close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Le Figaro - 17 04 2018

код для вставкиСкачать
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,60 €
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 917 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ARTISANAT
LES MEILLEURS OUVRIERS DE FRANCE EN
COLÈRE CONTRE LA « DÉVALORISATION »
DE LEUR TITRE PAGE 10
Interview
présidentielle :
après le pugilat,
les macronistes
font bloc PAGE 4
EXÉCUTIF
Édouard Philippe
justifie les frappes
en Syrie devant
le Parlement PAGE 6
CANADA
Justin Trudeau
vient réajuster sa
stature à Paris PAGE 7
PARIS
Nouveau recours
contre les voies sur
berge piétonnes
PAGE 8
SÉCURITÉ
Quand la « police
des polices » passe
au crible les
commissariats
LES VILLES AUSSI
CHERCHENT À ATTIRER
DES MÉDECINS PAGE 14
Le projet européen
de Macron à rude épreuve
Le président français doit plaider ce mardi devant le Parlement européen à Strasbourg pour la
réforme de l’UE, avant d’ouvrir à Épinal les « consultations citoyennes » sur l’avenir de l’Europe.
Emmanuel Macron tentera
ce mardi de convaincre les
députés
européens
de
l’urgence à transformer une
Europe rongée par le doute.
Après ce discours au Parle-
ment de Strasbourg, il lancera dans les Vosges à
Épinal les consultations sur
l’avenir de l’Europe, qui
doivent être organisées
dans tous les pays de
l’Union pour préparer les
élections européennes de
mai 2019. Mais un an après
sa victoire saluée par les
proeuropéens, le président
français peine à faire avan-
cer ses idées. Aux réticences
de nombreux Européens,
dont le camp conservateur
de la chancelière, s’est
ajoutée une séquence électorale chaotique en Allema-
è DANS LE DOMAINE MILITAIRE, LE TANDEM FRANCO-BRITANNIQUE REPREND DU SERVICE è MERKEL SOUS LES PRESSIONS CONTRAIRES DE SA COALITION
è MANFRED WEBER, EURODÉPUTÉ (GROUPE PPE) : « LE SUCCÈS DES RÉFORMES INTÉRIEURES EST UN PRÉALABLE AU SUCCÈS EUROPÉEN » PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
Le ton monte
dans la
majorité sur
la loi asile et
immigration
Grève chez Air France :
les salaires
des personnels au cœur
de la polémique
PAGE 9
DROGUES
CHAMPS LIBRES
Le cannabis
à l’adolescence
accroît le risque
psychotique PAGE 11
À quoi
servent les
branches
professionnelles ?
Les tribunes
de Frédéric
Encel et
de Caroline
Galactéros
La chronique
de Renaud
Girard
L’analyse
de Vincent
Trémolet
de Villers
n
n
PAGES 15 À 17
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de lundi :
Approuvez-vous les
frappes menées en Syrie ?
OUI
40 %
NON
60 %
TOTAL DE VOTANTS : 68 604
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Emmanuel Macron a-t-il
eu raison de faire ce débat
face à Jean-Jacques
Bourdin et Edwy Plenel ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@e@b@r@a";
M 00108 - 417 - F: 2,60 E
Les syndicats réclament une hausse de 6 % des salaires, afin de rattraper le « gel » des dernières années. Dans les faits,
les rémunérations ont toujours augmenté et pèsent plus lourd chez Air France que chez ses concurrents. La grève, qui
se poursuit aujourd’hui, a déjà fait perdre 195 millions d’euros à la compagnie (Photo d’archives Air France). PAGE 20
EPHILIPPE JUSTE/PHOTOPQR/LE
PROGRES-BURGER/PHANIE
Après près de trente heures de
débats en commission des lois,
le texte controversé du ministre
de l’Intérieur est débattu dans
l’Hémicycle. Plus de 1 000
amendements doivent être
étudiés, dont 200 déposés par
les députés LaREM. Malgré plusieurs modifications apportées,
certains députés de la majorité
continuent de faire entendre
leur hostilité. Richard Ferrand,
le président du groupe, leur a
demandé de serrer les
rangs. Mais, vendredi, certains
voteront contre le texte.
D’autres, plus nombreux, devraient s’abstenir. PAGE 5
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
n
n
gne et en Italie. Les percées
électorales de formations
très eurosceptiques en Italie, en Hongrie et en Autriche, compliquent encore la
donne.
C
D’Athènes à Strasbourg
ommencée par une belle harangue
dans l’air doux d’Athènes, la
grande offensive européenne
d’Emmanuel Macron se poursuit
en guerre de tranchées sur les
marches de l’Est. À Strasbourg, il va repartir
à l’assaut. Mais, derrière cette ligne, les nuages s’accumulent. Il y a cette Allemagne loin
d’être d’accord sur tout et, plus loin, des pays
de l’Est frondeurs. Et les fronts Nord et Sud
qui, eux aussi, se réveillent…
On connaît les traditionnelles réticences
allemandes face aux projets français de réforme de la zone euro. Les tiraillements au
sein de la coalition de Merkel IV compliquent
encore les choses. Et voilà que les pays du
Nord donnent aussi de la voix. Aux côtés des
Pays-Bas, une demi-douzaine de pays ont
appelé Paris à en rabattre sur ses projets les
plus audacieux.
L’élection italienne a été une déflagration. La
spectaculaire percée des formations « antisystème » prive le président français d’un
allié sur son flanc Sud. La victoire de Viktor
Orban en Hongrie est venue ponctuer
l’avertissement. Tous les derniers scrutins
ont vu le retour en force du souverainisme, de
la droite dure ou des extrêmes. Ils se sont joués
sur la peur de l’immigration massive et d’une
perte d’identité. Autant de sujets sur lesquels
l’Europe n’a pas su rassurer ses peuples.
La marge de manœuvre du président
français est sérieusement réduite. Sa ligne
d’horizon, ce sont les élections européennes
de mai 2019. D’ici là,
il faudrait à l’UE des
résultats concrets.
Emmanuel Macron
aurait aimé répéter
à l’échelle de l’Europe la manœuvre
foudroyante qui lui
a permis de s’emparer de l’Élysée et de l’Assemblée nationale.
Mais, là encore, les conservateurs allemands
ont mis le holà.
Plus urgente que jamais, la réforme de
l’Europe risque de patiner. Et l’élan apporté
par le jeune président français, de fâcheusement s’essouffler. Une chose est sûre, sa force de conviction dépend de la réussite de ses
réformes intérieures. Pour Emmanuel
Macron, le grand combat européen passe
d’abord par la bataille du rail français… ■
Urgente,
la réforme
de l’Europe
risque
de patiner
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
François Kersaudy
DE GAULLE
par lui-même
Les mille propos
les plus percutants
du Général,
présentés, expliqués,
justifiés ou infirmés
par l’historien
François Kersaudy
« Au début, je n’étais pas très gaulliste.
Mais petit à petit, en me regardant faire…
je le suis devenu. »
Charles de Gaulle
A
ÉLYSÉE
ENQUÊTE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Europe : Macron peine à imposer ses
Le président français s’exprime
ce mardi au Parlement de Strasbourg
alors que les réformes qu’il propose
à l’UE sont fortement contestées.
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
CORRESPONDANT À BRUXELLES
DANS LA SÉQUENCE INITIALE, c’était
le moment clé. Après le chef d’État protecteur des Français, le briseur de tabous sociaux et le chef de guerre, devait
sonner l’heure magistrale de Macron
l’Européen. L’ambition continentale du
jeune président est intacte, ce sont les
résultats qui pèchent. À un an d’élections européennes qui sanctionneront
un mandat à mi-parcours dans l’Hexagone, le champion a pris du retard sur à
peu près tous les fronts de la réforme
annoncée de l’UE.
Les applaudissements seront nourris
ce mardi matin lorsque Emmanuel Macron entrera pour la première fois dans
l’hémicycle de Strasbourg. Ils salueront
la fraîcheur, l’énergie et le modernisme
de l’élu des Français, un visage de l’Europe qui tranche sur l’effacement d’une
chancelière allemande que l’on dit
vouée au déclin. Bon nombre de députés songent à se rallier au mouvement,
après le scrutin. Mais ce ne sera pas la
fanfare escomptée pour le lancement de
la campagne européenne de LaREM.
Aussi révélatrices seront les réponses
et les questions d’une assemblée qui, de
la droite à la gauche, se reprend à douter. « Si le président le plus doué ne parvient pas à changer l’UE, alors les Français et d’autres Européens en concluront
que personne ne peut accomplir la mission et ce sera la fin de l’expérience »,
s’inquiète un proche de l’Élysée, onze
mois après la défaite de Marine Le Pen.
L’entourage du président se garde de
dramatiser par avance l’allocution
d’environ une demi-heure, prévue peu
après 10 heures. Ce ne sera ni un débat
d’actualité, ni une nouvelle envolée visionnaire, sur le modèle du discours de
la Sorbonne il y a six mois. Mais un
« appel à la responsabilité européenne, à
l’engagement, à la fierté ». Parmi les
conseillers, l’impatience envers le reste
de l’UE est palpable. « Il y a urgence à
agir », insiste l’un d’entre eux, après les
percées électorales de l’extrême droite
en Italie, en Hongrie et en Autriche.
“
Si la voix de la France
porte peu sur l’Union
monétaire, sur le front
géopolitique c’est
le Royaume-Uni
qui apparaît comme
le partenaire le plus fiable
de Macron
”
WOLFGANG MÜNCHAU DU FINANCIAL TIMES
Un an ou presque après que l’« Ode à
la Joie » a retenti dans la cour du Louvre, la fracture continue de se creuser
dans l’UE entre ceux qui sont à l’aise
avec le projet européen et ceux qui s’en
détournent, pour les extrêmes. Le président français n’agite plus seul la scène
européenne. Il a désormais un adversaire et un antagoniste identifié : le premier ministre hongrois, fraîchement
réélu et courtisé de l’extrême droite jusqu’aux plus raides des conservateurs,
germaniques entre autres. « Il y a deux
Europe, celle d’Emmanuel Macron et celle
de Viktor Orban », dit Pieyre-Alexandre
Anglade, député et poisson pilote de LaREM pour les élections européennes.
Pour l’Élysée s’ajoute une vraie frustration. La lune de miel entre le président et la chancelière, attendue depuis
Emmanuel Macron lors de son arrivée au Parlement européen, le 1er juillet 2017 à Strasbourg, avant l’hommage rendu pour la disparition
un an, paraît lourdement hypothéquée.
Les deux dirigeants sauveront la face en
se retrouvant après-demain pour une
« session de travail » à Berlin. Mais le
ressort franco-allemand, nécessaire à
tout sursaut de l’UE, reste détendu sur à
peu près toute la ligne.
Conservateurs et sociaux-démocrates confondus, la coalition Merkel IV
ne se prive même plus de torpiller l’ambition française d’une réforme en profondeur de la zone euro. Le président a
Dans le domaine militaire, le tandem
franco-britannique reprend du service
A
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
DANS LE DOMAINE de la défense comme
dans celui de la diplomatie, la réalité finit
toujours par imposer sa loi. Au premier
test militaire d’envergure, le jeune couple franco-allemand a été doublé par le
vieux tandem franco-britannique. Angela Merkel a refusé toute participation
de la Bundeswehr, l’armée allemande,
aux frappes menées contre les installations chimiques du régime syrien. Theresa May, dont c’était le baptême du feu, a
envoyé quatre avions de combat et revendiqué « un rôle important » dans
l’opération.
Tout devait pourtant changer. Épuisée
par les interventions en Irak et en Afghanistan, engagée dans son Brexit, la Grande-Bretagne, dont le Parlement avait reculé au moment où les alliés s’apprêtaient
à frapper le régime syrien en août 2013,
n’était plus considérée comme le partenaire militaire et stratégique idéal à Paris.
Les Allemands, en revanche, disaient
avoir évolué. Prêts à renforcer leur rôle
diplomatique sur la scène internationale,
ils promettaient aussi d’augmenter leur
budget de la Défense, de respecter le minimum de 2 % normalement exigé de
chaque pays par l’Otan.
L’Allemagne a accepté de participer à
la lutte antiterroriste au Sahel en envoyant des soldats au Mali, dans les missions de formation et dans la Minusma.
Angela Merkel avait aussi donné son feu
vert à la participation de son pays à la
coalition internationale contre Daech.
Certes, la Bundeswehr n’avait pas été
autorisée à effectuer des frappes aériennes, mais l’avenir restait prometteur. Il
tranchait en tout cas avec la virulente opposition de l’Allemagne à l’intervention
militaire des Français, Britanniques et
Américains en 2011 dans la Libye de Kadhafi. Et il était vivement encouragé par
Emmanuel Macron. Dans son discours de
la Sorbonne, en septembre 2017, le nouveau président français espérait, en s’appuyant sur Berlin, pouvoir doter l’Europe
« d’une forme commune d’intervention »,
d’un « budget de défense commun » et
d’une « doctrine commune pour agir ».
Mais les promesses allemandes sont
pour l’instant restées de faux espoirs. Non
seulement l’objectif des 2 % fixé par l’Alliance atlantique n’est pas respecté, mais
la tradition pacifiste de l’Allemagne résiste plus fort que prévu, surtout depuis
qu’Angela Merkel est sortie affaiblie des
élections. Le « contrat de coalition » signé
en février entre les conservateurs et les
sociaux-démocrates entretient le flou sur
toutes les questions d’ordre militaire. Selon un sondage de la ZDF, 78 % des Allemands étaient opposés à une participation aux frappes militaires en Syrie.
L’Ostpolitik, la politique de la détente
initiée par le chancelier Willy Brandt, qui
visait à normaliser les relations avec l’Allemagne de l’Est et les satellites soviétiques dans les années 1970, a laissé des
traces outre-Rhin.
“
Il faut donner un nouvel
élan aux accords
de Lancaster et trouver
un moyen de consolider
nos relations militaires
UN OFFICIER GÉNÉRAL BRITANNIQUE
”
Presque trente ans après la fin de la
guerre froide, le facteur russe exerce toujours une influence dans la politique allemande. Le désir instinctif de la politique
étrangère allemande d’éviter la confrontation avec Moscou justifie la méfiance avec
laquelle Berlin considère son implication
dans les opérations militaires quand ces
dernières se heurtent aux intérêts russes. Il
avait été amplifié du temps de l’ancien
chancelier démocrate Gerhard Schröder,
nommé récemment président du conseil
d’administration de Rosneft, le géant russe
des hydrocarbures, dirigé par un ancien
agent du KGB, proche de Poutine.
Le double jeu de l’Allemagne s’est à
nouveau illustré en mars avec l’affaire
Skripal. Pour montrer sa solidarité avec
Londres, Berlin a bien expulsé quatre diplomates russes. Mais dès le lendemain, la
chancelière a donné son feu vert au projet
de pipeline Nord Stream 2, qui doit relier
la Russie à l’Europe et contre lequel s’insurgent les pays Baltes et certains États
d’Europe orientale. Ils craignent qu’une
forte augmentation des exportations de
gaz en Europe accroisse la vulnérabilité
européenne à la pression géopolitique
russe. Ils considèrent que ce projet est un
moyen supplémentaire donné à la Russie
pour déstabiliser l’Union européenne.
Face aux réticences allemandes, la nature ayant horreur du vide, c’est l’allié naturel de la France, le Royaume-Uni, qui
reprend du service. « Dans le domaine de
la défense, les relations entre Paris et Londres sont naturelles et fluides, tandis qu’elles sont contraintes et insatisfaisantes avec
Berlin », souffle un diplomate français. La
France et la Grande-Bretagne partagent
une même vision stratégique. Anciens
empires, membres permanents du Conseil
de sécurité de l’ONU, puissances dotées de
l’arme nucléaire, elles ont une culture
d’intervention à l’étranger, en partie héritée de leur histoire impériale. Cette
proximité s’est traduite par des accords de
coopération, en 1998, en 2003 puis en 2010
avec le traité de Lancaster. Quand il s’agit
d’intervenir dans des opérations de combat, la France et le Royaume-Uni sont les
deux seules puissances capables d’utiliser
la force au-delà des frontières européennes de manière à la fois rapide et efficace.
Depuis le Brexit, la Grande-Bretagne se
trouve en porte-à-faux vis-à-vis de son
allié français. « Il faut donner un nouvel
élan aux accords de Lancaster et trouver
un moyen de consolider nos relations militaires », espère un officier général britannique. Faute de quoi la France risque
d’avoir à porter seule sur ses épaules le
poids de la défense européenne. Car,
comme le disait le 10 avril le député européen Arnaud Danjean lors d’une conférence de l’association Eurodéfense : « J’ai
peur que le regain d’intérêt pour la défense
européenne auquel nous avons assisté soit
davantage conjoncturel que structurel. » ■
+
» Lire aussi PAGE 16
déjà fait une croix sur l’installation d’un
ministre des Finances et d’un Parlement dédiés à la monnaie commune.
L’Allemagne freine désormais des quatre fers face à une « capacité » budgétaire propre, un système continental de
garantie des dépôts bancaires ou encore
une transformation du fonds de secours
MES en filet communautaire anticrise.
Le cap reste intangible, avec ou sans
l’intransigeant ministre des Finances
Wolfgang Schäuble : pas question de
mettre le contribuable allemand en ligne
pour financer les erreurs ou les carences
des pays qui n’ont pas rétabli les comptes. Ni la récente percée de l’AfD au Bundestag, ni les prochaines élections en Bavière ne poussent Angela Merkel à
l’audace (voir ci-dessous). L’Europe du
Nord est encore plus rétive. L’incertitude
en Italie, troisième puissance de l’euro
livrée aux populistes, ajoute à l’inertie.
Un an plus tard, Emmanuel Macron se
retrouve les mains à peu près vides.
Merkel sous les pressions
contraires de sa coalition
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
EN ARRIVANT jeudi à Berlin, Emmanuel Macron va déchanter. Angela Merkel n’aura pas les mains libres pour
s’entendre avec lui sur une relance du
projet européen. À peine un mois après
l’entrée en fonction, tant attendue par
Paris, du nouveau gouvernement allemand, la chancelière est soumise aux
injonctions contraires des partis de la
grande coalition. La méfiance émane
d’abord de son propre camp, où l’on
craint que la chancelière, sous la double
pression du président français et du
SPD, accorde trop de concessions aux
partisans d’une intégration européenne
renforcée. Pour prendre les devants, le
groupe parlementaire CDU-CSU au
Bundestag a donc prévu de débattre
mardi de la politique européenne allemande et d’en fixer les limites. C’est un
revers annoncé pour Merkel qui avait
tenté la veille de mettre en garde son
parti. On ne peut pas « détricoter toutes
les propositions (de Macron, NDLR) et les
refuser », a averti dimanche, en vain,
Contrainte par les partis de la grande
coalition, Angela Merkel n’a pas
les mains libres sur le projet européen.
MARKUS SCHREIBER/APS
un de ses proches, le commissaire européen Günther Oettinger.
Tout en assurant ne pas être dans une
logique « de blocage », les conservateurs ont décidé d’enterrer l’idée d’un
ministre des Finances de la zone euro,
dont ils ne voient pas l’utilité, ainsi que
celle d’un budget de la zone euro. Ce
n’est « pas la priorité », a admis lundi la
secrétaire générale de la CDU, Annegret
Kramp-Karrenbauer après une longue
réunion de la direction du parti. Proche
de la chancelière, « AKK » a pris acte de
la grogne à la base. « De toute façon,
Emmanuel Macron ne pouvait pas attendre que l’on reprenne toutes ses positions », relativise-t-on à la CDU.
La ligne Schäuble prévaut
Le fossé ne se réduit pas non plus entre
Paris et Berlin en ce qui concerne la création d’un fonds monétaire européen
(FME). Les conservateurs allemands refusent un pilotage politique d’un éventuel
FME par la Commission. Ils demandent
aussi que la mise sur pied d’un FME dans
le droit européen ne se fasse que dans le
cadre d’une réforme des traités. C’est une
façon pour les eurosceptiques CDU-CSU
de compliquer sa création. La CDU-CSU
ne veut pas d’un mécanisme de solidarité
préventif entre États membres.
Cette ligne dure semble en opposition
avec l’ambition européenne affichée au
sein du contrat de coalition, et a causé la
colère du SPD, qui demande à Merkel de
respecter l’engagement proeuropéen de
son gouvernement. Mais les sociauxdémocrates ne sont pas pour autant tous
sur la ligne de Macron. Le gouvernement allemand ne devrait pas assouplir
ses positions en matière d’Union bancaire : avant d’achever le processus, il
faut « réduire les risques » entre les pays,
prévient-on à la CDU. C’est la ligne dure
de Wolfgang Schäuble, l’ancien ministre
des Finances, qui prévaut. Et c’est son
successeur social-démocrate Olaf
Scholz qui la défend. « Emmanuel Macron savait que toutes ses propositions ne
seraient pas faisables », a-t-il déclaré
dimanche, comme en écho à la CDU. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
L'ÉVÉNEMENT
LES ANTIBREXIT
VEULENT
REVOTER
LE FIGARO. - Le président Macron veut
changer le modèle politique à Strasbourg
l’an prochain, comme il l’a fait
en France. Pour réformer l’Europe,
il aura aussi besoin de l’Allemagne.
Pour la chancelière et vous-même,
est-il un partenaire ou un concurrent ?
Manfred WEBER. - Emmanuel Macron a
déjà bouleversé le paysage. Un président
jeune, énergique et modéré en France,
c’est une chance et un accélérateur pour
l’Union européenne tout entière. Il a
aussi beaucoup de projets. L’Europe et sa
classe politique ont besoin d’une franche
discussion. La France est une chose, l’UE
en est une autre. Nous avons un système
politique établi avec trois grands partis
qui croient en l’Europe, chrétien-démocrate, centriste et socialiste. L’Europe est une réalité, les visions d’avenir
diffèrent. Quelle direction faut-il prendre ? Sommes-nous pour le libreéchange ? En faveur de l’élargissement à
la Turquie ? Pour des contrôles renforcés
aux frontières de l’UE ? Ce sont les vraies
questions.
de Helmut Kohl.
MATHIEU CUGNOT/DIVERGENCE
« Si la voix de la France porte peu sur
l’Union monétaire, sur le front géopolitique c’est le Royaume-Uni qui apparaît
comme le partenaire le plus fiable »
d’Emmanuel Macron, note, acide, le
commentateur du Financial Times
Wolfgang Münchau, trois jours après
une attaque conduite en Syrie sans
l’appoint d’un seul pays de l’UE. L’Europe de la défense, autre cheval de bataille du président, est encore loin du
but… ■
La France a fait de la zone euro,
de son budget et de ses institutions
sa priorité. La réponse de Berlin tarde.
Emmanuel Macron et Angela Merkel
ont promis une « feuille de route »
pour l’été. Que recommandera-t-elle ?
Le besoin du moment, ce sont des décisions qui se traduisent en réalité d’ici aux
élections européennes en mai 2019. Pour
l’euro, la priorité est de retrouver les
moyens de l’indépendance. L’Europe en
crise a dû appeler le FMI à la rescousse
pour aider le Portugal, l’Irlande ou la
Grèce. Elle doit pouvoir conduire ses affaires sans droit de regard, ni des ÉtatsUnis, ni de Donald Trump. Il faut créer
un vrai fonds monétaire européen et appliquer partout les règles du marché, y
compris dans la mise en faillite des États
souverains. Pour ce qui est des institutions de l’euro, elles fonctionnent sous la
DOMENICO STINELLIS/AP/SIPA
MANFRED Weber sera mardi le premier
des eurodéputés à répondre à Emmanuel
Macron. Allemand, membre de la CSU, il
dirige le groupe conservateur PPE, majoritaire dans l’Hémicycle.
« La bonne approche repose sur la discipline financière, sur les réformes nationales
et sur l’investissement », explique au Figaro Manfred Weber, le président du PPE.
conduite de responsables identifiés. La
bonne approche repose sur la discipline
financière, sur les réformes nationales et
sur l’investissement. L’Allemagne est
prête à accroître sa contribution au budget de l’UE. Mais elle continuera de s’appuyer sur ce triptyque éprouvé.
Emmanuel Macron fait face
au mécontentement social. Est-ce
un test pour son succès en Europe ?
La grève à la SNCF est un cas d’école, je
souhaite bonne chance au président ! La
réussite de ses réformes intérieures est
un préalable au succès européen. Les
élus bénéficiant d’un mandat populaire
solide ont le devoir d’appliquer leurs
convictions et de se battre pour elles.
Une autre figure européenne se dresse
avec de fortes convictions, le Hongrois
Viktor Orban. Il appartient au PPE,
son mandat vient d’être renouvelé
et il est en délicatesse avec les valeurs
démocratiques. Allez-vous
le faire rentrer dans le rang ?
Mon parti soutient les enquêtes lancées
par la Commission contre la Hongrie.
Mais je suis étonné des commentaires
critiques sur la réélection de Viktor Orban. Nous devons être respectueux d’un
choix démocratique. Les Hongrois s’inquiètent pour leurs valeurs et leur identité, sur les migrations et le terrorisme.
C’est aux hommes politiques d’apporter
des réponses claires. La ligne rouge,
c’est le respect des principes démocratiques de l’UE. Viktor Orban ne l’a pas
encore franchie. Mais c’est le message
que je vais lui passer de vive voix.
Les élections de mai 2019 changeront
les visages à tous les étages de l’UE,
y compris à la tête de la Commission.
Le Français Michel Barnier pourrait-il
être le candidat du PPE ?
Michel Barnier fait du très bon travail
comme chef négociateur pour le Brexit.
Il est aussi très respecté au PPE comme
dans d’autres familles politiques. Il est
trop tôt pour choisir notre candidat.
Nous déciderons en novembre. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR
J.-J. M.
Une nouvelle campagne
en faveur d’un référendum
sur l’accord de sortie de l’Union
européenne a été lancée
dimanche en Grande-Bretagne,
ses initiateurs estimant que
tous les Britanniques, et pas
seulement les élus, devaient
avoir le dernier mot. Baptisée
« The People’s Vote » (Le vote
populaire), cette campagne,
qui regroupe des membres
du Parti conservateur,
de l’opposition travailliste, du
Parti libéral démocrate et des
Verts, a commencé à Londres
en présence de l’acteur
de Star Trek Patrick Stewart.
Elle comprend également sept
autres groupes opposés au
Brexit, issus de l’organisation
Open Britain (« Pour une
Grande-Bretagne ouverte »),
qui avait fait campagne pour
rester dans l’Union européenne
au moment du référendum
de juin 2016, remporté par
les partisans du Brexit.
Jusqu’ici, le Royaume-Uni
a affirmé sa volonté de quitter
le marché unique et l’Union
douanière tout en gardant
les liens les plus étroits
possible avec l’UE. Ces derniers
mois, des sondages ont fait
état d’un soutien croissant
de l’opinion pour le maintien
dans l’UE, sans pour autant
enregistrer un renversement
radical. Le Daily Express
a toutefois diffusé un sondage
ComRes, réalisé en mars,
qui soulignait que 35 %
des Britanniques étaient
en faveur d’un deuxième
référendum et 65 % contre.
A
vues
« Le succès des réformes intérieures
est un préalable au succès européen »
3
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Après le pugilat, les macronistes font bloc
Au lendemain de son interview sur BFMTV et Mediapart, la prestation télévisée du président est largement
saluée dans la majorité. Les proches du chef de l’État louent son sang-froid et sa connaissance des dossiers.
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
EXÉCUTIF La quatrième interview du
président de la République restera dans
les annales comme un objet audiovisuel
non identifié : 2 heures et 39 minutes
d’entretien aussi disputé que confus, animé par deux puncheurs volontiers donneurs de leçon. « Pour la première fois
dans l’histoire de la télévision, deux journalistes, par leur absence de cravate et leur
refus d’appeler le chef de l’État par son
titre, ont adressé un message qui consiste à
nier toute légitimité au président », confie
encore estomaqué l’un de ses proches.
En face, Emmanuel Macron s’enorgueillissait de pouvoir répondre du tac
au tac, distribuant au passage ses uppercuts. « Je vais aller m’installer dans
votre salon et je vais dire que c’est un
projet agricole alternatif », a-t-il ainsi
balancé au journaliste Edwy Plenel, sur
l’occupation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
Bien qu’atypique, ce show imaginé
par le conseiller spécial du président Ismaël Émilien a été salué par la majorité.
« On a vu un président qui savait encaisser, qui savait castagner aussi quand
c’était nécessaire, a déclaré Christophe
Castaner, délégué général de La République en marche et secrétaire d’État
chargé des Relations avec le Parlement
sur RTL. Il a - je crois - tenu le débat,
parce qu’on était effectivement sur quelEmmanuel Macron face à Jean-Jacques Bourdin, dimanche soir, au Palais de Chaillot. FRANCOIS GUILLOT/AFP
que chose de viril, de physique. » Parallèlement, le président du groupe
LaREM à l’Assemblée, Richard Ferrand,
- supervisée, elle, par le porte-parole de
a tweeté : « Entre questions abruptes
l’Élysée Bruno Roger-Petit - avait obteet éditoriaux militants, le Président
nu un score de 6,4 millions de téléspec@EmmanuelMacron a eu quelque mérite
tateurs. Soit près d’une personne sur
MARION MOURGUE
à répondre avec calme et détermination
deux, devant sa télévision.
Les Français £@MarionMourgue
sur tous les sujets. »
Au final, Emmanuel Macron aura touET SOPHIE DE RAVINEL
n’attendaient
Pour les intimes du président, Emmaché un très large public, à travers ses
£@S2RVNL
nuel Macron a marqué des points, en se
deux prises de parole. L’une tournée
pas qu’il fasse
mettant en danger. « Cette interview
vers les milieux ruraux et les seniors. La
TOUS CONVIENNENT des
un match
fera date, dit l’un d’entre eux. Finies les
seconde, en direction d’un public plus
coups donnés et reçus sur le
de boxe
interviews fadasses de chef de l’État. » Et
urbain. La première tout en rondeur ; la
ring du Palais de Chaillot. Mais,
d’ajouter : « Aucun autre homme politiseconde, truffée d’aspérités. « Il y a eu
si la droite et une partie de la
ou un match
que français n’est capable de réussir un
deux temps de rencontre avec les
gauche regrettent la forme de
de
catch.
On
tel exercice, pendant plus de deux heures,
Français, celui de jeudi dans le 13 heures
cet exercice, Jean-Luc Mélenattend d’un
sans notes, sur tous les sujets, sans perdre
de Jean-Pierre Pernaut, où il était plus en
chon, lui, s’en félicite. Au déses nerfs. » Ce débat sans
dialogue avec le journaliste
part, le chef de file de La France
président de
concession était également
pour aborder tous les sujets
n’était pas convainla République insoumise
censé battre en brèche le
du quotidien […] et il a tenté
cu. Deux heures avant le début
qu’il fixe des
discours de certains oppode faire montre de péde l’interview, il dénonçait déjà
sants sur le fait que les médagogie, et puis [dimanche,
des journalistes qui « se mettent
orientations
dias seraient aux ordres du
NDLR] on était sur quelque
en scène et s’autocélèbrent en
DAMIEN ABAD,
président.
chose de plus politique », a
continu », soit le « stade suprêSECRÉTAIRE GÉNÉRAL
Si l’émission s’est fait
ADJOINT DE LR
expliqué Christophe Casme du nombrilisme médiatique ».
de téléspectateurs
doubler par le film Taxi, sur
taner.
Une fois l’affaire lancée, ceTF1, elle a toutefois réuni ont suivi l’interview
Les stratèges élyséens
pendant, Mélenchon se frotte
du président
3,8 millions de téléspectasemblent encore chercher le
les mains : « Jupiter est tombé du
teurs,
soit
une
part
bon dosage entre l’exigence
ciel ! » Ce présumé « naufrage en
d’audience de 16,4 %. Pour
de verticalité, liée au cosdirect » du chef de l’État appala chaîne BFMTV, le rendez-vous du Patume de chef de l’État, et une certaine
raît comme une aubaine. Le
lais de Chaillot est son deuxième
horizontalité destinée à montrer un
chef de file des Insoumis semble
meilleur score. C’est grâce au débat de
président proche des gens, les mains
même fasciné par cet « incroyal’entre-deux-tours de la présidentielle
dans le cambouis et ouvert à toutes les
ble entretien de presse ». « On
en avril 2017 et à ses 5,5 millions de téinterpellations.
n’écoute plus les réponses, on atléspectateurs que la chaîne a fait sa
La séquence de communication sur le
tend les questions », lance le démeilleure audience. « L’interview de dipremier anniversaire de l’élection
puté de Marseille. « De vrais
manche soir a enregistré un très bon scod’Emmanuel Macron s’achèvera le
journalistes et non des passeurs
re, se félicite le porte-parole du gouver7 mai. Cette fois, avec la diffusion du
de plat », juge pour sa part le
nement Benjamin Griveaux. L’audience
documentaire de Bertrand Delais sur
député LFI de Seine-Saint-Detient sur quasiment toute l’émission, malFrance 3, dans lequel le président a
nis Éric Coquerel. Et, pour lui,
» Lire aussi
gré sa durée. C’est un tour de force. » Sur
longuement témoigné sur le sens de ses
sur le fond, « la seule informaPAGE 17
TF1, l’interview de Jean-Pierre Pernaut
réformes. ■
tion importante, et inquiétante,
Pour Mélenchon, « Jupiter est tombé du ciel »
«
3,8
»
millions
+
de cette interview fleuve, c’est
que la Russie, “complice” des attaques chimiques, est un peu plus
désignée comme l’ennemi de la
France ». Même tonalité chez le
secrétaire national du PCF,
Pierre Laurent, qui se félicite
« des questions vraies » et pointe
« des réponses en complet décalage avec les attentes des Français ». Côté socialiste, le nouveau patron, Olivier Faure,
pointe, lui, « le choix d’une mise
en scène […] choisie à la fois par
ceux qui interviewaient, mais
aussi par celui qui était interviewé ».
Absence de réponses
Au centre et à droite, les réactions ont été similaires. « Près
de trois heures d’interview souvent peu audibles qui n’auront
pas permis au président de la République de répondre aux questions que les Français se posent », a regretté dès dimanche
soir le président de l’UDI, JeanChristophe Lagarde. « Un exercice à ne pas renouveler », a-t-il
encore jugé en voyant « deux
journalistes ayant cédé parfois à
la tentation militante ».
Quant aux Républicains, ils
ont dénoncé lundi l’absence de
réponses aux problèmes des
Français et de propositions
concrètes. « Les Français n’at-
tendaient pas qu’il fasse un
match de boxe ou un match de
catch. On attend d’un président
de la République qu’il fixe des
orientations », a indiqué le secrétaire général adjoint de LR,
Damien Abad sur CNews. Selon
lui, l’exercice « affaiblit l’autorité présidentielle ».
« Surtout, il n’y a eu quasiment aucune annonce, aucune
mesure concrète », a encore affirmé le député LR de l’Ain.
« Les Français n’ont pas obtenu
de réponses, rien n’a changé sur
le pouvoir d’achat, rien n’a
changé dans la lutte contre l’immigration », a soutenu aussi
l’une des porte-parole de LR,
Laurence Sailliet, sur RFI. Cette
interview « était une émission
pour des spécialistes, pour des
journalistes », a regretté sur
RTL Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat.
« Je ne sais pas ce que les Français auront retenu, je ne sais pas
si, pendant les 2 h 40, ils sont
restés devant leur téléviseur »,
s’est-il encore interrogé.
Rien de fortuit pour Laurence Sailliet. « C’est un moyen
aussi pour Emmanuel Macron de
privilégier la forme et pas le
fond, et c’est bien là le problème,
le fond de la politique qu’il
mène », a assuré la porte-parole de LR. ■
Le casse-tête de la dépendance et… de la deuxième journée de solidarité
DÉCRYPTAGE
Cécile Crouzel
£@ccrouzel
C’EST LE REVERS de la médaille de
l’allongement de la durée de la vie,
mais aussi du vieillissement des classes
d’âge nombreuses du baby-boom : le
risque de dépendance va concerner
un nombre toujours plus grand de
Français.
Hélène Roussel
le 5/7
A
avec tous les mercredis
Marcelo Wesfreid
du quotidien
Les personnes de plus de 85 ans, qui
sont aujourd’hui 1,2 million, seront
5 millions en 2050. Parmi elles, beaucoup
devraient souffrir de perte d’autonomie,
notamment à cause des maladies neurodégénératives. Inévitablement, les dépenses liées à la dépendance vont donc
grimper. Leur poids devrait doubler,
pour atteindre 2,78 % de la richesse
nationale en 2060, contre 1,4 % aujourd’hui, selon une étude du ministère
de la Santé.
Si ces montants restent bien inférieurs
à ceux des retraites (13,8 % du PIB actuellement), l’enjeu demeure important.
Aujourd’hui, les besoins sont déjà mal
couverts, alors que la démographie du
grand âge ne s’est pas encore emballée.
Les plus de 60 ans en perte d’autonomie,
qu’ils soient à domicile ou en maison de
retraite, sont aidés essentiellement par
l’allocation personnalisée d’autonomie
(APA), versée par les départements. Or
cette allocation ne couvre pas tous les
frais. D’ailleurs, au global, une fois toutes
les aides prises en compte, un quart du
coût de la dépendance revient aux ménages. Sans compter que, selon une étude
du ministère de la Santé, 20 % à 28 % des
personnes qui ont droit à l’APA ne la demandent pas, en raison de craintes infondées. De nombreux Français pensent
qu’il faut avoir un faible revenu pour la
percevoir ou que leur succession en sera
minorée. Ce qui est faux.
Une réforme en fin d’année
Quant aux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), ils souffrent d’un manque de
moyens, ce qui explique l’actuel mouvement de contestation. 40 % des maisons
de retraite n’ont pas de médecin coordinateur et contreviennent ainsi à la loi.
Mauvais soins, recours intempestifs aux
urgences de l’hôpital, les conséquences
de ces pénuries sont dramatiques.
D’autant que les Français rentrent de plus
en plus tard - à 85 ans en moyenne - et en
mauvaise santé en Ehpad. Ces établissements sont aussi saturés, avec un taux
d’occupation de 97 %. Une conséquence
du choix fait par la France de privilégier
le maintien à domicile (90 % des personnes âgées vivent chez elles) au détriment de l’offre collective, soulignait en
2017 le Conseil d’analyse économique
(CAE), lié à Matignon.
Résultat, ce sont les proches qui sont
massivement sollicités pour aider les
personnes âgées. Et jusqu’à présent, les
différents gouvernements ne se sont pas
frontalement attaqués au problème. Lors
de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a
renoncé à sa promesse présidentielle de
créer une cinquième branche de la Sécurité sociale dédiée à la dépendance.
François Hollande s’est contenté de quelques mesures : hausse de l’APA, financée
par une nouvelle taxe sur les retraites,
crédit d’impôt pour l’emploi à domicile
généralisé aux retraités, création d’un
congé spécifique pour les aidants, non
rémunéré. S’y ajoutent des systèmes de
dons de jours de congé entre salariés.
La majorité actuelle fera-t-elle
mieux ? La dépendance devra relever de
la « collectivité nationale », a affirmé Em-
manuel Macron dimanche soir. « Notre
objectif est de définir une politique claire du
grand âge, avec un financement pérenne », précise l’entourage d’Agnès Buzyn,
la ministre de la Santé.
Pour trouver de nouveaux fonds, la
création d’une journée supplémentaire
de solidarité est une piste « intéressante »
selon Emmanuel Macron. Mais ce n’est
pas la seule : fléchage de financements
autres, systèmes d’assurance, d’autres
options sont possibles. Pour l’heure, rien
n’est décidé, l’idée étant de boucler la réforme en fin d’année. Et l’affaire n’est pas
simple. Si elle n’enchante guère les salariés, la perspective d’une nouvelle journée de solidarité n’est pas non plus la panacée pour les entreprises. La première
journée, instaurée en 2004 par le gouvernement Raffarin, fonctionne au donnant-donnant. Les salariés travaillent un
jour de plus par an, sans - en principe de rémunération supplémentaire. Mais
les entreprises payent une « contribution
solidarité autonomie » de 0,3 % de la
masse salariale. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
POLITIQUE
Asile et immigration : les esprits
s’échauffent autour du texte
ZOOM
Olivier Faure choisit
sa nouvelle équipe
Des députés de la
majorité envisagent
de s’abstenir, voire
de voter contre
le projet de loi.
DENIS DUPOUY/LE FIGARO
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
PARLEMENT Combien seront-ils, vendredi soir, à voter contre le projet de loi
asile et immigration au sein de la majorité ? La perspective d’une opposition massive au texte de Gérard Collomb inquiète
les cadres de La République en marche
(LaREM), qui restent pour la plupart
traumatisés par les frondes à répétition
du précédent quinquennat.
Après près de trente heures d’intenses
débats en commission des lois, le texte
controversé du ministre de l’Intérieur est
débattu toute la semaine dans l’hémicycle. Plus de 1 000 amendements doivent
être étudiés, dont 200 déposés par les députés LaREM. Malgré plusieurs modifications apportées sur les aspects les plus litigieux du projet de loi - encadrement de
la vidéoaudience, amélioration des
conditions de rétention -, une poignée de
députés de la majorité continue de faire
entendre son hostilité au texte. « Je reste
sur ma faim », lâche Stella Dupont, députée LaREM du Maine-et-Loire, qui fait
partie du petit groupe de contestataires.
Cette ancienne socialiste a cosigné une
dizaine d’amendements, dont un qu’elle
a rédigé pour autoriser l’expérimentation
du travail des réfugiés, dès lors qu’ils ont
déposé une demande d’asile. « Voter pour
me paraît compliqué, je suis à ce stade sur
une position d’abstention », affirme Stella
Dupont. Un autre député, Jean-Michel
Clément, lui aussi transfuge du PS, a déjà
fait savoir qu’il voterait contre, opposé
depuis le début « à la philosophie comme à
l’orientation » d’un texte qu’il juge trop
dur. Sonia Krimi, qui avait interpellé Gérard Collomb dans l’hémicycle en décembre, brandit elle aussi la menace du
vote sanction.
Dans les rangs de LaREM, plusieurs
élus reconnaissent qu’ils voteront
« à contrecœur » pour le projet de loi.
« C’est le texte de Collomb, le président y
est attaché, on n’a pas le choix », souffle
un député macroniste. Beaucoup regrettent l’attitude trop ferme de Gérard Col-
Un millier de personnes hostiles au projet de loi asile et immigration se sont rassemblées, lundi, près de l’Assemblée nationale.
lomb et le maintien de l’augmentation du
délai de rétention, passant de 45 jours actuellement à 90 jours. « Il est resté campé
sur ses positions », râle une députée
MoDem. Le groupe centriste a déposé une
quinzaine d’amendements. Erwan Balanant, député du Finistère, pourrait lui
aussi s’abstenir, même s’il espère encore
des « avancées » sur la question de la rétention des mineurs.
des têtes, mais il veut que les textes soient
votés. » Selon nos informations, Richard
Ferrand s’est entretenu en tête à tête avec
Matthieu Orphelin, la semaine dernière.
Un rendez-vous est aussi envisagé avec
Jean-Michel Clément. Le secrétaire d’État
aux Relations avec le Parlement, Christophe Castaner, a, lui, souligné, lundi matin
sur RTL, qu’il ne pratiquait pas « la chasse
aux sorcières ». Mais il a toutefois indiqué
que ceux qui s’abstiendraient ou voteraient contre « manqueraient de solidarité ». Plusieurs responsables du groupe espèrent au final « dix voix dissonantes
maximum, dont huit abstentions et deux
votes contre ». « Ce seront des votes personnels, intimes, et non pas idéologiques »,
minimise-t-on. ■
5
Le nouveau premier secrétaire
socialiste, Olivier Faure, avait
prévenu qu’il y aurait des déçus.
Sans surprise, donc, il a présenté
dimanche une équipe resserrée,
et plutôt jeune. De 80 dans
la précédente direction, sous
Jean-Christophe Cambadélis,
l’équipe strictement paritaire est
passée à 24. Le député de Seineet-Marne s’est exclusivement
entouré de socialistes l’ayant
soutenu dans sa campagne. La
numéro deux du parti, chargée
de la coordination, est l’ancienne
députée Corinne Narassiguin,
43 ans, porte-parole du PS à
la fin du précédent quinquennat.
Sont désignés porte-parole le
député des Landes Boris Vallaud
(également en charge de
l’Europe), âgé de 42 ans, et
Gabrielle Siry (chargée de la
formation et du renouvellement),
32 ans, candidate malheureuse
en 2017 dans la cinquième
circonscription des Français
de l’étranger. Rachid Temal,
qui avait assuré la direction par
intérim du parti, est chargé
des relations avec les partenaires
du PS, où il lui reviendra de
« travailler à la nouvelle unité
des gauches », comme il l’a
expliqué sur Twitter. Intègrent
également la direction les
ex-ministres Ericka Bareigts,
Hélène Conway-Mouret,
Mathias Fekl et Hélène Geoffroy.
Rappel à l’ordre
À Beauvau, après « six mois de pédagogie »
auprès des députés, on critique « les postures » de ceux qui s’opposent « a priori ».
« On a toujours su que des parlementaires
prendraient leurs distances. L’important,
c’est que le texte soit voté », démine-t-on.
En coulisses, toutefois, le rapport de force
se tend. Mardi dernier, dans le huis clos
de la réunion de groupe hebdomadaire, le
chef de file des députés LaREM, Richard
Ferrand, a passé dix longues minutes à
rappeler à l’ordre ses troupes. « Liberté
dans le débat, mais unité dans le vote. […]
Quand on n’a pas réussi à convaincre en
réunion de groupe, on n’a pas réussi », at-il martelé, appelant les réfractaires à se
rallier à la position majoritaire.
L’élu breton a même menacé d’exclusion ceux qui poursuivraient leur combat
contre le texte. « Si certains préfèrent devenir autoentrepreneurs, c’est le statut de
non-inscrit » à un groupe, a-t-il rappelé,
se disant prêt à « casser des œufs s’il le
faut ». « Sa main ne tremblera pas », affirme son entourage. « Il ne veut pas couper
Les principales mesures
du projet de loi
DROIT DANS SES BOTTES. Le ministre de
l’Intérieur, Gérard Collomb, n’a pas infléchi son texte. Son objectif est double :
faciliter les contrôles des personnes interpellées sans papiers et accélérer la
procédure de l’asile pour augmenter le
nombre des reconduites aux frontières.
En veillant à rendre ces dernières effectives. Par ailleurs, le texte propose une
meilleure protection des mineurs et des
personnes obtenant l’asile.
temps pour les forces de l’ordre
u Du
Ces dernières disposaient jusque-là de
16 heures pour vérifier l’identité des personnes dépourvues de papiers lors de leur
interpellation. Ce délai sera porté à
24 heures afin d’éviter les libérations intempestives d’individus dangereux.
les procédures d’asile
u Accélérer
(articles 5, 6 et 8)
C’est ce qui fait bondir les associations et
les professionnels de l’asile. Tous les délais de procédure ont été diminués de
manière drastique : les demandeurs
d’asile n’auront plus que 90 jours au lieu
de 120 pour déposer leur dossier à l’Office
français de protection des réfugiés et
apatrides (Ofpra). De même, ils n’auront
que 15 jours pour faire appel devant la
Cour nationale du droit d’asile. Un temps
jugé trop court pour des personnes vulnérables souvent dépourvues de domicile
fixe. Par ailleurs, pour décourager les demandeurs déboutés de faire appel, les décisions concernant les ressortissants des
pays sûrs seront exécutoires sans attendre l’appel.
le temps de rétention
u Augmenter
administrative (article 16)
C’est l’un des principaux points de friction entre le gouvernement et sa majorité. Pour donner plus de chances aux expulsions d’être effectives, les délais de
rétention sont rallongés. Ils passent de 45
à 90 jours. Le but est en effet de laisser le
temps aux pays de retour de délivrer les
laissez-passer consulaires nécessaires à
l’expulsion des personnes sans risquer
des libérations impromptues, faute de
respect des délais.
u Protéger les mineurs (article 3)
Les mineurs isolés qui obtiendront
l’asile pourront demander la « réunification familiale ». Cette dernière ne concernera pas seulement les parents mais aussi
les fratries. De même, les enfants - fille
comme garçon - menacés de mutilations
sexuelles bénéficieront de l’asile ainsi que
leurs parents. De quoi faire craindre à la
droite l’ouverture de nouvelles filières de
passeurs.
le séjour légal
u Faciliter
(articles 1 et 2)
Le titre de séjour qui sera accordé aux
demandeurs d’asile sera valable 4 ans et
non plus une seule petite année. De quoi
éviter les tracasseries administratives.
Les députés de la majorité souhaitent
que les demandeurs d’asile puissent
avoir l’autorisation de travailler au bout
de 6 mois et non plus au bout de 9 comme
actuellement. ■
A
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
L’exécutif
justifie
les frappes
en Syrie devant
le Parlement
Édouard Philippe a défendu
les frappes françaises en Syrie
et salué le « succès »
de l’opération, lundi,
devant les députés.
ne se fera en Syrie sans la Russie », a argué
Jacob, régulièrement applaudi à sa gauche par un certain Mélenchon. « En décidant, seul, une intervention sans mandat
des Nations unies, il [Emmanuel Macron] a
franchi une ligne », a critiqué le président
de groupe LR, mettant en garde contre le
risque d’isolement de la France sur la
scène internationale. « L’utilité des frappes françaises en Syrie reste à démontrer », a insisté le représentant de la droite. La présidente du groupe Nouvelle
gauche (députés socialistes), Valérie Rabault, a, elle aussi, regretté que le gouvernement ait « placé la France en dehors
du cadre international ». S’affranchissant
très vite de ses notes, le chef de file des
Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a évoqué
une « fumisterie » devant les députés.
Tandis qu’Édouard Philippe expliquait
l’intervention à l’Assemblée, le président
recevait une délégation d’ONG syriennes.
PARLEMENT Le premier ministre a débuté son intervention dans un hémicycle
étonnamment clairsemé. Les députés
sont arrivés au compte-gouttes, en minorité du côté des rangs de la droite et du
FN. Le ton grave, teinté de solennité,
Édouard Philippe a défendu les frappes
françaises en Syrie, menées samedi, et
salué le « succès » de l’opération.
« Avec les armes chimiques, c’est la raison et la civilisation qui vacillent durablement. L’utilisation de l’arme chimique dit
quelque chose de celui qui y a recours. Notre réaction à cette utilisation dit quelque
chose de nous », a plaidé le chef du gouvernement à la tribune, rappelant la « ligne rouge » définie par Emmanuel Macron en mai 2017. « Notre riposte était
amplement justifiée dans ses causes. Dans
ses modalités, elle a été soigneusement
proportionnée. […] Elle a été ciblée pour
éviter les dommages aux civils et conçue de
manière à éviter toute escalade. Nous
“
JEAN-YVES LE DRIAN,
MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
avons envoyé un message ferme, un message clair, un message fort », a vanté le
premier ministre, reprenant les arguments employés la veille à la télévision
par le président de la République.
« Pour autant, cette intervention n’est
pas le prélude à une guerre. Nous n’entrons
pas dans une logique d’escalade », a insisté
le chef du gouvernement.
À la tribune, interrompu plusieurs fois
par des applaudissements venus des
rangs de la majorité, Édouard Philippe a
assuré que « le risque et le coût de l’inaction étaient plus grands encore » que ceux
de l’action, défendant la décision « difficile, légitime » prise par le chef de l’État.
Sur le plan diplomatique, le chef du gouvernement a rappelé l’attachement de la
France « au multiculturalisme » et a mis
en avant le « très large soutien international ». La France travaille à une initiative
humanitaire pour la Syrie qui passera par
une « montée en puissance » des financements français et européens, a annoncé
Philippe. Dans la foulée, le président du
groupe La République en marche, Ri-
Nous avons envoyé un
message clair, un message
ferme, un message fort
chard Ferrand, s’en est pris à « ceux pour
qui cette opération militaire serait de trop,
ou inutile, ou insuffisante ». « Nous, nous
préférons la France qui agit pour une Syrie
insoumise, pour une Syrie libre », a insisté
l’élu breton, taclant ceux qui « exaltent la
France debout, mais qui la voudraient couchée ». « Personne n’aime le bruit des
bombes, mais nous honnissons plus encore
les cris étouffés des victimes gazées », a affirmé Ferrand, suscitant quelques brou-
hahas. Le chef de file des députés Républicains, Christian Jacob, a regretté que le
président de la République n’ait pas organisé de débat et de vote au Parlement
« avant les frappes ». « Il n’a pas échappé
que l’effet de surprise pouvait avoir un intérêt » dans ce genre de situation, a rétorqué Édouard Philippe. Le parlementaire
de Seine-et-Marne a ensuite interrogé le
premier ministre sur l’opportunité de
travailler de concert avec la Russie. « Rien
Macron se fait recadrer
par Washington et Ankara
A
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
EMMANUEL MACRON a visiblement parlé trop vite, dimanche
soir. Coup sur coup, Washington et
Ankara ont démenti certains propos du chef de l’État sur la Syrie.
D’abord lorsqu’il s’est imprudemment avancé à affirmer avoir
« convaincu » Donald Trump de
« rester dans la durée » en Syrie,
après les frappes occidentales
contre l’arsenal chimique de Bachar el-Assad.
« La mission américaine n’a pas
changé, a rapidement rectifié un
communiqué de la Maison-Blanche. Le président (Donald Trump,
NDLR) a dit clairement qu’il veut
que les forces américaines rentrent
dès que possible », rappelle le communiqué. Et la porte-parole de la
présidence de répéter la priorité
américaine : « Écraser totalement
l’État islamique. »
Alors que le maintien ou non des
2 000 soldats américains, déployés
dans le nord-est de la Syrie aux côtés des Kurdes et de quelques dizaines de membres des forces spéciales françaises, est l’une des
principales inconnues de la politique américaine en Syrie, Emmanuel Macron n’avait pas hésité à
déclarer dimanche : « Il y a dix
jours, le président Trump disait que
les États-Unis ont vocation à se désengager de la Syrie, nous l’avons
convaincu qu’il était nécessaire d’y
rester […] dans la durée. » Après le
démenti américain, l’Élysée a tenté
un rétropédalage, en insistant sur
le fait que Paris, comme Washington, partageaient le même et « seul
objectif militaire en Syrie […] la
guerre contre Daech. » Le président, fait-on valoir à l’Élysée, « n’a
pas dit que ni les États-Unis ni la
France n’allaient militairement rester engagés dans la durée en Syrie ».
Jeudi soir déjà, un mini-couac
avait éclaté lorsque l’Élysée,
contrairement à son habitude,
n’avait publié aucun communiqué
à l’issue d’un entretien téléphonique entre Trump et Macron. Quelques heures auparavant, le chef de
l’État avait annoncé sur TF1 avoir
« la preuve » de l’utilisation d’armes chimiques par Damas dans la
Ghouta, alors qu’au même moment
ou presque, le secrétaire d’État à la
Défense, Jim Mattis, avouait que les
États-Unis n’en avaient pas encore. Sollicité alors par plusieurs médias, dont Le Figaro, l’Élysée était
resté muet.
Dans le règlement
de la crise syrienne,
la Turquie est partie
prenante du processus
dit d’Astana aux côtés
de la Russie et de l’Iran
Dans la foulée du démenti américain, la Turquie a pris, elle aussi, ses
distances avec les déclarations de
Macron selon lesquelles les frappes,
approuvées par Ankara, avaient
« séparé » la Turquie de son allié
russe dans le dossier syrien. « Nous
pouvons penser différemment (avec
Moscou, NDLR), mais nos relations
ne sont pas faibles à tel point que le
président français puisse les rompre », a clarifié le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu.
Là encore, Macron est allé vite en
besogne. Dans le règlement de la
crise syrienne, la Turquie est partie
prenante du processus dit d’Astana
aux côtés de la Russie et de l’Iran.
Un processus concurrent de celui
de Genève, parrainé par les Nations
unies, que le président français
voudrait relancer, après les frappes
du week-end. D’où son entretien
téléphonique dimanche avec le
président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a également parlé au téléphone avec Vladimir Poutine. Un
leader turc très courtisé : son pays
est le dernier parrain des rebelles
syriens. Alors que l’opération militaire turque contre les Kurdes
d’Afrine dans le nord-ouest de la
Syrie a déjà sérieusement crispé la
relation Macron-Erdogan, ce dernier épisode ne devrait pas apaiser
le lien Paris-Ankara. ■
”
« Nous sommes intervenus sans preuve »,
a-t-il martelé, s’attirant une bronca venue des rangs de la majorité. « C’est
faux ! » ont protesté les élus de LaREM.
Dans le même temps, le président de la
République recevait à l’Élysée une délégation d’ONG syriennes. Au même moment, au Sénat, se déroulait le même débat. « Nous avons envoyé un message clair,
un message ferme, un message fort », a indiqué Jean-Yves Le Drian devant la Haute Assemblée. Tandis que Patrick Kanner
relevait, pour le groupe PS, que « ces
frappes étaient un devoir humanitaire de
notre pays, celui des droits de l’homme ».
Quant à Stéphane Ravier, FN, il s’agit au
contraire pour lui d’« une faute majeure,
Bachar étant la seule force capable à s’opposer aux groupes islamistes en Syrie ». ■
+
» Lire aussi PAGE 16
« Le but de la coalition
est de détruire Daech »
CHARLES SAPIN £@csapin
Kenneth F. McKenzie Jr.,
général de marine
américain, lors d’un
briefing sur la Syrie,
au Pentagone le 14 avril
à Arlington, en Virginie.
ALEX WONG/AFP
« OUI, BIEN SÛR, l’intervention française en Syrie dans la
nuit de vendredi à samedi était
nécessaire et légitime. » Aucun
doute n’est possible pour le viceprésident de la commission des
affaires étrangères à l’Assemblée
nationale, Jacques Maire. Si le député LaREM reconnaît lors du
« Talk Le Figaro » que l’opération
s’est déroulée hors de tout mandat de l’ONU, « elle a bien un cadre juridique, assure-t-il. Une résolution qui induit le recours à la
force quand il y a violation de l’interdiction d’armes chimiques en
Syrie, ce qui était le cas ».
Alors qu’une partie de l’opposition remet en cause la véracité des
« preuves » qu’assure détenir le
chef de l’État attestant de l’usage
d’armes chimiques par le régime
de Bachar el-Assad, le député
renvoie « à la documentation assez importante rendue publique par
le Quai d’Orsay ». « Il n’y a pas de
Goebbels, nous ne sommes pas
dans de la propagande, jure-t-il.
Notre approche est basée sur des
faits, des faisceaux de preuves
dans une logique de transparence.
Nous, nous en sommes convaincus. » Le député de la majorité
déplore en revanche ce qu’il présente comme « une preuve de manipulation » du côté russe. « Depuis novembre, la Russie a interdit
“le joint investigative mechanism” qui permettait de regarder
s’il y avait usage d’armes chimiques et de savoir par qui. Depuis
lors, les attaques se sont multipliées », assure-t-il. Cette frappe
de « répression » n’a « pas un but
symbolique », soutient-il. Mais
veut « empêcher que de telles attaques se reproduisent dans les jours
ou mois à venir ».
Au-delà de l’emploi d’armes
chimiques, la France cherche à
trouver une solution politique au
drame que connaît la Syrie de-
JACQUES MAIRE, lundi, dans
le studio du Figaro.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
puis sept ans. « Le président,
comme nombre d’acteurs, a le
souhait de redonner une forme
étatique globale à la Syrie, assure
Jacques Maire. Il faut que cette
forme puisse respecter le droit à
exister de chacun. » Une solution
qui, selon le parlementaire, ne
peut être « trouvée sans Bachar
el-Assad, parce qu’il a gagné sur
le terrain et qu’il a le soutien de la
Russie et de l’Iran ».
Contrairement au procès fait
par une partie de l’opposition à
Emmanuel Macron qui voit dans
sa participation aux bombardements en Syrie une volonté de
faire tomber le régime du dictateur syrien, le député LaREM assure que « le but premier de la
coalition est de détruire Daech. Il
faut redonner un cadre stabilisé à
la Syrie pour ne pas voir naître une
nouvelle génération d’islamistes
terroristes ».
La semaine dernière, une réunion des députés du groupe LaREM a eu lieu pour discuter de
l’opportunité d’une intervention
en Syrie. Si une partie de la majorité était plutôt « réservée » selon
Jacques Maire parce que doutant
que la coalition ait « les bonnes cibles ou les bons moyens », le débat
a été « tranché » ce week-end. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
INTERNATIONAL
7
Trudeau vient réajuster sa stature à Paris
Moqué pour avoir posé en sari en Inde, le premier ministre canadien doit s’exprimer au Palais Bourbon.
jours, le premier ministre canadien a
aussi apporté un soutien inconditionnel
aux frappes en Syrie, sans se commettre
militairement. Le Canada a toutefois
promis le mois dernier d’engager quelques centaines de Casques bleus en Afrique, alors qu’Ottawa, depuis quelques
années, était, au-delà des discours de
bonnes intentions, bien absent sur la
scène internationale auprès de ses alliés.
LUDOVIC HIRTZMANN
QUÉBEC
DIPLOMATIE As de la communication,
le premier ministre canadien, Justin
Trudeau, doit aujourd’hui réparer son
image. Ces derniers mois, son insolente
popularité s’est effritée, au point que
certains sondeurs ont redonné, c’est une
première, l’avantage à l’opposition
conservatrice, après plusieurs séjours à
l’étranger maladroitement préparés par
le cabinet du chef du gouvernement
libéral. Lors de son voyage en Inde, en
février dernier, Justin Trudeau a invité
lors d’une réception à Delhi un sikh qui a
tenté d’assassiner un ministre indien au
Canada, dans les années 1980. Pour ne
rien arranger, le goût prononcé du premier ministre canadien pour le multiculturalisme s’est retourné contre lui,
lorsqu’il s’est déguisé en Indien avec son
épouse et ses trois enfants. Le faux pas
vestimentaire de la famille Trudeau en
sari a défrayé la chronique, et transformé ce voyage en fiasco.
Cette fois, le fils de Pierre-Elliott Trudeau a choisi de laisser femme et enfants
à Ottawa pour bien montrer l’importance
qu’il accordait à sa visite parisienne.
Après avoir rencontré Emmanuel Macron
ce lundi, il devrait prononcer ce mardi
une allocution devant l’Assemblée nationale, une première pour un chef du gouvernement du Canada. Justin, comme il
aime être appelé, ne manque pas d’atouts
“
C’est un déplacement
sérieux, on ne verra pas
le premier ministre
avec un béret et une
baguette sous le bras
”
LAWRENCE CANNON,
EX-AMBASSADEUR DU CANADA EN FRANCE
Emmanuel Macron reçoit le premier ministre canadien, Justin Trudeau, lundi à l’Élysée.
pour convaincre les députés français.
L’économie de son pays tourne à plein
régime. Dès la première année de son
mandat, commencé en novembre 2015, le
premier ministre a enchaîné les réformes
à vitesse grand V. Avec brio. En moins
d’une année, il a réussi à satisfaire les familles, les jeunes, les vieux, les syndicats
et même le patronat. Son gouvernement
STEPHANE DE SAKUTIN/AFP
a créé une allocation pour les familles
ayant des enfants, baissé les impôts pour
la classe moyenne et les sociétés, et revalorisé le minimum vieillesse. La légalisation de la marijuana, à laquelle les Canadiens sont majoritairement favorables,
interviendra cette année.
Dans un contexte où le futur de l’Alena
avec les États-Unis demeure très incer-
tain, Justin Trudeau devrait vanter l’Accord économique et commercial global
(AECG) entre Bruxelles et Ottawa. Il a
pour cela nommé l’an dernier une femme d’affaires ambassadrice du Canada
en France, Isabelle Hudon, qui confiait,
fin février à Montréal au Figaro, que l’essentiel de son équipe était mobilisée pour
l’AECG depuis l’été passé. Ces derniers
Le voyage en France du très médiatique premier ministre canadien, s’il dépasse les phrases sur « l’amitié inébranlable » entre les deux pays, devrait être un
succès. Mais le moindre faux pas lui serait
fatal au pays. En entrevue à Radio-Canada, l’ancien ministre canadien des Affaires étrangères et ex-ambassadeur du Canada en France, Lawrence Cannon,
concluait : « C’est un déplacement sérieux,
donc pour les raisons que l’on connaît, on
ne verra pas le premier ministre avec un
béret et une baguette sous le bras. » ■
+
» Lire aussi PAGE 35
Questions autour du décès d’un journaliste russe
Maxime Borodine, dont les enquêtes mettaient en cause le pouvoir, est mort dimanche après être tombé de la fenêtre de son appartement.
MOSCOU
RUSSIE Meurtre, suicide ou accident ? Le
journaliste Maxime Borodine est tombé le
12 avril de la fenêtre de son appartement,
situé au 4e étage d’un immeuble d’Iekaterinbourg (Oural). Il est décédé dimanche au service réanimation de l’hôpital
n° 23 d’Iekaterinbourg des suites de ses
blessures, sans avoir repris connaissance.
La police a ouvert une enquête lundi
alors que des informations contradictoires
ont circulé tout le week-end sur les circonstances dans lesquelles ce journaliste a
trouvé la mort. La police a déclaré n’écarter aucune hypothèse, même si la piste
criminelle semble à ce stade « peu probable ». L’appartement du journaliste était
verrouillé de l’intérieur lorsque les enquêteurs y ont pénétré.
Employé du journal local Nouveau Jour,
il fut parmi les tout premiers à publier une
enquête sur le « groupe Wagner », une
organisation paramilitaire secrète proche
du ministère de la Défense russe qui a envoyé des mercenaires en Ukraine et en
Syrie. Il avait entre autres décrit en détail
le secret entourant le rapatriement des
corps des mercenaires tués au combat et
le silence imposé à leurs proches autour
des enterrements. Écrire sur le « groupe
Wagner », dont l’existence n’est pas reconnue par les autorités russes, n’est pas
sans risques. En août dernier, le journal
en ligne fontanka.ru basé à Saint-Pétersbourg avait fait état de menaces à l’encontre de l’un de ses journalistes. Denis
Korotkov, qui a longuement enquêté sur
ces mêmes mercenaires, avait décidé de
quitter la Russie après avoir remarqué
qu’il était suivi.
Travaillant sur d’autres sujets dérangeant les autorités, Maxime Borodine
avait déjà été victime d’une agression à la
barre de fer le 11 octobre 2017, qui lui avait
valu une courte hospitalisation. Borodine
avait alors indiqué sur sa page Facebook
que l’agression était probablement liée à
ses enquêtes sur les milieux fondamentalistes orthodoxes.
« Il se disait cerné »
Certains proches de Maxime Borodine
sont enclins à croire que sa mort est le résultat d’une défenestration. Ami de longue date, le défenseur des droits humains
Vyacheslev Bashkov raconte sur sa page
Facebook que Borodine l’a appelé la veille
de sa chute pour lui faire part de son inquiétude. « Il se disait cerné par des policiers, ayant aperçu un homme armé sur son
balcon et d’autres dans la cage d’escalier
menant à son appartement, attendant une
autorisation judiciaire pour procéder à une
perquisition. »
Mais plusieurs collègues et amis du
journaliste contactés par Le Figaro
admettent que Borodine peinait à gérer
sa consommation d’alcool et d’autres
substances. « Il n’avait pas un mode de vie
sain », raconte une amie proche qui
préfère rester anonyme, en employant
l’expression pudique réservée aux
toxicomanes.
Fyodor Krasheninnikov, un politologue
proche de l’opposition basé à Iekaterinbourg, explique au Figaro que Borodine
avait des « tendances paranoïaques et pen-
Shinzo Abe en difficulté sur tous les fronts
Le premier ministre japonais, attendu mardi à Washington, est affaibli par un nouveau scandale.
RÉGIS ARNAUD £@regisarnaud
TOKYO
JAPON Shinzo Abe et Donald Trump
auront au moins un sujet de conversation
commun : comment gouverner sous une
pluie de scandales. Le premier ministre du
Japon, attendu mardi à Washington pour
une rencontre bilatérale, quitte l’Archipel
en ne maîtrisant plus l’agenda politique du
pays. L’opposition et une partie des médias lui reprochent sans relâche des scandales dans lesquels apparaît la main de ses
proches ou de son cabinet, et pour lesquels
il nie toute implication. Déjà affaibli par
des accusations relatives à une transaction
immobilière qui ont réapparu en mars,
Shinzo Abe est cette fois affaibli par une
autre vieille affaire et soupçonné d’avoir
influencé les décisions de l’administration
en faveur d’un vieil ami dans l’attribution
de la création d’une nouvelle faculté vétérinaire. Favoritisme, plaintes pour harcèlement sexuel enterrées, mensonges… Samedi, une manifestation de dizaines de
milliers de personnes aux abords de la
Diète a réussi - fait inouï pour le Japon - à
percer les barrages de police devant les
caméras, donnant l’image d’un pouvoir
aux abois.
Depuis son retour aux affaires fin 2012,
Shinzo Abe avait réussi un savant mélange
de dogmatisme à l’intérieur et d’ouverture à l’extérieur. Son agenda conservateur,
mis en place à un rythme de croisière,
Shinzo Abe, lors d’une session parlementaire consacrée au budget, le 11 avril à Tokyo.
TORU HANAI/REUTERS
avait séduit une opinion publique rétive au
changement, tandis que les milieux diplomatiques louaient ses réformes et son
plaidoyer, à contretemps en Occident,
pour le libre-échange.
Mais il se retrouve désormais en difficulté sur tous les fronts. Ces « affaires »
sont souvent des peccadilles, mais les dénégations du gouvernement devant la
Diète ont fini par dégoûter l’opinion.
Shinzo Abe semble avoir abusé d’une série
de réformes administratives qui l’ont précédé et ont considérablement renforcé le
pouvoir institutionnel de son cabinet, en
particulier dans les nominations des quelques milliers de fonctionnaires composant
la haute administration.
« Peut-être le début de la fin »
Malgré le brouhaha, l’important pour
Shinzo Abe n’est pas tant la satisfaction de
l’opinion publique (sa cote de popularité
est tombée à 31 %) que celle des principales
factions de son parti, qui élisent leur leader
et potentiel premier ministre. Elles le soutiennent toujours et la prochaine élection
interne n’aura certes pas lieu avant septembre. Mais Shinzo Abe, d’ordinaire fin
stratège politique, ne semble pas prendre la
mesure du rejet. En témoigne son dernier
projet de réforme : il songeait à libérer les
médias des contraintes d’équité inscrites
dans la loi dans le traitement de l’information. Et voulait aussi autoriser l’investissement étranger et abolir la frontière entre
médias en ligne et médias traditionnels.
Une déclaration de guerre pour ces derniers, qui pourtant ne lui ont pas mégoté
leur soutien. Même pour les titres proches
du pouvoir, Yomiuri (10 millions d’exemplaires par jour) en tête, Abe a marché sur
la queue du tigre ; ces derniers publient désormais leurs propres « scoops » sur les
casseroles du premier ministre. « Le Yomiuri n’est pas devenu fondamentalement
hostile à Shinzo Abe. Mais le fait que ce dernier ait proposé une telle réforme en ce moment montre à quel point il est déconnecté de
la réalité. C’est peut-être le début de la fin »,
pronostique un journaliste.
Sur le plan international, son refus de
négocier avec la Corée du Nord s’est fracassé sur la volte-face de son « allié » Donald Trump, qui a, contre toute attente,
accepté le principe d’une rencontre avec
Kim Jong-un. Un dogmatisme qui place
Tokyo sur un strapontin dans la partie qui
s’engage avec Pyongyang, pourtant en
première ligne, et qui met le président
sud-coréen Moon Jae-in au premier rang
en Asie du Nord-Est. « En réalité la position
de Shinzo Abe est assez similaire à la nôtre.
Pas de négociation pour rien », tempère un
diplomate français. ■
sait être suivi ». « Beaucoup d’autres journalistes ont écrit sur le groupe Wagner » et
Borodine, bien qu’étant un bon journaliste, ne travaillait que pour un journal très
local. « Je ne vois pas pour quel article il
aurait pu être tué d’une manière aussi sournoise », conclut Krasheninnikov, qui le
connaissait. « Si le régime a tué Borodine,
c’est à petit feu, en le privant de toute perspective tout comme des milliers de sociologues, politologues, avocats et économistes,
condamnés à choisir entre un morceau de
pain et leur honneur », affirme Leonid
Volkov, un opposant à Vladimir Poutine
qui connaissait Borodine depuis de longues années.
Reporters sans frontières comptabilise
34 journalistes assassinés du fait de leurs
activités professionnelles en Russie depuis
2000. ■
EN BREF
Mutinerie aux États-Unis :
7 morts, 17 blessés
Sept détenus sont morts
et 17 autres ont été blessés lors
d’une mutinerie survenue dans
une prison de haute sécurité de
Caroline du Sud, aux États-Unis.
Djukanovic élu président du
Monténégro au premier tour
L’homme qui domine la scène
du Monténégro depuis 1991
et dirige le Parti démocratique
des socialistes (DPS),
Milo Djukanovic, favorable à une
adhésion à l’Union européenne,
a remporté dimanche
dès le premier tour l’élection
présidentielle avec
quelque 53,5% des voix.
Selon Comey, Trump
est « moralement inapte »
L’ancien directeur du FBI,
James Comey, a qualifié Donald
Trump de « moralement inapte »
à diriger les États-Unis,
dimanche soir sur la chaîne
de télévision ABC.
Manifestations en Arménie
contre l’ex-président
Des dizaines de personnes
ont été blessées lundi à Erevan,
la capitale arménienne, lors
d’affrontements entre la police
et des manifestants protestant
contre le maintien au pouvoir
de l’ex-président prorusse
Serge Sarkissian, proposé
au poste de premier ministre.
A
EMMANUEL GRYNSZPAN £@_zerez_
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Nouveau recours contre les voies sur berge piétonnes
L’association des commerçants et riverains du cœur de Paris conteste en justice le nouvel arrêté pris, en mars, par la maire de Paris.
ÉRIC DE LA CHESNAIS
edelachesnais@lefigaro.fr
ET ANGÉLIQUE NÉGRONI
anegroni@lefigaro.fr
VOIRIE Nouveau rebondissement dans
le feuilleton de la piétonnisation des
voies sur berge de la Seine. L’Association des commerçants et riverains du
cœur de Paris (ACRCP) va déposer un
recours d’ici au 6 mai prochain contre le
nouvel arrêté pris par Anne Hidalgo le
6 mars dernier, soit dans les délais impartis par la loi, c’est-à-dire deux mois
après la signature du texte par la maire
de la capitale. « La nouvelle fermeture
des voies sur berge est une décision
prédéterminée de la mairie de Paris. Elle
ne repose pas sur un examen réel et
complet des conséquences désastreuses
sur la circulation dans Paris, comme
l’avait d’ailleurs demandé le tribunal
administratif », fait remarquer au Figaro Me Jacques Delacharlerie, avocat
au barreau de l’Essonne, saisi par les
associations plaignantes. Car outre
l’ACRCP, se joignent à la procédure
l’Association Patrimoine-Environnement et celle de Défense du site de
Notre-Dame et de ses environs. Elles
dénoncent « l’obstination d’Anne Hidalgo dans ce projet, et son absence de
dialogue malgré la politique de la main
tendue pour trouver des alternatives ».
Le 21 février dernier, le tribunal administratif de Paris a annulé le premier
arrêté de la maire de Paris, celui du 18
octobre 2016, créant une promenade
publique sur l’emplacement de la voie
Georges-Pompidou, dans sa partie
comprise entre le tunnel des Tuileries et
le tunnel Henri-IV, soit un parcours de
3,3 kilomètres au total. Motif invoqué :
l’insuffisance de l’étude d’impact. « Elle
comporte des inexactitudes, des omissions et des insuffisances concernant les
effets […] sur la circulation automobile,
les émissions de polluants atmosphériques et les nuisances sonores », pouvaiton lire alors dans le jugement.
Pour mettre en échec la décision du
tribunal administratif, et sans attendre
l’examen du dossier par la cour d’appel,
Anne Hidalgo a rétabli « la fermeture de
la circulation des véhicules terrestres à
moteur » via un nouvel arrêté, celui du
6 mars, ressemblant peu ou prou à la
première version de 2016. Une décision
précipitée aux yeux des opposants.
« Caractère disproportionné »
En effet, l’article L.2213-4 du Code
général des collectivités territoriales
permet à un maire « d’interdire l’accès
de certaines voies […] aux véhicules dont
la circulation […] est de nature à compromettre soit la tranquillité publique, soit la
qualité de l’air, soit la protection des espèces animales », mais « cette décision
doit être motivée et ses conséquences sur
l’environnement évaluées. Ce n’est pas en
quinze jours que l’on peut faire une étude
d’impact sérieuse », note Me Jacques
Delacharlerie. Il constate par ailleurs
« le caractère disproportionné » de ce
nouvel arrêté. « Il s’agit d’une interdiction absolue dont la nécessité n’est absolument pas démontrée […]. Pour permettre les loisirs de quelques-uns, l’autorité
administrative prive quotidiennement de
son trajet habituel une quarantaine de
milliers d’automobilistes. »
Quoi qu’il arrive, les plaignants devront être patients. Pour le recours
contre le premier arrêté, le tribunal administratif avait rendu sa décision seize
mois après avoir été saisi. Il a théoriquement deux ans pour le faire. L’imbroglio sur les voies sur berge n’est pas
près de trouver son épilogue. ■
Le nouveau TGI de Paris ouvre ses portes
Justiciables, magistrats et avocats ont fait leurs premiers pas, lundi, dans la tour des Batignolles.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
JUSTICE Elle claudique, perdue au
deuxième étage du tout nouveau palais de
justice de Paris, aux couloirs immaculés
et silencieux. « Je cherche le parquet pour
les référés mais je ne trouve pas. On m’a dit
que c’était au premier mais je ne trouve pas
l’escalator. » Encombrée de sacs et prise
dans sa grande jupe africaine, cette justiciable panique à la recherche de l’escalier
mécanique descendant, qui n’existe pas
pour des raisons de sécurité. Dans l’ascenseur qui dessert, lui, tous les étages
dans les deux sens, Me Jean-Marc Albert
plaisante : « Comment fait-on si on est
claustrophobe ? » Il revient de la salle
d’audience des référés civils 2.12. Une
vaste salle aux lambris de hêtre étuvé qui
exhalent une bonne odeur de bois. « Le
président m’a fait cadeau de cette audience, que je n’aurais pas pu obtenir sinon. Il
voulait être sûr de faire tourner le tribunal
pour le jour de l’ouverture. »
Pour ce premier jour dans le nouveau
bâtiment des Batignolles, une quinzaine
de dossiers, au lieu de la quarantaine habituelle, ont été traités, par précaution,
au cas où les difficultés logistiques
auraient perturbé le bon déroulement de
l’audience. « Tout se passe très bien mais
je n’ai pas le droit de vous parler », martèle, buté, cet employé de Bouygues, son
badge au cordon vert autour du cou. Il est
assis au fond de la salle, guettant le moindre souci technique. « Le président aurait
bien voulu que l’on utilise le micro et que
nous intervenions depuis le pupitre mais ce
n’est pas l’esprit des référés civils », sourit
encore Me Jean-Marc Albert.
Deux étages plus bas, dans le grand hall
directionnel baigné de lumière, les employés voltigeurs de Phone Régie, spécialisé dans l’accueil, glissent entre les bancs
anti-vandalisme pour orienter les justiciables avant qu’ils n’embouteillent l’ac-
Lundi, au nouveau palais de justice de Paris, des avocats se préparent à plaider dans une salle d’audience des référés civils.
cueil général. « Je ne pensais pas que nous
aurions autant de monde aujourd’hui », se
réjouit Jean-Michel Hayat, le président
du TGI. Il est descendu de son vingtième
étage, pour voir le Palais prendre vie.
Des box vitrés
« La connectivité est impeccable, la téléphonie aussi, tous les applicatifs fonctionnent », se satisfait-il, avec l’approbation de Christophe Courtalon, le
magistrat qui préside au déménagement.
Celui-ci jette un regard anxieux aux cinq
bureaux d’aide juridictionnelle, situés
dans un étranglement contigu du grand
hall. Un couloir, pour le coup, sans
lumière, dans lequel se presse une centaine de personnes dont plusieurs se sont
déjà assises par terre, faute de bancs.
« Ça ne va pas du tout », soupire-t-il.
« Je ne suis pas d’accord non plus »,
reprendra quelques instants plus tard
ALAIN JOCARD/AFP
Marie-Aimée Peyron, la bâtonnière qui
arpente le Palais depuis l’ouverture et qui
a décidé d’une permanence d’une semaine de ses équipes pour voir tourner le bâtiment. « Ce n’est pas digne pour nos justiciables. » Elle sort de la 23e - la salle
d’audience des comparutions immédiates désormais poétiquement intitulée
la « 2.05 ».
Le procureur de la République François
Molins serait prêt à faire des concessions
À la fac de Nanterre, les partiels reportés
Le blocus de l’université se durcit tandis que d’autres établissements recourent à la justice pour évacuer.
MARIE-ESTELLE PECH mepech@lefigaro.fr
UNIVERSITÉS Les examens partiels de
lundi sont reportés, a annoncé l’université
de Nanterre. Bloquée par quelque deux
cents étudiants qui protestent contre la réforme de l’accès à l’université, la présidence était dans l’incapacité de maintenir
ces épreuves, qui comptent pour le
contrôle continu annuel. Petite nouveauté,
une poignée de cheminots de SUD-rail, visibles grâce à leurs gilets orange, se sont
déplacés sur les lieux pour soutenir les étu-
diants. « Si maintenant les cheminots décident que les étudiants ne passent par leurs
examens, on peut se poser des questions sur
une récupération politique de ce mouvement », a réagi la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.
Dès 8 heures, presque tous les bâtiments
étaient bloqués. Des banderoles proclamant « La fac n’est pas une boîte de nuit, non
à la sélection », étaient attachées à l’entrée
du bâtiment F. « Comment peut-on continuer à aller en cours, à faire nos partiels,
alors que cette loi est en train d’être mise en
place contre l’avis de la majorité des étu-
Les informés de franceinfo
A
Une émission de Jean-Mathieu Pernin,
du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
diants et du personnel et alors que des étudiants se font matraquer ? » a lancé Victor,
militant à l’Unef et au NPA. « J’ai attendu ce
matin dans la cafétéria pendant trois heures,
avec une partie de mes étudiants, pour savoir
si j’allais pouvoir organiser l’examen prévu », raconte un enseignant-chercheur.
Pour lui, le mouvement n’est pas « uniquement un truc de gauchistes extérieurs ».
« Une minorité est cagoulée, mais je reconnais surtout des étudiants de Nanterre ».
Crispation
Les avis de ces derniers, comme ceux des
enseignants, « sont partagés sur la loi ORE »
et sur le blocus, estime-t-il. Pourquoi, par
exemple, ne pas avoir limité la sélection
aux filières en tension (staps, psychologie,
médecine, etc.) ?, interrogent certains. Selon un autre enseignant de Nanterre, la
crispation est allée crescendo en interne,
après l’évacuation d’une trentaine de manifestants par les CRS, la semaine dernière,
demandée par le président de l’université.
« Cette intervention a suscité pas mal d’agacement, même parmi les enseignants », témoigne-t-il.
De son côté, le président de l’université
Paul-Valéry de Montpellier, bloquée depuis mi-février, a annoncé lundi avoir demandé en justice l’évacuation du campus,
officiellement fermé depuis samedi soir.
« La forme que prend le mouvement à l’université Paul-Valéry nous met dans l’impossibilité d’assumer les mesures de police ordinaire qui incombent à un président », assure
Patrick Gilli, rappelant que l’attaque des
serveurs informatiques commise mercredi
dernier a entraîné la suspension des examens dématérialisés. Ce référé doit être
examiné mardi à 10 heures. De son côté, le
syndicat étudiant de droite UNI a déposé
un nouveau recours, visant la préfecture de
police de Paris, pour obtenir le déblocage
de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, et notamment de Tolbiac. Le syndicat demande au juge administratif des
référés « d’enjoindre au préfet de libérer Tolbiac et de permettre aux étudiants de pouvoir
y passer leurs examens dans de bonnes
conditions ». Selon la ministre, quatre
universités demeurent bloquées, et entre 10 et 12 sites font l’objet de perturbations. ■
sur les box vitrés, présents dans deux
tiers des salles du nouveau Palais, et qui
constituent une « atteinte » aux droits de
la défense, selon les avocats. « Il est d’accord pour enlever la vitre frontale de la
cage de verre des prévenus. Mais ce n’est
pas suffisant. Maintenant, il est temps d’en
parler directement à la ministre », affirme-t-elle, tout en concédant dans un
sourire ému : « Nous vivons un moment
historique. » ■
ZOOM
La situation reste bloquée
à Notre-Dame-des-Landes
Au huitième jour des opérations
de gendarmerie sur la ZAD
de Notre-Dame-des-Landes,
la situation restait bloquée lundi,
les forces de l’ordre s’employant
à dégager des barricades aussitôt
reconstruites dans la nuit par
les zadistes et leurs renforts. Ces
derniers, nombreux, viendraient
même de l’étranger à en croire
des occupants de la ZAD : « des
Anglais, des Italiens, des Irlandais,
des Espagnols », énumère une
zadiste en se réjouissant de cette
« grosse solidarité ». Lundi matin,
des tirs de grenade résonnaient
au « Gourbi », lieu de vie collectif
détruit la semaine dernière,
où les zadistes avaient acheminé
une charpente de bois dans la nuit,
en vue de leur réinstallation.
La cinquantaine de militants qui
protégeaient cette structure ont été
évacués par les gendarmes, qui
l’ont ensuite sciée en morceaux.
Pas de quoi désarmer les zadistes
qui, lundi après-midi, s’affairaient
à la reconstruire. Des tranchées
et des barricades continuaient
aussi à être installées.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
SOCIÉTÉ
9
N. MARQUES/KR IMAGES PRESSE
Quand la « police
des polices »
passe au crible
les commissariats
84 % des plaignants sont satisfaits des services,
d’après une vaste enquête de l’IGPN.
Accueil du commissariat de la station de métro Châtelet-Les Halles, à Paris. De jour comme de nuit, parfois le week-end,
un agent de la « police des polices » se présente au poste en se faisant passer pour un usager victime d’un vol ou d’une agression.
« la moitié des victimes juge les locaux vétustes », ils affichent un record de satisfaction (96 %) sur la qualité des espaces
d’accueil « en bon état et bien agencés ».
« Garantir partout un accueil
dans des conditions optimales »
«À l’inverse, c’est le domaine de l’organisation qui répond moins bien aux standards »,
tempère le testing des commissariats
puisque « le personnel présent à l’accueil
lors des contrôles n’est expressément chargé de cette mission que dans 54 % » des cas
et que « seuls 42 % d’entre eux ont reçu une
formation spécifique ». Un haut fonctionnaire insiste : c’est précisément parce que
« la police est ouverte H 24 qu’il manque
parfois des fonctionnaires spécialisés, en
particulier dans les unités de nuit ». « Depuis trois ans, l’Inspection souhaite que l’on
réfléchisse à une meilleure organisation afin
de garantir partout un accueil dans des
conditions optimales », confie MarieFrance Monéger-Guyomarc’h, directrice
de l’IGPN qui évoque l’idée de « regrouper
certains services en un guichet “unique”
« Rendre compte de notre action devant la population »
DEMARTHON/AFP FORUM
Comment inculquer aux policiers
une meilleure culture du dialogue,
en particulier dans les cités ?
Dans leur grande majorité, ils ont
déjà cette culture ! Depuis six ans
que j’occupe mes fonctions, je rencontre des policiers qui connaissent nos concitoyens, échangent
avec eux. Avec la nouvelle police
de sécurité du quotidien (PSQ), il
leur est demandé d’aller au-delà et
d’être plus attentifs sur les besoins
de la population, notamment sur
les petites infractions et les « incivilités ». Dans les réunions de
quartier, celles des plus déshérités
notamment, on s’aperçoit que la
population est davantage préoccupée par les petits troubles de la vie
quotidienne, comme les voitures
mal stationnées, les petits deals, la
saleté, le manque d’éclairage ou
encore les ateliers de mécanique
sur les trottoirs, que par les infractions les plus graves.
Cela doit se traduire
par un changement d’attitude
dans les commissariats ?
Sans nul doute… On a travaillé pendant des années sur la délinquance
et la criminalité dure, avec des résultats, mais on a un peu négligé,
notamment du fait de la menace
terroriste, ce que les gens attendent : la tranquillité publique. Désormais, certains commissariats ont
ouvert des adresses électroniques
où les administrés exposent leurs
doléances. D’autres ont mis en place des demi-journées d’accueil par
un officier, voire le commissaire de
police, qui reçoit le public non pas
en tant que plaignants au sens judiciaire du terme, mais comme citoyens qui déplorent les rodéos ou
encore les occupations de parties
communes d’immeubles. C’est aux
chefs de service, en fonction des
problématiques propres au terrain,
de trouver la bonne formule.
Et les policiers responsables
sur le terrain ?
Chose nouvelle, on va leur demander de rendre compte de leur action
devant la population, soit devant
des comités de quartier soit au travers de réunions thématiques. Par
exemple, après avoir travaillé le
temps nécessaire sur des problèmes
identifiés de rodéos ou encore de
deals de stups, ils seront invités à
dire ce qu’ils ont mis en place et les
résultats obtenus devant les élus ou
des copropriétaires. Pour l’instant,
ce n’est pas dans les gènes du policier qui rend compte à son chef,
ques. Dès 13 heures, les trafiquants prennent position dans le quartier, avec
« chouffeurs » (guetteurs, NDLR) postés
sur les toits des immeubles gris et or.
Outre le décès brutal d’un jeune père de
famille de 29 ans lors d’un rodéo de quads
en juin dernier, l’assassinat en pleine rue
d’un homme de 25 ans tué de plusieurs
balles deux mois auparavant a jeté un vif
émoi dans le quartier, autrefois baptisé
les « Chamards » et dont la réputation
était si mauvaise qu’il a fallu le rebaptiser.
« Les imams des deux mosquées ont dû
convaincre certains de leurs fidèles qu’ils
n’iraient pas au paradis s’ils continuaient
dans les trafics et les règlements de comptes », se rappelle Roland Toineau. Lucide,
il observe le « comportement religieux de
plus en plus rigoriste » qui plombe le
quartier. Dans les esprits les plus radicaux, la loi de la charia y supplante celles
de la République. « Mon rôle est de
convaincre, pas de contraindre, plaide
l’ex-major dont la porte, marquée « Médiateur police », reste grande ouverte. Je
vais au contact seul et sans arme, petit à
petit, car le travail d’approche n’est pas
facile. » Vu le contexte, tout le monde le
comprend. « Je ne me promène surtout
pas dans les quartiers le nez au vent pour
éviter les confrontations et les situations
violentes, insiste Roland. Quand le ton
« Mon rôle est de convaincre, pas de contraindre. Je vais au contact seul et sans arme,
petit à petit, car le travail d’approche n’est pas facile », plaide l’ex-major Roland Toineau.
monte, je désamorce en faisant valoir mon
statut de retraité. En général, ce n’est pas
le mot “médiateur”, mais celui de “police”
qui peut faire grimper la tension. »
« Rendre service au citoyen »
Deux jours par semaine, Roland s’escrime à la politique des petits pas. « Le matin, je prends des rendez-vous avec des habitants qui se plaignent de problèmes de
voisinage, de combats de chiens sous leurs
fenêtres ou encore de l’occupation de leur
cave dans laquelle ils n’osent d’ailleurs plus
descendre », énumère-t-il. Le reste du
temps, il va au contact des imams, des
bailleurs sociaux, des associations culturelles et des clubs de football. Il reprend
aussi les mains courantes laissées lettres
mortes pour tenter de régler à l’amiable
des histoires de menaces téléphoniques,
de tapages, de tags injurieux ou encore de
conflits entre ex-conjoints. « Quand on
trouve une solution, se félicite Roland Toineau, cela montre que la police est aussi là
pour rendre service au citoyen. »
À la maison des associations des Orielles, Leila, médiatrice sociale, ne dit pas le
contraire. « Les habitants voudraient que
la police ne soit pas que dans la répression,
qu’elle soit plus utile. » Avant d’ajouter :
« C’est avec des médiateurs comme Roland
que l’on pourrait combler le fossé d’incompréhension qui s’est creusé depuis la fin de
la police de proximité. » Créés en 2008
dans le cadre du plan « espoir banlieue »,
les délégués à la cohésion police/population sont aujourd’hui 151. Déployés dans
les zones de sécurité prioritaire, ils sont
l’un des vecteurs de la « reconquête républicaine » que Gérard Collomb appelle
de ses vœux dans une soixantaine de
quartiers à la dérive. ■
C. C.
moins à la population. Le public ne
sait pas toujours ce que l’on fait et,
donc, cela nourrit ce fameux sentiment d’insécurité.
Ne faut-il pas accélérer
la rénovation/construction
des locaux, parfois indignes ?
C’est indispensable ! Pour la première fois depuis bien longtemps,
nous allons bénéficier d’un plan
triennal de 200 millions d’euros par
an. Avec les projets déjà lancés, on a
40 chantiers d’envergure qui vont
voir le jour d’ici à 2021 dans le périmètre de la direction centrale de la
sécurité publique, en métropole et
outre-mer. Rappelons par ailleurs
qu’une enveloppe de 50 millions
d’euros a été distribuée aux chefs de
service afin de rénover salles et locaux. Il est essentiel d’améliorer les
conditions de travail si l’on considère l’ampleur de nos missions :
chaque année, la police gère
2,5 millions d’interventions urgentes sur appel 17. Soit une toutes les
dix secondes. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR C. C.
EN BREF
Toulouse : échauffourées
entre policiers et jeunes
Des échauffourées ont opposé
une centaine de jeunes
aux forces de l’ordre
dimanche soir à la Reynerie
et à Bellefontaine, des quartiers
classés en zone de sécurité
prioritaire (ZSP) à Toulouse.
« Il y avait clairement une volonté
de s’en prendre aux forces
de l’ordre », a constaté
le commissaire Arnaud Bavois,
décrivant des scènes
de « grandes violences »
avec des jeunes qui allumaient
des feux de voitures,
et avec l’idée à chaque fois
de « prendre les policiers
en guet-apens ». Au total,
plus de cent policiers,
CRS et gendarmes ont été
mobilisés pour ramener le calme.
Aude : saisie record
de 2,9 tonnes de cannabis
sur l’A9
Les douanes de l’Aude
ont annoncé lundi avoir procédé
à la saisie record de 2,9 tonnes
de cannabis dissimulées
dans un camion de salades
et d’oranges, en provenance
d’Espagne et circulant
sur l’autoroute A9.
Cette saisie de cannabis
est la plus importante en France
depuis le début de l’année
par les douanes.
1
Pascal Lalle est
le directeur central
de la sécurité
publique. JACQUES
LE FIGARO. – Policiers insultés,
caillassés… Le climat de défiance
s’est accentué, notamment
depuis l’affaire Théo.
Cela vous inquiète-t-il ?
Pascal LALLE. – Bien sûr. Nous
avons recensé l’année dernière
5 000 blessés en opérations et environ 15 000 faits d’outrage. Nous
sommes très attentifs à ces manifestations de rébellion, car les policiers
paient de leur personne pour faire
leur métier, que ce soit pour prêter
assistance à la population ou faire
respecter la loi. Une chose est sûre :
dans les quartiers difficiles, les policiers sont de plus en plus techniques
et précautionneux.
À Dreux, un retraité retisse
le lien entre les forces
de l’ordre et les citoyens
AMBASSADEUR d’un genre particulier
des forces de l’ordre dans les cités sensibles de Dreux (Eure-et-Loir), Roland Toineau pourrait faire penser à ces missionnaires engagés en milieu « hostile » pour
prêcher la bonne parole. Jeune retraité de
la police, après trente-six ans de service,
pour finir avec un grade de major à la tête
d’une brigade de 25 hommes dans le quartier parisien de Belleville, ce solide gaillard
de 59 ans a décidé de rempiler comme délégué cohésion police-population. Avec la
foi chevillée au corps et la volonté de retrouver la fameuse « adrénaline » qui lui a
servi de carburant. Missions ? Roland Toineau les égrène : « Retisser du lien dans les
banlieues chaudes », « faire remonter au
commissariat les doléances des habitants »,
« expliquer l’action souvent incomprise des
forces de l’ordre et de la justice », « lutter
contre les a priori ».
Installé depuis un an dans un modeste
bureau de la « maison Proximum » tenant lieu d’annexe à la mairie, au beau
milieu du quartier difficile du « Lièvre
d’or », ce réserviste volontaire dépeint
l’écosystème plutôt rugueux dans lequel
il doit mener son sacerdoce. Les cités du
« Lièvre d’or », de la Croix-Thiénac ou
encore des Oriels sont en effet tenaillées
par un communautarisme de plus en plus
affirmé et des trafics de drogue endémi-
pour gérer partout les urgences avec un
même niveau de qualité ». Enfin, pour les
affaires les moins graves, le suivi des dossiers ayant transité par le « 17 », ou la
« main courante informatisée », manque
encore de traçabilité dans 46 % des cas. La
hiérarchie policière dit consentir des « efforts considérables » pour ne pas négliger
les histoires plus bénignes. Plus que jamais, la police est en passe de changer de
paradigme pour non plus être tournée exclusivement vers l’appareil d’État mais
être au service du citoyen. ■
A
SÉCURITÉ À l’heure où la nouvelle police
de sécurité du quotidien (PSQ) entend retisser du lien entre la police et la population, la qualité de l’accueil dans les commissariats est scrutée à la loupe. Un
contrôle qui est assuré en « interne », par
l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), avec une méticulosité souffrant
de peu de comparaisons dans l’administration française. La méthode ? Celle du
client « mystère ». De jour comme de
nuit, parfois le week-end, un agent de la
« police des polices » se présente au poste
en se faisant passer pour un usager victime d’un vol ou d’une agression.
Disponibilité, qualité de l’écoute, propreté des locaux, durée de l’attente… le
« contrôleur » note tout avant de révéler
sa qualité, au moment de la prise de plainte. Il va ensuite remplir une longue grille
d’analyses, avant de repartir avec des
échantillons de courriers d’administrés
ainsi qu’une dizaine d’heures d’enregistrement des appels au 17 (Police secours).
Avec méthode, il va disséquer la bande
pour reprendre contact avec les usagers,
voir leur indice de satisfaction et apprécier le suivi des dossiers. L’ensemble fait
l’objet d’un « bilan des contrôles inopinés
de l’accueil du public » que Le Figaro s’est
procuré. Lors de sa « campagne 2017 »,
l’IGPN a ainsi évalué pas moins de 108
services – dont 23 de la préfecture de police - qui ont donné lieu à 49 258 tests de
toutes natures pour alimenter une « grille
rénovée, distinguant désormais avec plus
de pertinence l’environnement extérieur et
l’état apparent des locaux, l’organisation
mise en place par le chef de service, enfin la
prise en compte de la victime ».
Premier constat : le taux global de satisfaction des « standards de qualité », notamment établis par la Charte Marianne
remaniée à l’automne 2016 (courtoisie,
écoute, délais d’attente, confidentialité…), est de 79 %. L’IGPN souligne en
outre le « très bon résultat en matière de
prise en compte des plaignants », avec un
taux de satisfaction de 84 %. La qualité du
« relationnel » observe même un pic à
88 %, les auditeurs n’ayant « constaté
aucun comportement discriminatoire » et
même noté un « comportement professionnel vis-à-vis d’un public agressif ». En
revanche, « la carence en matière de sécurisation des locaux doit être soulignée »,
observent les auteurs du bilan qui précisent - alors que la menace terroriste est
toujours élevée - que « si 98 % des services sont équipés d’un dispositif (de type interphone et sas, NDLR) empêchant le libre
accès », ce dernier « n’est actif que dans
7 % des cas. » « Il y a tellement d’allers et
de venues que l’on retire toute fluidité aux
commissariats si on les verrouille, considère un cadre. C’est tout le problème de
l’équilibre à trouver entre sécurité et accessibilité du service public… » Par ailleurs, si
VALÉRIE BEAUDOUIN/AGENCE DREUX/L’ECHO RÉPUBLICAIN
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
La révolte des meilleurs ouvriers de France
Ces artisans estiment que leur prestigieux titre est dévalorisé. Ils manifestent ce mardi à Paris.
théorie et la pratique, l’artiste et l’artisan, s’indigne-t-il. En introduisant dans
le concours de nos métiers du bois le dessin assisté par ordinateur et la commande numérique, veut-on concurrencer
Ikea et la Chine au détriment de nos savoir-faire utiles à la conservation de notre patrimoine ? »
Président en sellerie-carosserie, Fabrice Maury a vu sa classe ajournée : « Je
suis bénévole, contrairement à eux, indique-t-il. C’est du temps que je prends sur
mon entreprise, et j’ai devant moi des
gens têtus qui ne comprennent rien. Un
rond-de-cuir de l’Éduc’ a changé les tex-
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
“
PHILIPPE JUSTE/PHOTOPQR/LE PROGRÈS
SAVOIR-FAIRE Quand les MOF se rebiffent, ça chauffe ! Les meilleurs ouvriers de France, qui craignent une dévalorisation de leur prestigieux titre
presque centenaire, manifesteront ce
mardi près de l’Assemblée nationale. Ils
sont près de 3 700 à avoir rejoint le
groupe Facebook des « 100 MOF en colère », créé il y a un mois « face à l’offensive du comité d’organisation des expositions du travail COET-MOF », qui a
délégation de l’Éducation nationale
pour organiser leur concours. Un comité qui, selon eux, tend « à banaliser un
titre qui a toujours eu pour vocation de
promouvoir l’excellence ».
L’initiative vient de Christian Janier,
maître fromager affineur à Lyon.
« Cette année, pour la préparation du
26 e concours, on a eu énormément de
problèmes, déplore-t-il. Le COET veut
abaisser le niveau des épreuves pour les
rendre plus accessibles. Ses membres défendent l’égalité des chances. Ils veulent
avoir 3 000 ou 4 000 MOF par concours,
contre 250 à 350 dans les anciennes promotions ! On veut donc faire comme avec
le bac, le donner à tout le monde ? » « On
a eu affaire à un inspecteur de l’Éducation
nationale qui nous a fait retirer deux
épreuves sur six, parce que c’était trop
cher de les étendre sur deux jours, raconte-t-il encore. Et surtout, ils ont choisi
comme partenaire une grande enseigne
généraliste de la distribution alimentaire.
Imaginez-vous la tête des artisans fromagers rentrant dans une salle et voyant
le nom de cette enseigne, des gens contre
qui ils se battent en permanence, parce
qu’ils n’ont pas nos valeurs ! C’est comme
si vous faisiez sponsoriser le concours des
menuisiers par Ikea ! »
Quarante et un métiers, assure Christian Janier, seront représentés mardi à
Paris. « On croyait qu’on était les seuls à
se plaindre, mais on s’est aperçus que les
autres corporations étaient aussi en colère, poursuit-il. Beaucoup ont écrit au
ministre. D’autant plus que les responsa-
Des cuisiniers passent l’examen du concours national du meilleur ouvrier de France au lycée Rabelais, à Dardilly (Rhône), en 2015.
bles du COET sont absolument réfractaires à tout dialogue. »
Au COET-MOF, on affirme être « l’objet d’attaques et de mensonges ». « Les
textes réglementaires qui régissent le
concours sont scrupuleusement respectés, souligne un communiqué. L’Éducation nationale n’intervient en rien sur
l’aspect professionnel et technique des
épreuves. Elle n’est là que pour garantir
l’équité de tous les candidats et s’assurer
de la fiabilité des critères d’évaluation en
conformité avec les règles de tout diplôme. En l’absence de cette autorité, le titre
“Un des meilleurs ouvriers de France”
n’est plus un diplôme, mais un simple titre
soumis au corporatisme et à la coopta-
tion, au mépris de l’égalité des chances. »
Secrétaire général du comité, Jean-Luc
Chabanne soutient que « sur les 147 métiers qu’on a, globalement, ça se passe
relativement bien ». « Actuellement, entre 5 % et 10 % des candidats sont diplômés. Quel intérêt y aurait-il à ce que tous
soient MOF ? interroge-t-il. C’est vrai
que, pour plusieurs concours, l’enseigne
Metro a fourni gracieusement tables,
chaises et verres, mais il n’y avait pas de
pub ! Au COET, les salariés sont outrés.
Les MOF veulent-ils devenir les patrons
de leur propre concours ? Mais ce serait
consanguin ! On n’a pas de leçons à recevoir de ces gens-là. »
Reste que « ces gens-là » se sentent
”
CHRISTIAN JANIER, MAÎTRE FROMAGER AFFINEUR
tes des épreuves, car il ne connaissait pas
les termes propres à notre métier. Du
coup, c’est devenu incompréhensible pour
nous ! » Même colère chez Catherine
Roland, présidente de classe en esthétique : « Toute créativité a été retirée, pour
laisser la place à des épreuves basiques
niveau BTS », se plaint-elle. Plusieurs
présidents ont été « démissionnés ».
Certains font part d’insultes, et même
de menaces de contrôle fiscal.
Le député MoDem du Loiret Richard
Ramos posera mercredi une question au
ministre de l’Éducation sur ce qu’il appelle « la mort du concours des MOF ».
« À travers ce concours, c’est l’excellence
de l’apprentissage français que je défends, explique l’élu. Il faut que, dans les
années à venir, l’apprentissage devienne
une voie privilégiée. Ces savoir-faire ne
seront jamais aussi bien défendus que par
des femmes et des hommes de l’art. Le
rayonnement international de la France
est en jeu. » ■
COMMUNIQUÉ
SOCIÉTÉ DES JOURNALISTES DU FIGARO
TROISIÈME RÉSOLUTION – RAPPORT DE LA GÉRANCE SUR LES CONVENTIONS VISÉES A L’ARTICLE
L.612-5 DU CODE DE COMMERCE
L’Assemblée Générale, après avoir pris connaissance du rapport de la Gérance sur les conventions visées à l’article L.612-5 du
Code de commerce, et statuant sur ce rapport, approuve les termes dudit rapport.
AVIS DE CONVOCATION
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE DU 3 MAI 2018
Nous vous informons qu’une Assemblée Générale Ordinaire de la SOCIÉTÉ DES JOURNALISTES DU FIGARO se tiendra
le 3 mai 2018 de 10 h à 18 h au siège social sis 14 Boulevard Haussmann à PARIS (75009) – Salle de réunion Pierre Brisson
(1B118), sur l’ordre du jour suivant :
- Approbation des comptes clos le 31 décembre 2017 et quitus à la gérance,
- Afectation du résultat de l’exercice,
- Rapport de la Gérance sur les conventions visées à l’article L.612-5 du Code de commerce,
- Election des six gérants de la Société des Journalistes du Figaro,
- Agrément de cession d’action,
- Pouvoirs pour l’accomplissement des formalités.
Les documents relatifs à cette Assemblée Générale sont tenus à la disposition des associés au 14, Boulevard Hausmann - à
PARIS (75009), sur simple demande, ainsi que sur le site intranet du Figaro dans la rubrique de la «Société des Journalistes
du Figaro».
La liste des diférents candidats à cette élection est publiée à partir du 17 avril 2018 (i) par publication dans le quotidien et
(ii) par voie d’aichage sur les panneaux SDJF situés aux 1er étage et 2ème étage et (iii) sur le site intranet du Figaro dans la
rubrique de la Société des Journalistes du Figaro et (iv) mise à disposition des associés sur simple demande.
CONDITIONS ET MODALITÉS DE PARTICIPATION
- Le 3 mai 2018, il sera demandé à chaque associé, lors de l’émargement, la présentation d’une pièce d’identité et d’une carte
professionnelle ;
- en cas d’empêchement, conformément aux dispositions statutaires (article 22.4), l’Associé ne pouvant assister personnellement
à l’Assemblée, peut se faire représenter par un autre associé ou par son conjoint muni :
• de sa pièce d’identité ;
• d’une procuration sur papier libre signée par le mandant et ;
• d’une copie de la pièce d’identité et de la carte de presse du mandant ain de permettre à l’émargement le contrôle de la signature.
- Le nombre des mandats réunis par un même associé n’est pas limité.
- Les pouvoirs en blancs sont nuls.
Nous insistons sur le fait que le strict respect des dispositions ci-dessus conditionnera l’accès de l’associé ou de son mandataire
à l’Assemblée Générale.
Nous comptons sur votre présence et vous remercions par avance de venir nombreux à cette Assemblée Générale ;
Paris, le 17 avril 2018
LA GÉRANCE
TEXTE DES RÉSOLUTIONS PRÉSENTÉES A L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE
PREMIÈRE RÉSOLUTION – APPROBATION DES COMPTES ET QUITUS DE LA GÉRANCE
L’Assemblée Générale, après avoir pris connaissance du rapport de gestion, approuve les comptes annuels, à savoir le bilan, le
compte de résultat et l’annexe, arrêtés le 31 décembre 2017 tels qu’ils lui ont été présentés, ainsi que les opérations traduites
dans ces comptes et résumées dans ce rapport.
En conséquence, elle donne à la Gérance quitus de sa gestion pour l’exercice clos le 31 décembre 2017.
A
méprisés par « des technocrates qui n’y
connaissent rien aux métiers d’art ». David Grigny, ébéniste restaurateur, MOF
en 2008, viendra du Pas-de-Calais :
« Un jour, un haut fonctionnaire m’a demandé : “C’est quoi, un meilleur ouvrier
de France ?” Un autre a parlé de voie de
garage…, se souvient-il, amer. J’ai passé 2 000 heures sur le bureau du père de
Louis XVI, aujourd’hui exposé au château de Versailles. Un trésor national. Et
je n’ai même pas été invité au vernissage ! » Pour refuser « la banalisation de
nos métiers au profit de l’industrialisation », Alain Clairac, MOF en menuiserie, sera là aussi. « Nos élites ont élevé
des frontières entre la tête et les mains, la
Ils veulent avoir 3 000
ou 4 000 MOF par concours,
contre 250 à 350 dans
les anciennes promotions !
On veut donc faire comme
avec le bac, le donner
à tout le monde ?
DEUXIÈME RÉSOLUTION – AFFECTATION DU RÉSULTAT
L’Assemblée Générale, sur proposition de la Gérance, et après avoir pris acte que l’exercice clos le 31 décembre 2017 se solde
par un bénéice de 698 €, décide d’afecter ledit résultat en totalité au compte report à nouveau.
L’Assemblée Générale rappelle qu’aucun dividende n’a été distribué au cours des trois derniers exercices.
QUATRIÈME RÉSOLUTION – ÉLECTION DES SIX GÉRANTS DE LA SOCIÉTÉ DES JOURNALISTES DU FIGARO
L’Assemblée Générale prend acte de l’élection en qualité de Gérants de la Société, pour une durée de deux ans de :
- Monsieur/Madame
- Monsieur/Madame
- Monsieur/Madame
- Monsieur/Madame
- Monsieur/Madame
- Monsieur/Madame
Ils disposeront, à ce titre, des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société, sous réserve des
pouvoirs que la loi attribue expressément aux associés et sous réserve des dispositions des statuts.
CINQUIÈME RÉSOLUTION – AGREMENT DE CESSIONS D’ACTIONS
L’Assemblée Générale, sur proposition de la Gérance, décide d’agréer les cessions suivantes en faveur des nouveaux associés suivants :
• Nicole Triouleyre : deux actions
• Lucie Ronfaut : une action
• Marie-Estelle Pech : deux actions
• Emmanuel Galiero : une action
• Vincent Tremolet : trois actions
• Marie-Laure Phelippeau : une action
• Isabelle Lasserre : une action
• Sophie de Tarlé : une action
• Marc Cherki : une action
• Jean-Christophe Buisson : une action
• Philippe Viguie Desplaces : une action
• Vincent Roux : une action
• Jean-Baptiste Garat : deux actions
SIXIEME RESOLUTION – POUVOIRS POUR LES FORMALITES
L’Assemblée Générale donne tous pouvoirs au porteur de copies ou d’extraits du présent procès-verbal pour remplir toutes
formalités de droit.
AVIS DE LA SOCIÉTÉ DES JOURNALISTES DU FIGARO
En vue de l’Assemblée Générale Ordinaire de la Société des Journalistes du Figaro qui se tiendra le 3 MAI 2018 de 10 h à 18 h
dans les locaux du FIGARO, 14 Boulevard Haussmann à Paris (75009)
- Salle de réunion Pierre BRISSON (1B118) et qui désignera :
- les six gérants de la Société des Journalistes du Figaro
Je vous informe que les candidatures que j’ai reçues dans les délais ixés par les appels à candidatures publiés le 6 avril 2018
sont les suivantes :
Pour les Gérants de la SOCIETE DES JOURNALISTES DU FIGARO :
Monsieur Stéphane Durand Souland Madame Marie-Estelle Pech Monsieur Tanguy Berthemet Madame Valérie Sasportas
Monsieur Tristan Vey Monsieur Pierre de Boishue Madame Valery de Buchet
Monsieur Fabrice Nodé-Langlois Madame Sophie de Ravinel Monsieur Jean-Baptiste Garat
Je vous rappelle que si vous ne pouvez vous déplacer le jour de l’Assemblée, vous pouvez donner pouvoir à votre conjoint ou
à tout associé de la Société des Journalistes du Figaro désigné nominativement pour vous y représenter. Le pouvoir peut être
établi sur papier libre mais également selon un formulaire disponible sur le site intranet du Figaro ou sur simple demande
adressée à Madame Anne Cheyvialle ou Monsieur hierry Oberle :
- par voie postale : 14, boulevard Haussmann – 75009 PARIS ;
- ou par mail à acheyvialle@leigaro.fr ou toberle@leigaro.fr
Je compte sur votre présence et vous remercie par avance de venir nombreux ou de donner votre pouvoir à un associé de la
Société des Journalistes du Figaro pour que l’Assemblée générale puisse se tenir aux conditions de quorum ixées par les statuts
de la société.
Paris, le 17 avril 2018. Anne CHEYVIALLE
hierry OBERLE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
SCIENCES
11
Le cannabis
à l’adolescence
accroît le risque
psychotique
ZOOM
Alcool : un prix plancher
réclamé par des médecins
Pour décourager
la consommation excessive
d’alcool, responsable en France
de 49 000 morts par an, dont
15 000 liés à un cancer,
des médecins, notamment
des addictologues, demandent
l’instauration d’un prix plancher
par unité d’alcool. Ils réclament
« 10 mesures efficaces », dont
celle de taxer les boissons
« selon leur contenu en grammes
d’alcool et de définir un prix
de vente minimum ». Début mars,
ils avaient déjà demandé que la
mention « l’alcool est dangereux
pour la santé » soit inscrite
de manière lisible et claire sur les
contenants. Mais Agnès Buzyn,
ministre de la Santé, y est
hostile, car cette phrase « peut
laisser penser qu’on est pour une
action de prohibition ».
Le risque de développer à l’âge adulte
une maladie de type schizophrénique
est multiplié par trois.
PIERRE KALDY
DROGUE Les personnes ayant consommé régulièrement du cannabis à l’adolescence ont trois fois plus de risques de
développer un trouble psychotique de
type schizophrénique avant l’âge de
30 ans conclut une vaste étude finlandaise de l’université d’Oulu. « Ces résultats
sont très clairs, confirme Franck Schürhoff, spécialiste de la schizophrénie aux
hôpitaux universitaires Henri-Mondor à
Créteil, et d’autant plus intéressants que
les adolescents étudiés n’avaient eu
aucun symptôme précurseur ni de parents
affectés. »
Sur les 6 534 jeunes Finlandais interrogés il y a quinze ans, ceux qui avaient
déclaré une utilisation fréquente de cannabis étaient trois fois plus nombreux en
proportion à avoir déclaré une psychose
par la suite. Chose rare dans ce type
d’étude, cet effet spécifique de la drogue
a pu être distingué de celui de la
consommation souvent conjointe de
tabac ou d’alcool.
Cet effet est corroboré par une étude
anglaise de l’université de Bristol récemment publiée dans la revue médicale
JAMA Psychiatry. Sur une population de
5 300 adolescents de 14 à 17 ans, ceux
déclarant un usage régulier de cannabis avaient un risque trois fois plus
élevé d’avoir eu à 18 ans un trouble psychotique (hallucination, délire, voix
intérieures).
Là encore, ce risque est apparu beaucoup plus lié au cannabis qu’au tabac.
L’hypothèse parfois évoquée que les personnes plus à risque de troubles psychotiques se tournent vers le cannabis a aussi été mise à mal car les adolescents ayant
eu à 12 ans des symptômes précurseurs
de psychose n’étaient pas plus nombreux
à consommer la drogue. « Les adoles-
cents s’avèrent particulièrement vulnérables au cannabis, précise le professeur
Franck Schürhoff, car leur cerveau est
alors en plein remodelage neuronal et hormonal avec la puberté. » C’est aussi à cet
âge que leurs neurones présentent un pic
de récepteurs au THC, la substance
chimique hallucinogène de la drogue.
Chez les adultes, la responsabilité du
cannabis dans le déclenchement de
troubles psychotiques est connue depuis
longtemps des psychiatres. Elle apparaît
maintenant au grand jour dans l’État
américain du Colorado qui a progressivement libéralisé l’usage de cette drogue. En 2009, sa commercialisation à but
thérapeutique a été autorisée pour des
raisons médicales limitées et mal éta-
“
Pourquoi n’y aurait-il pas
aussi des campagnes
de prévention plus générale
sur les dangers du canabis,
comme pour le tabac
ou l’alcool ?
”
FRANCK SCHÜRHOFF, SPÉCIALISTE DE LA
SCHIZOPHRÉNIE À L’HÔPITAL HENRI-MONDOR
blies. En 2012, sa consommation récréative a été légalisée. Début 2014, sa
commercialisation est permise sous la
pression de divers lobbies industriels ou
pro-cannabis et avec la perspective alléchante pour l’État de fortes rentrées fiscales. La conséquence a été une augmentation de 20 % des visites aux urgences
pour troubles psychiques liées à l’usage
du cannabis de début 2012 à fin 2014.
Pour les adolescents, ces visites ont
pratiquement triplé de 2009 à 2015.
Une telle progression intrigue les chercheurs du département de la Santé du
Colorado à l’origine de l’étude car le
EN BREF
Le pélican frisé
de retour en Albanie
C’est à l’âge de la puberté que les neurones des adolescents présentent un pic
de récepteurs au THC, la substance chimique hallucinogène du cannabis. M. BERNETTI/AFP
nombre de consommateurs réguliers de
cannabis et son usage thérapeutique
semblent stables depuis des années. Une
fréquentation répétée des urgences par
les mêmes consommateurs ne semble pas
en cause. La conclusion la plus plausible,
selon eux, est que le cannabis, devenu
beaucoup plus facile d’accès et de plus en
plus riche en THC, fait payer un tribut de
plus en plus lourd aux populations fragiles qui en font un usage régulier.
Cela semble aussi le cas en France, selon le dernier rapport du Centre européen de surveillance des drogues et de
leurs addictions (EMCDDA). Il montre
que la prise en charge médicale des
personnes pour troubles psychiques dus
au cannabis a bondi depuis 2012, date à
partir de laquelle la teneur en THC de la
résine de cannabis a aussi progressé. Les
diverses formes de cannabis dont la
teneur en THC a triplé ces dernières
années présentent un danger nettement
supérieur pour le système nerveux, et
celui-ci n’est plus atténué par d’autres
substances présentes naturellement
dans la plante.
« La consommation de cannabis devient un problème de santé publique chez
les adolescents, d’autant plus s’ils présentent des signes de risque de psychose
comme le repli social, une diminution de la
motivation, des croyances bizarres ou des
perceptions inhabituelles », prévient
Franck Schürhoff. À côté des structures
de type « centre de détection et d’intervention précoce » tel que celui de
Nancy, les maisons d’adolescents de
chaque département doivent jouer un
rôle important pour dépister les jeunes
les plus vulnérables et leur éviter de basculer dans la première crise psychotique. « Et pourquoi n’y aurait-il pas aussi
des campagnes de prévention plus générale sur les dangers de cette drogue, comme pour le tabac ou l’alcool ? s’interroge
le psychiatre, nous connaissons désormais les risques de dépendance et de schizophrénie qu’elle fait courir à toute une
partie de la population. » ■
Dans la lagune de Divjaka (ouest
de l’Albanie), le pélican frisé, qui
doit son nom aux plumes sur son
crâne, est de retour. L’oiseau a été
repéré en plus grand nombre cet
hiver dans le parc national
Divjaka-Karavasta. 52 couples
et 57 naissances ont été recensés en
2017, contre seulement 17 couples
en 2001. Les lieux de nidification,
dans une île au centre de la lagune,
ont été surélevés, et la chasse a été
interdite en 2016. Mais une ONG
française s’inquiète d’un projet
immobilier qui pourrait remettre
en cause le retour de l’oiseau.
Conférence panafricaine
sur le paludisme au Sénégal
Jusqu’au 20 avril, une conférence
panafricaine se tient à Dakar
(Sénégal) pour faire le point sur
le paludisme. Selon l’Organisation
mondiale de la santé, en 2016,
216 millions de cas ont été recensés,
5 millions de plus qu’en 2015, dont
90 % des nouveaux cas enregistrés
en Afrique subsaharienne. Depuis
que les parasites responsables
de la maladie ont développé
des résistances aux médicaments,
des voix s’élèvent pour développer
l’usage de l’artemisia, une plante
utilisée en médecine chinoise.
Mais la communauté scientifique
reste sceptique et l’OMS
n’y est pas favorable.
La Nasa lance un nouveau chasseur d’exoplanètes
CYRILLE VANLERBERGHE
£@cyrillevan
ASTRONOMIE Une fusée Falcon 9
devait décoller de cap Canaveral en
Floride dans la nuit de lundi 16 à
mardi 17 avril, avec à son bord le
nouveau chasseur de planètes de la
Nasa. Avec ses 350 kg, le petit télescope Tess ne va pas prendre beaucoup de place sous la coiffe du lanceur de SpaceX, mais il est très
attendu par la communauté astronomique.
Depuis la première découverte
d’une exoplanète, une planète
tournant autour d’une étoile autre
que le Soleil, en 1995, la recherche a
fait des pas de géant. Grâce aux efforts de grands télescopes au sol et à
des missions spatiales dédiées, le
catalogue mondial de référence hébergé par l’Observatoire de Paris
recense plus de 3 700 planètes extrasolaires connues.
Et comme dans le Système solaire, où il n’y a pas deux planètes
identiques, celles que l’on détecte
plus loin sont aussi très variées. Il y
en a des géantes, des gazeuses
comme Jupiter ou Saturne, des rocheuses comme la Terre. Certaines
sont très chaudes, près de leur étoile ou au contraire froides, sur des
orbites lointaines. Celles qui excitent le plus notre imagination sont
celles qui sont placées dans la zone
dite habitable, ni trop près ni trop
3planètes
700
extrasolaires connues
sont recensées,
selon l’Observatoire
de Paris
loin de leur soleil, avec une température qui permet l’existence d’eau
liquide, comme sur Terre. C’est
évidemment sur ce type d’objet
qu’on espère découvrir d’éventuelles traces de vie. « Les planètes ont
une diversité délirante, et il serait
très dommage de vouloir se concentrer seulement sur celles qui sont dites habitables. Notre connaissance et
notre compréhension passeront par
l’étude la plus large possible de ce qui
existe », assure toutefois Jean-Philippe Beaulieu, directeur de recher-
che CNRS à l’Institut d’astrophysique de Paris (IAP). La mission du
nouveau télescope Tess est justement d’apporter la connaissance la
plus exhaustive des exoplanètes qui
nous entourent.
La plupart des planètes extrasolaires connues ont été découvertes
par le télescope spatial Kepler de la
Nasa, qui fonctionne désormais en
mode dégradé à la suite d’une panne sur son système de stabilisation.
Alors que Kepler scrutait environ
100 000 étoiles dans une toute peti-
Le télescope Tess va observer presque toute la voûte céleste, en se concentrant
sur les 200 000 étoiles les plus brillantes, c’est-à-dire celles qui sont les plus proches de nous.
NASA
te région du ciel, Tess va regarder
presque toute la voûte céleste, en se
concentrant sur les 200 000 étoiles
les plus brillantes, c’est-à-dire celles qui sont les plus proches de
nous. Les deux missions utilisent
pourtant la même technique de détection, celle dite des transits : on
cherche les moments où une planète passe devant l’étoile, provoquant
une légère éclipse de sa luminosité.
« Pour augmenter les chances de découvrir ces transits, Kepler a regardé
une seule région du ciel pendant
quatre ans », explique Magali Deleuil, professeur au Laboratoire
d’astrophysique de Marseille. Cette
stratégie a été payante puisque Kepler a découvert des centaines de
nouvelles planètes, mais certaines
tournaient autour d’étoiles trop peu
lumineuses, trop lointaines, pour
que des observations de suivi puissent être faites avec d’autres télescopes. « Les transits vus par Kepler,
ou son prédécesseur français Corot,
permettent de connaître la taille de la
planète. Mais, pour connaître sa
masse, il faut utiliser des techniques
de spectroscopie, qui demandent plus
de lumière, et donc des étoiles plus
brillantes », précise Magali Deleuil.
C’est sur ce type d’étoiles proches
que Tess va concentrer ses observations. Avec un compromis : pour
pouvoir couvrir la presque totalité
du ciel au cours de la mission, le télescope ne pourra viser une même
région que pendant 27 jours. Une
contrainte qui fait que « Tess devrait
surtout permettre de découvrir des
planètes chaudes, des objets de la
taille de la Terre jusqu’à des corps
plus gros que Jupiter, qui tournent
près de leur étoile avec des orbites de
courte durée », précise Jean-Philippe Beaulieu.
Sachant que les planètes sont très
courantes dans l’univers, la Nasa
estime que Tess sera capable d’en
découvrir des milliers. Cela servira
notamment pour choisir des cibles
pour le futur télescope spatial James
Webb de la Nasa, qui décollera en
2021 pour succéder à Hubble, et devrait être capable de mesurer la
composition des atmosphères de
certaines exoplanètes.
À partir de 2026, la mission Plato
de l’Agence spatiale européenne
viendra participer à la traque, en se
consacrant à la recherche de planètes rocheuses de la taille de la
Terre. Deux ans plus tard, une autre
mission européenne, Ariel, dont
Jean-Philippe Beaulieu est le responsable scientifique français, ira
étudier les meilleures cibles identifiées par ses prédécesseurs, pour
étudier la composition de leurs atmosphères. « La mission Tess arrive
au bon moment. Elle va nous permettre d’identifier les meilleures planètes pour les études complémentaires futures, s’enthousiasme JeanPhilippe Beaulieu. La route est
tracée jusqu’en 2035, et j’espère
qu’on ira de surprise en surprise. » ■
A
Une fusée Falcon 9 de SpaceX va mettre en orbite le petit télescope américain Tess, qui devrait découvrir des milliers de planètes.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Chambly, l’incroyable épopée familiale
VALENTIN ALTHUSER £@althuser_val
ENVOYÉ SPÉCIAL À CHAMBLY
À LA FRONTIÈRE entre le Nord-Pas-deCalais et l’Île-de-France, une petite
commune de l’Oise et ses 10 000 habitants vivent depuis plusieurs semaines au
rythme des exploits. Le genre d’histoire
que seule la Coupe de France peut écrire.
Le temps d’un instant, l’argent n’est plus
roi et la passion du foot fait loi. Comme
Calais, Quevilly, Carquefou… avant lui, le
FC Chambly Oise, club de National (3e division), s’est invité parmi les grands. Sur
la place de la mairie, décorée aux couleurs du club, les supporters devraient
être nombreux ce mardi à venir assister à
la demi-finale de Coupe de France face
aux Herbiers diffusée sur l’écran géant,
installé par la municipalité. Ici, pas un
rond-point, pas un panneau publicitaire,
n’est épargné par les messages de soutien
à l’équipe locale, désormais à une marche
du Stade de France.
Au stade des Marais, ne cherchez pas
les voitures de luxe et les infrastructures
flambant neuves. Non, dans un club loin
des standards de Ligue 1, où le salaire
moyen plafonne à 2 500 euros et où les
10 équipes se partagent un terrain synthétique pour l’entraînement, l’ADN de la
réussite est avant tout familial. Assis dans
les tribunes du Kop de l’Oise, Fulvio Luzi,
l’excentrique président, et son frère
Bruno, l’entraîneur, plus réservé, se souviennent du chemin parcouru. Tout com-
PARTI DE LA DERNIÈRE
DIVISION DISTRICT,
LE FC CHAMBLY
S’EST HISSÉ, EN MOINS
DE TRENTE ANS,
AUX PORTES DE
LA LIGUE 2 ET DU STADE
DE FRANCE. LA RÉUSSITE
D’UN CLUB FAMILIAL,
« L’AVENTURE
D’UNE VIE » POUR
LES FRÈRES LUZI.
mence en 1989. Les deux frangins Luzi,
épaulés par leur père Walter, décident de
créer une équipe pour faire jouer ensemble une bande de potes. « On évoluait tous
dans des clubs différents et quand on se retrouvait l’été pour jouer, on s’est rendu
compte qu’on battait tout le monde. Alors
on a décidé de tous lâcher notre niveau DH
pour repartir d’en bas, ensemble », explique Fulvio, entraîneur-joueur à l’époque.
En cinquième division de district, avec
des moyens très limités, Bruno, ancien
attaquant star du club, le reconnaît,
l’ambition était avant tout de se faire
plaisir : « Au départ, il n’y avait même pas
de douche, rien, simplement un terrain
abandonné. On avait 1 000 euros de subvention, alors on n’imaginait pas un jour
évoluer en troisième division, l’objectif était
simplement de jouer ensemble. » Vingtneuf ans et onze montées plus tard, la
réussite du FC Chambly est totale. Un pari
réussi pour les Luzi. « Évidemment, c’est
une fierté quand on regarde d’où on vient,
mais on n’a pas le temps de savourer parce
que chaque année on veut aller plus haut »,
reconnaît Bruno dont les ambitions ont
évolué avec les années.
Aux portes de la Ligue 2 la saison passée
et dans le dernier carré de la Coupe de
CHAMBLY
CHAMBL
France cette année, le FC Chambly n’a
toutefois rien perdu des valeurs qui ont
fait son succès. « On veille à garder cet esprit familial, tout le monde se connaît, tout
le monde se parle, c’est aussi le rôle éducatif d’un club », se félicite Fulvio, à la présidence depuis 2001. « On a la conseillère
départementale qui sert des bières pendant
les matchs. Ici, tu peux être ingénieur,
journaliste ou chef d’entreprise, on bosse
tous ensemble », ajoute-il.
Poursuivre l’exploit
Walter, premier président du club et
papa de la fratrie Luzi, décédé à 77 ans le
28 février dernier tandis que son équipe
éliminait Strasbourg en quarts de finale,
était le principal garant des valeurs du FC
Chambly. Surnommé affectueusement
« Pépé », le président d’honneur depuis
2001 a légué sa philosophie à ses fils.
« Même quand on gagne, on se remet en
cause pour ne pas se reposer sur nos lauriers, c’est ce que nous a appris notre
père », affirme fièrement Fulvio. Aujourd’hui, Pépé, dont un portrait géant surplombe le terrain, continue de veiller sur
ses fils et sur le « bébé » des Luzi, comme
Fulvio aime surnommer le FC Chambly.
Quand on quitte les tribunes du stade
des Marais et que l’on se dirige vers la buvette et les vestiaires, on voit les exploits
passés du FC Chambly fièrement affichés
sur les murs. Car, au-delà de leurs réussites en championnat depuis des années,
ce club, ses joueurs ont la faculté de se
transcender en Coupe de France. Pour ob-
tenir son ticket en demi-finale, les Camblysiens ont éliminé Châteauroux (Ligue
2) en 16es de finale et surtout Strasbourg en
quarts, une écurie de Ligue 1. Un parcours
impressionnant, mais le petit poucet de
l’Oise n’en était pas à son coup d’essai. La
saison dernière, en 16es de finale, les hommes de Bruno Luzi avaient remonté trois
buts face au futur champion monégasque
avant de s’incliner 5-4 en prolongations.
En 2016, ils avaient corrigé à domicile
Reims alors en Ligue 1 (4-1). « C’est une
compétition qui nous tient à cœur depuis
très longtemps », avoue Bruno qui reconnaît les bienfaits de la Coupe sur son groupe : « On a pris un départ catastrophique en
championnat cette saison et le fait de gagner des matchs en Coupe nous a fait du
bien psychologiquement. »
Toujours en course pour poursuivre
l’exploit et atteindre la finale de la Coupe, le FC Chambly retrouve ce mardi à la
Beaujoire un adversaire qu’il connaît
bien. « On n’est pas contents de jouer Les
Herbiers, j’aurais préféré jouer un gros.
Cela va être la joie d’une vie pour l’un et le
regret d’une vie pour l’autre. Il pourrait y
avoir des dégâts psychologiques permanents sur les joueurs », s’inquiète le président Fulvio. « On fait tout pour dédramatiser ce match, pour ne pas penser à
une éventuelle finale contre le PSG ou
Caen », ajoute-il. Une chose est sûre, arrivé dimanche à Nantes avec 1 000 de ses
supporters, le FC Chambly a une nouvelle occasion d’enrichir un peu cette
incroyable épopée familiale. ■
Deux clubs
de 3e division
s’affrontent,
ce mardi à Nantes,
en demi-finale
de la prestigieuse
compétition.
Avec le rêve de fouler
la pelouse du Stade
de France en finale.
Sébastien Flochon lors
du match Les Herbiers-Lens,
le 27 février à Nantes.
Idriss Saadi lors du match
Chambly-Strasbourg,
le 28 février à Beauvais.
Les Herbiers, symbole vivant d’une terre de football
SERGE MESSAGER smessager@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL AUX HERBIERS
A
LE CLUB VENDÉEN,
QUI VIT SOUS
LE RÉGIME AMATEUR,
DISPOSE
D’UN BUDGET
DE 2 MILLIONS D’EUROS
POUR 600 LICENCIÉS.
IL VIT UN RÊVE
AVEC SON ÉQUIPE
À LA MOYENNE D’ÂGE
DE 24 ANS.
LES CONTES de ma mère l’Oye, œuvre de
Charles Perrault parue au XVIIe siècle,
proposaient, entre autres, l’étonnante
aventure d’un certain Petit Poucet. Ce
personnage astucieux sauvant sa vie et
celles de ses frères est devenu dans le langage courant du sport français le symbole
du club au modeste palmarès affrontant
un des cadors de sa discipline. Mais ici,
point de cailloux, ni d’ogre en vue. Deux
équipes de National, 3e division, vont se
défier pour accéder à la finale 2018 de la
Coupe de France. Une incongruité, diront
certains, un rêve éveillé que vit le Vendée
Les Herbiers Football, qui affronte ce
mardi Chambly au stade de la Beaujoire à
Nantes.
Au stade Massabielle, l’heure était encore aux sourires à quelques jours du
match. Pour le président Michel Landreau, à la tête du club vendéen depuis
dix ans, cette aventure va au-delà d’un
simple exploit : « C’est toute la magie de la
Coupe qui fait se déplacer des gens pour
des choses improbables. Comme le dit le
chanteur Philippe Katerine dans son clip
85 Rouge et Noir, les planètes s’alignent,
on ne sait pas pourquoi. Dans mon implication, c’est un peu une folie, mais je suis
entouré de belles personnes, responsables,
avec plus de 200 bénévoles vraiment impliqués dans la vie du club. Un club de partenaires qui vit sous le régime amateur avec
LES
HERBIERS
un budget de 2 millions d’euros pour
600 licenciés. » Le message à ses joueurs
sera simple : « Dans ces moments rares, il
ne faut pas jouer le match avant. Soyez détendus et lâchez-vous. On va fêter un parcours, mais il peut aller au-delà de l’improbable, au Stade de France. Comme je
sais qu’il y aura de la joie et des pleurs à
l’issue du match, j’ai proposé au président
du club camblysien, Fulvio Luzi, que l’on
passe ensemble la veille au soir dans le
même hôtel. »
L’humilité comme maître mot
Le discours de l’entraîneur, originaire
de Nantes, sera certainement du même
tonneau à l’orée de la rencontre, mais
sans doute plus pragmatique. À 42 ans,
Stéphane Masala est en fin de contrat en
ces terres de football où il se sent bien.
Et où le maître mot est l’humilité, selon
lui. Mais vivre ces instants n’était pas
imaginable lorsqu’il est arrivé dans la
ville de 15 000 habitants en provenance
de la cité voisine de Luçon : « Autant
nous nous préparions en début de championnat de National à faire en sorte de
nous maintenir, autant être aux portes
d’une finale, c’est quelque chose de presque irrationnel. Avec une moyenne d’âge
de 24 ans, mes jeunes joueurs ne doivent
pas tomber humainement dans la dispersion. En face, ils sont costauds, expérimentés. On les connaît bien. On a gagné
chez eux et ils nous ont battus chez nous
cette saison. Le poids de cette rencontre
doit être positif pour cette belle. Il faut
que nous soyons plus cyniques. 1-0
contre Chambly, je signe. »
Ayant goûté goulûment au sucre
d’orge après huit tours dans cette quête
du trophée, le capitaine Sébastien Flochon, milieu de terrain formé à l’Olym-
pique Lyonnais, passé par Le Havre et
Bastia et arrivé en Vendée en janvier
2017, assume sa responsabilité. Celle qui
le prend à cœur du haut de ses 25 printemps. Avec en mémoire la victoire à
Auxerre 3-0 et une qualification aux tirs
au but face à Lens aux tours précédents :
« C’est une fierté, des moments à vivre
dans une carrière. Il faudra rester concentré tout en laissant arriver les émotions
comme elles viennent. Quel que soit le résultat, et vous pensez bien que l’on souhaite
gagner, ces souvenirs resteront dans nos
têtes. Le message du coach sera certainement de nous appuyer sur l’unité du groupe. Cette unité qui a fait que nous en sommes arrivés là. »
Un sentiment confirmé par le gardien
Matthieu Pichot, héros du dernier tour
avec ses deux arrêts lors de l’intense et
insupportable séance de tirs au but
contre les Lensois : « Sans un grand groupe, on ne peut pas aller loin dans cette
compétition. L’aventure reste exceptionnelle. C’est la première fois que deux clubs
de National se retrouvent à ce niveau-là.
Ma prestation au tour précédent s’est bien
passée, mais je n’étais pas le seul à jouer.
Esteban Salles, gardien du club comme
moi, a contribué aux tours difficiles que
nous avons vécus avant. C’est l’esprit du
groupe qui est important. »
Ce mardi soir, plus de 35 000 agités du
bocage vont s’époumoner dans les travées
du stade de la Beaujoire, pour que les
Rouge et Noir et leurs bottes de sept lieues
puissent jouir de leur beau conte de fées. ■
DEMI-FINALES
LES HERBIERS (N)
CAEN (L1)
mardi 21 h CHAMBLY (N)
Eurosport 2
mercredi PARIS SG (L1)
21 h 05
EN BREF
Tennis : Djokovic
redécouvre la victoire
Novak Djokovic s’est baladé face
à son compatriote Dusan Lajovic
(93e), pour l’emporter 6-0, 6-1,
lundi au 1er tour du Rolex MonteCarlo Masters. Le Serbe a mis fin
à une série de trois défaites
de rang, lui qui s’était incliné
dès les 8es de finale de l’Open
d’Australie puis, après une
opération du coude droit,
dès son entrée en lice à Indian
Wells et Miami. Julien Benneteau
s’est, lui, incliné face au Croate
Borna Coric 6-2, 6-3.
Rugby : Meyer intronisé
au Stade Français
Le club francilien a présenté
ce lundi son futur directeur
sportif, le Sud-Africain Heyneke
Meyer. L’occasion pour le
propriétaire du Stade Français,
Hans-Peter Wild, de rappeler
les ambitions parisiennes,
d’être champion « dans trois ans,
peut-être quatre ».
Paris 2024 : Anne Descamps
à la communication
Selon le JDD, Anne Descamps
a été choisie pour occuper
le poste convoité de directeur
de la communication du comité
d’organisation de Paris 2024.
Après un passage chez Havas,
Anne Descamps a été conseillère
au cabinet d’Emmanuel Macron
lorsqu’il était ministre de
l’Économie, avant de participer
au lancement de son parti,
La République en marche.
DAVE WINTER/ICON SPORT, EDDY LEMAISTRE/ICON SPORT
La Coupe de France célèbre les « petits »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
par téléphone
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux
14 boulevard Haussmann,
75009 Paris,
sur notre site :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
24 € jusqu'à 25 lignes
22 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
27 € jusqu'à 25 lignes
25 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
nous consulter
Les lignes comportant des
caractères gras sont facturées
sur la base de deux lignes ;
les effets de composition
sont payants ;
chaque texte doit comporter
un minimum de 10 lignes.
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
Tél Abonnements :
01 70 37 31 70
deuils
Il a plu au Seigneur
de rappeler à Lui,
François ABBO
le 14 avril 2018, à Paris,
à l'âge de 63 ans,
muni des sacrements
de l'Église.
De la part de
Mme François Abbo,
née Béatrice
Berlier de Vauplane,
son épouse,
Mme Henri Abbo,
sa mère,
M. et Mme Olivier Rossignol,
M. et Mme Thierry Lepelletier,
M. et Mme Jean Abbo,
le commissaire général et Mme
Bernard Abbo,
M. et Mme
Hugues Berlier de Vauplane,
M. et Mme Bruno Richebé,
M. et Mme
Hubert Berlier de Vauplane,
ses sœurs, frères,
beaux-frères et belles-sœurs,
ainsi que ses 31 neveux
et leurs conjoints,
et ses 48 petits-neveux.
La messe d'À-Dieu
sera célébrée le jeudi 19 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
92, rue Saint-Dominique,
Paris (7e).
Une messe d'action de grâce
sera célébrée
le vendredi 20 avril,
à 15 heures, en l'église
de Cléon-d'Andran (Drôme),
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial.
Nalini et Denis Balbir,
ses enfants,
Anne-Laure Alka,
Anne-Sophie Latika,
Juliette Bela
et Shaana Priyanka,
ses petites-filles,
toute sa famille et ses amis
en France et Inde
Mme François-Hubert
Forestier,
son épouse,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Capucine, Matthieu, Apolline,
ses petits-enfants,
M. Jagbans Kishore BALBIR
ancien fonctionnaire
de l'Unesco,
survenu le 12 avril 2018,
à son domicile, dans
sa quatre-vingt-dix-septième
année.
Ils rappellent le souvenir de
Nicole Balbir
née Gondallier de Tugny,
son épouse.
Les obsèques ont eu lieu
dans l'intimité familiale.
58, rue Denfert-Rochereau,
92100 Boulogne.
nalini.balbir@wanadoo.fr
Héléna Bouquin,
sa petite-fille,
a la tristesse
de vous faire part du décès du
docteur Monique BOUQUIN
survenu
le vendredi 13 avril 2018,
dans sa 83e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 19 avril, à 14 h 30,
en la collégiale Saint-Martin
de Montmorency.
On se rendra ensuite
au cimetière des Champeaux
de Montmorency,
où l'inhumation aura lieu
dans le caveau de famille.
M. et Mme
Réginald D'Allemagne,
Mme Marie-Christine
D'Allemagne,
M. Jacques D'Allemagne,
ses enfants et sa belle-fille,
Julien et son épouse,
Edouard, Andrew,
Eléonore, Marie,
ses petits-enfants,
Emmy et Léna,
ses arrière-petites-filles,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Henry Rodéric D'ALLEMAGNE
survenu le 14 avril 2018,
dans sa 90e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 19 avril, à 15 heures,
en l'église Sainte-Eugénie
de Marnes-la-Coquette
(Hauts-de-Seine).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Une conférence
s’annonce toujours
dans Le Figaro
Les familles Deblache,
Ribet, Guerin
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Marie-Noëlle DEBLACHE
le mercredi 11 avril 2018,
à l'âge de 72 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 18 avril, à 14 h 30,
en l'église
de Verneuil-sur-Seine.
Elle sera suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
au cimetière
de Meulan-en-Yvelines.
Mme Daniel Dommel,
son épouse,
Jean-Louis et Florence Nosley,
Pierre-Yves, Emma
et Charlotte,
Pierre et Martine Dommel,
Etienne et Clarence Dommel,
Annabelle et Félix,
Henri et Kamlita Dommel,
Alexia et Juliana,
ses enfants et petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Daniel DOMMEL
inspecteur général des finances
honoraire,
commandeur
de la Légion d'honneur,
commandeur dans l'ordre
national du Mérite,
survenu dans sa 97e année,
le 14 avril 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 19 avril,
à 14 heures,
en l'église réformée
de Pentemont-Luxembourg,
58, rue Madame, Paris (6e).
Tél. 01 56 52 27 27
Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
vous font part du décès
le 15 avril 2018,
dans sa 104e année, de
Mme Jacques
MAUREL de MAILLÉ
de LA TOURLANDRY
née Irène Mangaud.
La messe sera célébrée le
vendredi 20 avril, à 15 h 30, en
l'église de Bécon-les-Granits.
survenu le 15 avril 2018,
à l'âge de 88 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 19 avril,
à 14 h 30, en l'église
de Beaulieu (Haute-Loire).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Béatrice Lavenir,
son épouse,
Nadia Lavenir
et Michelle Le Granché,
Patrick et Badia Lavenir,
Corinne et Hervé Moulin,
Véronique et Jérôme
de Ferrières,
ses enfants,
Lauren, Justine, Manon,
Tanguy, Alexis, Rémi,
ses petits-enfants,
son arrière-petite-fille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Demain avec Le Figaro
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
Fabrice et Emmanuelle
Ducruet,
ses nièce et neveu,
leurs filles,
toute la famille Hermieu
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
professeur
François-Hubert FORESTIER
officier
des Palmes académiques,
Philippe et Claudine Tonnelier,
Michel (†) et Annick Tonnelier,
Hugues et Dominique Laurin,
Yves et Paule Tonnelier,
ses enfants,
Mme Jacques de Prat,
née Ombline de Dieuleveult,
son épouse,
Mlle Ségolène de Prat,
Mme Ombline de Prat,
M. et Mme Cyrille de Prat,
le comte et la comtesse
d'Arundel de Condé,
le vicomte et la vicomtesse
Jean d'Hérail de Brisis,
M. et Mme Jérôme Chaubet,
M. Tancrède de Prat
et Mlle Noémie Aublé,
ses enfants
et ses 22 petits-enfants
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Jacques de PRAT
Mme Jacques TONNELIER
née Huguette Hermieu,
« Maminou »,
le vendredi 13 avril 2018,
dans sa 99e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 21 avril,
à 10 heures,
en l'église Saint-Michel,
à Grimaud (Var).
Elle sera suivie de l'inhumation
dans le cimetière du village
où elle reposera au côté
de son mari,
l'ingénieur général
de l'armement
Jacques Tonnelier
(1915-1996).
le 14 avril 2018,
à Mortagne-au-Perche (Orne),
à l'âge de 88 ans.
Une messe d'action de grâces
aura lieu
le samedi 9 juin, à 18 h 30,
en la basilique Sainte-Clotilde,
à Paris (7e).
La messe de funérailles
sera célébrée
le vendredi 20 avril, à 14 h 30,
en l'église
de Sainte-Scolasse-sur-Sarthe,
suivie de l'inhumation,
au cimetière de Laleu (Orne).
La famille remercie
chaleureusement le personnel
de la maison de retraite
La Roseraie,
à Croissy-sur-Seine
pour ses soins attentifs.
Les éditions du Figaro
En vente actuellement
M. Robert LAVENIR
le vendredi 13 avril 2018,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 19 avril,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
Paris (16e).
Clermont-Ferrand.
Sa famille,
ses huit filleuls,
ses amis
et sa fidèle et dévouée
Jacinta Martins,
ont la douleur
de vous faire part du décès du
docteur Simone RAMPON
Entourée de l'affection
des siens
Lise MAHEU
née Barbéry,
nous a quittés le 13 avril 2018,
à l'âge de 91 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce mardi 17 avril,
à 14 h 30, au temple protestant
du Vésinet.
De la part de :
ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
et toute la famille.
ancien interne
des Hôpitaux de Paris,
ancien médecin des Hôpitaux,
professeur honoraire
de la faculté de médecine,
officier
de la Légion d'honneur,
officier
des Palmes académiques,
survenu à l'âge de 93 ans,
le 8 avril 2018.
Comme elle l'a souhaité,
après une bénédiction,
l'inhumation a eu lieu
le 14 avril 2018,
dans le caveau de famille,
au cimetière de Gelles
(Puy-de-Dôme).
Bernard Toury,
son époux,
Patricia, Anne et Marion,
ses filles,
Tancredi, Aurore, Danaé,
Clément, Bastien, Adam
et Côme,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Colette TOURY
née Arraud,
survenu le 14 avril 2018,
à l'âge de 84 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise,
71, rue des Rondeaux,
Paris (20e),
le mercredi 18 avril 2018,
à 13 heures.
Ni fleurs ni couronnes.
!
!
La famille remercie toutes
les personnes qui s'associeront
en pensée à sa peine.
Cet avis tient lieu de faire-part.
11, avenue Alfred-de-Musset,
78110 Le Vésinet.
11, rue Schlumberger,
92430 Marnes-la-Coquette.
« Heureux les cœurs purs,
ils verront Dieu. »
112, rue Saint-Dominique,
75007 Paris.
Florence Forestier,
Jean-François Forestier,
Séverine et Charles-Antoine
d'Hoop,
ses enfants,
13
Remets à l'Eternel
le soin de ton sort,
confie-toi en lui et il agira.
Psaume 37, 5.
1, avenue Jean-Racine,
92330 Sceaux.
Christine et Xavier Bertagna,
Florence et Vincent McAuliffe,
Sylvie et Robert Gillespie,
François et Ketty
Maisonrouge,
Anne-Sophie Maisonrouge
et Sophie Poilleux,
ses enfants,
Lorraine et Pierre-Emmanuel
Jean,
Marion et Xuebing Zhao,
Antoine et Marie Bertagna,
Philippe et Heather McAuliffe,
Matthieu et Clare McAuliffe,
Christine et Hanson Yates,
Kevin et Michelle McAuliffe,
Maximilien et Laure
Maisonrouge,
Gustave Maisonrouge,
Mathilde et Maxime,
ses petits-enfants,
Paul-Emile, Ludovic et Alice,
Adrien,
Louis, Victoire et Augustin,
Chloe, Hugh et Lachlan,
Madeline et George,
Henry, Matthew, Charlie
et Sylvie,
Luke,
ses arrière-petits-enfants,
Dany Caste
et ses enfants,
André et Danièle Féron
et leurs enfants,
ses sœur, frère, belle-sœur,
neveux et nièces
et toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Jacques MAISONROUGE
née Françoise Féron,
survenu le 15 avril 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 20 avril,
à 14 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
6, rue Brémontier, Paris (17e).
Ni fleurs ni couronnes.
Des dons sont possibles
aux Apprentis d'Auteuil.
Cet avis tient lieu de faire-part.
3, boulevard Flandrin,
75116 Paris.
Pierre, Isabelle, Claire, Jean,
ses enfants,
Nassim, Christophe, Pierre,
leurs époux,
Marie, Margot, Gaspard,
Ulysse, Emilie, Paul,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Henri SALZI
survenu à l'âge de 89 ans.
La célébration aura lieu
le jeudi 19 avril 2018,
à 15 heures, en l'église
Saint-Pierre-de-Vaise,
à Lyon (9e).
La famille rappelle
à votre souvenir son épouse,
Anny
et remercie
toutes les personnes
qui prendront part à sa peine.
Condoléances sur registres.
Beauvais (Oise).
Paul THÜRING
s'est endormi
dans la Paix du Seigneur
le 14 avril 2018.
Il a rejoint son épouse,
Madeleine
Ses enfants,
Stephen (†), Albane, Gontran,
et leurs conjoints,
Philippe et Carole,
ses petits-enfants,
Jean-Guerric, Amaury,
Raphaël (†), Lorin, Alexis,
Annabelle, Pierre-Axel,
et leurs enfants
remercient ceux qui l'ont
connu d'avoir une pensée
ou une prière pour lui.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 19 avril,
à 10 heures, en l'église
Saint-Etienne de Beauvais.
« C'est pour que nous restions
libres que le Christ
nous a libérés. »
Galates 5, 1.
Kersaint-Landunvez (Finistère).
M. et Mme Patrice Viel,
M. et Mme Hervé Chalaron,
M. et Mme Joël Bellion,
M. et Mme Thierry Bodhuin,
M. et Mme Pierre Scoarnec,
ses enfants,
ses dix-neuf petits-enfants,
ses trente-neuf
arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. André VIEL
survenu à Kersaint-Landunez,
dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mardi 17 avril, à 10 h 30,
en l'église de Landunvez.
!
!
souvenirs
Tourgéville (Calvados).
Le 17 avril 2013,
Annie DEFIN
nous quittait.
En ce triste anniversaire,
que tous ceux qui l'ont connue,
appréciée et aimée, aient une
affectueuse pensée pour elle.
Elle nous manque.
Daniel, son époux.
Il y a dix ans,
le 17 avril 2008,
Antoine ROUMAGNAC
nous quittait.
Que ceux qui l'ont connu et
aimé aient une pensée pour lui.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Panneau à l’entrée
de la commune de Matignon,
dans les Côtes-d’Armor.
MARTIN BERTRAND
Stéphane Kovacs
£@KovacsSt
ous êtes médecin ?, questionne l’affiche. Votre avenir est ici ! » C’est un
grand « jeu-concours » que l’agglomération de Villeneuve-sur-Lot
lance, pour la deuxième année de
suite, à destination des médecins. À
la clé, un week-end « professionnel » dans la « cité thermale du bonheur », avec une
« minicroisière sur le Lot », pour découvrir patrimoine, gastronomie et installations de santé. « Quand
on parle de déserts médicaux, on imagine le petit village
perdu dans les montagnes, fait remarquer Patrick Cassany, maire de Villeneuve. Mais le problème touche
aussi des agglomérations de 25 000 habitants ! » Tandis
que dans la France entière, des villes petites, moyennes, mais aussi des métropoles cherchent désespérément des médecins - notamment généralistes -,
comment se démarquer ? Démarchage téléphonique,
appel à des chasseurs de têtes, petites annonces ou
grandes banderoles, les municipalités rivalisent
d’ingéniosité.
Alors que le pays n’a jamais compté autant de praticiens – 290 974 –, l’accès aux soins se détériore, et pas
seulement en zone rurale. Car, en une décennie, le
mode d’exercice des médecins a profondément changé. Le salariat est devenu la pratique majoritaire
(46,5 % sont salariés, contre 42,8 % libéraux). La profession s’est féminisée, le nombre de médecins à
plein-temps est en retrait. Tout comme celui des généralistes (88 137 en 2017, soit - 9,1 % depuis 2007).
Quant au nombre de retraités actifs, il a été multiplié
par six en dix ans.
À Villeneuve-sur-Lot, le Dr Francis Cazeils a travaillé jusqu’à 67 ans et demi: « Impossible de trouver un
repreneur pour le cabinet que j’avais fondé avec mon
épouse, elle aussi généraliste ! », déplore celui qui a
présidé un collectif contre la désertification médicale
en Villeneuvois. En 2017, sur 15 généralistes en activité, 10 avaient plus de 60 ans, dont 7 plus de 65 ans.
« On a construit trois maisons médicales, ouvert un
nouveau pôle santé en 2016, vante Patrick Cassany. Et
notre territoire est connu pour sa douceur de vivre… »
L’an dernier, cinq médecins avaient été sélectionnés
sur une trentaine d’inscriptions au concours. Les gagnants ont certes été « conquis », mais seul un cardiologue pourrait rester. Alors, si la « Saison 2 » n’est pas
plus fructueuse, soupire le maire, « l’an prochain, il
faudra peut-être se creuser encore plus la tête… ».
V
«
Villes cherchent médecins
désespérément
Le désert médical
n’est pas l’apanage
des campagnes.
Dans toute la France,
des agglomérations,
petites et grandes,
rivalisent d’ingéniosité
pour attirer
de nouveaux praticiens.
Chasseurs de têtes
A
BRETON/PANORAMIC/STARFACE
Cabinet éphémère
Pour « faire face au départ d’une dizaine de médecins en
18 mois », Pontarlier, dans le Doubs, a pris « une initiative unique en son genre » : la création d’un cabinet
éphémère. « Constitué en octobre, il s’arrêtera mi2019, lorsque ouvrira notre maison de santé, raconte le
maire, Patrick Genre. Il rassemble six médecins : de
jeunes retraités et d’autres qui viennent de communes
voisines faire des vacations d’une journée, sans payer de
loyer. Il a reçu plus de 2 000 visites. Surtout, il a créé une
émulation : notre maison médicale a déjà trouvé tous ses
praticiens, et un généraliste s’est installé la semaine
dernière ! »
Dans les Vosges, Raon-l’Étape, 6 500 habitants, déploie les grands moyens. « Raon-l’Étape cherche médecin » peut-on lire sur une banderole jaune accrochée le long de la RN59. Un appel a été lancé sur les
réseaux sociaux et des dépliants ont été distribués
dans la région : « Stéthoscope célibataire recherche médecin pour son futur pôle médical. » « On avait trois médecins, dont deux viennent de partir en retraite, explique-t-on à la mairie. Alors tout le monde est mobilisé.
Dans notre bulletin municipal, on dit aux habitants :
“Vous aussi, cherchez !” Notre pôle médical ouvrira fin
2018 : un chantier de près de 600 000 euros ! C’est lourd,
mais on se bat sur toutes ces petites choses qui font vivre
le territoire : la poste, la prof de latin, la papeterie… »
À Montluel, près de Lyon, le maire a carrément déclaré cette recherche de médecins « grande cause
communale 2018 ». « Ça sert à quoi d’avoir le meilleur
système de santé, si on n’a pas de médecin près de chez
soi ? s’indigne Romain Daubié. En ce moment nous
n’avons que deux généralistes pour plus de 7 000 habitants, tous deux sexagénaires. L’un a mis des annonces
sur tous les sites spécialisés : “Donne cabinet équipé et
patientèle”. Il n’a eu qu’un appel en deux ans. » Dans
une commune voisine, la généraliste, « qui avait une
trentaine de patients à sa porte dès 8 h 30 », est en
burn-out. L’équipe municipale s’est donc confié « une
mission qui revient à l’État, celle d’assurer une offre
médicale de proximité ». « On a fait du phoning, des annonces, détaille Romain Daubié. Et même payé un
chasseur de têtes : 50 000 euros, 1 % de notre budget. »
En deux mois, une seule touche : une jeune Roumaine.
« Il faut être très attractif, souligne l’élu. La proposition
“Local rénové avec un loyer pas cher”, ça ne suffit
plus. On lui cherche donc un logement, un travail pour le
mari et une place en crèche pour leur bébé. Pour que ça
réussisse, je ne me donne aucune limite. »
Pour Étretat, cela devient « très urgent ». La station
balnéaire normande n’a que 1 400 habitants - dont
38 % de + de 60 ans - l’hiver, mais accueille un million
de visiteurs par an. En 2016, une Maison médicale intercommunale a été ouverte à une dizaine de kilomètres de là, censée « répondre au problème de désertification médicale ». Sauf que la quasi-totalité des médecins
du canton a rejoint le site, aujourd’hui saturé. « À Étretat, nous n’avons plus aucun généraliste depuis l’automne, se lamente le Dr Philippe-Emmanuel Adès,
conseiller municipal. Les habitants sans moyen de locomotion n’ont plus de médecin référent. On est obligé
d’appeler le Samu juste pour emmener une personne
âgée à l’hôpital, pour une consultation simple. L’absence
de médecin est très pénalisante sur le plan de l’image, sur
l’activité économique, et a des conséquences dissuasives
pour l’installation de jeunes… » La municipalité envisage une mutualisation de médecins entre plusieurs
communes, pour avoir des permanences au moins
deux jours par semaine. Elle propose de mettre gracieusement le cabinet médical à disposition pendant
un an, offre des aides à l’installation. Mais, visiblement, cela ne suffit pas : « Nous avons fait appel à un cabinet de chasseurs de têtes, raconte ce médecin retraité.
Notre annonce a été consultée plus de 5000 fois… et nous
n’avons eu que 5 ou 6 réponses d’étrangers qui cherchaient à s’installer en salariat. L’un ne parlait pas français, un autre a exigé une voiture de fonction. On nous a
même suggéré d’offrir un abonnement gratuit au golf ! »
La demande est telle que les chasseurs de têtes font,
eux aussi, grimper les enchères. « Notre tarif, c’est
8 000 euros HT, indique Bérengère Bry, du cabinet
Quand on parle de déserts médicaux,
on imagine le petit village perdu dans les
montagnes. Mais le problème touche aussi
des agglomérations de 25 000 habitants !
PATRICK CASSANY, MAIRE DE VILLENEUVE-SUR-LOT
»
Auxilia Recrutement. Mais on réfléchit à le réévaluer
tellement les médecins - même étrangers - sont difficiles
à trouver… En 2014, on a placé un seul médecin. Aujourd’hui, on a une demande toutes les deux semaines ! »
Dans la grande métropole toulousaine, « d’ici à
2025, 400 des 950 généralistes seront partis à la retraite, affirme le Pr Stéphane Oustric, un généraliste qui
vient d’ouvrir la première maison de santé de la Ville
rose. On voit apparaître des phénomènes de tension.
Beaucoup de patients vont directement aux urgences :
désormais 28 % des actes réalisés aux urgences relèvent
d’un généraliste ». Quelque « 10 000 personnes par an
s’installent à Toulouse, et certains ne trouvent pas de
médecin référent ! s’alarme le Pr Daniel Rougé, adjoint
au maire chargé de la Santé. On a considéré, à tort, que
ce n’était qu’un problème rural. Or c’est une évolution
sociétale et sanitaire : les jeunes médecins veulent des
week-ends, des vacances, réduire le temps consacré à
l’administratif. Travailler à plusieurs permet de partager une secrétaire et des tours de garde ». Alors, à Toulouse, on « se dépêche de s’adapter » : « Notre projet est
de créer une maison de santé par secteur, poursuit l’élu.
Avec l’Agence régionale de santé, les médecins, le
bailleur social, nous organisons à la mairie une sorte de
“Meetic de la relation sanitaire”. Et c’est prometteur ! »
De « désert médical », on en parle jusque dans la capitale ! La moitié des 2 400 généralistes parisiens ont
plus de 60 ans. L’envolée des prix immobiliers freine
l’installation des jeunes, et « d’ici à 2020, certains arrondissements pourraient perdre près de la moitié de
leurs professionnels de santé en secteur 1 (sans dépassement) », explique Anne Souyris, maire adjointe chargée de la Santé. Le dispositif Paris Med’, mis en place
en 2015, offre aux jeunes une subvention qui peut aller
jusqu’à 200 000 euros pour monter un cabinet. Ils
doivent en contrepartie s’engager pour une durée minimale de trois ans. Les résultats sont déjà là. « Dix cabinets ont vu le jour en 2016, et douze maisons de santé,
se réjouit Anne Souyris. Cent trente-sept professionnels se sont installés en deux ans. Et pour la première
fois cette année, on voit une hausse du nombre de médecins : + 2,6 en janvier 2018 par rapport à 2016. »
Porte-parole du Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (ReaGJIR), le
Dr Marie Brosset milite pour « la construction d’un système de santé qui ressemble aux jeunes généralistes : innovant, collaboratif, humain et solidaire ». « Toutes les
enquêtes disent la même chose : les médecins n’en peuvent plus de la paperasse administrative ! renchérit le
Dr Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des
syndicats médicaux français (CSMF). Il faut les encourager à se regrouper, et à partager une secrétaire et une
infirmière. Au lieu de prendre en charge en moyenne
900 patients, un généraliste pourrait en prendre 20 %
de plus ! Malheureusement, avec une population française de plus en plus âgée, de plus en plus polypathologique, les dix prochaines années vont être difficiles, à cause de l’impact du numerus clausus très bas qui se fait
sentir aujourd’hui. »
Délégation de certaines tâches aux infirmiers, développement du numérique, télémédecine… Au ministère de la Santé, on estime possible de « réenclencher une dynamique vertueuse ». Dans le cadre du plan
de lutte contre les déserts médicaux, trois délégués à
l’accès aux soins ont jusqu’en décembre pour faire remonter les expériences réussies, identifier les freins et
remettre à la ministre Agnès Buzyn un rapport assorti
de propositions d’action. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
CHAMPS LIBRES
ÉCONOMIE
15
À quoi servent les branches
professionnelles ?
Manon Malhère
£@ManonMalhere
SOCIAL Au lendemain de la présenta-
tion par le gouvernement des ordonnances réformant le Code du travail, le
secrétaire général de FO ne cache pas sa
satisfaction. « On a obtenu que la branche continue à avoir un rôle important »,
se félicite Jean-Claude Mailly sur
BFMTV, le 1er septembre dernier.
De fait, contrairement à l’intention de
départ, les ordonnances ne laissent pas
entre les seules mains des entreprises le
pouvoir de définir les conditions de travail des salariés. La France n’est pas
rentrée dans l’ère du « Code du travail
par entreprise », insiste la ministre du
Travail, Muriel Pénicaud. La loi prime
toujours et les branches professionnelles, qui regroupent les entreprises d’un
même secteur, conservent des prérogatives en matière de régulation. Quelle
est alors la place de ces branches qui,
peu connues du public, suscitent à chaque réforme du Code du travail d’intenses débats ?
❙ UD EN NP OR RO MD UE SC T E U R
Dépourvue d’une définition juridique
claire et sans structure propre, la branche professionnelle est particulièrement
difficile à appréhender. Pourtant, son
rôle est capital en matière de droit social. Souvent assimilée à tort aux seules
organisations patronales, la branche regroupe plus largement les entreprises
d’un même secteur d’activité, comme la
métallurgie ou la banque.
En réalité, la branche est créée et existe
lorsque les organisations patronales et
les syndicats - les partenaires sociaux d’un même secteur d’activité concluent
une convention collective. Ce faisant, ils
fixent des règles communes régissant les
conditions de travail des salariés, règles
qui sont toujours plus favorables que la
loi et qui prennent en compte les spécificités du secteur. Concrètement, elles
visent de nombreux sujets, tels que les
salaires minima, les classifications des
travailleurs (en fonction de leur qualification, de leur âge, de leur statut…) ou
encore la formation professionnelle.
D’ailleurs, c’est en se référant à la
convention de son propre secteur
qu’une entreprise définit bon nombre
d’aspects de la fiche de paie de ses salariés. En raison de la procédure d’extension de ces accords aux entreprises qui
n’ont pourtant pas adhéré aux organisations patronales représentatives, les
conventions collectives couvriraient
près de 90 % des salariés ! L’objectif de
1
Un léthore de branches
professionnelles créées
au fil des années …
2
LES GROUPES DE BRANCHES LES PLUS PUISSANTES EN EFFECTIF SALARIÉ En milliers
MÉTALLURGIE
ET SIDÉRURGIE
1 622
BÂTIMENT ET LES
TRAVAUX PUBLICS
ce système est double: renforcer les
droits des salariés. Et réguler la concurrence entre les entreprises du même
secteur. En effet, si des règles ne fixaient
pas, par exemple, des salaires minima,
certaines sociétés de la branche pourraient faire du dumping social.
La pratique des conventions n’est pas
récente. Elle s’observe dès la fin du
XIXe siècle avec l’essor de l’industrialisation et l’apparition du syndicalisme.
« L’accord collectif est alors la “convention” que l’on conclut pour mettre fin à un
conflit social », explique Patrick Quinqueton, conseiller d’État, dans un rapport sur le regroupement des branches
remis en 2015 à la ministre du Travail
Myriam El Khomri. Il cite d’ailleurs la
« convention d’Arras » sur les conditions de travail, conclue entre les représentants d’employeurs et d’ouvriers en
1891 pour mettre fin aux grèves, qui est
présentée comme la toute première
convention collective. Même si la première à être enregistrée par le ministère
du Travail, sous la nomenclature IDCC 1,
est celle conclue le 26 juin 1936 pour encadrer le commerce stéphanois (commune de Saint-Etienne). Plus largement, à l’époque, « il fallait organiser le
marché du travail. Définir, par exemple,
les horaires de travail, constate Bernard
Vivier, directeur de l’Institut supérieur
du travail. Les syndicats patronaux et salariés se sont ainsi réunis au sein d’un
même secteur - la branche - pour conclure une convention collective ».
Au fil du temps, les conventions vont se
multiplier - et, par conséquent, les
branches - pour défendre les intérêts de
toutes sortes d’activités. Au point de foisonner. C’est ainsi que les puissantes
branches de la métallurgie, du bâtiment
ou encore des transports routiers côtoient celle des industries du peigne de
la vallée de l’Hers et du Touyre, celle de
la salaison de morue du canton de Fécamp ou encore des exploitations
conchylicoles du bassin de MarennesOléron. Fin 2015, le ministère du Travail
ne recensait pas moins de 717 branches !
tion. L’objectif affiché était de relancer
la négociation collective et renforcer les
droits des salariés au plus près du terrain, dans l’entreprise. Une obligation
de négocier tant au niveau de la branche
que de l’entreprise dans certains domaines est introduite. Mais pas seulement.
Pour la première fois, des accords négociés au niveau de l’entreprise peuvent
déroger aux conventions de branche
concernant les heures supplémentaires.
Avec ces accords dérogatoires, les entreprises vont pouvoir appliquer des règles moins favorables aux salariés que
celles prévues au niveau de la branche.
Le processus se poursuit avec la loi Fillon
de 2004 qui donne un sérieux coup
d’accélérateur à cette décentralisation.
Avec la réforme de 2008, les accords
d’entreprise sur le temps de travail priment désormais sur ceux de la branche.
En 2016, avec la loi El Khomri, ce primat
s’étend à d’autres domaines, comme
celui des congés payés. C’est ce qui a entraîné des débats passionnés sur « l’inversion de la hiérarchie des normes ».
Les ordonnances Macron achèvent le
processus en clarifiant les rôles. Dans le
respect de la loi, les entreprises peuvent
désormais négocier des accords sur tous
les sujets qu’elles souhaitent. C’est le
principe. Toutefois, la branche garde la
main sur 13 thèmes clairement définis
pour lesquels, donc, ses accords continuent de primer sur ceux des entreprises. « Compte tenu de l’articulation nouvelle entre accords d’entreprises et
accords de branches, ces dernières perdent ainsi de leur pouvoir en matière de
régulation », confirme Hugues Lapalus,
avocat associé chez Barthélémy avocats.
❙ RU EN S R T ÔE IL EM QP OU IR T A N T
❙ RU ÉN G P U O L U A V T IO IO R N D A E F F A I B L I
Au fil du temps, le pouvoir de régulation
des branches va s’effriter avec la décentralisation de la négociation entre employeurs et représentants de salariés au
niveau de l’entreprise. Un mouvement
qui s’observe en premier lieu dans les
pays anglo-saxons à la fin des années
1970 et qui va de pair avec la libéralisation de l’économie. Les entreprises réclament plus de flexibilité pour faire face
à une concurrence accrue et globalisée.
Ironie du sort, c’est un gouvernement
de gauche, avec la loi du 13 novembre
1982 - parmi celles dites lois Aurouxqui ouvre la voie à cette décentralisa-
Moins puissantes, les branches ne sont
pas pour autant mortes. En gardant la
main sur ces 13 thèmes clés qui visent,
par exemple, les minima salariaux ou les
CDD, elles conservent un rôle fondamental en matière de régulation de la
concurrence entre entreprises du même
secteur. En outre, « il serait faux de croire qu’il est toujours possible de négocier
dans l’entreprise, estime Christophe
Frouin, avocat associé chez Fidere Avocats. Lorsqu’il y a un accord de branche
sur un sujet, il est souvent compliqué de
conclure un accord d’entreprise moins favorable ». Sans compter que pour bon
nombre de petites entreprises où la négociation reste particulièrement difficile, des accords types (accords clés en
main, déjà rédigés) continuent d’être
proposés par la branche.
Enfin, pour de nombreux experts, les
branches resteront importantes si elles
relèvent le défi de la transformation des
compétences des travailleurs. Autant
dire, une tâche fastidieuse, car il en va
… en pleine restructuration
branches
en 2015
986
HÔTELLERIE, RESTAURATION
ET TOURISME
quelque
981
500
aujourd’hui
888
TRANSPORTS
154 branches
inactives
fusionnées
à ce jour
dont
834
AGROALIMENTAIRE
BANQUES, ÉTABLISSEMENTS
FINANCIERS ET ASSURANCES
749
NETTOYAGE, MANUTENTION,
RÉCUPÉRATION ET SÉCURITÉ
663
CULTURE ET
COMMUNICATION
533
CHIMIE ET
PHARMACIE
512
La branche du personnel
ouvrier dans les industries
de la salaison et de la morue
du canton de Fécamp
TOTAL :
717 branches
La branche des industries
du peigne de la Vallée de
l'Hers et du Touyre
au 31/12/2015
15,5 millions
de salariés
Infographie
OBJECTIF
200
La branche des exploitations
conchylicoles du bassin
de Marennes-Oléron
voire
moins
La branche des industries
de la pipe et du fume-cigarette
de la région de Saint-Claude
d’ici 2023
❙ LR EE S D T É R F IU DC ET UL RA A T I O N
Cette transformation des branches en
de véritables prestataires de services
aux entreprises réussira seulement si
elles parviennent à se restructurer. Car,
aujourd’hui, la faible activité d’une
bonne partie d’entre elles contribue à
leur affaiblissement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur les 700 branches recensées fin 2015, 35 % n’avaient
pas déposé d’accord depuis 10 ans et
95 % des branches qui n’ont pas négocié depuis 15 ans comptaient moins de
5 000 salariés, selon le ministère du
Travail. Aussi, le gouvernement a-t-il
engagé, en 2016, un processus de fusion
pour passer de 700 à seulement 200
branches, voire moins d’ici 2023. Ambitieux, l’objectif est de constituer des
branches puissantes et stratégiques dotées de moyens humains et financiers
conséquents, et organisées par grands
secteurs économiques.
Aujourd’hui, 154 branches inactives –
« les branches mortes » - ont déjà été
fusionnées à d’autres. Mais le plus dur
reste à faire. À savoir, regrouper des
branches qui restent dynamiques, mais
qui représentent moins de 5 000 salariés. Un véritable casse-tête puisqu’une
fusion entre plusieurs branches implique d’harmoniser leurs conventions
collectives respectives. Or, certaines
sont bien plus avantageuses que
d’autres.
Ce processus se heurte en outre à des
considérations éminemment politiques.
Cette fusion nécessite de regrouper les
(trop) nombreuses organisations patronales, qui sont plus de 800. Une branche
peut parfois en réunir six ! Mais encore
faut-il que leurs présidents acceptent de
quitter leur fonction… Quant aux syndicats, ils craignent de perdre leur représentatitivé, et donc du pouvoir. Par
exemple, un syndicat ultrareprésentatif
au sein d’une petite branche qui va fusionner avec une plus grande sera automatiquement affaibli.
Quoi qu’il en soit, les branches n’ont pas
vraiment le choix. Si elles ne parviennent pas à s’entendre d’ici au mois
d’août, c’est le ministère du Travail qui
imposera alors les regroupements. Ce
sera alors le prix à payer pour gagner en
légitimité et rester incontournables. ■
13 thèmes désormais réservés à la
branche avec les ordonnances Macron
SUR CES 13 THÈMES, LES ACCORDS NÉGOCIÉS AU NIVEAU DE LA
BRANCHE PRIMENT SUR CEUX CONCLUS AU SEIN DES ENTREPRISES
CONFORMÉMENT AUX ORDONNANCES MACRON
717
1
Minima salariaux
2
Classifications professionnelles des travailleurs
1 351
BUREAUX D’ÉTUDES ET PRESTATIONS
DE SERVICES AUX ENTREPRISES
Source : ministère du Travail
3
de leur capacité à devenir de véritables
observatoires des métiers. Le but est
d’accompagner les entreprises de leurs
secteurs respectifs à anticiper au mieux
les mutations du marché du travail. « Il
s’agit là d’une responsabilité politique des
branches, avec des choix stratégiques »,
précise Viviane Chaine-Ribeiro, présidente de la fédération Syntec (conseil et
ingéniérie) et responsable de la restructuration des branches au Medef.
Source : ministère du Travail
3
Mutualisation des fonds de financement du paritarisme
4
Mutualisation des fonds de la formation professionnelle
5
Garanties collectives complémentaires
6
Certaines mesures relatives au temps de travail
7
Mesures relatives aux CDD (durée, renouvellement…)
8
Contrats de chantier
9
Égalité professionnelle entre femmes et hommes
10
Conditions de renouvellement de la période d’essai
11
Transfert des contrats de travail entre deux entreprises
12
Cas de mise à disposition de salariés temporaires
13
Rémunération minimale du salarié porté
A
Les branches,
qui regroupent
les entreprises
d’un même secteur,
ont vu leur pouvoir
diminuer en matière
de droit social. Mais
elles conservent
un rôle clé.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
16
Syrie
■ Les frappes ciblées auxquelles a participé la France contre le régime de Bachar el-Assad
en Syrie relèvent-elles de l’interventionnisme salutaire ou bien de l’ingérence naïve ?
Le géopolitologue Frédéric Encel trouve de mauvaise foi le procès en néoconservatisme
fait à ces bombardements
précis et ciblés. Contrairement à Obama qui avait agité
la ligne rouge sans jamais
passer à l’acte, Emmanuel
Macron met ses menaces à
exécution, ce qui lui donne du
crédit.
epuis qu’elles ont été
En second lieu, les Occidentaux
Pour Caroline Galactéros,
menées, les frappes
auraient tenté d’affaiblir le pouvoir
présidente du think-tank de
alliées sur les installations
d’Assad. L’accusation est portée par
géopolitique réaliste Geopragchimiques syriennes sont
ceux qui voient de façon paranoïaque
ma, cette intervention milisoumises au feu roulant
des néoconservateurs derrière chaque
taire est aussi illégitime
de quatre reproches
initiative occidentale au Moyen-Orient.
principaux.
Or voilà bien longtemps que plus
qu’inefficace : quelles qu’en
En premier lieu, les Occidentaux
personne en Occident ne cherche
soient les motivations, elle ne
n’auraient pas respecté le droit
sérieusement à abattre le régime
permettra pas à la France
international, passant outre les veto
baasiste alaouite, et à juste titre ;
d’améliorer
sa
capacité
on y aurait risqué des pertes humaines
russes. Factuellement, l’argument se
d’action dans la région.
et matérielles lourdes, l’avènement
tient ; ne nous en déplaise, la politique
Les frappes sur la Syrie étaient
justifiées et nécessaires
D
d’obstruction russe au Conseil
de sécurité (12 veto en sept ans
de répression et de guerre ouverte)
est légale et ne viole pas le droit établi
par la Charte des Nations unies.
Néanmoins, un autre point de droit
international prévaut tout autant :
du Protocole de Genève de 1928 à celui
de 2008 en passant par la Convention
sur l’interdiction des armes chimiques
de 1993, l’usage de gaz toxiques est
strictement prohibé. Et Vladimir
Poutine le sait si bien qu’il proposa
à Barack Obama, en 2013, de garantir
la neutralisation des stocks syriens
pour prix de l’abandon par ce dernier
de frappes sur son vieil allié procheoriental. Or Moscou n’a pas su
(ou voulu) faire respecter par Assad cet
accord conclu dans le cadre de… l’ONU.
Autrement dit, ne serait-ce qu’au
regard de la responsabilité de protéger
(résolution
de 2005),
il existait un droit
d’intervenir, moins
pour « punir »
Le géopolitologue* analyse les objections faites
que pour détruire
à l’intervention de la France en Syrie. La France
des capacités
n’emboîte pas le pas aux États-Unis, mais mène
chimiques
une politique cohérente et indépendante.
prohibées.
FRÉDÉRIC ENCEL
qu’à la volonté de défendre ses valeurs
et ses intérêts dont on a publiquement
averti qu’ils étaient menacés ou
bafoués. Sans crédibilité, pas d’alliés
loyaux ni d’adversaires prudents. Dans
ce cas de figure, Emmanuel Macron
a-t-il voulu mener « sa » guerre,
comme le prétendent certains ? Peutêtre, mais on reste dans la supputation
sinon le propos de comptoir.
En revanche, les faits sont là qui
s’imposent : Obama menaça en 2012 et
n’agit pas en 2013 ; Macron menaça en
d’un État islamiste radical à Damas,
2017 et agit en 2018. Laquelle des deux
voire pour le coup un vrai conflit
« lignes rouges » estelle la plus crédible
Obama menaça en 2012 et n’agit pas aux yeux de nos alliés
comme de nos
en 2013 ; Macron menaça en 2017
adversaires ?….
et agit en 2018
En troisième lieu,
les frappes
occidentales auraient failli provoquer
avec la Russie. Les frappes de samedi,
une guerre avec Moscou et nous
ciblées et ponctuelles, ne visaient donc
éloigneraient d’une solution
évidemment pas la chute d’Assad ni
diplomatique. On peut critiquer
même l’inversion des rapports de force
Vladimir Poutine pour la brutalité
militaires ; géopolitologues, diplomates
ou l’unilatéralisme de certaines
et officiers savent que ce ne sont pas
de ses politiques (annexion de la
quelques dizaines de missiles sur des
Crimée, campagne aérienne sur Alep),
sites techniques qui ruinent un régime,
mais pas pour son aventurisme ;
quand des armées entières déployées
prudent et pragmatique, il joue
au sol n’y suffisent parfois pas… En
habilement des rapports de force
vérité, si Assad n’avait pas recouru –
et offre ainsi une grande prévisibilité.
contre des civils et de façon récurrente
En l’espèce, il savait ne pas pouvoir
– aux gaz neurotoxiques, jamais les
répliquer militairement sans coûts
Occidentaux n’auraient bombardé des
potentiellement exorbitants,
cibles liées au pouvoir syrien ; la guerre
et s’y serait d’autant moins risqué
est une chose, la façon de la mener –
qu’en bon clausewitzien, il pense que
sale en l’espèce – en est une autre,
c’est finalement sur le terrain politique
d’autant plus que Daech fut toujours la
que se joue la victoire. Or la sienne est
priorité. Bien plus sûrement s’est-il agi
assurée puisque Assad se maintiendra.
de restaurer une crédibilité. Essentielle
De fait, Moscou n’aura répliqué
en géopolitique, la crédibilité
aux frappes occidentales que par
correspond moins à une question d’ego
«
»
le truchement d’une résolution (non
adoptée) les condamnant, et joué ainsi
les bons élèves du Conseil de sécurité.
Enfin, la France aurait docilement
suivi les États-Unis, selon le
sempiternel mantra des extrémistes
de droite et de gauche. Or voici
bien l’argument le plus faux et/ou
le fantasme le plus tenace ! Non
seulement la France est en pointe,
depuis au moins la crise de 2013
déjà évoquée, dans la volonté
d’empêcher Assad de nuire aux civils
syriens via ses armes (entre autres)
non conventionnelles, mais encore estelle motrice et non suiviste sur d’autres
théâtres d’opérations diplomatiques
ou militaires où Washington fut
et demeure à la traîne. Au Mali et en
Centrafrique en 2013 et depuis, face
à Daech à ses débuts, dans le dossier
israélo-palestinien constamment,
vis-à-vis de l’Arabie saoudite (qu’on
se souvienne de l’épisode Hariri !),
ou encore sur la question du nucléaire
iranien, la France contemporaine
mène une politique respectée dans le
monde et parfaitement indépendante
de l’allié américain, notamment grâce
au rôle clef de Jean-Yves Le Drian.
L’usage des armes est souvent
la traduction d’un échec, mais pas
toujours l’incarnation de l’injustice
ou de l’inefficacité. Certains recours
à la force permettent d’espérer un
mieux pour nombre de civils menacés ;
les frappes occidentales sur les sites
chimiques syriens l’auront illustré
de manière magistrale.
* Docteur en géopolitique, maître de
conférences HDR à Sciences Po Paris.
Vient de publier « Mon Dictionnaire
géopolitique » (PUF, 2017, 470 p.)
Les illusions de la puissance,
la déroute de l’influence
a France a suivi l’Amérique
et frappé la Syrie. Mais elle
espère que la négociation
politique sur l’avenir
politique de ce pays en guerre
pour recouvrer sa pleine
souveraineté territoriale, va pouvoir
« reprendre » et qu’elle en sera l’un
des artisans majeurs. Évincé de toutes les
négociations sérieuses depuis des années,
Paris veut croire que la Russie, qui vient
d’être publiquement humiliée au Conseil
de sécurité des Nations unies, mais aussi
l’Iran et le régime diabolisé de Damas,
lui feront la place qu’elle revendique dans
ce processus qu’ils dominent toujours.
Était-ce là l’objectif véritable de notre
association à une opération américaine
sciemment précipitée, hors mandat
de l’ONU, en amont de toute enquête
de terrain sérieuse et avec un résultat
opérationnel… relatif (deux tiers
des missiles interceptés par les défenses
syriennes…) ? Désarmante naïveté,
incompréhension des enjeux, confusion
entre tactique et stratégie, temps long et
immédiateté, ou simple calcul cynique…
et faux ? Car si un
dialogue a minima
sera évidemment
maintenu avec
Moscou, croit-on
La présidente du think-tank Geopragma déplore
sérieusement que
une intervention sans efficacité stratégique
frapper dans ces
conditions suscite
qui nuit à la crédibilité diplomatique de notre pays.
DESSINS : FABIEN CLAIREFOND
+
» Lire aussi PAGES 2 ET 6
CAROLINE GALACTÉROS
L
respect et confiance, socles de toute
coopération constructive ?
Paris et Washington ont surtout voulu
rééquilibrer un rapport de force trop
défavorable au camp atlantique
(après les mains libres laissées à Ankara,
allié majeur du flanc sud de l’Otan)
et enrayer le désastre géopolitique né
de la percée russo-iranienne et chinoise
en Méditerranée, dont la Syrie est une
tête de pont opérationnelle majeure.
Ces frappes sont aussi une opération
d’intimidation et de diversion au
moment où le pouvoir syrien reconquiert
la Ghouta orientale et obtient la reddition
du chef de Ahrar al-Cham, dangereux
avatar local d’al-Qaida. Des mauvais
esprits soulignent déjà la concomitance
de ces frappes avec les difficultés
du président Trump et de la première
ministre Theresa May (empêtrés
respectivement dans l’interminable
Russiagate et dans le Brexit).
Il s’agissait encore de permettre
à Donald Trump de débrider son
impulsivité belliqueuse tout en limitant
les risques d’escalade avec Moscou.
Même s’il reste difficile de savoir qui, des
généraux du Pentagone ou du président,
veut le plus l’affrontement avec la Russie
et l’Iran, devenu en quelques mois
l’ennemi prioritaire du monde arabe.
Il faut enfin resituer cette triste
séquence dans le contexte d’une
offensive peu commentée dont l’impact
est potentiellement dévastateur pour
l’Amérique et ses alliés, priés de faire bloc
et front : l’ouverture à Shanghaï,
le 25 mars, de la première Bourse
de transactions pétrolières en yuans.
Le « contre-monde » chinois s’avance,
singulier, subtil, tranquille mais
déterminé. Il constitue à terme
une menace vitale pour l’imperium
américain sur l’économie mondiale.
Et Pékin observe l’échiquier moyenoriental avec intérêt et patience,
en songeant aux mérites du jeu de go…
Quelles que soient les motivations
de cette intervention, la question pour
nous demeure : la France a-t-elle gagné
en crédibilité et en capacité d’action
régionale et globale ? Le doute est permis.
Paris a certes rassuré les ONG et peut
affirmer que le pouvoir a tenu parole sur le
franchissement de la ligne rouge, mais les
djihadistes de tous bords ne manqueront
pas d’exploiter nos incohérences sur
le dossier syrien. Avec ce coup d’éclat,
notre voix, qui ne peut être que celle
de l’équilibre, de l’impartialité et
du non-alignement, vient de s’enrouer.
Notre geste martial est un signal sombre
pour tous ceux qui, dans le monde,
comptaient encore sur l’indépendance
d’esprit et d’action de notre pays.
On assiste aussi à la persistance
d’un biais cognitif inquiétant :
l’ethnocentrisme d’un Occident
discrédité dans son approche cyniquo-
son
A
le même
mais pas le même
sens
moralisatrice du regime change mais qui
prétend encore en frappant illégalement
un État membre des Nations unies,
définir et contrôler son sort, le punissant
de survivre, après avoir
spectaculairement échoué à le
déstabiliser. Une preuve éclatante
que l’essentiel est rarement là où se
concentrent l’attention médiatique
et les postures politiques, mais dans le jeu
sans merci des puissances, où certains,
comme nos amis allemands ou italiens,
tirent leur épingle du jeu par un discours
modéré, tandis que nous prenons
le risque d’un double mépris,
de l’Amérique et des victimes
de notre allégeance à contre-emploi.
Les Syriens s’en souviendront
quand la reconstruction débutera…
Croyant pouvoir être martiale
et « morale » à la fois, la France semble
tombée dans un piège tendu pour
la pousser à rentrer dans le rang,
elle qui menaçait de devenir la figure
de proue d’une Europe réfléchissant
enfin aux contours possibles
de sa « souveraineté », en tout cas
à ceux d’une autonomie sécuritaire
par rapport à Washington et à l’Otan.
La repolarisation du monde est en cours
et vient de se renforcer sensiblement. Il
n’est pas sûr qu’elle aide le peuple syrien
martyrisé à recouvrir son indépendance
et sa sécurité. Il est plus urgent que jamais
de retrouver notre ADN stratégique.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
Le défi américain du président Macron
ans l’interview télévisée
qu’il a donnée à BFMTV
dimanche 15 avril 2018
au soir, le président de
la République s’est félicité
d’avoir convaincu
les États-Unis de ne pas abandonner
le terrain syrien. 2 000 hommes de
leurs forces spéciales sont actuellement
déployés dans le nord de la Syrie, au
Rojava, vaste bande de terrain jouissant
d’une autonomie de fait par rapport à
Damas, et contrôlée par les FDS (Forces
démocratiques syriennes), lesquelles
mélangent une majorité de combattants
progressistes kurdes issus des YPG (Unités
de protection du peuple), et une minorité
de combattants arabes laïcs. Les
Américains ont efficacement épaulé
D
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
leurs alliés kurdes, dans leur combat
acharné contre l’État islamique. La
France, qui entretient également quelques
forces sur place, ne peut envisager
d’y rester seule, face aux risques
de résurrection des djihadistes. En outre,
elle sait qu’elle a besoin de la présence
dissuasive des Américains, pour contrer
l’expansionnisme de l’armée turque, qui
a déjà pris, le 18 mars 2018, la ville kurde
d’Afrine (nord-ouest de la Syrie),
et qui rêve de franchir l’Euphrate pour
poursuivre vers l’Est son nettoyage
ethnique anti-kurde. Car l’ennemi
principal du président turc, le Frère
musulman Erdogan, ce n’est pas l’État
islamique, mais ce sont les Kurdes,
qui se trouvent, en Syrie, être nos amis.
Emmanuel Macron ne s’est-il pas réjoui
ENTRE GUILLEMETS
17 avril 1696 : décès de la marquise de Sévigné BRIDGEMAN IMAGES/RDA
Le duc de Saint-Simon dans ses Mémoires
au sujet de Marie de Sévigné
C’est un torrent d’esprit naturel,
aisé, facile, agréable et gai,
qui ne se piquait de rien et qui
s’ignorait lui-même, d’ailleurs,
juste, sage et plein de bonté»
ANALYSE
Vincent Trémolet
de Villers
vtremolet@lefigaro.fr
i, comme le dit Hugo,
« la forme c’est le fond
qui monte à la surface »,
c’est une impression trouble
et déplaisante qui habite
les esprits depuis l’émission
du Palais de Chaillot. Sachants et
communicants rivalisent d’ingéniosité
et de paradoxes pour donner de l’éclat
à un exercice terne, de la cohérence
au désordre mais l’agressivité n’est
pas le rythme et la dramaturgie ne se
réduit pas aux éclats de voix. Durant cet
interminable voyage au bout de l’ennui,
tout était circulaire, « médiapolitique »,
un jeu de rôle entre le chef de l’État
et Plenel et Bourdin en embuscade.
Les deux cols ouverts étaient censés
représenter la France des oubliés.
Leurs voix, mielleuses ou tonitruantes,
devaient être celles des obscurs,
des sans-grade : ceux qui désertent
les bureaux de vote et n’attendent
plus rien du pouvoir. Les « Nobody ».
Las, plus que jamais les oubliés furent
oubliés. Edwy Plenel assurait qu’il
n’était là que par la volonté du peuple
mais il devait ces deux heures de gloire
à la seule volonté du chef de l’État
et dans l’onctuosité hostile
de ses questions, tout était idéologique,
rien n’était populaire. Certes, il n’a
jamais voulu prononcer la formule
d’usage, « Monsieur le Président »,
mais jamais le peuple ne s’est distingué
par ses mauvaises manières et l’on peut
être offensif en étant courtois, incisif
sans être sinueux. Le relâchement tenait
lieu d’indépendance, la désinvolture
d’audace, la dénonciation des riches
de philanthropie.
Le peuple ? Jean-Jacques Bourdin
l’incarne médiatiquement, chaque
matin. Il en a, croit-il, les colères
soudaines, les impatiences viriles,
» Lire aussi PAGE 4
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
... COMMUNICATION
mais dans un bistrot de carton-pâte
au cœur du XVIe arrondissement.
«C’est un exercice inédit », essayait de
se consoler en direct Emmanuel Macron
et l’on devait comprendre que l’ancien
monde des entretiens compassés et
connivents laissait place aux interviews
à l’américaine. Ring, gants, cordes,
victoire aux points : tout le champ
sémantique de la boxe a nourri les
conversations des commentateurs mais
pourtant notre superproduction n’avait
ni le professionnalisme, ni la qualité des
grands débats outre-Atlantique. Là-bas,
on dit « Mr President » sans honte
et les relances ou les questions précises
ont pour objet d’épuiser un sujet, pas de
satisfaire le journaliste
qui les prononce.
On peut même penser
Il y a déjà,
que les catégories populaires ne
c’est l’usage,
se sont jamais senties aussi exclues des sondages qui
d’une émission qui leur était destinée. indiquent le vainqueur
de l’exercice et l’utilité
Jupiter n’était pas au café du commerce de l’émission. C’est
un fait : Emmanuel
mais dans un bistrot de carton-pâte
Macron, par effet
de contraste, ne pouvait pas perdre
limitation à 80 km/h, le propriétaire qui
cette confrontation. Il l’a emportée,
se sent injustement taxé, la jeune femme
largement. On peut, cependant,
qui n’ose plus mettre une jupe avant
craindre que l’autorité qui partout
d’emprunter certaines lignes de RER,
l’accompagnait comme la distance
le banlieusard qui le soir rentre chez lui
altière qui le plaçait en surplomb des
comme en terre étrangère n’étaient pas
politiciens ont souffert d’un tel exercice.
invités. Les places étaient réservées aux
Certes, le chef de l’État n’est pas tombé
zadistes « créatifs », aux grévistes de la
dans le traquenard mais pourquoi,
SNCF, aux « étudiants » inquiets de ne
diable, en a-t-il accepté le principe ?
pas avoir 15/20 sans avoir à déboucher
Confuse, approximative, cette soirée
un stylo. Sur l’hôpital ou l’islam, le réel
n’aura finalement contenté personne.
a bien tenté quelques apparitions
C’est la malédiction des communicants :
mais très vite les deux illusionnistes
plus ils cherchent la « proximité »,
reprenaient la main. On peut même
plus le pouvoir (qu’il soit politique
penser que les catégories populaires
ou médiatique) semble s’éloigner
ne se sont jamais senties aussi exclues
des réalités concrètes. L’authenticité
d’une émission qui leur était destinée.
ne se fabrique pas.
Jupiter n’était pas au café du commerce
les exigences éruptives. Pourtant,
dimanche soir, il semblait ne parler
que pour lui-même et mesurait chacun
de ses effets. Comme on le dit d’un
comédien, il voulait faire « peuple »
mais confondait lui aussi la facilité et la
simplicité, la démagogie et le bon sens,
le contentement de soi et l’opiniâtreté.
Les « vraies gens » sonnaient faux et
les portes du théâtre de Chaillot étaient
fermées pour ceux qu’Emmanuel
Macron aurait aimé séduire,
convaincre, rassurer. Les familles
écrasées d’impôt, l’agriculteur épuisé
de paperasse, le patron de PME qui
chaque jour de grève perd de l’argent,
l’automobiliste vent debout contre la
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
En matière commerciale, Trump est
profondément protectionniste et il l’a
toujours été. La France est un partenaire
diplomatique et militaire qui compte
encore aux yeux des Américains, mais elle
n’est plus un partenaire économique
crédible, tant son industrie a décroché par
rapport à l’industrie allemande. La France
et l’Allemagne ensemble peuvent
peut-être essayer de ramener Trump
à davantage de libre-échangisme, à
davantage de respect pour les procédures
de l’OMC (l’Organisation mondiale du
commerce), mais Macron n’a aucun intérêt
à se lancer seul dans ce combat hasardeux.
La voix de Paris dans le domaine
économique ne sera entendue que
lorsqu’elle aura réussi à remettre de l’ordre
dans ses comptes publics et à respecter
les engagements qu’elle a librement
pris au sein de l’Union européenne.
Sur quoi le président français devra-t-il
alors se concentrer ? Il peut faire bouger
l’Amérique sur un grand dossier
stratégique. C’est celui de l’Iran. En se
montrant persuasif, Macron est capable
de sauver l’accord nucléaire avec l’Iran
du 14 juillet 2015. Personne n’a intérêt
à ce que recommence au Moyen-Orient
une course aux armements atomiques.
Dans son discours télévisé où il faisait part
de sa décision de bombarder la Syrie,
Trump n’a-t-il pas dit qu’il espérait
que l’Amérique se « réconcilierait bientôt
avec la Russie, et même avec l’Iran » ?
Un homme qui s’est montré capable de
tendre la main au dictateur nord-coréen,
peut très bien décider de faire le même
geste à l’égard des dirigeants persans. La
France a su garder des liens diplomatiques
efficaces avec Téhéran : elle est donc toute
désignée pour jouer le rôle d’honest broker
(intermédiaire sincère) entre l’Amérique
et l’Iran, dont l’antagonisme demeure
un contresens géopolitique.
VOX
Bourdin, Plenel : la France
des oubliés a été oubliée
S
+
trop tôt ? Quelques heures après sa
prestation télévisée, la porte-parole de la
Maison-Blanche, Sarah Sanders, a réagi,
sans le nommer, mais en affirmant
exactement le contraire : « La mission
américaine n’a pas changé. Le président
a dit clairement qu’il veut que les forces
américaines rentrent dès que possible. »
Il ne faut pas se méprendre sur la
personnalité de Donald Trump. Il est à
l’opposé de George W. Bush. C’est tout
sauf un néoconservateur. Il ne pense pas
que l’Amérique ait vocation, ni intérêt,
à combattre les tyrannies et installer
la démocratie partout dans le monde.
Il estime que le Moyen-Orient est une
région compliquée et intrinsèquement
instable, où l’Amérique n’a que des coups
à prendre, et où elle s’est déjà beaucoup
trop impliquée par le passé. Il a dit que
les peuples du Moyen-Orient devaient
désormais « se prendre en charge euxmêmes ». La stratégie de Trump au Levant
a été essentiellement punitive. Il s’agissait
pour lui de punir l’État islamique,
qui avait osé kidnapper et assassiner
des citoyens américains, et de punir
l’État baasiste syrien, qui s’était permis
d’utiliser des armes chimiques, en
violation des conventions internationales
et de l’accord Lavrov-Kerry de
septembre 2013. Maintenant que c’est fait,
Trump veut ramener les boys à la maison.
Emmanuel Macron a peu de chances
de le faire changer d’avis sur ce point,
lorsqu’il le rencontrera en tête-à-tête,
à l’occasion de son voyage à Washington,
le 23 avril 2018. Le président français
ne parviendra sans doute pas non plus
à intéresser son homologue américain
aux problématiques de changement
climatique : les États-Unis ne ratifieront
pas les accords de la COP21, signés à Paris
en décembre 2015, et que Trump a retirés
dès le début de son mandat.
Interview
d’Emmanuel Macron :
après Saint Louis,
voici Philippe-Auguste,
analyse d’Arnaud
Benedetti.
... SOCIÉTÉ
« Face à l’islam,
la gauche est prisonnière
d’une forme de
mansuétude imbécile »,
tribune d’André
Versaille, auteur
de Les musulmans
ne sont pas des bébés
phoques.
... POLITIQUE
« J’aurais pu battre
Macron et je ne l’ai pas
voulu » : pourquoi
Hollande se trompe,
tribune de Serge
Federbusch.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
Pour vous abonner Lundi au vendredi de 7 h à 18h ;
sam. de 8 h à 13 h au 01 70 37 31 70. Fax : 01 55 56 70 11 .
Gérez votre abonnement, espace Client : www.lefigaro.fr/client
Formules d’abonnement pour 1 an - France métropolitaine
Club : 409 €. Semaine : 259 €. Week-end : 209 €.
Imprimé sur papier issu de forêts gérées durablement.
Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
A
CHRONIQUE
17
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 917 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
BREXIT
LES SITES DE LA FDJ
VICTIMES D’UNE FAILLE
DE SÉCURITÉ PAGE 25
MICHAEL GUEZ/JEAN-PHILLIPE BELLA/LIBRE COMME L’ART, IMAGEFORUM, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Alexandre de Rothschild
reprend le flambeau
de la dynastie
GÉRARD MESTRALLET VA VANTER
LES ATOUTS DE LA FRANCE
À NEW YORK PAGE 21
Air France :
la vérité sur
les salaires
des équipages
Ses pilotes, hôtesses et stewards sont
souvent mieux payés qu’ailleurs en Europe.
Après des années de gel de grille des
salaires, la rémunération des personnels navigants d’Air France n’en finit
pas de créer des tensions. Mardi est le
huitième jour de grève à ce sujet depuis fin février. Pourtant, selon une
enquête menée par Le Figaro, qui a
comparé la situation d’Air France, de
Lufthansa et de British Airways, commandants de bord, copilotes, hôtesses
et stewards n’ont aucune raison d’être
jaloux de leurs collègues européens.
D’une part, l’avancement automatique a fait progresser leur rémunération depuis 2011. D’autre part, même
après le paiement de l’impôt sur le revenu, les salaires des pilotes d’Air
France sont en phase avec ceux de
leurs homologues ; ceux des navigants
commerciaux sont même supérieurs.
En fait, les comptes de la compagnie
tricolore, moins rentable, sont surtout
fragilisés par le poids des charges patronales en France.
èUN ENVIRONNEMENT FISCAL ET SOCIAL QUI PÈSE SUR LES SALAIRES PAGE 20
L’Albanie suspendue au feu vert de
Bruxelles pour se rapprocher de l’UE
Le 17 mai prochain, Alexandre de Rothschild
prendra la tête de la célèbre banque d’affaires qui porte
son nom depuis sept générations. Il succédera
à son père, David, grand artisan de la reconstruction
du groupe familial et figure très respectée
du monde des affaires. PAGE 23
le PLUS du
FIGARO ÉCO
GROUPE CASINO
Sa filiale d’énergie
GreenYellow redouble
d’ambition
PAGE 24
LA SÉANCE
DU LUNDI 16 AVRIL 2018
CAC 40
5312,96
+0,07%
DOW JONES (18h)
24558,91 +0,82%
ONCE D’OR
1349,35 (1343,70)
PÉTROLE (lond)
71,640 (72,660)
EUROSTOXX 50
3441,04 -0,20%
FOOTSIE
7198,20 -0,91%
NASDAQ (18h)
6661,82 +0,51%
NIKKEI
21835,53 +0,26%
Son petit pays des Balkans a mauvaise
réputation. Les Albanais ont supplanté
en 2017 le nombre de Syriens et
d’Afghans parmi les demandeurs
d’asile en France ; la criminalité organisée y est encore puissante. Mais Edi
Rama, le premier ministre de l’Albanie, ancien basketteur et artiste peintre, défend pied à pied toutes les
réformes que son gouvernement a entreprises depuis cinq ans. La corrup-
tion est traquée par la justice, l’entrée
dans la haute fonction publique est réglementée. Autant de gages pour tenter d’entrouvrir les portes de l’Union
européenne.
La Commission européenne doit recommander - ou non - aujourd’hui
l’ouverture de négociations avec l’Albanie en vue de son adhésion à l’UE.
Les États membres trancheront à
l’unanimité en juin. PAGE 22
L'HISTOIRE
Inmarsat améliore enfin le débit
d’Internet à bord des avions en Europe
eu de compagnies aériennes
offrent à leurs passagers le Wi-Fi
en vol. Exclusivement venue
des satellites, la connexion est
d’ailleurs souvent lente et limitée.
Pas question, donc, de faire du shopping
dans les airs ou de regarder un film. Mais,
en Europe, les choses devraient rapidement
changer. Le spécialiste des satellites
Inmarsat est désormais prêt
à commercialiser auprès des compagnies
aériennes une nouvelle technologie, baptisée
EAN, pour European Aviation Network.
Ce système combine la connexion Internet
offerte par
satellite avec
celle fournie par
des installations
terrestres,
comme pour la
4G. Pour cela,
il s’est associé
avec Deutsche
Telekom et
Nokia, qui ont
installé
300 antennes
partout en
P
Europe. Mais il fallait également négocier
des accords de licence auprès des régulateurs
des télécoms des différents pays européens.
C’est désormais chose faite dans de nombreux
pays, et depuis peu, même en France, où l’Arcep
a donné son feu vert. Inmarsat peut donc
passer au déploiement commercial.
Son premier client sera le groupe IAG (British
Airways, Iberia, Aer Lingus, Vueling), avec lequel
il a déjà testé ce service, et qui devrait bientôt
donc commencer à l’offrir à ses passagers.
« D’ici trois à quatre ans, environ un millier
d’avions devraient être équipés avec notre
technologie, mais seulement pour les vols
intra-européens »,
précise Philip Balaam,
président
d’Inmarsart.
L’enjeu est de taille.
Ce marché pourrait
peser 135 milliards
de dollars en 2035,
dont 30 milliards
pour les compagnies
aériennes selon
la London School
of Economics. ■
ANNE BODESCOT
En pleine grève des cheminots, la
SNCF a annoncé lundi son intention
de filialiser sa branche historique de
fret ferroviaire, déficitaire et lourdement endettée. L’objectif est de permettre sa recapitalisation et sa relance, afin de « bâtir un plan d’affaires
rentable ». Cette entité a encore perdu l’an dernier 120 millions d’euros,
pour un chiffre d’affaires de 903 millions. Sa dette atteint 4,6 milliards
(sur les 7,9 milliards de la dette de
SNCF Mobilités), d’où une recapitalisation jugée « nécessaire pour pérenniser l’activité de l’opérateur public de référence ».
L’idée est de renflouer Fret SNCF et
de doter cette activité « d’une personnalité juridique propre, société
dont le groupe public ferroviaire détiendrait 100 % du capital », a précisé
la direction. « SNCF Mobilités la
conservera, et son activité sera
autonomisée, comme ça se passe
dans toute l’Europe », a expliqué à
l’AFP Guillaume Pepy, le patron du
groupe public.
Le premier ministre, Édouard Philippe,
a demandé à sa ministre des Transports, Élisabeth Borne, de préparer un
nouveau plan de relance du fret ferroviaire, qui n’assure plus en France
que 11 % du transport de marchandises. Le renflouement de la branche
de fret « constituerait une preuve de
confiance dans l’avenir, pour ses
clients et ses salariés. Elle s’effectuera au sein du groupe SNCF », a plaidé
la direction. Le projet de filialisation
doit être soumis aux institutions
représentatives du personnel et
approuvé par les autorités européennes.
Le but est de faire naître la nouvelle
entité au premier semestre 2020, au
moment où la SNCF deviendra une
société anonyme à capitaux publics.
La direction affirme que « la continuité des contrats de travail, que ce soit
pour les salariés statutaires ou les
salariés contractuels, sera assurée
vers cette nouvelle personne morale ». Ce projet de filialisation de Fret
SNCF a aussitôt été dénoncé par certains syndicats, qui y voient un signe
du démantèlement du service public
ferroviaire. La CGT le considère comme « une nouvelle provocation ».
Airbnb accélère
sa diversification dans
les « expériences »
Une journée découverte de
l’île de Porquerolles à vélo,
coûtant 69 euros par personne. Un cours de cuisine
spécial cannelés et gâteau basque, à Bordeaux… Chez Airbnb, les « expériences » sont la
nouvelle arme de développement de la plateforme. Celleci propose déjà 5 000 activités
différentes dans soixante destinations.
Selon Joe Zadeh, en charge de
cette nouvelle activité - baptisée « Trips » -, « les expériences pourraient devenir aussi importantes que les logements,
tant en nombre de clients que de
revenus générés ». La France,
où elles ont été lancées en novembre 2016, est son premier
marché. Airbnb en référence
désormais plus de 700, allant
de la chasse aux truffes, à un
« pistage animalier » en Dordogne ou un atelier bouquet
chez un fleuriste. L’offre,
d’abord limitée à Paris puis à la
Provence, est désormais disponible dans tout l’Hexagone
(Grenoble, Nancy, le Morbihan…). Ces dernières semaines, 150 activités ont été ajoutées et d’autres devraient
arriver, au fur et à mesure des
propositions
reçues
par
Airbnb.
« Les expériences ont à peine
plus d’un an, mais on note déjà
que leur croissance est 25 fois
plus rapide que celle des logements au lancement de la plateforme », souligne Emmanuel
Marill, à la tête d’Airbnb France. Elles coûtent en moyenne
53 euros par personne en
France, et 63 dollars dans le
monde. Les plus plébiscitées
(30 %) tournent autour de la
cuisine. Airbnb se rémunère
en touchant 20 % du prix.
« Toute la chaîne du voyage
nous intéresse », insiste Joe Zadeh. D’ici à la fin de l’année,
plus de 1 000 villes proposeront des « expériences » Airbnb. La plateforme compte les
élargir à des « aventures »,
comme un voyage dans le SaM. V.
hara ou au pôle Nord.
A
JEUX EN LIGNE
LA SNCF
VA FILIALISER
SA BRANCHE
DE FRET
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
20
Air France : la vérité sur le salaire
des personnels navigants
La grève des pilotes, hôtesses et stewards fragilise la compagnie tricolore.
Au vu de l’enquête du « Figaro », ils n’ont pas à être jaloux de leurs collègues étrangers
Le gel des salaires
n'empêche pas
les hausses
RÉMUNÉRATION BRUTE
MENSUELLE CHEZ
AIR FRANCE
17962
en euros
Commandant
de bord
17 842
17 406
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
6%
Rattrapage salarial
réclamé pour 2018 par
l’intersyndicale d’Air
France, après sept ans
de gel des salaires.
TRANSPORT Les démons d’Air
France se sont réveillés. Au début
de l’année, tout semblait sourire
au groupe Air France-KLM. Des
résultats records, avec un bénéfice
d’exploitation de 1,5 milliard
d’euros, des perspectives d’avenir
grâce à de nouvelles alliances stratégiques avec Delta, China Virgin
et Jet Airways. Joon, une nouvelle
compagnie, a même été créée
malgré les protestations des hôtesses et stewards d’Air France.
Trois mois plus tard, patatras. La
compagnie enchaîne les journées
de grève. Huit jours depuis la fin
février. Trois autres sont encore
programmées d’ici à la fin avril.
Unique raison du conflit : onze organisations syndicales, toutes professions confondues, ont réclamé
un « rattrapage » des salaires de
6 % en 2018 après un gel des grilles
de rémunération depuis 2011. En
février, la direction proposait de
sortir du gel avec une hausse générale de 1 % en deux temps en
2018, qui viendrait s’ajouter à
l’avancement des rémunérations
lié à l’ancienneté.
« Une aumône », a répliqué l’intersyndicale campant sur 6 %. À
cela s’ajoute une prime d’intéres-
Fin avril, il devrait atteindre
270 millions d’euros. Jusqu’où les
syndicats sont-ils prêts à aller pour
lâcher du lest ?
Un coup de projecteur sur les rémunérations chez Air France, ainsi
qu’une comparaison avec les
autres compagnies nationales
d’Europe de l’Ouest (l’allemande
Lufthansa et l’anglaise British
Airways), permet d’y voir plus
clair. Pour commencer, il apparaît
que, même lors de la période de
« gel » entre 2011 et 2016, lors des
“
Si la compagnie
tricolore est distancée
sur les profits, elle
reste dans la course
pour ses salaires
”
plans de restructurations et de départs volontaires, les salaires n’ont
pas été stabilisés. Ils progressent
régulièrement. Ainsi la rémunération moyenne d’un commandant
de bord chez Air France - fixe et
variable compris - a progressé de
4,5 % entre 2011 et 2016. Celle d’un
copilote a augmenté plus nettement, de 17,4 % au cours de la
même période. Et les hôtesses et
stewards, le premier échelon au
sein de la compagnie chez les navigants commerciaux, ont vu la leur
avancer de 5 %.
C’est surtout l’effet du « glissement vieillesse technicité »
(GVT), c’est-à-dire l’avancement automatique des
carrières en fonction de l’ancienneté. Il pèse lourd chez Air France,
notamment à cause de la pyramide
des âges peu équilibrée : 67,9 %
des pilotes et 41 % des hôtesses et
stewards (PNC) ont plus de 45 ans.
Deuxième constat, Air France
paie bien ses navigants. C’est frappant pour les rémunérations brutes. Selon notre enquête, qui a passé au crible les salaires bruts des
navigants d’Air France et de ses
voisins européens, la compagnie
tricolore est systématiquement la
mieux disante. Une réalité plus
contrastée lorsque les salaires sont
passés au rabot de l’impôt sur le
revenu (voir ci-dessous). Mais
même malgré ce bémol, Air France reste « dans le marché ». Un(e)
chef(fe) de cabine y gagne mieux
sa vie que chez Lufthansa et même
British Airways, qu’il s’agisse du
salaire net ou brut.
Idem pour une jeune hôtesse ou
un steward débutant. En revanche, si les jeunes copilotes en début de carrière voient leur rémunération brute devancer celle de
leurs collègues de Lufthansa et de
British Airways, ils se font doubler
par la compagnie britannique
après avoir acquitté l’impôt sur le
revenu et se retrouvent au coudeà-coude avec Lufthansa. Chez les
commandants de bord sur longcourrier, dont la carrière est bien
avancée, Lufthansa prend la tête
du peloton. Même si la compagnie
tricolore est désormais distancée
pour ses profits, elle reste dans la
course pour ses salaires. ■
17 356
17 139
17 072
2011 12
13
14 15 2016
12 759
Copilotes
12 319
11 238
11 412
10 854
11 245
2011 12
13
Hôtesses
et stewards
14 15 2016
3 570
3 549
3 415
3 398
3 442
3 340
2011 12
13
14 15 2016
Les équipages d’Air France souvent mieux payés
RÉMUNÉRATIONS
ANNUELLES EN DÉBUT
DE CARRIÈRE
en euros
Air France
British Airways
Lufthansa
Chef de cabine
Copilotes
moyen-courrier
Commandant de bord
long-courrier
250 000 €
75 000 €
130 000 €
59 000 €
40 000 €
45 000 €
200 000 €
125 000 €
69 000 €
50 000 €
250 000 €
72 000 €
50 000 €
140 000 €
Rémunération* annuelle brute moyenne
Rémunération* annuelle nette moyenne après impôt sur le revenu pour un célibataire sans enfant
Hôtesses
et stewards
46 000 €
30 000 €
46 500 €
35 000€
30 000 €
25 000 €
46 000 €
30 000 €
30 000 €
20 000 €
RATIO FRAIS DE PERSONNEL
SUR CHIFFRE D’AFFAIRES, EN 2017, en %
*Rémunération annuelle brute moyenne (hors intéressement et participation en 2017).
Source : enquête Le Figaro, Air France Bilan social, rapport annuel des compagnies
Infographie
29 %
Les charges patronales en France sont
un boulet pour la compagnie tricolore
22 %
A
Les salaires sont une bombe à retardement chez Air France. Aucun
dirigeant ne veut plus s’exprimer
sur la question, tant le sujet est devenu sensible. Affirmer que les salaires chez Air France sont « très
honorables » pourrait être interprété comme une provocation.
D’autre part, reconnaître que
les conditions sociales et fiscales
françaises sont un véritable handicap reviendrait à encourager les
représentants des syndicats les
plus virulents, toujours prompts à
dénoncer l’incompétence de l’État
propriétaire de 14 % du capital de
la compagnie. Pourtant, l’enquête
menée par Le Figaro illustre que la
compagnie tricolore est toujours compétitive sur le
marché de l’emploi.
« Nous n’avons aucun problème
pour recruter, remarque un dirigeant du groupe. Les salariés des
concurrents n’hésitent pas à postuler chez nous, ce qui est un bon indicateur de notre attractivité. »
Malgré les années de « gel » des
grilles de salaires, Air France n’a
pas décroché.
En fait, la compagnie française
est plombée par un environnement
défavorable. En France, les charges
patronales s’ajoutant au salaire
brut équivalent à 50 % de cette rémunération, alors qu’elles ne dépassent pas 30 % en Allemagne,
25 % au Royaume-Uni et 23 % aux
Pays-Bas. « La France détient
le record du coût de
revient le plus cher au monde »,
souligne un consultant.
Les pilotes, en pointe dans la mobilisation pour une hausse de salaire, peuvent s’estimer bien lotis. Ils
sont presque toujours dans le haut
de la fourchette lorsque leur rémunération est mise en parallèle avec
celle de leurs collègues. Chez
Lufthansa, l’écart était encore plus
net avant que ces derniers n’engagent un bras de fer avec leur
direction l’an passé. Avant leur
grève, les jeunes pilotes de
Lufthansa percevaient à l’embauche 65 000 euros par an de rémunération brute. Après le
conflit, leur
salaire annuel a grimpé à
72 000 euros par
an… rejoignant le
niveau de leurs collègues français. Chez les navigants commerciaux, l’avance
d’Air France est encore plus nette.
20 %
14 %
9%
D’autant que la
compagnie tricolore
dispose d’un échelon hiérarchique
supérieur pour permettre aux navigants commerciaux d’évoluer jusqu’à la fin de leur carrière. Ainsi un
« chef de cabine principal » est
payé 68 000 euros par an en
moyenne alors qu’un « simple »
chef de cabine ne touche que
59 000 euros en moyenne.
Dirigeants pessimistes
Le panorama des rémunérations,
dressé par Le Figaro, retient les
fourchettes hautes et basses des
salaires des pilotes et des PNC en
comparant les compagnies européennes. Mais des écarts de salaires subsistent toutefois au cours
des carrières. Ainsi en milieu de
carrière, les rémunérations des
pilotes d’Air France devancent
d’environ 20 % celles de leurs
collègues de Lufthansa y compris
après le coup de pouce sur les salaires de 2017.
Mais aux yeux les salariés de la
compagnie, la position d’Air
France n’est pas enviable. Depuis
des mois, les syndicats réclament
un geste de l’État pour que les
coûts de la compagnie, et les salaires en particulier, soient allégés,
ce qui améliorerait la compétitivité d’Air France mais aussi des
autres compagnies françaises
comme Corsair, Air Caraïbes,
Aigle Azur, La Compagnie, XL
Airways…
Jusqu’à présent, le PDG d’Air
France-KLM jouait le rôle de porte-parole de ces compagnies
auprès du gouvernement. Il y a
quelques semaines, il se félicitait
encore de l’ouverture d’Assises de
l’aérien ouvertes par la ministre
des Transports. Mais après huit
jours de grève des salariés d’Air
France, les dirigeants du groupe
sont pessimistes sur leurs chances
de voir l’État tailler dans les taxes
et les redevances. « Nous avions
signé ensemble avec le SNPL,
l’Unsa, et la CFDT une lettre commune à l’attention de la ministre
pour réclamer des mesures destinées à rendre Air France plus compétitive », rappelle Jean-Marc
Janaillac. Quelques semaines
après, ce temps paraît loin. ■ V. C.
P A UL HA C K E T T / R E UT E R S , C A R L O S GA R C I A R A W L I N S / R E UT E R S , C HR I S T I A N HA R T M A N N / R E UT E R S
ENQUÊTE
sement aux résultats 2017 représentant 20 % du résultat d’exploitation. 8 000 euros de prime
d’intéressement en moyenne pour
un pilote, 2 400 euros pour une
hôtesse ou un steward, 2 200 euros
pour un salarié au sol. Un partage
jugé insuffisant par les syndicats
mobilisés.
Depuis, les réunions de négociations n’ont pas avancé. La direction d’Air France a tenté une
ouverture avec un mécanisme de
rattrapage pour les catégories de
personnel dont le pouvoir d’achat
aurait baissé depuis 2011. Refus.
Nouvel essai de la direction la semaine dernière : une négociation
pluriannuelle séquencerait une
hausse de 2 % en 2018 puis de
3,6 % jusqu’en 2021.
« Pas question de stopper la grève », ont répondu les organisations syndicales. À cette revendication unitaire, les pilotes de la
compagnie ont ajouté la leur : en
plus des 6 % pour tous, une hausse
de 4,7 % supplémentaire. Les pilotes avaient déjà formulé cette exigence l’an passé mais celle-ci avait
été éclipsée par l’accord sur la
création de Joon. Depuis lundi,
une négociation séparée avec les
pilotes a donc été entamée par la
direction d’Air France.
Jusqu’à présent, le coût de la
grève avoisine 195 millions d’euros.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
ÉCONOMIE
21
Mestrallet : « Avec le Brexit, Paris attire
deux fois plus d’emplois que Francfort »
Le président de Paris Europlace
défend les atouts de la place
financière française, renforcés par le
programme de réformes en cours.
Gérard Mestrallet, président
de Paris Europlace.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Depuis le référendum
sur le Brexit,
les relocalisations
d’activité en France
représentent déjà
sommes à l’approche de la première année de l’élection du président Macron. Les Américains
voient bien qu’il se passe quelque
chose en France. Et ce n’est pas
seulement l’image du président
FINANCE Une semaine avant la qui joue. Emmanuel Macron avait
un programme, il est en train de le
visite officielle d’Emmanuel Madécliner. Tout ce qui avait été ancron aux États-Unis, la Place de
noncé a été fait et voté, que ce soit
Paris traverse aussi l’Atlantique
la réforme du marché du travail,
pour le forum annuel de Paris
les réformes fiscales, la poursuite
Europlace, ce mercredi, à New
programmée de l’abaissement du
York. Le rendez-vous est traditaux de l’impôt sur les sociétés, la
tionnel, mais les circonstances
flat tax sur les revenus financiers,
politiques créées par l’élection du
l’exonération des actifs financiers
nouveau président de la Républide l’impôt sur la fortune ou la disque et la donne économique proparition de la tranche supplémenvoquée par le Brexit relèvent les
taire de la taxe sur les salaires. Le
enjeux. Paris veut faire valoir ses
régime des impatriés avait été
atouts au cœur de Wall Street, là
amélioré de façon très substanoù se prendront en bonne partie
tielle pas le gouvernement Valls,
les décisions de localisation des
et il devrait
Un pays qui a pu décider de taxer l’être encore
davantage avec
à 75 % certains revenus est
l’exonération de
cotisation reun pays que l’on regarde quand
traite pour les
même bizarrement (...) Il va falloir
impatriés penrépéter que la France a changé
dant six ans qui
figurera dans la
loi Pacte de Bruno Le Maire. Ce réactivités des plus grandes firmes
gime deviendra le plus favorable
financières de la planète.
de toute l’Europe : un cadre interPour Gérard Mestrallet, présinational qui viendra de Londres à
dent d’Engie pour quelques seParis paiera moins d’impôts à Pamaines encore, ce forum sera une
ris. Ce n’est pas l’image que l’on a
dernière en tant que président de
de la France, mais c’est vrai. C’est
Paris Europlace. Son successeur
un package compétitif ! Complété
sera nommé le 26 juin prochain.
par la qualité de vie que nous
Après New York, Gérard Mesavons ici. Dans un contexte où la
trallet s’envolera pour Washingdisparition du passeport financier,
ton. Il va en effet être nommé coqui n’est que la conséquence logiprésident du Carbon Pricing
que du Brexit, pose un problème
Leadership Coalition, un organe
aux établissements britanniques :
créé par la Banque mondiale. Une
cela leur fait perdre leur clientèle
fonction supplémentaire pour le
continentale, qui est 6 à 7 fois plus
président d’Engie, qui va égaleimportante que la clientèle britanment prendre la tête de l’agence
nique. Bref, nous avons de bons
dont la France est partenaire pour
arguments face aux investisseurs.
le développement touristique et
culturel de la région d’Al-Ula, le
Pétra saoudien, au nord-ouest du
À quel moment transforme-t-on
pays.
ces atouts en décisions effectives
de relocalisations en France ?
Maintenant ! Très vite après le réLE FIGARO. - Vous vous rendez
férendum, HSBC a annoncé
à New York pour vanter
qu’elle prévoyait de transférer
l’attractivité de la Place de Paris
1 000 emplois à Paris. Puis, depuis
et chercher à attirer
octobre dernier, Bank of America
les établissements financiers postMerrill Lynch, 400 traders ; JPBrexit. Quels sont vos arguments ?
Morgan va augmenter ses effectifs
Gérard MESTRALLET. - Je pense
de 25 % à Paris ; Morgan Stanley
que j’y vais au bon moment. Nous
ENTRETIEN
PROPOS RECUEILLIS PAR
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
ET MARIE VISOT £ @MarieVisot
pas. Un pays qui a pu décider de
taxer à 75 % certains revenus est
un pays que l’on regarde quand
même bizarrement. Est-ce que ce
regard change du tout au tout parce qu’il a élu un bon président,
jeune, déterminé, moderne et
sympathique ? Ce n’est pas sûr. Il
va falloir répéter que la France a
changé, convaincre ceux qui n’ont
pas forcément envie d’être
convaincus. Quoi qu’il en soit, notre combat porte non seulement
sur les quelques milliers d’emplois
qui vont quitter Londres, mais
plus fondamentalement sur l’attractivité de la France sur le long
terme, pour la croissance et l’emploi. Pour cela, il faut que le président de la République continue ses
réformes.
3 000
à
4 000
emplois directs,
soit environ 15 000
à 20 000 emplois
au total
Les images des manifestations
et des grèves actuelles peuventelles abîmer l’image restaurée
du pays ?
Malgré les grèves en Grande-Bretagne en 1984, Margaret Thatcher
a gagné à la fin. Si elle avait reculé,
ça aurait été une catastrophe. Pour
Emmanuel Macron, c’est pareil :
plus ça aura été dur, plus - s’il
tient - la victoire sera belle. Et
peut-être que cela montrera au final l’image d’une France qui a
réussi à surmonter ses archaïsmes.
Pour l’instant, en tout cas, les investisseurs font confiance.
«
»
Ce qui est important,
c’est que le
gouvernement continue
de faire des réformes
pour les entreprises.
Il y a une volonté
d’aligner la France sur
les meilleures pratiques.
Pour la compétitivité du
pays, c’est primordial
GÉRARD MESTRALLET
»
installe 300 personnes. Les grandes
banques françaises
ont annoncé le transfert de 1 000 personnes. Dans le domaine de
la
gestion
d’actifs,
Schroeder, mais également
les gérants français, Clerville
Asset Management, Eleva,
Smart Lenders redéveloppent
leurs équipes à Paris. L’assureur
Chubb a décidé de faire de Paris
son centre européen. Tout cela représente déjà 3 000 à 4 000 emplois directs, soit environ 15 000 à
20 000 emplois au total. Paris fait
ainsi deux fois mieux que Francfort qui, de son côté, a fait beaucoup d’annonces qui n’ont pas été
confirmées. L’Autorité bancaire
européenne, elle, va amener 200
personnes. Son arrivée à Paris est
très symbolique, car la proximité
des Autorités de régulation est importante.
Aujourd’hui, pensez-vous
que les réticences sont levées
sur la législation sociale française
et la réglementation fiscale ?
Sur le principe et dans les textes,
oui. Mais il y a un effet d’hystérésis
qui est long, ne nous le cachons
Y a-t-il un dispositif qui manque
à la France et qui servirait
de déclic aux investisseurs ?
Ce qui est important, c’est que le
gouvernement continue de faire
des réformes pour les entreprises,
comme la loi Pacte. Il y a une volonté d’aligner la France sur les
meilleures pratiques. Pour la compétitivité du pays, c’est primordial. Aujourd’hui, les investisseurs
- je le redis - ont intérêt à venir en
France. Le « guichet unique » de
la région Île-de-France est là pour
les accueillir, les décharger de tâches pratiques, telles que la gestion des visas, la recherche de bureaux, d’écoles ou encore de
formalités administratives. S’il y a
un domaine où la France peut encore faire des progrès, c’est
l’orientation de l’épargne vers les
fonds propres des entreprises et
l’épargne retraite. Nous souffrons
toujours du non-alignement de
notre pays sur les systèmes occidentaux de fonds de pension. ■
Emmanuel Macron ne rassure pas sur la fiscalité locale
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FISCALITÉ La réforme de la fiscalité locale ne provoquera « pas de
hausse de la pression » fiscale.
C’était une des phrases à ne pas
manquer du président Emmanuel
Macron dimanche soir lors de sa
longue interview à BFMTV, RMC et
Mediapart. Davantage pour ce
qu’elle ne dit pas que pour ce qu’elle
dit. L’État va devoir trouver plus de
20 milliards d’euros pour compenser aux communes et intercommunalités la suppression de la taxe
d’habitation pour 80 % des ménages d’ici à 2020 - promesse de campagne - et pour 100 % des Français
ensuite.
La phrase présidentielle ne doit
pas rassurer les 20 % de ménages de
la classe moyenne supérieure qui
verront leur taxe d’habitation supprimée après 2020. Car la pression
fiscale - qui se calcule en rapportant
la masse des recettes des impôts,
taxes et cotisations à la richesse
créée par l’économie en un an,
c’est-à-dire au produit intérieur
brut (PIB) - est un ratio très général.
Il ne permet pas de déceler si certains ménages voient leurs impôts
progresser, quand ils baisseraient
pour d’autres.
En indiquant que cet indicateur
n’augmentera pas, le chef de l’État
ne prend pas beaucoup de risques.
Certes, il précise qu’« il n’y aura pas
de création d’un nouvel impôt local,
ni d’un impôt national ». Mais il
n’exclut pas d’augmenter un impôt
existant pour compenser, au moins
en partie, la suppression de la taxe
d’habitation pour les 20 % des
Français les moins à plaindre.
Budget : onze collectivités signent avec l’État
Onze collectivités locales
ont signé lundi à Matignon
les premiers « contrats
de maîtrise de la dépense
locale ». Elles s’engagent ainsi
à ne pas augmenter leurs
dépenses de fonctionnement
au-delà de 1,2 % au maximum,
afin de permettre à la France
de respecter son engagement
européen de réduction
du déficit public. En échange,
l’État promet de ne pas réduire
les dotations aux collectivités.
Figurent parmi les premiers
signataires avec
le gouvernement, les villes
de Bordeaux, Nice, Niort,
Perpignan, Reims, les
intercommunalités de Reims,
Perpignan et Bordeaux, ainsi
que les départements
du Tarn-et-Garonne, du Loiret-Cher et de Seine-Maritime.
Au total, les 322 plus grosses
collectivités sont invitées
à signer ces contrats d’ici
à fin juin, négociés au cas
par cas par les préfets
et les élus locaux. Toutefois,
de nombreuses régions,
départements et villes
refusent à ce stade
de contractualiser. Certaines
de ces collectivités protestent
en effet contre ce qu’elles
estiment être une mise
sous tutelle financière
de la part de l’État.
G. G.
«Nous n’avons pas le même engagement vis-à-vis des 80 % des
Français, à qui nous avons promis
une baisse d’impôt sans contrepartie
aucune, et vis-à-vis des 20 % des
foyers les plus aisés », précisait
d’ailleurs début avril au Figaro le
président de la délégation aux collectivités locales de l’Assemblée, le
député LaREM Jean-Bernard Cazeneuve. En d’autres termes, la suppression de la taxe d’habitation
pourrait ne pas se traduire pour eux
par une baisse de « la pression » fiscale à due proportion.
Problème politique
Dimanche soir, Emmanuel Macron
n’a d’ailleurs pas exclu de toucher à
la taxe foncière, l’autre grand impôt
local perçu par les communes et les
intercommunalités. À la question
de savoir si celui-ci sera modifié, le
président a simplement répondu
que « rien n’a été décidé sur ce
point ». À ce jour, une piste a été
écartée : mi-mars, le premier ministre, Édouard Philippe, a exclu de
calculer cet impôt en fonction des
revenus, et non plus seulement en
fonction de la valeur du bien immobilier, une hypothèse pourtant suggérée par son ministre de l’Action et
des Comptes publics, Gérald Darmanin, devant les sénateurs. En revanche, la majorité réfléchit à ce
que la suppression de la taxe d’habitation ne se traduise pas par une
baisse de la fiscalité sur les résidences secondaires.
La disparition de la taxe d’habitation pour les 20 % des ménages de
la classe moyenne supérieure pose
un problème politique. Cela reviendrait, soulignait la semaine dernière
dans Le Point le sénateur Alain Richard en charge d’une mission sur
la fiscalité locale, à accorder un
« avantage de 2 000 à 5 000 euros
par an » à un « certain nombre de
bénéficiaires ayant une résidence
principale d’un bon niveau et une ou
deux résidences secondaires ». Or, il
ne faudrait pas que la réforme de la
fiscalité locale fasse une nouvelle
fois d’Emmanuel Macron, aux yeux
de la gauche, le « président des
riches ». ■
A
Le président n’a pas exclu, dimanche soir, de modifier la taxe foncière qui pèse sur les propriétaires.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
L’Albanie frappe à la porte de l’Europe
Bruxelles doit se prononcer ce mardi sur l’ouverture de négociations en vue de l’adhésion du pays balkanique.
REPORTAGE
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
TIRANA
BALKANS La décision que Bruxelles doit prendre ce mardi est attendue avec gravité à Tirana. Les commissaires
européens
recommanderont, ou non, l’ouverture de
négociations en vue de l’adhésion à
l’Union européenne de la Macédoine, du Kosovo, de la Bosnie-Herzégovine et de l’Albanie. Le « pays
des aigles » est officiellement candidat depuis 2014.
Pour ce petit État, le plus pauvre
d’Europe en termes de PIB par habitant dans un classement d’Eurostat portant sur 37 pays, l’enjeu est
crucial. Dans les capitales européennes, qui devront donner leur
feu vert à l’unanimité, au sommet
de juin, le dossier albanais est politiquement sensible. Vu de France,
Albanais, ces derniers mois, rimait
avec migrant. Le nombre d’Albanais demandant l’asile dans
l’Hexagone a explosé à partir de
2016. L’an dernier, ils étaient plus
de 7600, supplantant les Afghans et
les Syriens alors qu’ils viennent
d’un pays jugé sûr. Pour réduire cet
afflux, « nous avons pris beaucoup
de mesures, assez fortes et pas très
populaires », déclare au Figaro le
premier ministre albanais, Edi
Rama. De fait, depuis six mois, à
force de contrôles renforcés aux
frontières et d’une coopération policière bilatérale, Paris constate la
baisse du nombre de demandeurs
d’asile albanais.
L’image de l’Albanie souffre aussi
de la criminalité organisée et du
trafic de drogue. « On a éradiqué les
plantations de cannabis l’an dernier,
après trois ans d’une bataille dure
contre les réseaux », affirme encore
le premier ministre. Tandis que
l’opposition va jusqu’à parler de
« narco-État », une source française bien informée, dans une analyse plus nuancée, estime que le
trafic de drogues dures reste un
problème.
Point par point, Edi Rama répond
aux faiblesses associées à son pays.
Ce colosse de près de 2 mètres, ancien basketteur, artiste peintre
ayant vécu à Paris, s’exprime dans
un français fluide. Ancien ministre
de la Culture, puis maire de Tirana,
ce socialiste est premier ministre
depuis 2013, reconduit en 2017. Ce
soir-là, il reçoit Le Figaro dans la
bibliothèque du siège du gouvernement, un bâtiment construit pendant l’occupation du pays par l’Italie de Mussolini, qu’il veut ouvert
au public. L’artiste que l’on dit fantasque - il a offert une paire de baskets à Emmanuel Macron lors du
sommet de Trieste, en juillet dernier - affiche une mine grave. Dans
cette partie loin d’être gagnée à
Bruxelles, « la France joue un rôle
fondamental », souligne Edi Rama.
Emmanuel Macron, dans son discours de la Sorbonne sur l’Europe,
le 26 septembre dernier, a évoqué
l’ouverture de l’UE aux Balkans,
« une condition, disait-il, pour qu’ils
ne tournent pas le dos à l’Europe
pour aller ou vers la Russie, ou vers la
Turquie, ou vers des puissances
autoritaires qui ne défendent pas
aujourd’hui nos valeurs ».
Pékin en embuscade
Edi Rama ne se prive pas de jouer la
carte du risque de l’influence grandissante de Moscou ou de Pékin.
« Si cet espace au milieu de l’Europe
est laissé comme une zone grise où
d’autres peuvent planter leurs propres arbres, ce sera très dommageable pour l’Europe », prévient-il.
Dans les Balkans, l’Albanie est sans
doute le pays le moins soumis à
l’influence de la Russie, relativise
un diplomate européen. En revanche, « la Chine est en embuscade »,
ajoute celui-ci. L’Albanie, en quête
d’investisseurs, a participé au sommet de Budapest, en novembre, qui
réunissait autour du premier ministre chinois venu avec son chéquier seize pays d’Europe de l’Est.
L’aéroport de Tirana est passé
des mains d’un concessionnaire allemand à celles d’un groupe
chinois. Une société de l’empire du
Milieu convoitait aussi le port de
Durrës. Mais selon certaines sources, les États-Unis, qui surveillent
de près le petit État, membre de
l’Otan, se seraient opposés à cette
prise de contrôle stratégique.
Davantage que ces menaces géopolitiques, le chef du gouvernement albanais préfère mettre en
avant les réformes accomplies. Celle de la justice par exemple, qui
contraint tous les magistrats à justifier leur patrimoine et leurs revenus. Ce qui a poussé le procureur
Emmanuel Macron
et Edi Rama, premier
ministre albanais, lors
du sommet de Trieste,
le 12 juillet 2017.
MARCO BERTORELLO/AFP
général, Adriatik Llalla, à quitter
ses fonctions avant d’être visé par
une enquête pour blanchiment
d’argent. Pour lutter contre la corruption, le gouvernement Rama a
aussi institué un concours de recrutement de la haute fonction publique, avec l’aide de l’ENA. « Avant,
les postes étaient achetés ou s’obtenaient par relation », résume Milena Harito, la Franco-Albanaise qui
a mené cette réforme, comme mi250 km
M.
Mer
Adriatique
ITALIE
BULGARIE
KOS.
Tirana
MAC.
ALBANIE
GRÈCE
Mer
Égée
Mer
Ionienne
Infographie
nistre de la Fonction publique, et
conseille aujourd’hui Edi Rama sur
les Balkans. Autre progrès accompli
dans la lutte contre la criminalité :
la fabrication de cartes d’identité
biométriques, équipées d’une puce,
qui a été confiée au groupe français
Idemia (ex-Morpho).
Pour les Albanais, la perspective,
même très lointaine, d’une entrée
dans l’UE est vue comme un dopant
pour l’économie. Celle-ci est encore très agricole (23 % du PIB) tandis
que l’industrie est en perte de vitesse. Les services se développent,
comme les centres d’appels téléphoniques dont ceux du français
Teleperformance, profitant d’une
main-d’œuvre polyglotte et bon
marché. Surtout, le petit pays méditerranéen jouit d’un formidable
potentiel touristique. Certains pans
de la côte ont certes été bétonnés à
la faveur de l’anarchie postcommuniste des années 1990 comme en
témoigne l’alignement d’immeubles sans âme à Durrës. Mais il reste
des dizaines de kilomètres de plages vierges et un arrière-pays de
Tirana, capitale dessinée par Mussolini, entre dans le XXIe siècle
montagnes et de lacs idéal pour développer un tourisme vert, souligne
le Français Bérenger Thibaut, tombé amoureux du pays il y a dix ans,
fondateur du tour-opérateur Vacances Albanie.
Pour accélérer la construction de
routes ou les interconnexions électriques, le ministre de l’Énergie et
des Transports, Damian Gjiknuri,
remarque qu’« on n’a pas encore
accès à beaucoup de fonds tant que
les négociations d’adhésion n’ont pas
commencé ». La Commission a tout
de même consacré 650 millions
d’euros d’aides diverses à l’Albanie
pour la période 2014-2020.
« Je suis honnête, conclut Edi
Rama, nous ne pouvons pas être
membre de l’Union en l’état actuel
mais nous allons continuer à nous
battre. » Le premier ministre se
souvient d’un conseil de Michel
Rocard, l’un de ses modèles, qu’il
finit par rencontrer à force de frapper à sa porte : « Davantage que
l’adhésion elle-même, le processus
de négociation est encore plus important pour vous moderniser. » ■
EN BREF
ÉOLIEN EN MER :
L’ÉTAT VA RENÉGOCIER
£ Le gouvernement va
renégocier à la baisse auprès
d’EDF, Engie et Iberdrola les
tarifs de rachat de l’électricité
qui sera produite par les six
parcs éoliens en Manche et
en Atlantique. Faute d’accord
satisfaisante, l’exécutif prévoit
de relancer des appels d’offres.
A
SODEXO : LA FAMILLE
BELLON SE RENFORCE
Impossible pour Erion Veliaj de faire dix pas dans les rues de Tirana
sans être interpellé par des passants
- des jeunes filles surtout, mais pas
seulement - réclamant un selfie.
Petit sac sur le dos, vêtu d’un jean et
chaussé de baskets, le jeune maire 38 ans - de la capitale d’Albanie fait
« le tour du propriétaire ». Dans
chaque boutique, les commerçants
lui offrent, qui des olives de sa région natale, qui un kebab goûteux,
qui un raki revigorant.
Le maire arpente les dalles de
l’immense place Skanderbeg.
L’esplanade centrale de la ville
était encore il y a peu un rondpoint géant encombré de voitures.
L’espace, encadré par le musée
national dont la mosaïque frontale
relève du plus pur style soviétique,
et l’opéra, autre témoignage d’architecture communiste, a été rendu aux piétons. En été, de l’eau
coule par des fentes et s’écoule sur
toute la surface légèrement bombée de la place. « Cela fait baisser
la température de 8 °C », précise le
jeune édile.
Erion Veliaj fait partie de la génération d’Albanais qui étaient encore enfants lors de la chute de la
dictature communiste (1944-1991)
dont le fondateur, Enver Hoxha
(mort en 1985), incarnait la version
européenne de Kim Il-sung. Diplômé d’universités britannique et
américaine, le maire est entouré
d’une jeune garde de conseillers
brillants et enthousiastes, tous
polyglottes. L’équipe fourmille
d’idées pour rendre la cité d’un
million d’habitants - le tiers de la
population nationale - moderne et
plaisante à vivre.
C’est ainsi qu’il a transformé les
halles, une ruine insalubre, en marché traditionnel côtoyant des terrasses branchées. Ou qu’il a entraîné derrière lui les plus grosses
Le « nouveau bazar »
a ouvert à la place
d’un quartier en ruine
(à gauche).
Erion Veliaj, le maire
de la ville, sur
la terrasse de l’hôtel
de ville, regarde la place
Skanderbeg, rendue
aux piétons.
MUNICIPALITY OF TIRANA,
F. NODE-LANGLOIS/LE FIGARO
entreprises de la ville pour financer
la rénovation des écoles maternelles
qui étaient dans un état déplorable.
Coentreprise avec Vérone
Le maire a fomenté une vraie révolution en imposant des places de
stationnement payantes. Au bout
d’une certaine somme dépensée,
l’automobiliste reçoit un SMS lui
indiquant qu’il a financé la plantation d’un arbre qui étoffera la future
ceinture verte. Toujours en quête
d’expériences tirées de l’étranger,
Erion Veliaj a créé une coentreprise
avec la ville italienne de Vérone
pour gérer les ordures. Ses administrés peuvent signaler des déchets
non ramassés sur l’appli mobile de
la ville qui leur donne par ailleurs
accès en direct aux caméras de surveillance du trafic.
Le jeune élu s’inscrit dans les pas
de son mentor, l’actuel premier ministre Edi Rama, maire de 2000 à
2012, qui avait entrepris de transformer la capitale. La ville, dessinée
par les architectes de Mussolini sous
l’occupation italienne à partir de
1939, revenait de loin. Dans les années qui ont suivi la chute du communisme, sous la pression de l’exode rural, nombre d’immeubles ont
été construits de façon anarchique
et illégale.
Pour avancer malgré le manque
de moyens financiers, l’édile pratique « l’acupuncture » : « Il faut
transformer des points névralgiques
qui irriguent ensuite tout un quartier », explique-t-il.
Cependant, l’une des plus grandes fiertés d’Erion Veliaj est la cohabitation harmonieuse entre religions. « Vous ne verrez pas beaucoup
de capitales où d’un coup d’œil, on
embrasse une mosquée, une cathédrale orthodoxe, un temple », ou encore le buste du pape François, venu
à Tirana en 2014. ■ F.N.-L. (À TIRANA)
£ Bellon SA, holding contrôlé
par Pierre Bellon et ses quatre
enfants, va racheter 1,3 million
d’actions Sodexo
d’ici au 30 mai et porter
sa participation au capital
de 40,38 % à 41,27 % (56,08 %
des droits de vote). La famille
fondatrice compte ainsi
réitérer sa confiance dans
l’avenir du groupe, qui a lancé
fin mars un avertissement
sur ses résultats.
FONCTIONNAIRES :
UNE GRÈVE UNITAIRE
£ L’Unsa, quatrième syndicat
représentatif dans la fonction
publique, a annoncé lundi
appeler également à la grève
le 22 mai prochain, aux côtés
des huit autres organisations
de fonctionnaires.
+@
» Pourquoi on confond
fraude, évasion
et optimisation fiscale
www.lefigaro.fr/economie
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
ENTREPRISES
23
Alexandre,
le nouveau
Rothschild
à la tête
de la banque
David de Rothschild passe les rênes
à son fils de 37 ans.
FINANCE Voilà, c’est le moment. Le
17 mai, l’assemblée générale de
Rothschild & Co portera Alexandre
de Rothschild, 37 ans, à la présidence exécutive du groupe. Son père,
David, sera président du conseil de
surveillance. « C’est la passation du
flambeau du père au fils », dit-il.
Ni le calendrier ni les modalités de
cette succession ne sont une surprise. « Je m’étais toujours fixé l’horizon
de mes 75 ans pour cette transition »,
explique David de Rothschild, qui a
passé ce cap en décembre dernier.
« La transition est préparée depuis
longtemps, elle est harmonieuse »,
décrit son fils.
Alexandre de Rothschild va devoir se faire un prénom. Il porte le
patronyme mythique de sept générations de banquiers. Mais il est aussi
le fils de son père, David, artisan de
la reconstruction de la banque familiale française. « Nous avons démarré
nos activités en France en 1982, après
un épisode historiquement intéressant, puisque tout venait d’être nationalisé en France, y compris les banques. Le gouvernement avait fixé le
seuil de nationalisation des banques à
5 milliards de francs de dépôts de résidents. Il s’est aperçu que nous n’en
avions que 2 milliards et demi et a
donc fait voter un deuxième texte
abaissant le seuil à 1 milliard… Mais il
s’agit d’une anecdote historique », a
raconté le mois dernier, devant les
députés, David de Rothschild dans
une rare apparition publique. À
40 ans à l’époque, avec son cousin
Éric et son frère Édouard, « sans lesquels nous n’en serions pas là », il a
remonté une affaire, récupérant peu
à peu l’usage d’une licence bancaire,
puis de leur nom. Aujourd’hui,
l’établissement familial s’affiche aux
premiers rangs des classements du
conseil en fusions-acquisitions en
France, mais aussi dans les palmarès
mondiaux. « Je me sens incroyablement privilégié, dit Alexandre de
Rothschild. Le groupe est assis sur un
business model très cohérent, très
stable, sur un actionnariat unifié, au
niveau de la holding. Et c’est un groupe réellement mondial. Cela permet de
se projeter sur le moyen terme avec
beaucoup de sérénité. »
La maison est légitimiste. La passation de pouvoirs ne surprend ni ne
choque. « Dans beaucoup de groupes
familiaux, le départ du patriarche est
un tabou, souvent source de stress et
de tension. Nous avons très librement
échangé sur ce sujet depuis des années », explique le futur patron.
« C’est important que cette maison
soit dirigée par un Rothschild. Et
Alexandre a gagné sa légitimité »,
témoigne Marc-Olivier Laurent,
que le jeune Rothschild appelle son
« mentor ». Les deux hommes ont
développé ensemble, à partir de
2008, le troisième métier de la banque, celui de l’investissement (capital-investissement et dette privée)
en plus des activités traditionnelles
de conseil et de gestion privée dirigées par Alain Massiera. Ce troisième pied a contribué en 2017 pour
35 % aux profits de la banque.
« C’est un très grand succès », dixit
David de Rothschild.
Le fils n’a pas toujours travaillé
dans la banque de papa. Il a fait ses
premières armes, comme d’autres
Rothschild avant lui, chez Bear
Stearns à New York. Puis, en passant, dit-il, par l’intermédiaire d’un
chasseur de têtes, il a atterri chez
Bank of America, qu’il a quitté avec
la division de capital-investissement
dont le groupe américain s’est séparé. Il a fallu construire la structure,
Argan, « acheter les ordinateurs à la
« La transition
est préparée depuis
longtemps, elle est
harmonieuse »,
explique Alexandre
de Rothschild,
qui succèdera
à son père, David,
le 17 mai.
MICHAEL GUEZ
ET JEAN-PHILLIPE BELLA/
LIBRE COMME L’ART
ROTHSCHILD & CO
2017
3 500
employés
1,9
milliard d’euros
de chiffre d’affaires
236
millions d’euros
de bénéfice net
LES DÉCIDEURS
â DOMINIQUE LAGARDE
EDF- Enedis
Jeu de chaises musicales dans l’organigramme
d’EDF et sa filiale Enedis gérant le réseau
d’électricité en France. Ex-directeur stratégie
et marketing à la direction internationale et
président d’EDF International Networks,
Dominique Lagarde est nommé directeur en
charge de la mise en place du programme
mobilité électrique d’Enedis. Il est remplacé
par Laurent Ferrari, le directeur clients et territoires d’Enedis, auquel succède Christian
Buchel, directeur numérique, Europe et développement international.
â GILLES DENOYEL
Dexia
L’assemblée générale de la banque
franco-belge devrait valider la
nomination d’un nouveau président
pour un mandat de quatre ans. Gilles
Denoyel, 63 ans, devrait donc succéder à
Robert de Metz, à la tête du conseil depuis
2012. Ingénieur des Mines et énarque, cet
ex-inspecteur des finances avait rejoint
HSBC France en juin 1996, comme directeur
financier, où il est resté jusqu’en 2016. À la
tête du conseil de Dexia, il devra notamment
faire face au démantèlement de la banque
depuis sa légendaire débâcle lors de la crise
financière.
Fnac et négocier le bail des nouveaux
bureaux », se rappelle-t-il.
Cela fait dix ans tout juste qu’il est
revenu au bercail de la banque familiale. « J’ai passé beaucoup de
temps à observer, à rencontrer »,
dit-il. À être observé aussi. « Je ne
suis pas maso. Je me suis toujours dit
que soit cela (la succession, NDLR) se
ferait naturellement, parce que j’en
aurais envie et parce que le système
m’accepterait, soit cela ne se ferait
pas. On ne peut pas s’imposer dans
des métiers comme les nôtres au seul
nom de la continuité familiale. »
David de Rothschild défend son
choix : « Je suis un père, et j’aime
mon fils. Mais si je prends un regard
professionnel, je lui reconnais un mélange de don et d’expérience. Il a hérité de sa mère ce même œil extraordinairement perçant qui lui donne la
compréhension des hommes et des situations. Ensuite, il a quinze ans
d’expérience qui le rendent parfaitement qualifié. » François Henrot,
vieux complice de David, confirme :
« Alexandre a façonné auprès de son
père cette qualité essentielle que l’on
n’apprend pas dans les écoles et qui
s’appelle le jugement. »
La personnalité de David de
Rothschild fait de la relève une gageure. Il est l’un des très rares à faire
la quasi-unanimité du Tout-Paris
des affaires. Un homme « délicieux », entend-on le plus souvent,
et auquel, pour cette raison, « on ne
peut rien refuser ». Avenue de Messine dans le triangle d’or parisien,
Rothschild & Co cultive la discrétion. Ses « faiseurs de pluie », comme Olivier Pécoux, Nicolas Bonnault, Grégoire Chertok, Cyril de
Mont-Marin, Grégoire Heuzé ou
Laurent Baril, accueillent leurs
clients dans des locaux de bon goût
mais assez impersonnels. En haut de
l’immeuble, l’ambiance est différente. David de Rothschild reçoit
dans son bureau comme dans son
salon, où passe parfois le chien de
Simone Huriot, son assistante depuis avant la nationalisation. Le
banquier fait montre d’une courtoisie extrême sans jamais tomber dans
l’obséquiosité. On imagine sans mal
l’élite des affaires, les clients de toujours, comme Publicis, Bouygues ou
Engie, lui confier ses secrets et ses
projets.
“
On ne peut pas
s’imposer au seul nom
de la continuité
familiale
”
ALEXANDRE DE ROTHSCHILD
Le job de patron de banque d’affaires est un travail d’équilibriste,
qui nécessite de réussir à faire cohabiter d’énormes ego. David de
Rothschild livre sa recette : « Il faut
de l’humanité, de la camaraderie, une
forme de complicité, des moments de
rire, du temps passé. » « Le baiser de
la mort, c’est de se dire : je veux être le
meilleur. Quand on est dans ma situation, et maintenant dans celle
d’Alexandre, il faut avoir l’obsession
de s’entourer de gens plus intelligents
que soi. Une grande partie du travail,
c’est de convaincre des gens intelligents de venir, et de créer une culture
qui fera qu’ils resteront. » Beaucoup
restent. Certains partent et essaiment dans les plus grands groupes
- comme François Pérol, devenu
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
â
L’Américain David Schwimmer
va jouer les premiers rôles à la City
La Bourse de Londres a
perdu il y a peu son Frenchy, Xavier Rolet, acculé à
la démission en dépit d’un
parcours brillant. Epilogue
d’un long conflit avec le conseil d’administration qui a agité la City pendant un an. Il
aura tout de même fallu cinq mois pour dénicher le nouvel homme providentiel. Et c’est à
l’Américain David Schwimmer que reviendra
ce premier rôle. Un homme qui va sortir de
l’ombre, car surtout connu jusque-là par son
homonymie avec la star américaine de la série
Friends ! Auréolé néanmoins d’un beau pedigree dans la banque d’affaires, chez Goldman
Sachs, où il fait l’essentiel de sa carrière, et où
son prédécesseur, ex-patron de Lehmann
Brothers France, avait aussi passé dix ans.
Âgé de 49 ans, formé à Yale, David Schwimmer, présentant un profil plus lisse que celui
du charismatique Savoyard, a enchaîné les
responsabilités chez Goldman Sachs. Il a
notamment été le copilote de la Russie et surtout le chef de cabinet de Lloyd Blankfein,
devenu patron de la banque. Le choix de faire
de lui le prochain directeur général du London Stock Exchange (LSE) témoigne de la
volonté de poursuivre la politique d’acquisitions menée par Xavier Rolet. Celle-ci a permis en huit ans de bâtir un géant des marchés
valant 14 milliards de livres, avec un cours
multiplié par six. Si le mariage avec Francfort
a échoué, le LSE a su fédérer la Bourse de
Milan, le spécialiste des indices Russell, la
chambre de compensation LCH…
De Goldman Sachs
à la Bourse de Londres
« David est un leader avec une grande expérience de l’industrie des marchés financiers,
qu’il connaît de près grâce à sa carrière dans la
banque d’investissement », fait valoir le président du conseil Donald Brydon. Après l’intérim assuré par le directeur financier David
Warren, Schwimmer va donc lâcher cet été sa
casquette de banquier du marché des métaux
de Goldman Sachs pour celle de big boss du
LSE à Londres. « Un honneur » pour celui qui
estime que le groupe « a de multiples possibilités pour croître, que ce soit sur les marchés de
capitaux, les services d’information et l’activité
post-marché ». Un défi aussi, à moins d’un an
du Brexit, qui devrait rebattre les cartes de la
sphère financière européenne. Sur son
bureau, Schwimmer va aussi trouver un dossier de taille : celui de l’introduction en Bourse
du siècle, celle du pétrolier saoudien Aramco,
pour lequel Rolet avait engagé un lobbying
intense, espérant l’emporter sur New York ou
Hongkong.
C. B.
patron de BPCE, ou Jean-Charles
Naouri, à la barre de Casino - et jusqu’aux plus hautes fonctions dans le
cas, bien sûr, d’Emmanuel Macron.
Alexandre de Rothschild revendique la culture et les valeurs de la
banque : « l’excellence, la discrétion
et la collégialité ». Il sourit du poids
des sept générations qui l’ont précédé : « Je mets beaucoup de pression à
la huitième génération et à mes enfants qui ont 3 et 5 ans ! » Il ne faut
pas se fier au plaqué-ondulé un peu
rétro de sa chevelure, Alexandre de
Rothschild est un homme de son
temps, celui où la banque consolide
son empreinte mondiale et s’implante dans la Silicon Valley. L’héritier a l’assurance des hommes bien
nés. L’avenir dira s’il a le talent de
bâtisseur de son père. Cette réussite-là se jugera peut-être au développement aux États-Unis où la
banque n’est pas à la hauteur de son
rang. Marc-Olivier Laurent le dit
« gros travailleur ». Il est aussi grand
cavalier de saut d’obstacles. Son
nouveau statut l’obligera peut-être
à sacrifier un peu de cette passionlà, qui le conduit, en saison, sur les
terrains de concours internationaux
deux et trois étoiles dont les barres
atteignent 1,50 m. « J’espère pouvoir
rester assidu, au moins le weekend », dit-il.
David de Rothschild lui sacrifiera
son bureau : « Il ne me le prend pas :
je lui donne ! » sourit-il. Outre sa
nouvelle place au conseil de surveillance, il a ses propres projets.
Dont l’un lui a été soufflé par ses petites-filles : il attend début mai l’arrivée de Gipsy, un labrador noir
dont il entend faire le compagnon
de ses marches parisiennes. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â DELPHINE AMARZIT
Thales
La no 2 d’Orange Bank a été cooptée
pour intégrer le conseil d’administration de Thales. Diplômée de
Sciences Po et énarque, cette ex-inspectrice des finances a également été collaboratrice de François Fillon à Matignon.
â SAMIR YAHOU
Sony
Depuis sept ans chez Sony, il est promu directeur marketing de Sony Mobile France, avec
pour mission de promouvoir les smartphones
Xperia.
â YVES CARACATZANIS
Renault
Directeur général de Renault en
Roumanie, ce Français de 54 ans va
remplacer Nicolas Maure à la tête du
constructeur Avtovaz, no 1 du marché automobile russe. En pleine recapitalisation,
Avtovaz est aujourd’hui détenu à 61,1 % par
Renault et à 38,9 % par Rostec, au travers de
la société Rostec Auto qui a annoncé ce changement. Le centralien Yves Caracatzanis est
entré en 1992 chez Renault, où il a pris en
main la Roumanie en 2016.
A
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
Servier s’offre
l’oncologie de
Shire et arrive
aux États-Unis
Le laboratoire français se renforce
dans les traitements du cancer.
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
PHARMACIE Le groupe pharmaceutique Servier a signé lundi la
plus grosse acquisition de son histoire. Le laboratoire français rachète les activités en oncologie
(traitement du cancer) du géant
irlandais Shire pour 2,4 milliards
de dollars, soit près de 2 milliards
d’euros. Un montant élevé, puisqu’il représente 9 fois le chiffre
d’affaires annuel de la cible.
Leader mondial des traitements
contre les maladies rares, Shire
avait entamé des recherches en
décembre pour céder son pôle
d’oncologie, jugé non stratégique.
La société basée à Dublin « s’est
concentrée sur les maladies rares
grâce à des acquisitions dont la plus
notable est celle du laboratoire
Baxalta en 2016, une OPA géante à
32 milliards de dollars », explique
Grégoire Laverne, gérant chez
Roche-Brune Asset Management.
L’opération tombe à point
nommé pour Servier, qui obtient
là une première implantation
commerciale aux États-Unis et se
renforce dans l’oncologie, domaine auquel il souhaite consacrer la
moitié de ses dépenses en recherche et développement d’ici à deux
ans - contre 37 % en 2017 et 14 %
en 2015. « Notre objectif est de
Production et contrôle
de médicaments dans
une usine du laboratoire
Servier, à Gidy, près
d’Orléans. CHRISTOPHE
ARCHAMBAULT/AFP
traiter toujours plus de patients atteints du cancer, partout dans le
monde », déclare Olivier Laureau,
le président de Servier.
En acquérant l’activité oncologique de Shire, le deuxième laboratoire pharmaceutique tricolore
(devant Ipsen et loin derrière Sanofi) met la main sur des traite-
ments en cours de certification et
sur deux produits déjà commercialisés : Oncaspar contre la leucémie lymphoblastique aiguë et
Onivyde contre le cancer pancréatique métastatique. Ils viennent compléter ses anticancéreux
Lonsurf (cancer colorectal) et
Pixuvri (système lymphatique).
Détenu par une fondation
Sanofi cède douze marques non stratégiques
Adieu Hexomedine, Hemoclar,
Nautamine, Diamox… Le géant
de la santé Sanofi a annoncé
lundi la cession, pour
158 millions d’euros, de douze
marques de médicaments
« secondaires » vendus sans
ordonnance au labo franconéerlandais Cooper-Vermedia,
qui appartient au fonds
d’investissement britannique
Charterhouse. Sanofi, qui
entend « réduire la complexité
de son portefeuille
de marques », continuera
à fabriquer ces produits dans
ses usines en Europe,
en Égypte et au Vietnam.
En parallèle, la multinationale
basée à Paris a mis en vente
Zentiva, sa filiale européenne
de médicaments génériques,
qui est numéro trois sur son
segment dans le Vieux
Continent et dont la valeur
tournerait autour de 2 milliards
d’euros. Le fonds américain
Advent International fait figure
de favori, selon le Financial
Times. La vente, qui pourrait
être annoncée dans les
prochains jours, permettrait à
Sanofi de renflouer ses caisses
après les acquisitions de
Bioverativ et Ablynx qui lui ont
coûté 14 milliards de dollars. T. L.
L’aventure américaine de Servier
avait timidement démarré il y a
quelques semaines, avec l’installation d’un bureau de représentation à Boston. La Mecque des biotechnologies constitue un lieu
privilégié pour conclure des partenariats avec des universités ou
des start-up spécialisées dans les
sciences de la vie. Servier collabore déjà avec l’américain Pfizer et
la société française Cellectis sur un
traitement cellulaire qui pourrait
à terme guérir totalement certaines formes de leucémie aiguë.
Détenu par une fondation, le
groupe de Suresnes (région pari-
sienne) a tiré les fruits de son expansion internationale, du Brésil à
la Chine en passant par l’Europe
de l’Est et la Russie. Lors de
l’exercice clos en septembre 2017,
il a vu ses ventes grimper de 3,7 %
à 4,1 milliards d’euros et son bénéfice net bondir de 55 %, à
291 millions. La société aux 21 600
salariés vise un chiffre d’affaires
de 5 milliards d’euros pour l’exercice 2021. Elle investit 25 % de son
chiffre d’affaires dans la recherche et le développement.
Le nom de Servier reste entaché
en France par l’affaire du Mediator, cet antidiabétique qu’il a délibérément laissé sur le marché
malgré le manque d’informations
sur les risques, et qui aurait provoqué plusieurs centaines de
morts. En septembre dernier, la
Cour de cassation a validé la responsabilité civile de l’entreprise.
À fin mars, 3 228 patients avaient
reçu une offre d’indemnisation
pour un montant moyen d’environ 26 400 euros par personne. ■
GreenYellow trouve de l’énergie hors des magasins Casino
La filiale, créée pour réduire la facture énergétique du distributeur stéphanois, s’ouvre aux autres entreprises.
350
millions
d’euros
Facture énergétique
annuelle
du groupe Casino
ÉNERGIE Ouvert à la concurrence
en 2007, le marché de la fourniture
d’énergie attire de nouveaux entrants. Les distributeurs étudient ce
créneau, tel Leclerc. Filiale de Casino, GreenYellow a lancé son offre
commerciale fin 2017. Fort de sa
marque et de Cdiscount Énergie, la
firme de 200 personnes a de grandes ambitions. « Nous visons au
moins 10 % de parts de marché chez
les fournisseurs alternatifs », déclare son patron Otmane Hajji. Étant
donné qu’EDF perd plus d’un million de clients par an, c’est loin
d’être anodin.
La société, dont le chiffre d’affaires dépasse 150 millions d’euros,
trouve son origine en 2007, quand
Casino a chargé une équipe d’intrapreneurs de réduire la facture énergétique du groupe (350 millions par
an). Pour cela, elle installe des panneaux photovoltaïques sur les ombrières de parking et les toits de
centres commerciaux, qui les alimentent directement en électricité
et couvrent 30 % de leurs besoins.
Depuis 2016, GreenYellow valorise son savoir-faire auprès de tiers,
qui représentent 20 % de l’activité
et ont vocation à devenir majoritaires. Elle a ainsi une centrale solaire
de 20 mégawatts à Madagascar, « la
plus grande de l’océan Indien ».
GreenYellow se veut le leader de
l’autoconsommation d’électricité
en France. Il s’est arrogé 20 % de la
capacité à installer lors du dernier
appel d’offre organisé par la Commission de régulation de l’énergie
(CRE) pour des installations de taille
intermédiaire. Il exploite plus de
cent vingt centrales dans le monde,
dont une vingtaine en autoconsommation, notamment dans des
zones non interconnectées comme
la Corse, Mayotte ou La Réunion.
Sortir de l’anonymat
Grâce à l’autoconsommation, un
centre commercial peut diminuer
sa facture électrique de 15 % en
France et de 30 % en Thaïlande ou
au Brésil, où l’ensoleillement est
plus important et le coût de l’énergie tirée sur le réseau plus élevé.
Contrairement
à
l’électricité
consommée depuis le réseau
Enedis, le courant fabriqué sur place
n’est pas soumis aux coûts de transport ni aux taxes.
« Nous envisageons de réutiliser
les batteries de nos chariots élévateurs pour stocker l’électricité lorsque la production solaire excède les
besoins de consommation du site »,
précise le directeur des opérations
de GreenYellow, Philippe Houins.
La firme a développé une expertise
dans l’efficacité énergétique, un
marché dominé par Dalkia et Cofely (filiales d’EDF et Engie). Cette
activité consiste à modifier la
configuration de sites industriels
ou commerciaux (éclairage, gestion du froid) afin d’alléger leur
facture en électricité et en gaz.
GreenYellow se rémunère sur les
économies réalisées.
« Nous garantissons une baisse de
25 à 30 % de la dépense en énergie, à
qualité de service constante », prétend Otmane Hajji. La simple installation de capots sur les frigos
aurait ainsi permis de diviser par
deux la consommation électrique
associée dans les supermarchés
Casino. GreenYellow a signé
1 200 contrats de performance
énergétique, dont plus de 150 avec
des tiers : un opérateur de surgelés
en France, des distributeurs en Colombie, au Brésil et à l’île Maurice.
« Au final, les supermarchés Casino
qui font à la fois de l’autoconsommation et de la performance énergétique parviennent à effacer 50 % de
leurs besoins de soutirage sur le réseau », résume Otmane Hajji. Grâce à GreenYellow, le parc Géant
Casino en France a réduit de 25 %
ses dépenses d’énergie.
La société compte doubler de
taille dans les trois années à venir,
et prévoit de lancer prochainement
de nouvelles activités dans l’effacement et le stockage de l’énergie. Le
Petit Poucet vert et jaune veut sortir
de l’anonymat. ■
T. L.
LA SÉANCE DU LUNDI 16 AVRIL
LE CAC
JOUR
%VAR.
ACCOR .............................................. 44,05
♣
AIR LIQUIDE ..................................
101
AIRBUS .............................................. 90,38
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,46
ATOS .............................................. 110,2
AXA .............................................. 22,875
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
61,54
BOUYGUES ..............................................
42,21
CAPGEMINI ..............................................
104,7
CARREFOUR ..............................................
16,01
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,405
DANONE ..............................................65,29
ENGIE .............................................. 13,885
ESSILOR INTL. ..................................113,2
KERING ..............................................437,5
L'OREAL ..............................................191,55
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
44,87
LEGRAND ..............................................62,8
LVMH .............................................. 282,7
♣
MICHELIN ..............................................
118,45
+HAUTJOUR
+0,5
44,19
-0,25 101,7
+0,42
91,67
-0,26 26,74
-3,88 114,75
+0,77
22,95
+0,15
61,79
-0,26 42,32
0
105,3
+0,47
16,08
+0,15
13,475
+0,05 65,45
-0,64
13,97
-0,18 113,4
+0,3 441,5
+0,21 191,8
+0,22 45,03
+0,96 62,8
+0,3 282,95
-0,96 119,95
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,75
0,202
100,9
0,144
90,23
0,166
26,385 0,095
110,2
0,411
22,775
0,321
61,42
0,143
41,9
0,198
104,5
0,146
15,88
0,332
13,385 0,115
65,02
0,164
13,825 0,143
112,6
0,114
434,5
0,16
190,5
0,07
44,61
0,022
62,06
0,147
280,75
0,086
117,7
0,3
+2,44
-3,86
+8,89
-2,42
-9,19
-7,52
-1,14
-2,54
+5,88
-11,25
-2,86
-6,66
-3,14
-1,52
+11,32
+3,57
-4,61
-2,17
+15,2
-0,92
JOUR
ORANGE ..............................................14,38
PERNOD RICARD ..................................
140,35
PEUGEOT ..............................................
20,28
♣ 55,14
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
94,1
SAFRAN ..............................................88,34
SAINT GOBAIN ..................................
42,985
SANOFI ..............................................66,05
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
70,34
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
44,43
SODEXO ..............................................78,5
SOLVAY ..............................................
113,75
STMICROELECTRONICS .............................
18,435
TECHNIPFMC ..................................26,2
TOTAL .............................................. 48,645
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
190,1
VALEO .............................................. 54,3
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,155
♣
VINCI .............................................. 82,72
VIVENDI ..............................................21,2
%VAR.
+1,55
+0,43
-0,59
-1,29
0
-0,36
-0,59
+0,09
-0,57
+0,43
-0,36
-0,87
+0,96
-0,38
+0,09
-0,39
-1,2
+0,08
+0,12
0
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,47
140,35
20,43
56,42
95,59
89,16
43,395
66,44
70,98
44,555
79,12
114,9
18,79
26,3
48,77
190,9
55,04
19,165
82,82
21,29
14,09
139,15
20,25
54,62
93,18
88,2
42,94
65,41
70
44,05
78,02
113,45
18,285
25,85
48,3
188,95
54,04
19,04
82,3
21,09
%CAP.ECH
0,371
0,11
0,209
0,263
0,264
0,097
0,196
0,103
0,188
0,255
0,288
0,16
0,191
0
0,145
0,189
0,794
0,196
0,142
0,355
31/12
-0,66
+6,37
+19,61
-2,67
+12,14
+2,83
-6,51
-8,07
-0,73
+3,21
-29,94
-1,86
+1,26
+1,35
+5,65
-9,48
-12,8
-9,96
-2,85
-5,44
LES DEVISES
A
dées le 9 avril par l’Administration américaine contre des « oligarques » proches
de Vladimir Poutine, accusé de vouloir
déstabiliser les démocraties occidentales.
Parmi ceux-ci figure le multimilliardaire
Oleg Deripaska, qui contrôle notamment
le géant russe de l’aluminium Rusal. Ces
sanctions limitent fortement la capacité
du groupe russe à exporter sa production
1 EURO=
1,5928
1,5596
0,8647
9,7104
132,77
1,1878
1,237
3,016
11,103
5,0816
21,9142
7,7726
81,0175
141,014
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34280
34500
-1,35
NAPOLEON ..................................................... 202,3
204,7
-2,22
PIECE 10 DOL USA .....................................................
587
587
-0,17
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213,9
213
+0,52
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1170
1140
+0,17
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
205
205
+0,49
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
310
292
+1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1315
1306
+0,38
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
109
113,7
-0,73
PIECE SUISSE 20F .....................................................
201,1
203,7
-0,79
PIECE LATINE 20F .....................................................
204,9
204
+0,99
SOUVERAIN ..................................................... 262,9
262,9
+0,84
KRUGERRAND .....................................................1138,75
1138
+1,79
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
275,59 12/04/18
L’ACTION ERAMET BÉNÉFICIE DES SANCTIONS CONTRE LA RUSSIE
À 142,40 euros, l’action Eramet s’est adjugé 4,093 % ce lundi, ce qui ramène son
cours de Bourse à ses plus hauts niveaux
depuis septembre 2011. La hausse du titre
s’est accélérée au cours de ces derniers
jours, avec un bond de 23,3 % sur les cinq
dernières séances de cotation. Cette envolée boursière du producteur français
d’aluminium est liée aux sanctions déci-
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
BETELGEUSE ................................................
47,54 19/03/18
BELLATRIX C ................................................
332,92 19/03/18
SIRIUS ................................................55,51 12/04/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
auprès de ses clients habituels. Le London
Metal Exchange, où sont cotés les principaux métaux, a annoncé qu’il suspendait à
partir du 17 avril Rusal de sa liste de marques homologuées. Cette situation profite aux producteurs occidentaux, dont
Eramet fait partie.
La redécouverte de la valeur ne date
cependant pas d’hier. La hausse du titre
(+ 108 % sur les six mois), s’est accélérée
dès fin septembre dans la perspective
d’un redressement des comptes après
cinq années consécutives de perte. Le
21 février, Eramet est en effet parvenu à
rassurer le marché en annonçant un bénéfice net de 203 millions d’euros, contre
une perte nette de 179 millions d’euros en
2016. Le groupe a récolté les fruits des
efforts de réduction des coûts mis en place l’an dernier, ainsi que de la très bonne
tenue du cours de l’aluminium et du manganèse. Les investisseurs ont également
salué la volonté de la direction d’augmenter sa production de manganèse, et de se
développer dans le lithium, le cobalt et les
sels de nickel, utilisés dans les batteries
des véhicules électriques. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
MÉDIAS et TECH
25
La FDJ victime d’une faille de sécurité en ligne
Le site et les applications de la FJD et de Parions Sport ont été indisponibles pendant deux jours et demi à cause
d’un bug d’affichage perturbant les prises de jeux. Le manque à gagner pourrait s’élever à plusieurs millions.
LUCIE RONFAUT
£@LucieRonfaut
JEAN YVES GUERIN
jyguerin@lefigaro.fr
LA FDJ EN CHIFFRES
15,1
milliards d’euros.
Le chiffre d’affaires
de FDJ en 2017,
en hausse de 5,7 %
par rapport à 2016
1,7
milliard d’euros.
Le montant des ventes
numérisées en 2017.
Il y a deux ans,
elles étaient seulement
de 0,9 milliard d’euros
10
milliards d’euros.
Le montant des sommes
redistribuées par la FDJ
aux joueurs en 2017
INTERNET Il était impossible ce
week-end de parier sur les sites de
La Française des jeux sur le match
PSG-Monaco qui se déroulait dimanche soir. Le site fdj.fr, ainsi que
celui de Parionsport, sa marque dédiée aux paris sportifs, ont été inaccessibles pendant plus de deux
jours. En cause, une faille de sécurité affectant ces plateformes. Plusieurs joueurs ont expliqué avoir eu
accès aux données d’autres personnes en se connectant sur leur
compte. Parmi ces informations,
des noms et des prénoms, des
adresses postales, des mails ou des
numéros de téléphone.
Contactée par Le Figaro, La
Française des jeux a confirmé des
« incohérences d’affichage » sur ses
sites. L’incident s’est déclaré vendredi soir et les activités des sites
ont été suspendues pendant deux
jours et demi, à partir de samedi
matin. Elles ont été rétablies lundi
en milieu d’après-midi. La FDJ assure qu’aucune donnée de paiement n’a été compromise. Cela
concerne les coordonnées bancaires ou les crédits sur les comptes
des joueurs, qui n’ont pas été dépensés de manière frauduleuse. Ce
genre de failles reste néanmoins
problématique. Des données personnelles, comme le nom d’une
La faille de sécurité aurait permis aux joueurs d’avoir accès aux données d’autres personnes en se connectant
sur leur propre compte. SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
personne, son mail ou son numéro
de téléphone, peuvent être utilisées
dans le cadre de campagne d’usurpation d’identité en ligne ou d’hameçonnage par mail. Selon la loi
française, les entreprises doivent
prendre toutes les précautions nécessaires « au regard de la nature
des données et des risques présentés
par le traitement, pour préserver la
sécurité des données », notamment
lorsqu’elles sont sensibles et touchent à l’identité des personnes.
Un manque à gagner
La FDJ n’a pas donné plus de détails
techniques sur cette faille. « Ce
n’est pas une action malveillante due
à des hackers mais un incident technique interne qui s’est traduit par
une mauvaise synchronisation de
pages », a-t-elle seulement précisé
sans être capable d’indiquer si ce
bug est lié au trafic très élevé du site
ce vendredi 13 où il y avait un Loto
avec un jackpot exceptionnel de
13 millions d’euros.
La situation ressemble à celle
dont a déjà été victime la plateforme de jeux vidéo en ligne Steam.
En 2015, au moment de Noël, les
utilisateurs du site américain
avaient eu accès aux données
d’autres personnes. En cause, un
problème concernant le cache, la
mémoire qui enregistre temporairement des données pour y avoir
un accès plus rapide. L’incident
avait été provoqué par une mauvaise configuration du site après
une période de forte affluence et
une attaque informatique.
Pour la FDJ, cela n’a pas perturbé
les mises pour le super Loto du
vendredi 13 car elles étaient enregistrées le vendredi jusqu’à
20 heures. Et l’incident s’est déclaré vers 20 h 30. Un autre tirage du
Loto, de 14 millions d’euros, était
prévu samedi. Enfin, dimanche
avait lieu le match de Ligue 1 de
foot entre le PSG et Monaco, qui a
sacré le club parisien champion de
France. Là encore, les joueurs n’ont
pas pu parier en ligne sur cette rencontre ce week-end. Le site et l’application de la FDJ ont une audience de 7,5 millions de visiteurs
uniques par mois, d’après des chiffres de Médiamétrie datant de janvier. Les activités en ligne représentent à peu près 10 % du chiffre
d’affaires total de l’entreprise, qui
s’est élevé à 15,1 milliards d’euros
en 2017.
« Nous sommes en train d’évaluer
le manque à gagner suite à cette
suspension », a précisé la FDJ.
D’après plusieurs experts contactés
par Le Figaro, il serait de quelques
millions d’euros, notamment à
cause des paris sportifs manqués
lors de ce week-end de Ligue 1. ■
Le média Brut et Clear Channel s’associent dans l’affichage
Rennes est la première à diffuser sur des panneaux digitaux ces vidéos pour des collectivités ou des marques.
PUBLICITÉ L’essor des réseaux
de panneaux digitaux au cœur
des villes donne des idées aux afficheurs. Clear Channel, deuxième opérateur en France après
JCDecaux, vient de signer un
partenariat original d’un an avec
Brut, un producteur de vidéos
qui rencontre un grand succès
sur les réseaux sociaux. Objectif :
offrir aux villes qui le souhaitent
les moyens de déployer des campagnes citoyennes et aux marques dites responsables la possibilité de monter des dispositifs
engageants.
Depuis le 12 avril, Rennes est la
première ville à tester cette nouvelle offre de média de rue. Via
les 46 écrans digitaux installés
récemment dans son centre-ville
(ils seront 60 au total à la fin de
l’année), cinq vidéos produites
par Brut sont diffusées, avec une
programmation quotidienne de
reportages sur les initiatives des
acteurs de terrain rennais dans
les domaines de la solidarité ou
de la transition énergétique.
« Un réseau social
de rue »
Avec le ton particulier qui le caractérise et ses formats courts
percutants (souvent de trente secondes), Brut, qui s’est initialement développé sur les sujets
d’actualité générale, a parallèlement étendu son spectre aux thématiques du sport et de la nature… qui peuvent intéresser les
marques. Ce qui a donné l’idée à
Emmanuel Pottier, directeur gé-
néral adjoint de Clear Channel
France, de contacter la société de
production. Les deux partenaires
ont vite trouvé un terrain d’entente. Brut va produire des contenus que Clear Channel diffusera.
« Notre ambition est de raconter
des histoires et de faire venir le native advertising sur nos dispositifs », explique Emmanuel Pottier. De son côté, Brut trouve là
un moyen de diffuser ses contenus au-delà des réseaux sociaux,
dans le monde physique, et de
monétiser sa production. « Notre
cœur de métier est de créer des
conversations. Avec ce partenariat, nous lançons un réseau social
de rue », souligne Guillaume
Lacroix, cofondateur de Brut.
Clear Channel a ainsi créé une
plateforme de contenus, baptisée
Hyperstories, que la société pro-
pose à ceux qu’elle appelle les
« acteurs de la rue », à savoir les
villes et les marques. Le dispositif
de base leur propose de diffuser
quatre nouveaux contenus Brut
par mois, qui peuvent être le prolongement de campagnes initiées
dans les réseaux sociaux. Les
Sur les 46 écrans
digitaux installés
récemment dans
le centre-ville de Rennes
(sur un total de 60 d’ici
à la fin de l’année),
cinq vidéos produites
par Brut sont diffusées.
La télévision sur Internet gagne du terrain
Les Français sont de plus en plus nombreux à utiliser un autre écran que la télé.
4,4
millions
de Français
regardent en moyenne
chaque jour la télé
sur un ordinateur,
une télé
ou un smartphone
INGRID VERGARA £@Vergara_i
AUDIOVISUEL Visionner un programme où et quand on veut,
sans passer par son téléviseur.
Aujourd’hui, 4,4 millions de
Français en moyenne regardent
chaque jour la télévision autrement, c’est-à-dire à partir d’un
écran d’ordinateur, d’une tablette ou d’un smartphone. Cela ne
représente encore que 7,3 % de la
population, mais c’est 10 % de
plus qu’il y a un an, selon la dernière vague de l’étude Global TV
de Médiamétrie.
Sites et applications de chaînes,
agrégateurs de contenus TV, plateformes vidéo gratuites… Les
possibilités de retrouver en replay ou de regarder en direct un
programme ailleurs que sur un
téléviseur se sont multipliées ces
dernières années et les consommateurs en profitent. Plus nom-
breux, les sites et applis des chaînes représentaient sur le dernier
trimestre 2017 près de la moitié
du temps passé (46 %) à regarder
des contenus TV sur les écrans
connectés.
Les 4-14 ans, un tiers des
spectateurs via Internet
Le choix de l’écran est variable selon le type de programmes souhaité. L’écran d’ordinateur reste
privilégié pour le direct (55 % des
émissions regardées depuis un
écran d’ordinateur le sont en direct, selon Médiamétrie) et les appareils mobiles dominent plutôt le
visionnage en replay. « La télévision de rattrapage est le concept
qui porte le mieux son nom, résume
Jean-Pierre Panzani, directeur
marketing et développement chez
Médiamétrie. La “télévision autrement” permet de pallier le fait de ne
pas avoir accès à un poste de télévision. » Soit parce que le téléviseur
est branché sur un autre programme, soit parce que la personne n’est pas disponible au moment de la diffusion de l’émission.
Côté programmes, en 2017, la
consommation de fiction et de cinéma en replay s’est accentuée
sur les écrans Internet alors que la
consommation en live est à peu
près similaire. « Pour certains programmes de téléréalité type “Les
Marseillais Australia”, la “télévision autrement” peut être très importante », précise Jean-Pierre
Panzani.
Champions incontestables de
ces nouvelles pratiques : les
4-14 ans. S’ils ne comptent que
pour 14 % de la population française, ils représentent un tiers des
téléspectateurs sur les écrans
connectés. Chez les plus jeunes,
c’est très largement la tablette qui
est plébiscitée, pour la possibilité
qu’elle offre de partager l’écran à
plusieurs et pour sa simplicité
d’usage : pas besoin de savoir lire
ou écrire pour accéder à un programme, les icônes permettent
facilement d’identifier l’émission
de son choix.
Autre enseignement de cette
étude : la croissance soutenue de
la vidéo à la demande (VoD) et
surtout des services d’abonnements vidéo à la demande (SVoD).
Sur l’ensemble des écrans, ces
plateformes sont regardées chaque jour par 3,4 millions de Français de 4 ans et plus. Selon Médiamétrie, « les deux pratiques ont
gagné 1,2 million d’adeptes en l’espace de six mois seulement ». Pour
cette consommation, l’écran de
télévision reste privilégié et chaque utilisateur y consacre plus de
deux heures chaque jour.
Au total, ces nouveaux usages
de la télévision (replay, écrans Internet, SVoD) concernent près
d’un Français sur cinq. C’est 41 %
de plus qu’il y a un an. ■
contenus sont soit produits sur
mesure à cet effet soit des vidéos
de reportage sponsorisées. Ils peuvent être diffusés aussi bien dans
les centres-villes équipés (outre
Rennes, Clear Channel opère notamment à Lyon, Lille ou Nîmes)
que dans les grands complexes
commerciaux, un marché sur lequel Clear Channel est leader, ou
le métro (Clear Channel est présent dans ceux de Lyon et Lille).
Les deux partenaires font le pari
que la digitalisation des villes répondra dans l’avenir aux nouvelles attentes des citoyens, de plus
en plus sensibles aux discours responsables, que ces derniers émanent de personnes publiques
(gouvernement, collectivités) ou
d’entreprises soucieuses d’accroître leur utilité sociale ou leur
engagement environnemental. ■
EN BREF
L’ACTION WPP CHUTE
SUR DES INCERTITUDES
£ La démission du patron
fondateur de WPP, Martin
Sorrell, a fait plonger le titre
du groupe publicitaire. L’action
a perdu 6,5 % à la Bourse
de Londres hier, les investisseurs
s’interrogeant sur l’avenir
du numéro un mondial de la
communication et la succession
de Sorrell. Le président
du conseil d’administration,
Roberto Quarta, assure la
présidence exécutive jusqu’à la
nomination d’un nouveau DG.
L’ÉLECTION À L’AFP
CONTESTÉE
£ Trois administrateurs de l’AFP
(Julia Cagé, Ingrid Deltenre
et François Morinière) ont
dénoncé dans un courrier adressé
au ministère de la Culture
les conditions de nomination
du nouveau PDG de l’agence
de presse, Fabrice Fries. Le
second candidat, le PDG sortant
Emmanuel Hoog, avait retiré
sa candidature le jour du vote.
A
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ACPM
ACPM
Q UI R É C O M P E N SE
LA C O N STAN C E DANS
L E SUC C È S E N P R E SSE
QUI RÉCOMPENSE
L A CONSTANCE DANS
L E SUCCÈS EN DIGI TAL
307 912 exemplaires par jour*
110 millions de visites par mois**
Source : Etoile ACPM Catégorie les sites Grand Public et Professionnels, Actualité/Informations – évolution 2017 vs 2014
Etoile ACPM Catégorie Presse Quotidienne Diffusion Individuelle France Payée – évolution 2017 vs 2013
* Moyenne mensuelle 2017. ** Moyenne annuelle 2017.
+ 4% en 4 ans
+ 50% en 3 ans
L’EXIGENCE ÉDITORIALE
RÉCOMPENSÉE
Merci à nos journalistes.
Merci à nos lecteurs.
#demainlapresse
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 917 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
MODE MASCULINE
LE MARCHÉ DE LA BASKET,
NOUVEL ELDORADO POUR
L’INDUSTRIE DU LUXE PAGE 30
AUTOMOBILE
LE SEAT ARONA FACE
AUX TROIS SUV URBAINS
FRANÇAIS PAGE 31
Adidas
Le bel âge
pour jouer
La jeune troupe
de la Comédie-Française
est mise à contribution
pour interpréter
« L’Éveil du printemps »,
pièce de l’Allemand
Frank Wedekind qui fait
une entrée remarquée
au répertoire. PAGE 28
LAURENCINE LOT
Georgia Scalliet, Pauline Clémentet
Rebecca Marder(de gauche à droite).
Les noces fructueuses
du roman et du théâtre
SPECTACLE En ce mois d’avril, de nombreux
livres font l’objet d’une adaptation sur
les planches. Et pas seulement les classiques.
a littérature et le théâtre ont
souvent fait bon ménage. Il
y a des romanciers qui ont
investi avec bonheur la
scène et figurent parmi les
meilleurs dramaturges. On pense à
Yasmina Reza, Florian Zeller ou Laurent Gaudé. Et puis il y a les romans
qui deviennent des pièces. Ce mois
d’avril est particulièrement fécond.
Bien sûr, les classiques constituent les
principales sources d’inspiration. Au
Théâtre des Déchargeurs (Paris Ier),
on joue Céline, derniers entretiens, le
spectacle a été prolongé jusqu’au
23 avril. Dans ce même théâtre, les
spectateurs peuvent également voir
L’Étranger, d’Albert Camus, adapté,
mis en scène et joué par Nordine Marouf (lire nos éditions du 9 mars 2018).
Dernière représentation le 28 avril.
Les auteurs contemporains ont
aussi la cote. Gilles Leroy, Goncourt
2007, avait publié en 2013 une biographie romancée de Nina Simone.
L’actrice et chanteuse Jina Djemba et
la metteuse en scène Anne Bouvier
sont tombées folles amoureuses de ce
texte, si bien qu’elles l’ont adapté, on
allait dire adopté. Miss Nina Simone se
produit au Lucernaire (Paris VIe) jusqu’au 2 juin. Il y a le chant magnifique
et il y a l’histoire d’une femme ô combien blessée et empêchée de devenir
L
ADIDAS, SEAT
une pianiste classique. Le spectacle
est également un hommage à une légende disparue il y a tout juste quinze
ans, le 21 avril 2003.
C’est tout naturellement que le
poète Guy Goffette s’est penché sur le
destin de Verlaine. Il avait écrit il y a
quelques années Verlaine d’ardoise et
de pluie, un livre qui dévoilait une
part méconnue du célèbre artiste.
Goffette avait choisi de « capter » le
Verlaine qui vit sa dernière nuit et
voit le passé remonter à la surface.
Cette manière d’écrire, avec unité de
temps et de lieu, n’a pas échappé à
Richard Violante qui a adapté et mis
en scène le texte. Le Théâtre de la
Contrescarpe (Paris Ve) accueille le
spectacle jusqu’au 29 avril.
Même un premier roman
Le premier roman d’Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, avait
rencontré un succès phénoménal lors
de sa sortie en 2016, avec de nombreuses récompenses dont les prix
RTL-Lire, France Télévisions et France Culture-Télérama. Cette histoire
excentrique d’un petit garçon qui
contemple l’amour fou – dans tous les
sens du terme - de ses parents ne
pouvait pas échapper au théâtre. Victoire Berger-Perrin s’est battue pour
avoir les droits d’adaptation, elle a
mis en scène le roman. Anne Charrier, Didier Brice et Victor Boulenger
l’incarnent, au Théâtre de la Pépinière (Paris IIe) jusqu’au 28 juillet 2018. ■
A
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
Clément Hervieu-Léger :
« Un bel élan vital »
D’UNE MISE
EN SCÈNE
L’AUTRE
sociétaire de la Comédie-Française met en scène « L’Éveil
du printemps » de Frank Wedekind. Une pièce sur l’ardeur de la jeunesse.
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
ouble événement salle
Richelieu : la pièce de l’Allemand
Frank Wedekind entre au répertoire
de la Comédie-Française et, pour la
première fois, Richard Peduzzi y signe un décor. L’Éveil du printemps
date de 1890. L’œuvre, sous-titrée
« tragédie enfantine » fut interdite
dès sa publication l’année suivante et
ne fut créée qu’en 1906 à Berlin dans
une version amputée des passages les
plus dérangeants. Frank Wedekind y
incarnait l’un des personnages,
« l’homme masqué ». On pense que
Freud la découvrit alors. Il écrivit un
texte publié dans Psychopathologie de
la vie quotidienne.
La pièce, qui évoque les tourments
d’amitié, d’amour, d’un groupe
d’adolescents, garçons et filles, face à
des adultes rigides, est souvent reprise en France (lire ci-contre) et le plus
souvent dans la traduction que François Regnault, qui en avait établi une
première version en 1974 pour la mise
en scène de Brigitte Jaques et l’avait
amendée en 1995. Clément HervieuLéger, pensionnaire depuis 2005 et
nommé sociétaire en janvier dernier,
a déjà signé plusieurs spectacles avec
la troupe : La Critique de l’École des
femmes au Studio, Le Misanthrope et
Le Petit-Maître corrigé de Marivaux
salle Richelieu. Il explique ses choix
au Figaro.
Le FIGARO. – Est-ce vous qui avez
choisi L’Éveil du printemps ?
Clément HERVIEU-LÉGER. – Oui. J’ai
tout de suite pensé à L’Éveil du printemps lorsque Éric Ruf, administrateur
général, m’a proposé une nouvelle mise
en scène salle Richelieu. Depuis mon
entrée en 2005, j’ai vu la troupe évoluer
et arriver toute une jeunesse qui me paraissait idéale pour interpréter les adolescents de Wedekind. S’il parle de très
jeunes gens, il faut tout de même des
interprètes d’une maturité certaine
pour incarner ces personnages. Ils
étaient là. La jeune troupe est extraordinaire à mes yeux.
Comment avez-vous convaincu
Richard Peduzzi ?
Depuis la mort de Patrice Chéreau et
celle de Luc Bondy, Richard Peduzzi,
qui a été leur scénographe, leur compagnon de travail des années durant, ne
voulait plus faire de théâtre. Je l’ai tout
de même sollicité. Il est allé voir Le Petit-Maître corrigé et il m’a appelé. Nous
avons pris un café au Nemours, devant
le Français. Nous avons discuté et il a
accepté. Ce qui est pour moi un privilège immense.
Comment avez-vous résolu
ce problème des lieux multiples ?
Richard Peduzzi a imaginé un espace
unique, assez monumental mais fermé
en haut, une boîte, une grande boîte à
jouer, un immense coffre à jouets peutêtre. Un lieu d’enfermement, un « palais
à volonté » classique, où tout peut advenir. Les parois sont mobiles et l’espace
peut ainsi être modifié et l’on peut notamment passer d’intérieur à extérieur,
par un mouvement simple des éléments
et évidemment avec les lumières.
Toute votre équipe a beaucoup
travaillé avec Chéreau. Un hommage ?
Je dirais que j’essaye de m’inscrire
dans un chemin entamé avec Patrice
Chéreau dont j’ai été l’assistant pour
Cosi Fan Tutte à Aix, en 2005, et Tristan et Isolde deux ans plus tard. J’ai
joué dans Rêve d’automne de Jon Fosse
en 2010, au Louvre et au Théâtre de la
Ville. Nous nous connaissons tous
bien et nous avons cherché cohérence
et harmonie.
“
L’espace est un lieu
d’enfermement
où tout peut advenir
CLÉMENT HERVIEU-LÉGER
”
Vous avez choisi de monter la pièce
dans son intégralité. Indispensable ?
La troupe me permet ce privilège ! Je
n’ai supprimé aucun personnage, ni
parmi les jeunes, ni parmi les adultes
qui sont très importants, et aucun épisode. Si la pièce a heurté, c’est qu’elle
plonge dans les tourments de l’adolescence sans trembler. L’éveil est d’abord
celui de la sexualité. De la masturbation
seul ou en groupe, comme l’expérimentent ces ados, aux tourments de
l’amour, à ceux de l’identité sexuelle,
jusqu’à l’avortement, la mort, le suicide, tout peut sembler bien lourd, tragi-
que. Mais cela ne va pas sans un extraordinaire élan vital et c’est ce qui est
beau dans la pièce.
Est-ce que Wedekind signe La Fureur
de vivre au XIXe siècle ?
Il y a de la fureur dans l’adolescence,
une confusion des sentiments, un élan,
un goût de la révolte contre les adultes,
une violence parfois retournée contre
soi-même, une fascination pour la
mort, une angoisse devant l’avenir.
Oui, il y a de la fureur de vivre et quelque chose qui excède de loin la temporalité de l’écriture. La pièce est universelle et nous touche en cela qu’elle est
non seulement moderne, mais toujours
contemporaine. D’ailleurs, Caroline de
Vivaise s’est inspirée comme je le souhaitais des années 1950-1960 et d’un
monde qui peut évoquer celui des pensionnats britanniques de l’époque, en
un temps où l’on porte des uniformes
mais où palpitent de grands bouleversements dans la société.
Avez-vous d’autres projets
dans les mois qui viennent ?
J’ai repris un rôle dans la mise en scène
du Petit-Maître corrigé et je serai, avec
tous les comédiens du spectacle, à New
York, l’été prochain, pour jouer Les
Damnés, la mise en scène qu’Ivo van
Hove avait signée dans la Cour d’honneur d’Avignon, en 2016.
L’Éveil du printemps, Comédie-Française
(Paris Ier), en alternance, jusqu’au 8 juillet.
Tél. : 01 44 58 15 15. Durée : 2 h 40 sans
entracte, à 20 h 30 en soirée, 14 heures
en matinée. www.comedie-francaise.fr
YVES BEAUNESNE
Après Brigitte Jaques,
en 1974, qui jouait Ilse et signait
un spectacle plein de fougue,
la version d’Yves Beaunesne,
vingt-trois ans plus tard,
dans une traduction nouvelle,
avec notamment Anna Mouglalis,
fut d’une force et d’une beauté
que l’on n’oublie pas.
GUILLAUME LANCESTRE
D
PROPOS RECUEILLIS PAR
GUY DELAHAYE
THÉÂTRE Le
PAUL DESVEAUX
Sans doute l’une des plus belles
mises en scène de la pièce
qu’il nous ait été donné de voir,
en 2001. Avec sa compagnie
de l’Héliotrope, le jeune metteur
en scène avait trouvé la juste
énergie, la joie et le chagrin
des adolescents tourmentés.
L’éveil du printemps,
jusqu’au 8 juillet
à la Comédie-Française.
LAURENCINE LOT
A
Les personnages d’adolescents sont rares dans le monde du théâtre. Il y a des
enfants et des jeunes dans les comédies
de Molière. Ils sont en butte aux duretés
des adultes. C’est notamment clair dans
Les Fourberies de Scapin, dans laquelle
les pères sont durs, comme l’est Arnolphe dans L’École des femmes. Mais
l’adolescence – le mot n’existe pas depuis longtemps – est une « invention »
récente… Pourtant, certains grands
écrivains de théâtre se sont intéressés à
cet âge particulier, à cette zone de trouble de la construction d’un être humain.
On ne peut pas ne pas penser à La
Dispute de Marivaux, qui date de 1744 et
fut d’ailleurs créée par les ComédiensFrançais. Lorsque la pièce commence, le
prince explique à une femme comment
son père, des années auparavant, a mis
en place une « expérience » étrange,
une expérience philosophique et intel-
lectuelle. Il a isolé deux garçons d’un
côté et deux filles de l’autre. Il les a fait
élever loin les uns des autres, dans une
maison, au cœur de la forêt. Il sépare les
deux sexes qui n’ont affaire qu’à deux
serviteurs noirs, un frère et sa sœur. Il
les met en présence, littéralement, pour
voir ce qui va se passer… La question est
de savoir qui le premier des deux sexes
donnera « l’exemple de l’inconstance et
de l’infidélité en amour ». Cette pièce est
l’un des spectacles de légende de Patrice
Chéreau avec ces scènes extraordinaires
où ces enfants se découvrent, dans un
envoûtant décor monumental… signé
Richard Peduzzi, son scénographe.
Rares sont les adolescents au théâtre
et pourtant les personnages de Léonce
et Léna de Büchner (1836) Casimir et
Caroline d’Ödön von Horvath (1932) et
évidemment ceux de Musset, peuvent
être considérés comme du côté de
l’adolescence. Bien sûr il y a le merveilleux héros de Roger Vitrac, Victor :
Victor ou les enfants au pouvoir toujours aussi subversif ! Et Yvonne, dans
Yvonne, princesse de Bourgogne du Polonais Gombrowicz, est, comme les figures de Maurice Maeterlinck, tout
aussi adolescente.
Souffre-douleur
Certaines adaptations les font vivre sur
les planches : la longue nouvelle de Jules
Renard, Poil de carotte, a souvent été
mise en scène. C’est l’enfant, l’adolescent souffre-douleur. En 1983, Pierre
Romans (1950-1990) avait signé une
bouleversante transposition du roman
de Thomas Mann Tonio Kröger, avec
Didier Sandre dans le rôle-titre. Ici, ce
sont les fascinations de l’adolescence, le
mal-être des êtres en devenir, les souffrances de cet âge douloureux qui sont
explorées. Dans cet esprit Les Désarrois
de l’élève Törless, le premier roman de
l’Autrichien Robert Musil, adapté au cinéma par Volker Schlöndorff en 1966, a
parfois été repris sur scène par de jeunes
compagnies. Côté français, il y a bien
sûr La Ville dont le prince est un enfant
d’Henri de Montherlant. En 1967, avec
Didier Haudepin et Paul Guers, la création complète de la pièce fut un événement et ce que l’on nommait « amitiés
particulières », très commenté.
Du côté de la poésie, s’est joué L’Été
de Romain Weingarten qui mêle deux
personnages de chats et deux jeunes. Au
Poche, en 1966, le charme des interprètes, notamment Brigitte Fossey, frappa
tous les spectateurs. Comme plus près
de nous, la « Petite », personnage de
toute jeune fille dans Roberto Zucco de
Bernard-Marie Koltès, qui est devenue
une figure très forte. ■
A. H.
JEAN-BERNARD SCOTTO
Les adolescents, si rares sur les planches
FAYEZ/BATIS
Romancier publié chez P.O.L
et dramaturge, Aiat Fayez
a réinventé la pièce avec
intelligence, sensibilité et une
pincée de fantastique, gardant
le titre original. Alain Batis signait
la mise en scène fluide. Un des
meilleurs spectacles de la saison
dernière vu à la Cartoucherie.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
CULTURE
29
Matthias Goerne, le « lieder » des barytons
CLASSIQUE La cinquantaine passée, le chanteur allemand continue de dominer de son timbre de velours
et de sa grandiose éloquence le répertoire du lied. Il sera en récital à Paris le 22 avril.
ur scène, il impressionne par la
noblesse de son chant. Cette voix d’une
profondeur miroitante d’opale. Son sens
du drame. Comme si chaque mot s’incarnait en lui avec l’éloquence théâtrale
d’un drame en miniature. Dans la vie, il
étonne par sa simplicité. Son caractère
affable. Et sa modestie. On vante sa suprématie dans le domaine du lied allemand ? Il répond tout devoir à ses aînés,
et à ses parents. On flatte sa versatilité à
l’opéra ? Sa capacité à passer de Hindemith à Wagner ? Il dit se contenter d’incursions volatiles, là où la plupart de ses
collègues tournent en permanence avec
cinq à six rôles au répertoire.
« J’ai toujours été dans l’entre-deux du
lied et de l’opéra », explique-t-il en toute
sincérité. Un entre-deux qui lui a permis
d’éclairer, à la faveur de son dernier album, The Wagner Project, quelques-unes
des plus célèbres pages wagnériennes
d’une lumière inouïe de poésie et de tendresse. Traitant avec la complicité chambriste de Daniel Harding et de l’Orchestre
de la radio suédoise les monologues de
Wotan, Wolfram, Hans Sachs ou du Hollandais avec un mélange de douleur
contenue et de sensualité aussi surprenant que convaincant. « Interpréter sur
un même enregistrement tous ces personnages, les chanter d’une seule voix, permet
de rappeler ce qui pour moi est l’essentiel
du chant wagnérien : la phrase. La poésie
wagnérienne est bien plus riche qu’on le
croit. Son usage de la rime est d’une complexité presque insaisissable si vous n’êtes
pas vous-même allemand, assure-t-il.
D’ailleurs, dans le cas du Ring, le livret
était pour lui le plus important. »
Ce sens de la phrase, c’est celui sur lequel Matthias Goerne a bâti son nom et sa
carrière. S’imposant au fil des ans, et au
détour d’innombrables interprétations,
PATRICK BERGER/ARTCOMPRESS
S
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
Matthias Goerne (ici en 2014) : « Le chant m’apparaissait déjà, enfant, comme le meilleur moyen d’expression à ma disposition. »
sur scène comme en studio, des cycles de
Schubert comme le meilleur ambassadeur actuel du lied. Marchant ainsi dans
les pas de son maître et prédécesseur : le
regretté Dietrich Fischer-Dieskau. « Il
m’a permis de me libérer en m’incitant à
écouter ma propre voix et mes intuitions.
C’est quelque chose que j’ai toujours gardé.
Intuition et liberté me semblent être les
deux choses les plus importantes dans l’interprétation du lied. Il ne faut jamais figer
cette dernière, car l’essence même de la
poésie c’est de n’être jamais figée dans sa
compréhension. À la lumière de chaque
nouvelle lecture, sa multiplicité de sens
peut se révéler sous un jour nouveau. Il en
va de même avec les lieder. »
Une soif de liberté
Une fraîcheur nécessaire de l’interprétation que le baryton cultive en choisissant
« des pianistes qui ne sont pas de simples
accompagnateurs. Je n’ai pas besoin d’une
ombre qui joue derrière mon dos, mais de
gens qui font vivre la partie de piano comme
un personnage à part entière. D’ailleurs, les
expériences que j’ai eues avec des pianistes
qui avaient une carrière de solistes internationaux ont été les meilleures ». Rien
d’étonnant, donc, à ce qu’il ait choisi de se
produire, le 22 avril prochain au Palais
Garnier, à Paris, avec l’un des représentants les plus prometteurs de la jeune scène coréenne : le lauréat 2015 du concours
Chopin de Varsovie, de presque trente ans
son cadet. Le tout dans un programme de
lieder rares, où Richard Strauss et Wagner
répondront à Hugo Wolf ou Hans Pfitzner,
« un merveilleux poète-musicien. »
Il serait tentant d’attribuer cette soif
de liberté à l’enfance de Matthias Goerne
dans l’Allemagne de l’Est. Mais celui qui
vit la chute du Mur à l’âge de 22 ans rappelle que cette enfance fut placée sous le
signe des arts. « La musique, notamment,
y occupait une place prépondérante dans
l’éducation. Bien sûr, elle était utilisée à
des fins conservatrices, et enseignée avec
un accent mis sur la discipline. Mais c’est
sans doute à cette dernière que je dois
d’avoir pu rejoindre si rapidement les
classes de Dietrich Fischer-Dieskau et
d’Elisabeth Schwarzkopf. Tout est allé extrêmement vite pour moi. À 34 ans, j’enseignais déjà le lied à l’Académie de musique de Düsseldorf. » Pour lui, cette
liberté est donc avant toute chose une
question d’atavisme. Car si Goerne a
presque toujours su qu’il voulait devenir
chanteur – « le chant m’apparaissait déjà,
enfant, comme le meilleur moyen d’expression à ma disposition » –, il n’oublie
pas que ces parents l’ont toujours encouragé à s’intéresser à tous les arts. « Ils
étaient dramaturges. Même s’ils m’ont
toujours ardemment soutenu dans mon
choix, le théâtre, la danse, les expositions
ou la littérature firent partie dès ma prime
enfance de mon éducation, au même titre
que la musique et l’opéra. »
Une pluridisciplinarité qui, selon lui,
devrait toujours faire partie de l’éducation. « Pas comme une option, mais comme une obligation. Notre manière de
concevoir l’éducation est le reflet de notre
conception de la société. Ne sont obligatoires que les enseignements que l’on croit
utiles. Mais on ne voit que le besoin matériel. L’utilité pratique et immédiate. On ne
pense pas les bienfaits sur le long terme.
Inutile d’être un grand philosophe pour
imaginer à quel point l’art, parce qu’il est
facteur de sociabilisation, de cohésion et
d’élévation, peut prévenir l’agressivité et
la barbarie au sein d’une civilisation. » ■
En récital au Palais Garnier (Paris IIe),
le 22 avril à 20 heures. www.operadeparis.fr
The Wagner Project, CD Harmonia Mundi.
Le « Livre pour quatuor »
ouvre sa dernière page
CHRONIQUE Composée en 1948, cette œuvre
de Boulez était restée inachevée. Complétée après
sa mort, elle a été donnée en concert dans sa totalité.
Christian Merlin
ne création posthume
d’une œuvre de Pierre
Boulez ? C’est presque ce
qui s’est passé la semaine
dernière, au cours d’un
concert qui aurait mérité un peu plus de
battage. Boulez a passé sa vie à réviser
ses œuvres, certaines ne trouvant jamais de visage définitif. Ce rapport à
l’œuvre suscitera encore longtemps
l’interrogation, le compositeur emportant avec lui le mystère du pourquoi :
s’agit-il d’une conception revendiquée
de l’œuvre comme processus jamais
clos, ou d’une incapacité chronique à
déclarer une partition terminée, comme
un écrivain qui ne mettrait jamais le
point final ?
Prenez son Livre pour quatuor. Cette
musique composée en 1948, à 23 ans, est
une œuvre-limite, radicale, d’une complexité telle qu’elle semble davantage
destinée à la feuille de papier qu’aux
instruments. La jouer relève de l’utopie.
Boulez interrompit son travail pour y
revenir en 1954, les mouvements étant
créés séparément. Seul le quatrième
resta à l’état d’esquisse. Pendant longtemps, il laissa tout cela dans ses tiroirs,
conscient que polir ses essais de jeunesse serait un travail considérable. Jusqu’à
2011 où, après une première tentative du
Quatuor Parisii qui avait suscité la bienveillance de Boulez, le Quatuor Diotima
convainquit le compositeur de se replonger dans sa musique composée cinquante ans plus tôt, et de la rendre plus
abordable. De cet échange fructueux
entre les jeunes interprètes et le vieux
U
maître a résulté un enregistrement de
premier ordre (Megadisc). Mais toujours
sans le quatrième mouvement, que
Boulez n’eut pas le temps de reprendre.
C’est celui que le compositeur Philippe
Manoury et le musicologue Jean-Louis
Leleu viennent de compléter, à partir du
canevas laissé par Boulez : travail de bénédictin dont on vient donc d’entendre
pour la première fois le résultat, à la Cité
de la musique, par le Quatuor Diotima,
pendant qu’au même moment le Quatuor Arditti en donnait la première allemande à la salle Boulez de Berlin.
Une architecture claire
Le résultat fut un concert fascinant,
donnant l’impression qu’une œuvre que
l’on prenait pour un pur jeu de l’esprit
recelait une architecture, beaucoup plus
claire avec l’ajout du mouvement central supposé en être le pivot, mais aussi
un raffinement et, n’ayons pas peur des
mots, une expressivité. L’écoute en reste dense et exigeante, mais l’attention
portée par les Diotima à la beauté du son
et à la subtilité des nuances a permis
d’en atténuer le côté aride.
Des questions restent toutefois en
suspens. Là où Boulez envisageait un
« Livre », dont on pourrait modifier à
loisir l’ordre des chapitres, on a entendu
une œuvre close sur elle-même :
qu’aurait-il voulu ? Certaines œuvres,
comme la Symphonie inachevée de
Schubert ou la Neuvième de Bruckner,
existent comme fragments. D’autres,
comme la Dixième de Mahler orchestrée
par Cooke ou la Lulu de Berg complétée
par Cerha, ont gagné leur place au répertoire grâce à l’intervention d’une
main extérieure, sans que l’on soit sûr
que le compositeur aurait donné l’imprimatur. C’est tout le mal que l’on souhaite au Livre pour quatuor de Boulez. ■
A
LE CLASSIQUE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
30
STYLE
Jusqu’où ira la surenchère des baskets ?
DÉCRYPTAGE En termes de style et de prix, le marché de la chaussure d’inspiration sportive ne connaît plus
de limites. Une tendance autant alimentée par les griffes de luxe que par les équipementiers.
L
1
2
GINO DELMAS
ADIDAS ; FRANCESCO GILI/JASON LLOYD EVANS ; RAF SIMONS
tions sur les matières ou les coloris,
réinterprétations ponctuelles cosignées
avec une autre marque, ces actualisations sont vendues un peu plus chères
que les originales… Mais rien de comparable avec les prix atteints dans le
circuit parallèle (magasins physiques et
sites Internet) spécialisé dans les modèles de seconde main et non portés !
Un fidèle d’une boutique de
streetwear parisienne relate une scène
insolite : « Un adolescent est venu nous
demander qu’on l’accompagne pour remettre à un acquéreur une paire de la
collaboration entre Adidas, Chanel et
Pharrell Williams qu’il avait eu la chance
d’acheter chez Colette à 250 euros.
L’acheteur lui en proposait 13 000 euros
et il était terrorisé. » Bien sûr, les plusvalues ne sont pas toujours de cet ordre. Mais la revente d’éditions limitées
est néanmoins devenue un business,
voire un sport de compétition.
Le plus difficile : mettre la main sur
un modèle rare. Il faut généralement
s’inscrire via les réseaux sociaux. Certains points de vente réclament deux
pièces d’identité, pour éviter les faux
et les prête-noms, employés par les
gros revendeurs. Ces derniers sont
aujourd’hui connus pour sortir du circuit (on dit « coffrer ») les paires recherchées pendant quelques mois afin
de faire grimper leur cote avant de les
commercialiser de nouveau sur
Internet, avec une belle marge.
Les moyens mis en œuvre pour récupérer les produits neufs sur les
e-shops sont à la mesure de l’enjeu financier. « Quand on propose un modèle
attendu sur le site, on en vend trois fois
plus que la quantité en stock en un rien
de temps, et on doit ensuite rembourser
à tour de bras », témoigne Martial
Ballejos. « Les gros acheteurs placent
des robots qui “dorment” en permanen-
ce sur le site pour être sûr d’être sur le
coup à la seconde où la paire est mise en
ligne. De ce fait, ça ralentit les serveurs,
quand ça ne les fait pas crasher », renchérit l’employé d’une boutique parisienne.
Courant pérenne
ou bulle spéculative
Le potentiel de ce marché d’occasion
intéresse, logiquement, des investisseurs éloignés du domaine. En février
dernier, le rapprochement entre Flight
Club, adresse new-yorkaise réputée
pour ses baskets rares seconde main, et
GOAT, son équivalent sur Internet, est
annoncé. Dans la foulée, le tandem
réalise une levée de fonds de 60 millions de dollars. Au même moment,
leur concurrent, la boutique Stadium
Goods (toujours à New York sur Howard Street dans le quartier de Soho),
révèle l’entrée au capital de LVMH
Pierre Hardy : « Un phénomène de mode jamais vu,
transgénérationnel et mondial »
Le chausseur français est l’un des premiers designers à avoir mixé les codes
du sport et les savoir-faire du luxe aux
pieds des hommes. Il est loin de penser
que cette effervescence autour de la
sneaker soit une mode passagère.
A
LE FIGARO. - Quelles ont été
les réactions quand vous avez lancé
vos premières baskets de luxe ?
Pierre HARDY. - C’était en 1998, chez
Hermès (dont il est, entre autres, le directeur de création des collections
chaussures, NDLR), maison en partie
tournée vers les loisirs. Cela me semblait normal d’éditer une chaussure faite pour l’activité physique qui reprenait
les codes de la marque : la Quick. La démarche a été immédiatement comprise.
La mode est un miroir quelque peu déformé de la société. L’envie était déjà
présente parmi la clientèle.
Parlez-nous des grandes étapes
du développement de la basket
masculine sur les podiums.
Tout est venu des spécialistes du sport,
tels Nike et Adidas, qui ont introduit
des nouvelles technologies, reprises
dans un second temps par les créateurs.
Je pense notamment aux tiges des baskets en maille tricot et à certains modèles multimatières. La plupart de ces
développements avaient été guidés par
des nécessités techniques liées à la pratique d’un sport en particulier. La
mode s’est ensuite appuyée sur ces bases, allant jusqu’à mettre la fonction
entre parenthèses et ne conserver que
l’allure.
Il s’agit d’un vaste marché allant de 30 à
1 000 euros (et bien plus) et, par
ailleurs, d’un phénomène de mode jamais vu, transgénérationnel et mondial. Les personnes qui préfèrent acquérir une paire de baskets Pierre
Hardy plutôt qu’un modèle d’un géant
du sport recherchent une rareté, une
édition à quelques centaines d’exemplaires plutôt qu’à des millions. Aussi,
je cherche à proposer, d’une saison à
l’autre, un contrepoint à la tendance
générale.
Comment expliquez-vous
l’effervescence créative actuelle ?
Il me paraît normal que tout le monde
explore ce terrain de jeu assez extraordinaire, surtout dans la mode masculine où les possibilités d’innover sont
plus restreintes. Avouez qu’il serait
dommage de continuer à se limiter aux
souliers vernis de soirée, même s’il en
faut de temps en temps. Sur le plan du
style, la basket est aussi plus fluide en
termes de genre et d’identité. Ce produit procure une dynamique très ludique, une liberté que tout le monde a
bien saisie.
Existe-t-il encore
de la place pour de nouvelles
propositions ?
Certains experts parlent d’une bulle
à propos des baskets griffées.
Qu’en pensez-vous ?
Le corps s’habitue à un bien-être. Le
rapport au vêtement de tout un chacun
est plus léger. Un homme, quel que soit
son âge, se sent plus libre en matière de
paraître. C’est un facteur puissant dans
la durabilité de ce phénomène.
G. D.
Pierre Hardy et le modèle Trek Comet
(printemps-été 2018).
PIERRE EVEN/PIERRE HARDY
+ @ SUR LE WEB
» Plus de mode homme
www.lefigaro.fr/lifestyle
4
Luxury Ventures, le fonds d’investissement du géant du luxe. Ces deux
nouvelles font écho à l’annonce, il y a
presque un an, d’une levée de 6 millions de dollars par StockX, une bourse
en ligne initialement spécialisée dans
les sneakers qui évalue la valeur et
commercialise des modèles anciens.
« Il y a une hystérie et, en même
temps, une certaine redondance », juge
le Montpelliérain Martial Ballejos. Matt
Powell, l’expert américain du marché
de la chaussure de sport, parle aussi
d’une « bulle, beaucoup de bruit pour
rien ». En attendant, l’industrie de la
mode est dans les starting-blocks. ■
L’ÉTERNELLE
JEUNESSE
DE RALPH LAUREN
1972, Ralph Lauren crée le Polo
Shirt en s’inspirant du maillot à col
ouvert que portent les cavaliers
de ce sport équestre originaire
des steppes d’Asie centrale
dont la popularité aux États-Unis
remonte au XIXe siècle. Bref, en
2018, dans la dernière campagne
publicitaire de la maison célébrant
ses 50 ans, une bande de jeunes
gens alanguis sur le sable
des Bahamas l’arborent en signe
de ralliement. Réédité pour
l’occasion, ce petit bout de piqué
de coton à la dégaine cool et
vintage reconnaissable entre mille
n’a décidément pas pris une ride.
À partir de 85 €. Pour homme
et femme, dans de nombreux
tissus, coupes et couleurs,
ainsi que dans une version
personnalisable Create your own.
www.ralphlauren.fr.
RALPH LAUREN
Mettre le prix d’un loyer dans une paire
de tennis ne choque (presque) plus,
surtout pas les millennials. Là où la sortie de quelques nouveautés affolait, il y
a une dizaine d’années, une poignée de
collectionneurs, c’est aujourd’hui plusieurs lancements par jour qui mettent
en ébullition les réseaux sociaux.
« Dans ce flot, il existe peu de réelles
nouveautés, 90 % sont des rééditions »,
précise Martial Ballejos, directeur de
six boutiques à Montpellier, dont la très
« sneaker friendly » Manifest. Varia-
1. Modèle Deerupt d’Adidas. 2 et 4. Défilé Raf Simons printemps-été 2013. 3. Modèle Reebok en collaboration avec le label branché Vetements.
Focus
Des plus-values
inimaginables
3
+
e 15 mars, à Paris, le
Carrousel du Louvre hébergeait une
soirée digne d’un festival branché.
Trois cents invités étaient réunis pour
découvrir la Deerupt, nouvelle basket
d’Adidas constituée d’une tige en tissu
mesh recouvert d’une résille stretch.
La marque aux trois bandes aurait dépensé plusieurs millions pour l’événement, dans l’espoir de propulser sa petite dernière parmi les best-sellers de
2018. Dans la capitale comme en province, les propriétaires de magasins
spécialisés s’étonnent, de moins en
moins, de voir des queues se former
devant leurs vitrines dès l’aube, dans
l’attente d’un lancement. Une désirabilité savamment entretenue par les
grandes marques de sport qui verrouillent leur distribution. « On
construit sa crédibilité petit à petit avant
de pouvoir commercialiser ce type de
produits Nike ou Adidas », explique
Sébastien Chapelle, ancien de Colette
et cofondateur de la boutique Nous,
inaugurée, début janvier, rue Cambon
(Paris Ier).
Le phénomène a pris une ampleur
encore plus grande avec l’arrivée sur le
marché, depuis quelques saisons, de
nouveaux acteurs venus de la mode
haut de gamme. Chez Pierre Hardy,
par exemple, un des pionniers de cette
hybridation entre sport et luxe, la proportion de baskets est passée de 10 %
dans ses premières collections masculines, à près de 70 % aujourd’hui. Sur
les podiums, la surenchère stylistique
marche à plein régime. Surtout, depuis
le succès des modèles Raf Simons et
Yeezy (le label de Kanye West développé avec Adidas) et, plus récemment, de Balenciaga. « On aurait presque pu se contenter d’ouvrir une sorte de
buvette et vendre les Triple S de
Balenciaga au comptoir tellement il y
avait de demande », sourit David Mulliez, fondateur de la boutique Edmond
consacrée aux sneakers de créateurs,
dans le Marais à Paris (17, rue SainteCroix-de-la-Bretonnerie).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
AUTOMOBILE
Citroën C3
Aircross
Renault
Captur
PureTech 110
Feel
5 l/100 km
115 g de CO2
19 250 €
TCe 120 Energy
Intens
5,5 l/100 km
125 g de CO2
22 000 €
31
Peugeot
2008
PureTech 110
Allure
4,4 l/100 km
103 g de CO2
21 850 €
Seat Arona
TSI 115
Xcellence
5 l/100 km
114 g de CO2
22 015 €
l’Espagne
défie la France
Citroën C3 Aircross
Renault Captur
Peugeot 2008
Seat Arona
ADRIEN CORTESI, CITROËN, RENAULT,TIBO, SEAT
SUV urbains :
COMPARATIF Dernier arrivé sur le marché, le Seat Arona peut-il bousculer les modèles de PSA et de Renault ?
L
PHILIPPE DOUCET
pdoucet@lefigaro.fr
es petits SUV ont d’abord
un rendez-vous de taille. Le Seat
Arona, comme ses rivaux français de
PSA, Citroën C3 Aircross et Peugeot
2008, mesure 4,15 m de long (exactement 4,14 m). Le Captur de Renault se
singularise, lui, avec une longueur de
4,11 m. Similarité de puissance
également, avec un choix de motorisations se situant ici entre 110 ch (2008,
C3 Aircross) et 120 ch (Captur). Bref,
nous sommes là sur le territoire des
SUV urbains.
Ces petites voitures ont pour vocation
de sillonner les artères de nos cités.
Mais toutes offrent des capacités routières bien supérieures à celle de strictes citadines. Leur moteur et leur habitabilité (à condition de se limiter à
quatre personnes) leur assurent un niveau de performances suffisant pour
envisager n’importe quel trajet. Et
avec, en prime, un encombrement plus
faible et un comportement plus vif que
celui d’un modèle appartenant au segment supérieur.
toit haut perché pour tous
uUn
L’Arona, comme ses rivaux, ne pos-
sède pas de transmission intégrale. Mais
avec une garde au sol de 19 cm, il est
capable d’emprunter de mauvais chemins. Ces petits SUV ont le toit haut
perché : 1,55 m (Arona et 2008), 1,57 m
(Captur), 1,59 m (Citroën). Ils font
preuve aussi d’une belle largeur : jusqu’à 1,82 m pour le 2008 (1,78 pour
l’Arona et le Captur). À ce jeu, avec
seulement 1,74 m de large, le C3 Aircross hérite d’un effet « haut-de-forme » plus accentué que sur ses concurrents, qu’il tente de compenser par un
vaste choix de personnalisation de sa
carrosserie (80 combinaisons possibles). L’Arona se distingue par son importante surface vitrée, qui semble
avoir été greffée sur la plastique de sa
cousine Ibiza. Fidèles à l’esprit de Sochaux, les codes esthétiques de la 2008
évoquent plutôt le charme discret de la
bourgeoisie et de la famille. Star du
marché, le Captur, avec des flancs très
creusés, une haute ceinture de caisse et
une surface vitrée réduite, possède une
silhouette plus agressive, mais harmonieuse. Les touches de couleurs qui pimentent l’extérieur du C3 Aircross lui
donnent de son côté un air de fantaisie
bienvenue au sein d’un univers automobile dominé par la grisaille.
univers très différents
uDes
D’une voiture à une autre, les am-
biances intérieures sont très différentes. Chez Seat, place au classicisme.
L’Arona reprend la planche de bord de
l’Ibiza. C’est net, clair, précis, et pour
tout dire très germanique, rappelant
que le label espagnol appartient depuis
maintenant plusieurs décennies au
groupe Volkswagen. L’atmosphère est
plus pimpante à bord du C3 Aircross, si
on retient l’ajout d’éléments colorés.
On retrouve avec satisfaction au centre
de son tableau de bord la « tablette »
reprise de la C3 et on apprécie un intérieur ultralumineux avec le toit panoramique. Le 2008 accueille l’i-Cockpit
mis au point par Peugeot. La lecture des
instruments se fait par-dessus le volant. Cette ergonomie originale ne plaira pas à tout le monde, mais le petit volant associé à l’i-Cockpit permet aux
grands gabarits de s’installer plus facilement à bord. Sur le Captur, on se situe
entre tradition et modernité avec une
instrumentation lisible mais une ergonomie assez quelconque. Question finition, l’Arona arrive en tête. Ses ajusta-
ges sont rigoureux et les matériaux de
qualité, à défaut d’être spectaculaires.
Le 2008 est presque au niveau de l’espagnol, mais elle s’incline en raison de
quelques approximations dans les assemblages du mobilier. Le Captur et le
C3 Aircross se placent un cran en dessous. En cause, des matériaux moins
valorisants et, chez Citroën, une finition désinvolte par certains aspects.
volant
uAu
Le C3 Aircross offre le meilleur volu-
me de coffre (410 dm3), suivi par l’Arona (400 dm3), le Captur (377 dm3) et
enfin le 2008 (350 dm3). Le Seat se distingue par la richesse de son équipement. Il intègre notamment, dès l’entrée de gamme, un freinage d’urgence
avec détecteur de piéton, un détecteur
de fatigue, et un écran tactile ainsi
qu’un volant avec de nombreuses commandes. Les autres compétiteurs ne
sont pas en reste (le C3 Aircross, par
exemple, bénéficie du récent système
de chargement de portable par induction), mais ils ne font pas preuve de la
même abondance en matière d’aides
électroniques. Handicapés par leur
hauteur et leur poids, ces petits SUV
n’ont pas une tenue de route aussi plai-
sante que celle d’une citadine. Mais
tous ont des comportements sûrs.
L’Arona se montre stable en toutes circonstances, aidé par un amortissement
légèrement ferme. Le 2008 est aussi rigoureux, mais en se révélant plus moelleux, tout comme le Captur. Mais c’est
le C3 Aircross qui emporte la palme du
confort, renouant ainsi avec la tradition
des Chevrons. Tous les moteurs se
montrent volontaires, avec, là encore,
du point de vue de l’agrément, un petit
plus pour les motorisations PureTech
de 110 ch des Citroën et Peugeot. ■
 NOTRE AVIS
L’Arona bénéficie d’une prime à la
jeunesse, mais pas autant qu’on pourrait le croire. Le SUV espagnol est un
bon élève dans toutes les matières, mais
au point de manquer de fantaisie. En
face, la petite troupe française fait
preuve de plus de personnalité. Châssis
de premier ordre pour le 2008, design
réussi pour le Captur, confort d’exception pour le C3 Aircross, chaque véhicule tricolore défend sa position sur un
autre registre. ■
Triumph Tiger 800 : le trail polyvalent par excellence
CONTACT Machine soignée dans les moindres détails, la troisième mouture du trail britannique frise le sans-faute.
e prix des maxi-trails toutes
options dépasse aujourd’hui les
20 000 €. Une somme qui ne se
justifie pas toujours dans le cadre d’un usage essentiellement
périurbain. C’est ici que les moyennes
cylindrées entrent en scène. Leur niveau
de performances est déjà excellent et leur
polyvalence souvent équivalente, sinon
supérieure. Un écart de poids d’une
trentaine de kilos engendre en effet une
plus grande facilité dans les manœuvres
et une meilleure maniabilité en milieu
urbain. Le reste est une question de standing. Triumph l’a bien compris qui avait
déjà rehaussé celui de son Tiger 800 en
2015 et le perfectionne encore aujourd’hui, histoire de le hisser, puissance exceptée, au niveau des grosses cylindrées.
Dans la dotation de série du haut de
gamme Tiger 800 XCA, on recense en
effet un régulateur de vitesse, des poignées chauffantes, un sabot moteur en
L
Couteau suisse
À l’instar d’un petit
SUV, le trail Triumph
affiche une grande
souplesse d’usage.
TRIUMPH
aluminium, des arceaux de protection,
des suspensions WP totalement réglables, des feux antibrouillard, des selles
pilote et passager chauffantes et un superbe écran d’instrumentation TFT de
5 pouces à affichage personnalisable. De
quoi justifier un prix de vente de
14 950 €. Le Tiger 800 XCA n’en demeure pas moins un achat malin, comme
nous l’avons constaté durant notre essai.
Premier constat, la finition de cette anglaise s’avère particulièrement soignée.
Les ingénieurs ont contenu le poids de
la machine à 222 kg avec le plein, le pilotage en ville et sur routes sinueuses
s’en trouve facilité. Sur les grands axes,
la protection accrue du nouveau parebrise réglable sur cinq positions est appréciable. Pour un trail doté de grands
débattements, l’effet cheval à bascule
est limité. Cela tient aux réglages et à la
qualité des suspensions, mais aussi au
freinage qui manque légèrement de
mordant. En cherchant des défauts,
nous avons trouvé une assise un peu
ferme. Plutôt qu’une selle chauffante,
nous aurions préféré la selle confort qui
figure dans la liste des options. Enfin,
nous avons trouvé pingre le supplément réclamé pour avoir du caoutchouc sur les repose-pieds.
Cela étant, ce nouveau Tiger 800
s’avère un véritable couteau suisse, capable de s’acquitter de toutes les tâches
avec un égal talent. Certes, le « méchant » Tiger 1 200 est autrement plus
valorisant et plus performant, mais un
écart de prix s’élevant à 6 200 €, à finition égale, donne matière à réflexion.
Quant à ceux que la hauteur de selle
(840 à 860 mm) et le tarif élevé du XCA
rebuteraient, le Tiger 800 reste proposé
en six versions dont une XR, plus basse
et moins équipée, qui met le ticket
d’entrée à 11 100 €. ■
+ @ SUR LE WEB
» Renouvellement de l’Audi A6 Avant
» Renault muscle son petit SUV Captur
www.lefigaro.fr/automobile
A
Autre motif de satisfaction, les motoristes ont peaufiné son 3-cylindres. Le petit tigre siffle moins, son timbre rauque
grimpe dans les aigus à mesure que le
régime augmente, un régal. La réponse
du bloc anglais est toujours linéaire,
mais il présente moins d’inertie, un vrai
moteur de roadster. La première plus
courte booste le décollage et le régime
de croisière élevé (4 000 tr/min à
90 km/h) dynamise les relances.
THIERRY ÉTIENNE tetienne@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
32 AUTOMOBILE
Honda Civic
Type R :
un monstre
d’efficacité
ESSAI La spectaculaire berline compacte
japonaise démontre un vrai talent
pour la performance, record à l’appui.
C’
THIERRY ÉTIENNE
tetienne@lefigaro.fr
est la reine du « Ring ».
Il y a tout juste un an, la dernière génération de Civic Type R établissait un
nouveau record pour une « traction »
sur le mythique tracé du Nürburgring, parcourant ses 20,8 kilomètres
en 7 minutes 43 secondes et 8 dixièmes. Depuis plus d’un quart de siècle,
les versions Type R, comme Racing,
dynamisent la gamme Honda. Inauguré par la NSX en 1992, ce label
sportif a littéralement endiablé plusieurs générations d’Integra, d’Accord et de Civic. Motoriste hors pair,
le constructeur japonais a développé
d’incroyables moteurs VTEC capables
de prendre jusqu’à 9 000 tr/min,
comme un moteur de course. Ces mécaniques rageuses furent longtemps
sa marque de fabrique, avant que la
nécessaire réduction des émissions de
CO2 ne le contraigne à céder aux sirènes de la suralimentation.
Les talentueux motoristes nippons
sont néanmoins parvenus à faire cohabiter harmonieusement turbo et distribution totalement variable, le VTEC
étant cette fois mis à contribution pour
réduire le temps de réponse. La
deuxième mouture du 4-cylindres 2
litres de la dernière Civic Type R affiche ainsi 320 ch, soit la remarquable
puissance spécifique de 160 ch/l. Traduit en termes de performances, cela
donne un 0 à 100 km/h abattu en 5,8
secondes et une vitesse de pointe de
272 km/h, des valeurs comparables à
celles du premier coupé NSX, excusez
du peu !
Enthousiasmante mécanique
Toute la difficulté, pour une traction,
résidait dans la transmission de 400
Nm de couple sur le bitume. Les ingénieurs ont employé les grands moyens,
notamment un train avant à pivot découplé et un différentiel à glissement
limité. L’efficacité sportive qui a permis à la Civic de distancer ses rivales
sur le tracé du massif de l’Eiffel tient
aussi dans une caisse plus rigide, un
centre de gravité abaissé, un empattement accru, des pneus plus larges et
un train arrière multibras. Sans oublier
de spectaculaires appendices aérodynamiques qui ne sont pas là pour faire
de la figuration.
Changement notable comparé à la
génération précédente, le conducteur
promu pilote est calé dans un superbe
siège baquet installé 25 mm plus bas.
La Civic Type R est capable d’abattre
un 0 à 100 km/h en 5,8 secondes.
L’habitacle offre de superbes sièges
baquet et une planche de bord épurée.
B. ASSET
Sous le capot
Moteur
Cylindrée
Type
Puissance
Couple
1 996 cm3
4 cyl. VTEC turbo essence,
320 ch à 6 500 tr/min
400 Nm à 2 500/4 500 tr/min
Transmission
Type
Boîte
Traction
Manuelle 6 rapports
Dimensions/poids
L/l/h
Coffre
Poids
4 557/1 877/1 434 mm
420 dm3
1 420 kg
Performances
0-100 km/h
Vitesse
5,8 s
272 km/h
Consommation/émissions
Mixte UE
CO2
7,7 l/100 km
176 g/km
Prix
39 880 €
La planche de bord épurée dotée d’une
instrumentation numérique privilégiant le compte-tours et le petit levier
de vitesses avec un pommeau en aluminium ajoutent à l’ambiance sportive. On jurerait être au volant d’un
coupé. Le moteur a gagné en caractère, l’excellente boîte manuelle délivrant un « talon-pointe » automatique permet d’en tirer la quintessence,
et les trois sorties d’échappement sont
parfaitement dans le ton.
Cette enthousiasmante mécanique
est en outre facile à exploiter. Le comportement routier de la Civic Type R
s’avère à la fois incisif et stable. Sur
circuit, la limite vient des pneumatiques, mais elle pourrait facilement être
repoussée en recourant à des semislicks. Bonne surprise, cette redoutable efficacité sportive n’a pas été obtenue au détriment du confort. Grâce à
un amortissement piloté ZF Sachs au
registre étendu, la Type R s’avère facile à vivre au quotidien. Seules restrictions à cette agréable polyvalence, une
homologation en seulement quatre
places et un petit réservoir de 46 litres
qui n’offre guère plus de 400 kilomètres d’autonomie.
 NOTRE AVIS
Quoi qu’il en soit, le potentiel sportif
de cette « GTI » du troisième millénaire est tout bonnement sensationnel.
Cette traction affiche un niveau de
performance équivalent à celui d’une
bonne GT des années quatre-vingtdix. Et les limites du genre ne sont sans
doute pas encore atteintes. Renault
s’apprêterait à relever le défi du Nürburgring avec une version Trophy de
la nouvelle Mégane RS. Tant qu’il y
aura des amateurs… ■
IMMOBILIER
avec
Immobilier
Ventes 15e
d'entreprise
APPARTEMENTS
Ventes
BUREAUX
PANTIN-METRO HOCHE
OPENSPACE 800M2
20001 le m2
21 parkings inclus
Locaux impeccables
Pptaire : 06.09.14.08.44
Immobilier
ventes
et achats
Ventes 2
e
VAL DE GRACE 213M2
Duplex 5 chbres, balcons
- 2.850.0001 BERNARDIN
2 chbres, charme, 2easc
- 1.150.0001 DESCARTES 129M2
Duplex 4 chbres, charme
- 1.895.0001CONTRESCARPE 64M2
2 chbres, vue, charme,
à rénover - 840.0001
Ventes 6e
APPARTEMENTS
SAINTS PERES
89m2 - 2°asc. - 2 chbres
Très bon état-1.612.0001
BOURGOGNE
111m2 - 5°asc. - 2 chbres
Rénové - 2.085.0001
ECOLE MILITAIRE
124m2-2°asc.-2/3 chbres
Bel anc.-travx-1.800.0001
GROS CAILLOU
215m2-5°Balcons-5 chbres
Bon état - 3.200.0001
GRENELLE
205m2-3°ét.Calme-4 chbres
Beau Pierre/T-3.290.0001
APPARTEMENTS
çMONTORGUEILç
54m2-Charmant 3P. rénové
2 chbres - Calme-Lumineux
- 750.0001 -
EMILE GARCIN
01.58.12.02.02
www.emilegarcin.fr
Ventes 3
e
APPARTEMENTS
çFRANCS-BOURGEOISç
4°étage-Appartement 51m2
2P. - 1 chbre - 630.0001
çEMILE GARCINç
- 01.44.49.05.00 www.emilegarcin.fr
Ventes 4e
ç RUE DE BUCI ç
48m2, 2 chambres
proche commerces-780.0001
APPARTEMENTS
MARCFOUJOLS.COM
ÎLE SAINT-LOUIS
LUXEMBOURG 91M2
Imm. 18e 4e ét. 2 P. 39m2
Parfait état. Ptres, bcp
de charme. 740.000 1
01.42.88.96.75
Ventes 5e
APPARTEMENTS
ç SAINT-GERMAIN ç
4°étg asc. - Appt 48m2
Meublé luxe - 885.0001
A
LITTRE
98m2 - 3°asc. - 3 chambres
Refait Neuf - 1.305.0001
NOTRE DAME CHAMPS
110m2 - 1er étage-3 chbres
A rénové - 1.456.0001
TOURNON
100m2 - 2°asc. - 2 chbres
Bel immeuble - 2.030.0001
ODEON
154m2 - 3 chbres - Charme
Parfait état - 2.620.0001
LUXEMBOURG
MAISON 235m2
5 chbres-Calme-4.900.0001
çEMILE GARCINç
- 01.44.49.05.00 www.emilegarcin.fr
çEMILE GARCINç
- 01.42.61.73.38 www.emilegarcin.fr
Ventes 14e
APPARTEMENTS
BRETEUIL-Dernier ét.
4 chbres-travx-1.890.0001
BALARD-Dernier étage
126m2-terrasses-1.290.0001
G.BRASSENS - Maison
220m2-rénovée - 2.300.0001
FRONTS DE SEINE
Duplex 192m2
26°étg-rénové-1.995.0001
CONVENTION-dernier ét
Terrasse-3 chbres-Vues
Ventes 16e
APPARTEMENTS
QUAI D'ORSAY
Superbe Penthouse 78m2
Terrasse vues Paris,park.
RARE - RDRG INVEST
06.14.56.81.78
CAMPAGNE PREMIERE
53m2-Dernier étg-Rénové
ALESIA
Livraison Mars 2019
Dernier étage - Terrasse
1.250.0001
MAIRIE
65m2-2 chbres-6°ét.Rénové
ALESIA - MAISON
200m2-5 chbres-2.300.0001
OBSERVATOIRE-MAISON
100m2 avec Jardin-Charme
appartement
à vendre ?
01 56 52 8000
ç TROCADERO ç
50m2,duplex,1 chambre
ancien,charme-550.0001
ç OCDE ç
Art Déco, 3 chambres
volume,parking-2.900.0001
MARCFOUJOLS.COM
01.53.70.00.00
ASNIÈRES
SUR SEINE
Ventes
APPARTEMENTS MAISONS
CHANTILLY (60)
VD IMMEUBLE
Propriété isolée à
proximité immédiate D'
1 COMMERCE ET
7 LOGTS LOUÉS
bon placement. 1.200.0001.
Part. 03.44.67.10.15
Sud-Est
BAYONNE (64)
FACE CHATEAU VIEUX
Dans résidence neuve
3 PIECES
PARKING S.SOL
DISPONIBLE DE SUITE
146 Bd Voltaire / 1 rue
Molière
Ventes
APPARTEMENTS MAISONS
Ouest
Ventes 17
Idéal pied à terre rénové
architecte,gd séj,2 chbres
2 s.bains,étage élevé.
06.17.98.37.95
Ventes 7e
Hauts-de-Seine
Ventes
IMMEUBLES
situé rue principale,
prox. du château
e
APPARTEMENTS
APPARTEMENTS
01.56.81.11.40
Ventes 92
APPARTEMENTS
Un
DUPLEIX
35m2 - Bon plan en Etoile
Calme - Cachet - 440.0001
VAUGIRARD
68m2 - Imm. Haussmannien
Cachet-Volumes - 785.0001
MOTTE PICQUET
41m2 - Etage élevé asc.
Rénové - Vue - 600.0001
SAINT LAMBERT
71m2-ét.élevé asc.Balcon
2 chbres-Rénové-820.0001
GEORGES BRASSENS
88m2 - Dble séj.,2 chbres
Prof.lib.possib.-690.0001
01 56 52 8000
Pl.Palais Bourbon 137m2
Maison fin 18° - 2 chbres
Etat exception-4.900.0001
HÔTEL PART.
à rénover. Px à débattre.
Cabinet PG Lance
01.49.53.97.61
06.61.41.96.70.
COMMERCE
EN RDC 230 M2
À VENDRE
avec parkings en sous-sol
Livraison Mai 2018
Visite sur place sur R.V
Renseignements et vente
ç PLACE WAGRAM ç
Imm.1955, 7°VUE, 113m2
3 chbres,soleil-1.125.0001
ç VILLIERS ç
Pierre/T., 140m2, 2°étage
3 chbres,calme-1.650.0001
ç AVENUE WAGRAM ç
Imm.1930, 240m2, 4 chbres
3°ét. volumes - 2.385.0001
çRotonde Parc Monceauç
Pierre/T.,224m2,5°ét.balc
4chbres,parf.ét.2.650.0001
ç LYCEE CARNOT ç
Pierre/T.,240m2,4°volumes
calme,parf.état,2.940.0001
ç PARC MONCEAU ç
Hôtel Part., 473m2,jardin
terrasse,charme-6.250.0001
FEAU 17EME
01.42.27.85.00
www.feau-immobilier.fr
é TERNES/ETOILE é
5P. 98M2+BALCON
5°asc. - parquet, moulures
1.295.0001é06.11.41.50.50
LA MARINA Duplex 46m2
Parfait état, stand. cuis
salon, terrasse, chbre,
s. d'eau, anneau bateau.
Gd box fermé. 235.000 1
Part 06.40.18.18.76.
(35) ST MALO
19 € HT* LA
A LIGNE
Annonce difusée dans
Le Figaro Quotidien,
Le Figaro Immobilier
et Explorimmo
Ventes
APPARTEMENTS MAISONS
Est
(69) LYON 2EME
AXE PROMOTION
01.53.32.83.20
COURTOISVILLE
Villa 130 m2 rénovée
grand séjour, cuisine, 4
chambres, 3 bains, garage,
grand patio. 780.000 1.
Part. 06.71.20.34.50.
EN PROVENCE
gare TGV et aéroport
Marseille, le tout en
parfait état d'entretien,
comprenant une maison
principale de 320 m2,
une secondaire de 110 m2,
bâtiments annexes de
150 m2, isolée sur 3 ha
clos et aménagés, le tout
en parfait état d'entretien. Part. 2.250.0001.
Dossier sur demande.
Part. Tél. 06.80.83.88.06
Locations 8e
OFFRES MEUBLÉS
CHAMPS-ÉLYSÉES
FBG ST-HONORÉ
EXCEPTIONNEL
5/6 P., 3 chbres, 165 m2,
luxueux, entièrement
meublé. 5.9001 hors ch
Part. 06.85.08.43.42.
nf@ktsvoyages.fr
VISITE SUR RDV
05.62.17.00.04
www.icade-immobilier.com
(14) DEAUVILLE
AIX
Immobilier
locations
AU COEUR DE
CONFLUENCE
Superbe appt 4P.duplex
de 144m2, 15e et 16e ét.
3 chbres,2 bains,dressing
buanderie, balcon, vue
exceptionnelle sur Lyon
ensoleillement maximum
Résidence signée par
Herzog et de Meuron,
normes éco recherchées,
Prestations haut de gamme
AU CŒUR DU VAR
30 KMS DE LA CÔTE
et des Gorges du Verdon
bastide fin XVIIIe,
100 m village médiéval
160 m2 hab. s/jard. arboré
4 chbres, 2 s. de bains,
1 s.d'eau,Gde récept..,
cheminée. Dble gar.
atelier. 470.000 1
Part. 06.14.686.687.
christineblanc@club.fr
influence
Figaro Immobilier
19 € HT*
LA LIGNE
MARSEILLE 8e
LE PRADO
Résidentiel. Magnifique
Appt 130 m2 + terrasse.
Tt cft, calme, sécurisé,
garage. 575.000 1
Part 06.70.57.77.80.
Annonce difusée dans
Le Figaro Quotidien,
Le Figaro Immobilier
et Explorimmo
01 56 52 80 00
*T
Tarif HT au 8 juin 2015
Ventes 92
Sud-Ouest
MAISONS
Hauts-de-Seine
MONTROUGE
Maison 1930, 70 m2, sud
sur petit jardin, près Mo
A restaurer. 396.000 1
Part. 01.46.54.58.37.
VEYNES (05)
Ventes
APPARTEMENTS MAISONS
04.13.13.01.34
www.icade-immobilier.com
ARCACHON T2
pl. des Marquises, plage
à pied, gare 5 mn, résid.
récente 2° asc. gd balc.
beau T2 ensoleillé 51 m2,
bien équipé. clim. Part
340.0001. 06.41.15.96.20.
MEGEVE CENTRE
Vue imprenable. Duplex
exceptionnel. 3 chambres,
3 salles d'eau. 2.300.0001
Garage double en sus.
part 06.04.78.63 45 H.Bur
25km Gap ski Superdévoluy
belle maison 3 nivx 230m2
8 chbres, 3 bains, balc.
Gar. cave. 862 m2 clos
arboré calme. 220.000 1
Part. 06.82.14.27.74.
renseignements :
01 56 52 80 00
CAP BRUN (83)
Superbe ppté, face à la
mer, prestations de luxe,
prix: 4.500.000 1
part 06.04.78.63 45 H.Bur
*T
Tarif HT au 8 juin 2015
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
TÉLÉVISION
3
3
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Tout
va bien
« Interview
du président
de la république »
CAPA PRESSE TV
BFM | 6 heures | Lundi
S
Le nombre de croisières a presque quintuplé en vingt ans et concernera 27 millions de touristes cette année.
La Méditerranée défigurée
Une enquête serrée s’interroge pour savoir si la mer intérieure va passer l’été. De fait, Mare Nostrum
est en danger de mort. La pollution, le béton, les croisières et le tourisme de masse risquent de la tuer.
MARC CHERKI £@mcherki
ans complaisance ni temps
mort, Alexis Marant, documentariste de Capa TV, dresse un bilan alarmant de la Méditerranée,
proche de l’épuisement. Le documentaire diffusé ce mardi soir sur Arte
est à regarder. Il invite à un grand voyage
sur l’ensemble du pourtour méditerranéen, de la Grèce à l’Espagne, en passant
par la Tunisie, l’Italie, le Monténégro, le
Liban ou le sud de la France. Car même si
la mer intérieure est un sujet de rêves et
d’études depuis l’Antiquité, sa surexploitation et l’évolution démographique
autour du bassin, notamment l’été, risquent de lui porter le coup de grâce.
« Est-ce qu’elle deviendra une piscine ? », s’interroge à la fin du film, avec un
brin d’humour désabusé l’Italien Marco
Affronte, biologiste marin et député du
groupe Les Verts au Parlement européen.
S
Il prévient que si la vie y est éteinte, il y
aura de graves conséquences qui ne peuvent pas être anticipées. Comme le rappelle, par ailleurs, Pascal Canfin, directeur
général de l’organisation non-gouvernementale WWF France, la Méditerranée
représente seulement 1 % de la surface des
océans, mais elle concentre encore 10 %
de la biodiversité marine. Cependant, les
évolutions y sont très rapides.
Des pêcheurs dans le sud de la France,
plus chanceux que ceux du golfe de Gabès (Tunisie) ou de Beyrouth (Liban), témoignent d’atteintes à leurs activités. La
taille et le poids des sardines ont diminué de 30 % environ en une dizaine
d’années, à cause d’un appauvrissement
du plancton. Et la pollution, à cause de
rejets industriels, de gaz ou du déversement direct d’ordures et
d’eaux usées non traitées, a
éteint toute activité de pêche
dans le golfe de Gabès, autre○○○○
fois si poissonneux. La capi-
L’enquête démontre que la création
d’une marina de luxe, en lieu et place
d’un ancien arsenal au Monténégro, sur
un bout de littoral méditerranéen en apparence préservé, a été effectuée avec le
support actif d’hommes politiques. La
création d’emplois de substitution n’a
pas été à la hauteur des promesses… sauf
peut-être pour les commanditaires des
constructions. Un journaliste du cru y
raconte que le pouvoir local agit en
étant une sorte de
« Robin des bois à
l’envers ».
20.50
Le capitaine Marleau sous le charme de l’interprète d’Hercule Poirot.
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
AVEC FRANÇOIS AUBEL£@francoisaubel
«
ourquoi les actrices devraient être mignonnes ?
Moi, je revendique le droit
d’être moche ! » Cette
saillie de Corinne Masiero,
adressée, la semaine dernière lors du festival Canneséries, à une admiratrice qui
lui confiait qu’elle la trouvait plus jolie en
vrai qu’à l’écran, est savoureuse. Elle colle parfaitement au caractère bien trempé
de l’interprète du rôle-titre de l’épatante
série de Josée Dayan Capitaine Marleau.
Une fiction dont la saison 2 est diffusée à
partir de ce soir sur France 3.
P
LE BUZZ TV
interviewé par Nicolas Vollaire et
Sarah Lecœuvre aujourd’hui sur :
Suspense et humour sont
au rendez-vous de cet épisode de
Capitaine Marleau, avec Corinne Masiero
et David Suchet. CAPA PRESSE TV
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4702
HORIZONTALEMENT
Bétonnage du littoral
Outre ce triste constat, le film montre
plusieurs causes de la pollution. Le tourisme de masse, avec le développement
effréné de croisières à bas prix sur
d’énormes paquebots qui émettent de
grandes quantités de particules fines,
respirées par les vacanciers, provoque la
colère d’ONG et d’habitants des ports où
s’arrêtent ces gigantesques bateaux. Ce
type de séjours itinérants a presque quintuplé en vingt ans et concernera 27 millions de touristes cette année. C’est dire
que la Méditerranée, qui accueille déjà
300 millions de personnes l’été, pourrat-elle encore en absorber 200 millions de
plus en 2030 ? Corinne Lepage, avocate
et ancienne ministre de l’Environnement, rappelle qu’elle ne connaît pas
« un cas où l’intérêt écologique l’a emporté
sur l’intérêt économique ».
Toutefois, l’expérience des « aires
marines protégées », notamment dans le
sud de la Corse, apporte une lueur d’espoir à ce portrait glaçant. ■
Masiero-Suchet, duel au sommet
Invité : Édouard Édouard,
finaliste de « The Voice »
1. Il manque cruellement d’adresse.
- 2. Vouer à la destruction. - 3.
Mise en scène de la grande illusion. - 4. Queues chez le fleuriste.
Annonce l’année. - 5. Noir dans ce
sens, jaune dans l’autre. Femme
de chambre. - 6. Coucha dans un
tonneau mais pas du tout comme
Diogène. On sépare le blanc du
jaune. - 7. Le « pape du pop », en
un sens. - 8. Enfermé dans un seul
style. - 9. Premier architecte du
roi Louis XVI, il œuvra dans le parc
du Petit Trianon. Cours élémentaire. - 10. Dans la panoplie de
l’écolier et du menuisier. - 11. Formation aérienne. Arriva sur terre
par la côte. - 12. Pouvaient faire
office de bulletins de vote.
tale du Liban est, quant à elle, défigurée
par des décharges à ciel ouvert qui seront fermées… un jour, promettent les
autorités. Mais ce serait sans doute pour
mieux y réaliser un futur bétonnage du
littoral, ce qui risque d’accroître la pression sur l’environnement.
VERTICALEMENT
1. Petit bond d’oiseau. - 2. Élimine
les dangereux agents infiltrés. - 3.
Flamboyants neufs. - 4. Attaque
aux assises. Complètement cintrées. - 5. A un goût de fenouil.
Ami de Freud, il éclaira son interprétation des rêves ! - 6. Diplôme
pour entrer dans la vie active.
Geôlier de Napoléon à SainteHélène. Palindrome roulant. - 7.
Ses pieds le font souvent souffrir.
Spécialité des confiseurs. - 8. Elle
aurait offert la Sainte Tunique à
Charlemagne pour son sacre.
Arbres rois des collines provençales.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4701
HORIZONTALEMENT 1. Dévisser. - 2. Idolâtre. - 3. Smillage.
- 4. Tories. - 5. RN. Crics. - 6. Admis. Hé. - 7. Chat. Dam. - 8. Taies. Té.
- 9. Ill. Tarn. - 10. Ollé. CAC. - 11. Néoténie. - 12. Synérèse.
VERTICALEMENT 1. Distractions. - 2. Edmond Halley. - 3. Voir.
Maillon. - 4. Illicite. Été. - 5. Salers. St. Er. - 6. Stasi. Acné. - 7. Erg. Châtrais.
- 8. Réensemencée.
2
3
4
5
6
7
8
Si Corinne Masiero n’a pas un physique
de jeune première, son charme, tantôt explosif tantôt subtil, n’en est pas moins
puissant. Un pouvoir de séduction qui agit
sur David Suchet, guest-star de l’épisode
de ce soir. Le grand comédien britannique, membre de la Royal Shakespeare
Company et célèbre interprète d’Hercule
Poirot à la télévision, effectue avec sa collègue française un brillant numéro de
duellistes. Suchet, qui ne parle pas français, a même tenu à se doubler lui-même.
Il a appris toutes ses répliques et les a enregistrées en studio à Paris pendant deux jours.
« Il a fait preuve d’un incroyable professionnalis○○○¡
me », dit Josée Dayan. La
BRIDGE
PROBLÈME N° 2807 :
Gain assuré
1
2
3
AD52
AV82
4
D 10 9 6
N
O
4
5
6
E
S
743
R5
D 2
ARV872
7
Contrat : Sud joue 5 Trèfles.
8
Entame : Valet de pour le Roi
et As de , coupé. (Atouts 2-1).
9
10
11
12
guest-star est parfaite dans le rôle d’un
inspecteur de Scotland Yard retraité, retiré dans un village de Dordogne. Une commune dont la majorité des habitants est
anglaise, à l’image de la femme du maire.
Quand cette dernière disparaît, le capitaine Marleau et le policier britannique travaillent ensemble. Une rivalité naît entre
eux, puis une complicité. La gendarmette
fait même quelques avances rigolotes à
son coenquêteur.
Suspense et humour sont au rendezvous. Le tout rythmé par l’accent nordique de l’actrice. « J’y
tiens. C’est mon arme
contre une certaine prolophobie ambiante ! » lancet-elle, toujours rebelle. ■
20.55
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2806 :
De la virtualité à la réalité
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 7 de pour le Valet d’Est et votre As.
Neuf levées sont virtuellement vôtres, à condition que
vous fassiez bien cinq . Mais à y regarder de plus près,
un sérieux blocage vous menace quand le Valet de est
troisième dans une main quelconque.
Comment désembouteiller la couleur ? Jouez le 5 de pour la Dame. Tout le monde fournit (si Ouest a tous les ,
vous prendrez son Valet quatrième en impasse). Descendez
en main au Roi de pour initier votre déblocage (Est
défausse, rien de grave) et rejouez pour le Roi.
Ici, Ouest défausse mais vous n’en avez cure. Donnez
un troisième tour de en jetant une encombrante carte
à . Ouest réalise quatre plis à mais le reste vous
appartient.
Remarque : constatez qu’il serait fatal de donner un
deuxième tour de avant d’avoir débloqué les .
73
9654
65
ARD32
D 10 8
N
D 10 8 7 3 2
O E
R 10 7
S
4
A65
AR
A843
10 9 6 5
RV942
V
DV92
V87
A
ur BFMTV ou RMC, on s’y
perd et on s’en fiche un peu.
Dès 6 heures, des
commentaires sur l’interview de
Macron pas piqués des hannetons.
La chaîne n’était pas peu fière
d’avoir réalisé plus de 3,8 millions
de téléspectateurs. Ça sentait
bon pour eux le printemps, on
s’épanouit, on soigne ses bordures.
Vive les pâquerettes, les tulipes
et les jonquilles. Une présentatrice,
tout enjouée, toute mignonne, nous
dit au journal de midi : « C’est la
meilleure audience historique de la
chaîne avec un pic à 4,23 millions.
C’était précisément à 20 h 58. »
Comme c’est intéressant,
comme c’est passionnant.
Alors, on fait des commentaires,
on bavasse comme les enfants font
des rototos, comme des gamins qui
jouent. Pépé Bourdin et pépé Plenel
étaient, dimanche soir, un tandem
sublime. Deux tacauds qui sentaient
le pattes d’ef. Mais voyez-les,
ces journalistes. Un qui se cache
derrière sa moustache et l’autre
qui fait le cabot. Ils ont, comme on
dit dans les supermarchés, dépassés
la date de péremption. Bourdin
et Plenel sont comme de vieux
chevaux de retour. C’est charmant,
mais ça ne fait pas un tableau.
Ils se veulent méchants, teigneux
alors qu’ils ne sont que des guignols
de l’info. Ils font le spectacle.
Bourdin et Plenel ne sont rien
à l’instar de votre pauvre serviteur
– quoique. Tout est ridicule.
Bourdin appelle le président
« Emmanuel ». Un peu de respect,
monsieur Bourdin. Quant à Plenel,
il fout un peu les jetons.
Quoi d’autre ? Macron s’en est bien
sorti et Laurent Mariotte aussi (TF1).
Ses « Petits plats en équilibre »,
chaque jour, nous inspirent.
Ainsi ses « bouchées d’endives
au jambon », sa « truite mi-cuite
avocat grillé », sa « bavette sauce
roquefort et chou-fleur »…
Tout va bien, tout va très très bien.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 17 avril 2018 LE FIGARO
34 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Anicet
Soleil: Lever 06h57 - Coucher 20h45 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20. Présentation : Carole
Gaessler 20.00 Tout le sport 20.30
Plus belle la vie. Feuilleton.
21.00
20.55
20.55
Série. Policière
Documentaire. Société
Série. Policière
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
6
21.00 La doublure
Film. Comédie. Fra. 2005. Réal. :
F. Veber. 1h35. Avec Daniel Auteuil.
Surpris par un paparazzi avec sa
maîtresse, un milliardaire évite le
divorce en inventant un mensonge.
60
5
4
8
7
6
8
10
8
11
4
22.40 Chroniques criminelles. Magazine. Présentation : Magali Lunel.
9
8
9
7
7
5
8
7
40
L’arme fatale
68
Capitaine Marleau
EU. Avec Damon Wayans, Clayne
Crawford, Andrew Creer, Jordana
Brewster, Keesha Sharp. 2 épisodes.
Riggs et Murtaugh vont faire équipe
avec Peterson, un vieil agent des
services secrets.
2007. Réal. : Patrick Rotman. 1h44.
De Washington à Saigon, de Rome
à Mexico, de Paris à Prague, une
vague de révoltes secoue le monde
en 1968. Ce documentaire propose
un travelling arrière.
Fra. Saison 1. Avec Corinne Masiero,
David Suchet, Laura Smet, Jérôme
Kircher, Nancy Tate. Sang et lumière.
Inédit. Une ancienne journaliste anglaise mariée au maire d’un village de
Dordogne a été enlevée.
20.50 Toutankhamon,
secrets du pharaon
22.45 L’arme fatale Série. Échos
22.40 Les hommes de Billancourt Documentaire 23.45 Place
22.40 Soir/3 23.25 Réseau
d’enquêtes Magazine. Inédit 0.20
Votre télé et vous. Magazine.
22.30 C dans l’air. Magazine 23.40
C à vous 0.35 C à vous, la suite
du passé 23.35 Chicago Police
Department. Série.
aux jeunes ! Des beatniks aux punks
7
7
7
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
9
10
5
10
les
Série documentaire. Science et
technique. Réal. : Michael Douglas.
1h40. Un roi guerrier. Inédit - Le
masque funéraire. Inédit.
13
10
9
9
13
11
14
30
13
APRÈS-MIDI
20
40
20
20
18.40 L’info du vrai (C). Magazine
20.40 Canalbis (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Le lac Majeur, côté nature.
Documentaire 19.45 Arte journal
20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages
21.00
20.50
21.10
Film. Drame
Documentaire. Nature
Magazine. Vie pratique
20
18
20
19.45 Mad Box. Magazine 19.55 The
Big Bang Theory. Série.
22
19
16
19
21
20
21
20
20
20.55 Crocodile Dundee
Film. Aventures. Aus. 1986. Réal. :
P. Faiman. 1h35. Avec Paul Hogan.
Une journaliste rencontre un chasseur de crocodile du bush australien
qui l’entraîne dans ses aventures.
20
20
20
21
21
22
20
20
25
22.50 Wolfhound. Film TV. Fantastique 1.25 Piégés. Film TV. Thriller.
21
23
25
21
25
25
23
22
20
20
24
19.00 Les routes de l’enfer : Australie. Jackpot ! - Drôle de passager.
Le procès du siècle
EU-GB. Réal. : Mick Jackson. 1h50.
Inédit. Avec Rachel Weisz, Tom
Wilkinson, Timothy Spall. La bataille
juridique sur l’Holocauste, qui a
opposé l’historienne Deborah Lipstadt au négationniste David Irving.
22.45 Tchi tcha I n é d ti 23.40 Infiltrator. Film. Thriller 1.40 Une vie. Film.
La Méditerranée
va-t-elle passer l’été ?
Fra. 2017. Réal. : Alexis Marant. 1h35.
Inédit. La course au profit engendre
des dommages dramatiques sur
l’écosystème méditerranéen.
22.25 Entretien
Recherche
appartement ou maison
Prés. : S. Plaza. 1h25. Camille et
Guillaume/Magaly et Henri/MarieAnge et Lionel. Inédit. Stéphane
Plaza vient en aide à des personnes
désireuses de vendre leur logement.
22.35 Printemps 48, l’Europe
à l’heure de la guerre froide
22.35 Recherche appartement
ou maison Magazine. Vie pratique.
Documentaire. Inédit.
Présentation : Stéphane Plaza.
19
T (en °c)
20.50 Dans les coulisses
du métro de Paris
<-10 à 0
Documentaire. Découverte. 2016.
Réal. : J.- F. Méplon. 1h00. Ce film retrace la création du métro parisien,
imaginé par Fulgence Bienvenüe.
21.50 Tour Eiffel : la grande épopée
de la Dame de fer. Documentaire.
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Ginnifer Goodwin, Jennifer Morrison.
21.00 Boule & Bill
Film. Comédie. B-Fra-Luxembourg. 2013. Réal. : Franck Magnier,
Alexandre Charlot. 1h30. Avec
Franck Dubosc. À la SPA, un cocker
attend d’être adopté.
22.25 Harry Potter et le prisonnier
d’Azkaban. Film. Fantastique.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
21.00 Kev & Gad :
«Tout est possible»
21.00 Madagascar 2 :
la grande évasion
Spectacle. One-man show. 2h00.
Inédit. Deux générations d’humoristes se retrouvent ensemble sur
scène dans un show explosif.
Film. Animation. EU. 2007. Réal. :
Eric Darnell, Tom McGrath. 1h25. En
tentant de rentrer chez eux, les animaux du zoo atterrissent en Afrique.
23.00 Dany Boon : «Trop stylé».
Spectacle. Réal. : Franck Broqua.
23.00 Les Inconnus : la totale !
Divertissement.
SU DO KU
GRILLE 2481 FACILE
1 2
8
5
6 4
9
2 1
7
3 4
4 5
3
7
9 6
1
6
4 1
8
MARCHANDE DE
LUNETTES
CREVANT
PETITE
BAVARDE
A
10/26
5 3
5 2
9
6
7
3 2
3
1
7 4
O
S
M E C A
A N E
R R A D
O U I
E L
S
L E E
A R M E
N
U N
S E
A
A
A
N I Q
T R U
I E E
S U
C
S
U S E
R
E
R
12/26
T
U E
S T
A
E R
U D
E S
13/24
14/25
14/22
15/24
17/23
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
FORCE 2
MARIE
LES FILS
14/22
14/22
13/25
15/24
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
CADREUR
A ÉMIS
UNE
PLAINTE
VENDREDI
11/25
NOUVEAU
COGNE
FORT
BIZARRERIE
BOUT
D’EURO
ÉCHOUER
(SE)
COMME
DES
FILLES
PERDUES
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
I
N
A C
I
E D
T R
H E
E
R A
E U
9/24
15/22
10/17
12/20
11/21
12/18
14/20
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
10/25
13/24
9/24
9/23
23.00 Angélique, marquise des
anges. Film. Avec Michèle Mercier.
CANAL
CÔTIER
FAIRE
UN RÉCIT
GENTILHOMMIÈRE
PROCHE
DU SUD
PRESSANTS
HALTE AUX
DOULEURS
FRÉMISSEMENTS
DRÔLE
DE TYPE
FORMULER
UN
SOUHAIT
VOÛTE
PERSONNE
COURS
DE TURIN
COLLERA
COUVERTURE À
FRANGES
TRAÎNA LA
SAVATE
TINS
SECRET
LE PIED
DU CRU
PINCE-NEZ
RÉALISE
UN
RETRAIT
EXPOSÉ
AU SOLEIL
AUTREFOIS, PUB
ANCIENNE
PIÈCE
GROS
GOBELET
SYMBOLE
DU TOUR
EXAGÉRATION DES
CHOSES
LA DURÉE
DE LA
RÉVOLUTION
CONDUIT
À DESTINATION
HASARD
ABRÉVIATION
RELIGIEUSE
GUETTE
PLUS
E
C T O
A R B
R I E
P I
N E S
U E
E
S
C O
U D I
Film. Aventures. Fra. 1965. Réal. :
Bernard Borderie. 1h40. Avec
Michèle Mercier. Son mari brûlé pour
sorcellerie, Angélique se réfugie à
la cour des Miracles.
9/19
14/18
10/20
11/17
9/20
14/19
JEUDI
10/24
MOTS FLÉCHÉS N°1948
Chaque jour un peu plus difficile
C
D I
S
F E
L
M E
M
R E
N
S T
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 Merveilleuse Angélique
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
14/17
12/21
7/18
9/12
10/18
12/19
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
DISPOSITIFS
DE
SURVEILLANCE
BON
NÉGOCIATEUR
AUTOCHTONE
DE L’UTAH
CONFIRME
UN OUI
LONGUES
PÉRIODES
MARQUE
D’APPARTENANCE
avril - mai - juin
6,90
EN VENTE ACTUELLEMENT
chez tous les marchands
de journaux
et sur www.figarostore.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 17 avril 2018
35
Isabelle Hudon,
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
ambassadrice businesswoman
SUCCÈS À Paris, qu’il visite cette semaine,
Justin Trudeau a nommé une représentante
du Canada qui bouscule les habitudes.
Fabrice Nodé-Langlois
£@Fnodelanglois
N’
en déplaise à l’Académie française, Isabelle Hudon y tient,
il faut l’appeler « Madame
l’ambassadrice » et non « Madame l’ambassadeur ». La représentante du Canada en
France, ardente avocate de la cause des femmes,
s’en est d’ailleurs expliquée avec « Madame le Secrétaire perpétuel », Hélène Carrère d’Encausse.
Ce sera donc « Madame l’ambassadrice ». Sauf
qu’au bout de quelques instants, la Québécoise,
dans son style direct bien américain, invite son
interlocuteur à l’appeler Isabelle. « Un ambassadeur atypique », le terme revient dans la bouche de
la plupart des personnes interrogées au sujet de
cette femme d’affaires nommée à Paris, l’un des
trois ou quatre postes les plus convoités par les diplomates de carrière canadiens.
Isabelle Hudon se souvient parfaitement de ce
vendredi du mois de juin dernier où le téléphone a
retenti. Au bout du fil, un conseiller du premier
ministre Justin Trudeau. Lorsqu’il lui propose
d’être l’ambassadeur du Canada en France, « mes
deux genoux ont plié », raconte Isabelle, installée
sous les dorures d’une salle à manger de la résidence du Faubourg Saint-Honoré. Sa surprise n’est pas
feinte. Justin Trudeau n’est pas un ami. Elle ne milite pas dans son parti ni ne fait de politique. Même
si celle-ci l’a tout de même bercée jeune puisque
son père a été député du sud de Montréal. Isabelle
ployés de cette PME diplomatique, jusqu’aux agents
Hudon est une figure du monde de la finance, à la
d’entretien. « Une grande majorité n’avait jamais
tête de la branche québécoise de la compagnie
mis les pieds dans le bureau de l’ambassadeur »,
d’assurances Sun Life. Elle est aussi une personnaconstate-t-elle. Chez Sun Life, elle a reçu ses 2 000
lité médiatique, invitée régulière des plateaux télé,
collaborateurs, par groupes de 4 à 6 personnes, un
pour parler affaires mais aussi promouvoir « l’ammarathon de huit mois. La méthode laisse des soubition féminine ». Avec six mois de recul, son envenirs. « C’est une leader hyper-inspirante qui prend
tourage comprend que le premier ministre l’a
le temps de développer les talents de ses équipes », rachoisie pour son sens des relations humaines et son
conte, des trémolos la voix, Marieprofil « business », un double atout
Chantal Coté, une collaboratrice de
alors qu’elle a notamment pour misSun Life, admiratrice des « grandes
sion de rassurer les Français sur le
ambitions » de son ancienne paCeta, le traité de libre-échange entre le
tronne. Tout en étant consciente
Canada et l’Union européenne, entré
que la diplomatie a ses codes et ses
en vigueur à titre provisoire, en seprythmes,
l’ex-businesswoman
tembre dernier.
1967
veut avancer vite. « Ce ne doit pas
Naissance à Montréal
« Une leader
être facile tous les jours de travailler
(Canada).
hyper-inspirante »
avec elle », confie Gilles, son mari.
1994
« Appelez-moi Monsieur l’ambasC’est ainsi que l’« ambassadrice busiS’installe à Barbizon,
sadrice ou alors le prince qu’on
nesswoman » a très vite demandé à
en France, jusqu’en 1995
sort ! », plaisante au passage ce haut
rencontrer Christiane Lambert, la prépour suivre son premier
fonctionnaire québécois à la retraisidente de la FNSEA. Laquelle ne tarit
mari qui étudie à l’Insead.
te, qui juge Isabelle « supérieurepas d’éloges : « très brillante, chaleureu2010
ment intelligente ». Une travailleuse
se, très professionnelle ». « On voit
Nommée présidente
acharnée qui a gravi les échelons
qu’elle calcule vite, elle n’est pas lyrique
de la financière
du monde des affaires, sans diplômais très pragmatique. Un style très difSun Life Québec.
me – une « grande déception »,
férent d’autres ambassadeurs », ajoute
2017
confie-t-elle, pour ses parents,
la patronne du syndicat agricole, qui,
En juin, nommée
tous deux professeurs. « Je n’ai pas
faute d’avoir été pleinement rassurée
ambassadeur
eu la patience d’attendre sur les
sur toute la ligne, a été conquise par le
du Canada en France
bancs de l’école. »
personnage.
par Justin Trudeau.
Avant son ascension québécoise
À l’ambassade parisienne, le style de
En novembre, reçoit
chez Bell, Bombardier, l’Agence
la nouvelle patronne « bouscule les haun doctorat Honoris
spatiale canadienne ou encore la
bitudes », reconnaît un diplomate. IsaCausa de l’Université
Chambre de commerce, Isabelle
belle Hudon s’est engagée à rencontrer
Concordia, son premier
Hudon avait effectué un premier
individuellement chacun des 200 emdiplôme universitaire.
Bio
EXPRESS
séjour en France, pour suivre son premier mari,
étudiant à l’Insead de Fontainebleau. Elle conserve
un souvenir attendri de la petite maison de Barbizon même si elle avait trouvé à l’époque la vie avec
les Français « aride », « compliquée ». Un quart de
siècle plus tard, Madame l’ambassadrice affirme
avoir trouvé une France transformée, « moins accrochée à ses acquis ».
À Paris, malgré son agenda chargé, l’ambassadeur trouve le temps de marcher, d’aller à l’opéra
ou au théâtre. Cerise sur le gâteau, elle allie ses
obligations professionnelles à sa passion « assumée » pour la mode. Ce matin-là, l’élégante blonde à la silhouette élancée porte une veste brodée
de bleu ciel assorti à ses grands yeux, aux reflets
dorés, coupe et larges revers de manche très
XVIIIe. Du sur-mesure, signé Duy, couturier canadien en vogue, d’origine vietnamienne. L’ambassadrice lui envoie par Internet ses propres croquis.
Un esprit collaboratif dans l’esprit des réseaux sociaux – Twitter, Instagram – qu’elle utilise à plein
pour promouvoir ses actions. L’une d’elles est la
coprésidence, aux côtés de Melinda Gates, du comité consultatif pour l’égalité des sexes du sommet du G7 de juin, présidé par le Canada.
C’est dans le cadre de cette mission qu’Isabelle
Hudon a été reçue lundi par Emmanuel Macron
aux côtés de Melinda Gates. Un rendez-vous organisé dans le cadre du voyage de son premier ministre à Paris, Justin Trudeau, qui se poursuit ce
mardi. Une occasion en or pour « Madame l’ambassadrice » de déployer tous ses talents pour
contribuer à la réussiste de cette visite. ■
+
» Lire aussi PAGE 7
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
TOUT SAVOIR SUR
LA RÉFORME FISCALE MACRON POUR
OPTIMISER VOTRE
DÉCLARATION D’IMPÔTS
Verrou [vè-rou] n. m.
Permet un redressement à la clé.
D
urant l’interview d’Emmanuel Macron dimanche soir, il fut à plusieurs reprises
question du rôle du « verrou de Bercy » dans le système fiscal français.
Le mot est issu du latin ferrum qui signifie le fer. Veruculum (diminutif : veru)
est une petite broche.
On sait que l’imposante bâtisse du ministère des Finances est parfois surnommée
la forteresse. Le mot verrou vient donc facilement à l’idée à son sujet.
L’expression « verrou de Bercy » désigne le monopole que détient l’administration
fiscale pour poursuivre un individu en cas de fraude.
Un proverbe assure que l’or pousse les verrous. Il semblerait qu’il en tire aussi.
Ainsi Bercy tirerait le verrou sur soi pour gérer ce dossier à sa façon.
Évidemment, l’expression laisse à penser que le grand vaisseau a des choses à cacher :
il est fait de verre, certes, mais aussi de verrou.
Le ministère verrouillerait le sujet, peut-être pour qu’une fois le verrou mis, il puisse
faire sauter celui de la légalité… Cette suspicion est embarrassante : elle contribue
à mettre le ver. Et où ? Dans le fruit, celui-là même qui garnit l’assiette fiscale. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Dimanche, après l’interview d’Emmanuel Macron au Palais
national de Chaillot, un cocktail était organisé dans une salle
située un niveau en dessous du plateau. Parmi la vingtaine
d’invités triés sur le volet, figuraient la première dame,
quelques ministres et différents cadres de NextRadio…
ainsi qu’Edwy Plenel. Mais le journaliste n’a pas profité
du champagne et des petits fours : selon plusieurs témoins,
il a vivement reproché au chef de l’État d’avoir fait allusion
au redressement fiscal de Mediapart durant l’émission. Après
plusieurs minutes d’échange, les deux hommes se sont toutefois
quittés avec le sourire et après une franche poignée de main.
€ ACTUELLEMENT DISPONIBLE
19,90
chez votre marchand de journaux, en librairies et sur www.figarostore.fr
Éric Tabarly :
vingt ans déjà…
À l’occasion du vingtième
anniversaire de la mort du célèbre
navigateur, Hachette Livre
réédite le livre de Daniel Gilles
et Jacqueline Tabarly, sous le titre
Éternel Tabarly. Il sera enrichi
d’un texte inédit de Daniel Gilles,
journaliste et écrivain, qui fut,
entre autres, l’un des premiers
équipiers d’Éric Tabarly,
embarquant sur les Pen Duick
dès 1967. Le navigateur est mort
en mer d’Irlande le 13 juin 1998,
à la suite d’une chute.
Parution le 1er juin.
1
plus de 200 pages
C’est titré ainsi : Puisque tout passe :
fragments de vie. La journaliste,
ancienne présentatrice
des journaux du week-end
sur TF1, se raconte à travers
une autobiographie
dans laquelle elle retrace
son parcours professionnel,
aborde sa vie de femme
et évoque les amitiés
et les rencontres qui ont marqué
sa vie : de Johnny Hallyday
à Isabelle Adjani, en passant
par Michel Houellebecq.
Ce livre paraîtra chez Grasset,
le 2 mai.
A
Claire Chazal se raconte
DOMINE JEROME/ABACA
Edwy Plenel toujours vexé après le débat
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
30
Размер файла
6 598 Кб
Теги
Le Figaro, newspaper
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа