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Le Figaro 22839 2018

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mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO - N° 22 839 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
GEORGES BIZET
LA MAISON DU COMPOSITEUR
DE « CARMEN », DANS LES
YVELINES, DEVIENT UN MUSÉE PAGE 28
Rihanna
MUSIQUE EN LIGNE
LE STREAMING FAIT S’ENVOLER
LE MARCHÉ DE L’INDUSTRIE
MUSICALE PAGE 20
DROITE
Sécurité, immigration, emploi
JUSTICE
Macron face
aux priorités
des Français
FAMILLE
Selon le sondage Kantar-Sofres-OnePoint
pour « Le Figaro », RTL et LCI, l’opinion attend
du chef de l’État la plus grande fermeté
sur les sujets régaliens. PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
Les États-Unis
forment 30 000
alliés dans le nord
de la Syrie PAGE 7
AFRIQUE
À Kinshasa, l’Église
se mue en force
d’opposition PAGE 8
Macron annonce
une réforme
a minima et rêve
d’efficacité PAGE 9
Né d’un don
anonyme,
il retrouve
son géniteur PAGE 10
AUTOMOBILE
Renault n’a jamais
commercialisé
autant de voitures
CHAMPS LIBRES
PAGE 23
Le tourisme,
arme de paix,
revient en
Mauritanie
Trump
a-t-il affaibli
la puissance
financière
américaine ?
« Fake
news » : les
tribunes de
Chantal Delsol
et de Mathieu
Laine
La chronique
de Renaud
Girard
L’analyse
d’Elsa
Bembaron
LES RÉFORMES JUGÉES PRIORITAIRES *
➜ Renforcer
les lois
antiterroristes
n
n
PAGES 14 À 17
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de lundi :
Laurent Wauquiez peut-il
rassembler la droite ?
OUI
33 %
NON
67 %
TOTAL DE VOTANTS : 33 689
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
LR : la prise de distance
d’Alain Juppé affaiblit-elle
Laurent Wauquiez ?
FAMEFLYNET/BESTIMAGEDARTAGNANS-AIRBUS
➜ Baisser
les impôts
des particuliers
➜ Mettre en place
des peines planchers pour
les agresseurs de policiers
38% 37%
* source : Kantar-Sofres-OnePoint
n
n
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@b@b@q@k";
➜ Faciliter l’entrée
des jeunes sur le
marché du travail
43% 43% 41%
La base du SPD rechigne
à gouverner l’Allemagne
avec Angela Merkel
Faute de commandes,
Airbus pourrait stopper
la fabrication de l’A 380
La fragilité du SPD menace de
faire s’effondrer l’équilibre
précaire négocié par Angela
Merkel pour se doter d’un
gouvernement. La base du
Le superjumbo de l’avionneur
européen peine à trouver des
clients et les cadences de production sont tombées à 12 appareils par an. Si les comman-
parti, qui doit être consultée à
deux reprises avant la formation de la coalition, s’est lancée dans une fronde contre la
chancelière. PAGE 6
des espérées de Chine ou de
Dubaï ne se concrétisent pas,
un arrêt du programme est envisagé, ce qui serait un véritable séisme industriel. PAGE 23
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
n
M 00108 - 116 - F: 2,60 E
➜ Lutter contre
l’immigration
clandestine
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА VK.COM/WSNWS
STEPHANE LEMOUTON / BESTIMAGE
MOYEN-ORIENT
P
Libérer et protéger
eindre, c’est choisir, disait Rembrandt : l’art politique obéit à cette règle. Son premier devoir est d’établir
une hiérarchie entre les nécessités du
temps et les désirs profonds des citoyens.
Emmanuel Macron depuis son élection semble
rechercher cet équilibre. Sur nombre de sujets, le
président a tourné le dos au candidat. Sa campagne « horizontale » était principalement axée
sur l’économie et la libération du travail, son
exercice vertical du pouvoir s’épanouit sur les
dossiers régaliens.
Le sondage que nous publions aujourd’hui
montre qu’il n’a pas tort. Dans le nouveau
monde, les anciennes inquiétudes - lutte contre
le terrorisme islamique, sécurité renforcée,
maîtrise migratoire - n’ont pas disparu. Ces
craintes qui hantent l’inconscient collectif
doivent moins aux « passions tristes » qu’à la
fréquentation quotidienne d’une réalité de plus
en plus incertaine.
Au fond, que disent les Français ? « L’État est
omniprésent pour me contrarier mais il est trop
souvent absent pour me protéger. » Impôts,
taxes, normes administratives : cet entrelacs
« couvre la surface d’un réseau de petites règles
compliquées, minutieuses et uniformes » (Tocque-
ville) qui écrasent et finissent par décourager les
plus optimistes. Plus rien ne marche, pensentils, sauf les services fiscaux.
L’amertume s’accentue au spectacle de la loi de
la jungle qui préside de Notre-Dame-des-Landes aux quartiers nord de Marseille en passant
par ces enclaves de la banlieue parisienne où, de
rodéo urbain en tabassage en meute, la police et
les pompiers n’entrent qu’en tremblant.
Et que dire enfin de cette impuissance mortifère
des politiques dans la tragédie des migrants, « ce
11 Septembre de l’Europe »,
selon les mots du politologue bulgare Ivan Krastev ?
De Londres à Vienne en
passant par Berlin, notre pusillanimité collective nourrit la vague populiste qui emporte tout
sur son passage. Emmanuel Macron, et c’est
heureux, semble en être conscient. Il a trouvé
les mots, reste à passer aux actes.
Que l’on s’entende, la croissance, l’emploi, la
formation, la dépense publique ne sont pas
secondaires, ni contradictoires vis-à-vis de
ces « exigences régaliennes ». Elles sont
complémentaires. Entre la liberté et la protection, que faut-il choisir ? Les Français répondent : les deux. ■
Restaurer
l’autorité
de l’État
AND : 2,60 € - BEL : 2,40 € - CH : 3,70 FS - CAN : 5,20 $C - D : 3,00 € - A : 3,50 € - ESP : 2,70 € - Canaries : 2,80 € - GB : 2,20 £ - GR : 3,00 € - DOM : 2,70 € - ITA : 2,80 €
LUX : 2,40 € - NL : 3,00 € - PORT.CONT : 2,80 € - MAR : 20 DH - TUN : 3,80 DT - ZONE CFA : 2.200 CFA
ISSN 0182.5852
A
LR : Juppé reprend
sa « liberté» PAGE 5
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА
VK.COM/WSNWS
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Renforcer
les lois
antiterroristes
(à gauche).
1
2
Lutter contre
l’immigration
clandestine
(à droite).
Sécurité, immigration
et emploi en tête des
priorités des Français
Selon un sondage Kantar-Sofres-OnePoint pour « Le Figaro »,
RTL et LCI, l’opinion est exigeante envers le président.
Elle lui accorde toutefois un peu de temps pour agir.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
ÉLYSÉE Bienveillants et exigeants. Pour
juger le bilan d’Emmanuel Macron et exposer leurs attentes à l’égard de son gouvernement, voilà qu’à leur tour les Français adoptent le « en même temps »
macronien. Au chef de l’État, ils laissent
donc encore un peu de temps pour agir
mais formulent en contrepartie des
exigences précises sur le contenu des réformes à mener. Voilà en résumé la
conclusion de l’enquête Kantar-SofresOnepoint réalisée pour Le Figaro, RTL et
LCI sur les attentes des Français à l’égard
du gouvernement pour 2018.
Premier enseignement, le président
de la République dispose encore d’une
marge de manœuvre conséquente
auprès de l’opinion qui rechigne à juger
son action dès maintenant. Certes, ils
sont 35 % à juger de façon positive le bilan de l’action d’Emmanuel Macron
(plutôt chez ses partisans) et 37 % à le juger négativement (plutôt chez ses opposants). Mais ils sont encore 21 % à estimer qu’« il est trop tôt pour juger » le
bilan de l’action du chef de l’État.
« Beaucoup de gens sont encore dans
l’expectative. Il y a un effet de curiosité.
L’élection présidentielle est derrière nous
et le paysage politique est confus », explique Emmanuel Rivière, le directeur général de Kantar Public.
Avant d’exprimer une opinion tranchée, les Français attendent de voir sur
trois points en particulier. C’est surtout
sur l’amélioration du pouvoir d’achat
qu’ils se disent le plus attentifs (51 %),
ensuite sur la baisse du chômage (43 %)
et enfin sur la diminution des impôts et
des charges (40 %). À noter que les préoccupations restent extrêmement vives
sur « la lutte contre le terrorisme »
(34 %) et « la maîtrise des problèmes de
l’immigration » (31 %).
Le processus est lancé mais pas encore
abouti. Cette priorité apparente accordée par les Français à leur portefeuille
occulte toutefois leur principale inquiétude : le sort fait à la jeunesse.
Lorsqu’ils sont interrogés sur l’importance qu’ils accordent à telle ou telle réforme annoncée, les Français jugent
prioritaire l’exigence de « faciliter l’entrée des jeunes sur le marché du travail »
(41 %). Un enjeu qu’ils placent juste derrière le renforcement des lois antiterroristes (43 %) et devant la baisse des impôts pour les particuliers (38 %).
Côté inquiétudes, plusieurs réformes
dont s’est emparé Emmanuel Macron
arrivent très haut dans le classement des
Français. Preuve de leur demande de
fermeté sur les dossiers régaliens. À la
veille du déplacement à Calais du chef de
l’État (lire page 4), la demande de « lutter contre l’immigration clandestine »
est jugée prioritaire par 43 % des sondés,
devant celle de « durcir les règles du
droit d’asile pour les réfugiés » (35 %).
« Si le président de la République donne un
sentiment de fragilité sur ces aspects, cela
peut lui être préjudiciable », met en garde
Emmanuel Rivière. Lequel constate toutefois qu’en cette rentrée 2018, Emmanuel Macron se retrouve calé sur les demandes du pays. « Sa feuille de route à
court terme le met en phase avec les attentes des Français », observe Emmanuel
Rivière. Traduction en chiffres : 55 %
des personnes interrogées estiment que
l’action du gouvernement est conforme
aux engagements pris par Emmanuel
Macron pendant la campagne. ■
« Espoirs et inquiétudes »
Tous ces thèmes recoupent peu ou prou
l’action engagée par Emmanuel Macron
depuis son élection et résonnent avec les
priorités que s’est données le chef de
l’État depuis la rentrée. « Les Français
expriment d’un côté des espoirs, on le voit
sur les questions sociales, et de l’autre des
inquiétudes, notamment à l’égard du terrorisme et de l’immigration, résume Emmanuel Rivière. Le président de la République va devoir jouer sur les deux
tableaux. »
Côté espoirs, donc, les premiers effets
de la suppression des cotisations sociales
commenceront à se faire sentir fin janvier sur les fiches de paie des salariés.
Quant au chômage, le président de la
République n’a certes pas pris d’engagement public sur l’inversion de la courbe
mais c’est bien cet objectif que visent, à
long terme, les ordonnances sur le Code
du travail. De même que la réforme de la
formation professionnelle qui doit être
votée dans les six mois.
Quant à la baisse des impôts et des
charges, elle était au cœur de la campagne d’Emmanuel Macron avec sa promesse de supprimer la taxe d’habitation.
A
Lemoyne : « Nous faisons tomber des tabous »
lippe, un premier ministre qui a « les
deux pieds sur le terrain », comme le
prouverait sa visite surprise sur le site
de Notre-Dame-des-Landes, samedi.
« On peut progresser »
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
IL FUT LE PREMIER parlementaire
issu des Républicains à rallier Emmanuel Macron, avant le premier
tour de la présidentielle. Propulsé au
Quai d’Orsay, le secrétaire d’État
auprès du ministre de l’Europe et des
Affaires étrangères ne regrette en rien
son choix. « Après avoir succédé à des
gouvernements de droite comme de gauche qui, souvent, n’ont pas osé prendre
les décisions qui s’imposaient, nous faisons tomber un certain nombre de tabous », s’est félicité Jean-Baptiste Lemoyne, invité lundi du « Talk Le
Figaro ». Et de citer, notamment, la réforme de l’ISF, brandie comme un
symbole. « Entre Nicolas Sarkozy et
François Hollande, 84 nouveaux impôts » ont vu le jour, déplore l’ancien
élu UMP : « Un assommoir fiscal, utilisé
tant par la droite que par la gauche »,
assure-t-il.
Le transfuge n’est pas tendre avec
son ancienne famille politique. « La
droite a eu des mots forts mais des actions faibles », assène Jean-Baptiste Lemoyne. Lequel réclame un « examen de
conscience ». Il demande au nouveau
président de LR, Laurent Wauquiez,
d’arrêter de « lancer des anathèmes » ou
de « donner des leçons à tout le monde ».
Le secrétaire d’État pointe un « problème d’incarnation et de message » dans la
nouvelle direction. « C’est une droite
qui malheureusement a rétréci, commente-t-il. En 2002, elle était très large. L’UMP fondée par Alain Juppé allait
des centristes aux libéraux en passant
JEAN-BAPTISTE LEMOYNE,
hier, dans le studio du Figaro.
par les gaullistes. Cet ADN a disparu. »
Ancien soutien d’Alain Juppé, JeanBaptiste Lemoyne n’a pas manqué de
commenter la prise de distance du maire de Bordeaux (lire page 5) avec son
propre camp. « Si le fondateur en arrive
à cette décision, c’est que les choses ont
changé », résume l’ancien sénateur de
l’Yonne. Et d’encourager les hésitants à
rejoindre la démarche « pragmatique »
d’Emmanuel Macron et d’Édouard Phi-
Question : VOILÀ HUIT MOIS QU’EMMANUEL MACRON A ÉTÉ ÉLU
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE. DANS L’ENSEMBLE, DIRIEZ-VOUS
QUE LE BILAN DE SON ACTION EST :
T. BORDAS/LA DEPECHE DU MIDI
O. CORSAN/LE PARISIEN/MAXPPP
LES ATTENTES DES FRANÇAIS À L’ÉGARD DU GOUVERNEMENT
Souvent présenté comme proche du
mouvement Sens commun, Jean-Baptiste Lemoyne s’est montré en revanche moins à l’aise sur le dossier de la
PMA. Un sujet qui sera discuté cette année par le gouvernement dans le cadre
des débats bioéthiques. « Je souhaite
que ces débats sociétaux soient respectueux de toutes les consciences, a insisté
Jean-Baptiste Lemoyne. C’est un sujet
sur lequel on peut progresser », notamment sur le volet de « l’accès aux origines » pour les enfants issus de PMA. Et
d’espérer un « débat dépassionné ».
Sur le plan diplomatique, le secrétaire d’État auprès de Jean-Yves Le Drian
s’est dit rassuré devant l’issue des discussions politiques en Allemagne. « Je
me félicite de voir que les pourparlers et
les discussions entre le SPD et la CDUCSU ont débouché sur un programme de
gouvernement de 18 pages, commençant
par un chapitre sur l’élan européen. »
Pour Jean-Baptiste Lemoyne, ce prologue illustre le fait que le discours d’Emmanuel Macron sur la relance du projet
européen « porte outre-Rhin ». Plus généralement, le secrétaire d’État estime
que l’image de la France est en train de
changer à travers le monde. Et d’assurer : « Aujourd’hui, être français, c’est
tendance. » ■
M. W.
Très positif
Sans opinion
TOTAL POSITIF
7% 5%
Il est trop tôt pour juger
35 %
Plutôt positif
30 %
21 %
18 %
TOTAL NÉGATIF
19 %
37 %
Très négatif
Plutôt négatif
Question : POUR CHACUNE DES RÉFORMES SUIVANTES ENVISAGÉES PAR LE GOUVERNEMENT,
LAQUELLE EST À VOS YEUX PRIORITAIRE, IMPORTANTE, SECONDAIRE OU INUTILE ? en %
Sans opinion
Secondaire
Inutile
Importante
Renforcer les lois antiterroristes
5 4 10
Lutter contre l'immigration clandestine
5 4
Prioritaire
43
38
32
43
Faciliter l'entrée des jeunes sur le marché du travail
4 1 9
45
41
Baisser les impôts des particuliers
5 1 14
42
16
Mettre en place des peines planchers
pour les agresseurs de policiers
8 4
18
33
Réduire le nombre de parlementaires
8 4
18
34
7
16
Durcir les règles du droit d'asile pour les réfugiés
Améliorer la formation professionnelle
43
Prendre des mesures contre
le changement climatique
6 5
9
38
37
36
35
33
16
21
49
28
40
28
Mettre en place une police de sécurité
au quotidien
6 4
18
46
26
Mettre en place des mesures pour lutter
contre les violences sexuelles et sexistes
54
21
44
26
Aller plus loin dans la législation de la fin
8 5
de vie en autorisant l'euthanasie pour
les personnes atteintes de maladies incurables
21
43
23
35
23
22
39
21
24
41
18
26
39
16
25
14
42
13
24
13
Prendre des mesures pour mieux faire
respecter les règles de la laïcité
7 10
Réformer le système des retraites
9
Baisser les charges des entreprises
9 8
Mettre en place un système universel
d'assurance-chômage *
9
8 11
Mettre en place un service national
obligatoire
8
Améliorer la coopération entre
les pays de l'Union européenne
9 8
Diminuer le nombre de fonctionnaires
9
Réformer l'accès à l'université
11
Introduire une dose de proportionnelle
pour les élections législatives
22
28
10
11
Réformer le baccalauréat
31
25
16
Autoriser l'accès à la PMA (procréation
médicale assistée) pour les femmes
célibataires et les couples de femmes
Limiter la vitesse à 80 km/h
sur les routes nationales
25
10
29
36 12
31
11
36
26 11
20
33
27 9
21
7
22 6
41
59
17
12 5
*Ouvert aux entrepreneurs et aux démissionnaires, avec un renforcement des sanctions pour ceux qui refusent des offres d'emploi raisonnables
Question : QU’ATTENDEZ-VOUS PRINCIPALEMENT DE L’ACTION DU GOUVERNEMENT
ET D’EMMANUEL MACRON POUR 2018 ? (Quatre réponses possibles), en %
L'amélioration du pouvoir d'achat des Français
51 %
La baisse du chômage
43 %
La diminution des impôts et des charges
40 %
La lutte contre le terrorisme
34 %
Le redressement de l'économie française
32 %
La maîtrise des problèmes de l'immigration
31 %
La réduction des inégalités sociales et de l'exclusion
27 %
Question : COMMENT QUALIFIEZ-VOUS LA POLITIQUE MENÉE PAR LE GOUVERNEMENT
DEPUIS L’ÉLECTION D’EMMANUEL MACRON ?
ENSEMBLE
Sans opinion
27%
39 % Plutôt à droite
Plutôt à gauche
7%
27%
Plutôt au centre
Échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’individu) et
stratification par région et catégorie d’agglomération. Enquête réalisée en ligne. Le terrain s’est déroulé du 11 au 12 janvier 2018.
LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
Une session parlementaire
dense et sensible
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
L’EXÉCUTIF ne pouvait rêver meilleure
rentrée parlementaire : la route est dégagée. L’opposition n’a pas encore repris
des couleurs et l’opinion publique semble
adhérer à l’action d’Emmanuel Macron, à
en croire les sondages. Pas question,
donc, de ralentir le rythme, répètent en
chœur les élus LREM. « Il faut profiter de
ce moment de popularité pour faire passer
le maximum de textes et prendre des décisions courageuses comme la limitation à
80 km par heure sur certaines départementales », glisse un pilier de la majorité.
Un député ajoute : « Plus on est dans le
mouvement, plus on est crédité d’être réformateurs. » Le parti La République en
marche a fait ses comptes. Pas moins de
34 mesures du programme ont d’ores et
déjà été adoptées, 71 sont « en cours » et
33 autres sont à venir, s’enorgueillit le
mouvement sur son site Internet.
Les parlementaires ont en effet du pain
sur la planche. Ils vont s’atteler, dès cette
semaine, à l’examen en commission du
projet de loi sur le droit à l’erreur, qui vise
à repenser les rapports entre les usagers
et l’administration. Les députés devront
également se pencher sur le projet de loi
consacré à l’Évolution du logement et
aménagement numérique (ELAN) porté
par le secrétaire d’État Julien Denormandie. Un autre texte sur l’agriculture est
aussi dans les cartons. Fruit des États généraux de l’alimentation, il doit être finalisé avant la fin de février, pour le premier
déplacement d’Emmanuel Macron au Salon de l’agriculture, en tant que chef de
l’État. La loi de programmation militaire
4
JOËL SAGET/AFP
3
2019-2025 sera, elle, présentée en février.
À Bercy, le ministre de l’Économie dévoilera au printemps la loi Pacte, centrée sur
l’innovation, le financement des entreprises et les privatisations. « Le calendrier
est extrêmement dense, mais il faut mener
tous les chantiers en parallèle car tout est
lié, justifie la porte-parole du groupe
LREM à l’Assemblée, Aurore Bergé. Dans
un an, un an et demi, on aura épuisé le programme présidentiel et on aura donc du
temps pour l’évaluation et le contrôle. »
« Au pas de charge ! »
La loi asile et immigration (lire page 4)
doit, elle, passer en Conseil des ministres
dans la seconde quinzaine de février,
pour un examen au printemps. Ce ne sera
pas le seul texte à hauts risques : la réforme de l’apprentissage fait d’ores et déjà
hurler les présidents de région, qui craignent de perdre la manne financière de la
taxe d’apprentissage. Parallèlement, le
gouvernement veut refondre la formation professionnelle et l’assurance chômage, pour permettre aux démissionnaires de bénéficier, sous certaines
conditions, des indemnités chômage.
Quant aux personnes sans emploi, elles
seront davantage contrôlées. « Le calendrier chargé ne laisse pas de place à la
créativité, se plaint un député de la majorité. C’est au pas de charge ! La conséquence ? C’est que les députés n’ont pas le
temps de faire du zèle sur d’autres sujets. »
L’avalanche de textes fait également redouter à certains le report de la révision
constitutionnelle, promise par l’exécutif
pour le premier semestre 2018. Un morceau de choix difficile à glisser entre les
examens de lois sectorielles. ■
3
Mettre en
place des
peines
planchers pour
les agresseurs
de policiers.
Baisser les
impôts des
particuliers.
Faciliter
l’entrée
des jeunes
sur le marché
du travail.
5
SIMON GUILLEMIN/AFP
B. LEVESQUE/IP3 PRESS/MAXPPP
L'ÉVÉNEMENT
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Bienveillance et exigence de l’opinion
U
n seul homme, trois
questions, trois réponses.
35 % des Français
seulement dressent
un bilan « positif » de l’action
d’Emmanuel Macron, huit mois
après son entrée à l’Élysée, selon
notre sondage réalisé par KantarSofres-OnePoint. Réalisé presque
au même moment et par le même
institut, le baromètre du Figaro
Magazine accordait 44 % de
« confiance » au chef de l’État. Enfin,
toujours réalisé aux mêmes dates,
le tableau de bord de l’Ifop pour
Paris-Match affirmait que 53 %
des Français « approuvaient » l’action
du président de la République.
35 %, 44 %, 53 %… Les écarts sont
élevés. Ils ne relèvent cependant pas
de l’approximation de la méthode
mais de la différence des questions
posées. Et soulignent ainsi les
ambiguïtés du macronisme.
Bilan, approbation, confiance :
les trois angles correspondent à
trois temps différents. La première
question juge l’action passée,
la seconde fait réagir à l’action
présente, la troisième enfin fait un
pari sur l’action à venir. L’écart entre
les réponses est un message adressé à
Emmanuel Macron. Le chef de l’État
se voit crédité de son style, de son
volontarisme, de son audace. Mais ce
n’est pas pour autant que les Français
croient aveuglément que les
réformes menées puissent changer
radicalement ou rapidement leur
Ce sondage
est pour
Macron une
invitation
à l’humilité
et à la
persévérance
»
situation. Pour parodier le Jack Lang
de 1981, ils n’ont pas le sentiment
d’être passés « de l’ombre à la
lumière » par la magie d’une élection.
Ils peuvent valider majoritairement
des décisions prises ; ils peuvent
approuver des orientations fixées par
le chef de l’État - et, à l’exception du
80 km/h sur les routes, les résultats
du sondage Kantar-Sofres sont
massifs - sans croire que cela suffira
à changer leur quotidien ou que tous
les problèmes du pays soient réglés.
Ce sondage est donc pour Macron
une invitation à l’humilité
et à la persévérance. Toute la
communication de la majorité
consiste depuis quelques semaines
à s’enorgueillir d’un président
qui fait ce qu’il avait promis. Or, si
elle est bienveillante, l’opinion est
exigeante. Elle n’attend pas
d’abord que les cases du programme
présidentiel soient cochées mais que
des changements soient perceptibles.
Le voilà prévenu : Macron sera jugé
sur ses résultats, pas sur ses
intentions. Et c’est bien parce
qu’il en est conscient qu’il a fixé
un horizon de dix-huit mois à deux
ans pour mesurer concrètement
les effets de sa politique.
Le cadre politique entraîné par sa
victoire peut donner au chef de l’État
le sentiment - l’illusion ? - de la
tranquillité. Entre la bataille pour la
tête d’un PS exsangue, les divisions
de la droite, avivées par le retrait
d’Alain Juppé des Républicains
(lire page 5), et les doutes au Front
national, les oppositions sont noyées
dans leurs problèmes internes,
délaissant le terrain de la
confrontation directe avec Macron.
Avec par exemple ce paradoxe : très
peu de Français (7 %) qualifient la
politique menée par le gouvernement
comme étant de gauche alors que la
gauche ne parvient pas à incarner
une alternative. Toutefois, qu’aucune
opposition ne parvienne aujourd’hui
à organiser la confrontation avec
le président ne veut pas dire que
les Français s’en remettent à lui
sans lui demander des comptes. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8h10
sur Radio Classique
A
РЕЛИЗ
ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА VK.COM/
WSNWS
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Le chef de l’État est en déplacement ce mardi dans la ville symbole des Hauts-de-France
alors qu’enfle la polémique autour du projet de loi asile et immigration.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
ET MATHILDE SIRAUD
£@fxbourmaud £@Mathilde_Sd
EXÉCUTIF Pas un chef d’État n’y échappe. Calais, ville symbole de la crise migratoire et point de passage obligé pour
tout président de la République qui engage une réforme sur le sujet. C’est au tour
d’Emmanuel Macron de faire le déplacement ce mardi. Le chef de l’État vient y
exposer la politique migratoire qu’il
compte appliquer et qui provoque la polémique jusqu’au sein de sa majorité.
« Le président de la République vient
s’assurer que toutes les orientations données dans le cadre de la nouvelle politique
d’asile et d’immigration sont mises en
œuvre », explique-t-on dans son entourage. Ces orientations s’articulent autour
du fameux « en même temps » macronien : fermeté et humanité. Soit : dissuader les migrants de se rendre dans « l’impasse » calaisienne mais, si cela ne suffit
pas, les y « accueillir dignement ». Pas
question de laisser se reformer la jungle
“
Macron rencontrera enfin les associations qui aident les migrants. Signe des
tensions qui entourent ce déplacement,
deux d’entre elles, L’Auberge des migrants et Utopia 56, ont annoncé qu’elles
refusaient de rencontrer le président.
« Nous recevoir, c’est juste un alibi pour
des projets déjà bien établis », explique un
représentant de L’Auberge des migrants.
« Aujourd’hui, la situation s’est améliorée,
assure-t-on pourtant à l’Élysée où l’on
reconnaît toutefois qu’« elle n’est pas stabilisée ». Ces tensions avec une partie des
associations se répercutent dans la majorité. À l’Assemblée, après un début d’incendie provoqué par la circulaire Collomb mi-décembre, le séminaire de
rentrée devait permettre de serrer les
rangs. Lundi, lors de l’atelier législatif
consacré au projet de loi asile et immigration, les participants ont assuré qu’aucun
député n’avait exprimé une franche opposition au texte qui sera présenté le
22 février en Conseil des ministres.
Dans le même temps, le chef de file des
députés LREM, Richard Ferrand, affichait
sa confiance devant les journalistes. « Le
groupe est rassemblé autour de l’idée qu’il
faut mieux garantir l’intégration (…) mais
que, en même temps, il ne faut pas laisser
perdurer l’immigration illégale », affirmait-il, prenant soin de dissiper les doutes sur un possible début de fronde au
sein de la majorité sur ce texte.
Environ 200 députés sur les 313 que
compte le groupe LREM étaient présents
pour écouter la présentation de leurs collègues du groupe de travail « asile et immigration », qui œuvre de concert avec
le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb
et le premier ministre Édouard Philippe
pour améliorer le texte. « Nous avons ten-
té de lever les ambiguïtés, rappeler les
principes du projet de loi. Les différents volets du texte doivent porter les mêmes ambitions », a déclaré de son côté Aurélien
Taché, en charge d’une mission sur la politique d’intégration. « Il y a différentes
sensibilités qui se sont exprimées, il faut
maintenant garder la tête froide pour ne
pas que les deux idéologies s’affrontent », a
prévenu sa collègue Marie Guévenoux,
membre du groupe travail et ex-juppéiste. « Il y aura un consensus pour une politique plus digne et plus efficace. » « Il n’y
aura pas de divisions sur ce texte », abonde le député LREM Gabriel Attal, satisfait
des premières discussions « dépassionnées » sur le sujet. Il y avait urgence à refermer le front interne. Car l’opposition
s’apprête à monter à l’assaut du texte. La
droite pour dénoncer son « laxisme », la
gauche son côté « répressif ». ■
SORIANO/LE FIGARO
Macron attendu à Calais pour
défendre sa politique migratoire
Le devoir
de notre pays,
c’est d’accueillir des
gens qui sont dans
la souffrance (...).
La question, ce n’est
pas d’accueillir toute
la misère du monde,
c’est d’accueillir
les gens qui sont ici,
et cela ne représente
pas des millions
de personnes
PHILIPPE MARTINEZ
»
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CGT
Aujourd’hui, la situation
s’est améliorée. Elle n’est
pas stabilisée
”
UN CONSEILLER DU PRÉSIDENT, AU SUJET DE CALAIS
que François Hollande avait démantelée
en septembre 2016, à l’orée de la campagne présidentielle.
Tout au long de la journée, Emmanuel
Macron rencontrera l’ensemble des acteurs de cette crise migratoire hors normes. Les migrants d’abord, ceux qui
affluent pour tenter de passer en Angleterre. Les élus locaux et les habitants ensuite, qui demandent depuis des années à
l’État de régler le problème. Les forces de
sécurité dans la foulée, mobilisées en
permanence pour maintenir l’ordre dans
la région. C’est là que le président de la
République prononcera un discours de
cadrage pour détailler sa politique mais
aussi pour mettre en garde les forces de
l’ordre contre tout débordement à l’encontre des migrants.
РЕЛИЗ
ПОДГОТОВИ
ЛА ГРУППА
VK.COM/
WSNWS
Bras de fer entre l’État et les
associations dans le Calaisis
A
ÉDOUARD DE MARESCHAL £@edemareschal
À CALAIS, la « ligne Macron » est très
claire : dissuader les candidats au passage
clandestin en Angleterre de se rendre
dans cette ville, devenue une impasse
pour eux. Une position que rejettent de
plus en plus fermement les associations
d’aide aux migrants qui opèrent sur place : lundi, le Secours catholique et
L’Auberge des migrants déposaient une
plainte contre « X » pour destruction et
dégradation de biens leur appartenant.
Une manière de dénoncer, lors des démantèlements, le ramassage et la destruction des bâches, tentes et couvertures distribuées aux migrants par leurs
soins. Les deux associations ont aussi fait
savoir qu’elles ne participeraient pas à la
rencontre organisée en fin de journée entre les acteurs associatifs et Emmanuel
Macron. En signe d’apaisement, la préfecture avait pourtant annoncé début
janvier que, désormais, les policiers laisseraient un temps aux migrants pour
qu’ils ramassent leurs affaires. Une société devrait aussi être missionnée pour les
collecter et les remettre à disposition des
associations.
Ce nouvel épisode illustre le bras de fer
qui perdure entre l’État, qui renâcle à organiser l’accueil des migrants à Calais
même, et les associations qui multiplient
les coups de pression et actions judiciaires pour obtenir une meilleure prise en
charge sur place. Fin juin 2017, onze associations saisissaient en référé la justice
administrative pour demander la réouverture d’un centre d’accueil et d’hébergement d’urgence fixe à Calais, ainsi que
l’installation d’un point d’eau et des la-
trines pour les 350 à 600 étrangers présents autour de Calais. Si le Conseil d’État
a rejeté la première demande, il a
condamné l’État et la ville à installer
deux rampes d’eau, vingt-cinq toilettes
et des douches pour les migrants.
Le même été, le ministère de l’Intérieur a annoncé la création de CAES,
énième acronyme désignant cette fois-ci
les « centres d’accueil et d’examen des
situations ». Situés à une centaine de kilomètres de Calais, ils offrent aux migrants une mise à l’abri et un examen accéléré de leur situation. Après ceux de
Troisvaux, Croisilles et Nedonchel dans le
Pas-de-Calais, Gérard Collomb a annoncé dimanche l’extension de ce dispositif
par la création de 2 800 places dans toute
la France. Pour informer les migrants sur
cette possibilité de mise à l’abri, des
agents de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) maraudent
du lundi au vendredi à Calais. Des départs
de bus sont organisés chaque jour vers les
CAES. Le dispositif rencontre pour l’instant un succès mitigé : sur 415 migrants
mis à l’abri dans les trois CAES du Pasde-Calais, près de 38 % ont quitté les
lieux avant l’examen de leur situation.
Mais 43 étrangers ont pu déposer un dossier de demande d’asile et 26 ont accepté
une aide au retour volontaire dans leur
pays d’origine.
Pour les migrants qui restent malgré
tout à Calais, l’État a mis à disposition en
cas de grand froid un hangar chauffé de
210 lits et plusieurs conteneurs aménagés
pour les mineurs isolés et les quelques
femmes. Les associations ont salué un
progrès, mais demandent désormais à ce
que ces solutions de mise à l’abri soient
pérennisées. ■
Tensions entre CRS
et migrants,
à Calais, le 13 janvier.
JOHAN BEN AZZOUZ/
PHOTOPQR/
VOIX DU NORD
La crainte
« d’un
recensement
ne concerne
pas tant les
demandeurs
d’asile que les
sans-papiers,
c’est-à-dire
principalement
les déboutés
du droit d’asile
qui ont fait
l’objet d’une
obligation
de quitter
le territoire
français
»
LES PROFESSIONNELS
D’ADOMA
La circulaire Collomb vue du terrain
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
LE FORMULE 1 de ConflansSaint-Honorine (Yvelines) n’est
plus un hôtel. Il appartient à
Adoma et loge exclusivement
des migrants, comme 62 établissements du même type en
France acquis depuis peu par
cette société d’économie mixte
qui a succédé à l’ancienne
Sonacotra. À elle seule, Adoma
gère 22 000 places d’accueil
pour demandeurs d’asile et
4 500 autres dédiées aux SDF.
Propriétaire à 95 % de ses murs,
cet acteur clé de l’hébergement
social ne se contente pas de
mettre à l’abri les déracinés.
« Adoma les accompagne au plan
administratif, leur enseigne le
français et met à leur disposition
des équipements collectifs, comme des cuisines et des laveries,
pour les autonomiser », explique fièrement Namori Keita, directeur Île-de-France de l’hébergement de cette société.
Shirkhan, Mirzaman, Abdulla… Afghans ou Soudanais pour
l’essentiel, les hébergés de
Conflans sont de jeunes hommes
d’une vingtaine d’années. Ils se
plient aux règles. Toute sortie
prolongée de plusieurs jours non
signalée entraîne l’exclusion. Sur
les 136 étrangers pris en compte
ce mois-ci, 80 % sont des « Dublinés ». En clair : des personnes
qui ont été enregistrées dans un
autre pays européen (Grèce, Italie…) et qui ont vocation à être
transférées vers ce pays d’entrée. Mais le taux de transfert ne
dépasse pas 10 % en France.
Chacun peut alors espérer repasser au guichet de l’asile hexagonal cette fois, si l’administration
tricolore a mis plus de six mois à
réagir.
« Un jour,
je vais travailler ? »
Ce jour-là, c’est le cas pour Ousman, issu du Soudan. « On va
maintenant écrire son histoire et
travailler sur son dossier », se réjouit Mathilde, la travailleuse sociale à qui il réfère. Passé par
Vintimille et Menton il y a dix
mois, le jeune homme, tout sourire, savoure l’instant : « Un
jour, je vais travailler ? », espère-t-il. Tous n’auront pas sa
chance. Conflans vit, en tout
cas, loin des psychodrames, des
motions de principe et des postures associatives militantes
suscitées par la circulaire Collomb, qui doit instituer un
contrôle régulier des centres
d’hébergement d’urgence en
France.
Quid des « équipes mobiles »
de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii),
promises par ce texte, pour recenser les migrants ? « Il ne faudrait pas que les fantasmes qu’elles
peuvent
faire
naître
dissuadent une partie du public
que nous accueillons de venir
trouver refuge ici. Conflans est un
centre né précisément pour prendre en charge les personnes qui
dormaient dans des campements
improvisés démantelés à Paris »,
rappelle Julien Ars, directeur
Adoma des Yvelines. Mais les
professionnels de terrain de cette société, réputée pour sa rigueur de gestion, refusent d’entretenir une psychose. À les
entendre, « la crainte d’un recensement ne concerne pas tant
les demandeurs d’asile que les
sans-papiers, c’est-à-dire principalement les déboutés du droit
d’asile qui ont fait l’objet d’une
obligation de quitter le territoire
français (OQTF) ».
Par ailleurs, les associations
les plus rétives au renforcement
des contrôles seraient celles qui,
versées dans l’hébergement
d’urgence généraliste, accueillent pour partie des migrants, sans être spécialisées et
surtout sans accompagnement
spécifique.
Et pourtant, les prémices des
équipes de contrôle tant redoutées existent. Dans le Vald’Oise, le GIP (groupement
d’intérêt public) pour l’habitat
et l’insertion sociale passe
régulièrement au centre d’hébergement d’urgence pour migrants Adoma de Saint-Ouenl’Aumône. « 7 à 8 employés du
GIP intervenant pour l’Ofii sont
venus ici assurer une permanence
et orienter les personnes, en toute
bienveillance », confie Jérémy
Vallot, directeur adjoint du
centre.
Selon lui, « ils viennent avec
des interprètes et cela rassure les
hébergés qui peuvent repréciser
leur récit en cas d’incompréhension. Nous avons même pu détecter des cas de jeunes gens qui
avaient le statut de réfugié sans le
savoir. » ■
LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
POLITIQUE
5
Alain Juppé reprend sa « liberté »
Le maire de Bordeaux se met en retrait de LR. Il pointe « une vraie divergence de fond » avec Laurent Wauquiez.
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
Marine Le Pen se réjouit
de la « clarification »
du maire de Bordeaux
ENVOYÉE SPÉCIALE À BORDEAUX
DROITE Depuis la mairie de Bordeaux où
il présentait ses vœux à la presse, Alain
Juppé a expliqué qu’il n’avait « pas payé
sa cotisation de 2017 » des Républicains. Et
d’ajouter dans la foulée qu’il ne comptait
« pas payer celle de 2018 ». « J’ai fait savoir que je ne souhaitais pas rester à la tête
de la fédération LR de Gironde », a poursuivi l’ancien premier ministre regrettant
que « la composante centriste se soit détachée des Républicains ». L’ex-candidat à la
primaire et fondateur de l’UMP a donc
décidé de « prendre du recul ». Il souhaite
« voir ce que devient LR » dans la perspective des élections européennes de 2019.
Une façon pour Alain Juppé de souligner
qu’il se met hors du parti pour « observer
ce qui se passe », un peu « comme le vieux
singe du haut de sa montagne », a-t-il
confié en souriant au Figaro.
Au lendemain de la « mise en congé » de
Dominique Bussereau, l’annonce d’Alain
Juppé n’est pas passée inaperçue. Même si
lundi, les proches de Laurent Wauquiez
préféraient minimiser la nouvelle. « Une
génération part sur un échec, une nouvelle
arrive avec de l’ambition et de l’espoir.
C’est la routine de la vie politique », expliquait l’un d’entre eux. « La décision
d’Alain Juppé n’est pas une surprise », réagissait de son côté Virginie Calmels, première adjointe du maire et vice-présidente de LR, présente lors des vœux à
Bordeaux. « C’est dans la droite ligne de
ses déclarations de l’automne. Ce sont ses
positions personnelles que je respecte même
si je regrette qu’Alain Juppé se mette luimême en dehors du débat. »
« Lignes rouges »
Si Alain Juppé confie au Figaro qu’il avait
pris sa décision « avant le 10 décembre »,
date de l’élection de Laurent Wauquiez à
la tête des Républicains, il n’a pas repris à
son compte l’expression de « mise en
congé » de son ami Dominique Bussereau,
РЕЛИЗ
ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА
VK.COM/WSNWS
Alain Juppé
(ici en 2017) n’a pas
« l’intention »
d’adhérer à LREM
ni à tout autre
mouvement.
GEORGES GOBET/AFP
président de l’Association des départements de France. « Je n’ai pas quitté le
parti. Je peux toujours reprendre ma cotisation. C’est un peu subtil, je reconnais »,
détaille en effet Alain Juppé auprès du
Figaro. Il n’a pas voulu non plus faire le
même choix que celui de Valérie Pécresse
de peser à l’intérieur de LR. « Je n’ai pas
d’ambition nationale. » Alain Juppé a simplement « envie d’être libre », insiste-t-il.
« C’est formidable de ne pas aligner ses positions sur un parti. Je l’ai fait pendant trente ans. J’ai envie d’un peu de liberté dans les
analyses, les pensées et les réflexions », se
réjouit l’ex-candidat, très détendu. Dans
ce contexte, le maire de Bordeaux n’a pas
« l’intention » d’adhérer à LREM ni à tout
autre mouvement.
Désormais, Alain Juppé entend dire ce
qu’il pense, lui qui avait fixé fin août plusieurs « lignes rouges » à Laurent Wauquiez. « Ce qui me préoccupe, c’est que
nous avons une vraie divergence de fond,
indique Alain Juppé au Figaro. Laurent
Wauquiez fait le pari de l’échec d’Emmanuel Macron et pense qu’on peut gagner
une alternance avec une droite très à droite
pour reconquérir l’électorat du Front national. Moi je suis à droite, je pense toujours
que le clivage gauche et droite a du sens.
Mais je pense que la droite ne peut fonctionner qu’avec une large ouverture au centre », expose-t-il en s’inquiétant de la ligne politique suivie par la direction de LR.
« C’est bien beau de dire qu’on ne fera pas
d’alliance avec le FN, encore ne faut-il pas
s’aligner sur un certain nombre de ses thèmes et de ses idées », juge-t-il.
Deuxième « ligne rouge » pour le maire
de Bordeaux : les positions des Républicains vis-à-vis de la construction européenne, « un des points de clivage fondamentaux » pour lui et qui « lui pose
problème ». « J’attends de voir quel sera le
degré d’anti-européanisme dans cette
campagne », confie-t-il en attendant les
« clarifications nécessaires » des Républicains. « Entre l’europhobie des extrêmes et
le fédéralisme de M. Macron, il existe un
chemin qu’il appartient aux Républicains de
tracer et dans lequel Alain Juppé et Dominique Bussereau peuvent largement se retrouver », répond Gilles Platret, un des
porte-parole de LR, en les invitant à
Lors de ses vœux à la presse, lundi,
Marine Le Pen a commenté la décision
d’Alain Juppé de « prendre du recul »
vis-à-vis des Républicains. « Tout ce
qui contribue à la clarification du débat est
une bonne nouvelle », a salué
la présidente du FN. Selon elle, cette
annonce du maire de Bordeaux s’inscrit
dans la « continuité » de la
« recomposition politique ». L’ancienne
candidate à la présidentielle a estimé
que le chef de l’État avait accéléré
cette recomposition en jugeant LR
« complètement déchiré » entre
européistes et eurosceptiques. Selon elle,
« M. Wauquiez aura le plus grand mal
à rester aujourd’hui dans l’ambiguïté
sur ce sujet ». Promettant une année
politique 2018 « intense », la députée
du Pas-de-Calais a été invitée à réagir sur
la publication, par Buzzfeed et Mediapart,
d’une note interne sur sa stratégie lors
du débat de la présidentielle face à
Emmanuel Macron. « Je ne commenterai
pas des documents acquis dans des
conditions éminemment contestables »,
a répondu Marine Le Pen.
E. G.
« participer » au débat. « Les Républicains
ne sont pas anti-européens. Il suffit de regarder les interviews de Laurent Wauquiez
à ce sujet ces derniers mois. On est un certain nombre à porter ce projet européen
auquel on croit et qui n’est pas le projet
d’Emmanuel Macron. » Il reste un peu plus
d’un an pour convaincre Alain Juppé.
En attendant, le maire de Bordeaux ne
s’interdit pas d’intervenir quand bon lui
semble, et notamment sur l’Europe.
« Tiens, je vais peut-être le faire un peu
plus », sourit-il. Les Républicains sont
prévenus. ■
Delphine Batho se jette
dans la bataille du PS
Les dirigeants socialistes s’inquiètent de la
multiplication des candidatures à la tête du parti.
JACQUES DEMARTHON/AFP
GAUCHE Au PS, les candidatures poussent comme des champignons. Lundi,
c’est l’ancienne ministre de l’Écologie
Delphine Batho qui a révélé ses
intentions. La cinquième personnalité
et la première femme à se lancer. La
frondeuse n’était pas attendue et la
forme de son annonce a surpris ses camarades. La députée des Deux-Sèvres a
poussé un violent coup de gueule dans
les colonnes du Parisien : « Je conteste
de A à Z les modalités d’organisation de
ce congrès de confiscation, dans ce qui
n’est plus un parti mais une petite mafia
politique avec ses parrains, ses lieutenants, ses exécutants. »
Delphine Batho affirme avoir « décou-
Delphine Batho, ancienne ministre
de l’Écologie, est la cinquième personnalité
et la première femme à se lancer.
vert un traficotage des statuts au dernier
moment pour changer les règles du jeu ».
Les militants ont effectivement à valider
jeudi les conditions d’organisation du
congrès, qui prévoient qu’un candidat
doit avoir le soutien de 5 % des membres
du conseil national du PS pour concourir. Une règle proposée dès le 9 décembre dernier et qui n’avait jusque-là pas
fait de vague… Certains imaginent que
l’élue s’organise un petit tour de piste à
peu de frais, bien que celle-ci jure
d’emblée qu’elle ira « jusqu’au bout »
contre « les parrains », « les barons » et
les « liquidateurs d’espérance ».
Prolifération des ambitions
Un ton qui irrite Rue de Solferino. « Elle
traite tous les socialistes de mafieux. Ce
sont des propos inacceptables et scandaleux », tranche le patron du parti par intérim, Rachid Temal. Un ténor qui louait
pourtant récemment l’hypothèse d’une
candidature de Delphine Batho s’offusque : « Ce n’est pas parce que l’on est une
femme que l’on doit s’affranchir de toute
règle collective. »
Plus généralement, on s’inquiète Rue
de Solferino d’une prolifération des ambitions. Dimanche, c’est Julien Dray qui
a fait part de son envie : « J’y pense, et
même sérieusement », a dit le conseiller
régional d’Île-de-France sur BFMTV. Il
a déjà formulé plusieurs propositions et
plaide pour une « coprésidence » du PS,
forme d’« antithèse du pouvoir jupitérien » incarné par le chef de l’État. Enfin, un groupe de premiers fédéraux
menés par Sébastien Vincini (HauteGaronne), Valérie Rabault (Tarn-et-Garonne) et Emmanuel Grégoire (Paris) a
réaffirmé lundi son intention de « se
mettre en situation de déposer un texte
d’orientation au prochain congrès ». Mais
ils pourraient, in fine, soutenir Olivier
Faure, le patron des députés PS. ■
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A
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
"FAISONS
LA GUERRE
AU CANCER"
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Le SPD déjà divisé sur la grande coalition
La base du parti a lancé une fronde contre le contrat de gouvernement négocié avec la CDU d’Angela Merkel.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE Le compromis n’a que
quelques jours et déjà il semble en péril.
La fragilité du SPD, laminé lors des dernières élections, menace de faire s’effondrer l’équilibre précaire négocié par Angela Merkel pour se doter d’un
gouvernement. Vendredi, les conservateurs de la CDU-CSU et les sociaux-démocrates étaient pourtant tombés d’accord, après une semaine de discussions
intenses, pour s’engager dans l’écriture
d’un contrat de gouvernement. Les grandes lignes du programme de coalition
avaient été tracées. Trois mois et demi
après le scrutin du 24 septembre, une
sortie de crise était en vue en Allemagne.
Mais c’était sans compter la fronde de la
base sociale-démocrate.
Elle doit encore être consultée deux
fois : dimanche 21 janvier, un congrès extraordinaire doit valider l’accord de
principe de coalition ; puis, à la fin du
processus, une consultation de tous les
militants sur le texte même de l’accord de
gouvernement devra être organisée. Des
voix dissonantes se font déjà entendre.
« Beaucoup de points essentiels pour le
SPD ne figurent pas dans le compromis »,
expose calmement mais résolument Kevin Kühnert, leader des Jusos, les Jeunes
du SPD, et fer de lance de la contestation.
Valise avec lui, le jeune homme de 28 ans
se prépare à un « No-GroKo Tour » déterminé. Il énumère les concessions faites
aux conservateurs : la réforme de l’assurance sociale abandonnée, l’imposition
des plus fortunés écartée, la limitation de
l’asile acceptée. « Ça fait mal », dit-il.
La grogne au sein du parti social-démocrate dépasse les quelques milliers de
Jusos. Dimanche, la fédération de SaxeAnhalt a ainsi pris position contre la
grande coalition. Certes, elle pèse peu au
sein du SPD. Mais symboliquement, c’est
un premier revers pour le président du
parti, Martin Schulz, qui avait revendiqué
la semaine dernière un compromis
« aussi rouge que possible ».
Le président de la CSU, Horst Seehofer (à gauche), la chancelière Angela Merkel (CDU), et le président du SPD, Martin Schulz, vendredi dernier à Berlin.
Apparemment, ce n’est pas suffisant
pour tout le monde. « Très critique », le
maire de Berlin Michael Müller a déconseillé, dans une interview au Tagesspiegel, de « refaire une grande coalition »
pour « refaire la même politique ». Alors
certains responsables du SPD veulent
pousser le bras de fer aussi loin que possible et rejouer encore la partie, bien après
le coup de sifflet final.
« Le résultat ne me convainc pas encore », a confié aux médias le vice-président du parti Ralf Stegner. « Les discussions (de vendredi) ne peuvent pas être le
dernier mot », a complété Thorsten Schäfer-Gümbel, chef de file du parti en Hesse. « Sinon, nous n’aurions pas besoin de
nouvelles négociations pour un contrat de
coalition », a-t-il poursuivi.
Les responsables du SPD accusent Angela Merkel et la coalition sortante d’être
responsables de leur débâcle électorale
du 24 septembre en ayant installé un
sentiment d’indifférenciation politique.
Avec 20,5 %, le SPD a obtenu son pire
résultat de l’après-guerre. Le soir même
de la défaite, la direction du SPD avait
donc annoncé unanimement que le parti
refuserait de s’allier une nouvelle fois
“
Martin Schulz doit
prouver que le SPD
est un partenaire fiable
et qu’il contrôle
la rébellion des nains
ALEXANDER DOBRINDT,
MINISTRE DES TRANSPORTS CSU
”
avec la CDU-CSU. Pour justifier leur revirement aujourd’hui, les sociaux-démocrates doivent obtenir un prix maximum. Ou mettre en scène leurs
réticences pour prouver qu’ils ne cèdent
pas si facilement.
La direction du parti tente d’appeler à
la raison. Martin Schulz a entrepris luimême de vaincre les réticences. Il était
lundi à Dortmund. Il sera mardi à Düsseldorf. L’importante fédération de Westphalie-Rhénanie-du-Nord, qui avait
pesé en décembre pour obtenir le processus de consultation militant, compte parmi les GroKo-sceptiques. Elle enverra
144 délégués sur les 600 qui seront réunis
dimanche. Si Martin Schulz échoue à
convaincre lors du rendez-vous de Bonn,
son avenir à la tête du parti devient incertain. Pour l’instant, il est confiant :
lors du congrès de Berlin en décembre,
les délégués avaient voté à main levée à
une large majorité pour l’ouverture de
discussions avec la CDU-CSU.
Spectateurs des déchirements de leur
potentiel partenaire de gouvernement, les
conservateurs s’inquiètent et s’agacent. Il
n’est pas question de leur côté de « remettre en question le résultat des discussions »,
Moscou tire à boulets
rouges contre
la Maison-Blanche
Dans sa conférence de presse annuelle, lundi,
le chef de la diplomatie russe a accusé Washington
de la quasi-totalité des maux de la planète.
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
DIPLOMATIE « Ne regrettez-vous pas
qu’Hillary Clinton n’ait pas été élue ? »,
a questionné sur un ton malicieux un
journaliste de CNN au ministre russe
des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, après que ce dernier a passé, lundi matin, la moitié de sa longue conférence de presse annuelle à dénoncer
l’influence des États-Unis. La tension
qui anime les relations entre les deux
anciennes grandes puissances a franchi
lundi un nouveau cran sémantique,
lorsque le diplomate en chef russe a, de
facto, attribué à Washington la responsabilité de la quasi-totalité des maux de
la planète, que ce soit les conflits israélo-palestinien, syrien, nord-coréen,
ukrainien, iranien, ainsi que multiples
différends commerciaux et militaires.
Un an après avoir été accusée par les
agences américaines de renseignement
d’avoir orchestré la défaite de la candidate démocrate et favorisé la campagne
du milliardaire américain, Moscou fait
Hélène Roussel
le 5/7
A
avec tous les mercredis
Marcelo Wesfreid
du quotidien
ses comptes : « L’Administration Trump
est devenue encore plus intransigeante
que l’Administration Obama », a résumé
Sergueï Lavrov, ne prenant même plus
la peine d’établir un distinguo entre les
fonctionnaires travaillant au service de
la Maison-Blanche et les membres républicains du Congrès, traditionnellement hostiles à la Russie. Quant à Donald Trump, que le Kremlin a toujours
pris soin de ménager, Moscou semble
avoir perdu tout espoir de le voir infléchir le climat de « russophobie » qui
prévaudrait à Washington. Le président
lui-même est critiqué.
« Un ordre mondial
polycentrique »
« Malheureusement, nos collègues américains et leurs alliés continuent de vouloir imposer leurs vues en se basant exclusivement sur le diktat et l’ultimatum.
Ils ne veulent pas écouter les points de
vue des autres centres de la politique
mondiale », a lancé Sergueï Lavrov.
Pire, ils refuseraient de « reconnaître la
réalité d’un monde multipolaire ». Sont
directement visées dans cette diatribe
les décisions personnelles du chef de la
Maison-Blanche de remettre en cause
l’accord nucléaire iranien, de désigner
Jérusalem capitale d’Israël, de brandir
la menace nucléaire contre la Corée du
Nord en ignorant la politique de rapprochement entreprise par Séoul, et
dans une moindre mesure de sortir de
l’accord de Paris sur le climat.
L’Union européenne, dont le chef de
la diplomatie n’a même pas pris la peine d’évoquer le nom, en est réduite au
rang de vassal, et même, elle se révèle,
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors de sa conférence
de presse annuelle, lundi à Moscou. YURI KADOBNOV/AFP
dit-il, victime des agissements de
Washington. Les États-Unis « punissent le business européen », a ajouté Lavrov, prenant pour exemple Volkswagen, contre qui de lourdes peines ont
été prononcées dans le cadre du scandale sur le « dieselgate ».
Moscou se positionne en prévision
du train de sanctions qui, sous l’impulsion du Congrès, doit être pris d’ici au
28 janvier contre des dirigeants et des
entreprises russes. À la différence des
mesures de représailles « ukrainien-
nes » aujourd’hui en vigueur, et adoptées en coordination avec Bruxelles,
celles-ci le seront unilatéralement, ce
qui inquiète les Européens. Concrètement, les partenaires du projet de gazoduc Nord Stream 2 reliant la Russie à
l’Allemagne, tel le français Engie,
pourraient se voir exclus de marchés
publics américains, et leur accès limité
aux banques américaines, enfonçant
ainsi un coin dans la solidarité transatlantique. Le Kremlin, qui juge illégales
ces mesures « extraterritoriales » en-
TOBIAS SCHWARZ/AFP
a affirmé le patron du groupe au Bundestag, Volker Kauder. « Ce résultat a été
adopté à l’unanimité (des participants) », a
souligné la ministre de la Défense Ursula
von der Leyen dans une interview à Bild en
expliquant que chaque parti avait fait des
concessions. « Martin Schulz doit prouver
que le SPD est un partenaire fiable et qu’il
contrôle la rébellion des nains », a commenté, avec mépris, le ministre des Transports CSU Alexander Dobrindt, tenant de
l’aile dure des conservateurs. Le choix de
ces mots « n’aide pas » à calmer les frondeurs, a-t-on soupiré au sein du SPD.
Si les délégués du parti social-démocrate refusent le principe d’une coalition
de gouvernement ou si les militants, plus
tard, rejettent l’accord final, l’Allemagne
ne pourra plus éviter le saut dans l’inconnu. Angela Merkel n’aura plus que deux
options : accepter de former un gouvernement minoritaire, ce qu’elle refuse, ou
se préparer à de nouvelles élections. ■
tend bien surfer sur ces tensions entre
alliés. Sur l’Iran, Moscou en appelle à
l’Europe pour « respecter à la lettre »
l’accord nucléaire dénoncé par
Washington.
« Le processus de formation d’un ordre mondial polycentrique sera douloureux pour ceux qui perdent leurs positions, car l’économie répond à des cycles
et les États-Unis et l’Occident ne sont
plus les leaders de la croissance mondiale », a prévenu le ministre. Plus
concrètement, la coopération sur la
Syrie engagée avec le secrétaire d’État
Rex Tillerson - l’ancien PDG d’Exxon
Mobil, dont Moscou avait salué la nomination - est au point mort. « Les
États-Unis veulent que le pays parte en
miettes », a accusé Lavrov, au lendemain de la proposition américaine de
créer une unité kurde de garde-frontières au nord de la Syrie (voir page 7).
Moscou se range ainsi aux côtés de son
allié turc contre Washington.
Cette attaque en règle contre les
États-Unis donne également le ton de
la campagne présidentielle à venir,
pour laquelle, Vladimir Poutine sollicite un quasi-plébiscite. « L’opinion publique russe est au diapason de l’opinion
du président selon laquelle on a fait trop
de concessions à l’Occident, qui doit reconnaître notre puissance », explique le
politologue Alexeï Makarkin. De quoi
compromettre tout espoir de normalisation dans les prochaines années. ■
Donald Trump affirme qu’il n’est « pas raciste »
Le président américain, Donald Trump,
a assuré qu’il n’est « pas raciste »
après que des médias ont rapporté
ses propos sur l’immigration
en provenance de « pays de merde »,
suscitant un torrent d’indignation
à travers le monde.
«Je ne suis pas raciste. Je suis
la personne la moins raciste
que vous n’ayez jamais interviewée,
je peux vous le dire », a déclaré
à des journalistes le président
américain depuis son club de golf
de West Palm Beach, en Floride,
où il dînait dimanche avec le chef
de la majorité de la Chambre
des représentants. Le milliardaire
avait déjà affirmé vendredi dans
un tweet n’avoir « jamais dit de mal
des Haïtiens », après avoir déjà nié
l’utilisation de l’expression « pays
de merde » pour qualifier Haïti lors
d’une réunion sur l’immigration jeudi.
Quelques minutes plus tard, le sénateur
démocrate Dick Durbin, présent
lors de la réunion, assurait pourtant
que le président avait bien utilisé
« plusieurs fois » l’expression
injurieuse. « Pourquoi est-ce que
toutes ces personnes issues de pays
de merde viennent ici ? », a demandé
le président Trump lors des discussions
jeudi, selon le Washington Post,
citant plusieurs sources anonymes.
Selon elles, Trump faisait référence
à des pays d’Afrique ainsi qu’à Haïti
et au Salvador, expliquant que les
États-Unis devraient plutôt accueillir
des ressortissants de la Norvège.
Sur Twitter, Trump a réitéré dimanche
son opposition au système de loterie
pour attribuer des visas.
LE FIGARO
Les États-Unis
forment 30 000
alliés dans le
nord de la Syrie
Ils serviront de gardes-frontières avec la
Turquie et l’Irak. Le président Erdogan jure
de « tuer dans l’œuf » le plan américain.
MOYEN-ORIENT La coalition antiDaech, conduite par les États-Unis,
compte entraîner 30 000 combattants
locaux qui se déploieront autour des régions du nord de la Syrie contrôlées par
son allié, les forces arabo-kurdes (FDS).
Grâce à un appui aérien et logistique
fourni par la coalition, cette alliance,
dominée par les Kurdes, a chassé l’an
dernier les djihadistes de leur bastion
de Raqqa et d’autres secteurs qu’il
convient désormais de sécuriser. Les
FDS contrôlent un tiers environ du territoire syrien, dont les principaux gisements de pétrole du pays.
Le noyau dur de cette « force frontalière » sera constitué, pour moitié, de
combattants des FDS démobilisés, et le
reste sera issu d’un recrutement entre
populations arabes et kurdes. Les premiers devraient être déployés à des barrages face aux territoires tenus par le régime syrien dans les secteurs arabes le
long de l’Euphrate, ainsi que plus au sud
sur la frontière avec l’Irak. Les Kurdes,
eux, seront positionnés dans leur fief du
nord, frontalier de la Turquie. Ces « gardes-frontières » devront également lutter contre les mines laissées par les djihadistes, dont un certain nombre se
cachent encore dans ces régions, tandis
que d’autres tiennent toujours quelques
poches dans la province de Deir ez-Zor.
La Russie estime qu’il risque de conduire à une « partition de fait » d’un pays
que l’allié de Assad veut garder uni.
La constitution d’une force de gardes-frontières en zone kurde est « une
agression flagrante » contre la souveraineté syrienne, a renchéri le ministère
syrien des Affaires étrangères. À plusieurs reprises, le président Bachar elAssad a promis de reconquérir l’ensemble du territoire, y compris les zones
contrôlées par les Kurdes, « des traîtres » selon Damas, alors que tous les
contacts n’ont pas été rompus avec eux.
Mais c’est de la Turquie qu’est venue
la réaction la plus virulente. Le prési-
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
IL FAISAIT FROID, ce 2 janvier, sur le
trottoir d’Adiyaman, dans le sud-est
de la Turquie. Blotti dans la pénombre
du soir, Mohammed Hussein, 12 ans,
avait renoncé pour quelques minutes à
ses brosses et ses chiffons pour se laisser guider par la lumière qui filtrait
d’un rez-de-chaussée d’immeuble. Le
nez collé à la vitre, il s’était aussitôt
mis à dévorer du regard cette salle de
sport, propre et parfaitement ordonnée, qui s’offrait soudainement à ses
petits yeux fatigués. Lui, le réfugié syrien condamné à cirer des chaussures
en pleine rue aurait-il pu imaginer que
ce geste anodin lui ouvre un jour la
porte de l’inaccessible ?
Et puis ce jour est arrivé, par la grâce
d’un cliché réalisé ce soir-là à son insu
par Omer Yavuz, un client attendri par
la scène. Immédiatement publiée sur
les réseaux sociaux, l’image devient virale. Par centaine de milliers, les internautes s’émeuvent de cette photo sur
laquelle on voit le jeune garçon rondouillard de profil, pieds nus dans ses
sandales, sa boîte à cirage à l’épaule et
les pupilles vissées sur les équipements
de body-building. « Ça m’a brisé le
cœur et j’ai voulu le partager avec tout le
monde », confie Omer Yavuz, le photographe amateur, contacté par Le Figaro. Très vite, l’image atterrit entre les
mains de Mustafa Küçükkaya, le propriétaire d’Olimpiyat, le club de gym
en question. Sa réaction est instantanée : il veut à tout prix rencontrer Mohammed et lui offrir un abonnement à
vie. « Ce cliché m’a bouleversé. Je l’ai
republié sur mon compte Instagram dans
2 000
soldatsaméricain s
etu n edemi-dou zain edebases
militairesson tin stallés
dan slen orddelaSyrie
Tensions américano-turques sur la frontière
CONTRÔLE (OU PRÉSENCE) DÉBUT JANVIER 2018
Daech
Régime syrien
... avec le soutien de l’armée turque
Les régions faiblement peuplées apparaissent en clair sur la carte
Bases américaines en Syrie selon l’agence turque Anadolu (juillet 2017)
Principaux points de passage turco-syriens
Manbidj
Alep
Hassaké
Lac Assad
Raqqa
Idlib
Lattaquié
*YPG kurde et ses alliés arabes
Eup
SYRIE
IRAK
h ra t e
Deir ez-Zor
60 km
Infographie
Afrine
Kamechliyé
TURQUIE
Sources : Thomas van Linge et Anadolu
Kobané
dent Recep Tayyip Erdogan a menacé
de « tuer dans l’œuf » cette force dominée par ses ennemis kurdes syriens.
« L’Amérique a avoué qu’elle était en
train de constituer une armée terroriste à
notre frontière », fait valoir le président
turc. Pour Ankara, les Kurdes du PYD
syrien sont des « terroristes » au même
titre que leur maison mère, le PKK, le
Parti des travailleurs du Kurdistan, que
la Turquie combat dans le sud-est du
pays. Dans la foulée, Erdogan a affirmé
que ses forces étaient « prêtes » à lancer une opération « à tout moment »
contre les bastions du PYD à Afrine et à
Manbij, dans le nord-ouest de la Syrie.
« Les préparatifs sont terminés », a dit
le chef de l’État, résolu à se battre
contre l’émergence d’une entité kurde
en Syrie. Quitte à aggraver son différend avec Washington.
Après avoir maintenu un certain suspense sur leur engagement en Syrie, audelà d’une victoire contre Daech, les
États-Unis paraissent décidés à ne pas
laisser Assad gagner la guerre et ses alliés russes et iraniens décider du sort du
pays. Ce faisant, Washington risque de
placer les Kurdes dans une position délicate : ils sont aussi alliés des Russes,
dont l’appui est nécessaire pour être représentés à la conférence de Sotchi fin
janvier sur l’avenir de la Syrie, alors que
la Turquie s’y oppose farouchement.
« Les États-Unis entendent également
Israël et l’Arabie saoudite qui refusent catégoriquement une implantation iranienne
en Syrie », analyse Joshua Landis, expert
de la Syrie à l’université Harvard. Rien ne
dit en effet que sans un appui américain
marqué aux Kurdes, le régime, avec ses
alliés iraniens et russes, ne parvienne pas
à reprendre Raqqa, l’ex-fief de Daech.
Une reprise qui sonnerait comme une
cinglante défaite pour la coalition, au moment où Damas et ses partenaires avancent à l’ouest, dans la province d’Idlib, la
dernière aux mains des rebelles. ■
En Turquie, la photo d’un jeune réfugié, le nez collé à la vitre d’un club de gym en janvier,
a bouleversé le Web et entraîné un élan de solidarité tel qu’il s’est vu offrir un abonnement à vie.
« Les vastes zones et villes ayant été libérées ont besoin de quelqu’un pour les protéger », fait valoir Mustafa Beli, responsable média des FDS. Quelque 230
hommes ont entamé leur formation, a
précisé le colonel Ryan Dillon, porteparole de la coalition. Officiellement,
Washington compte « empêcher la résurgence » de Daech. Mais à travers cette annonce, les États-Unis, qui disposent
de 2 000 soldats et d’une demi-douzaine
de bases militaires dans le nord de la Syrie, visent d’autres objectifs. « Les Américains cherchent à s’assurer une présence
à long terme en Syrie, mais aussi à contenir l’expansion iranienne en essayant de
couper le corridor territorial reliant l’Iran
à l’Irak, la Syrie jusqu’au Liban », analyse pour Le Figaro un diplomate des Nations unies en charge du dossier.
Moscou mais aussi Ankara et Damas
ont aussitôt dénoncé le plan américain.
Rebelles syriens...
Des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) transportent des armes sur la ligne de front, en octobre, à Raqqa.
Le petit rêveur syrien, Instagram et la salle de sport
« Agression flagrante »
Forces démocratiques syriennes (FDS)*
7
l’espoir que le message lui parvienne »,
raconte-t-il par téléphone.
Sa voix grelotte d’émotion : issu
d’une famille modeste, il dit s’être immédiatement identifié à Mohammed
Khaled. « Petit, poursuit-il, je travaillais dans une boulangerie pour aider
mes parents. » Le 4 janvier, après deux
jours de quête effrénée à travers cette
ville de 220 000 habitants, où vivent de
nombreux réfugiés syriens, un membre
du club retrouve le petit cireur de souliers dans la rue. Il l’escorte jusqu’au
club. « Il avait de la peine à comprendre
ce qui lui arrivait ! Il parlait à peine le
turc. Il ignorait que son histoire avait
touché autant de monde. D’ailleurs, il ne
se souvenait pas avoir été pris en photo.
En arrivant au club, il était étonné de voir
toutes ces caméras autour de lui ! »,
ajoute Mustafa Küçükkaya.
Une rare leçon d’humanité
Malgré la barrière de la langue, le propriétaire de la salle de sport parvient à
glaner quelques informations sur le
jeune Syrien : sa famille a fui la guerre,
et pour survivre, ses parents font les
poubelles en collectant papiers et
bouts de métal recyclables qu’ils revendent au marché noir. « J’ignore s’il
va à l’école », précise Mustafa. Quand
il lui annonce vouloir lui donner un
abonnement gratuit - d’un coût habituel de 200 euros par an -, le préadolescent tombe des nues. « C’était un
enfant très timide », se remémore Mahir Alan, photojournaliste pour
l’agence de presse Dogan, dépêché ce
jour-là sur les lieux. « Il était surpris. Il
ne s’y attendait pas du tout. Puis, il nous
a confié qu’il avait toujours rêvé d’aller
à la gym », dit-il.
Depuis, média et reporters turcs défilent devant les portes de la salle de
fitness, pressés de relayer la bonne
nouvelle. À part quelques mauvaises
langues qui parlent d’une « opération
de communication » du club Olimpiyat
- démentie par son directeur, un habitué des offres d’abonnement gratuit
aux personnes âgées ou handicapées -,
l’histoire de Mohammed Hussein est
applaudie de toutes parts. Si elle touche
autant, c’est qu’elle offre une rare leçon
d’humanité, en marge du conflit qui
déchire la Syrie depuis près de sept ans.
Elle est également teintée d’optimisme.
En Turquie, où vivent plus de 3 millions de réfugiés syriens, la communauté croule habituellement sous les
événements tragiques : comme celui
du petit Aylan Kurdi, mort noyé en
2015, alors que sa famille tentait de
rallier la Grèce sur un radeau de fortune ; ou comme le viol, en juillet 2017,
d’une exilée syrienne dans le nord de
la Turquie. « Je reçois chaque jour de
Mohammed Hussein, 12 ans, a les yeux vissés sur les équipements du club de gym
Olimpiyat, le 2 janvier, à Adiyaman. Depuis, celui qui a troqué son pull-over
et ses sandales pour une tenue de sport s’entraîne chaque jour. INSTAGRAM
nombreux messages de solidarité. Les
gens nous appellent pour venir en aide à
la famille de Mohammed, ils me demandent l’adresse de ses parents. Une femme riche d’Ankara nous a contactés
pour lui envoyer un paquet. J’ai même
reçu un appel du Qatar ! », confie Mustafa Küçükkaya, frappé par cette déferlante de générosité.
Mohammed, lui, s’est déjà mis aux
haltères et au vélo d’intérieur. L’aspirant bodybuilder a troqué son gros
pull-over et ses sandales contre une
tenue de sport et des baskets. Il pousse
chaque jour la porte du club dans l’espoir de réduire son embonpoint. « Il a
déjà perdu du poids », précise Küçükkaya. Sur une des nombreuses photos
qui circulent sur Internet, on le voit
poser fièrement à côté d’un de ses entraîneurs. Dans son T-shirt gris, il fixe
la caméra d’un grand sourire. « Avant,
je regardais avec envie les gens qui faisaient du sport, confie-t-il dans une
interview avec l’agence Dogan. Ce club
est un si bel endroit ! » ■
EN BREF
Une vidéo des lycéennes
enlevées par Boko Haram
Dans une vidéo diffusée lundi
par Boko Haram, le groupe
djihadiste nigérian,
14 présumées lycéennes
enlevées à Chibok en 2014
déclarent : « Nous ne vous
reviendrons pas. »
Manifestants libérés en Iran
Quelque 440 personnes détenues
à la suite des manifestations
ayant eu lieu ces derniers jours
en Iran ont été libérées lundi.
Double attentat à Bagdad
Deux kamikazes se sont
fait exploser lundi dans
le centre de Bagdad.
Au moins 31 personnes ont été
tuées, et 94 ont été blessées.
Les informés de franceinfo
Une émission de Jean-Mathieu Pernin,
du lundi au vendredi de 20h à 21h
A
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
INTERNATIONAL
RODI SAID/REUTERS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА VK.COM/WSNWS
mardi 16 janvier 2018
chaque mardi avec
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Face à l’activisme politique des catholiques
congolais, le président Kabila hésite
sur la réaction à adopter.
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
AFRIQUE CENTRALE En République démocratique du Congo, l’Église catholique prie Dieu, encourage le peuple et
sermonne le gouvernement. Au fil des
mois, alors que le pays s’enfonce dans
une crise, l’institution s’est muée en opposante du pouvoir, celui du président
Joseph Kabila qui s’impose brutalement.
Vendredi, en la cathédrale Notre-Dame du Congo, gros monument de briques rouges posé en plein cœur de Kinshasa, la messe était donc aussi politique.
Au premier rang, les chefs de l’opposition, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe,
étaient voisins des ambassadeurs de
France, de Belgique, du Canada et du
Royaume-Uni. Un peu plus loin, étaient
assis les représentants des États-Unis et
de l’Union européenne. Sur les bancs,
en rangs serrés, tout ce que la capitale
compte comme associations de la société civile était là. Le mouvement citoyen
Filimbi, ouvertement hostile à Joseph
Kabila et régulièrement réprimé, était
venu avec des pancartes exigeant la libération d’un de ses leaders. L’office
n’était, dès le départ, pas ordinaire : il
avait été appelé à la mémoire des six fidèles tués lors des marches organisées
par des laïcs catholiques le 31 décembre.
Cette manifestation pacifique, prévue à
l’issue de la messe dominicale, n’avait
qu’un but : demander le départ du chef
de l’État. Le président, élu en 2006, devait normalement quitter le pouvoir en
décembre 2016, à la fin de ses deux
mandats. Mais les élections, auxquelles
Kabila ne peut se présenter, n’ont pas
été organisées. Un « glissement du calendrier », comme le dit l’expression
congolaise, qui a agacé. Il serait dû au
manque de temps et d’argent, affirme le
gouvernement. À la volonté de s’incruster au pouvoir, accuse l’opposition.
JOHN WESSELS/AFP
À Kinshasa,
l’Église se mue
en force
d’opposition
Le cardinal-archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo, dimanche, après la célébration d’une messe en mémoire des martyrs
de l’indépendance et des victimes de la répression des manifestations du 31 décembre et du 4 janvier en RDC.
300 km
RCA
CONGO
GABON
RÉP. DÉM.
DU CONGO
O.
R.
Kinshasa
B.
Kasaï
T.
Plaidoyer pour la démocratie
Depuis, Kinshasa, perpétuellement au
bord de l’émeute, enchaîne les protestations, comme celle du 31 décembre.
Cette dernière a été, comme les autres,
violemment réprimée, les forces de
l’ordre encerclant plus de 60 églises de
la ville, entrant même dans cinq d’entre
elles, armes au poing. Des coups de feu
ont retenti entre les tirs de grenades lacrymogènes, laissant 6 morts. « Cette
répression a clairement démontré que le
gouvernement n’hésiterait devant rien
pour bloquer ses opposants », analyse un
haut responsable de l’ONU. L’organisation a exigé une enquête, tout comme
Washington et l’Union européenne.
Pour honorer ces morts, vendredi, le
puissant cardinal archevêque de la capitale, Laurent Monsengwo se tenait der-
ANGOLA
ZAMBIE
Infographie
rière l’autel. Le prélat, qui entretient des
relations affreuses avec le gouvernement, n’a pas l’habitude de mâcher ses
mots durant ses homélies. Après le
31 décembre, il avait, de sa voix douce,
mais en des termes peu habituels sous
les nefs, dénoncé la « barbarie » et réclamé que les « médiocres dégagent ».
Cette fois, il s’est tu. L’évêque auxiliaire
Donatien Bafuidinsoni, a sonné la charge dans un sermon aux allures de plaidoyer pour la démocratie : « Si nous
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Gogol, Dostoïevski, Anna Akhmatova… Le dernier
bal des Romanov à la veille de la révolution russe,
les hypothèses les plus récentes sur l’assassinat de
Raspoutine au palais Youssoupov, et la polémique
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avons perdu un frère, une sœur, nous
avons gagné des héros, des vrais, parce
qu’ils ont mêlé leur sang à celui de tous
ceux qui sont morts pour l’alternance au
pouvoir. » Trois fois les noms des six
victimes ont été lus dans une ambiance
surchauffée.
Face à cette Église de révolte, l’entourage de Kabila hésite sur la réaction à tenir. Dans la presse officielle, sur les réseaux sociaux, les rumeurs sur les
ecclésiastiques fusent. Le Comité laïc de
coordination, organisateurs de la marche du 31 décembre, est soupçonné de
tous les maux, et surtout de pas être catholique. On laisse entendre que le Vatican serait furieux de ces évêques de
combat. En vain. Dans une lettre, le
nonce a apporté son soutien au Comité
qui « répond au droit canon ». Une nouvelle manifestation est annoncée le
21 janvier, pour « ne plus donner de répit
à la dictature ».
Le nonce avait déjà fait montre de son
activisme, de manière on ne peut moins
diplomatique. En juin, Mgr Luis Mariano
Montemayor, considéré comme un proche du pape François, avait confirmé le
report de la visite papale au Congo pour
éviter « des manipulations politiques qui
pourraient diviser la nation » et qu’elle
puisse être comprise comme un soutien
à « la continuation du pouvoir illégitime ». En septembre, il fustigeait une
« tradition d’État prédateur de son peuple ».
Dans sa descente dans l’arène profane
et politique, l’Église ne se contente pas
de paroles. Elle agit et pèse de tout son
poids. Or il reste considérable. Si elle
voit ses ouailles souvent fuir, séduites
par les Églises évangélistes, son aura
morale pour les affaires d’ici bas demeure intacte auprès des quelque
50 millions de chrétiens congolais.
Au Kasaï, des provinces au centre de
la RDC en proie à des violences depuis
plus de deux ans, ses enquêtes ont ainsi
permis de mettre des chiffres sur les
massacres. Selon l’Église, au moins
5 000 personnes y ont été tuées. C’est
elle encore, en décembre 2016, alors que
les élections étaient reportées et que le
pays menaçait d’exploser, qui avait
conduit les négociations entre le pouvoir et l’opposition. Pour toute personne connaissant l’histoire si compliquée
de la RDC, les menées de l’Église y sont
rarement sans conséquences. Dans les
années 1980 et plus encore dans la décennie suivante, l’opposition des chrétiens avait grandement contribué à
ébranler le régime de Mobutu.
Alors qu’il fête mardi le 17e anniversaire de son accession à la présidence,
dans la foulée de l’assassinat de son
père, Joseph Kabila est sans doute de
ceux qui l’ignorent le moins. ■
Abbas exclut Trump
du rôle de médiateur
Pour le président palestinien, Washington ne peut
plus jouer l’arbitre après la décision sur Jérusalem.
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT L’Administration américaine pariait que Mahmoud Abbas,
après une période de « rafraîchissement », finirait par digérer l’annonce entérinant la souveraineté israélienne sur
Jérusalem. Mais plus d’un mois s’est
écoulé et le président palestinien ne décolère pas. Dimanche soir, devant le
Conseil central de l’OLP réuni en session
extraordinaire à Ramallah, il a dénoncé
avec véhémence la « claque du siècle »
infligée le 6 décembre par Donald Trump.
Et prévenu : « Nous n’accepterons plus de
processus politique impliquant des négociations sous méditation américaine après
le crime commis contre Jérusalem. »
Mahmoud Abbas, qui fêtera bientôt ses
83 ans, estime que « toute négociation future devra se dérouler dans un cadre multilatéral, sous l’autorité d’un comité qui sera
créé à l’occasion d’une conférence internationale ». Son entourage a récemment
multiplié les consultations avec la France,
la Chine et la Russie. « Nous comprenons
parfaitement ce que ressentent les Palestiniens, qui ont fait des concessions unilatérales les unes après les autres sans jamais
rien recevoir en échange », a regretté lundi Sergueï Lavrov, le ministre russe des
Affaires étrangères. Mais aucun pays n’a
pour l’heure exprimé l’intention de s’engager dans une initiative qui risque d’être
rejetée par le gouvernement israélien.
Devant les représentants des principales factions palestiniennes, à l’exception
du Hamas et du Djihad islamique, Mahmoud Abbas a indiqué que le plan de paix
américain, dont les détails n’ont pas été
rendus publics, prévoit de créer la capitale
du futur État palestinien à Abou Dis. L’idée
n’est pas neuve, et les Palestiniens l’ont
déjà plusieurs fois rejetée. Ce village devenu faubourg, où l’université de Jérusalem
ainsi que le siège resté inoccupé du parlement palestinien furent implantés dans les
années 1990, est situé au-delà du « mur de
séparation » édifié par les Israéliens. Dans
un tweet publié il y a une dizaine de jours,
Donald Trump a clairement indiqué :
« Nous avons retiré Jérusalem de la table
des négociations. » Mais les Palestiniens ne
peuvent concevoir une capitale de leur futur État qui ne comprendrait pas la Vieille
Ville et les Lieux saints.
“
Toute négociation
future devra se
dérouler dans un
cadre multilatéral
MAHMOUD ABBAS MAJDI MOHAMMED/AP
”
Face au vide diplomatique qui s’annonce, certains proches de Mahmoud Abbas
l’incitent à changer de méthode pour réclamer la création d’une « commission spéciale sur la Palestine » qui, sous l’égide de
l’Assemblée générale des Nations unies, serait chargée d’élaborer les grandes lignes
d’un accord acceptable par les deux peuples. « Il leur appartiendrait ensuite de faire
pression sur l’OLP et le gouvernement d’Israël pour qu’ils l’approuvent », plaide Jérôme Ségal, président du Jewish Peace Lobby
et coauteur de cette proposition. Certains
responsables palestiniens aimeraient que
Mahmoud Abbas aille plus loin, soit en revenant sur la reconnaissance de l’État d’Israël, en suspendant la coordination sécuritaire, ou encore en proclamant la fin de la
solution dite des deux États. Mais le vieux
dirigeant a martelé dimanche son souhait
d’œuvrer à la création d’un État palestinien
dans les frontières de 1967, et réaffirmé son
attachement à une stratégie de « résistance
pacifique » contre l’occupation. ■
+
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА
ГРУППА VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SOCIÉTÉ
mardi 16 janvier 2018
9
Indépendance de la justice :
Macron pour une réforme a minima
L’Élysée milite pour la déjudiciarisation des contentieux et pour une réforme de la peine.
DROIT Pour Emmanuel Macron, les
principes, c’est bien, l’efficacité, c’est
mieux. Lundi matin, le président de la
République a annoncé, sans ciller, une
réforme a minima du parquet français.
Durant près d’une heure pourtant, les
deux plus hauts magistrats de la Cour de
cassation, son premier président, Bertrand Louvel, et son procureur général,
Jean-Claude Marin, l’avaient exhorté,
lors de la rentrée solennelle de cette instance judiciaire, à couper « le lien entre
l’exécutif et le parquet ». En vain. Tout
l’esprit de l’un et le raisonnement de
l’autre n’ont pas ébranlé la détermination du président de la République.
Malgré la montée en puissance de la
grogne des magistrats, l’exécutif ne cède
pas. Il rappelle même qu’il est bon que
« le parquet soit rattaché à la garde des
Sceaux ». Pour Emmanuel Macron, si les
cours européennes contestent le parquet
français, « c’est moins à cause de la nomination des procureurs que de leur place
dans le procès qui en fait une partie poursuivante. Cela ne justifie pas que notre organisation soit entièrement écrasée par le
sujet de l’indépendance », a avancé en
substance Emmanuel Macron, invitant
« à s’arrêter au bon endroit ». Les procureurs seront donc toujours nommés par le
garde des Sceaux, mais tout de même
après avis conforme du Conseil supérieur
de la magistrature et seul leur régime disciplinaire sera aligné sur celui des magistrats du siège.
En revanche, hors de question de faire
évoluer la composition du Conseil supérieur de la magistrature en y introduisant
une majorité de magistrats. Là aussi, le
statu quo domine. De quoi faire bondir les
Prison de Vendin-le-Vieil :
démission du directeur
C’ÉTAIT la principale revendication des syndicats de surveillants :
le directeur de la prison de Vendin-le-Vieil, théâtre, jeudi dernier, de l’agression de quatre gardiens - dont trois ont été blessés par un détenu djihadiste, a démissionné lundi matin.
« Il m’a indiqué que, compte tenu
de la situation, les conditions ne lui
paraissaient plus réunies pour qu’il
puisse diriger l’établissement avec
sérénité, explique Alain Jégo, directeur interrégional des services pénitentiaires. En conséquence, il (Richard Bauer, NDLR) demandait à
être relevé de son commandement sur
Vendin-le-Vieil. » Selon les organisations syndicales, comme UfapUnsa, « cette démission est avant tout
politique puisque, vendredi encore,
Richard Bauer était soutenu par la
Chancellerie. C’est pour protéger la
ministre en calmant notre mouvement
alors que se profile l’arrivée de Salah
Abdeslam. » Le syndicat rappelle que
« Vendin a déjà fait l’objet d’une prise
d’otage et d’un assassinat entre détenus depuis son ouverture en 2015 ».
Cette démission est intervenue
peu après le début d’une « opération
prison morte », avec des blocages de
centres pénitentiaires partout en
France, lancée à l’appel des trois
syndicats :
l’Ufap-Unsa-justice,
syndicat majoritaire, la CGT-pénitentiaire et FO-pénitentiaire. Tous
réclament plus de moyens pour leur
sécurité face aux détenus radicalisés
les plus violents. Barricades de palettes, braseros de pneus, banderoles… après une première journée
d’action vendredi, plusieurs centaines de surveillants ont perturbé lundi le fonctionnement des prisons, de
la tenue des parloirs à l’extraction de
détenus en passant par l’approvisionnement de la cantine ou l’accueil d’intervenants extérieurs. Depuis l’aube, une centaine de
gardiens bloquait « quasiment totalement » la prison de Vendin-leVieil, un établissement qui accueille
100 détenus et dans lequel la ministre de la Justice, Nicole Belloubet,
doit se rendre mardi pour rencontrer les personnels.
À Fresnes, environ 150 agents,
réunis à partir de 6 heures autour de
barricades dressées le long de l’allée
bordant le mur d’enceinte, ont levé
leur blocage vers 9 h 30 après avoir
été délogés par les CRS. Aux Baumettes, à Marseille, le blocage des
entrées du personnel a été levé peu
avant 10 heures ainsi qu’à la maison
d’arrêt de Nice. Le ministère de la
Justice a lancé une mission d’inspection à Vendin-le-Vieil. De son côté,
le président de la République a promis un « plan pénitentiaire global »
d’ici à fin février, concernant à la fois
l’architecture, les personnels et le
renseignement pénitentiaire. Quant
au détenu islamiste, il a été présenté
lundi à un juge antiterroriste à Paris
en vue de sa mise en examen pour
tentatives d’assassinat. ■
P. G.
organisations professionnelles, à commencer par l’Union syndicale des magistrats. « C’est une énorme déception », affirmait à chaud Virginie Duval, sa
présidente. « Le pouvoir exécutif maintient cette suspicion qui pèse sur les nominations de procureur ! », gronde-t-elle,
peu émue par ailleurs par l’annonce de la
suppression de la Cour de justice de la République ou encore par celle de la création d’un Parquet national antiterroriste.
Un plan pénitentiaire global
pour la fin février
Cette déception était aussi perceptible
dans les rangs de la haute magistrature.
Plus mitigée, cependant, cette première présidente d’une grande cour d’appel, qui souligne que « sa priorité est
celle de l’efficacité. C’est ce que demandent nos justiciables ». Une thématique
chère au président de la République,
Emmanuel Macron
sert la main du premier
président de la Cour
de cassation Bertrand
Louvel, lundi à Paris.
FRANÇOIS MORI/AP
qui n’a pas évoqué pour cela l’augmentation des moyens de la justice. De quoi
faire dire à beaucoup que c’est par la
déjudiciarisation que se conquerra l’efficacité. De quoi poser immédiatement
la question de « l’accès à la justice »,
selon Virginie Duval.
Numérisation et simplification sont en
effet la clé de voûte du dispositif. Le président de la République a promis une dématérialisation complète de la justice civile pour 2019 et de la justice pénale pour
2020. Et de prévenir que cette dernière ne
reproduira pas les lourdeurs des procédures physiques et qu’il faudra éviter les
homologations inutiles. Idem en matière
de simplification des procédures : il faudra favoriser la fluidité de l’enquête et le
recours aux techniques spéciales et forfaitiser un certain nombre de délits.
De même, le président de la République a rappelé la nécessité « de mieux
encadrer les voies de recours en appel et
en cassation qui font durer les procédures ». Enfin et surtout, le président de
la République est revenu sur la réforme
de la peine. S’il annonce un plan pénitentiaire global pour la fin février, il
rappelle d’ores et déjà que rien n’est
pire qu’une peine de prison non exécutée. Avec l’idée sous-jacente qu’il faut
en finir avec l’aménagement des peines, décider d’emblée de peines qui
soient des alternatives à l’incarcération, « comme le bracelet électronique
ou le travail d’intérêt général ». « Cela
va faire exploser les peines de prison »,
s’inquiète ce procureur général. « Nous
ne savons pas forcément d’emblée si la
pose d’un bracelet est envisageable. Et
nous en avons déjà beaucoup. Quant à ne
pas envoyer en prison, cela fait bien
longtemps que pour les magistrats, c’est
la dernière extrémité ! » ■
Surpopulation : des pistes contestées
LUTTER à tout prix contre la
surpopulation carcérale. L’un des
cinq chantiers de la justice lancé
par la garde des Sceaux porte sur
« le sens et l’efficacité de la peine »
avec l’idée claire que toute peine
prononcée doit être exécutée. Mais
au vu des propositions avancées
lundi par Bruno Cotte, haut magistrat, et l’avocate Julia Minkowski, il
est désormais clair qu’il s’agit de limiter autant que faire se peut les
peines de prison. « Réalisme oblige », affirment les tenants d’une
telle réforme.
Le rapport qui doit maintenant
être arbitré par le gouvernement
propose ni plus ni moins une nouvelle échelle des peines qui ferait
de la prison l’ultime recours. « Ce
qui est déjà le cas », soulignent
nombre de magistrats. La première disposition propose de créer une
peine de probation en fusionnant
le meilleur du sursis avec mise à
l’épreuve et de la contrainte pénale
- qui n’a d’ailleurs jamais été appliquée par les magistrats - pour
ne garder que le meilleur du dispositif de chacune. Il est également
proposé de créer « une peine de détention à domicile sous bracelet
électronique qui sera strictement
contrôlé par un agent de probation
mobile », assure Julia Minkowski.
Autre proposition : recourir davantage aux travaux d’intérêt général grâce à une future agence qui
devrait permettre de mieux croiser
l’offre et la demande.
Fort d’une meilleure connaissance des délinquants, grâce à la
constitution d’un fichier national
baptisé « Dossier unique de personnalité », les auteurs du rapport
proposent également de rétablir les
peines-amendes ou les joursamendes tombées en désuétude
faute de recouvrement suffisant. Il
est aussi recommandé de rétablir
les peines de stage et de mettre un
peu d’ordre dans la jungle des mesures d’interdiction dont il n’est pas
rare qu’elles ne soient pas respec-
“
Un juge ne décide pas
d’une peine en fonction
de la surpopulation
carcérale
”
MARIE-JANE ODY, SECRÉTAIRE
NATIONALE DE L’UNION SYNDICALE
DES MAGISTRATS
tées. C’est en dernier lieu qu’arriverait la peine d’emprisonnement.
Et encore. Le juge perd en partie son
pouvoir d’appréciation car le rapport recommande que « les courtes
peines soient interdites, celles inférieures ou égales à un mois ». De
plus celles « inférieures ou égales à
six mois devront automatiquement se
purger sous le régime du placement
électronique, de la semi-liberté ou du
placement à l’extérieur ».
En revanche, le juge peut décider d’un mandat de dépôt différé
lorsque l’établissement où doit
être incarcérée la personne
condamnée affronte une forte
surpopulation carcérale. Beaucoup de magistrats trouvent que
c’est pousser le pragmatisme un
peu loin. Marie-Jane Ody, secrétaire nationale de l’Union syndicale des magistrats, rappelle incidemment qu’« un juge ne décide
pas d’une peine en fonction de la
surpopulation carcérale » et pose
benoîtement la question « de ce
que fera le juge si la situation de
surpopulation carcérale se prolonge » ? Par ailleurs, il est proposé
de « créer un mécanisme de libération conditionnelle automatique des
personnes détenues pour des peines
criminelles aux deux tiers de leur
peine sauf avis contraire du juge de
l’application des peines ». Jusquelà elle n’était accordée qu’après
étude du projet du détenu. Pour
faire avaler la pilule, le rapport fait
redescendre le seuil de l’examen
automatique de l’aménagement
de peine de deux à un an de peine
de prison prononcé.
Un autre levier permettant de limiter l’incarcération est d’« agir
sur la détention provisoire » : « en
élevant le seuil d’emprisonnement
encouru permettant un placement en
détention provisoire et en réexaminant les critères permettant d’ordonner un placement en détention
provisoire ».
Tout ce dispositif part d’un postulat : celui d’augmenter le nombre et les prérogatives des services
d’insertion et de probation chargés de faire les enquêtes de personnalité des détenus et de strictement contrôler les mesures
alternatives à l’incarcération. Une
question en soi… ■
P. G.
A
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА
VK.COM/WSNWS
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Né d’un don
anonyme,
il retrouve
son géniteur
Arthur Kermalvezen, né d’une
insémination artificielle avec donneur
anonyme, et sa femme, Audrey,
en octobre 2015 à Paris.
ROMAIN BEURRIER/REA
pour retrouver son donneur. « C’est une
démarche personnelle », insiste-t-il. Une
démarche d’ailleurs interdite en France
et punie de 3 750 euros d’amende.
Aujourd’hui, on estime à environ 70 000
le nombre d’enfants qui seraient nés de
cette façon depuis les années 1970. Seront-ils nombreux à tenter cette aventure ? Cette expérience, Arthur l’a en tout
cas effectuée en même temps que neuf
autres jeunes adultes nés d’un don. Parmi
eux, sa femme, l’avocate Audrey Kermalvezen, qui a décidé de porter son
combat pour l’accès aux origines devant
la Cour européenne des droits de l’homme. C’est ainsi que quatre de ces enfants
français pionniers de la quête des origines
se sont trouvé des liens de famille. Avec
ce test, Audrey a en effet eu la confirmation que son frère, Pierre, était issu du
même donneur qu’elle. Son étrange ressemblance avec une de ses clientes, Sophie*, autre enfant née d’un don, s’est
également éclaircie. Elles ont appris
qu’elles étaient demi-sœurs. Quant au
frère de Sophie, il est aussi le demi-frère
d’Audrey.
Arthur a utilisé un test génétique américain
qui l’a mené à son père biologique.
Une démarche interdite en France.
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
FAMILLE C’est une première en France.
Lundi, Arthur Kermalvezen, né d’une insémination artificielle avec donneur anonyme, aujourd’hui âgé de 34 ans, a annoncé publiquement avoir retrouvé son
père biologique grâce à l’utilisation d’un
test génétique effectué à l’étranger et
d’une enquête généalogique. Un pavé
dans la mare, deux jours avant l’ouverture des États généraux de la bioéthique,
et une information susceptible de rebattre les cartes sur la délicate question de
l’accès aux origines des enfants nés d’un
don après une PMA (procréation médicalement assistée). Alors que le principe de
l’anonymat des donneurs de gamètes est
gravé dans la loi française, « l’accès aux
origines est un fait aujourd’hui », avance
le jeune homme.
