close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Le Figaro - 25 04 2018

код для вставкиСкачать
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,60 €
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 924 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
FORMULA E
ENQUÊTE
LE GUIDE COMPLET DE LA COURSE
DES MONOPLACES ÉLECTRIQUES
AUX INVALIDES NOTRE CAHIER SPÉCIAL
L’ACADÉMIE NOBEL SECOUÉE
PAR UNE VAGUE
DE SCANDALES PAGE 12
Laurent Wauquiez :
« Je refuse de rester
silencieux quand je vois
la France se détricoter »
ROYAUME-UNI
Londres tente
de rassurer
les Européens sur
l’après-Brexit PAGE 6
NOTRE-DAMEDES-LANDES
Aménagement :
Matignon va
arbitrer PAGE 7
TERRORISME
Les supermarchés
mobilisés PAGE 8
ENTOMOLOGIE
Après la tribune signée par 250 personnalités pour
que soient frappés d’obsolescence « les versets du Coran
appelant au meurtre et au châtiment des juifs », intellectuels
et imams invitent à ne pas confondre politique et théologie.
Les fourmis
explosives se font
kamikazes PAGE 9
TENNIS
Il y a 50 ans,
amateurs et
professionnels
dans les mêmes
tournois PAGE 10
La communauté musulmane
de France est en ébullition
après la publication d’un manifeste dénonçant « le nouvel
antisémitisme » et « la terreur
COMMERCE
CHAMPS
LIBRES
Qu’ont changé
les vingt-quatre
révisions
constitutionnelles ?
Un entretien
avec Jérôme Jaffré
La tribune
de Mustapha
Benchenane
L’analyse de
Guillaume Perrault
n
n
Trump-Macron : derrière
les marques d’amitié,
les désaccords persistent
Dans une interview au Figaro, le président des Républicains
dresse un bilan sévère de l’action du chef de l’État pour
sa première année d’exercice. Selon lui, si les réformes de la
SNCF et du Code du travail vont dans le bon sens,« Emmanuel
Macron ne comprend pas l’inquiétude des Français »,
notamment celle des retraités et des classes moyennes. PAGE 4
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
n
n
PAGES 13 À 15
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Faut-il maintenir la taxe
d’habitation pour les
résidences secondaires ?
OUI
44 %
NON
56 %
TOTAL DE VOTANTS : 37 598
M 00108 - 425 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@o@c@p@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Iran, Syrie, climat :
Emmanuel Macron peut-il
avoir une influence
sur Donald Trump ?
JÉRÔME CAMBIER/MICHELIN JONATHAN NACKSTRAND/AFP CAROLYN KASTER/AP
d’imams, tout en reconnaissant que « depuis plus de deux
décennies, des lectures et des
pratiques subversives de l’islam
sévissent dans notre société ».
F
Enfin !
ace à l’antisémitisme cultivé par
l’islam radical, une réalité de plus
en plus flagrante, des voix se lèvent,
des consciences se réveillent, des
mots justes sont prononcés. Enfin !
En Allemagne, Angela Merkel elle-même
vient d’appeler la menace par son nom,
pointant un antisémitisme introduit par « des
personnes d’origine arabe ». En France, un
manifeste contre le « nouvel antisémitisme » a
été signé ce dimanche par trois cents personnalités. Leur texte suscite une polémique
d’ordre théologique (le Coran est-il, ou non,
amendable ?) qu’on ne prétendra pas trancher ici, mais il a aussi et d’abord le mérite
d’inciter, ce mardi, trente imams à briser le
silence. Un silence, comme ils l’écrivent
eux-mêmes dans une tribune publiée par Le
Monde, qui aurait pu finir par apparaître
« complice et donc coupable ».
Ces trente imams le reconnaissent : la situation, pour eux, devient de « plus en plus intenable ». Ils déplorent certes que leur religion
soit sur le banc des accusés mais, en même
temps, ils admettent qu’une « anarchie religieuse » sévit dans la communauté musulmane à laquelle, entre autres causes, « cer-
tains imams ont malheureusement contribué ».
Il eût été préférable que cette clairvoyance,
ce salutaire sursaut, cet exercice de contrition, s’exprimât avant : avant l’horrible
martyr d’Ilan Halimi en 2006 ; avant les attentats de Mohamed Merah à l’école juive de
Toulouse et d’Amedy Coulibaly à l’Hyper
Cacher de Vincennes ; avant les assassinats
de Sarah Halimi et Mireille Knoll, à Paris.
Car cette situation détestable,
créée par la
haine antijuive des radicalisés présents sur notre sol, existe depuis
très longtemps. Et elle ne fait qu’empirer.
L’appel de cent intellectuels contre le séparatisme islamiste le rappelait avec force dans
Le Figaro du 20 mars dernier.
Dans un islam de France noyauté par des associations aux objectifs souvent obscurs pour ne pas dire obscurantistes -, la parole
« libérée » de trente imams ne doit pas rester
lettre morte. Elle doit être reçue comme un cri
d’alarme pour combattre l’islamisme, antisémite par définition, qui tue dans notre pays. ■
Les discussions avec le président américain ont permis
d’ouvrir la voie à l’élaboration d’un nouvel accord
avec l’Iran, a déclaré mardi
Emmanuel Macron à l’issue
de son entrevue avec Donald
Trump. Cependant, de nom-
breux désaccords de fond
subsistent entre les deux dirigeants, même s’ils ne doivent pas venir refroidir
l’amitié effusive qu’ils se témoignent pour une visite
d’État qu’ils veulent « réussie ». PAGE 5
D U 7 AV R I L A U 7 M A I 2 0 1 8
Profitez
du cuir
au prix
du tissu!*
Contre
l’antisémitisme
des voix se lèvent
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
*Offre non cumulable valable sur le prix TTC conseillé au 15/03/2017 des ensembles fauteuil et pouf et des canapés Stressless® (hors canapés
Stressless® Lounge) dans tous les coloris de cuir des catégories Batick, Paloma et Cori au prix des tissus de groupe 2 (Calido, Iris, Linden, Dahlia,
Silva, Faron). Modèle présenté : Stressless® Metro M high back, piétement Star base - standard base, en cuir Paloma Apricot, fauteuil (L.: 80,
l.: 112, P.: 71 cm) + pouf (L.: 54, l.: 42, P.: 41 cm) : 2249 € au lieu de 2699 €, soit une économie de 450 € (hors éco participation de 4,46 €).
Matières visibles : cuir de vachette, tannage au chrome, fleur corrigée, pigmenté ; structure aluminium.
CANAPÉS, LITERIE, MOBILIER : 3 000 M2 D’ENVIES !
Paris 15e • 7j/7 • M° Boucicaut
63 rue de la Convention, 01 45 77 80 40
Paris 12e • 7j/7 • M° Nation
54 cours de Vincennes, 01 40 21 87 53
Canapés, literie, armoires lits, gain de place, dressings,
mobilier contemporain : toutes nos adresses sur www.topper.fr
©
A
TÉLÉCOMS
L’Europe accumule
les retards dans la
course à la 5G PAGE 23
que font régner les islamistes et
les musulmans de France ».
Le Coran, texte « sacré et révélé », ne peut pas être modifié, rappelle une trentaine
è L’INTERPRÉTATION DES TEXTES EST CAPITALE CHEZ LES JUIFS ET LES CHRÉTIENS
è L’ENTRETIEN AVEC RÉMI BRAGUE, SPÉCIALISTE DES RELIGIONS
è AUJOURD’HUI, L’ISLAM EST PLUTÔT IMPUISSANT QUE CONQUÉRANT PAGES 2, 3, 15 ET L’ÉDITORIAL
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
La reprise russe
mise en péril
par les sanctions
américaines PAGE 18
Antisémitisme :
le Coran
au cœur de
la controverse
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
CE QUE DIT
L’ISLAM SUR
LES JUIFS
Le texte du Coran contient
plusieurs références précises
au judaïsme. Certains hadiths,
qui relatent les actes
et les paroles du prophète
Mahomet, sont plus explicites.
En voici quelques-unes.
Coran 44.30 à 44.33
« Nous sauvâmes les Enfants
d’Israël du châtiment avilissant
de Pharaon qui était hautain
et outrancier. À bon escient
nous les choisîmes parmi
tous les peuples de l’univers,
et leur apportâmes des
miracles de quoi les mettre
manifestement à l’épreuve. »
Coran 62.5
« L’image de ceux qui ont été
chargés de la Torah et qui,
par la suite, ne s’en chargèrent
point est à la ressemblance
de l’âne chargé de livres.
Combien détestable est l’image
de ce peuple qui traite nos ayat
de mensonges ! Allah ne dirige
point le peuple des Injustes. »
Coran 9.29
« Combattez ceux qui
ne croient point en Allah
ni au Dernier Jour, qui ne
déclarent pas illicite ce qu’Allah
et son Apôtre ont déclaré
illicite, qui ne pratiquent pas
la religion de Vérité, parmi
ceux ayant reçu l’Écriture !
Combattez-les jusqu’à ce qu’ils
payent la jizya, directement
et alors qu’ils sont humiliés. »
Tabari (839-923), une référence
car l’un des premiers historiens
de l’islam et exégète du Coran.
« Le Prophète leur dit : Ô vous,
singes et cochons, comment
avez-vous observé la volonté
d’Allah ? Les juifs répliquèrent :
Ô Muhammad, tu ne nous as
jamais insultés, pourquoi
le fais-tu aujourd’hui ?
C’est Allah qui le fait,
répondit le Prophète. »
Le Sahih Muslim, l’un
des six recueils de hadiths.
« L’Heure ne viendra pas
jusqu’à ce que les musulmans
combattent les juifs et que les
musulmans les tuent ; jusqu’à
ce que le juif se cache derrière
un mur ou un arbre, et le mur
ou l’arbre diront : Ô musulman !
Ô serviteur d’Allah !
Voilà un juif derrière moi.
Viens et tue-le ! »
Le Sahih al-Bukhari, l’un
des six recueils de hadiths.
« Lorsque l’Envoyé de Dieu
(Mahomet, qui aurait été
empoisonné par une juive,
NDLR) fut frappé de la maladie
dont il mourut, […] Tandis
qu’il était ainsi, il s’écria :
“La malédiction soit sur les juifs
et sur les chrétiens qui ont pris
comme temples les tombeaux
de leurs prophètes.” »
Nous devons
tout faire pour
éviter une guerre
des communautés.
[…] Il y a là […]
un danger
sur lequel on doit
être vigilant
A
»
LA MINISTRE DE LA JUSTICE,
NICOLE BELLOUBET, RÉAGIT
À LA PUBLICATION DIMANCHE
DU MANIFESTE « CONTRE
LE NOUVEL ANTISÉMITISME »
Antisémitisme dans l’islam : l’ire
Une tribune et un livre mettent
en cause la vision du judaïsme
dans le Coran. Des imams y répondent,
défendant leur religion.
JEAN-MARIE GUÉNOIS
EN FRANCE, la planète musulmane est
en totale ébullition. Depuis la publication, dimanche 22 avril 2018, dans Le
Parisien, d’une tribune signée par
300 personnalités politiques culturelles et religieuses (dont Nicolas
Sarkozy, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Jean-Pierre Raffarin) « contre
le nouvel antisémitisme ». Et la sortie,
ce mercredi, chez Albin Michel, d’un
ouvrage cosigné par quinze intellectuels, intitulé Le Nouvel Antisémitisme.
Ce livre et cette tribune lancent tout
d’abord un cri : la France « est devenue
le théâtre d’un antisémitisme meurtrier ». Ils désignent des coupables :
« Onze juifs viennent d’être assassinés et certains torturés - parce que Juifs,
par des islamistes radicaux. » Ils pointent une conséquence : « 10 % des citoyens juifs d’Île-de-France - environ
50 000 personnes - ont été récemment
contraints de déménager parce qu’ils
n’étaient plus en sécurité dans certaines
cités », soit « une épuration ethnique à
bas prix » liée à « la terreur que font régner les islamistes sur les musulmans de
France ». Et formulent deux demandes
précises : Que « la lutte contre l’antisémitisme » devienne « une cause nationale » ; et que « les versets du Coran
appelant au meurtre et au châtiment des
juifs, des chrétiens et des incroyants
soient frappés d’obsolescence par les
autorités théologiques ».
Inutile de dire que le souhait de cette
réforme du texte même du Coran - signée par quelques rares musulmans
dont Hassen Chalghoumi, le célèbre
imam de Drancy - allume un incendie
dans la communauté musulmane.
D’abord parce que le Coran ne dirait
pas exactement cela, soutiennent à
l’unanimité les responsables musulmans. Ce sont les Hadiths, ces textes
qui relatent la vie et les actes du prophète Mahomet, qui sont plus explicites. Mais surtout, comme le dit Anouar
Kbibech, vice-président du Conseil
français du culte musulman, pourtant
considéré comme modéré - et littéralement « assailli depuis trois jours de
coups de fils de responsables musulmans
régionaux et locaux profondément choqués et indignés qui ne comprennent pas
ce qui se passe » : « Il est hors de question de toucher une seule virgule du texte du Coran, qui est sacré et révélé. »
D’autant qu’il est « trop facile de sortir
des versets de leur contexte ».
Mais au-delà des textes religieux
musulmans, il suffit d’aller par exemple sur le site Internet de l’Observatoire du Moyen-Orient - certes proche
d’Israël - pour se rendre compte de la
teneur des propos antisionistes et antisémites, tous datés et sourcés, qui
inondent chaque jour les sites Internet
d’information des pays musulmans.
«Voilà le point névralgique, rétorque
Tareq Oubrou, imam de Bordeaux.
C’est la confusion entre le politique et le
théologique à propos du conflit israélopalestinien. Il ne s’agit en aucun cas de
mettre en cause l’existence d’Israël
mais les institutions juives de France ne
nous aident pas beaucoup quand il faut
parfois critiquer la politique du gouvernement israélien. Le résultat est que
nous avons dans nos banlieues de France des jeunes musulmans plus palestiniens que les Palestiniens et des jeunes
juifs plus israéliens que les Israéliens ! »
“
Depuis plus de deux
décennies, des lectures et
des pratiques subversives
de l’islam sévissent dans la
communauté musulmane,
générant une anarchie
religieuse, gangrenant
toute la société
”
TAREQ OUBROU, IMAM DE BORDEAUX
Cette personnalité, qui fut proche de
l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), intellectuellement
très respectée, publie dans Le Monde
daté du 25 avril une tribune - dont il
affirme qu’elle était livrée avant la publication du Parisien – signée par une
trentaine d’imams et intitulée « Des
imams au service de la République
française » où il reconnaît que les musulmans, « indignés » par le terrorisme, sont « plongés dans un mutisme de
sidération » face à « la confiscation de
leur religion par des criminels ». Avec
les imams signataires, ils confessent
leur impuissance « religieuse » de voir
« l’islam tomber dans les mains d’une
jeunesse ignorante, perturbée et
désœuvrée », « naïve » et « proie facile » pour des « théoriciens d’une géopolitique du chaos » qui exploitent son
« désarroi » en lui proposant un « sens
Des fidèles sont rassemblés
pour le prêche du vendredi
à la mosquée de Lille.
S. MORTAGNE/PHOTOPQR/VOIX DU NORD
dévoyé du martyr ». En promettant « le
paradis », alors que c’est « l’enfer et ses
tourments » qui attendent ces meurtriers, car « le vrai sacrifice est de se
donner pour les autres comme l’a fait
notre héros national, le colonel Arnaud
Beltrame ».
Et ce mea culpa, déjà entendu mais
rarement formulé aussi nettement :
« Depuis plus de deux décennies, des
lectures et des pratiques subversives de
l’islam sévissent dans la communauté
musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société. Une
situation cancéreuse à laquelle certains
imams malheureusement ont contribué,
souvent inconsciemment. Le courage
nous oblige à le reconnaître. »
Tareq Oubrou conclut en lançant un
cri d’alarme sur l’enjeu à éviter : accréditer l’idée que « l’islam soit génétiquement opposé à l’Occident et qu’il est
invinciblement incompatible avec les
valeurs de la République ». Car c’est
précisément « une idée » qui fait « des
ravages chez toute une jeunesse ignare
et sans culture religieuse ». Mais il insiste, « les imams seuls ne peuvent don-
ner la solution » à cette « radicalisation ». Il se propose donc d’« aider les
pouvoir publics » contre « le danger
terroriste qui sommeille encore dans
certains esprits malades ».
Amar Lasfar, président de Musulmans de France (nouveau nom de
l’UOIF), est ulcéré : « Il est aberrant et
offensant de laisser penser que l’islam,
le Coran et les musulmans de France seraient antisémites. C’est même un blasphème ! Connaissez-vous un génocide
perpétré par des musulmans contre des
juifs ? L’islam n’est pas comme cela !
Merci de ne pas le confondre avec ces
voyous et ces repris de justice ! » Il argumente : « Où se sont réfugiés les juifs
persécutés d’Espagne et du Portugal ?
Au Maroc et dans tout le Maghreb, où ils
vivent paisiblement depuis… dix siècles,
s’il vous plaît. » Provoqué par cette polémique, ce responsable musulman
très écouté annonce avant l’été des
« assises nationales de l’islam de France
réunissant toutes les fédérations pour
mettre sur les points sur les i ». ■
+
» Lire aussi PAGE 15
Chez les juifs et les chrétiens, interpréter les textes est capital
LA QUESTION de l’antisémitisme
a longtemps travaillé la théologie
chrétienne. Tant catholique que
protestante. L’anniversaire des
cinq cents ans de la Réforme, en
2017, n’a d’ailleurs pas éludé les
pages sombres de Martin Luther à
cet égard… Il importait de les resituer dans un contexte historique
de persécution des juifs par les
chrétiens.
Dans l’Église catholique, un pas
considérable a été très tardivement franchi à la fin du XXe siècle, au moment du concile Vatican II (1965). La déclaration
Nostra Aetate reconnaissait notamment une filiation spirituelle
des chrétiens vis-à-vis du judaïsme. L’Église rompait avec des siècles d’un reproche latent adressé
aux juifs, une des sources historiques de l’antisémitisme, pourtant
déjà corrigé lors du concile de
Trente en 1566 : le fameux « déicide » imputé aux juifs, qui
auraient « tué » le Messie, Jésus
Christ, fils de Dieu pour la théologie chrétienne.
Le XXe siècle a vu aussi, sous le
pontificat du pape Jean-Paul II et
sous l’influence du cardinal JeanMarie Lustiger, juif converti, la fin
définitive de la « théologie de la
substitution ». Elle consistait à
penser que la révélation divine toujours en attente chez les juifs,
pour qui le Messie n’est pas encore
venu - est totalement accomplie
pour les chrétiens. Ils pensaient
que l’incarnation du Christ clôturerait en quelque sorte l’histoire
théologique de l’humanité. Et
considéraient le judaïsme comme
une religion presque sans objet dès
lors que le Messie était déjà venu.
Éviter toute ambiguïté
Là aussi, l’Église catholique a revu
sa vision des choses en reconnaissant et en respectant davantage la
valeur du judaïsme, l’ampleur de
sa vocation. Les juifs devenaient
des « frères aînés dans la foi » pour
les chrétiens, selon l’expression de
Jean-Paul II. Le christianisme ne
« remplaçait » plus le judaïsme
parce qu’il en était… issu ! Une vision qui a donné les révisions historiques du jubilé de l’an 2000. Notamment sur la part de
responsabilité de l’Église catholique dans la construction historique
d’une culture antisémite.
Plus récemment, la mise au
point en 2013 d’une nouvelle traduction liturgique de la Bible
(Éditions Mame) - dont le nouveau Notre Père - a suscité beaucoup de vigilance pour éviter toute
ambiguïté
antisémite.
Mgr Philippe Gueneley, archevêque émérite de Langres, qui fut
avec Mgr Aubertin, archevêque de
Tours, chargé de la traduction
francophone se souvient : « Nous
avons fait très attention à l’utilisation du mot “juif”, notamment dans
l’Évangile de saint Jean. Il fallait
éviter toute suspicion des juifs, dont
certains ont rejeté le Christ mais
d’autres l’ont accueilli. »
Et les juifs ? Comment traitentils les paroles violentes de la Torah et donc de la Bible ? Armand
Abécassis, intellectuel juif et
grand spécialiste de la pensée juive, explique : « Il ne faut pas le
nier, la Torah, et donc la Bible,
contient des pages de violences
dont certaines sont “dictées” par
Dieu pour son peuple ! C’est écrit
dans le texte de la Torah… Mais le
judaïsme a aussi développé une
longue tradition - fondamentale et
constituante désormais - d’interprétation du texte de la Torah. Ce
travail forme les soixante-trois
traités du Talmud. Cette nécessité
de l’interprétation est aussi venue
de notre histoire car les juifs se
sont retrouvés dans tous les pays,
ou presque, avec des cultures très
différentes. Les juifs réinterprètent
donc le texte. Ils ne peuvent en
aucun cas se tenir à une lecture littérale. Ainsi ce savoureux dialogue rapporté dans le Talmud entre
Dieu et Moïse. Par trois fois, Moïse
refuse d’exécuter l’ordre d’extermination que Dieu demande. Il négocie avec Dieu car, par trois fois,
il demande la paix à son adversaire qu’il est censé tuer.» ■ J.-M. G.
L’intellectuel juif
Armand Abécassis
explique : « Il ne
faut pas le nier,
la Torah, et donc
la Bible (à gauche),
contient des pages
de violence. »
P. DELISS/ GODONG/
LEEMAGE, STÉPHANE
OUZOUNOFF/CIRIC
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
des musulmans
RÉMI BRAGUE est philosophe, spécialiste
des religions et l’auteur de Sur la religion,
chez Flammarion.
LE FIGARO.- Dans une tribune,
300 personnalités s’engagent
contre l’antisémitisme islamiste.
L’antisémitisme est-il fermement inscrit
dans la religion musulmane ?
Rémi BRAGUE.- Il existe des langues que
l’on classe par commodité dans la famille
sémitique, comme l’arabe, l’hébreu, les
Araméens, le ge’ez, etc. L’antisémitisme
suppose, à tort, qu’il y a des peuples
« sémitiques », selon une fumeuse
conception biologique des « races » qui
ne remonte qu’au XIXe siècle. Il n’y a
donc pas, en rigueur de termes, d’antisémitisme religieux, chrétien ou musulman. Mais attention à l’échappatoire facile : « Nous ne pouvons pas être
antisémites, nous sommes nous-mêmes
des Sémites ! » Car la vraie question est
celle de l’antijudaïsme. Non la critique
argumentée des dogmes du judaïsme, qui
a son pendant dans la critique juive des
croyances chrétiennes ou islamiques,
mais bien la haine, mêlée de mépris ou
d’envie, envers les juifs.
Chez beaucoup de chrétiens, elle existe
ou — soyons optimistes —, elle a existé,
quoique, chez certains, en grattant un
peu, bref… Quant aux pays islamiques,
l’orientaliste hongrois Ignaz Goldziher
raconte qu’il a entendu un Syrien battre
son âne en le traitant de juif… C’était en
1874. D’après l’extraordinaire BD L’Arabe
du futur, dans laquelle Riad Sattouf raconte son enfance dans la Libye, puis la Syrie
des années 1980, la haine du juif y est répandue depuis le plus jeune âge. Bien sûr,
les gens intelligents distinguent celle-ci
de la critique de l’État d’Israël, qui se rencontre aussi chez des Israéliens. Mais
l’homme de la rue, et de nos banlieues, ne
s’embarrasse pas de ces subtilités.
Que disent les textes islamiques ?
Les textes fondateurs, le Coran, demande
aux croyants de ne pas choisir leurs amis
chez les juifs ou les chrétiens (V, 51). Il accuse les deux d’avoir ajouté au Dieu unique des créatures, Jésus ou le mystérieux
Uzayr (IX, 30). Les juifs auraient altéré
l’Écriture sainte (II, 75). Les juifs sont des
gens qui ont manqué le coche deux fois :
en refusant Jésus, puis en refusant Mahomet. Le hadith attribue à Mahomet des
déclarations plus raides encore. La biographie officielle de Mahomet, la sira, raconte que celui-ci aurait fait torturer le
trésorier d’une tribu juive pour lui faire
cracher où le magot était enterré (traduction A. Badawi, t. 2, p. 281 s.). Les assassins
d’Ilan Halimi s’en seraient-ils souvenus ?
La législation islamique, aujourd’hui
tombée en désuétude, octroie aux juifs,
comme aux chrétiens, une place de sujets
soumis à un impôt spécial et à diverses interdictions et obligations comme, pour les
juifs, le port d’une pièce de vêtement jaune.
Les signataires demandent que
« les versets du Coran appelant
au meurtre et au châtiment des juifs,
des chrétiens et des incroyants soient
frappés d’obsolescence par les autorités
théologiques comme le furent les
incohérences de la Bible et l’antisémitisme
catholique aboli par Vatican II, afin
qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer
sur un texte sacré pour commettre un
crime ». Cette proposition vous semblet-elle raisonnable ou peu crédible ?
J’ignore qui a rédigé cette tribune, mais il
me semble peu au courant des croyances
de l’islam. Le mot d’antisémitisme est
faux, je viens de le dire. Le parallèle avec
l’antijudaïsme catholique (celui de
Luther n’était d’ailleurs pas piqué des
vers non plus) est faux lui aussi. Ensuite,
la question ne se pose pas de la même façon pour la Bible et le Coran. La Bible est
censée être inspirée, mais ses auteurs
sont humains et donc marqués par la vision du monde et les préjugés de leur
époque. Le Coran est censé être l’œuvre,
non d’un homme, mais de Dieu qui
l’aurait dicté à Mahomet. Dieu est éternel, il sait tout, même l’avenir. Les intellectuels musulmans de bonne volonté,
comme récemment Rachid Benzine, souhaitent non qu’on expurge le Coran mais
qu’on en fasse une « lecture critique ».
Mais comment replacer dans son temps,
« contextualiser » comme on dit, la parole d’un Dieu éternel ? Tant qu’on
n’aura pas affronté la question de l’auteur
du Coran, on n’avancera pas.
La référence à Vatican II est souvent
employée pour demander un
aggiornamento de l’islam. Ce parallèle
avec le christianisme est-il pertinent ?
Ce parallèle boiteux est le fait de gros malins peu informés. Les différences sont flagrantes: Vatican II, et l’idée d’aggiornamento, ont été lancés par le pape
Jean XXIII. Il n’a pas d’équivalent en islam, qui n’a pas de magistère et n’en a pas
besoin. Ce qui en tient lieu est l’« accord
unanime » de la communauté. Mais personne n’est habilité à le définir avec autorité. Ensuite, comment mettre « au goût
du jour » un message émis par un Dieu
éternel ? ■
Les
intellectuels
musulmans
de bonne
volonté,
comme
récemment
Rachid
Benzine,
souhaitent
non qu’on
expurge
le Coran
mais qu’on
en fasse
une « lecture
critique »
RÉMI BRAGUE
»
TAG HEUER CONNECTED MODULAR S’ADAPTE À TOUS LES POIGNETS
La FormuleFormule-E es
est à l’avant-gard
l’avant-garde du développement de
des tech
technologies
ologies de
demain
raqu jamais sous la pr
sion
demain, et comme TA
TAG Heuer, ne craque
pression.
CHRONOMÉTREUR OFFICIEL
ET PARTENAIRE FONDATEUR
A
EUGÉNIE BASTIÉ £@EugenieBastié
*Ne craquez pas sous la pression Informations: 01 55 27 00 07 *Photographie retouchée * Championnat Formule-E
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARMARA/LE FIGARO
Brague : « Comment “contextualiser”
la parole d’un Dieu éternel ? »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Laurent Wauquiez : « Emmanuel Macron
ne comprend pas l’inquiétude des Français »
Le président des
Républicains revient
sur la première
année de mandat
du chef de l’État
et en dresse
un bilan sévère.
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
LE FIGARO. – Quel bilan faites-vous de
la première année d’Emmanuel Macron ?
Laurent WAUQUIEZ. - Ma crainte, c’est
que le macronisme soit un aveuglement
qui repose sur beaucoup d’illusions. Celles des commentateurs, celles d’Emmanuel Macron. Les faits ont la tête dure, si
on prend la peine de les regarder ! Jamais
la dépense publique n’a été aussi élevée,
jamais les niveaux d’impôts n’ont été
aussi forts. Jamais le nombre d’immigrés
n’a été aussi important. Jamais la menace
du communautarisme islamiste n’a été
aussi grande. Sur tous ces sujets, je ne
vois aucune réponse d’Emmanuel Macron. J’y lis plutôt ses faiblesses. Les portefeuilles se vident, les usines se démontent, les mosquées salafistes se
construisent. Emmanuel Macron ne
comprend pas l’inquiétude des retraités
et des classes moyennes qui n’ont jamais
payé autant d’impôts. Il ne comprend
pas l’inquiétude des Français qui se demandent s’ils vont devoir ou non renoncer à la France et à son identité. Je demande aux Français, en leur âme et
conscience : avez-vous le sentiment que
les réponses apportées par Emmanuel
Macron sont à la hauteur des enjeux ?
À vous écouter, il n’y aurait aucun
résultat positif ?
Bien sûr qu’il y a des résultats positifs ! Et
je n’ai aucun problème pour le dire. Tout
ce qui est positif pour la France, je le soutiendrai. J’ai voulu que l’opposition ne
soit ni bornée ni sectaire. Toutes les réformes qui seront faites ne seront plus à
faire ; tout le chemin qui aura été parcouru rendra la tâche plus facile. C’est
pour cette raison que j’ai apporté mon
soutien à la réforme de la SNCF et à la réforme du Code du travail.
A
Une partie de l’électorat de droite
semble être séduite par cette politique…
Certains électeurs de la droite et du centre ont le sentiment qu’Emmanuel
Macron fait ce que la droite n’a jamais osé
faire. Mais je ne redoute pas la comparaison. Regardez le bilan de Nicolas Sarkozy
après une année de mandat : la défiscalisation des heures supplémentaires, la
baisse des droits de succession, la baisse
du nombre de fonctionnaires, l’instauration des peines planchers.
Le rythme des réformes est soutenu.
Est-ce positif à vos yeux ?
C’est très révélateur. On a érigé en système une mécanique dans laquelle le bougisme sert d’écran de fumée. Avec à chaque fois une même tactique : le
gouvernement annonce une très grande
réforme qui va dans la bonne direction.
Puis l’annonce est suivie d’un long processus technique. À l’arrivée, la montagne accouche d’une souris mais déjà on a
annoncé une nouvelle montagne pour
que surtout que l’on ne regarde pas la
souris ! Prenez la réforme de la fonction
publique. Tout devait changer. Au final,
ils n’ont diminué que de 324 le nombre
de fonctionnaires dans un pays qui en
compte des millions ! Regardez la réforme de l’immigration. Les électeurs de
droite se sont pris à rêver à un vrai sursaut. Aujourd’hui, c’est tout le contraire
avec une réforme qui va sans doute dissimuler un plan de régularisation des clandestins en France. Regardez la police de
proximité : on nous avait annoncé le
grand soir avec le retour de l’autorité et
de la fermeté. À l’arrivée, Emmanuel
Macron a décidé de diviser par deux le
nombre de places de prison construites.
Quant à la réforme pénale, son objectif
est en réalité d’avoir moins de condamnations parce qu’il n’y a plus de places de
prison ! On croit rêver ! Il se joue une
grande partie de carnaval consistant à
Laurent Wauquiez,
président des Républicains,
en novembre à Paris.
F. BOUCHON/LE FIGARO
faire croire que le président fait, alors
qu’en réalité il esquive.
Emmanuel Macron a dit être entré
à l’Élysée par « effraction ».
C’est aussi votre sentiment ?
La formule est extraordinaire. S’il est entré par effraction, alors c’est dans un système dont il est le plus pur produit et la
plus parfaite incarnation. Il ne faut pas se
tromper. Contrairement à ce que beaucoup croient, Emmanuel Macron ne représente pas une rupture par rapport au
politiquement correct. Il en est le point
d’aboutissement : il explique que l’immigration est une chance pour la France,
il ne parle jamais de la famille, il est toujours dans la culture de la repentance.
Contrairement à ce
« que
beaucoup croient,
Emmanuel Macron
ne représente pas
une rupture par rapport
au politiquement
correct. Il en est le point
d’aboutissement
LAURENT WAUQUIEZ
»
crit bien : la façon dont Emmanuel Macron
traite les retraités. Au fond, pour lui, c’est
un paramètre macroéconomique. Il pratique comme un jeu de clientèles électorales, l’opposition entre les générations sans
comprendre que notre pays ne peut se
construire que dans le lien entre les générations. Moi, j’ai décidé de me libérer de
cela. Ma différence, c’est le Puy-en-Velay,
c’est la région Auvergne-Rhône-Alpes. Je
ne lis pas la France à travers des rapports,
ce que je vois, c’est la réalité crue et directe
de notre pays. Et je refuse de rester silencieux quand je vois la France se détricoter.
Comment voyez-vous ce voyage d’État
du président aux États-Unis ?
Je souhaite que cette visite soit un succès.
C’est important pour notre pays. Mais je
ne veux pas qu’on s’aveugle. Si on regarde les résultats : sur la Syrie, Donald
Trump a immédiatement démenti le
président. Sur la conférence sur le climat, il n’a pas bougé d’un centimètre.
Sur le nucléaire iranien, je crains que
nous n’ayons aucune influence. Le sujet,
ce n’est pas que l’on soit gentiment accueilli ni qu’on plante un chêne, c’est de
savoir si la France pèse. Or aujourd’hui,
la France ne pèse pas, ni à Washington,
ni à Bruxelles, ni à Berlin. De ce point de
Vous parliez d’un « système »,
n’en êtes-vous pas issu vous-même ?
Je connais très bien le moule de pensée qui
est celui de la technocratie et de la haute
fonction publique. Je vois parfaitement
l’entourage qu’Emmanuel Macron a
constitué autour de lui, composé de personnes à son image. Tous dans le même
moule. Et je connais parfaitement l’arrogance avec laquelle ces gens pensent tout
savoir alors qu’ils connaissent si peu le
pays. Il y a un exemple pour moi qui le dé-
vue, la prise de distance par rapport à la
Russie était une mauvaise décision.
Le président se rendra prochainement
en Nouvelle-Calédonie.
Quelle est la position de LR ?
Je demande que le président prenne,
avant le référendum, une position ferme
pour défendre l’appartenance de la Nouvelle-Calédonie à la France. Personne ne
comprendrait un silence présidentiel sur
une question comme celle-là.
Vous avez signé une tribune
dénonçant l’antisémitisme.
Le gouvernement y répond-il ?
Nous observons l’émergence toujours
plus forte d’un antisémitisme nourri par
l’intégrisme islamisme. Mais j’observe
qu’aucun membre du gouvernement ne
s’est associé à cette démarche et qu’Emmanuel Macron est extrêmement silencieux. Je ne sais pas si c’est du déni ou du
clientélisme. Dans les deux cas, c’est très
inquiétant. Il ne faut pas s’y tromper : les
Juifs sont ciblés et, avec eux, ce sont toutes les valeurs de la République qui sont
attaquées. ■
+
» Lire aussi PAGES 2, 3, 5 ET 14
« Le FN est une impasse. Personne ne l’a oublié »
LE FIGARO. – Appartenez-vous
à l’ancien monde et Emmanuel Macron
au nouveau ?
Laurent WAUQUIEZ. - Cette idée de
nouveau monde me fait sourire. Peu importe où on va, pour peu qu’on y aille ?
Peu importe ce qu’on fait, du moment
que c’est nouveau, c’est bien ? Si le nouveau monde, c’est renoncer à ce que
nous sommes, alors non merci. Si le
nouveau monde, c’est la perte des notions de respect et d’autorité, comme on
le voit à Notre-Dame-des-Landes, alors
non merci. Si le nouveau monde, c’est
renoncer à transmettre nos valeurs à nos
enfants, si c’est perdre le sens du travail,
si c’est achever de se soumettre face au
communautarisme, comme le fait
Christophe Castaner qui compare la
mantille catholique au voile islamique,
alors non merci. Si c’est ça le nouveau
monde, je le combattrai. Je ne crois pas
que ces valeurs soient démodées, je crois
exactement l’inverse. Jamais les valeurs
de la droite n’ont été aussi majoritaires
dans notre pays et jamais on n’a eu
autant besoin de ces valeurs. Un pays
comme le nôtre a besoin du manteau des
légendes de la nation. Il n’est pas uniquement une start-up nation.
Comment expliquez-vous alors
d’être si bas dans les sondages ?
Ah les sondages ! L’arbitre de toutes les
élégances en politique. Les sondages
ont remplacé les valeurs et les convictions. Si les sondages disaient juste,
Alain Juppé serait aujourd’hui président de la République et Emmanuel
Macron serait retourné à l’Inspection
générale des finances. Les sondages
sont la maladie du politique moderne
qui bouge au gré du vent qui fait tourner la girouette. C’est précisément dans
ces moments-là qu’on se construit.
C’est dans ces moments où les Français
vous observent. Je ne vais pas changer
de ligne ni de conviction. Je sais le cap
qui est le mien. Et c’est sur la durée que
les Français jugeront.
Vous ne regardez pas les sondages ?
Bien sûr que je les regarde, mais je ne
varie pas au gré des sondages. Il y a besoin de constance.
Ne payez-vous pas aussi la forme
de vos propos, comme à l’EM Lyon ?
Je préfère que les Français se disent
que j’ai le courage de dire ce que
beaucoup ont renoncé à voir, plutôt
qu’à être comme ces politiques qui
utilisent du papier de soie, qui emballent tout pour être sûr que personne ne
les comprend. Ce qui prime, c’est la
colonne vertébrale.
Des élus vous reprochent de tenir
le discours de l’extrême droite.
Même au sein de LR…
Regardez les positions d’Éric Ciotti, de
Valérie Pécresse, de Bruno Retailleau
sur l’asile et l’immigration. Elles sont
communes, et mon devoir, c’est de les
rassembler. Ce que je veux, c’est sortir
la droite de cette espèce de gangue : au
lieu de répondre aux problèmes des
Français, notre obsession, c’était de
marquer notre différence par rapport
au PS, à Emmanuel Macron ou au FN.
Tout comme je n’ai aucun problème à
soutenir les réformes qui vont dans le
bon sens, je ne vais pas cesser de dire
ce que je pense sur l’immigration parce
que je voudrais à tout prix marquer
une différence avec le FN. Ce qui m’intéresse, c’est que face aux problèmes
des Français, LR incarne une alternative. Mais il y a un point très clair : le FN
est une impasse. Personne ne l’a
oublié. Marine Le Pen a très clairement
montré son visage lors du débat de
l’entre-deux-tours.
Prônez-vous une union des droites ?
Non ! On a des valeurs et des visions de
la société différentes avec Marine Le
Pen. Je ne veux pas faire d’alliance avec
des gens dont je ne partage pas la vision, parce que ça n’aboutira à rien.
Mais vous n’entendez jamais dans ma
bouche des outrances ou des caricatures par rapport à ceux qui votent pour le
FN. Ce sont bien souvent des électeurs
de droite que nous avons écœurés et qui
se sont tournés vers le FN : ils trouvaient que la parole de la droite était
chevrotante. Je veux parler à ceux qui
nous ont dit : « vous nous avez trahis ».
Thierry Mariani peut-il rester
membre de LR ?
Je milite pour qu’il y ait toujours un
droit au débat. Il a le droit d’exprimer
des idées et des convictions mais sa ligne est minoritaire au sein de LR. J’ai
clairement dit qu’il n’y aurait pas d’alliance avec Marine Le Pen. S’il passe
aux actes, il n’appartiendra plus à LR. Il
le sait. Je lui redirai quand je le verrai. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR M. M.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
INTERNATIONAL
5
Trump et Macron se rapprochent sur l’Iran
Les discussions ont permis d’ouvrir la voie à un nouvel accord nucléaire, bien que des divergences subsistent.
taire d’abord envisagé, qui aurait permis
de préserver l’accord nucléaire original,
deviendrait un grand marchandage
comprenant quatre piliers, selon le président français : le nucléaire à court terme (déjà couvert par le JCPOA de 2015),
le nucléaire à long terme (éliminant les
« clauses crépusculaires » du JCPOA),
l’activité balistique de l’Iran et son interventionnisme régional. Les deux chefs
d’État ont convenu d’inclure dans ce
dernier volet « une solution pour la Syrie ». « Je veux retirer les troupes américaines de Syrie, a répété Donald Trump,
mais je ne veux pas donner à l’Iran un accès ouvert à la Méditerranée. »
En cas d’accord des autres Européens,
les Iraniens pourraient ainsi être mis en
demeure de quitter la Syrie dans le cadre
d’un règlement de paix global pour la région, « qui nous éviterait d’y revenir dans
quelques années », a dit Macron. S’y plieront-ils ? « S’ils nous menacent de quelque
façon que ce soit, ils paieront un prix comme peu de pays en ont jamais payé », a
menacé Trump.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
“
Les Iraniens ne vont
rien relancer du tout.
S’ils le font, croyez-moi,
ils auront des problèmes
encore plus sérieux qu’ils
n’en ont jamais eu
DONALD TRUMP
”
bres des deux gouvernements, élus du
Congrès –, d’invités de marque, de familles de soldats et d’élèves de l’école bilingue Maya Angelou du Maryland voisin.
Les premières dames étaient toutes deux
vêtues de blanc, crème pour Brigitte Macron, éclatant pour Melania Trump, coiffée d’un chapeau à larges bords qui a
compliqué les échanges de bises.
Soucieux de mettre à profit « l’honneur » de cette première visite d’État, le
président français a soigneusement calibré son message et n’en varie pas. Lundi,
à peine arrivé, il déclarait devant sa délégation à Blair House, la résidence des hôtes officiels : « Nos deux pays ont une histoire qui est enracinée l’une dans l’autre et
il y en a des preuves à chaque coin de rue.
C’est cela qu’il faut rappeler dans des moments où, parfois, les repères sont perdus
ou pourraient être abandonnés. Nous devons montrer comment nos deux pays
peuvent aider à résoudre les problèmes
contemporains. » Évoquant ses divergences avec Trump sur le climat, il les a relativisées mardi : « Nous pouvons ne pas
toujours être d’accord sur les solutions,
mais après tout, c’est le lot de toutes les familles, de toutes les amitiés. »
Par le biais des valeurs, Emmanuel
Macron met symboliquement la France
+
» Lire aussi l’analyse PAGE 15
Donald Trump et Emmanuel Macron plantent un chêne offert par le président français pour symboliser la force des relations entre Paris et Washington, lundi à la Maison-Blanche.
Emmanuel Macron sur Fox News. « C’est
tout ou rien, écrit Javad Zarif sur son
compte Twitter. Les dirigeants européens
doivent encourager Trump non seulement à
rester dans l’accord nucléaire, mais aussi,
ce qui est plus important, à commencer à
appliquer de bonne foi sa part du marché. »
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
Escalade verbale
MIDDLE EAST INSTITUTE
Mardi encore, un autre ténor iranien, le
général Ali Shamkhani, président du
Conseil suprême de la sécurité nationale,
a averti que cela ne devait pas se faire par
le paiement d’« une rançon » à Donald
Trump. En clair, Macron et les Européens
ne doivent pas céder aux exigences américaines sur une limitation de son programme de missiles balistiques ou de son
influence au Moyen-Orient. Ali Shamkhani a même évoqué un possible retrait
de l’Iran du traité de non-prolifération
nucléaire.
Mais que cache cette escalade verbale ?
« Les propos de Rohani et Zarif sont là pour
faire peur, décrypte l’ancien ambassadeur de France en Iran, François Nicoullaud, mais je ne suis pas certain que les
Iraniens mettent leurs menaces à exécu-
tion. Face à leurs opposants ultraconservateurs, ils sont un peu contraints de jouer
les épouvantails. Mais cet accord est leur
assurance-vie. Ils en rajoutent un peu,
mais ce sont eux qui ont peur. » Et ce fin
connaisseur de rappeler que cet accord
permet à l’Iran d’exporter deux fois plus
de pétrole qu’avant sa signature en 2015.
Ont-ils alors intérêt à en sortir ? Pas sûr.
Tout dépendra de la manière dont Donald
Trump, qui l’a de nouveau qualifié mardi
de « désastre », s’écartera de l’accord.
« Si les États-Unis en sortent mais n’appliquent pas les sanctions secondaires, ce
sera un moindre mal, explique François
Nicoullaud. Mais s’ils les appliquent et exigent des autres pays qu’ils cessent d’acheter du pétrole iranien, là, cela deviendra
plus compliqué. » Et dans ce cas, en Iran,
ce sera le triomphe des adversaires ultraconservateurs de MM. Rohani et Zarif.
Une chose paraît acquise : l’Iran n’acceptera pas de modifier l’accord. Pour
éviter d’avoir à gérer une période lourde
de dangers, les Européens ont proposé
des solutions. D’abord sur les dossiers
périphériques. Dans l’espoir d’amadouer
son « ami » Trump, Macron entend régu-
FRANÇOIS NICOULLAUD
ANCIEN AMBASSADEUR DE FRANCE EN IRAN
«
Face à leurs opposants ultraconservateurs, les dirigeants
iraniens sont un peu contraints de jouer les épouvantails.
Mais cet accord est leur assurance-vie. Ils en rajoutent
un peu, mais ce sont eux qui ont peur
»
ler l’activité balistique iranienne, une
menace sur l’Arabie saoudite et Israël,
dont les dirigeants respectifs sont proches du président américain. Sans aller
aussi loin que les États-Unis dans leur désir de « rogner les ailes » de l’Iran au
Moyen-Orient, la France ne cesse de dénoncer les « tentations hégémoniques » de
Téhéran en Irak, en Syrie et au Liban.
Français et Européens ont avancé dans la
rédaction d’engagements politiques assortis, éventuellement, de nouvelles
sanctions européennes pour le volet balistique, même si les membres de l’UE
sont encore divisés sur cette question.
Mais c’est sur l’accord nucléaire luimême que le travail est le plus difficile,
en particulier sur les « sunset clauses »
selon lesquelles certaines restrictions
aux activités nucléaires iraniennes tombent progressivement à partir de 2025.
« Nous voulons leur durcissement »,
confie au Figaro Anwar Gargash, le secrétaire d’État émirien aux Affaires
étrangères. Mais comment durcir un
texte sans impliquer ses autres signataires, la Chine, la Russie et l’Iran, qui ne
veulent pas y toucher ? Washington
voudrait « un accord complémentaire »
entre les États-Unis et les Européens.
« Cela pourrait être une déclaration politique », anticipe François Nicoullaud. Elle
pourrait être finalisée début mai. « Nous
pourrions avoir au moins un accord entre
nous très rapidement », a même affirmé
Donald Trump devant Emmanuel Macron à la Maison-Blanche. ■
EN BREF
Irak : la djihadiste
française Mélina
Boughedir rejugée
La Française Mélina Boughedir,
qui avait été condamnée
en première instance à sept
mois de prison pour « entrée
illégale » en Irak, va être
rejugée pour « terrorisme »,
selon une décision de la Cour
de cassation irakienne.
Son nouveau procès aura
lieu le 2 mai.
Allemagne : le port
de la kippa déconseillé
Le président du Conseil central
des juifs d’Allemagne
a « déconseillé » mardi
à ses coreligionnaires
de porter la kippa dans les rues
des grandes villes, après
une agression survenue en plein
Berlin qui a choqué le pays.
Inde : au moins 37 rebelles
maoïstes tués
Au moins 37 rebelles maoïstes
ont été tués ces derniers jours
par les forces de sécurité
indiennes dans le centre
du pays.Des commandos
ont mené ces derniers jours
une série de raids dans la jungle
de l’État du Maharashtra
contre des camps de la rébellion
maoïste, une guérilla active
depuis cinquante ans.
A
Sous pression, Téhéran menace de quitter l’accord nucléaire
IL EST MINUIT moins cinq pour sauver
l’accord nucléaire. En fins joueurs de poker, les responsables iraniens font monter
la pression, au moment où Emmanuel
Macron est en mission de sauvetage
auprès de Donald Trump. Dans un discours télévisé, le président modéré Hassan Rohani a menacé mardi son homologue américain de « graves conséquences »
s’il choisissait de « dénoncer » cet accord
le 12 mai. À cette date, si les signataires
européens – France, Grande-Bretagne et
Allemagne – n’ont pas trouvé le moyen
de durcir l’accord signé en 2015 par les
grandes puissances avec l’Iran pour l’empêcher de se doter de la bombe atomique,
le président américain, qui le juge trop
laxiste, pourrait rétablir les sanctions
contre Téhéran et se retirer du texte.
« L’Iran est prêt à toutes les options possibles », a ajouté Hassan Rohani, qui a lié
son destin politique à l’application d’un
accord ayant permis à l’Iran d’être réintégré dans le concert des nations. Quelles
sont ces options ? D’abord, relancer l’enrichissement d’uranium. Samedi, le chef
de la diplomatie iranienne, Javad Zarif,
principal architecte côté iranien de cet
accord, en a clairement brandi la menace
quand il a affirmé que son pays reprendrait « vigoureusement » l’enrichissement
si Washington rompait l’accord. Et Zarif
d’enfoncer le clou en soulignant qu’il n’y
avait « pas de plan B », comme l’a déclaré
sur un pied d’égalité avec les États-Unis,
cette « France dont on dit qu’elle a retrouvé l’optimisme qu’elle vous enviait parfois ». Il semble tenir l’unilatéralisme de
Donald Trump pour une simple posture.
« C’est ensemble que nous construirons un
nouveau multilatéralisme fort, défenseur
du pluralisme et de la démocratie, tandis
que se lèvent les vents mauvais », a-t-il
proclamé mardi devant son homologue.
Ces ambiguïtés sont présentées comme un des bénéfices de l’amitié, qui
autorise la franchise et même les désaccords. Cette amitié s’exprime à chaque
occasion de la visite d’État. Melania
Trump a mis les petits plats dans les
grands pour un dîner d’État, mardi soir, à
la fois chic et (relativement) intime :
130 couverts « seulement » dans la State
Dining Room, vaisselle d’or héritée des
Clinton et 1 200 branches de cerisiers en
fleurs pour embaumer les salons de la
Maison-Blanche. ■
JIM WATSON/AFP
DIPLOMATIE La pompe et les symboles
ont une double vertu : ils projettent
l’image publique d’une entente parfaite
et contribuent en privé à arrondir les angles. Telle est la partition d’une visite
d’État réussie, que les présidents américain et français ont suivie mardi sans
fausse note.
Il sera dit qu’aucun désaccord de fond
ne peut refroidir l’amitié effusive que se
témoignent Donald Trump et Emmanuel
Macron. Ils se font la bise – une première
pour le président américain avec un de
ses homologues –, se tiennent la main, se
donnent des accolades, s’étreignent, se
tapent dans le dos… « Il adore tenir ma
main », avait dit Trump au retour de sa
visite à Paris pour le 14 Juillet. Cette affection est dorénavant payée de retour :
« Notre amitié est un exemple pour le
monde depuis plus de deux siècles », a déclaré le chef de la Maison-Blanche devant ses hôtes français, exaltant « les liens
intemporels de l’histoire, de la culture et du
destin ». « L’époque exige d’être forts, at-il ajouté. Alors soyons forts, soyons
unis. » En réponse, le président français a
lui aussi invoqué « l’histoire » et « le destin », mais plutôt pour « résister ensemble
aux nationalismes agressifs niant notre
histoire et fracturant le monde ».
Les philosophies opposées défendues
par les deux hommes ont tendance à refaire surface dès qu’ils entrent dans le vif
des sujets. À l’amorce de leur tête-à-tête
dans le Bureau ovale, Donald Trump a
une nouvelle fois taillé en pièces le « terrible » accord nucléaire avec l’Iran (JCPOA), « qui n’aurait jamais dû être
conclu ». Évoquant la question de son
maintien, qui doit être tranchée à
Washington d’ici au 12 mai, Emmanuel
Macron a tempéré : « Nous avons un objectif commun, qui est d’éviter la prolifération nucléaire. La question est de savoir
quel est le meilleur chemin. » Le président
américain a cependant franchi un nouveau degré dans son hostilité, menaçant
pour la première fois Téhéran, qui envisagerait de reprendre son programme
nucléaire en cas de destruction de l’accord : « Ils ne vont rien relancer du tout.
S’ils le font, croyez-moi, ils auront des
problèmes encore plus sérieux qu’ils n’en
ont jamais eu. »
À l’issue de leurs discussions, cependant, les deux hommes ont semblé avoir
progressé vers un compromis, Trump
n’excluant pas « un accord rapide entre
nous » et indiquant qu’Emmanuel Macron avait « une assez bonne idée » de ce
qu’il déciderait le 12 mai. Depuis des
mois, les Européens (France, RoyaumeUni, Allemagne) négociaient avec les
Américains pour préserver un front uni
face aux Iraniens. L’accord complémen-
La journée avait débuté sous un ciel gris
par une cérémonie d’accueil du couple
Macron à la fois solennelle et colorée dans
les jardins de la Maison-Blanche. Quelque
500 soldats de toutes les armes ont rendu
les honneurs militaires, avec hymnes et
coups de canons, fifres et costumes
d’époque, devant un public au moins aussi nombreux, composé d’officiels – mem-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Après la tuerie de Toronto, la police cherche le mobile
Le chauffeur de la camionnette qui a fauché des passants au hasard a été inculpé, mardi, de dix meurtres avec préméditation.
LUDOVIC HIRTZMANN lhirtzmann@hotmail.com
MONTRÉAL
CANADA Qui est vraiment Alek Minassian, l’auteur de l’attaque meurtrière menée lundi à Toronto ? À cette question,
ainsi que sur les raisons de son acte, tant
la police de Toronto que les médias canadiens se sont gardés de tirer des conclusions hâtives. Le jeune homme de 25 ans
est originaire de Richmond Hill, dans le
nord de la Ville-Reine. Le chauffeur de la
camionnette qui a tué 10 piétons et en a
blessé 15 autres lors de sa course folle dans
le centre de Toronto a été inculpé mardi
pour dix meurtres avec préméditation.
Étudiant au Seneca College de North
York, dans le nord de Toronto, il est diplômé en développement de logiciels.
Selon un de ses camarades de classe, Joseph Pham, interrogé par le quotidien
canadien La Presse, Minassian « était légèrement étrange. Il s’exprimait très
bien, mais il parlait très lentement ». Et
d’ajouter : « Je supposais qu’il avait un
trouble social ou un trouble du développement. » Plusieurs étudiants ont ainsi
confirmé qu’Alek Minassian était un
élève intelligent, mais toujours en retrait par rapport à ses camarades. De là à
commettre un acte insensé, personne
parmi ses collègues ne s’en serait douté
un seul instant. « Il remettait des tra-
vaux de haute qualité », a précisé Joseph
Pham.
Minassian, diplômé en informatique à
la recherche d’un emploi, aurait ainsi
développé une application, Toronto
Green Parking Advisor, pour aider ses
compatriotes à trouver des places de
parking dans la Ville-Reine. Les différents services de police ont confirmé que
le Canadien ne possédait pas d’antécédents judiciaires, mais que ses motivations restaient à déterminer. Le ministre
de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a
déclaré que les événements dramatiques
de lundi « ne semblent pas être liés de
quelque façon que ce soit à une menace
pour la sécurité nationale ». Ce qui pour
l’instant exclurait toute appartenance du
suspect à une organisation terroriste. De
fait, les raisons du passage à l’acte de ce
jeune homme jusqu’ici jugé comme
tranquille demeurent encore très floues.
La piste d’une haine des femmes
Selon son profil publié sur différents réseaux sociaux, Alek Minassian a estimé
être un « célibataire involontaire ». Cette
situation serait causée, selon lui, par les
femmes qui auraient rejeté ses avances.
L’homme aurait ainsi évoqué sur sa page
Facebook, aujourd’hui fermée, une « révolution » des « célibataires involontaires ». La piste d’une haine des femmes,
due, selon Alek Minassian, à un rejet de
Londres tente
de rassurer
les Européens
sur l’après-Brexit
Le gouvernement organise des réunions
d’information pour les ressortissants de
l’UE angoissés sur leur avenir dans le pays.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
ROYAUME-UNI Anne Gabarre est arrivée à Londres à 18 ans, y a vécu quinze
ans avant de « s’expatrier » en France
pendant dix ans, puis de revenir en
Grande-Bretagne il y a sept ans. Pacsée
avec un Britannique, mère d’un garçon
qui a la double nationalité, elle a entrepris après le vote pour le Brexit les démarches pour obtenir un statut de résidente. Celui-ci lui a été refusé parce qu’il
lui manquait une assurance de santé privée et que son pacs (français) n’était pas
reconnu. Depuis, cette homéopathe se
sent en sursis dans son pays d’adoption.
« Je prends mes dispositions pour pouvoir
partir si l’environnement devient trop
horrible. Et je m’estime heureuse d’avoir le
choix de le faire », explique-t-elle.
Elle faisait partie d’une centaine de
Français, parmi les quelque 300 à
400 000 estimés à vivre dans le pays, invités par le ministère britannique de la
Sortie de l’Union européenne à une réunion sur leur futur statut après le Brexit,
lundi soir, à Londres. Pour tenter de calmer un vent de panique chez les citoyens
européens, le gouvernement a lancé cette série de rencontres par nationalité
pour chacun des 27 pays de l’UE concernés. Les diplomates européens ont eux
aussi eu droit à leur session d’information. L’inquiétude a monté d’un cran depuis qu’a éclaté le scandale de la « génération Windrush », des immigrés arrivés
des Antilles après la Seconde Guerre
mondiale, dont les enfants se retrouvent
“
Je prends mes
dispositions pour pouvoir
partir si l’environnement
devient trop horrible
”
ANNE GABARRE, FRANÇAISE INSTALLÉE
EN GRANDE-BRETAGNE
La ministre britannique de l’Intérieur, Amber Rudd (ici à Londres, mardi), a assuré que le
statut de résident serait aussi facile à obtenir qu’une carte de fidélité dans un magasin.
aujourd’hui poursuivis par les services
de l’immigration britannique et menacés
d’expulsion au motif qu’ils n’auraient
pas les preuves de leur présence légale
dans le pays. Theresa May s’est excusée
auprès d’eux et son gouvernement fait
son possible pour éteindre l’incendie.
Sans succès, à en croire l’angoisse palpable dans la communauté française.
« Ce qui arrive à la génération Windrush
nous pend au nez. Il y a déjà eu 5 300 expulsions d’Européens l’an dernier au prétexte de délits mineurs », met en garde
Véronique Martin, arrivée avec la première vague d’Erasmus en 1984, installée à Bath et mariée à un Anglais. Écrivain publiée en France, elle craint de ne
pas avoir les preuves requises d’activité
en Grande-Bretagne, comme des feuilles
de paie, pour obtenir le fameux statut de
résident (« settled status ») promis aux
Européens présents en Grande-Bretagne
au moment du Brexit.
La ministre de l’Intérieur, Amber
Rudd, a assuré qu’il serait aussi facile à
obtenir qu’une carte de fidélité dans un
magasin de mode. Selon le Home Office,
ces dernières envers sa personne, n’est
pas à négliger. Quelque temps avant le
drame, le tueur a rendu un hommage à
Elliot Rodger, l’auteur en 2014 de la tuerie
californienne misogyne d’Isla Vista, près
de Santa Barbara. Ce jeune Américain de
22 ans avait tué 6 personnes et en avait
blessé 14 autres, avant de se suicider. Il se
disait rejeté par les femmes. Si la piste
d’une motivation semblable à celle d’Isla
Vista se confirme, cela ne serait pas une
première au Canada. En 1989, un déséquilibré avait massacré 14 étudiantes de
l’École polytechnique de Montréal. Ce
drame a fortement traumatisé la population québécoise et est régulièrement
commémoré dans la Belle Province. ■
il suffira de prouver qu’on a payé des impôts ou reçu des prestations sociales au
Royaume-Uni depuis au moins cinq ans.
Ce qui n’est pas le cas de tout le monde.
À défaut, il faudra justifier de sa présence
au moyen de factures de téléphone ou de
relevés bancaires. Une attestation d’un
médecin voire celle d’un prêtre pourraient aussi être prises en compte. Le
système, en ligne, devrait être opérationnel pour les inscriptions volontaires
d’ici à la fin de l’année et deviendra obligatoire mi-2021, six mois après l’expiration de la période de transition après la
sortie de l’Union européenne.
« Il y a clairement des inquiétudes et
nous devons y répondre, déclare Robin
Walker, secrétaire d’État au ministère
du Brexit. Nous allons tirer les leçons du
passé. Le problème de la génération Windrush vient du fait que les gouvernements
de l’époque avaient décidé que les citoyens
concernés n’avaient pas besoin de papiers. Le système que nous mettons en
place est destiné à aider les gens à rester,
pas à mettre en cause leurs droits. » Dans
une sorte de « révolution culturelle », le
ministère de l’Intérieur se dit prêt à
considérer l’obtention des droits légitimes « par défaut », au lieu de traquer les
failles dans les dossiers de candidature,
comme c’est son habitude, pour réduire
les chiffres de l’immigration.
« Ils nous demandent de leur faire
confiance cette fois. Mais c’est très difficile. Rien ne dit que le statut ne sera pas
remis en cause par les gouvernements
suivants », réagit Paul Fossati, chercheur de 31 ans, à Londres depuis cinq
ans. Les autorités répondent que ces
droits seront sanctuarisés à la fois par la
législation locale et un traité international. Mais le scepticisme demeure sur la
sincérité des intentions, alors que le
gouvernement britannique, sous la
houlette de Theresa May, ministre de
l’Intérieur entre 2010 et 2016, avait délibérément décidé de créer un « environnement hostile » à l’immigration.
«Tant qu’ils ne reviennent pas sur cet
environnement hostile, je ne serai pas rassurée. Si l’Europe ne me protégeait pas, je
serais illégale, ici, dans une situation très
précaire », estime Véronique Martin. ■
+
» Lire aussi PAGE 19
Le sort de Puigdemont suspendu au financement
de son référendum pour l’indépendance catalane
La justice allemande étudie ses comptes de campagne afin d’établir s’il existe des preuves d’un détournement de fonds publics.
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
A
1
MADRID
ESPAGNE « Suivez l’argent. » C’était la
recommandation de la source anonyme
aux journalistes qui enquêtaient sur le
scandale du Watergate, selon la célèbre
réplique du film Les Hommes du président. C’est aujourd’hui la piste qu’emprunte le juge Pablo Llarena, en charge à
la Cour suprême espagnole de l’instruction du dossier indépendantiste catalan.
Le 5 avril, le tribunal de SchleswigHolstein a refusé de lui remettre le président destitué de la région, Carles Puigdemont, pour un délit de rébellion.
L’application de cette figure pénale fait
l’objet d’une controverse entre pénalistes espagnols, car elle suppose l’existence d’actes de violence que l’on peine à
identifier dans cette affaire. Mais il reste
une cartouche à la justice espagnole :
dans le cadre du mandat d’arrêt européen, les magistrats allemands doivent
encore décider de livrer ou non Puigdemont pour malversation, un délit passible de prison (la durée de la peine est
comprise entre six et douze ans).
En « suivant l’argent », Llarena
compte bien les convaincre. Son instruction s’appuie sur un rapport de la
Garde civile, qui chiffre à 1,9 million
d’euros le coût du scrutin et verse aux
dossiers diverses factures : envoi des
cartes d’électeur (980 000 euros), spots
télévisés (500 000 euros), rémunération
des « observateurs internationaux »
(200 000 euros), achat des bulletins de
vote et des enveloppes (150 000 euros)…
Mais le juge instructeur ne s’attendait
sans doute pas à affronter un adversaire
improbable : le ministre des Finances
du très unioniste gouvernement de Mariano Rajoy. Dans un entretien au quotidien El Mundo, Cristóbal Montoro a
1,9
million d’euros
Le coût du référendum
pour l’indépendance catalane,
selon un rapport de la Garde civile
déclaré : « Je ne sais pas comment les urnes du 1er octobre ont été financées. Mais
je sais qu’elles ne l’ont pas été par de
l’argent public. » Alors que les juges allemands demandent des précisions à
Llarena sur les soupçons de malversation, les déclarations de Montoro font
désordre. Le magistrat a exigé des explications du ministre.
Les points de vue, apparemment irréconciliables, de Montoro et de Llarena
« ne sont pas nécessairement incompatibles », considère Joan Marcet, professeur de sciences politiques à l’Université
autonome de Barcelone. Le ministre
exerce depuis septembre 2017 un
contrôle exhaustif sur les comptes de
l’administration catalane. En affirmant
que, d’un point de vue comptable,
aucune ligne du budget catalan ne correspond à aucune facture liée au scrutin, « Montoro cherche à se protéger et à
protéger son gouvernement : il dit qu’il a
rempli son devoir de supervision ». Llarena et les agents, de leur côté, veulent
établir le coût du référendum et sa prise
en charge par le gouvernement régional, même partielle ou encore par des
moyens détournés. « De quelle manière ?
Par quelle voie alternative ? C’est ce que
doivent encore démontrer l’instruction et
le parquet », indique le politologue.
En attendant, le désaccord technique
vire à la polémique politique. Grand ri-
val du Parti populaire (PP, droite) de
Rajoy, la formation anti-indépendantiste Ciudadanos (C’s, centre) transforme la crise catalane en moteur de ses
ambitions électorales, encouragée par
des sondages qui la hissent en tête des
préférences des Espagnols. Mardi, un
porte-parole du parti a accusé le gouvernement de « protéger les putschistes
sécessionnistes ». Dans les éditoriaux
des journaux et lors des débats télévisés, les propos de Montoro sont critiqués, en particulier par les analystes
conservateurs d’habitude plus indulgents avec le gouvernement. Le quotidien El País qualifie le comportement
du ministre d’« impardonnable » et
s’indigne : « Le gouvernement, qui s’est
systématiquement déchargé sur la justice
du poids de la gestion du défi indépendantiste (…), effectue des déclarations
qui confondent et entravent le travail des
magistrats. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
SOCIÉTÉ
7
Notre-Dame-des-Landes :
Matignon se pose en arbitre
Après le dépôt de 28 projets agricoles, Édouard Philippe pourrait fixer un ultimatum aux autres zadistes.
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
AMÉNAGEMENT Avec la patience d’un
artificier intervenant sur un engin à
haute fragmentation, les autorités
continuent à déminer pas à pas le dossier
de Notre-Dame-des-Landes. Une nouvelle étape en faveur d’une normalisation vient d’être franchie avec le dépôt,
avant la date butoir de lundi dernier, de
28 projets agricoles individuels bien
identifiés. « Il s’agit là d’une vraie avancée car, jusqu’ici, nos interlocuteurs ne
voulaient pas porter de projets nominatifs,
confie au Figaro Nicole Klein, préfète de
Loire-Atlantique. Voyant que l’État est
ferme et constant sur ses positions, ils ont
bougé et fait la démarche dans le bon sens.
L’essentiel était de voir ceux qui sont légitimes à rester. »
Parmi les dossiers déposés, quinze sont
en particulier jugés « structurants, cohérents et portés par des personnes tout à fait
crédibles » qui ont des formations d’ingénieurs agronomes ou sont titulaires de
brevets techniques de responsables agricoles. Concernant une superficie totale
de 219 hectares, les projets portent sur la
culture des céréales, de plantes médicinales et aromatiques, sur la création de
vergers, l’élevage de vaches allaitantes
ou encore sur l’héliciculture, c’est-à-dire la production d’escargots. « Il convient
de rappeler que chacune de ces déclarations de projet ne crée pas de droits et que
le processus de régularisation ne fait que
commencer », a martelé la préfète qui
prévient que le « diagnostic prendra du
temps ». De fait, avant d’être validés, les
dossiers passeront le 29 mai prochain
sous les fourches caudines d’un comité
professionnel présidé par la chambre
d’agriculture puis, le 6 juin, devant un
comité de pilotage ad hoc réunissant en
préfecture responsables du monde paysan et élus, dont les six maires dont les
emprises communales sont concernées.
Geste supplémentaire
d’apaisement
Alors que l’État gère les projets agricoles,
charge à ces édiles de considérer, au cas
par cas, les treize autres requêtes d’activités dites « artisanales et de distribution » formulées par des occupants de la
ZAD et visant pêle-mêle à la construction
d’une bibliothèque, d’une amicale sportive, d’une crèche, d’une cantine collective, d’une conserverie ou encore d’un
club de musique « hip-hop ». La signature mardi de conventions d’occupation
précaire avec quatre agriculteurs « his-
toriques » de la ZAD est conçue comme
un geste supplémentaire d’apaisement
susceptible de faire école.
«Nous avons pratiqué la politique de la
main tendue mais ceux qui ne sont pas
dans les clous n’auront pas vocation à rester », prévient une source gouvernementale. La première phase d’expulsions, qui s’est soldée par la destruction
de 29 des 97 squats et autres « lieux de
vie » de la ZAD, pourrait être suivie
d’une nouvelle opération d’évacuation.
Sur le site de Notre-Dame-des-Landes,
entre 1 800 et 2 000 gendarmes continuent leur mission de « contrôle de
zone ». Essuyant toujours des jets de
projectiles, notamment au lieu-dit la
Chèvrerie, ils attendent un éventuel feu
vert de l’autorité politique pour déloger
les plus virulents des quelque 300 à 600
zadistes recensés sur zone.
Devant la sensibilité de la situation, Matignon reprend la main pour arbitrer,
comme il l’a fait au moment de l’abandon
du projet d’aéroport en janvier dernier.
Dès ce mercredi vers 17 heures, le premier
ministre Édouard Philippe présidera une
réunion de ministres dont l’hôte de Beauvau, Gérard Collomb, mais aussi ses homologues Nicolas Hulot et Nicole Belloubet, respectivement en charge de
l’Environnement et de la Justice. À l’issue
de cet échange au sommet, le chef du gouvernement pourrait fixer un cap et une
échéance au-delà de laquelle l’autorité de
l’État ne saurait être remise en cause. Une
chose est acquise : il sera difficile de maintenir bien longtemps autant de forces de
l’ordre à Notre-Dame-des-Landes alors
que des besoins de sécurité vont les appeler
à travers le pays en prévision des manifestations, festives ou non, de mai prochain. ■
FRANCK DUBRAY/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
Quatre agriculteurs
« historiques » expropriés
de leur ferme
à Notre-Dame-des-Landes
ont signé, mardi,
une convention d’occupation
précaire de leur bien.
ÉDOUARD DE MARESCHAL
£@edemareschal
ENVOYÉ SPÉCIAL À NOTRE-DAME-DES-LANDES
CE SONT des parcelles qui représentent
en tout un peu plus de 90 hectares, soit
un peu moins de 10 % des 1 420 hectares de l’ex-ZAD de Notre-Dame-desLandes. Mais dans un avenir proche,
elles pourraient cristalliser les tensions
entre les zadistes, qui les occupent, et
les agriculteurs expulsés, qui demandent à en récupérer l’exploitation. Car
maintenant que le projet d’aéroport est
abandonné, qui va récupérer ces terres ? Les zadistes estiment qu’elles ont
vocation à intégrer le projet collectif
qu’ils défendent. Mais ces quelques
agriculteurs ne l’entendent pas ainsi.
Pour faire entendre leur voix, ils ont
créé l’Amelza, l’Association pour le
maintien des exploitations légales sur
l’ancienne zone aéroportuaire.
Pourtant, leur initiative est loin de
faire l’unanimité, même chez les agriculteurs locaux. « Maintenant que le
projet est abandonné, ils voudraient le
beurre et l’argent du beurre », estime
l’un d’entre eux. « Ils oublient généralement de préciser qu’ils ont été indemnisés par Vinci pour quitter ces terres.
Ils ont aussi eu la priorité pour reprendre d’autres exploitations vacantes afin
de compenser leur perte. Quand on accepte les termes d’un contrat, il faut le
faire jusqu’au bout. » Si la régularisation des quatre agriculteurs qualifiés
d’opposants historiques fait consensus, c’est parce qu’ils ont toujours refusé leur expulsion, et ils n’ont jamais
accepté les compensations qui allaient
avec. Ce qui n’est donc pas le cas des
agriculteurs de l’Amelza. Mais dans
leur combat pour maintenir leurs
droits sur ces terres, ils peuvent
compter sur le soutien de la chambre
d’agriculture de Loire-Atlantique. « Il
a toujours été dit que dans la redistribution des terres, la priorité serait donnée
aux historiques », fait valoir son président Jacques Lemaître. « Avant leur
expulsion, tous les agriculteurs de
l’Amelza exploitaient légalement ces
terres. Ils n’étaient pas là par hasard !
Et maintenant, on voudrait donner ces
terres à des personnes extérieures ? Elles n’ont pas de statut, pas de formation, on ne sait pas si leurs troupeaux
sont vaccinés… Et la préfète va valider
tout ça ? Mais on se moque de qui ? »
“
Et maintenant,
on voudrait donner
ces terres à des personnes
extérieures ? Elles
n’ont pas de statut,
pas de formation...
”
JACQUES LEMAÎTRE, PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE
D’AGRICULTURE DE LOIRE-ATLANTIQUE
Un état des lieux des exploitations a
été commandé lors du premier comité
de pilotage, réuni fin mars par la préfecture de Loire-Atlantique pour réfléchir à l’avenir de la ZAD de NotreDame-des-Landes. Confié à la
chambre d’agriculture, ce recensement doit être terminé le 6 juin prochain, date du prochain comité de pilotage. Mais déjà, il cristallise les
tensions. « La chambre veut reprendre
la main sur le dossier de la répartition
des terres », estime Sylvain Fresneau,
l’un des agriculteurs régularisés. Il représente l’Adeca, l’association historique d’opposition au projet d’aéroport.
Avec d’autres structures associatives
comme Copains 44, il milite pour favoriser l’installation de nouveaux
agriculteurs, plutôt que l’agrandissement d’acteurs déjà installés. « Il faut
comparer la situation actuelle avec celle
qui prévalait avant la déclaration d’utilité publique de 2008. Si certaines fermes ont eu l’opportunité de récupérer
des terres à l’extérieur de la ZAD, on ne
veut pas qu’elles en conservent encore
plus à l’intérieur. »
L’État poursuit ses efforts pour normaliser la situation à Notre-Damedes-Landes, quitte à permettre l’installation durable de zadistes qui
présentent des projets agricoles crédibles. Aujourd’hui, 80 % de la zone –
soit 900 hectares — sont exploités
dans un cadre légal : 600 hectares font
déjà l’objet de conventions d’occupation précaire (COP) signés avec des
agriculteurs du secteur. À cela s’ajoutent les 300 hectares de terres exploitées par les quatre agriculteurs opposants historiques qui viennent d’être
régularisés. En enlevant les bois, le
bâti et les emprises routières, il reste
270 hectares de terres exploitables
susceptibles d’accueillir les projets
agricoles déposés par les zadistes.
Mais à terme, le conflit entre ces derniers et les exploitants déjà installés
pourrait s’étendre. « La légitimité de
tous les agriculteurs qui ont continué à
exploiter leurs terres après avoir accepté les conditions de leur expulsion se
pose tout autant », prévient-on chez
les zadistes. ■
Nicolas Forissier : la ZAD
est « un test pour Macron »
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
« C’EST le premier des tests pour le président de la République et pour le premier
ministre. » Alors que cette semaine s’annonce périlleuse pour le gouvernement
sur le dossier de la ZAD de Notre-Damedes-Landes, Nicolas Forissier, député LR
de l’Indre, avertit : « Si l’État ne rétablit
pas l’ordre d’une part et l’équité d’autre
part, les Français le jugeront très mal. »
« Je ne suis pas contre des projets
d’agriculture alternatifs mais dans des règles qui s’appliquent à tout le monde »,
précise l’élu, invité mardi du « Talk Le
Figaro ». Et de pointer l’injustice qu’il y
aurait à laisser « des gens s’installer sans
droit ni titre sur des territoires agricoles
avec une vague feuille de papier alors que
d’autres agriculteurs, ailleurs en France,
doivent remplir des dossiers énormes pour
justifier qu’ils ont accès au foncier ».
Ne regrette-t-il pas l’abandon de la
construction de l’aéroport ? Le gouvernement « a eu raison de trancher », salue-til. « Je suis plutôt favorable à ce qu’on utilise les plateformes existantes. Y compris
celle de Châteauroux dans l’Indre. On a des
aéroports dans ce Grand Ouest qui sont totalement sous-utilisés. » De manière plus
globale, il faut « reconquérir nos territoires », préconise celui qui fut secrétaire
d’État à l’Agriculture sous Jean-Pierre
Raffarin. Surtout à l’heure où la fracture
territoriale est « en train de devenir vraiment réelle ».
Voit-il dans un Emmanuel Macron un
« président des villes » ? Même si le député
reconnaît au président « une volonté d’aller
de l’avant », il déplore « une logique de personnage de métropole et d’élite parisienne »
qui « donne le sentiment qu’il ne fait pas
confiance à la ruralité et aux territoires ».
Baisse des dotations, « mépris » à
l’égard des élus locaux, engagements non
tenus envers les conseils régionaux, baisse
des contrats aidés « qui ont semé la pagaille à la rentrée scolaire », hausse du diesel, limitation à 80 km « imposée d’en haut
sans aucune concertation »... Nicolas Forissier dénonce « une série de gestes qui
ont brutalisé la province ». Au-delà, il s’inquiète de l’absence de « stratégie de reconquête du territoire ». Une stratégie qui
passerait notamment par « un effort majeur sur le numérique » pour permettre au
monde rural, et à la province en général,
« de basculer vers l’avenir » et pour « lui
donner toutes les chances possibles d’être
aussi accueillant que les grandes villes ».
Mais pour ce, la France doit « sortir de la
logique des métropoles ». ■
NICOLAS FORISSIER, hier, dans le
studio du Figaro. J.-C. MARMARA /LE FIGARO
A
Les 90 hectares de la discorde
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Terrorisme : les supermarchés mobilisés
Depuis le drame de Trèbes, les professionnels étudient les réponses à apporter en cas de nouvelles attaques.
tives sont proposées, mais comme elles
sont plus chères, elles sont souvent retoquées », confie un expert de l’Union des
entreprises de sécurité privée (USP).
Concrètement, puisque les récentes affaires ont montré que les victimes d’attaques terroristes pouvaient se réfugier
dans les chambres froides des magasins,
des propositions sont formulées pour
mieux sécuriser ces zones de repli, à
l’instar des panic rooms installées dans
certains logements luxueux.
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
SÉCURITÉ La tuerie du Super U de Trèbes, dans l’Aude, le 23 mars dernier,
aiguillonne la réflexion des professionnels de la sûreté en France. Les grandes
surfaces sont-elles suffisamment armées pour faire face à cette menace qui
n’est pas nouvelle ? Le 9 janvier 2015,
déjà, l’attaque islamiste contre l’Hyper
Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, avait causé la mort de quatre innocents et fait cinq blessés.
Au fil des événements, les meilleurs
experts réunis au sein du Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE)
tentent d’affiner les stratégies, mais « il
n’y a pas de recette miracle », assure Jo
Querry, figure de l’Antigang et ancien
patron de l’Unité de coordination de la
lutte antiterroriste (Uclat). Selon lui,
« force est de constater que chaque attaque a sa propre logique. Des personnes
ont été tuées pour avoir tenté de quitter les
lieux pris pour cibles, d’autres ont été piégées sur place. Il n’y a pas de règle générale et absolue. Ce sont les circonstances
qui commandent. »
Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, le gouvernement avait lancé une campagne de sensibilisation pour
mieux préparer les citoyens à ce type
d’attentats. Une fiche sur la meilleure
manière de « réagir en cas d’attaque terroriste » donnait pour instruction de
« s’échapper, se cacher (si possible) et
d’alerter » les autorités. Les opérateurs
privés ont parallèlement déployé des
moyens importants pour sécuriser leurs
commerces, les salles de spectacles, les
stades. « Jamais la demande de sécurité
n’a été aussi forte dans le secteur », assure
le criminologue Alain Bauer. Elle pullule
même, tant l’ingénierie en matière de
sûreté des installations accueillant du
public s’est développée ces dernières années. « Avec une multiplicité d’intervenants, plus ou moins inspirés ou qualifiés,
d’ailleurs », reconnaît-on place Beauvau.
« Continuum de sécurité »
Des gendarmes du PSIG (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) participent à un exercice antiterroriste,
dans un magasin, le 30 mai 2016 à Échillais, en Charente-Maritime. X. LEOTY/AFP
Un haut responsable à la direction
générale de la police nationale l’assure :
« Si, dans le milieu aérien, les contraintes de la sûreté renforcée ont fini par être
acceptées, elles restent délicates à intégrer dans le secteur de la distribution,
par exemple : les grandes surfaces redoutent qu’un contrôle trop tatillon ne
dissuade la clientèle de venir faire ses
courses. L’équilibre n’est pas simple à
trouver. »
Un préfet très au fait des questions de
sécurité le dit, pour sa part : « Vous
pouvez mettre autant de vigiles que vous
voulez à fouiller les sacs à l’entrée d’un
magasin, si une poignée de fanatiques
armés de kalachnikovs entre à force
ouverte dans une galerie commerciale,
rien ne pourra la stopper dans les premières minutes les plus meurtrières. »
Selon lui, « même des agents armés, anciens militaires ou ex-policiers, comme à
Disneyland Paris, n’auraient que peu de
chance face à la puissance de feu des armes de guerre. » L’armement des privés
est exceptionnel en France et ceux qui
y ont accès cultivent plutôt la discrétion. Ainsi le service de la sécurité portuaire du port du Havre qui emploie
134 agents assermentés.
Concernant les établissements commerciaux accueillant un large public, le
Pr Bauer l’affirme : « Les enseignes ont
lourdement investi dans la lutte contre le
vol, les dispositifs électroniques, mais finalement assez peu dans la sûreté humaine. » Il faut repenser, selon lui, le
concept de sûreté dans les magasins, ne
pas se contenter d’appuyer sur le bouton
police en attendant la cavalerie. Car les
temps d’intervention, même raccourcis
à 20 minutes en principe, après le redéploiement des unités spécialisées sous
Bernard Cazeneuve en 2016, sont toujours trop longs. « Des réponses qualita-
Un rapport sénatorial préconise
une meilleure gestion des loups en France
Le nombre d’animaux victimes du prédateur a été multiplié par plus de quatre en dix ans. Un groupe
de parlementaires avance des propositions pour éviter que la situation ne dégénère sur le terrain.
cats d’exploitants agricoles) en charge du
dossier, lui-même éleveur dans le Cantal.
Les agriculteurs doivent avoir le droit de
défendre leur troupeau. Tout loup qui attaque un troupeau doit pouvoir être prélevé. »
A
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
RURALITÉ La cohabitation devient de
plus en plus difficile entre les loups et les
éleveurs, notamment dans les alpages et
le Massif central. Les chiffres parlent
d’eux-mêmes. En dix ans, le nombre
d’animaux d’élevage victimes du loup,
principalement des moutons mais aussi
des chèvres ou des vaches, a été multiplié
par plus de quatre. On dénombre, en
2017, 3 192 attaques indemnisées et
11 741 bêtes tuées. Dans la même période,
la population lupine de l’Hexagone est
devenue quatre fois plus importante. On
compte officiellement près de 360 loups
désormais présents dans 846 communes
réparties dans 33 départements, plus
seulement en montagne mais en plaine
également.
« Les loups perdent la crainte de l’homme, qui ne les menace pas. La moitié des
attaques se déroule en journée et en majorité sur des troupeaux protégés, de plus en
plus fréquemment dans les vallées et les
plaines, parfois très proches des routes et
des habitations », dénonce l’Union pour
la sauvegarde des activités pastorales et
rurales, qui regroupe l’ensemble des syndicats agricoles.
Une situation tellement délicate que le
Sénat s’est emparé du sujet. La commission de l’aménagement du territoire,
présidée par le centriste Hervé Maurey, a
adopté un rapport la semaine dernière
sur le sujet intitulé « Défendre un pastoralisme au service de la biodiversité ».
Dans ce document de près de 70 pages,
les sénateurs alertent les pouvoirs publics
sur la situation alarmante des éleveurs et
avancent une quinzaine de propositions
afin d’éviter que la situation ne dégénère
sur le terrain. « Nous ne voulons pas remettre en cause la présence du loup, espèce
protégée dans notre pays depuis 1989,
prévient d’emblée l’auteur du document,
Croissance exponentielle
Un loup dans une forêt du Queyras, dans les Hautes-Alpes.
Cyril Pellevat, président du groupe
d’études « montagne » (LR) et élu en
Haute-Savoie. Nous voulons apporter une
réponse pragmatique, prospective et respectueuse de l’ensemble des points de vue
sur ce sujet épineux. »
MACARTHUR/BIOSPHOTO
Sur le terrain, les éleveurs qui ont subi
les attaques s’impatientent. « La situation
actuelle est très préoccupante pour l’avenir
de notre modèle pastoral, explique Patrick
Bénézit, secrétaire général adjoint à la
FNSEA (Fédération nationale des syndi-
Rassemblement lundi à Pau contre
la réintroduction de l’ours dans le Béarn
Un collectif de six associations
d’agriculteurs, d’éleveurs,
de défenseurs de l’identité pyrénéenne
et du développement durable s’est
donné rendez-vous lundi 30 avril
devant la préfecture de Pau. Ces
personnes veulent manifester leur
colère contre la volonté du ministre
de la Transition écologique, Nicolas
Hulot, de réintroduire deux oursonnes
dans le Béarn et plus précisément
dans la vallée d’Aspe dès cet automne.
« La cohabitation entre l’ours et les
éleveurs de moutons n’est pas possible,
prévient Olivier Maurin, porte-parole
du collectif, lui-même éleveur
de brebis. Il s’agit d’un prédateur qui
a ruiné l’agriculture en Ariège. Nous
ne voulons pas subir le même sort alors
que nous avons réalisé de nombreux
efforts en faveur de la biodiversité.
De nombreux jeunes paysans
s’installent dans la vallée. Ce serait
dommage de les décourager et les faire
partir. Nous lutterons jusqu’au bout
comme nous l’avons déjà fait à quatre
reprises entre 2001 et 2016 contre
le retour de l’ours chez nous. »
E. L. C.
Effectivement, malgré des prélèvements
dix fois supérieurs à ceux de 2007, - l’an
dernier 40 loups ont été tués après des arrêtés préfectoraux -, la croissance du
mammifère est exponentielle. « L’objectif
du plan loup adopté le 19 février dernier par
le gouvernement, avec pour ambition
500 animaux, est largement atteint, indique Thierry Coste, conseiller politique à
l’ONCFS (Office national de la chasse et de
la faune sauvage). Nous sommes plus près
des 700 loups que des 360 car la richesse
cynégétique de nos territoires est très importante tout comme la densité des troupeaux de moutons. ».
Une politique dont le coût d’indemnisation des éleveurs est de plus en plus élevé.
« Il avoisine 40 millions d’euros en 2017.
C’est de l’argent pris sur le budget européen
qui pourrait servir à aider des productions
en difficultés plutôt qu’à fragiliser des élevages existants. L’État protège mieux le loup
que les éleveurs », déplore Patrick Bénézit.
Afin d’améliorer le sort des victimes,
les sénateurs préconisent de « reconnaître
aux éleveurs un droit de légitime défense
pour protéger leurs troupeaux en situation
d’attaque ». Les sages proposent aussi
d’« envoyer un signal fort sur le soutien au
pastoralisme en inscrivant de nouveaux
principes au Code de l’environnement ».
Enfin, ils appellent à « refondre le système
d’indemnisation des éleveurs à un niveau
législatif en y intégrant l’indemnisation des
chiens de protection, pour assurer la rapidité des paiements ainsi que la juste reconnaissance des préjudices subis ». Elle est
loin l’époque où le loup était l’ennemi numéro un du pays, pour les urbains comme
les ruraux ! ■
Les procédures d’évacuation des personnels pourraient aussi être revues,
avec création de sorties de secours.
« Au Bataclan, les issues étaient d’un seul
côté, ce qui a contribué à augmenter le
nombre de victimes contraintes de traverser la pièce pour fuir », rappelle un
connaisseur du dossier. La circulation
du public au sein des magasins pourrait
aussi être repensée. Bien souvent, elle
est principalement dictée par le souci
d’inscrire le client dans un parcours
d’achat qui le canalise sans échappatoire possible.
Ancien patron du Raid nouvellement
député LaREM de Seine-et-Marne,
Jean-Michel Fauvergue s’est vu confier,
le 5 février dernier, par Gérard Collomb, avec sa collègue de la Drôme, Alice Thourot, une mission sur le « continuum de sécurité ». Objectif : donner
plus de place aux acteurs privés dans le
cadre de partenariats avec les forces de
l’ordre. « Nous sommes à l’aube d’une
nouvelle ère pour la sécurité globale »,
assure le ministre de l’Intérieur.
« En Espagne, les privés sont placés
sous l’autorité d’une sous-direction de la
police nationale », rappelle le commissaire Fauvergue. Son rapport, qui sortira
d’ici à la mi-juillet, ira forcément vers
un rôle accru de la sécurité privée, sous
le contrôle renforcé des services de l’État
qui ne peuvent plus tout traiter à eux
seuls. Le contexte terroriste en France a
sérieusement fait bouger les lignes. ■
ZOOM
Jawad Bendaoud
en garde à vue pour
menaces de mort
Jawad Bendaoud, logeur
de deux djihadistes des attentats
du 13 Novembre, a été placé en
garde à vue au commissariat de
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)
pour menaces de mort sur son
ex-compagne. Jawad Bendaoud,
31 ans, avait été relaxé
en février par le tribunal
correctionnel de Paris
pour « recel de malfaiteurs
terroristes ». Il sera rejugé
car le parquet, qui avait requis
quatre ans de prison ferme
à son encontre, a fait appel
de cette relaxe. Le procès de
ce délinquant multirécidiviste,
à Paris, avait été marqué par
ses déclarations fantasques
et autres coups d’éclat.
EN BREF
Un collège nommé
Arnaud-Beltrame, malgré
l’opposition de parents
Un collège qui doit ouvrir
ses portes en septembre
à Pégomas (Alpes-Maritimes)
portera le nom du colonel
Arnaud Beltrame, et ce malgré
l’opposition de parents d’élèves.
Ces derniers craignent que leurs
enfants deviennent ainsi des cibles
potentielles du terrorisme.
La SNCF dénonce un
« sabotage » dans l’Aisne
La SNCF a annoncé avoir porté
plainte mardi après le « sabotage »
d’un train de fret belge
dans l’Aisne, constaté tôt
dans la matinée après l’éclatement
de pétards sur la voie.
Maîtresse giflée : peine
ramenée à un mois en appel
Une mère de famille, condamnée
en mars à un an de prison ferme
à Roanne (Loire) pour avoir giflé
la maîtresse de sa fille, a été remise
en liberté après avoir vu sa peine
fortement réduite en appel.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
SCIENCES
9
ZOOM
Les fourmis
explosives
se font
kamikazes
Scientifiques et ONG
demandent un moratoire
sur des fongicides
Une fourmi
explosive
en position
défensive prête
à faire éclater
son abdomen.
Les spécialistes continuent de débattre
par publications scientifiques interposées sur la
possibilité de fabriquer des neurones à l’âge adulte.
ANNE PRIGENT
NEUROLOGIE Est-ce qu’un cerveau adulte
continue à produire de nouveaux neurones ? Deux études récentes apportent des
réponses contradictoires à cette question
qui agite le monde scientifique depuis des
décennies. La première, publiée en mars
dans la revue Nature, montre, en analysant post-mortem le cerveau de personnes à tout âge de la vie, que la neurogenèse
s’interrompt après l’âge de 13 ans dans
l’hippocampe. Cette étude a douché l’enthousiasme des chercheurs qui, depuis
une vingtaine d’années, accumulent les
preuves de l’existence de la fabrication de
neurones tout au long de la vie dans deux
zones du cerveau : l’hippocampe, qui
joue un rôle important dans la formation
des souvenirs et la gestion des émotions,
et le striatum, zone associée aux systèmes
de la récompense et de la motivation.
La seconde, parue dans la revue Cell
Stem Cell en avril, conclut, à l’inverse, que
les personnes âgées fabriqueraient autant
de nouveaux neurones que des plus jeunes. Assiste-t-on à une nouvelle controverse dont le monde scientifique raffole ?
« La controverse est saine en science, qui est
l’art du questionnement. Et apporter une
réponse, c’est souvent soulever plusieurs
nouvelles questions », explique le Pr Pierre-Marie Lledo, directeur du département
de neuroscience à l’Institut Pasteur et au
CNRS et l’un des spécialistes mondiaux de
la neurogenèse.
Il faut dire que la notion de neurogenèse
efficace tout au long de la vie est plutôt récente. Depuis les années 1910, le dogme
posé par Santiago Ramon y Casal, Prix Nobel de médecine en 1906, voulait que nous
naissions avec un stock définitif de neurones. Après un début de remise en cause
dans les années 1950, puis 1980, il faudra
HALTE AUX
DOULEURS
attendre la fin des années 1990 pour que
des études chez l’homme apportent la
preuve d’une neurogenèse tardive chez
l’homme. « Il est encore difficile pour certains d’admettre que le cerveau continue à
intégrer de nouveaux neurones. Leur principal argument étant qu’il est difficile de
stocker de l’information en produisant de
nouveaux neurones. Or, ces nouveaux neurones sont fabriqués dans des zones importantes, comme l’hippocampe, mais qui ne
sont sans doute pas le lieu de stockage de la
mémoire », explique Pierre-Marie Lledo.
SP ORT :
Am él i o r er
s a l o ng év i t é
g r â c e à l’a c t i v i t é
p hys i q ue.
Le jeûne en question
Pour le spécialiste, les travaux menés actuellement par son équipe pourraient expliquer ces derniers résultats contradictoires. En effet, l’analyse de facteurs
sanguins suggère que ce processus de neurogenèse peut-être accéléré ou ralenti selon notre style de vie. « La neurogenèse
varie en fonction de l’activité métabolique et
physique du sujet », affirme-t-il. Ainsi, une
souris soumise à une restriction calorique
verrait sa prolifération de neurones multipliée par trois ou quatre. De la même
façon, ces facteurs sanguins diminuent
naturellement avec l’âge, mais peuvent à
nouveau s’exprimer lorsqu’on pratique
une activité physique…
La quête de l’identification de la molécule sanguine responsable des effets rajeunissants a conduit l’équipe de Pierre-Marie Lledo à identifier le GDF11 comme
facteur régénérant produit lors du jeûne
ou d’une activité physique, comme il
l’écrit dans Le Cerveau, la machine et l’humain (Odile Jacob).
En attendant que le débat scientifique
soit définitivement tranché, il est toujours
possible de prendre soin de ses neurones,
jeunes ou pas. Comment ? En évitant la
routine, en bougeant ou encore en évitant
le stress et les psychotropes. ■
Un militaire américain blessé
en Afghanistan a bénéficié
de la première greffe mondiale
de verge et de scrotum. Il aura
fallu quatorze heures aux neuf
chirurgiens plastiques et deux
chirurgiens urologues pour
transplanter ces tissus prélevés
sur un donneur décédé. Le jeune
vétéran devrait pouvoir uriner
dans quelques semaines, et ses
fonctions sexuelles devraient
être restaurées d’ici à six mois.
Il s’agit de la 3e greffe totale de
pénis depuis 2014 dans le monde.
P SY C HO :
L es m ét ho d es
p o ur s ur v i v r e
à u ne v i e ul t r a
c o nnec t ée.
avril - mai - juin
6,90
LE FIGARO SANTÉ VOUS APPORTE CHAQUE TRIMESTRE CONSEILS ET EXPERTISES POUR UNE MEILLEURE SANTÉ.
EN VENTE ACTUELLEMENT
chez tous les marchands de journaux et sur www.figarostore.fr
A
Les neurones
se renouvellent-ils ?
Première greffe de pénis
et de scrotum au monde
réalisée aux États-Unis
EA
U
Ces fourmis explosives vivent en Asie
du Sud-Est, Bornéo, Thaïlande et au
Brunei. Elles logent principalement
dans des nids situés dans les arbres des
forêts tropicales. Dans ces nids, la reine
est entourée d’ouvrières de deux types.
EN BREF
V
”
ALAIN FRAVAL, ENTOMOLOGISTE À L’INRA
de fourmis sort et bouche les entrées du
nid de l’extérieur, puis meurt de froid. »
Les C. explodens vivent dans des cavités de troncs ou de branches mortes
d’arbres tropicaux, comme le shorea,
qui peut mesurer 60 mètres de hauteur.
La colonie de fourmis peut s’établir du
niveau du sol jusqu’à la canopée. Elle
peut compter plusieurs milliers d’individus et son aire d’influence est estimée
à 2 500 m2. Les fourmis sont très actives
pendant la journée, entre 9 heures et
18 heures Les ouvrières minors montent
la garde à l’entrée du nid, contrôlant par
un toucher d’antennes ceux qui sortent
et ceux qui rentrent. Certains de leurs
comportements restent mystérieux
comme leur occupation sur les feuilles
où elles semblent « brouter » et « ruminer » ou faire le ménage minutieux du
limbe des feuilles.
Les chercheurs ont eu la chance
d’observer des mâles et des femelles
ailées lors de la période d’accouplement. Dans nos régions tempérées, cela
a lieu en été, avec un pic en août.
Partout dans le monde, les femelles
ainsi fécondées pourront devenir des
reines, perdre leurs ailes et fonder des
fourmilières. ■
U
“
Ce suicide altruiste
au bénéfice de leurs
congénères est un
phénomène rare chez
les insectes, et en général
chez les animaux
Les ouvrières majors sont plus grandes
que les minors. Les majors, à la grosse
tête en forme de bouchon, sont aussi appelés « portiers » car elles peuvent obturer l’entrée du nid. Les minors sont
munies de deux glandes mandibulaires
surdimensionnées (plusieurs fois la
taille d’une fourmi normale) qui vont de
la tête à l’abdomen et qui sont remplies
d’une substance gluante et toxique d’un
jaune brillant.
Quand la fourmi est acculée par une
fourmi attaquante (d’une autre espèce)
ou un autre arthropode, elle contracte
brutalement ses muscles et relève verticalement son abdomen ce qui entraîne
sa rupture ainsi que celles des glandes.
La glu est vaporisée est éjectée sur le ou
les assaillants, autre espèce de fourmi ou
autre arthropode.
« Ce suicide altruiste au bénéfice de
leurs congénères est un phénomène rare
chez les insectes, et en général chez les
animaux, reconnaît Alain Fraval, entomologiste à l’Inra. Outre ces fourmis, on
connaît un termite, Globitermes sulphureus, dont les soldats ont le même comportement. L’altruisme poussé jusqu’au
suicide a été observé également chez
Forelius pusillus : chaque soir, un groupe
O
ENTOMOLOGIE On connaissait celles
qui font des ponts ou des radeaux de
sauvetage, celles qui ramassent les blessées sur le champ de bataille, celles qui
prodiguent des soins médicaux. Voici
celles qui sont prêtes à donner leur vie,
en dernier ressort, pour défendre les
congénères de leur colonie (phénomène
d’autothyse). Et ce, d’une façon spectaculaire : elles font exploser leur abdomen en projetant un liquide jaune
gluant qui va neutraliser leur adversaire
(les deux meurent). D’où leur nom de
fourmis explosives, ou de fourmis
kamikazes, même si leur sacrifice est
altruiste et uniquement défensif.
Une équipe internationale menée par
Alice Laciny du Muséum d’histoire naturelle de Vienne (Autriche), avec ses
collègues de l’université Darussalam du
Brunei et du Muséum d’histoire naturelle de Thaïlande à Pathum Thani, a décrit
toutes les formes du groupe de fourmis
explosives Colobopsis cylindrica (COCY)
avec une étude poussée de la fourmi
Colobopsis explodens, choisie, parmi les
quinze espèces décrites, comme animal
modèle car on a réussi à l’élever. L’étude
fournie une description taxonomique
complète, une étude de son comportement, de sa biologie, de son ADN et la
réalisation de nids artificiels. Avec de
plus une première observation d’un
mâle et de son rite nuptial (travaux publiés dans la revue ZooKeys). « Ces fourmis sont vraiment très réactives, raconte
Alice Laciny. Il nous est arrivé une fois de
trop nous rapprocher du nid artificiel,
certaines ouvrières se sont fait exploser. »
N
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
ALEXEY KOPCHINSKIY
Pour défendre leurs colonies,
elles font exploser leur abdomen
pour tuer leur adversaire.
Dix jours après une tribune
dans Libération de scientifiques
français de l’Inra, de l’Inserm,
du CNRS, de l’APHP et de
l’université Paris-Descartes,
l’ONG Générations futures a
demandé hier à l’Anses (Agence
nationale de sécurité sanitaire de
l’alimentation) de « suspendre
immédiatement les autorisations
de mise sur le marché de produits
contenant du boscalide et autres
SDHI ». Il s’agit de pesticides qui
inhibent une enzyme, largement
utilisés dans l’agriculture pour
détruire des champignons
dans les cultures de céréales et
de fruits. Mais, selon un article
scientifique, publié le 27 mars
dans bioRxiv par des experts
français, des maladies graves
(désordres neurologiques chez
l’enfant, tumeurs à la tête et au
cou, prédisposition aux cancers
des reins et intestinaux)
seraient liées à l’usage intensif
de ces molécules. La boscalide
est autorisée depuis 2008
en Europe jusqu’au 31 juillet
prochain. De son côté, l’Anses
vient de mettre en place
un « groupe d’experts dédiés ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
10
SPORT
Il y a 50 ans, la révolution tennis
En avril 1968,
les amateurs
et les professionnels
étaient autorisés
à participer aux
mêmes tournois.
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
TENNIS En Angleterre, le 22 avril 1968,
sur… terre battue, le tennis voit fleurir sa
révolution. Pour la première fois, les
joueurs professionnels sont autorisés à se
mêler aux amateurs le temps d’une
épreuve majeure à Bournemouth (tournoi oublié aujourd’hui, mais coté à
l’époque), à 150 kilomètres de Londres.
Dans le tableau sont épinglés les figures
Ken Rosewall, Rod Laver, Roy Emerson
ou Pancho Gonzales. La bande-annonce
de British Pathé grésille, « l’événement a
permis une avancée, le plus important
n’est pas le statut mais le jeu », accompagnant les images en noir et blanc du
premier tournoi de l’ère open.
Avant cette date, le tennis défendait
l’esprit, le prestige, fonctionnait comme
une entreprise non commerciale défrayant les joueurs amateurs qui avaient
le droit de participer à tous les tournois
prestigieux. Un sésame refusé aux
joueurs ayant opté pour le statut professionnel (dès 1926) privés des épreuves
majeures et de la Coupe Davis. Bill Tilden, la légende américaine des années
1920, écrivait en 1948 dans sa biographie,
My Story : «Si le tennis veut s’accomplir, il
doit trouver une solution à la plaie entre
professionnels et amateurs qui existe depuis de nombreuses années. La seule solution serait une compétition unique avec
non seulement quelques-uns des meilleurs
joueurs mondiaux, mais tous. Le public
veut voir les meilleurs. Peu importe qu’ils
soient amateurs ou professionnels. »
Quarante ans de schisme
Pierre Barthes a, avec Laver, Rosewall,
Santana et cie, fait partie de ces « Handsome Eight » (« les huit magnifiques »)
qui se produisaient notamment lors de
lucratives tournées américaines. La Fédération anglaise a, dès 1960, proposé
une motion à la Fédération internationale pour mettre un terme à la distinction
entre amateurs et professionnels. Et il a
seulement manqué cinq votes pour
Rod Laver à Wimbledon en 1971. L’Australien
réalisa deux Grands Chelems pendant sa carrière,
le premier en 1962, avec le statut d’amateur ;
le second en 1969, avec celui de professionnel.
CENTRAL PRESS/AFP
qu’elle passe rappelle le site de l’ATP. En
1967, Wimbledon entrouvrait la porte
avec trois jours de compétition réservée
à huit joueurs (Laver, Rosewall, Gonzalez…), le public avait répondu présent. Le
succès populaire a convaincu que l’histoire était en marche. Place de la
Concorde à Paris, le 30 mars 1968, 86 représentants de 47 pays votaient à l’unanimité pour 12 tournois open dans 8
pays. Après plus de quarante ans de
schisme, amateurs et professionnels
pouvaient en découdre.
À Bournemouth, pour la première.
« C’était un moment unique, un de ceux
au cours desquels vous réalisez très clairement que le sport ne sera plus jamais le
même. C’était la première fois, et il était
hors de question que je rate ça. Je ne voulais pas être la tête d’affiche, mais je voulais en être. C’était en Angleterre, et
quand vous commencez à dire Angleterre,
vous dîtes également Wimbledon », a,
dans le New York Times, rappelé Rod Laver. L’Australien, symbole d’un tennis
coupé en deux. Passé professionnel
après avoir réalisé le Grand Chelem en
1962, le légendaire gaucher au jeu de velours n’avait plus été autorisé à s’aligner
sur les tournois du Grand Chelem en-
Caroline Garcia élimine Maria Sharapova
Grande absente de la demi-finale
de Fed Cup perdue par la France contre
les États-Unis, Caroline Garcia a soigné
son entrée à Stuttgart. La n° 7 mondiale
a, pour la première fois de sa carrière
(après quatre défaites), battu 3-6, 7-6
(8/6), 6-4 en 2 h 45, Maria Sharapova,
l’ancienne n° 1 mondiale (aujourd’hui
41e). La Française a résisté aux 17 aces
et 39 coups gagnants de sa rivale
pour signer une victoire de prestige
et se relancer après des éliminations
prématurées à Miami et Charleston.
En 8es de finale, la n° 1 française
a rendez-vous avec l’Ukrainienne
Marta Kostyuk, issue des qualifications
(15 ans, 158e mondiale). À Barcelone,
Gilles Simon a, lui, éliminé le Biélorusse
Ilya Ivashka 6-2, 6-3 au 1er tour.
Il croisera le Bulgare Grigor Dimitrov
(n° 5 mondial), récent demi-finaliste
J.-J. E.
à Monte-Carlo.
conjointe des joueurs et des tournois,
l’Association des joueurs professionnels
(ATP) pour gérer le circuit professionnel. Le classement ATP naissant, lui, le
23 août 1973 (le premier no 1 mondial
s’appelant Ilie Nastase; 25 joueurs ont
depuis occupé la place). Björn Borg, son
mystère, son jeu, son bandeau, ses couronnes, son sang-froid, commençait à
fasciner. Le duel Jimmy Connors-John
McEnroe allait mettre le feu aux poudres. Le tennis était prêt à basculer dans
une autre dimension. Les droits télévisuels allaient exploser, les dotations
s’envoler (43,61 millions d’euros pour le
dernier US Open, le tournoi le plus rémunérateur de la planète tennis), la parité s’exercer dans les tournois du Grand
Chelem, le jeu se mondialiser, retrouver
sa place aux JO (1988).
Si la Coupe Davis est un chef-d’œuvre
en péril, les tournois du Grand Chelem
demeurent les piliers du jeu. Bournemouth aura été le point de départ de
l’ère open à partir de laquelle ont démarré les statistiques qui font de Roger
Federer le recordman presque tout terrain. Dimanche, un match commémorant le premier tournoi de l’ère open
réunira au West Hants Club de Bournemouth Tim Henman (ancien no 4 mondial) et Mark Cox… ■
tre 1963 et 1968. En 1969, il réalisera de
nouveau le Grand Chelem. Grand écart
fabuleux. Comparable à celui de l’Italien
Gino Bartali vainqueur du Tour de France cycliste en 1938 et en 1948.
Explosion des droits télévisuels
Sur les courts, les portes ouvertes ont
dessiné un nouvel environnement, mettant un terme aux circuits parallèles.
Lobbying, loi du marché et bon sens ont
fini par avoir raison d’un pan d’histoire
et de la dichotomie. 1 000 livres récompensèrent le lauréat du tournoi masculin
de Bournemouth (Ken Rosewall),
300 livres, la joueuse victorieuse (Virginia Wade). Mark Cox, leader du tennis
britannique, demi-finaliste de Wimbledon en 1966 (il avait alors reçu un bon
d’achat de 10 livres) s’inscrivait comme
le premier amateur à battre un professionnel, lorsqu’il domina Pancho Gonzalez, ce qui lui valut de faire le une des
journaux. Pour lui, l’ère open mettait fin
à une certaine hypocrisie, comme il l’a
confié au Daily Mail : «Nous savions tous
que les Américains et les Italiens payaient
leurs joueurs pour jouer en Coupe Davis,
qui était considérée comme aussi importante que les Grands Chelems. »
Dans la foulée des débuts de l’ère
Open, était créée, en 1972, sous l’action
EN BREF
Bayern : retrouver les sommets européens
JO 2024 : une piscine
finalement démontable ?
Le club de Ribéry défie le double champion d’Europe madrilène en demi-finale de Ligue des champions.
A
FOOTBALL Outre-Rhin, le suspense n’existe plus depuis bien longtemps. Comme depuis six ans maintenant, le Bayern Munich
est officiellement sacré champion d’Allemagne à l’arrivée du printemps, et le Meisterschale, le trophée national, rejoint de
nouveau la Bavière où il prolonge son bail
d’un an supplémentaire. À l’image du PSG
en Ligue 1, les joueurs du FCB écrasent tout
sur leur passage en Bundesliga. Mais depuis quelques années, la marche est un peu
plus haute en Europe.
Depuis leur sacre en 2013, les Bavarois
ont enchaîné les revers à l’échelle continentale. Toujours contre des équipes espagnoles: face au Real Madrid en 2014, contre
Barcelone l’année suivante puis face à l’Atlético en 2016, à chaque fois en demi-finale. La saison dernière, leur route s’est arrêtée dès les quarts, toujours face au Real…
On l’aura compris, les équipes hispaniques
ne réussissent pas au Bayern Munich. Ce
mercredi (20 h 45, beIN), les sextuples
champions d’Allemagne en titre tenteront
de conjurer ce mauvais sort en demi-finale. Ils étaient tout près d’y parvenir l’an
passé, emmenant même les Madrilènes en
prolongation (3-3). Mais un arbitrage défavorable et, surtout, un Cristiano Ronaldo
impitoyable, auteur d’un triplé ce jour-là,
étaient venus condamner tous les espoirs
munichois (6-3). « Il a toujours existé dans
le foot des joueurs exceptionnels et il est,
avec Messi, le meilleur joueur du monde, admet Jupp Heynckes, le technicien allemand. Il a souvent été décisif, mais j’estime
que les qualités globales de l’équipe sont
aussi importantes, et j’espère qu’il ne sera
pas forcément dans un grand jour contre
nous. » Compter sur une défaillance du
quintuple Ballon d’or serait bien mal
connaître le Portugais. En 10 matchs de Ligue des champions cette saison, CR7 a déjà
inscrit 15 buts. Heureusement pour Jupp
Heynckes, son équipe est sûre de sa force.
