney
avait annoncé le rachat d’une
partie de 21st Century Fox
pour concurrencer Netflix,
Amazon, Apple mais aussi
Facebook.
Plan de sauvegarde
chez EuropaCorp
EuropaCorp, la société de
production et de distribution
du cinéaste Luc Besson, a
annoncé lundi 15 janvier prévoir un plan de sauvegarde
de l’emploi en France qui
pourrait conduire à la suppression de 22 postes. Si ce
plan était adopté, l’effectif serait réduit à 57 personnes.
Le groupe est dans la tourmente après une performance décevante à l’international du film à gros budget
Valérian. Depuis fin novembre, la société réfléchit à une
recapitalisation ou à une restructuration de sa dette. Sa
perte opérationnelle s’est
creusée à hauteur de
65,7 millions d’euros au premier semestre de son exercice 2017-2018. – (Reuters)
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