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Le Figaro_-_19_04_2018

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jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 919 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
REPORTAGE
AVEC LES GENDARMES QUI
TRAQUENT LES TRAFIQUANTS
DE BÉBÉS ANGUILLES PAGE 12
LE FIGARO LITTÉRAIRE
MAURRAS, UNE ANTHOLOGIE
DE SES TEXTES POUR JUGER
SUR PIÈCES NOTRE SUPPLÉMENT
Interpellé sur les réformes,
Macron affirme qu’il ira
« jusqu’au bout »
TURQUIE
Erdogan convoque
des élections
anticipées PAGE 5
EUROPE
Le plan de Macron
à l’épreuve
de Berlin PAGE 6
ÉDUCATION
Sciences Po Paris
bloqué à son tour
PAGE 7
Grèves : isolée,
la CGT choisit
la fuite en avant
La centrale de Philippe Martinez appelle ce jeudi
à une journée de protestation contre les réformes
du gouvernement, à laquelle les autres syndicats
ont refusé de se joindre. À la SNCF, la mobilisation
contre la loi ferroviaire commence à s’essouffler.
GOUVERNEMENT
Notre-Dame-desLandes : l’exécutif
abat la carte Hulot
PAGE 8
ÉNERGIE
Total rachète Direct
Énergie 1,9 milliard
pour mieux
concurrencer EDF
et Engie PAGE 21
La CGT a décidé de jeter ses
dernières forces dans la bataille, pour s’opposer à « la
régression sociale » qu’elle
décèle dans les réformes du
gouvernement. Son appel à
la « convergence des luttes »
à travers une journée de protestation public-privé ce
jeudi est cependant boycotté
par les autres organisations
EXPOSITION
Mai 68 : ces icônes
surexposées
syndicales. Cet isolement
laisse augurer un nouvel
échec de la CGT, qui s’oppose
systématiquement, en vain,
à tous les projets de l’exécutif. À la SNCF, la grève et les
perturbations se poursuivent, mais la mobilisation
des cheminots contre la réforme ferroviaire devient de
moins en moins forte.
è À NOUVEAU UNIS,
LES SYNDICATS
DE FONCTIONNAIRES
DÉFILERONT LE 22 MAI
è MACRON APPELLE
LES CHEMINOTS À « NE PAS
BLOQUER TOUT LE PAYS »
è LA CGT MENACE DE COUPER
LE COURANT AUX ENTREPRISES
QUI LICENCIENT
PAGES 18, 19 ET L’ÉDITORIAL
n
n
n
n
PAGES 13 À 15
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Notre-Dame-des-Landes :
le gouvernement fait-il
preuve de suffisamment
de fermeté ?
OUI
18 %
NON
82 %
TOTAL DE VOTANTS : 67 873
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Faut-il supprimer le droit
du sol pour les enfants nés
en France de parents
clandestins ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@o@b@j@a";
En déplacement mercredi dans les Vosges, Emmanuel
Macron a été accueilli par les sifflets des habitants et des
manifestants. Parmi eux, des cheminots, des retraités et des
citoyens en colère. Venu pour parler de la redynamisation
des centres-villes, il a tenté d’expliquer à nouveau le sens
de ses réformes lors d’une déambulation de trois heures
dans les rues de Saint-Dié-des-Vosges. PAGES 2 ET 3
n
n
M 00108 - 419 - F: 2,60 E
Immigration : Wauquiez
veut revoir le droit du sol
JÉRÔME FOUQUET/PHOTOPQR/OUEST
FRANCE - ERIC FEFERBERG/AFP
Lors d’une convention thématique organisée, mercredi,
au siège du parti, Les Républicains ont dévoilé leur projet
sur l’immigration. Parmi les
douze propositions présentées
par Laurent Wauquiez pour
réduire l’immigration, la remise en cause du droit du sol et
l’organisation d’un référen-
dum. La question posée aux
Français serait « très simple » :
« Est-ce que vous souhaitez que
la France se dote de lois permettant de réduire au minimum
l’immigration ? » Ces pistes
sont présentées au moment où
le projet de loi asile et immigration est discuté en séance à
l’Assemblée nationale. PAGE 4
ÉDITORIAL par Gaëtan de Capèle gdecapele@lefigaro.fr
Le chant du cygne rouge
D
ernier vestige marxiste du
XXe siècle, c’est-à-dire du
monde d’avant le monde
d’avant, la CGT de Philippe
Martinez nourrit un grand rêve :
organiser « la convergence des luttes ». Faire
émerger un vaste mouvement protestataire
réunissant le public et le privé, et combattant
l’insoutenable « répression sociale » qui
vient, paraît-il, de s’abattre sur la France.
Avec l’objectif affiché de stopper toutes les
réformes en cours, en particulier à la SNCF et
dans la fonction publique. Que l’on se rassure, cet ambitieux projet a du plomb dans
l’aile : à l’exception de l’extrême gauche et
d’une poignée d’Insoumis, personne ne partage ce fantasme révolutionnaire. Comme à
l’accoutumée, défileront donc aujourd’hui
les dernières troupes fidèles à la CGT - transports publics, fonctionnaires, gaziers, électriciens -, sous le regard consterné des autres
organisations syndicales représentatives.
Malgré ces désagréments, la fuite en avant
cégétiste offre au moins un motif de consolation : elle apparaît comme le chant du cygne
d’un syndicat qui trouve de moins en moins
d’écho dans le monde du travail. Sa radicali-
sation est proportionnelle au recul qu’il subit
à chaque élection professionnelle, y compris
dans ses bastions historiques que sont Orange, EDF ou La Poste.
Faut-il s’étonner que les salariés se détournent d’une forme de syndicalisme aussi
sommaire ? L’épuration menée dans les instances dirigeantes de la CGT, désormais
noyautées par la gauche la plus contestataire, ne laisse
aucune place à
la moindre négociation sociale. La lutte des
classes prend le
pas sur toute
autre considération et la grève devient un
réflexe pavlovien. L’intimidation, la brutalité, parfois la violence, sont devenues monnaie courante dans les « mouvements sociaux » sans que jamais le syndicat trouve à y
redire. Quant aux usagers - salariés ou entreprises - qu’il prétend défendre, ils paient
systématiquement les pots cassés. Un tel
cocktail nourrit moins une hypothétique
convergence des luttes qu’une allergie grandissante à la CGT… ■
La CGT recule
à chaque
élection
professionnelle
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
avec le soutien de
et en parte ariat m di ave
A
La chronique
d’Éric
Zemmour
Le tête à tête
de Charles
Jaigu
Vincent
Lambert :
l’appel de
70 médecins
La tribune
de Gaspard
Kœnig
La chronique
de Luc Ferry
L’analyse
de MarieEstelle Pech
JACQUES WITT /SIPA
CHAMPS LIBRES
PAGE 26
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jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Tout le monde
ne connaît pas
Saint-Dié-desVosges, et pourtant
nous connaissons
tous, partout
en France,
des Saint-Diédes-Vosges.
Ces « villes
moyennes »
font vivre
notre territoire.
On est ici
pour se battre
pour elles
et accompagner
les projets de
leurs habitants
EMMANUEL MACRON
»
J’ai une ville
qui a de vrais
problèmes
de pauvreté.
Un centre qui est
assez attractif
au cœur de
l’agglomération de
80 000 habitants,
mais un taux
de vacance (de
logements) qui fait
que, peu à peu, les
choses s’effritent
DAVID VALENCE, MAIRE
DE SAINT-DIÉ-DES-VOSGES
»
A
ALSACE : VERS
LA FUSION DES
DÉPARTEMENTS
Le président estime que l’on
peut « tout à fait imaginer »
une fusion du Haut-Rhin et du
Bas-Rhin « pour créer un grand
département d’Alsace au sein
de la région Grand Est », dans
une interview mercredi aux
Dernières nouvelles d’Alsace
et à Vosges Matin. Le nouveau
département d’Alsace pourrait
« passer des conventions pour
obtenir au sein de cette région
(Grand Est) des compétences
dont il apparaît, à la région et
aux départements, que ce serait
plus pertinent », détaille le chef
de l’État. Pour autant, le chef
de l’État exclut une sortie de
l’Alsace de la région Grand Est.
« Qu’il y ait une réflexion pour
qu’existe une identité alsacienne
qui s’inscrive dans la région
Grand Est, oui. Qu’il y ait une
séparation au sein de la région
Grand Est, non », souligne-t-il.
Début février, Matignon avait
demandé au préfet de région,
Jean-Luc Marx, de mener
une « réflexion sur l’avenir »
de l’Alsace, deux ans
après sa fusion avec la Lorraine
et la Champagne-Ardenne.
Macron se heurte à la colère
Venu pour parler
de la dynamisation
des centres-villes,
le président a été
très malmené.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
ENVOYÉE SPÉCIALE À SAINT-DIÉ-DES-VOSGES
EMMANUEL MACRON venait présenter
mercredi son plan pour « redynamiser »
les centres-villes à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges), petite commune de
20 000 habitants particulièrement exposée aux difficultés liées à la désindustrialisation. Son objectif était de s’adresser à
nouveau à la France des territoires, celle
qui se sent malmenée par sa politique.
Sauf qu’en ce jour de grève, la présence
de cheminots et de manifestants hostiles
sur son chemin est venue une nouvelle
fois perturber son programme. Dès sa
sortie de la mairie, en milieu de matinée,
le président de la République est accueilli
par les huées et les sifflets d’une poignée
de grévistes de la SNCF, postés devant la
tour de la Liberté après avoir forcé les
barrages des CRS. « Cheminots, en colère,
on va pas se laisser faire ! »
Comme à son habitude, le chef de
l’État va directement au contact, quitte à
s’exposer à des altercations rugueuses.
« La dette, ce n’est pas le statut des cheminots qui l’a créée […] Moi, je ne suis pas à
50 000 euros comme Mme Borne (la ministre des Transports, NDLR). Vous croyez
que je vais conduire un train à 65 ans ? »
s’indigne un conducteur de TER et délégué CGT de Nancy, polo rouge et lunettes
de soleil plaquées sur le front. « On a besoin d’une réforme », se défend Macron,
faisant face au cheminot pendant plus de
dix minutes. « Il faut se respecter dans les
désaccords, je crois au chemin de fer mais
ne bloquez pas tout le pays », demande le
président, promettant de « réinvestir
dans les petites lignes », et notamment
celles du Grand Est. Le cheminot évoque
les difficultés liées au rythme de travail.
« Vous, c’est cinq ans, moi c’est toute ma
vie. » L’échange musclé tourne court.
À peine a-t-il tourné les talons, pressé
par David Valence, le jeune maire de
droite de Saint-Dié-des-Vosges, qu’Emmanuel Macron fait face à de nouvelles
protestations. « Résistance ! » crie un
groupe de manifestants au croisement de
la rue Stanislas, bloquée par des barrières
de chantier. « Pourquoi vous méprisez les
gens, monsieur Macron ? » Piqué au vif, le
président retourne à la confrontation.
« Je vous demande simplement de ne pas
prendre tout le monde en otage », risque le
chef de l’État, s’adressant à un cheminot
vêtu d’une chasuble rouge de la CGT. Le
dialogue se tend. « Ce ne sont pas des
otages, et nous ne sommes pas des terroristes », hurle un manifestant. « Vous
Emmanuel Macron a été pris à partie par des cheminots
grévistes, mercredi, à Saint-Dié-des-Vosges. J. WITT /SIPA
n’écoutez rien ! » s’étrangle un autre.
« Moi je vais au contact, je dis les choses
[…] mais moi, je ne siffle personne dans le
dos », riposte Macron.
En première ligne
sur tous les fronts
« Je ne vais pas différer les réformes pour
que je puisse me promener dans la rue
tranquillement, et je ne vais pas me
calfeutrer », assume-t-il, déplorant
toutefois la présence d’« activistes » sur
son parcours. À Saint-Dié, Macron
prend un des bains de foule les plus longs
depuis son élection. Mais aussi le plus
électrique.
La conséquence du fait que le président
est en première ligne sur tous les fronts,
un président devenu le réceptacle des
mécontentements qui se multiplient dans
le pays. « Il y a une petite musique selon laquelle Emmanuel Macron ne serait pas à
l’écoute », relève le secrétaire d’État Julien Denormandie, présent dans les Vosges. « Sauf que sa plus grande particularité, c’est d’aller au contact, quelle que soit
l’inquiétude ou la revendication », vante le
macroniste.
Moins d’une semaine après sa grande
explication télévisée sur TF1, la colère
dans les territoires ruraux et de la France
« périphérique » est loin d’être retombée.
« Macron, président des riches ! » hurle-ton dans le bourg de Saint-Dié-des-Vosges. « Macron, démission ! », tentent des
femmes sur son passage rue Thiers, avant
d’être exfiltrées. « C’est pas le tout de dire
“les riches, on est en haut de corde et les
pauvres, c’est de la merde” », vocifère un
Plus de 3 Français sur 10 prêts à voter pour le président
Alors que les foyers de contestation
se multiplient, c’est un sondage très
encourageant pour Emmanuel Macron.
Si le premier tour de l’élection
présidentielle de 2017 devait se rejouer
dimanche, le chef de l’État, arriverait
largement en tête, selon une enquête
Ifop-Fiducial pour Paris Match, Sud Radio
et CNews. Il réaliserait un bond, passant
de 24 à 33 % dans l’hypothèse assez
peu probable où François Fillon
(12 % des intentions de vote) serait
à nouveau candidat. Mais si Laurent
Wauquiez représentait la droite, le score
du président actuel serait encore plus
élevé avec 36 % des intentions de vote,
contre seulement 8 % pour le chef
de file des Républicains.
Autre enseignement, Marine Le Pen
conserverait tout de même sa seconde
place, augmentant même légèrement son
score avec 23 % des suffrages, contre
21, 3 % en avril 2017. Dans le match pour la
troisième place, Jean-Luc Mélenchon perd
du terrain avec 16,5 % (19,6 % en 2017).
Pour autant, près de 6 Français sur 10
(58 %) se disent « mécontents » de son
action. Emmanuel Macron peut compter
au bout d’un an sur le soutien de 42 %
des Français. Un résultat en hausse
par rapport à Nicolas Sarkozy et François
Hollande, testés sur les mêmes critères
après un an à l’Élysée. Le président issu
de l’UMP convainquait alors 28 %
des Français, le président socialiste
21 %. Une différence qui peut notamment
s’expliquer par le sentiment
que Macron semble plus dans l’action
que ses deux prédécesseurs.
Les sénateurs plaident pour le 80 km/h… au cas par cas
un domaine où il faut au contraire veiller
à l’acceptabilité sociale des mesures pour
qu’elles aient une véritable portée. »
ÉRIC DE LA CHESNAIS
edelachesnais@lefigaro.fr
ET ANGÉLIQUE NÉGRONI
anegroni@lefigaro.fr
LES SÉNATEURS avancent des contrepropositions face au mécontentement
des automobilistes français, en désaccord avec l’abaissement de la vitesse à
80 km/h sur la majeure partie du réseau
secondaire, prévue dès le 1er juillet.
Dans un rapport d’une cinquantaine de
pages transmis mercredi au premier
ministre et dont Le Figaro a obtenu une
copie, ils proposent que « cette décision
soit décentralisée au niveau des départements, afin de l’adapter aux réalités des
territoires ».
« Plutôt que de réduire la vitesse maximale autorisée à 80 km/h de manière brutale et uniforme sur l’ensemble du territoire, nous proposons que le président de
chaque conseil départemental, en lien
avec le préfet, répertorie les routes accidentogènes et instaure un abaissement de
la vitesse en conséquence », explique
Philippe Bas, sénateur LR, président de
la commission des lois. Il est à l’origine
avec son collègue centriste Hervé Maurey, président de la commission de
l’aménagement du territoire, du groupe
de travail qui planche depuis fin janvier
sur le sujet. Les sénateurs ont auditionné
quarante-sept personnes, dont le délé-
Hostilité et scepticisme
L’abaissement de la vitesse à 80 km/h sur le réseau secondaire doit rentrer en vigueur
le 1er juillet 2018. PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
gué interministériel à la sécurité routière. « L’expérimentation du 80 km/h effectuée entre juillet 2015 et juin 2017 sur
trois sections de routes nationales de quatre départements ne permet pas de tirer de
conclusions sérieuses et scientifiques
concernant l’impact de la mesure sur
l’accidentalité », déplore Hervé Maurey.
Seule certitude : « La vitesse a baissé en
moyenne de 4,7 km/h sur ces tronçons. »
Par ailleurs, les sénateurs déplorent
les difficultés pour obtenir les bilans de
cette expérimentation malgré les promesses de transparence du gouvernement à leur égard. « Ce manque criant
de concertation et la précipitation des
pouvoirs publics à vouloir imposer le
80 km/h ne sont pas la bonne méthode,
indique Michel Raison, sénateur LR de
la Haute-Saône. La sécurité routière est
Le 9 janvier, le gouvernement annonçait un nouveau plan de lutte contre
l’insécurité routière. Objectif : moins
de 2 000 morts sur les routes d’ici à
2020, contre 3 456 en 2017. Parmi les
18 mesures annoncées, l’abaissement à
80 km/h de la vitesse maximale autorisée sur les routes à double sens, sans
séparateur central, est celle qui a engendré le plus d’opposition dans l’opinion publique. Paru début avril, le bilan
annuel d’Axa Prévention estime que
76 % des Français seraient hostiles à
cette mesure.
En réponse au scepticisme des sénateurs, l’observatoire interministériel de
la sécurité routière a publié le 17 avril un
rapport sur l’accidentalité des routes à
double sens hors agglomération. « Ce
sont celles qui enregistrent le plus d’accidents mortels, est-il indiqué. Toutes les
études successives confirment que les
bénéfices d’un abaissement de la vitesse
maximale autorisée de 90 à 80 km/h
seront en large part obtenus sur ces
routes-là. Le choix qui a été fait d’abaisser la vitesse de 10 km/h sur la plus grande partie de ce réseau est donc pleinement
conforté. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 19 avril 2018
L'ÉVÉNEMENT
des territoires
Dubitatifs, les élus des banlieues attendent
d’en savoir plus sur le plan Borloo
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
« LE PLAN BORLOO ? Nous attendons qu’il
soit un véritable plan de bataille ! » Maire de
Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), Catherine Arenou a elle aussi menacé de
démissionner après que Stéphane Gatignon, ex-maire de Sevran (Seine-SaintDenis), a jeté l’éponge fin mars de façon
très médiatique.
Aujourd’hui, cependant, cette ancienne
UMP désormais non encartée s’accroche
encore à ce plan comme à une lueur d’espoir. « Jean-Louis Borloo travaille avec tout
le monde depuis dix mois, il est capable de
faire dans le concret et dans l’original. »
Catherine Arenou veut y croire. « J’attends, dit-elle, qu’un président ose vraiment obtenir de ses ministères des inversions de tendances. » Selon elle, JeanMichel Blanquer, ministre de l’Éducation
nationale, « semble être dans cet espritlà ». Elle espère une même mobilisation de
Muriel Pénicaud, la ministre du Travail.
« Deux ministères clés pour nos territoires ! » Pas question bien sûr d’oublier la
sécurité, dont le ministre de l’Intérieur,
Gérard Collomb, a la lourde charge.
Convaincue de l’urgence, Catherine Arenou espère une présentation rapide du
plan, et pourquoi pas dès la semaine prochaine, lors d’un événement de l’Association des maires de France Ville et Banlieue, organisé le 26 avril dans le XIXe
arrondissement de Paris.
Maire de Montfermeil (Seine-SaintDenis), Xavier Lemoine était présent au
jeune à lunettes. « Vous racontez beaucoup de craques », s’exaspère le président, s’efforçant de garder le sourire.
Hausse de la CSG pour les retraités,
limitation de la vitesse à 80 km/h sur les
routes
départementales,
pouvoir
d’achat, allocation pour les handicapés,
suppression de l’ISF… Chaque mesure
charrie son lot de colères. Et tous les
griefs ou presque ont été exprimés au
chef de l’État. Le fameux spectre de la
convergence des luttes est-il en train de
se dessiner ? « Je ne suis pas une machine
à recevoir toutes les interpellations », finit-il par lâcher, échaudé par près de
trois heures de déambulation mouvementée. « Mais, bon sang de bonsoir, moi
je veux que vous compreniez les choses ! »
s’emporte-t-il. « On n’a pas parlé des sujets, on est déjà en retard », se désespère,
3
pot d’adieu de Stéphane Gatignon. Et il
partage nombre de ses préoccupations.
Lui aurait tendance à se méfier du nouveau plan tant attendu. « Je voudrais être
sûr qu’on pose les questions dans les termes
où elles se posent », dit-il. Pour cet élu engagé à droite, « l’enjeu est d’ordre culturel ». « Et si ce plan pour les banlieues ne
traite pas le dossier à l’aune de cet enjeu, on
pourra bien y mettre des milliards, on sera
toujours déçu du résultat », ajoute-t-il.
L’urgence, à ses yeux, « c’est de sortir des
discours convenus sur la discrimination.
Ces discours sont certes majeurs, mais ils ne
“
J’attends qu’un président
ose vraiment obtenir
de ses ministères des
inversions de tendances
CATHERINE ARENOU,
MAIRE DE CHANTELOUP-LES-VIGNES
”
sont pas l’alpha et l’oméga de la politique de
la ville ». Maîtrise de la langue et de la
culture française, transmission de l’histoire nationale par des visites organisées
dans toute la France, autant de points déterminants pour Xavier Lemoine. « Les
besoins sont immenses », dit-il, autant que
pour le renouvellement urbain, destiné
« à redonner de la fierté et de la dignité aux
populations ». Le maire de Montfermeil attend beaucoup des propositions de Borloo,
en particulier en matière de sécurité.
« Des millions ont été consacrés à rénover
des quartiers, c’est excellent ! Mais que de-
viennent ces investissements quand une
toute petite minorité de familles met tout en
péril par son incivisme ? », interroge le
maire de Montfermeil. Il voudrait donc
« des outils juridiques » pour donner « aux
maires, aux bailleurs ou à la police la possibilité d’expulser des locataires pour troubles
de jouissance ».
De l’autre côté de la couronne francilienne, au sud, à Ivry, Sabrina Sebaihi,
l’adjointe du maire PCF Philippe Bouyssou, chargée de la politique de la ville, est
sceptique elle aussi. Sur le fond, mais aussi
sur les promesses financières. « Le plan
Borloo, très attendu, est particulièrement
ambitieux avec ses 48 milliards annoncés,
dit-elle. Mais nous n’y croyons pas beaucoup dans un contexte où l’on nous demande des économies sur tout. » L’élue d’Ivry
évoque « un coup de baguette magique »,
voire « un coup de communication ». Et sur
le fond, elle craint que l’on « traite encore
la banlieue sous le prisme de l’urbanisme
alors que le chômage ou l’éducation sont
passés à la trappe ». Une crainte nourrie
par les échos remontés d’une rencontre
entre Jean-Louis Borloo et l’association
Ville et Banlieue organisée récemment à
Dijon, lors des journées de France urbaine.
Cette association a d’ailleurs publié un
communiqué mercredi, pour mettre un
coup de pression sur les acteurs du plan.
« Nous voulons que le 26 avril, où plus d’un
millier d’acteurs sont déjà mobilisés, soit la
première étape de la reconstruction du Plan
Banlieues », ont-ils écrit. Côté gouvernement, on juge pourtant « très improbable »
l’hypothèse du 26 avril… ■
de son côté, le maire de la commune, qui
tente, en vain, de tirer le président par la
manche pour le diriger vers la rencontre
avec les commerçants. « Mais il y a des
gens qu’il faut aller saluer ! » lance le président, ravi d’apercevoir, devant la cathédrale, une foule d’habitants visiblement bienveillants.
« C’est bien qu’il vienne dans la France
profonde, on n’avait pas vu de président ici
depuis Mitterrand », félicite Michel, un
septuagénaire déodatien. Selon un sondage BVA pour L’Obs publié mercredi,
une majorité de Français considère que
la France est « moins démocratique »,
« moins juste » et « moins égalitaire » depuis mai dernier. « Je continuerai à aller
au contact et, à la fin, j’espère convaincre », conclut Macron. Le président est
loin d’en avoir fini. ■
Gosselin : « Il y a un
sentiment d’abandon »
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
Reconquérir les classes
populaires
Dans la ligne de mire de l’élu de la Manche notamment, la limitation à 80 km/h
sur les routes secondaires (lire ci-contre).
Face à la levée de boucliers provoquée
par l’annonce, Emmanuel Macron a préféré tempérer, assurant que la mesure
serait annulée si aucun effet sur la baisse
de la mortalité n’était constaté deux ans
après sa mise en œuvre, prévue le
1er juillet prochain.
Philippe Gosselin y voit une fausse
promesse destinée à contenir la colère
des territoires. « Vous croyez réellement
à une expérimentation qui va impliquer le
changement des panneaux routiers de façon très importante ? », interroge le dé-
PHILIPPE GOSSELIN,
hier, dans le studio du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
puté. « Ce n’est pas l’essentiel de la politique nationale. Il y a des choses beaucoup
plus importantes, mais c’est l’emmerdement du quotidien », dénonce-t-il.
Lucide, le député de la Manche reconnaît par ailleurs que son parti, Les Républicains, peine lui aussi à convaincre dans
ces terres : « Ce sont des territoires qui ont
beaucoup voté Front national et qui ont
moins voté que d’autres Macron ou
Fillon », admet l’élu LR. Avec un parti
renouvelé, notamment grâce à l’élection
de Laurent Wauquiez à sa tête, Philippe
Gosselin a bon espoir de récupérer
cet électorat. « On ne l’a pas totalement
perdu, mais il faut faire cette reconquête.
C’est une reconquête des classes populaires », a estimé le député. ■
A
DROITE Il a voulu envoyer un signal d’alarme. Invité mercredi du
« Talk Le Figaro », le député LR de
la Manche, Philippe Gosselin, a défendu les territoires, désemparés selon
lui par la politique d’Emmanuel Macron.
« Il y a un sentiment d’abandon et une
forme d’incompréhension, qui ne datent
pas d’aujourd’hui, mais qui se sont amplifiés », a déploré l’élu.
Selon Philippe Gosselin, les mesures
économiques impulsées par le gouvernement actuel entraîneraient des divisions au sein de la société. « Quand vous
avez une politique fiscale qui laisse sur le
côté des centaines de milliers de familles,
quand vous avez des petits retraités à qui
on a fait croire qu’ils étaient riches parce
qu’ils avaient plus de 1 200 euros par mois,
non pas de retraite, mais de revenu… il y a
un clivage qui se crée et un delta qui
s’élargit », a-t-il indiqué.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
La transgression calculée
du président de LR
C
Laurent Wauquiez, lors de la présentation des propositions des Républicains sur l’immigration, mercredi, à Paris.
onfronté à la séduction
exercée par Emmanuel
Macron sur l’électorat LR
et à la résistance de Marine
Le Pen, Laurent Wauquiez contreattaque sur le terrain de l’immigration.
En brandissant deux étendards
symboliques : sur le fond, la remise
en cause du droit du sol ; sur la forme,
le recours au référendum.
Droit du sol. Il a suffi que le président
des Républicains mette la question
sur la table pour que plusieurs députés
de La République en marche l’accusent
de parler comme le Front national.
Destinée à embarrasser Wauquiez,
cette attaque pourrait au contraire
l’aider à retenir l’attention
de l’opinion.
D’abord parce que la polémique
permet de créer du clivage avec
le gouvernement. Le projet de loi
de Gérard Collomb suscite l’ire
de la gauche « morale » et des milieux
associatifs ainsi que des doutes au sein
de la majorité. Comme sur NotreDame-des-Landes, les facs ou la SNCF,
le gouvernement apparaît donc du côté
de la fermeté. Avec le droit du sol,
Wauquiez déplace le curseur et montre
que la position macronienne est loin
d’être la plus ferme possible
sur la question de l’immigration.
La comparaison avec le Front
national peut ensuite avoir un effet
autre que celui recherché
par les adversaires de Wauquiez.
Car là encore, les porte-parole
de la majorité macroniste ne font que
reprendre l’argument dont la gauche
a usé et abusé pour « diaboliser »
la droite et la contraindre à brider son
discours sur l’immigration. C’est un
des marqueurs voulu par le président
des Républicains : être montré du doigt
prouve à son électorat qu’il se moque
des injonctions du « politiquement
correct ». Le patron de la région
Auvergne-Rhône-Alpes est convaincu
qu’il a plus à perdre à donner des gages
d’incompatibilité avec le FN
qu’à assumer son positionnement.
Ce pari est d’autant plus fondé
que l’immigration est le sujet
sur lequel l’écart est le plus large
entre les exigences de l’opinion
et les réticences des politiques.
Il y aurait un danger pour Wauquiez
à aller sur cette question du droit du sol
si elle risquait d’accroître les divisions
au sein des Républicains et de justifier
un divorce définitif entre les « deux
ÉRIC FEFERBERG/AFP
Wauquiez reprend
la main sur l’immigration
Le président de LR a formulé 12 propositions, parmi lesquelles
un référendum et la réforme du droit du sol.
DROITE « Comment réduire l’immigration », c’est le projet que Les Républicains comptent porter alors qu’est examiné à l’Assemblée nationale le texte
asile et immigration du gouvernement.
« Ce projet de loi ne comporte aucune
mesure sérieuse qui permette de réguler
l’explosion de l’immigration en France »,
a condamné Laurent Wauquiez au cours
d’une convention thématique organisée, mercredi, au siège du parti.
« Nous avons dépassé toutes les capacités
d’intégration de notre pays. Il rentre chaque année trop d’immigrés en France :
262 000 titres de séjour délivrés en 2017,
la première année du quinquennat
d’Emmanuel Macron. C’est un record ! »,
a condamné le président de LR.
Souhaitant « s’opposer » mais aussi
« proposer », Les Républicains ont formulé 12 propositions pour « sortir
de l’immigration de masse », a poursuivi Laurent Wauquiez, répétant qu’il
n’y avait « pas de tabou ni de lignes imposées ».
Parmi ces propositions, Laurent Wauquiez souhaite un référendum avec « une
question très simple : est-ce que vous souhaitez que la France se dote de lois permettant de réduire au minimum l’immigration ? ». « C’est aux Français de
décider qui entre en France et pas aux
passeurs. Les Français ont le droit de choisir et de s’exprimer sur les questions d’im-
migration », a-t-il expliqué. Une idée qui
rappelle celle de Nicolas Sarkozy en 2016.
« Dans une démocratie, vous ne pouvez
pas l’emporter sur la durée en tournant le
dos au peuple », a insisté Laurent Wauquiez. « La France doit reprendre le
contrôle de son destin. Je veux que la
France reste la France et qu’elle garde le
même visage. On ne peut accueillir tout le
monde », a aussi déclaré le député LR des
Alpes-Maritimes, Éric Ciotti.
Rétablir la double peine
Autre idée sur la table : la remise en
cause du droit du sol en France que le
président de LR considère « détourné »
et « sorti de sa vocation initiale ».
Laurent Wauquiez veut donc revenir
dessus en fixant « une règle simple » :
« Si les parents sont en situation irrégulière sur le sol français, on ne peut pas
prétendre accéder à la nationalisation
par le biais du droit du sol. »
Si cette mesure avait aussi été proposée par Marine Le Pen en début de semaine, la secrétaire générale de LR, Annie Genevard, considère que « la
philosophie du projet LR est totalement
différente ». « Notre objectif, c’est de
mieux
intégrer »,
analyse-t-elle.
« Marine Le Pen considère l’étranger
comme un bouc émissaire. Nous pensons
qu’un immigré qui s’est intégré à la société française est une chance », rebondit
le vice-président de LR, Damien Abad.
LR veut aussi interdire tout titre de séjour aux étrangers entrés clandestinement sans le pays. « Si on est entré irrégulièrement en France, de façon illégale,
on ne doit plus pouvoir obtenir de régularisation ni de titre de séjour », a ainsi affirmé Laurent Wauquiez. Même règle
pour les étrangers ayant un casier judiciaire. Le président de LR aimerait aussi
rétablir la double peine et créer « un délit d’incitation à la haine de la France ».
Enfin, LR souhaite restreindre l’immigration familiale en imposant des conditions plus strictes de ressources et d’intégration. « Ça veut dire que l’on ne donne
pas la nationalité française à ceux qui
considèrent que la charia est supérieure
aux valeurs de la République, à quelqu’un
qui n’a pas totalement intégré que l’égalité
entre les hommes et les femmes n’était pas
négociable, à quelqu’un qui veut imposer
le voile à sa femme ou à sa sœur. »
Des propos très applaudis par la salle.
Même chose quand Laurent Wauquiez a
indiqué qu’il voulait que 300 000 clandestins en cinq ans soient reconduits à
la frontière. « C’est un choix politique
majeur », se satisfait le député LR de
l’Yonne, Guillaume Larrivé, qui a participé aux réunions d’arbitrage. « Ce que
nous proposons est un vrai projet de gouvernement et pas de la petite sauce technocratique. » ■
M. M.
Institutions : Larcher s’énerve, Rugy s’adoucit
Le président du Sénat a envoyé mardi soir un long courrier au chef de l’État en se disant « préoccupé ».
envoyé au Conseil d’État. « Un certain
nombre de choses […] ne sont pas dans ce
texte, alors que c’était des propositions qui
étaient faites », a-t-il concédé, mercredi,
devant l’Association des journalistes parlementaires. Mais, ajoute-t-il, « il n’y a
pas d’histoire de colère, ce n’est pas comme
ça qu’on avance ». « Il est dans une démarche constructive », insiste son entourage.
François de Rugy se félicite ainsi de certaines avancées, comme l’introduction
d’une dose de proportionnelle, promise
en vain par François Hollande.
A
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
ET MARCELO WESFREID £@mwesfreid
CONSTITUTION Gérard Larcher aime à le
répéter : il fait confiance, jusqu’au moment où il se sent trompé. Le projet de
révision constitutionnelle transmis au
Conseil d’État il y a une dizaine de jours
« n’est pas celui sur lequel nous avions il y a
dix-sept jours arbitré sous l’autorité du
président de la République », a dénoncé
publiquement Gérard Larcher sur RTL
mardi matin, reprochant à l’exécutif de ne
pas respecter l’accord noué avec le Parlement et de mettre en place un « abaissement des pouvoirs du Parlement ».
Comme il avait prévenu, le président
du Sénat a écrit au chef de l’État. La lettre
a été envoyée mardi soir. Dans ce long
courrier, Gérard Larcher rappelle à Emmanuel Macron ses engagements du
3 juillet lors de la Conférence des territoires. « Vous indiquiez vouloir que la révision
constitutionnelle contribue à la juste représentation des territoires » et « ne pas avoir
pour objet de nourrir l’antiparlementarisme », indique Gérard Larcher dans sa lettre. Le président du Sénat se dit désormais « préoccupé » par le texte envoyé au
Conseil d’État par le gouvernement et qui
« ne paraît pas correspondre aux orientations que vous aviez bien voulu faire vôtres
lors de nos derniers échanges ». Dans ce
contexte, le président du Sénat, qui redit
au président avoir toujours été « favorable à l’aboutissement de cette réforme »,
s’« interroge sur la possibilité réelle de
“
Un certain nombre
de choses […] ne sont pas
dans ce texte, alors
que c’était des propositions
qui étaient faites
Le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, et le président du Sénat,
Gérard Larcher, sur le perron de l’Élysée, le 30 mars. LUDOVIC MARIN/AFP
converger ». Dans une mise en garde à
peine voilée, il ajoute : « Ce qui me semble
être notre volonté commune. »
La majorité sénatoriale s’est montrée
solidaire du président de la Haute Assemblée. Mardi, lors de la réunion hebdomadaire du groupe LR, les élus ont ovationné
Gérard Larcher, affirmant être « vent debout » contre l’exécutif, selon le sénateur
LR du Nord Marc-Philippe Daubresse.
« J’espère qu’on ne nous a pas amusés avec
des hochets et que, sous couvert d’avoir
mis en place la proportionnelle et réduit le
droit d’amendement, l’exécutif n’a pas
tout simplement voulu réduire les droits du
Parlement », s’agace un sénateur LR.
Du côté de la présidence de l’Assemblée
nationale, l’accueil réservé au texte est
tout aussi glacial. François de Rugy pointe
ainsi un déséquilibre. Mais pas question
pour autant d’ouvrir un front avec l’exécutif aux côtés de Gérard Larcher. Le quatrième personnage de l’État n’a guère apprécié la publication d’un article dans
Le Parisien évoquant sa supposée « colère » contre le contenu de l’avant-projet
FRANÇOIS DE RUGY
”
Il compte maintenant sur l’examen du
texte en séance pour que la réforme soit
« regonflée, pas amoindrie ». L’écologiste
milite pour une répartition mieux équilibrée des efforts afin de rendre la procédure législative plus efficace : temps de
parole limité pour les ministres en séance, comme c’est le cas pour les députés ;
possibilité pour les parlementaires de
déposer des amendements au dernier
moment, à l’instar du gouvernement, etc. François de Rugy ne veut pas
faire dérailler la réforme : « Nous ne
sommes pas dans une bataille entre l’exécutif et le législatif. » ■
droites » théorisées par Valérie
Pécresse au lendemain de l’élection
du nouveau président du parti.
Or, sur l’immigration, la démarche de
la patronne de la région Île-de-France
a surtout consisté à être la première
à s’exprimer et à réclamer des mesures
plus fortes pour « reprendre le contrôle
des flux migratoires ». Même sur le
droit du sol, Pécresse veut instaurer
des conditions, lesquelles avaient été
déjà formulées par le si peu droitier
Alain Juppé lors de la primaire
de la droite. Si fracture il y a
chez Les Républicains, ce ne sera donc
pas sur ce terrain. Inversement,
la demande d’un référendum rejoint
celle de Nicolas Dupont-Aignan,
ce qui peut aider Laurent Wauquiez
à retenir un électorat tenté par d’autres
formes d’expression ou d’organisation
à droite.
En fait, en remettant le sujet du droit
du sol sur le tapis, Wauquiez ne lève
pas un tabou car cela fait longtemps
que ce tabou n’existe plus
dans l’opinion. L’histoire elle-même
rappelle qu’instauré en 1851
pour gonfler les effectifs de l’armée,
ce « droit » n’est pas congénital
à la République. Ou qu’en 1993 - il y a
un quart de siècle ! -, le gouvernement
Balladur l’avait déjà assorti
de conditions, supprimées ensuite
par Lionel Jospin. Le vrai risque pour le
président des Républicains n’est donc
pas de choquer par son audace, mais
d’être interrogé sur sa détermination
à passer aux actes le moment venu. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8h10
sur Radio Classique
Wauquiez
déplace
le curseur
et montre
que la position
macronienne
est loin d’être
la plus ferme
possible sur
la question de
l’immigration
»
EN BREF
Thierry Mariani bientôt reçu
par Laurent Wauquiez
L’ex-ministre Thierry Mariani, qui
plaide pour un rapprochement des
Républicains avec le FN,
va rencontrer « prochainement »
Laurent Wauquiez, qui a menacé
de l’exclure de LR s’il opérait « le
moindre début de commencement
d’alliance ». « Je ne fais aucun début
de commencement d’alliance ; je
pose simplement
des questions », s’est défendu
mercredi Mariani sur LCI, jugeant
que LR « n’arrivera pas à gagner
seul » les prochaines échéances
électorales. « J’ai eu Laurent
Wauquiez hier par SMS, on doit
se voir prochainement », a-t-il
ajouté.
Manuel Valls et
Anne Gravoin se séparent
L’ancien premier ministre, Manuel
Valls, aujourd’hui député
apparenté LaREM, a confirmé
mercredi dans Paris Match
sa séparation avec Anne Gravoin.
« Une page se tourne après douze
belles années de vie commune »,
confie-t-il, ajoutant qu’il ne fera
« aucun autre commentaire
à ce sujet et demande le respect
de la vie privée de chacun ».
« Une séparation est toujours
un acte douloureux », indique
également l’ancien maire d’Évry
qui avait épousé la violoniste
de renom en juillet 2010.
Sa nouvelle compagne est la
députée LaREM Olivia Grégoire
comme l’a dévoilé VSD,
qui publie une photo du couple.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 19 avril 2018
INTERNATIONAL
5
Erdogan convoque des élections anticipées
Prenant l’opposition par surprise, le chef de l’État turc, dont les pouvoirs ont été renforcés par une réforme constitutionnelle,
a annoncé mercredi que les élections législatives et la présidentielle se tiendront le 24 juin prochain, un an et demi avant la date prévue.
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
HANDOUT/REUTERS
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan,
lors d’une conférence de presse au palais
présidentiel, mercredi, à Ankara.
TURQUIE La rumeur courait depuis
plusieurs semaines. Ce mercredi
18 avril, le président turc, Recep Tayyip
Erdogan, a fini par la confirmer en personne : des élections présidentielle et
législatives anticipées se tiendront le
24 juin prochain, soit un an et demi
avant la date prévue. « Nous avons décidé de tenir ces élections le dimanche
24 juin 2018 », a déclaré à Ankara le
chef de l’État turc devant un parterre
de journalistes. Mardi, la veille, le chef
du Parti nationaliste MHP avait déjà
créé la surprise en appelant à un scrutin
anticipé le 26 août. Vieux routier de la
politique turque et nouvel allié de circonstance de l’AKP (le parti au pouvoir), Devlet Bahçeli s’était ensuite en-
tretenu pendant une demi-heure, ce
mercredi au palais présidentiel d’Ankara, avant qu’Erdogan ne fasse sa sortie publique. Les deux hommes, autrefois rivaux politiques, ont récemment
conclu un accord électoral en vue des
prochains scrutins. Initialement prévues pour le 3 novembre 2019, ces élections marqueront le passage au système
présidentiel, et donc au renforcement
des prérogatives du chef de l’État,
adopté lors du référendum sur la nouvelle Constitution en avril 2017.
Les opposants sous le choc
De toute évidence, le président turc entend surfer sur l’affaiblissement de
l’opposition mais aussi sur la « victoire » de son armée à Afrine, en Syrie,
pour capitaliser un maximum de voix.
Les experts voient également dans la
précipitation du scrutin la volonté
d’augmenter au plus vite les taux d’intérêt pour relancer l’économie – une
mesure peu populaire.
Les opposants sont sous le choc. « Je
n’en reviens pas ! », murmure une journaliste qui préfère garder l’anonymat.
Pour elle, pas de doute : « C’est une accélération flagrante de la dérive autoritaire du pays. » Cette annonce s’inscrit
dans la continuité d’une dégradation de
la libre expression : journalistes arrêtés,
professeurs d’université poursuivis en
justice, dissidence prokurde muselée…
Le tout dans un contexte d’état d’urgence, régulièrement prolongé depuis
la tentative de coup d’État raté de
juillet 2016. La nouvelle prend également de cours le nouveau parti d’opposition, le Parti Iyi, dont la leader, Meral
Aksener, entend faire campagne contre
Erdogan. « Beaucoup, en Turquie, pensent que la date a été soigneusement
choisie pour exclure le nouveau parti Iyi
des urnes – sa période légale de six mois
de formation se terminant le 28 juin ! »,
observe sur son compte Twitter l’écrivain turc Mustafa Akyol.
L’intéressée refuse de se laisser démonter. « Ils ont peur. Je sais que ces
Frères ont peur et ne s’attendaient pas à
un tel niveau de peur. Je concourrai comme candidate en juin. Les lâches meurent
plusieurs fois avant leur mort. Nous
l’emporterons le 24 juin », a aussitôt
prévenu Meral Aksener dans une intervention publiée par le quotidien Cumhuriyet. Cité par le journal Hürriyet, le
chef du parti républicain d’opposition
CHP, Kemal Kiliçdaroglu, tient tête, lui
aussi : « Nous sommes prêts pour les
élections. La déclaration d’Erdogan
prouve qu’il va perdre. La nation turque
n’en peut plus. 2018 sera l’année de la
démocratie ». ■
Le sommet Trump-Kim
est désormais sur les rails
Le patron de la CIA a rencontré secrètement le leader nordcoréen pour préparer le sommet présidentiel annoncé début juin.
SHANGHAÏ
DIPLOMATIE Joyeuses Pâques à Pyongyang pour Mike Pompeo. Le patron de la
CIA a rencontré Kim Jong-un en personne, lors d’une mission secrète dans la capitale nord-coréenne durant le week-end
pascal, préparant le terrain pour un sommet historique entre le « Leader suprême » et Donald Trump. La rencontre
confidentielle « s’est bien déroulée et une
bonne relation s’est établie », a dit sur
Twitter le président américain, confirmant qu’il rencontrerait Kim d’ici à « début juin », dans un lieu encore inconnu.
« Nous avons de grandes chances de résoudre un problème mondial », s’est-il félicité,
en recevant mardi le premier ministre japonais, Shinzo Abe, dans sa luxueuse résidence de Mar-a-Lago, en Floride.
L’entrevue pascale entre le nominé au
poste de secrétaire d’État américain et le
« Maréchal » trentenaire est le contact le
plus élevé entre Washington et le régime
paria depuis 2000, et la visite de Madeleine Albright à Pyongyang. À l’époque, la
chef de la diplomatie de Bill Clinton préparait la venue du président démocrate,
qui a achoppé faute d’accord sur le démantèlement d’un programme de missiles nord-coréens. L’inattendu « sommet
du siècle » est désormais sur les rails, l’hé-
ritier de la seule dynastie communiste de
la planète ayant assuré que le dossier brûlant du nucléaire serait bien sur la table
des discussions, selon l’Administration
Trump. « Je suis optimiste sur le fait que le
président et le leader nord-coréen peuvent
avoir la conversation qui nous permettra
d’obtenir le résultat diplomatique dont
l’Amérique et le monde ont désespérément
besoin », a déclaré, elliptique, Mike Pompeo lors de son audition de confirmation
au Sénat. De quoi défier les nombreux
sceptiques jugeant risquée cette rencontre
sans filet pour un président en exercice.
Une ouverture nord-coréenne ?
Aucun détail n’a filtré sur la nature des
concessions que Pyongyang serait prêt à
consentir en vue de la « dénucléarisation » de la péninsule, ni de celles exigées
en retour. Mais les contacts préliminaires
augurent d’une ouverture nord-coréenne. « Ils vont mettre une grosse proposition sur la table et Trump va l’acheter en
proclamant victoire. Ce sera une feuille de
route, mais sans dénucléarisation immédiate », prédit un ancien négociateur
américain au Figaro. Le retour des inspecteurs de l’AIEA sur les sites nucléaires
nord-coréens voire le démantèlement de
ses missiles balistiques intercontinentaux
(ICBM) pourraient faire partie des premières mesures visant à amadouer la
première puissance mondiale.
Le calendrier de la dénucléarisation
tout comme les contreparties seront au
cœur des négociations, notamment les
garanties de sécurité exigées par Kim,
dont un traité de paix reconnaissant diplomatiquement son régime. La plupart
des experts doutent de la volonté de
Pyongyang de lâcher la « bombe », assurance-vie du régime, et craignent une
manœuvre dilatoire tactique pour prévenir une frappe préventive américaine.
Les discussions sur un possible traité de
paix mettant fin à la guerre de Corée
(1950-1953) s’inviteront dès la semaine
prochaine au sommet entre Kim Jong-un
et le président sud-coréen, Moon Jae-in,
le 27 avril, à Panmunjeom, sur la zone démilitarisée. Séoul et Pyongyang, toujours
techniquement en guerre, envisagent un
nouveau « régime pacifique » pour remplacer le fragile armistice mettant fin aux
hostilités qui firent 3 millions de morts,
selon un officiel sud-coréen. Trump a
donné « sa bénédiction » à ces discussions
rares, tout en s’arrogeant le crédit du
spectaculaire dégel sur la péninsule démarré à l’occasion des Jeux olympiques
d’hiver de Pyeongchang. Le troisième
sommet intercoréen, le premier depuis
2007, sera un moment « remarquable
dans l’histoire de l’unification » du pays,
affirme le Rodong Sinmun, le quotidien du
Parti, comme en écho à l’optimisme de
l’imprévisible président américain. ■
« Je suis optimiste sur le fait que le président et le leader nord-coréen peuvent avoir
la conversation qui nous permettra d’obtenir le résultat diplomatique dont l’Amérique
et le monde ont besoin », déclare, Mike Pompeo, le patron de la CIA. YURI GRIPAS/REUTERS
Le chemin étroit de la diplomatie en Syrie
La France veut profiter de l’élan des frappes pour créer un consensus entre les acteurs régionaux.
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
DIPLOMATIE Après les frappes, revient
le temps de la diplomatie. Fidèle à sa réputation de médiateur capable de parler
à tout le monde, Emmanuel Macron
pousse depuis lundi un projet de résolution à l’ONU dont il espère qu’il aidera à
relancer le processus de transition politique en Syrie. Ce texte d’inspiration
française, dont la date de mise au vote
n’a pas encore été déterminée, est un
condensé de tous les aspects de la crise
syrienne régulièrement traités par le
Conseil de sécurité : politique, chimique
et humanitaire.
La globalité de l’approche, que Paris a
voulue « la plus consensuelle possible »
combinée à l’élan donné par les frappes,
qui ont montré la « détermination » des
Occidentaux, pourrait, espère-t-on
dans l’entourage de Jean-Yves Le
Drian, « recréer un espace de négociations », « permettre de retrouver les
voies d’un dialogue constructif ».
Il s’agit d’abord de convaincre la
Russie. Moscou a mis douze veto à des
résolutions du Conseil de sécurité visant à résoudre la crise syrienne. Les
Russes ont également tué, fin 2017, le
mécanisme d’enquête sur les armes
chimiques, le JIM, conjointement exercé par l’ONU et l’OIAC (Organisation
pour l’interdiction des armes chimiques). Mais Paris veut croire que les
circonstances ont changé et que « la
Russie peut avoir un intérêt à travailler
avec nous » à une sortie de crise.
Le moment est propice
Le Kremlin, en effet, n’a pas réussi à
transformer sa victoire militaire en Syrie en succès politique. Les processus
d’Astana et de Sotchi sont au point
mort, comme l’est celui de Genève,
chapeauté par l’ONU. En limitant leurs
frappes à quelques cibles éloignées des
positions russes et iraniennes, la troïka
qui a mené l’intervention samedi dernier a signalé qu’elle avait entendu les
réserves de Moscou.
Derrière les cris d’orfraie poussés par
les appareils de propagande du Kremlin,
« tout le monde a bien noté que la Russie
n’avait pas particulièrement cherché à
empêcher l’action menée par la France, les
États-Unis et le Royaume-Uni », note-ton dans l’entourage de Le Drian. Les diplomates occidentaux ont tenté en vain
pendant de longs mois d’enfoncer un
coin entre Vladimir Poutine et son allié
Bachar el-Assad. Là encore, Paris veut
croire que le moment est propice. « Le
régime syrien met la Russie en difficulté.
Ce n’est pas la première fois d’ailleurs. À
Sotchi, il s’était désolidarisé des options
politiques russes de sortie de crise, refusant le jeu du dialogue. On peut raisonnablement estimer que ce qu’a fait le régime
n’est pas exactement conforme à ce que
les Russes auraient souhaité », croit-on
comprendre dans l’entourage de Le
Drian. Moscou n’aurait pas vraiment apprécié l’attaque chimique de Duma.
Paris veut aussi « reprendre langue »
avec l’Iran et la Turquie, deux autres
pays sans lesquels il ne peut y avoir de
solution politique en Syrie. « Nous voulons travailler avec tous les acteurs du
dossier syrien sur des solutions de sortie
de crise », explique un diplomate.
Dans un monde idéal, la rationalité
de l’analyse française donnerait de
nombreuses raisons d’espérer. Elle risque cependant de se heurter une nouvelle fois au fonctionnement du
Kremlin, dont le raisonnement est basé
sur le rapport de force et la confrontation avec l’Occident et dont les intérêts
stratégiques ne sont pas ceux de la troïka. L’ambassadeur russe à l’ONU Vassily Nebenzia a critiqué l’initiative
française. À la fois son volet relatif à la
destruction de l’arsenal chimique qui
vise à ressusciter le mécanisme
conjoint d’enquête. Et son volet politique. « Si l’objectif est de forcer le président syrien, sous un déluge de bombes, à
s’asseoir à la table des négociations, il
est tout simplement irréaliste », a-t-il
prévenu. Le temps de la « convergence
avec la Russie », espérée par la France,
est encore loin. ■
EN BREF
Attaque chimique en Syrie :
les experts bloqués
Une équipe de sécurité de l’ONU
a essuyé des tirs mardi
dans la ville syrienne de Duma,
ce qui a retardé l’envoi sur place
des experts de l’Organisation
internationale pour l’interdiction
des armes chimiques (OIAC),
qui doivent enquêter
sur l’attaque chimique présumée
commise le 7 avril.
Une attaque antisémite
à Berlin crée l’émotion
Vive émotion en Allemagne après
que deux jeunes juifs portant
une kippa ont été agressés mardi
soir dans un quartier huppé
de Berlin par trois jeunes,
dont l’un au moins parlait arabe.
Arabie saoudite : première
séance de cinéma
L’Arabie saoudite va tester
mercredi une première salle
de cinéma avec la projection
du blockbuster américain
Black Panther, en présence
de professionnels de l’industrie,
avant l’ouverture des salles
au public le mois prochain.
A
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
UE : le plan de Macron à l’épreuve de Berlin
Angela Merkel commencera à dévoiler ses idées sur la relance de l’Europe en recevant le chef de l’État jeudi.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE Il va enfin y avoir un début
de réponse. Emmanuel Macron attend depuis plus de six mois, depuis son discours à
la Sorbonne, que l’Allemagne lui présente
ses propres idées pour relancer l’Europe.
