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Le Figaro - 23 04 2018

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lundi 23 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 922 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ENQUÊTE
FIGARO SANTÉ
LA GUERRE POUR LES EAUX
DU NIL AURA-T-ELLE LIEU ?
LES TROUBLES MENTAUX,
PREMIÈRE PATHOLOGIE CHEZ
LES 5-15 ANS NOTRE CAHIER SPÉCIAL
PAGE 17
ALLEMAGNE
L’incroyable histoire
du reliquaire d’Anne
de Bretagne, retrouvé
après son vol à Nantes
Andrea Nahles,
une femme pour
sauver le SPD
PAGE 6
PRISONS
La surpopulation
carcérale atteint
des records dans
les maisons
d’arrêt PAGE 13
RUGBY
Champions Cup :
le Racing détruit le
Munster et se hisse
en finale PAGE 14
SYNDICATS
Le président français entame, lundi à Washington,
une visite d’État de trois jours aux États-Unis, la première
de l’ère Donald Trump. Il mise sur la proximité avec
son homologue pour étendre l’influence de la France.
Une nouvelle ère,
beaucoup plus
contestataire, va
s’ouvrir chez FO
PAGE 22
Emmanuel Macron retrouve,
lundi aux États-Unis, Donald
Trump, qu’il espère convaincre sur nombre de points de
désaccord, Iran en tête, sans
certitude aucune que celui
qu’il appelle volontiers son
ENTRETIEN
RENCONTRE
Peter Gelb,
le directeur
du Metropolitan
Opera de New York
Les tribunes
de Jean-Louis
Thiériot,
de Stéphane
Perrier et de
Pierre Gattaz
La chronique
de Nicolas
Baverez
n
PAGES 18 ET 19
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Approuvez-vous que
les contrôles de vitesse
embarqués soient confiés
à des prestataires privés ?
OUI
15 %
NON
85 %
TOTAL DE VOTANTS : 53 878
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Pensez-vous que la loi
asile et immigration
permettra de mieux faire
face au problème lié
à l’afflux de réfugiés ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@e@m@d@k";
è UN PRÉSIDENT FRANÇAIS
« DYNAMIQUE
ET RÉFORMATEUR »
QUI SÉDUIT L’AMÉRIQUE
è LE PARI TRUMPIEN DU CHEF
DE L’ÉTAT POUR RENFORCER
L’INFLUENCE DE LA FRANCE
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
La majorité présidentielle
à l’épreuve de la loi asile
et immigration
Deux hommes ont été mis en examen et la police
a récupéré intact le réceptacle en or ayant jadis contenu
le cœur embaumé d’Anne de Bretagne (1477-1514).
On redoutait que ce rare exemple d’orfèvrerie funéraire
ayant survécu à la Révolution, aujourd’hui fierté
de l’ancien duché, ne soit fondu. PAGE 16
Depuis le début, la loi asile et
immigration a du mal à passer
auprès de certains parlementaires de la majorité. Même si
son adoption n’a jamais laissé
planer de doute, c’est la résistance de quelques députés
LaREM à ce texte qui pose problème. L’exécutif veut par tous
les moyens éviter qu’un groupe de frondeurs ne mine la
majorité, comme du temps de
la présidence Hollande.
PAGES 4 ET 5
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
n
@
M 00108 - 423 - F: 2,60 E
« ami » l’écoutera. Premier
dirigeant étranger à être reçu
par Trump avec les honneurs
d’une visite d’État, le président français aura droit à un
dîner privé dans le cadre enchanteur de Mount Vernon.
DPA/ABACA - BERTRAND GUAY/AFP
I
Dans les pas de La Fayette…
l ne déplaît sans doute pas à Emmanuel Macron d’être reçu à dîner par
Donald Trump à Mount Vernon. On le
sait, le président français aime la profondeur de l’Histoire et ses symboles.
Dans la bucolique résidence de George
Washington, le jeune marquis de La Fayette
avait sa chambre. Cet aristocrate libéral
n’aimait pas les étiquettes. Il pouvait être
officier français et en même temps général
américain. Et considérait que les réformes
devaient se mener comme une charge de
cavalerie…
C’est donc un accueil de marque que réserve l’Amérique à l’allié français. Trump, il
est vrai, avait été ravi de celui reçu à Paris.
L’Élysée avait compris qu’un défilé militaire l’impressionnerait plus qu’une visite des
incunables de la BnF. Depuis, Emmanuel et
Donald se parlent souvent au téléphone.
Au-delà de leurs différences radicales de
style et de vision politique, les deux hommes se comprendraient. Deux outsiders
victorieux, deux briseurs de systèmes.
Macron serait donc le dirigeant européen
qui peut murmurer à l’oreille de Trump. Il
reste à savoir si cette voix sera écoutée. Jus-
qu’ici, cette relation « privilégiée » n’a pas
donné de résultats spectaculaires, hormis
une salve de missiles dans le ciel du Levant.
Syrie, Russie, guerre commerciale, les dossiers sur lesquels le président français doit
faire bouger son partenaire américain ne
manquent pas. Il doit aussi le persuader de
revenir dans l’accord sur le climat. Et, très
vite, de ne pas déchirer celui sur le nucléaire iranien.
Emmanuel Macron
entend
rompre
avec une diplomatie
compassée,
inefficace. L’antienne est connue :
« Il faut parler avec
tout le monde. » C’est le grand retour du
réalisme en politique étrangère.
Pour l’heure, sur la scène mondiale, le succès d’image est indéniable. Mais sur ce registre comme sur d’autres, le risque réside
dans le décalage entre la vision et les faits.
Prôner l’efficacité crée une obligation de
résultat. Et la tâche n’est pas aisée, dans un
monde aussi imprévisible que Donald
Trump lui-même. ■
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ISSN 0182.5852
Johanna Blancard de Léry
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CHAMPS LIBRES
PAGE 30
ALAIN LE BOT/PHOTONONSTOP
François Villeroy
de Galhau : « Il n’y a
pas aujourd’hui
de signe de guerre
des monnaies »
PAGE 23
Le pari
américain
d’Emmanuel
Macron
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lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Donald Trump
et Emmanuel Macron,
le 25 mai à Bruxelles.
EVAN VUCCI/AP
Trump et Macron célèbrent leur
« relation spéciale » à Washington
Le président français entame, lundi, une visite d’État de trois jours aux États-Unis.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
A
CORRESPONDANT À WASHINGTON
IL EST plutôt rare que la guerre vienne
donner raison à la diplomatie. Sans des
frappes conjointes en Syrie le 13 avril
dernier, Emmanuel Macron n’aurait pas
grand-chose à montrer au bilan de sa relation privilégiée avec Donald Trump.
Une série de raids nocturnes a changé la
donne : le président français arrive ce
lundi à Washington auréolé du statut
d’allié militaire de premier plan.
La première visite d’État sous le mandat de Donald Trump, un privilège remarqué, doit plus à la First Lady, Melania,
qu’au président américain. Selon le chef
du protocole américain, c’est elle qui a
insisté pour rendre la politesse de la sorte
au couple français, qui les avait reçus
avec faste le 14 juillet 2017 à Paris. Dîner
privé à Mount Vernon, honneurs militaires sur la pelouse de la Maison-Blanche,
dîner d’État avec le tout-Washington,
discours au Congrès : en trois jours, le
président français va bénéficier d’un
traitement de marque qu’aucun autre dirigeant étranger n’a encore reçu. En soi,
c’est la garantie d’une visite réussie : « Il
n’y a pas d’objectif précis à attacher à ce
type de rencontre très solennelle, même si
des dossiers lourds seront discutés, dit un
diplomate. Le cérémonial constitue en luimême une déclaration publique d’amitié. »
La « lune de miel » avait pourtant démarré sous de mauvais auspices. Au mépris exprimé par Donald Trump pendant
sa campagne envers « la France (qui) n’est
plus la France », puis à son soutien à peine
voilé à Marine Le Pen avaient succédé,
côté français, une poignée de mains un
peu trop agressive et l’ironie ciblée du slogan « Make our planet great again ». Un
dîner à la tour Eiffel et un défilé militaire
sur les Champs-Élysées l’été dernier ont
tout changé. Convaincu qu’il y avait une
place à prendre, Emmanuel Macron a su
établir une relation « amicale mais franche » avec Donald Trump, selon les entourages des deux hommes. Ils se parlent très
souvent – une quinzaine de coups de fil
depuis le début de l’année – et « je constate
une très bonne alchimie entre eux », témoigne un responsable américain présent
dans le Bureau ovale lors de ces entretiens.
« Que sait la France que le reste de l’Europe n’a pas encore compris ?, s’interroge
Susan Glasser du New Yorker. Quel est le
secret de Macron pour murmurer à l’oreille
de Trump ? » Réponse d’un diplomate
français : « Ils se comprennent, en tout cas
Macron comprend Trump. Tous deux ont
remporté leur première élection contre l’establishment, tous deux sont des vainqueurs
qui ont la volonté de mettre en œuvre leurs
promesses, mais ni l’un ni l’autre n’est
naïf. » Malgré des positions antagonistes,
leurs points communs auraient permis
l’éclosion d’une réelle connivence. « Sa
maîtrise de l’anglais, son expérience du
monde des affaires, son statut d’outsider et
son absence de passé avec Obama ont positionné le président français de manière unique pour établir une relation de confiance
avec son homologue américain », analyse
Jef Lightfoot de l’Atlantic Council.
Donald Trump suit de si près les réformes en France qu’il lui arrive d’annoter
des articles de journaux américains et de
les envoyer à l’Élysée, via l’ambassade à
Washington. Le septuagénaire voit son
jeune homologue comme « un innovateur, un dirigeant charismatique qui essaie de changer les choses en France »,
assure le conseiller de la Maison-Blanche. La différence d’âge ne semble pas
plus un problème qu’avec Jared Kush-
ner, son gendre et plus fidèle conseiller.
Autre avantage : le déficit commercial
américain – obsession présidentielle –
est marginal avec la France (moins de
4 milliards de dollars, 0,02 % du PIB),
alors qu’il frise les 70 milliards avec l’Allemagne. La chancelière sera à
Washington deux jours après le président français, mais c’est peu dire que le
courant passe mal avec Trump.
Pour l’instant, l’alliance franco-américaine n’a pas produit grand-chose. Hormis la coopération militaire et antiterroriste – de la Syrie au Sahel – qui s’inscrit
dans une longue tradition, les conseillers
des deux présidents sont à court d’exemples : la France a inspiré l’idée d’organiser
un défilé des troupes à Washington en novembre prochain, dit-on côté américain ;
Macron avait conseillé à Trump de se rendre à Davos fin janvier, assure-t-on côté
Mount Vernon, réponse champêtre au dîner de la tour Eiffel
Washington n’est pas Paris et, malgré
sa solennité impériale, il est difficile
d’y rivaliser avec les scintillements
de la Ville Lumière. Le couple Trump
a donc pris le contre-pied. Le président
et la First Lady ont organisé ce lundi soir
un dîner intime avec Emmanuel
et Brigitte Macron à Mount Vernon,
la résidence champêtre de George
Washington. Sur la « piazza », terrasse
étroite surplombant le Potomac,
ils pourront contempler un paysage
de collines boisées inchangé depuis
le XVIIIe siècle. Cette plantation
où vécut et repose le premier président
des États-Unis « occupe une place
particulière dans l’histoire des relations
franco-américaines, explique Doug
Bradburn, patron du domaine et du
musée attenant. Le jeune marquis de
La Fayette, devenu général de l’armée
américaine et fils adoptif de Washington,
y fit de fréquents séjours. Il y a même
une chambre à son nom et un portrait
de lui dans la maison ». C’est aussi là
que se trouve la clef de la Bastille,
envoyée par La Fayette « comme
un aide de camp à son général, un fils
adoptif à son père et un missionnaire
de la liberté au patriarche de la liberté ».
Le domaine n’a pas accueilli de dîner
officiel depuis les Kennedy il y a plus
d’un demi-siècle. De Gaulle avait visité
les lieux en juillet 1944, un mois
avant de défiler dans Paris libéré.
PH. G. (À WASHINGTON)
Un président français « dynamique et réformateur » qui séduit
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
SANS DOUTE parce qu’il n’a pas luimême trouvé la « clé » pour décrypter
Donald Trump, l’establishment américain ne tarit pas d’éloges sur ce dirigeant français portant seul ou presque
le fardeau d’une Europe morcelée,
quand Londres et Berlin ont vu leur
étoile pâlir à Washington. « Macron a
compris assez rapidement comment
“gérer” le président américain », relève Camille Pécastaing, de la John Hopkins School of Advanced International
Studies.
La flatterie fonctionne à merveille,
au moment d’amadouer ce grand fauve imprévisible de Trump. Et pourtant, Emmanuel Macron ne mâche pas
ses mots. Il lui a vertement reproché
son rejet de l’accord de Paris sur le climat, sa volonté de dénoncer l’accord
nucléaire avec l’Iran, voire son commentaire sur « les pays de merde »
africains. « Macron a été très direct au
moment d’exprimer ses désaccords avec
Trump dans certains domaines, insiste
David Lees, politologue à l’université
de Warwick. Il est un homme de principes, et Trump semble le respecter juste-
ment pour le fait qu’il dit ce qu’il le pense et ose le lui dire en face. » Peut-être,
note Camille Pécastaing, « le président
français a-t-il eu le mérite de n’apparaître ni comme l’ennemi, ni comme
l’allié, du président américain ».
Plus que le style, ce sont l’énergie et
la volonté de réforme chez le chef de
l’État français qui frappent les esprits
dans les cercles d’influence américains.
Emmanuel Macron « présente cette
image de leader européen dynamique,
jeune, désireux de renforcer la compétitivité économique de la France et de
consolider l’Union européenne, ce qui
plaît autant aux républicains qu’aux démocrates », observe Spencer Boyer, de
la firme North Atlantic Strategies. Son
discours devant le Parlement européen
le 17 avril était celui d’un « prophète biblique », s’enthousiasme le New York
Times dans son éditorial, sensible à son
combat contre « la tendance fatale des
idées antidémocratiques et illibérales qui
pourrait précipiter le (Vieux) continent
dans l’abîme ».
“
Macron présente cette
image de leader européen
dynamique qui plaît
autant aux républicains
qu’aux démocrates
”
SPENCER BOYER, DE NORTH ATLANTIC STRATEGIES
Des touristes achètent des souvenirs dans une rue de Washington ornée de drapeaux
américains et français, le 20 avril. ANDREW CABALLERO-REYNOLDS/AFP
« Il a pour ambition de moderniser la
France et d’ajuster son économie à la
compétition globale du XXIe siècle »,
note William Drozdiak, un ancien éditorialiste du Washington Post, dans une
tribune amène envers ce « nouveau
leader décisif » du monde occidental.
« Le train de réformes sociales et de
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LE FIGARO
lundi 23 avril 2018
L'ÉVÉNEMENT
français. Maigre bilan, à comparer avec les
décisions de Washington sur lesquelles la
France n’a pas eu d’influence, de l’abandon de l’accord de Paris sur le climat au
déclenchement d’une guerre commerciale en passant par le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem. « Ce n’est pas
une romance, c’est de la politique étrangère,
objecte un diplomate. Ils se parlent franchement et sont capables d’affronter leurs
désaccords. Nous devons travailler avec le
dirigeant le plus puissant du monde. »
Le président populiste ne prend aucun
risque à s’afficher avec un allié qui tente
de l’influencer sans le remettre en cause.
Marginalisé comme d’autres par l’unilatéralisme de Trump, Macron n’en répond
pas moins présent lorsque celui-ci a besoin d’un appui international. La méthode semble avoir éveillé le chef de la Maison-Blanche à l’utilité des coalitions.
Pour défendre l’ordre multilatéral en
danger, le président français met en
avant les « valeurs communes » et la nécessité d’affronter « ensemble » les défis
internationaux – le mot-clef de son message à Washington. Que les valeurs de
Trump fassent écho à celles que Macron
condamne en Hongrie ou en Pologne,
c’est l’une des contradictions de la realpolitik. Supporteur du Brexit et des nationalismes européens, le président américain sert par inadvertance l’ambition
française d’une Europe plus forte et plus
autonome, en exigeant d’elle un meilleur
« partage du fardeau ».
“
Tous deux sont
des vainqueurs qui ont
la volonté de mettre
en œuvre leurs promesses,
mais ni l’un ni l’autre
n’est naïf
”
UN DIPLOMATE FRANÇAIS
Après les déconvenues sur le climat ou
le commerce, le dossier iranien s’annonce comme un « moment de vérité » pour
Emmanuel Macron, l’occasion ou jamais
d’obtenir un « retour sur investissement »,
souligne Jeff Lightfoot. Si, après des mois
de négociations entre Américains et
Européens, Donald Trump fait voler en
éclats le 12 mai prochain l’accord nucléaire conclu en 2015 avec Téhéran, le
président français « risque de voir l’opinion mettre en cause son intimité avec le
président américain », prévient le chercheur (1). « Il n’y aura pas de confrontation, tempère un diplomate, c’est une
conversation qui se poursuit. »
Au-delà des enjeux immédiats, l’opposition de leurs philosophies pourrait mettre à l’épreuve la relation à long terme.
« La France est le principal laboratoire des
réponses non populistes à la crise des démocraties », souligne Frances Burwell,
spécialiste de l’Europe à l’Atlantic
Council. « Macron vient ici pour consolider
le lien entre les deux rives de l’Atlantique,
ajoute Walter Russell Meade, professeur
de Relations internationales à Bard College. S’il y en a un qui peut réussir, c’est lui.
Mais je ne suis pas sûr que quiconque puisse y arriver. » ■
(1)« L’alliance franco-américaine
à l’ère de l’Amérique d’abord » http://
www.atlanticcouncil.org/publications/
reports/the-french-american-alliancein-an-america-first-era
Le pari trumpien du chef de l’État
pour renforcer l’influence de la France
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
PARLER à tout le monde et faire
preuve de pragmatisme. Depuis son
arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron en a fait une méthode qu’il applique à tous ses interlocuteurs
étrangers, y compris les plus revêches, comme Vladimir Poutine, le
Turc Recep Tayyip Erdogan ou les
dirigeants iraniens. Ne jamais le
vexer en le critiquant directement,
mais réaffirmer les « lignes rouges » de la France : avec Donald
Trump, la méthode a marché audelà des espérances. Les deux présidents, qui se parlent très souvent
au téléphone, ont une affinité personnelle qui n’est pas seulement
due au fait qu’Emmanuel Macron
parle couramment anglais. En quelques mois, le couple Trump-Macron a remplacé le tandem ObamaMerkel, qui avait structuré les
relations transatlantiques pendant
huit ans. « Au sein de l’Europe, la
France n’est pas vraiment déstabilisée par l’imprévisibilité de Trump.
Elle a déjà testé l’imprédictibilité de
la politique américaine avec Barack
Obama, quand il a renoncé au dernier moment à frapper la Syrie en
août 2013 », explique Alexandra de
Hoop Scheffer, directrice du bureau
parisien du German Marshall Fund
(GMF) à l’occasion d’une rencontre
consacrée à ce sujet.
Les difficultés politiques d’Angela
Merkel avant et depuis sa réélection
ainsi que le Brexit qui a mis fin au
rôle de pont entre l’Union européenne et les États-Unis, traditionnellement exercé par la GrandeBretagne, ont ouvert la voie à un
renouveau de l’influence française à
Washington. « Le pari opportuniste
d’Emmanuel Macron est d’utiliser
tous les avantages dont il dispose
pour combler le vide laissé par les
Américains dans certaines régions »,
commente Martin Quencez, spécialiste du GMF. Le président français,
qui se considère comme le porteparole de l’Europe, son centre de
stabilité politique et son rénovateur, veut profiter de l’opportunité
pour renforcer le rôle global de Paris et faire de l’UE une puissance
crédible aux yeux de Washington.
Son principal atout est militaire.
Depuis l’intervention française
dans le Sahel, alors que les Britanniques se sont effacés et que l’Allemagne peine à tenir ses promesses
en matière de défense, la France est
devenue le principal partenaire des
Américains. Les récentes frappes
militaires en Syrie n’ont fait que
confirmer que Paris était un allié
privilégié des États-Unis sur les
grandes priorités stratégiques,
même si Emmanuel Macron sait que
la France peut difficilement se passer de Washington, un « allié structurel », dit-il, dans la plupart de ses
opérations extérieures.
Paris veut utiliser la relation
spéciale tissée entre les deux présidents pour faciliter la coopération sur les autres sujets de politique étrangère. Concrètement,
l’ambition d’Emmanuel Macron,
pendant cette visite, est d’infléchir la position de Donald Trump
sur deux grands accords : le climat et le nucléaire iranien. Paris
ne désespère pas de convaincre la
“
Macron veut montrer
que les partenaires
des États-Unis sont des
multiplicateurs de force
pour la Maison-Blanche
ALEXANDRA DE HOOP SCHEFFER,
DIRECTRICE DU BUREAU PARISIEN
DU GERMAN MARSHALL FUND
”
Maison-Blanche de renouer avec
l’accord sur le climat, dont elle
s’est retirée. « La stratégie française a été celle de l’encerclement.
Emmanuel Macron a développé des
liens avec les gouverneurs, les entreprises, la société civile. Il s’est
adressé à la population américaine.
Il veut démontrer à Trump que sa
décision n’est pas aussi populaire
qu’il le croit aux États-Unis. Sa
méthode, c’est de convaincre les
États-Unis qu’ils ont intérêt à rester dans les institutions multilatérales, pour les influencer, plutôt
que de s’en retirer. Il veut montrer,
en se basant sur l’exemple de la
Syrie, que les partenaires des
États-Unis sont des multiplicateurs
de force pour la Maison-Blanche »,
analyse Alexandra de Hoop
Scheffer. L’Élysée veut aussi sauver l’accord sur le nucléaire iranien, dans lequel Paris a été le
pays le plus investi et que Donald
Trump menace de rejeter le
12 mai. Après avoir mobilisé ses
partenaires européens sur le sujet,
Emmanuel Macron espère arriver
à Washington avec un projet de
compromis suffisamment solide,
qui tienne compte des inquiétudes
américaines concernant le programme balistique de l’Iran et sa
poussée
déstabilisatrice
au
Moyen-Orient, pour pouvoir inverser la tendance.
C’est sur ces deux grands défis
que la capacité d’influence d’Emmanuel Macron sera testée. Rien
n’est gagné. Les Britanniques en
ont longtemps fait l’expérience :
être le meilleur allié des ÉtatsUnis n’a jamais été une garantie
de pouvoir influencer la MaisonBlanche. « Il ne faut pas oublier
que les résultats obtenus ne sont
que des dommages collatéraux de
la politique américaine. A fortiori
avec Donald Trump, dont le seul but
est de satisfaire sa base électorale », met en garde Alexandre de
Hoop Scheffer. ■
3
PRINCIPALES
ÉTAPES
DE LA VISITE
Lundi 23 avril
Dîner à quatre des présidents
et de leurs épouses
à Mount Vernon, résidence
de George Washington.
Mardi 24 avril
Réception officielle
à la Maison-Blanche,
suivie d’entretiens bilatéraux
et d’une conférence
de presse commune.
Déjeuner au département
d’État offert par le viceprésident, Mike Pence,
et rencontre avec des
hommes d’affaires américains.
Décoration de vétérans
américains de la Seconde
Guerre mondiale, puis
rencontre de la communauté
française à l’ambassade
de France.
Dîner d’État
à la Maison-Blanche.
Mercredi 25 avril
Discours au Capitole
devant les deux Chambres
du Congrès.
Rencontre avec des étudiants
de George Washington
University.
Conférence de presse finale.
l’emploi est si rapide qu’il a généré des
manifestations de rues, mais Macron insiste qu’il ne peut y avoir de retour en arrière, ou alors la France se retrouvera en
queue de peloton mondial ». Pour Paul
Zajac, de l’American Enterprise Institute, un think-tank conservateur, Macron serait le parangon d’une « troisième voie » opérant la convergence des
valeurs libre-échangistes et de celles,
plus protectionnistes, de son hôte américain : une poigne de fer face à l’immigration clandestine et à la concurrence
déloyale de la Chine, un gant de velours
pour la défense des grands traités commerciaux, « sans que soit jamais remis
en cause son patriotisme ».
En outre, peut-être Macron capturet-il « l’imagination du public pour son
comportement digne d’un chef d’État, en
contraste avec notre président », renchérit Jonathan Laurence, politologue
au Boston College, pour qui Macron est
parvenu à « restaurer une ambition
mondiale pour la France, sans projeter
une forme d’arrogance, en assumant de
manière réaliste ce que la France est en
mesure de faire et ce qu’elle ne peut pas
faire ».
Cette ambition porte sur la promotion de la démocratie face à la tentation
autoritaire et la lutte contre le réchauf-
fement climatique, qui tend à faire de
Macron un « Obama français », note
James McAuley, du Washington Post.
Un bémol, toutefois, devant cette
avalanche de commentaires élogieux :
l’image positive de la France outre-Atlantique, pointe Camille Pécastaing, a
précédé l’émergence de Macron, « du
fait des interventions en Libye, au Mali,
et de l’épisode du Bataclan ».
Ensuite, suggère Spencer Boyer,
« parce que le système politique américain connaît de tels soubresauts depuis
l’investiture de Trump que la plupart des
Américains, pour être franc, n’ont guère
eu le temps de former un avis précis sur
la personne de Macron ». « La plupart
des Américains ne sauront pas qu’il est là
et n’écouteront pas son discours au
Congrès », confirme Charles Kupchan,
du Council on Foreign Relations (CFR).
L’influence du dirigeant français, enfin, ne saurait être surestimée. « Les
décideurs de Washington attendent de
voir d’abord comment il va s’en tirer
avec les réformes sur l’emploi dans son
pays, explique Spencer Boyer. Puis s’il
parviendra à ressusciter le moteur franco-allemand et à vendre son “plus d’Europe” quand tant de gens se méfient des
institutions de l’UE et semblent vouloir
“moins d’Europe”. » ■
A
l’Amérique
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lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
L’exécutif ne veut pas laisser une fronde s’instal
Alors que la loi asile et immigration
est examinée, le chef de l’État veut éviter
que des frondeurs ne minent sa majorité.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
MAJORITÉ Le goût, l’odeur et la couleur de la fronde mais pas encore la
fronde. Les débats sur la loi asile et
immigration se sont prolongés dimanche, à l’Assemblée nationale, sur
fond de révolte d’une petite partie des
députés de la majorité contre le texte.
Samedi soir, neuf d’entre eux ont ainsi
voté contre l’article phare du projet
de loi porté par Gérard Collomb, celui
qui met en place le doublement de la
durée maximale de rétention de 45 à
90 jours.
Si l’article a finalement été adopté,
son examen a toutefois mis en évidence une ligne de fracture au sein de la
majorité présidentielle. S’ils persistent
et décident finalement de voter contre
l’ensemble du texte, les députés récalcitrants risquent l’exclusion du groupe, selon la menace brandie par
Richard Ferrand. L’un d’entre eux est
déjà dans la ligne de mire, le député de
la Vienne Jean-Michel Clément, qui a
annoncé qu’il voterait contre le texte
(lire ci-dessous). « Si s’abstenir était un
pêché véniel, voter contre un texte était
un pêché mortel qui méritait l’exclusion », mettait en garde Richard
Ferrand, le patron du groupe LaREM à
l’Assemblée nationale.
Dans son entourage, on explique que
« sur chaque texte, il y a des débats en
interne et une position est arrêtée démocratiquement. En votant contre un
projet de loi, on ne respecte pas la démocratie interne du groupe et donc on
s’autoexclut ». Voilà pour la règle qui
s’appliquera à tous ceux qui, au sein de
la majorité, auront rejeté le projet de
loi. Mais il n’y a pas que cela.
Au-delà de la seule question de la loi
asile et immigration, il s’agit surtout
de faire un exemple pour tous les dé-
putés LaREM qui se sentiraient des ardeurs de frondeurs.
Comme Emmanuel Macron avait limogé son chef d’état-major des armées Pierre de Villiers pour tenter
d’installer son autorité chez les militaires ; comme il avait limogé le préfet
du Rhône Henri-Michel Comet après
les dysfonctionnements ayant mené à
l’attentat terroriste de la gare SaintCharles à Marseille, pour mettre en
garde l’administration ; comme il avait
laissé sa ministre du Travail, Muriel
Pénicaud, porter plainte contre X pour
« vol, violation du secret professionnel
et recel » après des fuites de ses projets
d’ordonnances dans la presse ; comme
à chaque fois que son autorité est menacée, Emmanuel Macron prend les
devants. Cette fois, c’est donc devant
les députés pour étouffer la fronde
dans l’œuf.
“
Si s’abstenir était
un péché véniel, voter
contre un texte était
un péché mortel
qui méritait l’exclusion
RICHARD FERRAND,
PRÉSIDENT DU GROUPE LAREM
”
Parmi les traumatismes qui ont
contribué à forger la détermination
d’Emmanuel Macron, la guerre d’usure des frondeurs contre François Hollande joue un rôle central. À tel point
que, parmi les conditions posées pour
obtenir l’investiture d’En marche !
pour les élections législatives, celui qui
était alors candidat et outsider avait
demandé aux candidats de s’engager à
voter l’ensemble des projets de loi.
« Chaque candidat signera avec moi un
contrat avec la nation. Il n’y aura pas de
frondeurs », avait prévenu Emmanuel
Macron.
Les débats autour du texte de loi asile et immigration ont été animés et se sont prolongés jusqu’à dimanche, à l’Assemblée nationale. Plus de
Pas question donc de créer un précédent, a fortiori sur un texte aussi
sensible que celui de Gérard Collomb.
Ouvrir la porte à la fronde reviendrait
à la laisser prospérer pour la suite. Or
le travail est loin d’être terminé.
« Nous allons vite, mais il y a beaucoup
à faire, prévient Richard Ferrand, qui
évoque les textes à venir sur les « fake
news », la loi Pacte de Bruno Le Mai-
Le MoDem cherche encore sa place
dans la majorité présidentielle
LES MOIS passent et la question demeure : quelle est l’utilité du parti centriste
au sein de la majorité ? Au Parlement, le
groupe de 310 députés La République en
marche (LaREM) n’a pas besoin, numériquement, des 47 députés MoDem pour
faire adopter ses textes. « L’alchimie est
en train de se créer. Le MoDem est un
point d’appui stable, et pas du tout effacé », assure François Bayrou, qui se présente toujours comme un « ami » et un
« soutien » d’Emmanuel Macron, plus
d’un an après leur alliance.
Pourtant, au Palais Bourbon, les députés expriment quelques états d’âme. La
coordination reste limitée et le style, très
différent. « À la buvette, il y a d’un côté
les députés LaREM avec leur Coca Zéro et
de l’autre les députés MoDem avec leur
verre de vin. Cela illustre bien le décalage
entre les deux », s’amuse un député centriste. Le règlement intérieur du groupe
LaREM interdit aux députés macronistes
de cosigner des amendements provenant de groupes extérieurs, MoDem
compris. Jusqu’ici, le groupe piloté par
Marc Fesneau peine à se faire entendre.
Les propositions, que ce soit sur l’augmentation du seuil sur la hausse de la
CSG ou sur l’ISF, sont toujours rejetées.
Selon le décompte établi par NosDéputés.fr, sur 1 069 amendements proposés, seulement 142 ont été adoptés.
Aucun député MoDem n’a été désigné
rapporteur d’un texte. « On a l’impression de faire les frais des difficultés de LaREM, regrette Patrick Mignola, député
MoDem de Savoie. Il faudrait qu’ils se
rendent compte qu’on est dans la majorité. » À tel point qu’au début du mois, une
mise au point a eu lieu entre Marc
Fesneau et Christophe Castaner, secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement. « Les macronistes se sont engagés
à être plus attentifs », affirme un député
centriste.
Côté parti, des rencontres plus régulières entre les états-majors ont lieu depuis mars. « Il peut y avoir des déceptions
par rapport à des engagements pris qui
n’ont pas été tenus, souligne, mezza
voce, la députée MoDem Nathalie Elimas. Nous sommes des alliés loyaux, mais
aussi exigeants. »
La niche parlementaire MoDem, à
partir du 17 mai, aura valeur de test. Les
députés macronistes feront-ils l’effort
de venir soutenir les propositions de lois
de leurs alliés ? Les députés centristes
veulent porter des propositions en faveur notamment de l’engagement associatif, de l’amélioration de la prestation
de compensation du handicap. Le fameux « projet social », « l’obsession »
de Bayrou, selon ses propres mots.
« Avoir de l’influence »
Reste un dossier particulièrement sensible pour la solidité de cette alliance LaREM–MoDem : la réforme des institutions. « Dire qu’on n’écoute pas Bayrou
sur cette question alors qu’il a une position
historique, ce n’est pas entendable », souligne une députée du groupe. La copie du
gouvernement ne convient pas au maire
de Pau, qui a dénoncé un « escamotage », un « tour de prestidigitation », de
« passe-passe ». « Appliquer la règle du
non-cumul dans le temps en 2032, c’est se
moquer du monde, une foutaise ! », éructe-t-il encore. « On ne peut pas traduire
un besoin d’efficacité par la limitation du
QUAND on l’interroge sur la façon dont
se déroule l’examen du projet de loi asile
et immigration à l’Assemblée, JeanMichel Clément pousse d’abord un long
soupir. « On parle pour rien, c’est une
mascarade », lâche, dépité, le parlementaire La République en marche (LaREM)
de la Vienne. Cet ancien avocat de 63 ans
a été le premier a annoncé qu’il voterait
contre le texte, dès son examen en commission des lois. Rétention des mineurs,
vidéo audience, raccourcissement des
délais… Cet ex-socialiste, député depuis
2007, critique depuis plusieurs mois
« l’hypocrisie » d’un texte qui selon lui
« ne réglera rien » et fragilisera les personnes qui ne seraient « ni expulsables ni
régularisables ». Clément a signé plusieurs amendements personnels. Aucun
n’a été retenu.
En août déjà, cet ancien maire de
Mauprévoir, une petite commune située
entre Poitiers et Limoges, s’opposait à la
loi de moralisation de la vie publique,
qu’il qualifiait de « futile » et « intellectuellement pauvre ». À l’automne, il n’a
pas voté la loi sur la sécurité intérieure et
droit du Parlement », affirme l’éphémère
garde des Sceaux, qui demande au gouvernement de revenir sur ses propositions. « Le problème, c’est Matignon,
grince un proche de Bayrou. Le logiciel
UMP avec sa peur éternelle d’une démocratie vivante est encore trop présent. » Ce
qui fait dire au maire centriste que la discussion sur ce texte « ne sera pas un chemin pavé de roses ».
Malgré ces divergences, l’ancien ministre de l’Éducation nationale ne tarit
pas d’éloges sur Emmanuel Macron.
« Depuis un an, nous avons l’affirmation
d’un leader sur la scène du monde et l’affirmation d’un président en France, vante
le leader centriste. Les citoyens lui font
crédit d’être actif et fidèle à sa ligne, ses
engagements. » Fait-il le dos rond en attendant de pouvoir revenir, un jour, en
première ligne ? « Le plus important
pour Bayrou, c’est d’avoir de l’influence », assure Patrick Mignola. À l’approche des élections européennes et municipales, le MoDem cherche à maintenir
sa place d’allié de la majorité, que
d’autres, parmi les Constructifs et les
UDI, convoitent… « Il n’y aura pas d’entourloupe », signale un cadre du MoDem. « Une majorité à deux pôles, c’est
gérable et équilibré. À trois ou quatre
pôles, c’est ingérable », prévient d’emblée Bayrou. ■
Le président du MoDem, François Bayrou, et Marc Fesneau, patron du groupe
du Mouvement démocrate et apparentés à l’Assemblée nationale, en novembre 2017.
divise d’autant les oppositions qui ne
parviennent pas à se fixer sur un texte. Ensuite parce que la relative bienveillance dont il jouit encore en partie
dans les enquêtes d’opinion provient
justement de cet activisme forcené.
C’est le mantra que ses troupes rappellent en chœur dès lors que des critiques lui sont adressées sur le tempo,
trop rapide, des réformes : « Nous
Jean-Michel Clément, le premier
la lutte contre le terrorisme et a déjà exprimé ses réserves sur le texte de la réforme des institutions. « C’est simple : il est
anti-tout », grince un député LaREM.
Une forte tête
Pendant la précédente législature, pourtant, Jean-Michel Clément ne faisait pas
partie des frondeurs. Il s’est seulement
opposé à la déchéance de nationalité.
« C’est quelqu’un de loyal », loue la présidente du groupe Nouvelle Gauche à
l’Assemblée, Valérie Rabault. Au sein de
la macronie, le député avoue qu’il « s’interroge sur l’orientation de la politique »
menée et garde ses distances avec le
mouvement.
Dans une majorité souvent présentée
comme aux ordres du pouvoir, Clément
assume faire figure de forte tête. Le mercredi, il participe aux réunions du « pôle
social » du groupe LaREM, avec Brigitte
Bourguignon. Ces dernières semaines, il a
multiplié les sorties médiatiques contre le
texte de Gérard Collomb. « Je sais qu’il y a
des règles de vie mais les transgressions
sont inévitables. J’ai mes valeurs et mes
Le chef de l’État n’a pas donné
BERTRAND GUAY/AFP
A
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
re, la réforme constitutionnelle ou
encore la réforme de la formation
professionnelle… À en juger par le calendrier parlementaire, il n’y a pas de
décélération. »
Pour Emmanuel Macron, ce rythme
soutenu dans l’enchaînement des réformes est l’une des clés de la réussite
de son quinquennat. D’abord parce
qu’en multipliant les projets de loi il
C’EST L’AUTRE ligne de fracture dans
la majorité. Celle qui, derrière les désaccords sur la loi asile et immigration,
provoque du débat à bas bruit chez les
partisans d’Emmanuel Macron. Elle est
apparue dans la foulée du discours du
président de la République aux catholiques de France devant la conférence
des évêques réunie au Collège des
Bernardins.
C’est d’abord l’ancien premier ministre Manuel Valls qui a demandé au
chef de l’État de « clarifier sa position
sur la laïcité devant les Français » après
l’appel d’Emmanuel Macron à « réparer » le lien « abîmé » entre l’Église et
l’État. Alors certes, Manuel Valls n’est
pas le membre le plus représentatif du
parti présidentiel. Mais l’inquiétude
ainsi exprimée à haute voix a trouvé des
échos jusqu’aux plus proches alliés du
président de la République. À commen-
cer par François Bayrou qui, mezzo vocce, s’est lui aussi alarmé d’« un mot ambigu » sur les relations entre l’Église et
l’État « car l’un n’est pas lié à l’autre ».
Le Grand Orient demande
à Macron de revenir
« sans ambiguïté sur cette
réintroduction inacceptable
du cléricalisme
dans la République »
Plus inquiétant pour Emmanuel
Macron, ces inquiétudes sur sa conception de la laïcité ont touché jusqu’aux
francs-maçons du Grand Orient, l’une
des loges françaises les plus influentes,
considérée comme la grande architecte
de la loi de 1905 et, en tant que telle, gar-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 23 avril 2018
POLITIQUE
ler à l’Assemblée
EN BREF
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Macron et Philippe
prennent deux points
Hystérisation à gauche,
fébrilité dans la majorité
U
sommes la majorité et le gouvernement
qui faisons ce que nous avions dit que
nous ferons. »
Pour l’heure, ça tient. Les chantiers
engagés suffisent à convaincre. Mais
déjà, autour d’Emmanuel Macron,
certains commencent à s’inquiéter de
voir venir l’heure où les Français demanderont des comptes. Autrement
dit : des résultats. « À un moment, il va
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
falloir que l’on aille vérifier, au-delà des
indicateurs économiques, que tout ce
que nous engageons améliore véritablement la vie de nos concitoyens », prévient un proche du chef de l’État. Et si
tout se passe comme prévu, la fronde
ne sera alors qu’un lointain souvenir. ■
+
» Lire aussi PAGE 18
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
des frondeurs
Jean-Michel Clément, ex-socialiste,
parlementaire LaREM, « s’interroge
sur l’orientation de la politique ».
principes », assure l’élu, qui revendique
son engagement à gauche. Et qu’importe
si Richard Ferrand, le président du groupe LaREM, menace de le sanctionner ou
de l’exclure du groupe. « Je n’ai pas de
crainte, je suis serein », nargue Clément,
après un rendez-vous en tête avec
Ferrand, la semaine dernière. « Si on doit
me virer, on me virera. Je ne ferai pas de
dépression nerveuse. »
Ses prises de position ont en tout cas
reçu un accueil favorable du côté du Parti
socialiste. Les Jeunes Socialistes de la
Vienne ont ainsi adressé dans la presse
locale une lettre ouverte invitant JeanMichel Clément à revenir dans leurs
rangs. En cas d’exclusion du groupe LaREM, Clément rejoindra-t-il ses anciens
amis socialistes ? « Pour l’instant, la
question ne se pose pas. Pour retourner
dans un mouvement, il faut des signes dans
les deux sens », répond-il. « Le groupe
n’est pas fermé mais il n’y a pas de demande formulée à ce stade », élude Valérie
Rabault, patronne des députés PS. Le rebelle de la macronie promet, pour ses
dernières années à l’Assemblée, de « se
pencher » sur la réforme des institutions,
mais aussi sur celle de la justice. Après
trois mandats de député, ce « rural »,
comme il se définit, envisage de redevenir maire. ■
S. D.
sa vision précise de la laïcité
dienne du temple laïcard. D’ordinaire
peu enclin a s’exprimer publiquement,
le Grand Orient de France est sorti de sa
réserve pour demander à Emmanuel
Macron de « revenir sans ambiguïté sur
cette réintroduction inacceptable du cléricalisme dans la République ».
Une mise en garde suffisamment ferme pour pousser Gérard Collomb, le
seul franc-maçon officiel du gouvernement, à clarifier les propos du chef de
l’État. Initié à la franc-maçonnerie en
1989, le ministre de l’Intérieur ne cache
pas son appartenance à la franc-maçonnerie. « Au début, ça m’a plutôt fait
beaucoup de tort. C’est pour cela que j’ai
décidé de le dire, parce que comme ça,
personne ne m’embête », expliquait-il
en 2011 au Parisien.
Selon Gérard Collomb donc, le discours
du président de la République aux catholiques ne souffre d’aucune ambiguïté.
« Ce qu’il dit, c’est que chez l’homme, il n’y
a pas simplement une matérialité, il y a une
quête d’absolu, de spiritualité, donner un
sens à sa vie. C’est peut-être une tonalité
nouvelle mais qui ne rompt en rien avec les
grands principes de laïcité », a expliqué le
ministre de l’Intérieur, également chargé
des relations avec les cultes.
Le président a « récité ce qu’était la loi
de 1905 en disant que c’est une loi de liberté : liberté de croire ou de ne pas croire, de pratiquer la religion de son choix à
condition qu’elle respecte les principes de
la République », a encore défendu
Gérard Collomb.
De quoi éteindre le début d’incendie ?
Dans le droit-fil des propos de Gérard
Collomb, les principaux responsables de
la majorité se sont relayés pour assurer
que les propos d’Emmanuel Macron aux
Bernardins s’inscrivaient dans l’« épure
de la loi de 1905 ». ■
F.-X. B.
à outrance. À défaut d’obtenir
une improbable « convergence
des luttes », ils relient la réforme
de la SNCF, la fin du blocage de
Tolbiac, le rétablissement de l’État
de droit à Notre-Dame-des-Landes
et la loi asile immigration pour
dépeindre un pouvoir autoritaire,
voire une « dictature ». Eux qui
encouragent les blocages renvoient
à l’exécutif la responsabilité des
violences. Eux qui ne trouvaient rien
à dire à voir brûler une effigie du chef
de l’État s’insurgent quand l’un d’eux
est entarté. La porte-parole de LFI
impute carrément à la « macronie »
la « chasse aux migrants » menée
au col de l’Échelle. Cette stratégie
délibérée est la principale cause de
pollution du débat sur l’immigration.
Mais La République en marche
a aussi sa part de responsabilité
dans cette dramatisation. Le parti
présidentiel a en effet mis en scène
tout seul les réserves d’une poignée
de ses élus, contribuant à créer
un problème politique de
« la surexposition médiatique
de quelques personnes », comme l’a
dit la députée Aurore Bergé ; laquelle
a dû démentir avoir qualifié de « gens
émotionnellement fragiles » ses
camarades de parti. En maniant
l’arme de l’exclusion du groupe,
Richard Ferrand a nourri lui-même
le sentiment d’une fronde et souligné
que l’immigration était un sujet sur
lequel la position n’allait pas de soi en
macronie. Or, face à l’opposition des
uns et l’hystérie des autres, la fébrilité
d’une majorité est toujours un aveu
de faiblesse. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Les cotes de popularité
d’Emmanuel Macron et
d’Édouard Philippe enregistrent
une légère hausse. Dans le
baromètre mensuel d’Ifop publié
par Le Journal du dimanche,
le chef de l’État et son premier
ministre récupèrent deux points,
s’établissant respectivement
à 44 % et 45 % de satisfaits.
En avril 2013, François Hollande
récoltait 21 % d’opinions
positives dans ce baromètre.
Col de l’Échelle : Hortefeux
nuancé sur les identitaires
L’ancien ministre de l’Intérieur
Brice Hortefeux a condamné
dimanche le blocage par des
militants identitaires du col de
l’Échelle (Hautes-Alpes), point
de passage de migrants. Invité
du « Grand Rendez-vous »
Europe 1-CNews-Les Échos, l’élu
Les Républicains a néanmoins
appelé à ne pas « non plus
négliger ce que ça signifie, […]
quand on a le sentiment - ou
parfois d’ailleurs la réalité - que
la puissance publique ne remplit
pas son rôle, […] ça laisse libre
cours aux dérives ».
Les Français de la péninsule
Ibérique aux urnes
Les électeurs de la cinquième
circonscription des Français
de l’étranger (Espagne, Portugal,
Monaco, Andorre) ont été
sollicités dimanche. Samantha
Cazebonne, députée LaREM
largement élue en juin 2017,
avait vu son élection invalidée
par le Conseil constitutionnel.
Au premier tour, le 8 avril,
marqué par une participation
epsilonesque (7,87 %), la
sortante a obtenu 35,15 % des
suffrages, contre 28,45 % pour
son concurrent, soutenu par un
éventail de partis de gauche
(La France insoumise, EELV, PCF
et le mouvement Génération.s
de Benoît Hamon).
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A
1 000 amendements ont été déposés, dont 200 par la majorité.
ne fois de plus, dans le débat
politique, immigration rime
avec hystérisation. La loi
Collomb, dont l’objet
principal consiste à modifier le délai
de certaines procédures, méritet-elle le déchaînement de telles
passions ? Face à un texte qui
revendique une certaine fermeté,
la droite, d’un côté, le Front national,
de l’autre, ont besoin de démontrer
que cette fermeté est en trompe l’œil
et que l’immigration reste
le discriminant principal entre
le gouvernement et ses oppositions
de droite. D’où la focalisation sur la
disposition élargissant le droit d’asile
aux frères et sœurs de mineurs
réfugiés, dans laquelle nombre d’élus
LR voient un « plan caché »
de régularisation de clandestins. Face
à une opinion toujours aussi inquiète
face à une absence de contrôle
de l’immigration, LR et FN cherchent
à être la voix la plus audible et la plus
exigeante sur la question ;
en empêchant Emmanuel Macron
de s’arroger, via Gérard Collomb,
le monopole de la fermeté.
Mais c’est la gauche qui tonne
le plus. En dénonçant,
symétriquement, un gouvernement
au mieux fermé, au pire indigne face
aux demandeurs d’asile. De ce côtéci aussi, il y a de la concurrence
interne. Toujours sonné par ses
défaites du printemps 2017, le PS
cherche à réveiller son identité de
gauche, en retrouvant un discours
moral mis en veilleuse quand il était
au pouvoir, pour ne pas être
totalement marginalisé par La France
insoumise. Il aura du mal, tant les
mélenchonistes n’ont fixé aucune
limite à leur haine antimacroniste.
Depuis plusieurs semaines, les
Insoumis pratiquent l’amalgame
5
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Andrea Nahles :
une femme
pour sauver
le SPD
NCOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE Elle a déjà écrit une page
d’histoire, la plus facile. Andrea Nahles a
été élue dimanche présidente du SPD.
Elle est la première femme, depuis la
création du parti il y a 155 ans, à occuper
ce poste. « Ce plafond de verre a été brisé
et il ne se refermera pas », s’est-elle réjouie. Présidente du groupe parlementaire au Bundestag, elle rejoint tardivement
le premier rang d’un paysage allemand
déjà très féminisé dans l’ombre tutélaire
d’Angela Merkel, où l’on compte Annegret Kramp-Karrenbauer, la dauphine
désignée au sein de la CDU, Alice Weidel,
la chef de file ultralibérale des populistes
de l’AfD, ou encore Sarah Wagenknecht,
l’icône de l’extrême gauche.
Une pointe de déception dans les yeux,
elle a pris note de son élection dimanche.
Avec 66,3 % des voix des délégués du
parti réunis à Wiesbaden, l’ancienne ministre du Travail a été mal élue. Sa
concurrente, une totale inconnue, Simone Lange, a capitalisé sur le malaise du
parti, en « s’excusant » pour les réformes
Schröder des années 2000 ou en critiquant le totem de l’équilibre budgétaire,
fixé comme objectif par Olaf Scholz, le vice-chancelier SPD du gouvernement.
Avec sa longue carrière d’apparatchik,
Andrea Nahles ne pouvait pas prétendre
incarner une rupture. « Je ne suis pas
nouvelle », a-t-elle d’ailleurs concédé.
Elle est entrée au SPD il y a trente ans, à
17 ans, et elle y a occupé toutes les fonctions, de secrétaire de section (la sienne
qu’elle a fondée elle-même) à secrétaire
générale, en passant par présidente des
jeunes socialistes. Animal politique rompu aux tactiques politiciennes, elle a
longtemps été le visage de l’aile gauche
du SPD. Mais elle épouse aujourd’hui la
voie centrale du parti.
Andrea Nahles
s’adresse aux militants
de son parti, lors
d’un rassemblement,
dimanche,
à Wiesbaden.
“
Elle est dans
le parti depuis
une éternité.
Elle connaît ses
forces et ses faiblesses
”
NATASCHA KOHNEN, LEADER DU SPD EN BAVIÈRE
« Elle est dans le parti depuis une éternité. Elle connaît ses forces et ses faiblesses.
Elle sent le parti », confie Natascha Kohnen, la leader du SPD en Bavière, l’une
des élues de la nouvelle génération, en
résumant les limites et les qualités du
nouveau visage de la social-démocratie
allemande.
Andrea Nahles succède à Martin
Schulz, qui résume à lui seul les contradictions du parti : il avait été élu président
du SPD avec 100 % des voix en mars 2017,
puis désavoué par la base en février pour
DANIEL ROLAND/AFP
avoir défendu à contre-emploi la participation à la grande coalition. Dans son discours, elle n’a pas cherché à rouvrir les
plaies récentes du parti. Mais elle n’a pas
pu échapper totalement à l’examen de
conscience. « Pourquoi n’avons-nous obtenu que 20,5 % (aux élections) ? Parce
que nous avons dit quel était notre objectif
mais pas comment l’atteindre », a-t-elle
déclaré en plaçant le principe de « solidarité » au cœur de son propos. Elle ne
s’est pas aventurée plus loin. Andrea
Nahles veut revenir progressivement aux
bases du SPD pour lui permettre d’être à
nouveau audible. La mission est colossa-
le. « Je crois que je peux le faire et je peux le
faire en équipe avec d’autres », a-t-elle
déclaré la semaine dernière.
Son caractère bien trempé est la
meilleure définition d’elle-même. Sanguine et taquine, l’ancienne ministre du
Travail a le verbe haut. « On va leur en
mettre plein la gueule », avait-elle lancé
en octobre 2017 en direction des conservateurs, vainqueurs des élections. À ce
moment, elle pensait comme tous les
autres ténors, que le SPD entrait dans
l’opposition pour quatre ans et qu’il ne
participerait pas à une nouvelle grande
coalition. « Ça va vous coûter cher, nana-
Kim Jong-un donne des gages à Trump
Espérant des contreparties économiques, le leader nord-coréen renonce aux essais atomiques et balistiques.
SEBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
A
SÉOUL
CORÉE DU NORD Ri Chun-hee a sorti le
chogori rose de son placard. Engoncée
dans son costume traditionnel, la présentatrice vedette de la télévision d’État
nord-coréenne a opté pour une couleur
printanière, samedi, pour son énième retour devant les caméras. Lorsque cette
grand-mère reprend du service, la population du royaume ermite sait qu’une annonce majeure se trame dans la dynastie
« communiste » des Kim. Ri avait révélé
la mort des aïeux du leader suprême Kim
Jong-un, tout comme ses multiples essais
atomiques et balistiques, défiant crânement les grandes puissances jusqu’à
l’automne 2017.
Cette fois, installée devant une immense photo du lac cratère du mont Paektu,
lieu de naissance mythique de la nation
coréenne, la présentatrice à la voix stridente a tempéré ses élans martiaux pour
annoncer la fin des essais atomiques et de
missiles balistiques intercontinentaux.
Surprise. Pyongyang va même fermer
son célèbre site de Pyunggye-ri, où le régime a conduit ses six tests nucléaires,
faisant trembler le sol jusqu’en Chine.
Une annonce drapée dans le nationalisme
autarcique du Juché : Kim Jong-un a accompli son ambition, en se dotant d’un
arsenal nucléaire, « Épée chérie », et peut
donc se consacrer pleinement au développement économique. « Le travail pour
installer des ogives nucléaires sur des missiles balistiques est terminé. Le Parti et la
nation tout entière doivent maintenant se
concentrer sur le développement de l’économie socialiste », a déclaré le troisième
des Kim, à l’issue d’une réunion cruciale
du Comité central.
Ce changement de pied brutal est la
marque de fabrique d’une dynastie passée maître dans l’art de la survie. « C’est
une tactique nord-coréenne classique : fermer la porte à double tour puis l’ouvrir
brusquement. L’adversaire tombe dans
l’embrasure », décrypte un ancien négociateur américain.
À la veille de deux sommets cruciaux
pour son avenir international, le 27 avril
avec le président sud-coréen Moon Jaein, puis dans les prochaines semaines
avec Donald Trump, le Maréchal prend
habilement les devants. Sur le front intérieur d’abord, cette initiative anticipe les
demandes américaines et lui permet de
sauver la face en présentant comme souveraine une décision qui aurait pu passer
pour une « capitulation » imposée par les
« impérialistes ». À la tête d’un régime
dont la légitimité s’est fondée sur l’indépendance nationale, il prépare ses
23 millions de sujets, toujours pas informés du prochain sommet avec l’ennemi
américain, à un rapprochement inattendu, mais en position de force.
Sur le plan diplomatique, ce moratoire
lui permet de reprendre l’initiative, en
jouant la mélodie de l’ouverture, sans
pour autant sacrifier son trésor, l’arme
atomique. Une façon de verrouiller la tenue du « sommet du siècle », pour lequel
Un homme devant un écran de télévision, samedi à Séoul, alors que Kim Jong-un
annonce l’arrêt des essais nucléaires nord-corréens. JUNG YEON-JE/AFP
L’Iran menace de relancer l’enrichissement
L’Iran reprendra «vigoureusement »
l’enrichissement d’uranium si
Washington rompt l’accord sur le
nucléaire iranien comme le président
Donald Trump menace de le faire, a mis
en garde samedi le ministre iranien des
Affaires étrangères, Javad Zarif. Le
ministre a déclaré à des journalistes,
à New York, que l’Iran ne cherchait
pas à se doter de la bombe nucléaire,
mais que la réponse « probable » de
Téhéran à un retrait américain serait
une reprise de la production d’uranium
enrichi, un élément clé dans la
fabrication de l’arme atomique.
Donald Trump a posé la date
du 12 mai comme ultimatum
à ses alliés européens pour qu’ils
s’entendent avec l’Iran afin de
« remédier aux terribles lacunes »
du texte de l’accord. Trump, qui
le juge trop laxiste, menace
de rétablir les sanctions contre
Téhéran et de se retirer du texte.
aucune date n’est encore fixée, avec l’imprévisible président américain, qui a menacé de quitter les lieux sur-le-champ
faute d’accord.
L’opération fonctionne au regard du
tweet enthousiaste de Trump, saluant un
« grand progrès » et des réactions soulagées venant de Séoul, Pékin ou Bruxelles.
Il s’agit d’un « pas significatif » vers la
« dénucléarisation » de la péninsule, s’est
réjoui le président Moon, chaud partisan
du dialogue.
Aucun engagement ferme
Mais la prudence demeure dans les Chancelleries, en particulier à Tokyo, à portée
de missile intermédiaire, qui rappelle la
nécessité d’un démantèlement « vérifiable » de l’arsenal nord-coréen. Car l’annonce fracassante de Pyongyang est à
double tête et affirme en creux son statut
de puissance nucléaire. Et si Kim se dit
prêt à parler de dénucléarisation au sommet, il n’a pris aucun engagement ferme.
En coulisses, Washington, Séoul et Tokyo discutent en vue d’imposer une
« deadline » de deux ans à Kim pour se
séparer définitivement de ses armes, et
prévenir des négociations au long cours.
Mais ces exigences pourraient se heurter
à la soif de publicité du président américain. « Trump veut que le sommet ait lieu et
se déroule bien, car il veut marquer l’histoire. Il veut obtenir un engagement de Kim
sur la dénucléarisation, mais il est moins
enclin à exiger une échéance drastique, de
peur de le braquer et que le sommet ne dérape », juge Scott Seaman, analyste au
Cabinet Eurasia Group.
En mettant au placard la ligne « byungjin », qui prévoyait le développement en
parallèle de la bombe et de la croissance
économique, le leader suprême entame
une nouvelle étape de son règne. Après
avoir acquis le savoir-faire atomique, le
dictateur élevé en Suisse compte développer son pays, mais il se présente devant le monde comme de facto puissance
nucléaire, sur les traces du Pakistan qui
lui transmit les secrets de l’atome. ■
DANIEL ROLAND/AFP
L’ancienne ministre du Travail, connue
pour son verbe haut, a été élue dimanche
présidente du Parti social-démocrate.
nère », avait-elle promis deux mois plus
tard quand les négociations ont dû commencer. En janvier, lorsque le parti tanguait entre le oui et le non à la GroKo, elle
avait finalement fait l’éloge des petits pas
qui font selon elle les grandes victoires
réelles. Andrea Nahles est théâtrale mais
ni sectaire ni idéologique. Elle s’oppose
frontalement sur le fond aux plus conservateurs de la CDU/CSU mais s’entend
personnellement bien avec certains
d’entre eux, comme son ancien collègue
Alexander Dobrindt.
Pour ne pas abandonner toute liberté
de parole au sein de la nouvelle majorité,
elle n’a pas revendiqué de portefeuille
ministériel. « On peut renouveler le parti
tout en étant au gouvernement », a-t-elle
assuré dimanche. Comme un signe de
gêne, Andrea Nahles n’a pas cité une fois
Angela Merkel durant son discours, sauf
une allusion. « Wir packen das », a-t-elle
osé à la fin de son intervention pour sonner la mobilisation du parti comme en
écho au « Wir schaffen das » de la chancelière lors de la crise migratoire. « On
résout cela ensemble » contre « on réussit
cela ».
Les deux femmes se connaissent. Andrea Nahles a servi au sein du dernier
gouvernement Merkel. Mais c’est à peu
près tout ce que l’on puisse dire d’elles.
L’ancienne ministre du Travail a supervisé l’une des réformes majeures de la dernière grande coalition, que les conservateurs ont critiquée : l’assouplissement
des conditions de départ à la retraite
ouvrant une possibilité de faire valoir ses
droits, pour certains salariés, à 63 ans
contre 67 ans.
Elle cherchera peut-être à succéder en
2021 à Angela Merkel. Dans le journal de
son lycée au moment de son baccalauréat, la jeune Andrea Nahles s’était fixé
une alternative pour son avenir : « femme
au foyer ou chancelière ». La première
possibilité ne la décrit définitivement pas.
Divorcée, elle laisse souvent sa fille de
sept ans aux soins de sa grand-mère,
dans leur petit village de Weiler dans
l’ouest du pays, pour courir les meetings.
Et l’autre ? Elle n’en parle pas encore.
Parce que le SPD doit d’abord se battre
pour sa survie : dans les sondages, il n’est
qu’à une portée de tir des populistes. Et
parce qu’elle ne veut pas non plus ouvrir
les hostilités avec son ami, vice-chancelier et ministre des Finances Olaf Scholz,
dont les ambitions ne sont un secret pour
personne. C’est sans doute le prochain
plafond de verre pour elle. ■
ZOOM
Afghanistan : 57 morts dans
un attentat de l’EI à Kaboul
Près de 60 civils, chiites pour la
plupart, ont été tués et 120 blessés
dimanche, à Kaboul, dans un
attentat suicide revendiqué par le
groupe État islamique (EI) contre
un centre d’enregistrement pour
les élections législatives, validant
les pires craintes de violences
à l’occasion du scrutin annoncé
pour octobre. Un kamikaze s’est
fait exploser dans la matinée
parmi une foule dense à l’entrée
du centre où les électeurs
récupéraient leur pièce d’identité
avant de s’inscrire sur les
registres électoraux. En début
de soirée, 57 morts et 119 blessés
avaient été décomptés, très
majoritairement membres
de la minorité chiite hazara,
régulièrement ciblée par les
extrémistes sunnites de l’EI,
selon le ministère de la Santé.
EN BREF
Arménie : 200 manifestants
interpellés
La police arménienne a interpellé
dimanche trois dirigeants
de l’opposition, dont Nicol
Pachinian, et placé en détention
près de 200 manifestants, au
dixième jour des rassemblements
contre la nomination de l’exprésident Serge Sarkissian au
poste de premier ministre.
Syrie : analyse d’échantillons
de Duma
Les échantillons prélevés, samedi,
par les enquêteurs internationaux
en Syrie à Duma, cible d’une
attaque chimique présumée,
devaient être analysés dans des
laboratoires à travers le monde,
tandis que l’Organisation pour
l’interdiction des armes chimiques
disait « étudier » un retour sur
place pour de nouveaux
prélèvements.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
COMMUNIQUÉ
E SUR
M E N AC R I T É
U
LA SÉC ÈRE
I
FINANC
Non, le compte
n’est pas bon.
Lettre ouverte au Ministre
de l’Économie et des Finances
Le gouvernement veut relever brutalement les seuils d’audit obligatoire dans les PME.
Du jour au lendemain, ce sont 153 000 entreprises qui ne verront plus leurs comptes certifiés,
au motif d’une prétendue simplification. Supprimer le seul acteur qui contribue à fiabiliser
et sécuriser les informations des entreprises, ce n’est pas leur simplifier la vie. Bien au contraire !
C’est purement et simplement l’abandon d’une mission d’intérêt général.
Le contrôle exercé par le commissaire aux comptes est essentiel. Pour lutter contre l’opacité.
Pour créer la confiance indispensable à la croissance des petites entreprises.
C’est aussi un plan social massif que s’apprête à signer le gouvernement. 3 500 commissaires
aux comptes dans les territoires, de nombreux jeunes endettés pour créer ou reprendre
un cabinet perdront leur activité. Des milliers d’étudiants engagés dans la filière audit
seront privés d’avenir professionnel.
Les commissaires aux comptes ne veulent pas être sacrifiés sur l’autel
de l’harmonisation européenne. À chaque économie ses spécificités.
La preuve : d’autres pays européens, comme l’Italie, font le choix inverse : ils réabaissent
leurs seuils pour lutter contre les nouvelles formes de délinquance financière et pour renforcer
la prévention des diicultés des entreprises.
Une méthode brutale, des conséquences très lourdes pour l’économie
tout entière. Il n’est pas trop tard pour revenir sur ce projet.
NOUS COMPTONS SUR VOUS POUR REMETTRE EN MARCHE L’ÉCONOMIE.
NOUS SOMMES LÀ AUSSI POUR Y CONTRIBUER.
Signez la pétition en soutien aux commissaires
aux comptes depuis notre site internet : cncc.fr
CRCC AGEN, CRCC AIX-BASTIA, CRCC AMIENS, CRCC ANGERS, CRCC BASSE-TERRE, CRCC BESANÇON, CRCC BORDEAUX, CRCC BOURGES, CRCC CAEN, CRCC CHAMBÉRY,
CRCC COLMAR, CRCC DIJON, CRCC DOUAI, CRCC FORT-DE-FRANCE, CRCC GRENOBLE, CRCC LIMOGES, CRCC LYON, CRCC METZ, CRCC MONTPELLIER, CRCC NANCY,
CRCC NÎMES, CRCC NOUMÉA, CRCC ORLÉANS, CRCC PARIS, CRCC PAU, CRCC POITIERS, CRCC REIMS, CRCC RENNES, CRCC RIOM, CRCC ROUEN,
CRCC SAINT-DENIS DE LA RÉUNION, CRCC TOULOUSE, CRCC VERSAILLES.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Trente ans après la tragédie qui a fait
25 morts, la probable visite du chef de l’État,
le 5 mai, ne fait pas l’unanimité sur l’île.
CORALIE COCHIN coraliecochin79@gmail.com
NOUMÉA
OUTRE-MER À moins d’une heure de vol
de Nouméa, Ouvéa est surnommée « l’île
la plus proche du paradis ». Ce sublime
atoll de sable blanc fut pourtant le théâtre de l’épisode le plus sanglant des
« événements » qui ont agité l’archipel
calédonien dans les années 1980.
Le 22 avril 1988, à la brigade de
Fayaoué, quatre gendarmes sont tués et
vingt-sept sont pris en otage par des militants kanaks réclamant l’indépendance. Le 5 mai, l’État ordonne l’assaut de la
grotte de Gossanah, dans le nord
d’Ouvéa, où sont retranchés les ravisseurs et une partie des otages. L’« Opération Victor » fait 21 victimes : deux
parmi les militaires des forces spéciales
et dix-neuf chez les indépendantistes
kanaks.
Ce chapitre douloureux de l’histoire
calédonienne a été commémoré dimanche, à Fayaoué, à l’occasion des 30 ans
de l’attaque de la gendarmerie. Bien plus
qu’une réconciliation, c’est à une « véritable communion que nous avons assisté », se réjouit Jean-Marie Dassule, le
président du « Comité du 22 avril » de
Nouvelle-Calédonie, ému de voir « toute
l’île » se recueillir sur la stèle des quatre
gendarmes morts pendant l’attaque.
« Une insulte au peuple kanak »
Malgré de fortes réticences dans son
propre camp, ce retraité de la gendarmerie, marié à une femme originaire
d’Ouvéa, est parvenu à tisser des liens
entre son comité et les habitants de
Gossanah. « Depuis cinq ans, c’est en-
LIONEL BONAVENTURE/AFP FORUM
En NouvelleCalédonie, les
plaies d’Ouvéa
ne sont toujours
pas cicatrisées
Chaque année, une cérémonie est organisée devant la stèle érigée à la mémoire des gendarmes tués à Ouvéa (ici, en 2013.)
semble que nous commémorons les événements du 22 avril et du 5 mai », se félicite
Jean-Marie Dassule.
Mais les préparatifs de ces célébrations
ont été perturbés ces derniers jours, à la
suite de rumeurs annonçant la venue
prochaine d’Emmanuel Macron sur
l’atoll, dans le cadre de sa visite en Nouvelle-Calédonie. « En venant le 5 mai,
Emmanuel Macron donne le sentiment de
piétiner le sang des 19 militants tombés
pour l’indépendance. C’est une insulte au
peuple kanak et un manque de respect à
l’égard du deuil des familles qui se recueilleront ce jour-là », s’étrangle Macki
Wea, le porte-parole du « collectif de
Gossanah », qui dénonce une « instrumentalisation » du drame d’Ouvéa, à six
mois du référendum sur l’indépendance.
La critique ne s’adresse pas uniquement au chef de l’État, qui pourrait pro-
fiter de l’occasion pour prononcer un
discours historique. Elle vise aussi les
membres du comité des signataires et les
leaders indépendantistes du FLNKS, à
qui le collectif reproche d’avoir « invité »
le président Macron le 5 mai à Ouvéa,
« sans l’avis préalable de la population ».
« À Gossanah, nous avions boycotté les
accords de Matignon », rappelle Benoît
Tangopi, un ancien preneur d’otages. Ces
accords, signés le 26 juin 1988 entre leaders loyalistes et indépendantistes,
avaient mis fin à quatre années de violences dans l’archipel. Mais cet acte de paix
avait été endeuillé, un an plus tard, par la
mort des deux ténors du FLNKS JeanMarie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné, abattus par Djubelly Wéa, un militant de
Gossanah qui ne leur avait pas pardonné la
signature des accords. « Même après trente
ans, les cicatrices, la souffrance sont encore
là », assure Benoît Tangopi, qui s’attelle
aujourd’hui à reconstituer sa version de
l’assaut avec des enfants de la tribu « pour
que la nouvelle génération n’oublie pas ».
« Les gens de Gossanah ont été marqués
au fer rouge », reconnaît également l’ancien sénateur Simon Loueckhote, originaire d’Ouvéa et non indépendantiste,
pour qui le calendrier du président semble « mal choisi ».
À l’Élysée, pourtant, l’option de voir
Emmanuel Macron se recueillir le 5 mai,
sur la tombe des 19 indépendantistes ne
semble pas abandonnée. Dimanche, le
haut-commissaire Thierry Lataste aurait
profité de sa présence à Ouvéa pour tenter
de déminer le terrain, en personne, avec
les représentants du collectif de Gossanah. En cas de succès, Emmanuel Macron
serait le tout premier président français à
se rendre officiellement à Ouvéa. ■
Les musulmans divisés sur le « nouvel antisémitisme »
Un manifeste signé par 300 personnalités demande aux imams de réinterpréter certains passages haineux du Coran.
ÉRIC DE LA CHESNAIS
£@plumedeschamps
RELIGION Les réactions sont nombreuses
à la suite de la parution, dimanche dans Le
Parisien, d’un « manifeste contre le nouvel
antisémitisme » alimenté, selon les 300 signataires, par la « radicalisation islamiste ». Rédigé par Philippe Val, l’ancien directeur de Charlie Hebdo, le texte dénonce
une « épuration ethnique à bas bruit » dans
certains quartiers. « Dans notre histoire
récente, onze Juifs viennent d’être assassinés - et certains torturés - parce que Juifs
par des islamistes radicaux », écrivent-ils
notamment. « 10 % des citoyens juifs d’Îlede-France – c’est-à-dire environ 50 000
personnes – ont récemment été contraints
de déménager parce qu’ils n’étaient plus en
sécurité dans certaines cités », dénoncent
les signataires de ce texte, parmi lesquels
figurent Nicolas Sarkozy, trois anciens
premiers ministres, mais aussi des artistes
comme Charles Aznavour ou Françoise
Hardy et des responsables des religions
monothéistes, Mgr Joseph Doré, le grand
rabbin Haïm Korsia ou l’imam Hassen
Chalghoumi.
« Nous demandons que les versets du
Coran appelant au meurtre et au châtiment
des juifs, des chrétiens et des incroyants
soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par Vatican II », exhortent ces
personnalités. « On ne demande pas aux
autorités musulmanes de notre pays de re-
voir le Coran, car il est écrit directement par
le Prophète, explique Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation, qui a signé la tribune.
Mais qu’elles apportent une interprétation
“
Il faut revoir l’exégèse
du Coran car il s’agit
d’une interprétation
qui date du IXe siècle
”
MOHAMED GUERROUMI,
MILITANT DU DIALOGUE INTERRELIGIEUX
différente des textes sacrés pour ne pas inscrire dans le marbre des mots qui appellent
au meurtre et à la haine. »
« Il faut remettre les pendules à l’heure et
revoir l’exégèse du Coran, car il s’agit
d’une interprétation qui date de IXe siècle,
explique Mohamed Guerroumi, musulman pratiquant et militant du dialogue
interreligieux à Nantes, qui a paraphé ce
texte. La sourate 9 est très violente, les juifs
ou mécréants étant considérés comme des
ennemis des musulmans. C’est ce qu’on enseigne en ce moment aux jeunes musulmans en France. » Une vision différente
de celle de Tareq Oubrou, grand imam de
Bordeaux, qui, lui, ne l’a pas signée. « Le
fait de généraliser l’idée que le Coran appelle au meurtre, c’est de la folie, note-t-il.
Il y a beaucoup de choses dans le Coran qui
ne sont pas applicables aujourd’hui car elles sont liées au contexte de l’époque. On ne
peut être antisémite quand on est musulman : deux tiers des prophètes de l’islam
sont des juifs », assure Tareq Oubrou. Il est
train de rédiger sa propre tribune, qui
sera « signée par de nombreux imams de
France ». Parmi ses supporters, Kamel
Kabtane, recteur de la grande mosquée de
Lyon. « C’est le terrorisme qui est à combattre, rappelle-t-il. L’islam est une religion de paix. Ceux qui tuent d’autres personnes au nom de l’islam sont des voyous,
des jeunes paumés de banlieue qui ne
connaissent rien du Coran. » « C’est l’islam
radical qui est visé dans ce manifeste, ce ne
sont pas les musulmans, qui ont plutôt intérêt à s’associer à cette démarche, souligne
Francis Kalifat, président du Crif (Conseil
représentatif des institutions juives de
France). Les musulmans éclairés de notre
pays doivent remettre les choses en ordre et
ne pas prendre de façon littérale les textes
sacrés mais les contextualiser. » ■
Une monnaie locale
bientôt en circulation à Paris
La « pêche », née à Montreuil en 2014, doit permettre de dynamiser
les échanges commerciaux dans huit arrondissements de la capitale.
A
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
ÉCONOMIE Le projet : donner la « pêche » à Paris ! Cette monnaie locale, qui
circule depuis 2014 à Montreuil (SeineSaint-Denis) et dans plusieurs communes alentour, déboulera le 12 mai dans la
capitale. « Solidarité, écologie, consommation responsable, lutte contre la spéculation, ce sont des valeurs qui parlent à
beaucoup de gens !, s’enthousiasme
Anouk, chargée des démarchages. Nous
avons déjà environ 900 adhérents particuliers et une centaine de commerçants et
entreprises. Quelque 30 000 pêches sont
en circulation. Ça nous fait de la marge
pour le lancement ! »
Une monnaie locale complémentaire
et citoyenne (MLCC), explique le site
de l’association Une monnaie pour
Paris (MoPPa), est « une monnaie liée à
un territoire, un mix entre un ticket repas et un billet de banque, valable
auprès de prestataires répondant à une
charte de respect de l’humain et de l’environnement. Sans remplacer totalement
l’euro, elle permet de favoriser et dynamiser l’économie locale tout en étant un
outil d’éducation populaire de réappropriation citoyenne de l’économie ».
Le nom choisi vient « des pêches
cultivées à Montreuil depuis des siècles,
autrefois acheminées à Paris pour nourrir la cour ». La pêche s’obtient en
échangeant des euros dans un comptoir
de change (1 euro = 1 pêche). Elle est
ensuite dépensée chez les entreprises
du réseau, qui peuvent à leur tour
payer leurs fournisseurs en pêches. Les
euros échangés contre les billets de pêches sont placés sur un fonds de garantie qui permet de faire des prêts solidaires aux entreprises locales. « Pour
qu’une monnaie locale soit efficace, il
faut qu’elle puisse connecter tous les secteurs vitaux de l’économie : l’agriculture, l’énergie, l’artisanat, la petite industrie, les services à la personne…,
souligne Lucas Rochette-Berlon, co-
président de la MoPPa. Ça ne peut pas
se faire que sur Paris. C’est pourquoi une
fédération, Rêves, a été créée avec l’association qui gère la pêche. » Entouré
d’une centaine de bénévoles, cet étudiant en deuxième année à Sciences Po,
militant écologiste, travaille depuis
plus de deux ans à la création de cette
monnaie locale. Une levée de fonds sur
Internet a déjà permis de récolter plus
de 9 000 euros, l’objectif étant d’atteindre au moins 20 000 euros, pour la
« mettre en place de manière viable ».
Des valeurs écoresponsables
Huit arrondissements parisiens en
auront la primeur : six dans le NordEst (Xe, XIe, XIIe, XVIIIe, XIXe et XXe) et
deux dans le Sud-Ouest (XIVe et XVe).
« Nous préparons un lancement officiel
le 12 mai, avec un grand banquet, une
conférence et une pièce de théâtre, indique Lucas Rochette-Berlon. Et ce lundi
23 avril, en avant-première, la pêche
débarque à la cafétéria autogérée de
Environ 900 particuliers et une centaine de commerçants et entreprises utilisent
les coupons-billets de pêches en Seine-Saint-Denis. SERGE ATTAL/CIT’IMAGES
Sciences Po : pour 2 pêches, on a un plat
chaud ! » Épiceries solidaires, restaurants, librairies, l’association espère
signer des accords avec une quarantaine d’autres commerces d’ici au lancement. « Si on ne travaille qu’avec des
gens qui sont dans l’économie sociale et
solidaire, on ne changera rien !, s’exclame l’étudiant. On va donc essayer d’attirer des entreprises par l’aspect économique, puis on fixera avec elles des
objectifs à atteindre : mettre en place le
tri sélectif, travailler avec des produits
non polluants… » La mairie de Paris,
pour sa part, n’a pas encore décidé si
elle participera au projet.
Bistrot branché du XVIIIe arrondissement, la Recyclerie accepte déjà les
paiements en pêche depuis deux ans et
sert même de comptoir d’échange.
« Ça ne nous a pas ramené un public
supplémentaire, mais ça nous permet de
sensibiliser le public aux valeurs écoresponsables, détaille Marion, chef de
projet. Pour l’instant, c’est très marginal : on récolte seulement une trentaine
de pêches par semaine. Mais on sent revenir un engouement depuis l’annonce
de l’élargissement à Paris. Et on a hâte
qu’il y ait de nouveaux fournisseurs et
partenaires, pour pouvoir diffuser notre
pêche ! » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 23 avril 2018
SANTÉ
9
DOSSIER
PSYCHO
De la soie
d’araignée pour
recoller les os
STRABISME : IL EST IMPÉRATIF
D’INTERVENIR
AVANT L’ÂGE DE 3 ANS PAGE 10
QUE RÉPARE
LE SOMMEIL EN NOUS ?
PAGE 12
Les troubles mentaux,
première pathologie
des jeunes
Dans une population globalement en bonne
santé physique, anxiété, dépression
ou troubles du comportement pèsent lourd
et touchent les enfants de plus en plus tôt.
YAKYNICHKIN-STANISLAV/STOCK.ADOBE.COM
ANNE PRIGENT
JEUNESSE Anxiété, dépression,
troubles du comportement… en quelques années, les troubles mentaux ont
pris la première place sur le podium des
maladies qui impactent la santé de nos
enfants. Pour parvenir à cette conclusion, le Pr Bruno Falissard, pédopsychiatre et directeur du Centre de recherche en épidémiologie et santé des
populations, a comparé les données de
l’Organisation mondiale de la santé
(OMS), qui évalue le nombre d’années
en bonne santé perdues en raison
d’une pathologie, entre 2000 et 2015.
« Globalement, les enfants entre 5 et
15 ans vont de mieux en mieux. Mais
comme cette amélioration est moins nette pour la santé mentale, la part relative
des troubles mentaux augmente », plus
particulièrement dans les pays occidentaux, souligne l’auteur de l’étude
publiée sur le site de la revue Child and
Adolescent Psychiatry and Mental
Health. Cette dernière a également permis de classer chaque trouble mental
en fonction de la souffrance ressentie
par les enfants. Résultat : les troubles
du comportement, les troubles anxieux, les troubles dépressifs majeurs
et le syndrome d’autisme-Asperger
arrivent en tête du podium.
« Cette étude nous démontre que les
troubles du comportement représentent
une part importante de la souffrance de
l’enfant. Or ces enfants impulsifs ou encore qui ne savent pas gérer leurs émotions et ne peuvent pas se contrôler subissent souvent la double peine. Ils vont
mal et le plus souvent on les voit comme
des enfants mal élevés et non pas comme
des enfants en souffrance », souligne le
Pr Bruno Falissard.
Il faut dire que, d’une façon plus générale, il est difficile pour les adultes
d’imaginer qu’un enfant puisse souffrir
psychiquement. Or l’enfance n’est pas
un âge heureux pour tous. « Il y a vingtcinq ans, la dépression concernait quasi
exclusivement les adolescents. Or elle
apparaît désormais plus fréquemment
chez des enfants avant l’âge de 10 ans. Il
y a quelques années, pour qu’un enfant
jeune fasse une dépression, il fallait une
série d’événements déclenchants. Ce
n’est plus le cas », explique le Pr MarieRose Moro, chef de service à la maison
des adolescents de Cochin à Paris. Et
les actes suicidaires chez les moins de
11 ans sont de plus en plus nombreux.
Les automutilations ont
explosé : en vingt ans,
cette pratique
a augmenté de plus
de 300 % chez les jeunes
D’autres troubles, longtemps cantonnés aux affres de l’adolescence,
touchent désormais des populations de
plus en plus jeunes. C’est le cas par
exemple de l’anorexie mentale. Cette
dernière, qui frappait plutôt les jeunes
filles de milieux aisés après la puberté,
concerne de plus en plus de jeunes filles
prépubères mais aussi des garçons et de
tous les milieux sociaux.
Pour le Pr Xavier Pommereau, responsable du pôle adolescent au CHU de
Bordeaux, les troubles du comportement alimentaire sont devenus un véritable sujet de préoccupation. « À côté
des troubles classiques comme l’anorexie mentale et la boulimie nerveuse,
nous voyons apparaître de nouveaux
troubles », explique le spécialiste. C’est,
par exemple, le surpoids et l’obésité
liés à un repli sur soi et une addiction
aux jeux vidéo chez de jeunes garçons
ou la boulimie avec vomissement rencontrée chez des jeunes filles. « Certaines peuvent se faire vomir 3 ou 4 fois
par jour, avec de véritables risques
pour leur santé », met en garde Xavier
Pommereau.
Autre phénomène qui interpelle les
pédopsychiatres, l’explosion des automutilations : sur vingt ans, cette pratique a augmenté de plus de 300 % chez
les jeunes. « Une étude que j’ai menée
auprès de 2 000 adolescents de 15 ans
des régions Alsace et Poitou-Charentes
montre que 33 % d’entre eux se sont
automutilés au moins 1 fois », affirme le
professeur Ludovic Gicquel, chef du
pôle de psychiatrie de l’enfant et de
l’adolescent du CHU de Poitiers.
Des automutilations qui, là encore,
se rencontrent de plus en plus chez de
très jeunes filles. Elles ne sont pas pour
autant le témoignage d’un passé traumatique « Elles traduisent ainsi un état
de mal-être. Elles passent à l’acte sur
leur propre corps car elles ne se sentent
pas suffisamment reconnues. Leur seul
objectif dans la vie est d’avoir de l’argent
et d’être célèbres. Ce sont des jeunes en
manque de projets, d’engagements »,
analyse le Pr Xavier Pommerau.
Autant de troubles qui traduisent le
mal-être chez les plus jeunes. Ils seraient ainsi, entre 10 et 15 %, à traverser
des moments très difficiles, rappelait
Marie-Rose Moro dans son rapport.
« Mission bien-être et santé des jeunes », de novembre 2016. Pourtant,
même si la pédopsychiatrie s’est démocratisée, certaines familles hésitent encore à faire appel aux professionnels par
peur de la stigmatisation. « Les patients
arrivent dans nos cabinets quatre ans
après l’apparition des premiers symptômes », affirme le Pr Maurice Corcos, qui
dirige le département de pédopsychiatre de l’Institut Mutualiste Montsouris à
Paris. Or, comme pour nombre de pathologies, plus la prise en charge se fait
tardivement, plus elle sera difficile à
soigner. ■
BIOMATÉRIAU Les araignées et les papillons ont une fois de plus inspiré des chercheurs. Des ingénieurs en biomatériaux de
l’université du Connecticut (UConn) ont
réussi à créer un matériau biodégradable à
base de fibre de soie d’arachnées ou de certains lépidoptères. Résistant, flexible, biodégradable, il a toutes les qualités nécessaires,
selon le professeur Mei Wei pour être utilisé
en chirurgie pour aider à la réparation des
fractures.
Ce nouveau matériau composite est
constitué de trois composants principaux.
Le premier est la fibroïne, une protéine fibreuse qui forme la structure de la soie, réputée pour sa résistance à la traction. Le
deuxième est l’acide polylactique, un polymère biodégradable déjà utilisé pour les sutures en chirurgie. Obtenu à partir d’amidon
de maïs, on l’appelle parfois le bioplastique.
Le troisième est l’hydroxyapatite, principale
composante minérale de l’émail dentaire, de
la dentine et de l’os.
Avec ses collègues Dianyun Zhang, Bryan
Heimbach et Beril Tonyali, Mei Wei a testé de
nombreuses formulations de son composite
en faisant varier les proportions de chacun
des composants et la façon de les mixer et
de les placer. Au bout du compte, après des
douzaines d’essais, ils ont obtenu un matériau dont la coupe est comme un rayon de
ruche : chaque cellule est occupée par un fil
de fibroïne et au lieu de cire, ils sont
« noyés » dans un ensemble acide polylactique et hydroxyapatite, qui forme une biocéramique.
Dans le compte rendu de leurs travaux,
publié dans le Journal of Mechanical Behavior of Biomedical Materials, les chercheurs
estiment que leurs « résultats avec ce composite biodégradable montrent de grandes
performances en termes de résistance et de
flexibilité, qui s’avèrent être parmi les plus
élevés de ceux mesurés avec des biomatériaux similaires ».
Sa qualité « bio » présente des avantages
certains par rapport à d’autres soutiens osseux comme les plaques ou tiges de métal,
qui peuvent entraîner des irritations et des
inflammations, et qui sont, paradoxalement,
parfois trop rigides pour permettre une bonne réparation de l’os. Le biomatériau réalisé
est également résilient, c’est-à-dire présentant une bonne capacité à résister aux
chocs. Il met environ une année à se biodégrader. « Je suis sûr que l’on peut encore
augmenter ses performances », assure Mei
Wei. L’équipe travaille d’ores et déjà dans ce
but, avec par exemple une forme cristalline
d’hydroxyapatite ou une formulation différente du substrat structurel.
JEAN-LUC NOTHIAS
TOC TOC DOCTEUR
Retrouvez ce mardi à 15 h 10
notre émission « Toc Toc Docteur »,
présentée par l’équipe du Figaro Santé
et consacrée à l’homéopathie
➜ À suivre sur lefigaro.fr
et sur facebook.com/lefigaro
La pédopsychiatrie, une spécialité en souffrance
L’ÉTUDE MENÉE par le Pr Bruno Falissard (lire ci-dessus) tombe à point nommé pour rappeler que la santé mentale
de nos enfants est devenue une priorité.
Or le domaine de la psychiatrie semble
aujourd’hui, plus encore que d’autres
champs de la médecine, sinistré. « Dans
certaines régions, nous avons des délais
d’attente de six mois à un an pour une
prise en charge. C’est beaucoup trop
long », tempête le Pr Maurice Corcos,
pédopsychiatre à l’Institut Mutualiste
Montsouris à Paris.
La cause ? D’une part, une offre de
soins en nette diminution. Il faut dire
que, selon les régions, il manquerait entre 7 et 41 % de professionnels qualifiés
pour répondre à la demande. D’autre
part, une demande en forte hausse.
Ainsi, le nombre « de mineurs jusqu’à
l’âge de 15 ans vus au moins une fois dans
l’année dans les inter-secteurs de pédopsychiatrie a connu une hausse de plus
80 % entre 1991 et 2003 », notait le rapport d’information du Sénat sur « La situation de la psychiatrie des mineurs en
France », en 2017.
« Victime de son succès »
Une augmentation qui s’est poursuivie
jusqu’en 2014, à un rythme soutenu de
22 % avant de s’atténuer. Or difficile
pour les structures en place de faire face
à cet afflux. « Notre système a été victime
de son succès. Nous avons resserré les
mailles du filet pour repérer de plus en
plus d’enfants en souffrance. Mais, alors
que le bilan nécessite deux jours, le suivi
va durer trois ou quatre ans », analyse le
Pr Ludovic Gicquel, pédopsychiatre au
CHU de Poitiers. Une demande de suivi
en augmentation d’autant plus difficile à
assurer lorsque le nombre de pédopsychiatres a été divisé par deux entre 2007
et 2016. « Nous sommes le pays européen
où l’offre de soins en pédopsychiatrie est
la plus faible du point de vue des praticiens », écrivait Marie-Rose Moro dans
son rapport « Mission bien-être et santé
des jeunes », de novembre 2016.
Et la situation va mettre du temps à
s’améliorer puisqu’il existe plusieurs facultés sans aucun professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent
pour former les internes et donc les futurs psychiatres qui voudraient choisir
cette spécialisation. « On est très précisément là dans un cercle vicieux qui ne
permet pas une formation suffisante de
psychiatres d’enfants et d’adolescents,
qui renforce la pénurie alors que la demande de la société ne fait, quant à elle,
qu’augmenter ! », notait encore la psychiatre.
Le cri d’alarme des pédopsychiatres
semble avoir été entendu par la ministre de la Santé, qui a annoncé plusieurs mesures en faveur de la pédopsychiatrie. Mais, pour le moment, les
spécialistes trouvent que les paroles
mettent encore du temps à se traduire
en acte. ■
A. P.
A
L. GLASNER/STOCK.ADOBE.COM
lefigaro.fr/santé
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lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
10
DOSSIER SANTÉ
Strabisme : il est impératif
d’intervenir avant l’âge de 3 ans
Ce dysfonctionnement doit être recherché
jusqu’à 6 ans pour être bien corrigé.
Une anomalie de l’alignement des yeux
5%
des enfants
sont atteints
de strabisme
LES DIFFÉRENTS TYPES DE STRABISME
LE STRABISME PROVIENT DU DÉFAUT DE L’ALIGNEMENT DES YEUX,
IL SE TRADUIT PAR L’OBTENTION D’UNE IMAGE DOUBLE
6 muscles commandent le déplacement d ‘un œil
Le traitement commencera toujours
(4 muscles droits et 2 muscles obliques)
par une rééducation orthoptique des six
Muscle droit supérieur
muscles qui orientent chaque globe
OPHTALMOLOGIE « Il est désormais
oculaire dans son orbite et doivent se
Muscle grand oblique
rare de voir s’installer définitivement une
coordonner avec l’autre côté pour aliamblyopie, risque principal du strabisgner les deux yeux. Cette rééducation se
me », souligne le Pr Philippe Denis, chef
fait, même chez le tout-petit, avec des
du service d’ophtalmologie de l’hôpital
lunettes équipées d’obstacles ou de
Muscle droit
Muscle droit
de la Croix-Rousse à Lyon et directeur
prismes pour obliger l’œil à travailler
interne
externe
de l’École d’orthoptique de Lyon. Lorsautrement. Si une amblyopie a été déque les deux yeux ne fonctionnent pas
tectée, il faudra bloquer complètement
ensemble et que l’angle du strabisme est
la vision de l’œil compétent afin de forMuscle petit oblique
important, le cerveau reçoit en effet
cer l’autre à retrouver le mécanisme de
deux images séparées qu’il a du mal à
la vision. Les lunettes permettent égaleMuscle droit inférieur
rassembler.
ment de corriger totalement, et en
Chez l’enfant, dont le système visuel
même temps, tout défaut de vision
n’est pas encore mature, le cerveau peut
(myopie, hypermétropie, astigmatisme)
choisir d’ignorer les informations fourqui joue parfois un rôle sur l’installation
nies par l’œil le moins fort, qui peut finir
d’un strabisme. Si cela ne suffit pas, il
par perdre toute capacité de vision.
est possible d’utiliser la toxine botulique
« L’amblyopie touche la moitié des en(lire ci-dessous) pour relâcher certains
Si le strabisme ne parvient pas à être corrigé par le port de lunettes
fants atteints de strabisme, mais elle
muscles au profit d’autres afin de favoou la rééducation, l’alignement des yeux peut être rétabli par la chirurgie
pourra être corrigée pour plus de 90 %
riser leur utilisation.
en modifiant la position des muscles oculomoteurs
d’entre eux », rappelle le Pr Denis. La clé
En dernier recours, et sans précipitation car de nombreux strabismes se rédu succès, comme souvent, repose sur la
Illustration : Sophie Jacopin
Infographie
solvent rapidement, la chirurgie permet
précocité du diagnostic et de la prise en
de réorienter le globe oculaire. Plusieurs
charge.
interventions seront parfois nécessaires
Le strabisme est un trouble fréquent
pour corriger graduellement un strabisqui touche jusqu’à 5 % des enfants et
me important et éviter une décompenjustifie un dépistage systématique à plusation de l’œil dans l’autre sens. Plus le
sieurs reprises pendant l’enfance. Il l’est
strabisme est pris en charge rapidedès les premières visites chez le pédiament, moins le
traitement sera
Le médecin recherchera, en premier lieu, lourd et difficile
oculaire, particulièrement gros, a
LORSQU’UN strabisme apparaît pour
à supporter pour
trouvé peu à peu une position de
la première fois à l’âge adulte, il s’acsi le strabisme est lié à une pathologie
les patients mais
confort vers l’intérieur de l’œil ou encompagne en général d’une diplopie
sous-jacente ou à une malformation
aussi pour leurs
core face au strabisme d’un œil aveubrutale. Cette double vision, liée à une
parents, qui doigle qui, n’étant pas sollicité pour la viparalysie oculomotrice, doit mener
de l’œil dont il faudra tenir compte
vent se montrer
sion, a trouvé une position de repos
rapidement chez un médecin. « Le
avant d’envisager la prise en charge
déterminés pour
excentrée.
premier bilan est étiologique : on respécifique du strabisme
convaincre leur
cherchera d’abord une affection sousJamais trop tard pour opérer
enfant de porter
jacente comme un trauma, un diabète,
des lunettes corune hyperthyroïdie, une asthénie ou une
Le strabisme touche 4 % des adultes
rectrices pas toujours élégantes et de
tumeur », indique le Pr Claude Speegtre, dans les six mois après la naissance,
mais, pour la moitié, il est en réalité
suivre un programme de rééducation
et permet de découvrir des strabismes
apparu dans l’enfance. « Dans cerSchatz, chef du pôle ophtalmologie du
des yeux, parfois jusqu’à l’adolescence.
précoces congénitaux, liés à une absentains cas, il n’a jamais ou mal été traité
CHU de Strasbourg. La cause de la paLes lunettes d’orthoptie devront en
ce de vision binoculaire que les enfants
dans l’enfance », regrette le Pr Speegralysie sera identifiée dans la grande
effet être portées et les séances de rééne pourront pas récupérer. Cette vision
Schatz. La crainte de la diplopie, qui
majorité des cas et le strabisme pourra
ducation maintenues jusqu’à ce que les
binoculaire est importante car elle apfait encore reculer certains ophtalmoêtre pris en charge en même temps
muscles se soient suffisamment renforporte une perception des reliefs plus
logistes, n’est pas justifiée et une inque ce qui l’a provoqué.
cés pour maintenir l’alignement correct
précise, même si la vision en 3D repose
tervention chirurgicale peut rendre
Comme pour les enfants, les outils
recherché. Des exercices seront en géaussi sur l’analyse des images en mouune grande qualité de vie aux patients
d’orthoptie sont mis en place en prenéral proposés aux patients pour mainvement ou des ombres.
adultes. Il est également possible de
mier lieu, suivi par l’injection de toxitenir la tonicité des muscles en jeu tout
Les strabismes partiellement ou totacorriger un strabisme qui réapparaît
ne botulique si nécessaire. La chirurau long de leur vie afin d’éviter une récilement accommodatifs – liés au foncde nombreuses années après un traigie n’est envisagée qu’au bout d’un
dive du strabisme, fréquente à l’âge
tionnement de l’œil – apparaissent plus
tement dans l’enfance, soit par déan, pour laisser le temps à l’organisme
adulte (lire ci-contre). Dans tous les cas,
tard. Dans tous les cas, le strabisme decompensation lorsque la presbytie apd’intégrer le traitement de la cause
les adultes ayant été atteints d’un stravra être pris en charge rapidement pour
paraît soit parce que l’œil est entraîné
sous-jacente : le strabisme se résorbe
bisme dans l’enfance devront régulièreéviter une amblyopie définitive et les
plus loin que nécessaire lorsque le tissans chirurgie dans 90 % des cas.
ment vérifier qu’il ne réapparaît pas
stigmates sociaux liés au strabisme (lire
su musculaire évolue avec l’âge.
Dans quelques cas exceptionnels, le
afin, comme la première fois, de réagir
ci-contre).
Si la prise en charge est plus efficace
strabisme sera corrigé directement
rapidement pour en éviter les conséLe principal outil de dépistage du
chez l’enfant, il n’est jamais trop tard
par chirurgie : lorsqu’il apparaît chez
quences les plus désagréables. ■
strabisme est l’entourage, qui remarque
pour opérer un adulte et corriger un
une patiente très myope dont le globe
souvent un défaut d’alignement d’un
strabisme qui peut avoir des conséœil ou des deux. Le strabisme converquences profondes pour la qualité de
gent, vers le centre du visage, est le plus
vie. La diplopie, loin d’être une conséfréquent et la langue française lui a
quence de la chirurgie du strabisme
même accordé un verbe : loucher. La
chez l’adulte, est en réalité déjà prédéviation peut se produire plus raresente chez la majorité d’entre eux et
ment vers l’extérieur ou même verticasera corrigée dans la majorité des cas,
lement.
ainsi que les torticolis fréquents qu’il
Évidemment, ce dépistage spontané
provoque.
se fait surtout lorsque le strabisme est
Dans certains cas, l’intervention
important et qu’il n’apparaît pas seulechez l’adulte permettra d’améliorer, à
ment lorsque l’enfant est fatigué. « Le
un âge où le patient est capable de resstrabisme doit être recherché régulièrepecter les prescriptions de l’orthopment jusqu’à l’âge de 6 ans : il est mieux
tiste, certaines amblyopies qui sempris en charge avant l’âge de 2 ans et
blaient définitives. Toutes les tâches
demi », rappelle le Pr Denis. Le médecin
du quotidien sont alors facilitées : plus
précises, moins hésitantes, plus rapirecherchera, en premier lieu, si le strades. Autre atout : l’amélioration du
bisme est lié à une pathologie souschamp binoculaire, très souvent réjacente ou à une malformation de l’œil
duit par le strabisme, permet aux padont il faudra tenir compte avant d’entients de réduire les risques liés à la
visager la prise en charge spécifique du
Dans tous les cas, le strabisme devra être pris en charge rapidement pour éviter
conduite automobile. ■
P. L.
strabisme.
une amblyopie définitive et les stigmates sociaux liés au problème. SHUTTERSTOCK
PAULINE LÉNA
Apparition chez l’adulte :
récidive ou symptôme
«
»
A
Toxine botulique : utilisée avant la chirurgie
LE TRAITEMENT du strabisme est historiquement l’une des premières indications de la toxine botulique. Elle provoque une paralysie temporaire des
muscles entourant la zone où elle est injectée. Dans le cas du strabisme, elle
joue le même rôle que le cache que l’on
place parfois sur un œil pour obliger
l’autre à se réaligner et que les enfants
acceptent parfois très mal. Le mouvement des yeux est en effet contrôlé par
un ensemble de six muscles. S’ils deviennent trop puissants d’un côté de
l’œil, la pupille ne peut plus se replacer
au centre de l’orbite oculaire. En relâchant ces muscles avec la toxine botulique, on donne une chance aux autres
muscles de se renforcer.
Peu d’effets secondaires
La toxine botulique a peu d’effets secondaires, elle est très bien supportée
même par de très jeunes enfants chez
qui elle est injectée sous anesthésie générale. Chez l’adulte, elle est administrée sous simple anesthésie locale. Elle
provoque une divergence stable de l’œil
et ses effets s’atténuent peu à peu en
cinq semaines, au bout desquelles le
strabisme est souvent assez atténué
pour que l’enfant accepte mieux le traitement orthoptique. Une deuxième injection peut également être envisagée.
Si l’effet n’est pas suffisant, une intervention chirurgicale pourra être pratiquée. Si la divergence persiste après
cinq semaines, la toxine botulique révèle de manière précoce un type de strabisme rare et difficile à diagnostiquer :
le strabisme dynamique convergent
mais statique divergent, qui devra être
corrigé chirurgicalement.
La toxine botulique est parfois utilisée
pour atténuer un strabisme important
qui rend l’utilisation d’un cache trop
inconfortable ou avant une intervention
chirurgicale. Elle permet alors d’éviter
des interventions multiples qui, outre le
risque lié à toute chirurgie, forment des
cicatrices successives parfois problématiques. Le traitement, qui donne initialement une allure étrange à l’œil, se
fait plutôt avant l’entrée à l’école ou
pendant les grandes vacances pour éviter de soumettre les enfants aux commentaires de leurs camarades… ■ P. L.
Esotropie, déviation d’un œil vers l’intérieur.
Le plus courant des strabismes infantiles
Exotropie, déviation vers l’extérieur
Hypertropie, déviation vers le haut (forme rare)
Hypotropie, déviation vers le bas (forme rare)
Chez l’adulte,
le premier bilan
est étiologique :
on recherchera
d’abord une
affection sousjacente comme un
trauma, un diabète,
une hyperthyroïdie,
une asthénie
ou une tumeur
»
PR CLAUDE SPEEG-SCHATZ
CHEF DU PÔLE OPHTALMOLOGIE
DU CHU DE STRASBOURG
DISCRIMINATION
À L’EMBAUCHE
Une étude anglaise a montré
qu’à partir de 6 ans un enfant
qui souffre de strabisme a
moins de chance que les autres
d’être invité à des goûters
d’anniversaire. Ceux qui
louchent à l’adolescence
sont eux aussi victimes de
moqueries, de rejets. Une bonne
correction apporte une
réduction des risques lors
de la conduite automobile
mais aussi un confort et une
efficacité dans tous les actes
du quotidien. Cela joue
également au travail,
notamment face à un écran
mais également dès
l’embauche : plus de la moitié
des patients adultes, en
particulier ceux qui sont
atteints de strabisme
divergent, ont subi une
discrimination à l’embauche.
Autant de bénéfices qui
justifieraient de faire sortir
cette intervention du champ
de la chirurgie esthétique pour
entrer, comme le souligne
le Pr Claude Speeg-Schatz, chef
du pôle ophtalmologie du CHU
de Strasbourg, dans le champ
de la chirurgie réparatrice.
La prise en charge du strabisme
par l’Assurance-maladie,
encore très insuffisante même
chez l’enfant, pourrait tenir
compte très pragmatiquement
des coûts indirects que cette
pathologie provoque à tous
les âges.
P. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 23 avril 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
Certaines crises
sanitaires peuventelles être évitées ?
S
CAROLINE
FAILLET
Conseil en stratégie digitale (Bolero).
Auteur de « L’Art de la guerre
digitale », Dunod, 2016
urgissant de nulle part, elles
font l’actualité pendant des semaines mais, quand elles ne retombent pas, chassées par un
autre « buzz », les crises peuvent dégénérer en véritables « scandales » sanitaires pour finir à la case justice… Sur Internet et les réseaux sociaux,
la règle du jeu a changé, mais jusqu’où
la santé peut-elle en être l’enjeu ?
Depuis quinze ans, trois révolutions
digitales ont amené successivement les
patients à la découverte d’Internet, à
rechercher leurs symptômes sur Google
puis à partager leur vécu sur les forums
et les réseaux sociaux. Les sachants (experts, laboratoires, autorités de santé),
démunis face à cette nouvelle forme de
communication à laquelle ni leur formation ni leur pratique ne les avaient
préparés, n’ont rien vu venir… Et, faute
de comprendre l’intérêt de vulgariser
l’information médicale et d’apprendre à la rendre visible sur les
moteurs de recherche, ils
ont laissé le champ libre sur
le Web à des experts autoproclamés,
complotistes,
propagateurs de rumeurs et
11
disent les patients internautes est vrai
ou non, digne d’intérêt ou non, mais
d’écouter ce que révèlent leurs inquiétudes et leurs attentes, dans leur spontanéité. Ils doivent cesser de dispenser
l’information d’en haut, mais s’efforcer
de répondre aux préoccupations telles
qu’elles s’expriment sans restriction,
telles qu’elles ne s’exprimeraient pas,
justement, sans la protection de l’écran.
Le Web-patient attend de l’écoute et
des réponses aptes à le rassurer, des explications pour désamorcer des craintes par30 % de signalements d’effets
fois légitimes, avec des
indésirables de médicaments
arguments et des mots
échappent à la pharmacovigilance « compréhensibles ».
Même si cette prise de
officielle… tout simplement parce
conscience de la nécessité
d’une
véritable approqu’ils ne sont visibles qu’en ligne,
che centrée sur le patient
sur Internet et les réseaux sociaux
peut mettre du temps du
fait des contraintes réglementaires qui, par exemple, interdidétecter rapidement les cas qui échapsent à un laboratoire de communiquer
pent aux procédures conventionnelles
directement avec le public, il faut déjà
de façon à faire remonter l’ensemble de
commencer par apprendre à exister sur
ces craintes qui, par facilité, se manile parcours digital du patient. C’est le
festent davantage aujourd’hui sur les
prix à payer pour espérer réhabiliter la
canaux d’expression numérique que sur
vérité scientifique en créant un lien de
les circuits officiels. Cette veille est ausconfiance et de proximité avec l’opisi seule à même de faire le tri entre les
nion, en dispensant le bon contenu au
vrais effets secondaires et les phénomèbon endroit au quotidien. Nous n’arrênes de contamination dits « noceterons pas le train du digital, mais cesbo », propagateurs d’anxiété, et
sons de croire que nous pourrons le
donc de mettre en place au plus tôt
Z
E
V
rattraper avec des diligences : tous ces
des
actions
aptes
à
prendre
de
court
U
O
RETR OS AVIS ces emballements émotionnels et beaux sites vitrines institutionnels à
l’encéphalogramme
désespérément
médiatiques.
TOUS N RTS
plat, ces milliers de pages Facebook déLes professionnels de santé doiD’ EXPE
sertées et ces applications qui n’ont de
vent comprendre que l’important
mobiles que le nom… ■
n’est pas de déterminer si ce que
SUR
R
autres « charlatans ». Wikipédia ne défendant que la « neutralité de point de
vue » a été rapidement investi par les
« anti » de tous bords (anti-vaccins,
anti-OGM, anti-ondes, anti-viande…)
qui viennent y imposer leur vérité en
toute liberté. Sur les réseaux, les professionnels de santé se retrouvent
confrontés à un « débat public » où
l’émotion prend le plus souvent le dessus sur la raison. Dans ce contexte,
toute argumentation objective, démontrée par les preuves, devient inaudible et l’intervention des experts, loin
de rassurer, creuse encore davantage
un fossé de défiance entre la science et
l’opinion.
30 % de signalements d’effets indésirables de médicaments échappent à la
pharmacovigilance officielle… tout
simplement parce qu’ils ne sont visibles
qu’en ligne, sur Internet et les réseaux
sociaux, alors que, depuis le 13 mars
2017, les usagers peuvent en principe
signaler en quelques clics aux autorités
sanitaires tout événement indésirable
lié aux produits de santé sur le site signalement-sante.gouv.fr !
Décrypter et canaliser ce flux considérable d’expression spontanée, imprévisible et incontrôlable, exige une
nouvelle disposition d’esprit, des outils,
des compétences à même de
compléter les dispositifs traditionnels,
« off line », mis en place depuis des années par les autorités de santé. Internet
ouvre ainsi à la pharmacovigilance de
nouvelles perspectives par rapport à
celle de l’ère prédigitale, qui n’avait pas
prévu, par exemple, les phénomènes
d’automédication. Un nouveau métier
est né pour assurer cette nouvelle pharmacovigilance « digitale » : les « netnologues » repèrent toutes ces conversations, les trient, les analysent afin de
«
»
RO.F
LEFIGA
figaro.fr
sante.le
@
profession nouvelle
u Une
Dans le contexte actuel d’un accès de
plus en plus difficile à des soins de qualité, l’arrivée d’infirmiers capables
d’épauler les médecins est assurément
une bonne nouvelle. Cette nouvelle profession contribuera à redéfinir l’accompagnement du patient dans son parcours de santé, et ce en collaboration
avec tous les professionnels de santé.
Mais cela suppose que chacun, notam-
ment les médecins, soit prêt à leur laisser une véritable place et ne les voit pas
comme de simples auxiliaires ou assistants médicaux.
u Une formation accessible
Cette reconnaissance passera assurément par une formation universitaire de
qualité au sein de masters spécifiques.
Encore faut-il que ces cursus se développent – il n’y en a actuellement que
deux en France – et soient accessibles à
tous les infirmiers qui le souhaitent : que
ce soit dès la fin de la licence ou après un
temps d’exercice professionnel, les modalités pratiques et financières de ces diplômes devront répondre à une diversité
de situations. De plus, le programme de
ces formations devra tenir compte des
besoins réels du terrain, particulièrement en termes d’effectifs requis, d’organisation des soins sur le territoire ou
des compétences à acquérir.
Les infirmiers dits
de pratique avancée
seront-ils
le nouveau visage
de notre système
de santé ?
u Une présence dans les territoires
Si les premiers infirmiers de pratique
avancée exercent principalement dans
les hôpitaux, la France se distingue aussi
par sa médecine ambulatoire dite « de
ville ». Il serait donc tout naturel que
ces infirmiers, notamment ceux formés
aux soins de proximité, aient vocation à
exercer prioritairement en ville. Dans
ce cadre, le travail de ces nouveaux professionnels ne peut s’envisager qu’au
sein d’équipes coordonnées associant
des médecins généralistes, des infirmiers et d’autres professionnels de santé, constitués en équipes de soins primaires (3) et en lien avec les associations de patients.
LES SIGNATAIRES
-Les étudiants en soins infirmiers représentés par la FNESI
-Les infirmières et infirmiers libéraux représentés par le SNIIL
-Les étudiants en premier et deuxième cycle de médecine représentés par l’ANEMF
-Les étudiants en troisième cycle de médecine générale représentés par l’ISNAR-IMG
-Les étudiants en troisième cycle de médecine représentés par l’ISNI
-Les médecins généralistes remplaçants et installés depuis moins de cinq ans représentés
par ReAGJIR
-Les médecins en centres de santé représentés par l’USMCS
-La Fédération nationale des centres de santé (FNCS)
-Les maisons de santé pluriprofessionnelles représentées par la FFMPS
-Les patients atteints de diabète représentés par la Fédération française des diabétiques
u Une mission prioritaire
Ce travail d’équipe devra répondre
aux enjeux territoriaux, ce qui passera
forcément par une liberté d’organisation
des acteurs locaux. Cela suppose aussi
que la mission prioritaire de ces professionnels soit tournée vers les soins primaires, c’est-à-dire la prise en charge
globale de la population d’un territoire.
Le suivi de pathologies chroniques, l’accompagnement dans le parcours de soins
mais aussi le renforcement de leur rôle
dans la prévention ou l’éducation thérapeutique sont autant de champs d’intervention dans lesquels s’inscriront les
missions des infirmiers en pratique
avancée. À ce titre, ces professionnels
exerceront de nouvelles compétences,
comme des actes techniques, des consultations infirmières ou certaines prescriptions. Ces infirmiers en pratique
avancée ne prendront la place de personne, mais viendront compléter l’offre
de soin globale. C’est sur la base de cette
certitude que nous appelons de nos vœux
l’arrivée de ces professionnels de santé.
Si une telle révolution ne peut faire
l’unanimité, nous sommes convaincus
que notre système de santé gagnera à encourager la collaboration et le respect
mutuel entre professionnels de santé.
Ceci permettra de reconnaître la valeur
ajoutée des prises en charge en équipe
dans l’intérêt de tous, patients comme
professionnels de santé. ■
(1) DREES, 2017.
(2) Gic REPASI de l’ANFIIDE, réseau
de la pratique avancée en soins infirmiers.
(3) Article L1411-11-1 de la loi de
modernisation de notre système de santé
n° 2016-41 du 26 janvier 2016.
A
S
i la profession exercée par les
681 459 infirmières et infirmiers (1) est plutôt bien connue
de nos concitoyens, celle d’infirmiers de pratique avancée
reste illisible pour le grand public. Et
pourtant, donner aux infirmiers, après
une formation complémentaire, de
nouvelles responsabilités dans la prise
en charge de patients est bien dans l’air
du temps et les 300 premiers représentants de cette nouvelle profession (2)
sont déjà en formation, voire à l’œuvre,
dans certains établissements. Bien que
la pratique avancée soit une réalité dans
plus de 50 pays, elle n’a été officiellement instaurée en France que par la loi
de modernisation de notre système de
santé en 2016. De plus, la possibilité
d’exercer en pratique avancée pour les
infirmiers et les autres professions de
santé peine encore à trouver son cadre
réglementaire. Si les textes encadrant
ces nouvelles pratiques infirmières sont
attendus dans les semaines qui viennent, force est de constater qu’ils témoignent encore, à ce stade, de l’absence d’une véritable vision pour ce
futur statut.
ROCKETCLIPS, INC./SHUTTERSTOCK, A. NOOR/BSIP
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
12
SANTÉ PSYCHOLOGIE
Que répare le sommeil
en nous ?
Dormir bien restaure nos forces, nous permet de prévenir stress
et obésité, mais aussi de trouver du sens dans nos vies.
PASCALE SENK
NUIT « Ce qu’il y a d’incroyable, c’est
qu’aujourd’hui, on se préoccupe davantage de recharger les batteries de son
smartphone plutôt que celles de son propre organisme », s’étonne Isalou Regen, auteur et journaliste qui publie
une enquête sur La Magie du sommeil
(Éditions Leduc.s) et guide ceux qui
veulent intensifier celle-ci (www.isalouregen.com). Conséquence de cette
négligence, la « dette de sommeil »,
ces terribles heures de repos en moins
qui guettent de plus en plus de
contemporains, au point que l’OMS a
décrété que celle-ci devenait une épidémie globale. Une personne sur trois
serait carencée en cette matière.
Isalou Regen n’échappait pas à cette
tendance, jusqu’au jour où cette quadra a pris conscience de ce vers quoi
l’entraînaient ses mauvaises habitudes
(endormissement de plus en plus tardif
à cause du stress galopant dans ses
journées, hyperconnexion au lit pour
réguler jusqu’aux dernières heures les
réponses aux mails …) : «J’avais des
difficultés à dormir car je me sentais en
danger dans mes journées, explique-telle. J’étais donc passée en mode “survie”, je rencontrais des difficultés à fermer les yeux et être vulnérable. »
De cette expérience, la journaliste a
retenu un essentiel : « L’insomnie est
une information précieuse : elle nous signale que nous n’évoluons plus en mode
“sécurité” dans notre vie. Il est alors
temps de s’occuper à être plus heureux,
plus serein ; de “recharger” ses jours
pour un meilleur sommeil, et pour cela,
d’en prendre soin. »
«
L’insomnie est une
information précieuse :
elle nous signale
que nous n’évoluons plus
en mode « sécurité »
dans notre vie. Il est
alors temps de s’occuper
à être plus heureux,
plus serein
»
ISALOU REGEN,
AUTEUR DE « LA MAGIE DU SOMMEIL »
tion existentielle. « Quand il y a quelque chose qui change, dans la société ou
dans nos vies, sans vraiment que nous
nous en rendions compte, le rêve nous le
signale », observe Bernard Lahire.
Et de décrire cette évolution fréquente chez les victimes de stress
post-traumatique : « Après des mois,
voire des années où ils sont hantés de
manière répétitive par les scènes sidérantes de l’expérience traumatisante,
on voit un jour apparaître dans leurs rêves des scènes du même événement,
mais de plus en plus positives, explique
le sociologue. Ainsi, celui qui a été victime d’un tsunami continuera à voir
dans ses rêves nocturnes une grande
Petites œuvres de fiction
Dormir est donc loin d’être une simple
proposition d’ordre physique. C’est
une chance, une possibilité existentielle précieuse et presque sacrée qu’il y a
tout lieu d’honorer et protéger.
Pour ce faire, Isalou Regen encourage chacun à développer des rituels qui
auront vocation d’influer sur la qualité
de son sommeil. « Ces petites pratiques, toutes simples, permettent une
sorte de reprogrammation bénéfique au
moment du coucher, comme par exemple s’endormir avec en tête des images
positives ou après avoir dit intérieurement trois grands mercis à des situations, des personnes, des réalisations qui
ont éclairé nos journées », explique
l’auteur. Bernard Lahire, lui, rappelle
avec un certain amusement que dans le
sommeil, chacun peut déguster grâce à
son activité onirique un « moment de
littérature » : « Même les esprits les
plus rationnels créent alors des petites
œuvres de fiction. » Autant de bénéfices qui devraient nous inciter à chérir
sérieusement nos nuits. ■
« Dormir, c’est bien plus que se reposer ! »
Interprétation des rêves
Car le sommeil de qualité, tant du point
de vue psychologique que physiologique, s’avère être un allié. Sa « magie »
est de combler nos déficits et amoindrir nos fatigues dans toutes sortes de
domaines.
Du point de vue psychologique, il est
un temps de liberté unique, celui d’un
espace privé où la censure que nous
exerçons sur nous-mêmes se fait
moins prégnante. En ce sens, Freud le
qualifiait de « paralysie » non seulement « motrice », mais aussi de « la
volonté ». « Dans le rêve, cette expérience de pensée permise par le sommeil,
nous exprimons sans aucune censure
toutes les émotions qui ont occupé nos
journées, observe le sociologue Bernard
Lahire. Si nous avons éprouvé de la colère contre quelqu’un, nous pouvons
imaginer le tuer. »
Depuis quelques années, ce chercheur mène une longue étude venant de donner lieu à un premier livre – deux autres devraient suivre sur L’Interprétation sociologique des rêves (Éditions de la Découverte). Interviewant sur le long terme une douzaine de témoins rêveurs, il découvre que
sans être psychanalyste chacun peut,
grâce à son activité onirique, avoir des
prises de conscience quant à sa condi-
vague, mais un matin il réalisera que
dans son dernier rêve celle-ci venait
mourir à ses pieds… On peut alors mesurer que cette personne va mieux dans
sa vie, en général, et que le sommeil, via
ses rêves, le lui révèle. »
PATRICK
LEMOINE
Psychiatre
Le Dr Patrick Lemoine est psychiatre, docteur en neurosciences et directeur de recherches à
l’université Claude-Bernard de
Lyon. Il a notamment publié
Docteur, je ne dors pas ! Le sommeil en 50 questions (Éditions In
Press).
LE FIGARO. - Pour vous qui
explorez le sommeil depuis
de nombreuses années,
qu’est-ce qui le rend si précieux ?
Patrick LEMOINE. - Le fait qu’il
est vraiment la marque du vivant, en ce sens où tous les êtres
qui vivent sur terre, depuis qu’ils
sont sortis de l’ère aquatique,
ont besoin de traverser en alternance des phases d’activité et de
repos. Les batraciens, les insectes, les mammifères, les plantes
– les nénuphars qui ferment leur
cœur la nuit –, tous expérimentent le sommeil. Si cette expérience universelle est si importante, c’est parce qu’il faut la
voir comme un temps de « réinitialisation », de mise à jour des
organismes, et c’est particulièrement vrai en ce qui concerne
notre système immunitaire.
Ceux qui ne dorment pas les
heures suffisantes à leur programmation génétique fragilisent toutes leurs données phy-
siologiques. En ce sens, dormir,
c’est bien plus que se reposer !
de savoir quel type de dormeur
on est vraiment.
En même temps,
nous ne sommes pas tous égaux
face au sommeil…
Effectivement, chacun a un taux
de sommeil idéal. Dans une vision assez caricaturale, 15 % de
personnes sont « du matin » et, à
Comment ?
Pour ce faire, il faut observer,
lorsqu’on n’a pas de contrainte,
de combien d’heures de sommeil
on a besoin, quand arrive le réveil spontané, quand se manifestent nos signaux de fatigue, préludes à l’endormissement…
“
Ceux qui ne
dorment pas les
heures suffisantes
à leur programmation
génétique fragilisent
toutes leurs données
physiologiques
DR PATRICK LEMOINE
”
l’autre extrême d’une courbe de
Gauss, 15 % sont « du soir », le
reste de la population étant assez
malléable. Mais il a été observé
qu’on choisit son métier en
fonction de cette relation spécifique qu’on a avec son sommeil :
les militaires, les boulangers, les
profs sont plutôt des lève-tôt,
alors que les écrivains, les journalistes, les créatifs aiment
veiller tard… Il est très important
Quels autres bénéfices
du sommeil sont-ils notables ?
Celui qui dort bien cicatrise
mieux, consolide sa mémoire
notamment dans les deux premiers cycles du sommeil. Plus on
se couche tard, moins on mémorise. Plus on repose l’organisme,
moins on risque d’être sujet à
l’infarctus ou à l’AVC. Plus on
dort, plus on favorise la fabrication de leptine, hormone qui
donne un sentiment de satiété.
Donc le sommeil prévient de
l’obésité. Comme il ralentit tout
au niveau hormonal, il réduit la
production de cortisol, hormone
du stress. Lorsqu’on ne peut
baisser ce taux, rappelons-le, on
court le risque de dépression sévère. Or quel est le principal
pourvoyeur d’insomnie ? C’est la
dépression. Ce cercle vicieux est
assez bien résumé dans la for-
mule : « L’insomniaque de 20 ans
fera le déprimé de 40 ». Aussi
j’encourage les entreprises, notamment à travers une fondation
– la Fondation MMA - à cesser de
traiter le sommeil comme une
simple variable d’ajustement à
l’activité. Dans les conférences
que je donne dans les entreprises, je ne cesse de rappeler :
« Plus vous attaquez le capital
sommeil, plus vous attaquez la
performance de chacun. »
Mais retrouve-t-on ces bénéfices
naturels du sommeil
si l’on prend des somnifères ?
Non, justement. Car un somnifère provoque une anesthésie légère et un endormissement superficiel, pas un sommeil profond.
Or c’est le plus souvent dans cette phase la plus profonde, le
sommeil paradoxal, que nous rêvons, résolvons des problèmes et
surtout avons accès à une réserve
d’informations qui ne nous sont
pas accessibles à l’état de veille.
Et ce que les neurosciences confirment, c’est que pendant ce
temps nous trions nos souvenirs,
consolidons certains et transférons nos émotions de l’hémisphère droit à l’hémisphère gauche de notre cerveau. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
A
De la Mongolie à l’Élysée, le périple inattendu d’un enfant autiste
Le prétexte de l’émouvant récit de
Domitille Cauet, Paul en Mongolie, est
un voyage dépaysant avec son fils Paul,
âgé de 10 ans. Mais c’est surtout le récit
d’un long et difficile cheminement
d’une mère qui se bat pour donner le
maximum de chances à son fils autiste,
ce que décrit l’auteur par un joli
sous-titre : « L’autisme est un voyage
que je n’avais pas prévu ». Avec ce
témoignage, on comprend qu’à
la difficulté pour des parents de gérer
les troubles de leur enfant s’ajoute
un système de prise en charge encore
défaillant en France. Il a fallu plus de
huit ans avant qu’un médecin ne mette
enfin un mot sur la cause des retards
de développement de Paul, un trouble
du spectre autistique. Un diagnostic
très tardif qui illustre le retard terrible
qu’a pris la France dans ce domaine,
entravée par une vision de l’autisme
sous le prisme de la psychanalyse.
Pour de nombreux spécialistes français,
l’autisme est une pathologie
psychiatrique pour laquelle les parents,
et surtout la mère, portent une grande
responsabilité ! La première
pédopsychiatre vue par Domitille Cauet
lui assène : « Il y a de gros blocages.
Je sens un problème avec la mère. »
Un problème de relation qui doit, selon
la spécialiste, se résoudre par des
séances de psychothérapie, où il faudra
recréer des liens entre l’enfant, la mère
et le thérapeute… Or les neurologues le
savent depuis plusieurs décennies, cette
grille de lecture psychanalytique qui
culpabilise les parents n’a plus de raison
d’être. L’autisme n’est pas une psychose
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR CYRILLE VANLERBERGHE
cvanlerberghe@lefigaro.fr
infantile. « Il est établi scientifiquement
que l’autisme est un trouble
neurodéveloppemental », rappelle
Domitille Cauet.
C’est grâce à des amis, eux aussi parents
d’un enfant autiste, que Paul sort
de cette spirale infernale et suit enfin
des thérapies comportementales qui lui
permettent de faire de beaux progrès.
Une solution qui fait tout de même peser
une lourde pression financière sur le
foyer, puisque la prise en charge dans le
secteur privé de ces thérapies, pourtant
recommandées par la Haute Autorité
de santé, n’est pas remboursée. Avec
une franchise totale, mais aussi une belle
délicatesse dans l’écriture, Domitille
Cauet n’épargne au lecteur aucune
des difficultés dont a été émaillé son
parcours, notamment pour maintenir
son fils à l’école, au contact des autres
enfants. Un chemin de croix qui finit par
peser sur elle et la pousse à envisager de
sortir de ces difficultés quotidiennes par
un défi fou : voyager avec son fils dans
l’un des pays les plus dépaysants qui
soit, la Mongolie. Un périple étonnant,
qui va permettre à Domitille de poser
un nouveau regard sur son fils. Mais
le moment le plus inattendu du parcours
de Domitille Cauet est sans doute le
message qu’elle fait passer à Emmanuel
Macron. Lors de ses années de lycée à
Amiens, Domitille a été profondément
marquée par sa professeur de français,
Brigitte Auzière, future Mme Macron.
Les deux femmes sont restées en
contact. Quand Emmanuel se porte
candidat à la présidence, elle saute sur
l’occasion pour lui faire part des
difficultés immenses des familles avec
un enfant autiste en France. Un message
entendu qui se traduira
par l’invitation de Paul à
l’Élysée, et surtout par un
ambitieux plan autisme
présenté le 5 avril par
le président.
PAUL EN MONGOLIE
Domitille Cauet,
éditions Fayard
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LE FIGARO
lundi 23 avril 2018
SOCIÉTÉ
13
La surpopulation carcérale atteint
des records dans les maisons d’arrêt
Pourtant, dans les quartiers de semi-liberté, que veut multiplier le gouvernement, 30 % des places sont libres.
PRISONS Si le gouvernement veut privilégier les peines alternatives, le monde judiciaire continue de remplir les
prisons et ne semble pas anticiper la réforme voulue par Emmanuel Macron.
Selon les chiffres de la Chancellerie, on
comptait, au 1er avril, 82 026 personnes
écrouées contre 81 377 au 1er mars dernier. La barre des 70 000 détenus a donc
été franchie pour atteindre 70 367 détenus. Certes, le mois dernier, le ministère de la Justice avait averti du traditionnel effet saisonnier lié au premier
trimestre. Mais, même d’une année sur
l’autre, on note une augmentation de
0,2 % et de près de 1 % sur un an des
personnes incarcérées.
Le nombre de condamnés a également augmenté, passant des mois de
mars à avril de 49 091 à 49 515 individus. Il en est de même de la surpopulation carcérale. Cette dernière était de
116 % au mois de mars et de 118 % en
moyenne au 1er avril. Dans les maisons
d’arrêt françaises, elle culmine à 143 %
avec des pics pour les régions de Paris,
Toulouse et Marseille où la densité carcérale flirte avec la barre des 200 %.
Cependant, cette dernière s’effondre
quand il s’agit des centres de détention
et des maisons centrales puisque les
taux de « remplissage » sont respectivement de 89 et de 74 % au lieu des
97 % réglementaires. « Sans doute la
surpopulation carcérale serait moins importante en maison d’arrêt si l’Administration pénitentiaire ne dysfonctionnait
pas et procédait aux transferts de détenus vers ces structures », affirme ce cadre de maison d’arrêt.
Détention provisoire
en hausse
Tout aussi remarquables sont les chiffres des quartiers de semi-liberté dont
Emmanuel Macron a fait la priorité de
son plan immobilier, en février dernier.
Sur le plan national, la densité carcérale
de ces structures ne dépasse pas les
70 %. Pour certains de ces établissements, comme Longuenesse ou Villefranche-sur-Saône, les taux se situent
respectivement à 14 et 17 %. Il en est de
même des prisons dites ouvertes, com-
À la maison
d’arrêt
de Seysses, en
Haute-Garonne.
me Casabianda en Corse dont le taux de
remplissage n’excède pas les 60 %.
Alors que celle de Bordeaux Mauzac est
loin du maximum, la garde des Sceaux
envisagerait pourtant d’en construire
une troisième.
À la lumière de ces chiffres, le choix
de développer ces structures légères
donne le sentiment d’un raisonnement
qui ne règle pas la question dramatique
de la surpopulation carcérale en maison
d’arrêt. Pour expliquer l’augmentation
du nombre de détenus, la Chancellerie
insiste sur celle de la détention provisoire dont le nombre atteint « son plus
haut niveau depuis 2005 et a progressé de
2 % sur un an ». Début avril, ils étaient
20 852 individus incarcérés à ce titre,
contre 20 788 prévenus au 1er mars.
« Cela ne veut pas dire que nous avons
plus d’innocents en prison », prévient ce
cadre d’une grande maison d’arrêt de
70 367 personnes incarcérées
dans les prisons françaises
RÉPARTITION DES DÉTENUS
AU 1ER AVRIL DE CHAQUE ANNÉE
Nombre de détenus
70 000
région parisienne, « mais surtout que
nous avons plus d’affaires et potentiellement plus de condamnés », prévient-il.
Pour le chercheur Christophe Soullez, chef du département de l’Observatoire national de la délinquance et des
réponses pénales à l’Institut national
des hautes études de la sécurité et de la
justice, « depuis les lois Guigou, les magistrats sont plus restrictifs en matière de
détention provisoire. Si nous retrouvons
20 852
49 515
prévenus
condamnés
70 637
dont :
47 536 en détention
70 367
1 654 en semi-liberté
détenus
en avril 2018
325 placés à l’extérieur
THIERRY BORDAS/PHOTOPQR/LA DÉPÊCHE DU MIDI
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
les moyennes d’avant cette réforme
(1998, NDLR), cela signifie sans doute
que nous avons un meilleur taux d’élucidation des affaires les plus graves par les
services de police judiciaire. Mais aussi
que les actes graves augmentent en matière de délinquance. C’est le cas en matière de tentatives d’homicides et d’affaires sexuelles notamment. »
La Chancellerie met également en
exergue l’augmentation des personnes
placées sous surveillance électronique
ou placées à l’extérieur. Leur nombre
s’élève à 11 719 individus, soit une augmentation de 3,7 %. « Mais c’est là un
effet d’optique. Depuis janvier, nous retrouvons peu ou prou la moyenne de
juillet 2017. Nous avons eu une très forte
diminution à l’automne dernier pour des
raisons qui n’ont pas été analysées », regrette ce bon connaisseur de la statistique pénitentiaire. ■
65 000
63 211
Interloquées. Le projet de loi fleuve
consacré à la justice n’en finit pas
d’étonner les organisations
professionnelles à commencer par
l’Union syndicale des magistrats.
Dernière surprise en date, cette
nouvelle peine qui permet de
condamner un individu à une peine de
15 jours de détention à domicile sous
bracelet électronique. De quoi faire
sursauter Céline Parisot, la secrétaire
générale du syndicat majoritaire.
Elle rappelle en effet que « la mise
sous bracelet électronique implique
toujours des mesures
complémentaires et n’est jamais une
peine en soi. Or quelle mesure peut
être mise en pratique dans un temps
aussi court et comment contrôler
qu’elles soient bien exécutées ? »,
souligne-t-elle, posant la question de
la pertinence d’un tel dispositif.
À cela s’ajoute la question du suivi
des bracelets électroniques. De l’avis
même de bien des conseillers
d’insertion et de probation, la montée
en puissance de ce type de
placement rend plus difficiles leur
contrôle et leur révocation en cas de
manquement, concernant les horaires
d’entrée et de sortie du domicile.
Enserrée dans ce délai de quinze
jours, cette peine minimale a donc
peu de chance d’être suivie. Quant
aux organisations pénitentiaires, elles
rappellent incidemment qu’« il est
impropre et démagogique de parler
de détention quand les personnes
sont chez elles », affirme Sébastien
Nicolas de FO-direction.
P. G.
EN BREF
DENSITÉ CARCÉRALE EN AVRIL 2018, EN %
60 000
59 459
55 000
Nombre de places opérationnelles
50 631
50 000
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
Densité
globale
118,3%
En maison
d’arrêt*
143,5%
Trois directions interrégionales
au dessus de la moyenne
Paris
Toulouse Marseille
149,1%
* (hors places mineurs)
133,5%
120,9%
Source : Ministère de la justice
Des ouvertures au compte-gouttes
services
« deLesprobation
ont beaucoup
de mal à
contrôler
l’existant.
Et bien des
magistrats
éprouvent
une grande
méfiance
pour ces
aménagements trop
rarement
suivis par les
condamnés
»
SÉBASTIEN NICOLAS,
PRÉSIDENT
DE FO-DIRECTION
QUINZE MILLE, puis dix mille et
enfin sept mille nouvelles places
de prisons promises pour le
quinquennat… Dans son calcul,
le gouvernement inclut les rénovations de bâtiments existants et les 400 places en quartiers étanches d’ici à la fin 2018.
Ces derniers devront accueillir
les détenus terroristes les plus
dangereux, au détriment de la
détention classique. L’administration est en pleine recension
des places possibles dans les établissements existants.
Ainsi, l’ambition pour la construction de places de prison s’est
amenuisée au fil de la première
année de l’ère Macron. Pragmatiques, les pouvoirs publics ont
pris conscience de l’extrême
lenteur de l’immobilier pénitentiaire. Selon l’agence publique pour l’immobilier de la justice, trois établissements auront
ouvert leurs portes à la fin 2018 :
ceux de Draguignan et d’Aix, et
celui de Paris la Santé, entièrement rénové. Dans ce dernier,
on sait déjà que, compte tenu de
la saturation de la région parisienne, les 600 places disponi-
bles seront doublées. En 2019 et
2020, seul le centre de semi-liberté de Nanterre et le centre
pénitentiaire de Lutterbach seront ouverts. Des projets qui ont
été mis à l’étude il y a dix ans,
c’est-à-dire sous l’ère Sarkozy.
Une éternité.
Le plan Urvoas de 2017 devrait se réaliser avec la même
lenteur. Les premiers établissements, programmés il y a un an,
ne verront pas le jour avant les
années 2022, 2023 et 2024. Soit à
la fin et au-delà du quinquennat.
Convictions idéologiques
Ce sera le cas du centre pénitentiaire de Caen, de Lille-Loos, de
Basse-Terre ou de Bordeaux
Gradignan. Avec un tel calendrier, l’intérêt politique de
lancer de nouveaux projets est
infime, et à ce rythme la surpopulation carcérale a de beaux
jours devant elle. Cela explique
que la garde des Sceaux, outre
ses convictions idéologiques,
mise sur une refonte des peines
qui privilégie celles alternatives
à l’incarcération.
Mais les syndicats pénitenti-
aires restent circonspects sur les
conséquences de cette politique.
« Les peines de prison de moins
d’un mois qui devraient être supprimées ne représentent que 270
détenus. Quant à l’aménagement
systématique des peines comprises entre six mois et un an, il
pourrait être compensé par la fin
des aménagements automatiques
de celles comprises entre un et
deux ans. Mais en fait nous
n’avons aucun chiffre », déplore
Sébastien Nicolas, président de
FO-direction, le syndicat des
directeurs de prison.
Ce dernier s’interroge sur la
montée en puissance des placements sous bracelet et des aménagements. « Les services de
probation ont beaucoup de mal à
contrôler l’existant. Et bien des
magistrats éprouvent une grande
méfiance pour ces aménagements
trop rarement suivis par les
condamnés. On peut redouter
qu’ils soient pris en charge par le
secteur privé », souligne-t-il,
rappelant que le projet de loi
omet la réinsertion en milieu
fermé, c’est-à-dire en prison. ■
P. G.
Tolbiac : enquête ouverte
pour dégradations
en réunion
Une enquête pour dégradations
en réunion a été ouverte
vendredi, après l’évacuation
du site universitaire parisien
de Tolbiac, lieu emblématique
de la mobilisation contre
la réforme de l’accès à
l’université. Le président de
Paris-I, Georges Haddad, qui a
porté plainte, a évalué vendredi
le coût des « dégradations »
- notamment des tags et du
matériel informatique détruit à « plusieurs centaines de
milliers d’euros ».
Un point de passage de
migrants bloqué par des
militants d’extrême droite
Une centaine de militants
d’extrême droite ont bloqué
ce week-end le col de l’Échelle,
point de passage de migrants
dans les Alpes françaises.
Les activistes, qui ont quitté
l’endroit dimanche après-midi,
prévoient de « continuer à
patrouiller » dans la semaine
« sur les différentes routes
connues pour être des passages
de clandestins ».
Le Mont-Saint-Michel
évacué après des menaces
Le Mont-Saint-Michel, l’un des
sites les plus visités de France,
a été évacué et fermé aux
touristes par précaution
dimanche matin. La
gendarmerie était à la recherche
d’un homme qui avait proféré
des menaces contre les forces
de l’ordre.
A
15 jours de bracelet
électronique,
une nouvelle peine
contestée
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lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Champions Cup :
le Racing détruit
le Munster et se
hisse en finale
Vainqueurs des Irlandais, les Franciliens
tenteront, contre le Leinster, de décrocher
le premier titre européen de leur histoire.
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
ENVOYÉ SPÉCIAL À BORDEAUX
RUGBY Deux ans après sa finale de
Champions Cup perdue à Lyon contre les
Saracens (9-21), le Racing tentera, le
12 mai contre le Leinster, de décrocher le
premier titre continental de son histoire,
après avoir dominé le Munster en demifinale dimanche à Bordeaux (27-22).
u Deuxième finale pour le Racing
Dans trois semaines, les joueurs des
Hauts-de-Seine seront encore opposés
en finale à une province irlandaise. Après
le Munster, ce sera le Leinster, victorieux
avec brio des Scarlets gallois (38-16). Un
adversaire encore plus relevé. Invaincue
cette saison en Champions Cup (8 succès), l’équipe de Jonathan Sexton pour-
rait égaler le Stade Toulousain en décrochant
une
quatrième
couronne
continentale (après 2009, 2011 et 2012,
pour un sans-faute). Cette année, la finale de la Coupe d’Europe aura lieu dans
le cadre inédit du stade San Mamés de
Bilbao. L’Espagne, un territoire peu habitué aux rebonds capricieux du ballon
ovale. Mais un drôle de clin d’œil pour le
club de Jacky Lorenzetti, qui avait soulevé le bouclier de Brennus, il y a deux ans,
en Espagne, dans le majestueux Camp
Nou de Barcelone (29-21 contre Toulon).
u L’attaque éclair des Ciel et Blanc
Blitzkrieg. Les Racingmen n’ont pas
mis longtemps pour refroidir les ardeurs
de l’impressionnante Red Army, venue
en masse en Gironde. Teddy Thomas inscrivait rapidement un essai un coin (6e,
7-0), après un bon travail dans l’axe de
Teddy Thomas inscrit un de ses deux essais contre le Munster, dimanche à Bordeaux.
ses partenaires pour fixer la défense adverse. Les Irlandais réagissaient dans la
foulée mais, muselés par le solide rideau
francilien, ils tentaient et rataient deux
drops coup sur coup (13e). Keatley (17e)
réduisait la marque en passant une pénalité, mais les « locaux » enfonçaient le
clou sur un superbe mouvement conclu encore - par Teddy Thomas après une
percée rageuse de Vakatawa (19e, 14-3).
Et l’ailier international du Racing était
parti pour réaliser un triplé mais offrait
l’essai à Machenaud (23e) pour éteindre
les supporters irlandais. 21-3, la messe
était dite au bout de vingt minutes. Machenaud rajoutait trois points pour corser
un peu l’addition avant la demi-heure de
jeu (26e, 24-3). Rapidement K.-O., les Irlandais tentaient bien de réagir par la
suite, mais la défense des Ciel et Blanc se
montrait intraitable. Les vagues irlan-
NICOLAS TUCAT/AFP
daises étaient refoulées. Inlassablement.
Durs au mal et disciplinés, les Racingmen
ont été un peu bousculés en mêlée, mais
ils n’ont baissé le pied qu’en fin de match.
Les essais de Zebo (63e), Marshall (75e) et
Conway (80e) sauvent les meubles pour le
Munster. Mais trop tardivement…
u Teddy Thomas a fait le show
Un talent à l’état brut. Indéniable.
Teddy Thomas a été le bourreau du
Munster au stade Chaban-Delmas.
Auteur d’un quasi-triplé qui a rapidement tué tout suspense dans cette demifinale européenne. Un match à sens unique. Et une (nouvelle) démonstration de
l’incroyable potentiel de l’ailier francilien, capable de déchirer n’importe quelle défense. Comme lors de ses débuts fracassants avec le XV de France en 2014,
avec un triplé contre les Fidji et un essai
Rafael Nadal plus que jamais seul sur terre
Vainqueur de son
11e
titre à Monte-Carlo, l’Espagnol est, un mois avant Roland-Garros, déjà au sommet.
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
TENNIS À peine la saison de terre battue
entamée, on peut presque déjà annoncer
le vainqueur de Roland-Garros mi-juin.
S’il évolue à 100 % de ses moyens physiques, Rafael Nadal semble plus que jamais intouchable sur sa terre chérie. Le
roi de l’ocre a été plus princier que jamais. En s’adjugeant, avec l’art et la
manière, le Rolex Monte-Carlo Masters ;
en dominant sous un soleil de plomb le
revenant japonais Kei Nishikori en deux
sets (6-3, 6-2), il s’est offert une onzième fois le tournoi monégasque.
Sur douze finales en Principauté, il
n’en a perdu qu’une, en 2013 face à
Novak Djokovic. Le Majorquin en avait
remporté huit d’affilée entre 2005 et
2012, puis les trois dernières éditions.
Grâce à ce nouveau sacre, le 76e en carrière, il gonfle son total de titres sur terre battue à 54. Ce 31e trophée en Masters
1000 (un record) lui permet au passage
de conserver la place de numéro un
mondial lundi.
Après un come-back réussi en Coupe
Davis début avril, Nadal faisait sur le
Rocher son grand retour sur le circuit,
trois mois après son abandon en quarts
de finale de l’Open d’Australie fin janvier. Il n’a pas mis longtemps à retrouver ses sensations sur sa surface favorite. Plus que jamais seul sur terre.
« Onze titres dans un même tournoi, c’est
difficile à imaginer et c’est très spécial. Le
faire à Monte-Carlo encore plus, car c’est
un tournoi qui me tient particulièrement à
cœur. Je savoure car je sais que la fin de
carrière est plus proche que le début.
C’est une très bonne nouvelle pour moi qui
revient de blessure. J’ai traversé des mo-
ments difficiles ces quatre, cinq derniers
mois. Ça a été une très belle semaine », a
glissé l’Espagnol.
En 2017, il était devenu le joueur le
plus titré de l’histoire sur terre battue
avec 50 sacres, dont un 10e trophée historique décroché en Principauté. Cette
décima avait été suivie par deux autres à
Barcelone et à Roland-Garros. Jamais
dans l’histoire un joueur n’avait remporté un tournoi à onze reprises. Voilà
qui le place à la hauteur de Margaret
Court (Open d’Australie) et Martina Navratilova (Eastbourne).
Djokovic a les clés
L’ogre de l’ocre reste par ailleurs sur
une incroyable statistique de 36 sets
remportés d’affilée sur sa surface favorite. Un record, là aussi. Une folle série
entamée dans la foulée de sa dernière
défaite sur terre battue, la saison dernière à Rome, en quarts de finale, contre
Dominic Thiem. Cette semaine, l’Espagnol n’a concédé que 21 jeux en cinq
matchs, écœurant la concurrence.
Le Majorquin de 31 ans semble plus en
forme que jamais, sans rival. Qui pourra
le faire tomber de son piédestal dans les
semaines qui viennent ? Thiem l’a déjà
fait, mais il s’est pris une correction par
le maître cette semaine en quarts de finale (6-0, 6-2). Vainqueur de RolandGarros 2015, Stan Wawrinka panse toujours son genou. L’Argentin Juan Martín
del Potro (absent à Monte-Carlo) réalise
un superbe début de saison, mais ce
n’est pas un pur spécialiste de la terre.
Reste à savoir si Novak Djokovic, battu
en 8es par Thiem, confirme son retour
lors des prochains tournois. À son
meilleur niveau, il a les clés pour faire
trébucher l’Espagnol. ■
En finale du tournoi de Monte-Carlo, Rafael Nadal a battu, dimanche, le Japonais
Kei Nishikori en deux sets (6-3, 6-2). JEAN-PIERRE AMET/REUTERS
Pas de miracle pour les Bleues en Fed Cup
La marche était trop haute. Diminuée,
l’équipe de France a logiquement rendu
les armes devant les États-Unis,
en demi-finales de Fed Cup, dimanche
à Aix-en-Provence. Les tenantes
du titre ont dominé les Bleues (3-1).
Vainqueur de la Fed Cup en 1997, Noah
termine son deuxième mandat avec
l’équipe féminine sans titre.
Tombeuse la veille de Vandeweghe
(1-6, 6-3, 6-2), la leader tricolore Kristina
Mladenovic (20e mondiale) a flanché
dimanche face à Sloane Stephens (6-2,
6-0). Pauline Parmentier, 122e mondiale,
n’a pas démérité, mais a fini par s’incliner
devant Madison Keys (7-6, 6-4).
Même privées des sœurs Williams,
les Américaines comptent encore trois
membres du top 20 (Stephens 9e, Keys
13e, Vandeweghe 16e) dans leurs rangs.
Chez les Bleues, Caroline Garcia,
7e mondiale avait, comme l’an passé, fait
l’impasse sur la compétition par équipes
pour privilégier sa carrière individuelle.
Et Alizé Cornet (35e), visée par
une procédure disciplinaire pour
infraction à la réglementation
R. S.
antidopage, a été mise à l’écart.
Transat AG2R : c’est parti pour Saint-Barth
Les 19 duos ont pris dimanche le départ de la 14e édition pour 3 890 milles, direction les Antilles.
SERGE MESSAGER
A
CONCARNEAU
VOILE Après dix jours à patienter devant
la Ville close de Concarneau, les trentehuit skippers engagés sur l’emblématique
transat en double à armes égales, créée en
1992, ont lâché les chevaux dimanche à
13 heures. Et ce, de belle manière puisque
le comité de course s’est autorisé un pas-
sage de ligne de départ sous spi pour les
acharnés du circuit Figaro Bénéteau. Les
hommes forts du moment, Anthony
Marchand et Alexis Loison (Groupe
Royer-Secours Populaire), ont pris les devants dès les premières marques à virer
du parcours en baie de Concarneau.
Quelques instants avant de larguer les
amarres, la joie de partir pouvait se lire
sur les visages de la plupart des concurrents. Troisième il y a deux ans sur ce
même parcours, Adrien Hardy (Agir Recouvrement) se réjouissait : « L’objectif va
être la gagne, bien sûr, mais on sait qu’il y
a du beau monde. Il va falloir être bons tout
le temps, car, la dernière fois, cela s’était
joué dans l’ultime nuit devant Saint-Barthélemy. »
Au classement de 16 heures, les tenants
du titre, Thierry Chabagny et Erwan Tabarly (Armor Lux-Gedimat), étaient à un
mille des leaders et pointaient en 15e po-
sition. Pour Chabagny, « s’extirper du
golfe de Gascogne ne va pas être simple,
car cela peut partir dans tous les sens. Il
faudra trouver le bon passage. Mais il va
falloir serrer les fesses par la suite, dans la
descente le long de l’Espagne et du Portugal. Avec trois jours plutôt musclés ». Une
longue cavalcade à partir de mardi où des
vents de 40 nœuds sont annoncés en direction de la marque de parcours à virer à
l’ouest de La Palma, aux Canaries. ■
de classe mondiale contre l’Australie. La
suite ? Il n’a jamais vraiment réussi à
s’inscrire dans la durée. Car le comportement du joueur formé au Biarritz Olympique est souvent sujet à caution. En
2014, il rate un entraînement à Marcoussis et se voit exclure du groupe. Lors du
dernier Tournoi, il avait inscrit les trois
seuls essais des Bleus lors des deux premiers matchs contre l’Irlande et l’Écosse,
mais, mêlé aux sombres débordements
nocturnes à Édimbourg, il avait quitté le
groupe tricolore, comme six autres
joueurs. D’aucuns, à Marcoussis, ne supportent pas son côté individualiste. Le
joueur est catalogué « difficile à gérer ».
Au Racing, on y arrive pourtant très
bien… Avant la rencontre, Teddy Thomas
voulait « essayer de faire un match quasi
parfait ». Mission accomplie. Avec l’art et
la manière. ■
ZOOM
Ligue 1 : l’OL et l’OM
talonnent Monaco
À quatre journées du terme
de la saison, la course au podium
est relancée. Le dauphin du PSG,
Monaco, a subi une nouvelle
humiliation, dominé 3-1
à Guingamp. Provoquant la colère
de Jardim, l’entraîneur de l’ASM :
« On n’a pas eu la bonne attitude
ni la bonne mentalité pendant
la première période. […] Il faut
montrer qu’on a faim si on veut
garder la deuxième place. »
Une deuxième place désormais
menacée par Lyon et Marseille.
Les deux poursuivants se sont
imposés en inscrivant cinq buts
pour revenir à un petit point
de Monaco au classement ! En
queue de peloton, ça va toujours
aussi mal pour Lille. En enchaînant
un deuxième succès d’affilée,
la lanterne rouge, Metz, s’est
rapprochée à 3 points du Losc.
Et s’est remise à croire au maintien.
34E JOURNÉE LIGUE 1
BORDEAUX (10)
SAINT-ÉTIENNE (8)
NICE (6)
MARSEILLE (4)
AMIENS (14)
GUINGAMP (11)
METZ (20)
TOULOUSE (17)
NANTES (9)
DIJON (12)
hier
2-1
1-0
5-1
3-1
3-1
2-1
2-0
1-1
2-5
PARIS SG (1)
TROYES (19)
MONTPELLIER (7)
LILLE (18)
STRASBOURG (16)
MONACO (2)
CAEN (15)
ANGERS (13)
RENNES (5)
LYON (3)
EN BREF
Golf : Alexander Levy
s’impose au Maroc
En remportant la 45e édition du
trophée Hassan II dimanche, le
Français Alexander Levy, 27 ans,
s’est adjugé son cinquième tournoi
sur le circuit européen. Le numéro
un français devrait intégrer le top
50 mondial ce lundi.
Cyclisme : Liège-BastogneLiège pour Bob Jungels
Le champion du Luxembourg
s’est adjugé en solitaire la plus
belle victoire de sa carrière en
remportant dimanche la doyenne
des classiques. Romain Bardet
termine 3e et premier Français,
juste devant Julian Alaphilippe.
Principaux résultats
Football : finale Coupe d’Espagne,
Barcelone bat Séville 5-0.
Handball : le PSG proche du Final
Four de la Ligue des champions en
s’imposant à Kielce (Pol) 34-28.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues avec justification d’identité
Nicolas et Caroline
et leurs conjoints,
ses enfants,
par téléphone
01 56 52 27 27
Alexandre, Alexandra (†),
Sophie, Julie, Liora, Raphaël
et Ava,
ses petits-enfants,
par télécopie
01 56 52 20 90
ses cinq arrière-petits-enfants
par courriel : carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux : 14 boulevard Haussmann, 75009 Paris,
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Vendredi ou samedi
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doit comporter un minimum de 10 lignes.
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Téléphone Abonnements :
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Mamers (Sarthe).
commémoration
M. Claude Barbe,
son époux,
M. et Mme Patrick Barbe,
M. et Mme Hervé Luria,
ses enfants,
Stéphanie, Guillaume, Vincent,
William, Henri, Emily,
ses petits-enfants,
Trystan, Ethan,
ses arrière-petits-enfants,
Mme Gilberte Heullant,
sa sœur,
Mme Annick Loyer,
sa belle-sœur,
et toute la famille
A l'occasion du soixantième
anniversaire de la mort des
sergent Robert RICHOMME
23 RI,
e
soldat René DECOURTEIX
23e RI,
cavalier
Jacques FEUILLEBOIS
18e Dragons,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
prisonniers,
fusillés par l'armée de
libération nationale algérienne
le 30 avril 1958, en Tunisie.
Mme Huguette BARBE
née Hinfray,
L'association Soldis Algérie
survenu le 20 avril 2018,
à l'âge de 88 ans.
invite tous ceux qui
souhaitent honorer la mémoire
des militaires français portés
disparus en Algérie
à se joindre au ravivage
de la Flamme qui aura lieu
à l'Arc de Triomphe, à Paris,
le lundi 30 avril 2018,
à 18 heures.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 25 avril, à 10 h 30,
en l'église Notre-Dame
de Mamers, où l'on se réunira.
Un registre sera mis à votre
disposition pour y recevoir
vos messages de sympathie.
soldis.algerie@orange.fr
Cet avis tient lieu de faire-part.
deuils
37, rue Georges-Le Chevalier,
72600 Mamers.
Sa famille
et les Missionnaires d'Afrique,
Pères Blancs
Mme Laure Blanchard,
Mme Sylvie Charron,
ses filles,
ainsi que ses petits-enfants
père Hubert BARBIER
du diocèse de Dijon,
décédé à Bry-sur-Marne,
le 19 avril 2018,
à l'âge de 91 ans,
dont 65 ans de vie missionnaire
essentiellement
en Haute-Volta, au Mali,
au Soudan et en France.
Il était membre
du Lions Clubs International.
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Suzanne BLANCHARD
veuve de
M. René Blanchard
Compagnon de la Libération,
survenu le 21 avril 2018,
à l'âge de 96 ans,
à Montpellier.
La messe de funérailles
sera célébrée
le mercredi 25 avril, à 14 h 30,
en l'église paroissiale
de Bry-sur-Marne.
Les obsèques auront lieu
au cimetière ancien
de Boulogne-Billancourt,
rue Gallieni,
dans l'intimité familiale.
Ils le recommandent
à vos prières.
Un souvenir inoubliable !
Publiez l’annonce de sa
naissance dans
Roger Zéphir DENIZON
chevalier
de l'ordre national du mérite,
journaliste,
survenu dans sa 91e année,
le 17 avril 2018.
La cérémonie religieuse aura
lieu le jeudi 26 avril, à 14 h 30,
en l'église Sainte-Thérèse,
62, rue de l'Ancienne-Mairie,
à Boulogne-Billancourt
(Hauts-de-Seine).
Ploubalay (Côtes-d'Armor).
Mme Zakia Cros,
son épouse,
ses enfants,
ses petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Jean-Pierre CROS
© shutterstock
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce lundi 23 avril 2018, à 14 h 30,
en l'église de Ploubalay.
L'inhumation aura lieu
le mardi 24 avril, à 11 heures,
au cimetière de Montmartre,
Paris (18e).
M. et Mme (†)
d'Andoque de Sériège
et leurs enfants,
le vicomte et la vicomtesse
Michel de Kervénoaël
et leurs enfants,
le vicomte et la vicomtesse
Maurice de Kervénoaël
et leurs enfants,
le vicomte et la vicomtesse
Henri de Kervénoaël
et leurs enfants,
son beau-frère, sa sœur,
ses frères, belles-sœurs
et ses neveux et nièces,
font part du rappel à Dieu de
Mlle Hélène de KERVÉNOAËL
chevalier
de l'ordre du Mérite maritime,
laïque consacrée de
la communauté de l'Emmanuel,
décédée
dans la Paix du Seigneur,
à l'âge de 86 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi
25 avril 2018, à 14 h 30,
en l'église de la Sainte-Trinité,
place d'Estienne-d'Orves,
à Paris (9e).
Le docteur Pierre-Louis Sibelé,
son compagnon,
a la tristesse
de vous faire part du décès du
docteur Léo Maurice GIRVES
à l'âge de 89 ans,
le 19 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce lundi 23 avril, à 10 heures,
en l'église Sainte-Eugénie
de Biarritz.
3, avenue Vélasquez,
75008 Paris.
54, avenue de l'Impératrice,
64200 Biarritz.
Christine, Philippe (†), Fanny,
Virginie et Charlotte,
ses enfants, ses gendres,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Guy HAMMELRATH
croix de guerre 1939-1945,
Division Leclerc,
survenu le 20 avril 2018,
à l'âge de 95 ans,
à Saint-Laurent-Blangy.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Nicolas-en-Cité,
à Arras, le mercredi 25 avril,
à 15 heures.
Yannick et Jean-Pierre Tellier,
Catherine et Emmanuel
Fouquet,
Francis et Marije Brindjonc,
ses enfants,
Gaëlle, Elise et Erik, Julien,
Antoine et Edit, Annabelle,
ses petits-enfants,
Emilie, Archibald, Gabriel,
Roxane, Rafael,
ses arrière-petits-enfants,
Raymonde JEANMOUGIN
ancienne Rochambelle
de la 2e DB,
commandeur
de la Légion d'honneur,
médaille militaire,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945,
survenu le mardi 17 avril 2018,
à l'âge de 96 ans.
Un service religieux
sera célébré
le mardi 24 avril, à 10 heures,
en l'église de Saint-Gratien,
24, rue Sœur-Angèle,
suivi de l'inhumation
au cimetière de Saint-Gratien.
Cet avis tient lieu de faire-part.
8, place Charles-de-Gaulle,
95210 Saint-Gratien.
M. Louis de Laguarigue,
M. et Mme Thierry de Reynal,
M. et Mme Amaury de Reynal,
M. Jean-Luc de Laguarigue,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
Mme Marie-Thérèse
de LAGUARIGUE
le 19 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Jean-Baptistede-Grenelle, à Paris (15e),
le jeudi 26 avril 2018, à 10 h 30.
Raymonde JEANMOUGIN
Rochambelle de la 2e DB
(13e bataillon médical,
1re compagnie),
secrétaire générale
de l'Association nationale
des anciens de la 2e DB,
commandeur
de la Légion d'honneur,
médaille militaire,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945,
Cet avis tient lieu de faire-part.
survenu le mardi 17 avril 2018.
8, rue des Ormelets,
22650 Ploubalay.
Rue de Pleurtuit,
35800 Saint-Briac-sur-Mer.
69, 6e Avenue,
60260 Lamorlaye.
Ils lui feront leurs adieux
lors de la cérémonie religieuse
célébrée le mardi 24 avril,
à 10 heures, en l'église
de Saint-Gratien (Val-d'Oise),
rue Sœur-Angèle.
chez vous
M. Bernard PILLOT
ancien expert-comptable,
commissaire aux comptes,
directeur de Cogéflandre,
survenu le 17 avril 2018,
à l'âge de 76 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce lundi 23 avril, à 10 h 30,
en l'église de Clesles (Marne).
Un registre à signatures
recevra vos condoléances.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Sa famille et ses proches
ont la tristesse
de faire part du décès de
Recevez Le Figaro
du lundi au samedi,
accompagné des suppléments
et des magazines du week-end.
Paul RAKOCEVIC
« Payo »,
Monique Rimbaud,
née Billon,
a la profonde tristesse
de vous annoncer
le rappel à Dieu de
48, rue Jules-Guesde,
92300 Levallois-Perret.
Irène LION
le 19 avril 2018,
dans sa 107e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 27 avril, à 10 h 30,
en l'église Notre-Dame,
rue de la Paroisse, à Versailles,
suivie de l'inhumation
au cimetière Saint-Louis,
à Versailles.
Le Givre (Vendée).
Castelmoron-sur-Lot
(Lot-et-Garonne).
Mme Philippe
Masse de Combles,
née Anne-Marie Caillemer,
son épouse,
Mme Isabelle de la Raitrie,
sa fille, et son époux Martial,
ainsi que leurs enfants,
Jean-Philippe Caillemer,
Baudoin Caillemer,
Marguerite-Marie de Uhagon,
ses beaux-frères et belle-sœur,
et leurs familles
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
M. Philippe
MASSE de COMBLES
à l'âge de 85 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 25 avril 2018,
à 10 h 30, en l'église du Givre.
Condoléances sur registre.
Monique Morgensztern,
son épouse,
Zysla et Bruno Belliat,
Mathieu et Cécilia
Morgensztern,
ses enfants,
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
ont le regret
de vous faire part du décès de
chaque jouR
survenu le 17 avril 2018.
tous les anciens de la 2e DB
Fondation Maréchal
Leclerc de Hauteclocque
Recevez
Le FigaRo
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Les obsèques auront lieu
au cimetière, 101, rue Baudin,
à Levallois-Perret,
le mercredi 25 avril, à 10 h 30.
président de la
l'Association des anciens
de la 2e DB
Mme Colette Pillot,
née Delrue, son épouse,
France Pillot
et Daniel Queniat,
Hervé Pillot
et Anne-Françoise Ansel,
ses enfants,
Gurvan Queniat et Elise Ben,
Erwan (†) et Maïwenn Queniat,
Louise, Adèle, Théophile,
Apolline Pillot,
ses petits-enfants,
Nicole Pillot et Guy Corbet,
sa sœur et son beau-frère,
et leurs enfants,
Bernadette Delrue,
sa belle-sœur, et ses enfants,
Pierre et Chantal Top,
ses amis d'enfance,
Jacqueline et Edouard Bloch,
ses amis,
ses amis et voisins
de la rue Letellier, à Paris,
font part du rappel à Dieu de
Ariane et Thomas, Benoît,
Camille,
Alice, Eliott, Joséphine,
ses petits-enfants,
Oscar, Romane,
ses arrière-petits-enfants,
Le président de
survenu à l'âge de 82 ans.
Tél. 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
vous font part
du retour au Seigneur du
...et recevez
Le Figaro gracieusement
pendant 3 mois
Jacqueline Denizon,
née Morisot,
son épouse,
15
Armand MORGENSZTERN
mathématicien, publicitaire,
docteur d'État
ès sciences de gestion,
chevalier dans l'ordre
des Palmes académiques,
survenu le 20 avril 2018,
dans sa 86e année.
Que son souvenir reste associé
à celui de ses parents,
Szyja Morgensztern
et Zysla Finkielsztejn
déportés à Auschwitz
par les convois 6 et 64.
Les obsèques auront lieu
le mercredi 25 avril, à 11 h 30,
au cimetière parisien
de Bagneux (Hauts-de-Seine),
45, avenue Marx-Dormoy.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Jacques Rolin,
née Elisabeth Tabuteau,
son épouse,
6 mois
209s
au lieu de 473,20E
Jean-Etienne Rolin,
le vice-amiral d'escadre
et Mme Xavier Rolin,
le contre-amiral
et Mme Marc Rolin,
Marie-Odile Rolin,
Arnaud et Mhairi Rolin,
Jean-Hervé et Sabine Ruellan,
ses enfants,
55% de réduction
sur le prix de vente
en kiosque.
ses 14 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 13 arrière-petits-enfants
ainsi que toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
général de brigade
Jacques ROLIN
grand officier
de la Légion d'honneur.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 24 avril 2018,
à 10 heures, en la cathédrale
Saint-Louis des Invalides,
Paris (7e).
26, parc de la Bérengère,
92210 Saint-Cloud.
Valence (Drôme).
Vernoux (Ain). Lyon. Paris.
Nicole Roux,
le docteur et Mme
Jacques Thierry,
Agnès Roux,
M. et Mme Olivier Roux,
M. et Mme Max Ruosch,
Mme Pascale Donat,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
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Prénom :
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Code postal :
Ville :
Té l. :
E-mail :
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M. Maurice ROUX
Je joins mon règlement par :
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 26 avril 2018, à 14 h 30,
en l'église Saint-Jean,
à Valence.
CB N°
Expire in :
souvenirs
Il y a un an, le 23 avril 2017,
disparaissait
Sylvain MERENLENDER
Sa compagne,
Françoise Calman,
ses filles,
Ava et Adina,
ses petits-enfants,
Wesley, Noah et Ariella.
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lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Le reliquaire ayant jadis contenu le cœur embaumé d’Anne de Bretagne a été retrouvé intact, samedi, dans le secteur de Saint-Nazaire.
CASTELLI/ANDIA.FR
La Bretagne récupère son reliquaire
Claire Bommelaer
et Éric Biétry-Rivierre
cbommelaer@lefigaro.fr
ebietryrivierre@lefigaro.fr
l est 3 h 30 ce samedi 14 avril lorsque quatre individus masqués pénètrent à l’intérieur du
Musée Thomas-Dobrée, à Nantes. Les vidéos
des caméras de surveillance les montrent forçant un accès arrière après s’en être pris, vainement, à l’entrée principale. À coups de
masse, ils brisent la vitre en verre feuilleté
censée protéger un coffret-reliquaire, écrin ayant jadis contenu le cœur embaumé d’Anne de Bretagne.
Les gardiens, employés par une société extérieure, ne donnent pas l’alerte immédiatement. « Le
dispositif d’alarme, qui répond aux normes imposées
par la direction des Musées de France, a fonctionné.
Mais nous n’avons pu constater officiellement les faits
qu’à 11 h 30 », regrette Gweltas Morice, responsable
des relations presse au conseil général de Loire-Atlantique. Depuis, les portes du lieu sont closes. Le
département a déposé plainte et n’entrent au musée
que les membres de la police judiciaire de Nantes
chargés de l’enquête.
Celle-ci a trouvé, samedi, une issue heureuse. Les
amateurs de patrimoine, en particulier ceux de la région, respirent depuis que la pièce a été retrouvée intacte, dans le secteur de Saint-Nazaire. Comme elle
avait été soustraite avec une statuette hindoue dorée
et une cinquantaine de monnaies médiévales brillant
de la même couleur jaune (également récupérés), on
craignait que les malfaiteurs aient tout bêtement
cherché à faire main basse sur de l’or massif et fondent l’objet ; une pièce rarissime car la plupart de l’orfèvrerie funéraire d’Ancien Régime a été détruite durant la Révolution.
I
A
« Un monument national breton »
Clou de l’exposition « Voyage dans les collections »,
qui présentait le meilleur d’un fonds maison riche de
près de 135 000 œuvres (un des premiers du Grand
Ouest), ce réceptacle en tôle d’or, à l’intérieur duquel
il ne subsiste rien, attirait le public dans le petit musée
local (30 000 visiteurs depuis le 20 mai 2017). Il est en
effet bien plus qu’un simple objet d’art. Pour beaucoup, c’est le symbole même de la fierté bretonne.
Historiquement, il s’explique par le « Dilaceratio
corporis » (ou division des corps). Cet usage antérieur
aux croisades voulait que les dépouilles des souverains, préalablement bouillies, salées ou conservées
dans un tonneau d’alcool, soient inhumées dans l’abbatiale de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), la nécropole royale. Quant au reste, le cœur et parfois les entrailles, ils reposaient dans différents lieux de leur
choix. Le cœur étant le lieu de l’échange d’amour selon une symbolique fondamentale au système monarchique, il demeurait en général à proximité des
plus proches sujets. Accessoirement, la relique était le
gage de ressources pour l’Église.
Selon le compte rendu laissé par son héraut d’armes
Pierre Choque, Anne de Bretagne avait souhaité que
son cœur soit à Nantes, placé dans le tombeau de ses
parents au couvent des carmes de la ville.
A priori le reliquaire, peut-être dessiné par le
grand peintre, poète, architecte et organisateur de
Une semaine après son vol
dans un musée nantais,
le réceptacle en or
ayant contenu le cœur
embaumé d’Anne
de Bretagne (1477-1514)
a été retrouvé samedi par
la police. Ces vicissitudes
ravivent le discours
autonomiste breton :
le souvenir de la duchesse
qui fut par deux fois
reine de France demeure
très cultivé sur place.
fêtes royales Jean Perréal (dit Jean de Paris) et fabriqué par des « orfèvres à Blois suivant la cour », était
trop connu pour être écoulé via les réseaux de revente habituels. Répertorié, il avait même fait l’objet
d’une numérisation très haute définition en 3D. Sur le
site adb.mgdesign.fr, chacun peut le manipuler virtuellement afin d’en admirer les plus fins détails. La
boîte ovale, vaguement cordiforme, haute d’une
quinzaine de centimètres, lourde de seulement
475 grammes (mais assurée pour 5 millions d’euros),
est composée de deux valves identiques ornées d’inscriptions émaillées et surmontée d’une couronne à
fleurs de lys séparées de trèfles.
Afin d’inciter les voleurs à une restitution, un collectif d’associations s’était réactivé. En 2014, lors des
500 ans de la disparition de la dernière duchesse
souveraine de Bretagne, il avait organisé bénévolement une centaine d’événements sur les cinq départements bretons. Cette fois, ce groupe d’érudits et de
scientifiques locaux, baptisé Comité Anne de Bretagne, se proposait de jouer les « médiateurs confidentiels ». Garantissant l’anonymat, il invitait les
« ravisseurs » à le contacter via l’adresse e-mail
annedebretagne2014@free.fr.
Les suspects mis en examen
« Il y a une chance sur cent pour que cela aboutisse,
mais il faut la tenter, estimait Jacques-Yves Le Touze,
le coordonnateur. S’il y avait eu une demande de rançon, il l’aurait transmise au Département. Pour le comité, le coffret symbolise « une part importante de
l’histoire de la Bretagne, c’est l’un des derniers vestiges
de son indépendance ». Sa disparition et la menace de
sa destruction « ont également mis en lumière l’absence
de présentation publique cohérente et logique de l’histoire de la Bretagne à Nantes ». On a même déploré la
manière de communiquer du président du Département et de la maire de Nantes, qui a parlé cette semaine d’« un patrimoine d’une grande valeur, pour l’ensemble des Nantaises et des Nantais, revêtant une
importance sentimentale particulière ». De quoi, selon
le comité, gommer « tout rapport avec la Bretagne et
son histoire, un nouvel effet pervers de la partition du
territoire breton ».
Ce reliquaire, juge encore un sympathisant, « est un
monument national breton ».« Il doit trouver sa place
dans le trésor de la cathédrale. Il faudra aussi s’occuper
du rapatriement du livre d’heures d’Anne de Bretagne.
Sa place n’est pas à la Bibliothèque nationale d’un pouvoir qui nous nie et qui réécrit l’histoire. La place du livre
d’heures de la duchesse des Bretons est dans une Bretagne remise au périmètre du duché », poursuit-il.
« Jusqu’à présent, la protection accordée au reliquaire a été de celles que l’on accorde au patrimoine
d’intérêt local, au sein d’un ordre hypercentralisé.
Une protection de seconde main, en quelque sorte, dénonce pour sa part Yvon Ollivier, juriste et auteur de
l’ouvrage La Désunion française, essai sur l’altérité
au sein de la République (L’Harmattan, 2012). Ce
En matière de sécurité dans les petits lieux
patrimoniaux de province, la France
est toujours en retard d’une guerre
»
JACQUES SANTROT, EN CHARGE DU MUSÉE DOBRÉE PENDANT VINGT-CINQ ANS DROITS RÉSERVÉS
genre d’avanies est le lot des cultures minorisées, bafouées ou secondarisées. »
Les voleurs avaient-ils conscience de raviver de si
anciennes plaies ? À l’heure où ces lignes sont écrites,
les enquêteurs ainsi que les experts agissant en soutien
de l’Office central de lutte contre le trafic des biens
culturels (OCBC), entendent les suspects mis en examen. Ils n’excluent donc encore aucune hypothèse.
Nul doute par exemple qu’ils comparent leur mode
opératoire avec d’autres casses. Ainsi, celui de
mai 2017, quand, avec un anneau et un calice, une
couronne de la Vierge - pièce d’or sertie de pierres
précieuses datant du XIXe siècle - s’est envolée du
Musée d’art religieux de Fourvière, à Lyon. Ou quand,
le mois précédent, celle de Notre-Dame d’Aubazine
conservée dans la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême (Charente) et la statue de Notre-Dame-de-BonSecours, dans l’église Sainte-Croix de Nantes, se sont
également volatilisées.
Jacques Santrot, en charge du Musée Dobrée pendant vingt-cinq ans, et qu’il a quitté en 2010, avait
hier retrouvé le sourire. Mais il demeurait lucide : « En
matière de sécurité dans les petits lieux patrimoniaux de
province, la France est toujours en retard d’une guerre. » Encore bouleversé, il compatit. « J’imagine la
charge morale qui demeure sur les épaules de l’actuelle
directrice et de l’ensemble du personnel. » En travaux
depuis 2011, le musée doit rouvrir ses portes fin 2021.
Le conservateur vient de passer six ans à retracer
l’histoire du reliquaire. Son travail, titré Les Doubles
Funérailles d’Anne de Bretagne, le corps et le cœur
(janvier-mars 1514), a été publié en juin par la Librairie
Droz (Genève). Il lui a fait gagner le concours 2018 des
Antiquités de la France organisé par l’Académie des
inscriptions et belles-lettres.
Son homologue l’historien Didier Le Fur, spécialiste
du XVIe siècle et notamment auteur de biographies sur
les époux successifs d’Anne de Bretagne (Charles VIII
puis Louis XII), rappelle avec lui que les vicissitudes de
l’écrin ne datent pas d’hier. À la Révolution, il est saisi
et transféré à la Monnaie de Paris pour y être fondu.
Mais reconnu Monument des sciences et des arts, il est
finalement conservé à la Bibliothèque nationale. Il est
réclamé par la Ville de Nantes en 1819 à des fins d’exposition. Pourtant, il est gardé à la mairie et n’est finalement visible qu’à partir de son transfert au Musée
départemental d’archéologie, futur Musée Dobrée, en
1886. Pendant l’Occupation, le conservateur de l’époque prendra le risque de le cacher chez lui.
Au XXe siècle, le « cercueil de cœur » ou cardiotaphe a fait à plusieurs reprises l’objet de revendications
et polémiques quant à son lieu de conservation. Au
Musée Dobrée, au milieu des statues qui l’entouraient
jadis au couvent des carmes ? Au Musée d’histoire de
Nantes - château des ducs de Bretagne ? Ou bien non
plus dans l’actuelle région administrative des Pays de
la Loire mais dans celle de Bretagne ? Maintenant qu’il
est retrouvé la question se pose à nouveau.
Reste que sur tout le territoire de l’ancien duché,
le soulagement succède à la tristesse. Les larmes
causées par le vol n’y étaient pas sans rappeler celles versées un demi-millénaire plus tôt. Au moment du décès d’Anne de Bretagne, à Blois en 1514,
Jacques Santrot estime à 1 700 le nombre des pleurants. Pour les funérailles parisiennes, le cortège
aurait été de 12 à 13 000 âmes, voire plus. Et ils
étaient sans doute 3 000 autour du cœur embaumé
lors de son arrivée à Nantes. ■
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lundi 23 avril 2018
CHAMPS LIBRES
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INTERNATIONAL
La guerre du Nil aura-t-elle lieu ?
Dire que ce pays dépend du Nil est un
euphémisme gentil. « L’Égypte est un
don du Nil », écrivait Hérodote.
Un simple chiffre suffit à comprendre : 97 % des besoins d’eau des
Égyptiens sont assurés par ce fleuve.
Dans ce contexte, le moindre changement sur son cours aurait des
conséquences immenses et dramatiques. Pour Le Caire, les modifications que pourrait entraîner le barrage de la Renaissance menacent son
développement économique et son
approvisionnement alimentaire déjà
très difficile. En février dernier, le
ministre des Eaux et de l’Irrigation
répétait avec rage, lors d’une rencontre au Soudan, le mantra égyptien. « Si le flot qui arrive en Égypte
baisse de 2 %, nous pourrions perdre
environ 200 000 arpents (un demihectare) de terre cultivable. Or un
arpent nourrit une famille. Et, si on
considère qu’une famille compte cinq
personnes, cela veut dire qu’un million
de personnes pourraient se trouver
sans ressources. » Pour les cher-
❙
LE RISQUE DE CONFLIT
EST-IL RÉEL ?
Pour les experts, cette hypothèse est
aujourd’hui peu probable. Certes,
Anouar el-Sadate avait déclaré, en
1978, que « seule l’eau pouvait le faire
entrer en guerre », en menaçant le
président éthiopien Mengistu, qui
envisageait à l’époque la construction
d’un barrage sur le lac Tana. Mais
aujourd’hui rien ne laisse craindre un
choc militaire. Pour autant les tensions demeurent vives. En juin 2013,
une réunion sur ce barrage s’est
tenue autour du président égyptien
Morsi. Censée être secrète, elle était
en fait diffusée en direct à la télévision, et on y entendait des hommes
politiques qualifier l’ouvrage de
« complot américain et sioniste » et
proposer d’envoyer des troupes
spéciales ou de soutenir des rébellions locales. Le scandale avait été
énorme, poussant Le Caire à se
confondre en excuses.
L’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah
al-Sissi quelques jours plus tard limitera les dégâts. Sur ce dossier, le nouveau président va d’abord jouer
l’apaisement. En 2015, un accord tripartite avec le Soudan et l’Éthiopie
est signé. Mais ce texte ne débouche
sur rien de concret, le gouvernement
égyptien le considérant finalement
comme une erreur. Les pourparlers
continuent donc, sans grandes avancées. Les dernières discussions, au
début du mois d’avril 2018, n’ont
abouti qu’à un constat d’échec. Elles
doivent rependre mais, pendant ce
temps, la muraille de béton monte
toujours plus. L’Égypte semble en fait
livrer une ultime lutte afin d’obtenir
une durée maximale pour le remplis-
50 100 500 1 000
❙
L’Égypte est très isolée. Son partenaire traditionnel, le voisin soudanais, a tourné bride pour rejoindre
l’Éthiopie. Khartoum et ses entreprises espèrent que le barrage va aider à
réguler le débit du fleuve, rendant
l’irrigation plus simple et plus efficace. Il espère aussi bénéficier d’un
apport en électricité sur le surplus de
production que promet Addis-Abeba.
En face, l’argument du traité de 1959,
même s’il donne aussi une part immense des eaux au Soudan (18 %) ne
pèse pas lourd. D’autant que les
autres États de l’Initiative du bassin
du Nil (IBN) appuient l’Éthiopie. Cet
organe, lancé en 1999, qui regroupe
9 pays (1) est boycotté depuis 2004
par l’Égypte. Les membres de l’IBN
soulignent que le texte de 1959, très
favorable à l’Égypte, se fonde sur un
premier traité, de 1929. Or celui-ci
avait été négocié avec la Grande-Bretagne, qui était alors la puissance
coloniale de la majorité des pays
censés avoir signé. Devenus indépendants, ces pays ne se sentent plus en
rien engagés par les promesses britanniques, particulièrement l’Ouganda et le Kenya. Ces deux États
n’ignorent pas qu’en pleine croissance démographique, le problème
de l’eau est pour eux aussi vital. Le
bassin du Nil, qui comptait environ
300 millions de personnes en 2000,
en abritera le double en 2030. L’IBN
ne cache pas non plus son agacement
alors que l’Égypte a développé de
manière unilatérale ses propres infrastructures, notamment le barrage
d’Assouan, ouvert en 1970. De son
côté, en position de force, AddisAbeba appelle à une gestion « raisonnée » de l’eau, et souligne que 80 %
des eaux du Nil proviennent d’Éthiopie. Cette façon indirecte de revendiquer le rôle de leader sur le Nil, révèle
des ambitions. L’Éthiopie, qui
compte déjà plus d’habitants que
l’Égypte et dispose d’une économie
beaucoup plus dynamique, se rêve en
nouvelle puissance régionale. Une
posture qui pourrait pousser Le Caire
à sortir de ses gonds.
L’IMPACT
SUR L’ENVIRONNEMENT
EST-IL MAÎTRISÉ ?
❙
C’est le vrai point faible du barrage de
la Renaissance. L’Éthiopie, régime
peu ouvert, entretient un grand mystère autour de l’impact de l’ouvrage
sur l’environnement. Addis-Abeba
affirme avoir conduit de nombreuses
études mais ces dernières sont très
largement restées secrètes. Des questions, purement techniques, sur la
fiabilité de l’ouvrage ou sur sa taille,
en outre se posent. Certains experts
estiment que le Gerd est trop important. Mais les protestations les plus
gênantes touchent aux effets qu’il
pourrait avoir sur un système hydrologique fragile dans une zone qui
manque déjà d’eau. En 2012, l’ONG
International Rivers s’inquiétait,
dans un rapport controversé, de ses
conséquences sur le climat. Les tenants du barrage de la Renaissance
soulignent, au contraire, qu’il permettra de limiter les pertes, notamment celles du réservoir du barrage
d’Assouan, dont 10 % de l’eau s’évapore chaque année. Ils insistent ainsi,
en creux, sur les manquements
égyptiens. Dans ce pays, 85 % des
ressources en eau sont utilisées dans
l’agriculture, suscitant un immense
gâchis. « C’est sans doute cette utilisation sans frein et sans réflexion de
l’eau qui est le plus gros problème. Si
rien n’est fait rapidement dans ce domaine, la région n’échappera pas à des
très graves tensions », redoute un diplomate. ■
(1) L’Égypte, le Soudan, l’Éthiopie,
le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda,
le Burundi, la Tanzanie
et la République démocratique du Congo.
*uniquement les 11 pays concernés
Le Caire
QUELLE EST LA
POSITION DES AUTRES
PAYS DE LA RÉGION ?
L’ENJEU DU PARTAGE DES EAUX
Pays considérant avoir des
« droits historiques » sur
le Nil (accord de 1959)
- Égypte : 66 % du débit
- Soudan : 22 % du débit**
Barrage opérationnel
ÉGYPTE
Barrage en construction
Barrage en projet
Lac Nasser
**et le Soudan du Sud. Les 12 % restant des
84 milliards de m3 (flux total annuel estimé
en 1959) étant perdus en évaporation.
Pas de quotas attribués aux autres
pays riverains qui s’ils voulaient
utiliser l’eau du Nil devaient
demander l’autorisation
aux 2 premiers.
Mer
Atb
SOUDAN
Rouge
ÉRYTHRÉE
Khartoum
Lac Tana
Bahr el-Ara
Barrage de la Renaissance
b
il B
N
L’ÉGYPTE
S’Y OPPOSE ?
❙ POURQUOI
cheurs égyptiens, un tel choc conduirait à une instabilité politique.
Si l’Éthiopie fait du barrage une question d’indépendance, l’Égypte y voit
donc un sujet de sécurité nationale,
voire de fierté nationale. Elle considère depuis toujours le Nil comme
« sa » propriété, même si sept autres
pays peuvent revendiquer une partie
des 6 700 kilomètres du plus long
fleuve du monde. Curieusement,
Le Caire n’a pas vraiment réagi à
l’annonce du lancement du barrage.
Alors plongé en pleine révolution, le
gouvernement, préoccupé par la situation politique, n’a pas tapé du
poing sur la table, ni tenté d’ameuter
ses soutiens. Il s’arc-boute désormais
sur un traité de 1959 qui octroie à
l’Égypte 55,5 milliards de mètres cubes et un droit de regard sur les
constructions en amont. Au fil des
années, Le Caire se retrouve devant
une sorte de fait accompli, sans autre
solution que des négociations délicates ou une opération militaire lourde.
en habitants/km2
ara
Le barrage de la Grande Renaissance
éthiopienne - the Grand Ethiopian
Renaissance Dam, alias Gerd -, est en
construction sur le Nil Bleu, en
Éthiopie, non loin de la frontière avec
le Soudan. Sur ce site, repéré dès les
années 1950 par les Américains,
l’ouvrage s’annonce gigantesque,
long de quelque 1 800 mètres, haut de
175 m, avec une retenue d’une capacité de 74 milliards de mètres cubes,
créant un lac de plus de 1 500 kilomètres carrés. Ce qui sera le plus
grand
barrage
hydroélectrique
d’Afrique doit fournir plus de
6 400 GW pour soutenir la croissance
économique du pays et son industrialisation rapide. Aujourd’hui, selon les
estimations, la demande en électricité croît de 30 % par an en Éthiopie.
Et l’explosion démographique attendue dans ce pays, qui compte déjà
plus de 100 millions d’habitants, ne
laisse pas imaginer une baisse de la
demande. Mais pour l’Éthiopie, ou
tout du moins pour ses gouvernants,
ce projet est plus qu’un simple investissement structurel. Le très nationaliste et omnipotent parti au pouvoir,
le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens, en a fait
un symbole, d’où le nom choisi. Lors
de l’annonce de la construction, en
mars 2011, le premier ministre
d’alors, Meles Zenawi, a fait du barrage un engagement quasi existentiel.
Il a ainsi affirmé que le coût énorme
de la construction - 2,8 milliards de
dollars - serait financé par la nation
pour des questions d’indépendance.
Tous les Éthiopiens, à commencer par
les fonctionnaires, ont donc été invités à contribuer à la grande œuvre en
acceptant des baisses de salaires,
parfois importantes, à leur corps défendant. Les banques chinoises prêtent 1,6 milliard pour payer les équipements. Le contrat, d’un total de
plus de 4,5 milliards de dollars, a été
confié, dans un marché de gré à gré, à
une firme italienne. Dans les faits, le
manque d’études d’impact environnemental, les questions sur la solidité
autour d’un dossier où l’Éthiopie entretient l’opacité, les critiques de
nombreuses ONG, ont poussé les
grandes institutions financières internationales et de nombreux États à
ne pas s’engager ou à refuser les demandes de crédits. Au-delà des peurs
légitimes pour la nature, les frictions
régionales, nées de la construction de
ce barrage, ont joué un rôle majeur
dans la prise distance des bailleurs de
fonds. Aujourd’hui bâti à plus 70 %,
le barrage de la Renaissance pourrait
être mis en eau dès 2018. Et ce projet
a beau être qualifié de pharaonique, il
déplaît souverainement à l’Égypte.
(3 176 541 km2 = 6 fois la France)
DENSITÉ DE POPULATION*,
N il
leu
Addis-Abeba
ÉTHIOPIE
SOUDAN DU SUD
Juba
RÉP. DÉM.
DU CONGO
Lac Albert
OUGANDA
KENYA
Kampala
Lac Édouard
gera Lac
Ka
Victoria
RWANDA
Nairobi
OCÉAN
INDIEN
BURUNDI
TANZANIE
200 km
2 ... 11 pays concernés par différentes
problématiques
Précipitations
Démographie
91,5 / 151,1
POPULATION
NATIONALE
EN 2015
1,036 milliard
d’habitants d’ici
2050.
Avec 51 mm
de précipitations
en 2015, l’Égypte
est le pays
le plus aride
de la région.
MOYENNE DES
PRÉCIPITATIONS
À LONG TERME
en mm/an
en millions d’hab.
dont la part
de la population
vivant dans
le bassin versant
plus de 1 000
36,1 / 80,3
de 501 à 1 000
5,2 / 10,4
de 100 à 500
moins de 100
Projection de
la population
en 2050
99,4 / 188,5
12 / 25,9
10,5 / 21,2
34 / 101,9
43 / 95,5
72,1 / 195,3
11,2 / 28,7
44,9 / 137,1
Ressources en eau
UTILISATION
DE L’EAU*
en %
plus de 90
de 50 à 90
L’Égypte utilise
98 % de son
approvisionnement
en eau douce
par an.
Dépendance
TAUX DE
DÉPENDANCE*
de 50 à 75
de 10 à 50
de 25 à 50
de 1 à 10
de 0 à 25
moins de 1
0
% du total des ressources
en eau douce renouvelables actuelles
L’Égypte et
le Soudan
dépendent pour
plus de 96 %
des pays en
amont.
en %
plus de 75
*% du total des ressources
en eau douce renouvelable provenant de l’extérieur du pays.
Sources : Reuters, Nile Basin Water Resources Atlas, Nile Basin Initiative, populationpyramid.net
Infographie
A
❙
La construction
de l’immense
barrage
de la Renaissance
en Éthiopie
provoque
des tensions
avec l’Égypte.
Les deux États
revendiquent
une souveraineté
sur le fleuve.
Bassin versant du Nil
Mer Méditerranée
c
QU’EST-CE QUE
LE BARRAGE
DE LA RENAISSANCE ?
1 Le Nil, 6 695 km de long et...
an
AFRIQUE Cet ouvrage sur le Nil
Bleu, qui pourrait être inauguré cette
année, est le signe des ambitions régionales d’Addis-Abeba.
sage du réservoir. L’Éthiopie, qui
comme toujours reste dans le flou sur
ses intentions, table bien sûr sur une
rapide montée en eau du lac : quatre
ans, peut-être moins. L’Égypte avance, elle, un temps de huit, voire dix
ans. Le Caire affirme qu’une vitesse
plus grande ferait peser des dangers
sur les pays en amont, cherchant ainsi des alliés.
Nil
£@tanguyber
Bl
Tanguy Berthemet
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lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
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CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Angles morts
■ Rétention
administrative étendue, réduction des délais, extension du regroupement
familial : plusieurs mesures ont été votées par la majorité dans le cadre de la loi asile
et immigration. Une réforme insuffisante pour nos deux contributeurs.
Pour le président du conseil
départemental de Seine-etMarne, Jean-Louis Thiériot,
l’enjeu crucial des mineurs
non accompagnés (MNA) est
insuffisamment traité, alors
que le régime très favorable
qui leur est réservé crée un
c’est évidemment un précieux Graal.
est une épine
appel d’air. Il propose quelFaute de documents d’identité
dans la chair
ques « mesures de bon sens ».
fiables, dans un secteur
des départements.
L’essayiste Stéphane Perrier
où les falsifications de documents
Pourtant le projet
ouvre des pistes pour améliosont monnaie courante, l’évaluation
de loi asile
rer l’intégration, en solennide minorité est un jeu de piste des
et immigration
plus aléatoires. On estime qu’entre
ne dit pas un mot de la douloureuse
sant davantage l’obtention de
50 % et 80 % des demandeurs
question des mineurs non
la citoyenneté française.
Mineurs étrangers, le grand silence
de la loi asile et immigration
C’
accompagnés (MNA), c’est-à-dire
des mineurs étrangers arrivés seuls
sur le territoire national. Rappelons
quelques éléments de fait. En vertu
du Code de l’action sociale
et conformément à leur vocation
de proximité, les départements
sont en charge de l’ASE, l’aide sociale
à l’enfance. Parmi les mineurs
en difficultés figurent naturellement
les jeunes migrants dont le nombre
connaît une croissance exponentielle.
Alors qu’ils n’étaient que 2 500
en 2004, ils sont aujourd’hui plus
de 26 000, représentant près de 20 %
des enfants placés pour un coût
de prise en charge dépassant
1,9 milliard d’euros, nullement
compensé par l’État alors que
les départements n’ont d’évidence
aucune prise sur les flux migratoires.
Peu relèvent du droit d’asile ; c’est
en fait de l’immigration économique.
Trois pays, la Guinée, la Côte d’Ivoire
et le Mali représentent 60 %
des arrivants. Cette situation
engendre une série de difficultés
juridiques, humaines et financières
qui sont laissées en jachère.
Juridiquement, la grande difficulté
est l’établissement de la minorité
réelle ou supposée des requérants.
Le droit français
prévoyant
l’accueil
automatique
de tous les
Pour le président du conseil départemental
mineurs et la
de Seine-et-Marne, le statut très favorable des
délivrance d’un
étrangers mineurs crée un appel d’air dans notre
titre de séjour
à la majorité,
pays, difficile à gérer pour les départements.
+
» Lire aussi PAGES 4 ET 5
JEAN-LOUIS THIÉRIOT
qui menace l’équilibre budgétaire
de départements déjà fragilisés
par la baisse des dotations
et par la croissance des allocations
de solidarité comme le RSA. Pour
un département comme la Seineet-Marne, la charge des MNA
qui était d’1,5 million d’euros
sont en fait des majeurs. En l’absence
en 2010 est passée à 11,5 millions
du droit de recourir à l’âge osseux
en 2015 et dépassera probablement
par examen radiologique, sans
les 30 millions en 2018. Cette charge
l’accord de l’intéressé, l’évaluation
supplémentaire vient en outre se
faite par les départements ou les juges
heurter au récent pacte de stabilité
en cas de contestation aboutit
limitant à 1,2 % la croissance
à des jurisprudences contradictoires,
des dépenses de fonctionnement
de 10 % à 90 % d’un territoire
des départements. Concrètement,
à l’autre. De plus, faute de ficher
alors que les dépenses sociales
biométrique national, un candidat
représentent près de 70 %
des dépenses des
départements,
Alors qu’ils n’étaient que 2 500 en 2004, cela signifie
que des choix
ils sont aujourd’hui plus de 26 000,
doivent être faits
représentant près de 20 % des enfants
au préjudice
d’autres
placés pour un coût de prise en charge
politiques
dépassant 1,9 milliard d’euros
sociales.
Compte tenu du
au statut de MNA refoulé
caractère obligatoire des dépenses
par un département peut déposer
de l’aide sociale à l’enfance, ce sont
une demande dans un autre, jusqu’à
les autres bénéficiaires du territoire,
ce qu’il obtienne gain de cause.
les personnes âgées, les handicapés,
Humainement, le régime
les accidentés de la vie
très favorable aux MNA
qui en paieront le prix.
est un formidable appel d’air
Dans son discours à l’Association
pour les filières de trafic d’êtres
des départements de France,
humains. De surcroît, un mineur
Édouard Philippe avait promis
peut invoquer le regroupement
que « l’État assumera l’évaluation
familial pour faire venir ses parents.
et l’hébergement d’urgence
Pour les mineurs, la rémunération
des personnes se déclarant mineurs ».
des passeurs est ainsi évaluée
À ce jour rien ou presque n’a été fait.
à 15 000 $ contre 7 000 $ pour un
Une aumône de 200 millions d’euros
majeur. De ce point de vue, le projet
et la proposition de créer un fonds de
de loi asile et immigration qui prévoit
péréquation entre les départements ;
d’offrir aux frères et sœurs du mineur
autrement dit, que ces derniers
étranger le bénéfice du regroupement
se financent entre eux.
familial est une dangereuse folie.
Au-delà des politiques de maîtrise
Enfin, financièrement, l’accueil
des flux migratoires qui relèvent
des MNA est un puits sans fond
de l’échelon national et européen,
«
»
quelques mesures de bon sens
s’imposent :
•Prise en charge par les services
de l’État ou indemnisation totale
des départements pour les frais
d’évaluation et d’hébergement
d’urgence avant reconnaissance
de minorité ;
• Règles d’appréciation unifiées
sur l’ensemble du territoire
et mise en place d’une juste
répartition entre les départements ;
• Obligation pour les candidats
suspectés de fraude de se soumettre à
un test d’âge osseux ;
• Refus de délivrance d’un titre
de séjour à la majorité quand
le requérant a présenté de faux
documents ou falsifié son âge ;
• Établissement d’un fichier
biométrique des personnes déclarées
majeures pour éviter les évaluations
multiples ;
• Exclusion des dépenses
liées à l’accueil des MNA
du pacte de stabilité.
Les départements sont prêts
à prendre leur part du fardeau
de l’accueil, toute leur part mais à
condition que ce soit un juste accueil.
Ils sont prêts à mobiliser des hommes
et des moyens. La fraternité est dans
leur ADN. Mais la solidarité au service
des uns ne peut se faire au détriment
des autres. Méfions-nous de la colère
des territoires, de celle des oubliés.
Une fois encore, c’est une charge
qui repose majoritairement
sur la province. Une politique
nationale d’accueil ne peut se faire
au détriment de nos anciens
ou des accidentés de la vie. On
en arrive à cette heure singulière
où une politique sociale va
contraindre la puissance publique à
en abandonner d’autres. C’est à l’État
d’assumer ses choix et d’en payer le
prix financier. Pour éviter que ne se
défasse notre monde déjà si fragile !
« Il faut donner davantage de sens
et de lustre à l’acquisition de la nationalité »
ar tradition, la France
attribue sa nationalité
de manière généreuse.
C’est l’une des illustrations
les plus éloquentes de notre
conception ouverte
de la nation, en vertu de laquelle tant
et tant d’étrangers « se sont confondus
vite dans les tâches et les replis de notre
civilisation », apportant « une nuance
de plus à notre culture complexe »
(Braudel).
Ce principe demeure tout à fait
valable aujourd’hui, et les difficultés
d’intégration nouvelles auxquelles
nous sommes confrontés ne doivent pas
nous conduire à y renoncer. Il est en
revanche souhaitable de réformer ses
modalités d’application afin de donner
davantage de sens, et de lustre, à
l’acquisition de la nationalité française.
Concernant les adultes, aucune
modification législative ne paraît
nécessaire, car les dispositions
du Code civil sont à la fois pertinentes
et précises. Il s’agit seulement de veiller
à ce que le contrôle de l’« assimilation
à la communauté française »
– que l’on pourrait aussi bien nommer
« intégration », car nous
ne reviendrons pas à l’assimilation
de jadis, conçue dans une autre France
par d’autres Français – soit réalisé
avec le soin qui convient.
Il faudrait
par ailleurs
que l’acquisition
de la nationalité
française
Pour permettre l’intégration, l’essayiste*
soit toujours
propose de davantage solenniser l’acquisition
un événement
de la nationalité et d’en abolir l’automaticité,
solennel. Ce n’est
sans toutefois remettre en cause le droit du sol.
pas forcément
DESSINS CLAIREFOND
P
A
STÉPHANE PERRIER
le cas aujourd’hui. La cérémonie
de naturalisation de mon épouse eut
beau se dérouler au cœur de Paris, elle
ne s’en tint pas moins dans une vilaine
salle tout en longueur, aux murs ternes
et au plafond bas – et à la capacité si
limitée que je dus rester à l’extérieur. Le
contenu fut à l’avenant : une formalité
administrative promptement expédiée.
Telle est l’image indifférente que nous
renvoyons parfois aux étrangers
qui ont fait le choix de notre pays.
On pourrait imaginer
que les cérémonies de naturalisation
se déroulent au cours des célébrations
du 14 Juillet. Chaque municipalité
concernée organiserait la cérémonie
dans la plus belle salle ou sur la place
de la mairie. L’apéritif qui suivrait
serait ouvert à tous les habitants
de la commune, afin de manifester
que c’est la communauté nationale
dans son ensemble qui accueille
ses nouveaux membres.
Concernant maintenant les enfants
étrangers nés en France, il faut
commencer par réaffirmer qu’ils ont
naturellement vocation à devenir
français. Deux points gagneraient
toutefois à être revus : l’automaticité
et la possibilité d’acquérir la nationalité
française durant sa minorité.
L’idée que l’acquisition automatique
de la nationalité française à la majorité
constituerait un principe républicain
est récente. La loi de 1889 qui a institué
cette disposition avait essentiellement
pour but d’assurer l’égalité devant les
obligations militaires. Il s’agissait, aux
dires même du rapporteur, « d’obliger
des individus qui trouvent leur intérêt
à ne se rattacher à aucune collectivité
déterminée, afin d’en éviter les charges,
de s’opposer par décret à l’acquisition
de la nationalité française pour
« défaut d’assimilation » – ou
« défaut d’intégration », dirions-nous
désormais. Il s’agit ici de traiter les cas
particuliers d’individus qui auraient
défavorablement attiré l’attention
des autorités par un rejet virulent de la
France ou des valeurs républicaines.
À ceux qui souhaitent aller plus loin,
en supprimant le droit du sol, il faut
répondre que le système du droit
du sang aurait le tort de ne pas rendre
justice à l’expérience vécue par
la plupart des
enfants étrangers
Il semblerait également plus logique
nés dans notre
pays : en
que seuls les étrangers majeurs
grandissant parmi
puissent demander la nationalité
nous, avec nous,
ils participent
française afin que la démarche
de notre vie
soit accomplie à un âge où le jugement
collective,
individuel est formé
ils s’imprègnent
de notre histoire
et de notre culture, ils se projettent
une nation que l’on définit en partie
dans notre avenir au même titre
comme un « plébiscite de tous
que les enfants français. Ce n’est pas en
les jours ». Il semblerait également
rendant plus difficile leur accès à notre
plus logique que seuls les étrangers
nationalité, mais en s’assurant du désir
majeurs puissent demander
d’intégration des immigrés avant de les
la nationalité française afin que
autoriser à s’installer définitivement
la démarche soit accomplie à un âge
sur notre sol et en replaçant la France
où le jugement individuel est formé.
et la République au cœur de notre
Précisons qu’il n’est nullement
école, afin de les donner à aimer à tous
proposé de soumettre les enfants
les enfants, que nous resserrerons
étrangers nés en France
les liens distendus de notre peuple.
à une procédure comparable
à celle qui s’applique aux adultes :
*Ancien fonctionnaire
la naturalisation serait de droit pour
parlementaire, aujourd’hui cadre dans
ceux qui en feraient la demande. La
l’industrie. A publié « La France au
seule limitation serait le rétablissement
miroir de l’immigration » (Gallimard,
de la disposition qui permettait
coll. « Le Débat », 2017, 288 p., 22 €).
jusqu’en 1993 au gouvernement
à remplir leur devoir d’homme
et de citoyen ». Aucun des instigateurs
du texte n’a invoqué la République
pour le justifier.
D’un point de vue théorique,
la nécessité d’une démarche
pour acquérir la nationalité française
est plus cohérente avec le projet
républicain. Il est paradoxal de n’exiger
aucune démarche pour entrer dans
une nation que l’on définit en partie
par l’adhésion de ses membres – de ne
pas exiger l’expression de la volonté ne
serait-ce qu’un seul jour pour rejoindre
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 23 avril 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Europe : le rêve brisé d’Emmanuel Macron
a fenêtre étroite qui s’ouvrait
pour réformer l’Europe est
en passe de se refermer sur un
nouvel échec. Plus Emmanuel
Macron discourt, plus Angela
Merkel est tétanisée,
plus Viktor Orban marque des points.
L’Europe profite de l’amélioration
de la conjoncture mondiale, qui portera
la croissance de la zone euro à 2,4 %
en 2018. Mais le haut du cycle est atteint
et les risques renaissent. Ils sont liés
à la surévaluation des marchés d’action,
à la hausse des taux d’intérêt,
à la guerre commerciale, monétaire
et technologique entre les États-Unis
et la Chine. L’onde de choc populiste
a repris son élan avec la percée de l’AfD
en Allemagne, une Italie rendue
L
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ingouvernable, le triomphe
de la démocratie illibérale lors des
élections tchèque et hongroise. Force est
ainsi de constater que les cinq chantiers
autour desquels devait s’organiser
la refondation de l’Europe sont bloqués.
Le premier touche au périmètre
et à l’identité de l’Union. D’un côté,
la cohérence des Vingt-Sept s’effrite
au cours de la deuxième phase
des négociations du Brexit, notamment à
propos du statut de la City vers laquelle la
Commission a fait un pas en envisageant
d’appliquer un système d’équivalence
aux services financiers. De l’autre,
aucune clarification n’est intervenue sur
la candidature de la Turquie en dépit des
dérives de la démocrature islamique de
Recep Erdogan et la Commission propose
ENTRE GUILLEMETS
23 avril 1616 : mort du dramaturge William Shakespeare.
René Girard, « Shakespeare.
Les feux de l’envie »
RUE DES ARCHIVES/PVDE
Shakespeare parle mieux
que Freud de la façon
dont désirent la plupart
des hommes»
d’ouvrir des discussions d’adhésion
avec l’Albanie et la Macédoine en dépit
du chaos qui règne dans les Balkans.
Le deuxième concerne la zone euro.
Toutes les initiatives françaises qui visent
à la renforcer pour affronter les futurs
chocs - budget, ministre des Finances,
élargissement du Mécanisme
de solidarité par un Fonds monétaire
européen, achèvement de l’union
bancaire, convergence fiscale et sociale font désormais l’objet d’un tir de barrage
croisé de la CDU-CSU en Allemagne,
de l’Europe du Nord rangée derrière les
Pays-Bas de Mark Rutte, du Luxembourg
et de l’Irlande hostiles au rapprochement
des normes fiscales et sociales comme
à la taxation des géants du numérique.
Le troisième a trait à la circulation
des personnes et à la crise des migrants,
qui divise les pays membres de l’Union
tout en alimentant le renouveau du
populisme. Un espace de libre
circulation n’est pas soutenable sans
des règles claires et effectives en matière
d’immigration et d’asile ni sans contrôle
strict de ses frontières extérieures.
Or il reste aujourd’hui dans les limbes.
Le quatrième impératif concerne
l’union de la sécurité, dont les missions
devraient comprendre la lutte
contre le terrorisme, la protection
des infrastructures critiques,
le contrôle des frontières extérieures
et la cyberdéfense. Or les actes ne
cessent de jurer avec les mots. La guerre
de Syrie et les frappes pour sanctionner
les bombardements chimiques effectués
par Damas ont souligné que la France
reste la seule puissance militaire
européenne après le Brexit. Mais elle n’a
pour partenaire crédible que le
Royaume-Uni dès lors que l’Allemagne
n’a ni la volonté ni les moyens d’agir.
L’ultime enjeu est lié à la démocratie
Pierre Gattaz : « Pourquoi l’objet social
de l’entreprise est une mauvaise solution »
e débat engagé sur l’objet
social de l’entreprise apparaît
déconnecté des réalités
de terrain. Pour les tenants
de cette réforme, il serait
urgent de modifier dans
le Code civil la définition même
de ce qu’est une entreprise. En ajoutant
qu’elle doit être gérée en considérant
les enjeux sociaux et environnementaux
de son activité. Chaque entrepreneur
que je croise m’explique, comme
une évidence, que son action
tient évidemment compte
de l’épanouissement de ses salariés
et de l’impact sur son écosystème
et son environnement. Tous me disent
leur attachement à leur territoire,
leur volonté de se battre pour continuer
à le développer, leur joie quand, par leur
action, ils aident les autres à grandir,
par le travail, et à s’épanouir. Et tous
finissent toujours par m’interroger :
« A quoi rime cette volonté de modifier
le Code civil ? » Et je suis bien en peine
pour leur répondre. Car, changer
le Code civil va concerner toutes
les entreprises, quelle que soit leur taille,
leur effectif, leur domaine d’activité.
Pour régler quels problèmes au juste ?
Il s’agirait de réconcilier l’entreprise
avec la société. Soit. Mais de quelle
entreprise parle-t-on ? Depuis plusieurs
années les TPE et les PME sont
systématiquement classées dans le trio
de tête des institutions les plus crédibles
et les plus
appréciées par les
Français. Ce n’est
effectivement pas
le cas des grandes
Le président du Medef estime que cette réforme,
entreprises, mais
présentée comme symbolique, pourrait avoir des
doit-on modifier
conséquences lourdes, tout comme l’instauration
le Code civil pour
faire apprécier
du principe de précaution dans la Constitution.
DESSIN CLAIREFOND
L
TRIBUNE
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
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Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
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SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
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Directeur délégué des rédactions
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Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
financiers… Très bien. Pour autant,
n’est-ce pas au Royaume-Uni qu’il existe
le contrat « zéro heure » qui est le nec
plus ultra en matière de précarité ?
Pour construire cette nouvelle voie entre
l’ultralibéralisme et le dirigisme ne fautil pas raisonner au minimum au niveau
européen ? Et pour résister aux activistes
financiers faut-il se livrer aux activistes
environnementaux ?
Refuser de changer le Code civil
serait un combat d’arrière-garde
démontrant notre passéisme
et notre étroitesse d’esprit.
C’est confondre de manière étonnante
modernité et réglementation. La France
serait dans ce cas depuis des dizaines
d’années à la pointe de la modernité.
On peut néanmoins en douter.
Ce qui fonctionne aujourd’hui,
au contraire, c’est l’autorégulation,
la discipline
entre pairs, les règles
Pour construire cette nouvelle voie volontaires. C’est
entre l’ultralibéralisme et le dirigisme ce qu’a démontré
le code Afep-Medef
ne faut-il pas raisonner au minimum
à plusieurs reprises
au niveau européen ?
ces dernières années.
Bref, tout cela
ne me semble ni pertinent, ni tout à fait
montré le débat organisé à l’initiative
de bonne foi. Alors oui, je le redis :
du Club des juristes voilà quelques
changer la loi sur ce sujet est une
semaines. Modifier la loi, nous disent-ils,
mauvaise idée, face à un vrai débat.
a toujours des conséquences, car cela
Que l’on s’interroge sur la place
donne un nouveau pouvoir interprétatif
de l’entreprise dans la société
au juge. Et si cela est réellement
est indispensable. Comprendre que les
symbolique, pourquoi ouvrir la boîte
attentes des jeunes générations vis-à-vis
de Pandore du contentieux en fragilisant
des entreprises sont bien supérieures
un édifice juridique existant,
à celles de leurs aînés est déterminant.
socle de toutes nos entreprises ?
Intégrer la dimension écologique est
Autres arguments qui reviennent
évidemment crucial. Mais a-t-on pour
souvent : cela existe déjà en Angleterre,
autant besoin de modifier le Code civil ?
inventons une nouvelle voie
A-t-on besoin d’utiliser un outil du siècle
du capitalisme entre l’ultralibéralisme
précédent pour parler aux Français ?
anglo-saxon et le dirigisme chinois, ce
Nous pouvons légitimement en douter.
sera un moyen de résister aux activistes
une centaine d’entreprises
de nos concitoyens ?
Si le but est réellement de faire aimer
l’entreprise, commençons par revoir
l’enseignement de la microéconomie
à l’école, initions un véritable
rapprochement des mondes que sont
l’Éducation nationale et l’entreprise,
et incitons les chefs d’entreprise à ouvrir
plus leurs usines au monde extérieur.
Le changement du Code civil tel que
prévu dans le rapport de Mme Notat
et de M. Senard serait essentiellement
emblématique. C’est à peu près ce qu’on
nous disait au moment de l’introduction
du principe de précaution dans la
Constitution. Quelques années plus tard,
on en paye toujours les conséquences. Et
les juristes de tous bords de nous alerter
sur le côté supposément « immune »
de cette modification comme l’a bien
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
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Rédacteur en chef
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Éditeur
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direction.redaction@lefigaro.fr
et aux valeurs de l’Europe. L’Union
se montre incapable de répondre au défi
politique que lui lance Viktor Orban et sa
pseudo-démocratie, illibérale dans son
appellation et liberticide dans les faits.
Simultanément, le projet d’Emmanuel
Macron de créer une République
européenne en marche avec les forces
modérées de gauche et de droite a fait
long feu avec l’effondrement des partis
socialistes, à l’image du SPD de Martin
Schulz ou du PD de Matteo Renzi,
ainsi que la flambée des populistes.
La responsabilité de l’Allemagne
est majeure dans la chronique
de ce naufrage annoncé. Elle a
de nouveau un gouvernement mais
n’a plus de chancelière, le culte
de la stabilité et la peur panique
de l’extrême droite tuant toute ambition
et tout projet pour l’Europe.
Mais Emmanuel Macron est loin d’être
indemne de tout reproche. Sur le fond,
il a cultivé l’ambiguïté sur le contrôle
des frontières et sur la sécurité tout en
poursuivant la course folle des dépenses,
des recettes et de la dette publiques,
ce qui constitue le premier obstacle
à la mutualisation au sein de la zone euro.
L’échec de la refondation de l’Union
aurait des conséquences dramatiques
pour le redressement de la France - dont
elle est le corollaire obligé - comme pour
la capacité de l’Europe à figurer parmi
les acteurs du XXIe siècle. Seuls
un sursaut et un tournant radical
d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron
peuvent l’éviter mais le temps leur est
compté. Hegel, croisant l’Empereur
qui partait en reconnaissance la veille
de la bataille d’Iéna, écrivit à son éditeur
avoir vu en Napoléon la liberté à cheval.
Emmanuel Macron prétendait être le
héraut de l’Europe en marche ; il incarne
de plus en plus l’Europe en panne.
VOX
… SOCIÉTÉ
« Pétitions en ligne,
vote électronique…
Quand les conflits sociaux
s’ubérisent », tribune
de Francis Brochet,
auteur de Démocratie
smartphone. Le populisme
numérique, de Trump
à Macron.
… INTERNATIONAL
« La sécession des “élites”,
ou comment
la démocratie est en train
d’être abolie »,
tribune de l’essayiste
Coralie Delaume.
… IDÉES
« George Orwell, écrivain
des gens ordinaires »,
entretien avec l’essayiste
Kévin Victoire.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale :
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
A
CHRONIQUE
19
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
20
Christine Ducros
£@ChristineDucros
archeuse de la
première heure,
Mariel Primois
Bizot adhère à
En marche ! le
11
décembre
2016, au lendemain du meeting
d’Emmanuel Macron, porte de
Versailles. Pendant huit mois, elle
milite bénévolement dans un
comité de quartier à Saint-Maur
(Val-de-Marne) et devient parallèlement petite main (elle répond au téléphone et ouvre le
courrier) au QG de campagne
jusqu’aux législatives. Elle publie
Attention à la marche ! Comme un
Huron chez Macron (Indigène éditions, mars 2018). Témoignage
grinçant d’une ingénue dévouée,
aujourd’hui décontenancée.
LE FIGARO. - Avez-vous
dès le départ songé à infiltrer
le mouvement pour en conter
l’histoire, comme le voulait
le « journalisme gonzo »
cher à Jean-François Bizot,
votre compagnon disparu
en 2007 ?
Mariel PRIMOIS BIZOT. - Pas du
tout. C’est facile de dire ça
aujourd’hui, mais, dès qu’Emmanuel Macron a annoncé sa
candidature, j’étais certaine
qu’il gagnerait. C’est un personnage de roman, brillant, créatif,
charismatique Il y avait une élégance dans son propos. J’étais
séduite par son désir d’ouverture
à la société civile, son envie
d’écouter, disait-il, « les Français qui ne voteraient pas
pour lui ». Je me demandais qui
étaient ces gens qui, dès le
premier meeting comme moi, se
déplaçaient
pour
entendre
quelqu’un qui n’avait pas de
programme, qui disait même que
c’était inutile d’en avoir un.
Je ne suis pas une « digital
native » mais adhérer au
mouvement se fait en trois clics,
créer un comité en cinq. J’avais
envie d’échanger, alors je me
suis lancée.
Vous rêviez de refaire le monde
en palabrant jour et nuit mais,
à peine inscrite, vous recevez
des mails vous demandant
une perception fort rationnelle
du candidat ?
Oui, on veut tout de suite savoir si
j’ai aimé sa prestation pendant le
meeting, ce que j’ai retenu de son
discours. J’entre déjà dans le
monde de l’entreprise. On m’interroge comme on le ferait pour
le lancement marketing d’un
yaourt, on veut savoir, s’il faut y
rajouter du sucre, des morceaux
de fruits.
Et vous avez répondu ?
Oui, c’est comme ça que j’ai été
recrutée au QG de campagne, j’ai
rejoint l’équipe « phoning ».
L’endroit avait tout d’une startup avec un agenda mural sur un
panneau de liège où chacun
punaise sa photo en guise de fiche
de présence, un bocal à poisson
rouge, une salle à micro-siestes,
des montagnes d’oursons et de
gomme à mâcher (le patron des
bonbons Haribo est un sympathisant de la première heure,
NDLR) et un slogan qui claque :
« La maison n’accepte pas
l’échec. »
Plutôt groupie au début,
on vous sent assez vite surprise
puis décontenancée
et carrément perplexe à l’égard
du nouveau monde ?
Il y avait deux univers : celui des
RENCONTRE
M
SEBASTIEN SORIANO/
LE FIGARO
Mariel Primois Bizot : « À En
marche !, on devait gagner
le “marché” de la présidentielle »
Un an après l’élection de son champion, cette directrice artistique, bénévole à En marche !,
livre les secrets de fonctionnement de la start-up présidentielle.
comités de terrain où des
gens comme moi, plutôt quadra
ou quinqua, voulaient réfléchir à
la vie de la cité, faire avancer des
idées, penser une autre société.
Ils étaient férus de démocratie directe et puis, il y avait le QG.
Là, c’était le monde de l’entreprise, l’obsession de la performance, de l’efficacité. On devait
gagner le « marché » de la présidentielle.
cabulaire utilisé, les teams, les
helpers, les boucles Telegram,
c’est tout un langage issu du
monde des start-up. Ici, on marche. On annonce les ralliements
comme des prises de guerre tout
en prônant la bienveillance. Si
quelqu’un dit ou fait quelque
chose de déplaisant, on le supprime d’une boucle de communication comme on se sépare
d’un « ami » sur Facebook. Il y a
un côté fan-club : ceux qui sont
avec nous, ceux qui sont contre
nous. L’inverse de ce qui avait
été annoncé.
La démocratie participative
« des
Marcheurs, c’était un peu
comme le Canada Dry,
la boisson qui sonne comme
de l’alcool mais qui n’en est pas
À la manière du Huron de Voltaire
qui portait la parole de la critique
sociale, politique et religieuse
sous Louis XIV, vous nous
emmenez avec votre ingénuité,
dans la machine à gagner ?
Oui, et c’est à ce moment-là que
je commence à écrire. Les jeunes
qui sont là ne doutent pas. Ils
sont pragmatiques, diplômés et
avancent. Il n’y a pas d’idéologie, pas de confrontations possibles. On ne critique pas sa boîte,
on en attend une promotion.
C’est le monde du #bienveillance, entre candeur et cynisme. On
ne fait pas de politique. On ne
discute pas, on ne se dispute pas
mais on sait où l’on va. Le vo-
»
Au service courrier, vous ouvrez
les nombreuses lettres destinées
au candidat, les chèques reçus
et les CV de tous ceux qui voient
dans la PME en mouvement
une opportunité de carrière ?
Oui, il y a eu beaucoup de très
jolies lettres d’amour ! C’est
grâce à tout ce courrier que je
me rends vite
compte
que
toutes les couches de la société
française sont atteintes de macronisme aigu. La gauche et
« en même temps » la bourgeoisie, la droite, les jeunes, les
vieux. Certains comparent le
candidat à Kennedy, d’autres à
Bonaparte, au Messie. Les femmes sont enamourées et les
candidatures affluent, y compris
pour des postes de ministres !
Chacun veut faire carrière au
sein de l’entreprise.
Ce qui est amusant, c’est que
vos amis de gauche se rallient
progressivement à Macron tandis
que vous doutez de plus en plus…
J’ai voté Macron ! J’ai été une
« helper » dévouée, j’ai adhéré
avec espoir et légèreté mais j’ai
senti que nous étions dans une
bulle, dans du vide. Un trou noir.
J’ai perçu une forme de manipulation. J’ai commencé à me sentir
bernée. Au lieu de la démocratie
participative dont nous rêvions,
nous remplissions des QCM thématiques qui étaient triés par un
algorithme. Rien ne remontait
vraiment de la base. Mais c’était
vendu comme un mythe dans les
reportages. La démocratie participative des Marcheurs, c’était un
peu comme le Canada Dry, la
boisson qui sonne comme de l’alcool mais qui n’en est pas.
Au fond, vous avez le sentiment
d’avoir participé
au « casse du siècle » ?
C’est intéressant de voir qu’avec
une cinquantaine d’ordinateurs,
une armée de bénévoles, 80 salariés, de l’enthousiasme et aussi
beaucoup d’amateurisme politique, on peut prendre la France.
Intéressant aussi de voir Macron
se passionner pour les « fake
news » car il y avait beaucoup de
fake dans cette campagne, à
commencer par le nombre d’adhérents affiché et la croyance
martelée qu’il y avait une partici-
son
le même
mais pas le même
A
« Au QG, c’est le monde
du #bienveillance,
entre candeur
et cynisme.
Les jeunes qui sont là
ne doutent pas.
Ils sont pragmatiques,
diplômés et avancent.
Il n’y a pas d’idéologie,
pas de confrontations
possibles ».
sens
pation horizontale. C’est comme
une blague. Une illusion. Après la
victoire, alors que nous réfléchissions à l’avenir du mouvement,
un haut cadre nous a dit : « La
seule différence avec une start-up,
c’est que nous avons beaucoup
d’argent, nous avons fait une levée
de fonds mais le business model est
à… créer. Ce n’est pas courant de
trouver des investisseurs qui
mettent autant d’argent sur un
projet inexistant. » Ce jour-là, j’ai
eu la confirmation des intuitions
de vide qui me hantaient. Le soir
de la victoire, mon fils adolescent
m’a écrit un SMS : « Macron, il a
violé le game. » Autrement dit, le
nouveau président a tout cassé
sans respecter les règles. Il a
tout compris. Depuis qu’il est élu,
on peut dire que Macron est un
président « gonzo » tant il met
en scène sa présidence, prévoit,
calcule et vit son histoire à fond. À
sa façon, c’est un performer.
Le président a-t-il lu votre livre ?
Il lui a été remis en mains propres
au Salon du livre par mon éditrice. Elle lui a dit : « C’est pour
vous, mais il ne faudra pas embastiller l’auteur » (référence à Voltaire emprisonné en 1717 pour
avoir critiqué le Régent, NDLR). Il
lui a dit ne jamais avoir emprisonné personne… Je n’en sais pas
plus. Je n’ai pas eu non plus de
retour de militants du mouvement. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 922 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
LE FMI ENTEND
MIEUX ÉVALUER
LA CORRUPTION
lefigaro.fr/economie
SNCF
FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU
MET EN GARDE CONTRE
LE PROTECTIONNISME PAGE 23
GUILLAUME PEPY VEUT TROUVER
UN TERRAIN D’ENTENTE
AVEC LES GRÉVISTES PAGE 24
CHARLES PLATIAU/REUTERS, JOEL SAGET/AFP, LIONEL BONAVENTURE/AFP
Un patron plus
contestataire
pour FO
Pascal Pavageau remplacera,
vendredi, Jean-Claude Mailly à la tête
du troisième syndicat français. PAGE 22
CMA CGM étend son activité de la mer à la terre
C’est un partenariat stratégique
qu’a signé CMA CGM, numéro
trois mondial du transport maritime par conteneurs, afin de se renforcer dans la logistique. Le groupe français a annoncé vendredi
qu’il allait acquérir 25 % du capital
de Ceva, anciennement connu
sous le nom de TNT Logistics. Cette entreprise suisse se spécialise
dans la logistique contractuelle :
stockage de produits, distribution,
gestion de la douane, etc. Son
chiffre d’affaires pour l’année 2017
le PLUS du
FIGARO ÉCO
était de 5,7 milliards d’euros. Elle
gère plus de 9 millions de mètres
carrés d’entrepôts sur plus de 750
sites dans le monde, à l’aide de
56 000 collaborateurs. Ses clients
évoluent dans les secteurs de
l’automobile, de l’e-commerce,
de l’aéronautique, des technologies et de la santé.
De son côté, CMA CGM revendique un chiffre d’affaires de 17 milliards d’euros pour l’année 2017.
L’entreprise marseillaise dessert
plus de 420 ports dans le monde,
avec 504 navires, et emploie plus
de 30 000 personnes.
Un peu plus tôt dans la journée de
vendredi, Ceva avait annoncé son
intention de s’introduire en Bourse. Sa valorisation est estimée entre 1,25 et 1,5 milliard d’euros, selon la fourchette de prix proposés
pour ses actions. « CMA CGM s’est
engagé à souscrire à une émission
d’obligations convertibles de Ceva
pour un montant compris entre
380 et 450 millions CHF (entre 316
et 375 millions d’euros, NDLR),
explique CMA CGM dans un communiqué. Cette prise de participation intervient dans le cadre du projet
d’introduction en Bourse sur le SIX
Swiss Exchange de Ceva, annoncé le
20 avril 2018, et reste conditionnée à
sa réalisation effective. » CMA CGM
va aussi choisir deux membres au
conseil d’administration de Ceva.
Les deux sociétés ont par ailleurs
annoncé qu’elles allaient « explorer
de possibles opportunités de travailler ensemble au développement
d’offres commerciales conjointes ».
L'HISTOIRE
LIBRES
ÉCHANGES
Les folles enchères de la vente à
l’encan du mobilier du Ritz à Paris
L’État français veut
être le premier
Big Brother des pays
démocratiques
O
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 26
LIVRES & IDÉES
Le capitalisme
face au désarroi
des salariés
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 26
RÉALITÉS
AUGMENTÉES
La seconde
explosion de la bulle
Internet
PAR BENJAMIN FERRAN
PAGE 28
n n’avait jamais vu ça. Même si
les précédentes ventes à l’encan
de mobilier de palaces avait
suscité l’engouement, que ce soit
à Paris - au Plaza, au Crillon,
au Lutetia - ou pour d’autres hôtels
emblématiques dans le monde, aucun expert
ne s’attendait aux folles enchères générées
par le patrimoine du Ritz, somme toute de
peu de valeur. Un record mondial. Le montant
de la vente s’est envolé à 7,3 millions d’euros,
soit sept fois l’estimation de départ.
Les quelque 3 400 lots ont trouvé preneurs.
Éreinté mais comblé,
Me Tajan, le commissaire-priseur et président
délégué de la
maison de ventes
Artcurial, qui a
tenu le marteau
pendant cinq
jours, se félicite :
« Le Ritz
a suscité
un engouement
extraordinaire,
attirant des
acheteurs du
monde entier. »
La moitié des lots ont été adjugés sur Internet,
« vecteur du succès de la vente ». Avec des
prix « parfois hallucinants », concède Me Tajan.
« C’est de l’irrationnel dans le bon sens,
c’est le côté magique. Les gens voulaient
un petit mot d’histoire, de rêve qu’incarne
le Ritz. » En 120 ans, l’histoire du Ritz
a été marquée par la présence de nombreux
hôtes célèbres. Comme Coco Chanel
qui y a vécu et s’y est éteinte, l’écrivain
Ernest Hemingway qui a laissé son nom
à l’emblématique bar, ou encore, avant
leur funeste destin, la princesse Diana et son
compagnon Dodi, fils du propriétaire égyptien
depuis 1979, Mohamed al-Fayed. Surprise,
le record de la
vente a concerné
un lot de… copies
Louis XV,
comprenant
un bureau et une
chaise de la suite
Coco Chanel.
Estimé 600
à 800 euros,
il a été adjugé
182 000 euros… ■
CAROLE BELLEMARE
Face à la corruption, le Fonds monétaire international (FMI) monte en
puissance. L’institution de Washington a annoncé dimanche l’adoption
d’un nouveau cadre réglementaire
destiné à évaluer de manière « plus
systématique » la corruption dans
ses 189 pays membres. Ce cadre
vient compléter les directives prises
en 1997, quand le fonds avait décidé
de s’investir dans cette lutte en
renforçant son rôle de promoteur
des principes dits de « bon gouvernement ».
Christine Lagarde, la présidente du
FMI, a reconnu qu’il était nécessaire
d’actualiser ces pratiques afin d’obtenir un engagement plus efficace
et systématique de tous les États
membres. Dans un premier temps,
les experts du FMI se pencheront
sur les systèmes juridiques des
États du G7 (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie,
Canada) ainsi que sur l’Autriche et la
République tchèque. Les politiques
anticorruption de tous les États
membres seront ensuite évaluées
chaque année. Le FMI n’a pas de
pouvoir policier en la matière. L’objectif de l’institution est alors
d’exercer de la pression sur les
États via notamment ses programmes d’aide financiers.
La corruption engloutit chaque année 2 % de la richesse mondiale,
avait estimé le FMI dans un précédent rapport publié en mai 2016. À
eux seuls, les pots-de-vin versés
chaque année sur le globe totalisent
entre 1 500 à 2 000 milliards de dollars, avait-il détaillé. Un niveau élevé
de corruption mine toujours la
croissance, les investissements nationaux et internationaux ainsi que
les revenus fiscaux, a plaidé Christine Lagarde. « Nous savons également que la corruption détourne les
jeunes de l’apprentissage et de
l’éducation parce que réussir dépend de qui l’on connaît et non pas
de ce que l’on sait », a-t-elle encore
appuyé.
«L’accent est mis sur la gouvernance de façon globale, et pas seulement sur la corruption », a expliqué le FMI dans son communiqué.
Car « les faiblesses de gouvernance […] ouvrent généralement des
portes à la corruption ».
A. G.
Nouvelle
manifestation
de retraités en juin
Emmanuel Macron n’a pas
convaincu son public. Il y a
dix jours, le président accordait un entretien à Jean-Pierre Pernaut où il avait tenté
d’expliquer aux retraités
pourquoi il leur demandait
davantage d’efforts qu’aux
actifs. Malgré cette tentative
de pédagogie, samedi, neuf
syndicats et associations de
retraités ont appelé à « une
nouvelle journée nationale de
manifestations », le 14 juin
contre la hausse de 1,7 point
de la CSG entrée en vigueur le
1er janvier.
Cette mesure ne passe pas
auprès des plus âgés, qui représentent pourtant la catégorie de la population qui a le
plus voté en mai dernier pour
le candidat de La République
en marche. Le gouvernement
a beau souligner que les retraités les plus modestes ne
sont pas concernés (ils bénéficient d’un taux zéro ou d’un
taux minoré à 3,8 %, qui restent inchangés). Et que les
autres bénéficient déjà d’un
taux réduit (6,6 %, qui passe
à 8,3 %) par rapport aux actifs (7,5 %, qui passe à 9,2 %).
Aucun argument ne porte.
Les retraités ont, en effet,
surtout retenu la promesse
du premier ministre : « Les
40 % de retraités qui touchent
des petites pensions inférieures
à 1 200 euros ne seront pas
concernés. » Or, ils ont découvert en janvier qu’ils
pouvaient être taxés même
sous ce seuil. En effet, le calcul prend en compte le revenu fiscal de référence et le
quotient familial du foyer, et
non la seule pension nette.
Au final, un retraité sur deux
devrait être perdant en 2018.
Après les manifestations du
15 mars, Édouard Philippe
avait fait un premier pas en
reconnaissant qu’il fallait
« corriger le dispositif » pour
les « 100 000 foyers de couples retraités » dont les revenus sont « juste au-dessus »
A. G.
du seuil retenu.
A
BANQUE DE FRANCE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Une nouvelle ère, beaucoup plus
contestataire, va s’ouvrir chez FO
Pascal Pavageau succédera vendredi à Jean-Claude Mailly à la tête du 3e syndicat français.
SOCIAL Ce lundi débute à Lille le
24e congrès de la CGT-Force
ouvrière, centrale connue sous le
diminutif de FO. Une édition particulièrement importante pour le
troisième syndicat français, trois
ans après le congrès de Tours. Car à
son issue, Jean-Claude Mailly, l’actuel secrétaire général, passera la
main à Pascal Pavageau, après quatorze ans de règne sans partage.
Seul candidat en lice, ce père de
trois enfants, ingénieur d’État de
49 ans, est certain de récupérer les
rênes de FO vendredi matin.
Dans le contexte actuel, marqué
par un climat social agité, ce passage de relais n’a rien d’anodin. Le
futur numéro un s’en cache à peine : il est sur une ligne plus dure que
son mentor qui, depuis l’arrivée au
pouvoir d’Emmanuel Macron, s’est
montré plutôt conciliant, notamment en refusant d’appeler à descendre dans la rue contre les ordonnances réformant le Code du
travail. Jeudi, devant l’Association
des journalistes de l’information
sociale (Ajis), Pascal Pavageau a,
lui, vivement dénoncé la politique
du chef de l’État, fondée, selon lui,
sur l’individualisation des droits au
détriment du collectif et s’apparentant à « une logique de jungle ».
Les coups de boutoir au dialogue
social et à la gestion paritaire - visible par l’encadrement par l’État du
régime d’assurance-chômage l’ont fait également bondir. S’il est
vrai que le paritarisme est dans
l’ADN de FO, la virulence du ton
était frappante. « Jupiter n’a pas à
dicter ce qui, soi-disant, est bon demain pour l’ensemble du cadre social
de ce pays », a-t-il lâché.
Ce discours d’opposition est bien
plus en phase avec la majorité des
militants FO, légèrement déroutés
par les options prises par JeanClaude Mailly lors de sa dernière
année. Déjà fin septembre, le parlement de la centrale avait demandé l’organisation d’une journée
contre les ordonnances Pénicaud,
finalement organisée avec la CGT
et Solidaires le 16 novembre. À
Lille, les interventions des délégués
lors des trois premiers jours s’annoncent donc musclées, et ce
Emmanuel
Macron
ne supporte pas
les contrepoids.
Il attaque
les médias,
le Parlement,
la haute
fonction
publique,
le paritarisme...
PASCAL PAVAGEAU,
LE 19 AVRIL
»
1947
Départ de certains
dirigeants de la
CGT en décembre.
Le congrès constitutif
de FO se tient ensuite
en avril 1948
15,59 %
des voix
d’autant que les représentants des
15 % d’anarchistes et trotskistes
que compte FO ont prévu de se faire plus entendre qu’à l’accoutumée. Résultat, le rapport d’activité,
qui reflète le mandat passé, devrait
être approuvé à une majorité plus
limitée qu’habituellement. JeanClaude Mailly anticipe d’ailleurs un
congrès « rock’n’roll ». Pascal Pavageau parle quant à lui plus volontiers de « hard-rock » mais affiche sa sérénité pour son élection et
le vote du projet de résolution,
fixant le cap pour l’avenir.
Fort de sa légitimité, le futur patron de FO risque donc de donner
du fil à retordre au gouvernement,
qui avait pu compter sur la neutralité de la centrale jusqu’à présent.
Et ce, alors que se profile en 2019 la
réforme des retraites et, dès cette
année, celle de la fonction publique
et la réorganisation de l’État. La
tension pourrait monter rapidement, d’autant que Pascal Pavageau est très attaché au service public. La proximité des élections
syndicales chez les fonctionnaires,
programmées le 6 décembre, fera
le reste. Pour FO, l’enjeu est crucial : troisième dans les trois versants réunis (État, hôpital et collectivités locales), le syndicat truste la
première place au sein de l’État,
l’un de ses bastions.
Jean-Claude Mailly
(à droite), l’actuel
secrétaire général de
FO, va passer la main
à Pascal Pavageau
(à gauche), après
quatorze ans de règne
sans partage. VINCENT
ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP
Distance avec la CGT
Il est toutefois peu probable que FO
tombe dans un mano a mano avec la
CGT. Sur le fond, le futur secrétaire
général est favorable à la négociation, tout en étant prêt à la
confrontation, si nécessaire. Une
position « FO canal historique »,
selon ses termes, très éloignée de la
doctrine cégétiste. En outre, la
centrale, née d’une scission avec la
CGT il y a soixante-dix ans, a tiré
les leçons de l’échec de la contestation contre la loi El Khomri en
2016 : elle ne veut plus se retrouver
liée avec le syndicat dirigé par Philippe Martinez. Jeudi, Pascal Pavageau s’est montré prudent quant à
la convergence des luttes, notant
que « la mobilisation de tous les syndicats de fonctionnaires le 22 mai
pouvait être un marchepied » mais
que « rien ne se décrète et qu’il ne
faut pas aller trop vite ».
Le futur leader veut surtout réhabiliter le syndicalisme, pour attirer de nouveaux adhérents. Et pour
cela, rénover la communication,
devenir force de propositions et revoir les méthodes d’action trop
axées sur les manifestations.
« Nous ne devons plus être uniquement sur la défensive », martèle-til. Vaste mais difficile chantier, vital pour tous les syndicats… ■ C. C.
Résultat aux élections
professionnelles dans
les entreprises enregistré
lors du cycle de 2017
par FO, qui maintient sa
3e place derrière la CFDT
et la CGT. FO est aussi
troisième dans
la fonction publique
500 000
adhérents
Nombre de cartes FO
communément affiché
depuis 2011 mais
que Pascal Pavageau
actualisera à la fin
de l’année
Raymond Soubie : « Pavageau sera plus dans l’opposition que Mailly »
Président des sociétés de conseil
Alixio et Taddeo, Raymond Soubie
est un fin connaisseur depuis cinquante ans des relations sociales en
France. Cet homme de l’ombre,
très écouté à droite comme à gauche, maîtrise parfaitement les arcanes d’une organisation comme FO.
année de mandat. Il trouve
d’ailleurs que ce dernier a, dans sa
communication, donné trop l’impression qu’il approuvait les ordonnances sur le Code du travail.
Cet infléchissement de ligne se
verra lors des grandes réformes à
venir, celle de la fonction publique
et celle des retraites. Je pense qu’il
ne répondra pas à l’appel à « l’unité des luttes » de la CGT. Mais il
mènera peut-être avec elle des actions ponctuelles.
LE FIGARO.- Une fois élu
secrétaire général, Pascal Pavageau
durcira-t-il la ligne de FO ?
Raymond SOUBIE.- Pascal Pavageau est un réformiste actif dans la
tradition de FO. Il est prêt à négocier des accords mais n’hésitera
pas à passer au rapport de force s’il
estime que les principes auxquels il
tient sont attaqués. Et parmi ces
principes, il y a les droits collectifs
des salariés et le paritarisme. Il estime que les politiques actuelles
tendent trop vers l’individualisation. Il est ainsi opposé au CPF
(compte personnel de formation),
cet outil pivot de la réforme de la
formation où le salarié choisit sa
formation sans intermédiaire.
Pour lui, les salariés sont protégés
par le collectif. C’est aussi un homme qui vient de la fonction publique – il est ingénieur des travaux
publics d’État – et qui est très attaché au service public. À mon avis,
il sera plus dans l’opposition au
gouvernement que ne l’a été JeanClaude Mailly lors de sa dernière
Des divisions sont apparues
chez FO lors des ordonnances
sur le Code du travail, la base
ne comprenant pas le refus de
Jean-Claude Mailly de manifester.
Vont-elles s’accroître ?
Le congrès va être un défouloir. Il
va falloir regarder à quel niveau
sera approuvé le rapport d’activité
portant sur le mandat de JeanClaude Mailly. Cela dit, depuis
1947, FO est une auberge espagnole
qui réunit ceux qui ont refusé la
mainmise du Parti communiste
d’alors : les trotskistes, les anarchistes, les socialistes, des membres de la droite… Toutes ces personnes
cohabitent
et
se
chamaillent depuis soixante-dix
ans. Il n’y a donc pas de risque
d’éclatement. N’oublions pas que
60 % de FO a soutenu l’action de
Jean-Claude Mailly. Quant à son
poids dans le paysage social, il reste constant. Le syndicat n’a ni perdu ni gagné en représentativité lors
des dernières élections. FO est toujours très présent dans la fonction
PROPOS RECUEILLIS PAR
A
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
ET MANON MALHÈRE
£@ManonMalhere
publique et dans des îlots du secteur privé, comme dans l’aéronautique.
Le syndicalisme n’est toutefois pas
en grande forme en France…
Le syndicalisme ne va pas bien. La
participation des salariés aux élections des représentants du personnel ne cesse de diminuer. Et
regardez les sondages d’opinion :
la crédibilité des syndicats baisse
constamment. Ils sont vus comme
des institutions et mis dans le
même sac que les partis politiques
et les médias. Aussi, lorsque le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, dit que les syndicats peuvent
être mortels, il a raison de tirer la
sonnette d’alarme. Cet affaiblissement, qui ne date pas d’hier, n’est
pas lié à Emmanuel Macron qui est
parfois accusé de tuer le syndicalisme français. Il existe depuis déjà
longtemps. Il est vrai que le gouvernement rebat les cartes du paritarisme (gestion par le patronat
et les syndicats) sur l’assurancechômage et va peut-être le faire
avec les retraites complémentaires. Cela fâche particulièrement
FO, co-créateur du régime d’assurance-chômage en 1958 avec le
patronat. Mais cette remise en
cause, d’ailleurs prônée par les
candidats actuels à la présidence
du Medef, peut accélérer le déclin
des partenaires sociaux ou, au
contraire, les pousser à se refonder. Les syndicats doivent prendre leurs responsabilités, renouveler leurs militants, trouver de
« Le syndicat n’a ni
perdu ni gagné en
représentativité lors
des dernières élections.
FO est toujours très
présent dans la fonction
publique et dans des
îlots du secteur privé,
comme dans
l’aéronautique », estime
Raymond Soubie.
SÉBASTIEN SORIANO/LE
FIGARO
nouveaux programmes et se réinventer.
Le climat social se tend un peu plus.
Croyez-vous en une convergence
des luttes ?
Non, pas à court terme. Où sont,
aujourd’hui, les conflits durs sur les
restructurations d’entreprise et les
conditions salariales ? Il n’y en a
pas ou peu. Les manifestations sont
orchestrées par la CGT de la même
façon qu’en 2016 lors de la contestation contre la loi El Khomri. On
assiste en quelque sorte à des
manœuvres un peu théâtrales menées par son secrétaire général
Philippe Martinez qui s’appuie sur
tous ses relais à la SNCF, chez Air
France, chez EDF, dans les raffineries et, dans une moindre mesure,
à la RATP, pour expliquer qu’il y a
un début de coagulation des luttes
sociales. Mais cette mise en scène
se heurte au principe de réalité. La
CGT vit dans l’illusion et reste isolée. Les autres syndicats ne veulent
pas être des supplétifs de Philippe
Martinez. Les cortèges sont clairsemés. La CGT ne peut que perdre
son conflit à la SNCF : la loi est en
train d’être votée. Néanmoins,
près de 40 % des Français ont voté
pour des extrêmes en 2017 et sont
toujours aussi insatisfaits aujourd’hui. Même si ce mécontentement
ne se traduit pas beaucoup dans la
rue, il ne faut pas l’oublier. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 23 avril 2018
ÉCONOMIE
23
François Villeroy de Galhau : « Il n’y a pas
aujourd’hui de signe de guerre des monnaies »
Le gouverneur de la Banque de France tire le bilan des réunions financières du FMI et de la Banque mondiale.
Les défis décisifs sont
« chez
les deux poids lourds
PROPOS RECUEILLIS PAR
JEAN-PIERRE ROBIN
jprobin@lefigaro.fr
mondiaux : la Chine doit
mener une transformation
structurelle vers
une économie de marché
ouverte ; les États-Unis
sont tentés par des facilités
de court terme, budgétaires
et protectionnistes
CONJONCTURE Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin,
« envisage » de se rendre prochainement à Pékin, a-t-il annoncé à
l’issue des réunions de Washington.
Trois jours durant, le gotha de la finance a pesé et sous-pesé les risques
de guerre commerciale et d’endettement susceptibles de faire basculer
une conjoncture plutôt florissante.
Les conflits
commerciaux
risquent-ils
de déboucher
sur une guerre
des monnaies ?
Il est essentiel d’éviter toute guerre commerciale, mais il n’y a
FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU
pas aujourd’hui de signe de guerre des
monnaies. Les taux de
change sont relativement stables. Nous y
restons attentifs, il y a eu
l’engagement réaffirmé de
tous les États membres du
FMI – y compris les États-Unis
et la Chine - de ne pas utiliser
l’arme des monnaies pour des
dévaluations compétitives.
»
LE FIGARO.- L’économie
mondiale est euphorique avec une
croissance de 3,9 % en 2018 et 2019
selon le FMI. Quelle est la solidité
de ces prévisions ?
François VILLEROY de GALHAU. C’est une croissance solide et la
reprise est générale dans l’ensemble des régions du monde, malgré
une pause relative dans beaucoup
de pays au 1er trimestre 2018. Mais
au-delà de cette visibilité sur les
deux prochaines années, l’économie mondiale fait face à des risques accrus, comme l’ont souligné
nos discussions.
Quels risques à moyen terme ?
Le plus grand est incontestablement le protectionnisme. Si on en
venait à des mesures effectives et à
une escalade des droits de douane,
les effets économiques négatifs seraient significatifs. La Banque de
France comme plusieurs organisations internationales ont estimé un
premier ordre de grandeur : si les
droits de douane devaient se généraliser et augmenter de 10 %, on
aurait partout une hausse significative des prix importés et donc
des pertes de pouvoir d’achat. On
assisterait alors à une baisse du PIB
mondial d’au moins 2 %.
Par ailleurs, avant même des mesures effectives, l’incertitude sur
le commerce mondial risque de
peser sur l’investissement. On l’a
bien vu depuis que le Brexit a été
voté : sans qu’il n’y ait eu encore
aucune restriction sur le commerce, le climat d’incertitude a pénalisé l’investissement en GrandeBretagne. C’est ce qui risque de se
passer aujourd’hui au Canada,
puis aux États-Unis ou ailleurs.
Le protectionnisme est le risque
principal mais pas le seul ?
En effet, un risque peut en cacher
deux autres. Deux risques de trop
grande complaisance : sur la dette
qui augmente toujours rapidement
et sur les réformes qui a l’inverse
sont trop lentes. « C’est quand il fait
beau qu’il faut réparer le toit » : le
FMI a répété cette formule de JF
Kennedy. Ce serait aujourd’hui faire
preuve d’aveuglement, dans beaucoup de pays, que de ne pas profiter
de la bonne conjoncture pour réduire la dette et mener les réformes.
Dix ans après la crise de 2008, une
crise de l’endettement, comment
d’autant que les incertitudes
protectionnistes
risquent
d’affecter les projets
des entreprises.
Après la crise financière, les banques centrales ont rempli leur
mission. Il fallait combattre le risque de déflation, qu’on craignait
encore récemment dans les réunions internationales et qui avait
miné les années 1930. Notre responsabilité est aujourd’hui de mener une politique de normalisation
progressive et prévisible, avec une
communication claire préparant
la remontée des taux d’intérêt.
Les banques centrales font leur part
Ce serait aujourd’hui faire
du travail. Les
preuve d’aveuglement que
autres acteurs doivent faire la leur
de ne pas profiter de la bonne
contribuer au
conjoncture pour réduire la dette pour
désendettement :
et mener les réformes
les gouvernements
en réduisant les
FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU
déficits budgétaires, les banques et les marchés fiPowell -, ils s’engagent à appliquer
nanciers en maîtrisant les risques
pleinement les accords de Bâle III,
et en ne promouvant qu’un endetfinalisés en décembre dernier sur le
tement soutenable.
renforcement des ratios de fonds
propres et de liquidité des banques.
Certains progrès sont aussi constaOù se situent les vrais risques
tés sur la dette, avec une baisse de
et qu’en est-il de la France ?
l’endettement privé dans la plupart
La France, cela a été salué, est
des pays avancés, et même un reaujourd’hui exemplaire sur l’accéflux de la dette publique chez cerlération des réformes. Mais il nous
tains. Mais l’endettement total, y
faut comme les autres être vigicompris les pays émergents, qui atlants sur la dette. Les réductions
teignait déjà près de 200 % du PIB
de déficits et de dette publique que
mondial en 2007, avant la crise, dévient d’annoncer le gouvernepasse hélas aujourd’hui 220 %.
ment pour 2022 sont nécessaires et
elles impliquent un ralentissement
sensible des dépenses publiques.
Les taux d’intérêt très bas voulus
Nous devons également veiller à la
par les banques centrales n’ont-ils
dette privée, celle des ménages et
pas été un pousse au crime ?
admettre que la dette publique
et privée atteigne à nouveau des
records ? La leçon n’a servi à rien ?
Il y a eu certes des progrès depuis
dix ans, d’abord sur la sécurité financière, avec des règles qui ont été
considérablement renforcées sur la
finance. Sur ce sujet, les États-Unis
maintiennent heureusement leur
engagement international. En particulier - et j’ai rencontré le nouveau président de la Fed, Jay
«
»
des entreprises, qui croît à près de
6 % par an. C’est la mission du
Haut Conseil de stabilité financière, présidé par Bruno Le Maire. À
la réunion de juin prochain, nous
regarderons s’il faut adopter des
mesures supplémentaires. En décembre 2017, nous avions déjà pris
des mesures « macroprudentielles » concernant les grandes entreprises. Aujourd’hui, la hausse
des crédits porte sur l’ensemble
des emprunteurs privés.
Pour François Villeroy
de Galhau, gouverneur
de la Banque de France :
« La France, cela a été
salué, est aujourd’hui
exemplaire sur
l’accélération
des réformes. Mais
il nous faut comme
les autres être vigilants
sur la dette. »
LIONEL BONAVENTURE/AFP
Que faut-il craindre le plus, la
dette des pays pauvres ou la Chine
et les États-Unis pour lesquels
le FMI a lancé des mises en garde ?
Les pays les plus pauvres présentent un risque global limité, mais
nous ne pouvons pas nous résigner
à voir l’Afrique à nouveau surendettée. Les défis décisifs sont chez
les deux poids lourds mondiaux :
la Chine doit mener une transformation structurelle vers une économie de marché ouverte ; les
États-Unis sont tentés par des facilités de court terme, budgétaires
et protectionnistes.
La relance budgétaire et fiscale
américaine présente un danger
pour le monde comme le craint
le FMI ?
Pour échapper à la surchauffe,
tout le pari repose sur la relance de
l’investissement des entreprises,
qui renforcerait durablement le
potentiel de croissance américain.
Beaucoup ont ici des doutes,
Du point de vue français,
à quoi ont servi ces réunions
financières ?
Dénoncer les risques de protectionnisme et d’endettement excessif, pour tenter de les conjurer.
Et souligner à plus long terme que
la croissance potentielle a décéléré
significativement partout. Pour la
France, cette « vitesse de croisière » de l’économie était d’un peu
plus de 2 % au début des années
2000 ; elle est descendue bien en
dessous de 1,5 % par an aujourd’hui. Il nous faut impérativement
relever ce potentiel, si nous voulons financer durablement le pouvoir d’achat, notre modèle social,
la transition énergétique. Cela
passe par une augmentation de la
quantité de travail - l’emploi - et
de sa qualité : donner plus de
compétences et ainsi plus de
chances, à tous. Il n’y a donc pas
de priorité plus grande que les
quatre réformes annoncées sur la
formation professionnelle, l’apprentissage, l’amélioration de
l’éducation primaire et secondaire, et une meilleure orientation à
l’université. Il est frappant que
dans ces réunions économiques,
on parle désormais beaucoup de
technologie et d’éducation, et pas
seulement de monnaie ou de politique fiscale.
N’est-il pas paradoxal que
la croissance française,
2,1 % en 2018 et 2 % en 2019,
dépasse son potentiel ?
Notre propre prévision est un peu
plus prudente à 1,9 % cette année ;
mais l’économie française rattrape
encore le retard accumulé après la
crise par rapport à sa vitesse de
croisière. Après ce rattrapage cependant, on butera sur le niveau
de croissance potentielle. C’est
pourquoi les réformes de fond sont
indispensables pour conforter la
prospérité et l’emploi. ■
La banque Wells Fargo écope d’un milliard de dollars d’amende
265 000
salariés
et 8 200 agences
Wells Fargo
CAROLE BELLEMARE
£@BellemareCarole
FINANCE Un milliard de dollars
pour solde de tout compte. Voilà des
mois que la troisième banque des
États-Unis était poursuivie par plusieurs régulateurs américains, dont
l’OCC, pour pratiques commerciales
illicites, dont des primes d’assurance
automobile superflues. Épilogue des
poursuites engagées, Wells Fargo a
écopé à la veille du week-end d’une
amende d’un milliard de dollars. La
plus grosse pénalité financière
contre une firme depuis l’arrivée de
Donald Trump à la Maison-Blanche.
Pas réellement une surprise : le président américain avait prévenu qu’il
exigeait une totale orthodoxie des
établissements
financiers,
en
contrepartie d’un assouplissement
des règles, trop contraignantes, qui
avaient été imposées par la loi DoddFrank après la crise financière de
2008. « Je vais réduire la réglementation mais durcir les pénalités (financières) si (un établissement) est pris en
train de tricher », avait-il tweeté le 8
décembre, égratignant les « mauvais
agissements » de Wells Fargo.
Pour l’OCC, le montant de
l’amende reflète « la gravité des
manquements et violations de la loi, les
dégâts financiers causés aux consommateurs et l’incapacité de la banque à
corriger ses déficiences ». De son
côté, Mick Mulvaney, le patron très
contesté du Bureau de la protection
financière des consommateurs
(CFPB), créée après la crise, a affiché
sa fermeté : «Nous avons toujours dit
que nous appliquerions la loi, et c’est
ce que nous avons fait en l’espèce. »
Outre son montant, l’amende infligée à Wells Fargo se veut exemplaire, et populaire, car la banque
californienne est très impliquée
dans le financement de l’économie
réelle au travers des prêts accordés
aux ménages et aux PME. Au fil de
ses enquêtes, l’OCC a découvert que
la firme aux 8 200 agences et
265 000 salariés avait surfacturé
certains emprunteurs immobiliers.
« Comptes fantômes »
Cela fait en réalité plus de deux ans
que celle-ci enchaîne les scandales,
dont le plus marquant fut celui des
« comptes fantômes ». Une forte
amende et le limogeage du PDG et
de 5 300 salariés s’en étaient suivis.
Aujourd’hui, Wells Cargo se voit, en
plus, contraint de rembourser les
clients lésés, et la Fed lui interdit
toute expansion tant qu’elle n’aura
pas pris les mesures adéquates. Si
ces pénalités sont inédites, elles
n’auront toutefois pas de conséquences importantes sur les résultats de la banque, compte tenu de sa
forte rentabilité et des bénéfices
supplémentaires générés par la réforme fiscale. Son PDG a d’ailleurs
négocié en amont avec les autorités,
ces dernières semaines, le montant
de l’amende. Le titre à Wall Street a
gagné 1,96 % vendredi en séance. ■
A
La firme, punie pour pratiques commerciales illicites, se voit infliger la plus grosse amende sous l’ère Trump.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Un début de
semaine compliqué
dans les gares
et les aéroports
Les cheminots entament le neuvième jour de grève
contre le projet de loi de réforme ferroviaire.
SOCIAL Coïncidence de dates :
pour la première fois depuis le début des deux conflits sociaux, les
grèves à la SNCF et chez Air France
tombent aux mêmes dates deux
jours de suite. Les usagers des
transports vont donc devoir encore prendre leur mal en patience
dans les gares et les aéroports.
Pour ce cinquième épisode du
mouvement de grève perlée des
cheminots contre la réforme ferroviaire, la SNCF assure que le trafic
sera meilleur, même si les chiffres
de prévisions sont assez similaires
à ceux des précédentes journées de
mobilisation.
Dans le détail, deux TGV sur cinq
devraient circuler et trois Intercités sur dix. Trois trains sur sept
sont prévus pour les Transiliens et
les TER. À l’international, seul un
train sur deux devrait circuler ce
23 avril.
La SNCF a déjà les yeux rivés sur
le prochain épisode de grève qui
tombera le samedi 28 et le dimanche 29 avril. Ce week-end marquera à la fois un retour de vacances pour les élèves de la zone C et le
premier des week-ends de ponts
du mois de mai. La direction promet de mettre sur ces deux jours
l’essentiel de ses moyens pour assurer 250, voire 280 TGV par jour.
La direction de la SNCF observe
que le mouvement est un peu
moins suivi qu’au tout début du
mouvement, le 3 février dernier.
Chez les conducteurs de trains, le
taux de grévistes était de 60 % lors
de la dernière journée contre 77 %
le 3 février dernier.
Mobilisation
pour les jours d’examen
Le soutien des Français à la grève
s’effrite également. Selon un sondage Ifop pour Le Journal du dimanche, 43 % d’entre eux estiment en
effet qu’elle est « justifiée ». C’est
trois points de moins qu’il y a en
une semaine. Ils sont 61 % à souhaiter que le gouvernement aille
« au bout de la réforme de la SNCF
telle qu’elle a été annoncée, sans céder aux mobilisations et aux grèves ». Et 78 % se disent persuadés
que ce sera le cas, une hausse de
4 % sur une semaine.
gers régionales et locales pour
avoir des retours sur les améliorations de fonctionnement à apporter pendant les jours de grève.
Concernant d’éventuels remboursements du Pass Navigo en
Île-de-France et de formules
d’abonnements en région, des décisions seront prises la semaine
prochaine après des réunions
avec les présidents des collectivités. Un guichet unique va être
également mis en place pour assurer un interlocuteur aux entreprises qui pâtissent également de
cette grève. ■
75 % des vols assurés à Air France
Lors de cette dixième journée
de grève menée par
l’intersyndicale pour les salaires,
la compagnie aérienne prévoit
d’assurer 75 % de son
programme de vols ce lundi
23 avril. Dans le détail, 65 %
des vols long-courriers
et moyen-courriers, au départ
et vers Roissy, devraient être
maintenus. La direction table sur
85 % de court-courriers.
Le taux de grévistes s’établit
à 28,1 % pour les pilotes,
19,6 % pour les personnels
navigants commerciaux
et 13 % pour les personnels
au sol. « Des perturbations
et des retards ne sont pas
à exclure », avertit Air France
dans un communiqué. La
compagnie recommande donc
à ses clients ayant réservé un
vol de reporter leur voyage. P. C.
La gare de Lyon,
à Paris, lors
d’une journée
de grève
des cheminots
de la SNCF, début avril.
SÉBASTIEN SORIANO/
LE FIGARO
Guillaume Pepy : « Il n’y aura pas de grève des trains cet été »
INGRID VERGARA £@Vergara_i
« Nous
sommes
dans
une période
de tension.
Ma
conviction
est qu’il faut
construire
des
nouveaux
terrains
d’accord
avec les
organisations
syndicales.
On va
commencer
demain
»
GUILLAUME PEPY
Inaugurant le nouveau studio du
« Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro »,
debout derrière un pupitre, le président-directeur général de la
SNCF, Guillaume Pepy, a voulu rassurer les usagers, déjà saturés par
neuf jours d’une grève programmée pour durer au moins jusqu’à la
fin du mois de juin.
Guillaume Pepy n’envisage pas
que le mouvement puisse se prolonger pendant les vacances estivales. L’intersyndicale CGT, Unsa,
SUD-rail et CFDT doit se réunir en
milieu de semaine pour en discuter. « Il n’y aura pas de grève cet été
car les cheminots ne sont pas des
gens irresponsables, s’est-il engagé. Je les connais depuis dix ans, je
suis certain qu’ils sont légitimistes et
qu’ils accepteront le vote du Parlement. » Après quatre jours de débats, la réforme ferroviaire a été
très largement adoptée cette semaine en première lecture par les
députés et doit passer en séance
devant le Sénat à partir du 29 mai.
Le PDG de la SNCF a rappelé que le
taux de grévistes, y compris chez
les conducteurs très mobilisés,
était inférieur au début de la grève
commencée le 3 avril dernier.
Balayant les critiques sur le
manque de concertation et de dialogue social, Guillaume Pepy assure que « les ponts ne sont pas rompus » et attribue le blocage actuel
RTL/SIPA/L.CHAMUSSY
PAULINE CHATEAU £@ChateauPauline
Pour répondre aux inquiétudes
des usagers à l’approche des examens du baccalauréat et du brevet,
la direction de la SNCF annonce la
création d’un poste de commandement, baptisé « PC exam », qui
travaillera avec les rectorats et les
universités. La société va concentrer un maximum de trains disponibles ces jours d’examens pour
que les candidats n’arrivent pas en
retard à cause de la grève. Des gilets rouges pourront accompagner
les plus stressés d’entre eux.
La SNCF va également rencontrer mardi des associations d’usa-
Guillaume Pepy, dimanche, au micro du « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro ».
.
au fait que « certains syndicats rede la SNCF assure que le paiement
fusent le principe même de la
des jours de grève ou leur transforconcurrence ».
mation en jour de repos ne fera pas
partie de la négociation « Aucun jour
Propositions de la direction de grève ne sera payé », promet-il.
Chaque jour de grève coûte une
« On ne va pas se mentir : nous somvingtaine de millions d’euros à l’enmes dans une période de tension. Ma
treprise, soit « trois autorails neufs
conviction est qu’il faut construire des
que nous n’achetons pas », précisenouveaux terrains d’accord avec les
t-il. Le coût global pour la SNCF déorganisations syndicales. On va compendra donc du nombre de jours de
mencer demain. » Parmi les propogrève.
sitions de la direction de la SNCF :
Serait-il prêt, à l’instar du PDG
des salaires plus attractifs pour les
d’Air France, Jean-Marc Janaillac, à
nouveaux recrutés qui ne bénéficieorganiser une consultation des cheront plus du statut de cheminot à
minots sur la réforme en cours et à
partir du 1er janvier 2020, des possimettre son poste en jeu en fonction
bilités d’évolution au mérite ou des
du résultat ? « La situation est difféefforts de formations renforcés pour
rente. Ce qui se joue, c’est l’avenir
s’adapter à la digitalisation de l’end’un service public. Et cela n’appartreprise et ses autres évolutions. En
tient pas aux salariés de la SNCF mais
revanche, et contrairement à ce qui
aux Français. C’est au Parlement qui
a pu arriver dans le passé, le patron
les représente de trancher », a expliqué Guillaume Pepy.
D’ici à 2020, la société continuera
à recruter, avec le statut actuel de
cheminot, car « nous sommes en
croissance », a-t-il rappelé. Pour
2018, il chiffre à environ 5 000 les
embauches nécessaires, alors que le
nombre de départs à la retraite devrait s’élever à 7 000.
Beaucoup de points restent sans
réponse. Emmanuel Macron a précisé dimanche dernier que l’État
français reprendrait progressivement une part de la dette de l’entreprise en janvier 2020, une fois la
SNCF réformée. « La reprise de la
dette doit être suffisamment importante pour que SNCF Réseau puisse
investir sans s’endetter » a expliqué
Guillaume Pepy, refusant de donner
le montant qu’il estime nécessaire
pour cela. Le produit de la vente de
135 immeubles et 4 000 logements
annoncée cette semaine sera intégralement consacré au financement
d’investissements et non au désendettement. Ce produit sera « très
supérieur à un milliard d’euros », at-il indiqué.
Autre question en suspens : quid
des cheminots qui refuseront de
passer chez l’opérateur ferroviaire
qui aura remporté l’appel d’offres
dans le cadre de l’ouverture à la
concurrence des TER ? « Il y a énormément de grains à moudre pendant
le mois de mai », a concédé Guillaume Pepy. Les usagers doivent s’armer de patience. ■
Le cuisiniste Ixina part à l’assaut du Web
Ce challenger, qui veut doubler de taille en dix ans, surfe sur un marché en forte croissance.
1
milliard
d’euros
A
de chiffre d’affaires,
c’est l’objectif
que s’est fixé
la maison mère d’Ixina
d’ici à dix ans
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
DISTRIBUTION Ixina vendra d’ici
à la fin de l’année ses premières
cuisines sur Internet. Le cuisiniste, qui appartient au groupe français FBD (Cuisine Plus, Vanden
Borre Kitchen, Cuisines Références), n° 2 du marché derrière
Schmidt, se lance avec une offre
d’entrée de gamme, entre 1000 et
3000 euros, qui viendra compléter son catalogue actuel, axé sur le
cœur du marché. Il cherche ainsi à
se positionner parmi les premiers
sur ce marché encore embryonnaire du e-commerce. Seuls Oskab, pionnier en ligne, et Ikea tirent pour l’instant leur épingle du
jeu dans la vente en ligne de cuisines tandis qu’Amazon commence
à titiller le secteur. « Avec cette
gamme de cuisines, nous pourrons
toucher le marché locatif ainsi que
les promoteurs immobiliers, explique Thierry Tallet, directeur général de l’enseigne qui a réalisé
l’an passé 240 millions d’euros de
chiffre d’affaires dans ses 130 magasins. L’objectif est de rentrer à
terme sur la vente en ligne de cuisines sur mesure. »
Si les Français sont encore réticents à acheter leur cuisine sur Internet, ils démarrent désormais
leur parcours d’achat en ligne en
consultant les sites de trois cuisinistes en moyenne avant de faire
leur choix. « Le savoir-faire d’Ixina en matière de connaissance
clients et de gestion de la data amène naturellement cette enseigne à
mettre tôt un pied dans l’e-commerce, décrypte Christophe Gazel,
directeur général de l’Ipea (Insti-
tut de prospective et d’études de
l’ameublement). À terme, une
partie des Français ne viendront
plus en magasins pour ce type
d’achats. » Ixina bouleverse ainsi
son business model focalisé sur
son parc de magasins : 30 à 40 %
des ventes se font au premier rendez-vous. À l’heure d’Amazon, il
devra relever le défi de la logistique en rendant ses cuisines disponibles dans de courts délais. Et ce,
alors que ses concurrents But et
Conforama, axés sur le discount,
réduisent leurs stocks. Le dynamisme de l’enseigne, qui affiche la
plus forte croissance du secteur
(+ 19%), et son approche de « test
and learn » lui permettent de se
lancer sans trop de risque. En parallèle, elle crée une place de marché sur son site Internet pour
vendre objets de décoration,
meubles connectés (en partenariat avec Miliboo) et électroménager. Un moyen de doper ses ventes et ses marges sachant que les
trois quarts des clients complètent
leur achat de cuisine par ce type
de produits.
Nouveaux franchisés
Ixina y voit un relais de croissance
pour l’avenir, au côté du doublement de son parc de magasins et
du ralliement de nouveaux franchisés. « Il y a de la place pour
300 magasins afin de couvrir l’ensemble du territoire français »,
confie Thierry Tallet. Sa maison
mère s’est fixé comme objectif de
passer de 650 millions à 1 milliard
d’euros de chiffre d’affaires d’ici à
dix ans.
Elle parie aussi sur la croissance
du marché de la cuisine, l’un des
rares - avec la literie - à continuer
à progresser (+ 4% en 2017). Cela
s’explique en grande partie par le
sous-équipement des Français.
Seuls 60 % d’entre eux possèdent
une cuisine équipée. La faute notamment au vaste marché locatif
dans l’Hexagone. En emménageant dans un appartement,
beaucoup de gens achètent des
meubles à l’unité plutôt qu’une
cuisine entière sur mesure, plus
onéreuse. Le boom des émissions
de cuisine et l’importance prise
par cette pièce au centre de la
maison incitent davantage de
Français à s’équiper. Dans de
nombreux foyers, la cuisine est
désormais ouverte avec un îlot
central permettant de recevoir ses
amis et de prendre l’apéritif. Ixina
entend bien continuer à surfer sur
ces tendances. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 23 avril 2018
ENTREPRISES 25
Le japonais Takeda
courtise la pépite
irlandaise Shire
Le leader nippon de la pharmacie compte sur cette
opération pour acquérir une stature internationale.
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
SANTÉ Le compte à rebours a débuté. Le laboratoire japonais Takeda
a jusqu’au mercredi 25 avril pour
faire une offre ferme sur son concurrent irlandais Shire, comme le spécifie le droit boursier britannique.
Takeda a déjà formulé trois offres
qui ont toutes été rejetées. Il en a fait
une quatrième vendredi qui valorise la société basée à Dublin
44,3 milliards de livres, soit
50,6 milliards d’euros. Shire argue
pour l’instant que son prétendant
sous-estime ses perspectives de
croissance et son portefeuille de
médicaments en développement.
Les discussions se poursuivent malgré le scepticisme de certains actionnaires de Takeda qui s’interrogent sur l’aptitude du groupe, qui
vaut environ 31 milliards d’euros en
Bourse, à racheter une entreprise
beaucoup mieux valorisée que lui.
« Tout dépend de leur capacité
d’emprunt, mais je pense que les
banques japonaises suivront », estime François Deneux, associé au cabinet Arthur D. Little. Il s’agirait de
la plus importante acquisition jamais effectuée par une société japonaise à l’étranger, qui propulserait
Takeda parmi les leaders mondiaux
de la santé. Le géant mondial de
l’esthétique Allergan a quant à lui
jeté l’éponge jeudi, quelques heures
après avoir fait part de son intérêt
pour la firme irlandaise. Ses investisseurs craignaient que cette opération n’alourdisse trop fortement
la dette du fabricant du Botox.
Pourquoi une telle effervescence
autour de Shire ? Endettée par le
rachat de Baxalta en 2016 qui a fait
d’elle « la plus grande entreprise de
biotechnologie dans le monde »,
concurrencée par les médicaments
génériques, l’entreprise irlandaise
vient de passer une mauvaise phase
en Bourse. Elle a vu son cours chuter d’un tiers en moins d’un an. Cela
a relancé les velléités de rachat
autour de cette pépite au chiffre
d’affaires de 15 milliards de dollars
(12,3 milliards d’euros), dans un
secteur en pleine consolidation.
Velléités qui ont fait remonter le
prix de l’action. « Shire est courtisée
par les grands laboratoires depuis
cinq ans. C’est un pionnier dans le
traitement des maladies orphelines
(maladies rares, comme la maladie
de Gaucher ou de Hunter), un segment perçu comme prometteur par
l’industrie avec des traitements qui
coûtent plus de 100 000 euros par an
pour les patients », analyse Julien
Pluchet, spécialiste de la santé chez
Arthur D. Little. En 2014, la société
avait fait l’objet d’une OPA à
Le siège social
de Takeda, à Tokyo.
Le laboratoire japonais
réalise un tiers de son
activité dans l’Archipel.
KIYOSHI OTA/BLOOMBERG
55 milliards de dollars (43 milliards
d’euros de l’époque) par le groupe
américain AbbVie. Espérant profiter de l’opération pour domicilier
son siège social en Irlande, il avait
cependant renoncé en raison de
nouvelles dispositions fiscales aux
États-Unis défavorables à la transaction.
Dirigé par un Français
Dans la partie de poker engagée
entre Shire et Takeda, la première a
joué un bon coup en début de semaine avec la vente de ses activités
en oncologie au laboratoire Servier.
Le Petit Poucet français a mis
2,4 milliards de dollars sur la table
pour la transaction, qui lui permet
de s’implanter commercialement
aux États-Unis. Le prix payé correspond à neuf fois le chiffre d’affaires. « Sur la base d’un tel multiple,
le périmètre restant de Shire vaudrait
plus de 100 milliards d’euros. Le
double du prix proposé par Takeda… », relève un expert du secteur.
Le leader japonais, qui génère
encore un tiers de son activité dans
l’Archipel et ne fait pas partie du top
15 mondial, voit dans une telle acquisition l’occasion d’accroître son
emprise à l’international, notamment aux États-Unis où Shire est
très présent. Cela lui permettrait
aussi de se renforcer dans les maladies du système digestif, les neurosciences et les maladies rares. « Ils
veulent s’offrir un avenir », résume
François Deneux. Le géant nippon,
qui a réalisé un chiffre d’affaires de
1 732 milliards de yens (13,1 milliards d’euros) en 2016, avait déjà
déboursé environ 14 milliards
d’euros pour acquérir le suisse Nycomed en 2011 et l’américain Ariad
- spécialisé dans les thérapies de
cancers - en 2017. Les actionnaires
de Takeda ont marqué leur volonté
d’internationalisation en 2015, avec
la nomination d’un PDG étranger,
le Français Christophe Weber, pour
la première fois de l’histoire du
groupe bicentenaire. Le quinquagénaire né à Strasbourg a encouragé
une multiplication des collaborations extérieures dans la recherche
et limité le nombre de niveaux hiérarchiques pour « rendre l’organisation plus agile ». Au niveau stratégique, il a recentré l’activité sur
trois priorités thérapeutiques :
l’oncologie, la gastro-entérologie et
le système nerveux central.
Qu’elles se concrétisent ou non,
les ambitions de Takeda à l’étranger
illustrent en tout cas un mouvement de fond chez les groupes
nippons qui, confrontés à une population vieillissante et à une économie domestique en stagnation,
cherchent des relais de croissance
hors de leur frontière. Cette tendance a été renforcée par l’activisme croissant des actionnaires
dans l’Archipel. « Les investisseurs
étaient extrêmement passifs mais
l’introduction d’un code de conduite
en 2014 les a poussés à exercer leurs
droits de vote et à faire davantage
pression sur le management. Ils les
ont notamment encouragés à s’internationaliser », décrypte Emmanuel Hermand, responsable de la
recherche chez Nomura France.
C’est ainsi que les 2 000 premières
entreprises non financières nippones ont réalisé 51 % de leur chiffre
d’affaires à l’étranger en 2016,
contre 37 % en 2001. Une évolution
favorisée par le premier ministre
Shinzo Abe, qui a multiplié les
accords de libre-échange. ■
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Vous conduisez l’adaptation des métiers et
activités des filiales afin de répondre aux
défis de l’évolution technologique et des
comportements des clients. Vous fédérez
l’ensemble des cadres et salariés des filiales
autour d’un projet porteur de sens, exigeant
de la réactivité, de la transversalité et de la
co-construction. Vous représentez les intérêts
des filiales auprès des collectivités publiques
et de l’ensemble des partenaires. Enfin, vous
rendez compte au Président des filiales
de la performance globale des filiales.
OFFRES D'EMPLOI
Banque régionale implantée dans le centre
de la France, notre client diversifie ses
activités dans le domaine de l’immobilier.
Il gère un réseau d’agences immobilières,
un parc immobilier, une activité d’aménageur
et promoteur immobilier et des activités de
services digitaux dans l’immobilier. Il recrute
dans le cadre d’une création de poste un
Directeur Général immobilier.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
26
CHRONIQUES
LIVRES
IDÉES
Le capitalisme face
au désarroi des salariés
baluzier » du livre de politique économique, s’articule comme suit.
L’hyperflexibilité exigée par les
entreprises fait que « les salariés
partagent les risques mais pas les
profits ». Le processus de « destructions créatrices » cher à Schumpeter
ne tient plus ses promesses, et le
progrès technique, loin d’enrichir
les tâches, transforme les emplois
qualifiés de l’industrie en services
bas de gamme. La robotisation et
l’automatisation n’ont pas pour effet
de détruire les emplois mais d’exacerber la « bipolarisation » entre les
gens d’en haut et ceux d’en bas. Par
ailleurs, l’envol des profits financiers ne débouche pas sur une dynamique d’investissement productif.
Quant à « la théorie du ruissellement », que les médias français ont
découvert l’été dernier à l’occasion
du débat sur les baisses d’impôt des
revenus financiers, « c’est une fable » à leurs yeux.
« Marx avait raison ! La logique
de cette dynamique très “marxienne” du capitalisme aboutit nécessairement à l’explosion des inégalités de
revenus et à des crises financières. »
Marxiens, mais pas marxistes, les
deux auteurs veulent au contraire
sauver le système, avec ce premier
remède : « Participation, participation, participation ! ». Le salarié doit
participer à l’aventure capitaliste de
son entreprise. Et cette seconde recommandation, « décréter la formation grande cause nationale ». Le
conseil s’adresse particulièrement à
la France ; les auteurs rappellent
que « l’économie française glisse
doucement vers le bas de gamme »
de ses produits et de ses hommes
dont les faibles compétences sont
notoires comme en témoignent les
enquêtes de l’OCDE.
Le livre se lit vite, deux heures
chrono douche comprise, car il faut
se laver l’esprit après un constat
aussi triste. Notons cette coquille : ce
n’est pas le chancelier Helmut Kohl
mais Helmut Schmidt l’auteur de la
célèbre formule, « les profits
d’aujourd’hui sont les investissements
de demain et les emplois d’après demain », dont le livre regrette qu’elle
ne fonctionne plus. ■
J.-P. R.
DROITS RÉSERVÉS
POLITIQUE ÉCONOMIQUE L’OCDE
publie ce jeudi 26 avril, « juste avant
la Journée internationale des travailleurs du 1er mai », dit-elle, son
rapport annuel « consacré aux impôts et aux cotisations sociales prélevés sur les salaires ». Il s’agira de
montrer l’importance des charges
fiscales qui pèsent sur les salariés
des pays les plus avancés que regroupe l’OCDE, le degré de « socialisation » plus ou moins élevé de
chaque économie nationale. Pour
s’en plaindre ou s’en féliciter.
C’est une autre forme de sollicitude vis-à-vis du monde du travail
qu’expriment Patrick Artus et Marie-Paule Virard, l’un économiste
et l’autre journaliste, dans leur
ouvrage annuel au titre percutant :
Et si les salariés se révoltaient ?
Tout un programme en effet. Le
livre se présente comme un catéchisme des motifs de mécontentement de la grande classe des travailleurs des « pays riches »,
Europe, Japon, États-Unis. « Mondialisation, robotisation, ubérisation,
paupérisation…
Exaspération ! »
nous disent les auteurs fin prêts pour
le défilé du 1er Mai et ses calicots. La
montée des inégalités de revenus et
des patrimoines, la précarité galopante, ces thèmes nous sont parfaitement connus. Le livre reprend
tous les chiffres du dossier, parfois
délirants et qui ne cessent d’étonner, y compris les mieux informés.
Telle Christine Lagarde, la directrice
du FMI, « qui avait failli avaler son
yaourt de travers en découvrant en
couverture d’un grand quotidien économique que le numéro un du classement des gestionnaires de fonds spéculatifs avait gagné 1,3 milliard de
dollars à lui tout seul l’année précédente et que les 25 gestionnaires les
mieux payés avaient empoché 12 milliards alors même que les investissements du secteur affichaient des résultats très médiocres ! ».
On pourrait multiplier les perles
de ce genre que contient l’ouvrage.
Inutile : dans un collier le plus important ce ne sont pas les perles
mais le fil qui les fait tenir ensemble... Le fil conducteur que tressent
Artus et Virard, les « Roux et Com-
PATRICK ARTUS ET MARIE-PAULE VIRARD
ET SI LES SALARIÉS SE RÉVOLTAIENT ?
Fayard
L’État français veut être le premier
Big Brother des pays démocratiques
Le prélèvement à la source, un outil diabolique pour collecter l’impôt
F
rançois Hollande en
avait rêvé, Emmanuel
Macron le fera. « Le prélèvement à la source
s’appliquera à tous dès le
1er janvier 2019. » Ce
leitmotiv figure dans les documents
fiscaux que Bercy adresse aux
contribuables et sur le site « impot.gouv.fr ». Une nouvelle joyeuse
pour les pouvoirs publics : « à
tous » renvoie à l’appétit insatiable
d’égalité des Français, et « dès le
1er janvier », comme si nous étions
impatients.
Le précédent quinquennat avait
tout fait « pour que la réforme entre
en vigueur dès janvier 2018. Pas un
bouton de guêtre ne manquera à
l’impôt à la source », avait promis le
ministre des Finances, Michel Sapin, à l’hiver 2016. Sauf que le diable
se cache dans les détails, comme ces
indemnités maladies longue durée
imposables mais difficiles à traquer.
Des tas de « points techniques »
restent à régler.
Au fil des mois, il s’est avéré que,
loin d’être une simplification, le
prélèvement à la source risquait fort
d’empoisonner la vie des entreprises et des particuliers. C’est par son
sigle, PAS, qu’on le désigne à Bercy
et à la Cnil, car la Commission nationale de l’informatique et des libertés a son mot à dire s’agissant
d’un système informatique qui instaure un Big Brother au courant de
l’ensemble des revenus de chaque
citoyen. De même le dispositif amènera les « collecteurs d’impôts »
que sont les employeurs à connaître
la situation familiale, financière et
patrimoniale de leurs salariés.
Même l’Inspection générale des
finances (IGF) admet que la paperasserie aura un coût de 420 millions d’euros (estimation basse)
pour les entreprises. Les syndicats
de Bercy sont contre car cela devrait logiquement amputer leurs effectifs. Solidaires Finances Publiques, la première force syndicale,
invoque l’architecture de l’impôt
sur le revenu en France, fondée sur
la structure familiale et qui dépend
d’innombrables niches fiscales.
Autant il est facile de prélever à la
source la CSG, autant cela devient
un casse-tête pour un impôt progressif assorti de multiples dérogations. C’est le gage d’une complexité extrême pour le contribuable qui
ne percevra qu’en fin d’année ses
crédits d’impôts ; il devra faire
comme aujourd’hui une déclaration, avec obligation pour lui de tenir mois après mois une comptabilité minutieuse des impôts versés
par chaque source de revenu.
Alors que 70 % des contribuables
ont déjà adopté le prélèvement
mensuel, en quoi le PAS marquerat-il un progrès ? « La création de revenu et la perception de l’impôt coïncideront dans le temps. Les gens dont
la situation s’est détériorée d’une année sur l’autre ne seront plus pénalisés », prétendait Michel Sapin. Un
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
argument totalement nunuche qui
prend les contribuables pour des
débiles incapables de provisionner
leurs charges !
Mais le pire défaut du PAS n’est-il
pas de constituer « le casse du siècle : 75 milliards d’euros disparaissent des caisses de l’État », selon la
formule d’Hubert Lévy-Lambert,
fondateur du cercle de réflexion XSursaut ? Cette perte résultera de
« l’année blanche » 2018, puisque
tous les revenus n’ayant pas un caractère « exceptionnel » seront défiscalisés (sinon les contribuables
auraient payé double, au titre de
2019 et de 2018). L’année blanche
pose en outre un sérieux problème
de constitutionnalité (les générations seront inégales vis-à-vis de ce
cadeau du fisc).
Course à la transparence
Autant d’objections de poids largement partagées mais qui n’ont nullement dissuadé l’exécutif actuel de
poursuivre le projet cher à Hollande. Pour trois raisons.
La première est politique et tient
à la popularité du PAS dans l’opinion. 55 % à 60 % des Français y
sont favorables selon les sondages,
un taux considérable quand on sait
que seuls 42,8% des foyers acquittent l’impôt sur le revenu et sont
donc concernés. Le PAS est perçu à
tort ou à raison comme un moyen
de lutte contre l’évasion fiscale dont
on ne cesse de leur répéter qu’elle
fait perdre 60 à 80 milliards d’euros
par an à l’État, même si « ces chiffres ne sont pas vérifiés », selon Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics.
Deuxième explication, le PAS
Le pire défaut du prélèvement à la
« source
est de constituer le « casse
du siècle » pour l’État, qui devra
renoncer aux 75 milliards de recettes
fiscales au titre des revenus 2018
»
rendra possible la promesse de
François Hollande, candidat à
l’Élysée en 2012, d’une « fusion à
terme de l’IR et de la CSG ». La création d’un impôt progressif sur le revenu à très large assiette (incluant
celle de la CSG) deviendra alors un
jeu d’enfant.
La troisième raison ne joue ni sur
le ressentiment des Français ni sur
le fantasme de gauche d’un « grand
impôt progressif sur le revenu ». Le
fisc se doit de répondre aux immenses défis du numérique et de l’économie participative. « Si vous voulez que la plate-forme prélève l’impôt
directement (Airbnb, Uber Pop, eBay
ou le Bon Coin), il s’agit nécessairement d’un prélèvement à la source,
lors de l’échange ou de la transaction », analysait le mois dernier
Maya Bacache, de Télécom Paris
Tech, lors d’un colloque à Bercy. À
l’avenir, ce sont en effet des dizaines, voire une centaine, de milliards d’euros d’assiettes fiscales qui
sont menacées.
Telle est la véritable justification
du PAS, et il y va de la survie du fisc
obligé de se transformer en Big Brother. Que l’administration de Bercy
soit la plus motivée à cet égard est
dans l’ordre des choses puisque la
France détient le record mondial
des prélèvements obligatoires.
Avant le PAS, il y a eu le préalable
de la DSN, la Déclaration sociale
nominative, qui depuis 2017 centralise au mois le mois et dans un
même fichier l’ensemble des revenus de toute nature des Français.
Cette course à la transparence
n’est pas sans poser quelques problèmes d’éthique et d’atteinte à la
vie privée. La tâche est délicate
pour la Cnil, juge de paix en la matière, qui a été consultée à plusieurs
reprises par les pouvoir publics sur
le PAS. Nous devons « assurer un
juste équilibre entre l’intérêt légitime
poursuivi par cette réforme fiscale et
la protection de la vie privée des personnes concernées, et plus particulièrement des salariés », résume un
porte-parole de la Cnil. ■
Le prélèvement à la source est perçu, à tort ou à raison, comme un moyen de lutte contre l’évasion
fiscale, dont on dit qu’elle fait perdre 60 à 80 milliards d’euros par an à l’État. VINCENT ISORE/IP3
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LE FIGARO
lundi 23 avril 2018
DÉCIDEURS
AVEC
27
PROPOS RECUEILLIS PAR
YANN LE GALES £@YannLeGales
Carlos Fontelas
INTERVIEW
Carlos Fontelas
De Carvalho, président d’ADP en
France et en Suisse, constate que
les entreprises sont entrées dans
l’ère du « like ».
De Carvalho
LE FIGARO. - Aimez-vous diriger ?
Carlos FONTELAS DE CARVALHO. - J’aime mener des équipes
vers un objectif. J’aime diriger.
Cela me passionne depuis trente
ans.
« Je crois
au cerveau
collectif »
Quand avez-vous dirigé
une équipe pour la première fois ?
J’ai dirigé ma première équipe à
23 ans quand je me suis engagé
dans l’armée portugaise. Elle était
composée de 48 soldats. Cette expérience m’a beaucoup marqué.
Je quittais pour la première fois la
maison familiale après l’université. Je devais motiver des personnes plus âgées que moi. Je leur ai
dit quel était notre objectif : être
les meilleurs.
Quel type de dirigeant êtes-vous ?
J’aime travailler en équipe, être
entouré d’hommes et de femmes.
Qu’avez-vous appris
en travaillant en équipe ?
Faire partie d’une équipe rend
chaque personne du groupe plus
attentive. Les cinq sens sont en
éveil. Chacun écoute mieux. Chacun est plus réactif. L’attitude
d’une personne peut encourager
un collaborateur à adopter la
même attitude.
Vous dirigez ADP France depuis
cinq ans. Avez-vous renouvelé
le comité exécutif composé
de 16 membres ?
J’ai nommé 14 des 16 membres.
Seuls deux membres de l’ancienne équipe sont encore en
poste.
Pourquoi ces nominations ?
J’ai été nommé à la tête d’ADP
France pour mener une stratégie
de changement souhaitée par le
marché. J’ai donc changé le style
de management, qui privilégie la
vitesse et l’agilité demandées par
nos clients. J’ai eu des entretiens
très francs avec des personnes en
place qui m’ont expliqué pour-
quoi elles n’étaient plus en phase
avec les nouveaux objectifs.
Quelles sont leurs qualités ?
Les managers n’ont pas été choisis pour conduire un bateau qui
descend un fleuve. Ils sont capables de faire du tout-terrain,
d’accélérer, de donner des
conseils à des clients qui sont très
demandeurs. Ils sont très attentifs
aux changements du marché.
Avez-vous recruté des personnes
venant d’autres entreprises ?
J’ai promu 11 personnes qui travaillaient déjà dans l’entreprise.
Je n’ai recruté que trois personnes à l’extérieur. Car ADP possède la bonne expertise en termes
de métier. Par contre, nous devions changer nos manières de
travailler et être davantage à
l’écoute des clients.
« Le manager n’est
plus un superviseur.
Il ne joue plus le rôle
d’une caméra cachée.
Il est un identificateur
de talents », estime
Carlos Fontelas
De Carvalho. DR
Les salariés français ne sont pas
satisfaits de leur situation. Inondés d’information circulant notamment sur les réseaux sociaux,
ils ont le sentiment que d’autres
personnes font mieux leur travail
qu’eux. Ils constatent que l’organisation de l’entreprise les empêche d’être plus productifs.
Sont-ils prêts à changer
d’employeur ?
Près d’un salarié français sur
deux envisage de changer d’emploi. Mais ils ne sont que 15 % à
rechercher activement un poste.
8 % sont prêts à changer de région pour un autre métier.
CONFIDENCE
Comment travaille le comité
exécutif ?
Nous fonctionnons comme un
cerveau collectif. Nous réfléchissons ensemble. Nous prenons des
risques ensemble. Nous analysons
ensemble pourquoi nous avons
atteint un objectif ou pourquoi
nous l’avons raté. Nous célébrons
ensemble nos succès. Cette manière de travailler me motive.
Les salariés français
sont-ils heureux ?
Critiquent-ils leurs managers ?
Les salariés critiquent les méthodes de management. Ils souhaitent changer leurs managers. Ils
veulent que leurs performances
soient immédiatement reconnues, car ils vivent dans l’instant
et l’immédiateté.
QUELLES PERSONNALITÉS ADMIREZ-VOUS ?
J’admire mon père. Je suis devenu ce que je suis
grâce à lui. J’admire également Zinédine Zidane,
qui a brisé une idée reçue. Il a prouvé qu’il
n’était pas nécessaire d’avoir entraîné des
équipes de football pendant des années avant
de devenir l’entraîneur d’un grand club comme
le Real Madrid et d’obtenir des résultats.
LA FRANCE A-T-ELLE DES ATOUTS ?
La France occupe de nouveau la place qu’elle
devait occuper sur la scène internationale.
Elle est un pays d’entrepreneurs et d’ingénieurs
qui inventent des produits à valeur ajoutée.
Elle compte de formidables industriels qui sont
des champions mondiaux comme Airbus,
Valeo, Safran, Michelin, Plastic Omnium.
Dont la plupart sont des clients ADP.
Les managers sont de plus en plus
notés par leurs équipes.
Est-ce une bonne méthode ?
Je suis évalué. Les managers sont
évalués. Dans toutes les entreprises,
les managers sont notés. Les entreprises sont entrées dans l’ère du
« like ». Cela peut provoquer un
certain stress chez les managers.
L’indice de satisfaction peut
conduire à des dérives s’il se transforme en quête de popularité. Un
manager qui reçoit la note « 2 »,
alors qu’un autre manager bénéficie
de la note « 5 », pourra être tenté
d’améliorer sa notation en prenant
des mesures qui le rendront plus
populaires. Il faut donc être attentif.
Quelles dérives craignez-vous ?
Les managers ne doivent pas
TOP
S. DE BOURGIES, PETER ALLAN
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Philippe Audouin
Virginie Morgon
â LES
Nicolas Huet
Marc Frappier
Comment éviter
ces dysfonctionnements ?
Mon rôle, et celui des membres
du comité exécutif, est d’éviter ce
type de dérives en écoutant les
salariés. Il faut par exemple faire
comprendre à des collaborateurs
que l’innovation exige qu’ils
changent leurs habitudes et bousculent leur zone de confort.
Quel est le nouveau rôle
du manager ?
Le manager n’est plus un superviseur. Il ne joue plus le rôle
d’une caméra cachée. Il est un
identificateur de talents. Il doit
développer les compétences, motiver ses collaborateurs. Il est un
entraîneur qui sait gérer une
équipe pour la faire gagner. Il est
celui qui permet de faire la différence.
Les algorithmes remplaceront-ils
prochainement les experts ?
Non. Notre métier sera toujours
basé sur l’expertise. Le succès des
petits déjeuners thématiques que
nous organisons montre combien
nos clients apprécient la qualité
de nos experts. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Renaud Haberkorn Caroline Hadrbolec
Frans Tieleman
DÉCIDEURS DU GROUPE EURAZEO
Europcar, Moncler, Dessange, Doctolib ou
Desigual : si le grand public connaît davantage ces marques que la société d’investissement qui les contrôle, Eurazeo a réalisé une
montée en puissance remarquée ces dernières années sous la houlette de Patrick Sayer.
Ce fan de motos a officiellement passé les
2001
Devient la plus jeune
manettes le 19 mars dernier à la dirigeante
associée gérante
qui a joué un rôle clé à ses côtés, Virginie
de Lazard
Morgon. Depuis son entrée au directoire en
2008
2008, cette Lyonnaise globe-trotteuse, qui
Rejoint le directoire
œuvra pendant seize ans chez Lazard et en
d’Eurazeo
devint en 2001 la plus jeune associée-géran2011
te, a accéléré la croissance et diversifié la
Entre au classement
Fortune des dirigean- société cotée, devenue internationale et
tes les plus puissantes multistratégies, accompagnant des sociétés
prometteuses de toutes tailles.
2018
Alors qu’Eurazeo a fortement accéléré fin
Succède à Patrick
Sayer à la présidence 2017 en entrant au capital d’Idinvest et de
du directoire
Rhône, la première assemblée qu’elle tient
de la société
d’investissement
ce 25 avril comme présidente du directoire
DATES
CLÉS
Olivier Millet
chercher à plaire à tout prix en
interne, car ils risquent de ne plus
se concentrer sur les attentes des
clients. Et l’entreprise ne sera
plus capable de répondre aux besoins du marché.
devrait notamment valider l’entrée de
Patrick Sayer au conseil de surveillance, en
même temps que celles de Robert Agostinelli
(Rhône) et d’Amélie Oudea-Castera. Pour
poursuivre l’offensive, Virginie Morgon,
48 ans, a aussi musclé la gouvernance du
groupe aux 15 milliards d’actifs, avec un
directoire renforcé. Philippe Audouin, le
directeur administratif et financier, y est
désormais en première ligne avec la casquette de DG Finances. Parmi les priorités :
renforcer ses liens avec les actionnaires et
développer la gestion pour compte de tiers.
Le secrétaire général Nicolas Huet, avocat de
formation, a aussi rejoint l’instance de pilotage, assurant notamment le suivi de la gouvernance et coordonnant les fonctions corporate dans le cadre des opérations
d’investissement. Promotion aussi au directoire du groupe pour Olivier Millet, le patron
de la filiale Eurazeo PME. Fort de ses vingt-
huit années dans le métier, il apporte un
regard expert et reprend, parallèlement à ses
fonctions actuelles, la direction de la communication corporate.
La nouvelle patronne a aussi renforcé le rôle
et la composition du comité exécutif, lequel
a la responsabilité de « définir, mettre en
œuvre et suivre les axes stratégiques ». Et
superviser aussi la performance opérationnelle des actifs. Ce comex est composé des
membres du directoire auxquels s’ajoutent
quatre autres dirigeants. Marc Frappier,
managing et directeur d’Eurazeo Capital, est
à la tête de l’équipe d’investissement maison
la plus importante en taille avec vingt investisseurs et quinze sociétés. Il apporte son
expérience des processus d’investissements
complexes en Europe, aux États-Unis et en
Asie, ainsi qu’un regard expert sur la performance et la transformation des sociétés dans
lesquelles Eurazeo a misé. Pour sa part,
Renaud Haberkorn, managing partner aussi, dirige Eurazeo Patrimoine. Il apporte une
expérience de vingt ans dans l’investissement immobilier, sa connaissance des marchés internationaux et des problématiques
propres à la création, à la levée et à la gestion
de fonds globaux. Il a été à l’origine d’un
fonds de private equity immobilier transcontinental. A aussi fait son entrée au comité
exécutif, la DRH Caroline Hadrbolec, exBureau Veritas, symbolisant la volonté
d’accélérer le développement des talents et
d’ouvrir la société à des compétences et profils différents. Dans le saint des saints depuis
2008, l’X-Ponts-Insead Frans Tieleman,
managing partner et directeur d’Eurazeo
Development, est chargé de déployer l’activité de gestion pour compte de tiers du
groupe. Dès lors, il travaillera de pair avec
les équipes de relations investisseurs d’Idinvest et avec les équipes de Rhône.
C. B.
A
Suffit-il de convaincre les salariés
qu’ils sont les meilleurs ?
Expliquer aux personnes pourquoi elles sont les meilleures et
pourquoi elles peuvent devenir
les meilleures les encourage à déployer une énergie considérable.
Une équipe motivée peut changer
le monde.
Le président d’ADP en France
et en Suisse explique pourquoi
il apprécie le travail en équipe.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Christopher Baldelli : « Yves Calvi
fera la matinale de RTL l’année prochaine »
Le vice-président du groupe M6, en charge des radios, est l’invité du « Buzz Média Le Figaro ».
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
RADIO RTL vire en tête des
audiences radios et affronte avec
sérénité le mercato qui va débuter.
LE FIGARO.- Entre janvier
et mars, l’audience des radios
généralistes a baissé, sauf sur RTL.
Avez-vous profité
de la chute d’Europe 1 ?
Christopher BALDELLI.- RTL est
un succès en soi. Cela fait trois
saisons que RTL progresse. En
2017, nous avons battu le record
du nombre d’auditeurs nous
écoutant depuis quinze ans. Et en
ce début d’année, nous battons à
nouveau un record, à savoir la
plus grosse part d’audience d’une
radio depuis dix ans. Toutes les
radios généralistes, sauf RTL, ont
baissé sur ce sondage car l’an dernier nous étions en pleine campagne électorale. Le fait que RTL gagne encore des auditeurs traduit
le fait que nous sommes en très
grande forme et que nous pouvons affronter une conjoncture
moins forte.
Mais vous avez attiré
les déçus d’Europe 1 ?
Bien sûr, nous avons attiré des
auditeurs d’Europe 1 et aussi ceux
de RMC. C’est la règle du jeu.
Quand une radio est moins performante, les autres en profitent à
condition d’être performantes
digitales. Nos radios sont disponibles sur tous les nouveaux assistants personnels vocaux qui sortent. L’enjeu aujourd’hui est de
rassembler toutes les radios françaises, voire européennes, pour
créer un player commun et ne pas
dépendre d’un acteur américain.
Europe 1 va de nouveau tout
changer. Après avoir attiré
Patrick Cohen l’an dernier,
va-t-elle attirer Yves Calvi ou
Marc-Olivier Fogiel cette année ?
En tout cas pas Yves Calvi qui
sera à l’antenne de la matinale
l’année prochaine. Nous venons
de resigner avec lui. De façon
plus générale, la radio c’est comme une équipe de foot. Un dirigeant doit savoir garder ses talents. Ce n’est pas qu’une
question d’argent. C’est une
question d’environnement de
travail, d’image de la radio, de liberté et d’exigence. Quand un
talent sent qu’il évolue dans un
univers de professionnalisme, il a
plutôt envie de rester.
RTL sera-t-elle active
sur le mercato ?
Nous ne serons pas les plus actifs. Mais garder ses talents demande déjà d’être actif. Pour
l’essentiel, tous ceux qui étaient
là cette année resteront l’année
prochaine
RTL est intégré au groupe M6.
Concrètement, quelles sont
les synergies dégagées ?
L’intégration dans le groupe M6
s’est faite depuis six mois. Nous
avons déjà réalisé la majeure partie des synergies de coût en mutualisant des services. Nous avions prévu de supprimer entre 35
et 50 postes par redistribution et
nous en sommes quasiment à 35.
Cela va-t-il changer la manière
de faire de la radio ?
Je ne le crois pas. En télévision, la
consommation délinéarisée est
très importante. En radio, c’est
beaucoup moins le cas, car elle a
encore la magie du direct. La radio
est un média très moderne. Au
cours des trois dernières saisons,
ce média a gagné 700 000 auditeurs. Loin d’être déclinante, la radio est dans une belle dynamique.
Sa force, c’est la mobilité, c’est
l’écoute en direct et la non-exclusivité car on peut faire plein de
choses en écoutant la radio.
CHRISTOPHER
BALDELLI
dans le studio
du Figaro.
@
JEAN-CHRISTOPE
MARMARA/LE FIGARO
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
Allez-vous fabriquer des produits
en commun comme France Info ?
La richesse en matière de média
provient de la mise en place de lignes éditoriales cohérentes. Il faut
qu’un auditeur sache pourquoi il
vient sur RTL, Fun Radio ou M6.
Nous faisons de la radio d’un côté,
et de la télé de l’autre, en respectant les lignes éditoriales de chacun. Entre RTL et M6, il y aura des
passages d’animateurs. Dès cet été,
nous aurons des animateurs de M6
qui viendront sur RTL. Idem dans
l’autre sens.
Dans la révolution de l’Internet
de la voix, Radio France
est en avance. RTL est-elle
dans la course ?
Nous sommes plus que dans la
course ! Il faut distinguer deux sujets. D’un côté, le replay, sur lequel
M6 est très en avance, et RTL produit énormément de podcasts.
Mais la véritable révolution, c’est
le traitement digital de l’information. RTL est le dixième média sur
le sujet avec plus de 10 millions de
personnes qui s’informent chez
nous tous les jours sur nos offres
Cela fait une décennie que vous
êtes à la tête de RTL. Avez-vous
envie de diriger le futur groupe
audiovisuel public ?
On peut penser que le succès de
RTL est peut-être lié à une continuité dans la direction. Cela fait
pratiquement dix ans que je dirige
la radio. Et cela fait douze ans que
je suis dans le groupe M6 dont je
suis vice-président. J’apprécie ce
groupe, je le connais bien et je m’y
projette. Aujourd’hui, je vois mon
avenir dans ce groupe. Je n’ai pas
d’autre projet professionnel. ■
RÉALITÉS
1
ÈRE
AUGMENTÉES
HISTORIQUE
PAR BENJAMIN FERRAN
La seconde explosion
de la bulle Internet
DeBonneville-Orlandini
RADIO
COMMERCIALE
SUR LES
25-49 ANS
On restait jusqu’alors connecté en
streaming des heures durant pour
voir Tim Cook lancer un nouvel
iPhone, ou écouter Sundar Pichai
parler des avancées de l’intelligence artificielle de Google. Retransmise en direct comme s’il
s’agissait du lancement d’un nouveau produit, l’audition de Mark
Zuckerberg devant la Chambre
des représentants restera comme
un point de rupture dans l’histoire
des nouvelles technologies. Durant deux jours, la seconde bulle
Internet, la bulle de la confiance, a
éclaté à la face du monde.
Il y a dix-huit ans, la première
bulle Internet avait été financière.
En quelques mois, les sociétés
technologiques avaient perdu
75 % de leur valeur. La fermeture
du site de commerce en ligne pour
animaux Pets.com, en novembre 2000, avait révélé tous les
maux de la « nouvelle économie ». Les sites Web qui s’étaient
rués vers l’or numérique avaient
surestimé la demande des clients
et des annonceurs publicitaires.
Les opérateurs télécoms s’étaient
piqués trop tôt de convergence
entre les tuyaux et les contenus.
SENTIMENT DE PANIQUE
A
LA RADIO PAS COMME LES AUTRES
Médiamétrie 126000 Radio JM18 25-49 ans PDA en % LV 5h-24h (ex-aequo avec NRJ)
Google, Facebook, Amazon et les
autres géants de la tech sont les
enfants prodiges de cette première
bulle. Patiemment, ils ont bâti des
empires absolus. Grâce aux avancées des smartphones et de l’intelligence artificielle, leurs produits
et leurs services allaient rapprocher les peuples, créer des millions d’emplois, instruire. Il y
avait de grands principes à défendre, comme la neutralité du Net, la
certitude que le code informatique
ferait un jour la loi (Lawrence Lessig) ou que le tout-gratuit s’imposerait en ligne (Chris Anderson).
Le succès financier de cette nouvelle génération est indéniable. La
seconde bulle, qui explose en ce
moment, n’est donc pas comptable. C’est une bulle de confiance.
Nous l’avons alimentée en créant
notre profil Facebook ou Instagram, en installant des applications sur iPhone ou en commandant notre premier Uber. Entre les
tripatouillages des données à des
fins de ciblage publicitaire, des
adolescents qui ne décrochent
plus de leur smartphone, les ratés
parfois tragiques de l’automatisation, les révélations sur l’optimisation fiscale, la détonation est retentissante.
La correction, qui s’opère aujourd’hui, rappelle le sentiment de
panique de la première bulle.
Tandis que l’Europe s’apprête à
faire appliquer le Règlement général pour la protection des données personnelles, des Américains
se mettent à parler régulation. Les
services se contractent. Uber suspend ses essais de voitures et
abandonne des marchés. Elon
Musk reconnaît avoir surévalué la
capacité des robots. Les mairies
s’en prennent à Airbnb, qu’elles
accusent de dénaturer les centres-villes. Les nouvelles voix qui
portent dans la tech se nomment
Tristan Harris, ancien ingénieur
de Google, qui promeut une approche responsable des technologies.
Cette atmosphère est une incroyable opportunité pour façonner la génération qui vient. On se
plaît à imaginer des produits et
services grand public qui intégreraient le respect de la vie privée
dès leur conception (« privacy by
design ») et chercheraient leurs
profits ailleurs que dans l’exploitation des données ou le microtravail. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 922 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
MODE, BEAUTÉ...
LES INCONTOURNABLES
DE LA SEMAINE
Chanel
PAGE 33
HIGH-TECH
CANON ET PANASONIC
LIVRENT CHACUN LEUR
CONCEPTION DE L’APPAREIL
PHOTO HYBRIDE PAGE 34
L’opéra en mondovision
Depuis dix ans, le Metropolitan Opera de New York retransmet en direct ses spectacles dans les cinémas
de 70 pays. Une manière futée ou risquée de régénérer le public ? Les réponses du directeur, Peter Gelb. PAGE 30
Refus d’exportation
pour un Le Nain
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
arrêté de la ministre de
la Culture est paru dans
le Journal officiel de dimanche. Le certificat
d’exportation demandé pour un Christ enfant méditant sur
la Crucifixion est refusé durant trente
mois. Ce tableau déposé chez l’expert
parisien Éric Turquin (qui l’a estimé à
un montant compris entre 3 à 5 millions d’euros), et dont la vente aux
enchères par l’étude Rouillac demeurait hier fixée au 10 juin (château
d’Artigny, Indre-et-Loire), a donc de
grandes chances de rester en France.
Et peut-être dans une collection publique si l’État choisit de le préempter
en tant que « trésor national ».
La décision valide l’étude faite depuis la découverte de l’huile en octobre 2017. Cet automne-là, le commissaire-priseur Philippe Rouillac et son
fils Aymeric sont contactés par une
septuagénaire de Vendée. Elle explique qu’elle vend des « vieilleries » sur
Internet mais qu’elle a un doute sur
une toile offerte par sa grand-mère
dans les années 1950. L’enquête commence. Le nom des frères Le Nain est
avancé. Une séance de comparaison
est organisée un jour de fermeture au
Louvre où se trouvent 15 des
75 œuvres attribuées à cette mythique
fratrie d’artistes picards, actifs dans la
capitale autour de 1640. Unanimes, les
spécialistes valident l’hypothèse et
L’
lancent même un prénom : Mathieu, le
plus jeune des trois peintres, qui a été
fait « peintre ordinaire » de la ville de
Paris grâce aux restaurations qu’il a
effectuées à l’Hôtel de ville et aux
commandes d’art religieux qu’il a honorées alentour. Académicien, Mathieu avait aussi été reçu à l’ordre de
Saint-Michel. Il est mort après les
deux aînés, vers l’âge de 70 ans, en
1677. Son inventaire après décès mentionne plus de 200 tableaux. Ce Christ
enfant, exécuté vers 1640-1642, « doté
d’une esthétique sobre, d’un caractère
poétique émouvant et illustrant une thématique religieuse rare », selon le texte
du JO, pourrait être l’un d’eux.
Une douzaine d’années après ce
travail, ce serait encore à Mathieu
qu’on devrait l’Atelier de l’artiste du
Musée de Poughkeepsie (État de New
York). Cette œuvre figurait en bonne
place au sein de la dernière rétrospective Le Nain, montée au Louvre-Lens
le printemps dernier. Elle semble en
effet annoncer le chef-d’œuvre absolu qu’est L’Art de la peinture de Vermeer, Joconde du Kunsthistorisches
Museum de Vienne.
Pour les commissaires, « Mathieu a
développé un style au coloris contrasté,
aux formes molles, à la touche dense et
menue, juxtaposant les accents clairs.
Contrairement à ses frères, il travaille
sans avoir recours à l’observation directe du modèle. Enfin, c’est un éclectique aux sources d’inspiration multiples, et en particulier caravagesques ».
Tel est parfois, à qui sait voir, ce que
révèle une « vieillerie ». ■
ALESSSANDRO LUCIONI/IMAXTREE.COM, CANON, PANASONIC
1
ARTS Son authentification confirmée, l’État
s’oppose à ce que le tableau découvert cet
automne en Vendée sorte du territoire national.
A
KEN HOWARD/METROPOLITAN OPERA
Joyce DiDonato
(au centre)
dans le rôle-titre
de Cendrillon
de Jules Massenet
sur la scène
du Metropolitan
Opera.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
RENCONTRE
Le directeur
du Metropolitan
Opera œuvre
depuis dix ans
à la retransmission
de ses spectacles
en direct. Ainsi,
le 28 avril,
le « Cendrillon »
de Massenet sera
visible dans les
cinémas français.
aisé de rester chez soi
pour vivre la culture
derrière son écran.
Ces retransmissions
me semblent de bons
contre-feux
PROPOS RECUEILLIS PAR
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
n ce 14 avril, il y a de
l’électricité dans l’air dans les coulisses
du Metropolitan Opera de New York. Ce
n’est pas seulement dû à la présence
magnétique de Placido Domingo qui,
dans Luisa Miller de Verdi, endosse le
149e rôle d’une carrière pas près de s’arrêter. Ni au courant qui passe si bien entre la sublime Luisa d’une Sonya Yoncheva au sommet de ses possibilités et le
Rodolfo conquérant du ténor polonais
Piotr Beczala. La chaleur quasi estivale
qui vient de s’abattre - pour une courte
durée - sur les rues de Manhattan n’est
également qu’en partie responsable…
Non. C’est autre chose. C’est aujourd’hui jour de live. Ou plutôt, de HD live.
Comprenez la retransmission du spectacle sur grand écran haute définition,
dans 2 200 cinémas de quelque 70 pays !
De quoi donner le vertige aux nombreux acteurs de la production. Pourtant, « on ne sent aucune différence. Le
professionnalisme est tel qu’à quelques
détails près c’est un jour comme les
autres », assure le chef Bertrand de
Billy, qui dirige les représentations de
Luisa Miller en remplacement de James
Levine (licencié il y a un mois suite à
des accusations d’agressions sexuelles).
Un jour comme les autres ? Pas tout à
fait. Car devant ou derrière les neuf caméras (dont une avec grue !) ayant envahi la jeune salle du Lincoln Center,
plusieurs dizaines d’artistes et de techniciens s’affairent. À eux de sublimer la
magie du direct. Avec ses moments de
grâce et ses aléas.
« Le Met m’a appelé il y a deux jours car
celle qui devait présenter la soirée et mener les interviews en coulisses pendant les
entractes s’est blessée. Comment refuser ? », s’amuse le jeune contre-ténor
Anthony Roth Costanzo. Découvert sur
le pastiche An Enchanted Island, le chanteur se révèle un hôte idéal. Plein d’humour et de fraîcheur. D’enthousiasme.
D’aisance. Son interview de Domingo,
fier de l’avoir eu parmi les lauréats de
son concours Operalia, restera l’un des
moments forts de l’histoire de ces retransmissions « Live in HD ». Y compris
grâce à la vocalise impromptue de
Yoncheva venue perturber l’échange en
traversant l’arrière-scène.
Non loin de là, dans un des camionsrégies du Met, un homme ne perd rien
du moment présent. Ce jour-là, Peter
Gelb, le directeur de l’institution, a repris sa casquette de producteur audio-
Peter Gelb pendant le tournage
de Salomé de Richard Strauss,
sur la scène du Met, en octobre
2008. KEN HOWARD/METROPOLITAN
PETER GELB
»
OPERA, NEW YORK
« L’Opéra de New York ?
C’est le meilleur
de l’Amérique »
visuel. Face à neuf écrans où s’affichent
autant d’angles de vue, chapeautant dix
personnes (réalisateur, scripts, assistants, techniciens), il veille au grain au
milieu d’une cacophonie de chiffres et
de codes. À ses côtés, une assistante,
conducteur en main, énonce chaque
barre de mesure à voix haute, tandis
qu’une autre prévient les cameramen
lorsqu’ils doivent se positionner pour
les captations des prochaines scènes.
Sur sa chaise haute, Gelb jubile.
S’angoisse ou félicite les chanteurs à
distance. Rencontre avec un pionnier
toujours sur le qui-vive pour un bilan
sur ces dix ans de retransmissions.
LE FIGARO. - Cette saison voit
les dix ans des retransmissions du Met
dans les salles de cinéma françaises.
Quel bilan faites-vous de cette
aventure ?
Peter GELB. - Celui d’un pari que je
n’aurais pu relever seul. Si nos retransmissions semblent aujourd’hui bien installées dans le paysage français, je me
souviens que convaincre les distributeurs français n’a pas été chose aisée.
Certains jugeaient même l’idée carrément ridicule malgré nos deux années
d’expériences concluantes aux ÉtatsUnis. Prédisant que ça ne marcherait jamais en France, pays de cinéma, où la
culture n’était pas d’aller dans des salles
pour y voir autre chose que des films…
Je suis heureux qu’ils se soient trompés
et que Pathé ait accepté de relever le
défi en nous diffusant via son réseau.
Vous avez suscité des émules,
y compris dans d’autres disciplines
comme la danse ou le théâtre.
Comment expliquez-vous le succès
du spectacle vivant sur grand écran ?
Nous vivons une époque compliquée,
où les rapports sociaux sont malmenés.
Notre civilisation a plus que jamais besoin d’événements fédérateurs. À
l’heure d’Internet, il est de plus en plus
aisé de rester chez soi pour vivre la
culture derrière son écran. Ces retransmissions me semblent de bons contrefeux. Elles nous rappellent que la technologie ne fait pas que nous isoler. Elle
peut également servir à une expérience
collective.
Vous êtes présent dans 70 pays.
Faut-il parler de « diplomatie
culturelle » à l’heure où beaucoup
craignent un isolationnisme
des États-Unis ?
Disons que ces retransmissions ont vocation à représenter partout dans le
monde le meilleur de l’Amérique.
J’aime à penser que, malgré les tensions
géopolitiques que nous connaissons actuellement, Luisa Miller sera vu aujourd’hui dans des salles de cinéma à
Moscou ainsi qu’au fin fond de la Russie. De même, nous réalisons notre plus
grosse audience dans les cinémas à
Mexico ! Bien sûr, l’exercice a parfois
ses limites. Si nous retransmettons la
saison prochaine Marnie, du compositeur contemporain Nico Muhly, j’aurais
aimé faire de même avec Two Boys, que
nous avions coproduit en 2013. Mais je
n’ai pas pu car l’opéra contenait des
mots à connotations sexuelles trop explicites… Je trouve cela un peu hypocrite : plus des trois quarts du répertoire
d’opéra traitent d’inceste, de viol ou de
passions ravageuses.
Certains pensent encore que ces
retransmissions siphonnent les salles
d’opéra. Que leur répondez-vous ?
Qu’elles contribuent, au contraire, au
renouvellement du public. Elles pallient
en outre deux manques très importants :
l’éducation, d’une part, et, de l’autre, la
production discographique affaiblie par
la raréfaction des ventes. À l’époque où
j’étais président de Sony Classical, on
pouvait encore espérer écouler jusqu’à
250 000 copies d’un nouvel enregistrement d’opéra à très gros succès.
Aujourd’hui, on en est aux alentours de
2 500. Or ce nombre de 250 000, c’est
celui des spectateurs que nous touchons
avec une retransmission…
L’arrivée anticipée de Yannick
Nézet-Séguin la saison prochaine,
consécutive à l’affaire Levine,
participe-t-elle également
de cette politique prioritairement axée
sur le renouvellement du public ?
Tout le monde souhaitait la venue de
Yannick Nézet-Séguin avant 2020. Il
avait été nommé dès 2016, moment où
Levine avait quitté son poste de directeur musical pour être directeur musical honoraire. Ce n’est donc pas un
remplacement précipité. Yannick a
jugé que ce serait formidable pour tout
le monde, y compris pour l’institution
en ce moment, de venir deux ans plus
tôt. Il sait ce que son âge et son enthousiasme représentent en termes d’avenir
pour le Met. Et force est de constater
que sa venue galvanise les énergies !
AÏDA
C’est avec cette production
péplum de Sonja Frisell, classique
de 1988, que le Met ouvre
sa saison 2018-2019. Une reprise
marquée surtout par sa
distribution de haut vol, avec Anna
Netrebko (photo) en tête dans
le rôle-titre. Le 6 octobre à 18 h 55.
SAMSON ET DALILA
Une nouvelle production
très attendue du trop rare chefd’œuvre de Saint-Saëns, autant
pour la mise en scène de Darko
Tresnjak (récompensé d’un Tony
Award en 2014) que pour le duo
Roberto Alagna et Elina Garança
(photo). Le 20 octobre à 18 h 55.
A
« Cendrillon » ou les sortilèges de la « French touch »
« Pendant le spectacle j’ai reçu des messages de toute la France ! Même mon père l’a
regardé près de chez lui », se réjouit Bertrand de Billy à l’issue de la retransmission
de Luisa Miller. Avec trois titres à diriger
sur un mois et demi, le chef français n’aura
pas eu le temps de jouer les touristes. « Ce
matin nous avions une répétition de Tosca
(dont la première a eu lieu samedi, NDLR).
Et pendant les entractes de Luisa Miller je
devais régler quelques détails de Cendrillon,
spectacle qui sera retransmis partout dans le
monde le 28 avril », s’amuse-t-il.
L’œuvre de Massenet, joyau de l’opéra
français mis en scène par Laurent Pelly,
refermera la dixième saison du « Met Live
in HD ». Pourquoi fait-elle son entrée au
répertoire du Met ? C’est un chef-d’œuvre
de légèreté, qui arrive après les titres sé-
rieux : Thaïs, Werther ou Manon. Massenet avait compris qu’il était plus dur de faire rire. C’est un opéra où il se parodie luimême, et encore Wagner ou la musique
baroque. Enfin, ce Cendrillon a sûrement
influencé Debussy », s’enthousiasme
l’homme de l’art.
Emblème de l’esprit français
Il n’est pas le seul à se réjouir du coup de
projecteur mondial donné à cet emblème
par trop négligé de l’esprit français. «
C’est un opéra de grande maturité. Qui plus
est, sublimé par la mise en scène pleine de
drôlerie et d’élégance de Laurent Pelly »,
renchérit Laurent Naouri. Le baryton, habitué du Met où il est à juste titre considéré
comme l’un des principaux ambassadeurs
de l’opéra français, joue le père du per-
sonnage principal (rôle tenu par l’Américaine vedette Joyce DiDonato). Il confesse
porter un avis mitigé sur ces retransmissions. « Nous, chanteurs, ne sommes pas
acteurs. Je me souviens de ma première retransmission à Glyndebourne. On m’avait
dit qu’il y avait une caméra aux derniers
rangs. Résultat : j’ai louché durant toute la
représentation ! Avec Cendrillon c’est différent. D’une part, cela offrira à ce spectacle la visibilité qu’il mérite grandement - je
ne comprends pas qu’il n’ait pas encore été
donné à Paris. D’autre part, le Met est
l’institution la plus professionnelle dans ce
genre d’exercice. »
Laurent Pelly partage cette opinion.
« Un spectacle calibré pour une salle de
3 000 spectateurs ne fait pas un film. Mais
les moyens déployés par le Met sont extra-
ordinaires. Ils donnent un résultat assez
bluffant, et cela, sans avoir influé de quelque manière que ce soit sur la mise en
scène. » Le Français, qui a déjà suivi au cinéma la retransmission de sa Fille du régiment, fait partie des fidèles qui, avec Bertrand de Billy, Roberto Alagna ou Laurent
Naouri, donnent au Met de New York sa
« French touch ». Cet esprit ne sera jamais aussi bien servi que la saison prochaine. Sur les dix opéras programmés,
quatre sont français : du tube Carmen aux
plus rares Dialogues des carmélites de
Poulenc, avec à la baguette le nouveau
directeur musical maison, le Québécois
Yannick Nézet-Séguin. ■
T. H.
« Cendrillon » en direct du Met : le 28 avril
à 18 h 55 dans les salles Pathé Live
participantes. Liste sur www.pathelive.com
LA FANCIULLA
DEL WEST
Retour à New York et succès
annoncé pour le ténor Jonas
Kaufmann (photo). Il endossera
les habits du héros du Far West Dick
Johnson dans la version mythique
de Giancarlo del Monaco,
fils du ténor Mario del Monaco.
Le 27 octobre à 18 h 55.
VLADIMIR SHIROKOV, VINCENT PETERS / METROPOLITAN OPERA, NEW YORK, GREGOR HOHENBERG/SONY CLASSICAL
E
d’Internet,
« ilÀestl’heure
de plus en plus
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
CHAQUE MOIS, RETROUVEZ
LE NOUVEAU MAGAZINE DU FIGARO
DÉDIÉ À L’ART DE VIVRE
PA R U T I O N D E M A I N AV E C L E F I G A R O
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
32
CULTURE
Des éventails dans le vent
CHRONIQUE La Bibliothèque Paul-Marmottan, à Boulogne, montre comment cet
accessoire de mode a servi de support à l’imagerie politique à différentes époques.
tations, une exposition intitulée
« L’art au service du pouvoir » révèle
notamment les richesses de la collection de la Fondation Napoléon,
comme le dessin de Jacques-Louis
David préparant son grand tableau du
couronnement.
LES ARTS
Adrien Goetz
’
histoire n’a longtemps retenu
que le malencontreux « coup
d’éventail » du Dey d’Alger en
1827, qui aurait déclenché la
première intervention française en Algérie. À Boulogne-Billancourt, la bibliothèque Paul-Marmottan
expose en ce moment un siècle d’éventails, futiles témoins des événements
qui marquèrent le XIXe siècle. Les deux
commissaires, Georgina LetourmyBordier et Gabrielle Soullier de Roincé,
ne se sont pas limitées aux avatars d’un
accessoire de mode – même si l’on
comprend la fabrication et les usages de
ces objets raffinés, qui pouvaient dissimuler une lorgnette au théâtre ou servir de porte-bouquets.
Grâce à des prêts de collections
privées et de quelques grands musées,
les allégories du général Bonaparte
pacificateur, le mariage de Napoléon
avec Marie-Louise se déplient feuille
par feuille, les projets fous pour envahir
l’Angleterre en ballons ou par un tunnel
précèdent de délirantes créations où
surgissent la silhouette de Louis XVIII
ou la girafe de Charles X.
Vient ensuite la promenade en barque
d’Eugénie à Fontainebleau, gouache dé-
L
Projets napoléoniens
Ci-dessus, une salle d’exposition de la bibliothèque Paul-Marmottan, à Boulogne-Billancourt. En haut, un éventail de type brisé,
en ivoire, vers 1810-1820. ALAIN DE BAUDUS, FUZEAU PHILIPPE
licate montée sur une gorge de nacre
gravée. La bibliothèque de l’Institut a
prêté une remarquable série de dessins
d’Hercule Catenacci, illustrateur trop
oublié, et le Musée de Rouen le délicieux
portrait de Mme Archimède Pourchet
par Joseph-Désiré Court. Autre décou-
verte, l’éventail offert à Eugénie par
« les dames israélites d’Alger » en 1860,
avec étoile de David, inscription hébraïque et plumes d’autruche, curiosité
venue du Musée de Compiègne.
Les amateurs d’abeilles ont en ce moment de quoi butiner. Les napoléonides
sont partout. De nouvelles salles à
Malmaison évoquent l’exil de l’Empereur à Sainte-Hélène, grâce des pièces
sorties des réserves qui n’avaient pas
été montrées depuis vingt ans. À côté, à
l’atelier Grognard, le bien nommé, où
la ville de Rueil organise ses manifes-
« Napoléon stratège », au Musée de
l’armée, aux Invalides, est une superbe
leçon d’histoire interactive qui apprend
aux visiteurs l’art de gagner des batailles. À Fontainebleau, les salles
Empire viennent d’ouvrir à nouveau,
mettant en valeur les derniers enrichissements du musée. La ville d’Ajaccio
conçoit un grand projet fédérant les
hauts lieux napoléoniens de Corse. Depuis le succès de « Spectaculaire Second
Empire » à Orsay, qui avait ouvert ce
bal au parfum de violettes impériales,
Napoléon III semble devenu aussi
populaire que Napoléon Ier. Les historiens de l’avenir, qui comprendront
que les expositions sont aussi le reflet
des préoccupations du moment,
s’interrogeront sur les raisons pour
lesquelles la France du début du
XXIe siècle a été à ce point fascinée par
les aventures impériales. Désir de gloire ou aspiration à la réconciliation
nationale ?
« L’éventail… de Joséphine à Eugénie »,
Bibliothèque Paul-Marmottan (Académie
des beaux-arts), Boulogne-Billancourt (92),
jusqu’au 13 juillet. Catalogue 9,50 €.
Le point de vue des anges
CINÉMA Trente et un ans après sa sortie, « Les Ailes du désir » de Wim Wenders
ressort mercredi en version restaurée. La magie est intacte.
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
es anges ne vieillissent pas. Mais
Berlin a beaucoup changé
depuis cet automne 1986 où
Wim Wenders commençait le
tournage des Ailes du désir. « On
peut à peine regarder le film comme une
fiction tant il est devenu un document historique », note aujourd’hui le cinéaste. Le
Mur a cessé d’obséder la ville de sa présence de béton, bariolé côté Ouest, sinistrement nu côté Est, au bout du no man’s
land peuplé de barbelés et de miradors. Il
n’y a plus ni Ouest ni Est, et pourtant ce
Berlin divisé garde son pouvoir de songe,
pas seulement parce qu’il déchire le
temps comme une trouée dans les nuages, pour découvrir le passé jusqu’aux
ruines de l’après-guerre, mais parce qu’il
restera pour toujours un paysage mythique. Aucune capitale n’a offert en son
milieu un espace aussi désolé, aussi blessé, avec ses terrains vagues pleins de lapins, ses vestiges de bâtiments (« ça ne
L
peut pas être ça, Potsdamer Platz », dit un
vieil homme en s’affalant dans un fauteuil
abandonné dans une friche) et ce Mur
offensant.
Dans Les Ailes du désir, Wenders a
tracé de Berlin une géographie spirituelle : « Berlin est aussi divisé que notre
monde, que notre temps, qu’hommes et
femmes, que jeunes et vieux, que riches et
pauvres, que chacune de nos expérien-
“
On peut à peine regarder
le film comme une fiction
tant il est devenu
un document historique
WIM WENDERS
”
ces », a-t-il écrit. Au sol, c’est un
concentré de réalité humaine. Et, audessus de cet espace terrestre composite,
il y a le « ciel indivis », selon la belle expression du cinéaste. Le titre allemand du
film Der Himmel über Berlin (« le ciel audessus de Berlin ») et son titre français,
Les Ailes du désir, se complètent pour
suggérer de quoi est fait ce long poème
vagabond où le monde visible est saturé
de présences invisibles.
« Qui veut faire un film, rédiger un livre,
peindre un tableau, en somme inventer
quelque chose, commence par un désir. On
désire que quelque chose existe. On y
travaille. On désire ajouter quelque chose
au monde, quelque chose de plus beau, de
plus vrai, ou tout simplement : faire surgir
quelque chose d’autre que ce qui existe
déjà », écrit Wenders en 1987. Ce principe de toute création artistique s’est
concrétisé à son retour de huit années
passées aux États-Unis. « J’ai désiré, j’ai
vu luire l’éclair d’un film à et sur Berlin. »
Voilà que l’élan initial commence à se
préciser : « C’est le désir de quelqu’un
longtemps absent d’Allemagne et qui n’a
jamais voulu ni pu reconnaître, ailleurs
que dans cette ville, ce qui fait qu’on est allemand. » Même s’il n’est pas berlinois,
ce natif de Düsseldorf mesure ce que
Berlin a d’unique, « parce que l’histoire
est ici physiquement et émotionnellement
présente ». C’est l’Allemagne, c’est
l’Europe, c’est le monde. « Vivre dans
Bruno Ganz dans Les Ailes du désir.
TAMASA DISTRIBUTION
cette ville de vérité indivise, fréquenter les
figures invisibles de l’avenir et du passé… », telle est la forme que prend peu à
peu son désir.
Donc, Berlin. Mais Berlin vue du ciel,
avec ses nuages voyageurs, insoucieux
des frontières, et ses anges qui traversent
la pierre et la chair, entrent directement
dans les pensées des vivants, qu’ils
accompagnent avec une compassion
souriante, tantôt consolante, tantôt
impuissante. Claire Denis, assistante de
Wenders, a raconté les tergiversations
byzantines de l’équipe, avec notamment
Frank Wedekind sous le soleil de Saturne
THÉÂTRE Sombre et profonde, la mise en scène de « L’Éveil du printemps » par Clément Hervieu-Léger
permet à la troupe du Français de montrer toutes ses facettes. Sans entracte, le spectacle est un peu long.
ARMELLE HÉLIOT aheliot@lefigaro.fr
i hauts sont les grands murs
lisses que l’on songe à une prison. Si hautes sont les minuscules fenêtres que l’on plonge en
un étrange rêve. On a pénétré
dans un espace irréel qui ressemble à un
caveau immense avec ses parois d’un
gris-bleu éteint, boîte monumentale
dont certains éléments glissent, recomposant les volumes. Pour sa première
scénographie à la Comédie-Française,
Richard Peduzzi opte pour une sobriété
sévère. Les lumières de Bertrand Couderc noient à dessein ce paysage mental.
L’enfermement est aussi celui des têtes
et la seule question serait : comment en
sortir ? Comment s’en sortir ?
La jeunesse donne le la. Par la grâce
de Georgia Scalliet qui est Wendla, couchée sur son lit comme Juliette au tom-
A
S
beau, l’alacrité cristalline et claire s’impose immédiatement. Dès la première
scène, Frank Wedekind donne aussi le
ton. Il suffit d’une robe, coupée par
Mme Bergmann (Cécile Brune) pour sa
fille de 14 ans. Elle préfère montrer encore ses genoux…
Les figures de la sexualité
Caroline de Vivaise habille les adolescents de jupes courtes et colorées pour
les filles, de blazers bordeaux pour les
garçons. Les aînées sont dans des robes
strictes et les hommes dans des costumes sobres. Cela diffuse un air d’autrefois, mais ne rejette pas dans le passé.
S’appuyant sur la traduction de François Regnault et sans gommer aucune
scène, Clément Hervieu-Léger choisit
de ne pas faire d’entracte. Deux heures
cinquante d’une seule traite suppose
une bonne résistance du spectateur. Un
corps qui le laisse en paix… Pas comme
les personnages de Wedekind, taraudés
par l’éveil du printemps de leurs sens.
La pièce date de 1890. Elle a été créée
en 1906. Elle est actuelle. Incroyablement actuelle. Cette jeunesse, ces
adultes sont au pur présent du chefd’œuvre, avec des audaces qui dérangèrent la censure : toutes les figures de
la sexualité de jeunes êtres en quête
d’identité, toutes les figures de la vitalité, toutes celles du chagrin le plus
noir. Jusqu’au suicide et à la mort, sous
l’espèce d’une faiseuse d’anges. Éros les
agace, Thanatos les guette. Ce sont des
enfants de Saturne.
Il faut une grande maturité pour jouer
Wedekind. Chacun en fait montre, dirigé précisément par le metteur en scène qui réussit les scènes de mouvement,
de jeu, comme les plus intimes, cadrées
serré. Les aînés sont magistraux : Clotilde de Bayser et Éric Génovèse, les parents de Melchior, en scènes puissantes,
comme Cécile Brune inspirent une humanité grande. Les professeurs et le
terrible recteur, Serge Bagdassarian, au
tranchant de métal, sont parfaits. La
troupe des ados est excellente, de Rebecca Marder à Pauline Clément, en
passant par l’Ilse de Julie Sicard. Jean
Chevalier, nouveau venu, Julien Frison,
Gaël Kamilindi tiennent leurs places.
Dans l’absolu de l’amitié, Sébastien
Pouderoux qui est Melchior et Christophe Montenez, qui est Moritz, renié sur
sa tombe par son père, Alain Lenglet
sont d’une grâce et d’une ardeur douloureuse qui enchantent, si sombres
soient leurs destins. Ils sont remarquables, comme l’est, déliée et enfantine,
incrédule quand vient le malheur, la sublime Georgia Scalliet. Une entrée au
répertoire plus que réussie. ■
L’Éveil du printemps, Comédie-Française,
Salle Richelieu (Paris Ier), en alternance
jusqu’au 8 juillet. Tél. : 01 44 58 15 15.
le grand chef opérateur Henri Alekan,
autour de la question des ailes des anges.
Finalement, ils n’ont pas d’ailes, seule
la merveilleuse trapéziste campée par
Solveig Dommartin en a, qui battent
tristement, et c’est parfait ainsi. Bruno
Ganz et Otto Sander se fondent parmi
les mortels. Certains pressentent leur
présence, changent à leur contact le
cours de leur pensée. Peter Falk, sans
le voir, dessine Bruno Ganz qui se tient
près de lui. Le portrait lui ressemble.
Tout le film porte cette empreinte
mystérieuse. ■
EN BREF
Wagner antisémite
Une lettre de Richard Wagner
(1813-1883) à un intellectuel
français sera vendue aux
enchères demain Jérusalem. Le
compositeur met son destinataire
en garde contre « l’influence
corrosive de l’esprit juif sur la
culture moderne ». En Israël,
les représentations publiques
des œuvres de Wagner sont
boycottées depuis des années.
Hommage au DJ Avicii
Samedi à Stockholm,
des milliers de fans et musiciens
(de Madonna à David Guetta) ont
rendu hommage à Avicii. Le DJ
suédois, un des plus célèbres
de la scène électro, est mort à 28
ans, à Mascate, la capitale du
sultanat d’Oman. Il est connu du
grand public pour son tube Wake
Me Up créé avec le chanteur Aloe
Blacc en 2013. L’Ericsson Globe,
principale arène de Stockholm
que l’artiste avait remplie trois
soirs de suite en 2014, a projeté
son nom en grand sur sa façade.
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LE FIGARO
STYLE
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5
Neuf
comme un lundi
Des filles en culotte courte,
des microsacs et des ombres en fleurs...
La semaine démarre fort.
PAGE RÉALISÉE PAR MADELEINE VOISIN AVEC VALÉRIE GUÉDON ET ÉMILIE VEYRETOUT
RIQUIQUI
9
nier (sa collection capsule ayant provoqué une telle hystérie que le site Internet du géant avait buggé), le créateur
canadien basé à Londres Erdem Moraliogliu balade son incorrigible romantisme chez Nars (7). Pour le printemps,
il signe auprès du maquilleur une série
de palettes inspirées de ses souvenirs
d’enfance. Avec leurs étuis dévorés de
fleurs imaginaires, les poudres à lèvres
roses mates, les blushs tendres pour les
joues, l’enlumineur irisé et les fards à
paupières aux nuances de fleurs fanées
redessinent les contours de la féminité.
(De 18 à 39 € à partir du 1er mai dans les
grands magasins puis chez Sephora).
COUPEZ ! Au début du XIXe siècle,
les militaires britanniques fraîchement
débarqués aux Bermudes se plaignent
de leurs uniformes inadaptés au climat
tropical. La Royal Navy les autorise à
raccourcir leurs pantalons : le bermuda
est né. Ce basique du vestiaire BCBG
revient en force cet été, porté façon
écolière modèle sur le défilé Margaret
Howell (3) (Tél. : 01 42 61 90 00), étudiante des nineties chez Lacoste (2)
(Tél. : 01 44 82 69 02). Tout sauf
sportswear donc, il est néobourgeois
chez Chanel (voir page 29) (www.chanel.com) et devient même sexy grâce
au coup de ciseaux d’Olivier Rousteing
chez Balmain (4) (www.balmain.com).
TERRE ET MER La nature est fragile, les habitants du Cap-Ferret le savent,
avec leur célèbre plage de la Pointe, sable blanc et panorama à couper le souffle, régulièrement fermée à cause de
l’érosion. Derrière la carte postale, la
réalité : sensible au sujet, le couple de
pharmaciens à la tête des cosmétiques
Laboratoires du Cap-Ferret (8) développe des soins efficaces mais safe pour la
planète. Destinés au visage, au corps et
aux cheveux, leurs complexes végétomarins, naturels et la plupart du temps
locaux, apportent un grand bol d’air à la
peau… et à l’industrie de la beauté. (Huile La Sublime, 35 € sur laboratoirescap-ferret.com et en pharmacies).
LOOK COMPLET
CAPÉ Ce n’est pas un scoop, les te-
Si vous êtes en
panne d’inspiration face à ce semblant
d’été, ne cherchez pas plus loin : ces
deux costumes aériens sieront parfaitement aux premiers beaux jours.
Tombé impeccable chez Admise (6), la
ligne créée en 2014 par la Parisienne
Zoé LeBoucher, un tailleur pour dames
installé dans le XIe arrondissement de
la capitale (43, rue de la Folie-Méricourt) qui confectionne toutes ses
pièces en France (290 € la veste et
160 € le pantalon, www.admiseparis.com), lin cool (100 %) et prix accessible pour cet ensemble beige tiré
de la capsule Linen de Gap (9) (99,95 €
et 59,95 €. www.gap.com).
8
ÉCLOSION Après H&M l’hiver der-
« Que doit avoir une femme dans son sac ? Ses clés, un billet de
20 euros si jamais elle se dispute, pour
rentrer chez elle… Le reste, c’est accessoire », plaisante Catherine Deneuve
dans le dernier documentaire de Loïc
Prigent, 52 minutes de mode. Tant
mieux, car n’espérez pas glisser
beaucoup plus dans ce minimodèle
Jacquemus (1), douze centimètres de
joliesse (580 €. www.jacquemus.com).
Petit format et maxiboucle, la besace
Alex de Vivienne Westwood (5) affiche, elle, seize centimètres (330 €.
www.viviennewestwood.com) - une
rallonge pratique si, comme nous,
vous n’êtes pas une star de cinéma.
nues professionnelles inspirent les
créateurs. Fruit de l’union de la marque
Le Mont St Michel (10) et du studio de
design Briand & Berthereau, cette casquette mixte baptisée Tok coche toutes
les cases de la pièce workwear plébiscitée par les branchés. Solide, en coton
moleskine - tissu prisé des travailleurs
pour sa haute résistance -, elle est quasiment inusable. Bien conçue, sa forme
se compose de seulement deux patrons,
deux coutures et un bouton. Pratique,
elle se plie pour rentrer dans la poche
du sac à dos quand le temps n’est plus
au beau fixe. (80 €, série limitée à
50 exemplaires. Tél. : 01 42 74 86 07).
10
A
7
JACQUEMUS ; ALAIN JOCARD/AFP ; ALESSANDRO LUCIONI/IMAXTREE.COM ; DANIELE OBERRAUCH/IMAXTREE.COM ; NARS X ERDEM ; ADMISE ; ALEXANDRA NATAF/GLOSS ; LES LABORATOIRES DU CAP-FERRET ; CHLOÉ GASSIAN
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lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
HIGH-TECH
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A
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
pparus il y a une dizaine d’années, les appareils photo hybrides se vendent de mieux en mieux, grignotant le marché du reflex, en même
temps qu’ils donnent lieu à des variantes surprenantes. À la base, le principe
est le même pour tous les modèles de
cette catégorie : à mi-chemin entre les
compacts et les reflex, les hybrides se
présentent dans un boîtier plutôt réduit, en grande partie parce qu’ils sont
dépourvus de miroir, et peuvent adopter des objectifs différents. Cette formule a permis à Sony, Panasonic, Fujifilm, Nikon et Olympus de proposer
tantôt des appareils au look plutôt rétro, tantôt des appareils futuristes aux
fonctions évoluées, particulièrement
doués pour la vidéo et le transfert
d’images sans fil. Deux des derniers
modèles en date, le Panasonic Lumix
G9 et le Canon EOS M50, que nous
avons pu tester, incarnent deux philosophies bien différentes de l’appareil
photo hybride. Conçu pour les passionnés de photo et les professionnels,
le premier se distingue par une quantité de réglages avancés qui garantissent
une superbe qualité d’image. Son aspect et son tarif (1 700 euros sans
optique) le positionnent en
concurrence directe avec
les reflex. Plutôt destiné
aux photographes amateurs et à ceux qui veulent
aller plus loin qu’avec un
compact, le second séduit par sa petite taille,
ses modes automatiques
et son prix alléchant
(moins de 700 euros avec
un objectif 15-45 mm).
Deux produits remarquables pour deux publics différents.
Deux images
de l’appareil
photo hybride
TEST Les compacts à objectifs
interchangeables peuvent prendre
différents aspects, comme le prouvent les
derniers modèles de Panasonic et de Canon.
bien : dans la pleine nuit, faiblement
éclairée par la lune, le décor est lumineux et le tracé vert des particules solaires parfaitement dessiné. Nous avons
aussi traversé des fjords en bateau, à la
recherche d’orques et de baleines, et la
stabilisation d’image
facilite bien les
choses sur-
tout si l’on filme des vidéos. L’appareil
est d’ailleurs capable de filmer en 4K à
60 images par seconde et de réaliser des
timelapse (accéléré réalisé image par
image). Pour améliorer la précision des
clichés, il peut capturer des images en
haute résolution en décalant le capteur
plusieurs fois de manière à obtenir, une
fois les prises de vues juxtaposées, une
résolution de 80 mégapixels. Une
fonction plus adaptée aux images de
paysages qu’aux photos en mouvement. Enfin, le G9 échange facilement en Wi-Fi les
prises de vue avec un
smartphone,
peut
transmettre l’affichage en HDMI sur un téléviseur et exploiter
un microphone externe. Il est vendu
1 699 euros seul ou
2 299 euros avec un
objectif Leica 1260 mm.
Lumix G9
uPanasonic
Le boîtier des experts
Comme les autres hybrides
de la marque, ce nouveau modèle reste
fidèle au capteur au format micro 4/3,
qui affiche ici une définition de 20,3
mégapixels. Non seulement il rappelle
physiquement un reflex avec son bloc
anguleux au sommet, ses molettes et sa
profusion de boutons, mais il offre une
prise en main comparable. La poignée
sur le côté, qui renforce cette impression, se révèle bien pratique quand on
utilise de grosses optiques qui déséquilibrent le boîtier. On apprécie le petit
écran noir et blanc, sur la partie supérieure, qui affiche tous les paramétrages sans qu’on ait besoin d’activer
l’écran arrière. Lequel écran arrière
peut s’incliner, pivoter et se retourner.
Costaud mais assez lourd (658 g), le G9
résiste à la pluie et au froid jusqu’à - 10°.
Nous avons pu le tester lors d’un voyage en Norvège aux abords du cercle polaire. Équipé de vêtements chauds pour
braver des températures avoisinant les
- 5°, nous avons apprécié les qualités de
l’appareil en basse lumière, notamment
pour photographier des aurores boréales. Le G9 s’en sort remarquablement
Le Canon EOS
M50 (ci-dessus)
s’adresse aux
amateurs qui
veulent aller plus
loin, tandis que le
Panasonic Lumix
G9 (ci-contre)
vise davantage
les passionnés
de photo et les
professionnels.
CANON, PANASONIC
EOS M50
uCanon
Petite taille, grandes images
Ne vous fiez pas à son petit air de reflex
modèle réduit. Certes, le nouvel hybride de Canon dispose d’un équipement
comparable à des appareils haut de
gamme : capteur APS-C de 24 mégapixels, enregistrement de vidéos en 4K
à 24 ou 30 images par seconde, mode
rafale à 10 images par seconde… Mais ce
sympathique boîtier, plutôt compact et
disponible en blanc ou en noir, est surtout un excellent coach pour passer de
la photo amateur à la photo artistique.
D’abord, il dispose de plusieurs modes
de prise de vue automatiques à choisir
en fonction du sujet, mais aussi de modes plus recherchés (monochrome à
l’ancienne, effet fish-eye, miniature ou
panoramique). Ce qui n’empêchera pas
de s’aventurer, progressivement, vers
les réglages manuels chers aux experts
de la photo. Qui plus est, la majorité des
fonctions sont accessibles à partir de
l’écran tactile orientable qui s’utilise
comme celui d’un smartphone. Nous
avons pu tester l’appareil à l’occasion
d’une présentation à Venise, sous la
neige, dans des conditions assez difficiles, et les résultats se sont révélés très
convaincants. En plus de l’autofocus
particulièrement rapide, le traitement
numérique appliqué aux images optimise l’exposition et corrige les aberrations, apportant plus de détails dans les
hautes lumières. Ce qui s’est révélé
idéal pour capturer avec précision les
gondoles sous un ciel gris et la place
Saint-Marc recouverte de neige. En
mode portrait, le EOS M50 se comporte
comme un reflex, adoucissant le fond
avec un beau flou. Quant à la vidéo en
4K, elle donne d’excellents résultats
quand l’appareil est bien immobile. Sinon, le système de stabilisation électronique optimisée joue bien son rôle mais
au prix d’une légère perte de qualité
due au rééchantillonnage de l’image.
Pratique, la mise au point s’effectue sur
l’œil de la personne filmée, ce qui permet de conserver une bonne netteté
même s’il se déplace. En dépit de sa
petite taille, le boîtier tient bien
dans la main mais tend à pencher vers l’avant si on
utilise un gros objectif.
Lui aussi peut communiquer sans fil
avec un smartphone et dispose
d’une
sortie
HDMI ainsi que
d’une
entrée
audio pour un
microphone.
Dommage, sa
batterie est un
peu
sous-dimensionnée, ne
fournissant de
l’énergie
que
pour
environ
250 prises de
vue. Une broutille, comparée
aux capacités de
l’appareil et surtout
à son prix plancher
(699 euros avec une optique 15-45 mm stabilisée) qui en fait l’un
des moins chers de sa catégorie. ■
Une serrure connectée universelle
ÉQUIPEMENT La société autrichienne Nuki lance un système de verrouillage
compatible avec pratiquement toutes les fermetures de portes.
ans la profusion d’objets
connectés domestiques, les
serrures pilotables par
smartphone
constituent
une catégorie de plus en
plus représentée. Mais la plupart d’entre elles nécessitent de remplacer le
mécanisme existant par un système
électronique, ce qui demande du temps
et des compétences que tout le monde
n’a pas forcément. Arrivée récemment
sur ce secteur, la société autrichienne
Nuki a la bonne idée de proposer, avec
sa Smart Lock vendue 229 euros, un
bloc qui se place directement sur la serrure où son moteur fera tourner la clé.
D
Rien à démonter : le principe est simple
et efficace… à condition toutefois que,
d’origine, la clé tourne bien dans la serrure. S’il faut forcer ou secouer la porte
pour la fermer, il y a peu de chances
pour que le système fonctionne. Aucun
problème en tout cas, dans la majorité
des cas, avec des fermetures modernes.
Une fois ce bloc fixé sur la porte à
l’aide de trois vis, il émet un signal
Bluetooth destiné à l’appli mobile associée qui permet d’agir sur le moteur
pour tourner la clé et donc ouvrir ou
fermer la porte. Mieux : en activant une
option, on commande à la serrure de
s’ouvrir dès qu’on s’approche et de se
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
en partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
fermer dès qu’on s’éloigne, l’action
étant déclenchée en fonction de la distance entre la Smart Lock et le mobile.
Le propriétaire peut également confier
à d’autres membres de la famille des
sortes de petites cartes qui leur permettront, sans fil, d’ouvrir la porte (la pile
offre une autonomie annoncée de
20 ans…). En ajoutant un module Wi-Fi
au système (une option à 99 euros), celui-ci pourra être piloté à distance :
pratique quand le propriétaire se repose
dans sa maison de campagne si le voisin
veut déposer un paquet dans la maison
ou si la femme de ménage vient travailler. Il lui suffira, à partir de son application mobile, de déclencher
l’ouverture de la porte. À condition,
évidemment, que le réseau Wi-Fi de la
maison soit en service.
La Smart Lock est par ailleurs compatible avec l’assistant vocal Google
Home, ce qui lui permet de s’exécuter
quand on prononce par exemple « OK
Google, dis à Nuki de verrouiller la porte ». Le boîtier fonctionne plus de six
mois avant d’avertir son propriétaire,
par une notification, qu’il doit changer
les piles. Destinée aux particuliers mais
La Smart Lock de la société Nuki
est un bloc qui se place directement
sur la serrure où son moteur
fera tourner la clé. STEFAN WARMUTH
aussi aux professions libérales, la Smart
Lock a été adoptée par Airbnb, qui
conseille d’en équiper les logements
pour faciliter les locations : un code est
transmis alors au client pour faire fonctionner la serrure uniquement pendant
la durée de son séjour. ■
D. S.
Question
du jour
Comment
réinitialiser
un code oublié
sur un mobile
Android ?
Impossible de vous rappeler
du code de verrouillage
de votre téléphone Android ?
Si vous avez essayé
les solutions les plus simples
(comme la fonction « Schéma
oublié ») et qu’aucune ne
marche, suivez ces instructions.
■ Avec un peu de chance,
votre mobile est toujours
connecté à votre compte
Google. Pour le vérifier, accédez
à partir d’un ordinateur ou
d’un autre téléphone à la page
Google Device Manager
(https://www.google.com/
android/devicemanager).
Saisissez l’identifiant et le mot
de passe de votre compte
Google, puis cliquez sur l’icône
de l’appareil que vous voulez
débloquer. Cliquez ensuite
sur « Verrouiller », puis, au bas
de la colonne de gauche, sur
le bouton « Verrouiller ». Tapez
alors un nouveau mot de passe
qui remplacera le code (ou
le schéma ou le mot de passe)
que vous avez oublié. Saisissez
ce nouveau mot de passe deux
fois pour confirmer, puis cliquez
sur le bouton « Verrouillage ».
Quelques minutes plus tard,
ce nouveau mot de passe sera
actif sur votre mobile et vous
permettra de le déverrouiller.
■ Si cette méthode
ne fonctionne pas, il faudra
réinitialiser votre téléphone.
Une partie des réglages,
dont le code de verrouillage,
seront effacés, mais vous
devriez toujours conserver les
données stockées sur l’appareil.
■ Éteignez votre mobile,
puis redémarrez-le en utilisant
la combinaison de touches
qui va activer les options
du système : en général il faut
rester appuyé sur le bouton
de volume bas puis enfoncer
le bouton de mise en marche
(sur certains appareils,
maintenez enfoncés les boutons
de volume haut, accueil
et mise en marche). Relâchez
ces boutons dès que l’écran
se rallume. Quand apparaît
un menu, appuyez sur le bouton
volume bas pour choisir
« Recovery mode »
ou « Mode de récupération ».
Validez en enfonçant
le bouton de mise en marche.
■ Le téléphone va redémarrer
puis afficher le logo d’Android
ou le message
« No command ». Appuyez alors
à la fois sur le bouton de mise
en marche et sur le bouton
volume haut. Un nouveau menu
s’affiche. Utilisez le bouton
volume bas pour choisir
« Wipe data/Factory reset » ou
« Effacer les données/Factory
reset ». Appuyez ensuite sur
le bouton de mise en marche,
puis avec le bouton volume bas,
choisissez « User data only ».
Validez avec le bouton de mise
en marche. Dans le nouveau
menu qui s’affiche, sélectionnez
« Reboot » ou « Redémarrer »
puis enfoncez le bouton de mise
en marche. Vous pourrez alors
reconfigurer votre smartphone.
D. S.
+ @SUR LE WEB
» Notre sélection des meilleurs
smartphones de l’année
» Le nouvel iPad pour écoliers
en vidéo
www.lefigaro.fr/hightech
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LE FIGARO
lundi 23 avril 2018
HIGH-TECH 35
« Fortnite », la victoire en riant
LOISIRS Maintenant disponible pour les mobiles Apple et bientôt sur Android, le jeu de combat futuriste
et comique n’en finit pas de conquérir un public enthousiaste.
C
À l’origine, Fortnite se présentait
comme un jeu de survie dans lequel le
joueur devait à la fois recueillir des
ressources, construire un abri et combattre des zombies. Destiné aux PC et
aux consoles de jeux, le titre était
payant. Mais, à partir de septembre
2017, un nouveau mode de jeu baptisé
« Battle Royale » est apparu.
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
Communiquer en temps réel
grâce à un système audio
En janvier, Fortnite a été téléchargé plus 40 millions de fois.
La beauté des blindés
Figure emblématique des jeux
de combat en réseau, World of
Tanks, qui place les joueurs
aux commandes de chars d’assaut,
vient de connaître une belle évolution
avec sa dernière mise à jour.
Les améliorations portent d’abord
sur l’aspect visuel : les éclairages et
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les textures plus détaillées,
et le décor semble infini, même s’il
est limité à un périmètre.
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particulièrement soigné la bande
sonore. Chaque champ de bataille
est illustré par un thème particulier
composé spécialement pour
l’occasion avec la collaboration
d’une cinquantaine de musiciens
dans le monde.
Accessible gratuitement depuis 2011,
World of Tanks compte aujourd’hui
plus de 160 millions de joueurs
inscrits sur PC.
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Toutes les annonces qui ne comprennent pas la mention
« Part. » pour les particuliers ou « Agents Co. » pour les agents
commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
FORTNITE
Développé par une équipe indépendante, il est distribué gratuitement. Le
principe : 100 personnes sont parachutées sur une île et doivent affronter les
autres joueurs en utilisant différentes
armes et en parcourant un décor composé de villes et de prairies. Le dernier
survivant gagne. Le plus amusant reste
d’y jouer en réseau, par équipe de 2, 3
ou 4 personnes. Un système de discussion audio permet de communiquer en
temps réel avec ses partenaires. On peut
alors encercler l’ennemi, faire tomber
ses défenses, et même construire un
mur, un sol avec un toit ou un escalier.
Seulement, tous les éléments visibles,
arbres, maisons et barrières, sont destructibles. Rien ne permet de se protéger durablement. Il faut alors combiner
habilité et réflexes pour s’en sortir.
Constamment à l’écoute des joueurs,
les développeurs ne cessent d’améliorer
Fortnite. Chaque semaine, de nouvelles
armes apparaissent. Des déguisements
aussi, comme le lapin de Pâques ou le
nounours rose. Fin 2017, c’est la carte
représentant les champs de bataille qui
a été renouvelée, offrant davantage de
lieux de combat. Pour se rémunérer,
des achats intégrés permettent aux
joueurs de profiter d’enjolivements…
qui ne changent pas grand-chose au
déroulement de la partie et n’apportent
aucun avantage compétitif. ■
Pour télécharger Fortnite :
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A
omment expliquer le
succès de Fortnite ? Ce jeu de combat
armé, sans véritable scénario, a été
téléchargé plus 40 millions de fois en
janvier. Il n’est pas improbable que ce
chiffre ait doublé depuis. Car le titre,
déjà disponible pour PC et Mac,
consoles PS4 et Xbox One, élargit encore son audience avec une version
pour iOS sortie début avril et une
autre, à venir, pour Android. En
moyenne, 2 millions de personnes y
jouent simultanément. Et sur YouTube, Fortnite a détrôné Minecraft en
quantité de vues. Quand le rappeur
Drake, grand fan du jeu, a invité, en
mars dernier, le spécialiste du jeu
vidéo ninja, 600 000 spectateurs ont
suivi en direct sa partie.
Devenu un véritable phénomène en
quelques mois, Fortnite repose sur
trois principes. D’abord, le jeu est
gratuit, même si l’on choisit de s’affronter en réseau sur ordinateur ou
console PS4, une fonction généralement payante chez les autres éditeurs. Ensuite, son esthétique inspirée
des dessins animés s’accompagne
d’une bonne dose d’humour. On
trouve dans le jeu, par exemple, une
grenade « disco » qui oblige ses victimes à danser jusqu’à la mort. Ou
encore un missile que les joueurs peuvent chevaucher tout en continuant
de tirer, exploitation d’un bug de
programmation. En prime, des petites
chorégraphies permettent à chaque
joueur de s’identifier, de « célébrer »
une victoire… ou d’amuser ses partenaires.
Enfin, le déroulement de chaque
partie, simple et rapide, a favorisé
son adoption parmi les amateurs du
genre.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
36
TÉLÉVISION
Figaro top,
Figaro flop
Si Candice soupçonne dans un premier
temps les amis du défunt et sa compagne Olivia, l’enquête se tourne rapidement vers le frère de Karim qui croule
sous les dettes… La sympathie pour
Cécile Bois, l’interprète de Candice
Renoir, ne faiblit pas au fil des épisodes. On ne peut pas en dire autant du
scénario. Un sentiment d’indifférence
s’échappe de cette saison, avec une intrigue prévisible et encore trop linéaire. Côté réalisation, aucun changement n’est à signaler, tout comme
pour le jeu des acteurs. Candice Renoir
reste dans sa zone de confort et ne
bouscule pas ses habitudes. Le comédien Raphaël Lenglet, interprète du
commissaire Antoine Dumas dans la
série, a décroché un premier rôle sur
C8 dans la fiction Les Ombres rouges.
L’acolyte de Candice Renoir sera bien
présent lors du tournage de la saison 7
qui débutera prochainement. Les fans
de Cécile Bois ne peuvent que se réjouir d’une si belle longévité. Lors de la
diffusion de la cinquième saison, le
programme a attiré plus de 5 millions
de téléspectateurs en moyenne. Un
succès qui augure une performance
encore plus forte pour les dix prochains épisodes.
La révolte d’androïdes dans un parc d’attractions
futuriste, un Pablo Picasso joué par Antonio
Banderas ou l’ultime saison de « Versailles » : quelles
séries regarder, ou pas, cette semaine à la télé ?
« WESTWORLD », SAISON 2
OCS City, lundi 23 avril à 20 h 55
THIBAULT GRABHERR/PHOTO NUMÉRIQUE
La première saison de Westworld
ouvrait les portes d’un parc d’attractions futuriste aux allures de Far
West, peuplé d’androïdes « hôtes »,
prisonniers des désirs des humains
« invités ». Après avoir été torturés,
violés ou tués selon les envies sadiques des visiteurs, l’heure de la révolte a sonné pour les automates. Menés
par Dolores Abernathy (Evan Rachel
Wood) et Teddy Flood (James Marsden), ils traquent les invités dans un
nouveau « scénario » sanglant, imaginé par le Dr Robert Ford (Anthony
Hopkins). Fini de jouer. Il est désormais question de survie, pour le plus
grand plaisir de l’Homme en noir (Ed
Harris). Quelque part entre Terminator, Jurassic Park, Battle Royal et Black
Mirror, la suite de la série créée par
Jonathan Nolan et Lisa Joy démarre
sur les chapeaux de roues. D’entrée,
le rythme est plus soutenu. À croire
que les dix premiers épisodes, lents et
parfois maladroits, n’ont servi qu’à
poser les jalons pour quelque chose de
plus grand, au risque de devenir ennuyeux par moments. Le plaisir de la
série tient avant tout à son aspect ludique. Les téléspectateurs cherchant à
TOP FLOP Dans Versailles, George
Blagden incarne toujours un Louis XIV
plus proche du Parrain que du Roi-Soleil.
percer les mystères du parc prendront
un malin plaisir à se laisser mener à la
baguette par les créateurs, à l’image
des hôtes et de leurs scénaristes. Au
gré des allers-retours entre le parc,
les locaux administratifs, le passé, le
présent et le futur, cette nouvelle saison soulève autant de questions que la
précédente. Avec ces dix nouveaux
épisodes, Westworld peut enfin démarrer et s’élever à la hauteur de ses
ambitions.
15/20
7/20
« HAP AND LEONARD », SAISON 3
Sundance TV, mardi 24 avril
à 21 heures
James Purefoy (Rome, Altered Carbon)
et Michael Kenneth Williams (The
Wire) continuent de porter à l’écran
les romans pulp de Joe R. Lansdale
dans le Texas profond et miséreux des
années 1980. Le pouvoir de fascination de ce moite « polar des marais »
reste inchangé. Cette troisième saison
adapte l’enquête Le Mambo des deux
ours. Une fois de plus, Hap qui a payé
son refus de partir au Vietnam par une
vie de petits boulots précaires se laisse
entraîner par son cœur d’artichaut et
part à la poursuite d’une de ses anciennes conquêtes, Florida. L’avocate
afro-américaine n’est jamais revenue
d’un déplacement à Grovestown,
localité célèbre à cause de l’adhésion
de sa populace au Ku Klux Klan.
L’arrivée de Hap avec Leonard, son
ami noir au tempérament de justicier,
est fracassante : leur voiture est vandalisée. Le premier de nombreux
signes de mauvais augure. À l’image
de l’envoûtante scène d’ouverture
- quasi sortie de X-Files ou des légendes du bayou - dans laquelle un
joueur de blues noue un pacte avec le
diable. Louée pour sa peinture, pas si
fréquente, des classes défavorisées, la
série braque ses projecteurs sur le
racisme latent et les plaies jamais refermées de l’esclavage aux ÉtatsUnis. « Le roman de Lansdale a été
publié il y a vingt ans et décrit une
période vieille de trois décennies »,
souligne au Figaro le producteur John
Wirth. « Au départ, je me demandais
comment on allait préserver la pertinence de son récit, puis les affrontements de Charlottesville entre les
partisans de l’extrême droite et des militants antifascistes sont advenus. Cela
a été un choc pour le libéral et progressiste que je suis. Ce qu’il décrit reste
malheureusement bien réel. »
«VERSAILLES », SAISON 3
Canal +, lundi 23 avril à 21 heures
HBO/OCS CITY
16/20
FIGARO TOP L’Homme en noir (Ed Harris) n’a pas fini de régler ses comptes
avec les humains et les automates dans la nouvelle saison de Westworld.
14/20
« GENIUS PICASSO »
National Geographic, lundi 23 avril
à 20 h 40
Après une saison consacrée à Einstein,
et avant de s’intéresser à Mary Shelley,
la collection Genius, initiée par la chaîne National Geographic, a choisi de retracer l’incroyable existence de Pablo
Picasso (1881-1973). Déstructurée, telle une œuvre de l’artiste, la narration
recompose par bribes la jeunesse du
peintre de Guernica, son processus
créatif, ses rencontres avec Matisse,
Chagall, Chanel ou Cocteau, ses
liaisons orageuses avec les femmes :
Françoise Gilot (Clémence Poésy–Tunnel, Harry Potter), Marie-Thérèse
Walter (Poppy Delevingne–Kingsman :
le cercle d’or), Dora Maar (Samantha
Colley-Victoria)… Reconstitution élégante et soignée, avec une image magnifique, la série, en dix épisodes, est
portée par Antonio Banderas dans le
rôle-titre. Empâté, longue mèche grise
de côté, véritablement habité, il s’est
donné corps et âme pour apporter la
démesure nécessaire à ce natif de Malaga, comme lui, qu’il admire depuis
l’enfance. Le comédien fétiche de
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4707
HORIZONTALEMENT
1. C’est « le temps qu’on a devant
soi » dixit Jean Giono. - 2. Offrande
à Dieu. - 3. Timide ou turpide. - 4.
Assortît des couleurs. Titre de
Walter Scott. - 5. Peut donner la
grippe. Mère supérieure, en un
sens. - 6. Accueillir favorablement.
- 7. Général en Amérique, martial
en Asie. Enlèvement non demandé.
- 8. Joue exclusivement en revers.
Il en faut deux comme lui pour
faire un chat. - 9. Attire les snobs.
Sou sofiote. - 10. Chef de l’opposition. Son château domine le
village. - 11. Elle permet de rester
toujours jeune de caractères. - 12.
Fais sens.
VERTICALEMENT
1. Enfant terrible de la haute
couture, il fut victime de ses
propres excès (prénom et nom).
- 2. Enlever un bouton. - 3. Rattachés à l’avant-bras. Tézigue.
- 4. En état de tresses. Personnes
des premiers rangs. - 5. Période
des glaces. A remercié Satan. Avant
la date. - 6. Accompagne dans la
montée. Chauffeur d’Akhenaton.
Est parfois autan. - 7. Mot compte
double. Instrument d’arrosage.
Sorti après coup. - 8. Intensifient
la pêche.
A
HORIZONTALEMENT 1. Partance. - 2. Énarques. - 3. Sagouins. - 4.
Trépasse. - 5. Serein. - 6. Li. SE. Et. - 7. ELF. Lori. - 8. Niable. - 9. Ter. Étal.
- 10. Inde. Ail. - 11. Énéma. Dé. - 12. Lessives.
VERTICALEMENT 1. Pestilentiel. - 2. Anar. Îlienne. - 3. Rages. Fardes.
- 4. Tropes. Ems. - 5. Aquarelle. Aï. - 6. Nuise. Œta. - 7. Censier. Aide.
- 8. Essentielles.
3
4
5
6
7
8
10/20
« CANDICE RENOIR » SAISON 6
France 2, vendredi 27 avril
à 20 h 55
Les affaires de meurtres sont le lot
quotidien de l’attachante Candice Renoir. France 2 a renouvelé la série policière pour une sixième saison. Commandant de police mais avant tout
mère, Candice Renoir se frotte à une
mystérieuse affaire pour son retour.
Karim Berkaoui est tabassé à mort
dans son domicile à Sète. La victime
avait développé un programme de
sport et de diététique qui attirait beaucoup d’amateurs autant intéressés par
les muscles que par l’argent du coach.
BRIDGE
PROBLÈME N° 2811 :
Triple détente
1
2
3
10 6 5 4
AD762
V
D32
4
5
6
7
9
10
11
12
LE BUZZ TV
Invité : Jean-Baptiste
Boursier
interviewé par Damien Canivez,
aujourd’hui sur :
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2810 :
Élimination imparable
Contrat : Sud joue 4 Cœurs.
La séquence (Pers. vuln.) : Ouest ouvre de 1SA faible
(10-12H), Est répond 2 (Texas ) et Sud clôt les
débats en bondissant à 4.
Entame : Dame et Valet de , coupé.
N
O
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4706
2
Pedro Almodovar, cinéaste avec lequel
il a tourné des films pour le moins
transgressifs, possède la curiosité et
l’ironie nécessaires pour incarner la
liberté et la soif permanente de
renouvellement de l’homme aux
50 000 œuvres.
Malheureusement,
diffusion dans 172 pays oblige, la version originale est en anglais, rendant
plus difficile l’immersion au cœur de la
vie du génie andalou…
La série créée par les Anglais Simon
Mirren et David Wolstencroft, respectivement auteurs des fictions policières Esprits criminels et MI5, revient
pour une troisième et ultime saison.
Bien sûr, les décors et les costumes
sont somptueux. Et quand Louis XIV et
ses courtisans sont filmés en décors
réels, dans la cour du château de
Versailles ou encore dans la galerie des
Glaces, les images sont magnifiques.
Mais malheureusement, comme dans
les saisons précédentes, le Roi-Soleil
ressemble davantage à un parrain de la
mafia qu’à un souverain prestigieux.
L’éclat artistique et intellectuel du règne de Louis le Grand est largement
passé sous silence, alors que le cynisme et la bassesse sont mis en avant.
Quant aux erreurs historiques, elles
sont toujours aussi choquantes, avec
par exemple la reine Marie-Thérèse
présentée comme une femme adultère, ce qu’elle ne fut jamais. Le talent de
George Blagden, dans le rôle du roi, et
celui d’Alexander Vlahos qui joue Philippe d’Orléans, tout comme les qualités indéniables de l’ensemble de la distribution, ne suffisent pas à faire de
cette fiction une réussite. Loin de là.
ROBIN CANNONE, BLAISE
DE CHABALIER, CONSTANCE JAMET,
CÉLINE FONTANA ET VINCENT MOREL
E
S
DV987
3
R 8 7
AR64
Contrat : Sud joue 4 Piques.
Entame : Valet de pour votre
As (le 7 en Est). Vous rejouez
la Dame de et Est encaisse
As-Roi de (Ouest fournit)
avant de ressortir du 5 de .
Avec le probable partage 6-3 des , votre manche a de
bonnes chances de gain. Jouez pour le 10, coupez un (élimination) et sortez à . Ouest prend de l’As et rejoue pour ne rien livrer. C’est reculer pour mieux sauter !
Poursuivez par As de et . Selon toute vraisemblance,
Ouest possède le Roi (Est a déjà montré 4H) et il doit le
fournir. L’ouvreur est désormais confronté à un double
mauvais choix : soit rejouer dans la fourchette, soit
rejouer pour la Dame affranchie du mort.
Remarque : si par hasard Est fait la levée avec le Roi
de , vous devrez espérer la Dame de seconde en
Ouest (qui aura ouvert avec 10 points).
10 6 5 2
10 4
D973
R62
94
A65
RV864
DV8
N
O
E
S
D873
3
10 2
A 10 9 7 5 4
ARV
RDV9872
A5
3
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lundi 23 avril 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
37
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Georges
Soleil: Lever 06h45 - Coucher 20h54 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Michel Cordes.
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
10
21.00 Appels d’urgence
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie
Série. Comédie dramatique
Magazine. Science et technique
Magazine. Société. 2h30.
Collisions, accidents : le samu de
Clermont sur tous les fronts. - Patrouilles sous tension pour les gendarmes de Provence.
40
11
10
14
11
9
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14
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23.20 Appels d’urgence 0.30 Flics :
leur vie en direct. Série doc.
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12
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14
Camping Paradis
Speakerine
Le monde de Jamy
Fra. Saison 9. Avec Laurent Ournac,
Arthur Jugnot. La copine de mon
pote (1 et 2/2). Inédit. Xavier est tout
content d’accueillir la jolie Alexandra
venue animer un atelier pâtisserie
cup-cake pour la semaine.
Fra. Saison 1. Avec Marie Gillain,
Guillaume de Tonquédec, AnneSophie Soldaini. 2 épisodes. Inédits.
Christine et Philippe sont arrêtés
pour le meurtre de Marcel et traités
comme des meurtriers.
Prés. : Jamy Gourmaud. 0h55. Dans
le feu des volcans. Jamy Gourmaud convie les téléspectateurs à
un voyage extraordinaire. - La vie
cachée des montagnes.
22.55 Soir/3
20.50 Betty
22.55 New York, unité spéciale
22.40 Stupéfiant ! Magazine.
23.35 Qui sommes-nous ? Doc.
Série. Policière. Avec Christopher
Meloni. (5 épisodes).
Spéciale nababs. 1.45 Vivement
dimanche prochain
1.25 Crisis. Film 2.15 La longue
marche de Martin Luther King. Doc.
22.35 C dans l’air. Magazine 23.40
Avis de sorties 23.50 C à vous
13
13
19.00 C à vous. Magazine 20.00 C
à vous, la suite 20.20 Entrée libre
13
17
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14
16
12
Film. Drame. Fra. 1992. Réal. : Claude
Chabrol. 1h40. Avec Marie Trintignant. Betty, ivre, se laisse entraîner par un compagnon de rencontre
dans un restaurant versaillais.
14
11
17
13
17
20
16
APRÈS-MIDI
17
40
15
15
20.40 Canalbis (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C). Divertissement. Avec Alex Lutz.
19.00 Nouvelle-Zélande, terre
sauvage 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes 20.45 Athleticus. Série.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : S. Plaza 19.45 Le 19.45
20.25 Scènes de ménages. Série.
21.00
20.50
21.00
Série. Drame
Film. Drame
Jeu
19
16
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18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! Téléréalité.
19
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14
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19
20
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20
20.55 Crimes dans la Sarthe
Société. 1h55. Inédit. «Affaire Maëlyne». Le 7 février 2015, à Champagné, il est 19h30 lorsque les secours
reçoivent l’appel alarmant d’un père
de famille - «Affaire Leprince».
21
19
21
21
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20
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22.50 Crimes dans le Dauphiné
0.45 Crimes sur la Côte d’Argent
25
25
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20
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21
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30
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19.00 Les routes de l’enfer : Australie. Terre natale - Situation critique.
Versailles
Une place au soleil
F r a . S a i s o n 3. Avec George Blagden,
Elisa Lasowski. 2 épisodes. Inédits.
Louis a soldé l’affaire des Poisons et
gagné la guerre contre la Hollande.
Rien ne semble plus pouvoir contrecarrer ses ambitions.
GB-EU. 1951. NB. Réal. : George Stevens. 2h00. Avec Elizabeth Taylor.
George est engagé dans l’entreprise
de son oncle Charles Eastman. Il devient l’amant d’une ouvrière, Alice,
puis rencontre Angela Vickers.
Wild,
la course de survie
22.50 L’effet papillon M a g . 23.45
La fille de Brest. Film. Drame 1.45
Good Luck Algeria. Film. Comédie.
22.50 Enquête sur une passion
23.00 Wild, retour sur l’aventure
Film. Policier 0.50 Exercices de mémoire. Documentaire.
Magazine. Aventures. Présentation :
Stéphane Rotenberg.
Prés. : S. Rotenberg. 2h00. Finale : la
haute montagne. Inédit. 3 experts
de la survie et 3 novices sont en lice
pour le titre de duo vainqueur et les
50 000 euros de cette finale.
20.50 Wheeler Dealers
Occasions à saisir
24
T (en °c)
-
Série documentaire. Science et
technique. GB. 2016. 1h40. Sunbeam
Alpine 1963. Inédit. - AM General
Humvee 1992. Inédit.
22.30 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. Remonter le temps - Un cœur pour deux.
MARDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien 20.55 Tour Auto
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Harry Potter
et la Coupe de feu
21.00 Twilight - Chapitre 4 :
révélation, 1re partie
21.00 Shooter, tireur d’élite
Film. Fantastique. EU. 2005. Réal. :
M. Newell. 2h31. Avec R. Grint. Harry
Potter est désigné pour participer au
légendaire Tournoi des trois sorciers.
Film. Fantastique. EU. 2011. Réal. : Bill
Condon. 2h15. Avec Kristen Stewart.
Bella a fait son choix : elle s’apprête
à épouser Edward.
Film. Action. EU. 2007. Réal. : Antoine
Fuqua. 2h04. Avec Mark Wahlberg.
Un ex-marine accusé de tentative
de meurtre doit déjouer la machination dont il est victime.
23.50 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
23.10 Twilight - Chapitre 3 :
hésitation. Film. Fantastique.
23.30 First Kill. Film TV. 1.10 Game of
Thrones. Série. (2 épisodes).
MOTS FLÉCHÉS N°1953
FIBRE
SENSITIVE
PETITE
OUVERTURE
BRETONNE
INATTENDUS
RÉIMPRIMER UN
OUVRAGE
EN ÉTAT
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22.30 Kaamelott. Série. Avec Audrey Fleurot, Lionnel Astier.
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NOUGAT
ESPAGNOL
POSSÉDÉ
ANCIENS
GRECS
DES ÎLES
IDEM
EN PLUS
COURT
QUI N’EST
PAS DANS
LA GÊNE
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
T
A M O O D A
MA N G U E MEMO R I S E
R E A R R A N G E
A N I M
S E R P I L L I E R E
T A P
N E E
E L B E
P A R L E
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E U A I G U I S
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P A R S EME
S E E
P L A T R E S ME U T
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H E R S E
P E N D OME T
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A
SORTE DE
MÉCÉNAT
EMMAILLOTER
Série. Comédie. Fra. 2005. Saison 1.
Avec Alexandre Astier. Ve siècle, en
Bretagne. Le royaume de Kaamelott s’organise autour du roi Arthur
à la recherche du Saint Graal.
16/23
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lundi 23 avril 2018 LE FIGARO
38
Nordine Labiadh,
les chemins de la liberté
Colette Monsat
cmonsat@lefigaro.fr
est un beau roman, c’est
une belle histoire. Une romance d’aujourd’hui, qui
perdure bien au-delà des
amourettes de vacances.
Ils se sont rencontrés à
Paris, de façon improbable, et ne se sont plus
quittés. C’était il y a dix-huit ans. Nordine Labiadh
arrivait de Tunisie, il avait pris le dernier vol du
31 décembre 1999, celui que l’on prédisait apocalyptique en raison du bug informatique qui allait
faire disjoncter la planète. Mais il lui fallait partir, il
risquait sinon de perdre son visa, obtenu de haute
C’
lutte. Virginie, elle, avait racheté deux ans plus tôt
un petit bistrot de quartier, À Mi-Chemin, rue
Boulard, près de Denfert-Rochereau. Auparavant,
elle avait exercé divers métiers : chauffeur de car,
puis de maître, avant de se tourner vers le catering,
la restauration du cinéma. À l’époque, elle avait
déjà compris que les gens, quels qu’ils soient, viennent chercher du réconfort dans la nourriture. Elle
avait aussi travaillé dans des bistrots amis, proches
de la Bastille, où elle s’était découvert une passion
pour les vins nature, bien avant que ceux-ci ne
soient à la mode.
Un jour, Nordine a débarqué dans son bistrot, un
peu par hasard, à la recherche d’une place. Elle l’a
embauché comme commis. De la cuisine, il ne
connaissait que celle, instinctive et familiale, de sa
mère. À Zarzis, c’était lui, l’aîné, qui allait acheter
le poisson et il l’avait vue répéter les mêmes gestes
des centaines de fois. Les mois passent, il devient
chef de partie chez Virginie, observe, se forme, suit
parallèlement des cours à l’école Ferrandi. Et en
DENIS DUPOUY/LE FIGARO
SUCCÈS Arrivé de Tunisie il y a dix-huit ans, ce cuisinier
mélange avec talent ses deux cultures dans l’assiette. Aujourd’hui,
le guide Pudlowski lui décerne le prix du meilleur accueil.
2003, bingo, il prend la place du chef en partance.
« Le premier jour, je n’ai pu faire qu’un seul plat, une
joue de cochon à la sauge avec des gnocchis. Les
clients ne se sont rendu compte de rien, ils ont juste
dit : “C’est très bon, comme d’habitude !” » Son obsession alors est de faire une cuisine 100 % française, sans lien aucun avec ses racines. Une envie qui
lui vient de loin. Son père, parti de Tunisie en 1962
pour travailler comme ouvrier chez Renault, à Vénissieux, n’était guère bavard sur sa vie d’immigré
mais portait aux nues son pays d’accueil. Et le jeune
garçon, à travers lui, rêvait de cette contrée dont il
ne savait rien, si ce n’est les paysages inconnus
mais forcément sublimes que lui laissaient entrevoir les images du Tour de France.
Les premières années, au restaurant, il prend soin
de cacher ses origines, prépare des plats de terroir,
des recettes franco-françaises. Lorsqu’il vient saluer les clients en salle, ces derniers lui disent de féliciter le chef… Des petites humiliations sans gravité mais difficiles à vivre pour celui qui a toujours
V
EA
U
Bio
EXPRESS
N
O
U
7 juillet 1985
Regarde son 1er Tour
de France
avec Bernard Hinault.
31 décembre 1999
Arrive à Paris.
16 mai 2000
Rencontre Virginie
à Mi-Chemin.
18 mai 2002
Épouse Virginie
à la mairie du XIVe,
le jour de son
anniversaire.
17 mai 2005
Devient citoyen français.
23 avril 2018
Se voit décerner
le prix de l’Accueil dans
le Guide Pudlowski 2018.
HALTE AUX
DOULEURS
considéré la cuisine « comme un couloir d’intégration » et placé l’humain au-dessus de tout. Virginie
alors entre dans la danse, le somme de faire sa propre cuisine, d’arrêter de se vouloir autre. Timidement, il se met à introduire des épices, à donner un
twist plus personnel à ses plats. Ose enfin être luimême. Un homme généreux, chaleureux et sincère, « qui cuisine son histoire », comme le dit joliment sa femme. À la carte, le foie gras de canard
maison, curcuma, pamplemousse, le pavé de thon
rouge mi-cuit, salade d’orge et fruits secs ou encore la crème glacée aux pétales de rose, pistaches râpées portent sa signature. La Méditerranée est une
mer porteuse, riche de mille trésors, sa cuisine se
moque désormais des frontières.
Le prix du meilleur accueil
À Mi-Chemin, on croise des architectes, des acteurs, des écrivains, des médecins. Des anonymes
du quartier ou des gens très connus que personne
n’aurait l’idée d’importuner. Au fond du restaurant, il y a une petite salle que l’on peut aussi privatiser, pleine de livres, d’objets, de souvenirs. Slavik, le décorateur star des années 80, avait
l’habitude de venir en voisin. Il avait choisi les lampes. Elles sont toujours là. Sur les murs, dans l’autre
salle, les photos de famille brassent les générations
et font chaud au cœur. Côté bande-son, Brassens
occupe une place de choix. L’Auvergnat résonne
comme une filiation implicite, presque un hommage à leur histoire. En décembre dernier, le chef
Alain Ducasse a débarqué sans crier gare. Il voulait
absolument goûter le mloukhiya, un plat mythique
du Maghreb dont il avait entendu parler. Du paleron de bœuf coupé en gros morceaux, frotté d’ail et
enduit d’une poudre magique, le bsar, mélange de
cannelle, carvi, fenouil, piment d’Espelette, huile
d’olive, coriandre et concentré de tomate. Nordine
en est encore tout ému. « Le chef était bluffé, il me
posait plein de questions. Je lui ai dit : “Je fais la cuisine pour m’intégrer.” Il m’a répondu : “Moi aussi !” »
Ce soir, Nordine Labiadh va recevoir à l’hôtel
Westin Paris-Vendôme le prix de l’Accueil, que lui
décerne Gilles Pudlowski dans son guide 2018. Il
sera là, avec Virginie et leurs deux enfants. Ce couple si différent et pourtant si fusionnel s’étonne de
cette soudaine notoriété. « On a beaucoup de chance », se contentent-ils de répéter. Et de talent. ■
SP O RT :
Amé l i o r er
sa l on g év i t é
grâce à l ’a c t i v i t é
phy siqu e.
Pour le 100e anniversaire de la naissance de Maurice Druon
(notre photo), la fondation Eurasia et la maison d’édition
d’Orenbourg de Donkovtsev publient un livre, Les Racines
russes, rassemblant les souvenirs de Druon et de son oncle
Joseph Kessel sur Orenbourg, ainsi que la première traduction
en russe du livre de Kessel Les Nuits de Sibérie. En 2003,
Maurice Druon s’était rendu dans la ville natale d’une partie
de la famille et avait écrit un article dans Le Figaro, « Retour à Orenbourg ».
La poste russe dédie aussi un timbre commémoratif à Maurice Druon, présenté
à Moscou en présence de Sylvie Bermann, ambassadeur de France en Russie.
Pas de Donald mais des Bunnies
Comme l’an dernier, Donald Trump boycottera samedi prochain le très couru
dîner des correspondants de la Maison-Blanche, occupant les antennes avec
un rassemblement populiste dans le Michigan. Mais, à Washington, la presse
s’amusera sans lui : pour la première fois, le magazine Playboy a acheté une
table et organisera une soirée « sans cravate » (no tie party) après le dîner,
avec Bunnies en tenue de lapin comme il se doit.
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ALAIN AUBERT/LE FIGARO
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