Léger accent français
Titré depuis le 8 avril dernier et une énième
victoire sur le terrain d’Augsbourg, les Bavarois n’avaient pourtant pas très bien démarré leur saison, au point d’être devancés
en Bundesliga par le Borussia Dortmund et
Hoffenheim à la fin septembre. La lourde
défaite concédée au Parc des Princes face
au PSG le 27 septembre venait mettre fin à
la mission de Carlo Ancelotti sur le banc
munichois. Quelques jours plus tard, Jupp
Heynckes est venu prendre les commandes de l’équipe qui retrouvait du même
coup un nouvel allant. Depuis cette prise
de fonction, le Bayern a remporté le championnat, la Coupe d’Allemagne et ne s’est
incliné qu’à deux reprises en 40 rencontres
toutes compétitions confondues. Emmenée par un super Robert Lewandowski,
auteur de 39 buts, l’attaque bavaroise est la
3e plus prolifique d’Europe. 84 buts marqués en 31 matchs de championnat pour
cette armada offensive au léger accent
français (Corentin Tolisso, Kingsley Coman et Franck Ribéry en ont inscrit 12 à
eux trois). De quoi arriver confiant face aux
Merengue. « Quand tu es double tenant du
titre, c’est clair que tu es favori. Mais ça ne
veut pas dire qu’ils vont nous battre, a prévenu Lewandowski. Si le Real commet des
erreurs, il faudra en profiter. Et si nous
jouons notre jeu, il peut se retrouver en difficulté. » Le Bayern le sait, il ne devra pas
faire de complexe dans cette finale avant
l’heure entre ces deux géants d’Europe. ■
PATRIK STOLLARZ/AFP
PIERRE-ANTOINE MICHEL £@pierrantoineM
Auteur de 39 buts cette saison, l’attaquant du Bayern Robert Lewandowski est félicité
par ses partenaires après avoir marqué contre le Bayer Leverkusen, le 17 avril dernier.
Real : un troisième sacre consécutif en
Ligue des champions pour sauver la saison
Le Real Madrid, qui a d’ores et déjà
perdu la Liga et la Coupe d’Espagne, n’a
plus que la Ligue des champions pour
sauver sa saison. Mais s’ils éliminent
le Bayern, les Madrilènes seront aux
portes de records fabuleux : devenir
les premiers à gagner trois fois de suite
la C1 dans sa formule moderne,
et remporter la tant attendue
« decimotercera », la treizième de leur
histoire. La dernière équipe à avoir
soulevé trois fois de suite la Coupe aux
grandes oreilles est… le Bayern Munich
de Franz Beckenbauer et Gerd Müller
(1974-75-76). « Nous allons nous
battre jusqu’à la mort pour défendre
notre titre », a promis Zinédine Zidane,
qui n’a encore jamais été vaincu
en Ligue des champions en tant
qu’entraîneur. Le coach français
dispose de son effectif au grand
complet et a emmené à Munich
pas moins de… 24 joueurs,
dont Karim Benzema.
Élément important de l’héritage
des Jeux olympiques de Paris
2024, le centre aquatique prévu à
côté du Stade de France va-t-il
finalement devenir un
équipement démontable ? Alors
qu’un premier rapport avait alerté
sur un possible dépassement du
coût de construction, une autre
note interne, dont Le Parisien a eu
connaissance, prévoit un déficit
d’exploitation annuel au cours des
quinze prochaines années évalué
à environ 1,5 M€. Construire une
piscine démontable après les Jeux
permettrait d’éviter ces dérapages
mais priverait la natation française
d’un équipement qu’elle attend
depuis des dizaines d’années.
Voile : déjà des écarts et un
abandon sur la Transat AG2R
La descente le long des côtes
ibériques s’est effectuée mardi
à rythme soutenu pour les figaristes
de la Transat AG2R La Mondiale
emmenés par le duo SimonLagravière. Un premier écart s’est
déjà formé entre les trois premiers
couples et le reste de la flotte. Les
tenants du titre Tabarly-Chabagny
concédaient ainsi 16 milles
de retard mardi après-midi.
Premier abandon sur la course
avec le tandem Guillou-Cloarec,
ce dernier souffrant du dos.
Rugby : Habana se retire
Bryan Habana, ailier de Toulon
et champion du monde avec
l’Afrique du Sud en 2007,
a annoncé la fin de sa carrière,
à 34 ans, en raison d’une blessure
à un genou qui l’empêche de jouer
depuis un an.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
par téléphone
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux
14 boulevard Haussmann,
75009 Paris,
sur notre site :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
24 € jusqu'à 25 lignes
22 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
27 € jusqu'à 25 lignes
25 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
nous consulter
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
naissances
M. et Mme Claude OHANA
ont la joie d'annoncer
la naissance de leur petite-fille
Ella
Grande tristesse
dans la communauté
juive algéroise de Paris.
Le grand rabbin de France
M. Haïm Korsia,
le grand rabbin de Paris
M. Michel Gugenheim,
le rabbin Salomon Malka,
le président
du Consistoire de Paris,
M. Joël Mergui,
le président,
Sam Attia,
le comité administratif de la
synagogue Berith-Chalom
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Gabriel ALLIEL
vice-président
de Berith-Chalom,
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu à Toulouse,
le dimanche 22 avril 2018.
L'inhumation aura lieu
ce mercredi 25 avril 2018,
à 14 heures, au cimetière
parisien de Pantin.
Un hommage ainsi que
la lecture des psaumes
ont débuté le mardi 24 avril,
à partir de 16 heures, jusqu'au
mercredi 25 avril, à 14 heures
sans interruption
au funérarium de Pantin,
28, avenue
du Cimetière-Parisien
de Pantin.
Les prières auront lieu
à la synagogue Berith-Chalom,
18, rue Saint-Lazare,
75009 Paris,
01 48 78 45 32.
sœur de Shirel, chez
David et Joanna OHANA
le 11 mars 2018.
Marie Chabanel,
Pauline et Romain Durrand,
Madeleine et Melchior,
communications
54e Opération D'Entraide
Régionale (ODER)
au profit des personnes
âgées, handicapées
et des familles en difficulté.
Ramassage gratuit
le dimanche 6 mai 2018,
à Paris et en banlieue.
Sur rendez-vous à prendre
à partir du jeudi 5 avril,
des bénévoles passeront
chez vous enlever :
antiquités, bibelots, meubles,
vêtements, chaussures, jouets,
tapis, tableaux, vaisselle, vélos,
appareils multimédias,
bricolage, électroménager,
disques, livres,
matériel de jardin et de sport,
maroquinerie, puériculture,
tout objet utilisable,
qui sera vendu à la grande
brocante d'entraide
à Montmorency (Val-d'Oise)
à l'Ascension
- le jeudi 10 mai
de 9 heures à 18 h 30,
- le samedi 12 mai
et le dimanche 13 mai
de 10 heures à 18 h 30.
Pierre et Marie-France
Chabanel,
leurs enfants et petits-enfants,
Leur différence d'âge
est désormais effacée,
seul reste l'amour.
En union avec
Mme Rosine Gallissot (†),
son épouse,
Mme Jean-Paul Lavénière,
née Martine Fournier,
son épouse,
Paris. Saint-Malo.
Mme Fabienne Mondoloni,
sa fille,
M. Gilles Mondolini,
son gendre,
Estelle et Inès Mondoloni,
ses petites-filles,
Cynthia et Valéry Lion,
Alexia et Damien Tardy,
Thibaut et Marina Lavénière,
ses enfants,
Stéphane Demarquette,
son fils,
Maximilien, Marie-Espérance,
Stanislas,
ses petits-enfants,
les familles Demarquette,
Lioult, Canneva
font part du rappel à Dieu de
Yvette DEMARQUETTE
née Lioult,
veuve de
Paul-Louis Demarquette
inspecteur général honoraire
de la Banque de France,
chevalier
de la Légion d'honneur,
croix de guerre 1939-1945,
chevalier des Arts et Lettres,
le 13 avril 2018,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-de-Chaillot,
à Paris (16e),
le vendredi 27 avril 2018,
à 10 h 30.
9 bis, rue de Boulainvilliers,
75016 Paris.
Dominique Dairaine-Chabanel
ont la tristesse
de faire part du décès de
Jean-René CHABANEL
ingénieur général
du génie rural, des eaux
et des forêts,
ont la douleur
de vous faire part
du retour à Dieu de
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Philippe GALLISSOT
le 22 avril 2018,
dans sa 84e année.
La bénédiction aura lieu
à la Maison médicale
Jeanne Garnier, Paris (15e),
le jeudi 26 avril 2018,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
à Samois (Seine-et-Marne).
La famille remercie
les médecins
de l'Institut Curie,
le docteur
Bernard de Honnaville,
ainsi que le personnel
de la Maison médicale
Jeanne Garnier,
pour leurs soins
et leur entier dévouement.
Danièle Féron,
son épouse,
Danièle Caste,
sa sœur,
Frédérique et Emmanuel
Valentin,
Stéphane Féron
et Christianne Longpré,
ses enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
ont la tristesse
de faire part du décès de
survenu le 22 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-François-Xavier,
12, place
du Président-Mithouard,
à Paris (7e),
le vendredi 27 avril 2018,
à 10 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. Fernand GARRIGUES
Saint-Pair-sur-Mer (Manche).
Asnières-sur-Seine
(Hauts-de-Seine).
Bertrand et Laurent Kerzrého
ont la douleur de vous
faire part du décès de leur père
Yves KERZRÉHO
survenu le 22 avril 2018.
Catherine, Nathalie, Caroline,
ses filles,
ODER
12 bis, avenue Victor-Hugo,
95160 Montmorency,
téléphone : 01 39 64 39 87
ou 01 39 64 52 46,
site : www.oder95.com
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Christian DELCLAUX
ancien directeur chez
Pernod-Ricard,
survenu dans sa 88e année.
deuils
Un dernier hommage
lui sera rendu le vendredi
27 avril 2018, à 15 h 30,
au cimetière parisien de Pantin.
La Ferté-Imbault
(Loir-et-Cher).
Mme Elisabeth Calame,
son épouse,
Mme Claude Vernier,
sa sœur,
toute sa famille
ont le regret
de vous faire part du décès de
M. François CALAME
survenu à Orléans,
le 19 avril 2018.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Michèle Frémont
et Philippe Mazereau,
Bernadette Durand,
Philippe et Nicole Frémont,
Sylvie Frémont,
Guillaume et Géraldine
Frémont,
Jean-Pierre et Anne Frémont,
Frédérique Frémont
et Bertrand Guillo,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
M. Henri Guinaudeau,
son frère,
toute la famille et les amis
Camille Dossot,
son épouse,
Gisèle Colloc'h,
sa sœur,
ses neveu et nièces,
la famille Léonard
ont la douleur
de vous faire part du décès de
ont la tristesse d'annoncer
le décès, le 22 avril 2018,
à l'âge de 89 ans, du
docteur François DOSSOT
La messe d'adieu sera célébrée
le vendredi 27 avril, à 10 h 30,
en l'église de La Ferté-Imbault.
Condoléances sur registres.
Ni fleurs ni couronnes.
Dons possibles pour
la recherche sur le cancer.
Hermanville-sur-Mer.
stomatologue.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 2 mai,
à 10 h 30, en l'église
de l'Immaculée Conception
de Boulogne-Billancourt.
4, rue Paul-Couderc,
92330 Sceaux.
Colette FRÉMONT
née Guinaudeau,
survenu à Caen, le 20 avril 2018,
dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 27 avril,
à 13 h 30, en l'église
d'Hermanville-sur-Mer.
M. et Mme Patrice Boursault,
ses enfants,
M. et Mme Dimitri Boursault,
M. Benjamin Boursault,
ses petits-enfants,
Quitterie, Stanislas et Sibylle,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 27 avril 2018,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Compassion,
place du Général-Kœnig,
Paris (17e).
Augustin et Ludivine Le Conte,
Gonzague et Bérénice Le Conte,
Apolline Le Conte
et son fiancé Angelo Barberio,
ses enfants,
Alban, Philippine, Thaïs
et Lancelot,
ses petits-enfants,
font part du rappel à Dieu de
M. Didier LE CONTE
le dimanche 22 avril 2018,
muni des sacrements
de l'Église.
e
Saint-Mandé (Val-de-Marne).
Pierre et Lily Laguerre,
Françoise et Didier Panthou (†),
Jacques et Christine Laguerre,
Odile Laguerre,
Philippe et Greta Laguerre,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
les familles Barneix, Rontein,
parents et alliés
ont la douleur
de faire part du décès de
Marie LAGUERRE
survenu le 22 avril 2018,
à l'âge de 99 ans,
à Rueil-Malmaison, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Louis,
23, rue Céline-Robert,
à Vincennes (Val-de-Marne),
le vendredi 27 avril 2018,
à 10 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière Nord
de Saint-Mandé.
ont la tristesse
de faire part du décès de
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Christine LUCHAIRE
survenu le 19 avril 2018,
à Paris, à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 27 avril,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
Paris (16e).
Yvette Pezet,
son épouse,
Eric et Anne,
Nathalie,
Xavier,
ses enfants,
Louise, Julie, Henri,
ses petits-enfants,
et toute la famille
Mme Didier Le Conte,
née Agnès Dufaure de Lajarte,
son épouse,
59, quai Branly,
75007 Paris.
Paris (9 ).
L'inhumation aura lieu dans
l'intimité, le samedi 28 avril, au
cimetière de Paray-le-Monial.
survenu le 19 avril 2018,
à l'âge de 92 ans.
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 20 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi
27 avril, à 11 heures,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
survenu à Paris, le 24 avril 2018,
dans sa 96e année.
Mireval (Hérault).
Mme Hélène
Roque d'Orbcastel,
son épouse,
ses enfants et petits-enfants
M. Jean-Paul LAVÉNIÈRE
née Françoise Viennet,
Anny Garrigues,
son épouse,
ses enfants et petits-enfants
Xavier Rouget-Luchaire,
Franck Rouget-Luchaire,
Valie Fallot,
leurs enfants et petits-enfants
le 23 avril 2018.
Mme Vladimir de LAZOVERT
André FÉRON
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Notre-Dame,
à Boulogne-Billancourt
(Hauts-de-Seine),
le jeudi 26 avril 2018, à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité familiale,
au cimetière de Maniquerville
(Seine-Maritime).
Mme Monique Brailowsky
Loïc, Alban, Maïwenn, Apolline,
Malo et Mériadec Lion,
Côme, Jeanne, Louis, Calixte
et Albéric Tardy,
Edouard et Augustin Lavénière,
ses petits-enfants,
M. Loïc Saint,
son beau-fils,
4, avenue Léon-Heuzey,
75016 Paris.
Paris.
Capucine, Paola et Léonore,
ses petites-filles,
Alain Chabanel (†),
11
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 27 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
Paris (17e).
Mme Joëlle Lefèvre,
sa fille,
M. Samir Hanki,
son gendre,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Philippe LEFÈVRE
ancien directeur de la
Caisse régionale d'assurance
mutuelle agricole (Crama)
de Seine-Maritime,
survenu le 21 avril 2018,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
du Cœur-Immaculé-de-Marie,
23, rue de Verdun,
à Suresnes (Hauts-de-Seine),
le vendredi 27 avril, à 10 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Il reposera au côté de
son épouse Janine
au cimetière de Triel-sur-Seine
(Yvelines).
183, rue du Docteur-Turgis,
14880 Hermanville-sur-Mer.
20, avenue Duvelleroy,
94130 Nogent-sur-Marne.
14, boulevard Exelmans,
75016 Paris.
!
!
!
41, boulevard du Mont-Boron,
06300 Nice.
Suzanne Taponier,
sa sœur,
Agnès Taponier,
sa nièce et filleule,
Jean-François et Renée
Taponier,
son neveu et son épouse,
Jean-Rémi et Emilie, Elise,
Clément et Sara, Raphaël,
Lucette, Flore, Josie,
Jean-Mary Enixon,
Alain Blanchard,
les familles Taponier et Girod
ont la douleur
de vous faire part du décès de
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Georges PEZET
survenu à Poissy,
le 22 avril 2018,
à l'âge de 85 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 27 avril, à 11 heures,
en l'église Saint-Léonard de
Croissy-sur-Seine (Yvelines),
place de l'Église.
L'inhumation aura lieu au
cimetière de Croissy-sur-Seine.
Robert TAPONIER
HEC 49,
survenu le 23 avril 2018,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 27 avril,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, à Paris (16e).
L'inhumation aura lieu
le lundi 30 avril, à 11 heures,
au cimetière de
Saint-Julien-en-Genevois
(Haute-Savoie).
Famille Pezet,
1, allée des Hautes-Bruyères,
78290 Croissy-sur-Seine.
« Le Flaubert »,
10, avenue Laurent-Vibert,
13090 Aix-en-Provence,
7, avenue de Lamballe,
75016 Paris.
8, rue Paul-Escudier,
75009 Paris.
Mme Monique Pascal,
sa mère,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Vannes.
Pierre-Emmanuel Pieri,
son époux,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Catherine PIERI
née Pascal,
le lundi 23 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée à la paroisse
Saint-Nicolas-Saint-Marc,
à Ville-d'Avray,
le vendredi 27 avril, à 10 h 30.
Le père Antoine Vidalin,
Béatrice Vidalin,
Emmanuelle et Arnaud Judet,
Jean-Maurice Vidalin,
ses enfants,
ses petits-enfants
et toute la famille
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Annick VIDALIN
née Dorange,
le lundi 23 avril 2018,
dans sa 89e année, munie
des sacrements de l'Église.
La messe d'obsèques
sera célébrée le jeudi 26 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Patern de Vannes.
Mme Antoine Roucher,
née Dominique de Roux,
son épouse,
Baudouin et Keiko
Roucher-Michigami,
Constance et Clément
Leonarduzzi,
ses enfants,
Zoé, Clovis, Sola,
ses petits-enfants,
Mme Henry Roucher,
sa mère,
Laure et Eric Lombard,
Bruno et Astrid Roucher,
ses sœur, beau-frère,
frère et belle-sœur,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Antoine ROUCHER
chevalier
de l'ordre équestre
du Saint-Sépulcre
de Jérusalem,
survenu le 24 avril 2018,
à Versailles,
muni des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 28 avril,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame de Versailles,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial.
Les éditions du Figaro - En vente actuellemen
actuellement
!
M. Fernand
ROQUE d'ORBCASTEL
survenu le 22 avril 2018, à Nice.
L'inhumation aura lieu
le vendredi 27 avril, à 15 h 30,
dans l'ancien cimetière
de Neuilly-sur-Seine.
La famille remercie
toutes les personnes
qui s'associeront à ses prières.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Paris (15e).
Mme Philippe Vincent,
née Guillemette de Messey,
sa mère,
Mlle Isabelle Vincent,
sa sœur,
la baronne François
Passerat de Silans,
Mme Jacques Vincent,
M. et Mme Yves Tertrais,
M. et Mme Hugues Tertrais
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Thierry VINCENT
survenu le 20 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Pierre,
à Neuilly-sur-Seine,
le jeudi 26 avril 2018, à 14 h 15.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
TT NEWS AGENCY/REUTERS
12
Plus d’un millier de personnes ont manifesté, jeudi, devant le Musée Nobel, place Stortorget, à Stockholm, en soutien à Sara Danius, secrétaire perpétuelle de l’Académie, qui a dû démissionner le 13 avril.
La descente aux enfers
de l’académie Nobel
Frédéric Faux
Stockholm
e scandale qui frappe l’Académie suédoise, dont l’une des éminences grises,
le Français Jean-Claude Arnault, est
accusé entre autres d’agressions
sexuelles et de viols, a été à l’origine
d’un événement rare à Stockholm :
une manifestation. Ils étaient plus d’un
millier à s’être réunis devant le Musée Nobel, place
Stortorget, à l’ombre des maisons à pignon du
XVIIe siècle. Sans tambours ni slogans, comme le
veut la tradition française, mais il faut bien un début
à tout : « C’est vrai que tout cela est assez exceptionnel, confie Anna Bergman, une blonde élégante venue avec sa sœur. Manifester dans la rue, ce n’est pas
dans nos gènes… J’ai 45 ans et c’est la première fois
que je fais ça. Mais l’Académie décerne le prix Nobel.
Elle fait partie de notre histoire, de notre renommée. Je
ne pouvais pas rester chez moi. »
Une indignation difficile peut-être à comprendre
sur les quais de Seine – après tout il ne s’agit que d’un
prix littéraire - mais unanimement partagée sur les
bords du lac Mälaren. Créée à la fin du XVIIIe siècle
sur le modèle français, l’Académie suédoise, Olympe
nordique de la littérature et de la poésie, avait su se
montrer jusqu’à présent aussi discrète que fidèle à sa
devise : Talent et Goût. Mais, depuis le début du mois
d’avril, elle s’est considérablement émancipée. Le
dernier accès de fièvre date du 12 avril, qui a vu la démission simultanée de la secrétaire perpétuelle, Sara
Danius, empêtrée dans les divisions internes de
l’institution, et de Katarina Frostenson, épouse de
Jean-Claude Arnault et soupçonnée de conflit d’intérêts. Quelques jours auparavant, trois autres académiciens quittaient le navire, outrés comme peuvent l’être des immortels obligés de revenir sur terre.
Le romancier et professeur de littérature Kjell Espmark, 88 ans, accuse certains de ses collègues de faire passer « l’amitié et d’autres considérations » avant
« l’intégrité ». « C’est une trahison à l’égard du roi »,
fondateur et protecteur de l’Académie, martèle le
romancier Klas Östergren,
L
A
« Comportements inappropriés »
À l’origine de cette tragédie baltique, il y a l’affaire
MeToo, et une jeune journaliste d’un quotidien de
Stockholm, Matilda Gustavsson. « Après les révélations sur le producteur Harvey Weinstein aux ÉtatsUnis, je me suis demandé si une chose pareille pouvait
arriver en Suède, raconte-t-elle depuis les bureaux
du Dagens Nyheter. Au début j’ai pensé que non, pas
dans un si petit pays, durant des décennies, non. Et
puis je me suis souvenue de Jean-Claude Arnault.
J’avais déjà entendu parler de lui et des soirées organisées par son club, le Forum, qui était un peu le salon de
l’Académie. On parlait de lui comme d’un harceleur.
Dans le milieu culturel, il avait même un surnom, JeanKladd, que l’on pourrait traduire par Jean le Tripoteur.
Alors j’ai décidé d’enquêter… »
Et ce qu’elle découvre, c’est effectivement un autre
Weinstein, de 71 ans, originaire de Marseille, mais qui
a passé l’essentiel de sa vie en Suède. Dix-huit fem-
L’institution, qui décerne
le prix Nobel de
littérature, se déchire
depuis près de trois
semaines sur fond de
scandale sexuel et de
malversations financières.
Une véritable tragédie
baltique qui menace
aujourd’hui l’attribution
du prochain prix Nobel
de littérature.
mes – et même plus depuis que ces révélations ont été
publiées - accusent Jean-Claude Arnault d’agressions sexuelles qui vont de la main aux fesses au viol.
Des actes qui ont eu lieu à Stockholm mais aussi à Paris, dans l’appartement que possède l’Académie rue
du Cherche-Midi, en plein Quartier latin. Le Français
met en avant ses connexions dans le monde littéraire
et ses liens avec Katarina Frostenson, la plus grande
poétesse de Suède, une icône nationale, pour obtenir
des faveurs sexuelles. Il menace aussi celles qui veulent parler d’être bannies à jamais du monde des lettres. Et les premiers témoignages… remontent à plus
de quarante ans. « Si cela a pu durer si longtemps, c’est
que Jean-Claude Arnault agissait sous les radars, estime aujourd’hui Matilda Gustavsson, qui écrit un livre
sur l’affaire. Ce n’était pas une figure publique, on ne le
voyait pas à la télé, mais son influence dans le monde
littéraire était énorme. Il connaissait tous les grands
noms. C’était une légende. Tous les ans pour le Festival
du livre de Göteborg, le plus prestigieux de Suède, il
louait une suite dans un hôtel. Si vous étiez invité à ses
fêtes, cela voulait dire que vous étiez devenu quelqu’un.
Vous étiez un écrivain. »
Lorsque ces révélations sont publiées, le 21 novembre, les Suédois découvrent avec effarement les
turpitudes de Jean-Claude Arnault, mais aussi que
l’Académie n’en ignorait rien. Sara Danius a recueilli
les témoignages d’académiciens, de leurs femmes,
de leurs filles, ou du personnel, qui rapportent les
mêmes « comportements inappropriés ». D’anciens
secrétaires perpétuels avaient déjà été alertés des
mêmes agissements, il y a plus de vingt ans, mais ils
n’avaient jamais donné suite. Car Jean-Claude
Arnault, qui se considérait comme le dix-neuvième
membre de l’Académie, était intouchable. Cette dernière lui versait depuis 2010 près de 13 000 euros par
an pour son fameux club, qu’il codirigeait avec sa
femme. Le Français, soucieux de montrer qu’il avait
ses entrées dans le saint des saints, a également
ébruité les nominations des prix Nobel… avant qu’elles ne soient officielles. La crise éclate finalement
quand les résultats d’une enquête sur les liens entre
Jean-Claude Arnault et l’Académie arrivent sur le
bureau de la secrétaire perpétuelle. Sara Danius veut
faire le ménage, mais une partie des académiciens
continue de soutenir le couple Arnault-Frostenson.
Les premières démissions interviennent avec fracas
dès le 6 avril…
Depuis, les Suédois voient avec consternation les
académiciens se déchirer par voie de presse et ruiner
encore un peu plus le prestige du prix Nobel de littérature. Car, pour Mattias Berg, journaliste culturel à
la radio publique suédoise, c’est bien le Nobel qui est
en jeu : « Pourquoi pensez-vous qu’un petit groupe de
Suédois ait le privilège d’attribuer le prix culturel le
plus prestigieux du monde ? s’interroge-t-il. Les raisons sont historiques, car Alfred Nobel était suédois ;
financières, car il s’agit quand même d’un prix d’un
million d’euros ; mais il y a aussi le prestige. Les membres de l’Académie sont censés être d’éminents lettrés,
Le mot juste, c’est que nous sommes
embarrassés face au reste du monde
»
MIAN LODALEN, AUTEUR, SIGNATAIRE D’UN APPEL LANCÉ PAR DES 227 INTELLECTUELS
ET 209 ÉCRIVAINS DR
sérieux, sur lesquels on ne peut pas faire pression.
C’est toute cette crédibilité qui vient de disparaître. »
Dans la foule qui manifestait jeudi revient cette
même inquiétude, mêlée à des souvenirs très personnels. Car les Nobel, à Stockholm, sont bien plus
qu’une simple distribution de prix. Pendant une semaine, en décembre, les sommités du monde de la
physique, de la chimie, de la littérature, de la médecine et de l’économie investissent la capitale suédoise, notamment pour des conférences ouvertes au
public. Quant au dîner de gala qui se tient à la mairie
de Stockholm, présidé par le roi, c’est un direct télévisé de huit heures pendant lequel les commentateurs s’enflamment aussi bien sur les théories de la
physique quantique que sur les tenues des stars. « Ça
dure une bonne partie de la nuit, comme la cérémonie
des Oscars, raconte Anna Wesberg, de l’organisation
citoyenne Skiftet. Quand j’étais enfant je ne ratais jamais ça. On avait l’impression que le monde entier
s’était donné rendez-vous à Stockholm, en habits de
prince ou de princesse. C’était magique. »
Perte de crédibilité
Pour les journaux suédois, cette chute de l’Académie
rappelle « l’effondrement de la tour de Babel », « une
catastrophe » dont pourtant les prémices avaient été
déjà annoncées par d’autres errements. En 1989,
déjà, trois académiciens avaient décidé de ne plus occuper leur fauteuil face au refus de l’institution de dénoncer la fatwa frappant Les Versets sataniques de
Salman Rushdie. Une condamnation qui n’est intervenue… que vingt-sept ans plus tard. L’attribution du
prix Nobel 2016 au chanteur Bob Dylan avait été également critiquée, d’autant plus que ce dernier avait
boudé sa remise de prix. D’où l’appel signé par
227 intellectuels, puis par 209 écrivains, pour demander des changements radicaux dans les statuts de
l’Académie. « Le mot juste, c’est que nous sommes embarrassés face au reste du monde, témoigne l’auteur
féministe Mian Lodalen, l’une des signataires. Ceux
qui attribuent le prix Nobel sont censés être les plus
cultivés de Suède… et ils agissent de façon si stupide !
Un homme marié à une académicienne agresse des
femmes pendant quarante ans et à la fin c’est une femme, Sara Danius, qui doit partir ; des académiciens
continuent de soutenir Jean-Claude Arnault ; les mêmes
subventionnent les projets de leur femme… Ce n’est pas
normal. Nous ne sommes plus au XVIIIe siècle ! »
Vendredi dernier, l’Académie s’est fendue d’un
mea culpa. Elle a promis d’adopter des règles plus
ouvertes et a transmis les résultats de son enquête
interne aux autorités. La justice s’est donc saisie de
l’affaire, mais quelle que soit sa décision, ce n’est pas
elle qui réglera l’attribution du prochain prix Nobel.
Non seulement l’Académie a perdu sa crédibilité,
mais elle ne compte plus que onze membres, soit
moins que le quorum requis et fixé à douze. Sachant
qu’un immortel ne peut être remplacé avant sa mort,
le recrutement de nouveaux membres est pour l’instant exclu. Un nœud gordien qui pourrait être tranché, une fois n’est pas coutume, par le roi. Privé de
son pouvoir depuis deux siècles, le souverain pourrait le retrouver pour changer les règles de cette institution, dont il est le protecteur. Carl XVI Gustaf a
annoncé la semaine dernière qu’il était prêt à le faire,
et tout Stockholm est maintenant suspendu à ses lèvres. Un fait presque aussi exceptionnel, ici, qu’une
manifestation dans les rues de la capitale suédoise. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
CHAMPS LIBRES
13
POLITIQUE
Qu’ont changé les vingt-quatre
révisions constitutionnelles ?
Si elle aboutit,
la réforme
voulue par
Emmanuel Macron
sera la 25e révision
de la Constitution
de 1958. Qu’ont
modifié et signifié
les 24 révisions
adoptées
entre 1960 et 2008 ?
Guillaume Tabard
£@GTabard
INSTITUTIONS La révision constitu-
tionnelle voulue par Emmanuel Macron
sera la vingt-cinquième retouche de la
Constitution de la Ve République. De celle
du 4 juin 1960, s’adaptant à l’indépendance des anciennes colonies africaines,
à celle du 23 juillet 2008 ayant corrigé
trente-huit articles, il y a eu vingt-quatre révisions en quarante-huit ans. Une
tous les deux ans en moyenne, même si le
rythme a été très variable au fil des présidences. Tout comme l’importance des
modifications effectuées.
CHAMPION
DE LA RÉVISION
❙ CHIRAC,
Le fondateur de la Ve République a peu
touché son propre texte : trois révisions
seulement en dix ans de présidence. Mais
il y a apporté la modification la plus décisive et la plus visible par les citoyens avec
l’élection du président de la République
au suffrage universel. Pour cela, de Gaulle a tordu sa propre Constitution puisqu’il la fit adopter par un référendum selon l’article 11, alors que pour réviser la
Constitution, c’est par l’article 89 qu’il
doit être organisé. La différence ? Avec
l’article 89, il faut d’abord obtenir un
vote conforme des deux assemblées, ce
que de Gaulle n’aura pas obtenu, en raison de l’hostilité du Sénat. Président de la
Haute Assemblée, Gaston Monnerville,
avait parlé de « forfaiture ». Mais la force
du suffrage universel a balayé le débat
juridique. L’élection du président au suffrage universel a été adoptée le 6 novembre 1962 avec 62,25 % de oui.
Son successeur, Georges Pompidou, ne
toucha jamais la Constitution. Il voulut le
faire une fois, en proposant en 1973, un
an avant sa mort, de passer du septennat
au quinquennat. Le projet n’aboutit pas
(lire plus bas).
Valéry Giscard révisa deux fois la Constitution. L’année même de son élection, il
fit voter l’autre transformation la plus
importante pour les institutions. Le
28 octobre 1974, le Congrès vota une extension du droit de saisine du Conseil
constitutionnel. Sous la formulation
technique, une révolution politique. Depuis cette date, soixante parlementaires
peuvent demander l’examen d’une loi
votée aux Sages de la rue Montpensier.
Triple conséquence : cela renforce les
pouvoirs du Parlement, cela donne des
droits à l’opposition - c’est elle qui dans
la quasi-totalité des cas use de cette pos-
48
1 Quels modes
de ratification ?
Devant le Congrès
(article 89)
21
sibilité - et cela confère un poids réel au
Conseil constitutionnel, dont le rôle n’a
cessé de se renforcer depuis.
Paradoxe : François Mitterrand qui,
avant d’être élu, fut le plus grand pourfendeur des institutions de la Ve République - il écrivit Le Coup d’État permanent en fut ensuite, le gardien sourcilleux. Il y
toucha à peine. Une fois en 1992 pour
permettre la ratification du traité de
Maastricht, deux fois en 1993, dont une
fois pour créer la Cour de justice de la République, à la suite du scandale du sang
contaminé qui devait conduire au procès
de l’ancien premier ministre Laurent Fabius et de deux de ses ministres.
Élu en mai 1995, Jacques Chirac fit voter
sa première révision dès le 4 août suivant. Pour instaurer la session unique au
Parlement, cadeau de consolation fait au
président de l’Assemblée, Philippe Séguin, à qui il avait préféré Alain Juppé
pour Matignon. Et pour élargir le champ
du référendum à des sujets de société.
Candidat, il avait en effet promis un référendum sur l’éducation… qu’il n’organisa jamais. Sous Chirac, les parlementaires sont régulièrement revenus à
Versailles. Pour des révisions en tout
genre : instaurer le vote par le Parlement
du budget de la Sécurité sociale (le
PLFSS), décréter l’organisation « décentralisée » de la République, afficher le
principe de « l’égalité entre les femmes et
les hommes », inscrire dans la Constitution la charte de l’environnement, modifier le statut pénal du chef de l’État ou
encore graver dans le marbre l’abolition
de la peine de mort. De cadre juridique,
la Constitution est devenue, sous la présidence chiraquienne, le réceptacle de
toute une série de principes, une sorte de
charte de valeurs.
Après lui, Nicolas Sarkozy mena deux révisions, dont la plus vaste de toute l’histoire de la Ve République. Le Congrès du
23 juillet 2008 concerna trente-huit articles ; un record. Sarkozy était attaché
avant tout à l’idée d’intervenir directement devant les parlementaires réunis
en congrès. Ce qu’il fit une fois, en juillet
2009, tout comme François Hollande,
après les attentats de 2015, et Emmanuel
Macron, en juillet 2017 ; l’actuel chef de
l’État s’est engagé à renouveler l’exercice
chaque année. Sarkozy a profité de cette
révision pour limiter à deux le nombre de
mandats présidentiels consécutifs, renforcer substantiellement le rôle du Parlement (examen en séance du texte adopté
en commission, ordre du jour partagé…),
instaurer la question prioritaire de
constitutionnalité (QPC) ou créer le poste
de Défenseur des droits.
François Hollande, enfin, n’a jamais révisé la Constitution, malgré le nombre de
modifications sur lesquelles il s’était en-
ture en 1993 et 2008) deux fois aussi de la
Nouvelle-Calédonie (1998 et 2007) ; deux
fois encore de la saisine du Conseil
constitutionnel (1974 et 2008) ; trois fois
de questions que l’on pourrait qualifier
de société (parité, environnement, peine
de mort) ; une fois de décentralisation
(2003).
gagé : droit de vote des étrangers, inscription de la loi de 1905, retrait du
Conseil constitutionnel des anciens présidents de la République.
CONGRÈS
❙ 221RÉFÉRENDUMS,
La première révision, celle du 4 juin 1960
a été effectuée en application de l’article 85 qui organisait les relations avec les
États de la Communauté, c’est-à-dire les
anciennes colonies. La ratification passait par un vote du Sénat des pays
concernés. Cet article, tombé en désuétude après les indépendances de ces
États, a été supprimé en 1995.
Le référendum a été utilisé deux fois, par
de Gaulle en 1962, par Jacques Chirac en
2000. Dans les deux cas, il concernait
l’élection du président de la République
(suffrage universel, quinquennat). Les
vingt et une autres fois, c’est par le
Congrès que la Constitution a été révisée : un vote à la majorité des trois cinquièmes de l’ensemble des parlementaires (députés et sénateurs) réunis à
Versailles. Rappelons que l’article 89 fait
du référendum la voie normale de la révision constitutionnelle, et du Congrès
une voie alternative si « toutefois » le chef
de l’État ne veut pas passer par un référendum.
RÉVISIONS
INABOUTIES
❙ DES
Si l’on avait suivi les présidents de la République, la Constitution aurait pu être
davantage révisée qu’elle ne le fut. Une
révision a été rejetée. Par le peuple luimême en 1969 lorsque les Français ont
voté non à 53 % au projet de régionalisation et de modification du rôle du Sénat
proposé par le général de Gaulle. Un
échec qui, comme on le sait, a conduit à
la démission du fondateur de la Ve République. L’autre référendum perdu, celui
du 29 mai 2005 organisé par Jacques
Chirac sur la Constitution européenne,
n’est pas de même nature. La révision
constitutionnelle nécessaire pour la ratification de ce traité a bien été adoptée, en
Congrès, le 1er mars 2005. Par référendum, c’est le traité lui-même qui a été
rejeté, pas la révision constitutionnelle
qui le permettait.
Seize autres projets n’ont pas été menés à
leur terme. Certains ont été adoptés par
les deux assemblées mais pas soumis ensuite au Congrès parce que la majorité
nécessaire des trois cinquièmes semblait
hors de portée. Ce fut le cas du premier
projet de réduction à cinq ans du mandat
présidentiel, porté par Georges Pompidou en 1973, de la réforme du Conseil supérieur de la magistrature négociée entre
Jacques Chirac et Lionel Jospin en 1998.
D’autres ont été interrompues faute de
vote conforme entre l’Assemblée nationale et le Sénat. On peut citer le projet
d’extension du champ du référendum
imaginé par François Mitterrand en 1984
pour sortir de la guerre scolaire ou, dernièrement, la déchéance de nationalité
tentée par François Hollande au lendemain des attentats de 2015. Ainsi, si un
des deux référendums a été perdu, jamais un Congrès n’a été perdu, le président préférant toujours renoncer à le
convoquer plutôt que d’y être formellement mis en échec.
On notera que plusieurs révisions inabouties ont été reprises, et adoptées,
quelques années plus tard. À commencer
par le quinquennat. Mais aussi le retour
automatique au Parlement des anciens
ministres, l’exception d’inconstitutionnalité (la QPC), bloquée en 1990, adoptée
en 2008, ou la réforme du CSM qui, si elle
est adoptée avec la réforme Macron,
aboutira à sa troisième tentative. ■
GRANDE VARIÉTÉ
DE SUJETS
❙ UNE
Les règles concernant le président de la
République ont été retouchées à cinq reprises : élection au suffrage universel
(1962), parrainages portés à 500 (1976),
quinquennat (2000), statut juridictionnel
(2007), limitation à deux mandats et expression devant le Parlement (2008).
En 1992, il a fallu modifier la loi fondamentale afin de permettre la ratification,
qui se fit par référendum, du traité de
Maastricht. Il en fut de même, pour ratifier le traité d’Amsterdam (1999), le traité
constitutionnel de 2005, ou celui de Lisbonne (2008). Avec celles destinées à
permettre l’adoption d’accords internationaux en matière de droit d’asile (1993),
la reconnaissance de la Cour pénale internationale (1999) et celle du mandat
d’arrêt européen (2003), il fallut donc
réunir six fois le Congrès pour adapter la
Constitution française à une nouvelle
donne européenne ou internationale.
À quatre reprises, ce sont les prérogatives ou le fonctionnement du Parlement
qui ont été remaniés : date des sessions
(1963 et 1995), loi de financement de la
Sécurité sociale (1996), ordre du jour
(2008). Il fut question deux fois de la magistrature (Cour de justice de la République et Conseil supérieur de la magistra-
3 Quels thèmes abordés ?
24
1 2
6
5
4
3
3
3
2
1
L’outre-mer
La magistrature
Des sujets
de société
Le Conseil
constitutionnel
Les collectivités
locales
(1999, 2005,
2007)
(1974, 2008)
(2003)
Par référendum
(article 11)
Élection du président
de la République
au suffrage universel
(6 novembre 1962)
Les traités européens
Le président
ou internationaux de la République Le Parlement
Instauration
du quinquennat
(2 octobre 2000)
(1992, 1993, 1999,
2003, 2005, 2008)
(1962, 1976, 2000,
2007, 2008)
(1963, 1995,
1996, 2008)
(1992, 1998,
2007)
2 Combien d'articles
4 Combien de révisions par président ?
modifiés ?
13 articles
(1995)
10 articles
(2003)
3 articles
(1992, 1996)
2 articles
(1960, 1962, 1993,
1998, 1999, 2005,
2005, 2007)
38 articles
(2008)
1 article
(1963, 1974 ,
1976, 1993,
1999, 1999,
2000, 2003,
2007, 2007,
2008)
1
1 1
2
24
8
(1993, 2003,
2008)
14
11
3
3
Charles
de Gaulle
François
Mitterrand
2
2
Valéry
Giscard d’Estaing
Nicolas
Sarkozy
révisions
Jacques
Chirac
0
0
Georges
Pompidou
François
Hollande
Infographie
A
Par l’article 85
(voie spécifique
relative
aux institutions
de l’ancienne
Communauté,
abrogée
en 1995)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Jérôme Jaffré : « Notre vie politique depuis
un an ne produit plus de présidentiables »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENTRETIEN
Directeur du Centre
d’études
et de connaissances
sur l’opinion publique
(Cecop), Jérôme Jaffré *
tire les enseignements
de la première année
du quinquennat
d’Emmanuel Macron.
Le politologue dessine
les forces
et les faiblesses
du président
et de son parti, analyse
les sentiments
de l’opinion à l’égard
de l’hôte de l’Élysée
et apprécie les chances
de succès
de sa stratégie
visant à porter le coup
de grâce au PS
et à asphyxier
LR lors des européennes
de 2019, des municipales
de 2020 et des
régionales de 2021.
GUILLAUME PERRAULT
gperrault@lefigaro.fr
LE FIGARO. – Un an ou presque après
l’élection d’Emmanuel Macron, a-t-on
vu sur le plan politique l’avènement
d’un « nouveau monde » ?
Jérôme JAFFRÉ. – Le bouleversement
du paysage politique constaté le soir du
premier tour, qu’on aurait pu croire accidentel, demeure à ce jour inchangé. Ni
le PS ni LR ne se sont encore remis de
leurs lourdes défaites respectives. Les
sondages d’intention de vote de l’Ifop en
cas de présidentielle ou en vue des européennes indiquent que ces deux formations demeurent à un niveau très bas.
Cette situation permet à Emmanuel Macron d’occuper un très large espace central qui le maintient en position de force.
Le changement est ailleurs : il réside dans
la dynamique droitière suivie depuis un
an par Emmanuel Macron. À la fracture
opérée au sein de LR dès le lendemain de
la présidentielle avec les nominations au
gouvernement d’Édouard Philippe, de
Bruno Le Maire et de Gérald Darmanin a
succédé l’orientation de ses réformes :
Code du travail, éducation, SNCF, etc.
Les électorats LaREM et LR se rejoignent
ainsi pour approuver la réforme de la
SNCF réduite dans l’opinion à la fin du
statut des cheminots. Leur alliance sur ce
dossier explique le chiffre élevé de Français qui jugent que la grève n’est pas justifiée. Cette dynamique droitière se manifeste également dans le vocabulaire
employé par le président : « les professionnels du désordre », « la tyrannie des
minorités à qui on a trop souvent cédé »
sont des expressions typées à droite. Au
total, la moitié des électeurs Fillon de la
présidentielle sont aujourd’hui peu ou
prou devenus des macronistes.
A
CLAIREFOND
Comment caractériser le style
de gouvernement du président ?
Sa réussite la plus nette concerne l’incarnation de la fonction. Qu’ils l’approuvent ou non, les Français ont le
sentiment que le président a une vision
pour la France, l’autorité et la ténacité
nécessaires. Ce n’était pas acquis puisque le pays avait élu un quasi-inconnu,
très jeune et n’ayant jamais détenu ni
même brigué de mandat électif. Sur ce
plan, Macron bénéficie encore d’un effet de contraste avec ses deux prédécesseurs, les Français reprochant à Nicolas
Sarkozy un manque de maintien et à
François Hollande une absence d’autorité. Les défauts personnels prêtés à Ma-
cron - beaucoup de Français le jugent
distant, autoritaire ou arrogant - sont le
revers de la monarchie républicaine
dont parlait Maurice Duverger pour
qualifier la Ve République. Dans le style,
enfin, le chef de l’État manifeste le goût
de la confrontation – que ce soit avec
des journalistes, des manifestants, voire
des gens qu’il rencontre dans ses déplacements. Mais ce n’est pas de la simple
castagne. L’objectif est de montrer qu’à
l’issue de la confrontation et même s’il
n’a pas convaincu, c’est lui qui au final
sortira vainqueur.
d’achat allait augmenter et la pression fiscale diminuer. Le changement réel a été si
minime que les Français ne l’ont pas perçu. Par ailleurs, si l’on considère les mesures les plus violemment contestées dans
l’ensemble de la population, la réponse
est sans appel : il s’agit de la hausse de la
CSG et de la limitation de vitesse à
80 km/h, perçue comme une mesure tracassière. S’agissant des retraités, l’erreur
a été de ne pas faire coïncider le même
Quels seront les objectifs
de Macron pour les européennes
puis les municipales ?
Aux européennes de mai 2019, l’hôte de
l’Élysée va essayer de faire vivre l’idée,
contre-intuitive, d’une Europe qui protège. L’opinion voit l’Union européenne
comme un facteur de dynamisme ou
d’adaptation imposée, mais pas comme
une protection ! L’espoir de victoire
pour LaREM est que le mode de scrutin,
la proportionnelle (avec
de surcroît, en 2019, une
seule circonscription à
Beaucoup de Français jugent
l’échelle nationale), rales
réformes
de
Macron
nécessaires
mène l’élection à une
Peut-on identifier les forces
pour s’adapter à l’évolution du monde
équation simple : qui aret les faiblesses du chef de l’État
rive en tête sera procladans son rapport avec l’opinion ?
mais ne voient pas en quoi
mé vainqueur. Or le PS
Sa force principale est de bénéficier
elles
constituent
un
progrès
et LR aborderont ce
d’un assez large soutien de l’opinion
scrutin en fâcheuse pospublique aux réformes engagées. L’hôte
ture. Le PS a vu la bourgeoisie progresmois la hausse de la CSG avec la baisse de
de l’Élysée affirme être celui qui répare
siste le déserter pour LaREM, et l’élecla taxe d’habitation. Le président met déle pays et, à tout le moins, les Français
torat populaire l’avait déjà quitté de
sormais en avant les « vulnérables », à ne
lui sont reconnaissants de faire bouger
longue date. Il n’a pas de base électorale
pas confondre avec les pauvres, puisqu’il
les choses. Ils manifestent encore beauforte pour les européennes. Le seul atout
s’agit des enfants avec la qualité scolaire
coup d’indulgence sur le temps requis
qui lui reste, l’enracinement de ses élus
dans le primaire et des vieillards en risque
pour obtenir des résultats.
locaux, ne lui sera d’aucun secours pour
de future dépendance. Une façon de traiEn ce qui concerne les faiblesses de Mace scrutin. LR, pour sa part, risque
ter les inégalités par les âges et non par les
cron, j’en vois au moins deux. La premièd’être pris en tenailles entre la liste
classes sociales, selon l’approche classire est de ne pas donner corps au clivage
proeuropéenne des partisans du présique de la droite sur ce sujet.
qu’il a théorisé entre « progressistes » et
dent et plusieurs listes souverainistes,
« conservateurs ». Beaucoup de Français
sans compter le dilemme du choix de sa
jugent ces réformes nécessaires pour
Temporisation face aux zadistes
propre tête de liste. Macron escompte
s’adapter à l’évolution du monde mais ne
à Notre-Dame-des-Landes, signaux
donc que leurs mauvais scores enfoncevoient pas en quoi elles constituent un
contradictoires dans le projet de loi
ront PS et LR davantage encore dans la
progrès. Ce sont du coup des réformes
sur l’immigration : l’image de fermeté
crise interne.
subies. En second lieu, le triptyque du
du président sur les sujets régaliens
L’étape suivante consisterait alors à
président « libérer-protéger-unir » paraît
paraît-elle solide ?
préparer les municipales de 2020 en atà beaucoup antinomique. Certes, la poliCe n’est pas un hasard si Emmanuel Matirant des maires socialistes et de droite
tique mise en œuvre veut libérer les
cron a mis autant l’accent dans ses inqui accepteront, pour se sauver,
énergies, mais cet objectif s’oppose à son
terventions récentes sur « l’ordre répud’abandonner leur étiquette partisane
vœu d’« unir » puisqu’il exige de remetblicain ». En France, le régalien, c’est le
et d’ouvrir leurs listes à de nombreux
président de la Républireprésentants d’En marche !. Certains
que. L’évacuation réusprésidents de région de droite poursie de Tolbiac a effacé les
Peu importe dans l’immédiat
raient suivre le même chemin lors des
atermoiements sur Nol’efficacité de la loi sur l’immigration : tre-Dame-des-Landes, régionales de 2021.
mais on ne pardonnerait
sa fonction est de montrer
pas au pouvoir d’occaJean-Luc Mélenchon parle haut
que l’exécutif ne laisse pas de côté
sionner des morts. Ce
et fort. Malgré les difficultés
sont les images des déde Marine Le Pen, il existe un électorat
cette préoccupation
gradations à Tolbiac qui
substantiel à droite de LR :
ont heurté, prouvant
les partis contestataires sont-ils
que la bataille de la communication est
tre en cause des situations acquises, ce
les seuls opposants identifiés
centrale. Montrer ces images entraîne
qui crée tensions et conflits. « Libérer »,
de Macron ?
automatiquement l’affaiblissement du
pour lui, est synonyme d’émanciper, de
Emmanuel Macron n’a pas réconcilié les
mouvement dans les universités. Imapermettre à chacun de mieux utiliser son
Français avec la politique, ni avec les
ginons, en 1968, les mêmes images sur
potentiel. Cette approche individualiste
partis, le Parlement et les parlementaila Sorbonne et l’Odéon ou l’existence du
est difficile à concilier avec le vœu de
res. Il ne le cherche d’ailleurs pas vraivote électronique des étudiants pour ju« protéger », notion beaucoup plus colment, en valorisant ses adversaires aux
ger les occupations et il n’y aurait peutlective dans la culture de notre pays. Ainextrêmes pour étouffer les autres. Dans
être pas eu les « événements » que l’on
si, le président se condamne dans les
la récente interview menée par Edwy
sait !
quatre ans qui viennent à être contesté
Plenel et Jean-Jacques Bourdin, le preS’agissant de la loi sur l’immigration,
sur deux des trois termes de sa promesse.
mier tenait un rôle à la Mélenchon et le
peu importe dans l’immédiat son efficasecond émettait une part des préoccucité : sa fonction est de montrer que
Hausse de la CSG pour les retraités,
pations des sympathisants de Marine Le
l’exécutif ne laisse pas de côté cette préPen. L’objectif est toujours le même :
incertitudes sur les conséquences du
occupation. Être critiqué à la fois par la
pousser au rassemblement de l’espace
prélèvement à la source, projet (pour
gauche et par la droite conforte Emmacentral - les libéraux de droite et les raile moment abandonné) de moduler
nuel Macron dans sa chère position
sonnables de gauche - pour contrer les
la taxe foncière selon les revenus :
centrale. En revanche, l’attente des
extrêmes.
les catégories moyennes
Français reste forte et encore insatisfaite
supérieures et aisées ne
sur l’équilibre à trouver entre le respect
risquent-elles pas d’exprimer,
Assiste-t-on à une crise du leadership
de l’islam comme religion et la lutte
comme sous Hollande, un
dans l’ensemble du spectre politique,
contre l’islamisme, sa dérive idéologi« ras-le-bol fiscal » ?
exception faite du président ?
que, voire radicale. Sur ce plan, des iniUn décalage puissant existe enC’est vrai, c’est une chance pour Macron
tiatives d’Emmanuel Macron restent attre l’idée que le pays va mieux,
et une grande inquiétude pour la Ve Rétendues.
ou au moins un peu mieux, et le
publique. D’ordinaire, même sous cousentiment massif chez les Franvert de guerre des chefs, nous avions un
çais que leur situation personembarras de présidentiables. Songeons à
LaREM est-elle en train de s’enraciner
nelle ne s’améliore pas. Ce hiadroite à Chirac, Giscard et Barre, puis
dans le pays ou demeure-t-elle fragile,
tus crée une tension permanente
Chirac et Balladur. Et au PS Mitterrand et
à la lumière des élections partielles ?
et relance toutes les revendicaIl est clair qu’En marche ! va moins bien
Rocard, pour ne citer que les plus illustions. Au surplus, le gouverneque le président ! L’élan né de son élection
tres. Même récemment, nous avons
connu des primaires avec Hollande et
ment a commis à l’automne
ne profite plus guère au mouvement qu’il
une erreur en répéa créé. Beaucoup de ses députés ont des
Aubry, puis à droite entre Fillon, Juppé et
rapports lointains avec leurs circonscripSarkozy. Mais la notion de carrière polititant que le pouvoir
tions et les électeurs. Et, faute d’élus loque est désormais bouleversée par la fin
caux, LaREM n’a pas d’enracinement. Les
du cumul des mandats et l’attrait de hauts
résultats des législatives partielles ont
salaires dans le privé. Du coup, aujourbien montré ces fragilités. À Belfort et en
d’hui, le PS est dirigé par des inconnus.
Haute-Garonne, par exemple, les sorWauquiez a tout à construire et s’y prend
d’ailleurs à l’envers en cassant par ses
tants, respectivement LR et PS, ont
sèchement battu les candidats du
propos tenus devant des étudiants son
président. L’idéal de la stratégie de
image personnelle. Marine Le Pen demeure convalescente après son débat raté
Macron consisterait en ce que ses
candidats affrontent au deuxième
de l’entre-deux-tours. Et Mélenchon
tour un candidat LFI ou FN pour
s’est enfermé dans une fonction tribuniprovoquer des reports de voix
tienne où il joue presque un rôle de partepermettant aux siens de l’empornaire du président. Pour la première fois
ter. Mais si le candidat LR ou PS,
depuis les années 1960, notre vie politique
souvent bien implanté sur le tersemble ne plus fabriquer de présidentiarain, se qualifie pour le second
bles. Mais que deviendra alors la Ve Rétour, la belle mécanique macropublique, dont la clef de voûte est la foncnienne s’enraye et les partis tration présidentielle ? ■
ditionnels parviennent à rassembler et à gagner. Il y a donc
* Coauteur de l’ouvrage collectif « Le Vote
pour En marche !, outre des
disruptif. Les élections présidentielles et
problèmes d’organisation et
législatives de 2017 », sous la direction
d’animation, un besoin de noude Pascal Perrineau (Les Presses de Sciences
veaux ralliements ou d’alliés.
Po, novembre 2017, 448 p., 24,90 €).
«
»
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Regards de nos présidents sur l’Amérique
Guillaume Perrault
£@GuilPerrault
n 1868, à Washington, parmi
le public qui assistait
aux séances du Sénat constitué
en Haute Cour de justice et
chargé de juger le président
des États-Unis Andrew
Johnson au titre de l’impeachment,
figurait un jeune Français. Il s’appelait
Georges Clemenceau. Témoin passionné
de ce duel politique entre la MaisonBlanche et le Congrès, le futur président
du Conseil français réussit à faire publier
dans un grand quotidien parisien
de l’époque, Le Temps, une série d’articles
qu’il avait écrits sur cet impeachment.