Jeudi, en recevant le chef de l’État à Berlin, Angela Merkel va commencer à dévoiler son jeu. « D’ici juin, nous trouverons
des solutions communes avec la France », a
assuré la chancelière mardi, tandis que
son interlocuteur, devant le Parlement
européen à Strasbourg, mettait en garde
contre le risque de ne pas décider. « Je n’ai
pas de doute que nous ayons un paquet (de
mesures) fortes », a-t-elle ajouté, précisant : « Il est important pour moi, en plus de
toutes les questions relatives aux ressources
financières de la zone euro ou du budget de
la zone euro, que nous restions naturellement compétitifs. » C’est le mot-clé.
Après un an d’idylle apparente francoallemande, Emmanuel Macron va découvrir la capacité de résistance d’Angela
Merkel et les contraintes institutionnelles
qui pèsent sur elle. La chancelière ne peut
rien décider sans l’aval du Bundestag. Or
son quatrième mandat est placé sous la
surveillance méfiante de ses pairs. « Je
n’ai aucun motif de faire des souhaits
d’Emmanuel Macron mon programme
électoral », a déclaré mardi Alexander
Dobrindt, l’un des leaders conservateurs
de la CSU. Il n’est pas le seul à formuler
des réticences. La CDU a déjà enterré
l’idée d’un budget de la zone euro en jugeant que ce n’était « pas une priorité ».
Ces prises de position ébranlent la
grande coalition : pour accepter de soutenir Angela Merkel, le SPD a exigé dans le
contrat de gouvernement l’écriture d’un
chapitre sur « le nouvel élan européen ».
« Je ne peux pas comprendre qu’on trace
tant de lignes rouges », s’est donc plainte
Le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, lors d’un sommet européen à Bruxelles, le 14 décembre 2017.
la chef du SPD, Andrea Nahles, en parlant
d’un « défi » pour la coalition. La chancelière « doit retrouver le contrôle » sur son
parti, demande Lars Klingbeil, le secrétaire général du parti.
Réduire l’influence du SPD
« Nous sommes un parti proeuropéen, pas
un parti qui freine », a prévenu Angela
Merkel mardi lors d’une réunion à huis
clos du groupe parlementaire CDU-CSU.
S’en est suivie une longue explication au
cours de laquelle elle a dévoilé ses premières pistes de réformes pour l’Europe.
Parmi elles, Angela Merkel a présenté
l’idée de créer un « superconseil » pour la
zone euro, réunissant les ministres des
Finances et de l’Économie, afin de renforcer la compétitivité de la zone et de
veiller à la convergence économique des
États. Berlin veut maintenir la pression en
Europe en faveur de réformes structurelles. Pour Angela Merkel, c’est aussi un
moyen de réduire l’influence du SPD, qui
détient les clés du ministère des Finances,
en faisant entrer dans le jeu le ministère
de l’Économie, occupé par la CDU.
Elle a aussi défendu la transformation
du Mécanisme européen de stabilité en
Fonds monétaire européen (FME). La
JOHN THYS/AFP
France observe avec réserve cette idée de
l’ex-ministre Wolfgang Schäuble. Pour la
chancelière, cette nouvelle institution,
construite à l’image de la Banque centrale
européenne, devra rester indépendante
de la Commission. À la différence de Paris, Berlin ne veut pas d’un pilotage politique du FME, qui serait capable d’agir en
prévention des crises économiques. Aux
députés, elle a affirmé que, quoi qu’il en
soit, le Bundestag gardera le dernier mot
sur l’utilisation de ses ressources. Les
conservateurs refusent de partager les
risques et veulent protéger les excédents
budgétaires allemands. La même logique
prévaut pour l’achèvement de l’Union
bancaire : la réduction des risques entre
États membres est le préalable avant
d’accepter une garantie des dépôts.
Pour éviter l’impression d’un désaccord indépassable, Merkel et Macron devraient cependant souligner jeudi des
points d’entente. Pour Berlin comme
pour Paris, l’Europe doit soutenir la politique d’innovation en matière d’intelligence artificielle ou renforcer sa capacité
à contrôler ses frontières. « Il y a beaucoup de choses sur lesquelles on est d’accord », assurait lundi un responsable de la
CDU. Tout est question d’ambition. ■
À l’heure du Brexit, Elizabeth II accueille l’« empire 2.0 »
Les 53 dirigeants des pays du Commonwealth se réunissent à Londres, qui cherche à renforcer ses liens avec ses ex-colonies.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
A
CORRESPONDANT À LONDRES
DIPLOMATIE The Mall, l’avenue majestueuse qui conduit à Buckingham Palace, est pavoisée des drapeaux des cinquante-trois nations membres du
Commonwealth. La reine Elizabeth reçoit pendant deux jours les chefs d’État
et de gouvernement de ses anciennes
colonies réunies dans cette association.
Ce sommet biennal aurait dû se tenir à
Vanuatu, mais un cyclone en a décidé
autrement. Londres a été prompt à proposer d’accueillir l’événement pour la
première fois depuis vingt ans, à l’heure
où son influence internationale est mise
en doute par le Brexit.
Pour la reine Elizabeth, qui préside
l’organisation, c’est l’occasion de retrouver les représentants de ce qui était
encore son empire à son couronnement.
Elle est d’ailleurs toujours chef d’État de
seize d’entre eux, dont le Canada, l’Australie, les Bahamas ou la PapouasieNouvelle-Guinée. Un statut qui pourrait
être remis en cause par certains après la
disparition de la souveraine, qui fête ses
92 ans dans deux jours. Quant à la direction du Commonwealth, la question est
ouvertement sur la table. La succession
n’étant pas automatique, le futur roi
Charles d’Angleterre pourrait ne pas hériter du rôle de sa mère à la tête de l’institution. Poussés par un vent de modernisation, certains pays plaident pour une
direction délocalisée dans un État du
Sud.
La famille royale et le gouvernement
britannique sont donc à la manœuvre
pour tenter de préserver le statu quo. Le
prince Charles a payé de sa personne en
allant inaugurer les Commonwealth Games, ersatz de Jeux olympiques, en Australie, au début du mois. Il a poursuivi
son offensive de charme dans les allées
du forum qui réunit les délégations
avant l’arrivée des dirigeants, épaulé par
ses fils, William et Harry. Ce dernier a
promis de partager son rôle d’ambassadeur du Commonwealth avec sa future
épouse, Meghan. Une décision pourrait
être prise vendredi.
Le Royaume-Uni cherche à préserver
son influence diplomatique via cet organe de « soft power ». Le Commonwealth rassemble un tiers de la population mondiale, soit 2,4 milliards de
personnes, dont six sur dix ont moins de
30 ans. C’est « comme un diamant laissé
au fond d’une chaussette par votre
grand-mère », selon l’image de sa secrétaire générale britannico-dominiquaise, Patricia Scotland.
« Reconstruire
de vieilles amitiés »
Selon un rapport de l’organisation, le
commerce entre ses membres devrait
progresser de 17 % pour atteindre
700 milliards de dollars (567 millions
d’euros) d’ici à 2020. Signe de cette vitalité, la Gambie, qui avait claqué la porte
d’une organisation jugée « néocoloniale »
il y a cinq ans, vient d’y faire son retour ;
le Zimbabwe est sur le point de la suivre.
« C’est une belle occasion pour nous de
reconstruire de veilles amitiés » avec
« certaines des économies les plus dynamiques au monde », s’est enthousiasmé
au début de la semaine Boris Johnson, en
charge du ministère dont l’intitulé officiel est Foreign and Commonwealth Office. Il avait estimé il y a quelques années
que l’adhésion du Royaume-Uni à la
Communauté européenne avait été une
« trahison » pour ses partenaires du
Commonwealth comme l’Australie et la
Nouvelle-Zélande.
Cette sphère d’influence est jugée par
les eurosceptiques plus naturelle à leur
pays que celle de leurs voisins européens. Parmi eux, le ministre du Commerce international, Liam Fox, ne cache
pas fonder sa stratégie post-Brexit sur le
retour d’un « empire 2.0 ». C’est une
« vraie opportunité » pour la GrandeBretagne, alors que le « moteur de la
croissance mondiale se déplace à l’est »,
assure Patricia Scotland. Lors du forum
économique qui s’est tenu dans la City
parallèlement au sommet, le pays n’a
pas laissé passer l’occasion de mettre en
avant ses produits phares à l’exportation, de l’agroalimentaire au championnat de foot de la Premier League.
Mais substituer ce partenariat avec
cinquante-trois membres du Commonwealth à celui avec les vingt-huit
États de l’UE pourrait se révéler une
douce illusion. Les premiers ne représentent que 9 % des exportations britanniques, contre 44 % vers l’Europe. Le
La reine Elizabeth est chef du Commonwealth depuis son accession au trône
britannique, en février 1952. WPA POOL / GETTY IMAGES EUROPE/AFP
Royaume-Uni commerce davantage
avec la Belgique et le Luxembourg
qu’avec le Canada et l’Australie réunis. Il
espère signer des accords commerciaux
ambitieux avec ces pays pour doper ces
échanges. Une martingale qui ne va pas
de soi. Très courtisée, l’Inde pèse moins
dans la balance commerciale britannique à l’heure actuelle que la Pologne ou
la Suède. New Delhi s’agace de l’attitude
de son ex-puissance impériale. Pour les
Indiens, un renforcement des liens
commerciaux doit s’accompagner d’une
libéralisation de la politique de visas de
la Grande-Bretagne, ce que Londres refuse d’entendre. « Pour la plupart des
pays producteurs du Commonwealth, le
Royaume-Uni représentait essentiellement une porte d’accès à l’Europe », relativise l’ancien ministre de Tony Blair et
commissaire européen Peter Mandelson, dans le Financial Times.
Pire, le scandale des menaces d’expulsion d’immigrés de seconde génération d’origine caribéenne nés au Royaume-Uni a été du plus mauvais effet en
plein sommet du Commonwealth (lire
ci-dessous). Theresa May a dû s’excuser
auprès des dirigeants de douze États
membres qu’elle avait d’abord refusé de
recevoir. Dans ce contexte, son appel à
la tolérance envers trente-sept pays
membres qui bannissent encore l’homosexualité a pu leur apparaître comme
une leçon de morale arrogante. ■
May s’excuse auprès de Britanniques venus des Caraïbes
THERESA MAY s’est excusée auprès des
victimes de ce scandale bureaucratique.
Des dizaines d’immigrés de deuxième
génération, arrivés enfants avec leurs
parents au Royaume-Uni depuis les Caraïbes après la Seconde Guerre mondiale, ont été considérés comme clandestins et menacés d’expulsion par
l’administration britannique. La « génération Windrush », du nom du premier navire de migrants arrivé des Antilles en 1948, a reçu l’autorisation de
rester au Royaume-Uni en 1971. Les parents avaient été invités à venir s’y ins-
taller pour prendre part à l’effort de reconstruction. Or ils n’ont souvent
jamais eu besoin d’accomplir les démarches de naturalisation, faute d’avoir
eu besoin d’un passeport - il n’y a pas de
carte d’identité au Royaume-Uni. Jusqu’à ce qu’on leur demande un jour de
prouver leurs droits, à l’occasion d’un
traitement médical dans un hôpital public, de la signature d’un bail, de
l’ouverture d’un compte en banque ou
d’une embauche. Les règles de contrôle
du statut légal des individus par les employeurs, bailleurs, banques ou établis-
sements de santé ont en effet été renforcées sous l’égide de Theresa May,
lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur,
entre 2010 et 2016. Cela participait de sa
stratégie visant à créer un « environnement hostile » à l’immigration.
Archives détruites
Piégés par ces exigences kafkaïennes,
des dizaines de ces résidents légaux
d’origine caribéenne, ayant passé toute
leur vie dans le pays, se sont retrouvés
en détention provisoire et menacés
d’expulsion, faute de pouvoir prouver
leur statut. Pour ne rien arranger, le ministère de l’Intérieur a détruit en 2010
les formulaires remplis à leur arrivée
sur le territoire par leurs familles. « Ces
gens sont britanniques. Ils font partie de
nous », a dit la première ministre, mercredi, faisant amende honorable. Les
résidents européens s’alarment à leur
tour. « C’est profondément inquiétant
pour les citoyens européens au RoyaumeUni qui vont craindre un traitement similaire après le Brexit », a commenté Guy
Verhofstadt, coordinateur pour le
Brexit au Parlement de Strasbourg. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 19 avril 2018
SOCIÉTÉ
7
Sciences Po
Paris bloqué
à son tour
PAUL DE COUSTIN £@PauldeCoustin
ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR « Nous occupons Sciences Po parce que Macron en
est sorti et que nous ne voulons pas finir
comme lui. » Ainsi s’achève le communiqué de presse rédigé en pleine nuit par les
étudiants de Sciences Po qui bloquent le
bâtiment emblématique du 27 de la rue
Saint-Guillaume. Réunis en assemblée
générale mardi soir à 21 heures, 250 étudiants ont voté « à une très large majorité » le blocage reconductible de l’immeuble. Une fois le rassemblement achevé, 70
personnes sont restées dormir à l’intérieur. Leurs revendications portent notamment, mais pas uniquement, sur la loi
qui réforme l’accès à l’université.
Dans la rue Saint-Guillaume mercredi
matin, des étudiants bloqueurs, encagoulés, se tenaient aux fenêtres, diffusant
vers l’extérieur la chanson de révolte italienne Bella ciao. Des jeunes gens ont fait
monter, à l’aide d’un sac attaché à une
corde, du ravitaillement. Devant l’entrée, une quinzaine d’étudiants solidaires
du blocage distribuaient le communiqué
de presse. « Occuper Sciences Po est fortement symbolique : en tant que fac où ont
étudié Emmanuel Macron et de nombreux
membres de sa majorité parlementaire »,
souligne le texte. Ils contestent également
plusieurs cours donnés à Sciences Po, qui
selon eux promeuvent cette idéologie et
reprochent à leur établissement de s’en
faire le principal « relais académique ».
« Notre école est pleine de ces modules visant à former les hauts fonctionnaires zélés
du régime libéral et autoritaire. » Sur une
banderole déployée par la fenêtre qui surplombe la porte d’entrée principale, on
peut lire : « Ici sont formés ceux qui sélectionnent. Bloquons la fabrique à élite ». Et
d’accuser le président de la République et
son gouvernement de mener une « vaste
entreprise néolibérale et raciste ».
Des bloqueurs « privilégiés »
De l’autre côté de la rue, étudiants et
membres de l’administration observent
la scène. « S’ils ne voulaient pas intégrer
l’élite, il ne fallait pas passer le concours
d’entrée », s’amuse une chercheuse de
l’établissement. Bien au fait de la situation universitaire, ayant longtemps travaillé à l’université de Nanterre, elle sug-
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Les manifestants contestent la réforme
de l’accès à l’université et la politique
« néolibérale et raciste » du gouvernement.
Des banderoles ont été déployées au-dessus des grilles fermées de la porte d’entrée principale, mercredi à Sciences Po Paris.
gère en riant que les bloqueurs
« privilégiés » de Sciences Po aillent faire
un tour dans les universités pour voir la
différence, notamment « en termes de
moyens et de conditions de travail ».
Des étudiants de l’institution condamnent de leur côté le blocage. « On peut
évidemment être contre la politique du gouvernement, mais bloquer un bâtiment, c’est
prendre les étudiants en otage », regrette
Antoine, membre des Républicains à
Sciences Po. Lina, représentante des étudiants pour l’association Nova, dénonce
la présence « de personnes extérieures à
Sciences Po » dans et à l’extérieur du bâtiment. « Ce sont des étudiants de Paris 8
venus soutenir le blocage, confirme l’universitaire citée plus haut. Des étudiants de
Sciences Po qui militent auprès d’étudiants
de Paris 8, c’est un non-sens total », selon
elle. De son côté, Antoine indique que
plusieurs associations de l’école, représentants de la « droite modérée » comme
Les Républicains, les jeunes macronistes
et le syndicat étudiant UNI, vont se mobiliser contre le blocage. « Les cours qui
étaient prévus dans ce bâtiment ont été reprogrammés ailleurs », indique la direction de l’école. Des membres de l’administration et de la direction sont à
l’intérieur du bâtiment et dialoguent avec
les étudiants présents.
La mobilisation des étudiants de Sciences Po peut surprendre. L’école recrute
en effet ses candidats sur concours et non
sur Parcoursup, la nouvelle plateforme
d’orientation des lycéens, décriée par les
manifestants qui bloquent actuellement
plusieurs universités en France. ■
À Montpellier, le tribunal autorise l’évacuation
LORS DES QUESTIONS d’actualité à l’Assemblée nationale mercredi, le ministre
de l’Intérieur, Gérard Collomb, s’est déclaré déterminé à donner une réponse
aux dégradations commises en marge du
mouvement étudiant de contestation.
Tour d’horizon de la dizaine d’établissements touchés.
u
Montpellier : le tribunal ordonne
la libération des lieux. Paris
en attente d’une décision judiciaire.
À Montpellier, le tribunal administratif a
ordonné mercredi aux occupants de
l’université Paul-Valéry de libérer les
lieux « sans délai ». Faute de départ des
occupants, le tribunal a autorisé le président de l’université à « procéder d’office à
leur expulsion ». À Paris, l’UNI (la droite
universitaire), accompagnée par la présidence de Paris-I, avait déposé un référé
devant le tribunal administratif pour demander le déblocage du site de Tolbiac. À
l’audience, dans une ambiance assez
tendue, la préfecture de police s’est défendue mercredi soir de tout atermoiement, considérant qu’elle avait été appelée à la rescousse trop tard. Et que la
situation, décrite par la présidence,
n’était pas si catastrophique que cela.
« Dans le même temps, la préfecture estime que les bloqueurs sont violents. Et qu’il
faut prendre du temps pour voir comment
les débloquer », raconte Olivier Vial, de
l’UNI. Le délibéré sera rendu jeudi matin.
u
Strasbourg : les étudiants
votent contre les blocages.
À Rouen, le campus est fermé.
À Strasbourg, où plusieurs bâtiments
sont bloqués depuis trois semaines, le
président de l’université a organisé une
consultation en ligne : 72 % des étudiants
qui y ont répondu se sont prononcés
contre les blocages. Toutefois, Michel
Deneken exclut de recourir à la justice. À
Rouen, le président a suspendu tous les
cours et examens du campus principal
jusqu’à samedi face « aux menaces d’une
extension des blocages et face au risque
accru de débordements ».
: appel au blocage jeudi.
u Marseille
À Marseille, où le campus Saint-Char-
les a été ponctuellement occupé ce moisci, des lycéens (Union nationale lycéenne), jusqu’alors relativement absents de
la contestation, appellent à des « blocages et manifestations pacifiques » jeudi. ■
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
NDDL : l’exécutif abat la carte Hulot
Le ministre
de la Transition
écologique monte
en première ligne
sur le dossier.
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
GOUVERNEMENT Il s’était jusqu’à présent montré prudent sur le dossier de
Notre-Dame-des-Landes, évitant les
caméras, préférant agir en coulisses.
Ainsi le ministre de la Transition écologique avait participé à la réunion au
sommet, le 28 mars à l’Élysée, où fut décidé le lancement du plan d’évacuation
de la ZAD. Sauf que devant la menace
d’enlisement et le déchaînement de
violences, Nicolas Hulot est finalement
sorti de sa réserve. Alors que le gouvernement avait décidé d’envoyer sur place son secrétaire d’État Sébastien Lecornu à l’issue d’une réunion à
Matignon, mardi en fin d’après-midi,
c’est le plus populaire des écologistes
qui a pris la direction de Notre-Damedes-Landes, afin de présider la réunion
à la préfecture avec les représentants
des zadistes (lire ci-contre).
« Sa parole n’est pas vue comme une
parole ministérielle, mais comme celle
d’un acteur reconnu de l’écologie », estime un conseiller. Un positionnement
utile pour renouer un embryon de dialogue avec des opposants défiant l’État.
Le gouvernement abat donc l’une de ses
cartes maîtresses. Une sorte de signal de
volonté d’apaisement, contrebalançant
“
Dans ces moments-là,
Nicolas Hulot peut apporter
son aura et son poids
politique, vis-à-vis de ceux
qui sont de bonne foi
”
la fermeté du ministre de l’Intérieur,
Gérard Collomb. Cette initiative intervient justement alors que l’exécutif tend
la main aux zadistes jusqu’au 23 avril,
date à laquelle les opposants doivent
avoir déposé leur demande de régularisation.
« Dans ces moments-là, Nicolas Hulot
peut apporter son aura et son poids politique, vis-à-vis de ceux qui sont de bonne
foi », fait-on valoir à Matignon. « Ce
n’est pas mal d’avoir des troupes en réserve », se félicitait, dans la journée, une
ministre importante du gouvernement.
« L’enjeu est d’arriver à mettre en œuvre
un projet agroécologiste dans le cadre
posé par le préfet et en restant dans la ligne définie par le gouvernement le 17 janvier », explique-t-on dans l’entourage
de l’ancien animateur d’« Ushuaia ». Ce
jour-là, Édouard Philippe avait annoncé
Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, et la préfète de la région Pays de la Loire, Nicole Klein, mercredi à Nantes.
l’abandon du projet et laissé trois mois
aux opposants pour quitter les lieux occupés illégalement. Pour Nicolas Hulot,
cette décision marquait une vraie victoire, après plusieurs arbitrages perdus.
Passé de la posture militante à la responsabilité politique, le ministre de la
Transition écologique a rarement fait
mystère de ses cas de conscience, inquiétudes et envies répétées de démissionner. Pour l’en dissuader, Emmanuel
Macron comme Édouard Philippe n’ont
jamais manqué de souligner son influence dans l’exécutif. Mis en cause par
le magazine Ebdo (titre qui a cessé depuis de paraître), à propos d’une plainte
pour viol classée pourtant sans suite,
Nicolas Hulot avait paru très affecté par
la polémique, selon plusieurs de ses collègues au gouvernement. S’en était suivie une longue période de silence - sur le
conflit de la SNCF, Nicolas Hulot se
contentant de publier une tribune dans
le JDD, alors que l’écologiste a la tutelle
sur les Transports et que sa ministre déléguée, Élisabeth Borne, mène des négociations compliquées avec les syndicats de cheminots. « C’est parce qu’on
aime le train qu’il faut réformer la
SNCF », avait argumenté l’ex-animateur de TF1.
Le retour au premier plan de Nicolas
Hulot marque donc une bonne nouvelle
pour l’exécutif. « Quand je suis en circonscription et qu’on m’interpelle sur les
sujets environnementaux et écologiques,
je sors toujours la carte joker Nicolas Hulot, raconte un député de la jeune garde
macroniste. Cela rassure mes interlocuteurs. » ■
JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP
Le ministre n’a pas convaincu les zadistes
ANGÉLIQUE NÉGRONI
ratons pas
« laNedernière
étape, ne
rentrons pas
dans une
spirale de
posture, de
confrontation,
de violence.
Ne confondons
pas écologie
et anarchie
»
NICOLAS HULOT,
MINISTRE DE LA
TRANSITION ÉCOLOGIQUE
Présentée comme cruciale et
même comme celle de la dernière chance, la rencontre
destinée à débloquer la situation à Notre-Dame-des-Landes ne semble pas avoir porté
tous ses fruits. La délégation
de zadistes qui était reçue à la
préfecture de Loire-Atlantique, ce mercredi dans l’aprèsmidi, en est ressortie à 17 h 15
insatisfaite. « Rien n’a changé », a regretté l’un de ses représentants devant une forêt
de micros tendus. « Le projet
de convention que l’on avait
présenté a été rejeté », a-t-il
poursuivi. « La présence de Nicolas Hulot n’a pas changé les
données fondamentales », a
précisé un autre.
En décidant de se joindre à
cette rencontre prévue entre
les zadistes et la préfète, Nicole Klein, le ministre de la
Transition écologique a eu
l’espoir de peser de tout son
poids médiatique pour débloquer la situation. Pendant
cette réunion de plusieurs
heures au cours de laquelle il a
fait « appel à la raison », celui-ci a rappelé ce que l’État
attendait. Ce dernier « demande que des projets soient
indiqués avec des noms et des
parcelles sur un formulaire »,
a-t-il indiqué. Or, comme en
février où une première réunion s’était déjà tenue, les
discussions bloquent sur un
même élément. Les zadistes
qui défendent un projet collectif pour un mode de société
alternatif ne semblent pas
disposés à vouloir livrer leur
identité. C’est pourtant un
préalable « au retour de l’État
de droit » sur la ZAD, comme
le veut le gouvernement et
comme l’a rappelé le ministre
de l’Écologie.
Assemblée générale
des zadistes
Face à une situation qui semble
être au point mort, les délais
sont dorénavant très courts
pour espérer un changement.
Selon le calendrier fixé par le
gouvernement, les 200 à
300 occupants illégaux de la
ZAD qui exploitent des terres
sans titre ont jusqu’à lundi
pour envoyer ces formulaires.
Or, à ce jour, et malgré la demande déjà exprimée par
l’État, aucun document n’a été
retourné à la préfecture.
Pourtant, Nicolas Hulot reste optimiste et veut croire encore à un revirement possible.
Durant cet entretien, ce dernier a ainsi essayé de convaincre cette délégation qui a gagné, dit-il, un premier
combat. Celui d’avoir obtenu
l’abandon de l’aéroport sur
Notre-Dame-des-Landes et
d’avoir ainsi sauvé « les terres
agricoles et la biodiversité ».
« Ne ratons pas la dernière étape », a-t-il poursuivi en indiquant : « Ne confondons pas
anarchie et écologie. »
Les suites de ce bras de fer
entre les zadistes et l’État sont
dorénavant connues. Alors
qu’une première opération
d’expulsion la semaine dernière a donné lieu à une série
d’affrontements entre zadistes
et forces de l’ordre et à
29 squats détruits, une deuxième opération similaire devrait
avoir lieu. Celle-ci pourrait
même être plus importante
que la première, si la ZAD tout
entière refuse ce retour à l’État
de droit. Ce mercredi soir, les
zadistes tenaient une assemblée générale pour savoir
quelle suite donner à cette
rencontre. Plus que jamais, la
balle est dans leur camp. ■
Attentat raté de Villejuif : un acte pas si solitaire
Trois ans après la tentative d’attaque contre une église, des éléments montrent que Ghlam s’appuyait sur un réseau islamiste.
témoignage était pris d’autant plus au sérieux qu’un cheveu de cet individu, frère
d’un proche de la filière « des ButtesChaumont », celle des frères Kouachi,
était par ailleurs retrouvé sur une brosse
au domicile de Ghlam. Ce dernier effectuait-il ce jour-là des repérages pour s’en
prendre à l’une des cibles favorites des
terroristes islamistes en Égypte ?
A
JEAN CHICHIZOLA
TERRORISME Il y a trois ans jour pour jour,
un massacre visant des fidèles de Villejuif à
la sortie de la messe dominicale était miraculeusement évité. Le terroriste présumé,
Sid Ahmed Ghlam, blessé à la jambe (voir
encadré), était interpellé. Dans sa tentative, l’homme est accusé d’avoir tué une
jeune femme de 32 ans, Aurélie Châtelain,
mère d’une petite fille de 5 ans.
L’enquête a établi que Ghlam, brièvement présenté comme un énième « loup
solitaire », était en fait au cœur d’une nébuleuse islamiste mêlant des inconnus
des services de renseignement, des vétérans du djihad et des figures de l’État islamique. Outre Ghlam, sept autres personnes ont été mises en examen, notamment
pour livraison d’armes et soutien logistique. Et la justice attend d’être fixé sur le
sort de plusieurs individus en zone syroirakienne. Défendu par l’un des ténors du
barreau, Me Gilles-Jean Portejoie, Sid
Ahmed Ghlam a, au cours d’un récent interrogatoire, été confronté à l’un des épisodes les plus mystérieux du dossier. Peu
de temps après l’interpellation de Ghlam,
un témoin, ancien commerçant se présentant comme « très physionomiste », a
Dénégations de Ghlam
Sid Ahmed Ghlam, lors d’une reconstitution en mars 2016, un an après le meurtre
d’Aurélie Châtelain. LE FIGARO
affirmé avoir vu, le 20 mars 2015, sortir
deux individus d’une église de Villejuif,
en l’occurrence l’église copte.
Le témoin, bloqué dans un embouteillage, indiquait avoir eu le temps de
bien voir les inconnus et avoir été frappé
par leur apparence d’étranges parois-
siens. Il reconnaissait Sid Ahmed Ghlam
sur une planche photographique présentée par les policiers. Sur la même planche
réalisée par les policiers huit jours après
l’attentat raté et présentant des suspects,
il reconnaissait le second individu, islamiste connu des services spécialisés. Ce
Interrogé le 28 février dernier, Ghlam a
affirmé ne pas connaître son complice
présumé, ne jamais avoir mis les pieds à
Villejuif en mars 2015 et ne jamais avoir
« visité » l’église copte du lieu. Au cours
du même interrogatoire, il a également
rejeté les propos d’un de ses anciens codétenus selon lequel il se serait confié à
lui, reconnaissant l’attentat et précisant
avoir été aidé par d’autres personnes.
Face à ses dénégations, les parties civiles
attendent la fin de l’enquête et un procès
espéré pour 2020. Avocat de la famille
d’Aurélie Châtelain et de l’Association
française des victimes du terrorisme,
Me Casubolo-Ferro, souligne que « le
dossier s’épaissit de jour en jour grâce à un
travail d’enquête remarquable » et dit
souhaiter que « Sid Ahmed Ghlam s’explique et que les masques tombent ». ■
Un tir accidentel
dans la jambe
« Un tir d’automutilation, tel que décrit
par [Sid Ahmed Ghlam] lors des
opérations de reconstitution, n’est pas
compatible avec les données
objectives. » En quelques mots,
cette expertise, qui sera contestée,
à n’en pas douter, par la défense,
bat en brèche la thèse avancée jusqu’à
présent par Ghlam. Il affirmait s’être
lui-même blessé à la jambe pour
se rendre ensuite à la police. Pour
les experts, « le positionnement de
la bouche d’un canon d’arme à feu tel
que mis en évidence après l’examen
[de ses] vêtements correspond,
jusqu’à preuve du contraire, à une
remise en place de l’arme au niveau de
la ceinture ». Le coup serait alors parti,
un accident régulièrement observé
chez des détenteurs d’armes à feu.
L’expertise confirme par ailleurs
qu’Aurélie Châtelain, assise sur la place
passager de sa voiture, a bien été tuée
à bout portant avec la même arme que
celle qui a blessé Sid Ahmed Ghlam. J. C.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 19 avril 2018
SCIENCES
9
Un essai clinique a permis de soigner
22 personnes souffrant de bêta-thalassémie,
une anémie d’origine génétique.
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan
HÉMATOLOGIE Une collaboration majoritairement franco-américaine a obtenu
un beau succès thérapeutique contre une
pathologie sanguine, la bêta-thalassémie. Cette maladie génétique est rare en
France, avec environ 600 malades, mais
elle est bien plus fréquente au sein de
certaines populations dans le pourtour
méditerranéen, en Asie ou encore en
Afrique noire. Elle est provoquée par un
défaut dans un gène qui perturbe la production de l’hémoglobine, et qui se traduit par des globules rouges qui ne font
plus assez bien leur travail et provoquent
des anémies plus ou moins sévères, qu’il
faut compenser par des transfusions.
Les premiers résultats d’un essai clinique publiés le jeudi 19 avril dans la revue
New England Journal of Medicine prouvent l’efficacité d’un traitement de thérapie génique, où les mutations qui provoquent la maladie ont été corrigées
dans les cellules des malades. En 2010,
un premier malade avait été soigné avec
cette technique, et l’essai clinique qui
vient de se dérouler sur 22 malades
prouve que ce succès n’était pas un cas
isolé. Douze d’entre eux n’ont plus du
tout besoin de transfusion sanguine, et
trois autres ont pu réduire la fréquence
de ces injections de globules rouges.
Gène correcteur
dans les cellules souches
L’idée de la thérapie génique, insérer un
gène « réparé » dans l’organisme du patient pour soigner sa maladie, a été très
largement mise en avant depuis des années, notamment par le Téléthon, mais
les vrais succès sont encore rares. « Pour
la bêta-thalassémie, j’ai eu l’idée de ce
traitement il y a déjà une vingtaine d’années, mais la mise au point a été très longue, très difficile », reconnaît le Pr Philippe Leboulch, haut conseiller pour
l’innovation médicale de la direction de
la recherche fondamentale du CEA. Les
premiers tests réussis sur des souris
avaient été publiés il y a dix-sept ans
dans la revue Nature, et le passage à une
technique efficace chez l’homme a été
long. La bêta-thalassémie était dès le départ une cible intéressante, car elle est
provoquée par la mutation d’un seul
gène. Mais la grande difficulté a été de
réussir à corriger ce gène dans le corps
du malade, et plus précisément dans les
cellules souches dites hématopoïétiques,
les « usines » qui produisent en continu
les cellules sanguines de l’organisme.
Ces cellules résident dans la moelle
osseuse, mais certaines d’entre elles circulent dans les vaisseaux sanguins, et
peuvent être prélevées par une simple
prise de sang, une opération bien moins
lourde qu’une ponction de moelle.
Après un tri des cellules, il faut alors
réaliser l’opération la plus compliquée,
celle qui a demandé le plus de recherches et de développements par l’équipe
de Philippe Leboulch : la correction du
défaut génétique dans les cellules. Lorsqu’il était chercheur aux États-Unis, au
MIT à Harvard, le chercheur français a
eu l’idée de profiter des propriétés naturelles des virus, qui sont capables
d’apporter des fragments d’ADN dans
les cellules infectées. Il a donc modifié
des virus pour qu’ils puissent apporter
un gène correcteur dans les cellules
souches. Dans le cadre de l’essai clinique, ces « vecteurs » de la thérapie génétique ont été produits par l’entreprise
Une correction génétique contre la bêta-thalassémie
2 TRI DES CELLULES
On sélectionne les cellules
souches qui produisent
les cellules sanguines
3 MODIFICATION DES CELLULES
Un virus spécialement modifié intègre
le gène correcteur dans les cellules souches
TEUR
ORREC
Gène C
1 PRÉLÈVEMENT
Prélèvement des cellules
de la moelle osseuse
circulant dans le sang
NUCLÉAIRE Ce sont des fûts de couleur
noire. Entreposés par milliers dans des
casemates semi-enterrées du site nucléaire de Marcoule (exploité par le
CEA) dans le Gard et de La Hague (propriété d’Orano, ex-Areva), ces contenants d’une capacité de 220 litres sont
remplis de déchets nucléaires en attente de déménagement pour un stockage
définitif vers le futur site d’enfouissement Cigéo de Bure, en Haute-Marne.
Une mesure encore hypothétique
dans la mesure où l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)
et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN)
ont émis des réserves sur ce point l’an
dernier. Ainsi, l’ASN pointe notamment le risque d’inflammabilité de ces
déchets. « La recherche de la neutralisation de la réactivité chimique des colis
de déchets bitumés doit être privilégiée.
En parallèle, des études visant à modifier
la conception pour exclure le risque
d’emballement de réactions exothermiques doivent être conduites », écrivaitelle.
« Nous n’avons pas la même analyse
que l’IRSN et l’ASN. Pour nous, le risque
d’inflammation est nul, notamment parce qu’à Cigéo, il est prévu d’emprisonner
ces fûts dans des conteneurs en béton
hermétiquement fermés. Toutefois, nous
allons mieux caractériser ces bitumes
pour éventuellement lever leurs doutes »,
explique Vincent Gorgues, le maître
d’ouvrage assainissement-démantèle-
ment auprès de la direction générale du
CEA, l’exploitant de Marcoule. Ce site
nucléaire, le plus ancien du parc français, entrepose 62 000 des 75 000 fûts
de déchets nucléaires bitumés produits
par la France.
Boues radioactives
Issus de l’usine de retraitement baptisée UP1, à l’arrêt depuis 1997, ces déchets sont le produit de la recherche
militaire française. Entrée en service en
1958, UP1 servait à retraiter le combustible usé, issu de trois réacteurs nucléaires de Marcoule. La finalité était
l’extraction de plutonium nécessaire à
la fabrication de l’arme nucléaire fran-
DES CELLULES
Cellules modifiées
5 INJECTION
Injection au patient
des cellules souches
génétiquement modifiées
Chimiothérapie, élimination des cellules
malades de la moelle osseuse
de biotechnologie Bluebird Bio, une entreprise américaine fondée dès 1993 par
Philippe Leboulch. En laboratoire, ces
virus vont donc apporter un nouveau
gène aux cellules souches qui ont été
prélevées au malade. La grande difficulté étant d’avoir un virus assez efficace
pour modifier le plus grand nombre
possible de cellules prélevées, sans les
endommager.
Avant de recevoir la dernière phase du
traitement, le malade doit subir une cure
de chimiothérapie, qui va venir tuer ses
cellules de moelle osseuse « malades ».
Une fois injectées dans le sang du patient, ces cellules corrigées vont ensuite
pouvoir prendre le relais, et se multiplier
pour produire dans l’organisme des cellules sanguines fonctionnant normalement.
Traitement moins lourd
pour le malade
C’est ce scénario idéal qui s’est produit
pour 12 des 22 patients traités, dont certains dans le service du Pr Marina Cavazzana à l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris, en collaboration avec
l’institut Imagine (AP-HP/Inserm/Université Paris-Descartes). Les cellules
génétiquement corrigées qu’ils ont reçues se sont bien implantées, et ont permis de produire suffisamment d’hémoglobine saine pour qu’ils n’aient plus
besoin de recevoir des transfusions sanguines régulières. « J’ai bientôt 24 ans et
j’ai bénéficié d’une autogreffe il y a quatre ans, témoigne une patiente du
Pr Marina Cavazzana. Grâce à ça,
aujourd’hui, je n’ai plus de transfusion
mais surtout plus de Desféral, qui était
mon traitement afin de descendre ma ferritine. » Le Desféral est un traitement
contre l’effet délétère des dépôts de fer
causés par ces transfusions. Dernier
avantage, ce traitement est moins lourd
pour le malade que les greffes de moelle
osseuse, qui ne sont d’ailleurs possibles
que dans 25 % des cas.
Forte de ce succès, l’entreprise Bluebird Bio a lancé « des essais cliniques de
phase 3 sur plusieurs continents avant
d’effectuer la demande de mise sur le
marché de ce médicament biologique », a
déclaré le Pr Philippe Leboulch. Les malades qui ont reçu le traitement vont être
suivis durant des années, notamment
pour s’assurer que la modification génétique n’augmente pas chez eux les risques de cancers.
Une thérapie génique avec le même
vecteur viral est également à l’essai sur
une autre maladie de l’hémoglobine, la
drépanocytose, où un gène défectueux
produit des malformations des globules
rouges. Le premier succès, sur un enfant
de 13 ans, a été publié par les mêmes
équipes scientifiques l’année dernière. ■
62 000 colis de déchets bitumés doivent être soumis à de nouvelles vérifications en matière de sécurité,
avant que l’on puisse envisager leur enfouissement souterrain dans le futur site Cigéo de Bure.
MARCOULE (GARD)
4 SÉLECTION
Les cellules
génétiquement
modifiées sont
triées et contrôlées
Marcoule : d’encombrants fûts nucléaires
GUILLAUME MOLLARET
La bêta-thalassémie (ou thalassémie
bêta ) est une maladie génétique
de l’hémoglobine, substance
contenue dans les globules rouges
du sang qui permet de transporter
l’oxygène à travers le corps
çaise. Opérée chimiquement par traitement liquide, cette extraction a généré
des boues radioactives. Mélangé à du
bitume, connu pour sa stabilité de
confinement, le produit avait été déshydraté et conditionné en fûts jusqu’à
obtention d’une solution solide. C’est
désormais leur stockage définitif qui
pose question.
Aujourd’hui, comme le demande
l’ASN, l’ensemble des fûts fait l’objet
d’une analyse. Un par un, ils sont soulevés à l’aide d’un engin mécanique piloté par un opérateur situé derrière une
vitre épaisse. Au moment de leur déplacement, les hommes du CEA ont
parfois des surprises car certains fûts
Les fûts sont entreposés par milliers dans des casemates semi-enterrées du site
nucléaire de Marcoule. GILLES ROLLE/REA
ont été détériorés par l’action du
temps. « Nous sommes sur des chantiers
où l’inattendu est le lot commun. Toutefois, même si une coulure de bitume
s’extrait du fut, la radioactivité reste
piégée par ce bitume, ce qui exclut toute
contamination de l’air ambiant », assure
Vincent Gorgues.
Une fois analysés, les fûts sont reconditionnés dans des contenants plus
gros de 380 litres. Ils ne sont cependant
pas remis à leur place. Les 13 casemates
d’entreposage actuel arrivant en fin
d’autorisation d’exploitation, le CEA
construit progressivement, à Marcoule
même, 12 immenses hangars en
béton baptisés EIP (entreposage
intermédiaire polyvalent) destinés à
accueillir peu à peu les 62 000 fûts.
Si l’ASN continue de penser que les
déchets bitumés présentent un risque
d’auto-inflammation, le CEA pourrait
envisager de « redessécher » par voie
thermique ou chimique ces déchets
pour en retirer la radioactivité et la
conditionner dans le verre ou le ciment, les deux autres procédés de
confinement réputés stables connus à
ce jour.
L’urgence de l’injonction formulée
par l’ASN, qui demande « une caractérisation dans les meilleurs délais »,
n’implique cependant pas l’immédiateté. Il faudra en effet environ vingt ans
au CEA pour vider les casemates de
leurs déchets et pour requalifier ces
derniers. En outre, la durée de vie des
EIP est fixée à 50 ans. D’ici à 2090, le
CEA, l’IRSN, et l’ASN ont le temps de se
mettre d’accord… ■
Sources : CEA, Nature,
Pour la Science, Science et Avenir
Infographie
ZOOM
L’épidémie de grippe
est terminée
La France métropolitaine est
enfin débarrassée de la grippe.
L’agence Santé publique France a
annoncé hier la fin de l’épidémie
de grippe saisonnière. Elle a par
ailleurs précisé que l’infection
virale avait fait moins de morts
cette saison : 13 000 personnes
auraient succombé aux
complications grippales contre
14 000 l’an passé. La majorité
de ces décès seraient survenus
lors de la première semaine de
janvier et entre le 5 et le 11 mars.
Comme chaque année, les
principales victimes de la grippe
sont les seniors de 65 ans et plus.
Pourtant de nombreux décès
pourraient être évités grâce
à la vaccination, martèlent une
nouvelle fois les autorités
sanitaires. Aussi, pour améliorer
la couverture vaccinale,
le ministère de la Santé a-t-il
annoncé la généralisation de la
vaccination par les pharmaciens
et la mise à disposition de stocks
de vaccins dans les cabinets
des médecins.
EN BREF
Japon : un refroidissement
de l’eau détruit des coraux
Des températures de l’eau
inhabituellement basses ont
détruit au Japon une partie des
coraux les plus septentrionaux
de la planète, a annoncé
mercredi un responsable
du ministère japonais de
l’Environnement. Le ministère
a inspecté ces derniers mois des
coraux situés au large de la côte
pacifique du Japon et constaté
qu’une grande partie avait
blanchi, 90 à 100 % de chacune
des six zones observées étant
affectés. Ces dommages
semblent la conséquence
d’un changement de trajectoire
du courant Kuroshio qui
véhicule des eaux chaudes
tropicales vers le nord.
Des diamants venus
du ciel parlent
d’une planète disparue
Un astéroïde qui s’était
partiellement désintégré dans
l’atmosphère de la Terre
en 2008, provoquant la chute
de fragments contenant des
diamants au-dessus du Soudan,
provenait d’un embryon
de planète disparue de notre
système solaire, ont annoncé
mardi des chercheurs. Cette
« protoplanète » qui avait
la taille de Mars ou de Mercure
s’était formée pendant les
10 premiers millions d’années
de notre système solaire avant
d’être disloquée lors de collisions
avec d’autres objets célestes
rocheux, selon ces chercheurs
européens. L’astéroïde, appelé
2008 TC3 ou Almahata Sitta,
avait la taille d’une voiture.
A
Une maladie
sanguine guérie
par thérapie
génique
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
10
SPORT
La NBA bientôt dominée par les étrangers ?
Une nouvelle génération de joueurs non américains semble promise aux sommets dans la prestigieuse ligue.
ANTOINE BANCHAREL £@TweetsAntoine
NEW YORK
BASKET « Au début de la saison, les deux
MVP (meilleurs joueurs), c’était moi et
Kristaps Porzingis. Tu ajoutes Joel Embiid,
tout porte à croire que l’on pourrait dominer pour très longtemps… » Giannis Antetokounmpo (Milwaukee Bucks), joueur
grec de 23 ans et d’origine nigériane, se
verrait bien, avec ses collègues letton et
camerounais (respectivement 22 et
24 ans), en tête de proue étrangère de la
NBA. Une ambition pas vraiment habituelle pour le championnat nord-américain, référence mondiale globalisée par
l’effet Dream Team en 1992… et ses superstars « made in USA », justement.
Certes, ce même mouvement a contribué à attirer des joueurs étrangers en son
sein, des années 1990 aux années 2000 et
2010. Avec une progression constante,
reflétée par les plus hautes récompenses
individuelles : Dirk Nowitzki, Most Valuable Player (MVP) de la saison régulière
en 2007, année où le Français Tony Parker
fut élu meilleur joueur des finales, avant
que l’Allemand ne l’imite en 2011. Le Canadien Steve Nash, MVP en 2005 et 2006,
ne peut être négligé non plus, bien qu’il
fût en grande partie formé en Californie.
Un quart de joueurs étrangers
D’autres illustres Européens, Sud-Américains, Asiatiques et Africains ont fait ou
feront de plus leur entrée au Hall of Fame,
le mémorial du basket. L’Espagnol Pau
Gasol, l’Argentin Manu Ginobili, le
Chinois Yao Ming et le Nigérian Hakeem
Olajuwon, pour ne citer qu’un exemple
par continent.
Désormais, un quart des joueurs NBA
vient d’autres horizons que les ÉtatsUnis, 62 de ces étrangers, issus de 33 pays
différents, disputant les play-off (qui ont
débuté samedi dernier), nouveau record.
« Les portes ont été ouvertes par Drazen
Petrovic, Toni Kukoc et Arvydas Sabonis,
puis ma génération, avec Nowitzki et Gasol, a confirmé la tendance à un niveau supérieur… Donc tout a déjà été fait. Les
clubs font confiance aux Européens, ce
n’est plus un problème, il n’y a plus de limites », constate Tony Parker. Si le Français
peut s’enorgueillir d’avoir brisé certaines
barrières – notamment celle du meneur
étranger titulaire, inconcevable avant
lui –, il reste encore des territoires à explorer pour les étrangers.
Car le succès de la NBA, plus que dans
les autres sports US, est basé sur la dynamique des joueurs stars. Et encore plus
l’échelon au-dessus : les superstars comme Magic Johnson, Larry Bird, Michael
Jordan, Kobe Bryant ou LeBron James.
Ceux qui accumulent ces trophées à la
pelle, de multiples fois sur dix ou vingt
Giannis Antetokounmpo, star grecque des Milwaukee Bucks, est l’un des meilleurs joueurs de la NBA.
ans. Aucun joueur étranger ne peut
aujourd’hui se targuer d’un tel palmarès
lors des 71 ans d’existence de ce championnat, bien que Parker affiche certainement la plus belle collection collectivement, avec 4 titres de champion NBA. Ses
Spurs sont d’ailleurs régulièrement cités
comme la meilleure équipe des deux dernières décennies : même Barack Obama,
grand fan de basket, a récemment déclaré
qu’il choisirait les Spurs s’il était joueur.
Leur manager général, R. C. Buford, ne
fait cependant pas grand cas de la « provenance » de ses joueurs : « Pour moi, ça
n’a pas vraiment d’importance d’où vient
un joueur, donc ça ne changerait pas
grand-chose qu’un joueur étranger de-
vienne le meilleur joueur de sa génération. »
Même son de cloche chez leur coach,
Gregg Popovich : « Je ne réfléchis pas à savoir si un joueur est MVP ou pas, même plusieurs fois en une décennie », déclare-t-il.
« Le basket se globalise
encore plus »
C’est peut-être vrai pour les Spurs, connus
pour justement détruire tout phénomène
de mise en lumière individuelle (et avoir
été pionniers dans le recrutement des
étrangers), mais ça l’est moins pour
d’autres équipes, rompues aux mécanismes de la ligue US. Jason Terry, ex-coéquipier de Dirk Nowitzki et désormais de
Giannis Antetokounmpo, affirme : « Gian-
GARY DINEEN/NBAE/GETTY IMAGES/AFP
nis a le potentiel pour aller encore au-delà de
ce qu’a fait Dirk », tandis que Jason Kidd,
lui aussi ancien partenaire du shooteur allemand et entraîneur du « Greek Freak »
jusqu’à la fin janvier, constate : « Giannis
Antetokounmpo est la preuve que le basket se
globalise encore plus. » Idem pour Brett
Brown, assistant aux Spurs avant de coacher Joel Embiid aux Sixers de Philadelphie : « Ces joueurs étrangers peuvent devenir les futurs grands leaders de la NBA, oui .»
Un compliment qui concerne aussi son
« rookie » Ben Simmons, l’Australien favori dans la course au trophée de meilleur
joueur de première année, ce que seuls Pau
Gasol et le Canadien Andrew Wiggins ont
accompli chez les non-Américains.
Toronto ne fait qu’une bouchée de Washington
Les Raptors ont croqué les Wizards :
après une première mi-temps record
(76-58), Toronto emmené par
un DeMar DeRozan des grands soirs
(37 points) a contrôlé Washington
pour s’imposer 130-119 et prendre
l’avantage 2 victoires à 0
dans ce premier tour des play-offs
de la conférence Est de la NBA.
Toujours dans la conférence Est,
Boston a également creusé l’écart
en remportant à domicile un
deuxième match consécutif
face à Milwaukee (120-106). Malgré
l’indisponibilité jusqu’à la fin de la
saison (opération du genou gauche)
de leur meneur vedette et meilleur
marqueur Kyrie Irving, les Celtics
ont dominé leur sujet, dans le sillage
de Jaylen Brown, qui a marqué
30 points en 33 minutes de jeu.
Dans la conférence Ouest, La
Nouvelle-Orléans s’est imposée pour
la deuxième fois en deux matchs sur
le parquet de Portland (111-102) avec
notamment 33 points de Jrue Holiday,
dont 12 dans le dernier quart-temps.
Dirk Nowitzki : « Les internationaux
peuvent accomplir encore plus »
JOUEUR formé à l’étranger au palmarès individuel le plus complet
en NBA (MVP de la saison, MVP
des finales, 13 fois All-Star, 6e
meilleur scoreur de l’histoire,
notamment), l’Allemand des
Dallas Mavericks a répondu
aux questions du Figaro sur le
futur des internationaux.
LE FIGARO. - Dirk, pensez-vous
que les jeunes étrangers peuvent
accomplir les mêmes prouesses que
vous dans les années à venir en NBA ?
Dirk NOWITZKI. - Oui. La NBA est
bourrée de talents internationaux. Chez
les Européens, il y a Kristaps Porzingis
ici à New York ; il vient d’avoir une
grosse blessure, mais j’espère vraiment
qu’il reviendra fort l’an prochain.
Giannis Antetokounmpo a écrit « futur
MVP » en gros sur son front… Des
joueurs qui non seulement ont un impact, mais qui sont même des « franchise players » (un joueur qui porte une
équipe sur plusieurs années, NDLR). Et il
y en a encore bien d’autres qui arrivent
derrière.
A
Vous parlent-ils du rôle de précurseur
que vous avez eu ?
Pas vraiment. Je crois que ça fait juste
Dirk Nowitzki, vingt saisons NBA
avec les Dallas Mavericks.
DANIEL/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP
partie d’une certaine évolution. Il y a eu
d’autres Européens avant moi. Drazen
Petrovic, Toni Kukoc – ou même Detlef
Schrempf pour moi, en tant qu’Allemand. Il y a eu plein de joueurs qui
m’ont montré la voie. Si j’ai pu faire pareil pour d’autres, si j’ai pu aider
d’autres jeunes Européens, ou internationaux, tant mieux, c’est super. J’ai
surtout été béni de pouvoir jouer aussi
longtemps (20 saisons) sans blessure
grave.
Votre génération a quand même été
la première à accumuler de telles
récompenses individuelles : MVP
pour vous, MVP des finales pour vous
et Tony Parker, multiples All-Star
Games pour Pau Gasol également…
Oui. Le niveau de talent a été assez incroyable. Pas que d’Europe d’ailleurs,
puisqu’il y a eu des Africains, des Australiens, des Sud-Américains, des Asiatiques. Yao Ming a été un « franchise
player » (sa carrière fut cependant minée
par des blessures). Ça a été assez incroyable de voir la ligue grandir, de
voir tout le basket grandir au niveau international, du fait d’avoir des joueurs
qui sont passés par la NBA aussi. Ça me
fait vraiment plaisir quand je vois cette
nouvelle génération d’internationaux
qui arrivent d’ailleurs. Ils s’adaptent
extrêmement bien au basket à l’américaine ; et vice-versa, la NBA intègre
d’autres styles de jeu.
Pensez-vous qu’il y en a certains dans
cette génération qui pourront faire encore
mieux que vous, atteindre un nouveau
palier au niveau individuel, peut-être
le joueur d’une génération même ?
Bien sûr. Il reste encore beaucoup à accomplir. J’en vois déjà qui peuvent gagner plusieurs trophées de MVP, des titres, MVP des finales… Il y a plein de
récompenses à gagner, sans oublier les
All-Star Games aussi. Il n’y a pas de limite, ces gars-là ont une vraie chance
et ils vont travailler dur pour y arriver…
Et j’espère qu’ils vont prendre autant
de plaisir que j’en ai eu.
Un pays pourra-t-il en revanche
rivaliser un jour avec les Américains
dans les compétitions internationales ?
Ça, c’est vraiment dur. Peut-être qui si
on met une équipe composée du reste
du monde, ils auraient une chance,
mais un seul pays contre les États-Unis,
ça va être dur. Ils peuvent amasser un
nombre de talents incroyables à eux
seuls. Ça va être incroyablement difficile. L’Espagne est passée vraiment tout
près d’y arriver une ou deux fois (en finale des Jeux olympiques de 2008
et 2012), l’Argentine a toujours eu une
belle équipe (elle a surpris une équipe
américaine pas tout à fait au complet en
demi-finale des Jeux de 2004), mais ça
va être vraiment difficile de surpasser
les États-Unis à ce niveau-là.
PROPOS RECUEILLIS PAR A. B.
À l’heure où les réseaux sociaux sont la
mesure de la popularité – terrain où la
NBA et ses joueurs surpassent plus que
largement les autres ligues US –, les dauphins de l’ultra-dominant LeBron James
(toujours rutilant à 33 ans) sont d’ailleurs
Giannis Antetokounmpo et Joel Embiid,
comme en attestaient récemment les
spécialistes sportifs d’Instagram, pour le
média de référence Sports Illustrated.
Kristaps Porzingis, leader letton des
Knicks de New York, se retrouve, lui,
tout en haut de l’affiche du premier marché sportif et médiatique états-unien,
voire mondial. Une responsabilité qu’il
assume : « Je sais ce que cela représenterait non seulement pour New York, mais
aussi pour le basket international, si je gagnais un titre ici », nous confiait-il avant
de se blesser.
Porzingis, Antetokounmpo et Embiid
étaient de plus les seuls joueurs de moins
de 24 ans à disputer le All-Star Game de
cette année, avec Karl-Anthony Towns,
un Américano-Dominicain qui a déjà joué
avec l’équipe caribéenne (mais formé
dans le New Jersey, puis au Kentucky). Du
côté des futures recrues, le prodige slovène Luka Doncic (19 ans, potentiel MVP en
Euroligue) a le talent pour être lui aussi
choisi numéro un à la « draft » en juin…
Autres signes que le futur de la NBA pourrait s’écrire en « langue étrangère » ? ■
EN BREF
Cyclisme : première
classique pour Alaphilippe
Julian Alaphilippe (Quick-Step)
a remporté la 82e édition
de la Flèche wallonne, mercredi
au sommet du mur de Huy,
sa première victoire dans une
classique à 25 ans. Le Français
s’est imposé devant Alejandro
Valverde, détenteur du record
de victoires (5). Il succède
à Laurent Jalabert vainqueur
en 1997.
Tennis : Gasquet, dernier
rescapé, en huitièmes
Richard Gasquet, dernier
Français en lice au Masters 1000
de Monte-Carlo, a surclassé
l’Argentin Diego Schwartzman
(15e mondial), 6-2, 6-1, pour
accéder aux 8es de finale, où il
affrontera Mischa Zverev, le
tombeur de Lucas Pouille. Rafael
Nadal a, lui, effectué une rentrée
tranquille contre Aljaz Bedene,
6-1, 6-3, Novak Djokovic ayant
un peu plus souffert pour battre
Borna Coric 7-6, 7-5.
Football : la Vendée en fête
Comme le milieu de terrain
Guillaume Dequaire, les joueurs
des Herbiers, club de National,
ont affirmé vivre « un vrai rêve
de gamin », après leur victoire
(2-0) contre Chambly
et leur qualification pour
la finale de la Coupe de France,
le 8 mai prochain.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018
LE CARNET DU JOUR
11
Paris (16e).
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
du lundi au vendredi
de 9 h à 13 h
et de 14 h à 18 h
les dimanches et jours fériés
de 9 h à 13 h
(excepté les 1er janvier, 1er mai,
15 août, 25 décembre)
Elles doivent
nous parvenir avant
16 h 30 pour toutes
nos éditions du lendemain,
avant 13 h les dimanches
et jours fériés.
deuils
Mme Robert Alaniou,
son épouse,
M. et Mme
François-Marie Pot,
M. et Mme Alexandre Alaniou,
ses enfants,
Louis, Ferdinand, Ninon,
Prosper, Matthieu, Jean
et Benoît,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Robert ALANIOU
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
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diverses,
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Nominations,
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ont la tristesse
de faire part du décès de
Jacques BOULANGER
géologue,
survenu le 15 avril 2018,
à l'âge de 93 ans, à Paris.
Mme Michèle Auroux,
son épouse,
Jean et Christine Auroux,
Françoise et Jean-Louis
Mascaro,
ses enfants et leurs conjoints,
Charles, Anne-Sophie, Camille,
Pierre,
ses petits-enfants,
La cérémonie religieuse
et l'inhumation
dans le caveau de famille,
à Aix-en-Provence,
ont eu lieu dans la plus stricte
intimité.
La cérémonie religieuse
sera célébrée e n l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, à Paris (16e), le
vendredi 20 avril, à 10 heures.
Cet avis tient lieu de faire-part.
1, rue C harles-Dickens,
75016 Paris.
Entourée de l'affection
de sa famille
Mme Michel Copin,
née B ernadette Rossignol,
son épouse,
Annie MAUPILIER
veuve du
général Pierre CANTIN
Vincent Copin,
Bruno et Isabelle C opin,
Anne e t T
hierry d'Aumale,
Florence C opin,
ses enfants,
s'est pieusement endormie
dans la Paix du Seigneur
le 25 mars 2018,
dans sa 92e année.
ont la tristesse
de vous faire p artdu décès de
M. Michel COPIN
La cérémonie s era célébrée
le vendredi 20 avril 2018,
à 15 heures, en l'église
de Champagne-en-Valromey,
suivie de l 'inhumation au
cimetière de C havornay (Ain).
Condoléances sur registre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Jacques BERNARD
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 20 avril 2018,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame de La Baule.
survenu le 17 avril 2018,
à l'âge de 85 ans,
après une longue maladie.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Marnes-la-Coquette,
le mardi 24 avril, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière
de Marnes-la-Coquette.
Ses enfants recevront,
dans la propiété familiale,
la famille e tles amis proches.
Les collaborateurs des
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Hôtels du Groupe Frontenac
président du Groupe,
Une messe a été célébrée
le mercredi 18 avril 2018,
en l'église
Saint-Pierre-Saint-Paul
de Clamart.
ont la douleur de faire p art
du rappel à Dieu de
survenu le 17 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée e n l'église
de Marnes-la-Coquette,
le mardi 24 avril, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière
de Marnes-la-Coquette.
Jean NOS
grand officier
de la Légion d'honneur,
grand officier
de l'ordre national du Mérite,
Saint-Cyr, promotion
La plus grande France
(1938-1939),
Anne e t P
hilippe
Daniloff-Bernard,
sa fille e tson gendre,
Dimitri et Mickael Daniloff,
ses petits-fils,
ont la douleur
de vous faire p artdu décès de
le 17 avril 2018, à Antibes,
dans sa 99e année.
Michel DANILOFF
avocat honoraire,
survenu le samedi 14 avril 2018,
dans sa 90e année.
Ses obsèques seront célébrées
le lundi 23 avril, à 14 heures,
au cimetière russe orthodoxe
de Sainte-Geneviève-des-Bois
(Essonne).
La Baule. Paris (16e).
Edouard, Apolline, Hortense,
Victoria et Charlotte,
ses petits-enfants,
Philippe THOMAS
Anne-Françoise
Leprévots-Bonnardel,
afbonnardel@neuf.fr
La cérémonie religieuse
sera célébrée le l undi 23 avril,
à 14 h 30,
en la cathédrale d'Antibes,
suivie de l 'inhumation
au cimetière de Rabiac.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Amélie et son conjoint Aurélien,
Charlotte, Jonathan
et Benjamin Bonfils,
ses enfants,
Mathilde, sa petite-fille,
Colette Mainfroy,
sa maman,
Claude (†), Bernard, Roselyne,
Marianne e tEmmanuelle,
ses frères et sœurs,
Mme Jean Percy du Sert,
son épouse,
Sophie Percy du Sert,
M. et Mme
Gilles Percy du Sert,
ses enfants,
Margaux et Thibaut
Percy du Sert,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Jean PERCY du SERT
ont la tristesse
de vous faire p artdu décès de
à l'âge de 8 9 ans.
Laurence MAINFROY
La cérémonie religieuse
aura lieu
ce jeudi 19 avril 2018, à 10 h 30,
en l'église Saint-Jacques,
à Neuilly-sur-Seine.
Le général (2S) Voruz,
son époux,
Sophie et Benoît Deswarte,
Jean et Véronique Voruz,
Caroline e tEric Lecoquierre,
Béatrice et Thierry Beaulieu,
Philippe Voruz,
Jacques et Benjamine Voruz,
frère Olivier Voruz,
ses enfants,
ses seize petits-enfants
et leurs conjoints,
ses deux arrière-petits-enfants
Lyon.
Hugues Bernard
et Maïka Richemond,
ses enfants,
avec votre Figaro
président fondateur
de Musidisc Europe
de 1955 à 1977,
président des Hôtels
du Groupe Frontenac
de 1978 à 2016,
La messe du jeudi 26 avril,
à 12 h 10, en l'église de
la Sainte-Trinité, Paris (9e),
sera célébrée à son intention.
Chantal Nos,
son épouse,
Véronique e t C
laude,
ses enfants,
Jack et Sophie,
ses petits-enfants,
Rhona, sa belle-fille,
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
survenu à l'âge de 8 7 ans.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
En vente
vendredi 20
et samedi 21 avril
Philippe THOMAS
survenu le 12 avril 2018,
dans sa 88e année,
à la Maison Ferrari de Clamart
les familles Freeman, Picquerey
professeur Maurice AUROUX
Marius, Audrey, Fidéline,
Gautier et Constantin,
ses cinq petits-enfants,
à l'âge de 9 4 ans.
ainsi que toute la famille
Chambéry (Savoie).
Champagne-en-Valromey (Ain)
Benjamin et Sébastien,
ses deux fils,
Mathilde et Valérie,
ses belles-filles,
Mme Denise
MARMIER-SERGINE
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
survenu à l'âge de 86 ans.
Tél Abonnements :
ont la douleur
de vous faire p artdu décès,
le 15 mars 2018, de
le 17 avril 2018,
à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée e n l'église
Saint-Louis-en-l'Île,
Paris (4e),
le lundi 23 avril 2018,
à 11 heures.
par téléphone
Jean-Louis Marmier,
M. et Mme Patrick Marmier,
ses fils et belle-fille,
ses petits-fils
et arrière-petites-filles,
les familles parentes
et alliées
Josette Boulanger,
son épouse,
Anne, François et Sandrine,
ses enfants, et leurs conjoints,
ses petits-enfants
et son arrière-petit-fils
La cérémonie aura lieu
en l'église
Notre-Dame-du-Point-du-Jour,
à Lyon (5e),
le samedi 21 avril 2018,
à 10 h 30.
ont la tristesse
de vous faire p art
du rappel à Dieu de
Bernadette VORUZ
née G ourlez de La Motte,
le lundi 16 avril 2018,
dans sa 82e année.
La messe d'A-Dieu
sera célébrée
le vendredi 20 avril, à 14 h 30,
en l'église de Barbizon,
suivie de l 'inhumation
dans le caveau de famille.
Des dons sont possibles à
l'Association des amis
de Notre-Dame-d'Espérance,
4, rue Pétrie,
80290 Croixrault.
6, rue Diaz, 77630 Barbizon.
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jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
12
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
Une opération des forces
de gendarmerie et de la police
de l’environnement,
en Loire-Atlantique, en 2016,
contre les braconniers
de la pêche illégale de la civelle.
JÉRÔME FOUQUET/PHOTOPQR/OUEST
FRANCE
La traque musclée contre
les braconniers de bébés anguilles
Marielle Court
£@MarielleCourt
ans la nuit humide et sans lune, au
bord de la Charente, l’eau file,
froide, rapide. Un petit goulot laisse une échappatoire sur le côté des
vannes que l’on ferme pour endiguer l’afflux de la marée montante
à l’embouchure des rivières. Des
feuilles dévalent dans le cours d’eau par l’étroit passage dans une course effrénée avec toute sorte de petits débris. Il doit aussi y avoir des civelles. C’est en
tout cas un des « spots » parmi la dizaine autour de
Rochefort (Charente-Maritime), régulièrement fréquentés par les braconniers qui recherchent frénétiquement les petits alevins d’anguille. Une marchandise qui aujourd’hui vaut de l’or, de 300 à 500 euros
le kilo pour le pêcheur. Rien n’arrête donc ces écumeurs de rivière dans leur volonté d’obtenir ces petits poissons de quelques centimètres, frétillants et
translucides. Peu leur importe que cette espèce dont
les populations se sont effondrées ces dernières années soit classée en « danger critique d’extinction »
par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Les Asiatiques en réclament et,
pour en obtenir, sont prêts à payer très cher : de
3 000 à 6 000 euros pour le dernier intermédiaire.
Portées durant plusieurs mois par le Gulf Stream,
les larves d’Anguilla anguilla, en provenance de la
mer des Sargasses (Atlantique Nord-Ouest), se
transforment en alevins aux abords de nos côtes.
Guidés par leur instinct, ceux-ci se battent pour
quitter l’Océan et rejoindre, par des rivières qu’ils
remonteront sur plusieurs dizaines de kilomètres, les
étangs et marais où ils deviendront anguilles. Ils
naissent donc dans l’eau salée mais grandissent en
eau douce. Une adaptation qui se fait à l’embouchure
des rivières et qui dure plusieurs semaines, entre octobre et mai. Les alevins, qui nagent encore très mal,
sont transportés à chaque marée montante. Lorsqu’elle redescend, ils tentent de se fixer sur des herbiers ou des cailloux et attendent la marée suivante
pour regagner un peu de terrain. Ils avancent de cinquante mètres et reculent de vingt à chaque fois.
« Dans les eaux saumâtres, c’est là que les braconniers
les attendent », raconte Nicolas Surugue, directeur
régional de la Nouvelle-Aquitaine au sein de l’AFB.
Le combat contre cette pêche illégale est donc devenu une priorité des autorités. En cette nuit de la
mi-mars, ils sont une vingtaine, membres de la police de l’environnement (qui relève de l’AFB, Agence
française de la biodiversité) et représentants du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie, qui vont se déployer sur plusieurs sites, dans
et autour de Rochefort, pour tenter d’intercepter des
braconniers. Rien n’est laissé au hasard. À minuit
trente, toutes les équipes sont réunies. Dernière répétition générale, plans à l’appui, avant de se faufiler
sur le terrain une ou deux heures avant l’éventuelle
arrivée des pêcheurs illégaux.
« C’est une nuit idéale pour pêcher les alevins : le
A
D
Classés en danger
d’extinction, les alevins
d’anguille, appelés
civelles, sont
très recherchés
par les Asiatiques, prêts
à les payer une fortune.
De quoi inspirer des
braconniers de plus en
plus organisés et violents
en France. Face à eux,
police de l’environnement
et gendarmes allient
leurs forces pour tenter
de mettre fin au trafic.
temps est doux, la nuit est sombre et le bon coefficient
de marée pour les civelles, intervient vers 3 heures du
matin », explique Michel Vignaud, en charge de la
coordination entre tous les services de police des migrateurs au sein de l’AFB. Des opérations qui sont
également menées en lien avec l’Office central de la
lutte contre les atteintes à l’environnement et à la
santé publique (Oclaesp).
C’est lors de ces nuits-là que la police de l’environnement espère le flagrant délit. Et on est bien loin
de l’image truculente du garde-pêche incarné par
Louis de Funès dans le film Ni vu ni connu d’Yves Robert, en 1958, armé d’un verbe haut en couleur et
d’un calepin. Gilets pare-balles, armes de poing, jumelles à infrarouge et heures de planque sont
aujourd’hui de rigueur. Et si nécessaire, herse sur les
routes pour empêcher toute fuite. « Il y a trente ans,
c’était un peu comme les cèpes, les gens venaient chercher les civelles pour faire un plat, ça ne coûtait rien »,
s’amuse Michel Vignaud. Aujourd’hui, les trafiquants sont en bandes organisées, l’insulte à la
bouche, parfois armés, prêts à en découdre et à forcer les barrages. Plus les années passent, plus ils s’organisent avec des guetteurs, et un système qui leur
permet de se débarrasser au plus vite de la marchandise auprès de complices pour éviter de se faire prendre avec de trop grandes quantités. Cette nuit-là, sur
les trois équipes, police de l’environnement et gendarmes mélangés, une seule coincera un groupe au
petit matin avec 3,8 kg d’alevins qui seront immédiatement remis à l’eau.
Jusque dans les années 80, les alevins étaient tellement abondants « qu’on les voyait en longs cordons à
l’œil nu dans les rivières. Les gens s’en servaient pour
faire de la colle ou pour donner à manger aux poules »,
explique Nicolas Surugue. Et puis le déclin s’est
amorcé. Il y avait déjà eu une petite alerte au début
des années 70, mais le stock s’était en grande partie
reconstitué. À la fin de la décennie pourtant, la chute
reprend de plus belle, sans aucun signe de retour. En
trente ans, le déclin des civelles est ininterrompu. Et
il se traduit directement dans la population des anguilles que l’on estime aujourd’hui « à 10 % de ce
qu’elle était dans les années 80 », souligne le biologiste Laurent Beaulaton, spécialiste des poissons migrateurs (Inra-AFB).
« Tout a commencé après la guerre », rappelle le
chercheur. À cette époque, la pression sur l’anguille
du fait du développement de la pêche s’est considérablement accrue. Une certaine pollution est également arrivée avec l’usage des pesticides. On a aussi
construit dans ces années-là des milliers d’ouvrages
hydrauliques le long des rivières qui, soit empêchent
les alevins de remonter le long des cours d’eau, soit
bloquent ou broient dans les pales des turbines les
anguilles lorsqu’elles redescendent vers la mer. Il
faut enfin compter avec le changement climatique et
Il y a trente ans, c’était un peu comme
les cèpes, les gens venaient chercher les
civelles pour faire un plat, ça ne coûtait rien
MICHEL VIGNAUD , AGENCE FRANÇAISE DE LA BIODIVERSITÉ
»
les périodes de sécheresse qui mettent à mal leur espace vital… La pêche illégale exerce dès lors une
pression terrible sur des populations affaiblies par
ailleurs. Des causes multifactorielles, dont « il est très
difficile de déterminer précisément la responsabilité
pour chacune d’entre elles », souligne Nicolas
Surugue.
Les premières mesures arrivent en 2007. L’Europe
rédige le règlement « anguille », qui restreint la
pêche et prévoit des mesures de repeuplement. En
2009, l’anguille est inscrite sur les listes de la Cites (la
convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), qui lutte contre les trafics. En 2010, la France
lance son plan de sauvegarde. « L’effort qui est fait se
compte en millions d’euros », rappelle Nicolas Surugue : surveillance scientifique, aménagement des
rivières, installation de passes à poissons et, bien entendu, restriction drastique de la pêche. Elle est interdite aux amateurs, et le nombre de pêcheurs professionnels, limité par des quotas, a aussi diminué.
Une partie de la pêche est destinée au repeuplement,
pour des pays voisins mais aussi en France, ce qui
chez nous donne lieu à un système dont on a seuls le
secret : des pêcheurs récupèrent des alevins, l’État
leur achète et va les remettre un peu plus loin dans
une autre rivière ! « Ces mécanismes de repeuplement
sont de toute façon très incertains », regrette Laurent
Beaulaton. « Il y a beaucoup de déperdition en cours de
route, s’énerve-t-il, on fait beaucoup moins bien que
la nature. »
La lutte contre le braconnage est un élément essentiel de ce plan, et non seulement la traque s’est
considérablement professionnalisée, mais, désormais, la justice suit. « Il y a quelques années, quand on
passait en correctionnelle, à côté d’histoires d’attouchements, la civelle ça ne faisait pas très sérieux », reconnaît Michel Vignaud. Aujourd’hui, une coopération a été organisée entre les parquets de Nantes,
Saint-Nazaire et Bordeaux, qui permettent une
comparution immédiate des braconniers. Les sanctions ont également été renforcée. Pour un trafic en
bande organisée, les braconniers risquent jusqu’à
sept ans de prison et 750 000 euros d’amende. Les
premières peines de prison sont tombées l’an dernier
pour des multirécidivistes. C’est aussi en 2017 que les
prises ont battu des records. À Roissy notamment,
500 kg de prétendues crevettes étaient prêtes à être
expédiées. « Évidemment des crevettes françaises qui
partent pour la Thaïlande, c’est toujours louche »,
s’amuse un des membres de l’AFB.
Beaucoup d’efforts qui semblent enfin récompensés. « On a une légère embellie depuis 2012 », se félicitent tous les intervenants, qui guettent les prochains
relevés. Le mois de mai qui arrive sonne la toute fin
de la pêche à la civelle pour l’année. Quelque
300 contrôles auront été effectués. Jusqu’à l’automne, les services de police vont pouvoir s’occuper
d’autres dossiers. Dans les rivières, les petits alevins
qui ont survécu vont se transformer en anguilles jaunes. Et puis un jour, elles s’habilleront en argenté. Ce
sera alors le signal du grand retour. Elles dévaleront
les cours d’eau jusqu’à l’Océan et reprendront la migration millénaire au travers de l’Atlantique pour rejoindre leur mer des Sargasses. Huit, dix ou douze
ans se seront écoulés. ■
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LE FIGARO
jeudi 19 avril 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
13
De Gaulle, en même temps révéré et renié
Philippe Ratte offre
une lecture profonde
et brillante de l’œuvre
institutionnelle
du général de Gaulle.
Et un constat
désenchanté
et implacable
sur son héritage.
DE GAULLE
ET LA RÉPUBLIQUE.
PHILIPPE RATTE.
Odile Jacob.
348 p. 24 €
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
C
’était un dessin humoristique pendant la dernière
campagne présidentielle
de 2017. On y voyait un
électeur, interloqué, après
avoir suivi les candidats
lors des débats télévisés : « Je vais voter
pour ce de Gaulle. Ils en parlent tous et il a
l’air drôlement bien ! »
Près de cinquante ans après sa mort,
de Gaulle est encore au cœur de la vie
politique nationale. Seul Napoléon, au
XIXe siècle, connut pareil destin. On le
loue, on le cite, on s’y réfère. On se l’approprie. Même les héritiers de ses ennemis les plus farouches font une génuflexion devant l’icône. Avec l’ouvrage
de Philippe Ratte, on comprend, si on
en avait besoin, la raison de cette obsession gaullienne : le Général n’a pas fondé la Ve République, une parmi d’autres,
une après les autres : il a fondé la « République tout court ». Le 4 septembre 1958, (jour anniversaire de la proclamation de la République par
Gambetta, le 4 septembre 1870, et ce
n’est bien sûr par un hasard !) avec ce
grand discours qui présente au peuple la
nouvelle Constitution, de Gaulle clôt
une longue histoire qui avait commencé
le 20 juin 1789, lors du fameux défi lancé
par Mirabeau à l’envoyé du roi louis
XVI, dans la salle du Jeu de paume : « La
question de l’exercice de la souveraineté
est résolue au bout de 2 030 mois. »
L’auteur reprend ainsi une réflexion de
De Gaulle lui-même : « J’ai réglé une
question vieille de 169 ans. »
bale, à la fois profonde et puissante,
neuve et brillante, du schéma gaullien.
De Gaulle sort par le haut de l’affrontement séculaire entre la nation et l’État
en complétant ce vieux tête-à-tête
conflictuel par un autre entre le peuple
et le monde. Le peuple qu’il consacre
souverain par le référendum et l’élection du président de la République au
suffrage universel ; le monde, dans lequel de Gaulle déploie sa République
enfin « forte et efficace ». Dans ce quadrilatère fondateur, de Gaulle est un
monarque républicain, mais selon les
anciennes traditions royales : « Il n’est
pas chef de l’exécutif mais source de
l’exécutif… sa mission est de veiller à ce
que tout soit à sa place
et en ordre de marche.
Une mission jupitéLe Général n’a pas fondé
rienne si l’on veut. »
e
la V République, une parmi d’autres,
Mais voilà, tout est
une après les autres : il a fondé
périssable. Cet équilibre
admirable ne
la « République tout court »
dure que ce durent
les roses. De Gaulle
lui-même ne parvient pas à ne pas dontapi dans l’ombre pour ourdir un coup
ner un tournant autoritaire à sa fonction
d’État via des séides en Algérie ». Il se
après l’élection disputée de 1965.
trouve qu’on l’imagine très bien justeContrairement à ce qui est dit habituelment, encourageant de son silence aplement, ces institutions n’étaient pas
probateur et machiavélien, les putsfaites pour de Gaulle qui n’en avait pas
chistes de l’opération « Résurrection »,
besoin, mais pour donner une légitimité
pour mettre une pression insupportable
à ses successeurs qui n’avaient pas le
aux caciques de la IVe République. La
18 juin 1940 dans leur besace symbolidose de mauvaise foi ou de cécité volonque. « Loin d’être l’héritage royal d’un de
taire, notre auteur n’en manque pas
Gaulle qui se serait pris pour le Grand
lorsqu’il nous dit : « Pour l’Algérie, il a
Turc, l’exagération de la fonction présimenti à tout le monde… et c’est précisédentielle viendra du déficit liminaire resment en cela qu’il mérite l’admiration. »
senti au départ par chacun de ses succesMais une fois surmontées ces querelseurs pour exercer la fonction à hauteur
les dépassées sur le retour du Général, et
d’histoire, et par conséquent la tentation
après qu’on s’est habitué à ses mots rade se rabattre sur un modèle managérial
res, et au tour parfois excessivement
donnant au président une préséance sur
précieux qu’il donne à sa prose, Philippe
le directeur général, qui porte beaucoup
Ratte nous donne à voir une lecture glo-
Philippe Ratte sait de quoi il parle.
Agrégé d’histoire, il est membre du
conseil scientifique de la Fondation de la
France libre. Il a déjà publié une biographie de son héros, intitulée De Gaulle.
La vie, la légende. À le lire, on se dit parfois qu’il a suivi le conseil donné dans le
fameux western L’homme qui tua Liberty Valance : « quand la légende est plus
belle que l’histoire, imprime la légende ». Car, quitte à passer aux yeux de
l’auteur pour « un esprit chagrin » de
plus, il n’est guère convaincant lorsqu’il
nous assène qu’« il faut aujourd’hui, à
l’épreuve du temps, une dose de mauvaise
foi ou de cécité volontaire dépassant le
bon sens » pour imaginer « de Gaulle
«
»
d’entre les dirigeants à se faire PDG et à
cumuler les deux fonctions. »
Avec l’arrivée de François Mitterrand
à l’Élysée, tout s’emballe, pour le
meilleur (l’opposant le plus irréductible
au régime s’y soumet) et le pire :
« L’apothéose du pouvoir présidentiel ne
connaît plus de limites et la revanche des
partis est totale. »
Au fil des années, le quadrilatère sacré de De Gaulle se désagrège, chacun
devenant l’ombre de lui-même : le peuple du « cher et vieux pays » est devenu
une population, voire le peuplement
d’une « terre d’asile universelle » ;
l’État se limite à être une administration
qui adopte les règles managériales ; la
nation se disloque en un agrégat de
« territoires » ; et ce monde westphalien des États-nations qu’avait connu de
Gaulle, s’est transformé en un univers
globalisé. L’auteur dénonce à juste titre
les « marottes postmodernes » : la décentralisation et la promotion féminine,
et « l’invasion de la vie publique par les
thèmes à la mode, d’ordre affectif, nimbés de vertu égalitaire et de parures démocratiques ». Surtout, il ne reconnaît
plus sa République gaullienne avec la
montée en majesté du juge, qu’il soit
français ou européen, qui impose le
« règne universel du droit » à l’ancienne
« nation libre de ses décisions » qu’avait
voulue le général de Gaulle. « C’est dire
que l’appareil constitutionnel, resté intact
malgré ses vingt-quatre liftings au gré
des modes, est un peu à la réalité nationale ce que la garde républicaine à cheval
est à la circulation urbaine, une splendide
survivance d’un temps révolu. »
On a compris : de Gaulle est d’autant
plus cité et révéré, qu’il est chaque jour
davantage bafoué et renié. Tout le monde se recueille devant sa statue pour
mieux cracher sur sa tombe. ■
La Chine, notre adversaire
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
C
ela fait quarante ans qu’il
regarde la Chine. Et même
un peu plus. Jean-Pierre
Cabestan sinise en réalité
depuis l’adolescence. Dans
les années 1970 finissantes,
le maoïsme est passé de mode. On se détourne de cette masse humaine et stagnante vivotant dans un cul-de-sac de
l’histoire. Mais le jeune homme qu’il est à
l’époque - 20 ans en 1975 - persiste, soutient une thèse sur la bureaucratie
chinoise, décolle pour Taïwan et fonde
en 1994 la première antenne du Centre
d’étude français sur la Chine contemporaine. Quatre ans plus tard, il migre vers
l’Université baptiste de Hongkong, juste
après la fin du protectorat britannique. Il
vit depuis lors dans cette enclave libérale
chaque jour plus précaire face aux pressions normalisatrices du pouvoir central.
C’est de ces deux emporiums que Cabestan a observé les mœurs du géant
chinois. Un travail de détective, qui demande la même approche oblique et
méticuleuse qu’en son temps la soviétologie. Cabestan ne regarde donc pas la
Chine depuis « le VIe arrondissement ». Il
n’embellit ni ne diabolise la voie chinoise. Il voit en elle un pragmatisme suprême, porté à un degré parfait de réalisme :
seul compte le résultat - et peu importe
le chat pourvu qu’il attrape la souris. Il
décrit donc un système politique étonnamment ductile, et son livre, s’il était
traduit par un membre du parti, pourrait
ressembler à un éloge. Du point de vue
sino-chinois, c’est 20/20.
Pourtant, Cabestan encourage à ne
pas douter des ressources de l’Occident
démocratique, qui peut faire face, selon
lui, à la formidable transformation de
l’empire du Milieu en puissance mondiale. À condition de ne pas la sous-estimer, ni la surestimer. « Quand Deng décida la modernisation en 1979, personne
n’imaginait une seconde que la Chine deviendrait en trente ans la seconde puissance économique mondiale », nous ditil. L’après-Mao avait laissé ce peuple
étique. Le véritable grand bond en avant
se fit sans lui, grâce à une mue du parti
communiste en planificateur capitaliste.
Le livre analyse la subtilité du processus,
il prend acte de la ténacité des acteurs
qui l’ont conduit au nom d’un motif historique profond : la hantise du chaos.
L’aspiration impérieuse de tous les
chinois - et notamment les nouvelles
classes moyennes - à la sécurité, quel
qu’en soit le prix politique. « Pendant
plus d’un siècle, la Chine n’a connu que les
guerres civiles, l’anarchie ou la soumission aux puissances occidentales, tout le
monde a en tête ce risque. »
Outre cette répulsion pour le désordre, Cabestan souligne l’importance décisive de l’apprentissage léniniste du
pouvoir par la nomenklatura maoïste
DENIS DUPOUY/LE FIGARO
Quand Deng
« décida
la modernisation
en 1979, personne
n’imaginait une
seconde que la Chine
deviendrait en trente
ans la seconde
puissance
économique
mondiale
»
JEAN-PIERRE CABESTAN
dans les années 1950. Staline a aidé Mao à
instituer une nouvelle culture de la surveillance administrative du territoire, et
il y a aujourd’hui « 10 millions de fonctionnaires gouvernementaux, dont 7 milions recrutés sur concours ». C’est cet
État policier profond, tissé dans la chair
de la société chinoise qui écoute le peuple
et le contrôle, anticipe les crises sociales
et les négocie. L’échec de la révolte de
Tiananmen en 1989 s’explique par la
hantise du chaos et la force du contrôle
administratif. De nombreux politistes
estimaient que l’économie de marché
entraînait mécaniquement l’effondrement du PC et l’institution d’un État libéral. Les faits les ont contredits. Et,
aujourd’hui, les techniques digitales diffusent « un système de propagande »,
toujours plus orwellien - on estime à
« 2 millions les contrôleurs d’Internet,
chargés de filtrer et nettoyer les réseaux ».
« Nouvel équilibre autoritaire »
Cela ne signifie pas que le parti communiste ne soit pas sans cesse soumis à de
nouvelles difficultés. Le coup de force de
Xi Jinping, devenu en quelques années
quasi-empereur, montre qu’il était devenu urgent de provoquer un « nouvel
équilibre autoritaire », après les années
Hu Jintao, trop permissives, pour faire
face au risque de corruption massive et
de décomposition interne du parti en
baronnies rivales. La République populaire a relevé ces défis, et elle a parfaitement vu venir le piège d’une « économie
à salaire moyen » qui risquait de ne plus
être assez compétitive face aux nouveaux émergents. Elle a su aussi séduire
ses « sujets » en diffusant un nationalisme galvanisé, considéré comme le vrai
« coagulateur » de l’adhésion des chinois
au système en place.
La Chine de Xi Jinping est donc solide,
et, malgré la longue liste des problèmes
qu’elle doit régler, Cabestan reste
convaincu qu’elle ne s’effondrera pas
dans les années qui viennent comme
l’envisagent toujours de nombreux experts. Ni une « révolte des gueux », qui
ne trouvera de relais ni dans l’armée,
sous contrôle, ni dans les classes moyennes, ni une crise économique majeure
- dont le pouvoir se servira pour rejeter
la faute sur le reste du monde -, ni même
une défaite militaire en mer de Chine ne
sont à ses yeux des événements suffisamment puissants pour déraciner le
PCC. Même chez les intellectuels chinois
dissidents, l’idée d’une évolution singa-
pourienne – modèle très attractif pour
beaucoup de Chinois -, voire taïwanaise,
est renvoyée aux calendes chinoises,
c’est-à-dire dans trois ou quatre générations. C’est le temps qu’il faudra peutêtre pour qu’on assiste au dépérissement
du Parti-État (90 millions de membres),
fort bien décrit par Cabestan comme « la
plus vaste société secrète du monde ».
Cette réussite de la République populaire la place donc au cœur de la nouvelle
bataille des modèles politiques. Une bataille idéologique très sérieuse qui n’oppose plus le capitalisme au communisme, mais les enfants gâtés des Lumières
et les militants décomplexés de l’autoritarisme. Ceux qui pensent que la poursuite du bonheur est une affaire individuelle, et la démocratie la bonne
méthode de gouvernement, et ceux qui
confient à l’empereur le soin d’assurer le
bonheur du peuple.
La Chine incarne la seconde option, en
combinant un nationalisme autoritaire,
un taux de croissance à 5 % et une armée
en plein essor. Les Russes, Turcs, Iraniens, Vénézuéliens, Coréens, Égyptiens, mais aussi les nouveaux élèves de
la classe chinoise que sont les Éthiopiens
et les Rwandais, avancent tous en
claudiquant derrière ce pavillon rouge
qui claque au vent. Ce qui fait de la Chine
notre adversaire. Elle doit être regardée
comme telle. Les tweets de Donald
Trump touchent du doigt cette réalité.
Le temps d’une nouvelle fermeté à
l’égard de Pékin est venu, notamment
pour mettre fin à la destruction méthodique du principe de réciprocité commerciale. Sans s’exagérer l’agressivité
du dragon chinois. Cabestan souligne la
prudence des manœuvres militaires,
plus gesticulatoires que portées par une
véritable volonté d’expansion. Cela vaut
aussi pour le commerce. « Tant qu’ils ont
le sentiment de rentrer dans du beurre, ils
continuent. » ■
DEMAIN
LA CHINE :
DÉMOCRATIE
OU DICTATURE ?
Jean-Pierre
Cabestan, Gallimard/
Le Débat, 288 p, 22 €
A
La libéralisation
de la Chine du parti
unique n’est pas
pour demain.
Pas plus que
son effondrement.
Jean-Pierre Cabestan
s’en explique
dans une étude fine
et exhaustive.
Afin de mieux
lui faire face.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
L’appel de 70 médecins : « Il est manifeste
que Vincent Lambert n’est pas en fin de vie »
ous, médecins et
professionnels spécialisés
dans la prise en charge
de personnes cérébrolésées en état végétatif ou
pauci-relationnel
(EVC-EPR), tenons à exprimer, en notre
âme et conscience, notre
incompréhension et notre extrême
inquiétude au sujet de la décision d’arrêt
de nutrition et hydratation artificielles
concernant M. Vincent Lambert. Un tissu
d’incertitudes et d’hypothèses, ainsi
que des jugements contradictoires
concernant le niveau de conscience,
les capacités de relation et de déglutition,
le pronostic, fondent une sanction
dramatique, incompréhensible. Certains
d’entre nous ont une expérience
de trente à quarante ans de soins
et de réflexion autour de ces personnes.
La circulaire du 3 mai 2002, qui a marqué
une étape essentielle pour l’organisation
et la qualité de la prise en charge
des personnes EVC-EPR, constitue
une référence toujours d’actualité.
La plupart d’entre nous ne connaissent
pas personnellement M. Vincent
Lambert, sinon par ce qui est dit de lui
dans les médias, de façon partisane,
quant à l’application à son égard
de la loi relative aux droits des patients
et à la fin de vie.
Certains d’entre nous ont pu visionner
une courte vidéo, de séquences tournées
en juin 2015, permettant d’affirmer
que M. Vincent Lambert est bien en état
pauci-relationnel, à savoir qu’il n’est pas
dans le coma, ne requiert aucune mesure
de réanimation et qu’il a des capacités
de déglutition et de vocalisation. S’il nous
est impossible de nous prononcer
sur son niveau exact de conscience
et ses capacités relationnelles,
en revanche M. Vincent Lambert nous
apparaît semblable aux patients relevant
de nos unités EVC-EPR, de ceux
qui n’ont même pas de trachéotomie.
Il est manifeste qu’il n’est pas en fin
de vie. Sa survie
dans les conditions
et le contexte
qui l’entourent
– déchirement
Alors que le tribunal administratif de Châlonsfamilial, procédures
en-Champagne doit rendre une décision ce jeudi,
juridiques
70 professionnels de santé de diverses spécialités
interminables,
dénoncent une « euthanasie qui ne dit pas son nom » déchaînement
et demandent que Vincent Lambert
médiatique, absence
soit transféré dans une unité spécialisée.
de projet de vie avec
N
COLLECTIF
abandon de toute rééducation ou sortie
ou mise au fauteuil, isolement sensoriel
et relationnel dans sa chambre où il est
enfermé à clé depuis quatre ans… –
témoigne même, à nos yeux,
de sa pulsion tenace de vie.
Comment ne pas tenir compte du fait
que M. Lambert a survécu en 2013 à
trente et un jours sans alimentation avec
une hydratation réduite au minimum,
alors que, dans notre expérience
unanime, ce fait est incompatible avec
une volonté de mourir ? Quand ils ne
veulent plus vivre, ces patients meurent
en quelques jours, voire quelques heures.
Cette survie pendant trente et un jours
témoigne au contraire d’une
incontestable pulsion de vie qui aurait dû
fonder depuis cinq ans une nouvelle prise
en charge autour d’un projet de vie et qui
ne se réduise pas à des soins de nursing.
Les expertises médicales, même
pratiquées par d’éminents spécialistes,
et tous se sont révélés être capables
de relations interpersonnelles avec
leur entourage, plus ou moins élaborées,
mais toujours existantes et vérifiées.
Nous nous interrogeons
sur les circonstances qui ont pu conduire
à affirmer que M. Vincent Lambert
avait pu manifester, fin 2012, une volonté
certaine et irrévocable de mourir,
point de départ de la réflexion
et des procédures collégiales engagées
par l’équipe l’ayant en charge.
Notre expérience nous fait nous
interroger sur le fait qu’une même équipe
soignante assure des soins à la fois à des
patients en fin de vie et à des patients
cérébro-lésés : il y a là deux logiques
antinomiques qui ne peuvent cohabiter.
Sur ces bases :
1. – Nous dénonçons les conditions
de vie imposées à M. Vincent Lambert :
alitement permanent, absence de mise
en fauteuil adapté, absence de sortie,
enfermement à clé dans
sa chambre, absence
Là où nous entendons dire :
de prise en charge
« arrêt des traitements »,
rééducative d’entretien,
absence de rééducation
nous ne voyons que provocation
la déglutition,
délibérée de la mort, une euthanasie de
limitation des visites,
qui ne dit pas son nom
toutes mesures
s’opposant au maintien
d’une vie sociale et affective, primordiale
reposent toujours sur des examens
pour ces personnes. Ces conditions, aussi
pratiqués sur un temps forcément limité.
incompréhensibles qu’inadmissibles,
Elles ne sont pas adaptées à la situation
s’apparentent à une incarcération
de ces patients dont il faut gagner
prolongée, indigne de son état,
la confiance avant de pouvoir obtenir
de sa personne, de ses proches.
une quelconque manifestation
Elles nous apparaissent contraires
de présence consciente. Cette évaluation
à toute éthique et déontologie médicales.
ne peut être validée que par une équipe
2. - Nous n’arrivons pas à comprendre
pluridisciplinaire, dans des conditions
qu’à aucun moment de cette terrible
de vie variées, sur un temps
histoire l’avis d’une équipe expérimentée
suffisamment long de plusieurs
n’ait été sollicité devant une décision
semaines, en lien avec les membres
aussi grave. Grave car n’ayant pas
présents de la famille. Cela est impossible
d’autre finalité que de provoquer la mort
dans un contexte d’enfermement sans
d’un homme qui n’est pas en fin de vie
projet de vie. Or notre expérience croisée
et dont l’état de handicap paraît stabilisé,
de praticiens spécialistes de ces patients
même sous couvert d’une procédure
nous amène à constater que l’état dit
collégiale. Ni l’équipe médicale en charge
végétatif chronique, au sens d’un patient
de M. Vincent Lambert, au début de cette
qui ne serait capable d’aucune relation,
situation, ni quelque instance de Justice
n’existe pas : tous les patients
que ce soit, pour aussi nombreuses
diagnostiqués végétatifs qui sont passés
qu’elles aient été sollicitées, n’ont fait
dans nos services ont en réalité
une telle proposition pourtant
une conscience minimale qu’il faut
de bon sens et usuelle entre collègues.
savoir détecter et exploiter en lien étroit
3. - Nous formulons le vœu
avec la famille. Pris en charge en unité
que M. Vincent Lambert, qui n’est pas
ou maison spécialisée, ces patients
en fin de vie, bénéficie d’une prise
font souvent des progrès étonnants
en charge conforme à l’esprit
qui surprennent toujours les soignants,
«
»
de la circulaire du 3 mai 2002. Pour cela,
il doit être transféré dans une unité
dédiée aux patients EVC-EPR
dynamique, proposant un projet
de vie de qualité incluant ses proches.
Là où nous entendons dire :
« acharnement thérapeutique », nous
ne voyons qu’abandon thérapeutique
et maltraitance sur personne vulnérable ;
et nous demandons une reprise des soins
physiques et relationnels.
Là où nous entendons dire : « volonté
du patient », nous apprenons que notre
confrère qui a pris cette décision
dramatique n’émet que des hypothèses.
Là où nous entendons dire :
« débranchement », nous ne voyons
aucun fil, aucune machine à débrancher
en dehors de la nutrition entérale
par gastrostomie, laquelle constitue
chez ces patients un soin de base. Mais
nous voyons des capacités de déglutition
volontaire ; et nous demandons qu’une
rééducation appropriée soit entreprise.
Là où nous entendons dire : « arrêt
des traitements », nous ne voyons
que provocation délibérée de la mort,
une euthanasie qui ne dit pas son nom ;
et nous demandons un véritable projet
de vie : reprise de la kinésithérapie après
traitement des rétractions tendineuses
qui se sont nécessairement installées
pendant plus de quatre ans d’arrêt de ces
soins, mise au fauteuil, sortie à l’air libre.
Là où nous entendons : « procédure
collégiale », nous ne voyons que posture
partisane, idéologique, déconnectée
de la réalité d’une situation de handicap
sévère, stable, justifiant des soins
et traitements adaptés en vue du confort
de la personne ; et nous demandons
que M. Vincent Lambert soit enfin
transféré dans une unité EVC-EPR
pratiquant des soins actifs, globaux,
dans le cadre d’un projet de vie et non
de mort annoncée et programmée.
Là où nous entendons la voix
de certains de nos confrères se rallier
à la thèse de l’acharnement thérapeutique,
nous élevons la nôtre, forte de
nombreuses années d’expérience, pour
que notre silence ne devienne complice
de la mort provoquée d’un de nos patients.
Qui peut oser porter un jugement
sur la valeur d’une vie ? N’est-ce pas au
contraire le devoir et l’honneur d’une
société humaine que de prendre soin
des plus vulnérables d’entre les siens ?
* La liste complète des signataires
est à retrouver sur le Figaro Premium.
Niveau catastrophique et bureaucratie :
pourquoi j’ai fui l’université française
aurais volontiers passé ma
vie dans les doux pâturages
de la carrière académique.
Cette existence faite
de lectures, d’écriture, de
conférences et de contact
avec des esprits en éveil me convenait
parfaitement. Après avoir passé les
concours nécessaires, j’ai commencé
à enseigner la philosophie en tant que
chargé de cours, comme de nombreux
thésards. C’est là que j’ai découvert
l’université française. Au bout d’un an,
j’ai fui. Depuis, je suis un fervent partisan
de la sélection, qui se retrouve un peu par
hasard dans le débat public, quarante ans
après l’échec tragique de la loi Devaquet.
Voici donc un retour d’expérience,
certes limité à une seule fac, mais notre
jacobinisme administratif a ceci de
commode qu’elles se ressemblent toutes.
Peu importent au fond les locaux
dégradés, les toilettes qui ne ferment pas,
les cantines universitaires qui font
regretter les épinards. Peu importent
les faibles salaires, inférieurs à ceux
des cheminots (2 200 euros brut pour un
maître de conférences, poussivement
augmenté à l’ancienneté). Peu importe
la bureaucratie omniprésente (je me
rappelle encore
les formulaires
à remplir pour faire
des photocopies).
Peu importe
Notre système universitaire est à bout de souffle
ce no man’s land
et ce ne sont pas davantage d’État et d’égalitarisme
pédagogique où,
qui le sauveront, analyse l’essayiste libéral*, qui invite dans le labyrinthe
des amphis et des
les étudiants à ne pas se tromper de combat.
DESSIN CLAIREFOND
J’
A
GASPARD KŒNIG
TD, il est impossible de suivre
individuellement les étudiants. Peu
importent les groupuscules d’extrême
gauche qui, avec l’arrivée du printemps,
tiennent leur AG sur l’esplanade centrale.
L’essentiel n’est-il pas de pouvoir
enseigner ? De transmettre le savoir ?
L’absence de moyens matériels est une
contrepartie de la gratuité. Même si cela
nous laisse bien démunis en comparaison
des puissantes universités
anglo-saxonnes, une telle austérité
peut se défendre. Pourquoi ne pas faire
de la philosophie dans une forme
de dépouillement stoïcien ?
Mais ce qui vous brise l’âme, c’est de
corriger toutes ces copies des premières
années où les fondamentaux de la langue
française ne sont clairement pas acquis.
Comment étudier Kant quand on ne sait
pas accorder les verbes au pluriel
ou mettre des points à la fin des phrases ?
Les communiqués de l’Unef truffés
de fautes d’orthographe et de grammaire
amusent la Toile mais reflètent la réalité
des études supérieures. Le baccalauréat
a été conçu par Napoléon comme le
premier grade universitaire précisément
pour éviter ces erreurs de parcours.
Au cours du XIXe siècle, le nombre
de bacheliers se comptait par centaines.
La massification de l’enseignement,
dont il faut se réjouir, a rendu ce système
obsolète. Il serait donc logique
de reporter le processus de la sélection
sur les universités elles-mêmes, comme
partout dans le monde. Ainsi pourrait
naître une saine diversité de cursus
et d’approches. Rien n’empêcherait
charriant avec eux une culture qu’ils
rejettent pour mieux la transformer.
Il n’y a pas de critique sans rumination.
Les révoltés de Mai 68, dont mes parents
faisaient partie, lisaient Marcuse
et Kerouac. Ceux d’avril 2018 répètent
les slogans de mamie-papi et réclament
encore plus d’État, sans voir que la
contestation prend aujourd’hui d’autres
formes, depuis les cryptomonnaies
jusqu’aux îles
autogérées
Comment étudier Kant quand
(seasteading)
imaginées par
on ne sait pas accorder les verbes
les libertariens.
au pluriel ou mettre des points à la fin
Enfin, la justice
des phrases ? Les communiqués de l’Unef sociale n’est pas
non
plus là où l’on
truffés de fautes d’orthographe et de
croit. Aujourd’hui,
grammaire amusent la Toile mais reflètent l’élite fait tout pour
éviter à ses rejetons
la réalité des études supérieures
le purgatoire de la
fac. Elle les envoie en prépas, à l’étranger
des étudiants obtiennent leur licence
ou dans des établissements privés.
en trois ans, proportion qui tombe
Ce système à deux vitesses, hypersélectif
sous les 10 % pour les bacheliers issus
d’un côté et hyperégalitaire de l’autre,
des filières technologique
entretient la reproduction sociale
et professionnelle. La vingtaine bien
et détruit l’idéal méritocratique.
entamée, ils se retrouvent sur le marché
Si tout le monde a 10/20 à ses partiels,
du travail sans diplôme valable. Il y a
devinez qui va décrocher le job ?
aujourd’hui un demi-million d’étudiants
Il est difficile de ne pas éprouver
en sciences humaines (hors droit
de sympathie pour un jeune qui lève
et économie) : quel est leur avenir ?
le poing. Je me permets simplement
Le conservatisme n’est pas là où l’on
de lui faire remarquer que ce poing,
croit. L’éducationnaliste américain
il est aujourd’hui en train de se l’envoyer
E.D. Hirsch a montré, dans son livre
dans la figure.
Cultural Literacy, l’exceptionnel niveau
intellectuel (et orthographique !)
*Auteur de « Voyages
des textes des Black Panthers. Les vrais
d’un philosophe aux pays des libertés »,
révolutionnaires sont des lettrés,
Éditions de l’Observatoire, 2018.
certains établissements de maintenir
leurs portes ouvertes : il faut des
Vincennes, des lieux de contre-culture
et de savoir alternatif, mais ils ne peuvent
représenter un modèle universel.
La cruauté n’est pas là où l’on croit.
La cruauté, c’est de laisser des jeunes
retaper indéfiniment leur licence
de sociologie, psychologie, philosophie
et lettres modernes : moins d’un tiers
«
»
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LE FIGARO
jeudi 19 avril 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
Macron et les malotrus
ls étaient si agressifs, si mal
élevés, qu’ils ont perdu
la bataille avant même
de la livrer. Bourdin et Plenel
n’ont réussi qu’une chose, rendre
le président Macron infiniment
sympathique. C’est finalement
Catherine Nay qui eut le fin mot de
l’histoire : « Chaque fois
que Plenel souriait, on aurait dit qu’il
suçait un citron ! » Acidité à tous les
étages, en effet, qui ne pouvait que
servir un Macron calme et sûr de lui
face à deux teigneux incapables de
poser les questions de fond. En quoi
tout le monde est finalement resté sur
I
sa faim quant à l’essentiel :
quelle est la vision du monde
de notre président, quel dessein
collectif propose-t-il au pays par-delà
des réformes ponctuelles, parfois utiles,
mais souvent modestes ou contestables
(SNCF, droit du travail, très bien, mais
dette qui explose, pays en panne, laïcité
en berne, intervention en Syrie qui sert
les intérêts d’al-Qaida…).
On aurait aimé le savoir.
Or si l’on veut redonner du sens
à la vie politique, il faut partir de ce
constat : toute la politique moderne
depuis la Révolution française a tenu la
sphère publique pour infiniment
ENTRE GUILLEMETS
19 avril 1881 :
décès du premier
ministre conservateur
britannique
Benjamin Disraeli
Maxime
politique
de Benjamin
Disraeli
Réformer ce qu’il
faut, conserver
ce qui vaut
RUE DES ARCHIVES/RDA
»
ANALYSE
Marie-Estelle Pech
mppech@lefigaro.fr
C
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
au sein d’une poignée d’universités
à Paris, Nanterre, Nantes, Rennes et
Toulouse, la manifestation, qui touche
une grosse minorité d’étudiants,
ne faiblit pas non plus. À l’université
de Strasbourg, qui a organisé mardi
un vote électronique, 11 696 étudiants
se sont prononcés contre les blocages
(71,88 %) contre 3 000 pour les blocages
(18,44 %). Des chiffres similaires ont
été obtenus à l’université de Nancy,
le 9 avril dernier : 62 % des étudiants
...DROIT
ces derniers. Ils sont suivis par une partie
des étudiants. Ce qu’il ne faut pas
minimiser », explique François
Germinet, l’un des patrons
de la Conférence des présidents
d’université, selon qui l’inquiétude
et la désinformation règnent
aujourd’hui en maître. Les mots
d’ordre sont confus. Les syndicats du
type Solidaires ou SUD s’opposent
certes à la loi Vidal sur l’admission à
l’université, mais ne proposent aucune
solution à l’injustice du
tirage au sort organisé
Les lycéens se joindront-ils
auparavant. Et ils rêvent
au mouvement au risque
surtout d’une convergence
des luttes avec les
de l’amplifier ?
cheminots sur fond
d’idéologie anticapitaliste.
Faut-il évacuer les bloqueurs,
étaient contre les blocages, 26 % étaient
comme cela a été fait dans certaines
pour. Si la majorité écrasante des
universités ? Pas si simple. Si une
jeunes souhaite bien une reprise des
intervention des CRS a permis
cours, comme à chaque mobilisation
de ramener le calme à Paris-IV, celle
étudiante, d’ailleurs, ce ne sont pas
organisée à Nanterre quelques jours
seulement quelques centaines d’excités
avant a attisé le feu : l’université
ou d’agitateurs extérieurs, comme on
est désormais bloquée.
a pu l’entendre, qui expriment leur
Dernière question et non des
soutien au mouvement. De Nanterre
moindres : les lycéens se joindront-ils
à Paris-I, en passant par Strasbourg,
au mouvement au risque de
les professeurs reconnaissent leurs
l’amplifier ? Des lycéens de l’Union
étudiants parmi les jeunes bloqueurs.
nationale lycéenne, jusqu’alors
« Les activistes qui cherchent
relativement absents de la
à mobiliser, avec difficultés, depuis
contestation, appellent à Marseille
septembre sur la sélection plongent
à des « blocages et manifestations
parfois dans l’ultraviolence, mais
pacifiques » jeudi.
on ne peut pas réduire le mouvement à
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
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Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
exclusivement des relations
extérieures, de la « Grande Politique »,
en déclarant que « l’intendance
suivrait ». C’est
de ce grand chambardement
des rapports public/privé qu’il va
désormais falloir tenir compte
si l’on veut redonner du sens à une vie
politique qui devra se mettre bien
davantage au service des familles
réelles que des utopies mortifères.
Or aujourd’hui, j’entends partout
le même discours, tant chez
les anciens marxistes que chez
les catholiques traditionalistes :
l’individualisme moderne
et le repli sur la sphère privée auraient
anéanti l’idée de projet collectif
en même temps
que toute référence
au « Bien commun ».
Je pense exactement l’inverse.
Aussi paradoxal que cela puisse
paraître, la revendication des droits
individuels dessine un projet collectif.
Loin de conduire à une atomisation
des égoïsmes qui tournerait
à l’éclatement de la nation,
elle s’enracine dans une conception
du Bien commun et un rôle de l’État
d’un genre inédit certes, mais
néanmoins d’autant plus puissants
et cohérents que nous avons
tous ou peu s’en faut les mêmes
préoccupations : des parents
qui vieillissent et qui meurent,
des enfants dont l’entrée dans la vie
n’est pas facile, des soucis d’argent
plus ou moins préoccupants,
des maladies, des vies professionnelles
ou amoureuses plus ou moins
réussies, etc.
De là le grand projet collectif
qui devrait animer nos gouvernants
et qui tient en une question :
comment faire en sorte que
nos enfants puissent trouver
leur place et réussir leur vie
dans le flux colossal d’innovations
qu’annonce la troisième révolution
industrielle ?
Pour l’instant, la vérité oblige à dire
qu’on ne voit rien venir…
VOX
La mobilisation étudiante
reste minoritaire
e n’est pas tant l’étendue
de la mobilisation étudiante
que craint le gouvernement
aujourd’hui que la violence
qui l’accompagne.
Le président de l’université
Paris-I a déjà fait part de son
inquiétude, en début de semaine,
au sujet de ce cocktail de drogue,
de sexe et de violence qui a ravagé
le site de la rue de Tolbiac, dans le sudest de Paris, bloqué depuis un mois.
George Haddad n’hésite plus à parler
d’une situation « préinsurrectionnelle »,
estimant le coût des dégâts à 1 million
d’euros. Pourtant, seules quinze
universités sur soixante-dix sont
perturbées, dont quatre bloquées,
par des étudiants qui craignent
l’instauration d’une sélection déguisée
entre l’année de terminale et la
première année à l’université. Sciences
Po, l’école parisienne, habituellement
plus prompte à se mobiliser, a décidé
de rejoindre le mouvement ce jeudi
en bloquant son bâtiment principal.
Pour autant, cette mobilisation
contre la loi réformant l’accès à
l’université ne s’étend pas vraiment.
Quand un bâtiment universitaire est
bloqué un jour, un autre est débloqué
ailleurs parallèlement. Les quelques
manifestations de rue organisées
ces dernières semaines n’ont que peu
mobilisé, au grand désappointement
de leurs organisateurs. Malgré tout,
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
supérieure à la sphère privée.
En cas de conflit, c’est toujours
la seconde qu’il fallait sacrifier, comme
le prouve abondamment l’histoire
des guerres. En Mai 68 encore, qui fut
pourtant le premier grand mouvement
sociétal à mettre
en avant les valeurs de l’intimité,
la politique reste prioritaire
dans les discours.
Il s’agit moins de la mettre au service
des individus que de parvenir
à ce que chacun d’entre eux puisse
s’élever du statut de citoyen passif
à celui de citoyen actif. Même chez
les moins totalitaires de nos soixantehuitards, la conviction s’affiche
que « tout est politique ».
Pour parler comme Benjamin Constant,
« la liberté des Anciens », c’est-à-dire
la participation active
aux affaires publiques, reste infiniment
supérieure à la « liberté des
modernes », c’est-à-dire au droit
pour chacun de conduire sa vie privée
comme il l’entend. Or la révolution
que nous sommes en train de vivre
depuis un demi-siècle, sans
que le monde intellectuel ni politique
semble en avoir pris la mesure,
va à l’inverse : aujourd’hui, comme
j’y insiste de livres en livres, pour
l’immense majorité des individus,
ce qui fait le sens véritable
de l’existence, ce qui lui donne
sa saveur et son prix, se situe
pour l’essentiel dans la vie privée.
La vie affective sous toutes
ses formes, l’éducation des enfants,
le choix d’une activité professionnelle
enrichissante aussi sur le plan
personnel, le rapport à la maladie
et à la mort, occupent une place
infiniment plus éminente que la
considération d’utopies politiques au
demeurant introuvables. Nous vivons
bien davantage dans un film
de Woody Allen que dans un discours
de Fidel Castro. Entre des combats
politiques douteux et sa mère,
Camus, déjà, choisissait la seconde.
Fini le temps où un chef d’État
comme de Gaulle pouvait s’occuper
Après le parent 1
et le parent 2, va-t-on
numéroter aussi
les enfants ?, la tribune
de Monette Vacquin,
Jean-Pierre Winter
et Michel Gad Wolkowicz,
tous trois psychanalystes
...SOCIÉTÉ
Les violences à Toulouse
posent à nouveau
la question des « zones
de non-droit », entretien
avec le porte-parole
de l’Institut pour la justice,
Guillaume Jeanson
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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1er cahier 16 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 8 pages
Cahier 4 Le Figaro
Littéraire 8 pages
A
CHRONIQUE
15
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 919 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
DETTE
PRESSE
LE FMI RAPPELLE
À L’ORDRE LA CHINE
ET LES ÉTATS-UNIS PAGE 19
Total s’offre
Direct Énergie
pour s’attaquer
à EDF et Engie
Christine Lagarde,
directrice
générale du FMI.
LAGARDÈRE VEND
SES TITRES À UN GROUPE
TCHÈQUE PAGE 24
Grèves,
mobilisations :
la CGT joue
son va-tout
Isolée, la centrale poursuit une stratégie
de fuite en avant contre les réformes en cours.
THOMAS PADILLA/MAXPPP ; ISAAC LAWRENCE/AFP ; ENCORE HEUREUX ARCHITECTES
La CGT appelle à une journée d’action ce
jeudi, afin de regrouper tous les
mécontentements, du privé comme du
public. Mais cette mobilisation devrait se
solder par un échec, les autres grandes
centrales - et notamment la CFDT et FO rejetant cette stratégie de « convergence
des luttes ». Isolée sur le plan syndical, la
CGT ne réussit pas davantage à construire
des ponts avec les partis politiques.
À la SNCF, sa victoire est très loin d’être
acquise. La grève commence à s’es-
souffler et les cheminots n’ont pas
convaincu l’opinion publique. Une défaite dans ce conflit serait un désastre
pour la CGT, qui n’aurait plus les
moyens de s’opposer à la réforme des
retraites. Ce serait son troisième échec
en moins de deux ans, après celui sur la
loi El Khomri et celui sur les ordonnances réformant le Code du travail.
Cette situation conduit la centrale de
Philippe Martinez à jeter toutes ses
forces dans la bataille.
èÀ NOUVEAU UNIS, LES SYNDICATS DE FONCTIONNAIRES DÉFILERONT LE 22 MAI
èMACRON APPELLE LES CHEMINOTS À « NE PAS BLOQUER TOUT LE PAYS »
èLA CGT MENACE DE COUPER LE COURANT AUX ENTREPRISES QUI LICENCIENT PAGES 18 ET 19
Le gouvernement vise 100 milliards
d’économies sur le quinquennat
Patrick Pouyanné, le PDG du pétrolier français, est
plus que jamais décidé à concurrencer EDF et Engie
sur la fourniture d’énergie. Quelques mois après avoir
lancé sa propre offre, baptisée Total Spring, le groupe
va débourser 1,9 milliard d’euros pour racheter
Direct Énergie, le principal fournisseur alternatif. PAGE 21
DOUX
Un volailler anglais
prêt à reprendre
les activités
en Vendée
PAGE 20
LA SÉANCE
DU MERCREDI 18 AVRIL 2018
CAC 40
5380,17
+0,50%
DOW JONES (18h)
24780,47 -0,02%
ONCE D’OR
1351,45 (1342,10)
PÉTROLE (lond)
72,840 (71,270)
EUROSTOXX 50
3490,89 +0,37%
FOOTSIE
7317,34 +1,26%
NASDAQ (18h)
6831,86 +0,23%
NIKKEI
22158,20 +1,42%
donc cessé de croître depuis un an.
L’été dernier, le montant des économies à réaliser était fixé à environ
80 milliards.
Mais aucun changement de cap dans
la politique économique n’est en vue.
L’évolution tient davantage au redémarrage plus rapide qu’anticipé de la
croissance qu’à des économies structurelles. PAGE 20
Les cinq syndicats de médecins ont
trouvé mercredi un terrain d’entente
avec la Cnam (Caisse nationale d’assurance-maladie) sur un texte pour
encadrer la télémédecine en France.
Toutefois, ce compromis doit encore
être validé par les centrales. Les
votes devraient se tenir durant la
deuxième quinzaine de mai. L’objectif du texte est d’inciter – et non obliger – les médecins à recourir à la
télémédecine dont les actes seront
remboursés par la Sécu. Et, dans ce
compromis, « il y a des éléments positifs et d’autres qui sont négatifs »,
indique Jean-Paul Ortiz, le président
de la Confédération des syndicats
médicaux français (CSMF).
Du côté des avancées, la Cnam a notamment lâché du lest sur la généralisation à tous les patients de la téléconsultation, une pratique qui
consiste à consulter un médecin à
distance par vidéoconférence. Elle
sera possible dès le 15 septembre
2018 et non plus au 1er janvier 2020.
En revanche, sur l’épineux sujet des
tarifs que devront appliquer les médecins et qui seront remboursés, la
Cnam s’est montrée plus ferme.
Concernant la téléconsultation, comme prévu, la facturation sera fixée à
25 euros pour un médecin généraliste et 30 euros pour un médecin spécialiste. « Au moins, on a gardé la
possibilité de faire des dépassements d’honoraires », indique Philippe Vermesch, président du Syndicat
des médecins libéraux (SML).
Les syndicats espéraient surtout
obtenir davantage sur les tarifs relatifs aux actes de téléexpertise entre
deux médecins. Mais « ça n’a pas
bougé par rapport au texte initial et
nous le regrettons », déplore JeanPaul Ortiz. Les médecins experts
qui sont « requis » par un de
leurs confrères seront rémunérés
12 euros pour une expertise simple
et 20 euros pour une expertise complexe. Le médecin « requérant » qui
demandera l’expertise obtiendra un
forfait de 50 euros pour les dix premières demandes de téléexpertise,
puis 5 euros par demande.
Quant au forfait annuel pour permettre aux médecins de s’équiper, il sera
de 525 euros. Les médecins demandaient 1 000 euros minimum.
MANON MALHÈRE
L'HISTOIRE
Fidèle à Clermont-Ferrand, Michelin
veut réenchanter son siège… et la ville
ichelin veut offrir
à ses salariés
un environnement adapté
aux nouveaux modes
de travail, plus collaboratifs,
plus responsabilisés et plus connectés.
Le tout, sans quitter son siège historique
de Clermont-Ferrand (ville où le groupe
emploie 10 000 de ses 115 000 salariés),
installé dans une usine ouverte en 1889
sur la place dite des Carmes-Déchaux.
« Le siège restera ici. Les Carmes resteront
un symbole fort pour Michelin, comme
le centre de recherche et de développement
de Ladoux qui abrite 3 500 chercheurs »,
assure le patron Jean-Dominique Senard,
qui passera
la main
en mai 2019.
Michelin investit
20 millions
d’euros dans
l’opération,
la Ville 8 millions.
Le cabinet
d’architecte
Encore Heureux
et Base, choisi
M
par la firme, prévoit une livraison en 2020.
Jean-Dominique Senard qualifie
« d’exemplaire » le partenariat public-privé
engagé avec le maire Olivier Bianchi.
Les 15 hectares du siège seront profondément
modifiés et proposeront une mosaïque
d’espaces réservés aux Bibs. Fait nouveau,
certains espaces seront ouverts au public,
avec un café et une promenade dans la serre
tropicale mitoyenne, où poussent des hévéas,
indispensables à la fabrication des pneus.
Un espace voulu par Édouard Michelin
lors de la première rénovation du siège, à la fin
des années 1990. Autre révolution : salariés
et fournisseurs n’auront plus besoin de badge
pour aller travailler dans certains espaces
du siège social.
Le patron peut
ainsi souligner
que la
transformation
des Carmes
illustre la nouvelle
ouverture
de Michelin
à la ville
et au monde. ■
BÉATRICE BAFOIL
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
Le chiffre n’est pas écrit noir sur
blanc. Mais la trajectoire des finances
publiques présentée à la Commission
européenne par le gouvernement
sous-entend qu’il veut désormais
réaliser 100 milliards d’euros d’économies entre 2017 et 2022, selon
les calculs du rapporteur général
du budget à l’Assemblée, Joël
Giraud (LaREM). Ce montant n’aura
COMPROMIS
SUR LA
TÉLÉMÉDECINE
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jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
18
L'ÉVÉNEMENT
La CGT jette
ses dernières forces
dans la bataille
La centrale appelle à une mobilisation générale perdue
d’avance ce jeudi. À la SNCF, la grève s’essouffle.
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
SOCIAL « Pour stopper la régression sociale : toutes et tous dans
l’action » : le slogan de la CGT pour
sa journée d’action de ce jeudi
fleure bon les grandes heures de
« la convergence des luttes ». Mais il
risque fort de sonner dans le vide
dans des cortèges clairsemés… La
centrale de Philippe Martinez ne
peut compter que sur l’appui de
Solidaires et le soutien (discret) de
la FSU, deux petits syndicats
contestataires, pour mobiliser. Les
grandes organisations ont, quant à
elles, opposé une fin de non-recevoir à cette journée interprofessionnelle, censée regrouper les
mécontentements de tous les secteurs, publics et privés.
« La convergence des luttes, ce
n’est pas ma tasse de thé », a indiqué, dès la fin mars, Laurent Berger,
le secrétaire général de la CFDT. Selon le réformiste, les conflits doivent être traités un à un, pour que
des résultats soient obtenus.
Quant à FO, échaudée par
l’échec de la contestation contre la
loi El Khomri, elle ne veut plus se
mettre dans la roue d’une CGT en
déclin. Une stratégie qui devrait
perdurer même après le départ de
Jean-Claude Mailly et l’élection à la
tête du syndicat de Pascal Pavageau lors du congrès de fin avril.
La reconstitution d’un front
syndical uni dans la fonction publique (voir ci-dessous) ne doit pas
davantage faire illusion : le cas est
spécifique et les fédérations ont
pris soin de fixer leur protestation
au 22 mai, une date suffisamment
éloignée du 19 avril pour s’en démarquer. Bref, les cégétistes sont
plus isolés que jamais.
“
Ce système de
grèves étalées s’avère
contre-productif
”
BERNARD VIVIER, DIRECTEUR DE
L’INSTITUT SUPÉRIEUR DU TRAVAIL
D’autant que la liaison ne se fait
pas plus avec la gauche. La centrale
de Philippe Martinez ne participera
pas à la manifestation du 5 mai anti-Macron organisée par François
Ruffin de La France insoumise. Par
souci d’indépendance syndicale
d’abord. Mais aussi parce qu’il reste à la CGT de nombreux cadres adhérents au PCF (Parti communiste
français) qui tolèrent mal la volonté
d’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon. « Or, pour qu’un mouvement
général prenne et qu’il y ait coagulation des conflits, il faut une articulation entre les organisations politiques et syndicales », explique
Stéphane Sirot, chercheur associé
au Centre de recherches politiques
de Sciences Po. Comme avec le PS
lors de la contestation de la réforme
des retraites de 2010, dernier épisode de manifestations monstres
(1,2 million de personnes).
Enfin, la CGT a très peu de relais
dans les deux milieux les plus agités aujourd’hui, celui des étudiants
et des zadistes. Toutes les conditions sont donc réunies pour que la
mobilisation de ce jeudi soit un
échec. Quant au devenir des mouvements dans l’énergie et à la
RATP, il est incertain (voir ci-dessous). Pis, la CGT est loin d’être assurée de gagner son bras de fer face
au gouvernement dans le conflit
principal, celui de la SNCF. La mobilisation s’y érode. « Ce système
de grèves étalées s’avère contreproductif. Les Français s’y sont habitués et s’organisent. Or, pour
réussir, un mouvement doit être
perturbateur », ajoute Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail.
A
À nouveau unis, les syndicats
de fonctionnaires défileront le 22 mai
C’est l’exception qui confirme la règle : chez les fonctionnaires, le front
commun s’est reconstitué. La CFDT
et l’Unsa ont décidé dernièrement
de rejoindre l’intersyndicale constituée par la CGT, FO, la FSU, Solidaires, la CFTC, la CFE-CGC et FA-FP.
C’est donc unies que les neuf centrales représentatives dans le public
manifesteront et appelleront à la
grève le 22 mai. Avec deux revendications : le pouvoir d’achat et la
contestation de la réforme de la
fonction publique, dont plusieurs
points - rémunération au mérite,
recours accru aux contractuels, fusion d’instances de représentation
du personnel - les hérissent.
« Ce 22 mai sera une journée dédiée à la fonction publique », a précisé mardi Jean-Marc Canon, de la
CGT. Un point crucial, les autres
centrales ayant peu apprécié qu’à
l’appel de Philippe Martinez notamment, les cheminots se soient
agrégés le 22 mars à la précédente
mobilisation, au point de capter
l’attention médiatique. Sans cette
exclusivité profonctionnaires, la
CFDT ne se serait pas ralliée ces
derniers jours. Or son retour dans
l’intersyndicale (elle s’en était retirée en mars, après avoir participé à
la journée du 10 octobre) est important car elle est deuxième chez les
fonctionnaires.
« Nous avons toujours eu des expressions critiques sur les questions
salariales, sur Action publique 2022
(programme de réforme de la sphère
publique, NDLR). Mais la date du
22 mars nous paraissait prématurée »,
a justifié mardi Mylène Jacquot, la secrétaire générale de la CFDT fonction
publique. En réalité, à l’approche des
élections syndicales du 6 décembre,
son organisation ne peut se permettre d’ignorer la grogne des agents. Le
tout alors que le 22 mars, sans être un
raz de marée, n’a pas été un échec,
avec 320 000 manifestants (cheminots inclus).
Ce front syndical uni chez les
fonctionnaires peut-il inquiéter le
gouvernement ? On n’en est pas là.
Certes, les neuf organisations envi-
sagent d’autres mobilisations après
le 22 mai et soutiennent les mouvements sectoriels, comme celui des
agents du fisc ou des hôpitaux…
Salaires débattus en juin
Mais ils continuent, pour l’instant,
de participer aux concertations sur
la réforme de la fonction publique.
Sur le fond, les réformistes sont
ouverts à certaines évolutions, par
exemple sur les primes de départ. La
prochaine réunion du 3 mai sur la
question des instances donnera le
ton. Côté rémunérations, Gérald
Darmanin, le ministre des Comptes
publics, a fait des ouvertures. Il a
avancé les négociations salariales
d’octobre à juin et annoncé le
23 mars le « rattrapage sur des métiers » comme celui « d’infirmière ou
un certain nombre de métiers de catégorie C (la plus basse, NDLR) ». Les
syndicats réclament, eux, une augmentation générale, passant notamment par un dégel du point d’indice.
Mais il s’agit de part et d’autre de
positions de départ… ■
C. C.
Accord « historique » pour
les fonctionnaires allemands
De l’aveu des syndicats, il s’agit du « meilleur résultat
depuis des années ». Dans la nuit de mardi à mercredi,
Verdi, le deuxième syndicat d’Allemagne, et l’État sont
convenus d’accorder aux 2,3 millions des employés
de la fonction publique trois hausses de salaires :
3,2 % à compter du 1er mars 2018, 3,1 % à partir d’avril 2019
et 1,1 % en 2020. Pour Verdi, qui demandait 6 % de hausse
immédiate, c’est un succès : la centrale a obtenu plus
de 7 % étalés sur trois ans. Le ministre de l’Intérieur,
Horst Seehofer, a, lui, obtenu une réforme de la grille
de rémunération qui doit permettre de rendre la fonction
publique « plus attractive ». L’effort sera réparti entre
l’État, à hauteur de 2,2 milliards d’euros, et les communes,
à hauteur de 7,5 milliards d’euros. Le troisième tour
de négociation commencé dimanche dernier avait été
précédé d’une semaine de « grèves d’avertissement »
dans les transports, les crèches ou le ramassage d’ordures.
En début d’année, les salariés de la métallurgie avaient
ouvert une brèche en obtenant 4,3 % d’augmentation et
le droit à une modulation du temps de travail. N. B. (À BERLIN)
Si la bataille autour de la réforme
ferroviaire se soldait par une victoire de l’exécutif, ce serait un désastre pour la CGT. Car la SNCF est
un bastion, et même plus, un symbole du combat social. Bernard
Thibault, le secrétaire général de
1999 à 2013, en venait. « La centrale
alignerait alors trois défaites en
deux ans : sur la loi El Khomri, sur les
ordonnances réformant le Code du
travail, sur la SNCF », fait remar-
quer Stéphane Sirot. De quoi l’affaiblir encore d’un cran, alors
qu’elle a été détrônée en 2017 de sa
première place dans le privé au
profit de la CFDT et qu’elle pourrait
perdre son rang de numéro un global, public et privé confondu, à
l’issue des élections du 6 décembre
dans la fonction publique. De surcroît, dans ce scénario de défaite
sur la SNCF, l’exécutif aurait la voie
libre pour la réforme des retraites…
Emmanuel Macron appelle les cheminots
à « ne pas bloquer tout le pays »
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
Matignon a fixé une date pour l’application du sujet qui fâche. C’est au
1er janvier 2020 que la SNCF ne recrutera plus aucun salarié avec le
statut de cheminot. À partir de cette
date, les embauches se feront dans
un autre cadre contractuel, qui reste à négocier. Les 131 000 personnes qui bénéficient actuellement de
ce statut et les nouveaux venus jusqu’à fin 2019 en conserveront toutefois les avantages : il s’agit de
conditions d’embauche et de rémunération plus favorables et d’un
régime spécial de retraite. Le statut
met également les cheminots plus à
l’abri face aux risques de licenciement économique.
« Il était logique de tout aligner
sur cette date qui correspond notamment au début de la reprise de la dette de la SNCF et la transformation du
statut de l’entreprise », a déclaré un
porte-parole du premier ministre.
Le projet de loi de réforme ferroviaire, qui a été adopté mardi en
première lecture à l’Assemblée nationale (454 voix pour, 80 contre et
29 abstentions), prévoit, en effet,
qu’à cette date la SNCF devienne
une société nationale à capitaux
publics. C’est également à cette période qu’aura lieu l’ouverture du
transport ferroviaire de voyageurs
à la concurrence. Le timing du gouvernement colle ainsi avec le calendrier de la SNCF.
L’annonce a fait l’effet d’une
douche froide parmi les syndicats,
qui déplorent la méthode du gouvernement. « Personne n’a pris soin
de nous prévenir alors que nous
étions mardi en discussions au ministère des Transports, déclare Didier Aubert, secrétaire général de la
CFDT-cheminots. Nous sommes
humiliés. Le gouvernement veut
bâillonner les corps intermédiaires.
C’est un problème de démocratie sociale dans le pays. » Sur le fond, les
représentants du personnel estiment qu’il aurait d’abord fallu renégocier un modèle social pour les
futures recrues. Reste, en effet, à
définir la future convention collective et les accords d’entreprise de la
SNCF, encore inachevés. « On
aurait pu se donner trois ou quatre ans, ajoute Didier Aubert. Cela
aurait même pu aller plus vite avec
une réelle volonté des différentes
parties. » De son côté, l’Union nationale des syndicats autonomes
(Unsa) a décidé de « boycotter les
prochaines réunions » au ministère
des Transports, estimant avoir été
mis « devant le fait accompli ».
Taux de grévistes en recul
Alors que la grève à la SNCF est
dans sa quatrième séquence depuis
début avril, les syndicats se réuniront jeudi matin sur la suite à donner au mouvement. L’annonce
lundi par la SNCF du lancement de
la filialisation de sa branche de fret
ferroviaire puis le vote à l’Assemblée ont mis de l’huile sur le feu. Les
propos du président de la République, en déplacement dans les Vosges mercredi, n’ont rien arrangé.
« Vous pouvez râler, mais ne bloquez pas tout le pays », a répondu
Emmanuel Macron aux cheminots
de la CGT et de SUD-rail qui l’interpellaient. « Vous êtes plus protégés
que des fonctionnaires », a ajouté le
président, en les pressant d’accepter les changements.
Mercredi, le taux de grévistes
était en recul (19,8 %) par rapport
au début du conflit. Une baisse de
régime attribué par Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT,
aux vacances scolaires. Le trafic
restait toutefois perturbé. Pour
jeudi, les prévisions sont identiques à celles de mercredi. La SNCF
table sur 2 trains sur 5 pour les
Transiliens et les TER. Concernant
les trains de longue distance, il est
prévu que seul un TGV sur 3 fonctionne, 1 train sur 4 pour les Intercités. À l’international, il devrait y
avoir 3 trains sur 4 « en moyenne »,
les trains Lyria étant le plus impactés (1 sur 3 prévu). 250 TGV devraient circuler au total dans
l’Hexagone. ■
La RATP prévoit des perturbations
sur les lignes A et B du RER
La RATP emboîte les pas des
cheminots de la SNCF. Quatre
syndicats de la régie parisienne
ont lancé un appel à la grève pour
jeudi à l’occasion de la journée de
mobilisation interprofessionnelle.
Parmi eux, la CGT, majoritaire
à la RATP, a prévu d’étendre
le mouvement jusqu’à samedi
matin. « Des assemblées
générales seront organisées pour
que les agents puissent décider
collectivement des suites à
donner au mouvement social », a
indiqué la CGT qui se rassemblera
jeudi matin devant le siège
de la RATP. Les organisations
syndicales souhaitent
notamment exprimer leur crainte
d’une privatisation future
et dénoncer des problèmes
d’effectifs. Ils s’inquiètent aussi
de l’ouverture à la concurrence
pour de nouvelles lignes.
Reste que les perturbations
du trafic devraient être limitées.
Métros et tramways circuleront
normalement en Île-de-France.
Le trafic devrait être « quasi
normal » dans les bus. En
revanche, la RATP prévoit moins
de trains sur les lignes A et B
du RER. Sur la ligne B, un train
sur deux est attendu, avec un
changement de train nécessaire
en gare du Nord pour accéder à
la zone SNCF. Sur la ligne A, trois
trains sur quatre sont prévus (un
sur deux sur la branche CergyPoissy, exploitée par la SNCF). K. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
jeudi 19 avril 2018
ÉCONOMIE
19
Le FMI cloue au pilori les dettes
américaines et chinoises
le 22 mars 2018
(mobilisation
des fonctionnaires
et des cheminots)
L'endettement mondial préoccupant
DETTE PUBLIQUE, en % du PIB
Pays développés
Seconde Guerre mondiale
Pays émergents*
Prévisions
120
80
000
manifestants
le 16 novembre 2017
(mobilisation contre
les ordonnances Macron)
1,2
million
de manifestants
le 10 octobre 2010
(mobilisation contre
la réforme Sarkozy
des retraites)
Consciente du danger, la CGT jette toutes ses forces dans la bataille.
Mais à mauvais escient, en s’appuyant sur des bastions où elle s’effrite et en multipliant les journées
d’action inutiles. Faute d’avoir redéfini une stratégie, elle active de
vieux réflexes. Et on voit mal
aujourd’hui qui pourrait arrêter
cette fuite en avant mortifère, Philippe Martinez ayant écarté de la direction tous les réformateurs… ■
Le secrétaire général
de la CGT, Philippe
Martinez, le 23 mars
à Rennes. FEURAY/ABACA
Des menaces de coupures de courant
pour les entreprises qui licencient
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
« estFaireungrève
droit.
Ici, il s’agit
d’une action
visant
à perturber
le bon
fonctionnement
du service
public, c’est
clairement
illégal
»
MATTIEU SEINGIER,
AVOCAT AU BARREAU
DE PARIS
Invoquant la « convergence des luttes », la fédération énergie de la
CGT veut faire grève pour un « nouveau service de l’électricité et du
gaz » nationalisé, plus juste et plus
protecteur pour les salariés et les
sous-traitants. Le syndicat dénonce
la détérioration des conditions de
travail provoquée par la déréglementation du secteur, revendique
une TVA à 5,5 % dans l’énergie et
annonce des « actions de reprise en
main de l’outil de travail ».
Il menace d’opérer « des coupures ciblées, en direction des entreprises où les employeurs licencient ou
criminalisent l’action syndicale ». Le
secrétaire général de la CGT-mines-énergie cite en exemple Carrefour, qui a lancé un plan de départs
volontaires de 2 400 personnes touchant les activités du siège. « Dans
notre pays, on ne fait pas la justice
soi-même », critique Jean Gaubert,
le médiateur national de l’énergie.
Irritation chez Carrefour
Ces coupures sont illégales. « Faire
grève est un droit. Ici, il s’agit d’une
action visant à perturber le bon fonctionnement du service public, c’est
clairement illégal », décrypte l’avocat Matthieu Seingier. Et l’exécution défectueuse du contrat de travail est une faute. Ce n’est pas la
première fois que la CGT y recourt.
Le 30 novembre, elle a coupé le
courant dans le quartier de TF1 et
Canal +, à Boulogne-Billancourt, et
sur des sites aéronautiques en Gironde, pour protester contre la réforme du Code du travail. Et trois
centrales nucléaires de l’Ain, d’Isère et d’Ardèche ont fait l’objet de
baisses de charges électriques.
Le syndicat prévoit des « temps
forts » les 24 et 26 avril et le 1er mai.
Il réfléchit à couper le courant sur
des lignes d’alimentation de la
SNCF, et des grévistes pourraient
subtiliser les cartes SIM de concentrateurs d’Enedis pour empêcher la
collecte de données sur des comp-
Un gréviste manifeste contre
les suppressions de postes
chez Carrefour, le 31 mars
à Balaruc-le-Vieux. IMAGEFORUM
teurs Linky. L’organisation précise
qu’il s’agit d’options et que les salariés décideront des actions lors des
assemblées générales de grévistes.
À la direction de Carrefour, la menace passe mal, d’autant qu’elle survient après l’évocation du plan de
départs lors de l’entretien télévisé
d’Emmanuel Macron. « Cette menace de coupures d’électricité ne correspond pas à l’idée que l’on se fait d’un
dialogue social constructif, d’autant
qu’elle émane d’une fédération extérieure à la distribution, s’insurge Jérôme Nanty, le DRH du groupe. Il
n’est pas responsable d’asséner à des
fins politiques des contre-vérités sur
la situation sociale chez Carrefour,
alors que nous sommes sur le point de
finaliser des accords avec les organisations syndicales sur le volet emploi
de notre plan. Non, il n’y a aucun plan
de licenciement de caissières dans nos
hypers et supermarchés. Notre plan
de départs concerne nos sièges et est
basé sur le strict volontariat. Non, le
montant de la participation de nos salariés n’est pas de quelques dizaines
d’euros. Il est de 557 euros, à peine inférieur aux 600 de l’an passé. Quant
aux dividendes versés aux actionnaires, le conseil d’administration a décidé de les baisser d’un tiers. » ■
105 %
Première Guerre
mondiale
100
Crise financière
80
60
49 %
40
Crise de la dette
20
(années 1980)
0
1880
Source : FMI
1900
1920
1940
1960
1980
2000
Crise financière
asiatique
2017 2020
*Hors pays les moins avancés
JEAN-PIERRE ROBIN jprobin@lefigaro.fr
FINANCE Depuis sa création en
1944, le Fonds monétaire international s’est toujours gardé de critiquer ouvertement les États-Unis,
dont il faut rappeler qu’ils constituent son plus gros actionnaire
(16 % des quotes-parts), avec en
outre un droit de veto au conseil
d’administration. Mais il semblerait
que ce tabou est en passe d’être
levé. « Alors que dans presque tous
les pays avancés, les ratios de dette
publique (en proportion du PIB) devraient refluer sur les cinq années
2018-2023, un pays fait exception,
les États-Unis », a pointé mercredi
Vitor Gaspar, le directeur du département finances publiques, du FMI.
Il considère que « la réforme fiscale (de décembre 2017) et l’accord
budgétaire de deux ans (avec le
Congrès) vont creuser les déficits publics américains de 1 000 milliards de
dollars sur les trois prochaines années, soit plus de 5 points de PIB. La
dette publique sera amenée à augmenter, passant de 108 % du PIB en
2017 à 117 % en 2023. » Cette évolution contraste en effet avec la tendance à l’œuvre partout ailleurs.
Même le Japon amorce un reflux
qui devrait ramener sa dette publique de 236,4 % du PIB cette année à
229,6 % en 2023. Quant à la France,
qui ne passe pas pour un parangon
de vertu, le ratio d’endettement
public de 97 % du PIB en 2017 devrait revenir à 89 % d’ici à cinq ans.
Est-ce pour faire bonne mesure ?
Non content d’épingler la première
puissance économique mondiale,
le FMI s’en est pris à la seconde, accusant la Chine d’être le plus gros
« fauteur » en la matière. Il déplore
que la dette au sens le plus large,
publique (des États) et privée (entreprises et particuliers), n’a jamais
été aussi élevée historiquement
dans le monde, représentant au total 164 000 milliards de dollars,
pratiquement 225 % du PIB mondial. Or « la Chine à elle seule a
contribué à hauteur de 43 % à cette
augmentation depuis 2007 », souligne le Fonds.
Chiffres édulcorés
Certes, l’économie chinoise se trouve encore à un niveau d’endettement très inférieur à ceux du capitalisme américain, notamment pour
la dette publique. Il était de 47,8 %
du PIB en 2017 et pourrait atteindre
65,5 % en 2023, selon les chiffres officiels de Pékin repris par le FMI, qui
les soupçonne toutefois d’édulcorer
la réalité. « Les déficits et la dette
n’apparaissent pas en totalité, car
une part reste au niveau des provinces », observe Vitor Gaspar.
Par ailleurs, le FMI a renouvelé
les inquiétudes exprimées la semaine dernière par Christine Lagarde,
sa directrice générale, vis-à-vis des
« initiatives chinoises de route de la
soie » : elles risquent fort d’entraîner une montée de l’endettement
dans les pays en développement
bénéficiaires.
Car au-delà des dérives propres
de chacun des deux grands leaders
de la planète, ce sont les effets de
contagion sur les autres qui inquiètent. « Nos analyses montrent que
40 % des pays à bas revenus sont actuellement à un niveau de risque élevé, voire de détresse financière. La
charge de taux qu’ils doivent supporter a doublé en dix ans et absorbe
20 % de leurs recettes fiscales », a regretté Vitor Gaspar en présentant le
rapport semestriel Fiscal Monitor.
Ces pays sont d’autant plus fragiles que la moitié de leur dette a été
souscrite aux conditions du marché
mondial (et non pas selon des procédures confessionnelles privilégiées). C’est deux fois plus qu’il y a
dix ans. Leurs vulnérabilités sont la
rançon, sans doute inévitable, de
l’argent facile à très bas taux qui
inonde la planète depuis dix ans.
« La route qui se présente devant
nous s’annonce cahoteuse, avec les
risques associés à une hausse des
taux d’intérêt, une volatilité élevée
des marchés et une escalade des
tensions commerciales », a prévenu
mercredi Tobias Adrian, le
conseiller financier du FMI, en présentant son traditionnel Global Financial Stability Report, censé
identifier les points noirs de la finance mondiale. ■
Les investissements de la Chine
en Europe ont reculé en 2017
L’intérêt de Pékin reste intact mais se fait plus sélectif.
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
MONDE L’influence grandissante
de la Chine hors de ses frontières,
qui a multiplié les acquisitions
d’actifs stratégiques à travers le
monde, continue d’inquiéter.
L’Union européenne est ainsi en
train de renforcer son dispositif de
protection contre les investissements étrangers ; la France, via le
projet de loi Pacte, doit étendre la
liste des secteurs stratégiques, en y
ajoutant par exemple l’intelligence
artificielle.
La stratégie d’influence de Pékin, à travers le projet des « nouvelles routes de la soie » (l’« initiative de la ceinture et de la
route », BRI en anglais) ou de
« Made in China 2025 » qui vise à
maîtriser un certain nombre de
technologies stratégiques, reste
intacte. Cependant, contrairement
à l’idée répandue d’une déferlante
irréversible, l’an dernier, les investissements de l’empire du Milieu à l’étranger ont reculé. De
29 % pour l’ensemble des destinations. Et de 17 % s’agissant de l’Europe, selon l’étude des cabinets
Rhodium Group et Mercator Institute for China Studies (Merics),
devenue une référence sur ce sujet.
Ce recul brutal reflète la volonté
affichée par Xi Jinping dès la fin
2016 de reprendre le contrôle d’investissements, la plupart du temps
effectués par les grands groupes
privés, qualifiés d’« irrationnels ».
Le terme visait les acquisitions
dans l’immobilier ou les industries
de loisir, en particulier. Les autorités chinoises souhaitaient en
même temps freiner les fuites de
capitaux. Depuis août 2017, les investissements à l’étranger sont réglementés précisément.
Le Royaume-Uni ciblé
Parallèlement, plusieurs pays destinataires des acquisitions chinoises, l’Australie, le Japon, l’Italie,
les États-Unis, l’Allemagne ou la
France, ont renforcé leurs procédures de filtrage des opérations
venues de Chine.
Dans le détail, les investissements chinois dans l’Union
européenne sont passés de
35,9 milliards d’euros en 2016,
record historique, à 29,8 milliards en 2017. L’essentiel
(28,5 milliards) de ces opérations
consiste en des acquisitions d’au
moins 10 % du capital d’entreprises ; le reste (1,3 milliard) est
des créations d’entreprises ou
d’usines chinoises.
Les pays européens favoris des
investisseurs chinois ces deux dernières années étaient l’Allemagne,
le Royaume-Uni et la France, alors
que les pays du sud du continent
avaient, les années précédentes,
attiré davantage de capitaux venus
de Chine. Le Royaume-Uni a
concentré en 2017 65 % des investissements en provenance de
l’empire du Milieu.
Pékin a clairement revu ses
priorités sectorielles en mettant
l’accent sur les transports, l’énergie et les infrastructures. Sans
oublier les technologies de l’information dans lesquelles 4,8 milliards d’euros ont été investis en
Europe en 2017.
L’étude de Rhodium et Merics
note une inflexion depuis le début
2018. Les Chinois investissent plus
volontiers dans des participations
modestes, inférieures à 10 %, et
notamment via des fonds de capital-risque. Une chose est certaine,
l’intérêt de Pékin pour les pépites
européennes n’a pas faibli. ■
A
320
000
manifestants
Le creusement du déficit aux États-Unis après la réforme
fiscale de Trump met l’économie mondiale en risque.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
20 ÉCONOMIE
Macron vise
100 milliards
d’euros
d’économies
La meilleure santé
de l’économie française
contribuera à mieux maîtriser
les dépenses que prévu.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FINANCES PUBLIQUES Le chiffre
fait mouche. La trajectoire des finances publiques présentée à la
Commission européenne par le
gouvernement sous-entend désormais la réalisation de plus de
100 milliards d’euros d’économies
entre 2017 et 2022, a chiffré le rapporteur général du budget à l’Assemblée, Joël Giraud (LaREM) dans
un rapport publié jeudi. L’été dernier, le montant des économies à
réaliser était estimé à environ
80 milliards.
« Cette actualisation ne résulte pas
d’un changement de cap ou d’une
réorientation de la politique budgétaire, a d’ailleurs martelé Joël Gi-
raud devant la Commission des finances lors de l’examen du
programme de stabilité mardi soir.
Elle a essentiellement pour objet de
tenir compte du fait que la croissance
a redémarré plus vite que prévu. » En
2017, la croissance a atteint 2 %,
contre 1,7 % envisagé. Elle devrait
ensuite être supérieure aux prévisions initiales jusqu’en 2019 (2 % au
lieu de 1,7 % en 2018, puis 1,9 % au
lieu de 1,7 % en 2019).
Le nouveau chiffrage ne signifie
pas que le gouvernement veut réaliser davantage d’économies. Il faut
savoir d’abord que ces 100 milliards
d’euros ne traduisent pas une fonte
nette des dépenses publiques. Ni
même un ralentissement supplémentaire par rapport à leur évolution naturelle. Cette somme matérialise en réalité la baisse de quatre
0,3 %
Objectif d’excédent budgétaire,
en pourcentage de PIB,
ambitionné en 2022
par le gouvernement
points en cinq ans de la part des dépenses publiques dans le produit
intérieur brut (le PIB, la richesse
créée en un an par la France), à
51,1 points, que vise l’exécutif. Or,
cet indicateur est à manipuler avec
des pincettes. En l’occurrence, il
peut baisser parce que la croissance
économique bondit, et non pas seulement parce que des économies
sont réalisées. C’est ce que traduit la
révision à la hausse du montant des
économies à 100 milliards.
Effet bénéfique,
mais temporaire
Outre cet effet statistique, cette
meilleure croissance aura un effet
très bénéfique, mais temporaire, sur
les finances publiques. D’abord, les
recettes rentreront plus facilement
dans les caisses publiques. Ensuite,
certaines dépenses dépendant de la
santé de l’économie française ralentiront automatiquement, comme les allocations chômage. De
quoi, là encore, faire gonfler les estimations d’économies jusqu’à
100 milliards d’euros.
Par conséquent, la majorité peut
aller plus loin que ce qu’elle prévoyait en matière de baisse du déficit public, sans réaliser en réalité
plus d’efforts ! Et afficher dans son
programme de stabilité un objectif
d’excédent budgétaire en 2022 de
0,3 point de PIB, contre un déficit
de même ampleur initialement prévu. La France affichant un déficit
chaque année depuis 1974, Emmanuel Macron réaliserait alors une
performance historique.
Une performance en demi-teinte
toutefois. « Il y aura bien des économies durables réalisées d’ici à 2022,
mais pas à la hauteur de ce qui est affiché », nuance en effet François Ecalle, spécialiste des finances publiques
et fondateur de Fipeco. Le retour
dans le vert des comptes publics sera
en effet davantage la conséquence
d’une bonne fortune économique,
qui peut à tout moment se retourner,
que d’économies structurelles, réelles mais insuffisantes. ■
Le ministère
des Finances, à Bercy.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/
LE FIGARO
Industrie : les premières pistes pour une nouvelle réforme fiscale
taxation
« Lasupplémentaire
du travail
apparaît
contradictoire
avec l’objectif
de réduction
du chômage
»
Il est des impôts que doivent payer
les entreprises même quand elles ne
gagnent pas d’argent. Le groupe de
travail lancé en février par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire,
sur ces « impôts de production » a
envoyé au patronat et au syndicat
son document d’orientation, dévoilé par Le Figaro. Celui-ci liste les
différentes pistes pour alléger cette
fiscalité qui pèse 72 milliards
d’euros dans les comptes des entreprises. Il y a urgence. « Le niveau de
prélèvements obligatoires de production est une spécificité française
qui désavantage nos entreprises »,
souligne le groupe de travail,
constitué d’industriels et de hauts
fonctionnaires de Bercy.
Le rapport pointe quatre leviers
pour réduire la charge fiscale des
entreprises industrielles. D’abord
un éventuel allégement des impôts
reposant sur le chiffre d’affaires, un
bien mauvais indicateur de la capacité de la société à payer des impôts,
glisse au passage le groupe de travail. Le principal de ces impôts, la
contribution sociale de solidarité
des sociétés (C3S), ne s’applique
déjà qu’aux entreprises réalisant
plus que 19 millions d’euros de chiffre d’affaires. Un seuil qui pourrait
ainsi être relevé. Mais l’industrie
n’est que le troisième contributeur
de cet impôt qui rapporte 3,6 milliards par an à la Sécurité sociale.
Deuxième piste, l’allégement des
impôts de production reposant sur
le foncier, à savoir les bâtiments
possédés par l’entreprise. Encore
une fois, cette assiette « est déconnectée de la capacité d’une entreprise
à payer l’impôt » car « une présence
(immobilière) importante ne présage
pas du caractère bénéficiaire d’une
entreprise ». Les entreprises règlent
malgré tout deux impôts reposant
sur ce critère, la taxe foncière et la
contribution foncière des entreprises (CFE). Et c’est l’industrie qui
paie la plus lourde facture au titre de
ces impôts (23 % du total). Toutefois, relativisent les auteurs du rapport, ces taxes « permettent de faire
contribuer l’entreprise au développement et à l’entretien des services publics locaux ».
Pas de solution miracle
Autre taxation qui pose problème,
celle reposant sur la masse salariale,
comme le versement transport et la
taxe sur les salaires, cette dernière
ne concernant pas l’industrie. « La
taxation supplémentaire du travail
apparaît contradictoire avec l’objectif de réduction du chômage lorsque
celui-ci reste à un niveau élevé », relève le document.
Dans le viseur du groupe de travail figurent aussi et surtout les di-
zaines de « petites taxes », celles
qui rapportent moins de 150 millions d’euros. « Il apparaît utile de
réduire significativement le nombre
de taxes à faible rendement en procédant par vagues de suppression
afin d’étaler sur plusieurs années
l’effort financier », préconise le
rapport. En effet, « elles entraînent
des coûts de gestion pour les entreprises et pour les administrations
trop élevés ».
Reste la taxation sur la base de la
valeur ajoutée, à laquelle le groupe
de travail ne semble pas forcément
vouloir s’attaquer. Le principal impôt reposant sur cet agrégat comptable, la cotisation sur la valeur
ajoutée des entreprises (CVAE), est
en effet « plus proche que les autres
impôts de la faculté contributive
d’une entreprise ».
Au total, la France est l’un des
pays européens dans lequel le poids
des impôts sur la production payés
par les entreprises « est le plus élevé ». Ils représentent près de 3 % du
PIB français en 2016, contre 1,6 %
en moyenne dans la zone euro.
Qui dit baisse d’impôts, dit pertes
de recettes pour les finances publiques. Le groupe de travail s’est donc
penché sur la manière de financer
un allégement des impôts de production. Sans trouver de solution
miracle. Économies budgétaires,
accélération de la hausse déjà programmée de la fiscalité énergétique, hausse générale ou ciblée de la
TVA… aucune des pistes de réflexion n’est évidente à mettre en
œuvre, reconnaît le groupe de travail. Mais, à défaut de proposer des
solutions clés en main, le document
« a vocation à susciter des prises de
position de la part des parties prenantes qui vont être consultées ». ■
G. G. ET M. VT
Doux : un volailler anglais prêt à reprendre l’activité de Vendée
Chesterfield Poultry, spécialiste du poulet halal, a fait une offre sur des sites délaissés par LDC et Al-Munajem.
A
ANNE BODESCOT
£abodescot@lefigaro.fr
AGROALIMENTAIRE
Suite du
feuilleton pour le sauvetage du volailler Doux, dont la liquidation judiciaire a été prononcée il y a deux
semaines. Quatre nouvelles offres
de reprise ont été déposées auprès
du tribunal de commerce de Rennes. Parmi elles, celle de l’industriel
britannique Chesterfield Poultry, le
spécialiste du poulet halal, a créé la
surprise.
Cette PME anglaise, qui appartient à ses dirigeants, propose en effet de reprendre l’abattoir vendéen
de Chantonnay, qui n’avait jusqu’à
présent intéressé aucun des autres
candidats repreneurs. Tous les emplois de ce site (145 personnes) seraient conservés par le Britannique.
Cette offre de reprise viendrait
compléter celle du groupe sarthois
LDC (connu pour sa marque Poulets
de Loué), qui s’intéresse surtout aux
activités bretonnes de Doux, et non
à celles qui sont installées en Ven-
dée. Elle serait aussi complémentaire de celle du Saoudien Al-Munajem, premier client du volailler,
lui aussi sur les rangs pour certaines
activités.
De plus, Chesterfield Poultry a
également déposé une offre pour le
couvoir de L’Oie (Vendée) et ses
85 salariés, ainsi que pour l’usine
d’aliments des Essarts-en-Bocage
(Vendée) et ses 15 salariés. Intégrée
dans un consortium, l’offre de LDC
sauvait déjà 900 emplois, sur les
quelque 1 200 que comptait Doux.
Avec, en outre, l’offre de Chesterfield Poultry, le nombre de postes
préservés serait nettement plus
important.
Réputation sulfureuse
Créé en 2002, Chesterfield Poultry,
70 salariés environ, est basé à Doncaster, dans le Yorkshire du Sud, en
Angleterre. Il vend ses poulets notamment dans les petits supermarchés et les épiceries en GrandeBretagne. Son chiffre d’affaires a
bondi de 26 % l’an dernier, pour atteindre 75,48 millions de livres
La PME anglaise propose
de reprendre l’abattoir
Doux de Chantonnay,
en Vendée.
F. DUBRAY/PHOTOPQR/
OUEST FRANCE/MAXPPP
sterling (86,77 millions d’euros). Il a
réalisé en 2017 un bénéfice avant
impôt de 2,5 millions de livres, soit
3,1 millions d’euros.
Mais, outre-Manche, il a surtout
fait parler de lui pour avoir pollué
en 2016 les eaux de son fief du
Yorkshire avec la bactérie E. Coli,
privant quelque 3 000 habitations
d’eau portable. Il avait alors été accusé de douze infractions à la réglementation des eaux. Quelques années plus tôt, un de ses anciens
dirigeants avait en outre écopé de
quatre ans de prison pour avoir recruté des immigrés clandestins, qui
payaient leur voyage et leurs faux
papiers en travaillant à l’usine. Une
descente de police avait permis de
découvrir le pot aux roses en 2008.
Parmi les nouveaux repreneurs
entrés en lice pour récupérer des
activités de Doux figure l’allemand
Saria, spécialiste de la valorisation
des coproduits de viande. Ce dernier propose de reprendre la production de farine animale à Châteaulin avec 17 salariés.
Quant au groupe Foch Investissement, il est, lui, intéressé par la
reprise de 69 des 92 salariés du site
de Plouray (Morbihan), contre
68 pour l’offre concurrente des Volailles de Plouray. Enfin, la société
Yer Breizh, qui regroupe LDC, la région Bretagne, Terrena, Triskalia et
Al-Munajem, reprendrait, elle, les
fermes d’élevage, le couvoir de La
Harmoye (Côtes-d’Armor), le site
de Bannalec (Finistère), soit au total
97 salariés. Le tribunal de commerce rendra sa décision sur l’ensemble
du dossier le 18 mai. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 19 avril 2018
ENTREPRISES
21
Total rachète Direct Énergie 1,9 milliard
pour mieux concurrencer EDF et Engie
Le pétrolier récupère 2,6 millions de clients et devient le premier fournisseur alternatif en France.
ÉNERGIE « C’est un grand jour
pour Direct Énergie », se félicite
son PDG, Xavier Caïtucoli. Le
fournisseur alternatif d’énergie a
signé mercredi un accord avec
Total pour être racheté par le géant
de l’énergie. Ce dernier va acquérir 74,3 % du capital pour environ
1,4 milliard d’euros, soit une prime
de 30 % par rapport au cours de
clôture de mardi soir. Une fois cette acquisition réalisée, il lancera
une OPA sur les titres restants sur
une base identique de 42 euros par
action. Direct Énergie est valorisée
2,5 milliards d’euros en intégrant
sa dette. Le conseil d’administration de la société a approuvé l’opération à l’unanimité.
« Avec l’arrivée d’un troisième
gros acteur sur le marché, Total,
aux côtés d’EDF et d’Engie, la plupart de mes coactionnaires étaient
désireux de passer la main », confie
au Figaro Jacques Veyra, qui détient un tiers du capital de Direct
Énergie à travers sa société d’investissement Impala. De fait, le
mastodonte, qui affiche l’ambition
de devenir « la major de l’énergie
responsable » d’ici à vingt ans,
avait fait une entrée remarquée
dans le marché en 2016 avec le rachat du fournisseur d’énergie belge Lampiris. Il avait poursuivi l’offensive en octobre 2017 avec le
lancement de sa propre marque,
Total Spring, indiquant vouloir
devenir le principal concurrent
d’EDF et d’Engie en France. C’est
désormais chose faite.
Les deux marques Direct Énergie et Total Spring ne cohabiteront
pas longtemps, car le groupe basé
à la Défense compte n’en conserver qu’une. Laquelle ? « Cela reste
à déterminer, nous allons étudier le
positionnement respectif des deux
marques », confie Patrick Pouyanné, PDG de Total. Une chose
est sûre, Xavier Caïtucoli prendra
la direction de l’ensemble, qui se
targuera d’un portefeuille de
4,1 millions de clients (1,5 million
côté Total Spring et 2,6 millions
côté Direct Énergie), qu’il devra
faire grandir à 7 millions de clients
d’ici à 2022, dont 6 millions en
France et 1 million en Belgique.
Total compte réaliser 300 millions
d’euros de synergies grâce à l’uniformisation des systèmes d’information et aux économies d’échelle, sur les dépenses marketing
notamment. « Nous pouvons atteindre les 15 % de part de marché,
seuil auquel cette activité devient
rentable », précise Patrick Pouyanné. Total espère à la fois gagner du terrain sur EDF, qui
détient encore plus de 80 % du
marché mais perd régulièrement
des clients, et sur les autres fournisseurs alternatifs.
L’énergéticien jette son dévolu
sur une pépite qui a su s’imposer
comme le principal challenger des
anciens monopoles EDF et Engie.
« Nous avons été les aiguillons de la
transformation réglementaire du
secteur », clame ainsi Xavier Caïtucoli. Pas facile, pourtant, de se
faire une place sur le marché de la
fourniture d’énergie, car il faut à la
fois casser les prix et investir lourdement en communication pour
gagner des clients. Au moment où
il rachète son concurrent Poweo
en 2012, Direct Énergie est
d’ailleurs proche de la faillite.
L’action vaut alors 2 euros. « J’ai
dû mettre en garantie mes biens
personnels pour rassurer les fournisseurs », témoigne Jacques Veyra. L’acquisition de Poweo, qui
s’était fait un nom auprès des
Français grâce à de grosses dépenses en communication, s’avère
payante. « En termes d’exécution,
Direct Énergie est assez exemplaire. L’entreprise dispose d’équipes
très compétentes et des systèmes
d’information les plus aboutis du
secteur, comme en témoigne la
baisse continue du nombre de plaintes qu’ils reçoivent des clients »,
analyse Xavier Pinon, gérant du
comparateur Selectra. Le fournisseur s’arroge d’ailleurs la tête du
classement Selectra chaque année
depuis onze ans.
Sur le plan commercial, le challenger se montre offensif comme
l’a encore illustré récemment son
offre « heures super creuses » qui
fonctionne avec Linky. Sur le front
juridique, il s’est battu pour la mise
en place de l’« accès régulé à
l’électricité nucléaire historique »
(Arenh), mécanisme par lequel les
concurrents d’EDF peuvent ache-
Patrick Pouyanné,
PDG de Total,
lors du colloque annuel
de l’Union francaise
de l’électricité,
en décembre.
ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
ter au leader historique une partie
de sa production nucléaire à un
prix garanti. Ce système a renforcé
la visibilité sur les coûts, ouvrant la
voie à de nouveaux acteurs. Direct
Énergie a également porté la
contestation contre le maintien
des tarifs réglementés de l’électricité et du gaz, qui freinent d’après
lui le jeu concurrentiel.
Faire trembler le marché
Partisane d’une intégration verticale entre production et commercialisation, l’entreprise a racheté
ces dernières années deux centrales à gaz de 400 mégawatts (MW)
chacune, en France et en Belgique,
ainsi que le producteur d’électricité renouvelable Quadran, qui dispose de 550 MW de capacité installée - dont environ deux tiers
dans le solaire et un tiers dans
l’éolien. La société prévoit ainsi de
générer elle-même un tiers de
l’électricité qu’elle vendra à ses
clients cette année. Cette logique
correspond bien à la stratégie de
Total, qui veut être présent sur
toute la chaîne de valeur du gaz et
de l’électricité. Fort de l’acquisition du fabricant américain de
panneaux solaires SunPower en
2011 et du développeur de projets
solaires Eren en 2017, Total vise
une production de 10,000 MW
d’électricité d’ici à cinq ans grâce à
ses centrales à gaz et à ses énergies
renouvelables. « L’intégration de
la production et de la fourniture
d’énergie permet de renforcer la visibilité sur les profits car, selon les
périodes, les marges se font soit en
amont, soit en aval », décrypte
Clémentine Père, manager chez
Wavestone.
La création d’un poids lourd risque en tout cas de faire trembler ce
marché dans lequel s’étaient engouffrés des groupes étrangers
comme ENI, des acteurs de niche
tels qu’Enercoop ou EkWateur,
mais aussi des distributeurs à
l’instar de Cdiscount. La force du
nom Total pourrait contribuer à
sensibiliser les Français, dont un
sur deux ignore encore qu’il peut
changer de fournisseur. EDF se
targue de 82 % du marché de
l’électricité sur le segment des
particuliers et Engie 74 % du marché du gaz. Plus de dix ans après
l’ouverture du marché à la
concurrence, l’offensive de Total
ne sera pas de trop pour en faire
une réalité. ■
BERTILLE BAYART £@Bbayart
Il y a un joueur de plus à la table. En
y mettant près de 2 milliards
d’euros pour l’acquisition de Direct
Énergie, Total prouve qu’il n’est pas
là seulement pour voir mais bien
pour participer à la partie. Et sur le
marché européen de l’énergie, le
message est reçu cinq sur cinq. Le
groupe pétrolier français s’invite
dans la recomposition du paysage,
aux côtés des « utilities » historiques, dont EDF et Engie en France.
D’ailleurs, le rachat de Direct
Énergie s’est fait à la barbe d’Engie.
« Ce deal aurait dû être fait par Engie », analyse un expert du secteur.
En période de transition dans sa
gouvernance, puisque Jean-Pierre
Clamadieu doit bientôt prendre la
présidence, le groupe dirigé par
Isabelle Kocher a selon nos informations pris contact avec Direct
Énergie. Quelques jours trop tard.
Jacques Veyrat, le patron du fonds
Impala qui détient un tiers de Direct
Énergie, Xavier Caïtucoli, le dirigeant de la société, et Patrick Pouyanné, le PDG de Total, avaient déjà
partie liée. Façon Pouyanné, c’està-dire sans banque conseil et tambour battant. La vieille camaraderie
de leurs années communes à Poly-
Paris différents
Cette redistribution des cartes annonce d’autres mouvements. En
premier lieu, les acteurs du marché
font des paris différents sur la pérennité du schéma. Pour les uns, la
spécialisation des acteurs entre
l’amont et l’aval est la formule gagnante. Pour les autres, c’est au
contraire un équilibre instable qui
devra être corrigé : « L’intégration
entre production et distribution reste
clef », affirme un énergéticien.
Avant que RWE et E.On ne s’entendent, ils ont eu des discussions
avec tout le monde en Europe :
l’italien Enel, l’espagnol Iberdrola,
mais aussi le français Engie. Tous
ces grands acteurs sont à la recher-
EMPLOI : PARTENARIAT
FRANCO-BELGE
£ Le département du Nord
et la province belge de FlandreOccidentale ont signé
un partenariat transfrontalier
pour l’emploi des allocataires du
revenu de solidarité active (RSA)
du département. « Face à
un marché de l’emploi dynamique
en Flandre-Occidentale,
les allocataires du RSA du Nord
représentent un vivier important
pour ce territoire en pénurie
de travailleurs », a indiqué le
département du Nord, mercredi.
Alors que le taux de chômage
avoisine les 13 % dans le Nord,
il varie de 2 % à 5 % en FlandreOccidentale, a fait savoir à l’AFP
le président du département
Jean-René Lecerf. La FlandreOccidentale prendra en charge
la formation et l’insertion des
travailleurs dans les entreprises et
« nous, nous prendrons en charge
tous les problèmes de mobilité et
nous financerons des formations
en néerlandais », a-t-il précisé.
EN BREF
Les géants de l’énergie à
la recherche de leur modèle
technique a fait le reste avec Jacques Veyrat.
L’opération interpelle sur un
marché où, décrit un professionnel,
« les grandes manœuvres ont commencé ». Le spectaculaire échange
d’actifs annoncé le mois dernier par
les groupes allemands E.On et RWE
en a apporté la preuve. Les deux
géants ont décidé un Yalta : le premier s’impose dans l’aval - distribution et commercialisation - tandis que le second a mis la main sur
la production, en particulier de
source renouvelable.
ZOOM
OPEL : ANGELA MERKEL
TANCE PSA
£ La chancelière allemande
attend que PSA respecte
les engagements pris lors
du rachat d’Opel l’an dernier.
L’avenir de l’usine Opel
d’Eisenach est en suspens
après le rejet syndical, lundi,
des concessions salariales
demandées par PSA en échange
d’un investissement dans une
nouvelle ligne d’assemblage.
Le parc éolien Quadran,
groupe Direct Énergie,
à Hardivillers
dans l'Oise.
FRED DOUCHET/PHOTOPQR/
LE COURRIER PICARD/MAXP
che de leur modèle. « E.On a fait la
bonne analyse, observe un expert.
Son mouvement apporte la preuve
que ce sont les clients qui sont au
centre du jeu stratégique. Et notamment parce que la transition énergétique passera par eux. » De là à se
concentrer sur ce seul métier, sans
moyens de production à la clef, il y
a un pas que peu veulent franchir.
D’ailleurs, avec Direct Énergie, Total entend atteindre une capacité de
production de 10 GW.
Les réflexions s’intensifient en
France où l’on attend aussi l’arme
au pied les grandes manœuvres
chez les deux acteurs historiques.
Le changement de gouvernance
chez Engie augure d’une revue
stratégique, qui fera d’ailleurs l’objet d’un séminaire du conseil d’administration à l’été. Et chez EDF, ce
sont les projets du gouvernement
qui nourrissent les scénarios.
L’exécutif joue en effet avec l’idée
d’une forme de scission du groupe
qui d’un côté sanctuariserait le parc
nucléaire français, de l’autre, regrouperait les activités aval et les
énergies renouvelables.
Le schéma est simple dans ses
grandes lignes, mais extraordinairement complexe à mettre en
œuvre. Il est aussi socialement et
politiquement explosif. « Pour le
moment, les stylos sont posés, explique un bon connaisseur du dossier.
Il faut d’abord clore la séquence de la
réforme de la SNCF avant d’étudier
pour de bon ce scénario. » Si le gouvernement décide d’explorer cette
voie, il ne fait guère de doute que les
acteurs de la scène énergétique
européenne, Total inclus, trouveront matière à de nouvelles réflexions. ■
MAUVAIS MOIS
DE MARS
POUR L’AUTOMOBILE
£ Le marché automobile
européen a subi en mars
sa première baisse de l’année,
avec un recul
des immatriculations
de 5,2 % sur un an,
à 1 836 960 véhicules,
selon l’Association
des constructeurs européens
d’automobiles (ACEA).
La France affiche en revanche
une croissance de ses ventes,
de 2,2 %, et l’Espagne,
de 2,1 %.
+@
» Vous avez peut-être
intérêt à renégocier
votre prêt immobilier
www.lefigaro.fr/economie
A
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Arkéa organise
un plébiscite
pour son
indépendance
La majorité des caisses locales
se sont prononcées en faveur
d’un divorce avec le Crédit mutuel.
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
BANQUE Arkéa vient de franchir
une première étape dans son projet
de divorce avec la banque Crédit
mutuel. Sans surprise, les caisses
locales de cette fédération, qui regroupe les fédérations de Bretagne,
du Sud-Ouest et du Massif central,
se sont prononcées en faveur de
l’indépendance vis-à-vis de la
Confédération nationale du Crédit
mutuel (CNCM), structure de tête
centrale du groupe mutualiste. Les
résultats de ce « vote d’orientation » s’apparentent à un plébiscite,
avec 290 des 331 caisses affiliées à
Arkéa (94,5 %) favorables à une séparation. Seule la fédération du
Massif central n’a pas participé au
vote. Opposée à la sécession, elle
cherche depuis l’été dernier à
changer de camp et à rejoindre la
principale fédération du Crédit mutuel, CM11, qui coiffe 11 des 18 fédérations et est la maison mère du
CIC. Toutefois, six caisses locales du
Massif central ont malgré tout organisé un vote, favorable au projet de
scission.
Ce processus fait suite à plus de
quatre années de guérilla judiciaire.
En cause ? La réforme centralisatrice mise en place afin de rendre la
structure juridique du Crédit mutuel compatible avec la supervision
de la Banque centrale européenne
(BCE). Arkéa reproche à la Confédération de vouloir porter atteinte à
son autonomie et de favoriser le
CM11, basé à Strasbourg.
« Le processus
d’indépendance
est engagé
de façon irréversible
et définitive », a écrit
dans un document
interne Jean-Pierre
Denis, le président
du Crédit mutuel
Arkéa. FRED TANNEAU/AFP
La Confédération a rappelé mercredi, qu’elle ne reconnaissait pas
les résultats du vote engagé par
Arkéa, dénonçant tant le fond de la
consultation que ses modalités pratiques. Elle souligne notamment
qu’il « s’est déroulé dans la majorité
des cas à main levée, contrairement
aux principes posés par la Confédération pour les décisions stratégiques » et estime que la longue période de la consultation a favorisé
« manœuvres et pressions ». Des
critiques balayées par Arkéa, qui
assure avoir organisé le scrutin dans
« un strict respect » de ses statuts.
Le groupe basé à Brest estime désormais avoir le champ libre pour
poursuivre le chemin devant le mener à une « indépendance opérationnelle » en janvier 2020. « Le
processus d’indépendance est engagé de façon irréversible et définitive », a ainsi écrit son patron, JeanPierre Denis, dans un document
interne que Le Figaro a consulté.
Questions sur les statuts
La prochaine étape passera par une
nouvelle consultation des administrateurs en août et septembre, portant cette fois sur « la mise en
œuvre » de la séparation. D’ici là,
Arkéa, qui en divorçant ne pourra
plus utiliser la marque Crédit mutuel,
devra présenter aux superviseurs
bancaires, la BCE et l’Autorité bancaire française, un schéma de nouvelle banque. Un premier projet de
sortie a été retoqué le mois dernier
par ces superviseurs. Le futur groupe
ne pourra vraisemblablement pas
être mutualiste, au sens du code monétaire et financier. Un tel scénario
nécessiterait une modification de la
loi, à laquelle le gouvernement s’oppose. « Le nouvel établissement à
constituer pourrait en revanche, et
sous certaines conditions, choisir de
rester dans le secteur coopératif avec
les caractéristiques qui s’y attachent », a indiqué mardi Olivier Dussopt, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des Comptes
publics. Le schéma retenu « respectera naturellement notre forme coopérative (la détention du capital du groupe par les Caisses locales), nos règles
de gouvernance (une personne, une
voix), le principe de solidarité financière qui unit et protège les différentes
parties prenantes du groupe », assure
Arkéa dans un document interne. ■
La Française des jeux en grande forme avant la privatisation
L’opérateur, qui commence à prendre le virage Internet, a tous ses indicateurs dans le vert.
181
millions
d’euros
Résultat net
de la FDJ en 2017
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
JEUX La privatisation de la Française des jeux (FDJ) va-t-elle être lancée prochainement ? « Aucune décision n’est prise. C’est une décision qui
appartient à l’État actionnaire », a affirmé jeudi Stéphane Pallez, PDG de
l’opérateur de jeux détenu à 72 % par
l’État, lors de la présentation des résultats du groupe en 2017.
En fait, sauf durcissement très
net du climat social, le processus
devrait être enclenché lors de la
présentation en Conseil des ministres de la loi Pacte de Bruno Le Maire attendue le 16 ou le 23 mai.
Si l’État vend tout ou partie de
ses actions, les acquéreurs potentiels ne devraient pas manquer. Car
la FDJ est plutôt en très grande forme, comme s’est attachée à le démontrer sa patronne, Stéphane
Pallez, qui se verrait bien demeurer
à la tête du groupe privatisé. « J’ai
envie de continuer à diriger cette entreprise à laquelle je suis très attachée », déclare-t-elle.
De fait, tous les indicateurs de cet
opérateur de jeux de hasard sont
dans le vert. L’année dernière, il a
dégagé un résultat net record
(181 millions d’euros) en hausse de
2,8 % par rapport à l’exercice précédent. Les mises qui ont dépassé les
LES DÉCIDEURS
â ISABELLE KOCHER
Engie
La DG du groupe d’énergie français renforce
son équipe de direction. À 47 ans, l’énarque
Olivier Biancarelli se voit confier les rênes la
filiale Tractebel. Le centralien Daniel Develay
va, lui, piloter l’intégration des nouvelles
acquisitions du groupe. Martin Jahan de Lestang, ENA, Normale Sup et Sciences Po, est
nommé directeur du métier chaîne du gaz. La
division France Réseaux revient à Carole
Le Gall, X-Mines de 48 ans. Entré chez EDFGDF en 1980, l’ingénieur Jean-Marc Leroy
prend en main les relations externes du groupe tandis que Cédric Osterrieth laisse la branche exploration et production pour diriger la
division génération Europe d’Engie. Enfin, la
direction des achats revient au quadra
Damien Térouanne, ingénieur des Ponts et
HEC.
A
â LAURENT KOCHER
Keolis
L’opérateur de transport public,
filiale de la SNCF, promeut son
directeur marketing, innovation et
services, membre du comex, à la tête
de la branche nouvellement créée « Nouvelles
Mobilités ». Ancien patron France de la société de logiciels Atos, le polytechnicien avait
précédemment travaillé chez IBM et Orange.
Il est l’ex-conjoint d’Isabelle Kocher (Engie).
15 milliards d’euros en 2017 ont progressé de 17 % depuis trois ans. Et la
FDJ affiche une rentabilité opérationnelle de 18 % à faire pâlir d’envie beaucoup d’acteurs du secteur.
Monopoles protecteurs
Si le groupe se porte bien, c’est
d’abord qu’il a le monopole sur des
secteurs en forme : la vente de paris
sportifs dans le réseau physique qui
génère plus de 2 milliards d’euros
de mises et surtout la distribution
de jeux de hasard dans le dur et sur
Internet. A contrario, le PMU qui a
le monopole sur les paris hippiques,
une activité en déclin dans les pays
développés, tire la langue.
Mais la FDJ doit aussi ses performances à la stratégie de ses patrons
successifs. En place de 2000 à 2014,
Christophe Blanchard-Dignac a su
inlassablement rénover les jeux de
tirage traditionnels (Loto, Euromillion…) et lancer régulièrement
des jeux de grattage. Depuis fin
2014, Stéphane Pallez a continué
sur cette lancée en ajoutant une dimension qui manquait à la FDJ : en
faire un acteur du digital.
Dans son plan présenté en juillet
2015, elle fixait comme objectif
d’avoir 20 % des ventes numérisées contre 4 % en 2014. Autrement
dit des prises de jeu entièrement
sur Internet ou préparées sur le
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
â
Bruno Bensasson, homme d’avenir
et d’énergies nouvelles pour EDF
Quand on l’a approché pour
lui proposer le job, Bruno
Bensasson n’a pas hésité un
instant, et confie avoir aussitôt averti Engie pour
enclencher sa mobilité. « Cela s’est fait rapidement et en bonne intelligence. » Il était depuis
trois ans le « M. Afrique » du groupe d’Isabelle
Kocher et partageait son temps entre ses quatre
bases locales et la France, où étaient restés sa
femme et ses trois enfants. Il rejoint aujourd’hui le comité exécutif d’EDF pour diriger le
pôle Énergies renouvelables et devenir PDG de
la filiale Énergies nouvelles.
« Une très belle fonction, un honneur et une responsabilité, car les énergies renouvelables, en
particulier l’hydraulique, l’éolien et le solaire,
sont un des piliers de la stratégie que s’est donnée notre groupe, fondée sur un mix compétitif,
décarboné et diversifié, aux côtés de la production nucléaire, de la commercialisation et des
services énergétiques. » Discours posé et
enthousiaste pour cet X-Mines qui, en ancien
joueur de rugby, se dit « très attaché au travail
en équipe ». Décrochant à 45 ans sa première
casquette de PDG, il veut « accélérer et continuer à mettre en œuvre la dynamique insufflée »
par son prédécesseur, Antoine Cahuzac, proche de la retraite. Celle-ci a été définie dans le
plan Cap 2030 mis en place par Jean-Bernard
Lévy à son arrivée à la tête d’EDF fin 2014.
Objectif : doubler la puissance installée nette
du groupe dans le monde pour passer de 28 à
plus de 50 GW. Un plan solaire et un plan stockage ambitieux ont été lancés récemment.
Regard neuf, Bruno Bensasson ne connaissait
Jean-Bernard Lévy que de réputation, mais le
chasseur de têtes qui l’a « déniché » a estimé
que ce professionnel chevronné, sportif, passionné de science économique et féru de… jeux
de société était l’homme idoine pour avancer
les pions d’EDF. « Mon parcours a été marqué
par les sujets énergie et environnement », note
ce fils de médecin au contact facile.
Avec une culture « multi-énergie » forgée au
fil d’un parcours réalisé en France et à l’international, dans le public et le privé, et dans des
univers culturels variés. Bon connaisseur des
énergies nouvelles mais pas seulement : « (Il )
n’ignore pas le nucléaire, ses forces et ses fragilités » pour avoir œuvré à la Haute Autorité de
sûreté nucléaire, comme conseiller à l’industrie, puis au secrétariat général de Jacques
Chirac à l’Élysée, où il a accompagné deux lois.
Avant de rejoindre GDF Suez en 2007, dont il
fut aussi le patron du Renouvelable pour
l’Europe. Un dirigeant complet dans lequel
d’aucuns verraient bien, s’il réussit, un dauphin pour succéder le moment venu à JeanBernard Lévy, X aussi, de 63 ans.
C.B.
Web avant d’être finalisées en
point de vente. Avec 11 % du chiffre
d’affaires en 2017, le groupe est
parti pour relever ce challenge.
Compte tenu de ces bons résultats,
la Française des jeux vaudrait
aujourd’hui près de 3 milliards
d’euros.
Reste que, si elle est privatisée,
ces nouveaux actionnaires devront résoudre deux problèmes : la
FDJ a plutôt tendance à un peu
perdre des clients (26 millions
aujourd’hui contre 27 millions en
2015). Et elle ne joue pas un rôle de
premier plan sur les paris sportifs
en ligne, un secteur pourtant très
dynamique. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â ALEXANDRE DE NAVAILLES
Hertz
Après près de vingt ans chez Hertz, le
directeur général France du loueur
automobile accélère comme président. Il reste rattaché au vice-président Europe Francis Waddington.
â CATHY MAUZAIZE
Microsoft
À 47 ans, cette EM Lyon rejoint le géant de l’informatique comme directrice de la division
grands comptes France. Professionnelle du
secteur, elle a notamment travaillé chez SAP et
Dell.
â OLIVIER BOGILLOT
Sanofi
L’ancien conseiller santé, politiques
sociales et dépendance de Nicolas
Sarkozy à l’Élysée rentre des ÉtatsUnis, où il était directeur exécutif
« Global Policy » de Sanofi, à Washington, pour
devenir directeur de cabinet du patron, Olivier
Brandicourt. Âgé de 42 ans, ce docteur en économie, diplômé en économie de la santé et en
santé publique, qui œuvra chez Merck KGaA,
Amgen et Bristol Myers Squibb, a aussi été directeur des affaires réservées de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018
LE FIGARO
TECH
23
Les États-Unis ferment
le marché des télécoms aux chinois
Washington bloque les ventes des équipementiers chinois Huawei et ZTE aux opérateurs américains.
La crainte est de perdre la suprématie technologique au moment où la nouvelle norme 5G va être lancée.
PIERRE-YVES-DUGUA £@Pdugua
À WASHINGTON
Les autorités
« américaines
tiennent
à conserver
leur position
de leader
dans le secteur
et refusent
d’aider
les sociétés
chinoises, jugées
subventionnées
par leur
gouvernement
»
TECHNOLOGIES Les géants chinois
de l’équipement téléphonique sont
en train de perdre leur accès au
marché américain. L’affaire initialement n’a rien à voir avec l’élection de Donald Trump. Elle ne fait
pas partie de nouvelles sanctions
imminentes, en préparation à la
Maison-Blanche. Elle se dénoue
pourtant à un moment crucial dans
les relations commerciales entre les
États-Unis et la Chine.
La Federal Communications
Commission (FCC) a voté cette
semaine à l’unanimité pour bloquer
les ventes de Huawei et ZTE à des
opérateurs
américains
qui
reçoivent des financements de la
part du gouvernement américain.
L’organe de réglementation des télécommunications
agit
ainsi
au nom d’impératifs de sécurité nationale. La FCC ne fait pas confiance
aux fournisseurs chinois, jugeant
que leurs équipements seraient facilement utilisables par les agences
chinoises de renseignements désireuses d’espionner les conversations et flux d’informations qui
transitent sur les réseaux américains. Washington estime que les
sociétés chinoises dépendent trop
du gouvernement de Pékin et ne
pourraient lui refuser de les aider à
Des soupçons pèsent sur ZTE et Huawei depuis qu’un rapport du Congrès américain en 2012 a conclu que la Chine
pourrait un jour déstabiliser les États-Unis par le biais de son réseau de télécommunications. BOBBY YIP/REUTERS
lancer des attaques sur les réseaux
américains.
Le vote de la FCC est indépendant
aussi de la décision prise au même
moment par le département du
Commerce d’interdire aux sociétés
américaines de composants électroniques de vendre leurs produits
à ZTE. Cette dernière a d’abord été
sanctionnée pour avoir violé la loi
américaine en vendant des équipements à l’Iran et à la Corée du Nord,
puis pour avoir failli à sa promesse
de punition des responsables de ces
violations de la loi chez ZTE.
Les pires soupçons pèsent sur
Huawei et ZTE depuis qu’un rap-
port du Congrès en 2012 a conclu
que la Chine pourrait un jour déstabiliser les États-Unis par le biais de
son réseau de télécommunications
si ce dernier devenait dépendant
d’équipements chinois. Du coup, il
est depuis des mois impossible de
trouver des smartphones de
Huawei ou ZTE auprès des opérateurs américains Verizon ou AT&T.
Le Congrès a aussi déjà voté une loi
interdisant au Pentagone d’acheter
des équipements des deux groupes
chinois.
De son côté, la FCC dispose du
pouvoir d’interdire aux opérateurs
de s’approvisionner chez Huawei et
ZTE dans la mesure où, en zones
rurales, le gouvernement fédéral
subventionne les services téléphoniques à hauteur de près de 9 milliards de dollars par an. Mais derrière ce litige se profile une bataille
stratégique colossale : celle des normes de la future 5G qui succédera à
la 4G.
La réaction de Pékin
Les autorités américaines tiennent
à conserver leur position de leader
dans les télécommunications et refusent d’aider les sociétés chinoises, jugées subventionnées par le
gouvernement chinois et bénéfi-
ciaires de détournements de propriété intellectuelle américaines.
C’est dans ce contexte qu’un autre
dossier a récemment démontré la
hantise américaine devant les ambitions technologiques et commerciales chinoises. Washington a bloqué le rachat par la société de
Singapour, Broadcom, du géant
américain de la technologie des
smartphones, Qualcomm. Aux
yeux de la commission interministérielle qui surveille les acquisitions
par des groupes étrangers de firmes
américaines, une prise de contrôle
de Qualcomm aurait abouti à faire
baisser ses dépenses de recherche
et développement. Cela aurait donné un avantage à des firmes rivales
comme Huawei dans l’établissement des normes de la 5G. La transaction colossale de 130 milliards de
dollars aurait pu créer le numéro
trois mondial des puces électroniques derrière Intel et Samsung.
La grande question est de savoir
comment Pékin va réagir aux mesures défensives de Washington.
Des firmes américaines dépendantes du marché chinois, soit pour
leurs débouchés, soit pour leurs
chaînes d’approvisionnement, sont
inquiètes : elles pourraient facilement faire les frais de mesures
chinoises de rétorsion. Il s’agit par
exemple d’Apple, mais aussi de
Qualcomm, Micron ou encore
Texas Instruments. ■
Nokia veut se séparer de l’ancien fleuron français Withings
Nest, propriété de Google, est bien placé pour reprendre Nokia Health et ses objets de santé connectés.
INGRID VERGARA £Vergara_i
SANTÉ CONNECTÉE En octobre
dernier, la direction de Nokia réaffirmait l’ambition de faire de sa
branche santé, Nokia Health, le
numéro un de son secteur. Empêtré
à l’époque dans un plan de suppression de 597 postes chez Nokia France, le groupe finlandais assurait
vouloir « accompagner dans une
phase de croissance » sa branche
santé connectée. Cette dernière
avait racheté en 2016 Withings, le
fleuron français des objets connectés santé, spécialisé dans les montres, capteurs de pression artérielle
et pèse-personnes intelligents.
En grande difficulté dans ce secteur, Nokia souhaite désormais s’en
séparer. La vente de Nokia Health
pourrait être finalisée d’ici à la fin
du mois, selon plusieurs médias.
saient par un chiffre : 141 millions
d’euros de dépréciation d’acquisition sur l’activité santé connectée.
En 2016, Nokia avait racheté
Withings pour 170 millions d’euros.
Parmi les candidats intéressés par
le dossier, Nest, la filiale de Google
qui fabrique des objets connectés,
tiendrait la corde selon une source
proche citée par le site spécialisé
Wareable. Signe fort des ambitions
de Google dans l’Internet des objets, le géant américain a réintégré
Nest dans sa division équipements
électroniques en février dernier.
Elle était jusque-là dans les « autres
paris » d’Alphabet, la maison mère
de Google. L’acquisition de Nokia
Health ferait grand sens pour Nest.
Sa large gamme ne comprend pas
d’objets pour la santé. Or ils sont
« Nous ne voyons pas
de chemin »
Le 15 février dernier, le finlandais
avait annoncé le lancement d’un
audit sur « ses options stratégiques
pour la division santé connectée ».
Dans un mémo interne révélé par le
site américain The Verge, la directrice de la stratégie Kathrin Buvac
préparait les esprits à une cession :
« Nous devons être honnêtes avec
nous-mêmes. Nous ne voyons pas
actuellement de chemin pour que
(l’entreprise de santé numérique)
devienne une partie significative de
Nokia. » Dans son dernier rapport
financier, ces difficultés se tradui-
Un thermomètre connecté Withings. Avec Nokia Health,
Nest étofferait sa gamme, qui ne compte actuellement
aucun objet pour la santé. NOKIA
une mine pour se constituer des
bases de données exploitables.
Sur ce dossier sensible, tous les
acteurs préfèrent rester discrets.
Dans son discours sur l’intelligence
artificielle, le président Emmanuel
Macron a fait des données de santé
un axe prioritaire pour la France.
Dans ce contexte et suite au scandale Cambridge Analytica, le rachat
par le géant américain de l’ex-fleuron français pourrait être mal reçu.
Nokia Health pourrait en revanche
être tenté de conserver ses activités
à destination des entreprises. De
même, « le portefeuille de brevets,
les partenariats de marques et les
licences technologiques au sein de
Nokia Technologies ne rentrent pas
dans le cadre de l’audit », avait indiqué Nokia en février. ■
LA SÉANCE DU MERCREDI 18 AVRIL
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,47 44,78
+0,24 103,25
+1,63 94,76
+4,43 28,275
-0,22 111,8
+1,02 23,39
+0,5
62,49
+0,54 42,66
-0,19 105,75
+0,68
16,3
+0,26
13,485
+1,54 68,59
+0,21
14,085
+0,09 113,95
-0,37 439,4
-1,14 193,85
+1,27 45,62
+0,85 63,88
+1,36 282,8
-2,7
120,45
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
44,45
102,6
93,23
27,2
110,7
23,15
61,93
42,26
104,7
16,095
13,395
67,08
13,96
113
432,9
190,3
44,72
63,28
279,45
113,95
0,289
0,191
0,217
0,206
0,22
0,333
0,246
0,131
0,231
0,36
0,114
0,565
0,186
0,142
0,111
0,121
0,036
0,213
0,101
0,62
+3,67
-1,95
+13,98
+3,98
-8,28
-5,56
-0,02
-1,66
+5,98
-10,09
-2,54
-4,1
-2,34
-1,3
+10,59
+3,57
-3,34
-0,48
+15,24
-2,01
JOUR
ORANGE ..............................................14,53
PERNOD RICARD ..................................
139,4
PEUGEOT ..............................................
20,59
♣ 56,14
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
94,44
SAFRAN ..............................................89,94
SAINT GOBAIN ..................................
43,55
SANOFI ..............................................65,81
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
72,86
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
44,97
SODEXO ..............................................79,88
SOLVAY ..............................................
114,7
STMICROELECTRONICS .............................
18,435
TECHNIPFMC ..................................27,15
TOTAL .............................................. 49,7
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
193,3
VALEO .............................................. 54,48
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,355
♣
VINCI .............................................. 83,32
VIVENDI ..............................................20,9
%VAR.
+0,31
-0,43
-0,72
-0,14
-0,25
+0,49
+0,89
-0,9
+1,76
+0,69
+0,33
+0,09
-1,73
+2,34
+1,6
-1,28
-1,05
+0,73
+0,43
0
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,595
140,35
20,85
56,62
95,34
90,1
43,695
66,54
73,06
45,045
80,24
114,9
18,84
27,15
49,75
195,75
55,4
19,46
83,34
20,99
14,47
137,45
20,45
55,9
93,55
89,22
43,095
65,56
71,52
44,61
79,04
114,05
18,295
26,31
48,86
192,6
54,28
19,2
82,42
20,85
%CAP.ECH
0,215
0,267
0,404
0,249
0,284
0,172
0,28
0,208
0,25
0,322
0,409
0,146
0,26
0
0,318
0,379
0,994
0,325
0,201
0,689
31/12
+0,38
+5,65
+21,44
-0,9
+12,55
+4,69
-5,28
-8,41
+2,82
+4,46
-28,71
-1,04
+1,26
+5,03
+7,94
-7,95
-12,51
-9,02
-2,15
-6,78
LES DEVISES
évident de la capacité de Danone à défendre ses marges. Cette publication a
été accueillie mercredi par une hausse de
1,54 % du cours de Bourse, à 67,08 euros.
Le titre n’a pas retrouvé ses meilleurs
niveaux, mais il a déjà rattrapé une bonne
partie du terrain perdu depuis la fin janvier
à la suite des craintes apparues sur une
détérioration des ventes de produits
1 EURO=
1,5953
1,5572
0,8711
9,7245
132,82
1,1979
1,2388
3,016
11,103
5,071
21,9142
7,7826
81,346
141,014
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34280
34980
-1,35
NAPOLEON ..................................................... 202,3
202,3
-2,22
PIECE 10 DOL USA .....................................................
587
587
-0,17
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213,9
213,9
+0,52
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1195
1170
+2,31
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
205
205
+0,49
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
310
310
+1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1307
1315
-0,23
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
108,9
112
-0,82
PIECE SUISSE 20F .....................................................
203
201,1
+0,15
PIECE LATINE 20F .....................................................
200
204,9
-1,43
SOUVERAIN ..................................................... 254
260,9
-2,57
KRUGERRAND .....................................................1105
1138,75
-1,23
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
275,44 16/04/18
DANONE RASSURE SUR SA CAPACITÉ À GÉNÉRER DE LA CROISSANCE
Le groupe agroalimentaire français a
publié un chiffre d’affaires bien au-delà
des anticipations pour le premier trimestre 2018. Il ressort à 6,08 milliards
d’euros, en croissance de 10,8 % (4,9 % en
organique), plus porté par la progression
des prix de ventes (+ 3,8 %) que par celle
des volumes (+ 1,1 %). Les investisseurs
voient dans ces hausses de prix un signe
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
BETELGEUSE ................................................
47,54 19/03/18
BELLATRIX C ................................................
332,92 19/03/18
SIRIUS ................................................55,48 16/04/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
laitiers qui constituent l’activité la plus
importante du groupe. Les performances
de ce secteur sont effectivement décevantes, avec une progression limitée des
ventes de 0,8 % en Europe et à l’international hors Amérique du Nord. Aux ÉtatsUnis et au Canada, où se concentrait
l’essentiel des difficultés, l‘activité s’est
stabilisée (- 0,2 %).
Les performances trimestrielles de
Danone doivent beaucoup à la croissance
du chiffre d’affaires de la nutrition spécialisée qui a gagné 14,5 %, avec un bond des
ventes de la nutrition infantile supérieur à
50 % en Chine. Les ventes du pôle des
eaux ont progressé de 4,2 % en données
comparables avec une très forte croissance en Asie. La direction a confirmé
viser une progression à deux chiffres du
bénéfice net par action pour l’ensemble
de l’exercice.
Les analystes du broker américain
Jefferies ont vu ce premier trimestre
comme « le signal d’une amélioration de
la régularité » du groupe. Ceux de la banque suisse UBS restent à l’achat, avec un
objectif de cours de 74 euros. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 44,58
♣
AIR LIQUIDE ..................................
103
AIRBUS .............................................. 94,6
ARCELORMITTAL SA ..................................
28,195
ATOS .............................................. 111,3
AXA .............................................. 23,36
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
62,24
BOUYGUES ..............................................
42,59
CAPGEMINI ..............................................
104,8
CARREFOUR ..............................................
16,22
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,45
DANONE ..............................................67,08
ENGIE .............................................. 14
ESSILOR INTL. ..................................113,45
KERING ..............................................434,6
L'OREAL ..............................................191,55
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
45,47
LEGRAND ..............................................63,88
LVMH .............................................. 282,8
♣
MICHELIN ..............................................
117,15
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
MÉDIAS et PUBLICITÉ
24
Clap de fin pour l’empire de presse Lagardère
« Elle », « Télé 7 Jours », « Ici Paris » et « Public » sont cédés à un groupe tchèque pour une cinquantaine de millions d’euros.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
ET ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
LES TITRES VENDUS
PAR LAGARDÈRE
EN CHIFFRES
7
grands titres,
leurs déclinaisons
et leurs sites Internet
20
millions d’euros
de résultat d’exploitation
en 2017 (31 millions
d’euros de Résop)
700
salariés
MAGAZINES C’est la fin d’une
époque. Quelques semaines seulement après avoir réorganisé son
groupe de médias en vue d’en céder la majeure partie, le groupe
Lagardère a vendu ses radios internationales et la quasi-totalité de
sa presse magazine française au
groupe de média tchèque Czech
Media Invest. Seuls subsistent dans
le giron du groupe Lagardère, Europe 1, le Journal du dimanche et
Paris Match.
Le montant de la cession des radios internationales s’élève à
73 millions d’euros et celui des
magazines Elle, Version Femina,
Art & Décoration, Télé 7 Jours,
France Dimanche, Ici Paris et Public, est estimé entre 40 et 60 millions d’euros. Au final, les restes du
puissant empire de presse constitué par Jean-Luc Lagardère se sont
vendus trois fois seulement le résultat d’exploitation 2017, estimé à
une vingtaine de millions d’euros.
Jusqu’au début des années 2000,
la branche presse, alors nommée
Hachette Filipacchi, était l’un des
leaders mondiaux de la presse magazine avec 260 titres édités dans
34 pays et pesait près de 2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires
pour 200 millions d’euros de résultat d’exploitation. Mais Arnaud
Lagardère, qui a succédé à son père
en 2003, a rapidement exprimé
son intention de se séparer de cette
activité dont le modèle économique était mis à mal par l’arrivée du
numérique.
«La presse est morte, il faut juste
être le dernier à crever », avait-il
lancé lors d’un dîner. Depuis, il n’a
eu de cesse de dépecer son empire.
En 2006, il évince Gérald de Roquemaurel, l’homme de confiance
de son père, au profit de Didier
Arnaud Lagardère (ci-dessus) , lors de la présentation des résultats financiers du groupe éponyme, le 8 mars à Paris. Il s’est séparé de ses radios
internationales et de la quasi-totalité de ses magazines français. FRÉDÉRIC PITCHAL/DIVERGENCE
Quillot et lui donne le mandat de
vendre toute la presse internationale. C’est chose faite en 2011,
l’américain Hearst accepte de
payer 650 millions d’euros pour
une centaine de magazines dont
toutes les éditions étrangères de
Elle. Dès lors, la partie française est
condamnée à une lente agonie.
L’érosion rapide des ventes de magazines couplée à la chute des revenus publicitaires est très difficile
à enrayer. En 2011, Denis Olivennes succède à Didier Quillot et doit
gérer ce déclin. Il vend les titres
non rentables, réduit les effectifs,
coupe les coûts et fait tout pour
conserver un résultat opérationnel
positif. Avril 2018 marque donc la
fin de cette aventure.
Un scénario surprenant
Arnaud Lagardère conserve toutefois les licences de marques, dont
les 45 éditions internationales de
Elle qui lui rapportent une manne
régulière d’une vingtaine de millions d’euros par an. Une véritable
vache à lait dont la valeur patrimoniale est estimée entre 200 et
300 millions d’euros. Lagardère se
conserve donc encore une poire
pour la soif.
Évoquée début janvier, l’idée
d’une alliance entre Lagardère,
Mondadori et le groupe Marie-
Claire pour fonder un géant de la
presse magazine en France a fait
long feu. Le surprenant scénario
tchèque a été préféré. « Arnaud
Lagardère a voulu aller très vite. Il
n’a peut-être pas fait la meilleure
opération financière, mais cela
marque d’un geste fort son départ
de la presse », estime l’expert des
médias Jean-Clément Texier. Selon plusieurs observateurs, le
groupe Czech Media Invest, propriétaire de nombreux magazines
tabloïds (lire ci-dessous) s’intéressait en priorité aux radios de Lagardère opérant en Europe de l’Est.
L’intérêt de récupérer des magazines français est moins clair. Volon-
té de s’étendre à l’international à
moindre coût ? Ou bien faut-il
s’attendre à une future revente des
titres acquis ? L’avenir des magazines français semble pour le
moins flou. « Daniel Kretinsky
(propriétaire de Czech Media
Group, NDLR) pourra s’en séparer
aussi rapidement qu’il a décidé de
les acquérir », veut croire un bon
connaisseur de la presse tchèque.
« Il ne faut pas s’attendre à de l’investissement pour soutenir ces marques en France. » À moins que le
milliardaire tchèque n’étonne son
monde. Selon Lagardère, la France
sera le pilier de l’expansion européenne de Czech Media Group ■
Czech Media Invest, propriété d’un milliardaire qui a fait fortune dans l’énergie
«
Daniel
Kretinsky
n’a pas
d’ambitions
politiques,
contrairement
à Andrej
Babis
»
UN FIN CONNAISSEUR
DES MÉDIAS TCHÈQUES
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
Les marques iconiques de la presse
magazine Elle ou encore Télé 7 jours
tombent entre les mains d’un
groupe de médias tchèque inconnu
en France. Dans son pays, Czech
Media Invest est le propriétaire
d’un des plus gros groupes de
presse, Czech News Center, qui revendique un lectorat de 3,5 millions de lecteurs et 7 millions de visiteurs uniques par mois sur ses
sites Web. Il édite le quotidien populaire Blesk, un tabloïd reprenant
les codes du Bild allemand. Blesk
est décliné en féminin, en programme télé, en magazine cuisine,
santé, loisirs… Czech News Center
édite également le tabloïd people
Aha!, le newsmagazine Reflex et
des magazines auto-moto. Il détient le site Internet d’actualité
info.cz et est leader national de
l’édition de livres et de la distribution de la presse tchèque.
Czech News Center a été bâti
après la chute du bloc soviétique,
en 1991, par le groupe de presse
suisse Ringier. Ce dernier s’est allié
au géant allemand des médias Axel
Springer en 2010 pour toutes ses
activités en Europe centrale et de
l’Est, avant de se retirer de ces pays
en 2014. Czech News Center a alors
été revendu à un jeune milliardaire
tchèque, Daniel Kretinsky.
Concentration
Ce quadragénaire a fait fortune
dans le secteur de l’énergie et détient EP Industries, leader en Europe centrale sur ces marchés. Il
est également copropriétaire du
club de football Sparta Prague. Son
nom a été épinglé dans l’enquête
dite des Panama Papers pour la
possession d’une société basée
dans les îles Vierges britanniques.
« C’est un homme aux méthodes ru-
des », décrit un bon connaisseur
des médias tchèques. « Il n’a pas
touché aux rédactions après son rachat, avant de licencier. La ligne
éditoriale du newsmagazine Reflex,
tourné vers l’enquête, est devenue
plus nationaliste et xénophobe, à
l’image du pays, affirme-t-il. Mais
Daniel Kretinsky n’a pas d’ambitions politiques, contrairement à
Andrej Babis », l’autre magnat des
médias tchèques.
Longtemps détenue par des
groupes étrangers, la presse tchèque est depuis quelques années
concentrées entre les mains d’oligarques. Andrej Babis a fait fortune
Spotify fait converger musique et contenus TV
Le leader du streaming musical et le service vidéo Hulu proposent une offre commune.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
13
dollars
A
Le prix
de l’abonnement
mensuel commun
proposé par Spotify
et Hulu
NUMÉRIQUE Le numéro un mondial de la musique en streaming
fait décidément feu de tout bois.
Dix jours après son entrée réussie
à la Bourse de Wall Street, des rumeurs sur le lancement d’un
autoradio connecté à commande
vocale et la refonte prochaine de
la partie gratuite de son service,
Spotify continue d’occuper le
terrain médiatique.
Cette fois, le géant suédois a
annoncé un partenariat avec le
service de vidéos à la demande
Hulu afin de proposer aux
consommateurs américains une
offre commune. Moyennant
13 dollars par mois, il sera possible d’accéder à un catalogue de
plusieurs dizaines de millions de
chansons sur Spotify en plus des
75 000 films et programmes TV
de Hulu, dont la série populaire
The Handmaid’s Tale. Réservée
dans un premier temps aux
abonnés de Spotify, la formule
sera proposée cet été aux nouveaux utilisateurs.
Pour les consommateurs,
l’avantage est avant tout financier. Ils profitent de deux applications pour le prix d’une, quasiment. Achetés séparément, les
deux forfaits mensuels coûteraient 5 dollars supplémentaires, soit 18 dollars au total. Au
mois de septembre, les deux
plateformes avaient commencé
à commercialiser cette offre
couplée autour de 5 dollars, mais
uniquement à destination des
étudiants.
L’accélération engagée par
Spotify vise deux objectifs.
D’abord, la firme suédoise a fait
miroiter auprès des investisseurs
une croissance substantielle de
son chiffre d’affaires cette année.
Même si un ralentissement est
anticipé en raison d’effets de
change défavorables, le géant table sur une hausse de ses revenus
comprise entre 20 et 30 %. En
outre, alors que la marge brute
du groupe devrait s’élever en
2018 autour de 25 %, l’objectif
fixé à plus long terme est d’atteindre 30 à 35 %.
Faire grossir
la base des utilisateurs
S’il veut tenir ce cap, Spotify
doit donc utiliser tous les
moyens possibles pour faire
grossir sa base d’utilisateurs. La
société suédoise espère en séduire un peu plus de 200 millions
d’ici à la fin de l’année, dont
96 millions d’abonnés payants
contre 71 millions aujourd’hui.
De son côté, Hulu dénombre environ 17 millions d’abonnés à son
service.
Alors que la concurrence des
Gafa, bien décidés à accroître
leur part de marché, s’accentue
de jour en jour, Spotify tente également de muscler son offre. Miser sur la convergence entre vidéo et musique est une manière
de fortifier ses positions face à
Apple et Amazon.
La firme de Cupertino, qui
dénombre 38 millions d’abonnés à Apple Music, a prévu d’investir un milliard de dollars
dans les contenus TV. Elle pourrait très bien proposer une offre
combinée directement accessible depuis ses iPhone, iPad ou
ses Mac.
De son côté, le géant du ecommerce Amazon engloutit déjà
4,5 milliards de dollars par an
dans des films et des séries afin
d’alimenter son propre service de
vidéo à la demande. Et les abonnés à son offre Premium ont accès aussi bien à la vidéo qu’à la
musique, en plus d’un service de
livraison gratuit. ■
dans l’agroalimentaire et possède le
groupe média Mafra, éditeur de
deux des quotidiens les plus influents du pays (Lidové noviny, le
Quotidien du peuple, et Mlada
Fronta Dnes, Front de la jeunesse
d’aujourd’hui). Le milliardaire, qui
possède aussi une radio et une chaîne de télévision, a fondé en 2013 le
parti politique populiste ANO (Action pour les citoyens mécontents)
et fut ministre des Finances de 2014
à 2017. Surnommé le « Berlusconi
tchèque », Andrej Babis est devenu
premier ministre en décembre. Il
tente depuis de former un gouvernement de coalition. ■
EN BREF
MARIE-CHRISTINE
SARAGOSSE NOMMÉE
À LA TÊTE DE FRANCE
MÉDIA MONDE
£ Le CSA vient de nommer
Marie-Christine Saragosse
à la présidence de France Médias
Monde, pour une durée
de cinq ans à compter du lundi
23 avril 2018. La dirigeante
retrouve ainsi le poste qu’elle
avait dû abandonner en février
2018 en raison de l’absence
de sa déclaration de patrimoine.
Elle entame ainsi un troisième
mandat depuis 2012.
BON REDÉMARRAGE
POUR « GLAMOUR »
£ Le féminin de Condé Nast,
totalement repensé en mars,
affiche une hausse de 23 %
de ses ventes en kiosque
par rapport à l’an passé. Le site
Web a, lui, vu depuis un mois
sa fréquentation augmenter
de 20 %, à 1,8 million de pages
vues. Glamourparis.com
a été entièrement refondu.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 919 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
MODE
ENCHÈRES
MAISON CHÂTEAU ROUGE,
LE NOUVEAU LABEL PARISIEN
NOURRI AU WAX PAGE 28
LE MUSÉE INTIME DE GONZAGUE
SAINT BRIS SOUS LE MARTEAU
LE 4 JUIN, À DROUOT PAGE 27
Mai 68
JEAN POTTIER / SAIF IMAGES
Ces photos qui tiennent
le haut du pavé
Le face-à-face de Daniel Cohn-Bendit avec un CRS, la jeune fille au drapeau juchée sur les épaules
d’un manifestant… Ces célèbres images ont émergé parmi des milliers au point de devenir le symbole de la révolte.
Une exposition à la BnF, à Paris, se penche sur leur genèse et leur parcours depuis cinquante ans. PAGE 26
Hugo Pratt, un maître entre les lignes
EXPOSITION Le Musée des confluences, à Lyon, décrypte l’univers du héros de BD Corto Maltese dans un dialogue
entre des fragments de son œuvre et des objets ethnographiques.
ENVOYÉ SPÉCIAL À LYON
rands masques bigarrés, voiles blanches
déployées,
scaphandres dorés
qui voisinent à côté
de têtes réduites jivaros, arcs et
autres sagaies affûtées…
Au Musée des confluences, à
Lyon, l’exposition « Hugo
Pratt, lignes d’horizons »
plonge d’emblée le visiteur
dans l’univers exotique du
dessinateur, créateur de Corto
Maltese, le marin romantique
le plus célèbre de la BD. Le trait
de génie des commissaires ?
Présenter l’œuvre de Pratt à
G
travers quelque 90 objets ethnographiques.
L’ancienne coloriste de Pratt,
qui veille sur la destinée de son
œuvre depuis sa mort en 1995, a
été impressionnée par le travail
des équipes du musée. « Ils ont
passé au peigne fin tous les albums pour y dénicher les objets
les plus incroyables. Je n’imaginais pas que Pratt gardait une
telle mémoire de tous ces éléments vus au cours de ses voyages. Et dire qu’à l’époque, il n’y
avait pas Internet… » D’où cette
impression d’un dialogue fort
entre les dessins de Pratt et les
objets dont il s’inspire. Un chat
vénitien trônant au milieu d’une
table d’orientation animée et
OJOZ/MAISON CHÂTEAU ROUGE ; DAVID NIVIÈRE ; B. STOFLETH, MUSÉE DES CONFLUENCES
La scénographie de l’exposition « Hugo Pratt, lignes d’horizons »,
au Musée des confluences, à Lyon. B. STOFLETH, MUSÉE DES CONFLUENCES
interactive symbolise à la perfection le « monde selon Hugo
Pratt », avec ses obsessions et
ses continents surreprésentés,
comme l’Océanie.
Corto Maltese, ce héros en
voyage permanent, est toujours
en règle avec les autorités.
« Trois fois dans ses aventures,
souligne Michel Pierre, spécialiste de l’œuvre prattienne, on
contrôle ses papiers. À chaque
fois, il produit les bons documents.
Ce qui est amusant, c’est que Pratt
a eu toute sa vie l’angoisse de ne
pas être en règle avec les officiers
des douanes. C’est sans doute
pour ça qu’il permet à Corto Maltese de s’affranchir des contraintes administratives, lui qui aurait
tant voulu voyager partout où il le
souhaitait en toute liberté. »
Le parcours s’achève par une
sorte de phare. Sur ses parois
sont diffusées des saynètes graphiques mettant en scène les
femmes de Corto, l’ésotérisme
ou la magie… Le visiteur navigue
dans la tête et l’imaginaire de
l’auteur de La Ballade de la mer
salée. On sort en traversant une
somptueuse
« bibliothèque »
ornée des visages qui s’égrènent
dans les albums. Toutes les lignes narratives convergent vers
les livres d’Hugo Pratt, matrices
d’évasion et de voyages… ■
« Hugo Pratt, lignes d’horizons »,
au Musée des confluences, Lyon
(69), jusqu’au 24 mars 2019.
A
OLIVIER DELCROIX £@Delcroixx
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
26
L'ÉVÉNEMENT
Mai 68 : ces icônes
surexposées
CÉLÈBRES
SLOGANS
« Cours, camarade,
le vieux monde
est derrière toi »
EXPOSITION À Paris, la BnF présente des clichés légendaires pris lors des
manifestations. Loin de les idéaliser, elle se penche sur leur trajectoire dans le temps.
JEUNESSE RIEUSE FACE
À L’ORDRE CONSERVATEUR
Le conflit en noir et blanc
Les photographies d’actualité sont des
biens périssables, et les archives regorgent de clichés refoulés par l’histoire.
Ainsi, des photos des salariés en grève,
des usines occupées et des mouvements
ouvriers, très présentes dans la presse
en 1968, le sont nettement moins en
2008 ou 2018. Comme si on se concentrait désormais sur un « jeu estudiantin ». Également disparues des radars
médiatiques, les photos des opposants
au mouvement. Cinquante ans après les
faits, la grande manifestation en soutien
à de Gaulle qui a rassemblé 1 million de
personnes sur les Champs-Élysées le
31 mai, semble dérisoire. Les contremanifestants et leurs pancartes (« Les
cocos au poteau ! » ou « De Gaulle n’est
pas mort ! ») ne font plus partie de la
grande iconographie soixante-huitar-
femme rigolarde, seins nus, face à un
CRS. Et lorsqu’ils couvrent les nouveaux conflits lycéens ou estudiantins,
les photoreporters recherchent désormais un jeune homme roux ou une jeune fille au drapeau, qui porteront à leur
tour la charge sentimentale d’un Mai 68
aujourd’hui idéalisé. ■
« Icônes de Mai 68. Les images
ont une histoire », BnF (Paris XIIIe),
jusqu’au 26 août. www.bnf.fr
ISABELLE STASSART istassart@lefigaro.fr
A
Aux côtés des clichés iconiques de Mai
1968, il y a les images anonymes des
photographes de journaux comme
France-Soir, le grand quotidien national
de l’époque. Les 25 000 photos réalisées
en un mois, conservées par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, donnent lieu à un livre, Mai 68, l’envers du
décor (Gründ), et à une exposition, présentée à Sète à partir du 8 mai au festival
Images Singulières. Bernard Charlet a
couvert les événements pour le journal.
Il se souvient de ce mois particulier.
LE FIGARO. - À quel moment êtes-vous
arrivé à France-Soir ?
Bernard CHARLET. - J’ai commencé à y
travailler en 1960 comme tireur au labo.
Le quotidien tirait à plus d’un million
d’exemplaires avec 7 ou 8 éditions par
jour. Je rêvais de partir au Vietnam,
« La chienlit,
c’est lui »
LA LIBERTÉ GUIDANT
LES MANIFESTANTS
■ Gilles Caron prend cette photo le 6 mai 1968, alors que Daniel Cohn-Bendit
(et sept autres étudiants) s’apprête à passer en commission disciplinaire.
Mettant en scène un face-à-face entre une jeunesse insolente et un ordre
conservateur, la photo est une des icônes de 68, voire du XXe siècle. Caron
n’a pas été le seul à saisir l’instant. L’Express publiera une photo de Jacques
Haillot (prise sous un angle légèrement différent) et Paris Match, une
de Georges Melet (en couleurs). Quant au cliché de Caron, il paraît dans
une revue confidentielle de photojournalisme. Mais il est repris sur une affiche
des Beaux-Arts, dont les étudiants s’emparent aux cris de « Nous sommes
tous des juifs allemands. » Georges Séguy, patron de la CGT, aura beau railler
(« Cohn-Bendit ? Qui est-ce ? »), le destin de la photo de Caron est scellé :
« Je suis le soleil de 68. L’ironie de 68, c’est l’ironie de mon sourire »,
jugera Daniel Cohn-Bendit, en 2014.
■ Le 13 mai, Caroline de Bendern, 27 ans, défile juchée sur les épaules de Jean-Jacques
Lebel. Elle brandit un drapeau du Front national de libération du Vietnam. Elle est
immortalisée par Jean-Pierre Rey. Life Magazine publie la photo, mais Paris Match
attendra un mois pour la mettre en petite vignette, dans les pages intérieures.
À l’époque, au moins deux autres jeunes filles au drapeau incarnent la justice
et la liberté. Il faut attendre 1978 pour que la photo de Rey soit publiée en pleine page
dans Paris Match. Dès lors, le cliché fera le tour de la presse. Il sera souvent recadré,
par assimilation à La Liberté guidant le peuple de Delacroix. Au fil du temps, le drapeau
vietnamien disparaîtra presque, permettant à la photo de devenir universelle. Caroline
de Bendern racontera les conséquences pour elle : « J’étais mannequin
et militante contre la guerre du Vietnam. Le jour de la manifestation, j’ai pris la pose.
En découvrant la photo, mon grand-père est devenu furieux.
Il m’a coupé les vivres et m’a déshéritée. »
Bernard Charlet : « Il fallait ramener la une la plus percutante »
PROPOS RECUEILLIS PAR
« Sous les pavés,
la plage »
JEAN-PIERRE REY/FOND PHOTOGRAPHIQUE DE JEAN-PIERRE REY
l y a la figure goguenarde de
Daniel Cohn-Bendit, levée vers un CRS
au casque brillant, l’étudiant fuyant
ventre à terre sous les coups de matraque, ce vieux monsieur cravaté passant
devant un : « Jouissez sans entraves ! »
tagué sur une palissade. Fragment du
réel, ces clichés et bien d’autres
condensent un moment immortalisé en
mai et en juin 1968 par des photoreporters. Cinquante ans plus tard, la BnF se
penche sur leur « fabrique » et leur trajectoire. Passionnante réflexion ! Des
dizaines de milliers de photos ont été
prises pendant ces deux mois : pourtant, seule une poignée d’entre elles ont
été élevées au rang d’icônes. Tout comme l’enfant de Varsovie ou la petite fille
au napalm, Daniel Cohn-Bendit résume, et sans doute enferme, le récit de
cette période.
La presse, et notamment les grands
magazines, L’Express, Le Nouvel Observateur ou Paris Match, publie beaucoup
de photos en mai et juin 1968. On retiendra que les grandes photos qui
« font » Mai 68 aujourd’hui ne sont pas
forcément celles d’hier. La première
publication de la photo de Daniel CohnBendit, dans Paris Match, est noyée
dans une série d’autres. La «Marianne», jeune fille portant un drapeau et
juchée sur les épaules d’un homme, ne
fait pas tout de suite la une. On lui préfère souvent une autre jeune fille portant un drapeau noir, celui des anarchistes – mouvement qui a perdu de sa
superbe quarante ou cinquante ans plus
tard. « Au fil des décennies, les médias
vont privilégier des photographies se
rapprochant d’une œuvre d’art, le message politique cède la place à l’esthétisme », explique Dominique Versavel,
commissaire de l’exposition.
leur. Bien que les reportages soient largement colorés en 1968, la mémoire visuelle du conflit ne l’est pas. « Le noir et
blanc est la preuve que Mai 68 a définitivement été renvoyé au passé », avance la
commissaire. Mais est-ce si vrai ? Les
images de 1968, même édulcorées, ont
fini par écrire un récit, que l’on cherche
à mobiliser consciemment ou inconsciemment. La première une du magazine Causette en 2008 montre une jeune
GILLES CARON/FONDATION GILLES CARON
I
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
de, du moins celle montrée aujourd’hui. Seule demeure le cliché du général de Gaulle, debout près d’un avion,
symbole de la solitude d’un pouvoir
bientôt destitué.
Et la province qui, à l’époque, prit
une large part aux événements ? Elle est
progressivement évincée au profit des
boulevards Saint-Michel ou Saint-Germain, fournisseurs de pavés. Amnésie
contemporaine également pour la cou-
« Il est interdit
d’interdire »
mais Pierre Lazareff, après la mort d’un
de nos photographes au Maroc, ne voulait plus envoyer personne à l’étranger.
Comment fonctionnait
le service photo en 1968 ?
Nous étions une vingtaine de photographes avec huit tireurs. Il y avait toujours
un photographe disponible pour couvrir
les événements 24 heures sur 24. J’étais
dans l’équipe du soir, celle qui partait au
moment où c’était le plus chaud, à la
tombée de la nuit. Le port du costumecravate était obligatoire même si ce
n’était pas la tenue la plus adaptée pour
en découdre avec les manifestants et les
forces de l’ordre. Cela dit, ma cravate
m’a une fois servi de garrot et elle m’a
permis un peu plus tard, après la plus
grande « courette » (poursuivre quelqu’un, NDLR) de ma vie, de pouvoir accéder au Palais à Madrid où de Gaulle en
voyage en Espagne rencontrait Franco.
Mes collègues de Match et Sygma sont
restés à la porte.
Vos photos de Mai 68 montrent
une violence extrême dans les
affrontements. Y étiez-vous préparé ?
Pas du tout, il n’y avait jamais eu d’événements de cette ampleur en France.
Nous étions casqués avec un brassard
presse. C’est tout. Nous n’avions aucune
expérience des explosifs. Je me suis formé sur le tas, protégé par mon motard,
un molosse d’1 mètre 90, 120 kg, un ancien des commandos de marine qui
avait fait l’Indochine. Pour lui, c’était de
la rigolade. Les conditions étaient difficiles, nous n’étions pas au numérique
avec la possibilité de capter les basses
lumières. Il fallait flasher et là les flics
nous tombaient dessus. De retour chez
moi à l’aube, je me déshabillais dans le
couloir et mes vêtements imprégnés de
lacrymogène partaient direct à la
lessive.
Avez-vous un souvenir marquant ?
Pas vraiment. On ne réfléchissait pas, on
n’arrêtait pas de bosser. Il fallait rame-
ner la une la plus percutante même si
nos photos n’étaient pas signées. Enfin,
quand j’y pense si, il y a eu l’épisode des
Katangais pendant l’occupation de la
Sorbonne. Ce groupuscule d’ultragauche venait de Montreuil équipé de fusils
de fête foraine. J’étais entré avec eux
dans les locaux où se tenaient des AG en
permanence. Il fallait les voir fendant la
foule, armés de grands peignes à cheveux. Ils excitaient et effrayaient les
étudiants.
Est-ce qu’un de vos clichés
est sorti du lot ?
Non, il y en a un qui a été beaucoup publié où je suis très près des CRS et où on
les voit déployer la technique de la tortue quand ils se protègent avec leurs
boucliers. Pour le reste, c’est du passé et
j’ai photographié par la suite des manifestations beaucoup plus violentes encore, en particulier dans le monde paysan. En fait après 68, je suis devenu un
photographe de manifs. ■
Programme
À VOIR
« Gilles Caron,
Paris 1968 »
À l’Hôtel de Ville, Paris IVe,
du 4 mai au 28 juillet.
« Invasion 1968 »
Au Centre culturel tchèque,
Paris VIe, jusqu’au 1er juin.
Vente Dityvon
Chez Millon à Drouot,
Paris IXe, le 15 mai.
À LIRE
« Mai 68–État
des lieux »
Claude Dityvon, éditions
André Frère, 96 p., 33,50 €.
« De l’Air fête mai 68 »
Magazine de l’air, 6,90 €.
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LE FIGARO
jeudi 19 avril 2018
CULTURE
27
L’insolite bric-à-brac de Gonzague Saint Bris
ENCHÈRES En charge de la succession de l’écrivain, la maison Millon disperse, le 4 juin, à Drouot, le contenu
hétéroclite de sa demeure parisienne. Une collection dont le principal atout est sa valeur affective.
L
Dans son appartement parisien, Gonzague Saint Bris avait accumulé une foule d’objets insolites en rapport avec la littérature ou l’histoire.
l’écrivain, en s’appropriant les mots
d’Eugène Delacroix. Ce lieu était à son
image avec ses moulages de statues
d’église, ses bustes des rois de France, ses
portraits d’empereur, ses souvenirs des
grandes découvertes de l’Amérique, ses
livres d’Alfred de Vigny, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert et tous les romantiques de la littérature qui ont hanté ses
nuits passées à écrire. Les héros de nos livres d’histoire – Napoléon III, Louis II de
Bavière, Louis XI – s’affrontaient aux
stars d’aujourd’hui – Alain Delon, Jane
Birkin, Jacques Chirac, Mick Jagger –, à
travers dessins, photographies ou autographes.
Dans ce royaume de l’accumulation où
trônait au milieu des statuettes de Molière, Tolstoï, Chopin, Shakespeare, le portrait de Gonzague peint par Jean-Daniel
Lorieux et dédicacé à son « frère de
cœur », il ne fallait surtout pas s’attendre à
trouver de grands objets ou des tableaux
de maître. Seule leur valeur sentimentale
et leur référence littéraire, poétique, historique comptaient tel ce stylo de Michel
Audiard en argent gravé de la devise de
l’écrivain, « rien sans amour », et portant
le monogramme « GSB » ou ce bureau plat
garni d’un cuir vert doré au petit fer, avec
sa plaque indiquant qu’il s’agit d’une réédition limitée par Grange du bureau de la
Fayette au château de Chavaniac. Faute
d’avoir l’authentique, Gonzague acheta la
reproduction numérotée 33 sur 999. D’où
sa faible estimation de 400 à 600 euros.
« Son nom parle à tous »
« Tout peut s’envoler », explique, confiant,
Alexandre Millon qui a fixé une estimation
globale de 50 000 euros pour les milliers
d’objets rassemblés par thème de collec-
À Yves Simon, la jeunesse
reconnaissante
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
a raison nous a enseigné à être
très prudent vis-à-vis des albums hommage, ces exercices
récurrents par lesquels l’industrie du disque se plaît à remettre en scène les répertoires de grandes figures de la chanson et du rock.
Rarement excitants, ces objets se
contentent d’aligner des versions à peine transformées de chansons aimées,
avec un casting souvent conventionnel.
Tous les artistes y ayant droit un jour ou
l’autre, autant que ceux-ci s’impliquent. C’est le cas de Génération(s) éperdue(s), qui propose 18 relectures intéressantes de l’œuvre d’Yves Simon.
L
chanter mais de composer des musiques
de films. « Avec mon premier groupe,
nous jouions des morceaux des Beatles et
des Shadows, j’étais à la guitare. » Pourtant, le grand succès d’Au pays des merveilles de Juliet, en 1974, fait de lui un
chanteur à la mode. Il fait alors partie de
l’écurie RCA, aux côtés de Souchon,
Voulzy et David McNeil.
Un temps journaliste à Actuel avec
Bizot, Kouchner et Patrick Rambaud,
Yves Simon connaîtra par la suite une
carrière de romancier à succès. Pas mal
pour un jeune homme de Contrexéville
venu à Paris pour poursuivre des études de cinéma, qui doit son destin de
chanteur à une audition réussie chez
Philips.
En complément du disque de reprises,
Yves Simon propose un live enregistré à
l’Olympia il y a quelques années, qui
donne envie de le retrouver sur scène.
Rien de prévu pourtant de ce côté-là
pour le monsieur, qui termine actuellement l’écriture de son autobiographie,
Une vie comme ça.
Génération(s) éperdue(s), Because Music,
sortie le 20 avril.
sais plus mon titre »), enchanté par
d’autres (Christine, Soko, Juliette Armanet), Yves Simon a souvent été ému
aussi. « J’ai écrit “Les Gauloises bleues”
à l’âge de 25 ans. Près de cinquante ans
plus tard, je suis frappé par la voix et la
simplicité de Clou, qui a 25 ans. »
« J’ai de la tendresse pour eux »
Novice alors que le projet était mis sur
les rails, Christine and the Queens est
entre-temps devenue une star mondiale. « Nous ne nous sommes rencontrés
qu’en décembre dernier », avoue Yves Simon. S’il ne semble plus caresser le désir
d’en enregistrer de nouvelles, l’homme,
qui a publié un riche corpus de chansons, se considère volontiers comme le
parrain de tous les protagonistes de l’album. « J’ai de la tendresse pour eux. Ce
sont souvent leurs parents qui leur ont
transmis mes chansons. » Initialement,
pourtant, Yves Simon ne rêvait pas de
Samia Orosemane, riez les uns avec les autres
ONE-WOMAN-SHOW Identité, religions, cultures... dans son spectacle « Femme de couleurs »,
l’humoriste tord le cou aux clichés.
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
«
humour a toujours été
pour moi la meilleure
des réponses à la bêtise », écrit Samia
Orosemane. Formée
à l’improvisation, passée par le Conservatoire de Paris, l’humoriste a créé l’événement en 2014, au moment des attentats à
Ottawa au Canada, puis après l’attaque
contre Charlie Hebdo, avec une vidéo postée sur Youtube dans laquelle cette musulmane conseillait aux terroristes de changer de religion. Les quelque 700 000 vues
ont dévoilé une anticonformiste à l’esprit
L’
bienveillant. En 2017, Vanity Fair a classé
Samia Orosemane parmi les 50 Français
les plus influents du monde.
À Paris, on la retrouve sur la scène de
l’Apollo Théâtre. Plongé dans le noir, le
public ne distingue d’abord que ses yeux
sombres. « Je vous fais peur ? Non. Attendez, j’enlève le parachute », lance-t-elle
en se débarrassant de sa burka. En un
tour de main, l’humoriste d’origine tunisienne apparaît dans une tenue aux couleurs bigarrées, comme le génie de la
lampe d’Aladin. La mission de cette justicière en herbe : tordre le cou aux idées reçues sur les us, coutumes et religions de la
Tunisie, du Maroc, de l’Algérie et de
l’Afrique.
La mise en scène d’Abdesslam Badid lui
permet de déployer une énergie incroyable. « Je ne cours pas, je suis trop grosse, je
roule », souffle cette tornade en parcourant la scène à grandes enjambées. Entre
deux imitations plus vraies que nature
d’une mama africaine, de son propre père
épicier et d’une écervelée qui découvre la
« maghrébie ». « Elle le fait bien », répètent les spectateurs, admiratifs.
Liberté d’expression
Sans langue de bois, respectueuse et désireuse de rapprocher les peuples, regard
malicieux, la jeune femme fait montre
d’une liberté d’expression sans frontières. Jusqu’à « prêcher » par l’exemple.
» Lire aussi PAGE 30
JAMIE MORGAN
la nouvelle scène rend hommage à l’auteur de « Diabolo menthe ».
« J’ai consacré près de deux années à ce
projet, explique-t-il. Je ne voulais pas de
chanteurs de ma génération, mais des
gens en devenir. »
Au programme de ce disque, aucun
des multirécidivistes du genre, mais une
brassée de jeunes pousses. Des groupes
français qui, depuis une poignée d’années, se sont approprié les titres du septuagénaire. La première fut Christine
and the Queens. « J’avais reçu de sa part
une maquette d’Amazoniaque alors
qu’elle était encore inconnue », se souvient le chanteur. Quelques jours plus
tard, en naviguant sur YouTube, Simon
trouve une version maison de Diabolo
menthe par la chanteuse et actrice Soko.
« Ça s’est fait doucement, comme ça.
J’écoutais des artistes à qui nous demandions de travailler sur des relectures. À
cinq ou six titres près, ils figurent tous sur
le disque. » Surpris par certains (« Dans
le cas de Flavien Berger, je ne reconnais-
+
Christine and the Queens fait
partie des artistes qui revisitent
le répertoire d’Yves Simon.
CHRONIQUE Avec l’album « Génération(s) éperdue(s) »,
LA MUSIQUE
tion. « Pour Locatema, j’avais réussi à vendre dix fois plus cher des babioles ne valant
rien hors de leur contexte, alors je ne me fais
pas de souci pour ceux de Gonzague Saint
Bris. Récemment disparu, son nom parle à
tous, ajoute-t-il. C’est toute la vie de l’écrivain qui est là sous nos yeux, à travers ses
objets et bibelots. Dans ce lieu osant les mélanges d’un service à liqueur de Lord Byron
avec une loupe offerte par Maxime Dupin à
son ami Flaubert, il n’y avait pas un centimètre carré de vide. Entre extravagance et
élégance, l’endroit dénotait par son accumulation parfaitement organisée où un
buste de Léonard de Vinci côtoyait une statue d’Henri IV et un masque mortuaire de
Pouchkine. Son originalité tenait à ce que les
invités pouvaient laisser un témoignage sur
les murs. » De ses formidables rencontres
restent, sur les portes ou sous l’escalier,
des messages et dessins d’Inès de la Fressange, Gérard Depardieu, Daniel Filipacchi, Claire Chazal ou Doc Gynéco. Gonzague trouvait « cela beaucoup plus amusant
que de faire un livre d’or… ».
Alexandre Millon compte jouer sur la
corde sensible des acheteurs. L’atmosphère de la rue Pelouze qu’il tentera de
reconstituer quelques jours avant la vente
du 4 juin, salles 10 et 16, n’est pas sans
rappeler celle du Clos Lucé où Gonzague a
fait la fête pendant son adolescence. Avec
ses sept frères et sa sœur Marie, il y organisa un banquet mémorable, avec une arrivée de Léonard de Vinci, maître des
lieux, en hélicoptère, au milieu d’ours et
de musiciens en costume de la Renaissance ! Gonzague n’ayant pas de descendants, c’est la famille qui vend au profit
de son repaire tourangeau, le chalet des
chasseurs à Chanceaux-près-Loches (Indre-et-Loire), dont il voulait faire une
maison d’écrivains. ■
Elle aura attendu cinq ans avant que sa
mère accepte de rencontrer son futur
mari, un Martiniquais. « Quoi ? Un Noir ?
Un Kahlouche ? Ça va pas, non ? »
« Y a-t-il des Algériens dans la salle ? »
demande-t-elle, amusée. Parfois, certains
spectateurs l’attendent à la sortie. Pour la
féliciter, en général. Parfois pour lui reprocher de les avoir critiqués. « Si vous
pouviez supprimer ce passage… » Samia
Orosemane, qui est née dans le XIXe arrondissement de Paris et a vécu dans le
« 93 », l’ajoute au contraire dans son onewoman-show, Femme de couleurs, dont
elle a tiré un livre autobiographique « reconnu d’utilité publique » (First Éditions). ■
Apollo Théâtre (Paris Xe), jusqu’au 1er juillet.
EN BREF
La plasticienne Tatiana
Trouvé quitte Perrotin
Couronnée en 2007 du prix
Marcel Duchamp, l’artiste Tatiana
Trouvé, 50 ans, quitte la galerie
d’Emmanuel Perrotin pour
entrer chez son concurrent Kamel
Mennour. Ce dernier a confirmé
et annoncé qu’il ouvrirait « une
exposition au mois de septembre ».
Les femmes majoritaires
au jury du Festival de Cannes
Pour sa 71e édition, le jury du
Festival de Cannes compte cinq
femmes pour quatre hommes,
issus de sept nationalités. Autour
de Cate Blanchett, la présidente,
officieront : Léa Seydoux, Robert
Guédiguian, Ana DuVernay,
Kristen Stewart, Denis Villeneuve,
Andrey Zvyagintsev, Chang Chen
et Khadja Nin.
A
e marché de l’art échappe
souvent à toute raison. C’est ce qui fait sa
magie. Parce qu’elle est auréolée d’un
nom, une collection peut tout d’un coup
flamber. Celle de Gonzague Saint Bris,
mise en vente moins d’un an après son
décès, suscitera-t-elle de folles enchères ? C’est ce qu’espère le commissairepriseur, Alexandre Millon, qui sait transformer en or des objets ayant comme seul
atout une valeur affective.
Lorsqu’il avait orchestré la vente du
stock de Locatema, fournisseur de décors
de cinéma, de 2014 à 2017, le public
n’avait pas hésité à surpayer ses rêves. Les
prix avaient explosé. C’est sans doute
pour cela qu’il a été choisi. Aux dépens de
Rémy Le Fur, autre grand marteau de
Drouot, qui a pourtant bien connu l’appartement de l’écrivain, au 5 rue Pelouze,
dans le VIIIe arrondissement de Paris,
pour l’avoir habité avant de le lui vendre,
dans les années 2000.
Atypique, le lieu l’avait lui aussi inspiré. De cet ancien atelier d’artiste du
XIXe siècle au décor néogothique – on dit
qu’il aurait été construit sur l’ancienne
demeure de Casanova ! –, il avait fait un
écrin pour marier les objets insolites dans
une ambiance féerique de conte de Noël.
Lui succédant, Gonzague avait reproduit
cette même folie mais à sa manière,
créant ce qu’il appelait un « bric-à-brac à
la Balzac », mettant ainsi davantage en
avant l’homme de lettres qu’il était que le
collectionneur qu’il aurait voulu être.
« Je veux que le lieu que j’habite, que les
objets qui sont à mon usage me parlent de
ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils ont été et de ce
qui a été avec eux », aimait à répéter
DAVID NIVIÈRE
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
28
STYLE
De Château
Rouge à l’Élysée
N
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
e vous fiez pas à sa nonchalance stylée, son statut d’autodidacte
de la mode et son second degré. Le garçon connaît par cœur les ficelles du digital et du réseau social au sens littéral. À
27 ans, Youssouf Fofana est l’entrepreneur-créateur derrière la marque Maison
Château Rouge dont on parle dans les
concept stores branchés et sous les ors de
l’Élysée. Outre penser un vestiaire féminin nourri au wax et aux influences
street, le jeune homme et sa bande (son
frère Mamadou, ses amis Yoann Maillé et
Mehdi Bathily) défendent un projet plus
vaste sous l’ombrelle des Oiseaux Migrateurs depuis 2014. « La plupart des enfants
issus de l’immigration africaine cotisent
pour le développement de leur village
d’origine, explique-t-il. Pour nous, c’est
une démarche normale, parce que nous y
avons encore nos grands-parents. Mais
nos futurs enfants et leurs enfants se sentiront toujours plus loin de ces racines.
Qu’adviendra-t-il de cette solidarité ?
Avec Mamadou, nous avons fondé Les
Oiseaux Migrateurs pour accompagner
ces initiatives locales. »
Du bissap aux tee-shirts
Au départ, les deux frères se concentrent
sur le bissap, « le Coca africain », en partant du constat qu’il n’existe aucune
marque établie sur le continent noir. Ils
conçoivent Bana-Bana, des jus de fleurs
d’hibiscus produits par des coopératives
dans les régions de Thiès et Kaolack au
Sénégal et en confient l’embouteillage à
une PME de Dakar. « Quel rapport avec la
mode ? Deux choses : d’abord, l’une des
problématiques majeures des entreprises
locales est qu’elles exportent les matières
premières sans les transformer, donc sans
valeur ajoutée. Pour favoriser cette exportation, il est nécessaire de sensibiliser les
populations étrangères au lifestyle, à la
culture africaine. Le vêtement est un excellent vecteur. Par ailleurs, il nous fallait financer le bissap et j’ai pensé à produire
quelques tee-shirts. Monter un projet sorti
de nulle part à partir d’une autre idée venue de rien ? L’insouciance de la jeunesse ! » dit-il dans son grand rire. Même
bonne humeur communicative, quand il
raconte ses premiers essais ratés de teeshirt par un tailleur du foyer Sonacotra de
Montreuil, celui qui réalisait les robes de
cérémonie de ses sœurs. « Pour trouver la
coupe parfaite, j’ai écumé les fripes, les
H&M, les Zara, etc. Je voulais une forme
épurée et sport, pour contraster avec
l’opulence des motifs wax. »
À l’époque, Youssouf Fofana occupe un
poste en informatique au Crédit coopératif (la banque de l’économie sociale et solidaire). Avec la moitié de sa paie, il achète les tissus rue Myrha dans le
XVIIIe arrondissement et, avec l’autre,
fait produire cent pièces dans un atelier
du Sentier. En 2015, le jeune homme dépose la marque Maison Château Rouge,
(« parce que nous possédons une culture
africaine forte mais nous sommes avant
tout parisiens »), crée le site commerçant, lance le compte Instagram alimenté
par une série de photos d’amis prises
dans le quartier. L’histoire est aussitôt relayée par des blogs, puis par le site américain du Huffington Post. À Paris, le sujet
est en vogue, à l’image de la Fondation
Cartier qui expose « Beauté Congo ».
« Nous sommes arrivés avec le bon nom, le
bon marketing, dit-il. Je me souviens du
jour où j’ai ouvert l’e-shop, comme je
n’avais pas réussi à le finir à temps le 4 mai
pour mon anniversaire, j’ai veillé et l’ai mis
en ligne à 4 heures du matin. Mes premières commandes sont tombées, provenant
du Japon et des États-Unis. En 24 heures,
nous avions 20 clients, en une semaine,
50 % du stock était écoulé. J’ai compris que
quelque chose se passait. » Pendant ses
pauses déjeuner à la Défense, il court à la
poste de Nanterre Préfecture, ses teeshirts dans son sac à dos, ses cartons sous
le bras, pour envoyer les livraisons.
La suite ? Un alignement des planètes.
En juillet, Google les contacte pour
monter un événement dans le square de
Château Rouge. En septembre, MCR est
invité au salon du prêt-à-porter
Who’s Next. La petite bande récolte
200 cartes de visite. Parmi les noms, celui de la directrice mode du concept store parisien Merci qui les invite à participer à un pop-up en février 2016. Pour la
première fois, Youssouf Fofana réalise la
résonance de son label auprès des professionnels. Il quitte son job, dans la foulée, une nouvelle invitation arrive de la
part du Bon Marché pour l’exposition
Paris ! en septembre 2016.
À chaque étape, il étoffe le vestiaire
avec des pantalons, des vestes, des chemises, etc. On se demande quand est né
ce goût pour la mode. « J’aimerais mentir
NEIGE DE BENEDETTI , OJOZ/MAISON CHÂTEAU ROUGE ET MAISON CHÂTEAUROUGE/MONOPRIX
MODE Youssouf Fofana, le jeune styliste
qui a créé le label Maison Château Rouge
incarne la nouvelle génération
d’entrepreneurs qui fait rayonner Paris
en dehors des sentiers balisés.
Youssouf Fofana crée un vestiaire féminin nourri au wax et aux influences street. Son label, Maison Château Rouge, promeut
le lancement de sacs faits en partenariat avec Sandstorm, une société du Kenya spécialisée dans les tentes pour safari.
et raconter une histoire, genre cela vient de
mon papa, mais ce n’est pas vrai, rit-il.
Ceci dit, la première boutique de wax rue
Myrha, dans les années 1980, était à mon
oncle et mon père lui rapportait des tissus
d’Angleterre. Un passé que j’ai découvert
très récemment. J’ai alors compris que mon
père a eu plusieurs vies, moi je l’ai toujours
connu ouvrier chez Citroën. En y réfléchissant, le sens de l’entreprise vient de mes
parents. Non comme la plupart des entrepreneurs nés de famille d’entrepreneurs,
mais parce que quitter son pays d’origine
sans rien, fonder une famille, trouver un
travail, construire sa vie, c’est la plus
grande aventure entrepreneuriale. »
Une tournée africaine
présidentielle
La mode, donc, il s’en imprègne à force
de fast-fashion, de streetwear adolescent
(à travers les sweats Come8, les polos Lacoste, les lunettes Cartier et les cuirs
Schott prisés par les milieux du hip-hop),
mais aussi via les premiers blogs de
streetstyle tel The Sartorialist. Ce sont ces
influences emmagasinées au fil des années, qui font, d’après lui, que MCR lui
ressemble tout en étant dans l’air du
temps. Aujourd’hui, si la création
conceptuelle le laisse perplexe, le boom
du streetwear dans les hautes sphères du
luxe le réjouit. « La nomination d’un Virgil
Abloh à la tête des collections masculines de
Louis Vuitton (premier Afro-Américain à
un tel poste, NDLR) est certes un symbole
fort. Mais il ne faut pas se tromper d’histoire. Il n’est pas simplement un DJ, ami de
Kanye West, parti de rien et soudain propulsé chez LV. En réalité, il est un type intelligent, qui a fait des études, a de l’expérience et a beaucoup bossé. »
Même pas 30 ans et déjà, un bon sens et
une lucidité qui forcent le respect. On ne
s’étonne (presque) pas qu’il ait rencontré
deux fois le président Macron. La première, il l’accompagne lors de sa fameuse
tournée africaine, en novembre dernier.
« Ses équipes cherchaient des entrepreneurs liés à l’Afrique et je crois que l’initiative des Oiseaux Migrateurs résonnait avec
le message de ce voyage, raconte-t-il. J’ai
reçu un coup de fil pour savoir si j’étais disponible pour faire partie de la délégation. Je
n’ai pas réalisé la chose jusqu’au jeudi soir
où j’ai reçu le mail de l’Élysée avec l’invitation et les étapes de la tournée. Mon père,
non plus, n’y a pas cru jusqu’au jour du départ quand il m’a accompagné au pavillon
d’honneur à Orly et qu’il a vu le tapis rouge,
les voitures des ministres. Ça l’a beaucoup
touché, il est venu en France pour aider ses
proches et donner un avenir meilleur à sa
famille. Que son fils retourne en Afrique
avec le président de la République française
est un accomplissement. »
La deuxième fois, c’était à l’Élysée lors
du dîner des créateurs organisé par le
couple présidentiel pendant la dernière
Fashion Week début mars. Il ne se dit pas
tellement impressionné par les designers
stars présents à cet événement, pour la
bonne raison qu’il ne les connaissait pas il
y a deux ans ! Par contre, bien que non politisé, il est visiblement séduit par la personnalité d’Emmanuel Macron - « Tout ce
qui met en valeur la France intéresse le Président. »
Ces jours-ci, Maison Château Rouge
promeut le lancement de sacs faits en partenariat avec Sandstorm, une société du
Kenya spécialisée dans les tentes pour safari en cuir et toile et dont ils utilisent les
chutes pour façonner des accessoires
(disponibles à la boutique Centre Commercial, Paris Xe). Le 30 avril, sort la collection Maison Château Rouge x Monoprix distribuée dans plus d’une centaine
de magasins. Cette collaboration d’une
trentaine de pièces (la plus prolifique pour
l’enseigne en 2018) comprend une garderobe cool et féminine, des tenues enfantines, de la vaisselle, des coussins, etc. inspirés du wax, de l’indigo, de la vannerie et
réalisés avec la coopérative Creative Handicrafts à Bombay. Du bissap aussi, qui
reste cher au cœur des frères Fofana.
« Les gens qui sortent d’école de mode aspirent souvent à faire une marque niche.
Nous, nous voulons avoir un impact et pour
cela, nous devons nous développer. » ■
Maison Château Rouge,
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L’esprit de Miami à Paris
FOCUS La Française Laure Heriard Dubreuil, propriétaire des concept stores The Webster
aux États-Unis, lance une collection à ses initiales en exclusivité au Bon Marché.
FRÉDÉRIC MARTIN-BERNARD
fmartinbernard@lefigaro.fr
e sa première collection
griffée LHD, elle dit d’emblée ne pas s’agir « d’une
proposition de styliste mais
de celle d’une “merchandiseuse” ». Merchandiseur ? L’un des
métiers les plus importants de la mode
actuelle, qui consiste à veiller à la diversité de l’offre en magasin afin de se
donner toutes les chances de séduire la
clientèle par le biais d’un produit ou
d’un autre. Cette spécialité, Laure
Heriard Dubreuil en a appris les ficelles
chez Balenciaga et Saint Laurent à Paris dans les années 2000, avant de
s’envoler pour les États-Unis et de cofonder, en 2009, le concept store The
Webster, sur Collins Avenue, à Miami.
Depuis, l’enseigne hype (qu’elle dirige
désormais seule) compte quatre autres
adresses (Bal Harbour, Orange County,
Houston et New York) pour lesquelles
elle personnalise l’assortiment en
fonction de la clientèle locale.
A
D
Avec une garde-robe haute en couleur
LHD table sur les coups de cœur. LHD
De ce merchandising pur et dur est
né le projet LHD, une offre différente
signée de ses initiales, disponible,
outre ses propres points de vente, uniquement au Bon Marché à Paris, jus-
qu’au 19 mai. « Une collection de vêtements faciles à des prix étudiés »,
précise la jeune quadragénaire qui, en
2012, avait déjà signé une collaboration avec la chaîne grand public
Target, nourrie de son style personnel
et de son faible pour les coloris solaires. « Subitement, un cercle d’amies a
moins regardé à la dépense, ce qui était
fort agréable à voir, dit-elle. Depuis la
sortie en début d’année aux États-Unis
de LHD, de la même façon, je touche un
public plus large qu’avec The Webster,
de filles de 15 ans n’ayant pas les
moyens de s’offrir des pièces de créateur à des femmes épanouies ne pouvant
plus se les acheter pour des questions de
coupes ou de tailles trop ajustées. Nous
avons travaillé sur des volumes faciles,
pratiques dans l’esprit de la garde-robe
de vacances qui n’impose pas de
contraintes, que l’on aime porter dans
ces instants précis, parfois d’une année
sur l’autre. »
Influencée par les destinations ensoleillées de son auteure, LHD s’en tient
à une collection annuelle, orientée
vers les beaux jours. Celle de 2018 par-
le de Miami, de l’influence Art déco
typique du quartier d’Architectural
District, où est implanté The Webster,
et de la proximité de la plage faisant
que, là-bas, tout est un peu cool à longueur de semaine.
Pour compléter les silhouettes,
Laure Heriard Dubreuil a invité des
créateurs et des marques amies à imaginer des accessoires, tels Aurélie
Bidermann (boucles d’oreille), Pierre
Hardy (derbys perforés), Heimat
Atlantica (sac en osier), Eres (maillot
de bain), Linda Farrow (lunettes solaires translucides) et Maison Michel
(chapeau de paille rouge coquelicot).
Une garde-robe haute en couleur,
non par hasard. « À maintes reprises,
j’ai noté que des femmes hésitaient à
investir dans des pièces de designers
très imprimées ou chamarrées, par
crainte de s’en lasser ou qu’elles passent vite de mode », note-t-elle. À
partir de 135 € pour les tee-shirts jusqu’à 500 € environ pour les combinaisons et les robes, LHD table sur les
coups de cœur quand on ne rêve plus
qu’aux vacances. ■
Laure Heriard Dubreuil.
CAMILO RIOS WHITE
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jeudi 19 avril 2018
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Augmenter sa retraite en restant chez soi
Pierre Madec, économiste, OFCE/Sciences Po, spécialiste logement et immobilier
Aides publiques, dispositifs d’investissement locatif, régulation foncière…quelques jours après la présentation
@OlivierMarin1
du projet de loi logement, Pierre Madec nous livre ses analyses.
Par Olivier Marin @OlivierMarin1
LECLUBIMMO.
LECLUBIMMO. Economiquement,
Economiquement, le
le projet
projet de
de loi
loi logement
logement
va-t-il dans
le bon
va-t-il
dans le
bon sens
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PIERRE MADEC
MADEC :: Il
Il y
y aa deux
deux angles
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de loi
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PIERRE
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l’un très
très réglementaire
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qui vise
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le marché
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l’un
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la construction
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procédures pour
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lutter contre
contre les
les recours
recours abusifs
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aux
procédures
permis de
ainsi que
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de construire
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que l’inflation
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normative.
Le deuxième
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angle concerne
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une révision
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en profondeur
profondeur
Le
du système
système du
du logement
logement social
social àà la
la française.
française. Si
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premier point
point va
va dans
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sens, il
il y
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a, selon
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premier
mise en
en danger
danger économique
économique du
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secteur HLM
HLM en
en France.
France.
mise
aides publiques,
du foncier
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et du
du
aides
publiques, compte
compte tenu
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des prix
prix du
coût
d’un logement
logement neuf.
neuf.
coût d’un
La Cour
Cour des
des comptes
comptes préconise
préconise d’en
d’en finir
finir avec
avec
La
les dispositifs
dispositifs Scellier,
Scellier, Pinel…
Pinel… dont
dont le
le coût
coût serait
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les
exorbitant.
Est-ce
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Oui, j’avais
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d’ailleurs écrit
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le sujet
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il y
y aa quelques
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années, «
« Très
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Pinel »
années,
cher Pinel
» qui
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le coût
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excessif
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dispositif d’investissement
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(système
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de réduction
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en contrepartie
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de
l’achat
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logement neuf
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et de
de sa
sa mise
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NDLR).
que l’on
une course
NDLR). Le
Le problème
problème est
est que
l’on est
est dans
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course
le Pinel,
Pinel, son
son coût
coût
Les
en avant.
avant. Si
Si l’on
l’on arrête
arrête demain
demain le
Les aides
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publiques qui
qui se
se succèdent
succèdent depuis
depuis des
des années
années en
budgétaire
sont-ellesefficaces?
budgétaire va
va perdurer
perdurer pendant
pendant 9
9 ans
ans en
en moyenne.
moyenne.
sont-ellesefficaces?
Les
économies
à
court
terme
sont
très
marginales.
En
matière
d’aide
publique,
il
y
a
les
aides
à
la
personne
En matière d’aide publique, il y a les aides à la personne Les économies à court terme sont très marginales.
soutenir la
dont l’objectif
l’objectif est
plus La
La mission
mission de
de ces
ces dispositifs
dispositifs est
est de
de soutenir
la
dont
est de
de solvabiliser
solvabiliser les
les ménages
ménages les
les plus
construction
modestes dans
dans leurs
leurs dépenses
dépenses en
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logement.
construction et
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loger les
les classes
classes
modestes
moyennes.
C’est, le
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Les aides
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moyennes. Dans
Dans la
la réalité,
réalité, les
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plafonds
C’est,
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système des
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visent, elles,
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Il y a une bulle de
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que l’on
l’on exige
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locataires
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sont
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Si les
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deux aides
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sont
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sont très
très élevés
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loyers proches
proches
logements.
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déconnectées, il
il ne
ne faut
faut pas
pas les
les opposer.
opposer.
de ceux
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du marché.
marché. Donc,
Donc, ces
ces dispositifs
dispositifs
déconnectées,
ne
Les aides
aides àà la
personne sont
sont très
très efficaces
efficaces
ne remplissent
remplissent pas
pas leur
leur objectif
objectif initial.
initial.
Les
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car elles
elles ciblent
ciblent les
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personnes les
les plus
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modestes. Le
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Si l’on
l’on ajoute
ajoute l’effet
l’effet inflationniste
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et la
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car
des aides
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la pierre
pierre est
est plus
plus complexe.
complexe. Pour
Pour construire
construire répartition
réfléchir plus
plus
répartition territoriale,
territoriale, mieux
mieux vaut
vaut réfléchir
des
globalement au
au rôle
rôle des
des investisseurs.
investisseurs. D’autres
dans les
les zones
zones tendues,
tendues, difficile
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de construire
construire sans
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dans
sans les
D’autres
«
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mécanismes
sont possibles
possibles comme
comme celui
celui de
de
mécanismes sont
l’instauration
l’instauration d’un
d’un statut
statut du
du bailleur
bailleur privé
privé réclamé
réclamé
par
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professionnels (syndicat
(syndicat UNIS
UNIS NDLR
NDLR ).
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Mais
Mais ce
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n’est pas
pas le
le chemin
chemin emprunté.
emprunté. Le
Le
gouvernement
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avec
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fait une
réforme fiscale
le
le prélèvement
prélèvement forfaitaire
forfaitaire unique,
unique, la
la fin
fin de
de l’ISF
l’ISF et
et son
son
remplacement
pas inciter
inciter les
les
remplacement par
par l’IFI.
l’IFI. Cela
Cela va
va ne
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à
acheter
dans
l’immobilier.
propriétaires à acheter dans l’immobilier.
Comment faire
faire baisser
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les prix
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la qualité
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des logements.
logements. Ce
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coûte
cher,
c’est
le
foncier.
Il
faut
réguler,
contenir
coûte cher, c’est le foncier. Il faut réguler, contenir
l’inflation
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foncière. Sur
Sur le
le site
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de l’Insee,
l’Insee, on
on peut
peut voir
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les comptes
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patrimoine, la
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logement et
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ménages. On
On
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constate
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l’on condamne
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foncière autour
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des gares
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du Grand
Grand
une
augmentation foncière
Paris.
Il
y
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une
bulle,
une
spéculation
foncière
Paris. Il y a une bulle, une spéculation foncière
cause de
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la métropolisation.
métropolisation. La
La fiscalité
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est aussi
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àà cause
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la rétention
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du foncier
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et du
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Il faut
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jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
BIEN VU
Blaise de Chabalier
bdechabalier@lefigaro.fr
La passion
selon
Gonzague
« Midi en France »
France 3 | 11 h 15 | Mercredi
C
ulture, convivialité,
gastronomie, tout ce qui fait
l’art de vivre à la française,
voilà ce que Gonzague Saint Bris
chérissait plus que tout. Pas étonnant
que notre cher disparu - il y a bientôt
un an, déjà, le 8 août dernier - ait été
un téléspectateur fidèle de « Midi en
France ». « Il adorait l’émission et on
l’adorait. On avait une grande amitié,
une grande affection pour lui, et
je crois qu’il nous le rendait bien »,
lançait hier Vincent Ferniot,
en escale avec ses chroniqueurs
à Amboise. Dans le cœur battant du
Val de Loire, dans la Touraine natale
de l’écrivain à succès, le présentateur
moustachu recevait François
Saint Bris, frère du créateur du
festival littéraire la Forêt des livres,
à Chanceaux-près-Loches (l’édition
2018 aura lieu, le 26 août, sous
l’appellation « Les écrivains chez
Gonzague »). « Gonzague était un
amoureux de l’histoire de France, un
amoureux des arts et des lettres […].
Toute sa vie, il n’a cessé de travailler
pour transmettre au plus grand
nombre sa passion de l’histoire, de
la littérature […]. Gonzague, c’était
aussi la bienveillance incarnée, il était
à l’écoute, il trouvait tout merveilleux,
il avait ses yeux d’enfant qu’il a gardés
jusqu’à la fin de sa vie. » Un hommage
fraternel particulièrement touchant,
par celui qui préside aux destinés du
Clos Lucé, situé à Amboise, résidence
royale appartenant à la famille Saint
Bris depuis sept générations (1854).
Une demeure Renaissance dans
laquelle Léonard de Vinci vécut
ses trois dernières années, ouverte
au public depuis 1954 par les parents
de Gonzague et François. Cette
propriété, l’homme de lettres, invité
il y a quatre ans de « Midi en France »
- des images de son visage souriant
en attestent à l’écran -, l’avait alors
fait visiter aux téléspectateurs.
Hier, comme aujourd’hui et demain,
Gonzague nous manque.
+
« Mozart in the
Jungle », le chant
du cygne
La comédie loufoque sur le quotidien d’un grand
orchestre new-yorkais tire sa référence dans
une quatrième saison, belle, poétique et tendre.
CONSTANCE JAMET£@constancejamet
ne bouffée d’optimisme et
de légèreté. Voici ce qui se
dégage de Mozart in the
Jungle. La comédie loufoque sur le quotidien d’un
grand orchestre new-yorkais mené à la
baguette par un artiste fantaisiste et tyrannique, revient pour dix épisodes. À
savourer sur OCS City d’autant plus intensément que ce sont les derniers : son
diffuseur américain la plateforme
SVOD Amazon Prime Video a refusé de
renouveler la série qui lui avait pourtant valu - avec l’autre série Transparent -, ses premiers Golden Globes.
Toutefois, ce chant du cygne est à
l’image du feuilleton : sa joie de vivre
est contagieuse. La hautboïste Hailey
(Lola Kirke) et le chef d’orchestre Rodrigo (Gael Garcia Bernal) ont enfin
cédé à leur attirance mutuelle. Une
grande nouveauté pour Rodrigo, qui
n’a jamais été en couple. Le génie n’en
revient pas d’être « le
petit ami » de quelqu’un.
Professionnellement,
le temps est plutôt à
○○○¡
l’orage : l’orchestre est à
nouveau sans le sou, des rongeurs pullulent dans les locaux et le fantôme de
Mozart qui le guidait ne lui murmure
plus à l’oreille. La créativité l’a déserté.
De son côté, Hailey aspire à quitter son
U
statut de concertiste pour devenir chef
d’orchestre. Un défi dans un milieu terriblement masculin et misogyne, et
peut-être la seule concession de la série
à l’actualité alors que l’industrie du
spectacle a été bouleversée par le mouvement Metoo.
Dans le nouvel âge d’or télévisuel actuel, Mozart in the Jungle a toujours joué
sa propre partition, celle de la fantaisie.
Dans cette ode à la gloire de la créativité
et de la puissance élévatrice des arts, les
soucis ou la routine du commun des
mortels ne forment qu’un bruit de fond
lointain. Une délicieuse échappatoire et
une porte d’entrée irrésistible pour le
spectateur dans les arcanes de la musique classique.
Regrets du comédien
Parmi les créateurs de Mozart in the
Jungle, inspiré par les mémoires de la
musicienne Blair Tindall, figurent Alex
Timbers, Roman Coppola et Jason
Schwartzman. Ces deux derniers sont
de fréquents collaborateurs d’un des
piliers du cinéma indépendant
américain,
Wes Anderson, le réalisateur du décalé et
drôlissime L’Île aux
chiens actuellement en
salle. L’écrin est parfait pour laisser
éclater l’absurde et l’excentricité des
personnages. Gael Garcia Bernal est une
boule d’énergie polyglotte lâchée dans
chaque scène. Égoïste, son Rodrigo
20.40
peut se montrer d’une générosité sans
limite, dès lors qu’il s’agit de transmettre son savoir, quitte à s’improviser
serveur dans une gargote portoricaine.
Le comédien mexicain, rendu célèbre
par Amours chiennes et Carnets de voyage, se retrouve beaucoup dans le chef
d’orchestre. Comme Rodrigo, Garcia
Bernal est un touche-à-tout, capable
d’égrener quelques notes au piano ou à
la guitare. Pour se préparer à ce rôle, il
s’est entretenu avec plusieurs chefs
d’orchestre et confie avoir développé
une passion pour « les symphonies du
monde entier ».
Série baroudeuse, Mozart in the Jungle
a posé ses caméras à Cuba, au Mexique,
en Italie et désormais au Japon, ce qui
permet à Masi Oka (Heroes) de camper
un donneur de fonds obsédé par le Requiem inachevé de Mozart. Une référence appropriée car la série se termine,
faute de saison 5, sur une fin ouverte.
Au festival CanneSéries où il présentait
son thriller politique et surréaliste Aqui
en la Tierra, Gael Garcia Bernal ne cachait pas ses regrets. Que les fans se
consolent, Mozart in the Jungle s’éclipse
avec beaucoup de tendresse et de
loyauté envers ses personnages. ■
Le long de l’escarpement du Niagara, voyage fascinant entre Canada et USA.
FLORENCE VIERRON £@flovierron
force de fascination pour Game
of Thrones, on n’imaginait pas
qu’un mur puisse surpasser sa
gigantesque muraille de glace
qui protège le royaume des
Sept Couronnes. Erreur ! À la frontière du
Canada et des États-Unis, l’escarpement
du Niagara, qui court de l’État de New
York vers les lacs Huron et Michigan pour
se perdre dans le Wisconsin, est bien plus
impressionnant et, surtout, réel. Dans sa
série « Trésors vus du ciel », la chaîne
Voyage en offre des images saisissantes
qu’aucune escapade ne permettra de voir
sous cet angle.
A
LE BUZZ TV
Invités : Benjamin Castaldi
et Maxime Guény
interviewés par Nicolas Vollaire et
Sarah Lecœuvre aujourd’hui sur :
Flowerpot Island, au Canada, est un bon
exemple de l’érosion de cette formation
géologique. PRESSE
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4704
VERTICALEMENT
1. Dissipent les brouilles. - 2.
Balancer son chef. Vasarely fut
son pape (deux mots). - 3. Après
ça, on pourra courir comme un
dératé ! - 4. Il fournit un fruit rouge
astringent. Beaucoup de bruit
pour ça, chez Shakespeare. - 5.
Produit pour la peau. Homme de
loi. - 6. S’est exprimé royalement.
Annonce Goriot ou Ubu. Étude
de pions. - 7. Allégea le contenu.
Interlocuteur impassible. - 8.
Somme à récupérer. Sa lame
figure une flamme.
1
2
3
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4703
HORIZONTALEMENT 1. Jacquard. - 2. Acharnée. - 3. Certains. - 4. Are.
Émet. - 5. simétA. - 6. Scène. RN. - 7. Eu. Boa. - 8. MLF. Soit. - 9. Étrangla.
- 10. Nuer. Ali. - 11. Triturer. - 12. Senestre.
VERTICALEMENT 1. Jacassements. - 2. Acériculture. - 3. Chrême.
Frein. - 4. Qat. ENA. Arte. - 5. Uraète. Sn. Us. - 6. Anima. Bogart. - 7.
Rêne. Roiller. - 8. Destinataire.
2
3
4
5
6
7
8
Sur 725 km de long et jusqu’à 500 mètres
de hauteur, ce chef-d’œuvre géologique
connaît son tronçon de célébrité aux chutes du Niagara, la partie la plus connue et la
plus visitée. Impossible de ne pas s’émerveiller devant la vue à la verticale dans le
« fer à cheval ».
Fréquentation en hausse
Différents intervenants donnent de longues explications sur la façon dont cette
curieuse formation a émergé au fil de millions d’années : agrégation de coraux et de
coquillages, dépôt de calcium, durcissement des
couches… On retient que
l’eau a joué un rôle fon○○○¡
damental. Et que l’hom-
BRIDGE
PROBLÈME N° 2809 :
Composition en « si »
mineur
AD7
D86
D2
87643
N
4
5
6
7
8
A
Le héros excentrique Rodrigo (Gael Garcia Bernal) peut se montrer d’une générosité
sans limite dès lors qu’il s’agit de transmettre son savoir.
La grande muraille d’Amérique du Nord
» Lire aussi PAGE 27
HORIZONTALEMENT
1. Les socialistes sous l’ère Macron.
- 2. A peut-être pris une bonne
claque. - 3. Water l’eau. - 4. Couronnée post mortem. Plusieurs
personnes. - 5. Apporter la consécration. Passage à l’acte. - 6. Premiers ombrages. Poète à part
entière ou en partie. - 7. Sortir du
néant. - 8. Toujours excitant et a
parfois du chien. Marchandise
qui n’exige pas d’arrimage. - 9.
Difficulté insoluble. - 10. Dans le
Midi, il est drôle. Dans la gamme.
- 11. Il alimente la rivière Niagara.
Un type quelconque ou un génial
illustrateur. - 12. Puissants hauts
parleurs.
GEOFF JOHNSON / 2017 AMAZON STUDIOS
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9
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V 10 9 7 5
A 10 5 4
A2
Contrat : Sud joue 4 Cœurs.
me restera à jamais impuissant devant une
telle nature, grignotée un peu chaque année par le réchauffement climatique.
Les géologues ne seront pas les seuls à
apprécier ce documentaire. Dans la péninsule de Bruce, les randonneurs en mal de
destination trouveront un lieu exceptionnel de découvertes où les légendes émergent de la falaise et la préhistoire surgit des
cavernes. Et les explorateurs maritimes
profiteront de la transparence des eaux
pour ausculter des centaines d’épaves.
L’authenticité de ce lieu très bien protégé
fait parfois jaillir des larmes d’émotion chez certains visiteurs. Attention,
la fréquentation est en
hausse depuis huit ans. ■
20.55
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME DE DÉFENSE
N° 2808 : Sang neuf
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (Tous vuln.) : Sud ouvre de 1, Ouest
contre, Nord surcontre, Est dit 2, Sud 2 et Nord
conclut à 4.
Entame : As de (le 2 en Est, le 4 en Sud).
Votre partenaire a une main quasi nulle avec un, voire
deux points. Vous disposez de trois levées (As de et As-Roi de ). La quatrième ne saurait venir des
mineures. Vous devez donc vous concentrer sur la
promotion d’un atout, en espérant au moins 109 en face.
Jouez Roi de et Valet de pour la Dame du mort.
Le déclarant rejoue atout pour son Roi que vous prenez
de l’As avant d’injecter un quatrième tour mortel de .
Est coupe du 10, surcoupé de la Dame. Et voilà le 8 de miraculeusement promu !
52
D763
ADV7
R75
Entame : Valet de pour votre
As (le 5 en Est).
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ARV9
R82
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10 8 2
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V9864
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jeudi 19 avril 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
31
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Emma
Soleil: Lever 06h53 - Coucher 20h48 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient 20.00
Le 20h 20.35 Le 20h le mag. Magazine 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série .
18.10 Questions pour un champion.
Jeu 19.00 19/20 20.00 Tout le sport
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement
21.00 Star Trek : Into Darkness
21.00
20.55
20.55
Série. Policière
Magazine. Reportage
Film. Drame
MATIN
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Film. Science-fiction. EU. 2013.
Réal. : J.J. Abrams. 2h10. Avec Chris
Pine, Zachary Quinto. Le capitaine
Kirk et son second, Spock, sont
relevés de leurs fonctions.
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23.25 Jumanji. Film. Aventures 1.10
Chroniques criminelles. Magazine.
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Section de recherches
Envoyé spécial
La rafle
Fra. Avec Xavier Deluc, Franck
Sémonin, Honorine Magnier, Élise
Tielrooy, Raphaèle Bouchard. 2 épisodes. En intervention sur un incendie dans la garrigue, les pompiers
découvrent une voiture calcinée.
Présentation : Élise Lucet. 2h00. Inédit. Au sommaire : «SNCF : la fin d’un
monde». Est-ce la fin d’une époque
pour la SNCF ? - «Indiana Jones et le
berceau de l’humanité». - «Daphne,
celle qui en savait trop».
Fra. 2009. Réal. : R. Bosch. 1h55.
Avec Jean Reno, Raphaëlle Agogué.
Paris, juin 1942. Joseph Weismann a
11 ans et part à l’école avec une étoile
jaune sur ses vêtements.
23.05 Soir/3
20.50 La grande librairie
23.05 Section de recherches
22.55 Complément d’enquête
Série. Origine - Corbeau blanc 1.10
Les experts. Série. (2 épisodes).
Magazine. Pierre & Vacances : la
saga. Inédit 0.10 Alcaline, le concert
23.45 Juppé et les grandes
grèves de 1995 Documentaire
22.20 C dans l’air. Magazine 23.30
C à vous 0.25 C à vous, la suite
11
9
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
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13
14
14
Magazine. Littéraire. Prés. : François Busnel. 1h30. En direct. Invités :
Toni Morrison, Christiane Taubira,
Blandine de Caunes, Marion Brunet,
Jean-Michel Delacomptée.
18
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60
16
APRÈS-MIDI
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20
0.50 Profession socialiste. Doc.
25
25
19.00 L’Allemagne sauvage. Série
doc. 19.45 Arte journal 20.05 28 minutes. Magazine 20.45 Athleticus.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45. Présentation : Ophélie
Meunier 20.25 Scènes de ménages
21.00
20.55
21.00
Série. Policière
Série. Thriller
Série. Policière
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21.00 Au cœur de...
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Mag. Société. Prés. : E. Batelaan. 1h55.
Écoles d’excellence : prêts à tout
pour réussir. Inédit. Des reporters ont
suivi les premiers pas des élèves de
deux écoles que tout oppose.
24
25
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30
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22.55 Au cœur de... Magazine. Présentation : Ellen Batelaan.
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21
50
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19.00 Les routes de l’enfer : Australie. Série documentaire.
The Assassination
of Gianni Versace…
Meurtres à Sandhamn
… American Crime Story
EU. Saison 2. Avec Edgar Ramirez.
2 épisodes. Inédits. Milan, 1992.
Gianni pousse Donatella à s’impliquer
dans l’entreprise.
Suède. Saison 4. Avec Jakob Cedergren, Sandra Andreis, Anki Liden.
Cette nuit, tu meurs ! (1 et 2/3) Mia
et Thomas sont appelés sur l’île
après la mort par pendaison d’un
étudiant en psychologie.
22.50 Ray Donovan Série. Mister
Lucky. Inédit - Bob the Builder 0.25
Les coulisses d’une création originale
22.25 Meurtres à Sandhamn Série. Cette nuit, tu meurs ! (3/3) 23.10
Norskov, dans le secret des glaces
21
T (en °c)
20.50 Paris-Charles-de-Gaulle :
aéroport du futur
Scorpion
EU. Saison 4. Avec Elyes Gabel, Katharine McPhee. 2 épisodes. Inédits.
À défaut de pouvoir aider Cabe lors
de son procès, l’équipe s’attelle au
sauvetage d’un chien coincé dans
une citerne asséchée.
Doc. Science et technique. 2017.
Réal. : L. Langlade et N. Brénéol.
1h20. Roissy-Charles-de-Gaulle
est le premier aéroport d’Europe.
22.10 B787, à la conquête du ciel
français 23.35 Ultimes véhicules.
22.45 Scorpion Le Cabe de glace Fausse monnaie, vrais problèmes Supermind - Croisière d’enfer.
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Ginnifer Goodwin.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 L’âge de glace 4 : la dérive
des continents
21.00 Cendrillon
21.00 Les 8 ans de TPMP !
Film. Animation. EU. 2012. Réal. : M.
Thurmeier et S. Martino. 1h34. Après
un cataclysme, Manny, Diego et Sid
se retrouvent séparés de la horde.
Film. Conte. EU. 2014. Réal. : Kenneth
Branagh. 1h45. Avec Lily James. Une
jeune fille maltraitée par sa bellemère rêve du jour où un homme
saura l’arracher à sa condition.
Divertissement. Présentation : Cyril
Hanouna. 3h00. En direct. Des plus
grands fous rires aux plus grandes
rassrahs, retour sur l’histoire de
«Touche pas à mon poste !».
22.40 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
22.55 Relooking extrême : spécial
obésité. Téléréalité.
0.00 Touche pas à mon poste ! Divertissement. Prés. : Cyril Hanouna..
SU DO KU
GRILLE 2483 CONFIRMÉ
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CAILLOUTAGES
TRACES
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BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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12/22
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10/19
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SAMEDI
16/24
Mag. Actualité. Prés. : Sophie Pendeville. 2h00. Puy du Fou : les animaux les plus incroyables de France.
Inédit. Le Puy-du-Fou possède
1500 animaux prêts à faire le show.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
VENDREDI
21.00 Départ immédiat
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
13/17
15/20
6/22
10/13
15/25
16/24
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
PASCAL
L’ENSEMBLE
SYMBOLE
CHIMIQUE
DE
L’ARGON
IL EST
DONNÉ
AVANT
DE JOUER
ENTRELACER
ROND POPULAIRE
ENCERCLÉE
DÉCORATIONS
BLASON
SUR
BLAZER
3,14...
UN GARS
DE CAEN
FRANÇAIS
DE L’EST
QUI N’EST
PLUS
DANS
LE COUP
VENTRE
DE
CHARTER
avril - mai - juin
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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24
24
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Big Bang Theory. Série.
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jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
32
Barbara
Bush
La grand-mère
de l’Amérique
DISPARITION
Seconde femme
de l’histoire à avoir
été épouse et mère
de deux présidents
des États-Unis,
elle s’est éteinte
mardi à 92 ans.
Barbara Bush, lors
d’un discours de son fils,
George W. Bush, en mars
2005. JASON REED/REUTERS
PAR PHILIPPE GÉLIE
£@geliefig
Sens aigu de la réserve
La chevelure de « Bar », comme la surnommaient ses proches, avait commencé
à blanchir dès l’âge de 28 ans, quand sa
fille Robin avait été emportée par une
leucémie. Ses colliers de trois rangées de
perles, destinés à « cacher les rides du
cou », avaient lancé une mode – des répliques sont vendues 125 dollars dans la
bibliothèque présidentielle du Texas.
Sensibilisée par la dyslexie de son avantdernier fils, Niel, elle avait consacré une
grande partie de sa vie à l’alphabétisation
des familles déshéritées aux États-Unis,
créant une fondation à cet effet. Elle avait
levé un million de dollars pour cette cause en 1990 avec son Livre de Millie, une
description de la Maison-Blanche vue par
le chien du couple présidentiel. Elle avait
aussi écrit ses Mémoires en 1994 et un
ouvrage, Réflexions, en 2003.
Barbara Bush avait effectué son premier
voyage à l’étranger à presque 50 ans, en
1974, lorsque son mari était devenu ambassadeur en Chine. Elle s’était plongée
dans la culture et l’apprentissage de la langue, mais à peine un an plus tard, la famille
était rapatriée à Washington, où George
prenait la tête de la CIA. Lorsqu’il devint
vice-président de Ronald Reagan en 1981,
le couple parcourut des milliers de kilomètres à travers le monde et Barbara tissa
des liens personnels avec de nombreux
responsables étrangers. C’est aussi comme
cela qu’elle contribua aux campagnes
électorales de son mari, remplissant des
« fiches » sur tous les gens qu’il rencontrait afin d’en garder la trace. Au fil de la
carrière de George, Barbara Bush était réputée avoir géré 29 déménagements.
EA
U
au peuple américain n’avait d’égal que sa
compassion et son amour de la famille », at-elle déclaré, Donald Trump saluant lui
aussi « sa défense de la famille américaine ». Bill Clinton, qui avait battu son mari
en 1992 mais était par la suite devenu un
proche, a salué « une femme remarquable », combinant « la force et la grâce,
l’intelligence et la beauté. […] Elle nous a
montré à quoi ressemble une vie pleine, intense et honnête. » Les Obama ont salué
son action « comme un témoignage de
l’importance et de la noblesse du service du
public, un exemple de l’humilité et de la décence qui reflète ce qu’il y a de meilleur
dans l’esprit américain ».
Barbara avait connu George à 16 ans,
avant qu’il ne s’engage dans la Navy
comme le plus jeune pilote de la guerre du
Pacifique. Après qu’il eut frôlé la mort
lorsque son avion fut abattu au milieu de
l’océan, ils se marièrent en 1945. Soixante-treize ans plus tard, elle laisse un veuf
de 93 ans à la santé très précaire. Leur
dernière apparition publique remontait à
février 2017 où, sortant l’un et l’autre de
l’hôpital, ils avaient donné à Houston le
coup d’envoi symbolique du Superbowl,
la finale du championnat de football
américain, sous les ovations. Elle laisse
aussi cinq enfants, quatorze petits-enfants et sept arrière-petits-enfants.
V
UN DERNIER MOT
U
O
N
Herbier [er-bié] n. m.
Livre où l’on recueille les lauriers de coupe.
PSYCHO :
Le s mé t ho d es
pour su r v i v r e
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a petite équipe de football des Herbiers s’est qualifiée pour la finale de la Coupe
de France.
Le nom de cette bourgade vient du latin herba. Un herbier est un terrain d’herbe.
Ce qui explique peut-être l’art qu’ont les joueurs vendéens de couper celle-ci sous les
pieds de leurs adversaires. Au football, cette technique est imparable.
Ce n’est pas tout d’être des Herbiers, il faut être de la bonne graine.
Or depuis des mois, il s’en est trouvé, pourtant, des équipes prêtes à dévorer la
modeste formation qui évolue en National. À chaque fois, les herbivores en ont été
pour leurs frais : l’herbe était peut-être plus verte en face – les joueurs étaient
sûrement des bleus –, mais la partie ne fut jamais facile. Les rêves de se payer
sinon de l’herbe du moins Les Herbiers se sont tous envolés en fumée.
On ne sait si les Herbretais sont de futurs champions, l’avenir proche le dira. Pour
l’heure, on se contentera de parler de blé en herbe. Ce qui est sûr, c’est qu’ils vivent
une sympathique aventure. Toutefois, quand on y songe, est-ce si étonnant que
les jeunes pousses des Herbiers brillent sur une pelouse ? ■
L
SP ORT :
Amé l io r er
sa l ong év i t é
grâce à l’a c t i v i t é
physique.
A
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
HALTE AUX
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Cette femme de caractère, qui pouvait
avoir la langue bien pendue en privé,
avait un sens aigu de la réserve qu’elle jugeait correspondre au rôle de First Lady.
« Je ne me mêle pas de ce qu’il fait dans le
Bureau ovale, il ne se mêle pas de la façon
dont je gère mon foyer », déclarait-elle.
Voulant rompre avec cette approche décidément trop traditionnelle, la féministe Hillary Clinton avait cru pouvoir lâcher sur un ton condescendant en 1992 :
« Je suppose que j’aurais pu rester à la
maison à faire des cookies… » Toutes les
femmes au foyer des États-Unis s’étaient
senties insultées. La cote d’amour de
Barbara Bush était restée au plus haut
pour les deux tiers des Américains. « Elle
était plus qu’une matriarche, a confié au
New York Times Andrew Card, ancien
membre des administrations de Bush
père et fils qui avait déjeuné avec elle il y
a quelques semaines. Elle était la
conscience de son mari et de ses enfants
ainsi que de tous ceux qui ont eu la chance
de la côtoyer. Elle était un pourvoyeur sans
fard de la vérité et motivait chacun à donner son meilleur. Elle était aussi une force
d’amour contagieuse. » ■
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FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Jean Lassalle a lancé son mouvement
L’ex-candidat à la présidentielle a réuni, mercredi, le premier
bureau de son nouveau mouvement politique : Résistons !. Cela
s’est déroulé près du Palais Bourbon en présence de nombreux
militants venus de toute la France, dont Céline Alleaume, fille
et petite-fille de paysans saintongeais, son conseiller politique
Benoît Cazeres, maire de Selonnet (Alpes-de-Haute-Provence),
Guillaume Dherrisard, directeur général du think-tank Sols et Civilisation…
Outre la préparation des européennes de 2019, la priorité de Lassalle est de former
une génération de militants de la cause rurale.
Brune Poirson, VRP de
l’écologie gouvernementale
Amélie Nothomb
va préfacer Yourcenar
La secrétaire d’État auprès de Nicolas Hulot
a passé la journée de mardi à Berlin, au
Forum de l’énergie organisé par Angela
Merkel, pour défendre la proposition de
rehaussement du prix plancher du carbone
voulue par Emmanuel Macron. Elle s’est
envolée ce mercredi pour Washington, où
elle passera le reste de la semaine entre le
FMI et la Banque mondiale. Elle y plaidera
la cause de la finance verte et travaillera
aux avancées du One Planet Summit lancé
par Emmanuel Macron. Dans son
entourage, on affirme que « c’est loin des
caméras et des micros, mais c’est un vrai
travail de fourmi, utile aux Français ».
Jusqu’ici, elle avait toujours
refusé d’écrire une préface, mais
Amélie Nothomb fait ici une
exception. Elle signera un texte
d’introduction au livre illustré
Marguerite Yourcenar, Portrait
intime, à paraître en octobre chez
Flammarion. La raison ? Elle
adore l’auteur des Mémoires
d’Hadrien qui l’a beaucoup
marquée, et elle aime le travail
d’Achmy Halley, ancien directeur
de la villa Marguerite Yourcenar,
à la frontière franco-belge,
et spécialiste de l’écrivain.
STEPHANE CORREA/LE FIGARO
E
lle était « la grand-mère
de l’Amérique » depuis
plus de trente ans, un rôle
endossé dès son arrivée à
la Maison-Blanche au côté
de George H. W. Bush en
1989. Barbara était à la
dynastie républicaine des
Bush ce qu’avait été Rose à celle des Kennedy, la matriarche – mais plus discrète,
et plus aimée du grand public. Elle était
aussi la seconde femme de l’histoire,
après Abigail Adams (1744-1818), à avoir
été épouse et mère de deux présidents des
États-Unis. Barbara Bush s’est éteinte
mardi 17 avril à Houston (Texas) à 92 ans.
Elle souffrait depuis plusieurs années
d’une maladie pulmonaire et cardiaque.
Dimanche, elle avait renoncé à tout nouveau traitement pour se contenter de
soins palliatifs. Depuis, les messages d’affection affluaient de tous les États-Unis.
Elle sera enterrée samedi au côté de sa
fille Robin, morte à 3 ans en 1953, dans le
caveau familial qui jouxte la bibliothèque
présidentielle de son mari à College Station, sur le campus de l’université A&M
du Texas, à 150 km de Houston. « Nous
sommes tristes, mais nos âmes sont apaisées car nous savons que la sienne l’était »,
a tweeté George W. Bush. « Ma belle-mère, mon modèle, me manque ce soir », a
renchéri l’ex-First Lady Laura Bush.
Les hommages se sont multipliés dès
l’annonce de sa disparition. Dans une démarche inhabituelle, la First Lady Melania Trump a publié un communiqué séparé de celui du président. « Son service
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jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO - N° 22919 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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ERRI DE LUCA
T. C. BOYLE
UNE SATIRE MAGISTRALE
DE NOS RÊVES
DE SOCIÉTÉS UTOPIQUES PAGE 4
Maurras
le Maudit
DOSSIER Il a fasciné des esprits aussi
différents que Proust, Malraux ou
Apollinaire. Mais sa pensée politique
entachée d’antisémitisme a fait
de lui un paria. Un volume
de ses écrits permet de découvrir
que ce polémiste était aussi un poète
et un philosophe. PAGES 2 ET 3
Charles Maurras
à sa bastide du chemin
de Paradis, à Martigues,
vers 1930.
C
Le livre de Catherine
ATHERINE, qu’est-ce que
tu fais là ? » Catherine ne
devrait rien faire là, ni
écouter son père ni observer sa mère. Ce n’est pas de
son âge, surtout avec des parents comme ça.
Henri Tissègre est un médecin militaire
rendu à la vie civile, après une belle guerre
chez de Lattre et un séjour en Indochine.
Maria, sa femme, traîne des souvenirs troubles sur ses années de jeunesse à Vienne
durant l’occupation allemande. Tissègre
tient un carnet où il consigne les premières
années de sa fille, surtout marquées par sa
santé chancelante. Ces carnets, de l’aveu
même de l’intéressée, sont un cadeau empoisonné, comme la pomme de BlancheNeige : « Je suis née de l’écriture de Tissègre.
Jour après jour à l’insu de tous, il a retracé les
paroles et les gestes, le journal intime d’une
enfant dont il a fait son personnage. »
Elle découvre ces écrits au milieu d’autres livres de son père, La Chanson de Roland, L’Iliade, Crime et châtiment : quand il n’est pas
médecin ou tyran domestique, Tissègre a
l’âme épique. À cet égard, régulièrement, il
reçoit le sulfureux Escudier, un vieux complice d’Indochine. Ensemble, ils fument des
pipes d’opium préparées par Phung, l’Asiatique de la maison. Maria se joint à eux. Sous
l’emprise de la migraine et semble-t-il de
l’ami de son mari, elle flotte, fantôme de
mère qui intrigue la fillette : « Maria, je l’appelle Maman. C’est un nom qui console. »
«
Ils évoquent la guerre d’Indochine. À la
différence des écrits cliniques de Tissègre
sur l’état de Catherine, le récit par les deux
hommes de ce qu’il advint en ExtrêmeOrient est chaud, lyrique, passionné. Dans
les fumées de paradis artificiels, la réalité
s’estompe, on passe dans la légende : l’offensive d’Hô Chi Minh, le génie de Giap, les
meilleurs chefs jetés dans la bataille, Leclerc et de Lattre qui perdront coup sur
LA CHRONIQUE
d’Étienne
de Montety
coup leurs fils. Au fond de la musette de
Bernard de Lattre, on trouvera Week-end à
Zuydcoote, le Goncourt du moment. Faiton destin plus romanesque ? D’autres personnages émergent de la conversation, des
seigneurs de la guerre et des noms qui effraient : Cao Bang, Lang Son, Coc Xa, qui
façonnent la mythologie de l’Indochine.
Ce court roman est construit comme un vaet-vient entre l’état de santé de la petite Catherine et celui de l’Indochine française.
Laquelle des deux va le plus mal ? Et aussi
laquelle préoccupe le plus le terrible Tissègre ? Qui aime bien châtie bien, semble
penser l’inquiétant médecin.
C’est peu dire que Judith Brouste a choisi
l’ellipse et le mystère. Qu’on y songe : un
titre plat qui ne dit pas grand-chose, une
bande qui proclame : « Guerre d’Indochine :
la fin d’une illusion », formule qui pourrait
introduire un malentendu : est-on dans un
essai dissimulé ? Et pourtant…
Résistant à cette histoire puissante,
l’auteur n’opte pas pour un grand récit picaresque nourri de Farrère et Hougron, qui
exhalerait les senteurs, les couleurs, les
douceurs d’une province rêvée et perdue.
Celle-ci n’est qu’un bruit de fond, au milieu de quoi Catherine se débat. Par bonheur, on échappe aussi au formalisme et
aux tics durassiens.
Le propos de Judith Brouste est plus complexe, plus profond : comment Catherine
pourra-t-elle vivre en paix, en échappant à
ses démons ?
Sa plume, finement conduite, court sur une
ligne de crête, entre intimisme et tragédie
historique. Elle oscille, puis bascule et annonce la victoire des mots sur les images.
On s’aventure à sa suite dans ce livre intrigant, perplexe d’abord,
dérouté, séduit enfin. ■
L’ENFANCE FUTURE
de Judith Brouste,
Gallimard,
160 p., 15 €.
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1 livre acheté = 1€ reversé à l’association ELA
L’Association Européenne contre les Leucodystrophies (ELA)
regroupe des familles qui se mobilisent pour vaincre ces maladies
génétiques rares qui affectent le système nerveux et qui entraînent
progressivement la perte des fonctions vitales : la vue, l’ouïe, la
mémoire, la locomotion…
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Le combat continue plus que jamais ! Plus d’informations : www.ela-asso.com
A
CI-CONTRE : RUE DES ARCHIVES/RDA ; EN HAUT À GAUCHE : ULF ANDERSEN/AURIMAGES/AFP FORUM ; EN HAUT À DROITE : J.-F. PAGA/GRASSET
L’ÉCRIVAIN ITALIEN PUBLIE
UN NOUVEAU RÉCIT INSPIRÉ
PAR LES ÉVANGILES PAGE 5
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jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
2
LE CONTEXTE
littéraire
DOSSIER L’œuvre de Maurras
est abondante, variée, parfois
discutable. Il faut la juger sur pièces.
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
U
N CLASSIQUE »,
jurait Ernest Hemingway. Par la
grâce de Frédéric
Potier, directeur
de la Délégation interministérielle
à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT
(Dilcrah), l’auteur du Chemin de
paradis a été élevé au rang de classique en ce début d’année. L’intervention du préfet Potier pour obtenir le retrait du nom de Charles
Maurras de la liste des commémorations nationales proposée par le
ministère de la Culture pour l’année 2018 a en effet autorisé chacun
à donner son avis sur cette affaire
sans qu’aucun bavard entendu à
cette occasion n’ait lu le moindre
livre de Charles Maurras. Et pour
cause. Depuis la mort du théoricien
du nationalisme intégral, le 16 novembre 1952 à Saint-Symphorienlès-Tours, ses ouvrages ne sont pas
communément disponibles.
Il y a des écrivains atroces, dans
l’histoire de la littérature française au XXe siècle, des poètes qui ont
célébré les polices politiques, des
romanciers qui ont vendu la patrie. Au milieu de tout cet équipage, le germanophobe Maurras
condamné pour intelligence avec
l’ennemi en 1945, occupe une place singulière. De lui, on parle
beaucoup, et même de plus en
plus, sans jamais le lire. Comment
expliquer ce paradoxe ? C’est à
Danièle Sallenave, la présidente
du Haut Comité aux commémorations nationales qu’il faudrait le
demander. Le 12 mars 2012, son
épée d’académicienne lui a en effet été remise par Michel Déon,
secrétaire de rédaction du quotidien L’Action française à Lyon
pendant l’Occupation. Le romancier n’était jamais avare d’anecdotes lorsqu’on l’interrogeait sur
cette époque. Peu de temps après
avoir salué l’élection académique
de Danièle Sallenave, il jurait
même en avoir conservé de bons
souvenirs. « À Lyon, où on m’avait
démobilisé en 1942, j’ai vu un
Maurras se battre sur tous les terrains même les plus dangereux,
pour sauver ce qui pouvait encore
l’être dans des temps confus. Pied à
pied, il a défendu un gouvernement
dont il était loin de toujours partager les sentiments politiques, mais
il n’en était pas d’autre pour lui si
enraciné dans cette terre de France
qu’il aimait au-dessus de tout.
Nous savons ce que, des années
après, le slogan de l’Action fran-
A
«
çaise pouvait présenter d’ambiguïté : “La France, la France seule”,
mais c’était la mise en garde contre
les concessions et les perches tendues par l’ennemi installé au cœur
même du pays vaincu. Ces deux années passées près de Maurras, je les
considère encore, soixante-dix ans
après, comme les plus riches et les
plus passionnantes de ma vie. »
MAURICE-LOUIS BRANGER, RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER
L'ÉVÉNEMENT
Charles Maurras a exercé une influence
considérable sur son temps. De Proust
à Michel Déon, les écrivains l’admirèrent
et le commentèrent. Aujourd’hui, son nom
est terni, notamment par ses écrits
antisémites dans l’Action française durant
l’Occupation. Un volume se propose de faire
redécouvrir, malgré la part sombre, l’œuvre
du poète et du philosophe.
Olivier Dard : « Un théoricien original
influence sur les élites intellectuelles
Maurrassien sans le savoir
On peut accepter ou non de placer
ainsi Charles Maurras à mi-chemin entre la collaboration parisienne et la « dissidence » gaulliste. On peut même, comme Paul
Claudel, juger que l’auteur de
L’Enquête sur la monarchie a fourni
son « assiette idéologique » au pétainisme. Encore faut-il juger sur
pièces. Ces pièces, les voici enfin,
avec un indispensable volume de
la collection « Bouquins » établi
par l’historien Martin Motte et
préfacé par notre confrère JeanChristophe Buisson. Tout Maurras
y est. Celui du voyage en Grèce et
celui de l’affaire Dreyfus ; celui de
la fondation de l’Action française
et celui de la Première Guerre
mondiale ; celui des années 1930 et
celui des années d’Occupation ;
celui du procès de 1945 et celui de
la fin, le dernier poète. Tous les
Maurras, devrait-on dire.
À lire L’Âge d’or du maurrassisme de Jacques Paugam réédité
avec une préface de Michel De
Jaeghere, on comprend que deux,
trois, de très nombreuses lectures
de l’œuvre de Charles Maurras
sont possibles. On peut être maurrassien par la politique étrangère
(Kiel et Tanger) ; par l’antiromantisme (Les Amants de Venise) ; par
la Provence (L’Étang de Berre) ;
par la Grèce (Anthinéa). On peut
même être maurrassien sans le savoir. Comme Emmanuel Todd a
parlé de « catholiques zombies » à
propos des Français ayant hérité
d’une culture catholique mais
n’ayant plus la foi, on devrait parler de « maurrassiens zombies » à
propos de gens ayant, sans le savoir, une pratique institutionnelle
et des réflexes politiques qu’affectionnait l’auteur d’Auguste Comte.
Ainsi Emmanuel Macron, le lundi
9 avril, s’adressant aux évêques de
France pour leur proposer de faire
œuvre utile. Cette façon de regarder l’Église comme une école de
morale et une gardienne des vertus sociales et non comme la
consignataire de la charité du
Christ renvoie directement aux
conceptions du Martégal exposée
dans La Démocratie religieuse.
Maurrassien zombie ! ■
Vous avez
PROPOS RECUEILLIS PAR
PAUL FRANÇOIS PAOLI
ET JACQUES DE SAINT-VICTOR
L’AVENIR
DE L’INTELLIGENCE
ET AUTRES
TEXTES
De Charles Maurras,
édition de Martin
Motte, préface
de Jean-Christophe
Buisson,
Robert Laffont,
coll. « Bouquins »,
1 280 p., 32 €.
L’ÂGE D’OR DU
MAURRASSISME
De Jacques Paugam,
préface de Michel
De Jaeghere.
Pierre-Guillaume
de Roux,
400 p., 25 €.
PROFESSEUR d’histoire politique à
Paris-Sorbonne, spécialiste de
l’entre-deux-guerres, Olivier Dard
est l’auteur de Charles Maurras : le
maître et l’action (Armand Colin) et
coauteur avec Frédéric Rouvillois
et Christophe Boutin du Dictionnaire du conservatisme (Cerf).
LE FIGARO. – Gilbert Comte,
journaliste au Monde et ancien
disciple de Maurras, écrivait
en 1968 que le drame de Maurras
était d’avoir dispersé des richesses
exceptionnelles, notamment
en politique étrangère, au milieu
d’authentiques absurdités.
Comment définir son statut
intellectuel ? Ce pamphlétaire
virulent peut-il être considéré
comme un grand penseur ?
Olivier DARD. - Sans doute y a-t-il
plusieurs Maurras. C’est un personnage complexe aux postures
multiples. Il est d’abord, par la force des choses, un journaliste, notamment à partir du moment où il
crée L’Action française en 1908, à
l’âge de quarante ans. Comme Jaurès, le journalisme va lui permettre
de développer ses idées et sa doctrine. Quand on lit Maurras dans
L’Action française, on se rend bien
compte que ses articles ne sont pas
un simple commentaire de l’actualité. Le personnage est animé d’une
forte veine polémique. Il s’est
construit depuis le début dans un
rapport d’opposition frontale et radicale à l’adversaire. Maurras est
sourd, et ce n’est pas un orateur. Il
comble son goût de la controverse
par l’écrit. La perte de la foi catholique à l’adolescence, une foi que
lui avait transmise une mère divinisée, et le traumatisme de la surdité l’ont enfermé en lui-même et
rivé à son drame intérieur.
Comment expliquer sa prédilection
pour la violence, notamment
à travers son antisémitisme,
qui devient particulièrement
tragique à partir de 1940 ?
Sa surdité n’explique évidemment
pas sa violence polémique, mais
elle y contribue. Vu d’aujourd’hui,
des pages entières de Maurras sont
incompréhensibles pour le public
contemporain. Pour saisir sa pensée, il faut l’appréhender dans son
contexte historico-politique. Une
des influences qui explique le plus
sa virulence, notamment la virulence antisémite, est celle de
Drumont. Il faut rappeler que
Drumont, qui influencera aussi
Bernanos, était tout à la fois socialiste, national-catholique et anticapitaliste. Pour Drumont, le Juif
est corrupteur par essence, notamment à travers le monde de la
finance et du capitalisme.
Si Maurras est précocement antisémite, il dénonce dès le XIXe siècle les thèses racialistes dont on
sait l’importance dans le nationalsocialisme. Effectivement, l’antisémitisme de Maurras est permanent. Pendant la guerre, il soutient
la politique antisémite de l’État
français, et notamment les statuts
contre les Juifs inspirés par des
personnalités proches de l’Action
française, notamment Vallat. Pour
Maurras, la France est avant tout
une civilisation et une nation, ce
n’est pas une race. Il pense la
même chose que l’historien Jacques Bainville, qui fut une des
grandes figures de l’Action française : « La France est mieux qu’une
race, c’est une nation. »
Le maurrassisme n’est pas non
plus un fascisme : si Maurras a été
intéressé par la figure de Mussolini
et certaines réalisations du fascisme, il marque ses distances avec
lui, car il lui reproche son culte de
l’État. La pensée de Maurras est
également très éloignée des projets totalitaires des années 1930 :
son modèle de référence se trouve
sur les bords du Tage, avec le docteur Salazar.
Le « néo-royalisme » de Maurras
ne rompt-il pas avec le royalisme
traditionnel qui n’avait pas
ses obsessions et sa virulence ?
Maurras est avant tout l’héritier
d’un nationalisme spécifique qui se
constitue avec le boulangisme. Il va
tenter de faire la synthèse de ce républicanisme autoritaire avec son
monarchisme à travers ce qu’il appelle le « nationalisme intégral »
dont il va devenir, au tournant du
XXe siècle, le théoricien majeur. Le
monarchisme de Maurras est très
particulier. Ce n’est pas un Blanc
du midi, et il n’est pas légitimiste.
Ce n’est pas un fidèle, mais un héritier. Il n’y a pas chez lui de mystique royaliste comme c’est le cas
chez Bernanos, par exemple. Son
monarchisme est principalement
intellectuel. Il choisit ce qui l’intéresse dans l’idée monarchique
pour construire sa théorie, notamment à partir de Joseph de Maistre
(sans en reprendre le providentialisme), mais aussi en s’inspirant
d’Auguste Comte, le penseur du
positivisme qui prétend fonder la
politique sur des notions scientifiques. En fin de compte, Maurras
tente de faire la synthèse entre son
Maurras séduit
et fascine,
mais il convainc
rarement,
parce que
son dogmatisme
apparaît sans
débouché crédible
»
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LE FIGARO
jeudi 19 avril 2018
3
BIO EXPRESS
1868 Naissance
1908 Création de l’Action
française, qui sera
à la fois un mouvement
et un quotidien influent.
1900 Publication
d’Enquête sur la monarchie,
un essai qui jette les bases
intellectuelles
du maurrassisme.
1910 Parution de Kiel et Tanger,
consacré à la politique
étrangère de la France
confrontée
à l’influence allemande.
de Mademoiselle Monk.
Le livre est préfacé
par un jeune écrivain
alors inconnu : André Malraux.
1926 Condamnation
de l’Action française
par le Vatican
qui divise les catholiques.
1938 Élection de Maurras
à l’Académie française.
1939 Levée partielle
de la condamnation
de l’Action française
par le Vatican.
1940 Maurras soutient
la politique du maréchal Pétain.
1945 Il est condamné
à la prison à perpétuité
pour intelligence
avec l’ennemi.
1952 Après avoir été
incarcéré à la prison
de Clairvaux, il meurt
dans une clinique
à Saint-Symphorien-les-Tours.
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
ROGER-VIOLLET, ANONYM/IMAGNO/AUSTRIAN ARCHIVES (S)
à Martigues
(Bouches-du-Rhône)
de Charles Maurras.
1923 Parution
Sa Grèce est un songe
qui eut une grande
de son temps »
principe néoclassique et anti-romantique sur un plan littéraire et
poétique, une veine positiviste en
philosophie, une veine nationaliste
en politique. C’est ce bricolage qui
fait de lui un théoricien original qui
aura une grande influence sur les
élites intellectuelles de son temps,
mais échouera toujours à convaincre les classes populaires. L’Action
française restera toujours une école
de pensée, elle ne deviendra jamais
une formation de masse comme le
sera, par exemple, dans les années
1930 le Parti social français du colonel de La Rocque.
La condamnation de l’Action
française par le pape
en 1926 a-t-elle contribué
à le marginaliser ?
L’Action française est au zénith de sa
puissance au lendemain de la Première Guerre mondiale, et il est vrai
que sa condamnation par le Vatican
en 1926, condamnation qui sera
d’ailleurs levée en 1939, a jeté dans le
désarroi de nombreux catholiques
qui faisaient confiance à Maurras en
politique, ce malgré son « paganisme ». Mais il ne faut pas exagérer
non plus l’importance de cet événement. Au-delà de cette condamnation romaine, Maurras séduit et fascine, mais il convainc rarement,
parce que son dogmatisme apparaît
sans débouché crédible. Son nationalisme est conditionné par le rétablissement d’une monarchie qui relève
d’une
forme
d’utopie
réactionnaire dans une France qui
reste majoritairement républicaine.
Maurras est convaincu d’avoir raison et que sa raison seule peut sauver la France de la dissolution. D’où
son extrême violence contre Blum et
le Front populaire en 1936, qu’il accuse, sur fond d’antisémitisme,
d’anticommunisme et de guerre
d’Espagne, de conduire la France
dans le chaos marxiste et révolutionnaire. La violence de Maurras est
celle d’une époque où les journalistes ne se censuraient pas et où les
« dérapages », pour parler comme
aujourd’hui, étaient quotidiens.
Avant lui, cette violence
était plutôt le propre du camp
révolutionnaire, notamment
hébertiste. La nouveauté,
avec lui, c’est qu’il la recycle
pour la cause néo-royaliste.
Cette violence est une des raisons
de la séduction que Maurras exerce
auprès de la jeunesse, notamment
avec les Camelots du roi, qui exerceront leur brutalité au Quartier
latin bien avant la Première Guerre
mondiale. C’est aussi son goût de la
transgression qui attire. « Nous ne
sommes pas des gens moraux »,
dira le jeune Georges Valois avant
de rompre avec Maurras au milieu
des années 1920 pour fonder une
sorte de fascisme à la française.
Comment expliquer que
ce théoricien du « nationalisme
intégral », si lucide en politique
étrangère, se mette à approuver la
Collaboration en 1940, lui qui avait
été le fer de lance de l’antigermanisme avant-guerre?
Ce qui m’a frappé dans ses articles
écrits durant la guerre, c’est son
embarras face à Montoire et la Collaboration : « Je n’ai pas à l’admettre ou à la discuter. » La chose le
gêne à cause de son anti-germanisme foncier et de son rejet du
national-socialisme. Mais, dans le
même temps, Maurras est un admirateur inconditionnel de Pétain,
sur lequel il est dithyrambique. Il
va s’illusionner complètement sur
la possibilité d’une Révolution nationale dans un pays occupé : c’est
le thème de « la France seule ».
Maurras restera durant toute la
guerre comme il était avant 1940,
autant anti-anglais qu’anti-allemand. Ce qui l’exclut du champ du
collaborationnisme parisien. La
défaite de 1940, qu’il avait redoutée sans en imaginer la brutalité, le
laissera dans un état d’effondrement terrible. La « divine surprise », ce n’était pas pour lui la Collaboration, mais l’accession au
pouvoir de Pétain et la fin d’une
République qu’il rendait responsable de la défaite.
Ci-dessus,
de gauche à droite :
En 1945, Maurras fait figure
de « mauvais maître »
en raison de son soutien
à Pétain. Ne laisse-t-il pas la droite
intellectuelle dans un champ
de ruines ?
Après la Libération, le maurrassisme n’a plus de débouché politique et intellectuel en France, mais
il conserve une certaine influence
littéraire, notamment à travers
des écrivains comme Roger
Nimier, Michel Déon ou Jacques
Laurent, qui vont représenter une
« droite buissonnière » à travers
le mouvement dit des Hussards.
Ou encore les figures réunies
autour de Pierre Boutang, principal héritier de Maurras, qui dirigera le journal La Nation française
jusqu’en 1967.
Que reste-t-il du maurrassisme
aujourd’hui ?
Maurras n’a pas compris que nous
étions à l’ère des masses. C’est la
principale cause de son échec politique. Maurras est l’inverse d’un
populiste. C’est quelqu’un qui
croit paradoxalement, malgré sa
violence, que la force d’un argumentaire va finir par imposer ce
qu’il croit être la vérité. Sa
conception de la politique est inadaptée, mais ses idées influenceront durablement certains mouvements
conservateurs
et
traditionalistes. Ce sera le cas de
Salazar, qui dirigera le Portugal
jusqu’à la fin des années 1960.
Maurras aura aussi de l’influence
en Amérique latine, notamment
en Argentine. Dans la France
d’aujourd’hui, il n’y a plus, à proprement parler, de mouvement
intellectuel maurrassien d’envergure. Pourtant, l’intérêt pour cette
figure subsiste, comme en témoignent, par exemple, la bonne biographie de Stéphane Giocanti, les
nombreux colloques scientifiques
publiés ces dernières années qui
lui ont été consacrés et, enfin, sa
réédition en collection « Bouquins », dont la réception éclairera
son écho aujourd’hui. ■
Le 7 décembre 1909,
Charles Maurras
est blessé au bras
dans un duel à l’épée
contre le journaliste
Jacques Landau.
Charles Maurras
dans sa propriété
du Midi, vers 1929.
Charles Maurras
au milieu
des années 1930.
Charles Maurras plongé
dans la lecture
de L’Action française,
vers 1930.
LETTRES DES JEUX
OLYMPIQUES
De Charles Maurras,
présentation
d’Axel Tisserand,
GF-Flammarion,
184 p., 8,50 €.
PAR TAKIS THÉODOROPOULOS*
L
E XIXe SIÈCLE grec est
marqué par le regard des
voyageurs français. Le rideau de scène est tiré par
Chateaubriand en route
pour Jérusalem. Suivent Lamartine,
Edgar Quinet et le très sarcastique
Edmond About. Dans leur regard mélangé, alternent la curiosité érudite, la
reconnaissance culturelle, l’amour
des ruines et la tendresse diffuse pour
le paysage. Comme si la Grèce détenait un fond de pureté caché sous les
corps trapus de ses bergers, les fustanelles de ses Albanais et ses femmes
pas toujours désirables. Le roi Léonidas refuse de sortir de sa tombe quand
Chateaubriand l’appelle, mais à Athènes, les colonnes du Parthénon accueillent le regard du voyageur.
Le siècle se termine avec l’incontournable Prière sur l’Acropole de
Renan, une sorte d’emballage qui
permettra à la ruine glorieuse de traverser les frontières de la modernité.
En tant que beauté dépucelée par
l’Histoire, le Parthénon touche le
cœur noble du romantisme. Vecteur
d’une métamorphose, la Prière insérée dans Les Souvenirs d’enfance et
de jeunesse, publiés en 1883, reparaît
comme un texte à part en 1899. Trois
ans auparavant, un jeune admirateur de Renan, Charles Maurras, a
écrit pour la presse six Lettres des
Jeux olympiques. Elles seront refondues dans la première partie d’Antinea en 1901. Arrivé à Athènes comme à un « rendez-vous d’amour », il
avoue que « la bienveillance l’emporta » lorsqu’il a bouclé sa valise. Il lit
le grec ancien, est intoxiqué par la
culture grecque et s’avère fin observateur du paysage, de la ville et de
ses habitants. « Les chèvres qui traversent les rues vers quatre heures.
Elles me rajeunissent de vingt ans. »
Moquant le pittoresque, il parle
d’Athènes comme s’il y était né.
Dans un premier temps, le Parthénon n’attire pas beaucoup son lyrisme. Bizarre ? Très bizarre pour un
voyageur du XIXe. Mais, dans tout
Platon, il n’y a aucune référence au
bâtiment qui est pour nous le label de
toute une civilisation. Dans Thucydide non plus. De même chez Sophocle, Euripide, Aristophane. Pausanias, lui, ne dédia que quelques
phrases à l’architecture du Parthénon. Pour eux, il est tout simplement
là. Il fait partie du paysage, un accident dans la plaine, comme le mont
Lycabette ou la colline des Nymphes.
En 1896, année des premiers Jeux
olympiques, Charles Maurras a
vingt-huit ans. À l’époque, il n’a pas
encore montré l’ampleur de sa folie.
Il a été envoyé à Athènes par La Gazette de France. Après avoir traversé
la Méditerranée, il a débarqué au Pirée le 7 avril, ému par « l’éclat des
marbres en plein midi », le lendemain
de l’inauguration des Jeux par le roi
Georges Ier, le prince héritier
Constantin - Maurras l’appelle diadoque, adoptant la formule grecque -, le baron de Coubertin. Cela
s’est passé devant une foule de
60 000 spectateurs au Stade panathénaïque, rétabli aux frais d’un
Grec de la diaspora.
Ce n’est pas le sport qui est
en jeu, c’est la politique.
Pour Maurras, ce n’est pas le sport qui
est en jeu. C’est la politique. Que
pourrait-il dire de plus sur Spiro
Louys, ce Grec qui a gagné le marathon en portant sa fustanelle, au
grand désarroi de la dame d’Athènes
qui avait promis de se marier au vainqueur s’il était grec et qui s’est enfuie
après avoir vu la gueule du vainqueur ? En nationaliste, Maurras est
gêné par l’idée même des Jeux, trop
marquée par l’internationalisme. Il
aurait préféré des jeux franco-français, plus conformes à l’idéal antique
qui réunissait toutes les cités hellènes
à Olympie. Mais il y a pire que l’internationalisme. C’est le cosmopolitisme, ce « mélange confus de nationalités réduites ou détruites », le
mal anglo-saxon. L’enthousiasme
bruyant des spectateurs américains
l’exaspère. « Cette Amérique ignore ce
que le monde hellénisé a conçu de plus
rare et de plus secret, la mesure. » D’où
son soulagement, quand il constate
que le sentiment national se fortifie au
lieu de s’effriter dans l’ambiance internationale des Jeux. Le public refuse
de suivre un concours de lutte entre
deux Grecs et s’extasie quand un Grec
de Patras se bat contre un Danois.
Ce qui distingue Charles Maurras
des autres voyageurs du XIXe, c’est
son adhésion sans réserve à la fable
constitutive de la Grèce contemporaine. Opposant « Hellènes et Barbares »,
il célèbre la jeune nation et son peuple. Pour lui, ce pays a pour vocation
de faire le lien avec l’Antiquité. Cette
charge s’est avérée trop lourde. Un an
après 1896, la Grèce s’est engagée
dans une guerre contre l’Empire ottoman qui a abouti à la débâcle. La faillite et la détresse ont accablé la population jusqu’au coup d’État de 1909.
Quatre ans après les Jeux d’Athènes
en 2004, l’État grec a encore une fois
fait faillite. Il n’a osé le déclarer qu’en
2010. Pervers destin, comme aurait
dit Euripide. ■
* Écrivain grec, chroniqueur
au quotidien Ta Néa (Athènes).
En France, ses livres ont été traduits
principalement
chez Sabine Wespieser éditeur.
A
dit Maurras ?
Grand amoureux
d’Athènes,
Maurras
a chroniqué
les premiers
Jeux olympiques
en 1896.
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jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
4
CRITIQUE
littéraire
VINCENT MULLER/OPALE/LEEMAGE
EN TOUTES
confidences
Kamel Daoud, Picasso et le djihadiste
Kamel Daoud aime à confronter la littérature
avec les questions qui brûlent. Il adoptait déjà
cette démarche dans son premier livre, un recueil de nouvelles, Le Minotaure 504, publié chez
Sabine Wespieser, en 2011. Ont suivi Meursault,
contre-enquête et Zabor ou les psaumes. L’auteur
algérien de langue française n’a pas été freiné par une fatwa prononcée contre lui.
Son prochain récit, qui paraîtra à la rentrée de septembre chez Stock dans la
collection « Ma nuit au musée », ne dérogera pas à la règle. L’écrivain a passé
une nuit au Musée Picasso, cela lui a inspiré un texte, Le Peintre cannibale, dans
lequel il imagine que le peintre et un djihadiste confrontent leurs « valeurs » sur la
femme, l’érotisme, le désir et le rapport à l’art.
La vie d’Hoffmann
Parue une première fois en 1992, revoilà la biographie d’E.T.A Hoffmann (1776-1822) par Pierre
Péju, romancier, essayiste et spécialiste du romantisme allemand. Selon son éditeur, Phébus,
« voici le roman passionnant d’une vie passée à
explorer les deux côtés du miroir. À mêler l’angoisse aux décors les plus familiers, le rire au
tragique ». L’ouvrage a été revu et augmenté.
En librairie le 3 mai, sous le titre : L’Ombre de soimême.
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
De la microsociété
idéalisée à l’enfer
d’un univers étanche.
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
La longue route vers Mars
T. C. BOYLE Que se passe-t-il quand on enferme huit scientifiques dans
une gigantesque biosphère sous verre dans l’immensité de l’Arizona ?
CHRISTOPHE MERCIER
L’
ANNÉE 1994 est
celle du lancement
de Mission 2. Après
deux ans d’entraînement, huit scientifiques (quatre hommes, quatre
femmes), choisis parmi les seize
présélectionnés, intègrent E2, une
« biosphère » de verre d’un hectare
et demi, dans lequel ont été créées
une petite mer, une jungle, et où ont
été introduits, comme en une nouvelle Arche de Noé, de multiples
animaux. Ils doivent y rester deux
années pleines sans rompre l’étanchéité, ce qu’avaient fait brièvement les participants à Mission 1,
perdant ainsi toute crédibilité
- après quoi les membres de Mission 3 leur succéderont.
Et ainsi, de deux ans en deux ans,
au bout d’un siècle, après Mission
50, ces pionniers de l’écologie
auront prouvé que l’homme peut
être autosuffisant, et ne plus dépendre des ressources naturelles
d’une terre qu’il épuise. Il sera
temps, alors, d’aller installer une
écosphère sur Mars. Car pour l’instant, plus modestement, E2 est
plantée au beau milieu du désert de
l’Arizona, et cernée de touristes qui
paient pour observer, au quotidien,
dans leur prison de verre, ces pionniers des temps modernes. Si lesdits pionniers paient leur célébrité
de leur santé et de leur inlassable
labeur, les responsables du projet,
depuis leur centre de contrôle,
s’assurent de ce que le « merchandising » suscité par leurs cobayes
leur rapporte une manne de dollars
sonnants et trébuchants.
Un jeu de massacre
L’expérience a réellement été effectuée, aux États-Unis, au début
des années 1990, les risques physiques courus en moins, et les deux
ans limités à quelques mois. Le gros
roman de T. C. Boyle est jubilatoire,
et on dévore ses 600 pages avec un
plaisir croissant, tant le jeu de massacre est intelligent, drôle et, tout
compte fait, plein d’empathie pour
ces héros naïfs. Jeu de massacre,
car Boyle s’en donne à cœur joie
quand il s’agit de démonter les mécanismes humains qui ont poussé
les huit « terranautes » à tenter
l’aventure et, surtout, quand il met
à jour les motifs, nettement moins
louables, de ceux qui sont aux manettes et se remplissent les poches.
Les deux années passées dans E2
sont alternativement chroniquées
par deux « terranautes » - la jolie
Dawn, chargée de nourrir les animaux, et le cynique Ramsay, responsable des relations avec la presse - et par Linda, la « meilleure
amie » de Dawn, restée à l’extérieur
car Dawn lui a été préférée lors du
choix final. Mais elle compte bien
participer à Mission 3. En attendant, elle fait du zèle auprès des
responsables et ne se fait pas faute
de leur dénoncer les petites turpi-
tudes quotidiennes à l’intérieur de
l’« écosphère », dont elle soutire les
secrets à Dawn, lorsqu’elle lui rend
visite au bord de sa prison de verre
et lui parle à l’aide d’un interphone.
L’être humain étant ce qu’il est, on
imagine que le bel enthousiasme et la
fraternité des premiers jours se fissureront, au fur et à mesure que les
problèmes d’alimentation et de respiration à l’intérieur de la « bulle »
iront croissant. Car l’abstinence forcée n’est pas chose facile… Mais on
n’en dira pas plus, car, jusqu’au bout,
T.C. Boyle ménage des surprises.
Ce livre est sans doute l’un des
plus accomplis qu’il ait écrits. On y
retrouve son habituel théâtre de marionnettes manipulées de mains de
maître et son même regard lucide et,
tout compte fait, assez indulgent, sur
ses héros imparfaits et candides. En
dehors de ceux qui les manipulent,
aucun n’est totalement méchant.
Boyle, au fond, raconte toujours une
variante de la même histoire : celle
de microsociétés utopiques qui se
mettent à dysfonctionner, car ceux
qui les ont créées sont aussi naïfs
qu’idéalistes. C’était déjà le cas des
explorateurs de Water Music, ou des
planteurs de marijuana de La Belle
Affaire, ses deux premiers romans,
et c’est le cas des scientifiques humains, trop humains, de son seizième opus romanesque, dans lequel le
plus rock star des grands romanciers
américains semble, à soixantedix ans, retrouver la vigueur et l’alacrité de ses débuts. ■
LES TERRANAUTES
De T. C. Boyle,
traduit de l’anglais
(États-Unis)
par Bernard Turle,
Grasset,
590 p., 24 €.
SHUTTERSTOCK
Une bonne
histoire
der les sujets les plus variés. Il y
AVID SEDARIS est
a ses visites chez le dentiste, des
un petit marrant. Il
récits de voyage (« L’Australie,
n’y en a pas tant
c’est le Canada en string »), ses
que ça. Il sévit rétournées de promotion (à ses
gulièrement dans
admirateurs, il fait cadeau de
le New Yorker. Ses chroniques
préservatifs), un voyage en
rappellent d’ailleurs les dessins
train où il se saoule au wagonhumoristiques que publie le
bar. Avec son compagnon
magazine. Sedaris a un œil. Il
Hugh, auquel il offre
guette les tracas du
un hibou empaillé
quotidien,
boucle
David
pour la Saint-Valendes nouvelles hilarêvait
tin, il retape un cotrantes en trois patage dans le Sussex, se
ges, égrène des soude quitter
voler son ordinavenirs
d’enfance.
sa Caroline fait
teur à Hawaï, n’arriCela ne l’embarrasse
du Nord.
ve à pas à obtenir un
guère de se mettre
nouveau visa. En
en scène. Tout l’inIl l’a fait.
Chine, les mœurs lotrigue. Le reste
Il s’était
cales lui soulèvent le
l’amuse.
Il
ne
aussi
cœur : les gens cras’épargne pas. Il
chent tout le temps et
avait un père, dipromis de
il goûte au sang de
sons, à l’ancienne. Il
devenir
un
coq. La campagne
fallait se farcir Sedaspécialiste anglaise est jonchée
ris Senior, le genre à
de détritus. En Franrépéter à son fils
de l’opéra
ce, tout le monde lui
« Tout ce que tu tou(raté).
parle d’Obama. Il
ches se transforme en
Il tient
n’en peut plus. Il râle,
merde » ou à toujours encenser un
son journal mais n’est pas dupe. Il
de lire sa desdes rivaux à la natadepuis le 5 suffit
cription d’une colostion. Gamin, Sedaris
septembre copie pour aller
donnait de la viande
guilleret à un prohachée à des tortues
1977
chain
rendez-vous
de mer (déconchez le médecin. Cela va vite.
seillé). Sa grand-mère grecque
Cela part dans tous les sens.
était une drôle de dame. « À
Sedaris est un conteur né. Le
moins de faire un documentaire
gamin de Raleigh a grandi. La
sur la tristesse, ma grand-mère
vie lui semble une vaste cour de
n’avait rien d’intéressant. » La
récréation. Tous les copains
mère d’un camarade resseml’entourent, lui réclament enblait à Katharine Hepburn jeucore une histoire. Sedaris ne se
ne. Chez ces gens, l’ambiance
fait pas prier. Une autre ! ■
était différente. « Leur maison
contenait de vrais livres reliés ;
on les trouvait ouverts sur le divan avec leurs mots
encore tout chauds
LE HIBOU
d’une lecture récenDANS TOUS
te. » David rêvait de
SES ÉTATS
quitter sa Caroline du
De David Sedaris,
Nord. Il l’a fait. Il
traduit de l’anglais
s’était aussi promis de
(États-Unis)
devenir un spécialiste
par Thierry
de l’opéra (raté). Il
Beauchamp,
tient son journal depuis
Éditions
le 5 septembre 1977.
de l’Olivier,
Cela lui permet d’abor251 p., 22,50 €.
D
«
»
L’Italie comme elle est
SILVIA AVALLONE La jeune romancière prodige prend les réalités de son temps à bras le corps.
Ses personnage sont d’une énergie folle.
ISABELLE SPAAK
A
PHILIPPE MATSAS/OPALE/LEEMAGE/EDITIONS LIANA LEVI
T
Silvia Avallone livre
une vaste peinture sociale
du XXIe siècle pénétrée de rage
et de douceur.
OUTE SEULE, Adèle a
pris le bus 22. Pliée sur
son siège dans l’indifférence générale, elle s’est
mordu les lèvres à plusieurs reprises pour ne pas crier durant le trajet vers la maternité et la
voilà depuis sept heures, recroquevillée sur elle-même et son bébé en
train de naître.
Tout va bien, tout ira bien, encourage l’obstétricienne décontenancée par cette gamine d’à peine
dix-huit ans aux yeux trop fardés,
adolescente courageuse qui la supplie de lui laisser sa fille sur le ventre juste une petite heure. « Me la
prends pas tout de suite s’il te plaît »,
implore Adèle. Marilisa tient parole. Juste le temps qu’Adèle fasse
connaissance avec la chair de sa
chair avant de signer l’acte d’aban-
don. De cette petite Bianca à laquelle elle ne peut offrir ni futur ni père,
Adèle a choisi de ne pas être la
mère. Elle sortira seule de l’Ospedale Maggiore. Sa vie est aux Lombroconi et ce n’est pas une vie.
Lambrocini - « grands lombrics » -,
drôle de nom pour une cité. Sept
tours dans la banlieue de Bologne,
des façades en zigzag, des murs
aussi fins que le papier des cigarettes Merit, aucune intimité ni dans
les logements ni en dehors, balcons, coursives, caves, tout le monde s’épie. Chacun sait qui fait quoi.
Des battantes
À quelques kilomètres de là, au
centre-ville, un appartement qui
ressemble à ceux des revues de décoration, canapé « norvégien »,
carrelages qui brillent, chambre à
coucher avec trois mètres de plafond, décors à la détrempe. Dora
s’y morfond, s’y détruit, le couple
soudé qu’elle forme avec Fabio est
miné par un désir d’enfant inassouvi. Entre Adèle et Dora, il y a un
monde. Mais toutes deux sont des
battantes. Des héroïnes. Des femmes qui ne se laissent pas dévorer.
Et la force de l’écriture bouillonnante de Silvia Avallone est à leur
hauteur comme la galerie de portraits qui les entoure. Il y a une
énergie folle dans les romans de ce
jeune prodige des lettres italiennes
de trente-quatre ans.
En 2014, elle publie Marina Bellezza, une fresque sur la jeunesse
des années Berlusconi. Inspirée par
Elena Ferrante et Elsa Morante,
nourrie des écrits de Gramsci, elle
ne revendique qu’une seule méthode de travail : sortir de chez elle.
Aller à la rencontre des gens, écouter leurs histoires, fréquenter les
tribunaux pour mineurs, les hôpi-
taux, les prisons. Une façon de se
coltiner la réalité à bras-le-corps,
de trouver le langage juste, les situations véritables. Et de nous livrer une vaste peinture sociale du
XXIe siècle pénétrée de rage et de
douceur. Rage des femmes contre
les maris décampés, rage des mères
qui se battent pour élever leurs filles
tête haute telle Rosaria avec Adèle
et Jessica, rage des enfantements
ratés, rage des garçons fragiles qui
bataillent.
Et puis, il y a la douceur. Dans La
Vie parfaite, elle est incarnée par
Zeno, élève surdoué qui écrit un
grand roman d’espoir inspiré par
ses voisines observées jour après
jour en secret, monté sur la lunette
des toilettes. Le livre dans le livre.
Le salut par la littérature. Silvia
Avallone y croit dur comme fer. Et
nous aussi, à travers ce formidable
hommage aux rêves les plus fous. ■
LA VIE PARFAITE
De Silvia Avallone,
traduit de l’italien
par Françoise Brun,
Éditions Liana Levi,
440 p., 22 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vient de publier aux éditions
Alexandrines un petit livre sur le
Paris de Rimbaud, à travers les
hôtels, les cafés, les passages, les
théâtres fréquentés par l’homme
aux semelles de vent et ses amis.
Paris de Rimbaud
Spécialiste du XIXe siècle, biographe de Mallarmé, éditeur de Jules
Verne et de Lautréamont dans la
« Pléiade », Jean-Luc Steinmetz
Le Man Booker
International Prize
pour Despentes ?
gner, Virgine Despentes fait partie de la liste des six auteurs
étrangers finalistes du Man
Booker International Prize. C’est
son premier tome de Vernon
Subutex qui a séduit le jury. Le
lauréat ou la lauréate sera désigné(e) le 22 mai. Il ou elle recevra 50 000 livres sterling à partager avec son traducteur.
C’est assez rare pour le souli-
Lévi-Strauss, 40 ans
de correspondance
Des originaux de Fitzgerald,
d’une valeur inestimable, sont
volés à l’Université de Princeton.
Bruce Cable, libraire spécialisé à
Santa Rosa, en Floride, pourrait
bien être mêlé à l’affaire… Cest
l’intrigue du prochain John Grisham dans Le Cas Fitzgerald. À
paraître chez Lattès, le 2 mai.
C’est une correspondance inédite entre Claude Lévi-Strauss et
Roman Jakobson que publiera le
Seuil le 3 mai. L’anthropologue et
le linguiste russe ont échangé
durant quarante années, de 1942
à 1982, à la mort de Jakobson.
L’édition est assurée par Emmanuelle Loyer, Patrice Maniglier.
Sur les traces
d’un homme
étrange
I
jusqu’en 1996 une vie d’ouvrier
pour être fidèle à ceux pour lesquels il s’était engagé. Henri
Godard essaie d’expliquer le rapport complexe et intime qu’Erri De
Luca entretient avec la Bible et
l’hébreu, qu’il commença à apprendre à l’âge de trente-trois ans.
L’écrivain en effet se dit non
croyant, parce qu’il peut parler de
Dieu à la troisième personne mais
pas lui parler en lui disant « tu ».
En revanche, il croit en la foi des
autres. Godard le cite : « La vie de
certains hommes de foi me convainc.
Je crois à leurs vies. » Et encore :
« Dans certaines de leurs vies, j’ai
vu l’empreinte digitale de Dieu. Je
suis un témoin secondaire. » Pour
autant, l’étude des Écritures n’a
pas détourné Erri De Luca de l’engagement politique. En 2015, il a
comparu devant la justice pour
avoir déclaré que le chantier du
train à grande vitesse Lyon-Turin
« devait être saboté ».
En regard de cette vie sans compromis, on est renversé par la
douceur qui se dégage des premières pages d’Une tête de nuage.
L Y A deux versants à l’œuvre
d’Erri De Luca. L’un, constitué de ses romans, est grave,
beau, délicieux ; l’autre est
abrupt, déroutant, parfois
malaisé - ce sont ses récits et commentaires inspirés par la Bible. Mais
l’exercice de lecture qu’ils exigent
est en lui-même salutaire. Une tête
de nuage est de cette veine-là.
Erri De Luca est un homme
étrange qui attire et dérange. C’est
pour cela qu’Henri Godard, le spécialiste de Céline, lui consacre un
essai qui met en lumière les liens
entre son œuvre et sa vie. L’universitaire montre à quel point
l’auteur italien, né en 1950, est
marqué par sa petite enfance dans
les quartiers pauvres de Naples où
ses parents ruinés par la guerre furent réduits à vivre pendant quelques années. Il raconte ensuite
comment il s’engagea à dix-huit
ans et jusqu’en 1976 dans les mouvements communistes révolutionnaires puis fit le choix de mener
C
AVANT LA CHUTE
De Noah Hawley,
traduit de l’anglais
(États-Unis)
par Antoine Chainas,
Gallimard
« Série Noire »,
544 p., 22 €.
UNE TÊTE
DE NUAGE
De Erri De Luca,
traduit de l’italien
par Danièle Valin,
Gallimard,
96 p., 9,45 €.
“
ERRI DE LUCA
Erri De Luca, chez lui, près de Rome. L’auteur entretient un rapport
complexe et intime avec la Bible et l’hébreu. B. BECHET/ PINK/SAIF IMAGES
Deux jeunes gens qui s’aiment dialoguent. Miriam apprend à Iosèf
qu’elle attend un enfant qui n’est
pas de lui mais le fruit d’une annonce. Iosèf croit Miriam « par foi
et par amour qui, sous la pression,
finissent par être la même chose ».
Magie du style, où l’épure poétique et le sublime se mêlent à la
langue familière comme dans le
théâtre médiéval, ces scènes où un
UV
EA
U
homme et une femme du peuple se
disent leur admiration et leur reconnaissance sont bouleversantes.
Plus loin, il y a une autre tirade
fulgurante, celle d’un des mages
qui dit devant l’enfant : « Ici je vois
le temps qui se brise en deux, entre
un avant et un après. Je suis présent
à l’heure où se produit la fracture. »
L’enfant grandit. Certains passages sont moins convaincants,
artiste peintre sur le retour fasciné
par les scènes macabres et les catastrophes ? Par ailleurs, le fils Bateman, héritier de plus de 100 millions
de dollars, est recueilli par sa tante
désignée comme tutrice…
« Nous portons tous un livre en nous,
un désir de texte pour soi ou à partager.
Le Figaro littéraire a ouvert de nouveaux
ateliers pour celles et ceux qui sont attirés
par la formidable aventure de l’écriture. »
Une société de mensonges
Dans ce gros roman que l’on dévore, Noah Hawley jongle brillamment avec les registres. Avant la
chute mêle roman noir et radiographie balzacienne d’une société en
mutation où règnent le spectacle, la
célébrité, les écrans et le mensonge. L’écrivain cisèle des personnages d’une épaisseur peu commune,
impressionne par son sens du détail
qui fait mouche, ménage des moments de latence d’une mélancolie
poignante. Des flash-back retracent l’existence des principaux
protagonistes tandis que l’étau
semble se resserrer sur Burroughs,
héros devenu suspect. Le plus important dans Avant la chute n’est
pas la résolution de l’énigme criminelle mais plutôt les chemins que
l’auteur emprunte pour la révéler.
Par-delà les rebondissements de
l’intrigue, le vrai coupable est l’argent. « Laissez-moi vous parler des
riches. Ils sont différents de vous et
moi. Ils possèdent et jouissent tôt
dans la vie, ce qui n’est pas sans effet sur eux ; cela les rend tendres là
où nous nous endurcissons, cyniques
là où nous sommes, nous, confiants,
d’une manière difficile à comprendre
lorsqu’on n’est pas né riche », écrivait Fitzgerald. À sa manière, aussi
singulière que talentueuse, Noah
Hawley ne dit pas autre chose. ■
”
politique mais commande de rendre à César ce qui appartient à César, parce que les symboles de
puissance périront d’eux-mêmes.
Lui, le non croyant, sent en l’écoutant que cet homme fait advenir
« un autre monde qui se superpose
au monde présent ». Et sur la manière de hâter la venue de ce monde-là, l’activiste d’extrême gauche
remarque en décrivant Ié-shu au
milieu de la foule : « Il existe des
énergies qui ne veulent pas de puissance, ne visent pas à renverser des
trônes et des tyrannies […], des
énergies qui transforment de l’intérieur une personne, mais une à la
fois, par contagion. » Lire les Écritures expose à cette énergie qu’Erri
De Luca diffuse à son tour. ■
ERRI DE LUCA
Entre Naples
et la Bible
D’Henri Godard,
Arcades/Gallimard,
188 p., 16 €.
N
O
NOAH HAWLEY Un roman noir impressionnant
par le créateur de la série télévisée « Fargo ».
E N’EST PAS par ses livres que Noah Hawley
est le plus connu sous
nos latitudes puisque
Avant la chute n’est que
le second roman traduit en français
(après Le Bon Père en 2013 qui paraît en « Folio policier ») publiés
par l’écrivain depuis vingt ans.
C’est plutôt comme créateur de séries télévisées (Legion et surtout les
trois saisons de Fargo librement
inspirées du film des Coen) qu’il
s’est fait remarquer d’un certain
public. Le prologue de son dernier
roman pourrait être justement celui d’une série à succès. Un soir de
fin d’été, sur l’île de Vineyard,
onze personnes montent à bord du
jet privé de David Bateman, richissime propriétaire de la plus grande
chaîne câblée d’information des
États-Unis. L’appareil doit rejoindre New York, mais quelques minutes plus tard il s’abîme en mer.
Survivant miraculé du crash, Scott
Burroughs sauve le jeune fils des
Bateman de la noyade après plusieurs kilomètres de nage.
Accident ? Attentat ? L’enquête
n’exclut rien. Les pistes s’accumulent. Quelques années plus tôt, la
fille des Bateman avait été enlevée.
Depuis, leur mystérieux garde du
corps israélien veillait. À bord de
l’appareil se trouvait aussi leur ami
Ben Kipling, financier véreux sur le
point d’être arrêté et menacé par des
mafieux liés au terrorisme international. Et que penser du « héros »,
Scott Burroughs, quarante-six ans,
littéraire
Il existe des énergies
qui transforment
de l’intérieur
une personne,
mais une à la fois,
par contagion
La chute finale
CHRISTIAN AUTHIER
CRITIQUE
mais des idées très fortes se dégagent. Celle par exemple que Ièshu Jésus - a « une tête de nuage », ce
qui signifie que chacun le voit
comme il veut le voir. Dans un
premier temps, c’est une bonne
nouvelle, car chacun a le droit,
croyant ou pas, de s’approprier
l’Évangile pour y trouver ce dont il
a besoin au moment où il le lit.
Mais il s’agit ensuite de s’approcher toujours plus près du texte, du
personnage, de ses mots, de ses
gestes, de ses actes pour découvrir
ce qu’ils dégagent d’unique. C’est
ce qu’Erri De Luca a fait. Cet insoumis constate en observant Ièshu que la plus haute liberté est
« celle qui choisit d’obéir, non pour
devenir les automates d’une procédure, mais pour inventer une obéissance jour après jour » en écoutant
« la voix qui appelle ». Lui, l’écrivain engagé, note aussi que Ièshu
ne dit jamais un mot de l’actualité
ERRI DE LUCA L’écrivain italien
attire et dérange. Il publie
un récit inspiré des Évangiles.
Un universitaire français
lui consacre un essai.
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
5
John Grisham
et Fitzgerald
À VOS
PLUMES,
REJOIGNEZ
LES ATELIERS
D’ÉCRITURE
DU FIGARO
LITTÉRAIRE !
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jeudi 19 avril 2018
Atelier spécial
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et anagrammes
JACQUES
PERRY-SALKOW
Écrivain, pianiste et compositeur,
co-auteur de Sorel Éros,
le plus long palindrome
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auteur de Le Pékinois
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et rêver, aux éditions Seuil.
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Dans les locaux du Figaro, 14 bd Haussmann, Paris 9ème.
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A
&
LE FIGARO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
6
parle
ON EN
DOCUMENT
littéraire
LE RÉCIT D’ADÉLAÏDE BON
RENCONTRE UN GRAND SUCCÈS.
SON HISTOIRE ET SON ÉCRITURE
ONT ATTIRÉ LES MÉDIAS
ET SÉDUIT LE PUBLIC.
« La Petite Fille sur la banquise » prend son envol
C’est son premier livre, et il frappe
fort. La Petite Fille sur la banquise
(Grasset) raconte l’histoire d’Adélaïde Bon. Les chiffres, d’abord. Le
premier tirage de ce récit publié le
14 mars par cette inconnue en littérature était de 8 000 exemplaires. Aujourd’hui, après cinq réim-
pressions, il a atteint 25 000
exemplaires. Les raisons de ce
succès ? Le sujet est – évidemment – d’une émotion sans égale.
Victime d’un viol à l’âge de neuf
ans, elle raconte sa tentative de
mettre des mots sur ce traumatisme. C’est une autopsie physi-
que et psychologique de ce qui se
passe après. Adélaïde Bon écrit,
d’une plume pudique et extrêmement sensible, le récit de sa reconstruction, de ses errances, de
l’enquête et du procès qui eut lieu
en 2016, quand elle a près de
trente-cinq ans. Elle appelle aussi
L’homme couvert de livres
Bauchau, lumineux
PRÉFACES
AUX LIVRES
DE LA BIBLE
De Jérôme,
Cerf,
544 p., 54 €.
M
Saint Jérôme dans
son étude (1475),
par Antonello Messina.
déterrer toutes les histoires saintes
et profanes qui la peuvent éclaircir
et composer sur l’original hébreu
la version de la Bible que toute
l’Église a reçue sous le nom de
« Vulgate » ?
De saint Paul à Lacan
Dans ce tableau merveilleux, ce
n’est plus seulement une lettre qui
est cachée, comme dans la nouvelle d’Edgar Poe. C’est une bibliothèque tout entière, s’amuse la
psychanalyste Lucrèce Luciani,
qui sait le chemin qui mène de
saint Paul à Lacan : « À première
vue, les livres paraissent plus absents que jamais. Et en effet, comment se pourraient-ils dans un tel
contexte où un ascétisme extrême
les aura brûlés, hommes, pierres,
environnement ? Leurs pages sont
calcinées, tout autant que les os des
anachorètes pour qui la lecture ne
passe pas par les livres mais par la
méditation de Dieu. Très peu pour
notre érudit, qui, on le sait, s’embarque avec des munitions : toute sa
bibliothèque. »
Façon de portrait du saint en
obsédé textuel, Le Démon de saint
Jérôme nous introduit dans l’intimité d’un homme pour qui les privations, les jeûnes et les glorieuses
bassesses du christianisme se révèlent supportables pourvu qu’il
ait près de lui sa réserve de codices
et de volumina, ainsi qu’un notarius à qui dicter les mots qui coulent de sa bouche. La piété de Lucrèce Luciani à l’égard de son
héros « fol en livres » se distingue
de celle de Valery Larbaud dans
Sous l’invocation de saint Jérôme.
Elle est effrontée. Mais réelle. C’est
en admirant les tableaux qui lui
ont été consacrés qu’elle perce son
secret. Pour Jérôme, lire et écrire,
c’est tout un. « Couvert de livres,
revêtu de livres, ceux qu’il lit comme ceux qu’il écrit », il est à la fois
écrivain, philosophe, traducteur,
orateur, exégète, glossateur, rhéteur, grammairien et polémiste.
De sa forte cervelle jaillissent mille
lignes par jour, environ trente pages modernes. La tachygraphie, un
système d’écriture rapide inventé
par Xénophon, selon la tradition,
permet aux scribes de n’en rien
RDA/BRIDGEMAN IMAGES
SÉBASTIEN LAPAQUE
ARTIN Luther avait
peu de considération pour Jérôme
de Stridon (347420),
père
de
l’Église latine et contemporain
d’Augustin d’Hippone. Il lui reprochait de traiter trop rarement
de Jésus-Christ et de ne prononcer
son nom « que du bout des lèvres ».
Jérôme avait lu tous les livres,
nous rappelle Lucrèce Luciani
dans un vif petit essai éblouissant.
Le père de la Réforme a-t-il jamais
eu un tel souci ? Il ne s’était manifestement pas attardé aux dix Homélies sur Marc (Cerf) au fil desquelles le Doctor maximus met ses
pas dans ceux de Jésus en le célébrant semaine après semaine pour
les moines et les catéchumènes de
Bethléem, en Judée, où s’il s’était
retiré à la fin de sa vie. « Dédaigner
les hommes, rechercher les anges,
quitter les villes et dans la solitude
trouver le Christ » : voilà l’idéal de
vie que propose Jérôme à ses auditeurs. Du haut de sa chaire et dans
ses nombreuses lettres, le moine
dalmate qui circule couramment
entre cinq langues – hébreu, grec,
latin, chaldéen, syriaque – ne
confesse cependant pas les adoucissements qu’il s’est autorisés. S’il
avait vécu dans un complet dénuement dans sa sainte grotte de
Bethléem, comment aurait-il pu,
selon Bossuet dans son Histoire
universelle, entreprendre des travaux immenses pour expliquer
l’Écriture, lire tous les interprètes,
MOHAMMED AÏSSAOUI
ET AUSSI
SAINT JÉRÔME
En scrutant quelques tableaux
consacrés à l’auteur de la Vulgate,
homme-bibliothèque et père
de l’Église latine, l’essayiste tente
de percer son secret.
LE DÉMON
DE SAINT JÉRÔME :
L’ARDEUR
DES LIVRES
De Lucrèce Luciani,
éditions
La Bibliothèque,
140 p., 14 €.
à l’évolution de la loi et à l’amélioration de la prise en charge des
victimes. La plupart des médias
ont été touchés par son récit, et
son passage à « La Grande Librairie » (600 000 téléspectateurs) a
été remarquable et remarqué.
perdre. « Ma langue courait plus
vite que la main des secrétaires et
que les signes et les escamotages
des mots », s’émerveille Jérôme
dans une lettre. Cette énorme
puissance de travail ne se retrouvera que chez Thomas d’Aquin,
capable de dicter en même temps
sur diverses matières à trois frères,
et parfois en dormant – toujours
selon la tradition.
Si Jérôme, souvent représenté
avec un lion à ses côtés dans la
peinture occidentale, ne s’attarde
pas aux mots, s’il court sans cesse
vers autre chose, c’est que ceux-ci
ne sont pas la réalité, mais la désignent, y conduisent. Derrière les
signes visibles qu’il travaille et
manipule fiévreusement au fond
de sa grotte, Jérôme cherche une
présence. Le plaisir du texte n’a
pas pour lui le sens qu’il a pour
nous autres, modernes. Dans ses
Homélies sur Marc, il ne prend le
christianisme ni au mot ni à la lettre, puisque le christianisme ne
peut être entendu qu’en Esprit. Et
cet Esprit, c’est l’Évangile. Retour
au texte. ■
En 1970, il confiait à son Journal :
« Trop blessé par le manque
d’écho de mon œuvre
et les doutes que cela a provoqué
en moi sur sa valeur. »
Une dizaine d’années plus tôt,
la tonalité n’a guère changé,
un peu d’espoir en plus. Henry
Bauchau, déjà installé à Gstaad
avec Laure, et que nous suivons
entre 1954 et 1959, est à l’œuvre
sur ses premiers textes. Nous
sommes à la fois dans l’atelier
de l’artiste, dans sa bibliothèque
et dans ses paysages. Ce volume,
qui n’est pas chronologiquement
le premier comme l’affirme
son éditeur (Bauchau tenait
son Journal depuis 1931), est tout
aussi passionnant que les autres,
avec notamment la place
répondérante du couple Jouve.
L’auteur du Régiment noir
nous fait part de ses nombreuses
lectures et admirations (Blake,
Ernest Jünger et son « ardeur
voilée »), Jeunesse de Joseph
Conrad ; il nous fait partager
ses doutes et ses déconvenues.
Et toujours cet intimisme
délicat qui ne tombe jamais
dans l’impudeur. En 1955, âgé
de quarante-deux ans, il note :
« À travers un chemin d’angoisse,
je suis parvenu à une certaine
maturité où tout n’est pas profit,
lenteur, alourdissement, fatigue,
méfiance mais où tout n’est pas
perte, ni abandon non plus. »
THIERRY CLERMONT
CONVERSATION
AVEC LE TORRENT.
JOURNAL 1954-1959
D’Henry Bauchau, Actes Sud,
292 p., 23 €.
« Écrire pour combler le vide, l’absence »
SERGE TOUBIANA/FRÉDÉRIC BOYER Les deux hommes élèvent un magnifique tombeau à leur femme disparue l’an passé.
A
L Y AVAIT comme une urgence – une question de survie
face à la mort – et le désir impérieux d’écrire. Serge Toubiana a vécu vingt-huit années avec la romancière Emmanuèle
Bernheim qui a disparu le 10 mai
2017. Un récit vient de sortir. L’ancien patron des Cahiers du cinéma et
de la Cinémathèque, critique,
n’avait jusqu’ici écrit que sur son
domaine de prédilection. Il explique
simplement sa démarche : « Je n’ai
pas décidé d’entamer l’écriture de ce
livre, la veille de sa mort. C’est lui qui
s’est imposé à moi, comme une évidence. […] Écrire est devenu ma
bouée, et je me suis accroché à elle. Ce
livre m’a pris par la main et m’a
conduit, jour après jour, en m’aidant
à faire le deuil d’Emmanuèle. Écrire,
c’est avoir rendez-vous chaque jour
avec elle. Il est aussi un cadeau qu’elle
me fait, après sa mort. »
Frédéric Boyer a perdu sa
compagne Anne Dufourmantelle,
essayiste et psychanalyste, le
21 juillet 2017 après une longue vie
commune. L’écrivain et futur patron des éditions P.O.L publie Peutêtre pas immortelle, « un petit livre
peint dans la nuit totale » composé de
trois courts récits ou poèmes qui
rendent hommage à l’être aimé et
disparu. Le premier poème est
Emmanuèle
Bernheim.
Anne
Dufourmantelle.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
PEUT-ÊTRE PAS
IMMORTELLE
De Frédéric Boyer,
P.O.L,
94 p., 9 €.
I
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
ULF ANDERSEN/GAMMA-RAPHO
LES BOUÉES
JAUNES
De Serge Toubiana,
Stock,
194 p., 18 €.
construit autour de la lettre A, initiale du prénom de la défunte. Le
deuxième est une lettre adressée à sa
femme et le troisième est une interrogation sur la mort et sur la vie.
Amitié, admiration, amour
Bien sûr, il y a quelque chose d’artificiel à lier ces deux livres sortis
presque en même temps. Ils sont
différents dans l’approche et dans le
registre. Et chaque vie - et chaque
mort - est unique. Mais une chose,
au moins, les lie fortement : ce que
peut la littérature face à un deuil,
face à l’inexplicable. Tous les deux
cherchent à dire l’indicible. À garder vivante celle qui est partie. Tous
deux élèvent un magnifique tombeau à leur femme. Malgré la douleur – jamais soulignée chez les deux
auteurs –, on peut, on doit parler de
beauté et de joie. Un vers de Frédéric Boyer aurait pu être écrit par
Toubiana : « une vie d’ange tirée par
les ailes vers le fond ».
Les Bouées jaunes est à la fois un
hommage, une très fine analyse de
l’œuvre d’Emmanuèle Bernheim –
avec des extraits bienvenus en rapport avec ce que l’écrivain avait
vécu -, une courte biographie et un
portrait lumineux, magistral et profond. On connaît mieux la romancière et scénariste avec ce récit, notamment cette étrange attirance
pour la violence dans l’art, sa combativité rageuse, son instinct de vie.
Serge Toubiana a réussi une belle
œuvre et, ce qui n’était pas une
mince affaire, son récit est à la hauteur d’Emmanuèle Bernheim qui
était une très grande dame. Après sa
lecture, on tombera tous amoureux
de cet être exceptionnel, humble,
qui rend les autres meilleurs. Emmanuèle Bernheim réunit les trois
« A » qui, selon Toubiana, seraient le
secret des histoires qui durent : à
l’amitié s’ajoutent l’admiration et
l’amour. Son attitude face à la mort
imminente force vraiment l’admiration, même parmi les plus
croyants comme le rabbin Delphine
Horvilleur, « Où as-tu trouvé une
femme comme elle ? » dit-elle à Serge
en sortant en larmes de la chambre
d’hôpital d’Emmanuèle Bernheim.
Cette dernière n’ayant qu’un souci :
penser à son compagnon, à sa vie à
lui après elle, à alléger la peine de
celui qui reste.
Pourquoi coucher sur le papier
cette relation intime, la partager ?
« Écrire pour être à ses côtés et prolonger le bonheur d’avoir vécu auprès
d’elle. Écrire pour combler le vide,
l’absence. Pour raconter le film de sa
vie. Et faire en sorte qu’il ne soit jamais interrompu. »
Il y a ce même désir ardent, cette
quête apparemment vaine chez Frédéric Boyer que, malgré la mort, le fil
ne soit jamais interrompu. « Sauf imprévu, nous nous reverrons dans mille
ans », écrit-il dans la lettre. Un peu
plus loin : « Je ne crois pas au fond que
quiconque soit jamais vraiment mort
ni que les choses à venir ne soient pas
déjà parmi nous. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
7
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
Je lis l’appel du Pape
à la sainteté
comme une invitation
à l’aventure
Retrouvez sur Internet
la chronique
« Langue française »
VÉRONIQUE OLMI, DANS « LA VIE » DU 12 AVRIL,
À PROPOS DE L’EXHORTATION APOSTOLIQUE
DU PAPE FRANÇOIS.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
@
SUR
WWW.LEFIGARO.FR/
LANGUE-FRANCAISE
989
C’est le nombre
de pages de Comment un adolescent
maniaco-dépressif inventa la Fraction armée rouge
au cours de l’été 1969, roman épique de l’Allemand
Frank Witzel publié chez Grasset.
EN VUE
littéraire
Duel
de séductrices
goût pour les arts autant que pour
les hommes l’éloigna, certes, trop
souvent, mais ses tentatives maladroites pour comprendre son enfant tombèrent à plat. Nancy ne
cessera jamais de la punir, tous ses
actes semblant la guider vers ce
but ultime : devenir l’opposée de
sa génitrice, « Her Ladyship »,
comme elle l’appelait.
ALEXANDRA LAPIERRE Une biographie
romancée de Maud Cunard et de sa fille Nancy,
qui se haïssaient.
CHAMBRE SIMPLE
De Jérôme Lambert,
L’Iconoclaste,
200 p., 17 €.
R
AREMENT une guerre
mère-fille fut aussi
sanglante. Rarement
aussi légendaire. Maud
et Nancy Cunard ont
été, au début du XXe siècle, les
deux personnalités les plus admirées et les plus enviées, les plus
craintes et les plus calomniées de
la haute société britannique. Mais
qui étaient-elles vraiment ? La
mère, Maud, dite Emerald, tant
est déraisonnable sa passion pour
les émeraudes, était une Américaine au passé obscur, épouse
d’un milliardaire anglais, héritier
de la compagnie maritime Cunard. La fille, Nancy, née dans les
ors de l’aristocratie, était belle à se
damner, muse, comme sa mère,
des plus célèbres artistes de son
temps, puis écrivain, éditrice,
poète et anarchiste.
Deux insoumises, d’une liberté
inconcevable pour l’époque, du
pain bénit pour Alexandra Lapierre, qui s’est toujours penchée sur
le sort des femmes d’exception.
Pourtant, la romancière l’avoue,
elle hésite à raconter leur histoire,
n’ose s’approcher de trop près de
ces égéries flamboyantes, par
peur, sans doute, de les trahir. La
visite de la maison normande de
Nancy, ravagée par un incendie,
puis mystérieusement mise à sac,
la fait changer d’avis. Sa curiosité
est plus forte que ses craintes.
Grand bien lui en a pris ! Il y a tant
de choses à dire sur la relation de
ces séductrices.
En les faisant se confesser
d’abord à tour de rôle, puis en
imaginant leur dernier règlement
de comptes, d’une violence
inouïe, Alexandra Lapierre parvient à dénouer des nœuds solidement emmêlés et fait revivre une
époque.
Tout avait mal commencé entre
ces deux-là. Maud était née pour
briller, subjuguer, sûrement pas
pour avoir un enfant. Il fallut
pourtant faire avec cette fillette
qui réclamait un peu d’affection,
un peu d’attention, et qui comprendra vite qu’elle n’obtiendra
rien de tout cela. Mais Maud
n’était pas seulement une mère
indigne, c’eût été trop simple. Son
La jeune femme
restera une éternelle
adolescente
au comportement
scandaleux, militant
contre les injustices
KEYSTONE-FRANCE-GAMMA-RAPHO
LAURENCE CARACALLA
AVEC TOUTE
MA COLÈRE
D’Alexandra Lapierre,
Flammarion,
352 p., 21 €.
jeudi 19 avril 2018
Comme sa mère, Nancy Cunard fut la muse des plus grands artistes
de son temps.
Nancy restera une éternelle
adolescente au comportement
scandaleux, militant contre les
injustices, tournant la tête à
Huxley, Neruda, Aragon, avec qui
elle vécut une passion tourmentée, ou à Henry Crowder, pianiste
de jazz noir américain, qui lui inspirera sa plus grande œuvre,
l’anthologie Negro, publiée en
1934.
Un Noir dans le sillage des Cunard ? Cette fois, c’en est trop, la
rupture entre la mère et la fille
est consommée. Le duel, à coups
de phrases assassines, entre ces
deux fortes têtes, incarnations de
l’époque victorienne et des Années folles, est inextricable. Il
aurait suffi de si peu pour que
Maud et Nancy se comprennent,
elles qui n’étaient, au fond, pas si
dissemblables. Cet entêtement à
refuser de faire un pas vers
l’autre, cet incommensurable orgueil, ne fit que les détruire.
L’amnistie n’aura pas lieu. ■
Hôpital de la douleur
JÉRÔME LAMBERT Un homme atteint d’épilepsie trouve dans la maladie l’occasion de changer de vie.
T
IC-TAC. Une seconde,
dix minutes, vingt-quatre heures. C’est, chaque
jour, un nouveau compte
à rebours. Une autre
bombe à retardement qui menace
d’exploser. Et quand l’étourdissement « presque agréable » se fait
sentir, il est déjà trop tard. « Le
cerveau ne gère plus rien : au
contraire, c’est lui qui déconne […].
Tout grille, tout crame. » Soudain
c’est le black-out. Le K.-O.
L’« arrêt soudain » : l’épilepsie. Il
POCHE
« l’armée aux chaussons qui couinent », explique l’infirmier Maxime. Les questionnaires, injections,
câbles, électrodes, prises de sang
et intubations auront en effet très
vite raison de la peau du patient.
« L’hôpital retire tout, tout fuit de
minute en minute », se lamente le
patient. L’alité, perclus dans ses
draps comme dans une camisole,
prend alors forme dans le « corps »
hospitalier. Son regard infiltre les
pensées de chacun des infirmiers.
Jusqu’à trouver celles de Roman.
Son ancien amant.
La maladie du patient devient
une chance pour le couple de se re-
BD
Maupassant, le Parisien
C’est un petit livre de 124 pages,
mais il est empli de mille
anecdotes instructives et
savoureuses sur Maupassant le
Parisien - l’index est à la
hauteur. L’auteur de Bel-Ami
est tellement lié à la Normandie
que lui associer Paris ressemble
à un oxymore. C’est tout
l’intérêt du travail de Françoise
Mobihan, qui avait écrit
Maupassant à 20 ans, de
montrer à quel point les liens
entre la Ville Lumière et
l’écrivain au style lumineux sont
forts, faits de fascination et de
répulsion. L’exil commence tôt,
quand les
parents de Guy
divorcent. Le
père, Gustave,
habite rue
Pigalle, c’est lui
qui a déniché le
premier
appartement
parisien de Guy :
douze mètres
n’y a ni parole ni chant larmoyant.
Juste le néant. Avant le chaos de
l’ambulance, le calme de l’hôpital
et le cas médical. Celui que raconte
Jérôme Lambert dans son roman
choral Une chambre simple. Un récit clinique, qui mêle au détail
chirurgical l’œil cruel du patient.
L’homme, la trentaine, n’a pas
de nom. Celui qui pourrait assurément être un personnage de Jean
Tardieu en devenant « personne »
au fil des pages est tout au plus un
numéro, celui de la chambre 14, ou
un surnom, celui d’« allongé ».
C’est-à-dire un malade vivant à
l’horizontal, aux crochets de
carrés, au rez-de-chaussée, rue
Moncey, une fenêtre sur cour
exposée au nord. Les débuts
parisiens sont difficiles,
notamment à cause du manque
d’argent. Entre Étretat et Paris,
la lumière n’est évidemment pas
la même. L’air de la Normandie
manque cruellement au
fabuleux nouvelliste, seuls les
plaisirs compensent l’exil. À
Paris, l’hiver l’angoisse tout
particulièrement. « C’est
décembre qui me terrifie, le
mois noir, le mois sinistre, le
mois profond, la minuit de
l’année », écrit-il à sa mère,
Laure.
MOHAMMED AÏSSAOUI
LE PARIS DE
MAUPASSANT
De Françoise Mobihan,
Éditions Alexandrines,
124 p., 9,90 €.
lui confère même une sorte de singularité ? Si le patient ressent le
besoin de s’échapper par les mots
en racontant sa maladie, n’est-ce
pas qu’il est toujours prisonnier ?
Baudelaire écrivait : « Cette vie
est un hôpital où chaque malade est
possédé du désir de changer de lit. »
Le héros a certainement un peu de
ce syndrome… Au fond, les véritables héros de ce livre sont les hommes et les femmes qui, dans cet
hôpital, dédient leur vie à leurs patients. Jérôme Lambert donne à
voir par une écriture de cardiogramme les oscillations du cœur
humain. ■
LANGUE FRANÇAISE
Au-delà de la rivière dormante
À quoi rêvent les garçons
sages que leurs parents
surprotègent ? Cette adaptation
en BD de L’Enfant
et la Rivière d’Henri Bosco
est l’occasion de redécouvrir
ce conte pour enfant, complexe
comme tous les contes
qui plongent dans les eaux
profondes de la psyché.
Le narrateur, un blondinet
prénommé Pascalet, vit confiné
entre ses parents et entre
les pages de ses livres.
Il est fasciné par un braconnier
qui ouvre son imagination
à la part sauvage du monde
en lui parlant de la
rivière qui coule à
proximité et dont
il a interdiction
de s’approcher. Un
jour, en l’absence
de ses parents,
Pascalet s’échappe
vers la rivière. Il
y rencontre le jeune
Gatzo, prisonnier
trouver. L’occasion de reconstruire ce qui a été ruiné avant la chute.
Car l’alité a oublié sa rupture avec
Roman. Et son amant est prêt à lui
pardonner. « Si je pouvais, je te le
foutrais en perfusion, mon amour
pour toi », s’écrie l’amoureux dans
le vide. Mais quelques jours seront-ils suffisants ? Pas sûr. Car il
n’est pas tant question de réfléchir
sur la relation éros-thanatos que
de s’interroger ici sur le désir du
patient. Et plus encore, sur sa volonté. Veut-il vraiment aimer ? Et
le peut-il ? Veut-il vraiment recouvrer la liberté alors que la maladie fait partie de son identité et
d’une bande de bohémiens.
Pascalet libère Gatzo, son alter
ego sauvage, et tous deux vont
vivre des jours de paix sur une île
mystérieuse. Mais un soir,
ils découvrent une église dédiée
à Notre-Dame-des-EauxDormantes où habite l’âme
errante d’une petite fille
abandonnée par les siens.
Elle les renvoie vers leurs
familles… La peinture à l’aquarelle
et au pastel de Xavier Coste
sied bien à la part surnaturelle
et imaginaire du récit.
Le foisonnement de thèmes
évoqués donne envie de relire
l’œuvre de Bosco.
ASTRID DE LARMINAT
L’ENFANT
ET LA RIVIÈRE
De Xavier Coste,
d’après le roman
d’Henri Bosco,
Sarbacane,
112 p., 19,50 €.
Une poésie renversante
Les avez-vous déjà vus ?
Là, au milieu de vos phrases,
à la fin de vos conversations,
dans vos lectures
ou à la télévision. Les holorimes
sont partout. L’auteur,
Marc Hillman, recense ces trésors
quasi inconnus du dictionnaire
dans son savoureux livre intitulé
La Folie des holorimes.
Semblables à des poèmes
oulipiens, les holorimes
fonctionnent comme
des homophones. Constituées
d’un mot ou d’une phrase,
elles se lisent de la même manière
que leurs jumelles. À
une différence
près tout
de même ! Elles
s’opposent
par leur sens
et leur
orthographe.
Regardez plutôt :
« Louis XVI
s’entête » devient
« Louis XVI
sans tête », la « PMA »
mute en la « Paix, Emma ».
Et cela fonctionne aussi
en anglais ! « How deep
is your love » se transforme
en « Œdipe is your love ».
De quoi en perdre notre français !
Ou presque. Car ce jeu de miroir
est en réalité une vieille tradition
littéraire. Marc Hillman s’inscrit
ici avec son livre dans la lignée
de Rabelais, Victor Hugo
ou encore Jacques Prévert,
qui jouaient déjà en leur temps
à capter le langage des choses
muettes du quotidien.
Bonne visite dans ce prestigieux
« hall aux rimes » !
A. D.
LA FOLIE
DES HOLORIMES
De Marc Hillman,
Fayard-Le Figaro,
120 p., 14 €.
A
ALICE DEVELEY
adeveley@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 19 avril 2018 LE FIGARO
8
L’autoédition, nouveau sésame ?
L’HISTOIRE
semaine
de la
EN MARGE
littéraire
LE LIVRE QUE JEAN-MICHEL APATHIE
A AUTOÉDITÉ CONNAÎT
UN TEL SUCCÈS QUE LES ÉDITIONS
J’AI LU ONT ACHETÉ LES DROITS
POUR LE PUBLIER EN JUIN.
Le 15 mars, le journaliste JeanMichel Apathie publiait sur la plateforme d’autoédition d’Amazon
un récit intitulé La Liberté de ma
mère - Mai 68 au Pays basque.
Bien qu’il ait contourné le circuit
d’édition habituel, il est arrivé 7e
du classement des meilleures
ventes d’essais GFK/Livres
Hebdo. D’après Livres Hebdo,
c’est la première fois qu’une célébrité s’autoédite (exception
faite d’Alain Juppé qui avait diffusé gratuitement son programme
pour les primaires). Jean-Michel
Apathie a commencé à écrire ce
récit familial sur les bouleversements sociaux qui ont précédé
Mai 68 en décembre, trop tard
selon lui pour être publié par un
éditeur avant le 50e anniversaire
de Mai 68. Il en a vendu
6 000 exemplaires, dont les
deux tiers en version imprimée.
Un Anglais
dans la ville
â NOTRE AVIS
PORTRAIT Animateur
des rencontres littéraires de la librairie
anglophone Shakespeare
and Company, Adam Biles publie
un premier roman drôle et grinçant
sur le troisième âge. Rencontre.
depuis 1922 et jusqu’à l’Occupation,
12 rue de l’Odéon, offrit à George
Whitman le nom de son enseigne.
Adam Biles précise : « En 1964, après
DAM Biles est un grand
la mort de Sylvia, George a repris le
garçon roux on ne peut
nom pour sa librairie. C’était l’année
plus flegmatique. Alors
du 400e anniversaire de la naissance
que les touristes vont et
viennent, prennent des
de Shakespeare. Un joli symbole ! »
photos, parlent fort, mangent des
Depuis l’automne 2015, cette librairie
glaces près de lui, il pose, sans rechimythique s’est agrandie avec un café
gner, assis sur un banc devant la liShakespeare bio. Lorsqu’on fait rebrairie anglophone où il travaille demarquer à notre hôte qu’on entend
puis quelques années comme
peu parler français sur son lieu de
responsable des rencontres. « Je
travail, il nous dit qu’au contraire,
connaissais la librairie depuis mon arnos compatriotes sont de plus en plus
rivée à Paris. En 2010, ils ont organisé
présents : « Les Français viennent
un concours pour des gens comme moi
pour le café puis se rendent à la libraiqui n’avaient encore jamais publié.
rie. Les Anglais font le chemin inverL’idée était d’écrire une novella ou
se ! » Les auteurs qu’il reçoit pour ses
court roman. Je me suis lancé et j’ai fini
rencontres (« gratuites », précise-tdeuxième, ce qui m’a permis de renil, « seuls les premiers arrivés peuvent
contrer Sylvia et David. Laura, qui
y assister, il y a peu de places ») dois’occupait des rencontres avec les
vent parler anglais. Là encore, on
écrivains, m’a demandé de l’aider et
émet des doutes sur la présence
lorsqu’elle est partie, il y a trois ans,
d’auteurs de l’Hexagone. Il en sourit :
j’ai pris sa place. » Lorsque Adam cite
« Au départ, les auteurs rechignent à
Sylvia et David, il fait référence à Syls’exprimer en anglais. Et puis ils le font
et plutôt bien. J’ai
ainsi reçu Marie
Je suis vraiment attiré
Darrieussecq, Leïla
par la question de l’absurdité
Slimani, Laurent Binet,
Édouard
de la vie. Avec Camus, que
Louis. »
j’adore, je m’interroge : comment
En 2016, alors
vivre avec cette absurdité ?
que son premier roman, Feeding Time,
ADAM BILES
venait de paraître à
Londres, il s’est retrouvé dans la
via Whitman et David Delannet, les
peau de l’invité. « Sylvia et David ont
responsables de la librairie. Sylvia est
été sympas de m’organiser cette renla fille de George Whitman qui trouva
contre. Ils avaient même fait venir Steen 1951 cet endroit stratégique au
ven Gale de la British Library pour
37 rue de la Bûcherie, en face de la
m’interroger ! » Quand on a un peu
Seine et quasiment de Notre-Dame.
visité ce vieil immeuble qui abrita au
Sa librairie s’appelait alors « Le MisXVIe siècle un monastère, avec ses
tral ». Elle était fréquentée par du joli
monde : Allen Ginsberg, William
sols de guingois, ses rayonnages pas
Burroughs, Gregory Corso, James
toujours droits, ses petites pièces
Baldwin, Julio Cortazar, Bertolt
cosy où les visiteurs, assez jeunes, liBrecht… En 1958, Sylvia Beach, l’ansent comme s’ils étaient chez eux, on
cienne propriétaire de la mythique
comprend le bonheur de travailler
Shakespeare and Company, installée
là : « C’est un lieu magnifique, confirBRUNO CORTY
bcorty@lefigaro.fr
A
«
»
Le service d’autoédition d’Amazon permet à l’auteur de toucher
jusqu’à 70 % du prix de vente,
contre 10 % environ chez un éditeur classique. Apathie a néanmoins vendu les droits de son livre à J’ai Lu qui le publiera en
A. L.
poche le 20 juin.
Adam Biles
devant la librairie
Shakespeare
and Company,
le 13 avril à Paris.
J.-C. MARMARA/
LE FIGARO
DÉFENSE
DE NOURRIR
LES VIEUX
D’Adam Biles,
traduit de l’anglais
par Bernard Turle,
Grasset,
522 p., 23 €.
me Adam. Il fonctionne comme un microcosme. Il y a une vingtaine de permanents et des petites chambres qui
accueillent pour des séjours plus ou
moins longs des gens venus écrire. Ils
occupent les lieux contre quelques
heures de travail à la librairie. » Il y
avait moins de livres dans la vie
d’Adam enfant. « Je suis né à Bornemouth qu’on appelle la “Nice d’Angleterre” (sourire). Dans ma famille, on
n’était pas du tout littéraire. Moi, je
savais depuis toujours que je voulais
écrire. Mes parents, qui ont quitté
l’école tôt, ne m’ont jamais découragé.
À dix-huit ans, je suis parti pour rejoindre l’université d’York où j’ai étudié la philosophie et les sciences politiques. » N’ayant pas les moyens de
vivre à Londres, il a enseigné pendant dix ans l’anglais, offrant ses services de traducteur pour des textes
d’artistes, des scénarios. En 2005, il
est arrivé à Paris. Sa première impression ? « J’ai trouvé un pays un peu
plus conservateur et un peu moins révolutionnaire que je ne pensais. J’ai
découvert que les Français aimaient
bien discuter de tout et tout le temps et
s’engueuler aussi et je pensais que ces
disputes ne menaient à rien mais
j’avais tort. La conversation terminée,
ils s’étreignent et la vie continue. En
Angleterre, on fait tout pour éviter les
disputes ! Ce style de vie m’a plu. » À
Paris, il a trouvé sa compagne (française) et le temps (« six ans ») pour
écrire ce gros roman sur une maison
de retraite en folie (lire ci-contre).
Pourquoi un pareil sujet ? « J’avais
une image en tête de deux vieux discutant sur un banc tandis qu’autour
d’eux tout déraille. Et puis ma mère
s’occupant de personnes âgées et ma
grand-mère ayant travaillé dans une
maison de retraite, j’ai entendu beau-
Depuis qu’à l’âge de trente ans, il
est devenu sourd d’une oreille
après un concert, Adam Biles est
obsédé par la dégradation des
corps. Lui qui ne croit pas en Dieu
s’amuse du non-sens de la vie. Son
premier roman est une œuvre singulière qui raconte la vie d’une
maison de retraite anglaise, les
Chênes Verts. Un endroit où les
montres et la nourriture apportée
de l’extérieur sont interdites et où
le personnel encadrant est on ne
peut plus autoritaire. Lorsque
Dorothy, soixante-quatorze ans,
vient s’y installer pour y rejoindre
son mari Leonard, elle ignore
qu’elle mettra des semaines avant
d’en retrouver la trace dans cette
demeure séparée en blocs en fonction de l’état de santé physique et
mental des occupants. Les Chênes
Verts sont dirigés par un obsédé
sexuel qui vit enfermé dans son
bureau. Celui qui s’est autoproclamé « Roi des Dingues » vient de
promouvoir superviseur un des
aides-soignants, Tristan, un raté
sadique qui travaille sous l’emprise de pilules et d’une improbable
divinité cachée dans un cagibi.
Autour de Dorothy s’agite une clique de vieillards délabrés mais intenables que privations et menaces n’arrivent pas à canaliser. Le
capitaine Ruggles, faux héros de la
Seconde Guerre mondiale qui se
croit enfermé dans une prison allemande, Smithy, Lanyard sont
attachants dans leur folie. Tous,
retraités comme surveillants, ne
pensent qu’à une chose : s’évader.
Drôle, grinçant, hilarant, ce roman est une courageuse réflexion
sur la vieillesse et un immense
éclat de rire de l’auteur devant
« l’absurdité de la vie ». ■
coup d’histoires durant mon enfance ! » Mais encore ? « Je suis vraiment
attiré par la question de l’absurdité de
la vie. Avec Camus, que j’adore, je
m’interroge : comment vivre avec cette absurdité ? La seule manière de surmonter tout ça, notre dégradation
progressive, c’est de l’affronter, de
passer à travers et non de l’éviter, de la
contourner. Il faut descendre très bas
dans la condition humaine et voir s’il
est possible de remonter, de trouver de
la dignité dans cette expérience. » On
ne s’étonnera pas que ses maîtres
aient pour nom Thomas Pynchon et
David Lynch, artistes sombres et
complexes s’il en est : « On prétend
qu’ils sont parfois difficiles à suivre
dans leur travail mais j’aime qu’on ne
m’explique pas tout. La vie n’explique
pas tout ! Il faut se dire qu’il y a des
choses qu’on ne comprend pas et qu’on
ne comprendra jamais ! » ■
en collaboration avec
Escale Littéraire à Bruxelles
Méditerranéenne, et Le Porteur
de Cartable a été adapté pour
la télévision. Avec Bel-Avenir, il
obtient le Prix populiste.
SOFITEL BRUXELLES
EUROPE
Situé sur la Place Jourdan, à
deux pas du Parlement européen, cet hôtel élégant allie le
design français contemporain
au service de la plus haute qualité, ainsi qu’au style de vie et
à la cuisine qui caractérisent la
capitale belge. Le célèbre architecte parisien Philippe Capron a
su créer un décor étonnant et
sophistiqué.
© Glenn Aitken
Akli Tadjer est né à Paris de
parents d’origine algérienne. Il
est l’auteur de sept romans. Le
premier Les A.N.I. du Tassili a
obtenu le Prix Georges Brassens, Alphonse celui de l’Afrique
A
tombaient sur son large front. Il
fumait la cigarette pincée entre
le pouce et l’index, et expulsait la
fumée par le nez comme Bogart
dans Casablanca. Je me suis torché les yeux d’un revers de main
pour chasser mes larmes. Non,
je ne rêvais pas. C’était bien lui,
pourtant ça ne m’a pas surpris.
Sur ce quai de gare, à l’heure où
le gris du soir tutoyait le noir de
la nuit, ça ne pouvait pas être un
autre. J’ai forcé le sourire pour
dire bonsoir ou bonne nuit. Il
m’a offert une cigarette, - je ne
fumais plus depuis longtemps
mais je l’ai acceptée pour lui
faire plaisir. »
© Derek Hudson
B
REL ET MOI
« Le vent d’hiver
soufflait p
ar rafales.
Le froid brouillait mes
yeux de larmes, j’ai relevé le col
de mon manteau et j’ai fermé les
yeux. Je me sentais seul comme
jamais sans doute car, làbas, à Paris-Nord, Mathilde ne
m’attendait plus depuis qu’elle
m’avait quitté au premier soleil
de printemps pour un autre que
moi, plus jeune, plus beau, plus
drôle. Mais, il est des hasards qui
valent mille amours déçues. Il
s’est assis là, juste à côté de moi.
Il était grand, sec comme un pursang, ses cheveux noirs, raides,
Lire la suite sur www.escales-litteraires-sofitel.com/novel/brel-et-moi
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