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Le Figaro - 24 04 2018

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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 923 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
VOILE
ARMEL LE CLÉAC’H :
« UN CHAVIRAGE, C’EST COMME
UN ACCIDENT DE VOITURE » PAGE 10
PARLEMENT
Un nouveau groupe
pourrait être créé
à l’Assemblée
PAGE 4
ARMÉNIE
« F », le nouveau
mensuel du « Figaro »
consacré à l’art de vivre
À Erevan, la rue
salue le départ
de Sarkissian
PAGE 6
IMMIGRATION
Les migrants
affluent dans
les Hautes-Alpes
FESTIVAL
LE TRIOMPHE DE LA MUSIQUE
« MADE IN FRANCE » À
COACHELLA, EN CALIFORNIE PAGE 12
Macron face
au risque du
ras-le-bol fiscal
L’exécutif multiplie les engagements à l’égard
des contribuables, martelant qu’il n’y aura pas
d’augmentation de la pression fiscale. Échaudés par
le quinquennat Hollande, les Français sont dubitatifs.
PAGE 7
NOTRE-DAMEDES-LANDES
Les zadistes prêts
à en découdre
Moins d’un an après son élection, Emmanuel Macron est
déjà dans le piège des impôts.
Le chef de l’État a beau répéter, comme il l’a fait sur
BFMTV la semaine dernière,
qu’« il n’y aura pas de création
d’un nouvel impôt local, ni d’un
impôt national, il n’y aura pas
d’augmentation de la pression
fiscale », les Français doutent.
PAGE 8
TÉLÉCOMS
Vivendi, trois ans
de bataille
acharnée autour
de Telecom Italia
PAGE 18
Après les cinq ans de hausses
d’impôt du quinquennat Hollande, la défiance des contribuables est considérable. Selon l’Insee, les prélèvements
sur les ménages augmenteront
de 4,5 milliards d’euros en
2018. À ces prévisions peu flatteuses s’ajoutent nombre d’inconnues, notamment sur la suppression de la taxe d’habitation.
è EN 2018, LE LABYRINTHE
DES HAUSSES ET DES BAISSES
è LES CHAUSSE-TRAPPES
À VENIR DU PRÉLÈVEMENT
À LA SOURCE
è LE CASSE-TÊTE
DE LA TAXE D’HABITATION
è L’ENTRETIEN AVEC
VIRGINIE PRADEL, AVOCATE
FISCALISTE
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
SNCF
CHAMPS LIBRES
PAGE 22
Les
statistiques
françaises
sont-elles
fiables ?
Un entretien
avec Georges
Bensoussan
La chronique
de Renaud
Girard
L’analyse
d’Albert
Zennou
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Chaque mois, découvrez les enquêtes, interviews,
reportages exclusifs des spécialistes des rédactions
du « Figaro ». Un magazine innovant dont le grand
format célèbre les idées, les envies, les rencontres
qui composent l’art de vivre contemporain.
➜
➜
➜
➜
La photo d’art sort de la chambre noire P. 32
Zoom sur les classiques horlogers P. 40
Toutes les routes du design mènent à Milan P. 54
Entretien avec Gilles Lipovetsky P. 62
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de lundi :
Pensez-vous que la loi
asile et immigration
permettra de mieux faire
face au problème lié
à l’afflux de réfugiés ?
OUI
17 %
NON
83 %
TOTAL DE VOTANTS : 42 642
M 00108 - 424 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@o@c@e@k";
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sur lefigaro.fr
Faut-il maintenir la taxe
d’habitation pour les
résidences secondaires ?
LE BARS BERNARD/PRESSE SPORTS AMY HARRIS/AP/SIPA - AXEL
SCHMIDT/REUTERS
La chancelière allemande a
dénoncé, dimanche, l’émergence d’une « autre forme
d’antisémitisme » parmi des
réfugiés d’origine arabe en
Allemagne. « Nous avons un
nouveau phénomène, dans la
mesure où nous avons de nom-
breux réfugiés parmi lesquels il
y a, par exemple, des gens
d’origine arabe qui amènent
une autre forme d’antisémitisme dans le pays », a affirmé
Angela Merkel, dans une interview à la télévision israélienne. PAGE 5
ÉDITORIAL par Jacques-Olivier Martin jomartin@lefigaro.fr
n
PAGES 13 À 15
Merkel dénonce l’« autre
antisémitisme » de certains
réfugiés arabes
C’
Bonneteau fiscal
est bien connu : quand c’est
flou, c’est qu’il y a un loup !
Et en matière de fiscalité, le
loup, c’est tôt ou tard une
hausse des prélèvements.
Emmanuel Macron a beau jurer la main sur
le cœur qu’il n’y aura pas de nouvel impôt au
cours du quinquennat, qu’il a déjà fait beaucoup en matière de désintoxication fiscale
(suppression d’une grande partie de l’impôt
sur la fortune, nette baisse de l’impôt sur les
sociétés…), les contribuables ont de bonnes
raisons de rester sur le qui-vive.
Ne voient-ils pas le gouvernement tergiverser sur la suppression de la taxe d’habitation
et tâtonner sur la mise en place du prélèvement à la source ? Ne sont-ils pas en droit de
s’interroger sur la promesse de ne pas créer
un nouvel impôt, quand dans le même
temps l’exécutif augmente comme jamais la
taxe sur le diesel, celle sur le tabac, la CSG
pour les retraités, et ne dit mot d’une éventuelle augmentation des impôts existants ?
Après le matraquage, voici venu le temps du
bonneteau fiscal !
Surtout, les contribuables savent que les belles promesses de sagesse fiscale deviennent
vite intenables si la dépense publique ne diminue pas. Or, accordons au chef de l’État de
prendre beaucoup d’initiatives pour transformer la France, mais pas de réduire le train
de vie de l’État et des collectivités territoriales. C’est même tout le contraire. Les dépenses publiques ont encore augmenté de 2,5 %
l’an dernier. Avant 2022, elles auront reflué,
promet l’exécutif. Comment ? Cela reste encore à définir.
Avouons que
c’est un peu
mince
pour
rassurer.
La France de
Macron, toujours cigale,
profite donc de
la bonne fortune économique du moment
pour financer l’accroissement des dépenses
publiques, quelques suppressions d’impôt et
même la réduction de ses déficits. Mais
quand la bise viendra, notre pays se trouvera
une fois de plus fort dépourvu. Si, dans la fable, la fourmi n’est pas prêteuse, dans la
vraie vie, elle se nomme contribuable… Gageons qu’elle ne paiera pas sans protester ! ■
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La dépense
publique ne
diminue pas,
c’est même tout
le contraire
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A
La paie des
grévistes sera
arbitrée au tribunal
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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
FRANCOIS GUILLOT/AFP
«
Il n’y aura pas de création
d’un nouvel impôt local, ni d’un
impôt national, il n’y aura pas
d’augmentation de la pression fiscale
d’ici la fin du quinquennat
EMMANUEL MACRON
»
DIMANCHE 15 AVRIL, SUR BFMTV
«
Chaque année, 3 à 4 milliards d’euros
sont bloqués parce qu’une partie des 40 %
de contribuables qui ne sont pas mensualisés
a tendance à surépargner en prévision des
impôts futurs. Cet argent va être débloqué
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
2
GÉRALD DARMANIN
»
MINISTRE DES COMPTES PUBLICS
L’exécutif contraint à faire la péda
L’Élysée et le gouvernement promettent de faire baisser
la pression fiscale durant le quinquennat. Mais les explications
sont confuses et les Français restent dubitatifs.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
C’EST l’Arlésienne de tous les gouvernements : la baisse des impôts. L’actuelle majorité n’échappe pas à la règle. Moins d’un
an après l’élection d’Emmanuel Macron, les
premières interrogations se font déjà jour.
Le président de la République l’a répété la
semaine dernière à la télévision : « Il n’y
aura pas de création d’un nouvel impôt local,
ni d’un impôt national, il n’y aura pas d’augmentation de la pression fiscale » au cours du
quinquennat. Quelques jours plus tard, invité à la radio, c’était au tour du ministre de
l’Action et des Comptes publics, Gérald
Darmanin, d’insister : « La pression fiscale
diminue au cours du quinquennat […], on
baisse les impôts en baissant la dépense publique. » Sans donner d’autres précisions.
Les Français demandent à voir. Après
cinq années de hausses d’impôts qui ont
contribué à miner le quinquennat de François Hollande, la défiance des contribuables
est considérable. C’est même un ancien ministre socialiste qui le dit, reprenant la célèbre formule de l’ex-ministre Pierre Moscovici : « Il faut être conscient aujourd’hui du
poids du ras-le-bol fiscal dans l’opinion et de
son influence comme marqueur politique. »
Selon l’Insee, les prélèvements sur les
ménages augmenteront de 4,5 milliards
d’euros en 2018. À ces prévisions peu flatteuses contestées par Bercy s’ajoutent plusieurs zones d’ombre qui brouillent le plan
d’Emmanuel Macron. À commencer par
l’épineuse question de la suppression de la
taxe d’habitation pour les 20 % des ménages les plus aisés (lire ci-contre). La refonte
de la fiscalité locale, promise par le chef de
l’État, alimente en effet toutes sortes de
spéculations. Sans compter le prélèvement
à la source, qui entrera en vigueur à partir
de janvier 2019 et crée beaucoup d’autres
incertitudes.
Alors comment faire pour financer la
suppression de la taxe d’habitation ? « Si on
baisse un impôt, ce n’est pas pour en augmenter un autre ailleurs, assure Benjamin
Griveaux, porte-parole du gouvernement.
Les prélèvements obligatoires ont déjà commencé à baisser. L’objectif de la diminution
de la pression fiscale est maintenu. » « Les
Français savent compter », martèle le macroniste, qui rappelle que la hausse des minima sociaux - allocation handicapé et minimum vieillesse - n’avait jamais été aussi
importante. « Je comprends qu’il puisse y
avoir un doute, comme cela fait trente ans
qu’on raconte des bobards sur la politique
fiscale. » Un doute, et « des coups à pren-
“
Je comprends qu’il puisse
y avoir un doute, comme
cela fait trente ans
que l’on raconte des bobards
sur la politique fiscale
BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE
DU GOUVERNEMENT
”
dre », selon Stanislas Guerini, porte-parole
du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale. « La fiscalité locale est un
sujet sensible et glissant, pointe-t-il. Il faudra que nous réussissions à démontrer que
nous voulons le faire sans plan d’augmentation des impôts. » Les responsables de la
majorité sont d’ailleurs priés de redoubler
d’efforts pour expliquer aux Français ce qui
peut apparaître comme des mesures techniques. Quitte à employer les grands
moyens pour faire la pédagogie des réformes… Ainsi, sur l’avis d’imposition, la baisse de la taxe d’habitation sera clairement
notifiée. Une façon de mettre en exergue la
responsabilité des élus locaux si cette baisse
venait à être minorée… « Un véritable tract
électoral », s’amuse un cadre de la majorité.
À en croire les différents responsables de
la majorité, tout ne serait en somme qu’une
question de calendrier. Sauf que, les effets
sur le pouvoir d’achat tardant à se concrétiser, l’opposition - droite et gauche confondues - s’engouffrent dans la brèche.
La hausse de la CSG a touché durement
une partie des retraités. Ce que l’exécutif
avait, dans un premier temps, largement
sous-estimé. « Les effets de bord et les effets
de seuil ont pu faire des mécontents », concède Jean-Noël Barrot, député MoDem et viceprésident de la commission des finances.
« Dans le programme d’Emmanuel Macron,
on pouvait comprendre que tout se faisait en
même temps, analyse Dominique Villemot,
président de Démocratie vivante, un thinktank libéral proche de l’Élysée. Sauf que
quand c’est plus tard, dans l’esprit des Français, cela veut dire jamais, encore plus depuis
François Hollande. Un décalage de neuf mois,
cela coûte politiquement. La hausse de certaines taxes comme celles sur le diesel et le tabac,
ainsi que la suppression de l’ISF, n’ont rien arrangé », pointe cet avocat, dans une référence à ce sparadrap de « président des riches »
qui colle à Emmanuel Macron. « On demande
aux gens de nous faire confiance. Dans les six
prochains mois, les impacts seront réels sur la
fiche de paie », se justifie un ministre. « Le
vrai rendez-vous, pour nous, c’est fin 2018. À
ce moment-là, nos choix fiscaux seront effectifs », veut croire Stanislas Guerini en niant
toute existence d’un « plan caché de hausse
d’impôts ». Patience, patience, donc.
Reste que les Français risquent d’avoir
une bien mauvaise déconvenue début 2019
lorsque, avec l’entrée en vigueur du prélèvement à la source, ils verront fondre le
montant net de leur salaire au bas de leur fiche de paie, quelques mois seulement après
avoir vu ce salaire grimper grâce à la baisse
des cotisations salariales. Autant dire que le
gouvernement est loin d’en avoir fini avec
le difficile travail d’explication. ■
Virginie Pradel : « La fiscalité est
le talon d’Achille d’Emmanuel Macron »
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
Virginie Pradel est avocate fiscaliste. Elle vient de fonder un nouveau think-tank, l’Institut fiscal
Vauban.
A
LE FIGARO. - En 2013, Pierre
Moscovici s’était dit très sensible
au « ras-le-bol fiscal »
des Français. Aujourd’hui,
la situation a-t-elle changé ?
Virginie PRADEL. - Absolument
pas. Cette question de la fiscalité est
d’ailleurs le talon d’Achille d’Emmanuel Macron, son point de faiblesse. François Hollande, lors du
précédent quinquennat, assumait
les augmentations d’impôts, très
ciblées sur les riches et les classes
moyennes supérieures. Ce n’est pas
une option retenue par Emmanuel
Macron. Aujourd’hui, les hausses
d’impôts sont plus subtiles. Elles
n’en sont pas moins réelles.
Le gouvernement promet pourtant
qu’il n’y aura pas de nouvel impôt
ni de hausse de la pression fiscale…
En effet, et c’est bien l’expression
d’une tout autre stratégie. Comme
fiscaliste, j’en arrive presque à
évoquer une volonté de manipulation de l’opinion publique. Dire
qu’il n’y aura pas d’augmentation
des impôts, c’est jouer sur les mots.
C’est considérer l’impôt dans son
acception la plus restreinte. Or, il y
a bien une hausse des taxes. Elles
impactent déjà et vont continuer
d’impacter le pouvoir d’achat des
Français et la compétitivité des entreprises. Les Français sont soumis
au quotidien à divers prélèvements
obligatoires, et l’impôt n’est que
l’un d’entre eux.
À quelles taxes pensez-vous
en particulier ?
Ne serait-ce, par exemple, que celles qui font augmenter le prix du
diesel ou du gaz. C’est la hausse de
la fiscalité écologique, héritée du
précédent quinquennat, assumée et
amplifiée sous Emmanuel Macron.
Je pense aussi à la fiscalité sur le tabac. L’État peut bien dire qu’il n’y
aura pas de hausse des recettes car
l’effet dissuasif du prix fera baisser
la consommation du tabac. Mais
c’est tout de même une hausse pour
les Français. Je pense encore à la cotisation sociale généralisée, la CSG.
C’est tout de même bien un impôt,
qui alimente le budget de l’État.
Quel effet pourrait avoir
le prélèvement à la source ?
L’effet risque d’être redoutable.
Les Français vont d’abord avoir le
sentiment d’un cadeau en 2018,
année durant laquelle les revenus
perçus cette année ne seront pas
taxés. Mais en 2019, ce sera le choc
de la complexification. Sans trop
entrer dans des détails que, par
ailleurs, personne n’est en mesure
de donner, les Français auront le
choix entre trois taux d’imposition, sans parler des régularisations
qui interviendront en décalé… Fiscalistes de gauche, comme de droite, nous sommes tous inquiets des
conséquences de cette complexité.
On nous donne les autres pays
européens en exemple, mais en
oubliant de dire que chez eux,
l’impôt est beaucoup plus simple,
individualisé et non pas calculé sur
les foyers fiscaux. Et puis c’est aussi
sans compter sur la grogne relative
aux crédits et réductions d’impôts
qui seront restitués jusqu’à vingt mois après le
paiement de l’impôt,
lors de la régularisation. L’emploi d’un
salarié à domicile, la
garde des jeunes enfants, les dons aux
associations, les
investissements
locatifs ou les
crédits d’impôts
pour la transition énergétique,
cela concerne des
millions de ménages et des milliards
d’euros. L’État ne
manquera pas de les
faire fructifier durant ce laps de
temps. ■
« deFiscalistes
gauche,
comme de
droite, nous
sommes
tous inquiets
des conséquences
de cette
complexité
VRGINIE PRADEL
DROITS RÉSERVÉS
PROPOS RECUEILLIS PAR
En 2018, le labyrinthe des
»
UNE MULTITUDE de mesures fiscales, toutes inscrites dans le programme de campagne d’Emmanuel Macron, sont mises en œuvre
cette année. Toutes ne sont pas favorables aux contribuables. À tel
point que, cette année, les baisses
d’impôts en direction des ménages
ne l’emporteront quasiment pas
sur les hausses.
LES BAISSES
u
Une taxe d’habitation
réduite d’un tiers
pour 80 % des ménages
Supprimer la taxe d’habitation
pour huit ménages sur dix : c’était
la promesse du candidat Macron
qui avait le plus marqué les Français durant la campagne présidentielle. Une première étape a lieu
cette année, avec une baisse de
30 % pour les contribuables
concernés. Ces derniers s’en rendront compte en septembre, lorsqu’ils recevront leur avis d’impôt
pour la taxe d’habitation. Une
deuxième baisse de 30 % aura lieu
en 2019, avant que la taxe soit supprimée totalement pour ces ménages en 2020. Les 20 % de ménages les plus aisés bénéficieront,
quant à eux, de la suppression totale de la taxe d’habitation à une
date encore indéfinie, a indiqué
l’exécutif à l’automne dernier.
Toutefois, ces ménages pourraient
voir augmenter d’autres taxes en
contrepartie, notamment celle sur
les résidences secondaires (lire
ci-contre).
prélèvement forfaitaire
uUn
unique de 30 %
Emmanuel Macron a instauré une
« flat tax » de 30 % sur les revenus
financiers, prélèvements sociaux
inclus. Celle-ci efface la réforme
de François Hollande qui avait
consisté à taxer les revenus du patrimoine au barème de l’impôt sur
le revenu.
supprimé, l’impôt sur
uL’ISF
la fortune immobilière créé
Cette réforme a valu à Emmanuel
Macron le surnom de « président
des riches ». L’iconique impôt sur
la fortune (ISF) a été rayé du Code
des impôts. Il a été toutefois remplacé par un impôt sur la fortune
immobilière (IFI). Comme son
nom l’indique, celui-ci ne repose
que sur les seuls avoirs immobiliers et est donc moins lourd. Ses
modalités de calcul sont calquées
sur celles de l’ISF. À quelques exceptions près, comme la prise en
compte des dettes ou autres subtilités, qui feront que quelques
contribuables, parmi ceux détenant peu ou pas de capital financier, pourraient se retrouver à
payer davantage d’IFI que d’ISF.
cotisations sociales
uLes
salariales abaissées
Les salariés verront cette année
leurs salaires nets augmenter légèrement, en deux temps. Et ce, grâce
à la bascule entre hausse généralisée
de la CSG de 1,7 point en janvier, qui
sera plus que compensée par la suppression des 3,15 points de cotisa-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 24 avril 2018
L'ÉVÉNEMENT
«
«
Dans le programme d’Emmanuel Macron,
on pouvait comprendre que tout se faisait
en même temps. Sauf que quand c’est plus
tard, dans l’esprit des Français, ça veut dire
jamais, encore plus depuis François Hollande
DROITS RÉSERVÉS
»
PORTE-PAROLE DU GROUPE LA RÉPUBLIQUE EN MARCHE (LAREM)
PRÉSIDENT DE DÉMOCRATIE VIVANTE
gogie sur les impôts
Les chausse-trappes
à venir du prélèvement
à la source
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
Les prélèvements obligatoires ne
retrouveront pas leur niveau de 2012
Trajectoire
45,4 %
44,3 %
45
43,8 %
42,5
40
37,5
35
2012 13
14
15
16
17
18
19
20
21
2022
TAUX DE PRÉLÈVEMENT OBLIGATOIRE, EN % DU PIB
Source : Insee, Programme de stabilité 2018
hausses et des baisses
tions salariales chômage et maladie,
en deux temps (janvier et octobre).
LES HAUSSES
u
Une CSG augmentée
de 1,7 point pour tous
Les retraités avaient été prévenus
dès la campagne présidentielle de
2017, mais le choc a été difficile à
encaisser. La CSG sur les pensions
a été augmentée de 1,7 point en
janvier, sans compensation aucune, pour les retraités seuls gagnant
plus de 1 200 euros par mois (revenu fiscal de référence). C’est « un
effort pour aider les jeunes actifs »,
qui bénéficient eux d’une baisse de
cotisation bien supérieure à la
hausse de la CSG, a justifié Emmanuel Macron sur BFMTV le 15 avril.
te de la Direction générale de
l’énergie et du climat. Mais les
Français habitant en zone rurale,
qui roulent au diesel, seront davantage pénalisés.
hausse d’un euro
uUne
des paquets de cigarettes
Pour inciter les Français à arrêter de
fumer, l’exécutif portera d’ici à 2020
le prix du paquet de cigarettes à
10 euros. Une première hausse, d’un
euro, a eu lieu en début d’année et
devrait rapporter 500 millions d’euros à la Sécurité sociale en 2018.■
G. G.
Le ministère
de l’Économie
et des Finances,
à Bercy.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
« UNE MESURE très attendue par les
citoyens. » Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, vante le
prélèvement à la source, mis en
œuvre à partir de janvier 2019, avec
presque les mêmes mots que son
prédécesseur socialiste, Christian
Eckert. Certes, comme le ministre
le martèle, cette réforme de la perception de l’impôt présente l’avantage de faire disparaître le décalage
d’un an entre les revenus gagnés et
les impôts payés dessus. En théorie.
En réalité, cet avantage ne sera
que partiellement mis en pratique.
Certes, ce seront bien les salaires et
les pensions de l’année en cours qui
seront amputés directement de
l’impôt. Mais le taux de prélèvement appliqué sur cette assiette
sera, lui, calculé en fonction des revenus… d’il y a deux ans ! Impossible de faire mieux : l’administration
ne connaîtra, en janvier 2019, que
les revenus de 2017 déclarés en ce
moment par les foyers. Les contribuables qui auront vu leurs rémunérations augmenter entre-temps
devront régler la différence à la
rentrée 2019, lors de la régularisation annuelle de l’impôt. Et ceux qui
auront connu une baisse de revenus
devront faire une demande spécifique d’ajustement du taux de prélèvement pour éviter d’être trop pénalisés. À moins d’attendre la
régularisation annuelle pour être
remboursés par le fisc.
Pour ne rien arranger, le taux de
prélèvement ne prendra pas en
compte les éventuels crédits et réductions d’impôts. De quoi gonfler
d’autant la note pour le contribuable. Actuellement, les foyers mensualisés payent un acompte mensuel
prenant en compte ces ristournes.
Le prélèvement à la source est donc
moins avantageux sur ce point. Certes, les foyers seront remboursés du
trop versé mais en septembre de
l’année suivante (et dès mars d’un
premier acompte pour le crédit
d’impôt emploi à domicile).
« L’administration a estimé que
pour le calcul du taux de prélèvement
elle ne pouvait pas intégrer ces réductions et crédits d’impôt car elle
n’a pas l’information au moment du
calcul du taux. D’autant plus qu’on
ne peut pas présumer qu’ils sont pérennes d’une année sur l’autre »,
comme ceux liés aux dons, explique
Nicolas Jacquot, avocat associé chez
Arsene Taxand.
Complexification
« Le prélèvement à la source est une
vraie simplification », ajoute Gérald
Darmanin. Mais c’est bien sa complexité qui pourrait frapper certains
contribuables. Ce retraité, lecteur
du Figaro, était prélevé dix fois par
an auparavant car mensualisé. À
partir de 2019, lui et sa femme seront prélevés à la source par chacune de leurs trois caisses de retraite (Assurance-vieillesse, Agirc
et
Arrco en retraite complémentaire et
assurance privée), et ponctionnés
sur leur compte en banque au titre
de revenus immobiliers pas moins
de… 96 fois ! « Le prélèvement à la
source, ce sera huit fois plus de transactions financières », s’étonne-t-il.
Le problème concerne tous ceux
qui bénéficient de plusieurs sources
de revenus. « Chaque collecteur appliquera le taux à la rémunération
versée au contribuable, explique-ton à Bercy. L’impôt final à payer ne
changera pas. » Mais comment
s’assurer que tous les prélèvements
seront exacts ?, s’inquiète déjà notre lecteur. Lui ne voit pas d’autre
solution que de tenir une comptabilité des dizaines de prélèvements. ■
Le casse-tête de la taxe d’habitation
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
C’EST UN PROBLÈME qu’il va falloir résoudre rapidement. D’ici à la
fin de l’été, même. Le projet de loi
de finances 2019 devra présenter
une solution au casse-tête de la
suppression totale de la taxe d’habitation. Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron
n’avait promis de supprimer cet
impôt local que pour les 80 % des
ménages les moins riches. Ce qui
coûtait 10 milliards d’euros. Les
20 % des Français restants, les plus
taxe carbone et
uLa
la taxation du diesel relevées
La taxe carbone - la valeur officielle
attachée à une tonne de carbone doublera presque durant le quinquennat, de 44,60 euros à
86,20 euros en 2022, ce qui alourdira toutes les taxes pesant sur les
énergies fossiles. De plus, l’exécutif
a décidé d’aligner en cinq ans la fiscalité du diesel sur celle de l’essence. Officiellement, il s’agit « d’accélérer la conversion écologique »,
avance le gouvernement. Officieusement, cela permet de financer les
baisses d’impôts actées par ailleurs.
L’impact sur le budget annuel des
ménages sera de 79 euros en
moyenne en 2018 et de 313 euros par
an en 2022, d’après une étude inédi-
»
DOMINIQUE VILLEMOT
Le gouvernement a évoqué la piste d’une refonte des valeurs locatives qui datent des années 1970
et servent de base au calcul des impôts locaux. JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
aisés, n’ont été intégrés qu’à l’été
dernier, lorsque le chef de l’État a
annoncé la fin totale de la taxe
d’habitation. Cet élargissement,
motivé par la crainte d’une censure constitutionnelle, a donc doublé la facture, qui avoisine désormais un total de 20 milliards
d’euros environ.
Valeurs locatives
Problème, le gouvernement - qui
doit déjà réaliser 100 milliards
d’euros d’économies sur le quinquennat - n’a pas les moyens de
rallonger de 10 milliards la note finale. Le 15 avril, lors de sa longue
interview à BFMTV, RMC et Mediapart, Emmanuel Macron a
confirmé qu’il n’y aurait pas de
nouvel impôt, ni local ni national,
pour compenser la suppression de
la taxe d’habitation. La réforme de
la fiscalité locale ne provoquera
« pas de hausse de la pression »
fiscale, a-t-il aussi précisé.
Le président a utilisé à dessein
ce ratio global qui ne permet pas
de déceler si certains ménages
verraient leurs impôts progresser,
quand ils baisseraient pour
d’autres. L’idée de taxer en priorité les classes moyennes supérieures - qui du coup ne verraient pas
leur facture de fiscalité locale reculer malgré la fin de la taxe d’habitation, voire la verraient augmenter - tient en effet la corde à
Bercy. Elle aurait le mérite d’éviter une nouvelle salve de critiques
autour de la figure du « président
des riches ».
Pour boucler son plan, l’exécutif
devra donc se pencher sur des impôts existants. La piste la plus sérieuse consiste, comme Le Figaro
l’avait révélé au début du mois, à
maintenir, sur les résidences secondaires, une taxation équivalente
à la taxe d’habitation. Ce prélèvement rapportant de l’ordre de
2,5 milliards d’euros par an, cette
option est intéressante mais insuffisante. Il faudra trouver d’autres leviers. Le 15 avril, Emmanuel Macron n’a d’ailleurs pas exclu de
toucher à la taxe foncière, l’autre
grand impôt local perçu par les
communes et les intercommunalités, qui est dû par les propriétaires
de biens immobiliers. À la question
de savoir si celui-ci sera modifié, le
président a répondu que « rien n’a
été décidé sur ce point ».
En parallèle, le gouvernement a
évoqué la piste d’une refonte des
valeurs locatives qui datent des années 1970 et servent de base au calcul des impôts locaux. « Elles doivent être modernisées », a avancé
Emmanuel Macron. Une telle révision appliquée aux 46 millions de
locaux d’habitation entraînerait
des augmentations importantes des
cotisations de taxe foncière pour
certaines catégories de logements,
comme les studios ou les très
grands appartements, selon des estimations de Bercy. Et des baisses,
par exemple, dans les constructions
des années 1970. Si jamais la réforme se faisait, son application serait
toutefois étalée sur une dizaine
d’années. ■
A
APAYDIN ALAIN/ABACA
La fiscalité locale est un sujet sensible
et glissant, il y a beaucoup de coups
à prendre. Il faudra que nous réussissions
à démontrer que nous voulons le faire
sans plan d’augmentation des impôts
STANISLAS GUERINI
3
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Un nouveau
groupe pourrait
être créé
à l’Assemblée
Après son vote hostile à la loi sur
l’immigration, Jean-Michel Clément
s’est mis en congé du groupe LaREM.
CHRISTOPHE MORIN/IP3 PRESS/MAXPPP
Avec Jean-Michel Clément, les députés
déçus de la macronie tentent de s’organiser.
Le PS leur tend les bras.
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
PARLEMENT « Pour l’instant, je n’ai
qu’une seule envie : me reposer. » Député de la Vienne, Jean-Michel Clément est au cœur de l’actualité pour
être le premier parlementaire La République en marche (LaREM) à s’être mis
en congé de son groupe. Une conséquence de son vote contre la loi asile et
immigration dimanche. L’ex-avocat
de 63 ans, issu du PS, juge en effet que
le texte est trop répressif à l’égard des
étrangers.
S’il souhaite se reposer, le député de
la Vienne sait très bien que son départ
de LaREM échauffe les esprits. Ceux des
socialistes en particulier, qui voudraient
récupérer les déçus de la macronie à
l’Assemblée et au Sénat. Il s’agirait d’un
signal fort alors que se profilent les
européennes et les municipales. À ce
stade, Clément reste pourtant évasif.
« La période des transferts est ouverte »,
glisse-t-il, avec un brin d’ironie. L’exsocialiste ne s’interdit rien. « Il y a un
spectre d’offre de groupes important à
l’Assemblée, autant de débouchés possibles pour moi et ceux qui ne se sentent pas
à l’aise au sein de LaREM. »
« De 14 à 17 députés
pourraient être concernés »
Mais plutôt que de rejoindre le groupe
Nouvelle Gauche (c’est-à-dire celui du
PS), Jean-Michel Clément pourrait participer à la création d’un huitième groupe à l’Assemblée, constitué de celles et
ceux qui ne se sentent plus très en phase
avec l’expression politique du groupe
LaREM. Il ne l’exclut pas. « À condition
cependant que ce soit pour construire un
projet commun et non en raison d’un seul
mécontentement. » L’écologiste François-Michel Lambert, associé au groupe
LaREM et qui s’est abstenu sur la loi asile
et immigration, y réfléchit avec lui. Les
choses pourraient se précipiter. « Clairement aujourd’hui, dit-il, certains attendent une respiration et des appels vont
être passés durant les vacances parlementaires. » Selon lui, « de 14 à 17 députés pourraient être concernés ». Or il en
faut 15 pour constituer un groupe. Situé
entre le PS et LaREM, ce groupe serait,
selon Lambert, structuré autour de trois
thématiques principales : « la laïcité,
l’humanisme et l’écologie ». Des radicaux s’y retrouveraient et d’anciens socialistes comme Clément ou lui-même,
ainsi que des écologistes. « Dans la majorité, se justifie le député des Bouchesdu-Rhône, l’écologie ne peut être portée
par la seule voix de Nicolas Hulot. Car
que se passerait-il s’il venait à quitter la
politique ? »
Côté socialiste, ce projet est connu de
certains. Mais ils veulent croire que ce
nouveau groupe - s’il parvient à exister
- ne durera qu’un temps. Comme l’a dit
à Jean-Michel Clément la présidente du
groupe Nouvelle Gauche, Valérie Rabault, les portes de son groupe sont largement ouvertes. Une ouverture assumée à la tête du PS. Nouvelle numéro
deux auprès d’Olivier Faure, Corinne
Narassiguin le confirme au Figaro :
« Nous avons pour objectif de reconquérir notre électorat. Cela inclut de redonner envie à ceux qui ont voté Emmanuel
Macron à la présidentielle, mais aussi à
ceux qui ont voté Jean-Luc Mélenchon ou
qui ont rejoint Benoît Hamon à Génération.s. » Dans le cas précis de Jean-Michel Clément cependant, une réintégration dans le parti, s’il le demandait,
« ne pourrait pas se faire sans être examinée par la direction ».
Le PS étant dans un tel état de basses
eaux, tout retour au bercail apparaîtrait
comme une petite victoire. Même JeanMarc Germain, proche de Martine
Aubry et nouveau secrétaire national à
l’éducation, n’y trouve rien à redire.
« De Mélenchon à Macron, nous devons
être très ouverts dans notre phase de reconstruction », dit-il, convaincu que
« la gauche ne pourra revenir au pouvoir
que sur la base d’une coalition allant de
l’un à l’autre ». Seul Emmanuel Maurel,
à la gauche du PS, se méfie. « Je sais que
l’heure est à la redécouverte du catholicisme avec Emmanuel Macron mais dans
le cas précis de Jean-Michel Clément, je
ne suis pas certain que le pardon des offenses soit une bonne solution pour le PS,
au risque de tomber dans le confusionnisme le plus total. » ■
« La loi immigration ne répond pas aux vrais problèmes »
Pour le secrétaire national du Parti de gauche Manuel Bompard, le texte voté dimanche en première
lecture à l’Assemblée nationale aurait dû s’attaquer aux « causes » des migrations.
JULES PECNARD £@JulesPec
MANUEL BOMPARD, lundi, dans le
studio du Figaro. J.-C. MARMARA/LE FIGARO
LA FRANCE INSOUMISE Pour Manuel
Bompard, le projet de loi asile et immigration est une occasion manquée. Invité lundi du « Talk Le Figaro », le secrétaire national du Parti de gauche a
dénoncé un texte qui « ne répond pas aux
vrais problèmes qui sont posés, notamment sur la question de l’immigration ». À
savoir, les « causes » des migrations :
« la guerre, les accords économiques injustes […] entre l’Europe et d’autres continents » et le climat.
Sévère à l’égard des amendements déposés par les députés FN et LR durant les
débats à l’Assemblée nationale, Manuel
Bompard a jugé « intenables » leurs « positions ». Elles consistent, d’après lui, à
« dire qu’on va mettre une forteresse autour de la France ou même autour de l’Europe ». Selon le bras droit de Jean-Luc
Mélenchon, il faut avant tout s’attaquer
aux « accords de libre-échange qui pillent
les économies du Sud », à commencer par
celles de l’Afrique. Des accords qui
« poussent les modèles économiques africains à travailler beaucoup sur l’exportation, au détriment des conditions de vie des
populations locales et qui les envoient sur les
routes ».
Même l’assouplissement du délit de solidarité, voté dimanche via un amende-
ment du gouvernement, ne trouve pas
grâce aux yeux de Manuel Bompard. « La
question des militants politiques qui portent
assistance à des personnes qui sont dans
une situation difficile n’est pas comprise
dans les assouplissements », déplore-t-il.
« Partout » auprès des migrants
Affirmant que La France insoumise s’engageait « partout » sur le territoire pour
essayer de venir en aide aux migrants, le
diplômé en ingénierie aéronautique a
toutefois récusé toute « position béate »
au sein de son mouvement. « Il ne s’agit
pas de dire [que] tout le monde est le bienvenu sur le territoire national, il s’agit de
regarder pourquoi les gens partent », esti-
Florian Philippot et la dame au chapeau
Geneviève de Fontenay a tenu une conférence de presse, lundi, pour annoncer qu’elle ne rejoindrait pas
Les Patriotes, en présence du leader de la jeune formation. Ils appellent à défiler dans la rue le 1er Mai.
CHARLES SAPIN £@csapin
LES PATRIOTES La République en marche n’est pas le seul mouvement à vouloir
dynamiter les codes de la vieille politique. Avec sa jeune formation Les Patriotes, l’ancien numéro 2 du Front national
espère bien apporter, lui aussi, sa pierre
au nouveau monde. En témoigne, ce lundi, l’organisation par le député européen
d’une nouvelle forme de conférence de
presse pour le moins originale.
Alors qu’il est plutôt de mise de convoquer la presse quand on a quelque chose à
dire ou à défaut à montrer - un ralliement, une prise de guerre ou une action
politique à venir -, Florian Philippot a
Hélène Roussel
le 5/7
préféré déroger à la règle en mettant en
scène de façon inédite la non-adhésion
d’une personnalité de marque à sa formation : Geneviève de Fontenay.
Connue pour son indéfectible soutien à
l’ancienne égérie de Lutte ouvrière, Arlette Laguiller, l’ex-présidente du Comité Miss France a eu à cœur d’annoncer
aux côtés de Florian Philippot que, non,
elle ne passerait « pas de l’extrême gauche à l’extrême droite » et ne rallierait
donc pas Les Patriotes. De quoi désorienter quelque peu les journalistes, persuadés d’être venus pour cette raison, tout
comme Florian Philippot, qui ne cesse
d’expliquer que son mouvement n’a rien
à voir avec « l’extrême droite ».
L’ancienne figure des concours de
beauté a cependant reconnu partager au
moins deux choses avec l’ex-dirigeant
du FN, qu’elle a rencontré il y a deux ans
lors du Salon de l’agriculture : « la Lorraine » et la « détestation » d’Emmanuel
Macron.
« Ce nouveau Roi-Soleil »
A
avec tous les mercredis
Marcelo Wesfreid
du quotidien
Ce serait plutôt ce second point qui aurait
conduit les deux « amis » à prendre la
parole de concert : « J’ai lancé un appel
pour une réunion du peuple, avec un P majuscule, dans la rue le 1er Mai. Qu’une fois
me-t-il, reprenant ainsi le discours tenu
par Jean-Luc Mélenchon au Palais Bourbon ces derniers jours.
Interrogé sur l’action de militants
identitaires sur le col de l’Échelle, ce
week-end, Manuel Bompard a estimé
que le ministre de l’Intérieur, Gérard
Collomb, « a été extrêmement lent à réagir ». Un reproche formulé par de nombreuses personnalités issues de la gauche. « C’est quand même une vraie difficulté que des individus se mettent à la
place de la puissance publique pour assurer le respect d’une frontière », constate le
cadre de LFI. ■
+
» Lire aussi PAGES 7 ET 15
EN BREF
Quinze présidents de région
dénoncent une politique
« recentralisatrice »
Quinze présidents de région, sur
un total de 18, de droite comme
de gauche, dénoncent la politique
« recentralisatrice » de l’exécutif,
sans précédent depuis 1982.
Ils appellent Emmanuel Macron
à faire confiance aux collectivités
pour transformer la France,
dans une tribune publiée dans
Le Monde. « Le président de la
République doit comprendre
les territoires », écrivent-ils,
mais « après plusieurs mois de
discussions sans fin, tout laisse à
penser que l’État veut décider seul ».
Pour Xavier Bertrand,
« ceux qui travaillent
sont les grands oubliés »
Florian Philippot et Geneviève de Fontenay, lundi à Paris.
pour toutes, il manifeste son désaccord
contre Macron, ce nouveau Roi-Soleil, qui
fait que la croissance ne profite qu’aux riches », lâche Geneviève de Fontenay entonnant L’Internationale communiste.
Malgré des « divergences assumées »,
Florian Philippot explique avoir voulu
relayer cet appel en hommage à la « sincérité » de la dame au chapeau « qui
s’est toujours battue pour la justice sociale ». Une sincérité à laquelle la femme de
BENOÎT TESSIER/REUTERS
85 ans n’a pas dérogé pour justifier son
choix de délivrer son message en compagnie du chef de file des Patriotes. Mais
rien n’indique pourtant qu’elle défilera à
ses côtés le 1er Mai. Pourquoi alors cette
conférence de presse avec Florian Philippot ? « Tout simplement parce qu’il est le
seul qui m’ait répondu », assume-t-elle,
précisant avoir en vain joint d’autres leaders politiques et syndicaux. Pas sûr que
ces derniers regrettent leur choix. ■
Le président de la région Hautsde-France, Xavier Bertrand
(ex-LR), a jugé, lundi sur RTL,
que « ceux qui travaillent sont
les grands oubliés » de la première
année de présidence d’Emmanuel
Macron, appelant le chef de
l’État à « mettre de la justice
dans ses réformes ».
« Je crois qu’il faut davantage
écouter et surtout se souvenir des
leçons de la présidentielle », a-t-il
déclaré, soulignant que Macron
« est tout de suite dans le rapport
de forces » dans ses échanges
spontanés avec les Français.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 24 avril 2018
INTERNATIONAL
5
Merkel dénonce « le nouvel antisémitisme »
La chancelière a dénoncé l’attitude de certains « réfugiés arabes », qui s’ajoute aux incidents d’extrême droite.
CORRESPONDANT EN ALLEMAGNE
ALLEMAGNE Les mots ressemblent à un
aveu : « Nous avons maintenant aussi de
nouveaux phénomènes : nous avons des réfugiés ou des personnes d’origine arabe qui
introduisent une autre forme d’antisémitisme dans le pays. » Dans une interview à
la chaîne de télévision israélienne Channel 10 News, accordée à l’occasion des
70 ans de l’État d’Israël, Angela Merkel a
nommé le problème par son nom. Cette
prise de position sans ambiguïté, par celle
qui a incarné l’ouverture des frontières
du pays, était devenue indispensable.
La haine contre les Juifs existait « malheureusement » avant la vague migratoire, a-t-elle complété, alors que le pays est
aussi confronté à la poussée de l’extrême
droite. Mais « qu’aucun jardin d’enfants,
aucune école, aucune synagogue ne puisse
être sans protection policière, cela nous inquiète », a-t-elle insisté. « Il faut remporter cette bataille », avait-elle déclaré
quelques jours auparavant.
En Allemagne comme partout en Europe, l’antisémitisme a ressurgi au quotidien
et avec violence. « C’est devenu pire, soupire Sigmund Königsberg, chargé de la
lutte contre l’antisémitisme pour la communauté juive à Berlin. Je ne recommande
à personne de se promener dans la rue avec
une kippa. Le danger n’est pas immédiat,
mais je ne suis pas sûr que rien ne se passe », confiait-il au début du mois. Effectivement. Quelques jours plus tard une vidéo choquait le pays : on y voit, dans le
quartier bourgeois-bohème de Prenzlauer Berg, à Berlin, un jeune homme
agresser un passant à coups de ceinture en
criant : « Juif ! » La victime a filmé la scène
avec son téléphone portable. « Je ne suis
pas juif, a expliqué celui-ci par la suite.
Mais j’ai voulu porter une kippa dans la rue
pour faire l’expérience. » Son agresseur,
un réfugié syrien de 19 ans, s’est ensuite
livré à la police. Les détails de l’agression
ne sont pas connus. Mais plusieurs affaires
récentes dans des écoles ont souligné la
recrudescence de l’antisémitisme parmi
la population d’origine arabe.
Ce n’est pas la seule polémique qui agite le pays. Mi-avril, le prix musical Echo,
décerné à deux rappeurs, Kollegah et Farid Bang, a suscité une vague de défiance
et d’incompréhension. Il récompensait le
succès de l’album Jeune, brutal et beau
gosse 3, vendu à 200 000 exemplaires.
Dans un de leurs textes, les deux artistes,
qui nient tout antisémitisme, se comparent aux victimes de la Shoah : « Mon
corps est plus “fitté” que celui des détenus
d’Auschwitz », lancent-ils par exemple.
Si le jury du prix n’a pas sursauté en
écoutant la chanson, les protestations politiques et artistiques ont été immédiates
ensuite : « Les provocations antisémites ne
méritent pas de récompense », a critiqué le
ministre de l’Intérieur, Heiko Maas. Et
plusieurs artistes de renom ont commencé
à rendre les trophées des années passées :
les textes de ces rappeurs sont « clairement
antisémites, misogynes, homophobes et
d’une manière générale méprisants pour la
JOHN THYS/AFP
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
“
Les provocations
antisémites
ne méritent pas
de récompense
HEIKO MAAS, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR
”
dignité humaine », a dénoncé par exemple
le célèbre chef d’orchestre Daniel Barenboïm. « Les intérêts commerciaux ne doivent pas supplanter la décence et l’humanité », a-t-il ajouté. Kollegah et Farid Bang
ne sont pas les seuls rappeurs à véhiculer
des stéréotypes ou à banaliser la Shoah :
Bushido, Fard ou Haftbefehl ont aussi été
épinglés pour leurs propos.