Un demi-siècle plus tard, en 1918, saluant
l’arrivée des Sammies dans les tranchées,
Clemenceau ne manquera pas de rappeler
combien les quatre ans qu’il avait passé
en Amérique dans sa jeunesse lui avait fait
aimer le pays de la liberté.
Pour autant, alors qu’Emmanuel
Macron poursuit son périple à
Washington et s’exprime ce mercredi
devant le Congrès, rappelons que toutes
les visites des hommes d’État français
outre-Atlantique ne furent pas des
idylles. Georges Pompidou et son
épouse, à Chicago, en 1970, furent pris
à partie par des militants pro-israéliens
protestant contre la vente de matériel
militaire de la France au colonel Kadhafi.
Furieux des insuffisances du service
d’ordre, convaincu d’avoir essuyé
des crachats, ainsi que sa femme,
Pompidou menaça Richard Nixon
d’interrompre sa visite d’État et de
E
» Lire aussi PAGE 5
rentrer en France. Le président
des États-Unis multiplia les égards
envers son hôte pour l’apaiser.
Pompidou n’en déclara pas moins
à la presse américaine : « Je pense
que ces manifestants mettent une tache
sur le front de l’Amérique et nuisent
à leur propre cause. »
Quels sentiments éprouvent
les présidents français conviés
aux États-Unis par leurs homologues
américains ? De Gaulle, découvrant
New York pour la première fois
en juillet 1944, fut révulsé par cette ville
ultramoderne hérissée de gratte-ciel,
nous apprend son meilleur biographe,
Éric Roussel. L’écrivain cite une lettre
savoureuse où le chef de la France libre
doute qu’un homme sain d’esprit puisse
vivre à Manhattan. Sans doute l’homme
du 18 Juin était-il partagé entre
la considération due à la puissance
industrielle du Nouveau Monde
et l’antipathie que lui inspiraient
sa civilisation matérielle et son mode
de vie, à l’image d’un Georges Duhamel
dans Scènes de la vie future (1930).
Tout au contraire, Nicolas Sarkozy
n’a jamais caché sa fascination pour
les États-Unis. Son choix de laisser
publier des photos de son fils jouant
sous son bureau place Beauvau,
suivant l’exemple de Kennedy
à la Maison-Blanche, marqua les esprits
et laissa les Français perplexes. Et l’on cria
au sacrilège lorsque, une fois élu à l’Élysée,
Sarkozy accomplit son jogging revêtu
d’un tee-shirt à l’effigie de la New York
Police Department (NYPD) tel
un Bill Clinton.
Assurément, de grands intellectuels,
comme Jean-François Revel dans
L’Obsession anti-américaine (2002), ont
jugé risible la méfiance de certains de nos
présidents envers les États-Unis. « C’est
en France que la perte du statut - réel ou
imaginaire - de grande puissance cause
l’amertume la plus aiguë », raillait
l’écrivain. Revel jugeait qu’un Jacques
Chirac, par exemple, manifestait
un antiaméricanisme mécanique et faisait
de Washington le bouc émissaire de tous
les malheurs du monde. On pourrait
pourtant objecter que le même Chirac
n’eut pas tort de refuser d’engager
la France aux côtés des États-Unis
et de la Grande-Bretagne lors de la
deuxième guerre d’Irak (2003). Le choix
de Chirac, à l’époque, l’avait rapproché qui s’en souvient ? - de Poutine
dans une commune opposition à Bush
et à Blair au sein du Conseil de sécurité
des Nations unies.
Un président de la République doit-il
encourager ou combattre
« l’américanisation » de la France, si l’on
entend par là l’adoption de sa culture ?
En vertu des accords Léon Blum-James
Byrnes (1946), les États-Unis effacèrent
la dette de la France et exigèrent,
en contrepartie, que notre pays renonce
au protectionnisme et s’ouvre aux
produits américains. Louis Jouvet, ami
de Vincent Auriol, représenta bientôt
Aujourd’hui, l’islam est plutôt
impuissant que conquérant
a formule « islam conquérant »
est souvent utilisée en France
pour désigner la menace
à laquelle les pays occidentaux
sont censés faire face.
Le terrorisme et les migrations
seraient les moyens mis en œuvre par
les musulmans pour réaliser leur projet
hégémonique. Or, c’est très mal connaître
la réalité que de les croire capables
de fixer et d’atteindre un objectif
stratégique aussi ambitieux…
En effet aux plans religieux, politique
idéologique, c’est la grande discorde.
Aux plans économique, social, culturel,
c’est l’échec. Chaque pays exportateur
de pétrole et de gaz a disposé, durant
le demi-siècle écoulé, de l’équivalent de
dix fois le plan Marshall, sans pour autant
amorcer le processus du développement.
Quant aux « États » du Golfe ils
confondent richesse et développement.
Dans le domaine politique, il y a une
grande fragmentation, car les structures
étatiques sont trop nombreuses et ces pays
souffrent d’un grave déficit d’intégration
économique. En outre, on assiste
à l’effondrement du mythe de l’« État
nation ». On a transposé ce concept,
produit de l’histoire européenne, dans
des régions où le système d’appartenance
n’est pas la nation mais la tribu, l’ethnie,
le clan, les confréries. C’est ce qui explique
pour une part importante l’implosion
de ces pays et la multiplication des guerres
civiles (Irak, Syrie, Libye, Yémen, Soudan,
Afghanistan). Quant à la culture
démocratique, elle est loin de s’être
enracinée. Les régimes en place sont
dans un mimétisme mal inspiré quand
ils organisent des élections. Le rituel
démocratique est dévoyé en raison
de fraudes massives qui sont l’ordinaire
de la vie politique
de ces contrées.
Quant aux
ingérences,
notamment
Pour le docteur d’État en science politique*,
militaires,
on surestime la capacité d’hégémonie
des Occidentaux,
des musulmans. L’islam est une religion en crise
elles sont un facteur
et l’islamisme est le symptôme de ce déclin.
non négligeable
CLAIREFOND
L
MUSTAPHA BENCHENANE
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
maintenant cette religion à assurer cette
finalité. L’appartenance à l’islam se réduit
souvent, désormais, à l’observance
conformiste et ostentatoire d’un rituel.
Ce « toujours plus » de religion est aussi
la marque de l’impuissance de ces peuples
à résoudre les problèmes liés
au développement dans toutes
ses dimensions. L’évocation fréquente
d’un passé glorieux et d’une « Andalousie
heureuse » renvoient à la même impasse.
D’un côté, les « islamistes » n’en
démordent pas : pour eux, il faut revenir
à la « pureté du Message originel » et,
ainsi, le miracle s’accomplira. De l’autre,
les « réformistes » qui donnent, à tort ou
à raison, l’impression
d’agir sur injonction de
L’« islamisme » sous ses différentes
l’Occident, poursuivent
une autre chimère,
formes est en fait le révélateur,
car l’islam n’est pas,
le symptôme, d’un phénomène
à proprement parler,
historique beaucoup plus profond qu’on
réformable. Deux
ne le pense : le début d’un processus de
facteurs rendent
impossible la
dépérissement de la religion musulmane
« réforme » de l’islam :
le premier, le plus
important, tient à la croyance que le Coran
les principales victimes sont
est la parole de Dieu, vérité absolue pour
les musulmans en pays d’islam. Le clivage,
aujourd’hui et pour toujours. Le débat sur
l’antagonisme, sunnites-chiites,
« le Coran créé ou incréé » qui fut possible
musulmans-chrétiens, musulmans-juifs,
sous les Abbassides durant une courte
n’expliquent que partiellement ce qui
période, est aujourd’hui interdit. Le second
se déroule sous nos yeux. En Algérie,
facteur tient à la médiocrité des systèmes
par exemple, tous les musulmans sont
éducatifs de ces pays qui, loin d’éveiller les
sunnites. C’est pourtant dans ce pays que,
jeunes à l’esprit critique, les maintiennent
durant la décennie 1990, s’est produit
dans un état de somnolence intellectuelle
le pire des conflits internes, causant la
qui arrange tous les acteurs, à commencer
mort d’environ 200 000 personnes. C’est
par ceux qui exercent le pouvoir.
là que se situe le cœur du problème : l’islam
ne réussit plus à faire vivre ensemble
Le problème pour les Occidentaux
et en paix ceux qui s’en réclament.
n’est pas celui d’un « islam conquérant »
L’une des finalités des religions est
mais bien celui d’un « islam impuissant ».
de « relier » les croyants les uns aux autres
Il n’est pas impossible qu’un jour, on
par l’adhésion à une même foi, à une
en arrive, au nord de la Méditerranée,
éthique, à des règles morales, se déclinant
à regretter le temps où cette religion était
dans un code de conduite permettant
un facteur structurant tant pour ceux
de vivre paisiblement au sein
qui s’y rattachent que dans le cadre des
d’une communauté. Or le déchaînement
relations internationales, car rien n’est
de la violence, d’abord dans les pays
pire que d’être privé d’interlocuteur.
musulmans, et l’implosion des entités
*Conférencier au Collège de l’Otan
se réclamant de l’islam sont révélatrices
et à l’Institut national des hautes études
de l’incapacité dans laquelle se trouve
de la sécurité et de la justice (INHESJ)
d’aggravation des faiblesses internes.
Les migrations sont l’une des facettes
de cette situation difficile sinon impossible
à maîtriser. L’« islamisme » sous ses
différentes formes est en fait le révélateur,
le symptôme, d’un phénomène historique
beaucoup plus profond qu’on ne le pense :
le début d’un processus de dépérissement
de la religion musulmane. L’excès d’islam,
qui se traduit par l’« islamisme » n’est pas
un signe de vitalité et de dynamisme, mais
celui de la crise d’un système de croyance
en train de se décomposer en sectes de plus
en plus nombreuses. Certaines d’entre elles
ont recours à la violence sous toutes ses
formes, en particulier le terrorisme, dont
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
au président de l’époque que, si le cinéma
américain submergeait les films français,
« l’altération du goût serait irrémédiable
et mortelle. Faits au vin de Bordeaux,
nos estomacs devront s’accoutumer
au Coca-Cola. Cela revient en somme
à proprement abdiquer sa qualité
de Français » (Georgette Elgey, Histoire
de la IVe République - 1re partie, 1993).
Jouvet était parfaitement sérieux
et réagissait en homme de son temps.
Sensible à sa plaidoirie, Auriol soutint
la création du Centre national de la
cinématographie (CNC), censé défendre
ce qu’on appellera plus tard l’exception
culturelle. Il reste que la plupart des autres
secteurs économiques de la France, moins
choyés par l’exécutif, se retrouvèrent
exposés à la concurrence américaine.
Macron ne manquera pas d’exposer
au Congrès son sentiment sur cette grave
question du libre-échange. Et puisque
Donald Trump lui a fait les honneurs de
Mount Vernon, propriété de Washington,
invitons aussi le président français à relire
la Déclaration d’indépendance (1776), qui
portait cette grave accusation contre le roi
de Grande-Bretagne d’alors, George III :
« Il a créé une multitude d’emplois publics
et a envoyé dans ce pays des essaims
de nouveaux agents publics pour
tourmenter notre peuple et dévorer
sa substance. » On ne connaît pas de cri
du cœur plus poignant en faveur de la
diminution des dépenses publiques ! Voilà
assurément une valeur américaine qu’on
aimerait voir, enfin, adoptée en France.
VOX
… INTERNATIONAL
Et si Macron et Trump
préparaient une action
concertée vis-à-vis
de l’Iran ?, la tribune
de Tom Ridge, ancien
secrétaire américain
à la Sécurité intérieure,
et Yves Bonnet,
préfet honoraire et ancien
directeur de la DST.
… ESSAIS
- « Orwell reprochait à la
gauche petite-bourgeoise
son mépris implicite
des classes populaires »,
entretien avec l’essayiste
Kévin Boucaud-Victoire,
auteur de « Orwell, écrivain
des gens ordinaires »
(Première Partie, 2018).
- « L’enfant n’est pas
un objet que l’on peut
programmer », entretien
avec Blanche Streb,
auteur de « Bébés sur
mesure, le monde des
meilleurs » (Artège, 2018).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
Pour vous abonner Lundi au vendredi de 7 h à 18h ;
sam. de 8 h à 13 h au 01 70 37 31 70. Fax : 01 55 56 70 11 .
Gérez votre abonnement, espace Client : www.lefigaro.fr/client
Formules d’abonnement pour 1 an - France métropolitaine
Club : 409 €. Semaine : 259 €. Week-end : 209 €.
Imprimé sur papier issu de forêts gérées durablement.
Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 16 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Cahier 4 FigaroPlus
14 pages
Édition IDF: Cahier 5
Figaroscope
48 pages tabloïd
A
ANALYSE
+
15
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
16
Cyrille Louis
clouis@lefigaro.fr
Jérusalem
LE FIGARO.- En quoi les manifestations
qui se succèdent depuis le 30 mars dans la bande
de Gaza sont-elles remarquables ?
Nathan THRALL.- La principale surprise vient du
nombre de participants ainsi que de la diversité de
leurs profils. Il ne s’agit pas seulement de pauvres, de
partisans du Hamas ou de militants d’autres factions,
mais de gens issus de toutes les couches de la société
palestinienne. L’affluence observée le premier vendredi a pu faire penser à un mouvement téléguidé
dans la mesure où le Hamas avait diffusé des appels à
manifester, organisé les déplacements en bus et géré
la logistique sur les camps aménagés près de la frontière. Une semaine plus tard, cependant, les gens
sont revenus presque aussi nombreux alors que le
mouvement islamiste n’avait pas déployé les mêmes
moyens. La population, qui avait toutes les raisons
d’être sceptique sur la pérennité du mouvement, a
été frappée de cette spontanéité. Cette mobilisation
apporte un souffle d’air frais après de nombreuses
années durant lesquelles les grandes luttes politiques, que ce soit en Cisjordanie ou à Gaza, étaient pilotées par des factions à la popularité en berne.
Après deux intifadas et vingt-cinq ans de vaines
négociations, la population palestinienne est à bout
de force. Pourquoi un tel réveil aujourd’hui à Gaza ?
À force de se focaliser sur le projet de créer un État
palestinien dans les frontières de 1967, on a fini par
oublier que le cœur du conflit réside ailleurs. Le
thème autour duquel les Palestiniens se sont à l’origine mobilisés, et sur lequel les factions se sont organisées, c’est le retour des réfugiés qui ont fui
leurs terres ou en ont été chassés durant la guerre
de 1948. Ceux qui sont encore en vie et leurs descendants constituent aujourd’hui les deux tiers de
la population de la bande de Gaza. Il est donc logique que cette « marche du retour » y rencontre un
large écho. C’est d’autant plus vrai que les Palestiniens de Gaza vivent dans des conditions qui ne
cessent de se dégrader : ils manquent d’électricité
et d’eau potable, sont contraints de déverser leurs
égouts dans la mer et n’ont pour la plupart pas la
possibilité de quitter l’enclave. La mobilisation des
dernières semaines est pour eux une façon d’attirer
RENCONTRE
U
Nathan Thrall : « Israël n’a pas de
réponse face aux manifestants de Gaza »
L’analyste du centre de réflexion International Crisis Group décrypte les enjeux
de cette mobilisation.
l’attention du monde sur cette catastrophe, alors
que les préoccupations des États-Unis, de l’Europe
et des pays arabes sont ailleurs.
Le Hamas, qui a sculpté sa réputation à coups
d’attentats suicides et de tirs de roquettes, soutient
depuis un mois les rassemblements non violents
organisés à la frontière israélienne. Pourquoi
un tel revirement ?
Les dirigeants du Hamas, qui administrent la bande
de Gaza depuis 2007, ont pris il y a déjà plusieurs années la décision stratégique de renoncer à cette responsabilité. Malheureusement pour eux, l’Autorité
palestinienne de Mahmoud Abbas refuse de prendre
le relais tant qu’ils n’auront pas totalement capitulé.
Au début de l’été 2014, cette impasse a poussé le
mouvement islamiste à engager une escalade militaire avec Israël en faisant le pari que celle-ci déboucherait sur un cessez-le-feu qui permettrait
d’améliorer les conditions de vie de la population.
C R O I S I È R E S
Palestiniens
« deLesGaza
CROISIÈRE MUSICALE
© O. Asmussen
avec Alain Duault,
conférencier,
directeur artistique
S U R L A M O L D A U E T L’ E L B E
Pierre Genisson,
clarine�e
Le Trio
Wanderer
DE PRAGUE À BERLIN
Vous découvrirez des joyaux du patrimoine architectural étroitement associés
à la création musicale des plus grands compositeurs : Dvorak, Schumann, Wagner,
Mendelssohn, Strauss qui enchanteront votre voyage.
NATHAN THRALL
RENSEIGNEMENTS
ET RÉSERVATIONS
AU Précisez le code: CROISIERE FIGARO
EN PARTENARIAT AVEC
Le MS Elbe Princesse, privatisé pour Le Figaro, doté de 40 cabines seulement, vous
offrira des moments magiques à vivre entre lecteurs du Figaro !
A
vivent dans
des conditions
qui ne cessent
de se dégrader :
ils manquent
d’électricité
et d’eau potable,
sont contraints
de déverser leurs
égouts dans
la mer et n’ont
pour la plupart
pas la possibilité
de quitter
l’enclave
»
�n� pro�ra��ation ����ptionn�ll� av�� :
Melody Louledjan,
soprano
« Nul ne peut nier
que plus il y a de
morts durant ces
rassemblements,
plus les Palestiniens
de Gaza ont une
chance d’attirer
l’attention du
monde sur leurs
terribles conditions
de vie. »
w w w. c r o i s i e u r o p e . c o m
Quatre ans plus tard, le Hamas voit que la situation
s’est au contraire dégradée et comprend qu’il n’a
rien à espérer d’une nouvelle guerre. C’est pourquoi
il espère aujourd’hui desserrer par d’autres moyens
l’étau imposé à la bande de Gaza. Mais il ne s’agit pas
d’un total revirement. Le mouvement reconnaît que
la résistance non violente est une tactique légitime.
Il ne renonce pas pour autant à la lutte armée.
Israël affirme que le Hamas pousse les manifestants
à s’approcher de la frontière dans l’espoir
de provoquer un bain de sang.
Nul ne peut nier que plus il y a de morts durant ces
rassemblements, plus les Palestiniens de Gaza ont
une chance d’attirer l’attention du monde sur leurs
terribles conditions de vie. Lors de précédentes
guerres, les accusations d’usage disproportionné de
la force brandies contre Israël ont alimenté le courant de sympathie pour la cause palestinienne. Ce
n’est d’ailleurs pas une spécificité de ce conflit. En
Afrique du Sud, le mouvement antiapartheid a passé
de nombreuses années à mener des campagnes
d’appels au boycott sans grand résultat, jusqu’à ce
que la répression violente des émeutes de Soweto
pousse la communauté internationale à adopter des
sanctions contraignantes contre le régime. Dans le
cas de la « marche du retour », cependant, il me paraît difficile de soutenir que les manifestants palestiniens tués ces dernières semaines dans la bande de
Gaza constituaient une menace pour les snipers israéliens postés de l’autre côté de la clôture.
La mobilisation doit culminer le 15 mai à l’occasion
d’une marche célébrant le 70e anniversaire
de la « Nakba », cette « catastrophe »
que constituèrent la fuite et l’expulsion
de 700 000 Palestiniens durant la première guerre
israélo-arabe. À quoi faut-il s’attendre ?
Les organisateurs appellent les habitants de Gaza à se
diriger en masse vers la barrière qui protège Israël
puis à la franchir pour retourner sur les terres qui
leur appartenaient autrefois. Il est à ce stade difficile
de prédire combien suivront le mot d’ordre mais les
Palestiniens observent avec intérêt que cette perspective inquiète l’État hébreu. Les responsables sécuritaires israéliens jugent en effet ce scénario beaucoup plus dangereux que toutes les roquettes et les
tunnels offensifs du Hamas. C’est pourquoi on peut
s’attendre à ce que ces marches rassemblent des milliers, voire des dizaines de milliers de manifestants.
Que peut faire Israël face à un tel scénario ?
Je ne suis pas certain qu’il existe une bonne réponse.
L’armée va certainement aménager des rideaux de
barbelés et mobiliser toutes sortes de contre-mesures, des gaz lacrymogènes aux canons à eau en passant par les balles en caoutchouc. Elle pourra aussi
déployer un grand nombre de bus pour reconduire
les Palestiniens interpellés sur son territoire vers la
bande de Gaza. Mais si le nombre de manifestants
est réellement élevé, il risque fort d’y avoir beaucoup de victimes. Il s’agit, pour Israël, d’un défi redoutable. Si le monde entier voit ses soldats ouvrir
le feu sur des manifestants désarmés, cela pourrait
constituer un tournant majeur dans la façon dont le
pays est perçu. Peut-être évoquera-t-on dans
quelques années cette « marche du retour » en disant : c’est à ce moment que le capital de sympathie
de l’État hébreu a commencé à s’éroder. ■
Nathan Thrall est l’auteur de « The Only Language
They Understand », Metropolitan Books, 2017.
OLIVIER FITOUSSI POUR LE FIGARO
ne quarantaine de Palestiniens ont
été tués et 1 700 autres ont été blessés par balles depuis le début des
manifestations dans la bande de
Gaza. Ce mouvement, soutenu par
le Hamas, doit culminer le 15 mai
prochain à l’occasion d’une marche vers la frontière avec l’État hébreu.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 924 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
FISCALITÉ
MUSIQUE
VERS UNE RÉFORME
DE L’IMPÔT
SUR LES SOCIÉTÉS PAGE 19
LE MARCHÉ MONDIAL
AU PLUS HAUT
DEPUIS DIX ANS PAGE 24
VLADIMIR ASTAPKOVICH / RIA NOVOSTI / SPUTNIK, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Les oligarques russes
paient le prix des
sanctions américaines
L’Europe
accumule les
retards dans la
course à la 5G
Le patron d’Ericsson, premier équipementier
télécoms européen, tire la sonnette d’alarme.
Alors que les opérateurs télécoms
américains et chinois ont déjà mis le
cap sur la prochaine génération de téléphonie mobile très haut débit, la 5G,
leurs concurrents européens sont à la
traîne, pénalisés par leur environnement législatif. Or, au-delà du secteur
des télécommunications, c’est toute
l’économie qui peut être pénalisée par
ce retard à l’allumage. Börje Ekholm,
le PDG d’Ericsson, revient pour Le Figaro sur la portée des enjeux liés à
cette nouvelle technologie : aménagement du territoire, création de nouveaux modèles économiques, émergence de nouveaux usages…
è« L’EUROPE EST DÉJÀ EN RETARD POUR LA 5G », ALERTE BÖRJE EKHOLM PAGE 23
Révolution en vue dans les relations
entre distributeurs et industriels
À l’image du milliardaire Oleg Deripaska (photo), patron
du géant mondial de l’aluminium Rusal, les oligarques
subissent l’effet des sanctions qui pénalisent l’économie
russe. Ils se livrent bataille, plus contraints sur le marché
russe, et sous la dépendance du Kremlin. PAGE 18
Alors que le projet de loi alimentation
arrive à l’Assemblée nationale le 22 mai,
un amendement du député LaREM
Jean-Baptiste Moreau a pris de court
distributeurs, industriels et agricul-
teurs. Il propose de soustraire aux négociations commerciales annuelles tous
les produits agricoles et alimentaires.
Soit plus des trois quarts des produits
de grande consommation. PAGE 20
SNCF : ÉDOUARD
PHILIPPE
RENCONTRERA
LES SYNDICATS
Les quatre syndicats de la SNCF
(CGT, Unsa, SUD et CFDT) l’avaient
interpellé le 20 avril. Mardi, Édouard
Philippe leur a répondu par courrier
pour leur annoncer qu’il donne rendez-vous aux quatre organisations
engagées dans la grève. Il les recevra chacune séparément le 7 mai…
en compagnie d’Élisabeth Borne, la
ministre des Transports, avec laquelle les syndicats ne veulent
pourtant plus avoir à faire.
La semaine dernière, ils avaient annoncé leur intention de ne plus se
rendre aux dernières réunions de
concertation après deux annonces
inattendues qualifiées de « provocation » : la décision de filialiser Fret
SNCF, qui doit être recapitalisée, et
la date de fin du recrutement « au
statut » à la SNCF fixée au 1er janvier 2020.
Il n’est pas question toutefois pour
l’exécutif de ralentir le rythme de la
réforme ferroviaire : celle-ci « entre
dans une seconde étape durant laquelle la nécessité du dialogue social
s’impose à différents niveaux »,
souligne dans son courrier le premier
ministre. Il profite aussi de sa lettre
aux syndicats pour regretter « la
poursuite d’un mouvement de grève
qui gêne considérablement les Français et l’activité économique ».
Édouard Philippe rappelle le calendrier de la réforme, comme si la
grève n’avait aucune incidence sur
le parcours législatif du projet de loi :
l’entreprise publique doit désormais
finaliser le plan stratégique de la
« nouvelle SNCF ». Autre chantier à
ouvrir : la convention collective de
branche, prévue elle aussi en janvier 2020. Enfin, les « grands équilibres économiques à venir du système ferroviaire », et le traitement de
la dette, doivent être présentés fin
mai avant la discussion au Sénat.
VALÉRIE COLLET
L'HISTOIRE
a transféré 69 milliards en Inde, pays
qui a reçu le plus d’argent, devant
la Chine, les Philippines, le Mexique,
le Nigeria et l’Égypte. Cette tendance
devrait se poursuivre cette année, avec
une progression attendue de 4,1 %, soit
un total de 485 milliards, mais la Banque
mondiale alerte sur plusieurs freins
mentionnant des règles d’immigration
plus strictes, des régulations
contraignantes et les coûts de transfert
élevés. Au premier trimestre, il fallait
compter en moyenne un coût de 7,1 %
pour envoyer 200 dollars. En Afrique
subsaharienne, continent qui concentre
les pays les plus défavorisés
de la planète, ce coût s’élève à 9,4 %,
notamment en raison d’un manque
de concurrence des opérateurs
et de la frilosité des banques. ■
LA SÉANCE DU MARDI 24 AVRIL 2018
CAC 40
5444,16
+0,10%
EUROSTOXX 50
3510,88 -0,06%
DOW JONES (18h)
24309,74 -0,57%
FOOTSIE
7425,40 +0,36%
ONCE D’OR
1328,85 (1324,30)
NASDAQ (18h)
6578,98 -1,05%
PÉTROLE (lond)
74,710 (73,930)
NIKKEI
22278,12 +0,86%
ANNE CHEYVIALLE
le PLUS
du
FIGARO
ÉCO
JUSTICE
Vincent Bolloré
en garde à vue pour
des soupçons de
corruption en Afrique
PAGE 20
C’
est l’un des effets
bénéfiques de la vigueur
économique mondiale.
Les habitants des pays
pauvres ont reçu plus
d’argent de leurs proches partis vivre
à l’étranger. Ces transferts de fonds,
qui représentent un canal important
de développement, ont battu l’an dernier
un record, selon les données de la
Banque mondiale. Après deux années de
recul, le montant a atteint 466 milliards
de dollars, en hausse de 8,5 % par rapport
à 2016. Cette reprise plus forte
que prévu est le fruit de la croissance
en Europe, aux États-Unis et en Russie,
soutenue aussi par les prix plus élevés
du pétrole et un renforcement de l’euro
et du rouble. Toutes les régions en ont
bénéficié, précise le bailleur international.
L’importante diaspora indienne
MUSÉE DES CONFLUENCES PAR MATIAS ANTONIASSI, PHOTOGRAPHE
NE FAITES
AUCUN
COMPROMIS
CHOISISSEZ LYON, ONLY LYON
ON NE VIT QU’UNE FOIS
VIVRE, C’EST FAIRE DES CHOIX,
MAIS SANS RENONCER
OUBLIEZ LA DEMI-MESURE,
LES À-PEU-PRÈS, LES ENTRE-DEUX.
NE FAITES AUCUN COMPROMIS,
TRACEZ VOTRE PROPRE ROUTE,
CHOISISSEZ DE VIVRE PLEINEMENT
VOS VIES, TOUTES VOS VIES.
CHOISISSEZ LYON, ONLY LYON.
MÉTROPOLE DE LYON
A
La croissance dope les transferts
d’argent vers les pays pauvres
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
18
L'ÉVÉNEMENT
La reprise russe mise en péril
par les sanctions américaines
L’économie risque de subir une baisse des investissements et une fuite de capitaux.
Nous
« n’avons
aucun doute
sur notre
capacité
à gérer ces
pressions
»
DMITRI MEDVEDEV,
PREMIER MINISTRE
RUSSIE Deux semaines après, la
place de Moscou n’a toujours pas
digéré les sanctions américaines
du 7 avril, punissant 38 oligarques
et entités russes en lien avec des
accusations d’ingérence électorale. Signe de défiance, la monnaie
nationale, le rouble, se traîne dans
les profondeurs. L’index RTS,
l’équivalent russe du CAC 40,
après avoir dévissé deux fois, peine à remonter la pente. Les opérateurs restent choqués, inquiets,
pour une économie qui, jusqu’à
l’affaire Skripal et l’attaque
chimique sur Douma, montrait
des signes de rétablissement après
la sévère récession des années 2015 et 2016.
«Nous n’avons aucun doute sur
notre capacité à gérer ces pressions », a minimisé le premier
ministre, Dmitri Medvedev, qui
fait face à la crise à un moment
charnière de sa vie politique. Suite à l’élection présidentielle du
18 mars, le Kremlin ne lui a donné
aucune confirmation officielle de
sa possible reconduction, mimai, après avoir confié au futur
titulaire du poste une mission jugée impossible : doter l’économie
nationale d’une croissance annuelle de 4 %. Dans l’immédiat,
les experts peinent à évaluer les
dégâts provoqués par les nouvelles sanctions.
Selon la Haute École d’économie, celles-ci freineront l’afflux
des investissements étrangers et
limiteront les débouchés des entreprises russes : 20 milliards de
dollars de capitaux supplémentaires devraient fuir le pays en 2018.
Autre impact, à la faveur de la
chute du rouble, l’inflation devrait augmenter, enrayant le cycle de baisse des taux d’intérêt
enclenché par la banque centrale,
ce qui pourrait pénaliser les ménages et les entreprises. « Le risque est aggravé par l’état de faiblesse préexistant de l’économie
russe, notamment dû au manque
d’investissements », ajoute Lilit
Gevorgyan, économiste chez IHS
Market. L’analyste table sur un
taux de croissance ramené au
mieux à 1,9 % cette année, en
chute de 0,1 % en 2019. Le gouvernement anticipe pour sa part
une hausse respective du PIB de
2,1 % et 2,2 %. « Une forte croissance est structurellement impossible à obtenir. Ce qui nous attend
n’est pas la stagnation - car le mot
a une connotation péjorative – mais
la stabilité », prévoit l’ancien vice-président de la banque centrale, Konstantin Korichtchenko.
Absence de cap
économique
L’état relativement solide des finances publiques ne devrait pas
réduire la capacité de l’État à venir en aide aux entreprises frappées par les sanctions. À la différence de la crise similaire de 2014,
accompagnée par une chute des
prix du pétrole, le baril suit
aujourd’hui une courbe ascendante. Les recettes budgétaires
sont d’autant plus gonflées que les
transactions s’effectuent en dollars et que la devise américaine
s’est renforcée vis-à-vis du rouble. Engagées depuis trois ans
dans une purge initiée par la banque centrale, les banques russes
devraient voir leurs revenus annuels amputés de 5 % selon une
évaluation de Sberbank, le premier établissement du secteur.
L’incertitude est alimentée par
l’absence de tout cap politique et
économique donné par Vladimir
Poutine qui sera officiellement investi le 7 mai. En réponse aux
sanctions américaines, les députés
de la Douma ont élaboré un plan
de contre-représailles dont l’aspect protectionniste inquiète plusieurs industriels. L’examen de ce
projet de loi a été repoussé à la
mi-mai. Mais pour Alexandre
Lossev, directeur général de la société d’investissement Spoutnik,
une chose est sûre : « Les sanctions sont là pour dix ans et il faudra s’y habituer. » ■
P. A. (À MOSCOU)
ROUBLE RUSSE EN DOLLAR
0,0170
0,01622
0,0165
0,0160
0,0155
0,0150
5 avril 2018
24 avril 2018
INDICE BOURSIER RUSSE RTS,
en points
14 962,9
15000
14800
14600
14400
14200
14000
13800
5 avril 2018
24 avril 2018
Source : Bloomberg
ENQUÊTE
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
VIKTOR
VEKSELBERG
L’oligarque, propriétaire
de la société d’ingénierie
Renova, a perdu
1,28 milliard de dollars
le 10 avril à la suite de
l’annonce des sanctions
américaines.
13,6
milliards
de dollars
Montant
de sa fortune
selon « Forbes »
(2018)
Oleg Deripaska et Vladimir Potanine ont déterré la hache de guerre. Après avoir signé un armistice
en 2012, figeant leurs participations dans Norilsk Nickel - leader
mondial du secteur -, les patrons
respectifs de Rusal et d’Interros
s’affrontent autour des 4 % supplémentaires de la compagnie
correspondant à la part détenue
par Roman Abramovitch. Ce troisième milliardaire, qui a longtemps joué le rôle d’arbitre, entend se débarrasser de son actif. Et
ce qui pouvait ressembler à un banal conflit d’actionnaires se transforme, depuis les sanctions infligées par Washington à la société
Rusal, en guerre de tranchées.
Selon les calculs de Reuters, le
holding de Deripaska avait perdu
4,56 milliards de dollars en l’espace de quatre séances, entre le 9 et
le 12 avril. Depuis, l’action a repris
des couleurs d’autant que le Trésor américain a reporté au 23 octobre, au lieu du 5 juin initialement prévu, la date d’entrée en
vigueur des sanctions qui la frappent. L’oligarque, qui a évoqué le
spectre d’un défaut sur une partie
de sa dette, s’est toujours servi de
Norilsk Nickel, dont il détient
27,8 % du capital, comme d’une
machine à dividendes permettant
de renflouer Rusal. Désormais affaibli, le deuxième producteur
mondial d’aluminium peut difficilement prétendre racheter la part
d’Abramovitch. Vladimir Potani-
ne, à l’inverse, propriétaire de
32,9 % du groupe, cherche à réinvestir ses dividendes dans le développement des usines. À défaut
d’être visé par les sanctions, il est
victime de leurs effets de contagion. Dans les premiers jours de la
crise, les investisseurs se sont
débarrassés de leurs obligations
émises par Norilsk Nickel. « Notre
portefeuille de dettes est dans une
situation très confortable », tempère au Figaro le directeur financier, Sergueï Malichev.
Naguère flamboyants et à la
conquête des marchés occidentaux, les oligarques livrent bataille
sur leur pré carré. Ceux issus de la
première génération, dont Deripaska, cherchent à défendre leurs
biens acquis sous Boris Eltsine,
dans les années 1990. Leurs
« contemporains » se contentent
de protéger leurs fortunes héritées, sous Vladimir Poutine, de la
commande d’État. « Ni l’un ni
l’autre ne sont à l’abri »,
constate Nikolaï Petrov, politologue à la Haute École
d’économie. Le doyen Viktor Vekselberg, patron de
Renova, a été visé par les
sanctions bien qu’il ne soit
pas lié au Kremlin. À l’inverse, le benjamin de la liste
des 24 sanctionnés, Igor Ro-
tenberg, 44 ans, est l’héritier de
son père, Arkadi, qui lui-même
doit sa fortune à sa proximité avec
Vladimir Poutine.
Au-delà de ces figures, les sanctions frapperont tous les établissements financiers nouant des opérations financières avec les punis,
fragilisant un secteur bancaire
déjà malmené. Par crainte d’écoper de sanctions « secondaires »,
plusieurs sociétés de trading et de
transport, notamment japonaises,
australiennes et danoises, avaient
demandé à Rusal de cesser ses livraisons d’aluminium dans le
pays. La Bourse du métal de Londres (LME) avait ordonné à la
compagnie de Deripaska d’y limiter ses transactions.
Cette réaction en chaîne risque
de tarir les sources de financement des industriels et les oblige à
se tourner vers l’État. Bien qu’exclu de la liste noire américaine, le
patron du géant sidérurgique Severstal,
Alexeï Mordachov, vient de
demander une
aide publique
- tout comme
Deripaska. Le
patron du pétrolier Loukoïl,
Vagit Alekpe-
OLEG
DERIPASKA
Le milliardaire russe
contrôle la société
Rusal, deuxième
producteur mondial
d’aluminium.
3,8
milliards
de dollars
Montant de
sa fortune selon
« Forbes » (2018)
rov, a annoncé qu’il limiterait ses
acquisitions à l’international pour
se concentrer sur ses actifs russes.
Au nom de la sauvegarde de l’emploi, le gouvernement s’apprête à
aider les canards boiteux et à y
renforcer son contrôle. Rusal, qui
emploie 60 000 salariés en Russie,
pourrait être nationalisé. Évoquant notamment des « arguments patriotiques », le ministre
de l’Industrie, Denis Mantourov, a
menacé de « punir » les banques
qui cesseraient leur soutien aux
oligarques défaillants, tout en
proposant de faire acheter par
l’État des stocks d’aluminium.
Promsviazbank, naguère propriété des ex-richissimes frères Ananiev et aujourd’hui sous la coupe
de l’État, pourrait être mise à
contribution.
Poursuites judiciaires
Au-delà des injections publiques
de cash, « les marchés publics deviendront les plus rentables car ils
sont à l’abri des influences extérieures », prévoit Ivan Tertychny,
avocat associé du cabinet de
même nom. Ces derniers ont notamment assuré la fortune des
frères Rotenberg, qui construisent
le pont très controversé reliant la
Russie à la Crimée, annexée en
2014, ou de Guennadi Timchenko,
actif dans le secteur énergétique.
Mais après les travaux pharaoniques des Jeux olympiques et de la
Coupe du monde de football, l’offre devrait décliner et « la guerre
de l’accès aux commandes publiques va devenir de plus en plus
cruelle », pronostique Nikolaï
Petrov.
Le politologue en veut pour
preuve l’arrestation récente pour
détournement de fonds de Ziavoudine Magomedov, fondateur
du conglomérat Summa, surnommé « le roi des marchés publics ».
Détenteur d’un quart du marché
public du port de Novorossiisk,
plate-forme stratégique du transport pétrolier situé sur la mer Noire, ce dernier est en conflit avec
son
co-actionnaire
public
Transneft, censé lui racheter ses
parts, qui possède déjà un monopole sur les oléoducs russes. Avant
cela, le PDG d’AFK Sistema, Vladimir Evtouchenkov, avait été arrêté en 2014 pour blanchiment
d’argent. Les poursuites judiciaires avaient été abandonnées deux
ans plus tard, non sans que ce
dernier ait dû céder ses actifs pétroliers (Bashneft) au leader mondial de l’or noir Rosneft, le groupe
public dirigé par un très proche du
Kremlin, Igor Setchine.
« Progressivement, on en revient
à la situation soviétique d’il y a
vingt-cinq ans, lorsque l’État possédait les entreprises », ironise le
directeur général de la compagnie
financière
Spoutnik,
Alexandre Lossev. Guerman Gref,
le patron de Sberbank, la première banque d’État, a lui-même
philosophé : « En Russie, il n’existe pas de droit de propriété, seulement des privilèges dont on peut
être privé à tout moment. » Et les
sanctions américaines qui avaient
pour but de créer une scission au
sein de l’élite entre les oligarques
et le Kremlin risquent au contraire de les précipiter dans les mains
du pouvoir. ■
IGOR
ROTENBERG
Il est l’héritier
d’Arkadi Rotenberg,
très proche de
Vladimir Poutine,
qui a fait fortune
dans la construction
et la banque.
1,11
milliard
de dollars
A
Montant de sa fortune
selon « Forbes » (2018)
SERGEI KARPUKHIN/REUTERS ; ALEXANDER ZEMLIANICHENKO/AP ; NIKOLAI GALKIN/TASS
Fragilisés, les oligarques se déchirent sous l’œil du Kremlin
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
ÉCONOMIE
19
Theresa May sous
pression pour rester
dans une union
douanière avec l’UE
Le milieu des affaires britannique et une partie
de la classe politique cherchent à assouplir le Brexit.
Elle doit
« écouter
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
le chœur
de voix
croissant
qui la presse
d’abandonner
sa ligne rouge
sur une union
douanière et
de revoir son
approche
»
KEIR STARMER, LABOUR
ROYAUME-UNI Une fronde des
lords britanniques ne semble pas a
priori de nature à faire trembler
un premier ministre. Et pourtant,
un vote de la Haute Assemblée
jeudi dernier menace la voie tracée par Theresa May pour le
Brexit. Par 348 voix contre 225, y
compris celles de plusieurs membres du Parti conservateur au
pouvoir, elle a adopté un amendement au projet de loi sur la sortie
de l’UE demandant au gouvernement d’examiner le maintien dans
une union douanière avec l’Euro-
pe. C’est une ligne rouge, établie
dès le départ par Theresa May. La
franchir reviendrait, selon elle, à
« trahir le vote du peuple britannique ». Cela obligerait en effet le
Royaume-Uni à abdiquer toute
velléité de mener sa propre politique commerciale extérieure, pour
se ranger à celle adoptée par
Bruxelles. À l’inverse, cela permettrait de maintenir le régime
d’échanges sans friction avec les
Vingt-Sept, et réglerait le cassetête insoluble de la frontière entre
l’Irlande du Nord (membre du
Royaume-Uni) et la République
d’Irlande (membre de l’UE).
Cette solution gagne du terrain
dans le débat britannique, alors
Theresa May doit faire face à un amendement demandant au gouvernement d’examiner le maintien dans une union
douanière avec l’Europe. HANNAH MCKAY/REUTERS
que Londres vient d’entamer ses
négociations sur sa relation future
avec l’Europe. Elle a le soutien
massif de la communauté des affaires et des politiciens proeuropéens, qui y voient un moyen de
garder une relation de proximité
avec l’UE et d’atténuer les conséquences de la sortie britannique.
Une option vue aussi d’un bon œil
à Bruxelles, qui a jugé irréalistes
toutes les options présentées par
Londres jusqu’à présent pour régler le problème des frontières. Ce
Vers une refonte de l’impôt sur les sociétés
En revanche, l’exécutif ne veut pas toucher au calcul de la participation.
GUILLAUME GUICHARD
£@ guillaume_gui
ET ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
L’IMPÔT
SUR LES SOCIÉTÉS
EN CHIFFRES
SOURCES : MINISTÈRE
DES FINANCES
56,6
milliards d’euros.
Recettes générées
par l’impôt
sur les sociétés (IS)
15,6
milliards d’euros.
Économies d’impôt
réalisées par
les entreprises grâce
à l’intégration fiscale
11
milliards d’euros.
Coût pour les finances
publiques de la baisse
du taux d’IS de 33,33 %
à 25 % en 2022
FISCALITÉ Après plus de trois mois
de préparation, le gouvernement a
lancé mardi une consultation en ligne en vue de réformer l’impôt sur
les sociétés (IS). Objectif officiel :
mettre en conformité certains dispositifs de la fiscalité des entreprises avec le droit européen et les
bonnes pratiques promues par
l’OCDE. Trois chantiers sont
ouverts : le régime des brevets,
l’intégration fiscale des groupes et
la déductibilité des intérêts d’emprunts.
Jusqu’à présent, ces trois dispositifs, très attractifs, contrebalançaient en partie le taux d’IS français
de 33,33 %, très élevé par rapport à
celui pratiqué dans les autres pays
européens. Mais, comme le gouvernement a acté la baisse de ce
taux à 25 % d’ici à 2022, on considère à Bercy qu’il faut revoir certaines modalités d’imposition favorables
par
ailleurs
aux
entreprises.
D’autant plus que, pour commencer, le régime d’intégration
fiscale français est fragilisé depuis
quelques années par la jurisprudence de la Cour européenne de
justice. Ce régime permet à une
maison mère possédant des filiales
à plus de 95 % de déduire leurs
pertes de son bénéfice. Bercy propose d’abaisser le seuil de détention
minimal d’une filiale pour l’intégrer à 75 % du capital. En contrepartie, le ministre des Finances envisage de supprimer certains
avantages de l’intégration fiscale
fragiles juridiquement. Ou, tout au
contraire, d’élargir ces derniers
aux filiales établies dans toute
l’Union européenne et non plus
seulement en France - ce qui mettrait l’intégration fiscale française à
l’abri des foudres de la justice européenne mais coûterait cher à l’État.
La même préoccupation de mise
en conformité anime l’exécutif
pour le régime des brevets. Ce dernier permet de ne payer que 15 %
d’IS sur les revenus issus de la propriété intellectuelle, ceux-ci étant
définis de façon trop large selon
l’OCDE. Bercy ne veut pas toucher
au taux réduit de 15 %, mais envisage de recentrer les revenus qui y
auraient droit en adoptant l’approche défendue par l’organisation internationale. La part des revenus
éligibles au taux réduit dépendrait
alors des dépenses en R&D effectuées en France.
forme, Bercy préfère jouer la carte
de la prudence. « Ce n’est pas un
sujet clos, précise-t-on dans l’entourage du ministre, mais en raison
des effets structurants d’un changement de formule, nous estimons que
le débat doit être approfondi avant
d’inscrire quoi que ce soit dans la
loi. » La présentation de la loi Pacte
en Conseil des ministres a été décalée une nouvelle fois dans l’attente
des arbitrages sur les privatisations.
Elle devrait avoir lieu le 30 mai. ■
qui provoque la fureur des europhobes, selon lesquels cela reviendrait à un Brexit qui n’en
aurait que le nom.
« Pleurer dans leur bière »
Un amendement de la Chambre
des lords peut facilement être retoqué par la Chambre des communes, qui a toujours le dernier
mot. Mais voici que les députés se
préparent à leur tour à défier le
gouvernement sur ce sujet. Ils
pourraient adopter une motion similaire, jeudi, lors d’un vote
consultatif d’initiative parlementaire. Mais cela pourrait créer un
précédent pour un nouveau vote
en ce sens, contraignant cette fois,
soutenu par au moins une dizaine
de frondeurs conservateurs ainsi
que l’opposition, lors de l’examen
d’une loi sur le commerce et les
douanes prévu en mai ou juin,
sans cesse repoussé par l’exécutif
depuis des mois de peur de cette
rébellion.
Le gouvernement prend les
choses très au sérieux. Au point
que Downing Street s’est livré à
un exercice d’évaluation des
conséquences d’une défaite sur ce
terrain. Selon des indiscrétions
parues dans la presse, les proches
de Theresa May « ne pleureraient
pas dans leur bière » si on en arrivait là. La première ministre serait
même prête à encaisser les démis-
+
» Lire aussi PAGE 6
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
2018
Loi Pacte repoussée
L’exécutif a par ailleurs abandonné
à court terme un autre chantier qui
concerne les entreprises. En effet,
la formule légale de la participation
ne serait pas modifiée dans le cadre
de la loi Pacte. La piste d’une modernisation de cette formule qui
date de 1967 avait été évoquée lors
des travaux préparatoires de la loi
Pacte. Le Conseil d’orientation de
la participation, de l’intéressement, de l’épargne salariale et de
l’actionnariat salarié (Copiesas)
s’est donc emparé du sujet. Il a proposé une nouvelle formule fondée
non plus sur le résultat fiscal mais
comptable. Un changement a priori défavorable pour les secteurs à
fort investissement et en particulier
l’industrie.
À défaut d’avoir pu précisément
étudier les impacts d’une telle ré-
sions en protestation de « hard
Brexiters » de son cabinet, comme
Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, ou son collègue en
charge du Commerce international, Liam Fox, qui se retrouverait
dépourvu de toute mission par le
maintien dans l’union douanière
avec l’Europe. La question est si
sensible que la première ministre
a décidé de reporter une discussion sur ce sujet avec ses ministres
concernés prévue ce mercredi.
Les Brexiters rongent leur frein
et cherchent la parade à cette trahison de l’esprit du Brexit. Ils
poussent Theresa May à engager
sa responsabilité sur la question.
Et menacent de provoquer un
vote de défiance si elle ne le faisait
pas. Pour tenter de les rassurer,
Downing Street promet que sa position n’a pas changé d’un iota.
Mais écarte aussi toute idée de
mettre la démission de la chef du
gouvernement dans la balance.
Celle-ci doit « maintenant écouter
le chœur de voix croissant qui la
presse d’abandonner sa ligne rouge
sur une union douanière et de revoir
son approche », plaide le député
Keir Starmer, responsable du
Brexit au Labour. Le bras de fer
entre les deux camps du Brexit ne
fait que (re-)commencer. ■
Assemblée générale
des actionnaires
Une Assemblée générale mixte
se tiendra le mardi 5 juin 2018, à 9 h 30.
(Accueil et émargement de 8 h 00 à 10 h 00, au Palais des Congrès,
Grand Amphithéâtre, 2, place de la Porte-Maillot, 75017 Paris.)
Cette assemblée est appelée notamment à statuer sur les comptes de l’exercice clos
car il faut les ramasser ».
« Rien que pour Paris, ce sont
2 milliards de mégots par an qui
sont jetés », a-t-elle précisé.
La nouvelle taxe, estimée à
« un centime par paquet »,
serait payée par les cigarettiers,
qui la répercuteraient sur le prix
des paquets. Le but étant
de responsabiliser les
producteurs dans la gestion de
leurs déchets. À Matignon, on
précise qu’une concertation
sera engagée sur le sujet avec
les acteurs concernés. Les
fumeurs se préparent déjà
à une forte augmentation du
prix du paquet de cigarettes.
Le budget 2018 de la Sécurité
sociale prévoit une hausse
de la fiscalité du tabac en cinq
étapes. Un euro en mars 2018,
puis 50 centimes en avril,
novembre 2019 et avril 2020
et enfin 40 centimes
en novembre 2020.
A. G.
L’avis de réunion est paru au Bulletin des Annonces Légales Obligatoires du 25 avril
2018. Les modalités de participation et de vote à cette Assemblée figurent dans
cet avis.
Cet avis de réunion, l’exposé des motifs sur les projets de résolutions, le tableau
de synthèse de l’utilisation des délégations financières et les informations légales
peuvent être consultés sur le site Internet de la société http://finance.hermes.com
Les autres documents et renseignements relatifs à cette Assemblée seront tenus à
la disposition des actionnaires et consultables sur le site internet précité, dans les
1
Dans la foulée de la
présentation par Édouard
Philippe d’un plan de lutte
contre le gaspillage et le
traitement des déchets, Brune
Poirson a confirmé qu’une
« éco-contribution »
sur les mégots était à l’étude.
Au micro de BFMTV et RMC,
la secrétaire d’État à la
Transition écologique
a souligné que « les mégots
jetés dans la rue coûtent cher,
le 31 décembre 2017.
conditions légales et réglementaires, au plus tard le 15 mai 2018.
A
Mégots : une nouvelle taxe pour les fumeurs ?
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
20
ENTREPRISES
Vincent Bolloré
en garde à vue
pour des soupçons de
corruption en Afrique
Avec 25 % de son chiffre d’affaires,
l’Afrique joue un rôle clé
et historique dans l’activité
du groupe présidé
par Vincent Bolloré.
ZAKARIA ABDELKAFI/AFP
L’obtention de concessions portuaires à Lomé
(Togo) et à Conakry (Guinée) au cœur du débat.
« deL’audition
ses
dirigeants
permettra
d’éclairer
utilement
la justice sur
ces questions
qui ont fait
l’objet d’une
expertise
indépendante
qui a conclu
à la parfaite
régularité des
opérations
GROUPE BOLLORÉ
»
PAULE GONZALÈS
£@PAULEGONZALES
ET CHARLES GAUTIER
£@CHGAUTIER
LOGISTIQUE Vincent Bolloré
plonge dans la tourmente judiciaire. Depuis mardi 10 heures,
l’homme d’affaires français et
Gilles Alix, le directeur général
de sa filiale Bolloré Africa Logistics, sont entendus par l’Office
central de lutte contre la corruption et les infractions financières
et fiscales (OCLCIFF). Cette garde
à vue est consécutive à une information judiciaire menée à la suite
de soupçons de corruption et de
trafic d’influence concernant
l’obtention de concessions portuaires en Guinée et au Togo.
Depuis 2010 en effet, puis à la
suite de deux plaintes contre X
déposées en 2011 et 2013 par
l’homme d’affaires Jacques Dupuydauby, le juge Serge Tournaire enquête. Il entend déterminer
si le groupe de communication
Havas, appartenant à Vincent
Bolloré, aurait successivement
mené et sous-facturé les campa-
gnes électorales de Faure Gnassingbé et d’Alpha Condé pour les
présidentielles du Togo et de Guinée, en échange de précieuses
concessions portuaires, de Lomé
et de Conakry.
« Les prestations relatives à ces
facturations ont été réalisées en
toute transparence. L’audition de
ses dirigeants permettra d’éclairer
utilement la justice sur ces questions qui ont fait l’objet d’une expertise indépendante qui a conclu
à la parfaite régularité des opérations », promet le groupe Bolloré.
À l’issue de sa garde à vue, le juge
d’instruction a la possibilité de
signifier la mise en examen.
Éviction brutale
En Guinée, Nicotrans, arrivé en
tête de l’appel d’offres en 2009,
s’est vu retirer sa concession
portuaire un an plus tard au profit de Vincent Bolloré. Ce dernier
finira par racheter les derniers
actifs de son ancien concurrent.
Au Togo, c’est l’éviction brutale
de l’ancien allié Jacques Dupuydauby qui intéresse les enquêteurs. Depuis son premier dépôt
de plainte, ce dernier aurait été
auditionné plus d’une dizaine de
fois par les enquêteurs et trois
fois par le juge Tournaire.
La convention de l’OCDE de
2001, sur la lutte contre la corruption, permet aux États de
poursuivre une entreprise pour
corruption
d’agents
publics
étrangers dans les transactions
commerciales internationales.
L’Afrique joue un rôle clé et
historique dans l’activité du
groupe Bolloré. Ce continent re-
présente 25 % du chiffre d’affaires du groupe Bolloré. L’an dernier, après l’intégration totale de
Vivendi, le groupe français a réalisé 18,3 milliards de chiffre d’affaires.
Les activités africaines sont
pour l’essentiel regroupées dans
Bolloré Transport et Logistics.
Créée en 2016, cette filiale regroupe notamment les anciennes
activités de Bolloré Énergie, de
SDV, et Bolloré Africa Logistics.
Aujourd’hui, cette dernière entité génère un volume d’affaires de
2,5 milliards et emploie 25 000
personnes.
Du stockage au transport des
marchandises, Bolloré Africa Logistics est incontournable en
Afrique de l’Ouest. Le groupe
gère directement les terminaux
de conteneurs de 10 ports de la
région, de Conakry, en Guinée, à
Pointe-Noire, au Congo. Il opère
aussi dans 16 terminaux à conteneurs sur le continent par l’intermédiaire de partenariats publicprivé. Si le groupe Bolloré n’a pu
mener à bien la grande boucle
ferroviaire ouest-africaine de
3 000 kilomètres, les projets de
développement ne manquent
pas. L’entreprise s’intéresse ainsi
aux côtes de l’Afrique de l’Est.
Elle étudie par ailleurs les possibilités de connecter ports et villes
à l’intérieur des terres afin de limiter les goulets d’étranglement.
La garde à vue de Vincent Bolloré a en tout cas été très mal accueillie par les marchés. Le titre
Bolloré a chuté de 6,14 %, mardi,
à la Bourse de Paris. ■
Bercy prêt à bouleverser les règles des négociations
commerciales pour les produits alimentaires
Un amendement prévoit de sortir du système rigide et souvent brutal de contrats annuels.
A
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
COMMERCE Branle-bas de combat dans les linéaires des grandes
surfaces. Alors que le très attendu
projet de loi alimentation arrive
dans l’Hémicycle le 22 mai, un
amendement, adopté mercredi
17 mars en commission des affaires économiques, a pris de court
tous les acteurs. Le texte, auquel
le gouvernement n’est pas opposé, prévoit - ni plus ni moins - de
soustraire aux négociations commerciales annuelles tous les produits agricoles et alimentaires.
Soit plus des trois quarts des produits de grande consommation.
C’est une véritable bombe à laquelle personne ne s’attendait : la
mesure n’a jamais été discutée en
tant que telle lors des États généraux de l’alimentation qui ont
préludé au texte.
Cet amendement, porté par le
rapporteur Jean-Baptiste Moreau,
député LaREM de la Creuse et
agriculteur, vise à bousculer les
relations déplorables entre les
grandes enseignes et leurs fournisseurs. Depuis la loi de modernisation de l’économie (LME) de
2008, les prix auxquels les industriels vendent leurs produits à
leurs clients distributeurs sont
négociés dans un créneau défini
par la loi, de la mi-octobre au
1er mars inclus. Après cette date,
tous les contrats doivent être signés (hormis pour les marques de
distributeurs ou quelques produits comme la viande fraîche, les
œufs, le miel). Ce mode de fonctionnement favorise « la confrontation et la tension paroxystique du
28 février », reconnaît Richard
Panquiault, directeur général de
l’Ilec, qui regroupe les 75 plus
grands industriels de la grande
consommation (Danone, Nestlé,
l’Oréal…). «Les négociations com-
merciales annuelles sont à l’origine
de vrais psychodrames et de conséquences économiques déplorables
pour l’ensemble de la chaîne alimentaire », appuie l’exposé des
motifs de l’amendement. Les produits non alimentaires (hygiène,
entretien, maison…) resteraient
dans le cadre d’une négociation
annuelle.
Le texte propose
de soustraire
aux négociations
commerciales annuelles
tous les produits
agricoles
et alimentaires.
Rungis, à mi-parcours des États
généraux de l’alimentation.
« Avec ce système, on quitte
l’affrontement pour la coopération,
salue Serge Papin, patron du
groupement Système U et qui a
PASCAL PAVANI/AFP
« Ce texte va faire
du bruit »
Les défenseurs de cette mesure,
que Bercy laisse à l’appréciation
des parlementaires, estiment
qu’elle pourrait supprimer les situations de blocages en fin de négociations et les déréférencements de produits. En théorie, les
prix seraient a priori fixés pour
une durée indéterminée, dans
l’esprit du principe de négociations pluriannuelles prôné par
Emmanuel Macron le 11 octobre à
coprésidé l’atelier des États généraux consacré à une meilleure répartition de la valeur dans la filière alimentaire. Cela permet de ne
pas discuter que du prix, mais aussi de la qualité et la valeur ajoutée
des produits. » « Isoler le tempo
français des négociations ne correspond à aucune réalité économique. Par ailleurs, cela crispe la négociation à un moment de l’année
loin d’être optimal pour beaucoup
d’acteurs »,
ajoute
MichelÉdouard Leclerc, PDG de l’enseigne du même nom.
Des services juridiques
sur le pied de guerre
«Ce texte va faire du bruit », reconnaît Jean-Baptiste Moreau.
Avec cette mesure, le député
agriculteur veut amener au compromis des acteurs qui s’accusent
chaque année de tous les maux :
guerre des prix, marges trop éle-
vées, manque de transparence sur
les tarifs… « Tout le monde me dit
que ces négociations annuelles sont
un calvaire et qu’ailleurs, en Europe, où un tel système n’existe pas,
la relation industrie-commerce est
beaucoup plus saine. Aux acteurs
de se responsabiliser », justifie
l’élu.
Circonspects, enseignes et industriels ont mis sur le pied de
guerre leurs services juridiques
pour jauger les conséquences d’un
tel big bang. Le gouvernement attend leurs conclusions avant d’aller plus avant. Avant l’examen final du texte, Bercy demande aux
enseignes et industriels de plancher d’ici au 22 mai sur un nouveau mode de fonctionnement. Le
texte actuel, qui ne détaille pas le
nouveau cadre, nécessitera des
précisions pour définir les nouvelles règles qui pourraient entrer
en vigueur dès la fin de l’année. ■
Pour les industriels, c’est l’opportunité de stopper la guerre des prix
Il serait
« bienvenu
de prévenir
les opérateurs
bien à l’avance,
sinon les
prochaines
négociations
risquent
de tourner à la
cacophonie
»
HERVÉ LECAILLON,
AVOCAT ASSOCIÉ, FIDAL,
Industriels et producteurs ont été
pris au dépourvu par l’amendement
du député LaREM Jean-Baptiste
Moreau. Depuis une semaine, ils se
sont attelés à en mesurer les conséquences. La FNSEA, principal syndicat agricole, semble voir d’un bon
œil un changement des règles des
négociations commerciales. Les enseignes, sauf Système U et Leclerc,
affichent leur neutralité. En revanche, l’Ania, qui fédère les 15 000 industriels de l’alimentaire en France,
voit dans la mesure un « signal politique très fort ». L’association fustige depuis des années les conséquences du système de négociations
annuelles instauré en 2008 par la loi
de modernisation de l’économie
(LME). « C’est une opportunité uni-
que pour mettre fin à la guerre des
prix et repenser notre modèle pour les
prochaines années », souligne une
porte-parole de l’Ania. Mais quelle
nouvelle organisation adopter ?
L’association doit proposer des pistes de réflexion dans les prochains
jours : l’idée est de donner plus de
poids aux industriels face à leurs
clients distributeurs.
Des pistes possibles
Pour l’instant, les acteurs sont dans
le flou. « Comment seront traités les
produits agricoles et agroalimentaires
qui représentent une très large majorité de l’assortiment des grandes surfaces ? » s’interroge Hervé Lecaillon,
avocat associé au cabinet Fidal. Et de
souligner les pistes possibles : va-t-
on vers des négociations pluriannuelles comme c’est le cas pour les
produits à marque de distributeurs ?
Débouchera-t-on, au contraire sur
des négociations au fil de l’eau toute
l’année, commande par commande,
voire référence par référence ? « Si
c’est le cas, il serait bienvenu de prévenir les opérateurs bien à l’avance,
souligne Hervé Lecaillon. Sinon, les
prochaines négociations risquent de se
transformer en cacophonie, sans diminuer les tensions. »
D’ici à l’arrivée du texte le 22 mai,
les tractations iront donc bon train.
Notamment sur le périmètre précis
des produits « alimentaires », à géométrie très variable selon que l’on y
inclut les produits transformés ou non.
Si les premiers échos semblent
conforter Bercy et le député JeanBaptiste Moreau, les géants de
l’agroalimentaire tempèrent l’enthousiasme des petits industriels.
L’Ilec, qui ne manque pas de dénoncer des négociations commerciales
défavorables aux fournisseurs, semble cette fois préférer le statu quo…
« Ça ressemble au grand saut dans le
vide, explique son délégué général,
Richard Panquiault. À mon sens,
même s’il est source de contraintes, le
formalisme prévu par la LME avec des
négociations annuelles protège le
producteur et l’industriel. Enlever la
date butoir, par exemple, ne changera rien au fait que l’industriel a perdu
la main sur son tarif. » Les acteurs
ont trois semaines pour transformer
l’essai, ou pas… ■
O. D.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
ENTREPRISES
21
PSA sous pression en Allemagne
Le constructeur mène de difficiles négociations avec le syndicat allemand IG Metall pour redresser Opel.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
AUTOMOBILE La croissance est impressionnante. Le chiffre d’affaires
du groupe PSA au premier trimestre
de l’année, publié mardi 24 avril à
l’occasion de l’assemblée générale, a
bondi de 42,1 %, pour s’établir à
18,2 milliards d’euros. Cette performance est pour une large part due à
l’intégration des marques Opel et
Vauxhall au groupe français. Sans
cet élément, la dynamique reste
toutefois significative : le chiffre
d’affaires du périmètre « historique » (les marques Peugeot, Citroën
et DS) progresse de 13,3 %. Sur les
trois premiers mois de l’année 2018,
Opel et Vauxhall ont permis d’engranger 4,8 milliards d’euros de
chiffre d’affaires, soit plus du quart
de l’activité totale de PSA.
Concernant Opel, Jean-Baptiste
de Chatillon, le directeur financier
de PSA, a affirmé que « le redressement est en bonne voie ». Ce qui représente une performance : Opel a
perdu de l’argent pendant dix-neuf
ans, lorsqu’il était dans le giron de
General Motors. La première partie
de ce redressement, comme pour
PSA entre 2014 et 2015, passe par la
compression des coûts, notamment salariaux. Pour y parvenir, les
dirigeants du constructeur veulent
réduire le nombre de salariés et fai-
re pression sur les salaires. En Angleterre, l’usine d’Ellsmere perdra
un tiers de ses effectifs, soit
650 personnes. Carlos Tavares,
président du directoire de PSA, a
souligné devant ses actionnaires
que « de nombreux accords ont été
passés avec nos partenaires sociaux
au Royaume-Uni, en Espagne, en
Hongrie, en Autriche, et, comme
vous le savez, nous sommes actuellement en négociation intense, pour ne
Le drapeau du syndicat
IG Metall flotte mardi
devant l’usine Opel
d’Eisenach lors
de manifestations
contre la suppression
de plusieurs centaines
d’emplois.
JENS MEYER/AP
pas dire plus, avec nos partenaires
sociaux en Allemagne ».
Modération salariale
et flexibilité
Les discussions sont, en effet, beaucoup plus difficiles en Allemagne,
où le puissant syndicat IG Metall n’a
pas l’habitude de se faire imposer
des sacrifices. Dans un entretien
aux Échos, mi-mars, Jörg Hofmann, président d’IG Metall, re-
prochait au patron de PSA de vouloir « toujours passer en force ».
Depuis son arrivée à la tête de PSA,
Carlos Tavares a su mettre les différents sites industriels du groupe en
concurrence. Il pousse les salariés à
accepter modération salariale et
flexibilité, en échange d’investissements dans l’outil de production et
l’attribution de véhicules nouveaux
qui pérennisent l’usine. Avec un
succès certain : c’est l’une des re-
cettes du redressement spectaculaire des résultats du constructeur
français. Les syndicats français ne
s’en plaignent pas. Hormis la CGT,
ils ont tous signé le nouvel accord
de compétitivité en juillet 2016.
Mais l’Allemagne n’a pas du tout
cette habitude de mise en concurrence. PSA semble vouloir remettre
en cause l’augmentation des salaires de 4,2 % négociée par IG Metall
au niveau national. Le président du
comité d’entreprise d’Opel, Wolfgang Schäfer-Klug, a précisé que
PSA souhaitait le départ de 3 700 des
20 000 salariés allemands d’Opel.
Les discussions semblent aujourd’hui se focaliser sur le site d’Eisenach, où sont assemblées les Opel
Adam et Corsa.
Lundi 23 avril, Michael Lohscheller, le directeur général d’Opel, a
déclaré « vouloir investir à Eisenach ». Il a aussi précisé qu’il fallait
« créer des conditions permettant
d’être compétitif » mais que « nos
partenaires sociaux ne nous ont pas
fait de proposition pour y parvenir ».
Pour l’instant, chacun campe sur
ses positions. « Ceci va encore durer
quelques semaines, ne soyez pas surpris, ceci va encore faire un peu de
bruit », a prévenu Carlos Tavares.
La question est bien de savoir si le
dirigeant osera mettre en cause
l’existence du site, s’il ne parvient
pas à un accord satisfaisant. ■
LVMH reprend en main ses branches de lunettes
Associé à Marcolin, le groupe construit une usine en Vénétie. Il récupérera les franchises accordées à Safilo.
À LONGARONE (ITALIE)
LUXE Révolution dans la lunetterie de luxe. LVMH a inauguré ce
mardi à Longarone la Manifattura
Thélios : un site industriel
construit au cœur d’une vallée des
Dolomites réputée pour son savoir-faire lunettier. Si sa capacité
de production est d’un million de
montures par an, toutes assemblées à la main, ce chiffre grimpera
à 4,5 millions d’ici à fin 2020. C’est
une étape cruciale dans la reprise
en main de l’activité lunettes de
ses maisons par le leader mondial
du luxe.
Jusqu’à fin 2017, quasiment toutes les marques de LVMH désireuses de se diversifier dans les lunettes avaient des accords de licence
avec des industriels du secteur.
Charge à ces derniers de concevoir
(en partenariat avec la direction
artistique des maisons), de pro-
duire et de commercialiser partout
dans le monde des montures optiques et lunettes de soleil. Seule exception, Louis Vuitton : le malletier, qui refuse depuis toujours la
moindre licence et commercialise
ses produits en exclusivité dans ses
magasins, a choisi de recourir à la
sous-traitance industrielle pour la
fabrication de ses lunettes solaires.
Montée en gamme
Après un an et demi de négociations, LVMH s’est associé avec le
groupe italien Marcolin, troisième
lunettier mondial. Début 2017, il a
pris 10 % de ce groupe italien,
contrôlé depuis 2012 par le fonds
d’investissement français PAI.
Plus important, les deux partenaires ont créé une coentreprise, détenue à 51 % par LVMH et 49 %
par Marcolin, avec un investissement initial de 50 millions d’euros
sur quelques années, dont 20 millions pour la manifattura.
Thélios, baptisée du nom de la
La coentreprise Thélios,
créée par LVMH et
Marcolin, vise un chiffre
d’affaires de 40 millions
d’euros pour 2018.
THÉLIOS
déesse de la lumière, est exclusivement dédiée aux marques du
leader mondial du luxe. Si le site
de Longarone, dont la production
a débuté fin janvier, ne fabrique
pour le moment que des lunettes
griffées Céline, Loewe suivra au
second semestre et Fred en fin
d’année. Tag Heuer pourrait les
rejoindre l’an prochain. La coentreprise vise un chiffre d’affaires
de 40 millions d’euros pour 2018.
Un montant à comparer aux
350 millions réalisés en 2016 par
Safilo avec l’ensemble des licences
signées avec LVMH : Dior, Fendi,
Marc Jacobs et Céline, ce dernier
partenariat étant arrivé à échéance fin 2017. Les licences Dior et
Fendi, qui représentent la moitié
de l’activité lunettes de LVMH,
expirent fin 2020. Avant de signer
avec Marcolin, LVMH avait approché Safilo, son partenaire historique, qui avait refusé son offre.
Avec Thélios, LVMH n’ambitionne rien moins que de réinventer le métier des lunettes de luxe.
Le groupe veut être beaucoup plus
sélectif en termes de distribution,
avec un nombre de points de vente réduit de 20 à 30 % pour certaines griffes. « Le point de vente est
le premier média de la marque, assure Toni Belloni, le directeur général délégué de LVMH. Il est important de soigner la mise en scène
des produits. »
Vinci Airports : atterrissage réussi aux États-Unis
Le français fait l’acquisition de plusieurs aéroports, dont celui d’Orlando international.
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
40 %
Marge
opérationnelle
de Vinci Airports,
contre 4 % pour
Vinci Construction
SERVICES Vinci Airports se prend
à rêver américain. La filiale du
géant français du BTP et des
concessions a annoncé, mardi,
avoir conclu un accord avec le
fonds de pension canadien Omers
pour lui racheter, à un prix confidentiel, le portefeuille d’Airports
Worlwide. Celui-ci comprend
neuf aéroports, dont cinq amércains, notamment l’aéroport international d’Orlando qui accueille près de 3 millions de
passagers par an. Vinci Airports
prend pied par la même occasion à
Belfast, à Skavsta (près de Stockholm) et au Costa Rica, un pays en
forte croissance touristique où il
récupère des participations en cocontrôle dans deux aéroports. La
société tricolore, qui fait partie des
cinq premiers mondiaux, obtient
enfin trois contrats de gestion partielle à Atlantic City, Raleigh et
Atlanta. Une fois la transaction
clôturée d’ici à la fin de l’année,
Vinci Airports assurera l’exploitation totale de 45 aéroports.
Pour le groupe Vinci, qui s’est
séparé en 2014 de ses parkings (rebaptisés Indigo), la gestion aéroportuaire ne pèse que 1,4 milliard
d’euros de chiffre d’affaires sur un
total de 40,2 milliards. Mais elle
croît plus vite que les autres activités et constitue à ce titre un axe
de développement majeur.
Vinci Airports s’est fait un nom
en quelques années en cumulant
les opérations de croissance externe. Après le concessionnaire portugais ANA racheté pour 3 milliards d’euros en 2013, il a acquis la
plateforme de Santiago du Chili en
2015 et trois aéroports au Japon
(Osaka, Itashi et Kobe) l’année
suivante. « L’activité aéroportuaire est plus dynamique que la gestion
d’autoroutes, elle permet à Vinci de
mieux capter la croissance mondiale », explique Éric Lemarié, ana-
lyste chez Bryan Garnier. De fait,
le chiffre d’affaires a bondi d’un
tiers l’an dernier. C’est aussi un
segment très rentable, affichant
une marge opérationnelle de
40 %, contre moins de 4 % pour la
partie BTP de Vinci.
Champion tricolore
Le marché est porté par un trafic
aérien qui progresse en moyenne
deux fois plus vite que le PIB mondial, par la multiplication des
compagnies à bas prix et par
l’ouverture au capital des plateformes aéroportuaires - à l’exception notable des États-Unis, où
celles-ci sont majoritairement gérées par les collectivités locales.
« Pour réussir dans ce secteur, il
faut savoir bien négocier les
contrats de concession, maximiser
le trafic en ouvrant des lignes et en
attirant de nouvelles compagnies, et
surtout développer les boutiques,
restaurants et autres services aux
passagers », décrypte Éric Lema-
rié. Les trois aéroports japonais de
Vinci dégagent ainsi 55 % de leur
chiffre d’affaires en recettes commerciales et seulement 45 % en
redevances aéroportuaires.
Le groupe met en avant son approche intégrée qui lui permet à la
fois de construire et d’exploiter
des infrastructures. Le contrat à
Santiago de Chili inclut par exemple un budget de 930 millions de
dollars pour la construction de la
nouvelle aérogare. Cet avantage
compétitif distingue Vinci de son
compatriote ADP, dont l’État
compte prochainement céder sa
participation de 50,6 % au capital.
Vinci Airports est sur les rangs
à côté de ses rivaux Aena et Fraport. Détenant déjà 8 % du capital
d’ADP, il émerge comme l’acheteur naturel. Une telle transaction
présenterait en outre un intérêt
politique évident : celui de faire
émerger un champion tricolore
du secteur, de dimension internationale. ■
Thélios espère qu’une distribution plus exclusive permettra
d’augmenter le chiffre d’affaires
global réalisé par l’activité lunettes de chaque maison. Pas question d’accorder la priorité aux volumes, ni de jouer sur les synergies
commerciales entre les marques,
comme le font la plupart des industriels du secteur, surtout avec
leurs licences. Les commerciaux
de Thélios seront dédiés à une seule maison, et ils ne seront pas intéressés aux volumes vendus.
Les points de vente, eux, seront
sélectionnés un par un. Pour parfaire sa montée en gamme et être
sur le parcours des clients du luxe,
Thélios mise sur une présence en
grands magasins et en boutiques
d’aéroport. Autre avantage de
l’internalisation de la production :
cela permet de réduire à seize semaines le délai entre l’ébauche
sur papier d’un nouveau modèle
et la sortie d’usine des premières
paires. ■
EN BREF
CHÔMAGE : 1 MILLIARD
VERSÉS EN TROP
£ Un milliard d’euros
d’allocations chômage ont été
versés en trop en 2017, selon un
rapport de l’Unedic. Ces tropperçus représentent 3 % du total
des indemnisations. Ils ont
principalement été alloués
aux chômeurs qui exercent
une activité réduite.
AIRBUS PROPOSE
L’EUROFIGHTER
À L’ALLEMAGNE
£ Airbus a proposé le chasseur
Eurofighter à l’Allemagne pour
remplacer ses 90 Tornado qui
partiront à la retraite à partir de
2025. D’autres avions sont en lice
dont le F-35 de l’américain
Lockheed. L’offre remise à la
veille de l’ouverture du salon
aéronautique de Berlin (du 25 au
28 avril) envoie un message
clair : ne pas acheter le F-35
alors que Paris et Berlin doivent
donner le coup d’envoi de leur
coopération en matière d’avion
de combat du futur au salon.
A
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
TUI France conforte
son leadership
dans les hôtels-clubs
Avec 80 adresses Marmara et Lookéa cet été,
la formule représente près de 65 % du chiffre d’affaires
du tour-opérateur.
TUI, GÉANT EUROPÉEN
DU TOURISME
EXERCICE 2017
18, 5
milliards d’euros
de chiffre d’affaires
910
millions d’euros
de résultat net
66 500
salariés
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
TOURISME La plage, avec son eau
cristalline, est à 300 mètres de
l’hôtel. L’équipe - une douzaine
d’animateurs avec son « chef de
village » - a accueilli les premiers
clients le 14 avril. Lookéa vient
d’ouvrir son deuxième hôtel-club
dans l’île de Majorque, aux Baléares. Il s’est installé dans un établissement de 331 chambres, où il
en occupera 260, d’avril à octobre
pendant au moins trois ans. Avec
ses « événements apéritifs », ses
soirées, ses animations, son club
pour enfants et ados, la semaine
est vendue 499 euros (prix d’appel) tout compris et par personne,
avec des départs de 14 villes de
France (Paris, Lyon, Deauville,
Brest…).
Racheté à Transat France en
2016, Lookéa fait désormais partie
de la famille des hôtels-clubs de
TUI France, avec Marmara. Ensemble, les deux marques proposent 80 destinations cet été.
« Nous avons une position de leader
sur le segment des hôtels-clubs, qui
sont notre première source de reve-
nus, se félicite Pascal de Izaguirre,
dirigeant de la filiale française du
géant allemand de TUI. Ils représentent 65 % de notre chiffre d’affaires. » Marmara et Lookéa en
réalisent
l’essentiel.
Leurs
concurrents s’appellent Jet Tours,
Kappa Club ou encore Fram. TUI
France a aussi ouvert aux Français
55 clubs TUI (Sensimar, RIU…)
dont la clientèle est internationale. La formule plaît. L’an dernier, Marmara a accueilli
400 000 clients, Lookéa 230 000.
Ils devraient être aussi nombreux
cet été.
À l’heure où l’offre de logement
est pléthorique sur booking.com,
Vue aérienne du Club Marmara Zorbas Beach Hotel, en Crète.
proposer un hôtel-club, c’est
mettre en avant une spécificité
maison, et vendre au client bien
plus qu’un simple hébergement.
Prédire la demande
Si Lookéa attire davantage une
clientèle de la région parisienne,
les clubs Marmara ont tendance à
être plus gros que les Lookéa. Mais
la frontière n’est pas étanche : cet
été, six clubs Marmara ont été
transformés en Lookéa, sans
grandes modifications, si ce n’est
INTERAVIEW PRODUCTION
la marque. Même s’ils ont chacun
leur clientèle (moins de 10 % sont
les mêmes), leur positionnement
est proche, le milieu de gamme.
Un des chantiers engagés consiste
à davantage diversifier les deux
offres. « Cet été, nous avons
21 nouveautés, confie Pascal de
Izaguirre. Chaque année, nous renouvelons le portefeuille de clubs,
avec certains qui sortent, sans que
ce soit toujours de notre fait, et
aussi beaucoup de nouveautés. »
Les contrats sont généralement
Un label pour garantir une formule à succès
Les hôtels-clubs s’inspirent
tous du Club Med, inventeur
en 1950 ès vacances tout compris.
Mais « Le Club », qui est l’étalon,
n’a pas d’équivalent. Les hôtelsclubs n’occupent - avec leur
équipe d’animation - qu’une partie
d’hôtels partenaires, pendant
quelques saisons. Si chacun a son
style, tous utilisent l’appellation
club comme d’un sésame. Cet
hiver, les quatre tour-opérateurs
français Fram, Thomas Cook,
TUI et Boomerang Voyages ont
voulu encadrer la formule,
en créant le label « Club
de vacances qualité garantie ».
« Sur le marché français, pas
moins de 4 000 hôtels utlisent
l’appellation Club alors que
seulement 400 en sont
réellement », affirme Pascal de
Izaguirre, le patron de TUI France.
M. V.
signés pour une durée de trois ans,
renouvelable.
C’est avec les hôteliers, mais
aussi les compagnies aériennes,
que se jouent les résultats de chaque saison. TUI a beau être leader,
il doit - comme ses concurrents acheter des mois à l’avance des
chambres d’hôtel et des sièges
d’avion. Or, il est toujours difficile
de prédire quelle sera la demande.
« En général, les clubs sont ouverts
du 15 avril au 15 octobre, rappelle
Pascal de Izaguirre. Mais les hôteliers ont intérêt à ce que nous nous
engagions sur une période plus longue. Tout est une question d’équilibre entre la prise de risque et la
rentabilité. »
Avec 80 clubs Marmara et Lookéa, il estime avoir atteint un plafond sur les destinations moyencourriers. « Quelques ouvertures
sont prévues sur des destinations
long-courriers, dit le dirigeant.
Pour nous qui réalisons l’essentiel
de notre activité sur deux mois
(juillet et août), nous avons besoin
de développer les ventes l’hiver. » ■
Altice écope de 124,5 millions d’euros d’amende au Portugal
La maison mère de SFR cumule 260 millions d’euros de sanctions liées à des acquisitions.
7,4
milliards d’euros
Le montant du rachat
de Portugal Telecom
par Altice
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉCOMS Ne pas confondre vitesse et précipitation. C’est la
deuxième fois qu’Altice, la maison
mère de SFR, se voit infliger une
amende par une autorité de la
concurrence pour un motif similaire. Cette fois, c’est la Commission européenne qui impose au
groupe de Patrick Drahi une sanc-
tion de 124,5 millions d’euros pour
avoir pris le contrôle de Portugal
Telecom avant d’en obtenir l’autorisation officielle en 2015. Concrètement, l’Europe reproche à Altice
d’avoir fait du « gun jumping »,
c’est-à-dire d’avoir agi chez Portugal Telecom comme s’il en était
le propriétaire avant d’avoir reçu
le feu vert du gendarme européen
de la concurrence. Altice a aussitôt
annoncé qu’il allait faire appel de
LES DÉCIDEURS
â CHRIS DE LAPUENTE
Sephora-LVMH
Belle récompense pour
les vingt ans de l’enseigne de parfumerie au
sein du groupe LVMH.
La maison, créée il y a un
quart de siècle par Dominique Mandonnaud à
Limoges et dirigée depuis 2011 par le proctérien Chris de Lapuente (second à partir de la
gauche), a été consacrée, devant Lidl et Gucci,
« Retailer of the Year 2018 », la plus prestigieuse distinction du secteur, par le World
Retail Congress. L’enseigne sur laquelle avait
su miser Bernard Arnault, le PDG de LVMH, en
1997, a connu une croissance tentaculaire à
travers le monde durant la dernière décennie.
Elle totalise aujourd’hui 2 500 magasins et
34 000 collaborateurs dans 34 pays.
A
â PHILIPPE TEBOUL
Bristol-Myers Squibb-Upsa
Un parcours voué à la pharmacie qui connaît
une nouvelle accélération avec la nomination
de ce docteur en médecine, diplômé de l’institut de management IMD de Lausanne, comme directeur général du groupe biopharmaceutique en France et président d’Upsa SAS. À
52 ans, Philippe Teboul a enchaîné les responsabilités chez Pfizer, Janssen, Cephalon et
dernièrement le japonais Otsuka comme président France.
cette décision et réfute toute comparaison avec le cas français.
Des pratiques plus sages
Fin 2016, le groupe de télécoms et
médias avait pourtant écopé d’une
amende de 80 millions en France
pour « gun jumping » lors du rachat de SFR, aussi en 2014. Altice
n’avait pas contesté cette décision.
Au total, Altice cumule
259,5 millions d’euros d’amendes
infligées dans le cadre des opérations de rachat effectuées ou initiées en 2014. Il s’est d’abord vu
appliquer une amende de 15 millions d’euros dans le cadre de la
cession d’Outremer Telecom à La
Réunion et à Mayotte, puis
80 millions sur SFR et Virgin Mobile et 40 millions d’euros, pour
n’avoir pas respecté les engagements commerciaux pris auprès
de Bouygues Telecom.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
â
Didier Trutt : nouveau nom,
nouvelle ère pour l’Imprimerie nationale
C’était la suite logique.
Après neuf ans d’intense
transformation, l’Imprimerie nationale (passeports
biométriques, cartes grises,
permis de conduire, cartes de crédit…) change
de nom et devient IN Groupe. Une annonce faite par son PDG, Didier Trutt, ce mardi, dans le
cadre du dévoilement des résultats et du nouveau positionnement de l’entreprise. « IN comme Imprimerie nationale, a-t-il révélé, mais
aussi comme identité numérique. » Car le groupe
pluricentenaire se veut le fer de lance de la
sécurisation des données personnelles digitales
et entend bien faire entendre sa voix au sein des
assises gouvernementales sur l’identité numérique.
« Le droit d’être soi »
On est loin, bien loin, du début des années
2000, où l’entreprise à 100 % détenue par l’État
s’enlisait dans le papier sous la menace du
numérique. Aujourd’hui, grâce à la diversification de ses activités et à différentes acquisitions
comme celle des solutions biométriques (gestion d’identité) de Thalès en 2017, IN Groupe a
plus que doublé ses résultats et ses effectifs pour
passer bientôt la barre des 300 millions de chiffre d’affaires. Un franc succès que son PDG
Didier Trutt a obtenu d’une main experte
depuis son arrivée en 2009. Conquête de l’Afrique en 2011, puis plus largement des marchés
étrangers et diversification dans les « services
aux citoyens », l’ingénieur de 58 ans a su rallier
le groupe autour d’un positionnement clair :
« Le droit d’être soi », c’est-à-dire de protéger
son identité et ce qui s’y rapporte, comme les
données personnelles.
Homme de l’industrie, puis des services,
Didier Trutt a passé la majeure partie de sa carrière dans l’électronique grand public chez
Thomson. Entre Europe et Asie, il œuvrera aux
différentes transformations du groupe bousculé par l’arrivée du numérique. DG de la branche
écrans & composants, il négocie la cession des
activités tubes cathodiques à l’indien Videocon
en 2004, date à laquelle il devient DG adjoint de
Thomson SA et s’éloigne de l’industrie pour
gérer les activités de service du groupe. « Si je
devais réécrire ma carrière, je n’en changerais
pas grand-chose », assure aujourd’hui ce
Niçois, père de trois enfants, loué par ses collaborateurs pour « sa capacité à susciter l’adhésion et à donner du sens ». Proche du terrain et
de ses équipes, il a su « apporter ses recettes du
privé » en s’entourant de spécialistes, notamment au sein du conseil d’administration, mais
en se tournant surtout vers l’étranger où IN
Groupe réalise aujourd’hui 30 % de son chiffre
d’affaires, contre 1 % en 2009.
A. B.
Désormais, le groupe promet
qu’il tient ses engagements et respecte stricto sensu toutes les législations. La preuve, fait-il valoir, il
a été le premier à respecter la décision de la DGCCRF obligeant les
opérateurs télécoms à intégrer les
3 ou 5 euros de location de box Internet au tarif affiché, quand
Orange et Bouygues Telecom se
sont fait tirer l’oreille avant d’obtempérer. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â JEAN-PIERRE DORIEL
Who’s Who in France
Antoine Hébrard, PDG et propriétaire des Éditions Lafitte-Hébrard,
confie la direction du Who’s Who,
bible de l’élite professionnelle, à cet
homme de marketing rompu au monde de
l’édition et de l’e-commerce. Âgé de 48 ans,
Jean-Pierre Doriel, diplômé en histoire économique et en sciences politiques, a évolué
chez l’éditeur de logiciels Micro Application,
chez Mattel Interactive, à la direction marketing des éditions J’ai Lu puis de Flammarion,
avant de devenir en 2012 directeur marketing,
diffusion et e-commerce du Groupe Profession Santé, propriétaire notamment du Quotidien du médecin. En étroite collaboration avec
le président Antoine Hébrard, il a pour mission d’« accélérer la diversification numérique
de l’offre, tout en redynamisant les fondamentaux de la marque ».
â BERNARD CARAYON
Gecina
Précision : concernant sa nomination comme
président du conseil d’administration de la
foncière, nous avons indiqué que cet ancien
dirigeant d’Amundi AM avait été député. Il
s’agit en fait d’une parfaite homonymie avec
l’avocat et homme politique Bernard Carayon,
ancien député du Tarn. Nous prions nos lecteurs de nous excuser pour cette confusion.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
TECH
23
Ericsson
veut retrouver
sa place
de numéro un
mondial
Le PDG de l’équipementier télécoms
suédois se montre optimiste.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉCOMS Un peu plus d’un an
après son arrivée à la tête de l’équipementier télécoms suédois, Börje
Ekholm a radicalement repensé la
stratégie de l’entreprise. Un repositionnement nécessaire alors
qu’Ericsson s’est vu ravir la place
de leader mondial par le chinois
Huawei. « Notre objectif est de repasser devant Huawei, explique au
Figaro le PDG d’Ericsson. Nous
avons mis un important programme
de restructurations en place. Quand
on met en place de tels plans, cela
veut dire que beaucoup de décisions
n’ont pas été prises dans le passé. »
Alors que son prédécesseur avait
cherché à diversifier les activités et
les clients du groupe, Börje Ekholm
a choisi la carte du recentrage sur le
cœur de métier de l’entreprise. Ses
clients sont les opérateurs télécoms, auxquels il fournit des produits et les services associés.
« Nous sommes dans un métier sur
cherche et développement d’Ericsson avec l’embauche de 2 500
chercheurs supplémentaires. Désormais, la R&D compte 23 600
personnes dans le monde. Les produits et l’innovation sont placés au
cœur de sa stratégie.
Börje Ekholm pourrait aussi bénéficier d’un cycle d’investissements plus porteur que ces dernières années. Après avoir connu un
trou d’air lié à la fin du déploiement
des grands réseaux en 4G, il pourrait profiter d’une reprise des investissements consacrés cette fois à
la 5G (lire ci dessous). En outre, les
Américains sont de plus en plus
suspicieux à l’égard des grands
équipementiers chinois, Huawei et
ZTE. Cela laisse une marge de
Le siège
de la compagnie,
à Stockholm, en Suède.
TT NEWS AGENCY/REUTERS
manœuvre plus large aux autres
acteurs, dont les européens Nokia
et Ericsson. Néanmoins, l’environnement macro-économique demeure compliqué.
Prudent, Börje Ekholm estime
« qu’une guerre commerciale mondiale serait néfaste à tous ». Il redoute aussi une nouvelle dépréciation du dollar face à la couronne
suédoise. « Nous coûts sont encore
essentiellement libellés en couronnes
quand une grande partie de nos revenus sont en dollars. » La faiblesse
du billet vert a donc un impact négatif sur le chiffre d’affaires mais
aussi les marges de l’entreprise. Les
résultats trimestriels publiés la semaine dernière reflètent d’ailleurs
l’impact des restructurations et des
taux de change. Le chiffre d’affaires recule de 9 % à 43,4 milliards
de couronnes suédoises (environ
4,1 milliards d’euros) pour une
perte ramenée à 67 millions
d’euros, imputable aux coûts de
restructuration. En outre, Ericsson
est, comme tous les acteurs du secteur, exposé à l’augmentation de
prix des composants électroniques
liés à la hausse de la demande mondiale. « Face à cela, nous avons
deux types de réponse. La première
est de designer nous-mêmes certains composants. La seconde est de
faire des stocks », mais il écarte
toute éventualité de laisser son
groupe dans la production de semiconducteurs, bien trop onéreuse.
De même, Börje Ekholm exclut
de reprendre la fabrication de
smartphones. La marque fait pourtant partie des pionniers de la téléphonie mobile et a laissé de nombreux nostalgiques derrière elle.
En revanche, le patron confesse
« regarder avec intérêt » ce que fait
Nokia dans le domaine. Le groupe
finlandais ne fabrique plus de
smartphone mais licencie sa marque à une entreprise tierce qui design, produit et commercialise les
nouveaux Nokia. « C’est une nouvelle source de revenus. Mais il faut
aussi réfléchir à la façon dont on
contrôle les produits, leur qualité.
Pour le moment, nous nous concentrons sur nos métiers, ce n’est pas
une priorité », ajoute Börje
Ekholm. ■
« L’Europe est déjà en retard pour la 5G », alerte Börje Ekholm
L’Europe est-elle en train de perdre la course mondiale à la 5G ?
Börje Ekholm, PDG d’Ericsson,
tire la sonnette d’alarme. Les
opérateurs télécoms américains,
chinois, japonais ou coréens
pourraient dégager de premiers
revenus commerciaux générés
par la 5G dès cette année, alors
que les Européens en sont encore
à s’interroger sur le modèle économique de cette technologie.
« Si Spotify a vu le jour en Suède,
ce n’est pas un hasard. Le développement rapide de la 4G dans le pays
a permis à la plateforme de musique en ligne de grandir », illustre
Börje Ekholm. Pour lui, la même
chose va se produire avec la 5G.
Un avis partagé par de nombreux
observateurs du secteur, qui estiment que les possibilités technologiques offertes par la 5G vont
générer de nouveaux business.
« La robustesse de l’écosystème
télécoms permet aux start-up
d’innover et d’inventer. Mais cette
fois, la balle est dans le camp des
Américains et des Chinois », s’inquiète le patron de l’équipemen-
“
Notre objectif est de
repasser devant Huawei.
Nous avons mis un
important programme
de restructurations
en place
”
BÖRJE EKHOLM
lequel la taille critique est essentielle.
En se dispersant, nous prenions le
risque de devenir un petit acteur
dans un grand nombre de domaines
et donc de perdre en compétitivité »,
analyse Börje Ekholm. Ce recentrage a un coût social. En un peu
plus d’un an, le groupe s’est séparé
de 20 000 personnes, soit près de
20 % de ses effectifs mondiaux.
« L’essentiel des restructurations
est désormais derrière nous. Ce qui
ne veut pas dire que nos effectifs sont
figés. Un groupe de notre taille doit
sans cesse évoluer, se rajeunir »,
ajoute le patron suédois. Dans l’intervalle, il a aussi renforcé la re-
tier suédois, pour qui il existe déjà
des usages très clairs en 5G.
« Un des premiers usages de la
5G est de répondre à l’explosion de
la consommation de données en
mobilité, tout en faisant baisser les
coûts d’exploitation des opérateurs
télécoms », ajoute-il. La mise en
place de la prochaine génération
de téléphonie mobile doit donc
permettre aux opérateurs télécoms d’accompagner la consommation croissante de données et
de vidéos en mobilité, tout en
maintenant leurs coûts d’exploitation à des niveaux acceptables.
Börje Ekholm,
PDG d’Ericsson.
YVES HERMAN/REUTERS
Le deuxième usage en cours de
développement concerne le très
haut débit fixe, ce qui peut sembler paradoxal à première vue.
Les deux géants américains de la
téléphonie mobile AT&T et Verizon misent sur la 5G pour apporter Internet à très haut débit à domicile. Les Américains voient
dans cette solution un complément au câble ou à la fibre pertinent sur le plan économique.
Alors que les Européens, et plus
particulièrement les Français,
font du très haut débit une priorité, cette application n’est pas sans
intérêt.
Internet des objets
Les Asiatiques font eux le pari de
la 5G pour l’Internet des objets.
« La Chine va très rapidement être
en mesure de créer tout un écosystème d’objets et de services liés à la
5G, prenant une avance précieuse
sur les Européens », prédit Börje
Ekholm. Les Européens ont-ils les
moyens d’entrer dans la course?
Rien n’est moins sûr, et ce pour
plusieurs raisons. « Les Améri-
cains, comme les Chinois, ont déployé la 4G sur leur territoire. Ils
commencent à diriger de façon très
sensible leurs investissements vers
la 5G. Alors qu’en Europe c’est loin
d’être le cas », constate Börje
Ekholm.
Ensuite, il manque aux opérateurs télécoms du Vieux Continent un élément clé : les fréquences. Difficile de se lancer dans la
construction d’un réseau commercial sans connaître précisément quelles bandes seront utilisées. Enfin, « les États vont devoir
choisir entre les rentrées d’argent
liées à l’attribution de fréquences à
des tarifs élevés et l’aménagement
du territoire », estime Börje
Ekholm. Plus les licences sont
chères, plus les investissements
tardent. Le patron d’Ericsson
plaide en faveur d’une évolution
des critères de couverture en
pourcentage du territoire et non
pas de la population. Ainsi, en
France, quand un opérateur affiche une couverture de 95 % de la
population, il couvre à peine les
deux tiers du territoire ! ■
E. B.
LA SÉANCE DU MARDI 24 AVRIL
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
-0,72 46,07
+0,95 106
+0,57 97,1
+0,88 28,89
-1,76 110,8
-0,28 23,62
+0,16
64,03
-0,84 43,12
+0,05 106,6
-0,09
16,585
+0,22
13,745
0
66,4
-0,11
14,235
+0,18 114,1
+0,44 441
+0,63 193,35
-1,13
46,22
-0,19
64,84
+0,25 281,95
+1,56 120,15
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
45,27
0,381
104,5
0,323
95,46
0,247
28,24
0,129
108,35
0,33
23,27
0,34
63,38
0,24
42,36
0,352
105,35
0,237
16,385 0,292
13,645 0,146
65,56
0,209
14,07
0,227
113,2
0,277
433,4
0,142
191
0,14
45,56
0,032
64
0,252
279,1
0,119
116,2
0,574
+6,21
+0,9
+16,52
+5,92
-10,42
-5,03
+2,81
-1,78
+7,34
-8,76
-0,4
-5,76
-1,29
-1,13
+11,5
+4
-2,98
+0,26
+14,81
+0,5
JOUR
ORANGE ..............................................14,81
PERNOD RICARD ..................................
135,9
PEUGEOT ..............................................
20,53
♣ 58,82
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
93,37
SAFRAN ..............................................90,48
SAINT GOBAIN ..................................
44,025
SANOFI ..............................................65,42
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
75,92
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
45,805
SODEXO ..............................................80,1
SOLVAY ..............................................117,25
STMICROELECTRONICS .............................
17,655
TECHNIPFMC ..................................27,87
TOTAL .............................................. 51,84
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
192,4
VALEO .............................................. 55,58
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,3
♣
VINCI .............................................. 83,56
VIVENDI ..............................................20,86
%VAR.
-0,47
-0,4
-0,96
-0,44
-1,08
+0,6
-1,22
-0,44
-0,21
-0,42
-1,69
+0,34
-0,62
+1,64
+1,33
+0,26
+0,98
+0,13
+0,84
-0,67
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,895
137,75
20,77
59,32
94,49
90,54
44,635
66,07
76,08
45,955
81,26
117,25
17,865
27,87
51,84
194,35
55,58
19,47
84,08
21,1
14,72
135,1
20,25
58,58
92,68
89,62
43,835
65
75,3
45,58
79,78
115,9
16,98
27,46
51,07
190,95
54,9
19,19
82,68
20,71
%CAP.ECH
0,195
0,27
0,538
0,196
0,297
0,235
0,239
0,185
0,294
0,312
0,331
0,226
0,46
0
0,272
0,446
0,865
0,262
0,312
1,248
31/12
+2,31
+2,99
+21,09
+3,83
+11,27
+5,32
-4,25
-8,95
+7,14
+6,4
-28,51
+1,16
-3,02
+7,81
+12,59
-8,38
-10,74
-9,28
-1,87
-6,96
LES DEVISES
ce est soutenue, mais en organique elle
ralentit à seulement 4 %. La direction explique qu’au premier trimestre de l’année
passée Eurofins avait bénéficié de deux
gros contrats avec des clients pharmaceutiques. En 2018, le démarrage d’un
grand contrat de laboratoire pour le
compte d’un gouvernement a été retardé, ce qui a eu un effet pénalisant.
1 EURO=
1,6038
1,5662
0,8747
9,5829
132,92
1,1944
1,2213
2,9516
11,103
4,9985
21,62
7,7012
81,0765
139,999
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34510
34510
-0,69
NAPOLEON ..................................................... 205,8
206,7
-0,53
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213
213,9
+0,09
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1170
1160
+0,17
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
205
205
+0,49
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
299
299
-1,97
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1306,5
1306,5
-0,27
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
113,7
113
+3,55
PIECE SUISSE 20F .....................................................
205
204,1
+1,13
PIECE LATINE 20F .....................................................
203
200
+0,05
SOUVERAIN ..................................................... 257,9
261
-1,07
KRUGERRAND .....................................................1139,5
1138
+1,85
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
279,16 20/04/18
EUROFINS DÉÇOIT SUR SA CAPACITÉ À CROÎTRE HORS DES ACQUISITIONS
L’action Eurofins Scientific a terminé la
séance de mardi sur une baisse de 6,44 %,
à 407 euros. Le laboratoire de services
d’analyses biologiques, qui s’est construit
à coups d’acquisitions successives, a fait
part d’un chiffre d’affaires trimestriel de
839 millions d’euros (+ 23 % sur un an), à
un niveau supérieur aux attentes. En tenant compte des acquisitions, la croissan-
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
Au vu de la « bonne performance du
groupe » au premier trimestre, le PDG
d’Eurofins, Gilles Martin, se dit toujours
« confiant » dans la capacité de son groupe à générer comme prévu un chiffre
d’affaires de 3,7 milliards d’euros en 2018,
soit plus de 700 millions d’euros de plus
qu’en 2017. La solidité du modèle de croissance du laboratoire français n’est nulle-
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
47,54 19/03/18
BELLATRIX C ................................................
332,92 19/03/18
SIRIUS ................................................56,15 20/04/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
ment remise en cause. La confirmation de
l’objectif de chiffre d’affaires pour 2018
permet d’envisager, comme l’a avancé la
direction, d’atteindre le seuil de 4 milliards
d’euros pour 2019. Si le groupe y parvient,
il aura alors doublé de taille en quatre ans.
L’objectif annoncé lors de la présentation
des résultats annuels 2017 et consistant à
atteindre cette année un excédent brut
d’exploitation de 700 millions d’euros portant la marge opérationnelle à 18,9 % reste crédible. Les investisseurs estiment
toutefois qu’un titre qui se paie sur la base
de multiples élevés de près de trente fois
les profits attendus pour 2018 ne peut
souffrir du moindre nuage sur la capacité
du groupe à générer une croissance interne soutenue. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 45,67
♣
AIR LIQUIDE ..................................
106
AIRBUS .............................................. 96,71
ARCELORMITTAL SA ..................................
28,72
ATOS .............................................. 108,7
AXA .............................................. 23,49
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
64
BOUYGUES ..............................................
42,54
CAPGEMINI ..............................................
106,15
CARREFOUR ..............................................
16,46
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,745
DANONE ..............................................65,92
ENGIE .............................................. 14,15
ESSILOR INTL. ..................................113,65
KERING ..............................................438,2
L'OREAL ..............................................192,35
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
45,64
LEGRAND ..............................................64,36
LVMH .............................................. 281,75
♣
MICHELIN ..............................................
120,15
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
24
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Le marché mondial de la musique
au plus haut depuis dix ans
Porté par le boom du streaming payant, il a atteint l’an dernier 17,3 milliards de dollars, en hausse de 8,1 %.
Des revenus en hausse de 8,1 % en 2017
Physique
Numérique (hors streaming)
Streaming
Droits voisins* et synchronisations**
17,3
15,8
14,9 14,8 14,9 14,6
14,7
14,2
CROISSANCE ANNUELLE
DES REVENUS DU STREAMING
part en %, en 2017
en milliards de dollars
+41,1 %
2017
Physique
18,2
16,9
REVENU MONDIAL
DE LA MUSIQUE ENREGISTRÉE
16
Numérique (hors streaming)
7
Streaming
6
+65,1 %
2016
Source : Global Music Report 2018
en milliards de dollars
Droits voisins* et synchronisations**
5
+47,6 %
4
16 %
38 %
3
2
30 %
16 %
2015
+41 %
+35,5 %
2014
2013
1
0
2007 08
09
10
11
12
13
14
15
16
2017
2013
2017
* Revenus issus de l’utilisation de la musique enregistrée par les radiodiffuseurs et la sonorisation des lieux publics. ** Revenus issus de l’utilisation de la musique dans la publicité, le cinéma, les jeux et les programmes de télévision.
Ed Sheeran est
le chanteur qui a généré
le plus de revenus
en 2017, dans le monde.
MARIO ANZUONI/REUTERS
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
MUSIQUE Le marché de la musique poursuit sur sa lancée. Pour
la troisième année consécutive, le
chiffre d’affaires mondial de la
musique enregistrée a progressé
l’an passé pour atteindre 17,3 milliards de dollars (14,15 milliards
d’euros), en hausse de 8,1 %, selon
les chiffres dévoilés mardi par la
Fédération internationale de l’industrie phonographique (Ifpi).
C’est la plus forte progression depuis 1997, quand cet organisme international a commencé à publier
des statistiques mondiales.
Le niveau de revenu, inédit depuis 2008, s’explique par un facteur
clé : l’essor spectaculaire du streaming payant. En 2017, les revenus
issus des services d’abonnement
proposés par Spotify, Apple Music
ou encore Deezer ont représenté
38 % des ventes mondiales, contre
29 % en 2016, soit près de 6,6 milliards de dollars et un bond de
41,1 %. Jamais les adeptes de ces
plateformes n’ont été si nombreux à
s’abonner. En un an, ils ont été
64 millions de plus à souscrire à ce
type d’offre, pour atteindre
176 millions. Résultat : pour la première fois, les revenus du streaming
payant ont dépassé ceux des ventes
physiques de disques (- 5,4 % en
2017 au global, malgré une hausse
de 22,3 % des ventes de vinyles !) et
du téléchargement payant. La part
du numérique représente désormais
54 % du marché global.
Après quinze ans d’un naufrage
qui semblait inexorable - entre
1999 et 2014, le marché mondial a
vu s’évaporer 11 milliards de dollars, soit 40 % de ses recettes -, la
croissance semble bien s’installer
pour durer. Les professionnels du
secteur tablent tous sur l’expansion du streaming à l’échelle mondiale, notamment en Asie, en
Amérique latine et en Afrique,
pour continuer de la nourrir. En
Chine en particulier, les revenus de
la musique ont augmenté de 35,3 %
l’an passé. Le pays le plus peuplé de
la planète n’est à ce jour que le
dixième marché pour la musique,
très loin derrière les États-Unis, le
Japon, l’Allemagne, le RoyaumeUni et la France, qui occupent les
cinq premiers rangs. « Nous estimons que seulement la moitié de la
population mondiale vit dans un environnement musical optimal, et
nous voulons apporter la révolution
du streaming au monde entier »,
explique Stu Bergen, président international de Warner Music, l’une
des trois majors de l’industrie de la
“
Nous estimons
que seulement la
moitié de la population
mondiale vit dans
un environnement
musical optimal
”
STU BERGEN, PRÉSIDENT INTERNATIONAL
DE WARNER MUSIC
musique avec Universal (Vivendi)
et Sony. Cette expansion ne pourra
en même temps se faire qu’en
convertissant les nouvelles générations au streaming payant et en
combattant le marché de la musique gratuite ou piratée.
L’industrie dans son ensemble sait
qu’elle a devant elle encore beaucoup de défis à relever. Et les performances actuelles ne doivent pas cacher la réalité brute des chiffres. Le
marché de la musique enregistrée
est en effet loin d’avoir retrouvé son
pic de 1999, quand il pesait plus de
25 milliards de dollars. Les revenus
de l’an dernier ne représentent encore que 68,4 % de ce qu’était le gâteau juste avant l’an 2000.
Le premier défi pour l’ensemble
de la filière est de s’assurer que les
créateurs de musique perçoivent
une juste rémunération de leur travail. De ce point de vue, les professionnels pointent du doigt ce qu’ils
appellent le value gap (l’écart de
valeur) : le décalage croissant entre
la valeur que certaines plateformes,
notamment YouTube (Google), tirent de la musique et les revenus
reversés à l’ensemble de la communauté musicale (auteurs, compositeurs, interprètes et producteurs).
Une situation qui entrave le développement de la musique puisque
l’argent récolté par YouTube, qui
monétise les clips partagés sur sa
Google investit massivement pour son avenir
Fort de sa croissance dans la publicité, le groupe mise sur d’autres activités stratégiques.
PIERRE-YVES DUGUA £PDugua
A
CORRESPONDANT A WASHINGTON
INTERNET À l’occasion de la publication de ses résultats trimestriels, Alphabet a révélé sa nouvelle stratégie. La maison mère de
Google s’appuie sur la forte croissance de son principal métier, la
publicité numérique, pour investir
massivement dans des activités qui
la placent en concurrence directe
avec Apple et Amazon : les équipements incorporant de l’intelligence artificielle, la production de
contenus originaux pour sa plateforme de streaming vidéo, YouTube, et les services informatiques.
C’est dans le contexte de ce
tournant qu’il faut replacer ses
performances financières au cours
des trois premiers mois de l’année. Elles sont excellentes, même
si certains changements de normes comptables exagèrent ces
tendances. Les profits d’Alphabet
ont bondi de 73 %, pour atteindre
9,4 milliards de dollars, tandis que
son chiffre d’affaires issu de la
vente de publicités décolle de
24 %, à 26,6 milliards de dollars.
La nouvelle méthode comptable
d’Alphabet permet aussi de révéler que 2, 4 milliards de dollars des
profits de l’entreprise sont générés par les plus-values de ses participations dans des sociétés comme Uber et Airbnb.
Alphabet choisit de sacrifier ses
marges d’exploitation (elles sont
passées de 27 % à 22 %) pour investir dans des activités qui ne
produiront de résultats qu’à
moyen et long terme. Les dépenses d’investissements de la firme
californienne ont plus que triplé
par rapport à l’année dernière
pour atteindre 7,3 milliards de
dollars rien qu’au cours des trois
derniers mois.
Intelligence artificielle
Ruth Porat, directrice financière
d’Alphabet, cite quelques exemples des investissements massifs
d’Alphabet : trois nouveaux câbles sous-marins, des centres de
traitements de données et des
équipements de réseau. Mais
aussi un immeuble de 2,4 milliards de dollars dans le quartier
de Chelsea, à New York, des
dizaines
d’ingénieurs
pour
concevoir de nouveaux composants électroniques originaux capables d’exécuter des tâches
complexes d’intelligence artificielle et des spécialistes de contenus vidéo.
Dans la production et la vente
de smartphones et d’enceintes intelligentes, secteurs dominés par
Apple et Amazon, Sundar Pichai,
le patron de Google, s’estime « à
deux à trois ans de la position dans
laquelle nous voulons être ».
L’intelligence artificielle,
la production
de contenus originaux
pour YouTube,
et l’informatique
dématérialisée sont
source d’importantes
dépenses pour
Alphabet, la maison
mère de Google.
P. KOPCZYNSKI/REUTERS
Il reste beaucoup de chemin à
parcourir pour rattraper ses rivaux sur certains secteurs. Dans
les smartphones, Google n’a vendu que 2 millions de mobiles Pixel
au cours des trois derniers mois de
2107, quand Apple écoulait
77 millions d’iPhone. Dans les activités « cloud » (informatique dématérialisée), les ventes de services de Google sont estimées à
2,5 milliards de dollars cette année. C’est deux fois moins que les
ventes équivalentes d’Amazon en
un seul trimestre.
Par ailleurs, les dirigeants d’Alphabet ont cherché à rassurer
leurs actionnaires sur leur préparation aux nouvelles normes
européennes en matière de protection des données personnelles
des internautes. Le nouveau règlement doit entrer en vigueur le
25 mai prochain et s’applique à
toutes les sociétés opérant avec
des citoyens de l’Union européenne. Google y travaille depuis dixhuit mois. « Nous avons changé
nos pratiques pour nous adapter.
Nous fournissons aussi aux utilisateurs des moyens puissants de
contrôle et de réglage relatifs à la
vie privée », affirme Ruth Porat.
Se différencier
de Facebook
Sundar Pichai insiste pour différencier Google, dont le principal
métier est encore la recherche
d’information sur Internet, de Facebook, qui se targue de bien
connaître les goûts des internautes pour mieux cibler ses messages
publicitaires. « Il est important de
comprendre que l’essentiel de notre
métier dans la publicité est lié à la
recherche, fonction où nous nous
appuyons sur des informations très
limitées. Il s’agit essentiellement
des mots-clés qui vont déterminer
quelle sera la publicité qui s’affichera. » Google, qui draine pourtant énormément d’informations
sur des milliards d’utilisateurs de
smartphones équipés de son logiciel Android, veut paraître moins
intrusif que Facebook. ■
Infographie
CHIFFRE D’AFFAIRES MONDIAL DE LA MUSIQUE ENREGISTRÉE
plateforme en y accolant de la publicité, n’est pas réinvesti dans le circuit. Pour bien comprendre le phénomène, quelques chiffres sont
éclairants. Alors que les 272 millions
d’utilisateurs de streaming payant et
financé par la pub génèrent 5,6 milliards de dollars de revenus, les
consommateurs de musique à la demande, dont le nombre est estimé à
1,3 milliard, ne contribuent qu’à
hauteur de 856 millions de dollars…
L’Union européenne a reconnu en
l’espèce une « distorsion de marché »
nécessitant une intervention législative. « Il y a un défaut structurel
dans le système qu’il faut corriger »,
exhorte Frances Moore, la présidente de l’Ifpi.
L’industrie se mobilise aussi
contre l’essor rapide du « stream
ripping », c’est-à-dire la violation
à l’échelle industrielle des droits
d’auteur par des sites qui créent
des fichiers audio notamment à
partir des clips musicaux destinés
au streaming. En la matière, des
actions en justice ont déjà abouti à
la fermeture de sites comme YouTube-mp3.org. ■
EN BREF
L’IRLANDE ET APPLE
SIGNENT UN ACCORD
£ Le gouvernement irlandais
a annoncé mardi la signature
d’un accord permettant
le versement par Apple
de 13 milliards d’euros
d’impôts supposés impayés
par la Commission européenne.
La somme restera pour le
moment sur un compte bloqué.
SALESFORCE VA
INVESTIR EN FRANCE
£ En marge de la visite
d’Emmanuel Macron
aux États-Unis, le géant des
logiciels de relation client
(CRM) a annoncé mardi
un investissement en France
de 2,2 milliards de dollars
sur cinq ans. Il passera par une
augmentation de ses effectifs
et de ses infrastructures
de stockage des données.
LE CNC RENFORCE SES
AIDES POUR LES SÉRIES
£ Le CNC souhaite établir
un plan de soutien aux séries
originales et créatives.
Parmi les pistes à l’étude,
une aide à l’écriture collective
ou l’élargissement des aides
aux formats inférieurs
à 52 minutes. Le montant
des aides pour l’ensemble
de la production audiovisuelle
est resté stable en 2017,
à 274,8 millions d’euros
(- 0,1 %).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 924 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
RENCONTRE
PAGE 29
PAGE 30
LES PISCINES DES SPAS
ET PALACES, UN LUXE
POUR LE CORPS ET L’ESPRIT
Molitor
Charley
(Charlie
Plummer)
et son cheval
Lean on Pete,
héros de
La Route
sauvage.
JACQUES LETERTRE,
FONDATEUR DE LA SOCIÉTÉ
DES HÔTELS LITTÉRAIRES
Vent mauvais pour
« Don Quichotte »
POLÉMIQUE Une querelle juridique
menace le film de Terry Gilliam programmé
en clôture du Festival de Cannes.
a malédiction continue.
Annoncé quelques jours
après la conférence de
presse pour occuper la
case prestigieuse du film
de clôture du Festival de Cannes,
L’Homme qui tua Don Quichotte
de Terry Gilliam traverse une
nouvelle tempête. Une énième
complication après vingt ans de
bataille contre des moulins pour
l’ancien Monty Python.
En l’occurrence, un imbroglio
judiciaire mêlant Paulo Branco,
premier producteur, via Alfama
Films, de ce projet fou, et le réalisateur britannique. Après plusieurs désaccords, les deux hommes se disputent les droits
d’auteur-réalisateur du film.
L’auteur de Brazil avait fini par se
tourner vers une autre société de
production pour lancer le tournage. La cour d’appel de Paris,
qui examine l’affaire, doit rendre
sa décision le 15 juin prochain,
bien après la tenue du Festival.
L
« Un chantage maladroit »
« La Route sauvage »
lâche les rênes
À travers les liens qui unissent un jeune homme et un cheval en fin
de course, le réalisateur Andrew Haigh dresse un portrait sans concession
de l’Amérique profonde. Une vision réaliste du Grand Ouest. PAGE 26
Un verdict que le délégué général
du Festival Thierry Frémaux n’a
pas attendu pour programmer
Don Quichotte sur la Croisette,
promesse pour lui d’un final épique à cette 71e édition. Un courrier menaçant d’Alfama Films lui
a été adressé ce mardi pour dénoncer une « projection strictement interdite d’un point de vue
juridique ». L’auteur de ce courrier s’insurge : « Tu mets non seulement en grave danger un acteur
historique de la cinématographie
française avec une inconséquence
folle […] mais aussi tout simplement la bonne tenue et la réputation d’un festival essentiel […] avec
lequel tu ne peux te permettre de
jouer à la roulette russe. » Les
Terry Gilliam.
mots sont violents. Pour l’avocat
de la famille Branco, ce serait
même une « tentative de passage
en force ».
« Nous n’ignorions pas que le
film faisait l’objet d’un litige. Mais
il nous a été proposé dans des
conditions tout à fait normales. Il a
un vendeur et un distributeur », a
répondu au Figaro Thierry Frémaux. Benjamin Sarfati, avocat
de Terry Gilliam, assure qu’il serait dommage de priver les cinéphiles de cette séance exceptionnelle : « Sur le plan juridique, je
n’ai aucune inquiétude quant à la
tenue de cette projection. Il s’agit
là d’un chantage maladroit, visant
à intimider les programmateurs du
Festival. » Avant d’expliquer :
« M. Branco n’a aucun droit sur le
film. Le contrat reliant Terry
Gilliam à Alfama a été résilié, les
droits ont bien été cédés. »
Pour le délégué général du festival, l’appel était « suspensif », ce
qui permet une projection. « Cannes a toujours été du côté des
auteurs, et donc de Terry Gilliam
pour qui Don Quichotte est l’œuvre
d’une vie », ajoute-t-il. Thierry
Frémaux précise cependant qu’il
se pliera à une décision de justice
si elle tombe avant le 19 mai, jour
de clôture et de sortie en salle de
L’Homme qui tua Don Quichotte. ■
A
LUDWIG FAVRE, SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO, SCOTT PATRICK GREEN/AD VITAM, STÉPHANE DE SAKUTIN/AFP
JEAN TALABOT AVEC ÉTIENNE SORIN
jtalabot@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
26
L'ÉVÉNEMENT
UN ANIMAL
BIEN EN SELLE
AU CINÉMA
Solitaire, Charley
(Charlie Plummer)
trouve en Lean on Pete,
un confident,
et ils sillonnent
ensemble les routes
de l’Amérique profonde.
SCOTT PATRICK GREEN/AD
VITAM
1952 : « LES
INDOMPTABLES »
Dans ce western « moderne »,
Nicholas Ray et Robert Parrish
suivent Jeff McCloud, une gloire
du rodéo qui enseigne son art. Un
héros incarné par Robert Mitchum
amoureux, là, de Susan Hayward.
La chevauchée acrobatique
CHRONIQUE Un
jeune garçon livré à lui-même trouve du réconfort auprès
d’un cheval promis à l’abattoir. « La Route sauvage », un film doux et cruel
sur les laissés-pour-compte des États-Unis.
LE CINÉMA
Éric Neuhoff
eneuhoff@lefigaro.fr
e matin, il court. Les rues sont
vides, droites. Quand il rentre
chez lui, c’est pour tomber sur
une inconnue qui sort de la
chambre de son père. Charles,
qui a 15 ans, semble habitué à la chose.
La fille lui demande ce qu’il prend au
petit déjeuner. Autour de la table, des
cartons sont à peine déballés. On devine que l’adolescent dort sur un canapé, qu’ils ne sont pas là depuis bien
longtemps. La mère est partie depuis
belle lurette. Son père tire le diable par
la queue. Entre eux, on devine de l’affection, teintée de maladresse. Tout ce
que son père lui aura enseigné se
résume peut-être dans cette phrase :
« Toutes les filles ont été serveuses. »
L
Comment ont-ils échoué à Portland
(Oregon) ? La Route sauvage ne le dit pas.
C’est un film qui chuchote. Il faut tendre
l’oreille. Charley n’est pas bavard. Sur
son visage, il conserve des traces d’enfance (c’est Charlie Plummer déjà aperçu
dans Tout l’argent du monde où il était la
victime du kidnapping). Il observe le
monde avec un mélange de tristesse et
d’ennui. Un mari jaloux tabasse son
paternel qui se retrouve à l’hôpital.
Mobile homes et bars miteux
Lorsqu’il découvre le champ de courses
local, c’est une révélation. Un entraîneur volubile à la voix nasillarde (c’est
celle de l’irremplaçable Steve Buscemi)
lui demande de travailler pour lui. Le
gamin, qui n’est jamais monté en selle,
accepte aussitôt. Buscemi lui reproche
de manger avec les doigts. Il se charge
des corvées, nettoie les écuries, brosse
les chevaux, dort dans le pick-up. Il
rapporte à la maison une liasse de
billets. On soupçonne que le père n’en
gagne pas la moitié. Les parieurs ne sont
pas des milliardaires. Les compétitions
sentent l’amateurisme, les combines, le
bout du rouleau.
Le garçon s’occupe de Lean on Pete : il
s’agit d’un cheval bientôt promis à
l’abattoir. Enfin un ami, semble songer le
héros en tee-shirt froissé. Il y a la brave
Bonnie, qui est jockey. Elle lui conseille
de ne pas s’attacher aux bêtes. Évidemment, Charles n’écoute rien. Il vole le
camion de son employeur et part dans la
nuit avec Lean on Pete dans la remorque.
L’idée : rejoindre une tante qui vit dans le
Wyoming et qu’il connaît à peine. L’argent fond à vue d’œil. Il faut siphonner
les réservoirs sur les parkings, s’enfuir
des restaurants sans payer. Le cheval se
transforme en confident. Il lui parle. Il
n’a que lui. Un accident livrera Charley à
la plus terrible des solitudes.
C’est l’Amérique profonde, pleine de
mobile homes et de bars miteux. Les
bières se descendent à toute vitesse,
suivies d’un concours de rots. Les SDF
feignent d’être sympathiques. C’est pour
mieux vous dépouiller. Le numéro de la
tante sonne dans le vide. Charles
apprend à grandir sans l’avoir demandé.
Il aura traversé de vastes plaines hérissées d’éoliennes, caché de pauvres dollars dans sa chaussette, perdu une bonne
partie de son innocence. Cela s’appelle
brûler les étapes. Le Britannique Andrew
Haigh (« 45 ans ») quitte son pays pour
décrire les dessous des États-Unis. Il fait
ça avec une douceur cruelle, une discrétion qui l’honore. Son Charley est le
cousin du Doinel des 400 coups, en plus
dramatique et cabossé. À la fin, il se remet à courir. Il ira loin. ■
1953 : « CRIN-BLANC :
LE CHEVAL SAUVAGE »
Avec le scénariste Denys Colomb
de Daunant, Albert Lamorisse
raconte l’amitié entre un cheval
sauvage, Crin-Blanc, et un jeune
garçon solitaire, Falco (Alain
Émery), en Camargue. Un film pour
un public familial qui donnera lieu
à plusieurs remakes dont
un du même réalisateur en 2007.
« La Route sauvage »
Drame d’Andrew Haigh
Avec Charlie Plummer, Chloë Sevigny,
Steve Buscemi
Durée 2 h 01
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Andrew Haigh, un réalisateur en équilibre
Andrew Haigh n’est pas avare de sourires. Il a de quoi. En décembre dernier,
son long-métrage La Route sauvage a
été couronné par trois récompenses au
Festival de cinéma européen des Arcs
(Flèche de cristal, prix d’interprétation
masculine pour Charlie Plummer et
prix de la meilleure photographie pour
Magnus Nordenhof Jonck). L’origine du
projet remonte au « coup de foudre »
que le cinéaste britannique de 45 ans a
eu pour Lean on Pete (Cheyenne en
automne pour le titre français), le livre
de Willy Vlautin sorti en 2012. Il en a fait
un « road-trip » émouvant.
Tous deux ont collaboré pour raconter l’errance du héros, Charley
Thompson, 15 ans (Charlie Plummer).
Livré à lui-même, l’adolescent trouve
un emploi chez Del Montgomery (Steve
Buscemi), un entraîneur de chevaux à
Portland (Oregon). Et s’attache à Lean
on Pete, un pur-sang en fin de carrière
avec lequel il espère rejoindre sa tante
dans le Wyoming. « Je suis resté assez
fidèle au texte, précise Andrew Haigh.
J’ai essayé de décrire la solitude de
Charley avec le plus de réalisme et de justesse possible. C’est toujours difficile
d’adapter un livre. On doit supprimer des
éléments comme la voix off, mais quand
le jeune garçon parle à son cheval, c’est
une manière de restituer les paroles du
narrateur. »
D’emblée, Andrew Haigh s’est intéressé à « Charley, sa recherche de stabilité, de sécurité et de sérénité sans lesquelles on ne peut avancer dans la vie ».
Le réalisateur a lui-même accompli le
parcours de l’adolescent, dormi dans
les mêmes motels et fréquenté l’univers
des courses. S’il assure ne pas « faire du
Ken Loach », il traite des thèmes
comparables. « Je parle effectivement
des laissés-pour-compte de l’Amérique,
de leur destin, admet-il. Pour eux, il devrait y avoir une espèce de filet de sécurité. Une fois que les parents de Charley
ont disparu, il n’y a plus personne pour
lui, ni famille, ni institution, tout ce à quoi
il aspire, c’est retrouver sa tante. C’est
elle qui pourra lui apporter de la stabilité,
de l’affection et de l’amour. »
Andrew Haigh a repéré Charlie
Plummer dans Tout l’argent du monde
de Ridley Scott. Il interprétait Paul, le
petit-fils de J. Paul Getty kidnappé en 1973. « Charlie a eu
lui-même une enfance difficile, il a souvent déménagé.
Mais ses parents sont adorables et pleins d’amour. Ils
l’accompagnaient sur le tournage, parfois avec son frère
cadet. Ils le laissent libre de ses
choix, ils ne le forcent pas à
faire du cinéma », précise
Andrew Haigh.
« Il faut se sentir
connecté »
Le film aurait pu
basculer dans le récit d’initiation pour
adolescents.
Ce
n’est pas le cas.
« On a eu du mal à
trouver un titre, et
sa
promotion
autour du lien entre un jeune garçon et un cheval
n’a pas été éviden-
te », se souvient Andrew Haigh, qui a
évité l’écueil du sentimentalisme.
« L’idée était de faire d’un cheval le
meilleur ami du héros comme dans les
films de Disney, mais sans rien enlever à
l’âpreté de ce qui lui arrive, observe-t-il.
Au fil de ses rencontres, Charley a l’espoir de créer une relation. Son père le déçoit et “disparaît”. Del et même Bonnie,
la jeune femme qui s’attache à lui, ne sont
pas aussi présents qu’il le voudrait. C’est
avec ce cheval qu’il va pouvoir donner et
recevoir en retour. »
La Route sauvage rappelle des films
américains indépendants comme le
récent 3 Billboards, les panneaux de la
vengeance du Britannique Martin
McDonagh. Andrew Haigh explique : « J’ai le sentiment d’avoir
réalisé ce film d’un point de vue
plus européen qu’américain. De
plus en plus de réalisateurs anglais
font des films aux États-Unis, il y
aura toujours une différence de regard. » Le réalisateur a souhaité offrir une vision
« réaliste et naturaliste » de l’Ouest américain qu’il connaît
bien. Une vision
sombre. « Il y a vraiment quelque chose à
faire et de façon ur-
« J’ai le sentiment
d’avoir réalisé ce film
d’un point de vue
plus européen
qu’américain », explique
Andrew Haigh.
DOMENICO STINELLIS/AP
gente. C’est vrai pour les États-Unis,
mais aussi l’Angleterre et la France. »
Andrew Haigh a été assistant monteur notamment sur plusieurs films de
Ridley Scott. « Inconsciemment, j’ai été
nourri par les films et les metteurs en
scène que j’ai rencontrés. J’aime Boorman, Bresson, Bergman… » Ses deux
longs-métrages précédents (WeekEnd, en 2012, et 45 ans, en 2016) abordent des thèmes éclectiques mais traitent également de sentiments et de
solitude. « Chaque projet est différent,
dit-il. Les films ne sont pas le fruit d’une
construction consciente mais ils s’inscrivent dans une continuité logique. Je vais
vers ce qui m’inspire. »
Le fil conducteur ? « Des personnages
qui ont besoin d’être en relation avec
l’autre et compris. Dans le monde, on a
besoin de se sentir connecté, de trouver
quelque chose d’authentique. C’est le
chemin d’une vie de comprendre qui on
est. Seul, on ne peut pas se construire,
avancer, bâtir. Le sentiment de solitude
vous freine. »
Son prochain héros sera encore un
solitaire dans la série qu’il va tourner au
Canada, au Groenland, pour la BBC.
Une adaptation du livre The North Water (Dans les eaux du Grand Nord) d’Ian
McGuire. L’histoire d’un baleinier au
XIXe siècle. Andrew Haigh a longtemps
hésité avant de passer à la réalisation.
« Je n’ai trouvé en moi le courage de
tourner que vers l’âge de 25-26 ans, je
me suis retrouvé face à une nécessité »,
confie ce fils d’un commercial et d’une
directrice d’entreprise de fabrication
de cuisines. Plus jeune, il avait songé à
devenir architecte. Acteur aussi.
Aujourd’hui réalisateur, il a plein de
projets dans ses tiroirs. ■
1998 : « L’HOMME
QUI MURMURAIT
À L’OREILLE
DES CHEVAUX »
Robert Redford utilise ses talents
de horse whisperer, spécialiste
du dressage par la douceur,
pour aider une Scarlett Johansson
traumatisée après un accident
de cheval. Une ode à la nature
et à l’écologie.
2018 : «THE RIDER »
La vie d’une étoile montante
du rodéo dans l’Amérique
profonde. La réalisatrice
des Chansons que mes frères
m’ont apprises, Chloé Zhao, filme
Brady Jandreau, un acteur
débutant, mais vrai dresseur,
après un accident de cheval.
Le film a obtenu le grand prix
du Festival de Deauville en 2017.
RUE DES ARCHIVES/BCA, LES FILMS DU LOSANGE
A
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
CULTURE
27
Samuel Maoz,
danse
avec le destin
Les autres
films
JOSS BARRATT/KMBO
■ « UNE FEMME
HEUREUSE » Drame
de Dominic Savage, 1 h 45.
CINÉMA Primé deux fois à la Mostra de
Des méfaits de l’Eurostar
sur la stabilité de couples
britanniques. Une femme
au foyer s’ennuie dans
son couple et son pavillon
de banlieue. Gemma Arterton
bovaryse. Elle s’achète des
livres, veut s’inscrire dans une
école d’art, en a assez de ses
enfants. Une fugue à Paris :
elle rencontre un photographe
français (ça existe encore ?).
L’actrice, qui a produit l’affaire,
ne quitte pas l’écran dans cette
suite de clichés filmée (trop)
joliment et que ne sauve pas la
brève et miraculeuse apparition
de Marthe Keller. ÉRIC NEUHOFF
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Venise, le réalisateur de « Foxtrot » est l’une
des plus brillantes figures du cinéma israélien.
MARIE-NOËLLE
TRANCHANT
n a découvert Samuel
Maoz à la Mostra de Venise avec son
premier film, Lebanon, lion d’or en
2009. Il mettait en scène son expérience
de jeune militaire israélien de 20 ans,
lors de la guerre du Liban de 1982 : la
guerre vécue de l’intérieur d’un char.
Foxtrot, second film de nouveau récompensé à la Mostra (lion d’argent 2017),
n’est pas moins percutant. C’est que Samuel Maoz a une imagination artistique
exceptionnelle pour styliser la réalité
sociale et politique israélienne. Foxtrot
évoque la douleur d’un couple qui croit
avoir perdu son fils, envoyé à la frontière israélo-palestinienne pendant son
service militaire.
LE FIGARO. - Vous considérez-vous
comme un cinéaste politique ?
Samuel MAOZ. - Je suis plus social que
politique. Je n’ai rien d’un activiste. Je
me tiens assis dans ma chambre et j’explore mes sentiments personnels, mes
expériences profondes. Là, le point de
départ est un drame intime vécu avec ma
fille. Comme elle était souvent en retard
pour aller à l’école et réclamait un taxi,
par souci éducatif, j’ai exigé qu’elle
prenne le bus. Et ce jour-là, il y a eu un
attentat sur la ligne. Par chance, elle
avait manqué le bus qui a explosé. Mais
c’est comme si j’avais envoyé ma fille à la
mort. Je me suis beaucoup interrogé sur
cet événement qui me posait la question
philosophique du hasard, de la fatalité,
du destin. Foxtrot parle de ce post-traumatisme, à la fois personnel et collectif.
Vous le transposez dans le contexte
militaire, ce qui a créé une polémique
autour du film…
Le gouvernement est toujours très susceptible sur tout ce qui touche à l’armée.
Pour moi, je voulais que le film soit une
sorte d’allégorie. L’armée israélienne est
l’armée du peuple, donc un microcosme
de la société. Je parle à ma manière, celle
que je considère comme la plus efficacement critique : en ajoutant au réalisme
une couche de surréalité, de théâtralité
absurde. Je diagnostique sans prendre
parti. Je montre que nous sommes une
société traumatisée, et la première
chose, c’est de le reconnaître. Il y a quelque chose dans notre mémoire émotionnelle… Ceux qui ont choisi Israël après
l’Holocauste ont gardé l’impression instinctive d’un danger existentiel
constant, et l’ont transmise aux généra-
tions suivantes. Un film ne va pas changer les choses, mais il fait un pas. Pour
moi, la réussite consiste à ce que les gens,
en sortant de la projection, parlent des
sujets tabous.
Que représente pour vous cette danse,
le foxtrot, dont vous avez fait le titre ?
C’est une danse qui a toutes sortes de
variations possibles. Vous pouvez danser le foxtrot comme vous voulez, à des
générations différentes. Mais quelles
que soient les figures que vous inventez,
le pas de base vous ramène toujours au
point de départ. J’y vois la métaphore
d’une danse avec le destin. À la fin, on
se retrouve dans la même position.
Vous avez un univers artistique
extrêmement puissant et original.
Quel est votre itinéraire ?
Mon père était chauffeur de bus et rêvait
d’être acteur. Il y avait un bus qui menait à un cinéma. Il avait ses entrées et
j’ai vu quantité de films, enfant, westerns, kung-fu, horreur… Dans l’un
d’eux, Train to the West, il y avait un
plan où le train passait littéralement
par-dessus la caméra. Cela a été une révélation. Quand j’ai eu 14 ans, mon père
m’a offert une caméra Super 8. Je l’ai
immédiatement cassée en essayant de
reproduire ce plan périlleux. Cela a entraîné une dispute entre mes parents :
ma mère s’opposait à ce qu’on m’en
donne une nouvelle. Mais mon père a
■ « NOBODY’S
WATCHING » Drame
de Julia Solomonoff, 1 h 41.
EPICENTRE FILMS
O
PROPOS RECUEILLIS PAR
« Mes idées de départ sont souvent visuelles. Je fais un cinéma plutôt expérimental.
Il pénètre et réfléchit mes personnages », confie Samuel Maoz. DOMENICO STINELLIS/AP
déclaré : « S’il est capable de risquer sa
vie pour faire un plan, il faut plutôt l’encourager. »
Vous considériez déjà les choses
sous leur aspect esthétique d’abord ?
J’ai commencé mes études de cinéma par
la direction de photographie, où j’étais
très bon. Mes idées de départ sont souvent visuelles. Je fais un cinéma plutôt
expérimental. Il pénètre et réfléchit mes
personnages. Par exemple, le grand appartement d’architecte où vit Michael, le
père du jeune soldat de Foxtrot, est un
lieu d’inconfort. J’ai choisi le sol très géométrique pour pouvoir le filmer en surplomb. J’élimine des dialogues toutes les
informations qui peuvent être apportées
par l’image, intuitivement. Du coup, il y
a un contraste très net entre les phrases
courtes qui sont prononcées et ce grand
espace froid où elles se perdent. Cela ne
m’intéresse pas de raconter une histoire
de plus. Je m’ennuierais si un projet ne
représentait pas un défi artistique inédit
que je me lance à moi-même. Je préfère
risquer un échec où il y aura un peu de
gloire : au moins, on aura essayé ! ■
Un jeune Argentin débarque
à New York en espérant faire
une carrière de comédien. Il
accumule les désillusions. Un film
bien joué et réalisé. Dommage
que le scénario manque de
NATHALIE SIMON
puissance.
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
NOUS N’AVONS PAS PU VOIR
« Comme des garçons »,
comédie de Julien Hallard
« Foxtrot », le chagrin dégoupillé
ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr
Deux soldats frappent à la porte. À TelAviv, le malheur porte un uniforme.
Ce couple aisé apprend que son fils est
mort sous les drapeaux. Choc. La femme s’évanouit. Les visiteurs lui administrent un sédatif. L’homme reste immobile, tétanisé au milieu du salon.
Chacun a sa façon de réagir au chagrin.
Les militaires parlent dans le vide. Il
est question des funérailles. Ne pas
oublier de boire toutes les heures. Au
lieu de cela, l’architecte s’ébouillante
la main sous le robinet. Le désespoir
pousse à faire de drôles de choses. Estce pour mesurer son endurance ou
pour éloigner la douleur morale ? Dans
cet appartement cossu, au mobilier
minimaliste, avec aux murs de l’art
moderne, la vie a volé en éclats. Première partie du triptyque.
Changement de décor : nous voici
à un poste-frontière où le fils, Jonathan, a été affecté. Il n’y a rien à
faire, en plein désert. Avec ses trois
comparses, il attend. Quoi ? Presque
personne ne passe ici, à part un
chameau impassible qui semble narguer les recrues. Leur mission
consiste à contrôler les véhicules
palestiniens. La nuit, une torche
éclaire les visages des passagers. Une
femme patiente sous la pluie. La peur
est là.
Succession de tableaux
Une bavure se produit (la séquence a
fait scandale en Israël). L’oisiveté
pousse le garçon à esquisser un pas de
danse avec son fusil, devant une camionnette abandonnée sur laquelle est
peint le visage d’une pin-up tenant
une glace. Surréalisme sous un soleil
écrasant. Dans l’épisode précédent, le
père montrait à la mère un numéro de
foxtrot. Les militaires logent dans un
conteneur qui s’enfonce dans le sable.
Les loisirs consistent à regarder une
boîte de conserve rouler sur le sol en
pente.
La troisième partie, plus sobre et
classique, réserve une surprise de
taille. Samuel Maoz s’y connaît en
claustrophobie. Lebanon se déroulait
entièrement dans un char d’assaut.
Foxtrot, composé comme autant de
tableaux, montre que le chagrin est un
piège. Le réalisateur filme souvent du
haut du ciel. Sa maîtrise n’exclut ni
l’humour ni la tragédie. Le sujet
évoque évidemment le roman de
David Grossman, Une femme fuyant
l’annonce. La désolation règne dans
des immeubles cossus.
Soudain, le monde bascule. Chaque
geste semble absurde, recoller un
sparadrap au même endroit, re-
commencer à fumer, écouter la
Symphonie n° 5 de Mahler, dessiner
dans un cahier pour tuer le temps. Un
chien se jette contre une baie vitrée.
Une mère ordonne à son fils dévasté
de rentrer sa chemise dans son
pantalon. Comme un héros de Philip
Roth, ce dernier se souvient de ce
numéro de Playboy qu’il cachait et où
trônait Miss Janvier 70 dans la double
page du milieu.
Original, intelligent, métaphorique, audacieux : les adjectifs se bousculent sous la plume. Dans ce film,
même les larmes sont belles. ■
« Foxtrot »
Drame de Samuel Maoz
Avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler,
Yonaton Shiray
Durée 1 h 53
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
« Transit » : visa pour l’exil
CINÉMA Après « Barbara » et « Phoenix », Christian Petzold livre une nouvelle variation sur le passé allemand.
L
Christian Petzold a opté pour une
transposition contemporaine,
alors que le roman d’Anna Seghers
Transit se déroulait en 1940, à Marseille.
CHRISTIAN SCHULZ
Christian Petzold a découvert le roman d’Anna Seghers grâce à son maître
et ami Harun Farocki, mort en 2014,
pour qui c’était un livre de chevet. Ensemble ils avaient commencé à en écrire
le scénario, poursuivant leur collaboration sur Barbara (2012) et Phoenix (2014),
les grands films noirs de Petzold. Transit
est une nouvelle variation sur les thèmes
qu’ils ont développés dans ces films sur
le passé allemand, « l’amour sous l’oppression », a résumé le réalisateur.
Un mérite poétique
Leur adaptation se passait à l’époque du
livre, dans le Marseille de 1940, comme
celle de René Allio (Transit, 1991). Mais
en reprenant seul le travail, Christian
Petzold a opté pour une transposition
contemporaine et s’est rendu compte,
dit-il, que « les tentatives de fuite, les
angoisses, les traumatismes, les histoires
des gens qui étaient coincés à Marseille il
y a soixante-dix ans, sont immédiatement compréhensibles ».
La conséquence est que le contexte
de guerre et d’occupation sonne faux.
Les allusions à un soudain envahisseur
« fasciste » relèvent de l’artifice, voire
du cliché. La menace perd en crédibilité
tragique. On assiste à quelques descentes de police, sans autre signification
que leur brutalité immédiate. En revanche, ce parti pris contemporain a un
certain mérite poétique. En abandonnant la réalité historique, tout en gardant l’exactitude géographique qui lui
est liée, le film crée une atmosphère
étrange, un effet de bougé, trouble et
troublant. On est ici et ailleurs, dans un
présent passé onirique, dans le désordre et l’incertitude angoissée des dé-
placés, des exilés. On accompagne le
personnage central, Georg, dans les bureaux administratifs bondés et les
chambres provisoires. Avec son visage
irrégulier et sa solitude muette, son interprète, Franz Rogowski, lui donne un
masque d’indifférence. Mais même
l’indifférence n’est pas sûre, dans ces
temps sans attaches. Malgré ses défauts
d’écriture, Transit laisse percevoir les
émotions de ces étrangers traqués qui
se croisent, se manquent, lignes brisées, destins fragmentés. ■
M.-N. T.
« Transit »
Drame de Christian Petzold
Avec Franz Rogowski, Paula Beer,
Lilien Batman
Durée 1 h 41
■
L’avis du Figaro : ○○¡¡
A
a romancière allemande Anna
Seghers, communiste qui
avait fui le nazisme dans les
années 1930 pour s’installer à
Paris, a raconté dans Transit
l’exode qui l’a conduite de Paris à Marseille, à l’entrée des troupes allemandes
dans la capitale française. Des centaines
de réfugiés, dont nombre d’intellectuels allemands, affluaient dans le
grand port de la zone encore libre. Les
consulats étaient pris d’assaut par les
demandeurs de visas, qui s’entassaient
dans les hôtels en attendant leur
embarquement pour l’Amérique à bord
de paquebots surchargés. Dans cet indescriptible chaos, le narrateur de
Transit usurpe l’identité d’un écrivain
disparu, Paul Weidel, et croise le chemin d’une jeune femme, Marie, à la recherche de son mari.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
28 CULTURE
« Land », la carte et le mouroir
« AMOUREUX
DE MA FEMME »
portrait déprimant des Indiens d’Amérique. Un film lent, proche du documentaire.
L
JEAN TALABOT
jtalabot@lefigaro.fr
e film aurait pu s’intituler
la carte et le territoire. Mais le titre a
déjà servi en littérature. Land s’intéresse aux Indiens d’Amérique, ceux de
Prairie Wolf, une réserve au pied des
montagnes du Nouveau-Mexique. Ses
frontières sont bien délimitées : l’alcool
y est interdit et les étrangers ne font que
passer. Le monde extérieur est soigneusement tenu à l’écart. Si ce n’est l’inverse. La grande famille des DenetClaw
n’en sort quasiment pas. Ou alors pour
réclamer le corps du plus jeune des trois
fils, mort sur le champ de bataille en
Afghanistan. Ses deux frères sont restés
fidèles à leur terre : l’un est agriculteur,
l’autre, alcoolique à plein temps.
Devant le Bob’s Liquor Store,
commerce opportuniste siégeant à la
frontière, la moitié de la réserve attend le
camion de ravitaillement. Beaucoup y
passent la journée. Quand les poches sont
vides, on offre une fellation contre des
canettes de bière. C’est sordide et rien
n’y changera. Ce film à forte dominante
documentaire se penche sur les ostracisés, ceux qui restent en dehors de la société américaine. Les DenetClaw (incarnés par des Indiens natifs, professionnels
ou non) déambulent, enfermés dans un
huis clos comme des personnages de
Beckett. Mais eux n’attendent personne.
Il en fallait un drôle d’alignement de
planètes, pour qu’un cinéaste iranien,
soutenu par une production italo-franco-mexicano-néerlandaise, s’intéresse
au sort des « Native Americans » au
cœur du désert. Le tournage débute le
lendemain de l’élection de Donald
Trump à la Maison-Blanche. Les mois
précédents, Babak Jalali a visité trente et
une réserves indiennes. Celle qui a inspiré le film compte 90 % de chômeurs et
88 % d’alcooliques. L’espérance de vie
LE
R
A
NALN
A
DE
INE
SEMA
Dans Land, seul le sable, sans cesse redessiné par le sillon des pick-up, semble en perpétuel mouvement.
moyenne y est de 48 ans. Soit les statistiques des années 1900 en France.
Une figure de sagesse
Land se regarde comme un tableau lumineux, mais où le soleil n’est jamais
réconfortant. Au Nouveau-Mexique, il
est plutôt synonyme de routine. Tout
est d’ailleurs très lent. Le réalisateur Babak Jalali enchaîne de faux plans fixes,
qui se déplacent centimètre par centimètre. Il cherche à retrouver le « temps
indien », qui est calqué sur celui de la
nature. La langueur des Indiens, abrutis
par la chaleur, l’ennui et l’alcool, se
résume en quelques diapositives. Pour
un film de deux heures, le procédé finit
par lasser. Seul le sable, sans cesse redessiné par le sillon des pick-up, semble en perpétuel mouvement.
Cette fresque immobile se déroule devant la gueule émaciée d’une vieille matriarche, qui préfère garder enfouies en
elle les antiques rancœurs. Son peuple a
déjà trop souffert. Pas question, par
contre, d’enterrer son fils avec le drapeau américain. L’armée, c’est un métier, pas un devoir. Elle s’impose comme
figure de sagesse et de conservatisme :
jamais les Indiens ne pourront véritablement se mêler aux Blancs. « Il en reste
quelques-uns de sobres », claironne-t-
BAC FILMS
elle comme une menace. Le manche de
la hache de guerre dépasse du sol. Tout
ne s’efface pas avec le temps. Pour écouter de la country, une petite fille branche
son baladeur radiocassette. Sommesnous dans les années 1980 ou 2010 ? 1900
ou 2018 ? Quelle importance ? Rien ne
bouge, c’est le « temps indien ». ■
« Land »
Western de Babak Jalali
Avec Rod Rondeaux, Florence Klein,
Wilma Pelly
Durée 1 h 50
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
■ Il faudra se
demander un
jour pourquoi les pièces de
Florian Zeller changent de titre
quand elles sont adaptées à
l’écran. L’Envers du décor était
hilarant. Dans Amoureux de ma
femme, Daniel Auteuil, qui était
déjà sur les planches, transforme
un long éclat de rire
en vaudeville poussif, en repas
qui s’éternise, en scènes qui
refroidissent aussi vite que
les plats. Les séquences oniriques
consternent, brisent le cours
du récit. C’est tout juste si
Gérard Depardieu ne regarde pas
sa montre durant les prises.
Sandrine Kiberlain est trop bien
pour le rôle de l’épouse presque
trompée. Même l’épisode de
la cuisine, mémorable au théâtre,
retombe comme un soufflé. Le
dîner est raté. Il n’est pas le seul. ■
ÉRIC NEUHOFF
EN BREF
Hommage à Malgoire
La dernière production dirigée
par Jean-Claude Malgoire,
chef fondateur de l’Atelier lyrique
de Tourcoing, décédé le 14 avril
dernier, était Pelléas et Mélisande
avec Sabine Devieilhe
et Guillaume Andrieux. La
production, reprise le 2 mai sous
la baguette de Benjamin Levy
au Théâtre des Champs-Élysées,
sera donnée à sa mémoire.
« Avengers : Infinity War »
bascule dans l’âge adulte
CINÉMA Les frères Russo signent un film guerrier,
empreint d’une gravité inhabituelle chez Marvel.
OLIVIER DELCROIX £@Delcroixx
e dix-neuvième film de la franchise Marvel, Avengers : Infinity
War, affiche un budget pharaonique : 480 millions de dollars.
Ce qui en fait l’un des films les
plus chers réalisé à Hollywood. Après une
décennie prodigieuse qui a vu naître une
profusion de super-héros sur grand
écran, que pouvait-on attendre d’un tel
blockbuster ?
En réalité, on sort de ce troisième volet
d’Avengers un peu groggy, fortement
impressionné par l’hypertrophie de ce
long-métrage de deux heures et demie.
Mais avec la sensation que les studios
Marvel ont voulu rebattre les cartes, sentant la fin d’un cycle arriver. Comme
dans les grands romans-feuilletons du
XIXe siècle, de Rocambole aux Trois
Mousquetaires, des Mystères de Paris
d’Eugène Sue aux Pardaillan, l’histoire
peut se résumer à une suite de combats,
de poursuites caracolantes, d’affrontements titanesques… pour mieux sauver le
monde de la destruction.
Avec Avengers : Infinity War, les amateurs d’action, de grand spectacle et de
« space opera » vont être servis. Le grand
méchant du film, le despote galactique
Thanos (Josh Brolin), dont on entend parler depuis 2012, veut à tout prix récupérer
six pierres d’infinité, des artefacts d’une
puissance incommensurable qui devraient lui permettre de régenter l’Univers. Sa quête du pouvoir absolu est centrale. Elle structure l’intégralité du film et
permet de multiplier les lieux de l’action
sur plusieurs sites, dans plusieurs dimensions. Comme les rhizomes d’une plante
grimpante, cette multiplicité d’espaces
permet de montrer les super-héros par
petites bandes, associés pour l’occasion
alors qu’ils viennent d’univers habituellement opposés. C’est ainsi qu’Iron Man
(Robert Downey Jr), Spider-Man (Tom
A
L
Holland) et Thor (Chris Hemsworth) peuvent rencontrer les Gardiens de la
Galaxie. Ou que Hulk (Mark Ruffalo) peut
revoir la Veuve noire (Scarlett Johannson). On sent chez Anthony et Joe Russo
la volonté un tantinet régressive de faire
plaisir aux fans, comme s’ils jouaient à
rassembler une foultitude de figurines
Marvel pour un grand combat final en
pleine cour de récréation.
Démesure des effets spéciaux
Déjà habitué à ce genre d’exercice – ils
ont réalisé deux épisodes de Captain
America – en forme de grand huit spectaculaire, les frères Russo ont empoigné ce
formidable mastodonte cinématographique à pleines mains. Ampleur, démesure,
luxuriance des effets spéciaux, avec de
petites touches d’humour… le tandem
signe un film guerrier, opératique, empreint d’une gravité nouvelle, inhabituelle dans l’univers Marvel.
Pour cette tâche gigantesque, les réalisateurs auraient pu s’inspirer des grands
classiques hollywoodiens des années
1950-1960, du Cléopâtre de Mankiewicz
au Ben-Hur de Wyler. Rien de cela. Ils ont
pris des leçons aux sources même du
genre. Chez Eisenstein, dont l’œuvre
prométhéenne, d’Ivan le Terrible à
Alexandre Nevski, n’a jamais craint l’emphase ni le gigantisme. L’auteur de la
musique, Alan Silvestri s’est, lui, référé à
Prokofiev sans trop s’en cacher. Le résultat est passionnant et montre qu’après
dix ans d’invasion super-héroïque il est
temps de séparer le bon grain de l’ivraie.
Et si Marvel entrait dans l’âge adulte avec
ce troisième volet d’Avengers ? ■
« Avengers : Infinity War »
Aventure de Joe et Anthony Russo
Avec Robert Downey Jr, Chris
Hemsworth, Chris Evans
Durée 2 h 29
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
SONY PICTURES RELEASING FRANCE
de Daniel Auteuil
CINÉMA Pour son second long-métrage, le réalisateur iranien Babak Jalali livre un
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
STYLE 29
La Source Minérale, l’un des grands bassins individuels du centre Meïso. À droite, la piscine du club Blanche.
MEÏSO, MANNY SEGUIN
Le corps en immersion
BIEN-ÊTRE Les piscines sont devenues un signe distinctif de luxe dans les spas d’hôtels et les clubs de sport
parisiens, mais aussi un élément propice au « voyage intérieur ».
L
ÉMILIE VEYRETOUT
eveyretout@lefigaro.fr
es habitants du quartier
avaient fini par se demander ce qu’il allait advenir de cet hôtel particulier au
cœur de l’ancienne Nouvelle Athènes
(Paris IXe) en rénovation depuis quatre
ans et demi, petite merveille d’architecture beaux-arts ayant appartenu à
l’éditeur de musique Paul de Choudens.
Contre toute attente, le numéro 21 de la
rue Blanche accueillera le troisième
club de sport d’Arthur Benzaquen, déjà
aux manettes du Ken Club dans le
XVIe arrondissement et du Klay dans le
Marais. Trois mille mètres carrés
d’équipements dernier cri, un restaurant signé Jean Imbert et même un
ciné-club sur le toit (programmation
choisie par Dominique Besnehard).
Sans oublier, en sous-sol, un bassin
long de 20 mètres conçu par l’architecte
Franck Hammoutène, sorte de grotte
design de granit noir surmontée d’un
puits de lumière. Moyennant un abonnement annuel de 1 800 euros, les futurs
membres nageront bientôt en plein mirage. « La piscine a absorbé une très
grosse partie du budget, pour ironique-
ment ne pas rapporter grand-chose,
souligne le propriétaire des lieux.
Aujourd’hui les clients, soucieux de leur
bien-être, réclament ce type d’installations même s’ils ne les utilisent pas. Nous
avons, en revanche, réduit l’espace de
musculation. Cette configuration va dans
le sens d’une prise de conscience élargie
du corps : après avoir fait n’importe quoi,
mangé des aliments industriels et s’être
exposés aux cabines d’UV artificiels, les
gens désirent une prise en charge holistique, plus spirituelle. »
Des bassins 5 étoiles
Les Français ont voyagé, visité, si ce
n’est testé, partout dans le monde et
notamment en Asie, des spas plus
somptueux les uns que les autres. Dans
l’Hexagone, depuis 2010, les hôtels prétendant à la distinction « palace » doivent se doter d’une piscine et d’un espace de bien-être, un minimum pour
les riches touristes étrangers. Les dernières (ré)ouvertures en témoignent
avec, à chaque adresse, sa spécialité en
termes d’installation aquatique : la vue
panoramique sur Paris depuis le bassin
du rooftop du Bristol, la cascade murale
du Peninsula, les 17 600 écailles dorées
du Crillon, jusqu’au Ritz, qui diffuse de
la musique sous l’eau. Le Lutétia, qui
rouvrira ses portes début mai, ne fait
pas exception à la règle : les équipes y
ont creusé, en troisième sous-sol, une
piscine qui n’existait pas. Ces infrastructures sont destinées d’abord aux
résidents, mais certains établissements
les rentabilisent via des forfaits pour les
locaux.
Ainsi à Molitor, sans dormir au
5-étoiles conçu en 2014 autour du plongeoir mythique des années 1930 (toutes
les chambres ont vue sur le bassin extérieur), il est possible d’enchaîner les
longueurs après un soin de beauté au
spa (Clarins) ou d’effectuer un baptême
de plongée suivi d’un cocktail au bar de
l’hôtel (75 euros). « Au départ, nous proposions même des formules ouvertes à
tous, petit déjeuner et accès au complexe
nautique, chaque jour de 7 h 30 à 9 h 30
pour 35 euros. Mais le succès nous a obligés à restreindre l’accès, raconte Stéphanie Cohen-Aloro, directrice du
club. Dès les beaux jours, nous recevons
beaucoup de Parisiens passant le weekend ici, plutôt qu’à Deauville ou Cabourg,
et souhaitant profiter de la piscine, barboter avec les enfants, prendre le soleil.
Nos membres, quant à eux, sont de vrais
sportifs, certains viennent tous les jours,
tôt le matin, ils nagent pendant une heure
à une heure et demie. Ce sont des actifs,
fiant, apaisant pour les douleurs articulaires et musculaires et, surtout, permettant de flotter. La température est la
même que celle du corps, et la cabine
isolée phoniquement.
Pendant soixante minutes, en apesanteur, nu ou en maillot selon sa sensibilité, on se laisse flotter sur le dos, le
ventre, on se recroqueville ou, au
contraire, on s’étire (60 euros). « Cette
technique a été mise au point dans les années 1950 par un neuropsychiatre américain pour les patients les plus stressés,
explique Mme Breger. Lorsque le cerveau
est libéré de la force de gravité (une partie de notre activité cérébrale étant occupée à maintenir l’équilibre), isolé des stimuli et donc de l’interprétation, il entre
dans la fréquence d’ondes thêta, celle des
rêveries très brèves qui apparaissent
avant de s’endormir, celle aussi de
certains états méditatifs (4 à 7 Hz). Les
caissons d’isolation sensorielle ont été
très à la mode dans les années 1970 puis
ont disparu la décennie d’après, qui
nourrissait d’autres rêves. L’engouement
actuel pour le bien-être les replace dans
la lumière. Certains clients profitent
d’une expérience relaxante, d’autres
lâchent prise et s’endorment. Et puis, il y
a ceux qui partent à la découverte de
leurs mondes intérieurs. » ■
hommes et femmes de 40-50 ans, qui
cherchent à entretenir leur corps sans se
faire mal : la natation reste l’un des
sports les plus recommandés par les médecins et les rhumatologues, à partir d’un
certain âge. »
Caissons de flottaison
Natation mais aussi aquarunning, aquafitness, yoga dans l’eau… On connaissait les bienfaits du sport en immersion
- plus doux pour les articulations, excellent contre la cellulite grâce au massage des tissus -, on découvre à nouveau
ses vertus pour l’esprit. « L’eau apporte
une dimension méditative, reprend Arthur Benzaquen. Cet élément apaise,
d’aucuns disent qu’il nous transporte
émotionnellement aux origines, dans le
ventre de la mère. Nous allons développer
cette carte-là avec, par exemple, un mélange de mouvements de tai-chi et de
stretching effectués en immersion. »
Un peu plus au nord de la capitale, et
dans un genre plus alternatif, la sophrologue Maïté Breger a ouvert Meïso, un
centre de bains flottants (51, boulevard
de la Chapelle, Paris Xe). Ses bassins individuels en forme de capsule, de source ou de bulle (les uns ouverts, les
autres hermétiques) sont remplis d’eau
saturée en sel de magnésium détoxi-
Michael Burke : « Chez Louis Vuitton, nos parfums
visent 100 % d’une niche plutôt que 1 % de la masse »
EXCLUSIF Le malletier, désormais parfumeur, annonce le lancement de ses premiers masculins, à découvrir en mai prochain.
À chaque saison, ses actualités Vuitton !
Ce printemps, la griffe alimente les
manchettes des journaux et le flux des
réseaux sociaux avec ses nominations à
effet waouh (en mars, Virgil Abloh à la
tête des collections masculines), ses
chiffres de vente sidérants, son prochain défilé croisière par Nicolas
Ghesquière (fin mai à la Fondation
Maeght, à Saint-Paul-de-Vence), ses
futures ouvertures d’ateliers de maroquinerie en France… Aujourd’hui, elle
annonce, dix-huit mois après les débuts
de sa division parfum, la sortie de ses
premiers masculins, le 31 mai, uniquement dans ses magasins. L’occasion de
dresser le bilan avec son PDG, Michael
Burke, de cette jeune activité révélant
une autre facette du malletier.
LE FIGARO. - Alors que la mode
Louis Vuitton adopte des choix
esthétiques et démographiques
inattendus, les parfums préfèrent
un positionnement plus classique.
Michael BURKE. - Nous avons commencé le métier de la mode avec Marc
Jacobs, il y a vingt-deux ans exactement. Plus de trois vies ! Et il nous a fallu du temps pour en saisir tous les rouages. Nous revivons cet apprentissage
avec les parfums, même si des fragrances Louis Vuitton ont existé dans les années 1920-1930. Nous ne sommes pas là
pour singer « les parfumeurs », de la
même manière que lorsque nous avons
créé la joaillerie, il n’a jamais été question d’imiter la place Vendôme. Pour la
création pure, nous avons le meilleur,
Jacques Cavallier-Belletrud (parfumeur-créateur de la maison, NDLR).
Pour d’autres points comme la relation
avec le client, nous apprenons encore.
Une fois que nous maîtriserons tous les
aspects, nous nous permettrons d’être
plus audacieux, d’apporter quelque
chose de nouveau à ce métier.
Quand on est la plus grande marque
de luxe au monde, peut-on se contenter
de la parfumerie de niche ?
Oui, mieux vaut être adopté par 100 %
d’une niche que par 1 % de la masse.
Nous relevons de la parfumerie de niche, ne serait-ce que par la distribution, puisque nos créations sont vendues uniquement dans nos magasins.
On nous avait dit que, dans un marché
aussi concurrentiel, nous n’allions pas
tenir cette ligne. Or, nous la tenons
d’autant plus que cela nous autorise à
ne pas suivre les règles du secteur,
comme celle d’obéir à des planifications marketing. De même, nous ne
réalisons pas de sondages de grande
distribution avant de lancer quoi que ce
soit. De toute façon, nos jus ne passeraient pas les tests ! (Rires.) Nous faisons
confiance à Jacques, quelque chose de
mièvre, de tiède, chez nous, ne
conviendrait pas.
L’un des objectifs des parfums était
de faire entrer de nouveaux clients
dans vos magasins. Est-ce le cas ?
Nous avons recruté un nouveau public,
notamment en Asie, qui constitue une
part aussi importante que celle des ÉtatsUnis. Nous ne donnons pas de chiffres
mais les clients du parfum représentent
Michael Burke, PDG de Louis Vuitton. Nouveau Monde, l’un des cinq parfums masculins.
plusieurs centaines de milliers de personnes, la moitié n’avait jamais consommé dans nos boutiques. Le parcours de
désirabilité chez Louis Vuitton est long :
on est attiré tôt dans la vie par LV mais il
se passe en moyenne sept ans entre le
moment où naît le désir d’entrer en relation avec la marque et le passage à l’acte.
Avec un parfum à 220 euros, ce délai est
raccourci. C’est un produit extraordinaire et contradictoire par sa qualité, sa pérennité et, en même temps, son accessibilité. Un homme, une femme peut
passer des années à chercher le sillage de
sa vie et, une fois trouvé, lui rester fidèle
à tout jamais. On retrouve ce même phénomène d’attachement à long terme
avec la joaillerie et les « rigides », nos
malles, qui attirent un public d’initiés et
de collectionneurs.
Ce lancement de jus masculins
était-il prévu, dès le départ ?
Tout à fait. On ne peut ignorer les hommes, qui, jusqu’au XVIIIe siècle, en portaient au moins autant que les femmes.
Cependant nous n’avions pas prévu
d’en lancer cinq simultanément ! Jacques a carte blanche, il nous propose
ses pistes et nous éliminons au fur et à
mesure. Il se trouve que, là, nous ne
pouvions pas en supprimer un de plus.
Nouveau Monde, Sur la route,
L’Immensité… Les noms de ces sent-bon
explorent l’idée du voyage à la façon
des campagnes institutionnelles passées
de Louis Vuitton.
Il est vrai que cela sonne très Jean
Larivière (le photographe à l’origine
des campagnes Louis Vuitton « l’Âme
du voyage »). Les premiers parfums
lancés en 2016, majoritairement féminins, étaient davantage dans l’introspection. Mais le voyage n’est pas réservé aux hommes, les femmes possèdent
aussi une âme d’exploratrice. À l’image
des campagnes Croisière voulues par
Nicolas Ghesquière (directeur artistique
des collections féminines) qui imprime
une esthétique de femme puissante,
dans l’action, sous l’influence des lieux
où se déroulent les défilés, de Rio à
Palm Springs et Kyoto.
La création revêt des visages
très différents chez LV :
Jacques Cavallier-Belletrud,
Nicolas Ghesquière, Virgil Abloh…
Parce que Louis Vuitton le mérite… et je
n’ai pas dit bien. (Rires.) Nous sommes
une maison complexe et nos clients ne
nous demandent pas autre chose. Au
contraire, ils nous réclament de la richesse et de la surprise. Nous ne cherchons pas à simplifier la vie quand,
dans tant d’autres marques, on recherche la « cohérence » au risque d’être
simpliste. Je suis de la génération 1968,
qui pensait avoir tout compris. La jeunesse actuelle est peut-être moins idéaliste mais, dans un sens, plus humaine,
car elle accepte la complexité des choses. Alors, oui, sortir en si peu de
temps, sept jus féminins et cinq jus
masculins est plus complexe mais aussi
plus authentique que proposer « un »
parfum bien pour tout le monde. ■
A
HÉLÈNE GUILLAUME hguillaume@lefigaro.fr
LOUIS VUITTON MALLETIER
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
30
VOYAGE
DÉCOUVERTE L’île
la moins peuplée
de l’archipel
du Pacifique
a préservé son
authenticité tout
en offrant une
structure hôtelière
hors pair pour
satisfaire ses
visiteurs les plus
exigeants.
E
ALICE DE VILLEPOIX
Lanai étonne par sa différence. Pas de
végétation tropicale comme dans les
autres îles, mais des forêts de pins et des
terres rouge terracota comme au Nouveau Mexique. Seulement trois rues
goudronnées, 650 km de pistes à découvrir en 4 × 4 ou à cheval et 84 km de
plages désertes. Pas de feux de signalisation, pas d’embouteillage. Partout, le
calme règne. « Depuis vingt-deux ans
que j’habite ici, rien ne change, tout reste
figé, c’est ce qui me plaît », explique un
des chasseurs de l’hôtel qui nous ramène
d’une balade en ville.
Lanai doit sa survie économique à
Larry Ellison, 7e fortune mondiale et
fondateur de la société d’informatique
Oracle qui s’est entiché de ce petit bout
de terre perdu au milieu du Pacifique et
l’a acheté en 2012 pour 300 millions de
dollars. Il en possède 98 % dont les deux
Four Seasons, le cimetière, la piscine
municipale et le cinéma qu’il a complètement rénové… Les 2 % restants sont
propriété de l’État de Hawaï. Son ambition est d’en faire une communauté
100 % green autosuffisante. Pour l’heure, l’île produit sa propre eau et travaille
en collaboration avec l’université
d’Hawaï sur le développement durable.
L’an dernier, le Four Seasons de Manele Bay a rouvert après une rénovation
de plus de 450 millions de dollars. Le coût
libu Farm et un Nobu qui possède sa propre ferme bio à quelques kilomètres pour
s’approvisionner en fruits et légumes.
Actuellement, 700 employés sont au
service d’environ 450 clients. Autant
dire que l’accueil est ultrapersonnalisé
(que ce soit au restaurant, à la réception
ou au bar, le personnel s’adresse à chaque hôte par son nom) et le sens du détail, à son paroxysme : le golf, à usage
unique des clients de l’hôtel, est accessible à tout moment et sans réservation,
une masseuse du spa est toujours disponible pour un lomi lomi (le massage traditionnel hawaïen) de dernière minute.
Et si l’on a pu reprocher au groupe Four
Seasons de trop coller aux standards internationaux du luxe, avec plus d’une
trentaine d’activités nautiques ou terrestres proposées chaque jour, la page semble avoir été tournée. En témoigne également la nomination de Wendy
Kaopuiki, la nouvelle directrice de la
culture hawaïenne : «Ici, chaque employé
est encouragé à partager des expériences
locales avec les clients, à raconter ses souvenirs de jeunesse surtout pour les natifs
de l’île. On propose des cours de danse
hula, de ukulele… » Dans un coin du lobby, Uncle Bully, un Hawaïen pur souche
tresse inlassablement des chapeaux en
feuilles de palmier pour deux millennials
qui tapotent sur leur portable sans même
de chaque chambre est estimé à
900 000 $ avec d’immenses salles de
bains en marbre, des meubles en bois
rare et un système de domotique ultraperfectionné. Des gadgets qui font sourire, comme ces toilettes japonaises dont la
lunette se soulève au moment où vous
entrez ou bien cet écran de télévision dissimulé dans le miroir de la salle de bains.
Le souhait d’Ellison était d’avoir le Four
Seasons le plus beau du monde. Il n’a pas
lésiné sur les détails quitte à faire refaire
quatre fois le lobby pour que sa vision de
l’océan dans l’encadrement de la baie vitrée soit parfaite ! Il a fait construire une
réplique du restaurant californien le Ma-
L’an dernier,
le Four Seasons
de Manele Bay
(en haut
et ci-contre)
a rouvert après
une rénovation
de plus
de 450 millions
de dollars.
Pour un accueil
ultrapersonnalisé,
700 employés
sont au service
d’environ
450 clients.
lui adresser un regard. La communion
entre la Silicon Valley et les Hawaïens
n’est pas encore au rendez-vous…
Dans quelques mois, un autre Four
Seasons, The Lodge at Koele, ouvrira
après deux ans de travaux, une structure
plus cosy, plus intimiste à quinze kilomètres de la plage dans un décor montagnard au milieu des sapins. Un autre dépaysement, tout aussi chic. ■
Carnet de route
Partout, le calme règne
Lanai, l’île inexplorée de Hawaï
Y aller
Avec Air France, Paris/Honolulu
via Los Angeles à partir
de 946 € AR. www.airfrance.fr
Puis Honolulu/Lanai avec
Ohana by Hawaiian Airlines,
à partir de 106 € AR.
www.hawaiianairlines.com
Dormir
Au Four Seasons Resort Lanai.
À partir de 1 000 € la nuit
en chambre double.
Tél. : +1 (800) 321 4666
et www.fourseasons.com
Se renseigner
Office du tourisme d’Hawaï :
www.gohawaii.com
Consulter aussi
www.lanaiguideapp.org, un site
très complet sur l’histoire
de l’île et les choses à y voir.
+
n dehors du circuit habituel des îles voisines, plus touristiques,
Lanai est une parenthèse de silence et de
recueillement. « Vous voyez le trou no 12
qui domine la plage d’Hulopo’e, c’est ici
que Bill Gates s’est marié en 1994. Afin
d’éviter les paparazzis, il avait privatisé
l’île, payé chaque compagnie d’hélicoptères des îles environnantes pour rester au
sol ainsi que chaque propriétaire de
bateaux. C’est vraiment un lieu unique »
relate Alastair McAlpine, le directeur général du Four Seasons.
Située au milieu de l’archipel de
Hawaï, Lanai est à une demi-heure de
vol au sud-est de Honolulu. Surnommée
Pineapple Island, l’île fut une immense
plantation fournissant 75 % de la production mondiale d’ananas jusqu’à la
dernière récolte en 1992. Le coût de la
main-d’œuvre devenant trop élevé, les
plants ont été arrachés et la terre laissée à
l’abandon. Il reste quelques films et
photos pour témoigner de ce passé au
centre culturel à Lanai City.
FOUR SEASONS
Jacques Letertre, des livres et des lits
PORTRAIT Le Marcel Aymé est la cinquième adresse de la Société des hôtels littéraires. À l’occasion de son inauguration à Paris,
nous avons rencontré le fondateur de ce concept unique. Un bibliophile inspiré.
acques Letertre est un homme
heureux. Il a l’œil qui brille. On se
presse autour de lui, on le complimente, il a le sourire modeste. La
satisfaction du travail bien fait. Il
inaugure son nouvel opus, consacré à
Marcel Aymé, son dernier hôtel littéraire.
« Montmartre reste imprégné de l’univers
de Marcel Aymé, chantre de l’amitié, du
merveilleux et du Paris éternel. Je ne choisis que des auteurs que j’aime. Partager
cette émotion, c’est ce qui me guide. »
Chaque étage a pour thème un lieu ou un
sujet cher à Marcel Aymé. Chaque chambre a un numéro, certes, mais porte le
nom d’un roman, d’une nouvelle, d’un
ami de l’écrivain. Une idée du propriétaire. « La 21, c’est “La Table aux crevés”,
l’un de ses meilleurs romans, couronné en
1929 du prix Renaudot. Un succès qui lui
permit de vivre de sa plume. La 5, c’est “Le
Passe-muraille”… Et puis, vous savez,
pour lui, l’amitié n’était pas un vain mot…
Alors naturellement, Céline, Anouilh, Blondin, Nimier, Mac Orlan et Kléber Haedens
ont leur chambre. Il esquisse un sourire.
C’est Antoine… Antoine Blondin, qui disait
que Marcel Aymé était perdu dans vos pensées, c’est joli, non ? »
Jacques Letertre, bibliophile averti,
féru d’éditions originales, ne laisse à
A
J
personne le soin d’organiser les bibliothèques de ses hôtels. « Lecteur
compulsif, je ne collectionne que les livres
que j’ai aimés. » Des hôtels littéraires, il
en possède déjà quatre, bientôt cinq. Le
Gustave Flaubert à Rouen, l’Alexandre
Vialatte à Clermont-Ferrand et le
Swann à Paris, dans le VIIIe arrondissement.
Proust, c’est avec lui que tout
commence. « C’est l’écrivain qui m’a le
plus impressionné. Je l’ai lu, la première
En ce moment, ce qui mobilise son
énergie, c’est Arthur Rimbaud. En 2019,
il aura son hôtel à Paris, près de la gare de
l’Est. « C’est la première fois que je m’attaque à un poète… » dit-il l’air songeur.
Un nouveau défi, pour ses équipes, les
architectes Aude Bruguière et Aleth
Prime, son aquarelliste Jean Aubertin.
Des fidèles, à ses côtés depuis le début de
l’aventure. Rien ne prédestinait cet
homme de « la France de l’Ouest »,
comme il dit, à devenir hôtelier. Enfant,
il voulait être cuisinier. Il fera des études
de droit et d’histoire, puis l’ENA. Le destin est parfois cruel.
fois, à 14 ans, j’étais sidéré. Je ne m’en suis
jamais remis ! Flaubert, lui, c’est évidemment la manière la plus élégante d’écrire le
français… Tout unit Proust et Flaubert,
tous deux fils et frères oisifs de médecins
brillants, tous les deux amoureux de la
Normandie, et leur œuvre constitue la
seule descendance de ses forçats de l’écriture. » Son hôtel proustien, il a tenu à
l’ouvrir pour les cent ans de la parution
de Du côté de chez Swann. Tout un
symbole.
Douze hôtels en vingt ans
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
JEAN-FRANÇOIS COULOMB DES ARTS
Jacques Letertre, à la réception de l’hôtel littéraire Marcel Aymé, à Paris.
Un passage par les finances publiques,
puis le voilà banquier. Virtuose de la
finance, il prend la tête d’un groupe
coté, dans l’agroalimentaire. En 1988, il
achète son premier hôtel. Aujourd’hui, il
en possède douze. « Je suis chez moi, plus
d’actionnaires à convaincre, ni de conseil
d’administration à géométrie variable,
je suis libre ! Je développe mes hôtels littéraires comme je l’entends ! » Il croise
les bras. Au ton de sa voix, on comprend
que derrière sa bonhomie, se cache une
main de fer dans un gant de velours.
Son jardin secret, Venise. Il y possède
une villégiature. Il y va souvent. Est
nostalgique de ne plus s’y perdre… Peste
contre les touristes qui étouffent la
Sérénissime… Considère Venises de Paul
Morand comme un livre immense. Il a
bien raison. Demain son avion décolle à
9 heures. À la cité des Doges, il a tous les
livres du prix Céleste Albaret qu’il a créé
avec Philippe Aubier, fou de littérature
lui aussi, et patron de la librairie Fontaine Haussmann, qui fut celle de Proust…
À Paris, sur sa table de chevet, le livre
d’Ysabelle Lacamp sur Desnos, qu’il
juge émouvant. Il parle de Déon, qu’il a
bien connu et qu’il admire. La conversation glisse sur Anne Hidalgo, qu’il
déteste, pour ne pas dire plus… Son fils
Alban travaille avec lui. Il a une fille, qui
a le prénom de la duchesse de Guermantes. Un regret : ne pas avoir réussi à
faire lire à sa descendance À la recherche du temps perdu. Nul n’est prophète
en son pays. ■
Hôtel littéraire Marcel Aymé, Best Western
Plus, 16, rue Tholozé (Paris XVIIIe).
Compter 230 € la nuit en chambre double
avec petits déjeuners.
Tél. : 01 42 55 05 06
et www.hotel-litteraire-marcel-ayme.com
+ @SUR LE WEB
» Tisseurs de rêves, le voyage
en démesure
» Randonnée en Provence :
mais qu’elle est belle la Côte Bleue
www.lefigaro.fr/voyages
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
STYLE
31
L’art de bien vivre
ÉDITION Avec Casa Lopez, Pierre Sauvage s’emploie à donner des couleurs et de la fantaisie
au classique. Une approche de la déco qu’il applique à ses maisons. La preuve dans le livre qui vient
de paraître chez Flammarion.
À Paris comme dans le Vexin ou à Gordes, Pierre Sauvage invite le lecteur chez lui pour un dîner chic, un pique-nique, un déjeuner
entre amis. Cet art de vivre, il vient de le mettre en scène sur papier glacé avec la complicité du photographe Vincent Thibert.
de Francis Dorléans… Autant de prétextes à s’immerger dans d’autres histoires
de goût : le sien. Il possède l’art et la manière de marier les genres, « le jute et la
laine, le brut et le sophistiqué ». À Paris,
les tapis oversize donnent un grand
coup de blush au décor historique. Sur la
table en acajou, verres à pointes diamant et vaisselle portugaise vitaminée
chahutent le classicisme anglo-saxon
des candélabres et des faisans vénérés
en argent. Ailleurs, le rotin fait un pied
de nez aux meubles de style, les pièces
uniques de designers jouent du coude à
coude avec les objets de tous les jours. La
prétention, très peu pour lui.
« Les services en terre mêlée de Provence, la vaisselle sur laquelle sont revisités des dessins andalous du XVIe siècle
permettent de dresser des déjeuners hauts
en couleur que mes convives apprécient.
J’attache une attention particulière au
confort. Il doit être visuel et tactile avec
des canapés accueillants, des textiles
doux au toucher», écrit Fabienne
Reybaud, journaliste au Figaro, en rapportant les propos de son ami Pierre,
qu’elle a questionné pour les besoins de
ce livre dont elle signe les textes.
Un ouvrage à parcourir pour se laisser
séduire par les photos de Vincent Thibert
et en emprunter les idées. Pourquoi s’en
priver quand elles sont bonnes ? ■
Casa Lopez. Un art de vivre, 55 €,
Flammarion.
NO
UV
EA
U
ierre Sauvage n’a pas eu besoin
d’en faire l’acquisition pour connaître
Casa Lopez sur le bout des doigts. Pendant des années, cet ex-attaché de presse a vanté aux journalistes les mérites de
la maison de décoration, spécialiste des
tapis fabriqués pour l’essentiel au Portugal. En reprenant l’affaire, il avait sa
petite idée derrière la tête : réveiller la
dame avec des couleurs parfois gonflées
à bloc comme celles de tapis de jute aux
dessins de laine fluo qui ont emballé une
clientèle plus jeune par leur dynamisme,
en développant des lignes de vaisselle,
de meubles, de bougies tout en restant
fidèle à l’élégance nonchalante insufflée
par Bernard Magniant, l’ancien propriétaire. Et plus encore à un savoir-faire artisanal dont il explore la palette infinie au Portugal, en Espagne ou en Inde,
en France aussi. Cet art de vivre, il vient
de le mettre en scène sur papier glacé.
« J’avais une idée de livre qui n’était
pas celui-ci, reconnaît-il. La rencontre
avec une éditrice chez Flammarion a
changé la donne. Nous avons décidé de
concevoir quelque chose de plus incarné,
qui me raconte à travers Casa Lopez. Je
ne voulais surtout pas donner une leçon de
style, plutôt faire partager des moments
de vie. » À Paris comme dans le Vexin ou
à Gordes, ce bon vivant invite le lecteur
chez lui pour un dîner chic, un piquenique, un déjeuner entre amis.
D’ailleurs les siens, tous bien nés, ont
mis la main à la pâte et livrent chacun
leur recette : la terrine de poulet et de
légumes d’Isabelle, dégustée dans l’ancien hôtel particulier parisien et ses vertigineux 5 mètres et plus de hauteur sous
plafond. Il y a aussi le soufflé de Brune, le
pain de courgettes de Sophie, le poulet
VINCENT THIBERT/FLAMMARION
P
CATHERINE SAINT-JEAN
csaintjean@lefigaro.fr
présente
À la recherche de ces mots perdus !
Ils existent, ils sont là, utiles, disponibles... mais délaissés, oubliés, sacriiés.
Pourtant ils veulent dire exactement ce que l’on pense.
Le bon mot au bon endroit.
Ils méritent une deuxième vie, redécouvrez-les !
Nouvelle collection‘‘Mots & Caetera’’
Pour aller plus loin dans la découverte de la langue française.
EN VENTE ACTUELLEMENT
Disponible chez votre marchand de journaux
et sur www.igarostore.fr
A
12,90
€
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
32
TÉLÉVISION
La nouvelle
« Carte aux
trésors » sous
haute sécurité
Cyril Féraud reprend les manettes du jeu
né en 1996. Avec un dispositif inédit
pour les hélicoptères, vraies stars du programme.
SARAH LECŒUVRE £@ S a r a h L e c œ u v r e
rès de dix ans après avoir disparu des écrans, « La Carte
aux trésors » fait donc son retour ce soir sur France 3 avec
Cyril Féraud aux commandes.
À l’antenne, dès 1996, bien avant les
« Koh-Lanta » et autres « Pékin Express », ce jeu, successivement animé
par Sylvain Augier, Marc Bessou et Nathalie Simon, a été l’un des pionniers en
matière d’aventures. Et c’est avec les
codes de la version originelle qu’Adventure Line Productions a souhaité le remettre au goût du jour. Comme il y a
plus de vingt ans, les candidats doivent
résoudre des énigmes pour ramener la
« rose aux vents ». Et comme il y a vingt
ans, le moyen de transport principal de
ces aventuriers est l’hélicoptère. « Il fait
partie de l’ADN du programme. C’est un
bon moyen pour montrer le patrimoine
P
L ’a n i m a t e u r C y r i l F é r a u d r e tr o u v e le s c a n d id a t s d e « L a C a rt e a u x tr é s o r s » , à M o n t p e l l ie r .
que nous offre la France. La chaîne y
tient », justifie Pierre-Antoine Boucly, le
producteur.
Le crash survenu sur le tournage de la
téléréalité « Dropped » qui avait fait dix
morts, dont Florence Arthaud, Camille
Muffat ou Alexis Vastine, il y a trois ans
en Argentine, a bouleversé les règles
d’utilisation des hélicos : « Nous nous
sommes imposé des mesures de sécurité
très strictes », assure le producteur.
Pendant six semaines, il a affectivement
travaillé avec la Direction générale de
l’aviation civile (DGAC)
pour rédiger un cahier
des charges de plusieurs
dizaines de pages regroupant les procédures à respecter. « Il est notamment
indiqué que les quatre hélicoptères du jeu
ne peuvent pas voler sur le même plan. Les
appareils des candidats qui volent à la
même altitude seront ainsi l’un derrière
l’autre. L’hélico de Cyril Féraud à 60
également pilote d’avion et d’hélicoptère. « Même si on en avait le droit, on a volontairement refusé de voler trop bas pour
pieds au-dessus et l’hélico de relais encore au-dessus. » Chaque soir après le
tournage, ces machines volantes sont
révisées par des mécaniciens et ingénieurs dépêchés sur place.
Les accidents sont également anticipés. « Deux moteurs sont installés dans
chaque hélicoptère. En cas de panne, ils
peuvent redécoller avec un seul moteur.
Toujours sur zone dégagée. C’est la
condition sine qua non pour pouvoir circuler à basse altitude au-dessus d’une
agglomération. » Car, pour la première
fois depuis sa création,
l’émission aura pour
décor un site urbain.
Ce soir, les candidats atterriront place
royale du Peyrou, en
plein cœur de Montpellier. Une scène
validée par la préfecture et la DGAC.
« Nous les avions rassurées en détaillant
les itinéraires d’arrivée et de départ », se
souvient Pierre-Antoine Boucly qui est
“
Paris est un terrain de jeu
magnifique, j’adorerais
filmer un départ ou
une arrivée là-bas. Ce serait
encore une première
”
PIERRE-ANTOINE BOUCLY, PRODUCTEUR
ne pas donner l’impression aux téléspectateurs qu’on prenait des risques. Nous ne
sommes pas dans Mission impossible non
plus ! », tient-il à préciser.
Le producteur se félicite aujourd’hui
d’avoir relevé le niveau en matière de
sécurité dans le cadre d’un tournage
audiovisuel. « C’est la première fois
dans l’histoire de la télé qu’une émission
obtient l’approbation spéciale de la
DGAC. Même les équipes du Tour de
20.55
FTV
France ne la possèdent pas . » Son cahier
des charges pourrait bientôt servir de
référence pour tous les autres programmes télé qui utilisent des hélicoptères. « Il est fort probable qu’on demande désormais aux productions de
respecter notre document pour utiliser
des avions et des hélicoptères. »
Alors forcément, chez Adventure Line
Productions, on voit grand pour cette
« Carte aux trésors » relookée. Pourquoi
ne pas envoyer les candidats jouer dans
Paris ? « La capitale est un terrain de jeu
magnifique, j’adorerais filmer un départ
ou une arrivée là-bas. Ce serait encore
une première. » Un nouveau numéro est
déjà en boîte, deux autres sont en préparation. Le projet de survoler la Ville Lumière est certes fou mais pas impossible.
C’est la chasse au trésor de Pierre-Antoine Boucly : « En termes de sécurité,
c’est compliqué car c’est une ville qui
grouille. Mais, avec un peu de préparation
et de temps, on peut y arriver ! » ■
« Top chef 2018 », une finale qui met en appétit
Camille Delcroix et Victor Mercier, deux profils très opposés, se battent pour gagner la neuvième saison du concours culinaire.
ne épreuve contre la montre
les attend. On ne parle pas
des coureurs cyclistes du
Tour de France mais bien des
deux finalistes de la saison 9
de « Top chef » qui s’affrontent ce soir
lors de la grande finale. Dans les cuisines
de l’Hôtel Royal d’Évian, ils ont dix heures pour concocter, c’est désormais un
classique, un menu entrée-plat-dessert
pour cent convives. Avec, à la clé,
100 000 euros à se partager.
Parmi les deux candidats en compétition, Camille Delcroix part favori. Second
du chef doublement étoilé Marc Meurin au
Château de Beaulieu, ce boute-en-train de
27 ans a remporté l’une des épreuves les
plus difficiles de la saison, celle des
100 meilleurs ouvriers de France. Il a également conquis les papilles des chefs étoilés Marc Veyrat, Yannick Alléno et Joël
Robuchon, invités de prestige du programme culinaire. De l’autre côté, Victor
Mercier, 27 ans aussi, a rencontré plus de
difficultés durant son aventure, se retrouvant souvent en « dernière chance ». Il
faut dire qu’avant de participer au
concours culinaire de M6 ce cuistot a passé
un an loin des fourneaux, à parcourir le
monde avec son meilleur ami. « Il est parfois un peu brouillon », confirme d’ailleurs
Michel Sarran, l’un des jurés de l’émission.
U
Etchebest, grand vainqueur
VERTICALEMENT
1. A v e c s e s G r e n a d i n e s , c ’ e s t
u n v r a i p a r a d is t o u r is t ic o - fi s c a l !
- 2. V o l s d e f a i s a n s s a n s e n v e r g u r e .
- 3. A s s u r a s a m i s e e n p a g e . F ti d u
r â p é . - 4. P o i n t i s o l é s u r l a c a r t e .
D e l ’a r r iè r e d u c o u . N a g e o u c o u rt ,
s e l o n l e s e n s . - 5. P o s ti i o n d a n s
l ’a r m é e . M a r q u e d e v ê t e m e n t s .
S y m b o l e . - 6.I l f a u t l u i s e r r e r l a v i s
s i o n v e u t q u ’ i l f a s s e s o n tr a v a i l .
L e m i g n o n d u r o i H e n r i III . - 7.
Ç a f a ti l o n g . P o è t e à l y r e . - 8.I l s
s o n t o p p o s é s a u r a t i o n a l is m e
c a rt é s ie n .
1
1
2
3
4
5
6
7
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4708
HORIZONTALEMENT 1. C a l i b r e r . - 2. A d u l a ri e . - 3. N u l l ti é s . - 4. C l é o n .
S p . - 5. É t a g e r . - 6. R é . I s a a c . - 7. O r e s . V T T . - 8. L a r m o i e . - 9. Ô t é e s .
L a . - 10. G i b .I d é e . - 11.I o u l e r . - 12. E n s é r u n e .
A
BRIDGE
Par Vincent Labbé
PROBLÈME N° 4709
VERTICALEMENT 1. C a n c é r o l o g i e . - 2. A d u tl é r a t i o n . - 3. L u l e a . E r e b u s .
- 4.I l l o g i s m e . L é . - 5. B a ï n e s . O s i e r . - 6. R ti . R a v i . D r u . - 7. È r e s . A t è l e .
- 8. R e s p e c t . A è d e .
9
10
11
12
2
3
4
5
6
LE BUZZ TV
Invité : Cyril Féraud
interviewé par Damien Canivez
et Sarah Lecœuvre,
aujourd’hui sur :
21.00
V i c t o r M e r c i e r (à gauche) e t C a m i l l e D e l c r o i x , l e s d e u x f i n a l i s t e s d e
« T o p c h e f » s ’ a f f r o n t e n t c e s o ri l o r s d e l a g r a n d e f i n a l e . M. ETCHEGOYEN/M6
MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1. O n t c o u p é l e c o n t a c t . - 2. E l l e
b l a n c h ti à l ’ e a u . - 3. M a r q u e l a fi n
d u s e r v i c e . C o u p d u r . - 4. A n i m a l
d e c o m p a g n i e n o c t u r n e . - 5.
G a z e s d e s r a t s . É q u i v a l e n t o r . - 6.
P ê le - m ê le ( E n ) . S e c r e t f é m in in ,
e n u n s e n s . - 7. L e t r o i s i è m e
h o m m e . O n p e u t l e f a ri e e n s o r t a n t
d e l a c o u r . - 8. P r é n o m f é m i n i n
f ê t é e e n fi n d ’ a n n é e . - 9. B a s f o n d .
V a s b i e n t o m b e r . - 10. P r o b l è m e s
q u i s e p o s e n t e n p e ig n a n t .I m m e n s e t o i l e . - 11. L ’ a s c a r i s e n e s t
u n . - 12. G r a n d e s d a m e s b l a n c h e s .
Victor est conscient de son manque d’expérience. Il peut lui jouer des tours durant la finale. Il entend donc prendre des
risques pour séduire les cent invités de
cette soirée qui votent comme les trois
chefs du concours. « Je mise sur l’originalité, le culot. J’espère que cela va payer »,
nous confie-t-il.
Son adversaire jouera, lui, la carte de la
simplicité. « Je veux que
mes assiettes évoquent
des souvenirs aux gens »,
explique Camille. Quel
que soit le verdict, Phi-
lippe Etchebest, dont la Table d’Hôtes
bordelaise vient de gagner sa première
étoile, sort gagnant de cette neuvième
édition puisque ces deux candidats appartenaient à sa brigade depuis la première semaine du jeu. Au début de cet ultime épisode, le chef-juré devra
d’ailleurs choisir un poulain à coacher
pour cette dernière épreuve. Misera-t-il
sur le premier de la classe Camille ou préfèrera-t-il l’aventurier Victor ? Réponse
à 21 heures. ■
S. L.
7
8
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
TEST D’ENCHÈRES N° 2813
Votre main en Sud
1
2
3
4
5
- 8
- D
- 7
- 7
- 6
2
V 10 8
6
5
R
A
A
A
7
7 6 5
3
10 9 8
8 7
5
D
7
V
R
R
9 8 7
6 5
4
V 6 5
D 10 8 7
D 7 6
1 0 9 8 7
A V 8 7 6
R V 1 0 8
A R V 9 8
Le début de la séquence :
S u d
O u e st
N ord
E st
2 c o n tr e
3 ?
Q u e l l e e s t v o t r e e n c h è r e e n Sud a v e c
c h a c u n e d e s c in q m a in s c i- c o n t r e ?
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2812 : Piège rouge
Contrat : S u d j o u e 4 Piques, a p r è s u n e o u v e r t u r e d e 3 e n O u e s t .
Entame : A s d e ( l e 8 e n E s t ) e t V a l e t d e p o u r l e 2 , l e 1 0 e t v o t r e D a m e .
L ’ i n t e r v e n t i o n d ’ E s t m a r q u e u n d o u b l e t o n à à d r o ti e , s i b i e n q u ’ i l e s t p o s s i b l e d e m e n e r à b i e n
u n je u d ’é l i m in a t io n r e n d e m e n t d e m a in .
J o u e z A s d e e t p o u r l e 1 0 p u i s coupez un , l e g e s t e c l é d u c o u p . P u r g e z a t o u t s i n é c e s s a ri e
e t c o n t i n u e z d u 9 de laissé filer. E s t e n m a i n n e p e u t q u e r e j o u e r d a n s l a f o u r c h e t t e o u
b ie n e t v o u s l i v r e r a in s i le R o i .
R e m a r q u e : u n e c o n t r e - a t t a q u e à à l a d e u x i è m e l e v é e
1 0 6
n e v o u s a u r a ti p a s f a ti c h u t e r . L a i s s e z E s t f a ri e l a l e v é e ,
R 7 2
A 1 0 8 7 4
c o u p e z s o n r e t o u r à , j o u e z A s d e , p o u r l e 1 0 e t
D 5 4
p o u r l a D a m e e n c o n t r e t e m p s . P u i s t ri e z t o u s v o s
3
2
8 7
ato uts p o ur pre n dre E st d a n s u n s q u e e z e re n d e m e nt
N
V 4
A 1 0 9 8 6 5
d e m a in d a n s le s r o u g e s .
O E R D 5
6 2
A R V 9 7 6 2
S
8 3
A R D V 9 5 4
D 3
V 9 3
1 0
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
33
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Marc
Soleil: Lever 06h41 - Coucher 20h57 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu 20.45 Alcaline 20.50 Parents mode d’emploi
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Cécilia Hornus.
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie dramatique
Série. Drame
Jeu
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
21.00 Joséphine, ange gardien
11
Série. Comédie. Fra. 2004. Saison 8.
Avec Mimie Mathy, P. Bas. Enfin des
vacances ! Joséphine est envoyée
en mission à la Réunion auprès de
Gaspard, un petit garçon de dix ans.
50
11
11
8
12
10
11
10
9
9
10
22.50 Joséphine, ange gardien. Série
0.40 Confessions intimes. Mag.
9
8
9
6
9
11
11
7
30
11
Grey’s Anatomy
Ben
La carte aux trésors
EU. Saison 14. Avec Ellen Pompeo,
Camilla Luddington, Bethany Joy
Lenz, Matthew Morrison. 2 épisodes.
Inédits. L’hôpital continue de travailler avec le FBI pour trouver le hacker
qui a piraté le système informatique.
Fra. Saison 1. Avec Barbara Schulz,
Samir Guesmi, Sigrid Bouaziz, Flore
Bonaventura, Axelle Dodier. Espoirs
brisés (1 et 2/2). Inédit. Un jeune
footballeur prometteur est retrouvé
mort après un match perdu.
Présentation : Cyril Féraud. 1h55.
Montpellier et sa région. Inédit.
Deux concurrents s’affrontent
dans une course d’orientation au
cœur de la région montpelliéraine.
23.00 Soir/3
20.50 Sous tutelle...
22.50 Chicago Med Série. À pre-
22.45 Dans les yeux d’Olivier
23.20 Pièces à conviction Maga-
mière vue. Inédit - Danger biologique
0.25 Night Shift. Série.
Magazine 0.25 68. Documentaire
2.00 Dans quelle éta-gère... Mag.
zine 0.35 Sénat en action. Magazine
1.05 Des racines et des ailes. Mag.
22.00 Débat 22.40 C dans l’air 23.50
C à vous 0.45 C à vous, la suite
13
10
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
11
16
15
15
Documentaire. Société. Réal. : Olivier Pighetti. 1h10. Inédit. Ce documentaire raconte le quotidien de
quatre personnes mises sous tutelle
de façon abusive.
15
15
14
15
16
18
16
20
17
APRÈS-MIDI
15
50
14
14
18.40 L’info du vrai (C) 20.35 Canalbis
(C). Divertissement 20.55 Catherine
et Liliane (C). Divertissement.
19.00 Nouvelle-Zélande, terre
sauvage 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes 20.45 Athleticus. Série.
19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier de Moulins 20.25 Scènes de
ménages. Série.
21.00
20.55
21.00
Film. Drame
Film. Drame
Jeu
18
14
14
18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
17
19
14
14
22
18
16
20
15
20.55 Empire State
Film TV. Drame. EU. 2013. Réal. : D.
Montiel. 1h34. Avec L. Hemsworth.
Deux amis d’enfance originaires
d’Astoria, État de New York, décident de braquer un fourgon blindé.
18
16
21
16
19
26
40
23
22
22.55 Gun. Film. Action 0.35 Le dernier des dragons. Film TV.
25
22
28
19
24
15
21
22
21
20
26
19.00 Les routes de l’enfer : Australie. Série documentaire.
Fra. 2016. Réal. : Cédric Klapisch.
1h43. Inédit. Avec Pio Marmaï, Ana
Girardot, François Civil. Un fils de
viticulteur retourne cinq ans plus
tard dans sa Bourgogne natale, où il
retrouve sa sœur et son frère.
22.50 Étoilés.e.s D o c u m e n t a ri e .
Société 0.40 Versailles. Série. Miroirs
et fumée - Question de confiance
Fritz Bauer,
un héros allemand
20.50 Top Gear
Top Chef
All. 2015. Réal. : Lars Kraume. 1h45.
Inédit. Avec Burghart Klaussner. À
la fin des années 1950, un procureur
se bat pour faire répondre Adolf
Eichmann de ses crimes.
22.35 Histoires d’Israël Documentaire 23.30 L’histoire du géant
timide. Film 1.00 Run. Film. Drame.
Prés. : Stéphane Rotenberg. 2h25.
La finale. Inédit. Ils étaient quinze, ils
ne sont plus que deux. Après treize
semaines de compétition, l’heure
de la finale a enfin sonné. Qui sera
déclaré vainqueur ?
Mag. Automobile. Prés. : Matt LeBlanc, Chris Harris, Rory Reid. 1h05.
La Dolce Vita. Inédit. Matt LeBlanc
teste une célèbre voiture italienne
qui fête sa 70e année : la Ferrari.
21.55 Top Gear 23.05 Wheeler Dealers - Occasions à saisir. Série doc.
23.25 Top Chef, dans l’assiette
des grands chefs 0.15 Cauchemar
en cuisine, que sont-ils devenus ?
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Robert Carlyle. 2 épisodes.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Burger Quiz
21.00 Enquêtes criminelles :
le magazine des faits divers
21.00 Michel Sardou :
«La dernière danse»
Mag. Prés. : N. Renoux. 2h05. Au
sommaire : «Affaire Nancy Krings :
la veuve était en rouge» - «Affaire
Ghys : ménage à trois mortel».
Concert. Variétés. 2h50. Inédit. Ce
concert est l’occasion de réécouter les plus grands succès de Michel
Sardou, qui fait ses adieux à la scène.
23.05 Enquêtes criminelles : le
magazine des faits divers
22.45 Langue de bois s’abstenir.
Mag. Présentation : Philippe Labro.
Jeu. Présentation : Alain Chabat.
1h40. Inédit. Seize ans après son
arrêt, «Burger Quiz» a fait son grand
retour, et Alain Chabat est à nouveau aux manettes.
22.45 Burger Quiz. Jeu 23.50 Soirée
canap’. Magazine.
SU DO KU
GRILLE 2489 MOYEN
DÉLICATE
SERPENTS
7
4
2
6 9
8
2
4 7
3
8 1
5 4
2 1 7
1 8 6
9 1
8
5
9 5
6
3
SOLUTION DU N° 2488
3
7
5
2
4
8
9
1
6
8
1
2
3
9
6
7
5
4
7
2
1
6
8
3
5
4
9
5
8
4
1
2
9
3
6
7
6
9
3
7
5
4
1
2
8
1
3
9
4
6
5
8
7
2
2
6
8
9
7
1
4
3
5
UNE FINE
LAME
MOUSSE
AU PUB
9 1
2
7/14
8/15
5
8 3
9
6
7 4
8
4
5
7
8
3
2
6
9
1
8/15
5/17
8/13
6/17
14/22
6/18
10/18
8/16
10/15
13/21
22.55 Storage Wars : enchères surprises. Téléréalité.
18/28
12/16
12/25
13/25
13/21
18/29
SAMEDI
7/13
7/13
7/14
6/13
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
16/20
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
FORCE 2
UNE
FORCE
PRÉFIXE
AÉRIEN
GRAND
FLEUVE
ESPAGNOL
CONFÉDÉRÉS...
DÉTOURNA
CANTON
VOISIN
LAISSE
SORTIR UN
LIQUIDE
GREFFE
CERTITUDES
PRENDRA
LE SEIN
EFFONDREMENT
DES
COURS
BLESSÉE
EN PLEIN
CŒUR
LIGOTER
FAIRE
CONNAÎTRE
ASSISTES
SANS BUT
COFFRE
DU
MITRON
CRITIQUER
ADRESSE
INFORMATIQUE
IL PÉTILLE
EN ITALIE
BALADE
INFLAMMATIONS
BASSINS
NATURELS
ÉCHANGE
DE COUPS
3,14...
POISSON
ROUGE
PRÉNOM
FÉMININ
C’EST LE
DISTRAIT
9
4
6
5
1
7
2
8
3
Film TV. Comédie. Fra. 2006. Réal. :
Régis Musset. 1h30. Avec Charlotte
de Turckheim. Un dimanche, Jérémy,
financier parisien, fait son comingout. Sa famille est sous le choc.
9/12
17/27
11/15
7/10
15/28
14/25
VENDREDI
7/12
MOTS FLÉCHÉS N°1955
Chaque jour un peu plus difficile
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
JEUDI
21.00 Le ciel sur la tête
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
20/27
17/22
9/19
7/11
10/14
16/18
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
INTERVIENT
IL SORT
DU FOUR
AIMAS
BEAUCOUP
TARTINÉE
ADVERBE
JAZZ
VOCAL
BIEN
EN TÊTE
IL COMPTE
DES
TÊTES
L’ENTOURAGE
(LES)
CHIFFRES
ROMAINS
QUI A FAIT
SON
APPARITION
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
M
D
L
I
M
S
C
B O U C L E E S
A B O U L E
I N A U G U R E R
U L E M
P S I
C I R A
C A L U M E
I R E
F L E C H I
L E U
M S
P R E
L E E
S E N T
S P I
R A I L
P A R T
M U E
R E
E T A N G
S O
R A Y E
E N E
E A U
N
P E U
A B U S
J U S T I C
F
R
A
T
R
I
C
I
D
E
A
Ce qui nous lie
26
T (en °c)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
34
Henri
Michel
Passion football
I
l avait le teint buriné des aventuriers, le verbe chantant de
ceux qui savent étirer les nuits
dans la complicité et les rires. Il
avait la passion du jeu, le goût
des autres. Henri Michel vivait
et respirait football. Une passion contagieuse, dévorante.
Joueur, il a incarné les années lumineuses
du FC Nantes. Chef d’orchestre élégant, il
donnait, cheveux au vent, le tempo et le
tournis. Il a vécu toute sa carrière professionnelle sur les bords de l’Erdre (19661982, pour 640 matchs). Une fidélité vintage récompensée par trois titres de
champion de France (1973, 1977, 1980) et
une Coupe de France conquise en 1979
dans la douleur, après prolongation, face
au Cendrillon l’AJ Auxerre conduite par
un entraîneur qui vivait son premier
grand soir, Guy Roux.
La France vivait à cette époque au
rythme des Verts de Saint-Étienne, de
leurs ébouriffantes soirées européennes.
Nantes et son leader charismatique ont,
durant cette folle période, fait mieux que
résister. Pour exister. En déployant un jeu
léché, estampillé « à la nantaise » dans un
stade Marcel-Saupin, citadelle imprenable, en pâmoison. Un esprit de conquête
sculpté, porté par un virtuose, aux courses chaloupées, au toucher de balle inspiré, aux esquives déroutantes. Une pureté
partagée avec Johan Cruyff, autre éternel
amoureux du jeu. Une précision, une régularité et une aura qui pouvaient lui
donner des allures de Franz Beckenbauer
quand il glissera du milieu de terrain en
défense centrale. Port altier, regard fier,
dans ce maillot jaune et vert scintillant
DISPARITION
L’ancien
sélectionneur de
l’équipe de France et
symbole flamboyant
du FC Nantes dans
les années 1970
est décédé à 70 ans.
PAR JEAN-JULIEN EZVAN
barré du logo Europe 1, Henri Michel a
incarné et défendu l’idée du beau jeu de
José Arribas et fait, avec Loïc Amisse,
Bruno Baronchelli, Maxime Bossis, JeanPaul Bertrand-Demanes, Patrice Rio ou
Gilles Rampillon du FC Nantes, une place
forte du football français. Un emblème.
Un symbole. Un acteur phare de celle qui
s’appelait la 1re Division et avait la fièvre
le samedi soir. Les prestations d’Henri
Michel avaient de l’élégance, son jeu une
forme d’évidence. Sa technique était
cristalline et son physique d’airain. Il venait d’être fêté « légende des légendes »
par le club qui célébrait en fin de semaine
dernière ses 75 ans. « C’était le Neymar
nantais », saluait pour l’occasion JeanClaude Suaudeau dans une vidéo.
La carrière en équipe de France (58 sélections, 4 buts) d’Henri Michel, moins
Henri Michel, en mai 2006,
à Vittel (Vosges).
JEAN-MARC LOOS/REUTERS
marquante que sa vie nantaise, recense
une participation à la Coupe du monde.
En 1978, en Argentine. Il accompagne
alors l’envol d’un certain Michel Platini
qu’il a vu débuter, en mars 1976, contre la
Tchécoslovaquie. Ce soir-là, au Parc des
Princes, sur un coup franc indirect, le
jeune joueur culotté glisse à son aîné :
« Tu me la passes, je la mets au fond. » Et
Michel servit Platini. Pour le but annoncé. Le talent partagé. Le témoin transmis.
À Nantes, Henri Michel faisait la pluie
et le beau temps. Réputé bon vivant, il
mettait un point d’honneur, même après
une courte nuit, à mener et à finir le footing en tête. Pour donner l’exemple.
Comme tout au long de sa carrière de
joueur. Premier de cordée. Capitaine.
Meneur d’hommes. Dans les bons comme
dans les mauvais moments. Ensuite, ce
fort en gueule, passionné par le jeu et ses
acteurs, est logiquement passé de l’autre
côté du miroir, pour devenir entraîneur.
En charge de l’équipe de France olympique, il sera en 1984 couvert d’or lors des
JO de Los Angeles (succès des Bleus 2-0
contre le Brésil en finale devant
101 000 spectateurs), avant de sortir de
l’ombre de Michel Hidalgo, dont il était
l’adjoint, pour conduire l’équipe de France. Il y vivra le meilleur avec le Mondial
1986, l’inoubliable quart de finale victorieux aux tirs au but contre le Brésil de
Zico et Socrates (suivi d’une élimination
en demi-finales contre la RFA), avant la
disgrâce, les insultes d’Éric Cantona et le
limogeage après un piètre match nul
contre Chypre, à Nicosie, en 1988.
Henri Michel ne se remettra jamais de
la violence de ces épisodes. Aucune des
fonctions occupées ensuite en club (du
Paris SG en 1990 au Kenya en 2012, en
passant la Grèce, le Qatar, l’Égypte ou
l’Afrique du Sud), ni à la tête de sept sélections (dont trois dirigées en Coupe du
monde, le Cameroun en 1994, le Maroc
en 1998 et la Côte d’Ivoire en 2006) ne
parvenant à apaiser les plaies d’un homme entier. Michel Platini s’est déclaré
« très triste » de perdre « un ami d’une fidélité et d’une loyauté rares ». Longtemps
après Barbara, il pleure sur Nantes… ■
CHRONO
1947 Naissance à Aix-en-Provence.
1966 Après deux saisons à l’AS Aix
(D2), il signe au FC Nantes.
1973 Champion de France
(comme en 1977 et 1980), vainqueur
de la Coupe de France en 1979.
1984 Entraîneur de l’équipe
de France médaillée d’or aux Jeux
olympiques de Los Angeles.
Nommé sélectionneur de l’équipe
de France, demi-finaliste
de la Coupe du monde 1986.
2004 Champion du Maroc
avec le Raja Casablanca.
2012 Sélectionneur du Kenya,
son dernier poste dans le monde
du football.
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Le député de La France insoumise envisage de se rendre
à Moscou le 9 mai, pour le Jour de la victoire, qui célèbre
la capitulation de l’Allemagne nazie. Jean-Luc
Mélenchon veut rencontrer Sergueï Oudaltsov, le leader
du Front de gauche russe, ainsi que des membres
de la Douma. Il ferait aussi la promotion de son livre,
L’Ère du peuple, devant des étudiants. Son déplacement
interviendrait avant celui d’Emmanuel Macron, les 24
et 25 mai, au Forum économique de Saint-Pétersbourg.
N
R
AV
IL
Un bimoteur dans le ciel
de Paris !
Le ministère grec de la
Défense s’est emballé…
Les Parisiens risquent fort de lever les
yeux au ciel jusqu’à l’automne prochain.
De manière tout à fait exceptionnelle, la
Préfecture de police vient de donner son
feu vert à un avion bimoteur pour
survoler la capitale à une altitude de 1 500
pieds. Affrété par une société spécialisée
dans les prises de vues aériennes,
il aura pour mission de remettre à jour
la cartographie de l’agglomération.
« Cette autorisation de survol est valable
quotidiennement jusqu’au 30 novembre
2018, entre 9 heures et 18 heures, à
l’exception des mercredis matin, samedis,
dimanches et jours fériés », a prévenu la
Préfecture de police, soucieuse de ne pas
rajouter au stress proverbial des Parisiens.
Le ministère grec de la Défense
annonçait, vendredi dernier, que
la France allait louer deux frégates
de type Fremm à la Grèce cet été.
Malgré le démenti de Florence
Parly, la ministre des Armées,
Athènes insistait. Après un
imbroglio de quelques jours,
Dimitri Tzanalopoulos a éteint
l’incendie. Le porte-parole du
gouvernement grec a affirmé que
le « ministère grec de la Défense
examine plusieurs projets pour
renforcer les capacités militaires
du pays » et qu’en cas « d’accord,
il sera annoncé officiellement ».
Beaucoup de bruit…
A
8
€
,90
Le Figaro Histoire, 132 pages.
En vente chez tous les marchands de journaux
et sur www.igarostore.fr/histoire
Retrouvez Le Figaro Histoire sur Twitter et Facebook
UV
O
N
Au cœur de l’actualité, Le Figaro Histoire fait le point sur les dernières
décennies de fouilles archéologiques qui, loin des représentations
popularisées par le mythique Astérix, ont renouvelé en profondeur
notre connaissance des Gaulois, et vous emmène sur les traces de La
Pérouse, à l’occasion du nouveau spectacle du Puy du Fou consacré
au célèbre navigateur. Côté reportage, il mène l’enquête sur l’avenir
d’un patrimoine en danger : les quelque 40 000 églises et chapelles
de France, entre morts annoncées et sauvetages miraculeux.
EA
U
L’Iran, de la Perse des shahs à la République islamique
En 1501, la fondation de la dynastie safavide donne naissance à l’Iran
moderne. Pendant quatre siècles, la Perse, comme on continuera
de l’appeler en Occident, alterne heures de gloire et décadence,
jusqu’au renversement du dernier shah par la révolution islamique
de 1979. Les meilleurs spécialistes font revivre pour Le Figaro
Histoire ses grandes f
igures comme le conquérant Nader, admiré par
Napoléon, décryptent les arcanes et les singularités de l’Etat chiite,
explorent les ressorts de l’identité persane, de Cyrus le Grand aux
Pahlavi, et dévoilent les splendeurs d’Ispahan, la fascinante capitale
de Shah Abbas le Grand, le « roi soleil » iranien.
À VOS
PLUMES,
REJOIGNEZ
LES ATELIERS
D’ÉCRITURE
DU FIGARO
LITTÉRAIRE !
« Nous portons tous un livre en nous, un désir de texte pour soi
ou à partager. Le Figaro littéraire a ouvert
de nouveaux ateliers pour celles et ceux qui sont
attirés par la formidable aventure de l’écriture. »
  © N G
2
OU – MAI
Atelier spécial jeux de lettres et anagrammes
JACQUES PERRY-SALKOW
Écrivain, pianiste et compositeur,
co-auteur de Sorel Éros,
le plus long palindrome de langue française,
auteur de Le Pékinois et Anagrammes pour sourire et rêver,
aux éditions Seuil.
16 mai/23 mai/30 mai
6 juin/13 juin/20 juin
de 13h à 16h
Le Figaro Histoire,
tout reste à découvrir
Dans les locaux du Figaro, 14 boulevard Haussmann, Paris 9 ème.
Découvrez toutes les modalités sur lefigaro.fr/ateliers-d-ecriture
,      
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Jean-Luc Mélenchon à Moscou en mai
AU
VE 018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 924 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément- www.lefigaro.fr
« LA FORMULA E PARTICIPE
AUX OBJECTIFS DE LA COP21 EN
LUTTANT CONTRE LA POLLUTION. »
JEAN TODT
Président de la Fédération internationale de l’automobile
MIER
LE PRE ÉMENT
L
SUPP À LA
DÉDIÉ ULA E
FORM
SPORT AUTO
JÉRÔME CAMBIER/MICHELIN
FORMULA
E
LE GUIDE DU PARIS E-PRIX
27-28 AVRIL 2018
QUAND VINGT MONOPLACES ÉLECTRISENT LES VILLES
ÉDITORIAL
Sylvain Reisser
sreisser@lefigaro.fr
es courses de voitures en
ville : cela n’a rien de nouveau. Elles rythment la vie
de cités comme Monaco et
Pau depuis des lustres. Mais
des courses de voitures électriques, il
fallait y penser. C’est encore une fois de
France qu’est partie cette initiative
audacieuse. La preuve que chez nous,
pour reprendre un slogan en vogue durant les années 1970, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. À la vitesse de
l’éclair, ce championnat est devenu un
succès.
Dès ce vendredi, pour les essais, et
D
pour la troisième année consécutive,
vingt monoplaces poseront leurs roues
à Paris pour en découdre autour du
quartier des Invalides. Les amateurs de
sport automobile qui ont été élevés aux
vocalises des 12 cylindres Matra et Ferrari, aux hurlements du Mazda rotatif et
aux vapeurs d’essence trouveront ces
engins, ressemblant pourtant à des Formule 1, un peu fades. Et pour tout dire,
ils crieront au sacrilège. Ceux-là pourront toujours suivre la Formule 1 ou les
24 Heures du Mans qui jouent la complémentarité sur une marguerite comptant de nombreux pétales.
Appréciable en ville, l’absence de
pollution sonore sert un genre inédit de
compétition qui bouleverse les vieux
schémas et qui requiert une certaine acclimatation. La Formula E révèle des
émotions inconnues jusqu’ici : les pneus
crissent dans les virages ; les fonds plats
en carbone frottent sur le bitume bosselé ; des appendices aérodynamiques
cassent sur les vibreurs. La proximité du
public avec la piste permet de vivre de
nouvelles expériences. Les pilotes, tous
expérimentés et pour certains d’entre
eux d’anciens de la Formule 1, ne sont
pas là pour faire de la figuration. Dans le
peloton surchauffé, tous les coups sont
presque permis pour gagner une place.
Ça passe ou ça casse. Le gagnant est le
spectacle qui n’a jamais été aussi grandiose. Monoplaces enchevêtrées, roues
à touche-touche, parfois, on n’est pas
loin de revivre le duel Arnoux-Villeneuve du Grand Prix de Dijon 1979.
À défaut de faire du bruit, c’est le
propre de la propulsion électrique de se
déplacer dans un chuintement, la Formula E fait ainsi parler d’elle. Qu’elle
fascine ou rebute, elle ne laisse pas indifférente. Elle a déjà, en à peine quatre
saisons, rempli ses objectifs. Cette nouvelle compétition est un formidable
tremplin, dans un monde qui milite de
plus en plus sérieusement pour le développement durable, pour la promotion
d’une mobilité urbaine plus propre.
Oh ! bien sûr, des voix s’élèveront toujours pour affirmer que le bilan carbone
n’est pas totalement neutre. Sur l’ensemble du cycle, du puits à la roue,
aucune technologie n’est totalement
propre. Tout le monde le sait bien.
Avec la Formula E, le sport automobile retrouve la vocation qui était la
sienne lors des débuts héroïques de
l’automobile et de chaque grande mutation technologique, celle d’un banc
d’essai et d’un laboratoire. Les plus
grands constructeurs de la planète l’ont
DOSSIER COORDONNÉ PAR SYLVAIN REISSER ET STÉPHANE REYNAUD
compris et ont adhéré rapidement à
cette nouvelle compétition. Ce championnat électrique est un accélérateur
de progrès. C’est ainsi que la Formula E
comptera bientôt onze constructeurs,
parmi les plus grands noms du secteur,
dans ses rangs. Du jamais vu dans l’histoire du sport automobile. Cet engouement sans précédent résulte aussi d’une
alchimie entre technologie, spectacle et
coût maîtrisé. Et les plus grandes entreprises adhèrent à cette série de courses.
Tout le mérite en revient à Alejandro
Agag, le patron de la Formula E, qui a su
faire rêver en ajoutant une pointe de
glamour. Surtout, l’homme s’est révélé
comme un modèle d’efficacité et d’organisation.
Il y a bien longtemps que le sport
automobile n’avait pas été un acteur du
changement, aussi tendance. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
4
FORMULA E
DES COURSES
PASSIONNANTES
Le départ de la course de
Mexico.
À
SYLVAIN REISSER
qui le tour ?
Aucun pronostiqueur ne s’aventurerait sur ce
terrain. Alors que sept courses
ont déjà été disputées et que le
cap de la mi-saison a été franchi,
la quatrième saison du championnat international de Formula
E connaît une lutte d’une rare intensité. À vrai dire, même la Formule 1 n’offre pas un spectacle
aussi passionnant. Il faudrait ressortir les vieux albums du grenier
pour retrouver des courses aussi
disputées dans la discipline reine
du sport automobile.
Quatre pilotes différents ont
déjà gagné une épreuve depuis
l’ouverture de la saison 20172018 à Hongkong en décembre
dernier. Seuls pilotes à avoir
remporté deux courses, JeanÉric Vergne (Techeetah), Sam
Bird (DS Virgin Racing) et Felix
Rosenqvist (Mahindra Racing)
forment logiquement le trio de
tête du classement provisoire. Le
Français arrive à Paris avec un
matelas assez mince de 18 points
d’avance sur l’Anglais de DS –
une victoire rapporte 25 points,
la superpole 3 points et le
meilleur tour en course 1 point.
« Les courses se jouent à quasiment rien. Tous les pilotes ont leur
chance. Celui qui gagne est celui
qui commet le moins d’erreurs »,
explique Xavier Mestelan Pinon,
le directeur de DS Performance.
Et Daniel Abt, le pilote allemand
d’Audi victorieux au Mexique,
d’ajouter que « tout peut arriver
en Formule E. Il faut être concentré à chaque tour ». À Punta del
Este, Sébastien Buemi en a fait
l’amère expérience. Sa course fut
compromise après qu’il eut approché d’un peu trop près un
mur en sortie de virage. À Rome,
ce fut au tour de Felix Rosenqvist
(Mahindra Racing) de renoncer,
roue arrière gauche couchée,
alors qu’il menait largement la
course. La suspension n’avait pas
supporté les vibreurs cassants du
tracé de la Ville éternelle. Encore
à Rome, Mitch Evans (Jaguar) n’a
pu défendre une place sur le podium jusqu’au bout. Faute
d’avoir préservé suffisamment
d’énergie, le Néo-Zélandais a
perdu sept positions dans le dernier tour, échouant à la neuvième
place ! Toujours en Italie, dans le
peloton échauffé, confondant vitesse et précipitation, Nick Heidfeld et Oliver Turvey sont entrés
en collision, bloquant la piste et
entraînant Luca Filippi et Edoardo Mortara dans leur chute. « Je
n’avais pas le temps de réagir car
j’étais très proche d’eux, tout
LE CHAMPIONNAT
TOUS LES PRONOSTICS SONT DÉJOUÉS. APRÈS SEPT MANCHES, LE FRANÇAIS JEAN-ÉRIC VERGNE
DÉBARQUE À PARIS EN POSITION DE LEADER D’UNE SAISON PARTICULIÈREMENT OUVERTE ET RELEVÉE.
Classement
PILOTES
1. J.E. VERGNE ................................ 119 pts
2. S. BIRD .......................................... 101 pts
3. F. ROSENQVIST ....................... 82 pts
4. S. BUEMI ...................................... 60 pts
5. D. ABT ............................................ 50 pts
6. N. PIQUET JR ............................. 45 pts
7. M. EVANS ..................................... 43 pts
8. L. DI GRASSI .............................. 39 pts
9. A. LOTTERER ............................ 33 pts
10. O. TURVEY.................................. 32 pts
La grande famille de la Formula E réunie autour de Jean Todt et d’Alejandro Agag.
comme Mortara, derrière moi, qui
m’a percuté », expliquera l’Italien Filippi à l’arrivée. Les malheurs des uns font le bonheur des
autres. Évitant les chausse-trapes, Jérôme D’Ambrosio (Dragon) et Antonio Felix da Costa
(MS&AD Andretti Formula E) ont
ainsi pu progresser dans la hiérarchie. Le Belge de l’écurie Dragon est remonté de la 16e à la 7e
place. Parti dernier après une
collision lors des qualifications, le
Portugais de l’écurie américaine
supportée par BMW a de son côté
réussi à gagner neuf places.
Il faut avoir assisté à une manche ou l’avoir regardée à la télévision pour savoir que le niveau
est particulièrement relevé et que
les places sont chères. Chaque
écurie progresse très vite. « Il n’y
a pas de mauvais pilote en Formu-
la E. Tous ont du talent et attaquent. Il faut par conséquent avoir
le souci du détail pour que votre
journée et votre week-end de
course soit parfait », confie An-
FE
écuries Renault et Audi, annoncées comme les grandes favorites
de la saison. Si la marque aux anneaux est déjà montée sur la plus
haute marche du podium depuis
Hongkong,
ce
n’est pas encore
le cas du team
français. Son tour
va-t-il venir à
Paris ? Réponse
samedi. En attendant, la Formula
E a ceci de fascinant qu’elle permet toutes les audaces. L’écurie
monégasque Venturi vient ainsi
de lancer une académie de pilotes
dédiée au sport automobile électrique.
Huit champions en herbe ont
déjà été enrôlés. Le plus jeune,
Louis Iglesias, n’a que 9 ans ! ■
«C’EST TRÈS MOTIVANT
D’ARRIVER À PARIS
APRÈS LA VICTOIRE
DE ROME»
SAM BIRD, PILOTE DS VIRGIN
dré Lotterer, l’équipier de Vergne
arrivé cette année auréolé d’un
titre mondial en endurance.
Restant encore à apprivoiser, la
machine (électrique) peut également s’enrayer. Des soucis de
fiabilité expliquent une entame
de saison en demi-teinte pour les
Classement
ÉCURIES
1. TECHEETAH .............................. 152 pts
2. DS VIRGIN RACING ................ 118 pts
3. MAHINDRA RACING ............. 103 pts
4. AUDI SPORT ABT SCHAEFLER 89 pts
5. PANASONIC JAGUAR RACING 88 pts
6. RENAULT E-DAMS ................. 67 pts
7. VENTURI ....................................... 40 pts
8. NIO ................................................... 33 pts
9. DRAGON RACING .....................25 pts
10. MS&AD ANDRETTI................ 20 pts
Sorte de goulet d’étranglement, le premier virage donne toujours lieu à un embouteillage et à des manœuvres d’intimidation.
AUDI COMMUNICATIONS MOTORSPORT
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
« PARIS EST L’UNE
DES VILLES
INCONTOURNABLES
DU CALENDRIER »
JEAN TODT
PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION
INTERNATIONALE DE L’AUTOMOBILE
R
PROPOS RECUEILLIS PAR
SYLVAIN REISSER
éélu en décembre dernier pour un troisième et
dernier mandat de quatre ans à la
présidence de la FIA (Fédération
internationale de l’automobile),
Jean Todt continue avec énergie et
détermination à œuvrer pour
l’amélioration de la sécurité routière, dont il est l’ambassadeur
pour les Nations unies. Il est également soucieux de promouvoir
l’innovation dans tous les domaines de la mobilité et du sport
automobile. À ce titre, la Formula
E lui tient particulièrement à
cœur. C’est pourquoi, malgré un
emploi du temps chargé marqué
notamment par la renégociation
des accords Concorde qui régissent la Formule 1, le président de
la FIA nous a accordé un moment
à quelques jours de la course de
Paris.
LE FIGARO. - Monsieur le
Président, vous avez été l’un des
principaux artisans de la naissance
de cette nouvelle discipline du
sport automobile. À l’époque,
quels sont les éléments qui vous
permettaient de penser que la
Formula E serait promise à un bel
avenir ?
Jean TODT. - Quand j’ai eu l’idée
d’un championnat de voitures
électriques en 2012, j’étais déjà
convaincu que la mobilité du futur
devrait être plus sûre et plus pro-
parmi elles, certaines qui sont déjà
devenues des incontournables au
fil des années : Paris bien sûr, qui
est la première ville à accueillir la
Formula E pour la troisième année
consécutive, mais aussi Hongkong
et New York, qui ouvrent et clôturent la saison, ou encore Berlin
ou Marrakech. Et puis il y a les
nouveautés de cette année qui deviendront bientôt des classiques :
Santiago du Chili, Zurich - retour
en Suisse du sport automobile sur
circuit après soixante ans d’absence -, sans oublier Rome, où
nous étions il y a quinze jours et
qui a été une vraie réussite sportive et populaire. Et d’autres grandes villes vont suivre.
Aujourd’hui, la FE remplit les
critères pour obtenir le label de
championnat du monde. Quand
cela deviendra-t-il effectif ?
En effet, cela fait partie des possibilités, lorsque toutes les conditions auront été réunies.
Depuis quelques courses, le
changement de monoplace à micourse n’est plus soumis à un
temps réglementaire. N’est-ce pas
une décision contraire à la
sécurité, dont vous êtes un ardent
défenseur ?
Non, car le règlement prévoit des
conditions de sécurité strictes
pour les changements de voiture,
que nous contrôlons désormais à
l’aide de caméras dans les stands.
Il n’y a pas de problème si le règlement est respecté. Les écuries
ont atteint un niveau de maturité
technique et de professionnalisme
qui a rendu
possible cette
évolution,
permettant
de rendre les
courses plus
fluides. Avec
l’autonomie
de
batterie
doublée dès la
saison prochaine,
les
voitures tiendront toute la
course et la
question ne se posera plus. Tout
est mis en œuvre pour la sécurité :
elle est encore renforcée cette année en Formula E comme en Formule 1 et dans les autres catégories
de
monoplace,
avec
l’introduction du Halo, un arceau
de sécurité intégré au cockpit qui
protège la tête des pilotes.
L’ENTRETIEN
FORMULA E
De quoi la discipline aurait-elle
besoin pour élargir son audience
et sur quels points devrait-elle
s’améliorer ?
Elle a besoin de temps et de stabilité pour fidéliser les villes, mûrir
et conquérir encore plus le grand
public. Elle est sur la bonne voie,
mais il faut rester très attentif.
Nous menons pour cela un travail
très étroit entre les équipes de la
FIA et le promoteur, Formula E
Holdings Limited, et son directeur
exécutif Alejandro Agag.
Quel est le nombre idéal d’écuries
et de manches pour le
championnat de Formula E ?
Le format qui sera atteint lors de la
saison 6, douze écuries et douze
courses, me semble parfait.
Seriez-vous partisan
d’épreuves se déroulant
sur des circuits permanents ?
Non, car la raison d’être de la Formula E, ce sont des courses au
cœur des villes, pour y promouvoir la circulation électrique. La
discipline participe aux objectifs
de la COP21 en luttant contre la
pollution.
Existe-t-il des domaines
dans lesquels la Formule 1 et
la Formula E pourraient s’inspirer
mutuellement ? Et lesquels ?
La F1 et la FE sont complémentaires et non concurrentes, en ayant
chacune leur identité propre. La
preuve, c’est qu’un constructeur
comme Mercedes s’implique dans
les deux disciplines. Mais elles
partagent bien sûr des valeurs
communes qui les inspirent mutuellement : une vocation internationale, le goût de l’innovation
technologique et la recherche de
la performance, et enfin la passion
pour la beauté du sport automobile, qui demeure intemporelle.
NOUVELLE JAGUAR I-PACE 100% ÉLECTRIQUE
ELLE VA FAIRE DU
BRUIT, MAIS PAS SUR
LA ROUTE
« LA FORMULA E
EST UNE PLATEFORME
TECHNOLOGIQUE
POUR TRANSFORMER
LES RÈGLES
DE LA MOBILITÉ»
Jean Todt
pre. Pour cela, il fallait inciter davantage les constructeurs et les
villes à s’engager dans cette priorité. Aujourd’hui, le pari est en
passe d’être gagné : le championnat Formula E de la FIA est un
succès aux quatre coins du globe.
En tant qu’acteur de l’automobile
et du sport automobile depuis plus
de cinquante ans, quel regard
portez-vous sur la Formula E ?
Sa vocation, c’est de promouvoir
la mobilité électrique au cœur des
villes. Nous n’en sommes qu’à la
saison 4 et la discipline doit encore grandir, mais elle remplit déjà
largement sa mission.
Il y a trois ans, lors de la
présentation du Paris E-Prix, vous
aviez dit avoir longtemps rêvé
d’une course automobile dans
les rues de la capitale. Est-ce l’une
de vos plus grandes satisfactions
d’y être parvenu ?
C’est vrai, c’est un rêve que je caressais depuis longtemps, et c’est
maintenant un bonheur d’assister
au E-Prix de Paris chaque année
sur le site prestigieux des Invalides, avec un succès grandissant.
Je suis très reconnaissant envers
Anne Hidalgo, la maire de Paris, et
envers Rachida Dati, la maire du
VIIe arrondissement, car sans elles
cela n’aurait pas été possible.
Quelles sont, pour vous,
les villes incontournables
du championnat ?
Il y a dix villes au calendrier et,
Selon vous, quels sont
les messages que doit porter
la Formula E ?
Comme l’ensemble du sport auto,
elle n’est pas seulement un spectacle ; c’est aussi un laboratoire
pour la voiture de demain. Les
progrès techniques et écologiques
réalisés vont profiter à tous les
automobilistes et habitants des
villes, sur les cinq continents.
Auriez-vous imaginé que les plus
grands constructeurs et des
entreprises de renommée
internationale adhèrent aussi vite
à une discipline sportive
entièrement inédite ?
Je l’espérais, mais je dois dire que
l’engagement
des
grands
constructeurs dépasse nos espérances : après Renault-Nissan, DS,
Audi, BMW ou Jaguar, déjà en piste depuis les débuts, nous aurons
la participation de Mercedes et de
Porsche dès la saison 6. C’était
l’un de nos objectifs fondamentaux. Le Lancement de la Formula
E a rencontré l’envie des
constructeurs et l’attente de la société pour une nouvelle génération de voitures.
5
Quand la technologie développée en Formule E se retrouve sur la route, cela donne naissance à la
nouvelle Jaguar I-PACE : notre premier SUV premium entièrement électrique. Avec son design précurseur,
son autonomie de 480 km*, sa recharge rapide (80% en 85 minutes**), ses 4 roues motrices et ses 400 ch
CEE, elle redéfinit les standards des véhicules électriques. Et avec une accélération de 0 à 100 km/h en
4,5 secondes, elle prouve qu’elle appartient bel et bien à la famille Jaguar.
Retrouvez-la sur le e-village, à l’occasion du e-prix de Paris. jaguar.fr
L’art de la performance
* Autonomie jusqu’à 480 km, qui est susceptible de varier selon notamment la configuration du véhicule, l’état de la batterie, le style de
conduite, le type d’utilisation, les conditions climatiques ou l’environnement routier.
** En utilisant un chargeur rapide de 50 kW à courant continu (DC). Les temps de recharge réels peuvent varier selon les conditions
environnementales et l’équipement de recharge utilisé.
Consommation mixte (l/100 km) : 0. Émissions de CO2 (g/km) : 0.
Jaguar France. Siren 509 016 804 RCS Nanterre.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
6
FORMULA E
NELSON PIQUET JR
PREMIER
CHAMPION
DU MONDE DE
L’HISTOIRE DE
LA DISCIPLINE,
LE BRÉSILIEN
S’EST CONFIÉ
AU « FIGARO »
AU SUJET D’UNE
DISCIPLINE
QU’IL A APPRIS
À AIMER.
PILOTE JAGUAR
«EN FORMULA E, LE PILOTE
PEUT MONTRER CE QU’IL
SAIT FAIRE»
L
PROPOS RECUEILLIS PAR
a Formula E, Nelson Piquet Jr. l’a rejointe presque
par hasard, lors des derniers essais
de présaison organisés durant l’été
2014. Moins d’un an plus tard, le
Brésilien devenait le premier
champion du monde de la discipline, pour un petit point devant le
Suisse Sébastien Buemi. Depuis, le
fils de Nelson Piquet – triple
champion du monde de Formule 1
dans les années 1980 – n’a pas
connu la même réussite, à l’image
de sa 6e place actuelle au championnat au volant de la Jaguar, une
écurie qu’il a rejointe lors de la
dernière intersaison. Mais son expérience et son implication en
Formula E en font le parfait témoin
de l’évolution de cette discipline.
LE FIGARO. - Comment avezvous rejoint l’aventure électrique
en 2014?
Nelson PIQUET Jr. - Je ne faisais
pas partie du programme Formula E à ses débuts, et j’ai trouvé une
place au dernier moment dans une
petite équipe. Ils m’ont appelé
pour savoir si je voulais être de
l’aventure juste avant le dernier
test. À ce moment-là, j’ai simplement vu la possibilité de disputer
une nouvelle compétition. Je ne
voyais pas tout ce que la Formula E
impliquait. Je n’avais pas encore
embrassé le mouvement environnemental. Du coup, tout est arrivé
très vite pour moi. J’ai fait ce premier test, qui s’est bien passé.
Alors, on m’a dit que j’allais faire la
première course, et ainsi de suite…
Ma motivation n’était pas liée à ce
moment-là à l’électrique. Mais, au
fur et à mesure, je me suis impliqué de plus en plus.
NOUVEAUTÉ
DÉJÀ EN
COURS DE
DÉVELOPPEMENT,
LA FORMULA E
DE LA SAISON
PROCHAINE
DISPOSERA
D’UNE
AUTONOMIE
DOUBLÉE.
NEALEHAYNES.COM 07831659607
CEDRIC CALLIER
ccallier@lefigaro.fr
Avez-vous été surpris
par les performances de votre
monoplace, au départ ?
Non, car je n’avais pas d’attente
particulière. Ce qui m’intéresse,
c’est la compétition avec les autres
pilotes, pas de savoir si la voiture
peut rouler à 150 km/h ou à
330 km/h. Alors, quand j’ai découvert la Formula E, j’ai trouvé
génial que ce soit les mêmes voitures. Que même une petite équipe,
avec un petit budget, comme celle
que j’avais intégrée, avait une
chance de gagner. Je savais
qu’avec mes ingénieurs, si je travaillais bien, j’avais une chance de
gagner. En Formule 1, c’est impossible.
Du coup, en Formula E,
la différence se fait davantage
par le talent du pilote…
Oui, on peut dire cela, car les voitures sont plus similaires les unes
« Il y a une vraie volonté
d’être plus propre aujourd’hui.
Quand quelqu’un jette un
papier par la fenêtre de sa
voiture, tu l’arrêtes et tu lui
demandes des explications. »
Nelson Piquet Jr
aux autres. En F1, toutes les pièces
sont différentes d’une voiture à
l’autre. En Formula E, il faut être
efficace au volant, bon stratège,
car il y a davantage de parties de la
voiture qui sont les mêmes pour
tout le monde. L’aérodynamique,
le châssis ont aussi leur importance, mais nettement moins qu’en
F1. Donc, en Formula E, les pilotes
ont une véritable chance de montrer ce qu’ils peuvent faire, alors
qu’en F1, quand vous pilotez une
voiture qui va trois ou quatre secondes moins vite, vous ne pouvez
rien faire.
Prenez-vous plus de plaisir
en Formula E ?
En Formula E, j’ai été champion la
première année, je suis arrivé dans
une discipline toute nouvelle, qui,
depuis, a connu un fort développement. Tout cela a créé un
contexte très favorable à mon
épanouissement. En F1, j’ai débuté
face au meilleur pilote du monde,
Fernando Alonso, et il n’y avait
pas de tests, donc je ne pouvais pas
m’entraîner, progresser. Je pense
donc que je n’étais peut-être pas la
bonne personne, au bon endroit,
au bon moment. Pareil pour le
Nascar. J’adore cette compétition,
mais c’est difficile quand vous
n’êtes pas américain de trouver
des sponsors. Mais c’était une catégorie de voitures où le pilote
peut faire une grande différence.
J’ai énormément appris là-bas.
Tout ça pour vous dire que c’est
surtout le contexte – l’écurie, la
voiture compétitive – qui engendre du plaisir, pas la catégorie de
voitures.
L’aspect environnemental a-t-il
joué un rôle dans votre décision de
est un ovni. Présentée
lors du dernier salon de
Genève en mars dernier, la monoplace
« GEN 2 »
(deuxième
génération), en service dès le championnat prochain (saison 5), semble débarquer d’une autre planète avec ses lignes spectaculaires, inspirées de
l’architecture des catamarans. Un peu
plus encombrante que la voiture actuelle, ce qui ne va pas faciliter la tâche
des pilotes pour se frayer un passage
entre les murs des tracés urbains, la
GEN 2 a été pensée et développée pour
accélérer le rayonnement du championnat. Elle marque une nouvelle étape dans l’ascension de la plus jeune discipline du sport automobile. Sa
principale innovation va tordre le cou
aux principaux griefs adressés à la Formula E. La GEN 2, c’est une première,
embarque une batterie de 54 kWh qui
va permettre aux pilotes de couvrir
l’intégralité d’une course sans changer
de voiture. Dans le même temps, la
puissance du moteur électrique passe à
250 kW en qualifications, au lieu de 200
kW actuellement. Les performances
devraient progresser notablement.
Alors que la saison 4 bat son plein, la
plupart des écuries engagées l’ont déjà
C’
UN BOLIDE PLUS
PERFORMANT FIN 2018
LA NISSAN FE. NISSAN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
INTERVIEW
FORMULA E
participer à cette compétition ?
Honnêtement, je n’y pense pas
quand je suis dans la voiture. Mais
en dehors, oui, davantage. Je viens
d’un pays, le Brésil, extrêmement
beau, avec la plus grande et belle
forêt du monde, qui ne cesse
d’être dégradée. La qualité de l’air
devient de pire en pire. Ces der-
la possibilité d’échapper à cela.
J’adore être près des murs. C’est
plus excitant et plus difficile.
Comprenez-vous les détracteurs
de la Formula E qui estiment que
ce n’est pas une véritable course
automobile du fait du changement
de voiture et de la gestion
de la batterie,
par exemple ?
Oui, je peux comprendre. Il y aura
toujours des gens
pour critiquer, et
je suis habitué à
cela. En Formula E, quand Alejandro Agag a
lancé cette compétition, il avait le
choix entre des
courses très courtes sans changement de voiture ou une plus longue mais avec ce changement. Il a
opté pour la seconde voie, et, petit
à petit, les batteries progressent.
Je ne lui reproche pas ce choix
personnellement. C’était comme
cela. Il s’est adapté à un certain
budget, à la technologie du moment, à ce qui lui semblait le plus
approprié pour offrir un spectacle
de qualité.
«C’est exceptionnel
de courir dans les
centres-villes. Tu dois
trouver la limite et ne pas
la dépasser sous peine
de te prendre un mur. »
Nelson Piquet Jr
nières années, enfin, on a pris
conscience des dangers de la pollution, des animaux en voie de
disparition. Dans les années 1970,
les enfants n’étaient pas sensibilisés à cela à l’école, alors
qu’aujourd’hui, et depuis déjà une
bonne décennie, c’est plus le cas. Il
y a une vraie volonté actuellement
d’être plus « propre ». Je me souviens qu’avant, quand des gens jetaient des choses par la fenêtre de
leur voiture, cela ne choquait personne. Aujourd’hui, tu arrêtes
presque la voiture et tu demandes
à la personne ce qu’elle vient de
faire. Donc, si chacun travaille de
son côté, cela peut faire la différence.
Quel est l’aspect le plus compliqué
à gérer pour vous en Formula E ?
Les deux dernières années, j’ai eu
beaucoup de difficultés avec les
pneumatiques. Ils ont fait un pneu
très dur et avec lequel il est très
compliqué de travailler. Je ne me
sentais pas bien avec, pas en
confiance. Mais, hormis cela, ma
seule vraie difficulté concerne la
journée du samedi, qui est interminable. Cela commence très tôt
et cela se finit très tard, avec les
entraînements, la qualification, la
course, les obligations médias,
l’analyse de la course, les invités…
C’est comme si vous preniez un
week-end de F1 du vendredi au
dimanche, sauf qu’en Formula E
tout est compacté en un jour. C’est
fatigant pour moi.
Appréciez-vous de courir
dans des centres-villes,
et non pas sur des circuits ?
C’est extraordinaire. En centreville, vous n’avez pas 300 mètres
après le virage pour rattraper votre bêtise. Quand tu fais une erreur, j’estime que tu dois frapper
quelque chose. Cela fait la différence entre les pilotes. Tu dois
trouver la limite et ne pas la dépasser sous peine de te prendre un
mur. Sur le circuit, tu as toujours
La DS E-TENSE FE 19.
éprouvée sur le circuit espagnol de
Monteblanco. Xavier Mestelan Pinon,
le directeur de DS Performance, est satisfait des premiers essais menés par le
pilote Stéphane Sarrazin, par ailleurs en
charge du développement des pneumatiques Michelin. « La voiture est bien
née. Nous n’avons pas rencontré de problème de fiabilité », assure Xavier.
Quoiqu’alourdie de 20 kilos (la batterie
pèse 380 kilos), la GEN 2 dispose d’un
système de récupération d’énergie plus
performant (jusqu’à 250 kW). Le freinage sera assuré par des disques ventilés en carbone fournis par l’italien
7
DS
Brembo. Nouveauté : le freinage arrière
est de type by-wire. Le manufacturier
français Michelin reste le fournisseur
attitré de la Formula E. Pour la saison
prochaine, les ingénieurs clermontois
ont réussi à économiser 9 kilos sur le
poids de la dernière évolution du Pilot
Sport. Toujours sculpté, ce pneu 18
pouces a été développé pour un usage
mixte (sec ou mouillé). Sécurité oblige,
comme la F1, la GEN 2 adopte le Halo,
un arceau de sécurité trois points qui
surplombe le cockpit et protège la tête
du pilote. ■
S. R.
Comment voyez-vous l’avenir de
la Formula E ? Faut-il forcément
l’opposer à la F1 ?
Je pense qu’avec l’arrivée de
grands constructeurs, comme
Mercedes, Porsche, BMW ou
d’autres, l’avenir s’annonce très
bien. Les meilleurs pilotes sont
restés depuis le début, et de nouveaux, talentueux, sont arrivés.
Pareil pour les techniciens. Ceux
avec qui j’ai travaillé en F1 sont
quasiment tous en Formula E
maintenant. Cela montre la force
de cette catégorie. Chaque année,
la Formula E prend une importance grandissante. Après, avec la F1,
ce sont deux formules très différentes, qui ne visent pas le même
but.
Cette année,
Piquet Jr n’a
pas pu encore
faire mieux
que 4e
à Hongkong,
Marrakech
et Mexico.
JAGUAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
Allemagne - 24 ans
- 2009 Champion Adac Formule
Masters
- 2012 2e du championnat GP3
- Depuis 2014 Formula E Audi
Sport ABT
RENAULT E.DAMS
Engagée depuis la saison 1 - 3 titres constructeurs
SÉBASTIEN BUEMI
Suisse - 29 ans
- 2009 à 2011 F1 Toro
Rosso - 2014 Champion
du monde d’Endurance
- 2016 Champion FIA
Formula E
NICOLAS PROST
France - 36 ans
- 2007 2e du championnat
d’Espagne F3
- 2013 et 2014 Pilote d’essai
Lotus F1 - 2016 3e du
championnat FIA Formula E
DS VIRGIN RACING
Engagée depuis la saison 1
SAM BIRD
ALEX LYNN
- 2005 Vice-champion
d’Angleterre Formule BMW
- 2013 3e du championnat
Formule Renault 3.5
- Depuis 2014 Formula E
- 2011 Champion d’Angleterre
de Formule Renault
- 2013 Vainqueur Macau F3
- 2014 Champion de GP3
Angleterre - 30 ans
Angleterre - 24 ans
MS & AD ANDRETTI
Engagée depuis la saison 1
Portugal - 26 ans
- 2009 Champion Formule
Renault NEC - 2012 Vainqueur
Macao F3 - 2014 BMW DTM
et Formula E
PANASONIC JAGUAR RACING
Engagée depuis la saison 3
NELSON PIQUET JR
MITCH EVANS
- 2004 Champion
d’Angleterre F3
- 2008 et 2009 F1 Renault
- 2015 Champion FIA
Formula E
- 2012 Champion GP3
- 2014 4e du championnat
GP2
- Depuis 2016 Formula E
Brésil - 32 ans
Nouvelle-Zélande - 23 ans
L T M
Passerelles
Zone de
visibilité piste
intérieures
Virage
MUSÉE DE
L’ARMÉE
Zone publique
circuit Breteuil
LE TOMBEAU
DE NAPOLEON
e de
nu
ve
A
A7
MUSÉE
RODIN
A6
 F X
EMOTION CLUB
Tribunes
extérieures
HORAIRES
VENDREDI 27 AVRIL
DÉBUT
FIN
12 h
SAMEDI 28 AVRIL
PROGRAMME
LIEU
DÉBUT
Ouverture E-Village
E-Village
07 h 30
FIN
PROGR
Ouvert
13 h 15
13 h 45
Qualification E-Race
E-Village
08 h
08 h 45
Essais n
13 h 15
13 h 45
Séance d'autographes
E-Village
09 h 10
10 h 10
Visite d
17 h
17 h 30
Essais préliminaires
Piste
09 h 35
10 h 10
La Piste
18 h
19 h
Visite des stands
Voie des stands
10 h 30
11 h
Essais n
Fermeture E-Village
E-Village
12 h
12 h 45
Qualific
12 h 45
13 h
Super p
20 h
RU
E
- 2010 Champion
d’Angleterre Formule
Renault 2.0
- 2014 Vice-champion
d’Europe F3
ANTONIO FÉLIX
DA COSTA
Plateformes PMR
(sans billet)
ET
Angleterre - 24 ans
É M
Plateforme PMR
(billet requis)
R
O
US
SE
L
TOM BLOMQVIST
Portes
A1
* Pour les titulaires de billets tribune
ER
DANIEL ABT
EL
Brésil - 33 ans
- 2005 2e du championnat
F3 EuroSeries
- 2012-2013 Audi en
Endurance - 2017 Champion
FIA Formula E
Montage du 11 au 27 avril et démontage du 29 avril au 4 mai 2018 (accès à la zone restreint pour les automobilistes
RR
LUCAS DI GRASSI
Course Formula E de Paris 2018 :
circuit, programme, accès
IE
Engagée depuis la saison 1
EP
AUDI SPORT ABT SCHAEFFLER
SUR LA GRILLE DE DÉPART
FORMULA E
RU
8
« LES ORGANISATEURS ONT
RÉALISÉ UN TRAVAIL ÉNORME
POUR QUE L’ÉVÉNEMENT SOIT
UN GRAND SUCCÈS. »
BRUNO LE RAY
LE GOUVERNEUR MILITAIRE DE PARIS
L
PROPOS RECUEILLIS PAR
SYLVAIN REISSER
a course de Formula E ne pourrait pas avoir lieu
sans l’adhésion du gouverneur
militaire de Paris, le général de
corps d’armée Bruno Le Ray.
LE FIGARO. - Peu de gens savent
que Paris dispose d’un
gouverneur militaire ? Quels sont
vos missions au sein des armées
et votre rôle ?
Général Bruno LE RAY. - Cette
appellation renvoie aux fonctions
de commandant d’armes d’une
garnison, elle remonte à la guerre
de Cent Ans, lorsqu’il s’agissait
d’assurer la défense de la capita-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
FORMULA E
9
É
SIT
VENTURI FORMULA E TEAM
Engagée depuis la saison 1
es
t
Pon
des
alid
Inv
s).
Or
ai d
Qu

E
N
SEI
A8
PODIUM
re III
A1
ESPLANADE
DES INVALIDES
EDOARDO MORTARA MARO ENGEL
t
Pon
and
Alex
Suisse - 30 ans
Allemagne - 32 ans
- 2007 Vice-champion
F3 EuroSeries
- 2009 Vainqueur Macau F3
- 2016 Vice-champion DTM
- 2007 2e du championnat
d’Angleterre F3
- 2008 à 2011 DTM - 2016 Vainqueur
des 24 Heures du Nürburgring
MAHINDRA RACING
e du
Engagée depuis la saison 1
nu
ve
I
Garages
Voie des stands
HÔTEL DES
INVALIDES
ARRIVÉE
A2
DÉPART
ASSEMBLÉE
NATIONALE
Place du P
Bourbon
V
A5
A N
enne
PROGRAMME TV
SAMEDI 28 AVRIL
CANAL +/C8/EUROSPORT 2
Cou rse
15 h – 17 h 30
CANAL +/C8/EUROSPORT 2
52 min u te s
20 h – 21 h
EUROSPORT 1
Toutes les informations pratiques sur paris.fiaformulae.com
RAMME
LIEU
DÉBUT
FIN
PROGRAMME
LIEU
tu re E-Village
E-Village
13 h 45
14 h
E-Race
E-Village
n on q u alificatifs 1
Piste
14 h
14 h 30
Sé an ce d 'au tograp h e s
E-Village
Voie d e s stan d s
15 h
15 h 10
Parad e d e s p ilote s
Piste
Piste
15 h 33
15 h 53
Grille d e d é p art
Grille
n on q u alificatifs 2
Piste
16 h 03
Qatar Airways Paris E-p rix 2018
Piste
cation s
Piste
17 h
Cé ré mon ie d u p od iu m
Pod iu m
p ole
Piste
18 h 30
Fe rme tu re E-Village
e s stan d s*
te au x Parisie n s
le. Aujourd’hui, le gouverneur
militaire de Paris est l’officier général de la zone de défense et de
sécurité d’Île-de-France et, à ce
titre, il est le conseiller militaire
et l’interlocuteur des armées
auprès du préfet de police de Paris. Connu pour l’organisation du
défilé du 14 Juillet et des cérémonies d’hommage national, le GMP
est avant tout responsable de
l’emploi des moyens militaires
contribuant à la défense civile et
économique.
Je suis donc le commandant de
l’opération « Sentinelle » en Îlede-France et des moyens engagés
à la demande du préfet de police
pour contribuer aux missions de
protection civile. Parmi d’autres
tâches, j’ai aussi un rôle de soutien aux blessés et aux familles.
C’est une mission à laquelle chacun d’entre nous peut apporter
une aide en soutenant les événements organisés toute l’année.
Paris E-Prix et Festival
automobile international : deux
des plus grands événements
automobiles de la capitale
se déroulent aux Invalides.
Comment l’expliquez-vous ?
Surtout n’y voyez pas de lien avec
les taxis de la Marne ! D’autres
événements organisés ont une
dimension culturelle ou artistique. Et tous ont un point commun auquel nous sommes attachés : le goût de l’excellence et du
savoir-faire français, doublé d’un
intérêt pour l’Institution militaire, qui prend d’ailleurs parfois la
forme d’un soutien direct aux
blessés.
La programmation sur les
télévisions du monde entier
du Paris E-Prix offre une mise
en lumière exceptionnelle des
Invalides. Est-ce important pour
vous que ce merveilleux lieu soit
ainsi mis en avant et promu ?
Les Invalides sont un site exceptionnel fondé par Louis XIV pour
soigner et héberger les soldats
vétérans ou malades.
Dès le XVIIe siècle, on se préoccupait donc du sort des soldats
éprouvés ! C’était une idée très
moderne, et cette mission perdure aujourd’hui, le site comportant
toujours un hôpital de haut niveau et une institution pour nos
E-Village
Infographie
pensionnaires. Aujourd’hui, le
site abrite à la fois une église, un
hôpital de pointe, trois musées et
différents services. C’est aussi un
lieu de recueillement où sont organisées les cérémonies d’hommage aux militaires morts en
opération ou à de rares personnalités.
Lieu de mémoire, de culte, de
soin, de culture et de tourisme :
les Invalides sont un lieu unique
en France et le faire découvrir est
important.
Quelles sont les difficultés
auxquelles vous avez dû faire face
pour l’organisation
du Paris E-Prix ?
L’enjeu immédiat est de permettre le fonctionnement du site à
tout moment de la compétition.
Nous nous sommes aussi souciés
de notre environnement proche,
et je crois que les organisateurs
ont réalisé un travail de fond pour
répondre aux interrogations.
Nous allons donc nous adapter et
assurer nos missions tout en vivant à l’heure d’un événement
sportif mondial innovant, auquel
nous souhaitons un grand succès !
PHOTOS : AUDI; RENAULT; DS; BMW; JAGUAR; MERCEDES; PORCHE; NIO; MARMARA/LE FIGARO;ANDREAS BEIL
Invalides
PARIS
VII
11 h 45 – 13 h 10
FÉLIX ROSENQVIST
- 1999 Champion F3000
-2000 F1 Prost GP - 2001
à 2003 F1 Sauber - 2004 F1
Jordan 2005 à 2010 F1 BMW
-Depuis 2014 Formula E
- 2008 Vainqueur Formule
Renault Asia - 2009
Vainqueur Formule Renault
Suède - 2015 Champion
d’Europe F3
Allemagne - 40 ans
Tribunes
intérieures
Qu alification s
NICK HEIDFELD
Suède - 26 ans
TECHEETAH TEAM
Engagée depuis la saison 3
JEAN-ÉRIC VERGNE
ANDRÉ LOTTERER
- 2007 Champion de France
Formule Campus
- 2012 à 2014 F1 Toro Rosso
- 2015 et 2016 Pilote d’essai
Ferrari F1
- 1998 Champion Formule BMW
Junior - 2011, 2012, 2014
Vainqueur des 24 Heures
du Mans - 2012 Champion
du monde d’Endurance
France - 27 ans
Allemagne - 36 ans
DRAGON RACING
Engagée depuis la saison 1
JOSÉ MARÍA LOPEZ
JÉRÔME D’AMBROSIO
- 2002 Champion d’Italie
de Formule Renault
- 2006 Pilote d’essai
Renault FI
- 2014, 2015 et 2016
Champion du monde WTCC
- 2003 Champion de Belgique
Formule Renault
- 2011 F1 Virgin
- 2012 et 2013 Pilote d’essai
Lotus F1
Argentine - 34 ans
Belgique - 32 ans
NIO FORMULA E TEAM
Engagée depuis la saison 1
OLIVIER TURVEY
MA QING HUA
- 2006 Vice-champion
d’Angleterre de Formule
BMW - 2008 Vice-champion
d’Angleterre de F3
- 2009 à 2013 Pilote d’essai
McLaren
- 2011 Champion de Chine
de voitures de tourisme
- 2012 Pilote d’essai HRT
et Caterham F1
- 2016 Pilote Aguri FE
Angleterre - 30 ans
Chine - 30 ans
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
FORMULA E
LARGEUR TOTALE :
1,78 mètre
LONGUEUR TOTALE :
5 mètres
HAUTEUR TOTALE :
99 cm
VITESSE MAXIMALE :
225 km/h
POIDS :
880 kg minimum
avec le pilote.
Répartition des
masses : 37/63
0 à 100 km/h :
moins de 4 secondes
SIMULATEUR :
Les pilotes y consacrent plusieurs jours pour préparer les courses
et balayer une multitude de stratégies.
MOTEUR ÉLECTRIQUE :
Chaque écurie développe le sien. Il délivre 200 kW
(272 ch) en qualifications et 180 kW (245 ch) en course.
À partir de la prochaine saison, les performances
progresseront grâce à la puissance du moteur portée
respectivement à 250 kW (340 ch) et 200 kW.
PNEUS :
Michelin Pilot Sport EV2.
Dimensions : 245 × 40 R 18 à l’avant
et 305 × 40 R 18 à l’arrière.
Pneus mixtes pour le sec et la pluie.
TOUTES LES MONOPLACES
SONT IDENTIQUES.
SEULS LE MOTEUR,
LA TRANSMISSION
ET CERTAINS ÉLÉMENTS
DE LA SUSPENSION
SONT PROPRES À CHAQUE ÉCURIE.
VOLANT :
Ce concentré de technologie
est propre à chaque écurie. Il permet
aux pilotes d’ajuster les paramètres
de puissance du moteur et
de la régénération de la batterie
en fonction des besoins.
BATTERIE :
De type lithium-ion,
les accumulateurs ont
une capacité de 28 kWh.
Elle passera à 54 kWh
en saison 5.
FREINAGE :
Il repose sur des étriers
à quatre pistons
et des disques ventilés
en carbone. Le pilote
peut modifier à volonté
la répartition
de la puissance de freinage
entre les deux essieux.
SUSPENSIONS :
Celles de l’avant
sont identiques
pour tout le monde.
À l’arrière, les liaisons et
les triangles sont libres.
PHOTOS : AUDI; RENAULT; DS; BMW; JAGUAR; MERCEDES; PORCHE; NIO; MARMARA/LE FIGARO;ANDREAS BEIL
LA FORMULA E À LA LOUPE
10
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 25 avril 2018 LE FIGARO
12
FORMULA E
JEAN-ÉRIC
VERGNE
PILOTE TECHEETAH
E
voiture. Du coup, j’avais un peu de difficulté à tourner le volant dans les rues
de Rome.
PROPOS RECUEILLIS PAR
SYLVAIN REISSER
ngagé en Formula E
depuis la première saison, le pilote Techeetah est l’un des plus expérimentés
du plateau. L’ancien sociétaire de
l’écurie Toro Rosso, qui ambitionnait de
devenir champion du monde de F1, n’a
jamais été aussi proche de remporter
son premier titre mondial. Pas question
cependant de céder à l’euphorie. Pour
l’ambassadeur de la Formula E pour le
développement durable et de la société
Hugo Boss, ce qui compte, c’est d’être
devant au soir de la dernière course. À
Paris, Jean-Éric Vergne pourra compter sur les encouragements
de ses fans, qui bénéficient
d’une tribune réservée.
LE FIGARO. - Vous vous
présentez à Paris avec
18 points d’avance au
championnat. Allez-vous
gérer votre avance ou attaquer ?
Jean-Éric VERGNE. - Nous ne changeons rien à nos habitudes. Nous allons
essayer de produire le meilleur boulot.
Pour le moment, nous manquons un
peu de performances. Nous verrons à
l’issue des essais comment nous nous
situons par rapport aux autres équipes.
S’il s’avère que les performances de la
voiture sont au rendez-vous, je ferai
tout pour gagner la course.
Justement, pensez-vous que la
suppression du temps imparti pour
changer de voiture à mi-course, depuis
l’épreuve de Santiago, soit une bonne
décision ?
La règle est ainsi faite, et il ne sert à rien
de vouloir la discuter. Il est certain qu’il
s’agit d’une contrainte supplémentaire
à prendre en compte. Cette nouvelle
règle demande plus d’entraînement,
mais cela fait partie de la course. Si l’on
peut gagner une seconde dans l’opération, on ne va pas s’en priver. Cela peut
faire basculer le résultat.
Par rapport à l’année précédente,
qu’avez-vous changé dans votre
approche de la course ?
L’an dernier, c’était la première
saison de l’écurie Techeetah.
Tout était à apprendre. Depuis,
l’écurie a mûri. Moi aussi,
j’ai mûri. Je dirais que
nous avons appris et pro-
gressé ensemble.
On
s’est
rendu
compte
que
le
championnat se gagnait en terminant les
courses et en se
contentant parfois
d’une cinquième place,
comme à Mexico et à
Rome.
«JE PASSE PLUS DE
TEMPS QUE LES AUTRES
PILOTES À PRÉPARER
LES COURSES SUR LE
SIMULATEUR.»
Jean-Éric Vergne
Lors de la dernière course, disputée
à Rome, que vous avez terminée à la
cinquième place, vous avez semblé
un peu en retrait. Qu’est-ce qui s’est
passé ?
J’ai rencontré une succession de problèmes techniques qui m’ont empêché
de freiner correctement. Et je souffrais
d’une luxation du pouce, survenue
alors que je m’entraînais à changer de
Quels sont les
principaux ingrédients
pour tirer son épingle
du jeu et faire
la différence ?
On dépense beaucoup
d’énergie à ne pas faire
d’erreurs. Et nous passons beaucoup de
temps à préparer les courses sur le simulateur. Environ quatre jours avant
chaque épreuve. C’est plus que beaucoup d’écuries. Depuis le début de l’année, j’ai effectué quatre courses sans
radio. Si cela m’était arrivé l’an dernier, j’aurais abandonné. Mais, cette
année, je me suis entraîné au simulateur à boucler des courses sans radio.
L’ENTRETIEN
« JE VAIS TOUT FAIRE POUR GAGNER PARIS »
C’est ainsi que j’ai pu gagner à Santiago
et à Punta del Este sans avoir de liaison
radio. Je savais comment réagir, sans
paniquer.
Le pilotage d’une Formula E requiert-il
une préparation physique particulière ?
Il est certain que l’on prend moins de G
qu’en Formule 1, mais une Formula E
est plus compliquée à piloter. La
concentration doit être maximale. Les
murs sont proches, les pistes sont bosselées. À la moindre faute, on termine
dans le mur. Et, au niveau physique,
c’est éprouvant. Les journées de
compétition, qui commencent à 6 heures du matin,
sont denses, avec les essais et la course.
villes. La discipline est bien plus qu’un
sport. Elle envoie un message écologique. Nous espérons donner envie aux
automobilistes de se déplacer en ville au
volant de véhicules zéro émission.
Contrairement à la F1, la Formula E développe les technologies que l’on retrouvera sur la voiture de M. Tout-leMonde. La discipline représente un
formidable banc d’essai. La Formula E
défend l’idée que le sport automobile ne
peut plus être considéré comme polluant.
Seriez-vous partisan que
des épreuves se déroulent
sur des circuits permanents ?
Je pense que c’est une idée qui n’arrivera jamais. Les courses en milieu urbain font partie de l’ADN de la discipline.
Comment voyez-vous
la fin de la saison ?
Si l’on veut gagner le
championnat, on doit redoubler d’efforts pour gagner de la performance. À
ce titre, la prestation de
Rome a créé un électrochoc. On ne peut pas
s’appuyer sur la chance
et le malheur des
autres pour faire un
résultat.
En quoi consiste votre rôle
d’ambassadeur de la discipline
pour le développement durable ?
Je suis la voix de la Formula E auprès du
grand public, des fans, des entreprises
et des partenaires pour promouvoir la
mobilité électrique dans les
Depuis le début de la
saison, Jean-Éric Vergne
a terminé toutes les
courses dans les points.
Il a gagné à Santiago
du Chili et à Punta del Este
et finit 2e lors de la
première course
de Hongkong.
JÉRÔME CAMBIER/MICHELIN
AU VOLANT D’UNE VOITURE DE LA SAISON
epuis notre dernier
essai d’une Formula
E, qui remonte à 2015
sur la piste de Monaco, la monoplace a
passablement évolué. En l’espace
de quatre saisons, le châssis a bénéficié de nombreuses améliorations et la puissance du moteur
électrique a gagné 30 kW, passant
à 180 kW (245 ch) en course
(200 kW en qualifications). C’est
ce que nous avons pu mesurer
lors d’une brève prise en mains
de la monoplace DSV-03 de
l’écurie franco-anglaise DS Virgin sur le circuit de Bois-Guyon à
Dreux. Ce jour-là, nous devons
affronter les pires conditions : une
piste humide, une température
hivernale et des pneumatiques en
fin de vie. On retrouve le cérémonial propre à chaque pilote :
enjamber la coque et une fois debout, les deux pieds campés sur le
baquet, laisser glisser tout son
D
L’ESSAI
ESSAI « LE FIGARO » A ESSAYÉ LA MONOPLACE DE L’ÉCURIE DS VIRGIN. UNE EXPÉRIENCE PALPITANTE.
corps jambes dépliées en s’aidant
des deux bras qui prennent appui
sur la carrosserie. La position allongée est loin d’être idéale. On a
l’impression d’être dans une cu-
vette ; les pieds plus hauts que les
fesses. Face au pilote, le minivolant s’apparente à une console de
jeux avec son écran digital laissant apparaître une multitude de
messages cryptés et sa constellation de boutons, de molettes et de
palettes dont on peine à retenir
les fonctions.
La DSV-03 quitte le box dans le
bruit de succion d’une machinerie électrique. Par rapport à notre
dernière expérience, l’accélération est plus vigoureuse et le passage du rapport supérieur, la DS
en compte trois, est marqué par
un à-coup artificiel. Le tourniquet de Dreux ne permet pas
d’enclencher la dernière vitesse.
La position de conduite inconfortable, le cockpit étriqué offrant
peu de latitude de mouvements
des bras, ainsi que la buée sur la
visière du casque ne facilitent pas
l’apprentissage. Et on freine uniquement du pied gauche. Sans
doute l’exercice le moins naturel,
faute de sensibilité pour doser la
pression à appliquer. Paf ! À la
réaccélération en sortie de courbe, la DSV-03 m’échappe et part
en tête-à-queue. Dire qu’en
course, les pilotes doivent en
même temps soigner leurs trajectoires, défendre leur position en
jetant un regard incessant dans
les rétroviseurs et aussi gérer
l’énergie de la batterie en modifiant la répartition de la puissance
du freinage entre les deux essieux
et en activant sa régénération en
fonction des stratégies de course
validées sur le simulateur de pilotage en amont de chaque course.
Sur la DS, la palette de récupération d’énergie est située en bas du
volant, côté droit. De l’autre côté,
on trouve la palette actionnant le
« Launch control ». Les deux
pieds pressent chaque pédale. Au
moment où on lâche le pied du
frein, la DS s’arrache du tarmac
humide dans le patinage intempestif des roues. On n’ose imaginer ce que serait une course sous
la pluie. Cela ne s’est encore jamais produit ! ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 25 avril 2018
FORMULA E
13
LES DERNIÈRES ÉPREUVES DE LA SAISON
ALLEMAGNE
ÉTATS-UNIS
SUISSE
BERLIN E-PRIX
ZURICH E-PRIX
● 19 MAI 2018
● 10 JUIN 2018
NEW YORK E-PRIX
● 14 ET 15 JUILLET 2018
100 m
NEW YORK
BERLIN
BL
EIC
HE
RW
EG
ZURICH
G
HO
FE
Départ/
Arrivée
SEESTRASSE
RD
AM
M
TEMPELHOFER
FIELD
PLATZ DER
LUFTBRÜCKE
GE
PIER 11
Départ/
Arrivée
Zürichsee
Départ/
Arrivée
RIETERPARK
AS
SE
Infographie
➜ Devenue un classique de la
discipline, la manche
allemande se déroule sur une
piste de l’aéroport Tempelhof
de Berlin. Nico Rosberg y
effectuera le baptême public
de la monoplace GEN 2.
Atlantic
Basin
BROOKLYN
CRUISE TERMINAL
ALFRED
IES
EN
ST
R
SC
HW
ST IEB
RA US
SS SE
E R
BIA
DA
MM
FR
N
Buttermilk
Channel
PARK
ARBORETUM
ASSE
AUSSTR
SCHULH
VILLA
SCHÖNBERG
LRA
NE
SSE
TRA
ERS
BED
BROWNE STREET
N
EL
MYTHENQUAI
MP
SSE
RSTRA
LAVATE
E
SS
-ESCHER-STRA
TE
AI
QU
AN
UIS
Stands
N
CO
LU
M
100 m
100 m
Infographie
Infographie
➜ C’est un événement
historique. La Suisse a changé
sa loi interdisant toute course
sur son territoire depuis
l’accident du Mans en 1955,
pour que les Formula E
puissent se produire à Zurich.
➜ Cette année, la finale
de la saison se déroule sur
ce circuit exigeant, tracé
dans le quartier de Red Hook,
à Brooklyn. Les possibilités
de dépassement y sont
rares.
CES MARQUES ÉLECTRISÉES PAR LA FORMULA E
DE PLUS EN PLUS D’ENTREPRISES
PROFITENT DE L’ENGOUEMENT POUR
CE NOUVEAU CHAMPIONNAT DU MONDE.
CHARLES GAUTIER £@ CHGAUTIER
es Formula E reviennent à Paris, et, comme chaque année,
la magie opère. Ces monoplaces silencieuses drainent dans
leur sillage un nouveau public
technophile de plus en plus nombreux.
Quelques entreprises en quête de visibilité mondiale l’ont bien compris et
s’impliquent dans ce championnat qui
surfe sur la vague des réseaux sociaux.
La saison dernière, les organisateurs
ont enregistré 318 millions de vues sur
les différentes plateformes, 471 000 followers sur Facebook et 233 000 sur
Twitter. Mieux : entre 45 000 et 50 000
personnes étaient recensées en moyenne dans le village ou les fans zones. Pas
si mal. Même le pape François a béni au
Vatican l’une de ces monoplaces à l’occasion de l’e-Prix de Rome, c’est dire.
Séduites par ce championnat du monde
spectaculaire, propre, urbain et avantgardiste, les entreprises pas directement concernées par l’auto rejoignent
le paddock. L’horloger TAG Heuer est
l’une d’entre elles. « TAG signifie techniques d’avant-garde, explique JeanClaude Biver, PDG de TAG Heuer, et ces
techniques sont aujourd’hui électriques,
cela nous oblige à suivre le mouvement.
L’écologie, pour nous, est non seulement
une préoccupation, mais aussi un axe de
développement. Je pense que la nouvelle
génération des milléniums sera de plus en
plus sensible aux valeurs de la Formula E. » De plus, les sommes engagées
sont raisonnables : « La Formula E représente 5 % de notre budget marketing,
L
moitié moins que la Formule 1 », note-til, mais pas question de s’engager en
compétition : « Le chronométreur ne
perd jamais ! »
Longtemps présent en Formule 1, le
champagne H. G. Mumm est revenu à la
compétition depuis trois ans avec la FE.
« Ce championnat mondial nous permet
de nous tourner vers l’avenir et correspond à notre identité, notre goût pour
l’innovation et une recherche constante
de l’excellence, indique la marque. Et les
contraintes publicitaires de la loi Evin
n’existent qu’en France. » La Formula E
est aussi considérée comme un tremplin pour l’entreprise de services du
numérique (création d’applications),
Modis (Adecco Group). L’approche
mondiale est importante pour cette entreprise de 36 000 personnes : « En matière d’innovation et de performance,
cette compétition nous correspond bien,
explique Laurent Graciani, directeur
général de Modis en France, nous apportons nos compétences en matière
d’e-mobility, et l’on nous confie des projets afin d’améliorer les performances
des voitures. »
450 tonnes de matériel
Bref, les temps changent et la Formula E n’est plus seulement le championnat d’électrotechniciens que ses détracteurs lui promettaient d’être. Loin
des vapeurs d’essence, la compétition
est toujours aussi âpre. Les monoplaces
déboulent en ville. Leur stridence décarbonée plaît. Elles entraînent dans
leurs sillages la même passion que les
autres disciplines automobiles et, du
coup, les mêmes sponsors. Hugo Boss,
Ulrich Spiesshofer, CEO d’ABB, en compagnie d’Alain Prost et de l’acteur
Orlando Bloom. LAT
s’est aussi lancé dans l’aventure en habillant le staff, les employés et les bénévoles de la Formula E : une expérience
reconnue, puisque, depuis trente-cinq
ans, l’habilleur a équipé McLaren. Le
groupe DHL déplace ce barnum à travers le monde : un total de 70 000 kilomètres pour les 10 courses en déplaçant
450 tonnes de matériel. Le tout, en s’efforçant de limiter l’empreinte carbone
en combinant transports maritimes,
aériens, ferroviaires et terrestres. Une
prouesse.
Spécialisé dans les biens d’équipement électriques, le groupe helvéticosuédois ABB est devenu partenaire de
cette compétition moyennant un investissement de près de 150 millions
d’euros sur sept ans, selon radio-paddock. « Nous nous réjouissons de travailler en partenariat avec la Formula E
afin d’écrire l’avenir de l’e-mobilité,
avait déclaré Ulrich Spiesshofer, PDG
d’ABB, lors de l’annonce de l’accord en
janvier. ABB et la Formula E se positionnent tout naturellement aux avant-pos-
tes des technologies digitales et d’électrification. »
Pour le coup, ABB est concerné au
premier chef : le groupe s’est spécialisé
depuis 2010 dans les bornes de charges
rapides pour les autos électriques, notamment dans certains centres commerciaux : près de 6 000 chargeurs rapides sont déjà installés dans le monde.
10 écuries, 9 moteurs
L’assureur allemand Allianz, présent
dans le sport en France et dans la moto,
par exemple, en Espagne, s’est lancé
dans l’aventure au point de prendre 5 %
de la société propriétaire des épreuves.
« Avec la FE, nous avons voulu nous impliquer dans un sport porteur de valeurs,
explique Jean-Marc Pailhol, responsable distribution et innovation d’Allianz.
Nous voulons nous préparer à la clientèle
du futur, plus digitale, moins masculine,
pour préparer nos offres de croissance de
demain. Cela concernera aussi, par
exemple, les infrastructures de chargements. La FE offre une belle visibilité en
ligne, et c’est beaucoup moins cher que la
F1. » Justement, les grands groupes
automobiles s’impliquent de plus en
plus dans cette compétition. « L’organisateur, Alejandro Agag, a fait un travail extraordinaire, explique Gildo Pastor, patron de l’écurie Venturi. Il va au
bout de ses efforts et n’a jamais déçu, il
pousse loin l’égalité entre FE et F1. On
voit arriver de nouveaux constructeurs.
Je ne m’attendais pas à ce que cela aille
aussi vite. Nous nous rapprochons de
Mercedes-Benz, il pourrait naître un
projet important lié à ce rapprochement. » Les budgets nécessaires, même
s’ils sont inférieurs à ceux de la F1, sont
élevés : la somme de 800 000 euros est
évoquée pour un moteur. « Il faut environ 16 millions pour une saison », précise
Gildo Pastor, qui est désormais associé à
HWA, filiale de Mercedes. La marque à
l’étoile retrouvera Audi et BMW. La
compétition sera sévère. « La FE est un
formidable terrain d’essais pour les batteries et les moteurs des voitures de tous
les jours, la saison prochaine, les pilotes
ne disposeront que d’une voiture par
manche », explique Jean-Michel Juchet,
directeur des affaires publiques de
BMW Group France. « D’année en année, le projet mûrit, les courses ont lieu
en ville, et un nouveau public est accessible, l’organisation progresse. Ce sera
peut-être un jour une véritable alternative à la F1, et puis, si un constructeur s’en
va, trois arrivent. » En effet, Renault a
décidé de se consacrer à la F1 et cédera
sa place à Nissan, autre marque phare
du groupe dirigé par Carlos Ghosn. La
formule monotype des premières années est un lointain souvenir. Avec
10 écuries et 9 moteurs, la compétition
sera acharnée. Nissan, premier
constructeur mondial de voitures électriques, bénéficiera de l’acquis de son
allié français. Ces courses très disputées
attireront plus de public et séduiront
sans doute encore de nouvelles marques. Que la fête commence ! ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Le plaisir
de conduire
ZÉRO NUISANCE SONORE ET POLLUANTE DANS NOS VILLES,
ÇA MÉRITE AUSSI UN PODIUM.
BMW i PARTENAIRE OFFICIEL DE LA FORMULE E.
NOUVELLE BMW i3s 100 % ÉLECTRIQUE.
Consommations en cycle mixte de la Nouvelle BMW i3s : 0 l/100 km. CO2 : 0 g/km.
BMW France, S.A. au capital de 2 805 000 € - 722 000 965 RCS Versailles - 3 avenue Ampère, 78180 Montigny-le-Bretonneux.
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
2
Размер файла
16 889 Кб
Теги
Le Figaro, newspaper
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа