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Le Figaro_-_18_04_2018

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mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 918 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
REPORTAGE
EN HONGRIE, AU CŒUR DES
PASSIONS IDENTITAIRES
D’EUROPE CENTRALE PAGE 13
ASSEMBLÉE
VOYAGE
À NAPLES, LA PIZZA AU
PATRIMOINE IMMATÉRIEL
DE L’HUMANITÉ PAGE 31
L’autorité de l’État en échec
à Notre-Dame-des-Landes
Immigration :
le gouvernement
joue l’apaisement
PAGE 5
UE
Macron presse
Merkel d’agir
face à l’Europe
de la paralysie
PAGE 6
BIRMANIE
Rohingyas :
Rangoon redoute
une enquête
de la CPI PAGE 8
SÉCURITÉ
Nouvelles postures
de riposte pour des
cyberattaques
de plus en plus
ravageuses
DÉLINQUANCE
À Toulouse,
au Mirail, la crainte
de nouvelles
violences urbaines
STEPHANE MAHE/REUTERS
PAGE 9
Les zadistes, déterminés à rester, ont reçu des renforts et narguent chaque jour les forces de
l’ordre, qui supportent de plus en plus mal des consignes « d’immobilisme ». PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 9
Guerre commerciale
et hausse brutale
des taux d’intérêt :
les deux dangers
qui inquiètent le FMI
CHAMPS LIBRES
PAGES 18 ET 1 9
Les tribunes
de Chantal
Delsol, de
Mathieu Laine
et d’un collectif
de députés du
MoDem
L’analyse
de Martin
Couturié
n
n
PAGES 14 ET 15
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Emmanuel Macron a-t-il
eu raison de faire ce débat
face à Jean-Jacques
Bourdin et Edwy Plenel ?
OUI
44 %
NON
56 %
TOTAL DE VOTANTS : 39 398
M 00108 - 418 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@e@l@i@a";
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sur lefigaro.fr
Notre-Dame-des-Landes :
le gouvernement fait-il
preuve de suffisamment
de fermeté ?
FERENC ISZA/AFP - TIZIANA FABI/AFP
- RICARDO MAZALAN/AP
SNCF : la réforme votée
à l’Assemblée avec
le soutien de la droite
La réforme ferroviaire a franchi une étape importante
mardi, avec le vote en première lecture à l’Assemblée
du projet de loi. Le texte a été
approuvé à une très large ma-
jorité de 454 voix, dont celles
des députés LR. Les syndicats
maintiennent cependant la
pression et appellent les cheminots à poursuivre la grève.
PAGE 21
Cuba se prépare à tourner
la page des Castro
Le président Raul Castro,
86 ans, passe le témoin jeudi à
une nouvelle génération pour
une transition qui marquera la
fin de près de six décennies de
pouvoir sans partage de la
fratrie Castro sur Cuba. L’Assemblée nationale va élire un
nouveau président du Conseil
d’État et fera basculer le pays
dans une nouvelle ère. C’est le
premier vice-président et numéro deux du gouvernement,
Miguel Diaz-Canel, 57 ans,
qui semble avoir été choisi.
PAGE 7
ÉDITORIAL par Laurence de Charette ldecharette@lefigaro.fr
À
Attention, ligne rouge
défaut de solution, Emmanuel
Macron a trouvé un nom. À Tolbiac, Toulouse ou Notre-Damedes-Landes, les « professionnels
du désordre » sont à la
manœuvre. Malheureusement, ils puisent
moins leur inspiration dans les classiques
d’Audiard que dans les tracts de Nuit debout.
L’abandon du projet d’aéroport n’a pas, loin
s’en faut, démobilisé les zadistes, qui prétendaient lutter contre sa construction : ils n’ont
jamais été aussi nombreux qu’aujourd’hui. Le
retour des beaux jours, sans doute, mais plus
sûrement encore l’asthénie des opérations
d’expulsion et la perspective de narguer un
peu plus la force publique ont remobilisé des
centaines d’anarchistes vaguement maquillés
en paysans. Tandis qu’atteint d’une forme
avancée de déni le gouvernement se réjouit
d’avoir détruit quelques squats, ils en bâtissent
de nouveaux, creusent des tranchées et érigent
des barricades… Démontrant une fois de plus
combien concessions et contorsions constituent le plus sûr chemin vers la capitulation.
À Tolbiac, les rave parties ont remplacé les
cours en amphi et les substances illicites circulent désormais plus facilement que les sa-
voirs… mais, en raison de la « topographie »
du bâtiment, l’évacuation des bloqueurs, qui
ont déjà causé des centaines de milliers
d’euros de dégâts, est jugée « dangereuse » par
les autorités. Terrible aveu d’impuissance qui
ne laisse aux vrais étudiants désireux de passer
leurs examens d’autre perspective que de
prier pour que les faux se lassent.
S’agit-il d’une incursion du « vieux monde »
dans le nouveau ? Ou bien de la triste résurgence d’une forme d’« impuissantement » selon le mot évocateur composé par Emmanuel Macron dimanche soir -, cette forme
d’empêchement de l’État et d’effondrement
de son autorité qui a beaucoup frappé
son prédécesseur ? À quoi
bon plaider en faveur du « monde qui bouge »,
marteler la théorie du « premier de cordée »,
ou encore braver Plenel et Bourdin réunis, si
l’État doit reculer devant quelques factions
gauchistes ?
À Notre-Dame-des-Landes comme dans les
universités, la « ligne rouge » est, là aussi, bel et
bien franchie… ■
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« Professionnels
du désordre »
à la manœuvre
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A
PRÉVISIONS
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mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Guerre d’usure à Notre-Dame-
Il faut que les
peines soient
exemplaires : c’est
aujourd’hui qu’il
faut marquer les
esprits, la loi doit
avoir une fonction
intimidante
Les zadistes sont déterminés à rester
et se préparent de toute évidence
à une longue résistance. En face,
les forces de l’ordre ont pour consigne
d’éviter le retour des squats.
»
LE PROCUREUR
DE LA RÉPUBLIQUE,
DANS SES RÉQUISITIONS
CONTRE DES MILITANTS QUI
AVAIENT JETÉ DES PROJECTILES
SUR LES FORCES DE L’ORDRE,
SAMEDI À NANTES
ANGÉLIQUE NÉGRONI
FRED TANNEAU/AFP
ENVOYÉE SPÉCIALE À NOTRE-DAME-DES-LANDES
On est dans
une république,
et la liberté d’aller
et venir existe.
Toutefois, les axes
autour de la ZAD
sont surveillés.
Mais on ne peut
empêcher des
arrivées qui se font
à travers champs,
pour déjouer
les contrôles
»
CHARLY TRIBALLEAU/AFP
NICOLE KLEIN,
LA PRÉFÈTE
DE LOIRE-ATLANTIQUE
On continue
à défendre une
vision collective,
ce qui ne veut pas
dire qu’on n’est pas
prêts à avoir
des cadres légaux,
à être régularisés
»
UN ZADISTE
A
Je crains
un enlisement.
Le gouvernement
paye le prix
de ses renoncements. [...] On est
très loin du retour
de l’autorité
de l’État. [...] Là, on
est dans le fameux
« en même
temps », on fait
semblant, mais
on ne va pas
jusqu’au bout
»
ÉRIC CIOTTI,
DÉPUTÉ DES ALPES-MARITIMES
LA SCÈNE est proprement sidérante.
Consternante même. Déployés et immobiles sur toute la largeur d’un champ
pour sécuriser le travail de leurs collègues qui, à l’arrière, déblaient une route
de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes,
des gendarmes subissent les pitreries
provocatrices des zadistes. Au nez et à la
barbe des forces de l’ordre qui ont reçu
l’ordre de ne pas riposter, ces derniers
s’amusent à « un, deux, trois soleil ».
Sous le ciel bleu azur de ce mardi aprèsmidi, une zadiste, qui joue aux vamps en
agitant un foulard rose, lance même des
confettis sur l’un de ces hommes carapaçonnés. À l’instar de tous les autres,
ce dernier déploie un incroyable sangfroid pour ne pas réagir. L’humiliation
est pourtant bien dans le pré…
Deux jours après les violences de ce
week-end à Nantes et à Notre-Damedes-Landes et après l’opération d’expulsions de la semaine dernière, la ZAD
fanfaronne. « On avait déjà gagné une
première manche en empêchant la
construction de l’aéroport et on a une fois
de plus gagné. On a montré au gouvernement que l’on restera », lâche l’un de ses
occupants, jean troué et cheveux hirsutes. Pour beaucoup, malgré les 29 squats
détruits et la centaine de blessés dans
leurs rangs, la victoire est dans leur
camp. Des centaines de soutiens sont
arrivés, l’approvisionnement en nourriture est toujours assuré et le moral est
donc au beau fixe. En chantant et en sifflotant, tous s’activent en se pliant au
même mot d’ordre : reconstruire ce qui
a été détruit.
Ainsi, depuis la fin des expulsions,
c’est un « jeu » sans fin auquel se livrent
zadistes et forces de l’ordre. Dès que ces
dernières quittent la ZAD en fin de journée, les premiers se réapproprient les
lieux désertés pour transporter une
charpente ou redresser un mur en vue
de rebâtir une habitation pulvérisée par
les pelleteuses la semaine dernière. Puis
le lendemain matin, reprenant possession des zones où ils étaient postés la
veille, les gendarmes mobiles détruisent
« l’œuvre » des zadistes. Ils s’en tiennent ainsi aux consignes du premier ministre. Vendredi dernier, Édouard Philippe a indiqué que les lieux saccagés ne
devaient pas de nouveau sortir de terre.
Le respect de cette feuille de route
gouvernementale passe par des affrontements sporadiques, essentiellement
dans la matinée. Les occupants de la
ZAD qui défendent leurs réalisations
nocturnes font face aux forces de l’ordre qui ripostent par du gaz lacrymogène. Sans relâche également, ces dernières déblaient chaque matin les deux
routes principales de la ZAD, la RD281
(la route des chicanes, interdite à la circulation, NDLR) et la D81, sur lesquelles
des barrages ont été dressés dans la nuit.
Ce mardi après-midi, elles étaient ainsi
encore en nombre, déployées le long de
cette D81, pendant que leurs collègues,
postés dans les champs voisins, subissaient les provocations des zadistes.
Mais derrière cette forme de résistance « folklorique » où l’on sort volontiers le biniou ou les confettis, se cache
aussi une vraie détermination. Alors
que la partie sud-est de la ZAD a subi les
assauts des forces de l’ordre la semaine
dernière, le reste de la zone se barricade. À l’ouest de cette D81, qui traverse
du nord au sud les bocages et qui est désormais également interdite à la circulation, on creuse des tranchées. En travers d’une route qui s’enfonce dans ce
territoire occupé et qui dessert de nombreux sites habités, un trou béant empêche désormais tout passage de véhicules. Également, d’autres tranchées
sont creusées tout le long d’un champ
derrière lequel des barricades ont été
érigées. Ce camp retranché n’échappe
pas aux gendarmes qui envoient drones
et hélicoptère pour surveiller la zone.
“
L’État nous met le
pistolet sur la tempe pour
négocier. On a jusqu’au
23 avril pour remplir des
formulaires et présenter
des projets agricoles.
C’est trop peu
UN ZADISTE
”
Ces réalisations en disent long sur les
intentions des zadistes. N’ayant pas
l’intention de quitter les lieux, ils se
préparent même de toute évidence à
une longue résistance. Mais en même
temps que cette guerre de tranchées se
met en place, une délégation accepte de
se rendre ce mercredi à Nantes pour
discuter avec la préfète, Nicole Klein.
Débattue et validée lundi soir lors
d’une assemblée sur la ZAD, cette rencontre reste néanmoins diversement
appréciée. « L’État nous met le pistolet
sur la tempe pour négocier. On a jusqu’au
23 avril pour remplir des formulaires et
présenter des projets agricoles. C’est trop
peu », peste l’un d’eux. Cette première
rencontre qui a pour but de rétablir le
dialogue avec les zadistes pourrait ainsi
éviter l’enlisement possible du dossier.
Mais si aucun projet agricole individuel
n’est par la suite présenté, les expulsions pourraient reprendre. Les zadistes
semblent aujourd’hui se préparer à cette éventualité. Dans l’une de leurs salles
de réunion, les centaines de pipettes
renfermant du sérum physiologique
pour nettoyer les yeux brûlés par le gaz
lacrymogène sont de nouveau prêtes à
être redistribuées en cas de nouveau
combat. La ZAD reste sur le pied de
guerre. ■
Premières condamnations
après les incidents du week-end
Ce sont les premières condamnations
après les incidents du week-end
dernier. Trois personnes ont été
condamnées lundi par le tribunal
correctionnel de Nantes à des peines
de « 5 ou 6 mois » de prison avec
sursis pour « violences volontaires sur
personnes dépositaires de l’autorité
publique », a indiqué le procureur
général près la cour d’appel de Rennes.
Ces trois personnes faisaient partie
d’un groupe de sept, interpellées pour
six d’entre elles durant la manifestation
de samedi à Nantes, en soutien aux
zadistes de Notre-Dame-des-Landes.
Les quatre autres, interpellées pour
des faits similaires, seront jugées fin
mai. L’une de ces personnes a été
maintenue en détention dans l’attente
de ce procès et les trois autres ont été
laissées en liberté sous contrôle
judiciaire. Par ailleurs, trois personnes
interpellées dimanche matin dans la
zone de Notre-Dame-des-Landes
devaient comparaître mardi devant le
tribunal correctionnel de Nantes pour
« violences volontaires sur personnes
dépositaires de l’autorité publique ».
Quatre autres personnes ont été
interpellées dimanche soir pour des
« violences aggravées ». Elles devaient
aussi être déférées mardi. De plus,
deux autres ont été interpellées lundi
matin dans la zone relevant du tribunal
de grande instance de Nantes.
Le ministère de l’Intérieur fait état
de 28 interpellations au total. Une
semaine après le début de l’opération
des forces de l’ordre, le procureur
général salue « l’efficacité de
l’organisation spécifique mise en place,
au sein de leurs parquets respectifs,
par les procureurs de la République de
Nantes et de Saint-Nazaire pour être
en mesure de conduire l’action publique
dans un contexte difficile ».
Déployés et immobiles,
des gendarmes, qui ont reçu
l’ordre de ne pas réagir, subissent
les pitreries provocatrices
des zadistes, dimanche.
Une association de gendarmes dé
JEAN CHICHIZOLA
FUSÉES DE DÉTRESSE, cocktails Molotov, bombes agricoles, billes d’acier, jets
d’acide… tel est le quotidien des gendarmes à Notre-Dame-des-Landes. Depuis
le début de l’opération, 75 militaires ont
été blessés. Vingt-sept l’ont été légèrement, les autres plus gravement. Pour
l’un d’entre eux, au visage brûlé par un
cocktail Molotov, les médecins espèrent,
sans certitude, qu’il ne portera pas de séquelles. Un autre gendarme, équipé pourtant du casque à visière réglementaire, a
eu le nez cassé par une pierre lancée depuis une catapulte artisanale. Selon le ministère de l’Intérieur, les zadistes seraient
encore 700, majoritairement de la région
mais comptant aussi des black blocs venus d’Allemagne ou du Royaume-Uni,
qu’il a été visiblement impossible d’intercepter avant leur arrivée sur zone.
Cette violence, face à laquelle consigne a
été donnée de rester impassible, créé le
trouble dans les rangs. Chose inhabituelle,
l’association Gendarmes et citoyens a élevé la voix, lundi, dans un communiqué.
Cette organisation, née en 2008 à partir du
forum Internet du même nom, a été reconnue par le ministère de la Défense
comme association professionnelle nationale de militaires. On en compte aujourd’hui une dizaine, dont deux seulement
exclusivement centrées sur la gendarmerie. Selon la revue L’Essor de la gendarmerie nationale, elle comptait, en février 2018,
un peu moins d’un millier d’adhérents un millier aujourd’hui - et espérait être reconnue représentative en 2019.
Projectiles et jets d’acide
Évoquant la situation à Notre-Dame-desLandes, Gendarmes et citoyens ne mâche
pas ses mots : « Gendarmes mobiles contre
immobilisme politique ! Combien de temps
encore ? » « Le ton martial qui fut employé
lors des différentes interventions médiatiques de la part des ministres en charge de ce
dossier, poursuit le communiqué, semblait
présager d’une volonté ferme de faire appliquer le droit en matière d’urbanisme ».
« C’est une erreur de la part du
PROPOS RECUEILLIS PAR
ANGÉLIQUE NÉGRONI
anegroni@lefigaro.fr
ARDENT DÉFENSEUR du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes,
Bruno Retailleau est l’ancien président
du syndicat mixte aéroportuaire du
Grand Ouest (SMA) et ancien président
du conseil régional des Pays de la
Loire. Aujourd’hui président du groupe LR au Sénat et sénateur de Vendée,
il critique avec force le gouvernement
dans sa gestion de la crise avec les
zadistes.
LE FIGARO. – Que pensez-vous
de la stratégie adoptée par le
gouvernement pour gérer ce dossier ?
Bruno RETAILLEAU. – Depuis l’abandon de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement va à l’échec.
En renonçant à ce projet confirmé
pourtant par 175 décisions de justice,
Emmanuel Macron a cru qu’il parviendrait à se débarrasser du problème de la
ZAD. Il a troqué une paix sociale contre
l’aéroport. Cette stratégie a été un bien
mauvais calcul et ce qui se passe
aujourd’hui était prévisible. Il n’y a plus
d’aéroport et les lieux sont toujours occupés. La violence a fait reculer l’État
de droit.
La situation s’est-elle aggravée ?
Force est de constater qu’elle est de
plus en plus compliquée. L’État avait
fait de la « route des Chicanes », la
fameuse RD281, un indicateur du retour à l’État de droit. Non seulement
elle est toujours bloquée mais une
autre route l’est aussi. La tension est
telle que les forces de l’ordre bloquent désormais deux axes. Concernant le nombre d’occupants, l’État
avait misé sur l’essoufflement du
mouvement et parié sur des divisions
internes. C’est tout le contraire qui se
passe. Les zadistes sont plus nom-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
L'ÉVÉNEMENT
des-Landes
L’exécutif assure que tout
se déroule « normalement »
DAMIEN MEYER/AFP
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
nonce « l’immobilisme politique »
Pour l’association, il est compliqué de
« maintenir l’ordre ou de le rétablir […]
quand les consignes sont manifestement de
réaliser de telles opérations sans entrer en
contact avec ceux qui n’ont aucun respect
pour l’État de droit ». D’où des gendarmes
mobiles « en ayant ras le casque », considérés comme « de la chair à canons artisanaux » face à une « démission du politique ». Président de Gendarmes et
citoyens, le maréchal des logis-chef
Thierry Guerrero, explique cette prise de
position par les remontées du terrain,
« tout particulièrement ces deux derniers
jours où des gendarmes s’interrogent sur
l’utilité et l’efficacité du dispositif. Ils déblaient puis on leur ordonne de se replier et
les autres reconstruisent. Ils ne comprennent pas la mission et ont l’impression de reculer ». Le reproche à l’égard des politiques est clair : pourquoi stopper une
opération de rétablissement de l’ordre
pour négocier, tout en laissant les forces de
l’ordre sous les projectiles et les jets d’acide ? Du côté de la gendarmerie, on tempère cette critique, contestant la représenta-
3
tivité et les contacts de terrain de
l’association. Sur les 2 500 gendarmes déployés, 1 600 seraient encore sur le terrain,
les autres étant au repos mais susceptibles
d’être mobilisés si besoin. Et de rappeler
les principes du maintien de l’ordre : respecter les consignes, notamment de sommation, et laisser une possibilité aux opposants de quitter la zone.
Une autre source officielle comprend
que certains gendarmes se sentent « frustrés ». Tout en soulignant que les consignes ne seront pas changées, et en évoquant la crainte d’un autre Sivens. Quid de
la durée de l’opération ? Elle dépendra
« de l’évolution de la situation », répondon. Chacun sait pourtant que, en raison du
suremploi des gendarmes mobiles, des
surprises de l’actualité et de leurs autres
obligations, elle ne pourra s’étendre indéfiniment. « Il faut vite en sortir par la négociation, conclut un spécialiste, car le dégagement de l’ensemble de la ZAD est
impossible humainement et techniquement… » Aux gendarmes de tenir pendant
les discussions. Si elles aboutissent. ■
POUR RÉGLER le dossier de NotreDame-des-Landes, l’exécutif avait concocté un plan en quatre étapes. D’abord,
une mission de médiation s’étalant pendant six mois, puis un arbitrage sur le
projet en janvier 2018, suivi d’un temps
de sédimentation jusqu’à la fin de la trêve hivernale. Enfin, l’évacuation au
printemps, pour un retour à l’État de
droit avant l’été. Or, le spectre de l’enlisement est en passe de ruiner ce joli plan.
Déjà, les heurts sur la ZAD ont contredit
les messages d’autosatisfaction du gouvernement, au moment du déclenchement de l’opération d’évacuation, le
2 avril à l’aube. Pire, les élus qui militaient pour l’aéroport à Notre-Damedes-Landes reprennent de la voix :
« Quitte à affronter cette situation ubuesque et terriblement violente, il eût mieux
valu y construire l’aéroport utile à l’aménagement de l’ouest de la France », a
tweeté le président du département de la
Charente-Maritime et ex-ministre des
Transports, Dominique Bussereau.
Malgré l’évidence, l’exécutif refuse
toutefois d’admettre que la situation patine. « Ce n’est pas plus compliqué que
prévu, assure-t-on à Matignon. Une
trentaine de squats ont été atteints.
C’étaient les objectifs nominaux. On
continue le déblayage. Tout se déroule
normalement. » Même tonalité au ministère de l’Intérieur : « Le déblaiement des
gravats est indispensable pour éviter toute
reconstruction. Or, il est pris en charge
par des entreprises extérieures. Tout cela
prend du temps. » Jeudi ou vendredi, un
membre du gouvernement pourrait se
rendre sur place pour renouer le dialogue avec les acteurs locaux. Vendredi
dernier, le premier ministre Édouard
Philippe et le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb se sont rendus sur un poste
avancé de commandement, à l’occasion
d’une visite surprise à Notre-Damedes-Landes, pour soutenir l’action des
2 500 gendarmes mobilisés.
De son côté, soucieux de ne pas voir
son autorité plus longuement bafouée,
Emmanuel Macron a tapé du poing sur la
table. Interrogé sur l’expulsion des zadistes sur BFMTV, RMC et Mediapart, le
chef de l’État a dénoncé, dimanche, la
violence sans fondement des opposants.
« Vous me parlez d’une colère aujourd’hui, mais la colère de qui ? Des gens, qui
depuis des années bloquaient un endroit où
on faisait construire un aéroport qu’on ne
construit pas et qui aujourd’hui viennent
continuer à protester ? Je considère qu’[…]
elle n’est pas légitime. » Ils seraient près
de 700 militants à refuser l’intervention
des forces de l’ordre. Dont 70 particulièrement violents. « Des professionnels du
désordre », selon Emmanuel Macron.
« Un délai complémentaire »
Le président de la République a cependant tendu la main à ces opposants.
« On laisse un délai complémentaire pour
ceux qui portent un projet agricole, mais
à l’issue de ce délai, tout ce qui doit être
évacué le sera », a-t-il ajouté. Ce sera le
23 avril. L’exécutif fixe donc un ultimatum. Un second ultimatum, plus exactement, après celui de la trêve hivernale, qui était déjà censé constituer la
dernière limite pour se mettre en
conformité avec le droit. Les opposants
saisiront-ils cette dernière chance ?
Rempliront-ils les formulaires sommaires, indiquant leur identité et leur projet
agricole ? « Ça frémit », estime une
source gouvernementale.
Si le bras de fer sur les 1 650 hectares
de champs et de landes se poursuit, le
combat se déploie aussi sur le terrain
médiatique. Les deux premiers jours, les
gendarmes avaient refusé de prendre
avec eux des journalistes. Résultat, des
reporters avaient installé leurs caméras
du côté des zadistes, pour rendre compte
du conflit. Les autorités hésitent maintenant à changer de braquet et à communiquer plus amplement sur l’hyperviolence de certains anarchistes et black
blocs venus de l’extérieur, porteurs pour
certains de bouteilles incendiaires, de
bidons d’essence, de bouteilles de gaz et
autres fusées de détresse à parachute. ■
Reprise des négociations avec la préfète
APRÈS LES EXPULSIONS et les 29 squats
détruits la semaine dernière par les gendarmes sur la ZAD, après les violentes
manifestations des zadistes à Nantes ce
week-end, place au dialogue. Pour la
première fois, au lendemain de cette
vaste opération et alors que le face-à-face continue dans le bocage entre les militants et les forces de l’ordre, préfète et
occupants illégaux vont se retrouver nez
à nez ce mercredi en début d’après-midi. « En fin de semaine dernière, je leur ai
adressé un courrier pour faire cette offre
de rendez-vous à la préfecture et ils ont
accepté », indique Nicole Klein, la préfète de Loire-Atlantique. Une délégation
représentant les zadistes et les associations d’agriculteurs historiques va ainsi
retrouver la table des négociations. Une
première rencontre avait déjà eu lieu le
28 février dernier, mais elle n’avait pas
eu de suites. La deuxième réunion, qui
s’était tenue en mars dernier sur le devenir des terres, s’était déroulée sans cette
délégation. Refusant tout dialogue
autour de projets agricoles individuels,
et arc-boutée sur un modèle collectif de
type Larzac, celle-ci n’avait pas été
conviée. Cette nouvelle rencontre pourrait être capitale pour éviter un possible
enlisement du dossier. Reste à savoir si
les zadistes présents sauront mettre de
côté leurs griefs contre l’État, qu’ils accusent de double langage : vouloir la négociation tout en envoyant gendarmes et
pelleteuses pour raser leurs lieux de vie.
Retour d’ultraradicaux
De son côté, Nicole Klein, qui ne souhaite
pas s’appesantir sur des menaces dont
elle a fait l’objet, espère pouvoir poser les
bases d’une négociation. En parallèle, elle
attend aussi que les zadistes s’emparent
des formulaires mis à leur disposition depuis la semaine dernière et dans lesquels
ils doivent faire connaître leurs projets
agricoles, les parcelles de terres qu’ils
souhaitent exploiter et leur identité. « Il
nous faut des noms que nous n’avons pas »,
dit-elle. Pour l’heure, et mis à part des
formulaires retournés à la préfecture
portant des déclarations fantaisistes pro-
venant de toute la France, aucun des occupants illégaux de Notre-Dame-desLandes n’en a fait usage. Mais la
représentante de l’État veut croire au retour de l’État de droit sur la ZAD. « Cela va
prendre du temps et ce formulaire est une
première étape vers une discussion autour
de projets. » Toutefois, la venue récente
sur la ZAD d’ultraradicaux très violents
pourrait compliquer le dialogue. « Ils ont
une grande capacité d’intimidation. Certains qui sont tentés aujourd’hui de rejoindre la légalité se sont fait traiter de traîtres
par eux, dit-elle en se défendant de toute
mauvaise gestion de ces renforts arrivés à
Notre-Dame-des-Landes. On est dans
une république et la liberté d’aller et venir
existe. Toutefois, les axes autour de la ZAD
sont surveillés. Mais on ne peut empêcher
des arrivées qui se font à travers champs,
pour déjouer les contrôles. » Cette réunion
va être aussi un rappel des règles : en cas
d’échec des négociations et du refus des
zadistes de déclarer des projets agricoles,
une nouvelle opération d’expulsion
pourrait être envisagée. ■
A. N.
gouvernement d’avoir imaginé qu’il pouvait discuter avec les zadistes »
L’État ne renonce pas
à la négociation.
Est-elle encore possible ?
Ceux qui occupent illégalement
ce territoire ne proposent pas
une société alternative
mais sont contre la société. Ils ne veulent ni
payer de charges publiques ni régulariser leur
situation. Ils veulent
l’anarchie. C’est
une erreur de la
part du gouvernement
d’avoir imaginé
qu’il
pouvait
discuter avec les
zadistes. Tous ne
sont pas, il est
vrai, des ultras, et
ceux-là offrent une
façade bucolique. Mais l’arrière-boutique de leur mouvement est violente.
Ils s’y appuient nécessairement pour
faire reculer l’État de droit. Le gouvernement est aujourd’hui dans une
impasse.
Malgré des critères assouplis
pour que les zadistes régularisent
leur situation ?
L’État propose un simple formulaire
à remplir pour que ces occupants
sans titre puissent commencer à régulariser leur situation et puissent
exploiter des terres. Mais comment
est-ce possible ? Il y a deux poidsdeux mesures. D’un côté, il y a des
«
L’État avait misé sur l’essoufflement
du mouvement et parié
sur des divisions internes.
C’est tout le contraire qui se passe
BRUNO RETAILLEAU
»
agriculteurs qui respectent le droit et
qui sont soumis à toutes sortes de
tracasseries administratives et contraintes réglementaires. De l’autre, il
y a des centaines de personnes qui
vont pouvoir s’installer sur des terres conquises par voie de fait en
remplissant une simple feuille de papier ! On crée des inégalités et c’est
ainsi que l’on fait naître la colère
dans un pays.
Comment voyez-vous les suites
de ce dossier ?
Après une succession d’erreurs, le
gouvernement va tenter de s’en sortir
par une mise en scène et un habillage
du recul de l’État de droit. Il va prendre des décisions pour faire croire qu’il
a gardé la main sur le dossier et il y
aura de nouveau des ministres qui
descendront sur place pour se féliciter
des choix qui ont été pris. Il va déguiser cette deuxième capitulation avec
les zadistes. ■
A
Mais l’opération d’expulsions
a-t-elle néanmoins été menée
correctement ?
Il faut saluer le travail des gendarmes
qui ont accompli une mission délicate. Ils ont eu des consignes de ne pas
aller au contact avec les zadistes et,
dans ces conditions, ils ont pris davantage de risques, notamment pour
eux. Par ailleurs, si on regarde le secteur des expulsions, ces dernières se
sont concentrées à l’ouest de la
« route des Chicanes », sur un périmètre ciblé au sud de la ZAD. Autrement dit, il est clair que les forces de
l’ordre ont eu pour autre consigne de
ne pas s’enfoncer dans la ZAD, car les
mouvements de repli auraient été
bien plus difficiles. En outre, le gouvernement a mis en avant la trêve hi-
vernale pour ne pas procéder à des
expulsions avant le 31 mars. Mais des
dispositions permettent aux forces
d’agir avant la fin de cette trêve
quand il y a occupation par voie de
fait. Ces mêmes dispositions ont notamment permis l’évacuation de la
« jungle » à Calais. On aurait
donc pu y recourir à Notre-Dame-des-Landes. Au lieu de
cela, le gouvernement procède à des expulsions au printemps. Or quand les beaux
jours reviennent, la mobilisation est plus forte.
Les soutiens viennent
plus nombreux quand ils
peuvent vivre dehors sans le
froid et la pluie.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
breux. Ils étaient 250, ils sont presque 800 aujourd’hui. Et leur détermination à rester sur place ne s’est
pas affaiblie.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Les riverains
excédés
par l’afflux
de militants
Ce qu’on nous
propose,
c’est un format
qu’on juge trop
individuel. Il faut
de la part de l’État
une ouverture
à des projets
qui ne soient pas
purement
agricoles
Les habitants de Notre-Dame-des-Landes
et des environs veulent en finir avec
les heurts qui perturbent leur quotidien.
ANGÉLIQUE NÉGRONI
ENVOYÉE SPÉCIALE À NOTRE-DAME-DES-LANDES
ILS ONT l’impression de ressasser la
même plainte jour après jour : « Il faut
que cela cesse. » Qu’ils aient été opposés à l’aéroport ou favorables au projet,
les habitants de Notre-Dame-des-Landes et des environs partagent désormais la même aspiration. Ils veulent en
finir avec ces journées de guerre qui se
jouent sous leurs fenêtres. Ces affrontements qui ont lieu au cœur de la ZAD se
traduisent pour eux par un quotidien
pénible et stressant. Routes barrées,
contrôles tous azimuts, bruit d’hélicoptères et tirs de grenades empoisonnent
leur vie et gênent en particulier celle
des enfants. « Ma fille est déstabilisée
par le bruit des tirs que l’on entend le soir
ou durant la journée à l’école », relate
une mère de famille. Ces histoires d’affrontements entre forces de l’ordre et
zadistes s’invitent même dans les cours
de récréation. « Des élèves ont été surpris en train de se raconter comment on
fabrique un cocktail Molotov artisanal »,
ajoute une autre maman en évoquant
« ce drôle de climat qui règne autour de
la ZAD ». Pour elle, les zadistes doivent
comprendre qu’il est temps de partir.
« La lutte est terminée, il n’y a plus d’aéroport à combattre. Il faut s’en aller »,
dit-elle tandis que d’autres n’en peuvent plus des trajets rallongés. Les routes barrées autour de la ZAD les obligent à des circuits interminables.
« Pour aller travailler, je mets 20 minutes de plus », relate Tiphaine, tandis
qu’une autre est excédée par des interdictions subies durant la phase des expulsions. « Mercredi, on a été bloqué
chez nous et on a reçu l’ordre de ne pas
aller dans nos jardins », se plaint une
habitante de Vigneux-de-Bretagne,
une commune voisine de Notre-Damedes-Landes. « On ne veut plus que cela
recommence. »
L’obstination des occupants illicites à
vouloir rester sur place et à reconstruire les squats détruits fait remonter d’un
coup les critiques contre eux. Les zadistes triomphants de l’aéroport sont décrits comme des voleurs. « Ils utilisent
l’électricité sans payer en faisant des
connexions sur les fils électriques. Ils volent les voitures qu’ils brûlent et qu’ils
utilisent sur leurs barrages », assure un
artisan du coin. « Nous sommes scandalisés de voir du matériel volé sur les exploitations servir de barrage aux forces
de l’ordre », indique dans son communiqué le collectif de riverains ZAD
NDDL. Une autre ajoute : « Ils volent
mais en plus ils détériorent la forêt où ils
sont installés. Eux qui se targuent de
vouloir protéger la nature l’empoisonnent avec leurs pneus brûlés. »
UN ZADISTE
DES PAYSANS
CRAIGNENT
D’ÊTRE
DÉPOSSÉDÉS
Beaucoup redoutent désormais l’enlisement de la situation : que l’entêtement
des uns provoque l’inaction du gouvernement par peur d’un nouveau plan
d’action plus important et qui, comme
en 2012, pourrait échouer. Or pour
Jean-Marc, un artisan de Vigneux-deBretagne, l’opération « César » qui
“
Ils détériorent la forêt
où ils sont installés.
Eux qui se targuent
de vouloir protéger
la nature l’empoisonnent
avec leurs pneus brûlés
”
UN HABITANTE DE NOTRE-DAME-DES-LANDES
s’était soldée par un fiasco aurait dû être
consolidée pour mener l’évacuation jusqu’au bout. « C’est à ce moment-là qu’il
aurait fallu vider les lieux. Maintenant on
ne sait plus comment faire pour déloger
ces gens qui veulent imposer leurs lois. Ils
ont moins de dix jours pour remplir des
formulaires et s’ils ne le font pas que vat-il se passer ? J’attends de voir si l’État
saura être ferme. » Pour Tiphaine, il
n’est pas concevable également que les
zadistes puissent avoir le dernier mot.
« Je comprends leur combat, même si je
Routes barrées, contrôles tous azimuts, bruit d’hélicoptères et tirs de grenades
perturbent les habitants de Notre-Dame-des-Landes. DAMIEN MEYER/AFP
ne suis pas d’accord avec leur vision du
monde. Ils défendent des projets qui peuvent être intéressants mais s’ils veulent
rester, ils doivent se conformer au droit. »
Contemplant les rues de Notre-Dame-des-Landes où elle réside depuis
plus de quarante ans, cette sexagénaire
évoque, quant à elle, l’absurdité de la
situation. « On n’a plus d’aéroport et
pourtant on n’a jamais eu autant de
zadistes sur place ! C’est à n’y rien
comprendre ». ■
Les agriculteurs dénoncent
les concessions faites aux zadistes
ÉRIC DE LA CHESNAIS
£@plumedeschamps
LES REPRÉSENTANTS des agriculteurs
de Loire-Atlantique sont sur leur garde.
Ils craignent que le formulaire édité
vendredi dernier par la Direction départementale des territoires de Loire-Atlantique, à destination des zadistes pour
qu’ils déclarent leur projet agricole à
l’administration, ne soit en fait un
passe-droit par rapport à la législation
actuelle. « Ce document très sommaire a
été concocté par les services de l’État sans
que nous soyons prévenus, déplore Jacques Lemaître, président de la chambre
d’agriculture de Loire-Atlantique. Nous
avons obtenu des garanties comme quoi ce
n’était pas un formulaire qui permettrait à
des personnes qui n’ont pas le statut
d’agriculteur d’outrepasser le code rural,
mais juste à les identifier. »
Dans le détail, ce questionnaire intitulé
« Projet agricole de Notre-Dame-desLandes, déclaration d’intention » tient
sur une page. Il comprend trois parties.
»
La première est relative à l’identité du
porteur du projet et son expérience professionnelle, notamment agricole.
Dans la deuxième, le rédacteur doit
présenter succinctement les productions agricoles envisagées et leurs modes
de commercialisation. Enfin, dans un
tableau, il doit être indiqué les références cadastrales et les surfaces correspondantes.
Un diplôme reconnu
En revanche, il n’est nullement demandé au porteur du projet de signer ce document qu’il doit remettre avant le lundi
23 avril. Pour l’instant, les candidats officiels à l’installation, parmi les zadistes,
se comptent sur les doigts d’une main.
« Ce formulaire a été mis en place à la vavite pour essayer de calmer tout le monde,
notamment les occupants de la ferme des
“100 noms”, ajoute Jacques Lemaître.
Ces derniers ne veulent pas s’identifier de
manière individuelle car ils ont un projet
collectif. » Toutefois, on ne naît pas agriculteur, « certaines personnes veulent
s’en affranchir mais elles doivent respec-
ter un minimum d’étapes », rappelle la
chambre d’agriculture de Loire-Atlantique. Et cela prend du temps, plusieurs
mois, voire plusieurs années. « Pour être
agriculteur, la personne doit être en possession d’un diplôme reconnu par la profession. Elle doit être enregistrée au centre
de formalité des entreprises à la chambre
d’agriculture, être affiliée à la Mutualité
sociale agricole (régime de Sécurité sociale des agriculteurs, NDLR), avoir obtenu l’autorisation administrative d’exploiter et avoir passé un bail à ferme sur
les terres dont elle va avoir la jouissance », énumère Axel Gayraud, consultant
foncier et aménagement du territoire, à
la chambre d’agriculture régionale des
Pays de la Loire. Une fois toutes ces
conditions remplies, le futur agriculteur
pourra demander à bénéficier d’aides
européennes au titre de la PAC (politique
agricole commune).
Reste que les terres agricoles de la ZAD
sont exploitées jusqu’à maintenant par
une quarantaine d’agriculteurs qui
comptent bien continuer à le faire (lire
encadré ci-contre). ■
Les 36 agriculteurs
qui exploitaient une partie
des terres de la ZAD, sans
toutefois y résider, entendent
bien continuer à le faire. Il y a
un mois, ils se sont regroupés
en association pour faire
respecter leurs droits et ne pas
se faire dépasser par les
projets des zadistes. « Notre
association compte 31 fermes
exploitant 650 hectares sur la
ZAD. Nous voulons continuer
à en avoir la jouissance
à long terme », souligne
Michaël Mary, président de
l’Association pour le maintien
des exploitations légales sur
l’ancienne zone aéroportuaire
(Amelaza). Depuis le 9 février
2008, date de déclaration
d’utilité publique du projet
d’aéroport de NDDL, les
agriculteurs étaient liés
avec l’État par une convention
d’occupation précaire
des terres qu’ils devaient
renouveler chaque année.
« Nous voulons revenir
à la situation d’avant 2008 et
exploiter ces terres dans des
conditions normales, à travers
un bail à ferme classique de
18 ans, explique Michaël Mary,
lui-même éleveur laitier à
Treillières, une commune
voisine. C’est important pour
l’équilibre économique de nos
fermes. Nous percevions des
subventions européennes sur
ces terres ». Elles s’élevaient à
environ 275 euros par hectare
pour une location de 70 euros
par hectare. Un point de vue
qui ne fait pas l’unanimité
au sein du milieu agricole.
« Il faut favoriser l’installation
et légitimer les actuels
occupants qui ont lutté contre
l’aéroport : les zadistes avec
un projet agricole, insiste
Laurent Pinatel, porte-parole
de la Confédération paysanne.
Il y a suffisamment de terres
pour satisfaire beaucoup
de monde ».
É. L. C.
Sociologiquement, « il y a tous les éléments pour que cela se poursuive »
A
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
LE ZADISME est-il un phénomène appelé à
durer ? Selon le politologue Eddy Fougier,
auteur de deux notes sur « Les Zadistes »
pour la Fondapol, « le gouvernement a
commis une erreur d’interprétation sur la
détermination des zadistes : il est parti de
l’hypothèse qu’ils s’en iraient très vite dès
l’annonce du renoncement à l’aéroport ».
Or leur objectif est désormais de « mettre
en place une alternative dans ces zones qu’ils
considèrent comme “libérées” ». Sociologiquement, « il y a tous les éléments pour
que cela se poursuive ».
À Notre-Dame-des-Landes, « ce n’est
pas uniquement le rejet de l’aéroport qui était
en jeu, c’est aussi l’idée de créer ces communautés autonomes basées sur les principes
décroissants, sur une logique libertaire, décrypte Eddy Fougier. C’est la raison pour
laquelle les zadistes ne veulent pas quitter les
lieux ». Ils sont même de plus en plus nombreux. « Ce qui, à mon avis, a péché, précise
le politologue, c’est cette mauvaise connaissance du mouvement qui n’est pas qu’un
mouvement de blocage, de sabotage, mais
qui rassemble aussi un certain nombre de
personnes ayant décidé de rompre avec la
société - pour les plus radicaux, avec le travail - dans une logique un peu anarchiste. »
Qui sont ces jeunes zadistes ? « Ils ont
souvent un certain nombre de qualifications,
viennent des classes moyennes et sont souvent dans des situations un peu précaires,
répond-il. Ce sont les mêmes - sociologiquement, en tout cas - que l’on retrouvait sur les places publiques dans le cadre du
mouvement Nuit debout, au printemps 2016.
Ces populations qui sont à la fois qualifiées
et qui ne trouvent pas leur place dans la
société sont relativement nombreuses. »
« J’en ai rencontré un, raconte-t-il,
diplômé de Sciences Po, qui avait travaillé
“
Ce qui, à mon avis,
a péché, c’est cette
mauvaise connaissance
du mouvement
”
EDDY FOUGIER, POLITOLOGUE
dans un cabinet ministériel. Il parlait de
désertion et m’expliquait que pas mal de
camarades de sa promotion suivaient le
même cheminement… »
Au-delà, « il y a la tentation de sortir du
système : les cabanes dans les arbres, les
yourtes et les toilettes sèches, on en voit de
plus en plus, souligne Eddy Fougier. On a
exactement la même problématique à Bure,
dans la Meuse. Croire qu’ils sont là uniquement pour bloquer le projet d’enfouissement
des déchets nucléaires, c’est sous-estimer
leur force. Ils rachètent des maisons et s’installent pour créer des bars, des lieux culturels ou faire de la permaculture. Donc il y a
cette tentation de ne plus jouer le jeu d’une
société de consommation ». Le contexte est
favorable, les idées décroissantes font leur
chemin dans la société française : « Il y a eu
un salon du survivalisme à Paris en mars,
note l’expert. Ces craintes de la grande catastrophe, quelle qu’elle soit - climatique,
géopolitique, une pandémie, un effondrement du système de protection sociale - peuvent effectivement inciter des gens à sortir
du système et créer leur propre communau-
té, comme les hippies des années 70. »
Même « si Notre-Dame-des-Landes
disparaît, il y aura d’autres projets contestés
et même s’ils n’auront pas l’appellation
“ZAD”, l’esprit sera le même, insiste-t-il.
Certains commentateurs voient à NotreDame-des-Landes une sorte de pépinière de
projets alternatifs ! Le fait de considérer ces
zones comme des laboratoires d’un monde
différent est un facteur qui peut les amener à
perdurer d’une manière ou d’une autre,
dans un cadre plus légal ». Ce n’est
d’ailleurs pas qu’un phénomène français :
« en Grande-Bretagne, par exemple, le
projet d’extension de l’aéroport d’Heathrow
a fait l’objet d’une même contestation, précise le politologue. Aujourd’hui, quand on a
20 ans et qu’on a envie de changer le monde,
on ne va pas lire les publications d’Attac, on
va directement sur une ZAD ! ». ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
POLITIQUE
5
Immigration : l’exécutif joue l’apaisement
Des députés LaREM
envisagent de
s’abstenir ou de voter
contre le texte
tandis que les débats
sont tendus
avec l’opposition.
CHRISTINE DUCROS £@ChristineDucros
ET MARION MOURGUE £ @MarionMourgue
RÉFORME « Petite » pour la droite, « inhumaine » pour la gauche : la loi asile et immigration fait l’objet depuis lundi soir de
premiers échanges virulents à l’Assemblée.
Des affrontements classiques entre le gouvernement et l’opposition. Des confrontations plus étonnantes entre le gouvernement et les 312 députés LaREM. Une
vingtaine d’entre eux ont d’ores et déjà
semé la zizanie en confiant depuis plusieurs
jours qu’ils s’abstiendront. D’autres
comme l’ex-PS Jean-Michel Clément,
pourraient voter contre. Dans les couloirs
de l’Assemblée, plusieurs parlementaires
de la majorité reconnaissent aussi qu’ils
voteront le texte car « c’est le projet du
président » mais « à contrecœur ».
Pas de quoi convaincre en tout cas, la
députée LaREM de la Manche, Sonia
Krimi, Tunisienne naturalisée en 2012 qui a
fait à nouveau entendre ses divergences.
« Je ne voterai pas en faveur du texte. Mon
vote n’est pas arrêté, il sera entre le rejet ou
l’abstention », explique-t-elle. Elle dénonce les délais de recours raccourcis.
« Ce sont les personnes les moins armées
administrativement - et peut-être celles qui
ont le plus besoin d’obtenir ce droit d’asile qui en pâtiront », fait-elle valoir. La veille,
Stella Dupont, députée LaREM du Maineet-Loire qui a cosigné une dizaine d’amendements reconnaissait quelques « avancées sur le texte ». Pas suffisant pour la faire
changer d’avis, indique l’élue qui reste
« sur sa faim » et compte s’abstenir.
Pour calmer les esprits, les députés
LaREM vont « dans les prochains mois »
mettre en place un groupe de travail sur
l’interdiction du placement en rétention
des mineurs, dans le but de rédiger une
proposition de loi. C’est l’un des sujets de
forte opposition des frondeurs face à
Gérard Collomb. Florent Boudié, chef de
file LaREM sur le projet de loi asile et immigration a fait cette annonce lors de la réunion matinale du groupe majoritaire.
Le test de Mayotte
Car le gouvernement qui ne souhaite pas
s’enliser plaide « l’urgence » à agir. La loi
devrait donc être votée dès la nuit de
vendredi à samedi après l’examen de
1 000 amendements dont plus de 200 ont
été déposés par les élus de LaREM.
Premiers députés à monter au front, les
élus LR ont dénoncé, par la voix du député
de l’Yonne, Guillaume Larrivé, une loi qui
« ne permettra pas à la France de sortir du
chaos migratoire ». Mansour Kamardine,
député LR de Mayotte, et un des trois orateurs du groupe LR sur ce débat, regrette
que le texte du gouvernement « n’apporte
pas de solution décisive pour restaurer
l’exercice du droit d’asile ni pour ce qui a
trait à l’intégration », a-t-il indiqué en
plein débat à l’Assemblée. Mais surtout, il
estime que l’adoption de ce projet ne réglera rien. « Permettez-moi de vous dire
que l’adoption de votre projet en appellera
d’autres tant les défis migratoires sont devant nous », a-t-il lancé à Gérard Collomb.
Selon lui, « Mayotte est un test pour la
France et l’Europe, l’exemple type des
Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, mardi, à l’Assemblée nationale, lors du débat sur la loi asile et immigration.
conséquences d’une politique migratoire
inefficiente ».
Sur la même longueur d’onde, Damien
Abad, vice-président de LR a d’ores et déjà
annoncé, « qu’il ne voterait pas le texte car
il n’est pas assez audacieux et novateur ».
Selon le député de l’Ain, le projet de loi du
gouvernement « ne cible en réalité que
15 % des premiers titres de séjour en France.
Son échec est ainsi déjà annoncé », parie-til, très sceptique. « Depuis 1981, la représentation nationale a changé sa politique
d’immigration tous les deux ans. Dix-sept
lois se sont succédé. Elles ont toutes enflammé le débat parlementaire et l’opinion publique. Annoncées comme des révolutions, elles
n’ont en fait été qu’une succession de cautères sur une même jambe de bois », avance-
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
t-il. Le porte-parole du PS Boris Vallaud a
estimé, « c’est une loi inutile parce qu’on a
légiféré il y a peu de temps. C’est une loi dangereuse parce qu’elle réduit les délais de recours et augmente les durées de détention et
qu’elle ne règle pas la question des enfants
[…] Et c’est une loi viciée dans ses fondements puisqu’elle s’appuie sur les accords de
Dublin qui ne marchent plus », a poursuivi
Pécresse présente un contre-projet pour
« reprendre le contrôle des flux migratoires »
à la fois
« C’est
un projet
ferme,
crédible
et humain.
Toutes
les mesures
peuvent
être mises
en œuvre
tout de suite.
Sur des sujets
comme ceuxlà, on ne peut
pas être dans
l’incantation !
VALÉRIE PÉCRESSE
»
TANDIS que le projet de loi du
gouvernement asile et immigration est examiné à l’Assemblée,
Les Républicains organisent
mercredi leur convention sur ce
sujet, Valérie Pécresse formule
11 propositions « pour reprendre
le contrôle des flux migratoires et
stopper les abus qui sont liés à
l’immigration », explique-t-elle
au Figaro. « C’est à la fois un
projet ferme, crédible et humain.
Toutes les mesures peuvent être
mises en œuvre tout de suite. Sur
des sujets comme ceux-là, on ne
peut pas être dans l’incantation ! », assure la présidente de
Libres !. Ce travail qui donnera
lieu à la publication d’un cahier
thématique a été coordonné par
Patrick Stefanini, en charge des
groupes de travail, et Maël de
Calan, le vice-président du
mouvement.
Face à une « micro-loi » du
gouvernement selon Valérie
Pécresse et le « choix du laxisme
sur des sujets essentiels comme la
lutte contre les mariages blancs,
la réduction du regroupement familial, la lutte contre l’immigration clandestine, l’augmentation
des reconduites à la frontière… »,
énumère Maël de Calan, Libres !
compte alimenter le débat parlementaire via ses propositions
reprises en amendements. Le
mouvement de Valérie Pécresse
demande la tenue d’un débat
annuel sur l’immigration et le
vote d’une loi d’orientation qui
comprendrait « des objectifs par
catégorie d’immigration ». Pour
choisir qui entre sur le territoire
et qui obtient la nationalité française, Libres ! propose « un système par points pour privilégier
ceux dont notre économie a besoin ».
Réformer le droit du sol
Pour réformer les conditions
d’acquisition de la nationalité,
Libres ! avance plusieurs pistes.
Pour les étrangers candidats à la
naturalisation, la durée minimale
de résidence en France devrait
être portée à huit ans, comme en
Allemagne. Et les dossiers devraient être retoqués « dès lors
que l’assimilation du demandeur
ne sera pas établie » : maîtrise du
français, respect des valeurs de la
République, en particulier de
l’égalité hommes-femmes, etc.
Valérie Pécresse veut aussi
conditionner l’acquisition de la
nationalité à l’absence de
condamnation pénale. Enfin, la
présidente de Libres ! juge nécessaire de réformer le droit du sol
en conditionnant l’acquisition de
la nationalité pour les enfants nés
en France à la régularité du séjour
d’au moins un des deux parents
au moment de leur naissance.
Plusieurs propositions sont
aussi énoncées pour lutter contre
le tourisme médical ou le dévoiement du dispositif des mineurs
isolés, « des sujets sur lesquels le
gouvernement met un voile »,
pointe Valérie Pécresse.
Alors que les élus LR reprochent au gouvernement de
faciliter le regroupement familial, la présidente de la région
Île-de-France souhaite augmenter à deux ans la durée minimum de résidence permettant
d’en bénéficier et de 25 à 50 %
le niveau de ressources minimum exigé. Pour lutter contre
les mariages blancs, Libres !
demande la mise en place d’un
fichier de signalement sous
l’égide du parquet « en cas de
soupçon ou de refus d’un officier
d’état civil de célébrer le mariage ».
Libres ! va défendre l’inscription dans la loi d’une liste
de pays sûrs pour lesquels les
demandes de droit d’asile ne
pourraient pas être examinées.
« Les déboutés de l’asile devront
être systématiquement expulsés », fait valoir Maël de
Calan. Pour Libres !, le délai de
rétention administrative devrait
donc être allongé de quarantecinq jours à six mois, contre trois
mois dans le projet de loi du
gouvernement. ■
M. M.
le secrétaire national à l’Europe du PS.
Même tonalité du côté de La France insoumise. Le député de la Seine-Saint-Denis Éric Coquerel a, lui, dénoncé un discours « nauséeux » de LR dont le rôle est à
ses yeux de « jouer à l’idiot utile du macronisme et faire passer une loi extrême pour
une loi équilibrée », alors qu’elle est « inhumaine ». ■
Dupont-Aignan veut
un référendum
sur l’immigration
« C’est autre chose que les
consultations citoyennes à la noix ! »
Alors que le parti présidentiel lance
partout sur le territoire des échanges
avec les citoyens sur l’Europe,
le chef de file de Debout la France,
Nicolas Dupont-Aignan, a présenté
à l’Assemblée nationale en compagnie
du sénateur de Moselle, Jean-Louis
Masson, leur propre projet
de consultation : un référendum
d’initiative partagé sur l’immigration.
Un « sujet majeur pour les Français »,
souligne le candidat malheureux
à la présidentielle, qui reconnaît que
la route « sera longue et exigeante »
pour qu’un scrutin sur le sujet ait lieu.
Selon l’article 11 de la Constitution,
l’adhésion de 185 parlementaires
puis de 4,6 millions de Français sont
nécessaires. « C’est pourquoi nous
proposons des mesures qui font
consensus, portées par LR, comme par
le FN ou DLF », appuie Nicolas DupontAignan. Y figurent : la suspension
des accords de Schengen, le vote
de quota pour l’immigration légale
ou l’expulsion systématique
de ressortissants étrangers
ayant commis un crime ou un délit.
Si l’initiative n’obtient finalement pas le
nombre de signatures d’élus suffisant,
elle aura au moins servi à « mettre
certains députés devant leurs
responsabilités et leur hypocrisie »,
assure Dupont-Aignan qui a les
prochaines européennes en tête. C. S.
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
« CE PROJET de loi est consternant pour
quelqu’un qui se dit issu de la gauche ! »
Invité mardi du « Talk Le Figaro », JeanFrançois Debat, maire de Bourg-enBresse et membre du nouveau conseil
national du PS, n’a pas de mots assez
fermes contre le ministre de l’Intérieur et
ancien maire socialiste de Lyon, Gérard
Collomb. « Je suis consterné de voir à
quel point le projet de loi qu’il porte renie une philosophie pourtant si longtemps
défendue. »
«Quand on parle de submersion, a-t-il
encore dénoncé, quand on dit aujourd’hui
qu’une partie de la France se sent submer-
gée par l’immigration, on emploie les
mots de Marine Le Pen !»
Jean-François Debat, qui pointe
l’augmentation du délai de rétention à
90 jours, en est convaincu : « Tout est
fait aujourd’hui pour dissuader les demandeurs d’asile de déposer leur demande
d’asile. » Alors même qu’il faudrait, selon lui, « augmenter les moyens de la cour
nationale du droit d’asile pour permettre
un jugement plus rapide de contentieux
qui peuvent être légitimement portés ».
Pas de « solution miracle »
Trésorier du PS sous le dernier quinquennat, lorsque la politique menée en
matière d’immigration était elle-même
critiquée à gauche, il le reconnaît : il n’y
JEAN-FRANÇOIS DEBAT, mardi, dans
le studio du Figaro. MARMARA/LE FIGARO
a pas de « solution miracle ». Mais « le
message envoyé, l’orientation du gouvernement, c’est la réduction de la capacité
des gens à demander l’asile. C’est un recul
et il n’est pas acceptable ». Globalement,
le maire de Bourg-en-Bresse considère
que « le gouvernement est un peu dépassé ». Concernant l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, il considère que
le gouvernement « engage un processus
qu’il ne sait pas gérer, faute probablement
d’être allé jusqu’au bout des discussions ».
Idem dans les universités où les tensions
viennent selon lui « d’une incapacité à
dialoguer ». Sur ce point, et contrairement au chef de l’État, Debat se dit assuré que les bloqueurs, s’ils sont une minorité, sont « bien des étudiants ».
« Je commence à voir un certain nombre
de gens qui sont déçus, désappointés, notamment chez les retraités », indique-til. Jean-François Debat considère
d’ailleurs que l’interview d’Emmanuel
Macron dimanche soir sur BFMTV a été
« un exercice de communication bien orchestré », destiné à endiguer les déceptions. Le président de la République a
souhaité ce match, selon Debat, « pour
montrer à une partie de son électorat qu’il
est capable de débattre, de se battre, de
rentrer dans l’arène alors qu’on lui reproche souvent d’être trop loin, ce qui est vrai,
d’être hautain parfois, ce qui est vrai également »... Cette interview, au final, aura
permis à Emmanuel Macron « de ne pas
dire grand-chose ». ■
A
Le socialiste Debat accuse Collomb d’employer « les mots » de Le Pen
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
6
EUROPE
Macron presse
Merkel d’agir
face à l’Europe
de la paralysie
Syrie : les frappes
« ne règlent rien »
Le président Macron reconnaît que
les frappes menées contre des sites
d’armes chimiques en Syrie
« ne règlent rien », mais affirme
que la France, les États-Unis et le
Royaume-Uni ont agi dans la légalité
« pour l’honneur de la communauté
internationale ». Cette réponse
militaire « met fin à une situation où le
camp du droit serait devenu le camp
des faibles », a-t-il dit en s’engageant
à poursuivre « un travail diplomatique
essentiel » en faveur de la Syrie.
La France continuera « de travailler
à une solution politique inclusive en
parlant à toutes les parties - la Russie,
la Turquie, l’Iran, le régime et toutes
les forces d’opposition. […] Nous ne
reconstruirons pas la Syrie de demain
si nous détournons le regard pour
l’abandonner au régime de Bachar
et de ses alliés, une fois qu’ils auront
terminé leur sale travail. »
J.-J. M.
Le président veut s’allier les eurodéputés
dans son difficile dialogue avec l’Allemagne.
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
ENVOYÉ SPÉCIAL À STRASBOURG
UNION EUROPÉENNE L’université Humboldt à Berlin, la colline athénienne de la
Pnyx et le discours de la Sorbonne… Emmanuel Macron n’en est plus à une tribune près pour décliner la vision de l’Europe qui l’a propulsé à l’Élysée, il y a onze
mois. Mardi, face à un Parlement de
Strasbourg qu’il voit comme « le siège de
la légitimité européenne », l’objectif était
tout autre : en appeler d’abord aux eurodéputés pour bousculer l’inertie allemande d’ici l’été, puis susciter dans
l’Hémicycle l’adhésion indispensable
pour changer la donne aux élections
européennes de mai 2019. Sur les deux
points, l’échange d’hier laisse un goût
d’inachevé.
À deux reprises, les eurodéputés ont
applaudi debout et Jean-Claude Juncker,
vétéran de la scène bruxelloise, dit son
émotion de voir « le retour de la vraie
France » dans le débat européen. Trois
heures durant, Emmanuel Macron a parlé et répondu à l’assemblée, avec la
connaissance des dossiers et les mots fiers
qu’elle apprécie. La « souveraineté européenne ». Une réussite démocratique
« unique au monde ». Et l’impatience pour
des choix clairs « entre ceux qui veulent
une Europe du repli, ceux qui veulent une
Europe de l’habitude et ceux qui veulent
une Europe de l’ambition ».
Parmi les premiers, le nom de Viktor
Orban, vainqueur dans les urnes en Hongrie et partisan affiché d’une démocratie
autoritaire, n’a pas été prononcé. Parmi
les seconds, le président s’est bien gardé
de ranger Angela Merkel, qu’il rencontrera demain jeudi pour une session de
travail à Berlin. Entre les lignes pourtant,
il transparaît qu’Emmanuel Macron
considère aujourd’hui les alliés CDUCSU de la chancelière comme le frein le
plus puissant au lancement de son entreprise de refondation de l’UE.
« Ne pas brusquer les peuples »
« Certains nous disent que les peuples ne
veulent plus de l’Europe, poursuit le chef
de l’État. D’autres affirment sagement
que nous ne devons pas nous presser, pour
ne pas brusquer les peuples, parce que ce
serait faire le jeu des populistes. Ceux-là
voudraient s’habituer à une musique que
l’on connaît bien : celle parfois de la paralysie. » Patron du groupe centriste ADLE
et allié probable d’Emmanuel Macron
pour le scrutin européen de mai 2019, le
Emmanuel Macron, mardi, au Parlement européen de Strasbourg.
Belge Guy Verhofstadt enfonce le clou :
« Comparée aux conservateurs en Europe, même la SNCF est un bastion de réformateurs… »
Au risque de crisper son rendez-vous à
Berlin, Emmanuel Macron a redit mardi
sa volonté de doter la zone euro d’un
budget qui lui appartient, avec « sans
doute » une représentation parlementaire
À Épinal, le chef de l’État lance, auprès
des citoyens, sa croisade européenne
MATHILIDE SIRAUD
ENVOYÉE SPÉCIALE A ÉPINAL
A
£@Mathilide_Sd
TOUT UN SYMBOLE. Emmanuel
Macron, le président de la République qui ambitionne de « refonder
l’Europe », a choisi Épinal, préfecture des Vosges et ancienne ville de
Philippe Séguin, pour donner le
coup d’envoi de ses « consultations
citoyennes ». Précisément là où, il y
a vingt-cinq ans, l’ex-ministre
gaulliste se faisait le farouche portevoix du non au référendum sur le
traité de Maastricht… « Certaines
préoccupations de l’époque sont toujours d’actualité », commente un
conseiller du chef de l’État. « Le débat européen ne doit pas être cantonné au temps électoral et ne doit pas
être réservé à quelques villes, quelques lieux où les habitants se sentent
à l’aise dans une société ouverte. »
Le président de la République devait débattre mardi soir au centre
des congrès d’Épinal de l’avenir de
l’Europe face à 300 personnes inscrites au préalable sur le site Internet de l’Élysée. « Dans les Vosges, il
existe une perplexité sur la question
européenne, ce n’est pas un sujet
mobilisateur », assure Stéphane
Viry, député Les Républicains du
département, qui dénonce la « gesticulation médiatique » du chef de
l’État. Plus tôt, à Strasbourg (lire cidessus), Emmanuel Macron avait
invité les Européens à « animer, à
participer à ces débats essentiels »
qui constituent « les conditions de
notre
vitalité
démocratique ».
« Nous essayons un exercice politique qui n’a jamais été fait », vante
l’Élysée, qui assure que l’Irlande a
déjà lancé ses propres consultations. Cette initiative, promesse de
campagne du candidat Macron, a
vocation à toucher « la moitié des
citoyens de l’UE », selon une organisatrice, et de créer jusqu’en octobre une « agora européenne ». Tous
les pays de l’UE - à l’exception de la
Hongrie - ont accepté de participer
à ce projet censé faire émerger les
attentes comme les doutes des ci-
toyens. « Emmanuel Macron a eu le
courage politique de s’emparer du
débat politique sur l’Europe, ignoré
par les grands partis traditionnels
depuis 2005, et a eu la bonne intuition pour ne pas laisser ce sujet aux
europhobes », loue le député macroniste du Benelux PieyreAlexandre Anglade. Une synthèse,
rédigée d’ici à la fin de l’année, sera
mise en débat en décembre au
Conseil européen.
Moteur de la reconstruction
En lançant ces temps d’échanges,
Emmanuel Macron veut s’imposer
comme le moteur de la reconstruction de l’UE et cherche à mobiliser
les électeurs, à un an d’une élection
majeure, régulièrement boudée
dans les urnes. Le chef de l’État
souhaite également montrer qu’il
ne nie pas les difficultés, en répondant aux questions sur le rejet de
l’Europe, qui va souvent de pair
avec une défiance vis-à-vis des institutions. Macron affirme vouloir
« sortir du simpliste oui ou non » sur
l’Europe et ainsi éviter l’affrontement de deux blocs aux prochaines
élections. Pour accomplir la recomposition politique qu’il appelle de
ses vœux au Parlement européen, il
devra au préalable réussir à endi-
guer la montée des populismes et de
l’euroscepticisme. Après les élections en Italie, en Hongrie et en
Autriche, il y a « urgence à agir »,
insiste l’entourage du chef de l’État.
Du côté de la majorité, à La République en marche comme au MoDem, l’impatience se fait, elle aussi,
sentir. Un petit groupe de députés
LaREM, emmené par le député
Pieyre-Alexandre Anglade, s’est
lancé la semaine dernière dans une
mini-tournée européenne. Après
des premières rencontres à Rome,
ces parlementaires proches de
l’Élysée vont se rendre rapidement
à Madrid, Amsterdam, puis dans les
pays de l’Est. « L’objectif est de
nouer des contacts, de créer des ponts
avec des partenaires partageant une
même base programmatique », affirme le député Pierre Person, qui
fait partie de la délégation. Car audelà du parti centriste espagnol Ciudadanos, le parti d’Emmanuel Macron ne compte à ce stade que peu
d’alliés sur la scène européenne.
« On a déjà pris du retard », lâche
un parlementaire macroniste. Le
résultat de la Grande marche pour
l’Europe, l’opération de porte-àporte lancée par LaREM, qui s’achève en mai, sera un premier indicateur du niveau de mobilisation. ■
FREDERICK FLORIN/AFP
propre. « Si nous ne décidons pas dans les
prochains mois, nous ne pourrons pas aller
de l’avant en Europe », prévient-il. Depuis la Chancellerie, Angela Merkel,
peut-être piquée au vif, s’est engagée
quelques heures plus tard à un accord
avec la France d’ici à la fin juin. « L’Allemagne fera sa part », dit-elle, comme
pour couvrir une cacophonie croissante
entre conservateurs et sociaux-démocrates, à l’intérieur de la grande coalition.
L’autre question restée sans réponse
dans l’Hémicycle est le périmètre des alliances électorales que l’inventeur d’En
marche ! voudra nouer d’ici au scrutin de
2019, pour donner une dimension européenne au mouvement et soutenir ses
ambitions jusqu’à la fin de son mandat.
« Macron a su prendre de la hauteur, mais
il reste dans le vague sur les forces qui
pourraient venir l’appuyer » dans l’Hémicycle, note en privé un candidat au ralliement. À droite comme à gauche, ils sont
nombreux. Mais encore loin d’être
conquis.
Les émissaires de LaREM labourent le
terrain strasbourgeois. L’éventail du possible va de la droite pro-européenne aux
écologistes, avec les sociaux-démocrates
mais en excluant les extrêmes. Cette
prospection vient de connaître un premier revers sérieux en Italie, avec l’effondrement électoral du Parti démocratique de Matteo Renzi. ■
Geoffroy Didier :
« Le président veut laisser
Bruxelles décider de tout »
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARION MOURGUE
£@MarionMourgue
Geoffroy Didier est député européen et secrétaire général délégué
de LR.
Emmanuel Macron
prend la parole
lors de l’ouverture
d’une série
de consultations
citoyennes sur l’Europe,
mardi à Epinal.
LE FIGARO. - Le chef de l’État
demande que « la colère des
peuples » soit entendue. Comment
accueillez-vous ses propos ?
Geoffroy DIDIER. - La meilleure
manière d’apaiser la colère, c’est de
la traiter, pas de la regretter. Emmanuel Macron n’a manifestement
pas l’intention de répondre aux attentes légitimes de protection.
Comment peut-on tenir aujourd’hui un discours sur l’Europe sans
une seule proposition face à l’immigration incontrôlée, la menace islamiste, les excès de la mondialisation ou la folie des normes ? A-t-il
entendu que la défiance était aux
portes de l’Europe ? Son discours
était abstrait et décalé. Comme député français, j’ai une tout autre
ambition pour l’Europe.
FREDERICK FLORIN/AFP
Le président appelle à défendre
« une souveraineté européenne
réinventée ». Est-ce compatible
avec la souveraineté de la France ?
La souveraineté européenne ? C’est,
dans le langage macronien, le fédéralisme ! On croit que le seul danger
pour la France serait le repli extrémiste du FN. Le toboggan qu’Emmanuel Macron veut nous faire
prendre vers le fédéralisme n’est,
pourtant, pas plus souhaitable. Il
veut laisser Bruxelles décider de
tout notre avenir. Il a voulu porter
un premier coup de poignard à notre souveraineté en tentant d’imposer des listes transnationales aux
prochaines élections. Ce dessein a
heureusement échoué. Il veut une
Europe difforme qui s’élargisse encore et encore… jusqu’à l’Albanie et
la Bosnie ! Cette fuite en avant serait
non seulement un voyage sans re-
tour mais aussi un contresens de
l’histoire. En 2019, nous devrons
choisir qui décide de l’avenir de
l’Europe : les élites ou le peuple ?
Que prônez-vous
pour rendre l’Europe concrète ?
Avec Laurent Wauquiez, nous voulons que l’Europe devienne protectrice des Français. Concrètement,
cela signifie accélérer les bienfaits
de l’Union sur des projets précis
comme la lutte contre le chômage
des jeunes, consolider nos frontières
pour reprendre la maîtrise de notre
destin et inventer un mode de fonctionnement plus souple pour l’UE.
Nous proposerons aux Français un
projet inédit, alternatif et positif.
“
En 2019, nous
devrons choisir
qui décide
de l’avenir
de l’Europe : les élites
ou le peuple ?
”
GEOFFROY DIDIER, DÉPUTÉ LR
Vous avez saisi la Commission
contre les réseaux sociaux
qui maintiennent en ligne
des contenus djihadistes.
Quel progrès attendez-vous ?
Plus besoin d’aller en Syrie pour
devenir terroriste. Chaque jour, de
nouvelles personnes se radicalisent
à domicile sur Internet. C’est quand
même un comble que l’Occident
offre aux terroristes islamistes leur
outil de travail ! Ma collègue Rachida Dati a obtenu une première victoire en 2015 en engageant la responsabilité pénale des géants du
Web. Je propose de franchir une
nouvelle étape en imposant des
sanctions financières véritablement
dissuasives allant jusqu’à 5 % de
leur chiffre d’affaires. Ces entreprises doivent comprendre que leurs
bénéfices passeront désormais
après notre sécurité. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
INTERNATIONAL
7
Cuba prête à basculer dans l’après-Castro
Raul Castro doit quitter la présidence cubaine ce mercredi, mettant fin à six décennies de pouvoir
sans partage de la fratrie sur l’île. Il gardera toutefois la main sur les leviers du pouvoir de la dictature.
HECTOR LEMIEUX
LA HAVANE
CARAÏBES Au crépuscule de la
présidence de Raul Castro, l’heure
n’est pas à la fièvre électorale.
Dans le quartier populeux havanais du Cerro, quelques anciens
d’Angola, venus acheter le Granma, le quotidien officiel du Parti
communiste cubain, ne décolèrent pas. Leurs préoccupations ?
La Syrie. « Ces gens, Trump (prononcé « Troumpe », NDLR), Emmanuel Macron et celle d’Angleterre, sont des cochons. Il faut envoyer
un missile sur Washington », vocifère Abelardo, ancien artilleur
dans l’enclave de Cabinda, en Angola, lors de la guerre que les Cubains y ont menée entre 1975 et
1989.
Son acolyte, un colosse édenté,
en est sûr : « Les armes chimiques ?
Ce sont des mensonges. Les Américains ont tout inventé, comme en
Irak. » Après avoir dénoncé l’Occident à qui mieux mieux, la tension
retombe un temps et Nelson, 80 ans,
longtemps technicien d’une fabrique de tabac, donne ses pronostics
“
Je me souviens
qu’avant 1959,
quelqu’un qui travaillait
mangeait sans
problème. Ce qui n’est
plus le cas
NELSON, 80 ANS,
”
pour la succession annoncée de Raul
Castro : « J’ai deux candidats en tête.
Le premier est Bruno Rodriguez (ministre des Affaires étrangères,
NDLR) et le second Miguel Diaz-Canel (numéro deux du gouvernement, NDLR). Rodriguez est quelqu’un d’intelligent qui maîtrise tous
les dossiers, internationaux ou pas.
Diaz-Canel en maîtrise moins et il
manque un peu de profondeur », estime le vieil homme.
Yanelys, propriétaire d’un paladar (restaurant privé) dans le Vedado, est plus nuancée. « Ici rien
n’est jamais sûr, si ce n’est qu’au
fond, rien ne change. Alors je ne parierais pas sur la nomination de
Diaz-Canel. » Après tout, le départ
de Raul Castro a été différé plusieurs fois. Il devait initialement
avoir lieu le 25 février. Le président
cubain, prétextant la nécessité de
régler les dégâts causés dans l’île
par l’ouragan Irma, l’a reporté au
19 avril. Puis le 16 avril, nouveau
coup de théâtre : le frère de feu Fidel partira finalement ce 18 avril.
Comme bien des cuentapropistas
(entrepreneurs privés), qui représentent désormais 12 % de la population active, Yanelys apprécie
peu la bureaucratie socialiste et les
contraintes croissantes que lui impose le gouvernement. Mais comme presque tous les Cubains, elle
est incapable de dire à quoi pourrait ressembler un autre Cuba.
Aux yeux des 11,2 millions d’insulaires, nés pour leur immense
majorité après la révolution, la situation politique semble figée.
« No hay futuro (il n’y a pas d’avenir, NDLR) », disent-ils souvent.
D’autant plus que la dissidence,
muselée par le régime, n’a pas su
toucher le cœur du peuple. Seule
certitude, l’opposition est interdite et plus affaiblie que jamais. Elle a
été terrassée lors des élections du
11 mars, le gouvernement cubain
lui interdisant de présenter des
candidats. Lors du huitième Sommet des Amériques, qui s’est tenu
à Lima le week-end dernier, la
dictature cubaine, représentée par
une forte délégation des Jeunesses
communistes s’en est pris aux jeunes opposants cubains, les accusant, non sans raison, d’être financés par les États-Unis.
Oubliées les chances d’une démocratie à la cubaine !
Ce 18 avril marquera toutefois
l’histoire, puisque pour la première fois depuis presque soixante
ans, le pays ne sera pas dirigé par
un Castro. En apparence seule-
ment, car Raul Castro restera au
poste en coulisses. S’il semble acquis que le frère de Fidel quittera
bien la présidence, il gardera la
main sur les leviers du pouvoir. Le
vieux général devrait rester premier secrétaire du Parti communiste cubain jusqu’en 2021 et parlà même le maître de l’armée.
Bilan contrasté
Raul Castro
(ci-dessous
le 21 décembre
au Palacio
de las Convenciones
de La Havane)
continuera de tirer
les ficelles après son
départ de la présidence
de Cuba. En-bas :
Miguel Diaz-Canel,
numéro deux du
gouvernement cubain,
devrait lui succéder.
JAIME BLEZ/AFP,
RAMON ESPINOSA/AP
Cette situation où un Castro tirera
les ficelles n’est pas inédite. Si le
successeur le plus probable de
Raul semble être Miguel Diaz-Canel, un civil de 57 ans et pur produit du Parti, il pourrait n’être
qu’un président sans grands pouvoirs. À l’instar de ce qui s’est passé dans l’île jusqu’en 1976. Le premier ministre d’alors s’appelait
Fidel Castro. Mais qui se souvient
du président Osvaldo Dorticos,
une marionnette à qui Fidel succéda la même année, en changeant la
Constitution cubaine ?
Si la parole était totalement bridée jusqu’en 2006 pendant la présidence de Fidel Castro, les Cu-
bains ont eu moins peur de parler
par la suite. Non de politique, trop
dangereux, mais d’économie, une
façon détournée d’aborder la politique. Et à les croire, le bilan de
Raul Castro est mauvais. Les retraités et les travailleurs du public
se plaignent de salaires indécents
pour vivre. Nelson, qui vend des
journaux pour compléter sa retraite, précise : « Avoir supprimé
les commerces privés, dès le début
de la révolution, fut une erreur.
L’État ne peut pas tout gérer. Je
travaillais dans un commerce de
détail. Mon chef en possédait quatre, mais il y avait de la concurrence et le commerce qui ne travaillait
pas bien était éliminé », avant
d’ajouter : « J’avais 20 ans au moment du triomphe de la révolution
(expression consacrée à Cuba,
NDLR). Je me souviens qu’avant
1959, quelqu’un qui travaillait
mangeait sans problème. Ce qui
n’est plus le cas. Les salaires ne
permettent plus de se payer quoi
que ce soit. Je ne sais pas ce que je
mangerai demain. C’est pourquoi
les rues sont remplies de gens
désœuvrés qui refusent de travailler pour une misère. »
En une décennie, Raul Castro a
pourtant radicalement changé
l’île communiste. D’une part, les
Cubains ont eu le droit de sortir du
pays, d’accéder progressivement
à la propriété privée ou encore de
posséder un téléphone portable.
Des droits pour certains théoriques, tant le pouvoir d’achat est
bas, mais qui ont représenté une
véritable révolution dans l’île.
D’autre part, le président sortant a
mis en place dès 2010 un capitalisme à la cubaine. Si les 600 000
cuentapropistas se plaignent des
charges, de la bureaucratie omniprésente et de la corruption, leur
apparition massive a changé le visage de l’île. Enfin, le rapprochement de Cuba avec les États-Unis
en décembre 2014, sous les auspices du Vatican et du Canada, a
créé un véritable espoir de développement économique. C’était
avant l’arrivée catastrophique de
Donald Trump. ■
avant la fin des deux mandats de
cinq ans que pourrait faire son
dauphin.
Celui-ci aura à gérer une situation très délicate. L’économie
stagne, les jeunes diplômés quittent le pays et le Venezuela, qui
finançait le régime comme l’avait
fait l’URSS jusqu’en 1989, est en
ruine et ne peut plus continuer à
aider massivement Cuba. Pour
relancer son économie, La Havane a reçu dernièrement le secrétaire général du Parti communiste
du Vietnam, et salué « l’impressionnant développement économique » de ce régime communiste.
L’urgence, selon l’économiste
cubain Omar Everleny, est d’en
finir avec la double monnaie,
l’une convertible, le CUC, l’autre
destinée aux Cubains, le CUP. Ce
système crée des distorsions qui
ont fini par paralyser l’économie.
« C’est une réforme difficile mais
indispensable, selon l’économiste
cubain. Cela va rendre non rentable des entreprises d’État cubaines
qui devront être soutenues ; mais
sans cela, il est impossible de faire
redémarrer l’économie cubaine et
de faire venir les indispensables investissements étrangers. » Pour
Omar Everleny, il est également
urgent de redynamiser « la production agricole et sucrière, qui a
été abandonnée depuis de nombreuses années. » Pour financer
ces réformes, le gouvernement
pourrait utiliser les remesas, cet
argent envoyé par les Cubains en
exil, soit 3,5 milliards de dollars.
C’est la seconde source de devises
à Cuba, après l’exportation des
médecins, évaluée à quelque
6 milliards de dollars. ■
Miguel Diaz-Canel,
fidèle du régime, favori
pour la présidence
MIGUEL DIAZ-CANEL sera désigné aujourd’hui nouveau chef de
l’État cubain, succédant à Raul
Castro, sauf surprise de dernière
minute. Mais dans le régime cubain, les surprises sont rares, tout
étant en général planifié et préparé de longue date. « Ses uniques
mérites, estime Abraham Jimenez, de la revue Web El Estornudo, sont d’être le premier dirigeant
né après la révolution devenu viceprésident et d’être le seul Cubain
qui a osé s’asseoir au bureau politique avec une tablette entre les
mains. Avec le temps, son visage
jeune est devenu gris, jusqu’à arriver à la sobriété. Il a montré clairement qu’il ne sera pas l’homme du
changement. »
Miguel Diaz-Canel est né le
20 avril 1960 à Placetas, dans la
province de Villa Clara. Il a été
marié et a eu deux enfants de ce
mariage. Il est devenu ingénieur
électronicien en 1985, après des
études à l’université centrale de
Las Villas. Il a été enseignant à
l’université avant de partir en
mission vers le Nicaragua des
sandinistes. Quand il revient, il
prend des responsabilités au sein
des Jeunesses communistes. Il
entre au comité central du Parti
communiste en 1991, et s’efforce
de donner une image moderne. Il
porte des jeans, a les cheveux
longs, se dit fan des Beatles et crée
un centre culturel à Santa Clara,
où seront accueillis des spectacles
de travestis.
Raul Castro le repère, le fait
nommer en 2003 premier secrétaire du Parti communiste de
Holguin, et lui permet d’entrer au
bureau politique du Parti communiste cubain. Il arrive au gouvernement en 2009, comme ministre de l’Éducation supérieure.
Toujours sous l’impulsion de Raul
Castro, il devient vice-président
du Conseil des ministres, chargé
de l’éducation, de la science et
des sports. En 2013, il est désigné
premier
vice-président
du
Conseil d’État.
Toujours dans la ligne
Pendant toutes ces années, il est
resté très discret, ne faisant que
de rares apparitions publiques. Il
a tiré les leçons des aventures de
beaucoup d’autres qui, à force de
montrer leur ambition au grand
jour, ont été écartés du pouvoir
par les frères Castro. Toujours
dans l’ombre de son mentor, Raul
Castro, il a, sans cesse, prouvé sa
fidélité au régime, se plaçant
dans sa ligne dure lors de ses rares interventions publiques. Lors
des élections du 11 mars dernier,
qui ont lancé le processus de désignation du nouveau chef de
l’État qui doit se tenir aujourd’hui, il avait salué « la génération historique qui nous a conduits
et qui a forgé la révolution ».
« Pour arriver où il est arrivé
sans se faire défenestrer, la première condition est de rester dans
arriver
« oùPourMiguel
Diaz-Canel
est arrivé
sans se faire
défenestrer,
la première
condition
est de rester
dans les rails,
et il a été
très bon
pour cela
»
NORA GAMEZ TORRES,
MIAMI HERALD
les rails, et il a été très bon pour
cela », analyse Nora Gamez Torres, du quotidien Miami Herald.
« Jamais il ne dévie de la ligne du
Parti. » Mais comme premier chef
de l’État cubain né après la révolution, il risque de souffrir d’un
déficit de légitimité.
Le défi des réformes
Outre qu’il n’a pas participé à la
prise du pouvoir en 1958, il n’est
de surcroît pas militaire, alors que
les forces armées cubaines disposent d’un pouvoir politique et
économique très important. Certes, il bénéficiera du soutien de
Raul Castro, qui continue à diriger le Parti communiste cubain,
grâce à son poste de premier secrétaire. Mais Raul Castro n’est
pas éternel et on le dit très malade. Il est probable qu’il décédera
A
PATRICK BÈLE pbele@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Rohingyas : la Birmanie
redoute une possible
enquête de la CPI
La procureur de la Cour pénale internationale demande aux juges
de statuer sur les compétences de sa juridiction sur le transfert
forcé des membres de la minorité musulmane au Bangladesh.
ÉMILIE LOPES £@EmilieLopes
ASIE DU SUD-EST C’est une requête
qui pourrait changer le cours de l’histoire des Rohingyas. Le 9 avril, Fatou
Bensouda, procureur à la Cour pénale
internationale, a demandé aux juges de
statuer sur les compétences de sa juridiction concernant la déportation et le
transfert forcé des Rohingyas au Bangladesh. Bien que la Birmanie ne soit
pas partie au statut de Rome, traité fondateur du tribunal pénal international,
le Bangladesh l’est, et c’est au titre des
crimes commis sur son territoire que la
CPI ouvrirait une enquête. Depuis le
25 août, près de 700 000 Rohingyas ont
quitté la Birmanie, fuyant les persécutions des militaires.
« La procureur considère que la déportation de la population du fait des autorités birmanes entraîne les Rohingyas à
être transférés au Bangladesh contre leur
volonté. Ce transfert est forcé. Pour elle,
il y a là deux crimes : la déportation et le
transfert. Et ce dernier a lieu au Bangladesh », analyse Céline Bardet, juriste
spécialisée dans les questions de crimes
de guerre, justice pénale internationale,
criminalité transfrontalière et violences
sexuelles dans les conflits. « En outre,
Fatou Bensouda cite les nombreux rapports qui font état de preuves de génocide
dans sa requête », ajoute-t-elle.
Il existe trois possibilités pour saisir
la CPI, soit par le biais d’un État membre, soit via une décision du Conseil de
sécurité de l’ONU, soit par une autosaisine. Dans le cas des Rohingyas,
l’ONU est confronté au droit de veto
des Russes et des Chinois, qui soutiennent ouvertement le gouvernement
birman. Si les juges de la CPI valident
donc la demande de la procureur, celle-ci pourrait s’autosaisir et ouvrir une
enquête ou bien être saisie par le Bangladesh pour crimes commis sur son
territoire. C’est la première fois qu’une
telle requête est faite. « C’est une demande très forte. Le précédent juridique
serait énorme. Ça pourrait servir pour
les migrants, par exemple », assure Céline Bardet.
“
Aujourd’hui, on peut dire
qu’Aung San Suu Kyi est
complice des militaires,
et donc du génocide.
C’est indéniable
”
ALICIA DE LA COUR, AVOCATE
De son côté, le gouvernement birman n’a pas tardé à réagir en exprimant dans un communiqué daté du
13 avril sa profonde « préoccupation ».
« Nulle part dans la charte de la CPI, il
n’est dit que la Cour est compétente
concernant des pays qui n’ont pas accepté sa juridiction », a-t-il déclaré. Et
d’ajouter : « De plus, la convention de
Vienne de 1969 sur les traités internationaux stipule qu’aucun traité ne peut être
imposé à un pays qui ne l’a pas ratifié. »
« Cette dernière remarque sur la
convention de Vienne est très juste juridiquement mais le gouvernement birman
occulte le fait que Fatou Bensouda se
base sur des crimes qui relèvent du droit
international pénal. Or les traités entre
pays dépendent du droit international
public. En somme, elle ne poursuit pas
un État, mais elle poursuit des gens. Et
on pourrait même penser qu’elle serait
en mesure de poursuivre Aung San Suu
Kyi, puisqu’il n’y a aucune impunité »,
argue Céline Bardet.
Pour Alicia de la Cour, avocate et
criminologue de l’International State
Crime Initiative de l’Université de
Londres, la réaction de Rangoun n’est
pas une surprise. « Aung San Suu Kyi
nie les persécutions à l’encontre des
Rohingyas depuis longtemps. Aujourd’hui, on peut même dire qu’elle est
complice des militaires, et donc du génocide. C’est indéniable. Elle est l’unique
personne en Birmanie à pouvoir changer
les mentalités. Les gens l’adorent, c’est
une icône, ils l’écoutent. Elle n’a certes
pas le pouvoir politique pour changer les
choses, mais elle a le pouvoir moral. Et
elle a participé à la déshumanisation des
Rohingyas en ne disant rien », estime
l’avocate.
Selon Matthew Wells, conseiller
principal en matière de crise à Amnesty International, « la demande de la CPI
est une bonne nouvelle pour garantir la
justice face aux crimes horribles que
l’armée birmane a commis contre la population rohingya, y compris les assassinats généralisés, les violences sexuelles et les incendies de villages ». L’ONG
fait partie des nombreuses associations
qui ont écrit des rapports dénonçant
les crimes contre l’humanité commis
par les Birmans. « La communauté internationale devrait explorer toutes les
voies de responsabilité, y compris un
renvoi de la situation devant la CPI par
le Conseil de sécurité de l’ONU, étant
donné que les crimes commis atteignent
clairement le niveau de crimes contre
l’humanité », estime-t-il.
Dans les camps du Bangladesh, si
beaucoup de Rohingyas tentent de ré-
Aung San Suu Kyi, le 17 mars, à Sydney. Théoriquement, la dirigeante birmane pourrait
être poursuivie personnellement. DAN HIMBRECHTS/POOL/GETTY IMAGES
colter les preuves de génocide, la nouvelle a été accueillie avec prudence.
« La CPI aurait dû être saisie depuis
longtemps pour éviter le génocide de
notre peuple, se désole Mayyu Ali, un
jeune activiste. Bien sûr, nous gardons
espoir et nous voulons que la Birmanie
soit condamnée pour ce qu’elle a fait.
Mais le plus important pour nous est
que les massacres s’arrêtent et que
nous retrouvions la paix, la sécurité.
Nous voulons que nos droits soient garantis pour pouvoir retourner dans notre pays. » ■
Deux affaires de viols fragilisent la droite hindoue
Ces deux crimes, fortement médiatisés, impliquent le parti nationaliste hindou de Narendra Modi
et mettent en lumière la corruption dans la police et les tensions religieuses qui gangrènent la société.
A
NEW DELHI
INDE Ils font partie du quotidien en
Inde. Pas une semaine ne passe sans que
la presse ne rapporte une affaire de viol.
Mais, depuis deux semaines, l’opinion
affiche sa colère et son désarroi, dans la
rue et sur les réseaux sociaux, alors que
deux faits divers choquent le pays. Car
ces deux affaires illustrent la faillite
d’institutions qui sont parmi les clés de
voûte du système démocratique indien :
la police, les avocats, la classe politique.
Le premier crime date de juin 2017.
Une adolescente du district d’Unnao,
dans l’État oriental de l’Uttar Pradesh,
dit avoir été violée par un député de
l’Assemblée législative locale. Elle tente
de porter plainte, mais l’homme qu’elle
accuse, Kuldeep Singh Sengar, est influent. Ancien député du parti socialiste
pendant dix ans, il a obtenu l’investiture du BJP, le parti au pouvoir, peu
avant les législatives locales de 2017,
qu’il a d’ailleurs remportées. Comme
tant de politiciens indiens, sa fortune et
son carnet d’adresses lui permettent de
contrôler la police du district. Du coup,
celle-ci refuse d’enquêter. Mais la
victime s’obstine.
Sans doute pour la faire taire, quelques jours plus tard, l’adolescente est
enlevée puis violée par trois hommes
proches du député Sengar. La famille de
la victime ne renonce pas à alerter les
autorités, si bien que le père est passé à
tabac par des complices du député,
avant d’être jeté en prison par la police.
Il meurt six jours plus tard. Le 8 avril
dernier, la jeune fille tente de s’immoler par le feu devant la résidence du
chef de l’État de l’Uttar Pradesh. Il
faudra que le drame fasse la une des
médias pour que les autorités interpellent Kuldeep Singh Sengar, le 15 avril.
Violences contre
musulmans et chrétiens
L’affaire a d’autant plus de retentissement qu’elle éclate au moment où un
fait similaire s’est produit, mi-janvier,
dans l’État du Jammu-et-Cachemire,
dans le Nord. Là encore, la police a été
complice : six hommes, dont un policier, ont kidnappé, drogué, violé puis
étranglé Asifa, une fillette de 8 ans, dont
le calvaire a duré six jours. Deux d’entre
eux ont ensuite donné 550 000 roupies
(6 800 euros) à des policiers pour qu’ils
désorientent l’enquête. Le rapport de la
brigade criminelle raconte en 15 pages
comment les meurtriers, de confession
hindoue, ont ciblé Asifa, parce qu’elle
appartenait à une communauté musulmane qu’ils voulaient chasser de leur
district.
Lorsque la brigade criminelle tente
de déposer son dossier au tribunal le
9 avril, les avocats du barreau du
Jammu-et-Cachemire investissent les
lieux pour bloquer la procédure. Ils reprochent aux enquêteurs d’avoir arrêté
des innocents pour plaire aux musulmans. Une organisation fondamentaliste hindoue soutient les suspects, avec
l’appui de deux ministres BJP du gouvernement du Jammu-et-Cachemire.
Cette mobilisation des fondamentalistes intervient alors que, depuis la victoire
du BJP aux législatives fédérales de 2014,
les violences contre les musulmans et les
chrétiens prennent de l’ampleur. À
SANJAY KANOJIA/AFP
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
Le 13 avril, à Allahabad (État de l’Uttar Pradesh), des manifestants protestent contre
Narendra Modi et son parti, le BJP, après des affaires de viols et de meurtres.
presque chaque élection locale, le BJP
tente de mobiliser l’électorat hindou en
jouant sur les préjugés envers les minorités religieuses. Une manière de récupérer le vote des hindous, éparpillé par les
divergences de castes. En temps normal,
ces manœuvres ne choquent guère.
Mais cette fois, le mouvement des
avocats et la sympathie dont il jouit dans
la classe politique suscitent l’incompréhension. Beaucoup d’Indiens sont outrés
de voir des hommes de loi bloquer une
procédure judiciaire parce que la victime est musulmane. « Des politiciens ont
essayé de profiter de ce crime sordide
pour marquer des points en prétextant
que la police était partiale en faveur des
musulmans », dénonce le quotidien The
Indian Express dans un éditorial.
Dans les deux affaires, une partie de
l’appareil politique, sécuritaire et judiciaire, s’est concertée pour protéger les
accusés. Un élément qui nourrit la défiance de la population envers les institutions de la plus grande démocratie du
monde. Le politologue Pratap Bhanu
Mehta voit dans cette faillite institutionnelle la marque d’un « trou noir moral ».
La crise actuelle inquiète jusque dans
les rangs du BJP. L’ancien ministre et
vice-président,
Yashwant
Sinha,
s’alarme de voir son parti se compromettre à des fins électorales, dans un
contexte où la condition des femmes a
empiré depuis 2014, avec une hausse
de 6 % du nombre de viols. « Dans certaines affaires, les personnes impliquées
dans ces crimes odieux viennent de nos
propres rangs. […] L’intérêt de la nation
doit primer sur celui de notre parti »,
écrit-il dans une lettre ouverte aux
parlementaires du BJP. Un plaidoyer
qui sonne comme un avertissement à
un an des législatives fédérales. ■
ZOOM
Irak : une djihadiste
française condamnée
à la perpétuité
La djihadiste française Djamila
Boutoutaou a été condamnée
mardi à la prison à perpétuité pour
appartenance à l’État islamique
par la Cour pénale centrale
de Bagdad devant laquelle elle a
plaidé avoir été dupée par son
mari, membre de l’EI. « Quand je
l’ai épousé, il était chanteur de rap,
c’est en arrivant en Turquie que
j’ai découvert que mon mari était
un djihadiste », a affirmé en arabe
cette Française d’origine
algérienne de 29 ans à la cour.
Depuis le début de l’année, plus de
280 djihadistes étrangères ont été
condamnées à mort ou à la prison
à vie par les tribunaux de Bagdad.
EN BREF
Syrie : arrivée d’experts sur
le lieu de l’attaque chimique
Une équipe de l’Organisation
internationale pour l’interdiction
des armes chimiques (OIAC)
est arrivée mardi dans la ville
syrienne de Duma pour
enquêter sur une attaque
chimique présumée. Les
Occidentaux doutent toutefois
qu’ils puissent encore trouver
des preuves sur place.
Sanctions contre Moscou :
Washington réfléchit
La Maison-Blanche a indiqué
lundi que les États-Unis
envisageaient de prendre
de nouvelles sanctions contre la
Russie mais n’avaient pas encore
pris de décision à ce sujet et
étaient « en cours d’évaluation ».
L’ambassadrice américaine à
l’ONU, Nikki Haley, avait déclaré
dimanche que de nouvelles
sanctions seraient annoncées
dès lundi par le secrétaire
au Trésor, Steve Mnuchin.
La Turquie prolonge l’état
d’urgence pour la 7e fois
Les autorités turques ont décidé
mardi de prolonger de trois
mois, pour la septième fois de
suite, l’état d’urgence instauré
après la tentative de coup d’État
du 15 juillet 2016. Cette décision
a été prise lors d’un Conseil
de sécurité nationale à Ankara
sous la présidence de Recep
Tayyip Erdogan.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
SOCIÉTÉ
9
Des cyberattaques de plus en plus ravageuses
L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information met en place de nouvelles postures de riposte.
CHRISTOPHE CORNEVIN
Dans son bilan annuel, l’Anssi confirme
ainsi avoir « constaté une recrudescence
d’attaques aux effets destructeurs réalisées
à des fins lucratives ou de sabotage ». Parmi elles, l’agence observe « depuis 2014
une hausse constante des attaques par
rançongiciel ». Ainsi, WannaCry, un
« rançongiciel » malveillant ayant conta-
L’Anssi constate « une recrudescence d’attaques aux effets destructeurs réalisées à des fins lucratives ou de sabotage ».
miné en un week-end plus de
200 000 ordinateurs, avait contraint de
mettre à l’arrêt « préventivement » l’usine Renault de Douai (Nord). L’unité de
Sandouville (Seine-Maritime), qui emploie alors 3 400 salariés, a elle aussi été
concernée. « Nous avons été contraints
d’isoler chacun de nos sites de production
pour détecter et éviter la contamination »,
avait alors déclaré au Figaro la marque au
losange. Le 27 juin, le géant des matériaux
Saint-Gobain a été visé à son tour par
NotPetya, un virus qui a paralysé de manière fulgurante l’activité de nombreuses
entreprises ayant des intérêts en Ukraine.
Pour l’entreprise française, l’impact financier a été évalué à quelque 250 millions d’euros. « De virulence variable, rap-
ANSSI
pelle l’Anssi, ce type de code malveillant
séquestre les données des équipements informatiques infectés jusqu’à ce que la victime paie la rançon, généralement avec une
cryptomonnaie telle que le bitcoin. »
Au chapitre des « nouvelles tendances » qui ont marqué l’année dernière, le
rapport de l’Anssi relate aussi qu’en juin
2017 « l’entreprise de VTC Uber et le cabi-
XAVIER DE FENOYL/PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXP
À Toulouse, la crainte de
nouvelles violences urbaines
Le quartier du Mirail est le théâtre d’échauffourées entre jeunes et policiers.
La mairie envisage un « couvre-feu » pour mineurs.
JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET
£@jcmagnenet
À TOULOUSE
DÉLINQUANCE Plein soleil sur la place André-Abbal. Au cœur du quartier du Mirail,
à Toulouse, jeunes et moins jeunes discutent à la terrasse d’un snack ou à l’ombre
des platanes. La carcasse d’une voiture
carbonisée rappelle tout de même les
heurts de la nuit passée. Dans ce quartier
identifié comme une « zone de reconquête
républicaine » par l’État, plus d’une vingtaine de véhicules ont été enflammés ainsi
que de nombreux conteneurs à poubelles.
« Les affrontements ont opposé durant de
longues heures 100 à 150 personnes à près
de 200 policiers », détaille Didier Martinez,
du syndicat Unité SGP police. « Des mortiers artisanaux ont été utilisés depuis les
coursives, et des incendies ont été déclenchés
pour créer de vrais guets-apens contre les
forces de l’ordre », complète Sébastien
Pelissier, du syndicat Alliance Police na-
tionale. Ces affrontements ont duré tard
dans la nuit, dans les secteurs de la Reynerie, Bellefontaine et Bagatelle. Des violences urbaines qui se sont déclenchées dans
la nuit de dimanche à lundi. « Le commissariat du Mirail a notamment, cette nuit-là,
été caillassé et pris pour cible », rappelle le
syndicaliste.
« Ces soirs-là, on se croirait
en guerre »
« Je ne comprends vraiment pas pourquoi on
en arrive là, ce n’est pas une zone de nondroit ici, déplore amèrement un commerçant. On ferme plus tôt en ce moment et je
m’inquiète pour les enfants. » « On vit cela
très mal », ajoute une riveraine, résidente
du Mirail depuis plus de trente ans. « Nous
subissons ces affrontements nocturnes,
alors que tout se passe bien la journée… Cela
ne reflète vraiment pas l’image du quartier », selon elle. « Ces soirs-là, on se croirait en guerre, il faut appeler au calme »,
lance un responsable associatif local. Il
participait en milieu d’après-midi à une
réunion organisée à l’initiative de la municipalité, regroupant acteurs du quartier,
représentants de l’État et de la municipalité, pour « renouer les fils du dialogue et sensibiliser les familles, qui doivent garder leurs
enfants chez elles la nuit », décrit l’un des
participants. Six des dix-huit personnes
interpellées lundi soir sont en effet mineures. « Ceux qui se livrent à ces affrontements
sont parfois très, très jeunes », souligne
Sébastien Pelissier.
Les sources de cette flambée de violence
pourraient être multiples. Nombreux sont
ceux qui l’expliquent par le décès, en fin de
semaine dernière, à la maison d’arrêt de
Seysses, d’un détenu originaire de la Reynerie. « Il a été retrouvé pendu dans une cellule », indique le parquet de Toulouse, précisant que l’autopsie pratiquée démontrait
une mort issue « d’un phénomène d’asphyxie compatible avec une pendaison » et
« qu’une enquête a été ouverte, comme à
chaque fois ». À la maison d’arrêt, plusieurs
dizaines de détenus ont par ailleurs refusé
lundi de réintégrer leur cellule après une
Une voiture incendiée dans le quartier du Mirail, à Toulouse, au lendemain
d’une seconde nuit de violences urbaines.
promenade. Ensuite, la vidéo - diffusée sur
les réseaux sociaux - de l’interpellation
d’une femme portant le niqab, dimanche,
dans le quartier, puis placée en garde à vue
et poursuivie pour « rébellion, outrage et
menaces sur personnes dépositaires de
l’autorité publique », selon le parquet,
pourrait avoir également joué un rôle.
« Il y a aussi et surtout les coups portés
par les récentes actions de police au trafic de
drogue, entraînant forcément une réaction
des réseaux, qui veulent marquer leur territoire », juge Didier Martinez. Salah, un
« ancien », insiste surtout sur « la défiance
Des facs refusent d’appliquer Parcoursup
Certains présidents d’université et enseignants-chercheurs contestent le principe du classement
des candidatures prévu par la nouvelle plateforme d’orientation des lycéens vers l’enseignement supérieur.
PAUL DE COUSTIN ET LOUIS HEIDSIECK
ORIENTATION « Parcoursup soulève de
nombreuses interrogations et critiques. »
Pour Nathalie Dompnier, présidente de
l’université Lyon-II, le nouvel outil de répartition des candidatures des lycéens
dans l’enseignement supérieur rencontre
des contestations légitimes. Opposée au
principe du classement des élèves prévu
sur la plateforme, elle propose « d’accepter
sans condition toutes les candidatures, tous
baccalauréats confondus, dans les filières
qui ne sont pas sous tension ». Tous les
vœux seront classés ex aequo. À l’université de Bordeaux-Montaigne et de Poitiers,
les présidents d’établissement ont pris des
décisions similaires. Idem à Pau, où, dans
16 parcours, dont le droit, l’économie et les
mathématiques, les lycéens inscrits rece-
vront tous un « oui », même si le nombre
de demandes est largement supérieur à
l’offre. Frédéric Tesson, le vice-président
de l’université, mise sur la défection habituelle de la plupart des candidats. « En
droit, nous avons 2 500 demandes pour
500 places, dit-t-il. Mais nous dirons “oui”
à tout le monde car nous savons d’expérience que cette filière ne devrait pas, chez nous,
être en sureffectif. » Au risque de devoir accueillir tous ceux qui décideront de venir…
3 000 candidats pour 620 places
À Pau comme à Lyon, les parcours historiquement « en tension », où le nombre
d’inscrits excède chaque année le nombre
de places à l’issue de la procédure, suivront
en revanche les dispositions prévues par
Parcoursup.
Des enseignants-chercheurs, premiers
concernés par les commissions prévues
par la loi pour classer les étudiants, font
aussi barrière à Parcoursup. Comme à Lille,
où les enseignants de sciences politiques
refusent d’établir un classement. « On est
15 enseignants pour 2 500 demandes, explique Rémi Lefebvre, professeur de sciences
politiques. Jamais on n’aura le temps d’étudier les dossiers. »
En l’absence de commission, l’enseignant craint néanmoins que « l’université
ne classe par un algorithme ». Guillaume
Mazeau, de l’université Paris-I PanthéonSorbonne, explique que la commission des
vœux en histoire, dont il fait partie, va organiser un vote électronique pour décider
de la marche à suivre. Le département attire 3 000 candidats pour environ 620 places
disponibles. Lui est clairement opposé au
principe du classement, et veut « mettre
tout le monde ex aequo ». L’autre solution
soumise au vote sera de « classer avec des
critères raisonnables », définis par la commission et différents de ceux prévus par
Parcoursup.
Pour Gilles Roussel, président de la
Conférence des présidents d’université
(CPU), les établissements qui prennent le
risque d’accepter tout le monde « vont être
obligés de les accueillir dans de mauvaises
conditions, quitte à fermer les locaux s’il y a
des problèmes de sécurité », si les inscriptions se confirment. « Par définition, la loi
impose d’accueillir tous les candidats dans la
limite des capacités d’accueil », indique-ton au ministère de l’Enseignement supérieur. « Si les conditions de sécurité sont respectées, il n’y a aucun problème à ce que ces
universités répondent “oui” à toutes les candidatures ! » Pour les filières en tension, le
ministère insiste sur « les 22 000 nouvelles
places » créées et « le milliard d’euros
investi ». ■
entre jeunes et flics depuis la fin de la police
de proximité ». Le Mirail a été retenu par
Beauvau pour l’expérimentation de la
nouvelle « Police de sécurité du quotidien ». « C’est trop tard, le lien est rompu et
on ne fait plus confiance à la Justice », balaie
Salah. Ce mardi soir, les forces de l’ordre
étendaient leurs dispositifs à différents
quartiers de l’agglomération toulousaine,
pour éviter que ces violences ne fassent tache d’huile. De son côté, la mairie réfléchit
à la mise en place d’un « arrêté municipal
de couvre-feu pour les mineurs, sur le périmètre du quartier ». ■
EN BREF
Vincent Lambert : un recours
déposé par les parents
Les parents de Vincent Lambert
ont déposé mardi leur référéliberté pour contester la décision
du CHU de Reims d’arrêter
les traitements de leur fils, dans
un état végétatif depuis 2008.
Cette procédure administrative
d’urgence sera examinée jeudi.
Des étudiants reçoivent
le diplôme « d’agitateurs »
Quelque 300 étudiants ont assisté
mardi à la faculté de droit à LilleMoulins à une cérémonie de
remise de diplômes « d’agitateurs
professionnels », un spectacle
visant à dénoncer ironiquement
les propos d’Emmanuel Macron.
Prison : l’État condamné
pour les cours « indignes »
L’État a été condamné à cause des
cours de promenade de la prison
de Fresnes, jugées « attentatoires
à la dignité humaine » par la justice
administrative.
1
« Rançongiciel » malveillant
A
SÉCURITÉ Destinataire de quelque
2 435 signalements, l’Agence nationale de
la sécurité des systèmes d’information
(Anssi), chargée de lutter contre les cybermenaces, a répertorié, dans son bilan
d’activité 2017 dévoilé ce mardi, « 794 »
incidents qui sont autant de menées intrusives dans les réseaux du pays. « Ces
attaques ont montré une dimension nouvelle : plus sophistiquées, mieux élaborées,
plus destructrices, elles touchent désormais toute la société, du citoyen à la grande
entreprise… et même à notre démocratie »,
considère Guillaume Poupard, directeur
général de l’agence qui a en outre recensé
l’année dernière « vingt incidents majeurs », « douze opérations de cyberdéfense » et « trois crises ».
Si la plupart des agressions, tentées ou
réussies, ne sont pas détaillées pour des
raisons liées au secret de la Défense nationale, la Revue stratégique de cyberdéfense, publiée en février par le Secrétariat
général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), avait permis de détailler
quelques épisodes d’une guerre souterraine, clandestine et sans règles.
net de conseil Deloitte ont annoncé avoir été
victimes de cyberattaques, faisant état de
l’exfiltration des données personnelles sur
leurs clients ».
« 2017 a peut-être permis de mettre en
lumière tout le faisceau d’actions que nous
menons au quotidien au-delà de celui, parfois plus visible, de “pompier informatique” », considère Guillaume Poupard
avant d’ajouter : « Un pompier intervient
quand l’incendie s’est déclaré ; c’est indispensable mais insuffisant dans notre domaine car notre objectif est bien d’éviter le
plus possible les sinistres et surtout de se
faire déborder par un nombre exponentiellement croissant de catastrophes. »
Face aux menaces, l’Anssi a fait preuve
de pédagogie auprès des entreprises, des
collectivités territoriales ou encore des
états-majors politiques au lendemain de
tentatives de déstabilisation ayant visé le
candidat Macron lors de la dernière présidentielle. Soucieux de durcir les systèmes
informatiques de l’État et des infrastructures critiques dans le domaine de l’énergie, de la défense ou encore de la communication, l’Agence mène plusieurs projets
d’envergure, dont un nouveau système de
téléphonie fixe sécurisé de niveau « Confidentiel Défense », baptisé Osiris. « Les
premiers déploiements ont été opérés à partir de mai 2017 », note l’Anssi. Le gouvernement devrait également disposer cet été
d’une nouvelle messagerie chiffrée dédiée,
visant à apporter une solution plus sécurisée que les applications privées actuelles.
En plein essor, l’Anssi a reçu 8 000 CV de
candidatures l’année dernière et effectué
140 recrutements, pour un effectif global
qui s’élève désormais à 570 agents. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
10
SPORT
Lucas Pouille
se prend
les pieds dans
la terre battue
Le Nordiste a chuté dès son entrée en lice
à Monaco. Encore un grand rendez-vous raté.
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
TENNIS En l’absence de Gaël Monfils et
de Jo-Wilfried Tsonga, blessés, Lucas
Pouille devait assumer son statut de leader du tennis français cette semaine au
Rolex Monte-Carlo Masters. Raté. Le
Nordiste s’est incliné dès son entrée en
lice, battu par l’Allemand Mischa Zverev
(2-6, 6-1, 7-6). Une belle déception pour
le demi-finaliste du Masters 1000 monégasque 2017 qui a récemment brillé en
Coupe Davis. En apportant le point de la
victoire face à Fabio Fognini, le 8 avril
dernier, en Italie en quarts de finale, le
Nordiste avait signé un match de référence et une première victoire sur un top 20
dans cette épreuve. « Sans les tauliers historiques de l’équipe, les attentes étaient
déplacées sur Lucas et il a réussi à s’en sortir en remportant ses deux rencontres. Il a
réussi à gérer plein de choses inédites avec
un statut nouveau à assumer », nous
confiait son coach, Emmanuel Planque,
avant la défaite contre Zverev.
Ce revers démontre que le Nordiste a
encore beaucoup de travail à effectuer.
Vainqueur tranquille du premier set, il a
calé dans la deuxième manche, notamment au service, et multiplié les fautes directes (49 au total) avant de céder au tiebreak dans le set décisif.
Préférant faire l’impasse sur le Masters
1000 de Miami, Pouille s’est entraîné
15 jours dans le Sud sur ocre, afin d’avoir
des repères pour entamer la saison sur
terre battue. « L’année dernière, Lucas
manquait un peu d’essence à la fin parce
que la dernière période d’entraînement était
un peu lointaine. Cette saison, on veut alterner des périodes de compétition et de préparation », racontait Emmanuel Planque.
Leader du tennis français
Entré dans le top 10 mondial le 10 mars,
Lucas Pouille a pour ambition de poursuivre sa progression sur le circuit, lui
qui pointait au-delà du 80e rang en janvier 2016. En février, il a disputé trois finales en quatre tournois (pour un titre à
Montpellier). À 24 ans, il s’est déjà adjugé cinq titres. Une régularité qui lui a
permis de devenir le douzième Français
à intégrer le top 10 depuis l’instauration
du classement en 1973.
Lucas Pouille lors de son match face à l’Allemand Mischa Zverev, mardi, durant le Masters 1000 de Monte-Carlo.
Reste désormais à briller dans les
grands rendez-vous pour valider ce nouveau statut de leader incontestable du
tennis français. Car, avant ce raté monégasque, Pouille a aussi été éliminé sans
gloire au 1er tour de l’Open d’Australie et
lors de son entrée en lice au Masters 1000
d’Indian Wells. Depuis des quarts de finale enchaînés à Wimbledon et l’US
Open en 2016 (avec notamment une vic-
toire marquante en 8es de finale contre
Rafael Nadal au tie-break du 5e set),
Pouille n’a pas confirmé en Grand Chelem – il a remporté seulement six matchs
lors des cinq derniers tournois majeurs
disputés. En Masters 1000 non plus. Depuis sa demi-finale à Monte-Carlo la saison dernière, le 11e mondial a enchaîné les
défaites prématurées (11 victoires en
15 tournois) dans ces épreuves les plus
Des Bleus aux destins croisés
par l’Espagnol Feliciano Lopez, 5-7,
7-6, 6-4, et de Pierre-Hugues Herbert,
battu par le Bulgare Grigor Dimitrov,
3-6, 6-2, 6-4, au terme de deux longs
combats. De son côté, l’Autrichien
Dominic Thiem, tête de série numéro 5,
a bataillé face au Russe Andrey Rublev
5-7, 7-5, 7-5.
Ce mercredi, première apparition de
Rafael Nadal opposé au Slovène Aljaz
Bedene et deuxième sortie pour Novak
Djokovic face au Croate Borna Coric.
Richard Gasquet s’est qualifié
pour les 16es de finale du Masters 1000
monégasque en éliminant Jérémy
Chardy 6-4, 7-6. « J’ai dû être solide
mentalement », a confié l’ex-numéro 1
français qui affrontera l’Argentin Diego
Schwartzman au prochain tour.
Autre qualifié, Gilles Simon s’est
débarrassé, lui aussi, d’un compatriote,
en l’occurrence Adrian Mannarino,
battu 6-3, 4-6, 6-2. Élimination
également de Benoît Paire, sorti
Caen, l’impossible exploit face au Paris SG
En grande difficulté, les Normands défient les Parisiens en demi-finales de Coupe de France, ce mercredi.
DEMI-FINALES COUPE DE FRANCE
LES HERBIERS (N)
FOOTBALL Toute la France voit le PSG
se diriger vers un nouveau triplé national après ses larges victoires face à Monaco en finale de la Coupe de la Ligue
(3-0) et en championnat dimanche
dernier (7-1). Toute ? Non. La Normandie tout entière, unie derrière le Stade
Malherbe, compte bien résister à l’impérialisme du Paris SG dans l’Hexagone,
malgré le déséquilibre apparent de cette
demi-finale de Coupe de France
(21 h 05, France 3).
Pour l’occasion, le stade Micheld’Ornano revêtira son costume de gala.
Plus de 21 000 spectateurs devraient
animer les travées de l’enceinte afin de
voir les champions de France enfin chuter en Coupe de France. Pourtant, les
motifs d’espoir sont peu nombreux.
D’abord parce que le club de la capitale
est triple tenant du titre et invaincu dans
la compétition depuis le 22 janvier 2014.
Ensuite parce que, depuis plus d’un
mois, les hommes de Patrice Garande
CAEN (L1)
mardi
mercredi
21h05 Fr.3
CHAMBLY (N)
PARIS SG (L1)
sont loin d’offrir des garanties de solidité. Quinzièmes de Ligue 1, les Caennais
restent sur quatre défaites consécutives.
Pire, ils ont encaissé trois buts à chacune
de leurs trois dernières sorties contre
Angers (3-0), Montpellier (1-3) et
Amiens (3-0)… Mais pas question pour
autant de céder à la résignation. « Le
football est imprévisible, il y a une part
qu’il faudra maîtriser, et il y aura l’irrationnel aussi. Être l’outsider doit être un
élément de motivation », expliquait Patrice Garande, le technicien normand,
mardi en conférence de presse. « Notre
rêve est d’aller au Stade de France, et on a
90 ou 120 minutes pour le faire. »
Se hisser en finale de Coupe de France
serait une performance inédite pour le
club du Calvados, qui fête ses 105 ans
d’existence cette année. Et pour beaucoup de ses joueurs, la perspective de
CHARLY TRIBALLEAU/AFP
PIERRE ANTOINE MICHEL £@PierrantoineM
Patrice Garande, entraîneur de Caen.
fouler la pelouse de l’enceinte dionysienne représente le rêve d’une vie.
« C’est le plus grand match de ma carrière, on a tous l’objectif d’aller au Stade de
France », affirme l’expérimenté Damien
Da Silva.
Au repos forcé après le report de leur
duel face à Toulouse, samedi soir, en
raison des fortes pluies qui se sont
abattues sur la Normandie, les Caennais aborderont la rencontre avec
beaucoup de fraîcheur physique. Mais
la longue attente du coup d’envoi
pourrait les desservir : « Il ne faut pas
jouer le match avant, mais on y pense
depuis samedi soir », regrette Da Silva.
Car la recette d’un exploit se trouve
souvent dans l’aspect mental. « Le premier ingrédient, c’est d’y croire, être
persuadés que l’on peut le faire […] C’est
une chance de jouer un match comme ça,
on respecte le PSG, mais on va saisir notre chance au maximum », prévient le
joueur formé à Niort. Son entraîneur
compte, quant à lui, sur l’atmosphère
si spéciale qui embaume ces soirées de
Coupe de France. « J’ai la conviction
qu’il va se passer quelque chose. Tout le
monde doit se le dire, les joueurs, le public, il faudra que les personnes qui vont
au stade y croient aussi. » Rendre possible l’impossible est à ce prix. ■
+
» Lire aussi PAGE 15
VALERY HACHE/AFP
importantes du circuit derrière les
Grands Chelems.
Son grand défi : la gestion des émotions dans les grands rendez-vous. Un
vaste chantier encore en jachère, comme l’a prouvé cette nouvelle défaite.
« L’année dernière, il avait tellement
d’envie quand il a joué Roland-Garros
(défaite au 3e tour avec des crampes de
stress), analysait Emmanuel Planque.
C’est le paradoxe. Quand tu as trop envie,
tu t’interdis d’échouer et tu n’entreprends
plus. Pour être bon, il faut être libéré. Le
jeu, c’est avant tout la liberté. Cette volonté de le rendre libre, c’est une préoccupation quotidienne. Pour exprimer sa
technique, il ne faut pas penser aux
conséquences d’une défaite. »
Lucas Pouille connaît le poids de l’attente qui l’entoure. « Il est très exigeant
avec lui-même. On est ambitieux mais on
revendique le droit à l’échec à partir du
moment où on a tout donné. Ce n’est pas
toujours le résultat qui compte. Mais en
France on fustige beaucoup la défaite. Elle
est presque honteuse. » Le tennis français,
impatient, attend sur le Rocher un successeur à Cédric Pioline depuis 2000. ■
EN BREF
Rugby : Vincent Clerc
dira stop à la fin de la saison
Vincent Clerc, bientôt 37 ans,
a annoncé mettre un terme
à sa carrière professionnelle à la fin
de la saison. Aligné à 67 reprises
avec le XV de France, pour
38 essais, l’ailier a l’un des plus
beaux palmarès du rugby français :
trois Tournois des 6 nations, trois
Coupes d’Europe et trois titres
de champion de France. Il est par
ailleurs corecordman du nombre
d’essais inscrits en Top 14 (100).
Football : procédure
disciplinaire contre la Russie
après les cris de singe
Une procédure disciplinaire a été
ouverte contre la Fédération russe
à la suite de cris de singe entendus
lors du match amical RussieFrance fin mars. Paul Pogba
et Ousmane Dembélé avaient
été visés lorsqu’ils touchaient
le ballon. La Fédération russe s’est
dite prête à collaborer avec la Fifa
et a affirmé que si des supporteurs
étaient identifiés au cours
de l’enquête, ils seraient privés
de matchs de la Coupe du monde,
organisée en Russie cet été.
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LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
SCIENCES
11
Le lac Léman
empoisonné
par le plastique
Des débris de plastiques collectés
sur ses berges contiennent du cadmium,
du plomb ou du mercure.
AIN
Rhô
Genève
ne
ne
Rhô
Lac Léman
Évian-les-Bains
Thononles-Bains
HAUTESAVOIE
MARIELLE COURT £@MarielleCourt
POLLUTION Lorsqu’on parle de pollution plastique, on pense immédiatement aux océans et, phénomène le plus
visible, aux grands tourbillons concentrés de microdéchets qui s’étalent sur
des kilomètres au milieu du Pacifique
ou de l’Atlantique avant que les débris
ne finissent par s’échouer au fond de
l’eau ou ne reviennent sur les plages.
Mais depuis quelques années, les scientifiques se sont penchés sur ce même
phénomène non plus en mer mais à
terre, et plus précisément dans les lacs.
Qu’il s’agisse des grands lacs américains, ou des européens, le constat est
assez identique : le plastique les a également colonisés. Ces études, assez récentes, ont ainsi montré comment les
lacs alpins, côté italien, mais aussi le lac
Léman, qui se trouve à mi-chemin entre la France et la Suisse, sont touchés
par cette gangrène.
La toute dernière étude, publiée dans
la revue Frontiers in Environmental
Science, sur le lac Léman, l’une des plus
grandes étendues d’eau douce en Europe (une surface de 580 km2) fait
monter d’un cran la connaissance que
l’on peut avoir du plastique qui pollue
ses eaux.
Montserrat Filella, chercheuse à
l’université de Genève, première
auteure de l’étude, et Andrew Turner,
de l’université de Plymouth, ont voulu
savoir quelle était la teneur en métaux
toxiques de morceaux de plastiques
qui baignent dans le lac. Ils les ont ramassés sur les plages qui bordent le
pourtour, côté suisse ou côté français.
« Nous ne cherchions pas à savoir s’il y
avait des métaux agrégés sur ces bouts
de plastiques, mais quels types de
métaux entraient dans la composition
des plastiques », raconte Montserrat
Filella. Le résultat ne s’est pas fait
attendre : dans les échantillons prélevés, les scientifiques ont trouvé notamment du brome, du cadmium, du
plomb et du mercure… Parfois en très
grande quantité.
Cotons-tiges, tuyaux et pots
La collecte des déchets a été organisée
sur douze plages en dehors des vacances en raison du nettoyage systématique de ces lieux durant ces périodes.
Une enzyme artificielle
digère les bouteilles en PET
MARC CHERKI £@mcherki
UN MILLION de bouteilles en plastique
sont vendues chaque minute dans le monde. Elles sont quasiment toutes fabriquées
en PET (polyéthylène téréphtalate), un
polymère breveté dans les années 1940,
largement utilisé depuis les années 1970,
qui présente comme inconvénient majeur
de ne pas se dégrader rapidement dans
l’environnement. Mais des scientifiques
américains et britanniques ont réussi à
élaborer, par hasard, une enzyme artificielle qui parvient à digérer ce plastique.
Ce résultat a été publié dans les comptes
rendus de l’Académie américaine des
sciences, le 16 avril (PNAS Proceedings of
the National Academy of Sciences).
Leurs travaux sont très prometteurs.
Car la durée de vie de ce type de plastique
est de plusieurs siècles dans l’environnement. Et le PET est produit au rythme de
“
En 2050, le poids total
de plastiques dans les océans
devrait être équivalent
à celui des poissons
”
LABORATOIRE NATIONAL DES ÉNERGIES
RENOUVELABLES AUX ÉTATS-UNIS
56 millions de tonnes par an, ce qui représente près de 20 % de la production mondiale de plastiques en 2014, selon une étude présentée au World Economic Forum
en 2016. Or seulement 5 % de l’ensemble
des plastiques sont recyclés, ce qui
conduit à un énorme gâchis et contribue à
grossir le sixième continent… de déchets
plastiques, formé dans les océans.
Ces rejets sont si importants qu’en
« 2050, le poids total de plastiques dans les
océans devrait être équivalent à celui des
poissons », précise un communiqué du
NREL, le Laboratoire national des énergies
renouvelables aux États-Unis.
Face à ce problème, des chercheurs japonais de l’université de Kyoto et de Yokohama avaient identifié, en 2015, une
bactérie naturelle qui « cassait » le PET,
pour trouver son énergie. Baptisée Ideo-
nella sakaiensis 201-F6, cette bactérie
avait été dénichée dans une décharge, à
côté d’une usine de recyclage de bouteilles
en PET, à Sakai, près d’Osaka. Ces premiers travaux avaient été publiés dans
Science en mars 2016.
En étudiant la structure cristalline de
l’enzyme extraite de cette bactérie au
moyen du synchrotron Diamond (une
source de rayons X), les chercheurs américains et britanniques ont identifié les
parties de la protéine où la réaction chimique se produisait. Puis, ils l’ont rendue encore plus efficace en l’enrichissant avec de
nouvelles fonctions chimiques.
C’est ainsi que « nous avons déjà créé une
version améliorée de l’enzyme naturelle », a
indiqué à l’agence Reuters, John McGeeham, professeur à l’université de Portsmouth (Grande-Bretagne) qui a dirigé les
travaux avec son homologue Gregg Beckham du NREL.
L’amélioration est toutefois minime.
L’une des enzymes artificielles créées parvient à digérer le plastique environ 20 %
plus vite que la bactérie naturelle. « Bien
que la performance soit modeste, cette découverte inattendue suggère qu’il y a la
possibilité d’apporter d’autres améliorations aux enzymes, ce qui nous rapprochera
d’une solution pour le recyclage des montagnes de plastiques usagés », espère John
McGeeham.
Déjà, l’enzyme artificielle semble efficace pour casser les longues chaînes d’une
autre formulation de plastique (PEF). De
plus, les chercheurs espèrent trouver une
méthode pour que l’enzyme artificielle,
qui pourrait être ajoutée à une bactérie,
fonctionne au-dessus de 70 °C, au lieu
d’être efficace à une température comprise entre 20 °C et 45 °C, comme pour la bactérie naturelle « mangeuse » de PET. Ce
serait un moyen plus efficace pour « casser » le plastique liquéfié et récupérer ses
constituants. Pour l’instant, la destruction
du PET est observée en trois jours et s’effectue au rythme de quelques milligrammes de plastique par litre de déchets plastiques et par jour. Pour envisager un
processus industriel, il faudrait multiplier
par mille les rendements de la destruction
du plastique. ■
Tous les résidus
qui tapissent
le fond du lac
Léman sont autant
de toxiques
pour la flore et
surtout la faune.
Le risque n’est pas
tant le relargage
des métaux
au fil du temps
que l’ingestion des
bouts de plastique
par les différentes
espèces.
UNIVERSITÉ DE GENÈVE
Les chercheurs ont ainsi ramassé quelque 3 000 échantillons, parfois bien
identifiables tels que des cotons-tiges,
des jouets, des morceaux de tuyaux,
des pots… Ou bien sous forme de débris, notamment des morceaux de polystyrène. « Des produits assez similaires à ce que l’on peut trouver dans la
mer, à l’exception notable des fibres filamenteuses ou en plastique provenant de
filets de pêcheurs et des granulés qui servent à fabriquer le plastique et qui sont
transportés par bateau », note la chercheuse. Parmi ces échantillons, 600,
représentant les différents types de déchets trouvés, ont été analysés pour la
recherche des toxines.
La surprise est venue de la concentration en métaux lourds observées
dans certains échantillons. Une surpri-
présente
se, car l’usage de certains d’entre eux
dans la fabrication des plastiques est
interdit depuis de nombreuses années.
C’est par exemple le cas du cadmium ou
des sels de plomb qui étaient utilisés
pour colorer les plastiques. Mais c’est
aussi le cas du mercure, « qui n’a pourtant été autorisé que très peu de temps »,
rappelle la chercheuse. « Le mercure a
été trouvé dans des articles qui étaient
rouges ou brun rougeâtre, suggérant son
utilisation comme pigmentation, un
processus qui a pourtant pris fin dans
les années 50. » Le brome a été trouvé
dans 20 % des échantillons, le cadmium
dans 16 %.
Si on trouve aujourd’hui des métaux lourds dans la composition de
bouts de plastique, on peut donc supposer que ces derniers y sont depuis
de nombreuses années, cinquante ou
soixante ans quand il s’agit de mercure. Alors même que l’eau du lac, qui
est principalement alimenté par le
Rhône et la Dranse, est, statistiquement, renouvelée tous les onze ans.
Aujourd’hui, quelques-uns de ces
métaux sont encore utilisés, c’est le
cas par exemple du brome, comme
retardateur de flammes, mais en très
petite quantité.
Tous ces résidus qui tapissent vraisemblablement le fond du lac sont
autant de toxiques pour la flore et surtout la faune. Le risque n’est pas tant le
relargage de ces métaux au fil du temps
que l’ingestion des bouts de plastiques
par les différentes espèces et une accumulation de ces produits chimiques
dans les organismes.
Une étude menée par l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques) en 2014 sur les poissons des rivières a par exemple montré
que 10 % des poissons (des goujons)
analysés étaient contaminés par des
microplastiques de natures diverses.
« Des microfibres, imputables en partie
aux rejets des machines à laver, des microbilles, mais aussi de petits fragments
de plastique ont été retrouvés », note
l’organisme de recherche.
« Les impacts sur la faune lacustre
sont actuellement inconnus, mais ils
devraient former la base de recherches
futures », réclament désormais les
scientifiques. ■
2 mai 2018
Lille Grand Palais
FORUM EUROPÉEN DES PROJETS ET DES TALENTS
27éme
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AUDIOVISUEL SANS FRONTIÈRES
5 THÉMATIQUES AU COEUR DES DÉBATS
La distribuion face à un triple bouleversement technologique, juridique et économique
Ventes de droit, e-commerce, publicité augmentée. Les nouveaux gisements de valeur des groupes média
Le cinéma à l’heure du digital
Marché unique numérique : de nouveaux équilibres pour un nouvel espace de régulaion
OTT, SVoD, Skinny bundles… Le nouvel âge de la TV payante
PARMI LES INTERVENANTS
Thomas ANARGYROS (Président, STORIA FILMS et USPA), Cécile BERTRAND (Responsable d’Etudes et de Clientèle, EURODATA TV
WORLDWIDE), Chrisian BOMBRUN (Directeur Diverissement et Nouveaux Usages, ORANGE FRANCE), Thomas BRÉMOND (Directeur général, FREEWHEEL / COMCAST), Nicolas BRIGAUD ROBERT (Co-fondateur, Films Distribuions), Gilles FONTAINE (Responsable du département Informaions sur les marchés, OBSERVATOIRE EUROPÉEN DE L’AUDIOVISUEL), Emilie GEORGE (Scénariste),
Isabelle GIORDANO (Directrice général, UNIFRANCE), David KESSLER (Directeur, ORANGE CONTENT), Fabrice LARUE (Président et
Directeur Général Délégué en charge de l’Internaional, NEWEN), Carolina LORENZON (Directrice des afaires internaionales, MEDIASET), Nacho MANUBENS GUARCH (Directeur des contenus, ATRESMEDIA STUDIOS), Gilles MARCHAND (Directeur, SRG SSR),
Julie MELDAL-JOHNSEN (Directrice des contenus Monde, ITV STUDIOS GLOBAL ENTERTAINMENT), Philippe MOATI (Professeur
d’économie à l’université Paris-Diderot et cofondateur de l’Observatoire Société et Consommaion), Florian PAUTHNER (Président,
SEVEN VENTURES), Grégoire POLAD (Directeur général, ACT), Lucia RECALDE LANGARCIA (Directrice médias, EUROPEAN COMMISSION), Sandrine ROUSTAN (Directrice Développement Internaional, SHANGHAI MEDIA GROUP), Christophe TARDIEU (Directeur
général délégué, CNC), Christophe THORAL (Président, LAGARDÈRE STUDIOS), Caroline TORRANCE (Directrice de la icion ZODIAK
MEDIA), Julien VERLEY (Directeur du développement commercial, France Télévisions), Gary WOOLF (Vice-Président, ALL3MEDIA),
Kim YOUNES (Directrice du markeing des innovaions et des études, M6 PUBLICITÉ)…
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mercredi 18 avril 2018
LE CARNET DU JOUR
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naissances
Chambéry (Savoie).
Champagne-en-Valromey (Ain).
Mme Michèle Auroux,
son épouse,
Jean et Christine Auroux,
Françoise et Jean-Louis
Mascaro,
ses enfants et leurs conjoints,
Charles, Anne-Sophie, Camille,
Pierre,
ses petits-enfants,
les familles Freeman, Picquerey
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
professeur Maurice AUROUX
survenu à l'âge de 87 ans.
La cérémonie sera célébrée
le vendredi 20 avril 2018,
à 15 heures, en l'église
de Champagne-en-Valromey,
suivie de l'inhumation au
cimetière de Chavornay (Ain).
Condoléances sur registre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
partagent avec Esther, Louise,
Joseph et Gaspard, la joie
d'annoncer la naissance de
Achille
le 28 mars 2018, à Versailles.
Paris (8e).
Anne, Christine, Hugues, Marc
et Hélène,
ses enfants, et leurs conjoints,
ses petits-enfants
et ses arrière-petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
Monique BEDOUELLE
née Fontaine,
survenu le 15 avril 2018.
communications
54e Opération D'Entraide
Régionale (ODER)
au profit des personnes
âgées, handicapées
et des familles en difficulté.
Ramassage gratuit
le dimanche 6 mai 2018,
à Paris et en banlieue.
Sur rendez-vous à prendre
à partir du jeudi 5 avril,
des bénévoles passeront
chez vous enlever :
antiquités, bibelots, meubles,
vêtements, chaussures, jouets,
tapis, tableaux, vaisselle, vélos,
appareils multimédias,
bricolage, électroménager,
disques, livres,
matériel de jardin et de sport,
maroquinerie, puériculture,
tout objet utilisable,
qui sera vendu à la grande
brocante d'entraide
à Montmorency (Val-d'Oise)
à l'Ascension
- le jeudi 10 mai
de 9 heures à 18 h 30,
- le samedi 12 mai
et le dimanche 13 mai
de 10 heures à 18 h 30.
ODER
12 bis, avenue Victor-Hugo,
95160 Montmorency,
téléphone : 01 39 64 39 87
ou 01 39 64 52 46,
site : www.oder95.com
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Philippe-du-Roule,
à Paris (8e),
le vendredi 20 avril, à 10 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse.
Ni fleurs ni couronnes.
26, rue Jean-Mermoz,
75008 Paris.
Ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
ainsi que leurs conjoints,
parents et alliés
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Josette BEGHAIN
survenu le 15 avril 2018.
Ses obsèques auront lieu
à Cannes-La Bocca,
le vendredi 20 avril 2018.
M. et Mme Yves Berthier,
M. et Mme
Bernard Courrech du Pont,
Mme Solange Felino
et M. Alain Robert,
M. et Mme Thierry Janiaud,
ses enfants,
et ses petits-enfants
ont le chagrin
de vous faire part du décès de
deuils
Il a plu au Seigneur
de rappeler à Lui,
Pierre, François, Olivier,
Pierre-Maxime, Amaury,
Aurélie, Bérengère, Sébastien,
Marc-Antoine, Mayeul,
Héloïse,
Médéric, Côme et Alice,
ses petits-enfants,
leurs conjoints,
ses 12 arrière-petits-enfants,
ses frères et sœurs,
beaux-frères, belles-sœurs,
les familles Cothenet, Lebrun,
de Pommereau et Anfray
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
dans sa 91e année, de
Mme Marie-Thérèse
COTHENET
née Lebrun.
La messe d'obsèques aura lieu
le vendredi 20 avril 2018,
à 14 h 30, en la cathédrale
Saint-Etienne de Bourges.
Le docteur Jean Bedouelle,
Le comte et la comtesse
François de PIMODAN
Bruno et Annie Cothenet,
Anne et Dominique Lemonnier,
Gilles et Sabine Cothenet,
Marie-Laure et Cyrille
de Freslon,
Florence et Jacques Dubost,
ses enfants,
Mme Monique BERTHIER
née Caffin.
La cérémonie religieuse
a eu lieu dans l'intimité,
le mardi 17 avril 2018.
4, boulevard Exelmans,
75016 Paris.
Ses enfants,
Evelyne, Sylvie, Patrice,
Claude,
ainsi que ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
André
DUNOYER de SEGONZAC
architecte,
survenu le 15 avril 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 19 avril, à 9 heures,
en la collégiale Saint-Martin
de Saint-Rémy-de-Provence,
suivie à 11 heures,
de l'inhumation au cimetière
Saint-Pierre, à Marseille.
Mme Arlette Guichard
et sa famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
lieutenant-colonel
Henri GUICHARD
survenu à l'âge de 77 ans,
le mercredi 11 avril 2018.
Il a été inhumé
dans le caveau de famille,
au cimetière de Calas-Cabriès
(Bouches-du-Rhône).
Pierre-Louis et Fabienne
de Guillebon,
Henri de Guillebon,
Claire de Guillebon,
ses enfants,
Geoffroy, Quentin et Amaury,
Emilie, Clémentine et Sophie,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Christian, Frédéric, Marie
de GUILLEBON
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 15 avril 2018,
à l'âge de 84 ans, à Sèvres.
De la part de
Mme François Abbo,
née Béatrice
Berlier de Vauplane,
son épouse,
Mme Henri Abbo,
sa mère,
M. et Mme Olivier Rossignol,
M. et Mme Thierry Lepelletier,
M. et Mme Jean Abbo,
le commissaire général et Mme
Bernard Abbo,
M. et Mme
Hugues Berlier de Vauplane,
M. et Mme Bruno Richebé,
M. et Mme
Hubert Berlier de Vauplane,
ses sœurs, frères,
beaux-frères et belles-sœurs,
ainsi que ses 31 neveux
et leurs conjoints,
et ses 48 petits-neveux.
La messe d'À-Dieu
sera célébrée le jeudi 19 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
92, rue Saint-Dominique,
Paris (7e).
Une messe d'action de grâce
sera célébrée
le vendredi 20 avril,
à 15 heures, en l'église
de Cléon-d'Andran (Drôme),
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial.
« Heureux les cœurs purs,
ils verront Dieu. »
112, rue Saint-Dominique,
75007 Paris.
Cyril et Léïla de Monclin,
Xavier et Aurore de Monclin,
Alexandra et Grégoire Deniau,
ses enfants,
Jean, Thomas, Ariane, Victor,
Galatée, Maud, Louise, Arthur,
Jeanne,
ses neuf petits-enfants,
Florence de Monclin,
sa sœur,
Jacques et Bernadette Chirac,
Laurence Chirac (†),
Claude et Frédéric
Salat Baroux
et Martin Rey Chirac,
Jérôme et Whitney de Courcel,
Charles et Benedicta
de Courcel,
Philip, Emma de Courcel,
ses beaux-frères, belles-sœurs,
neveux et nièces,
tous ses parents et alliés,
les familles de Monclin,
Evain, Thillaye du Boullay,
de Courcel
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Bruno de MONCLIN
endormi
dans la Paix du Seigneur,
le 16 avril 2018,
dans sa 73e année, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 19 avril,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame-des-Champs,
91, boulevard
du Montparnasse, Paris (6e).
Un temps de prière aura lieu
le même jour, à 16 heures,
en l'église
de Nanteuil-sur-Aisne,
suivi de l'inhumation
dans le caveau de famille.
Ses nièces,
Brigitte Tiné,
Marie Péron,
née Tiné,
ont la tristesse
de vous faire part du décès
le 12 avril 2018, de
Jacqueline SARMENT
La bénédiction aura lieu
le vendredi 20 avril, à 9 h 45,
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, à Paris (20e).
marie.peron@live.fr
Anne et Michel Bocquentin,
ses enfants,
Firouzeh Bocquentin,
sa belle-fille,
Julie, Yasmine, Leila,
ses petites-filles,
ses arrière-petits-enfants
et Michèle Durant,
sa compagne,
ont le chagrin
de vous faire part du décès de
M. Jacques BOCQUENTIN
survenu le 12 avril 2018,
à Vaucresson.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 19 avril, à 14 h 30,
en l'église Saint-Denys de
Vaucresson (Hauts-de-Seine),
place de l'Église.
L'inhumation aura lieu
dans la plus stricte intimité,
le vendredi 20 avril,
au cimetière
de Jouy-sur-Eure (Eure).
M. et Mme François Denimal,
ses enfants,
ses petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès du
docteur Claude DENIMAL
survenu le 16 avril 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 19 avril,
à 14 h 15, en la chapelle haute
de l'église Saint-Pierre,
1, boulevard Jean-Mermoz,
à Neuilly-sur-Seine.
Mme Jean Lecerf,
son épouse,
le général (†) et Mme
Antoine Lecerf,
M. et Mme Patrick Lecerf,
M. et Mme Thierry Lecerf,
ses enfants,
ses quinze petits-enfants,
ses onze arrière-petits-enfants
ont la douleur de faire part
dans la foi et l'espérance,
du rappel à Dieu de
La marquise de Sesmaisons,
née Eléonore de Kergorlay,
son épouse,
le comte et le comtesse
de Raismes,
le comte et la comtesse
de Sesmaisons,
le comte et le comtesse
Bruno de Sesmaisons,
le comte Loïc de Sesmaisons,
M. et Mme Gilles
Brochet de Vaugrigneuse,
M. et Mme
Christophe Fouquet,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu,
muni des sacrements
de l'Église, de
Donatien
marquis de SESMAISONS
le lundi 16 avril 2018,
dans sa 96e année.
La messe sera célébrée
le vendredi 20 avril, à 10 h 30,
en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
Paris (7e).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 20 avril,
à 14 heures, en l'église
de la Rédemption, à Lyon (6e),
place Puvis-de-Chavannes.
Sophie et Benoît Deswarte,
Jean et Véronique Voruz,
Caroline et Eric Lecoquierre,
Béatrice et Thierry Beaulieu,
Philippe Voruz,
Jacques et Benjamine Voruz,
frère Olivier Voruz,
ses enfants,
Les éditions du Figaro
En vente actuellement
ses seize petits-enfants
et leurs conjoints,
ses deux arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Bernadette VORUZ
née Gourlez de La Motte,
le lundi 16 avril 2018,
dans sa 82e année.
La messe d'A-Dieu
sera célébrée
le vendredi 20 avril, à 14 h 30,
en l'église de Barbizon,
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille.
Des dons sont possibles à
l'Association des amis
de Notre-Dame-d'Espérance,
4, rue Pétrie,
80290 Croixrault.
6, rue Diaz, 77630 Barbizon.
!
Salomé, Paul, Juliette, Auguste,
Héloïse,
ses petits-enfants,
Jean-Pierre et Patricia Watine
et leurs enfants,
Didier et Dorothée Riedinger,
Nathalie et Didier Falque
et leurs enfants,
Sybille
d'Halloy d'Hocquincourt,
Alban
d'Halloy d'Hocquincourt (†)
et ses enfants,
Gilles et Diane
d'Halloy d'Hocquincourt
et leurs enfants
ses frère, sœurs,
beaux-frères, belles-sœurs,
ses neveux et nièces,
ont la grande tristesse
de faire part
du rappel à Dieu de
Hubert WATINE
!
!
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 23 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Thomas-d'Aquin,
3, place Saint-Thomas-d'Aquin,
Paris (7e),
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Estaires (Nord),
à 17 heures.
souvenirs
Cinq ans déjà que
Pierre DRAI
président du tribunal
de grande instance de Paris,
premier président
de la cour d'appel de Paris,
premier président
de la Cour de cassation,
nous a quittés.
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
gardent précieusement
son souvenir et celui de
Josyane Drai
son épouse,
disparue en 1994.
Ils reposent à Jérusalem au
cimetière du Mont des Oliviers.
Le 18 avril 2003,
Beauvais (Oise).
nous quittait.
M. Michel HERUBEL
historien,
Paul THÜRING
s'est endormi
dans la Paix du Seigneur
le 14 avril 2018.
Son regard bleu accrochait
les é toiles pour nous restituer
la Lumière de Dieu.
Il a rejoint son épouse,
Madeleine
Amélie et son conjoint Aurélien,
Charlotte, Jonathan
et Benjamin Bonfils,
ses enfants,
Mathilde, sa petite-fille,
Colette Mainfroy,
sa maman,
Claude (†), Bernard, Roselyne,
Marianne et Emmanuelle,
ses frères et sœurs,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Laurence MAINFROY
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 19 avril 2018, à 10 h 30,
en l'église Saint-Jacques,
à Neuilly-sur-Seine.
Ses enfants,
Stephen (†), Albane, Gontran,
et leurs conjoints,
Philippe et Carole,
ses petits-enfants,
Jean-Guerric, Amaury,
Raphaël (†), Lorin, Alexis,
Annabelle, Pierre-Axel,
et leurs enfants
remercient ceux qui l'ont
connu d'avoir une pensée
ou une prière pour lui.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 19 avril,
à 10 heures, en l'église
Saint-Etienne de Beauvais.
« C'est pour que nous restions
libres q uele Christ
nous a libérés. »
Galates 5, 1.
!
Mme Jean Watine,
sa mère,
Mme Hubert Watine,
son épouse,
Ivan et Olivia Wallaert,
Wladimir et Ségolène Watine,
Charlotte Watine,
ses enfants,
Une cérémonie religieuse,
suivie de l'inhumation,
aura lieu le samedi 21 avril,
à 14 h 30, en l'église
de La Chapelle-sur-Erdre
(Loire-Atlantique).
M. Jean LECERF
le 14 avril 2018,
dans sa 91e année.
Le général (2S) Voruz,
son époux,
le 13 avril 2018,
à l'âge de 70 ans.
chevalier
de la Légion d'honneur,
François ABBO
le 14 avril 2018, à Paris,
à l'âge de 63 ans,
muni des sacrements
de l'Église.
Mme Bruno de Monclin,
née Catherine de Courcel,
son épouse,
Le 18 avril 2018
est le jour anniversaire
du départ de notre ami
Jean MIOT
Rappelez-vous !
Le 18 avril 2012,
Georges PEBEREAU
nous quittait.
Que ceux qui l'ont connu
et aimé se souviennent.
Les morts sont des invisibles
et non pas des a bsents.
Saint Augustin.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
13
Quand les passions identitaires
enflamment l’Europe centrale
sentant la Hongrie sous les traits de l’ange Gabriel
et prise entre les serres de l’aigle nazi, a suscité
maintes polémiques, beaucoup y voyant une manière pour Budapest de se disculper, malgré sa
participation active à la déportation de 450 000
Juifs par les nazis entre 1944 et 1945. Mais certains
soulignent que ces Juifs avaient été protégés par
Horthy jusqu’en 1944.
Jamais l’hostilité ancienne au libéralisme dont
parle Ungvary n’aurait resurgi avec tant de force si
la transition post-1989 avait été moins douloureuse. La marche pour l’Europe a suscité un effondrement socio-économique majeur. Les compagnies
étrangères ont racheté la plupart des usines locales
avant d’en fermer la plupart. « Ils ont vendu les bijoux de famille », écrit Françoise Pons, notant que
« les Hongrois ont eu le sentiment d’avoir été roulés
au nom du libéralisme ». Viktor Orban a surfé sur
l’« épuisement » de ce cycle libéral, en parlant nation, passé glorieux et État protecteur aux laisséspour-compte de la transition. Un projet qui s’est
transformé aussi en contre-révolution culturelle
sur les « valeurs » : protection de la famille, attachement aux racines chrétiennes, opposition au
multiculturalisme, rejet des idées libérales sur
l’avortement ou le mariage gay. « Après le démontage de l’État paternaliste kadarien, la frustration a
été trop grande et un nouveau paternalisme a émergé », décrypte le journaliste Sergueï Birioukov
dans Russkaïa Idea, dont l’article est un exemple
du vif intérêt porté par la presse russe au phénomène Orban.
La Hongrie ne s’est pas
remise d’avoir perdu
les deux tiers de
son territoire après
la Première Guerre
mondiale. Le nationalisme
de Horthy, puis la
douloureuse transition
après la chute
du communisme ont
continué de façonner
une mentalité rétive au
libéralisme. Viktor Orban
est issu de cette histoire,
mieux comprise à l’est
qu’à l’ouest de l’Europe.
La haine du cosmopolite Soros
Laure Mandeville
£@lauremandeville
Envoyée spéciale à Budapest
L
Le premier ministre,
Viktor Orban, lors d’un
discours à Szekesfehervar,
le 6 avril, deux jours avant
la victoire de son parti
aux élections législatives.
DARKO VOJINOVIC/AP
La rébellion menée par Orban se nourrit aussi de la
peur viscérale du libéralisme des Hongrois depuis
Trianon, précise l’historien Krisztian Ungvary.
« La Hongrie occupe une place unique en Europe
dans sa relation confuse au libéralisme. Le nationalisme, qui y a émergé après 1920, ne pouvait être
qu’antilibéral, car le dépeçage du pays avait été dicté par la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne, qui étaient tous des États libéraux », expliquet-il. Pendant les années 1920 et 1930, sous la
régence de Miklos Horthy, l’idée de remettre en
cause Trianon et de reconstituer la Grande Hongrie, se conjuguera d’ailleurs avec un nationalisme
antilibéral qui voue aux gémonies les Lumières et
la lutte contre la religion. C’est au nom de ce révisionnisme que Horthy ira jusqu’à collaborer avec
l’Allemagne nazie, dans l’espoir de récupérer les
territoires perdus. Aujourd’hui, une opération
partielle de réhabilitation de Horthy, critiquée par
la communauté juive et les milieux libéraux de Budapest, est d’ailleurs en cours. L’érection d’un
monument en plein centre de la capitale, repré-
RAFAL KOMOROWSKI
La réhabilitation de Horthy
* Hongrie. L’angoisse de la disparition,
Nevicata, 2016.
À bien des égards, c’est ridicule ou exagéré,
mais il est évident que Bruxelles, par son
attitude méprisante à l’égard des « fascistes »
polonais ou hongrois, alimente la crispation !
ZIEMOWIT SZCZEREK, REPORTER ET ÉCRIVAIN POLONAIS
»
1
route vers l’ouest et le nord de l’Europe avaient
échoué un temps en gare de Budapest.
Mais, contrairement à ce que préconisent certains économistes de l’ONU ou de l’UE persuadés
que les déficits de main-d’œuvre européens doivent être comblés de manière mécanique par des
migrations régulières, pas question de remplacer
les Hongrois par des non-Hongrois, affirme-t-on
à Budapest. Il y va de l’identité nationale. « On a
les mêmes ressorts en Pologne, qui connaît elle aussi
des pénuries de main-d’œuvre importantes dues au
départ massif de centaines de milliers de citoyens »,
note le reporter et écrivain varsovien Ziemowit
Szczerek, qui voit « d’évidents parallèles » entre le
nationalisme conservateur du parti Droit et Justice
de Jaroslaw Kaczynski et le parti Fidesz de Viktor
Orban. Dans les deux cas, Bruxelles est désormais
perçu comme le nouveau despote supranational.
« À bien des égards, c’est ridicule ou exagéré, mais
il est évident que Bruxelles, par son attitude méprisante à l’égard des “fascistes” polonais ou hongrois,
alimente la crispation ! », regrette Szczerek.
A
E 6 AVRIL DERNIER, à deux jours des
législatives, une foule de partisans
du premier ministre, Viktor Orban,
chantait sur la place baignée de soleil
de l’ancienne capitale des rois de
Hongrie, à Szekesfehervar. « Comme
une fleur qui a été déracinée et est en
train de mourir, comme les millions de Hongrois
éparpillés hors des frontières, si tu ne fais pas attention, cela peut aussi t’arriver », chantaient les manifestants, émus et recueillis. « Nous sommes du
même sang, peu importe ce qui se passe dans nos
vies », fredonnaient-ils, en agitant des drapeaux
blanc, rouge et vert, couleurs de la Hongrie. Ce
chant sombre évoque le destin tragique de leur
pays, amputé des deux tiers de son territoire après
le traité de Trianon de 1920, imposé par la France,
la Grande-Bretagne et les États-Unis, pour punir
l’Autriche-Hongrie de son engagement dans la
Première Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne. Un traumatisme national.
La Hongrie, joyau baroque de la Mitteleuropa
et longtemps nation dominante de la région
Danube pour avoir arraché des droits particuliers
pour son peuple aux empereurs autrichiens par le
traité de 1867, ne s’est jamais vraiment remise de
ce « rétrécissement », tandis que ses voisins de
Roumanie, Tchécoslovaquie, Serbie, Croatie et
Ukraine profitaient d’un démembrement qui
avait rejeté hors des frontières un Hongrois de
souche sur trois. Le choix d’un chant évoquant
Trianon, en plein meeting électoral d’Orban,
n’était évidemment pas un hasard. La défense de
l’identité nationale est un thème clé de la révolution conservatrice engagée par son parti, Fidesz,
depuis 2010. Quelque 3 millions de Hongrois vivent toujours dans ces territoires perdus et se
sont vu octroyer le droit à la citoyenneté par le
gouvernement Orban.
Impossible de comprendre ce qui se passe
aujourd’hui en Hongrie, et dans le reste de l’Europe centrale, sans un retour sur l’histoire longue et
tourmentée de cette région encore incroyablement méconnue à l’Ouest. Il faut se souvenir des
envahisseurs successifs qui ont occupé et dominé
cette mosaïque de territoires – les Turcs, les Autrichiens, les nazis puis les Soviétiques -, pour saisir
l’attachement farouche de la région à sa souveraineté. Dans le petit livre qu’elle a consacré à la nation hongroise *, un récit de voyage subtil qui est
aussi une promenade dans la psyché du pays, la
journaliste Françoise Pons évoque un pays hanté
« par l’angoisse de la disparition ». « L’histoire de la
Hongrie est celle d’une survie », écrit Pons, notant
que l’effondrement de la démographie du pays accroît aujourd’hui la crainte de la dilution et d’un
isolement déjà prédéterminé par une langue hermétique. Un million de Hongrois ont quitté le pays
depuis 1990. Les jeunes diplômés partent en masse. Cette saignée démographique explique partiellement la crispation du pays sur la question de la
migration, devenue un sujet de vive actualité à
partir de 2015, sous l’effet de la crise syrienne,
quand des centaines de milliers de migrants en
La révolution conservatrice consacre un tournant
antidémocratique, pointent les oppositions hongroise et polonaise, qui soulignent les dérives népotistes et autoritaires des partis au pouvoir dans
ces deux pays. Le gouvernement hongrois réfute
l’accusation, en soulignant que la « démocratie illibérale » défendue par leur premier ministre ne
menace pas les libertés. « C’est le rejet du projet de
société ouverte qui favorise la globalisation et fait de
la migration un droit de l’homme qui explique pourquoi l’équipe Orban a pris fait et cause contre le milliardaire d’origine hongroise George Soros », nous
déclarait récemment le ministre de la Justice,
Laszlo Trocsanyi. Il se référait à un article de Soros, publié en septembre 2015 dans Bloomberg, qui
appelait l’UE à accueillir chaque année 1 million de
migrants. « On nous parle du principe de solidarité,
nous invoquons le principe de sécurité », plaidait le
ministre hongrois.
L’université d’Europe centrale, fondée par le
milliardaire George Soros, en plein centre de Budapest, est au cœur de la polémique qui oppose libéralisme et national-conservatisme. Dans son
grand bureau lambrissé, le recteur de cette faculté
prestigieuse, Michael Ignatieff, un Canadien, évoque ses batailles avec le gouvernement Orban pour
assurer l’existence de son université, en suspens
parce que « son fondateur s’appelle Soros ». Il affirme qu’un accord a finalement été trouvé, mais dit
attendre la signature du premier ministre. « Je ne
suis pas le porte-parole de M. Soros, mais dire qu’il
est la cause de tous les maux est faux et dangereux », déclare-t-il, parlant d’attaques au ton haineux et hystériques, teintées d’antisémitisme.
« J’espère que c’était juste une manœuvre électorale », dit Ignatieff, lequel dénonce « une démocratie
populiste majoritaire qui emploie la légitimité démocratique pour réduire systématiquement les contrepouvoirs, universités comme presse ».
Le journaliste polonais Ziemowit Szczerek est
d’accord pour souligner les dangers d’une Hongrie
se renfermant sur son pré carré national. « L’Europe de l’Est ne peut pas se laver les mains du problème qui frappe l’Europe et se contenter de diaboliser les migrants », dit-il. Mais il met aussi en garde
contre « les dénis de la gauche et du centre » qui, à
Varsovie, comme à Budapest, rejettent la réalité
du problème migratoire. « Peut-être que la peur de
la disparition est exagérée par la droite, mais ces
craintes n’en ont pas moins des fondements », dit-il,
notant que « c’est le même déni que celui d’Angela
Merkel, qui disait en 2015 qu’on devait ouvrir tout
grand nos frontières. Une grossière erreur ». Le reporter écrivain conseille aux Européens de l’Ouest
de comprendre les inquiétudes de l’Est et ses raisons légitimes d’être en désaccord avec Bruxelles.
« Nous devons montrer que nous savons ce que nous
faisons. Sinon, les populistes prendront le pouvoir, et
pas seulement à l’Est », avertit-il, constatant l’aura
croissante d’Orban à travers l’Europe. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Le pragmatisme technocratique
a remplacé la politique de conviction
a communication intensive
d’Emmanuel Macron ces
derniers jours laisse mieux
apparaître la forme
d’un pouvoir nouveau – une
technocratie pragmatique,
servie par une rhétorique froide.
C’est une rupture avec la politique
de conviction qui caractérise
la démocratie. Tous les partis anciens
brisés et confondus, la France s’est donné
un gouvernement transversal aux partis,
« en même temps » à droite et à gauche,
ni libéral ni socialiste et en même temps
les deux, en un mot, qui se revendique
« pragmatique ». L’action
gouvernementale ne se légitime pas par
des principes, des convictions, mais par
l’évidence scientifique et le bon sens de
Descartes.
Tout se passe comme s’il était devenu
obscène de revendiquer des convictions
pour asseoir les projets politiques. Les
socialistes justifiaient leur action par leur
croyance en la supériorité de l’égalité,
et les libéraux par leur croyance
en la supériorité de la liberté. D’ailleurs,
la démocratie elle-même est fondée
sur ce débat entre croyances, et jusque-là
il était très mauvais pour un politique
d’être dit « sans conviction » - il fallait
alors qu’il en inventât sur-le-champ,
faute d’apparaître comme un cynique.
On dirait que ce débat entre croyances est
à présent obsolète : peut-être déconsidéré
par sa propension à la malhonnêteté
intellectuelle, voire au fanatisme,
et aux luttes pas toujours propres.
Il y a dans l’esprit postmoderne
une revendication de désinvolture, qui
fait qu’on ne s’engage plus : « Une cause !
On n’est pas province à ce point ! » disait
un personnage de
Simone de Beauvoir.
Défendre des
POUR « LE FIGARO »
convictions, c’est
dépassé. Macron n’a
Pour la philosophe, les interventions médiatiques
pas de cause. Alors,
d’Emmanuel Macron confortent une vision
au nom de quoi agitdu pouvoir exclusivement pragmatique. Politique du il ? Il fait ceci ou cela
« bon sens » et gouvernement des experts ont remparce que c’est utile
et nécessaire, parce
placé le débat entre visions du monde antagonistes.
L
CHANTAL DELSOL
que c’est efficace. Efficace pour aller où ?
Vers les finalités basiques
du pragmatisme : le bien-être du peuple,
en accord avec ses us et coutumes.
Nous avons devant nous, essentiellement,
une politique du bon sens.
Il s’avère que le chemin du bon sens est
bienvenu et tout tracé, quand le pays s’est
embourbé, gauche et droite confondues,
dans l’économie administrée,
dans la protection tous azimuts, dans
l’indulgence et le relâchement de tout,
depuis si longtemps que n’importe quel
individu sensé voudra répondre à nos
problèmes en allant, peu ou prou, en
direction contraire. Il suffit d’un peu de
bon sens pour voir que des entrepreneurs
écrasés d’impôts vont embaucher hors
de France et que la prospérité
des Français passe par un allégement de
leurs charges (ce que M. Plenel appelle en
idéologue « un cadeau fait aux riches »).
Il suffit d’un peu de bon sens pour savoir
que l’apprentissage en classe primaire
du lire-écrire-compter, et non pas
les logorrhées savantes et prétentieuses,
façonne l’avenir entier d’un enfant.
Le bon sens suffit pour comprendre qu’un
pays s’enfonce irrémédiablement dans la
faillite en finançant des statuts hérités du
socialisme ; ou bien encore qu’une société
se défait si elle regarde des occupations
de ZAD ou d’universités comme
d’amusantes blagues. Le bon sens
du pouvoir est bienvenu pour s’employer
à nous libérer de la vieille idéologie
socialiste dont nous ne nous sommes pas
encore dépris. Ce que la droite n’a pas
réussi à faire au nom de ses convictions,
le président le fait au nom du
pragmatisme. Il est devenu inconvenant
de réformer en faisant appel aux grands
principes, mais on peut réformer parce
que « ça marche ». Le président apparaît
comme un grand libéral parce que,
dans la France administrée, le moindre
bon sens, à moins de mettre bientôt
la clé sous la porte, réclame la liberté.
Mais il ne croit qu’à l’efficace.
Et, probablement, il en ira ainsi au sujet
de ce que l’on appelle le sociétal. Sauf
qu’ici, l’efficacité signifie autre chose.
s’y débarrasser de la hantise du chef.
Exclure du champ de vision
les convictions et les courants de pensée,
c’est exclure la véritable démocratie,
qui ne se nourrit que de débats entre les
diverses visions du monde. On ne débat
guère autour du bon sens, surtout quand
il a été si malmené que les réponses
s’imposent d’elles-mêmes. On est alors
dans le Tina (« There is no alternative »).
Et, tout naturellement, César déploie
la démocratie participative, qui se définit
par la tenue de réunions multiples
où inlassablement on entend le peuple
sans l’écouter. Ce n’est pas là,
comme le croient certains, une forme
hypermoderne et supérieure
de démocratie. C’est au contraire
un retour à l’ancienne palabre,
qui correspond – et ce ne peut être
autrement- avec
une autocratie.
L’action gouvernementale
Car la palabre
ne décide pas,
ne se légitime pas par des principes,
elle entretient
des convictions, mais par l’évidence
le besoin
scientifique et le bon sens de Descartes
d’expression
et cherche
le consensus, au-delà duquel décide
la campagne et victorieuses au scrutin,
le chef unique, entouré de ses techniciens
ne gouverne que pour les Français et leur
et de ses amis. Macron, qui s’est doté
bien-être. C’est là l’éternelle tentation
d’une majorité législative à sa dévotion,
française : se doter d’un chef qui, au-delà
et de ministres techniciens, gouverne
des partis, visera le bien commun
seul au-dessus de la mer des palabres.
loin de toutes les chapelles. Tentation
Il s’agit bien là du gouvernement
monarchique et plus tard gaulliste.
des experts, dit technocratie, qui laisse
On n’en sort pas. La France adore.
penser qu’il n’existe qu’une seule
Nous voulons César. Nous admirons son
réponse, à la foi scientifique
intelligence et son charisme. Il dépasse
et de bon sens, aux questions politiques.
les autres de cent coudées, et les deux
Le président est un fils de la méritocratie
journalistes en face de lui paraissent
française, et à la méritocratie
de minables idéologues demeurés
(système que nous avons emprunté
en arrière (on n’est pas province à ce
à la Chine) conviennent le pragmatisme
point !), juste placés là pour faire détester
et l’autocratie. Est-ce la fin
définitivement les convictions obsolètes.
des politiques de convictions, et donc
Lui déploie une rhétorique froide
de la démocratie comme débat
et souveraine, un brin condescendante,
entre les visions du monde ?
avec, si on le contredit, dans les yeux
Ou bien une parenthèse
un éclat de colère qui n’augure rien
qui nous permettra au moins,
de bon pour l’avenir. César est un père
par des chemins inattendus, de nous
et les citoyens ses enfants. La société
libérer des vieux démons marxistes
française n’a jamais réussi à devenir
et de nettoyer les écuries d’Augias ?
suffisamment adulte pour qu’on puisse
L’histoire personnelle du président est
une transgression postmoderne, c’està-dire légitimée et glorieuse. Cela fait-il
de lui un défenseur de l’anarchie morale ?
C’est peu probable. En sa qualité de César
pragmatiste, il a grand souci
des croyances et des traditions diverses
de son peuple. Le discours au Collège
des Bernardins le montre abondamment.
Il comprend bien le christianisme
et respecte sa place, comme il marque
ou marquera aussi bien la place des Juifs,
des musulmans, des francs-maçons,
des LGBT et des adorateurs de baleines.
Il veillera à ne choquer personne,
ce qui n’est pas difficile quand soi-même
on est neutre.
C’est dire que le président,
qui ne gouverne pas au nom d’un courant
ou de convictions défendues pendant
«
»
Macron, le Rat de ville et le Rat des champs
a lutte des classes, l’écart
entre les riches et les
pauvres, l’élite à distance
du peuple, le fossé séparant
la ville de la campagne :
l’Homme, c’est sa nature,
aime lire le monde par le prisme
d’oppositions radicales, de tensions
claniques et caricaturales. C’est
un phénomène psychique.
Les complexes d’infériorité
se nourrissent des complexes
de supériorité et mettent de l’huile sur
le feu des confrontations ancestrales.
Voilà une aubaine pour qui cherche
une clientèle électorale ! Car derrière
cette mécanique cognitive mêlant
le besoin d’appartenance, d’identité,
à celui, tristement naturel, du rejet
de l’autre, de cet être qui mériterait
d’être regardé avec défiance dès lors
qu’il n’est pas du même bocal, ce sont
des nuées d’électeurs potentiels que
certains cherchent à flatter du côté des
bas instincts. C’est à ce moment-là que
naît le populisme. Quand on s’adresse
de manière intéressée à des groupes
humains non pour les rassembler,
les inviter à œuvrer ensemble,
en harmonie, mais pour les opposer
à la faveur d’un vote nourri de tensions
et de haine sociale. Pour le populiste,
on ne peut être l’un avec l’autre. On est
nécessairement l’un face à l’autre.
Comme dans Le Rat de ville et le Rat
des champs, de Jean de La Fontaine,
cette fable inspirée, comme beaucoup
chez le génie moraliste, d’un texte
d’Ésope,
au VIIe siècle
avant notre ère,
réinventée
par Horace juste
avant la naissance
Relisant la célèbre fable de La Fontaine, notre
du Christ. On
chroniqueur s’insurge contre ceux qui caricaturent se souvient de
le président de la République en monarque
ce rongeur urbain,
déconnecté et en président des riches.
précieux et raffiné,
DESSINS CLAIREFOND
L
A
MATHIEU LAINE
« À LIVRE OUVERT »
alors qu’elle n’a jamais existé
dans le monde économique.
Pour exister, chacun de ses
opposants rêve de réveiller les luttes
ancestrales, les oppositions primaires,
la disharmonie. Du désordre, il restera
bien quelque chose. La gauche extrême
joue l’alliance des cheminots et des
étudiants avec un professionnalisme
suranné dépourvu d’imagination.
Ils recopient crânement les slogans
du passé quand « contre-culture »
devrait bien plus rimer avec « futur ».
Un futur inquiétant quand on sait
l’exigence d’excellence qui sera celle
du monde à venir : arrêtez d’exiger la
moyenne ou 20/20 pour tout le monde,
et travaillez, si vous voulez vous
émanciper…
Une partie de la
Pour exister, chacun de ses opposants droite,
attirée
rêve de réveiller les luttes ancestrales, comme un aimant
par
sa
déclinaison
les oppositions primaires,
nationaliste,
la disharmonie
cherche quant
à elle dans
le néopoujadisme à reconquérir ce que
ne vient m’interrompre : / Je mange tout
Pierre Poujade lui-même appelait
à loisir. / Adieu donc ; / fi du plaisir / Que
les « petites gens ». Elle se parfume
la crainte peut corrompre. » Ces deux-là
au provincialisme, au protectionnisme
ont beau s’inviter à dîner, la défiance
et au sécuritarisme, foulant sans
demeure et les stéréotypes ont la vie
scrupule les droits fondamentaux
longue.
à coups de propositions surréalistes
Aujourd’hui encore, notamment
sur l’enfermement des fichés S. On
chez les prétendants à l’Élysée, le désir
installe la chanson : Emmanuel Macron
de monter les uns contre les autres à des
serait un Rat de ville, Laurent Wauquiez
fins purement électoralistes est de mise.
un Rat des champs. Wauquiez? Lui, le
On les voit caricaturer le président
surdiplômé de la capitale dont on peine,
actuel en monarque déconnecté, allié
depuis ses années centristes jusqu’à ses
des seuls puissants, des villes et des
harangues antiriches, à sonder la glaise
gagnants. L’anti-élitisme et la théorie
idéologique? Lui qui semble à la veille
du complot sont, dans une approche
de ressusciter le club de l’Horloge,
toute « plenelienne », passés par là.
ce groupe de travail qui rassemblait
C’est là un drame français. Dès que l’on
autrefois les élites technocratiques
essaie de libérer, ou de moins taxer
du RPR et du FN ?
la réussite, on passe pour « le président
Il n’y a pourtant pas de supériorité
des riches », et uniquement d’eux.
de la campagne sur la ville, ni de la ville
Petite nouveauté : on vous colle
sur la campagne, et l’ambition d’unir,
l’étiquette « théorie du ruissellement »
de sa civilité, de ses « reliefs
d’ortolans », de son « tapis de Turquie »
et de ce « festin » où « rien
ne manquait ». Comme un désir de
paraître, de dominer, d’impressionner
l’autre. On a également en mémoire ce
« bruit » soudain, la peur qu’il instaura
dans l’instant, notamment chez le plus
urbain d’entre eux, puis le détalage
à pleines pattes, et cette fierté
toute campagnarde achevant ce que
nombreux ont perçu comme une
comparaison moqueuse entre la drôle
de vie mondaine à la cour et la douce
vie provinciale : « C’est assez, dit
le Rustique ; / Demain vous viendrez
chez moi ; / Ce n’est pas que je me pique /
De tous vos festins de roi ; / Mais rien
«
»
de faire convergence, est infiniment
plus noble que celle d’alimenter les
antagonismes. Elle est plus juste aussi.
Hayek, en réimportant dans le monde
des idées le concept d’ordre spontané
découvert dans les écrits des
scolastiques espagnols, avait perçu
combien une société humaine découvre
son équilibre par l’échange libre,
la saine concurrence, l’égalité
des chances et la remise en cause
des avantages réservés illégitimement
par l’État à certains, et non à d’autres.
Frédéric Bastiat n’a-t-il pas, d’ailleurs,
nommé son grand traité Harmonies
économiques ?
«La société souterraine des rats,
leur faculté d’adaptation et leur lutte
constante pour survivre, leurs
migrations massives et leur propension
individuelle au voyage, les exemples
nombreux de leur extraordinaire
intelligence, les légendes et les récits
que j’ai entendus depuis mon enfance,
tout cela a fait que les rats m’ont très tôt
fasciné, suscitant non seulement
ma curiosité, mais aussi une sorte
d’admiration respectueuse pour la
nature qui a su créer des êtres capables
de coexister aussi parfaitement avec
l’homme », explique Andrzej Zaniewski
dans le préambule de Mémoires d’un rat
(Belfond). Pour que le Rat de ville
et le Rat des champs non seulement
dînent ensemble mais aussi travaillent,
inventent et coopèrent en alignant
leurs intérêts avec ceux du pays,
c’est bien vers plus de réformes
profondes qu’il convient de mener
le pays. C’est tout l’espoir que nous
plaçons, désormais, dans un second
souffle qui devra non pas freiner
mais accélérer le processus
de transformation entrepris il y a un an.
*Auteur du « Dictionnaire amoureux
de la Liberté » et, avec Jean-Philippe
Feldman, de « Transformer la France. En
finir avec mille ans de mal français » (Plon).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
15
Gafam vs médias : l’urgence démocratique
L
COLLECTIF
millions d’agriculteurs ou de PME
concurrencés par des importations
à bas coût, d’hôteliers ou de propriétaires
immobiliers supplantés par des sites
de location temporaire, de transporteurs
publics ou privés bousculés
par des services de chauffeurs privés.
Et ils peuvent étouffer la presse,
son indépendance financière
et son pluralisme en captant la majeure
partie de ses recettes publicitaires.
C’est une chance démocratique
que la numérisation de la presse
ait conduit à doubler son lectorat. Mais
c’est un risque létal que les mégaréseaux
préemptent 80 % du marché
des annonceurs. Car la forte progression
du numérique ne compense pas la baisse
régulière du papier. Il y a donc urgence
démocratique. Au regard de la chaîne
de valeurs, il est déjà absurde que l’on paie
plus cher le tuyau que son contenu.
Économiquement, il est clair que la presse
a besoin des réseaux pour élargir
son public et que les réseaux tirent
leur attractivité de diffusions qualitatives.
Mais financièrement, le risque
de disparition par suffocation des éditeurs
de presse nationale, régionale, spécialisée,
devient certain. Et dans son sillage,
ce sont tous les journalistes, leur travail,
leur exigence déontologique
et leur indépendance qui sont menacés.
Nous savons que les médias ne sont pas
restés inactifs pour obtenir une plus juste
répartition des recettes. Mais ils ont
toujours échoué devant les tribunaux
à faire reconnaître que, si la liberté
de la presse n’a pas de prix, elle a un coût.
Et ils n’ont jamais pu amortir
les investissements pourtant substantiels
– plusieurs dizaines de millions d’euros –
réalisés pour leur transition numérique.
L’affrontement TF1/Orange/Canal+
a d’ailleurs relancé de façon aussi
et leur responsabilité dans un monde
démocratique qu’ils doivent,
dans leur intérêt, préserver
dans la mesure où il les nourrit.
Une loi nouvelle sera donc présentée
le 17 mai prochain dans la fenêtre
parlementaire du MoDem. Inscrit dans
la majorité présidentielle, il est symbolique
qu’il revienne au mouvement que François
Bayrou avait appelé démocrate il y a dix
ans, de porter un texte qui consoliderait
l’avenir de la
presse. Tant il
C’est une chance démocratique
conditionne celui
de la démocratie.
que la numérisation de la presse
* Signataires :
ait conduit à doubler son lectorat.
M. Erwan Balanant ;
Mais c’est un risque létal
Mme Géraldine
Bannier ; M. Jeanque les mégaréseaux préemptent
Noël Barrot ;
80 % du marché des annonceurs
Mme Justine Benin ;
M. Philippe Berta ;
Concrètement, il s’agit de créer
M. Philippe Bolo ; M. Jean-Louis Bourlanges ;
des « droits voisins » du droit d’auteur,
M. Vincent Bru ; M. Jean-Pierre Cubertafon ;
sur le modèle de ceux existant pour
Mme Marielle de Sarnez ; Mme Michèle de
les labels avec la Sacem, ou les clubs
Vaucouleurs ; Mme Marguerite Deprezde sport avec les droits TV. Il est d’ailleurs
Audebert ; M. Bruno Duvergé ; Mme Sarah
saugrenu qu’on reconnaisse une valeur
El Haïry ; Mme Nathalie Elimas ; Mme Nadia
au journalisme plus tardivement
Essayan ; M. Michel Fanget ; M. Marc
qu’au football. Et il convient surtout
Fesneau ; Mme Isabelle Florennes ; M. Bruno
de permettre une négociation
Fuchs ; Mme Patricia Gallerneau ; M. Laurent
et une gestion collectives de ces droits
Garcia ; M. Brahim Hammouche ; M. Cyrille
pour renforcer médias et journalistes
Isaac-Sibille ; Mme Élodie Jacquier-Laforge ;
face aux géants d’Internet.
M. Bruno Joncour ; M. Jean-Luc Lagleize ;
Ce débat – dont la technicité apparente
M. Fabien Lainé ; M. Mohamed Laqhila ;
explique sans doute la procrastination –
Mme Florence Lasserre-David ; M. Philippe
avait été ouvert en 2012 à l’Assemblée
Latombe ; Mme Aude Luquet ; M. Max
nationale, puis en 2016 au Sénat, sans suite
Mathiasin ; M. Jean-Paul Mattei ; Mme Sophie
concrète. Pourtant, c’est du financement
Mette ; M. Philippe Michel-Kleisbauer ;
de la presse et du travail journalistique
M. Patrick Mignola ; M. Bruno Millienne ;
dont il s’agit ! Il ne faudrait pas attendre
M. Jimmy Pahun ; M. Frédéric Petit ;
que les médias soient irréversiblement
Mme Maud Petit ; Mme Josy Poueyto ;
abîmés pour légiférer sur leur avenir.
M. Richard Ramos; M. Thierry Robert;
Nous faisons le pari que les Gafam
M. Nicolas Turquois ; Mme Laurence
sont prêts à assumer leur rôle
Vichnievsky ; M. Sylvain Waserman.
spectaculaire qu’insatisfaisante le sujet
de la valorisation des contenus.
De même que le gouvernement
se prépare à légiférer sur la responsabilité
fiscale et pénale des moteurs de recherche
et des réseaux sociaux, il convient donc
que le Parlement complète ce dispositif
par de nouveaux droits octroyés au monde
de la presse, consacrant la propriété
intellectuelle de son travail et sa capacité
à en négocier la valeur.
«
»
Les Herbiers-Chambly : quand le
football d’en bas sort de l’ombre
ANALYSE
Martin Couturié
£@martincouturie
+
» Lire aussi PAGE 10
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
e match opposant mardi soir
le club Vendée les Herbiers
Football au FC Chambly a mis
en lumière, et à l’honneur, le
football des « petits ». Jamais
dans l’histoire, deux clubs de
National, le troisième niveau français,
ne s’étaient retrouvés et affrontés
en demi-finale de la Coupe de France.
En 2012, deux clubs de National s’étaient
déjà invités dans le dernier carré, l’US
Quevilly et le Gazélec Ajaccio, mais ils
ne s’étaient pas défiés directement.
Les Normands qui avaient surpris
les Rennais, après avoir éliminé les
Marseillais plus tôt dans la compétition,
ne s’étaient inclinés que de justesse (1-0)
contre les Lyonnais en finale, démontrant
la vitalité du football « amateur ».
Derrière la Ligue 1 et la Ligue 2, peuplés
de clubs professionnels et de stars aux
émoluments gargantuesques, le National
regroupe dix-huit clubs «amateurs »,
aux budgets modestes et aux salaires qui
le sont tout autant. « La Fédération est
satisfaite du niveau du National, avec des
résultats inversement proportionnels aux
moyens des clubs. Ils produisent un football
de qualité avec des moyens souvent faibles
en termes de recettes. La crise a touché tout
le monde et tout a fondu, du budget
aux recettes sponsoring en passant par les
subventions des collectivités », décrypte
à l’AFP, Michel Mallet, président de l’US
Quevilly et membre du comité exécutif
de la Fédération française de football.
Dans les faits, le budget moyen des clubs
de cette troisième division a ainsi chuté
de « 2,7 millions d’euros en 2012
à pratiquement 2 millions aujourd’hui ».
Pas de très grandes villes à l’affiche
dans ce championnat, mais de belles cités
de régions, comme Grenoble (actuel
2e derrière l’intouchable Red Star parisien
L
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
10 000 habitants), quinzièmes de leur
championnat et sous la menace sérieuse
d’une relégation, au terme d’une saison
difficile. La Coupe de France, comme
souvent, constitue un inégalable rayon
de soleil, et une promotion unique
pour ces « petits » partis de rien.
C’est le cas de l’US Chambly, créé
en 1989 par deux frères, Fulvio et Bruno
Luzi, qui, épaulés par leur père, Walter,
lancent une équipe pour faire jouer une
bande de potes. « Au départ, il n’y avait
même pas de douche, rien, simplement un
terrain abandonné. Et on avait 1 000 euros
de subvention », se souvient Fluvio Luzi,
aujourd’hui président à la suite de son
père décédé durant le quart de finale
historique remporté
face à Strasbourg (1-0).
Des joueurs touchant environ
L’US Chambly,
2 000 euros mensuels arrivent à
avec ses dix équipes
bousculer (souvent) et à surprendre se partageant un seul
(parfois) des vedettes touchant jusqu’à terrain synthétique
pour l’entraînement,
cinquante fois plus par jour
symbolise à merveille
ce football de
proximité, d’entraide, de solidarité,
au couteau, où le mental joue un rôle
qui peuple nos villes et nos campagnes.
essentiel, où le physique prend souvent
Ce football d’en bas apprend chaque jour
le pas sur la technique (surtout sur des
à des gamins à dire bonjour, à serrer
pelouses parfois bien loin des standards
des mains en regardant dans les yeux,
de l’élite), les différences se nivellent. Et
à faire des lacets, à prendre une douche,
des joueurs touchant environ 2 000 euros
à respecter un partenaire, un entraîneur,
mensuels arrivent à bousculer (souvent)
un arbitre. Parfaitement honorés
et à surprendre (parfois) des vedettes
par les Trophées Philippe Seguin
touchant jusqu’à cinquante fois plus par
du Fondaction du football,
jour (plus de 3 millions mensuels pour
qui récompensent chaque année depuis
Neymar selon le quotidien allemand Der
dix ans leurs actions les plus citoyennes,
Spiegel dans le cadre des Football Leaks).
sociétales et environnementales,
Plus de 30 000 supporteurs vendéens
ces petits clubs jouent avec leur ballon
étaient ainsi annoncés, mardi soir,
(et leurs bénévoles) un rôle essentiel dans
du côté de la Beaujoire pour soutenir
notre société. Sans faire de bruit.
les joueurs des Herbiers, portant les
À des années-lumière des salaires
couleurs d’une ville de 12 000 habitants,
(et des caprices) des stars de la Ligue 1.
face aux Picards de Chambly (et ses
et ses 7,5 millions de budget), Béziers,
Laval, Concarneau, Pau… Si un accord
avec Canal + assure chaque semaine
la diffusion de l’affiche de la semaine
sur une chaîne cryptée, la FFF propose
sur son site l’accès en direct à sept matchs
pour tenter d’assurer la promotion
d’un football qui ne brille guère
par ses affluences aux stades (entre 1000
et 2000 spectateurs). Sauf en Coupe
de France. La Vieille Dame aime plus que
tout mettre à l’honneur les Petits Poucets,
les sans-grade. Et le public raffole de leurs
épopées au long cours, commencées
entre eux, puis pour les meilleurs,
poursuivies face à des clubs de Ligue 2
puis de Ligue 1. Et dans ces matchs
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
VOX
… JUSTICE
« Non à une réforme
de la justice qui creuse
la fracture territoriale ! »,
tribune de professionnels
du droit du département
de l’Hérault.
… SOCIÉTÉ
« Non, Monsieur Castaner,
la mantille des catholiques
n’a rien à voir avec le voile
musulman ! », tribune
de Fatiha Boudjahlat,
auteur du « Grand
Détournement »
(Éditions du Cerf)
… POLITIQUE
Emmanuel Macron
sera-t-il « chiche »
de rencontrer aussi
les élus ?, tribune
de Jacky Isabello
et Alexandre Malafaye
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale :
1er cahier 16 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Édition IDF :
Cahier 4 Figaroscope
48 pages tabloïd
A
a société a déjà changé
en profondeur. Internet,
ses moteurs de recherche,
ses réseaux sociaux
et ses nouveaux circuits
de distribution ont modifié
nos modes de vie et de consommation.
La révolution numérique s’est déroulée
sans violence, et même sans résistance,
puisque l’aspiration unanime
des individus et des territoires au réseau
mondial fait du très haut débit
un cinquième élément inattendu :
l’eau, l’air, la terre, le feu, le Wi-Fi.
Disposer de produits et services
à l’échelle mondiale et être livré
en 24 heures n’est pas nécessairement un
progrès humain mais c’est une évolution
inéluctable, devenue quasiment un droit
aux yeux de nos concitoyens. Accéder
à l’information et à la connaissance,
immédiatement et gratuitement,
est en revanche une opportunité
formidable dans l’édification intellectuelle
des acteurs sociaux et l’ouverture
au monde des citoyens. Des esprits
toujours plus éclairés sont autant d’armes
pacifiques de la démocratie.
Mais aussi positive soit-elle, toute
puissance nouvelle porte en elle-même
les risques de sa toute-puissance. Et les
Gafam n’y échappent pas. Leur évolution
fulgurante et supranationale les a placés
au-dessus des règles fiscales et ils paient
trop peu d’impôts ; elle les a exonérés
de responsabilité juridique et ils diffusent
des fake news
ou la propagande
djihadiste ; elle les a
dotés d’un modèle
économique
Les députés du groupe MoDem* présenteront
singulier et ils
bientôt à l’Assemblée un projet de loi
peuvent entraîner la
pour créer des « droits voisins » au profit
mort sans intention
de la donner à des
des éditeurs de presse en ligne.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
louisvuitton.com
Photographie retouchée
L’Ame du Voyage
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 918 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
SANOFI
LES TAUX D’INTÉRÊT
TOUJOURS
AU PLUS BAS PAGE 19
LE LABORATOIRE FRANÇAIS
VEND SES MÉDICAMENTS
GÉNÉRIQUES PAGE 22
Les nuages s’accumulent
sur la croissance mondiale
Le FMI prévoit une hausse solide du PIB, de 3,9 % cette année. Mais met en garde
contre une double menace : la guerre commerciale et une hausse brutale des taux.
Dans son rapport annuel publié à
l’occasion de son assemblée de
printemps, le Fonds monétaire international (FMI) dresse un tableau
positif de l’économie mondiale. La
croissance reste au plus haut depuis
2010, avec un taux prévu en 2018
comme en 2019 de 3,9 %. L’institution de Washington a même revu
en légère hausse la croissance pour
la France, à 2,1 % pour cette année.
Pour autant, le chef économiste du
FMI ne voit pas l’horizon sans nuages. S’il compare le bras de fer
commercial entre Donald Trump
et ses partenaires à la « drôle de
guerre » de 1939, il n’écarte pas le
risque de conflagration généralisée
qui serait dommageable pour les
échanges, et partant, pour la prospérité mondiale. Les États-Unis ne
sont pas seuls dans le collimateur
du FMI. Christine Lagarde s’inquiète de son côté de la dépendance financière que la Chine est en
train d’installer avec les pays
qu’elle finance sur ses « nouvelles
routes de la soie ».
èCHRISTINE LAGARDE AVERTIT DU RISQUE D’ENDETTEMENT LIÉ AUX « NOUVELLES ROUTES DE LA SOIE » DE XI PAGES 18 ET 19
CAPTURE YOU TUBE, S. SORIANO/LE FIGARO, FRANCESCORIDOLFI.COM/RIDO - STOCK.ADOBE.COM
La réforme
ferroviaire
plébiscitée à
l’Assemblée
Le projet de loi
sur la SNCF et les
modalités d’ouverture
à la concurrence ont
été approuvés par 454
députés contre 80. Sur
cent députés LR, seuls
deux ont voté contre.
Le texte, à l’origine
d’une grève perlée,
arrive au Sénat
le mois prochain. PAGE 21
le PLUS du
FIGARO ÉCO
INTERNET
La France manque
de fibre optique
pour le très haut débit
PAGE 23
LA SÉANCE
DU MARDI 17 AVRIL 2018
CAC 40
5353,54
+0,76%
DOW JONES (18h)
24827,66 +1,04%
ONCE D’OR
1342,10 (1349,35)
PÉTROLE (lond)
71,270 (71,640)
EUROSTOXX 50
3477,91 +1,07%
FOOTSIE
7226,05 +0,39%
NASDAQ (18h)
6797,99 +1,84%
NIKKEI
21847,59 +0,06%
L'HISTOIRE
Pour déclarer ses impôts en ligne,
il faut regarder une vidéo YouTube
L’
intention était sans doute
louable. Depuis quelques jours,
le site impots.gouv.fr a ouvert
ses portes, afin de permettre
à chacun de déclarer
ses impôts en ligne. Mais avant cela,
les contribuables sont invités - plutôt
forcés - à regarder une vidéo d’explication
sur le prélèvement à la source.
Problème : Bercy a choisi d’héberger
ce document sur YouTube.
Ce n’est pas la première fois
que le gouvernement a recours
à la plateforme de vidéos de Google pour
héberger des contenus sur ses différents
sites officiels. Néanmoins, ce choix suscite
des questions. Le
visionnage de la
fameuse vidéo
est obligatoire
pour accéder
au site des
impôts. Or
YouTube peut
déposer des
« cookies »,
ces logiciels qui
observent les
comportements en ligne, chez chacun
des internautes. Ils peuvent être utilisés pour
faire de la mesure d’audience : combien
de personnes ont visualisé cette vidéo ?
Et donc, concrètement, qui s’est connecté sur
le site des impôts ? Si une personne regarde
la vidéo en étant connectée à son compte
Google, le moteur de recherche peut par
ailleurs associer ces informations à un profil
publicitaire déjà bien garni de données
récoltées un peu partout en ligne…
Dans un communiqué, Bercy explique avoir
choisi YouTube pour son caractère
« populaire » et affirme que les cookies
déposés n’impliquent « strictement aucune
transmission d’informations fiscales
personnelles ».
Un choix néanmoins
étonnant, en plein
scandale Cambridge
Analytica, et à
quelques semaines
de la mise en
application du RGPD,
le règlement européen
de protection
des données. ■
MARIUS FRANÇOIS
L’idée d’instaurer une deuxième journée de solidarité, après celle mise en
place par le gouvernement Raffarin,
est loin de soulever l’enthousiasme.
Et ce bien qu’il s’agisse de financer la
dépendance des personnes âgées.
Qualifiée de « piste intéressante »
par Emmanuel Macron dimanche soir,
cette mesure est rejetée par la CFDT,
qui la qualifie d’« injuste et loin d’être
à la hauteur des enjeux ». La centrale
considère que ce risque « universel »
doit être financé par des impôts reposant sur « tous les revenus ». Comprendre : son financement ne doit pas
reposer uniquement sur le salariat.
« Est-ce que c’est normal que seulement les salariés paient pour l’ensemble de la population ? J’ai un petit
souci aussi avec ce sujet-là, même si
je pense que ça peut faire partie d’une
palette de solutions », a également
déclaré le président du Medef, Pierre
Gattaz, mardi. Quant à la CPME, l’organisation dédiée aux PME, elle a souligné que « l’effort demandé devra
être le même, que l’on travaille dans
une grande ou une petite entreprise ».
Ce qui n’est pas le cas avec la journée
actuelle, les salariés de grandes sociétés étant parfois payés. Surtout, ce
système de jour de solidarité n’est
pas sans contrainte pour les entreprises, puisqu’il va de pair avec une
contribution de 0,3 % sur la masse salariale que le jour de travail en plus non
payé est censé compenser.
La Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements
et de services pour personnes âgées
estime que cette piste de financement « est un premier pas important », mais qu’elle est insuffisante.
« Le président nous annonce “pas
d’impôt nouveau”, mais les Français
travailleront pour financer la prise en
charge de la dépendance », a fustigé
Christian Jacob, président du groupe
Les Républicains. « Les retraités,
avec l’augmentation de la CSG, vont
financer la hausse du pouvoir d’achat
des actifs, et maintenant les actifs à
travers cette journée de solidarité
vont financer la dépendance de ces
mêmes retraités ? Ce n’est pas un
système très cohérent », a de son
côté déclaré à Reuters le député socialiste Boris Vallaud.
Le chinois ZTE privé
de composants
américains
Pendant sept ans, les sociétés
américaines ont interdiction
de vendre des composants
électroniques à l’équipementier chinois ZTE. Ainsi en a décidé le département du Commerce des États-Unis, en
représailles d’une violation de
l’embargo sur les ventes de
marchandises à l’Iran et à la
Corée du Nord. Le groupe
chinois avait reconnu l’an
dernier avoir fourni illégalement des produits et des logiciels américains au principal
opérateur télécoms iranien, et
à une filiale du consortium qui
le contrôle. Il avait écopé
d’une amende de 1,2 milliard
de dollars.
Mais les enquêteurs ont découvert de nouvelles fraudes.
« ZTE nous a fourni des informations reconnaissant pour
l’essentiel avoir fait des fausses
déclarations, a expliqué le département du Commerce.
