close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

kadmos-1969-0107

код для вставкиСкачать
CLAUDE B R I X H E
L'ALPHABET ÉPICHORIQUE DE SIDÉ
1. La découverte, à Sidé, de deux nouveaux textes épichoriques1
a renouvelé récemment l'intérêt porté à une langue qui fut parlée
ou comprise dans cette cité au moins jusqu'au I I e siècle avant
notre ère. Elle a également permis de constater que le déchiffrement
proposé par H. Th. Bossert2 et consolidé par W. Brandenstein8
était loin d'être achevé ; pour s'en persuader, on pourra se reporter
à l'excellent article que G. Neumann vient de publier dans cette
même revue4.
Nous n'entendons pas reprendre ici la question dans son ensemble. Nous voudrions nous attacher aux seuls problèmes posés
par l'écriture, son origine, son évolution, pour autant qu'on puisse
les entrevoir. Certes, en l'état actuel du déchiffrement, l'entreprise
pourra paraître prématurée, car de nouvelles trouvailles risquent
de venir infirmer nos hypothèses; mais, comme trois des quatre
textes connus ont été trouvés fortuitement et que les archéologues
turcs qui fouillent à Sidé semblent décidés à abandonner le site,
combien de temps devrons-nous attendre la prochaine découverte?
2. On sait que les documents en notre possession s'étalent de la
fin du Ve siècle au I I e siècle a.-C. Il s'agit: a) de deux statères
persiques de la fin du V e siècle, sur lesquels C. T. Seltman a cru
lire, au droit, une légende abrégée:
pour la pièce la plus an1 En 1964, cf. G. E. Bean, Side Kitabeleri (Türk Tarih Kurumu Yaymlarindan,
V. seri, no. 20), Ankara 1966, p. 74, no. 193 et fig. 88. Étude par Muhibbe Darga,
Belleten 31, 1967, 49—66 (citée M. Darga)
1 Belleten 14. i960, 1—14 (texte allemand) et 15—29 (texte turc) = Parola del
Passato 6, 1950, 32—46 (cité simplement Bossert, suivi du no. de la page dans
Belleten); cf. J . et L. Robert, BuU. Epigr. 1961, p. 191, no. 218
» Minoica (Festschrift Joh. Sundwall), Berlin 1958, 80—91 (cité Brandenstein) ;
cf. J . Raison et Cl. Brixhe, Kratylos 6, 1961, 136 sq.
4 Kadmos 7, 1968, 76 sqq. (cité Neumann), auquel nous renvoyons pour la
bibliographie complémentaire. L'auteur nous a fait l'amitié de nous communiquer
la version primitive de son travail, ce dont nous le remercions ici bien vivement.
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
55
L'Alphabet épichorique de Sidé
LE RÉPERTOIRE
TEXTES
i
BOSSERT BRANDENSTEIN
MONNAIES
ti
h
t\
»
k
4
i>
K IS ?
» >>
f
Ici
P
P
P
P
P
U/O
0
0
0
I
1
1
0
»
n
n
n
n
n
1
i
i
1
I
X X X
u
u
u
A
r/l ?
r
r
r
r
4»
d
d
d
d
d
3?
z?
z?
s
z
a
a
a
a
a
m
m
m
m
•»
m
n
s
12
t
e?
13
b??
•»
14
IO
í
S
II
<
c
12
V
V
i'
T
14
Y
15
iJ
Ib
O
»
H
à?
?
e?
?
V
Y
O
O
1
19
N
f
17
IS
t
TT V H y H
N
13
S
20
A
A
?
21
22
s
k?
t*
t*
M
th
th
»
th
â?
•>
?
ä?
17
t
t
18
t
t
t
?
b?
b?
CONFONDU AVEC Nal
25
fc fc K
t
v\
?
CONFONDU AVEC Na2b
W
W
NON IDENTIFIÉ
e?
>
CONFONDU AVEC N»24
?
NON ENCORE CONNU
I
NON ENCORE CONNU
SS?
?
I
NON ENCORE CONNU
1
NON ENCORE CONNU
I
X
\
27
P
28
*
X
i
X
?
th
?
24
?
g
?
?
9
*
i
k?
io
g?
A
23
JO
NEUHANN
u
V
i
29
OARCA
o/u ?
y 9y
2b
SIDÉTIOUE
15
th
EXISTENCE MISE
EN DOUTE
•t
m ??
?
?
Ib
19
20
21
7
?•?
22
?
7
23
?
w
24
e
ë?
?
25
?
27
?
?
T?
•7
t
X?
t
?
2b
28
29
SO
Fig. 1
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
56
Claude B r i x h e
cienne, v y pour la plus récente*, b) d'une abondante série de
statères persiques qui, avec quelques variantes quant aux effigies,
couvre presque tout le IV e siècle et porte au revers une légende
généralement de neuf signes®, mais quelquefois de huit7 ; en un cas,
elle pourrait en avoir comporté dix8. Au droit et au revers apparaissent les monogrammes, dont il sera question au § 42. c) de quelques
bronzes du I I I e siècle, sur lesquels semble figurer le signe 7- 9 .
d) de deux bilingues gréco-sidétiques des I I e et III e siècles (auxquels nous donnerons avec G. Neumann les nos I et II) et de deux
textes récemment découverts (nos III et IV), qui, non accompagnés
d'une contre-partie grecque, sont gravés sur la même pierre et
appartiendraient au II e siècle (pl. I I ; transcription infra, p. 80).
Nous sommes en présence d'une écriture sinistroverse10. Avant
d'en examiner l'origine, il convient de se pencher sur les problèmes
posés par quelques signes.
3. Dans l'inscription I, 4® séquence, signe 3, H. Th. Bossert
(p. 10 et pl. 5), suivi par W. Brandenstein (p. 85 et tabl. p. 90) et
M. Darga (p. 58 et fig. 10), croyait reconnaître en ^ un caractère
particulier, auquel tous trois donnent le no. 19. En raison de sa
ressemblance avec le signe chypriote pour fie/be/phe ($), Brandenstein lui conférerait volontiers la valeur b. Ce serait là son unique
6 C. T. Seltman, A hoard from Side, The American Numismatic Society, Numismatic Notes and Monographs, no. 22, New York 1924, p. 3, no. 3, et p. 4, no. 6;
les photographies données pl. I et I I ne permettent aucune vérification.
' Pl. I, 1. Voir l'article récent de Sabahat Atlan et l'illustration qui l'accompagne, Kadmos 7, 1968, 67 sqq.
' Pl. I, 2, Cabinet de Paris, no. 1511 de la collection générale ( = E. Babelon,
Traité des monnaies grecques et romaines II, 2, Paris 1910, no. 1636, pl. C X L I I ,
16). Le 7* signe des légendes précédentes ( Tj) semble être absent; E. Babelon, qui
cite des légendes à 8 signes (op. cit., 935 sq.), parait donc avoir raison.
* V ers 380 apparaît une série assez peu abondante, avec, au droit, Athéna
tenaot une victoire et, au revers, Apollon tenant une petite branche d'olivier ou
de la urier dans la main droite et un arc dans la gauche. Sur les exemplaires connus
de nous, la légende est incomplète, une partie du coin étant tombée à côté de la
pièce; mais on peut se demander si initialement certaines pièces ne comportaient
pas 10 signes. Ainsi, sur la pièce no. 2761 de la collection De Luynes (Cabinet de
Paris, E. Babelon, op. cit. no. 1637, pl. C X L I I 18; J . Babelon, Catalogue de la
collection De Luynes, Monnaies grecques I I I , Paris 1930, 73, avec lecture erronée
de la légende), on voit nettement un ^ entre les 6* et 7 e caractères de la légende de
type normal: [ I V l ^ ^ M v A V ^ (ici pl. I. 3).
• Cf. BMC Lycia, p. 160, Sidé no. 69, pl. X X V I I I , 4: au droit, tête d'Athéna
avec casque corinthien; au revers, grenade avec, à gauche, _7\
10 Certaines légendes monétaires semblent être dextroverses, cf. C. T. Seltman,
op. cit. p. 4, no. 6, et E. Babelon, op. cit. no. 1638, pl. CXLII, 19 ( = J . Babelon,
op. cit. no. 2762, p. 73, avec lecture erronée).
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
Planche I
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
57
attestation. Or il serait étonnant que l'alphabet sidétique ait disposé d'un caractère formellement aussi proche du a
, no. 10)11,
avec lequel il ne pouvait pas manquer d'être confondu et nous
devons nous demander si nous n'avons pas affaire tout simplement
à un a avec un tracé à peine différent de celui que nous rencontrons
habituellement, à moins qu'il faille y voir la partie droite d'un l
(ordinairement K) dont les deux éléments n'auraient pas été soudéspar le graveur 12 . La séquence en question commencerait donc non
par mabzu- (W. Brandenstein ; M. Darga), mais par tnaazu-18 ou malu-.
4. Au droit d'un statère du IV e siècle (pl. I, 4)14, figure derrière
Athéna, un signe isolé: J (cf. S. Atlan, op. cit. 72); nous lui avons
donné le no. 23.
5. Dans les légendes monétaires, après le 4« signe, Bossert avait
cru voir un caractère composite: \ S (son no. 21); Brandenstein a.
eu le mérite d'y reconnaître deux signes 15 : un a ij, suivi d'un
autre caractère (no. 20 dans son tableau p. 90; no. 26 dans notre
répertoire). En vérité, si Bossert avait remarqué que les deux éléments de son 'signe' étaient parfois séparés 18 , il ne se serait pas
posé la question.
Le tracé du signe identifié par Brandenstein est souvent assea
lâche (cf. tableau, fig. 1, p. 55) ; mais il n'a jamais, semble-t-il, la
forme VA que le philologue autrichien lui attribue 17 en une occasion,
sans citer ses références 18 . Il s'agit sans doute d'une erreur de
lecture commise sur une pièce comme BMC Lycia, p. 144, no. 11
(pl. XXVI, 4) 1 ', dont le bord est un peu endommagé et dont la
11
Pour le classement des caractères et leur numérotation, nous avons, autant
que possible, tenu compte de ce qui avait été proposé par Bossert, Brandenstein
et M. Darga (voir tableau, fig. 1).
11
Opinion de G. Neumann, p. 80
u
Pour un succession de deux a, cf. texte XII, ligne 3.
14
Voir E. Babelon, Revue Numismatique, 4* série, 2, 1898: Inventaire de la
collection Waddington, p. 37, no. 3440.
14
Eventualité évoquée, il est vrai, par Bossert, p. 12
" Cf., par exemple, BMC Lycia, p. 144, no. 11. pl. XXVI, 4; J. P. Six, The
Numismatic Chronicle, 3 e série, 17, 1897, p. 194, no. 4, pl. IX, 2.
17
Suivi par M. Darga
" P. 89 (6 e légende) et p. 90, sous le no. 20
La légende de cette pièce parait être abrégée et ne comporter que 7 caractères. Sur la même face, il y en a bien un 8*, qui a précisément la forme v \ : gravé
assez loin dans le champ, sous la main d'Apollon, nettement détaché de la légende,
il peut difficilement lui appartenir (contrairement à ce que laisse entendre l a
transcription de S. Atlan, Kadmos 7, 1968, 71, a). Il s'agit d'un monogramme; on
le retrouve d'ailleurs sur deux statères du Cabinet de Berlin et sur un statère
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
58
Claude B r i x h e
légende est disposée en arc de cercle autour de l'effigie d'Apollon10.
Le caractère apparaît désormais dans les inscriptions III et peutêtre IV 21 : il a toujours la même forme
Ces précisions auront
leur importance, quand il s'agira de déterminer la valeur de la
lettre.
6. Dans le texte III, ligne 1, figurent côte à côte deux traits
verticaux parallèles: II. Pour M. Darga (p. 63), nous sommes en
présence d'un signe (no. 26 dans son répertoire, fig. 10). G. Neumann (p. 83) a probablement raison d'y voir deux signes 9.
7. De la même façon, dans le texte III, ligne 3, tf — contrairement à l'opinion de M. Darga qui y voit un signe unique (le no. 27
de son répertoire ; cf. encore p. 63) — est certainement un double a
(S, no. 10), comme l'a reconnu G. Neumann (p. 83).
8. W. Brandenstein et M. Darga assimilent notre signe no. 20 H
(variantes: n., C l , etc.), qui figure toujours en troisième position
dans les légendes monétaires, au signe no. 1 (t"i = />). Or nous
avons indubitablement affaire à deux signes distincts ; ils apparaissent, en effet, souvent, avec un tracé toujours nettement différent,
sur les mêmes statères22, parfois sur la même face23: fl dans les
monogrammes, t| dans les légendes. Il ne peut donc s'agir de deux
variantes chronologiques d'un même caractère. Sans s'expliquer,
Bossert avait déjà refusé de les confondre (cf. sa planche V, fig. 11:
t] = signe no. 1, f i = no. 20).
9. Si l'on veut bien considérer que le signe 19 n'est peut-être
qu'une variante du no. 10 et que le no. 22 est probablement le produit d'une ligature, on peut tenir pour assurée l'existence de 28
signes. Au cas où notre répertoire serait complet — ce que l'avenir
est susceptible d'infirmer, en raison du petit nombre de documents
appartenant à la collection De Luynes (E. Babelon, Traité II, 2, no. 1635, pl.
C X L I I , 12 = J . Babelon, op. cit. p. 73, no. 2760). Dans les trois cas, le signe
figure, comme ici, au revers.
10 Le 6 e caractère
erreur pour 2 ?) a pu être maladroitement couché par
W. Brandenstein, qui n'a pas songé que pour obtenir une lecture correcte il lui
(allait faire tourner la pièce dans sa main.
u A la fin de la ligne 3, à la position antépénultième (lecture de M. Darga) ;
à moins qu'il ne faille, comme je l'ai proposé à G. Neumann, lire ( , m (no. 11)
ou partie droite d'un u ( •><, no. 6). Ce qui semble pour M. Darga être le trait supérieur d'un signe, ne serait alors qu'un apex un peu trop développé.
** L'un au droit, l'autre au revers, cf. pl. I, 6 et 6 (statère appartenant au
Cabinet de Berlin; nous tenons à remercier ici le Prof. A. Suhle qui a eu l'amabilité
de nous faire parvenir le moulage des principaux statères sidétiques à légende
épichorique de la collection berlinoise).
** Cf., par exemple, J. P. Six, op. cit. p. 198, no. 22.
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
59
actuellement connus — l'écriture sidétique comporterait à peu près
autant de caractères que les alphabets anatoliens contemporains:
lycien (29), lydien (26) et même carien24.
10. Au cours de la période supposée de son élaboration (voir
infra § 41), les Sidètes furent en contact avec divers systèmes d'écriture: alphabets lydien26, lycien, carien, grec, araméen28, syllabaire
chypriote. Il était normal que les tentatives de déchiffrement et
d'interprétation partissent de cette réalité.
C'est ainsi que l'un des premiers essais sérieux (1897) pour forcer
le secret des légendes monétaires — seuls documents alors connus —
procède de l'alphabet araméen: selon J.-P. Six, en effet, les Sidètes
auraient adapté l'alphabet araméen, en lui ajoutant deux lettres
empruntées aux Grecs (Y et J i ) 2 7 . Mais quelques années auparavant, A. H. Sayce avait tenté d'ouvrir une autre voie28; on connaît
les théories «asianisantes» du savant anglais: selon lui, l'Asie
Mineure aurait utilisé jadis un système d'écriture syllabique, dont
on retrouverait des traces dans les lettres non grecques des alphabets épichoriques anatoliens et dont le syllabaire chypriote — importé donc du continent asiatique — serait le représentant le plus
tardif; écriture sidétique et syllabaire chypriote remonteraient à
un archétype commun2* et, sans essayer de donner une interpréta1 4 Le répertoire carien comporte apparemment beaucoup plus de signes (cf. les
tableaux de Joh. Friedrich, Kleinas. Sprachdenkmâler, Berlin 1932, 166, et L. Deroy, Antiquité Classique 24, 1965, 332—334) ; mais, comme le notent O. Masson et
J.Yoyotte (Objets pharaoniques à inscription carienne, Paris 1966, p. 68, n. 2),
il faudrait pouvoir tenir compte des variantes chronologiques et topographiques;
ot constaterait alors certainement «l'existence de répertoires locaux comprenant
ut nombre plus restreint de lettres». Ainsi, dans la grande inscription de Kaunos
(plus de 240 signes), H. Th. Bossert (chez Steinherr, J K F 1, 3, 1961, 332) n'a
reconnu que 27 caractères différents; cf. encore V. SevoroSkin, RHA 22, 1964,
1( sq., et Kadmos 3, 1964, 82—83 (une trentaine de caractères).
** La Pamphylie fit partie de 'l'empire' de Crésus, cf. Hérodote, I 28.
** Véhiculé par les Perses, après la conquête ; ainsi, non loin de la Pamphylie,
oi a trouvé des inscriptions araméennes en divers points : en Cilicie (dans la haute
villée du Lamos, Anzeiger der Kaiser 1. Akademie der Wissenschaften 1892, 86 sqq.),
et Lycie (à Limyra, Corpus Inscriptionum Semiticarum II, 1, no. 109), à Xanthos,
texte récemment découvert et encore inédit, cf. Anatolian Studies 18, 1968, 36,
e t . Cf. encore les monnaies ciliciennes municipales ou satrapales des V* et IV e
siîcles, avec légendes grecques et araméennes, à Issos (Head, HN1, 722), Nagidos
(bidem, 726), Tarse (ibidem, 729—732), etc.
n
The Numismatic Chronicle 1897, 201 sqq. On pourra se reporter à cet article,
p>. 199—200, pour l'histoire des tentatives antérieures.
a
Chez H. Schliemann, Ilios, Paris 1886, appendice III, pp. 910—911
Le syllabaire chypriote n'en aurait retenu qu'une partie. Des signes sidétiques
comme les nos 13 et 18, non utilisés par le chypriote, auraient appartenu à cet
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
60
Claude B r i x h e
tion globale des légendes de Sidé, Sayce tente — comme on le
verra plus loin — d'expliquer par le chypriote la forme de certaines
lettres et la valeur qu'il leur attribue.
Sans connaître apparemment cette tentative, W. Brandenstein
(p. 88)80 adopte une position voisine, quoique plus radicale : l'alphabet de Sidé et les lettres spéciales du grec pamphylien dériveraient
du syllabaire chypriote*1, sous la forme du syllabaire d'Idalion et
de Golgoi, c'est-à-dire du syllabaire normal ou commun. Les signes
auraient été retournés, simplifiés ou écrits d'un seul trait sous
l'influence d'une graphie cursive. Or il suffit de parcourir le tableau
des correspondances proposées (p. 90), pour mesurer la fragilité de
l'hypothèse.
Avec Bossert (p. 14) et Kretschmer32, nous devons constater
— comme d'ailleurs dans les alphabets lycien, lydien et carien —
la présence de lettres issues ou proches de caractères grecs et
d'autres qui leur sont apparemment étrangères et dont l'origine
nous échappe encore.
Dans les pages qui suivent, nous tenterons de montrer que, là
où une hypothèse chypriote a été avancée, une hypothèse grécosémitique est préférable.
Nous ne nous cachons pas les difficultés que va rencontrer notre
démarche :
— La moitié seulement des caractères connus ont été identifiés
avec certitude.
— Les différences, qui existaient entre les systèmes phonologiques
du grec ou des langues sémitiques et du sidétique, ont pu entraîner
l'attribution à certaines lettres de valeurs différentes.
— Comme le note M. Pope38, le nombre de signes simples dans
une écriture linéaire est limité, si bien que pour les signes dont la
archétype. Les lettres spéciales du grec pamphylien auraient la même origine (sur
cta dernier voir encore, du même auteur, J H S 1, 1880, 268).
Suivi par M. Darga, 61 sqq.
1 1 La même hypothèse a été avancée par le savant autrichien (cf. PW, suppl.
VI, 1936, col. 143) et par d'autres à propos des signes non grecs des autres écritures
d'Asie Mineure, notamment du carien, que l'on a cru longtemps un mélange de
caractères alphabétiques (issus du grec) et syllabiques (issus ou parents du chypriote). L'idée semble devoir être abandonnée au profit d'une explication alphabétique et gréco-sémitique (voir la bibliographie de la question chez Ju. V. Otkup¿¿ikov. Atti e memorie del 1° congresso internazionale di Micenologia, I, Rome
1968, 426 sqq.).
" Gioita 33, 1964, 18 (cité désormais Kretschmer)
" Antiquity 40, 1966, 17
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
61
valeur n'est pas connue nous risquons d'être abusés par des rencontres formelles fortuites 84 .
— Lorsque, partant de la distribution d'un caractère, nous
essayons d'en inférer la valeur consonantique ou vocalique, nous
avons tendance à faire appel à des règles combinatoires qui sont
les nôtres ou celle du grec, en oubliant parfois que des phénomènes
secondaires — tels que la syncope ou l'aphérèse36 — peuvent avoir
considérablement modifié les contextes.
— Enfin, on doit s'attendre — comme dans le cas des autres
langues anatoliennes — à des inconséquences graphiques.
On verra cependant que la phonologie du grec pamphylien ou
du lycien voisin peut nous apporter une aide précieuse, à condition
d'être utilisée avec prudence.
I. C a r a c t è r e s p r o b a b l e m e n t e m p r u n t é s à l ' a l p h a b e t grec
ou r e m o n t a n t au m ê m e a r c h é t y p e
A. Avec même valeur
11. Le signe no. 1, fi = p, est rapproché par Brandenstein du
po chypriote auquel il attribue la forme f l ; or a) cette hypothèse
est fondée sur l'idée selon laquelle le signe no. 20 ( f l ) ne serait
qu'un avatar de ti. Nous avons vu supra § 8 que cette identification était insoutenable, b) Le po chypriote n'a jamais, semble-t-il,
la forme que lui prête Brandenstein36. Comme l'a bien vu Kretschmer37, notre signe ressemble étrangement au pi grec.
12. Signe no. 16: O, O = th. On a des preuves évidentes que
les Grecs avec lesquels étaient en contact les peuples indigènes de
l'Asie Mineure méridionale connurent très tôt une prononciation
spirante de la dentale sourde aspirée notée 6. Sur les monnaies
lyciennes du V e siècle, le phonème est rendu de façon approximative
par t dans Tênegure ( = *A8i"|vay6pas, BMC Lycia p. 18, nos 82—84) ;
mais dans des épitaphes (un peu plus tardives ?) il est transcrit par
I (z, cf. infra § 17), qui note habituellement en lycien A le phonème
** Ainsi l'oméga grec, création ionienne, n'a rien à voir avec le hêth pehlvi
d'époque sassanide, qui lui ressemble pourtant en tous points.
" Cf. dans le texte I: artmon = 'Ap-rfticov, thanpiuz — 'Aôrivnnriou. dans le
texte II : pordorz = 'AnroXAoSobpou.
M
Cf. les tableaux donnés par O. Masson, Inscriptions chypriotes syllabiques
(cité désormais ICS), Paris 1961, pp. 68, 69. 62, 63, 66, 67 ( f , f , / ) .
*» P. 18
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
62
Claude B r i x h e
(encore mi-occlusif?) issu de l'i.-e. *tyae: cf. Kssënztya = lavôicrç
(TL 150, 1), Kssënziyah = lavQiou (TL 91, 1) et Kssënziyaye =
SavWçt (TL 150, 8).
Les Grecs de Pamphylie conservèrent au phonème sa notation
traditionnelle; mais, là où il avait gardé son caractère occlusif en
raison de sa position appuyée (groupe 6p), ils utilisèrent le tau, cf.
àTpÔTTOiCTi = àvôpcÔTTOiç (SGDI 1267, ligne 7; 1« quart du IV e
siècle).
Pourtant, O / O constitue sans doute un emprunt antérieur à la
spirantisation du th grec89; mais, comme les Sidètes ont probablement adopté le thêta pour noter un phonème anatolien, auquel la
langue assimilait le phonème grec—plus ou moins proche—recouvert alors par le symbole, la transcription th pour O / O est au
moins approximative. Nous ne pouvons malheureusement l'améliorer à partir des attestations actuelles du signe :
than- (nom de la déesse Athéna, I)
thanpiuz (équivalent du grec 'Aôrivrrnrlou ? I)
anathëma40 ou anathêmataz41 (appellatif emprunté au grec ?
III et IV)
thanlôorz (paraît être un anthroponyme dont le premier
élément est 'A^vS, IV)
thami- (séquence actuellement impossible à analyser, IV,
ligne 1).
13. Selon A. H. Sayce42, ~i ( = t, no. 18) appartiendrait à la partie du syllabaire asianique qui n'aurait pas été retenue par le syllabaire chypriote. W. Brandenstein lui donne comme ancêtre le ta
chypriote (h). Nous pensons qu'il est au moins aussi proche du
tav phénicien (T ou X) et de son dérivé le tau grec (T, <).
14. Signe no. 24: M (dont nous avons vu au § 5 que le caractère
no. 26 n'était pas un avatar). Il apparaît a) isolément sur les monnaies du IV e siècle; b) dans les textes III et IV: en finale après a
ou entre voyelle43 (en III, 2; IV, 3; et sans doute III, l) 44 .
Ce pourrait donc être une consonne ou une semi-consonne. En
fait, il est probablement identique à l'un des deux digammas du
A. Heubeck, Die Sprache 11, 1965, 75 et 79
*• Sur »l'âge« possible du répertoire sidétique, cf. infra § 41.
40 G. Neumann, 86 sqq.
« M. Darga, 64
** Chez H. Schliemann, Ilios, 910
4 1 Selon qu'on lit iztratawê,
izlratawo ou iztrataw ê. . ., izlrataw o . . .
4 4 S'il faut, d'après la ligne 2, restituer
iztrata[w]ê
88
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
63
grec pamphylien, celui qui sert notamment à noter la spirante
bilabiale sonore w. Il était par conséquent naturel que Bossert,
puis Brandenstein, lui confèrent la valeur w.
Si l'on admet cette identification, il convient de rappeler les différentes hypothèses avancées pour l'origine du signe grec seul ou
du signe grec et du signe épichorique46.
W. Brandenstein 46 fait appel au wa chypriote, dont il faut bien
reconnaître qu'il est fort éloigné du caractère pamphylien : )M(, )A<,
>„( ( %, dans les syllabaires paphiens)47. J . Février 48 évoque pour
la rejeter l'hypothèse d'une dérivation à partir du signe qui note
we dans la même écriture ( I , Z , X ) . A. H. Sayce 49 suit la même
voie en rapprochant notre lettre du u chypriote. La ressemblance
est certaine
y ) 6 0 ; mais il convient de remarquer que le
signe chypriote est apparemment une création post-mycénienne,
puisqu'il n'a de correspondant ni en linéaire A, ni en linéaire B
(M = f1 ) ; aussi doit-on se demander s'il n'aurait pas une ascendance sémitique. Upsilon grec et u chypriote pourraient avoir eu un
archétype commun : le waw phénicien61. C'est de lui que précisément
a
Nous indiquerons en note ou entre parenthèses le ou les caractères à propos
desquels l'hypothèse a été exprimée.
u A propos des signes grec et épichorique
47 Voir les tableaux donnés par O. Masson, ICS, 68 sqq.
48 A propos du signe grec, Histoire de l'écriture, Paris 1948, 408
a
A propos du signe grec, J H S 1, 1880, 268, et Ilios, 910
50
A, X , dans les syllabaires paphiens ancien et récent, voir O. Masson,
ICS, 66 sq.
1 1 II est possible qu'il faille supposer le même archétype pour le m du répertoire carien. L'origine commune des signes carien et grec pamphylien a été soutenue
pour la première fois par A. H. Sayce (TSBA 9, 1, 1887, pp. 127 sq., 136, etc.
Cf. O. Masson et J . Yoyotte, Objets pharaoniques, p. 6, n. 1, et p. 6, n. 0): conformément à sa théorie du syllabaire asianique (supra § 10), il accordait le même
ancêtre asianique au n des écritures carienne et pamphylienne et au u chypriote
(cf. supra pour le n pamphylien) et proposait de lire v (u) le signe carien (lecture
désormais traditionnelle, cf. Friedrich, op. cit. 166). Cette transcription syllabique
est, à la vérité, peu satisfaisante; on a proposé de lui substituer v (Sundwall, K l i o
11, 1911, 467), w ou fi (O. Masson et J . Yoyotte, op. cit. 6, n. 0). E n même temps,
on le rattachait à «la série des lettres d'origine ou de parenté grecque » (O. Masson—J . Yoyotte, ibid.). Cette remise en cause de la valeur et de l'origine du signe carien.
ne ruine nullement l'hypothèse de sa parenté avec la lettre pamphylienne; tous
deux auraient la même valeur et pourraient remonter (directement ou avec un
intermédiaire grec) au même ancêtre: le waw sémitique. Pourtant récemment
SevoroSkin (RHA 22, 1964, pp. 14, 16, 21, 26; Kadmos 3. 1964, 83) a suggéré que
le n risquait d'être un doublet ou un quasi doublet du B = b. Si l'hypothèse
était exacte, il ferait plutôt songer au bêta de Mélos et Sélinonte (cf. § 23). Il faudrait alors dissocier les deux caractères. L'incertitude qui entoure la valeur du
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
64
Claude B r i x h e
semble dériver le M pamphylien5*. La même hypothèse vaut sans
doute pour le digamma qui apparaît en Crète centrale, à Vaxos,
Prinias et Eleuthema: V\ (sinistroverse), A (dextroverse)". Le
waw phénicien a initialement la forme Y; les Grecs l'ont utilisé
pour rendre la voyelle u, sous les formes Y et v . Certains d'entre
eux en auraient tiré leur digamma par adjonction d'un trait diacritique (V ) M . Mais on pourrait, peut-être, faire l'économie de cet
ajout; il n'est pas impensable, en effet, qu'on ait tout simplement
emprunté, puis stylisé une des formes prises par le waw dans certains alphabets sémitiques: à propos du signe grec de Pamphylie,
J . Février85 évoque le waw araméen (M,
; L. H. Jeffery 88 voit
-dans le digamma crétois «a distorted form of the semitic cursive
type» (cf. samaritain ^f,
cursive qui, on le sait, est aussi à
l'origine du digamma grec commun F 87 .
15. Des signes no. 9 et 12, ce n'est pas seulement l'origine, mais
aussi la valeur exacte, qui est discutée.
Le no. 9 ne connaît aucune variante et se présente toujours sous
la forme d'un trait vertical: I. Sa distribution est assez difficile à
étudier, car la présence — avant ou après — d'un signe de valeur
inconnue58 ou l'impossibilité de délimiter les mots avec certitude59
nous empêchent parfois de nous prononcer. On le rencontre: a) en
finale, après r (II, 2« mot; IV, ligne 2, deux fois); b) en finale,
signe carien nous interdit de prendre une attitude définitive sur la question. Nous
ne savons pas davantage quelle est la valeur exacte de la lettre lycienne très rare
/ w , qui est transcrite habituellement par fi et qui, pour plusieurs savants est apparentée au M du grec pamphylien (cf. W. Arkwright, Osterr. Jahresh. 2, 1899, 73,
qui rapproche les deux signes du m = b de Mélos et Sélinonte; J . Sundwall, loc.
cit.; O. Masson et J . Yoyotte, op. cit.; etc.). De plus la ressemblance entre V> et
<w n'est pas absolue; nous devons donc considérer, comme simplement possible,
une ascendance commune.
u
Idée avancée depuis longtemps par P. Kretschmer à propos du H de l'alphabet grec de Pamphylie, KZ 33, 1888, p. 402, n. 2; cf. encore W. Larfeld, Griechische
Epigraphik*, Munich 1914, 216; M. Lejeune, Traité de phonétique grecque, Paris
1947, 140; etc.
M Voir L. H. Jeffery, The local scripts of archaic Greece, Oxford 1961, 24 sqq.
e t 308.
' * Hypothèse émise notamment par W. Larfeld, op. cit. 216
M Op. cit. 408
M Op. cit. 26
47 J . Février, op. cit. 386. et L. H. Jeffery, op. cit. 24 sqq. Signe adopté également par les Grecs de Pamphylie pour noter une catégorie de phonèmes voisins,
voir provisoirement, M. Lejeune, op. cit. 161.
M Cf., e. g., en I I I , 2: 261a
» Cf., e. g., en I I I , 1: alla
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
65
après voyelle, en I (3 e et 4 e mots), II (3e mot), III et IV (e. g.
anathèmatal), sur les monnaies; c) en position intervocalique (III,
2: ëli] III, 3: ala, ola; IV, 3: ola)] d) devant consonne, en III,
1 et 2, et IV, 2, devant t; en III, 2, devant m; en III, 1, devant
un autre I (à moins que le premier I marque la fin d'un mot et
le second le début d'un autre). Nous avons vraisemblablement
affaire à un signe consonantique et Bossert, pour des raisons étymologiques, y a vu à juste titre une sifflante, transcrite s ? par lui
(cf. sa pl. V) et z ? par Brandenstein (p. 90) ; nous reviendrons plus
loin sur ces transcriptions. Brandenstein compare la lettre au zo
chypriote, dont elle est pourtant formellement très éloignée ( $ ) ;
il faut cependant signaler qu'il évoque aussi, à son propos, le zêta
grec archaïque (I) et, là, il est certainement plus proche de la
vérité. Nous croyons, en effet, que le signe no. 9 est issu du zayin
sémitique ; directement ou par l'intermédiaire de la lettre grecque ?
C'est là une question sur laquelle il nous faudra revenir.
16. Le signe no. 12 a connu plusieurs variantes: a) V ou y sur
des monnaies de la fin du V e siècle; b) H, y , fJ, N, sur les statères du IV e siècle; c) N dans les textes des III e et II e siècles.
Il apparaît : a) à l'initiale devant voyelle, sur les monnaies ; b) en
position intervocalique, en II (une fois), III, 1 et 3 (cinq fois),
entre a et ê, a et a ; c) en finale après voyelle, en III, 1 ( m a l 2 a r a l 2 ) ;
d) en finale après r 6 0 . Il s'agit là encore d'une consonne. Sa présence à l'initiale de la légende qui figure sur les statères sidétiques
et qu'on suppose représenter le nom ou l'ethnique de Sidé a amené
Bossert et Brandenstein (puis M. Darga) à y chercher une sifflante
(transcrite à). Malgré les réserves de G. Neumann (pp. 82 et 86), il
faut avouer que l'hypothèse n'est contredite par aucun des contextes où apparaît le signe et elle pourrait trouver un appui dans
la forme du caractère. Kretschmer 41 le comparait au nu grec, auquel
les Sidètes auraient conféré une autre valeur. W. Brandenstein lui
donne comme prototype le se chypriote (f^ ). Or sa forme la plus
ancienne nous amènerait plutôt à y voir un dérivé du tsadé sémitique (r / ). Il y aurait eu simplification progressive du signe: de V
à P 6 2 , puis à N. On sait que dans un certain nombre d'alphabets
grecs archaïques (à Mélos, Crète, en Eubée, etc.) le caractère sémiSi, comme le suggère G. Neumann (p. 89), la séquence suivante ailaza constitue un mot.
" P. 18
• 2 Cf. une évolution comparable dans l'écriture cursive araméenne: /H, d'où
dans l'alphabet palmyrénien et J-> dans l'abécédaire pehlvi d'époque arsacide
(Février, op. cit. 292 et 300).
5
KADMOS VIII
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
66
Claude B r i x h e
tique a eu une postérité sous la forme /v\, autre simplification63.
Il est fort possible que de lui procède également la lettre VA m , qui
à Mantinée, au V e siècle, note l'ancienne labio-vélaire *k" palatalisée devant e et t 8 6 . Enfin c'est de lui encore que fréquemment on
a fait dériver divers autres caractères:
—
f , signe assez rare de l'écriture carienne, transcrit généralement se**.
— rp, qui dans plusieurs alphabets ioniens note une sifflante
intervocalique forte, ordinairement rendue parCTCTou même Ç47.
» L. H. Jeffery, op. cit. 32
* 4 Notons que retourné, c'est-à-dire placé dans le cadre d'une écriture sinistroverse, ce caractère aurait la même forme que la lettre sidétique discutée.
45 Cf. Larfeld, op. cit. 220 sqq., et M. Lejeune, op. cit. 76. On trouvera une
opinion différente chez G. Klaffenbach, Griech. Epigraphik, Gôttingen 1957, 37,
et L. H. Jeffery, op. cit. 40 et 213, selon qui il s'agirait d'une création locale.
** En fait, deux caractères au moins, souvent confondus (ce qui rend assez
confuse l'abondante bibliographie sur la question) ont des formes assez voisines:
1) rn (variantes f , t , t - t v ' Mais il s'agirait là d'un caractère différent selon
Sevoroêkin, Kadmos 3, 1964, 82 sq.), jadis transcrit ss (cf. encore M. Lejeune,
R E A 62, 1960, p. 77, fig. 6). aujourd'hui généralement ri (cf. Friedrich, Kleinas.
Sprachd., 156), mais dans lequel on a récemment proposé de voir une voyelle de
timbre e (SevoroSkin, ibid., et RHA 22, 1964, 18 et 26). 2) m (variantes ^ et ^ ?)
transcrit ss, s ou se, transcription traditionnelle (cf. Friedrich, op. cit.), mais
aujourd'hui contestée par SevoroSkin (Kadmos 1964, 82 sq., et RHA 1964, 23 et
24), qui propose conventionnellement n. L'un et l'autre sont généralement classés
dans la série des signes syllabiques, prétendument apparentés à des signes chypriotes ou issus d'eux (cf. e. g. W. Brandenstein, PW suppl. VI, col. 143—144). Or
l'idée — pour une partie du répertoire carien — d'une origine ou d'une parenté
chypriote est loin aujourd'hui de rallier l'unanimité des linguistes et l'on s'oriente
vers une explication alphabétique et gréco-sémitique, cf. supra, n. 31. Si la valeur
ss pour le signe no. 1 devait être abandonnée, il faudrait peut-être renoncer à y
voir, comme M. Lejeune, un dérivé du tsadé (Traité de phonétique grecque, p. 76,
n. 3b) ou du samekh (REA 1960, loc. cit.). S'il recouvrait un phonème de timbre e,
peut-être conviendrait-il de le considérer comme issu du hé sémitique (SevoroSkin,
RHA 1964, 18, fait remarquer que dans une inscription archaïque d'Abou-Simbel
l'epsilon grec a une forme identique -rn, cf. O. Masson—A. Bernand, R E G 70,
1967, p. 11, no. 2 , 1 . 2). La valeur nouvelle proposée pour le signe no. 2 ne doit
pas nous faire rejeter a priori l'hypothèse d'une dérivation à partir d'une sifflante
sémitique, cf. ï (samekh), qui a la valeur « en lycien et T en lydien. On peut
donc rappeler que Larfeld (op. cit. 227) en fait un avatar du tsadé phénicien,
tandis que W. Arkwright (ûsterr. Jahresh. 2, 1899, 73), qui le confond partiellement avec le signe 1, voudrait au contraire qu'il fût issu du samekh. Ignorant la
valeur exacte des deux caractères, nous ne pouvons évidemment que suspendre
notre jugement.
*7 Issu du tsadé selon Larfeld, op. cit. 226. Avatar du samekh pour Arkwright
(loc. cit.) et M. Lejeune (REA 1960, loc. cit.). Création locale selon G. Klaffenbach,
Griech. Epigr., 73. Emprunt au carien suggéré par L. H. Jeffery, op. cit. 226
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
67
L'Alphabet épichorique de Sidé
— f \ qui dans le grec de Pamphylie a dû servir d'abord pour
un son proche de la mi-occlusive ts issue de k + y, puis tout simplement pour la sifflante forte s(s). Deecke68, Sayce 89 , Luria 70 en font
un caractère dérivé ou parent du se chypriote. Brandenstein suggère
d'y voir le produit d'une ligature H + H, c'est-à-dire une lettre
issue indirectement du syllabaire chypriote, puisque (-1 n'est autre
qu'une des variantes du no. 12 sidétique. Or il peut très bien, lui
aussi, s'expliquer dans le cadre d'un alphabet gréco-sémitique. On
ne peut, sous prétexte que le samekh a déjà reçu une affectation
en pamphylien (notation de la consonne double ks X), rejeter a
priori l'idée de ceux qui veulent reconnaître en ^ un autre avatar
de la lettre phénicienne, par l'intermédiaire d'une forme couchée
(m) simplifiée71. Mais, en raison de la non-utilisation du tsadé
par l'alphabet grec de Pamphylie et de la forme très spéciale prise
par le xi, nous inclinerions à rechercher dans la sifflante pamphylienne une simplification géométrique du tsadé 72 . On aurait ainsi,
pour ce dernier, l'évolution suivante :
sidétique V
»H
N (=
s)
#
sémitique)
pamphylien
*T
» T ( = s ou ss)
17. Nous serions donc en présence de deux caractères, issus l'un
de la sifflante sonore non «emphatique », l'autre de la sourde «emphatique » des alphabets sémitiques. Nous retrouvons une situation
à peu près comparable dans les autres écritures épichoriques d'Asie
Mineure :
lycien I (transcrit z ; issu du zayin par l'intermédiaire du
zêta grec)
^ (transcrit s; issu du sin — chuintante sourde
non «emphatique» — par l'intermédiaire du
sigma)
M
Bursians Jahresber. 9, 3, 1881 (1883), 226
•* JHS 1, 1880, 268
70
Klio 37, 1969, 17
71
Arkwright, loc. cit.; M. Lejeune, loc. cit. Cf. le waw sémitique qui fournit
aux alphabets grecs l'upsilon et le digamma
71
Larfeld, op. cit. 227, suivi naguère par M. Lejeune, Traité de phonétique
grecque, p. 86, n. 6
5*
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
68
Claude B r i x h e
lydien I (transcrit
^ (transcrit
carien / (transcrit
AA (transcrit
s ; même origine que le I lycien)
¿; même origine que le ^ lycien)
z; issu du zayin)
s; issu du tsadé).
La majorité des attestation^de N et de 7 concernent les positions intervocalique et finale/après voyelle ou consonne; on constate que pour ce qui est de leur distribution ils sont apparemment
interchangeables. Certes, N apparaît aussi à l'initiale devant voyelle
(ce qui n'est pas le cas de I) et I figure devant consonne (ce qui
n'est pas le cas de N); mais il serait dangereux d'en tirer des
conclusions, car le fait n'intéresse qu'une faible partie des attestations. I est en contact avec r, t,m\ N l'est avec r. Peut-on inférer
du groupe It (attesté trois fois, mais dans le même mot!) le caractère sourd du phonème noté par I , comme le propose G. Neumann
(p. 87) ? On pourrait tirer des conclusions inverses des groupes ri
et Im et s'il existe un lien entre le toponyme Sidé et le nom de la
grenade, les graphies exotiques du nom du fruit (ofôa, ai5£a, aifJ8a 7ï ,
ÇiuPa74) nous conduiraient plutôt à voir en N une sifflante forte.
Tant que l'on ne pourra pas isoler les mots avec certitude, tant
que l'on ne pourra pas déterminer la fonction exacte de certaines
formes et — par là — l'origine de leur finale, il nous faudra rester
dans l'expectative. Il est à peu près sûr que le rapport de / à N
n'a rien de commun avec celui qui existe en grec entre Z et T.
D ne s'agit pas forcément non plus d'un simple rapport de sonore
à sourde (cf. français s/z). Nous conserverions donc volontiers la
transcription suggérée par Brandenstein: I = z, N = s 7 6 ; bien que
s'appuyant sur l'origine probable des lettres, elle est, d'un point
de vue phonétique, très certainement inexacte; mais, à condition
de la reconnaître comme conventionnelle, elle n'offre pas plus d'inconvénients que la transcription traditionnelle des sifflantes lyciennes ou lydiennes74.
B. Avec une valeur différente
18. Le signe no. 7 (A = r) est rapproché par Brandenstein du
re chypriote ("¡)\ / fj N ,
etc.), suggestion qui est évidemment loin
Lexique Liddell—Scott—Jones, s. v. aiSî}. Cf. Brandenstein, 86 et infra § 23
Eolien selon Hésychius, voir lexique liddell—Scott—Jones, s. v. Çf|ip{p)a
" A vrai dire Bossert et Brandenstein proposent la transcription i.
™ Sur les inconséquences de cette transcription, voir A. Heubeck, Die Sprache
11, 1966, 74 sqq.