L’antisémitisme arabe n’est pas le seul
en cause dans la résurgence de ce phénomène. L’extrême droite reste à l’origine
de la plupart des actes dénombrés. Dans
son dernier rapport, l’association ReportAntisemitism, qui recense les actes antisémites à Berlin via un site Internet, fait
état de 947 agressions en 2017, contre 590
en 2016. « Dans les faits et quand on regarde les chiffres, il n’y a pas forcément de
“nouvel” antisémitisme : il y a toujours eu
des problèmes, nuance une élue berlinoise. Mais peu importe : si les Juifs ne se sentent pas en sécurité en Allemagne, c’est
inacceptable, notamment compte tenu de
notre histoire », poursuit-elle. Le gouvernement a réagi en nommant pour la première fois un commissaire à la lutte
contre l’antisémitisme. C’est le diplomate
Felix Klein qui a été désigné. Son travail
ne fait que commencer. ■
Angela Merkel face aux
élus de l’AfD au Bundestag,
à Berlin, le 14 mars.
CLEMENS BILAN/EPA/MAXPPP
S’ILS LE DEMANDENT, les députés peuvent tous adhérer, a priori, à la Parlementarische Gesellschaft. Installé dans le bâtiment situé en face du Reichstag, ce club
parlementaire fondé en 1951 accueille les
élus qui veulent échapper aux regards les journalistes ne sont pas admis - et aux
luttes partisanes : on y discute, on s’y retrouve pour un verre, au-delà des étiquettes politiques. Le lieu est là pour
« soigner les relations humaines » entre les
députés, y assure-t-on. « Mais depuis que
les élus de l’AfD y ont accès, l’ambiance a
changé et les autres députés ont moins envie de s’y rendre », raconte une observatrice avisée de la vie parlementaire.
La gêne a rattrapé la Parlementarische
Gesellschaft comme elle a saisi le Bundestag depuis sa première session, le 24 octobre. Avec 92 élus, l’Alternative für
Deutschland forme la troisième force du
Parlement derrière la CDU-CSU et le
SPD. À cause de la grande coalition, elle
est devenue la voix de l’opposition au
Bundestag avec tous les droits qui s’y
rapportent : présidence de la commission
du budget, premier droit de réponse lors
des débats.
Depuis six mois, l’AfD a pris ses marques au Bundestag. Elle a aussi obtenu la
présidence de la commission parlementaire sur la justice et de celle sur le tourisme. Elle n’a toutefois pas réussi à faire élire un des siens au poste de vice-président
de l’Assemblée, comme elle y a droit : son
candidat, Albrecht Glaser, a été refusé à
chaque tour par une majorité de députés.
Ses propos niant aux musulmans la liberté religieuse ont été jugés intolérables par
ses pairs.
Les profils parfois extrêmes des députés de l’AfD passent mal au Bundestag.
« J’ai fait une demande d’adhésion à la
Parlementarische Gesellschafft mais je n’ai
toujours pas reçu de réponse », déplore
Markus Frohnmaier, élu de 28 ans, membre de l’aile la plus dure de l’AfD. Peutêtre que le symbole de la German Defense
League que ses collègues soupçonnent
sous sa chemise les a refroidis ? La GDL
est surveillée comme un groupuscule
violent par les services de renseignement
allemand. Markus Frohnmaier dément
toute proximité avec elle et même la nature exacte du tatouage.
Mais l’affaire résume bien les tensions
des six premiers mois de l’AfD au Bundestag. « Montre-nous ton tatouage », a
hurlé la députée Verte Franziska Brantner lors du premier discours du député,
en mars dernier. Même sur les bancs écologistes, l’interpellation a fait sursauter
par sa virulence inhabituelle. Markus
Frohnmaier venait à peine de commencer une intervention sur l’aide au développement : « Quand on parle de développement, on entend jusqu’à présent de la
part du gouvernement une seule approche :
creuser des puits, ouvrir des écoles pour
filles, limiter les émissions de CO2 dans les
zones touchées par les famines, soutenir la
politique du genre au Lesotho… » Après
son discours, il s’est plaint de la charge de
l’élue : « Qu’aurait-on dit si je lui avais demandé de nous montrer ses seins ! Cependant, je comprends son souhait : dans son
parti, les hommes appartiennent surtout
au courant “müesli”. » Lui est adepte de la
musculation. Mais il préfère parler
d’autre chose, comme de son voyage en
Crimée, le week-end dernier, à l’occasion d’un forum économique. Il plaide
pour la reconnaissance de l’annexion de
la province.
92
élus
pour l’Alternative für Deutschland,
qui forme ainsi la troisième force
du Parlement derrière la CDU-CSU
et le SPD
Il n’est pas le seul élu de l’AfD à jongler
avec son passé. Sebastian Münzenmaier,
par exemple, a été condamné dans une
affaire de hooliganisme à l’automne dernier. Mais il est aujourd’hui président de
la commission sur le tourisme. « Je n’ai
aucun problème avec mes collègues, assure-t-il. J’ai un rôle de modérateur dans la
commission. Par ailleurs, nous voulons
tous que le tourisme se développe en Allemagne », ajoute-t-il.
Coups d’éclat et provocations
Tout en se réclamant du travail parlementaire, l’AfD mène depuis six mois une
stratégie de coups d’éclat et de provocation. « C’est un mécanisme empoisonné,
explique Konstantin von Notz, vice-président du groupe Vert. À chaque fois qu’ils
se radicalisent, qu’ils brisent des tabous, ils
renforcent leur audience. Depuis qu’elle est
au Bundestag, l’AfD ne se modère pas. »
Les élus de l’Alternative für Deutschland s’en félicitent. « Les débats parlementaires sont de nouveau devenus passionnants », affirme Alexander Gauland,
le chef de file de l’AfD et ancien député de
la CDU. « Nous avons élargi le corridor du
dicible », poursuit-il. L’AfD a aussi ren-
forcé sa structure. Le parti veut se doter
d’une plateforme de communication. Il a
enfin mis sur pied une fondation, comme
les autres partis politiques représentés.
L’AfD « n’a pas apporté grand-chose
sur le fond du travail du Bundestag, ses interventions sont souvent rudimentaires,
corrige la journaliste du Spiegel Melanie
Amann, spécialiste du parti de droite radicale. Le changement est dans le style : le
ton des discussions est devenu plus dur ».
La cible favorite des députés de l’AfD
demeure l’immigration. Dans leurs propositions de loi, ils ont réclamé par exemple la fin de la double nationalité, prôné
l’interdiction de la burqa ou proposé
d’autoriser les expulsions des réfugiés en
Syrie. Un groupe de parlementaires de
l’AfD s’est même rendu à Damas et a assuré que la situation y était sans risque.
Ils ont de nouveau scandalisé, le mois
dernier, en demandant au gouvernement
des précisions chiffrées sur le nombre
d’enfants handicapés dans la population
immigrée, en relevant que souvent le
handicap était la conséquence de relations consanguines. La question de l’AfD
évoque « les pages les plus sombres de
l’histoire allemande où les personnes handicapées se sont vu refuser le droit de vivre
et ont compté parmi les centaines de milliers de victimes du national-socialisme »,
s’est ému un collectif d’associations de
premier plan. Interrogé sur la pertinence
de l’amalgame, Alexander Gauland a
botté en touche : « Adressez-vous aux
auteurs de la question. » L’un d’eux, Jürgen Pohl, est un proche de Björn Höcke,
le responsable de l’AfD en Thuringe, leader de l’aile identitaire du parti, celle qui
veut notamment remettre en cause « la
culture du souvenir » en Allemagne.
C’est sur ce thème qu’a eu lieu l’unique
débat en séance plénière visant explicitement « la façon de débattre avec l’AfD ».
« Il ne faut pas réagir à chaque provocation,
mais on ne pouvait pas laisser passer les attaques contre la mémoire, surtout dans ce
lieu », explique Konstantin von Notz, à
l’origine de la discussion. Il a été soutenu
par les autres groupes. En réponse, le député de l’AfD Marc Jongen a déploré au
pupitre « la haine » contre son parti.
Si les Verts et Die Linke ont choisi une
confrontation directe avec l’AfD, les
autres groupes parlementaires hésitent
encore sur leur stratégie. La CDU-CSU a
tracé une limite infranchissable entre les
populistes et elle, refusant catégoriquement tout rapprochement, même de circonstance. Angela Merkel a été d’une
clarté absolue à ce sujet. Mais la pression
de l’Alternative für Deutschland pousse
les conservateurs à durcir eux-mêmes
leur discours. « Il faut rendre l’AfD superflue », répète Jens Spahn, qui incarne la
nouvelle droite de la CDU. Du côté du
SPD, la ligne d’opposition est claire,
comme l’a réaffirmé la présidente du
parti, Andrea Nahles. Mais la méthode
des sociaux-démocrates pour reconquérir l’électorat perdu reste à inventer.
L’espoir d’une normalisation de l’AfD
au contact des institutions démocratiques
ou d’une modération progressive ne s’est
pas concrétisé. Pourtant, l’AfD est plus
divisée qu’il n’y paraît, jusqu’à faire croire à l’existence « d’un groupe dans le
groupe » autour des élus les moins extrémistes, comme le relève un élu de gauche. Les excès de langage ne sont pas du
goût de tous les députés de l’AfD. Mais ils
évitent de le dire publiquement, tant que
cela marche. ■
N. B.
A
Au Bundestag, l’AfD refuse de rentrer dans le rang
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
À Erevan, la rue
salue le départ
de Sarkissian
Manifestation de joie de la population,
lundi sur la place de la République à
Erevan, après l’annonce de la démission
du premier ministre arménien, Serge
Sarkissian. HRANT KHACTARYAN/AP
Le premier ministre, qui avait tenté
de s’accrocher au pouvoir après ses deux
mandats présidentiels, a démissionné lundi.
RÉGIS GENTÉ
ENVOYÉ SPÉCIAL À EREVAN
ARMÉNIE L’Arménie a basculé, lundi,
dans l’euphorie la plus totale. Les rues
d’Erevan, d’habitude si calmes, voire
austères, se sont embrasées dans
l’après-midi à l’annonce de la démission du premier ministre honni, Serge
Sarkissian, qui avait tenté de s’accrocher au pouvoir par un tour de passepasse constitutionnel avant de finalement renoncer. Concerts de klaxons,
danses caucasiennes improvisées sur le
toit des voitures, bouteilles de vin
champagnisé sabré dans les rues…
« Sarkissian et toute la clique des députés ont cru qu’ils pouvaient se foutre de
nous éternellement. Eh bien non ! » rugit
de joie Hasmik, une étudiante en médecine qui n’a pas manqué un seul des
onze jours de manifestation qui ont
conduit à la chute de M. Sarkissian.
Ce sont notamment les jeunes, des
adolescents parfois, qui ont investi les
rues de la capitale arménienne. Ils
étaient des dizaines de milliers à les
sillonner en tous sens ce lundi, redoublant d’énergie à mesure que les « bonnes nouvelles » tombaient. Des militaires qui se rallièrent aux manifestants,
un haut gradé de la police déclarant
qu’il n’obéirait pas aux ordres du gouvernement, une rencontre en prison
entre un vice-premier ministre et
Nikol Pashinian, le député qui a mené
le mouvement depuis le début. Et puis
l’annonce de la libération de celui-ci.
Quelques instants après avoir quitté sa
geôle, où il était enfermé depuis la
veille, celui-ci rejoignait la place de la
République, porté par la foule, laquelle
scandait « Nikol, Nikol… ».
« Je savais depuis hier soir que Sarkissian était fini », s’écrie Armen, un
quadragénaire programmeur dans une
start-up arménienne. L’arrestation de
Pashinian, qui avait fait suite à sa rencontre avec le premier ministre pen-
“
Vous voyez ce que
le peuple arménien
est capable de faire
UN MANIFESTANT
”
dant moins de deux minutes dimanche
matin, s’était soldée par une volonté
encore plus farouche de la part des Arméniens de descendre dans la rue. Le
soir, ils étaient plus de cent mille réunis place de la République. Du jamaisvu depuis le début du mouvement et
un chiffre impressionnant pour ce pays
de moins de 3 millions d’habitants. La
colère n’avait cessé de s’amplifier.
Frappé par une limitation de mandat, Serge Sarkissian, qui venait
d’achever son deuxième mandat présidentiel, avait tenté de prolonger son
règne sur le pays en se faisant élire
premier ministre par les députés.
« Lorsqu’il a annoncé qu’il ferait sa réforme constitutionnelle, en 2014, pour
passer du régime présidentiel au régime
parlementaire, Sarkissian a promis qu’il
ne chercherait pas à devenir le premier
ministre après ses deux mandats de
président. On ne le croyait pas, mais
cela est passé, même si le référendum de
2015 avait été trafiqué. Mais là, mardi
dernier, lorsqu’il s’est fait élire premier
ministre par tous ces députés véreux,
alors c’en était trop », martèle Hasmik,
poing fermé.
Pour beaucoup d’Arméniens, les
cent mille manifestants de la place de la
République étaient le signe que « le
pouvoir était passé du côté du peuple »,
comme l’avait souligné Nikol Pashinian
dimanche en face d’un Serge Sarkissian
plein d’arrogance. Ce lundi matin,
lorsqu’il s’est agi de redescendre dans
la rue, l’allégresse était tout de suite de
mise. Pas seulement dans le centreville. Il fallait compter plus de deux
heures pour pénétrer jusqu’au cœur
d’Erevan, une ville de plus d’un million
Le Groenland rêve encore d’indépendance
La souveraineté est au cœur des élections de mardi au Parlement de ce territoire autonome danois.
SLIM ALLAGUI
COPENHAGUE
ARCTIQUE «La flamme de l’indépendance brûle dans nos cœurs pour toujours ! » clame avec force Kim Kielsen,
le chef du gouvernement sortant du
Groenland, territoire autonome du Danemark, à la veille des élections législatives du 24 avril. Peu débattue lors du
scrutin précédent de 2014, la question
de l’affranchissement de la tutelle danoise a constitué un thème essentiel de
la campagne électorale dans cette île
stratégique, la plus grande du monde,
de 2,2 millions de km2, peuplée de quelque 56 000 habitants, et qui abrite une
base radar américaine à Thulé, un des
maillons du bouclier antimissiles des
États-Unis.
Un scrutin suivi avec intérêt par les
pays riverains de l’Arctique et
d’ailleurs. Car le royaume des Inuits et
de l’or bleu (10 % des réserves d’eau
douce de la planète) occupe une position clé dans la région, par ses immenses richesses en hydrocarbures et en
ressources minérales encore inexploitées, et par son accès - provoqué par la
fonte des glaces - au passage du nordouest dans l’océan Arctique, entre l’Atlantique et le Pacifique. Objet de toutes
les convoitises, le Groenland attire
nombre d’États, notamment la Chine,
qui cherche à en faire sa porte d’entrée
dans l’Arctique.
Les affiches des candidats des sept partis en lice pour le nouveau gouvernement,
dans une rue de Nuuk, capitale du Groenland. SCANPIX DENMARK/REUTERS
Pour six des sept partis en lice qui
briguent les 31 sièges du Parlement, la
souveraineté, soutenue par une large
majorité de la population, est « le but »
à plus ou moins long terme.
«Elle viendra par étapes et lorsque
nous aurons réalisé une autonomie économique viable », assure, pragmatique,
M. Kielsen, à la tête du parti Siumut
(social-démocrate), crédité de 27,6 %
des voix selon un dernier sondage. Le
patron du Siumut met en garde ceux qui
veulent rompre rapidement les amarres
avec Copenhague, qui assure la survie
de l’île en injectant près de 3,8 milliards
de couronnes (510 millions d’euros) de
Les informés de franceinfo
A
Une émission de Jean-Mathieu Pernin,
du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
subsides par an, plus de la moitié de son
budget. « Nous avons beaucoup de défis
à relever, diversifier notre économie, dépendante à 92 % de la pêche, éduquer
une grande partie de notre population,
mais le cap est mis : nous sommes irrévocablement sur la voie de l’indépendance. » commente-t-il. M. Kielsen espère
que les richesses minérales du Groenland, comme l’uranium, les terres rares
et autres minerais (fer, zinc) ainsi que le
pétrole et le gaz, seront exploitables
dans un avenir pas trop lointain pour
asseoir les bases de son indépendance.
Une place stratégique
Face aux velléités souverainistes des
Inuits, le premier ministre danois, Lars
Loekke Rasmussen a prévenu : « Je ne
m’imagine pas que l’aide du Danemark
se poursuivra si le Groenland décide
d’être indépendant. » « Une menace intolérable » pour les indépendantistes les
plus acharnés, à l’instar de Nalerak
(11,1 % des intentions de vote), un parti
fondé par l’ancien chef du gouvernement Hans Enoksen, père du statut
d’autonomie élargie obtenu en 2009, lui
accordant notamment le contrôle sur
ses ressources naturelles. Il rêvait déjà
de voir le Groenland « indépendant en
2021, trois cents ans après l’arrivée du
pasteur évangéliste danois Hans Egede », explorateur et missionnaire. Une
date qu’il « maintient encore aujourd’hui ».
Tout aussi pressé, Vittus Qujaukitsoq,
l’ex-ministre Siumut des Affaires
étrangères, qui a créé son propre parti
Nunatta Qitornai (Nos descendants). Il
milite pour « l’indépendance le plus tôt
possible », affirmant que « nous n’allons
pas mourir de faim si Copenhague nous
coupe les vivres ! »
D’autant que le Groenland a retrouvé
une meilleure santé : croissance de
6,9 % en 2016 en raison de belles performances de la pêche, de 3,9 % en 2017
et de 2,6 % prévus cette année. Le chômage est en recul et les finances publiques plus ou moins à l’équilibre. Un climat optimiste qui encourage les plus
chauds partisans de l’indépendance.
« Ce qu’ils proposent est irréaliste », rétorque Sara Olsvig, présidente d’Inuit
Ataqatigiit (IA, extrême gauche) en tête
des sondages (31,0 % des suffrages).
« Notre priorité est de nous attaquer aux
problèmes de notre société, comme
l’éducation, le manque de logements, le
vieillissement de notre population, les
violences conjugales et les abus sexuels
contre les enfants », explique-t-elle.
Le Groenland, indépendant ? Sans
doute une illusion, car un pays si faiblement peuplé ne pourra pas s’en sortir
seul avec ses propres moyens notent
nombre d’experts. Résumant ces doutes dans un livre récent Si le Groenland
se libérait, le dirigeant danois Martin
Breum rappelle aux Inuits « l’emplacement stratégique de leur pays dans le jeu
géopolitique entre les grandes puissances ». Libres, « il ne faut pas qu’ils s’attendent à prendre seuls leurs destinées en
main ». Et, selon lui, il serait « dans leur
intérêt d’être grands avec le Danemark
plutôt que petits face aux États-Unis, la
Russie, la Chine ou d’autres ». ■
d’habitants. Tous les quartiers périphériques étaient bouclés par leurs habitants, des barricades érigées au travers des principales artères de la ville.
Une vigilance pleine d’excitation et de
détermination à clamer son droit à
choisir ses dirigeants. « Vous voyez ce
que le peuple arménien est capable de
faire », crie un chauffeur de camion,
après avoir placé son véhicule en travers d’une avenue des quartiers est
d’Erevan.
Si la promesse non tenue de M. Sarkissian de ne pas s’emparer du poste
de premier ministre - ce qu’il fit aussitôt après avoir quitté la présidence
(le 9 avril dernier) - a enflammé la petite république caucasienne, c’est aussi parce que les conditions de vie sont
des plus mauvaises dans le pays. Le
salaire moyen est de moins de
300 euros par mois. « C’est simple, il
n’y a pas de travail ici. Moi, ça fait dix
ans que je ne trouve rien ou seulement
des petits boulots sur des chantiers de
construction pour quelques jours, de
temps en temps. Dans ma famille, on vit
grâce aux revenus de mon frère, qui
travaille en Russie. Il m’est arrivé aussi
d’aller bosser dans la région de Moscou
quand on avait besoin d’argent », raconte Levon, au milieu d’un invraisemblable brouhaha aux abords de la
place de la République.
Lorsqu’on lui demande comment il
voit l’avenir, maintenant qu’une solution semble se profiler pour sortir de la
crise politique, il se veut d’abord
optimiste. Mais il ne faut que quelques
minutes pour que les premiers doutes
pointent : « Oui, Nikol Pashinian fera
sans doute un bon leader, enfin on ne
sait pas trop. C’est vrai qu’on a tous dit :
dégage, Serge. Après, eh bien, on verra.
Est-ce que ça peut être pire que la
politique de ce type qui n’a rien fait
pendant dix ans ? » Il faut faire
confiance au peuple, rétorque Mher,
étudiant en économie formé en Allemagne : « Voyez en 2015 comment on a
su faire reculer le pouvoir sur l’augmentation des tarifs de l’électricité. Le problème est que nos dirigeants n’ont pas
compris qu’il se passe des choses profondes dans notre société. » ■
ZOOM
Royaume-Uni : Kate a donné
naissance à un garçon
Kate Middleton, la duchesse de
Cambridge, a donné naissance
lundi à un garçon, son troisième
enfant avec le prince William,
suscitant une explosion de joie
devant la maternité londonienne.
Le prénom du bébé, né à la
maternité de l’hôpital St Mary,
sera annoncé « en temps voulu »,
a ajouté le Palais. Arthur, Albert,
James et Philip ont les faveurs
des parieurs. Le nouveau-né est
le sixième arrière-petit-enfant
de la reine Elizabeth II, qui a fêté
ses 92 ans samedi, et du prince
Philip, âgé de 96 ans. Il dispose
du titre d’altesse royale, et
comme son grand frère, de celui
de prince de Cambridge. Il est
cinquième dans l’ordre de
succession au trône britannique,
après son grand-père Charles,
prince de Galles, son père
William, son grand frère, le
prince George, et sa grande
sœur, la princesse Charlotte.
EN BREF
Paraguay : Mario Abdo
Benítez élu président
Le candidat de droite Mario Abdo
Benítez a remporté l’élection
présidentielle au Paraguay,
réaffirmant l’hégémonie de son
parti Colorado, qui gouverne le
pays sud-américain presque sans
interruption depuis 1947.
Nicaragua : Ortega renonce
à des réformes après des
manifestations meurtrières
Le président du Nicaragua,
Daniel Ortega, a renoncé
dimanche à sa réforme
controversée des retraites,
à l’origine d’une vague de
manifestations qui a fait au moins
25 morts en cinq jours, les plus
graves troubles depuis son
arrivée au pouvoir il y a onze ans.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 24 avril 2018
SOCIÉTÉ
7
Migrants : les Hautes-Alpes sous pression
Après les incidents de ce week-end autour de points de passage, le ministre de l’Intérieur envoie des renforts.
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
IMMIGRATION Théâtre de « provocations,
de gesticulations et d’affrontements », selon Gérard Collomb qui renvoie dos à dos
les « groupes d’activistes d’ultradroite et
d’ultragauche » qui ont mené des opérations coup de poing ce week-end (lire cidessous), les Hautes-Alpes vont faire
l’objet d’une thérapie de choc pour juguler un afflux exponentiel de migrants originaires d’Afrique de l’Ouest.
Au moment même où son projet de loi
sur l’asile et l’immigration a été adopté à
l’Assemblée au terme d’âpres débats, le
ministre de l’Intérieur a ordonné que des
« renforts de police et de gendarmerie importants » soient mis en place pour
« s’assurer du respect absolu du contrôle
des frontières ». Dès dimanche soir, un
escadron de gendarmerie mobile et une
demi-compagnie de CRS, soit une centaine d’hommes au total, ont été engagés
pour renforcer les unités territoriales qui
peinent à faire face à la vague montante
des arrivées illégales.
Chiffres à l’appui, la préfecture dresse
un état des lieux préoccupant : le nombre
des personnes refoulées vers l’Italie a explosé en un an, passant de 315 en 2016 à
près de 1 900 l’année dernière. Constatant
un « effet de report » depuis que la charnière « traditionnelle » Menton/Vintimille (Alpes-Maritimes) est cadenassée
par environ 600 policiers et gendarmes,
un responsable local observe que « de plus
en plus de candidats à l’exil tentent leur
chance plus au nord et franchissent la frontière en empruntant le col de Montgenèvre,
qui figure au nombre des 120 points de passage frontaliers autorisés mis en place lors
de la fermeture des frontières au lendemain
des attentats de novembre 2015 ». Outre de
sporadiques trafics intracommunautaires
de clandestins indo-pakistanais faisant le
voyage à deux ou trois à bord de véhicules
conduits par des compatriotes venus de
région parisienne gagner quelques billets,
les forces de l’ordre y sont confrontées à
des flots de migrants sénégalais, ivoiriens
et guinéens. « Il s’agit essentiellement de
jeunes hommes, plus rarement de familles
avec des enfants, débarquant de Milan ou
de Turin et qui savent que les rares points de
passage routiers sont surveillés autant que
les trains internationaux », rappelle un
policier spécialisé.
En tenue de ski sur des planches
Attirés par le bouche-à-oreille qui reste
l’un des vecteurs les plus efficaces pour
dessiner leur « routing », ces exilés subsahariens franchissent à pied et avec les
moyens les plus rudimentaires le très
stratégique col de l’Échelle, culminant à
1762 mètres à six kilomètres de la frontière italienne. « Plus récemment, note un
expert, nous avons aussi intercepté des
migrants qui dévalaient tant bien que mal
les pentes sur des planches et en tenue de
ski pour se fondre dans le décor. »
De fait, les organisateurs de filières
sont de plus en plus ingénieux pour
tromper la vigilance des quelques dizaines de militaires et d’agents de la police
aux frontières censés jusqu’ici « tenir »
le périmètre. Après avoir essuyé quelques déconvenues liées à des arrestations de passeurs en flagrant délit, les
animateurs de réseaux, pragmatiques,
adaptent leur méthode. Moyennant
500 euros, ils délivrent à chaque migrant
africain un petit « guide » pratique où figurent notamment les meilleurs chemins, les horaires les plus adéquats, un
ou deux numéros téléphoniques de complices installés en France ou encore les li-
gnes de bus low-cost à emprunter de
préférence en solo pour ne pas éveiller
les soupçons. Si la SNCF tourne au ralenti, les Ouibus qu’elle affrète semblent très
prisés. Selon nos informations, une filière franco-italienne en avait réservé pas
moins de 6 000 billets avant d’être démantelée au début de l’année.
« Après l’arrivée du printemps et la
fonte des neiges, la pression migratoire va
encore augmenter, comme tous les ans à
cette saison », grimace un haut fonctionnaire qui se félicite de l’arrivée des renforts. Suffiront-ils ? Considérant que
« 50 000 non-admissions ont été prononcées à la frontière franco-italienne » pour
la seule année 2017, Gérard Collomb a
décidé de « renouveler les contrôles pour
six mois ». ■
+
» Lire aussi PAGES 4 ET 15
Opération du col
de Montgenèvre :
six gardes à vue
Quatre Italiens et deux Suisses
ont été interpellés et placés en garde
à vue dans les Hautes-Alpes après
avoir pris part, dimanche, à l’entrée
en France de migrants venant d’Italie.
Ils sont entendus pour « aide à
l’entrée d’étrangers en situation
irrégulière sur le territoire national et
en bande organisée ». Dimanche, vers
14 heures, un cortège d’une centaine
de militants pro-migrants français
et italiens a franchi la frontière au col
de Montgenèvre, avec une trentaine
de clandestins, en passant par les
pistes de la station de ski, donnant
lieu à des « bousculades » avec
les forces de l’ordre. Selon une
source proche de l’enquête, les
personnes interpellées « ont participé
activement à ces débordements ».
Cette action est intervenue
juste après celle des militants
de Génération identitaire (extrême
droite), de samedi à dimanche matin,
au col de l’Échelle (lire ci-dessous).
Le « coup de com » des
Identitaires salué par le FN
CHARLES SAPIN £@csapin
« C’EST UN COUP de com réussi ! » Au
Front national, c’est des deux mains
qu’on applaudit la dernière action de
Génération identitaire. En bloquant avec
des barrières de chantier une partie du
col de l’Échelle, dans les Hautes-Alpes ce
week-end, la centaine de militants du
collectif d’extrême droite protestant
contre le passage de migrants a « réussi à
faire comprendre, notamment à Monsieur
Collomb, qu’il y a une frontière et qu’il faut
la contrôler », félicite le député des Pyrénées-Orientales, Louis Aliot. « C’était
une action parfaitement pacifique, à la fois
symbolique et efficace, qui a soulevé le vrai
problème des frontières », abonde sur
LCP le député européen Nicolas Bay.
Même Marine Le Pen s’est fendu d’un
tweet, dimanche, saluant une opération
ayant pour conséquence « cocasse » que
« toute la gauche s’est plainte en hémicycle que ce ne soient pas les forces de l’ordre
qui aillent protéger les frontières… »
Des compliments qui n’ont pas toujours été de mise entre la sphère identitaire et le parti de Marine Le Pen. La chef de
file du Front national s’était dissociée du
« mode d’action » de ce même collectif en
2012, après une opération coup de poing
sur le toit d’une mosquée en construction
à Poitiers. Le groupe issu des jeunesses
identitaires – distinct du Bloc identitaire a pris garde, cette fois-ci, à ce que son action soit irréprochable sur la forme :
« Près de trois mois de préparation ont été
nécessaires. Nous avons dépensé un budget
d’environ 30 000 euros financé grâce aux
dons d’adhérents et de chefs d’entreprise
qui nous soutiennent, assure un ancien
responsable de Génération identitaire,
Damien Rieu, présent ce week-end dans
les Hautes-Alpes. Pas question d’enfreindre la loi. Si on croise des migrants, on appelle la gendarmerie, à la limite on leur demande de faire demi-tour. Point. »
Une communication millimétrée, qui
n’aurait pas suffi, il y a quelques années,
à glaner la bienveillance du FN. Longtemps concurrents dans les urnes, Front
national et identitaires ont entretenu des
relations détestables. « Il y a eu des affrontements électoraux assez durs, notamment dans le sud-est de la France.
Évidemment, ça ne favorisait pas les
échanges », relate un responsable du FN.
Les choses s’apaisent par étapes. Tout
d’abord à partir de 2012, où lors de leur
convention d’Orange, les identitaires
décident « de ne plus être concurrents du
FN mais complémentaires ».
“
Toute la gauche s’est
plainte en hémicycle que
ce ne soient pas les forces
de l’ordre qui aillent
protéger les frontières...
MARINE LE PEN, SUR TWITTER
”
Un pas qui n’empêchera pas Marine Le
Pen de se méfier et de s’opposer, en 2013,
à l’adhésion au Rassemblement bleu Marine du cofondateur du Bloc identitaire,
Philippe Vardon. Ni d’exclure, en 2014,
toute possibilité d’alliance aux municipales en raison de divergences « idéologiques insurmontables ».
C’est finalement lors des régionales de
2015 que de véritables passerelles
s’ouvrent, autour d’une certaine Marion
Maréchal Le Pen, alors tête de liste en région Paca. Participent notamment à son
équipe de campagne, Antoine Baudino,
Damien Rieu et Philippe Vardon, tous issus des Identitaires. Le premier était
candidat FN aux législatives dans les
Bouches-du-Rhône, le deuxième est directeur de la communication de la ville
FN de Beaucaire, le dernier, enfin, a rejoint en mars la direction du parti de Marine Le Pen et siège au bureau national. ■
DANILO BALDUCCI/PHOTOSHOT/MAXPPP
À Paris, les campements
à nouveau saturés
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
LE DÉMANTÈLEMENT de la « jungle »
de Calais, en octobre 2016, un succès ?
La question trouve en partie sa réponse
aujourd’hui au nord de Paris, dans le
quartier de la Villette. Plus de
2 500 personnes s’y entassent dans un
millier de tentes posées à même les
trottoirs, sous les ponts, le long du périphérique et des grands boulevards, au
bord des quais également. Les conditions d’insalubrité ne font qu’empirer
avec les premières chaleurs qui reviennent. Et la violence guette de nouveau
dans ce cloaque autour duquel rôdent
les passeurs qui exploitent cette misère.
De l’avis même de l’équipe de la
maire PS de la capitale, Anne Hidalgo,
« un certain nombre de personnes font
des allers-retours pour se reposer de
Calais ». Car la Grande-Bretagne reste
un puissant point d’attraction pour ces
déracinés. « Si on ne fait rien, dans deux
semaines, ils seront 3 000 », avait prédit l’édile parisienne, le 5 avril. Un haut
responsable policier reconnaît que « le
seuil est quasiment atteint ». Une nouvelle opération de « mise à l’abri » se
profile, alors que Mme Hidalgo évoque
la possible « mise à disposition d’une
aire pour les gens du voyage dans le bois
de Boulogne ».
Les migrants qui affluent sont originaires majoritairement d’Afrique subsaharienne. Ils sont soudanais, éthiopiens, érythréens, nigérians et
s’ajoutent aux quelque 400 Afghans
déjà présents près du canal SaintMartin et de la porte d’Aubervilliers.
Signe particulier : ils sont à une très
large majorité des « dublinés ». En
clair, des illégaux qui, en vertu du règlement de Dublin, devraient voir étudier leurs demandes d’asile non pas en
France, mais dans le premier pays
européen qui a enregistré leurs em-
preintes, comme la Grèce ou l’Italie,
par exemple. Mais le système est en
panne et sa réforme n’aboutira pas
avant dix-huit mois.
En tout état de cause, même renvoyés en Italie ou ailleurs en Europe,
rien ne garantit que ces personnes ne
vont pas revenir en France tenter leur
chance. Bien des récits en témoignent
dans le campement de la Villette.
“
On ment aux Français
en leur disant que
c’est une crise migratoire
passagère et qu’on
va la régler avec la loi
sur l’immigration
”
ANNE HIDALGO, MAIRE DE PARIS
« Si la Mairie de Paris souhaite l’évacuation, elle peut parfaitement le demander au juge et si le juge le décide, le
gouvernement mettra en œuvre les
moyens à sa disposition pour exécuter
cette décision de justice », a rappelé, le
20 avril, le secrétaire d’État en charge
des Relations avec le Parlement, Christophe Castaner. Appelée à la « responsabilité », la maire de Paris, de son
côté, ne ménage pas le gouvernement
sur le dossier des migrants : « On ment
aux Français en leur disant que c’est une
crise migratoire passagère et qu’on va la
régler avec la loi sur l’immigration. »
C’est le rare point sur lequel elle
s’accorde avec la droite. Le député LR
des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, très
en pointe durant les débats sur ce texte
défendu par le ministre de l’Intérieur
Gérard Collomb, l’assure : « La situation parisienne éclaire le fait que le dossier migratoire est hors de contrôle. Le
gouvernement déplace des gens, mais il
ne règle pas le problème. » L’été 2018
s’annonce tendu, de Menton à Paris. ■
ZOOM
Salah Abdeslam condamné
à vingt ans de prison
Le djihadiste français
Salah Abdeslam et son complice,
le Tunisien Sofiane Ayari,
ont été condamnés lundi
par le tribunal correctionnel
de Bruxelles à vingt ans de prison
pour leur participation à une
fusillade avec des policiers
survenue en mars 2016 dans
la capitale belge. C’est la première
fois qu’un tribunal statue sur le
sort d’Abdeslam, seul membre
encore vivant des commandos
djihadistes ayant fait 130 morts
à Paris, le 13 novembre 2015. Le
jugement a été rendu en l’absence
des deux prévenus, qui avaient
refusé de quitter leur cellule.
EN BREF
Les routes moins mortelles
Le nombre de morts sur les
routes de France métropolitaine
a baissé de 13,5 % sur un an en
mars 2018, avec 231 personnes
tuées, soit 36 de moins que
l’année précédente, a annoncé
lundi la Sécurité routière.
Des musulmans récusent
la tribune dénonçant
un nouvel antisémitisme
Des responsables musulmans
ont dénoncé lundi un « procès
injuste et délirant » instruit
contre leur religion dans
une tribune signée dimanche
par 300 personnalités dénonçant
« un nouvel antisémitisme »
et appelant à expurger
des passages du Coran. Ce procès
« présente le risque patent
de dresser les communautés
religieuses entre elles », a réagi
Dalil Boubakeur, le recteur
de la Grande Mosquée de Paris.
A
Des migrants tentent de passer la frontière entre l’Italie et la France, en janvier, à proximité des Hautes-Alpes.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Veillée d’armes à Notre-Dame-des-Landes
Bien que certains aient déposé des dossiers
de régularisation, les zadistes se préparent
à de nouveaux heurts avec la gendarmerie.
ÉDOUARD DE MARESCHAL
£@edemareschal
ENVOYÉ SPÉCIAL À NOTRE-DAME-DES-LANDES
AMÉNAGEMENT Dans un nuage de gaz
lacrymogène encore lourd, une quinzaine de zadistes s’activent au sud de la
D281. À coups de pelles et de pioches, ils
creusent à nouveau la double tranchée
qui barre l’accès au chemin de Suez, qui
traverse la ZAD d’est en ouest. À la mijournée, des gendarmes mobiles épaulés
par un blindé ont tenté de reboucher ces
fossés. Mais à peine les militaires se
sont-ils repliés, sous une pluie de projectiles jetés par des hommes encagoulés, que les zadistes se sont affairés à reconstruire leurs barricades.
Quelques heures avant l’expiration du
nouveau délai laissé aux occupants pour
leur permettre de régulariser leur situation, il règne un calme précaire sur la
ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Pour
l’heure, impossible de connaître précisément le dispositif mis en place par la
gendarmerie. Mais les forces de l’ordre
bouclent tous les accès à la ZAD et interdisent à tout véhicule de passer.
Les barricades sont omniprésentes le
long du chemin de Suez. Une série de
chicanes faites de pneus et de carcasses
entassées le rende impraticable à tout
véhicule. Derrière ces monticules sont
entreposées des caisses de bouteilles en
verre prêtes à être jetées sur les forces
de l’ordre en cas d’attaque. Un grand
lance-pierre traîne aussi, sans que l’on
parvienne à savoir s’il est toujours opérationnel. Sur la droite du chemin, un
long fossé rehaussé de pieux en bois
entrave le passage vers la lisière d’une
forêt. Quelques personnes vont et
viennent, parfois armées d’un lancepierre, parfois équipées d’un masque à
gaz ou d’un bouclier artisanal. Quelle
que soit l’issue de l’ultimatum fixé par
le gouvernement, il ne fait aucun doute
que certains zadistes sont prêts à en découdre.
Lundi, une trentaine de dossiers agricoles avaient été déposés par les occupants. Fort de cette démarche, ils estimaient avoir rempli leur part du contrat.
« On a tendu la main à l’État. Maintenant, on veut juste que les flics s’en aillent
et qu’ils nous laissent vivre ici », fait valoir une jeune femme qui déambule sur
son vélo le long de la D281. Avec six
autres personnes, elle a déposé un projet
associatif de culture de semences paysannes sur plusieurs petites parcelles.
Mais difficile d’avoir plus d’éléments
concrets : elle n’est pas du métier et ne
connaît manifestement pas tous les détails de la procédure administrative.
La ferme d’Ambazada,
« projet culturel »
Face-à-face sous tension entre zadistes et forces de l’ordre, lundi, à Notre-Dame-des-Landes.
Projets de conserveries, de mielleries :
une vingtaine de dossiers « artisanaux »
ont aussi été remis à la préfecture, quand
bien même celle-ci a déjà fait savoir
qu’ils seraient jugés irrecevables. « Nous
les avons tout de même déposés car nous
voulons montrer que tout est interconnecté », fait-on valoir chez les zadistes : « Il
n’y a pas de solution purement individuelle », comme le réclament les autorités.
La ferme d’Ambazada, un lieu de vie
autogéré, fait ainsi office de « projet
culturel ». Dernière une palissade branlante se dresse une grande charpente en
bois, partiellement habillée de murs en
paille. « C’est à la fois un lieu pour se réunir, échanger et se former », fait valoir
Thomas, un jeune installé sur place depuis deux ans. Architecte de formation,
il a participé à la construction de l’édifice. « Le dossier est déposé en préfecture,
nous avons rempli tous les papiers exigés.
Si l’État détruit notre maison, ce sera une
trahison », estime-t-il.
Si quelques zadistes affichent leur
bonne volonté, ils doutent que l’État envisage réellement de les laisser s’instal-
ler dans la durée. « Il n’y a pas de projet
qui tienne dans l’esprit du gouvernement », estime Pierre, occupant des
lieux depuis cinq ans. « La préfète a bien
dit que ces dépôts de dossiers n’ouvraient
à aucun droit. Donc, leur objectif est simple : ils veulent affaiblir le mouvement en
le normalisant, ce que personne ne souhaite ici. »
La préfecture de Loire-Atlantique note
tout de même « des avancées concrètes
sur le dossier ». Signe que le dialogue
progresse, elle a aussi annoncé lundi la
régularisation de la situation des quatre
agriculteurs qui avaient refusé leur expropriation. Ils retrouveront un cadre
d’exploitation légal en signant des
conventions d’occupation précaire, explique la préfecture dans un communiqué. Quant aux dossiers des zadistes, ils
seront examinés dans les prochains
jours par la Direction départementale
des territoires et de la mer (DDTM) qui
déterminera leur recevabilité. Au bout
du compte, la décision d’expulsion reviendra au chef du gouvernement. ■
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
DELACROIX, LA FUREUR DE PEINDRE
Il se confronta au spectacle du monde, afronta les
sarcasmes et les éloges, sans qu’ils lui fassent renier sa
passion : il avait l’étofe du héros, celui qui ne plie pas
face aux gens « à conscience souple », et qui adresse
son œuvre à l’éternité. A l’occasion de la magnifique
rétrospective organisée au musée du Louvre, la plus
complète depuis 1963, Le Figaro Hors-Série se penche
sur la figure emblématique du chef de file du
romantisme, chez qui l’instinct du trait s’allia à
l’expérience du travail. Analyse de son esthétique, de
la peinture d’histoire à ses paysages, en passant par ses
portraits et ses sujets religieux, récit d’une vie marquée
par ses amitiés fécondes avec Chopin, George
Sand ou Baudelaire, son admiration pour Rubens
et Shakespeare, son voyage au Maroc. Il voulait que
chaque tableau soit une « fête pour l’œil », son œuvre
est un feu d’artifice qui nous éblouit encore.
Le Figaro Hors-Série : La fureur de peindre.
106 pages.
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A
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IMAGEFORUM
À Montpellier,
les bloqueurs sont
partis en vacances
Les bâtiments de l’université Paul-Valéry sont
à nouveau accessibles.
WALLY BORDAS £@wallybordas
ENVOYÉ SPÉCIAL À MONTPELLIER
ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR Sous le
soleil montpelliérain, les agents d’entretien de l’université retirent consciencieusement tables et chaises devant
les différents bâtiments de l’université
Paul-Valéry. Les quelques étudiants
présents regardent la scène, étonnés.
« Le blocage est terminé ? », questionne
l’un d’eux. « On ne sait pas, mais on fait
un peu de ménage », répond le technicien de surface. Devant la bibliothèque
universitaire, Patrick Gilli, président de
l’université, ne cache pas sa joie. « Nous
reprenons pacifiquement possession du
campus », se réjouit-il.
Depuis vendredi soir, les 80 bloqueurs
qui occupaient encore le site de la fac
montpelliéraine sont partis. « Ils ont
quitté les lieux d’eux-mêmes ce week-
Selon l’administration,
de l’université, le coût
du blocage s’élève
à 300 000 euros minimum
end. A priori, ils reviendront le 30 avril »,
renseigne l’administration de la fac.
Autrement dit : les occupants se sont alignés sur les vacances de l’université et
ont décidé, eux aussi, de faire une pause.
Cette situation pour le moins cocasse
amuse Jeanne et Guillaume, du comité
de mobilisation « Libère ta fac », qui
lutte depuis le début de la mobilisation
pour le déblocage de l’université. « Ça
n’a absolument aucun sens. On se demande vraiment sur quoi est basée leur
lutte, juge Jeanne. Ils partent en vacances
alors qu’ils se disent jusqu’au-boutistes. » « Ce qui est sûr, c’est qu’on ne les
verra pas ici pendant les grandes vacances », ajoute Guillaume. Dans la spacieuse bibliothèque universitaire de
l’université, on se réjouit du départ
temporaire des bloqueurs. « On peut
venir tranquillement. Je dois travailler sur
mon mémoire, cela me permet d’avancer
de manière plus sereine », témoigne Antoine, étudiant en master cinéma. Comme lui, ce lundi 23 avril, des dizaines
d’étudiants sont venus travailler. L’ambiance est studieuse, mais beaucoup se
demandent de quoi sera faite la suite. Et
les raisons du départ prématuré des bloqueurs interrogent. Selon certains dires,
ils seraient partis aider des cheminots
mobilisés dans une ville voisine.
D’autres rumeurs racontent qu’ils seraient en train de préparer l’occupation
d’un autre campus : celui de la toute
proche faculté de sciences de Montpellier. Pour Antoine, « les bloqueurs savaient très bien qu’une intervention policière allait être lancée pour les déloger
cette semaine, c’est pour cela qu’ils ont
décidé de partir ».
Plus tôt dans la matinée, les forces de
l’ordre ont effectivement investi le
campus de l’université. « Mais l’objectif
n’était pas d’évacuer les occupants, le
préfet savait très bien qu’il n’y avait plus
personne depuis ce week-end. Le but de
cette intervention était de constater les
dégâts sur le site », précise le président
de l’université. Selon l’administration,
entre la rénovation des amphithéâtres
tagués, la dégradation du matériel, la
réparation des serveurs et la délocalisation de certains partiels, le coût pour
l’université s’élève à 300 000 euros minimum. À l’échelle nationale, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal chiffre les dégâts à plus d’un
million d’euros.
D’ici à quelques jours, les étudiants
mobilisés devraient revenir à la fac de
Montpellier. « S’ils décident de bloquer,
nous n’aurons pas d’autre choix que de
solliciter l’intervention des forces de l’ordre », prévient Patrick Gilli. En attendant, le calme est bel et bien revenu à
Paul-Valéry. ■
Parcoursup : 810 000 candidats ont validé
leurs vœux pour l’an prochain, un record
Record battu. Avec 810 000 candidats
ayant validé au moins un vœu au
31 mars, la plateforme d’orientation
Parcoursup dépasse d’ores et déjà
les chiffres de feue APB. Ces derniers
ont exprimé 7,7 vœux en moyenne,
sur un total de 10 autorisés, soit
plus que les 7,1 de moyenne
formulés sur APB, où la limitation
était pourtant plus lâche.
Près de sept candidats sur dix se
sont tournés vers des formations
sélectives. On observe une
augmentation considérable du
nombre de candidatures en instituts
universitaires de technologie (+ 26 %)
et en sections de techniciens
supérieurs (+ 15,5 %). À l’université,
les formations les plus populaires
restent le droit, la psychologie,
la première année commune aux
études de santé et les formations
en sport (Staps). Pour faire face à
cette affluence record, le ministère
rappelle avoir financé la création de
19 000 places supplémentaires.
P.C
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 24 avril 2018
SCIENCES
9
Dans 200 ans,
la vache pourrait
devenir le plus
gros mammifère
VINCENT BORDENAVE
vbordenave@lefigaro.fr
EXTINCTION Disparition des girafes,
extinction des éléphants… et si dans
quelques années le plus gros mammifère sur Terre était la vache ? Une étude
publiée dans Science, menée par plusieurs chercheurs américains, établit
un lien entre le rétrécissement progressif de la taille moyenne des mammifères
et l’expansion humaine sur le globe.
D’après leurs projections, d’ici deux
cents ans, les mammifères les plus gros
de la planète pourraient être les vaches
domestiques avec leurs 900 kg.
« C’est une étude passionnante qui vient
confirmer beaucoup d’observations antérieures, explique Jean-Louis Martin, directeur de recherche au CNRS. Il ne
s’agit pas de rétrécissement des animaux,
mais d’une extinction de la mégafaune (les
animaux de grande taille NDLR). » Selon
Science, cette extinction aurait commencé il y a 125 000 ans. Notre espèce,
Homo sapiens, n’en porterait pas seule la
responsabilité. L’homme de Neandertal,
en Europe, et l’homme de Denisova, en
Asie, deux espèces d’homininés disparues, seraient eux aussi à blâmer.
Du fait de leur taille, les grands mammifères sont protégés des prédateurs.
« Après la disparition des dinosaures, il y
a 66 millions d’années, la masse moyenne
des mammifères n’avait cessé de grandir », explique Régis Debruyne, paléogénéticien au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Ils n’avaient
donc pas de raison de craindre l’arrivée
des chasseurs bipèdes. Mais cet atout est
aussi une faiblesse, cette grande taille
s’accompagne d’une démographie lente. « Les proies faciles, comme les lapins,
compensent la prédation par une reproduction rapide, ajoute Jean-Louis
Martin. Si on tue 2 % de la population
adulte, l’impact est quasi nul. Le calcul
est tout à fait inversé chez les grands
mammifères, un faible accroissement de
la mortalité des adultes peut être fatal à
toute leur population. »
Il y a 125 000 ans, les mammifères
géants étaient encore présents sur tous
les continents. L’Eurasie connaît alors
une première phase d’extinction. Sontils victimes des chasses néandertalienne et denisovienne ?
“
Toute la biodiversité
s’est construite
sur un équilibre autour
des grands mammifères
RÉGIS DEBRUYNE, PALÉOGÉNÉTICIEN
”
« C’est la seule faiblesse de l’étude,
observe Régis Debruyne. Pour cette
période, les auteurs ne donnent que des
corrélations statistiques. Difficile de dire
avec certitude si on peut attribuer ces
disparitions à la chasse ou aux changements climatiques, avec le début d’une
nouvelle ère glaciaire. Par contre, le lien
est évident un peu plus tard, sur les
continents australien et américain. »
Il y a 65 000 ans, Sapiens arrive sur
une nouvelle terre : l’Australie. En très
peu de temps, les kangourous géants et
Des rhinocéros vont s’envoler en Australie
pour se mettre à l’abri des braconniers
Traqués pour leurs cornes, les
rhinocéros sont en voie d’extinction.
Après une légère embellie au début
des années 2000, leur nombre est
à nouveau à la baisse. Les Australiens
comptent bien voler à leur secours
avec The Australian Rhino Project.
Le plan, lancé en 2013, est simple :
40 rhinocéros vont être transportés
en avion vers « l’Afrique sauvage »,
une réserve d’Australie méridionale,
près d’Adélaïde. Ils constitueront une
population de secours. Le but n’est
pas de peupler le désert australien,
mais de mettre à l’abri du braconnage
une population suffisamment fournie
pour pouvoir la réintroduire
en Afrique en cas d’extinction.
Les animaux mettront plus d’un an
avant d’arriver à destination. Les
règles très strictes qui concernent
l’importation animalière en Australie
obligent les rhinocéros à un séjour
en Nouvelle-Zélande.
V. B.
Notre génération pourrait être la dernière à pouvoir admirer des éléphants.
autres lions marsupiaux vont disparaître. L’extinction sera encore plus
fulgurante 50 000 ans plus tard, quand
l’homme moderne posera le pied sur le
continent américain.
Nouvelle chute drastique il y a
10 000 ans, cette fois sur tous les continents. « Là, on est dans une période
charnière, raconte Régis Debruyne. Les
hommes commencent à maîtriser de
mieux en mieux leur environnement,
avec le début de la sédentarisation, ce qui
bouleverse l’habitat des animaux. Mais il
y a aussi de nouveaux changements climatiques avec la fin de la dernière période glaciaire. »
Seules les populations d’Afrique et du
Sud-Est asiatique survivent. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la
mégafaune africaine n’était pas la plus
abondante avant ces extinctions. « En
Asie, je pense que le comportement bienveillant envers les animaux a joué dans
leur survie jusqu’à l’époque actuelle. Ça
se ressent encore dans les traits culturels,
note Jean-Louis Martin. En Afrique, les
animaux ont vu l’homme grandir et ont
appris à s’en méfier. Ailleurs, ils ne le
connaissaient pas et n’avaient aucune
raison de l’assimiler à un quelconque
danger. »
Les mammifères géants ont remplacé
les dinosaures et semblent maintenant
laisser la place aux hommes. « Si les
choses étaient aussi schématiques, ce ne
serait pas bien grave, affirme Régis Debruyne. L’extinction est extrêmement
rapide : en 125 000 ans, on est revenu au
niveau d’il y a 40 millions d’années ! Toute la biodiversité s’est construite sur un
équilibre autour de ces animaux. » Les
mammifères géants jouent un rôle très
important dans la régulation des espèces animales et végétales. Les conséquences de leur extinction sont encore
méconnues mais risquent d’être dramatiques : un grand nombre d’animaux
et de plantes pourraient en subir les
conséquences et disparaître à leur tour.
En se projetant sur les deux cents prochaines années, les auteurs de la
publication parient sur l’extinction de
toutes les espèces menacées. « Un schéma largement crédible », juge Régis Debruyne. Ce qui ferait de notre génération
la dernière à pouvoir voir des girafes et
des éléphants. Les seuls animaux imposants qui demeureront seront ceux que
l’agriculture et l’élevage auront sauvés…
ou plutôt sélectionnés. ■
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Une extinction massive et soudaine
des grands mammifères sur les 5 continents
(de -2,58 millions d'années
125 000 ans av J.-C.)
MASSE MOYENNE DES ANIMAUX
PRÉSENTS SUR TERRE EN KG
Échelle logarithmique
100
10
ÈRE CÉNOZOÏQUE
1
65
55
millions d'années
45
35
100
ENVIRONNEMENT Utilisée depuis plus de
150 ans pour protéger le bois des insectes
et des champignons, la créosote pourra
être employée mais seulement pour les
traverses des rails de chemin de fer, a annoncé l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), le 23 avril.
L’Agence interdit l’usage du produit
chimique pour les poteaux téléphoniques
et électriques, contrairement aux recommandations européennes, car « d’une
part leur utilisation présente des risques
inacceptables et que, d’autre part, ils peuvent être remplacés par d’autres supports
(notamment en béton, NDLR), ce qui
n’est pas le cas pour les traverses de chemin de fer », explique Françoise Weber,
directrice générale déléguée de l’Anses.
La créosote pourra recouvrir les traverses, à condition que le revêtement soit
appliqué de manière très encadrée. Mais
Des traverses de bois SNCF.
PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP
bois par an, traitées à la créosote, car sa
masse est quatre fois plus légère que son
homologue en béton, avec une meilleure
résistance aux vibrations, en particulier
pour les aiguillages. Avec 17 autres sociétés
ferroviaires, SNCF Réseau explore des solutions de remplacement.
15
0,12
5
Aujourd'hui
30 000 ans
10
1
125 000 ans
100 000
80 000
60 000
40 000
La plus ancienne trace humaine retrouvée date d’environ 30 000 ans.
Les derniers mammouths disparaissent il y a environ 10 000 ans.
20 000
0
Aujourd'hui
EURASIE ET AFRIQUE
100
10
1
125 000 ans
100 000
80 000
60 000
40 000
20 000
0
Le début de la sédentarisation et l’expansion de l’agriculture bouleversent l’habitat des grands
mammifères. Les derniers éléphants disparaissent d’Europe il y a à peine 10 000 ans.
Aujourd'hui
AUSTRALIE
100
10
1
125 000 ans
100 000
80 000
60 000
40 000
20 000
La plus ancienne trace humaine retrouvée date d’environ 65 000 ans.
En très peu de temps, les kangourous géants et les lions marsupiaux vont disparaître.
Source : Science
Le composé chimique, utilisé pour traiter le bois, est réservé aux seules traverses pour le ferroviaire.
MARC CHERKI £@mcherki
25
AMÉRIQUE DU NORD ET AMÉRIQUE DU SUD
Usage très restreint de la créosote en France
les autres usages sont bannis, notamment
pour les clôtures et les palissades. Ces
conclusions sont le fruit du renouvellement de l’examen de trois produits à base
de créosote. L’Anses a restreint leur usage au seul ferroviaire jusqu’en 2021, afin
de limiter l’exposition des travailleurs et
du public et de limiter les risques pour
l’environnement. En complément, le
gouvernement français a bloqué l’importation de bois traités à la créosote. De
plus, le recyclage des produits est plus
encadré.
Il y a une dizaine d’années, un différend
avait opposé l’association Robin des Bois à
Réseau ferré de France (RFF), accusé à
l’époque de ne pas prendre assez de précaution pour brûler 1,3 million de traverses en bois. Mais après cet affrontement,
l’ONG a signé, au côté de SNCF Réseau (qui
a remplacé RFF), une charte volontaire
pour éliminer les bois traités à la créosote
de manière maîtrisée. SNCF Réseau reconnaît qu’elle ne peut pas descendre en
dessous de 370 000 nouvelles traverses en
Futur
Époque holocène
ÉPOQUE PLÉISTOCÈNE
Constituée de 30 à 300 molécules, des
hydrocarbures aromatiques polycycliques, la créosote est « considérée comme
probablement carcinogène pour l’homme »
depuis 2010 par le Centre international de
recherche sur le cancer (Circ) de l’Organisation mondiale de la santé. En fait,
« dès 1987, son rôle de carcinogène avait
été reconnu », confie un médecin du Circ.
Et le rôle nocif de certains de ses constituants est connu depuis un siècle. Mais de
nouvelles études sur des cancers (peau,
poumon, vessie, etc.) ont renforcé la méfiance vis-à-vis du produit.
Enfin, la créosote qui est un liquide
huileux, de couleur ambrée à brune,
pollue les nappes phréatiques. En 2011, la
Commission européenne avait donc pris
un règlement pour restreindre son usage
dès 2013. Et des limites ont été fixées
pour l’Europe. Mais la France a décidé
d’être plus restrictive. Dans les prochains jours, Paris notifiera à Bruxelles le
cadre plus contraignant adopté pour
l’Hexagone. ■
0
Infographie
ZOOM
Claire Nouvian récompensée
pour son action à la tête
de l’association Bloom
Claire Nouvian, fondatrice et
présidente de l’association Bloom,
est l’une des six lauréats (un par
continent) du prix Goldman 2018,
qui récompense les défenseurs de
la nature. Depuis 1989, ce prix est
considéré comme l’une des plus
hautes distinctions pour la défense
de l’environnement. Les lauréats
ont tous en commun d’être
parvenus à des résultats concrets.
Pour Claire Nouvian, c’est son
combat acharné et gagné en 2016
contre le chalutage en eaux
profondes dans les eaux de l’Union
européenne qui lui vaut ce prix.
Et ce, alors que la France a été
l’un des derniers pays à accepter
de renoncer à ce type de pêche.
« Ce prix est une consécration
de l’efficacité et de la persévérance
de Bloom à lutter contre la
corruption des systèmes politiques
et le cynisme des industriels »,
a-t-elle déclaré. Claire Nouvian
est la deuxième Française
à être distinguée par ce prix.
A
Au fur et à mesure que l’homme
a entrepris de coloniser la Terre,
les espèces les plus imposantes ont disparu.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
10
SPORT
Armel Le Cléac’h :
« Un chavirage, c’est comme
un accident de voiture »
Le skipper du maxitrimaran « Banque Populaire » se confie
après sa sortie de route. Et promet d’être au départ
de la Route du rhum en novembre prochain.
Armel
Le Cléac’h
sur Banque
populaire,
en janvier 2018.
BERNARD LE BARS/
PRESSE SPORTS
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARTIN COUTURIÉ £@martincouturie
VOILE L’océan lui est tombé sur la tête il
y a dix jours. Un chavirage au large du
Maroc, son maxitrimaran Banque Populaire IX bien amoché puis remorqué jusqu’au port de Casablanca. Et un coup de
téléphone au Figaro, ce lundi matin,
pour expliquer. Et confirmer son envie
intacte de remonter à bord. Au plus
vite.
LE FIGARO. – Une course contre
la montre est-elle lancée pour être
au départ de la Route du rhum
en novembre prochain ?
Armel LE CLÉAC’H. - C’est effectivement une vraie course contre la montre.
Je suis rentré jeudi soir à Lorient après
que le bateau a été remis à l’endroit à
Casablanca. On attend le cargo qui va le
ramener en France. Si tout se passe
bien, il devrait être ici en milieu de semaine prochaine. On va le rentrer en
chantier pour attaquer les réparations.
On a déjà bien avancé au Maroc en démontant tout ce qui était récupérable.
On va d’abord expertiser la structure.
Même si les coques semblent en bon
état, il faut les vérifier. Et en parallèle,
on lance la construction d’un nouveau
mât. C’est le plus long et compliqué.
Avez-vous des inquiétudes quant à
votre participation à la Route du rhum ?
On pense qu’à 99,9 %, on sera au départ
du Rhum. Si on ne découvre pas plus de
problèmes sur le bateau. Notre programme de préparation et d’entraînement est désormais complètement différent de ce qui était prévu. On va tout
faire pour être le plus près possible pour
le 4 novembre.
Il faut que le bateau soit prêt
mais le bonhomme aussi…
C’est vrai mais tout n’est pas perdu. On
avait pas mal navigué depuis le début de
l’année. On avait fait un aller-retour
express en Guadeloupe, des sorties à
Lorient et là on avait trois jours et demi
de navigation en faux solitaire (du monde à bord mais Armel Le Cléac’h s’occupe
seul du bateau). Tout cela a été très enrichissant. Ce qui m’a permis de prendre
confiance dans le bateau, de voir que
tout se passait bien dans des conditions
de vent jusqu’à 40 nœuds. Malheureusement, il y a eu ce chavirage. On a
quand même la chance de pouvoir être
au départ. Trois mois plus tard, c’était
mort. On a l’envie de relever ce défi-là.
Vous êtes dans quel état psychologique ?
Je suis triste et déçu d’avoir vécu ça
parce que cela met tout ce programme, toutes ces heures de travail et cette énergie à l’eau en quelques secondes. C’est un coup sur la tête.
Maintenant, physiquement, je n’ai pas
été blessé. Et moralement, je n’ai
qu’une envie, c’est de renaviguer le
plus vite possible sur ce bateau. C’est
un trimaran fantastique sur lequel
j’étais de plus en plus confiance. Et cet
accident n’a rien changé. Je ne suis pas
du tout traumatisé.
Est-ce comparable à un accident
de voiture ?
Oui, tout fait. C’est comme si tu es depuis une heure sur la route des vacances
et tu fous ta voiture en l’air. Tes vacances sont foutues. Heureusement, personne n’a été blessé, il n’y a pas eu de
drame.
Que s’est-il passé exactement, car il n’y
avait pas énormément de vent au
moment du chavirage ?
Non, il y avait environ 20 nœuds, on
était au près rapide, le bateau ne volait
pas et marchait entre 22 et 25 nœuds de
vitesse. Les conditions étaient tout à fait
maniables. C’était la nuit et j’étais en
train de m’allonger dans la bannette sur
le pont prévue pour la navigation en solitaire. Une rafale plus forte que les
autres a fait lever le bateau très rapidement. J’ai eu le temps de choquer en
urgence la grand-voile mais cela n’a pas
suffi. Cela a été très vite. On a récupéré
l’ordinateur du bord qui va nous pouvoir dire quelle force de vent il y a eu, ce
qui s’est passé et s’il y a eu un autre problème, genre électronique, sur la girouette ou le pilote. La boîte noire va
parler sachant que le système automatique antichavirage n’était qu’en partie
activé.
Vous avez eu peur ?
J’ai eu quelques secondes de stress lorsque je me suis retrouvé à l’envers et que
j’ai cherché à savoir où était le haut du
bas et par où je devais sortir pour retourner dans la coque centrale. Mais je
n’ai pas eu de grands moments d’inquiétude comme cela avait été le cas il y
a treize ans quand j’avais chaviré sur le
multicoque Foncia. Je m’étais retrouvé
dans l’eau, obligé de nager, à chercher
mon coéquipier.
Ce chavirage pose des interrogations
sur la navigation en solitaire à bord
des maxitrimarans. Deux des quatre
Ultimes se sont mis sur le toit
récemment…
Ce qui est arrivé à Yves Le Blévec (engagé dans un tour du monde contre les vents
dominants) n’est pas la même problématique. Il a eu un problème de casse de
structure qui a provoqué le chavirage.
Moi, je ne remets pas du tout en cause la
sécurité de ces bateaux. Ils ont déjà fait
des tours du monde, battu des records,
en solitaire. Ce chavirage permet de
rappeler à tout le monde qu’un trimaran, cela peut chavirer. Ce risque exis-
Concrètement, vous en voulez-vous ?
Sur le coup, quand je me retrouve à
l’envers, oui, je m’en veux que cela soit
arrivé dans ces conditions-là. Et puis
quand je redéroule le film, je n’ai pas
l’impression d’avoir fait une erreur ou
pris des risques sur les choix de voiles,
sur la météo. C’est un concours de circonstances qui fait qu’on en est arrivé à
ce chavirage lourd de conséquences.
Le Racing 92 sous le signe de la solidarité
Le club francilien, finaliste de la Coupe d’Europe, retrouve les sommets avec un état d’esprit conquérant.
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
A
RUGBY Dans la foulée du bouclier de
Brennus soulevé en juin 2016 dans le cadre majestueux du Camp Nou de Barcelone, le Racing avait connu une saison
chaotique. Entre décompression logique,
relâchement coupable et atmosphère
polluée par les affaires extrasportives. Un
passage à vide oublié. Les Ciel et Blanc,
qui se sont qualifiés pour la deuxième finale continentale de leur histoire, rejouent les premiers rôles et font de nouveau peur. Troisièmes du Top 14 (à égalité
de points avec Toulouse, 2e), ils ont dominé les Irlandais du Munster (27-22), à
Bordeaux. Il y a d’abord eu ce festival offensif avec un Teddy Thomas déchaîné,
auteur de deux essais flamboyants et
d’une offrande pour son capitaine Maxime Machenaud, pour qu’il marque à Chaban-Delmas à domicile, devant sa famille
et ses amis. « Ça montre bien sa générosité,
a salué le numéro 9 international. C’est
quelque chose d’instinctif, je ne m’y attendais pas du tout. Mais c’est sa folie. C’est
quelqu’un que j’apprécie énormément en
dehors du terrain, je passe de très bons moments avec lui. On était d’ailleurs en vacances ensemble la semaine dernière. »
Les Munstermen ne se relèveront pas de
cette entame de feu dans la fournaise bordelaise. Mais ils n’ont pas baissé les bras,
bien au contraire, ils ont ensuite monopolisé le ballon (69 % de possession au final)
et tenté une improbable « remontada ».
Sauf qu’en face, le Racing avait dressé les
NICOLAS TUCAT/AFP
ENVOYÉ SPÉCIAL À BORDEAUX
Maxime Machenaud, capitaine du Racing, face au Munster dimanche à Bordeaux.
barbelés. Après la folie offensive, l’abnégation défensive avec 184 plaquages effectués et seulement 21 manqués. Wenceslas Lauret (20 plaquages), Eddy Ben
Arous (19), Donnacha Ryan (18) et Henry
Chavancy (17) ont découpé tout ce qui
passait près d’eux. Même le fluet ouvreur
Pat Lambie y a été de son abattage (16 plaquages), tout comme son joker de luxe, la
star Dan Carter (8), qui a asséné quelques
sévères « caramels ». Maxime Machenaud se félicite : « On a tellement donné en
première mi-temps… Ensuite, on n’a pas eu
la possession. Mais on a bâti cette victoire
sur notre défense, qui est assez exceptionnelle en ce moment. »
La performance défensive des Franciliens, qui possèdent le rideau le plus hermétique du Top 14 (450 points encaissés),
est en effet impressionnante. Dans leur
discours d’avant-match, les entraîneurs
du Racing avaient évoqué le combat de
boxe entre Mike Tyson et Evander Holyfield. « En première mi-temps, on les a envoyés dans les cordes sans les mettre KO,
image le demi de mêlée francilien. C’est là
où il faut qu’on soit plus précis pour que
l’adversaire soit plus la tête sous l’eau. »
Donner des coups, mais savoir aussi en
encaisser… « Sans faire de la langue de
bois, il y a un état d’esprit dans ce groupe,
insiste Laurent Travers. Tout le monde a
envie que l’équipe soit la meilleure possible.
On a l’impression qu’ils sont plus que des
amis. » La force d’un collectif qui a soif de
victoires et de reconnaissance.
Le Racing, qui a plié mais n’a pas rompu, reste toutefois lucide. Conscient
qu’un tel relâchement face au Leinster,
l’autre province irlandaise, qui est invaincu cette saison sur l’échiquier continental (8 succès), sera rédhibitoire en finale le 12 mai à Bilbao. « Les vingt
dernières minutes ont été difficiles, appuie
Laurent Labit. On ne pourra pas se permettre ça contre le Leinster qui sera un cran
au-dessus. Nous devrons être beaucoup
plus consistants sur l’ensemble du match. »
Les retrouvailles avec un ancien de la
maison altoséquanaise (2013-2015), le
maître à jouer de l’Irlande, Jonathan Sexton - qui avait crucifié le XV de France en
passant un drop dans les derniers instants
dans le Tournoi des six nations - s’annoncent musclées. « Le Leinster, c’est les trois
quarts de l’équipe d’Irlande. Sur les fondamentaux, ils sont très forts et ils ont aussi
des lancements de jeu toujours bien léchés,
c’est ce que Johnny (Sexton) aime bien
mettre en place », poursuit Laurent Labit.
Comme il y a deux ans face aux Saracens, les Racingmen ne seront pas favoris
pour cette finale. Les Irlandais de Dublin,
déjà sacrés en 2009, 2011 et 2012, pourraient égaler le Stade Toulousain en cas
de succès. Les joueurs de Jacky Lorenzetti poursuivent leur apprentissage en
accéléré du très haut niveau. Mais cette
fois, ils n’arrivent pas en novices en
finale de la Champions Cup. « On a beaucoup appris depuis deux ans, avance Laurent Labit. L’effectif n’a pas beaucoup
changé et je pense que collectivement, on a
progressé. On l’avait vu contre les Saracens, on ne te donne pas un titre de champion d’Europe. Il faut aller le chercher. »
Le plus dur commence. ■
tera toujours. Il faut trouver les systèmes pour que cela arrive le moins
possible, notamment en solitaire. La
classe Ultime est jeune, avec beaucoup
d’ambition et des courses fabuleuses qui
arrivent. Et je ne suis pas un casse-cou.
Si j’ai l’envie d’y retourner le plus tôt
possible, c’est que le bateau est sain. En
2005, après mon chavirage, j’avais fait
le choix de ne pas continuer à naviguer
sur les Orma qui étaient trop volages
pour faire du solitaire. Là, je n’ai vraiment pas ce sentiment. Bien au contraire. Les bateaux sont de superbes machines. À nous de se servir de cet accident
pour améliorer les systèmes de sécurité.
Il constitue aussi un rappel pour toutes
les équipes. Notre objectif est que ce
chavirage leur serve à toutes.
Ce n’est donc pas pour vous un coup
d’arrêt pour cette classe Ultime ?
C’est évidemment une déception de ne
pas être au départ de la nouvelle course
Nice UltiMed qui présentera trois gros
bateaux au public méditerranéen (prologue vendredi entre Marseille et Nice)
mais les grandes échéances ne sont pas
remises en cause, la Route du rhum, le
nouveau tour du monde (fin 2019). Et
ces Ultimes ne sont pas un concept imaginé par des têtes brûlées mais par des
gens raisonnés, qui ont de l’expérience
et envie de relever un nouveau défi,
avec tous les éléments de sécurité réunis. Un tour du monde n’est jamais anodin, surtout en solitaire. Et j’ai toujours
autant envie d’être au départ… ■
EN BREF
Foot : Liverpool-Rome,
la demi-finale surprise
Avant la finale avant la lettre entre
le Bayern Munich et le Real Madrid
(mercredi, 20 h 45), la première
demi-finale de la Ligue des
champions oppose les surprises
Liverpool et l’AS Rome, ce mardi
(20 h 45, C+). Les tombeurs
des favoris Manchester City
et FC Barcelone se défient, pour
un remake de la finale de 1984,
remportée par Liverpool à…
Rome. Liverpool n’a pas atteint ce
stade de la compétition depuis
2007-2008, et la Roma n’avait
disputé qu’une seule demi-finale
de C1 jusqu’à présent - en 1984.
Tennis : Gasquet grimpe,
Pouille chute
Richard Gasquet (quart de finaliste
à Monte-Carlo ; engagé cette
semaine à Budapest) gagne cinq
places au classement ATP toujours
dominé par Rafael Nadal. Il pointe
au 29e rang. Battu d’entrée à
Monte-Carlo, Lucas Pouille perd
trois places. Le Nordiste est 14e.
Voile : la tête à l’Ouest
et dans les calmes
sur la Transat
Après 24 heures de course,
les trois leaders de la Transat AG2R
La Mondiale sont les marins placés
les plus à l’ouest de l’échiquier
où les solutions pour échapper
aux calmes ne se bousculent pas.
En l’occurrence SimonLagravière (Bretagne CBM
Performance), Hardy-Ruyant
(Agir Recouvrement) et MahéTroussel (Breizh Cola).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018
LE CARNET DU JOUR
Thierry, Antoine
et Marie-Caroline,
ses enfants,
Caroline et Crystal,
ses belles-filles,
Pierre, son gendre,
noces de bronze
Michel OLIVER
Michel homme bel,
sont des mots qui vont
très bien ensemble
je t'aime, je t'aime, je t'aime.
Après 22 années de mariage,
les paroles des Beatles
sont toujours d'actualité
entre nous... Quelle merveille !!!
Aurélie, David-Alexis, Nicolas,
Jean-Thierry, Alexandre, Julien
et Judith,
ses petits-enfants,
le comte
Laurent de Chavagnac
de Dreux-Brézé,
son beau-fils,
ses frères et sœurs,
ses beaux-frères
et belles-sœurs
Thomas, Victoria, Henry,
Benjamin et Jean,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
ont la tristesse
de faire part du décès de
Je t'aime Michel,
ta moitié Murielle.
Mme Edith J. BESINS
officier de l'ordre de Grimaldi,
survenu à Monaco,
le 18 avril 2018,
à l'âge de 94 ans.
deuils
Les obsèques ont été célébrées
à Monaco,
dans la plus stricte intimité.
Paris (16e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Michel Barry,
née Christiane Prassinos,
son épouse,
Caroline, Alain et Olivier,
ses enfants,
« Le Schuylkill »,
19, boulevard de Suisse,
98000 Monaco.
Alexandre (†), Olivia, Camille,
Wendy, Agathe, Sacha,
Timothée, Matthieu,
Philippine, Charlotte et Claire,
ses petits-enfants,
M. et Mme
Dominique Hurtebize,
le prince et la princesse
Adalbert de Broglie,
ses enfants,
Lorenzo, Isaure, Noah,
Adélaïde et Maxime,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse de faire part
du décès de
Colombe et Olimpia Taddei,
Charles, Alexia, Henri, Côme,
ses petits-enfants,
M. Michel BARRY
ont la douleur de faire part
du décès de la
survenu le 22 avril 2018,
à l'âge de 90 ans, à Versailles.
princesse
François de BROGLIE
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomptionde-Passy,
88-90, rue de l'Assomption,
à Paris (16e),
le jeudi 26 avril 2018, à 10 h 30.
née Marie-Blanche de Bagneux,
rappelée à Dieu
le 18 avril 2018, munie
des sacrements de l'Église,
rejoignant dans la paix, le
prince François de Broglie
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 25 avril, à 14 h 30,
en la basilique Sainte-Clotilde,
Paris (7e).
Entouré de l'affection
des siens, le
docteur André BERTA
lauréat de la faculté
de médecine de Paris,
ancien externe
des Hôpitaux de Paris,
diplômé de l'Institut national
de médecine agricole,
CES médecine du travail,
ergonomiste du Conservatoire
national des arts et métiers,
membre de la
Société de l'ergonomie
de langue française,
diplômé de l'Université
de pathologie exotique,
L'inhumation aura lieu,
au cimetière de Limésy
(Seine-Maritime),
dans l'intimité.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Le comte Denis de Kergorlay,
président du
Cercle de l'Union Interalliée
Mme Monique Raimond,
présidente du
comité des Dames du
Cercle de l'Union Interalliée
chevalier
de la Légion d'honneur,
ont la tristesse
de vous faire part
du décès de la
nous a quittés le 17 avril 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse a été
célébrée le vendredi 20 avril, en
l'église Saint-Pierre d'Arradon,
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Arradon
(Morbihan).
princesse
François de BROGLIE
présidente d'honneur
du comité des Dames du
Cercle de l'Union Interalliée,
survenu le 18 avril 2018.
La famille remercie toutes
les personnes qui s'associeront
en pensée à sa peine.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la basilique
Sainte-Clotilde, Paris (7e),
le mercredi 25 avril 2018,
à 14 h 30.
Le Croisic ( Loire-Atlantique).
Simone Bligné,
son épouse,
9
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
Chantal et Jean-Jacques
Debout,
Alain de Guerre
et Chantal Vinsot,
Béatrice de Guerre,
Marie Josée et Charles-Henry
Bainville,
Christine de Guerre,
ses enfants,
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
André BLIGNÉ
ancien résistant,
Souvenir Français,
Jean-Paul et Brenda Debout,
Clarisse Debout,
ses petits-enfants,
survenu le 21 avril 2018,
dans sa 98e année.
Le 23 avril 2018,
Kate et William
ont accueilli
leur troisième enfant.
Carnet du Jour Le Figaro
Téléphone : 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
comte
Joachim de DREUX-BRÉZÉ
le 22 avril 2018,
à l'âge de 82 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 26 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Philippe-du-Roule,
Paris (8e).
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité familiale,
au cimetière
de Mont-Saint-Jean (Sarthe).
Pascal et Evelyne Fleury,
Olivier Fleury
et Jacqueline L'Hote,
Chantal Fleury
et Marc Lebelle,
Christian et Hélène Fleury,
Michel et Claire Fleury,
Bénédicte et Laurent Renard,
Didier et Brigitte Fleury,
ses enfants,
ses 30 petits-enfants,
ses 72 arrière-petits-enfants
ont le chagrin
de vous faire part du décès de
Mme Pierre FLEURY
née Simone Duruflé,
le 22 avril 2018,
dans sa 99e année.
La messe d'A-Dieu sera
célébrée le vendredi 27 avril,
à 10 heures, en l'église
Saint-Antoine-de-Padoue,
au Chesnay (Yvelines).
Une célébration aura lieu
le même jour, à 15 heures,
en l'église d'Auguaise (Orne),
suivie de l'inhumation.
Famille Fleury,
11, rue de La Celle,
78150 Le Chesnay.
Mme Bertrand
de Guilhem de Lataillade,
née Odile Peyrelongue,
son épouse,
ses enfants et leurs conjoints,
Séverine et Bruno Dauchez,
Dominique de Lataillade,
Martine et Jean-Louis Deig,
Béatrice de Lataillade,
ses onze petits-enfants
et leurs conjoints,
Edouard, Isabelle,
Alix et Laurent, Julien,
Gaëlle et Donald, Chloé,
Grégory et Céline,
Nicolas et Carole,
Olivier, Jeremy,
Julie et Matyas, Charlotte,
ses neuf arrière-petits-enfants,
Louis, Océane, Maëlle,
Thibaut, Kami, Antoine,
Matthis, Lenny, Lou-Anne,
ses frères, sa sœur (†),
ses beaux-frères
et ses belles-sœurs
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Bertrand
de GUILHEM de LATAILLADE
ancien élève de l'Enfom
(École nationale de la France
d'outre-mer),
ancien ambassadeur,
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
La cérémonie sera célébrée
en la basilique Notre-Dame
d'Arcachon,
le jeudi 26 avril, à 14 heures.
Cet avis tient lieu de faire-part.
299, boulevard de la Plage,
33120 Arcachon.
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Stéphane et Andrea Gutzwiller,
son fils et sa belle-fille,
François Gutzwiller,
son fils,
et Andreas Siegfried,
son ami,
Anne et Fabrice Roger-Lacan,
sa fille et son gendre,
née Colette Dartiguenave,
à l'âge de 96 ans, à Paris,
le vendredi 20 avril 2018,
entourée de l'affection
des siens.
Baptiste, Madeleine, Stanislas,
Victor, Dahlia, Rosalie,
Dimitri, Elsa et Yvan,
ses petits-enfants,
La cérémonie religieuse
sera dite par l'aumônier
des artistes du spectacle,
le père Reydel,
en la chapelle de la Vierge
de l'église Saint-Roch,
296, rue Saint-Honoré,
Paris (1er),
le jeudi 26 avril 2018, à 14 h 30.
ont la tristesse
de faire part du décès de
L'inhumation aura lieu
au cimetière du Père-Lachaise.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Marie Josée
de Guerre-Bainville,
58, boulevard Raspail,
75006 Paris.
Mme Jean-Pierre
Heusèle-Honoré,
son épouse,
Sylvie Heusèle,
Pascale et Eric Roblot-Heusèle,
Victoire, Solène, Galdéric,
Caroline et Philippe
de Groote-Heusèle,
Lorraine, Amaury, Philippine,
Olivier Heusèle,
Maïlys,
ses enfants et petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Jean-Pierre HEUSÈLE
ingénieur agricole
de Beauvais 1958,
fondateur du groupe Alliance,
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
médaille commémorative
des opérations de sécurité et
de maintien de l'ordre en AFN,
le 22 avril 2018,
à l'âge de 80 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 26 avril, à 15 heures,
en l'église Sainte-Jeanne-d'Arc
du Touquet-Paris-Plage.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Sébastien Windsor,
président de
UniLaSalle
Michel Portier,
président de la campagne
de mécénat L.I.F.E.
(LaSalle Institute For Earth),
Antoine Pajot,
président d'UniLaSalle Alumni,
Philippe Choquet,
directeur général,
et l'ensemble
de la communauté éducative
de l'Institut
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Jean-Pierre HEUSÈLE
ingénieur IAB 1958
(Institut d'Agriculture
de Beauvais),
survenu le 22 avril 2018.
Ils s'associent à la peine
de sa famille et lui présentent
leurs sincères condoléances.
Jean-Pierre Heusèle fut
le premier président
de la campagne de mécénat
d'UniLaSalle.
L'Institut salue son engagement
et sa générosité au service
de son école durant
toute sa vie professionnelle.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 26 avril, à 15 heures,
en l'église Sainte-Jeanne-d'Arc
du Touquet-Paris-Plage.
M. et Mme
Guillaume Lejoindre,
M. et Mme Bernard Hugo,
ses enfants,
Fabrice, Éric e tFlorence,
Antoine,
Marie et Gabriel, Charles,
Paul et Marie,
ses petits-enfants,
Élise et Pauline,
ses arrière-petites-filles,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Marie-Thérèse HUGO
le 21 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 26 avril,
à 14 heures, en l'église
de Mirepeisset (Aude)
et sera suivie de l'inhumation
dans la sépulture familiale.
survenu à l'âge de 92 ans,
le 22 avril 2018.
Samantha, Sanjay, Alexandre,
Noé,
ses arrière-petits-enfants,
Mme Bertrand de GUERRE
© iStock
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La comtesse
Joachim de Dreux-Brézé,
son épouse,
11
Mme Philippe GUTZWILLER
née princesse Cécile Murat,
survenu le 20 avril 2018,
à l'âge de 86 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 27 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Thomas-d'Aquin,
Paris (7e),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse,
Paris (14e).
86, rue de Grenelle, 75007 Paris.
Ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Jean HUBERT-BRIERRE
officier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 19 avril 2018,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en la chapelle de l'Est
du cimetière du Père-Lachaise,
Paris (20e),
le vendredi 27 avril, à 15 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. Louis de Laguarigue,
M. et Mme Thierry de Reynal,
M. et Mme Amaury de Reynal,
M. Jean-Luc de Laguarigue,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
Mme Marie-Thérèse
de LAGUARIGUE
le 19 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Jean-Baptistede-Grenelle, à Paris (15e),
le jeudi 26 avril 2018, à 10 h 30.
Hugues Leclercq,
Florence et Denis Gueudet,
Sophie, Arnaud et Jérôme
Leclercq,
ses enfants,
Mathias, Maxime et Stanislas,
Fabrice et Séverine,
Quentin et Olivia,
Aurélia et Cyrille,
ses petits-enfants,
Octave, Auguste et Diane,
Charles et Carla,
Thibaud, Lou et Capucine,
Alexandre, Arthur et Louise,
Hippolyte,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Michel LECLERQ
né le 13 mai 1919,
ancien dirigeant
des Ets Delaroière et Leclercq,
survenu le 11 avril 2018.
La cérémonie religieuse
a été célébrée dans l'intimité,
le 20 avril 2018,
en la cathédrale d'Amiens,
suivie de l'inhumation
au cimetière de La Madeleine,
dans le caveau familial.
En union avec son époux
Henri Lejay († 2004),
Bertrand et Marie-Paule Lejay,
Denis et Sue Lejay,
Hubert et Madeleine Lejay,
Delphine et Philippe Perrot,
Jean-Guy Lejay,
Rose-May Lejay,
Loïc Lejay,
ses enfants,
ses quinze petits-enfants
et leurs conjoints,
ses deux arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Marie-Thérèse LEJAY
née Baroulier.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 26 avril 2018,
à 15 heures, en l'église
Saint-Pierre-Fourier,
à Brunoy (Essonne).
Saint-Jacut-de-la-Mer
(Côtes-d'Armor).
Le 20 avril 2018,
Monique LESAUVAGE
est entrée dans la Lumière
et la Joie du Seigneur,
à l'âge de 85 ans.
De la part de
Guy Lesauvage,
son époux,
Arnaud et Virginie,
Bénédicte et Olivier,
Anne-Pierre,
ses enfants,
Maxime, Gabriel, Théo, Noé,
ses petits-enfants.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 26 avril,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Landouar,
à Saint-Jacut-de-la-Mer.
Ni fleurs ni couronnes,
des prières et des messes.
65, boulevard du Rougerer,
22750 Saint-Jacut-de-la-Mer.
Monique Morgensztern,
son épouse,
Zysla et Bruno Belliat,
Mathieu et Cécilia
Morgensztern,
ses enfants,
Ariane et Thomas, Benoît,
Camille,
Alice, Eliott, Joséphine,
ses petits-enfants,
Oscar, Romane,
ses arrière-petits-enfants,
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Armand MORGENSZTERN
mathématicien,
publicitaire,
docteur d'État
ès sciences de gestion,
chevalier dans l'ordre
des Palmes académiques,
survenu le 20 avril 2018,
dans sa 86e année.
Que son souvenir reste associé
à celui de ses parents,
Szyja Morgensztern
et Zysla Finkielsztejn
déportés à Auschwitz
par les convois 6 et 64.
Les obsèques auront lieu
le mercredi 25 avril, à 11 h 30,
au cimetière parisien
de Bagneux (Hauts-de-Seine),
45, avenue Marx-Dormoy.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la très grande tristesse
de vous faire part
de la disparition de
Ghislaine MOUZAT
née Balme,
le 20 avril 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 25 avril,
à 10 h 30, en l'église
Sainte-Marguerite du Vésinet.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. François Perot,
son époux,
Eric e t Bénédicte Maloisel,
Thierry et Isabelle de Catheu,
Nicolas et Adeline
de Montgolfier,
ses enfants,
Guirec, Aymeric, Floriane,
Florence, Antoine et Soizic,
Guillaume, Anne-Laure,
Thomas, Alexis et Clémence,
Edouard et Florence,
Mathilde, Cyprien,
ses petits-enfants,
Grégoire et Faustine,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Christiane PEROT
née Calenge,
le vendredi 20 avril 2018,
dans sa 86e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
90, rue de l'Assomption,
à Paris (16e),
le jeudi 26 avril, à 14 heures.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse Thibault
de SAINT-PERN
née Monique Pourroy
de Laubérivière de Quinsonas,
le 21 avril 2018,
dans sa 95e année, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 27 avril, à 14 h 30,
en l'église Saint-Maurice
de Creys-Mépieu (Isère).
Une messe sera célébrée
ultérieurement
en l'église Saint-Jean-Baptiste
de Neuilly-sur-Seine.
Olivier Sire,
Alexandre Sire,
Diane et Jean-Yves Sire-Tireau,
ses enfants,
Alice et Armand,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Pierre
Reibell de Saint Firmin,
son époux,
M. et Mme Maxence
Reibell de Saint Firmin,
M. et Mme Laurent
Reibell de Saint Firmin,
M. et Mme Thierry
Reibell de Saint Firmin,
ses enfants,
et ses petits-enfants,
Mme Bernard Naud,
née Colette Donin de Rosière,
sa mère,
M. et Mme Philippe Naud,
M. et Mme Alexandre Naud,
ses frères et belle-sœurs,
et leurs enfants
ont la grande tristresse
de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Pierre
REIBELL de SAINT FIRMIN
née Chantal Naud,
le 20 avril 2018,
dans sa 69e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église de Levet (Cher),
le jeudi 26 avril 2018, à 10 h 30.
Ni fleurs ni couronnes.
Dons possibles à
la Fondation Raoul Follereau.
Asnières-sur-Seine. Chambéry.
Nous sommes priés
de vous faire part du décès de
Mme Annie ROCCHIA
M. et Mme Pierre Balme,
ses parents,
Chantal, Laure, Pierre-Arnaud,
ses frère et sœurs,
Frédéric, son époux,
et Pierre, leur fils,
Le comte Patrice
de Saint-Pern,
le comte et la comtesse
Bruno de Saint-Pern,
le père Maxime de Saint-Pern,
le comte et la comtesse
Emmanuel de Saint-Pern,
le comte et la comtesse Jean
de La Cropte de Chantérac,
ses enfants,
à Asnières-sur-Seine,
le 16 avril 2018,
à l'âge de 69 ans.