Nous ne pouvons pas nous fier à
ce qu’ils nous disent. Or, dans le
commerce international, la vé-
rité est très importante. » Selon
Reuters, de 25 à 30 % des
composants utilisés par ZTE
pour la production de smartphones ou d’infrastructures
réseau sont issus d’entreprises
américaines. Dans une lettre à
ses salariés, le patron du groupe a admis que ZTE se trouvait
dans « une situation internationale compliquée ». L’action a
été suspendue mardi à la
Bourse de Hongkong et de
Shenzhen.
Le gouvernement chinois indique se tenir prêt « à prendre
les mesures nécessaires pour
sauvegarder les droits légitimes
et les intérêts des entreprises
chinoises ». Il a rappelé que
ZTE avait investi massivement
et créé des dizaines de milliers
d’emplois aux États-Unis.
Victimes collatérales de ces
sanctions, deux fournisseurs
américains importants de ZTE,
Acacia Communications et
Oclaro, ont vu leur action
chuter respectivement de
I. V.
36 % et 15 %.
A
IMMOBILIER
LA DEUXIÈME
JOURNÉE
DE SOLIDARITÉ
MAL ACCUEILLIE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
18
Guerre commerciale et hausse brutale des
américains, les deux dangers qui inquiètent
La croissance mondiale de 3, 9 % en 2018, et de 2, 1 % pour la France, pourrait dérailler sous l’effet de l’inflation ou
JEAN-PIERRE ROBIN jprobin@lefigaro.fr
PRÉVISIONS La conjoncture mondiale se moque apparemment des
tensions géopolitiques et des risques
de guerre commerciale désormais
bien réels depuis que Donald Trump
a annoncé le 1er mars son intention
de taxer les importations d’acier et
d’aluminium à hauteur respectivement de 25 % et de 10 %. Les nouvelles prévisions économiques présentées ce mardi par le Fonds
monétaire international, dans son
World Economic Outlook (WEO)
d’avril, font état d’une croissance
mondiale de 3,9 % en 2018 et à nouveau en 2019.
Après avoir sensiblement réhaussé son scénario en janvier dernier, le
FMI le maintient aujourd’hui, indépendamment des menaces de protectionnisme et du durcissement du
conflit en Syrie apparus ces derniè-
3
2,1
2017
2018
res semaines. « Ce pronostic repose
sur des performances solides et continues dans la zone euro, au Japon, en
Chine et aux États-Unis », s’est félicité Maurice Obstfeld, le conseiller
économique et directeur de la recherche du FMI. Une telle accélération de l’activité à des niveaux sans
précédent depuis 2010 paraît
d’autant plus saine qu’elle repose
sur « un renforcement du commerce
mondial et de l’investissement au second semestre 2017 ».
La France est portée elle aussi par
cette vague montante, et le FMI a légèrement révisé (d’un dixième de
point) à 2,1 % la croissance du PIB
français en 2018, laquelle devrait atteindre encore 2 % en 2019. Certes,
ces performances demeurent en retrait de la moyenne de la zone euro
(2,4 % cette année) et notamment
de l’Allemagne (2,5 %) et de l’Espagne (2,8 %), mais le constat n’est
pas nouveau.
2
2019
Reste que ces prévisions expriment plus les tendances du passé
que les risques de rupture toujours
possibles. Le FMI en est parfaitement conscient qui note le contraste
entre ses prévisions très favorables à
court terme et « les perspectives de
conflits commerciaux à large échelle
qui offrent une image discordante ».
Il semblerait pourtant que ces menaces commencent à peser sur le
moral des entreprises à en juger par
les enquêtes des directeurs d’achats
(PMI, Purchasing Managers Index)
dont l’optimisme n’est plus tout à
fait ce qu’il était, note le WEO.
Pour qualifier le climat actuel,
Maurice Obstfeld a fait référence
2017
2018
1,5
2017
2018
2019
1,5
1,7
2017
2018
1,5
2019
RUSSIE
2,5
1,6
Pressé de questions sur les solutions
possibles pour résorber les déséquilibres des paiements entre les
grands pays dont le FMI est le premier à s’inquiéter, son économiste
en chef a suggéré cette possibilité à
propos de l’Allemagne, dont l’excédent commercial est le plus élevé au
PRÉVISIONS DE CROISSANCE DU PIB, en %
2,5
1,8
Pas de scénario du pire
monde : « On pourrait dire que l’Allemagne a la possibilité d’augmenter
ses investissements dans les infrastructures de façon plus productive. »
Ardent partisan du multilatéralisme et de solutions négociées, le FMI
ne veut surtout pas envenimer la situation. Ainsi, ses experts n’ont-ils
pas cherché à produire un « scénario du pire ». Ils n’en renvoient pas
moins à leur étude d’octobre 2016 (à
la veille de l’élection de Donald
Trump) où ils envisageaient une
montée du protectionnisme, avec
une hausse généralisée des tarifs
douaniers de 10 %. Selon leurs
calculs, ce scénario de renchérissement des prix du commerce
La croissance mondiale reste solide
1,5
1,5
2017
2018
2
2019
1,1
2019
ITALIE
ALLEMAGNE
CANADA
dans sa conférence de presse « à la
drôle de guerre (de 1939, NDLR) qui
a précédé les hostilités à grande
échelle (à partir de juin 1940) ». Et
d’ajouter, « il est encore possible que
les pays engagent des négociations
bilatérales pour résoudre les litiges
commerciaux ».
ROYAUME-UNI
2,7
2018
2019
2017
2017
3,1
2017
3
2017
2,3
2018
2
2018
2019
FRANCE
ÉTATS-UNIS
2
2,1
1,8
2,9
2,3
2,8
2018
2,2
2019
7,4
ESPAGNE
2019
7,8
6,7
2,1
1,9
2018
2019
0,8
MEXIQUE
2017
NIGERIA
2,3
2,5
1,3
1,5
1,7
2018
2019
1,7
2017
1,9
2017
2018
2019
INDE
1
2017
2018
2019
BRÉSIL
2017
2018
2019
- 0,7
AFRIQUE DU SUD
ARABIE SAOUDITE
Source : FMI
Lagarde avertit du risque d’endettement lié aux « nouvelles routes de la soie » de Xi
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
A
SHANGHAÏ
Les « nouvelles routes de la soie »
de Xi Jinping menacent d’exporter
l’endettement chinois à travers
l’Eurasie, renforçant la dépendance de la région à l’égard de
l’empire du Milieu renaissant. C’est
la mise en garde feutrée lancée par
Christine Lagarde, la patronne du
FMI, à l’égard du projet phare du
président chinois. L’initiative, officiellement baptisée « une ceinture,
une route » (BRI, de son acronyme
anglais) « peut conduire à des hausses problématiques de dette, limitant
potentiellement les autres dépenses
et créant des défis en matière de balance de paiement » chez les pays
bénéficiaires, a déclaré Christine
Lagarde lors de son passage à Pékin, la semaine dernière. Dans un
langage soigneusement calibré,
l’ancienne ministre française a salué le potentiel du projet géopolitique, estimé à 8 000 milliards de
dollars et destiné à bâtir un réseau
d’infrastructures de communica-
tions à travers l’Eurasie. Ces grands
projets permettent d’étancher
l’immense besoin d’infrastructures
chiffré à « plusieurs centaines de
milliards par an », selon la directrice du FMI. Mais cette frénésie de
construction pourrait déclencher
une envolée de la dette dans les
pays bénéficiant des prêts massifs
délivrés par les banques d’État, ou
les fonds d’investissement chinois,
s’inquiète Christine Lagarde.
Le Pakistan en tête
Huit pays sont jugés particulièrement vulnérables et risquent
d’être incapables de rembourser le
service de leur dette du fait des investissements pharaoniques financés par la BRI, selon une étude
dévoilée en mars par le think-tank
Center for Global Development
(CGD), basé à Washington. En
tête, le Pakistan, dont 80 % des
nouvelles créances de 62 milliards
de dollars sont contractées avec la
Chine, qui finance la construction
du port de Gwadar et un corridor
traversant tout le pays jusqu’à
l’Himalaya chinois. Le port offrira
à Pékin un débouché stratégique
sur l’océan Indien via le Xinjiang,
prenant New Delhi à revers.
Autre cas préoccupant, la
construction au Laos d’un chemin
de fer connectant le Yunnan à
Vientiane, estimé à 6,7 milliards de
dollars, soit la moitié du PIB annuel de ce petit pays enclavé !
L’afflux de crédits publics
chinois menace également l’équi-
Christine Lagarde,
directrice du FMI,
à la conférence de la
Banque populaire de
Chine et du FMI à Pékin,
le 12 avril.
WANG ZHAO/AFP
libre financier au Sri Lanka, à Djibouti, en Mongolie, au Monténégro, mais aussi au Tadjikistan et au
Kirghizstan selon le CGD. Cette
dépendance financière entraîne
mécaniquement une influence politique grandissante de Pékin.
En creux, la patronne du FMI
s’inquiète de l’exportation d’un
modèle de croissance fondé sur le
crédit facile, et des projets d’infrastructures aussi gigantesques
que hasardeux, risquant d’accoucher de nouveaux éléphants
blancs.
« Problèmes structurels»
L’avertissement vise également le
niveau d’endettement toujours
préoccupant de la deuxième économie mondiale, en dépit d’une
croissance toujours soutenue, de
6,8 % au premier trimestre, selon
les statistiques officielles. Le FMI
prédit une progression de 6,6 %
sur l’année et de 6,4 % pour 2019,
mais le poids de la dette plombe
l’horizon du géant asiatique. « Du
fait d’une marge de manœuvre
budgétaire étroite, et de problèmes
structurels persistants, un ralentissement accru est inévitable à long
terme », prévient une note de Natixis, tranchant avec les discours
optimistes des autorités.
Le contrôle des risques financiers est la priorité de la nouvelle
équipe économique pilotée par Liu
He, fidèle lieutenant de Xi, qui l’a
bombardé au poste de vice-premier ministre, éclipsant Li Keqiang, le premier ministre. Le numéro un chinois, désormais toutpuissant et autorisé à rester en
poste à vie, est obsédé par la stabilité politique. Il marche sur la
corde raide : un frein trop brutal au
crédit risquerait d’affaiblir la
croissance. Or l’escalade des tensions commerciales avec l’Administration américaine de Donald
Trump accentue l’inquiétude.
« Heureusement, nous savons que
les
dirigeants
chinois
sont
conscients de ces risques », a déclaré Christine Lagarde, emballant
ses critiques dans un habillage diplomatique, pour prévenir la colère d’un géant renaissant, toujours
plus impérieux. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
taux
le FMI
2018
6,6
»
MAURICE OBSTFELD,
CHEF ÉCONOMISTE DU FMI,
MARDI 17 AVRIL,
À WASHINGTON
8,4 %
Le taux
de chômage
dans la zone euro
en 2018, selon le FMI
0,9
1,5 %
2019
Le taux
d’inflation
6,4
en zone euro
en 2018
2017
2018
3,9 %
2019
CHINE
Le taux
de chômage
Pékin ouvre
la porte à Tesla
Alors que l’issue de son bras
de fer avec Washington
et ses répercussions
sur la croissance mondiale
sont encore incertaines, la Chine
a décidé d’arrondir les angles
avec l’Administration Trump.
Pékin a annoncé, mardi,
son intention de supprimer
d’ici à 2022 le plafonnement
des participations
étrangères dans l’automobile
et l’aéronautique. Ce changement
majeur, alors que jusqu’ici
un groupe étranger ne peut
détenir que 50 % du capital
d’une coentreprise locale, ouvrira
plus largement le marché chinois
aux constructeurs étrangers,
aux dépens des industriels locaux.
La levée des seuils interviendra
dès 2018 pour les véhicules
à énergie nouvelle, les modèles
100 % électriques et les hybrides
rechargeables, en forte croissance.
En 2020, ce sera le tour
des véhicules commerciaux,
puis, en 2022, celui des voitures
de tourisme. Parmi les grands
bénéficiaires de la réforme figure
l’américain Tesla. Son fondateur,
Elon Musk, qui cherche à installer
une usine en propriété exclusive
à Shanghaï, a déclaré le mois
dernier que les règles concernant
les constructeurs étrangers
d’automobile créaient
une concurrence déloyale.
Cela n’empêche toutefois pas
les marques étrangères
de se tailler la part du lion en Chine,
avec environ 55 % du marché
au premier trimestre 2018.
À Bordeaux, avec le même apport et les mêmes revenus, un acheteur aura 6,3 m2 de moins qu’un an plus tôt.
MARIE BARTNIK £@mariebartnik
JAPON
6,9
BONNAUD GUILLAUME/PHOTOPQR/SUD OUEST/MAXPPP
Jusqu’ici,
bien que
des tirs de
sommation
aient retenti,
il s’agit plutôt
d’une drôle
de guerre
(commerciale)
aux États-Unis
en 2018
2,5
%
Le taux
d’inflation
aux États-Unis
en 2018
CROISSANCE MONDIALE DU PIB
En %
5%
4,8 %
4%
3,8 %
3%
2%
1%
0%
2000
-0,9 %
2009
Source : FMI
2017
PIERRE L’inflation remonte peu à
peu, mais pas les taux de crédit immobilier. Ceux-ci baissent, même
encore en ce début d’année, et
s’établissent à des niveaux exceptionnellement bas, à peine plus
élevés qu’en novembre 2016 quand
ils avaient atteint leur plus bas historique. En mars, les banques prêtaient à un taux moyen de 1,49 %
(1,29 % sur 15 ans, 1,46 % sur 20
ans et 1,73 % sur 25 ans), contre
1,51 % en décembre dernier, selon
le dernier observatoire de Crédit
Logement/CSA. Et les taux ont encore diminué de deux points de
base au cours des quinze premiers
jours d’avril, d’après cette même
institution. L’inflation, elle, s’élevait en mars à 1,3 % (hors tabac)
sur un an.
Un coup de pouce bienvenu pour
les acquéreurs, car les prix immobiliers sont de leur côté repartis à la
hausse, de 1,2 % en 2017 selon
Century 21 et même de 4,2 % selon
la Fnaim. Cette progression, particulièrement forte dans les métropoles, grève le pouvoir d’achat immobilier. Dans ce contexte, « les
établissements de crédit soutiennent
à bout de bras le marché », constate
Michel Mouillart, économiste associé à l’observatoire. Leurs objectifs de conquête de nouveaux
clients restent en effet très ambitieux alors que la demande de crédit ralentit. La concurrence par les
taux reste donc vive, si bien que ces
derniers ne devraient pas dépasser, selon Crédit Logement, 1,70 %
en moyenne à la fin de l’année.
Chute du nombre de prêts
Les conditions d’emprunt sont
particulièrement avantageuses
pour les ménages les moins fortunés, pénalisés par la suppression
des aides personnelles au logement (APL) pour l’accession dans
le neuf et par la réforme du prêt à
taux zéro. La durée d’emprunt
moyenne continue par ailleurs de
s’allonger, à un peu plus de
18 ans. De quoi redonner un peu
d’air à ces acquéreurs. « Les ménages modestes ont été très impactés par la remise en cause du soutien public. Sans ces baisses de
taux ciblées, l’activité du crédit
aurait baissé beaucoup plus fortement », estime Michel Mouillart.
Jusqu’à quand la faiblesse des
taux suffira-t-elle à soutenir le
marché ? Le nombre de prêts
consentis a d’ores et déjà baissé
de 9,6 % sur un an au 1er trimestre, et le volume des prêts de
4,5 %. La baisse des taux ne compense en effet que partiellement
la hausse des prix.
Dans de nombreuses villes de
France, le pouvoir d’achat immobilier a globalement baissé. C’est le
cas à Bordeaux, où les prix ont gagné 13,6 % sur un an : avec le même
apport et les mêmes revenus, un
acheteur peut aujourd’hui s’offrir
6,3 m2 de moins qu’un an plus tôt.
C’est aussi vrai à Brest (- 4,4 m2),
Lille (- 4,1 m2), Rennes (- 2,3 m2),
Orléans
(- 1,1 m2),
Besançon
(- 6,3 m2), Toulouse (- 1,4 m2) et
dans 62 % des villes de plus de
100 000 habitants.
La part des ménages les plus
aisés, qui achètent plus souvent
dans une métropole et peuvent
plus facilement différer leur projet
immobilier, a ainsi tendance à reculer au profit des acheteurs les
plus jeunes et les plus modestes.
« Ce retrait des plus aisés, s’il se
confirme, serait un mauvais signal
pour le marché immobilier », avertit
Michel Mouillart. ■
DES TAUX
DE CRÉDIT
AU PLUS BAS
1,46 %
Taux moyen de crédit
consenti par les banques
sur 20 ans. En décembre,
ce taux s’établissait
à 1,52 %
18 ans
Durée moyenne
d’un prêt immobilier
accordé au 1er trimestre.
C’est 15 mois
de plus qu’en 2014
41,4 %
Part d’acquéreurs
de moins de 35 ans
qui empruntent
sur plus de 25 ans.
Il y a un an,
ils n’étaient que 34,8 %
La baisse de l’impôt sur les sociétés
devrait stimuler l’économie française
Les mesures fiscales du gouvernement créeraient 260 000 emplois.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FISCALITÉ Tandis que les députés
de la commission des finances
s’organisent pour être en mesure
d’évaluer les mesures budgétaires
et fiscales du gouvernement, celuici a publié vendredi son évaluation
des mesures fiscales adoptées fin
2017. Au détour du « Programme
national de réformes » envoyé à la
Commission européenne, Paris
estime que la réforme de la fiscalité
du capital et la baisse de l’impôt sur
les sociétés (IS) « pourraient rehausser l’activité de 3,3 points de
PIB à long terme, pour 440 000 emplois créés ». À plus court terme,
c’est-à-dire d’ici à 2025, la « montée en puissance progressive » des
mesures alimenterait la croissance
économique à hauteur de 1,6 point
et créerait environ 260 000 emplois. Cette évaluation prend en
compte l’effet contraire des hausses d’impôt (fiscalité carbone et
taxes sur le tabac).
De l’ordre de la moitié de ces effets, soit 1,5 point sur 3,3 points
d’activité supplémentaire, serait
due à la seule baisse du taux d’IS de
33,33 à 25 % d’ici à 2022, selon
Bercy. Il est vrai que, parmi les
autres mesures fiscales, comme la
suppression de l’ISF sur les actifs financiers et la flat tax de 30 % sur
ces revenus, ou la transformation
du CICE en baisses de charges so-
ciales pérennes, c’est bien la diminution de l’IS qui pèse le plus
(11 milliards d’euros).
C’est, surtout, l’impôt à réduire
en priorité selon la plupart des
économistes. « Plusieurs études
concluent à une incidence palpable du
taux d’imposition sur la localisation
de l’activité », soulignaient les experts du Conseil des prélèvements
obligatoires, organisme officiel hébergé par la Cour des comptes, dans
leur rapport 2017. Et c’est particulièrement vrai pour une économie
comme la France, où le taux d’imposition des sociétés est jusqu’à présent facialement plus élevé que la
moyenne de ses partenaires européens (33 % contre 25 %).
Hausse des salaires
Réduire le taux d’IS incite en effet
les entreprises à rapatrier plus volontiers leurs bénéfices et à investir
davantage en France. Ainsi, la
Commission européenne a calculé,
dans une étude de 2017, qu’une
baisse du taux de l’IS de cinq points,
à 28 %, entraînerait une augmentation de 1 % de l’investissement à
cinq ans en France.
Au passage, ce surcroît d’activité
réduirait d’autant le coût budgétaire
de la mesure pro-entreprise. Certes, l’État taxerait à un moindre niveau les sociétés, mais celles-ci se
développeraient davantage et, par
conséquent, paieraient plus d’impôts. « Je ne crois pas que la baisse
d’environ un tiers du taux d’IS
conduise à baisser les recettes de l’IS
d’un tiers, relève ainsi Étienne
Lehmann, professeur d’économie à
l’université Panthéon-Assas Paris-II.
À titre d’exemple, la part des recettes
de l’IS dans le PIB est similaire en
France, au Royaume-Uni et en
Irlande, malgré un taux beaucoup
plus élevé dans notre pays. »
Deux études récentes, l’une menée en Allemagne, l’autre aux
États-Unis, vont même plus loin.
Publiées dans des revues prestigieuses, elles mettent en évidence
qu’une baisse de l’IS provoque…
une hausse des salaires à un horizon
de cinq ans. Soit par le surcroît
d’activité engendré, soit parce que
les salariés ont « récupéré » une
partie des économies d’impôts en
augmentations de rémunérations.
D’autres baisses d’impôts bénéficient d’une efficacité économique
beaucoup plus incertaine. Comme
la suppression de la taxe d’habitation, par exemple, qui pèsera pourtant autant dans les comptes de
l’État que la baisse de l’IS. « Comme
toutes les mesures qui agissent sur le
pouvoir d’achat, son effet ne durera
pas très longtemps avant de s’estomper, explique Étienne Lehmann.
Or, à l’heure où il est difficile de maîtriser la dépense publique, il faudrait
concentrer les baisses d’impôts sur
les prélèvements les plus toxiques
pour l’économie, comme les impôts
de production qui frappent les entreprises avant même qu’elles réalisent
des bénéfices. » ■
« deL’attractivité
la France
sera
renforcée,
favorisant
ainsi les
investissements
et les
implantations
de sièges
sociaux
»
PROGRAME NATIONAL
DE RÉFORME 2018
A
2017
19
19
En recul depuis janvier, les taux se rapprochent du plus bas historique
de fin 2016. Mais cela n’empêche pas un recul du pouvoir d’achat.
international entraînait une perte de
1,75 % du PIB mondial ainsi que de la
consommation des ménages à
échéance de cinq ans, avec en outre
une contraction de 15 % des échanges mondiaux. C’est dire si la menace de guerre commerciale doit être
prise au sérieux.
Un second danger est mis en
avant dans le WEO d’avril, celui
d’une hausse des taux d’intérêt à
long terme aux États-Unis plus forte
que prévu, en raison d’une poussée
d’inflation (l’économie américaine
est actuellement au plein-emploi de
ses capacités).
À cet égard, le FMI évoque « l’épisode du début février 2018 où les
marchés financiers s’étaient déjà inquiétés d’un durcissement des
conditions financières ». Une telle
éventualité serait d’autant plus redoutable qu’« une grande partie de la
dette dans le monde est libellée en
dollars et donc dépendante des taux
américains », rappelle Maurice
Obstfeld. Le pire n’est pas toujours
sûr mais mieux vaut ne pas fermer
les yeux, surtout quand on annonce
par ailleurs un chiffre de croissance
mondiale de 3,9 %. ■
1,2
L'ÉVÉNEMENT
Immobilier : guerre des taux de crédit
pour soutenir le marché à bout de bras
du protectionnisme.
1,7
mercredi 18 avril 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
20 ÉCONOMIE
Trudeau vante l’accord Europe-Canada
Le premier ministre canadien a défendu le traité de libre-échange Ceta devant l’Assemblée nationale à Paris.
la protection des droits de la personne, sur l’environnement et sur la
mobilité des citoyens », a assuré
Justin Trudeau pour contrer les arguments des opposants au Ceta.
Au-delà de craintes peu justifiées
sur les volumes d’exportation de
viande vers l’Europe, ceux-ci reprochent surtout au Ceta d’empêcher à terme à la France d’interdire
des substances jugées dangereuses
comme le glyphosate ou les OGM.
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
COMMERCE
Applaudissements
nourris, ovations « debout »…
Aucun doute, Justin Trudeau, le
charismatique et sexy premier ministre canadien a su séduire les députés auxquels il s’adressait mardi
au Palais Bourbon, dans son français teinté d’accent québécois.
Ce descendant « d’un charpentier de La Rochelle parti au Canada
au milieu du XVIIe siècle », a fait vibrer des cordes sensibles. Il a rappelé les liens historiques entre les
deux pays, son attachement à la
langue française et cité Antonine
Maillet, Canadienne lauréate du
prix Goncourt en 1979. Il a aussi salué le discours d’Emmanuel Macron prononcé une poignée d’heures plus tôt, devant le Parlement
européen à Strasbourg, en faveur
notamment d’une meilleure souveraineté européenne.
Son engagement, en tant que
président du G7 en 2018, pour
l’égalité des sexes, a été particulièrement salué sur les bancs de l’Assemblée. Défenseur depuis son
élection en 2015 du développement durable, il s’est par ailleurs
félicité de la signature, lundi avec
Emmanuel Macron, d’un partenariat franco-canadien pour le climat et l’environnement, un texte
qui plaide pour une mobilisation
mondiale sur ce sujet.
Le Canada a choisi de « tarifer »
la pollution au carbone et de se débarrasser des centrales à charbon
Culture de l’export
Justin Trudeau devant
les députés, mardi
à l’Assemblée nationale.
FRANCOIS MORI/AP
d’ici à 2030, a rappelé Justin Trudeau en évitant d’évoquer la polémique en cours depuis dimanche à
Ottawa à propos de l’agrandissement d’un oléoduc de l’Alberta
vers la côte Pacifique. Il appuie en
effet ce projet en dépit des risques
environnementaux invoqués par
ses adversaires.
« Le changement n’est pas toujours synonyme de progrès », a
concédé par ailleurs le dirigeant
canadien en pointant la précarisation des emplois, les écarts gran-
dissants entre riches et pauvres,
l’érosion de la démocratie et l’avènement du populisme dans le
monde. « Amis français, les Canadiens vous tendent la main. Ayons
l’audace de bâtir ensemble un monde plus progressiste, plus diversifié,
plus vert, plus inclusif, plus ouvert,
plus démocratique », s’est-il exclamé pour rallier son auditoire.
Habilement, Justin Trudeau
avait gardé pour la fin le sujet le
plus attendu et le plus sensible, le
traité de libre-échange entre
l’Union européenne et le Canada
(Ceta), entré en vigueur à titre
provisoire le 21 septembre, en attendant d’être validé par les États
membres. En France, ce traité, qui
doit être ratifié à l’automne par les
députés, est contesté par une large
partie de l’opposition.
«Si la France n’arrive pas à ratifier un accord de libre-échange avec
le Canada, avec quel pays imaginez-vous pouvoir le faire ? », a interrogé le premier ministre canadien. Le Ceta « donne l’exemple sur
La déferlante asiatique frappe le riz italien
L’Italie est le premier producteur d’Europe. Mais les riziculteurs de Pavie subissent la crise.
REPORTAGE
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À PAVIE
AGRICULTURE Ce matin-là, Stefano Ogliari laboure un champ de
7 hectares. Il prépare les semailles à
sec de riz qui débuteront fin avril.
La herse tirée par son tracteur est
commandée par un laser relié à un
ordinateur qui calcule instantanément la profondeur à laquelle les
dents de métal doivent s’enfoncer
dans la terre. L’opération requiert
une grande attention. Le terrain
doit être uniformément plat pour
accueillir les semences. Quand les
jeunes plants commenceront à sortir de terre, les écluses des multiples canaux qui sillonnent cette
vaste plaine de Pavie, en Lombardie, seront levées et les champs
inondés. Ils le resteront jusqu’à la
mi-août. La récolte se fera en septembre.
La plaine de Pavie est la première
province rizicole d’Europe avec
82 000 hectares cultivés dans 1 500
exploitations agricoles qui produisent 550 000 tonnes de riz par an.
L’Italie est le premier producteur
de riz de l’Union avec, pour l’ensemble de ses régions, 1,5 million
de tonnes. La péninsule produit
plus de 50 % du riz de l’UE et 55 %
de ses exportations. Elle cultive une
quarantaine de variétés différentes,
qui vont du riz rond (Carneroli, Arborio, Vialone Nano, Baldo,
Loto, etc.) très appréciées pour les
risottos, au riz à long grain, l’Indica
et ses variantes, essentiellement
pour l’exportation.
Comme tous ses confrères, Stefano Ogliari a le cœur lourd. Il exploite seul 120 hectares de rizières.
Pour la troisième année consécutive, le prix du Carneroli, la meilleure variété, avec de gros grains, riches en amidon et conservant bien
la chaleur, est déprimé. L’industrie
le lui paie 31 euros le quintal, contre
un coût réel de production, estime-t-il, d’au moins 50 euros. Il
perçoit 38 cents par paquet d’un
kilo vendu 3,50 euros dans les supermarchés. « Nous avons clos notre dernier bilan en déficit. » L’achat
du petit tracteur à 50 000 euros de-
Image mythique du
cinéma italien, Silvana
Mangano en short
dans Riz amer, un film
de De Santis de 1949
(ci-dessous à gauche).
Rizières dans la plaine
du Pô, près de Novara.
(à droite).
RUE DES ARCHIVES/BCA,
SIME/PHOTONONSTOP
vra attendre. Cet état de crise, la riziculture italienne le doit à Bruxelles qui a supprimé il y a six ans les
droits de douane sur toutes les productions de riz en provenance des
pays asiatiques les moins avancés
(PMA). Il s’en est suivi un déferlement d’importations à bas prix en
provenance du Cambodge et de
Birmanie. Sans compter 170 000
tonnes de riz basmati indien, en
hausse de 62 % en un an. « Officiellement, l’Union européenne a
voulu aider ces pays. En réalité, elle
n’a fait que favoriser les grandes exploitations. Croyez-vous que le revenu des petits paysans asiatiques
s’en soit amélioré ou qu’il y ait moins
d’enfants travaillant dans les rizières ? », vitupère Stefano Greppi,
président de la branche de Pavie de
la Coldiretti, la confédération des
exploitants agricoles.
Propriétaire depuis trois générations de 200 hectares, il dénonce
l’opacité qui règne sur les importations de riz asiatique et le manque
de contrôle des traitements phytosanitaires. Surtout, ces afflux massifs ont brutalement déprimé les
cours nationaux : « En deux ans,
certaines variétés ont perdu 70 % de
leur valeur, poursuit Stefano Greppi. Nous ne demandons pas la lune,
mais la survie. »
« Bruxelles doit agir vite »
Cette situation fait le jeu de la trentaine de grosses industries rizicoles
de transformation qui dictent leur
loi au marché. Selon les riziculteurs
de Pavie, les industriels ne veulent
pas entendre parler de contrats pluriannuels de filière. Ils mélangeraient impunément variétés asiatiques et grains lombards.
Des touristes dans les dortoirs des « mondine »
« Riz amer » évoque
pour les cinéphiles le film
de Giuseppe De Santis
de 1949 qui met
en scène les « mondine »,
les travailleuses saisonnières
des rizières. Ces femmes,
souvent très jeunes,
arrivaient par centaines
de toute l’Italie
du Nord au moment des
semis. Courbées huit heures
par jour, les pieds dans l’eau,
elles effectuaient un travail
harassant. Les images
de Silvana Mangano en short
dans la rizière
ont conféré au film un succès
mondial inattendu.
Giampiero Manzini, qui gère
une exploitation
de 100 hectares, se souvient
que sa famille embauchait
chaque saison
200 « mondine » à partir
du mois d’avril. Leur travail
a cessé il y a une quarantaine
d’années, avec la
mécanisation. Pour diversifier
ses revenus, il a transformé
les dortoirs des « mondine »
en chambres d’hôtes et
a ouvert un relais touristique
pouvant servir 100 couverts
par jour avec
les produits de ses terres. R. H.
À partir du mois d’août, un étiquetage plus rigoureux sur l’origine du riz et des pâtes devrait mieux
protéger le « made in Italy ». La
Commission européenne a décidé,
en mars dernier, d’engager une
enquête sur les importations en
provenance de la Birmanie et du
Cambodge. Si nécessaire, Bruxelles
imposera une clause de sauvegarde
restreignant les importations.
À la bourse du riz de Mortara, localité de 15 000 habitants à la lisière du Piémont, la prudence est de
mise. L’autorité de ce marché, le
plus important d’Italie pour cette
céréale, relève les prix mais aucune
enchère n’est publique. Tout se négocie en conciliabules. Ce matinlà, une centaine de producteurs
sont massés dans un vaste hall,
autour d’une demi-douzaine de
« médiateurs » faisant les intermédiaires entre l’offre des industriels et la demande. « Il faudrait
rétablir certains droits de douane
sur les importations. Sinon que vat-on devenir ? », s’interroge Emanuele Sisto, médiateur depuis quatre générations. Les représentants
de l’industrie approchés par Le Figaro gardent leurs distances. Seuls
parlent les producteurs : « On a
perdu 7 euros au quintal en deux
ans. À 29 euros la semaine dernière,
c’est un bain de sang », affirme
Giovanni Arminiago, spécialisé
dans la variété Indica. Changer de
culture ? « Nos terrains sont entourés d’eau. Cela ne nous permet pas
de faire autre chose », répond-il.
Alberto Fornaroli, lui, est un
producteur heureux. Avec son
épouse, il a monté une filière intégrée, de la production à l’empaquetage et à la vente au détail. Son
exploitation, « Le Riz du Paradis »,
récolte, stocke, décortique et travaille chaque année 1 500 quintaux
de rizon brun (riz non décortiqué).
Un rayon laser perfectionné, le
dernier cri de la technologie, élimine en une fraction de seconde
pellicules et impuretés. « Ce processus nous aide à contrebalancer
l’effondrement du marché. Mais
Bruxelles doit agir très vite, prévient Alberto Fornaroli, c’est nous
qui faisons maintenant figure de
pays le moins avancé. » ■
« En 2017, avec seulement quatre
mois d’impulsion donné par le
Ceta », a souligné le dirigeant canadien, les exportations françaises
vers le Canada ont augmenté de
4 %, « elles sont en hausse de 8 %
dans les secteurs agricole et agroalimentaire ». Et, pour le distributeur Decathlon par exemple, cela
se traduit par « l’ouverture d’une
première succursale au Canada »,
ajoute-t-il.
Mais, « si la France peut profiter
du pouvoir d’achat élevé des Canadiens, en particulier pour les produits de consommation (vins, alimentation, cosmétiques, etc.), elle
est dans un premier temps moins
bien placée que le Canada pour profiter de cet accord », tempère Ludovic Subran, chef économiste de
l’assureur-crédit Euler Hermes.
« Les entreprises françaises, qui exportent surtout vers l’Europe, doivent développer leur connaissance
du marché canadien et leur culture
de l’export pour profiter des opportunités du Ceta », précise-t-il. ■
EN BREF
EUROPE : FEU VERT
AUX NÉGOCIATIONS
POUR L’ALBANIE
£ La Commission européenne a
proposé d’ouvrir les négociations
en vue d’une adhésion de
l’Albanie (nos éditions d’hier)
et de la Macédoine. Les États
doivent à présent donner
leur feu vert, à l’unanimité,
lors du sommet du mois de juin.
FED : TRUMP POURVOIT
DEUX POSTES CLÉS
£ Donald Trump a nommé
Richard Clarida, un économiste
qui conseille le gestionnaire
d’actifs Pimco, au poste de viceprésident de la Réserve fédérale
et Michelle Bowman, une
spécialiste de la régulation
bancaire, membre du Conseil des
gouverneurs. Tous deux devront
être confirmés par le Sénat.
GROUPE DELACHAUX
REVIENT EN BOURSE
£ L’industriel français créé en
1902, présent dans les
infrastructures du rail et les
secteurs portuaire et
aéronautique, prépare son
retour à la Bourse de Paris. CVC,
entré au capital en 2011, se
désengagera, et la famille
Delachaux restera actionnaire
du groupe de 3 000 salariés, qui a
réalisé l’an passé 841 millions
d’euros de chiffre d’affaires.
CASINO ACCÉLÈRE
EN FRANCE
£ Casino affiche une croissance
de 3,1 % au premier trimestre
à taux de change constant grâce
à de bonnes performances
en France notamment dans
ses hypermarchés Géant.
Monoprix (+ 1,2%) et Franprix
(+ 1%) enregistrent également
de bons résultats.
En revanche, la croissance
se tasse chez CDiscount
(+ 4,7% après + 9,2 %).
» Immobilier : le pouvoir
d’achat des Français baisse,
sauf dans le Sud-Est
» Données personnelles : coup
d’envoi des actions collectives
contre les Gafam
www.lefigaro.fr/economie
+@
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LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
ENTREPRISES
21
Union nationale
pour remettre
la SNCF
sur les rails
Le projet de loi de réforme ferroviaire a été
plébiscité à l’Assemblée nationale. Grâce au soutien
de la droite, il a été approuvé à 454 voix contre 80.
sera examiné en commission le
23 mai puis en séance publique les
29, 30 et 31 mai. Le vote est fixé le
5 juin. « Il devrait être voté définitivement début juillet », indique le
ministère des Transports.
Certaines organisations syndicales, qui poursuivent les réunions de concertation avec la
ministre, parlent de « passage en
force ». La CGT a appelé à un très
haut niveau de grève ces deux
prochains jours pour marquer
VALERIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORT La grève à la SNCF a
beau entamer sa quatrième séquence de deux jours de débrayage mercredi et jeudi, le projet de
réforme ferroviaire a été plébiscité à l’Assemblée. Mardi aprèsmidi, le texte du projet de loi
« pour un nouveau pacte ferroviaire » a été approuvé par 454
voix contre 80, et 29 abstentions.
Avec le soutien d’une « large
majorité » des élus LR, l’adoption
du texte ne faisait pas de doute.
Sur cent députés LR, deux seulement ont voté contre et 24 se sont
abstenus. Rien d’étonnant à cela :
le texte présenté à l’Assemblée
porte essentiellement sur les modalités de l’ouverture à la
concurrence. Une opportunité
attendue par de nombreux élus
de l’opposition.
Au Sénat dès
le mois prochain
Sur les autres axes de la réforme,
le texte est beaucoup plus succinct. Rien n’est encore tranché
sur la date à laquelle la SNCF ne
recrutera plus au statut. Rien non
plus sur les modalités de reprise
de la dette qui va pourtant conditionner le modèle économique et
la gouvernance de la « future
SNCF » dont on connaît déjà la
date de naissance : le 1er janvier
2020. À cette date, une grosse
partie des 46,6 milliards d’euros
de dette auront été déménagés
pour éviter une faillite à SNCF
Réseau.
Le projet de loi va continuer à
s’étoffer au fil des semaines. Ses
contours seront précisés au Sénat
le mois prochain. En effet, le texte
Élisabeth Borne, la ministre chargée des Transports, lors du vote du nouveau pacte ferroviaire, mercredi
à l’Assemblée nationale. SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
son opposition au projet de loi.
Lundi, la colère de plusieurs
syndicats de cheminots a été ravivée par l’annonce de la filialisation de Fret SNCF, la branche
de transport ferroviaire de marchandises dont la restructuration
entamée il y a des années devrait
passer par une recapitalisation.
La dette de cette seule activité a
atteint 4,6 milliards d’euros. Impossible de réinjecter de l’argent
public sans déclencher les fou-
dres de Bruxelles si Fret SNCF est
fondu dans une branche plus
vaste. Mais la CGT voit dans cette
opération l’intention de démanteler le service public ferroviaire.
Mardi soir, la ministre des
Transports s’est félicité qu’une
très large majorité au Parlement
ait souhaité mener à bien cette
réforme. « Je dis qu’en même
temps il y a des avancées sur les
modalités d’ouverture à la
concurrence, sur les garanties
pour les cheminots. J’espère que
ce sera entendu », a-t-elle
conclu.
Sur le plan social pourtant, le
chantier reste entier. La convention collective de branche qui
s’appliquera aux salariés de la
SNCF et à ses concurrents reste à
inventer. Le projet de loi a prévu
un délai de dix-huit mois au plus
tard après la publication de la loi
pour le conclure. Objectif : janvier 2020. ■
Les points clés du pacte ferroviaire… et ceux qui restent à préciser
« de« Lela capital
société
nationale
SNCF est
intégralement
détenu
par l’État »,
précise
le projet de loi.
La mention
« à capitaux
incessibles »
a été
effacée
»
Le projet de loi de réforme ferroviaire enrichi par les amendements passera au Sénat le 23 mai
prochain.
calendrier pour
uUn
l’ouverture à la concurrence
Les régions qui le souhaitent
pourront, dès décembre 2019,
faire circuler des trains régionaux (TER) après avoir organisé
des appels d’offres. Celles qui
préfèrent attribuer directement
des contrats à la SNCF pourront
le faire jusqu’en 2023 pour une
durée maximale de dix ans. Tout
contrat attribué après 2023 devra
obligatoirement être mis en
concurrence. En Île-de-France,
une région où l’exploitation est
très complexe et où les chantiers
de rénovation sont nombreux, le
calendrier sera différent : entre
2023 et 2033 pour les lignes
Transiliens existantes hors RER.
Entre 2033 et 2039 pour les RER
C, D et E. Et enfin 2039 pour les
RER A et B.
L’ouverture à la concurrence des
trains « non conventionnés »,
comme les TGV ou les trains classiques (c’est-à-dire ne bénéficiant
pas de subventions), interviendra
à partir de 2020. À cette date, les
opérateurs tels que Trenitalia,
Deutsche Bahn… pourront exploiter des lignes à grande vitesse.
tenaires sociaux. Les transferts
auront lieu en priorité dans le cadre du volontariat. En revanche,
les conséquences d’un refus de
transfert « continuent de faire
l’objet de concertation », indiquet-on au ministère des Transports.
Le « sac à dos social »
des cheminots transférés
encore en débat
La naissance de la nouvelle SNCF
est prévue le 1er janvier 2020. Il
s’agira d’une société nationale à
capitaux publics dotée de deux filiales SNCF Réseau et SNCF Mobilités. « Le capital de la société nationale SNCF est intégralement détenu
par l’État », précise le texte. La
mention « à capitaux incessibles »
a été effacée, contrairement à ce
que le chef de l’État a mentionné
lors de son interview dimanche
soir. « C’était redondant, expliquet-on au ministère des Transports.
Juridiquement, c’est beaucoup plus
fort de dire que la SNCF est intégralement détenue par l’État, en cas
d’augmentation de capital par
u
Les garanties que les cheminots
conserveront lorsque la SNCF
perdra l’exploitation d’un contrat
de TER à la suite d’un appel d’offres, le « sac à dos social », ne sont
pas complètement définies. Pour
l’instant, le projet de loi prévoit
qu’ils conserveront leur niveau de
rémunération, leur régime spécial
de retraite et la garantie de l’emploi. Les autres droits, comme les
facilités de circulation ou l’accès
aux soins, devraient être assurés
dans le cadre de l’accord de branche qui reste à négocier entre par-
société « intégralement
uUne
détenue par l’État »
exemple. » Certaines organisations
syndicales, convaincues qu’une
privatisation pourrait être envisagée, ont vu dans la suppression de
cette mention une confirmation de
leur crainte. Actuellement filiale
de SNCF Mobilités, Gares et
Connexions, le gestionnaire des
gares et des commerces sera ramené dans le giron de SNCF Réseau.
« La concertation devrait définir les
modalités de la réunification », indique le ministère. Elle pourrait
être directement intégrée ou logée
dans une filiale détenue à 100 %
par SNCF Réseau.
fin du recrutement
uLa
au statut reste en suspens
La fin du recrutement au statut à
la SNCF n’est pas encore datée,
même si cela demeure un point clé
de la réforme ferroviaire. La date à
partir de laquelle la SNCF cessera
d’embaucher au statut fait encore
l’objet de discussions avec les organisations syndicales. ■
V. C.
La banque UBS affiche ses ambitions en France
Elle va investir 15 millions d’euros dans le réseau d’ici à 2020 et vise 21 milliards d’euros d’actifs sous gestion.
milliards
d’euros d’actifs sous
gestion fin 2017 pour
UBS France
BANQUE « 2017 a été une année
exceptionnelle, pendant laquelle
nous nous sommes transformés en
profondeur », explique Jean-Frédéric de Leusse, président du directoire d’UBS France depuis 2012.
De fait, la filiale française du géant
suisse de la gestion de fortune a
changé de dimensions l’an dernier. Fin décembre, elle gérait
17 milliards euros d’actifs, soit
6 milliards de plus qu’un an plus
tôt et 10 milliards de plus qu’en
2012. Certes, une partie de cette
augmentation est liée à la bonne
tenue des marchés financiers.
Mais elle s’explique surtout par la
hausse du nombre de clients (passés de 11 000 fin 2016 à 13 500 un an
plus tard) et des montants d’épargne collectés (1,8 milliard d’euros)
et par la création d’UBS La Maison
de gestion (2 000 clients). Ce nouvel acteur de la gestion de fortune
est issu du mariage entre la filiale
de gestion d’UBS en France (UBS
Asset Management France…) et de
la Banque Leonardo France. UBS a
d’abord racheté la filiale française
de la banque italienne Banca Leonardo, avant de créer, en juillet
2017, avec la société d’investissement La Maison, cette nouvelle
société de gestion privée. « Le rapprochement avec la Maison est très
positif. Il nous a permis de conquérir
de nouveaux clients », explique
Jean-Frédéric de Leusse.
15 % d’effectifs en plus
Il a désormais de grandes ambitions
pour la filiale française d’UBS.
« Nous voulons être la meilleure
banque privée du marché », avancet-il. Pour y parvenir, il s’apprête à
investir 15 millions d’euros d’ici à
2020 afin de moderniser le réseau
informatique, de digitaliser la banque et de recruter de nouveaux talents, notamment chez ses concurrents. « Nous avons pour objectif
d’augmenter de 15 % nos effectifs
d’ici trois ans, précise le président
du directoire d’UBS France. Pour
nous différencier des banques généralistes, nos équipes doivent avoir
une solide expertise et nos placements doivent être performants et
variés. » L’objectif de cette stratégie est notamment d’inciter les
clients d’UBS La Maison de gestion
à en faire leur première banque
privée. Pour en attirer de nouveaux, Jean-Frédéric de Leusse espère aussi « faire la différence, par
rapport à d’autres acteurs de marché », fragilisés par la directive
européenne (MIF 2), qui vise à renforcer la protection des épargnants.
Et contraint les banques privées,
dont les structures de coûts sont
très élevées, à revoir leurs modèles
et à monter en gamme.
La filiale française d’UBS, dont
l’essentiel des clients depuis sa
création en 2000 sont des entrepreneurs, souhaite aussi diversifier ses sources de revenus.
« Nous voulons gérer les avoirs de
fondations, de caisses de retraites
ou de petites sociétés institutionnelles », prévient Jean-Frédéric
de Leusse. Cette diversification
est pilotée par Jean-Hervé Lorenzi, qui a rejoint la banque suisse
en septembre. Plutôt confiants
dans l’avenir, les dirigeants
d’UBS France espèrent gérer
21 milliards d’euros d’actifs en
2020. Après plusieurs années difficiles, la page de la crise financière est tournée. ■
A
17
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
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mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Sanofi cède ses génériques d’Europe à Advent
Deux ans et demi ont été nécessaires pour vendre Zentiva. Le groupe français va en tirer 1,9 milliard d’euros.
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
PHARMACIE Quelques mois après
son entrée en fonction en 2015, le
DG de Sanofi, Olivier Brandicourt,
avait annoncé que le groupe pharmaceutique envisageait de céder
son pôle européen de médicaments
génériques, Zentiva. C’est chose
faite. Approchée par plusieurs acteurs industriels et financiers, la
multinationale a retenu l’offre du
fonds d’investissement américain
Advent, qui a mis 1,9 milliard
d’euros sur la table, soit 2,4 fois le
chiffre d’affaires annuel de l’activité. L’opération sera finalisée d’ici la
fin de l’année.
Depuis l’arrivée d’Olivier Brandicourt, Sanofi « se concentre sur des
thérapies à très forte valeur ajoutée
dédiées à des maladies de spécialité,
voire des maladies rares, dans les
pays les plus avancés », explique
Frédéric Thomas, associé en charge
de la santé et des sciences de la vie
au cabinet KPMG. Le groupe a ainsi
racheté cette année les sociétés innovantes Bioverativ et Ablynx, déboursant au passage près de 14 milliards de dollars. Dans une optique
de recentrage, il avait déjà revendu
il y a un an et demi sa division de
santé animale, jugée non stratégique, lors d’un échange d’actifs avec
l’allemand Boehringer Ingelheim.
Cédé par Sanofi
(ci-dessus : le siège
du groupe, à Paris),
Zentiva n’avait pas
la taille suffisante
pour concurrencer
les leaders mondiaux
des génériques.
ÉRIC PIERMONT/AFP
Les génériques, ces copies qui
peuvent être commercialisées à
partir du moment où le brevet d’un
médicament tombe dans le domaine public, pèsent environ 1,8 milliard d’euros chez le géant tricolore,
soit à peine 5 % de son chiffre d’affaires, contre 21 % chez Novartis.
Les prix sont sous pression en Europe, où les systèmes publics de santé
cherchent tous à faire des économies pour combler les déficits. Sur-
tout, Zentiva, malgré ses 350 millions de médicaments écoulés par
an, n’avait pas la taille suffisante
pour concurrencer les leaders
mondiaux des génériques.
Numéro cinq en Europe
L’entité basée à Prague n’est que le
cinquième acteur en Europe, son
marché de prédilection où elle réalise 4,3 % des volumes de ventes.
« La taille présente deux intérêts
dans cette industrie. Pour se distinguer des concurrents, il faut proposer aux pharmaciens et aux centrales d’achat une gamme de produits
la plus large possible. Par ailleurs,
plus les volumes sont importants,
plus les économies d’échelle permettent de réduire le coût unitaire des
médicaments », décrypte Vincent
Genet, associé chez Alcimed. Enfin, Zentiva n’a pas pris le virage
des biosimilaires, les copies de mé-
dicaments issus des biotechnologies, dont les développements cliniques sont plus complexes mais
les marges supérieures et qui
connaissent une forte croissance
en Europe. Dans ces conditions,
Sanofi a jugé plus sage de se séparer
de Zentiva, qui dispose d’usines à
Prague et à Bucarest et emploie environ 3 000 personnes, dont 450 en
France, selon les syndicats.
Le choix de l’acheteur Advent,
un fonds d’investissement basé à
Boston qui gère 35 milliards
d’euros d’actifs dans le monde,
« constituait la meilleure option pour
assurer le succès à long terme » de
l’entreprise, assure Olivier Brandicourt. D’après des sources proches
du dossier, Advent a l’intention de
dynamiser la société en réinvestissant dans sa force de vente et son
marketing, qui étaient un peu au
ralenti depuis le projet de cession il
y a plus de deux ans. Le repreneur
américain table aussi sur les expirations de brevets à venir pour
étoffer le portefeuille de produits
génériques, et envisage de faire
grandir Zentiva par croissance externe. Enfin, dans une logique
classique d’investisseur, il pourrait
rationaliser les coûts en vue
d’améliorer la rentabilité. L’ambition d’Advent est de « bâtir un nouveau leader indépendant du marché
européen des génériques ». ■
Autodis espère lever 500 millions d’euros à la Bourse de Paris
Le leader français de la distribution de pièces automobiles souhaite se désendetter et s’internationaliser.
6personnes
000
sont employées
par Autodis Group
dont 5 500
en France
GUILLAUME MOLLARET£@Newsdusud
NÎMES (GARD)
AUTOMOBILE Le leader français de
la distribution de pièces détachées
automobiles veut entrer en Bourse.
Autodis, détenu à 91 % par le fonds
Bain Capital, entend réaliser l’opération d’ici à l’été. Il a déposé mardi
son document de base auprès de
l’Autorité des marchés financiers
(AMF). L’opération se déroulerait en
deux volets concomitants, avec une
augmentation de capital pour un
montant espéré de 350 à 400 millions d’euros, immédiatement suivie
d’une cession de titres par les actionnaires. Autodis entend ainsi, selon nos estimations, lever 500 millions pour entrer sur Euronext.
Derrière Autodis se cache un intermédiaire entre équipementiers
(Valeo, Faurecia, Bosch, Brembo…)
et réparateurs. Cette activité B2B
sert à alimenter un réseau de
2 000 garagistes indépendants aux
enseignes AD et Autoprimo. Ce réseau, animé par Autodis, est le
deuxième garagiste de France en
nombre de centres derrière
Renault. Pour renforcer sa distribution, le groupe a racheté l’an
passé à Feu Vert l’enseigne Mondial Pare-Brise, opérée par un réseau de franchisés.
Ainsi, Autodis Group emploie
6 000 personnes, dont 5 500 en
France, où il réalise 80 % de son
1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires. « L’objectif de cet appel au
public est double, souligne Christo-
LES DÉCIDEURS
â ALEXANDRA PAPADOPOULO
Publicis
À 42 ans, avec vingt ans d’expérience en communication corporate, elle rejoint Publicis
Consultants au fauteuil nouvellement créé de
directrice de la stratégie. Sciences Po et DESS
en communication politique, elle était directrice des contenus au sein de l’agence Babel.
â MICHAEL ODENWALD
Deutsche Bahn
L’entreprise ferroviaire publique
allemande accueille l’ancien secrétaire d’État aux Transports comme
président du conseil de surveillance. À 60 ans,
il remplace l’ancien patron de la chimie UtzHellmuth Felcht et œuvrera pour l’application du « pacte ferroviaire » prévu par Angela
Merkel.
A
â SÉVERINE LÈBRE-BADRÉ
Citeo
À la direction de la communication de SFR
Groupe depuis 2016, elle rejoint au même
poste la société de recyclage issue de la fusion
entre Eco-Emballages et Ecofolio. Cette
Sciences Po a œuvré à la communication de
grands groupes tels qu’Alcatel-Lucent, EDF
ou Veolia.
phe Gouthière, directeur financier
d’Autodis. Il s’agit dans un premier
temps de réduire la dette du groupe
(estimée à 600 millions d’euros,
NDLR) pour ramener le ratio dette/
Ebitda à un niveau situé entre 2,5 et
3, contre 5 aujourd’hui, mais aussi de
financer notre développement à l’international dans des pays limitrophes
de l’Hexagone. »
Consolidation du secteur
L’entreprise a acquis en 2016 Doyen
Distribution, leader du secteur au
Benelux, et a mis un pied en Italie
du Nord l’an passé grâce à une opération de croissance externe. « Notre objectif est de trouver des synergies et des cohérences, notamment
en termes de logistique, sur des marchés autos proches du nôtre », dé-
taille le président d’Autodis, Stéphane Antiglio. Cette quête de
proximité a poussé l’entreprise à
céder l’an dernier sa filiale polonaise (700 salariés), jugée trop lointaine de la France tant en termes de
distance que de réalité de marché.
Alors que les ventes de pièces de
rechange croissent en volume de 1 à
2 % par an, Autodis a enregistré en
2017 une augmentation de 23 % de
son chiffre d’affaires et de 27 % de sa
marge (118 millions d’euros) par rapport à 2016. « L’objectif est de porter
l’activité à 1,4 milliard d’euros cette
année pour un Ebitda de 140 millions », soutiennent les dirigeants,
qui affichent l’ambition d’atteindre
les 2 milliards d’euros de ventes en
2022 et une part de 40 % de chiffre
d’affaires réalisée à l’export.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
â
Axel Dumas (Hermès) et Patrice Caine (Thales),
nouveaux visages de l’excellence chez L’Oréal
l’actionnariat familial. À
Ce fut hier un quasi-plébiscite
47 ans, dirigeant ambitieux et
pour eux. À l’issue de
pragmatique, l’ancien banl’assemblée générale de
quier de BNP Paribas, arrivé
L’Oréal, Axel Dumas, le
chez Hermès en 2003 et propatron d’Hermès, et Patrice
mu gérant en 2013, cultive
Caine, celui de Thales, ont été
aussi l’éclectisme, obsédé qu’il
élus administrateurs du
est par la dualité traditionnuméro 1 mondial des cosmodernité. Capable d’inaugumétiques, à plus de 99 % des Axel Dumas (à gauche) et Patrice
rer dernièrement une seizièvoix. Les deux quadras rem- Caine deviennent administrateurs
me manufacture maison en
placent, pour l’un, l’ancien du no 1 mondial des cosmétiques.
France comme de lancer il y a
PDG d’Essilor Xavier Fontaquelques mois l’Apple Watch Hermès.
net, pour l’autre, le banquier Charles-Henri
Filippi, devenu associé-gérant de Lazard.
De son côté, Patrice Caine , X-Mines de 48 ans,
Juste casting donc du conseil d’administration
chez Thales depuis 2002, apporte, lui, vision
présidé par Jean-Paul Agon (renouvelé aussi à
stratégique, expertise industrielle et expérien92 % des voix), mêlant aux côtés de la grande
ce des technologies et de la cybersécurité.
actionnaire Françoise Bettencourt Meyers, de son
Aéronautique, espace, transport terrestre,
époux Jean-Pierre Meyers et de leur fils Jeandéfense… le PDG, qui depuis trois ans a su faire
Victor Meyers, une dizaine d’administrateurs aux
de son groupe un champion de la transformation numérique et racheter Gemalto, est prêt à
profils très divers, pour une gouvernance qui se
veut « exemplaire et éthique ». Les actionnaires de
transposer ses recettes à « la beauté pour
L’Oréal, comblés par les résultats du champion
tous ». Innover, transformer, croître en gartricolore l’an dernier, ne seront pas restés insendant la culture et l’ADN maison, il sait faire.
sibles non plus aux performances records aliAvec Axel Dumas comme administrateur
gnées par Hermès et Thales. Membre de la sixièindépendant, il apporte un regard neuf à un
me génération du groupe fondé par Thierry
moment où la fin du pacte d’actionnaires liant
Hermès, Axel Dumas apporte sa vision stratégiL’Oréal à Nestlé, acté le mois dernier, laisse
planer des incertitudes quant à une possible
que, sa connaissance du luxe, son ouverture
internationale, mais aussi son expérience de
recomposition du capital.
C. B.
Estimé à plus de 13 milliards
d’euros par an hors main-d’œuvre,
le marché de la distribution des pièces détachées demeure morcelé. De
petits distributeurs régionaux réalisant moins de 1 million d’euros de
chiffre d’affaires subsistent grâce
aux délais de livraison et à la précision des conseils mécaniques qu’ils
fournissent aux réparateurs.
Le secteur se consolide et, aux
côtés de ces petits opérateurs, les
mastodontes comme Autodis, Alliance Automotive Group, et des ETI
telles que Massa Distribution, font
une course à la taille dans le but de
mieux servir leurs clients. Autodis
se targue de pouvoir livrer le même
centre auto « jusqu’à six fois par
jour en milieu urbain et deux fois par
jour en milieu rural ». ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â XAVIER HUILLARD
Vinci
Réélu à 71 %, mardi, à l’issue de
l’AG, le PDG depuis 2010 rempile
pour quatre ans à la tête du groupe
de BTP. Trois autres administrateurs
ont vu leur mandat renouvelé : Yves-Thibault
de Silguy, Marie-Christine Lombard et la société Qatar Holding LLC, comme personne
morale.
â ÉLODIE PERTHUISOT
Carrefour
Sur les pas d’Alexandre Bompard,
devenu PDG de Carrefour, Élodie
Perthuisot rejoint son ancien patron
après six années chez Fnac-Darty, où elle
était directrice commerciale. X-Mines et
Sciences Po, la jeune quadragénaire intègre le
comex France du distributeur comme directrice marketing et clients.
â ALAIN ROCCA
INA
Président de la société Le Meilleur du Cinéma,
qu’il a fondée en 2001, il intègre le comex de
l’Institut national de l’audiovisuel, dont il devient directeur délégué à la formation, à l’enseignement et au conseil.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
TECH
23
La France
manque
de fibre optique
La pénurie de câbles risque de retarder
le plan France très haut débit.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉCOMS C’est un sujet de fâcherie dans le monde des télécoms. Personne n’a intérêt à reconnaître que certains grands
chantiers pour amener la fibre optique chez tous les Français accusent plusieurs mois de retard, faute de matériel et de main-d’œuvre
disponible. Le gouvernement a
fait du déploiement de la fibre une
de ses priorités. D’ici à 2022, l’intégralité du territoire devra être
couvert en très haut débit, essentiellement grâce à la fibre optique.
Cela représente 20 milliards d’investissements sur dix ans, supportés par l’État, les collectivités
territoriales, l’Europe et les opérateurs télécoms. Ce sujet est névralgique pour l’aménagement du
territoire. Les élus locaux en ont
fait un argument électoral.
Dans ce dossier, chacun se renvoie la balle. La Chine, et plus précisément son troisième opérateur,
fait office de bouc émissaire. Son
dernier appel d’offres portait sur
120 millions de kilomètres de fibre
optique, quand la France en
consomme 25 millions par an. De
quoi déstabiliser le marché mondial, déjà sous tension, et qui
n’avait pas anticipé une telle accélération de la demande. « Entre fé-
vrier 2017 et décembre 2017, les
prévisions pour le marché français
ont augmenté de 30 %. Or, il faut
seize à dix-huit mois pour mettre
en service un nouvel investissement », explique un porte-parole
de Prysmian, un des principaux
fabricants de fibre optique en
France. Les industriels refusent de
porter le chapeau, mettant aussi
en cause le manque de structure
du marché français.
Coordination des besoins
Dans les faits, deux grandes catégories de clients coexistent. D’un
côté, les grands donneurs d’ordre : Orange - qui représente à lui
seul 70 % à 75 % du marché français de la fibre - et les trois autres
grands opérateurs (SFR, Bouygues
Telecom et Free). Ils disposent de
plans de charge structurés, voire
de stocks. Altice, la maison mère
de SFR, dispose ainsi de réserves
pour satisfaire les besoins de ses
opérateurs en France, mais aussi
au Portugal et aux États-Unis.
« Orange tiendra ses engagements
et ne découvre ici ni comment déployer un réseau, ni comment gérer
ses approvisionnements », s’emporte un porte-parole de l’opérateur historique.
À l’opposé, la situation est plus
tendue pour les « petits » opérateurs de fibre locaux, et pour les
Pose d’un réseau
Internet
de fibre optique
en zone rurale (Moselle)
S. GAUTIER /SAGAPHOTO
réseaux d’initiative publique
(RIP), pilotés par des collectivités
locales. « Les besoins des RIP n’ont
pas été consolidés au niveau national », constate Jacques de Heere,
PDG d’Acome, le premier fabricant français de fibre, qui souhaiterait une meilleure coordination
des besoins. « Les RIP ne font pas le
poids face aux grands donneurs
d’ordre, leurs commandes passent
après », reconnaît un acteur du
marché.
De son côté, Étienne Dugas,
président de la Fédération des industriels des RIP (Firip), reproche
aux fabricants de « ne pas avoir
suffisamment anticipé le pic de la
demande, qui va générer des tensions jusqu’en 2019/2020 ». « Les
investissements nécessaires pour
augmenter les capacités de production sont très lourds, ils se chiffrent en millions d’euros. Or, les
déclarations des politiques ne donnent pas confiance aux industriels,
qui rechignent à s’engager », ren-
chérit Patrick Chaize, président
de l’Avicca (Association des villes
et des collectivités pour les communications électroniques et
l’audiovisuel).
Risque sur les coûts
Le principal risque est de voir les
RIP se tourner vers d’autres fournisseurs, notamment chinois ou
indiens, pour trouver de la fibre.
Quitte à acheter des câbles de
moins bonne qualité. « Si des acteurs font ce choix, la qualité de
25
millions
de kilomètres de fibre optique :
la consommation annuelle
de la France
service va s’en ressentir dans quelques années et les coûts de maintenance risquent de s’envoler, s’inquiète
Nicolas
Guillaume,
dirigeant d’un opérateur régional
et secrétaire général de l’Aota (Association des opérateurs télécoms
alternatifs). Alors que la fibre est
par définition un support qui apporte un confort d’usage et une stabilité
technique très appréciée. » Et
qu’elle est censée être là pour au
moins cinquante ans !
Autre point de tension, la maind’œuvre. Car une fois que les tourets de câbles, des sortes de grosses bobines, sont disposés sur les
chantiers, il faut des hommes et
des femmes pour creuser, poser,
effectuer les branchements dans
les armoires de rue, les bâtiments,
chez les particuliers. Or les acteurs
sont unanimes : il est urgent de
former des techniciens pour faire
face aux besoins de plan France
très
haut
débit.
Quelque
40 000 emplois sont à créer. ■
L’Europe veut faciliter l’accès aux « preuves en ligne »
Les États pourraient être autorisés à consulter les données stockées chez des opérateurs privés, lors d’enquêtes.
10
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
jours
Le délai dont
disposerait
une plateforme
en ligne pour fournir
une information
à une autorité
judiciaire de l’UE
JUSTICE La Commission européenne les qualifie de « preuves en
ligne ». Mardi, Vera Jourova,
commissaire européenne à la Justice, a présenté un projet de règlement pour faciliter l’accès à
des données stockées chez des
opérateurs privés d’Internet,
dans le cadre d’enquêtes criminelles. Il pourrait s’agir de mails,
de messages envoyés via des applications de messagerie, de l’historique d’un navigateur Web ou
de métadonnées (des informations concernant l’origine et
l’auteur d’un fichier). Jusqu’ici,
les enquêteurs devaient recevoir
l’accord des autorités du pays de
résidence ou de stockage du fournisseur du service, afin de le forcer à transmettre ce genre d’informations.
Un processus long et qui
n’aboutit pas toujours. Le texte
proposé par la Commission européenne obligerait les plateformes
en ligne à fournir des informations à une autorité judiciaire
d’un État membre de l’Union
européenne dans un délai de dix
jours, quel que soit la localisation
de l’entreprise ou l’endroit où
sont stockées ces informations.
Ce temps pourra être réduit à six
heures en cas d’urgence. Certaines données sensibles ne pourront être réclamées que sur la requête d’un juge. Sont visées en
priorité les grandes plateformes
américaines en ligne, comme
Google, Twitter, Facebook, Microsoft et Apple.
Le précédent américain
« Alors que les autorités répressives continuent à pâtir de la lourdeur de leurs méthodes de travail,
les criminels utilisent des technologies rapides et avancées pour
sévir, a commenté Vera Jourova.
Nous devons doter les autorités ré-
pressives
de
méthodes
du
XXIe siècle pour qu’elles puissent
s’attaquer à la criminalité. » Cette
proposition est similaire à un
texte récemment adopté par le
Congrès américain. Le Cloud Act
(« Clarifying Lawful Overseas Use
of Data ») autorise les forces de
l’ordre à réclamer l’accès à certaines données dans le cadre
d’enquêtes, même lorsqu’elles
sont stockées en dehors des
États-Unis.
Ce texte a été très critiqué par
les défenseurs des libertés en ligne, qui s’inquiétaient de ses effets pour la protection des données des citoyens du monde
entier. En revanche, les entreprises de nouvelles technologies y
étaient plutôt favorables, car il
dissipe un flou juridique. Microsoft, par exemple, a été longtemps en conflit avec le gouvernement américain. La société
était sommée de remettre le
contenu d’une boîte mail appartenant à un trafiquant de drogues
présumé. Problème : les messages visés étaient stockés sur un
serveur en Irlande.
La proposition de règlement
de Vera Jourova doit maintenant
faire l’objet du vote des parlementaires européens dans les
prochains mois. ■
LA SÉANCE DU MARDI 17 AVRIL
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,73 44,53
+1,73 102,95
+2,99 93,31
+2,04 27,06
+1,23 112,35
+1,09 23,26
+0,63 62,23
+0,36 42,64
+0,29 105,75
+0,62
16,29
+0,07
13,51
+1,18
66,27
+0,61
14,01
+0,13 113,85
-0,3 440,4
+1,15 193,85
+0,07 45,01
+0,86 63,36
-0,02 281,8
+1,65 120,65
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
44,09
101,05
90,41
26,595
110,05
22,955
61,7
41,98
104,65
16,01
13,415
65,21
13,9
112,75
435,3
191,2
44,54
62,2
279,25
118,6
0,305
0,274
0,233
0,119
0,262
0,361
0,207
0,236
0,27
0,425
0,158
0,315
0,202
0,228
0,147
0,116
0,038
0,242
0,131
0,3
+3,19
-2,19
+12,14
-0,42
-8,08
-6,51
-0,51
-2,19
+6,18
-10,7
-2,79
-5,56
-2,55
-1,39
+10,99
+4,76
-4,55
-1,32
+13,79
+0,71
JOUR
ORANGE ..............................................14,485
PERNOD RICARD ..................................
140
PEUGEOT ..............................................
20,74
♣ 56,22
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
94,68
SAFRAN ..............................................89,5
SAINT GOBAIN ..................................
43,165
SANOFI ..............................................66,41
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
71,6
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
44,66
SODEXO ..............................................79,62
SOLVAY ..............................................
114,6
STMICROELECTRONICS .............................
18,76
TECHNIPFMC ..................................26,53
TOTAL .............................................. 48,915
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
195,8
VALEO .............................................. 55,06
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,215
♣
VINCI .............................................. 82,96
VIVENDI ..............................................20,9
%VAR.
+0,73
-0,25
+2,27
+1,96
+0,62
+1,31
+0,42
+0,55
+1,79
+0,52
+1,43
+0,75
+1,76
+1,26
+0,56
+3
+1,4
+0,31
+0,29
-1,42
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,56
140,95
20,86
57,04
95,72
89,82
43,33
66,64
71,8
44,995
80,08
115,15
18,78
26,59
49,135
196,85
55,34
19,385
83,18
21,14
14,39
140
20,26
55,12
94,12
88,16
42,945
65,8
70,28
44,635
78,62
113,45
18,445
26,22
48,7
189,7
54,28
19,155
82,02
20,9
%CAP.ECH
0,262
0,166
0,383
0,481
0,253
0,207
0,288
0,164
0,193
0,364
0,402
0,23
0,196
0
0,197
0,512
0,88
0,305
0,214
0,941
31/12
+0,07
+6,1
+22,32
-0,76
+12,84
+4,18
-6,12
-7,57
+1,04
+3,74
-28,94
-1,12
+3,05
+2,63
+6,23
-6,76
-11,58
-9,68
-2,57
-6,78
LES DEVISES
Une nouvelle opération a été réalisée en
début d’année, avec la prise de contrôle
de l’italien Index, un fabricant de membranes imperméabilisantes et d’isolants. Sika
vise un chiffre d’affaires de 7 milliards de
francs suisses en 2018, après avoir passé
la barre des 6 milliards l’an passé.
Le président de l’entreprise, Paul Hälg, a
profité de l’occasion pour demander une
1 EURO=
1,591
1,5511
0,8628
9,7001
132,35
1,1908
1,2357
3,016
11,103
5,0734
21,9142
7,7639
81,108
141,014
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34980
34280
+0,66
NAPOLEON ..................................................... 202,3
202,3
-2,22
PIECE 10 DOL USA .....................................................
587
587
-0,17
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213,9
213,9
+0,52
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1170
1170
+0,17
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
205
205
+0,49
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
310
310
+1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1315
1315
+0,38
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112
109
+2
PIECE SUISSE 20F .....................................................
201,1
201,1
-0,79
PIECE LATINE 20F .....................................................
204,9
204,9
+0,99
SOUVERAIN ..................................................... 260,9
262,9
+0,08
KRUGERRAND .....................................................1138,75
1138,75
+1,79
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
275,70 13/04/18
SIKA MET UNE NOUVELLE FOIS LA PRESSION SUR SAINT-GOBAIN
Le groupe suisse de chimie Sika, spécialisé dans la production de produits à destination du bâtiment, a publié un chiffre
d’affaires trimestriel légèrement supérieur aux attentes, en progression de 11 %.
L’an dernier, son activité a été portée par
sept acquisitions ciblées qui ont renforcé
sa présence dans le secteur des produits
chimiques utilisés dans la construction.
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
BETELGEUSE ................................................
47,54 19/03/18
BELLATRIX C ................................................
332,92 19/03/18
SIRIUS ................................................55,54 13/04/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
nouvelle fois à Saint-Gobain de « renoncer à son offre ». Le groupe français a signé fin 2014 avec la famille Burkard un
accord de cession du contrôle pour
2,3 milliards d’euros, mais la direction de
Sika et plusieurs de ses actionnaires ont
multiplié depuis les procédures judiciaires
pour empêcher sa mise en œuvre. « Cette offre hostile n’est pas dans l’intérêt de
Sika. Elle donnerait à Saint-Gobain le
contrôle de Sika, un contrôle que le groupe français n’exploiterait qu’à son propre
avantage. Et toutes les autres parties
prenantes finiraient par en payer le prix »,
a répété le PDG.
Face à ce conflit qui menace de durer
encore plusieurs mois, les investisseurs
ne sont pas restés inactifs. Ils ont très
clairement renouvelé leur confiance à la
direction actuelle de Sika : le cours de
Bourse du suisse a été multiplié par un
peu plus de deux et demi depuis le début
du conflit. De son côté, l’action Saint-Gobain a progressé de 35 % sur la même période. Le numéro un européen des matériaux de construction présentera son
chiffre d’affaires trimestriel le 26 avril. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 44,37
♣
AIR LIQUIDE ..................................
102,75
AIRBUS .............................................. 93,08
ARCELORMITTAL SA ..................................
27
ATOS .............................................. 111,55
AXA .............................................. 23,125
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
61,93
BOUYGUES ..............................................
42,36
CAPGEMINI ..............................................
105
CARREFOUR ..............................................
16,11
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,415
DANONE ..............................................66,06
ENGIE .............................................. 13,97
ESSILOR INTL. ..................................113,35
KERING ..............................................436,2
L'OREAL ..............................................193,75
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
44,9
LEGRAND ..............................................63,34
LVMH .............................................. 279,25
♣
MICHELIN ..............................................
120,4
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
24
MÉDIAS et PUBLICITÉ
La folle croissance de Netflix à l’international
Malgré les hausses de prix de son service vidéo à la demande, il n’a jamais attiré autant de nouveaux clients.
PIERRE-YVES DUGUA £@PDugua
NETFLIX EN CHIFFRES
PREMIER TRIMESTRE 2018
125
millions d’abonnés
dans le monde entier
7,4
millions d’abonnés
recrutés en trois mois,
un record
50 %
du chiffre d’affaires
réalisé à l’international
STREAMING VIDÉO Le modèle de
Netflix continue de produire des
miracles. Jamais le leader de la vidéo à la demande n’a affiché une
croissance aussi torride. Il pulvérise les prévisions, avec un bond
de 62,8 % de ses profits, pour une
hausse de 40 % de son chiffre
d’affaires au premier trimestre.
Grâce à son offre de séries et de
films originaux, Netflix a recruté
7,4 millions d’abonnés supplémentaires durant les trois premiers mois de l’année. Il en totalise 125 millions dans le monde
entier. Aux États-Unis, il a séduit
près de 2 millions de nouveaux
abonnés, en dépit de la montée
en puissance de services rivaux,
notamment ceux d’Amazon, Apple et HBO.
Plus de la moitié des foyers
américains abonnés à un service
Internet haut débit regardent désormais Netflix. Le succès de la
plateforme est une des raisons de
la baisse de fréquentation des salles de cinéma, à mesure que le public choisit de regarder à la maison des productions de haute
qualité. Les salles obscures ne sont
pas les seules à subir la concurrence de Netflix. Les sommes économisées par les millions de
foyers qui résilient leurs abonnements aux bouquets de chaînes
KIM HONG-JI/REUTERS
CORRESPONDANT À WASHINGTON
Le PDG de Netflix, Reed Hastings (à gauche), et le directeur des contenus de la plateforme, Ted Sarandos.
câblées se reportent en partie sur
des abonnements à Netflix.
À l’international, où Netflix
connaît sa croissance la plus folle, le
gain net d’abonnés est de 5,46 millions en trois mois. Les hausses de
prix du service ne semblent guère
affecter sa popularité. Le rythme de
croissance du nombre d’abonnés
dépasse 43 %, contre 38,8 % l’année dernière à la même époque.
Le géant du streaming dépend
désormais à 50 % de l’international pour son chiffre d’affaires et de
55 % pour ses abonnés dans quelque 190 pays. Au Brésil par exemple, Netflix est porté par le succès
de sa série originale O Mecanismo,
inspirée des scandales de corruption politique. Dans le monde hispanophone, La Casa de Papel fait
un malheur. Cette série à suspense
qui raconte l’histoire d’un holdup est aussi devenue la plus populaire parmi les séries en langue
autre que l’anglais.
Festival de Cannes
Netflix se présente aussi comme
un studio. Il compte dépenser jusqu’à 8 milliards de dollars en productions originales en 2018. Il devrait notamment produire environ
80 longs-métrages, ce qui dépasse
le volume de production d’un studio de Hollywood. Le PDG de Netflix, Reed Hastings, a égratigné au
passage les responsables du Festival de Cannes: «Nous regrettons
que nos films ne soient pas autorisés
à concourir cette année au Festival
de Cannes. Le festival a adopté une
nouvelle règle qui veut que si un film
est en compétition à Cannes, il ne
peut pas être vu sur Netflix en
France au cours des trois prochaines années. Nous ne ferions jamais
une chose pareille à nos abonnés
français. »
Les actionnaires de Netflix sont
comblés. L’action, qui a déjà
grimpé de plus de 60 % depuis le
début de l’année, gagnait près de
7 % hier après-midi sur le Nasdaq.
En trois mois, Netflix a dégagé
plus de profits que durant la totalité de l’année 2016. Et sa capitalisation a plus que doublé en un an,
pour atteindre plus de 135 milliards de dollars. Elle se rapproche
désormais de celle de Disney qui
est de 151 milliards de dollars.
Pour investir massivement dans
des contenus originaux et continuer de débaucher des professionnels talentueux, Netflix n’a
pas peur d’anticiper 2 à 3 milliards
de dollars de cash-flow négatif
cette année. « Nous continuerons à
nous endetter selon nos besoins
pour financer l’accroissement de
nos contenus originaux », admet
sereinement Reed Hastings. ■
Le groupe Figaro lance MAD, son premier média vidéo et social
Axé sur la mode, il s’adresse aux 25-35 ans sur Facebook, Instagram, YouTube et le site de Madame Figaro.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
VIDÉO Le groupe Figaro lance à
partir de mercredi un nouveau
média destiné aux 25-35 ans. Baptisé MAD, il sera à 100 % composé
de vidéos courtes et pensées pour
les écrans mobile afin de répondre
aux attentes de cette cible. Ce média n’aura pas de site, mais publiera ses vidéos sur Facebook, YouTube, Instagram, ainsi que sur le
site de Madame Figaro. Le déploiement sur Snapchat et Twitter est
en réflexion.
« À l’origine, MAD devait
s’adresser aux jeunes femmes avec
un spectre généraliste. Nous avons
décidé de resserrer le focus éditorial
sur la mode et de nous adresser aussi
bien aux hommes qu’aux femmes.
La mode masculine est en pleine
ébullition », souligne Nicolas Pellet,
responsable de MAD et directeur
délégué de l’agence Social & Stories. C’est l’originalité du projet.
Bien que pensé et encadré par la
direction du groupe Figaro et du
Madame, la conception et direction
opérationnelle de MAD a été
confiée à Social & Stories, acquis
par le groupe fin 2016 et spécialisé
dans la communication de marques sur les réseaux sociaux, le
mobile et la vidéo. « C’est un projet
qui devait se monter très vite, d’où le
choix de l’incuber dans une structure en dehors des rédactions, bien que
nous soyons en étroite collaboration
avec les équipes du Madame », indique Pierre-Étienne Boilard, directeur de Social & Stories. Mais,
“
Nous nous
adressons aussi
bien aux hommes
qu’aux femmes
”
NICOLAS PELLET, RESPONSABLE DE MAD
insiste-t-on, MAD n’est pas un
produit publicitaire. « C’est un véritable projet éditorial monté par des
professionnels de la production
audiovisuelle avec un point de vue de
connaisseurs sur la mode », décrit
Pierre-Étienne Boilard. Le média
se lance d’ailleurs sans publicité.
« Cela viendra d’ici le début de l’été.
Les annonceurs pourront sponsori-
ser un programme ou bien concevoir
avec nous une vidéo spéciale », indique Nicolas Pellet.
Si MAD compte six salariés (dix
d’ici à la fin d’année), le média s’est
entouré d’une vingtaine de contributeurs réguliers pour l’alimenter
en vidéos. Parmi ceux-ci, Maxime
Donzel et Géraldine de Margerie,
connus pour leur programme
court « Tutotal » diffusé sur Arte.
Ils signent « Belle Personne », un
portrait vidéo décalé d’une personnalité (pour la première, Miquela, l’Instagrameuse virtuelle).
Mademoiselle Agnès présentera
« Téléphonez-moi », une interview sonore. Autre programme,
« Basique », qui revient sur l’histoire d’un accessoire de mode,
comme le sac banane. Dans « On
se connaît », une personnalité de la
mode se confie face à un smartphone, en mode selfie.
Toutes ces vidéos sont courtes
(moins de 3 minutes), filmées au
format vertical (et non au format
carré comme la plupart des médias
sociaux vidéo), et extrêmement
travaillées. Le ton se veut décalé
mais avec un propos précis et
MAD sera composé
de vidéos pensées
pour les écrans mobile.
APPLE, GROUPE FIGARO
pointu. Les formats les plus longs
seront publiés en priorité sur Facebook. Instagram accueillera lui des
pastilles, essen-
Le prix Pulitzer pour les enquêtes sur Weinstein
Le « New York Times » et le « New Yorker » ont reçu la plus haute distinction du journalisme.
«
Les lauréats
incarnent
les valeurs
d’une presse
libre et
indépendante,
même dans
les périodes
les plus
difficiles
A
»
DANA CANEDY,
ADMINISTRATRICE
DU PULITZER
INGRID VERGARA £@Vergara_i
JOURNALISME Des enquêtes journalistiques au retentissement
mondial et aux conséquences si
larges et profondes pour la condition des femmes qu’on ne mesure
pas encore leur ampleur. Pour
leurs révélations sur les agissements du producteur américain
Harvey Weinstein, le duo de reporters du New York Times, Jodi
Kantor et Megan Twohey, ainsi
que le journaliste du New Yorker
Ronan Farrow ont reçu la plus
haute distinction du journalisme
américain : le prix Pulitzer dans la
catégorie « journalisme de service
public ». Dans un article publié le
5 octobre, Jodi Kantor et Megan
Twohey citaient les témoignages
de plusieurs femmes - dont celui
de l’actrice Ashley Judd- qui racontaient leur harcèlement par le
producteur
hollywoodien
et
l’existence d’un accord à l’amiable
avec une autre actrice pour acheter son silence. Cinq jours plus
tard, un long article de Ronan Farrow dans le New Yorker évoquait
d’autres accusations et d’autres
témoignages d’actrices racontant
leur viol par Harvey Weinstein.
Libération de la parole
Ces deux enquêtes ont libéré la parole d’une centaine de victimes du
producteur et plus largement de
milliers de femmes ayant subi du
harcèlement à travers le monde.
Elles ont donné naissance au mouvement #MeToo et fait tomber,
dans une sorte d’effet domino, des
dizaines d’hommes de pouvoir
dans le cinéma, dans les médias,
dans les entreprises de la Silicon
Valley et dans le monde politique.
L’un de ces politiques, Roy Moore, un ancien magistrat candidat
républicain au Sénat dans l’Alabama, est tombé après la publication
d’une enquête du Washington Post,
récompensée elle aussi par un prix
Pulitzer dans la catégorie « reportage d’investigation ». Le quotidien a été le premier à publier le
témoignage des quatre femmes qui
accusent cet homme de les avoir
agressées sexuellement lorsqu’el-
les étaient adolescentes. La série de
reportages du journal a changé le
cours de l’élection qui semblait
joué d’avance.
« Dans la catégorie journalisme,
cette année encore, les lauréats incarnent les valeurs d’une presse libre et indépendante, même dans les
périodes les plus difficiles », a
commenté Dana Canedy, l’administratrice du Pulitzer, faisant allusion notamment aux attaques
répétées du président américain
Donald Trump contre la presse. Le
Washington Post et le New York
Times ont reçu conjointement un
prix du « journalisme national »
pour leur couverture des interférences russes sur la campagne
présidentielle américaine. ■
tiellement au format Stories, sur
des sélections d’accessoires, des
séries mode ou bien des points
« actu » sur les derniers mouvements dans le milieu de la mode.
MAD proposera à ses débuts
trois à quatre vidéos
par semaine, avant de
passer à une par jour
en vitesse de croisière.
« Nous éviterons de dupliquer les mêmes contenus sur différentes plateformes sociales. Chacune
a une grammaire différente », souligne PierreÉtienne Boilard. MAD bénéficiera de la force de
frappe de Madame Figaro,
qui hébergera la totalité des
vidéos dans un espace dédié
sur son site, et republiera
certains contenus sur ses propres comptes Facebook et Instagram. Le premier objectif est
d’atteindre une communauté
active de 500 000 internautes.
« Mais nous n’avons pas de date
limite. Le Groupe Figaro nous
laisse le temps de nous construire », précise Nicolas Pellet. ■
EN BREF
LAGARDÈRE CÈDE
SES RADIOS À L’EST
£ Coup d’envoi des cessions
d’actifs du pôle médias de
Lagardère : le groupe a annoncé
la vente pour 73 millions d’euros
de ses radios en République
tchèque, Pologne, Slovaquie
et Roumanie. L’acquéreur,
Czech Media Invest,
est le premier groupe média
de République tchèque.
TELECOM ITALIA :
VIVENDI RÉPLIQUE
£ Dans un document publié
mardi, le groupe français défend
sa stratégie d’investissement
face aux critiques du fonds
d’investissement Elliott
et du gouvernement italien,
observant qu’avant son arrivée
les performances de l’opérateur
étaient encore plus « décevantes ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 918 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
BEAUTÉ
CECI N’EST PAS UN POUDRIER,
MAIS UN COUSSIN DE PARFUM
DESTINÉ AUX JEUNES FILLES
VOYAGE
ESCAPADE À NAPLES, BERCEAU
DE LA PIZZA, SPÉCIALITÉ
DISTINGUÉE PAR L’UNESCO PAGE 31
Quand
le cinéma
forme
la jeunesse
On suit le parcours
d’Étienne (Andranic
Manet), provincial
établi à Paris pour
étudier le cinéma.
Dans « Mes provinciales »,
le réalisateur Jean-Paul Civeyrac
suit un groupe d’étudiants
dans leur apprentissage
de la vie et de l’amour.
Un film qui interroge sur
les vocations artistiques. PAGE 26
Cannes : belle affiche
pour les sections
parallèles
FESTIVAL La Quinzaine des réalisateurs
et la Semaine de la critique s’ouvrent à tous les
genres. Avec Nicolas Cage et Isabelle Adjani.
NATHALIE SIMON
nsimon@lefigarofr
eaucoup de « sacrifices » et
de
« belles
surprises »,
Édouard Waintrop, délégué
général de la Quinzaine des
réalisateurs, a dévoilé hier
l’affiche de la 50e édition. Vingt longsmétrages ont été sélectionnés sur les
1 609 vus, tous les registres sont représentés à travers des « talents émergents » ou des noms confirmés.
La Quinzaine ouvrira le 9 mai avec
Mean Streets de Martin Scorsese, qui
avait été révélé dans cette section parallèle en 1974, et le réalisateur recevra
le Carrosse d’or à cette occasion. Et
avec un long-métrage colombien, Les
Oiseaux de passage, réalisé par Ciro
Guerra - dont on avait déjà vu là
L’Étreinte du serpent il y a trois ans -, et
Cristina Gallego.
Parmi les premières « mondiales »,
les festivaliers découvriront Le monde
est à toi avec Isabelle Adjani, Karim
Leklou et Vincent Cassel réalisé par Romain Gavras (le fils de Costa-Gavras).
Un « coup de cœur », a reconnu
Édouard Waintrop. Ainsi que Mirai (Ma
petite sœur), un film d’animation du
Japonais Mamoru Hosoda auquel on
doit Les Enfants Loups. Et Amin, de Philippe Faucon (Fatima), qui avait été
pressenti pour la compétition.
Autres curiosités : Les Confins du
monde de Guillaume Nicloux (lui aussi
postulait pour la compétition), sorte
d’« Apocalypse Now de Coppola avec
B
beaucoup moins de moyens », a indiqué
Édouard Waintrop, Climax de Gaspard
Noé (qui avait choqué la Croisette avec
Love en 2015). La comédie est également présente avec En liberté ! de Pierre
Salvadori portée par Adèle Haenel et
Pio Marmaï. Le cinéaste italien Stefano
Savona défendra, lui, La Route des Samouni, un documentaire tourné à Gaza,
une « histoire difficile et émouvante ». La
Serbie, la Tunisie, la Chine sont aussi au
programme.
Au festival Sundance, le délégué général a choisi Mandy de Panos Cosmatos avec Nicolas Cage et Andrea Riseborough, « un mélange d’action et
d’horreur, à la fois classique et fou, inspiré de l’affaire Manson ».
Un nouveau nom
pour le jury
Le 9 mai sera aussi lancée la 57e Semaine de la critique avec Wildlife, premier
long-métrage de l’Américain Paul
Dano avec Carey Mulligan et Jake
Gyllenhaal. Forte de 11 longs-métrages
choisis parmi 1 100, cette édition mettra
en avant sept premiers films. Et se clora
par le second long-métrage de l’humoriste Alex Lutz (Guy, le 17 mai). Le
Bruxellois Guillaume Senez proposera
son second film Nos batailles avec
Romain Duris, Laure Calamy et Laetitia
Dosch en séance spéciale. Joachim
Trier présidera le jury. Côté compétition, Thierry Frémaux, délégué général
du Festival de Cannes, a annoncé
qu’Andreï Zviaguintsev (Prix du jury
pour Faute d’amour en 2017) sera au
jury de la 71e édition. ■
A
ARP SELETION ; KENZO ; JFL PHOTOGRAPHY-STOCK.ADOBE.COM
PAGE 29
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mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
26
L'ÉVÉNEMENT
Écran total
LA CINÉPHILIE
À L’ÉCRAN
« Mes provinciales », Jean-Paul Civeyrac filme la vie oisive et
insouciante de jeunes apprentis cinéastes. Un film intense plein de références.
ANDRE DINO/LES FILMS DU CARROSSE/MK2
CHRONIQUE Avec
« LES QUATRE CENTS
COUPS » (1959)
Éric Neuhoff
eneuhoff@lefigaro.fr
ttention. Le titre rappelle
Pascal et Jean Eustache.
Mes provinciales met en
scène des étudiants en cinéma, dans une époque
qui n’est pas vraiment définie. Ils sont
jeunes. Qu’ils étaient beaux ! Comme
ils étaient fous ! Leurs dieux s’appelaient Nerval ou Paradjanov. Le noir et
blanc leur va bien. Il les enveloppe
comme ces pulls ras-du-cou qui sont
indémodables.
Le héros arrive de Lyon. Sa fiancée
est restée là-bas. À Paris, les tentations
sont grandes. Étienne ne boit que des
jus de fruits (cela lui passera), assiste
aux cours, sympathise avec Mathias et
Jean-Noël. Leur passion les unit. Leurs
goûts sont des mots de passe. À cet
âge, toutes les fenêtres sont ouvertes.
Il s’agit de ne pas se jeter dans le vide.
A
Mathias est le plus intransigeant. Les
autres le considèrent comme une légende. Ils n’ont encore rien fait. Cette
virginité les rassure. Ils hésitent à mettre les pieds dans la vie, protègent un
trésor dont ils ne connaissent pas la
valeur. Le cinéma leur sert d’armure,
leur tient chaud comme un manteau.
Des filles passent. Des discussions
s’éternisent. Des heures s’écoulent, où
l’on est affalé sur un canapé. Ils essayent. Ils doutent. Il va falloir tourner
un premier long-métrage. La vocation
est là ; le talent sera-t-il au rendezvous ? Jean-Paul Civeyrac s’attarde sur
le grain d’une peau, sur des yeux qui se
baissent, sur une nuque entrevue. Il
enseigne le 7e art.
Une imagerie à la Bresson
Ce professeur a réussi un film d’élève,
intense, brûlant, hirsute. Cela dure
deux heures vingt, comme La Maman
et la putain. À un moment, le personnage est veilleur de nuit dans un hôtel
(clin d’œil : l’établissement s’appelle
Langlois), imitant en cela le Jean-Pier-
re Léaud de Baisers volés. Les références font partie du jeu. Elles augmentent le plaisir. Le cinéma fournit à ces
jeunes gens un réservoir de songes,
une malle de citations. Le résultat est
follement littéraire.
Civeyrac n’hésite pas à montrer des
garçons qui passent leur temps à lire
les lettres de Flaubert ou les écrits de
Pasolini, à comparer les mérites de
Baudelaire et de Rimbaud, à se plonger
dans Drieu la Rochelle. Cette imagerie
qui emprunte à Bresson et à Truffaut
se révèle le contraire d’un musée
nostalgique et poussiéreux. L’ensemble est porté par un enthousiasme
contagieux, parfois grandiloquent,
tout en contradictions. On y profère
de rudes sentences, telles que « les
images et le cinéma, c’est pas pareil ».
Une certaine mélancolie plane sur
cette éducation sentimentale et artistique, qui se compose de petits riens,
de détails anodins. On y écoute Bach
et Mahler. On y marche le soir le long
des quais en regardant les étoiles se
refléter sur la Seine.
Ces enfants n’étaient pas si terribles.
Ils ne le savaient pas, mais ils avaient
une âme. Le tout est de la garder. Celle
de Civeyrac semble être restée intacte.
Durant un épisode studieux, quelqu’un
visionne La Porte d’Ilitch sur son ordinateur. On ne remerciera jamais assez
le réalisateur d’avoir tiré des oubliettes
ce chef-d’œuvre de Khoutsiev. Mes
provinciales est un film qui résiste au
feu. Que sont-ils devenus, tous ? À
nous de le deviner. Au moins, ils se
sont fabriqué des souvenirs, se sont
construit des regrets. À la fin, la caméra s’élance vers le ciel, avec une grave
lenteur. L’air de rien, Civeyrac ravive
chez le spectateur une jeunesse qui
semblait perdue à jamais. Ce cadeau
n’a pas de prix. ■
A
Comme le jeune héros de Mes provinciales, Jean-Paul Civeyrac est parti un
jour pour Paris et le cinéma. On imagine bien le mince jeune homme inquiet
et passionné, environné de silence, en
regardant le cinéaste d’aujourd’hui,
silhouette toujours juvénile, quelque
chose d’impérieux dans le regard de
braise, tamisé par une douceur pensive. C’était en 1987. Jean-Paul Civeyrac
était déjà titulaire d’un master de philosophie de l’université de Lyon. Venu
d’une famille ouvrière des environs de
Saint-Étienne, il éprouvait le besoin
d’assurer son savoir comme un alpiniste assure ses pas vers les cimes.
Mais il était aimanté par la musique et
le cinéma. Depuis longtemps ?
« Depuis que j’ai découvert à 15 ans
Apocalypse Now, un film de guerre
complètement différent de ceux que
j’avais vus. J’avais un ami dont la tante
tenait un cinéma, dans la petite ville de
Firminy, où j’ai grandi. On y passait
nos dimanches après-midi, on voyait
tout sans rien choisir, films de guerre,
de karaté, westerns, séries B. À 8 ans,
je reconstituais des scènes de western
avec des petits soldats. Mais Apocalypse Now a été une révolution : j’ai découvert le regard d’un metteur en scène. Si j’ai eu envie de faire du cinéma,
c’est parce qu’il y avait des auteurs
derrière les films. »
Le cinéma comme vocation artistique, c’est le cœur exigeant et secret de
Mes provinciales, qui lance
une bande d’étudiants
dans l’apprentissage de la
vie, de l’amour, de l’engagement, cherchant ardemment entre les jeunes filles et les vieux films
qui aimer, qui admirer.
« Cela me plaisait de jouer
avec leur instabilité, en fixant
un centre autour duquel
«
Si j’ai eu
envie
de faire
du cinéma,
c’est parce
qu’il y avait
des auteurs
derrière
les films
»
JEAN-PAUL CIVEYRAC
Jean-Paul Civeyrac.
T. STEFANOPOULOS / KCS PRESSE
on tourne sans cesse. Ce centre, c’est le
cinéma. »
La question n’est pas l’opposition
conventionnelle
entre
cinéma
d’auteur et cinéma commercial,
pour Civeyrac. Il existe quantité de
« films d’auteur » médiocres, vertement critiqués dans une discussion du film. Et un excellent cinéma de genre qui est « un artisanat
supérieur ». L’interrogation la plus
angoissante est de savoir si
l’on veut prendre le
chemin de l’art, qui est
beaucoup plus dur.
« Ce qui est en cause
alors dans la façon
d’envisager le cinéma,
dit Civeyrac, c’est la
nécessité. » Cette nécessité absolue dont
parle Rilke dans sa
Lettre à un jeune
poète : « Mourriezvous si vous ne deviez
pas créer ? »
Le réalisateur se
souvient d’avoir vécu
cette angoisse à la Femis, quand il a fallu
faire son premier
court-métrage. « Tant
qu’on n’a pas les
moyens de tourner, on
peut imaginer les films.
Mais quand on vous les
donne, on mesure l’abîme qui sépare de ce
Pour échapper à sa triste vie
quotidienne, Cecilia (Mia Farrow)
se réfugie au cinéma et se laisse
emporter dans une existence
imaginaire. Sa ferveur naïve
a bien mérité de voir un jour
l’acteur vedette d’un mélo
sortir de l’écran pour venir
la chercher…
« Mes provinciales »
Drame de Jean-Paul Civeyrac
Avec Andranic Manet, Gonzague
Van Bervesseles, Corentin Fila
Durée 2 h 17
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Jean-Paul Civeyrac, un grand bol d’art
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
« LA ROSE POURPRE
DU CAIRE » (1985)
N. ENO/COLLECTION CHRISTOPHEL / AFP FORUM
LE CINÉMA
ARP SELETION
« TRAVELLING
AVANT » (1987)
qu’on sait vouloir faire. Il faut s’ajuster
à soi-même, et c’est douloureux de perdre ses illusions, de ne plus pouvoir se
mentir, en art comme en amour. La scène où Étienne ne veut plus aller tourner
et reste dans son lit jusqu’à ce que son
assistante vienne le chercher est complètement autobiographique. »
Le romanesque du film est nourri de
l’expérience de son auteur, et, comme
après avoir étudié à la Femis, il y est
devenu professeur et continue aujourd’hui à Paris-VIII, sa jeunesse et celle
d’aujourd’hui se mélangent pour créer
une temporalité singulière, sorte de
présent absolu, comme lorsque la musique s’impose.
« Il y a quelques souvenirs personnels, explique Civeyrac, mais beaucoup de choses viennent aussi du
contact avec mes étudiants, et du travail avec mes jeunes acteurs. Nous
avons fait des répétitions pendant plus
d’un mois. Ils ont adapté les dialogues à
leur manière de parler et se sont approprié le territoire du film. J’ai essayé que
tous les personnages aient leur indépendance. Je crois que c’est mon film le
plus incarné. »
Le réalisateur de Fantômes, À travers
la forêt, Des filles en noir, s’est souvent
aventuré aux confins de la disparition,
de la mort, de l’absence, attiré par un
au-delà où l’air se raréfie, où « il est
compliqué de se tenir ». S’il est plus
réaliste dans Mes provinciales, c’est de
ce « réalisme intérieur » dont parlait
Renoir, et qui lui est cher. ■
En 1948, à Paris, trois copains
(en photo : Thierry Frémont)
découvrent que le cinéma
est un art et se lancent dans
la création d’un ciné-club pour
partager les films qu’ils aiment.
La passion du cinéma selon
Jean-Charles Tacchella.
RUE DES ARCHIVES
Jean-Paul Civeyrac met en scène des étudiants en cinéma, dans une époque qui n’est pas vraiment définie.
RUE DES ARCHIVES/BCA
Antoine Doinel, alias Jean-Pierre
Léaud, volant dans un cinéma
des photos du film de Bergman
Monika, c’est l’enfance de la
cinéphilie. Un jour, il s’appellera
François Truffaut et dédiera
son premier film au grand
critique fondateur des Cahiers
du cinéma, André Bazin.
« INNOCENTS » (2003)
Dans le Paris de Mai 68, deux
jeunes Français (Louis Garrel
et Eva Green), frère et sœur,
accueillent un étudiant
américain (Michael Pitt).
Sexe, manifestations et cinéma,
mis en scène par Bernardo
Bertolucci, qui fait revivre à
l’écran la Cinémathèque d’Henri
Langlois, au Palais de Chaillot.
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LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
CULTURE
27
Michael Pearce, le patient anglais
CINÉMA Dans « Jersey Affair », le réalisateur britannique fait de son île natale le décor
d’une romance entre deux êtres troubles. Et signe, à 37 ans, un premier film maîtrisé.
films
■ « MY WONDER
WOMEN » Drame d’Angela
Robinson, 1 h 48.
Non, ce film n’est pas un simple
biopic sur le créateur de Wonder
Woman. Certes, il revient sur
les origines de cette héroïne
de papier mais se détache de la
bande dessinée née en 1941 pour
se concentrer sur les relations
passionnelles complexes qui
ont jalonné la vie de son auteur,
William Marston. Ce dernier
se retrouve au cœur d’une
tourmente quand les ligues
de vertu se déchaînent contre
Wonder Woman. Tout en
clair-obscur, ce film délicat
et troublant décrit la flamme de
la passion qui dévore les esprits
OLIVIER DELCROIX
et les corps.
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
“
À l’adolescence, j’ai
commencé à suffoquer.
L’île est un désert culturel.
C’est en écrivant “Jersey
Affair” que j’ai commencé
à renouer avec elle
MICHAEL PEARCE
”
5 ans quand j’ai entendu parler de lui la première fois. J’ai compris alors que les monstres n’existaient pas que dans les contes. Ils
pouvaient être n’importe qui : le voisin, le
chauffeur de bus… Comment mon île avaitelle pu produire un tel monstre ? »
La première mondiale de Jersey Affair a
eu lieu au Festival de Toronto en septembre. Une grande salle pleine à craquer :
1 200 spectateurs sur les dents. « J’ai cherché partout du Valium. L’atmosphère était
électrique. » Les critiques sont bonnes, les
ventes à l’international aussi. Pearce fait la
tournée des festivals : Thessalonique,
Stockholm, Turin et Sundance, La Mecque
du cinéma indépendant américain. Il tape
dans l’œil des producteurs américains.
Son prochain film mettra de nouveau en
scène une femme torturée, mais à New
York cette fois. « Quelque chose entre
Black Swan, Taxi Driver et L’Échelle de
Jacob. » Il cherche les acteurs. Et comment filmer New York de façon originale
quand on n’a pas grandi dans le Queens,
comme les frères Safdie (Good Time). « J’ai
le même agent qu’eux et j’aimerais les rencontrer pour qu’ils me parlent de leur ville. »
Il a aussi un projet de film au Texas.
Après Lynne Ramsay (A Beautiful Day),
David Mackenzie (Comancheria) ou
Martin McDonagh (Three Billboards),
Pearce rejoint la colonie britannique fascinée par l’Amérique. « Aux États-Unis, le
film de genre est ambitieux, analyse-t-il.
Lynne Ramsay est un bon exemple. Elle a
fait deux très bons films au Royaume-Uni,
qui sont comme de très belles chansons folk.
En Amérique, elle a branché sa guitare sur
un ampli ! Elle est passée du folk au rock, elle
joue beaucoup plus fort. » Des cinéastes
français en activité qui l’impressionnent, il
cite sans surprise Jacques Audiard. Il a
hâte de découvrir son western, Les Frères
Sisters, avec Joaquin Phoenix et Jake Gyllenhaal. « Audiard est l’héritier de Melville
dans sa façon d’utiliser le film de genre
américain. » Pour l’instant, Pearce ne
compte pas déménager à Los Angeles,
même si la tentation est grande. Comme à
Jersey, il pourrait surfer à longueur de
journée. ■
 LA CRITIQUE
On fête l’anniversaire de Moll, jolie rouquine un peu farouche. Sa sœur lui porte
un toast et annonce qu’elle attend des jumeaux. C’est pour elle qu’on ouvre le
champagne. Dans la cuisine, Moll empoigne des bris de verre pour se faire saigner la main. À Jersey aussi, les familles
sont psychotiques. Avec ses falaises à pic
et ses ciels contrastés, l’île Anglo-Normande est d’une cinégénie remarquable.
Pour Moll, c’est une prison à ciel ouvert.
Mais Pascal Renouf a les clés du bonheur.
Une allure d’homme des bois, un truc
sauvage, un fusil. La mère de Moll : « Il
sent fort. » Il n’a pas le profil du gendre
idéal. Plutôt celui du suspect. Sur l’île,
des filles sont violées et assassinées. Pascal ne tue peut-être pas que des lapins.
Moll n’est pas un ange non plus. Elle a
blessé une camarade de classe avec une
paire de ciseaux. Une vieille histoire.
Rien n’est clair. Michael Pearce brouille
les pistes, joue avec les nerfs du spectateur. On croyait voir un remake de La
Belle et la Bête. Fausse route. La Bête et la
Bête aurait été un titre parfait. ■
É. S.
la maîtresse du baron de la drogue. Elle
est jouée par Penélope Cruz, parfaite en
oie blanche sexy qui tombe amoureuse
de celui qui se présente comme un homme d’affaires philanthrope. Elle retrace
en voix off les grandes étapes de l’ascension et la chute d’Escobar. Aranoa les
met en images avec plus ou moins d’ins-
piration. Il est très bon dans les scènes
d’action : le blocage d’une autoroute
pour faire atterrir un avion chargé de
drogue sur l’air de Let It Snow de Sinatra,
la fuite d’Escobar nu dans la jungle, Vallejo coincée dans le sas d’une bijouterie
et prise pour cible par des tueurs derrière
une vitre blindée… Aranoa est moins à
■ « NOTRE ENFANT »
Drame de Diego Lerman, 1 h 36.
Geraldine James.
7e
art
le costume du dealer colombien. Épatant pour les scènes d’action, moins pour l’ambiance mafieuse.
Quand Penélope Cruz (Virginia Vallejo, journaliste politique), (re)tombe amoureuse
de Javier Bardem (le narquotrafiquant Pablo Escobar )... SND
ROBIN CANNONE
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Durée 1 h 47.
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
CINÉMA Après plusieurs productions sur le chef du cartel de Medellin, Javier Bardem prend à son tour
A
Pictionary, Time’s Up, Scrabble…
Peu importe le jeu, Max (Jason
Bateman) et Annie (Rachel
McAdams) (photo) ne feront
qu’une bouchée de leurs
adversaires. Quand Brooks
(Kyle Chandler) débarque et leur
propose une soirée mystère,
voici enfin de quoi relever
le niveau. Attention à ne pas
prendre cette farce trop
au sérieux, au risque de passer
à côté des scènes hilarantes.
L’absurde, le burlesque
et l’humour noir sont au rendezvous. Préparez-vous à rire.
« Jersey Affair »
Thriller de Michael Pearce.
Avec Jessie Buckley, Johnny Flynn,
« Escobar », une bonne drogue pour le
près Khrouchtchev et le Politburo du Parti communiste
parlant anglais dans La Mort
de Staline, voici Pablo Escobar et ses amis narcotrafiquants colombiens s’exprimant dans la
langue de Shakespeare. L’acteur espagnol Javier Bardem a beau glisser des
« hijos de puta » dans chacune de ses répliques, cette aberration linguistique
heurte l’oreille. Mais c’est le lot des coproductions internationales (Dany Boon
est producteur délégué du film et ce n’est
pas une blague). On finit malgré tout par
s’habituer et à se laisser prendre par la
vie et l’œuvre du chef du cartel de Medellin, ennemi public numéro un de
l’Amérique de Reagan dans les années
1980. On en connaît pourtant les grandes
lignes… et pas seulement de coke. Escobar a déjà eu les honneurs du grand écran
sous les traits de Benicio del Toro dans
Paradise Lost (2014). Et Narcos, la série
de Netflix, lui a donné le rôle qui lui revient dans l’histoire du trafic de cocaïne.
Le film de Fernando Leon de Aranoa
s’inspire du livre de Virginia Vallejo, Loving Pablo, Hating Escobar (« aimer Pablo, haïr Escobar »). Journaliste politique
à la télévision colombienne, Vallejo a été
WARNER BROS. FRANCE
Pearce s’est aussi souvenu de « la Bête
de Jersey », un violeur d’enfants qui a sévi
pendant dix ans dans les années 1960 sur
l’île Anglo-Normande. La Bête était un
homme ordinaire, marié, père de deux
enfants, bien intégré à la communauté. Il
portait un masque pour entrer dans les
maisons et kidnapper les enfants. Il a fini
par être arrêté. « Quand j’étais enfant,
dans les années 1980, il était le croquemitaine. Il faisait partie du folklore de l’île. J’avais
■ « GAME NIGHT » Comédie
de Jonathan Goldstein
et John Francis Daley, 1 h 39.
BAC FILMS
POTEMKINE FILMS
Le sexe et le meurtre se glissent sous les draps de la jolie Moll et du mystérieux Pascal.
l’aise dans les scènes dialoguées, les réunions entre mafieux, les pétages de
plomb. Tout cela a un air de déjà-vu et se
laisse voir grâce à Javier Bardem. L’acteur, également producteur, fasciné par
le criminel et dealer colombien, est métamorphosé physiquement, avec frisettes et double menton. Ventru et moustachu, il donne au monstre Escobar un
visage humain, sans non plus sortir les
violons pour pleurer le papa poule à la
maison (Pablito, entre deux morts violentes, était un père aimant).
Escobar est ainsi l’occasion pour les
tourtereaux Bardem et Cruz de mettre
du piment dans leur couple. Ils ne se
quittent plus. Le 8 mai prochain, ils
monteront les marches main dans la
main en ouverture du Festival de Cannes pour Todos lo saben, le mélo de
l’Iranien Asghar Farhadi, garanti sans
poudre blanche ■
É. S.
« Escobar »
Biopic de Fernando Leon de Aranoa.
Avec Javier Bardem, Penélope Cruz,
Peter Sarsgaard.
Durée 2 h 03.
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Médecin à Buenos Aires,
Malena met tout en œuvre pour
adopter un bébé. Mais la mère
qui doit lui céder le sien impose
des conditions financières
inattendues. Malgré une
interprète remarquable
– Barbara Lennie, que l’on verra
dans Everybody Knows d’Asghar
Farhadi en ouverture du Festival
de Cannes –, ce parcours
de combattante ne convainc
pas totalement.
NATHALIE SIMON
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
■ « SONATE POUR ROOS »
Drame de Boudewijn Koole.
1 h 30.
ARIZONA DISTRIBUTION
ichael Pearce a le sourire aux lèvres. Il a déniché dans une librairie près de son hôtel parisien The Blue
Room, la traduction anglaise de La Chambre bleue, de Georges Simenon. Le réalisateur britannique n’a jamais lu une ligne du
romancier belge. Il a eu la main heureuse.
La Chambre bleue, récit d’un adultère et
d’un crime, est un des meilleurs Simenon.
Un des plus terribles sur le couple et le
sexe. La première page est crue, désespérée. Un homme et sa maîtresse après
l’amour : « Non seulement tout était vrai,
mais tout était réel : lui, la chambre, Andrée
qui restait étendue sur le lit dévasté, nue, les
cuisses écartées, avec la tache sombre du
sexe d’où sortait un filet de sperme. Était-il
heureux ? Si on le lui avait demandé, il
aurait répondu oui sans hésiter. »
Dans Jersey Affair, le premier long-métrage de Michael Pearce, le sexe et le
meurtre se glissent aussi sous les mêmes
draps. L’histoire d’amour entre la jolie
Moll et le mystérieux Pascal n’a rien d’une
comédie romantique. En l’écrivant, Pearce a pensé à Chabrol (Le Boucher) et Hitchcock (Soupçons, L’Ombre d’un doute). Il
cite aussi Pialat, qui a réalisé son premier
film à 40 ans. Pearce en a 37. Il aura pris
son temps. « N’importe quel réalisateur
veut faire son premier film avant 30 ans,
mais je voulais être sûr de faire ça bien, explique-t-il. C’est devenu tellement difficile
de réaliser un premier long-métrage, de se
faire remarquer dans les festivals et de le
sortir convenablement… J’ai des amis qui
ont fait un premier film correct et qui ont eu
encore plus de mal à en faire un second. »
Après son diplôme de la National Film
and Television School, à Londres, Pearce
a signé des courts-métrages et un film
pour la télévision. Il a gagné des prix et
pris confiance en lui. Il aura mis tout de
même six ans à écrire le scénario de Jersey
Affair. Six ans d’atermoiements et de
versions différentes pour aboutir à un
film de genre très personnel. En situant
l’intrigue à Jersey, Pearce se souvient de
sa jeunesse. « J’ai grandi à Jersey, et je
garde un bon souvenir de cette enfance
tranquille, presque idyllique. On ne fermait
jamais nos portes à clé. Je passais mon
temps à surfer. Les paysages sont magnifiques et spectaculaires, Jersey a une atmosphère de conte de fées. À l’adolescence, j’ai
commencé à suffoquer. L’île est un désert
culturel. Il n’y avait que deux cinémas à
l’époque, il n’y en a plus qu’un aujourd’hui,
qui passe des blockbusters. Je n’avais
qu’une envie, m’échapper. J’ai tourné le
dos à Jersey. C’est en écrivant Jersey Affair
que j’ai commencé à renouer avec l’île. Le
film m’a permis d’explorer des sentiments
contradictoires. »
CLAIRE FOLGER
ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
Les relations compliquées
entre une mère et sa fille,
doublées d’une réflexion,
croit-on, sur la création. Dans
ce troisième long-métrage
tourné sur fond de paysages
enneigés, le réalisateur
néerlandais privilégie l’esthétique
au détriment du fond
N. S.
et de l’émotion.
■ L’avis du Figaro : ○¡¡¡
A
M
Les autres
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mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
28 CULTURE
« Nico, 1988 »,
la muse libérée
CINÉMA En retraçant la dernière année
de l’ancienne égérie du Velvet
Underground, le film propose le portrait
sensible d’une artiste qui se réinvente.
C
OLIVIER NUC
£@oliviernuc
hanteuse, mannequin,
actrice, femme inclassable, l’Allemande Nico est morte après une
chute de vélo sur l’île d’Ibiza, où elle
séjournait pendant l’été 1988. Trente
ans après, la réalisatrice Susanna
Nicchiarelli consacre un film à la
dernière année de la vie de cette figure tragique. Dans ce rôle difficile,
la Danoise Trine Dyrholm, que l’on
avait remarquée dans le Festen de
Thomas Vinterberg, prête ses traits
au personnage.
« Lorsque j’ai été contactée par Susanna pour jouer dans le film, je ne savais pas grand-chose de Nico, à part sa
proximité avec le Velvet Underground
et Andy Warhol, avoue la quadragénaire. Mais j’imagine que mon expérience de chanteuse a été déterminante. » Révélée par le concours de
l’Eurovision à la fin des années 1980,
Trine est devenue une star de la pop
danoise à l’âge de 14 ans, enregistrant
deux albums et jouant régulièrement
sur scène. « J’ai adoré le scénario,
même si je ne ressemble pas au personnage. Mais Susanna m’a choisie afin de
proposer sa propre vision de cette femme au destin tragique. »
Dyrholm campe avec grâce ce personnage complexe, peu aimable au
premier abord, empêtrée dans la drogue et l’insuccès chronique, qui essaie
“
Nico n’a jamais essayé
de rencontrer les goûts
du public, elle faisait
son truc à elle
”
LA RÉALISATRICE SUSANNA NICCHIARELLI
d’exister pour et par elle-même, entourée d’une bande de losers. « Ce qui
m’intéressait, c’était de trouver les
failles de ce personnage perclus de
contradictions, de trouver l’identité de
Nico derrière l’icône, ajoute Nicchiarel-
La Danoise Trine Dyrholm campe avec grâce ce personnage complexe qui essaie d’exister pour et par elle-même.
li. Si j’ai choisi Trine, c’est pour sa capacité à l’incarner tout en parvenant à
la rendre aimable. »
Filmée à distance au début, l’héroïne du film devient accessible au
fur et à mesure, passant de l’odieuse
junkie en manque à cette figure touchante luttant pour imposer sa propre musique dans l’Europe divisée
des années 1980. « Nico appartient à
la génération de la guerre : elle est née
un an avant le début du second conflit
mondial pour mourir un an avant la
chute du mur de Berlin, précise la réalisatrice. Elle est de la même génération que des artistes morts jeunes,
mais elle est devenue plus intéressante
dans la seconde partie de sa vie. »
Passé les années glamour à Paris,
son association avec le Velvet dans le
New York des années 1960, Nico est
devenue une artiste exigeante à partir
de 1970, entre son association avec le
cinéma de Garrel et les disques avantgardistes. « Elle n’avait aucune nostalgie pour les années 1960. Elle n’a jamais
essayé de rencontrer les goûts du public,
elle faisait son truc à elle. »
Nico, 88 compose un portrait d’une
femme qui cherche à recoller les morceaux de sa vie tout en élevant son fils
Ari, né de sa relation avec Alain Delon.
« Elle avait été définie par des hommes
avant de se réinventer elle-même et elle
a dû détruire sa beauté pour pouvoir se
faire respecter pour son travail. La fin de
NEW STORY/KINOVISTA
sa carrière de mannequin a marqué sa
libération », explique Trine. Le film est
le portrait sensible d’une artiste rare,
qui a eu la capacité de se réinventer et
de devenir enfin ce qu’elle était au fond
d’elle. « Je ne voulais surtout pas raconter sa vie à travers les personnalités
qu’elle a fréquentées mais me concentrer
sur son identité », déclare Susanne Nicchiarelli. Mission accomplie. ■
« Nico, 1988 »
Biopic de Susanna Nicchiarelli
Avec Trine Dyrholm, John Gordon
Sinclair, Anamaria Marinca
Durée 1 h 33
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
« Place publique » fait du surplace
CINÉMA Le film d’Agnès Jaoui avec Jean-Pierre Bacri en présentateur bougon rappelle « Le Sens de la fête ». En bien moins pertinent.
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
l y a du soleil, de la musique, un buffet garni, mais Castro (Jean-Pierre
Bacri, postiche sur le crâne) n’est
pas très aimable. Il le sera encore
moins quand il apprendra que son
émission n’est pas reconduite. Son amie
et productrice Nathalie (Léa Drucker),
qui l’a invité à sa pendaison de crémaillère à « trente-cinq minutes de Paris », ne
lui dit rien. Le journaliste est déjà assez
bougon comme ça. Hélène, son ex (Agnès
I
Jaoui), et Nina, leur fille (Nina Meurisse),
s’en rendent compte et l’évitent.
Agnès Jaoui réalise Place publique,
qu’elle a coécrit avec Bacri, à l’instar du
précédent, Au bout du conte, en 2013. Ce
nouveau long-métrage rappelle le pas si
lointain Sens de la fête d’Éric Toledano et
Olivier Nakache – il est sorti le 4 octobre 2017. En moins abouti. Un lieu unique, une belle propriété à la campagne,
les coulisses de la fête, le rôle principal
tenu par Jean-Pierre Bacri – il jouait un
traiteur organisateur de mariages dans Le
Sens de la fête –, déjà amer et bougon,
une galerie de personnages secondaires
assez soignés et une succession de saynètes plus ou moins comiques. Ajoutez une
bande-son entraînante et des lumières
choisies et on frise la similitude.
Des thèmes effleurés
Dans Place publique - le titre n’est pas
très attirant - le spectateur suit le héros,
Castro donc (Bacri fidèle à lui-même). Et
ses états d’âme le plus souvent sombres,
comme dans la plupart de ses films précédents, que le présentateur déchu partage, ou pas, avec les invités de sa pro-
ductrice. Fins observateurs de la société,
Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri montrent du doigt la comédie humaine et
narcissique et les nuisances des téléphones portables et des réseaux sociaux sur
les relations quotidiennes.
Le comique exige, « pour produire tout
son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur », écrit Bergson dans son essai sur le rire. Dans Place
publique, il est malheureusement bien
éveillé. Jaoui et Bacri effleurent les thèmes du temps qui passe, de l’amour, et se
perdent en chemin dans des intrigues
parallèles sans intérêt. Si quelques séquences font sourire - Bacri imitant Yves
Montand -, la plupart ne sont pas drôles,
le film se traîne, ne transporte, ni
n’émeut le public. Contrairement au Sens
de la fête. ■
« Place publique »
Comédie d’Agnès Jaoui
Avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri,
Léa Drucker, Kévin Azaïs
Durée 1 h 38
■ L’avis du Figaro : ○¡¡¡
La fille qui rêvait d’un avenir au soleil
CINÉMA Pour son premier film, « Katie Says Goodbye », Wayne Roberts suit les laissés-pour-compte de l’Amérique. Touchant et sobre.
ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr
a tristesse, très peu pour elle.
Elle aurait de quoi, pourtant.
Dans son trou perdu de l’Arizona, Katie rêve. Elle est obligée : elle veut partir pour San
Francisco. Pour cette serveuse de café,
devenir esthéticienne constitue le
garette au bec, sur le canapé, s’offrant
de temps en temps une partie de jambes
en l’air avec le mari de la voisine. Le
loyer est toujours en retard. Katie règle
le propriétaire irascible.
Toute la détresse du monde se réfugie
dans les yeux d’Olivia Cooke, qui marche le long de la route dans sa blouse
rose même pas transparente. Parfois,
elle voit les trains de marchandises qui
s’éloignent vers des contrées inconnues, à fond. Sa patronne (Mary
Steenburgen, qui ressemble à Catherine
Keener) lui donne des conseils, lui offre
un ersatz de famille, lui explique que les
hommes se divisent en deux catégories :
ceux qui ont un regard triste et ceux qui
sourient.
Proche de Raymond Carver
Katie trouve aussi un peu de réconfort
dans les bras de Jim Belushi, routier au
grand cœur. Le soir, allongée sur son
lit, elle dit toujours « bonne nuit » à son
père dont elle ne sait pas ce qui lui est
arrivé. Cela aurait pu continuer comme
ça, jusqu’à la vieillesse, si l’héroïne
n’était pas tombée amoureuse d’un
mécanicien laconique auquel elle confie
son projet. Pour lui, elle cesse même de
jouer les prostituées. On voit le sérieux
de la chose. La suite ne se déroulera pas
comme prévu.
Dans ce premier film, Wayne Roberts
suit ces laissés-pour-compte avec une
sobriété qui l’honore. Ce qui risquait
d’être sordide s’avère touchant. Cet
univers de poussière et de graillon abrite des destins cabossés. Inutile de
pleurnicher. Avec ses cheveux bouclés,
sa façon de repousser le malheur du
bout du pied, tout sauf victime, Olivia
Cooke est radieuse. Il y a deux paysages
inoubliables ici : le désert infini et le visage de l’actrice. L’avenir est à elle. La
Californie est à portée de main. Une
autre histoire commence. C’est la sienne. C’est sa vie. On lui souhaite bonne
chance. Les lecteurs de Raymond
Carver retrouveront sur l’écran tout ce
qu’ils aiment dans les nouvelles de leur
auteur favori. ■
« Katie Says Goodbye »
Drame de Wayne Roberts
Avec Olivia Cooke, Christopher Abbott,
Mireille Enos
Durée 1 h 28
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
A
L
Graal. Tout juste sortie de l’adolescence, elle arrondit ses fins de mois en couchant avec des camionneurs. Un de ses
anciens professeurs fait aussi partie de
ses clients.
Durant la chose, Katie a l’air ailleurs.
L’argent qu’elle gagne, dollar par dollar
(passes et pourboires), elle le cache
dans une boîte à chaussures. Sa mère
passe ses journées à moitié hagarde, ci-
Christopher Abbott et Olivia Cooke dans Katie Says Goodbye.
BODEGA FILMS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
STYLE
29
Qu’importe l’ivresse tant
qu’on a le (petit) flacon
DÉCRYPTAGE L’industrie de la beauté se plie en quatre
pour concevoir des parfums adaptés aux microsacs
des jeunes filles, aussi pratiques qu’Instagramables.
U
LAURENCE FÉRAT
ne experte du luxe ne
cesse de répéter que dans quelques
années, les cabas auront disparu :
contrairement à leurs aînées, qui
transportaient leur vie entière dans
leurs sacs XXL, les jeunes filles ne jurent que par les pochettes, minaudières et autres microbesaces tout juste
assez grandes pour y glisser un smartphone et un rouge à lèvres. Une prédiction que les marques de beauté
commencent à intégrer : Chanel et
Kenzo ont créé la surprise, ce printemps, en déclinant leurs fragrances
en format « cushion », du nom de ces
fonds de teint nouvelle génération
venus de Corée qui font un carton
dans l’univers du maquillage depuis
quelques années. Pour la griffe de la
rue Cambon, un boîtier rose millennial à peine plus gros qu’un blush
pour tapoter ses poignets, son cou et
son décolleté aux notes fleuries fruitées de Chance Eau Tendre (3) ; chez le
Japonais, un coussin gélifié imprégné
de l’eau de parfum Flower dans un
étui blanc brillant imprimé de coquelicots (1). C’est joli, pratique, idéal
pour les retouches en cours de journée. « Nous l’avons conçu pour tenir
dans un sac à main, en nous inspirant
des soins hybrides et des formules de
maquillage en vogue actuellement
auprès des millennials », reconnaît
Germain Trouvé, responsable marketing international de Flower by Kenzo. En France comme dans le reste du
monde, le make-up est le secteur qui
génère les plus fortes ventes en cosmétique, quand la part des fragrances
traditionnelles plonge depuis trois
ans. Ce succès est dopé par de nombreuses innovations, notamment
dans la conception des packagings.
Un accessoire qui se montre
et qui se partage
« Le cushion a révolutionné les gestes de
beauté, il a inauguré une nouvelle catégorie, reprend M. Trouvé. Les jeunes
Coréennes l’arborent à tout bout de
champ, dans la rue, au bureau, en soirée.
Il devient une sorte d’accessoire qu’il faut
montrer. » L’adapter au parfum constitue sans doute, pour les groupes de
beauté européens, une œillade aux
4
Asiatiques, qui utilisent encore peu de
fragrances. Dans la même veine,
Cacharel a dévoilé il y a quelques mois
Yes, I am (2), un flacon en forme de lipstick ; Dior vient d’adapter ses best-sellers Miss Dior (4) et Poison Girl en rollon à passer sur la peau comme un gloss
sur les lèvres. Ces derniers en petits formats (20 ml) démarrent à 38 € (contre
le double en vaporisateur 50 ml).
« Le parfum classique ne parle plus
aux générations Y et Z, qui remettent en
question les références traditionnelles,
souligne Pascale Brousse, directrice de
l’agence de tendances Trendsourcing.
Les 20-30 ans élevés aux jeux vidéo, à
l’Internet haut débit et à la réalité augmentée sont en quête de sensations extrêmes. Ils veulent ressentir plutôt que
posséder, vivre des expériences ludiques : les coussins ou billes parfumés
s’inscrivent dans cet esprit de découverte, de fun, de nomadisme aussi. De plus
leur prix, plus accessible, répond à l’infidélité de ces jeunes gens qui zappent
d’un produit à l’autre, d’une marque à
l’autre, comme ils zappent de style vestimentaire et de groupe d’amis. » Sur le
site Beauté Test, sorte de Tripadvisor
des cosmétiques, on apprend que de
Les jeunes filles ne jurent que par les pochettes, minaudières et autres microbesaces
tout juste assez grandes pour y glisser un smartphone et un rouge à lèvres.
nombreuses filles se regroupent (virtuellement) pour acheter un flacon
normal et le « décantent », c’est-à-dire le partagent dans de petites fioles de
5 ou 8 ml afin de le tester sans pour
autant investir. Quand leurs mères
laissaient traîner des années une bouteille à moitié vide sur l’étagère de la
salle de bains, nombreuses sont les demoiselles à revendre, via Internet,
leurs eaux de toilette déjà entamées.
Cette créativité dans le design et le
packaging compense l’invisibilité
d’une odeur et correspond à la nécessité pour les marques de fragances
d’exister sur les réseaux sociaux. Des
étuis étonnants comme les coussins et
les roll-on, mais aussi les bijoux parfumés, tels ceux de By Kilian, génèrent
des hashtags. « Les millennials veulent
tout partager, tout de suite, avec leur
communauté, continue Pascale Brousse. Un flacon classique n’est pas très excitant sur Instagram, un cushion, si. »
Alors que la société Vapor Communications, fondée par un professeur de
génie biomédical à Harvard, travaille à
miniaturiser la première application
capable d’envoyer des odeurs par SMS
(oPhone, le receveur devant posséder
un gros système de tubes diffuseurs),
les groupes cosmétiques réfléchissent
sérieusement au moyen de connecter
parfumerie et technologie. ■
Gallinée cultive les bonnes
bactéries de la peau
Une Parisienne
chez Estée Lauder
SOIN La start-up de Marie Drago est l’une des plus observées de l’univers
cosmétique. Son objectif : innover dans les traitements du visage
en cajolant le microbiome cutané.
MAQUILLAGE La marque américaine
e microbiome cutané, ou la
population des trillions de
micro-organismes (bactéries, levures, champignons
et autres virus) qui peuplent
la surface de la peau et l’intérieur des
follicules pileux, est le sujet cosmétique du moment. Marie Drago, 38 ans,
est docteur en pharmacie et l’une des
premières à avoir sondé le mystère de
ce passionnant écosystème. « Atteinte
d’une maladie auto-immune, j’avais lu
dans un article qu’un régime basé sur
les pro et prébiotiques pouvait en soulager les symptômes. De fait, en trois
semaines, et alors que j’étais sous
traitement médical depuis cinq ans, ce
régime a transformé ma vie, raconte-t-elle. Le microbiome digestif est abondamment caractérisé mais j’ai découvert un vide
scientifique sur son équivalent
cutané - pas l’ombre d’une publication. Ma faculté de pharmacie, que j’avais contactée
dans l’espoir qu’elle m’indique
de nouvelles pistes, m’a suggéré
de faire une thèse sur le sujet.
Cela a servi de point de départ
aux premières formules que j’ai
lancées en 2016, grâce aux dons
de ma famille et d’amis. »
Sa marque, Gallinée - clin
d’œil féministe de la fondatrice,
qui espère occuper une place de
choix aux côtés des coqs français -, est la première à commu-
L
niquer d’une façon aussi ouverte et
décomplexée sur les hôtes de la peau,
avec une accroche audacieuse : « Vous
êtes 50 % de bactéries, ceci n’est pas
une insulte, il faut en prendre soin. »
Preuve qu’elle a eu le nez fin sur ce
nouveau domaine d’expertise de la
cosmétique, elle a aussitôt suscité l’intérêt des grands groupes. En janvier 2018, Unilever Ventures (Ioma,
Ren…) a pris des parts dans sa société.
Routine minimaliste
On a longtemps pensé que les bactéries
étaient néfastes à la santé. On découvre aujourd’hui qu’elles peuvent jouer
un rôle bénéfique en protégeant et en
régulant le système immunitaire.
« En soutenant le microbiome, on obtient la peau dont on a toujours rêvé,
insiste Marie Drago. Il faut être
douce avec elle, respecter son pH,
autour de 4,5/5,5, autrement dit
veiller à ne pas trop la nettoyer et
la décaper. Nous prônons une
routine la plus minimaliste
possible. La superposition de
parfums, de conservateurs, de
produits à base d’alcool, d’antibactériens, de tensioactifs
agressifs type SLS (sodium
lauryl sulfate), d’huiles minérales, de silicones, de colorants… nuit au bon équilibre
cutané et favorise l’installation
des mauvaises bactéries au
détriment des bonnes. »
Sa gamme, vendue principalement
sur
Internet
(www.gallinee.com, entre
10,90 et 59 €), est courte : cinq produits (mousse nettoyante, masque &
gommage visage, crème visage hydratante, crème mains, lait corps) auxquels vient s’ajouter ce mois-ci un sérum Jeunesse (notre photo), dont Marie
Drago se plaît à dire qu’il est le produit
de soin le plus chargé en bactéries.
Tous sont formulés à base d’un complexe breveté de prébiotiques (nutriments naturels qui alimentent les bonnes bactéries), probiotiques (bonnes
bactéries de la peau sous forme désactivée) et post-biotiques (produits des
bonnes bactéries) concentré à 10 ou
15 %, et sentent bon le sucre roux.
Une vision plus naturelle de la cosmétique, qui colle avec les envies de
simplicité actuelles et donne un coup
de pied dans la fourmilière. De fait,
rien dans l’industrie ne va dans le sens
du microbiome hormis les travaux
d’Avène et de La Roche Posay sur les
peaux atopiques (celui des patients est
en effet modifié lors des poussées d’eczéma). Certaines formules permettent
toutefois de « manipuler » la composition bactérienne de la peau, en vue de
la rééquilibrer. « Pour bien faire, il faudrait supprimer tout ce qui nuit d’une
façon générale à son équilibre, comme
les conservateurs », conclut la créatrice. Un virage à 180° bien compliqué à
prendre pour les grands groupes. ■
+ @ SUR LE WEB
» Plus de beauté
www.lefigaro.fr/madame
commercialise ces jours-ci la collection printanière
de Violette, sa nouvelle recrue.
ÉMILIE VEYRETOUT eveyretout@lefigaro.fr
mpossible de tenir plus de trente
secondes devant un tutoriel de
maquillage sur YouTube. Sauf
ceux de Violette. Filmés chez elle à
Brooklyn, dans un café ou un parc
de Manhattan, courts et thématisés (« le
look Bardot », « pour un apéro » ou
« après une séance de sport »…), ils font
un carton auprès des trentenaires. La
jeune femme y parle de blush et de
mascara avec un cool jamais vu. Elle
donnerait envie à une adepte du nude de
porter du bleu Klein sur les paupières.
La fille de Charlie, célèbre coiffeuse
des années 1980, n’a pas fait d’école de
fards mais celle du Louvre, à Paris, et
s’est formée au glamour chez Vogue,
avec Carine Roitfeld. À l’étranger, elle
représente la Parisienne par excellence,
l’une des raisons de son recrutement
par Estée Lauder. Les premiers produits
de la nouvelle directrice de la beauté
sortent ces jours-ci, une poignée
d’essentiels pour les beaux
jours : palette d’ombres dorées
pour les yeux, crayon brun, baume qui reproduit les brillances naturelles de la peau (La Rosée), rouges à
lèvres coquelicot (notre photo) et bourgogne… « Les gens m’attendaient avec
des looks spectaculaires, très mode, alors
j’ai essayé de tout oublier et de me demander simplement ce dont une fille avait
envie au printemps, raconte Violette.
C’est la saison des fleurs, de la légèreté et
des flirts : j’ai voulu mettre un peu de tout
cela dans cette collection ! »
I
VIOLETTE ESTEE LAUDER
LINH PHAM
THIERRY LEGAY
3
JASON LLOYD-EVANS, KENZO, CACHAREL, CHANEL ER DIOR
2
La maquilleuse
et youtubeuse Violette.
Installée outre-Atlantique, la Française puise
aussi dans l’inépuisable
énergie
new-yorkaise.
« J’adore la liberté d’expression des Américaines, se
maquiller est une façon pour
elles d’habiller leur visage,
elles n’ont jamais peur de célébrer leur féminité. Je peux rester des heures à regarder les filles passer, dans la rue. Elles
osent, elles s’amusent. » Comme dans
ses vidéos, Violette préconise un maquillage au doigt, à la lumière du jour,
avec toujours une touche de couleur
vive - son facteur « va-va-voom ».
Poppy Sauvage, de 24 € le crayon à 54 €
la palette sur le site et au Printemps. ■
A
1
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
GOLF
Maurice et Seychelles,
au paradis des golfeurs
Le Paradis Beachcomber Golf Resort.
ÉVASION L’océan Indien cultive sa tradition d’hospitalité sur les greens. La beauté des parcours en bord de lagon
déclenche l’enchantement et invite au pur plaisir du jeu, d’île en archipel.
Belle Mare Plage
uConstance
Réputé pour la qualité de ses services
aux golfeurs, cet Hôtel Golf & Spa
5 étoiles est considéré comme le
meilleur spot golfique de l’île Maurice
avec ses deux parcours, le Legend et le
Links. Créé en 1994, le Legend (par 72,
6018 mètres) est un tracé de championnat qui accueille depuis plusieurs années
le MCB Tour Championship, étape finale
du Senior tour européen. L’Écossais
Montgomerie figure en bonne place au
club-house, depuis son trou-en-un réalisé en compétition sur le par 3 du n° 17
de ce « target golf ». Les birdies restent
abordables pour le joueur moyen, qui,
outre sa carte de score, peut observer
facilement le troupeau de biches en liberté du parcours depuis la terrasse du…
« Deer Hunter », autrement dit « chasseur de cerf », le bar-restaurant dont la
terrasse surplombe le green du trou 18.
À cinq minutes de là, le Links (par 71,
5 942 mètres) est un parcours vallonné,
aux points de vue superbes sur les mornes de l’île Maurice. Plaisir garanti pour
le golfeur amateur qui peut y scorer tout
en vivant une splendide balade en pleine
nature avec une foule d’oiseaux multicolores. La complémentarité avec le
Legend est assurée. Situé à l’est de l’île, à
une demi-heure de route de l’aéroport,
le Constance Belle Mare Plage offre des
conditions post-golf idéales. Rénovées
en 2016, toutes les chambres Prestige
(96) et les suites Junior (149) et Deluxe
(6) sont tournées vers l’océan turquoise
et les deux kilomètres de plage de sable
blanc. Trois superbes piscines sous les
cocotiers bordent le lagon. Les sept restaurants offrent une variété gastronomique internationale, avec des spécialités de poissons. Le Blue Penny, cave à
vin maintenue à 18 degrés, propose plus
de 30 000 bouteilles importées de
180 pays.
Poste de Flacq, île Maurice.
Tél. : (230) 402 26 00.
www.constancehotels.com
Choisy Golf Club
uMont
Inauguré le 1 novembre dernier et
A
er
situé à proximité des villages balnéaires
de Grand-Baie et de Trou-aux-Biches,
le Mont Choisy Golf est l’unique 18 trous
du nord de l’île. Voisin des prestigieux
hôtels du Trou aux Biches Beachcomber
et du Canonnier Beachcomber, il
s’étend sur 238 arpents de terre dans le
parc de Mont Choisy, dont le projet immobilier comprendra 210 résidences. Ce
nouveau parcours, œuvre du célèbre
architecte sud-africain Peter Matkovich, a été construit sur une ancienne
propriété de cannes à sucre. Sur le
trou 13, les vestiges d’une vieille cheminée du domaine en témoignent. La roche noire volcanique y est très présente.
uDessiné en 1992 entre le lagon et le
Paradis Beachcomber Golf Resort
Morne Brabant - montagne qui est
classée au patrimoine mondial de
l’Unesco au sud-ouest de l’île -, ce
18 trous fait partie des hôtels Beachcomber (Paradis et Dinarobin). Le départ du trou numéro 1 se trouve à seulement 20 mètres de la réception. Le
parcours serpente entre palmiers
flamboyants, araucarias, dattiers, palmiers royaux, tamariniers et cocotiers.
Un véritable festival arboricole. Pas
toujours facile de garder la tête sur la
balle tant le décor est sublime. Le parcours offre, en effet, des vues de rêve
sur l’océan et ses eaux turquoise. Mention spéciale aux cinq derniers trous
qui longent le lagon et qui donnent
Golf Club
uHeritage
Accolé à une centaine de villas et
aux deux hôtels Heritage Awali et Telfair (158 suites d’inspiration coloniale
entièrement rénovées en 2016), un incontournable de l’île Maurice. Peter
Matkovich a dessiné, en 2004, ce parcours situé dans le domaine de Bel Ombre, une ancienne réserve de chasse et
de cannes à sucre établie au XVIIIe siècle pendant la colonisation française.
Entre mer et montagne, le parcours
accroché à la colline offre des vues sublimes sur le lagon du sud, d’une part,
et sur les collines de la réserve naturelle des gorges de la Rivière Noire,
d’autre part. Très technique, Heritage
Golf Club n’en reste pas moins abordable avec ses fairways assez larges. Battu
par les vents toute l’année, très vallon-
né, il se révèle de plus très physique.
Remarquablement entretenu, il accueille depuis trois ans une épreuve
comptant à la fois pour les circuits
européen, asiatique et sud-africain en
alternance avec un autre parcours
mauricien, le Four Seasons Resort à
Anahita. D’ici à deux ans, un deuxième
18 trous devrait voir le jour à quelques
minutes du site principal avec toujours
Matkovich, associé au champion sudafricain Louis Oosthuizen.
Bel Ombre, île Maurice.
Tél. : (230) 623 5600.
www.heritageresorts.mu
Golf Club
uAvalon
À une demi-heure de route au nord
de l’Heritage Resort, le golf d’Avalon,
parcours très récent inauguré fin 2015,
a été pensé par l’incontournable Matkovich. Niché au milieu de nulle part, à
400 mètres d’altitude, il se déploie pour
l’heure, au cœur d’une végétation
luxuriante, entouré d’immenses plantations de thé s’étendant sur des kilomètres. La construction de 425 villas
haut de gamme y est prévue à terme.
Les joueurs moyens prennent beaucoup
de plaisir sur ce tracé car les fairways
sont la plupart du temps très larges et
les obstacles d’eau ne sont pas trop piégeux. Il n’empêche, il faudra beaucoup
de précision sur le 7, un petit par 4 très
étroit. Et les attaques de green sont
souvent délicates comme sur le 12
(par 5). Un parcours manucuré, à jouer
Swing sauvage parmi les « cocos fesses »
C’est sur l’île de Praslin que se niche
le Constance Lemuria, premier hôtel
5 étoiles et golf des Seychelles, sculpté
au milieu de rochers si typiques. Sur
une presqu’île luxuriante aux pentes
arborées et sauvages, bordée de plusieurs plages de sable blanc, slalome
le seul parcours 18 trous des Seychelles. Le Lemuria Golf Course (par 69,
5 580 mètres) propose une expérience
extraordinaire. Ceux qui l’ont joué
n’oublieront plus jamais le trou n° 15,
véritable moment d’exception offert
aux golfeurs : un par 3 (132 mètres)
avec un green posé en pleine nature
80 mètres plus bas, en retrait de
l’anse Georgette, considérée comme
l’un des deux plus fabuleux spots de
l’île. Un véritable écrin de beauté, aux
contours et aux couleurs parfaits.
Outre un entretien excellent, le Lemuria Golf Course propose des points
de vue extraordinaires sur l’océan au
cœur d’une jungle tropicale verdoyante. Son tracé est exigeant et le dénivelé
impose des coups précis. La voiturette
est quasi obligée, pour enchaîner les
montées au soleil. Le trou n° 18 révèle
les fameux cocôtiers de mer, cette espèce de palmiers que l’on ne trouve
que sur l’île de Praslin et sa voisine La
Digue, mais nulle part ailleurs dans le
monde. Composée de palmiers mâles
aux fruits spectaculaires, véritables
« zizis » sentant le pop-corn ou le riz
basmati, et de palmiers femelles produisant les énormes « cocos fesses »,
une tribu de ces arbres imposants et
inédits vous saute aux yeux en contre-
Jouer le trou n° 15 du Lemuria : un véritable moment d’exception.
bas des boules de départ. Juste incroyable.
Perle de l’océan Indien
Totalement rénové en 2016, l’hôtel,
perle de l’océan Indien, compte aujourd’hui des suites Junior (88) en bordure
de l’anse Kerlan, un petit paradis marin
classé au patrimoine mondial de
l’Unesco. Au pied des terrasses des villas, la plage est un lieu de reproduction
des tortues de mer, qui viennent y
creuser leur nid et pondre leurs 200
œufs à cinq reprises entre les mois de
décembre et de mars. Un ballet de la
nature auquel vous êtes conviés de jour
comme de nuit par ces animaux inoffensifs et imposants (jusqu’à 1,5 mètre
d’envergure) qui parcourent chaque
année des milliers de kilomètres pour
revenir sur leur plage fétiche, désormais protégée.
CONSTANCE LEMURIA
Dans le lagon, il est fréquent que les
tortues vertes, les tortues Hawksbill et
les raies Sting partagent votre baignade d’après-golf, au pied du Nest (« le
nid »), restaurant planté au sommet
des rochers pour mieux continuer à
les observer pendant votre repas.
Poisson grillé, sushis, plat traditionnels seychellois ou cuisine internationale… les choix gastronomiques sont
sans limite, sur les cartes du Rest
Legend et du Takamaka, à quelques
encablures en bord de plage. Le restaurant Diva, lui, est plus raffiné, en
bordure du golf, avec sa cave à vins à
18° Celsius et ses 12 000 bouteilles. La
formule golfeur « easy going » pour le
déjeuner, avec vue sur le green, n° 9,
est épatante ! ■
Constance Lemuria, anse Kerlan, Praslin,
Seychelles. Tél. : (248) 428 1281.
www.constancehotels.com
en voiturette - certaines liaisons entre
les trous sont longues. Le club house
très moderne vaut le détour avec de
vastes vestiaires et un bar panoramique. S’il y pleut beaucoup plus souvent
qu’au bord de l’eau (montagnes obligent), on peut par chance, lorsque le
ciel est dégagé, admirer l’océan Indien
pratiquement visible sur chaque trou.
Bois Chéri, île Maurice.
Tél. :(230) 430 5800.
www.avalongolf.mu ■
Carnet de route
une dizaine d’heures
d’avion de la France, l’île Maurice est
une terre d’hospitalité reconnue pour
les amoureux du golf. Tour d’horizon
des meilleurs complexes hôtels &
parcours.
vraiment l’impression de jouer au milieu de celui-ci. Cadre idyllique et balade inoubliable assurée dont le point
d’orgue reste probablement le 16, un
par 5 de 425 mètres dont le green
plonge dans le lagon. Le Paradis n’a
jamais aussi bien porté son nom. Assez
plat, il peut aisément se jouer à pied.
Plutôt court (5 924 mètres des départs
arrière), il s’avère assez accessible.
Attention toutefois aux nombreux
obstacles d’eau qui pourraient corser
rapidement la carte.
Le Morne Peninsula, île Maurice.
Tél. : (230) 401 5050.
www.beachcomber-hotels.com
Y ALLER
Depuis Paris-Charlesde-Gaulle : Air Mauritius
et Air France assurent
des vols directs.
Depuis Paris Orly Sud : Corsair.
DÉCALAGE HORAIRE
+ 3 heures en hiver par rapport
à la France. + 2 heures en été.
CLIMAT
Tropical : entre 21 °C et 24 °C
de juin à août, entre 28 °C
et 34 °C de novembre à mars.
+
À
LAURENT LOUËT
llouet@lefigaro.fr
ET ROMAIN SCHNEIDER
rschneider@lefigaro.fr
Les bunkers noirs du parcours contrastent ainsi avec le blanc des bunkers
d’avant-green. Une particularité visuelle marquante, notamment sur le
très beau trou 11 (par 3). Long de
6 245 mètres, ce par 72, s’apparentant à
un links, déploie de larges fairways et
offre 5 par 5, 8 par 4 et 5 par 3. Chaque
trou comporte plusieurs aires de départ
différentes. Sur le 17 (par 3), on dénombre ainsi pas moins de 11 zones de
départ allant de 80 mètres à 220 mètres !
Petit regret, le tracé étant plat, on aperçoit à peine l’océan pourtant si proche.
Mont Choisy, île Maurice.
Tél. : (230) 269 6430.
www.montchoisygolf.com
ET AUSSI
Île aux Cerfs : dessiné
par le légendaire champion
allemand Bernhard Langer en
2003, un parcours unique. Dont
l’accès se fait par bateau après
une petite virée d’une dizaine
de minutes dans un bras de mer
d’environ 1 kilomètre.
www.letouessrokresort.com
Anahita Four Seasons :
un parcours tel un bijou, signé
Ernie Els. Contrairement à ceux
de l’île aux Cerfs, ici, les fairways
sont larges. Les greens aussi.
Avec leurs subtiles ondulations,
ils peuvent se révéler toutefois
redoutables en fonction
des positions de drapeaux…
www.fourseasons.com/
mauritius
Tamarina : encadré d’arbres
tropicaux et traversé
par la rivière du Rempart,
ce parcours est implanté
sur un ancien terrain de chasse
rocheux qui ondule
sur 43 hectares en pleine
savane. Le paysage naturel
a été préservé pour y conserver
l’impression de savane africaine.
www.tamarinagolf.mu
Constance Prince Maurice :
l’hôtel Prince Maurice
est un joyau de l’île. Avec
ses villas sur pilotis, il est le seul
établissement qui propose
un bar et un restaurant flottant
sur un barachois (réserve d’eau
naturelle mi- pure, mi-salée).
Le temps y semble suspendu.
Soigneusement décoré, l’hôtel
permet de vivre l’expérience du
luxe dans un contexte intimiste.
Les golfeurs accèdent
aux parcours Legend et Links
en une dizaine de minutes grâce
à des navettes (green-fees,
voiturettes et clubs gratuits).
www.constancehotels.com
PARADIS BEACHCOMBER GOLF RESORT & SPA
30
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 18 avril 2018
VOYAGE
31
La pizza, meilleure guide de Naples
ESCAPADE Dans la bouillonnante cité italienne, les pizzaiolos racontent leur art ancestral, que l’Unesco a classé
cet hiver au patrimoine immatériel de l’humanité. Balade historique dans les secrets d’un plat né dans la rue.
ENVOYÉE SPÉCIALE À NAPLES
gumes de saison. En marge d’une profession essentiellement masculine, une
femme, Maria Cacialli, y consacre sa vie
depuis plus de quarante ans. Son restaurant, La Figlia del Presidente, via del
Grande Archivio, l’un des plus fréquentés de la ville, est le plus savoureux repaire de la pizza frite revisitée.
Les pizzaiolos ne se contentent plus
seulement de faire des pizzas selon la
manière des anciens. L’étude et la
science appuient leur savoir-faire. Ils se
targuent d’effectuer nombre de recherches sur les meilleurs produits et combinaisons de saveurs, afin de raffiner
toujours davantage ce plat roboratif.
Repenser le produit est une chose, mais
toujours selon les règles de l’art, et surtout sans « jamais modifier la composi-
La charte des « centenaires »
Ouverte en 1830, l’Antica Pizzeria Port’Alba est la plus ancienne de la ville.
CESARE ABBATE/EPA/MAXPPP ; PHOTO12/ALAMY
À Naples, les pizzaiolos racontent cette
tradition dont ils sont les fiers dépositaires. Via Santa Brigida, Antonio Pace,
fondateur et président de l’association
Verace Pizza Napoletana (lire ci-dessous), confie que le secret d’une bonne
pizza réside dans la pâte, composée
« d’eau, de sel, de farine, de levure et de
beaucoup de passion ». Dans son restaurant, Ciro a Santa Brigida, une carte
postale signée Joséphine Baker et Greta
Garbo, affichée ostensiblement sur le
mur, illustre le long chemin parcouru
par le plat plébéien devenu repas de
star.
Avec les seize autres plus anciennes
familles de pizzaiolos de Naples, qu’on
appelle « les centenaires », Antonio
Pace a établi une charte de la vraie pizza
napolitaine. Elle comporte dix règles issues d’une expertise basée sur l’expérience et la transmission de père en fils.
L’hérédité du savoir-faire, tout un
poème. Dans leur antre, les plus grands
pizzaiolos, auréolés du titre honorifique
de maîtres pizzaiolos, exhibent sur les
murs articles laudateurs et photos de
famille, comme l’expression d’une lignée d’illustres ancêtres qui ont porté la
pizza sur les fonts baptismaux. Certains
ornent même leurs murs de leur arbre
généalogique, comme la famille Capasso, via Porta San Gennaro.
Via Floria, large artère aux embouteillages assourdissants, les deux jeunes
cousins Enrico et Carlo Alberto Lombardi sont les dignes représentants de la
cinquième génération de pizzaiolos.
Leurs aïeux sont les premiers à avoir
exporté la pizza napolitaine à New York
en 1905. « Notre grand défi est de repré-
Gino Sorbillo montre sa pizza avec les lettres « Unesco » à Naples, en mars 2016.
En décembre dernier, l’art du pizzaiolo est entré au patrimoine immatériel de l’humanité.
TANIA LERRO/STOCK.ADOBE.COM
tion de la pâte », clament en chœur les
pizzaiolos.
Via Port’Alba se trouve la plus vieille
pizzeria de la cité. Ouverte en 1830, la
bien nommée Antica Pizzeria Port’Alba
est tenue par Gennaro Luciano. Sa carte
est riche de 80 recettes, dont 40 traditionnelles et 40 « d’excellence », où il
teste de nouvelles saveurs.
Sur les hauteurs de Naples, dans le
quartier résidentiel du Vomero, Antonio Grasso, dirige, lui, le restaurant Gorizia, du nom de la ville que les Italiens
ont reprise aux Autrichiens en 1916
(l’histoire n’est jamais bien loin…).
Pour innover, il a fait appel à ses souvenirs d’enfant. Quand il émiette sur ses
pizzas le tarallo, un gâteau classique de
Naples, il pense à sa grand-mère, qui
l’utilisait de cette façon sur d’autres
mets. À l’instar de son voisin, Gaetano
Genovesi. Ou de Mattozzi, Attilio et de
tant d’autres du centre historique. Les
citer tous relève de l’impossible. Naples
compte plus de 2 000 pizzerias.
La créativité des Napolitains ne s’arrête pas là. Chef de file de la pâte à pizza
alternative, Salvatore Santucci symbolise le mieux cette hardiesse, intégrant du
curcuma ou de la poudre à charbon dans
sa préparation : «Utiliser du charbon, que
l’on vend pour réduire les ballonnements
et détoxifier l’organisme, signifie faire du
bien à mes clients », explique le chef, patron de la pizzeria Ammaccàmm, située
à 20 kilomètres de Naples, dans la ville
riche en histoire de Pouzzoles, qui vaut
le détour. Salvatore ne fait pas partie des
fameux centenaires : il appartient à cette
génération qui a évité la délinquance
grâce à ce métier. Les dangers de la rue,
la star des guides de tourisme, des réseaux sociaux et des médias Gino Sorbillo les a obstinément affrontés.
C’est grâce à des Napolitains comme
lui que l’on peut aujourd’hui déambuler
en toute sécurité dans la superbe via dei
Tribunali. L’histoire de ce quartier malfamé dans les années 1980 se confond
avec la sienne, qu’il a racontée dans
l’émouvant Pizzaman, dont on espère la
traduction prochaine de l’italien au
français. « J’ai renoncé à quitter Naples
pour faire fortune. J’ai préféré élever
mon quartier au rang qu’il méritait »,
déclare avec force Gino Sorbillo.
Aujourd’hui, sa pizzeria trône de toute
sa superbe dans l’un des plus beaux
centres historiques d’Europe. ■
L’association Verace Pizza Napoletana, gardienne du temple
« Si, aujourd’hui, la pizza napolitaine
est connue dans le monde entier,
et même en Italie, c’est grâce à nous »,
déclare le fondateur de l’association
Verace Pizza Napoletana sans cacher
sa fierté. Plusieurs associations de
pizzaiolos existent à Naples, mais celle
d’Antonio Pace est la plus ancienne.
Effrayé par l’éclosion des grandes
chaînes d’alimentation rapide et de la
pizza surgelée, il a créé son association
en 1984 pour promouvoir la recette
originale et défendre sa paternité.
« Pour qu’ils ne nous la volent pas !
La pizza est une affaire locale qui
appartient à la seule ville de Naples »,
tempête-t-il. Avec ses adjoints, Lello
Surace et Massimo Di Porzio, il veille au
grain. Les cours que dispense l’école de
l’association ont fortement contribué
à redorer le blason du pizzaiolo,
qui est passé du dernier échelon
de la restauration à un rang de master
chef. Orgueil du président : « Quand
l’Unesco consacre l’art du pizzaiolo,
c’est tout ce travail mené depuis
plus de trente ans qu’elle salue ! » A. V.
Y ALLER
Par avion avec Air France,
Transavia et easyJet
au départ de Paris, Lyon
et Nice. Volotea propose
des départs de Nantes,
Bordeaux, Marseille,
Bâle-Mulhouse et Lille.
SÉJOURNER
L’équipe de spécialistes
de l’Italie des Maisons
du voyage offre la possibilité
de concevoir un voyage
sur mesure. Autre option :
city trip de 4 jours à partir
de 720 € par personne
en chambre double avec
le vol en classe éco,
une visite guidée, un dîner
et les transferts privés.
Tél. : 01 56 81 38 30 et
www.maisonsduvoyage.com
Dans le centre historique
de Naples, vous pouvez dormir
dans les palais raffinés du XVIe
ou du XVIIe siècle dans des
pensions accueillantes où les
propriétaires se feront un plaisir
de vous recevoir et de vous
conseiller dans vos visites.
Notre choix, le Palazzo dello
Spagnuolo, un bijou baroque
du XVIIIe siècle dans la rue
animée des Vergini. On y a aimé
son majestueux double escalier,
l’accueil plus que chaleureux
d’Anna, Nicolo et Patricia,
la propreté des chambres
décorées avec soin, leur
superbe terrasse et la qualité
de leur petit déjeuner.
Via dei Vergini, 19.
À partir de 90 €.
Tél. : +39 333 711 4807 et
www.palazzodellospagnuolo.com
NE PAS RATER
Réaliser votre propre pizza
napolitaine dans l’école
de l’association Verace
Pizza Napoletana,
de la confection de la pâte
à sa cuisson. À quelques
pas des jardins royaux
du Capodimonte qui abritent
l’un des musées les plus
importants de Naples.
Programme complet sur
www.pizzanapoletana.org
SE RENSEIGNER
Osservatorio turistico,
tél. : +39 081 795 1111
et www.comune.napoli
+ @ SUR LE WEB
» Du pont du Gard à Nîmes,
la romanité en marche
» Êtes-vous incollable
sur les îles ?
www.lefigaro.fr/voyages
A
La baie de Naples dominée par le mont Vésuve, situé à une dizaine de kilomètres de la ville.
senter l’énorme bagage historique dont
nous sommes la dernière expression et de
l’accompagner, de le renforcer et de le
renouveler dans le futur », affirment-ils
dans leur pizzeria. Sur plusieurs étages,
c’est un havre de paix qui n’a d’égal que
la générosité de ses propriétaires, qui
lâchent leur four pour discuter avec les
clients des innovations apportées à la
pâte afin de rendre la pizza plus digeste
ou faire goûter leurs dernières créations. Devenue tendance, la pizza traditionnelle penche de plus en plus vers
la pizza « gourmet ». Et pas seulement
celle cuite au four.
Il faut venir à Naples pour découvrir
la pizza frite. Sorte de calzone cuite
dans l’huile bouillante, elle s’est enrichie au fil du temps de salaisons ou lé-
Carnet de route
ien sûr, il y a ses églises,
ses musées, ses fontaines et ses palais
princiers. Mais au sein de la vibrionnante Naples, la pizza peut, elle aussi,
s’enorgueillir d’écrire l’histoire de la
ville. Une histoire où le savoir-faire et
la fantaisie des Napolitains s’entremêlent aux règnes des plus grandes dynasties qui ont dominé l’ancienne capitale
du royaume des Deux-Siciles.
À Naples, manger une pizza, c’est ingérer une part de son passé. Un temps
où la pitance composée d’eau et de farine, sorte de pâte à pain agrémentée
de saindoux et d’huile, a sauvé son
peuple de la faim. Un plat qui devait
« rassasier toute une famille pour deux
sous », comme l’a si bien écrit Alexandre Dumas dans son recueil de virées
napolitaines Le Corricolo. L’un des
meilleurs guides touristiques de la ville
aujourd’hui encore.
Née dans la rue, « la pizza napolitaine
n’a pas d’inventeurs, pas de pères, pas
de patrons. Elle est le fruit de l’ingéniosité du peuple napolitain », dit le proverbe. Mais celle que l’on connaît aujourd’hui trouve son origine trois siècles en
arrière. Quand la tomate est devenue
son ingrédient principal. Introduite
dans les années 1500 à Naples, la tomate, originellement jaune, était considérée comme un poison et servait surtout
de plante ornementale. Il a fallu attendre le début du XVIIIe siècle pour que
les Italiens commencent à la cuisiner.
La pizza est alors dégustée dans sa recette la plus simple. La célèbre Margherita, composée de tomates, mozzarella,
basilic et huile d’olive, tient son nom de
la reine Marguerite de Savoie. La marinara - tomate, huile, ail et origan - sert
de repas aux marins en partance pour
de longs voyages en mer, parce que ses
ingrédients sont faciles à conserver.
L’histoire éclaire son international
succès. Le XIXe siècle achève de populariser la galette ronde vendue pour
presque rien dans des échoppes équipées d’un simple four et comptoir. On la
mange alors à la main dans la rue. Mais
grâce au roi Ferdinand IV de Bourbon,
elle quitte le pavé. Féru de la culture populaire napolitaine, il amène la cour
dans les faubourgs de Naples. On sort
les chaises et les tables pour la recevoir.
Et la pizza gagne ainsi ses lettres de noblesse. Mythe ou réalité, peu importe :
les pizzaiolos de Naples prennent plaisir
à raconter cette version-là. Et, en décembre dernier, l’Unesco l’a couronnée : l’art du pizzaïolo est entré au patrimoine immatériel de l’humanité.
+
B
AURÉLIA VERTALDI
avertaldi@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Dangereux
pour la santé
« Les Grandes
Gueules »
La guerre des étoiles
gastronomiques
Pendant dix mois, deux journalistes ont enquêté dans les cuisines de quatre chefs afin de suivre
leur combat quotidien pour séduire les inspecteurs du guide Michelin. Un documentaire saisissant.
COLETTE MONSAT cmonsat@lefigaro.fr
Numéro 13 | 10 heures | Mardi
U
n peu de Baudelaire, un peu
d’air : « Le vin est semblable
à l’homme : on ne saura
jamais jusqu’à quel point on peut
l’estimer et le mépriser, l’aimer
et le haïr, ni de combien d’actions
sublimes ou de forfaits monstrueux
il est capable. Ne soyons donc pas
plus cruels envers lui qu’envers
nous-mêmes, et traitons-le comme
notre égal. » Ce texte est extrait
des Paradis artificiels. Revenons
à l’actualité, aux « Grandes
Gueules ». Des médecins
demandent que l’on appose sur
les bouteilles de vin cette étiquette :
« L’alcool est dangereux pour
la santé. » Ils nous disent qu’il y a
49 000 morts chaque année en
France. Eh bien, réjouissez-vous,
votre charmant parleur sera bientôt
le 49 001e. On aime la poésie des
toubibs. Ils n’ont toujours pas
compris que la santé, il fallait un
peu la mettre en conserve, que dès
le début elle battait sérieusement de
l’aile. La vie s’est construite sur des
malentendus. On n’y croyait pas.
Revenons au pinard, ça se bataille
aux « Grandes Gueules ». Un des
intervenants : « Moi, si je devais
mettre un frein à la consommation,
ce serait plutôt sur la qualité car j’en
ai tété, de la picrate. » Il poursuit, on
ne comprend pas très bien ce qu’il
dit. « Arrête tes conneries, le vin, le
vin… » Et nous n’avons rien pigé.
Encore un petit peu de Baudelaire :
« Le vin exalte la volonté […] Le vin
est un support physique […] Les gens
qui ne boivent jamais de vin, naïfs ou
systématiques, sont des imbéciles ou
des hypocrites, c’est-à-dire des
hommes ne connaissant ni
l’humanité, ni la nature […]
Un homme qui ne boit que de l’eau
a un secret à cacher à ses
semblables. » Nous le savons,
l’Europe a été sauvée par un
alcoolique. Il s’appelait Winston
Churchill. De l’autre côté,
outre-Rhin, il y avait un type qui
carburait à l’eau de Vichy. Allez,
champagne pour tout le monde !
slo, Madrid, Tokyo, Paris :
quatre capitales, quatre
chefs et quatre cultures
mais une obsession partagée : obtenir la reconnaissance suprême du guide Michelin. Pour
trois d’entre eux, c’est la troisième étoile
qui les fait rêver, pour le quatrième, déjà
au firmament, c’est encore et toujours la
quête de perfection. Pendant plus de dix
mois, les journalistes Charlotte Altschul
et Nicolas Boero ont suivi les quatre protagonistes de ce documentaire passionnant, intitulé « Étoilé.e.s » (les auteurs
ont fait le choix contestable de l’écriture
inclusive). Ils ont cherché à comprendre
ce qui poussait ces artistes à aller toujours plus loin dans l’excellence.
Ils n’ont pas été choisis au hasard.
Chacun porte une histoire singulière.
Prenons Esben Holmboe Bang, 35 ans,
Norvégien. À Oslo, son
restaurant triple étoilé
Maaemo accueille trente-six convives. Il vit
○○○¡
chaque service comme
une performance qui
doit traduire sa passion pour la nature et
sublimer les produits d’un pays pauvre
qu’il aime plus que tout. Au départ, rien
ne le prédestinait à la cuisine, mais un
job de plongeur alors qu’il était étudiant
a tout fait basculer. « J’ai adoré l’adrénaline et la camaraderie qui régnaient en
cuisine. Un peu comme à l’armée. » Son
mentor ? René Redzepi, le chef danois
du Noma (sacré quatre fois meilleure table
du monde par le jury du San Pellegrino
World’s 50 Best Restaurants, NDLR), celui qui « a cassé les codes et grâce auquel
tout a commencé ». Autre personnage
atypique et attachant : Maria Marte, chef
O
interviewée par Philippe
Larroque et Nicolas Vollaire
aujourd’hui sur :
du Club El Allard, à Madrid. Originaire
de République dominicaine, elle a aussi
débuté à la plonge en 2003 et, sans formation, a ramé dix ans avant d’obtenir
sa place de chef et les deux macarons qui
ont suivi. « Elle est devenue une guerrière », observe un membre de son staff. Et
pour progresser, elle a même dû laisser
sa mère élever ses trois enfants, de
l’autre côté de l’Atlantique.
Promotions discutables
Il y a aussi Sylvestre Wahid, du restaurant Chez Sylvestre, à Paris, doublement étoilé, trois mois seulement après
PHILIPPE GÉLIE £pgelie@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À WASHINGTON
a une âme « unique au monde ». Inspiré
des ziggourats mésopotamiennes, le
bâtiment est posé comme une couronne de bronze au milieu du Mall de la capitale fédérale américaine. L’ambition
de l’architecte anglo-ghanéen David
Adjaye était de créer un espace « où le
contenu et le contenant ne font qu’un ».
Succès phénoménal
La visite commence à 18 mètres sous
terre, avec les débuts du commerce négrier transatlantique au XVIe siècle, puis
l’on remonte progressivement vers la
lumière, la bataille pour les droits civiques, la musique noire, la Cadillac déca-
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4703
HORIZONTALEMENT
1. Homme de métier. - 2. Ne lâche
jamais prise. - 3. Antisceptiques.
- 4. Unité sur le terrain. Formule.
- 5. Pains jaunes, en un sens. - 6.
Règlement de comptes. Dans
l’Orne et dans la Marne ou pour
aller de l’une à l’autre. - 7. Entortillé. Maître de constriction. - 8.
Lutte contre les mâles façons.
Accord du bout des lèvres. - 9.
Coupa l’inspiration. - 10. Créer
des teintes subtiles. Il connaît
la formule. - 11. Manipuler sans
douceur. - 12. S’enroule dans le
sens inverse des aiguilles d’une
montre.
VERTICALEMENT
1. Commérages futiles. - 2. Une
filière agricole dont l’importance
au Québec est consi… d’érable !
- 3. Saint oint. Limiteur de vitesse.
- 4. Donne des visions aux habitants de la Corne. On en sort
pour aller aux cabinets. Perle de
culture. - 5. Aigle audacieux. Dans
l’Aisne. Conventions collectives.
- 6. Produisit une certaine effervescence. Privé de cinéma. - 7. Se
tient à cheval. Pleuvoir en Suisse.
- 8. Le type de la réception.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4702
HORIZONTALEMENT 1. Sans-abri. - 2. Anéantir. - 3. Utopisme. - 4.
Tiges. En. - 5. Ibo. Élue. - 6. Lita. Or. - 7. lohraW. - 8. Étiqueté. - 9. Mique.
Ru. - 10. Équerres. - 11. Nuée. Ève. - 12. Tessères.
VERTICALEMENT 1. Sautillement. - 2. Antibiotique. - 3. Néogothiques.
- 4. Sape. Arquées. - 5. Anise. Auer. - 6. BTS. Lowe. RER. - 7. Rimeur.
Trève. - 8. Irène. Yeuses.
2
3
4
5
6
7
8
potable de Chuck Berry et la présidence
de Barack Obama. « Ce musée est à la
fois un symbole pour ceux qui croient aux
idéaux de notre nation et une sorte de
métaphore de tout ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis », explique le directeur, Lonnie Bunch.
Il a fallu un siècle pour donner corps
à ce projet, envisagé dès 1915, toujours
reporté faute de site et d’argent, finalement mis sur les rails par George W.
Bush en 2003 et inauguré par Barack Obama fin 2016 – l’un des
derniers actes officiels
○○○¡
de sa présidence. En-
BRIDGE
en un repas, est d’autant plus angoissant qu’on ne le repère pas. « Je vis la
peur au ventre », avoue Maria Marte.
Jusqu’à ce que tombe le verdict. Avec
son lot d’incohérences, de promotions
discutables, d’omissions notables. De
cela, le documentaire, pourtant fort
long (1 h 48), ne fait pas état. Se plaçant
du côté des cuisiniers, il laisse formidablement percevoir leur travail, leurs
valeurs, leur immense talent, sans jamais remettre en question l’institution
Bibendum, ses failles et ses carences. Un
peu de distance n’aurait pourtant pas
trahi les intéressés. ■
2
3
tre-temps, il a fallu constituer une
collection à partir de rien : en huit
ans, les curateurs ont rassemblé
45 000 objets, découverts à 70 % chez
des particuliers. Avec 8 000 visiteurs
par jour, deux fois plus qu’attendu, le
succès est phénoménal. Il tient à l’intelligence et à la sensibilité des
concepteurs, tout simplement : « Les
Afro-Américains ont obligé l’Amérique
à être à la hauteur de ses idéaux, dit
Lonnie Bunch. J’attends de ce musée qu’il
incarne l’Amérique qui
exauce ses rêves et qui
tient ses promesses. » ■
22.50
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME DE DÉFENSE N° 2808 : Sang neuf
52
D763
ADV7
R75
1
A86
ARV9
R 8 2
10 3 2
N
O
E
S
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (Tous vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1 contre surc.
2
2 passe 4
Entame : As de (le 2 en Est, le 4 en Sud).
4
5
6
7
8
A
sa prise de poste. D’origine pakistanaise, il est arrivé en France à l’âge de neuf
ans. Cette troisième étoile, il la veut.
« La reconnaissance de ce métier, quand
tu viens de nulle part, c’est vraiment très
important. »
Même objectif pour Yoshihiro Narisawa qui, dans son restaurant de trente
couverts à Tokyo, « se donne à 120 % et
pense à la cuisine 24 heures sur 24 ». Très
engagé dans la défense de l’environnement, il aimerait utiliser le pouvoir
d’influence du guide rouge pour faire
passer son message. Mais l’inspecteur
anonyme, celui qui scelle votre destin
Visite guidée dans l’établissement qui retrace l’histoire des Afro-Américains, de l’esclavage à Barack Obama.
P
Invitée : Catherine Ceylac
Le chef doublement étoilé Yoshihiro Narisawa (ici dans son restaurant de trente couverts à Tokyo),
se dit très engagé dans la défense de l’environnement.
L’âme du « Musée noir » de Washington
our qu’un musée soit autre
chose
qu’un
étalage
d’œuvres d’art, il faut qu’il
soit porté par un idéal. On le
comprend en visitant le Musée national d’histoire et de culture
afro-américaines à Washington… À
condition de s’y être pris trois mois à
l’avance pour obtenir un billet. Pour les
autres, le documentaire d’Oliver Hardt
est là : au-delà des coulisses du « Musée
noir », il nous dévoile pourquoi ce lieu
LE BUZZ TV
20.55
BLACK DYNAMITE PRODUCTION / TROISIEME ŒIL PRODUCTIONS / CANAL +
32
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SOLUTION DU PROBLÈME N° 2807 : Gain assuré
Contrat : Sud joue 5 Trèfles.
Entame : Valet de pour le Roi et As de , coupé. (Atouts 2-1).
Une fois que vous avez tiré l’As de et que tout le monde a eu la politesse de fournir, votre
contrat est sur table. Purgez le dernier atout et résistez aux impasses royales (reine rouge ou
roi noir).
Jouez plus subtilement Roi de et en couvrant la carte d’Ouest. Est en main se trouve fait
comme un rat. Par exemple, quand Ouest a fourni le 7 et vous le 8, Est prend du 10 mais doit
se jeter dans l’une ou l’autre des fourchettes majeures.
AD52
Et si Ouest fournit le 9 au deuxième tour de la couleur, votre
AV82
Valet pousse à la Dame, si bien qu’Est doit rejouer dans la
4
D 10 9 6
fourchette As-8 à .
V96
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
33
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Parfait
Soleil: Lever 06h55 - Coucher 20h46 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 l 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.25 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Laurent Kerusoré.
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
21.00 Joséphine, ange gardien
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie dramatique
Série. Drame
Football
MATIN
10
Série. Comédie. Fra. 2003. Saison 7.
Avec Mimie Mathy, Julie Dray. Le
stagiaire. Joséphine se voit affublée
d’un angelot de 10 ans, auquel elle
doit enseigner les ficelles du métier.
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22.45 Joséphine, ange gardien. Série
0.40 Confessions intimes. Mag.
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Grey’s Anatomy
Ben
Caen/Paris-SG
EU. Saison 14. Avec Ellen Pompeo,
Caterina Scorsone, Kevin McKidd,
Chandra Wilson. 2 épisodes. Inédits.
Meredith est sur le point de partir
pour Boston , quand de nombreux
blessés arrivent aux urgences.
Fra. Saison 1. Avec Barbara Schulz,
Samir Guesmi, Sigrid Bouaziz. Les
enfants perdus (1 et 2/2). Inédit. Des
coups de feu sont entendus à proximité d’une crèche de Nantes, où une
puéricultrice est tuée.
Coupe de France. Demi-finale. En
direct. Commentaires : Fabien Lévêque, Jérôme Alonzo, Kader Boudaoud. En route pour conquérir un
4 e titre d’affilée, les Parisiens
devront se méfier des Caennais.
20.50 Jeunesse à vendre
22.50 Chicago Med Série. La
22.55 Questions directes Maga-
médecine de l’âme. Inédit - Cruels
dilemmes 0.35 Night Shift. Série.
zine 0.30 Nos terres inconnues.
Magazine. Invité : Malik Bentalha.
23.05 Soir/3 23.30 Avenue de
l’Europe, le mag Magazine. Présentation : Véronique Auger. Inédit.
22.00 Débat 22.45 C dans l’air 23.55
C à vous 0.50 C à vous, la suite
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19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
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Documentaire. Société. Fra. 2016.
Réal. : Alexis Marant. 1h10. Inédit. Ce
phénomène tabou échappe souvent
aux adultes : de plus en plus de mineurs se prostituent en France.
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APRÈS-MIDI
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19.00 L’Allemagne sauvage. Série
doc. 19.45 Arte journal 20.05 28 minutes 20.45 Athleticus. Série.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Audrey Lamy.
20.55
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Documentaire. Société
Film. Comédie
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20.55 Le super bêtisier
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Divertissement. Prés. : Camille Cerf.
1h55. Inédit. Une soirée placée sous
le signe de l’humour et du glamour.
Au programme : des vidéos hilarantes de stars en délire.
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22.50 Le super bêtisier. Divertissement. Présentation : Camille Cerf.
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19.00 Les routes de l’enfer : Australie. Série documentaire.
20.50 Top Gear
Étoilés.e.s
21 nuits avec Pattie
Top Chef
Fra. 2017. Réal. : Charlotte Altschul, Nicolas Boero. 1h50. Inédit. Ce
documentaire propose un voyage
en compagnie de quatre chefs de
culture et de traditions gastronomiques différentes.
Fra. 2015. Réal. : Arnaud Larrieu,
Jean-Marie Larrieu. 1h55. Avec Isabelle Carré, Karin Viard. Venue enterrer une mère distante, Caroline
se retrouve face à de joyeux lurons
et un cadavre fugueur.
Prés. : Stéphane Rotenberg. 2h25.
Demi-finale. Inédit. Le menu de cette
demi-finale s’annonce savoureux,
puisque chacun des trois candidats
imagine une épreuve qu’il impose à
ses adversaires.
22.45 Chacun sa vie Film. Comédie
22.50 Le musée noir Doc. Art.
Allemagne. 2017. Réal. : Oliver Hardt
23.45 Mercredi 04:45. Film. Thriller.
des grands chefs Divertissement.
Inédit 0.15 Cauchemar en cuisine
0.35 Cardinal. Série. Northwind - El
Brujo 2.00 Zapsport. Magazine.
22
T (en °c)
Mag. Automobile. Prés. : M. LeBlanc,
C. Harris, R. Reid. 1h10. Au pays du
Soleil levant. Inédit. Matt LeBlanc et
Chris Harris achètent des voitures
qu’ils pilotent dans l’île de Honshu.
22.00 Top Gear. Mag. 23.05 Wheeler
Dealers - Occasions à saisir
23.25 Top Chef, dans l’assiette
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Jennifer Morrison, Lana Parrilla.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 90’ enquêtes
21.00 Enquêtes criminelles :
le magazine des faits divers
21.00 Flagrant délit
Magazine. Société. Prés. : C. Rousseau. 2h25. Familles XXL : comment
font-elles avec 7, 11 ou 14 enfants ?
Inédit. «90’ enquêtes» a suivi la vie
quotidienne de tribus XXL !
23.25 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
Mag. Société. Prés. : N. Renoux. 2h05.
Au sommaire : «Affaire Christiane
Roger : deux femmes pour un héritage» - «Affaire Olivier Touche».
Magazine. Société. Prés. : E. Besse.
2h10. Immersion dans les forces de
sécurité de Reims. Inédit. La ville de
Reims a ouvert les portes de son
Centre de supervision urbaine.
23.05 Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers. Magazine.
23.10 Flagrant délit. Magazine. Présentation : Emilie Besse.
SU DO KU
GRILLE 2482 MOYEN
SOLUTION DU N° 2481
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VILLE DE
LA SOMME
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SES
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LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
PURIN
COUVRIR
DE
SALETÉS
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lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
APRÈS IL
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FORCE 2
BIEN MAL
ACQUIS
SAMEDI
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22.55 Storage Wars : enchères surprises. Téléréalité.
MOTS FLÉCHÉS N°1949
Chaque jour un peu plus difficile
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
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TUNIS
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VENDREDI
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Film TV. Comédie. Fra. 2010. Réal. :
Régis Musset. 1h45. Avec Charlotte de Turckheim. La vie de Marie-Agnès, Myriam et Odile, trois
voisines aux modes de vie opposés.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
JEUDI
21.00 Le grand ménage
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
PRÉNOM
NOUVEAU
PROJECTILE
PARCOURUS
BABA
STIMULER
LA
CURIOSITÉ
HALTE AUX
DOULEURS
PLUS
TARD
AUGUSTE
PÉRIODE
QUI A
LA GORGE
PRISE
FERVEUR
ROSETTE
BIEN
FICELÉE
PRESSE
BAIN
APPRÉCIÉ
MATIÈRE
DE PIPE
SIX
À OSTIE
SANS CARGAISON
AMATEUR
DE
LARDONS
VENTILES
IL EN
SORT DES
CADRES
CUBE
CÉTACÉ
VORACE
PERROQUETS
POUR
LA
SAINTE
VIERGE
CASSÉS
IL DIRIGE
LES
TROUPES
VIEIL
ANDIN
TYPE DE
SAULE
FER DE
D’ARTAGNAN
LEVANT
SECTEUR
POSTAL
EMPRESSÉS
TEL
LE DINDON
DE LA FARCE
GRANDSMÈRES
AIME À
CROIRE
avril - mai - juin
CACHÉE
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
O
P
C
E
M
C
C
E P U I S A N T
E G A R E E
T R E S S A I L L E M E N T
Z I G
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B I N O C L E
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T A C T I C I E N
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D E M E S U R E
D A
A G E
A
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chez tous les marchands
de journaux
et sur www.figarostore.fr
A
18.40 L’info du vrai (C). Magazine.
Présentation : Yves Calvi 20.40
Canalbis (C). Divertissement.
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19.45 Mad Box. Magazine 19.55 The
Big Bang Theory. Série.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 18 avril 2018 LE FIGARO
34
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
François Tajan,
l’homme des palaces
SUCCÈS Le fils de Jacques Tajan est lui aussi commissaire-priseur. Président
délégué d’Artcurial, il disperse 10 000 pièces de mobilier du Ritz Paris
à l’hôtel des ventes du rond-point des Champs-Élysées, du 17 au 21 avril.
Valérie Sasportas
vsasportas@lefigaro.fr
e groom du Ritz se tient sur le perron
d’Artcurial. Sourire lumineux et
joues rosies de joie, le commissairepriseur François Tajan, président délégué de la maison de ventes, se tient
un pas en arrière pour accueillir ses
hôtes. Ce soir-là, le Tout-Paris se
presse au rond-point des ChampsÉlysées pour découvrir la métamorphose extraordinaire de l’hôtel Dassault en hôtel Ritz. Sur trois étages, le décorateur Vincent Darré a recréé l’univers
du palace de la place Vendôme sans cesse renouvelé
depuis son ouverture le 1er juin 1898. Tout y est : le
salon Proust, qui se délecta d’y observer la vie mondaine, la chambre de Coco Chanel, qui y vécut les
dix dernières années de sa vie, le bar Hemingway,
qui fut un pilier du Ritz. Et même une baignoire
- douche émaillée d’origine ressortie des réserves ;
son aspect inquiétant évoque à certains Psychose, le
film d’Alfred Hitchcock. « Absolument ! La scène de
la douche avec Norman Bates, joué par Anthony Perkins ! » s’exclame François Tajan, qui dispersera ici
même, du 17 au 21 avril, les 10 000 objets exposés
jusqu’à la veille du premier coup de marteau. Les
enchères seront tapées en alternance avec Stéphane
Aubert, comme à l’Hôtel de Paris, à Monte-Carlo,
en 2015. François Tajan y dirigea la vente sous l’œil
fier de son père, l’ancien commissaire-priseur Jacques Tajan, né à Monaco de parents y ayant vécu
une partie de leur vie. Jacques Tajan initia les pre-
L
(« Maïté »), ont choisi de vivre à Saint-Germainmières grandes enchères sur le Rocher dans les andes-Prés plutôt qu’au Vésinet (dans les Yvelines).
nées 1970. « Parmi les choses que j’ai exportées de
Cette « intuition heureuse » a été « l’élément le plus
l’étude Tajan vers Artcurial, il y a évidemment les
marquant de [sa] vie ». « Grandir dans les années
ventes à Monaco. Bijoux, montres, l’univers du luxe,
1970 au milieu des cinémas, des théâm’ont rapproché de cette histoire fatres, des librairies et dans un environmiliale », confie François Tajan.
nement assez politisé a été un accéléÀ 55 ans, on le surnomme « l’homrateur de la découverte sur le monde »,
me des palaces », parce qu’avant le
se réjouit ce professionnel du marché
Ritz il a dispersé le mobilier de l’Hôtel
qui commença… dans le cinéma.
de Paris, donc, mais aussi du Crillon,
27 juin 1962
« En quatrième année de droit, j’ai
du Plaza Athénée et du George V,
Naissance à Évreux.
tout arrêté pour basculer dans ce monplus de vingt ans auparavant avec
1986
de. » Son père lui permet de renconson père. Sans oublier la Tour d’ArRégisseur dans le cinéma. trer le producteur Claude Berri, qui
gent, dont le prestige du restaurant
1998
est déjà collectionneur. François Tavaut bien qu’on le place à côté des
Commissaire-priseur
jan devient stagiaire régie pour le
palaces. Leur dénominateur comassocié chez Tajan.
film Hôtel de France de Patrice Chémun ? « L’art de vivre, un goût fran2005.
reau. Se formant sur le tas, il gravit
çais », affirme le commissaireCoprésident chez Artcurial, toutes les strates, se souvient du clip
priseur. « Mais Il y a une chose très
dont il devient président
avec Mylène Farmer, de L’Ours de
particulière au Ritz que l’on peut rapdélégué dix ans plus tard.
Jean Jacques Annaud. L’aventure du
procher du Crillon, précise-t-il, ce
24 mai 2014
septième art dure plus de quatre ans.
sont des lieux de patrimoine. » FranMeilleur souvenir
Mais « l’intermittence du spectacle
çois Tajan est un homme simple,
d’enchères : record
correspond assez peu à [sa] nature bicheveux argent, yeux bleu clair, qui
mondial en BD
leuse », reconnaît-il. À 28 ans et alors
porte des lunettes mais regarde souà 2,4 millions d’euros
que sa première épouse attend son
vent par-dessus ses verres, qui éteint
pour
des
pages
de
garde
premier enfant, il s’associe à son
son téléphone pendant les entretiens.
dessinées par Hergé.
père, « avec la ferme intention de ne
Pour lui, « le plus important dans l’art
17 au 21 avril 2018
jamais être commissaire-priseur, mais
est de savoir que l’objet existe, qu’on
Vente de 10 000 objets
peut-être, un jour, expert ». Deux ans
puisse le voir, y réfléchir, plus que d’en
du Ritz (avec Stéphane
plus tard, celui qui « ne se voyait pas à
être propriétaire ». Son œil frise deAubert, directeur associé). la tribune » à cause de sa timidité a
vant une œuvre d’art contemporain,
Bio
EXPRESS
une photographie. Collectionneur
mais non accumulateur, il se satisfait d’être « un détenteur provisoire d’objets formidables ». Son insatiable appétit de culture remonte à l’année de ses
8 ans, quand ses parents, Jacques et Marie-Thérèse
changé d’avis. Un deug d’histoire de
l’art en poche, il voit dans le « statut » de commissaire-priseur la possibilité de « retrouver un caractère généraliste qui s’incarne encore aujourd’hui avec
la vente du Ritz ». Jacques Tajan, trop heureux de
retrouver ce fils qu’il croyait « parti pour toujours »,
lui fiche « une paix royale ». Leur collaboration dure
quinze ans, « sans aucune engueulade ».
C’est un rockeur
Au début des années 2000, le vieux briscard vend
son affaire. Son jeune loup prend son envol : en
2004, il rejoint Artcurial, créé deux ans plus tôt.
Tout l’intéresse. Il crée les départements BD,
joaillerie, Art déco, orientalisme, contribue à faire
de la « maison du rond-point » le leader français
des enchères, aux côtés de Christie’s et de Sotheby’s. L’éclectisme est son luxe. Il ose une vente rock
précédée d’un cocktail déjanté. L’esprit du genre
est à ce point respecté que l’homme est démasqué :
c’est un rockeur. « En effet ! J’ai joué longtemps de la
batterie. Le batteur est celui qui donne le rythme.
C’est la même chose dans les enchères. Si tu donnes ce
rythme-là, tu embarques aussi les gens, tu embarques la salle. » À 10 ans, il achetait son « premier disque, Sticky Fingers des Rolling Stones, celui avec le
jean sur la pochette de Warhol ». La voix de Mick
Jagger l’accompagne encore aujourd’hui. François
Tajan s’enorgueillit d’avoir une fille qui lui a demandé de mettre les Clash dans la voiture. « Je ne
peux pas être un mauvais père », songe l’homme aux
trois enfants de 27, 14 et 12 ans nés de ses deux mariages. Parfois, il se surprend, pendant les ventes, à
« faire tourner le marteau entre [ses] doigts comme
des baguettes ». D’autres fois, il lui arrive de regarder quelqu’un fixement et que, le lot d’après, la personne mise. Fluide social. Tajan n’en abuse pas.
C’est un homme élégant aux airs faussement naïfs,
qui observe avec bienveillance même les snobs qui
se prévalent de ce qu’ils ne sont pas, dans les cocktails des maisons de vente où les collectionneurs
érudits sont aussi rares que les chefs-d’œuvre. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Capharnaüm [ka-far-na-om] n. m.
Lieu où visiblement certains étudiants
n’ont plus toutes leurs facultés.
DELACROIX, LA FUREUR DE PEINDRE
Il se confronta au spectacle du monde, afronta les
sarcasmes et les éloges, sans qu’ils lui fassent renier sa
passion : il avait l’étofe du héros, celui qui ne plie pas
face aux gens « à conscience souple », et qui adresse
son œuvre à l’éternité. A l’occasion de la magnifique
rétrospective organisée au musée du Louvre, la plus
complète depuis 1963, Le Figaro Hors-Série se penche
sur la figure emblématique du chef de file du
romantisme, chez qui l’instinct du trait s’allia à
l’expérience du travail. Analyse de son esthétique, de
la peinture d’histoire à ses paysages, en passant par ses
portraits et ses sujets religieux, récit d’une vie marquée
par ses amitiés fécondes avec Chopin, George
Sand ou Baudelaire, son admiration pour Rubens
et Shakespeare, son voyage au Maroc. Il voulait que
chaque tableau soit une « fête pour l’œil », son œuvre
est un feu d’artifice qui nous éblouit encore.
Le Figaro Hors-Série : La fureur de peindre.
106 pages.
L
e président de l’université de Tolbiac a qualifié son établissement occupé
par des grévistes de capharnaüm.
Le nom, qui vient de l’araméen, signifie village de Nahum. Il est cité par
l’évangéliste saint Marc qui décrit une foule hétéroclite se pressant dans une maison
où se trouve le Christ. Le mot est devenu une antonomase : un nom propre devenu
commun. Ce village de Galilée désigne maintenant un bric-à-brac ou un désordre.
Le capharnaüm est la version biblique du pandémonium.
Il appartient au vocabulaire soutenu, qu’on attend d’un président d’université, mais
décrit une réalité plus prosaïque. Car capharnaüm évoque aussitôt les cafards, ces
insectes qui profitent de la saleté, et aussi ce sentiment de tristesse qui naît d’une
situation navrante. Il évoque encore le cafouillage, celui des autorités qui n’osent pas
se lancer dans ce qu’on pourrait appeler la bataille de Tolbiac.
L’Évangile dit que Capharnaüm fut le lieu d’un miracle. Un miracle ? C’est ça qu’en son
for intérieur le président espère pour régler la crise. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Mohamed VI de retour au Maroc
Absent depuis fin février, date d’une intervention
cardiaque subie à Paris, Mohamed VI est de retour au
Maroc depuis ce lundi. De quoi faire taire les quelques
commentateurs qui s’interrogeaient sur la durée
d’un tel éloignement ? En tout cas, sa présence a réjoui
plusieurs artistes qui se fendent d’une vidéo promue par
le hashtag « bashra-kheir » : bonne nouvelle ! Parmi
eux, des stars libanaises, égyptiennes ou togolaises.
La scène française n’est pas en reste : Maître Gims
et DJ Snake souhaitent aussi un bon retour au souverain.
Un week-end
de start-uppeur
à Monaco, fin avril
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Organisée par la Jeune
chambre économique de
Monaco (JCEM), la 5e édition
du Startup Weekend Monaco
se déroulera du 27 au 29 avril.
En trois jours et deux nuits, les
90 participants auront pour
défi de créer leur start-up. Cet
événement permet ainsi aux
idées les plus novatrices de
prendre forme et aux créateurs
de rencontrer des investisseurs
et sponsors. Le jury compte
sept jeunes entrepreneurs.
Une Huronne chez Macron
Mariel Primois-Bizot, ex-compagne de JeanFrançois Bizot, le fondateur d’Actuel décédé
en 2007, a été une « marcheuse » de
la première heure. Dans un livre, Attention à
la marche ! Comme un Huron chez Macron, elle
nous embarque dans les coulisses de la startup En marche !. À la manière de l’Indien
ingénu du siècle des Lumières imaginé
par Voltaire qui critiquait les mœurs sous
le régime de Louis XIV, elle raille « l’absence
de culture politique des digital native ».
Le président a-t-il lu l’ouvrage ? Il lui a été
remis en main propre au Salon du livre par
son éditrice. Qui lui a dit : « C’est pour vous,
mais il ne faudra pas embastiller l’auteur »,
référence, là encore, à Voltaire emprisonné
en 1717, pour avoir critiqué le roi…
FADEL SENNA/AFP
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