71
74
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
69
d'être satisfaisante. Kretschmer 77 semble plus près de la vérité,
quand il évoque le lambda grec. Certes, étant donné la simplicité
de leur tracé, la rencontre formelle des lettres grecque et sidétique
peut être le fruit du hasard; pourtant l'adoption pour r d'un caractère valant l ailleurs ne nous étonnerait pas; on connaît la proximité des deux liquides et l'on sait que les échanges entre r et l
sont fréquents à toutes époques, un peu partout dans le monde et
en Pamphylie précisément78. On pourrait comparer l'adoption de
A pour r en sidétique à celle, par exemple, de l'omicron grec pour
u (voyelle d'arrière voisine) en lycien7*.
II. Signes de v a l e u r i n c o n n u e r e s s e m b l a n t à des l e t t r e s
g r e c q u e s ou s é m i t i q u e s
19. Nous avons montré (§ 8) que le caractère no. 20 (A) ne
devait pas être confondu avec le p (ti; no. 1). Bossert, qui cherchait dans la légende figurant sur les statères du IV siècle l'ethnique
de Sidé, proposait pour lui, avec des réserves, la valeur 6 (p. 12
et pl. 5), sans se prononcer sur son origine. En raison de sa ressemblance avec le signe chypriote pour ko (ri, JJ, etc.), Sayce
(chez H. Schliemann, Ilios, 910) lui attribuait une valeur identique.
Un caractère semblable se retrouve dans le répertoire carien et
pour les mêmes raisons on le transcrit généralement par ko (cf.
Friedrich, Kleinas. Sprachdenk., 156) 80 .
Il est évident qu'une forme aussi simple peut apparaître dans
divers systèmes d'écriture, sans toujours remonter au même archétype 81 et, s'il est bien tentant de rapprocher le signe sidétique de
l'oméga grec, il convient de souligner qu'à l'époque où furent frapP. 18
Voir, en dernier lieu, G. Neumann, Untersuchungen zum Weiterleben hethitischen und luwischen Sprachgutes in hellenistischer und rCmischer Zeit, Wiesbaden 1961, 42.
n
Le système phonétique du lycien ne comportait qu'une voyelle d'arrière u;
on a affecté à sa notation o qui en grec notait une voyelle d'articulation voisine,
tandis que l'on éliminait le y , sans doute trop proche du symbole pour g (Y, V ).
Mais Sevoroèkin refuse, quant à lui, de l'identifier comme tel, RHA 1964,
26, et Kadmos 3, 1964, 76 et 82 sq.
6 1 Cf., e. g., le h£th sémitique qui aboutit à Q dans l'alphabet pehlvi de l'époque
sassanide. Février, op. cit. 292. De même, dans certains alphabets hébraïques
archaïques le §in ( w ) a pris une forme identique à celle de l'oméga grec tardif et
cursif (to), cf. D. Diringer, The story of the alphabet, New York—Londres, 1960,
100.
77
n
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
70
Claude B r i x h e
pées les monnaies portant f i les Grecs de Pamphylie notaient
encore le 6 par o. Un emprunt à d'autres Grecs n'est cependant pas
exclu. Dans ce cas, comme la langue de Sidé — à l'image des
autres langues anatoliennes contemporaines — ignorait probablement les oppositions de quantité, l'oméga, disponible, a pu servir
à la notation d'un autre phonème, cf. ! qui en lydien vaut x et
en lycien n. A titre d'hypothèse de travail, nous proposons de le
transcrire provisoirement par m (voir § 23).
20. Le signe 21
ne figure que dans des monogrammes
monétaires. En l'absence de contexte, une tentative sérieuse d'identification est donc exclue. Rapproché du ro chypriote (R) par
Brandenstein, le caractère évoque bien davantage le qof sémitique
et le qoppa grec. Cette constation ne laisse pourtant pas préjuger
de sa valeur, puisque le sidétique a pu ne pas posséder d'occlusive
vélaire sourde et, en cas d'emprunt de la lettre gréco-sémitique,
l'affecter à la notation d'un autre phonème, cf. le carien 9» transcrit traditionnellement heœ.
21. 3 (no. 30) est un hapax (texte III, 3). Il rappelle évidemment le sigma grec qui dans le cadre d'une écriture sinistroverse a
une forme voisine83. Mais, toute vérification étant impossible, cette
constatation reste sans portée.
22. Le caractère no. 28,
est un hapax également (IV, 2). Il
figure au début d'une ligne, dans une séquence (28orz) qui pourrait
représenter la fin ( ? ) d'un anthroponyme grec en -opoç/-a>poç, au
génitif (cf., dans le texte II, fordorz = 'A-rroXAoSdbpou). L'incertitude qui entoure la ligne précédente — peut-être incomplète —
complique la situation. La suggestion de M. Darga, qui rapproche
(fig. 10) ce caractère du signe pamphylien r valant s(s) (cf. § 16),
n'est pas à rejeter a priori. Mais on peut également penser au phi
des alphabets grecs, qui a pu être utilisé pour rendre, à l'occasion
d'emprunts (?), la spirante (étrangère au sidétique?) 84 qu'était
devenue très tôt, ici et là 8 8 , la sourde aspirée du grec. Une autre
n Mais », sans être certain, parait préférable, voir notamment O. Masson—
J . Yoyotte, Objets pharaoniques, p. 38, n. 3 et p. 39, n. 0; et, plus récemment,
Sevoroikin, RHA 1964, 18 et 26, Kadmos 3, 1964, 82 sq.
M L'identification d'une sifflante sourde (no. 12) n'exclut pas a priori l'existence
d'une seconde, cf. en grec pamphylien Z et f (supra § 16). Le Sin sémitique a pu,
d'autre part, être employé à d'autres fins, cf. en lydien A4 (tsadé) = à.
1 4 Mais cf. supra § 12, ce qui a été dit du signe no. 16: O / O = th.
" Cf. en Pamphylie fhccm pour fiiccrn (SGDI 1260 et 1261) et le doublet
Expctaiovus (Cl. Brixhe, Études d'archéologie classique I I I , Nancy 1966, 116)/
Exçaaico(v) — Exfaoïcovous (inédit trouvé en 1968). <J> n'a pas été retenu par les
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
71
voie est possible: on n'a jusqu'ici identifié, dans le répertoire sidétique, aucune vélaire (occlusive ou spirante) ; comment dès lors ne
pas songer ici à un signe issu du khi de la majorité des alphabets
grecs continentaux (Y, V, Y); sous les formes
y, etc., n'a-t-il
pas fourni au lycien, par exemple, un caractère qui paraît noter
une spirante vélaire? 8 * Des découvertes ultérieures nous permettront peut-être une vérification qui nous est actuellement refusée 87 .
23. Le signe no. 14 (V, V) apparaît quatre fois, dont trois dans
un contexte obscur: 20Ya (monnaies), 13Y25 (II), iYn (III, 2),
27 Y a (IV, 1). Il faut bien avouer que sa distribution ne nous apporte rien de solide.
Bossert (p. 12), qui voudrait retrouver s-i-d-e- au début des
légendes monétaires, suggère d'y voir une voyelle de timbre e;
mais nous ne sommes pas certains que le nom indigène de la cité
corresponde à la forme hellénisée (cf. supra § 17).
S'appuyant sur la reconstitution (invérifiable) du prototype de
la forme anatolienne (p. 87), Brandenstein propose de transcrire
notre signe par t° ; mais, curieusement, il semble vouloir (p. 90) lui
donner comme ancêtre le pi chypriote (z, y) ; à vrai dire nous
ne voyons pas le sens de ce rapprochement.
Si la grenade constitue, comme on le constate sur les monnaies,
les armes parlantes de Sidé, ce peut être simplement par suite d'un
jeu de mots ou d'une étymologie populaire, criSr) étant un synonyme de froi&lpoà «la grenade». Mais on ne peut rejeter a priori
l'hypothèse de Brandenstein (p. 86 sq.) qui suggère pour le toponyme et le nom du fruit une origine commune. Or ctîSti est claireécritures lydienne et lycienne; mais il pourrait figurer dans le répertoire carien,
cf. Sevoroäkin (RHA 1964, pp. 13, 17, 26; Kadmos 3, 1964, 82 sq.) qui le transcrit
avec réserve par A.
M
A la transcription traditionnelle h (cf. Friedrich, Kleinas. Sprachdenk., 156),
nous préférons celle de Pedersen x (Lykisch und Hittìtìsch*, Copenhague 1949,
9 sqq.). Le phonème noté correspond — dans un mot d'origine anatolienne — au
louvite et hittite h, cf. lyc. %uga = hitt. huhha- 'le grand père'. Soulignons que
ce même khi occidental a également fourni une notation pour une occlusive ou une
spirante vélaire au vieux-phrygien (transcrite x)- Rhodes, qui à haute époque
possédait précisément ce khi, a pu jouer un rôle dans sa transmission aux peuples
indigènes d'Asie Mineure et, d'une manière générale, dans la constitution de leurs
systèmes d'écriture (cf., à propos de l'alphabet vieux-phrygien, une suggestion
identique chez O. Haas, Die phrygischen Sprachdenkmäler, Sofia 1966, 177).
17
Notons que l'hypothèse de M. Darga ne semble donner aucun terme identifiable; une transcription par 9 ou x peut nous fournir la transposition d'un nom
de personne grec en -çopos ou -xopoç/-)(copoç.
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
72
Claude B r i x h e
ment un mot étranger au grec, probablement micrasiatique88, ainsi
que l'indiquent ses multiples variantes orthographiques (cf. supra
§ 17). Si l'on admet, à titre d'hypothèse de travail, l'idée de Brandenstein, il n'est pas sans intérêt de noter avec G. Neumann (p. 82)
que les formes du nom du fruit comportent toujours une sonore:
P ou 8. Mais quel signe recouvrirait ce phonème? Le 3 e (Q) ou
le 4 e (Y/V) ? Quelle est, parmi les formes connues du nom du fruit,
celle qui est la plus proche du modèle anatolien ? 8 9 Ce dernier
comportait-il une nasale90? Autant de questions qui actuellement
ne peuvent recevoir de solution. Dans ces conditions est-il besoin
d'émettre une hypothèse ? Disons seulement, sans cacher l'extrême
fragilité de la suggestion et malgré la ressemblance du signe avec
l'upsilon grec, que b serait peut-être la transcription la moins mauvaise. La forme du caractère ne s'oppose pas absolument à cette
valeur. On sait, en effet, que dans certains alphabets sémitiques
le bêt, originellement 1, voyait sa partie supérieure s'ouvrir : e. g.
ç/ (araméen)91, ^ (paléo-hébraïque), ^ (hébreu carré notamment)92. C'est une évolution de ce type qu'a vraisemblablement
suivie le bêta de Sélinonte et Mélos (y\, v})93. Il est possible que
le même symbole sémitique soit aussi le prototype du carien \A,
si, comme le suggère SevoroSkin, ce dernier ne sert pas à noter
v(u), mais constitue un doublet de B**. Serait-il également l'ancêtre
du signe sidétique no. 14? On pourrait donc imaginer l'évolution
suivante :
Cf. J . B. Hofmann, Griech. etym. Wörterb., s. v.
•• H. Kronasser (Etymologie der hethitischen Sprache, Wiesbaden 1962 et
suiv., 91) souligne une certaine affinité entre v8 et pß et il avance, outre l'exemple
de a{Sr)/£(|ißa, celui de adußaAov pour oàvSaAov chez Sappho et Hipponax. Or
aàvSaXov est lui aussi d'origine étrangère (cf. E. Schwyzer, Griech. Gramm. I, 303)
et pour juger exactement de cette affinité il faudrait connaître l'origine des groupes
M
mb/nd.