C’est en septembre que cet agent commercial, ancien président de l’association
Procréation médicalement anonyme, a
décidé d’effectuer un test ADN de la société américaine de génétique 23andMe.
Un simple prélèvement salivaire commandé sur Internet pour 99 dollars.
70 000
Le nombre d’enfants
qui seraient nés d’un don anonyme
après une PMA (procréation
médicalement assistée)
depuis les années 1970
Après analyse, le programme DNA Relatives de la société, qui compare les génomes des utilisateurs du test, a révélé à Arthur qu’il avait une origine commune à
6,28 % avec un jeune homme franco-britannique nommé Larry. « Selon le site, il
pouvait être un cousin germain. J’ai retrouvé sa trace sur LinkedIn. Je lui ai expliqué ma démarche et il m’a donné le nom de
la région en France d’où il venait », explique Arthur. Après une recherche sur le
site spécialisé Ancestry, ce dernier a eu
accès à l’arbre généalogique de la famille
française de Larry. Un seul profil correspondait à celui d’un homme assez âgé
pour avoir été son donneur.
Une folle histoire de famille
À partir de son nom et de la précieuse
indication géographique de Larry, il
trouve une adresse. « Je me présente, je
m’appelle Arthur. J’ai 34 ans. Depuis toujours, je me demande à qui je dois d’être
né », lui écrit le jeune homme. Le 25 décembre, Arthur reçoit un coup de téléphone. Son père biologique est au bout de
la ligne. « La première chose qu’il m’a dite
c’est “Bravo de m’avoir retrouvé”. Cela
contredit l’idée selon laquelle les donneurs
ne veulent pas nous connaître. Dans ma
lettre, j’avais bien précisé que j’avais déjà
un père et que je n’en cherchais pas un
autre, ni un héritage. Nous ne nous sommes pas encore rencontrés mais j’ai appris
que c’était un donneur de sang régulier,
que j’étais né dix ans après son don, qu’il
avait des origines juives polonaises, qu’il
était le père de deux enfants…, lance en
vrac Arthur, encore ébloui de toutes ces
petites découvertes. Malheureusement, il
m’a aussi dit qu’il était porteur d’une anomalie génétique grave et que j’allais devoir
faire une prise de sang pour savoir si j’en
avais hérité. »
Arthur ne plaide cependant pas pour
un recours massif aux tests génétiques
« À travers leurs visages, je peux imaginer
celui de mon géniteur. Cela fait du bien de
se sentir plus ancré dans la réalité »,
s’émeut l’avocate. Une folle histoire de
famille qui peut aussi inquiéter. Audrey
évoque les risques de consanguinité pour
les enfants nés d’un don anonyme et pour
leurs propres enfants. « Cette histoire
donne une preuve publique que l’anonymat
des donneurs n’est plus garanti en France », commente l’actuel président de
l’association Procréation médicalement
anonyme, Vincent Brès, qui se garde
d’inciter à faire ces tests mais souligne
leur incroyable essor. Arthur et Audrey
espèrent enfin que cette nouvelle donne
fera bouger les lignes de la loi pour que les
enfants nés d’un don anonyme qui le
souhaitent aient accès à leurs origines à
leur majorité, ou avec l’accord de leurs
parents s’ils sont mineurs. ■
À Bure, le projet d’enfouissement
des déchets radioactifs est validé
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
ENVIRONNEMENT C’est une mauvaise
nouvelle de plus pour les militants antinucléaires qui font le siège à Bure (Meuse)
où le site d’enfouissement des déchets radioactifs est prévu. Après des pressions
policières de plus en plus pesantes, disent-ils, et des poursuites judiciaires qui
se multiplient contre eux, l’Autorité de
sûreté nucléaire (ASN) vient de les décevoir. Son avis, rendu lundi sur ce projet
controversé (voir ci-dessous), vient de
valider le projet d’enfouissement, même
s’il émet certaines réticences.
« 18 % des déchets à enfouir sont inflammables et on ose parler de dossier
ayant une maturité technique satisfaisante », s’étrangle une militante prête à se
battre contre ce futur stockage en soussol. Sur place, les opposants à l’Agence
nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), qui porte ce projet iné-
dit en France, montent toujours la garde.
Outre des lieux d’accueil aux environs de
Bure pour les nouveaux arrivants, le bois
Lejuc - devenu le symbole de la résistance locale - ne désemplit pas. Destiné à accueillir la pollution radioactive dans ses
sous-sols, et depuis que le mur d’enceinte de l’Andra a été saccagé, il reste occupé. Quelques dizaines de cabanes bâties
au sol ou dans les arbres abritent des antinucléaires. « Les trois entrées du bois sont
contrôlées en permanence », indique la
même militante. La crainte des opposants
est de voir l’Andra reprendre possession
de ces hectares de forêt et d’y démarrer
des travaux. « Même s’il y a toujours des
recours contre ce projet, l’Andra veut passer en force. Mais on l’en empêchera ! »,
prévient un antinucléaire. Mais, depuis
quelques mois, cette lutte incessante
contre les autorités devient harassante,
selon les opposants qui se disent victimes
de contrôles d’identité sans relâche, de
perquisitions abusives et de poursuites de
tous ordres. Se jouant à des centaines de
kilomètres d’eux, le dossier de NotreDame-des-Landes rejaillit, disent-ils,
sur eux. « Comme la ZAD va être évacuée,
les forces de l’ordre redoutent de voir les
antiaéroport nous rejoindre et se greffer à
notre combat », décrypte l’un d’eux. Pour
éviter que Bure ne devienne la nouvelle
vitrine en France de la résistance zadiste
et pour décourager cette possible migration vers l’est, les forces de l’ordre joueraient donc la pression. Dans l’immédiat,
cette dernière pourrait aussi avoir comme objectif de démobiliser les antinucléaires afin d’éviter qu’ils viennent trop
nombreux en renfort à Notre-Damedes-Landes.
« Des risques d’incendie »
En parallèle à ce bras de fer sur le terrain,
le réseau Sortir du nucléaire continue son
action devant les tribunaux. L’association
attaquera la demande d’autorisation de
création que devrait déposer l’Andra en
FREDERICK FLORIN/AFP
Malgré la forte contestation sur place, l’Autorité de sûreté nucléaire a rendu
un avis favorable, assorti de quelques réserves. Les opposants se mobilisent.
Des ouvriers dans le laboratoire souterrain de l’Andra, dans le village de Bure (Meuse).
2019, avant le démarrage expérimental
du site vers 2025. « Nous irons jusqu’au
bout pour barrer la route à ce projet qui,
même remanié, présentera toujours des
risques d’incendie », indique sa porte-parole, Charlotte Mijeon. Avant cela, un
autre rendez-vous judiciaire est prévu.
La même association a déposé un recours
devant le Conseil d’État pour contester le
montant chiffré du projet, fixé par arrêté
à 25 milliards d’euros. « C’est totalement
sous-estimé. Nous exigeons la transparence », ajoute la même responsable. ■
L’Autorité de sûreté nucléaire pose ses conditions
A
MARC CHERKI £@mcherki
L’ANDRA (Agence nationale pour la
gestion des déchets radioactifs) a effectué un « très bon » travail sur les options
de sûreté de Cigéo, le centre industriel
de stockage géologique profond de matériaux radioactifs à vie longue ou très
longue (plusieurs centaines de milliers
d’années), qui doit voir le jour près de
Bure (Meuse). Mais le risque d’incendie
n’est pas éliminé. Ainsi pourrait se résumer l’avis rendu par l’Autorité de sûreté
du nucléaire (ASN) sur le dossier soumis
par l’Andra en 2016.
L’inquiétude provient de 42 000 fûts
radioactifs, enrobés dans des bitumes,
qui représentent 18 % du volume de
85 000 m3 de déchets qui devront être
entreposés sur le site de Bure, dans un
souterrain, à 500 mètres de profondeur.
Le confinement dans des bitumes est une
vieille technique d’enrobage de boues et
de déchets radioactifs, utilisée en France
“
Il nous reste plusieurs
options pour les fûts
bitumés
”
SORAYA THABET, DIRECTRICE SÛRETÉ
ET ENVIRONNEMENT DE L’ANDRA
des années 1960 jusqu’au milieu des années 1990. Ces colis sont actuellement
entreposés à Marcoule (Gard), dans un
site du CEA, et à La Hague (Manche) chez
Areva. Mais certains de ces fûts risquent
de prendre feu spontanément ou de propager un incendie dans le futur site souterrain. « Sur ce point, l’Andra doit revoir
sa copie, a indiqué hier Pierre-Franck
Chevet, président de l’ASN, dans un entretien au Monde. Si ce sujet n’est pas
traité de manière satisfaisante, le stockage de ces déchets ne sera pas autorisé. »
L’ASN espère que le CEA, Areva et
EDF, les producteurs de ces déchets bitumés, pourront les reprendre et les reconditionner. Sinon, la conception de
Cigéo devra être modifiée, notamment
pour surveiller une élévation rapide de
la température et pour éviter qu’un feu
se propage dans le site. Selon Soraya
Thabet, directrice sûreté et environnement de l’Andra : « Il nous reste plusieurs
options pour les fûts bitumés. Nous devons examiner de nouveaux procédés
pour les traiter avant de les stocker, mais
également le renforcement de la conception des zones dédiées du stockage. Comme l’installation Cigéo sera évolutive,
nous avons le temps de déterminer l’option qui sera finalement retenue. Dans
tous les cas, dans la demande d’autorisation de création de Cigéo que nous déposerons en 2019, nous proposerons seulement de stocker les déchets qui ne
présentent pas de risques pour la sûreté
de l’installation. »
Le principe du stockage géologique
profond n’est pas remis en cause. Il
s’agit de la « seule solution responsable », martèle le patron de l’ASN.
« Même s’il y a une difficulté sur 20 % des
déchets, ce serait tout de même raisonnable de s’occuper des 80 % restants ! »
ajoute la responsable de l’Andra. Mais si
un stockage indépendant des 42 000
fûts bituminés était finalement retenu,
l’économie du projet Cigéo, dont le coût
total a été réévalué à 25 milliards
d’euros, serait à revoir… ■
EN BREF
Non-lieu pour les soldats
français accusés de viols
d’enfants en Centrafrique
Les juges d’instruction ont
ordonné un non-lieu dans
l’enquête sur les accusations
de viols en Centrafrique portées
par des enfants contre
des soldats français
de l’opération Sangaris, en 20132014, faute d’avoir pu établir
leur implication. Révélées
en 2015, les accusations avaient
terni la réputation de l’armée
française déployée dans le pays
pour restaurer la sécurité
après des mois de violences
interconfessionnelles.
Patrimoine de David
Douillet : la Haute Autorité
pour la transparence
saisit la justice
La Haute Autorité pour la
transparence de la vie publique
(HATVP) a annoncé lundi qu’elle
avait transmis à la justice
le dossier de l’ex-député (LR)
et ancien judoka David Douillet.
Selon elle, sa déclaration
de patrimoine de fin de mandat,
établie fin 2016, fait l’objet
d’« un doute sérieux quant
à l’exhaustivité, l’exactitude et
la sincérité de cette déclaration,
du fait de l’omission d’une partie
substantielle du patrimoine ».
LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
SCIENCES
11
La peste suivait l’homme, pas les rats
Après le XIVe siècle en Europe, ce sont les puces et les poux de l’homme qui auraient propagé la maladie.
Me
Brême
Londres
lt
Poursuite vers l’Est
de la pandémie au XIVe
44
(Mer Caspienne et Asie centrale)
a
rB
46
132
Gdansk
Zone de persistance
de la pandémie entre
Troyes le XIV et le XVIII siècle
Amiens
Rouen
57
Angers
Nantes
89
55
73
75
52
Limoges
57
Bordeaux
59
Paris
53
Dijon
88
Barcelone
46
Strasbourg
Bâle
77
68
Toulouse
56
Bourg-enBresse
44
63
Venise
Milan
Mer Noire
Me
rA
Il y a deux mois, des chercheurs de
l’université de Hongkong, en collaboration avec l’école vétérinaire de Virginia-Tech aux États-Unis, confirmaient
dans la revue Scientific Reports le rôle
majeur des grandes routes commerciales dans la circulation de la peste en Europe entre 1347 et 1760. En combinant
l’enregistrement de 6 656 zones épidémiques en Europe et en Afrique du
Nord avec les voies majeures d’échanges commerciaux à l’ère préindustrielle, les auteurs montrent que plus on se
trouve proche des voies commerciales
et plus les épidémies sont fréquentes. À
l’inverse, plus on s’en éloigne et plus
elles sont rares.
Pour avoir une idée de la terreur
qu’imposa la peste, il suffit d’imaginer
NOMBRE D’ANNÉES DURANT LESQUELLES LA PANDÉMIE
A PERDURÉ DANS LES 20 VILLES LES PLUS IMPACTÉES
Mer du Nord
dr
ia
tiq
Zone de départ
de la pandémie au XIVe
ue
Alger
90
puyer cette hypothèse. En comparant
la population avant et après des
épidémies de peste survenues entre
1348 et 1813 dans neuf villes (en France,
Italie, Espagne, Angleterre, Pologne,
Suède, Russie, Malte), les auteurs
confirment que c’est bien une modélisation fondée sur la transmission via les
puces ou les poux de l’homme, qui expliquent le mieux (7 fois sur 9) la mortalité observée.
À cette époque du moins ! Car si ce
mode de transmission explique la diffusion et la persistance de la peste en
Europe pendant la deuxième pandémie, le rôle des puces des rats est au
contraire privilégié dans les épidémies
actuelles. ■
Des épidémies à la fin
de « l’âge de pierre »
La peste noire persista pendant cinq siècles en Europe
Mer Méditérranée
300 km
Source : Scientific Reports, octobre 2017
Infographie
Plus on se trouve proche
des voies commerciales
et plus les épidémies
sont fréquentes
lex irritans). « Dans cette hypothèse, le
rat et ses puces ne jouaient plus qu’un
rôle très accessoire de déclencheur initial
ou de participant mineur. Ils étaient toujours présents à l’origine de la maladie et
responsables des tout premiers cas, leur
intervention dans la propagation épidémique était en revanche écartée », rappelle Frédérique Audoin-Rouzeau,
docteur en archéologie médiévale,
dans son livre Les Chemins de la peste
(Presses universitaires de Rennes,
2003).
L’étude que viennent de publier des
chercheurs des universités d’Oslo
(Norvège) et de Ferrara (Italie) dans les
comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS) vient ap-
ue
ÉPIDÉMIE À l’ère des antibiotiques, la
peste fait toujours peur, même si elle
n’est plus le fléau d’autrefois. La peste
noire fit 50 millions de morts en Europe
au XVe siècle. On estime que le bilan
global dépasse même les 200 millions
de morts, au fil de trois grandes pandémies.
Et la maladie tue toujours. Entre 2010
et 2015, 3 248 personnes ont contracté
la peste et 584 en sont mortes, d’après
les chiffres de l’OMS. Les foyers les plus
actifs se trouvent à Madagascar, en République démocratique du Congo et au
Pérou, mais des foyers potentiels sont
disséminés ailleurs. Sous-estimés sans
doute, car le diagnostic de peste n’est
pas toujours fait et le décès peut être
rapide. Sans traitement, les malades
meurent en moins de trois jours dans
les formes pulmonaires de la maladie,
et de 50 à 70 % d’entre eux en une semaine en cas de peste bubonique.
Le pire, le plus terrible, était de devoir affronter un ennemi invisible.
D’où venait-il ? Pourquoi apparaissaitil, balayant tout sur son passage pour
mieux disparaître ensuite pendant des
mois, des années, des décennies ?
Une partie du mystère fut levée à la
fin du XIXe siècle lorsque le pasteurien
Alexandre Yersin, isola à Hongkong le
bacille responsable, baptisé Yersinia
pestis, et identifia les propagateurs de
l’épidémie : les rats. Peu de temps
après, un autre pasteurien, à Bombay
cette fois, identifiait le vecteur de la
bactérie entre le rat et l’homme : les
puces du rat. Il fallut attendre les années 1930 pour qu’un autre coupable
fût désigné : les puces de l’homme (Pu-
la moitié de la population d’une ville
comme Marseille rayée de la carte en
moins de six mois. C’est ce qui arriva à
la ville à l’été de 1720. Pendant deux
ans, Marseille et la région de Provence
furent aux prises avec la peste. Les
nombreux récits sont terrifiants.
À cause de la mortalité incroyable,
bien sûr. Une famille entière pouvait
être détruite entre le matin et le soir.
Des rues entières remplies de cadavres,
et les forçats réquisitionnés pour en débarrasser la ville tombaient à leur tour.
En raison de la rapidité avec laquelle la
maladie frappait, au hasard, et sans
qu’il soit possible d’échapper à la menace, à cause des mesures de confinement et la fermeture de la ville.
iq
DAMIEN MASCRET £@dmascret
En décembre dernier, une équipe
de chercheurs coordonnée par
Alexander Herbig et Johannes Krause,
de l’Institut Max Planck et de l’Institut
des sciences archéologiques de
Tübingen en Allemagne, dévoilait
les résultats de l’analyse du génome
de Yersinia pestis contenue dans
la pulpe dentaire de restes humains
échelonnés entre le néolithique tardif
et l’âge de bronze (4 800 à 3 700 ans
avant le présent).
Mis en perspective avec d’autres
découvertes récentes, les auteurs
proposent un scénario de ce qui serait
la première circulation de la peste
chez l’homme.
« Le pathogène pourrait être entré
en Europe à partir de l’Asie centrale
en suivant l’expansion des peuples
des steppes, avoir persisté à travers
l’Europe jusqu’au milieu de l’âge de
Bronze, puis serait revenu vers l’Asie
centrale », expliquent les chercheurs
dans la revue Current Biology.
Selon eux, il se pourrait même
que la peur de la peste ait joué
un rôle dans la mobilité des
populations à cette époque.
D. M.
La montée des eaux liée à la pollution aux aérosols
Les particules fines en suspension dans l’air pourraient modifier le régime des moussons, donc contribuer à l’élévation du niveau
de l’océan Indien et à une augmentation du nombre et de la force des cyclones en mer d’Arabie.
CLIMAT La pollution par les aérosols
(les diverses particules fines en suspension dans l’air, solides ou liquides, minérales ou organiques) ne rend pas seulement l’air irrespirable dans les
mégalopoles asiatiques mais serait en
partie responsable de la montée des
eaux du nord de l’océan Indien et d’une
fréquence accrue de cyclones extrêmement sévères en mer d’Arabie.
La vitesse de montée des eaux océaniques du globe a doublé depuis vingt
ans pour atteindre 3 mm par an, et son
accélération a même triplé depuis dix
ans. Dans le cas du nord de l’océan Indien, région éloignée des grandes zones
de fonte comme le Groenland, cette
élévation est plutôt attribuée à une dilatation thermique due au réchauffement
de l’eau. Son origine a peut-être été
élucidée par une équipe indo-américaine. Leur étude, publiée dans la revue
Geophysical Research Letters, a analysé
avec l’aide de modèles informatiques
les répartitions des vents, des niveaux
des eaux et des températures mesurées
par satellite ou par sondes entre l’Inde
et l’Afrique depuis plus de quarante ans.
Elle confirme que le réchauffement est
bien la principale cause de la montée
des eaux, notamment en mer d’Arabie,
mais révèle aussi la clé de ce changement : une chute des vents de la mousson d’été vers le continent qui empêche
les masses d’eau chaude d’être évacuées
et refroidies vers l’équateur.
D’un côté, ce résultat a de quoi surprendre, car un regain de la mousson
indienne semble en cours ces dernières
années et devrait se poursuivre, suivant
les projections climatiques actuelles. De
l’autre, une telle baisse de régime depuis quarante ans a été attribuée par
plusieurs études à l’augmentation
continue des émissions d’aérosols en
Le cyclone Chapala frappe les côtes yéménites, à Mukalla, sur les bords
de la mer d’Arabie, en novembre 2015. MOHAMMED BAZAHIER/AP/SIPA
Asie et notamment en Inde, due à la
combustion massive par l’homme de
charbon et de matières organiques.
L’influence des aérosols devient ainsi
indispensable à étudier lorsqu’ils s’étalent à l’échelle de continents. « Tous les
modèles climatiques cherchent désormais
à intégrer les effets des aérosols dans
leurs calculs, mais la grande variabilité
de leurs concentrations et de leurs propriétés physiques complique beaucoup la
tâche », témoigne François Dulac, cher-
360
km/h
La vitesse maximale
atteinte par les vents en rafale
lors du passage du cyclone Fantala,
en 2016, dans le bassin sud-ouest
de l’océan Indien
cheur au CEA (Laboratoire des Sciences
du Climat et de l’Environnement à Gifsur-Yvette).
Le réchauffement de la mer d’Arabie
se traduit aussi par un autre phénomène
concret : la fréquence de plus en plus
élevée de tempêtes cycloniques extrêmement sévères, celles dont les vents
dépassent les 170 km/h. En 2015, pour la
première fois, deux cyclones de ce type
baptisés Chapala et Megh ont déferlé la
même année sur la mer d’Arabie et ils
succédaient à Nilofar, cyclone comparable de l’année précédente. Ces événements, autrefois rarissimes, ne sont pas
dus à une variabilité naturelle mais attribuables au changement climatique,
indiquent des chercheurs de l’université de Princeton aux États-Unis dans la
revue Nature Climate Change. Ils ont
utilisé un nouveau modèle climatique
capable de reproduire le développement des ouragans les plus intenses sur
la planète et montrent que seule l’introduction d’un réchauffement artificiel
permet de mimer cette augmentation
de fréquence. Ce modèle montre aussi
que les aérosols d’origine humaine peuvent contribuer à cette tendance. Dès
2011, des chercheurs américains avaient
démontré qu’en formant un écran opaque au rayonnement solaire, les aérosols empêchent le développement des
vents de mousson d’été qui enrayent
normalement le démarrage des cyclones tropicaux en mer d’Arabie.
Le réchauffement de l’océan Indien
va ainsi faciliter le développement de
cyclones beaucoup plus intenses, ce
qu’indiquent aussi les modèles climatiques actuels. Plus au sud de l’océan
Indien, cette tendance semble aussi apparaître, témoigne Olivier Bousquet,
chercheur au Lacy (Laboratoire de l’atmosphère et des cyclones, Météo-France, CNRS, université de La Réunion).
« Au cours des quatre dernières années,
nous avons effectivement noté une augmentation sensible du nombre de cyclones
dits “extrêmes” dans le bassin sud-ouest
de l’océan Indien, avec depuis la saison
2013-2014 six cyclones “très intenses”
équivalents aux ouragans de catégories 4
et 5 du bassin Atlantique Nord. On peut
notamment mentionner les cyclones Fantala en 2016, considéré comme l’un des
deux cyclones les plus puissants jamais
observés dans ce bassin cyclonique (avec
des vents supérieurs à 360 km/h en rafales), et Hellen en 2014, passé à quelques
centaines de kilomètres de Mayotte, et
considéré comme le système le plus intense jamais observé dans le canal du Mozambique. » Son laboratoire a fait l’acquisition de capteurs destinés à mesurer
la concentration, la distribution et le
type d’aérosols autour de La Réunion.
Ces mesures vont permettre de prendre
en compte plus précisément le rôle des
aérosols naturels ou artificiels dans les
modèles numériques simulant le développement des tempêtes. Ce travail,
unique en Europe, contribuera à une
meilleure prévision des futurs cyclones
extrêmes attendus en zone tropicale. ■
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A
PIERRE KALDY
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Lucas Pouille
lors de son match
contre le Belge
Ruben Bemelmans,
lundi à Melbourne.
Open d’Australie :
Pouille, le rêve
foudroyé
PETER PARKS/AFP
Le numéro 2 français n’a pu éviter, en
ouverture à Melbourne, le piège représenté
par le Belge Ruben Bemelmans, 117e joueur
mondial et issu des qualifications.
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
TENNIS Les ailes brisées. D’entrée. Pour
passer avec brutalité de l’ivresse à la détresse. Lucas Pouille n’avait pas rejoué en
compétition depuis le cinquième point décisif arraché en finale de Coupe Davis
contre la Belgique, fin novembre. Il avait,
sur un nuage, partagé des vacances aux
Maldives avec David Goffin, Jo-Wilfried
Tsonga et Pierre-Hugues Herbert avant
une reprise de l’entraînement programmée à Dubaï, le 9 décembre. Sans repasser
par la case compétition. Un choix comportant une part de risques liée au manque de
repères pour cette mécanique étrange de la
haute compétition, vaste puzzle où chaque
pièce a sa raison d’être, relève de l’assemblage d’orfèvre, quand tout, du jour au
lendemain, peut se retrouver anéanti.
À Melbourne, le statut et l’événement
sont brutalement tombés sur ses épaules,
ont alourdi le poids de sa casquette, endormi son jeu de jambes, anesthésié ses
coups, crispé son envie. Pour un match
subi, passé à encaisser les coups. Attentiste, le Français est totalement passé à côté
de son sujet. Il a couru après le score à en
perdre haleine sans jamais parvenir à
mettre de l’ordre dans ses idées. Le Nordiste a été sèchement éliminé par le Belge
Ruben Bemelmans (118e mondial, 30 ans),
issu des qualifications 6-4, 6-4, 6-7 (4/7),
7-6 (8/6).
Dans ce remake de la dernière finale de
la Coupe Davis (le Belge avait pris part au
double perdu), le Français, pris à la gorge,
a miraculeusement sauvé sa peau dans le
3e set. Mené 4-1 dans le tie-break il a rétabli l’équilibre en profitant de la fébrilité
de son rival. Répit de très courte durée.
Le jeu décisif suivant émaillé de trop de
fautes (comme tout au long du match, 63
au total) lui étant fatal. Battu, meurtri, le
numéro 2 français voit s’abattre un
constat : il n’a toujours pas remporté le
moindre match à Melbourne. En cinq
participations… Bemelmans n’avait jamais franchi non plus un tour à Melbourne (sa meilleure performance est un
3e tour à Wimbledon en 2017). Il enchaîne
après les qualifications, porté par un jeu
atypique de gaucher capable d’alterner
fulgurances et fautes grossières.
Du sable entre les doigts
Les joueurs les plus prestigieux ont la faculté précieuse de gagner en jouant mal,
de forcer la décision d’une partie mal
embarquée en masquant leur faiblesse du
jour ou en comblant par un investissement physique, tactique ou mental supérieur. Lucas Pouille a semblé sans solution, sans ressort, laissant la partie filer
comme du sable entre les doigts. « Les
deux premiers sets ont été très mauvais.
Les conditions étaient difficiles, avec du
vent, de l’ombre et de la lumière. J’ai essayé de me battre, c’est allé de mieux en
mieux, mais il m’a manqué quelques points
importants. » D’autant plus rageant pour
Lucas Pouille que, par le jeu des surprises
semées tout au long de cette folle première journée de l’Open d’Australie, le Français s’était retrouvé débarrassé de toute
tête de série (l’Américain Jack Sock, l’Allemand Philipp Kohlschreiber, le SudAfricain Kevin Anderson) sur la route des
quarts de finale. Difficile d’imaginer voie
plus dégagée. Du sur-mesure pour nourrir la confiance, prendre souffle et élan
Nadal et Tsonga en version express
Rafael Nadal et Jo-Wilfried Tsonga
n’ont pas tardé pour se qualifier lundi
en nocturne à Melbourne. Le n° 1
mondial, nullement gêné par son
genou, n’a laissé que trois jeux (6-1,
6-1, 6-1) au Dominicain Victor Estrella
Burgos, 79e mondial. Le Français,
15e au classement ATP, s’est imposé
sans trembler (6-4, 6-4, 6-1), face
à l’Américain Kevin King, 214e mondial.
Autre tricolore qualifié : Gilles Simon
vainqueur du Roumain Marius Copil (7-
5, 6-4, 6-3). Élimination en revanche
des jeunes Quentin Halys, battu par
le Norvégien Casper Ruud (6-3, 3-6,
6-7, 7-5, 11-9) et Corentin Moutet,
sorti sans démériter pour sa première
à Melbourne par l’expérimenté Italien
Andreas Seppi (3-6, 6-4, 6-2, 6-2).
Ce mardi matin (9 heures, Eurosport),
Roger Federer entame la défense
de son titre contre le Slovène Aljaz
Bedene, la jeune Française Jessika
Ponchet défiant, elle, Garbine Muguruza.
La bannière américaine perd ses étoiles
pour la
« première
fois
depuis 1997,
il n’y aura pas
de membre
de la famille
Williams
au deuxième
tour de l’Open
d’Australie
»
L’OPEN d’Australie, réputé pour
sa faculté à multiplier les surprises, n’a pas tardé à se hisser à la
hauteur de sa réputation. Les
Américains sont (presque tous)
tombés dans le piège, lundi. En
ouverture du premier Grand Chelem de la saison, le tennis américain a vécu une journée cauchemardesque. Sur les quinze joueurs
engagés, seuls trois ont franchi
l’écueil du premier tour : Nicol
Gibbs, Ryan Harrison et Mackenzie McDonald (22 ans, 178e mondial) qui a décroché sa première
victoire en Grand Chelem.
Cinq têtes de série sont tombées
: Venus Williams (finaliste l’an
dernier à Melbourne, dominée par
la prometteuse Suissesse Belinda
Bencic), Sloane Stephens (lauréate
du dernier US Open rayée par la
Chinoise Shuai Zhang) Coco Vandeweghe (demi-finaliste en 2017 à
Melbourne et à New York écartée
par la Hongroise Timea Babos),
Jack Sock (battu par le Japonais
Yuichi Sugita), John Isner (éliminé
par l’Australien Matthew Ebden).
Et, pour la première fois depuis 1997, il n’y aura pas de
membre de la famille Williams
au deuxième tour de l’Open
d’Australie (Serena a finalement
renoncé à défendre sa couronne,
ne s’estimant pas suffisamment
compétitive suite à la naissance
de sa fille).
Dernier sacre en 2003
1997, l’année de naissance de la
Suissesse Belinda Bencic (78e
mondiale),
nouveau
visage
conquérant du tennis féminin
(elle fut 7e mondiale en 2016,
avant de connaître un mauvais
passage), partenaire de Roger Federer lors de la récente victoire
Football : le derby azuréen
en ouverture
Après son geste déplacé sur un joueur nantais, l’arbitre a été écarté « jusqu’à nouvel ordre » par la FFF.
A
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
Tony Chapron donne un carton rouge au défenseur nantais Diego Carlos,
dimanche au stade de La Beaujoire. LOIC VENANCE/AFP
ble que ridicule et à l’impact colossal sur
le plan de l’image à l’heure ou l’arbitrage
vidéo fait jaser -un tout autre débat-, les
instances ont donc décidé de temporiser,
avant d’écouter Tony Chapron face à la
commission de discipline de la LFP d’ici à
quelques jours. S’il a tenu à « s’excuser »
auprès du joueur lundi après-midi en accordant seulement quelques mots à
l’AFP, l’arbitre tacleur a aussi précisé
qu’un « rapport complémentaire » avait
été rédigé afin de retirer la sanction émise à l’encontre de Diego Carlos (blanchi
par la LFP au final, NDLR). Une attitude
qui témoigne aussi du bon sens de la star
dominicale une fois les ralentis visionnés.
« Il n’a tué personne »
Au lendemain du dérapage, le fautif a reconnu son erreur, mais une tout autre
communication, beaucoup moins tardive, aurait déjà sans doute tué dans l’œuf
le début de polémique. En vain. Face au
mutisme du principal intéressé, dimanche soir, joueurs et dirigeants nantais
s’en sont donné à cœur joie, Waldemar
Kita, le président du FCN, qualifiant cette
situation de « scandaleuse » et un tel
en Hopman Cup. L’an dernier, de
l’Open d’Australie (Coco Vandeweghe, Venus et Serena
Williams en demi-finales) à l’US
Open (Coco Vandeweghe, Madison Keys, Venus Williams et
Sloane Stephens dans le dernier
carré), le tennis américain, entre
jeunesse et expérience, s’était illustré et avait prouvé sa faculté à
se renouveler. L’absence se fait
cette fois cruellement ressentir.
Le dernier sacre majeur d’un
Américain datant toujours, lui,
d’Andy Roddick couronné à New
York en 2003. ■
J.-J. E.
EN BREF
Tony Chapron, l’arbitre tacleur,
devient la risée du monde
FOOTBALL « La risée du monde » en Italie, « scène surréaliste » chez les Anglais
ou encore l’interrogation, un brin provocatrice, venue d’Allemagne : « L’arbitre
le plus audacieux au monde ? » En l’espace de quelques heures entre dimanche
soir et lundi, Tony Chapron est devenu
malgré lui une star du football français,
dépassant allégrement les contours de
nos frontières. Pas besoin forcément de
s’appeler Neymar, Mbappé ou encore
évoluer sous les couleurs du PSG pour se
faire un nom sur la scène internationale…
Il faut dire que le technicien de 45 ans,
qui a débuté en 2004, n’a pas lésiné sur
les moyens pour s’offrir une couverture
médiatique en mondovision.
Coupable dimanche soir, lors de Nantes-PSG (0-1), d’une tentative de tacle
sur Diego Carlos - qu’il qualifiera de
« mauvais réflexe » par la suite - après
avoir été envoyé involontairement au sol
par le défenseur nantais, le directeur du
jeu a, dans la foulée, exclu le Brésilien
provoquant colère et agacement dans le
camp des Canaris. Il n’en fallait pas plus
pour voir la polémique enfler et prendre
une proportion telle qu’elle obligera la
direction technique de l’arbitrage de la
Fédération française de football à suspendre « jusqu’à nouvel ordre » le principal intéressé. Ce dernier devait diriger
Angers-Troyes dès mercredi lors de la
21e journée de Ligue 1.
Face à un tel camouflet aussi déplora-
avant de se lancer à corps perdu dans
d’âpres joutes. Bemelmans affrontera le
Géorgien Nikoloz Basilashvili (61e mondial) au 2e tour. Lucas Pouille tentera de
tourner la page. En essayant de ne pas
trop ressasser une belle occasion ratée.
Même si de telles opportunités se représentent rarement…
Au lendemain de son sacre en Coupe
Davis, Novak Djokovic avait, en 2011, enchaîné par une année fabuleuse qui l’avait,
pour la première fois, hissé à la première
place mondiale. Sans imaginer semblable
trajectoire, il était logique de s’interroger
sur l’effet que pourrait avoir le saladier
d’argent sur le Nordiste et l’ensemble du
groupe France. À Melbourne, le souffle ne
s’est pas fait sentir. Et à l’évocation du 1er
tour de la Coupe Davis (du 2 au 4 février à
Albertville), premiers pas de la défense du
titre contre les Pays-Bas, Lucas Pouille,
touché, désabusé, a lâché : « Je serais très
étonné d’être dans l’équipe, car ça se joue
sur les résultats… » ■
geste de « gag ». Logique et compréhensible. La machine médiatique et les réseaux sociaux s’occupant du reste.
«L’arbitre est celui qui veille au respect
du règlement, concède au Figaro Joël
Quiniou, ancien arbitre international et
désormais consultant sur RMC. Ce n’est
pas pensable de le voir bafouer les règles
par son comportement. On ne peut pas répondre à un geste involontaire par un geste
aussi incorrect et inadmissible. »
Avis repris en écho par Pascal Garibian, patron du corps arbitral en France,
dans des termes plus condensés. « Les
arbitres doivent maîtriser leurs émotions
en toutes circonstances. » Traduction :
Tony Chapron, professeur de sociologie à
l’université en parallèle de sa fonction
d’arbitre, s’est raté dans les grandes largeurs. L’heure est désormais aux sanctions. Quelques matchs ? Fin de carrière
pour celui qui a sorti 65 cartons rouges en
Ligue 1 depuis ses débuts en 2004 -plus
que tout autre arbitre- et qui raccrochera
les crampons à la fin de la saison ? « A la
commission de trancher, résume Joël Quiniou, craignant de voir l’image des arbitres, professionnels et amateurs, se détériorer à nouveau. Ce geste ne va rendre
service à personne. » Et l’ancienne figure
de l’arbitrage du foot français de conclure : « S’il y a une sanction et que la peine
est purgée, il peut revenir. C’est un citoyen
comme un autre, il n’a tué personne. J’espère simplement qu’on passera à autre
chose et que Tony Chapron en tant qu’arbitre, ce n’est pas ce qu’il nous a montré
dimanche soir. » ■
Deux jours après la précédente
journée de L1, les clubs de l’élite
enchaînent avec la 21e journée
du championnat de France,
marquée par un duel entre
Monaco et Nice, ce mardi.
21E JOURNÉE LIGUE 1
BORDEAUX (13)
mardi
CAEN (12)
19h beIN
MARSEILLE (4)
STRASBOURG (11)
MONACO (2)
NICE (6)
21h
AMIENS (16) mercredi MONTPELLIER (8)
ANGERS (18)
TROYES (17)
19h
GUINGAMP (7)
LYON (3)
RENNES (10)
LILLE (15)
METZ (20)
ST-ÉTIENNE (14)
TOULOUSE (19)
NANTES (5)
PARIS SG (1) 21h C+ DIJON (9)
JO : Bjoerndalen privé
de PyeongChang
Le biathlète norvégien Ole Einar
Bjoerndalen, 44 ans, n’a pas été
retenu pour les prochains Jeux
olympiques en Corée du Sud.
Le « meilleur ennemi »
des Français, Martin Fourcade
en tête, ratera ses premiers Jeux
depuis 1992 et ne récoltera
pas une 14e médaille olympique.
Voile : « Spindrift » démâte
avant le départ
Une semaine après avoir annulé
à la dernière minute son départ
en raison de la météo, l’équipage
de Spindrift a connu un nouveau
coup dur, ce lundi. Le plus grand
trimaran de course au monde
(40 mètres), skippé par Yann
Guichard, a démâté alors
qu’il allait s’élancer à l’assaut
du Trophée Jules Verne (record
du tour du monde en équipage).
mardi 16 janvier 2018
LE CARNET DU JOUR
deuils
Florence Villemot Allain,
son épouse,
Henri et Gianna Allain,
Laure Allain,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Geneviève, Henri et Vincent
d'Aviau de Ternay
et leurs familles
Mme Didier Browne,
née Evelyne Schlumberger,
son épouse,
ont la tristesse de faire part
du décès de leur père, le
Laure Browne,
Nicolas, Hélèna Ponthieu,
Véronique et Grégoire
Sentilhes,
Marguerite, Colombe, Alizée,
Thierry Browne,
Hervé et Julie Browne,
Clara et Théo,
ses enfants, leurs conjoints
et ses petits-enfants,
comte Hubert
d'AVIAU de TERNAY
entré dans la Paix de Dieu
le 12 janvier 2018,
à l'âge de 83 ans.
Serge Pierre ALLAIN
survenu
le samedi 13 janvier 2018.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 19 janvier,
à 9 h 30, en l'église
Saint-François-de-Molitor,
à Paris (16e),
suivie de l'inhumation
au cimetière
de Mazière-de-Touraine
(Indre-et-Loire).
Ni fleurs ni couronnes,
des dons pourront être faits
au Réseau mémoire Aloïs,
www.reseau-memoire-alois.fr
Cet avis tient lieu de faire-part.
Jeannie et Henry Persoz,
sa sœur et son beau-frère,
Marcilly-d'Azergues. Lyon.
Mme Monique Boccard,
son épouse,
Anne-Caroline, Bruno
et Patrick,
ses enfants,
et leurs conjoints,
Alexandre, Philippine,
Charlotte, Maylys, Victoire,
Padoue et Jules,
ses petits-enfants,
Odette Ireland,
sa tante,
font part du rappel à Dieu de
Alain BOCCARD
Cruzy (Hérault).
M. Gilles d'Andoque de Sériège,
M. et Mme Yves Lemaître,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme Pierre
de Nucé de Lamothe,
M. et Mme Barthélémy
d'Andoque de Sériège
et leurs enfants,
M. et Mme Arnaud
d'Andoque de Sériège,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du rappel à Dieu,
le samedi 13 janvier 2018,
dans sa quatre-vingt-treizième
année, de
Mme Gilles
d'ANDOQUE de SÉRIÈGE
née Geneviève
Jouan de Kervénoaël.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mardi 16 janvier 2018,
à 14 heures, en l'église
Sainte-Eulalie de Cruzy.
le 14 janvier 2018,
dans sa 88e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 19 janvier,
à 10 heures,
en l'église de la Rédemption,
à Lyon (6e).
Villeurbanne.
La société Boccard
Bruno et Patrick Boccard,
ses dirigeants,
l'ensemble des collaborateurs
et les membres
du club des anciens
de la société Boccard
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès
de son ancien président,
M. Alain BOCCARD
Mme François Archambault,
née Catherine Rebattet,
son épouse,
Hugues et Sophie
Archambault,
Arthur et Mathilde
Archambault,
ses enfants,
Jules, Auguste, Côme, Léopold
et Hippolyte,
ses petits-fils,
M. et Mme
Philippe Archambault,
son frère et sa belle-sœur,
leurs enfants et petits-enfants,
les familles Rebattet et alliées
officier de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
École supérieure de commerce
de Paris 1955,
ancien président
de la chambre syndicale
de la métallurgie du Rhône
et administrateur de l'UIMM
(Union des industries et métiers
de la métallurgie),
ancien président et fondateur
de la Fondation
Jeunesse Avenir Entreprise,
ancien président
du 1 % Logement,
chevalier
de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
dans sa 80e année.
La cérémonie religieuse aura
lieu le jeudi 18 janvier 2018,
à 10 h 30, en la chapelle
Saint-Louis de l'École militaire,
13, place Joffre, Paris (7e).
L'inhumation se fera
à Tours (Indre-et-Loire),
dans l'intimité familiale.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
survenu le 14 janvier 2018,
dans sa 88e année.
Neuilly-sur-Seine
(Hauts-de-Seine).
Martine et Dominique
Lallemand,
Corinne et Jean-Pierre
Gaston-Breton,
Véronique et Jean Deschênes,
ses enfants,
ses 9 petits-enfants
et ses 24 arrière-petits-enfants,
Maud Sochia,
sa sœur,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Janine
de BOÜARD de LAFOREST
née Perrot,
M. Georges Benoit-Lévy,
son époux,
Alain et Agnès Benoit-Lévy,
Josiane et Frédéric Leloup,
ses enfants et leurs conjoints,
Mathias, Rodolphe, Aurélien,
Audélia et Vladimir,
ses petits-enfants,
et leurs conjoints,
Caroline, Aude, Kumiko,
Julien,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 19 janvier, à 14 h 30,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
Patrick Boutard,
Marie-Claude Boutard,
Nicole et Jean-Yves Ogier,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
ses petits-enfants
et ses arrière-petits-enfants
née Wagowski,
le samedi 13 janvier 2018,
dans sa 93e année.
Les obsèques auront lieu
le mercredi 17 janvier 2018,
à 11 h 30,
au cimetière parisien de Pantin
(Seine-Saint-Denis),
164, avenue Jean-Jaurès.
Cet avis tient lieu de faire-part.
1, rue du Capitaine-Olchanski,
75016 Paris.
Leday, 18160 Montlouis.
27 bis, rue de l'Abreuvoir,
92100 Boulogne-Billancourt.
ainsi que toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Geneviève BOUTARD
née Solus,
survenu à Caen,
le 12 janvier 2018,
dans sa 92e année.
Toulouse.
Saint-Lary (Hautes-Pyrénées).
Christiane Lodter,
son épouse,
Christine et Jean-Claude,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ainsi que toute la famille
et les proches
Frédéric, Stéphane,
Benjamin, Inès,
ses enfants, et leurs conjoints,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès du
Micheline DAVID
née Brull,
survenu le 12 janvier 2018,
à l'âge de 91 ans.
Un recueillement aura lieu
au cimetière du Montparnasse,
à Paris (14e), le mercredi
17 janvier 2018, à 15 heures,
suivie de l'inhumation.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Un service d'action de grâces
aura lieu le samedi 20 janvier,
à 11 heures,
en l'église protestante unie
de Pentemont-Luxembourg,
106, rue de Grenelle,
Paris (7e).
Françoise Dominjon,
son épouse,
Jean et Chrystel Dominjon,
François et Danièle Dominjon,
ses fils et leurs épouses,
Laure, Marc, Antoine, Claire,
Anne, Louis, Edouard et Elise,
ses petits-enfants,
Didier avait souhaité
que nous prenions
tous ensemble un verre
à l'issue de la cérémonie.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
On nous prie de faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse Guillaume de BRUC
de LIVERNIERE de CHABANS
née Line Genovese,
le 13 janvier 2018,
à Montpellier.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la chapelle
Saint-Martin de Coussergues,
à Montblanc (Hérault),
le jeudi 18 janvier 2018,
à 14 h 30.
L'inhumation aura lieu
au cimetière Vieux de Béziers,
dans l'intimité familiale.
Georges DOMINJON
président de chambre
honoraire
à la Cour des comptes,
officier de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 5 janvier 2018,
dans sa 89e année.
La cérémonie religieuse
et l'inhumation auront lieu
dans l'intimité, à Jeurre (Jura).
Une messe sera célébrée
le lundi 22 janvier, à 12 h 30,
en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
263, rue Saint-Honoré,
Paris (1er).
Merci d'adresser vos dons
à la recherche sur le cancer.
Cet avis tient lieu de faire-part.
206, rue de la
Combe-de-Bonesta,
34090 Montpellier.
Laurene, Charlotte, Gabriel,
ses petits-enfants,
professeur
Jean-Philippe LODTER
docteur en médecine,
docteur
en sciences odontologiques,
doyen honoraire
de la faculté de chirurgie
dentaire de Toulouse,
survenu le 14 janvier 2018,
dans sa 78e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 18 janvier, à 10 heures,
en la cathédrale Saint-Etienne
de Toulouse, suivie
de l'inhumation au cimetière
de Montaudran,
dans l'intimité familiale.
Cet avis tient lieu de faire-part.
31 bis, avenue Daumesnil,
94160 Saint-Mandé.
fairepart@dominjon.com
Les membres
du conseil d'administration du
Groupement français
de l'Association Fiscale
Internationale (IFA)
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Anne-France Pincemaille,
Claire, Marc, Éric Pincemaille,
les familles Pincemaille
et Gaudillat
font part du rappel à Dieu de
M. Pierre PINCEMAILLE
organiste de la
cathédrale de Saint-Denis,
le 12 janvier 2018.
La cérémonie religieuse sera
célébrée en l'église d'Herblay,
le mercredi 17 janvier 2018,
à 11 heures.
51, avenue du Général-Leclerc,
95220 Herblay.
Candida Romero,
sa fille,
Pierre Gradenigo,
Lorenzo et Sandro Gradenigo,
ses petits-enfants,
ont l'immense tristesse
de faire part
de la disparition de
Mme Simone DAT
artiste,
chevalier des Arts et des Lettres
pour le sauvetage
de la cité d'artistes La Ruche,
prix Fernand Léger,
distinguée
par la Marlborough Gallery
pour son œuvre,
survenue le 4 janvier 2018,
à Paris,
à l'âge de quatre-vingt-dix ans.
Un dernier hommage
sera rendu à l'artiste
ce mardi 16 janvier, à 11 heures,
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, Paris (20e).
Mme Danièle
Desgrippes-Louria,
Mme Claude
Desgrippes-Isotich,
Alexandre, Thibault,
Guillaume, Marie, Antoine,
Louis, Benoît, Florence,
Paul, Nicolas,
ses petits-enfants,
Philippe, Antoine
survenu le 5 janvier 2018.
Ils présentent, ainsi que
l'ensemble des membres
de l'association, leurs sincères
condoléances à sa famille.
Michelle Gauclère,
son épouse,
Olivier et Agnès,
Bruno et Brigitte,
ses enfants,
Bastien, Cécile, Eva, François,
Manon, Théo,
ses petits-enfants,
Françoise Tarbouriech Picard,
sa belle-sœur,
Michèle et François,
Pierre et Marie-Pierre,
Judith,
ses neveux et nièces,
et leurs enfants
ont la profonde douleur
de vous faire part du décès du
Dijon. Conflans-sur-Lanterne.
Son épouse,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ses frère, beaux-frères
et belles-sœurs
vous font part
du rappel à Dieu de
Hugues de MALLIARD
le 13 janvier 2018,
dans sa 89e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Conflans-sur-Lanterne,
le mercredi 17 janvier,
à 14 heures.
Madeleine Jalby Marty,
son épouse,
Véronique et Xavier,
ses enfants,
et toute leur famille
ont la tristesse
d'annoncer le décès de
Louis MARTY
architecte,
survenu le 13 janvier 2018,
à l'âge de 92 ans.
survenu le 10 janvier 2018,
à Clamart, dans sa
quatre-vingt-huitième année.
Ses obsèques seront célébrées
dans l'intimité.
Mme Michelle Gauclère,
98, avenue Jean-Jaurès,
92140 Clamart.
ont la tristesse
de faire part du décès du
docteur Yves DESGRIPPES
chirurgien orthopédique,
ancien interne
des Hôpitaux de Paris,
membre fondateur
de La Chaîne de l'Espoir,
survenu le 14 janvier 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 18 janvier,
à 10 heures, en l'église
Saint-Julien de Caen.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 18 janvier,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
Paris (7e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. et Mme Alexis Mennesson,
M. et Mme
Aymeric Mennesson,
M. et Mme
Stanislas Mennesson,
M. et Mme Xavier du Crest,
Mlle Ysaure Mennesson,
M. Tancrède Mennesson,
ses enfants,
leur mère,
Mme Véronique Mennesson,
ses neuf petits-enfants,
sa famille
et tous ses proches
font part du rappel à Dieu du
capitaine de corvette
Jean-Luc MENNESSON
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
Ses enfants,
Hélène et Uriel Frisch,
Olivier et Marie-Noëlle Piron,
Isabelle et Michel Laguës,
Vincent et Dominique Piron,
ses petits-enfants,
Anne et Thomas,
Florence, Sylvain
et Laure-Hélène,
Sophie, Guillaume et Mathilde,
Laure, Véronique et Benjamin,
et leurs conjoints,
ses 21 arrière-petits-enfants
Denise PIRON
née Lévy,
professeur agrégé d'allemand,
chevalier
des Palmes académiques,
survenu le 12 janvier 2018,
à l'âge de 101 ans.
Un hommage lui sera rendu
le vendredi 19 janvier 2018,
à 11 h 15, à la maison funéraire,
7, boulevard de Ménilmontant,
Paris (11e).
Elle rejoindra son époux,
Clotilde, son épouse,
Arthur, Guillemette, Philippine,
Robinson et Blanche,
ses enfants,
les familles Gouhier et Bresson
ont l'immense douleur
de vous faire part
du décès accidentel de
Edouard GOUHIER
le 10 janvier 2018.
La messe d'adieu sera célébrée
le jeudi 18 janvier, à 15 heures,
en l'église Sainte-Jeanne-d'Arc
de Versailles.
Océane, Charlotte, Thibaut,
ses petits-enfants,
Mme Gilles Mellet-Menetrier,
sa sœur,
les familles Gaujal, Mellet,
Dardé, Fauré, Collignon
M. Maurice-André ROUZAUD
le 14 janvier 2018,
à l'âge de 87 ans.
La messe de funérailles
sera célébrée
ce mardi 16 janvier, à 16 h 15,
en la cathédrale Saint-Nazaire
de Béziers,
suivie de l'inhumation
au cimetière Vieux de Béziers.
4, avenue d'Estiennes-d'Orves,
34500 Béziers.
Hélène Frisch,
frisch@oca.eu
Vincent Piron,
36, avenue Alphonse-Cherrier,
92330 Sceaux.
Cannes (Alpes-Maritimes).
Mme Sabine Prein,
son épouse,
Richard et Frank,
ses fils,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Claude PREIN
survenu le 9 janvier 2018,
à l'âge de 84 ans, à Cannes.
Le Cailar (Gard). Montpellier.
Paris. Mexico.
Mme Anne-France Puech,
ses enfants,
Marine et Hugo Rouquette,
Mme Marie-Caroline Puech,
son époux Fernando Quijano,
et leurs enfants,
Fernando, Pablo, Alvaro, Sofia,
les enfants d'Albert Puech,
Calypso, Hector, Pénélope,
Mme Marie-Laure Puech,
ses enfants,
Charlotte et Vincent Setruk,
M. André-Charles Puech,
son épouse Christine,
et leurs enfants,
Louis-Maxime, Côme-Alexis,
Hermance,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Paul PUECH
survenu le 13 janvier 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 18 janvier,
à 14 heures, en l'église de
Saint-Didier-au-Mont-d'Or.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église du Cailar,
le mercredi 17 janvier,
à 14 h 30, suivie de l'inhumation
au cimetière du Cailar.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Fourqueux (Yvelines).
Mme Dany Morandi,
née Marie-Caroline
Jeannesson, son épouse,
Mathilde, William et Candice,
ses enfants,
Eglantine et Héloïse,
ses petites-filles,
Mme Mario Morandi,
sa mère,
M. et Mme
Bernard Jeannesson,
ses beaux-parents,
et toute sa famille
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Dany MORANDI
survenu le 11 janvier 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Sainte-Croix,
à Fourqueux (Yvelines),
le vendredi 19 janvier 2018,
à 15 heures,
suivie de l'inhumation
dans l'intimité.
Ses enfants et petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Anne TRIPET-BERTRAND
née Thominiaux,
survenu le 14 janvier 2018,
dans sa 97e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 18 janvier, à 10 h 30,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
Robert Piron
dans le caveau familial au
cimetière de Villers-sur-Mer.
le 13 janvier 2018.
colonel René GAUCLÈRE
pilote de chasse,
École de l'air 1951,
promotion Jeandet,
François-Xavier Rouzaud
et Sophie Rouzaud Lepand,
Guillaume Rouzaud
et Geneviève Pinaud,
en union avec
Charles-Henry Rouzaud (†),
ses enfants,
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
M. Georges DOMINJON
président
de chambre honoraire
à la Cour des comptes,
président de l'association
de 1995 à 2007,
officier de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
chevalier
des Palmes académiques,
Mme Maurice-André Rouzaud,
née Ségolène Collignon,
son épouse,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Ni fleurs ni couronnes.
Ni fleurs ni couronnes.
Arnaud, Alexandra,
François-Xavier,
ses enfants,
Caen.
Paris. Saint-Egrève (Isère).
Montauroux (Var).
Paule Brull,
sa sœur,
survenu le 11 janvier 2018,
à l'âge de 80 ans.
survenu le 12 janvier 2018,
à l'âge de 95 ans.
Emmeran, Annaelle, Tyloran,
Rosa, Eglantine, Fulgence,
Asao, Julia et Kei,
ses arrière-petits-enfants,
Mme Mascha BENOIT-LÉVY
Didier BROWNE
ancien président de l'UCB,
ancien membre du directoire
de la Compagnie bancaire,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
Paris. Oletta (Haute-Corse).
ont la grande tristesse
de faire part
du rappel à Dieu de
M. François ARCHAMBAULT
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
13
Médecin cardiologue,
le professeur Paul Puech
a consacré ses principaux
travaux à l'étude de la
rythmologie. L'originalité
et la fécondité de son œuvre
scientifique ont été reconnues
par de très nombreux prix et
une renommée internationale.
Sa personnalité profondément
humaine avait conquis
l'estime et l'affection de tous.
M. et Mme
Dominique Traverse,
M. et Mme Gilles Traverse,
M. et Mme Maxime Traverse,
Mme Bernard Ogier,
ses enfants,
ses 13 petits-enfants,
ses 23 arrière-petits-enfants,
les familles Traverse et Thierry
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Pierre TRAVERSE
née Marie-Antoinette Thierry,
le 14 janvier 2018,
dans sa 105e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 18 janvier,
à 10 heures, en l'église
du Saint-Nom-de-Jésus,
à Lyon (6e).
Ghislaine Vanrietvelde,
née de La Cochetière,
son épouse,
Anne-Laure et Corentin
du Fou de Kerdaniel,
Florence et Nicolas Sens,
Nicolas et Adriana
Vanrietvelde,
Thibaut Vanrietvelde,
Augustin Vanrietvelde,
ses enfants,
ses six petits-enfants,
René Vanrietvelde,
son père,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Gérard VANRIETVELDE
le 14 janvier 2018,
à l'âge de 67 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 19 janvier,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Lambert-de-Vaugirard,
Paris (15e).
messes
et anniversaires
Une messe à la mémoire de
Johnny de BEISTEGUI
sera célébrée en la chapelle
de Jésus-Enfant,
23 bis, rue Las Cases, Paris (7e),
le jeudi 18 janvier 2018,
à 19 heures.
Le président
et les membres du
Cercle de l'Œillet Blanc
vous invitent à participer
à la messe qui sera célébrée
le samedi 20 janvier 2018,
à 11 heures, en l'église
Saint-Germain-l'Auxerrois,
paroisse des rois de France,
2, place du Louvre, Paris (1er),
à la mémoire du
de la
de
roi Louis XVI
reine Marie-Antoinette
Madame Elisabeth
et de tous les martyrs
de la Révolution française.
Une messe du bout de l'an
sera dite
pour le repos de l'âme de
Christian SERIEYX
le mardi 23 janvier 2018,
à 18 h 45, en l'église
Saint-Jean-Baptistede-La-Salle,
70, rue Falguière, Paris (15e).
Merci de votre présence
ou de vous unir d'intention.
De la part de
Gladys, Bertrand, Olivier
et de toute la famille.
le carnet
du jour
01 56 52 27 27
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
Le tourisme, arme de paix,
revient en Mauritanie
Entre dunes à perte de vue, canyons vertigineux, oueds et palmeraies, la région de l’Adrar, en Mauritanie, constitue une destination phare pour les amoureux du désert.
Anne Cheyvialle
acheyvialle@lefigaro.fr
de notre envoyée spéciale à Atar,
Mauritanie
endredi 5 janvier 2018, Kadi
scrute l’horizon avec fébrilité.
Le Boeing pointe son nez à
l’horaire prévu. Près de
140 passagers descendent sur le
tarmac, éblouis par le soleil
mauritanien. Le vol charter
Paris–Atar – le troisième depuis la reprise de la
ligne le 24 décembre - est quasi plein, à la grande
satisfaction d’Abdellahi Ould Ewah, wali (préfet)
de l’Adrar, venu s’assurer que tout se passe au
mieux. À ses côtés, Kadi Madhi, directeur général
de Mauritanides Voyages, très ému, échange accolades et embrassades avec les visages connus,
ces amoureux du désert venus redécouvrir les
splendeurs de l’Adrar. La région ne manque pas
de paysages époustouflants entre dunes à perte
de vue, canyons vertigineux, oueds et palmeraies. Kadi a veillé à tout : les 4×4 sont parés, révisés et équipés. Guides et chameliers ont balisé
les parcours de trekking avec minutie. Sécurité
oblige, la liste des touristes a été transmise aux
autorités de police.
L’enjeu est de taille pour le pays. Le tourisme
sort des sables après une décennie de crise. « La
tuerie à Aleg de quatre Français en décembre 2007,
puis la décision du rallye Paris-Dakar de quitter
l’Afrique ont donné un brusque coup d’arrêt », explique Kadi. Après l’assassinat, en juillet 2010 au
Mali, de l’humanitaire Michel Germaneau, toute
la région du Sahel était classée zone rouge par le
Quai d’Orsay.
La Mauritanie doit son salut à l’engagement et
la pugnacité d’un homme, mordu d’Afrique,
Maurice Freund. Il œuvre depuis 50 ans pour un
tourisme solidaire dans les zones enclavées.
« Président », comme l’appelle Kadi, signe de
leur longue amitié. Maurice l’a aidé, à l’époque, à
créer l’agence sur un mode coopératif avec
d’autres guides mauritaniens. Pionnier des vols
charters dans les années 1960 avec Point Mulhouse, qui concurrencera Nouvelles Frontières et
Go Voyages, engrangeant jusqu’à un milliard de
francs de chiffre d’affaires, cet Alsacien d’origine
a ensuite créé Point Afrique, une autre coopérative. Premier vol à Gao, au Mali, en 1995, après la
fin de la rébellion touarègue : s’en suivirent la Libye, le Tchad, le Niger, l’Algérie… La Mauritanie,
patrie de cœur, il ne l’a jamais abandonnée. Il y
est revenu chaque année, tentant à plusieurs reprises de réamorcer le tourisme qu’il sait si important pour le pays.
V
Dans ce pays sahélien,
traversé par la menace
du terrorisme islamiste,
le retour des touristes
apporte une bouffée
d’oxygène à l’économie
locale. Cette nouvelle
invitation au voyage
dans des paysages
époustouflants doit
beaucoup à l’obstination
d’un passionné,
Maurice Freund.
200 km
ALG.
Sahara
occidental
Atar
Nouadhibou
Maaden
ADRAR
Ouadane
« La Sorbonne du désert »
Chinguetti
MAURITANIE
Nouakchott
Aleg
SÉNÉGAL
MALI
Infographie
A
« Bulle sécuritaire »
Son combat, ces dernières années, a été de
convaincre Paris de modifier la carte des risques.
Un travail collectif, mené conjointement avec
l’ambassadeur de France, Joël Meyer, et les autorités mauritaniennes sous la houlette de Mohamed Ould Abdel Aziz. Ancien général, arrivé au
pouvoir à la suite d’un coup d’État et d’une élection en juin 2009, le président a fait de la sécurité
une priorité. Au détriment des droits de l’homme, critiquent ses détracteurs. « Le pays a objectivement fait beaucoup d’efforts depuis dix ans
pour la sécurité, observe Maurice Freund. En
France, le soutien de Marc Foucaud, ex-général de
la force “Serval” au Mali, s’est avéré détermi-
nant. » Le militaire français, qui croit aussi aux
vertus du développement du tourisme, a effectué
plusieurs missions sur place. « De grands moyens
ont été déployés pour former une bulle sécuritaire,
assure Marc Foucaud. Le pays a mené une stratégie globale de lutte contre le terrorisme, associant
à un volet sécuritaire une partie développement,
idéologique, en utilisant des repentis. » Nouakchott a obtenu gain de cause. En mars, le Quai
d’Orsay a changé sa classification de rouge à
orange (déconseillé sauf impératif) – autour de
Atar, Chinguetti, et Ouadane, région phare du
tourisme.
Un changement déterminant pour les voyagistes, car il conditionne le coût des assurances.
Plusieurs opérateurs, Terres d’aventure, Nomades Aventure et Allibert, du groupe Voyageurs du Monde, ont relancé des circuits.
« Nous avons déjà plus de 1 000 inscrits sur les
14 vols hebdomadaires prévus jusqu’à fin mars »,
se félicite Kadi, se réjouissant des premières
retombées dans une région déshéritée. « Cela
irrigue toute l’économie locale. Rien que sur le
premier vol du 24 décembre, nous avons fourni
du travail à 42 chauffeurs et guides, 48 familles
de chameliers, et quinze auberges. » Mohammed Ould Brahim est heureux de reprendre du
service comme guide, profession qu’il a exercée pendant la décennie d’or, de 1997 à 2007,
après une première vie de pêcheur à Nouadhibou sur la côte. En 2008, comme beaucoup, il
lui a fallu trouver une parade à la crise. « J’ai
retrouvé un emploi dans une association caritative, financée par des Italiens; là, je suis en disponibilité pour quatre mois », explique le guide,
drapé dans son costume traditionnel bleu lumineux qui donne si fière allure aux Mauritaniens
et fait le régal des photographes. En ce 5 janvier, tout juste rentré à Atar, il s’apprête à repartir avec un nouveau groupe.
Dans l’Adrar, qui vivait essentiellement du tourisme, outre la culture des dattes, l’exode rural a
été massif depuis 2007. Les populations
désœuvrées sont venues grossir les bidonvilles
de la capitale, Nouakchott. La pauvreté, qui avait
reculé de 58 à 24 % en dix ans, est repartie en
flèche. « Le retour des touristes apporte une bouffée d’oxygène », loue la ministre du Tourisme,
Naha Mint Mouknass, qui s’est aussi beaucoup
impliquée. Le gouvernement subventionne à
50 % les avions affrétés par Maurice Freund, qui
a une nouvelle fois investi sur ses deniers personnels. « Peu de gens y croyaient, depuis le
24 décembre, j’ai reçu plusieurs appels de félicitation de mes collègues », lance fièrement la ministre, en charge aussi du Commerce et de l’Industrie. « Le tourisme peut devenir un pilier de
l’économie, assure-t-elle avec détermination.
Même s’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer les infrastructures et la qualité de services. »
Le 24, la ministre était à l’aéroport, minutant le
Le tourisme irrigue toute l’économie locale.
Rien que sur le premier vol du 24 décembre,
nous avons fourni du travail à 42 chauffeurs
et guides, 48 familles de chameliers,
et quinze auberges
»
KADI MADHI, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE MAURITANIDES VOYAGES
ANNE CHEYVIALLE/LE FIGARO
passage en douanes : « 3 heures pour 140 passagers, c’était trop. J’ai aussitôt décidé de rajouter
des bureaux pour raccourcir les délais. » Le gouvernement octroie avec la banque centrale des
crédits à taux réduits et finance des formations
de guides. Le tourisme est aussi un rempart
contre le terrorisme. « La sécurité ne suffit pas, il
faut un vrai décollage économique pour prémunir
les populations à la merci des terroristes », avance
la ministre.
Le tourisme, arme de paix. Maurice Freund,
l’humaniste qui s’est toujours employé à réinvestir ses bénéfices en Afrique, partage cette vision. En ce début janvier, il est accueilli partout
avec tous les honneurs et le rituel immuable du
thé à la menthe, servi en trois fois sous la tente
mauritanienne. « Notre Moïse », s’enflamme
Seive, conservateur à Chinguetti, content de dévoiler les livres anciens de sa famille, datant parfois du XIe siècle, conservés dans de simples boîtes en carton. Le bouche-à-oreille des vols
charters réveille peu à peu cette cité du savoir,
baptisée « la Sorbonne du désert », et considérée comme la septième ville de l’Islam. Dans les
ruelles du quartier historique, inscrit au patrimoine de l’Unesco, les femmes cherchent désespérément preneurs de chèches, vannerie et bijoux. Pour cette étape, Maurice fait halte chez un
vieil ami, Mouhamed Mahmoud Beidja. Là encore, les retrouvailles sont chaleureuses et émouvantes. Mahmoud a monté son auberge Les Jardins d’Eden, oasis de fraîcheur baigné
d’hibiscus, arbres à pamplemousse et citronniers, avec l’appui financier de Point Afrique
qu’il a depuis remboursé. Il est un des rares à ne
pas avoir plié bagage pendant la crise. « Il ne restait que 3 auberges sur 45, relate-t-il. On commence à voir des gens revenir et retaper leur maison. » Mahmoud a dans ses cartons d’autres
projets pour la région : une coopérative d’agriculteurs et une autre de femmes pour l’artisanat.
Il a déjà montré le chemin : à quelques kilomètres des dunes, le visiteur arrive dans un petit
paradis d’arbres fruitiers, manguiers, citronniers… Irrigué grâce à une pompe solaire, financée sur une aide internationale. « Ces projets,
stimulés par le retour du tourisme, permettront de
diversifier les revenus, argue-t-il. Il est important
de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier ! » En attendant, il a passé commande
auprès de Maurice Freund de vaisselle Ikea, pour
mieux satisfaire sa clientèle.
Le fondateur de Point Afrique a un autre projet
qui lui tient à cœur, aider le village de Maaden à
devenir entièrement écologique et autonome,
avec la fondation de Pierre Rabhi, figure charismatique de l’agriculture bio, à la fois philosophe
et paysan. Les deux hommes ont déjà travaillé
ensemble au Burkina Faso dans les années 1980 à
Gorom-Gorom. Ce choix de Maaden ne s’est pas
fait par hasard. « C’est un village soufi créé en
1975 par un érudit dans un esprit de tolérance et de
solidarité. Il avait affranchi nombre d’esclaves »,
explique Maurice Freund. Plusieurs pistes sont
lancées pour diversifier les cultures, aujourd’hui
concentrées sur les dattes et les carottes, et développer l’énergie solaire. « On peut amener un tourisme différent qui s’intéresse à l’écologie et la spiritualité », ajoute-t-il. Les premiers visiteurs
pourront dormir à la belle étoile, au pied des dunes ou sous les tentes que vient d’installer Taha
Sidina, un jeune habitant de Maaden. Maurice l’a
déjà pris sous son aile : « Il va venir en France
parfaire son français et je veux lui montrer ce qui
se fait au Maroc en hébergement. » ■
LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
CHAMPS LIBRES
ÉCONOMIE
15
Trump a-t-il affaibli la puissance
financière américaine ?
Jean-Pierre Robin
jprobin@lefigaro.fr
FINANCE Dans la nuit du 8 au 9 no-
vembre 2016, l’élection de Donald
Trump provoque la stupeur. À titre de
consolation, les milieux d’affaires se remémorent alors l’arrivée au pouvoir de
Ronald Reagan en novembre 1980. Deux
outsiders républicains à la Maison-Blanche, l’un magnat de l’immobilier et de la
téléréalité, l’autre ancien acteur de série
B. Le parallèle va de soi. Donald n’a-t-il
pas repris à son compte le slogan de campagne forgé trente-six ans plus tôt par
Ronald « Make America great again »
(rendre sa grandeur à l’Amérique) ?
Le mois suivant le triomphe de Trump, le
dollar enregistre l’une des plus fortes ascensions de son histoire. La hausse de
6 % vis-à-vis de l’euro se retrouve peu
ou prou sur toutes les grandes devises.
Ceux qui ont connu le franc français se
souviendront d’un billet vert culminant à
10,55 francs en février 1985, sous Reagan.
Un choc étourdissant. Imaginons l’euro
ne valant plus que 0,6228 dollar, pratiquement la moitié de son cours actuel !
Mais très vite l’euphorie fait pschitt. Erreur
de personne, « on attendait Grouchy,
c’était Blücher ». Reagan avait une stratégie géopolitique de conquête qui se soldera
par l’éclatement de l’empire soviétique.
Trump se révèle « tel qu’en lui-même enfin
le pouvoir le change ». Sur le plan économique, et au physique, un Falstaff imbu de
sa personne, protectionniste et isolationniste. Et en politique internationale, comme au moral, un Ubu-roi irascible, prêt à
rompre les alliances commerciales et les
traités : l’accord de partenariat transpacifique (signé en février 2016) et l’accord de
Paris sur le climat de décembre 2015 ont
été déchirés comme des chiffons de papier.
Une hyperpuissance monétaire et financière ne saurait pourtant se gérer sur le
mode de la tyrannie et de l’unilatéralisme. Elle doit avant tout inspirer la
confiance à ses partenaires. Avec ses
coups de boutoir, l’hôte de la MaisonBlanche est-il en train de saper l’hégémonie financière de l’Amérique ?
1
Regain de faiblesse
du dollar depuis
un an
COURS DU DOLLAR EN EUROS
(Il s’agit d’une courbe inversée par rapport
à la présentation habituelle qui donne le cours
de l’euro contre dollar)
TRUMP FAIT
PÂLIR LE BILLET VERT
❙ DONALD
La première année au pouvoir de Donald Trump, investi officiellement le 20
janvier 2017 à la Maison-Blanche, aura
été la pire depuis quinze ans (2002) pour
la monnaie américaine. Le billet vert a
reculé de 9,8 % en moyenne vis-à-vis
des 19 principales devises de la planète
en 2017 et de 12,6 % par rapport à
l’euro.
Mais il faut aller au-delà des apparences
prima facie, comme disent les avocats
américains, les plus teigneux de la Terre. De même que personne ne se représenterait aujourd’hui le Soleil tournant
autour de la Terre, il est incongru de
croire que le dollar baisse ou monte. Ce
sont les autres devises qui jouent au
yoyo par rapport à lui, car il constitue le
point d’ancrage du système monétaire
international. C’est toute sa supériorité.
Ce rôle central était inscrit dans les accords monétaires de Bretton Woods de
1944 stipulant qu’après la guerre le dollar serait la seule monnaie directement
convertible en or, ce qu’on a appelé le
« gold exchange standard ». Les autres
devises avaient un taux de change fixe
vis-à-vis du billet vert. Ce système provoquait l’ire du général de Gaulle dans
les années 1960. Au point d’avoir demandé à son ministre des Finances, Valéry Giscard d’Estaing, d’affréter une
vedette de guerre pour récupérer l’or
français entreposé outre-Atlantique.
VGE pour sa part stigmatisait « le privilège exorbitant du dollar ». La formule a
fait le tour du monde et elle est toujours
en usage parmi les experts monétaires.
Si le dollar a rompu brutalement son
lien à l’or - Richard Nixon, 15 août 1971
-, il n’en demeure pas moins le centre
du monde. Selon les données du FMI et
de l’OMC, 42 % du commerce international sont libellés en dollars, 59 % des
prêts bancaires le sont également, et les
banques centrales de la planète l’utilisent pour 64 % de leurs réserves. Le
billet vert assume de façon écrasante au
niveau mondial les trois fonctions de la
monnaie définies par Aristote il y a
2 350 ans : unité de compte, instrument
d’échange, réserve de valeur.
L’affaiblissement du taux de change ne
remet pas en cause son hégémonie.
« Une monnaie faible et universelle ne
diminue pas en importance relative dans
les échanges. Le rôle du dollar devrait
rester intact », estime Bruno Colmant,
économiste et membre du conseil exécutif de la banque Degroof Petercam.
D’autant que son accès de faiblesse
obéit aussi à des facteurs conjoncturels.
« La perspective de la fin du quantitative
❙
MARIO DRAGHI SERT
LA SOUPE À L’AMÉRIQUE
Le jeu des monnaies ne se résume pas à
leurs cours de change. Surtout lorsque
les banques centrales pratiquent le
« quantitative easing », l’assouplissement quantitatif, consistant à acheter
des titres sur les marchés financiers en
émettant des liquidités à haute dose. La
conséquence mécanique d’une telle
abondance est certes d’affaiblir le cours
de la devise du pays pratiquant le QE,
d’où la forte baisse du dollar dans les années 2011-2014, puis de l’euro, de 2015 au
printemps 2017.
Il est un second effet plus subtil du QE, et
les États-Unis en sont le grand gagnant,
comme l’explique l’économiste Anton
Brender du fonds Candriam (son livre,
L’Économie américaine, paraît cette semaine) : « Le QE de la BCE a été d’une telle ampleur, plus de 2000 milliards d’euros,
que les investisseurs européens voulant des
titres d’État sûrs sont obligés de se reporter sur le marché américain, ce qui a évité
que les taux des US Treasury bonds ne remontent, malgré le durcissement de la politique de la Fed ».
Et c’est tout bénéfice pour Trump, mercantiliste affiché, déclarant urbi et orbi
qu’il veut un dollar faible pour doper le
« made in America ». Sa relance budgétaire n’a pas conduit à détériorer les
conditions de financement des entreprises et des ménages outre-Atlantique,
comme cela aurait dû être le cas. « Cet
inconvénient ne s’est pas beaucoup manifesté aux États-Unis malgré l’annonce de
baisse des impôts et c’est un des effets du
quantitative easing de la BCE », observe
William De Vijlder.
Pour le moment du moins, le resserrement monétaire que pratique désormais
la Fed n’entraîne pas de remontée automatique, ni du dollar ni des taux obligataires américains. « Une énigme », selon
la Banque des règlements internationaux
de Bâle. « La banque des banques centrales » s’en inquiète dans son rapport de
décembre 2017. L’explication est que
Mario Draghi sert la soupe de l’Amérique, au sens strict du terme, et sans mali-
3 La monnaie de réserve
0,95
NOVEMBRE 2016 :
élection
de Donald Trump
0,92
easing européen, vraisemblablement fin
septembre, constitue désormais un facteur de soutien pour l’euro et par contrecoup un élément de faiblesse pour le dollar », note William De Vijlder,
directeur de la Recherche économique
du groupe BNP Paribas.
LES RÉSERVES EN DEVISES DÉTENUES PAR L'ENSEMBLE
DES BANQUES CENTRALES DES PAYS
Euros
Autres monnaies
0,90
1999 - 2002
2003 - 2007
0,85
0,84
2008 - 2012
2013 - 2017
0,80
Janvier 2016
Janvier 2017
Janvier 2018
Source : Bloomberg
0
10
20
30
40
50
60
70
80
90
100
Sources : FMI, Banque d'Angleterre
2 30 % des devises indexées sur le billet vert
4 Les États-Unis premier débiteur
mondial
STATUT DES DEVISES INTERNATIONALES DANS LE MONDE
DETTE EXTÉRIEURE NETTE DES ÉTATS-UNIS, en % du PIB américain
40
80
libre fluctuation
30
60
fixe par rapport à une autre monnaie autre que le dollar
40
20
1960
1965
1970
Source: Banque d'Angleterre
1975
1980
1985
1990
1995
20
10
fixe par rapport au dollar
0
2000
2005
2010
0
1980
1985
1990
Sources : Emmanuel Farhi et Matteo Maggiori
1995
2000
FED AMÉRICAINE,
DU MONDE
❙ LABANQUIER
Et surtout, par quel miracle les ÉtatsUnis accumulent les déficits de leurs
paiements extérieurs, année après année, depuis la décennie 1960 et la guerre
du Vietnam, sans nuire au roi dollar ?
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle
Nixon avait jeté l’éponge et rompu les
amarres avec l’or : il ne voulait pas toucher aux 8 133 tonnes de métal fin entreposées à Fort Knox, au cas où de mauvais
esprits du genre de Gaulle lui demanderaient de convertir leurs billets verts en
or (ce que fit la France gaulliste). C’était
bien vu.
Car depuis que le dieu or n’existe plus,
tout est permis. La Fed et le système bancaire américain sont devenus le banquier
du monde à peu de frais, quand bien
même l’Amérique ne cesse de s’endetter.
Le propre d’un banquier n’est-il pas de
faire fructifier l’argent des autres ?
Anton Brender décrypte très simplement le mécanisme : « D’un côté, les
États-Unis sont endettés à hauteur d’une
fois et demie leur PIB (qui s’élève à
19 000 milliards de dollars) et de l’autre ils
ont des créances sur le reste du monde
équivalentes à une fois leur propre PIB.
Mais comme ce sont des actifs à risque qui
rapportent beaucoup plus que leur passif
(les bons émis par le Trésor US), la différence est positive et leur rapporte 1 % de
leur PIB chaque année. »
Or non content d’en être le banquier, les
Américains se sont institués le notaire du
village mondial, le bureau où s’enregistrent les contrats de mariage, les acquisitions et les actes testamentaires. Ce rôle
est assuré par leurs cinq grandes banques
d’investissement, Bank of America Merrill Lynch, Citigroup, Goldman Sachs,
JPMorgan Chase et Morgan Stanley. Ces
directeurs de conscience qui pilotent les
fusions-acquisitions d’entreprises n’ont
cessé d’élargir leurs parts du gâteau sur
tous les continents. Le « groupe des
cinq » occupait 37,2 % du marché
européen avant la crise, il en couvre
aujourd’hui 44,6 % selon l’institut Brueghel de Bruxelles.
«Le privilège exorbitant du dollar est toujours aussi présent. Est-ce que l’apparition d’un risque politique aux États-Unis
pourrait le faire disparaître ? » s’interroge Patrick Artus, le chef économiste de
Natixis.
EXORBITANT
DOLLAR MENACÉ
❙ LEDUPRIVILÈGE
de la planète
Dollars
ce. Jusqu’où Trump pourra-t-il profiter
de cette impunité financière ?
2005
Infographie
2010
2015
Barack Obama, le prédécesseur de
Trump, est celui qui a osé vendre la mèche pour justifier la suprématie absolue
du billet vert depuis la fin de la Seconde
Guerre mondiale. « Nous dépensons plus
pour nos forces armées que les dix pays
suivants réunis », a-t-il reconnu peu
avant de quitter la Maison-Blanche, dans
une interview au magazine Vox. De quoi
se créer un réseau d’obligés en échange
de la protection militaire qui leur est assurée. C’est ainsi que le Japon, inquiet
des tensions en mer de Chine, est redevenu récemment le plus gros détenteur
de bons du Trésor américain.
Pourtant, Barry Eichengreen, professeur
à l’Université de Californie et coauteur
du livre How Global Currencies Work
paru en 2017, considère que le règne sans
partage d’une seule monnaie reste une
anomalie sans précédent historique. Interrogé sur les chocs susceptibles de
changer la donne, il cite « l’échec du
Congrès à relever le plafond de la dette fédérale, ou une guerre commerciale ».
Autant de cas « où les investisseurs étrangers estimeraient que les US Treasury
bonds ne sont plus aussi sûrs ».
Le meilleur atout du dollar est que ses
deux concurrents potentiels ont de
lourds handicaps : l’euro n’a pas derrière
lui de puissance politique unifiée et le
renminbi restera suspect tant que l’État
de droit ne régnera pas en Chine. « La
seule chose qui pourrait contrarier la prédominance du dollar serait l’émergence
d’une zone renminbi dont l’envergure serait facilitée par l’isolationnisme de
Trump. Mais ce n’est pas pour demain »,
conclut Bruno Colmant. Faudra-t-il attendre un second mandat de Donald
Trump pour que les créanciers de l’Amérique prennent peur devant le matamore
yankee ? ■
A
Fortement déprécié
en 2017, le dollar
n’en reste pas moins
le centre du système
monétaire mondial.
Mais les États-Unis
peuvent-ils
continuer de jouer
le rôle de banquier
de la planète
alors que la MaisonBlanche prêche
le protectionnisme ?
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
« Fausses nouvelles »
■ Lors
de ses vœux à la presse, Emmanuel Macron a annoncé son intention de mettre en
œuvre une loi contre la propagation de la désinformation sur les réseaux sociaux en
période électorale. Si les contours en sont encore assez flous, cette mesure annoncée
inquiète les opposants au
président de la République,
qui y perçoivent un risque de
censure. Pour la philosophe
Chantal Delsol, la possibilité
du mensonge est le prix à
payer pour la liberté d’expression. Toute tentative de
e président de la République
l’histoire démocratique qui ait été
définir précisément les
vient d’annoncer qu’il se
épargnée des fausses nouvelles de toutes
« fake news » aboutirait à un
saisirait du problème des
sortes. On pourrait multiplier les
contrôle de l’opinion. L’esdites « fake news », ces
exemples d’éhontés mensonges inventés
sayiste Mathieu Laine estifausses nouvelles annoncées
pour une Cause et relayés par la presse.
me, lui, qu’on dramatise les
dans les médias pour
Mais cela marche aussi bien quand il
renforcer un programme politique
s’agit des personnes. Et il est inquiétant
intentions du président, tout
ou un courant de pensée, capables
de se rendre compte qu’Emmanuel
en estimant qu’il vaut mieux
d’induire en erreur l’opinion publique
Macron n’a pas supporté les fausses
en passer par l’éducation que
et de faire changer frauduleusement
rumeurs colportées sur sa vie
par la loi.
le vote des citoyens. Il parle de contrôler
personnelle, comme si ce n’était pas
Peut-on punir les « fake news »
sans instaurer une police de la pensée ?
L
la véracité et de légiférer pour pouvoir
parvenir à des sanctions, au moins en
période électorale.
Les fausses nouvelles représentent
l’un des poisons de la vie démocratique,
de même que les méchantes rumeurs de
village sont l’envers haïssable de la belle
sociabilité. La liberté de la presse permet
de tout dire, et nous nous en félicitons.
Elle permet aussi d’inventer n’importe
quoi pour faire prévaloir son point
de vue auprès d’électeurs hésitants ou
peu informés. Qu’on n’essaie pas de
nous faire croire que le genre fausse
nouvelle est né avec Donald Trump
ou avec les partisans du Brexit.
Ou qu’Emmanuel Macron en serait
la première victime historique. Il suffit
de se rappeler l’époque où une certaine
presse affirmait que les goulags
soviétiques n’existaient pas (envoyant
l’infortuné Kravchenko au procès), ou
plus tard que L’Archipel du Goulag avait
été écrit par la CIA,
et plus tard encore,
où l’on écrivait
partout que
POUR « LE FIGARO »
François Mitterand
n’avait jamais été
Pour la philosophe, les « fausses nouvelles »
décoré de la
sont consubstantielles à l’histoire démocratique.
francisque… Il est
Légiférer sur ce sujet attentera forcément à la liberté impossible de citer
une période de
d’opinion.
CHANTAL DELSOL
a été écrit L’Archipel ou que tel présumé
innocent mais donné pour coupable,
n’était pas coupable – mais en général
le démenti passe inaperçu et enfin les
plumes infectes s’en tirent indemnes.
Alors pourquoi tout à coup le genre
fausse nouvelle apparaît-il
insupportable ? Pourquoi faudrait-il
s’en saisir davantage aujourd’hui
qu’hier ? Les fausses nouvelles ont-elles
pris tout récemment une ampleur
inégalée – d’où la nécessité de se saisir
le lot de tout politique en campagne :
du problème ? La liberté de la presse
et il lui faudrait une loi pour pouvoir
permet aussi les mensonges par la
venger ces affronts… Si on ne supporte
presse. Ils sont si liés l’un à l’autre que
pas de voir raconter par la presse qu’on
nous préférons risquer les mensonges
possède un compte (inexistant) aux
pour demeurer libres de dire les vérités.
Bahamas ou qu’on porte une Rolex
Les réseaux sociaux multiplient les
(inexistante), alors il vaut mieux
occasions de
lancer de fausses
La liberté de la presse permet aussi
nouvelles en
les mensonges par la presse.
même temps que
les opportunités
Ils sont si liés l’un à l’autre que nous
des échanges.
préférons risquer les mensonges pour
D’autant que sur
les réseaux,
demeurer libres de dire les vérités
l’anonymat
prospère : on peut
lancer n’importe quelle affirmation
s’abstenir de sortir au grand jour, où les
sans en prendre la responsabilité.
haines sont tenaces et l’air toujours
Il existe toujours des courants de pensée
vicié. Celui qui se trouve dans le
(auparavant la gauche communiste,
collimateur des médias pour des raisons
aujourd’hui les courants populistes)
politiques, peut voir sa propre vie
capables de réinventer leur propre
réinventée par la désinformation et sans
« réalité » en prétextant que l’officielle
rien pouvoir faire. Sauf si on lui a porté
n’est pas la bonne – comme Orwell
des coups bien prévus par la loi
l’avait abondamment montré.
(antisémitisme, homophobie), la victime
On se réjouirait si notre législateur
de la fausse nouvelle se trouve
découvrait un moyen de punir les
pratiquement sans défense. Son « droit
fausses nouvelles sans instaurer en
de réponse », si peu appliqué et par des
même temps une police de la pensée.
voies si complexes, ne vaut pas grandCar qui décidera qu’il s’agit là d’une
chose. Elle peut juste attendre que
fausse nouvelle et au regard de quels
l’orage passe – la vérité finit toujours par
critères ? Et quel genre d’inquisiteur
triompher, on finit par savoir comment
«
»
nous faudra-t-il, capable de déceler les
mensonges dans tous les camps, pas
seulement chez ceux que l’opinion
dominante déteste ? Tous les partis, tous
les courants de pensée, pourront-ils
demander justice des fausses nouvelles
que l’on répand sur eux ? Il est à
craindre qu’un élan aussi vertueux ne
joue pas dans tous les sens. Le président
de la République semble convaincu qu’il
s’agit là d’un combat de la raison pure
contre la post-vérité populiste. C’est
beaucoup moins simple que cela.
À croire que c’est si simple, on finira
par créer un instrument auréolé de vertu
pour priver de parole les seuls
opposants.
Car enfin, et c’est la question cruciale,
qu’appelle-t-on une fausse nouvelle ?
On nous donne par exemple comme
fausses nouvelles toutes les théories
du complot, ou bien les promesses
électorales intenables, ou bien les propos
alarmants (« Daech va infiltrer la vague
migratoire »), ou bien les propos trop
orientés… On voit que la confusion
domine entre le fait objectif et l’opinion.
Une théorie du complot par exemple
n’est rien d’autre qu’une opinion. Il est
très clair, à lire les sites qui réclament la
loi sur les « fake news », qu’ils espèrent
par là voir punir les opinions qui les
dérangent. C’est tout le danger d’une
loi. Le législateur n’a pas à séparer
la vérité du mensonge, pas plus
qu’il n’a à trier les bonnes opinions et les
mauvaises. Qui caractérisera la fausse
nouvelle, et sur quels critères ? On
tremble. La société peut bien se défendre
contre les canulars, tout autant qu’elle
peut les inventer. Vouloir une loi contre
ce genre de perversions, c’est mal aimer
la liberté. C’est prendre le risque
d’instaurer une police de la pensée.
Passionnément défendre la liberté
en respectant les principes fondamentaux
n 1990, chez Fayard, paraît
un très grand livre
aujourd’hui presque oublié :
L’Art de se persuader – des
idées douteuses, fragiles ou
fausses, du sociologue phare
du XXe siècle, Raymond Boudon.
L’ouvrage se saisit d’un sujet essentiel
en ces heures où le président de la
République entend moderniser la loi
de 1881 pour l’adapter à la production
et à la diffusion industrielle de fausses
nouvelles sur des sites Internet et des
réseaux sociaux : la nature même de la
connaissance, la provenance de la
croyance, et l’art de (se) persuader.
Le meilleur ennemi de Bourdieu
explique alors que « les croyances
fausses peuvent provenir des arguments
les plus justes. Il suffit pour cela que se
mêlent à une argumentation fondée des
a priori auxquels on prend d’autant moins
garde qu’ils peuvent plus facilement être
considérés comme allant de soi. Bien des
idées douteuses proviennent de théories
irréprochables et, réciproquement, les
idées reçues les plus fragiles s’appuient
souvent sur une argumentation valide. »
En construisant son étude comme
un pianiste ferait des gammes – ici sur le
modèle du sociologue allemand Georg
Simmel (1858–1918), qui a mis en avant
le fait qu’une argumentation considérée
comme irréprochable au point de vue
logique peut produire des idées fausses –
Boudon démontre que les pièges
cognitifs peuvent surprendre aussi bien
l’homme de la rue que des historiens,
des philosophes, des sociologues ou
des physiciens. Car, comme l’expliquera
un quart de siècle
plus tard son
brillant élève,
Gérald Bronner,
À LIVRE OUVERT
dans un livre tout
aussi essentiel,
Notre chroniqueur* conseille de lire les ouvrages
des sociologues Raymond Boudon et Gérald Bronner La Démocratie
des crédules (PUF,
qui livrent des réflexions passionnantes sur les
2013), notre
fausses croyances collectives.
cerveau est
DESSINS CLAIREFOND
E
A
MATHIEU LAINE
constamment assailli par des biais, des
illusions mentales, qui posent, une à
une, les pierres d’un dangereux empire
des erreurs.
En son sein, ce qui n’est pas démontré
le semble et ce qui est faux prend l’habit
de la vérité. Les croyances se
cristallisent lorsque les « fake news »
se transforment en idées « reçues » si
largement véhiculées et partagées que
les « croyants » – neutres ou militants –
finissent par découvrir dans cette
profusion de bonnes raisons de les
traiter comme « allant de soi ». Le
phénomène s’accroît si l’idée fausse
paraît dotée d’une caution scientifique
ou si la propagation, dès lors qu’une
intention de nuire s’en est saisi avec
méthode, est démultipliée grâce
à des robots et en abusant des réseaux
sociaux.
Ces manipulations cérébrales sont,
par nature, aussi vieilles que le cortex
humain. Leur exploitation par des
esprits manipulateurs cherchant ainsi
à orienter le destin des puissants et
l’opinion des foules l’est tout autant.
L’échange entre Jean-Noël Jeanneney
et l’historien américain Robert Darnton,
dans l’émission culte « Concordance
des temps » consacrée, sur France
culture, à l’histoire des fausses
nouvelles, en livre de truculents
exemples : du décompte trop
évidemment faussé du nombre de
personnes ayant assisté à l’intronisation
du président Trump aux Anecdota de
Procope, l’historien officiel de Justinien
qui, au VIe siècle, distillait en parallèle
des informations mensongères sur son
empereur préféré, en passant par
l’influence nocive de Pierre l’Arétin, ce
dramaturge italien du XVIe siècle dont
les écrits satiriques et faux faisaient
trembler les personnalités les plus
en vue de Venise.
Faut-il pour autant en passer par
la norme ? Montesquieu ne
recommandait-il pas de « toucher aux
lois avec les mains tremblantes » ?
à n’importe quel pouvoir de devenir
le juge de la vérité, ni d’exiger que les
plateformes ne le deviennent. Le Conseil
constitutionnel ne le permettrait pas,
et ce serait à la fois moralement
contestable et matériellement
impossible. En revanche, on peut
concevoir que la loi de 1881 puisse être
mise à jour des nouvelles pratiques
en donnant un moyen de réaction
extrêmement rapide à qui serait la
victime de trucages massifs de pseudopreuves manifestement mensongères
destinées, par leur large diffusion,
à déstabiliser un candidat et à menacer
la sincérité du scrutin.
Pour le reste, ce n’est pas à la loi mais
bien à Jean-Michel Blanquer, qui a lu, en
plus de Boudon et Bronner, les grands
auteurs de
sciences
Les cris d’orfraie des anti-Macron,
cognitives que
hurlant à la censure et aux mesures
sont Kahneman,
Sunstein et Thaler,
liberticides, ont trop rapidement saisi la
et Dehaene, aux
balle au bond. Son discours, si on l’écoute professeurs et aux
parents de se saisir
bien, invite à imaginer des solutions
d’une discipline
respectant les principes fondamentaux
devenue plus que
jamais essentielle :
l’apprentissage de l’esprit critique.
la balle au bond. Son discours, si on
C’était aussi le message, en creux, des
l’écoute bien, invite à imaginer des
grands livres d’Umberto Eco, tous
solutions respectant les principes
obsédés par le complotisme : Le Nom
fondamentaux non pas contre mais avec
de la rose, Le Pendule de Foucault
les acteurs clés du marché cognitif que
ou Numéro zéro, son dernier roman.
sont les médias (anciens et nouveaux)
Comme l’explique très justement
tout en se donnant les moyens d’aller
Gérald Bronner, la nouvelle génération
plus vite (le temps de référence étant
doit
apprendre « le fonctionnement de
désormais le temps réel et non celui
son propre cerveau » afin de le placer
des rotatives) et d’identifier les auteurs
en alerte permanente contre l’ensemble
de délits véritables se réfugiant derrière
des pièges dans lesquels il pourrait
l’anonymat offert par Internet.
se faire inconsciemment enfermer.
On peut passionnément défendre
Apprendre à penser en Femme et en
la Liberté et comprendre qu’en être
Homme libre : quel meilleur vœu pour
« cocu » au point de menacer à grande
2018 ?
échelle la démocratie sur le fondement
d’une absolue liberté d’expression
*Dernier livre publié, avec Jean-Philippe
puisse finir par mettre cette valeur
Feldman : « Transformer la France,
essentielle en péril. L’idée n’est en
en finir avec mille ans de mal français »
revanche pas, d’évidence, de permettre
(Plon, 2018)
La réponse n’est pas aisée. Car les
dangers sont avérés : les campagnes
électorales américaine, britannique et
française, la spirale de l’embrigadement
djihadiste ou le recul de la vaccination
infantile ont ce travers en partage. Dans
quelle proportion ? Personne ne saurait
objectivement le mesurer, mais la
rampe d’accélération des nouveaux
acteurs de la communication entrant
en résonance avec la course à la reprise
des médias traditionnels n’a échappé
à personne, y compris aux géants du Net
qui ont d’ailleurs pris des mesures
et recruté des experts de pointe pour
traquer les comportements abusifs.
Les cris d’orfraie des anti-Macron,
hurlant à la censure et aux mesures
liberticides, ont trop rapidement saisi
«
»
LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
Les ravages de l’unilatéralisme américain
n matière de relations
internationales, les deux
mandats du président
Obama furent marqués par
la recherche du consensus.
Cela permit de grandes
avancées diplomatiques, telles
que la signature de l’accord
de dénucléarisation de l’Iran
(JCPOA, Joint Comprehensive Plan
of Action, juillet 2015), ou de l’accord
de Paris pour limiter le réchauffement
climatique d’origine humaine
(décembre 2015).
Après un an d’Administration Trump,
il est clair que la diplomatie américaine
a pris une voie totalement différente.
On est passé d’une approche multilatérale
des grands enjeux internationaux
E
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
à une approche unilatérale. On a laissé
tomber la diplomatie du consensus, pour
lui préférer la diplomatie de l’ultimatum.
Le dernier en date est celui du 12 janvier
2018. Il est adressé aux trois puissances
européennes signataires du JCPOA,
la France, le Royaume-Uni
et l’Allemagne. Elles ont 120 jours pour
« remédier aux terribles lacunes », dont
cet accord souffre aux yeux de Donald
Trump. L’actuel président américain
reproche au JCPOA de ne prévoir qu’un
gel par l’Iran de dix ans (et non indéfini)
de ses activités d’enrichissement
de l’uranium et d’instituer un contrôle
international inopiné de ses installations
nucléaires progressif (et non immédiat).
Cette surenchère à l’égard d’une
puissance ayant rang d’ennemi dans la
ENTRE GUILLEMETS
16 janvier 1969 : l’étudiant tchécoslovaque Jan Palach s’immole par le feu pour protester
contre l’invasion de son pays par l’URSS
Jan Palach
GERARD LEROUX/AFP
Puisque nos pays se trouvent au
bord du désespoir
et de la résignation, j’ai pris
la décision d’exprimer mon
désaccord et de réveiller
la conscience de la nation»
ANALYSE
Elsa Bembaron
£@ElsaBembaron
Les réseaux mobiles, un outil
d’aménagement du territoire
accord conclu entre
les opérateurs télécoms
et le gouvernement est
historique. Il reconnaît
la couverture mobile
comme un outil
incontournable de l’aménagement
du territoire. La chasse aux zones
blanches, ces endroits où aucun portable
ne passe, est ouverte. L’accord porte
aussi la promesse de concurrence :
les services des quatre opérateurs
(Bouygues Telecom, Free, Orange
et SFR) seront accessibles partout.
Les consommateurs, y compris ceux
des zones rurales aujourd’hui délaissées,
pourront choisir celui qui leur convient.
L’exécutif répond ainsi aux plaintes
d’élus locaux, lassés de voir
des entreprises ou des familles renoncer
à venir s’installer dans leurs communes
faute de connexion Internet ou de
couverture mobile haut débit. Les prix
des biens immobiliers eux-mêmes sont
affectés par la qualité de la connexion
disponible. Le poids du numérique
dans notre vie quotidienne est tel qu’il
n’est plus envisageable de vivre sans
connexion Internet. L’accès aux services
publics bascule vers le numérique,
touchant tous les domaines, y compris
les plus essentiels comme la santé, avec
le développement de la télémédecine,
ou l’éducation. Sans connexion mobile,
les ambitions de réindustrialisation
des territoires sont réduites à néant.
La promesse est faite. Bientôt,
il n’y aura plus de zones blanches.
Mais attention, l’intégralité du territoire
national ne sera pas couverte pour
autant. Le petit coin de campagne
ou de forêt dans lequel personne
ou presque ne passe restera un désert de
connectivité. La couverture à 100 % du
territoire est illusoire, pour des raisons
L’
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
psyché américaine depuis 38 ans, n’aura
aucun mal à passer auprès de l’électorat
républicain, et même auprès de l’électorat
démocrate favorable à un alignement
systématique sur Israël de la politique
moyen-orientale des États-Unis. Mais
Trump a omis d’informer ses concitoyens
de deux réalités incontournables.
Premièrement, le JCPOA institue
le système de vérification internationale
le plus intrusif de toute l’Histoire depuis
la signature en 1968 du TNP (traité
de non-prolifération nucléaire). Aux
yeux des inspecteurs de l’AIEA (Agence
internationale de l’énergie atomique de
Vienne), le JCPOA constitue un modèle
du genre, un exemple pour le futur.
Deuxièmement, les Européens ont déjà dit
qu’ils ne modifieraient pas d’une ligne cet
accord, à la fois complexe et précis, qui
a été négocié pendant plus de deux ans.
Quand bien même le voudraient-ils que
cela ne changerait rien, car, en plus
de l’Iran, la Chine et la Russie (qui sont
aussi signataires du JCPOA) ne veulent
pas entendre parler d’une renégociation
de l’accord. Si l’Amérique voulait affaiblir
le camp réformateur en Iran et pousser
les pasdarans à y exiger le retour de
la course à la bombe atomique, elle ne
s’y prendrait pas différemment !
Depuis la fin de la Seconde Guerre
mondiale, les États-Unis d’Amérique
avaient une politique étrangère marquée
par la continuité : certains présidents
pouvaient innover, mais ils ne
détricotaient jamais ce qui avait été
dessiné par leurs prédécesseurs. Après
les déboires de l’isolationnisme des
années 1920-1930 (qui avait entièrement
détruit le travail diplomatique du
président Wilson), la parole de l’Amérique
avait péniblement regagné après-guerre
un certain degré de fiabilité. Trump
a rompu avec ce principe de continuité.
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
L’Autorité de régulation des télécoms
(Arcep) a changé de thermomètre.
Désormais, elle mesure la qualité
de la communication. Pour qu’elle
soit qualifiée de « bonne » chez
un opérateur, il faut pouvoir passer un
appel depuis l’intérieur d’un bâtiment.
Cette terminologie reconnaît enfin que
devoir sortir de chez soi ou ne pouvoir
téléphoner que depuis la place de l’église
ne répond plus aux besoins actuels
des citoyens.
Les opérateurs télécoms se sont
engagés à construire au moins
5 000 nouveaux sites chacun sur
tout le territoire afin d’améliorer la
disponibilité et la qualité de leur réseau.
Avec ce plan,
le gouvernement a fait
Ce plan marque un changement
un choix stratégique.
d’échelle dans l’ambition
« Il marque un
de couverture du territoire
changement d’échelle
dans l’ambition
SÉBASTIEN SORIANO, PRÉSIDENT DE L’AUTORITÉ DES TÉLÉCOMS
de couverture du
territoire », résume Sébastien Soriano,
commerciale ou industrielle, lieu
le président de l’Arcep. Pour la première
touristique… Ils devront aussi permettre
fois, l’exécutif a privilégié le
une installation plus rapide des pylônes
déploiement des réseaux à des rentrées
des opérateurs sur leur territoire.
budgétaires. En effet, les opérateurs
Complexité administrative oblige, il faut
télécoms se sont engagés à effectuer près
vingt-quatre mois pour qu’un tel
de 3 milliards d’euros d’investissement
équipement entre en fonction. Les
pour étoffer leurs réseaux mobiles. En
services des bâtiments de France, des
contrepartie de quoi ils pourront utiliser
eaux et forêts sont consultés. La
plus longtemps les fréquences dont ils
première ambition est de réduire ce
disposent pour leurs services. Jusqu’à
délai à dix-huit mois, quand il est de
présent, elles leur étaient attribuées lors
cinq mois en Allemagne. « Pour
d’enchères qui ont rapporté à l’État bien
raccourcir ces délais, il va falloir
plus de 3 milliards d’euros. Les
davantage de souplesse de certaines
opérateurs télécoms espèrent aussi voir
administrations », résume Pierre
la taxe sur leurs infrastructures évoluer,
Louette, directeur général délégué
c’est-à-dire ne pas être imposés au
d’Orange, qui s’affirme « confiant sur
moins pendant cinq ans sur les nouvelles
la capacité du gouvernement à le faire ».
antennes installées. Avec la promesse
Le temps presse.
de voir ses sommes attribuées
Le dispositif comporte un volet
à l’amélioration des réseaux télécoms.
important concernant la qualité.
tant techniques qu’économiques. En
revanche, l’objectif est d’apporter le
mobile à 99,6 % de la population, c’està-dire de répondre aux besoins des
utilisateurs là où ils se trouvent : chez
eux, en vacances, au travail ou lors de
leurs déplacements - les principaux axes
routiers et ferroviaires sont aussi
concernés. Il ne s’agit plus de raisonner
en pourcentage de la population
couverte, mais bien en territoires
nécessitant un bon réseau mobile.
Pour identifier ces besoins, la balle est
dans le camp des élus locaux. Charge à
eux de dresser la liste des lieux qu’ils
estiment devoir bénéficier d’une
couverture mobile : centre-bourg, zone
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
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Éditeur
Sofia Bengana
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FIGAROMEDIAS
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Direction, administration, rédaction
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75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
Est-ce à dire qu’il serait isolationniste,
à l’image des présidents républicains
Coolidge (1920-1928) et Hoover (19291933) ? Non. Car on l’a vu s’engager
en profondeur – parfois avec succès sur plusieurs grands dossiers étrangers :
dans la guerre contre l’État islamique
(accroissement du contingent des forces
spéciales américaines dans le Rojava,
cette bande territoriale du nord de la
Syrie, contrôlée par les Kurdes du PKK) ;
dans le bras de fer avec le dictateur nordcoréen Kim Jong-un ; dans la crise
ukrainienne (livraison d’armes
« défensives » au gouvernement
de Kiev) ; dans le partenariat stratégique
avec l’Arabie saoudite du jeune prince
héritier Mohammed Ben Salman ; dans
le soutien à la droite israélienne.
C’est l’unilatéralisme de Trump qui fait
des ravages. Il réclame tous les droits pour
l’Amérique, mais n’accepte aucun devoir.
Il n’a pas intégré le concept d’« obligation
souveraine ». En Europe, il a engendré
de la méfiance (par son rejet du traité
de Paris, et par le flou entretenu sur
la clause de défense prévue par l’article 5
de la charte de l’Otan). En Amérique
latine, il a engendré de la défiance (par
son refus d’une approche multilatérale
des problèmes migratoires). Dans le
monde arabo-musulman et en Afrique,
il a engendré de la haine en stigmatisant
certains peuples et en renonçant à la
traditionnelle neutralité américaine sur
le dossier israélo-palestinien. En Asie,
il a renforcé sans le vouloir la tentation
hégémonique chinoise (en se retirant
du TPP, le partenariat transpacifique signé
à Auckland en février 2016).
Depuis Roosevelt, on était habitué
à voir l’Amérique donner le la
des relations internationales (pour
le meilleur, plus souvent que pour le pire).
Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
VOX
... CHRONIQUE
« Migrants, féminisme...
méfions-nous
de l’américanisation
du débat », par Gilles
William Goldnadel
... ÉCONOMIE
Réformes économiques :
Macron fait-il mieux que
Hollande ?, par le collectif
Les Arvernes
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
AGNÈS VERDIER-MOLINIÉ
Le lundi 29 janvier 2018
à 20 heures
Salle Gaveau
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres.
RENCONTRE AVEC
FRÉDÉRIC BEIGBEDER
Le lundi 12 février 2018
à 20 heures
Salle Gaveau
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
A
CHRONIQUE
17
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
18
Cyrille Louis
clouis@lefigaro.fr
correspondant à jérusalem
ucun rêve n’est impossible, le livretestament de Shimon Pérès, est paru
récemment dans sa version française
(éditions BakerStreet, 2017). Son fils
Chemi, qui gère un fonds de capitalrisque et dirige le Centre Shimon Pérès pour la paix et l’innovation, évoque l’héritage du
neuvième président de l’État d’Israël.
LE FIGARO. - Depuis un mois, la reconnaissance
par Donald Trump de la souveraineté israélienne
sur Jérusalem suscite une vive polémique. Comment
avez-vous réagi à cette initiative américaine ?
Chemi PÉRÈS. - En tant qu’Israélien, on ne peut pas
s’opposer à la reconnaissance d’une telle évidence.
Mais si l’on envisage ses répercussions sur le processus de paix, il me semblerait préférable de reporter le
traitement du problème de Jérusalem à la fin du processus de paix. C’est d’ailleurs ce qui avait été convenu dans le cadre des accords d’Oslo, dont la première
étape fut de créer une zone d’autonomie palestinienne à Jéricho et à Gaza.
Quel message votre père avait-il voulu transmettre
avec son livre ?
Mon père l’a pensé comme un message adressé aux
prochaines générations de dirigeants, avec qui il souhaitait partager les outils développés au cours de sa
marche constante vers l’avenir. Pour remplir une
mission ou servir une grande cause, il avait la conviction qu’il faut combiner l’optimisme, le goût d’imaginer et la capacité d’agir, quels que soient les obstacles,
sans jamais renoncer. Il voulait créer un nouveau
monde dans lequel l’homme n’aurait plus besoin de
faire la guerre car sa plus grande richesse se loge dans
son cerveau. Saisir cela, c’est comprendre combien il
est important d’investir dans la recherche et la formation pour créer ce qui nous manque. Vous avez be-
Chemi Pérès : « Ce que mon père
redoutait ? Nous, les Israéliens ! »
Le fils de Shimon Pérès revient sur les défis, politiques comme technologiques,
que releva le dirigeant de l’État hébreu au cours de sa longue carrière.
soin d’énergie ? Utilisez la technologie pour en fabriquer ! Votre pays manque d’eau ? On peut désormais
dessaler l’eau de mer ou recycler les eaux usées. Tout
ce qu’on devait autrefois conquérir avec une épée
peut désormais être fait grâce à l’innovation.
VOYAGE AU PAYS DES
De la création de l’État d’Israël à l’impasse
du processus d’Oslo, Shimon Pérès a joué un rôle
central dans la vie politique de son pays durant
plus de soixante-dix ans. De quoi était-il le plus fier ?
Quand on lui posait la question, il aimait répondre en
citant un célèbre peintre israélien qui a dit : « Mon tableau préféré est celui que je peindrai demain. » S’agissant des débuts, il était très fier d’avoir œuvré à la
création de l’État aux côtés de Ben Gourion. Dans un
second temps, il a beaucoup contribué à développer
nos capacités de défense, en présidant à la création du
complexe nucléaire de Dimona ainsi que de notre industrie aérospatiale. Plus tard, il a sauvé Israël d’une
catastrophe économique alors que le taux d’inflation
dépassait 400 %, en rompant avec le modèle socialiste des premières décennies pour développer un système ouvert sur le monde qui a accouché de la
« start-up nation ». Enfin, il a beaucoup travaillé à
sceller une paix durable avec nos voisins, en commençant par l’Égypte, la Jordanie puis avec les Palestiniens. Il était convaincu que le jour où il y aurait la
paix, Israël deviendrait le plus florissant des pays.
VIVANTS
IMMORTELS.
Michel Schneider, Le Point
«Il y a du Houellebecq et du Huxley dans
ce roman de “science non-fiction”.»
Nous ne
« pouvons
Jean-René Van der Plaetsen et
Alexandre Devecchio, Le Figaro Magazine
«Un roman d’amour, de ceux qui restent
dans une époque.»
pas attendre
que le système
politique résolve
le problème.
C’est en partie
pour cette raison
que le Centre
Shimon Pérès
pour la paix
et l’innovation a
été créé. Mon père
voulait privatiser
le processus
de paix
Arnaud Le Guern, Technikart
«Tel un journaliste gonzo, de Suisse
en Israël en passant par New York,
il fait le tour des chercheurs et savants
pas du tout fous qui sont sur le point
de prolonger indéfiniment l’espèce.»
Luc Le Vaillant, Libération
«On découvre derrière cette quête
un peu folle une réflexion bien plus fine
et plus complexe qu’il n’y paraît.»
Olivia de Lamberterie et Nathalie Dupuis, ELLE
«Un questionnement réjouissant et
intelligent sur le sens de la vie.»
»
Christine Sallès, Psychologies magazine
«Un des récits les plus humains,
les plus touchants, les plus pertinents,
les plus amusants aussi.»
Pierre Vavasseur, Le Parisien
Gilles Chenaille, Marie-Claire
«Si vous êtes à la fois outré, pris de fou
rire, et en surrégime festif, c’est que
vous êtes en train de lire un Beigbeder.»
A
Marin de Viry, La Revue des Deux Mondes
DANS
TOUTES LES LISTES
DE MEILLEURES VENTES
www.twitter.com/editionsgrasset
De tous les défis auxquels est confronté Israël,
quel est celui qui l’inquiétait le plus ?
La seule chose qui lui faisait peur, c’était nous. Il avait
coutume de dire que nous sommes un pays bourré de
talents, mais auquel il manque la capacité d’être un
peuple. Il redoutait le poids de nos divisions, de nos
querelles. Mais il était convaincu qu’Israël était là
pour rester, et voulait que nous soyons un exemple
pour les autres nations.
Il lui a souvent été reproché d’être un homme pétri
de contradictions. N’a-t-il pas ainsi contribué,
en soutenant la colonisation de la Cisjordanie dans
les années 1970, à rendre impossible la paix dont il fut
par la suite un si ardent avocat ?
Il disait qu’un dirigeant doit avant tout faire ce qui lui
semble juste. Je pense qu’il n’avait pas imaginé un instant, en appuyant ce mouvement, qu’il deviendrait un
jour une menace et empêcherait Israël d’atteindre ses
objectifs. Mais n’oubliez pas que sa vie fut un long voyage. Quand vous cherchez à établir un État, il est important de prendre certaines mesures pour vous protéger
face à vos voisins et pour développer votre économie.
La France occupait une place à part dans
les souvenirs de Shimon Pérès.
Mon père était amoureux de la France. Il y comptait
de nombreux amis et admirait le goût et la culture de
ses habitants. Mais plus que tout cela, il estimait que,
sans le soutien de la France, l’existence d’Israël aurait
été en danger. C’est grâce à elle qu’il a pu développer
notre industrie de défense et mener, à Dimona, le
plus grand projet jamais conduit dans ce pays.
«Un roman d’amour audacieux, entre
obsessions et espoir.»
www.facebook.com/editionsgrasset
« Mon père
était amoureux
de la France. (...)
Il estimait que,
sans le soutien
de la France,
l’existence d’Israël
aurait été en danger. »
Grasset
+
» Lire aussi PAGE 8
Qui, dans le paysage israélien, incarne aujourd’hui
son héritage ?
C’est principalement dans les secteurs des technologies et de la recherche que je fonde mes espoirs pour
l’avenir. En ce qui concerne le processus de paix,
l’espoir viendra d’entrepreneurs qui trouveront le
moyen de collaborer avec leurs homologues vivant
dans les autres pays de la région. Nous ne pouvons
pas attendre que le système politique résolve le problème. C’est en partie pour cette raison que le Centre
Shimon Pérès pour la paix et l’innovation a été créé.
Mon père voulait privatiser le processus de paix. ■
GEORGES MERILLON/DIVERGENCE
RENCONTRE
A
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO - N° 22 839 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
CHINE
RADIO FRANCE
LE YUAN SE DÉPLOIE
DANS LES RÉSERVES
DE CHANGE PAGE 22
Le streaming fait
exploser le marché
mondial de la musique
MATHIEU GALLET
NE COMPTE PAS DÉMISSIONNER
APRÈS SA CONDAMNATION PAGE 26
Airbus n’exclut
pas d’arrêter
son superjumbo
A 380
L’avionneur ne parvient pas à décrocher
de nouvelles commandes.
INF/STARFACE, DANIEL ACKER/BLOOMBERG, MARTIN BUREAU/AFP, BANARAS KHAN/AFP
Coup de tonnerre dans l’aéronautique
civile. John Leahy, directeur commercial du constructeur européen, a déclaré lundi qu’en l’absence de nouvelles
commandes de la part d’Emirates, le
premier client de l’A 380, la production
du très gros-porteur serait probablement stoppée.
L’arrêt du programme, dix ans à peine
après la mise en service de l’avion,
constituerait une décision inédite. Il
s’agirait d’un des pires fiascos de l’aéronautique mondiale. Une telle déci-
sion aurait des conséquences sévères
sur les fournisseurs du programme. Elle
discréditerait l’industrie européenne
qui a investi près de 10 milliards d’euros
dans ce programme dont les surcoûts
ont explosé.
Ce scénario noir n’est pas inéluctable.
Airbus peut descendre en cadence de
production pendant quelques années en
attendant de nouvelles commandes.
L’avionneur juge que le superjumbo a
été lancé dix ans trop tôt et qu’il finira
par s’imposer auprès des compagnies.
èEN 2017, AIRBUS A VENDU PLUS D’AVIONS QUE BOEING PAGE 23
Rihanna, l’une
des artistes
les plus
écoutées
sur les
plateformes.
C’est la nouvelle martingale. Les plateformes
de streaming comme Spotify, Deezer ou Apple Music
devraient permettre au marché mondial de la musique
de tripler d’ici à 2030. La question du partage de la valeur
entre les maisons de disques et les plateformes
est aujourd’hui au cœur des débats. PAGE 20
DISTRIBUTION
Internet met
la pression sur la
grande distribution
PAGE 22
LA SÉANCE
DU LUNDI 15 JANVIER 2018
CAC 40
5509,69
-0,13%
DOW JONES
Marché clos
ONCE D’OR
1339,25 (1326,80)
PÉTROLE (lond)
69,990 (69,140)
EUROSTOXX 50
3617,91 +0,15%
FOOTSIE
7769,14 -0,12%
NASDAQ
Marché clos
NIKKEI
23714,88 +0,26%
En 2017, Renault a vendu 3,76 millions
de véhicules. Soit une croissance de
8,5 % par rapport à 2016. C’est un
nouveau record pour les cinq marques
du groupe : Renault, Dacia, Renault
Samsung Motors (en Corée du Sud), le
russe Lada et Alpine (avec sept exemplaires en 2017).
La hausse des ventes du groupe français est supérieure à la progression du
marché automobile mondial, qui a été
de + 2,3 % sur l’ensemble de l’année.
Renault profite de son absence des
États-Unis, où les ventes ont baissé
l’an dernier. En Chine, premier marché mondial, la croissance a été plus
modeste que lors des années précédentes (+ 2 %). Pour autant, le groupe
Renault a profité de son implantation
récente - en 2016 - pour y doubler ses
ventes, à 72 000 véhicules.
Après avoir claqué la porte de la
concertation sur la réforme de l’apprentissage en décembre, les régions
ont « renoué le dialogue » avec le
gouvernement, a fait savoir, lundi,
Hervé Morin, le président centriste
de la région Normandie et de l’Association des régions de France (ARF). Il
sortait de la réunion avec Édouard
Philippe ainsi que les ministres du
Travail et de l’Éducation nationale.
Face à un exécutif déterminé à leur
retirer le pilotage de l’apprentissage
- et les financements de 1,6 milliard
d’euros qui vont avec - pour le
confier au monde professionnel, les
16 présidents de région ont fini par
lâcher du lest. Globalement, ils acceptent de passer d’un système de
subventions régionales des centres
de formation d’apprentis (CFA) à un
financement au nombre de contrats
de formation d’apprentis. Ce qui signifie qu’un CFA sans élève devra
fermer mais à condition que « l’aménagement des territoires » soit pris
en compte, insiste Hervé Morin. Si
l’idée de définir les tarifs des formations dispensées dans les CFA au niveau national est acceptée, les régions pourront toutefois les moduler
(à la hausse) dans certains cas. Et,
plus spécifiquement, lorsque « les
coûts des formations seront plus
élevés, comme dans les CFA situés
dans les régions rurales ou les zones
sensibles », souvent moins remplis
que dans les grandes villes, précise le
président le l’ARF. L’exécutif planche
sur les modalités techniques.
Quant au retrait de leur compétence
exclusive d’ouverture et de fermeture des CFA et des sections de formation, les régions ont compris que
l’exécutif ne transigerait pas sur ce
point. « Le principe doit être la liberté
d’ouvrir un CFA, finit par reconnaître
Hervé Morin. Mais avec un droit
d’opposition de la région. » Un point à
finaliser, l’exécutif n’ayant apparemment pas l’intention de leur conférer
un droit de veto stricto sensu.
« Nous n’avons pas conclu sur ce
point. Si la décision (de s’opposer à
l’ouverture, NDLR) est extrêmement
motivée, c’est une piste à examiner », explique d’ailleurs une source
gouvernementale. MANON MALHÈRE
PAGE 23
EuropaCorp
se sépare d’un quart
Les Américains perdent 200 milliards
de dollars l’an en déclarant leurs revenus de ses effectifs
L'HISTOIRE
ux États-Unis, l’impôt sur
le revenu constitue la première
recette pour l’État fédéral.
Et même si 40 % des Américains
en sont exemptés, l’IRS (Internal
Revenue Service) récolte 1 672 milliards
de dollars par an. Mais combien en coûte-t-il
aux contribuables en démarches et en temps,
pour remplir leurs feuilles d’impôt ? Pas
moins de 200 milliards de dollars, soit 1,2 %
du PIB, a calculé l’économiste Youssef
Benzarti, de l’université de Californie.
Son étude publiée par le prestigieux National
Bureau of Economic Research s’appuie
sur une démarche
originale. Il part
du constat que
les Américains ont
deux options.
Soit utiliser
les déductions
forfaitaires, de
3 100 dollars pour
un célibataire.
Soit établir
une déclaration
détaillant un
à un ses droits,
A
déduction des intérêts d’emprunt,
des dons, des impôts locaux, principalement.
Pour un contribuable déclarant 150 000 dollars,
taxé à 28 %, avec 10 000 dollars de déductions,
l’économie d’impôt sera de 2 800 dollars,
contre seulement 868 dollars s’il utilise
le forfait. Seul hic, l’établissement
des droits réels est compliqué. Il faut produire
les justificatifs, sans compter la peur
d’un contrôle de l’IRS, phobie des Américains.
Beaucoup y renoncent. C’est en comparant
les deux options effectivement pratiquées et en
s’appuyant sur des enquêtes de l’IRS donnant
le temps nécessaire pour chaque procédure que
Benzarti arrive
au chiffre énorme
de 200 milliards.
Et il conclut :
« Réduire les coûts
de déclaration
améliorerait le
bien-être collectif,
même si cela
conduit à des coûts
d’évasion fiscale. »
Problème
universel. ■
JEAN-PIERRE ROBIN
Après l’échec du film Valerian,
EuropaCorp doit se serrer la
ceinture. La société de production et de distribution de
Luc Besson, qui s’est déjà séparée de son pôle de production TV fin 2017, a annoncé
lundi qu’elle allait supprimer
22 emplois sur les 79 de sa
principale filiale en France.
Depuis fin novembre, rien ne
va plus au niveau financier et
EuropaCorp doit faire des
choix. La société a enregistré
au premier semestre de son
exercice décalé 2017-2018 une
perte de 70,6 millions d’euros,
plus que doublée par rapport à
la même période un an auparavant. Sur son dernier exercice complet, les pertes
avaient atteint 120 millions.
Ces mauvais résultats récurrents sont à mettre sur le
compte des contre-performances d’EuropaCorp sur le
marché américain, notamment de Valerian mais aussi
d’autres films. Valerian et la
Cité des mille planètes, sur le-
quel Luc Besson misait gros,
aurait généré 225 millions de
dollars de recettes mondiales,
mais coûté 160 millions de
coûts nets de production et
70 millions de frais marketing.
Il n’a donc pas fait gagner
d’argent à l’entreprise.
En touchant à ses effectifs,
EuropaCorp arrive au bout de
ses marges de manœuvre pour
rester indépendant. Le chinois
Fundamental, qui a pris 28 %
du capital, a permis de renflouer les caisses. Luc Besson,
qui a repris les rênes, reste
toutefois le premier actionnaire avec 31 %.
Les activités de production TV,
dernier actif valorisable, ont
déjà été vendues pour 10 millions d’euros. D’autres cessions avaient été faites avant,
notamment des multiplexes,
vendus à Pathé Gaumont fin
2016, et le catalogue musical
de la société. Après cette diète
sévère, EuropaCorp mise sur la
suite de Lucy et d’autres productions pour rebondir. A. D.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
Renault n’a jamais vendu
autant de voitures qu’en 2017
APPRENTISSAGE :
LES RÉGIONS
ONT LÂCHÉ
DU LEST
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
Le streaming fait exploser
le marché mondial de la musique
Spotify domine
le marché de
la musique en ligne
NOMBRE D'ABONNÉS PAYANTS
En millions
Spotify
Grâce aux plateformes numériques, le secteur va connaître un essor sans précédent.
70
janvier 2018
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
MUSIQUE Le mois de décembre
2017 marquera un tournant dans
l’histoire de l’industrie mondiale de
la musique. Un véritable bouquet
final a éclaté dans le ciel, chassant
tous les nuages qui avaient plombé
le secteur depuis près de vingt ans
et la grande crise due au piratage
qui avait mutilé la moitié des revenus. Le 8 décembre dernier, le leader mondial du streaming Spotify
signait un accord avec le géant
chinois Tencent pour ouvrir le plus
grand pays du monde aux offres
Les rappeurs Orelsan
(ci-contre) et Nekfeu
(ci-dessous), et
Rihanna (à droite).
Trois des artistes
les plus écoutés
sur les plateformes
de streaming.
SIMON DUBOIS/FASTIMAGE,
LAURE FATALLE/NEWS/
PICTURES,
FAMEFLYNET/BESTIMAGE
musicales payantes. Le 20 décembre, Universal Music et Sony Music
concluaient un accord avec YouTube pour que ce dernier rémunère
correctement les majors. Cette plateforme est depuis longtemps le
plus important vecteur d’écoute de
musique au monde, mais ne payait
pratiquement aucun droit aux professionnels de la musique.
Enfin, deux jours plus tard, Universal Music a finalisé un accord
semblable avec Facebook, le lieu où
2 milliards d’individus échangent
des nouvelles, lisent l’actualité ou
se divertissent. En un mois, l’industrie de la musique s’est ouvert
de gigantesques perspectives de revenus pour les années à venir. Désormais, les planètes sont parfaitement alignées pour faire de l’année
2018 celle de l’ouverture d’un nouveau cycle très faste.
2 milliards de clients
Les majors Universal Music,
Warner Music et Sony Music vont
débuter l’année avec un réseau de
distribution de la musique mondialisé et numérisé. Ils pourront s’appuyer sur les 3 milliards de smartphones en activité dans le monde
sur lesquels Spotify, Apple Music,
Google Play et Deezer seront à
même de distribuer les offres de
streaming. Mais aussi sur le milliard et demi d’utilisateurs
mensuels de YouTube et les
2 milliards de Face-
book. Du jamais vu !Les analystes de
JP Morgan ne s’y sont pas trompés.
Dans une note publiée fin novembre
2017, la banque d’affaires parie sur le
triplement du marché mondial de la
musique, à plus de 60 milliards de
dollars d’ici à 2030. La raison ? Les
offres de streaming musical pourraient atteindre pratiquement
2 milliards de clients.
Certes, cette expansion dans des
pays à faibles revenus se fera à un
prix adapté d’environ 2 dollars par
mois. C’est loin des 9 à 10 dollars
mensuels encaissés dans les pays
développés mais l’effet volume
compensera très largement cette
baisse des prix moyens. Mais c’est
une révolution pour un marché de
la musique qui, jusqu’à présent,
réalisait 80 % de son chiffre d’affaires dans seulement cinq pays
(États-Unis, Japon, Allemagne,
Grande-Bretagne et France) qui
totalisent seulement 660 millions
d’habitants. « C’est un enjeu majeur
pour notre industrie. Ces deux accords ne sont qu’une première étape
mais ils sont iconiques. Dans un premier temps, les revenus issus
de YouTube et de Facebook seront faibles, mais ils iront directement augmenter la marge des
majors », explique un grand patron
du secteur.
Pour illustrer le changement de
dimension du marché, il suffit de
faire la chronologie de la valorisation d’Universal Music, premier
acteur avec environ un quart du
marché mondial de la musique. En
mars 2015, quelque temps après
l’arrivée de Vincent Bolloré à la
tête de Vivendi - qui détient 100 %
d’Universal Music -, la valeur de
cet actif était estimée à 7 milliards
de dollars. Fin 2015, Vivendi valorisait sa filiale à 12 milliards. Une
estimation relevée à 20 milliards en
avril 2017. Sept mois plus tard, en
novembre, JP Morgan valorise
Universal Music… à 40 milliards.
Mieux, dans un scénario idyllique,
JP Morgan pousse même la note à…
100 milliards d’ici à 2030. Si la valeur théorique d’Universal a été
multipliée par quatorze en deux
ans, c’est vraiment que les temps
ont changé. « The times they are a
changin’», chantait Bob Dylan en
1964. ■
Musique enregistrée
Téléchargement
Marché physique
(CD...)
30
20
Juin 2017
Deezer
9
Septembre
2017
»
10
0
16
Si demain
matin, Jeff
Bezos, le PDG
d’Amazon, se
réveille et décide
de baisser le prix
de l’abonnement
d’Amazon Music
à 7,99 dollars,
devinez ce qui
se passera ?
Le streaming,
c’est bien pour
les grandes
entreprises
comme Amazon,
Apple et Google,
car cela ne
représente qu’une
petite partie de
leurs activités
Streaming
40
Amazon
Music
Infographie
CHIFFRE D'AFFAIRES GLOBAL DE L'INDUSTRIE
MUSICALE, en milliards de dollars
50
30
janvier 2018
Sources : Sociétés, Reuters, Midia-Research, Time
Explosion du marché du streaming
60
Apple Music
JIMMY IOVINE,
COFONDATEUR DE BEATS
Sources : IFPI, Goldman Sachs Global Investment Research
1998
2008
2018
2030
PRÉVISIONS
Le délicat partage de la valeur entre les maisons de disques et les plateformes
A
CAROLINE SALLÉ £@CarolineSalle
Le nouvel Eldorado aiguise les
appétits. Les dernières grandes
manœuvres montrent à quel point
chacun des acteurs de la filière fourbit ses armes en espérant rafler la
mise. Maintenant que le marché voit
les choses en grand, reste à déterminer qui décrochera le gros lot : les
majors de la musique ou les plateformes de distribution ? Aujourd’hui,
le rapport de forces penche en faveur
des premières, puisqu’elles captent
toujours l’essentiel de la valeur.
« 70% de nos revenus sont reversés
aux producteurs et éditeurs de musique. Ces revenus proviennent à 85 %
des abonnements et à 15 % de la publicité », rappelle Bruno Crolot, le directeur général de Spotify en France
et au Benelux. Carte maîtresse des labels : ils ont la haute main sur les catalogues et entretiennent un lien privilégié avec les artistes. Dénicher,
produire et promouvoir les talents a
un prix. « L’immense majorité des albums n’est pas rentable, rappelait
Frances Moore, présidente de la Fédération internationale de l’industrie
phonographique (Ifpi). Quand ils le
sont, cela prend du temps. Avec un
engagement de plus de 4,5 milliards de
dollars, soit environ 27 % de leur
chiffre d’affaires, les maisons de disques restent le principal financeur de la
musique », insistait la dirigeante.
En face, les plateformes doivent
investir lourdement afin de convertir les consommateurs à l’usage du
streaming et les convaincre de payer
pour écouter de la musique. « Les
services comme Spotify ou Deezer sont
des start-up dont le modèle repose sur
une expansion mondiale et une technologie de pointe. Or ces deux éléments requièrent des moyens considérables, fait observer Stéphane Le
Tavernier, patron de Sony France.
Pour rester dans la course, il leur faut
Plateformes
de streaming
30 %
9,8 DOLLARS
EN MOYENNE
POUR UN ABONNEMENT
MENSUEL À
UNE PLATEFORME
DE STREAMING
RÉPARTITION, EN %
“
La tendance est
à une diminution
des revenus versés
par les plateformes
aux majors
”
UN OBSERVATEUR DU MARCHÉ
innover sans cesse, ce qui induit des
dépenses importantes en recherche et
développement. » Conséquence : ces
sociétés ne gagnent toujours pas
d’argent. À titre d’exemple, la dette
cumulée d’un Spotify dépasse le milliard de dollars. Malgré une croissance à deux chiffres de son activité,
le leader du streaming reste un
colosse fragile. D’autant que son
modèle le rend victime de son
succès. Les services de streaming
séduisent de plus en plus d’utilisateurs, de plus en plus engagés. Sur
Spotify par exemple, la consommation moyenne s’élève à 2 h 30 par
jour. Or « plus les consommateurs
passent de temps à écouter de la musique, et plus la redevance que doivent
reverser les plateformes aux majors
augmente », prévient Louis MoralesChanard, le directeur de la stratégie
de Blue 449, filiale de Publicis.
Majors
70 %
Si le streaming a offert une sortie
de crise à l’industrie musicale, il
n’est pas le nouveau maître du jeu.
Pas encore. « Dans la mesure où elles
reçoivent l’essentiel des royalties,
nous considérons les grandes majors,
à l’image de Vivendi et de Sony, comme les principales bénéficiaires de la
croissance du streaming », estime
ainsi la banque Goldman Sachs dans
une étude publiée le 28 août dernier.
« Je me réjouis de voir que ce sont les
revenus du streaming qui font monter
le cours de Bourse de Vivendi, propriétaire d’Universal Music. Toutefois, chacune des parties doit pouvoir
disposer d’une juste rémunération »,
insiste Bruno Crolot. Au vu des récents accords signés entre certaines
grandes majors et les acteurs du
streaming, il semble que le message
ait été entendu. « La tendance est
plutôt favorable à une diminution des
revenus versés par les plateformes aux
maisons de disques », confirme un
acteur du marché. À terme, la répartition de la valeur devrait tendre vers
le 50-50. À vrai dire, tout le monde a
intérêt à s’entendre. D’un côté, les
plateformes ont besoin des hits et des
dizaines de milliers de chansons pour
satisfaire leurs utilisateurs. De
l’autre, les maisons de disques ont
besoin du streaming pour ouvrir de
nouveaux marchés. « Nous avons des
négociations sérieuses car les modèles
économiques des uns et des autres sont
en jeu. Mais nous sommes les chaînons
d’un même secteur et partageons un
objectif commun : développer l’industrie musicale. Les maisons de disques sont nos partenaires naturels »,
assure Bruno Crolot.
Le véritable danger vient des Gafa.
Amazon, Apple, Google via YouTube
ou encore Facebook, qui vient de signer des accords avec les majors de
la musique, sont en embuscade. Ils
bénéficient d’un réservoir d’audience potentiel gigantesque. En novembre, le célèbre producteur
Jimmy Iovine, cofondateur de Beats,
société rachetée par Apple, a résumé
le problème. « Si demain matin, Jeff
Bezos, le PDG d’Amazon, se réveille et
décide de baisser le prix de l’abonnement d’Amazon Music à 7,99 dollars,
devinez ce qui se passera ? Le streaming, c’est bien pour les grandes entreprises comme Amazon, Apple et
Google, car cela ne représente qu’une
petite partie de leurs activités. »
L’horizon risquerait de sérieusement s’assombrir au cas où ces derniers remportaient la mise. « Si les
services de streaming indépendants
périclitent, les maisons de disques
pourraient se retrouver inféodées aux
géants de la tech », analyse Louis
Morales-Chanard. ■
LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
ÉCONOMIE
21
Bruno Le Maire présente une feuille de route
ambitieuse pour le premier semestre
Le ministre va finaliser son projet de loi entreprise et avancer, en même temps, sur la réforme de la zone euro.
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Ambiance concentrée ce lundi à Bercy.
Devant plusieurs centaines de participants, Bruno Le Maire a déroulé,
à l’occasion de ses vœux, une feuille
de route dense pour les prochaines
semaines. Au menu, deux grandes
échéances : l’écriture de son plan
d’action sur la croissance et la
transformation des entreprises,
baptisé le Pacte, et la réforme de la
zone euro, en partenariat étroit avec
l’Allemagne. Deux dossiers ambitieux, qui testeront la capacité de
conviction du ministre de l’Économie face au Parlement et devant ses
homologues européens. Avec, en
fond de toile, une bonne nouvelle.
Alors que le gouvernement table
toujours officiellement sur une
croissance de 1,7 % pour 2017, l’excandidat à la primaire de la droite en
2016 a reconnu qu’elle « devrait approcher les 2 % ». Et d’ajouter
qu’« en 2018, nous devrions faire
mieux que notre prévision » de 1,7 %.
Cette conjoncture florissante
nourrit une forte attente sur les réformes. Et particulièrement sur le
Pacte, dont les contours restent
flous. Son ambition est aussi simple
que large, ce qui laisse chaque lobby
(fédération patronale, syndicat…)
espérer y pousser ses idées. Il s’agit
de favoriser la croissance des entreprises françaises en associant mieux
les salariés à leurs résultats. Dans ce
cadre, les 100 milliards d’euros
d’aide aux entreprises seront revus.
Lundi à Bercy,
Bruno Le Maire a mis
en avant deux grandes
échéances pour les
prochaines semaines.
ERIC PIERMONT/AFP
sociaux et fiscaux, la simplification
du pacte Dutreil concernant les
transmissions familiales, ou encore
l’introduction d’un objet social
élargi pour les entreprises.
En fin de journée, les internautes s’enthousiasmaient de la quasi-totalité de ces propositions.
Seule celle relative à la simplification de l’accès des PME aux marchés boursiers était accueillie plus
fraîchement. La consultation se
prolongera jusqu’au 5 février,
avant la rédaction du texte et une
présentation en Conseil des ministres mi-avril.
Le projet de loi se penchera aussi
sur l’innovation, via des autorisations de cession ou privatisation.
Aéroports de Paris, et sans doute
des aéroports de province, Engie,
La Française des jeux sont en ligne
de mire. Leurs cessions viendront
abonder un fonds de 10 milliards
d’euros dédié au financement de
l’innovation de rupture. Les produits des cessions d’actifs dans Engie et Renault ainsi que des titres
EDF et Thales constituent sa dotation initiale. Au fur et à mesure que
seront bouclées les futures cessions,
les titres EDF et Thales seront repris
par l’État. L’innovation sera financée par le rendement du fonds, qui
devrait tourner entre 200 et
300 millions d’euros par an.
En parallèle de ce travail législatif, Bruno Le Maire est attendu dans
les prochains mois sur la réforme la
zone euro. Alors qu’Angela Merkel
a arraché un accord au SPD pour
former un gouvernement en Allemagne, la France se remet à espérer
pouvoir mener son train de réformes communautaires : union bancaire, union de capitaux et convergence fiscale dans un premier
temps, puis renforcement du mécanisme européen de stabilité pour
prémunir les États membres des futures crises et enfin budget commun. Bruno Le Maire rencontrera
d’ailleurs jeudi son homologue allemand, Peter Altmaier, puis la semaine prochaine les ministres des
Finances espagnol et italien. La
France se fixe, pour l’instant, l’objectif d’une avancée concrète sur
les sujets techniques d’union bancaire, de capitaux et de convergence d’ici au début 2019. ■
PME et ETI françaises ne font pas rêver et manquent d’attractivité
Propositions en ligne
CORINNE CAILLAUD £@corinnecaillaud
Le capital
« central,
dans une
entreprise,
c’est
le capital
humain
»
NICOLAS DUFOURCQ,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
DE BPIFRANCE
Les PME et ETI (entreprises de taille
intermédiaire) tricolores sont face à
un vrai dilemme. Elles doivent se
développer pour conquérir des
parts de marché et doper la croissance française, mais se révèlent
peu attractives. Face aux 300
grands groupes et aux 10 000 startup, les 150 000 PME et ETI ne font
pas rêver, et ne sont pas ciblées
prioritairement par les chercheurs
d’emploi.
Selon une étude de Bpifrance Le
Lab auprès de 2 000 dirigeants de
PME et ETI, 57 % estiment manquer
de talents pour grandir. Et pour ces
patrons, le talent ne se limite pas au
top management, mais concerne
tous les salariés. Ainsi, si 83 % des
PME-ETI déclarent avoir des problèmes de recrutement - avec pour
46 % un impact négatif réel sur le
développement de leur chiffre
d’affaires -, 72 % d’entre elles sont
en difficultés sur les compétences
techniques, et 41 % sur des profils
commerciaux. Par ailleurs, fidéliser
les collaborateurs est une autre
complication, puisque 42 % des
PME-ETI doivent faire face à la fuite
de compétences clés.
Si ces entreprises ont peu de prises sur certains critères comme le
manque d’attrait de leur implantation géographique, il ne tient qu’à
elles de se doter de levier de fidélisation. Seulement 45 % des sociétés
sondées distribuent des primes de
performances individualisées. De
même, il existe une forte segmentation en matière d’intéressement
et de participation aux bénéfices.
Le taux s’élève à 61 % dans les entreprises de 50 à 249 salariés, 58 %
au-delà, contre 29 % dans les
moins de 50 collaborateurs. Les
PME-ETI gagneraient aussi à se doter de nouvelles pratiques de management, moins hiérarchiques,
qui sont prisées par les jeunes. Elles
pourraient aussi développer l’ac-
Les baisses d’impôts seront très limitées en 2018
Selon l’OFCE, les classes moyennes supérieures perdront même en pouvoir d’achat.
LES ÉVOLUTIONS
DE POUVOIR D’ACHAT
DES MÉNAGES EN 2018
Toutefois, même parmi les Français aisés, les effets de la politique
d’Emmanuel Macron restent très
contrastés. Ainsi, les classes
moyennes supérieures y perdent.
Rien ne vient compenser pour eux,
du moins cette année, toutes les
hausses de fiscalité et de textes.
Pour les moins bien lotis, cela se
traduira par une perte de 490 euros,
soit une baisse de 0,8 % de leur niveau de vie.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
SOURCE : OFCE
60 €
de baisse du niveau
de vie, liée aux mesures
fiscales, des 5 %
des Français les plus
pauvres en 2018
490 €
de baisse du niveau
de vie des 5 % de Français
gagnant moins
que les 5 % les plus aisés
1 730 €
de gain du niveau de vie
enregistré cette année
par les 5 % les plus aisés
BUDGET Après l’Insee fin décembre, c’est au tour de l’Observatoire
français des conjonctures économiques (OFCE) de remettre en question
le montant des baisses d’impôts dont
profiteront cette année les Français.
L’organisme de recherche keynésien, dépendant de Sciences Po et
plutôt classé à gauche, estime dans
une étude sur le budget 2018 publiée
lundi que les ménages ne verront
leur pouvoir d’achat progresser que
de 200 millions d’euros grâce aux
mesures gouvernementales. Une estimation bien moins généreuse que
celle mise en avant par l’exécutif qui
met de son côté en avant un gain de
1,5 milliard. Mais le chiffre de l’OFCE
est toujours plus favorable que celui
de l’Insee, qui table de son côté sur
une perte de pouvoir d’achat de
4,5 milliards, en ne prenant cependant pas en compte les revalorisations de prestations sociales.
Les mesures de baisses d’impôts,
comme la réduction de 30 % de la
taxe d’habitation pour 80 % des
ménages ou la suppression de l’ISF,
ne compenseront donc qu’à peine,
en 2018, la hausse de la CSG, des
taxes sur les carburants et sur le ta-
Consolidation budgétaire
Le gouvernement a retardé à la fin 2018 la baisse d’une partie des cotisations
salariales pour réaliser 3 milliards d’euros d’économies. NICOLAS KOVARIK/IP3
bac, insiste l’OFCE. Il faudra surtout
attendre 2019 pour que les ménages
sentent à plein l’effet des mesures.
Le gouvernement a en effet retardé
à la fin 2018 la baisse d’une partie
des cotisations salariales afin de
réaliser plus de 3 milliards d’euros
d’économies sur l’année.
Que ce soit en 2018 ou en 2019, les
mesures auront des effets très différents selon les revenus. Les 5 % de
ménages les plus pauvres verront
leur niveau de vie fondre de
60 euros cette année, soit une baisse
de 0,6 %. Un chiffre contesté par
Bercy, qui table sur un gain de
0,9 %. D’après le Trésor, l’OFCE
n’aurait pas pris en compte les revalorisations du complément familial et de l’allocation de soutien familial en avril, ce qui fausserait ses
résultats. En revanche, Bercy ne
conteste pas que les Français les
plus riches seront les principaux
gagnants des réformes fiscales. Ils
bénéficieront d’un gain de
1 730 euros cette année, grâce à la
réforme de la fiscalité du capital,
soit une hausse de 1,6 % de leur niveau de vie.
Les mesures fiscales mises en place
en 2018 et 2019, relève enfin
l’OFCE, « ne sont pas intégralement
financées ». Le gouvernement n’a
en effet mis en place, pour l’instant,
qu’une « lente consolidation budgétaire » (les économies dans les dépenses publiques) qui amputera la
croissance de 0,2 point en 2018,
puis de 0,1 point en 2019. L’objectif
est de ne surtout pas baisser la
croissance, qui continue d’être alimentée par la politique de baisse
des charges des entreprises mise en
place sous François Hollande, notamment via le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE). « La politique budgétaire passée donnera au
gouvernement le temps de mettre en
place ses principales réformes », insiste même l’OFCE. ■
tionnariat salarié, qui n’est pratiqué que chez 5 % des sondés.
Un programme
pour les jeunes
Au regard de ces données, le laboratoire d’idées de Bpifrance préconise,
pour les PME-ETI, la mise en place
de vraies politiques RH, avec une
vision stratégique sur trois à cinq
ans, une amplification de leur présence sur les réseaux sociaux et plus
généralement un meilleur marketing de leur société. Depuis plusieurs
mois, il planche sur la création d’un
programme VIE-PME qui inciterait
les jeunes à aller passer un ou deux
ans dans une PME en province. ■
EN BREF
LE PMU REMONTE
EN SELLE
£ Après trois années de recul,
le PMU renoue avec
la croissance. En 2017,
il a enregistré une
augmentation de ses enjeux
de 2 % à 9,9 milliards d’euros.
Cette progression des enjeux
ne s’accompagne pas encore
de celle du produit brut des
jeux - l’équivalent du chiffre
d’affaires - toujours en léger
recul (de 0,3 % à 2,4 milliards
d’euros) l’année dernière.
BITCOIN : BERCY
LANCE UNE MISSION
£ Le ministre des Finances,
Bruno Le Maire, a confié
une mission sur le bitcoin
à Jean-Pierre Landau, ancien
sous-gouverneur de la Banque
de France, afin qu’il propose
des évolutions sur leur
réglementation.
« Nous refusons les risques
de spéculation et les possibles
détournements financiers
liés au bitcoin », a-t-il
déclaré en présentant
ses vœux.
+@
» Le tourisme mondial
en grande forme
» Apple peine à répondre
à la demande de batteries
d’iPhone neuves
www.lefigaro.fr/economie
A
Il ne s’agira toutefois pas d’une loi
Macron 2. « L’objet du Pacte est
simple et clair, le texte ne partira pas
dans tous les sens », a cadré le ministre, qui ne souhaite pas par
exemple qu’y figure une réforme du
smic. L’élaboration du projet de loi
a débuté à l’automne avec un travail de défrichage effectué par des
binômes de parlementaires et de
chefs d’entreprise. En parallèle, les
fédérations professionnelles et
groupes de pression ont été sollicités et ont remis, au total, 984 propositions. Dont… 31, seulement, ont
été mises en ligne ce lundi pour recueillir l’avis des internautes. Y figurent l’assouplissement des seuils
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
Le poids du yuan
s’accroît dans
les réserves des
banques centrales
La devise chinoise
permet aux banques
centrales d’investir
dans une monnaie
solide, avec
des rendements
plus attractifs qu’en
dollars. DPA/ABACA
La Chine a besoin d’investissements pour financer ses énormes
projets des « nouvelles routes de la
soie » en Eurasie et en Afrique.
« C’est un vaste plan stratégique
qui se met en place autour de ce
mouvement d’internationalisation
du renminbi », résume Christian
Deseglise.
Pour la première fois, la Bundesbank va intégrer
la devise chinoise dans ses comptes.
LA PART DES DEVISES
DANS LES RÉSERVES
DE CHANGE
MONDIALES
SELON LE FMI,
EN SEPTEMBRE 2016
63 %
20 %
pour le dollar américain
pour l’euro
1,1 %
pour le yuan
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
MONNAIE La Chine franchit un
nouveau pas pour affirmer son
poids dans l’économie mondiale.
La banque centrale allemande, la
Bundesbank, a décidé d’intégrer le
renminbi - ou yuan - dans ses réserves de change.
Elle est loin d’être la première à
franchir ce pas. Mi-2017, la Banque centrale européenne (BCE)
avait converti l’équivalent de
500 millions d’euros de dollars
américains en yuans. « C’est
l’équivalent de 1 % de nos réserves
en devises étrangères » (constituées fin 2016 de 83 % de dollars et
17 % de monnaie japonaise), a détaillé le 30 décembre Benoît Coeuré, membre du directoire de la
BCE, en charge des affaires internationales, au groupe de presse
chinois Caixin Global.
Une cinquantaine de banques
centrales parmi lesquelles la Ban-
que de France, la Grande-Bretagne, ou la Russie en ont déjà fait
autant. D’autres devraient suivre
rapidement. Elles sont encouragées par la décision, prise fin 2016
par le Fonds monétaire international (FMI), d’ajouter le renminbi aux quatre devises (dollar,
euro, yen et livre sterling) qui
composent son unité de compte
particulière, le DTS (droit de tirage spécial).
Fin septembre, le dollar représentait 63 % des réserves de change mondiales allouées, selon le
FMI. La part de l’euro s’élevait à
20 %, celles du yen et de la livre
sterling à 4,5 %, devant les dollars
canadien et australien (2 %) et le
renminbi (1,1 %).
La montée en puissance de la
monnaie chinoise dans les réserves
des banques centrales est une
« question de prestige » pour la
Chine, souligne Christian Deseglise, responsable mondial des banques centrales chez HSBC.
Signal politique
C’est aussi un formidable moyen
d’accroître le poids et la puissance
du géant asiatique. « La Chine a
tout intérêt à sortir de sa dépendance au dollar. Cela fait dix ans qu’elle
cherche à positionner le renminbi
comme monnaie d’échange, d’in-
vestissement et de réserve », détaille l’expert de HSBC. Faire des
échanges dans sa propre monnaie
limite les coûts et les risques de
change. Et c’est utile de pouvoir
attirer des capitaux en monnaie
locale.
En face, les autorités monétaires
des autres pays trouvent aussi leur
intérêt à cette montée en puissance. Les réserves de change, constituées d’obligations souveraines
d’États étrangers, sont utilisées,
entre autres, pour solder les déficits commerciaux d’un pays. En
devise chinoise, elles permettent
aux banques centrales d’investir
dans une monnaie solide, avec des
rendements plus attractifs qu’en
dollars. C’est aussi un moyen pour
les autorités monétaires de diversifier leurs réserves. « C’est également un signal politique qui traduit
une volonté forte de travailler avec
la Chine », ajoute encore l’expert
de HSBC.
D’ici à dix ans, « la part de la
monnaie chinoise devrait doubler »,
estiment les responsables de banques centrales interrogés en décembre par HSBC. « Toutefois, elle
ne dépassera pas 10 % des réserves
à l’horizon 2030 », prévoient la
plupart d’entre eux, réticents à
s’aventurer trop vite en dehors du
dollar. ■
La grande distribution sous la pression d’Internet
Le géant Amazon est devenu le sixième acteur mondial du marché, selon l’étude annuelle de Deloitte.
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
NEW YORK
COMMERCE C’est sans doute la
fulgurante ascension d’Amazon qui
illustre le mieux la transformation
profonde du paysage mondial de la
distribution. En quinze ans, le
géant de Seattle est passé de la 157e
à la 6e place du classement annuel
de Deloitte, dont la dernière édition a été publiée ce lundi à l’occasion du salon de la National Retail
Federation (NRF), la grand-messe
de la distribution à New York. Entre 2016 et 2017, il a dépassé des enseignes historiques comme Home
Depot ou Carrefour, avançant de
quatre marches sur le podium.
L’ex-libraire en ligne s’est mué
en une enseigne tentaculaire réalisant 136 milliards de dollars de
chiffre d’affaires (dont 94 en distribution) et valorisée plus de
600 milliards. Son fondateur, Jeff
Bezos, a imposé à tout le secteur ses
standards en matière de largeur
d’offre et de qualité de services. « Il
continue à entrer sur de nouveaux
marchés, à étendre ses catégories de
produits et à tester de nouvelles
technologies et concepts », constate
l’étude de Deloitte.
A
Guerre des prix
La progression d’Amazon reflète la
façon dont l’e-commerce a bouleversé les habitudes des consommateurs dans le monde entier.
Outre Amazon, parmi les enseignes
ayant affiché la plus forte croissance l’an passé, figurent trois pure
players dont les chinois JD.com
(+ 41,7%),
considéré
comme
l’Amazon de l’empire du Milieu, et
Vipshop (+ 30,9%), pionnier des
ventes flash dans le pays, et le roi
allemand de la chaussure, Zalando
(+ 59,2%).
« Les règles de la distribution sont
en train d’être réécrites en cette
époque de changement profond »,
résume l’étude de Deloitte. Ainsi,
2017 a vu la convergence entre les
magasins et le digital avec le rachat
de Whole Foods par Amazon, le
partenariat entre Auchan et l’ecommerçant chinois Alibaba, celui
de Casino avec le pionnier anglais
de l’alimentaire en ligne Ocado ou
l’alliance entre Walmart et Google.
« Nous sommes passés à l’ère de
l’“everywhere commerce” : on doit
pouvoir acheter partout, à n’importe quel moment et dans n’importe
quel ordre, commencer en magasin
et finir sur tablette, commencer sur
mobile et récupérer en magasin, explique Jean-Marc Liduena, associé
chez Deloitte. Il n’y a plus de frontière entre achats en ligne et en magasin. »
Les trois premiers acteurs restent cependant Walmart (lire cidessous), Costco et Kroger. « La
croissance des 250 champions mondiaux approche les 5 % par an en
moyenne, alors qu’il y a dix ans,
c’était le double, relève Jean-Marc
Liduena. Si le contexte macroéconomique l’explique en partie, cela
tient aussi à la guerre des prix à laquelle se livrent les enseignes partout dans le monde. »
Dans cet univers très compétitif,
les distributeurs français font figure de derniers de la classe en Europe. S’ils affichent la meilleure marge nette du continent (4,4 %), leurs
ventes reculent de 1,1 %, plombés
par les résultats de Carrefour, Auchan et Casino (sur l’exercice
2016). Ils se distinguent toutefois
par leur présence à l’international,
la plus forte avec 30 pays en
moyenne par enseigne. « S’ils font
le pari d’opérations majeures dans le
digital, cela aura un effet de cascade
dans tous les pays où ils opèrent »,
parie Jean-Marc Liduena. ■
Les 10 plus grands groupes de distribution dans le monde
CHIFFRE D'AFFAIRES 2016 DANS LE COMMERCE DE DÉTAIL, EN MILLIARDS DE DOLLARS
Walmart
1
Costco
2
Kroger
3
Schwarz (Lidl, Kaufland)
4
Walgreens Boots Alliance
5
Amazon
6
Home Depot
7
Aldi
8
Carrefour
9
CVS Health
10
485,87
118,72
115,34
99,26
97,06
94,67
94,60
84,92
84,13
81,10
Source : Deloitte Touche Tohmatsu,
Global Powers of Retailing 2018
Infographie
Walmart se réinvente grâce à l’e-commerce
Nous
« apprenons
en Chine
plus que
dans
n’importe
quel pays
dans
le monde
DOUG MCMILLON,
PDG DE WALMART
Des magasins sans caisse où les
clients scannent les produits pour
les payer avec leur téléphone mobile. C’est la dernière offensive de
Walmart dans la digitalisation de
ses points de vente. Il vient d’annoncer le déploiement de son
« Scan & Go » dans cent magasins
aux États-Unis. Pas question pour
le leader mondial de la distribution
de laisser le champ libre à Amazon,
qui teste depuis un an à Seattle un
magasin sans caisse, réservé pour
l’instant à ses salariés.
La transformation digitale engagée par Walmart (486 milliards de
dollars de chiffre d’affaires en
2016) a contribué à treize trimestres consécutifs de croissance de
ses ventes aux États-Unis. Elle s’est
accélérée il y a deux ans avec l’acquisition pour 3,3 milliards de dollars du site Internet de discount
Jet.com. Son fondateur, Marc Lore,
a pris la tête des activités digitales
de Walmart. Une série d’acquisitions a suivi, dans la distribution
(ShoeBuy, Moosejaw, ModCloth,
Bonobos…) et la livraison à domicile (Parcel). « Cette transformation
était vitale pour l’entreprise compte
tenu des défis du secteur, explique
au Figaro Laurent Deségur, à la tête
de l’intelligence artificielle de Walmart. Il nous a fallu nous mettre en
mode start-up et accepter que tout
ne pouvait pas être parfait d’un
coup. Il s’agit de gagner de l’argent
bien sûr mais aussi du temps pour
nos employés. Ils peuvent ainsi se
consacrer aux clients et à l’expérience en magasins. » Cette transformation s’accompagne toutefois
de casse sociale. Selon la presse
américaine, Walmart, premier
employeur américain, s’apprêterait à supprimer plus de 1 000 postes au siège. Il vient aussi d’annoncer la fermeture de 63 magasins de
l’enseigne Sam’s Club qui emploie
11 000 personnes.
Walmart mise sur l’intelligence
artificielle pour retenir et fidéliser
ses clients à chaque étape du processus d’achat. Il a introduit à
l’automne des robots pour détecter
les ruptures en rayons, les erreurs
d’étiquetage ou les produits placés
au mauvais endroit. Après le passage en caisses, les clients peuvent
en outre scanner leur ticket et vérifier sur l’appli de l’enseigne
qu’aucun concurrent des environs
ne propose les mêmes produits
moins cher. Sinon, Walmart rembourse la différence. En parallèle,
le groupe intensifie le « Click
& Collect ». Il compte doubler en
2018 le nombre de magasins
(de 1 000 à 2 000) proposant ce service. Dans ce domaine, il a une
longueur d’avance sur Amazon.
Des millions de foyers
La compétition avec le géant de
Seattle est plus vive que jamais. Cet
été, peu après le rachat des supermarchés bio Whole Foods par
Amazon, Walmart a conclu un
partenariat avec Google. Ses
clients peuvent désormais faire
leurs emplettes sur la place de
marché Google Express en utilisant
l’assistant personnel de Google, via
leur téléphone ou l’enceinte connectée (Google Home). Walmart
fait le pari qu’avec la voix il sera facile de recommander la même liste
de produits. Une première pour le
groupe qui n’avait jamais vendu
ses produits ailleurs que sur son
propre site Internet. « Il s’agit de
donner accès à nos clients à un nou-
veau service, qu’ils se trouvent dans
leur cuisine ou dans leur voiture »,
précise Laurent Deségur. Plus de
20 % des recherches sur smartphones sont aujourd’hui effectuées
avec la voix. « C’est un partenariat
transformant pour Walmart, analyse Jean-Marc Liduena, associé
chez Deloitte. Il lui permet une
courbe d’apprentissage accélérée
dans le digital. C’est vital dans la
course à la data que se livrent les
grands acteurs du marché. » En
s’alliant à Google, Walmart se retrouve dans des millions de foyers :
l’enjeu est de communiquer avec le
consommateur en lui apportant
une information ciblée selon son
profil et son historique d’achats.
Mais c’est vers la Chine que se
tourne Walmart pour inventer le
commerce de demain. Il a pris 12 %
du champion national JD.com.
« Nous y apprenons plus que dans
n’importe quel pays dans le monde,
a expliqué le PDG de Walmart,
Doug McMillon, lors du salon NRF
à New York. En Chine, vous pouvez
être livré en trente minutes pour un
dollar depuis l’un de nos magasins. » ■
K. L.
LE FIGARO
ENTREPRISES
mardi 16 janvier 2018
23
L’avenir de
l’A 380 suspendu
à de nouvelles
commandes
Le directeur commercial d’Airbus
n’écarte pas un arrêt du programme.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
AÉRONAUTIQUE À peine dix ans
après sa mise en service, l’A 380 estil condamné ? « Emirates est la clef
pour l’avenir à long terme du programme. Très honnêtement, si nous
n’arrivons pas à un accord, nous
n’aurons pas d’autre choix que d’arrêter l’A 380 », a déclaré John Leahy,
directeur commercial du constructeur européen, lundi 15 janvier, en
marge de la publication du bilan 2017
d’Airbus (lire ci-dessous).
Ce scénario est évoqué depuis des
mois, en l’absence de nouvelles commandes depuis deux ans. Mais cette
fois, c’est John Leahy, le super-vendeur du groupe, connu pour son optimisme, qui l’évoque, provoquant
une onde de choc. Cela, à quelques
jours de son départ à la retraite. Après
avoir vendu plus de 16 000 Airbus, il
aurait souhaité, tout comme Fabrice
Brégier, le président d’Airbus (qui
quitte le groupe fin février), partir sur
un coup d’éclat, en annonçant la reprise des contrats A 380.
Les discussions du week-end
dernier n’ont pas abouti avec Emirates, première cliente de l’A 380
avec 142 appareils sur un total de
317 avions commandés. « Emirates
a plus de 100 A 380 en service, en recommander quelques dizaines n’est
pas une décision qu’elle prendra à la
légère. La compagnie nous a demandé des garanties sur la pérennité du
programme », a développé Fabrice
Brégier. De facto, l’industriel et la
compagnie de Dubaï tournent en
rond. Emirates veut des garanties et
Airbus de nouvelles commandes.
Les premières dépendent des secondes. Et vice versa.
Dans ce contexte, Airbus brandit
une bombe : l’arrêt du programme.
En clair, l’avionneur cesserait de
produire les packages et composants pour de nouveaux avions.
Mais il devrait livrer les appareils
encore en carnet de commandes.
Et, comme l’y oblige la réglementation, il devrait fournir aux compagnies les pièces nécessaires à la
maintenance des avions en service
pendant encore dix ans.
L’arrêt du programme constituerait une décision inédite concernant un jeune avion. Elle marquerait un des pires fiascos de
l’aéronautique mondiale. Elle aurait
des répercussions multiples au sein
des fournisseurs du programme.
Elle discréditerait l’industrie européenne qui a investi près de 10 milliards d’euros dans ce programme
dont les surcoûts ont explosé. Airbus n’aurait aucun espoir de récupérer sa mise et encore moins les
États européens qui lui ont accordé
des « aides remboursables ».
Un A380 en vol.
Avec son double pont
intégral, le gros-porteur
d’Airbus est capable
d’accueillir
jusqu’à 800 passagers.
AIRBUS
Elle entacherait l’image d’Airbus et
priverait les voyageurs de « leur avion
préféré », rappelle Fabrice Brégier.
L’arrêt de l’A 380 marquerait aussi la
fin d’un rêve, porté dès la fin des années 1990, par les fondateurs d’Airbus, de concurrencer Boeing sur tous
les segments du marché. Avec, dans
celui des très grands avions, l’A 380,
unique en son genre avec son double
pont intégral capable d’accueillir jusqu’à 800 passagers.
Lancé dix ans trop tôt
Le scénario est-il inéluctable ? Airbus a engagé la réduction de cadence de production, à 12 appareils en
2018, soit trois de moins qu’en 2017,
puis à 8 en 2019. « Notre système de
production est assez robuste pour
tourner correctement avec une cadence réduite à 6 A 380 par an », a
précisé Fabrice Brégier. En deçà, il
serait impossible de maintenir les
compétences et la cohérence industrielle du programme.
À ce stade, la décision de passer à 6
A 380 par an n’est pas prise. En ralentissant le rythme de production, Airbus prolonge la durée de vie du programme, de dix ans environ. Dans
l’attente de nouvelles commandes. Le
groupe y croit encore. « Nous sommes
confiants : l’heure de l’A 380 viendra »,
assure John Leahy. Selon l’avionneur,
le super-jumbo a été lancé dix ans
trop tôt mais il s’imposera auprès des
compagnies. « Le trafic double tous les
quinze ans. De plus en plus d’aéroports
sont saturés. Il faudra des avions plus
grands pour faire face à la hausse du
trafic », ajoute John Leahy.
La Chine devrait sauter le pas tôt ou
tard. Pour y vendre l’A 380, Airbus
devra passer par un partenariat industriel. Comme ce fut le cas pour
l’A 320 et l’A 330 : le premier est assemblé à Tianjin et la cabine du second est aménagée localement.
« Nous y sommes ouverts », a souligné
Fabrice Brégier. Il plaide pour davantage « de marketing et de pédagogie »
afin que « l’A 380 soit vu non pas comme un risque mais comme un atout
pour que les compagnies chinoises captent la hausse du trafic qui est aujourd’hui aux mains des compagnies internationales ». « Le plus grand marché
au monde mérite le plus grand avion au
monde », a-t-il conclu. ■
En 2017, Airbus a vendu plus d’avions que Boeing
LE MATCH
AIRBUS-BOEING
BILAN 2017
1 481
avions livrés, 763 par
Boeing et 718 par Airbus
2 021
commandes nettes,
1 109 pour Airbus
et 912 pour Boeing
13 129
avions en carnet
de commandes, soit près
de dix ans de production :
7 265 pour Airbus
et 5 864 pour Boeing
Au prix d’un incroyable sprint final, Airbus a réussi à dépasser
Boeing sur le terrain commercial
en 2017. Cela, pour la cinquième
année consécutive. Le géant européen de l’aéronautique a aligné
1 109 commandes nettes alors qu’il
n’en comptait que 333 fin novembre. En décembre, Airbus a réussi
à finaliser le contrat historique annoncé lors du salon de Dubaï. Il
porte sur 430 avions pour près de
50 milliards de dollars, à livrer à
quatre jeunes compagnies lowcosts (Frontier Airlines, Jetsmart,
Volaris et Wizz Air) fédérées par la
société américaine d’investissement Indigo Partners.
Avec 912 commandes nettes,
Boeing n’a pas démérité. D’autant
qu’il bat Airbus à plate couture sur
le segment roi des gros avions, en
s’arrogeant 75 % du marché, soit
169 appareils de type 777 et 787
Dreamliner en 2017. « Une année
ne fait pas une tendance de fond »,
relativise John Leahy, le grand pa-
tron des ventes d’Airbus. Il prend
sa retraite à la fin du mois, sur un
bilan impressionnant de 16 000
Airbus vendus.
Au total, les deux groupes ont
achevé un très bon millésime avec
2 021 commandes nettes signées
pour une valeur de 272,4 milliards
de dollars. De quoi faire mentir les
Cassandre qui prédisent régulièrement un ralentissement du marché aéronautique. Celui-ci est
porté par le dynamisme du transport aérien, qui a progressé de plus
de 7 % en 2017, soit au-dessus de
la moyenne attendue (4,5 % par
an) sur les vingt ans à venir.
Positions fortes
« Le trafic aérien a également augmenté plus vite que les capacités
pour la huitième année consécutive », notait Randy Tinseth, directeur commercial de Boeing, la semaine dernière. Si Airbus a ravi la
couronne mondiale des ventes à
Boeing, ce dernier sort en tête de
la bataille industrielle, celle qui se
joue dans les usines où les hausses
de cadence se succèdent.
Les deux avionneurs ont tous les
deux battu leur record de production. C’est un énorme défi pour
Airbus qui a pâti de problèmes de
livraisons d’équipements, notamment des moteurs Pratt & Whitney
de l’A 320neo. Mais avec 763 appareils livrés, le géant américain a
devancé son concurrent européen
de 45 avions. Airbus aurait pu réduire l’écart en livrant 30 A 320neo
de plus, qui attendent leurs moteurs sur le tarmac du site de Toulouse. Mais cela n’aurait pas suffi.
Boeing gagne le trophée industriel
« pour la 6e année de suite ».
Parmi les motifs de satisfaction,
Airbus met en avant la livraison de
181 A 320neo, soit deux fois plus
qu’en 2016, et de 78 A 350, contre
49 en 2016. Ce qui illustre la montée en cadence réussie de ces deux
avions, malgré les problèmes de
sous-traitance. « L’A 350 restera
dans l’histoire de l’aéronautique
comme l’appareil qui a connu la
montée en cadence la plus réussie
dans le monde », estime Fabrice
Brégier, président d’Airbus aviation commerciale et numéro deux
du groupe Airbus.
Celui-ci quitte Airbus fin février
après en avoir démissionné (nos
éditions des 13 et 14 décembre). Il
laisse un avionneur à la tête de dix
ans de production, avec des positions fortes sur le segment
moyen-courrier où « l’A 320 devrait rester leader jusqu’en 2030 »,
et d’une feuille de route industrielle et commerciale ambitieuse.
Cette année, encore marquée par
la hausse des cadences, l’avionneur vise 800 livraisons. « Et
je parie qu’en 2020, nous livrerons
plus d’avions que Boeing »,
pronostique Fabrice Brégier. Il
lance ainsi un défi à son successeur, Guillaume Faury, actuellement dirigeant de la branche
hélicoptères. ■
V. GD
Renault n’a jamais commercialisé autant de voitures
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
AUTOMOBILE Une performance
exceptionnelle. Difficile de qualifier autrement les ventes du groupe Renault en 2017. Le constructeur a vendu 3,76 millions de
véhicules l’an dernier, ce qui représente une croissance de 8,5 %
(à périmètre constant) par rapport
à 2016. C’est un nouveau record
pour le constructeur, qui écoule
ses véhicules sous cinq marques
différentes : Renault, évidemment, Dacia, Renault Samsung
Motors (en Corée du Sud), mais
aussi le russe Lada (intégré pour la
première fois en 2017 après une
augmentation de capital qui lui a
fait passer le seuil des 50 % du capital) et Alpine (pour sept exemplaires en 2017). Les ventes des
membres de l’alliance - les japonais Nissan et Mitsubishi - ne sont
pas prises en compte car il s’agit
de sociétés distinctes.
Thierry Koskas, directeur commercial de Renault, se félicite
d’avoir « atteint tous les objectifs
que nous nous étions fixés pour
2017 : une hausse des ventes, un ren-
forcement de la marque Renault en
Europe et une amélioration de nos
parts de marché dans toutes les zones géographiques où nous sommes
présents ». La hausse des ventes est
très claire. Elle est bien supérieure
à la progression du marché automobile mondial, qui est de + 2,3 %
sur l’ensemble de l’année. Renault
profite de son absence des ÉtatsUnis, qui ont enregistré une baisse
des ventes de 1,8 % l’an dernier. En
Chine, le premier marché mondial,
la croissance a été plus modeste
que lors des années précédentes
(+ 2%). Pour autant, le groupe Renault a profité de son implantation
récente - en 2016 - pour y doubler
ses ventes, à 72 000 véhicules.
+ 2,3 %
en 2017
Progression du marché
automobile mondial
l’année dernière
Poursuite de la croissance
Les autres zones géographiques
ont enregistré une croissance significative. Et le constructeur
français a fait plus qu’en profiter,
y gagnant partout des parts de
marché, comme le souligne
Thierry Koskas. Et les gains ont
été enregistrés aussi bien en Europe (+ 0,2 point), Eurasie (+ 1,4
point), Amérique latine et du Sud
(+ 0,2 point), Afrique-Moyen-
Une Renault Kwid,
un modèle
vendu en Inde,
présentée ici pendant
le salon automobile
de Madras.
DHIRAJ SINGH/BLOOMBERG
Orient-Inde (+ 0,4 point) et Chine-Asie (+ 0,1 point).
En Europe, l’amélioration de la
part de marché provient surtout
de l’excellente performance de
Dacia (avec des ventes en hausse
de 12 %). La marque Renault, qui a
largement renouvelé sa gamme,
améliore sa position, même si elle
est modeste, de 8,14 % à 8,18 %.
L’activité commerciale sur le
Vieux Continent a été dynamique.
Pour autant, « les deux tiers de la
croissance ont été réalisés hors
d’Europe », précise Thierry Koskas. Le constructeur avait été pénalisé par sa présence en Russie et
au Brésil, deux marchés difficiles
ces dernières années. Il profite de
leur rebond. En Russie, ses deux
marques, Renault et Lada, ont
vendu 28 % des voitures écoulées
en 2017. Au Brésil, il bénéficie, notamment, de l’excellent accueil
fait à la Kwid, sa voiture ultralow-cost. Plus de 30 000 com-
mandes ont déjà été enregistrées,
depuis son lancement en octobre.
En 2017, les ventes se sont révélées
équilibrées entre l’Europe (51 %)
et le reste du monde (49 %).
Le constructeur se veut ambitieux sur l’année qui vient de démarrer. « Nous visons une nouvelle
croissance de nos ventes, tirée par
l’international, explique Thierry
Koskas, avec l’ambition de faire
mieux que le marché. » Les prévisions du groupe se fondent sur une
progression de 2,5 % des ventes
automobiles dans le monde, avec
un ralentissement de la croissance
en Europe (+ 1%) et une poursuite
du rebond en Russie (+ 10%) et au
Brésil (+ 5%).
Autre enjeu pour Renault :
montrer qu’il ne pousse pas les
ventes au détriment des marges.
La réponse sera donnée le 16 février, avec la présentation des résultats annuels. En attendant, les
acteurs de l’automobile sauront
quel est le premier constructeur
automobile mondial. La lutte
s’annonce serrée entre l’alliance
formée par Renault, Nissan et
Mitsubishi, l’allemand Volkswagen et le japonais Toyota. ■
A
Les ventes du constructeur ont progressé de 8,5 % l’an dernier, à 3,76 millions de véhicules.
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
Carillion, faillite
géante dans
le BTP britannique
Le numéro deux du secteur devait
construire une ligne de TGV.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
Carillion », a justifié un porteparole de la première ministre,
Theresa May, s’engouffrant dans
les pas de l’opposition qui avait
mis en garde contre un sauvetage par les contribuables. Les
contrats de gestion de service
public pourraient en revanche
être repris en direct par l’État.
Une nouvelle réunion de crise
ministérielle sur les conséquences de la faillite s’est tenue
lundi après-midi.
ROYAUME-UNI C’est l’une des
plus grosses faillites d’entreprises
britanniques. Le géant du BTP et
de la sous-traitance Carillion a
été placé lundi en liquidation,
croulant sous une montagne de
dettes. Carillion est le numéro
deux britannique de la construction, avec un chiffre d’affaires de
5,2 milliards de livres (5,8 mil« Sous-traitants
liards d’euros) en 2016. Il emploie
douteux »
43 000 personnes dans le monde,
dont près de 20 000 au RoyaumeLe gouvernement est sur la
Uni. C’est l’un des trois acteurs,
sellette pour avoir continué à ataux côtés de l’anglais Kier et du
tribuer à Carillion quelque
français Eiffage, sé2 milliards de livres
lectionnés pour la
de chantiers publics
construction de la
malgré l’annonce de
ligne ferroviaire à
ses difficultés, dont
grande vitesse HS2
celui de la construcentre Londres et
tion de la ligne HS2.
Manchester
et
Son président, Philip
Leeds.
Green, occupait par
ailleurs un rôle de
Tours, bibliothèconseiller de Thereques, hôpitaux, staChiffre d’affaires
sa May. Pour le sedes, ponts... C’est
de Carillion
crétaire général du
un spécialiste des
syndicat
GMB,
grands projets. Il
Rehana Azam, cette faillite
réalise en outre un tiers de son
« souligne l’échec complet d’un
chiffre d’affaires dans la soussystème qui a mis nos services
traitance d’activités publiques :
publics entre les mains de sousau travers de 450 contrats, il
traitants douteux motivés par les
gère la moitié des prisons du
profits ». Une enquête parlepays, cantines scolaires et hosmentaire va se pencher sur ces
pitalières ou casernes militaires.
pratiques et les « leçons à tirer de
La société a choqué les marl’effondrement de Carillion ».
chés en publiant un avertissement sur ses résultats en juillet,
L’autorité de tutelle Financial
ce qui avait entraîné la chute de
Reporting Council pourrait de son
39 % de sa valeur boursière.
côté déclencher une enquête sur
Deux autres alertes ont suivi à
les failles des procédures d’audit.
l’automne. Des retards sur
L’organisme patronal Institute of
plusieurs projets, dont un hôpiDirectors déplore un « manque de
tal à Liverpool, un autre près de
gouvernance efficace » chez CaBirmingham et un pont à
rillion. Il met en cause la responAberdeen, ont entraîné une désabilité du conseil d’administrarive des coûts. Face à un passif
tion et des actionnaires. Salaires
de 1,5 milliard de livres
et bonus débridés, frénésie d’ac(1,68 milliard d’euros), les banquisitions de concurrents, prix
ques ont refusé de remettre au
cassés pour remporter des
pot. Une réunion d’urgence ce
contrats et audit défaillant ont
week-end avec le gouverneconduit à la situation. Un liquidament a échoué à trouver une soteur a été nommé pour sauver ce
lution. L’entreprise espérait
qui peut l’être, assisté de
20 millions de garanties publiPricewaterhouseCoopers, sans
ques. « On ne peut pas attendre
même passer par la case du rede l’État britannique qu’il sauve
dressement judiciaire. ■
5,2
milliards
d’euros
Jean-Pierre Denis, président de la Fédération de l’Ouest, proposera mercredi au conseil d’administration du Crédit mutuel Arkéa de quitter
la Confédération nationale du Crédit mutuel. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Crédit mutuel Arkéa veut
prendre son indépendance
Les administrateurs doivent voter sur une sortie de la confédération.
LE GROUPE CRÉDIT
MUTUEL EN CHIFFRES
EN 2016
3,25
milliards d’euros :
bénéfices pour
la Confédération nationale
du Crédit mutuel qui
chapeaute 19 fédérations
(+ 7,7 % par rapport à 2015)
352
millions de résultat net
pour Crédit mutuel Arkéa
(fédérations de Bretagne,
du Sud-Ouest et du Massif
central). Les fédérations
de l’Est (CM11-CIC)
ont dégagé un bénéfice
de 2,59 milliards d’euros
et celles du Nord Europe
200 millions
3,9
millions de clients
pour Crédit mutuel Arkéa
qui emploie 9 000 salariés
LES DÉCIDEURS
â SYLVAIN BOUCHÈS
Adidas
Après la nomination de Nicolas Favre à la tête
de la filiale française, le groupe lui confie la
direction de la marque Adidas en France. À
40 ans, Sylvain Bouchès intègre ainsi le comité
de direction.
â CAPUCINE PIERARD
Havas
À 39 ans, elle est promue directrice générale
adjointe du pôle média d’Havas Group aux
côtés du directeur général, Yves Del Frate.
Après l’Edhec, elle avait débuté sa carrière en
1999 chez Carat et avait rejoint Havas Media en
2004.
A
â NATHALIE
ETZENBACH-HUGUENIN
Solocal Group
Avec douze ans d’expérience
dans la banque, elle succède à
Emmanuelle Vinel comme directrice des relations investisseurs
du groupe de communication
digitale. Cette ESCP qui débuta à Credit
Suisse dans les fusions-acquisitions a
œuvré aussi chez Shroders, Société générale
et Citi.
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
BANQUE La semaine sera décisive
pour le Crédit mutuel, secoué depuis plus de trois ans par une guerre
fratricide. Dans les prochains jours
pourrait être lancée la procédure de
divorce entre Crédit mutuel Arkéa
(fédérations de Bretagne, du SudOuest et encore pour quelque mois
du Massif central), qui veut faire sécession, et le groupe mutualiste.
Jean-Pierre Denis, président de
la Fédération de l’Ouest, proposera
mercredi au conseil d’administration du Crédit mutuel Arkéa de
quitter la Confédération nationale
du Crédit mutuel (CNCM), structure
de tête du groupe coopératif et son
organe central.
Le conseil « se prononcera (…) sur
le mandat donné aux dirigeants pour
engager toutes les actions permettant
à notre groupe de préserver sa liberté
d’entreprendre, en obtenant le statut
d’un groupe bancaire coopératif et
mutualiste indépendant, distinct du
reste du Crédit mutuel », a écrit lundi
Arkéa dans un courrier adressé à ses
salariés que Le Figaro a pu consulter.
Les administrateurs « délibéreront
également sur l’ouverture d’un processus de consultation des fédérations
et des caisses locales sur ce projet ».
Les fédérations de Bretagne et du
Sud-Ouest se réuniront vendredi.
S’il est mené à terme, ce divorce
aura d’énormes conséquences pour
le groupe Crédit mutuel, coupé
d’une partie de ses revenus, mais
surtout pour Crédit mutuel Arkéa.
La banque, qui compte 3,9 millions
de clients, devra renoncer à la marque commerciale « Crédit mutuel ».
Le nom devra ainsi disparaître des
agences, des chéquiers ou des cartes de crédit. Arkéa devra, par
ailleurs, obtenir un nouvel agrément bancaire et régler son niveau
de fonds propres.
Bataille judiciaire
D’autres questions tout aussi
épineuses ne manqueront pas de
se poser : qu’adviendra-t-il, par
exemple, des 2,5 milliards d’euros
de parts sociales détenues par les sociétaires ? Seront-elles remboursées
au risque de perdre un tiers environ
des fonds propres ?
Mais Jean-Pierre Denis et les dirigeants d’Arkéa semblent décidés
à passer outre toutes les incertitudes pour voler de leurs propres
ailes. Les raisons ? « Depuis plusieurs mois, les initiatives et les pressions de la Confédération se multiplient, visant à centraliser le Crédit
mutuel Arkéa en portant atteinte à
son autonomie, son fonctionnement
et son développement », justifient-ils
dans le courrier aux salariés. Arkéa,
inquiet de perdre son autonomie,
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
â
Benjamin Binot, un Proctérien
modèle chez P&G France et Benelux
À entendre le DRH Hervé
Gentieu, c’est l’homme
idéal qui a été choisi pour
diriger l’ensemble Procter
& Gamble France, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg. Benjamin
Binot, Tourangeau de 40 ans, marié et père de
trois enfants, qu’il décrit comme « un dirigeant de caractère, un leader, doublé d’un homme charmant et de très bonnes valeurs », est à
l’œuvre depuis le 1er janvier. Succédant à
Christophe Duron, parti orchestrer les fonctions commerciales au centre européen à
Genève, voici donc ce sportif féru de triathlon
et de randonnées de l’extrême, dont le GR20,
arrivé au sommet. Une consécration illustrant
la politique maison, privilégiant la promotion
interne, mais aussi cette incitation au sein du
leader mondial de la grande consommation à
faire dans une carrière « des choix fonctionnels
qui ne doivent pas vous enfermer ».
L’idée a guidé Benjamin Binot tout au long de
son parcours cher Procter où, tous les
deux ans, il changera de fonction. Diplômé
d’Audencia en 2002, il débute au département
finances pour les équipes commerciales. Deux
ans plus tard, il rejoint l’usine d’Amiens
comme argentier. Puis après le rachat et l’intégration de Gillette, il se voit offrir une nouvelle
opportunité : celle de prendre la direction
financière des équipes marketing de la marque
en France. Accélération encore en 2008 où il
part outre-Atlantique, au siège, comme directeur du planning stratégique et de la communication financière pour Gillette. Retour ensuite à
la direction financière à Paris où, en 2012, il
négocie un autre grand virage : après la finance,
il devient directeur commercial chargé de
l’enseigne Carrefour en France et en Belgique.
Diversité d’expériences
Enfin, pour finir il fait ses preuves à la direction
marketing France et Benelux soin du linge, de
la maison, soin du bébé et hygiène féminine.
Triple expertise finance-ventes- marketing,
complétée d’expériences en usine et au siège
qui lui ont donné la vision globale qu’il fallait
pour accéder aux cimes. Avec les usines
d’Amiens et de Blois, ce sont quelque
4 500 salariés que Benjamin Binot va devoir
emmener pour continuer à développer les
ventes de Pampers, Tampax, Pantene, Ariel,
Braun ou Fluocaril. Il prend en main l’une des
filiales les plus importantes d’Europe à un
moment charnière : après la cesion il y a quelques mois par le lessivier de sa branche beauté
à Coty, une nouvelle page s’ouvre pour le groupe avec l’entrée au conseil d’administration de
l’actionnaire activiste Nelson Peltz qui entend
remettre P&G sur les rails de la croissance. C. B.
s’est notamment opposé au renforcement des pouvoirs de l’organe
central du groupe mutualiste,
pourtant demandé par la Banque
centrale européenne (BCE). Ce qui a
donné lieu à une intense bataille judiciaire. Ce mardi, la cour d’appel
de Paris doit ainsi se prononcer sur
la possibilité pour la Confédération
de se transformer en société afin
d’être supervisée par la BCE.
Très inquiets d’un « désamarrage » du Crédit mutuel, les syndicats
d’Arkéa réunis en intersyndicale
(SNB, CFDT, CGT et l’Unsa) ont écrit
vendredi aux administrateurs pour
leur faire part de leurs réticences.
« Notre place au sein du Crédit mutuel
(…) assoit la sécurité financière des
sociétaires notamment par un dispositif de solidarité efficace », écriventils. Ils ont aussi mis en garde contre
une possible guerre commerciale
sans merci entre Arkéa et la Confédération du Crédit mutuel en cas de
sécession. « Le risque de voir s’implanter des agences Crédit mutuel sur
nos territoires après notre départ du
groupe mutualiste est réel. »
Pour l’heure, la Confédération du
Crédit mutuel ne s’est pas prononcée sur ces velléités d’indépendance restées longtemps secrètes.
Lundi, elle rappelait que l’unité du
groupe reste la meilleure solution
dans l’intérêt de tous : sociétaires,
clients, salariés… ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â LAHLOU KHELIFI
Alantra
Santiago Eguidazu, le président exécutif de la banque d’affaires espagnole
présente dans 21 pays, s’attache avec
lui une grosse pointure de l’immobilier. À 55 ans, Khelifi, ancien associé-gérant de
Lazard, ex-responsable de Goldman Sachs et
directeur général de Mercialys, la filiale immobilière du groupe Casino, arrive comme managing director en charge du conseil immobilier.
Basé à Paris, ce Sciences Po diplômé d’Administration locale et de l’Insead, qui débuta à la
Caisse des dépôts, devient un membre-clé de
l’équipe française en forte croissance.
â OLIVIER KLEIN
Ligue européenne de
coopération économique
Une présidence pour l’ancien directeur général de BPCE en charge de la
banque commerciale et des assurances. Le diplômé de l’Ensae, formé à aussi à HEC où il
enseigne l’économie et les finances, succède à
Philippe Jurgensen, en poste depuis 2005
comme président de la section française de la
Ligue (LECE). Fondée en 1946 et présente dans
11 pays européens, la LECE est un « groupe de
pression intellectuel et indépendant au service
de la construction européenne ». Parmi ses
missions : formuler des propositions destinées
aux décideurs politiques et économiques.
LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
TECH
25
SoftBank
veut introduire
sa filiale mobile
japonaise en Bourse
Le tentaculaire groupe de Masayoshi Son
a des parts dans Yahoo! Japan, ARM, Uber, Sprint…
ELISA BRAUN £@ElisaBraun
TELECOM Softbank a l’habitude
de jouer avec les nerfs des investisseurs. Qui le lui rendent parfois
plutôt bien, comme ce lundi à Tokyo. Le titre du géant des technologies a bondi de 6 % après qu’il a
confirmé la possibilité d’une introduction en Bourse de son opérateur mobile au Japon, Softbank
Corp. Il s’agirait d’une double cotation à Tokyo et à Londres. Elle
porterait sur 30 % du capital de
l’entreprise et pourrait atteindre
près de 17 milliards de dollars
(15 milliards d’euros). L’opération
se rapprocherait du record de la
plus importante introduction à la
Bourse de Tokyo.
En trois décennies, l’emblématique PDG de Softbank, Masayoshi
Son, a transformé le grossiste de
logiciels qu’il a fondé en 1981 en un
holding dont la capitalisation atteint 92 milliards de dollars et qui
emploie près de 64 000 personnes.
Au Japon, il s’est imposé dans les
télécoms en rachetant la branche
locale de Vodafone pour 15 milliards de dollars en 2006. L’idée lui
serait venue après que Steve Jobs
lui a susurré qu’il s’agissait là de sa
condition pour lui accorder l’exclusivité de la distribution de
l’iPhone au Japon. Ce pari gagné,
en 2008, Softbank s’est attaqué au
marché américain en rachetant le
numéro trois du secteur, Sprint,
pour 22 milliards de dollars.
Investissements
à l’étranger
Cette acquisition lui a permis de
multiplier par deux le revenu de
Softbank en sept ans, grâce à une
politique commerciale agressive
aux États-Unis. Selon Chris Lane,
analyste chez Sanford Bernstein,
l’activité mobile de SoftBank Corp
atteint aujourd’hui une valeur totale d’environ 71 milliards de dollars et représente la moitié des revenus du conglomérat japonais. Il
a néanmoins subi un revers l’année dernière, quand les autorités
américaines lui ont interdit le rachat de T-Mobile.
Masayoshi Son a bien d’autres
passions que les télécoms. Il est
obsédé par le mythe de la singularité, qui suppose le dépassement
de l’intelligence humaine par celle
des machines. Il a racheté en 2016
le géant du semi-conducteur ARM
pour 32 milliards de dollars. L’entreprise britannique conçoit les
microprocesseurs qui équipent
95 % des smartphones de la planète, selon Bloomberg.
Malgré les attentes des analystes, Softbank n’utiliserait pas le
produit de la cotation de SoftBank
Corp pour rembourser sa dette,
Les bureaux
de SoftBank Group
Corp., à Tokyo,
au Japon.
TOMOHIRO OHSUMI/
BLOOMBERG
cœur
« deLe métier
de SoftBank
est la
révolution de
l’information
MASAYOSHI SON,
PDG DE SOFTBANK
»
évaluée à 12 000 milliards de yens
(110 milliards de dollars) en septembre dernier. L’entreprise investirait plutôt dans des sociétés
technologiques étrangères. « Je
n’ai jamais pensé que le cœur de
métier de SoftBank était les télécommunications, mais la révolution
de l’information », a déclaré Masayoshi Son, en novembre dernier. Le fonds d’investissements
Softbank Vision Fund, doté de
100 milliards de dollars, porte cette ambition. Depuis la clôture de
son premier tour de table auprès
d’investisseurs comme Apple,
Qualcomm, Foxconn ou encore
l’Arabie saoudite, il enchaîne les
prises de participation spectaculaires dans des start-up. Après
4,5 milliards de dollars investis
chez le géant du coworking
WeWork, il a misé 2,5 milliards de
dollars sur le concurrent indien
d’Amazon, Flipkart. Le fonds pos-
sède une participation de 5 milliards de dollars dans le géant des
puces et de l’intelligence artificielle Nvidia et vient d’entrer au
capital d’Uber. En France, SoftBank est connu pour avoir racheté
la start-up Aldebaran, dont le robot Pepper sait repérer les émotions des humains. La liste est encore longue.
À l’affût des dernières tendances, Softbank est souvent accusé
d’être une « machine à bulle » par
les analystes. Le japonais s’est déjà
brûlé les ailes par le passé. Lorsque
la bulle Internet a éclaté au début
des années 2000, l’entreprise a
perdu 98 % de sa valeur. Malgré
des paris qui font exploser son
taux d’endettement, la société
profite encore aujourd’hui d’investissements précoces chez le
géant de l’e-commerce chinois
Alibaba et Yahoo! Japan, véritable
machine à cash dans l’Archipel. ■
La start-up Speachme lève 10 millions d’euros
Spécialisée dans les tutoriels vidéo en entreprise,
elle accélère son développement aux États-Unis.
INGRID VERGARA £@Vergara_i
E-LEARNING Capter un savoir en
quelques minutes et le transmettre
simplement à un collègue ou à une
équipe. C’est le principe du
« speach » (contraction de speech
et teach, « allocution » et « enseigner » en anglais) qui fait le succès
de la start-up Speachme depuis
2015. Cette société française vient
de lever 10 millions d’euros auprès
de la plateforme de capital-risque
franco-américaine Red River
West, à peine plus d’un an après
avoir levé 2,2 millions auprès du
fonds Alven Capital.
Partant du constat que, dans
une grande entreprise, 70 % du
savoir circulent de façon informelle, le logiciel de Speachme
permet, via de courtes vidéos en-
richies réalisées par les salariés
eux-mêmes, de partager une expertise. Chacun peut ainsi diffuser
un savoir-faire métier de façon
simple et sécurisée, avec ses propres mots et ses propres gestes, à
des collègues, et cela où qu’ils se
trouvent dans le monde.
Najette Fellache,
la fondatrice
et dirigeante
de Speachme.
SPEACHME
Amazon et Tesla clients
Ces « speachs » peuvent trouver
de multiples utilisations : expliquer simplement des procédures
techniques complexes, offrir un livret d’accueil original aux nouveaux collaborateurs, présenter
les différentes activités d’une société… Mais aussi partager de l’information avec un réseau de distribution ou offrir à ses clients un
moyen simple de faire un retour
d’expérience.
Depuis 2015, plusieurs grandes
40
salariés
chez Speachme,
qui prévoit de tripler
ses effectifs
d’ici à début 2019
entreprises utilisent la solution
Speachme : Airbus, Nissan, Sodexo, Axa, Carrefour… Aux ÉtatsUnis, la start-up nantaise travaille
déjà avec de grands noms comme
Amazon, Tesla, Medtronics ou encore GE. « Ces clients tests américains nous ont confirmé que même
eux ne trouvaient pas de concurrents sur le marché. Cela nous a
convaincus qu’il fallait aller vite et
accélérer notre développement »,
souligne Najette Fellache, la fondatrice et dirigeante de Speachme.
L’argent levé sera consacré à cette montée en puissance et au développement commercial aux ÉtatsUnis, avec l’ouverture d’un
deuxième bureau sur place, à Los
Angeles, en Californie, après celui
d’Austin au Texas. « Cela va nous
permettre aussi de renforcer notre
positionnement en France et de financer des investissements massifs
dans les efforts de recherche et développement, notamment les développements en intelligence artificielle de
notre solution », détaille Najette Fellache. La start-up, qui compte déjà
40 salariés, prévoit de tripler ses effectifs d’ici à début 2019 avec une
équipe de recherche et développement qui restera installée en France.
« En permettant la captation et la
diffusion du savoir, Speachme est en
train de créer un actif majeur pour
les entreprises et qui pourrait, selon
nous, participer demain à leur valorisation », estime Alfred Vericel,
cofondateur de Red River West.
Créé avec Artemis, la holding de la
famille Pinault, ce jeune fonds accompagne des start-up françaises
dans leur stratégie d’internationalisation et les aide à éviter certaines
erreurs quand elles s’implantent
aux États-Unis. En 2015, Speachme réalisait déjà 750 000 euros de
chiffre d’affaires. Elle se targue
d’enregistrer chaque année une
croissance de 100 % depuis. ■
LA SÉANCE DU LUNDI 15 JANVIER
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,41 46,05
+0,28 108,65
-0,44 90,74
-0,36 30,615
+0,75 128,35
-0,24 26,975
+0,1
67,74
+1,21
45,38
-0,05 106,6
+0,65
17,915
+0,43
15,36
-0,6
69,66
-0,52
14,59
-0,22 112,9
-1,81 407,8
+0,22 185,65
-0,06 50,28
+0,79 66,54
+0,25 243,7
-0,66 128,85
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
45,68
107,45
89,62
30,3
126,4
26,68
66,92
44,52
105,45
17,68
15,16
69,17
14,455
111,7
400,1
183,45
49,77
65,84
241,85
127,7
0,32
0,201
0,178
0,111
0,183
0,165
0,169
0,267
0,206
0,243
0,168
0,166
0,199
0,194
0,123
0,063
0,016
0,176
0,085
0,17
+6,95
+2,9
+8,43
+12,56
+5,44
+8,33
+8,48
+4,36
+7,49
-0,75
+10,76
-1,12
+1,05
-2,61
+2,16
-0,27
+6,16
+3,38
-1,08
+7,07
JOUR
ORANGE ..............................................14,475
130,6
PERNOD RICARD ..................................
PEUGEOT ..............................................
17,855
♣ 58,2
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
88,55
SAFRAN ..............................................89,9
SAINT GOBAIN ..................................47,935
SANOFI ..............................................73,2
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
74,58
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
46,36
SODEXO ..............................................
107,75
SOLVAY ..............................................
119,65
STMICROELECTRONICS .............................
19,8
TECHNIPFMC ..................................28,37
TOTAL .............................................. 48,575
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
204,2
VALEO .............................................. 64,48
VEOLIA ENVIRON. ..................................
20,58
♣
VINCI .............................................. 84,58
VIVENDI ..............................................24,01
%VAR.
+0,07
-0,27
-0,92
+2,39
-0,03
-0,64
-0,33
-0,64
-0,32
-0,22
+1,03
+0,21
-0,95
-0,87
-0,07
-0,1
-1,13
-0,05
-0,73
+2,69
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,53
131,4
18,1
58,32
89,35
90,58
48,135
73,64
74,88
46,565
107,95
119,9
20,05
28,71
48,745
205
65,28
20,58
85,4
24,12
NETTE REMONTÉE DE L’ONCE D’OR À LONDRES
Le cours de l’or continue de progresser. À
Londres, le cours de l’once a atteint lundi
1 340 dollars, son plus haut niveau depuis
septembre 2017, alors que la peur d’un
conflit entre les États-Unis et la Corée du
Nord était à son comble. Aujourd’hui, ces
inquiétudes d’ordre géopolitiques se sont
éloignées, mais les cours repartent à la
hausse (+7,6% sur les quatre dernières
semaines). Ce regain d’intérêt pour la
« relique barbare » s’explique tout
d’abord par l’affaiblissement du billet vert,
notamment vis-à-vis de l’euro, remonté
à 1,226 dollar, son plus haut niveau depuis
début 2015. L’or étant coté en dollars,
chacune de ses baisses est compensée
par une appréciation du métal jaune. Coté
dans la devise européenne, le lingot a
14,375
130,6
17,77
56,98
87,91
89,88
47,82
72,96
74,18
46,16
106,5
119,25
19,785
28,16
48,385
202,4
64,08
20,4
84,32
23,73
%CAP.ECH
0,194
0,081
0,213
0,406
0,209
0,13
0,179
0,119
0,167
0,27
0,156
0,23
0,136
0
0,14
0,383
1,108
0,258
0,209
0,361
31/12
-1,02
+5,31
+2,74
+5,53
+4,64
+4,25
+1,88
+5,25
+7,69
-3,84
+3,24
+8,76
+9,75
+5,49
-2,76
+3,55
-3,27
-0,67
+7,09
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5434
1,5263
0,8904
9,605
135,81
1,1799
1,2277
3,0157
11,103
4,6442
21,75
7,904
77,9805
139,77
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35480
35670
+2,1
NAPOLEON ..................................................... 205,9
205,1
-0,48
PIECE 10 DOL USA .....................................................
578
588
-1,7
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213
213
+0,09
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1180
1180
+1,03
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
206
206
+0,98
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
300
300
-1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1316
1349
+0,46
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112
111
+2
PIECE SUISSE 20F .....................................................
205
204,1
+1,13
PIECE LATINE 20F .....................................................
205
205
+1,03
SOUVERAIN ..................................................... 262,8
262,7
+0,81
KRUGERRAND .....................................................1170
1132
+4,58
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
288,38
11/01/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
50,70
06/11/17
BELLATRIX C ................................................
347,21
06/11/17
SIRIUS ................................................58,19
11/01/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
d’ailleurs peu évolué au cours de ces six
derniers mois, avec un cours toujours situé autour de 35 480 euros.
La hausse de l’or s’explique aussi par un
retour progressif des épargnants vers l’or
physique (pièces, lingotins et lingots) dont
la demande n’a cessé d’augmenter en
2017, notamment en Asie, selon les données trimestrielles communiquées par
World Gold Council. Cette remontée des
achats de précaution s’explique par un
début de remontée des taux d’intérêt qui
pourraient peser sur la valeur des obligations, la crainte d’un réveil progressif de
l’inflation et surtout par des anticipations
de poursuite du recul du billet vert qui
reste la principale monnaie de réserve
dans le monde. Pour l’heure, la demande
d’or de la part des banques centrales et
des investisseurs institutionnels via des
fonds spécialisés (les fameux ETF placés
sur l’or) est toujours orientée à la baisse.
S’il se concrétisait, un retour de ces fonds
spécialisés pourrait conduire à une accélération de la hausse, sur un marché de l’or
fin très étroit qui a généralement du mal à
absorber les afflux de capitaux. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 45,99
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,1
AIRBUS .............................................. 90
ARCELORMITTAL SA ..................................
30,52
ATOS .............................................. 127,95
AXA .............................................. 26,795
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
67,53
BOUYGUES ..............................................
45,2
CAPGEMINI ..............................................
106,3
CARREFOUR ..............................................
17,905
CREDIT AGRICOLE ..................................
15,285
DANONE ..............................................69,17
ENGIE .............................................. 14,485
ESSILOR INTL. ..................................111,95
KERING ..............................................401,5
L'OREAL ..............................................184,45
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
49,94
LEGRAND ..............................................66,36
LVMH .............................................. 242,75
♣
MICHELIN ..............................................
128
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Condamné,
Mathieu Gallet exclut
de démissionner
de Radio France
Mathieu Gallet, PDG
de Radio France, a été condamné
à un an d’emprisonnement
avec sursis et 20 000 euros
d’amende. THOMAS SAMSON/AFP
Le tribunal de Créteil l’a reconnu coupable
de favoritisme lorsqu’il dirigeait l’INA. Il fait appel.
CHLOÉ WOITIER £ @W_Chloe
Mon
« mandat
court jusque
mai 2019
et je resterai
pleinement
investi
jusque-là
»
MATHIEU GALLET,
LE 14 DÉCEMBRE
DANS « LE MONDE »
JUSTICE Prison avec sursis pour
Mathieu Gallet. Le tribunal de
Créteil a reconnu l’actuel PDG de
Radio France coupable de délit de
favoritisme alors qu’il présidait
l’Institut national de l’audiovisuel
(INA) entre 2010 et 2014, et l’a
condamné à un an d’emprisonnement avec sursis et 20 000 euros
d’amende. Le tribunal est en phase avec les réquisitions du parquet,
qui demandait dix-huit mois de
prison avec sursis.
La justice reproche à Mathieu
Gallet d’avoir passé deux contrats
avec des sociétés de conseil (Balises et Roland Berger Strategy)
pour un montant total de
400 000 euros sans avoir respecté
les règles de la mise en concurrence, incontournables dans les marchés publics. « Compte tenu des
conditions dans lesquelles l’enquête
et l’audience se sont déroulées, la
décision du tribunal n’est pas une
surprise », a réagi Christophe Ingrain, avocat de Mathieu Gallet.
« Nous avons fait immédiatement
appel après la lecture du délibéré. »
Les conseils de Mathieu Gallet
avaient porté plainte en juillet
contre le parquet de Créteil pour
« violation du secret de l’enquête ».
Ce dernier avait informé le 23 juin
les agences AFP et Reuters du renvoi en correctionnelle du PDG de
Radio France alors que, selon ses
avocats, ce dernier n’avait pas été
prévenu et l’enquête préliminaire
n’était pas officiellement close. La
plainte a été classée par le parquet
de Paris, mais les conseils ont saisi
fin août la procureure générale de
la cour d’appel de Paris.
Sans mise en concurrence
La défense de Mathieu Gallet avait
tenté, sans succès, de faire annuler
le procès en pointant plusieurs irrégularités dans la procédure. Devant les juges, l’ancien président
de l’INA, venu du privé puis des
cabinets ministériels, avait plaidé
la méconnaissance du fonctionnement des marchés publics. Il avait
pointé du doigt la responsabilité
de ses équipes, qui ne lui ont pas
transmis de « signaux d’alerte ».
Balises, la société de Denis Pingaud, a été rémunérée 5 000 euros
par mois pendant plus de deux ans
pour des conseils sur la communication de l’INA et de Mathieu Gallet, sans mise en concurrence.
« Denis Pingaud était le coach personnel de Mathieu Gallet », financé
« avec de l’argent public », pour
conquérir la présidence de Radio
France, avait estimé la procureure
Amélie Cladière. « C’est au mini-
mum insultant, au pire diffamatoire », avait rétorqué à la barre l’exPDG de l’INA.
La société Roland Berger Strategy a, elle, reçu 290 000 euros en
2013 pour une mission de conseil
en organisation de l’INA au terme
d’un appel à candidature de quelques jours seulement.Dans une in-
Mediawan frappe un grand coup dans les séries
Le même jour, il rachète des producteurs de « Dix pour cent », « Cherif » et « No Limit ».
30
millions
d’euros
A
Somme déboursée
pour le rachat
des trois sociétés
de production
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
AUDIOVISUEL Grand Chelem. Le
même jour, Mediawan, la structure d’investissement dans les
médias conçue par Xavier Niel,
Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton, annonce le rachat
de trois sociétés de production
françaises pour un investissement total d’une trentaine de
millions d’euros.
Au menu, Mediawan a pris le
contrôle d’EuropaCorp TV, la société de Thomas Anargyros qui
vient de quitter le giron d’Europa
Corp. Cette société qui vaut
11 millions d’euros produit des
séries pour la France comme No
Limit ou Taxi Brooklyn. Dans la
foulée, Mediawan a convaincu le
producteur indépendant Matthieu Viala de rejoindre le groupe. Makever, sa société de production, réalise les séries Cherif
pour France 2, Kaboul Kitchen
pour Canal + et a produit la série
événement Les Bracelets Rouges
pour TF1.
Vendre à l’international
Enfin, cerise pour le gâteau, Dominique Besnehard, l’agent de
stars, producteur télé et cinéma
et vieux complice de Pierre-Antoine Capton, participe également à la création de ce nouvel
ensemble. Sa société Mon Voisin
Production rejoint Mediawan
avec, dans sa besace, la série à
succès Dix pour cent pour France
Télévisions. En seulement deux
ans, Mediawan a créé un groupe
audiovisuel puissant autour d’AB
Group et de On Entertainment
(producteur des films d’animation Le Petit Prince et Playmobil).
Grâce aux derniers rachats annoncés, il devient leader français
de la fiction avec 67 heures de
prime time pour les chaînes françaises. Mediawan se hisse juste
devant
Lagardère
Studios
(65 heures de prime time) et
Newen (filiale de TF1) qui produit
45 heures, selon le classement
d’Écran Total. À cela, il faut ajouter le rachat de la société CC&C
(Clarke Costelle & Co) qui produit
la série de documentaires événements Apocalypse pour France
Télévisions.
Pour séduire tous ces producteurs, Mediawan leur propose le
meilleur des deux mondes. Les
producteurs conservent une part
du capital (environ 20 %) et une
entière liberté éditoriale. Mais
surtout ils rejoignent une structure capable de leur donner une
envergure internationale. « Mediawan regroupe des marques reconnues comme “10 %”, “Apocalypse” ou même “Le Petit Prince”
et aide les producteurs à les vendre
à l’exportation », explique Pierre-Antoine Capton, président de
Mediawan. « Nous leur apportons
un écosystème avec une réflexion
commune sur la création de contenus et une capacité à les distribuer
à l’échelle internationale. »
Mediawan, coté en Bourse, a
déjà dépensé environ 400 millions d’euros pour ses acquisitions. Il dispose d’une force de
frappe supérieure au milliard. ■
terview au Monde publiée mi-décembre, Mathieu Gallet avait
exclu toute démission de Radio
France en cas de condamnation.
« Mon mandat court jusqu’en
mai 2019 et je resterai pleinement
investi jusque-là », avait-il argué.
« Mon client n’a pas l’intention de
démissionner et il n’a surtout aucune raison de le faire », a ajouté Me
Christophe Ingrain.
Seul le CSA, qui l’a nommé, a le
pouvoir de démettre Mathieu Gallet de ses fonctions. « Le mandat
des présidents (…) peut leur être retiré, par décision motivée », prise
par « la majorité des membres qui
le composent », dit la loi sur
l’audiovisuel. Le Conseil pourrait
arguer que l’affaire concerne
l’INA, et non Radio France. De
plus, le PDG a décidé de faire appel, ce qui signifie qu’un nouveau
procès n’aura pas lieu avant plusieurs mois. Et il pourrait par la
suite faire un pourvoi en cassation.
Autant dire que l’affaire pourrait,
en théorie, rester entre les mains
de la justice durant encore plusieurs années. Et le CSA pourrait
estimer qu’il n’a pas à démettre un
dirigeant qui n’a pas été définitivement condamné.
Dans le cas contraire, il est peu
probable que le CSA puisse renommer un autre président de
Radio France. Dans le cadre de sa
prochaine loi sur l’audiovisuel,
prévue pour la fin d’année, le gouvernement songe à revoir le mode
de nomination de la présidence
des médias publics. Le choix reviendrait aux conseils d’administration des entreprises concernées. ■
ZOOM
PIERRE LOUETTE
QUITTERAIT
SES FONCTIONS
CHEZ ORANGE
£ Pierre Louette, le directeur
général délégué d’Orange,
devrait quitter ses fonctions.
L’information, dévoilée par
La Lettre de L’Expansion, n’a
pas été démentie par le groupe.
En poste depuis 2010, Pierre
Louette avait fait partie
des prétendants potentiels à la
présidence de l’opérateur, face
à Stéphane Richard. Pierre
Louette a été secrétaire général
de France Télévisions puis
PDG de l’Agence France Presse.
Il pourrait prendre
de nouvelles fonctions chez
Orange, à l’occasion d’un
grand remaniement du comité
exécutif de l’opérateur.
Plusieurs directeurs généraux
adjoints seraient concernés
par des changements.
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Un accord majeur pour Bizet
DARTAGNANS
La maison de Bougival où le compositeur a achevé de composer « Carmen » va être rachetée par le conseil départemental
des Yvelines. Une garantie que son œuvre, trahie par certains pseudo-créateurs, ne sera pas oubliée. PAGE 28
MUSIQUE Les deux sœurs Söderberg sortent « Ruins », un cinquième album
contemporain enregistré aux États-Unis avec plusieurs invités de marque.
frères Coen. « On se sent parfois un peu
anachroniques, c’est vrai. Nous ne partageons pas les goûts des gens de notre âge,
surtout en Suède. »
MORCEAU CHOISI
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
Deux voix angéliques
lara et Johanna Söderberg ne
pensaient initialement pas
faire de la musique leur métier. « Il nous a fallu un peu de
temps avant d’accepter que
cela ne soit plus un hobby », expliquent-elles. Alors que leur cinquième album,
Ruins, sort vendredi, les deux sœurs suédoises font partie des groupes à suivre de
l’année 2018. Respectivement âgées de 27
et 24 ans, Johanna et Klara avaient prévu
d’écrire leurs nouvelles chansons à Los
Angeles, sans savoir forcément quelle direction emprunter. La rupture subie par la
cadette quinze jours avant le rendez-vous
a fourni le thème du disque. « C’est le disque d’un cœur brisé », confie Klara, principale auteure et compositrice du projet.
Nées à Stockholm dans une famille où
l’on écoute principalement les pionniers
du punk new-yorkais (Patti Smith, Te-
K
ETRO ; IWC ; MONTBLANC ; SONY MUSIC FRANCE
Johanna et Klara Söderberg : « Nous
ne partageons pas les goûts des gens
de notre âge, surtout en Suède. »
levision, Talking Heads), les deux gamines se sont rebellées contre leurs parents
en tombant dans la marmite country
après avoir visionné le film O’Brother des
Au pays d’Abba et de la pop propre sur
elle, les sœurs rêvaient de grands espaces. C’est aux États-Unis, sous la houlette de Tucker Martine, un des meilleurs
réalisateurs de disques américains,
qu’elles ont enregistré Ruins. « Il nous a
contactées dès 2009 », racontent-elles.
Avec le concours d’invités de marque
(Peter Buck de REM, Glenn Kotche de
Wilco et le batteur de Midlake), elles ont
gravé une merveille d’album de folk rock
américain. Un disque contemporain
mais bien ancré dans la tradition, sur lequel planent leurs deux voix angéliques.
Très proches, les sœurs Söderberg ne
sont pas près de s’illustrer dans des
frasques façon frères Gallagher. « Nous
avons réussi à rester honnêtes l’une vis-àvis de l’autre. Traverser des situations
difficiles à deux nous a permis de garder
les pieds sur terre. » ■
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A
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mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
Bizet, retour aux sources
PATRIMOINE
Transformée en
musée, sa maison
va renouer
avec l’esprit
du compositeur.
n million d’euros. C’est ce
que le conseil départemental des Yvelines va mettre sur la table pour acquérir
la maison de Georges Bizet à Bougival.
900 000 euros pour le rachat du pavillon
à ses propriétaires, la famille Pellistrandi. Et 100 000 euros pour entamer les
travaux de réaménagement de la bâtisse, afin de la transformer en espace muséal (au premier) et résidence d’artistes
(dans les étages supérieurs). L’annonce,
faite par Luc Wattelle, maire de Bougival, le 8 janvier, est un soulagement
pour les nombreux admirateurs du
compositeur, qui craignaient de voir la
maison tomber entre les mains de propriétaires irrespectueux de l’histoire
des lieux. Admirateurs parmi lesquels
nombre de musiciens de premier plan.
À l’instar de Placido Domingo, Alfred
Brendel ou Teresa Berganza. « Je suis
tellement heureuse de savoir que la maison de Bizet est sauvée ! Merci pour lui,
merci pour nous, ses interprètes. Merci
pour les générations futures », salue cette dernière.
Un soulagement plus
que bienvenu après le
triste sort réservé à Carmen (lire ci-contre) à
Florence, qui vaut au
musicien – dont on célèbre les 180 ans de la
naissance – de faire les
gros titres de la presse
internationale.
Cette
concordance des temps
est d’autant plus forte
que la maison de Bougival est très étroitement
liée au plus célèbre des
opéras français. Dans les
faits, Bizet, qui ne l’a
louée qu’à partir du
printemps 1874, n’y a
passé qu’une année. « C’est là qu’il a
achevé son opéra. Là aussi qu’il est mort,
après une baignade dans la Seine, déjà
fragilisé par l’échec de la création de Carmen », confiait sa propriétaire, AnneGaëlle Pellistrandi, en faisant visiter les
lieux en juin dernier.
« Cette maison fut le théâtre des allersretours incessants entre Bizet et ses librettistes, qui travaillaient en bas pendant
DARTAGNANS, BUYENLARGE/SUPERSTOCK/RUE DES ARCHIVES
U
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
Intérieur et extérieur de la villa de Georges Bizet, située à l’entrée de Bougival, dans les Yvelines.
que lui vivait à l’étage », renchérit Jorge
Chaminé. Le baryton est à l’origine de la
campagne de financement participatif
lancée en juin pour sauver la maison,
qu’il souhaite voir intégrée au projet de
Centre européen de musique qu’il porte
depuis 2000 (lire ci-dessous), avec le soutien de
la mairie de Bougival.
Maison qui a retrouvé un
peu de l’âme de Bizet
grâce aux Pellistrandi.
Car à la différence du
Belvédère de Maurice
Ravel
à
Montfortl’Amaury (Yvelines), la
dernière maison de Bizet
n’avait en effet presque
rien gardé (en dehors de
la disposition de ses pièces, d’un papier peint
retrouvé dans un cagibi
et de l’évier du sous-sol)
de son mobilier de l’époque. « À la mort de Bizet,
sa veuve s’est débarrassée de ses biens. Si bien que la plus grande
collection d’objets lui ayant appartenu se
trouve à Stockholm », poursuit Chaminé.
« Mes parents ont acquis la maison en
1982 auprès des descendants des bailleurs
de Bizet », explique Anne-Gaëlle Pellistrandi. Elle a investi les lieux en 2000 et y
a vu grandir ses sept enfants tout en
consacrant une large partie de l’énergie
et des moyens qui lui restaient pour ho-
norer la mémoire du musicien. Sur ses
fonds propres, avec l’aide de l’association
des Amis de Georges Bizet, elle a entrepris de remeubler petit à petit les lieux,
d’après les descriptions laissées par le fils
du compositeur. Au rez-de-chaussée, un
pianino Pleyel ayant appartenu au musicien est revenu. Dans l’ancienne chambre, un lit en fer forgé semblable à celui
de Bizet voisine avec la première affiche
de Carmen, des gravures des villas Borghese et Médicis, et une bibliothèque
renfermant des ouvrages anciens lui
ayant appartenu. Cette pièce, que les pa-
“
Chaque nuit
du 2 au 3 juin, nous
écoutions religieusement
« Carmen »
”
ANNE-GAËLLE PELLISTRANDI
rents d’Anne-Gaëlle avaient transformée
en bibliothèque, elle a tenu à la garder inhabitée depuis 2000. « Un jour un de mes
fils m’a demandé, alors que nous aménagions une chambre dans les étages pour
notre dernière dont j’étais enceinte, pourquoi nous gardions une pièce vide pour
quelqu’un qui n’était pas encore là et une
pour quelqu’un qui était mort depuis longtemps. » Preuve, s’il en fallait, que chez
les Pellistrandi, Bizet faisait véritablement partie de la famille. « Mon père avait
même instauré un rituel : chaque nuit du 2
au 3 juin, date anniversaire de la mort de
Bizet, nous écoutions religieusement Carmen. Il fallait que la mort de cette dernière
tombe en même temps que celle de Bizet »,
confie-t-elle, amusée.
Un travail de mémoire qui va donc
pouvoir se poursuivre avec la transformation définitive de la maison en musée et en résidence d’artiste, renouant
avec l’esprit de création insufflé par Bizet. Reste à boucler le budget de cette
première étape décisive, qui doit s’accompagner de l’aménagement d’un espace Carmen dans un corps de ferme de
l’autre côté de la rue. Alloué par la ville
au futur Centre européen de musique, il
devrait abriter une exposition permanente sur Carmen, une salle modulable
pour conférences et masterclasses, une
librairie, des labos de recherche. « Les
100 000 euros prévus par le département
et les 140 000 déjà récoltés par notre
campagne de crowdfunding sur dartagnans.fr sont un bon début. Il nous manque encore au moins 300 000 euros. Nous
avons des promesses de soutien de plusieurs sponsors mais n’en sommes qu’au
début de cette grande aventure »,
concède Jorge Chaminé. Son rêve de
Centre européen de musique n’en est
pas moins soutenu par de très nombreuses personnalités. Et placé sous le
haut patronage d’Europa Nostra, la Fédération européenne du patrimoine
culturel, dont le président n’est autre
que… Placido Domingo ! ■
Jorge Chaminé : « Ce sera un triangle d’or de la musique »
Fondateur de l’association des Amis de
Georges Bizet, le baryton d’origine espagnole se bat depuis plus de quinze
ans pour le sauvetage de la maison de
Bizet. Il est à l’origine du vaste projet de
Centre européen de musique (CEM) de
Bougival qui pourrait voir le jour à
l’horizon 2022.
A
LE FIGARO. – Comment avez-vous
accueilli l’annonce du rachat de la maison
de Bizet par le département ?
Jorge CHAMINÉ. – Comme le couronnement de dix-sept années de lutte. Que les
pouvoirs publics aient enfin décidé de
rendre justice à la mémoire de Georges
Bizet est une grande victoire. J’ai longtemps cru que le côté donquichottesque
hérité de mes origines effrayait les autorités. Mais les astres commencent à s’aligner. Le M. Patrimoine du gouvernement, Stéphane Bern, nous a assurés de
son soutien. Et à la fin du mois, je présenterai à Bruxelles, lors du lancement de
l’Année européenne du patrimoine
culturel, le Centre européen de musique
que nous voulons développer autour de la
maison.
Quelles en seront les ambitions ?
Patrimoniales. Mais aussi artistiques, pédagogiques, sociales, médicales, scientifiques. Il ne s’agit pas d’ajouter une maison d’illustre, mais de dessiner un lieu
unique en Europe, et même au monde.
Dont la musique sera le cœur battant
mais qui questionnera aussi les arts et la
société, en jetant un pont entre le XIXe et
le XXIe siècle.
Concrètement ?
L’idée est de partir du triangle d’or que
constituent la maison de Bizet et son futur
espace Carmen (lire ci-dessus) et le domaine des Frênes qui lui fait face, où se
trouvent la datcha-musée de Tourgueniev et la villa offerte par l’écrivain à la
chanteuse Pauline Viardot. Cette dernière pourra accueillir des concerts, des
spectacles dans son amphithéâtre de verdure. Le premier étage serait une reconstitution des appartements de la chanteuse
et le second un espace dédié à son mari
Louis Viardot. Une figure clef de la culture européenne, traducteur de Cervantès
et auteur des premiers guides du Louvre,
des Offices de Florence ou de l’Ermitage
de Saint-Pétersbourg.
Dans quel état est la villa ?
Dans un piteux état mais sa restauration a
été entérinée par la commune de La Celle-Saint-Cloud, qui en est propriétaire, et
la Fondation du patrimoine. Nous avons
«
Saint-Cloud sous forme d’un bail
emphytéotique.
Quels seront les liens entre le CEM
et la datcha-musée de Tourgueniev ?
Elle conservera son autonomie mais nous
créerons des interactions entre nos activités et nos publics. En raison des liens d’affection qui unissaient Pauline et son mari à
l’écrivain, il y a là-bas de nombreuses archives de la famille Viardot-Garcia.
Le baryton Jorge Chaminé est le fondateur
de l’association des Amis de Georges Bizet.
LAURENT DE GAULLE
bon espoir que celle-ci sera bien avancée
d’ici 2019, date à laquelle nous voulons
lancer les premières activités du centre.
Avec quel statut juridique ?
Celui d’un groupement
d’intérêt public culturel
(GIPC) réunissant le CEM
et la ville de Bougival. La
villa Viardot sera allouée à
ce GIPC par La Celle-
Que les pouvoirs publics aient
enfin décidé de rendre justice
à la mémoire de Georges Bizet
est une grande victoire
»
Quid des autres activités du centre ?
Nous édifierons sur la friche attenante de
8 000 m2, acquise par la ville auprès de
Mercedes, qui voulait en faire un
showroom, un bâtiment moderne. Celuici abritera un auditorium de 450 places.
Des espaces d’enseignement pour des
étudiants en musique de toute l’Europe,
accueillis sur le mode d’un Erasmus de la
musique et répartis en quatre pôles :
chant, instrument, musique de chambre
et direction d’orchestre (avec un ensemble en résidence). Mais aussi un centre
médical travaillant sur les rapports entre
musique et médecine. Et un lieu d’hébergement transgénérationnel où ces étudiants de 3e cycle pourront cohabiter
avec des musiciens retraités. Il n’y a pas
en France de maison du musicien. Or une
récente étude a démontré que ces derniers étaient les premiers à mourir en
maison de retraite… ■
PROPOS RECUEILLIS PAR T. H.
CARMEN QU’ON
ASSASSINE
Jorge Chaminé ne décolère
pas. « On assassine un chefd’œuvre de façon honteuse.
Notre association s’insurge
contre le fait que la musique
puisse être ainsi pervertie
et polluée par des esprits
malsains. » Depuis le début
du mois de janvier, la nouvelle
production du Maggio
Musicale de Florence
(à l’affiche jusqu’au 18 janvier)
fait débat dans la
communauté internationale.
Son metteur en scène
Leo Muscato ayant décidé,
pour protester contre les
violences faites aux femmes,
de changer la fin pour que
Carmen ne soit plus tuée par
Don José, mais qu’elle le tue.
« On ne modifie pas une toile
du Caravage, ou la fin de
Guerre et Paix, impunément,
poursuit Chaminé. Ça devrait
être pareil ici. J’ai appris qu’un
opéra australien voulait tout
bonnement interdire Carmen,
sous prétexte que celle-ci
étant cigarettière, l’opéra
faisait l’apologie du tabac.
Je me demande jusqu’où ira
cette inquisition de l’art... »
291
représentations
de Carmen recensées
en 2017 par le site
Bachtrack. Ce qui
en ferait le 3e opéra
le plus joué dans le
monde, après La Flûte
enchantée et La Traviata.
15 millions
Coût en euros des futurs
bâtiments, chiffré
par l’association de
préfiguration du Centre
européen de musique.
Ces derniers pourraient,
à terme, accueillir
l’Assemblée européenne
des cultures musicales
rêvée par Yehudi
Menuhin avant sa mort.
LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
CULTURE
29
Camille Claudel, ensemble, c’est tout
ART Préemptées par l’État le 27 novembre dernier chez Artcurial, onze œuvres provenant de la famille
de l’artiste sont présentées exceptionnellement à Orsay avant d’être à jamais séparées.
I
son maître ; Orsay, son lien artistique
avec l’époque ; le Musée Claudel, ses
rapports avec sa famille… Issues de l’atelier de Camille Claudel, les sculptures acquises chez Artcurial retracent une grande partie de sa carrière, depuis ses débuts
à Paris en 1881 comme élève d’Alfred
Boucher. S’ensuit la rencontre avec
Auguste Rodin, leur liaison amoureuse et
l’entrée de Camille dans l’atelier du maître en 1884, début d’une période d’enrichissement mutuel. Les deux artistes
s’éloignent à partir de 1893, avant leur
séparation définitive en 1898. Camille
s’installe alors en 1899 dans son dernier
atelier, quai Bourbon, avant que sa santé
mentale ne se dégrade autour de 1909.
Internée peu après le décès de son père
en 1913, elle mourra à Montfavet
(Vaucluse) en 1943.
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
l n’est pas coutume que les musées travaillent main dans la main avec
les professionnels du marché de l’art.
Contrairement aux pays anglo-saxons
où ces deux entités n’hésitent pas à collaborer, la France a toujours voulu
maintenir une distance entre conservateurs et marchands. Et ces deux mondes,
parce qu’ils défendent bec et ongles
leurs intérêts, n’ont jamais vraiment
réussi à s’entendre.
Mais les lignes seraient-elles en train
de bouger ? L’exposition au Musée
d’Orsay des œuvres de Camille Claudel
que l’État a préemptées le 27 novembre 2017 chez Artcurial en est la preuve.
Le public a jusqu’au 11 février pour les
admirer, galerie Françoise Cachin, au
niveau 2 de la grande nef. Dans une vitrine, L’Homme penché (plâtre de 1886)
voisine avec la Tête de vieille femme, étude pour l’âge mûr (plâtre vers 1890) et
dix autres œuvres de l’artiste.
Pour une fois, l’opération a été montée en toute intelligence entre le ministère de la Culture et le cabinet d’expertise agissant pour le compte des vendeurs.
En collaboration avec Alexandre Lacroix
et Eve Turbat du cabinet Sculpture &
Collection, Artcurial a mis en vente un
ensemble de 20 œuvres de Camille
Claudel ayant appartenu à la descendance de sa sœur Louise, épouse de
Ferdinand de Massary. Au total, six musées ont préempté douze d’entre elles,
au cours de cette dispersion qui a totalisé
3,5 millions d’euros – le triple de l’estimation – à l’Hôtel du rond-point des
Champs-Élysées. C’était le dernier ensemble connu de cette importance encore en mains privées.
« Plutôt que de négocier chaque pièce
avec tel ou tel musée, ce qui aurait pris des
années, nous avons conseillé à cette famille
Un discret acquéreur
Présentation des œuvres de Camille Claudel dans la galerie Françoise Cachin au Musée d’Orsay.
de vendre l’ensemble aux enchères, explique Alexandre Lacroix. Et nous avons
averti tout de suite le ministère de la
Culture pour qu’il puisse collecter les fonds
nécessaires. » De son côté, « l’État a joué
son rôle de grand rassembleur pour acquérir ces œuvres majeures de Camille
Claudel », s’est félicitée Marie-Christine
Labourdette, directrice des Musées de
France, dans un discours, lundi 8 janvier,
aux côtés de Laurence des Cars, nouvelle
présidente du Musée d’Orsay. « Face à
beaucoup d’institutions qui étaient toutes
légitimes pour faire entrer ces œuvres dans
leurs collections, nous avons essayé de
trouver un consensus. Chacun a essayé
d’établir ses priorités absolues. Et on a en-
suite construit un plan de bataille pour qu’il
n’y ait pas de compétition entre les institutions. Du coup, on a pratiquement eu tous
les lots que l’on voulait. »
Le Musée d’Orsay, le Musée Rodin, le
Musée Camille-Claudel de Nogent-surSeine, La Piscine-Musée d’art et d’industrie André Diligent de Roubaix, le Musée
Sainte-Croix de Poitiers et la maison
Camille et Paul Claudel de Villeneuvesur-Fère ont pu se porter acquéreurs grâce au soutien de l’État, des collectivités
territoriales et de donateurs. « Roubaix et
Poitiers ont bénéficié aussi des crédits spécifiques du Fonds du patrimoine, a ajouté
Marie-Christine Labourdette. En fin
d’année, quand les budgets sont épuisés et
PATRICE SCHMIDT/MUSÉE D’ORSAY
les décisions reportées à l’année suivante,
c’est un moyen rapide de débloquer des
fonds, sur décision spéciale de la ministre
de la Culture. » Grâce à l’aide de la région
Nord-Pas-de-Calais et d’un mécénat du
CIC Nord-Ouest, Bruno Gaudichon, directeur de La Piscine, a pu emporter
L’Homme penché, plâtre qui n’a pas été
édité du vivant de l’artiste (seule une fonte posthume existe) et dont deux autres
ont été localisés en plus de celui-ci. En un
lot, ce dernier avait épuisé toutefois tout
son crédit…
Il est rare d’avoir un tel ensemble sous
les yeux. Chacun des musées raconte un
petit bout de l’histoire de Camille
Claudel : le Musée Rodin, sa relation avec
Les douze œuvres – principalement des
terres cuites et des plâtres, comme les
magnifiques études pour Sakountala – rejoindront leurs collections respectives à
l’issue de l’exposition. Pour des raisons
de conservation, le portrait inédit au pastel de Louise Claudel acquis 33 800 euros
(frais inclus) par le Musée de Nogent-surSeine n’est pas présenté à Orsay. Toutes
seront donc séparées, mais pourront se
retrouver pour des expositions.
Autre œuvre qui rejoindra bientôt La
Piscine à Roubaix, le buste en plâtre de la
Petite châtelaine à la natte courbe, adjugé
482 600 euros. Très discret, son acquéreur, un financier de Lille bien connu pour
acheter des voitures de collection (notamment chez Artcurial), a pris cette décision avec sa femme. « Je ne me voyais pas
garder ce chef-d’œuvre chez moi, a déclaré
l’homme d’affaires voulant rester anonyme, lors du vernissage à Orsay. Nous voulons en faire profiter les autres. » L’estime
et l’amitié qu’il porte à Bruno Gaudichon
explique sans doute ce beau geste… ■
Exposition au Musée d’Orsay (Paris VIIe)
jusqu’au 11 février.
Mozart et Beethoven,
la course en tête
CHRONIQUE Selon les statistiques annuelles
du site Bachtrack, les deux compositeurs
ont été les plus joués l’an dernier. Sans surprise.
haque année, le site Bachtrack
publie ses statistiques musicales. Obtenues en dépouillant
17 741 programmes de concert,
10 076 représentations d’opéra
et 4 045 spectacles chorégraphiques, les
chiffres de 2017 contiennent certains enseignements. Mozart a coiffé Beethoven
au poteau pour la place de compositeur le
plus joué, mais ce chassé-croisé avait déjà
eu lieu entre 2014 et 2015 : ces deux-là se
partagent le dessus du panier en alternance. Bach est solide au poste en troisième
position, Brahms et Schubert se tenant de
peu aux quatrième et cinquième places,
devant Tchaïkovski. Cela confirme au
moins deux tendances lourdes. Pour les
organisateurs, la musique savante est
classique et romantique avant d’être baroque, moderne ou contemporaine, et elle
reste essentiellement germanique. Le
premier non-Allemand, Tchaïkovski,
pointe en sixième position, immédiatement suivi de Haydn, Schumann et
Haendel, austro-allemands comme les
cinq premiers. À la dixième place,
Maurice Ravel est le premier compositeur
du XXe siècle, quoique né au XIXe. Le plus
joué des musiciens nés au XXe étant
Dmitri Chostakovitch (16e). Le premier
contemporain reste Arvo Pärt (49e), mais
John Adams le talonne, passé de la 69e à la
53e place. On ne sera guère surpris de voir
que les créateurs vivants les plus joués
composent dans un style consonant et accessible, à défaut d’être audacieux.
Des spécificités nationales en matière
de programmation, on retiendra que le
patriotisme musical est la chose du mon-
C
de la plus partagée. La musique anglaise
représente 6 % des programmes mondiaux ? Son pourcentage est de 13 % en
Grande-Bretagne. Pour la musique américaine, le ratio est de 5 % dans le monde
contre 14,5 aux États-Unis, pour la musique française 8,3 % dans le monde contre
17 % dans l’Hexagone : voilà qui va à
l’encontre de l’idée reçue selon laquelle
la France méprise son répertoire.
Mahler et Wagner pénalisés
De telles données sont toujours à prendre
avec précaution, et il faut rappeler que
des statistiques ne reflètent pas toujours
l’importance artistique. Ainsi, si Mahler
n’apparaît qu’en 19e place, c’est aussi
parce que ses symphonies, qui sont très
longues et réclament un effectif considérable, ne peuvent être montées que dans
des salles et par des orchestres dotés des
capacités et du budget suffisant. Alors que
Vivaldi, qui le devance, est l’auteur de
concertos qui durent un quart d’heure et
ne réclament qu’une douzaine d’instrumentistes.
Côté opéra, La Flûte enchantée conserve sa première place, suivie de La Traviata et de Carmen. Pas un seul Wagner dans
les dix premiers ? Même explication que
pour Mahler : les moyens requis par
l’auteur de la Tétralogie ne sont pas à la
portée de tous les théâtres lyriques, si
bien que ses opéras restent un événement et non une routine. De même, l’activité des interprètes ne renseigne que
sur la quantité : le chef de génie Kirill Petrenko se fait trop rare pour figurer dans
le palmarès, tandis que parmi les dix
maestros les plus actifs figure un parfait
inconnu, le Belge Koen Kessels, spécialiste du ballet, qui passe toute l’année à
accompagner les danseurs dans l’anonymat de la fosse. Calendrier plein et notoriété ne vont pas toujours de pair… ■
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LE CLASSIQUE
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
STYLE
ALESSANDRO LUCIONI/DANIELE OBERRAUCH/IMAXTREE
Automne-hiver 2018-2019
Giorgio Armani
Ralph Lauren Purple Label,
la ligne haut de gamme
du designer américain, gagne
en nervosité en piochant une
partie de son inspiration
en Angleterre. Enrichi
de références à l’uniforme
militaire, cela donne des coupes
et des détails de manteaux
et de vestons d’officier, taillés
dans des draps lourds, cousus
de brandebourgs et décorés
des écussons de la Royal Navy,
dans une palette marine
et anthracite, très chic. Il est
souvent question de duos et de
Prada
RALPH LAUREN PURPLE LABEL
Milan en toute décontraction
COLLECTIONS Les défilés homme, qui se sont achevés hier en Italie, confirment la place
croissante accordée au sportswear dans l’habillement masculin.
C
FRÉDÉRIC MARTIN-BERNARD
fmartinbernard @lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À MILAN
e week-end, la Fashion
Week italienne a été troublée par la publication d’une enquête du New York
Times à propos des photographes Mario
Testino et Bruce Weber, mis en cause
par une trentaine de mannequins et assistants pour des faits de harcèlement et
d’agression à caractère sexuel. En octobre dernier, le quotidien américain
qualifiait déjà leur confrère Terry
Richardson accusé d’attitudes similaires
envers des top-modèles féminins, « de
partie visible de l’iceberg »… Entre deux
défilés à Milan, tout le monde semblait
surveiller si d’autres #metoo apparaissaient sur les réseaux sociaux, levant le
voile sur les tristes coulisses de la mode.
Heureusement, Instagram ne véhicule pas que les mauvaises nouvelles et,
dimanche soir, acheteurs et journalistes
profitaient du média pour découvrir en
instantané les premières images du
show de Gosha Rubchinskiy, coqueluche du moment, qui présentait son
automne-hiver 2018-2019 non pas à
Milan, mais à quelque 4 500 kilomètres
de là, à Iekaterinbourg en Russie.
Internet a changé profondément le
monde de la mode, pour le meilleur et
pour le pire. Il n’y a plus de distance, de
filtre, d’embargo. Aussitôt dévoilées,
les collections se retrouvent sur la Toi-
le, et pour les plus inspirées, sont likées,
disséquées, digérées et parfois copiées
dans la foulée. C’est le cas de Miuccia
Prada dont l’influence continue d’être
immense sur ses confrères transalpins en témoigne le velours grosses côtes de
son précédent hiver, omniprésent sur
les podiums ces jours-ci. L’Italienne
n’est pas là seule dont la créativité (et les
modèles) sont suivis de près. Citons
Martin Margiela et Helmut Lang, Demna
Gvasalia (lui-même citant ces derniers)
via son collectif Vetements et la maison
Balenciaga, Alessandro Michele chez
Gucci, Raf Simons pour Calvin Klein,
Virgil Abloh et son label Off-White et
Pierpaolo Piccioli chez Valentino, tous
figurent en tête des références actuelles. Chez Prada, l’inspiration est… Prada.
À l’heure où l’industrie louche sur la
mode des années 1990, la créatrice remixe ses grands succès d’alors. La toile
Black Nylon de ses sacs cultes, l’esprit
de la (disparue) ligne Prada Sport et les
imprimés graphiques de ses collections
passées, sont remixés pour un dressing
sobre et sportswear, différent et efficace. Les mannequins évoluent dans le
décor industriel des réserves de la
Fondation Prada dédiée à l’art contemporain. Il y a du workwear dans cette
saison dominée par le noir. Des étiquettes comme des badges nominatifs décorent les revers de vestes et de sacs,
parmi lesquels des éditions signées Ronan & Erwan Bouroullec, Konstantin
Grcic, Herzog & de Meuron et Rem
Koolhaas - dans le cadre d’une collabo-
ration avec des créatifs extérieurs, démarche inédite pour la maison. Des
chaussures à grosses semelles finissent
de camper cette allure plutôt décontractée.
Tout aussi à part, l’univers de la griffe
Etro (voir page 27), connue pour ses
étoffes aux motifs cachemire dans des
coloris chaleureux. Kean Etro, le fils du
fondateur en charge des lignes masculines, veille à surligner cette différence à
travers une collection qui coïncide avec
les 50 ans de l’entreprise. La vingtaine
de silhouettes dans des tissus choisis,
mélangés et rebrodés sont un parfait
rappel que la qualité ne dépend jamais
de la quantité.
Obnubilé par le style cow-boy pour l’hiver prochain, le duo de DSquared2 bouscule ses classiques avec une proposition
riche et enlevée, au masculin comme au
féminin, comptant de nombreuses pièces originales et travaillées. Dommage
qu’elle compte quelques hommages appuyés à des collections plus ou moins récentes de confrères, dont un printempsété 2012 de Prada cousu de boutonspressions à l’instar des modèles de fin de
show des frères Caten.
Un tapis de livraison de bagages occupe
le centre du podium Fendi. Bientôt,
s’avancent des colis, des valises, une
boîte à chapeau, des malles en toile
rayée Pequin et même un landau en
marqueterie de fourrure dessinant le
monogramme double F, tandis que les
premiers mannequins portent le logo et
les couleurs de la griffe romaine à foison.
Il y a de l’humour, des transferts de styles et des collages décalés de l’artiste
Reilly dans cet hiver très sportswear de
Silvia Venturini Fendi. Les draperies à
carreaux de vestes ont été plastifiées
pour protéger de la pluie. Un garçon
passe coiffé d’une casquette-parapluie.
D’autres sont emmitouflés dans des parkas en puzzle de fourrure ou surhabillés
de vêtements imperméables et translucides. De nombreux blousons, des manteaux amples, des sweat-shirts et des
pantalons souples composent aussi ces
panoplies pensées moins pour se rendre
au bureau que pour d’autres horizons.
L’enveloppe veloutée du bristol Giorgio
Armani annonçait bien l’esprit de la
collection, présentée hier en fin de
Fashion Week italienne. De velours, il
est question sous toutes ses formes dans
ce vestiaire misant sur la rondeur et la
souplesse. Si quelques costumes croisés
très formels émaillent le show, des
pantalons amples type treillis à grandes
poches plaquées et à l’ourlet resserré,
des cardigans et des mailles fluides, des
blousons aux volumes aussi courts que
gonflés dominent une saison décontractée. Dans sa note d’intention, le designer
parle de « liberté d’expression et d’élégance à destination d’hommes fiers et
gentlemen à la fois, soignant leur paraître
sans tomber dans des excès ». L’essence
du style Armani à travers les années. ■
À l’ombre des grandes maisons
VALÉRIE GUÉDON vguedon@lefigaro.fr
A
À Milan, longtemps fief des institutions
de la mode masculine, des marques indépendantes tirent leur épingle du jeu.
Ainsi, Massimo Giorgetti et son label
MSGM, dix ans après son lancement, est
à la tête de douze boutiques à son nom et
d’un réseau de plus de 500 points de
vente. Cette belle réussite est à l’image
de la saison mêlant, avec talent, un
sportswear européen (jogging, blouson à
capuche et polaire imprimée), des pièces
en denim et des classiques tels ces
mailles à col V très seventies, ces cravates tenues par des pinces façon trombone et ces blazers croisés.
Un même air de pop culture dans le
dressing No 21, signé Alessandro
Dell’Acqua. Les canadiennes, les anoraks en Nylon rétro, les pulls imprimés
de photo de motel évoquent le culte
Fargo des frères Coen. Des images de la
série Twin Peaks viennent à l’esprit. La
palette décline des variantes d’ocre, de
marron et de vert sous-bois. De drôles de
bottes de pluie sur semelles de running
terminent de donner à ces garçons une
charmante allure un peu dégingandée.
Autre exemple de modernwear, ce vestiaire sport teinté d’influences contemporaines qui plaît aux jeunes générations : Sunnei. Depuis 2015, le duo
italien, Loris Messina et Simone Rizzo,
attire l’attention de la presse et d’acheteurs influents. Taillés dans des aplats de
couleur primaire, les pantalons baggy se
frottent aux vareuses zippées à rayures
optiques, aux parkas rembourrées façon
sac de couchage, aux chapeaux cloche
en fausse fourrure et aux sacs à dos incrustés dans certains polos ou sweats.
Autant de looks photogéniques parfaits
pour les réseaux sociaux.
Même addiction pour les signes extérieurs de marque chez Marcelo Burlon
County of Milan, lancé en 2013 comme
une ligne de tee-shirts. Des collaborations avec les ligues américaines de basket et de base-ball et avec Timberland
sont le prétexte à de nouvelles inscriptions en lettres capitales sur des sweatshirts, survêtements, blousons et chaussures de chantier. Le designer argentin
se réapproprie mieux la symbolique des
cartes de tarot, le graphisme sanglant
des films d’horreur, la typographie de
l’univers gothique et le blason d’une
équipe de course automobile.
Passer incognito n’est pas davantage
l’objectif chez Palm Angels bien que les
mannequins arborent des passe-montagnes piqués de pointes de métal et des lunettes de soleil. La proposition de
Francesco Ragazzi, qui a lancé sa griffe
en 2015, télescope le tartan des punks, le
velours côtelé des ouvriers et le denim
des cow-boys. Les imprimés reprennent
le célèbre tableau de Grant Wood,
American Gothic. Le logo s’affiche sur les
bombers en Nylon, les pardessus, les
chemises, les joggings, et sur le petit sac
en plastique rigide que garçons et filles
trimballent du bout des doigts.
Impression plus ascétique chez Dirk
Bikkembergs. Lee Wood, directeur artistique depuis trois saisons, trace le
sillon d’un style qui tend vers l’épure,
sans minimalisme, rappelant l’âge d’or
de la griffe dans les années 1990. Ses habits aux volumes généreux sont « twistés », çà et là, de finitions empruntées au
vêtement utilitaire. Les impers en coton
Mackintosh et Nylon ultraléger ressemblent à des blouses de scientifiques. La
partie du dressing formel n’est pas en
reste : les costumes croisés, se terminant
parfois en tricot ou enfilés sur des
maillots de cycliste, ont belle allure. ■
contrastes dans cette
proposition où le kaki fait
tandem avec le tangerine,
les carreaux écossais vert
billard avec le noir. La veste de
smoking à revers satin
compose, elle, avec un pantalon
en denim usé (notre photo).
Une dégaine parfaitement
à l’image du style personnel
de Mr. Lauren.
F. M.-B.
Des chausseurs
en campagne
Tod’s
TOD’S
Fendi
Hors podiums
Tod’s et Church’s ont dévoilé,
à l’occasion de la présentation
de leurs collections hiver 2018-2019,
des images publicitaires incarnées
par des inconnus ou des célébrités,
dont le danseur étoile Roberto Bolle
(ci-dessus). Retrouvez notre compterendu sur www.lefigaro.fr/lifestyle
Church’s
+ @SUR LE WEB
Dirk Bikkembergs
» Retrouvez tous les défilés en images
madame.lefigaro.fr/defiles/homme
CHURCH’S
30
LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
STYLE
31
SIHH Nommé à la tête de la griffe en 2017, le Français entend rationaliser
et affiner l’offre horlogère de la troisième marque du groupe Richemont.
C’
est sa vingt-quatrième participation au Salon international
de la haute horlogerie (SIHH), mais son
premier en tant que président-directeur
général de Montblanc. Nicolas Baretzki
remplace Jérôme Lambert, promu, à
l’automne dernier, responsable opérationnel de Richemont. Après avoir travaillé pendant vingt ans pour plusieurs
marques du géant de l’horlogerie-bijouterie mondiale, Nicolas Baretzki a rejoint
l’entreprise hambourgeoise en 2013
comme directeur des ventes. Aujourd’hui, il dévoile au Figaro la direction
qu’il entend donner à la célèbre griffe.
continue de progresser dans le groupe.
La caractéristique de notre entreprise est
de s’appuyer sur son histoire et son héritage pour fabriquer des modèles nouveaux, pointus et racés. Notre objectif :
devenir l’une des grandes maisons d’accessoires de luxe pour homme. Dans le
domaine horloger, nous avons une double filiation. En 1997, Montblanc a ouvert
une entité de production de montres, au
Locle (canton de Berne). Puis, en 2006,
Richemont a racheté la manufacture de
haute horlogerie Minerva, installée à
Villeret depuis 1858, et l’a rattachée à
notre société. Depuis lors, nous avons
regroupé sous une même direction les
deux entités, pour obtenir une grande
synergie et verticalisation. Désormais,
Villeret est intégré dans la stratégie horlogère de Montblanc.
LE FIGARO. - Vous réalisez entre
20 et 25 % de votre chiffre d’affaires dans
les montres, pour une production
estimée à 80 000 pièces par an. Comment
ce secteur a-t-il évolué ?
Nicolas BARETZKY. - Plutôt bien puisque, selon notre propriétaire, Montblanc
Concrètement, cela se traduit comment ?
L’expertise de Minerva, les calibres
qu’elle a développés inspirent notre proposition contemporaine. À ce SIHH,
nous présentons soixante-douze modèles, dont la ligne 1858 qui, avec une vingtaine de pièces, fait référence à l’univers
PROPOS RECUEILLIS PAR
FABIENNE REYBAUD
freybaud@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À GENÈVE
de Minerva. Ainsi, la Géosphère indique,
sur un cadran très lisible, l’heure universelle sur les deux hémisphères avec
une indication jour/nuit. C’est une
version abordable à 5 190 euros d’une
montre de haute horlogerie qui en
valait 230 000… Si notre positionnement prix est très agressif - le
prix moyen de nos garde-temps
oscille entre 3 000 et 3 500 euros
-, il se double d’un vrai contenu
mécanique. C’est pourquoi nous
utilisons les deux grandes signatures de Villeret, le chronomonopoussoir et l’exotourbillon. En 2018,
ils apparaissent respectivement dans
la ligne 1858 et dans la collection Star
Legacy. Dans le même esprit, nous présentons une montre de poche en titane
multifonctionnelle, un chronographe et
une boussole, pouvant être portée aussi
sur le poignet (voir page 27). Notre volonté est de rationaliser notre offre - de
douze gammes, passer à six - tout en travaillant nos pièces iconiques. Au niveau
du design, il évolue vers un champ d’expression plus fort, plus contemporain,
plus racé, plus nerveux.
Nicolas Baretzki,
PDG de Montblanc
International. Le
modèle Géosphère
(à gauche).
Quel est votre premier marché ?
C’est celui des autres acteurs du luxe,
c’est la Chine. Mais nous nous différencions par le fait que le premier client de
Montblanc est un client local. Cela représente plus de 50 % de notre activité.
Aujourd’hui, en Chine et en Corée, plus
MONTBLANC, IWC, DIODE SA-D. HAYOUN/JAEGER-LECOULTRE, VACHERON CONSTANTIN
Nicolas Baretzki : « Le premier client
de Montblanc est un client local »
d’un tiers de nos ventes s’effectuent
auprès des 25-35 ans et l’on estime que
d’ici cinq ans, plus de 60 % du marché du
luxe sera réalisé auprès de cette tranche
d’âge. Nous allons développer également
l’axe digital. En Grande-Bretagne, 25 %
de nos ventes se font déjà par Internet. ■
Exclusif sans être excluant, le motto de cette 28e édition du SIHH ?
ENVOYÉE SPÉCIALE À GENÈVE
Ils sont jeunes, bardés des
meilleurs
diplômes
et
connaissent parfaitement les
rouages de Richemont pour
y avoir gravi les échelons
dans une ou plusieurs
marques. Il n’y a pas de
révolution à attendre de
cette nouvelle génération
de CEO qui a pris le pouvoir
cette année. Mais il est évident qu’ils ont tous été choisis pour répondre au rajeunissement de la clientèle des
montres de luxe et inscrire ces
marques horlogères aux âges canoniques dans l’air du temps.
Ainsi Christoph Grainger-Herr,
jeune président de 39 ans de la
marque IWC, intronisé, l’an dernier, par Georges Kern, qui dirigea
la marque pendant plus de quinze
ans avant de partir l’été dernier
chez Breitling, entre dans l’arène
en célébrant les 160 ans de l’horloger de Schaffhouse (Suisse
alémanique). On n’a jamais vu
de collection anniversaire
aussi pléthorique (vingthuit modèles différents),
mais l’ensemble est très séduisant, notamment grâce
à un détail commun : tous
les cadrans sont en laque,
apportant une élégante lumière veloutée aux montres.
« Notre histoire est unique, souligne Christoph Grainger-Herr.
Non seulement, la marque a été
lancée par un horloger américain
visionnaire de 27 ans qui - alors que
de nombreux Européens tentent leur
chance en traversant l’Atlantique fait le chemin inverse, attiré par
l’excellence du savoir-faire suisse.
Mais aussi car il a mis alors en place
la première fabrique industrielle
centralisée d’horlogerie, à une
époque où le travail était fait
par des artisans indépendants
qui œuvraient chez eux. »
Toutes ces éditions limitées 2017 (de quinze pièces
à 2000 pièces) s’inscrivent dans cette volonté
d’être exclusif sans être
excluant, avec des prix
s’échelonnant
de
4 650 euros pour la simple
Portofino automatique à
256 000 euros pour une Portugaise à tourbillon. Les collectionneurs seront sûrement séduits
par le modèle Hommage à Pallweber, dotée d’une heure et minutes
sautantes (voir page 27, à partir de
23 300 euros), inspirée d’une
montre de poche à affichage
digital datant de 1884. Pour les
inconditionnels de la marque,
la famille des Portugaises ne
compte pas moins de huit
déclinaisons allant d’un
tourbillon à une simple
trois aiguilles à remontage
manuel
(18 800 euros en or
rose, notre photo).
Chez
Vacheron
Constantin, Louis Ferla, CEO depuis avril dernier, imprime sa pâte
avec un stand plus
contemporain. Du côté des
collections également, la volonté de modernité s’affiche
avec le lancement de Fiftysix,
inspirée de la référence 6073
de 1956, et composée de trois
Vacheron
modèles déclinés en or et en
Constantin
acier. « Une montre de son
temps », martèle-t-il. C’està-dire ? Une montre destinée
à convaincre une clientèle
plus jeune. La trois aiguilles,
date, chic et sobre, deviendra - en acier - le premier
prix de la marque
(12 000 euros). Mais les
complications sont aussi de la partie, avec
une version dotée
d’un
calendrier
complet et des phases de Lune (à partir de
22 200 euros), ainsi
qu’une autre avec un jour
date et indicateur de réserve de marche (notre
photo, en acier, 17 900
euros). « Nous avons concentré nos efforts pour créer de la
valeur dans cette collection
simple en apparence mais dotée
IWC
de finitions irréprochables »,
défend Louis Ferla. Dans les
vitrines de ce maître de la
haute horlogerie - dans le giron de Richemont -, cela
saute évidemment plus facilement aux yeux avec
des modèles tels que
ces Métiers d’Art Les
Aérostiers célébrant
les cinq premiers vols
aérostatiques
en
France, à la fin du
XVIIIe siècle. Un ballon en or gravé semble en lévitation audessus d’un ciel en émail
plique-à-jour, sous lequel
un calibre automatique actionne des disques indiquant
l’heure et la date par affichage
digital (édition limitée à cinq
exemplaires dans chacune des
Jaeger-LeCoultre cinq couleurs, 144 000 euros).
C’est aussi « l’esprit de fabricant » que
Jaeger-LeCoultre veut mettre en avant.
« Il faut faire transparaître notre manufacture dans nos produits », explique son
nouveau président Geoffroy Lefebvre, un
quadra polytechnicien qui s’est penché
précédemment sur la stratégie industrielle du groupe Richemont puis a passé
trois ans chez Vacheron Constantin en
tant que directeur des opérations. Sur ce
SIHH 2018, en espérant le même succès
que celui de la montre de femme RendezVous lancée en 2012 et qui représente déjà
un tiers des ventes, l’horloger du Sentier
s’attelle à développer son offre sportive
avec la présentation de la ligne Polaris,
inspirée de la Memovox du même nom de
1968. Elle est proposée en deux tailles
(41 et 42 mm), deux couleurs de cadran
(noir ou bleu), trois aiguilles ou chrono-
graphe (à partir de 6 700 euros, notre
photo), auxquelles s’ajoutent un modèle
Memovox à sonnerie (12 800 euros) et un
chronographe équipé d’un worldtime
(soit un rehaut avec l’inscription des villes pour lire l’heure autour du monde,
14 400 euros). Une collection décrite
comme celle « de l’homme moderne en
action », une définition qui sonne comme
un motto pour son jeune CEO. ■
dîner grand siècle
Mercredi 24 Janvier 2018
En accord mets et grands vins de Champagne de la Maison Laurent-Perrier
Chef des Cuisines Stéphanie Le Quellec
Les frivolités
Noix de coquille Saint-Jacques en tartare iodé - Grain de Caviar
Champagne Laurent-Perrier La Cuvée en magnum
Foie gras de canard de Vendée doucement poché Bouillon de crevettes grises
Champagne Laurent-Perrier Brut Millésimé 2007 en magnum
Homard Bleu rôti aux épices Thaï - Jus corsé des têtes
Champagne Laurent-Perrier Alexandra Rosé 2004 en magnum
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Suprême mijoté “Albufera” - Truffes noires
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mardi 16 janvier 2018
32
IMMOBILIER
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Un bon début d’année à Boulogne
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chaque semaine dans le Figaro.
Chaque semaine, quatre professionnels de l’immobilier s’expriment sur un marché et présentent une sélection de biens.
Aujourd’hui, un solide marché du « 92 », dont l’activité s’annonce aussi forte que l’an dernier.
Par Nelly Chevais
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Les prix élevés et l’offre inférieure
à la demande, voire en pénurie depuis un an et demi, assurent des conditions optimales
de revente sur le marché boulonnais. Dans le nord,
nous venons ainsi de conclure deux transactions haut
de gamme à plus de 12 000 €/m2. Cet appartement
d’angle peut se prévaloir d’un prix pratiquement
identique en raison de son adresse face au bois de
Boulogne et du luxe de sa rénovation. Les copropriétés de Boulogne sont assez disparates, mais celle-ci
est réellement de standing.
KARY NOËL
VANEAU BOULOGNE :
Ce marché a connu une belle activité en 2017, les acquéreurs étant
prêts à payer le prix. En découle une hausse importante des valeurs dans les quartiers prisés du nord et
du centre, où les moyennes atteignent respectivement 8700-9200 €/m2 et 8200-8500 €/m2. Moins
recherché par les Boulonnais, le sud affiche les prix
les plus bas. Cet appartement conjugue deux critères
demandés : emplacement dans Boulogne nord et bel
ancien « bourgeois », rare dans la ville, dont beaucoup d’immeubles datent des années 60/70.
LOCALISATION :
Boulogne nord/
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L’activité immobilière boulonnaise
reste soutenue, mais nous venons
d’assister à deux refus de crédit, qui pourraient anticiper davantage de réticence des banques ? En majorité familiale, la clientèle apprécie les bonnes
infrastructures scolaires et, dans cette partie de la
ville, la proximité du parc de l’île Saint-Germain.
Pour autant, peu de biens offrent une surface extérieure, comme ce duplex en rez-de-jardin. Avec
deux terrasses et cinq chambres, il s’apparente facilement à une maison de famille.
LOCALISATION :
Jean Jaurès
SURFACE : 158 m2,
2ème étage,
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PRIX :
1 580 000 €
CONTACT :
01 46 04 60 60
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hôtels particuliers sont assez
nombreux et s’alignent le long de jolies rues résidentielles. Leurs grandes superficies justifient des
prix élevés jusqu’à 8 millions. L’avantage de ce duplex au rez-de-jardin d’un hôtel particulier est de
minorer ce prix en gardant un esprit « maison »
et un jardin privatif. Sur des budgets de 1,5 à
3 millions, notre clientèle se décide vite, car l’offre
se raréfie. Ce début d’année est très actif, particulièrement pour les appartements familiaux
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1 580 000 €
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LOCALISATION :
Boulogne nord/
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SURFACE : 285 m2,
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3 100 000 €
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AVIS À NOS LECTEURS - MENTIONS LÉGALES
Toutes les annonces qui ne comprennent pas la mention
« Part. » pour les particuliers ou « Agents Co. » pour les agents
commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
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LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
TÉLÉVISION
33
La revanche de Poutine
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Dans leur documentaire, les journalistes américains Michael Kirk et Mike Wiser proposent une plongée
méticuleuse mais assez manichéenne dans l’univers de l’après-guerre froide.
Homards
à tuer
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
France 5 | 20 h 50 | Dimanche
P
ris sur la carte dimanche soir,
ce : « Homard : les pinces
de l’Atlantique », un
documentaire fort bien troussé
sur le décapode le plus prisé, le plus
précieux qui soit. Faut bien le dire,
ce crustacé est sacrément carrossé,
royal. Une voix off nous renseigne
sur le caractère de la bestiole
pas facile : « Solitaire, fière et
belliqueuse, elle est la reine en mer et
dans nos assiettes. Longtemps, elle
est restée un produit de luxe que l’on
rêvait les jours de fête, aujourd’hui,
tout le monde en pince pour elle. »
Les Français en auraient consommé
4 500 tonnes l’année dernière. La
pêche sur nos côtes ne suffit plus.
Alors nous avons appris que nous
importons du homard des ÉtatsUnis ou du Canada, premier
producteur mondial. Là-bas
on s’en goinfre, on se le tartine
en sandwiches, « lobster rolls ».
Oublions l’Homarus Americanus,
dégustons l’Homarus Gammarus,
ce homard bleu breton à la chair
incomparable, pas du chewinggum, et soupons d’une bonne
bisque - têtes et carapaces
broyées - toute droite sortie
d’une conserverie de l’île de Groix.
Une dernière chose : quelques
conseils de découpage du regretté
Jean-Pierre Coffe. À vous de jouer :
« Posez le homard à plat, la tête
dans votre direction. Enfoncez
un couteau pointu dans les antennes
pour l’insensibiliser, et séparez
rapidement la tête de l’abdomen.
Détachez les deux pinces puis coupez
la tête en deux dans le sens de la
longueur. Enlevez la poche à graviers
située dans la tête à l’aide d’une
cuillère à café et retirez le corail.
Tronçonnez l’abdomen en suivant
les articulations de la carapace avec
précaution pour ne pas la casser. »
Si cela vous paraît barbare,
histoire d’anesthésier la bestiole,
placez-la 15 minutes au congélateur
avant de la découper. Voilà,
le plus dur est fait. Maintenant
cuisinez l’Homarus Gammarus.
À l’armoricaine, of course.
ladimir Poutine est un ancien espion soviétique rancunier qui n’a jamais digéré
les manœuvres des ÉtatsUnis pour faire chuter
l’URSS et qui, durant dix-huit ans, n’a
eu de cesse de ruminer sa vengeance.
Celle-ci aboutira au piratage, par les
hackers russes, du Parti démocrate, et à
une campagne de désinformation menée par des médias russes qui aboutiront en 2016 à la chute de l’ennemie
Hillary Clinton et à la victoire du milliardaire républicain, Donald Trump.
Telles sont en tout cas la thèse et la trame qui sous-tendent le documentaire de
deux heures diffusé ce soir sur Arte, intitulé Poutine contre les États-Unis (son
titre original est La Revanche de Poutine). Ce reportage américain de Michael Kirk et
Mike Wiser, malheureusement trop manichéen, offre une plongée
○○¡¡
méticuleuse dans cet
univers de post-guerre froide, qui a suivi l’accession au Kremlin, en 2000, d’un
obscur officier du KGB, par la grâce d’un
Boris Eltsine miné par la maladie.
La première partie du documentaire
retrace avec beaucoup de soin la consolidation du pouvoir de Vladimir Poutine
qui va concomitant avec les soubresauts
des révolutions arabes et post-soviétiques, et l’exacerbation des liens entre
Moscou et Washington. Elle montre notamment la future candidate démocrate
Hillary Clinton se réjouir en direct de la
mort du leader libyen Kadhafi, dont elle
visionne le lynchage sur son téléphone
portable. La scène est censée cristalliser
la thèse, que l’on devine ancrée dans la
tête du président russe, selon laquelle
les États-Unis se cachent derrière tou-
V
20.50
Affiche de campagne de Vladimir Poutine pour l’élection présidentielle russe qui aura lieu le 18 mars.
tes les révolutions démocratiques.
« Poutine craint que la Russie ne soit le
prochain pays sur la liste », expliquent
les auteurs du documentaire.
« Combat existentiel »
Engagé dans un « combat existentiel »
contre l’Amérique, selon les mots de
l’ex-conseiller à la sécurité intérieure,
Thomas Graham, le Kremlin va porter
un coup décisif à son ennemi occidental
en ordonnant une cyberattaque audacieuse et dévastatrice contre le parti
d’Hillary Clinton qui, durant la campagne, a traité Poutine de « brute ». Les
documents piratés compromettants seront opportunément dévoilés par WikiLeaks à un moment clé de la campagne.
À défaut de fournir des révélations corroborant les accusations des services de
renseignement américain, le documentaire décrit bien la gestion chaotique
par Washington de la crise et les atermoiements de Barack Obama devant
cette provocation russe inédite. Poutine
est comme « ces caïds de cours d’école
qui ne s’arrêtent pas tant qu’on ne les a
pas fait saigner du nez. Une petite hémorragie des fosses nasales lui aurait fait
du bien », explique tardivement le pa-
OLGA MALTSEVA/AFP
tron de la CIA de l’époque, John Brennan. Celui-ci était partisan d’une riposte musclée de la Maison-Blanche qui ne
viendra jamais.
La revanche de Poutine s’est révélée
un succès, selon ce documentaire malheureusement condamné au manichéisme, car s’appuyant sur les seules
sources – américaines – de l’accusation. La description, notamment, du
savoir-faire cybernétique russe, y est
totalement négligée, ne laissant au téléspectateur d’autre choix que de méditer, in fine, sur le devenir politique de
la présidence Trump. ■
On n’est pas sorti de l’auberge
PDG désavoué, Pierre Arditi prend la clé des champs pour un résultat décevant.
BLAISE DE CHABALIER
bdechabalier@lefigaro.fr
a déception est d’autant plus
grande que le téléfilm de Jacques
Santamaria, Quelque chose a
changé, diffusé ce soir sur France 3, commence très bien. Visage fermé, regard froid, Pierre Arditi apparaît d’abord épatant dans le rôle du PDG
d’un grand groupe mis en minorité par
son conseil d’administration. Cet homme
de pouvoir implacable, Louis-Regis Dupont Moreau, surnommé « le roi du monde » par ses employés (LRDM, ce qui correspond à ses initiales !), est aux abois.
Comment va-t-il réagir ?
L
LE BUZZ TV
Invité : Pierre Arditi
Interviewé par Nicolas Vollaire
et Damien Canivez, aujourd’hui sur :
Pierre Arditi dans Quelque chose a changé.
MANUELLE TOUSSAINT/TELECIP/FTV
MOT S C ROI S É S
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4624
HORIZONTALEMENT
VERTICALEMENT
1. Prennent tout à la blague. - 2.
Aussi toxique que sa cousine
la petite ciguë. - 3. Sèchement
dépossédée du ballon. - 4. Crie un
ordre. Nous dispense du code. - 5.
Élément de chaîne. Il est vraiment
gonflé. - 6. Détiennent. Blé jaune
fané. - 7. Ortie marine. - 8. Sa capitale est Zhengzhou. - 9. N’est
plus sous-développé. - 10. Imite
Pierre. Académie d'artistes. - 11.
Louée sans retenue. - 12. Ils pouvaient crier aussi fort que cinquante
guerriers.
1. Solitaires au bord de l’eau. - 2.
La preuve qu’on apprécie le canard.
- 3. Mouille page après page. - 4.
Laisse des traces. Biribi, c’est de
lui. - 5. Un de Troie. Est toujours à
la limite. - 6. A connu des épisodes
sanglants avec les Navajos. Frère
du capucin. Direction. - 7. Antigène.
Piquer au vif. - 8. Fait montre
d’obséquiosité. Rectifiés.
1
2
3
4
5
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4623
VERTICALEMENT 1. Instigatrice. - 2. Nikolaï Gogol. - 3. Sain. Revenus.
- 4. Ti. Seau. nalÉ. - 5. ASA. Latran. - 6. Berbère. Gêne. - 7. Lute. Este.
Tu. - 8. Exerce. Enter.
3
4
5
6
7
8
BR I D G E
PROBLÈME N° 2742 :
Veiller sur le mort
A 10 9 6
A4
AR98762
N
O
E
S
RDV4
D V 10 2
5
RD72
6
7
HORIZONTALEMENT 1. Instable. - 2. Niaiseux. - 3. Ski. Arte.
- 4. Tons. Ber. - 5. Il. Été. - 6. Gara. Rée. - 7. Aïeules. - 8. TGV. Té. - 9.
Roentgen. - 10. Ignare. - 11. Coulante. - 12. Elseneur.
2
Nous sommes un vendredi, et le
téléfilm se déroule sur un week-end.
Tout semble en place pour qu’une
comédie certes classique, mais efficace,
se mette en place. On suit le grand patron, assis à l’arrière de sa berline, alors
qu’il demande à son chauffeur de le déposer à la gare de Viroflay… Craignant
que son employeur ne décide de se jeter
sous un train, Lucien convainc Dupont
Moreau de remonter en voiture et de se
mettre au vert dans une auberge de campagne, à une heure de Paris.
Malheureusement,
après dix minutes prometteuses, tout se gâte.
L’idée amusante de faire
○¡¡¡
de l’aubergiste, jouée par
9
10
11
12
Contrat : Sud joue 6 Piques.
Entame : Valet de . Indice :
il vous faut surmonter
l’éventuel partage 4-1 des
atouts et des .
Évelyne Bouix, l’ex-femme du PDG qu’il
retrouve par le plus grand des hasards,
est tellement mal amenée, sans suspense,
qu’elle tombe à plat.
L’amour en cuisine
Et la façon dont Dupont Moreau est caricaturé en polytechnicien incapable de faire quoi que ce soit de ses dix doigts, manque totalement de finesse et ne fait pas
rire. Quant à l’histoire d’amour censée
naître entre le chef d’entreprise et la cuisinière de l’hôtel, elle n’est jamais crédible.
Au bout du compte, le
scénario et les dialogues
n’engendrent pas les scènes justes et drôles qu’on
aurait tant espérées. ■
20.55
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2741 :
À un détail près
Contrat : Sud joue 6 Piques.
Entame : 9 de (après une certaine réflexion). Est fournit
le 3 et vous prenez de l’As.
La présence du 8 au mort vous indique qu’Ouest a entamé
dans un doubleton.
Voici ce qu’a fait le déclarant : il a tiré un tour d’atout puis
dûment présenté le Roi de . Est a pris de l’As et rejoué la
Dame de prise du Roi. Sud a ensuite encaissé un second
tour d’atout (le Valet apparaissant à droite), précaution visant
à « limiter les chances d’une coupe adverse » (sic), avant de
poursuivre par Dame-Valet de (défausse d’un du mort),
pour le Roi, pour l’As et coupé. Jusque-là, tout allait
bien mais il ne restait plus que du au mort et il fallait donc
rejouer de la couleur pour revenir en main et purger le dernier
atout. Ce qui se produisit n’eut rien de surprenant. Ouest
surcoupa le troisième tour de . Une de chute.
Le déclarant avait bien joué, à un détail près. Il ne devait
pas donner un deuxième tour
10 7 5
d’atout, justement à cause de
R86
la menace de surcoupe à .
86
87652
Ainsi, après avoir coupé un ,
V4
il serait resté un atout au mort 9 8 2
N
grâce auquel il aurait pu com- D 7 5 2 O E V 10 4
10 4 3 2
A975
S
muniquer directement avec sa 9 4
D V 10 3
main pour ôter le dernier atout
ARD63
adverse.
A93
RDV
AR
A
« Le doc du dimanche »
mardi 16 janvier 2018 LE FIGARO
34 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Marcel
Soleil: Lever 08h37 - Coucher 17h21 - Pleine Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.45 C’est Canteloup. Divertissement.
19.20 N’oubliez pas les paroles !
20.00 20 heures 20.40 Vu 20.50
Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport
20.10 Le journal du Dakar. Magazine
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
19.40 Nos chers voisins. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
21.00 Joséphine, ange gardien
21.00
20.55
20.55
Film. Science-fiction
Magazine. Actualité
Film TV. Comédie dramatique
MATIN
4
Série. Comédie. Fra. 2003. Saison 7.
Avec Mimie Mathy. Sens dessus
dessous. Joséphine est chargée de
veiller sur Pauline, une jeune styliste
spécialisée en lingerie féminine.
100
6
7
6
4
8
7
5
6
10
9
22.50 Joséphine, ange gardien. Série
0.45 Confessions intimes. Mag.
7
8
5
9
8
11
6
10
70
Star Wars : épisode 6 Le retour du Jedi
EU. 1983. Réal. : Richard Marquand.
2h07. Avec Mark Hamill, Carrie
Fisher. Le jeune Jedi Luke Skywalker
et ses amis vont tenter de réduire à
néant les projets de l’Empire.
23.25 Star Wars : épisode 5 L’Empire contre-attaque Film.
Avec Mark Hamill, Harrison Ford.
Cash investigation
Présentation : Élise Lucet. 2h19.
Produits laitiers : où va l’argent
du beurre ? Inédit. Enquête sur le
marché des produits laitiers, qui est
est évalué à 27 milliards d’euros par
an en France.
23.15 Revenantes Documentaire.
Inédit 0.35 Débat 0.50 Au nom du
père, du fils et du jihad. Doc.
8
Quelque chose
a changé
3
6
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Mag.
12
6
9
6
20.50 Angkor dévoilée
Fra. 2017. Réal. : J. Santamaria. 1h39.
Inédit. Avec Pierre Arditi, Evelyne
Bouix. Harcelé par les médias, le président d’un grand groupe industriel
trouve refuge dans une auberge.
Doc. Société. GB. 2015. Réal. : Nick
Green et Ben Lawrie. 1h25. Le récit
de la plus vaste mission archéologique jamais menée sur Angkor, cité
mythique du Cambodge.
22.35 Grand Soir/3 23.20 In situ
Magazine 0.10 Sardou, le film de sa
vie. Documentaire.
22.15 C dans l’air 23.25 C à vous 0.20
C à vous, la suite. Magazine.
8
7
10
9
10
10
8
70
8
APRÈS-MIDI
7
100
9
20.45 Canalbis (C). Divertissement 20.55 Catherine et Liliane (C).
Divertissement.
19.00 Dans la peau d’un grizzly. Série
documentaire. Pas si bête 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45. Prés. : Xavier de Moulins
20.25 Scènes de ménages. Série.
21.00
20.50
21.00
Film. Drame
Documentaire. Politique
Divertissement
8
7
9
10
19.00 The Big Bang Theory. Série.
Avec Kunal Nayyar. (4 épisodes).
10
8
11
11
10
9
11
8
11
20.55 Le dernier Cheyenne
10
12
Film. Western. EU. 1995. Réal. : Tab
Murphy. 1h50. Avec Barbara Hershey. Trois détenus s’évadent. Le
shérif Deegan lance à leurs trousses
le chasseur de primes Lewis Gates.
10
11
11
14
80
12
14
23.10 En territoire ennemi 4 : opération Congo. Film TV. Guerre.
12
12
16
17
16
13
14
16
16
70
18
19.00 Highway Thru Hell Norvège.
En pleine tempête - Sortie de route.
Chez nous
Réal. : Lucas Belvaux.
1h58. Inédit. Avec Émilie Dequenne,
Catherine Jacob. Une femme se présente aux élections municipales de
sa petite ville sous les couleurs d’un
parti d’extrême droite.
22.55 Tchi tcha 23.45 Le divan
de Staline
D r a m e 1.15 Fais de
beaux rêves. Film. Drame.
Poutine contre les USA
EU. 2017 (1 et 2/2). 1h45. La Russie
et les élections US. Inédit. Comment
la Russie s’est-elle immiscée dans les
élections américaines en faveur de
Donald Trump ? - Un assaut contre la
démocratie nord-américaine. Inédit.
22.35 Entretien 22.55 Président
Trump Doc. 23.50 Trump, mon nouveau président. Documentaire.
16
T (en °c)
20.50 Alaska Express
Patron incognito
1h45. Xavier Bornhauser, directeur
des agences Demeco. Inédit. Pendant trois jours, Xavier Bornhauser,
patron des agences Demeco, va
se faire passer pour un intérimaire
auprès de trois de ses salariés.
Série doc. Aventures. EU. 2014.
1h50. Invasion ! Inédit. L’équipe
doit libérer la voie d’un train chargé
de matériel militaire. - Tremblement
de terre. Inédit.
22.40 Alaska Express. Série documentaire. Curieux locataire ! - T.N.T.
22.45 Patron incognito Divertissement. Yves Guattari, P-DG de la
chocolaterie Monbana.
<-10 à 0
20.05 Les Simpson. Série. Les
muscles de Marge - La foi d’Homer.
18.50 Les princes et les princesses
de l’amour. Téléréalité.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 90’ enquêtes
21.00 Bones
21.00 P.R.O.F.S.
Magazine. Société. Présentation :
Carole Rousseau. 2h55. Alcool,
chauffards, gang de voleurs : les
gendarmes de Bretagne sur tous
les fronts. Inédit.
Série. Policière. EU. 2012. Saison 8.
Avec Emily Deschanel. 2 épisodes.
Une femme retrouvée carbonisée
était une «survivaliste» et se préparait pour l’Apocalypse...
Film. Comédie. Fra. 1985. Réal. : Patrick Schulmann. 1h35. Avec Patrick
Bruel. Frédéric, jeune professeur de
lettres révolté et subversif, arrive
dans un nouveau lycée.
23.55 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
22.40 Bones. Série. Avec David
Boreanaz. (3 épisodes).
23.00 Gens du voyage : plongée au
cœur d’une communauté…
SU DO KU
GRILLE 2390 FACILE
8
9
4 6
3 1
2
5 4
COURSES
2
4
1 6 5
3
9 7
8
6
3
6 9
8
7 5 4
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
B
H
A
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A
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A
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DOMPTA
3/5
5/7
5/9
10/13
7/13
2/4
4/6
9/10
3/13
BOUCHON
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
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LIVE 24/24 SUR
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L’ARBRE
PEUPLE
DES
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ALBUM
ILLUSTRÉ
SCINTILLE
MILLILITRE
LIMITE
FIS LE
VIDE
ERBIUM
AU LABO
SURFACE
À ENTRETENIR
POUR MOI
ON CONSOMME À
SON
COMPTOIR
ARGILE
ANTIQUE
GROSSE
POUTRE
BON
PORTEUR
C’EST
BIEN PEU
HOMME DU
MAGHREB
MAGICIENNE
AINSI
SOIT-IL
BANDAGE
DE ROUE
FAIT
L’ARTICLE
À RABAT
DU VISAGE
MÊME PAS
COURTVÊTU
ELLE
DONNE
DES
VISIONS
10/13
FORCE 2
IL A
TOUJOURS
UN BON
PLAN
PAYS
D’EILAT
PLUTÔT
EXCESSIF
VENDREDI
3/7
0.40 Tiny House : mini-maison à
emporter. Téléréalité.
10/14
1/5
-1/1
11/16
0/5
9/16
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
5/9
9/12
0/5
3/8
9/11
4/6
-1/5
4/6
0/3
3/9
8/14
JEUDI
2/6
6/9
MOTS FLÉCHÉS N°1870
Chaque jour un peu plus difficile
9 6
2
5
8
5
2 4
8
7 9
1
3
Film. Péplum. EU. 1955. Réal. : Cecil B.
DeMille. 3h39. Avec Charlton Heston. Écarté du pouvoir en Égypte
puis exilé par Pharaon, Moïse décide
de délivrer le peuple d’Israël.
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 Les dix commandements
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
9/14
5/14
4/7
2/4
3/6
8/16
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
PREND
EN
REMORQUE
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SANS
RÉACTION
APPARENTE
PREMIÈRE
ÉPOUSE
DE JACOB
JETER
DE L’HUILE
SUR LE FEU
SUIVI
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LE FIGARO
mardi 16 janvier 2018
35
Tristane Banon,
écorchée vivante
Marion Galy-Ramounot
mgalyramounot@lefigaro.fr
ever look back, never think twice. » Ne jamais regarder en arrière, ne jamais réfléchir à
deux fois. Les mots tatoués à 22
ans autour de son menu poignet ont disparu. Ceux-là,
avec tous les autres. « Je suis
en travaux », sourit-elle en
retroussant les manches de son sweatshirt noir à capuche floqué « Paris_Obsession ». « La marque
d’un copain », créée après les attentats de 2015, en
hommage à la ville de l’amour.
Tout, chez Tristane Banon, transpire aujourd’hui
la recherche de bienveillance. À commencer par
son petit intérieur de la banlieue de l’Ouest parisien, parfumé à la bougie musc, et son dernier
« feel-good » roman. L’histoire d’un coup de foudre entre un bébé et l’homme qui deviendra son
père. Récit autobiographique, bien sûr. Son ancien
compagnon, le footballeur Pierre Ducrocq, l’a quittée au moment de la naissance de leur fille, en 2015.
Trois mois plus tard, un autre Pierre est venu
créer « cette cellule familiale spontanée », pour finir
par adopter Tanya, à tout juste 1 an. « Mais ce livre
n’est pas une thérapie, insiste la romancière. Il n’y
avait pas de revanche à prendre. C’est une belle histoire que je raconte. » De ces belles histoires plutôt
N
«
FRÉDÉRIC MONCEAU/ROBERT LAFFONT
SUCCÈS À 38 ans, la journaliste qui avait porté
plainte, en 2011, contre Dominique Strauss-Kahn pour
tentative de viol vient d’écrire un roman. Et observe
avec intérêt le tsunami qui a suivi l’affaire Weinstein.
polémique, je veux le partage du pouvoir, je veux
rares, dans la vie de Tristane Banon. En 2004, son
qu’après le droit à l’avortement et au chéquier, la
premier livre (J’ai oublié de la tuer) racontait son enfemme obtienne le droit à la liberté.» Pour autant, elle
fance difficile, bébé délaissé par son père (l’homme
ne veut pas comparer son cas à ceux de ces femmes
d’affaires franco-marocain Gabriel Banon), fillette
qui, pour la plupart, « ont eu affaire à des hommes
abandonnée par sa mère (l’élue PS Anne Mansouret)
plus mal élevés qu’autre chose. Dans la déferlante Baaux mains d’une nounou qui la bat. En 2011, qui a
lance Ton Porc, nous parlons d’actes
oublié la frêle journaliste de 32 ans
qui, majoritairement, ne tombent pas
portant plainte contre Dominique
sous le coup de la justice. »
Strauss-Kahn pour tentative de viol ?
Les faits remontent au 11 février
2003, lors d’une interview avec l’anÉpuisement médiatique
cien ministre des Finances. C’est
1979
quelques semaines après l’explosive
Tristane Banon l’a eu, son tribunal.
Naissance à Neuilly-suraffaire du Sofitel. La jeune Tristane
« Le retour sur les faits pendant plus
Seine (Hauts-de-Seine)
Banon plaide sa cause les cheveux
de trois heures d’audition à la police,
2000
brushés et les cernes visibles. « Phyles suites de l’affaire, les proches interDiplôme de l’École
siquement, je n’en pouvais plus. » Une
rogés, les conséquences professionnelsupérieure de journalisme les… » Elle l’a eu, son statut de victioverdose réciproque. À force de surde Paris (ESJ)
médiatisation de l’affaire, la victime
me. « DSK a été reconnu comme un
2004
en est devenue imparfaite. Incompriagresseur sexuel, j’avais obtenu ce que
Parution de son premier
se, même.
je voulais », résume-t-elle. Un seul
roman, J’ai oublié de
À l’époque, le mouvement #metoo
petit regret : « Ne pas m’être constila tuer (Anne Carrière)
n’existe pas encore. « Cela aurait
tuée partie civile (ce qui aurait auto2011
sans doute été plus simple aujourd’hui,
matiquement déclenché la saisine
Dépôt de plainte pour
au niveau de l’accueil des médias et du
d’un juge d’instruction, NDLR), pour
tentative de viol contre
public, en tout cas. Je n’aurais peutque tout cela serve plus aux autres
Dominique Strauss-Kahn
être pas vu des gens me cracher dessus
femmes. » L’épuisement médiatique
2015
dans la rue. Les journaux ne
était trop lourd. « J’ai dit à mon avoNaissance de son premier cat (Me David Koubbi) “ j’ai donné
m’auraient probablement pas traitée
enfant, Tanya
de déséquilibrée, quand ce n’était pas
mes 20 ans à cet homme - j’avais 23
2018
cinglée totale ou pire. » Aujourd’hui,
ans quand c’est arrivé -, je ne veux pas
Publication de Prendre
il y a le hashtag #balancetonporc et la
lui donner mes 30 ans ”.
un papa par la main
tribune du Monde. « Je ne veux pas
Alors après un appel à manifesta(Robert Laffont)
d’une guerre des sexes, réagit-elle à la
tion contre « le viol et la violence fai-
Bio
EXPRESS
te aux femmes », le 24 septembre 2011 à Paris, elle a
claqué la porte. « Un jour il faudra que j’explique à
ma fille : “Maman n’est pas allée plus loin parce
qu’elle était fatiguée.” C’est compliqué comme justification. »
Plus que pour la récupération, Tristane Banon a
sans doute opté pour la reconstruction. « J’ai appris
à gérer mes névroses, ou plutôt à les connaître, à
faire attention à ne pas être dirigée par elles »,
confie-t-elle après un furtif coup de téléphone de sa
mère - « vous voyez que l’on se parle toujours ! ».
À 38 ans, Tristane Banon veut être cette femme
nouvelle, qui a pardonné à une mère absente - partie s’installer en province quand sa fille avait 14 ans
et demi et une chambre de bonne à Paris. Une femme qui ne veut plus être victime de son image
d’écorchée destroy - « je n’ai jamais touché une cigarette et je dois boire une coupe de champagne par
an » - et a trouvé l’apaisement dans la maternité.
« Je suis en grande mutation intérieure », avoue-telle. Elle a d’ailleurs récemment repris les cours de
théâtre - vingt ans après avoir suivi le cours Florent -, abandonnés pour les piges et la politique.
«Le journalisme est devenu très compliqué pour
moi depuis 2011, et n’écrire que des livres ne me suffit
pas. J’aime le travail d’équipe, j’aime le contact des
gens. Je n’ai ni prétention ni vocation à devenir un
jour Isabelle Adjani, mais faire des petites choses,
jouer des petits rôles qui me nourrissent, dans des
pièces où il y a une place à prendre, pourquoi pas. »
Pourquoi pas, aussi, écrire la biographie « autorisée » de Carla Bruni. « Je la trouve exceptionnelle,
fascinante, intelligente. Et puis j’adore les gens qui ont
eu plusieurs vies. » La sienne commence tout juste. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Quand Sylvain Maillard raconte sa première question
au gouvernement
Séquence émotion. Le député LREM ne risque pas d’oublier sa première
question au gouvernement sur la formation professionnelle des détenus.
C’était le 20 décembre dernier : « Je suis chef d’entreprise. J’ai l’habitude
des prises de parole. Mais là, à l’Assemblée, c’est différent. La pression est forte.
C’est incroyable. J’avais le sentiment d’être à la verticale de l’Hémicycle,
j’imaginais que j’allais être englouti, le sol se dérobait comme si j’allais tomber. »
Proche de lui dans la travée, Manuel Valls croise son regard, surprend
son malaise et joue le grand frère : « Respire. Respire profondément, ça va le faire,
ne t’inquiète pas. » Et… ça l’a fait ! Pas question pour le nouvel élu d’oublier
ce moment de bienveillance politique !
Plus que des cartes postales,
écrivez une histoire
Quand vous partez avec Les Maisons du Voyage
vous êtes préparé à découvrir une approche
culturelle unique. Les conseillers mettent
leur connaissance de la destination à votre
service pour vous permettre de vivre
des face-à-face toujours plus authentiques.
Sous l’impulsion de Babette
de Rozières, la fondatrice du Salon
de la gastronomie des outre-mer
(Sagasdom) et conseillère régionale
d’Ile-de-France, la troisième
édition de ce rendez-vous festif
aura lieu du 2 au 4 février,
au Parc des expositions, porte de
Versailles, à Paris. De nombreux
chefs, dont le triple étoilé Yannick
Alléno, et quelque 120 exposants
seront de la partie. Cette année,
c’est la Polynésie française qui sera
à l’honneur de cet événement, qui
est également ouvert à toutes les
cuisines du monde francophone.
Le premier réseau des
entrepreneurs de croissance,
fondé en 1997, va publier ces
jours-ci un document intitulé
« Le sens des réformes ». Une
contribution à la réflexion sur
la modernisation de la France.
Sont notamment passées au crible
les ordonnances modifiant
le Code du travail, le budget 2018,
les projets visant à bouleverser
la formation professionnelle
et l’apprentissage. Une série
de recommandations pour
faciliter la vie des entreprises
sont également formulées.
CONFÉRENCE - DÉBAT
Le romancier publie au début du mois de janvier Une vie sans fin
(Grasset) un roman sur l’éternelle jeunesse, le transhumanisme,
la « mort de la mort ». C’est drôle et profond, parfaitement
documenté et tout à fait romanesque.
FRÉDÉRIC BEIGBEDER
LUNDI 12 FÉVRIER 2018 - 20H00
SALLE GAVEAU 45-47 rue La Boétie, 75008 Paris
TARIF : 25 €
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A
ICI COMMENCE L’AILLEURS
Les réformes vues
par CroissancePlus
« ET SI NOTRE VIE
NE S’ARRETAIT JAMAIS ? »
F. Beigbeder © Lucien Lung / Le Figaro
Eric Laforgue
maisonsduvoyage.com
01 84 25 96 14
La gastronomie d’outremer à l’honneur
À VOIR ET À REVOIR
DU 17 AU 23 JANVIER 2018
& LES RÉDACTIONS DU GROUPE FIGARO
Blade Runner 2049
d e O l i vi er Nakache & E r i c To l edano
de Barry Jenkins
Visages, villages
Patients
Et les mistrals gagnants
Barbara
de Agnès Varda et jr
de Grand Corps Malade
de Anne-Dauphine Julliand
de Mathieu Amalric
Mo i , m oche e t m éc han t 3
120 battements par minute
de Christopher Nolan
de Pierre Coffin & Kyle Balda
Au revoir là-haut
de Albert Dupontel
de Hubert Charuel
ValÉrian et la cité des mille planètes
il a dé jà tes yeux
L a L a Land
DE L ucien Jean-Baptiste
de Damien Chazelle
Numéro Une
de Tonie Marshall
de Robin Campillo
ô tez-mo i d’un d o ute
de Carine Tardieu
Faute d’Amour L’intelligence des arbres
de Andrey Zvyagintsev
UGC CINE CITE – RCS de Nanterre 347.806.002 – 24 avenue Charles de Gaulle, 92200 Neuilly-sur-Seine
Moonlight
Le sens de la fête
de Denis Villeneuve
de Julia Dordel & Guido Tölke
Le Caire confidentiel
de
Tarik
Saleh
The Square
de Ruben Östlund
de Michel Hazanavicius
de Kathryn Bigelow
LA
PLACE
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