Un dernier adieu lui sera donné
le jeudi 26 avril, à 11 heures,
au crématorium de Nanterre.
Selon sa volonté,
elle sera incinérée.
De la part de
ses enfants,
M. Olivier Winkel
et Mme Martine Cotte,
Mme Anne-Sophie Winkel
et M. Jérôme Boutiffard,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Châteauroux (Indre).
Michel et Monique Rodet,
Philippe et Florence Rodet,
ses enfants,
Virginie et François,
Sophie et Xavier, Marielle,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
son frère et sa belle-sœur
ainsi que toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Raymonde RODET
née Renaud,
survenu dans sa 95e année.
La messe d'obsèques
sera célébrée
le mercredi 25 avril 2018,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame de Châteauroux.
Un merci tout particulier
à l'ensemble du personnel
de la maison de retraite
Korian Hameau d'Eguzon
pour son professionnalisme, sa
gentillesse et son dévouement.
M. Claude SIRE
le 22 avril 2018,
dans sa 87e année.
La messe sera célébrée
le vendredi 27 avril,
à 10 h 30, en l'église
de l'Immaculée Conception,
63, rue du Dôme,
à Boulogne-Billancourt,
suivie de l'inhumation
au cimetière
de Boulogne-Billancourt,
48, avenue Pierre-Grenier.
Monique Tauzin,
son épouse,
Bertrand et Lucie,
Henri et Anne,
ses enfants,
François, Olivia,
ses petits-enfants,
Jacques Tauzin,
son frère,
et toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Jean-Michel TAUZIN
chevalier
de la Légion d'honneur,
croix de la Valeur militaire,
ancien élève
de l'École polytechnique,
promotion 1953,
ingénieur en chef
de l'armement (e.r.),
le 22 avril 2018,
à l'âge de 84 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 27 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
Paris (7e).
souvenirs
Il y a six ans, le 24 avril 2012,
Eric ZELLER
nous quittait.
Tous ceux qui l'aimaient
s'en souviennent, car il est
présent dans notre cœur
à tous.
De la part de
ses enfants,
Johan,
Victoire et son mari Antoine,
leur mère Christina
et bien évidemment John-John.
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
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01 56 52 27 27
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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
12
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
La musique made in France
triomphe à Coachella
Olivier Nuc
£@oliviernuc
Envoyé spécial à Coachella (Californie)
e 7 février dernier, Françoise Nyssen
recevait William Christie, Jaïn et Émile Parisien dans les salons du ministère de la Culture. Ces trois musiciens
ont, chacun dans son répertoire respectif (classique, jazz et musiques actuelles), illustré l’éclat de la musique
française à l’étranger en 2017. La soirée couronnait
une semaine de célébrations orchestrées par le Bureau export de la musique française. L’association,
fondée sous la houlette des ministères de la Culture et
des Affaires étrangères, porte depuis vingt-cinq ans
une mission noble : promouvoir la musique produite
en France à l’international. Une trentaine de personnes réparties dans cinq bureaux – à Paris, New York,
Londres, Berlin et Sao Paulo – permettent de multiplier les actions mondiales en faveur des productions
made in France, garantissant une présence dans une
vingtaine de pays et à l’affiche de 60 festivals. En
2016, 500 projets ont bénéficié de son soutien, pour
2 000 concerts au total. La filière française a généré
un volume de 628 millions d’euros à l’international
en 2016. Et ce n’est pas fini.
La musique produite en France a résolument la
cote ces jours-ci dans le monde. Il suffit pour s’en
convaincre d’observer le grand nombre de groupes
et artistes programmés dans le cadre du festival
Coachella, en plein désert californien, dont la nouvelle édition vient de s’achever. Ils étaient cette année une dizaine à se produire sur une des sept scènes
de la prestigieuse manifestation californienne :
Jean-Michel Jarre, Benjamin Clementine, Soulwax,
Carpenter Brut, The Blaze, MHD, Busy P, Django
Django, Ibeyi et Petit Biscuit. Soit une grande majorité de projets électro.
L
A
Les champions du streaming adulés
Quelques heures avant sa prestation du 13 avril,
Jean-Michel Jarre, vétéran du contingent français,
expliquait les raisons de sa présence, dans une caravane aménagée en loge. « J’aime les challenges. Coachella est un festival à part, une référence mondiale.
Après la première partie de ma tournée américaine,
l’an passé, Paul Tollett (cofondateur du festival,
NDLR) m’a proposé de faire partie de l’affiche 2018.
Beaucoup de groupes français appartiennent à la musique électronique, qui n’a rien à voir avec le blues, le
rock ou le jazz mais provient d’Europe continentale
avec des personnalités comme Schaeffer ou Stockhausen. Elle puise dans notre héritage classique, de ses
grandes pièces instrumentales. On ne peut que se réjouir de cette présence. La meilleure manière d’exister
aux États-Unis, c’est de proposer quelque chose qu’ils
n’ont pas. Il y a une vraie prise en compte de l’activité
musicale française ici, désormais. »
Le sexagénaire n’a pas attendu la French Touch
pour être écouté dans le monde entier et donner des
concerts gigantesques aux quatre coins de la planète, de la Chine à l’Égypte en passant par la Grèce et
le Maroc. Cette année, le musicien a rassemblé
Jean-Michel Jarre,
Petit Biscuit, Ibeyi…
Les propositions
musicales nationales
ont désormais leur place
à l’international.
Pour preuve, la dernière
édition du festival
californien. Le fruit
du travail réalisé
par le Bureau export
de la musique française
dans la reconnaissance
à l’étranger des artistes
produits dans l’Hexagone.
10 000 spectateurs dans un stade de Santiago du
Chili. Désormais, la technologie permet de localiser
les communautés de fans d’artistes disséminés dans
le monde entier. C’est après avoir observé des statistiques d’écoute en streaming record dans la capitale chilienne – devant Londres, Los Angeles,
Mexico et Paris – que l’entourage de Jarre a décidé
d’y monter ce concert.
Révolution à part entière, le streaming est en train
de transformer en profondeur non seulement
l’écoute de musique mais aussi sa production et sa
diffusion. « Le streaming fait tomber toutes les barrières, explique Marc Thonon, directeur général du Bureau export. Il nous permet de géolocaliser notre action en fonction des territoires. » Dans le monde
d’avant, il était indispensable de trouver un partenaire local qui prenne le risque financier de produire
une date à perte. Plus maintenant. Cette corrélation
entre chiffres d’écoute réalisés sur les plateformes de
type Spotify ou Deezer et fréquentation était frappante sur le site de Coachella. Beaucoup de monde
devant les scènes des champions du streaming comme Petit Biscuit, trop peu pour les autres comme
Benjamin Clementine, qui de surcroît a pâti d’un horaire trop précoce. Dommage que le public du festival ne prête que peu d’attention à des projets plus
difficiles, comme celui du Britannique.
D’année en année, la foule qui se presse sur le site
idyllique de Coachella ressemble plus à des congrégations d’étudiants venus célébrer « spring break »
que d’amateurs de musique. Pour certains, le festival, qui existe depuis 1999 et compte désormais
125 000 spectateurs par jour, serait devenu une grosse machine commerciale avant tout. Une division
nette est en train de se faire entre têtes d’affiche fédératrices et propositions plus exigeantes comme
celles des chanteuses Angel Olsen ou St. Vincent.
Cette personnalité, qui figure parmi les plus intéressantes de la scène américaine actuelle, a joué devant
un public plus que clairsemé. « Bientôt, il ne sera plus
si cool que cela d’être programmé à Coachella. Pour
l’instant, c’est encore le Graal pour un artiste mais
certains artistes déplorent déjà d’avoir déployé tant de
temps et d’argent pour si peu de résultats, explique le
promoteur Christian Bernhardt. Jouer ici n’est plus
très intéressant. J’ai toujours défendu ce festival depuis
1999, et j’ai contribué à le rendre attractif pour des petits projets, mais cette édition me déprime et me choque. Nous assistons au triomphe de la culture Instagram sur la musique. » Dans les travées de l’espace
professionnel déambule Michael Lang. En 1969, alors
âgé de 24 ans, il avait pris en charge l’organisation du
festival de Woodstock. Alors qu’il prépare une édition anniversaire de l’événement pour 2019 – qui
marquera les 50 ans du festival –, celui-ci déplore
également la vacuité de Coachella et sa dimension
principalement commerciale.
Producteur pour United Talent Agency à Los Angeles, Bernhardt travaille avec des artistes français
Le streaming fait tomber toutes
les barrières. Il nous permet de géolocaliser
notre action en fonction des territoires
MARC THONON, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU BUREAU EXPORT DE LA MUSIQUE FRANÇAISE
»
VS/BESTIMAGE
depuis une dizaine d’années. « Le rock à guitare est
mort, en tout cas aux yeux des gamins. Dans l’électro
et la pop, vous disposez d’artistes qui repoussent les
frontières et utilisent la vidéo d’une manière dont
aucun musicien français n’est capable. Les premiers à
innover en la matière ont été Daft Punk, et cette tradition se poursuit avec un groupe comme The Blaze. Il y a
encore dix ans, aucun francophone n’aurait pu remplir
le Madison Square Garden comme Stromae l’a fait. En
retour, il a inspiré de nombreux artistes américains. »
« Une volonté d’ambition »
De l’avis général, le concert le plus marquant de
l’histoire du festival était celui d’un groupe français.
En 2006, Daft Punk présentait un spectacle extravagant, qui fit date, avec une pyramide et un dispositif
d’éclairage par LED inédit. Venu à onze reprises en
tant que spectateur, invité en tant que DJ à cinq reprises, Pedro Winter – à l’affiche cette année sous
son pseudo de Busy P – est un habitué. Il était manager de Daft Punk à l’époque de ce concert mémorable. « Ça a été un tournant pour la musique française,
pour le festival et pour la musique électronique dans sa
globalité. Les Daft ont fait comprendre aux artistes
électroniques qu’il était bon d’être ambitieux. On bénéficie encore aujourd’hui de cette dynamique. En
créant le label Ed Banger, j’ai poursuivi cette volonté
d’ambition. L’année dernière, nous étions présents
avec Justice, qui est venu avec un show spectaculaire,
en replaçant la mécanique au cœur du spectacle », explique-t-il. Sous un soleil de plomb et une température flirtant avec les 40 °C, Nile Rodgers a d’ailleurs
revisité les grands tubes qui ont ponctué sa carrière,
depuis son groupe Chic, ses collaborations avec Sister Sledge, Diana Ross, David Bowie et Madonna…
jusqu’à Daft Punk en 2013. « À l’époque où j’ai reçu un
appel de ces deux types français, on venait de me diagnostiquer un méchant cancer. Je suis persuadé que le
succès de cette collaboration m’a permis de vaincre la
maladie », dit-il avant de jouer le titre.
On reste incrédule devant le gigantisme de l’événement. Avec 125 000 spectateurs, Coachella semble
avoir atteint sa taille critique. Une telle affluence
rend la circulation aux abords du site extrêmement
complexe. Il faut s’armer de patience et compter
parfois jusqu’à deux heures pour accéder au premier
parking disponible. L’excitation est souvent sur les
scènes secondaires. Dans un registre rock classique
assez rare de nos jours, The War on Drugs a donné un
excellent set, avec force guitares. Sur les mêmes
planches, le vétéran David Byrne, ancien leader de
Talking Heads, présentait un show très innovant,
entouré d’une dizaine de musiciens virtuoses déambulant sur scène à la façon d’un marching band moderne. Toujours curieux de nouveautés, l’homme a
proposé à deux figures françaises, Benjamin Clementine et Ibeyi, d’effectuer la première partie de sa
future tournée d’été aux États-Unis. Présent pour la
seconde fois à l’affiche du Coachella, le groupe Ibeyi,
qui réunit les sœurs jumelles Naomi et Lisa-Kaindé
Diaz, est un des fleurons français de la programmation. « Nous avons joué dans beaucoup de festivals
américains mais Coachella reste perçu comme un
grand accomplissement. Il est presque naturel pour
nous de jouer dans le monde entier maintenant. Il
n’aurait pas été naturel pour nous de rester cantonné à
la France. » Quel artiste français aurait pu tenir un tel
discours il y a encore dix ans ? ■
AMY HARRIS/INVISION/AP
Jean-Michel Jarre
sur la scène
du festival Coachella,
à Indio (Californie),
vendredi 20 avril
dernier.
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LE FIGARO
mardi 24 avril 2018
CHAMPS LIBRES
ÉCONOMIE
13
Les statistiques françaises
sont-elles fiables ?
L’essor
du numérique
a révolutionné
l’économie.
Les comptabilités
nationales tentent
de s’y adapter
pas à pas.
Anne de Guigné
adeguigne@lefigaro.fr
ÉCONOMIE Nos sociétés ont basculé
dans l’ère de la transparence. Le numérique permet aux grandes surfaces de
prévoir la manière dont les clients réagissent à une promotion, aux assureurs
d’adapter les primes en fonction de la
conduite des conducteurs… Mais la numérisation de l’économie n’a pas simplifié le travail des comptables nationaux.
Loin de là, elle a brouillé les lignes et remis en cause des méthodes traditionnelles héritées de l’après-guerre.
Si on se fie aux rapports internationaux,
les statistiques françaises sont pourtant
parmi les plus fiables. Mais, comme tous
leurs homologues, les comptables étudient des périmètres de plus en plus déconnectés de la réalité des échanges, car
ils peinent à appréhender les phénomènes de gratuité, partage, collaboration…
qui bouleversent l’économie. Ces récentes mutations remettent en cause les
mesures traditionnelles de la production, de l’inflation et du chômage. Des
économistes plaident pour une vaste remise à plat des systèmes statistiques. Les
services nationaux défendent de leur
côté une adaptation pas à pas. Face à la
sensibilité des enjeux, les politiques
jouent la prudence.
LE PIB, UN INDICATEUR
DE L’APRÈS-GUERRE
❙
1
Le PIB ne mesure pas
le travail domestique
RÉPARTITION DU TEMPS DE TRAVAIL
DOMESTIQUE ANNUEL MOYEN
PAR ACTIVITÉ, en heure
Autres activités domestiques
« Je ne crois aux statistiques que lorsque je
les ai moi-même falsifiées », s’amusait
Winston Churchill. En Europe, le grand
magouillage grec à la fin des années 1990
lui a donné raison. Plus récemment,
l’Argentine a été accusée de maquiller
son niveau d’inflation. L’ONU tente
pourtant d’encadrer fermement ces fantaisies en fixant des règles statistiques
internationales.
Le pilier de ce système, le produit intérieur brut (PIB), est une invention des
années 1930. La première version de cet
indicateur a été conçue par l’économiste
Simon Kuznets à la demande du Congrès
américain. Puis John Maynard Keynes
raffine la formule. Il mesure la richesse
d’un pays en additionnant consommation, investissements privés, dépenses
de l’État et droits de douane. La GrandeBretagne adopte cette définition puis les
États-Unis, qui l’imposent ensuite aux
pays européens souhaitant profiter du
plan Marshall.
Les comptables ont affiné au fil des ans la
définition. En France, on est ainsi passé
en 1993 d’un produit national brut
(PNB), qui mesure la somme des richesses créées par les acteurs économiques
français, au PIB, centré sur la richesse
produite sur le territoire, que ce soit par
des entités françaises ou étrangères. Une
part importante du PIB est calculée à
partir d’estimations conventionnelles.
La comptabilité nationale évalue en effet
les services des administrations sur la
base de leur coût de production et procède de même pour la production du
monde associatif et une partie de l’économie souterraine. L’Insee intègre ainsi
depuis le début de l’année le trafic de la
drogue dans les calculs du PIB.
En revanche, la sphère de la production
domestique est exclue du périmètre. S’il
était valorisé au smic net, la valeur du
travail domestique aurait atteint
292 milliards d’euros en 2010, soit 15 %
du PIB, selon une étude de l’Insee. Ces
particularités ont nourri les critiques
autour de la notion de PIB. Dans son discours fleuve lors de sa campagne présidentielle, peu de temps avant son assassinat, Robert Kennedy regrettait que cet
indicateur ne mesure pas « la beauté de
notre poésie ou la force de nos mariages ».
Dans le même registre, Nicolas Sarkozy
installait en 2008 à l’Élysée la commission Stiglitz, en lui confiant la mission
d’identifier les limites du PIB comme indicateur de performance économique et
de progrès social.
SERVICES
MESURÉS
❙ DEMALNOUVEAUX
Pour Didier Blanchet, le directeur des
études et synthèses économiques de
l’Insee, ces polémiques proviennent
d’une incompréhension de fond. « Le
problème vient de l’habitude de voir dans
le PIB un indicateur de bien-être. Mais ce
n’est pas du tout l’objectif des comptables,
tranche-t-il. Nous voulons simplement
mesurer les flux monétaires entre agents,
pour éclairer la conduite des politiques
macroéconomiques et budgétaires. » Pour
mesurer la production du pays, et donc
la croissance, l’Insee reste droite dans
ses bottes : elle additionne la somme des
valeurs ajoutées (production moins
consommation intermédiaire) des producteurs de biens et de services résidant
sur le sol français.
Cette formule datée de l’ère industrielle
est toutefois remise en cause par la numérisation de l’économie. Comment
prendre en compte les notions de gratuité ou d’économie de partage, qui ont
bouleversé les secteurs du commerce, du
transport, des services d’hébergement
ou de restauration ? Ainsi, la définition
classique de la production est mise au
défi par les Google, Facebook, Twitter…
Pour utiliser ces services gratuitement,
des milliards de personnes cèdent leurs
données personnelles, données qui sont
ensuite revendues aux entreprises qui
veulent améliorer leur publicité en ligne.
Deuxième défi de taille : comment localiser précisément la production dans une
économie digitale et entièrement mondialisée ?
L’INFLATION
❙ LEDE MYSTÈRE
Ces flottements autour de la production
entraînent par ricochet des interrogations sur les mesures d’inflation. Une inflation qui a déserté les économies occidentales depuis quelques années. La
baisse de coût ultrarapide des nouveaux
produits, combinée à une montée en
gamme permanente, perturbe en effet
les thermomètres. Au final, les comptables peineraient à faire la distinction entre l’inflation et l’augmentation de qualité dans les secteurs où un flux de
nouveaux produits remplace des solutions existantes. Difficile en effet d’estimer si les baisses de prix induites par ces
nouveaux services (covoiturage, location chez l’habitant…) s’effectuent à
qualité de prestation constante.
Un papier de l’OCDE des économistes
Nadim Ahmad et Paul Schreyer met en
lumière ce point. Ces experts ont comparé la variation de prix de différents biens
liés aux nouvelles technologies (logiciel,
smartphone…) dans différents pays.
Alors qu’il s’agit de produits standards,
dont les prix évoluent de la même manière dans le monde entier, les économistes mettent en lumière de fortes divergences d’appréciation entre les
différentes comptabilités nationales. Par
exemple entre l’Italie et l’Allemagne sur
le prix des logiciels (voir graphique). En
1996, le rapport Boskin aux États-Unis
démontrait déjà que si les indices de prix
ne prennent pas suffisamment en compte l’amélioration de qualité des produits
liée aux innovations, alors l’inflation est
surévaluée et la croissance sous-estimée.
FLOUE ENTRE
CHÔMAGE ET EMPLOI
❙ LIMITE
En France, au dernier trimestre 2017, le
taux de chômage mesuré par l’Insee a
brusquement chuté de 0,7 point. Sans
aucune explication. Dans un monde du
travail de plus en plus fragmenté, les
mesures du chômage et de l’inactivité
s’affolent. Le Bureau international du
travail (BIT), dont l’Insee suit les recommandations, a en effet une vision très
précise du chômage. Est considérée
comme chômeur une personne en âge de
travailler, qui répond simultanément à
trois conditions : être sans emploi, être
disponible pour en prendre un dans les
quinze jours et avoir cherché activement
un emploi dans le mois précédent ou en
avoir trouvé un qui commence dans
moins de trois mois.
Cette définition binaire - emploi ou chômage - n’est plus adaptée au monde du
travail actuel. Les outils statistiques ne
parviennent pas à mesurer le cumul
d’activité, le temps très partiel, les
changements fréquents d’activité, le
travail sur les plateformes… « Les frontières entre emploi, chômage et inactivité
ne sont pas toujours faciles à établir
(exemple d’un étudiant qui travaille quelques heures par semaine…) », reconnaît
d’ailleurs l’Insee. Pour appréhender cette complexité, l’institut a créé la notion
de halo du chômage qui rassemble les
personnes qui souhaitent travailler mais
ne sont pas comptabilisées comme chômeurs selon la définition du BIT. Autant
de profils divers qui se retrouvent à la
frontière de l’inactivité et du chômage.
La taille du « halo » n’a cessé de prospérer ces dernières années, pour frapper
1,5 million de personnes en France. Sans
que les statisticiens ne parviennent à en
différencier toutes les nuances.
OUTILS
MESURE
❙ DEDE NOUVEAUX
Face à la montée du numérique, les
comptables ne sont pas restés les bras
croisés. Ils ne cessent d’innover et de
chercher à mieux exploiter les nouveaux outils disponibles. « Sur le chômage ou d’autres indicateurs économiques, il y a eu un moment l’idée qu’on
pourrait avoir de très bonnes estimations
de leurs évolutions en regardant simplement les tendances enregistrées par des
outils tels que Google Trends, rappelle
ainsi Didier Blanchet de l’Insee. Nous
avons testé ce genre de piste mais l’apport s’avère très modeste et les comportements de recherche sur le Web peuvent
s’avérer trop instables pour offrir des
statistiques robustes. »
Pour l’instant, les pistes les plus probantes d’utilisation du big data concernent le suivi des prix, et donc la mesure
de l’inflation. Actuellement, la majorité
du suivi des prix se fait par collecte directe sur les lieux de vente. Deux nouvelles voies sont explorées : la collecte
des prix sur Internet ou le traitement
des données de caisse transmises par les
enseignes de distribution… L’Insee a
ainsi lancé en 2015 un projet destiné à
produire un indice des prix à la
consommation fondé en partie sur ces
données de caisse. Il devrait être opérationnel… d’ici à 2020. La révolution statistique est lente. ■
Gestion du ménage
30
Jardinage
125
217 heures
Cuisine
2
Le nombre de personnes à la frontière du chômage ne cesse de progresser
PERSONNES DANS LE HALO AUTOUR DU CHÔMAGE, en moyenne trimestrielle, en millions
63
Vaisselle
Lessive,
repassage
Bricolage
1,6
67
69
T4 2017
Ménage
199
1,5
1,5 million
1,4
74
129
Le halo du chômage
rassemble les
personnes qui
souhaitent travailler
mais ne sont pas
comptabilisées
comme chômeurs
selon la définition
officielle du Bureau
international du travail.
1,3
148
1,2
Source : Insee
3
Courses
S'occuper d'enfants
1,1
1
La difficile évaluation des prix des nouvelles technologies
0,9
ÉVOLUTION DES PRIX DES LOGICIELS, en points
2003
Les comptabilités nationales n’évaluent pas de la même manière l’évolution
des prix des nouvelles technologies car il est devenu très difficile d’objectiver l’évolution
de prix de biens et services dont les qualités s’améliorent en permanence.
ITALIE
1,4
4
2005
2007
2009
2011
2013
2015
2017
Source : Insee
73 %
Le numérique a bouleversé les usages quotidiens
TAUX D’ÉQUIPEMENT EN SMARTPHONE DES PLUS DE DOUZE ANS
Le développement du numérique est un enjeu
crucial pour la statistique publique.
1,2
39 %
1
JAPON
49 %
28 %
— ATS-UNIS
ROYAUME-UNI
0,8
65 %
58 %
FRANCE
CANADA
17 %
A
ALLEMAGNE
0,6
1994 96 98 2000 02 04 06 08
10
12 2014
Source : OCDE
Source : Credoc
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
14
Georges Bensoussan : « L’antisémitisme se pare
désormais des oripeaux d’un antiracisme dévoyé »
■ Le Nouvel
Antisémitisme
en France
Ouvrage collectif avec
la contribution, notamment,
de Georges Bensoussan
DESSIN CLAIREFOND
ALBIN MICHEL, 215 PAGES 15 €.
EN LIBRAIRIE LE 25 AVRIL.
lesquelles la nation demeure ce bien
commun, cette forme d’harmonie
collective qui leur semble aujourd’hui menacée.
PROPOS RECUEILLIS PAR
VINCENT TRÉMOLET DE VILLERS
£@vtremolet
LE FIGARO. - En 2002, vous dirigiez
Les Territoires perdus de la
République, essai qui décrivait
notamment l’apparition d’un
antisémitisme culturel dans certains
quartiers en France. Seize ans plus
tard, vous avez signé la « tribune
contre le nouvel antisémitisme »
publiée par Le Parisien et vous
participez au livre publié
par Albin Michel sur le sujet.
Diriez-vous que le temps du déni
est révolu ?
Georges BENSOUSSAN. - On aimerait le penser. Pourtant, même s’il
est indéniable que quelque chose a
bougé depuis plusieurs mois, je crois
que les forces du déni demeurent
puissantes. Elles tiennent à cette
partie de la gauche sociétale qui domine encore largement l’opinion par
le biais d’un grand nombre de médias
au discours formaté. De ce côté-là, il
faudra s’attendre à de nombreuses
contorsions. Tout en déplorant l’antisémitisme (« plus jamais ça »), on
continuera à ne pas nommer la source du péril.
La notion de vivre ensemble n’a cessé
d’être invoquée tandis que, dans
les faits, les communautés n’ont cessé
de se séparer. Comment expliquer
ce paradoxe ?
Dans une société où, pour le pire, le
libéralisme économique épouse le libéralisme sociétal, il me semble que
ce paradoxe n’est qu’apparent. On
invoque d’autant plus le vivre ensemble que nous ne vivons pas ensemble mais à côté les uns des autres.
La notion de « vivre ensemble » dit,
comme un sous-texte,
un lent processus d’éclatement de la nation. Qui
nourrit une insécurité
culturelle dont les preLa Seine-Saint-Denis a perdu 80 % de sa
mières victimes sont les
population juive en quinze ans,
classes populaires et les
rappelle l’historien.
classes moyennes pour
ENTRETIEN
Dans sa doctrine, ses ressorts,
ses représentations, en quoi cet
antisémitisme est-il nouveau ?
L’antisémitisme qui tue aujourd’hui
ne vient pas de l’extrême droite
même si celui-ci demeure une réalité. Évoquer la France comme un
« pays antisémite » était jusqu’à
maintenant aberrant tant les préjugés antiJuifs n’avaient cessé de reculer depuis la fin de la Seconde Guerre
mondiale. C’est évidemment moins
vrai à l’heure actuelle. Dans ce domaine comme en d’autres, la régression française est patente.
L’antisémitisme d’aujourd’hui est
nouveau par la source et par le mode
opératoire. Par la source d’abord. Cet
antisémitisme violent est issu d’une
nouvelle frange de la population
sémitisme traditionnel s’y est aggravé tout en se modifiant, nourri par le
ressentiment né d’une intégration
plus ou moins réussie, comme par le
conflit israélo-arabe.
Cet antisémitisme est également
nouveau par le mode opératoire : il
tue (15 personnes depuis 2006 en y
incluant les victimes du Musée juif de
Bruxelles assassinées par un Français).
Diriez-vous qu’un antiracisme
dévoyé peut nourrir l’antisémitisme ?
L’antisémitisme ne parle plus le langage du racisme d’avant guerre. Il
parle au contraire la langue d’une
idéologie victimaire et communautariste qui se pare des oripeaux de l’antiracisme. Mais il s’agit en effet d’un
antiracisme dévoyé. Une partie de
cet antisémitisme prétend s’exprimer
au nom de l’« ouverture à l’Autre »
(même si, en réalité, nombre de violences verbales antijuives dans les
« quartiers » relèvent encore du basiLa notion de « vivre ensemble »
que « sale race »),
voire prend appui sur
dit, comme un sous-texte, un lent
la mémoire de la
processus d’éclatement de la nation
Shoah pour affirmer
que l’État d’Israël
« fait aux Arabes ce que les Allemands
française. Il puise aux sources corafirent jadis aux Juifs » (sic).
niques comme à l’histoire moderne
Ce dévoiement de l’antiracisme va
des Juifs du Maghreb, une histoire
plus loin encore quand il crée un disméconnue en France où de nomcours normatif qui fait de toute opibreux idéologues accréditent la thèse
nion dissidente un écart à la règle
d’une histoire apaisée que le sionispassible du tribunal. Ce faisant, il
me et la création de l’État d’Israël senourrit la judiciarisation du débat
raient venus briser. Qu’il y eut des
intellectuel et à terme son rétrécismoments heureux, de convivialité et
sement. Ce dévoiement est insépad’amitié, c’est certain. Que ces Juifs
rable, à cet égard, d’une judiciadu Maghreb furent longtemps des
risation de la société qui, loin de
Juifs de culture arabe, c’est certain
signifier une extension des droits de
aussi. Il n’est pas nécessaire, pour
chacun, traduit au contraire le règne,
autant, d’idéologiser ce passé ni de
encore feutré, de la guerre de tous
confondre l’histoire d’une bourgeoicontre tous.
sie juive qui avait peu à faire avec la
« rue arabe », avec l’histoire des
Juifs de condition populaire, largeLa vie impossible des Français juifs
ment majoritaires, qui eux, et eux
dans les « territoires perdus »
seuls, eurent à subir une vie marquée
témoigne-t-elle d’un processus
au quotidien par l’arbitraire et une
de séparation qui menace à terme
forme de précarité sur fond de craintoute la communauté nationale ?
te diffuse. Arrivé en France, cet antiL’exode intérieur de nombreux
«
»
Français juifs (la Seine-Saint-Denis a
perdu 80 % de sa population juive en
quinze ans) doit être corrélé au
départ des 52 000 Juifs qui ont gagné
l’État d’Israël ces seize dernières
années. Sans compter le nombre,
inconnu, de ceux qui sont partis
ailleurs.
En dépit des proclamations, probablement sincères, qui se multiplient,
il y a fort à parier que les Français
juifs (et d’abord, sinon exclusivement, le judaïsme populaire) seront
abandonnés à leur sort tout comme la
« France périphérique » (Christophe
Guilluy), qui relève de la même logique d’abandon, demeurera cantonnée à… la périphérie de la vie nationale. Taraudée par l’amertume de sa
marginalisation et le sentiment de
son déclin social, cette France-là,
majoritaire en nombre, et qui se sent
étouffer sous le poids d’un discours
moutonnier (« ce qu’il faut dire »),
ne trouve plus guère de langage
commun avec des élites culturelles et
sociales de plus en plus souvent hors
sol et pour lesquelles les mots « identité » et « nation » paraissent vides
de sens.
Que doivent faire en priorité
les pouvoirs publics ?
Être des « pouvoirs publics ».
Exercer l’autorité, diriger, commander et faire respecter la loi. En commençant par avoir le courage des
mots, la première des digues contre
le retour en force de la barbarie. La
liberté a un prix, c’est celui du
combat. Que les pouvoirs publics
l’assument.
Mais aussi qu’ils gardent en mémoire
les diagnostics de Marc Bloch et de
Georges Bernanos dressés tous les
deux en 1940-1941, L’Étrange Défaite
de l’un, la Lettre aux Anglais de
l’autre. Qu’ils n’oublient pas leurs
mots sévères sur la trahison d’une
partie des élites et sur la lâcheté du
grand nombre. Et qu’ils s’évertuent à
ce que ces textes demeurent de
grands textes littéraires de combat,
mais qu’ils n’aient pas pour nous de
valeur prémonitoire. ■
BIBLIOTHÈQUE DES ESSAIS
■ Vol MH370.
Une vie détournée
De Ghyslain Wattrelos,
avec Gaëlle Legenne.
FLAMMARION, 350 P., 19,90 €
C’est un homme confronté à l’indicible,
la perte d’une épouse et de deux enfants
sur les trois nés de cet amour. Le mot
« disparition » prend ici tout son terrible
sens. C’est comme si des vies aimées
avaient été happées par un grand trou
noir. Le vol MH370, dans lequel se trouvaient Laurence, Ambre et Hadrien, s’est
évanoui dans la nuit. Et depuis quatre
ans, rien, nulle information solide, aucune explication. À l’heure d’Internet, du
« big data » et de nos vies suivies à la trace, pas un signe, pas un indice.
Face à cela, beaucoup se seraient effondrés. Ou seraient devenus fous. Ghyslain
Wattrelos est toujours debout et il a toute
sa tête. Même si, certains jours, la voix de
ce colosse se casse. Même si, d’autres
nuits, son calme diurne est bousculé par
« convaincu que le MH370 a été abattu, par
une entité ou un État qui est aujourd’hui
dans l’impossibilité de le reconnaître ».
Ce livre est aussi celui de la vie malgré
tout. Après le drame, Ghyslain reprend
vite son travail. Pendant la semaine, il se
force à parler budget, fusions-acquisitions. Et le week-end, à aller chez LeroyMerlin pour rénover la maison, même si
elle est désormais dépeuplée. « Je n’ai pas
le choix. Il faut que j’avance, il faut que je
montre à mon fils que la vie continue »,
écrit-il. Alexandre, ce fils qui seul désormais reste à ses côtés. Cet homme-roc
redoute par-dessus tout le regard des
autres, ses collègues, ses amis. « Je ne
veux pas de leur pitié. Bien sûr, je voudrais
recevoir une certaine forme d’empathie,
mais sans qu’elle dépasse les limites du rai-
sonnable. » Parce qu’il est pudique. Et
parce qu’il sait que l’émotion sans cesse
ravivée risque de le faire s’effondrer.
Aujourd’hui, Ghyslain a « accepté l’inacceptable ». Il est de nouveau capable
d’aimer, ne redoute plus les lumières de
Noël ni celles de l’été. Il se sent porté par
l’énergie de sa femme et la joie de vivre de
ses enfants disparus. Et il reste plus que
jamais déterminé à découvrir la vérité.
Ces pages aux mots contenus serrent
souvent la gorge. Comme à la lecture de
cette lettre à son fils disparu, Hadrien, le
jour de ses 18 ans. Mais ce livre est aussi
une leçon de vie, de courage et de
combat. Au-delà de cette tragédie hors
norme, il est un manuel de survie à l’usage de tous, quand l’épreuve nous accable.
ARNAUD DE LA GRANGE
A
LITTÉRAIRE !
« Nous portons tous un livre en nous, un désir de texte pour soi ou à partager. Le Figaro littéraire a ouvert
de nouveaux ateliers pour celles et ceux qui sont attirés par la formidable aventure de l’écriture. »
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À VOS
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REJOIGNEZ
LES ATELIERS
D’ÉCRITURE
DU FIGARO
la détresse. Ce père éprouvé au-delà de
l’entendement n’a pas renoncé à vivre.
Ni à chercher. Ce livre mêle l’enquête et
l’intime. Il est à la fois sa quête de vérité et
un témoignage humain édifiant.
Percer cet insoutenable mystère devient
le but de sa vie. Longtemps, le jour, il
tente de mobiliser les politiques, rencontre des agents de renseignements, des
diplomates, des spécialistes. Les nuits se
passent sur Internet, à lire les commentaires des experts sérieux ou autoproclamés. Ghyslain découvre aussi détraqués,
mythomanes ou autres vautours du malheur. Il passe par d’épuisantes phases
d’espoir et de déception. Aujourd’hui, ses
recherches se font de manière plus posée.
Mais il a l’insupportable sentiment que
des hommes savent et se taisent. Et reste
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Écrivain, pianiste et compositeur, co-auteur de Sorel Éros, l e plus long palindrome de langue
française, auteur de Le Pékinois et Anagrammes pour sourire et rêver, aux éditions Seuil.
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LE FIGARO
mardi 24 avril 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
Trump-Macron : l’Iran, enjeu central
est un sujet très
technique mais c’est
aussi un enjeu
stratégique majeur.
Lors de sa rencontre
de ce mardi 24 avril
2018 avec Donald Trump à la MaisonBlanche, Emmanuel Macron devra
déployer des trésors de persuasion
pour sauver la grande œuvre
diplomatique de l’Administration
C’
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
24 avril 1617 :
assassinat de Concini
sur l’ordre du jeune
Louis XIII
Jacques
Bainville
BRIDGEMAN IMAGES/RDA
Dans la haute
fortune qu’il devait
à la faveur
de Marie de Médicis,
il manqua aussi
de tact et de
prudence et
il humilia le jeune
roi en affectant
de le tenir à l’écart
des affaires
»
ANALYSE
Albert Zennou
azennou@lefigaro.fr
e défi majeur
d’Emmanuel Macron
sera la réponse qu’il
donnera aux grands
sujets de société dont
l’immigration et la
laïcité. Les réformes économiques et
sociales, il devrait les réussir sans trop de
difficulté. Mais le président sera jugé sur
les questions sociétales. » Ce député
LaREM qui compte dans la macronie se
veut avant tout pragmatique : la réponse
que le président de la République
apportera aux angoisses des Français sur
l’immigration et plus généralement sur
l’identité française sera essentielle. Le
succès des réformes économiques est une
condition nécessaire mais non suffisante
pour garantir la victoire en 2022,
lorsqu’il s’agira de défendre une nouvelle
candidature à l’élection présidentielle,
dont personne ne doute qu’elle est d’ores
et déjà dans l’esprit du chef de l’État.
L’immigration est devenue la vraie
ligne de fracture de la société française.
On l’a vu avec la loi « asile et
immigration ». Alors qu’on pensait le
clivage droite-gauche complètement
obsolète, renvoyé aux calendes grecques
par Emmanuel Macron et son « et de
droite et de gauche », l’immigration agit
comme une ligne de démarcation
persistante dans un pays qui rejette, du
moins en apparence, les anciennes
oppositions idéologiques. Car les députés
de La République en marche ont beau
avoir avalisé la remise à jour du logiciel
politique, la loi « asile et immigration »,
votée le 22 avril en première lecture à
l’Assemblée nationale, a vu ressurgir les
antagonismes anciens. Pas étonnant que
le député de la Vienne Jean-Michel
Clément, qui a annoncé dès ce vote en
première lecture sa démission du groupe
L
» Lire aussi PAGES 4 ET 7
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
attendre, au grand dam du président
réformateur Rohani, qui a mis tout son
poids politique dans la balance pour
imposer l’accord nucléaire aux « durs »
du régime. Toutes les entreprises
européennes rêvent de faire des
affaires avec l’Iran, dont les quatrevingts millions d’habitants jouissent
d’un haut niveau d’instruction. Mais
elles ne trouvent aucune grande
banque pour financer leurs
exportations ou leurs investissements.
Les grands établissements financiers
du Vieux Continent sont en effet
traumatisés par ce qui est arrivé à la
BNP, qui fut condamnée, le 1er mai
2015, à payer neuf milliards de dollars
d’amende à la justice américaine,
pour avoir financé des exportations
de pétrole iranien libellées en dollars
(légales en vertu du droit français ou
européen, mais illégales en vertu du
droit américain). Cette gigantesque
amende n’avait curieusement pas
déclenché de réaction de la part de
la Commission européenne – laquelle
aurait très bien pu, par exemple,
condamner la banque américaine
Goldman Sachs à une amende au moins
équivalente, pour avoir aidé un pays
membre de l’UE à maquiller ses
comptes publics.
Comme elles ne peuvent pas se
permettre de risquer d’être bannies
du marché américain, les grandes
banques européennes prennent la
précaution, avant toute opération
en Iran, de demander une autorisation
particulière au Trésor américain…
lequel refuse toujours de se prononcer
à l’avance !
À cet inconfort financier s’ajoute un
lourd climat d’incertitude politique.
Sollicité par le président, le Congrès
des États-Unis a refusé d’endosser la
L’immigration, la dernière ligne
de fracture idéologique
«
+
Obama, à savoir l’accord nucléaire
avec l’Iran.
Il fut négocié pendant des années,
sous l’impulsion de l’Union
européenne (UE), avec les
représentants de Téhéran,
conjointement par les États-Unis,
la Russie, la Chine, la France,
la Grande-Bretagne et l’Allemagne,
et signé à Vienne le 14 juillet 2015.
Le Joint Comprehensive Plan of Action
(JCPOA) oblige les Iraniens à
suspendre, jusqu’en 2025, leurs
activités d’enrichissement d’uranium
et de fabrication de plutonium,
en échange d’une suspension
des sanctions commerciales qui ont été
décrétées contre eux par l’ONU, l’UE
et les États-Unis, en raison de leur
programme nucléaire. L’idée était très
simple : la communauté internationale
permettait à la Perse de revenir
à ce qu’elle était dans les années 1970,
à savoir une grande puissance
commerciale, en échange de son
renoncement à devenir une puissance
nucléaire. Le problème est que,
pendant sa campagne électorale,
Donald Trump s’est engagé à casser
cet « horrible deal ».
Les inspecteurs de l’Agence
internationale de l’énergie atomique
de Vienne (AIEA) ont noté dans tous
leurs rapports que l’Iran satisfaisait
parfaitement aux obligations qu’il avait
contractées au titre du JCPOA.
Le traité de non-prolifération
nucléaire (TNP) de 1968 est donc bel
et bien aujourd’hui appliqué au
Moyen-Orient, dont tous les pays
sont signataires (hormis Israël, qui a
construit secrètement l’arme atomique
au début des années 1960, grâce à la
France). Mais, en Iran, les bénéfices
commerciaux du JCPOA se font
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
LaREM, soit un ancien adhérent et élu du
Parti socialiste reconverti macroniste. Le
parcours politique passé a parlé. On
n’échappe pas à ses convictions d’antan
aussi rapidement. D’ailleurs, il n’est pas
le seul parlementaire macroniste à avoir
eu des états d’âme. C’est même le texte
de loi le plus mal adopté depuis le début
de la législature : 228 pour, 193 contre et
24 abstentions, soit un petit score de
58 %. Preuve de l’embarras d’une partie
des troupes dirigées d’une main ferme
par Richard Ferrand, 99 des 312 députés
LaREM étaient absents lors du vote.
L’immigration est un marqueur
symbolique d’autant plus fort qu’elle est
associée immédiatement aux migrants
d’origine musulmane.
Schématiquement, la gauche, plus
adepte que la droite d’un
internationalisme revendiqué, a toujours
défendu une conception positive de
l’immigration. Quand le sujet est devenu
d’autant plus politique que le Front
national s’en était emparé pour en faire
l’identifiant majeur de son programme,
les autres partis ont dû se positionner
selon un axe pour ou contre l’arrivée
d’étrangers dans l’Hexagone et leur
influence sur la structure même
de la société française.
Mais à partir des années 1990,
les doutes sur la formule célèbre
« l’immigration, une chance pour la
France » ont atteint aussi une partie des
élites de gauche. C’est la fameuse phrase
de Michel Rocard : « Nous ne pouvons pas
héberger toute la misère du monde.
La France doit rester ce qu’elle est, une
terre d’asile politique […] mais pas plus. »
Le premier ministre de l’époque ajouta,
citant un nombre significatif
de reconduites à la frontière et
d’expulsions : « Cette politique est dure
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
[…] mais nous devons le faire pour
maintenir la cohésion de la société
française et pour pouvoir intégrer, insérer,
dans des conditions décentes ceux des
immigrés qui sont chez nous en situation
régulière, et qui sont – Dieu merci ! – le
plus grand nombre. »
Quand Marine Le Pen, à partir de
2007, est montée en puissance dans son
parti et dans l’opinion, avec une ligne
sociale très affirmée et la défense des
« oubliés », elle rompait avec la tradition
libérale de son père en économie.
Du coup, de nombreux observateurs
n’ont vu dans le programme économique
mariniste qu’un copier-coller des thèses
défendues jusque-là par la gauche la plus
radicale, avec Jean-Luc Mélenchon
en tête. Même programme économique,
refus de l’Europe, appel au
« dégagisme » ; seule différence
profonde : l’immigration. Marine Le Pen
estimait qu’il n’était même plus besoin
d’aborder le thème, tant son parti était
identifié au sujet. « Pas besoin d’en parler
autant qu’avant, notre histoire parle pour
nous », avait coutume de dire un cadre
du FN.
Quoi qu’il en soit, si l’immigration
est souvent renvoyée dans l’inconscient
collectif au sort des migrants et des
réfugiés, elle est désormais associée non
plus seulement à l’accueil mais aussi
à l’intégration des étrangers. C’est
aujourd’hui autour de ce thème
que les débats sont les plus féroces,
entre ceux qui redoutent l’islamisme
voire le « grand remplacement » et ceux
qui ne désespèrent pas des capacités
d’intégration de la société française. Pour
l’instant, le chef de l’État reste allusif sur
ces questions. Sans doute le prochain
plan Borloo pour la jeunesse pourrait-il
comporter des éléments de réponse.
FIGAROMEDIAS
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Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
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direction.redaction@lefigaro.fr
responsabilité d’une destruction
du JCPOA. Car immenses en seraient
les éventuelles conséquences : reprise
de l’enrichissement d’uranium par
le régime des mollahs ; bombardement
par les Israéliens des installations
nucléaires iraniennes ; ralliement
de l’axe chiite autour de Téhéran
(Bagdad, Damas, Beyrouth, Sanaa) ;
embrasement du Moyen-Orient.
L’Iran n’a pas tort quand il dit que les
Occidentaux ne respectent que la force
et sont ingrats à l’égard de l’élève qui
fait soudain le choix de se soumettre
à leurs règles. La Corée
du Nord a violé le TNP, puis s’en
est retirée, puis a procédé à des
expériences nucléaires et balistiques
contraires aux résolutions de l’ONU :
l’Amérique la cajole aujourd’hui,
préparant un sommet Trump-Kim
pour le mois de juin 2018. L’Iran a
renoncé au terrorisme depuis la fin
du siècle dernier, et à son programme
nucléaire depuis 2015, mais il est
toujours traité en paria
par Washington.
Macron à lui seul ne pourra obtenir
que cesse la prétention des États-Unis
à appliquer leurs lois au monde entier.
Pour libérer les Européens de cette
emprise juridique américaine, il
faudrait un bras de fer, dont l’actuelle
Commission de Bruxelles n’est pas
capable. Mais, en s’engageant à obtenir
des Iraniens un amendement du JCPOA
prolongeant indéfiniment les dates
de suspension de leurs activités
nucléaires, le président français
pourrait très bien réussir à ramener
les États-Unis à la raison, c’est-à-dire
à la fin d’une brouille de quarante ans
avec un pays dont les élites
professionnelles ne songent qu’à
communier avec la culture américaine.
VOX
… POLITIQUE
« Cette séquence centrée
sur l’autorité de l’État
a été pensée dans
l’objectif d’étouffer
Laurent Wauquiez,
et de le rendre inaudible »,
par David Desgouilles,
essayiste et auteur
de Dérapage
(éd. du Rocher, 2017).
… INTERNATIONAL
« Macron, l’homme
qui murmure à l’oreille
de Donald Trump ? »,
par Lauric Henneton,
maître de conférences
à l’université de VersaillesSaint-Quentin, auteur de
La Fin du rêve américain ?
(Odile Jacob, 2017).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
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Cahier 2 Économie
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Cahier 3 Le Figaro
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du territoire national :
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A
CHRONIQUE
15
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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
16
Sébastien Falletti
£@fallettiseb
Envoyé spécial à Washington
l est l’un des sinologues américains les plus
respectés à travers le monde, auteur de multiples ouvrages sur la grande Chine. Professeur de sciences politiques à la George
Washington University, David Shambaugh
avait semé la controverse jusqu’à Pékin en
2015, en publiant un article annonçant le « craquement » du système communiste chinois dans le Wall
Street Journal. Depuis, le président Xi Jinping a
affirmé une emprise politique sans précédent sur
l’empire du Milieu et se dirige vers un mandat sans
limite, grâce à une modification opportune de la
Constitution, en mars dernier. Le nouvel empereur
défie désormais Donald Trump et montre ses muscles en Asie. Dans son bureau, à Washington, Shambaugh, auteur de China’s Future (Polity Press, 2016),
confie au Figaro son analyse sur ces bouleversements
dont la rapidité a pris de cours les meilleurs experts.
Peut-il aller plus loin ?
Cela pourrait aller encore plus loin sur le culte de la
personnalité, qui est pourtant déjà puissant. Il est
déjà le timonier, le guide. Mais il n’est pas encore
une divinité, comme l’était Mao. Il y a toujours des
institutions, contrairement à l’époque de la Révolution culturelle, mais il les domine.
Comment expliquez-vous cette reprise en main ?
Xi est taillé dans le modèle soviétique. Il a une vision, il sait où il va et il veut que l’appareil le suive au
garde à vous. Il traite le Parti comme une armée. Il
ne croit pas à la diversité, mais à la centralisation
pour accomplir son objectif. Il revient à la Chine du
modèle soviétique des années 1950 et 1960, lorsque
son père (Xi Zhongxun, vice-premier ministre purgé
par Mao en 1962, NDLR) était aux affaires.
David Shambaugh : « Xi ramène
la Chine au système patriarcal de Mao »
L’un des plus grands sinologues américains s’inquiète de la reprise en main
de la société chinoise par le Parti communiste et met en garde contre le risque
d’un conflit majeur avec Taïwan.
est une grande puissance et doit être respectée dans
le monde, comme l’a indiqué le Congrès à l’automne
dernier. Xi pousse une politique étrangère très volontariste, à l’image de sa stratégie de « nouvelle
route de la soie », avec un renforcement militaire et
une montée en gamme de l’économie.
L’arrivée de Donald Trump a-t-elle renforcé
son analyse ?
Absolument. Il n’y a pas besoin d’être grand clerc
pour voir que l’Amérique est en plein désarroi. La
réforme de l’Armée populaire de libération (APL)
est une priorité pour Xi, avec pour objectif de
« gagner » des guerres, comme il l’a répété à maintes reprises. Taïwan s’intègre dans cette vision.
Il veut résoudre cette question historique.
Pensez-vous qu’il pourrait passer à l’action
contre l’île rebelle ?
Le risque n’est pas négligeable. Xi veut forcer
Taïwan à la capitulation. Il utilise les sanctions économiques, limite notamment les investissements, le
tourisme. Il renforce également l’étau diplomatique
contre l’île, mais il n’a pas peur d’utiliser la force.
EA
UV
NO
présente
À la recherche
de ces mots perdus !
Ils existent, ils sont là, utiles,
disponibles... mais délaissés,
oubliés, sacriiés.
Pourtant ils veulent dire
exactement ce que l’on pense.
Le bon mot au bon endroit.
Ils méritent une deuxième vie,
redécouvrez-les !
Xi pousse
« une
politique
étrangère très
volontariste,
à l’image de
sa stratégie de
« nouvelle route
de la soie », avec
un renforcement
militaire
et une montée
en gamme
de l’économie
DAVID SHAMBAUGH
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Que feront les États-Unis ?
John Bolton, le nouveau conseiller à la sécurité nationale de Trump, est un ami de Taïwan. Je prédis
qu’il va défier la Chine. Il est capable de piétiner les
lignes rouges fixées par Pékin, qui a notamment
menacé de réagir en cas d’escale de navires américains sur l’île, ou de coopération militaire. Bolton va
mettre le doigt dans l’œil de Xi. Surveillez ce dossier, cela peut exploser demain !
Et la mer de Chine méridionale,
autre pomme de discorde avec Washington…
Les Chinois ont construit leurs îles artificielles et il
n’y aura pas de retour en arrière. La partie est terminée. Mais la volatilité du dossier de Taïwan est
sous-estimée. Je suis préoccupé.
Comment analysez-vous la visite de Kim Jong-un
à Pékin, à l’invitation de Xi Jinping ?
La Chine poursuit ses propres intérêts. Elle ne veut
pas être écartée du processus. Mais Xi et Kim ne forment pas un couple heureux.
U
Où veut-il aller ? Quel est son objectif ?
Il a confiance en lui et en la Chine. Il a fait un examen
attentif de la situation internationale, et il y voit une
opportunité stratégique. Il est nationaliste. La Chine
« La Chine est une société
pleine de frictions,
d’inégalités criantes et
de défis démographiques,
dont le vieillissement.
Mon instinct est qu’une
société ne peut accepter
de vivre indéfiniment
dans un État totalitaire.
Les Chinois ne sont pas
stupides. Ils quittent
le pays. »
JAY MALLIN/ZUMA-REA
LE FIGARO. - Êtes-vous surpris par la concentration
du pouvoir entre les mains de Xi Jinping ?
David SHAMBAUGH. - Je suis surpris par la centralisation et la personnalisation du pouvoir. Xi ramène
la Chine au système patriarcal de l’ère Mao. L’institutionnalisation progressive à laquelle nous avions
assisté ces dernières décennies a été balayée par le
règne d’un seul homme. Il multiplie la création de
commissions qui lui rendent directement des
comptes. La pensée de Xi a été inscrite dans la
Constitution. C’est troublant.
RENCONTRE
I
»
Croyez-vous à une guerre commerciale entre
la Chine et les États-Unis ? Qui a le plus à perdre ?
Pékin va répliquer, mais je ne crois pas à une escalade. La Chine a plus à perdre que les États-Unis,
car elle a besoin d’exporter pour soutenir sa croissance. Elle va souffrir d’un conflit qui va amoindrir
sa capacité à monter en gamme son économie, en
forçant le gouvernement à soutenir l’emploi et la
croissance à coups de crédits pour compenser les
pertes de débouchés, plutôt que de miser sur la
qualité. Je ne crois pas que les multinationales
américaines seront sévèrement touchées. La situation des entreprises étrangères en Chine est déjà
mauvaise et peut difficilement devenir pire. Le
marché chinois est un rêve depuis un siècle et le
restera encore longtemps ! Mais un conflit n’entraînera pas l’effondrement de l’économie chinoise, qui a des fondations solides. Elle peut compenser ses pertes en interne et se fermer au monde si
besoin.
En 2015, vous annonciez que le système chinois
allait « craquer ». Vous êtes-vous trompé ?
Ce terme utilisé en titre (« crack up ») fut un choix
des rédacteurs du Wall Street Journal. Je n’ai jamais
prédit un « craquement » du système, mais son
lent « déclin ». Et je persiste aujourd’hui encore. Le
système ne va pas s’effondrer mais il n’est pas aussi
fort qu’il en a l’air. Je suis frappé par la contradiction entre la confiance de Xi sur le front extérieur
et sa paranoïa en matière intérieure, où il agit de
façon très défensive. Il est hanté par la chute de
l’URSS. Il presse le système, avec ses purges et sa
campagne anticorruption, créant beaucoup de
mécontents. On n’entend pas ces voix discordantes, mais elles sont bien là. Je prédis un long déclin
sur dix à vingt ans.
Dans vingt ans, Xi sera-t-il toujours là ?
Oui, sans doute.
On assiste à une répression féroce de toute voix
discordante. Combien de temps la société
chinoise peut-elle l’accepter ?
C’est la grande question. La Chine est une société
pleine de frictions, d’inégalités criantes et de défis
démographiques, dont le vieillissement. Mon instinct est qu’une société ne peut accepter de vivre indéfiniment dans un État totalitaire. Les Chinois ne
sont pas stupides. Ils quittent le pays. Le calcul du
Parti est de miser sur le nationalisme. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 923 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
TERRES RARES
LES GIGANTESQUES RÉSERVES
DÉCOUVERTES AU JAPON
PROVOQUENT UN DÉBAT PAGE 21
AGROALIMENTAIRE
FERRERO ET UNILEVER
LANCENT
LES GLACES KINDER PAGE 23
SNCF : la grève se poursuit
devant la justice
La CFDT et l’Unsa attaquent la direction devant les tribunaux pour contester
le mode des retenues sur salaire des cheminots grévistes décidées par la direction.
Deux jours de débrayage, trois
jours de travail, deux jours de
grève… Avec cette formule inédite de grève par intermittence, les
syndicats entendent minimiser
l’impact du conflit social sur la
fiche de paie tout en maximisant
les perturbations sur la circulation des trains.
Face à cette formule de la grève
en pointillé, la direction de la
SNCF a décidé de riposter : elle
estime en effet qu’il faut travailler cinq jours consécutifs
pour bénéficier des deux jours de
repos réglementaires. L’entreprise ne paiera les jours de repos,
même hors des périodes de grève, qu’au prorata du nombre de
jours travaillés.
La CFDT et l’Unsa contestent ce
raisonnement et ont annoncé
qu’elles attaqueraient l’entreprise publique devant les tribunaux.
Si le juge donne raison à l’entreprise publique, la grève par intermittence perdra alors de son
PAGE 22
intérêt.
Le logo de Telecom Italia devant son
siège social, à Rozzano, près de Milan.
le PLUS du
FIGARO ÉCO
ENVIRONNEMENT
Le plan
du gouvernement
pour favoriser
le recyclage PAGE 20
LA SÉANCE
DU LUNDI 23 AVRIL 2018
CAC 40
5438,55 +0,48%
DOW JONES (18h)
24485,00 +0,09%
ONCE D’OR
1324,30 (1336,75)
PÉTROLE (lond)
73,930 (73,640)
EUROSTOXX 50
3513,06 +0,54%
FOOTSIE
7398,87 +0,42%
NASDAQ (18h)
6705,45 +0,57%
NIKKEI
22088,04 -0,33%
La justice italienne
a infligé hier une défaite
au fonds Elliott, qui
conteste les options
du groupe français.
Mais la vraie bataille
se jouera le 4 mai
lors d’une assemblée
générale : les
actionnaires devront
choisir entre la stratégie
de Vivendi ou celle
du fonds vautour. PAGE 18
Bruxelles va-t-il perturber les « projets excitants » annoncés par Apple
pour Shazam ? La Commission européenne ouvre une enquête approfondie sur le projet de rachat de l’application de reconnaissance musicale
par la société de Tim Cook. Après
plusieurs mois de négociations, Apple
a déboursé quelque 400 millions de
dollars pour mettre la main dessus.
Bruxelles craint que ce rachat puisse
nuire « de manière significative » à la
concurrence au sein de l’espace économique européen et « réduise le
choix pour les utilisateurs de services
de diffusion de musique en continu ».
Shazam, qui permet de connaître le
nom et l’interprète d’une chanson en
approchant le micro de son portable,
est une des applications les plus populaires. Fin 2016, elle revendiquait
avoir été téléchargée plus d’un milliard de fois.
Parti en retard sur le marché du
streaming musical, Apple Music dispose déjà d’un accès privilégié à plus
d’un milliard de propriétaires de produits Apple. Avec Shazam, le groupe
américain peut espérer élargir encore
un peu plus le spectre de ses prospects. Et verrouiller son accès à ses
concurrents, dont le géant européen
et leader mondial du streaming musical Spotify. Si, aujourd’hui, l’application propose, une fois la chanson
identifiée, d’aller l’acheter ou l’écouter sur toutes les grandes plateformes existantes, son intégration par
Apple risque de changer cette donne.
Or le recrutement d’abonnés est le
nerf de la guerre entre les plateformes musicales.
La Commission craint aussi que le rachat de Shazam permette à Apple
d’accéder à des données sensibles
sur le plan commercial concernant les
clients de ses concurrents. L’accès à
de telles données pourrait permettre
à la firme américaine de cibler directement ces clients et de les encourager à choisir Apple Music.
Cette enquête survient dans un
contexte de tensions entre Bruxelles
et les Gafa, aussi bien sur des questions de taxation que de protection
des données personnelles. La Commission a jusqu’au 4 septembre 2018
pour prendre une décision.
I. V.
L'HISTOIRE
Pénicaud lance une campagne contre
les idées reçues sur l’apprentissage
L
a ministre du Travail, Muriel
Pénicaud, veut casser
les « idées reçues » sur
l’apprentissage. Lundi, elle
a donné le coup d’envoi
de la campagne pour promouvoir cette
filière qui est toujours boudée
par la plupart des Français. À peine
7 % des jeunes choisissent
cette voie qui favorise pourtant
réellement l’insertion dans l’emploi.
La date du lancement de cette
campagne n’a pas été choisie
au hasard. Vendredi,
Muriel Pénicaud présentera,
en Conseil des ministres,
le projet de loi réformant
l’apprentissage ainsi que la
formation professionnelle
et l’assurance-chômage.
Et si ce texte a pour ambition
de lever bon nombre
d’obstacles
au développement de
l’alternance, l’enjeu
est aussi culturel.
« Pour que l’apprentissage
soit une réussite, nous devons
également déconstruire les idées reçues
qui perdurent dans l’esprit
des jeunes et de leurs parents,
c’est l’enjeu de cette campagne »
qui est « faite par et pour les apprentis »,
insiste la ministre. Avec cette
mobilisation, qui s’étalera sur deux
ans, l’exécutif veut donner la parole
aux apprentis eux-mêmes,
les encourager à partager
leurs expériences sur les réseaux
sociaux, sous l’étiquette
«#DémarreTaStory »,
et ainsi convaincre jeunes
et familles que l’apprentissage
n’est pas une « voie de garage »
mais une « voie d’excellence ».
Le gouvernement n’est pas
le seul à se mobiliser
sur ce terrain. Mercredi,
ce sera au tour du Medef
de lancer sa propre
campagne « l’apprentissage,
mon plan A ». Reste à voir
si ces mobilisations auront
les effets escomptés. Rien
n’est gagné d’avance… ■
MANON MALHÈRE
EDF lance
le plan stockage
électrique.
Rendez-vous
page 19.
Plus d’informations sur edf.fr/plan-stockage-electrique
L’énergie est notre avenir, économisons-la !
A
KINDER, LUDOVIC MARIN/AFP, STEFANO RELLANDINI/REUTERS
Telecom
Italia :
une bataille
sans répit
pour Vivendi
ENQUÊTE
SUR LE RACHAT
DE SHAZAM
PAR APPLE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
18
L'ÉVÉNEMENT
Vivendi, trois ans de bataille
acharnée autour de Telecom Italia
Le groupe de Vincent Bolloré fait face à l’État italien et au fonds activiste Elliott.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉCOMS Enfin une éclaircie. Depuis plusieurs mois, le ciel italien de
Vivendi ne cessait de s’assombrir.
Mais lundi, la justice italienne a offert
un rayon de soleil à Vincent Bolloré.
La justice a décidé que l’assemblée
générale de ce mardi 24 avril aura
bien lieu, mais sans enjeu véritable,
puisqu’il n’y aura pas de vote
concernant le renouvellement du
conseil d’administration. Il faudra
donc patienter jusqu’au 4 mai pour
connaître le dénouement de cet épisode opposant Vivendi au fonds d’investissement Elliott. Chacun présentera sa liste de dix administrateurs,
comme le veut le droit italien, et ce
sera « projet contre projet ». Le bras
de fer n’est qu’un nouvel épisode
d’une longue saga italienne pour Vivendi.
Tout commence en 2014, au Brésil.
Vivendi y détient un précieux actif,
l’opérateur télécoms GVT. Tellement
précieux que Telefonica fait une offre
pour le racheter. Dans la corbeille de
la mariée, il y a un chèque de 4,2 milliards d’euros et 8,3 % du capital de
Telecom Italia, que Telefonica ne
peut plus conserver pour des raisons
de concurrence. Le groupe italien est
lui-même propriétaire d’un opérateur télécoms brésilien. L’opération
permet donc à Vivendi de garder un
pied au Brésil… et, surtout, d’entrer
sur le marché Italien. La transaction
est finalisée en mai 2015. Les mois
suivants, Vivendi ne cesse de se renforcer au capital de Telecom Italia
(TIM), tout en maintenant sa participation sous 25 %, seuil au-dessus duquel le français se verrait dans l’obligation de déclencher une OPA sur sa
désormais filiale italienne…
Très rapidement, Vivendi explique être « un actionnaire de long terme » chez TIM et vouloir développer
ses activités en Europe du Sud.
Vincent Bolloré connaît bien la péninsule. Depuis dix-huit ans, il joue
un rôle clé dans Mediobanca, société
ô combien symbolique du capitalisme italien. Administrateur de
celle-ci, il assure la vice-présidence
du puissant assureur Generali, de
2010 à 2013.
Xavier Niel, trouble-fête
Las, les choses se dégradent peu à
peu chez Telecom Italia. C’est
d’abord Xavier Niel qui vient jouer
les trouble-fête en prenant des options au capital de l’opérateur. Le patron de Free laisse planer le doute
pendant de longs mois sur ses intentions. Il finit par solder ses positions
début 2016, sans pour autant tourner
le dos à l’Italie. S’il sort de TIM, c’est
pour reprendre les actifs laissés disponibles par la fusion des numéros
trois et quatre italiens. Xavier Niel
s’attelle à la construction du nouveau
quatrième opérateur transalpin. Attendu depuis fin 2017, il devrait être
lancé sous le nom d’Iliad « avant
l’été ».
Mais Vincent Bolloré doit aussi batailler avec le conseil d’administration de TIM. Arnaud de Puyfontaine,
le président du directoire de Vivendi,
va jusqu’à qualifier TIM de « navire
sans gouvernail » et entame la phase 2 : la prise de contrôle du conseil
d’administration de Telecom Italia.
Fin 2015, Vincent Bolloré obtient une
première victoire avec la nomination
de quatre administrateurs. Dès lors,
tout s’emballe.
La tension monte d’un cran avec
l’entrée de Vivendi au capital de
Mediaset.
23,8
%
du capital
de Telecom Italia
est détenu
par Vivendi
Les autorités italiennes alors font
leur entrée dans ce dossier. L’Agcom, l’équivalent italien de l’autorité
des télécoms et du CSA, est vent débout contre ce rapprochement (lire
ci-dessous). Alors que les plans de
Vincent Bolloré dans les médias italiens ont du plomb dans l’aile,
l’homme d’affaires breton maintient
le cap dans les télécoms. En mai 2017,
il renforce sa mainmise sur le conseil
d’administration, avec la nomination de sa liste de dix administrateurs, dont cinq indépendants, sur
quinze. La manœuvre hérisse plus
d’un observateur du jeu italien et la
liste des opposants à Vivendi s’allonge. Rome s’empare du sujet et le
gouvernement évoque une prise de
contrôle rampante de son opérateur
national. L’affaire vire à l’imbroglio
politico-financier, sur fond de crise
franco-italienne. L’été dernier, Vivendi fait figure de victime collatérale dans le conflit qui oppose Français et Italiens pour la reprise des
chantiers de STX à Saint-Nazaire. Le
gouvernement italien cible cette
participation française dans un actif
national. L’apaisement de la crise
navale ne va rien changer pour
Vivendi, qui reste dans le collimateur
du gouvernement italien. Ce dernier
active son « golden power », une
sorte de droit de veto lié au caractère
stratégique des actifs de TIM et qui lui
permettrait, le cas échéant, de bloquer des transactions.
Quelques semaines plus tard, le
départ du patron de TIM renforce la
tension entre Rome et Vivendi. Il
est remplacé par Amos Genish,
dont le savoir-faire dans les télécoms est régulièrement salué. Mais
sa nomination est perçue par la
Consob, gendarme boursier italien,
comme un signe du contrôle exercé
par Vivendi sur Telecom Italia. Dès
lors, le Français n’a de cesse de démontrer qu’il « ne contrôle pas
TIM ». Dans le cas contraire, il
pourrait être contraint de consolider l’opérateur dans ses comptes, et
avec lui ses 25 milliards de dette !
A
ENGUERAND RENAULT £@erenault
À la surprise générale et en seulement deux semaines, Vincent
Bolloré a lâché les rênes successivement de Canal + et de Vivendi.
Chez Canal +, il a laissé son siège de
président du conseil de surveillance
à Jean-Christophe Thiery et donné
les pleins pouvoirs opérationnels à
Maxime Saada. Chez Vivendi, il a
organisé la transition de génération
en laissant son fauteuil de président
du conseil de surveillance à son fils
Yannick. Il reste toutefois membre
de ce conseil.
Dans les deux cas, le message était
clair : Vincent Bolloré estime qu’il a
terminé le job. En juin 2014, quand il
a pris le pouvoir chez Vivendi,
Canal + était au plus mal et Vivendi
n’était plus qu’une holding regorgeant de cash après les cessions de
SFR et d’Activision. Quatre ans plus
tard Canal + est redressé, Havas est
Bras de fer avec Berlusconi
Mais personne ne s’y trompe. Vincent Bolloré s’est mis en retrait des
activités françaises pour mieux recentrer son attention sur l’Italie.
C’est lui et lui seul qui est à la
manœuvre pour régler les deux
points noirs : Telecom Italia et
Mediaset. L’Italie, c’est sa deuxième
patrie. Depuis 2000 et son entrée au
capital de la banque d’affaires
Mediobanca, il connaît tout le gratin des affaires transalpin. C’est la
terre d’où il devait faire émerger
son rêve d’un Netflix latin. C’est sa
vision d’une convergence industrielle entre Canal +, Mediaset et
Telecom Italia. Or, pour l’instant, sa
vision est engluée. Son offensive est
au point mort.
L’alliance dans la télévision
payante imaginée avec Silvio Berlusconi a viré à la guerre de tranchées. Après examen des comptes,
Vincent Bolloré a refusé de racheter
Mediaset Premium et s’est attaqué à
la maison mère Mediaset, propriété
Vincent Bolloré a laissé
son fauteuil
de président du conseil
de surveillance
de Vivendi à son fils
Yannick.
Il reste toutefois
membre de ce conseil.
ÉRIC PIERMONT/AFP
LLUIS GENE/AFP,
STEVE MARCUS/REUTERS
8,8
%
du capital
de Telecom Italia
est détenu par le fonds
américain Elliott
Le fonds « vautour »
Tandis qu’Arnaud de Puyfontaine
tente d’arrondir les angles avec les
autorités italiennes, un nouveau
protagoniste s’invite dans les débats. Le fond activiste Elliott, connu
pour avoir poussé l’Argentine au
défaut de paiement, prend une
participation au capital de TIM et
s’en prend violemment à la gestion
de Vivendi. Elliott souligne que depuis 2015 le titre TIM a perdu 25 %
de sa valeur. Elliott réclame un
nouveau conseil d’administration,
excluant Vivendi, ainsi que la cession du réseau fixe de l’opérateur
afin de « rendre de la valeur aux
actionnaires ». Avec près de 9 % du
capital, il cherche à rallier d’autres
actionnaires à sa cause. Il obtient le
soutien d’une association de minoritaires et celui du fonds SVM, qui
a pris 1 % du capital de TIM. De
son côté, Vivendi défend la vision
stratégique d’Amos Genish, qui
refuse que TlM soit privé de son
réseau.
L’État italien joue les trouble-fête
en acquérant 4,3 % du capital de
TIM via la CDP, équivalent de la
Caisse des dépôts. Il pourrait bien se
ranger du côté d’Elliott pour l’élection du nouveau conseil d’administration, le 4 mai. Mais la CDP détient aussi 50 % d’Enel Open Fiber,
concurrent direct de TIM dans la
fibre. Ce qui promet de nouvelles
batailles juridiques pour cause de
conflit d’intérêts. ■
Malgré son retrait de Vivendi, Vincent Bolloré garde la main en Italie
intégré, l’aventure dans le capital
d’Ubisoft est soldée et, enfin,
Universal Music surfe sur l’extraordinaire retournement du marché
mondial de la musique. Il laisse
donc à son fils un groupe en état de
marche.
Le président du directoire
de Vivendi, Arnaud
de Puyfontaine (à gauche),
et le patron du fonds Elliott,
Paul Singer (à droite).
de la famille Berlusconi. Dans un
raid éclair mené fin 2016 et début
2017, Vivendi s’est emparé de 30 %
du capital de Mediaset (dont 20 %
sont logés dans une fiducie). Les
discussions avec la famille Berlusconi sont au point mort malgré les
tentatives de médiation. Pire, les
Berlusconi ont opéré un renversement d’alliance en se rapprochant
de Sky Italia, qui devrait distribuer
Mediaset Premium à l’automne.
Une fois le dossier Telecom Italia
stabilisé, Vincent Bolloré espère
toujours pouvoir trouver un accord
industriel dans la production et la
diffusion de contenus avec la famille
Berlusconi. Mais tout accord serait
conditionné à la revente par Vivendi
de sa participation dans Mediaset.
Une éventualité facilitée par le fait
que Vivendi affiche une plus-value
d’un peu moins de 500 millions
d’euros sur sa participation. Comme
pour Ubisoft, il peut toujours revendre sans perdre la face. ■
Elliott
ET SES
SOUTIENS
■ CDP
(Caisse des dépôts italienne)
4,3 %
■ Asati
(association d’actionnaires
minoritaires de Telecom
Italia)
environ 1 %
■ Shareolder Value
Management
(fonds d’investissement
allemand)
environ 1 %
19,8
milliards
d’euros
de chiffre d’affaires
(Telecom Italia, 2017)
1,12
milliard
d’euros
de résultat net
(Telecom Italia,
en 2017)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
20
ÉCONOMIE
La France
se convertit
à l’économie
circulaire
Le gouvernement cherche à favoriser
le recyclage dans lequel l’Hexagone
a pris du retard.
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
ÉCOLOGIE Ce n’est pas tous les
jours que le premier ministre loue la
« sobriété heureuse chère à Pierre
Rabhi », agriculteur, romancier et
fondateur des Colibris. Ce mouvement promeut un engagement écologiste individuel au quotidien. C’est
une philosophie analogue qui a inspiré Édouard Philippe pour la feuille
de route du gouvernement en faveur
d’une « économie circulaire », assortie d’un plan de lutte contre le
gaspillage et de traitement des déchets. Il l’a présentée lundi à Mayenne, à mi-chemin entre Rennes et
Le Mans, lors de la visite d’une usine
SEB. Le champion français de l’électroménager garantit que 93 % de ses
produits écoulés en France sont réparables pendant dix ans et en a fait
un argument de vente efficace.
Pourtant, le pays de Veolia, Suez
et Derichebourg part de loin. En
2014, seulement 39 % des déchets
étaient valorisés en France, contre
50 % en Belgique et 65 % en Allemagne. L’exécutif veut « tendre vers
100 % de plastique recyclé d’ici à
2025 », reconnaissant que « les
marges de manœuvre sont importantes ». Le jeu en vaut la chandelle.
On émet 70 % de CO2 en moins en
fabriquant une bouteille à partir de
plastique recyclé. Et ce sont 20 millions de tonnes de CO2 chaque année
qui sont évitées en France grâce au
recyclage, estime l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de
l’énergie (Ademe).
Mais l’équation économique ne
pousse pas les collectivités locales à
se mobiliser. Il leur coûte en effet
moins cher de mettre les produits en
décharge que de les recycler. « D’ici
à la fin du quinquennat, il faut rendre
le recyclage compétitif par rapport à
la mise en décharge », a déclaré
Édouard Philippe. L’exécutif compte
jouer sur le levier fiscal en baissant,
d’un côté, la TVA sur le recyclage à
5,5 % et en augmentant, de l’autre,
Lundi, à Mayenne (53),
le premier ministre,
Édouard Philippe,
a présenté un plan
de lutte contre
le gaspillage
et de traitement
des déchets.
la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). Parmi les 50 mesures annoncées, le gouvernement
veut également imposer, à partir de
2020, un logo sur les produits électriques ou électroniques indiquant
s’ils sont réparables ou non.
CHARLY TRIBALLEAU/AFP
Informer le consommateur
L’information des particuliers représente, de fait, un enjeu majeur
pour faire évoluer les comportements. En 2016, un contrôle de la
Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la
répression des fraudes (DGCCRF)
portant sur 400 entreprises montrait
que dans la moitié des cas, le
consommateur « ne disposait pas de
la bonne information ou alors d’une
information trop confuse ». Un portail sera mis en ligne dans les prochaines semaines pour faciliter le
dépôt de plaintes en cas d’abus.
Afin d’accélérer le mouvement,
l’État réfléchit aussi à une extension
du nombre de filières soumises au
principe de la responsabilisation des
producteurs pour la gestion des déchets. Ont été évoqués, en vrac, les
emballages des cafés, hôtels et restaurants, les jouets, les articles de
sport, de loisir et de bricolage. Sans
oublier les téléphones portables dont
« 30 millions dorment dans les tiroirs
des Français », a indiqué Édouard
Philippe. La réparation d’un écran
de smartphone coûte ainsi beaucoup
moins cher qu’un modèle neuf.
Le traitement des déchets s’opère
de manière très inégale sur le territoire, en fonction du volontarisme
des élus locaux. La feuille de route
gouvernementale a mis en lumière
quelques bonnes pratiques comme
la tarification incitative des déchets
résiduels (ceux qui ne se trient pas).
Dans le Grand Besançon, par exemple, les usagers paient depuis 2012
une redevance qui croît avec le volume de déchets non recyclables.
Les quantités jetées par habitant ont
chuté d’un tiers. Bon pour la planète, bon pour le porte-monnaie. ■
Le gouvernement engage la bataille de l’eau
Les communes rurales sont face à un « mur d’investissement » pour rénover leur réseau.
«
Quand un
kilomètre de
tuyaux dessert
10 personnes
à la campagne,
le rénover
n’est pas
aussi rentable
que quand
il dessert
1 000
personnes
en ville
»
JEAN LAUNAY, PRÉSIDENT
DU COMITÉ NATIONAL
DE L’EAU
ENVIRONNEMENT Accélérer la
rénovation des canalisations d’eau
et combler l’écart de service entre
la ville et la campagne : telles sont
les deux principales ambitions des
Assises de l’eau, qu’ouvre ce
mardi le secrétaire d’État à la
Transition écologique, Sébastien
Lecornu. Cette concertation, qui
doit déboucher sur un plan « antifuite » au niveau national, avait
été annoncée par le président Emmanuel Macron lors du congrès
des maires en novembre. Elle va
solliciter des groupes de travail
incluant, dans « une démarche
collégiale inédite », des élus, des
entreprises du secteur, des associations de consommateurs ou
encore des banques qui plancheront sur le remplacement des
tuyaux et des stations d’épuration
construites par l’État pendant les
Trente Glorieuses.
Entités responsables de la gestion et de l’assainissement de l’eau
en France, les communes n’y
consacrent pas assez de moyens.
« Les investissements tournent
autour de 600 millions d’euros par
an alors qu’il faudrait atteindre
1,5 milliard », pointe Jean Launay,
président du Comité national de
l’eau et coordinateur général des
Assises. Le rythme actuel des
travaux revient à renouveler les
réseaux tous les 150 ans alors
qu’ils sont conçus pour « durer »
60 ans.
Autre indicateur inquiétant, le
rendement des réseaux d’eau
potable : la proportion de l’eau
pompée qui arrive effectivement
dans les foyers français n’est que
de 78 %. Près d’un quart est
donc perdu à cause des fuites. Il
ne dépasse pas 50 % dans certaines villes de Guadeloupe, sujet-
tes à des coupures d’eau quotidiennes. « Certaines communes
font face à des risques de pénurie
pendant l’été », ajoute Sébastien
Lecornu.
Guichet unique
et mutualisation
Enfin, les canalisations d’eau en
PVC antérieures à 1980 sont susceptibles de contaminer l’eau par
du chlorure de vinyle monomère,
comme l’a pointé la Direction générale de la Santé en 2012. « Le
risque existe notamment sur les réseaux peu sollicités, où se trouve de
l’eau stagnante », précise Jean
Launay.
De lourdes dépenses se profilent
pour les communes. Le monde
rural, en particulier, fait face à un
« mur d’investissement » qui
préoccupe le gouvernement.
« Quand un kilomètre de tuyaux
dessert 10 personnes à la campagne, le rénover n’est pas aussi rentable que quand il dessert 1 000
personnes en ville », explique Jean
Launay.
L’exécutif penche pour un
système de guichet unique pour
faciliter les démarches des élus
ruraux. Il compte faire appel
aux compétences des six agences de l’eau pour mutualiser les
moyens techniques et financiers
et alléger ainsi la facture pour
les communes. Les banques
devront également jouer le jeu.
« Les investissements dans les
réseaux s’amortissent sur 60 ans.
Ils sont rentables car l’eau qui
était auparavant perdue à cause
des fuites est désormais facturée
aux clients », rappelle Sébastien
Lecornu. Et de conclure : « Ce
plan répond à un double impératif
écologique et économique. » ■ T. L.
EN BREF
GRÈCE : EXCÉDENT
BUDGÉTAIRE DÉPASSÉ
£ La Grèce a réalisé en 2017
un excédent budgétaire de 0,8 %
du PIB et un surplus primaire
(hors charges de la dette) de 4 %,
dépassant, pour la deuxième
année consécutive, les objectifs
fixés par ses créanciers - l’Union
européenne et le FMI - a annoncé
lundi l’institut grec Elstat.
La dette publique continue
de progresser à 317,4 milliards
mais recule à 178,6 % du PIB
contre 180,8 en 2016 grâce
au retour à la croissance.
PREMIER VOL POUR
L’A 350 « ULTRA LONG
RAYON D’ACTION »
£ L’Airbus A 350-900 « Ultra
Long Range », capable de
franchir 18 000 kilomètres
d’une traite, soit voler pendant
20 heures, a réussi son premier
vol d’essais. La première
livraison, à Singapore Airlines,
est prévue au second semestre
2018.
PRODUCTION RECORD
DE PARMESAN EN 2017
£ Avec 147 000 tonnes en 2017,
soit 3,6 millions de meules, la
fabrication de parmesan a battu
des records de production
en 2017. Cela représente
une augmentation de 5 % sur un
an et 10 % sur trois ans, soit un
chiffre d’affaires de 2,2 milliards
d’euros pour la filière du
Parmigiano Reggiano qui exporte
38 % de sa production.
Les premiers clients étrangers
sont la France (9 800 tonnes,
+ 11 %), l’Allemagne
(9 460 tonnes, + 3 %)
et les États-Unis (9 075 tonnes).
» Immobilier : l’accalmie
se dessine sur les ventes
mais pas sur les prix
» Le FMI entend mieux évaluer
la corruption
www.lefigaro.fr/economie
+@
Macron, « bon ambassadeur » de la marque France
Un sondage Viavoice et W&Cie montre que les Français sont plus optimistes sur l’avenir du pays.
A
MARIE VISOT £@MarieVisot
ÉTUDE En 2013, au lendemain de
l’élection de François Hollande à
l’Élysée, 66 % des Français
voyaient leur pays comme étant
en « déclin ». Aujourd’hui, ils ne
sont plus que 49 % à le penser, selon une étude Viavoice et de l’observatoire W&Cie que Le Figaro
dévoile. Pour l’avenir, les Français
sont même 55 % à avoir confiance
dans les atouts (culture, qualité de
vie, recherche…) de la France. Au
point qu’ils croient au retour de
son leadership sur la scène internationale, dans un contexte où la
Grande-Bretagne est fragilisée par
le Brexit et les États-Unis par
l’élection de Donald Trump. « La
perception d’une embellie économique semble mettre fin à une dé-
timer que la population en général
est heureuse.
pression collective chronique et à
une peur du déclassement », relève
ainsi l’enquête.
Cet optimisme retrouvé bute
néanmoins sur plusieurs points.
L’état d’esprit collectif est certes
plus positif ; mais il ne fait pas le
bonheur ! Ainsi, 49 % des Français
se disent heureux personnellement, et ils ne sont que 29 % à es-
Entreprises exportatrices
En outre, si la mondialisation
semble désormais « installée dans
les esprits comme une chance », indique l’étude, elle montre également des fractures. « Les écarts de
perception révèlent encore l’exis-
Eurostat et l’Insee divergent sur le déficit
Les divergences entre
les comptables de l’Insee
et d’Eurostat, l’agence
européenne des statistiques,
sont rares. Cette année, les
deux maisons se sont pourtant
opposées sur deux points
des comptes publics français :
la classification de l’Agence
française de développement
(AFD) et l’évaluation des
apports en capital de l’État à
Orano (ex-Areva). Malgré ses
réserves, Eurostat a validé le
chiffre du déficit public à 2,6 %
du PIB. Si la vision d’Eurostat
était appliquée, le déficit
A. G.
passerait à 2,7 %.
tence d’une France clivée entre des
visions du monde et de la société qui
diffèrent inévitablement. » Ainsi,
les 18-34 ans sont-ils une grande
majorité à considérer que la mondialisation est une chance, ce qui
n’est pas le cas des 35-64 ans.
Ainsi, les cadres la voient-ils d’un
bien meilleur œil que les ouvriers
(60 % contre 43 %). Ainsi, les habitants des grandes villes considèrent-ils moins ses désavantages
que ceux des petites villes. De quoi
alimenter le concept d’une France
à deux vitesses… Ces clivages posent en tout cas « la question du
partage réel de l’embellie économique et de cette confiance retrouvée », note Viavoice.
Dans ce contexte de mondialisation, l’enquête montre un plébiscite pour « la marque France », qui
associe des valeurs de perfor-
mance économique, mais aussi des
valeurs sociales, politiques et environnementales. Pour 61 % des
Français, Emmanuel Macron est
un bon ambassadeur de cette
« marque France ». « I’m here to
make my country great again » («Je
suis là pour rendre sa grandeur à la
France »), a d’ailleurs dit ce dernier lundi sur Fox News, avant son
déplacement aux États-Unis.
Selon le sondage, les entreprises
françaises ont également un rôle à
jouer dans le rayonnement de la
marque France dans le monde. Et
ce sont les sociétés exportatrices
comme Renault, PSA, Airbus
ou Michelin, ainsi que les entreprises du luxe représentant
l’image d’un savoir-faire (LVMH,
Dior, L’Oréal), qui sont les plus
fréquemment citées pour la
représenter. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 24 avril 2018
ÉCONOMIE
21
Le Mexique et l’UE scellent un nouvel accord de libre-échange
Il prévoit la suppression des droits de douane sur les biens et une ouverture des marchés de service.
31
milliards
de dollars
Montant, en 2017,
des exportations
de l’UE au Mexique
ANNE CHEYVIALLE
£@AnneCheyvialle
COMMERCE Hasard de calendrier. Alors que s’est ouverte lundi la grande foire industrielle de
Hanovre, où le Mexique est l’invité d’honneur, Bruxelles et Mexico
ont annoncé ce week-end avoir
conclu un nouvel accord de libreéchange, d’une portée beaucoup
plus large que celui signé en 1997
qui ne couvrait que les biens industriels. La chancelière allemande Angela Merkel a salué en cet
accord « une vraie bonne nouvelle
pour l’Europe, l’Allemagne et le
Mexique ». Un enthousiasme partagé par le président mexicain,
Pena Nieto, qui a mis en avant
l’ouverture économique du Mexique, « intégré au monde entier »
fort de 112 accords de libreéchange. Les négociations entamées en 2016 sont passées à la vitesse supérieure depuis l’arrivée
de Donald Trump, qui brandit les
menaces protectionnistes.
L’enjeu pour le Mexique, même
s’il restera très dépendant de son
voisin américain, est de diversifier
les
échanges
commerciaux.
D’autant que Washington veut
renégocier l’Alena, l’accord de
libre-échange
nord-américain
avec le Canada et le Mexique,
n’excluant pas d’en sortir. Côté
européen, Jean-Claude Junker, le
président de la Commission, a
vanté dans un communiqué un
accord « gagnant-gagnant ». Lequel prévoit une suppression des
droits de douane sur la quasi-totalité des biens, y compris sur
l’agriculture. Un enjeu clé pour
l’Union européenne, qui est le
premier exportateur mondial de
produits agricoles. La France, l’un
des principaux acteurs du secteur,
a des intérêts offensifs sur les
viandes et produits laitiers qui
vont bénéficier de quotas et de
baisse de tarifs.
Bruxelles souligne le volume
important obtenu sur le lait en
poudre (30 000 tonnes dès l’entrée en vigueur puis 50 000 tonnes
au bout de cinq ans), l’élimination
des tarifs sur le chocolat (taxé
aujourd’hui jusqu’à 30 %) et les
pâtes (20 %). Autre motif de satisfecit, la protection de 340 indications géographiques, aux exemples cités des fromages de Comté
et de Sao Jorge au Portugal, du salami Szegedi de Hongrie et d’une
confiture de prunes roumaine, le
Magiun de prune de Topoloveni.
Des points d’achoppement
La simplification des procédures
douanières devrait bénéficier,
plaide encore Bruxelles, à l’industrie européenne, en particulier les
secteurs de la pharmacie, machinerie et équipement de transport. Des retombées positives sont
aussi attendues d’une libéralisation sur les services (financiers,
commerce électronique, télécommunications…) et d’une ouverture
des marchés publics qui pourraient bénéficier aux entreprises
françaises.
Pour appuyer le potentiel de cet
accord, Bruxelles met en avant les
résultats obtenus depuis la première signature : une progression
du commerce entre les deux partenaires de 148 %, au profit de
l’UE qui a enregistré l’an dernier
un excédent de 14 milliards de
dollars. Faut-il encore régler « les
questions techniques », ce qui devrait être fait d’ici la fin de l’année, avance le communiqué. Les
points d’achoppement comme le
secteur automobile mexicain
n’ont pas été détaillés… ■
Des gisements
sous-marins
de terres rares
affolent le Japon
L’enjeu sur ces minerais stratégiques pour le hightech est de se libérer de la dépendance chinoise.
dans l’océan Pacifique, autour de
l’île de Minamitori-shima (2 000
kilomètres au sud-est de Tokyo).
Ces ressources sont au cœur
d’une bataille que se livrent les
grandes nations manufacturières,
au centre de laquelle trône la
Chine, origine de 90 % des terres
rares raffinées dans le monde. En
2010, l’empire du Milieu avait réduit ses exportations de 17 terres
et matériaux stratégiques de
40 %. Pékin veut sécuriser ses
approvisionnements : les besoins
sont tels que son offre ne devrait
même pas couvrir ses besoins in-
RÉGIS ARNAUD £@regisarnaud
TOKYO
MATIÈRES PREMIÈRES « La ruée
vers la boue » : ce pourrait être le
titre d’un essai sur la fièvre de
terres rares qui s’est emparée du
Japon depuis la mi-avril. Selon
l’institut de recherches public
Jamstec, dont les résultats des recherches ont été récemment publiés dans un rapport de la prestigieuse revue scientifique Nature,
l’Archipel dispose dans ses fonds
marins de l’équivalent de centaines d’années d’approvisionnement de terres rares, cette famille
de minerais indispensables pour
son industrie : 780 ans d’yttrium,
620 ans d’europium, 730 ans de
dysprosium…
Ces appellations exotiques recouvrent des éléments clés pour
les nouvelles technologies. On les
trouve notamment dans les composants des moteurs électriques,
des turbines d’éoliennes, des
écrans d’ordinateurs, des diodes
électroluminescentes… Les gisements, étendus sur une superficie
de 2 500 km2, se trouveraient
1 000 km
RUSSIE
OCÉAN PACIFIQUE
ZEE* japonaise
CHINE
*zone économique exclusive
des 200 milles nautiques
revendiquée par le Japon
Tokyo
JAPON
PHILIPPINES
Minamitorishima
Infographie
Au fond de la mer, des nodules de manganèse ont été découverts à 5 500 mètres de profondeur, autour de l’île
de Minamitori-shima, située à 2 000 kilomètres au sud de Tokyo. HO/JAMSTEC/AFP
térieurs lorsque le marché automobile chinois s’électrifiera.
La mesure avait provoqué sur
les cours des terres rares des
bonds insoutenables pour les
groupes industriels étrangers, en
particulier au Japon, gourmands
en ressources. Depuis, ces derniers ont tenté de réduire leur dépendance à ces matières premières en modifiant la composition
de leurs produits.
Dernière annonce en date : le
géant de l’automobile japonais
Toyota Motors a fait des gorges
chaudes en février pour avoir limité le néodymium, rare et cher,
au profit des plus abordables lanthanum et cerium, dans les
aimants de ses moteurs pour véhicules électriques. Il n’empêche,
en dépit de leurs efforts, des goulots d’étranglement demeureront
toujours : « Dans un moteur électrique pour automobile, vous obtenez le même effet avec 2,5 kg de
terres rares qu’avec 25 kg de fer.
Or les véhicules électriques doivent
être le plus légers pour consommer
le moins d’énergie possible », résume Jack Lifton, consultant pour
Technology Metals Research. De
son côté, le gouvernement nippon, très interventionniste, aide
l’outil industriel national à assurer ses approvisionnements, soit à
l’étranger, soit avec des travaux
de recherche comme ceux de
Jamstec.
Des ressources
inexploitables
Mais il y a loin de la coupe aux
lèvres. Jamstec est dans la ligne
politique du gouvernement de
Shinzo Abe, qui a fait de la protection de l’espace maritime nippon une priorité - sans se soucier
des contraintes économiques qui
rendent ces ressources pour l’instant inexploitables. Aucune grande compagnie minière ne travaille
sur l’extraction sous-marine.
« C’est comme si vous aviez trouvé
des gisements sur un astéroïde »,
balaye le chercheur David
Abraham interrogé dans la revue
Earther.
Jack Lifton de son côté demeure
dithyrambique : « Ces gisements
se trouvent non dans de la roche
mais dans de la boue déposée sur
les fonds sous-marins. Ils sont
donc beaucoup plus faciles à récu-
pérer : il suffit de pomper la boue
pour en séparer les terres rares du
reste. » Pour récupérer les terres
rares, les Japonais ont utilisé cette
fois un hydrocyclone, qui les sépare de la boue en utilisant la force centrifuge.
Jack Lifton souligne que la récupération des ressources naturelles des fonds marins est devenue une priorité stratégique pour
les grandes nations manufacturières. « Aucun pays n’a investi
autant dans la récupération de terres rares que le Japon. Les Chinois
et les Américains s’y mettent aussi.
Cette atmosphère me rappelle celle
du forage sous-marin du pétrole il
y a quelques années : ce qui paraissait impossible à l’époque est entré
aujourd’hui dans les pratiques ordinaires de l’industrie. En Nouvelle-Zélande, des champs sous-marins de cobalt sont aussi récemment
devenus récupérables. »
Une rumeur court en Asie
voulant que la Chine rêve d’extractions sous-marines spectaculaires au moment… des Jeux
olympiques de 2020 à Tokyo,
pour gâcher la fête du voisin et
marquer sa différence. ■
Le Slip français réveille le marché de la lingerie
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
ANNE-SOPHIE CATHALA £@Ascathala
Guillaume Gibault,
le fondateur et PDG
du Slip français.
HABILLEMENT L’extension du domaine du Slip français n’en est qu’à
ses débuts. Guillaume Gibault, fondateur, en 2011, et PDG de cette
marque de dessous masculins
« made in France », au style original et à la communication humoristique, l’a hissée à 13,1 millions
d’euros de chiffre d’affaires en
2017. Avec, pour la première fois,
un excédent brut d’exploitation
(Ebitda) positif, de 70 000 euros. La
marque se décline au féminin et
propose, en plus des slips et boxers
de ses débuts, de plus en plus de
produits de bain et prêt-à-porter
décontractés.
Ainsi diversifiée, elle prévoit
20 millions d’euros de chiffre d’af-
faires sur l’exercice en cours.
« Nous gardons un rythme de croissance annuelle soutenu, de plus de
50 % », souligne le dirigeant, à
contre-courant d’un marché français de la lingerie morose. Selon
Kantar Worldpanel, le marché féminin a cédé 0,7 % en 2017, à
1,972 milliard d’euros, même en
gagnant des parts de marché en ligne, passant de 13,9 à 14,7 %. Le
marché masculin, qui avait mieux
résisté, a chuté de 4,4 %, à
543 millions d’euros et a même
cédé du terrain sur Internet
(14,4 % contre 16,4 % en 2016).
« Les dessous, tels que nous les
avons travaillés, sur un positionnement haut de gamme accessible,
échappent à cette grisaille parce
qu’ils deviennent un achat plaisir,
mode, cadeau à 45 euros maxi-
mum… 37 % de nos ventes sont
concentrées sur Noël, et 10 % sur la
Fête des pères », explique Guillaume Gibault.
Boutiques et touristes
Depuis que le fonds Experienced
Capital (également actionnaire de
Balibaris, Sœur, Figaret, Sessun)
est entré au capital en 2016, rejoignant le fondateur et le fonds 360
Partners, la start-up s’est structurée. « Le Slip français fait partie
d’une nouvelle génération de marques, les digitally native vertical
brands (DNVB) qui, comme Bonobos
ou Everlane aux États-Unis, Sézane
en France, parient dès leur naissance sur une distribution et une communication digitales », résume le
dirigeant. Bien décidée à devenir
leader digital du sous-vêtement et
du maillot de bain (déjà 20 % de ses
ventes), d’abord en France, puis en
Europe, l’entreprise affûte sa stratégie de conquête.
Elle séduit déjà une clientèle internationale. Son site d’e-commerce, canal stratégique (70 % des
ventes), rallie des clients étrangers,
européens et américains. Les touristes sont aussi de plus en plus
nombreux dans les points de vente
qu’elle déploie, soit avec des partenaires multimarques - dont les
grands magasins - soit en propre.
Parmi la dizaine de boutiques du
Slip français ouvertes en France
(15 sont prévues en tout), celles de
Montmartre, Saint-Germain-desPrés ou du Marais, attirent Japonais, Chinois ou Américains.
En province, elles séduisent toujours plus de clients locaux. Près de
20 % des ventes sont réalisées
auprès de clients étrangers dans les
grandes villes, et 10 % en ligne, ce
qui conforte la marque dans ses
ambitions internationales. Une
première boutique pourrait ouvrir
l’an prochain dans une capitale
européenne, en plus de points de
vente multimarques.
Autant de vitrines du savoir-faire des fabricants français, qui
confectionnent les produits de la
marque : Eminence ou Lemahieu
pour les dessous, Perrin ou Broussaud pour les chaussettes, Saint
James pour les pulls. Le Slip français fait travailler 42 entreprises
tricolores. Il refuse de déroger à ce
« made in France » exclusif, quitte
à entrer un jour au capital d’un fabricant pour sécuriser ses approvisionnements. ■
A
Son site d’e-commerce, comme ses points de vente, attirent de plus en plus de clients étrangers.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
SNCF : la paie
des grévistes sera
arbitrée au tribunal
Plusieurs syndicats contestent le décompte des
journées de repos appliqué aux salariés en grève.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORT Pas question de
payer les journées de repos pendant la grève, affirme la direction
de la SNCF. La formule de la grève
en pointillé - deux jours de débrayage suivis de trois jours de
travail puis de deux jours de grève
pendant trois mois - va déclencher une bataille juridique entre
syndicats et direction. La CFDTcheminots a été la première à tirer, en indiquant au Parisien son
intention de déposer une procédure d’urgence en référé mercredi
ou jeudi devant le tribunal de
grande instance de Bobigny.
Vendredi, l’Unsa ferroviaire
devrait lui emboîter le pas après
avoir réuni son bureau fédéral. En
revanche, la CGT-cheminots,
pourtant à l’origine de cette grève
intermittente, ne compte pas lancer la moindre procédure en justice. Au cœur du conflit, la méthode
utilisée par trois organisations
syndicales pour mobiliser les cheminots pendant trois mois sans
trop peser sur leur feuille de paie.
La SNCF part du principe que les
dix-huit préavis de grève étalés
sur trois mois déposés par les trois
organisations syndicales ne forment qu’un seul et même mouvement social. Ce qui permet à la direction des ressources humaines
de mensualiser le calcul des jours
de repos.
Peu de place au doute
De leur côté, les organisations estiment que ces séquences sont indépendantes les unes des autres et
ne modifient pas le mode de calcul
habituel des journées de congés.
Selon elles, seuls les jours de grève
doivent être décomptés de leur
feuille de paie. Or à la SNCF, il faut
avoir travaillé cinq jours consécutifs pour avoir droit à deux jours
de repos. L’entreprise ne paiera
les jours de repos, même hors des
périodes de grève, qu’au prorata
du nombre de jours travaillés, soit
jours
« deLesrepos
à la SNCF
sont payés
lorsque
les jours
travaillés
ont existé.
Lorsqu’il
n’y a pas
de jours
travaillés,
les jours de
repos n’ont
pas à être
payés, ce
n’est que du
bon sens
»
GUILLAUME PEPY
Le 19 avril, à Toulouse, lors de la journée de manifestations organisées
par la CGT et Solidaires. PASCAL PAVANI/AFP
40 % du temps normal à raison de
deux jours de grève pour trois
jours de travail.
Ainsi, sur un mois complet, un
gréviste assidu verra sur sa feuille
de paie 15 jours décomptés de sa
paie au lieu des 10 journées de débrayage. Dimanche, Guillaume
Pepy, le directeur général de SNCF
Mobilités, a résumé la philosophie
de la direction : « Les jours de repos à la SNCF sont payés lorsque les
jours travaillés ont existé. Lorsqu’il
n’y a pas de jours travaillés, les
jours de repos n’ont pas à être
payés, ce n’est que du bon sens. »
Pour les spécialistes du droit du
travail, le mouvement de grève
intermittent déclenché fin mars
laisse peu de place au doute. Il
s’agit d’un seul et même mouvement de grève. « Il faut revenir
aux
fondamentaux,
résume
Deborah David, associée au cabinet Jeantet AARPI. Il s’agit bien
d’une cessation de travail collective
et concertée en vue d’appuyer des
revendications
professionnelles.
Même si les débrayages sont à répétition, ils portent sur la même revendication. » Il est vrai que, à part
SUD-rail qui a opté pour une seule
grève reconductible, les trois
autres organisations ont adopté ce
rythme en pointillé. Ils ont souligné d’emblée l’intérêt de cette
formule, perturbante mais qui ne
sacrifie pas les salaires des
grévistes.
Si la CGT-cheminots n’assigne
pas la SNCF en justice comme ses
camarades de la CFDT et de
l’Unsa, c’est peut-être parce que
la tactique a été révélée par l’un de
ses cadres dans un courriel rendu
public. Ce long message soulignait
le mécanisme de préavis séparés
pour chaque séquence : « Il répond
à la question des décalages et de la
perte des repos puisque avec le dépôt de préavis pour chaque séquence, nous restons en dessous des
seuils réglementaires et donc il ne
pourra pas y avoir de décalage de
repos ni de décompte de repos en
grève que ce soit pour les agents sédentaires comme roulants. » C’est
désormais au juge de décider de la
validité de ce raisonnement. ■
Pokerstars mise sur le pari sportif avec le rachat de Sky Bet
Le groupe canadien Stars Group lance une offre à 4,7 milliards de dollars sur la société britannique.
1,13
milliard
de dollars
Chiffre d’affaires
du canadien Stars
Group en 2017
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
JEUX C’est un mouvement majeur
dans le monde du jeu en ligne. Le
groupe canadien Stars Group, numéro un mondial du poker en ligne
avec sa marque Pokerstars, rachète le champion britannique des paris sportifs Sky Net. La nouvelle
entité sera le plus grand groupe
coté au monde des jeux sur Internet. Pokerstars est le deuxième acteur en France du poker en ligne.
En revanche, ni Stars Group ni Sky
Bet ne sont actifs dans le pari sportif dans l’Hexagone.
L’enjeu financier est énorme
pour l’acquéreur. Il mise 4,7 mil-
liards de dollars (3,8 milliards
d’euros) pour prendre le contrôle
de Sky Bet, alors que son chiffre
d’affaires en 2017 n’était que de
1,31 milliard de dollars (1,06 milliard d’euros) et son résultat net, de
259 millions de dollars (207 millions d’euros). Les trois quarts du
montant de l’acquisition seront réglé en numéraire, et le solde en actions nouvelles de Stars Group.
« Les paris sportifs de Sky Bet sont
parfaitement complémentaires avec
notre plateforme dédiée au poker »,
a expliqué Rafi Ashkenazi, directeur général de Stars Group.
La volonté de croissance externe
du groupe canadien n’était pas cachée. Et elle s’est déjà concrétisée
LES DÉCIDEURS
â MOKHTAR BEN BELGACEM
Bpifrance
Directeur des projets métiers d’information,
cet X-HEC est promu directeur des systèmes
d’information de la banque publique d’investissement. Il remplace Xavier de Broca, devenu conseiller spécial auprès du DG adjoint.
â BRUNO DISS
Hertz
Après la promotion d’Alexandre de Navailles
à la présidence de Hertz France, Bruno Diss
rejoint le groupe de location automobile commandes de la direction commerciale. Après
avoir occupé des fonctions similaires chez
Samsic France, le quadragénaire remplace
Gregory Vandenbroucke, promu directeur
infrastructure et réseau.
A
â MARC LE BLANC
Icade
À 41 ans, il intègre le comité exécutif
et prend les commandes des ressources humaines. Diplômé de Paris-V et
Paris-XI, ce fidèle de la maison, arrivé en 1997
chez SCIC Développement (ancien nom
d’Icade), avait été nommé directeur de projet
Open ID (enjeux digitaux, managériaux et
déménagement du siège social) en 2016.
cette année avec la prise de
contrôle des australiens Crown Bet
et William Hill pour une valeur totale de 350 millions d’euros. Sky
Bet est cependant une opération
d’une bien plus grande ampleur.
Croissance au rendez-vous
La société britannique a été fondée,
sous le nom de Surrey Sports, en
1999. Deux ans plus tard, BskyB,
désormais renommé Sky, en prend
le contrôle. L’activité, qui s’appuie
sur les chaînes de sport de Sky, décolle rapidement. En 2015, Sky a
vendu 80 % de la société au fonds
d’investissement CVC Partners
pour 600 millions de livres
(684 millions d’euros). Avec l’offre
de Stars Group, la plus-value est
plus que confortable pour les deux
actionnaires. L’an dernier, Sky Bet
a réalisé un chiffre d’affaires de
624 millions de livres sterling
(712 millions d’euros), pour
202 millions de livres (230 millions
d’euros) de résultat opérationnel.
Surtout, la croissance est au rendez-vous, avec une envolée de
46 % des revenus et de 51 % du résultat. C’est bien ce dynamisme de
l’activité des paris sportifs sur Internet qui attire Stars Group. La société canadienne affirme que cette
activité affiche « la plus grande
croissance du segment du jeu en ligne ». Si le chiffre d’affaires de
Stars Group a augmenté de 14 % en
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
â
François Jacq, un homme d’énergie
pour présider aux destinées du CEA
Homme du sérail de l’énergie, plus technicien que
politique et rompu à la
gestion des organismes
publics, le profil de François Jacq et ses auditions devant les commissions économiques de l’Assemblée nationale et
du Sénat ont convaincu. Proposée par Emmanuel Macron, entérinée en Conseil des ministres, la nomination du Havrais de 52 ans comme administrateur général du CEA a été
officialisée vendredi. Si ce père de trois enfants
qui dirigeait l’Ifremer ne faisait pas partie au
départ des favoris, il cochait toutes les cases
pour succéder à Daniel Verwaerde, atteint par
la limite d’âge de 65 ans.
De François Fillon
à Édouard Philippe
Fils d’agent de maîtrise, ce colosse de deux
mètres, ex-fort en maths à Louis-le-Grand
qui rêvait d’être chercheur et opta pour l’X, les
Mines et la sociologie, fit ses premiers pas
d’ingénieur justement à la direction des technologies avancées au CEA, après quelques
mois chez Rhône-Poulenc Rorer. S’il devint
ensuite chercheur au Centre de sociologie de
l’innovation de l’ENSMP, le passionné d’histoire médiévale est happé rapidement par la
haute fonction publique. Au ministère de la
Recherche, le jeune homme ira vite, planchant d’abord avec son équipe sur les questions d’énergie, de transport, d’environnement, de ressources naturelles. S’ensuivront
la direction générale de l’agence Andra
(déchets radioactifs), deux années à la Direction générale de l’énergie et des matières premières à Bercy, avant son atterrissage à Matignon en 2008 comme conseiller auprès de
François Fillon. Avec un champ sans cesse
élargi : industrie, recherche, énergie, environnement, transports, aménagement du territoire… Il enchaîne à partir de 2009 les casquettes de PDG, celle de Météo France, non
sans avoir potassé les 600 pages des Fondamentaux de météorologie, puis celle en 2013 à la
tête de l’Institut français de recherche pour
l’exploitation de la mer. Retour sur terre donc
aujourd’hui pour ce proche du premier ministre. À la tête du CEA, fort de sa pratique de différents ministères, il prend en main un organisme de recherche dix fois plus gros, où les
dossiers sensibles ne manquent pas, sur fond
d’avenir incertain du nucléaire civil. Lors de
son audition devant les parlementaires,
François Jacq a estimé que le cœur du projet du
CEA était d’être un acteur majeur des transitions en cours, « énergétique, écologique
numérique mais aussi de l’environnement
stratégique, qui est en train d’évoluer ».
C. B.
2017, la seule branche « poker en
ligne » n’affiche qu’une maigre
hausse de 4 %. Or cette activité
traditionnelle représentait l’an
dernier les deux tiers du chiffre
d’affaires du groupe. Avec toutes
les opérations annoncées depuis le
début de l’année, la répartition du
chiffre d’affaires sera plus équilibrée, entre le poker (37 %), le
casino, comme la roulette ou le
black jack (26 %), et les paris sportifs (34 %).
Cette opération montre bien que
les jeux, notamment en ligne, attirent les investisseurs. Une bonne
nouvelle alors que la privatisation
de la FDJ semble se profiler en
France. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â ÉRIC PLAT
Atol Les Opticiens
La coopérative d’opticiens a réélu Éric Plat président-directeur général pour un mandat de
deux ans, lors du conseil d’administration qui
s’est tenu le 22 avril. Après un BTS d’optiquelunetterie à Morez, Éric Plat a ouvert son premier magasin en 1995 et intégré le conseil d’Atol
en 2010. En 2016, il avait été élu pour un premier
mandat de PDG.
â PAUL MOURIER
Métropole du Grand Paris
Le patron des services de la Région Paca, expréfet du Var, du Cantal et de la Lozère prend la
tête de la direction générale des services de la
métropole du Grand Paris.
â BERNARD CARAYON
Gecina
Le conseil de la foncière a nommé
l’ancien député à sa tête, en remplacement de Bernard Michel. Il avait
œuvré jusqu’en mars 2017 chez Amundi (Crédit
agricole), notamment comme administrateur et
DG d’Amundi AM. Par ailleurs, le HEC Julien
Landfried, arrivé en 2017, devient directeur
exécutif communication et affaires publiques du
groupe dirigé par Méka Brunel.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 24 avril 2018
ENTREPRISES 23
Kinder
à l’assaut
du marché
des glaces
Unilever vise 5 % du marché français
d’ici deux ans avec la marque phare
du confiseur italien.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
AGROALIMENTAIRE
L’association semblait évidente. Pourtant,
Kinder, la pépite de l’italien Ferrero, était une des dernières marques
de confiserie chocolatée à ne pas
avoir investi le rayon des glaces.
C’est chose faite. Pour créer une
gamme à l’effigie d’une des marques préférées des enfants, le
groupe familial transalpin s’est associé au géant Unilever. Celui-ci
détient 32 % du marché des glaces
en grandes surfaces en France avec
Magnum, Carte d’Or ou Ben and
Jerry’s.
Quatre glaces ont été lancées
début avril : un cône et un minicône estampillés Kinder, et un
stick et un sandwich glacé Kinder
Bueno, pour une cible plus adolescente. « C’est le plus gros lancement d’Unilever cette année, résume François-Xavier Apostolo,
vice-président marketing chez
Unilever en charge du pôle glaces,
qui réalise plus de 500 millions
d’euros de chiffre d’affaires. C’est
l’association entre une marque emblématique de la confiserie et le leader de la glace. C’est une petite révolution sur ce marché. » Unilever
prend en charge la R&D, la production dans quatre de ses usines
en Europe, ainsi que l’activation de
la marque. Ferrero, quant à lui,
développe les packagings et participe aux investissements marketing. Il vérifie surtout le respect du
goût de son produit phare qu’il bichonne depuis cinquante ans.
au niveau de nos best-sellers », explique le responsable. Soit le Magnum amande, champion toutes
catégories des ventes de glaces en
hypers et supers (5 % du marché).
Avec Kinder, le géant anglonéerlandais a de grandes ambitions. Il compte grignoter 5 % du
marché tricolore de la glace en
grandes surfaces (1 milliard
d’euros en 2017), d’ici deux ans.
Mais aussi renforcer son poids sur
les segments sur lesquels il est peu
présent : les enfants et les cônes,
catégorie dominée par Extrême
(60 %) de Froneri, coentreprise
entre Nestlé et le britannique R&R
Ice Cream.
« Ce n’est pas toujours facile,
mais, avec de tels lancements, on
voit qu’il est possible de désaisonnaliser ce marché, ce que nous essayons de faire depuis des années »,
explique François-Xavier Apostolo. Il multiplie ainsi les formats
comme les pots Magnum lancés au
printemps 2017 pour contrer le
poids lourd Häagen-Dazs (55 % du
segment). Cette gamme est complétée cette année de deux parfums (praliné et framboise). Une
référence bio sera lancée sur les
glaces en bacs Carte d’Or, à la peine ces dernières années. Enfin,
Ben & Jerry’s lance une gamme vegan. Une recette gagnante. L’an
dernier, Unilever a gagné 0,5 % de
part de marché, laissant Froneri un
cran derrière, à 23 % du marché. ■
Quatre glaces ont été
lancées début avril :
un cône et un mini-cône
estampillés Kinder,
et un stick
et un sandwich glacé
Kinder Bueno. KINDER
LA GLACE, UN MARCHÉ
ENCORE SAISONNIER
CHIFFRES 2017
77 %
des ventes annuelles
de glaces sont réalisées
entre avril
et mi-septembre
14 %
du chiffre d’affaires
annuel provient des
nouveautés de l’année
(contre 2,6 % pour
les autres produits de
grande consommation)
5,5 %
Recul des ventes
en grandes surfaces
à mi-avril 2018, après
une saison 2017 en
hausse de 4,7 % en valeur
Sources : Association
des entreprises de la
glace, Nielsen, fabricants
Les glaciers reprennent espoir
après un début de saison glacial
Le retour du soleil la semaine
dernière n’a pas satisfait que les
touristes ou les vacanciers de Pâques. Après un début de saison
pour le moins frais, le moral des
industriels de la glace est en effet
remonté depuis dix jours, en
même temps que le niveau du
mercure. Les premières semaines
du printemps 2018 - particulièrement froides, humides et grises
sur une grande partie de la France – ont en effet gelé les performances des poids lourds du rayon
en ce début de saison. Contrairement à 2017, où le marché avait
bondi de 4,7 % en valeur selon
l’Association des entreprises des
glaces.
Ces tendances fraîches sont
confirmées par Unilever (Magnum, Carte d’Or, Ben & Jerry’s…).
Début avril, son chiffre d’affaires
glaces avait chuté de 15 % par
rapport à avril 2017, qui avait été
certes très clément. Le printemps
2017 avait d’ailleurs été le plus
chaud depuis 1900. Même en se
basant sur un mois d’avril
moyen, la chute atteignait au début du mois 7 % pour le leader
Amorino lance une enseigne à basses calories
Grandes ambitions
Pour la première année, la gamme,
resserrée, est lancée en France, en
Allemagne, en Suisse et en Autriche. Unilever compte bien étendre
les pays et les formats. Car, malgré
la météo froide et capricieuse du
début de saison, l’accueil est, lui,
plutôt chaleureux. « Les premiers
retours sont très bons. La demande
est supérieure à nos prévisions. Il
faut rester prudent, mais ce lancement laisse penser que les glaces
Kinder ont le potentiel pour arriver
Soucieux de coller
aux nouvelles tendances
de consommation, le plus
français des glaciers italiens
s’était essayé ces dernières
années aux glaces « light »,
et aux produits détox.
Sans grand succès. « Notre
clientèle vient pour notre
positionnement généreux
et gourmand. Ce qu’elle vient
chercher, c’est de la
gourmandise », analyse
Cristiano Sereni, cofondateur
de la marque aux 75 millions
d’euros de chiffre d’affaires
(+ 15 % sur un an). Pour
séduire les amateurs plus
attentifs aux calories ou
suivant un régime alimentaire,
le groupe familial inaugurera
en juin à Paris, rue des
Martyrs (IXe arrondissement),
une nouvelle enseigne :
Impronta. Une dizaine d’autres
boutiques de cette nouvelle
bannière suivront d’ici à 2019.
Au menu de ce concept sain :
jus détox, glaces sans gluten
et quelques glaces véganes
(sans lait ni œuf). L’enseigne
promet qu’elle y proposera
tous les parfums qui ont fait
sa notoriété… avec deux fois
moins de calories.
O. D.
tricolore des bacs glacés et autres
bâtonnets. Même écho chez Häagen-Dazs, dont les ventes ont
chuté de 5 % en valeur sur le premier trimestre, dans le sillage du
marché. « Il est un peu tôt pour tirer des conclusions car la saison
vient de commencer », tempère
Bérengère Dupui, directrice marketing de la marque célèbre pour
ses pots et ses mini-coupes ultragourmandes.
Seul rescapé de ces difficultés :
le groupe familial Mars, dont les
activités de glaces (72,1 millions
d’euros de chiffre d’affaires) a
réussi à progresser de 4,5 % en
valeur sur le premier trimestre.
Cette performance est liée au lancement très réussi l’été dernier
des bâtonnets M & M’s. « Nous
verrons vraiment l’impact du début
de saison à la fin avril, explique
Émilie Bouthier, directrice des
marques glacées chez Mars Chocolat France. L’an dernier, nous
avions pris de l’avance avant Pâques, ce qui n’a pas été le cas cette
année. »
Le hors-domicile
très touché
Mi-avril, tous indiquaient que la
saison n’était pas encore perdue,
avril ne représentant encore
qu’entre 5 % et 7 % de leur chiffre
d’affaires annuel. Les difficultés
ont en revanche davantage touché les spécialistes de la vente
hors domicile, même si les Français sont moins friands des cônes
achetés chez le glacier du coin de
la rue que leurs voisins européens : les deux tiers des volumes
en France sont consommés à la
maison. Chez le spécialiste de la
glace italienne artisanale Amorino - 72 boutiques dans nos
frontières -, la chute d’activité
liée à la météo capricieuse a at-
teint 30 %. « Le scénario a été globalement le même partout. Ce n’est
pas propre à la France, appuie
Cristiano Sereni, cofondateur de
l’enseigne qui possède 200 magasins dans le monde. Mais ne
soyons non plus trop alarmistes. À
la fin de l’année, on voit que les
aléas climatiques sont souvent lissés, et qu’on termine très souvent
sur un + 2 % ou - 2 %. »
Malgré le retour du beau temps,
ce qui n’est pas consommé reste
difficile à rattraper, surtout sur le
réseau hors domicile. Depuis plusieurs années, les glaciers travaillent à désaisonnaliser les ventes, avec des glaces plaisir à
consommer autrement que pour
le seul rafraîchissement qu’elles
procurent en plein été. Chez
Mars, qui l’a fait avec succès grâce aux bâtonnets M&M’s, cinq
nouveaux produits arrivent cette
année en rayons : deux nouveaux
parfums M&M’s (vanille et caramel), deux nouveautés sur les
barres glacées Mars (mars amande) et Snickers (chocolat blanc),
ainsi qu’un bâtonnet Snickers.
« L’innovation est clé dans la
glace, 70 % de sa croissance en valeur vient des nouveautés », argumente Bérangère Dupui, chez
Häagen-Dazs. De son côté, la
marque a lancé cette année une
nouvelle version de ses célèbres
pots : Peanut Butter Crunch
(beurre de cacahuète). Il joue
aussi la carte de la très en vogue
noix de coco, avec des pots cocochocolat ou des formats de découverte Coconut Collection. Il
décline enfin aussi son best-seller
Macadamia Nut Brittle en minibâtonnets. La marque est la moins
sensible à la météo, avec 72 % de
ses volumes écoulés sur la saison
(avril-septembre), contre près de
80 % pour le marché. ■
O. D.
LA SÉANCE DU LUNDI 23 AVRIL
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
+1,08 46,06
+0,29 105,15
+2,11
96,34
+0,12
28,8
+0,27 111,2
+0,6
23,665
+1,09 63,96
+0,19
43,08
+1,05 106,35
+0,06
16,515
+0,96
13,755
-0,69 66,05
+0,21
14,17
-0,87 114
+1,23 436,7
-0,13 191,45
-0,56 46,4
-1,1
64,98
+0,64 281,05
+0,9
118,45
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
45,28
103,9
94,09
28,1
110,05
23,38
63,1
42,56
104,85
16,29
13,575
65,1
14
113,05
429,2
188,55
45,91
64,24
278
116,85
0,306
0,196
0,177
0,151
0,24
0,256
0,224
0,154
0,211
0,244
0,18
0,27
0,168
0,195
0,139
0,095
0,028
0,225
0,075
0,276
+6,98
-0,05
+15,86
+4,1
-8,82
-4,77
+2,65
-0,95
+7,29
-8,68
-0,62
-5,76
-1,19
-1,3
+11,02
+3,35
-1,87
+0,45
+14,53
-1,05
JOUR
ORANGE ..............................................14,88
PERNOD RICARD ..................................
136,45
PEUGEOT ..............................................
20,73
♣ 59,08
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
94,39
SAFRAN ..............................................89,94
SAINT GOBAIN ..................................
44,57
SANOFI ..............................................65,71
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
76,08
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
46
SODEXO ..............................................81,48
SOLVAY ..............................................
116,85
STMICROELECTRONICS .............................
17,765
TECHNIPFMC ..................................27,42
TOTAL .............................................. 51,16
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
191,9
VALEO .............................................. 55,04
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,275
♣
VINCI .............................................. 84,62
VIVENDI ..............................................21
%VAR.
+0,81
-1,83
-0,24
-0,54
+0,29
-0,16
+1,28
+0,66
+0,96
+0,89
-0,8
+1,08
+1,02
+1,86
+1,03
-0,57
-0,22
-0,16
+0,14
-0,43
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,89
138,5
20,99
59,2
94,73
90
44,63
66,03
76,1
46
81,94
116,85
17,8
27,42
51,16
193,1
55,4
19,29
84,78
21,13
14,67
135
20,6
58,44
93,93
89,42
43,96
65,2
74,42
45,505
80,7
115,2
17,505
26,74
50,51
190,45
54,84
19,14
83,74
21
%CAP.ECH
0,213
0,261
0,483
0,183
0,168
0,191
0,241
0,163
0,229
0,353
0,263
0,201
0,187
0
0,205
0,281
0,799
0,247
0,211
0,234
31/12
+2,8
+3,41
+22,26
+4,29
+12,49
+4,69
-3,07
-8,55
+7,37
+6,85
-27,28
+0,82
-2,42
+6,07
+11,11
-8,62
-11,61
-9,4
-0,62
-6,33
LES DEVISES
questions financières, la direction d’Axa
s’est entourée de toutes les précautions
en précisant dans un communiqué « qu’il
n’y a aucune assurance que l’opération
soit réalisée dans les délais escomptés,
voire qu’elle le soit effectivement ».
Le nombre d’actions offertes ainsi que
la fourchette de prix n’ont pas été communiqués, mais, selon certaines sources
1 EURO=
1,601
1,5649
0,8764
9,5974
132,38
1,1941
1,2238
2,9516
11,103
5,079
21,62
7,7208
81,2845
139,999
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34510
34510
-0,69
NAPOLEON ..................................................... 206,7
212,6
-0,01
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
587
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213,9
213,9
+0,52
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1160
1160
-0,68
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
205
205
+0,49
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
299
299
-1,97
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1306,5
1306,5
-0,27
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
113
111
+2,91
PIECE SUISSE 20F .....................................................
204,1
204
+0,69
PIECE LATINE 20F .....................................................
200
204
-1,43
SOUVERAIN ..................................................... 261
260,9
+0,12
KRUGERRAND .....................................................1138
1135
+1,72
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
278,38 19/04/18
AXA LANCE L’INTRODUCTION EN BOURSE DE SA FILIALE AMÉRICAINE
L’assureur français a annoncé ce lundi
dans un communiqué avoir entrepris les
premières démarches officielles en vue
de l’introduction de sa filiale américaine
Axa Equitable Holdings à la Bourse de
New York. Il est prévu que l’introduction
en Bourse soit réalisée au cours du
deuxième trimestre 2018. La législation
américaine est très contraignante sur les
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
BETELGEUSE ................................................
47,54 19/03/18
BELLATRIX C ................................................
332,92 19/03/18
SIRIUS ................................................56,07 19/04/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
bancaires citées par Reuters, l’introduction en Bourse d’Axa Equitable pourrait
rapporter autour de 4 milliards de dollars
(3,3 milliards d’euros). Le groupe français
gère aux États-Unis 670 milliards de dollars d’actifs par l’intermédiaire d’Axa Equitable Life et de sa filiale de gestion actifs
AllianceBernstein.
Cette annonce a été accueillie, ce lundi,
par une hausse modeste de 0,60 % du
cours de Bourse d’Axa, à 23,55 euros.
L’introduction à Wall Street des activités
d’assurances du groupe aux États-Unis
ne constitue pas une surprise. Ce qui importe, c’est le succès effectif de cette
opération, dont le produit devrait être affecté au financement du rachat pour
15,3 milliards de dollars (environ 12,4 mil-
liards d’euros) de l’assureur réassureur
XL Group qui doit être bouclé au second
semestre. Le reste sera complété par la
trésorerie du groupe et l’émission de
3 milliards d’euros de dettes subordonnées. Depuis l’annonce de cette acquisition,
le cours d’Axa est sous pression. La question de son financement constitue un vrai
sujet de préoccupation pour le marché. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 46
♣
AIR LIQUIDE ..................................
105
AIRBUS .............................................. 96,16
ARCELORMITTAL SA ..................................
28,47
ATOS .............................................. 110,65
AXA .............................................. 23,555
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
63,9
BOUYGUES ..............................................
42,9
CAPGEMINI ..............................................
106,1
CARREFOUR ..............................................
16,475
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,715
DANONE ..............................................65,92
ENGIE .............................................. 14,165
ESSILOR INTL. ..................................113,45
KERING ..............................................436,3
L'OREAL ..............................................191,15
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
46,16
LEGRAND ..............................................64,48
LVMH .............................................. 281,05
♣
MICHELIN ..............................................
118,3
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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
24
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Tencent Music valorisé 25 milliards de dollars
La filiale du géant chinois, spécialisée dans le streaming musical en Asie, se prépare à entrer en Bourse.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
MUSIQUE Les ambitions boursières de Tencent Music se précisent.
Annoncées par la presse depuis
plusieurs mois, les velléités du
géant chinois devraient se
concrétiser au cours du second semestre, annonce le Wall Street
Journal. Tencent hésite entre la
Bourse de New York et celle de
Hongkong, où est déjà cotée sa filiale dédiée aux livres numériques,
China Litterature. Mais les ÉtatsUnis tiendraient la corde pour accueillir la cotation de sa branche
spécialisée dans le prospère secteur de la musique en ligne.
Les sources du Wall Street Journal estiment que Tencent Music,
une fois en Bourse, sera valorisé
25 milliards de dollars. Cela en ferait la quatrième meilleure introduction d’une valeur technologique sur les marchés américains.
En décembre 2017, la valorisation
de Tencent Music était estimée à
12,5 milliards de dollars, après un
accord de participations croisées
avec son alter ego européen Spotify, qui n’opère pas en Chine. La
société suédoise a pris une part de
9 %, et Tencent Music a acquis en
retour 7,5 % de Spotify. L’entrée
réussie de Spotify en Bourse, début avril, a pu motiver la holding
chinoise à accélérer le mouvement pour sa propre introduction.
Du haut de ses 157 millions d’utilisateurs dont 71 millions payent un
abonnement mensuel, Spotify
vaut aujourd’hui 28 milliards de
dollars.
Les chiffres de Tencent Music
sont d’un autre ordre de gran-
deur. Rien que sur la Chine, le holding touche 700 millions d’utilisateurs mensuels, dont 120 millions
paient. Seuls 17 millions ont opté
pour un abonnement mensuel
(entre 1 et 2 dollars par mois), les
autres préférant les achats à l’acte
ou les microtransactions. Il s’agit
d’un tour de force pour un pays
habitué au piratage de masse. Mais
avec sa filiale consacrée au jeu vidéo, Tencent a déjà prouvé qu’il
n’avait pas son pareil pour faire
payer aux mobinautes chinois des
petites sommes qui, mises bout à
bout, forment de solides sources
de revenus… La révolution des
usages est portée par les jeunes
générations : 90 % des utilisateurs
de Tencent Music sont nés après
1990.
75 % du marché chinois
Le géant du Web chinois a aussi
été indirectement aidé par le gouvernement, qui a décrété en 2015
une chasse aux contenus piratés
sur les plateformes musicales. Les
piliers du secteur ont fait le ménage dans leurs bases de données et
signé des accords avec les maisons
de disques, locales et internationales. Grâce à son poids, Tencent a
obtenu des contrats exclusifs avec
Sony Music, Warner ou Universal
Music, qui peuvent ainsi prendre
pied dans le plus grand marché du
monde. Tencent, en retour, fait
payer des royalties aux services
concurrents qui souhaitent proposer les albums de Beyoncé ou
Taylor Swift à leurs utilisateurs.
Tencent Music est né en 2016
du rapprochement entre la plateforme QQ Music et la société
China Music Corporation. Le hol-
Tencent Music touche
en Chine 700 millions
d’utilisateurs
mensuels, dont
120 millions paient.
Un tour de force
pour un pays habitué
au piratage de masse.
DA QING / IMAGINECHINA
ding contrôle 75 % du marché
chinois de la musique en ligne
grâce à ses trois plateformes, QQ
Music (40 % du marché), KuGou
(25 %) et Kuwo (10 %). Les deux
derniers visent un public plus populaire. Tencent teste plusieurs
moyens de monétiser sa musique.
Il n’hésite pas à exclure temporairement les albums les plus attendus de son offre de streaming
pour ne les proposer qu’à l’achat
à l’acte. Ce fut le cas pour la bande
originale du film Fast and Furious
8, écoulée ainsi à 1 million
d’exemplaires en une semaine.
Tencent Music est aussi présent
dans le streaming vidéo en direct,
EN BREF
LE RACHAT
DE AUFÉMININ AUTORISÉ
£ L’Autorité de la concurrence
a donné son feu vert au rachat
par TF1 du groupe digital
AuFéminin, éditeur de
Marmiton, MyLittleParis
et AuFéminin. Il appartient
actuellement à l’allemand Axel
Springer. TF1 doit désormais
attendre l’aval de l’Autorité
de la concurrence autrichienne
avant de pouvoir lancer son offre
publique d’achat (OPA).
LE MONDE CHANGE
Droit du foot : le
grand bluff de la LFP
NRJ 1 MARQUE
RADIO DIGITALE
DE FRANCE
Elle lancera l’appel d’offres de la L1 en
juin avec un prix de réserve très élevé.
75% DES FRANÇAIS ONT
UNE RADIO DANS LEUR POCHE (1)
ÈRE
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
(2)
DeBonneville-Orlandini
JOURS
ET TOÈRUE RADIO
NRJ 1 ANCE
DE FR MOINS
S
SUR LE ANS (3)
5
6
DE
Sources : (1) Médiamétrie Web Observatoire & Mobile Marketing Association France 2017, Baromètre Trimestriel du Marketing Mobile en France, Juin 2017, Taux
de pénétration des smartphones : 74,8%, 13+ - (2) ACPM, Diffusion Globale des Radios Digitales, Mars2018, sessions d’écoutes actives +30 secondes, données
France, marque NRJ : 19 723 312sessions d’écoutes actives +30 secondes – (3) Médiamétrie, 126 000 Radio, Janvier-Mars 2018, AC, 13-64 ans, LàV, 5h-24h
A
où les fans peuvent envoyer de
l’argent ou des objets virtuels à
leurs artistes préférés. Il a investi
le marché du karaoké avec l’application WeSing. Le mobinaute
peut se filmer en train de chanter
et partager ses performances sur
les réseaux sociaux.
Tencent Music a les yeux tournés vers l’étranger. Il détient la
plateforme Joox, leader en Asie du
Sud-Est grâce à son catalogue riche en artistes locaux. Joox est arrivé en 2017 en Afrique du Sud.
Outre sa participation dans Spotify, Tencent a aussi injecté 115 millions de dollars dans la plateforme
musicale indienne Gaana. ■
Contact NRJ Global : Laurence BUCQUET - 01 40 71 44 06 - lbucquet@nrjglobal.fr - www.nrjglobal.com
DROITS SPORTIFS La planète foot
se perdait en conjectures. Mais Didier Quillot, le directeur général
exécutif de la Ligue de football professionnel (LFP), a levé le voile devant les représentants de la Fédération française de football. Il a
indiqué que l’appel d’offres pour les
droits télé du championnat de
France L1 pour les saisons 20202024 aura lieu avant fin juin 2018. La
date est choisie pour profiter de
l’engouement des Français pour le
Mondial de foot… mais surtout pour
inciter les potentiels acquéreurs à
sortir du bois.
En faisant un appel d’offres avec
un prix de réserve très élevé - proche du milliard d’euros espéré -, la
LFP envoie un message clair aux
postulants : Canal +, beIN Sports ou
RMC Sport. Soit ils prennent le risque de mettre beaucoup d’argent
tout de suite, soit ils prennent le risque de mettre en cause la pérennité
de leur activité. Car, si le prix de réserve n’est pas atteint en juin, la
LFP ne remettra les lots en jeu qu’au
dernier moment, au printemps
2020. Soit quelques semaines seulement avant le début de la saison
2020-2021. À ce moment-là, il sera
trop tard pour que le ou les gagnants puissent faire la promotion
des matchs qu’ils ont achetés. Et
trop tard aussi pour que le ou les
perdants puissent trouver un plan B
pour conserver leurs abonnés.
Cette stratégie permet à la LFP de
garder la main et d’obliger les diffuseurs à se dévoiler. Alain Weill, le
patron de RMC Sport, filiale d’Altice, avait demandé à la LFP
d’attendre 2019 avant de lancer son
appel d’offres. Il devra accepter d’y
participer dès 2018 ou de sortir du
jeu, remettant ainsi en cause toute
sa stratégie dans le foot. Canal+
vient d’officialiser son redressement financier et il doit participer à
l’appel d’offres pour ne pas risquer
de replonger dans l’ornière. Enfin,
beIN Sports qui a perdu la Champions League n’a plus que la L1 pour
conserver ses abonnés.
Les sous-licences
Pour les motiver encore plus, la LFP
devrait autoriser le mécanisme des
sous-licences, comme Le Figaro
l’avait évoqué fin mars. En clair,
elle pourrait faire entrer dans le jeu
des fonds d’investissement. En Italie, les droits de la Serie A ont été
acquis pour 1 milliard d’euros par le
fonds Mediapro, contrôlé par le
chinois Hontai Capital. Ce fonds a
sous-licencié les matchs aux chaînes Sky et Mediaset. D’autres fonds
d’investissement et gestionnaires
de droits comme IMG ou Infront
(détenu par le chinois Wenda)
pourront venir sur les rangs
La LFP a également aménagé le
calendrier des matchs pour pouvoir
multiplier les lots mis en jeu. À partir de 2020, les rencontres se concentreront le dimanche avec un
match à 13 heures pour intéresser
les téléspectateurs chinois et asiatiques. Et il y aura un multiplex à
15 heures ainsi qu’une grande affiche à 21 heures. La veille, le samedi,
la LFP proposera une autre grande
affiche avec un seul match à
21 heures.
La Ligue de football professionnel
espère que cet appel d’offres permettra au foot français de rester
dans la course face aux autres
championnats étrangers. Avec seulement 748 millions d’euros par saison, le foot français est loin du record de la Premier League anglaise
et ses 2,3 milliards d’euros ou l’Allemagne et son 1,15 milliard. Si la
LFP atteint le milliard d’euros, elle
se placera au niveau du foot italien
et espagnol. ■
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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 923 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
Stella
McCartney
AUTOMOBILE
UNE MODE ÉCORESPONSABLE
AU CŒUR DE L’EXPOSITION
« FASHIONED FROM NATURE »,
À LONDRES PAGE 30
LA DERNIÈRE GÉNÉRATION
DE LA SUZUKI SWIFT
SPORT À L’ESSAI
PAGE 31
SIMON DUBOIS/FASTIMAGE, ERWAN FICHOU-THÉO MERCIER, JÉRÔME WITZ/PRINTEMPS DE BOURGES, DAVID NIVIERE/SIPA
Au Printemps de Bourges,
la parité donne le « la »
Hugh Coltman,
Mélanie de Biasio,
Orelsan et
Juliette Armanet
(de gauche à droite).
Un homme, une femme :
la 42e édition du festival
de musique impose la parité
dans sa programmation.
Une (grande ?) première.
PAGE 26
Avec les pépites d’André Lejard, Paris a le cœur Léger
EXCLUSIF Vendue le 4 juin chez Artcurial, cette collection inédite met à l’honneur douze œuvres de Fernand Léger.
est tout ce dont le marché de l’art raffole : une
collection, et non des
moindres, celle d’un
grand amateur, André
Lejard, personnage discret aux multiples talents, en provenance directe de
Fernand Léger. Ses liens très forts avec
l’artiste, comme en atteste une correspondance conservée par la famille,
sont au cœur de cette collection riche
aussi d’œuvres signées Matisse,
Braque, Derain, Villon, Miro, Ernst ou
Tanguy.
Entre 1920 et 1950, Lejard joua un
rôle important dans l’édition. Rédacteur en chef de la revue Arts et métiers
graphiques, il est à l’origine des Éditions
du Chêne créées en 1941 par Maurice
Girodias. De cette activité d’hommes
de lettres, il passa tout naturellement à
celle de collectionneur, par goût mais
aussi gâce à ses relations. Lejard fréquenta les ateliers de nombreux artistes
dont il devint l’ami, soutenant ainsi la
C’
Un ensemble varié
Nature morte au vase bleu, de Fernand Léger, est estimé 900 000 à 1,3 million d’euros.
diffusion de leurs œuvres par ses publications ou, mieux encore, par ses
achats.
Vendre à Paris un ensemble de 12 Léger – 4 tableaux et 8 dessins et aquarelles – fait figure d’événement, le marché
pour ce type d’œuvres étant surtout à
Londres ou à New York. « Je connaissais
l’existence de cette collection que nous
avons pu décrocher à des conditions médiatiques et financières très attractives
avec Serge Lemoine, ancien président du
Musée d’Orsay qui a rejoint notre maison, explique le commissaire-priseur
STUDIO SEBERT/ARTCURIAL/FERNAND LÉGER/ADAGP, PARIS 2018, C.HUNSICKER/ACE TEAM , STELLA MCCARTNEY
La vente propose aussi des lithographies et livres illustrés de Léger, tous
dédicacés, comme le Cirque publié en
1950 par Tériade (12 000 à 15 000 euros)
mais aussi des dessins à l’image de la
poétique encre sur papier Deux femmes
(150 000 à 200 000 euros). L’ensemble
est varié, de la période machiniste aux
compositions décoratives, en passant
par les costumes des Ballets suédois et
les figures monumentales des années
1930. Sans oublier un très personnel
autoportrait sur une feuille de papier de
quatre sous, pliée en deux (5 000 à
6 000 euros).
Hormis les Léger qui font le cœur
médiatique de la vente, cette collection
comprend d’autres pépites, comme un
dessin à la gouache, les Baigneuses
d’André Derain, daté de la pleine période fauve (80 000 à 120 000 euros).
Pour ces quelques traits faisant exploser la couleur, les amateurs devraient
se battre, car il n’a pas été vu depuis
des décennies. Accrochée dans le salon
d’André Lejard et de sa femme Anna
Morosov, elle fut une des pièces maîtresses de sa collection intimiste comme ce dernier le dit lui-même : « Je
dors dans le salon sous les Baigneuses.
Elles veillent sur mon sommeil. Leur
lumière a toujours conjuré la nuit, maintenu à distance les démons nocturnes.
Elles ont irradié mes réveils. » Cette lettre nous vient de son petit-fils François, aujourd’hui vendeur de cette collection qui a gardé ce doux parfum
d’autrefois. ■
www.artcurial.com
A
Francis Briest, d’Artcurial. Les vendeurs
nous ont fait confiance et ont choisi Paris
par tradition culturelle. »
Pas moins de six tableaux de Léger
figuraient dans la collection Lejard
vendue par sa descendance. En voici
quatre qui seront mis aux enchères, le
4 juin, à l’Hôtel Dassault, avec des estimations très conservatrices : Élément
mécanique de 1922 (2 à 3 millions
d’euros) et trois natures mortes, dont
deux peintes en 1937, Les Trois Fleurs et
Les Dominos (600 000 à 800 000 euros)
et Nature morte au vase bleu (900 000 à
1,3 million d’euros). L’huile sur toile
Fleurs et Dominos de 1947 est proposée
entre 400 000 et 600 000 euros.
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
26
L'ÉVÉNEMENT
Les femmes
font le Printemps
À NE PAS
MANQUER
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
■ Juliette Armanet
Elle est la seule chanteuse
capable à l’heure actuelle
de réconcilier amateurs
de chanson française classique
et adeptes du streaming.
En soirée d’ouverture,
ce mardi, elle partage l’affiche
avec Véronique Sanson,
Catherine Ringer et Naya.
■ Jeanne Added
Après une longue tournée
consécutive à la sortie de son
premier album, la chanteuse
donne cette année quelques
concerts solo, qui montrent une
autre facette de son inspiration.
Le 25 avril.
FESTIVAL À
Bourges,
la manifestation est
la première à imposer
l’égalité entre hommes
et femmes dans sa
programmation.
WITZ/PRINTEMPS DE BOURGES
■ Mélanie de Biasio
D
OLIVIER NUC
£@oliviernuc
epuis sa première édition, en 1977, le Printemps de Bourges a
su accompagner les évolutions de la société française à travers sa musique. La
dimension engagée de la manifestation
lui faisait programmer, à ses débuts, des
artistes en marge des grands canaux de
diffusion : Jacques Higelin, Bernard Lavilliers et Renaud ont ainsi été les premières têtes d’affiche. Depuis quelques
éditions, le festival a mis en place des
« Exclamations », soit des thématiques
transversales déclinées tout au long du
programme.
Après la liberté d’expression et le
punk, les femmes sont à l’honneur cette
année, à travers une exposition, des
conférences, des films… « Je cherchais
une thématique lorsque j’ai appris la disparition de Simone Veil, explique Boris
Vedel, directeur du Printemps de Bourges. J’ai alors décidé d’aborder la thématique femmes, en analysant comment la
création artistique féminine se distingue de
celle des hommes. » Très vite, cet angle
s’étend à la programmation artistique,
qui constitue la charpente du festival.
« Ce n’était pas l’objectif initial, cela nous
semblait compliqué à mettre en place, mais
nous avons pris le pari d’une programmation paritaire. L’équipe artistique s’est prise au jeu, et la discrimination positive s’est
installée petit à petit. » Entre-temps, les
révélations autour des victimes du harcèlement du producteur de cinéma Harvey
Weinstein sont sorties, en octobre 2017.
« Nous avons plutôt eu un réflexe de recul
au moment de cette affaire sordide, avant
de nous résoudre à poser le débat de manière étayée », confie Vedel. Difficile pour
un programmateur soucieux d’assembler
des plateaux cohérents sur le plan musical de tenir compte de cette contrainte.
Pourtant, surmontant ces différends,
l’organisation du festival est parvenue à
concilier qualité des propositions et équilibre des genres sans heurts.
À l’arrivée, la discrimination positive
en matière de programmation s’imposera, tout en maintenant une exigence qualitative. « La programmation de ce Printemps a été saluée unanimement, ce qui
nous fait penser que cette discrimination
positive a des vertus, se félicite son direc-
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
teur. Non seulement elle ne nuit pas à la
qualité, mais elle a le mérite de corriger des
réflexes. Cela étant posé, la question reste
entière pour l’édition de l’année prochaine. » En installant une programmation
strictement paritaire, le Printemps de
Bourges fait date dans l’histoire des manifestations culturelles. Une décision qui
ne va pas de soi pour tout le monde.
« C’est un débat de société »
Tout récemment, Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes,
s’exprimait, lui, en défaveur de la parité,
déclarant : « Il n’y aura jamais de sélection en discrimination positive. » « Chacun
fait ce qu’il veut, explique Boris Vedel,
mais je pense pour ma part, et après des
mois de réflexion sur le sujet, qu’il s’agit
d’une erreur. » En Grande-Bretagne, la
fondation PRS, qui aide les jeunes talents
à émerger, a proposé un engagement signé par 45 festivals internationaux afin
de garantir la parité dans leurs programmations à l’horizon 2022. « Je ne comprends pas pourquoi cette décision devrait
prendre quatre ans. Quand on veut l’appliquer, il est possible de le faire immédiatement, affirme Vedel, soudain véhément.
Il s’agit d’un débat de société. »
Selon lui, la multiplication des femmes
sur scène va à son tour encourager des
spectatrices à se lancer dans des projets
artistiques. S’il regrette que dans la direction du Printemps de Bourges comme
ailleurs « les décideurs sont en majorité
des hommes », Boris Vedel est confiant
quant aux capacités de correction pour
la prochaine génération.
Outre la multiplication des projets à
dominante féminine sur les planches, la
thématique femmes se déclinera dans les
jours qui viennent autour d’une exposition réalisée conjointement avec Radio
France et la Sacem, où on retrouvera les
grands disques et les manuscrits des
œuvres musicales féminines les plus marquantes de l’histoire de la musique enregistrée. De quoi assurer le succès d’une
édition partie pour battre un nouveau record de fréquentation. « Le Printemps de
Bourges n’est pas qu’un festival, c’est un
événement culturel à part entière », martèle son directeur. Récemment disparu,
Jacques Higelin, artiste qui s’était le plus
souvent produit à Bourges, sera honoré
par les artistes eux-mêmes, qu’ils soient
homme… ou femme.
Printemps de Bourges, jusqu’au 29 avril.
www.printemps-bourges.com
A
La cathédrale pour Leonard Cohen
Depuis plusieurs éditions, le Printemps
de Bourges se distingue dans des créations exclusives. Le festival a choisi cette année de rendre hommage à une
grande figure de la musique populaire,
disparue en novembre 2016 : Leonard
Cohen. Pour cette occasion, la musique
fait son retour dans le cadre de la magnifique cathédrale de la ville. On se
souvient d’un superbe concert de Patti
Smith en 2013 en ces mêmes lieux, mais
aussi d’une prestation remarquée des
Anglais des Tindersticks l’année suivante. Cette année, le répertoire du Canadien a su convaincre le diocèse de
Bourges, eu égard à sa dimension volontiers sacrée. Intitulée « Hallelujah »
la soirée hommage sera orchestrée par
Henk Hofstede, leader des Nits, un des
meilleurs groupes de pop néerlandais,
en activité depuis 1974.
Depuis qu’il a découvert la musique
de Cohen à la fin des années 1960, Hofstede est l’un de ses plus grands fans.
« J’étais adolescent lorsque je me suis
procuré une compilation d’artistes Columbia bon marché, The Rock Machine
Turns You On. Je connaissais déjà Dylan
et Simon & Garfunkel, mais je n’avais jamais entendu parler de Cohen. Sa chanson
Sisters of Mercy m’a tellement plu que j’ai
vite commencé à me procurer ses disques. » Pourtant, Hofstede se souvient
que les garçons écoutaient cette musique en cachette. « Aucun gars ne parta-
XTC et Elvis Costello dans mon style de
composition », avoue Hofstede –, celuici a laissé une empreinte forte dans la
vie du leader des Nits. Au point de former, voilà quelques années, un orchestre dédié aux chansons du Canadien,
Avalanche Quartet. En France, le groupe sera remarqué lors d’un concert
dans le cadre du festival Les Tombées
de la nuit, à Rennes. « Depuis ce
concert, on nous réclame partout », explique le Néerlandais.
« Un défi technique »
Avalanche Quartet, l’orchestre formé par Henk Hofstede, le leader des Nits (deuxième
en partant de la droite), est dédié aux chansons de Leonard Cohen. PIM KOPS
geait ça avec ses amis, c’était réservé aux
jeunes filles romantiques. Il était mieux vu
pour un mec d’écouter les Doors ou Frank
Zappa à l’époque ! » Vingt ans plus tard,
le chanteur finira par rencontrer son
héros, sur un plateau de télévision belge. « J’étais avec les Nits pour promouvoir
l’album In the Dutch Mountains, il était
avec deux chanteuses pour présenter I’m
Your Man. Il a chanté deux morceaux du
disque en playback avant d’aller à la cantine pour la pause déjeuner. Je me suis
présenté en disant que nous avions un ami
commun, le réalisateur finlandais Seppo
Pietikäinen. Il était à la recherche de musiciens pour sa tournée. Comme il
connaissait mon groupe, il m’a proposé de
l’accompagner sur la route ! J’ai dû refuser parce que nous avions notre propre
tournée à honorer alors », se souvient
Hofstede, sans regret.
Si l’influence de Cohen n’est pas détectable dans les albums des Nits – « j’ai
plutôt été inspiré par Andy Partridge de
À peine la tournée des Nits terminée,
samedi à Bruxelles, le musicien enchaînera avec les répétitions du spectacle,
qui prévoit la présence d’invités spéciaux comme Raphael, Jeanne Added,
Birds on a Wire, Yan Wagner, Rover et
Uele Lamore. « Je ne les ai pas encore
rencontrés, mais j’ai écouté leur musique. Nous allons jouer une vingtaine de
chansons en tout. Je suis curieux de jouer
cela dans une cathédrale. C’est un défi
technique. Il y aura les tubes, bien sûr, et
peut-être aussi un morceau de son dernier album You Want it Darker. Ma
chanson préférée de Cohen? Je reviens
sans cesse à ses deux premiers albums,
avec Suzanne et Sisters of Mercy, je ne
me lasserai jamais de les entendre. Nous
allons jouer Hallelujah, qui ne figure pas
au répertoire d’Avalanche Quartet, mais
c’est en discussion. » ■
O. N.
Chanteuse inclassable,
elle mêle inspiration spirituelle
et recherches sonores abouties
pour produire une des
musiques les plus séduisantes
du moment, porteuse d’une
belle délicatesse. Le 25 avril.
■ Orelsan
Après avoir triomphé à Bercy
le mois dernier, le nouveau
champion des ventes,
triplement récompensé
aux Victoires de la musique,
présente son spectacle
à l’époustouflante scénographie
au W, la plus grande salle
du festival. Le 26 avril.
■ Charlotte Gainsbourg
Dans le cadre de sa plus
belle tournée à ce jour,
la comédienne et chanteuse
partage l’affiche avec deux
des sensations du moment :
Eddy de Pretto et la Belge
Angèle. Le 26 avril.
■ Arthur H
Fort de son meilleur album
à ce jour, cet habitué du
Printemps de Bourges diffusera
sa fantaisie poétique au même
programme que le très singulier
Nakhane et la prometteuse
Calypso Valois. Le 26 avril.
■ Hugh Coltman
De La Nouvelle-Orléans,
ce Britannique de Paris
a rapporté un disque souvent
sidérant, réalisé par le maître
de la six-cordes Freddy Koella.
Le 27 avril.
4
000
artistes
ont été programmés au
Printemps de Bourges
depuis sa première
édition en 1977.
SCHORR/PRINTEMPS DE BOURGES
Jeanne Added (ici au Figaro Live, en 2015) donnera mercredi un concert solo au Printemps de Bourges.
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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
28
CULTURE
Top chefs… d’orchestre !
CHRONIQUE Malgré des parcours inverses, Christoph von Dohnanyi et Esa-Pekka Salonen abordent la modernité avec naturel.
Christian Merlin
eux concerts parisiens nous
ont permis d’admirer deux
immenses chefs d’orchestre qui se distinguent tous
deux par un rapport naturel et authentique à la modernité,
tout en l’abordant très différemment.
Pour résumer, on pourrait dire que
Christoph von Dohnanyi, 88 ans, vient
à la modernité par le classicisme, et
qu’Esa-Pekka Salonen, 60 ans, vient au
classicisme par la modernité. Autrement dit, si Dohnanyi est arrivé à
l’avant-garde en venant de Beethoven,
Salonen a fait le chemin inverse. À la
tête de l’Orchestre de Paris, le maître
allemand a donné une Septième symphonie admirable d’architecture et de
hauteur de vue. Le son plein et noble, la
sobre clarté de l’architecture, évoquent
D
le XIXe siècle le plus altier. L’absence de
pathos, la netteté rythmique, la transparence formelle, convoquent une esthétique résolument ancrée dans le
XXe siècle. Diriger les classiques comme s’ils étaient modernes tout en en
ayant une connaissance intime, c’est ce
que l’on a toujours admiré chez ce chef,
dont le grand-père a connu Liszt, qui
avait lui-même 17 ans à la mort de
Beethoven. Quelque chose comme une
ligne ininterrompue se joue là, que l’on
retrouvait en première partie avec cette idée géniale d’enchaîner Atmosphères de Ligeti (1961) au prélude de Lohengrin de Wagner (1850) : deux
musiques qui jouent sur l’immobilité, le
fameux « éther vaporeux qui s’étend ».
Et voici que c’est l’œuvre contemporaine qui se met à sonner classique.
Rapport inversé avec Salonen. Le
Finlandais est arrivé à la musique par la
création. Pour lui Bartok, Stravinsky et
Schönberg sont des classiques, alors
qu’à l’âge où Dohnanyi s’y est intéressé,
ils étaient encore des contemporains.
Résultat, il a dû faire le chemin inverse
l’entracte montrait une conception
aussi captivante qu’affirmée. Sous prétexte qu’il est nordique et moderne, on
a souvent accolé à Salonen l’étiquette
de chef froid. Idée reçue balayée par
son interprétation si inventive et vivante de la Symphonie Titan. Certes, sa
clarté analytique permet d’entendre
toutes les couches superposées par Mahler, certes la souplesse féline de ses
mains d’oiseau et l’exactitude rythmique de ses poignets nous parlent de
maîtrise plastique.
CLIVE BARDA
LE CLASSIQUE
Le chef d’orchestre finlandais Esa-Pekka Salonen est arrivé à la musique par la création.
et assimiler sur le tard Beethoven que
son aîné allemand avait bu avec le lait
maternel. Cela s’entend dans la Deuxième symphonie qu’il donnait avec l’Orchestre Philharmonia au Théâtre des
Champs-Élysées : interprétation toni-
que, rapide, mais un peu abstraite, hésitant entre esthétique symphonique
revendiquée et relecture dégraissée.
Un Beethoven postmoderne? Par
contraste, la sensationnelle Première
symphonie de Mahler donnée après
Éloquence et élan vital
Mais l’évocation de la nature dans le
premier mouvement, la rugosité de la
danse paysanne du deuxième, l’ironie
juive de la marche funèbre sur Frère
Jacques dans le troisième, la virulence
tragique et la jubilation hymnique du
finale, cela faisait longtemps qu’on ne
les avait pas entendus mis en valeur
avec autant d’éloquence et d’élan vital.
Deux générations, deux visages de la
modernité, deux grands chefs, deux
concerts mémorables. ■
Les magiciens du nouveau monde
THÉÂTRE Après avoir mis en scène « Faust » au Vieux-Colombier, Valentine Losseau et Raphaël Navarro
participent au festival Magie nouvelle au Rond-Point. Portrait de ces deux ouvreurs de voies insolites.
A
aussi a commencé par être jongleur. Ils
se rencontrent en 1996 au Festival Circa
à Auch. Ils ont 14 et 15 ans. Ils sont primés en 1997. Trois ans plus tard, ils fondent leur première compagnie 14:20.
Valentine est là.
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
vec ses cheveux châtain foncé, longs et lisses séparés par une
raie, son visage de madone, elle semble
réservée, sage, très sage. Elle parle bien
et respire l’intelligence. Grand front dégagé, barbe et moustache, visage ovale,
vêtements blancs à vague allure de cosmonaute, il est ouvert et disert mais lui
aussi frappe par quelque chose de discret. Valentine Losseau et Raphaël Navarro se connaissent depuis l’école. Ensemble, ils défendent une certaine idée
de la magie, la « magie nouvelle ». Son
secret des secrets ? On y croise des arts
très différents. Ceux du spectacle vivant, danse, théâtre, marionnettes, cirque, mais aussi arts plastiques et peinture en particulier, arts numériques. La
magie nouvelle englobe, absorbe, mais
elle est un langage unique et fascinant.
Ils se sont rencontrés il y a dix-huit
ans au lycée Jeanne d’Arc de Rouen où
les précédait Thomas Jolly et qui a également donné au jazz de très bons musiciens. « Un lycée utopique », disent-ils
aujourd’hui. Elle était en seconde, section littéraire, lui en terminale, section
histoire des arts. Il a passé son bac en
2000, elle en 2002.
Intellectuels et poètes
« Adolescent, je rêvais déjà de me consacrer à la cause de la magie, dit-il. Je faisais du jonglage et j’ai passé certains étés,
seul, très jeune, à Avignon, à faire des numéros dans la rue. L’argent que je gagnais me permettait de voir des spectacles », dit Raphaël. Elle, a connu un
autre chemin qui passe par un intérêt
profond pour le théâtre « grâce à un ins-
Joliesse déliée
Raphaël Navarro et Valentine Losseau défendent une certaine idée de la magie.
tituteur super qui nous a emmenés voir Le
Médecin malgré lui avec Catherine
Hiegel dans le rôle de Martine. Un souvenir inoubliable. »
Ils ont en partage d’avoir été autonomes très jeunes et lorsqu’ils se sont rencontrés, ils ont beaucoup lu, beaucoup
discuté, beaucoup rêvé. Ces magicienslà, ces cofondateurs du mouvement de
la « magie nouvelle » sont des intellectuels rares. Raphaël Navarro l’avoue, un
moment il a douté. « Il n’y avait que la
magie que l’on nomme “moderne”, et ce
n’est pas ce que je voulais. » Quant à Valentine Losseau, elle se découvre une
DENIS DUPOUY/LE FIGARO
passion pour l’anthropologie et, aujourd’hui, elle est une scientifique très savante et engagée. Elle connaît les langues mayas qu’elle a étudié aux Langues
O’ et se rend très souvent au Mexique.
Elle sait tout des désastres, des destructions et suit le destin des Lacandons au
cœur de la forêt tropicale, dernier groupe maya qui ne soit pas touché par les
cruautés du monde contemporain. Valentine Losseau en parle, elle a traversé
une terrible épreuve personnelle :
de 2007 à 2009, à cause d’une maladie
virale, elle est devenue aveugle. Cela ne
l’a pas empêchée de poursuivre ses étu-
des, de voyager, d’entreprendre. « La
première fois que je suis allée à la rencontre des Mayas, il y a neuf ans, j’étais
aveugle. »
Raphaël était là, bien sûr. Aujourd’hui
elle s’émeut profondément du destin de
ces peuples dans une région où 70 % de
la forêt a disparu en trente ans.
Mais la magie, alors ? La magie c’est
également sa vie, comme elle est celle de
Raphaël Navarro. On les connaît car ce
mouvement de la « magie nouvelle » illumine les plateaux depuis un bon moment. Raphaël Navarro a un ami depuis
l’adolescence, Clément Debailleul. Lui
« Nous avons eu l’idée d’un manifeste »,
expliquent-ils, éclairant l’éclosion de
cet art extraordinaire qui illumine le
Faust de Goethe que leur a confié Éric
Ruf, administrateur général de la Comédie-Française et dont nous avons dit
la singularité dans ces colonnes. Allez
comprendre comment marche la
« magie nouvelle » ! Le merveilleux, la
joliesse déliée, l’humour, l’esprit, la
cruauté, la peur, tous les sentiments
nous étreignent lorsque l’on assiste à ce
Faust tellement fidèle à l’histoire et qui
s’appuie sur la traduction de Gérard de
Nerval.
Mais c’est au Rond-Point que les artistes vous attendent dans les jours qui
viennent. Du 2 au 31 mai, c’est un véritable festival qui se déploie avec trois
spectacles conçus par les as des as de la
magie nouvelle. Valentine Losseau et
Raphaël Navarro, bien sûr, qui avec la
compagnie 14:20 ont écrit Wade in the
Water avec Clément Debailleul, Aragorn Boulanger, Elsa Revol. Dans la
grande salle, on applaudira Étienne Saglio dans Les Limbes, écrit par Valentine
Losseau et on s’installera dehors, sous
les marronniers, pour retrouver l’exceptionnel Yann Frisch dans Le Paradoxe de Georges. Découvrez-les ! Vous
n’en reviendrez pas… ■
Faust, au Vieux-Colombier (Paris VIe),
jusqu’au 6 mai, loc.: 01 44 58 15 15.
Festival Magie nouvelle ,
Théâtre du Rond-Point (Paris VIIIe),
du 2 au 31 mai. Loc. : 01 44 95 98 21.
« Loro » : l’univers impitoyable de Silvio Berlusconi
CINÉMA Sorti en salle en Italie, le film de Paolo Sorrentino décrit un personnage vulgaire et dépravé.
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
«
A
J’
ai entendu parler d’une
agression politique à mon
encontre. J’espère que ce ne
sera pas le cas », s’était inquiété Silvio Berlusconi en
septembre dernier, en apprenant la sortie prochaine d’un film de Paolo Sorrentino sur sa vie personnelle. Il avait quelque raison de le faire. Loro (« Eux » en
français, c’est-à-dire la foule de courtisans qui l’entourent) est conforme aux
attentes. Festival de vulgarité, de fêtes
débridées, avec des bataillons de belles
filles désinvoltes cornaquées par d’inquiétants personnages et des rivières de
cocaïne : rien ne manque à l’univers que
l’on prête à ce milliardaire, cinq fois président du Conseil, qui a dirigé l’Italie
pendant près de vingt-cinq ans et défrayé la chronique avec ses « soirées élégantes ». Et pourtant le réalisateur n’est
pas aussi féroce que Nanni Moretti dans
sa satire sur le Cavaliere, Caïman, en
2006. Dans un avant-propos, Sorrentino
affirme avoir voulu tracer le portrait
d’un homme qui a profondément marqué l’Italie, « sans émettre de jugements,
en usant du seul ton que l’on peut considérer comme révolutionnaire, celui de la
tendresse ».
La première partie du film est assez
convenue. Elle est un prétexte à une exhibition de corps et une débauche de
sexe et de drogue, censées dépeindre
l’arrivisme social d’un milieu dépravé.
Les images de Luca Bigazzi, qui avait déjà
filmé pour lui La Grande Bellezza en
2013, sont très belles. Pour le tournage,
Paolo Sorrentino n’a pas voulu profiter
de la Villa Certosa, la splendide propriété
de la Costa Smeralda que le milliardaire
avait pourtant mis à sa disposition. La
villa plus modeste avec une admirable
piscine qu’il a louée pour l’occasion restitue bien la splendeur de la Sardaigne.
Des scènes authentiques
Très banal au début, voire ennuyeux, le
film prend de l’intérêt avec l’apparition
de Silvio Berlusconi, dans un accoutrement surprenant de moukère marocaine. Il est incarné à merveille par Toni
Servillo, qui avait interprété le mondain
cynique Jeff Gambardella dans La Grande Bellezza et Giulio Andreotti dans
Divo. On n’en est plus à la caricature.
Toni Servillo est touchant dans les dialogues de Berlusconi avec son ex-épouse Veronica Lario. Le personnage s’étoffe alors d’une certaine émotion.
Plusieurs scènes sont authentiques,
comme celles où il chante un air de
Fabio Concato, le chanteur préféré de
Berlusconi. Rires dans la salle.
Loro sera suivi d’une seconde partie
qui sera projetée en mai. Le réalisateur a
certainement gardé pour la fin ses
critiques les plus acerbes. Le film n’ira
pas à Cannes. Thierry Frémeaux ne l’a
pas inscrit au programme officiel, ni
même hors compétition. Probablement,
dit-on, parce que les distributeurs
– Universal Pictures et Pathé – ont enfreint une règle d’or en le faisant sortir
en Italie avant l’ouverture du Festival
sur la Croisette. ■
Toni Servillo incarne à merveille Silvio
Berlusconi dans Loro. PATHÉ DISTRIBUTION
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LE FIGARO
mardi 24 avril 2018
CULTURE 29
Albert Oehlen, le jazzman de la peinture
ARTS À Venise,
trait halluciné de Selbstporträt mit offenem Mund, 2001, à l’installation de la
chambre idéale de l’artiste, déjantée, un
rien trash avec son autoportrait couché
comme une personne dans le lit, 2005).
Le jeune peintre finit les Beaux-Arts de
Hambourg lorsqu’il expose pour la première fois chez Max Hetzler à Stuttgart
en 1981. D’une carrure proverbiale et
d’un sourire de seigneur qui coupe
court à toutes digressions, le galeriste
allemand était là pour le vernissage vénitien de son ancien protégé. C’est dans
ces jeunes années qu’Oehlen commence
à utiliser des couleurs à l’huile pour sa
peinture. Au début, sa palette est atone,
dans les bruns foncés. À partir de 1985,
il se sert de couleurs primaires appelées
« mondrianesques ». En 1993, après
Madrid, Los Angeles et Vienne, ce chercheur de l’art s’installe à La Palma aux
Canaries. Pendant dix ans, il peint dans
une pièce basse de 3 × 14 mètres, sans
lumière naturelle. Sa palette semble absorber le grand écart de la nature, du
bleu azur au marron repoussant, du
blanc de nacre au gris du miroir (Formen und Klänge, 1996).
le Palazzo Grassi
offre la première
exposition majeure
de ce peintre
allemand en Italie.
En 85 tableaux,
la Collection Pinault
rend hommage
à un artiste pas
toujours facile
à comprendre.
V
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
ENVOYÉE SPÉCIALE À VENISE
enise a rendez-vous avec un
drôle d’homme, profil aigu d’Apache et
dégaine lasse de rockeur, peau claire de
romantique et œil mélancolique de
musicien qui se tait. Né en 1954 à Krefeld, petite ville du Land de Rhénaniedu-Nord-Westphalie, Albert Oehlen,
premier enfant d’un graphiste et dessinateur de cartoons, aurait pu être
libraire-éditeur. Comme son premier
collectionneur et mécène, Benedikt
Taschen, 57 ans, qui l’aime tant qu’il a
tapissé ses bureaux parisiens de ses
œuvres en forme de réseaux graphiques. Malgré cette formation initiale, le
jeune Albert a bifurqué vers les BeauxArts de Hambourg. Il entre alors dans la
classe du grand peintre Sigmar Polke
(1941-2010), prophète de l’anti-style de
l’art et du Réalisme capitaliste, avec ses
pairs Gerhard Richter et Konrad Lueg
aux Beaux-Arts de Düsseldorf. À bonne
école, donc, avec cet artiste génial, dont
l’œuvre a priori anarchique reste une
énigme et une poésie fascinante.
L’influence de Sigmar Polke affleure
de temps à autre dans les grands formats très colorés d’Albert Oehlen où les
L’œuvre d’Albert Oehlen mise en lumière
au Palazzo Grassi. ALBERT OEHLEN/PHOTO
MATTEO DE FINA,
motifs se télescopent, où les moyens
– peinture, collage – se superposent
pour créer une harmonie inattendue.
Elle revient comme un leitmotiv dans
cette première grande exposition en
Italie d’un artiste chéri des artistes, de
Christopher Wool à Wade Guyton et
Julie Mehretu, tous rois américains du
marché. C’est d’ailleurs sous le thème
veau son, une autre expérience de la musique », souligne cette amoureuse viscérale de l’art (on lui doit les expositions
« Martial Raysse », « Danh Vo » et
« Prima Materia » à Venise). Pas d’accrochage chronologique, ou même thématique pour cette mélodie en demiteintes où les œuvres se succèdent sans
chercher à démontrer. Il s’agit de
vibrer.
Albert Oehlen est, dit-elle, ce « peintre qui défie tant les catégorisations que
l’esthétique », qui « va de l’abstraction à
la figure, du collage au computer painting, des finger malerei (peinture faite
avec les doigts) à l’usage de la brosse, des
tableaux gris traversés de part et d’autre,
aux tableaux abstraits multicolores. »
Dès 1979, il fréquente le Martin Kippenberger Büro à Berlin. L’amitié qui le lie à
ce diable d’homme, avec lequel il partagera un atelier à Vienne, se traduit, ici
ou là, par l’irruption d’une certaine
sauvagerie dans la toile (de l’autopor-
musical que Caroline Bourgeois a composé avec Albert Oehlen une fugue en
85 tableaux. Elle n’est jamais ni tout à
fait la même ni tout à fait une autre. Le
free jazz en est la clef manifeste de lecture. « Le musicien de free-jazz est un
grand virtuose, qui, dans chacune de ses
improvisations, prend le risque de
l’échec, pour trouver, peut-être, un nou-
Une figure majeure sachant s’exposer pour séduire le marché
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
Le choix des grands collectionneurs de
montrer tel ou tel artiste n’est jamais
anodin… Ainsi celui de François Pinault
pour Albert Oehlen actuellement au Palazzo Grassi à Venise où chacune de ses
expositions est un événement, à l’image
de celle de Damien Hirst, en 2017, juste
avant la Biennale de Venise. L’homme
d’affaires dévoile des éléments de sa
collection au gré de ses envies. L’histoire de l’art se bâtit désormais main dans
la main avec le marché. Aujourd’hui,
l’un ne se fait plus sans l’autre. Pour
qu’un artiste soit sur le devant de la scène, il faut un travail de concert avec les
institutions privées, les musées, les enchères. Et ceux qui ont acheté sont souvent les heureux gagnants.
Des prix au-dessus du million
Albert Oehlen est certes l’un des peintres les plus influents des dernières décennies mais aussi l’un des plus controversés de l’Allemagne d’après-guerre
pour avoir toujours oscillé entre l’abstraction et la figuration. Ce qui fait tout
son attrait. Il fallait le montrer en lui offrant une exposition majeure qui va
marquer l’histoire de l’art. Mais derrière cette programmation qui tombe à
point avec le retour en force de la scène
allemande et de sa peinture – on observe le même phénomène pour Georg
Baselitz et Anselm Kiefer, tous deux ardemment défendus par le marchand
Thaddaeus Ropac à Salzburg, Paris et
Londres –, le marché de l’art n’est
jamais très loin.
Albert Oehlen est devenu le roi des
enchères. Pas une vente où il n’apparaît, que ce soit chez Sotheby’s ou chez
Christie’s. Son envolée a débuté en
2011. Lors de la Frieze Art Fair à Londres, cinq de ses œuvres s’étaient ven-
dues avant l’ouverture, entre 175 000 et
285 000 euros chacune. Un succès qui
signait la fin de sa collaboration avec la
galerie Thomas Dane, qui l’exposait jusqu’alors. De 1998 à 2011, la Parisienne
Nathalie Obadia l’avait elle aussi exposé
et fait entrer dans des institutions majeures comme le Carré d’art de Nîmes,
le Frac Auvergne et le Centre Pompidou, à des prix entre 50 000 et
150 000 euros. Oehlen, alors défendu
par le grand marchand allemand Max
Hetzler, entrait dans l’écurie de Larry
Gagosian. Et les prix s’envolaient audessus du million de dollars. La messe
était dite… ■
Matière vivante
C’est peut-être ce miracle de la couleur
et de la lumière qui est le plus frappant
au Palazzo Grassi, surtout dans ses plus
belles salles qui donnent sur le Grand
Canal et sont baignées de sa lumière dorée. Notamment dans la suite Ohne Titel
(Elevator 1-8), de 2016 qui compose, en
huit tableaux abstraits et bizarrement
sensuels, une variation chromatique
extraordinaire (récent achat en bloc de
François Pinault chez Larry Gagosian à
New York). L’hommage moqueur au
damier multicolore de son aîné et compatriote, Gerhard Richter (Raumflug,
1996) fait un contrepoint inattendu à
cette matière vivante comme une faune
sous-marine où le rose gris, le rouge
profond, le jaune strident, le vert sapin
suffisent à évoquer des images. Freejazz oblige, cette suite arrive comme un
climax, puis cède la place à d’autres variations de thèmes et de motifs.
Ce parti pris très artistique suppose
du visiteur une certaine fraîcheur, voire
une belle souplesse. Il lui faut avoir en
tête les computer paintings précédents
pour réaliser qu’ils varient sans cesse les
uns des autres, comme une forêt de signes au mouvant graphisme noir et
blanc (presque un être vivant dans
Conduction 12, 2011, un labyrinthe immatériel dans Ohne Titel, 1994/2005).
Ces stars du marché reviennent de
temps à autre ponctuer une série d’études formelles sur les arbres, une période
plus figurative, voire plus surréaliste (de
Fn 33 et son œil rouge sang, 1990, à la
variation grise de Titankatze mit Versuchstier, 1999). Cette exposition mise
sur la lumière pour exister. Et sur l’intelligence du public pour être reçue en
toute liberté. ■
« Albert Oehlen, Cows by the water »,
au Palazzo Grassi, Venise, jusqu’au 6 janvier
2019. Catalogue avec essai de Jean-Pierre
Criqui, 264 pages, Marsilio Editori,
Venise/Palazzo Grassi-Punta della Dogana,
48 €/43 €. Et la monographie
« Albert Oehlen » qui rassemble les œuvres
des 25 dernières années, publiée
par Taschen et dirigée par l’artiste, 60 €.
Quand l’artiste fait corps avec son œuvre
Une fête éternelle
Dans le parcours « Dancing With Myself », la statue de cire d’Urs Fischer.
Recomposée à Venise dans ce monument de briques roses aéré par l’architecte japonais Tadao Ando, cette seconde version de « Dancing With Myself »
dégage une autre vitalité, quelque chose
de plus sauvage, de plus carnivore, bref,
de plus heureux dans l’affirmation de
soi (d’Adel Abdessemed bravant le feu
pour clamer « Je suis innocent » en 2012
à Lili Reynaud-Dewar bravant la nudité
Les deux commissaires sont les mêmes :
Martin Béthenod, tout de structure,
mesure et suavité, pour la Collection
Pinault ; et Florian Ebner, tout de passion, violence souterraine et feu intellectuel, ex-conservateur du Folkwang
Museum devenu depuis la tête des collections photo du Centre Pompidou.
Soixante œuvres nouvelles complètent
ce mariage franco-allemand : 116 proviennent de la Collection Pinault (les
nouveaux venus s’appellent Marcel
Bascoulard, Marcel Broodthaers et Damien Hirst) et plus de quatre-vingts
n’ont jamais été montrées à Venise.
Le parcours lui-même est différent,
qui met l’accent sur l’accomplissement
de l’artiste et laisse en retrait l’effroi de
la mort, thème récurrent de l’art
contemporain cher à ses über-collectionneurs aux moyens pharaoniques
(l’autoportrait en fontaine fumante
d’Alighiero Boetti, Autoritratto, 19931994, à quelques mois de sa mort d’une
tumeur au cerveau à 53 ans). Le rideau
de perles de l’artiste cubain Felix Gonzalez-Torres a beau s’appeler Blood (il
est mort à 38 ans en 1996 du sida), il est
ici d’une version tellement monumentale que l’idée de la fête éternelle l’emporte visuellement. Juste derrière ce rideau rouge sang, la statue de cire d’Urs
Fischer se consume peu à peu comme
une énorme bougie, mais c’est l’humour de cette vanité et le culot de son
auteur qui vous séduisent.
Bruce Nauman est jeune comme ses
performances historiques des sixties.
Urs Lüthi se transforme sous vos yeux
en troisième sexe et en diable insolent
des seventies. Nan Goldin brille du glamour trash des eighties. Cindy Sherman
n’apparaît pas dans ses séries les plus
crues. Roni Horn confronte ses portraits
de fillette bouclée et de femme adulte
bien masculine. Même Gilbert & George, duo offensif du libre arbitre, retrouvent ici le charme acidulé des dandys à
qui tout est permis. ■
V. D.
« Dancing With Myself », à la Pointe de la Douane,
Venise, jusqu’au 16 décembre. Catalogue
co-éd. Marsilio Editori, Venise et Palazzo
Grassi-Punta della Dogana, 48 €/43 €.
A
dans son hommage à Joséphine Baker,
au cœur de l’exposition « Pierre
Huyghe » à Beaubourg).
PALAZZO GRASSI, PHOTOGRAPHY BY MATTEO DE FINA
Il est toujours passionnant de revoir une
exposition dans un autre cadre. L’exercice de l’œil recommence, comme un
jeu, comme une pièce de théâtre,
comme le nouveau chapitre d’un même
roman. Cette nouvelle distribution permet de repenser les œuvres en décalant
leur contexte, de mesurer leur impact
urbi et orbi, de jauger cette curieuse
réunion de famille qu’est une collection.
Pourquoi toutes ces œuvres vivent-elles
ensemble ?
« Dancing With Myself » fut d’abord
présentée au Museum Folkwang d’Essen, d’octobre 2016 à janvier 2017, dans
le programme Hors les murs de la
Collection Pinault. Chaque partie apportait sa touche à ce portrait de groupe
où les artistes impliquent directement
leur corps dans leurs œuvres. Le lieu
immense et presque démesuré qu’est le
Folkwang Museum avec ses larges volumes blancs, la proximité de sa fabuleuse
collection moderne, ses Gauguin, ses
Van Gogh, ses Cézanne, ses Matisse,
Kandinsky, Kokoschka, Kirchner et
autres Franz Marc, conféraient à cette
promenade contemporaine légitimité et
mélancolie.
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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
30
STYLE
La mode pour et contre nature
EXPOSITION Au V&A de Londres, « Fashioned from Nature » présente la terre comme ressource créative et
matérielle depuis des siècles. Une rétrospective qui fait écho à la quête d’éthique de l’industrie du prêt-à-porter.
ENVOYÉE SPÉCIALE À LONDRES
ous l’influence d’une jeune
génération plus sensible que ses aînées
à la question du développement durable, l’industrie du prêt-à-porter est
actuellement contrainte d’opérer sa
mue : remise en cause du modèle de la
fast-fashion (Zara, H&M…), essor du
marché seconde main, traçabilité et
recyclage du textile… À Londres, l’exposition « Fashioned from Nature » au
Victoria and Albert Museum résonne
avec l’actualité, retraçant quatre siècles de rapport entre la mode et la nature. « Espérons que nous amènerons le
visiteur à reconsidérer le contenu de sa
garde-robe, glissait Edwina Ehrman,
conservatrice du V&A et commissaire
de cette rétrospective, lors de son
inauguration, mercredi dernier. Si le
public prend conscience de quoi nos vêtements sont faits et comment ils ont été
fabriqués, il effectuera de meilleurs
choix. Mettre en place une filière durable
et éthique paraît ambitieux mais offrirait
des bénéfices inestimables pour la société, la santé de notre planète et de ses habitants. »
Pour preuve, les chiffres donnés à la
fin de la visite, dans la section didactique : plus de 8 mètres cubes d’eau utilisés par jean, de la culture du plant de
coton au délavage final, en passant par
la filature, le tissage et la teinture de sa
toile. Encore plus stupéfiant : la production de vêtements a doublé dans le
monde entre 2000 et 2014, sur cette
même période, les consommateurs ont
conservé leurs habits deux fois moins
de temps qu’auparavant. Rien qu’en
Europe, ce sont 8,4 millions de tonnes
de textiles jetés ou incinérés chaque année, soit 18 kilogrammes par an et par
personne… Des conseils sont également
distillés à l’attention du grand public
pour contribuer à rendre l’ensemble de
la filière mode plus vertueuse, bien que
cette vaste exposition, à partir de notre
terre nourricière, dépasse le manifeste
écologique.
Le champ des possibles
Le V&A Museum s’avère, devant le
Metropolitan Museum of Art à New
York, l’établissement le mieux doté au
monde en archives textile-habillement
avec quelque 100 000 vêtements, tissus
et accessoires dans ses réserves. L’installation « Fashioned from Nature »
remonte aisément jusqu’au XVIe siècle
et aborde, en introduction, le rapport
anthropocentrique de l’homme à la nature immédiate : recours à la chasse,
appropriation des campagnes, domestication de l’animal, développement de
l’agriculture. Si la verdure à proximité
pouvait inspirer quelques êtres éclairés, elle était avant tout perçue comme
un terrain utilitaire au quotidien. En
parallèle, le travail manuel des artisans, ainsi que les prémices de la mécanisation via l’invention de premières
V&A, J.W ANDERSON ET GIDO LEIJTENS
S
CHRISTEL DIVERT
Robe du soir en soie (vers 1897-1905), modèle de la collection J. W. Anderson été 2017 et look G-Star été 2018 (de gauche à droite).
machines textiles sont soulignés à travers une section allant de 1 600 à 1 800.
Les échanges commerciaux et la découverte de nouveaux territoires
ouvrent des champs d’exploration inconnus. Le lin, la laine et la soie dominent. Une robe spectaculaire à crinoline, brodée et confectionnée en France
dans les années 1760-1765, illustre une
certaine globalisation avant l’heure.
Tramée de soie d’Italie, d’Espagne et
du Moyen-Orient et de lin du nord de
l’Europe, elle est ornée de métaux précieux de Bolivie et d’hermine importée
d’Amérique du Nord et de Russie.
Quant aux plantes nécessaires à sa
teinture, elles provenaient d’Europe et
d’Amérique du Sud. Presque un tour du
monde à elle seule !
À l’époque, la botanique, la zoologie
et l’entomologie inspirent les petites
mains. Toutes sortes de motifs
- fleurs, plantes, papillons, oiseaux,
singes - sont représentées sur les toilettes féminines et masculines. Le
chien est particulièrement recherché
par les amateurs de chasse en Europe
et dans les colonies. L’utilisation de la
fourrure se développe. De même que
l’ivoire, les carapaces de tortue et les
os de baleine qui sont alors très prisés
et non protégés. Cette fascination
grandissante pour une nature protéiforme montre déjà un impact négatif
sur l’environnement. De 1800 à 1900,
la mécanisation se généralise donnant
bientôt naissance au prêt-à-porter,
au caoutchouc vulcanisé, aux maté-
riaux synthétiques et aux teintures
chimiques.
Cadences infernales
Au XXe siècle, la technologie et la
science font des grands bonds en
avant. L’essor des transports et des
moyens de communication participe
pleinement à ces révolutions. En réaction, des mouvements plébiscitant un
retour à la vie rurale voient le jour.
Dans l’entre-deux-guerres, le style
gentleman-farmer apparaît dans le
dressing habillé, défendant les tweeds
mouchetés naturellement, les tricots
en laine-qui-pique et les pardessus
imperméables après avoir été graissés
à la main. Une tendance tout d’abord
en vogue au Royaume-Uni où il est,
Le lin traverse la Manche
La Confédération européenne du lin
et du chanvre est partenaire officiel de
l’exposition « Fashioned from Nature ».
À cette occasion, sa campagne
« I Love Linen » trouve un relais dans
environ 200 vitrines de 39 enseignes
londoniennes, représentatives du
marché de la mode et de la maison,
jusqu’au 13 mai. Notamment le grand
magasin Peter Jones qui présente, sur
Sloane Square, une large sélection de
vêtements et d’articles
d’ameublement devant de grosses
balles de lin brut provenant de champs
de Normandie et des Flandres où
pousse la meilleure qualité au monde
du Linum usitatissimum. À quelques
encablures, non loin de la Saatchi
Gallery, un magasin Jigsaw propose
une mise en scène eco-friendly et des
présentoirs dédiés à la plus ancienne
des fibres naturelles d’origine
végétale. Les 83 autres magasins de
la marque participent à la campagne,
à travers le pays. De même qu’Uniqlo,
Vivienne Westwood, The White
Company, Canali, Oliver Spencer
et le spécialiste du design scandinave
Skandium. En parallèle, le Chelsea
College of Art accueille, jusqu’au 3 mai,
un véritable champ de lin dans
son enceinte et dévoile, par la même
occasion, les travaux d’étudiants
ayant participé à un workshop
où ils ont exprimé leur vision
de ce matériau durable.
C. D.
par ailleurs, question de sauvegarder
l’identité anglaise.
Si les années 1960 libèrent la femme
et offrent de nouvelles silhouettes aux
deux sexes, c’est également l’avènement du Nylon, des polyesters, du
PVC et de l’élasthanne. Mary Quant,
André Courrèges et Pierre Cardin expérimentent ces matières à base de
pétrole et s’amusent de leurs couleurs
pop, sorties de laboratoires bien éloignés des pigments naturels de la planète. Les couturières de quartier disparaissent, le prêt-à-porter devient la
mode pour tous, on commence à
consommer à différents niveaux de
prix et de qualité, jusqu’à l’accélération relativement récente des rythmes
de collection sur fond de fast-fashion.
Même le luxe a emboîté le pas à ces
cadences infernales de propositions
sans cesse renouvelées pour stimuler
l’achat, toujours et encore.
L’exposition se termine sur les
nombreuses questions liées aux enjeux d’une mode durable et éthique.
Avec des silhouettes signées Stella
McCartney (lire ci-dessous), des
vêtements militants de Vivienne
Westwood et de Katharine Hamnett,
trois créatrices britanniques qui, chacune à sa manière et en son temps,
utilisent les podiums pour appeler au
secours de la terre. ■
« Fashioned from Nature »,
au Victoria and Albert Museum,
à Londres, jusqu’au 27 janvier 2019.
www.vam.ac.uk
Stella McCartney : « Le textile est la deuxième industrie
la plus nuisible à la planète, après celle du pétrole »
A
Pionnière d’une mode respectueuse de
la nature, la Britannique s’est intéressée
aux questions environnementales dès
ses études, dans les années 1990, à la
Central Saint Martins à Londres. Fondée en 2001, sa marque est l’une des
plus écoresponsables du secteur. Guest
star de l’inauguration de l’exposition
« Fashioned from Nature » au Victoria & Albert Museum, mercredi dernier,
la créatrice regrette qu’on ne suive pas
davantage son exemple.
LE FIGARO. - Pourquoi avez-vous
engagé votre griffe dans une démarche
durable et éthique ?
Stella MCCARTNEY. - J’ai opéré ce
choix, pour ainsi dire naturellement,
dès le lancement de ma marque, il y a
plus de quinze ans, car je suis consciente et préoccupée, voire responsable
comme devrait l’être tout un chacun au
quotidien, des problèmes environnementaux. C’est un trait de ma person-
nalité que j’ai souhaité étendre à mon
business, sans pour autant faire de
compromis sur le style, la qualité et la
désirabilité de mes collections.
Ce côté « green » est aujourd’hui
indissociable de votre nom.
Je suis touchée que cette démarche me
distingue et, en même temps, j’aimerais
que cela ne soit pas le cas et que davantage de labels se penchent sur la question pour l’avenir de notre planète.
Malheureusement, l’industrie de la
mode et du luxe n’est pas particulièrement moderne dans ce domaine. Les
matières les plus utilisées sont très anciennes pour la plupart, mais la façon
dont on les fabrique et les transforme
aujourd’hui reste très nocive. Cela doit
changer de manière urgente.
La mode actuelle avec ses rythmes
accélérés, de la fast-fashion au luxe qui
multiplient les capsules et les éditions,
n’aurait-elle pas tendance à évoluer
dans le sens inverse ?
La mode dans son ensemble fait des dégâts considérables à la surface de la terre dont elle tarde, hélas, à prendre
conscience. Le textile est la deuxième
industrie la plus nuisible, après celle du
pétrole. Lorsque j’ai réalisé ce triste
palmarès - des forêts entières qui sont
abattues pour fabriquer des fibres et des
fils, de la quantité de produits chimiques utilisée pour les filer et les teindre,
du nombre d’animaux tués dont on récupère les peaux -, j’ai voulu m’investir
encore plus. Notre challenge est double : créer des alternatives et changer
durablement les pratiques. La viscose,
par exemple, entraîne la destruction de
150 millions d’arbres par an, au nom
seul de la mode. J’ai passé trois ans à
développer une nouvelle génération de
cette fibre qui provient de « forêts durables » en Suède. Cela a demandé de
travailler main dans la main avec des
fabricants italiens pour parvenir à en
faire un véritable tissu.
On a parfois l’impression que
ce progrès ne coule pas de source !
Cela n’est jamais simple, voire très
compliqué, mais de tels projets m’enthousiasment car c’est un pas vers
quelque chose de meilleur que je souhaite partager avec les clients. Chez
Stella McCartney, nous employons des
matières biologiques réalisées à partir
de technologies adéquates. Je suis
convaincue que cette démarche finira
par trouver un large écho car le
consommateur commence à exiger,
quel que soit le domaine, des processus
de fabrication plus transparents et plus
éthiques. Malheureusement, l’évolution des mentalités s’avère toujours
plus lente. Néanmoins, je garde bon espoir, surtout auprès de la jeunesse qui
paraît plus consciente des enjeux. Elle
est directement concernée par la fast
Stella McCartney.
MARY MCCARTNEY
fashion. La quantité de vêtements issus
de ce système, jetés, brûlés ou enterrés
chaque jour dans le monde, car subitement usés ou démodés, est absolument
ahurissante. Je suis convaincue que les
nouvelles générations ne vont pas
éternellement laisser faire.
PROPOS RECUEILLIS PAR C. D.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 24 avril 2018
AUTOMOBILE
31
Suzuki Swift,
sport sans excès
ESSAI La citadine japonaise est maintenant
S
THIERRY ÉTIENNE
tetienne@lefigaro.fr
ouvent qualifiée de Mini japonaise, la petite Swift est l’un des
best-sellers de Suzuki en Europe. À
l’heure de concevoir la troisième mouture de sa version Sport, variante qui
aura largement contribué à asseoir son
image de citadine délurée, les ingénieurs nippons ont dû composer avec
une réglementation européenne visant
à limiter drastiquement les émissions
de C02. Cette législation pénalisant les
moteurs atmosphériques, des motoristes aussi prestigieux que Ferrari ou
Porsche se sont vus contraints de céder
aux sirènes de la suralimentation. Et
Suzuki de leur emboîter le pas.
Exit donc le 1,6 litre de la précédente
Swift Sport, place au 1,4 litre Boosterjet, un 4-cylindres turbo essence à injection directe de 140 ch, inauguré par
le Vitara S en 2016. Le gain en puissance est certes limité à 4 ch, mais le couple progresse de 70 Nm, tandis que la
masse s’allège de 80 kg. La Swift Sport
repasse ainsi sous la tonne, une valeur
d’autant plus remarquable qu’elle
n’est plus disponible qu’en 5 portes et
que, dans le même temps, sa dotation
de série a été revue à la hausse. Elle est
désormais dotée d’une multitude
d’aides à la conduite tels que régulateur de vitesse intelligent, freinage
d’urgence automatique avec détection
des piétons, alerte de somnolence et de
franchissement de ligne. Elle est aussi
et surtout dotée du système de navigation qui lui faisait défaut.
Forte de 140 ch, cette nouvelle Swift
Sport accélère de 0 à 100 km/h en
8,1 secondes, ce qui lui permet de figurer en bonne place dans la hiérarchie
des petites nerveuses développant entre 140 et 150 ch. En revanche, le cœur
n’y est pas. Parfait dans un SUV urbain,
le 1,4 litre Boosterjet manque de caractère pour animer une petite sportive.
Certes, son turbo sans temps de réponse et son couple généreux assurent de
bonnes reprises, mais sa sonorité quelconque et son peu d’empressement à
grimper dans les tours plombent un peu
l’ambiance.
La Swift Sport
est dotée du système
de navigation qui
lui faisait défaut.
Sous le capot
un petit moteur turbo pouvant s’avérer plus gourmand qu’un atmosphérique de même puissance lorsqu’on le
sollicite fortement. Tout incite donc à
conduire cette nouvelle Swift Sport
avec modération. Plus GT que GTI, il
ne lui manque plus qu’une boîte automatique pour définitivement calmer le
jeu.
Dans ces conditions, la teinte « jaune
champion » de notre voiture d’essai
n’est peut-être pas la plus adaptée. La
Swift Sport se distingue par une calandre façon nid-d’abeilles, un spoiler
avant, des jupes latérales, un becquet
de toit, des jantes polies de 17 pouces et
deux sorties d’échappement débouchant dans un pseudo-diffuseur. À l’intérieur, la touche sportive est apportée
par une instrumentation plus complète
et des inserts de couleur rouge. ■
Confort optimisé
Même constat en ce qui concerne le
châssis. Avec une caisse plus légère et
plus rigide, un empattement plus long (+
20 mm), des voies élargies (+ 40 mm) et
un centre de gravité abaissé grâce à une
diminution de la hauteur de la carrosserie (- 15 mm), tous les ingrédients semblaient réunis pour accroître l’efficacité
sportive. Les metteurs au point japonais
ont préféré privilégier le confort en optant pour des tarages d’amortisseurs
très souples. L’équilibre est bon mais dès
que le conducteur adopte un rythme
élevé, la Swift se met à danser sur ses
appuis. Rien d’inquiétant, sauf que ce
n’est pas la rigueur et la précision que
l’on attend d’une petite sportive.
En contrepartie, le confort optimisé
par d’excellents sièges permet d’envisager de longs trajets sans appréhension. Le moteur turbo est nettement
 NOTRE AVIS
plus silencieux que son prédécesseur,
et la capacité d’emport profite d’un
volume de coffre en hausse de 44 litres. Seule restriction, une autonomie
limitée par un réservoir de seulement
37 litres et une consommation qui peut
grimper jusqu’à 10 l/100 km. On touche ici les limites du « downsizing »,
Moins radicale qu’une Abarth 595, la
troisième Swift Sport se pose en rivale
de la Ford Fiesta ST 140 et de la Seat Ibiza FR 1.5 Evo 150. La polyvalence l’emporte désormais sur la performance.
L’accueil qui lui sera réservé l’été prochain permettra de savoir si c’était le
bon choix. Le tarif devrait avoisiner les
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déclinée en une puissante version
qui n’oublie pas de préserver
une certaine polyvalence.
Moteur
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230 Nm à 2 300/3 500 tr/min
Cylindrée
Type
Puissance
Couple
Transmission
Type
Boîte
Traction
Méca. 6 rapports
Dimensions/poids
L/l/h
Coffre
Poids
3 890/1 735/1 495 mm
265 dm3
975 kg
Performances
0-100 km/h
Vitesse
8,1 s
210 km/h
Consommation/émissions
Mixte UE
CO2
5,6 l/100 km
125 g/km (135 g WLTP)
Prix
env. 20 700 €
20 700 €, peinture métallisée comprise.
L’inflation d’environ 2 000 € résulte de
la hausse de la dotation de série autant
que d’une production relocalisée au Japon. Toujours est-il que ce positionnement très raisonnable laisse à Suzuki la
possibilité de développer une version
plus musclée, susceptible de répondre
aux attentes des nostalgiques de la
bouillonnante Swift Sport de 2005. ■
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mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
32
TÉLÉVISION
Israël-Palestine : aux racines du conflit
Le documentaire de Blanche Finger et William Karel raconte avec force les étapes qui ont conduit, il y a soixante-dix ans,
à la création de l’État d’Israël. Un parcours marqué par une violence qui n’a, jusqu’à aujourd’hui, jamais cessé de s’exprimer.
causte avait eu lieu et que la terre entière
était convaincue qu’il fallait une réparation
pour les victimes, analyse-t-il. L’émergence d’un État juif était la seule réponse à
la barbarie nazie. »
CYRILLE LOUIS clouis@lefiigaro.fr
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
a fresque que Blanche Finger et
William Karel consacrent à
l’histoire du conflit israélo-palestinien, intitulée Une terre
deux fois promise, s’arrête au
lendemain de la guerre des Six-Jours
(1967). La colonisation de la Cisjordanie et
la montée des violences, qui ont depuis
lors tant contribué à rendre la situation
inextricable, y sont à peine effleurées.
Certains y verront sans doute une lacune
regrettable. Mais ce parti pris, adopté
alors que l’on célèbre ces jours-ci le
soixante-dixième anniversaire de la naissance de l’État hébreu, constitue aussi la
force de ce film diffusé ce soir sur Arte,
dans le cadre d’une soirée spéciale. Nourrie d’images d’archives et scandé par les
interventions de journalistes, d’historiens
et d’universitaires, cette œuvre en deux
parties de 52 minutes diffusées à la suite,
revient aux racines du conflit et dissèque
avec précision son engrenage
inexorable.
Classique dans sa forme, le
documentaire s’articule autour
des principales étapes qui ont
David Ben Gourion lit la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël, en mai 1948.
○○○¡
mené vers la création de l’État
d’Israël puis vers la conquête de la Cisjoraussitôt rejeté par les pays arabes. La
nazis au pouvoir en Allemagne, que la
parmi les dirigeants palestiniens, les erdanie et de Gaza. Les premiers congrès du
guerre éclate quelques mois plus tard,
mécanique devient irrésistible. Les natioreurs qui ont coûté si cher à son peuple.
mouvement sioniste, l’arrivée en Palestilorsque David Ben Gourion proclame
nalismes juif et arabe, encouragés par les
Le pacte scellé par le mufti Haj Amin alne ottomane d’idéalistes juifs venus d’Eul’indépendance de l’État hébreu.
promesses inconciliables, se développent
Husseini avec le régime nazi dans l’espoir
rope de l’Est, l’invention des kibboutz et
L’historien et poète Elias Sanbar, qui
en miroir.
d’expulser les Juifs de Palestine, bien sûr,
l’irruption des tensions avec la population
représente la Palestine à l’Unesco, se déLes premières violences surviennent
mais surtout une incapacité plus générale
arabe en constituent le prologue. Mais ce
tache parmi la dizaine de témoins interen 1920 puis se répètent en 1929 et 1936.
à prendre en compte les basculements de
n’est qu’avec la conquête du territoire par
rogés au fil du documentaire. Il décortiElles redoublent après le vote par l’ONU,
l’Histoire. « Ce que la direction palestila Grande-Bretagne, puis l’arrivée des
que, avec une lucidité et un courage rares
en novembre 1947, d’un plan de partition
nienne n’a pas vu en 1948, c’est que l’Holo-
L
ROCHE PRODUCTIONS/ARTE
20.50
Les nouveaux fantassins
d’un drame centenaire
L’historien Élie Barnavi, qui fut ambassadeur d’Israël en France, souligne pour sa
part « la grande erreur commise par David
Ben Gourion lorsqu’il pensa que les Palestiniens finiraient par oublier ». Soixantedix ans plus tard, les arrière-petits-enfants de ceux qui durent quitter leurs
villages lors de la première guerre israélo-arabe manifestent ces jours-ci dans la
bande de Gaza pour défendre leur « droit
au retour ». Ils sont les nouveaux fantassins du drame centenaire qu’Élie Barnavi
définit comme « une guerre sans fin avec
des pauses ».
Notons qu’en fin de soirée (22 h 55), un
documentaire allemand inédit de Duki
Dvor, intitulé Mossad : des agents israéliens parlent, est aussi proposé. Pour
continuer à célébrer la naissance d’Israël,
demain mercredi, à 22 h 35, Arte diffuse
un autre documentaire signé Blanche
Finger et William Karel, intitulé Histoires
d’Israël. Dans ce film, dix écrivains israéliens brossent le portrait de leur pays. Le
romancier Amos Oz, cofondateur du
mouvement La Paix maintenant et l’un
des partisans les plus fervents de la solution d’un double État au conflit israélopalestinien, en résume la psyché, fataliste : « La réalité est toujours moins belle
que le rêve. Si on réalise son rêve, on est
toujours un peu déçu. Israël, c’est un rêve
qui s’est réalisé… » ■
La potion cathodique qui transforme le visage des Gaulois
Dans son documentaire, Philippe Tourancheau rompt avec l’image de civilisation primitive véhiculée de l’époque romaine à aujourd’hui.
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
uel immense décalage entre
ce que les fouilles ont pu révéler sur les Gaulois et l’imagerie populaire qui leur est
attachée ! On les croit volontiers hirsutes, vivants dans
des cahutes au milieu de la forêt. Les écrits
grecs puis latins ont, au vrai, donné le
ton : voulant montrer que la vraie civilisation a été apportée par Rome, ils n’ont eu
de cesse de rabaisser ce peuple de l’Europe celtique. Mais comme le démontre Le
vrai visage des Gaulois, le documentaire
bien construit de Philippe Tourancheau,
ils présentaient un tout autre visage. Ils
étaient non seulement des éleveurs et des
bâtisseurs, mais aussi des artisans et des
guerriers stratèges. Et ne mangeaient pas
spécialement de sangliers.
Sautant d’un site archéologique à
l’autre, à l’aide d’interviews de cher-
Q
Les Gaulois étaient non seulement des éleveurs et des bâtisseurs,
mais aussi des artisans et des guerriers stratèges. FRANCE 5
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4708
HORIZONTALEMENT
1. Donner une certaine grandeur
d’âme. - 2. Pierre de lune. - 3. Zéros
absolus. - 4. Cité près d’Elbeuf.
Amorcent une spirale. - 5. Créer
des pièces montées. - 6. Note.
Pour Asimov comme pour Newton.
- 7. Maintenant hier. Petite reine
des champs. - 8. Verse une goutte
de prunelle. - 9. Hors circuit. Accordé avant une exécution. - 10.
Quartier de Gibraltar. Reçue chez
Bouvard. - 11. Prendre l’air de la
montagne. - 12. Carrefour des
civilisations protohistoriques en
bas Languedoc.
VERTICALEMENT
1. Spécialité à base de crabes. - 2.
Résulte d’un mélange coupable.
- 3. Port suédois sur le golfe de
Botnie. Un volcan qui se transforme en jeu littéraire si on lui
coupe la tête. - 4. Non-sens
caractérisé. Allée pour haler. - 5.
Dangereux trous d’eau sur les
côtes landaises. Modèle de souplesse. - 6. Fait comme une
célèbre vache ou une baleine.
Poire du Midi. Bien fourni. - 7. Les
quatre temps. Côtoie les capucins
et est du même ordre. - 8. Grand
égard. Vieux maître chanteur.
2
3
HORIZONTALEMENT 1. Jeunesse. - 2. Oblation. - 3. Honteuse. - 4.
Nuât. Sir. - 5. Grief. Eg. - 6. Agréer. - 7. Lee. Rapt. - 8. Loser. Mi. - 9. In.
Lev. - 10. Anti. Eau. - 11. Néoténie. - 12. Orientes.
VERTICALEMENT 1. John Galliano. - 2. Ébourgeonner. - 3. Ulnaires.
Toi. - 4. Nattée. Élite. - 5. Été. Ferré. En. - 6. siuS. Râ. Vent. - 7. Sosie. PM.
Aïe. - 8. Énergétiques.
3
4
5
6
7
8
BRIDGE
PROBLÈME N° 2812 :
Piège rouge
10 6
R72
A 10 8 7 4
D54
N
O
4
5
6
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4707
2
9
10
11
12
des objets sacrés, trompes, casques et carnyx – sortes de trompettes dont on sonnait pour impressionner l’ennemi. Autant
d’objets qui révèlent un art subtil de la
ferronnerie ainsi qu’un sens du rituel de la
guerre. En regardant ces casques ailés et
ces boucliers travaillés, on imagine l’arrivée des troupes gauloises sur le site d’Alésia, juste avant la capitulation de Vercingétorix. Avant la disparition de cette
civilisation celte, absorbée par la conquête romaine en quelques décennies. ■
LE BUZZ TV
Invitées : Enora Malagré
et Justine Fraioli
interviewées par Damien Canivez
aujourd’hui sur :
20.50
1
7
A
○○○¡
cheurs passionnés, le réalisateur passe en
revue ce qui fait la grandeur des Gaulois.
En Saône-et-Loire, sur le site de Bibracte, capitale des Éduens découverte en
1867, le protohistorien Vincent Guichard
montre les traces de places fortes – embryon de l’urbanisation moderne, puisque les Gaulois ont construit le premier
réseau routier permettant de les relier entre elles. Ici, outre des instruments agraires, des milliers de fragments d’amphores, venant d’Italie, ont été exhumés. Les
auteurs antiques raillaient déjà le penchant des Gaulois pour la boisson. On sait
aujourd’hui qu’ils avaient tout simplement la bosse du commerce. Les amphores passaient par Marseille (port de Massilia) et remontaient ensuite vers le Nord.
Qui dit commerce dit monnaies : chaque peuple avait la sienne, et Vercingétorix fut le premier à faire
frapper son profil sur une
pièce. En 2004, la découverte d’un trésor gaulois
exceptionnel mit au jour
E
S
ARDV954
D3
V 9 3
10
Contrat : Sud joue 4 Piques,
après une ouverture de 3 en
Ouest.
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2811 :
Triple détente
Contrat : Sud joue 4 Piques.
Entame : Valet de pour votre As (le 7 en Est). Vous
rejouez la Dame de et Est encaisse As-Roi de (Ouest fournit) avant de ressortir du 5 de .
Prenez du Roi et poursuivez d’un petit pour la Dame,
afin de tester la couleur en terminant dans la bonne main.
Las, la couleur n’est pas 3-3. Tirez votre deuxième
cartouche, l’impasse indirecte : jouez vers le Roi.
Si vous n’êtes pas récompensé et qu’Ouest rejoue ,
coupez, revenez en main à l’atout et tentez l’impasse
au Roi de de la dernière chance.
Remarque : si vous jouez avant d’avoir testé les ,
Ouest peut vous mettre au pied du mur en contreattaquant à . Ce serait dommage de chuter avec les
3-3, même si cette éventualité est faible au regard
des cartes fournies par Est dans cette couleur (toutefois,
rien ne l’empêche de mentir…).
10 6 5 4
AD762
V
D32
Entame : As de (le 8 en Est)
et Valet de pour le 2, le 10 et
votre Dame.
32
V98
D 10 9 6
V 10 9 8
N
O
E
S
DV987
3
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A5432
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
33
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Fidèle
Soleil: Lever 06h43 - Coucher 20h55 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient 20.00
Le 20h 20.35 Le 20h le mag. Magazine 20.50 C’est Canteloup
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu 20.45 Alcaline 20.50 Parents mode d’emploi
19.00 19/20 20.00 Tout le sport
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
Avec Théo Bertrand, Lara Menini.
21.00
20.55
20.55
Série. Policière
Magazine. Historique
Série. Policière
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
6
21.00 Mon meilleur ami
Film. Comédie dramatique. Fra.
2006. Réal. : P. Leconte. 1h34. Avec
Daniel Auteuil. Un marchand d’art
fait le pari de se lier d’amitié avec
quelqu’un en seulement dix jours.
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7
5
6
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8
9
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22.50 Chroniques criminelles. Mag.
Présentation : Magali Lunel.
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10
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L’arme fatale
Secrets d’Histoire
Capitaine Marleau
EU. Avec Damon Wayans, Clayne
Crawford, Jordana Brewster,
Keesha Sharp, Kevin Rahm, Thomas
Lennon. 2 épisodes. Gene Nakahara,
un avocat et ami de Trish, est victime d’un attentat à la bombe.
Présentation : Stéphane Bern.
2h00. Joséphine, l’atout irrésistible
de Napoléon... Inédit. Retour sur le
destin de Joséphine, couronnée
impératrice avant d’être ensuite
répudiée.
Fra. Saison 1. Avec Corinne Masiero,
Jean-Hugues Anglade. Le jeune
homme et la mort. Inédit. À la veille
du concert d’un célèbre chef d’orchestre, le violoniste du quatuor est
tué sur le lieu de répétition.
20.50 Le vrai visage
des Gaulois
22.45 L’arme fatale Série. Que
22.55 Secrets d’Histoire Mag.
la fête commence 23.35 Chicago
Police Department. Série.
Caroline, née Bonaparte, épouse
Murat 0.45 Monsieur Kubota. Doc.
22.45 Soir/3 23.25 In situ Magazine 0.15 Le pitch cinéma 0.20 À la
vie. Film. Comédie dramatique.
22.25 C dans l’air 23.30 C à vous.
Magazine 0.25 C à vous, la suite
14
13
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
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12
13
15
17
12
14
16
Doc. Historique. 2018. 1h35. Inédit.
Des découvertes archéologiques
récentes renouvellent notre
connaissance des Gaulois.
17
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30
17
APRÈS-MIDI
17
40
18
18
18.55 Nouvelle-Zélande, terre sauvage. Série doc. 19.45 Arte journal
20.05 28 minutes. Magazine.
19.45 Le 19.45 20.25 Scènes de ménages. Série. Avec Valérie Karsenti,
Frédéric Bouraly.
20.45
20.50
21.00
Football
Documentaire. Société
Film. Comédie
21
19
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19
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20.55 Crocodile Dundee 2
20
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Film. Aventures. Aus. 1988. Réal. :
John Cornell. 1h46. Avec Paul Hogan,
L. Kozlowski. Mick et Sue regagnent
l’Australie, sans parvenir à semer les
malfrats qui les poursuivent.
20
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26
20
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24
25
23.05 Crocodile Dundee. Film 1.00
Madame Irma. Film. Comédie.
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27
25
21
20
26
19.00 Les routes de l’enfer : Australie. Série documentaire.
Liverpool/AS Rome
Ligue des champions. Demi-finale,
match aller. En direct d’Anfield Road,
à Liverpool. Rendez-vous pour le choc
entre les deux outsiders des demi-finales de la Ligue des Champions.
22.50 Tchi tcha. Magazine.
23.40 The Young Lady Film.
Drame 1.10 Réparer les vivants. Film
2.45 Rencontres de cinéma. Mag.
Une terre deux fois
promise…
23
T (en °c)
20.50 Dassault, 100 ans
d’aviation française
Babysitting 2
… Israël-Palestine
Fra. 2017. (1 et 2/2). Réal. : William
Karel et Blanche Finger. 1h50. 18971948. Inédit. - 1948-1967. Inédit.
22.40 Entretien.
Fra. 2015. Réal. : Nicolas Benamou,
Philippe Lacheau. 1h30. Inédit. Avec
Philippe Lacheau, Tarek Boudali,
Julien Arruti. Une bande de copains
se retrouve égarée lors d’une excursion dans la forêt amazonienne.
22.55 Mossad : des agents israéliens parlent Documentaire 0.30
22.55 Robin des Bois, la véritable histoire Film. Comédie 0.30
Aux portes de la mer. Série doc.
Un prof pas comme les autres. Film.
<-10 à 0
Doc. 2016. 1h40. En 1916, l’État français passait sa première commande
auprès d’un jeune entrepreneur
nommé Marcel Bloch.
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Jennifer Morrison. 2 épisodes.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Sur la piste
du Marsupilami
21.00 Au cœur de l’étrange
21.00 Big Game
Film. Comédie. 2012. Réal. : A. Chabat.
1h45. Avec J. Debbouze. Un reporter
va révéler au monde que le mythique
Marsupilami existe vraiment.
Mag. Prés. : Stéphanie Renouvin.
2h05. Fantômes : faut-il y croire ?
Enquête et témoignages sur des
phénomènes fantomatiques qui
résistent à toute explication logique.
Film TV. Action. All. 2014. Réal. : J.
Helander. 1h27. Avec S. L. Jackson.
Un adolescent et le président des
États-Unis se retrouvent aux prises
avec une bande de terroristes.
22.55 Le pari. Film. Comédie 0.50 Un
peu, beaucoup, aveuglément. Film.
23.05 Au cœur de l’étrange. Ovni : les
nouveaux dossiers secrets.
23.00 L’appel des zombies. Film.
Action. Avec John Cusack.
SU DO KU
GRILLE 2488 FACILE
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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P
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DÉGRADATION
BIEN
FERMÉES
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VENDREDI
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lachainemeteo.com
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LA LOI
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ELLE TIRE
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L’AVION
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12/19
23.00 Merveilleuse Angélique. Film.
Aventures. Avec Michèle Mercier.
MOTS FLÉCHÉS N°1954
Chaque jour un peu plus difficile
9 3
4
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16/26
12/16
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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11/13
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9/14
9/10
15/27
14/24
JEUDI
11/14
Film. Aventures. Fra. 1966. Réal. :
Bernard Borderie. 1h45. Avec
Michèle Mercier. Après la mort du
maréchal, Angélique accepte du roi
Louis XIV une mission diplomatique.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 Angélique et le Roy
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
17/22
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11/19
9/12
12/12
17/19
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
22.30 Le char d’assaut. Documentaire.
0 à 10
ELLE
STIMULE
L’OXYGÉNATION
MAGNANIMES
CRIER
LA NUIT
QUI A
BEAUCOUP
SIFFLÉ
CAÏN
ENVERS
ABEL
TOUCHE
ARRIVER
DANS
LE MILIEU
COUPER
LE RUBAN
DOCTEUR
MUSULMAN
PS GREC
BRADYPE
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BRILLER
MÈCHE
À APLATIR
COLÈRE
MÈTRE
PAR
SECONDE
IL
SE FUME
EN PAIX
GAÉLIQUE
À EUX
COURBÉ
ÉPOPÉES
LIEU D’UN
DUEL
CUIR
NATUREL
FLAIRÉ
MILITAIRE
ATTIRÉ
PAR
LE SUD
VOILE
D’AVANT
PEAU
MORTE
BANDAGE
DE ROUE
ÉLÉMENT
DE VOIE
C’ÉTAIT
JAMAIS,
AUTREFOIS
QUITTE
LES LIEUX
BRAMA
EAU
QUI DORT
BIEN
ATTRAPÉ
ÎLE QUI
DONNE
AUSSI
LE TON
BIFFÉ
SUJET
PERSONNEL
VAUT DO
ELLE PEUT
VENIR
À LA
BOUCHE
DIRECTION
SUR LA
BOUSSOLE
C’EST
MAIGRE
USAGE
IMMODÉRÉ
PASSION
DES
HOMMES
EN ROBE
POUR
LA SAINTE
VIERGE
A
18.15 Flash pap’ (C) 18.40 L’info du
vrai (C) 20.05 Les Guignols (C) 20.15
Canal Champions Club (C). Magazine.
19
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19
18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 24 avril 2018 LE FIGARO
34
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Sadri Fegaier, de l’ombre
à la lumière
SUCCÈS Inconnu de l’establishment, cet homme d’affaires, courtier
en assurances, est devenu en février le deuxième actionnaire de Fnac Darty.
Autodidacte, cavalier surdoué, il voit grand pour lui et son entreprise.
Keren Lentschner
klentschner@lefigaro.fr
l a débarqué par surprise dans l’univers
feutré de la finance parisienne. Le 6 février
dernier, Sadri Fegaier a quitté ses habits
de notable de Romans-sur-Isère (Drôme),
la ville où il a bâti un empire dans le courtage en assurances, pour s’inviter au capital de Fnac Darty. Inconnu du grand public, il a annoncé par un simple
communiqué de presse avoir pris une participation de plus de 11 % dans ce fleuron français. Une
opération qui a pris de court le microcosme des affaires. D’autant que Sadri Fegaier, 38 ans, a su préparer son entrée en scène. Il s’est adjoint le soutien
du fonds Ardian, l’un des investisseurs institutionnels les plus reconnus de la place, pour réaliser
son coup. Prochaine étape, le 18 mai prochain, il
devrait faire son entrée au conseil d’administration de Fnac Darty. Certains lui prêtent déjà l’ambition de vouloir prendre le contrôle de l’entreprise. L’homme d’affaires, qui déborde d’ambition,
aime entretenir le mystère. « Pourquoi pas… Je ne
me fixe pas de limites, confie-t-il. Je me suis toujours dit qu’il me fallait un réseau de distribution, via
un partenariat ou une acquisition. »
Sadri Fegaier, costume bleu roi Burberry assorti à ses yeux en guise d’uniforme, ne boude pas
son plaisir. L’arrivée chez Fnac Darty, bouclée en
deux mois, est un sésame. Une légitimité arrachée
de haute lutte pour cet autodidacte, fils d’immi-
I
saut d’obstacles. Lorsqu’il découvre l’équitation à
grés tunisiens. « On m’a longtemps pris pour un
30 ans passés, rien ne l’effraie. Ni le caractère imextraterrestre, déclare-t-il, assis dans ses noupétueux de l’animal. Ni ce milieu fermé réservé
veaux bureaux parisiens de l’avenue Kléber. Les
aux fils de famille. Aidé du champion Carlos Logens avaient du mal à croire ce que je leur raconpez, il devient en sept ans un cavalier émérite.
tais. Ils trouvaient que c’était trop beau pour être
« C’est très rare pour quelqu’un qui n’a jamais évovrai. Ils me voient aujourd’hui d’un autre œil. Je ne
lué dans ce milieu, confie son célèbre entraîneur. Il
suis plus pour eux le “petit courtier de Romans”,
faut beaucoup de patience et de remise en quesque la plupart ne savent pas situer sur une carte. »
tion. » Sadri Fegaier, qui a trouvé dans l’équitation
Il dit n’en garder aucune rancœur. Ni désir de rele secret de son équilibre, ne s’arrête pas là. Il a
vanche. Au contraire. Cet ancien footballeur qui
créé, il y a trois ans, dans son haras une compétirêvait de devenir pro est heureux aujourd’hui de
tion cinq étoiles, le jumping de Va« jouer en D1 ». Si sa pudeur a encolence, capable de rivaliser avec les
re du mal à s’accommoder des
plus grandes.
séances photo et des interviews téParce qu’il ne fait rien à moitié,
lévisées, rien ne peut l’arrêter. Il afil s’offre des cracheurs de feu et un
fiche un sang-froid à toute épreuve,
DJ star, The Avener, pour la soirée
tendu vers un seul objectif, celui de
d’ouverture, l’été dernier. Il moncréer un groupe européen de pre1979
tre volontiers sur son smartphone
mier plan. Sa confiance en lui donNaissance à Bourgles photos du show. Quand il inaune à ce patron atypique une « autode-Péage (Drôme).
gure ses locaux à Romans-surrité
naturelle »,
selon
un
2000
Isère, il fait venir un humoriste,
investisseur. « Il est sur orbite »,
Ouvre son premier
Ary Abittan, et organise un feu
confie son amie et avocate, l’anmagasin de téléphonie.
d’artifice. Bling bling, Sadri Fecienne ministre Nicole Guedj.
Création de la Société
gaier ? « Il a envie de faire plaisir
française d’assurances
« Compétiteur-né »
aux gens autour de lui », insiste
multirisques (Sfam).
Olivier Code, qui décrit un vrai
Car Sadri Fegaier voit grand, tou2015
pater familias avec ses équipes. Il a
jours focalisé sur le « coup d’après »,
Inauguration du Jumping
commencé à investir le terrain soraconte un financier. « Il aime déinternational de Valence.
cial en imaginant avec sa sœur une
passer ses limites, c’est ce qui le fait
2016
école avec un poney-club pour des
avancer, tout en maîtrisant toujours
Ouvre son premier
enfants autistes. Goûter les plaisirs
les risques », souligne Olivier Code,
magasin Fnac
de sa nouvelle vie, comme le jetson directeur commercial, qui fut sa
en franchise à Épinal.
ski et les balades en bateau penpremière recrue en 2001. Un « com2018
dant ses vacances dans les îles, ne
pétiteur-né », selon un proche. Dans
Devient actionnaire
l’empêche pas de garder les pieds
la vie professionnelle comme dans le
de Fnac Darty.
Bio
EXPRESS
sur terre. Ce couche-tôt tient à ses « repères ».
Sadri Fegaier n’aime rien tant que savourer les
bricks et le couscous de sa mère, le dimanche
midi. Et retrouver le week-end sa compagne, sa
fille de 13 ans et ses amis d’enfance.
« Un jeu de poker »
Il a sans doute fallu aussi une dose de « baraka », selon un ami. Petit, sa mère l’asperge de
sel pour éloigner le mauvais œil. Elle enchaîne
les petits boulots, lui apprend à se débrouiller
seul. Elle lui inculque la valeur du travail et le
sens du partage. Sadri Fegaier commence à gagner sa vie en ramassant des abricots dans les
champs puis en travaillant au McDo. Au lycée, il
vend des téléphones dans la cour puis, son BTS
et un prêt de 50 000 francs en poche, il ouvre un
premier magasin SFR. Il a l’intuition que la
France est à l’aube d’une révolution avec les
portables. Il comprend aussi, voyant de nombreux clients mécontents revenir en boutique,
qu’il manque une assurance tous risques pour
les téléphones.
Les bases de Sfam (Société française d’assurances multirisques) sont posées. Il fait de la rémunération généreuse de ses téléconseillers et de leur
bien-être un atout pour les fidéliser. Sadri Fegaier
recrute lui-même chacun des 400 premiers salariés. Puis il débarque dans la cour des grands en
devenant franchisé de la Fnac en novembre 2016.
Il remporte ensuite de haute lutte un appel d’offres
de l’enseigne. On connaît la suite. Fnac Darty est
devenu entre-temps son principal partenaire
commercial. Et son nouveau terrain de conquête.
« C’est un peu un jeu de poker, confie-t-il. Pour
l’instant, c’est moi qui ai les cartes en mains. » ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Huit cent quatre brouilleurs téléphoniques obsolètes vont être
remplacés dans les prisons. L’Administration pénitentiaire a
décidé d’entamer ce travail de Titan pour les établissements
recevant des détenus pour faits de terrorisme. D’ici à la fin de
l’année, elle s’est engagée à équiper de nouveaux matériels les
prisons de Lille, Osny, Fresnes (notre photo) et la Santé. Cette
dernière, dont la réouverture est prévue au dernier trimestre
2018, devrait être dotée d’un quartier étanche destiné à
accueillir jusqu’à une centaine de détenus terroristes pour
alléger les prisons d’Île-de-France et faciliter les transferts
lors des auditions par les juges d’instruction.
© AdobeStock
Convention du mouvement
Refondation à Lyon
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« Nous portons tous un livre en nous, un désir de texte pour soi
ou à partager. Le Figaro littéraire a ouvert
de nouveaux ateliers pour celles et ceux qui sont
attirés par la formidable aventure de l’écriture. »
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Nous vous proposons de découvrir ses gratte-ciels
en briques rouges qui côtoient les tours et bâtiments
contemporains signés Frank Lloyd Wright, Frank Gehry
ou encore Renzo Piano…
En marge de la rencontre
de Top 14 entre le RC Toulon
et Castres, ce samedi,
la ministre des Sports
remettra au président
du club de rugby varois
la médaille du mérite
national. Mourad Boudjellal
avait été promu chevalier
de l’Ordre national
du mérite par Nicolas
Sarkozy en janvier 2008,
mais n’avait jamais récupéré
son titre.
UV
Construite au bord du majestueux lac Michigan, troisième
ville des États-Unis, à la fois dépositaire de la mémoire de
la nation américaine et résolument tournée vers le futur,
Chicago est une véritable encyclopédie d’architecture
depuis la in du XIXe siècle, dont elle a même donné son
nom à un nouveau courant architectural.
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DU 08 AU 14 OCTOBRE 2018
Le nouveau mouvement politique
lancé par l’ex-PS Régis Passerieux,
Refondation, tiendra sa convention
nationale à Lyon, ce samedi. Sur le thème :
capital, travail, quelle économie
et quelles entreprises ? De 9 h à 18 h,
les participants pourront dialoguer
avec Pierre-Yves Gomez, Bruno Roche,
Adrian Pabst et bien d’autres acteurs
du monde associatif, syndical et
de l’entreprise. Ils pourront également
s’impliquer dans des ateliers contribuant
à définir les contours du futur programme
politique de Refondation, qui entend jouer
un rôle aux élections européennes.
Laura Flessel remet
le Mérite national
à Mourad Boudjellal
Atelier spécial jeux de lettres et anagrammes
JACQUES PERRY-SALKOW
Écrivain, pianiste et compositeur,
co-auteur de Sorel Éros,
le plus long palindrome de langue française,
auteur de Le Pékinois et Anagrammes pour sourire et rêver,
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FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
De nouveaux brouilleurs dans les prisons
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