Serait-elle secondaire (phénomène fréquent) ou étymologique ? En cas de
nasale originelle, sa disparition, sans laisser de traces, dans la forme hellénisée
n'aurait rien de surprenant après », cf. pour le lycien H. Pedersen, op. cit. 36.
1 1 Cf. J . Février, op. cit. 300, et, pour les monnaies satrapales, Head, HN*.
tabi. IV.
n
D. Diringer, op. cit. 100 et 108
™ Parfois expliqué comme une déformation du pi, mais voir Larfeld, op. cit.
227, et L. H. Jeffery, op. cit. 23. Quoi qu'il en soit, contrairement à une opinion
assez répandue (cf. ,e. g.. Arkwright, österr. Jahresh. 2, 1899, 73; P. Metri, Rendiconti dell' Istituto Lombardo di sc. e lett. 87, 1964, p. 80, n. 2; etc.), cette lettre
n'a probablement rien à voir avec le M pamphylien (supra § 14).
M Cf. supra n. 61
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
73
— • H (Carie, Mélos, etc.)
(Sidé)
(forme ~ \
g / g (forme ordinaire dans les alphabets grecs)
sémit. originelle)
Dans le cadre de cette hypothèse, on lirait si20ba- le début des
légendes monétaires, c'est-à-dire simba-, si Q = m9S. Quant à la
séquence incomplète qui termine le texte II, si l'on admet pour les
signes 13 et 25 les valeurs e et ê 9e , elle pourrait être lue ebê{- ?],
susceptible de représenter une forme du démonstratif anatolien de
l'objet rapproché ( = hic) correspondant au n"|v8e du texte grec,
cf. les accusatifs lyciens ebë, ebëtine, etc. 97 .
24. Le caractère no. 27 (P) nous a été révélé par les deux derniers textes découverts. Il apparaît: a) à l'initiale devant consonne (?), P14a (IV, 1); b) entre consonne et voyelle, zPi (IV, 3)
et peut-être rPë ? (III, 2) ; c) entre voyelles, aPa (III, 2 et 3) et
aPo (III, 2 et 3). Ces derniers contextes pourraient faire penser à
une consonne. Il faudrait alors expliquer P14a par une syncope
(si le signe 14 recouvre une consonne) et zPi/rPë par une syncope
également ou par l'appartenance de P à un autre mot que la consonne précédente. Un signe au tracé aussi simple ne peut manquer
de rappeler bien des caractères connus ici ou là par les alphabets
sémitiques ou gréco-sémitiques; mais il paraît actuellement vain
de spéculer sur de semblables analogies formelles.
III. S i g n e s a p p a r e m m e n t s a n s c o r r e s p o n d a n t s
d a n s u n a l p h a b e t grec ou s é m i t i q u e
A. Signes de valeur connue
25. Brandenstein voudrait que le signe no. 3 o
(), dans les
monogrammes monétaires; plus tard ^ , dans les textes) dérivât
w
Cf. supra § 19. Dans la seconde partie du mot, il faut sans doute rechercher
le suffixe ethnique et la désinence.
* Cf. §§ 26 et 36
•» Voir Pedersen, op. cit. 19; E. Laroche BSL 66, 1960, 179 sqq.; Houwink
Ten Cate, The Luwian Population Groups of Lycia and Cilicia Aspera during the
Hellenistic Period, Leyde 1961, 66 sq.
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
74
Claude B r i x h e
du o chypriote ( , selon lui). Or, on ne voit pas à quel syllabaire
il a emprunté cette forme, car partout le signe insulaire a un tracé
différent: ~ ou ^ ( i , [_ à Paphos)98. Si l'écriture sidétique est
issue pour l'essentiel d'un alphabet gréco-sémitique, l'omicron a pu
être éliminé à cause de sa ressemblance avec le signe pour th (o/ c)
et remplacé par un symbole nouveau ou une lettre qui originellement avait un autre emploi".
26. fi = / (no. 3) est un caractère rare, puisqu'il n'apparaît que
dans le texte II et probablement — mais sous une forme légèrement différente (£) — sur les monnaies (monogrammes). La suggestion de Brandenstein qui le ferait dériver du la chypriote (V!1)100,
pour intéressante qu'elle soit, ne nous convainc guère. Le rapprochement avec le kappa grec, avancé par Kretschmer (p. 18) ne
tient compte que de la forme la plus récente du caractère (celle
qu'il a dans les textes) et ne nous apporte donc rien.
27. Le nu chypriote ()l ) peut-il, comme le suggère Brandenstein, avoir donné naissance à
prototype du « sidétique (
no. 4) ? Ce dernier est au moins aussi proche de la forme prise par
le nun dans certains alphabets sémitiques: forme originelle
d'où
> (cursive paléo-hébraïque)101, ) (cursive araméenne)102, | (alphabet safaïtique)108.
28. Le signe no. 5 (4 = i) a toujours à peu près la même forme;
nous ne lui connaissons qu'une variante notable
sur un statère
du IV e siècle104. W. Brandenstein (p. 90) le rapproche du i chypriote X. Or il fait penser davantage au yod sémitique
Ce
dernier — probablement par l'intermédiaire d'une graphie cursive — a donné naissance, dans le monde grec, aux deux types de
iotas en usage à l'époque archaïque : a)
£ , r1, i, S ; b) I 10K.
Proche du type a, le signe sidétique serait, s'il avait la même origine, incontestablement plus près de l'original sémitique que le iota
•* Voir les tableaux donnés par O. Masson dans ICS.
m On pourrait songer par exemple au hêth (êta dans l'alphabet grec), qui dans
certains alphabets sémitiques a pris une forme voisine: t/ snr la stèle de Mésa
(9* siècle), fc) à Samarie, cf. J . Février, op. cit. 207.
100 Lequel aurait donc été redressé ou orienté différemment.
1 0 1 D. Diringer, op. cit. 100
1 0 1 J . Février, op. cit. 300
1 0 1 Ibidem, 276. L'alphabet safaïtique est, on le sait, une écriture sud-sémitique.
1 0 4 E. Babelon, Traité I I . 2, no. 1636, pl. CXLII, 17
1 0 6 Voir le tableau donné par W. Larfeld, op. cit., in fine, et L. H. Jeffery, op.
cit. 29 sq.
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
75
grec 104 . La partie supérieure du caractère aurait été simplement
redressée107.
29. Le caractère no. 6 ()< = u) viendrait selon Brandenstein du
u chypriote — auquel il attribue la forme X —, avec un intermédiaire supposé * . Or le signe chypriote, comme nous l'avons
vu supra § 14, n'a jamais, semble-t-il, une telle forme et pourrait
bien être d'origine sémitique. L'hypothèse ne nous parait donc pas
convaincante. Nous nous demandons si nous ne sommes pas en
présence d'un autre avatar du waw, cf. les graphies paléo-hébraïques %
(Siloé, fin du V I I I e / début du V I I e siècle), X, (cursive),
•f (monnaies)108. On aurait stylisé l'une de ces variantes pour éviter
une confusion avec le no. 14 (YjV).
30. En l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons pas
préciser l'ascendance du symbole utilisé pour d (ijj, no. 8). Brandenstein veut le faire remonter au te chypriote, auquel il prête le
forme ^ , avec un intermédiaire non attesté
Or le tracé du
signe chypriote est en réalité assez différent : \]/ ( \_i / , dans le syllabaire paphien ancien;
en paphien récent) 109 , ce qui, il faut
l'avouer, est fort éloigné du caractère sidétique.
31. Brandenstein donne comme prototype au signe no. 10
=
a) le a chypriote %, hypothèse dont la fragilité n'est pas à démontrer.
A première vue, le caractère ne rappelle aucune des lettres utilisées pour la notation de voyelles par les alphabets voisins grecs ou
anatoliens. Certes, un signe emprunté peut avoir dans son répertoire d'adoption une valeur totalement différente de celle qu'il
avait originellement: cf. en lydien M = à, en lycien ï = n, etc.
C'est sans doute en songeant à de tels exemples que Kretschmer 110
rapproche le signe sidétique du 'dreistichige sigma', qu'on aurait
employé pour a. Mais, avant d'en arriver à une solution aussi
'désespérée', ne pourrions-nous explorer une autre voie? Il n'est
pas impossible qu'en définitive le a sidétique représente une simplification de l'aleph sémitique (le, •<), par l'intermédiaire d'une
graphie cursive. Il est certes apparemment bien éloigné des formes
10 * La variante mentionnée plus haut, si elle n'est pas due à une maladresse
du graveur, rappelle pourtant assez la lettre grecque.
107 On observe une évolution comparable sur certaines monnaies hébraïques:
Y, cf. D. Diringer, op. cit. 100.
108 Cf. J . Février, op. cit. 207, et D. Diringer, op. cit. 100
1 0 9 Voir les tableaux donnés par O. Masson dans ICS.
110 P. 18
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
76
Olande B r i x h e
prises par ce symbole dans le monde gréco-anatolien (A »A> F 1 .
etc.) ; mais songeons au tracé de ce dernier dans certains alphabets
sémitiques:
en samaritain111, > en cursive hébraïque112, ' V en
pehlvi arsacide118, etc. Dans toutes ces graphies, ce qui est constant, ce sont les deux hastes formant un angle généralement aigu,
mais parfois droit ou obtus ; seuls varient l'emplacement et l'aspect
<le la barre transversale, qui quelquefois semble disparaître. A Sidé
l'aleph serait-il passé de k à < ?
32. Le mu chypriote (X) peut difficilement être le prototype du
•m sidétique (<, no. 11), malgré W. Brandenstein qui suppose un
intermédiaire non attesté: * y (p. 90).
B. Signes de valeur inconnue
33. Le signe no. 13 ( T ) se rencontre isolément sur les monnaies
et au début du dernier mot du texte II (. . . % y t) 114 - Pour
Sayce 118 il appartient à la partie du syllabaire asianique qui ne se
retrouve pas à Chypre. Le rapprochement que propose Brandenstein (p. 90) avec le ti (t) ou le ka (±) des syllabaires chypriotes
et la valeur k suggérée par lui avec réserves ne fournissent aucune
forme actuellement identifiable.
Comme le souligne A. Heubeck11®, presque partout en Asie
Mineure apparaît un signe semblable, mais avec des valeurs diverses. Pourtant l'hypothèse, qui à Sidé y verrait un e117 comme en
Lycie voisine, pourrait peut-être nous fournir une interprétation
plausible de la fin du texte II (cf. supra § 23). Arkwright118 pense
que le e lycien (1") est issu, ainsi que le a (f*), de l'alpha grec (cf.
archaïque A. A)- L'idée est séduisante. Il convient néanmoins de
rappeler les formes qu'a prises le hé (originellement g ) dans certains
alphabets sémitiques, notamment en araméen : A\ (écriture monumentale), -r, 7» (cursive)11'. Il n'est donc pas exclu que la lettre
lycienne n'en soit qu'un avatar 120 . En serait-il de même pour le
signe sidétique ?
111 Ibidem, 108
D. Diringer, op. cit. 100
J . Février, op. cit. 292
114 Pour la lecture du premier signe à partir de la gauche, voir infra § 36.
115 Chez H. Schliemann, Ilios, 910 sq.
Lydiaka, Erlangen 1969, 67
117 Voyelle non encore identifiée dans le répertoire sidétique
118 OsteiT. Jahresh. 2, 1899, 71
u » Cf. J . Février, op. cit. 300
1 , 0 Le iota grec ayant servi pour noter le yod, l'avatar le plus commun du hé
sera utilisé pour le ».
111
11S
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
77
34. Bossert se refusait à proposer une valeur pour le signe no. 16
( \J), qui apparaissait deux fois dans les textes connus de lui. Brandenstein suggérait avec réserves la transcription g; il croyait y voir
un dérivé du ki chypriote ( y , selon lui), avec un intermédiaire
supposé : *
. Or il faut souligner que le signe insulaire a en réalité
une forme assez différente de celle que lui prête le savant autrichien: Y . V- ¥> 2>
Il est donc passablement éloigné du
caractère sidétique, dont il paraît difficile d'en faire un avatar.
Les deux textes récemment trouvés nous en ont livré cinq nouvelles attestations. Il figure désormais : a) à l'initiale devant voyelle,
l&i (I), 15a (111,2); b) après consonne et devant voyelle, nl5o
(IV, 2) ; c) après voyelle, apparemment en fin de mot, al5 (III,
3 m , et peut-être IV, 3123) ; d) après signe de valeur inconnue (no.
26) et devant i (III, 2).
La valeur proposée par Brandenstein pourrait trouver un appui
dans thanlôorz (IV, 2), dans lequel M. Darga (p. 65) suggère de
retrouver l'équivalent d'Aôrivayôpou (cf. pordorz = 'AiroÂAoÔwpou,
II). Mais la position finale qu'on observe en III, 3 et peut-être en
IV, 3 convient assez mal pour un g. Cette valeur, sans être exclue,
est donc suspecte144.
35. Il nous semble hasardeux d'émettre une hypothèse quant à
la valeur et à l'origine des signes no. 23 (J) et 29 (>). Le premier
est isolé sur une unique pièce de monnaie. Le second figure toujours entre voyelle: a29a (III, 1), ë?29i et ë?29a (III, 3); il s'agit
apparemment d'une consonne ou d'une semi-consonne.
36. L'existence du signe no. 25 (^C) n'avait pas été reconnue par
Bossert, ni Brandenstein. Pourtant il figurait déjà dans le texte I I :
à la fin il faut lire non pas X (—**)> mais $t126. Les nouveaux
1,1
Voir O. Masson, ICS, tableaux p. 68 sqq.
La séquence est, en effet, suivie de anathêmataz, qui, apparaissant deux fois
dans des contextes différents, doit constituer une unité.
^ Analyse très vraisemblable proposée par G. Neumann, 89 et 92
m
II est, en outre, légitime d'avoir toujours présente à l'esprit la phonologie
d'une langue voisine comme le lycien, qui ne doit pas être sans analogies avec le
sidétique. Or en lycien la lettre pour g est extrêmement rare, alors que dans les
quelques bribes de sidétique en notre possession le g apparaîtrait 7 fois!
m
Ce que n'a pas vu non plus M. Darga. G. Neumann (p. 79) croit aujourd'hui
le retrouver dans le premier mot du texte I: la seconde lettre serait non pas le
signe 5, mais un signe 26 dont la partie inférieure droite aurait disparu. Le document est perdu et l'on n'en possède que la photographie d'estampage donnée par
Romanelli et Paribeni dans Mon. Ant. 23, 1914, col. 128—129, fig. 26. Faute de
pouvoir vérifier sur la pierre la suggestion de G. Neumann, nous conserverons ici
la lecture » proposée avec réserves par Bossert (p. 10) et acceptée par Brandenstein.
111
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
78
Claude B r i x h e
textes nous ont apporté de nombreuses autres attestations. On
rencontre ce caractère : a) entre consonnes, dans th25m (III, 3, et
IV, 4), n25z (111,2); b) après consonne et devant un signe de
valeur inconnue (no. 29), qui pourrait être également une consonne
(cf. §35), dans n25.29 (111,3) et p25.29 (111,3); c) après consonne, apparemment à la fin d'un mot, as25 (III, 1; deux fois)184
et peut-être e?b?25 (II); d) à l'initiale peut-être, devant le signe 26
(III, 2) 127 et devant u (25ua, III, 1) ; entre consonne et signe de
valeur inconnue, m25.26 (III, 2), s25.30 (III, 3); f) entre voyelle
et signe de valeur inconnue, u25.26 (III, 1; deux fois); g) entre
deux signes de valeur inconnue, 27.25.26 (III, 2). Les positions
a et c rendent fort probable un signe vocalique. La séquence
anath25mataz, dans laquelle ils pensent retrouver un emprunt au
grec (àvàOena), a amené M. Darga (p. 64 et 65), puis G. Neumann
(p. 87 et 90), à y voir un e. Si c'était le caractère no. 13 qui devait
être investi de cette valeur (voir le § 33), nous proposerions pour
l, voyelle nasalisée comparable à celles qui apparaissent en lycien
sous l'influence d'une nasale suivante et, après disparition d'une
nasale, devant consonne ou en position finale128. On sait que le
grec de Pamphylie connaissait peut-être ce dernier phénomène,
cf. FavaÇàSpou ( = "AvaÇàvSpov)128'180, mais que l'alphabet grec ne
lui permettait pas d'en rendre compte par l'écriture.
Aucun des contextes où apparaît y. ne semble s'opposer à cette
interprétation; anath25mataz (à lire anathëtnataz?) et 13.24.25 (II;
à lire ebë[- ?] cf. supra § 27) lui seraient même favorables. La présence du signe en position finale (c) trahirait la disparition d'une
nasale181.
Nous ne pouvons nous prononcer sur l'origine de cette lettre.
37. Sayce132 et Brandenstein (p. 90) soulignent la ressemblance
qui existe entre le wo chypriote ( f ,
et le signe sidétique no. 17
m
La première fois, ce groupe est suivi de la séquence iztraiaw, qui, se retrouvant dans deux contextes différents, doit représenter un «mot». La seconde fois,
il est suivi de masaras, qui en raison de sa présence en II (masara) constitue probablement lui aussi une unité.
Cf. supra n. 43
m
H. Pedersen, Lykisch und Hittitisch, 36
" » / " o Cl. Brixhe. Études d'archéologie classique I I I , 106. En disparaissant, la
nasale communiquait peut-être sa nasalité à la voyelle précédente et elle sonorisait
la consonne suivante quand il s'agissait d'une occlusive sourde, cf. iréSi = irévTS
(SGDI 1267,1. 6).
m
Cf., e. g., les accusatifs lyciens en -S (issu de -on) ou en -iyë (issu de -iyon),
voir Houwink, op. cit. 66.
" » Chez Schliemann, Ilios, 910
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
79
U , -j). Pour Sayce, ils remonteraient tous deux à un archétype
commun; pour Brandenstein, le premier est à l'origine du second.
Pourtant, il ne semble pas que la valeur du symbole chypriote
corresponde de près ou de loin à ce que nous attendons pour la
lettre sidétique. Cette dernière apparaît sur les monnaies entre le
caractère no. 26 et i, puis dans le texte I, à la fin du nom de la
déesse Athéna que, d'après le texte grec, nous attendons au datif:
thanl7. Pour le datif d'un thème en -a on trouve en hittite une
désinence -a ou -i 133 , en louvite -iya ou -i133, en hittite hiéroglyphique -a ou -i 133 , en lycien -aj-i ou -ayelzt, en pisidien peut-être
-e135. Si, comme nous en sommes persuadé, le sidétique appartient
au groupe des langues anatoliennes, il est naturel d'attendre ici une
désinence proche de i ou de a. Partant de ces données136 et tenant
compte du fait qu'on a déjà identifié un a et un i, Bossert (p. 10)
suggère pour le signe no. 17 la transcription à. Or il est peu probable
que le système vocalique du sidétique repose sur les oppositions de
quantité (cf. supra § 19) ; c'est pourquoi nous songerions plutôt
à une voyelle, proche de a, non pas caractérisée par sa longueur,
mais par son timbre : â vel simile ?
On peut se demander d'ailleurs s'il n'existe pas un rapport formel
entre les signes 10
= a) et 17. Ce dernier, avant de se simplifier
en
(monnaies tardives et texte I), a généralement sur les
statères du I V e siècle la forme
Serait-il issu de <, par adjonction d'un trait diacritique ( '*,') ?
38. Nous avons vu (§ 5) que le signe no. 26 n'avait jamais la
forme M (no. 24) et ne pouvait donc être transcrit par w. Partout,
il a, à peu près, le même tracé: *. On le rencontre: a) entre i et
le signe no. 17 (a?), sur les monnaies; entre i et a en IV, 3; entre
e et « en III, 1 et 2; b) entre e et z en III, 2; c) entre e et un signe
de valeur inconnue (no. 15) en III, 2; d) probablement à l'initiale
devant o en IV, 3 137 . Le caractère semble donc recouvrir une consonne ou une semi-consonne. G. Neumann, dans la version primitive de son article 138 , suggérait d'y voir un yod 189 , valeur qu'il est
Locatif en fonction de datif
Pour les noms en -a de la première classe, cf. Houwink, op. cit. 63 et 66.
Cf. L. Zgusta, Archiv Orientâlni 26, 1967, 608 sq.
Il évoque l'exemple du hittite hiéroglyphique.
1X7 L a séquence précédente, ozal5, se retrouve en I I I , 3 et constitue sans doute
une unité.
1 M Cf. supra n. 4
m
Phonème attendu en sidétique, puisqu'on le rencontre en lycien et dans le
grec de Pamphylie (noté i dans les deux cas).
185
1,4
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
80
Olande B r i x h e
impossible de vérifier, mais qui n'est contredite par aucun contexte
et à laquelle la forme du signe n'est pas défavorable140.
39. Comme l'a reconnu Brandenstein (p. 90),
qui n'apparaît
que sur des monnaies (monogrammes), est probablement le produit
d'une ligature: sans doute no. 21 (9) 4- un caractère que le philologue autrichien identifie avec le no. 8 (4l), ce qui est moins sûr.
T r a n s c r i p t i o n des d o c u m e n t s connus
Légende des statères du IV e siècle (type normal) :
s-i-m??-b??-a-26-â?-i-z
Texte I
15-i-a-th^a-ti-d?
a-r-t-m-o-n
th-a-n-p-i-u-z
(ou
tn-a-a-z-u~a-15-a-z
m-a-l-u-a-15-a-z)
Texte II
p-o-l-o-n-i-u
p-o-r-d-o-r-z
p-o-l-o-n-i-u-a-z
tn-a-s-a-r-a
e?-b??-i?
Texte III
u-ê?-26-a-s-ë?-a-29-a-s-ë?-i-z-t-r-a-t-a-?-ë?-u-a-z-z-a-u-ë?26-a-s-é
P-tn^a-s-a-r-a-s
15-a-r-27-ë
?-26-15-i-b
t-r-a-t-a-w-ë
? ?-n-ê ?-z-i-u-a-z-tn-ê
?-26-a-27-a-z-i-z-
?-26-z-a-27-o
p-ë?-29-i-u-a-s-ë?-30-n-ë?-29-a-r-s-a-27-a-z-a-a-27-o-z-a-15a-n-a-th-l
?-m-a-t-a-z
Texte IV
27-b? ?- a-r-i ?-ë ?- P-p-th^a-m-iX (ou 9
t-a-w-o-z-a
a-n-a-th-ë
[?
?)-o-r-z-th-a-n-15-o-r-z-i-z-t-r-[a
(ou o)-15-26-o-z-27-i-u(tn-a
ou
26-a)-i
?-m-a-t-a-z
É v o l u t i o n des c a r a c t è r e s
40. Seule peut être examinée l'évolution des 13 lettres qui figurent à la fois sur les monnaies (V e /IV e siècles) et dans les textes
140 Dans le cadre d'une écriture d'origine gréco-9émitique, il pourrait s'agir d'un
avatar du yod sémitique, dont le tracé rappellerait celui du iota de certains alphabets grecs archaïques (5 / X )• Le yod sémitique serait donc à l'origine du t (§ 18,
plus proche de l'original) et du y (plus simplifié). Le fait n'aurait rien d'étonnant,
cf. le waw ( y ) qui a donné naissance à l'upsilon et aux digammas F et M dans
les abécédaires grecs.
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
0[¡E«O
'AfTt^UJV
'AÜKJ
so*
ßCtlCj
SITTTCÍOO
x*crTve'*
i KV
H<IA5 ^ jo jyu
i JUÍXMK
Texte I
Texte II
Texte IV
T e x t e ITT
P l a n c h e II
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
81
épigraphiques (III e /II e siècles). On observe dans la forme de certaines d'entre elles une transformation allant dans le sens d'une
simplification: cf. no. 2 ^ (monnaies), puis 4 (textes); no. 3 $
(monnaies) et K (textes); no. 12 V, h1, w (monnaies) et N (monnaies et textes); no. 17
(monnaies), puis / ), 7" (textes et monnaies tardives). Mais l'intervalle entre l'apparition et la disparition
de l'écriture est trop bref pour que des modifications essentielles
aient pu se produire.
Conclusions
41. Sur les 28 signes recensés, 16 sont identifiés avec certitude
ou un quasi-certitude. Pour 9 d'entre eux (nos. 1, 6, 6, 7, 9, 12, 16,
18, 24) l'hypothèse d'une origine gréco-sémitique est de loin plus
satisfaisante que celle d'une origine chypriote. Pour 3 des 6 autres,
la même éventualité n'est pas exclue (nos. 2, 4, 10).
De 13 caractères, on ne connaît pas encore la valeur ou celle qui
a été proposée, ici ou ailleurs, est purement conjecturale. Trois
d'entre eux évoquent immédiatement une lettre grecque (nos. 20,
21, 28) ; cinq autres (nos. 13,14, 26, 29, 30) peuvent être rapprochés
d'un symbole grec ou sémitique; 6 seulement (nos. 3, 8, 11, 15, 23,
25) paraissent irréductibles à un signe gréco-sémitique, proportion
— il est vrai — plus importante que dans les autres alphabets
anatoliens, en tout cas plus importante que dans les écritures
lycienne et lydienne.
Ce fait, joint au développement particulier que semblent avoir
connu certains caractères, donne au répertoire sidétique une physionomie particulière, apparemment plus éloignée de celle des alphabets grecs que celle du répertoire lycien, lydien ou même carien;
et, si nous croyons avoir montré la supériorité de l'hypothèse sémitique sur l'hypothèse chypriote, si pour quelques lettres un emprunt
direct aux Grecs est évident ou probable (e. g. nos. 16, 20), cette
physionomie nous amène à nous demander si les Sidètes, dans tous
les cas, ont eu recours à un intermédiaire grec ou s'ils ont emprunté
directement à un alphabet sémitique une partie de leur système
d'écriture. Cela pose implicitement le problème de la date de création de ce dernier. Bossert (p. 14) a l'impression que «die sidetische
Schrift wie die lydische und lykische eine verhältnismäßig junge
Erfindung ist, die nicht sehr hoch in die erste Hälfte des 1. Jahrtausends v. d. Z. hinaufreichen dürfte ». Mais sur quoi cette impression est-elle fondée ?
6 KADMOSVm
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
82
Claude B r i x h e
Certes la première attestation de l'écriture sidétique doit être
située à la fin du V e siècle seulement, soit un peu après celle des
écritures lycienne et lydienne, mais un peu avant celle de l'alphabet
carien en Carie (IV e siècle?)141. Le caractère tardif de ces apparitions tient peut-être tout simplement au hasard des recherches et
des fouilles ou aux matériaux qui jusqu'alors avaient servi de support à l'écriture. Sans les graffiti d'Égypte ou les objets pharaoniques à inscription carienne, qui pourrait affirmer que les Cariens
connaissaient l'écriture dès le VII e siècle, c'est-à-dire moins d'un
siècle après l'apparition des premières inscriptions grecques ? L'alphabet sidétique pourrait donc remonter plus haut qu'on ne le
croit et, pour lui comme pour les écritures carienne142 et phrygienne143, on est en droit de se demander s'il ne s'agit pas, pour
l'essentiel, d'un emprunt direct aux alphabets sémitiques.
Appendice
Les monogrammes figurant sur les s t a t è r e s sidétiques
42. Nous avons mentionné, supra § 2, la présence de signes isolés
ou de groupes de signes au droit ou au revers, parfois même sur
les deux faces des statères sidétiques à légende épichorique. Sabahat
Atlan, selon qui ces monogrammes apparaîtraient à partir de 365
environ144, en a recensé 16 types différents; nous croyons pouvoir
en ajouter un dix-septième: TA 1 4 5 . Nous avons donc, en transcription le, répertoire suivant146 :
1)
2)
3)
4)
5)
signe no. 22
th
a
e?
o?-t
6) p-o
7)
8)
9)
10)
11)
p-21
signe no. 23
thrf-i
i-e?
21-p
12) th-p
13)
14)
15)
16)
17)
21-th-p
l-e ?
n
ä?
w
O. Masson et J . Yoyotte, Objets pharaoniques, p. X I I I
La question a été évoquée récemment, sans être résolue, par Ju. V. OtkupSiikov dans l'article cité supra n. 31.
l u Outre que l'écriture paléo-phrygienne ressemble aux alphabets grecs archaïques de l'ouest et non pas de l'est, il ne faut pas oublier que les premiers textes
vieux-phrygiens sont au moins contemporains des premières inscriptions grecques
(O. Haas, Die phrygischen Sprachdenkmäler, 177) ; voir les remarques de R. S.
Young qui n'est pas loin de penser que les Phrygiens ont connu l'écriture indépendemment des Grecs (Proceed. Amer. Phil. Soc. 107, 1966, 363).
1 4 4 Cf. supra n. 19
i « Kadmos 7, 1968, 72
Nous reprenons la numérotation de S. Atlan.
141
1 0
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
L'Alphabet épichorique de Sidé
83
Brandenstein (p. 87) a tenté d'interpréter quelques-uns de ces
monogrammes comme les initiales de noms de divinités honorées
à Sidé: th pourrait représenter thana ( = 'Aôavâ147, avec aphérèse);
p-o polon ( = ' A T T Ô A A C O V ) ; th-p thana et polon; th-p-i thana, polon
et l'équivalent épichorique d'Isis. Le savant autrichien ne peut
offrir aucune explication pour les autres combinaisons de caractères.
S. Atlan fait remarquer que th et p-o ne se trouvent pas toujours
à côté des effigies de la déesse et du dieu, comme on serait en droit
de l'attendre, et elle se demande si nous n'aurions pas affaire en
réalité à des initiales de magistrats monétaires.
Cette hypothèse avait déjà été avancée par J. P. Six148 et nous
avons toujours cru qu'elle était la seule plausible. Vers la même
époque, en effet, les statères d'Aspendos commencent à porter, au
droit et quelquefois au revers, des monogrammes composés de
caractères grecs149, qui représentent probablement les initiales des
magistrats monétaires autorisés par la cité à signer les monnaies
émises pendant la durée de leur charge.
Nous sommes donc sans doute en présence non de théonymes,
mais d'anthroponymes : th = e. g. ©(avâScopuç)160; a = *A(XéÇa8puç)161, 'A(pTéncov) 1 6 2 vel similia; e ? — e. g. 'E(piilas); p-o =
e. g. FIo(Acbviuç)163 ou TT(oXcôvius) et O(pSç)154; th-p-i = e. g.
9(avà6wpvç), TT(oÂcovius) et M (crias); w = * (avaÇicov)166 ou n(avâÇaSpuç)166; etc.
147
147
Athéna et Apollon étaient, on le sait, les deux divinités principales de Sidé,
cf. L. Robert, Hellenica 6, Paris 1948, 75, et A. M. Mansel, Die Ruinen von Side,
Berlin 1963, 3 sq.
144
The Numismatic Chronicle, 3 e série, 17, 1897, 206. Le fait paraît avoir
échappé à l'attention de W. Brandenstein et S. Atlan.
"» Cf. E. Babelon, Traité II, 2, no. 1567 sqq.
160
Cf. pamph. (Aspendos) GavaScopou, Lanckoronski, Die Stàdte Pamphyliens
und Pisidiens I, Vienne 1890, no. 84
161
Cf. à Aspendos 'AÀ£Çà6pou pour 'AXtÇàvSpou, G. E. Bean, J K F 2, 2, 1962,
p. 204, no. 16
151
Cf. à Sidé, dans le texte no. I, artmon ; à Aspendos 'ApTénco = 'Apiincov,
Cl. Brixhe, Études d'Archéologie Classique III, Nancy 1966, 111
151
Cf. à Sidé (texte II, 1. 1), poloniu = 'ATTOÂÀCOvioç ; à Aspendos TIEACOVÎOU =
'ATTEÀÀCOVÎOU, Lanckoronski, op. cit. no. 91
u4
Cf. le génit. pamph. OfJcrrvs = OfJâTOS, Cl. Brixhe, loc. cit. 99.
165
Cf., à Sillyon, MavaÇlco = 'AvaÇIcov, génit. ttavaÇfwvirç = 'AvaÇlcùvoî,
Lanckoronski, op. cit. no. 66
Cf. à Aspendos favaÇàSpou = *Ava|àv6pou, G. E. Bean, loc. cit. p. 204,
no. 16; et Cl. Brixhe, loc. cit. 106
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
84
Claude Brixhe
Quand le groupe comporte deux signes, il n'est pas interdit de
penser que nous avons parfois affaire non pas au nom de deux
monétaires, mais à celui d'un seul, suivi du patronyme. Enfin, là
où — comme cela arrive quelquefois à Aspendos167, on rencontre
un monogramme sur chacune des deux faces, il est possible que
l'un corresponde au(x) monétaire(s) et l'autre au(x) magistrat(s)
éponyme(s)168.
Tous les monogrammes recevraient ainsi une explication cohérente.
Cf., e. g., E. Babelon, op. cit. no. 1576
Sur les monnaies à double signature (officiers monétaires et magistrats
suprêmes), voir B. V. Head, HN*, 61.
157
158
Brought to you by | Goethe Universität
Authenticated
Download Date | 10/25/17 12:02 PM
Документ
Категория
Без категории
Просмотров
0
Размер файла
1 872 Кб
Теги
0107, kadmos, 1969
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа