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Le Figaro - 16 04 2018

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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 916 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ITALIE
REPORTAGE À CASTEL VOLTURNO,
CARREFOUR DE L’IMMIGRATION ILLÉGALE
OÙ RÈGNE LA MAFIA NIGÉRIANE PAGE 16
TURQUIE
Un an après
son référendum,
Erdogan règne
sans partage PAGE 5
MALI
Les djihadistes
attaquent l’ONU
à Tombouctou PAGE 5
FIGARO SANTÉ
TROP DE FRANÇAIS
TRAITÉS POUR
HYPOTHYROÏDIE PAGES 9 À 12
Après les frappes, les alliés en
quête d’une stratégie politique
INTERVIEW
Macron sur
BFMTV : deux
heures pour tenter
de convaincre
les Français PAGE 7
PARIS
Le nouveau Palais
de justice ouvre ses
portes lundi PAGE 8
Le PSG parie sur
le jusqu’au-boutiste
Tuchel PAGE 14
SANTÉ
Les Français vont
enfin disposer d’un
dossier médical
numérique PAGE 22
DISPARITION
Un bilan coûtsavantages du
bombardement
français
en Syrie
La tribune de
Reuven Rivlin,
président
d’Israël
Les tribunes
de Pierre
Vermeren
et de Jacinda
Ardern
La chronique
de Nicolas
Baverez
n
n
PAGES 17 À 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Blocage des universités :
la police doit-elle
évacuer les occupants
de Tolbiac à Paris ?
OUI
91 %
NON
9%
TOTAL DE VOTANTS : 39 313
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@e@b@g@k";
Opéra de Paris : un rapport
interne révèle le grand
malaise du corps de ballet
Les zadistes tentent
de reprendre le terrain
à Notre-Dame-des-Landes
Rien ne va plus entre les danseurs de l’Opéra de Paris et la
directrice du ballet, Aurélie
Dupont. Dans un document
interne que Le Figaro s’est
Une semaine après l’opération
d’évacuation de la ZAD, les
lieux font toujours l’objet d’affrontements entre occupants
illégaux et forces de l’ordre.
procuré, les artistes dénoncent du harcèlement, une
mauvaise gestion des danseurs et un projet artistique
flou. PAGE 30
Une résistance observée ce
week-end encore, où, aidés de
nombreux renforts pour réinvestir le site, les zadistes ont
lutté pied à pied. PAGE 13
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
n
n
M 00108 - 416 - F: 2,60 E
Les Occidentaux qui ont mené les opérations contre le régime syrien après l’emploi d’armes chimiques
veulent maintenant passer à une phase diplomatique, au contenu encore incertain. PAGES 2 À 4, 7, 17, 19 ET L’ÉDITORIAL
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Approuvez-vous les
frappes menées en Syrie ?
RICCARDO SIANO/ROPI-REAPASCAL ROSSIGNOL/REUTERS
L
Après la canonnade
a politique du Tomahawk est l’avatar
moderne de celle de la canonnière.
Jadis, on remontait un fleuve, on
bombardait un port, pour punir ou
ponctuer un avertissement. Avec les
missiles de croisière, l’allonge est plus confortable. La démonstration peut se faire à mille
kilomètres de distance. Mais les effets et les limites sont les mêmes : la canonnade permet
d’envoyer un message, pas de chambouler une
situation politique et militaire.
La poussière des raids à peine retombée, la polémique sur l’opportunité des frappes en Syrie
s’est enflammée. Avec le sens de la nuance qui
est bien la marque de notre époque. En fait,
leur bilan est différent selon l’angle de vue.
Si l’on considère l’odieux emploi de l’arme
chimique, cette rétorsion semblait indispensable. Face aux atrocités à répétition, les
Occidentaux ont voulu envoyer un message
ferme. À Bachar el-Assad, mais aussi bien
au-delà du Levant. Rétablir une forme de
dissuasion. De ce point de vue-là, la France a
eu raison d’agir.
Mais si l’on s’en tient à la tragédie syrienne, ce
lâcher de missiles est aussi le symbole de notre
impuissance. Sur le terrain, il ne va rien chan-
ger. Ce n’était d’ailleurs pas le but. Il n’a jamais
été question de « changement de régime ». En
creux, cette riposte montre que les seuls à
pouvoir peser sur le cours des choses restent
les Russes. Et, subsidiairement, les Iraniens et
les Turcs.
Et maintenant ? Assurément, une nuit de frappes ne peut se substituer à une stratégie. On attend toujours la vision de
Donald Trump. La France, dans la partie comme
elle vient de le montrer,
peut à sa mesure faire
preuve d’initiative. En
jouant notamment les
bons offices avec la Russie. Après tout, Poutine,
même s’il s’offusque, a
obtenu gain de cause avec cette riposte modérée des Occidentaux. Et, efficace militairement, il est à la peine sur le volet politique.
On ne passera pas en un jour du Tomahawk au
calumet de la paix. Mais on se prend à rêver
que, chacun sauvant la face, cet épisode tendu
réveille la diplomatie. Tout le monde, à l’évidence, doit faire un pas. Négocier, c’est souvent se retrouver à mi-pente. ■
Des senteurs d’ailleurs
En Syrie,
la France
doit faire
preuve
d’initiative
politique
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
CHAMPS LIBRES
Milos Forman,
athlète
du spectacle PAGE 36
Un soldat syrien inspecte les
ruines d’un bâtiment détruit
dans la nuit de vendredi
à samedi à Barzeh.
LOUAI BESHARA/AFP
FOOTBALL
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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Assad mise sur ses alliés russes
Les frappes occidentales n’ont ni
modifié les lignes de front ni changé
le rapport de force favorable à Damas.
J’ai parlé
au président
(Trump) ce
(samedi) matin,
il a dit que si le
régime syrien
continue d’utiliser
ce gaz toxique,
les États-Unis sont
prêts à dégainer
de nouveau
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
BACHAR EL-ASSAD était « de bonne humeur », selon des parlementaires russes
qui l’ont rencontré dimanche, au lendemain des frappes occidentales contre
son arsenal chimique. Quatre heures
après les raids, la présidence syrienne a
publié une vidéo montrant le président
syrien arriver au travail en costume, une
mallette à la main. « Assad veut prouver
que rien ne s’est vraiment passé et que
c’est business as usual », analyse un diplomate onusien, au fait du conflit syrien.
Juste après l’attaque, il assurait au téléphone à son allié, le président iranien,
Hassan Rohani, que les raids renforçaient, au contraire, sa volonté de
« combattre et d’écraser le terrorisme »
sur « chaque pouce » de son territoire.
Bref, l’ennemi juré des Occidentaux
semblait, a posteriori, donner raison à
Theresa May qui affirmait qu’il ne
« s’agissait pas de changer le régime ni
d’interférer dans la guerre civile » syrienne.
Dès samedi, l’armée est rentrée dans
la ville de Duma, évacuée des derniers
rebelles, qui défiaient depuis cinq ans le
pouvoir aux portes de la citadelle damascène. Et selon le journal gouvernemental al-Watan, la priorité pourrait
être de « régler définitivement la question
du sud de la capitale », notamment dans
le camp de réfugiés palestiniens de Yar-
»
NIKKI HALEY, AMBASSADRICE
DES ÉTATS-UNIS
AUX NATIONS UNIES
HECTOR RETAMAL/AFP
105
missiles
ont été tirés par
les États-Unis, la France
et le Royaume-Uni
dans la nuit de vendredi
à samedi contre
des cibles syriennes
Kobané
Djarabulus
Azaz
Manbij
Al-Bab
TURQUIE
Afrine
Jisr al-Choghour
Lattaquié
Baniyas
Alep
Idlib
Lac Assad
Masyaf HamaSalamiyya
Rastan
Homs
Mer
Méditerr
Méditerranée
Médit
erranée
anée
Deraa
Raqqa
Tabqa
IRAK
Deir ez-Zor
Al-Mayadin
Him Shinshar,
site de production
et dePalmyre
stockage
d'armes chimiques
Al-Qusayr
La situation
militaire en Syrie
Frappes occidentales (13-14 avril 2018)
Abu Kamal
DÉSERT DE SYRIE
CONTRÔLE (OU PRÉSENCE) LE 15 AVRIL 2018
État islamique (Daech)
Régime syrien et ses alliés
Barzeh,
Rebelles syriens dont islamistes...
centre de recherche
scientifique
... et armée turque
Forces démocratiques syriennes*
Les régions faiblement peuplées apparaissent en clair sur la carte
Suayda
Golan occupé
par Israël
Après les frappes occidentales, les partisans de Bachar el-Assad manifestent, samedi, dans les
quie et l’Iran, les principaux acteurs de
la guerre. Va-t-on alors vers un « Genève 9 » – une neuvième session de pourparlers, jusque-là infructueux, en raison
du refus de négocier de Damas – ou vers
un Sotchi 2 – une deuxième conférence,
après l’échec également de la première ?
Basculement turc
Hassaké
SYRIE
Al-Nabk
LIBAN
Yabrud
Qutayfa
Zabadani
Dumayr
Al-Tall
Duma
Damas
Qunaytra
Sanamein
ISRAËL
Kamechliyé
Ras al-Aïn
50 km
Al-Safira
Maarat al-Nooman
Tartous
mouk, où subsiste un réduit dominé par
des djihadistes de Daech. « Le régime va
soumettre le sud de Damas, confirme le
diplomate onusien, puis il se concentrera
sur quelques poches autour de Hama et de
Homs. Idlib, ce sera pour plus tard, car
c’est entre les mains des Turcs. Quant à
Deraa au sud, il y a un accord entre Américains et Russes, donc ce n’est pas encore
à l’ordre du jour. »
Les frappes n’ont en rien modifié les
lignes de front entre rebelles et loyalistes, encore moins changé le rapport de
forces, favorable à Damas. D’où l’amertume de nombreux opposants, une fois
passée la satisfaction de voir des missiles
Cruise détruire un site de recherche
chimique, non loin du palais présidentiel. « Peut-être que le régime n’utilisera
plus l’arme chimique, mais il n’hésitera
pas à recourir aux armes qui lui ont été
autorisées par la communauté internationale », ironise Nasr Hariri, dirigeant de
l’opposition. « Punir l’instrument du crime alors que le criminel est maintenu,
c’est une farce », réagit sur Twitter Mohammed Alloush, dirigeant du groupe
l’Armée de l’Islam qui contrôlait Duma.
Il a d’autant plus de raisons d’être amer
que la défaite des rebelles de la Ghouta
aura des conséquences négatives sur les
processus diplomatiques de règlement
du conflit. Car il y en a deux, concurrents : celui de Genève, parrainé par
l’ONU qu’Emmanuel Macron souhaite
relancer, après les frappes, et celui de
Sotchi, sponsorisé par la Russie, la Tur-
*YPG kurde et ses alliés arabes
JORDANIE
Sources : syria.liveuamap.com, Thomas van Linge Infographie
Après ces raids contre leur allié, « je ne
vois pas les Russes faire de cadeau à
M. Macron », anticipe le diplomate onusien. Iront-ils, pour autant, jusqu’à livrer des missiles S-300 pour renforcer
la défense antiaérienne de Damas ? « Si
Moscou profitait de la crise pour livrer ces
équipements, cela créerait une très désagréable zone grise pour les avions occidentaux dans le nord-est de la Syrie »,
prévient le chercheur Aron Lund.
Pour l’opposante Randa Kassis, en
contact avec la direction russe, « Moscou veut continuer de dialoguer avec les
Occidentaux sur la Syrie, mais il privilégiera toujours la Turquie et l’Iran pour régler le conflit. » « Cette action illégale endommage sérieusement les perspectives
d’un règlement politique », ont déclaré
Vladimir Poutine et Hassan Rohani, lors
d’un entretien téléphonique dimanche.
Même si les frappes ont été un succès du
point de vue militaire, « les Européens
doivent comprendre que le terrain va
continuer de dicter le tempo », insiste
Mme Kassis. Or l’évacuation de la Ghouta, précipitée par l’attaque chimique
présumée contre Duma, marque la défaite des factions rebelles (Armée de l’Islam, pro-saoudien, et Faylaq al-Rahman, pro-qatarien) qui composaient le
Haut Comité des négociations que les
Occidentaux soutiennent dans le processus de négociations de Genève.
« Maintenant, ajoute Mme Kassis, les
seuls groupes armés qui comptent sont
ceux soutenus par la Turquie, qui est le
dernier parrain des rebelles et la pierre
angulaire des prochaines négociations. »
D’où les opérations de charme menées, juste après les frappes, à l’égard du
président turc, Recep Tayyip Erdogan,
par Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, qui ont appelé le leader turc.
Washington, qui a informé Ankara des
raids, entend également relancer sa
coopération avec la Turquie, malmenée
par l’offensive turque contre la région
kurde d’Afrine dans le nord-ouest de la
Syrie. Erdogan changera-t-il de pied
pour se réconcilier avec Paris et
Washington ? Peu probable, affirment
les experts, sauf si le président turc y
voit un réel intérêt électoral et à condition qu’il ne doive rien céder à ses ennemis kurdes syriens.
Des alliés de Damas, c’est l’Iran qui a
Après les frappes, les Occidentaux en mal d’une stratégie politique
A
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
IL EST encore trop tôt pour savoir si les
frappes ciblées et limitées menées par les
États-Unis, la France et la Grande-Bretagne permettront de retracer la « ligne
rouge » sur l’emploi des armes chimiques
dans la guerre syrienne. Trop tôt pour
dire si la dissuasion concernant ce type
d’armes, dont l’utilisation est formellement interdite par le droit et les conventions internationales, a pu être rétablie.
Mais il n’est pas trop tôt en revanche pour
constater que le trio, qui avait failli il y a
presque cinq ans sur la même actualité, a
en partie redorer la confiance dans la parole des démocraties libérales.
En août 2013, ils avaient renoncé à punir le régime de Bachar el-Assad pour
son massacre chimique dans la Ghouta,
près de Damas. Leur recul à la dernière
minute, après la défection du Parlement
britannique et la volte-face de Barack
Obama, avait laissé des traces profondes.
En Syrie, il avait plongé l’opposition
dans le désarroi, encouragé le régime et
fait le lit de Daech. Ailleurs dans le monde, les alliés des États-Unis s’étaient mis
à douter de l’efficacité de la protection
militaire de leur mentor. « La faute est
réparée », dit un diplomate français. Les
principes de la sécurité collective et du
droit international ont été réaffirmés et
défendus.
Mais les frappes ne changeront pas le
cours de la guerre. Dans le passé, les opérations punitives ont rarement prouvé
leur efficacité. Ainsi, le raid aérien lancé
en avril 2017 par les Américains contre
une installation militaire du régime syrien n’avait pas empêché Bachar el-Assad de mener d’autres attaques chimiques. Et si le président syrien devait cette
fois entendre le message, ainsi que les
menaces d’une répétition des frappes en
cas de nouvelle utilisation des armes
chimiques, il pourrait être tenté d’en interpréter les creux : « Ne touche pas aux
armes chimiques, pour le reste on ne dira
rien… », poursuit le même diplomate.
Ambiguïté et hésitation
En choisissant des cibles strictement limitées au programme chimique syrien,
Américains, Français et Britanniques ont
envoyé un message politique. Ils n’ont pas
essayé de renverser, ni même d’affaiblir
Bachar el-Assad. Leurs frappes n’auront
guère d’incidence sur le champ de bataille, où le statu quo n’a pas été touché.
Depuis août 2013, la situation a changé en
Syrie. En sauvant le régime qui était alors
en pleine déroute et en marginalisant
l’opposition, les interventions de la Russie
et de l’Iran en 2015 ont profondément
modifié les rapports de force. Le terrain
syrien est une parfaite illustration des
bascules stratégiques qui s’opèrent dans
le monde, au détriment de l’Occident.
Les réprésentantes britannique, Karen Pierce, et américaine, Nikky Haley, samedi
à l’ONU, lors de la réunion du conseil de sécurité. MARY ALTAFFER/AP
Sur le terrain, ce sont les puissances
engagées avec leurs troupes qui ont la
main et exercent leur influence : la Russie, l’Iran, la Turquie. Les Occidentaux
ont de plus en plus de mal, quant à eux, à
peser sur le cours des événements. Le
trio de 2013 l’a d’ailleurs parfaitement
compris. Tout a été fait pour éviter l’engrenage et limiter les risques. La large
zone occupée par la défense antiaérienne
russe a été évitée par les missiles de croisière. Les forces russes ont été averties de
l’imminence de la frappe.
Sortis de l’ambiguïté et de l’hésitation
qui depuis août 2013 les paralysaient sur
le dossier syrien, les Occidentaux espèrent désormais bénéficier de l’élan, profiter de leur position de force pour ouvrir
une fenêtre diplomatique et relancer le
processus politique, enlisé dans les sables
du lac de Genève.
Les précautions prises à l’égard de la
Russie, qui a échoué à transformer son
succès militaire en victoire politique
malgré ses tentatives à Astana et à Sotchi, seront-elles suffisantes pour la ral-
lier et la convaincre de faire pression sur
Bachar el-Assad, voire d’envisager un
jour une rupture avec Damas ? Rien n’est
moins sûr. Le Kremlin, même en étant
rassuré que sa ligne rouge, le changement de régime, n’a pas été touchée,
pourrait tout aussi bien contre-attaquer
en manifestant un soutien encore plus
déterminé à Bachar el-Assad.
L’initiative occidentale a une autre limite, interne à son camp cette fois et liée
à Donald Trump. « Mission accomplie »,
s’est félicité le président américain. Mais
il s’est empressé d’ajouter que sa politique syrienne ne changerait pas. Il l’a récemment résumée en disant son intention de retirer les forces américaines de
Syrie et d’alléger l’empreinte américaine
au Moyen-Orient. Il est donc peu probable que les frappes militaires contribuent
à clarifier la politique américaine dans la
région.
Le prochain test des rapports de puissance devrait se jouer bientôt à Idlib,
dernier bastion tenu par les rebelles syriens, peuplé de plus de deux millions
d’habitants. « C’est aussi pour éviter que
le régime syrien utilise des armes chimiques dans cette région surpeuplée qu’il
faut agir vite », expliquait un diplomate
proche du dossier avant le début des
frappes. Les événements d’Idlib montreront vite si elles ont ou non permis d’éviter la banalisation de ce type d’armes
dans la guerre syrienne. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
L'ÉVÉNEMENT
et iraniens
Donald Trump aux prises
avec ses contradictions en Syrie
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
rues de Damas avec les drapeaux de l’Iran et de la Russie, alliés du régime syrien.
réagi le plus violemment aux frappes. Le
guide suprême, Ali Khamenei, a qualifié
de « criminels » Donald Trump, Theresa
May et Emmanuel Macron. Mais dans le
très complexe système politique iranien,
n’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ?
« Téhéran est un peu coincé depuis quelque temps en Syrie », constate Mme Kassis. Les conseillers iraniens ont été absents de l’évacuation des rebelles de la
Ghouta. Et Téhéran a été discret sur l’offensive turque contre Afrine. Vont-ils
durcir leur comportement après ces
AMMAR/AP
frappes, laissant, par exemple, leurs relais attaquer des soldats américains dans
le nord de la Syrie ? Pas sûr. Avant même
les bombardements, son allié, le Hezbollah libanais, également actif en Syrie, en
minimisait l’impact, affirmant que des
raids occidentaux n’allaient pas déboucher sur un conflit ouvert Russie-ÉtatsUnis. « L’Iran est préoccupé par les suites
de l’accord nucléaire, estime Mme Kassis,
et n’oublions pas la pression qu’Israël
exerce sur la présence iranienne en Syrie,
à travers ses frappes répétées. » ■
TELLE que la conçoit Donald Trump, la
guerre doit être rapide, spectaculaire et
produire presque instantanément une déclaration de victoire. Le barrage de missiles tiré dans la nuit de vendredi à samedi
contre trois sites d’armements chimiques
en Syrie remplit tous ces critères. Cela a
suffi pour que le président américain se
montre euphorique en proclamant sur
Twitter « Mission accomplie ».
La formule a réveillé de mauvais souvenirs aux États-Unis. Début mai 2003,
moins de six semaines après l’invasion de
l’Irak, George W. Bush avait déclaré « la
fin des opérations majeures de combat » sur
le pont du porte-avions Abraham Lincoln
surmonté d’une bannière « Mission accomplie ». Celle-ci était censée saluer le
retour des marins à bon port. Mais elle a
symbolisé l’inconséquence d’une guerre
qui n’est toujours pas terminée, quinze
ans plus tard.
En ayant recours à la même phraséologie, Donald Trump a célébré « une frappe
parfaitement exécutée (qui) n’aurait pu
avoir de meilleur résultat ». « Nous avons
atteint avec succès chaque cible, a précisé
Dana White, la porte-parole du Pentagone. En ce sens, la mission a été accomplie. »
Dimanche, le président a enfoncé le clou :
« Le raid syrien a été si parfaitement mené,
avec une telle précision, que la seule façon
pour les “fake news” de le dénigrer était par
mon usage de l’expression “mission accomplie”, a-t-il tweeté. Je savais qu’ils
s’en empareraient mais c’est un si beau terme militaire, il faut le ressusciter. Et l’utiliser souvent ! »
En fait, la référence a surtout poussé les
observateurs, de droite comme de gauche, à se demander quelle est justement la
mission. « Le président doit exposer nos
objectifs, pas seulement concernant l’État
islamique (EI), mais aussi sur le conflit syrien et l’influence néfaste de la Russie et de
l’Iran, a déclaré John McCain, qui préside
la commission de la défense au Sénat. Des
frappes aériennes déconnectées d’une stratégie plus large peuvent être nécessaires,
mais elles ne suffisent pas. »
Quelques jours plus tôt, Trump avait ordonné à ses généraux de préparer le retrait
de Syrie des quelque 2 000 soldats américains dans les six mois. « Laissons les autres
s’en occuper », déclarait-il. Pourtant, à
peine informé au soir du 7 avril d’une nouvelle attaque chimique près de Damas, il
n’a eu de cesse d’y répondre. Pendant près
d’une semaine, le président a promis de
« faire payer un prix élevé » aux coupables,
désignant le régime de Bachar el-Assad
mais aussi ses parrains russes et iraniens.
« Ils paieront tous », a-t-il martelé, allant
jusqu’à menacer les forces de Moscou en
Syrie : « Tiens-toi prête Russie ! Les missiles
arrivent, beaux, neufs et “intelligents” ! »
Ont suivi six jours de conseils de guerre
avec son état-major et les alliés européens. Encouragé par John Bolton, un
faucon devenu lundi dernier son
conseiller à la sécurité nationale, Trump a
plusieurs fois renvoyé la copie de ses militaires, jugeant leurs options « trop mol-
“
Le président doit exposer
nos objectifs, pas seulement
concernant l’État islamique,
mais aussi sur le conflit
syrien et l’influence néfaste
de la Russie et de l’Iran
”
JOHN MCCAIN, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION
DE LA DÉFENSE AU SÉNAT
les », confie une source à la Maison-Blanche. Il souhaitait que le Pentagone
envisage de détruire toute l’aviation syrienne, de frapper des unités d’élites
comme la garde républicaine ou la 4e division blindée, de bombarder des étatsmajors ou même le palais présidentiel…
James Mattis, le secrétaire à la Défense,
et le général Joseph Dunford, chef d’étatmajor, ont plaidé pour la modération, faisant valoir qu’une escalade avec la Russie
ou l’Iran irait à l’encontre de son souhait
de retrait à court terme. Il n’est pas certain qu’ils l’auraient emporté s’ils
n’avaient reçu l’aide d’Emmanuel Macron, qui avait clairement fixé des limites
de proportionnalité à la participation
française.
Trump s’est finalement rangé à cet avis
avec un œil sur la montre. À force de promettre des représailles qui ne venaient
pas, il risquait d’apparaître indécis et faible. Accessoirement, les missiles tirés à
l’amorce du week-end promettaient de
couvrir de leur vacarme la voix de James
Comey, dont le livre très critique sur
Trump donne lieu à une série d’interviews
télévisées. Celles-ci ont beau être passées
au second plan, le président n’a pas pu
s’empêcher de leur faire de la publicité
avec une série de tweets insultant « l’ordure » qui aura été « de loin le pire directeur
du FBI de l’histoire ».
Sans ce dérivatif, Trump aurait pu
s’agacer des images de Bachar el-Assad se
rendant au bureau samedi matin comme
s’il n’avait pas perdu une heure de sommeil. Le Pentagone a beau souligner avoir
frappé « deux fois plus fort » qu’en
avril 2017 (105 missiles contre 59 un an
plus tôt), l’opération a surtout montré les
limites de ce que Washington et ses alliés
sont prêts à faire en Syrie. « Quand la
poussière sera retombée, je crains que cette
frappe ne soit vue comme une réponse militaire faible », a dit le sénateur républicain
Lindsey Graham.
Aux prises avec ses contradictions,
Donald Trump a promis « un effort soutenu » contre les armes chimiques tout en
répétant qu’il n’entendait pas « rester indéfiniment en Syrie, en aucune circonstance ». « Si cette étape n’est pas suffisante,
nous sommes prêts à frapper de nouveau », a prévenu un conseiller du président, allant jusqu’à dire : « Le temps de
l’apaisement des régimes voyous est terminé. » Sarah Sanders, la porte-parole de
la Maison-Blanche, a souligné : « Quand
ce président trace une ligne rouge, il la fait
respecter. »
« Ce n’est pas une stratégie, c’est un
psychodrame », déclare sévèrement au
Washington Post Stephen Biddle, professeur à l’université George Washington et
conseiller du Pentagone. Mais Trump est
en phase avec une grande partie de
l’opinion américaine, qui, pour fatiguée
qu’elle soit des interventions extérieures
prolongées, est toujours prête à faire
parler la poudre quand des enfants sont
gazés. ■
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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
La France veut reprendre
l’initiative sur le dossier syrien
Florence Parly, ministre des
Armées, et Jean-Yves Le Drian,
ministre des Affaires étrangères,
font une déclaration commune
après les frappes occidentales
en Syrie, le 14 avril, à l’Élysée.
MICHEL EULER/AFP
En ménageant notamment les positions
russes, le président français espère aider
à la relance d’un cercle vertueux en Syrie.
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
À PEINE ÉLU, Emmanuel Macron avait
repris à son compte, en mai 2017, la « ligne
rouge » sur les armes chimiques de Barack
Obama. Certains avaient à l’époque considéré cette promesse comme une imprudence, étant donné la déception provoquée par l’annulation de l’intervention
prévue en août 2013, après la volte-face de
dernière minute du président américain.
En menant des frappes militaires contre
des cibles syriennes, avec ses alliés américain et britannique, le président français
endosse pour la première fois ses habits de
chef militaire. Il a montré qu’il savait tenir
ses promesses.
Marginalisée par l’intervention de la
Russie, de l’Iran et de la Turquie, la France
veut aujourd’hui reprendre l’initiative sur
le dossier syrien. Paris a toujours été en
pointe sur la question des armes chimiques. Cette sensibilité, qui remonte à
l’emploi du gaz ypérite pendant la Première Guerre mondiale, l’a poussée à participer activement à l’élaboration des
conventions mondiales d’interdiction de
l’usage de l’arme chimique. La France, qui
se considère comme l’une des gardiennes
de la non-prolifération des armes de destruction massive, a aussi organisé en janvier une conférence internationale pour
lutter contre l’impunité dans l’utilisation
des arsenaux chimiques. L’objectif était
d’éviter à tout prix une banalisation de
cette arme interdite par les conventions
“
La frappe à laquelle
la France a participé
renforce sa position. Il y a
une crédibilité reconquise
HUBERT VÉDRINE, EX-MINISTRE
DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
”
internationales. La disparition de ce tabou
dans la guerre pourrait, redoutent certains, encourager à terme la levée d’un
autre tabou, l’emploi de l’arme nucléaire.
Paris espère aujourd’hui capitaliser sur
l’élan donné par les frappes militaires pour
permettre un « démantèlement complet »
des stocks et des installations chimiques
du régime syrien. Mais aussi pour « créer
une dynamique » visant à relancer la solution politique en Syrie. En montrant la détermination des Occidentaux, les frappes
pourraient, espère-t-on à l’Élysée, aider à
relancer le processus de paix, au point
mort depuis de longs mois. Dans une interview au Journal du dimanche, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le
Drian, a affirmé que la France prendrait
des initiatives diplomatiques dès lundi au
Conseil de sécurité de l’ONU pour tenter
d’avancer vers un règlement de la crise.
Paris espère aussi pousser ce dossier à
Bruxelles. Et voudrait imposer une trêve
pour permettre l’acheminement de l’aide
humanitaire.
Emmanuel Macron s’engouffre dans le
vide laissé, côté occidental, par le Brexit et
par l’imprévisibilité de Donald Trump, qui
ouvrent un nouveau chemin à la France
pour tenter d’exercer son influence en Syrie. « Les autres pays n’ont pas de solution
magique, alors que la France fait des propositions. La frappe à laquelle elle a participé
renforce sa position. Il y a une crédibilité reconquise, notamment par rapport à la Russie », analyse l’ex-ministre des Affaires
étrangères Hubert Védrine dans Le Parisien. Il juge la position d’Emmanuel Macron sur la Syrie « plus réaliste ».
En excluant une frappe de « décapitation » du régime syrien, en ménageant les
positions russes et en ayant renoncé à faire
du départ préalable de Bachar el-Assad
une condition à la reprise des négociations
politiques, le président français espère
aider à la relance d’un cercle vertueux en
Syrie. L’Élysée affirme vouloir travailler
avec la Russie, qui n’a pas réussi à transformer son succès militaire en résultat politique. Paris aimerait qu’elle exerce une
pression sur Bachar el-Assad. La visite
présidentielle prévue fin mai à Saint-Pétersbourg et à Moscou n’a pour l’instant
pas été remise en cause. Le président fran-
çais, qui se targue de « parler à tout le
monde », entend aussi entraîner dans la
concertation la Turquie, qui a soutenu les
frappes occidentales. Démanteler les armes chimiques, instaurer une trêve humanitaire, relancer le processus politique :
le programme est ambitieux. Il dépend de
la bonne volonté de la Russie, qui pour
l’instant n’a pas fait mine de lâcher son allié syrien. De celle de l’Iran et de la Turquie, qui défendent avant tout leurs propres intérêts en Syrie. Et de celle de
Trump, qui veut alléger l’empreinte américaine dans la région. Beaucoup moins du
Conseil de sécurité de l’ONU, trop souvent
paralysé par la division de ses membres. ■
Les leçons militaires du raid français
ALAIN BARLUET £@abarluet
DÉMONSTRATION à visée politique, le
raid contre la Syrie du 14 avril s’est révélé
avant tout une manœuvre militaire complexe nécessitant une étroite coordination interarmées (air, marine) et une synchronisation interalliée poussée (France,
États-Unis, Royaume-Uni). La performance tient notamment à l’importance
des moyens utilisés. Rien que pour l’armée de l’air, dix-sept appareils ont été
mobilisés : 5 Rafale * équipés chacun de
deux missiles de croisière Scalp, 4 Mirage
2000-5, 6 ravitailleurs, 2 avions Awacs.
Ces avions ont décollé dans la soirée du
13 avril depuis plusieurs bases en France
pour dix heures de mission vers un théâtre situé à 7 000 kilomètres de distance.
La Marine, elle, a déployé 5 frégates
(3 frégates multimissions Fremm, 1 frégate antiaérienne, 1 frégate anti-sousmarine), comme l’a indiqué samedi le
chef d’état-major des armées (Cema), le
général François Lecointre. Pour la première fois, des missiles de croisière navals ont été tirés depuis une Fremm, une
arme stratégique de 1 000 kilomètres de
portée pouvant atteindre sa cible avec
une exactitude métrique efficace contre
les objectifs « durcis », tels les bunkers
enterrés. Capable de frapper un adversaire à distance et dans la profondeur, sur
toutes les mers du globe, la France dispose désormais, grâce aux frégates Fremm
et aux MdCN qu’elles emportent, d’un
outil de puissance complémentaire de
celui du porte-avions. À « quelques dizaines de minutes d’intervalles », a précisé
samedi le Cema, des « plateformes » avions et bateaux - assez éloignées les
unes des autres ont été capables de tirer
leurs missiles, une centaine au total
(pour la France, 9 Scalp et 3 MdCN), et
d’atteindre leurs cibles sans apparemment que ces missiles soient interceptés
par la défense sol-air syrienne, contrairement à ce qu’a affirmé samedi la
Russie. Certaines informations concernant les couloirs aériens utilisés auraient
été transmises préalablement aux forces
russes dans le cadre des mesures habituelles de déconfliction pour éviter tout
accrochage involontaire dans le ciel.
« Une opération pensée
de façon autonome »
L’opération a également montré une forte intégration franco-américano-britannique. Une performance que seul ce trio
d’alliés proches pouvait véritablement
mettre en œuvre de façon aussi sophistiquée, à la fois dans la planification et dans
la conduite de l’action. Ce fut déjà le cas
en Libye dans un contexte alors bien différent. L’Allemagne, de son côté, a déclaré forfait, sans surprise, ce qui témoigne
du niveau de coopération à attendre dans
la défense du partenaire d’outre-Rhin,
toujours réticent à s’engager dans des
missions de guerre. La France est capable
de mener une action de façon autonome,
avait déclaré Emmanuel Macron. De fait,
« l’opération a été pensée de façon autonome depuis des mois, depuis la collecte du
renseignement jusqu’à la réalisation », indique une source à l’armée de l’air.
« C’est la vision française qui a été appliquée, c’est notre plan qui a été déroulé, nos
alliés s’y sont ralliés », poursuit cette
source qui ajoute : « Si les Américains ou
les Britanniques avaient renoncé, nous
aurions quand même pu accomplir la mission sur nos objectifs. » La coordination,
jamais totalement évidente, a manifestement bien fonctionné entre alliés, notamment pour une fonction-clé, le commandement et le contrôle des opérations.
Ce sont d’ailleurs les Awacs français de la
base d’Avord (Cher) qui ont assuré la
coordination de l’ensemble du dispositif
allié lors du raid.
Si celui-ci a été un « succès », comme
l’a affirmé samedi la ministre des
Armées, Florence Parly, sa brièveté et
son caractère unique soulèvent des questions sur ses effets militaires réels. Les capacités syriennes d’assemblage et de
stockage des gaz chimiques ont été
considérablement amoindries, mais sans
doute pas annihilées, ce qui aurait exigé
vraisemblablement de prolonger les
frappes. Il est vrai que, sur la durée,
l’« autonomie stratégique » française
aurait été bien difficile à soutenir. Au Kosovo, dans une situation certes très différente, les bombardements alliés s’étaient
poursuivis pendant onze semaines. ■
* Le Rafale est fabriqué par le groupe
Dassault auquel appartient « Le Figaro »
UNE CLASSE
POLITIQUE
DIVISÉE
L’intervention française va faire
l’objet d’un débat sans vote
ce lundi à l’Assemblée nationale
et au Sénat. François de Rugy,
président de l’Assemblée,
a annoncé qu’une séance aurait
lieu dans l’Hémicycle à partir
de 17 heures, pour permettre
au gouvernement
« de s’exprimer devant tous les
députés et à tous les groupes
parlementaires d’exprimer
leurs positions ». Les frappes
déclenchées vendredi par
Emmanuel Macron en Syrie
ne suscitent pas la même
unanimité que l’intervention
au Mali décidée par François
Hollande en 2013. À gauche,
Jean-Luc Mélenchon dénonce
une « escalade irresponsable »,
contrairement au patron
des socialistes, Olivier Faure,
qui salue un « point de départ ».
Droite et extrême droite sont
moins divisées. Le président
de LR, Laurent Wauquiez,
ne croit pas aux « frappes
punitives » et le député Éric
Ciotti craint qu’elles ne
« renforcent » les islamistes.
Quant à Marine Le Pen, elle fait
un rapprochement avec
les impairs commis par
l’Occident en Irak et en Libye.
Son principal lieutenant, Nicolas
Bay, estime qu’Emmanuel
Macron a commis une « faute
politique ».
Moscou minimise l’impact des frappes et se rapproche encore de Damas
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
A
CORRESPONDANT À MOSCOU
DIMANCHE, une rencontre a symbolisé
l’état du tandem formé par Damas et
Moscou, au lendemain des frappes alliées. Elle s’est déroulée dans la capitale
syrienne entre des parlementaires russes et Bachar el-Assad, avec pour sujet
dominant « l’agression » dont a été victime ce dernier. « Le président syrien est
d’excellente humeur », s’est félicité le
gouverneur de la région sibérienne de
Khanty-Mansisk, Natalia Komarova,
qui a invité son hôte à visiter sa région.
L’intéressé a d’ailleurs rappelé que ses
enfants avaient participé l’an dernier à
un camp de jeunesse russe organisé en
Crimée, la péninsule ukrainienne annexée par Moscou. « Il a parlé très chaleureusement des armes soviétiques qui
ont prouvé leur supériorité sur l’armement de la coalition occidentale », a ajouté le secrétaire général adjoint de Russie
Unie, Sergueï Jelesniak. D’après Mos-
cou, 71 des 105 missiles lancés par les alliés ont été interceptés, un bilan contesté par Washington.
Selon la France, les bombardements
de samedi devraient inciter Vladimir
Poutine à faire plier son homologue syrien et à le conduire à la table de négociation. Or, Paris se trompe, souligne-ton à Moscou, où le rôle joué par
Emmanuel Macron dans la riposte militaire est vivement critiqué. À l’inverse,
« plus il y aura de pression sur la Russie,
plus celle-ci va coopérer avec Assad »,
résume Fedor Loukianov, président du
Conseil pour la politique extérieure et de
défense, dont les avis reflètent les opinions du Kremlin.
Après avoir déjà condamné les raids
de manière solennelle, le président russe
a mis en garde dimanche contre « le
chaos dans les relations internationales »
que provoquerait une seconde salve alliée. Après avoir largement relayé la rhétorique des autorités russes mettant en
garde les Occidentaux contre une escalade militaire, les médias russes présen-
taient dimanche Poutine comme l’homme « qui a évité la troisième guerre
mondiale » à son pays. Les responsables
militaires russes n’ont cessé de minimiser l’impact des frappes aériennes, tout
en laissant transparaître leur soulagement devant l’absence de pertes humaines. « Il n’y a aucune victime au sein de la
“
Plus il y aura
de pression
sur la Russie,
plus celle-ci
va coopérer avec Assad
”
FEDOR LOUKIANOV, PRÉSIDENT DU CONSEIL
POUR LA POLITIQUE EXTÉRIEURE ET DE DÉFENSE
population civile ou de l’armée syrienne »,
a déclaré le général Sergueï Roudskoï.
L’état-major russe a désormais pris en
charge l’ensemble de la communication
militaire relative à la Syrie, soulignant
l’état de dépendance de l’armée syrienne à l’égard de son parrain moscovite.
Après les frappes, ce lien de sujétion devrait se renforcer, pensent les analystes
militaires russes. « Sur place, Poutine va
faire renforcer l’équipement permettant à
Assad de détruire les dernières enclaves
rebelles restantes », pronostique Rouslan
Poukhov, directeur du Centre d’analyse
stratégique et technologique.
Aujourd’hui protégées par les seuls
systèmes de défense antimissiles de fabrication soviétique (Bouk ou S 200), les
bases syriennes pourraient à l’avenir se
voir livrer des batteries modernes S 300,
de conception russe, a évoqué le général
Roudskoï. Actuellement, celles-ci sont
déployées autour des seules bases militaires russes de Tartous et Hmeimim.
Plus belliqueux, certains, sous le couvert
de l’anonymat, préconisent l’adoption,
par Moscou, de représailles militaires visant des forces d’opposition alliées sur le
terrain avec les Occidentaux.
Sur le plan diplomatique, le statu quo
est aussi appelé à se figer. La semaine
prochaine, Moscou, qui nie l’existence
d’une attaque chimique à Duma, appli-
quera son veto au projet de résolution
élaboré par la France, tout comme celleci et ses alliés ont fait échec à la résolution russe condamnant leurs raids.
« Si dans le passé, Poutine a tenté
d’amadouer Assad dans le cadre des négociations de Genève, désormais les deux
hommes se retrouvent dans le même bateau. Leurs sorts sont plus que jamais
liés », souligne Mariana Belenka, analyste au bureau russe de la fondation
américaine Carnegie. Pire selon elle, la
rhétorique occidentale des derniers
jours, condamnant la complicité russe
dans l’attaque chimique syrienne, « ne
fera que pousser Moscou dans “l’Axe du
mal”, réduisant d’autant plus ses marges
de manœuvre ».
Ce week-end, Vladimir Poutine a appelé ses homologues turc et iranien
avec pour priorité de maintenir à flot la
troïka qu’il a mise sur pied il y a plus
d’un an. Une mission pas évidente : à
Ankara, Erdogan a salué « la riposte »
de Washington « aux crimes » du régime syrien. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
INTERNATIONAL
lundi 16 avril 2018
5
Les djihadistes attaquent l’ONU à Tombouctou
Le camp de Casques bleus et de soldats français de « Barkhane » a été la cible, samedi, d’un raid islamiste très organisé et complexe.
ALGÉRIE
Tessalit
MAURITANIE
MALI
Tombouctou
Bamako
GUINÉE
Kidal
Gao
NIGER
BURKINA
FASO
Infographie
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
MALI Le camp de la mission des Nations
unies (Minusma) et de « Barkhane » à
Tombouctou a été attaqué, samedi, par
des djihadistes. Ce raid est un signe de
plus de la professionnalisation et de la
réorganisation des islamistes maliens. Il a
été conduit à l’aide de mortiers, de voitures piégées et de militants déguisés, un
schéma sophistiqué « sans précédent », a
reconnu l’ONU dans un communiqué. Un
Casque bleu a trouvé la mort et au moins
six autres ont été touchés. Sept soldats
français ont également été blessés.
Dimanche, le scénario de l’offensive
contre cette base située un peu en dehors
de la ville sainte, sur l’aéroport, se précisait peu à peu. Samedi, vers 14 heures,
une série de tirs touche le camp qui abrite une centaine de soldats français et
300 hommes de la Minusma. « Il s’agissait sans doute de mortiers », souligne un
officier français.
Deux heures de luttes intenses
Ces obus désorganisent la surveillance
effectuée par les Casques bleus, pour la
plupart issus du contingent ivoirien. Un
véhicule piégé et maquillé aux couleurs
des Forces armées maliennes (FAMa)
arrive alors près de la porte principale.
Il parvient à franchir un premier checkpoint avant d’exploser. Un deuxième
pick-up, porteur du sigle UN, celui des
Nations unies, et monté de faux Casques
bleus est neutralisé dans la foulée. Une
troisième voiture piégée sera également
retrouvée, selon une source française.
« Il y avait alors une certaine panique », confirme un journaliste local.
Profitant de cette confusion, plusieurs
islamistes parviennent à entrer dans le
camp où s’abat une seconde salve de
mortiers. Des renforts de « Barkhane »
sont mobilisés. Deux patrouilles de
deux Mirage 2000 décollent de Bamako
pour survoler les lieux, sans toutefois
intervenir. Trois équipes de commandos français sont héliportées depuis Gao
pour protéger la piste d’aviation. Il faudra plus de deux heures d’intenses luttes pour reprendre le contrôle de la
base. « Les combats ont pris fin vers
18 h 30 », plus de quatre heures après
leur début, détaille le ministère malien
de la Défense.
Une vaste opération de ratissage est
organisée dans les heures suivantes. Les
corps de 15 djihadistes sont retrouvés,
dont deux portent des ceintures d’explosifs. « Il est clair que l’objectif des djihadistes était de faire le plus de morts possible. Et de ce point de vue, il est clair qu’ils
ont échoué », insiste l’officier français.
Il n’empêche que cette « importante
attaque complexe », comme la décrit
l’ONU, va laisser des traces. Jamais jusqu’alors, le camp de Tombouctou n’avait
eu à subir un tel assaut. Il arrive à peine
plus d’une semaine après un autre raid
qui visait cette fois le site d’Aguelhok.
Deux Casques bleus tchadiens avaient
alors été tués et dix autres blessés. Les
Nations unies semblent être de plus en
plus la cible des djihadistes alors que la
Minusma est déjà la mission la plus dangereuse au monde. Plus de 160 soldats de
paix sont morts au Mali. ■
Erdogan,
président
tout-puissant
Recep Tayyip Erdogan,
à Ankara, le 12 avril.
Il y a un an, le président turc remportait
un référendum visant à renforcer
ses pouvoirs. Sans attendre la réforme,
il règne déjà sans partage.
ISTANBUL
TURQUIE C’est devenu une habitude.
Chaque fois que Recep Tayyip Erdogan
s’adresse à une foule, dans une ville ou
une autre de Turquie, il lui rappelle son
« score » du 16 avril 2017. « Avec 61 % de
oui, Bagcilar a écrit une légende », remerciait-il, fin mars, les habitants de ce district de l’ouest d’Istanbul. « Avec 36 %,
Aydin est resté très en deçà de nos attentes », sermonnait-il, le 7 avril, cette ville
égéenne, coupable d’avoir rejeté la réforme la plus importante de ses quinze années de pouvoir.
Ce 16 avril 2017, le chef de l’État turc
remportait de justesse (51,4 %) un référendum sur un texte décuplant ses prérogatives. Le nouveau régime – un régime
présidentiel fort, qui abolit neuf décennies de tradition parlementaire – n’entrera en vigueur qu’aux élections prévues
en novembre 2019. « Nous y sommes déjà,
rectifie Baris Yarkadas, député du Parti
républicain du peuple (CHP). Le président
gouverne à coups de décrets-lois d’état
d’urgence, en court-circuitant le Parlement, le premier ministre et les ministres,
qui ne sont même pas au courant des lois
qu’ils sont censés avoir préparées. Ils ne
font que signer là où on leur dit de signer »,
assure l’élu d’opposition.
La réforme adoptée transforme le chef
d’État en chef de l’exécutif, gouvernant par
décrets sans contrôle constitutionnel,
nommant seul ses ministres sans droit de
regard du Parlement, qu’il peut dissoudre à
sa guise. « Grâce à l’état d’urgence (instauré
après le coup d’État manqué de
juillet 2016), le président use déjà de la plupart des pouvoirs prévus par la réforme,
confirme le politologue Ismet Akça. Il n’a
pas à attendre les élections de 2019, dont il y a
fort à parier qu’elles seront avancées, peutêtre dès cet automne », estime cet universitaire limogé par décret, comme des milliers
de ses collègues et plus de 110 000 fonctionnaires depuis la tentative de putsch.
« Nous sommes dans une dictature légale, institutionnalisée par un référendum
aux résultats truqués », s’indigne le député Baris Yarkadas, rappelant les soupçons de fraude qui avaient entouré le vote
d’avril 2017. « Peu importe l’étiquette,
nuance Ismet Akça, l’essentiel est de bien
définir : c’est un régime qui institue des
mécanismes de contrôle social pour limiter
au maximum l’expression de voix discordantes, au profit du pouvoir personnel d’un
président fort qui domine à la fois l’exécutif, le législatif et le judiciaire. »
Au cours de l’année écoulée, c’est
d’ailleurs la justice qui a pâti le plus des effets du référendum. Le texte prévoyait
l’entrée en vigueur immédiate de 3 des 18
articles. L’un d’eux a permis à Erdogan de
retrouver la tête de sa formation politique,
le Parti de la justice et du développement
(AKP), et d’y faire le ménage avant les
élections. Mais un autre article, moins
connu, a modifié radicalement la composition du Conseil des juges et procureurs
(HSK), dernier garant de l’indépendance
judiciaire. Six de ses 13 membres (autrefois 22) sont désormais nommés par le
chef de l’État. Les autres sont choisis par le
Parlement, dominé par le parti du président et son allié ultranationaliste, le MHP.
165 journalistes
derrière les barreaux
« La première mesure du nouveau HSK a été
de muter 17 membres de notre syndicat, seul
syndicat indépendant de la magistrature »,
raconte Nuh Hüseyin Köse, vice-président
du Yargiçlar Sendikasi, connu pour son
opposition au pouvoir, notamment sur les
questions de laïcité. Le juge Köse a lui-même été contraint de quitter Istanbul pour
YASIN BULBUL/AP
ANNE ANDLAUER
un tribunal de Kayseri, en Anatolie centrale. Ces opposants mis à l’écart s’ajoutent
aux quelque 4 000 magistrats limogés sans
ménagement depuis juillet 2016 pour leurs
liens supposés avec le prédicateur Fethullah Gülen, leader présumé du putsch. Effet
de cette reprise en main, selon Nuh Hüseyin Köse : « des collègues de moins en
moins courageux », qui jugent sous pression du pouvoir, quitte à violer la jurisprudence et à défier leur hiérarchie, sans risque d’être sanctionnés par le HSK.
Nuh Hüseyin Köse rappelle notamment le refus d’un tribunal local de libérer deux journalistes de renom, Sahin
Alpay et Mehmet Altan, malgré un verdict
en ce sens de la Cour constitutionnelle en
janvier. « C’était inédit et hautement symbolique, insiste le juge. La juridiction suprême a maintenu sa décision et la cour locale a finalement été contrainte de libérer
Sahin Alpay, mais pour le placer en résidence surveillée, ce qui contredit là encore la
décision des juges constitutionnels. »
Le cas de ces éditorialistes illustre aussi
les atteintes à la liberté de la presse dans
la Turquie de l’après-putsch et de
l’après-référendum. « Au moins 165 journalistes sont derrière les barreaux, souligne le député Baris Yarkadas, lui-même
ancien journaliste. Et avec le rachat récent
du groupe Dogan (le plus gros groupe médiatique turc) par un holding proche du
pouvoir, sur ordre du pouvoir, 90 % des
médias sont désormais sous contrôle du
président. » L’élu s’insurge notamment
de ce que l’opposition « ne bénéficie que
de 30 minutes d’antenne quotidienne, alors
qu’Erdogan fait cinq discours d’une heure
par jour, diffusés en entier par au moins 20
des 30 chaînes nationales ». Et de conclure, inquiet : « Les prochaines élections se
dérouleront dans un climat de silence inédit
pour toutes les voix d’opposition. » ■
Le fossé se creuse entre Bruxelles et Ankara
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
CORRESPONDANT À BRUXELLES
C’EST LE BAL des hypocrites. L’homme
qui a décidé de tourner les talons, le président turc Erdogan, jure en maniant
l’invective qu’on ne l’a jamais accepté
comme partenaire. L’UE s’estime trahie
dans ses avances de bonne foi mais n’a
toujours pas trouvé les mots pour prononcer la séparation. D’ici peu de jours,
et un an après le référendum qui a fait
basculer la Turquie dans l’autocratie, la
Commission Juncker va publier son examen rituel des progrès d’Ankara vers
l’adhésion à l’UE. De la valse lente, le
mouvement a sombré dans la pantomime. L’exercice pourrait être le dernier. Et
le pouvoir turc retournera, comme à son
habitude, le document par envoi recommandé à des auteurs qui n’y croient plus.
« Il vaudrait mieux parler d’un rapport de
régression, lâche à rebours de ses convictions initiales Marc Pierini, diplomate vétéran du monde musulman et ex-ambassadeur de l’UE à Ankara. La Turquie s’est
clairement éloignée des règles de l’État de
droit auxquelles elle avait adhéré en obtenant le statut de pays candidat en 2004 […]
Erdogan est aujourd’hui dans une logique de
survie politique qui l’oblige à emprisonner
les juges, les journalistes et les acteurs de la
société civile. » Bref, à rompre avec des
principes que l’Europe porte au plus haut.
Individuellement, les grandes capitales semblent prêtes à marquer la fin de
l’intermède, sur fond de personnalisation du pouvoir turc et de purge sans fin,
vingt mois après le putsch raté de
juillet 2016. L’un après l’autre, les dirigeants allemands (septembre 2017),
néerlandais (octobre), autrichiens (décembre), belges et français (janvier) ont
dit clairement que l’accession de la Turquie à l’UE n’a plus lieu d’être. Angela
Merkel, longtemps réticente, n’a pas hésité quand ce sujet embarrassant s’est
imposé dans la course électorale au Bundestag, au profit de l’extrême droite.
“
La Turquie s’est
éloignée des règles de
l’État de droit auxquelles
elle avait adhéré en
obtenant le statut de pays
candidat en 2004
MARC PIERINI, DIPLOMATE
”
Diplomatiquement, les Pays-Bas ont
été le plus loin, en réduisant leur représentation au niveau d’un chargé d’affaires. Mais c’est Emmanuel Macron qui a
clairement montré la porte de sortie, déclarant devant son hôte turc qu’il est
temps de sortir des faux-semblants :
« Nous devons sortir d’une hypocrisie qui
consiste à penser qu’une progression naturelle vers l’ouverture de nouveaux chapitres (d’adhésion) est possible », disait-il
le 5 janvier. Il rompait ainsi avec l’argu-
ment des chancelleries selon lequel il n’y
aurait rien à gagner à sortir de l’ambiguïté. Ankara, lui, rejette encore tout
autre scénario que l’adhésion promise.
Plusieurs éléments ont facilité le basculement des Européens. Les opinions publiques - Allemands et Néerlandais surtout ont mal pris que l’homme fort d’Ankara
prétende interférer sur leurs choix électoraux en maniant l’insulte, quelques mois
après avoir agité la diaspora turque en faveur du « oui » à son référendum constitutionnel. Les États européens, eux, n’ont
pas apprécié que la Turquie, « bouclier »
de l’Otan, mène sa guerre en Syrie en
bonne intelligence avec le Kremlin, et
dans une tension croissante avec les capitales occidentales. Ankara apparaît de
moins en moins comme le partenaire stratégique irremplaçable, celui avec lequel la
rupture n’aurait que des inconvénients.
À l’échelon de l’UE, pourtant, le prisme s’inverse et l’intérêt collectif prime
souvent sur les préoccupations nationales. Un récent sommet européen a dénombré les voix, et les partisans d’une
rupture consommée avec la Turquie se
sont comptés sur les doigts de la main. Si
le cap politique suivi par le président Erdogan est clairement incompatible avec
une entrée dans l’UE, celle-ci n’a pas
vraiment besoin de geler, de suspendre
ou de terminer l’avancée vers l’adhésion : l’unanimité des Vingt-Huit est nécessaire pour conclure chacun des 35
chapitres d’adhésion. Seize de ces chapitres ont été ouverts, un seul a abouti en
douze ans et tout est bloqué depuis 2016.
Ce statu quo peut-il s’éterniser ? Pour
contourner un débat aussi vain qu’empoisonné sur l’entrée de la Turquie, Emmanuel Macron et Bruxelles aimeraient
formaliser un « partenariat » privilégié,
une collaboration moins politique et réduite aux intérêts communs, économique, migratoire ou policier. « Il ne s’agit
pas de déconstruire, mais de resserrer
l’ambition, dit Marc Pierini. De facto, on
en est déjà là, même si Erdogan refuse de
l’admettre pour des raisons de politique
intérieure. » Le pacte migratoire finalisé
en mars 2016 afin de stopper, sur la côte
anatolienne, l’afflux de réfugiés et de
migrants en route pour l’Europe témoigne d’une coopération profitable. L’UE y
trouve son compte avec des passages
pratiquement réduits à néant en mer
Égée, tout comme Ankara qui bénéficie
des retombées d’une assistance en milliards d’euros. Le plan fonctionne et il
restera pour longtemps la plus vaste
opération humanitaire engagée par l’Europe, en dépit des récriminations politiciennes entendues de part et d’autre.
D’autres dossiers sont déjà ouverts
même s’ils avancent lentement, comme
la libéralisation des visas, l’extension de
l’union douanière aux produits agricoles
et aux services, l’énergie et bien sûr la
lutte contre le terrorisme. Malgré les
tensions politiques, l’Europe reste de
loin le premier partenaire commercial
d’Ankara, tandis que la Turquie est le 4e
marché d’exportation de l’UE. ■
A
300 km
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
DELACROIX, LA FUREUR DE PEINDRE
Il se confronta au spectacle du monde, afronta les
sarcasmes et les éloges, sans qu’ils lui fassent renier sa
passion : il avait l’étofe du héros, celui qui ne plie pas
face aux gens « à conscience souple », et qui adresse
son œuvre à l’éternité. A l’occasion de la magnifique
rétrospective organisée au musée du Louvre, la plus
complète depuis 1963, Le Figaro Hors-Série se penche
sur la figure emblématique du chef de file du
romantisme, chez qui l’instinct du trait s’allia à
l’expérience du travail. Analyse de son esthétique, de
la peinture d’histoire à ses paysages, en passant par ses
portraits et ses sujets religieux, récit d’une vie marquée
par ses amitiés fécondes avec Chopin, George
Sand ou Baudelaire, son admiration pour Rubens
et Shakespeare, son voyage au Maroc. Il voulait que
chaque tableau soit une « fête pour l’œil », son œuvre
est un feu d’artifice qui nous éblouit encore.
Le Figaro Hors-Série : La fureur de peindre.
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LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
POLITIQUE
7
Macron, un chef de guerre face aux critiques
Le chef de l’État devait profiter de son interview, dimanche soir, pour tenter de ressouder les Français.
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
EXÉCUTIF Emmanuel Macron dans ses
habits de chef de guerre. Alors que Donald Trump et la première ministre britannique Theresa May se sont exprimés
immédiatement après les premières
frappes sur la Syrie, Emmanuel Macron
devait réserver cette prise de parole à
son interview sur BFMTV, RMC et Mediapart, dimanche soir. Seul un communiqué de l’Élysée avait commenté,
samedi à l’aube, l’usage de la force,
après le franchissement de la « ligne
rouge » sur les armes chimiques.
C’est peu dire que le premier anniversaire de l’arrivée d’Emmanuel
Macron au pouvoir se retrouve teinté
d’une coloration plus sombre, un brin
tragique : celle de la décision solitaire
d’engager le feu. L’expérience suprême, pour un jeune président. Quelques
heures avant l’émission, le premier
ministre Édouard Philippe recevait
d’ailleurs à Matignon les principaux
responsables parlementaires (présidents des Assemblées, des commissions compétentes, des groupes politiques) pour les informer des opérations
en Syrie. À la sortie, le président de
l’Assemblée, François de Rugy,
confirmait la tenue d’un débat parlementaire sans vote, lundi après-midi,
dans l’Hémicycle, en vertu de l’article
35 de la Constitution. « Cela permettra
au gouvernement de s’exprimer devant
tous les députés et à tous les groupes
parlementaires d’exprimer leurs positions », a-t-il tweeté.
Les événements survenus dans la
nuit de vendredi à samedi ont modifié
le climat de l’émission. Emmanuel Macron ne doit plus seulement convaincre
ses détracteurs du bien-fondé de ses
réformes économiques et sociales
(SNCF, fiscalité, etc.). En participant au
journal télévisé du 13 heures de TF1, le
12 avril, il s’était précisément adressé
aux milieux ruraux et aux seniors, deux
publics en plein doute.
En quelques jours,
le centre de gravité
s’est dédoublé : d’un côté,
la grogne sociale ; de l’autre,
les dossiers régaliens
Un exercice qui s’était soldé par des
audiences records, mais un sentiment
mitigé : selon l’enquête Odoxa pour Le
Figaro et Franceinfo, publiée le
13 avril, les téléspectateurs ayant suivi
toute l’émission ont majoritairement
trouvé Emmanuel Macron « convaincant ». En revanche, sur les dossiers
chauds (CSG des retraités, limitation à
80 km par heure, etc.), le scepticisme
persistait.
Le président de la République sera
désormais attendu et jugé aussi sur le
terrain régalien : il doit convaincre de
l’emploi de la force hors du cadre de
l’ONU et trouver un atterrissage diplomatique. Pour faire taire les critiques.
Comme après les derniers attentats
dans l’Aude, l’union sacrée n’a en effet
Emmanuel Macron en visite sur la base aérienne française BA 125 d’Istres, le 20 juillet 2017.
pas tardé à se briser. Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Laurent Wauquiez (lire ci-dessous) ont fait entendre
des voix dissonantes.
En quelques jours, le centre de gravité s’est donc dédoublé : d’un côté, la
grogne sociale ; de l’autre, les dossiers
ARNOLD JEROCKI/AFP
de squats encore intacts importants.
Sans oublier, les heurts dans les universités et les manifestations antigouvernementales. Emmanuel Macron
jouait donc gros, à l’occasion de sa
quatrième interview audiovisuelle depuis sa prise de fonction. ■
régaliens, sur les théâtres extérieurs
comme intérieurs. L’évacuation de la
ZAD de Notre-Dame-des-Landes s’est
révélée plus compliquée que prévu,
avec une recrudescence de la contestation, alimentée par les renforts venus
de l’extérieur de la ZAD et un nombre
Pour Wauquiez, « le macronisme est un illusionnisme »
Le président de LR dénonce la politique du président, qu’il accuse de ne « pas comprendre le pays » et de « mentir » sur sa politique.
OPPOSITION Laurent Wauquiez n’avait
pas réagi à l’interview d’Emmanuel
Macron sur TF1 ni aux frappes françaises contre l’arsenal chimique syrien.
Dans une interview au Journal du dimanche, le président de LR a donc
choisi la contre-attaque. À commencer
par l’opération armée menée en Syrie
dans la nuit de vendredi à samedi. « Je
ne crois pas à l’utilité de frappes punitives. Frapper pour frapper, pour donner
le sentiment de faire quelque chose, sans
qu’il y ait une quelconque stratégie derrière, je n’en comprends ni l’utilité ni le
sens », indique-t-il sceptique dans le
JDD.
Plus globalement, le président des
Républicains dénonce la politique du
chef de l’État qu’il accuse de ne « pas
comprendre le pays » et de « mentir »
sur sa politique. « Il s’était engagé à ce
que seuls les retraités les plus aisés paieraient la hausse de la CSG : c’est faux »,
juge Laurent Wauquiez. « Il est déconnecté de la vie quotidienne de nos compatriotes. Le candidat de la feuille de paie
est en train de devenir le président de la
feuille d’impôt ! », fustige-t-il encore.
Pour Laurent Wauquiez, le président
de la République serait également illusionniste, incapable de « traiter les
vrais problèmes » des Français. « Le
macronisme est un illusionnisme », dénonce-t-il en visant les derniers projets de réforme du gouvernement. À
commencer par celle de la SNCF.
« Quel est le projet de redressement de la
SNCF ? Quelle vision pour les petites lignes ou les investissements stratégiques ? », énumère Laurent Wauquiez
qui dit soutenir la réforme du statut des
cheminots. « Et où en est-on de la réforme des régimes spéciaux de retraite ?
Nulle part », regrette-il en demandant
au chef de l’État d’inscrire dans la
Constitution le service minimum. Une
idée avancée aussi par Valérie Pécresse
cette semaine.
« Dès qu’on gratte le vernis,
les doutes assaillent »
« Avec Macron, les mots peuvent être séduisants, mais dès qu’on gratte le vernis,
les doutes assaillent », soutient encore
le président de LR dans le JDD. « Je le
dis à nos compatriotes : ne vous laissez
pas abuser par de belles paroles, regardez les faits. Eux ne mentent pas »,
complète-t-il encore en abordant la
question de l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes. « C’est le symbole de la
capitulation de la République. Encore
heureux qu’on évacue la zone : on a tout
sant. Et alors qu’au sein même de son
parti, des élus comme Valérie Pécresse
se font entendre pour réclamer de clarifier sa ligne politique avec la « suspension immédiate » puis « l’exclusion »
de Thierry Mariani, après son appel à
une union des droites, Laurent Wauquiez dit être « sans ambiguïté ». « Pas
d’alliance avec le Front national. C’est la
ligne des Républicains, répète-t-il. La
position de Thierry Mariani est totalement isolée dans notre famille, et s’il devait passer aux actes, il ne ferait plus
partie de notre mouvement », répond
Laurent Wauquiez.
Pas question donc de laisser un boulevard à Valérie Pécresse ni à Emmanuel Macron. Le président de LR a
d’ailleurs prévu de s’exprimer à nouveau lundi soir sur le plateau du 20 heures de France 2 et mercredi matin sur
RTL pour mieux se faire entendre. ■
cédé aux zadistes ! », s’offusque-t-il.
Quant au discours d’Emmanuel Macron
devant les évêques de France, lundi
dernier, Laurent Wauquiez dit avoir
« un sentiment étrange de duplicité : je
mets en garde contre de belles paroles…
avec un risque de réveil brutal ».
Enfin, en matière de sécurité, Laurent Wauquiez reproche au chef de
l’État de n’être « absolument pas à la
hauteur du défi », en l’accusant de
« sous-estimer gravement l’ampleur de
la menace que représente l’intégrisme
islamique ». Le président des Républicains demande d’expulser les étrangers
fichés pour radicalisme et d’inscrire
dans la Constitution « la lutte contre le
terrorisme ».
Un an après l’élection d’Emmanuel
Macron, le chef de file de LR ne lui accorde donc aucun bénéfice et entend
s’imposer comme le principal oppo-
Martinez : « Les cheminots
sont déterminés »
Invité du « Grand Jury », le secrétaire général de la CGT assure
que la mobilisation contre la réforme de la SNCF reste à un « haut niveau ».
SOCIAL Le secrétaire général de la CGT,
Philippe Martinez, n’a pas l’intention de
désarmer contre la réforme de la SNCF
qui prévoit la fin progressive du statut
des cheminots ou encore l’ouverture à la
concurrence du réseau ferroviaire. « Les
cheminots sont déterminés. Leur combat
est juste et d’intérêt général », a lancé,
dimanche, le numéro un de la centrale
de Montreuil lors du « Grand Jury RTLLe Figaro-LCI ».
Engagée le 3 avril par les cheminots, la
grève intermittente contre cette réforme
est planifiée jusqu’à la fin du mois de
juin. Du moins pour l’heure. Si l’exécutif
« accepte enfin de discuter sérieusement
d’un certain nombre de points qui posent
problème, cela peut se régler rapidement ». Mais « si le gouvernement s’arcboute dans sa position dogmatique, ça
continuera », assure le syndicaliste.
Appel à l’unité syndicale
Retraites : les concertations sont lancées
Jean-Paul Delevoye, le hautcommissaire à la réforme des retraites,
commence les concertations officielles
ce lundi avec les partenaires sociaux.
C’est l’autre sujet potentiellement
explosif qui s’ajoute aux réformes
de la SNCF et de la fonction publique.
Le même jour, les leaders des cinq
syndicats représentatifs (CFDT, CGT, FO,
CFE-CGC, CFTC) se réuniront de façon
informelle pour discuter du climat social.
Leurs points de convergence devraient
être très limités, Philippe Martinez (CGT)
campant sur une position dure sur la
SNCF, tandis que Laurent Berger (CFDT)
a fait des ouvertures vendredi. En outre,
lui et Jean-Claude Mailly (FO) ont opposé
une fin de non-recevoir à la journée
de mobilisation générale organisée
par la CGT jeudi. Il n’y a guère que contre
la réforme de la fonction publique
que les syndicats sont unis et appellent
à la grève et aux manifestations
le 22 mai.
C. C.
Même si la SNCF a constaté une baisse du
nombre de grévistes lors de la dernière
journée de mobilisation vendredi dernier, Philippe Martinez n’y voit, lui,
aucun signe d’essoufflement. « La mobilisation est à un haut niveau. Dans toutes les catégories (de personnel, NDLR),
c’est assez rare d’avoir autant de cadres
qui participent à ce mouvement »,
constate-t-il. Quant à l’opinion publique, dont le soutien à cette grève reste
en dessous des 50 % des Français, selon
un sondage Ifop pour Le Journal du dimanche, il insiste sur la nécessité « de
continuer à expliquer les raisons du
conflit », regrettant que le gouverne-
RTL/IBO/SIPA PRESS
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
Philippe Martinez, dimanche, sur le plateau
du « Grand Jury RTL-Le Figaro et LCI ».
ment « joue l’opposition entre les cheminots et les usagers ».
Philippe Martinez n’a pas l’intention
de lâcher du lest. Alors que le secrétaire
général de la CFDT, Laurent Berger, a salué de premières avancées notamment
sur la question de l’ouverture à la
concurrence, il reste catégorique :
« non », il n’y a pas d’avancées et « je
m’appuie sur l’ensemble des fédérations
de cheminots pour confirmer ce non ».
De même pour l’épineuse question de
la dette de la SNCF, qui frôle les 50 milliards d’euros. Jeudi dernier, lors de son
interview au journal télévisé de 13 heures sur TF1, le président Emmanuel
Macron a annoncé que l’État reprendrait
en partie et progressivement la dette de
la SNCF. Une ouverture insuffisante pour
le patron de la CGT. « L’État est responsable de cette dette, donc l’État doit reprendre cette dette » et « sans condition »,
martèle-t-il.
Comme à l’habitude, le syndicaliste
n’y est pas allé avec des pincettes : Emmanuel Macron, « c’est un président des
riches » qui est « complètement » déconnecté de la réalité et qui « divise les citoyens entre eux » sur beaucoup de sujets. Et, une fois encore, il a estimé
nécessaire que « l’ensemble des organisations syndicales se mettent d’accord ».
Néanmoins « pas sur tout », car « il y a
des différences ».
Nul doute qu’il garde toujours en tête
l’épisode des ordonnances réformant le
Code du travail adoptées à l’automne
2017 face à des syndicats désunis. Peu
suivi, le mouvement contestataire lancé
par la CGT avait été un cuisant échec.
Mais, cette fois, « vu la situation, alors
qu’il y a unité syndicale chez les cheminots, chez les fonctionnaires, à Air France,
à Carrefour, pourquoi nationalement,
nous ne donnons pas un signe pour dire
que nous soutenons ces mobilisations »,
défend le syndicaliste. Il entend d’ailleurs proposer une mobilisation « unitaire » le 1er Mai aux leaders des principales organisations syndicales qui se
réunissent ce lundi. ■
A
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Quand la justice déménage
2 000 ans d’histoire
Le nouveau palais de justice de Paris ouvre ses portes au public ce lundi. Un transfert amorcé depuis 18 mois.
PAULE GONZALÈS pgonzalès@lefigaro.fr
JUSTICE « Nous venons de déménager, en
moins d’un mois, 600 000 scellés à raison de
cinq camions quatre fois par jour. Pour les
plus sensibles - stupéfiants, valeurs, métal et
armes -, nous avons doublé les escortes.» S’il
a conscience de l’exploit, Christophe Courtalon, le magistrat en charge de l’administration de l’arrondissement judiciaire de
Paris, n’a pas eu le temps de se réjouir. Voilà
dix-huit mois qu’il prépare le déménagement des 1 500 effectifs du palais millénaire
de l’île de la Cité vers le nouveau site des
Batignolles, un gratte-ciel ultramoderne
qui doit incarner la justice du XXIe siècle et
qui s’ouvre ce lundi au public. Pour s’en
sortir, son service a créé une matrice - un
supertableau Excel - de 800 000 lignes,
traçant chaque objet et chaque dossier à déménager. Un casse-tête quand on sait que
le monde de la justice est une matière vivante évoluant sans cesse au rythme des affaires mais aussi des mutations. « Pour chaque dossier est indiquée sa place exacte dans
l’armoire y compris sa position : debout, couché ou en hamac, précise Christophe Courtalon. Nous voulons qu’ils se retrouvent
exactement à la même place à l’arrivée des
magistrats. » À ceci près que la réglementation liée aux immeubles de grande hauteur
impose un nombre de mètres linéaires limité dans les étages. Au départ, il était prévu
10 à 12 mètres linéaires de « dossiers vivants » par bureau. Un chiffrage qui pour-
rait être revu à la hausse. Le reste est destiné
au Compactus, des espaces « densifiés » situés dans le « noyau » du palais, dans ses
sous-sols, mais accessibles à chaque magistrat. Il faudra attendre le mois de mai pour
que les archives du bureau de l’aide juridictionnelle et les minutes du palais de la Cité les originaux de certains actes - soient elles
aussi transférées aux Batignolles.
Un test grandeur nature
La semaine du 9 avril, 120 postes de travail
avaient été transférés. Aujourd’hui ont
déjà successivement déménagé l’informatique civile, les effectifs de l’« accueil unique », les chefs de juridiction et toute l’urgence civile. C’est le premier service
opérationnel à avoir été transféré. Un test
grandeur nature, avant le déménagement
du parquet et de sa permanence dans une
semaine. Dimanche prochain, quatre camions affrétés spécialement transporteront son outil informatique, pour une migration totale dans la soirée. La cellule de
crise devrait suivre le lendemain.
Il y a quelques mois, le parquet avait envisagé de faire « un crash-test attentat »
pour s’assurer du bon fonctionnement des
services en cas de crise… « Le pénal étant le
plus sensible, nous avons doublé pour plusieurs semaines la permanence du parquet
mais aussi celle du juge de la liberté et de la
détention », assure Christophe Courtalon.
Le 23 avril sera une journée sensible puisque les 250 personnes de l’urgence pénale
déménageront. Elle inclut les permanences
et la 23e chambre, qui juge des comparutions immédiates. « Nous montons progressivement en puissance, à mesure que nous
réglons les premiers problèmes. Chaque poste de travail demande 15 à 20 minutes d’intervention pour être reparamétré », souligne
Christophe Courtalon entre deux démarches pour obtenir les badges des deux chefs
de juridiction. Courant mai, ce seront au
tour du pôle financier, de l’application des
peines et surtout des 19 tribunaux d’instance de rejoindre les Batignolles.
Mais un autre casse-tête attend le magistrat qui gère au quotidien 27 centres de
coûts : la fusion et l’industrialisation des 23
sites d’affranchissement du courrier.
Quoique high-tech, la justice du XXIe siècle n’est pas près de se passer de timbres. ■
Le palais de justice de Paris
s’installe au cœur
du nouvel éco-quartier
des Batignolles, dans
le XVIIe arrondissement.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
LES BOX VITRÉS
CONTESTÉS
COUPÉ
DES JUSTICIABLES
« C’est la pire conception de la justice
qui soit. » Christian Saint-Palais, le
président de l’Association des avocats
pénalistes, ne décolère pas depuis
qu’il a appris l’existence de salles
d’audience toutes équipées de box
vitrés, dont l’une complètement
étanche. « Deux des quatre cabinets
de juges des libertés et de la détention
sont aussi équipés de box. Idem pour
les comparutions immédiates
et la correctionnelle. C’est illégal. »
Une position soutenue par l’ordre des
avocats. Son bâtonnier, Marie Aimée
Peyron, affirme qu’« il n’est pas
question que les prévenus soient
des présumés coupables jugés dans
des cages de verre et sans que leurs
avocats ne puissent avoir d’entretien
confidentiel avec eux ». Elle n’exclut
pas la grève des audiences si les
négociations échouent. Le président
du TGI de Paris, Jean-Michel Hayat,
tente de garder raison en rappelant
que « depuis 2015, deux tiers des
salles d’audience ont été refaites pour
donner droit aux avocats ». « Ces box
répondent à une logique de coût pour
réduire les escortes humaines inutiles
puisque les prévenus sont enfermés »,
s’insurgent les avocats de Paris.
P. G.
Les magistrats redoutent une justice
étanche, loin de la vie de la cité.
En cause : la « circulation » au sein
du nouveau palais de justice, aux
Batignolles, qui a été pensée pour
protéger le travail de ces derniers.
Les différents flux entre magistrats,
avocats, prévenus et grand public
sont isolés les uns des autres. Un
changement de culture par rapport
à l’ancien palais où tous se croisaient.
Un cas anxiogène : celui du tribunal
pour enfants, situé au 11e étage.
« Nous recevons jusqu’à cinq familles
par jour avec poussettes
et nourrissons. Beaucoup de ces
audiences de cabinet, qui comptent
jusqu’à 15 personnes, sont souvent
tendues car rien n’est plus violent
que des mesures de placement. Or ce
sont les deux tiers de notre activité »,
souligne Elsa Bensaïd, juge pour
enfants et représentante de l’USM.
Son inquiétude est de ne pas pouvoir
recevoir les enfants seuls. Pour
l’instant, il est interdit au public
d’attendre devant les bureaux.
Autres craintes : les temps de trajet
entre salles d’attente et cabinets des
juges et le manque de fluidité face à
des justiciables chauffés à blanc. P. G.
LE DIFFICLE
ACCÈS AU PALAIS
C’est le point noir du nouveau palais
de justice. Le président, Jean-Michel
Hayat, ne l’a jamais caché : les retards
de chantiers de la RATP pour la ligne
14 du métro vont peser lourd dans
la vie des 1 500 personnels transférés.
« Je vais désormais avoir des temps
d’une heure trente par trajet »,
souligne cette greffière, avant
de rappeler : « Il n’est pas rare que nos
audiences se terminent après 21 h 30.
Certaines de mes collègues ont choisi
de se faire muter à la cour d’appel pour
rester sur l’île de la Cité. Moi j’aime
trop mon contentieux pour le quitter,
je me donne un an pour voir si je
m’adapte. » Malgré « une assemblée
générale, il y a un an, sur les questions
de l’accessibilité des personnels, rien
n’a vraiment bougé », regrette Lucie
Berthezène, déléguée de l’Union
syndicale des magistrats.
P. G.
TOURNER LA PAGE
« Je n’ai aucune nostalgie. Il est
temps de passer à autre chose. »
Le président du TGI de Paris vient
d’emménager dans son nouveau
bureau dont il découvre la vue
panoramique, englobant tout à la fois
la tour Eiffel et le Sacré-Cœur. Il est
descendu hier à la cafétéria publique
qui « vend des plats chauds
et frais ». Il estime qu’« on peut
se réjouir que rien n’ait été fait
à l’économie ». Mais son plus grand
luxe est désormais d’avoir toutes ses
équipes autour de lui, « à une porte
alors qu’il fallait parfois aller jusqu’au
tribunal de commerce pour
rencontrer ses collaborateurs et que
la moindre réunion demandait
beaucoup de préparation ». Au
parquet, même si l’on n’a pas encore
déménagé et que la perspective sur la
fontaine Saint-Michel est imprenable,
on s’impatiente. Cette jeune substitut
ronge son frein. « Nous gagnerons en
fluidité, alors que nous devons tout
le temps courir d’un étage à l’autre
et que rien n’est pratique, dit-elle. Et
puis ouvrir la cité judiciaire de Paris
c’est historique. » « Nous pourrons
passer des vidéos, des photos », se
réjouit ce juge de correctionnelle qui
mise sur la dématérialisation des
dossiers pour alléger son travail. P. G.
UNE ÂME
À TROUVER
Dans l’ancien palais « les boiseries,
les murs en lambeaux, les lieux
malodorants mais aussi le poids des
siècles et des grands procès… J’ai
vécu ceux du Rwanda et de l’affaire
Aubrac. J’avais l’impression que
l’Histoire entrait dans la salle
d’audience », soupire, la voix un peu
tremblante, cette fonctionnaire de
justice qui, tous les jours depuis deux
mois, photographie ce pont SaintMichel qu’elle ne traversera bientôt
plus. « C’est vrai, abonde cette viceprésidente de correctionnelle, le vieux
palais a une âme reliée à la nôtre par
ce que nous avons vécu entre ces
murs et pendant ces audiences. »
Elle pense qu’« il faudra des dizaines
d’années pour recréer ce sentiment
aux Batignolles », dit-elle en
regrettant vitraux et statues, « ces
symboles qui portaient la justice ». P. G.
À la 17e, un vieux procès
rejoué en guise d’adieux
cédure unique exalte la justice dans ce
qu’elle a de plus délicat et de plus magnanime. Et que, ici même, les magistrats ne
se veulent pas censeurs, éprouvant de
« l’affection pour nos avocats, les meilleurs
du barreau, qui honorent l’humanité judiciaire », sourit le président Montfort.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
ILS ÉTAIENT TOUS LÀ. Le ban et l’arrière-ban des avocats et des magistrats du
droit de la presse, autrement dit de la liberté d’expression. Vendredi soir, avant
qu’elle ne ferme ses portes sur l’île de la
Cité, ils voulaient rendre hommage à la
17e chambre créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. On en finissait
alors avec les années sombres et l’on
réinstallait, sous le buste légèrement incliné de Marianne, la loi de 1881. Une
chambre pas comme les autres où, comme le rappela avec humour le grand président Montfort, « il n’était pas rare de
voir les magistrats rassurer les prévenus,
comme ce fut le cas pour Brigitte Bardot »,
lors de son procès en 1996.
Si tout à coup, ce vendredi, la salle
s’emplit de légèreté et de bienveillance,
c’est que le fond si particulier de ce droit
hautement inflammable et de cette pro-
Le temps d’un hommage
Un lien si fort que tous craignent de le perdre dans la transparence glacée du nouveau palais des Batignolles. C’est aussi
pour conjurer cette menace que Thomas
Rondeau, le président actuel de la 17e, céda
bien volontiers son siège de président à celui de l’association des avocats du droit de
la presse - « pour la première et la dernière
fois », promit solennellement Me JeanYves Dupeux -, le temps de cet hommage
en forme d’évocation. Celle du procès, rejoué en guise d’adieux, de Viktor Kravt-
Reconstitution au palais de justice de l’île de la Cité du procès Kravtchenko, vendredi, à Paris.
chenko, accusé en 1947 par les Lettres
françaises de traîtrise et de n’être pas
l’auteur de son livre Pourquoi j’ai choisi la
liberté. Une affaire de diffamation et d’injures aux enjeux politiques immenses, en
ces premiers mois de guerre froide. Mais
aussi de « fake news ». « Aujourd’hui, cette
affaire n’excéderait pas les quarante-cinq
minutes d’audience », lance Thomas Ron-
deau, provoquant les rires de la salle. À
l’époque, « elle s’étira sur 19 jours, 25
audiences et 2 600 pages sténographiées »,
renchérit Anne-Marie Sauteraud, présidente emblématique de la 17e. « C’était en
fait le procès du régime soviétique dont
étaient dénoncées les exactions pour la première fois », rappelle Jean-Yves Dupeux.
De quoi « mobiliser sur le seuil de cette
chambre une dizaine de cabines téléphoniques pour les correspondants venus du
monde entier », souligne le bâtonnier
Charrière-Bourmazel, chargé de l’éloge de
l’avocat des parties civiles, Georges Izard.
« Un procès pour lequel les parties firent des
appels à témoin par voie de presse mondiale », indique Me Emmanuel Pierrat. De son
côté, le vice-bâtonnier, Basile Ader, fait
revivre d’une voix vibrante les plaidoiries
des avocats des Lettres françaises, laissant
l’assistance suspendue. Mais c’est AnneMarie Sauteraud et la vice-procureur, Annabelle Philippe, qui, tout en retenue, rappellent la subtilité dont ont fait preuve les
magistrats pour éviter le piège du procès
politique, se concentrant sur la protection
de la liberté d’expression avec, en filigrane, déjà la notion de bonne foi.
« Nous sommes loin de tout cela, soupire alors l’une des greffières historiques de
la 17e. Nous n’avons que trop de marques
soucieuses de leur réputation sur Internet
désormais ! » D’un monde l’autre, de
quoi peut-être justifier le passage sur la
rive droite de la Seine… ■
P. G.
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LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
SANTÉ
9
DOSSIER
PSYCHO
Syndrome
des yeux secs :
les oméga-3
inefficaces
TROP DE PERSONNES
TRAITÉES POUR
UNE HYPOTHYROÏDIE PAGE 10
GARE AUX « SQUATTERS »
PSYCHIQUES !
PAGE 12
PICTURE LIBRARY & AG/PHOTOFUSION/BSIP
Une mère donne à boire à sa fille atteinte de paralysie cérébrale. Plus la rééducation commence tôt et plus elle est intensive, meilleurs sont les résultats.
Paralysie cérébrale :
la rééducation fait ses preuves
À Brest, grâce à une prise en charge innovante, les enfants victimes d’atteintes
neurologiques en début de vie retrouvent de l’autonomie.
ANNE PRIGENT
ENVOYÉE SPÉCIALE À BREST
HANDICAP Sur les murs pastel, des
dessins colorés et des photos d’enfants
hilares déguisés en pirates ou en princesses… Leur particularité ? La plupart
se déplacent en fauteuil roulant, avec
un déambulateur. Le décor est chaleureux, comme celui d’une école primaire, mais nous sommes au centre de rééducation pour enfants et adolescents
Ty Yann (Fondation Ildys), à Brest.
Dans la cuisine, quatre jeunes enfants installés dans leur chaise haute
déjeunent entourés de trois adultes.
Armée d’une cuillère « avion » de couleur bleue, l’orthophoniste propose du
poisson écrasé à Marie. La petite fille
tourne la tête et préfère mâchouiller le
Tuc qu’elle serre dans sa main. Si les
règles élémentaires de nutrition et
d’enchaînement des plats semblent
pour le moins anarchiques, c’est
qu’une fois encore les apparences sont
trompeuses. Il ne s’agit pas seulement
de manger, mais de rééduquer et réapprendre l’autonomie à des enfants
nourris jusqu’alors par sonde. Marie est
atteinte de paralysie cérébrale. Cette
première cause de handicap moteur de
l’enfance, avec 1 500 naissances par an,
recouvre des réalités très variées.
« La paralysie cérébrale est la conséquence de destruction de cellules du cerveau qui se sont produites chez l’enfant
avant deux ans, le plus souvent autour
de la naissance », explique le Pr Sylvain
Brochard, responsable du centre de
rééducation pédiatrique de Ty Yann et
du service de médecine physique et
réadaptation pédiatrique du CHRU de
Brest. Cette destruction va provoquer
principalement des troubles du mouvement et de la posture qui peuvent
être accompagnés de difficultés cognitives ou sensorielles. « Pour chaque
personne atteinte, la nature et l’importance des troubles vont donc dépendre
des zones du cerveau touchées et du
nombre de cellules détruites », précise
le Dr Alain Chatelin, président de la
Fondation Paralysie cérébrale qui finance la recherche. Dans le centre Ti
Yann, sur la centaine d’enfants qui
viennent en rééducation chaque semaine, trente sont atteints de paralysie
cérébrale à des degrés très divers. Ainsi, Jules, 8 ans, se déplace uniquement
en fauteuil roulant et s’exprime très
difficilement. Pour le moment, il est en
salle de kinésithérapie pour sa rééducation après une opération du dos. Son
handicap est la conséquence d’une
grande prématurité liée à une grossesse gémellaire. « Mais son jumeau est
beaucoup moins handicapé et plus autonome », souligne le Pr Sylvain Brochard.
Quel que soit le degré de handicap, la
prise en charge passe avant tout par la
rééducation. « Plus elle commence tôt et
plus elle est intensive, meilleurs sont les
résultats », insiste le Pr Sylvain Brochard. L’objectif étant de permettre à
ces enfants d’acquérir le plus possible
d’autonomie. « Nous sommes là pour
ouvrir les possibles. Nous avons des enfants qui parviennent à faire de l’accrobranche ou du patin à glace en étant très
handicapés », poursuit le spécialiste.
Pour accompagner les enfants dans
leur désir d’autonomie, le centre Ty
Yann est le premier en France à proposer des stages de rééducation intensifs
fondés sur la technique Habit-Ile
(Hand-Arm Bimanual Intensive Therapy Including Lower Extremities) qui
a fait ses preuves. Créée à l’université
Columbia aux États-Unis, elle a été dé-
“
Cette rééducation
est efficace, validée
scientifiquement.
Malheureusement, elle
a du mal à se déployer
en France car il n’existe
pas de tarification
PR SYLVAIN BROCHARD
”
veloppée en recherche à Louvain en
Belgique. La méthode se base sur des
activités de coordination des deux
mains en passant par le jeu pour améliorer le quotidien de ces enfants.
L’été dernier, le centre a accueilli
cinq collégiennes pour 90 heures de
rééducation sur deux semaines.
« Nous avons d’abord discuté des attentes des enfants. L’une voulait pouvoir porter son plateau à la cantine,
l’autre voulait faire du vélo, la troisième souhaitait pouvoir lacer ses chaussures sans aide… », raconte Valérie
Gruais-Raison, l’une des cinq ergothérapeutes qui ont accompagné les
enfants lors de ce séjour.
L’une des fillettes a ainsi coupé et
pressé des oranges pour tout le groupe
chaque matin. « Cette activité lui a
aussi redonné confiance en elle », souligne Valérie Gruais-Raison. Pour l’adolescente qui voulait faire du vélo, il a
d’abord fallu bricoler une draisienne à
sa hauteur en enlevant les pédales d’un
vélo. « Ensuite, nous en avons fait des
kilomètres dans le parc à la suivre sur
son vélo », se souvient l’ergothérapeute. Résultat : au bout des quinze jours,
la jeune fille pouvait se déplacer à
vélo ! « Cette rééducation est efficace,
validée scientifiquement. Malheureusement, elle a du mal à se déployer en
France car il n’existe pas de tarification », regrette le Pr Sylvain Brochard.
En attendant, le centre Ty Yann accueillera cet été un groupe de jeunes
Bretons pour un autre stage intensif. ■
OPHTALMOLOGIE
Lorsque nous
sommes en bonne santé, nos glandes fabriquent des larmes, de la salive, de la
sueur… Mais lorsqu’elles n’assurent plus
cette fonction essentielle d’hydratation,
les ennuis commencent. Et avoir les yeux
secs car les glandes lacrymales ne produisent plus assez de larmes est un motif très
courant de consultation et ce risque augmente avec l’âge. Ce syndrome se traduit
par un inconfort visuel, les yeux rouges,
des picotements, une sensation de sable
dans les yeux… Les femmes sont deux fois
plus sujettes à cette pathologie que les
hommes.
Le traitement initial consiste à remplacer les larmes absentes par des larmes artificielles. Ces gouttes oculaires avec sérum physiologique et collyres humidifiants
règlent en général les cas légers à modérés. Il est généralement conseillé d’adjoindre à ces gouttes des compléments alimentaires, vitamines et oméga-3.
Sous l’égide de l’Institut national américain de l’œil, plusieurs centres de santé,
comme le Mount Sinai Hospital de New
York et la faculté de médecine de l’université de Pennsylvanie, ont mené un essai
clinique pour savoir si, oui ou non, les oméga-3 avaient un réel effet positif. Pour
cela, ils ont enrôlé 535 patients traités
dans 27 centres ophtalmologiques et optométriques. L’essai, randomisé (répartition aléatoire), multicentrique, contrôlé par
placebo, a duré trois ans, d’octobre 2014 à
septembre 2017. Deux groupes ont été
formés. L’un devait absorber chaque jour
trois gélules d’acides gras oméga-3 (soit
2 000 mg d’acide eicosapentaenoïque et
1 000 mg d’acide docosahexaenoïque).
L’autre groupe recevait lui 5 000 mg d’huile
d’olive (une cuillère à café).
Résultat, les patients atteints du syndrome des yeux secs modéré à sévère ont
tous, au bout d’un an, montré des signes
d’amélioration (résultats publiés dans le
New England Journal of Medicine). Aussi
bien ceux ayant pris les oméga-3 que ceux
ayant pris le placebo. « Nous avons été
très surpris de ce résultat », a reconnu Vatinee Y. Bunya, investigateur principal de
l’étude. « Cela va conduire à des changements importants dans la façon dont les
ophtalmologistes prennent en charge leurs
patients. »
JEAN-LUC NOTHIAS
+@ SUR LE WEB
» Le cancer du sein, une maladie
qui se conjugue (aussi)
au masculin
» Comme le dit Agnès Buzyn,
l’homéopathie est-elle vraiment
sans danger ?
» Déjà 1 500 cas de rougeole
en France
» Une reconstruction
de la trachée réussie chez
une enfant de 12 ans
» Le moral du personnel
hospitalier en berne
Prématurés : les premières semaines de vie sont cruciales
PRÈS DE LA MOITIÉ des 1 500 enfants
touchés par la paralysie cérébrale sont
des enfants prématurés. Chez ces nourrissons à très haut risque, des actions
préventives peuvent être mises en place
dès la naissance. « Le cerveau des prématurés est immature. Il s’agit de le protéger au cours de sa première année de
vie, période pendant laquelle la production de synapses entre les neurones est la
plus importante », explique le Dr JeanMichel Roue, pédiatre au CHRU de
Brest.
Comment ? En diminuant le stress du
nourrisson au cours de son hospitalisation. Une pratique en vigueur depuis
vingt ans dans le service du professeur
Jacques Sizun, à Brest, qui a importé des
États-Unis la méthode Nidcap (Neonatal Individualized Developemental Care
and Assessment Program).
« Peau à peau »
Dans les chambres, la lumière est tamisée et les couveuses sont recouvertes
d’un drap pour que le nourrisson demeure le plus souvent possible dans la
pénombre. « Nous essayons également
de limiter le plus possible le bruit », précise le Dr Jean-Michel Roue. S’il est impossible de débrancher les respirateurs
particulièrement bruyants pour ceux
qui en ont besoin, le service est particulièrement silencieux. Le personnel soignant se déplace avec précaution et
mène ses conversations à voix basse.
Pour ne pas réveiller le nouveau-né,
infirmières et puéricultrices adaptent
les soins à son rythme. Soins qui sont
fractionnés pour limiter le temps d’exposition au stress.
L’équipe associe étroitement les parents au suivi des nourrissons. « Dans
les chambres que nous sommes en train
de refaire, il y aura la place pour un lit
dans lequel pourra dormir l’un des parents », explique le Dr Jean-Michel
Roue. Cette présence 24 heures sur 24
favorisera des temps plus longs de pratique de « peau à peau ». Ce soin a
prouvé son efficacité pour apaiser le
stress chez les prématurés, mais aussi
pour favoriser leur bon développement.
Depuis quelques mois, la maternité
de Brest prolonge l’action mise en place
à l’hôpital par un programme de suivi
après la sortie de maternité. « Nous intervenons une fois par mois à domicile au
cours de la première année », explique le
pédiatre. L’objectif du service est de
démontrer l’efficacité de l’association
des deux programmes pour diminuer
les risques de déficits chez ces
enfants. ■
A. P.
A
AMELIE-BENOIST/BSIP
lefigaro.fr/santé
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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
10
DOSSIER SANTÉ
Trop de personnes traitées
pour une hypothyroïdie
Une partie des 3 millions de Français
concernés n’ont pas forcément besoin
de traitement comme le Levothyrox.
Hypophyse
Elle fabrique la TSH, l’hormone
qui contrôle le taux d’iode
dans le sang
45 000
interventions
sont pratiquées
chaque année
en chirurgie thyroïdienne
Quand
la thyroïde
ne produit
plus assez
d’hormones...
Pour le Dr Pierre Nys, endocrinologue, nutritionniste et auteur de Mes
petites recettes magiques spécial thyroïTHYROÏDE « À la suite du changement de : cent recettes pour protéger votre thyde formulation de leur médicament (Leroïde et rééquilibrer son fonctionnement
Prise de poids
vothyrox), au moins 300 000 personnes
(Éd. Leduc.s, avril 2018), « ces personnes
ont présenté des troubles (fatigue, céphaà risque qui n’ont pas forcément besoin
Frilosité
d’un traitement dans l’immédiat peuvent
lées, insomnies, vertiges, douleurs, chute
Circuit
tirer profit des aliments riches en iode indes cheveux, etc.) avec ou sans bilan
Constipation
de
contrôle
r
dispensable à la production des hormones
anormal », rappelle le P Frédéric Sebag,
Cheveux cassants
de la thyroïde
thyroïdiennes (poissons, crustacés et alchef du service de chirurgie endocripar l’hypophyse
gues). Sont aussi intéressants, ceux rinienne de l’hôpital La Conception à
Peau sèche
Larynx
ches en sélénium (noix du Brésil, poisMarseille. Mais la vraie surprise est veGlande thyroïde
Crampes musculaires
sons, crustacés). En revanche, même si
nue du nombre de Français prenant des
les choux et le tapioca sont réputés mauhormones thyroïdiennes de synthèse :
Elle sécrète des hormones
Troubles de la fertilité
vais pour la thyroïde, il faudrait en
trois millions contre deux millions seugrâce à l'iode qu'elle se procure
consommer beaucoup pour observer un
lement en 2006 ! « C’est bien plus que ce
dans le sang (recyclage
Manque d’énergie
impact délétère ».
qui est attendu, pour le Pr Françoise Boret alimentation)
T3
T3
T4
Après une fausse couche ou une surson Chazot, chef du service d’endocriVOIRE : goître, nodules,
charge iodée liée à la réalisation d’un
nologie et diabétologie A (CHU de
inflammation
scanner, les dosages de TSH peuvent
Lyon). Un certain nombre de Français est
T3 : Tri-iodothyronine, T4 : Thyroxine
T3
T3
T4
être modifiés. Avant de vite débuter un
sans doute traité par excès. » En cause ?
T3
T4 PRODUCTION
ACCÉLÉRATION
DU
MÉTABOLISME
DÉVELOPPEMENT
RÉGULATION
DE
LA
T4
traitement, la sagesse veut d’attendre et
Des traitements parfois commencés
Infographie LE FIGARO
DES ORGANES ET DES TISSUS
PHYSIQUE, INTELLECTUEL
TEMPÉRATURE
DE CHALEUR
Illustration : Sophie Jacopin
de refaire un contrôle. Certaines persans dosage préalable de la thyréostisonnes peuvent aussi se retrouver en
muline (TSH) ou avec une TSH trop élehypothyroïdie parce qu’elles prennent
vée pour d’autres raisons.
un médicament qui a un retentissement
Normalement, l’hypophyse (dans le
sur leur thyroïde : c’est le cas des pansecerveau) augmente la sécrétion de TSH
ments bétadinés (du fait de la présence
pour commander à la thyroïde de prod’iode en excès), ou de l’amiodarone
duire plus d’hormones thyroïdiennes,
prescrit dans les
troubles du rythLes personnes à risque qui n’ont pas
me, ou du lithium
DANS CERTAINS CAS, des troubles de
quement en cas d’ablation de la totaforcément besoin d’un traitement
dans les troubles
la production d’hormones de la thylité de la thyroïde (dans les deux tiers
bipolaires, ou enroïde peuvent nécessiter une interdes cas). « Le reste du temps, l’ablation
dans l’immédiat peuvent tirer profit
core de certaines
vention chirurgicale. L’inconvénient
d’une moitié de thyroïde est possible, ce
des aliments riches en iode
thérapies ciblées
est qu’une hypothyroïdie peut appaqui permet à la fonction thyroïdienne de
DR PIERRE NYS, ENDOCRINOLOGUE ET NUTRITIONNISTE
et immunothéraraître à la suite d’une thyroïdectomie.
rester normale sept fois sur dix », prépies qui détruiLa bonne nouvelle, c’est que de gros
cise le Pr Sebag.
sent les micro-vaisseaux de la thyroïde
progrès ont été réalisés de ce côté.
lorsque sa production faiblit. « Comme
À côté des cancers de la thyroïde,
ou attaquent la glande. Lorsque ces trai« Les indications de la chirurgie sont
les laboratoires donnent pour valeurs
quelques hyperthyroïdies nécessitent
tements sont responsables d’une insufbien plus sélectives qu’autrefois,
habituelles, des taux compris entre 0,4
aussi une intervention chirurgicale.
fisance thyroïdienne, il faut bien sûr
confirme le Pr Frédéric Sebag (hôpital
et 4 mUI/l (millième d’unité internatioC’est le cas des nodules hypersécompenser par des hormones de synnale par litre de sang, NDLR), un traitecrétants ou de l’hyperthyroïdie diffuLa Conception, à Marseille). La suspithèse, mais seulement tant que l’hypoment est volontiers instauré lorsque ce
se de Basedow, mais seulement quand
cion ou la certitude d’être en présence
thyroïdie persiste.
taux dépasse 5 mUI/l. Ces valeurs reles traitements médicaux sont ineffid’un cancer de la thyroïde en est une.
Qu’elles soient prises transitoirement
présentent effectivement la norme, mais
caces ou mal tolérés. Enfin, les gros
Or, grâce aux bilans préopératoires et
PR FRANÇOISE BORSON CHAZOT
ou à vie, les hormones thyroïdiennes de
pour 95 % des Français seulement. Les
goitres ou les goitres plongeants avec
notamment aux ponctions échoguidées,
CHEF DU SERVICE D’ENDOCRINOLOGIE
synthèse sont bien supportées, à condipersonnes en excès de poids peuvent
un retentissement mécanique, peules nodules cancéreux sont aujourd’hui
ET DIABÉTOLOGIE A (CHU DE LYON)
tion de parvenir à l’équilibre et de le
avoir une TSH à 5-6 mUI/l, sans que cela
vent nécessiter l’ablation totale de la
plus faciles à différencier des nodules
maintenir. Des dosages réguliers de la
soit anormal, car il s’agit d’un mécanisthyroïde, mais ce n’est pas la mabénins. L’élastographie, qui analyse la
TSH sont donc utiles. « Il faut le faire en
me de défense mis en place par leur thyjorité. « Pour toutes ces raisons, la
dureté des nodules, permet aussi de
cas de changement de formulation du
roïde. De même, la TSH augmente phychirurgie thyroïdienne est en net recul,
mieux les repérer (les cancéreux sont
traitement ou de modification de la pressiologiquement avec l’âge, et, autour de
se réjouit le Pr Sebag. Aujourd’hui, elle
les plus durs). Dans notre consultation
cription du médicament qui a une in80 ans, il n’est pas anormal d’avoir une
de chirurgie de la thyroïde, nous recetourne encore autour de 45 000 interfluence sur la thyroïde. C’est enfin nécesTSH à 6 ou 7 mUI/l : cela pourrait même
vons environ trois mille malades par
ventions par an, mais, en sélectionnant
saire en cas de prise concomitante d’un
être un facteur de longévité ! Les poran : mais après bilan, un tiers va être
mieux les petites tumeurs de moins
Chez la future maman,
traitement susceptible d’interférer avec
teurs d’un goitre ou d’un nodule sans
opéré, alors que les deux autres tiers
d’un centimètre, sans gravité et dont
la thyréostimuline (TSH)
l’absorption des hormones thyroïdiennes
dysfonctionnement thyroïdien associé
sont surveillés. »
l’ablation n’apporte pas de bénéfice, ce
diminue en début de grossesse
r
de substitution », insiste le P Borson
n’ont pas non plus besoin d’hormones
Et quand la chirurgie est décidée,
chiffre pourrait encore diminuer au
car la femme enceinte sécrète
Chazot. ■
thyroïdiennes de substitution. Prises de
elle conduit à l’hypothyroïdie unicours des prochaines années. »
des hormones (gonadotropine
façon injustifiée, ces dernières exposent
Radiofréquence
humaine ou HCG)
au passage en hyperthyroïdie et donc à
des troubles du rythme cardiaque, insisOutre la sélection des malades, les
également capables de
te le Pr Borson Chazot. Étant donné que
techniques se sont affinées. Pour les
stimuler la thyroïde. Mais cela
nodules non cancéreux mais responles inconvénients de l’hypothyroïdie
se normalise au second
sables d’un dysfonctionnement de la
n’apparaissent que lorsque la TSH est
trimestre, quand les HCG
glande ou encore pour les gros
supérieure à 10 mUI/l, il n’est pas indisbaissent, et n’a donc rien
nodules gênants, il existe désormais
pensable d’être traité entre 5 et 10 mUI/l
à voir avec un début
une alternative à la chirurgie : « c’est
en l’absence de symptômes. »
d’hyperthyroïdie. Comme
la radiofréquence qui consiste à
Enfin, même si la cause principale de
chauffer le nodule autour de 60-70 °C
les hormones thyroïdiennes
l’hypothyroïdie est auto-immune, la
afin de provoquer une coagulation de
présence d’anticorps antithyroïdiens
maternelles sont
ses microvaisseaux et, donc, la réne justifie pas non plus que l’on prenne
indispensables au bon
duction de son volume pouvant aller
à coup sûr des hormones de synthèse.
développement du fœtus,
jusqu’à 80 % en six à douze mois.
« Ces anticorps, lorsqu’ils sont recheril faut éviter absolument
Comme le parenchyme sain autour du
chés, sont présents chez 10 à 15 % des
l’hypothyroïdie, surtout
nodule est préservé, il n’y a quasi plus
femmes. Mais le rythme de passage en
en début de grossesse, lorsque
d’hypothyroïdie derrière. Même si les
hypothyroïdie chez ces porteurs d’antile fœtus n’a pas encore
indications de la radiofréquence
corps est seulement de 1 à 2 % par an.
restent limitées, cela fait autant
Tant qu’il n’y a que des anticorps posiune thyroïde fonctionnelle. En
de personnes qui n’auront pas à prentifs, mais une TSH normale et pas de
cas de thyroïde un peu grosse,
dre d’hormones en compensation »,
symptôme, la surveillance suffit », insisQu’elles soient prises transitoirement ou à vie, les hormones thyroïdiennes de synthèse
avec des anticorps dirigés
conclut le Pr Sebag. ■
te le Pr Borson Chazot.
N. S.-M.
sont bien supportées, à condition de parvenir à l’équilibre et de le maintenir.
contre elle, il n’y aurait pas
NATHALIE SZAPIRO-MANOUKIAN
Les hormones
thyroïdiennes
assurent
la régulation
corporelle...
Diffusi
on de s h or m o n e s
Moins de cas consécutifs
à la chirurgie
«
»
Étant donné
que les
inconvénients
de l’hypothyroïdie
n’apparaissent
que lorsque la TSH
est supérieure à
10 mUI/l, il n’est pas
indispensable
d’être traité entre
5 et 10 mUI/l
en l’absence
de symptômes
»
AGE FOTOSTOCK/KATERYNA KON/SPL
LE CAS DE
LA GROSSESSE
A
« Mon traitement pour l’estomac a tout déréglé… »
POUR SIMONE PERRIN, 79 ans, la survenue d’une hypothyroïdie n’a pas été une
surprise. « J’étais suivie depuis plusieurs
années pour un nodule d’environ 3 centimètres au niveau de la thyroïde. À l’occasion
d’un nouvel examen, on m’a découvert un
nouveau nodule, plus petit (13 millimètres),
mais cancéreux celui-là ! Une thyroïdectomie a donc été décidée : autant j’appréhendais, autant j’ai été surprise que tout se
passe aussi bien. Si je ne le dis pas, mes proches ne devinent pas que je n’ai plus de thyroïde ! Bien évidemment, l’endocrinologue
m’a mise sous hormones thyroïdiennes de
substitution. Je n’ai pas ressenti le moindre
symptôme : pour moi, tout était normal.
Mais lors d’un examen de contrôle, l’endocrinologue a eu la surprise de voir que mon
taux de TSH était beaucoup trop élevé !
Le magnésium coupable
Après un interrogatoire poussé, le spécialiste a fini par trouver le coupable : ayant des
problèmes de reflux acides de l’estomac, je
prends un médicament inhibiteur de la pompe à protons et c’est ce dernier qui aurait
empêché l’absorption des hormones thyroïdiennes. Mon traitement a donc été modifié
pour éviter cette interaction et je dois refaire
une prise de sang dans quelques semaines
pour m’assurer que tout va bien.
L’endocrinologue m’a rappelé de ne
prendre aucun nouveau traitement, pas
même des minéraux, sans en parler au médecin. » Pour le Dr Pierre Nys, endocrinologue, « on n’y pense pas forcément, mais
les fibres en excès peuvent aussi gêner l’absorption des hormones. Il faut prendre ses
hormones avant de débuter son petit déjeuner et reporter la prise des aliments riches en
fibres de quelques heures. » Pour Nathalie
Perrin, 55 ans, le problème est plutôt venu
du magnésium. « En hypothyroïdie depuis
plusieurs années, je prends des hormones de
substitution. Très fatiguée au sortir de l’hiver 2016-2017, j’ai décidé de faire une cure
de magnésium. Au lieu d’aller mieux, j’étais
de plus en plus mal. Au printemps, est sortie
l’affaire du Lévothyrox et pour moi, le coupable était tout trouvé : le changement de
formulation. En fait, mon endocrinologue a
trouvé que la prise de magnésium en même
temps que mon Lévothyrox impactait fortement l’absorption du médicament : c’est un
peu comme si je m’étais retrouvée en
hypothyroïdie. » ■
N. S.-M.
besoin de traiter dans d’autres
circonstances, tant que la TSH
reste normale. Mais en cas
de grossesse, sachant
que les besoins en hormones
thyroïdiennes augmentent de
30 à 50 %, il y a un vrai risque
de décompensation de cette
thyroïdite sous-jacente et
c’est pourquoi il peut y avoir
besoin de traiter, au moins
transitoirement. « Un contrôle
régulier de la TSH est d’ailleurs
prévu pour toutes les femmes
à risque », note la Pr Françoise
Borson-Chazot (CHU Lyon).
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LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
DOCTEUR
ÉRIC HENRY
Président de l’association
Soins aux professionnels de santé (SPS)
O
n se souviendra longtemps
du lapsus d’Agnès Buzyn à
l’Assemblée nationale qui,
souhaitant s’adresser aux
députés présents dans l’Hémicycle au sujet des retraites des agriculteurs, les salua en les appelant « retraités ». Au-delà du comique de cette
situation, il s’agissait là d’une occasion
unique de considérer la crise humaine
que traverse cette profession et, avec
elle, celles des soignants, policiers et
gendarmes ; des populations engagées,
mais fragiles, qui présentent une forte
propension aux actes suicidaires.
Oublier de s’exprimer sur une question
aussi complexe, c’est risquer de décevoir les espoirs placés dans un gouvernement qui avait ici toute latitude nécessaire pour annoncer un plan
républicain de prévention du suicide.
Le suicide n’est en aucun cas un acte
de liberté et n’est surtout pas un choix.
C’est le geste de dernier recours, l’ultime acte qui s’impose après plusieurs appels de détresse restés sans réponse. Il
ne poursuit qu’un objectif, celui de faire
disparaître la souffrance, habillée du
sentiment de culpabilité, d’abandon, de
perte d’équilibre dans une société sourde et peu respectueuse de l’individu. Ce
mal-être social qui gangrène notre société ne doit pas devenir le symbole
d’un abandon de l’État. Il faut agir de
manière responsable face à cette situation dramatique malheureusement encrée chez nous.
La France figure à la 54e place du
classement de l’Organisation mondiale
de la santé (OMS) portant sur les chiffres
du suicide dans le monde. Avec
16,9 décès par cause de suicide pour
100 000 habitants, elle est également à
la 10e position des nations européennes
derrière la Belgique, la Suède et la Finlande. Il s’agit là d’une cause de mortalité bien plus importante que celle issue
des accidents de la route ou que le chiffre des homicides volontaires (7 pour
100 000 habitants sur la même année).
Le suicide est un homicide volontaire
envers soi-même, mais il est très souvent relativisé en raison de données qui
semblent décroître depuis quinze ans
(20,2 en 2000, 19,2 en 2005, 18,4 en
2010).
Elle est due à la pratique altruiste des
médecins qui, au moment de renseigner
la cause du décès, sont très nombreux à
contourner la mention « suicide » afin
de protéger les familles, parents,
conjoints, enfants et de leur éviter de
supporter le poids financier qu’une déclaration de suicide pourrait induire
(reprise à charge de prêts bancaires,
factures impayées, déficit financier, etc.).
De facto, les données sont faussées et
dévoilent finalement une tout autre
réalité. Lorsqu’il s’agit de s’attaquer à
un problème de santé publique, les êtres
humains deviennent des numéros, ses
numéros deviennent des données, et
ces données forment des classements.
On en oublie parfois que le suicide
d’une personne a des conséquences
bien plus larges sur le devenir de sa famille, sur la vie future de ses ami(e)s,
sur ses collègues de travail, mais aussi
sur la société tout entière. Une vie de
Des chiffres sous-estimés
Les différents observatoires ne s’entendent pourtant pas sur les données recueillies. Ainsi, l’Observatoire national
du suicide a enregistré 8 885 décès par
suicide en 2014 (près de 24 décès par
jour) quand le réseau Sentinelle de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en dénombre
10 500 (près de 29 par jour).
En dépit de la qualité de chacun de
ces indicateurs, ces chiffres sont faux et
nous le savons. Plus qu’en deçà de la
réalité, ils seraient similaires à ceux enregistrés dans les années 1980 pour
s’établir autour de 14 000 par an. La disparité des données s’explique très bien.
gendarme se résout à commettre le
même acte tous les 5,7 jours !
Ce sont elles les premières victimes
de notre société en mutation. Ces trois
corps de métiers réunissent des professionnels qui s’engagent avec passion,
mais ils sont aussi ceux qui subissent le
plus de réglementations et de charges
administratives. Et qui se sentent en
conséquence
empêchés
d’exercer le cœur de leur
Le suicide d’une personne a
métier. Isolement, condides conséquences bien plus
tions d’exercice difficiles,
larges sur le devenir de sa famille, manque de reconnaissance,
manque de moyens. Quand
sur la vie future de ses ami(e)s,
il n’y a plus de bonnes raisur ses collègues de travail, mais
sons de se battre pour son
statut puis pour sa propre
aussi sur la société tout entière
vie, les conditions sont
réunies pour faire le lit de l’épuisement
d’amélioration malgré l’existence d’acmoral, de la dépression, du burn-out…
teurs très engagés sur le terrain.
et du suicide.
L’évidence est pourtant là. Un soiBien en amont de tout passage à
gnant se suicide tous les jours. Un agril’acte, nous devons agir et réfléchir en
culteur, tous les 2 jours. Un policier ou
termes de vies humaines perdues pour
la société. Nous appelons l’ensemble
des décideurs institutionnels à se saisir
de cette question de santé publique
dont l’importance est telle qu’elle ne
peut plus être ignorée ou mal traitée. La
prévention des risques suicidaires doit
devenir une grande cause nationale.
Cela passera par la reconnaissance de
la souffrance psychique au même titre
que la souffrance physique, et la création d’un corps de professionnels de
santé en charge de l’accompagnement
des personnes présentant des profils
suicidaires. Ces « sentinelles républicaines » seront des secouristes psychiques
formés au repérage et à la prévention
des risques suicidaires, afin de les prévenir et d’intervenir auprès des salariés,
libéraux, retraités, étudiants, sans distinction.
Celui qui aura le courage de s’engager
dans ce combat sauvera la vie de nombreux Français aujourd’hui toujours
laissés pour compte. ■
perdue n’est pas qu’une une vie de perdue. Réduire le suicide à des données
statistiques ne sert qu’à masquer l’étendue des dégâts collatéraux qu’entraîne
chaque suicide. Notre état se doit non
seulement de les comptabiliser mais d’y
apporter une réponse efficace, tout en
prenant la mesure de l’échec des plans
précédents qui n’ont montré que peu
«
»
VEZ
RETROUOS AVIS
N
TOUS RTS
D’ EXPE
SUR
RO.FR
LEFIGA
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e.lefigar
@ sant
+
PROFESSEUR
PHILIPPE FROGUEL
Professeur de médecine génomique
à l’Imperial College (Londres). Directeur
de l’Equipex LIGAN-Médecine personnalisée et
de l’Institut génomique de Lille (IGL)
S
i votre enfant avait un retard de
développement, ou une maladie
grave inconnue potentiellement
d’origine génétique, vous aimeriez en connaître vite et de manière fiable la cause, pour espérer soigner ou guérir la maladie et éviter que
d’autres de vos enfants en soient plus
tard atteints. Si votre mère avait un cancer, vous aimeriez qu’elle bénéficie du
meilleur traitement adapté à son cancer,
pour augmenter ses chances de survie et
diminuer les effets secondaires. Il ne
s’agit pas de science-fiction. Tout cela
est possible en 2018 : cela s’appelle la
médecine génomique, qui repose en
grande partie sur le séquençage de
l’ADN. C’est même utile dans certaines
formes de diabète où des traitements
spécifiques très efficaces peuvent être
proposés. Hélas, c’est encore difficilement accessible en France, 5e puissance
économique mondiale, du fait du retard
effroyable que nous avons accumulé depuis vingt ans par rapport à nos voisins
hollandais, anglais ou allemands.
Les raisons : une bureaucratie tatillonne qui bloque toute innovation diagnostique et refuse leur remboursement
alors que des techniques obsolètes et
plus chères sont encore remboursées
(comme le caryotype) ; une réglementation moyenâgeuse qui assimile la génétique à de la sorcellerie et interdit de fait
tout examen qui ne passe pas par un parcours du combattant interminable,
contrôlé par les intérêts corporatistes de
certains professionnels de santé et surtout limité par des puritains qui voient le
diable (eugéniste, avorteur, apprenti
sorcier, escroc) chez chaque généticien
clinique. Résultat : faire séquencer son
propre génome à la demande est en pratique interdit, et les biotechs de génomique diagnostique n’ont pas droit de cité
en France.
Pour rechercher rapidement des mutations dans les gènes du cancer du sein
qui vous inquiètent car vous avez un nodule du sein, car votre maman est décédée de cette maladie et votre sœur en est
atteinte, adressez-vous plutôt à des sociétés étrangères (dont 23&me qui commercialise un kit génétique sans ordonnance récemment enregistré par les
autorités américaines). Mais n’essayez
même pas de le faire prescrire par le médecin français de votre choix : ce n’est
pas autorisé. Ainsi, la plupart des enfants
VINCENT ISORE/IP3 ; ALEXEY RUMYANTSEV/STOCK.ADOBE.COM
La France peut-elle
rattraper son
retard en médecine
génomique ?
naissants avec une malformation syndromique ne sont pas ou sont incomplètement étudiés génétiquement, la plupart des femmes ayant des antécédents
lourds de cancer du sein familial ne sont
pas explorées sauf dans certains centres
anticancer.
Pourtant, le séquençage du génome à
visée diagnostique se fait aujourd’hui en
routine, sous couvert de « recherche »,
dans des laboratoires et équipements
d’excellence et autres instituts hospitalo-universitaires spécialisés à Lille, Paris, Lyon ou Strasbourg… Une hypocrisie
nationale et surtout une inégalité insupportable d’accès aux soins modernes.
Ces équipes reconnues mondialement
ont acquis, grâce au programme d’investissement d’avenir initié par Nicolas
Sarkozy, des équipements de séquençage de l’ADN haut de gamme et mis au
point des protocoles innovants d’analyse rapide (quelques jours à quelques semaines) et peu onéreux (quelques centaines d’euros) pour traquer les maladies
génétiques transmises et caractériser les
tumeurs. Un grand succès !
Alors, que fait l’État ? Au lieu de déci-
der de renverser la table et
d’ouvrir vite la voie (réglementaire, budgétaire) à la
médecine génomique du
XXIe siècle, il tergiverse depuis vingt ans, invoque des problèmes
éthiques discutables, au détriment des
malades et de leurs familles. En 2017, un
plan appelé France Médecine Génomique 2025 a été conçu par l’ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine,
pour régler la situation… dans huit ans.
Une usine à gaz a été conçue par des gens
qui voulaient ignorer tout ce qui a été fait
depuis 2011 par les équipes d’excellence
de génomique financées par le PIA.
Ce plan, repris par le gouvernement
actuel sans réévaluation critique, vise à
installer 12 nouvelles plateformes de séquençage de l’ADN qui seront généralement situées dans des hôpitaux n’ayant
aujourd’hui aucune expertise de génomique à haut débit, d’informatique de
réseau et de bio-informatique. L’objectif
est ainsi de fournir une nouvelle brassée
de séquenceurs d’ADN dernier cri à 1 M€
pièce, alors que notre pays est déjà saturé en machines hypermodernes mais
sous-utilisées. Des expériences pilotes
sont prévues…, en 2020, en général pour
refaire ce qui est déjà en cours dans les
centres d’excellence. On va gâcher 700
M€ d’euros de fonds publics pour réinventer la roue alors que la logique serait
de faire fonctionner ce qui existe et marche déjà dans notre pays, et surtout de
permettre aux médecins prescripteurs
d’y avoir accès.
Les patients et leurs familles attendent plus de nous. Il ne faut pas les décevoir ! On peut amener le système de santé à l’âge de la médecine génomique dès
2018, si on s’appuie sur les équipes expérimentées de notre pays et sur les centres
d’excellence financés par le PIA, et si on
se dote d’une réglementation moderne
permettant l’exercice de la médecine
personnalisée et le développement d’une
industrie génomique compétitive. ■
A
Faut-il un plan
national
de prévention des
risques suicidaires ?
11
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
12
SANTÉ PSYCHOLOGIE
Gare aux « squatters »
psychiques !
Ces « boulets » relationnels peuvent s’avérer très nocifs
car ils tissent des liens abusifs avec leur entourage.
PASCALE SENK
RELATION C’est un peu l’arbre qui a
caché la forêt. Depuis les découvertes
de la psychanalyste Marie-France Hirigoyen sur le harcèlement moral – il y a
vingt ans déjà -, les « pervers narcissiques » et autres prédateurs-manipulateurs ont été largement décryptés, et les
ouvrages les concernant se sont multipliés. Tant et si bien qu’on s’est mis à en
dénicher partout.
C’était alors courir le risque de passer
à côté d’autres types de personnalités
désagréables, des « boulets » relationnels jusque-là moqués au cinéma, dans
des comédies légères, mais qui, par un
travail d’usure de ceux qui tentent notamment de les aider, s’avèrent en réalité très nocives. Au point que certains
n’hésitent pas à parler de « vampires
psychiques ».
« On est tous concernés, on a tous
dans son entourage plus ou moins proche
une de ces personnalités instables, ou jalouses, ou plaintives qu’on tente de soutenir du mieux possible », explique le
psychologue et psychothérapeute
Eudes Séméria. « Au début, ou ponctuellement à la faveur d’une crise, on se
laisse prendre et on les porte, on les
conseille, on les rassure mais lorsque la
situation devient récurrente, on se retrouve peu à peu partie prenante, et il
vaut mieux s’en rendre compte, le risque
étant de se retrouver accroché soi-même
dans cette relation fusionnelle. »
Jusque-là, ce type de mécanisme relationnel, décrit dans le DSM IV, renvoyait à la dépendance – et co-dépendance - affective. Les sujets porteurs de
ces troubles montrent notamment une
extrême immaturité affective, ils ont
peur de la séparation et de l’abandon,
ne peuvent se passer des autres.
Mais Eudes Séméria, dans l’ouvrage
qu’il vient de publier sur ce thème, Le
Harcèlement fusionnel (Éd. Albin Michel), approfondit la notion et préfère
pour sa part parler de « personnalités
fusionnelles ». Il propose ainsi une version plus large, et plus existentielle, de
cette manière abusive qu’ont ces personnes de se lier et des situations qu’elles provoquent.
« Il faut comprendre le fond de leurs
demandes et abus réitérés, estime le
psychothérapeute, et notamment pourquoi ils ne peuvent vivre leur vie de manière autonome. » Oui, cette amie que
vous écoutez des heures se plaindre de
son couple et qui ne se décide pas à divorcer ; cet artiste qui se débrouille
toujours pour vivre avec des compagnes bien insérées socialement et capables de le prendre en charge matériellement ; ce fils adulte qui appelle cinq fois
par jour sa mère âgée pour lui décrire
ses angoisses professionnelles… Pourquoi agissent-ils ainsi, s’agrippant à
leur interlocuteur de choix (« l’aidant »
selon le terme choisi par Eudes Séméria), sans jamais parvenir à vraiment
franchir l’étape du changement nécessaire dans leur vie et leur manière
d’être ?
«
Les adultes fusionnels,
“jetés dans ce monde”
comme chacun d’entre
nous, ne savent pas quoi
y faire, comment agir,
faire les choix qui
s’imposent à eux pour
forger leur destin, dans
leur singularité
»
EUDES SÉMÉRIA, PSYCHOLOGUE
ET PSYCHOTHÉRAPEUTE
Nourri de Sartre, ou des psychothérapeutes existentiels comme Irvin Yalom ou Rollo May, Eudes Séméria avance l’hypothèse d’une incapacité
ontologique, chez les adultes fusionnels, à plonger dans l’existence. Même
chez ceux, très insérés socialement, qui
parviennent à « fonctionner », le psychothérapeute observe l’incapacité à
accepter – mais comment les blâmer ? ces quatre « enjeux ultimes » de l’existence qu’a notamment étudiés le psychiatre américain Irvin Yalom et auxquels tout être humain est confronté : la
mort, l’absence de sens, la responsabilité, la solitude.
« Les adultes fusionnels, “jetés dans ce
monde” comme chacun d’entre nous, ne
savent pas quoi y faire, comment agir,
faire les choix qui s’imposent à eux pour
forger leur destin, dans leur singularité,
explique Eudes Séméria. Inconsciemment, ils souhaitent rester dans les coulisses de la vie. » Ainsi, quoique l’aidant
fasse à leur égard, ces aidés n’avancent
pas, semblent bloqués dans la procrastination ou le pessimisme.
Contrairement aux manipulations
des pervers narcissiques, il n’y a là
aucun désir conscient d’être malfaisant.
Juste une stratégie inefficace pour tenter d’échapper à la condition humaine.
Mais, comme le note Yalom dans Thérapie existentielle (Éd. Galaade) :
« Même les stratégies de défense qui
parviennent à parer une angoisse intense
asphyxient la croissance, limitent l’existence et la rendent peu satisfaisante. »
Cette compréhension nouvelle peut
changer le regard sur des comportements si usants au quotidien. Mais
comme il faut être deux pour une
« danse fusionnelle » et faire perdurer
des relations aussi destructrices,
« l’aidant » n’échappera pas lui non
plus aux questions de fond. Et notamment : « À quoi cela lui sert-il d’être à
ce point manipulé, vampirisé ? » ou
« Quelle angoisse personnelle tente-il
ainsi de faire taire ? » ■
« Ils ramènent tout à eux-mêmes »
Le Dr Stéphane Clerget, psychiatre, vient de publier « Les vampires psychiques », (Éd. Fayard).
DR STÉPHANE
CLERGET
Psychiatre
LE FIGARO. - Pourquoi
consacrer aujourd’hui un livre
à ceux que vous appelez
les « vampires psychiques » ?
Stéphane CLERGET. - Je crois
que la notion de pervers narcissiques, tellement reprise et vulgarisée dans les médias, a un peu
évincé d’autres profils de personnalités nocives. Il est vrai que
ces prédateurs s’attaquent à
leurs victimes de manière assez
spectaculaire, comme le chat qui
« joue » avec la souris pour la
détruire. Mais à côté de ces sujets
carnassiers, il y a une catégorie
de personnes très nuisibles que
j’ai moi-même mis du temps à
repérer. Pourtant, celles-ci sont
bien plus nombreuses que les
pervers narcissiques. Ce sont ces
gens qui sont un peu comme des
parasites : ils dépendent de nous
et nous détruisent à petit feu, sur
le long terme.
Et bien sûr, souvent, nous sommes plutôt dans la pulsion de les
aider. C’est d’ailleurs satisfaisant
de faire preuve de générosité
dans cette époque où la solidarité
est louée. Et dans 80 % des situations où nous manifestons notre
altruisme, ceux que nous soutenons ne sont a priori pas malfaisants. Peu à peu, cependant, ces
assistés que nous aidons comme
des puits sans fond sont de véritables vampires psychiques.
Comme nous ne nous autorisons
pas à mettre des limites, ils nous
dévitalisent.
“
Peu à peu, ces
assistés que nous
aidons comme des
puits sans fond sont
de véritables
vampires psychiques.
Comme nous ne nous
autorisons pas à
mettre des limites,
ils nous dévitalisent
DR STÉPHANE CLERGET
”
Vous observez d’ailleurs que
ce sont nos réactions physiques,
quand nous sommes avec
ces personnes, qui peuvent
nous alerter…
Oui, parce que consciemment,
nous ne voyons pas le mal qui
nous est fait. Nous nous en interdisons la possibilité, éprouvons
de la culpabilité vis-à-vis d’eux.
Du coup, comme nous ne réalisons pas les méfaits de telles relations, c’est notre corps qui parle.
Fatigue, lassitude, réactions dermatologiques, parfois même de
l’asthme… Chacun a sa manière
singulière de se faire entendre et
signaler que « trop c’est trop ».
Quels comportements de la part
de ces « vampires psychiques »
devraient pourtant nous alerter ?
Ils abusent. Ils profitent de notre
pulsion humaine naturelle à aider
l’autre. Notamment, ils ne sont
jamais dans la réciprocité et se
comportent comme des enfants.
Le « vampire psychique », lui,
semble ne jamais retenir les leçons que la vie lui envoie. Cette
« fixité » relationnelle est parfois
contrebalancée quand ces abuseurs font mine de nous écouter,
ou nous affirment qu’ils vont eux
aussi nous aider… Mais en réalité,
ils en sont incapables. Et ils ramènent toujours tout à eux-mêmes.
D’où viennent ces incapacités
relationnelles ?
On peut en effet se demander
pourquoi il y a tant de personnalités de ce type aujourd’hui.
Peut-être que la plainte fonctionne particulièrement bien
dans nos sociétés occidentales…
Souvent, ce sont des êtres qui
ont été dans l’enfance soit carencés affectivement, soit traités en petits rois, ce qui a induit
chez eux des relations de dépendance abusive. Mais il y a aussi
ceux (à peu près 20 %) qui souffrent de mésestime de soi. Dans
la vie professionnelle, ils « piquent » les idées de leurs collaborateurs en s’en attribuant le
mérite et ne peuvent admettre
leur incompétence.
Que faire pour enrayer
un tel système ?
Quand on repère une personnalité vampirique dans son entourage, il faut se demander : est-ce
la première fois que je me coltine
une telle relation ? Suis-je une
« victime » à répétition de ce
genre d’individus ? Qu’est-ce
qui me fait « marcher dans son
jeu » ? Un sentiment de dette ?
De culpabilité ? La peur du
conflit ? Prendre conscience de
ces mécanismes permet ensuite,
même si on aide l’autre jusqu’à
un certain point, de pouvoir un
jour dire « Stop ». C’est alors une
bonne façon de lui montrer ce
que c’est d’être autonome et de
se prendre en charge. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
A
La maladie d’Alzheimer nous rendrait-elle tous gagas ?
« Et si la maladie d’Alzheimer était un
leurre ? » Telle est la thèse surprenante
et provocatrice que le Pr Olivier SaintJean, chef du service de gériatrie de
l’Hôpital européen Georges-Pompidou,
et le journaliste Éric Favereau, grand
reporter santé à Libération,
développent dans leur livre Alzheimer,
le grand leurre. « Bien plus qu’une réalité
médicale, la maladie d’Alzheimer est
en réalité une construction sociale pour
décrire la vieillesse », écrivent-ils.
Bigre. Cette dégénérescence cognitive
pathologique est devenue « le serial
killer des vieux, la grande peur du siècle
et un enjeu économique majeur pour les
firmes pharmaceutiques ».
Découverte par un médecin allemand,
Aloïs Alzheimer, au début du
XXe siècle, à partir de l’étude de 5 cas,
elle est très vite acceptée comme
maladie distincte. Mais elle reste un peu
confidentielle, cantonnée aux sujets
jeunes, même si les médecins ont
tendance à classer toutes les
« démences séniles » comme de
l’Alzheimer. C’est en 1976 qu’elle
acquiert ses « lettres de noblesse »,
sous l’égide d’un certain professeur
Katzman. « De maladie avec peu de
malades, elle devient une épidémie. »
Tout le paysage médical est propice.
Les laboratoires de recherche voient
les financements affluer. Les firmes
pharmaceutiques apprécient le vaste,
très vaste marché qui s’ouvre.
Les médecins viennent d’inventer
la gériatrie. Le vieillissement de la
population vient de décoller. Le
microscope est devenu électronique.
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
Les lits d’hospice se transforment
en services de long séjour. Plusieurs
affaires très médiatisées, comme la
maladie de Rita Hayworth, enfoncent
encore un peu plus le clou dans
l’opinion. À la fin des années 1980,
« ne manque plus que le premier
médicament ». Il y a déjà Parkinson,
où un neurotransmetteur est en cause,
la dopamine. Pour l’Alzheimer,
« ce sera l’acétylcholine ». Des grilles de
diagnostic neurologique sont élaborées.
Indispensables pour le diagnostic mais
aussi pour l’évaluation des essais
cliniques. Une molécule est-elle plus
efficace qu’un placebo ? Un vieux
médicament, la Tacrine, est testé. Et
même sans démontrer son efficacité, un
médicament (le Cognex) est autorisé.
Plusieurs suivront les années suivantes.
Les auteurs rapportent les propos du
Pr Loïc Guillevin, dernier président de
la commission de la transparence de la
Haute Autorité de santé, qui déclare en
janvier 2018, parlant des 20 dernières
années : « Ces médicaments ont plus tué
qu’ils n’ont guéri. » Nombreux sont
ceux, même au sommet de l’État, qui
acceptent la situation - rembourser des
médicaments qui ne sont pas efficaces,
ce qui n’est pas sans rappeler un autre
cas -, au nom de l’effet placebo et en
l’absence de traitement réellement
efficace ! La balle est dans le camp
d’Agnès Buzyn. Difficultés de
diagnostic, médicament inefficace…
Mais, nous disent les auteurs, il reste
encore bien des choses à faire :
combler le fossé entre vieillesse des
riches et vieillesse des pauvres,
rendre aux vieux la maîtrise de leur
parcours et l’autorisation d’en décider,
accentuer et consolider
les programmes de
prévention et
d’accompagnement.
ALZHEIMER.
LE GRAND LEURRE
Pr Olivier Saint-Jean,
Éric Favereau
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
SOCIÉTÉ
Aidés de nombreux renforts,
les zadistes refusent de céder
ZOOM
Loi immigration : Collomb
dit sa « confiance » avant
les débats à l’Assemblée
Alors que commence, ce lundi,
l’examen du projet de loi asile
et immigration devant
l’Assemblée nationale, un texte
qui divise les députés LaREM,
le ministre de l’Intérieur a dit
sa « confiance en la majorité »
dans les colonnes du Journal
du dimanche. « J’ai reçu plus
de 200 députés de la majorité
mais aussi issus de tous les
groupes politiques. Ce texte
a fait l’objet d’une intense
concertation », a-t-il expliqué,
en affirmant être tous « parvenus
à construire des compromis sans
jamais nous compromettre ».
Après un week-end
d’affrontements,
ils affichent
leur détermination
à en découdre.
CHARLY TRIBALLEAU/AFP
JEAN CHICHIZOLA
Dimanche matin, à Notre-Dame-des Landes, 300 manifestants ont fait face, pendant deux heures, aux forces de l’ordre.
« black blocs ». Ces derniers, très organisés, se sont distingués par leur agressivité un peu partout en Europe depuis
près de vingt ans. Ces renforts pourraient entraîner un durcissement de
cette guérilla au beau milieu des
champs. Les opérations de déblaiement
et de maintien de l’ordre, engagées depuis jeudi, se transformeraient alors en
un jeu de cache-cache rythmé par la reconstruction des obstacles démantelés
et les heurts.
« Violences inqualifiables »
Ce week-end, plusieurs milliers de personnes ont exprimé leur soutien aux zadistes. Dimanche après-midi, entre
3 000 et 4 000 personnes, selon les gendarmes, étaient présents sur le site de
Notre-Dame-des-Landes. La veille, à
Nantes, plus de 6 000 personnes, selon
la préfecture, avaient défilé en soutien
aux zadistes. En marge du cortège, des
petits groupes de manifestants ont jeté
des pierres contre les CRS, ripostant par
des tirs de lacrymogènes, brisé des vitrines et incendié des poubelles. Douze
personnes ont été interpellées et un policier a été blessé. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a aussitôt dénoncé « les violences inqualifiables et les
dégradations de commerces et mobilier
urbain ». Le soutien aux zadistes a également été l’un des slogans d’une autre
manifestation, à Montpellier, où 1 000 à
2 000 personnes ont défilé au nom de la
« convergence des luttes » et où 200 manifestants masqués ont attaqué les
policiers.
Après ce week-end agité, les deux
stratégies en présence sont des plus
claires. D’un côté, des zadistes qui
jouent sur un pourrissement de la situation, en comptant sur des renforts. De
l’autre, un gouvernement qui fait le pari
d’un règlement rapide en maintenant
une forte présence de gendarmes plusieurs semaines encore et en pressant
Affaire Lambert : l’arrêt
des soins fondé sur
des « incohérences »
FIN DE VIE « Je n’ai aucune déclaration à
faire. » C’est ce qu’a écrit, vendredi soir,
le Dr Vincent Sanchez, au bas de la
« sommation interpellative » qu’un huissier lui présentait, à la requête des parents, d’un frère et d’une sœur de Vincent Lambert. Alors que ce médecin du
CHU de Reims a annoncé lundi dernier sa
décision d’arrêter, à l’issue d’un délai de
dix jours, l’alimentation et l’hydratation
de ce patient lourdement handicapé depuis un accident de la route en 2008, sans
attendre l’expiration des délais de recours, les parents Lambert s’angoissent.
« Ce silence méprisant est en outre d’une
scandaleuse inhumanité ! », accusent
leurs avocats, qui préparent leur référéliberté. C’est la quatrième décision en ce
sens en cinq ans : concluant à une « obstination déraisonnable » envers Vincent
Lambert, le Dr Sanchez, chef du service
de soins palliatifs, s’est de nouveau prononcé en faveur d’un « arrêt des traitements ». Évoquant un délai de dix jours soit le 20 avril - et prévenant les requérants que leurs recours ne seraient « pas
suspensifs ». Ce qui est contraire à une
décision du Conseil d’État.
Les parents s’apprêtent à saisir le tribunal administratif de Châlons-enChampagne. « C’est sur le terrain médical
que nous allons nous placer, explique Me
Paillot, l’un des avocats des parents. Ce
n’est pas un recours de principe. On fait
valoir des éléments médicaux qui ont été
sciemment laissés de côté par le médecin. »
Dans sa décision de 17 pages, que Le Figaro a pu consulter, le Dr Sanchez décrit
Vincent Lambert comme un patient « en
état végétatif chronique », aux « lésions
cérébrales incurables et irréversibles » et
sans « code de communication, même minimal ». Pourtant, « en soi, cet état ne
peut selon nous, qualifier une obstination
déraisonnable », souligne-t-il.
Sur quoi fonde-t-il sa décision ?, interroge Me Jérôme Triomphe, l’autre avocat
des parents. Le fait que les soins quotidiens soient qualifiés de « difficiles », « ses
réactions interprétées comme de l’opposition au regard de ce que l’on sait de lui, de sa
pudeur », comme le note le médecin,
scandalise les avocats. Depuis quand « des
signes d’inconforts », des « sentiments de
contrainte », tels qu’invoqués comme
« arguments médicaux particuliers de la
décision d’arrêt des soins », peuvent-ils
justifier une obstination déraisonnable ?,
s’offusque Me Triomphe. Avant de souligner également « l’incohérence » du Dr
Sanchez, « qui pense que Vincent Lambert
n’a pas de conscience tout en continuant à
vouloir interpréter des oppositions de soins
comme signes de conscience… ».
Autre motif d’indignation des parents :
lors d’une audience, vendredi, Rachel
Lambert, épouse et tutrice de Vincent,
s’est dite d’accord pour que leurs horaires de visite soient assouplis, « mais uniquement à compter de la sédation terminale ». « Nous craignons l’alimentation forcée », justifie le conseil du CHU. « Leur
seule crainte, c’est qu’en élargissant les
horaires au moment où il est le plus éveillé,
les requérants puissent donner à manger à
Vincent Lambert par la bouche et justifier
ainsi la nécessité d’une rééducation !, s’insurge Me Triomphe. Cela montre que le Dr
Sanchez et Rachel Lambert savent très bien
qu’il serait capable de remanger par la
bouche. Il s’agit là de la démonstration définitive d’une non-assistance à personne
en péril. » ■
Montpellier : 43 gardes à vue
après la manifestation
contre le gouvernement
Quarante-trois personnes étaient
encore en garde à vue, dimanche,
au lendemain de la manifestation
de « convergence des luttes »
organisée à Montpellier lors
de laquelle la police avait
procédé à 51 interpellations
après des affrontements entre
police et manifestants. 1 000 à
2 000 anarchistes, opposants à la
réforme de l’accès à l’université,
militants en faveur des migrants et
des zadistes de Notre-Dame-desLandes, s’y étaient réunis.
Paris : l’archevêque visite
un campement de migrants
L’archevêque de Paris, Mgr Michel
Aupetit, s’est rendu dimanche
dans un imposant campement
de migrants, porte de la Villette,
dans le nord-est de la capitale, en
signe de fraternité et d’« écoute ».
Accompagné des curés de deux
paroisses voisines et de Mgr Benoist
de Sinety, vicaire général
du diocèse, il a aussi souhaité
« encourager les paroisses qui
essaient de faire quelque chose ».
SPÉCIAL DÉFISCALISATION
VOUS PRÉFÉREZ :
C’est ce que dénoncent les avocats des parents.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
les occupants de la ZAD, expulsés ou
non, à régulariser leur situation avant le
23 avril. L’idée est clairement d’opposer une minorité d’activistes violents à
une majorité désireuse de trouver une
solution. Dimanche, le collectif des élus
opposé au projet d’aéroport (CéDpa),
qui n’a pas appelé aux manifestations
de ce week-end et s’est retiré de la délégation du mouvement, a déploré
« l’engrenage de violence », demandé à
l’État d’assurer « la stricte sécurisation
des axes routiers » et de trouver « une
issue raisonnable ».
L’Acipa, l’association historique des
opposants, elle, dénonce un « délai trop
court », demande que la population
puisse « circuler librement sur les routes
qui traversent cette zone » et appelle à ce
que la violence cesse « des deux côtés ».
La page de Notre-Dame-des-Landes
semble très loin d’être tournée,
d’autant que des affrontements reprenaient dimanche en fin de journée. ■
EN BREF
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directrice de la Fondation, au 01 49 23 14 15 ou
par courriel : dbinard@petitsfreresdespauvres.fr
A
VIOLENCES Négociation ou enlisement ? Une semaine après le lancement
spectaculaire de l’opération d’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, les
zadistes ne désarment pas et la tension
était encore palpable ce week-end. Dimanche, en fin de matinée, 300 manifestants ont fait face pendant deux heures aux forces de l’ordre, et des heurts
ont éclaté. Armés de fusées et de cocktails Molotov, les zadistes voulaient forcer le barrage des gendarmes et reconstruire les squats détruits en début de
semaine dernière (29 ont été « déconstruits » entre lundi et mercredi). Les
militaires - dont 2 000 sont encore mobilisés sur le terrain - ont eu recours à
des grenades lacrymogènes et de désencerclement pour disperser les manifestants. Deux personnes ont été interpellées et placées en garde à vue pour
« jets de projectiles sur des gendarmes »
après ces affrontements, selon la cour
d’appel de Rennes. Le général Richard
Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale, a annoncé qu’un gendarme avait été blessé par « un engin
explosif artisanal ». Ces affrontements
sont d’autant plus préoccupants que les
zadistes les plus déterminés ont reçu
des renforts depuis quelques jours. On
compterait
aujourd’hui
quelque
700 militants prêts à en découdre. Le
général Lizurey, a souligné qu’on trouvait parmi eux des « gens extrêmement
violents, [issus] de l’ultragauche » et des
13
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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Le PSG parie
sur le jusqu’auboutiste Tuchel
L’ex-entraîneur de Dortmund devrait, sauf
surprise, succéder à Unai Emery. Portrait.
CHRISTOPHE REMISE £@CRemise77
FOOTBALL Après Unai Emery, Thomas
Tuchel ? Le 7e titre de champion de France du PSG, opposé dimanche soir à Monaco, ne devrait pas sauver le technicien
basque, dont le sort aura été scellé après
l’élimination face au Real Madrid. Emery
dont le bilan restera entaché par la perte
de la Ligue 1 la saison dernière et deux
sorties de pistes en 8es de finale de la Ligue
des champions, dont la « remontada »,
avec plus globalement un goût d’inachevé au vu des promesses affichées en termes de gestion du groupe et de jeu à son
arrivée. Le technicien allemand Thomas
Tuchel devrait donc lui succéder. Le média SportBuzzer a même annoncé, sans
doute un peu vite, qu’un contrat (deux
saisons plus une en option) a déjà été signé, quand L’Équipe jurait il y a peu que
« l’officialisation n’est plus qu’une question de timing ». Le quotidien sportif précise d’ailleurs que son nom aurait été
soufflé au clan de l’émir Tamim al-Thani
par le consul du Qatar en Allemagne,
court-circuitant au passage le directeur
sportif Antero Henrique.
Un choix qui, s’il se confirmait, peut
surprendre. Les qualités de l’intéressé ne
sont pas en cause. Son âge (44 ans), son
palmarès léger (vice-champion d’Allemagne 2016, vainqueur de la Coupe d’Allemagne 2017) et surtout son peu d’expérience du très haut niveau posent en
revanche question. Anonyme défenseur
passé par les Stuttgarter Kickers et Ulm
dans les années 90, Tuchel décrochait en
2009 et pour cinq ans le poste d’entraîneur de Mayence, modeste club qu’il guidera jusqu’à l’Europe. « Il avait su tirer la
quintessence d’un groupe relativement restreint en qualité et en quantité. Ce qui prou-
ve la qualité de l’entraîneur. En Allemagne,
il y a le résultat net, et la progression de
l’équipe dans sa globalité. Et ça a vraiment
été le cas à Mayence », juge, pour Le Figaro, le fin connaisseur du foot allemand
Patrick Guillou, consultant beIN Sports.
Un fou du détail
En 2015, il changeait de catégorie en
prenant les rênes de Dortmund. Deux
ans lors desquels le Borussia aura régalé
les observateurs par la qualité de son jeu.
« Un foot porté sur l’offensive, surtout à
domicile, avec beaucoup d’opportunités,
de buts, de dépassement de fonction pour
les joueurs. Ces derniers devaient savoir
évoluer à plusieurs postes, tandis que Tuchel pouvait changer de système tactique
plusieurs fois par match », jure encore
Guillou. Et d’ajouter : « Cela avait séduit
et avait de la gueule. Mais le football offensif, total, le don de soi, faire des efforts
les uns pour les autres, c’est dans l’ADN
du Borussia. C’est une ville minière où le
football est l’essentiel de la vie. Il fallait
une équipe qui lui ressemble. Et c’est aussi
C’est le profil de tacticien hors pair qui a séduit les patrons parisiens et les a décidés à tenter le pari Tuchel.
la faculté d’un entraîneur, de savoir
s’adapter. »
Une chose est sûre : c’est le profil de
tacticien hors pair qui a séduit les patrons
parisiens et les a décidés à tenter le pari
Tuchel. Un élève de l’école Pep Guardiola,
dont il s’inspire et qu’il admire. D’ailleurs,
le natif de Krumbach (Bavière), libre depuis 2017, figurait sur les tablettes de plusieurs grands clubs, notamment londoniens (Chelsea, Arsenal ?), mais aussi du
Bayern Munich selon diverses sources.
Un coach aussi exigeant au quotidien avec
lui-même qu’il ne l’est avec ses ouailles.
Un forcené de travail, un fou du détail.
«Si je n’irais pas jusqu’à dire que c’est
un apôtre de Pep Guardiola, il a beaucoup
d’accointances avec le coach de Manchester City, confirme Guillou. Dans le jeu en
mouvement, l’occupation des espaces et
des intervalles, le fait de déséquilibrer par
le positionnement l’équipe adverse. C’est
un jeu en mouvement où le porteur de balle
a plusieurs solutions à chaque fois, trois
voire quatre ! Beaucoup d’équipes font
progresser le ballon en triangle, tandis
qu’il aura plutôt tendance à utiliser des
carrés, voire des losanges avec une pointe
haute. Quand on joue vers l’avant, on élimine des joueurs et on casse des lignes pour
créer du déséquilibre derrière et profiter du
temps d’avance. C’est ce qui l’intéresse. »
Et ce qui devrait ravir les habitués du
Parc des Princes et autres suiveurs du
club de la capitale et de la Ligue 1.
Reste à savoir si la greffe prendra avec
le vestiaire de stars du PSG. Des joueurs
qui ont toujours eu un poids très (trop ?)
Un Marseille à réaction revient à hauteur de Lyon
Mis sous pression dans la lutte pour
le podium par Lyon, large vainqueur
samedi d’Amiens (3-0), Marseille a
souffert pour tenir le rythme et revenir
à hauteur de l’OL au classement. Trois
jours après son emballante qualification
pour les demi-finales de la Ligue
Europa, l’OM s’est imposé à Troyes
dans la douleur (3-2). Menés deux fois,
dès la 1re minute et à l’entame de la
seconde période (grâce à des buts
de Grandsir et Nivet), les Marseillais
ont su réagir pour égaliser (par N’Jie
et Mitroglou) puis prendre l’avantage
en fin de rencontre (par Thauvin).
De son côté, Saint-Étienne est revenu
dans la course à la Ligue Europa
en allant gagner à Strabourg (2-1).
En revanche, nouvelle déconvenue
pour Lille, qui a laissé échapper
la victoire dans le temps additionnel
contre Guingamp (2-2).
33E JOURNÉE LIGUE 1
ANGERS (13) 1-1 NICE (6)
LYON (3) 3-0 AMIENS (14)
LILLE (19) 2-2 GUINGAMP (11)
NANTES (9) 1-1 DIJON (12)
RENNES (5) 1-2 METZ (20)
STRASBOURG (16) 0-1 ST-ÉTIENNE (8)
MONTPELLIER (7) 1-3 BORDEAUX (10)
TROYES (18) 2-3 MARSEILLE (4)
PARIS SG (1) dim. MONACO (2)
CAEN (15) reporté TOULOUSE (17)
EN BREF
Monte-Carlo : terre de rebond pour Djokovic
F1 : Ricciardo, la victoire
surprise en Chine
Le Serbe, qui s’entraîne de nouveau avec son ancien mentor Marian Vajda,
entre en lice ce lundi à Monaco. Il va tenter de reprendre confiance.
ENVOYÉ SPÉCIAL À MONTE-CARLO
TENNIS Les temps changent. Le Serbe
Novak Djokovic n’est pas passé devant
la presse dimanche. Traditionnellement, ce sont les huit premières têtes de
série du Rolex Monte-Carlo Masters qui
ont l’obligation de se présenter face aux
médias. Or, étant seulement tête de série numéro 9 du Masters 1000 monégasque, Djokovic avait une bonne excuse
pour sécher le rendez-vous dominical.
Et pourtant, l’ex-numéro 1 mondial
était au centre des conversations dans la
tente de presse du tournoi, les journalistes du monde entier se demandant dans
quel état de forme il se trouve.
Proche du Serbe, le Belge David Goffin, tête de série numéro 6, répond au
Figaro : « Je me suis entraîné avec lui, samedi. Et il me semble très déterminé et
très concentré. Il a retrouvé une intensité
qu’il avait perdue ces derniers mois. Il
était à fond sur toutes les balles. » Il y a
l’entraînement et il y a les matchs…
L’homme aux 12 titres du Grand Chelem
ne met plus un coup droit devant l’autre
en 2018, où il affiche un bilan de trois
victoires et trois défaites. Le meilleur
joueur qu’il ait battu cette année ? Albert
Ramos-Vinolas, 23e mondial, au 3e tour
de l’Open d’Australie.
Très moyen à Melbourne (élimination
en 8es de finale), transparent lors de la
tournée américaine (deux défaites au
1er tour), le Serbe aborde la saison européenne sur terre battue dans le flou le
plus total. Depuis le 5 juin 2016 et son
succès à Roland-Garros, le Grand Chelem qu’il voulait tant, la machine Djokovic s’est enrayée. « Nole » occupe désormais la 13e position du classement
ATP après être resté plus de 200 semai-
nes au sommet de la hiérarchie mondiale. Son dernier titre sur le circuit ? À
Eastbourne en juin dernier, où il avait
battu Gaël Monfils en signant son 68e titre en carrière.
Blessé au coude, il avait mis un terme
à sa saison à l’été 2017 après son abandon en quarts de finale à Wimbledon
face à Tomas Berdych. Pas au point à
Melbourne, à l’occasion de son grand
retour, il s’était résolu à se faire opérer
du coude à l’issue de l’Open d’Australie.
Alors que son père parlait de Madrid en
mai comme possible retour à la compétition, il est finalement revenu en mars,
enchaînant Indian Wells et Miami. L’ap-
“
Novak a retrouvé une
intensité qu’il avait perdue
ces derniers mois
DAVID GOFFIN
”
pel des courts s’est fait pressant. Trop,
d’autant qu’une méchante grippe l’a
fortement affaibli à Indian Wells, où il
avait rendu les armes contre Taro Daniel, modeste 111e mondial. « Personne
ne me force à jouer en me menaçant avec
un fouet. J’ai voulu venir à Indian Wells et
Miami pour voir si j’étais capable de jouer
des matchs. Je voulais avoir deux tournois
dans les jambes avant la saison sur terre
battue. Et, clairement, je n’étais pas
prêt », avait-il reconnu après une piteuse défaite face à Benoît Paire en Floride.
Retrouver l’envie et chasser les doutes.
« Je suis confronté à différents défis dans
mon jeu, pour ma santé, avait-il avoué à
Miami. J’essaie de les résoudre. »
Le grand ménage. Depuis cette tournée américaine ratée, il a décidé de se
séparer d’Andre Agassi et de Radek Stepanek, avec qui il travaillait seulement
depuis cinq mois. Et, depuis deux semaines, Djokovic s’entraîne de nouveau avec son ancien mentor Marian Vajda.
L’homme qui a fait
gagner le Djoker.
De 2006 à 2017,
avec Vajda, le
Serbe, qui a aussi
bossé avec Boris
Becker, a ainsi
remporté ses 12 titres du Grand
Chelem et ses 30 Masters 1000. Djoko
avait mis fin à la collaboration en mai
2017, juste avant de collaborer avec
Agassi. Un sacré fiasco.
« Je pense que c’est une bonne décision
de repartir avec Vajda », souffle Goffin.
Le Belge ne tarit pas d’éloges à propos du
Serbe, plus fort, selon lui, que Nadal ou
Federer quand il évolue à son meilleur
niveau. « Selon moi, Novak a développé le
meilleur tennis de l’histoire. C’était une
machine. Il a battu tout le monde sur toutes les surfaces. Il a battu Federer à Wimbledon. Il a battu Nadal à Roland-Garros
et plusieurs fois sur terre battue. »
L’Autrichien Dominic Thiem, tête de
série numéro 5, pense revoir le vrai Djoko bientôt : « Il reste un grand joueur, et
je pense qu’il lui manque un peu de
confiance et de repères. Mais avec un
joueur de ce niveau, ça peut revenir très
vite. »
Vainqueur à deux reprises à MonteCarlo en 2013 et 2015, Djokovic pourrait
rencontrer un certain Rafael Nadal, le
maître des lieux (10 titres) dès les quarts
de finale. Avant un éventuel choc face
au Majorquin, il faudra déjà se débarrasser ce lundi au 1er tour de son compatriote Dusan Lajovic… ■
Novak Djokovic.
CHAZ NIELL/AP
L’Australien Daniel Ricciardo
(Red Bull) a remporté le Grand
Prix de Chine au terme d’une
course animée. Sebastian Vettel
(Ferrari) termine 8e et Lewis
Hamilton (Mercedes) 4e. Meilleur
Français, Esteban Ocon finit 11e,
Pierre Gasly pointe au 18e rang
juste derrière Romain Grosjean.
Quant à Renault, l’écurie place ses
deux monoplaces dans les points.
Équitation : doublé américain
L’Américaine Elizabeth Madden
a remporté la finale de la Coupe
du monde de saut d’obstacles
à Paris devant Ryan Devin.
Roger-Yves Bost s’est classé 13e.
Cyclisme : Valgren au top
Le Danois Michael Valgren
(Astana) a remporté la 53e édition
de l’Amstel Gold Race.
Voile : Le Cléac’h chavire
Le maxi trimaran Banque
populaire d’Armel Le Cléac’h
a chaviré au large du Maroc.
Les trois marins du bord ont pu
être hélitreuillés sans dommage.
Une course contre la montre
s’engage pour la Route du rhum.
Rugby : Toulouse
surclasse le Racing
Toulouse a fait chuter le Racing 92
(42-27), privé de ses cadres, et
lui a pris la 2e place à la différence
de points. Dans leur duel pour la 6e
place qualificative, Castres est allé
s’imposer à La Rochelle (18-26).
RÉSULTATS
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
DPA/ABACA
important au club depuis l’arrivée des
Qataris et face auxquels les coachs successifs n’ont pas souvent eu le dernier
mot… Rappelons que Tuchel a tout de
même eu à faire à Pierre-Emerick Aubameyang, Mats Hummels, Ilkay Gundogan, Henrikh Mkhitaryan ou encore
Ousmane Dembelé, pas rien. Entier, il
n’avait par exemple pas hésité à écarter
« Aubam’ » avant un match important de
Ligue des champions, l’ex-Stéphanois
ayant fait un aller-retour à Milan sur un
jour de repos… Charge à ses probables futurs joueurs parisiens de se mettre au diapason. Et à la direction de le soutenir sans
détour. C’est la clé.
Tuchel s’était aussi opposé frontalement à la direction, notamment au directeur exécutif Hans-Joachim Watzke.
Comme sur la décision de jouer contre
Monaco au lendemain d’un attentat à la
bombe contre le bus de l’équipe, en
quarts de Ligue des champions 2017. Et ce
sont d’ailleurs surtout des tensions entre
personnes qui ont conduit à son éviction.
Il parle, pense et agit cash. Mais toujours
dans l’intérêt du club, de l’équipe, du
collectif. « Dans la gestion des grands
clubs, que ce soit à Paris ou ailleurs, on est
plus dans une relation de management que
d’entraîneur/entraînés, relève Guillou.
C’est comme dans un orchestre : même si
vous avez les plus grands solistes, si chacun joue sa partition dans son coin, ça sonne faux. L’interrogation, c’est de savoir s’il
peut devenir un très grand chef d’orchestre. » C’est toute la question. ■
24E JOURNÉE TOP 14
TOULON (4) 32-17 MONTPELLIER (1)
CLERMONT (9) 33-3 BORDEAUX B. (10)
PAU (7) 22-33 AGEN (11)
OYONNAX (13) 40-17 BRIVE (14)
LYON (5) 44-3 ST. FRANÇAIS (12)
LA ROCHELLE (8) 18-26 CASTRES (6)
TOULOUSE (2) 42-27 RACING 92 (3)
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lundi 16 avril 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
du lundi au vendredi
de 9 h à 13 h
et de 14 h à 18 h
les dimanches et jours fériés
de 9 h à 13 h
(excepté les 1er janvier, 1er mai,
15 août, 25 décembre)
Elles doivent
nous parvenir avant
16 h 30 pour toutes
nos éditions du lendemain,
avant 13 h les dimanches
et jours fériés.
deuils
Chantal BROCHARD
née Quentin de Gromard,
Roupy (Aisne).
Marthe Allard,
son épouse,
Christine et Philippe
d'Argouges,
Nicole et Patrick Grimaud,
Elisabeth et Philippe Le Grand,
Fabienne et André Lenain,
Marie-Andrée et Stéphane
d'Avout,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
et toute la famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Philippe ALLARD
par téléphone
On nous prie d'annoncer
le rappel à Dieu de
le vendredi 13 avril 2018,
à Paris.
De la part de
ses enfants,
M. Laurent Brochard,
M. et Mme
Jean-François de Chanville,
M. et Mme Gilles Brochard,
M. et Mme
Henri Quirouard-Frileuse,
M. et Mme Aymeric Brochard,
ses 21 petits-enfants
et ses 2 arrière-petits-enfants,
ses frères et belles-sœurs,
M. et Mme
Hugues de Gromard,
M. et Mme
Thierry de Gromard,
M. et Mme Loïc de Gromard,
M. et Mme
Arnaud de Gromard.
par télécopie
survenu le 11 avril 2018,
à l'âge de 93 ans,
à Etreillers (Aisne).
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 17 avril,
à 10 heures, en l'église
Saint-François-Xavier,
Paris (7e).
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
La cérémonie religieuse
a été célébrée
en l'église Saint-Rémi,
à Roupy,
le samedi 14 avril 2018.
Ceux qui le désirent
sont attendus le même jour,
à 16 heures, au cimetière
d'Eu (Seine-Maritime).
01 56 52 27 27
01 56 52 20 90
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14 boulevard Haussmann,
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nous consulter
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caractères gras sont facturées
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un minimum de 10 lignes.
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diverses,
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retraite,
Vœux,
Deuils,
Condoléances,
Remerciements,
Souvenirs,
Messeset
anniversaires,
Officesreligieux,
Prised’habit,
Jubilé,
Jubilésacerdotal,
Ordination,
Vœux
monastiques.
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
Nice.
Mme Monique Manuel Debart
Mme Ghislaine Bishop,
son épouse,
M. et Mme John Newlands
M. et Mme Patrick Bishop,
M. et Mme Fabrice Lézé,
ses neveux et nièces,
Nicolas, Edward, Timothée,
Sophie et François, Allison,
Alexandra et Kevin,
Marie-Ashley, Thomas,
Olivier, Julie, Mathieu,
ses petits-neveux,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Hubert BISHOP
le 12 avril 2018,
dans sa 94e année.
La messe aura lieu en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
Paris (16e),
le mercredi 18 avril, à 10 h 30.
Il sera inhumé
dans le caveau de famille,
à Bar-sur-Aube,
le même jour, à 16 h 30.
survenu le 11 avril 2018,
à l'âge de 62 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 18 avril,
à 10 h 15, en l'athanée de Nice,
suivie de l'inhumation
au cimetière des Vallées.
Les familles Deblache,
Ribet, Guerin
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Marie-Noëlle DEBLACHE
le mercredi 11 avril 2018,
à l'âge de 72 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 18 avril, à 14 h 30,
en l'église
de Verneuil-sur-Seine.
Elle sera suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
au cimetière
de Meulan-en-Yvelines.
Brest.
Renée Villain,
sa mère,
Véronique Bonneau Lambert,
son épouse,
Romain, Marion, Sixtine,
ses enfants,
Alain et Jocelyne,
son frère et sa belle-sœur,
Patricia, Karine,
ses nièces,
et leurs enfants,
Nell, Erine, Kaïna, Antone,
Pacome,
Elie Bonhomme,
son beau-père,
Thierry BONNEAU
survenu le 7 avril 2018,
à l'âge de 62 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 20 avril, à 10 h 30,
en l'église
Saint-Thomas-d'Aquin,
Paris (7e),
suivie de l'inhumation,
au cimetière du Père-Lachaise.
Souvenirs,
Messes...
Partagez
le souvenir
d’un être cher
dans le carnet du jour
Paris (16e).
Lydia Fritel et François Combe,
Sylvain et Elisabeth Fritel,
Robin et Cécile Fritel,
ses enfants,
Jean-Jacques Feuilly,
son gendre,
Marion, Chloé, Grégoire,
Louis, Marine, Juliette, Bastien,
Anna, Malo, Quentin, Armand,
ses petits-enfants,
Huguette Noviant,
sa sœur,
en communion avec
son épouse Francine (†),
et sa fille Valérie (†),
ont la tristesse
de faire part du décès de
Guy FRITEL
survenu le 12 avril 2018,
à l'âge de 95 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
90, rue de l'Assomption,
à Paris (16e),
le mercredi 18 avril, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière ancien
de Neuilly-sur-Seine.
Patrick Moreau
et Odile Claveau,
Thierry et Pascale Moreau,
Sophie et François Kerekes,
Christophe et Miho Moreau,
Sabine Moreau,
ses enfants,
Mme Joseph de Larrard,
son épouse,
M. et Mme Jean de Larrard,
M. et Mme Philippe de Larrard,
M. et Mme Jean de Trogoff,
ses enfants,
Adrien, Aurélia, Armand,
Alexandre, Louis, Albert,
Charles, Constance, Clémence,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Joseph de LARRARD
le 12 avril 2018,
dans sa 89e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 17 avril, à 11 heures,
en l'église de Montsaunès
(Haute-Garonne).
général de division
Christian MOREAU
officier de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre des TOE,
croix de la Valeur militaire,
survenu le 10 avril 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre, à Mennecy
(Essonne),
le jeudi 19 avril, à 15 heures.
Laurent et Olivier,
ses fils,
Laura, Ariane, Fabien
et Arnaud,
ses petits-enfants,
Michel son frère,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jean SAUERBACH
chevalier
de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945,
ancien de la 2e DB,
ancien maire d'Itteville
(Essonne),
survenu le 12 avril 2018,
au lendemain de ses 94 ans.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Louis Le Davay,
chevalier
de la Légion d'honneur,
ses fils,
Rémi et Marc,
ses petits-enfants
La famille rappelle le souvenir
de Janine Sauerbach,
son épouse,
décédée le 19 septembre 2016.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Solange de GORGUETTE
d'ARGOEUVES
survenu le 13 avril 2018,
dans sa 90e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi
18 avril, à 16 h 30, en
l'église de Brignognan-Plages
(Finistère).
née Jaffeux,
dans sa 89e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la chapelle
Sainte-Anne, à Trégastel-Plage,
le mercredi 18 avril 2018,
à 14 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Entourée de l'affection
des siens
Lise MAHEU
Blandine Fassier,
son épouse,
Damien, Jean-Baptiste,
Bertrand (†), Thomas, Raphaël,
et Marie-Hermine,
ses enfants,
Alice, Anne et François-Pierre,
ses belles-filles et gendre,
Timothée, Thaddée, Théana,
Thalia, Diane, Angélique,
Virgile, Foucauld, Bérénice,
Germain, Paul-Ignace,
Alexandre et Henri,
ses petits-enfants,
partagent leur peine
et leur joie du rappel à Dieu de
née Barbéry,
nous a quittés le 13 avril 2018,
à l'âge de 91 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 17 avril,
à 14 h 30, au temple protestant
du Vésinet.
De la part de :
ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
et toute la famille.
11, avenue Alfred-de-Musset,
78110 Le Vésinet.
Le SYNAR
(Syndicat national
de la rénovation)
fait part du décès
de son président,
Thierry BONNEAU
survenu le samedi 7 avril 2018,
à l'âge de 62 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 20 avril, à 10 h 30,
en l'église
Saint-Thomas-d'Aquin,
Paris (7e), suivie
de l'inhumation, à 13 h 30,
au cimetière du Père-Lachaise.
Les membres du Synar
présentent à sa famille
leurs sincères condoléances.
SYNAR,
90, avenue de Wagram,
75017 Paris.
officier de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
militaire et diplomate
au service de la France
et de la paix,
le 11 avril 2018, à Annecy,
dans sa 74e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 18 avril, à 14 h 30,
en l'église Saint-Pierre
de Manigod (Haute-Savoie),
suivie de l'inhumation.
Une messe d'action de grâces
sera célébrée
le samedi 5 mai, à 15 heures,
en l'église
Notre-Dame-du-Chêne
de Viroflay.
La famille ne portera
pas le deuil.
Elle ne souhaite ni fleurs,
ni plaques, ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
10, boulevard de la Libération,
78220 Viroflay.
Bernard Meley,
son mari,
Anne et Luc Gérardin,
leurs enfants et petits-enfants,
Catherine et Bernard Mangin
et leurs enfants,
Marie-Françoise et Maurice
Magnan,
leurs enfants et petits-enfants
Ni fleurs ni couronnes.
Kersaint-Landunvez (Finistère).
M. et Mme Patrice Viel,
M. et Mme Hervé Chalaron,
M. et Mme Joël Bellion,
M. et Mme Thierry Bodhuin,
M. et Mme Pierre Scoarnec,
ses enfants,
ses dix-neuf petits-enfants,
ses trente-neuf
arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. André VIEL
survenu à Kersaint-Landunez,
dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 17 avril, à 10 h 30,
en l'église de Landunvez.
remerciements
Sa mère,
ses enfants et petit-fils,
ses sœur, frère, beau-frère
et belle-sœur,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
M. Pierre BOUYÉ
vous prient de trouver, ici,
leurs sincères remerciements.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
le 13 avril 2018, à Marseille,
dans sa 92e année.
Son épouse,
ses parents,
ses frère, sœurs, beau-frère
et belle-sœur,
ses neveux et nièces,
ses beaux-enfants
et leurs enfants,
Elle a rejoint le Seigneur
qu'elle a tant aimé et servi
toute sa vie.
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Odile MELEY
née Grellet,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce lundi 16 avril, à 15 heures,
en la chapelle espagnole,
boulevard Rodocanachi,
Marseille (8e).
Jean-Claude Malgoire,
pionnier du baroque
ont la douleur
de faire part du décès du
Les obsèques auront lieu
au crématorium
de Courcouronnes
4, impasse du Rondeau,
à Courcouronnes (Essonne),
le jeudi 19 avril, à 11 heures.
Suzanne LE DAVAY
M. Thibault Meny,
Mme Lucile Gaut
et leurs enfants
disparitions
Ludovic, Alice, Alexandra,
Marie, Claire, Eve, Diane,
Maéva, Lohan, Ewan,
ses petits-enfants,
Cet avis tient lieu de faire-part.
Bernard FASSIER
© Gettyimages
Monique Moreau,
son épouse,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
ont la douleur
de vous faire part du décès de
01 70 37 31 70
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Thierry DEBART
et tous ses amis
Tél Abonnements :
Tél. 01 56 52 27 27
Fax. 01 56 52 20 90
a la douleur de faire part
du décès de son fils,
15
Arnaud VEBER
vous prient de trouver, ici,
leurs sincères remerciements.
Jean-Claude Malgoire, à Paris, en septembre 2005.
JEAN-JACQUES CECCARINI/LE FIGARO
CHRISTIAN MERLIN
QUEL VIDE il laissera !
D’abord parce que JeanClaude Malgoire, avant
d’être musicien, était une
personnalité formidablement attachante, avec sa
barbe et sa pipe, un être jovial, rond, bon vivant pour
ne pas dire jouisseur. Ensuite parce qu’avec lui c’est
un des derniers pionniers
de la toute première génération des « baroqueux »
qui nous a faussé compagnie.
Rien ne le prédisposait
pourtant à être chef. Cet
Avignonnais né en 1940 excella d’abord au hautbois.
Au début des années 1960,
il entre à l’Orchestre de
l’Opéra-Comique, ce qui lui
ouvre la voie de la prestigieuse Société des concerts
du Conservatoire. Il s’y distingue au cor anglais, ce
hautbois grave au timbre si
nostalgique. En 1967, il occupe le même pupitre à la
création de l’Orchestre de
Paris.
Sonorité magique
Les plus grands chefs se pâment devant sa sonorité
magique et sa musicalité
hors norme. Il aime l’activité d’orchestre, mais cela
ne lui suffit pas. Il s’intéresse à la musique contemporaine, jouant avec les explorateurs de l’Ensemble
2e2m et créant la Sequenza
de Berio en France. L’occasion de rappeler que les
premiers baroqueux ne faisaient pas de différence entre musique ancienne et
avant-garde : « J’ai toujours
été persuadé qu’il existait
une nécessaire et vitale interaction entre toutes ces musiques : pour jouer une page
contemporaine comme pour
interpréter du Monteverdi, il
faut savoir s’évader de la
mesure. »
Il tombe dans la marmite
des instruments anciens
grâce à la Société de musique d’autrefois, fondée par
la comtesse de Chambure et
le claveciniste Antoine
Geoffroy-Dechaume,
et
s’aperçoit que les orches-
tres modernes défigurent la
musique de Haendel en la
jouant comme du Brahms.
Il réunit une bande de copains pour apprendre à
jouer ces instruments
d’époque, lit les traités pour
comprendre comment l’on
phrasait et articulait trois
siècles plus tôt. Alors que la
petite troupe répète à la radio, le producteur de disques Georges Kadar, patron
de CBS France, l’entend et
la prend sous contrat. Malgoire tombe sur un manuscrit de Philidor intitulé Musiques pour la grande écurie
du Roy : il en tire le nom de
son ensemble. Premier disque, premier succès, et
c’est l’enchaînement.
En ce début des années
1970, un débat sur France
Musique entre le chef JeanFrançois Paillard, partisan
des instruments modernes,
et le jeune Malgoire tourne
au choc des cultures. Sûr
que ces instruments qui
jouent faux ne s’imposeront jamais, Paillard est rejeté dans l’ancien monde
sans comprendre que le
mouvement lancé par Malgoire est irréversible. Les
disques se succèdent : premier enregistrement d’une
tragédie de Lully (Alceste),
premier enregistrement sur
instruments anciens des
Indes galantes, opéras de
Haendel.
En 1981, il fonde l’Atelier
lyrique de Tourcoing, un
« Opéra d’art et d’essai » :
bien dans son esprit de
phalanstère, il y explore les
répertoires les plus divers,
de la musique médiévale à
Stravinsky, dans un esprit
d’aventure toujours en
éveil. Et il œuvre pour la
transmission, donnant leur
chance à nombre de jeunes
chanteurs : Véronique Gens
ou Philippe Jaroussky ne
manquent jamais une occasion de rappeler ce qu’ils lui
doivent. Ce n’est pas faire
injure à sa mémoire que de
rappeler que sa direction
n’était pas la plus précise
qui soit. C’est qu’il ne s’est
jamais imaginé en maestro :
la musique pour lui était
partage et déclaration
d’amour à la vie. ■
Vittorio Taviani, cinéaste
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
AVEC la disparition de
Vittorio Taviani, qui s’est
éteint dimanche à 88 ans, se
défait l’un des grands duos
de réalisateurs qui ont marqué le 7e art.
Vittorio, né en 1929, et
son frère Paolo, né en 1931,
ont travaillé ensemble dès
leurs premiers films, dans
les années 1950, formant
une figure indissociable et
parfaitement accordée du
cinéma italien. Natifs de
San Miniato, en Toscane, ils
découvrent Païsa de Rossellini (1946) et s’orientent
vers le cinéma. Un cinéma
engagé, teinté de leurs opinions communistes, qui
passe d’abord par le documentaire avant de donner
leurs grandes œuvres de
fiction comme Saint Michel
avait un coq, Allonsanfan,
Padre padrone (palme d’or à
Cannes en 1977), La Nuit de
San Lorenzo (grand prix du
jury à Cannes en 1982),
Kaos, contes siciliens.
Avec un grand raffinement dans la mise en scène,
ils ont parcouru la terre italienne comme une mémoire à la fois poétique et sociale, intime et collective, pour
alimenter les relations et les
réflexions d’aujourd’hui.
Leur dernier film, Una
questione privata, qui sortira en France le 6 juin, est
une histoire d’amour et de
résistance, dans l’Italie en
guerre de 1943. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
Castel Volturno, le royaume
de la « Black Camorra »
DMITRY KOSTYUKOV/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA
Dans cette bourgade située
à cinquante kilomètres
de Naples, devenue
un carrefour
de l’immigration illégale,
prospèrent les trafics
en tous genres et la
prostitution. Après s’être
affrontée à la Camorra
italienne, une mafia
nigériane, surnommée
la « Black Axe », règne sur
cette zone de non-droit.
Julie Connan
£@JulieConnan
ENVOYÉE SPÉCIALE
À CASTEL VOLTURNO
a rubalise rouge et blanche virevolte
encore autour du pin. Installée par la
police après l’overdose fatale d’un
homme de 40 ans, le 18 février, elle n’a
pas empêché de nouveaux fantômes de
venir hanter la carcasse abandonnée
de l’hôtel Boomerang, posée devant
une piscine verdâtre où flottent des ordures. Un
pantalon épinglé sur un fil à linge et quelques ombres
trahissent leur présence, dans ce lieu de Castel
Volturno tristement connu pour héberger des toxicomanes en fin de course et servir de plaque tournante de stupéfiants, à une cinquantaine de
kilomètres de Naples.
« Il y a deux cadavres à la morgue dont nous ne savons pas quoi faire. Les enterrements, ça coûte
cher… », se lamente Dimitri Russo, le maire (démocrate) de Castel Volturno, dans la province de
Caserte (Campanie), devenu un carrefour de l’immigration illégale, où prospèrent les trafics en tous genres et la prostitution. « 90 % des problèmes de Castel
Volturno viennent de l’extérieur, de gens de passage ou
en fin de parcours », explique l’édile de la ville qui
compte environ 2 000 locaux et 10 000
Napolitains pour 15 000 migrants.
Cette proportion quasi inédite en Europe n’étonne
pas Antonio Casale, directeur du Centro Fernandes,
un centre d’accueil et de services pour les migrants
dépendant de Caritas. « Déjà, à l’ouverture du centre,
en 1996, on pouvait imaginer comment la situation migratoire allait évoluer. Au début, les migrants venaient
travailler dans l’agriculture. Ils pouvaient se loger sans
trop de difficultés et profiter de la tolérance, voire du
laxisme, des autorités qui ne pratiquaient pas beaucoup de contrôles. Ensuite, le bouche-à-oreille a fonctionné, explique le responsable. Aujourd’hui, avec la
crise, le travail se fait plus rare et les environs sont
comme des limbes où attendre un permis
- illégal - pour aller à l’étranger. Mais cela peut durer
dix ans… »
L
À peine arrivées, les femmes nigérianes se retrouvent prises dans la spirale de la servitude pour dettes et sont obligées de se prostituer sur la via Domitiana.
Le quartier de Villagio Coppola, en bord de mer,
évoque désormais des images d’exode et même
de guerre. J. CONNAN
A
Une mafia invisible
À l’extérieur du bourg moribond, les problèmes
s’agrègent de part et d’autre de la via Domitiana, une
ancienne voie romaine facilitant l’accès à la baie de
Naples. Les abords parlent d’eux-mêmes sur plusieurs
kilomètres : des hôtels douteux aux prestations à peine dissimulées (jacuzzi, barre de pole dance…) et aux
noms évocateurs (Joy, Venus…) accueillent clients et
prostituées pour « 20 euros les 24 heures ». Sur la route, des femmes fuyantes dont personne n’ignore l’activité lisent, téléphonent, font semblant de faire du
stop ou d’attendre un bus qui n’arrive pas. Autour
d’elles, des rôdeurs à vélo font mine de ne pas les surveiller. Le long du littoral tout proche, la pinède, protégée, est fermée pour ne pas servir de lieu de passes.
Les hôtels sont traditionnellement pour les filles venues de l’Est, alors que celles d’Afrique « travaillent »
davantage dans des « connexion houses ». Ces maisons
aux rideaux tirés ont pignon sur rue : leurs habitués se
refilent les « bonnes adresses », pour déguster un
« menu » poulet préparé et bière à 5 euros, consommer des drogues douces et des prostituées.
Le tout est aux mains d’une mafia exogène - nigériane - surnommée la « Black Axe ». « C’est une mafia invisible. Je n’ai aucune idée de qui sont les chefs et
où ils habitent. Ils vivent de façon discrète, sans ostentation, ni costume, ni grosse voiture », reconnaît
Dimitri Russo, qui assure ne ressentir aucune pression directe de ce réseau tentaculaire. Ces dernières
années, cette mafia « liquide » a dû composer avec la
pieuvre locale, les Casalesi, un clan de la Camorra qui
150 km
AU.
HONGRIE
SUISSE
SL.
CROATIE
ITALIE
B.-H.
FR.
Me
Rome
Castel Volturno
rA
dri
a ti q
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Naples
Mer
Méditerranée
Infographie
règne sur la région de Caserte et tient toujours des
villages alentour, en pleine « Terra dei fuochi »
(« Terre des feux ») où les célèbres bufflonnes (donnant la fameuse mozarrella di bufala) broutent au milieu de terrains pollués par des ordures. C’est aussi là
que prospère le système du Caporalato, en vertu duquel travaillent des centaines d’immigrés payés au
lance-pierre à la journée, après avoir lanterné dès
l’aube au « carrefour des esclaves ».
Le procureur Giovanni Conzo, qui travaille depuis
dix ans sur la mafia nigériane, décrit une structure
très similaire à la Camorra. « Elle a un fonctionnement
pyramidal, avec des cellules, des “capi” régionaux
puis internationaux, et utilise trois méthodes de la Camorra ou la ‘Ndrangheta : menaces, violence et assujettissement, précise le magistrat, qui vit sous protection policière. Au début, les Nigérians devaient payer
le “pizzo” (racket) aux Casalesi, mais ils ont fini par se
révolter. » Une rébellion qui a débouché sur le « massacre de Castel Volturno ». Le 18 septembre 2008, sur
la Domitiana, le clan des Casalesi abat sept hommes
- togolais, ghanéens et libériens - choisis au hasard
et sans lien avec des activités criminelles. Une opération anti-Camorra est lancée après cette vendetta.
« Le chef de la Camorra a pris un tel coup sur la tête à
l’époque que les Nigérians se sont libérés, se souvient
le procureur Conzo. Je pense qu’il n’y a plus de soumission à présent. »
La soumission est en revanche la pierre angulaire
des relations entre les prostituées et leurs souteneurs,
qui organisent leur venue depuis le Nigeria, en jouant
sur leur naïveté ou en leur faisant miroiter un emploi
en or en Italie. À leur arrivée à l’issue d’un périple passant souvent par la Libye, Lampedusa et la Sicile, les
jeunes femmes sont vite informées du sort qui les attend. « Il m’a dit que c’était moi qui devais le payer :
60 000 euros ! Et que pour cela, je devais me prostituer »,
se souvient, au sujet de celui qu’elle pensait être son
employeur, Blessing Okoedion, une rescapée des trottoirs de Castel Volturno, dans son livre Il
Coraggio della libertà (Éd. Paoline, non traduit). Ces
femmes se retrouvent prises dans la spirale de la servitude pour dettes. « En arrivant, elles doivent rembourser
60 000, 80 000 ou 100 000 euros, selon nos enquêtes,
mais elles n’arrivent presque jamais à s’affranchir,
même en travaillant du matin au soir ! » explique le magistrat. Les passes tournent autour de 20 euros mais les
filles ont pour consigne de ne pas refuser pour 10 ou
15 euros. Quand elles vieillissent ou ont des enfants, elles deviennent maquerelles, « Madam » ou « Maman »
(en français). « Elles ont peur des mesures de rétorsion
sur leurs familles restées au pays. La vraie dette, c’est la
peur, explique Giovanni Conzo. Et puis, il y a aussi la
peur du vaudou (« woodoo » ou « juju » en nigérian),
auquel elles croient beaucoup. » « Le juju est une forme
de contrôle, une chaîne psychologique très forte »,
confirme Blessing Okoedion.
Dans les rues défoncées et fantomatiques du quartier de Destra Volturno, les pancartes d’églises évangéliques pullulent et promettent que tel ou tel prêtre
pourra « répondre à toutes vos prières » ou que « Dieu
est pour vous ». Elles seraient au moins une cinquantaine à profiter de la détresse spirituelle des migrants
et des prostituées pour solliciter des dons forcés.
Selon la journaliste italienne Anna Pozzi, qui a coécrit le livre de Blessing Okoedion, certains pasteurs
demandent, en échange de prières, un pourcentage
sur leurs gains. « Je ne savais pas encore que le diable
pouvait se présenter sous les traits d’un homme d’Égli-
se », écrit la rescapée dans son témoignage.
À Castel Volturno, seuls les orangers semblent
s’épanouir dans les jardins des maisons décaties où
fleurissent les panneaux « Vendisi » (« à vendre ») ou
« Affitasi » (« à louer »). Difficile d’imaginer que la
ville fut par le passé un lieu de villégiature de la petite bourgeoisie napolitaine. Aujourd’hui, des agents
peu regardants sur les contrats et l’identité des occupants louent certains logements pour une centaine d’euros par mois. D’autres propriétaires rêvent
de céder leur bien à la mairie, qui ne peut se permettre de tels « cadeaux ».
Décorum apocalyptique
Dans le quartier de Villagio Coppola, en bord de la
mer Tyrrhénienne, les ruines de résidences de luxe
témoignent du faste et de la démesure du projet
Pinetamare, lancé en toute illégalité avec des fonds
mafieux, dans les années 1960. Malgré la vue splendide sur l’île d’Ischia, le « village », abîmé par le temps
et les tentatives de démolition, évoque désormais des
images d’exode et même de guerre. Au loin, deux
hommes vident des gravats dans une décharge improvisée sur la plage, surnommée « Plastic Beach ».
Un canapé désarticulé a échoué dans la vase d’une gigantesque piscine, autrefois azur. Pas étonnant au
beau milieu de ce décorum apocalyptique que la série
Gomorra (adaptée du livre de Roberto Saviano) y filme régulièrement des scènes, dans lesquelles quelques habitants s’évadent le temps d’un tournage.
Dans cet univers de quasi-non droit, une forme de
coexistence plus ou moins pacifique s’est instaurée
entre locaux et migrants. Certains se sont adaptés, à
l’instar des épiciers locaux qui ont reconverti leur
commerce en « African markets ». « Il faut reconnaître que les migrants font survivre le commerce local, qui
s’est adapté », explique Roberta Gravina, travailleuse
sociale qui donne des cours d’italien au Centro
Fernandes. « Il y a des tensions, mais elles sont souvent
liées à des problèmes de langue et se résolvent la plupart
du temps par la médiation », ajoute-t-elle, dans les locaux de l’association dont les murs sont ornés de posters jaunis de la chanteuse sud-africaine Miriam
« Mama Africa » Makeba, décédée il y a dix ans à
Castel Volturno des suites d’un malaise après un
concert de soutien à Roberto Saviano.
Certains habitants forment des poches de « résistance », refusant de laisser la ville à l’abandon et aux
mains de la Pieuvre noire. Le capitaine du Napoli et international slovaque de football Marek Hamsik vit
dans une petite enclave « chic » de la ville qui accueille
aussi le centre d’entraînement du club. Des grilles ont
été posées à l’entrée de plusieurs rues. Seuls les riverains en ont la clef. Une brocante avec des frigos à
10 euros témoigne aussi de l’économie de débrouille et
de survie. Alfonso, un quarantenaire bonhomme, retape le toit d’une maison secondaire. « Je vis ici depuis
huit ans maintenant. Avant, j’habitais dans un quartier
très pauvre de Naples dans lequel il n’y avait pas de travail, raconte-t-il, ajustant un vieux bonnet D&G. Ici au
moins, j’ai récupéré une vieille maison de famille et je
peux faire des petits boulots payés à la journée. » Ces
jours-ci, il garde toujours une pelle à portée de main
pour venir désensabler les véhicules aventuriers pris
au piège de la petite route côtière inondée par les vagues, faute d’entretien municipal et de digue digne de
ce nom. « Je n’ai aucun problème avec les Africains ici.
Eux aussi font des petits boulots dans des maisons. Mon
seul problème ici, c’est l’eau et le sable. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
CHAMPS LIBRES
INTERNATIONAL
Des Rafale se préparent
à décoller de la base militaire
aérienne de Saint-Dizier,
dans l’est de la France,
vendredi 13 avril.
Renaud Girard
£@renaudgirard
❙ LES AVANTAGES
1) La France montre qu’elle poursuit sa
politique constante de bannissement des
armes chimiques. Ayant eu à souffrir ellemême il y a un siècle de l’usage des armes
chimiques par son ennemi allemand, la
France a toujours été très impliquée dans
les efforts internationaux de contre-prolifération chimique. Son opération vise à
dissuader la Syrie d’utiliser des armes
chimiques (conformément au protocole
de 1925 dont la France est dépositaire) ; et
d’en produire, et d’en stocker, conformément à la convention internationale
de 1993, dont la Syrie est signataire.
2) Les puissances non nucléaires vont
sans doute désormais réfléchir à deux fois
avant de se lancer dans la production, le
stockage ou l’usage des armes chimiques.
Les puissances nucléaires (Russie, Chine,
Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord)
sont bien sûr immunisées face à toutes
injonctions occidentales en ce domaine.
3) Si les renseignements parvenus aux armées françaises sont exacts, et si des
stocks d’armes chimiques ont effectivement été détruits durant le raid, c’est
autant qui ne risquera jamais de tomber
aux mains des djihadistes internationalistes infiltrés en Syrie, et de se retrouver
un jour dans le métro de Paris.
4) Le président français montre qu’il tient
parole. Lors de la rencontre Macron-Poutine du 29 mai 2017 à Versailles, la France
et la Russie s’étaient engagées publiquement à frapper le premier qui utiliserait
des gaz chimiques dans le conflit syrien. Il
est à noter que le Pentagone a plusieurs fois
publiquement accusé les groupes islamistes d’avoir eu recours aux armes chimiques par le passé. Après l’attaque chimique
du 7 avril contre Duma, les Russes auraient
donc dû punir la Syrie en compagnie de la
France. Le problème est qu’ils considèrent
qu’il n’existe aucune preuve qu’Assad ait
fait usage d’armes chimiques, et qu’en
outre le dictateur syrien n’avait pas le
moindre intérêt à agiter un tel chiffon rouge devant les Américains. Le 6 avril 2017, le
président Donald Trump avait ordonné
des frappes punitives contre la base de
l’armée de l’air syrienne de Homs. Le régi-
FRENCH DEFENSE MINISTRY/AP
Un bilan coûts-avantages du
bombardement français en Syrie
La participation
de la France aux
frappes de samedi,
mûrement pesée
à l’Élysée, a des
conséquences
tant diplomatiques
que stratégiques.
Premier inventaire.
me était accusé d’avoir fait usage d’armes
chimiques dans le bombardement, le
4 avril 2017, de Khan Cheikhoun, village
contrôlé alors par al-Nosra (groupe rebelle
islamiste, lié à al-Qaida).
5) En termes stratégiques, l’Élysée se réjouit d’avoir réussi à ramener les ÉtatsUnis sur le dossier syrien. Lors d’une
conférence de presse tenue à la MaisonBlanche le 3 avril 2018, le président
Trump s’était félicité de la quasi-disparition de l’État islamique en Syrie et avait
fait part de son souhait de « ramener les
troupes à la maison ». Or la France estime
que la menace de Daech existe toujours
en Syrie. Elle estime de son intérêt que
demeurent au Rojava (bande nord du
territoire syrien contrôlée par les forces
autonomistes kurdes des YPG) les 2 000
hommes des forces spéciales américaines. Alliés des Américains et des Français, les Kurdes (mélangés avec quelques
Arabes laïcs au sein des Forces démocratiques syriennes) ont fait le gros du travail
d’éradication de l’État islamique dans
cette zone, dont le chef-lieu emblématique est Raqqa. La présence américaine
joue comme un élément dissuasif, empêchant l’armée turque - qui voit dans les
Kurdes son ennemi principal - de songer
à traverser l’Euphrate d’ouest en est. Les
Occidentaux ont été félicités publiquement par la Turquie, qui s’éloigne ainsi de
ses partenaires d’Astana (capitale du Kazakhstan, où se déroulent les conversations tripartites sur la Syrie, TurquieIran-Russie). Mais la France devrait se
méfier des caresses d’Erdogan : elles peuvent à tout moment se transformer en
chantages, voire en gifles.
6) Stratégiquement, de manière générale,
il peut être utile de montrer sa capacité à
utiliser la force, ne serait-ce que pour
être respecté dans d’éventuelles futures
négociations, avec la Russie notamment.
QUESTIONS
ET LES RISQUES
❙ LES
Face à ces avantages, de nombreux risques demeurent, des questions subsistent.
1) Pourquoi n’avoir pas attendu une semaine avant de frapper, afin de disposer
du rapport des experts neutres de l’OIAC
(Organisation pour l’interdiction des armes chimiques de La Haye) ? Arrivés à
Damas le 14 avril 2018, les enquêteurs de
l’OIAC ont commencé leur enquête de
terrain à Duma le dimanche 15 avril. Ici
réside le principal risque pris par Emmanuel Macron. Sa probabilité d’occurrence
est sans doute très faible, mais les conséquences éventuelles seraient dévastatrices. Si l’opinion publique obtenait un jour
des preuves que l’attaque chimique de
Duma par le régime syrien était en fait une
fabrication imputable aux rebelles, la position du président français deviendrait
très difficile. Au début de l’année 2003, le
premier ministre britannique travailliste
Tony Blair, qui s’était totalement aligné
sur les positions du président néoconservateur George W. Bush, et qui voulait
convaincre ses compatriotes de la justesse
d’une attaque de l’Irak, avait prétendu,
devant la Chambre des communes, que
Londres était à la merci d’une attaque de
missiles chimiques irakiens, qui ne laisserait à la capitale britannique que « 45 minutes » pour se protéger. Ce qui était fallacieux, comme l’a montré plus tard, sans
aucun doute possible, le rapport Chilcot.
Une fois le fiasco anglo-saxon en Irak
avéré, Tony Blair avait été évincé en douceur par son parti.
2) En s’alignant sur la position de Donald
Trump, la France n’a-t-elle pas fait le jeu
d’une opération de diversion intérieure
du président américain, empêtré dans ses
démêlés avec le FBI ?
3) En s’alignant sur les États-Unis - alors
qu’elle aurait pu décider de procéder seule à cette opération militaire, après enquête plus approfondie -, la France ne risque-t-elle pas de perdre une grande
partie de son prestige dans le monde arabo-musulman ? Les Français ne risquentils pas d’apparaître comme les supplétifs
des Américains, un reproche que Paris
avait fait à Tony Blair en mars 2003 ?
4) Adoptée à l’unanimité le 27 septembre
2013, la résolution 2118 du Conseil de sécurité de l’ONU exige très clairement le
désarment chimique complet de la Syrie.
Les Occidentaux estiment qu’ils n’ont
donc fait que l’appliquer. Mais la Charte
de l’ONU exige clairement un vote préalable du Conseil avant tout usage de la
force. Si, un jour, la Russie employait à
nouveau la force contre l’un de ses voisins sans passer par un vote préalable du
Conseil, il sera plus difficile de la rappeler
à l’ordre au nom du droit international.
5) Emmanuel Macron se rend à Washington du 23 au 25 avril 2018. Sa participation aux frappes américaines lui permettra-t-elle d’obtenir des concessions de
Donald Trump ? Parviendra-t-il à
convaincre le président américain de ne
pas déchirer l’accord nucléaire du
14 juillet 2015 avec l’Iran, négocié et signé
par son prédécesseur Barack Obama ? De
ne pas transférer son ambassade en Israël
à Jérusalem, avant qu’une solution durable ne soit trouvée au conflit israélo-arabe et qu’un État viable ne soit donné aux
Palestiniens ? Si Macron n’y parvient pas,
n’aura-t-il pas été inutile pour la France
de s’être alignée au Levant sur une grande puissance dont elle ne partage pas la
politique moyen-orientale ?
6) Emmanuel Macron doit se rendre en
Russie au mois de mai 2018. Les Russes le
considéreront-ils toujours comme un intermédiaire indépendant, crédible et efficace, capable de réduire les tensions
Est-Ouest et de présider aux négociations
de désarmement nucléaire partiel, voulues aussi bien par Moscou que par
Washington ?
7) La France a un ennemi principal. Ce sont
les islamistes, qui tuent nos enfants, dans
nos rues. Ce n’est pas Bachar el-Assad ;
tout cruel qu’il soit, il n’a jamais tué un
Français. Nos frappes sur la Syrie baasiste
contribueront-elles à notre combat à mort
contre l’islamisme, ou profiteront-elles au
contraire à nos ennemis djihadistes ?
8) Cette opération militaire va-t-elle
vraiment améliorer, à moyen et à long
terme, la situation des populations civiles
syriennes ? N’est-ce pas qu’une demimesure ? Un coup pour nourrir l’ogre
médiatique ? Une politique inaboutie ?
Il est bien sûr trop tôt pour conclure définitivement ce bilan coûts-avantages.
Mais il faut reconnaître que la coalition
occidentale a réussi à éviter tout engrenage. Les Russes n’ont d’ailleurs pas tiré
une seule arme contre les missiles occidentaux. Le président Macron s’était entretenu le 13 avril 2018 avec le président
Poutine au téléphone. La « hot line » entre militaires russes et américains sur le
terrain syrien a fonctionné à plein, de
manière à éviter tout incident. C’est une
opération militaire finement ajustée, qui
permet aux grands acteurs des deux
camps de sauver la face.
La France se présente aujourd’hui comme la stricte défenderesse d’une réglementation internationale d’interdiction
des armes chimiques. Il est difficile de la
prendre en défaut sur ce point. ■
À gauche : une image satellite montre
l’installation du stockage d’armes
chimiques d’Him Shinshar en Syrie,
le vendredi 13 avril.
Ci-contre : des Syriens agitent le drapeau
national et brandissent des portraits
du président Bachar el-Assad
alors qu’ils se réunissent sur la place
des Omeyyades à Damas, samedi,
pour condamner les frappes.
DIGITALGLOBE/AP ; STRINGER/AFP
A
S’ENGAGER dans un acte de guerre est
toujours, pour un chef d’État, une décision grave. Emmanuel Macron n’a sûrement pas décidé à la légère de faire participer la France à une opération punitive,
principalement américaine, de bombardement de la Syrie, aux toutes premières
heures du samedi 14 avril 2018. Depuis
son arrivée aux affaires en mai 2017, le
président a répété à plusieurs reprises son
aversion pour les armes chimiques et sa
détermination à punir ceux qui les utiliseraient. Nous n’avons aucune raison de
douter de la sincérité du président français lorsqu’il affirme détenir des preuves
irréfutables que le régime de Bachar elAssad a fait, le 7 avril 2018, usage d’armes
chimiques, dans son opération de reconquête de Duma, une banlieue située à
10 km à l’est de Damas, jusque-là contrôlée par des unités rebelles islamistes, mais
peuplée également d’un grand nombre
de femmes et d’enfants.
La décision de l’Élysée a dû être d’autant
plus réfléchie qu’en mars 2003, le président Jacques Chirac avait refusé d’associer la France à une opération militaire
américaine, beaucoup plus vaste (car visant un changement de régime), contre
une autre dictature moyen-orientale,
l’Irak, accusé (faussement) de fabriquer
clandestinement des armes chimiques et
bactériologiques interdites par les
conventions internationales. Le chef de
l’État a donc certainement longuement
mûri les conséquences à court, à moyen et
à long terme de son action de guerre, qu’il
a voulu circonscrite à la seule capacité syrienne alléguée de production d’armes
chimiques. Quel bilan coûts-avantages
pour la France pouvons-nous tirer de sa
participation à cette opération militaire ?
17
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Ces causes du « populisme »
qu’on préfère oublier
a vague « populiste »
qui, après les États-Unis
et l’Italie, vient à nouveau
de submerger la Hongrie
d’Orban, est un
phénomène international
contemporain. Dans chaque pays
concerné, le vote contestataire est le
fait d’un électorat composite, populaire
en majorité, qui cesse de s’abstenir,
ou de suivre les consignes électorales
de ses représentants bourgeois
habituels, pour faire triompher
des leaders qui répondent
à ses préoccupations. Des voix
non autorisées imposent
ainsi leurs priorités de l’heure.
L’hypothèse qu’on défend ici est
que le sort fait aux classes populaires
et ouvrières des anciennes nations
industrielles – dépossédées par
la concurrence de l’Asie et par
une mécanisation souvent plus
idéologique que nécessaire - crée
le terreau favorable de ce phénomène,
accentué par le repli sur soi des classes
aisées. Claquemurées en France
dans des forteresses urbaines, littorales
et alpines, dans les métropoles,
des institutions et réseaux
de sociabilité, dans les TGV et avions,
elles ne côtoient plus la France
(ou l’Amérique) invisible dont
elles n’attendent rien, sauf
à en redouter le vote.
La « tiers-mondisation »
économique et sociale de l’Occident
sape ce qui constituait la spécificité
des sociétés industrielles avancées :
l’existence d’une classe moyenne
majoritaire au centre de la société.
Fragilisation et paupérisation
des classes moyennes d’une part,
et enrichissement du décile le plus
aisé de l’autre rapprochent
cette société en sablier des sociétés
inégalitaires du Sud. Or cette nouvelle
société, déjà établie aux États-Unis
et dans l’Europe latine, bute
sur le suffrage universel, reliquat
des sociétés démocratiques dont
les fondations ont été inventées
par les révolutions du XVIIIe siècle.
Le XIXe siècle a promu l’ascension
des classes populaires par l’école et
la libre entreprise. Le XXe siècle a forgé
un État social tentaculaire pour élargir
la classe moyenne. Mais la belle
mécanique est en pleine déréliction,
puisque les classes laborieuses
de l’Occident
n’ont plus d’utilité
économique
(comme l’a révélé
l’économiste
La coupure entre élites et classes populaires dans
Pierre-Noël Giraud
les démocraties contemporaines est un fait établi, dans L’Homme
mais les ressorts de ce phénomène dramatique
inutile), sauf
restent trop peu étudiés, argumente l’historien*.
à installer
L
PIERRE VERMEREN
publique, a sombré dans l’indigence.
Au lieu d’édifier les masses, les plus
cyniques proposent aux jeunes
le panem et circenses du XXIe siècle :
du sexe, du crime et du néant
(la téléréalité offre à ses auditeurs
le spectacle de leur propre vacuité).
La France fut jusqu’aux années
1950 un jardin de 140 millions
de parcelles appartenant à 10 millions
de propriétaires. Ce trésor était
connu, entretenu et cultivé depuis
des centaines d’années. Par étapes
(remembrement, décentralisation
qui a transféré le pouvoir
de déterminer les zones constructibles
des fonctionnaires de l’État
aux maires, effondrement des revenus
agricoles), la terre est devenue
une stricte source de spéculation
marchande, et le grand jardin une
« zone » revendue
à la découpe.
La France fut jusqu’aux années
Les Français
cinquante un jardin de 140 millions
sont devenus
les épiciers
de parcelles appartenant à dix millions
de leurs propres
de propriétaires. Par étapes, ce grand
terres,
jardin est devenu une « zone » revendue monnayant à vil
prix ce qui
à la découpe et un no man’s land
constitua la fierté
et la richesse de
leurs ancêtres. Certaines sont livrées
classes populaires des métropoles,
à une agriculture industrielle
même si immigrés et migrants sont
(de surcroît désormais
supposés peupler les « quartiers
populaires », et par la concentration
en crise) et d’autres cédées
des établissements scolaires de la
aux infrastructures (autoroutes
réussite dans le centre des métropoles.
et échangeurs du tout-automobile,
Dans les années 1830, Paris était
parkings) et aux activités
peuplée de 36 % d’ouvriers, chiffre
commerciales et marchandes
tombé à 5 % aujourd’hui,
(entrepôts géants, déchetteries).
les élites sociales les ayant remplacés.
Dans ce no man’s land, qui évoque
Les conséquences sont très diverses
l’organisation de l’espace aux Étatset sous-estimées : en médecine,
Unis, consommation et destruction
les étudiants étant maintenant
de l’espace sont désormais sans limite.
recrutés dans les classes supérieures
Ainsi, l’ancien jardin qu’était la France
des métropoles, les jeunes médecins
est jonché de centaines de millions
refusent d’être affectés en dehors
de déchets plastiques que plus
d’elles (là où vivent pourtant les trois
personne ne ramasse, comme
quarts de la population). Cela oblige à y
les autoroutes urbaines d’Île-derecruter des médecins venant de pays
France en offrent le triste spectacle.
pauvres, qui en manquent pourtant
La caporalisation moralisatrice
(Balkans, Asie, Maghreb, Afrique).
des masses, doublée de leur
Il fut un temps où les élites sociales
intoxication alimentaire et marchande,
se sentaient investies d’une mission
nourrit le terreau « populiste ».
d’éducation, de formation et
Pour les ouvriers français au smic,
d’encadrement du peuple, surtout dans
fumer un paquet de cigarettes par
une société cléricale comme la nôtre.
jour coûtera bientôt 25 % du revenu
Cette situation a laissé place à leur
mensuel. Faute d’argent disponible
désengagement et à leur désinvolture.
chez ces mêmes clients,
L’exemple des médias de masse
la quasi-totalité des bistrots
est édifiant. L’ORTF d’antan était
de France a fermé : il en reste 29 000
peut-être ennuyeux, mais il s’évertuait
sur 600 000 il y a cinquante ans
à éduquer le peuple, en diffusant ce qui
(selon France Boisson). Ainsi est mort
était considéré comme le meilleur
un des principaux lieux de sociabilité
de la culture artistique et intellectuelle.
français, une évolution inconnue
Mise à l’école du Berlusconi des années
en Espagne, dont la « modernisation »
1980 puis de la sous-culture de masse
fut moins brutale et plus tardive.
américaine, la télévision, y compris
À l’inverse de Churchill, qui réduisit
des produits importés (le syndrome
Ikea, qui consiste à assembler
des biens fabriqués ailleurs).
Pour masquer cette triste évolution,
l’audiovisuel, qui n’a jamais été
si puissant, fait écran entre
les préoccupations ordinaires
de la population et le récit qui en
est donné, de plain-pied avec la société
du spectacle.
Qu’il nous soit permis de lister
quelques maux qui dressent les classes
populaires des pays riches contre
leurs élites, libérales comme
socialistes, les deux ayant fini
par fusionner dans le renzisme,
le trudisme ou le macronisme.
La relégation géographique
et l’assignation à résidence sont
un phénomène connu. Elles se
matérialisent par l’expulsion des
«
»
fortement dès l’été 1940 les taxes sur
le tabac et l’alcool pour doper le moral
des travailleurs, nos dirigeants veulent
des pauvres vertueux.
La grande distribution et
la restauration de masse ont aussi
reconfiguré la société française.
On mange de la perche du Nil à
Boulogne-sur-Mer, le plus grand port
de pêche d’Europe, du cochon estallemand en Bretagne ou du cèpe des
Balkans à Bordeaux ! La grande
distribution choisit et définit les fêtes
en fonction de stricts impératifs
commerciaux : le Nouvel An chinois
a supplanté le mardi gras. Et le Cocafrites-burger est souverain pour un
Français sur deux, bel exploit. L’État
peut bien promouvoir le sport
et les cinq fruits et légumes par jour,
la grande distribution ventile ses
produits ultra-transformés.
La destruction de toute culture
héritée et des liens anthropologiques
est le dernier étage de cet édifice.
Les cultures populaires et
professionnelles (langues, fêtes)
ont été laminées par excès
de jacobinisme et par l’exode rural,
sauf dans quelques villes ou régions
périphériques de l’Hexagone
(Bretagne, Vendée, Nord-Pas-deCalais, Alsace). Le grand Bassin
parisien et le centre de la France
ont été déculturés au sens propre.
La déconstruction de l’école et le refus
de la transmission ont laissé le peuple
très démuni, d’autant que des
phénomènes complexes se sont
intriqués : effondrement du maillage
catholique dense jusqu’aux années
1970, arrivée de populations aux
systèmes culturels les plus divers
et diffusion d’une culture marchande
de masse dénuée de toute signification.
La construction du sens a fait défaut,
projetant ses effets sur les structures
familiales (effondrement du couple
stable et multiplication des enfants
ballottés ou sans père).
Aux États-Unis, cette alchimie
complexe a conduit à l’élection
de Donald Trump, ainsi que l’a
précisément décrite à l’époque
la correspondante du Figaro, Laure
Mandeville. Elle est désormais en train
de ronger l’Europe et détourne les pays
d’Europe centrale de l’Union
européenne. Si ces mêmes lignes sont
poursuivies, le risque est parfaitement
identifié.
* Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé et docteur en histoire,
Pierre Vermeren a notamment publié
« Le Choc des décolonisations.
De la guerre d’Algérie aux printemps
arabes » (Odile Jacob, 2015) et
« La France en terre d’islam. Empire
colonial et religions » (Belin, 2016).
Le soixante-dixième anniversaire d’Israël,
une célébration pour le monde entier
e peuple juif célèbre
un incroyable anniversaire
cette semaine. Soixante-dix
ans ont passé depuis l
a création de l’État d’Israël.
Pour la première fois,
depuis deux millénaires, le rêve juif
de l’indépendance dans le pays
de leurs ancêtres est réalisé. Mais
ce grand événement ne se limite pas
à une célébration israélienne, c’est
une célébration pour les nations libres
dans le monde entier. En entrant dans
sa huitième décennie, Israël marque
l’existence, depuis soixante-dix ans,
d’une démocratie vibrante dans
le Proche-Orient. Elle est la première
de son genre, dans cette zone,
à être dotée d’une société civile forte
et indépendante.
Pendant presque deux tiers de siècle,
cette nation - Israël - a tenu haut et fort
le flambeau de la liberté et de l’égalité
dans une région
difficile. La pierre
angulaire d’Israël,
en tant que pays juif
et démocratique,
Le président de l’État hébreu retrace le chemin
est son engagement
parcouru par son pays depuis la déclaration
pour les valeurs
d’indépendance d’Israël le 14 mai 1948*.
de la liberté
DESSIN CLAIREFOND
L
A
REUVEN RIVLIN
au monde, pour partager ses
connaissances et ses expériences.
Dès aujourd’hui, Israël crée un meilleur
avenir pour des millions de personnes,
dans les domaines allant de la sécurité
alimentaire à la cybersécurité. Par
ailleurs, durant ces soixante-dix ans,
nous avons réussi à instaurer la paix
avec beaucoup
de ceux qui furent
Tournés vers l’avenir, nous espérons
nos ennemis. Mais
nulle nation n’est
qu’on n’attendra pas encore
une île. Jamais
soixante-dix ans pour l’avènement
nous n’aurions
pu accomplir tout
de la paix dans notre région. Israël ne
cela sans le vaste
cessera jamais d’essayer de la trouver
soutien qui afflue
du monde entier :
hommes et femmes, juifs ou pas, qui ont
C’est le désert qui fleurit et c’est
consacré
leur
vie
au
sionisme
et au bienle high-tech qui prospère, grâce à tant
être du peuple israélien. Jamais tout ceci
de dur labeur. On a développé des
n’aurait été possible sans le soutien
technologies qui matérialisent de l’eau
de nos alliés - ces pays aux quatre coins
à partir du néant et on a aidé à créer
du globe -, avec lesquels on a développé
les voitures autonomes. Chaque jour,
des liens forts et solides, des relations et
dans les universités et les hôpitaux
des amitiés, consolidés par nos valeurs
israéliens, des grandes découvertes
communes et par la coopération.
apportent leur concours pour résoudre
Aujourd’hui, plus que jamais, cette
certains problèmes qui défient
coopération internationale est la clé
l’humanité depuis des siècles.
pour un futur meilleur, plus sûr
Cela fait sept décennies déjà qu’Israël
et plus paisible.
ouvre grand ses bras à notre région et
d’expression, de la diversité d’opinions
et de la liberté de culte. L’incarnation
d’un État autant juif que démocratique.
Il en résulte sept décennies
des réussites dans l’innovation,
le commerce, le monde universitaire,
la médecine, la recherche et dans
tant d’autres domaines.
«
»
Tournés vers l’avenir, nous espérons
qu’on n’attendra pas encore soixantedix ans pour l’avènement de la paix
dans notre région. Israël ne cessera
jamais d’essayer, de s’efforcer de trouver
la paix. Oui, on fera tout ce qui nous est
possible pour se défendre, on aura,
peut-être, à construire des barrières
pour empêcher le terrorisme de sévir, on
agira de différentes façons pour assurer la
sécurité de notre peuple, mais jamais on
ne fermera la porte à la paix. Nous vivons
des temps difficiles autour du globe peut-être autant difficiles que dans le
Proche-Orient. Mais aujourd’hui, nous
regardons en arrière et nous pouvons
dire avec clarté ce que ces soixante-dix
ans nous indiquent clairement :
le progrès n’est pas seulement possible,
il est nécessaire. Soixante-dix ans ont
passé depuis le moment où l’étoile
de David fut hissée comme le drapeau de
l’État hébreu. Depuis tout ce temps Israël
continue à inspirer le monde et le peuple
d’Israël continue à m’inspirer.
* Ce texte est également publié dans plusieurs
autres grands quotidiens
internationaux : « Yedioth
Ahronoth » (Israël),
« Bild » (Allemagne)
et « La Stampa » (Italie).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Moyen-Orient : l’engrenage
a guerre de Syrie, avec ses
500 000 morts et ses
12 millions de réfugiés sur une
population de 22 millions, est
emblématique des conflits sans
fin du XXIe siècle. La défaite
militaire de l’État islamique au Levant, qui
acte la fin du projet de califat, n’a mis fin
ni à la mondialisation du djihad, ni aux
opérations militaires. Tout au contraire,
elle s’accompagne d’une ascension aux
extrêmes de la violence qui va de pair avec
un changement de nature et de dimension
de la crise. La guerre civile se clarifie avec
la partition de la Syrie en trois zones ; mais
le conflit s’internationalise, la guerre
de religion étant de plus en plus
surplombée par l’affrontement
des puissances régionales et mondiales.
L
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
Le bombardement chimique effectué
par le régime de Damas sur la Douma,
le 7 avril dernier, marque un tournant.
L’utilisation délibérée de chlore et
de sarin contre des populations civiles,
sans aucun objectif militaire, franchit
un nouveau seuil dans la terreur. Venant
après plus de 85 frappes chimiques
depuis l’été 2013, il souligne l’inanité de
l’engagement pris alors par Damas - avec
la garantie de Moscou - de détruire son
arsenal de gaz tout en ouvrant la voie
à une très dangereuse banalisation
de l’usage des armes de destruction
massive. Les lignes rouges, plus encore
qu’il y a cinq ans à la Ghouta, ont été
délibérément franchies. Les frappes
punitives des États-Unis, de la France
et du Royaume-Uni sont légitimes. Elles
ENTRE GUILLEMETS
16 avril 1755 : naissance d’Élisabeth Vigée-Lebrun, portraitiste de Marie-Antoinette.
Élisabeth Vigée-Lebrun
GRANGER NYC/RUE DES ARCHIVES
Je n’ai eu de Bonheur
qu’en peinture»
ont rempli leur objectif en ciblant les sites
de recherche et de production d’armes
chimiques du régime de Damas,
en évitant de possibles pertes liées au
durcissement du déni d’accès de l’espace
syrien par les systèmes russes S300 et
S400 - illustré par la destruction récente
d’un F16 israélien -, enfin en préservant
les forces russes et iraniennes pour
limiter les risques d’escalade.
L’engrenage vers l’affrontement
de moins en moins indirect entre les
États-puissances se trouve néanmoins
enclenché. Au nord, la Turquie, malgré
son appartenance à l’Otan, s’apprête,
après la conquête d’Afrine, à lancer
ses troupes contre Manbij, défendue par
les milices kurdes du YPG appuyées par
des soldats américains et français. Israël
poursuit méthodiquement ses raids contre
les bases abritant les forces al-Qods du
général Soleimani et le déploiement de
missiles iraniens en Syrie, à l’image des
frappes sur l’aéroport de Tayfur le 9 avril.
Enfin, pour la première fois depuis la
guerre froide, les États-Unis ont tué, lors
du bombardement de Deir ez-Zor,
quelque 200 soldats russes déguisés
en mercenaires pour les besoins
de la guerre hybride devenue une
spécialité russe.
Par ailleurs, se profile, le 12 mai
prochain, la très probable décision de
Donald Trump de sortir les États-Unis de
l’accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire
iranien, préparée par le remplacement de
Rex Tillerson par Mike Pompeo à la tête du
département d’État et par celui du général
H. R. McMaster par John Bolton comme
directeur du Conseil de sécurité nationale.
Ces nominations témoignent de la priorité
désormais donnée au cantonnement
stratégique de l’Iran, tant dans le domaine
de la prolifération nucléaire et balistique
que de son expansion de l’Irak et de la
Climat : « Pour nous,
et pour nos enfants après nous »
es tempêtes et les cyclones
sont inhérents au Pacifique,
voisinage immédiat
de la Nouvelle-Zélande
et d’autres îles dont des
territoires français.
Mais depuis peu, ces événements
climatiques extrêmes se produisent à une
échelle jusqu’à présent inconnue par leur
force et leur fréquence. En février,
les Tonga ont été frappés par Gita,
le pire cyclone tropical depuis
des décennies. Des milliers de personnes
se sont retrouvées sans abri.
Des centaines de bâtiments, dont
le Parlement du pays, ont été détruits.
Quelques semaines après le passage
de Gita, j’ai visité les Tonga et j’ai
rencontré des écoliers. Ils avaient classe
sous des tentes car leur école avait été
ravagée par le cyclone.
Cette catastrophe nous rappelle que
le changement climatique est un
phénomène concret et actuel, avec des
conséquences tragiques. Et cela nous
pousse à être plus ambitieux pour
répondre à cet immense défi global.
Ces tempêtes sont un exemple
de l’impact du changement climatique,
de plus en plus évident et dévastateur
à travers le monde. Les feux de forêts qui
ont ravagé la Californie l’année dernière,
la fonte de la calotte polaire
ou les crises humanitaires causées
par les sécheresses en Somalie et au Sahel
constituent d’autres exemples.
À l’occasion de ma visite officielle
dans plusieurs pays
d’Europe cette
semaine,
je demande aux
dirigeants
La première ministre de Nouvelle-Zélande, en visite
de l’Union
officielle dans plusieurs pays d’Europe, explique les
européenne
efforts de son pays contre le réchauffement climatique. de se joindre à moi
DESSIN CLAIREFOND
L
JACINDA ARDERN
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
son expertise et ses produits en matière
agricole. Mais cela signifie aussi qu’une
proportion inhabituellement élevée
de nos émissions de gaz à effet de serre
(près de la moitié) est issue de
l’agriculture. Voilà pourquoi nous menons
l’Alliance mondiale de recherche, qui
réunit quarante-neuf pays afin de trouver
des solutions. Nous aidons aussi les autres
pays à développer une agriculture plus
respectueuse du climat, qui accroît les
récoltes des agriculteurs, tout en réduisant
les émissions de gaz à effet de serre.
Nous sommes également membre
de diverses coalitions internationales
visant à atteindre
la neutralité
Le changement climatique affecte
carbone
et à éliminer
au premier chef les pays du Pacifique
progressivement
comme la Nouvelle-Zélande
l’utilisation
du charbon dans
la production électrique ainsi que les
Nous allons aussi nommer une
subventions néfastes qui encouragent
commission d’experts indépendants,
l’utilisation de combustibles fossiles.
qui développera des « budgets
Nous nous réjouissons de travailler
carbone ». Elle décidera des quantités
étroitement avec la France au sein
de carbone que nous pourrons rejeter
de ces différentes initiatives.
dans l’atmosphère chaque année en vue
En 2015, l’adoption de l’accord de Paris
d’atteindre la neutralité carbone, tout
fut un moment historique. Je salue
en nous assurant que nous disposons
le leadership, la détermination et
d’assez d’énergie pour alimenter notre
l’habilité de la France qui a permis qu’un
économie et notre pays.
tel consensus soit possible. J’applaudis
Nous nous engageons à soutenir nos
également le leadership de Frank
régions et nos filières directement
Bainimarama, premier ministre fidjien
affectées par cette transition. Nous
et président actuel de la COP, dont
investirons des milliards de dollars
le gouvernement mène le dialogue
dans nos infrastructures et en faveur
de Talanoa.
des projets d’énergies propres, dans
«Mō tātou, ā, mō kā uri, ā muri ake
des secteurs dépendants des énergies
nei. » Cette expression maorie signifie
fossiles.
« pour nous, et pour nos enfants après
Nous travaillons également avec
nous ». Gardons cet état d’esprit. Tenons
d’autres pays pour trouver des solutions
compte des générations à venir. Et
à nos propres défis et pour encourager
répondons au défi climatique par des
l’action internationale.
actions audacieuses et courageuses.
La Nouvelle-Zélande est connue pour
et de s’engager d’urgence en faveur
de l’action climatique.
La science est irréfutable. Les émissions
mondiales doivent baisser
significativement d’ici à la fin du siècle
si nous voulons limiter le réchauffement
climatique à deux degrés. Voilà pourquoi
mon gouvernement s’est engagé
à adopter un nouvel objectif ambitieux
de réduction des émissions de gaz
à effet de serre d’ici à 2050. Notre
engagement d’alimenter
la Nouvelle-Zélande en électricité cent
pour cent d’origine renouvelable d’ici
à 2035 constituera une étape clé.
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
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(Figaro Littéraire),
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et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
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Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
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Éditeur adjoint
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FIGAROMEDIAS
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Président-directeur général
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Direction, administration, rédaction
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direction.redaction@lefigaro.fr
Syrie au Liban en passant par
le Yémen - servie par les errements
de la politique américaine au MoyenOrient depuis 2003. L’Iran se retirera
vraisemblablement à son tour de l’accord,
ce qui implique la réactivation des
sanctions liées au programme nucléaire,
un nouveau train de mesures liées aux
missiles et à leur exportation, ainsi que
des frappes américaines et israéliennes
en cas de relance des sites dédiés à l’atome
militaire qui permettrait à Téhéran
de détenir la bombe à brève échéance.
La dynamique de la guerre entre les
puissances s’emballe donc au MoyenOrient. Elle s’inscrit sur fond d’une
reprise de la course aux armements dont les dépenses augmentent de plus
de 10 % par an -, de la prolifération
nucléaire et balistique et de la montée des
cybermenaces. Elle se structure autour
de deux systèmes d’alliances qui, pour
ne pas être formalisées, ne sont pas sans
présenter certains points communs avec
celles de l’Europe de 1914 : d’un côté,
l’axe entre Israël, l’Égypte et l’Arabie
saoudite appuyé par les États-Unis ;
de l’autre, l’axe entre la Syrie de Bachar,
l’Iran et la Turquie, adossé à la Russie. Elle
s’inscrit sur fond d’une nouvelle guerre
froide entre les États-Unis et la Russie de
Vladimir Poutine qui multiplie les coups
de force - des interventions militaires
en Ukraine et en Syrie à la tentative
d’assassinat de Sergueï Skripal et sa fille
au novitchok en passant par la
manipulation cybernétique de l’élection
présidentielle aux États-Unis ainsi que
des référendums sur le Brexit
et l’indépendance de la Catalogne.
La guerre de Syrie sert de laboratoire
des conflits du XXIe siècle, tout comme
la guerre d’Espagne pour le second
conflit mondial et celle de Corée pour
la guerre froide.
VOX
… GRAND ENTRETIEN
Élisabeth Lévy, au sujet
du nouveau numéro
de Causeur : « Mai 68,
de la révolution
à l’inquisition ».
… HISTOIRE
Le philosophe Alain,
Pierre Laval, Heidegger
et les Juifs : même
combat ?, par David
Brunat, écrivain
et conseiller
en communication.
… IMMIGRATION
Le « parcours d’intégration »
d’Aurélien Taché propose
des avancées mais
ne va pas assez loin,
par Stéphane Perrier,
essayiste,
auteur de La France
au miroir de l’immigration
(Gallimard).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
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Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 8 pages
A
CHRONIQUE
Nicolas Baverez
19
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LA BIBLIOTHÈQUE IDÉALE
DE JEAN D’ORMESSON
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les plus grands chefs-d’œuvre
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AUTOUR DE L’ŒUVRE
• Le texte intégral des plus grandes œuvres
• Une préface de Jean d’Ormesson
• Un cahier de suppléments de 32 pages
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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 916 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
AIR FRANCE :
REPRISE DES
NÉGOCIATIONS
lefigaro.fr/economie
MARANATHA
LE DOSSIER QUI MET LE
MONDE DE L’HÔTELLERIE
EN ÉMOI PAGE 25
BUZZ MÉDIA
GAFA : « IL FAUT UNE RÉPARTITION
DIFFÉRENTE DE LA VALEUR » PAGE 28
Louis Dreyfus et Jérôme Fenoglio, respectivement
président du directoire et directeur du Monde
Le dossier médical
numérique enfin généralisé
Près de quinze ans après son lancement, il sera disponible d’ici à l’automne.
Lancé en 2004, le dossier médical
partagé (DMP) s’est jusqu’ici
révélé un fiasco, puisque à peine
600 000 dossiers étaient ouverts
l’an dernier.
Alors qu’il a été relancé en 2017
par Marisol Touraine, à l’époque
ministre de la Santé, Agnès
Buzyn, l’actuelle ministre, indique qu’il pourrait être totale-
ment disponible sur l’ensemble
du territoire d’ici à la fin de
l’année 2018.
Ce carnet de santé numérique est
censé centraliser les antécédents
du patient, ses éventuelles allergies et son traitement en cours. Il
s’avère un outil indispensable
pour améliorer la qualité des
soins mais aussi éviter des exa-
mens redondants. Le patient
pourra lui-même ouvrir son DMP
en ligne avec sa carte Vitale ou en
passant par sa caisse primaire
d’assurance-maladie, tandis que
les pharmaciens seront financièrement incités à agir.
Cependant, les médecins, dont
l’adhésion est essentielle pour
que cet outil fonctionne et soit
utile, restent encore circonspects. Les praticiens pointent
notamment un document mal
organisé et réclament un outil facile à manier au quotidien. Au
passage, ce qui est loin d’être
anodin, les économies susceptibles d’être générées avaient été
chiffrées en 2004 à 3,5 milliards
d’euros.
Martin Sorrell,
la chute
d’un géant
de la pub
Sous le coup
d’une enquête interne,
le charismatique
fondateur du géant
britannique WPP
a démissionné.
À 73 ans, le patron
est contraint
de céder les rênes
de l’entreprise qu’il
a hissée au rang
de numéro un mondial.
Sir Martin Sorrell,
en juin 2017.
le PLUS du
FIGARO ÉCO
BLOC NOTES
Kane ou
Rubempré ?
PAR JACQUES-OLIVIER MARTIN
PAGE 26
LIBRES
ÉCHANGES
Les Français
surestiment
grandement
leur vraie richesse
et le PIB du pays
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 26
RÉALITÉS
AUGMENTÉES
La vie privée,
bientôt un produit
de luxe
PAR CAROLINE SALLÉ
PAGE 28
HAYAT GAZZANE
PAGE 24
L'HISTOIRE
À Berlin, les habitants manifestent
contre les loyers trop chers
L
es locataires ne sont pas
des citrons ! », proclamaient,
samedi, les Berlinois, descendus
dans la rue (photo) pour
protester contre la flambée
des prix de l’immobilier dans les grandes villes
allemandes. Entre 10 000 et 25 000 personnes
(selon la police et les organisateurs)
manifestaient ainsi dans le centre de Berlin
à l’appel de plus de 250 associations
pour la « Résistance contre l’exclusion
et la folie des loyers ». Longtemps réputée
pour offrir des logements à bas prix,
Berlin est désormais
la ville où ils
augmentent le plus
vite au monde, selon
une étude menée par
le cabinet de conseil
britannique Knight
Fox. Ils ont bondi de
20,5 % entre 2016
et 2017. Depuis 2004,
ils se sont même
envolés de 120 %.
Scandant « quand les
loyers augmentent,
nous appelons
«
à l’expropriation ! », les manifestants
ont exigé une plus forte régulation d’un marché
du logement qui « favorise la spéculation
et empêche la construction de logements ».
Alors que les associations estiment que
les appartements deviennent inaccessibles
à beaucoup d’habitants, une étude publiée
par la fondation allemande Hans-Böckler
a révélé qu’il manque 1,9 million de logements
abordables en Allemagne, dont 310 000 à Berlin.
Les autorités avaient tenté d’améliorer la
situation en adoptant une politique anti-Airbnb
très stricte, mais sans parvenir à la faire
respecter, malgré l’appel aux dénonciations
anonymes
sur Internet.
La Mairie de Berlin
s’est même
résignée
à l’assouplir
en autorisant
les locations
de résidences
principales, et
même secondaires
à certaines
conditions. ■
ANNE BODESCOT
EDF lance
le plan stockage
électrique.
Rendez-vous
page 23.
Plus d’informations sur edf.fr/plan-stockage-electrique
L’énergie est notre avenir, économisons-la !
A
AXEL SCHMIDT/REUTERS, ERIC GAILLARD/REUTERS, J.-C. MARMARA/LE FIGARO
èLES MÉDECINS RESTENT CIRCONSPECTS èDES DÉBOIRES SIMILAIRES AU ROYAUME-UNI PAGE 22
Le conflit social chez Air France trouvera-t-il une issue favorable ce lundi ?
L’intersyndicale de la compagnie aérienne a en tout cas rendez-vous
aujourd’hui à 9 heures avec la direction
pour reprendre les négociations salariales. Les discussions se dérouleront
sous pression alors que les syndicats
ont décidé de maintenir les quatre
prochains appels à la grève programmés ce mois-ci, mardi 17 et mercredi 18, puis les lundi 23 et mardi 24.
Les deux dernières journées de discussions, en fin de semaine dernière,
se sont soldées par un échec, les syndicats rejetant la nouvelle offre de la
direction. Celle-ci souhaite l’ouverture d’une négociation pluriannuelle
(2019-2021). Elle indique avoir proposé une « augmentation générale
des salaires de 3,6 % » sur cette
période, « garantie dans le cadre du
pacte de croissance ». « Les salaires
seraient ainsi augmentés, en moyenne sur la période, de 11 à 12 % »,
affirme l’entreprise.
La direction s’engage aussi à mettre
en place dès cette année « une augmentation supplémentaire des salaires de 1 %, qui porte ainsi l’augmentation générale à 2 % » pour 2018.
« Cette proposition permettrait d’apporter une réponse aux revendications salariales tout en préservant la
trajectoire de croissance de la compagnie, rendue possible par les efforts
réalisés par les salariés d’Air France
ces dernières années », explique la
compagnie dans un communiqué.
Mais l’intersyndicale réclame 6 %
d’augmentation générale dès cette
année. Elle estime que « venir à la table des négociations avec une proposition aussi indécente n’est pas respectueux vis-à-vis des salariés ».
Sept journées de grève ont déjà eu
lieu depuis le 22 février et quatre
autres sont donc prévues d’ici à fin
avril. Une situation déplorée par la direction, qui estime que la grève a déjà
coûté 170 millions à l’entreprise. « La
négociation pour la recherche d’un
compromis est la seule option pour
sortir du conflit. Refuser le compromis
et poursuivre la fuite en avant dans
cette grève, c’est prendre une lourde
responsabilité vis-à-vis des salariés
de l’entreprise, et des clients qui font
vivre Air France », prévient-elle.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
Les Français vont enfin disposer
d’un dossier médical numérique
2004
9
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
SANTÉ C’est une réforme majeure
sur laquelle tous les gouvernements
successifs se sont cassé les dents.
Malgré un demi-milliard d’euros
dépensé depuis son lancement en
2004 par Philippe Douste-Blazy,
alors ministre de la Santé, le dossier
médical partagé (DMP) s’est jusqu’ici révélé un fiasco : on comptait
seulement 600 000 dossiers ouverts
l’an dernier, et encore quasiment
vides pour la plupart. Relancé en
2017 par Marisol Touraine, sous
l’égide de l’Assurance-maladie,
cette fois - alors qu’il était auparavant géré par une agence informatique, l’Asip -, cet outil va-t-il enfin réussir à s’imposer ?
« Le DMP est enfin opérationnel,
il y a aujourd’hui plus de 1 million de
dossiers ouverts dans des régions
expérimentales, et il pourrait être
totalement déployé d’ici la fin de
l’année 2018 par l’Assurance-maladie », s’est félicité Agnès Buzyn,
ministre de la Santé, en février
dernier. « Il sera généralisé à
l’automne prochain à tous les départements et tous les assurés sociaux. L’objectif est d’aller très
vite et d’ouvrir d’ici quatre ou
cinq ans plusieurs dizaines de
millions de DMP », a renchéri le
même mois Nicolas Revel, directeur de la Caisse nationale
d’assurance-maladie
(Cnam). Et de promettre
dès octobre une application qui « per-
C’est le nombre
de départements
et caisses où
le nouveau DMP
est expérimenté
depuis le début
de l’année
1
million
de DMP
ouverts
C’est le cap franchi
fin 2017, contre
600 000 un an plus tôt
quand la Sécu
a repris la main
mettra à chacun, y compris dans le
métro, chez soi, sur son smartphone, de consulter son DMP ».
Pour réussir là où les autres ont
échoué, l’Assurance-maladie a
adopté une double tactique. D’une
part, elle est partie des territoires,
en expérimentant le DMP nouvelle
formule dans neuf caisses pilotes
(Bas-Rhin, Bayonne, Côtes-d’Armor, Doubs, Haute-Garonne,
Indre-et-Loire,
Puy-de-Dôme,
Somme, Val-de-Marne). Une méthode basée sur les remontées terrain censée faire la différence.
Incitation financière
D’autre part, elle a adopté une philosophie radicalement différente,
en mettant le patient au centre du
dispositif. Puisque les médecins
rechignaient à ouvrir les DMP, jugeant l’opération chronophage,
qu’à cela ne tienne, le patient s’en
chargera ! Il pourra ouvrir lui-même son dossier, soit directement
en ligne avec sa carte Vitale, soit en
passant dans sa caisse primaire
d’assurance-maladie. Les pharmaciens vont eux aussi être incités
à agir : ils toucheront une rémunération de 1 euro par dossier ouvert.
Enfin, l’Assurance-maladie entend également permettre aux infirmières de le faire pour les personnes en perte d’autonomie. « Si
l’on ne veut pas que le DMP soit
l’Arlésienne, il faut en créer
massivement », ex-
2012
La difficulté
à laquelle nous
sommes clairement
confrontés est que
les professionnels
de santé ne se sont
pas approprié ce
dossier médical
»
MARISOL TOURAINE
EX-MINISTRE DE LA SANTÉ,
EN NOVEMBRE 2012
2016
Le DMP est confié
à l’Assurance-maladie
par la loi de modernisation
de notre système de santé,
puis relancé en 2017.
2018
Le dossier médical
partagé est enfin
opérationnel, il y a
aujourd’hui plus
de 1 million de
dossiers ouverts
dans des régions
expérimentales,
et il pourrait être
totalement déployé
d’ici à la fin
de l’année 2018
par l’Assurancemaladie
»
A
AGNÈS BUZYN
MINISTRE DE LA SANTÉ
ET DES SOLIDARITÉS,
EN FÉVRIER 2018
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
La Cour des comptes rend un rapport
très critique sur le DMP, dénonçant
un coût de 210 millions d’euros,
auquel s’ajoutent plusieurs centaines
de millions d’euros de dérives annexes
(dossier hospitalier, pharmaceutique,
historique des remboursements…),
soit un total de près d’un
demi-milliard.
pliquait début avril Annelore Coury, directrice déléguée à la gestion
et à l’organisation des soins de la
Cnam.
Pour autant, une fois ouvert,
reste la question de l’alimentation
régulière du DMP et de sa mise à
jour. Certes, l’Assurance-maladie a
annoncé qu’elle injecterait automatiquement dans le dossier deux
ans de remboursement de soins
(médecins consultés, médicaments
achetés, examens réalisés, etc.).
Enfin, la loi prévoit que les établissements de santé transfèrent les
comptes rendus d’hospitalisation
dans le DMP. Mais il faudra quand
même convaincre les médecins - et
notamment les médecins traitants - de le remplir et de l’utiliser
(lire ci-dessous).
Ce carnet de santé numérique,
censé centraliser les antécédents
du patient, ses éventuelles allergies, son traitement en cours, est
pourtant un outil indispensable.
Tant pour améliorer la qualité des
soins que pour éviter les examens
redondants et actes inutiles. La généralisation du DMP doit permettre
des économies, « alors que beaucoup d’actes sont refaits entre la
ville et l’hôpital, tout simplement parce que
le médecin
permettra de
réaliser 3,5 milliards
de ville ne récupèd’euros d’économie
re pas la radio ou
le scanner », a
par an
souligné Agnès
PHILIPPE DOUSTE-BLAZY
Buzyn. En 2004,
EX-MINISTRE DE LA SANTÉ
l’étude d’impact
ET DE LA PROTECTION SOCIALE,
EN MAI 2004
du DMP évaluait
à 3,5 milliards
d’euros les économies susceptibles
d’être obtenues. Aucune nouvelle
estimation n’a été faite depuis.
« 3,5 milliards, ce n’est pas neutre,
conclut un expert de l’Inspection
générale des affaires sociales (Igas).
Rapportée aux quelque 200 milliards
d’euros de dépenses de santé, cette
somme correspond peu ou prou
à l’économie à réaliser
chaque année dans le
budget, dans le caUn rapport
dre de l’objectif
de l’Inspection générale
national des dépenses d’assurandes affaires sociales
ce-maladie (On(Igas) pointe son échec.
dam). » ■
Le DMP n’existait que
»
2007
dans 4 régions pilotes.
2009
2011
L’Asip lance une première
version du DMP, mais la
mise en œuvre est lente,
alourdie par le caractère
sensible du sujet (échange
de données médicales)
et des complexités
techniques.
Création de l’Agence
des systèmes
d’information
partagés de santé
(Asip Santé) pour
relancer le DMP.
À LONDRES
Les médecins restent
circonspects
Maintes fois relancé, le DMP (dossier médical partagé) ne s’est jamais
imposé. Saura-t-il cette fois
convaincre les médecins, qui doivent l’alimenter et l’utiliser ? Car
leur adhésion est essentielle pour
que le dispositif fonctionne.
«Le DMP version Sécu, c’est un
empilement non répertorié de documents divers, un machin dans lequel
on entasse les résultats de biologie,
de radio, de prescription médicamenteuse. Qu’on ne compte pas sur
moi pour perdre mon temps à aller
chercher un renseignement dans ce
foutoir ! », s’insurge le Dr JeanPaul Hamon, président de la
Fédération des médecins de
France (FMF). « Rien n’est prévu pour mettre la seule chose qui
serait utile : la synthèse du dossier pour sécuriser la prise en
charge du patient », poursuit-il.
«Aujourd’hui, le DMP
est une armoire où s’empilent des documents non indexés, confirme le Dr Luc
Duquesnel, président de la
CSMF-Généralistes. Or, un
DMP n’est pertinent que s’il y
a une synthèse structurée, rapide à lire. Qui est responsable
si un antécédent n’a pas été indiqué ? Il faut d’abord définir
qui fait quoi, et à quel prix. »
Ce à quoi l’Assurance-maladie rétorque que la convention prévoit, via le forfait
patientèle, une rémunération pour
l’élaboration d’un volet de synthèse médicale.
Manque de simplicité
« Depuis le temps, il faut quand
même qu’on ait un dossier numérique. On est très en retard ! », reconnaît le Dr Philippe Vermersch, président du SML. « Mais pour que les
médecins l’adoptent, il faut que ce
soit simple, en phase avec nos logiciels métier et que ça s’incrémente en
un clic. Sans qu’on ait besoin de retaper tous les courriers », prévientil. Là encore, l’Assurance-maladie
se veut rassurante et affirme avoir
développé avec les éditeurs de logiciels des fonctionnalités permettant
aux médecins de consulter le DMP
de manière fluide à travers leur logiciel de tous les jours. « Le fait que
le patient ait accès à son dossier peut
également poser des problèmes, sur
certaines pathologies. Par exemple,
un paranoïaque qui ouvre son dossier, cela peut être contre-productif », observe enfin le Dr Philippe
Vermersch.
Au final, échaudés par quinze ans
d’errance sur le DMP, les médecins
restent prudents. Tous gardent en
tête la phrase de Xavier Bertrand,
ministre de la Santé, déclarant en
2005, le jour où les Jeux olympiques
étaient attribués à Londres : « Nous
n’aurons pas les JO en 2012, mais
nous aurons le DMP en 2007 ! »
M.-C. R.
Le DMP est au point
mort, mais je vais
le relancer très vite.
Il est impossible
de mener une
politique de santé
dans ce pays,
que ce soit en ville
ou à l’hôpital,
sans DMP
»
ROSELYNE BACHELOT
EX-MINISTRE DE LA SANTÉ,
EN JUIN 2007
Des déboires similaires
au Royaume-Uni
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
Début 2016, le ministre de la Santé
britannique, Jeremy Hunt, s’était
engagé à ce qu’à la fin de cette année-là, tous les patients aient accès à
leur dossier médical en ligne. À son
arrivée début 2018, le nouveau chef
des services informatiques du NHS
(National Health Service, service
national de santé) a promis une nouvelle fois la possibilité imminente
pour chaque patient de consulter son
dossier. On en est encore loin. L’objectif du NHS est désormais d’arriver
à ce que tous les dossiers soient numérisés et consultables par tous les
acteurs du secteur d’ici à la fin 2020.
La Grande-Bretagne a un avantage clair pour parvenir à cet objectif : l’essentiel des prestations de
santé relève d’un service public national intégré. Revers de la médaille, c’est un mammouth bureaucratique à l’organisation complexe.
Il est divisé en plusieurs dizaines
d’entités régionales autonomes qui
ne suivent pas forcément les mêmes
pratiques. Et corollaire de ce chantier, la protection de la confidentialité des données fait débat. Chacun
est censé pouvoir choisir de se retirer de cette future base de données.
La question du dossier médical
numérique est un serpent de mer.
En 2002, le gouvernement avait
lancé un vaste plan d’informatisation destiné à aboutir à un système
national unique d’échanges informatisés des données des patients.
Dix ans plus tard, après une gabegie
d’études et de contrats confiés à des
prestataires informatiques, le projet
a été abandonné. Le mot d’ordre est
désormais de parvenir à connecter
entre eux les différents systèmes
existants. Et ils sont nombreux.
PAUL DELORT/LE FIGARO
Promis depuis 2004, le dossier médical partagé (DMP) sera généralisé à l’automne.
Il doit permettre d’améliorer la qualité des soins, tout en faisant des économies. Ce nouvel outil
Le DMP est institué
par la loi du 9 août 2004
relative à la politique de
santé publique. Il faisait
alors l’objet d’un grand
consensus.
PATRICK KOVARIK/AFP, D. FAGET/AFP,
22
Ainsi, lors d’une consultation
chez le généraliste, celui-ci passe
plus de temps à pianoter sur son ordinateur qu’à ausculter son patient.
Les résultats d’analyses sanguines
ou d’examens radiologiques par
exemple arrivent directement dans
son dossier informatique, sans
même que le malade n’en soit informé. C’est d’ailleurs la croix et la
bannière pour connaître les résultats d’un test ou d’un examen qu’on
a subi. Modernité oblige, de plus en
plus, des ordonnances dématérialisées parviennent automatiquement
à la pharmacie la plus proche où votre prescription vous attend.
Système éclaté
À l’inverse, quand vous êtes envoyé
consulter un spécialiste, l’hôpital
n’a généralement pas accès au dossier du généraliste, et vice versa. Il
est fréquent que le patient doive envoyer son compte rendu au médecin-référent par courrier ou par…
fax. Bref, le système est éclaté.
Il existe malgré tout un pan particulier où une tentative de dossier
unifié a été lancée il y a une dizaine
d’années : le « summary care record », qui doit recenser les allergies connues du patient et les traitements qu’il prend afin d’éviter
les risques lors d’une intervention
d’urgence. Ce dossier peut en
théorie être consulté par tous les
établissements de soin, et même
progressivement les pharmacies,
ainsi que par l’intéressé s’il en fait
la demande auprès de son médecin
traitant. Cette coordination se met
progressivement en place au sein
de groupements régionaux de santé, sans être encore étendue audelà. L’accès à ces données par
tous les services d’urgence doit en
principe être mis en place cette
année. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Fin de parcours pour Martin Sorrell chez WPP
Une enquête interne a fait tomber le patron fondateur du numéro un mondial de la communication.
collectionneur d’art, Martin Sorrell,
surnommé le « troisième frère », a
piloté les acquisitions de leur agence, à l’origine de la campagne
triomphale de Margaret Thatcher
en 1979. Il flaire le bon filon. En
1985, il investit personnellement
dans Wire & Plastic Products, un
fabricant de paniers en fils de fer et
plastique que l’homme d’affaires va
transformer et hisser en un temps
record au sommet de la hiérarchie
mondiale. Il prend 30 % du capital,
multiplie les acquisitions (18 en trois
ans) et rebaptise l’ensemble WPP
après une OPA hostile sur l’agence
new-yorkaise J. Walter Thompson,
une « historique » devenue l’un des
premiers réseaux américains.
Si son père a tout donné à son
travail sans être propriétaire de sa
boîte, Martin Sorrell sera le bâtisseur et l’actionnaire de sa propre
entreprise. La boulimie de rachats
va l’accompagner. La mort de son
père en 1989 ne fera que renforcer
sa détermination. Martin Sorrell a
une idée fixe : bâtir un groupe international de services marketing.
Le champion du secteur, alors,
s’appelle Omnicom, né de la fusion
de DDB et BBDO, et il est américain.
Le jeune CEO a l’ambition de créer
un champion anglais et mondial.
WPP est coté au Nasdaq en 1988,
avant une deuxième OPA sur Ogilvy, qui lui fait risquer la faillite - en
raison d’une erreur dans le dossier
de financement - mais lui vaut de
devenir le leader mondial.
Déjà plus de la moitié du chiffre
d’affaires est réalisé en dehors de la
publicité, dans les relations publiques, les études, le conseil en marketing… WPP est une constellation
d’agences qui va prospérer dans les
années 2000, portée par la mondialisation des marques et donc de
leur communication. Les géants de
la grande consommation, de
l’automobile ou de la banque s’appuient sur ses réseaux mondiaux,
renforcés par les rachats de Young
& Rubicam en 2000 et Grey en
2005, pour déployer des campagnes globales. Le groupe britannique s’occupe de tout.
Mais, ces dernières années, le
vent a tourné avec l’essor du numérique. La croissance de WPP a commencé à ralentir. Martin Sorrell a
amorcé des changements d’organisation pour redresser la barre. Il appartient maintenant à celui ou celle
qui lui succédera de poursuivre
l’aventure, et de le faire sans l’énergie phénoménale de celui qui fut à
son origine. ■
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
PUBLICITÉ Certaines ascensions
impressionnent plus que d’autres.
Celle de Martin Sorrell est vertigineuse et exemplaire. En moins de
vingt ans, à partir d’une coquille
vide baptisée Wires & Plastic Products, celui qui s’est lui-même défini - avec l’ironie qui le caractérise comme un « terne et ennuyeux
comptable entré par accident dans la
publicité » a bâti le numéro un mondial de la communication : 15,2 milliards de livres (17,5 milliards
d’euros) de chiffre d’affaires, plus de
200 000 salariés répartis dans une
myriade d’agences dans 112 pays.
Anobli par la reine en 2000, sa fortune estimée en 2016 était de peu inférieure à celle de Sa Majesté, soit
moins de 340 millions de livres.
Mais, aujourd’hui, celui qui fut
durant trente-trois ans l’artisan de
cette incroyable réussite - WPP est
une entreprise très rentable qui a
fait gagner beaucoup d’argent à ses
actionnaires, dont lui-même - a dû
rendre les armes. Sir Martin Sorrell
a démissionné samedi de son poste
de CEO, sous le coup d’une enquête
qui a établi de sa part un « comportement inapproprié relatif à l’utilisation d’actifs de l’entreprise ». Dans
un communiqué, WPP a précisé que
ces allégations « ne concernaient pas
des montants cruciaux ».
Panne de croissance
Les honneurs sont à peine saufs, et la
manière est peu délicate. À 73 ans,
Martin Sorrell fait sa sortie dans des
conditions qu’il aurait voulu éviter,
mais qui devenaient inévitables.
Son salaire (actions comprises), qui
avait atteint 70 millions de livres en
2016, était devenu, ces dernières
années, l’objet d’un scandale. Les
performances de WPP ne justifiaient
plus, selon certains actionnaires, un
tel niveau de rémunération.
Sir Martin Sorrell (ci-dessus, en octobre 2017 devant le 10 Downing Street) a démissionné samedi de son poste de CEO de WPP.
La panne de croissance que traverse actuellement WPP n’est pas
étrangère à la chute du patron (lire
ci-dessous). Certains actionnaires
s’impatientaient aussi de voir mis
en place un processus de succession
« en douceur », comme le groupe
français Publicis, numéro trois
mondial, l’a finalisé en 2017 avec le
passage de flambeau entre Maurice
Lévy, 75 ans, et Arthur Sadoun, de
trente ans son cadet.
Interrogé de plus en plus fréquemment sur sa succession,
Martin Sorrell répondait invariablement que son mandat était entre
les mains du conseil d’administration. Ce dernier l’a pris au mot, le
mettant sous pression pour l’acculer à partir. Les allégations dont il
fait l’objet ne sont pas connues.
Mais certains médias spécialisés
évoquent des investissements hasardeux. En mars, Ad Age avait révélé que WPP faisait équipe avec la
société Cambridge Analytica, au
cœur du scandale Facebook, dans le
cadre d’un appel d’offres pour le
budget publicitaire de l’armée
américaine. Une collaboration qui
aurait été jugée fâcheuse et aurait
servi de prétexte.
Un marché chahuté à l’heure des changements
Croissance en berne, profits
sous pression, action en baisse
de 30 % en un an… de l’aveu
même de Martin Sorrell, « 2017
n’a pas été une bonne année ».
Pour les « holding companies »
(WPP, Omnicom, Publicis,
Interpublic…), les temps sont
agités. L’essor du numérique
remodèle le marché de la
communication. La concurrence
de Google ou de Facebook,
l’émergence de nouveaux
intermédiaires technologiques
et les velléités des géants
du conseil de venir chasser sur
leurs terres obligent ces poids
lourds à repenser leur modèle.
Après la succession de Maurice
Lévy chez Publicis, celle
de Martin Sorrell chez WPP
sera très suivie. Un trio composé
de Roberto Quarta, chairman
exécutif, et des directeurs
Mark Read (digital) et Andrew
Scott (opérations) assure
l’intérim.
A. D.
WPP a été « le centre de mon attention et une source d’énergie pendant tellement longtemps. Mais je
pense qu’il est dans l’intérêt de l’entreprise que je démissionne maintenant », a déclaré Martin Sorrell dans
un communiqué. C’est une vie de
dévotion qui s’arrête pour un homme qui ne se prédestinait pourtant
pas à la publicité.
Amour des chiffres
Né en 1945, fils d’un commercial
dans la distribution de produits électroniques - un bourreau de travail
qui lui inculque l’amour des chiffres
et des affaires -, Martin Stuart Sorrell a d’abord fait de brillantes études
(Cambridge, Harvard) qui l’orientaient vers la finance. La suite a été
un concours de circonstances. Mais,
avec constance, Martin Sorrell s’est
exercé à l’agilité. Formé aux montages financiers chez James Gulliver,
puis aux contrats pointus auprès
d’un agent sportif, il atterrit « par
hasard » chez Saatchi & Saatchi en
1975, en devient vite le directeur financier avant de se lancer dans ce
qui sera l’aventure de sa vie : WPP.
Au contact des frères Maurice et
Charles Saatchi, entrepreneur et
M. DUNHAM/AP
Bio
EXPRESS
1945
Naissance à Londres.
1968
MBA à Harvard.
1975
Rejoint Saatchi
& Saatchi.
1985
Rachète 30 %
de Wire & Plastic
Products (WPP).
1987
OPA sur J. Walter
Thompson.
1989
OPA sur Ogilvy.
2000
Rachat de Young
& Rubicam.
2008
Rachat de TNS.
EN BREF
Fnac Darty et Google
unis pour contrer Amazon
ALLEMAGNE : REPRISE
DES NÉGOCIATIONS
SALARIALES
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
Nous
« sommes
très heureux
de mettre
à disposition
du grand
public
nos dernières
innovations
afin d’enrichir
l’expérience
des clients
Fnac Darty
»
A
SÉBASTIEN MISSOFFE,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
DE GOOGLE FRANCE
DISTRIBUTION Le front anti-Amazon s’organise. Avant même l’arrivée en France de l’enceinte connectée Echo d’Amazon, prévue le 23 mai
prochain (voir nos éditions du 14 avril
2018), Fnac Darty a choisi son camp.
Le distributeur français a noué un
partenariat stratégique avec un
autre des Gafa, Google, dont l’assistant vocal, Google Home est le principal challenger de celui d’Amazon.
Fnac Darty ouvre dès ce lundi des
espaces de démonstration des produits Google dans ses magasins.
« Avec ce partenariat, nous nous posons très clairement en alternative
face à l’enceinte Echo d’Amazon »,
reconnaît Olivier Garcia, directeur
du développement commercial de
Fnac Darty. Une belle prise pour le
groupe français qui a fait des partenariats le cœur de sa stratégie pour
offrir plus de services à ses clients.
Dans ces corners de 10 à 50 m2,
l’enceinte connectée du groupe
américain, Google Home, ainsi que
l’ensemble de son écosystème (casque Bose, enceintes JBL, ampoules
Philips Hue…) sont à l’honneur. À
Paris, la Fnac Saint-Lazare est le
magasin vitrine. Les espaces ont été
conçus comme des intérieurs d’appartement « cosy », afin de mettre
en scène les différentes fonctionnalités de l’assistant de Google, de la
diffusion de musique (Deezer) à la
préparation de listes de courses
(Monoprix) en passant par la lecture
des informations (Le Figaro, France
Info). « Fnac Darty a toujours été
l’enseigne privilégiée pour les démonstrations de nouvelles technologies, explique Olivier Garcia. Le
groupe veut continuer à être un vecteur de démocratisation. »
Le vocal, nouveau canal
Le marché de la maison connectée
fait fantasmer enseignes et fabricants. Mais, si près d’un foyer américain sur cinq est équipé d’une enceinte connectée, l’usage est
méconnu en France, où ce marché a
atteint 22 millions d’euros l’an passé, selon GfK.
BECK DIEFENBACH/REUTERS
Le distributeur ouvre des espaces dédiés
à l’assistant vocal Google Home dans ses magasins.
Fnac Darty a noué un partenariat stratégique autour du Google Home.
La création de ces espaces s’inscrit dans un partenariat initié à l’été
dernier. Fnac Darty avait obtenu
trois mois d’exclusivité pour commercialiser Google Home. Il en a
profité pour faire de la pédagogie
autour de l’appareil et multiplier les
opérations commerciales. En ce
moment, le Google Home Mini est à
10 euros dès 150 euros d’achats. Le
timing de ce partenariat est stratégique. La France est le seul pays où
Google Home est arrivé en premier,
avant le Homepod d’Apple et Echo.
Le groupe californien est donc bien
décidé à garder une longueur
d’avance dans l’Hexagone, alors
qu’Amazon domine près des trois
quarts du marché américain.
Fnac Darty s’est positionné
d’emblée comme enseigne pionnière du « vocal ». Il a d’abord rendu disponible son « bouton Darty »
via l’assistant Google, permettant à
ses clients d’être rappelés par le
SAV Darty en cas de problème. Le
mois dernier, il a fait partie des trois
enseignes françaises (avec OUI.sncf
et Sephora) à intégrer la transaction
via Google Home : d’ici à la fin du
mois, il sera possible d’acheter livres, CD et DVD par simple commande vocale. D’autres fonctionnalités sont prévues. L’enjeu est clé.
Dans un marché naissant, la prime
va souvent au premier entrant.
Avec le vocal, il s’agit pour les marques et enseignes d’offrir de nouveaux produits et services aux
consommateurs, en s’intégrant
dans leur quotidien. Or le potentiel
est immense. Les Américains ont
dépensé l’an passé 2 milliards de
dollars via leur assistant personnel.
Ce chiffre devrait atteindre 40 milliards en 2022. ■
£ Les syndicats de la fonction
publique en Allemagne
ont repris dimanche
après-midi les pourparlers
avec le ministre de l’Intérieur.
Ils exigent une hausse de 6 %
des salaires et agitent
la menace de nouvelles grèves.
GM SUPPRIME
UN MILLIER D’EMPLOIS
AUX ÉTATS-UNIS
£ Le constructeur automobile
General Motors va supprimer
plus d’un millier d’emplois
dans son usine de Lordstown,
dans l’Ohio, en raison
de la baisse de la demande
pour les berlines et les citadines
aux États-Unis.
ADVENT POURRAIT
RACHETER LES
GÉNÉRIQUES DE SANOFI
£ Selon le Financial Times,
le fonds de capitalinvestissement américain
Advent International serait
en tête pour racheter Zentiva,
la division génériques
du français Sanofi en Europe,
qui est actuellement en vente.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
ENTREPRISES 25
Les investisseurs de Maranatha en quête
d’un miracle pour sauver toutes leurs mises
La déconfiture de l’hôtelier menace 5 700 épargnants. Les administrateurs judiciaires, soucieux qu’ils retrouvent
une part de leur investissement, ont laissé jusqu’à ce soir aux candidats au sauvetage pour déposer leur projet.
OLIVIER CARVIN
HÔTELLERIE Maranatha ? En araméen, cela signifie « viens, Seigneur ! ». On ignore pourquoi Olivier
Carvin a choisi ce nom pour le groupe qu’il a bâti depuis la fin des années
2 000. Mais les 6 500 investisseurs
qu’il a embarqués dans son aventure
ont bien besoin de ce cri de foi : 5 700
risquent de ne pas revoir la totalité
des 450 millions d’euros qu’ils ont
investis, sur la promesse d’une rentabilité garantie (7 % par an) et de la
possibilité de récupérer leurs mises
et les intérêts à tout moment. Ces
engagements intenables ont fini par
provoquer la chute du groupe.
Le sort de Maranatha et de ses
épargnants est entre les mains des
deux administrateurs judiciaires
choisis par le tribunal de commerce
de Marseille en septembre, lors du
placement en redressement judiciaire du groupe. Ceux-ci attendent
avant 18 heures, lundi, les projets
d’adossement élaborés par des groupes alléchés par les actifs hôteliers.
Un processus aussi complexe que le
système Maranatha lui-même.
Si Olivier Carvin présente son affaire comme le cinquième hôtelier
français, avec 1 800 salariés et 60
établissements réalisant un chiffre
d’affaires de 127 millions d’euros,
Maranatha n’est en fait propriétaire
d’aucun d’entre eux. La société a
été créée autour de trois métiers :
hôtellerie, immobilier et finance.
Selon son fondateur, la « synergie
des trois savoir-faire » lui a permis
de construire « le premier écosystème créateur de valeurs hôtelières ».
Le métier initial de Maranatha est
la gestion d’hôtels. Le deuxième est
d’acheter et de revendre des établissements (murs et fonds), dont
Maranatha ne détient qu’une minorité du capital. Cette part est logée
dans une société en commandite, ce
qui permet au holding de contrôler
chaque filiale. Le troisième métier,
c’est la finance : Maranatha crée des
« solutions d’investissement » qu’il
commercialise avec des conseillers
en gestion de patrimoine.
Les moins risqués (sur le papier,
en tout cas) de ces produits financiers ont fait vaciller l’ensemble de
l’édifice. Olivier Carvin a créé des
produits financiers adossés à l’un
des 28 hôtels du « pôle historique »
du groupe, comme l’ont baptisé les
administrateurs judiciaires pour le
différencier des autres entités, pour
la plupart non concernées par le redressement judiciaire.
Ces produits bénéficiaient de rémunération et liquidité garanties.
Quelque 3 500 assujettis à l’ISF ont
ainsi misé des tickets de 10 000 à
20 000 euros, ce qui leur permettait,
en vertu de la loi Tepa, de défiscaliser
45 % du montant investi. Un millier
d’épargnants ont eux placé de
100 000 à 120 000 euros dans des
produits logés dans des PEA, sans défiscalisation à l’entrée, mais avec un
objectif de plus-values non taxées.
Ces produits ont permis à Maranatha
de récolter 200 millions d’euros : deux
tiers pour acheter, sans dette, les hôtels (détenus à 95 % par les épargnants et 5 % par Maranatha), un
tiers pour financer les travaux censés
contribuer à la valorisation des établissements avant leur revente. Ce
pôle compte 28 hôtels de 2 à 5 étoiles à
Paris, dans les Alpes et en Provence.
Enquête préliminaire
Expert-comptable,
Olivier Carvin s’est
reconverti dans
l’hôtellerie au milieu
des années 2000.
Il a conçu et vendu
des produits financiers
adossés à des hôtels.
Des épargnants en
quête de rendement
et de défiscalisation
ont investi à ses côtés.
Mais sa garantie de leur
racheter leur part à tout
moment s’est avérée
impossible à tenir.
Le parquet a ouvert une
enquête préliminaire et
obtenu le redressement
judiciaire de son groupe.
Plus mal lotis encore, quelque 1 200
épargnants ont financé, en 2015, le
rachat du groupe Hôtels du Roy, six
établissements de luxe, dont le California (Paris) et La Pérouse (Nice). À
côté de Maranatha, actionnaire à
20 % de ce pôle, ils ont misé
200 millions d’euros, avec des tickets de 100 000 à 5 millions. Comme
il a fallu, cette fois, s’endetter, le
fonds Cale Street détient une créance
de 275 millions d’euros, ce qui rend
le dossier encore plus compliqué.
Le rendement garanti par Maranatha et la possibilité de céder leur
part avant la revente des hôtels ont
grisé les épargnants. Dépassé par
son succès, Olivier Carvin a acheté
des hôtels trop cher, diminuant la
perspective de plus-value. 80 millions collectés auprès de centaines
d’épargnants n’auraient été investis
nulle part. Et la baisse de fréquentation des hôtels depuis les attentats a
fragilisé leurs comptes et leur perspective de revente au prix fort.
Intenable, la promesse de liquidités a perdu Maranatha. Le groupe
est même soupçonné de s’être servi
de collectes non affectées ou destinées aux travaux pour racheter les
parts d’investisseurs voulant sortir.
Un schéma semblable à une pyramide de Ponzi. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête préliminaire sur le sujet, mais celle-ci est
en suspens, la priorité étant de trouver une solution pour l’avenir du
groupe et pour ses épargnants lésés.
Dans ce contexte, Olivier Carvin est
resté à la direction du groupe.
Le procureur de la République a
obtenu le redressement judiciaire
de Maranatha et la nomination de
deux administrateurs. Désireux de
préserver l’intérêt des épargnants
(souci partagé par Olivier Carvin,
qui souhaite ainsi minimiser l’impact du volet pénal de l’affaire), ces
derniers veulent éviter le démantèlement et la vente rapide des hôtels.
Leur idée ? Adosser l’empire à un
investisseur unique, le cas échéant
associé à un gestionnaire d’hôtels.
Celui-ci reprendrait les parts de
Maranatha dans chacun des 28 établissements du pôle historique et
dans les Hôtels du Roy, la filiale Maranatha Gestion Hôtelière (avec les
mandats de gestion de 60 hôtels au
total) et l’ensemble des 98 salariés
des sociétés de tête du groupe.
Les administrateurs demandent
aux candidats à l’adossement de
présenter une porte de sortie aux
épargnants. Ces derniers devront
faire une croix sur le rendement,
mais ils se verront proposer deux
modes de rachat de leurs parts : l’un
immédiat, sans doute avec une décote de 50 à 60 %, selon des proches
du dossier. Ceux qui ont bénéficié
d’une défiscalisation à l’entrée
pourraient choisir ce schéma. Les
autres ont intérêt à profiter de l’option de sortie différée, lors de la revente de l’hôtel d’ici trois à cinq ans.
Ils peuvent alors espérer, mais sans
garantie aucune, retrouver de 80 à
90 % de leur mise. D’ici là, il faudra
financer et réaliser les travaux.
Ce dossier, déjà complexe s’agissant du pôle historique, vire au casse-tête s’agissant de la filiale Hôtels
du Roy, la plus convoitée par les
sauveurs potentiels. « C’est bien
simple, on ne sait pas qui en est le propriétaire », lâche l’avocat d’un candidat à la reprise. Et pour cause : les
actions de cette filiale, exigées par
Cale Street en échange de sa créance, ont été placées sous séquestre par
la justice, le temps qu’aboutisse la
médiation entre le fonds et les administrateurs judiciaires.
Ces derniers cherchent à dissuader Cale Street de mettre à exécution sa menace de récupération des
titres, ce qui ferait perdre la totalité
de leurs mises aux épargnants ayant
financé l’acquisition des Hôtels du
Roy. Ils veulent, au contraire, que le
fonds anglais abandonne une partie
de sa créance, afin d’éviter un naufrage pour les épargnants. Pour l’en
convaincre, ils menacent de demander au tribunal d’engager une
procédure de fusion des passifs du
groupe Maranatha, ce qui réduirait à
30 % la participation de Cale Street
en cas de récupération des titres.
Les épargnants lésés par Maranatha, dont certains ont porté plainte,
seront fixés dans les semaines à venir. Dans tous les cas, ils auront à
voter sur le plan retenu par les administrateurs judiciaires. ■
MARANATHA SAS
gestion
100 %
Supervise l’acquisition et la revente
de l’hôtel, dont il détient
une participation minoritaire avec
un système de commandite lui
permettant le contrôle de la société
Vend des produits
financiers aux
investisseurs
privés, qui
deviennent ainsi
copropriétaires
de l’hôtel.
Maranatha SAS
leur garantit à la
fois un rendement
annuel de 7 %
et la possibilité
de revendre
leur part quand
ils le souhaitent.
Une promesse
impossible à tenir,
ce qui a précipité la
chute du système
Maranatha.
vente
MARANATHA
gestion hôtelière
participation
Gère l’hôtel
au quotidien
L’Hôtel Dolce Frégate Provence,
à Saint-Cyr-sur-Mer (Var).
MARANATHA
ENQUÊTE
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
ET MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
Investisseurs privés
(ils sont 5 700
pour 34 hôtels)
offres
« neLesseront
pas déposées
au greffe
du tribunal
de commerce.
Cela signe
un manque de
transparence
»
L’AVOCAT D’UN CANDIDAT
Les modalités fixées par les administrateurs judiciaires pour le sauvetage
de Maranatha en déconcertent plus
d’un. Vingt-sept candidats (fonds
d’investissement, experts immobiliers, groupes hôteliers) ont planché
sur le dossier. Certains ont jeté
l’éponge, telle la Foncière des murs.
Il semble impossible de récupérer
des hôtels sans risque et à bon prix.
Non seulement les administrateurs
ont rédigé un cahier des charges
avec leur « scénario de reprise des
actifs et simulation de restructuration », mais ils y précisent que « les
informations et documents de la data
room émanent de l’entreprise et n’ont
pas pu être systématiquement vérifiés
par les administrateurs judiciaires.
Leur responsabilité ne pourra pas être
engagée pour toute inexactitude ou
erreur dans les éléments fournis ».
Une poignée d’offres sérieuses
sont pourtant attendues lundi. Elles
devraient émaner des hôteliers AccorHotels (associé à Colony Capital)
et Paris Inn, et des fonds Tikehau,
D&K, Attestor et 123 IM. « Contrairement à un processus classique, les
offres ne seront pas déposées au
greffe du tribunal de commerce, regrette l’avocat d’un candidat. Cela
signe un manque de transparence. »
Coups de théâtre possibles
Autre originalité, ce sont les deux
administrateurs qui départageront
les offres, non le tribunal. Celle retenue sera soumise aux épargnants
lors des assemblées générales des
sociétés où ils ont investi. C’est seulement ensuite que le plan de redressement sera soumis au tribunal.
D’ici là, des coups de théâtre sont
possibles. Certains jasent sur la mé-
sentente supposée entre les administrateurs et la rivalité entre les
deux collectifs d’épargnants. Entre
les candidats, tous les coups semblent permis, comme accuser un rival d’être proche du fondateur de
Maranatha pour effrayer administrateurs et épargnants. « Je laisserai
les clés et la gestion des hôtels au refinanceur et mon rôle sera terminé à
l’issue du redressement judiciaire »,
assure de son côté Olivier Carvin.
Plus loyalement, des candidats
font valoir leur savoir-faire dans le
redressement d’hôtels, tels Paris
Inn et 123 IM. « La rentabilité du périmètre historique de Maranatha a
été impactée par des fermetures, un
manque de travaux et des surcoûts
d’exploitation, selon Antonio Graça,
directeur associé de 123 IM. En imposant une gestion aux standards de
notre portefeuille et mettant en place
des ressources financières faiblement
dilutives, nous pourrons apporter des
perspectives de rebond à ces actifs et,
par conséquent, des perspectives aux
épargnants, avec une recovery de
l’ordre de 80 % en moyenne sur ce
périmètre. » ■
I. L. ET M. V.
A
Foire d’empoigne en vue entre AccorHotels-Colony, Paris Inn, Tikehau et 123 IM…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
CHRONIQUES
BLOC NOTES
JACQUES-OLIVIER MARTIN
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
Les services publics sont bien trop chers et leur qualité fort médiocre.
Kane ou Rubempré ?
Un jeune homme au visage blanc
assis derrière un grand bureau
sombre, engoncé dans un costume neuf, au cou une cravate qu’il
n’a probablement pas nouée, et
tout autour des hommes et des
femmes qui ont l’âge d’être ses
parents. Il s’agit de Mark Zuckerberg devant les sénateurs et
les députés. Ce grand oral a fait le
tour du monde. Seule l’Amérique
qui fait de ses entrepreneurs des
héros romanesques peut offrir un
tel spectacle.
Qui n’a pas un instant pensé que
les images de cet homme isolé,
critiqué, malmené ouvriraient
formidablement le deuxième volet du biopic de Facebook ? Le
premier, The Social Network, est
le récit à peine romancé de la
création de ce qui va devenir le
plus grand réseau social de la planète. « Falot, mal dans sa peau,
Mark Zuckerberg va, en une nuit,
inventer un site en piratant les
photos des filles du campus de
Harvard. Il s’agit de voter pour la
plus canon. Succès immédiat et
début des ennuis. C’est la naissance du premier réseau social qui,
paradoxalement, coupera son
auteur de lui-même, de ses proches et du monde. La fin est amère
et la démonstration brillante »,
écrit Le Figaro à sa sortie en 2010.
Ni complaisant ni atrocement
méchant, le film est salué par les
spectateurs. Beaucoup moins par
le jeune entrepreneur.
Quel sera le scénario de ce second
volet ? Il est trop tôt pour le dire,
mais nous retrouvons notre héros
en très grande difficulté, coupable de ne pas mettre en sécurité
les données des utilisateurs et incapable de lutter contre la propagation de fausses informations.
L’homme est pris en tenailles entre la perte de confiance, cruciale
lorsqu’il s’agit d’un réseau social,
et des autorités américaines et
européennes qui ont bien l’intention de mettre au pas « le monstre », comme l’a qualifié le sénateur Graham : « Si on compte sur
Facebook pour s’autoréguler, on
court à l’échec. »
Ses concurrents se gardent bien
de prendre sa défense. Ils ont tout
à gagner à voir la réputation de
Facebook abîmée. Mais ne
soyons pas naïfs. Ils sauront sortir de leur silence quand il s’agira
de défendre le droit de monétiser
ces précieuses données qu’ils
collectent et qui sont source de
richesses.
Le décor est donc planté ! À partir
de là, deux options. Soit la chute
d’un Citizen Kane 2.0. Après tout,
qui en 2000 aurait parié un dollar
sur l’inexorable descente aux en-
Les Français surestiment grandement
leur vraie richesse et le PIB du pays
fers de Yahoo !, le numéro un
mondial d’Internet ? Soit un scénario à la Capra dans lequel Mark
Zuckerberg réussirait à déjouer
tous les pièges, sauver son groupe, sa famille, reconquérir son
honneur bafoué et retrouver une
place de choix au sommet du
monde des affaires…
Souvenons-nous de Lucien de
Rubempré, jeune héros balzacien
qui a connu la gloire avant de
s’effondrer. Il s’est relevé avec
l’aide de Carlos Herrera. Le plus
machiavélique des abbés de la
littérature a su trouver ces mots
capables de galvaniser n’importe
quel ambitieux : « Comment,
vous n’éprouvez pas l’envie de
monter sur le dos de ceux qui vous
ont chassé de Paris ! »
LE PRINTEMPS
DE LA PETITE REINE
Qui a oublié la petite fée de notre
enfance ? Celle qui pouvait avec
sa baguette magique changer
une citrouille en carrosse, un
crapaud en prince charmant, du
sable en pièces d’or. À sa manière, le numérique et les nouvelles
technologies ne manquent pas
de magie. Vous rêviez d’une voiture sans chauffeur ? Elle arrive.
Le taxi volant comme dans Les
Mille et Une Nuits ? Des dizaines
de start-up déploient leurs prototypes. Sans parler d’Hyperloop, le train à 1 000 km/h, ou les
avions fusées pour un voyage
dans l’espace. Tous les modes de
transport sont gagnés par cette
révolution, y compris les plus
simples, les moins technologiques en apparence, à l’instar de
la bicyclette.
Miniaturisation des batteries,
promotion de l’exercice physique, objets connectés et Internet
sont les petites fées de la petite
reine. Le libre-service sonne le
retour massif du vélo dans les
villes pour le plus grand bonheur
des municipalités, l’assistance
électrique attire de nouveaux cyclistes, l’e-commerce dope les livraisons à coups de pédales. La
bicyclette est devenue un marché plein de promesses.
Même Uber qui rêve d’avionstaxis et de voitures sans chauffeur a ouvert son porte-monnaie
pour s’offrir des vélos en libre
partage à San Francisco. Son
concurrent Didi l’avait précédé
en menant une opération de
même nature en Chine. Les marques de luxe, comme Lamborghini ou BMW, font le pari du
vélo de luxe ou technologique,
vendu au prix d’une voiture.
L’innovation est décidément la
plus belle des inventions ! ■
C
ette cheminote entendue à la télévision
n’en démord pas :
« Nous ne voulons pas
être rentables, nous
voulons être utiles. »
Voilà qui est beau comme l’antique, et elle a entièrement raison.
« C’est proprement ne valoir rien
que de n’être utile à personne »,
écrivait Descartes dans son Discours de la méthode (1637). Le seul
hic, comment évaluer cette utilité ? Quel est son prix, quel est son
coût ? « La santé n’a pas de prix,
mais elle a un coût » : la formule
ressassée ad nauseam résume tout
le drame de l’Assurance-maladie,
notamment en ce qui concerne ces
« traitements innovants » de l’hépatite C qui peuvent dépasser
40 000 euros par patient.
Pour la SNCF, la distinction est
assez facile à établir. Selon le rapport Spinetta publié en février, les
coûts d’exploitation de la compagnie ferroviaire s’élèvent à
22,2 milliards d’euros l’an, dont
10,5 milliards financés par des subventions publiques et par « le versement transport » des entreprises. Précisons que ces chiffres
n’incorporent pas la contribution
annuelle de l’État au financement
du régime spécial de Sécurité sociale des agents de la SNCF, à hauteur de 4,2 milliards en 2016. Au
total, les usagers du train n’acquittent qu’un peu plus de la moitié du
coût de transport, le contribuable
faisant l’appoint.
La proportion est du même ordre
pour la RATP dont les recettes provenant de la vente de tickets et de la
carte Navigo ne couvrent que 52 %
des coûts de la Régie autonomie des
transports parisiens. Mieux encore
que la RATP et la SNCF, l’Opéra national de Paris permet à ses spectateurs de payer moins de la moitié du
prix réel de leur billet, la subvention
de l’État, et dans une assez faible
mesure le mécénat privé de l’Arop,
assurant le reste. Le mélomane qui
se rend à l’Opéra Garnier ou à Bastille éprouve donc un plaisir à la fois
esthétique (« la musique creuse le
ciel », selon Baudelaire) et économique, car il creuse les déficits publics pour son seul agrément !
Trêve de plaisanterie, les subventions à haute dose dénaturent
complètement la valeur des choses
et les choix collectifs. Quel est le
prix que le voyageur accepte réellement de payer pour prendre le
train ? Et au nom de quoi l’auditeur
de Don Giovanni ou de Tristan est-il
autorisé à se faire offrir ses extases
lyriques par l’impôt ? Au-delà des
entreprises publiques subventionnées, ce sont en réalité des pans
entiers de l’activité productive
dont on ne sait plus quelle est
aujourd’hui la vraie valeur.
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
Mesurer la valeur des services
« publics
en fonction de leur coût
et non de leur utilité réelle est fort
contestable, même si personne
n’a trouvé de meilleure solution !
»
IDÉES
LIVRES
Rappelons que le PIB, le produit
intérieur brut qui mesure la richesse produite annuellement par un
pays, est calculé en fonction des
prix auxquels les biens et les services s’échangent sur le marché. Mais
quid des produits et principalement
des services publics (enseignement, justice, police, défense, etc.)
qui n’ont pas de prix ? Depuis la
création de la comptabilité nationale, à la fin des années 1940, les
règles internationales établies par
l’ONU ont stipulé que les activités
« non marchandes » seraient valorisées en fonction de leurs coûts
(principalement salariaux).
Le PIB total de la France, 2 228,9
milliards d’euros en 2016, se décompose ainsi en deux parties : le
PIB marchand, de 1 828 milliards
d’euros, et le PIB non marchand, de
400,9 milliards d’euros, selon les
chiffres de l’Insee. Il faut rendre
hommage à notre institut national
de la statistique d’établir cette distinction entre « marchand » et
« non marchand », même si on n’en
parle pratiquement jamais. Très peu
de ses homologues étrangers font ce
calcul, quand bien même le FMI et
l’OCDE l’ont ardemment recommandé à partir de 2008.
L’une des difficultés est que la
frontière entre les deux est parfois
fragile. Ainsi la Commission de
Bruxelles, obsédée par les subventions des États aux entreprises, a
décrété qu’une entreprise publique
ayant une fonction de production
est classée dans le PIB « marchand » à la condition qu’elle cou-
vre au moins la moitié de ses coûts
par des recettes propres. Moyennant quoi la production de la SNCF
et de la RATP est incluse dans le PIB
« marchand », mais seulement
pour la partie couverte par la vente
des billets, précise-t-on à l’Insee.
Reste que mesurer la valeur des
services publics en fonction de leur
coût et non de leur utilité est fort
contestable, même si personne n’a
encore trouvé de meilleure solution. Plus on accroît le nombre de
fonctionnaires et plus le PIB « non
marchand » s’améliore. Le fait est
que ce dernier a augmenté de
16,3 % depuis 2008 en France, alors
que le « PIB marchand » ne progressait pour sa part que de 10,7 %.
Certes, les comparaisons internationales sont défectueuses puisque de nombreux pays n’identifient pas leur PIB « non
marchand » en tant que tel.
L’OCDE n’en a pas moins calculé
une sorte de substitut en agglomérant les services publics administratifs, les dépenses de santé et
d’éducation. Ces trois éléments représentent 23 % du PIB total en
France, 18 % en Allemagne et au
Royaume-Uni et 16 % au Japon. Or
ce surcroît quantitatif ne se traduit
pas par une qualité de service supérieure, bien au contraire comme
en témoignent les comparaisons
internationales, et notamment
l’enquête Pisa de l’OCDE en matière d’éducation où la France est très
mal classée. « Il y a un problème
d’efficience des services publics en
France », reconnaissait la semaine
dernière François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de
France. Notre richesse nationale
telle que l’évalue le PIB est à l’évidence très surestimée car sa partie
« non marchande » est surpayée et
gonflée à l’hélium. Il serait temps
d’arrêter de prendre les vessies
pour des lanternes.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
26
Emmanuel Egloff£@eegloff
A
Partager sa voiture, dernier espoir d’un « bagnoleux »
les inconvénients liés à l’objet, expliquant que « la bagnole pollue,
congestionne et tue. Comment le
nier ? ». Le changement à venir
provient, selon l’auteur, des
contraintes environnementales.
« L’alternative est simple. Soit la
voiture s’adapte à la nouvelle donne
écologique, soit elle disparaît. »
chef d’entreprise. Cette révolution,
vous ne devez pas la subir. Vous et
moi devons en être les acteurs. » Le
décor est donc planté. Malgré son
attrait pour la voiture, il ne nie pas
Exclusion sociale
EXILS, TWITTER
AUTOMOBILE Avoir eu comme
première voiture une R8 Gordini, ça
vous pose un homme. Jean-Claude
Puerto-Salavert est un « bagnoleux », c’est clair. Toute sa carrière
est même liée à la voiture, puisqu’il
a cofondé ou créé deux entreprises
de location de voiture. Ada en 1988,
qui appartient aujourd’hui au groupe G7. Puis Ucar, qu’il dirige encore, en 1999. Mais Jean-Claude
Puerto-Salavert s’inquiète. Il a
compris que la voiture change. Et
qu’il va falloir se battre pour que ce
changement ne soit pas trop désagréable pour les amoureux de la
voiture.
C’est la raison qui l’a poussé à
écrire un livre, petit mais vif et engagé. Son espoir est parfaitement
résumé dans le titre : #partage ta
bagnole ! « Votre vie d’automobiliste va changer radicalement dans les
dix prochaines années, prévient le
JEAN-CLAUDE PUERTO-SALAVERT
« #PARTAGE TA BAGNOLE ! »
Exils
L’évolution est déjà en cours. Et
ceux qui la mènent inquiètent le
chef d’entreprise au plus haut
point. « Le juste combat contre les
impasses d’une circulation dérégulée
s’est transformé en une croisade anti-voitures qui ne souffre pas de
contradiction »,
s’alarme-t-il.
Dans sa ligne de mire, les municipalités, chercheurs, ONG qui rêvent d’un monde sans voiture. Et
de rappeler que ce débat est très
ancien. Georges Clemenceau esti-
mait ainsi la voiture « dangereuse,
puante, inconfortable, ridicule » et
« vouée à un oubli rapide ».
Surtout, l’auteur souligne que
les mesures prises sont en passe de
créer un phénomène d’exclusion,
un point effectivement rarement
pris en compte par les contempteurs de la voiture individuelle.
Jean-Claude Puerto-Salavert souligne que « les propriétaires de ces
autos mises au ban de la société sont
les plus modestes », ce qui fait que
« la conduite automobile devient un
luxe réservé aux puissants et aux riches ». Pour lui, il n’existe donc
qu’une seule voie de salut : la fin de
la propriété et la voiture partagée.
D’abord, parce que c’est bien la
possession d’une voiture à 100 %
du temps quand son utilisation
réelle n’est que de quelques pour
cent qui rend son coût élevé. Et de
plus en plus élevé, avec les nouvel-
les contraintes environnementales. Surtout, il faut que cette voiture partagée soit neuve, car c’est
grâce à ses systèmes antipollution
dernier cri, ou à sa propulsion
électrique, qu’elle pourra répondre
aux normes environnementales les
plus strictes. Mais le choix n’est pas
encore fait. « Soit la prohibition
s’impose et les vieilles voitures, celles des plus pauvres, sont parquées
hors des espaces urbains. Soit le
partage des voitures neuves se généralise et régénère l’ensemble du
parc automobile. »
Dernière question à résoudre : qui
sera le propriétaire de cette voiture
partagée ? Car il en faut bien un, au
final. Jean-Claude Puerto-Salavert
plaide pour sa paroisse, à savoir des
professionnels de la location. Et surtout pas les grandes plateformes
mondialisées, comme Uber. La lutte
s’annonce sévère, pourtant. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
DÉCIDEURS
AVEC
27
« L’entreprise joue un rôle sociétal »
pliquée. Comme tout citoyen,
une entreprise paie des impôts
qui financent la construction des
routes, l’éducation, la sécurité et
d’autres services qui lui permettent de se développer. Ses dirigeants peuvent donc légitimement se demander si s’engager
davantage dans le financement
de missions d’intérêt général relevant de l’État ne revient pas à
payer deux fois des impôts.
JEAN-LOUIS
CHAUSSADE
Fournir un produit
ou un service de bonne qualité
sert-il l’intérêt général ?
J.-L. C. - Oui, bien sûr, c’est
même un élément essentiel de la
vie et de la survie de l’entreprise.
Suez doit proposer des services de
bonne qualité pour être crédible.
FRÉDÉRIC
MAZZELLA
PROPOS RECUEILLIS PAR
YANN LE GALÈS £@YannLeGales
INTERVIEW Jean-Louis Chaussade, directeur général de Suez,
et Frédéric Mazzella, président
fondateur de BlaBlaCar, dialoguent.
LE FIGARO. - L’entreprise
doit-elle jouer un nouveau rôle ?
Jean-Louis CHAUSSADE. - Une
entreprise ne peut plus se
contenter de produire comme au
XIXe siècle. Elle doit participer à
la société. Désormais, les parties
prenantes que sont les salariés,
les clients, les actionnaires, les
fournisseurs, les investisseurs, les
pouvoirs publics lui demandent
de plus en plus de jouer un rôle
sociétal.
Le groupe Suez a-t-il
un engagement sociétal ?
J.-L. C. - Oui, bien sûr que le
groupe a un engagement sociétal,
et ce depuis toujours. Nous en
sommes d’autant plus conscients
que nous sommes une entreprise
de services avec pour missions
principales de délivrer chaque
jour des millions de mètres cubes
d’eau potable à des millions de
personnes et de collecter des millions de tonnes de déchets chaque jour dans le monde. Nous ne
pouvons réussir que si nous sommes totalement intégrés dans le
tissu social des pays où nous travaillons et prenons en compte
l’intérêt sociétal. Un chef d’entreprise ne peut être indifférent
au monde qui l’entoure, il doit
avoir un regard humaniste.
BlaBlaCar est-elle
une entreprise responsable ?
Frédéric MAZZELLA. - Nous
sommes une entreprise à mission. Notre enjeu est sociétal.
Nous voulons permettre à la société d’optimiser l’usage des voitures en diminuant la pollution.
Nous sommes partis d’un
constat : les voitures sont utilisées 5 % de leur temps. Elles
transportent très souvent une
seule personne. Nous avons donc
proposé de changer les usages en
utilisant la technologie numérique pour permettre une mobilité
partagée.
J.-L. C. - L’évolution des usages
est aussi au cœur des préoccupations de Suez. Il y a cent ans, nous
traitions l’eau des rivières pour la
rendre potable afin d’éviter que
les épidémies se répandent dans
les grandes villes européennes où
la révolution industrielle avait
attiré des centaines de milliers de
personnes. Aujourd’hui, notre
principale mission est de protéger l’eau pour l’humanité, qui
comptera 9 milliards d’habitants
dans un proche avenir. J’ajoute
qu’une entreprise responsable est
une entreprise qui aime le futur,
qui l’invente tous les jours et qui
le fait partager à ses parties prenantes. L’un des enjeux majeurs,
aujourd’hui, c’est d’inventer un
modèle économique qui génère
de la croissance, sans consommer
trop de ressources, sans impact
Frédéric Mazzella,
fondateur de BlaBlaCar
(à gauche), et
Jean-Louis Chaussade,
directeur général
de Suez.
FRANÇOIS BOUCHON/
LE FIGARO
négatif sur l’environnement, et
qui crée de l’emploi.
La technologie contribue-t-elle
à créer des produits et des
services plus responsables ?
F. M. - Je suis convaincu que le
covoiturage existerait depuis
1909 si l’Internet était apparu la
même année que la Ford T, qui a
été créée en 1908.
CONFIDENCE
QUELLE PERSONNALITÉ AVOCATE
DU CAPITALISME RESPONSABLE
VOUS INSPIRE ?
Jean-Louis CHAUSSADE. - Gérard Mestrallet
m’inspire pour sa capacité à construire un grand
groupe vers l’international. J’admire Nelson
Mandela qui a su réconcilier deux peuples,
Winston Churchill pour son extraordinaire vision,
et enfin Simone Veil pour le changement de
société qu’elle a su incarner.
QUELLE INITIATIVE ADMIREZ-VOUS ?
Frédéric MAZZELLA. – J’admire les initiatives qui
visent à optimiser nos ressources tout en trouvant
un équilibre économique, car elles ont le pouvoir de
faire évoluer nos comportements de manière
durable et massive et de minimiser nos impacts
sur l’environnement. Je pense à deux initiatives
récentes : Back Market, qui reconditionne
des produits électroniques, et To Good To Go,
qui évite le gaspillage de nourriture.
Faut-il privilégier
les actionnaires ?
J.-L. C. - Longtemps, il a été
considéré que l’entreprise était
essentiellement
responsable
auprès de ses actionnaires. Or le
dirigeant doit écouter toutes les
parties prenantes. Je suis
convaincu que définir des priorités qui ne sont pas exclusivement
financières contribue au succès
de l’entreprise. Dans notre métier de l’eau, dégager les profits
ne doit pas être la priorité absolue. Notre mission consiste à
mettre à la disposition de tous
nos clients de l’eau potable, à
traiter leurs eaux usées en proposant des tarifs adaptés.
L’entrepreneur permet-il
au capitalisme de devenir
plus responsable ?
F. M. - Les mécanismes classiques
du capitalisme ne permettent pas
de réduire la pollution, malgré les
sommets organisés sur le changement climatique. L’entrepreneur a le pouvoir de décider de
mieux utiliser les ressources. Il
peut le faire en changeant les
usages ou en utilisant les technologies qui permettent d’atteindre
cet objectif.
Les entreprises doivent-elles
payer moins d’impôts si elles
jouent un rôle sociétal de plus
en plus important ?
F. M. - C’est une question com-
TOP
OPHELIE BERTHET, JULIEN LUTT , AMAZON
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Ronan Bole
â LES
Frédéric Duval
Patrick Labarre
Partagez-vous les valeurs
de BlaBlaCar ?
F. M. - Ma démarche est authentique. J’ai créé une entreprise qui
me ressemble. Je suis convaincu
que la mission de BlaBlaCar est
bonne.
Quel est le rôle des salariés
dans la réussite de l’entreprise ?
F. M. - Il est essentiel que la
priorité de l’entreprise soit de rendre ses employés le plus heureux
possible. Car les salariés heureux
font des clients heureux. Ce cercle
vertueux contribue à la bonne
santé financière de l’entreprise.
J.-L. C. - Les salariés ont un rôle
essentiel, avoir des équipes motivées est primordial. Suez,
contrairement à BlaBlaCar, ne
recrute pas que des jeunes diplômés bac + 5. Nous recrutons des
personnes qui ont des formations
et des responsabilités très différentes. Nos chauffeurs de camions bennes, nos agents de réseaux d’eau, nos techniciens, nos
ingénieurs, nos chercheurs, etc.,
tous les collaborateurs contribuent aux succès du groupe. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Anne-Marie Husser
DÉCIDEURS d’Amazon France
Amazon France est sur tous les fronts. Le
23 avril, le groupe lancera dans l’Hexagone
son enceinte connectée Alexa. Le premier
distributeur de produits non alimentaires en
France a aussi officialisé début mars son
alliance avec Monoprix (groupe Casino)
1993
pour l’ouverture d’un supermarché virtuel
Débute comme
destiné aux Parisiens. De quoi encore un peu
chef d’atelier
plus étoffer l’offre alimentaire de l’e-comchez Renault
merçant, lui qui dispose déjà de plus de
2005
250 millions d’articles en permanence sur le
Devient directeur
site, contre 100 000 dans les supermarchés
de la supply
chain Europe
classiques. Assistance à commande vocale,
de TCL Multimedi
alimentation ou encore séries (Deutsch-lesLandes), les conquêtes du pro de la livraison
2006
express se multiplient sur le sol français, où
Arrive comme
directeur financier 2 milliards d’euros ont déjà été investis en
France d’Amazon.fr 2010, avec une embauche de 2 000 CDI supplémentaires en 2018, contre 1 500 l’an der2015
nier, pour un effectif de bientôt 7 500 salaDevient DG
d’Amazon France
riés. Une réussite pour Frédéric Duval,
DATES
CLÉS
Quelle est votre conception
du rôle de dirigeant ?
J.-L. C. - Un dirigeant n’est pas
une machine à diriger. Je suis un
homme qui a un regard sur les
pays où Suez est présent, sur les
personnes avec lesquelles je
travaille. J’ai un regard humaniste sur les clients et les métiers de
l’eau et des déchets. Je sais que
nous devons inventer les technologies qui permettent à des
populations en souffrance d’avoir
accès à l’eau à des prix abordables en respectant notamment
les règles de l’ONU. Si je n’avais
pas cette conception de mon rôle,
je ne pourrais pas diriger Suez.
directeur général de la France où l’entreprise compte cinq centres de distribution,
deux centres de tri, sept agences de livraisons ainsi que des bureaux à la Défense et à
Clichy.
Un pro de la logistique
Arrivé en 2006 chez Amazon, Frédéric
Duval a longtemps évolué à des responsabilités européennes et financières, avant de
prendre les rênes de la France en 2015.
D’abord directeur financier France d’Amazon.fr, il devient en 2012 directeur des opérations de la filiale tricolore, puis vice-président en charge des finances des
consommateurs européens pendant un an,
de 2014 à 2015. Étranger au secteur de
l’e-commerce, Frédéric Duval est rentré
chez Amazon par la porte de la logistique,
domaine décisif pour l’e-commerçant qui a
su devenir le champion des livraisons ultra-
rapides, parfois en moins de 24 heures.
Diplômé de l’École des mines de Nancy,
ainsi que de l’université de Strathclycle en
Écosse, il commence dans l’automobile chez
Renault, où il œuvre de 1993 à 2000. Il entre
ensuite chez TCL (ex-Thomson) au sein du
pôle multimédia, où il sera successivement
contrôleur financier européen, contrôleur
des opérations financières Europe et Asie,
puis directeur de la logistique européenne.
Pour diriger Amazon France, c’est un
comité de direction resserré que l’ingénieur
de 49 ans a rassemblé autour de lui. Il y a
d’abord Ronan Bole, à la direction des opérations. Mi-ingénieur (école nationale
d’ingénieurs de Metz), mi-manager (Kedge), il a d’abord piloté la direction générale
de la région Lille d’Amazon avant de prendre celle des opérations en 2016. Avant
Amazon, il avait œuvré chez l’équipementier automobile Valeo à la direction des opé-
rations et logistique. Patrick Labarre, directeur de la martketplace Amazon France, est
quant à lui un double expert de l’e-commerce et de la logistique. Ex-directeur
général du site d’ameublement et d’équipement MisterGooddeal, le centralien a aussi
été responsable logistique chez L’Oréal, puis
chez Ventadis, pôle de vente à distance du
groupe M6. Dernier décideur du tableau,
Anne-Marie Husser dirige les ressources
humaines pour la France, un poste clef
compte tenu des nombreux recrutements
prévus et de la cadence de travail dans les
entrepôts, parfois critiquée. Cette diplômée
d’Audencia peut s’appuyer sur son expérience de DRH dans le cabinet d’audit Ernst
& Young, de 2011 à 2014. Ex-responsable RH
et recrutement de Novartis, c’est aussi une
femme engagée, bénévole au sein de l’association d’aide aux personnes en difficulté à
la recherche d’emploi Area.
A. B.
A
Le directeur
général de Suez
et le président
fondateur
de BlaBlaCar
sont membres
de l’Institut
du capitalisme
responsable.
Ils débattent des
responsabilités
des entreprises.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Le Monde : « Le modèle des grands
quotidiens généralistes est validé »
Louis Dreyfus, président du directoire, et Jérôme Fenoglio, directeur du « Monde », invités du « Buzz Média Le Figaro ».
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
APRÈS des années de difficultés,
l’audience du quotidien grimpe et
ses résultats sont dans le vert.
LE FIGARO.- « Le Monde »
a dévoilé une hausse de 5 %
de son audience grâce
aux abonnements numériques.
C’est la nouvelle martingale ?
Jérôme FENOGLIO.- Oui, je pense
que l’avenir de la presse passe par
ces abonnements numériques. On
nous a longtemps expliqué que
l’actualité devait être gratuite en
ligne. Mais un usage s’est imposé
ces derniers temps ; c’est l’abonnement. Quand nous faisons un
contenu de qualité, nous pouvons
recruter énormément d’abonnés
numériques. Pour Le Monde, leur
nombre a crû de 40 % pour atteindre 125 000 en février 2018.
Va-t-on vers le tout payant ?
J. F. - Il faut garder un contact
avec un public plus large. Pour un
quotidien de qualité, comme le
nôtre, il faut conserver un côté
service public pour amener gratuitement une information fiable
au plus grand nombre. Il y a ac-
dés que la valeur réside dans les
contenus, nous les enrichissons et
les diversifions. Et cela nous permet d’augmenter nos revenus.
Vous avez augmenté la rédaction
de 30 %, à 425 journalistes.
Cela va-t-il se poursuivre ?
J. F. - En quelques années, la rédaction est passée de 310 journalistes à près de 430 et nous continuons à la renforcer selon les
besoins très particuliers sur le numérique. Par exemple, pour lutter
contre les rumeurs en ligne. Du
coup, la rédaction est capable de
répondre à toutes ses missions :
être présente sur l’actualité chaude comme sur l’approfondissement et couvrir toutes les temporalités. Aujourd’hui, le modèle des
grands quotidiens généralistes est
validé. Les grandes rédactions qui
partagent et défendent des valeurs
journalistiques, qui informent sur
tous les sujets, sur l’étranger comme sur la France attirent de nouveaux abonnés.
Une proposition de loi sur les
« fake news » va être débattue.
Quel rôle les grands journaux
doivent-ils tenir ?
J. F. - Nous avons vu venir ce phénomène longtemps avant l’élection
de
Donald
Trump et le Brexit.
Nous avons construit
Nous avons mis en
un nouveau modèle
place une équipe, les
Décodeurs, qui a
économique, plus solide
senti qu’il se passait
LOUIS DREYFUS
quelque chose susceptible de fausser le
tuellement un grand danger sur
processus démocratique.
l’information avec la multiplication des fausses nouvelles. Il ne
Y a -t-il un risque de fracture
faut donc pas tout cacher derrière
entre un journalisme de qualité
un paywall. La partie gratuite nous
payant et un autre gratuit ouvert
permet d’établir un contact avec le
aux fake news ?
public qui peut se transformer enJ. F. - C’est pour cela que je pense
suite en abonnement payant.
que le tout payant serait un danger. Ainsi, notre outil, le Decodex
Le groupe affiche un profit
qui permet de repérer les sites qui
opérationnel de 17 millions. Être
produisent des contenus contreprofitable, est-ce une exigence ?
faits est en gratuit et est très préLouis DREYFUS. - C’est essentiel !
sent sur les réseaux sociaux. Il y a
Quand le groupe a été racheté en
un devoir d’aller vers le grand pu2010 par le trio Bergé, Niel, Pigasblic pour leur expliquer ce danger.
se, il perdait environ 10 millions
Nous allons dans les écoles et cold’euros par an depuis dix ans. En
lèges pour montrer comment se
2017, pour la troisième année
renseigner sur la véracité des inconsécutive, les résultats opéraformations.
tionnels sont positifs et nous affichons un bénéfice net pour la pre« Le Monde » a fait la campagne
mière fois. Nous avons construit
du candidat Macron. Aujourd’hui,
un nouveau modèle économique,
se situe-t-il dans la majorité
plus solide, avec un périmètre
ou l’opposition ?
d’activités plus large, des équipes
J. F. - On ne peut absolument pas
plus agiles, et dont les résultats
dire que le quotidien a fait la camnous permettent de réinvestir
pagne d’Emmanuel Macron. C’est
pour conquérir de nouvelles
de la pure médisance et tous nos
audiences. C’est le fruit de notre
lecteurs le savent bien. Nous
stratégie d’investissement dans
n’avons pas été engagés. Notre
les contenus, dans la rédaction et
camp est très clair : c’est celui du
dans l’innovation. Et de beaucoup
journalisme. Nous ne sommes pas
d’efforts ! Nous avons augmenté
partisans. Nous ne nous sentons
nos effectifs et nos investissepas le devoir de soutenir un canments dans le numérique. Persuadidat ou un gouvernement.
«
»
LOUIS DREYFUS ET
JÉRÔME FENOGLIO
dans le studio
du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
«Le Monde », « L’Obs » et
« Télérama » vont se rassembler
au sein d’un immeuble commun à
l’été 2019. Il manque un magazine
féminin. Seriez-vous intéressé par
le rachat du magazine « Elle » ?
L. D. - Nous avons la chance
d’avoir à notre capital deux entrepreneurs, Xavier Niel et Matthieu
Pigasse, qui regardent par principe, curiosité et intérêt, mais sereinement, tous les dossiers d’acquisitions.
J’imagine
qu’ils
regarderont de près celui de Elle
s’il se présente. Notre stratégie est
d’investir dans des marques fortes, indépendantes, utiles. Avec
nos actionnaires, nous réfléchissons à conquérir de nouvelles
audiences par croissance interne
et externe. En interne, nous étendons nos propres marques. Pour
aller à la rencontre de nos audiences, et conquérir de nouveaux publics, nous avons créé de nombreux événements comme le
Monde Festival, qui se déclinera au
Québec cette année. Nous développons aussi des contenus spécifiques en direction des audiences
africaines. Enfin, nous avons lancé
l’édition quotidienne du Monde
sur Snapchat qui nous permet de
toucher tous les jours 900 000 jeunes et de changer leur regard sur
Le Monde. Ils sont notre avenir.
Facebook est dans la tourmente.
Est-ce une opportunité pour la
presse ? L’Alliance Skyline avec
« Le Figaro » fonctionne-t-elle ?
RÉALITÉS AUGMENTÉES
L. D. - Les premiers résultats sont
plus qu’encourageants. Plus de 85
annonceurs ont déjà signé des
campagnes et les budgets moyens
augmentent de taille. Nous avons
déjà enregistré un chiffre d’affaires supérieur à 3 millions d’euros.
Cette alliance tombe à point nommé face aux difficultés de Facebook et de Google. Nous rencontrons des annonceurs qui nous
disent que leurs publicités ont été
publiées dans des contextes qui ne
sont pas sécurisés. Le Figaro et
Le Monde ont une stratégie commune de montée en gamme sur les
contenus qui rencontre un accueil
très favorable chez les annonceurs. Nous ne voulons pas tromper nos lecteurs sur la nature des
contenus ni nos annonceurs sur le
type d’audience sur lesquelles ils
investissent. Cette alliance entre
Le Monde et Le Figaro est historique. Nous faisons le même diagnostic et nous avons les mêmes
ambitions. Forts de nos identités
respectives, nous avons créé une
alliance très agile et réactive avec
une proposition simple et transparente. C’est ce que nous demande le marché.
Skyline est-elle de taille
face à Facebook et Google ?
L. D. - Sur le marché français, nous
atteignons plus de 85 % de taux de
couverture. Le Monde et Le Figaro
ont chacun réussi leur transformation numérique avec des positions
de coleaders. Le groupe Le Monde
atteint une audience numérique de
22 millions d’internautes et Le Figaro de 30 millions. Sur le marché
français, nous sommes aussi puissants que Facebook et Google mais
beaucoup plus crédibles et vigilants sur la question de la Brand
Safety. C’est une sécurité et un plus
pour les annonceurs.
Le député Patrick Mignola va
déposer une proposition de loi sur
la création d’un droit voisin pour
faire payer Facebook et Google.
Est-ce un bon angle d’attaque ?
L. D. - Nous sommes favorables à
tout ce qui peut amener les Gafa à
prendre en compte l’économie
des acteurs dont ils se nourrissent.
Cette démarche a été lancée au niveau européen notamment par les
grands éditeurs allemands. Quand
nous voyons le montant de nos
investissements pour l’amélioration de la qualité de nos contenus
et que Google et Facebook les monétisent à leur seul bénéfice, nous
sommes en droit de réfléchir à une
répartition différente de la valeur.
La rédaction du « Monde »
est-elle apaisée aujourd’hui ?
J. F. - Elle est plus calme mais
toujours aussi vigilante sur son
indépendance. Nous traversons
une période de forte actualité et la
rédaction est concentrée sur cela.
Elle voit aussi que les paris stratégiques que nous avons faits fonctionnent. Elle est donc plutôt
apaisée. ■
PAR CAROLINE SALLÉ
A
La vie privée, bientôt un produit de luxe
Il faut reconnaître une vertu au
récent scandale autour de l’utilisation frauduleuse des données
personnelles de millions d’usagers de Facebook. Celle d’avoir
rappelé de manière brutale à quel
point nos vies numériques sont
exposées et les traces qu’elles engendrent, convoitées par tous les
géants du Web.
Trop content de profiter gratuitement - croyait-on - des nouveaux
services enfantés par Internet,
tout le monde, au début, a fermé
les yeux. Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, avait savamment préparé le terrain de l’entrée dans l’ère de la transparence.
En 2010, le jeune geek branché de
la Silicon Valley déclarait que « la
vie privée, c’est fini ». Vraiment ?
Pendant que des centaines de millions d’individus à travers le
monde étaient incités à la diluer
sur Facebook, YouTube, Twitter
ou Instagram, à poster des photos
de vacances, converser avec des
amis, partager commentaires et
informations, bref à se mettre
toujours plus à nu sur les réseaux
sociaux, le dirigeant achetait pour
30 millions de dollars quatre maisons mitoyennes à la sienne du
côté de Palo Alto en Californie.
Motif ? Protéger sa vie privée…
L’actuelle prise de conscience du
grand public est salutaire. Elle
permet d’ouvrir enfin les yeux sur
le modèle économique des géants
du Web. Oui, il repose tout entier
sur la monétisation de nos data.
Bruxelles estime qu’en Europe, la
valeur globale de ce marché s’élève aujourd’hui à 415 milliards
d’euros et devrait atteindre
739 milliards d’euros en 2020.
Certains pensent qu’il est donc
temps de reprendre le contrôle en
réclamant nous aussi notre part de
ce gigantesque et juteux gâteau.
FRACTURE NUMÉRIQUE
Pour le libéral Gaspard Koenig,
président du think-tank GenerationLibre, le racket mis en place
doit cesser. Sa solution consiste à
instituer la possibilité pour chacun de vendre ses données aux
plateformes ou à l’inverse, de les
conserver quitte à payer Face-
book, Google et Twitter pour utiliser leurs services.
L’intention est louable puisqu’il
s’agit de redonner du pouvoir
aux citoyens. Mais cette approche patrimoniale des données est
potentiellement
dévastatrice.
« Cela peut conduire à une société
très inégalitaire. Les gens les plus
modestes n’auront pas d’autres
choix que de céder toutes leurs
données s’ils veulent utiliser les
services des Gafa. Seuls les individus les plus aisés pourront payer
pour vivre heureux en vivant cachés », estime Louis MoralesChanard, le directeur de la stratégie de Blue 449 (Publicis). Alors
que l’époque incite au grand déballage pour mieux monétiser
chaque fragment de nos existences, protéger nos données personnelles deviendra l’apanage de
quelques happy few. En somme,
s’offrir un quart d’heure d’anonymat sera bientôt un luxe.
D’un côté, des citoyens de seconde zone numérique, se résumant à des amas de donnés monétisables. De l’autre, des
privilégiés suffisamment riches
pour s’extraire de la mainmise
des Gafa. In fine, cette logique
marchande sous-tendrait l’acceptation d’une altérité à deux
vitesses. Loin de réduire la fracture numérique, faire des données personnelles une monnaie
d’échange risquerait au contraire
de l’aggraver. ■
Les gens les
plus modestes
n’auront pas
d’autres choix
que de céder
toutes leurs
données s’ils
veulent utiliser
les services
des Gafa. Seuls
les individus
les plus aisés
pourront payer
pour vivre
heureux
en vivant
cachés
»
LOUIS MORALES-CHANARD,
DIRECTEUR DE LA
STRATÉGIE DE BLUE 449
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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 916 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
Loewe
HIGH-TECH
MODE, BEAUTÉ...
LES INCONTOURNABLES
DE LA SEMAINE PAGE 32
NINTENDO RÉCONCILIE
TRAVAUX MANUELS ET JEUX
VIDÉO PAGE 33
Vent de fronde
LAURENT PHILIPPE/DIVERGENCE
chez les danseurs de l’Opéra de Paris
Le Lac des cygnes,
de Rudolf Noureev,
le 10 mars 2015.
Harcèlement, mauvaise gestion des danseurs et des distributions… Un rapport interne que « Le Figaro »
s’est procuré liste les griefs du prestigieux corps de ballet contre la directrice de la danse, Aurélie Dupont. PAGE 30
La Phèdre d’or et de rage de Sénèque
THÉÂTRE Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, Louise Vignaud rend au philosophe latin ce qui lui appartient
dans sa mise en scène de la célèbre tragédie qui inspira Racine.
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
rète, Grande Crête, pourquoi ? » […] Pourquoi m’astu livrée en otage ? / Pourquoi
m’as-tu envoyée dans cette
famille ennemie ? / Pourquoi
m’as-tu mariée à un ennemi ? / Et
maintenant ma vie de femme se consume dans le malheur et dans les larmes. »
C’est par cette interrogation pathétique que le très célèbre philosophe latin Sénèque, l’auteur des Lettres à Lucilius, le grand stoïcien demeuré dans
l’histoire comme celui qui fut le précepteur du terrible Néron et finit par se
suicider en 65, ouvre la tragédie de
Phèdre. On croit connaître Phèdre.
« Eh bien ! connais donc Phèdre et toute
sa fureur. » On connaît le chefd’œuvre de Jean Racine. On sait ce
qu’il doit au Grec Euripide, qui, en 428
avant notre ère, compose Hippolyte.
Sénèque lui aussi, sans doute. Phèdre
C
appartient à la mythologie avant d’être
l’une des plus grandes figures de femme de la littérature universelle. La
Phèdre de Sénèque (4 av. J.-C., 65
après) est rare. On n’a jamais oublié la
mise en scène de Daisy Amias et l’interprétation de Jany Gastaldi, il y a
près de trente ans, au Théâtre GérardPhilipe de Saint-Denis.
Fraîcheur incroyable
Pourquoi ? Parce que l’âpreté de la
langue, magistralement traduite par
Florence Dupont, la violence des paroles, l’innocence des protagonistes qui
ne sont que les jouets de forces qui les
dépassent, tout saisit, tout déchire et
subjugue par une beauté terrible.
Une beauté et une fraîcheur incroyables venues du fond des âges, venues d’il y a plus de deux mille ans et
qui nous touchent, nous concernent.
Le temps n’existe pas pour les chefsd’œuvre, on le sait, mais on est tout de
même frappé par la puissance et la
clarté de la tragédie. Et ce d’autant
plus que l’on y entend aussi ce que
Racine y a puisé…
ALESSANDRO ZENO/IMAXTREE ; NINTENDO ; VICTOR TONELLI/HANSLUCAS
Thierry Hancisse (Thésée), Jennifer Decker (Phèdre) et Pierre Louis-Calixte
(le Chœur) sur la scène du Studio-Théâtre de la Comédie-Française.
Ainsi vont les œuvres. Elles ne naissent que d’une longue histoire, elles
sont un maillon dans une chaîne, et
pour Phèdre, elle va donc, en un premier mouvement, d’Euripide à Robert
Garnier, au XVIe siècle. Antoine Vitez
monta Hippolyte, en 1982, autre spec-
tacle inoubliable avec une bouleversante Bérangère Bonvoisin. Si l’on était
insolent, on ne manquerait pas de
pousser plus loin les investigations et
l’on vous parlerait de Phèdre (à repasser), de Pierre Dac et Francis Blanche,
deux hommes d’une culture vaste et
qui connaissaient leurs classiques…
Mais le présent de Phèdre est plutôt du
côté de la fulgurante Anglaise Sarah
Kane.
Au Studio-Théâtre, à Paris, une jeune metteuse en scène, Louise Vignaud,
dirige cinq comédiens de la troupe du
Français, dans un espace libre sculpté
par la lumière. Pierre Louis-Calixte est
le Chœur, en costume blanc et masque
ailé. Chez Sénèque, la Nourrice est au
centre même de l’action dramatique et
s’exprime longuement. Claude Mathieu, qui est aujourd’hui la plus ancienne dans la troupe, en impose les
paroles féroces et tendres. Hippolyte
possède la grâce virile et la vulnérabilité du jeune accusé qui périra déchiqueté par un monstre marin. Nâzim
Boudjenah est idéal face à la sensible
Jennifer Decker, enveloppée d’or, et à
Thierry Hancisse, impressionnant
Thésée revenu des Enfers. ■
Studio-Théâtre de la Comédie-Française
(Paris Ier), jusqu’au 13 mai.
Tél. : 01 44 58 15 15.
Traduction de Florence Dupont,
Éditions de la BnF.
A
MORCEAU CHOISI
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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
« Elle parle peu,
et de manière cassante »
« Brigitte Lefèvre prenait en compte toute
la compagnie, Benjamin Millepied une
vingtaine de danseurs, Aurélie Dupont,
cinq ou six. C’est difficile de la voir, elle
parle peu, et de manière cassante, on ne
comprend ce qu’elle veut ni où on va », dit
une danseuse. « Je dialogue beaucoup
avec les danseurs, mais comme je veux les
faire progresser, ce que j’ai à leur dire n’est
pas toujours facile à entendre », assure
quant à elle la directrice, nommée en février 2016.
À l’extérieur, la légitimité d’Aurélie
Dupont est incontestable. Ravissante, intelligente, aussi bien élevée qu’elle est
excellente danseuse, elle séduit les mécènes, va en Angleterre chercher de l’argent pour équiper le service médical des
danseurs, a décroché un contrat mirifique avec Chanel pour le gala de rentrée
prochaine. Icône impeccable, elle est
aussi la marraine de la prochaine édition
de Tous à l’Opéra. À l’intérieur, la légitimité est plus difficile à installer. D’abord,
si elle est du sérail, elle doit s’imposer
face à des danseurs qui étaient avec elle
dans le ballet. Les hommes lui en veulent
Malaise
au Ballet
de l’Opéra
de Paris
DELPHINE GHOSAROSSIAN/DIVERGENCE
rise atomique au Ballet de
l’Opéra de Paris. La CEA, commission
d’expression artistique, a communiqué
mercredi soir aux danseurs les résultats
d’un sondage sur la vie dans la compagnie. Soit 130 questions auxquelles
108 danseurs sur 154 ont répondu, chacun s’exprimant dans l’anonymat. Jeudi,
le précieux sondage arrivait sur le bureau
de quelques journalistes. Samedi, ceux-ci
recevaient un « communiqué des artistes
chorégraphiques de l’Opéra de Paris s’indignant de la divulgation de ce questionnaire faite sans le consentement des danseurs ». Quatre-vingt-dix-neuf d’entre
eux signaient nominativement ce communiqué. « Cela dit tout des méthodes
staliniennes qui circulent dans le ballet ! Ne
pas signer aurait été un suicide artistique
et économique : plus de rôle, plus de feu,
plus de permission d’aller danser
ailleurs », dit un artiste qui préfère garder
l’anonymat. Et d’affirmer que si les danseurs se sont crus obligés de mettre leur
nom sur le communiqué, ils maintiennent les informations exprimées dans le
sondage, où ils ont pu dire ce qu’ils
avaient sur le cœur.
Ces danseurs espéraient qu’analyser
les raisons du malaise installé dans la
compagnie permettrait d’avancer. Et elles sont nombreuses : dans le rapport de
la CEA, près de 77 % des danseurs estiment avoir été victimes de harcèlement
moral ou avoir assisté à des scènes de
harcèlement moral et 26 %, de harcèlement sexuel ; 87 % considèrent que les
mécanismes de recours ne sont pas suffisamment clairs, efficaces et de
confiance… Dans cette période de chasse
aux harceleurs, qui a coûté leur poste à
Peter Martins (New York City Ballet) et
Kenneth Greve (Ballet de Finlande), il
faut trouver, avec ce sondage, les clés du
salut. Stéphane Lissner, le directeur de
l’Opéra de Paris, ne pourra pas laisser la
question en suspens au moment où il
cherche à faire prolonger son mandat.
DANSE
Un sondage
interne à
l’institution met
en lumière la crise
de confiance
que traverse
Aurélie Dupont,
la directrice
du ballet, en poste
depuis deux ans.
d’avoir fait ses adieux avec Roberto Bolle,
play-boy étoilé de la Scala, plutôt
qu’avec une étoile ou un jeune de la compagnie. Avec les filles, qui furent étoiles
en même temps qu’elle, le climat reste
tendu. Il faut dire que la patronne danse
encore ici et là. Ensuite, si elle s’est occupée de son art d’une main de fer, elle ne
s’est guère occupée des autres. À l’inverse de Laurent Hilaire, qui dirige aujourd’hui le Stanislavski de Moscou, elle n’a
pas été maître de ballet et, contrairement
à José Martinez, directeur du Ballet de
Madrid, elle n’a jamais dirigé de compagnie. Sans doute consciente de cette lacune, elle avait appelé, lorsqu’elle a été
nommée, Manuel Legris pour la seconder. Le danseur étoile, longtemps partenaire et complice, maintenant à la tête du
Ballet de Vienne, a décliné : il a l’étoffe du
poste et la compagnie l’attend d’ailleurs
comme le Messie.
faire l’objet d’un management de haute
qualité et pointent l’absence de communication et le manque de retour clair sur
leurs prestations. Les danseurs sont toujours mécontents, mais là, ça fait beaucoup.
Tout semblait pourtant avoir bien
commencé. Aurélie Dupont aurait pu asseoir sa légitimité par l’originalité de sa
programmation. Dans la conférence de
presse de sa prise de fonctions, elle avait
proclamé le retour des grands classiques.
Or il y en a de moins en moins, bien
qu’elle continue à imposer des variations
très techniques au concours de promotion interne du corps de ballet (où certaines filles montent sur pointes pour la
seule et unique fois de l’année) et à promouvoir des danseurs classiques parfaits.
« Je programme ce dont les danseurs ont
besoin. Je vois où ils en sont et je m’adapte
pour les nourrir », énonce la directrice.
« Projet artistique flou », rétorquent 78 %
des danseurs.
Dans ce climat tendu, la CEA tente maladroitement de s’ériger en médiateur
entre les danseurs et la direction. Or, un
ballet n’est pas une structure démocratique. Il est comme une armée, il lui faut un
général qui exalte chacun et conduise son
épanouissement. Pour l’heure, le général
Dupont remet les pendules à l’heure :
« Ce sondage est un exutoire alors qu’il
était destiné à permettre au ballet de travailler avec la direction au plus près. On
parle de ce qui ne va pas et pas de ce qui va :
la compagnie rayonne et nos danseurs ont
un statut que le monde entier leur envie. »
Un point de vue qu’il lui reste à faire partager. ■
« Projet artistique flou »
Faute d’avoir su établir une relation de
confiance avec la majorité de ses danseurs, Aurélie Dupont se voit très souvent
critiquée. « Comme elle donne l’impression de n’être pas beaucoup là, ses détracteurs disent qu’elle fait les boutiques de
l’avenue Montaigne ou qu’elle prend des
cours de gaga (technique en vogue du
chorégraphe Ohad Naharin, NDLR) à
Tel-Aviv. En fait, elle vient en studio, mais,
même là, alors qu’elle excelle dans ce
qu’elle transmet, parce que c’est une immense danseuse, les danseurs ne l’écoutent
pas », indique un professeur du ballet.
Les chiffres de la CEA sont là encore sévères : 90 % des danseurs estiment ne pas
ÉCHEC
AU DIRECTEUR
MYCHELE DANIAU/AFP
C
ARIANE BAVELIER
£@arianebavelier
90 % des
danseurs que
dirige Aurélie
Dupont estiment
ne pas faire l’objet
d’un management
de haute qualité.
RUDOLF NOUREEV
Après avoir fait voler maints
Thermos, créé des ballets
et enseigné aux danseurs
« vous pas parler, faire », le grand
artiste russe quitte le ballet
sur la pression de Pierre Bergé
en 1989, après six ans de mandat.
ALAIN FULCONIS/AFP
30
A
L’école de l’Opéra de Paris prépare les élèves à devenir des danseurs classiques.
Or la programmation est de plus en plus axée vers le contemporain.
force de réduire les classiques, elle ne
joue plus dans le camp des grandes compagnies du monde, Royal Ballet, American Ballet Theatre, Bolchoï ou Mariinski
qui en font les deux tiers de la programmation. Non pas qu’il s’agisse de ne plus
faire de contemporain qui donne sa fluidité aux classiques, mais tout est affaire
de dosage. « Un grand ballet, c’est très
spécial », explique Kevin O’Hare, direc-
teur du Royal Ballet qui en programme
six la saison prochaine. « C’est cette manière de danser ensemble qui permet au
corps de ballet d’être là, à l’unisson des
étoiles. Cela ne s’acquiert qu’en dansant
tout le temps ensemble. »
À ne pas affronter les difficultés techniques qui les font progresser, les danseurs s’ennuient. Une grosse production
contemporaine occupe au maximum
40 danseurs. Résultat, cette saison, certains ne mettent pas le pied en scène
pendant trois mois. Il faut de grandes
machines pour employer 154 danseurs.
En outre, ces grands ballets correspondent à la hiérarchie de la compagnie,
avec ses emplois de solistes, de demi-solistes et de corps de ballet, elle-même
correspondant à des salaires. Dès lors que
ce sont les chorégraphes invités qui décident des castings et non plus la direction
de la danse toute seule comme elle le fait
sur les grands classiques, le système de
rémunération perd de sa pertinence. Tel
quadrille adulé par les chorégraphes
contemporains travaille plus qu’un danseur étoile qui a trop l’air d’un prince
pour séduire un créateur d’aujourd’hui…
À quoi bon le concours, les grades, la hiérarchie qui fonde le Ballet de l’Opéra de
Paris dans ce cas ?
Un signe encore ? L’événement de la
saison prochaine qui fête les 350 ans de
l’Opéra de Paris ne sera pas l’entrée au
répertoire d’un nouveau classique. JeanGuillaume Bart ou Pierre Lacotte, deux
chorégraphes français, avaient l’un et
l’autre proposé des titres. Cela aurait fait
au moins une signature de chorégraphe
français dans cette programmation qui
curieusement n’en contient aucune. ■
A. B.
PATRICK DUPOND
Le bouillant danseur succède à
Noureev. Il restera de 1990 à
1995 à la tête du Ballet de l’Opéra.
Puis quittera définitivement
la compagnie deux ans plus tard
avec fracas.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Les danseurs du ballet sont-ils bien préparés par l’École de danse ? L’école, dont
la directrice Élisabeth Platel est en arrêt
maladie depuis plusieurs semaines, prépare les enfants à devenir des danseurs
classiques. Préparation qui tombe à plat
lorsqu’ils arrivent dans le ballet où la
programmation est de plus en plus axée
vers le contemporain. La saison prochaine, par exemple, il y aura sept ballets sur
pointes pour onze ballets pieds nus.
Nombre des danseurs insistent pour qu’il
y ait à l’école plus de cours de danse
contemporaine, des cours « vraiment intéressants », disent-ils, et de l’improvisation. Explication ? Vu les saisons programmées, les danseurs préfèrent
prendre des cours de contemporain que
d’apprendre les csardas et autres danses
de caractère qui constellent les grands
ballets classiques. Et réclament même
pour certains qu’au concours de promotion du ballet, ils soient départagés sur
une variation classique et sur une autre
contemporaine.
Le classique reste pourtant le nerf de la
guerre à laquelle se livrent les grands ballets nationaux. Même si elle s’en prévaut
toujours, la compagnie décroche de son
titre de « meilleure du monde » que les
Américains lui avaient décerné lors de la
tournée du ballet à New York en 1996. À
SVETLANA LOBOFF/OPERA NATIONAL DE PARIS
De l’École de danse à la scène, le grand écart
BENJAMIN MILLEPIED
Venu des États-Unis, il prend
la tête du Ballet de l’Opéra
le 1er novembre 2014 avec
le souhait de moderniser
la compagnie. Sa vision
et ses méthodes heurtent.
Il démissionne le 4 février 2016.
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LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
CULTURE
31
Les dessins de Dieu enfin exposés
CHRONIQUE Des feuilles provenant du Musée des beaux-arts d’Orléans sont montrées au Musée national
de Port-Royal-des-Champs. Des artistes jansénistes bien sûr, mais aussi des révélations comme Antoine Dieu.
manifester plus souvent cet élève
du grand Charles Le Brun.
Le dynamisme actuel de PortRoyal fait plaisir à voir : on restaure les bâtiments de l’oratoire
édifié au XIXe siècle, conférences,
débats, spectacles, concerts se
succèdent tout au long de la saison. Philippe Luez, le conservateur général qui dirige PortRoyal, publie chez Belin une
LES ARTS
Adrien Goetz
A
“
Le dynamisme
actuel de Port-Royal
fait plaisir à voir
fage ou Sylvain Bonnet ? Une révélation : la plus belle œuvre
peut-être, L’Apparition des instruments de la Passion à la Vierge
à l’Enfant, est due à Antoine Dieu
(1662 ? -1727). Un autre dessin de
Dieu, d’une main un peu moins
ferme, donne envie de voir se
L’Apparition
des instruments de la
Passion à la Vierge à
l’Enfant, Antoine Dieu.
”
synthèse sur l’aventure janséniste. Son livre, qui fait le point des
recherches récentes, magnifiquement écrit – à Port-Royal, il faut
avoir du style - permet de restaurer l’histoire sous le vernis du mythe. Ici s’est posée la question de la
liberté de l’homme devant Dieu :
ce petit morceau de terre promise
est selon lui le lieu fondateur de
l’« émancipation du pouvoir politique face au pouvoir religieux ». Il y
a quelques semaines, Le Canard
enchaîné, sous la plume d’un de
ses journalistes les plus cultivés,
David Fontaine, faisait état d’un
projet absurde, ourdi semble-t-il
par le ministère de la Culture, le
rattachement de Port-Royal à
l’établissement public de Ver-
uand on pense à la Finlande,
ce sont des forêts de pins et de
bouleaux entrecoupées de
lacs à perte de vue – soit près
de 70 % de ce territoire nordique – qui viennent à l’esprit. Avec son architecture fonctionnaliste, organique, aérienne, chaleureuse,
Alvar Aalto (1898-1976) – son nom signifie
« vague » en finnois ! – s’inspire des immensités boisées de son pays. Elle est profondément ancrée dans ce sol qui a nourri
un répertoire de formes libres que nul
autre aurait pu inventer. Ses bâtiments
s’intègrent harmonieusement dans le paysage, avec lequel ils forment un tout architectural. Ses créations, comme le célèbre
vase Savoy de 1936 devenu une icône
(Vitra Design Museum), épousent avec
poésie les contours des étendues glacées de
son enfance.
Le bois, ainsi que la brique, l’ancre dans
cette terre ancestrale de la mer Baltique
dont il a fait son concept alors que ses
contemporains adoptent la dictature du
béton de Le Corbusier. La courbe est sa ligne de prédilection à une époque où l’on
prône la droite, qui se veut le symbole de
ce modernisme qui envahit l’Europe sous
l’influence de l’école du Bauhaus en Allemagne. Son architecture se veut humaniste, se préoccupant davantage de ce que
ressent un corps lorsqu’il prend possession
d’un édifice, d’où son souci inné du détail
adapté aux besoins de chacun. Marqué par
un séjour à l’hôpital, il dessine chaque élément du sanatorium de Paimio pour favoriser la guérison des patients, en courbant
les murs pour que personne ne se blesse,
en soignant les lumières pour que nul ne
soit ébloui, en tapissant les murs d’un tissu
qui assourdit le son, en dessinant les lavabos pour que l’eau coule en silence.
Ce qui caractérise l’œuvre d’Aalto, c’est
ce souci du design en tant qu’œuvre d’art
totale. Il conçoit non seulement les bâtiments, mais aussi les intérieurs avec le
mobilier, les lampes, la verrerie ou les textiles. Il attache aussi une importance toute
particulière aux sculptures et peintures,
qu’il considère comme les « branches de
l’arbre dont le tronc est l’architecture ».
Pour cela, il fonde en 1935, avec trois associés et sa femme – elle aussi architecte –,
Q
EXPOSITION
La Cité de l’architecture
et du patrimoine,
à Paris, revient
sur l’œuvre
de ce géant finlandais
en le replaçant dans
un contexte artistique
et intellectuel foisonnant.
l’entreprise Artek pour maîtriser la chaîne
de production et de distribution de ses
créations. Sensible aux arts plastiques, à la
photographie, au théâtre et au cinéma,
Aalto intègre les leçons des différentes disciplines afin de créer des ensembles symphoniques par un enchaînement merveilleux de volumes, matériaux, lumière,
acoustique et textures qui métamorphosent l’espace en une nouvelle nature pour
l’homme moderne.
Proche de l’art abstrait
C’est ce tout qui en fait un géant de l’architecture en son pays mais aussi à l’étranger
dès 1929, avec son sanatorium de Paimio,
sa bibliothèque de Viipuri, son immeuble
d’habitation du quartier de la Hanse à Berlin, son centre culturel de Wolfsburg, son église de Muurame, sa villa Mairea
pour les mécènes
Harry et Maire
Meubles, verres, photographies.... l’exposition rassemble une sélection des principales
réalisations d’Alvar Aalto, comme l’iconique vase Savoy de 1936 (ci-dessous).
Gullichsen à Noormarkku ou sa maison
expérimentale de Muuratsalo. Il compte à
son actif 200 bâtiments construits, des
réalisations des années 1930 à celles des
années 1960 – avec le musée de la Finlande
centrale (1961) et le Finlandia Hall (19621975) – et 300 autres dessinés, sans compter de multiples projets dans près de
vingt pays. Il n’y a guerre de fausses notes
dans sa carrière.
L’odeur de ce bois blond qu’Aalto a façonné à son image en le pliant comme personne hante la Cité de l’architecture, à Paris, qui lui rend aujourd’hui hommage,
trente ans après sa grande rétrospective au
Centre Pompidou. Conçue par Jochen
Eisenbrand, conservateur en chef du Vitra
Design Museum, avec la collaboration de la
fondation Alvar Aalto, cette exposition se
démarque car elle aborde les sources de
son travail au-delà de son analogie avec sa
terre natale évoquée par l’historien Siegfried Giedion dans les années 1930. Comme le souligne la commissaire Stéphanie
Quantin-Biancalani, elle évoque l’homme
dans son contexte plus international en
montrant toutes ses références artistiques
et en le rapprochant pour la première
fois de ses contemporains Alexander
Calder (il le rencontre en 1937 et ce
dernier lui rend visite en Finlande en
1950), Jean Arp, Fernand Léger ou
Laszlo Moholy-Nagy, dont les
œuvres exposées font éclater
d’inévitables rapprochements.
D’ailleurs, dans ses écrits,
Aalto compare son processus de création très spécifique à l’art abstrait.
Les congrès internationaux d’architecture
moderne auxquels il participe à partir de 1929 lui
offrent l’opportunité de
s’inscrire dans un vaste réseau cosmopolite d’architectes, d’artistes et de critiques. À
partir de la fin des années 1920 s’instaure
un dialogue étroit entre l’architecte designer et toutes ces figures de cette avantgarde du XXe siècle. Paris est un foyer privilégié
des
échanges
artistiques,
notamment à l’occasion de la construction
du pavillon finlandais de l’Exposition internationale des arts et techniques de 1937
ou lors de la commande de sa villa réalisée
pour l’influent collectionneur Louis Carré,
à Bazoches-sur-Guyonne, en région parisienne. C’est sa seule réalisation en France
et c’est elle qui l’a fait connaître.
Le rôle clé de la France
Pour l’étape française de cette exposition
qui a déjà circulé à Weil am-Rhein (Allemagne), Madrid, Barcelone, Aalborg
(Danemark) et Helsinki avant de partir au
Japon, la Cité de l’architecture a justement
voulu montrer comment la France a joué
un rôle clé dans la reconnaissance internationale d’Aalto. Parmi les 150 œuvres sont
présentés une soixantaine de dessins et
maquettes conservés à la Fondation Aalto
et jusque-là très peu vus, auxquels s’ajoutent des meubles, verres, photographies,
œuvres d’art, offrant une approche interdisciplinaire indispensable pour embrasser
son œuvre qui n’a pas pris une ride. ■
« Alvar Aalto. Architecte et designer »,
à la Cité de l’architecture et du patrimoine
(Paris XVIe), jusqu’au 1er juillet.
www.citedelarchitecture.fr
Le reliquaire d’Anne
de Bretagne dérobé
Le reliquaire du cœur
de l’ancienne reine Anne
de Bretagne a été dérobé dans
la nuit de samedi à dimanche
au Musée Dobrée à Nantes.
Cette pièce d’orfèvrerie
exceptionnelle, en or, date de
1514. « Bien plus qu’un symbole,
l’écrin du cœur d’Anne de
Bretagne appartient à notre
histoire. La reine Anne, duchesse
de Bretagne, avait souhaité
que son cœur soit inhumé auprès
de ses parents. Sauvé de la fonte
après la Révolution, il est
conservé au Musée Dobrée
depuis 1886 », rappelle-t-on
au département, qui est
propriétaire du musée. Ce
dernier a déposé plainte et une
enquête de police a été ouverte.
EN BREF
Une statue de Karl Marx
divise Trèves
Une imposante statue en bronze
de Karl Marx a été installée à
Trèves (Allemagne), sa ville
natale. Ce cadeau de la Chine à la
ville a divisé l’opinion. La statue
de plus de 5 mètres de haut
le figurant massif et pensif sera
dévoilée le 5 mai, à l’occasion du
200e anniversaire de sa naissance.
Jaoui : les femmes
pas assez « célébrées »
Agnès Jaoui qui sort son film
Place publique estime que
les femmes ne sont « pas assez
célébrées » aux César. « Je ne
comprends pas pourquoi tant
de réalisateurs sont nommés
aux César et très peu de
réalisatrices », déplore-t-elle.
Quant au Festival de Cannes,
où elle a été membre du jury
l’an dernier, « il n’y a pas assez
de femmes qui sont célébrées ».
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
du lundi au vendredi > 7H
© Radio France/Ch. Abramowitz
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
GASTON BERGERET ; VITRA DESIGN MUSEUM, ALEXANDER VON
VEGESACK, VG BILD-KUNST, BONN, 2014
Alvar Aalto,
l’architecte qui ne
se courbe devant rien
ZOOM
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
en partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
A
ux premiers soleils,
arriver dans le vallon
de Port-Royal en empruntant le chemin de
Jean Racine est une
expérience saisissante. Le panorama de ce qui s’appelait, au
XVIIe siècle, « le désert », les ruines de l’abbaye détruite par Louis
XIV, les granges, le verger qui
commence à fleurir, le puits de
Blaise Pascal qu’on découvre ensuite : impossible d’oublier ce mélange de violence et de sérénité.
Une exposition, due à l’énergie
d’un jeune conservateur, Corentin Dury, vient de commencer
dans la thébaïde des jansénistes. Il
a choisi dans le fonds de dessins
du Musée d’Orléans un peu plus
de cinquante feuilles, souvent
mal connues, pour qu’elles entrent en résonance avec les
controverses
spirituelles
du
XVIIe siècle. On y trouve le janséniste Nicolas de Plattemontagne,
mais aussi Pierre Mignard, Charles de la Fosse et des dessinateurs
qui sont à peine des noms, plaisir
raffiné. Qui connaît le provençal
Reynaud Levieux, Raymond La-
sailles. Il est vrai que les deux sites
ne sont distants que d’une quinzaine de kilomètres. Un aussi évident contresens historique, né
dans un cerveau administratif rationnel au nom de la sacro-sainte
« synergie », créerait un incompréhensible
complexe.
Cela
n’aboutirait évidemment pas à
augmenter le nombre des passionnés qui se rendent à Magnyles-Hameaux pour comprendre
l’histoire de ces « religieuses face
à l’absolutisme », ni à délester
Versailles de ses longues files de
visiteurs.
Port-Royal doit rester indépendant, défier le palais de rois. Le
jansénisme caché du XVIIIe siècle
est, autant que l’esprit des Lumières, à la source de la Révolution –
ce pourrait être le sujet d’une
autre exposition de dessins, dédiée au XVIIIe siècle. Il faut prier
pour que cette « économie de
moyens », qui serait comme toujours fort coûteuse, n’entre jamais
dans les desseins de Dieu.
« Traits divins. Dessins français
du Musée d’Orléans » au Musée
national de Port-Royal-des-Champs
à Magny-les Hameaux (78),
jusqu’au 17 juillet. Catalogue sous
la direction de Corentin Dury,
Éditions Snoeck, 25 €.
À lire : Port Royal et le Jansénisme.
Des religieuses face à l’absolutisme,
Philippe Luez, Belin, 24 €.
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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
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STYLE
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8
comme un lundi
La couleur d’une génération,
des solaires en fusion
et du bleu plein les yeux.
La semaine démarre fort.
9
A
10
PAGE RÉALISÉE PAR MADELEINE VOISIN AVEC PAULINE CASTELLANI,
ÉMILIE FAURE ET ÉMILIE VEYRETOUT
HORIZON Olivier Échaudemaison, le
maquilleur star de Guerlain (5), nous
emmène en goguette en Indonésie avec
ce capot de Rouge G. Créé par son ami le
joaillier Lorenz Baümer, il est à choisir
façon coque de smartphone parmi
quinze modèles (17,50 € dans les boutiques Guerlain et chez Sephora). Bleu
batik aussi pour le dernier-né d’Armani
Privé (1) : un parfum magnétique autour
du tabac, de la cardamome, du thé maté
et de l’osmanthus, qui vous propulse au
pays des dieux hindous et du festival
Holi. En Inde, le lapis-lazuli promet
d’attirer l’esprit infini de l’univers. Que
de belles énergies (280 € les 100 ml dans
la collection Terres Précieuses).
X, Y, Z Les couleurs sont générationnelles. Le « Millennial pink », un bois de
rose teinté de beige prisé des digital natives, a fini par lasser… aussitôt remplacé
par le « Gen Z Yellow »! Encensé par les
moins de 20 ans, ce jaune (entre moutarde et fleur de souci) envahit les réseaux
sociaux. La nuance sans compromis a
aussi fait son apparition sur les podiums
de la saison, de la robe Jacquemus (4)
caliente (www.jacquemus.com) à l’ensemble technique en caoutchouc moulé
Calvin Klein 205W39NYC (3) (www.
calvinklein.com). Même Marine Serre (2)
solarise son blouson en coton moiré pour
ce portrait qui fleure bon l’été (www.
marineserre.com).
MINAUDIÈRE Dessin géométrique
et émail pastel, l’objet est charmant,
délicieusement rétro. Signé Van Cleef
& Arpels (9), cet étui à cigarettes provient de la collection du prince Sadruddin Aga Khan exposée jusqu’au 25 avril
à l’École des arts joailliers. La cinquantaine de nécessaires où les garçonnes
glissaient, avec nonchalance, poudre
de riz et fume-cigarette y témoigne de
l’effervescence du style Art déco et de
ses multiples influences. À l’image de
tous ces motifs à se pâmer, qu’ils soient
de chevrons laqués chez Cartier ou
d’arabesques émaillées par Lacloche
Frères. [ « Objets précieux Art déco »,
31, rue Danielle-Casanova, Paris Ier ]
TRÉSORS En prêt-à-porter, la tendance est à l’upcycling de vêtements
exhumés d’une vieille malle. De quoi
convaincre les malletiers de s’y engouffrer, en proposant leur bagagerie historique en modèles réduits. Goyard (8)
décline ses coffres de voyage recouverts
de toile Goyardine en une minaudière
du soir (2 300 €. Tél. : 01 42 60 57 04).
Chez Prada (6), des coins de valise et un
loquet clinquant décorent le sac Micro
Cahier (1 100 €. Tél. : 01 53 23 99 40).
Avec le Grace Large Box, la griffe américaine Mark Cross (7) redonne vie à la
valise créée pour Grace Kelly dans
Fenêtre sur cour (1954) (1 780 € sur
www.matchesfashion.com).
EN ACTIVITÉ D’un côté, la peintre
allemande basée à New York Kerstin
Brätsch. De l’autre, United Brothers, le
duo formé par le performer japonais Ei
Arakawa et son frère Tomoo Arakawa.
Ensemble, ces créatifs un peu barrés ont
imaginé pour Max Mara (10) des lunettes
« objets d’art » éditées à seulement
1 000 exemplaires. Inspirées d’aventures
en terres volcaniques (des îles hawaïennes aux champs Phlégréens, en Italie), les
Lavaprisms à la monture masque explorent le contraste des matières de branches
en gomme et de verres miroir plaqués
d’une bande à base de pierre évoquant la
rugosité du sable noir. [ 330 €, dès le
19 avril. www.maxmara.com ]
BOHÈME La saison n’est pas ouverte à
Ibiza que déjà certains ont réservé leurs
vacances sur l’île blanche. On ne parle pas
des hôtels en béton pour adeptes d’un
clubbing de masse. Mais des résidences
cachées, des lieux mystiques et secrets
occupés par la première vague de hippies
et par le gratin de la mode ces dernières
années. On ne s’étonne donc pas de l’inspiration hédoniste de cette robe tee-shirt
en coton et soie ourlée de dreadlocks de
Loewe (11), qui y installera, en juin, son
pop up store (2 500 €. www.loewe.com).
Ni des franges à l’humeur gypsie qui habillent les derniers Gommino de Tod’s (12)
en veau velours décliné dans des teintes
solaires (450 €. Tél. : 01 55 35 20 20).
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12
ARMANI/PRIVÉ ; GUERLAIN ; MARINE SERRE ; ALESSANDRO LUCIONI/IMAXTREE ; FILIPPO FIOR/IMAXTREE ; PRADA ; MARK CROSS ; GOYARD ; VAN CLEEF & ARPELS, PARIS, 1927 ; ALESSANDRO ZENO/IMAXTREE ; TOD’S ; CLAUDE ZALLA/MAX MARA
Neuf
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LE FIGARO
lundi 16 avril 2018
HIGH-TECH
33
Des jeux vidéo
qui font
un carton
LOISIRS Avec des accessoires
à fabriquer soi-même, Nintendo
prouve que la console peut
se transformer en hobby familial.
t si les jeux vidéo devenaient des loisirs créatifs ? C’est l’excellente idée que défend Nintendo
avec sa série de kits baptisés Nintendo Labo. Il s’agit de planches en carton à découper et à assembler pour
fabriquer soi-même des accessoires
qui viendront élargir l’horizon ludique de la dernière console de Nintendo, la Switch. Toute l’originalité
de la formule repose sur trois principes. D’abord, les enfants (de 8 à
12 ans) prennent du plaisir, aidés de
leurs parents, à identifier chaque
élément, à plier les morceaux de carton et à les combiner pour construire
eux-mêmes différents objets. Cette
version moderne de la maquette doit
beaucoup à l’aspect brut du carton,
qui lui confère un côté écolo et qui
facilite la personnalisation des objets. La boîte Variety Kit, vendue
autour de 60 euros, permet ainsi de
fabriquer une canne à pêche, une
maison miniature, un piano, un guidon de moto et des sortes de chars
télécommandés.
Ce qui nous amène au deuxième
principe : chacun de ces accessoires
HOSOKAWA SHINGO/NINTENDO
blée et la console placée sur sa façade, on
découvre à l’écran un salon dans lequel a
élu domicile un petit personnage tout en
rondeurs. On peut suivre ses occupations,
et même incliner la maison pour voir les
meubles glisser, mais le plus amusant est
d’utiliser les boutons en carton qu’on insère sur les côtés. Selon le cas, ils agissent
comme un interrupteur ou comme une
manivelle, créant de nouvelles activités
pour jouer avec l’occupant des lieux et relever des défis. Bien plus rigolo qu’un
Tamagotchi !
Inventer des scénarios
originaux
Un véritable studio musical
Venons-en au piano en carton. C’est l’objet le plus long à fabriquer (trois heures),
avec ses touches et ses fonctions mécaniques, mais c’est sans doute celui qui sera
utilisé le plus longtemps. Non seulement le
clavier peut produire des sons différents, à
choisir en tournant une molette en carton,
mais il est possible de superposer plusieurs
pistes musicales comme avec un logiciel de
composition pour ordinateur. Un bon
moyen de s’initier à la fois à la pratique du
piano et à la création artistique. D’autant
On retrouve d’ailleurs le même souci
de réalisme avec le guidon de moto :
une fois la console de jeux installée à
la place du tableau de bord, l’écran
affiche un circuit de course et il faudra pencher et non tourner, comme
sur un véritable deux-roues, pour
négocier les virages.
D’autres accessoires permettent
d’inventer des scénarios originaux.
Une fois la maison en carton assem-
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faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
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£@sanzdidier
Les planches permettent
de fabriquer entre autres un piano
(en haut), une maison miniature
(ci-contre) et une canne à pêche
(en bas) tout en proposant
de nouvelles activités.
donne lieu à de nouvelles activités
qui se pratiquent avec la console (les
cartouches sont fournies dans la
boîte) et de préférence en famille.
Avec la canne à pêche, par exemple,
il faudra jouer du moulinet pour attraper les poissons qui apparaissent
sur l’écran. Ne vous fiez pas à l’aspect bricolé de l’objet : l’expérience
est particulièrement réaliste. Lors de
notre prise en main, nous avons dû
nous y reprendre à plusieurs fois
pour réussir : appâter la proie en remuant la ligne, ferrer quand elle
mord, puis remonter rapidement en
compensant avec la canne pour tirer
le poisson hors de l’eau. Une véritable épreuve, à la fois tactique et
physique, qui n’amusera pas que les
petits…
plus qu’un ingénieux dispositif permet de créer ses propres instruments
de musique en découpant une forme
d’onde sur une feuille de papier et en
l’insérant dans le piano, où elle sera
convertie en son. Le même procédé
sert également à reproduire un rythme à partir d’une grille en carton
qu’on aura perforé en fonction de repères temporels.
À l’aspect ludique de ces accessoires s’ajoute un aspect pédagogique : l’enfant apprend
d’abord à construire
des machines, découvrant le plaisir du
« faites le vous-même ». D’ailleurs, tous les éléments en carton sont conçus pour
être personnalisés : on peut colorier
les panneaux, y dessiner des motifs
ou des numéros, ajouter des autocollants. Mais l’enfant comprend aussi,
en utilisant ces objets, le principe de
technologies spécifiques sans lesquelles ils ne pourraient pas fonctionner : détecteur de mouvements,
accéléromètre, vibreur, caméra à
infrarouge, etc.
Mieux, et c’est là le troisième
principe de Nintendo Labo, toutes
ces fonctions peuvent être programmées, donnant lieu à de nouvelles activités, voire à des détournements.
C’est
le
mode
« Découvrir ». Il y a d’abord une application, apprentissage distrayant
au codage, avec laquelle on définit à
l’écran des actions qui se déclencheront quand on utilise tel bouton
ou tel capteur de la manette. Et puis
il y a toute une série de vidéos expliquant comment augmenter les capacités d’un jeu en exploitant les
fonctions d’un autre : ainsi, le lecteur de forme d’onde du piano servira à créer de nouveaux poissons
pour la pêche à la ligne et la caméra
thermique des manettes transformera n’importe quel objet, une
main ou une banane, en piste de
course pour la moto !
Au final, ces kits renouvellent le
concept de jeu vidéo en associant
plaisirs virtuels et activités manuelles. De quoi rassurer les parents qui
s’inquiètent de voir leurs enfants
passer trop de temps sur leur console
de jeux. ■
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lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
34
TÉLÉVISION
Une « Speakerine »
plongée dans le noir
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
L’oiseau
Sollers
Portée avec brio par Marie Gillain et Guillaume de Tonquédec, cette minisérie propose une
époustouflante reconstitution des liens dangereux entre pouvoir et télévision au cœur des années 1960.
n Mad Men à la française.
C’est ainsi que France 2
tente de présenter cette minisérie de six épisodes. Réalisée par Laurent Tuel (lire
son interview ci-dessous), à qui l’on doit
notamment Jean-Philippe, comédie des
apparences avec Johnny Hallyday et Fabrice Luchini, Speakerine mérite mieux
que cette comparaison un peu hâtive
avec l’œuvre de Matthew Weiner.
Parce qu’elle propose une combinaison rare dans la fiction française. Elle offre à travers une figure emblématique
des débuts de la télévision un fin portrait
de femme, mais aussi celui d’une famille
et d’une époque très rarement représentée à l’écran, qu’il soit petit ou grand.
Tout en y ajoutant une nuance
de thriller, sous fond de
liaisons dangereuses entre le
pouvoir et la télévision.
C’est à Marie Gillain qu’il re○○○○
vient de porter les brushings et
tailleurs, toujours impeccables ou presque, de Christine Beauval, présentatrice
de la Radio télévision française (RTF), société qui donnera vie à l’ORTF. Une mère
de famille progressiste - sorte de Catherine Langeais émancipée - dans un monde d’hommes. Son mari, Pierre, ancien
résistant, interprété par le toujours
brillant Guillaume de Tonquédec, dirige
l’information de la RTF. Ou plutôt l’administre, sous la haute surveillance du
Général. Nous sommes en 1962, au sortir
des « événements » d’Algérie qui continuent de nourrir les rancœurs et de faire
des ravages des deux côtés de la Méditerranée. Les femmes ne se verront accorder que trois ans plus tard le droit d’avoir
leur propre compte en banque et celui de
travailler sans l’accord de leur mari.
U
Anne-Sophie Soldaïni,
Baptiste Carrion-Weiss, Guillaume
de Tonquédec et Marie Gillain
dans Speakerine.
« La joie d’avoir créé une troupe d’acteurs »
PROPOS RECUEILLIS PAR
BLAISE DE CHABALIER
£@dechab
Laurent Tuel, réalisateur de Speakerine, évoque son exigence de cinéaste,
même à la télévision.
LE FIGARO. - Vous venez du cinéma.
Est-ce que réaliser une série vous sort
de votre univers habituel ?
Laurent TUEL. - Je n’aborde pas Speakerine comme une série. Je considère
qu’il s’agit d’un film de six heures,
d’un long-métrage sur lequel j’ai besoin de fantasmer pour créer un univers et immerger le spectateur. Speakerine, dans son écriture, intègre des
« cliffhangers » (1), mais c’est seulement pour respecter la diffusion en
feuilleton. Dans ce mélodrame sur
l’émancipation des femmes au début
des années 1960, qui a également un
côté thriller, j’essaye de donner une
ampleur que généralement on trouve
un peu plus difficilement à la télé.
Cette fiction est-elle la chronique
d’une époque, ou bien un thriller ?
Un peu les deux. En tout cas, c’est romanesque. Et les problèmes de société
évoqués, on les retrouve de nos jours.
Par exemple, la place des femmes dans
les entreprises, la politique vis-à-vis
des immigrés, les liens entre pouvoir et
information ou encore le harcèlement
sexuel et même le viol. Quand l’affaire
Weinstein a éclaté, nous étions en plein
“
Les problèmes
de société évoqués,
on les retrouve
de nos jours
Vous décrivez les travers de la société
française sans manichéisme.
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4701
HORIZONTALEMENT
1. Sortir des filets. - 2. Porte aux
nues. - 3. Taille d’un moellon avec
un marteau à deux pointes. - 4.
Esprits conservateurs. - 5. Fait route
au bord du Tarn. Monte-caisses.
- 6. Laissé passer. Exclamation.
- 7. Doit être appelé par son nom.
Châtiment divin. - 8. Voiles sur
le globe. Bon pour la ligne. - 9.
Rafraîchit les Colmariens. Liquide
des Albigeois. - 10. Accompagne
la véronique. Mis en quarantaine
sur les marchés. - 11. Éternelle
jeunesse, apparemment. - 12.
Avec elle, souhait n’a qu’une seule
syllabe.
VERTICALEMENT
1. Moments d’absence. - 2. Sa
comète ne repassera pas avant
2061 (prénom et nom). - 3. Être
spectateur. Élément de chaîne.
- 4. Défendu. Sa tenue est légère.
- 5. Vachement rustique dans
le Massif central. Réduction du
patron. Répété en dernier. - 6.
Avait des taupes à Hambourg.
Bourgeonnement indésirable.
- 7. Paysage dunaire traversé en
caravane. Réduisais à l’impuissance. - 8. A repris de la graine.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4700
HORIZONTALEMENT 1. Surfeurs. - 2. Trou-trou. - 3. Abstenir.
- 4. Baie. EDF. - 5. Inter. Ea. - 6. Li. sevuC. - 7. ISF. Tort. - 8. Sauvée.
- 9. Atténuer. - 10. Niort. Té. - 11. Tonnerre. - 12. Enserrés.
A
”
LAURENT TUEL, RÉALISATEUR
tournage. L’objectif était de réussir à
tenir l’équilibre entre thriller et faits de
société. Il fallait que ce soit du divertissement, mais intéressant.
VERTICALEMENT 1. Stabilisante. - 2. Urbanisation. - 3. Rosit. Futons.
- 4. Futées. Verne. - 5. Été. Retenter. - 6. Urne. Vœu. Rr. - 7. Roideur.
Être. - 8. Surfacturées.
2
3
4
5
6
7
8
Nous avons essayé de restituer cela chez
Pierre Beauval, le patron de l’information à la RTF joué par Guillaume de Tonquédec. Ce héros de la Résistance, avec
toutes ses qualités, est pourtant ancré
dans des convictions rétrogrades, alors
que son épouse, interprétée par Marie
Gillain, est plutôt progressiste. Mais il va
se remettre en question par amour, et
c’est là que le travail sur ce personnage
a été passionnant. D’autant que
Guillaume est un comédien merveilleux. Tout comme Marie.
Vos souvenirs du tournage ?
La joie d’avoir créé une troupe de comédiens. On a choisi avec soin les seconds rôles. Et sur les treize semaines de
tournage, notre complicité nous a permis d’aller vers la qualité. Ceci a été
possible grâce à la chance que nous
avons eu, avec Charline de Lépine, la
productrice, de prendre le temps de
travailler très en amont, pendant six
mois avant le tournage. ■
3
BRIDGE
PROBLÈME N° 2806 :
De la virtualité à la réalité
73
9654
65
ARD32
N
O
4
5
France 2 | 23 h 30 | Samedi
I
l devait être 23 heures ou 23 h 15,
samedi, lorsque sur Radio
Classique, on entendit,
merveille, le premier mouvement
de la 25e symphonie de Mozart.
La nuit s’annonçait belle. Et elle le
fut puisque nous avons pu écouter,
vers minuit, Philippe Sollers
chez Ruquier. Un enchantement
d’écouter Sollers, toujours et
encore. On s’endort un peu moins
bête, un peu moins pauvre.
L’écrivain présentait son dernier
roman, Centre (Gallimard), que
l’on ne cessera jamais assez de vous
recommander. Sollers manie
l’ironie comme personne. Dupe de
rien, on aimerait penser que Diderot
devait être comme lui, tout plein
de joie. Sollers n’ennuie jamais,
c’est pour lui une simple question
de politesse, un principe de vie.
Tout entier dans l’intérieur de la
pensée qui s’exprime, il aime qu’on
lui dise qu’il est « un professionnel du
désordre », que faire des « guili,
guili », ce n’est pas trop son affaire.
Il sera toujours dans la marge et,
comme disait excellemment JeanLuc Godard, « la marge, c’est ce
qui tient les pages ». Mais parlons
travail. Parlons livre. Ruquier
glane des citations : « Vous parlez
beaucoup de la mort : “J’ose l’avouer,
je vis chaque minute comme une
préparation à être savouré par
le néant.” » Phrase magnifique à
méditer chaque seconde. Il répond :
« Oui, je suis une bonne proie,
je sens que le négatif m’aime
comme dessert. » Puis on causa
psychanalyse, de la mémoire. Leçon
du jour : « Si vous n’entraînez pas
votre mémoire, vous serez de plus
en plus poreux à toutes les voix qui se
déchaînent autour de vous. Vous allez
devenir un muscle flasque. Il faut
cultiver sa mémoire. » Moix a bien
raison lorsqu’il dit que l’auteur
de Paradis est le plus grand écrivain
vivant. Avec l’oiseau Sollers,
le soleil brille encore et l’eau,
avec lui, coulera toujours sous
les ponts. 2 heures du mat’,
sur France Musique, le quintette
pour clarinette. Musique !
LE BUZZ TV
Invité : Jamy Gourmaud
interviewé par Sarah Lecoeuvre et
Damien Canivez aujourd’hui sur :
(1) Technique qui consiste à terminer l’épisode
ou la saison d’une œuvre par une fin ouverte.
1
2
« On n’est pas couché »
se délecter de sa vipérine phallocratie.
Autant d’arguments qui plaident en faveur d’une deuxième saison. Ou en tout
cas, comme on le disait aux premiers
temps de la télévision, incitent à rester
fidèles au poste. ■
20.55
Bourgeoisie médiatique
La Beauval, comme on la surnomme,
présente bien. C’est un modèle pour
beaucoup. Mais la speakerine rêve de
s’affranchir de son statut de femme
tronc. Elle veut sa propre émission. Une
ambition qui signe le début des ennuis
pour le personnage englué dans le vedettariat que porte avec beaucoup de
justesse Marie Gillain. Une héroïne, objet de grandes jalousies. Au sein même
des studios de la RTF, la vie de la présentatrice est menacée. Derrière la caméra,
sa jeune et redoutable rivale (Barbara
Probst, petite-fille de la regrettée Gisèle
Casadesus) guette sa chute. Les cinq
auteurs de cette série ne se contentent
pas de leur époustouflante reconstitution historique : ils ouvrent une piste
noire. Complétée par les intrigues qui
naissent bientôt autour des enfants
Beauval. La meilleure amie de leur fille,
Colette, meurt dans d’étranges condi-
membre de cette famille. Il leur apporte,
tout du moins sur les quatre premiers épisodes, une profondeur inattendue. Les
personnages dits secondaires ne le restent
pas. Philippe Lefebvre séduit en preux reporter quand Jean-Yves Chatelais semble
PHILIPPE LEROUX-FTV/MACONDO ; ALAIN PISTORESI/PHOTOPQR/NICE MATIN
FRANÇOIS AUBEL £@francoisaubel
tions. Jean-Claude, le fils aîné, fricote
dangereusement avec l’OAS. Le charme
discret de cette bourgeoisie médiatique
va en être pulvérisé.
Avec un bel effet de réel, Laurent Tuel
parvient à éclairer tour à tour chaque
E
S
A65
AR
A 8 4 3
10 9 6 5
6
7
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
8
Entame : 7 de pour le Valet d’Est
et votre As.
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2805 :
Bonne prise
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : Valet de .
Si vous parvenez à exploiter les , même en y concédant
deux levées, vous aurez largement votre compte de plis.
Comment y parvenir à coup sûr ? En conservant les deux
reprises indispensables à dans votre main.
C’est pourquoi vous devez appeler la Dame de à la
première levée. Jouez ensuite le Roi de et, s’il fait la
levée, rejouez vers le 10. Rien ne peut vous arriver,
une contre-attaque à étant inopérante d’où qu’elle
vienne.
Si vous jouez pour le Roi et pour le 10 pris du Valet,
Ouest continue à pour vous faire chuter.
Si vous laissez filer le 10 de et poursuivez à , Ouest
saute sur son As et insiste à pour la même punition.
(Dans ces deux derniers cas, la contre-attaque à vous
fait aussi chuter).
D43
AR654
R2
AD5
9
10
11
12
V 10 9 8
V82
AV53
97
N
O
E
S
752
D 10 9 7 3
4
RV82
AR6
D 10 9 8 7 6
10 6 4 3
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
lundi 16 avril 2018
35
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Benoît-Joseph
Soleil: Lever 06h59 - Coucher 20h43 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20. Prés. : Carole Gaessler
20.00 Tout le sport. Magazine 20.30
Plus belle la vie. Feuilleton.
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
9
21.00 Appels d’urgence
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie
Série. Comédie dramatique
Magazine. Science et technique
Société. 0h55. Samu du Val-d’Oise :
urgences sur les routes dangereuses. Inédit. Les routes du Vald’Oise connaissent tous les jours
l’enfer des trajets domicile-travail.
50
9
8
9
9
5
10
12
8
9
5
21.55 Appels d’urgence. Mag. 0.20
Flics : leur vie en direct. Série doc.
7
7
10
7
7
7
8
8
20
8
Clem
Speakerine
Le monde de Jamy
Fra. Saison 8. Avec Léa Lopez, Samuel
Ourabah. 2 épisodes. Inédits. Caro et
Clem reviennent du Canada. Alors que
Caro veut prendre du recul sur sa vie
amoureuse, Clem décide de se lancer
dans un projet professionnel.
Fra. Saison 1. Avec Marie Gillain,
Guillaume de Tonquédec, Grégory
Fitoussi. 2 épisodes. Inédits. Dans
les années 1960, une célèbre speakerine va se trouver au cœur d’un
déferlement de violence.
Présentation : Jamy Gourmaud,
Églantine Éméyé. 2h00. En France :
des plus hauts sommets au littoral : ils défient pour nous les milieux
extrêmes. Inédit.
23.00 Soir/3
20.50 Les désaxés
23.15 New York, unité spéciale
22.40 Stupéfiant ! Mag. Spéciale
23.40 Qui sommes-nous ? Doc.
Série. Policière. EU. Avec Christopher Meloni. (4 épisodes).
héros. Invités : L. Bathily, R.-P. Droit
1.40 Vivement dimanche prochain
1.30 Midi en France. Magazine 2.00
Dans la tête des SS. Documentaire.
22.55 C dans l’air 0.00 Avis de sorties 0.10 C à vous. Magazine.
10
8
20.00 C à vous, la suite. Mag. 20.20
Entrée libre. Invité : Daniel Auteuil.
10
11
8
11
14
12
Film. Drame. EU. 1961. NB. Réal. : J.
Huston. 2h05. Avec M. Monroe. Dans
le Nevada, une jeune femme fait la
connaissance de trois hommes passionnés de chevaux sauvages.
11
10
11
14
15
50
13
APRÈS-MIDI
15
50
14
14
20.40 Canalbis (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C). Divertissement. Avec Alex Lutz.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes.
Magazine 20.45 Athleticus. Série.
Anneaux en gymnastique artistique.
19.45 Le 19.45. Présentation :
Ophélie Meunier 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Marion Game.
21.00
20.50
21.00
Série. Drame
Film. Thriller
Jeu
17
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14
19.45 Mad Box 19.55 The Big Bang
Theory. Série. (2 épisodes).
17
16
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19
16
16
16
15
20.55 Crimes
16
14
Magazine. Société. 1h55. Inédit. Au
sommaire : «Affaire Daval». Le
28 octobre 2017, à Gray, Jonathann
Daval se rend à la gendarmerie. «Ils ont menti à la France».
17
15
15
19
20
16
18
22.50 Crimes sur la Côte d’Argent
0.45 Crimes en région Paca. Mag.
16
17
21
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24
14
15
22
22
60
19
19.00 Les routes de l’enfer : Australie. Série documentaire.
Cardinal
Can. Saison 2. Avec Billy Campbell.
2 épisodes. Inédits. Cardinal et Delorme découvrent un lien entre les
éléments trouvés sur la scène de
crime et les meurtres rituels commis
dans la grotte dont parle Terri.
Le dossier Odessa
All-GB-EU. 1974. Réalisation : Ronald Neame. 2h03. Inédit. Avec Jon
Voight, Maximilian Schell. À Hambourg, un journaliste coriace se lance
aux trousses d’une dangereuse organisation secrète baptisée Odessa.
22.25 L’effet papillon Mag. 23.15
22.55 Le point de non-retour
Crac-crac. Invités, notamment :
Franck Gastambide, Anne Marivin.
Film. Policier 0.25 Vienne avant la
nuit. Film. Documentaire.
20.50 Wheeler Dealers
Occasions à saisir
Wild,
la course de survie
Prés : S. Rotenberg. 2h05. La demifinale de la course a lieu au cœur du
far west bolivien, à près de 4 500
mètres d’altitude. 4 duos, ont 3 jours
et 2 nuits pour atteindre l’arrivée.
18
T (en °c)
-
<-10 à 0
Série documentaire. Science et
technique. GB. 2016. 1h45. Chevrolet Corvair 1963. Inédit. - Chevrolet
Corvette 1968. Inédit.
23.05 Wild, le choix décisif Jeu
23.50 Tourisme de luxe et narcotrafic : le nouveau visage de l’Amazonie
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Lana Parrilla. (2 épisodes).
MARDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Harry Photter
et le prisonnier d’Azkaban
21.00 Twilight - Chapitre 3 :
hésitation
21.00 Braquage à l’italienne
Film. Fantastique. EU-GB. 2003.
Réal. : A. Cuarón. 2h15. Avec Daniel
Radcliffe. Un dangereux sorcier
s’échappe de la prison d’Azkaban.
Film. Fantastique. EU. 2009. Réal. : D.
Slade. 2h04. Avec K. Stewart. Bella
doit choisir entre son amour pour
Edward et son amitié pour Jacob.
Film. Action. EU-Fra-GB. 2002. Réal. :
F Gary Gray. 1h51. Avec M. Wahlberg.
Un braqueur se lance à la poursuite
d’un ancien complice qui s’est enfui
avec le butin d’un cambriolage.
23.35 Harry Potter : aux origines de
la magie 0.50 90’ enquêtes. Mag.
23.15 Twilight - chapitre 2 : Tentation. Film. Avec Kristen Stewart.
23.15 John Wick. Film 1.00 Game of
Thrones. Série. (2 épisodes).
MOTS FLÉCHÉS N°1947
JEUDI
13/22
10/23
13/22
8/24
11/23
9/26
16/24
13/21
16/20
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14/23
16/23
17/23
lachainemeteo.com
Tous les programmes
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LIVE 24/24 SUR
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FUTURS
CRAPAUDS
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USAGES
BELLE
MACHINE
V
POUR CE
QUI EST
CONTRE
U
SHARIF
AU
CINÉMA
GORGÉE
D’EAU
O
CACHET
DE SIRE
FAIRE
SIGNER
EA
U
FORCE 2
ARCHIVES
D’IMAGES
TE
SOUMETS
BLESSÉE
SAUVAGEMENT
BUS
8/23
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
11/23
9/22
8/19
22.30 Kaamelott. Série. Avec
Alexandre Astier, Audrey Fleurot.
10/14
16/19
10/16
8/13
8/17
15/18
MERCREDI
8/21
7/18
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
7/19
Série. Comédie. Fra. 2005. Saison 1.
Avec Alexandre Astier. Ve siècle, en
Bretagne. Le royaume de Kaamelott s’organise autour du roi Arthur
à la recherche du Saint Graal.
N
TRAVAIL
TOUT EN
FINESSE
MAXIME
13/20
14/16
10/14
6/14
9/15
13/19
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
22.35 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
0 à 10
HALTE AUX
DOULEURS
BOISSON
TUBE
À LANCER
NON
OUVRABLE
FIRME
PUISSANTE
POSSÉDÉE
BOUT
DE VERS
DÉPOUILLÉE
AVOIR
CHAUD
GRATTER
FORT
C’EST
D’ACCORD
CERVIDÉS
SCANDIUM
AU LABO
ATTENDRI
APPELÉE
DE LOIN
NI MOI
NI TOI
CHANGEMENT DE
CARAPACE
BRAME
PERSONNEL
RÉFLÉCHI
DISQUE
TRÈS
APPLIQUÉE
LIVRE
AUX
NOMBREUX
VERSETS
P S Y CHO :
Le s mé th o d e s
p o ur s u r v i v re
à un e v ie u ltra
co nne cté e .
VERS
LE MIDI
CHEZ NOUS
DÉTÉRIORÉES
VIVIER
DE L’ÉTAT
ADOUBER
L’OR DU
CHIMISTE
ELLE
DONNE
DES
NOUVELLES
SYMBOLE
CHIMIQUE
DE
L’ARGON
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
P
S
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A
P
P
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F A V E U R
D O L E A N C E S
R E N T R A I
A P R I O R I
D A R T R E
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S U E T
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C H E R C H E
V I C I E
A C
R C
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P E C A N
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A
IL
AMUSAIT
LA COUR
S P ORT :
Amé l i o re r
s a l ongé v i t é
grâ ce à l’a cti v i té
p h ys i q ue .
FORMULE
TOUCHÉE
PAR
L’URANIUM
AÉRIEN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 16 avril 2018 LE FIGARO
36
Milos Forman,
athlète du spectacle
DISPARITION Le réalisateur d’origine tchèque
MARTIN BUREAU/AFP
s’est éteint le 14 avril. Il avait triomphé avec
« Vol au-dessus d’un nid de coucou » et « Amadeus ».
PAR MARIE-NOËLLE TRANCHANT mntranchant@lefigaro.fr
C
inquante ans après le
« printemps de Prague »,
Milos Forman s’en va. Il a
été de cette génération
d’artistes,
cinéastes,
peintres, écrivains, qui
ont fait souffler sur la
Tchécoslovaquie communiste un vent de fronde, dans les années 1960, et annoncé l’éphémère libéralisation politique du printemps 1968,
gelée par l’invasion des troupes du pacte
de Varsovie le 21 août. Au mois de mai
précédent, Forman participait au Festival de Cannes interrompu, s’étonnant de
voir ses amis réalisateurs lever le drapeau rouge qu’on rêvait d’abattre, de
l’autre côté du rideau de fer.
Ses trois premiers films, L’As de pique,
Les Amours d’une blonde et Au feu les
pompiers ! sont des fleurons de la Nouvelle Vague du cinéma tchèque illustrée
par Ivan Passer, Vera Chytilova, Jiri
Menzel ou Jan Nemec. Forman y déploie
son charme hâbleur et sa verve ironique.
Dans L’As de Pique (1964), il suit avec
une dérision légère un adolescent gaffeur désenchanté par la réalité étriquée.
Deux ans plus tard, Les Amours d’une
blonde mélange brillamment érotisme et
satire sociale : le patron d’une usine de
chaussures demande à l’État d’envoyer
des militaires dans sa petite ville, car son
personnel est principalement féminin, et
les hommes sont rares. Mais la planification des relations amoureuses n’est pas si
l’idéologie », confiait-il au Figaro.
facile à mettre en œuvre… Au feu les
« Donnez-moi une histoire à raconter, des
pompiers ! s’amuse à faire rater le bal des
personnages crédibles, et je vous ferai une
pompiers dans une petite ville, à force
mise en scène. Je laisse à d’autres le soin
d’incidents : le réalisateur épargne les
de philosopher. »
gens mais égratigne les absurdités du
Il y avait au fond de lui un silence
système, et le film est interdit.
abyssal. Né en 1932, il avait une dizaine
Milos Forman ne s’est jamais voulu did’années quand ses parents ont été dérectement politique. Il n’a même pas eu
portés. Il n’a su que plus tard qu’ils
à prendre la décision de s’exiler, comme
avaient péri dans les camps d’extermibeaucoup de ses compatriotes. « Je n’ai
nation. Adolescent, il a vécu le putsch
pas quitté la Tchécoslovaquie pour des
stalinien à Prague. « Instinctivement,
raisons politiques mais professionnelles. »
sans rien savoir, on sentait, nous les jeuIl se trouvait à Paris avec Jean-Claude
nes, que ça allait mal. Mais si on veut étuCarrière, pour travailler au projet de
dier, s’en sortir, il faut se
Taking off quand les chars
taire. Le silence, c’est ça
russes sont entrés à Prague.
ma véritable expérience
Il n’est pas reparti. Mais il
politique. » Il tenait à
amorçait une carrière intercette distance qui lui
nationale qui allait prendre
permettait d’échapper
son essor aux États-Unis,
1932
à la normalisation de
avec Vol au-dessus d’un nid
Le 18 février, naissance
l’esprit. « J’ai besoin
de coucou, événement de
à Càslav, en Bohême
d’être détaché, de n’apl’année 1975 qui lui vaudra
1964
partenir à aucun camp.
cinq Oscars. Dont l’Oscar
Son premier film,
Je suis une sorte de disd’interprétation pour un
L’As
de
pique,
est
primé
sident majeur : toutes les
Jack Nicholson déchaîné,
au Festival de Locarno
idéologies me répusemant la panique dans un
1968
gnent. » Et toutes les
hôpital psychiatrique avant
Émigre aux États-Unis
institutions l’étouffent.
d’être maté par l’institution.
1975
Il se voyait comme
Dénonciation des méthodes
Vol au-dessus d’un nid
« une espèce d’observade la psychiatrie ? Allégorie
de coucou, 5 Oscars
teur émotionnel », et son
des normalisations totalitai1984
œuvre témoigne de
res ? Forman ne se prononAmadeus, d’après
cette position marginaçait pas, laissant à chacun
la pièce de Peter
le, à l’ironie critique
son interprétation. « J’ai
Schaffer, 8 Oscars
mais non pas engagée.
toujours refusé les pièges de
Bio
EXPRESS
Méfiant à l’égard de toutes les institutions. Son seul vrai pays, c’est le cinéma, disait-il, « on est chez soi là où l’on
peut travailler comme on veut ».
Le succès de Vol au-dessus d’un nid de
coucou lui permet de réaliser la comédie
musicale Hair, qui ouvre le Festival de
Cannes 1979, et l’ambitieux Ragtime,
fresque de 26 millions de dollars sur le
New York du début du XXe siècle. Naturalisé américain, Forman qui avait « rêvé
de Hollywood comme un joueur de tennis
rêve de Wimbledon », s’est taillé sa place.
Kirk Douglas est le premier à l’avoir
pressenti : il souhaitait Milos Forman
comme réalisateur de Vol au-dessus d’un
nid de coucou, alors qu’il n’avait pas encore fui la Tchécoslovaquie, et lui avait
envoyé le roman - jamais arrivé…
« Tout sauf les films
ennuyeux »
Forman est avant tout un homme de
spectacle. Et même un athlète du spectacle. En quelques années d’Amérique,
il a perdu la minceur juvénile de ses
premiers films, aigus et nuancés, pour
acquérir la robustesse d’un metteur en
scène de superproductions charpentées, captivant le public par son dynamisme énergique, sa virulence et son
faste. « J’admets tous les styles, tous les
trucs, toutes les techniques, tout sauf les
films ennuyeux », affirme-t-il. Il veut
des histoires fortes, « où je m’engage
auprès des personnages, où leurs conflits
me provoquent ». Il le prouve de nouveau en 1984 avec Amadeus. Il revient à
Prague pour tourner dans des décors
splendides son adaptation de la pièce
célèbre de Peter Shaffer. Il en fait « une
sorte de thriller musical », selon son expression, où le laborieux Salieri, ravagé
d’envie, veut la peau de Mozart, mauvais garnement irrémédiablement génial qui a le rire horripilant et la chevelure punk de Tom Hulce. Malgré
quelques grincements critiques, le film
est un triomphe, salué par huit Oscars.
En 1989, Valmont, fantaisie sensuelle
écrite avec son vieux complice JeanClaude Carrière d’après Choderlos de
Laclos, sort sur les écrans en même
temps que le communisme s’effondre.
Suivront deux portraits américains aux
ambiguïtés appuyées. En 1997, Larry
Flynt, fait scandale. Le patron du magazine porno Hustler est-il un profiteur
cynique et vulgaire ou un défenseur de
la liberté d’expression qui défie la censure ? Forman affrontera de nouveau
ces paradoxes avec le personnage
d’Andy Kaufman, comique vertigineux
de folie et de méchanceté, interprété
par Jim Carrey dans Man on the Moon.
« J’aime l’inconfort où il me met. »
Ces personnages « aussi contradictoires et mystérieux que la nature humaine », passionnaient Forman parce
qu’ils échappaient absolument à la
conformité. Échapper, c’était sa manière de résister. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Frappe [fra-p’] n. f.
Coups de minuit.
ans la nuit de vendredi à samedi, les Américains, les Français et les Britanniques
ont procédé à des frappes aériennes contre le régime syrien.
Le mot vient de l’onomatopée frap, qui marque un choc.
À vrai dire, cela fait longtemps que Bachar a été frappé : il l’a d’abord été d’une folie
meurtrière contre son peuple (un frappadingue, n’hésitent pas à dire certains). Face
à lui, le monde, s’il était frappé, c’était d’impuissance. Il semblait interdit : de riposter.
Jusqu’à la semaine dernière, lorsque Damas n’a pas hésité à frapper une nouvelle fois
des civils, en employant des armes chimiques prohibées.
Là, ce n’était visiblement pas une faute de frappe, mais une faute tout simplement.
D’où la riposte qui eut pour but de détruire les usines de production syriennes,
mais aussi de frapper l’opinion internationale. (Pour cette dernière, il s’agissait
de le faire au coin du bon sens.)
L’opération occidentale a été, ont affirmé ses porte-parole, ciblée et proportionnée.
Mais résolue et déterminée.
Il ne sera pas dit que Trump et ses alliés sont des petites frappes. ■
D
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Grosse discorde au sein de la droite italienne
à propos de l’intervention alliée en Syrie.
Le leader de la Ligue, Matteo Salvini,
qui est aligné sur Moscou, la juge « folle » :
« Elle fait le jeu des terroristes islamiques
sur le point d’être battus. » Silvio Berlusconi
(photo) le rabroue : « Devant une attaque
qui avait pour objectif la destruction des armes
chimiques d’Assad, mieux vaut ne pas parler. »
Dans une lettre au Corriere della Sera publiée
samedi, le leader de Forza Italia réaffirme
l’amitié indéfectible de l’Italie envers
les États-Unis et appelle « Poutine à circonvenir
Assad ». Pour sa part, le leader du M5S Luigi
Di Maio évite toute critique au camp allié
et espère simplement que l’attaque
« ne marque pas le début d’une nouvelle escalade »
au Proche-Orient.
A
Déconvenue pour Yves Lévy,
PDG de l’Inserm et mari d’Agnès Buzyn
Pour éviter toute accusation de conflit d’intérêts, l’Élysée a décidé
de ne pas reconduire le Dr Yves Lévy, mari de la ministre de la Santé,
Agnès Buzyn, à son poste de PDG de l’Inserm, l’Institut national de la santé
et de la recherche médicale. Cet immunologiste et ancien conseiller
de la ministre socialiste Geneviève Fioraso dirigeait l’Inserm depuis 2014.
Il peut se représenter pour le poste mais doit répondre à l’appel
à candidatures qui va être émis. Une position évidemment très inconfortable
pour le couple Lévy-Buzyn.
GREGORIO BORGIA/AP
Discorde au sein de la droite italienne sur la Syrie
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