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Libération - 24 04 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MARDI 24 AVRIL 2018
2,00 € Première édition. No 11479
www.liberation.fr
FAUT-IL
SAUVER
NYSSEN ?
Issue de la société civile
et favorablement accueillie
à son arrivée, la ministre
est aujourd’hui accusée
d’inaction et d’amateurisme
par beaucoup. Au point
d’être désormais fragilisée.
Injuste? PAGES 2 À 7
In collaboration
with
INTERNATIONAL
WEEKLY
“They were not
Chaque mardi, retrouvez un supplément spécial de 4 pages avec
les meilleurs articles et éditoriaux du «New York Times», en anglais.
Boko Haram kidnapped
more than 200
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TUESDAY, APRIL
24, 2018
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By DIONNE SEARCEY
Photographs
by ADAM FERGUSON
Liyatu Habila
Copyright ©
2018 The New
York Times
beings.”
and Rahab Ibrahim.
Back
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Saturday yoga
the benefits and
class and argues
THE LIST HAD
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REUTERS
Françoise Nyssen le 13 avril. PHOTO VINCENT LOISON.SIPA
MINISTÈRE DE LA CULTURE
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classmates —
student who risand to satisfy
Continued on
Page II
Israël La droite
se défoule sur
Natalie Portman
Turquie Aux
portes closes
de l’Arménie
Foot Liverpool,
des Rouges
vieillis en stade
Après son refus de recevoir un prix prestigieux
à Jérusalem pour marquer son opposition à
Nétanyahou, l’actrice israélo-américaine subit
les foudres des conservateurs. RÉCIT, PAGE 10
A Kars, dans l’extrême est de la Turquie, le
temps s’est arrêté il y a vingt-cinq ans, quand
Ankara a totalement fermé la frontière avec
son voisin ennemi. REPORTAGE, PAGES 8-9
Le club, en demi-finale de la Ligue des champions ce mardi au stade historique d’Anfield,
a su grandir tout en gardant une image modeste à l’échelle anglaise. PAGES 18-19
ADAM FERGUSON
YORK TIMES
Rakiya Gali is
free,
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girls died.
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
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2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par
LAURENT JOFFRIN
Grenouilles
La politique, c’est un métier. On le regrette
souvent et l’on se lance dans l’invocation rituelle des vertus de la «société civile». Cliché
trop répandu. L’art de gouverner suppose un
savoir-faire, un apprentissage, un talent particulier. On peut l’exercer avec rectitude et
compétence. Cela arrive : c’est le haut du panier. On peut aussi se complaire en
Par
JÉRÔME LEFILLIÂTRE
avec D.Al., È.B. et J.G.
U
n silence embarrassé de
quelques secondes peut
sembler parfois durer des
heures. Celui de Françoise Nyssen
et de la petite troupe de conseillers
et de journalistes qui l’entourent
ce 10 avril, dans un couloir du
Grand Palais, est interminable.
Dans l’auditorium du bâtiment
parisien, la ministre de la Culture
vient de prononcer un discours sur
l’extension des horaires d’ouverture
des bibliothèques –l’une des grandes promesses culturelles d’Emmanuel Macron. Une fois de plus, l’expatronne d’Actes Sud n’a pas brillé
par son souffle oratoire, mais s’en
est sortie honorablement, malgré
quelques balbutiements au moment d’aborder les détails techniques. A l’arrière de la tribune, une
séance informelle de questions-réponses s’engage avec la poignée de
journalistes présents (dont Libération). L’une s’approche avec une interrogation apparemment inoffensive : comment faire pour rendre
l’accès aux bibliothèques gratuit
dans le plus d’endroits possibles ?
La réponse de Françoise Nyssen
fuse: «Mais toutes les bibliothèques
sont gratuites !» Mini-stupeur de
l’assemblée. Un haut fonctionnaire
du ministère, Noël Corbin, se penche vers sa boss et chuchote: «Non,
ce sont les collectivités locales qui
décident.» Malaise. Silence gêné.
Regards dans le vide. Et dire qu’il
s’agit, avec le Pass culture, d’un dossier prioritaire du gouvernement…
«CAPITAL SYMPATHIE»
C’est notamment à cause de ce
genre de boulettes et d’erreurs, et
à force de bredouillages en public,
que Françoise Nyssen, dont la nomination rue de Valois avait été
très favorablement accueillie par
le monde culturel, a aujourd’hui
perdu quasiment tout crédit auprès
de lui. Taper le nom de la ministre
sur un moteur de recherches en
ligne vous conduit vers une longue
liste d’articles recensant ses gaffes,
exécutant son maigre bilan et la faisant tourbillonner dans des polémiques. Le milieu français des arts et
des médias s’interroge sur la cause
de ses difficultés, qui ont éclaté au
grand jour lors d’une interview catastrophique, tant sur la forme que
Libération Mardi 24 Avril 2018
manœuvres médiocres, en trahisons de bas
étage, en discours creux ou opportunistes.
C’est le panier de crabes, généralement trop
bien rempli. Certains apprennent très vite,
comme Emmanuel Macron, Jean-Michel
Blanquer et quelques autres. D’autres, aussi
brillants soient-ils – ou soient-elles – dans
leurs fonctions habituelles, peinent à la
tâche. Françoise Nyssen en fait la dure expérience. La rumeur microcosmique spécule
déjà sur son remplacement. Si la politique,
selon une autre formule classique, consiste à
«dire des choses à des gens», il faut reconnaître que la ministre de la Culture n’y excelle
pas naturellement. L’excuse de l’inexpérience
a son temps. Il arrive un moment où, sans
être Démosthène, on doit maîtriser l’exercice
oratoire. Un politique maladroit dans ses dis-
cours est comme un joueur de rugby qui serait gêné par la forme ovale du ballon : il vaut
mieux qu’il joue au football. Mais la rumeur
microcosmique est souvent injuste et expéditive. La ministre de la Culture, excellente éditrice, elle-même passionnée d’art et de création, est animée d’une bonne volonté
désarmante. La cruauté de la vie gouvernementale ne l’a pas encore mise hors-jeu.
Telles les grenouilles qui demandent un roi,
les milieux culturels seront bien avancés
quand ils écoperont d’un petit marquis
macronien cachant sous un vernis de culture
générale énarchique une parcimonie comptable qui asséchera la création. On sait ce qu’on
a : une ministre en formation. Redoutons les
technocrates péremptoires qui confondent
politique et management. •
Une ministre
de la Culture
novice de forme
Empathique et brillante pour les uns, trop tendre
et manquant de leadership pour les autres.
Françoise Nyssen, issue de la société civile, a cumulé
les maladresses sur les dossiers dont elle a la charge.
Au point de crisper nombre d’acteurs culturels
qui s’interrogent sur sa crédibilité.
sur le fond, dans la matinale de
France Inter début mars: incompétence, manque de travail ou état de
panique permanent ? Le petit
jeu actuel consiste à parier sur
le nombre de semaines qui vont
s’écouler avant que l’Elysée décide
de la remercier. En attendant, tout
le monde ou presque dit sa déception, sa désillusion, son désenchantement. Il n’y a qu’à se pencher pour
recueillir les confidences, la plupart
faites sous couvert d’anonymat
– nourris aux subventions publiques, les acteurs culturels ne
se distinguent guère par leur courage. «C’est une erreur de casting»,
tranche le directeur d’une société
de gestion de droits d’auteur. «On
pensait qu’on allait en prendre plein
les yeux avec Macron aux affaires
mais on a eu Nyssen», se lamente un
professionnel du cinéma à la tête
d’un syndicat de producteurs. Ce
qui n’empêche pas l’un et l’autre de
saluer son empathie, son humanité
et son goût des artistes –des qualités qui ne font pas débat.
«Au début, elle a bénéficié d’un
énorme capital sympathie, avec ce
côté presque naïf, cette façon d’aligner les déclarations de modestie
et une volonté de bien faire, observe
Marie-José Malis, présidente du
Syndicat national des entreprises
artistiques et culturelles (Syndeac)
et directrice du théâtre de la Commune, centre dramatique national
d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
Mais elle ne tient aucun combat
musclé contre les arbitrages budgétaires. Elle est dans une bienveillance complètement idéaliste. La
main sur le cœur, ça ne suffit pas.»
Plus tempéré que d’autres, un
administrateur d’un grand musée
constate, près d’un an après l’arrivée
de Françoise Nyssen à la Culture,
qu’«il y a peu de réalisations concrètes. Elle a beaucoup de mal à rentrer
dans l’action». Un instant de réflexion et une comparaison cruelle
avec Stéphane Bern, animateur télé
chargé par Macron d’une mission
sur la sauvegarde du patrimoine :
«On est d’accord avec lui ou pas,
mais il se passe un truc, il fait avancer le dossier, présente des idées, suscite de l’intérêt médiatique. Tout le
contraire de Nyssen…» Face à ce déluge de critiques, Laure Adler, productrice à France Culture et amie
intime de la ministre, confie avoir
«mal pour elle»: «Je trouve qu’elle ne
se protège pas assez. Elle va au charbon partout et tout le temps.»
PÉRIMÈTRE VASTE
Ses partisans réclament de l’indulgence pour une personne qui n’a
pas les codes du monde politique,
connaît mal la haute administration
et n’a pas appris à maîtriser la communication qui va avec. A la grande
différence d’autres ministres issus
de la «société civile», tels Jean-Michel Blanquer (Education nationale)
ou Muriel Pénicaud (Travail), déjà
au fait de la machine étatique. Au
sein même de son équipe, on reconnaît franchement une difficulté avec
la forme, des «maladresses de communication»: «Elle ne sait pas faire
avec les médias, elle ne maîtrise pas
l’exercice. Elle a envie d’y arriver, elle
y travaille, mais ce n’est pas gagné:
on n’a pas quinze ans devant nous, et
elle n’a pas la plasticité de quelqu’un
de 30 ans.»
Cependant, toujours selon son
entourage, on lui reprocherait
d’abord de ne pas être issue du sérail : «Elle parle au secteur de manière décomplexée là où d’autres
ministres préféraient aller dans le
sens des acteurs, qui ont l’habitude
d’avoir affaire à des purs politiques
qui s’adressent à chacun d’entre eux
plutôt que de mettre en place une politique culturelle. Elle est décalée, elle
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Libération Mardi 24 Avril 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 3
Françoise Nyssen,
le 9 août à la sortie
du Conseil des ministres.
PHOTO DENIS ALLARD. RÉA
connaît le terrain, mais elle n’est pas
dans le parisianisme et ça déstabilise.» La directrice du Conservatoire
supérieure national d’art dramatique, Claire Lasne-Darcueil, plaide,
elle, qu’«elle a les défauts de ses qualités. Mais elle a des qualités qui
manquent à beaucoup de technocrates: le goût de la réflexion et la capacité d’empathie». Appui de Laure
Adler : «Elle n’est pas là pour faire
carrière. Ce n’est pas une femme politique et c’est pour cela que le Président l’a choisie.» Pascal Rogard, directeur de la SACD, puissante société
de gestion des droits d’auteur, juge
utile ce rappel : «D’autres, récemment, ont fait l’expérience que la Culture n’était pas un ministère facile,
avec sept ou huit politiques culturelles à suivre.» La rue de Valois, en effet, couvre un périmètre très vaste,
sur des secteurs aussi variés que
l’audiovisuel, l’art vivant, la presse,
les musées, la photo- Suite page 4
Au sommet E
de l’Etat,
le cas
Nyssen
suivi de près
Si Matignon et l’Elysée
se refusent à lâcher
une ministre de la Culture
«atypique» et «travailleuse»,
on reconnaît ses difficultés.
lle était arrivée au gouvernement forte
de ses succès à la tête de la maison
d’édition Actes Sud. Un an plus tard,
Françoise Nyssen est-elle devenue le maillon
faible de l’équipe Philippe? Dans la majorité,
on reconnaît désormais que la question se
pose. «Vous l’avez écoutée sur France Inter ?
questionne un parlementaire LREM, spécialiste des médias. Ce n’est pas possible de confier le texte sur l’audiovisuel à Françoise Nyssen.» L’hésitante prestation de la ministre
dans la première matinale de France,
le 7 mars, en a inquiété plus d’un en Macronie. Un député de la majorité, porté sur les
questions culturelles, la juge incapable de
«synthétiser et d’incarner la volonté politique
derrière les choix du gouvernement». Elle
n’est peut-être pas la seule dans un gouvernement de techniciens, pour beaucoup inconnus du grand public. Mais le problème prend
une autre dimension dans un ministère
d’une telle envergure, dont l’occupante avoue
(dans le Journal du dimanche) qu’elle «préfère ne pas» intervenir dans des émissions
politiques…
Du côté de l’exécutif, pas question de lâcher
le soldat Nyssen: «Tous les membres du gouvernement ont évidemment la confiance du
Premier ministre», assure-t-on à Matignon.
A l’Elysée, on trouve d’éminentes qualités à
ce profil «atypique» et «travailleur». Certes
«pas au fait de tous les codes de la politique»,
la ministre insufflerait un «supplément
d’âme» au gouvernement. Et «les dossiers
avancent, c’est cela qui compte». Un message
qu’ont aussi reçu les communicants des différents ministères lors de leur réunion bimensuelle à Matignon.
Mais au sommet de l’Etat, derrière cette défense convenue, on reconnaît en privé qu’il
existe bien un problème Nyssen. Le remplacement du directeur de cabinet de la ministre, en janvier, est présenté comme une
tentative de redresser la barre. Mais on précise que le problème en question ne serait
pas de nature «politique» : pas d’urgence,
autrement dit, à le régler par un remaniement ministériel.
DOMINIQUE ALBERTINI
et ALAIN AUFFRAY
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4 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mardi 24 Avril 2018
c’est tout ce contre quoi s’est bâtie la
décentralisation depuis, s’exclame
la directrice du Syndeac. Organiser,
depuis Paris, la tournée en région de
la Comédie-Française? Ça a choqué
l’ensemble du réseau. Parce qu’on est
pile dans un moment où tout le
monde, directeurs de lieu et artistes,
les cherche, ces nouveaux usages des
lieux de culture, de façon à les rendre
plus vivants, plus conviviaux, plus
ancrés dans les territoires.» Encore
une fois, saille là rien moins qu’une
mésintelligence profonde entre
le secteur et la ministre, si l’on
considère que son cabinet assure,
lui, le service après-vente d’un acte
d’«audace», une «vraie décision» en
plein dans «la modernité», en travaillant le «hors les murs», en faisant
circuler les «moyens concentrés à Paris et en Ile-de-France», quitte à «assumer d’enquiquiner les musées dans
leurs usages» : «Il ne s’agit plus de
créer du bâti et du maillage tous azimuts, mais de repenser l’acte de décentralisation.» Or, à l’évidence, soit
la mesure peine à soutenir cette
ambition, soit le message passe
(très) mal.
AFFIRMATION
La ministre et Emmanuel Macron en visite à la médiathèque des Mureaux (Yvelines),le 20 février. PHOTO GILLES BASSIGNAC. DIVERGENCE
graphie, le cinéma… Dans chacun d’entre eux, il
faut composer avec des lobbys très
organisés, souvent corporatistes,
prêts à batailler les uns contre les
autres au moindre mouvement. Le
job est complexe. Parlez-en à Fleur
Pellerin, Frédéric Mitterrand ou
Aurélie Filippetti.
Or, selon des avis très partagés,
Françoise Nyssen a des lacunes dans
beaucoup de domaines. La brillante
éditrice connaît par cœur le monde
du livre et ses goûts personnels lui
ont donné une bonne appréhension
du théâtre et des arts plastiques.
Mais sur d’autres sujets, notamment
les médias, elle rame, confirment
toutes les sources interrogées. Une
situation problématique alors que
la grande réforme culturelle du
quinquennat s’annonce être
celle de l’audiovisuel public…
Le choix d’Emmanuel Macron
était-il judicieux? «A l’automne, des
rumeurs laissaient entendre qu’un
secrétaire d’Etat à la Communication pourrait être nommé pour superviser cette réforme, raconte un
ancien membre du cabinet de Françoise Nyssen. Ce ne serait pas absurde parce que c’est un boulot
énorme, un plein temps. La ministre
espérait que cela se ferait. Je la vois
encore dire: “Ce serait génial.”» D’ordinaire, les membres du gouvernement n’aiment guère qu’on leur
pique les gros dossiers…
Suite de la page 3
TRESSAUTEMENTS
Pour combler ses failles, elle ne peut
pas se reposer indéfiniment sur son
cabinet. En vertu des règles édictées
par l’Elysée, il ne compte que dix
membres. Lorsqu’on interroge des
acteurs culturels, la même remarque revient à chaque fois : le petit
cercle entourant Françoise Nyssen
est noyé sous le boulot. «Piloter le
ministère de la Culture à dix est techniquement impossible. Il y a trop de
politiques à conduire», relève un
cadre de l’audiovisuel public, qui
connaît bien les cabinets ministériels. «Ce qu’on demande au cabinet
est inhumain, s’affole Pascal Rogard.
Cette décision de limiter le nombre
de conseillers n’est pas bonne. Surtout pour une ministre issue de la
société civile, qui a encore plus besoin d’être entourée, cocoonée.» Surchargé de travail, le cabinet connaît
des tressautements et des tensions
depuis un an. Six de ses membres
originels sont déjà partis, dont le
premier directeur. Le signe que
quelque chose ne fonctionne pas.
Au sein de son cabinet actuel, on
veut croire que l’ex-éditrice paierait
presque un excès de bienveillance:
«Dans l’administration, pas sûr
que 100% de l’équipe ait joué le jeu»,
juge-t-on. Elle n’a pas eu ce réflexe
politique de remplacer tout le monde
à son arrivée.» Le grand chamboulement serait désormais sur les rails:
un «renouvellement quasi complet»
des hauts gradés devrait intervenir
«avant l’été».
Un ex du cabinet affirme à Libé que
«Françoise Nyssen n’est pas bien entourée. Certains conseillers lui bourrent son agenda, la forcent à faire
des coups. Ils n’ont aucun recul, ils
cherchent la petite phrase, le buzz.
Ils répètent qu’elle n’est “pas assez
politique”. Et se répandent partout
pour dire qu’elle est nulle, à côté de la
plaque… Ils ne bossent pas pour elle,
mais pour montrer à la macronie
qu’ils sont là. Ils ne laissent pas la
ministre être elle-même. Et comme
elle est trop gentille, elle laisse faire.»
Cette laborieuse tentative de méta-
morphose en animal politique n’a
pas échappé à Laure Adler: «Quand
je lis ses interviews, où elle emploie
des mots que personne ne comprend
sauf la caste technocratique, je me
marre. On lui impose des éléments
de langage.»
La désillusion tiendrait donc à ce
que la vraie nature de la ministre
est contrariée? C’est un peu court.
Beaucoup pointent l’absence de
convictions fortes de Françoise
Nyssen en matière de politique
culturelle. Son seul discours porterait sur la volonté d’ouvrir les arts
aux jeunes et aux exclus. Une généralité, une platitude, dont personne
ne doute de la sincérité et de la pertinence, mais qui manque furieusement d’idées d’applications. «Dans
les réunions, elle est très à l’écoute
mais s’engage peu. Elle ne dit rien,
elle ne réagit pas», s’étonne le directeur d’une société de gestion de
droits d’auteur déjà cité. Un reproche qui n’inquiète pas Claire LasneDarcueil outre mesure : «Quand je
m’occupe de faire de la place aux
étrangers dans les écoles d’art, elle
discute. Elle soulève le rapport à la
jeunesse, aux réfugiés. C’est la seule
au gouvernement à le faire de la
sorte et c’est elle la plus critiquée ?
Sur le plan pragmatique, je comprends certains reproches, mais sur
le plan symbolique, accordons-lui
d’avoir envoyé des signaux forts.»
En défense de la ministre, encore,
Pascal Rogard, le directeur de
la SACD, estime que sa tâche
n’est pas facilitée par la feuille
de route culturelle du gouvernement : «C’est le brouillard, c’est cotonneux. Je ne sais pas ce qu’ils
veulent faire sur l’audiovisuel public, sur la redevance, sur le spectacle vivant.»
«Nyssen n’est pas
bien entourée.
Certains conseillers
lui bourrent son
agenda, la forcent
à faire des coups.
Ils n’ont
aucun recul.»
Un ex-membre du cabinet
de la ministre
Reste que c’est bien à un défaut de
leadership que le monde des médias
s’est retrouvé confronté, deux fois
depuis le début de l’année. D’abord
ménagé par la ministre après sa condamnation judiciaire, l’ex-patron de
Radio France Mathieu Gallet a été
lâché par l’Elysée, et Françoise Nyssen a été obligée de durcir le ton
dans la foulée. Plus récemment,
le PDG de l’AFP, Emmanuel Hoog,
a eu la surprise de ne pas être reconduit dans ses fonctions alors que la
rue de Valois l’avait conforté dans
son envie. Seulement, la décision de
le remplacer a été prise à l’étage supérieur, obligeant un conseiller du
ministère à passer un coup de fil
contrit à l’intéressé.
Quant à cette volonté de la ministre
de conduire une politique culturelle
de proximité, Marie-José Malis
se morfond : la navigation à vue
de Nyssen la conduirait à avaliser
des décisions jugées inefficaces par
le milieu si le but est d’aller chercher
les exclus de la culture et de résoudre le problème des «déserts culturels» : «Son plan “Culture près de
chez vous”, c’est la IVe République,
Une autre péripétie a beaucoup joué
dans la crise de confiance entre
Françoise Nyssen et le monde de la
culture. Elle est liée au grand programme de réduction des dépenses
publiques lancé par le Premier ministre, «Action publique 2022» (ou
«CAP 2022»). En novembre, un document de «contribution» rédigé
par les services du ministère fuit
dans la presse. Beaucoup de verbes
comme «recentrer», «externaliser»
et «rapprocher» pour détailler de
multiples pistes d’économies possibles, dont un certain nombre sont
de petites bombes prêtes à exploser
et laissent penser que l’Etat est prêt
à se désengager…
Sur l’audiovisuel public, entre
autres, le document propose la suppression de la chaîne de l’outre-mer,
France Ô, et le basculement en numérique de France 4, l’un des principaux financeurs de l’animation française. «Quand le document [a fuité],
sans doute par quelqu’un de la direction de la création artistique au ministère, c’était la panique rue de Valois, se rappelle l’ex-conseiller déjà
cité. Ils étaient furieux là-haut.» Làhaut, c’est-à-dire à l’Elysée. Ce document qui a mis le feu partout avait
été commandé aux services par le
dircab d’alors de Nyssen, Marc
Schwartz, poussé dehors dans la foulée: «Sa stratégie était d’être au cœur
de la réforme plutôt que de se la faire
imposer», analyse un haut fonctionnaire de la rue de Valois. «C’était le
bon élève du macronisme, avec une
ligne très budgétaire, qui proposait
des réformes tous les jours, dit un
autre. Il n’a pas fait que du bien à la
ministre.» En réaction à cette affaire,
Nyssen a voulu porter plainte contre X pour retrouver l’auteur de la
fuite. Ce qui n’était pas forcément la
meilleure façon de se rabibocher
avec le monde de la culture et des
médias. La démarche a été perçue
comme une tentative d’étouffer les
sources des journalistes…
Dans sa quête d’affirmation de
soi, Nyssen n’est pas Suite page 6
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 24 Avril 2018
L
e bureau de la ministre de la Culture ne
manque pas de dossiers encombrants,
qui souvent y sommeillent depuis plusieurs mandatures. Tour d’horizon de quelques-uns parmi les plus brûlants.
1 Cinéma et chronologie
des médias
Le dialogue de sourds dure depuis des mois.
Si l’on en avait fait un film, il serait déjà disponible sur Netflix. De quoi parlons-nous ?
De la chronologie des médias, cet agenda
autorisé de la diffusion des films, de leur sortie en salles à leur irruption dans les catalogues des plateformes de streaming, auquel
s’adosse le financement plus ou moins obligataire du cinéma français par les acteurs de
sa diffusion. Sa dernière modification date
de 2009, et la ministre de la Culture, qui la
trouve «décalée par rapport aux usages» (et
elle est loin d’être la seule), veut la réformer
–et aussi s’en servir dans la lutte contre le piratage (une question impopulaire, à laquelle,
«aucun de ses prédécesseurs n’avait osé se colleter frontalement depuis longtemps», vantet-on rue de Valois. Le principe serait de réduire les écarts pour les différents diffuseurs
(Canal + passant de onze mois à six, sept ou
huit après la sortie en salles, les sorties DVD
trois mois…), mais aussi de permettre des diffusions plus rapides aux plateformes type
Netflix ou Amazon (aujourd’hui 35 mois) si
celles-ci finançaient activement le cinéma
français, comme le font par exemple OCS ou
Ciné+ (15 mois). La sauvegarde de la matrice
est l’enjeu à peine voilé de cette chronologie:
avec un chiffre d’affaires en baisse, Canal +
réduit son accompagnement du secteur, dont
le financement s’en trouve fragilisé. Comment redonner vigueur aux pré-achats télé
tout en faisant participer les plateformes,
sans léser les autres diffuseurs ? Voilà les
grandes lignes du dialogue pour l’instant
sans solution. Contrainte par le cadre européen, la ministre ne peut légalement intervenir que si les professionnels échouent à s’entendre. Un projet avait été déposé en mars.
Son échéance étant dépassée, elle a expliqué
le 18 avril «reprendre la main» sur la chronologie et menace donc d’en venir à la loi pour
que les acteurs se mettent enfin d’accord,
comme ce fut le cas en 2009. Le même jour,
le ministère conviait les heureux sélectionnés français du prochain Festival de Cannes
à prendre une douche de champagne estampillé cocorico, mais les producteurs, distributeurs et cinéastes indépendants s’étaient
donné le mot de boycotter la fête, si bien
qu’aucun des auteurs français en lice pour la
palme d’or, ne s’y sera montré.
u 5
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Cinq chantiers
glissants pour
la ministre
Du cinéma à la musique, en passant par le monde
de l’édition, dont Françoise Nyssen est issue, les secteurs
en souffrance de réformes ne manquent pas à son agenda.
fourni l’occasion de lancer enfin la machine.
Le terrain s’y prête.
3 Auteurs de livres en pétard
En déplacement au festival d’Angoulême, fin janvier, la ministre s’empresse
d’annoncer une mission de réflexion sur la BD
afin d’éteindre un incendie déclenché quelques jours plus tôt. Confiée au directeur général de la Cité internationale de la BD, Pierre
Lungheretti, la mission s’organise autour de
trois points de réflexions: la politique patrimoniale, l’accompagnement de la création et,
surtout, la situation sociale et économique
des auteurs. Un geste pour apaiser les tensions exposées dans la tribune de 400 auteurs
qui dénonçaient la précarisation de leur métier dans un secteur dont on vante par ailleurs
la bonne santé. L’intervention était d’autant
plus urgente que le gouvernement a contribué à cristalliser cette colère, les auteurs se
mobilisant en réaction à la hausse de la CSG
annoncée dans un premier temps sans compensation pour les artistes. Remise du rapport en septembre, avant un plan d’action attendu pour janvier 2019.
Pourtant, s’il y a un dossier pour lequel il n’y
avait pas de doute que la très respectée ex-patronne d’Actes Sud saurait gérer, c’était bien
celui du livre. Parmi les sujets préoccupants,
le respect du droit d’auteur, la défense de la
rémunération des artistes-auteurs, l’amélioration des relations auteurs-éditeurs, l’accès
au livre et à la lecture. En pleine phase de
rendu du «plan bibliothèques», prévu dans sa
feuille de route initiale, une bombinette explosait à quelques jours du symbolique salon
du livre de Paris qui ouvrait le 16 mars. Une
Société des gens de lettres (SGDL), furax,
montait au créneau pour protester contre le
refus des organisateurs, Reed Expostions et
le SNE (Syndicat national de l’édition), de rémunérer tous les auteurs présents, soutenue
par une colère des auteurs sur les réseaux sociaux sous le hastag #PayeTonAuteur.
«Quand on demande aux auteurs de faire des
prestations, il me paraît légitime qu’ils soient
rémunérés», déclarait la ministre sur France
Inter, comme forçant la main aux organisateurs. Une gestion de crise sans suite avérée
pour l’instant.
4 Déserts culturels
Lutter contre les déserts culturels, dynamiser les territoires par l’art, bref, «repenser
enfin la décentralisation avec audace», clame
l’équipe de la ministre. Et comment compte-telle donc s’y prendre? En organisant, depuis
Paris, une diffusion optimale des œuvres des
musées nationaux, mais aussi celles de la Comédie-Française ou de l’Opéra de Paris dans
les «zones blanches», terres déshéritées, de
la France. C’est en tout cas ce que retient la
quasi-totalité du réseau –des scènes nationales aux lieux intermédiaires– de ce plan «Culture près de chez vous», annoncé le 29 mars
par le gouvernement. Soit une manière de répondre aux problèmes de centralisme «par
encore davantage de centralisme», tempête
dans une tribune, à lire sur Libé.fr, l’Associa-
tion des centres dramatiques nationaux.
Outre la gadgétisation culturelle dont témoignerait selon eux le Pass culture (lire pages 6
et 7), et à l’heure où le milieu du spectacle vivant commence à redouter que Françoise
Nyssen n’ait pas les reins suffisamment solides pour lever le gel budgétaire, ils s’interrogent sur l’idéologie en marche derrière ce
«plan inconséquent de la culture près de chez
vous», en contresens total des enjeux discutés
entre eux et le ministère pendant six mois.
5 Audiovisuel public
Le remède sera-t-il aussi fort que le diagnostic ? En décembre, Macron sulfatait
l’audiovisuel public, dont il avait qualifié les
dirigeants et la gouvernance de «honte». En
janvier, il annonçait des pistes de transformation d’ici la fin du premier trimestre. Pour
l’instant, rien n’a encore vu le jour. Une fois
les propositions sur la table, doit s’ouvrir une
phase de consultation et de débats qui aboutira à un projet de loi devant être présenté
avant la fin de l’année. Selon certaines sources, l’économie demandée par l’Etat, dans le
cadre du projet de modernisation CAP22 piloté par Matignon, serait de 200 à 500 millions d’euros (pour un budget de 4,5 milliards,
dont 3,9 milliards de subventions de l’Etat).
L’idée générale de la réforme, elle, tendrait
vers la «coopération» et la convergence, non
pas des luttes mais des institutions : France
Télévisions (6 chaînes nationales, 24 antennes régionales, 9 ultramarines), Radio France
(7 stations nationales en plus les 44 locales de
France Bleu), France Médias Monde (RFI,
France 24, MCD), chaînes cofinancées et parlementaires, diverses plateformes numériques, mais aussi l’INA. Le territoire est immense, les thèmes nombreux et l’ambition
forte. Redevance, publicité, processus de nomination des dirigeants, rôle du CSA, rapports producteurs-diffuseurs, éventuel superprésident dont les pouvoirs restent à définir,
sans parler du possible abandon des retransmissions de la coupe de France et de la coupe
de la Ligue de foot: diantre, tout est réformable. En attendant, France Télévisions publie
des comptes bénéficiaires (+ 6,8 millions
d’euros en 2017) et Radio France a une nouvelle présidente, Sybile Veil.
È.B., M.C., J.G., G.R., F.Rl et G.Ti.
2 Maison commune
pour la musique
L’idée remonte au temps de l’électrophone,
mais elle n’a jamais dépassé le stade du vœu
pieux: créer, sensiblement sur le modèle du
Centre national du cinéma (CNC), une «maison commune de la musique» qui fédérerait
tous les acteurs d’une filière pourtant écartelée entre musique savante et musiques actuelles (l’une, pour faire court, pompant les
subventions et s’adressant à une minorité de
mélomanes, tandis que les autres, consommées par le plus grand nombre, reposent sur
une économie de marché). En novembre,
Roch-Olivier Maistre, conseiller maître à la
Cour des comptes, a remis un rapport préconisant diverses mesures destinées à favoriser
la création de la – décidément pas si commune– maison au budget de fonctionnement
évalué à 60 millions d’euros, pourquoi pas
dès 2019. La ministre a promis de dévoiler les
options retenues «au plus tard début janvier».
Sans préciser l’année. On croyait le dossier enlisé, il semble toutefois que sa visite mardi et
mercredi au Printemps de Bourges lui ai
A France Télévisions, le 13 décembre, après le vote d’une motion de défiance contre sa présidente. PHOTO ALBERT FACELLY
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6 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mardi 24 Avril 2018
«Nyssen reste
une militante
de la culture. Si elle
est remplacée, ils se
retrouveront avec
un “cost-killer”
du macronisme.»
Un cadre
de l’audiovisuel public
aidée par le dispositif pléthorique de l’exécutif et se
trouve court-circuitée par d’autres
interlocuteurs puissants dans son
champ de compétences. A l’Elysée,
où le chef de l’Etat et son bras droit,
Alexis Kohler, surveillent les questions de culture et de médias de
près, on lui a collé des missions portées par des people attirant la lumière: Stéphane Bern pour le patrimoine, Erik Orsenna pour les
bibliothèques, Leïla Slimani pour la
francophonie…
Suite de la page 4
SPECTATEUR
A Matignon, le conseiller culture et
communication, Olivier Courson,
a pris la main sur la réforme de
l’audiovisuel public. Ancien dirigeant de Canal +, il capitalise sur
sa maîtrise technique du secteur.
Sur ce dossier, il travaille en lien direct avec CAP 2022, dont les deux
membres référents sur l’audiovisuel
public sont Marc Tessier et RochOlivier Maistre. Ils tiennent des réunions hebdomadaires avec les directions de France Télévisions, Radio
France et les autres, donnant l’impression que le ministère de la
Culture reste spectateur. Le cabinet
de Françoise Nyssen a lancé son
propre processus de réflexion de son
côté. «On ne comprend pas bien qui
sera décisionnaire, s’interroge un
cadre de l’audiovisuel public, déjà
cité. Mais si l’on compare les deux, on
se dit que les milieux culturels ne devraient pas trop hurler sur Nyssen.
Avec elle, ils ont quelqu’un qui est
dans une logique d’élargissement de
l’offre plutôt que de réduction des
moyens. Ce n’est pas la même chose
avec CAP 22… Nyssen reste une militante de la culture. Si elle est remplacée, ils se retrouveront avec un “costkiller” du macronisme et là, ils vont
vraiment avoir mal…»
C’est précisément la crainte de
Claire Lasne-Darcueil: «Je suis très
étonnée par la violence des critiques. Je me demande pourquoi et à
qui ça sert. Je préfère quelqu’un qui
a du retard mais des convictions
que l’inverse. Je sens que c’est fatal
qu’elle parte, mais j’aurais aimé
voir ce qu’elle aurait donné l’année
prochaine, maintenant qu’elle a
mieux saisi le jeu et qu’elle ne dégage plus la même impression de
panique.» Laure Adler abonde :
«Que veut le milieu culturel ? S’il
veut un technocrate, qu’il prenne un
technocrate ! Mais ce ne sera pas
Françoise Nyssen. Elle joue au
soldat, mais elle n’est pas ellemême. Les Français n’ont pas encore découvert Françoise Nyssen.»
Aura-t-elle seulement le temps de
se dévoiler ? •
Françoise Nyssen à la médiathèque Emile-Zola de Montpellier, jeudi. L’Hérault est l’un des quatre départements qui participent à la
Pass culture: un «GPS»
des arts sans boussole
Françoise Nyssen était
à Montpellier jeudi pour
défendre le dispositif imaginé
comme un réseau social
culturel qui s’adresse d’abord
aux personnes de 18 ans.
Mais, excepté une dotation
de 500 euros, ses modalités
peinent à être fixées.
P
asse, passe, passera, le Pass culture? En
déplacement dans l’Hérault, jeudi, la
ministre de la Culture, Françoise Nyssen, présentait tambour battant et tous azimuts son projet de «véritable politique publique pour les jeunes» auprès d’un petit groupe
de maires, d’acteurs culturels de la région et
d’une assemblée d’étudiants à Montpellier.
Une journée au pas de charge sous le soleil occitan: château des évêques de Lavérune, mairie de Montpellier, médiathèque Emile-Zola…
Promesse de campagne du candidat Macron,
le pass –une «plateforme culturelle monétisée»– entre dans sa phase de test. Et le ministère a choisi quatre départements (SeineSaint-Denis, Hérault, Bas-Rhin et Guyane)
pour expérimenter ce dispositif inspiré du Bonus Cultura de l’ex-président du Conseil italien Matteo Renzi. Mais la France ne veut pas
commettre les mêmes erreurs que l’Italie, où
bon nombre de pass ont été revendus au marché noir ou servi à l’achat de livres scolaires.
Dans l’Hérault, Françoise Nyssen vantait les
vertus de ce qui se veut une «start-up d’Etat»,
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phase de test du Pass culture. PHOTO DAVID RICHARD. TRANSIT
pilotée depuis la rue de Valois. Il s’agissait lors
du déplacement de communiquer, mobiliser
les troupes et faire remonter toutes sortes de
critiques, de bugs et d’appétences de la part
des intéressés: d’une part, les acteurs culturels qui pourront s’inscrire dans ce qui a désormais la forme d’une application pour téléphone et d’autre part, les jeunes, à qui elle est
principalement destinée. Qualifié de «GPS de
la culture», ce projet vise à mettre en relation
une offre (des sorties et biens culturels et des
pratiques artistiques) avec les propriétaires
d’un smartphone –on pourra aussi y avoir accès dans les médiathèques. «Au ministère, on
a retourné ce pass en “l’éditorialisant”, pour
que ce ne soit pas seulement un chèque cadeau», expliquait la ministre. Car jusqu’ici,
c’est surtout sa version monétisée que l’on a
retenue, avec l’aubaine d’une enveloppe alléchante : 500 euros, une sacrée somme à dépenser l’année où l’on reçoit sa carte d’électeur. Comment «le jeune» pourrait-il ne pas
être séduit ?
Mais Françoise Nyssen elle-même a tardé à
se laisser convaincre – lors de la campagne
présidentielle, elle s’était montrée pour le
moins sceptique à l’endroit de cette mesure.
A présent qu’elle est ministre et chargée d’en
porter la réalisation, sa ligne de front s’est déplacée : il s’agit pour elle de valoriser l’accès
à la pratique artistique plutôt que l’acquisition
de biens culturels. Le juste dosage et la part
définitive de l’un et de l’autre demeurent à
ce stade très flous.
CASSE-TÊTE
A la médiathèque Emile-Zola de Montpellier
se déroulait donc jeudi un atelier organisé par
la direction régionale des affaires culturelles
(Drac) et l’équipe parisienne du pass. Des jeunes sélectionnés à l’aide d’associations
comme Peuple et culture ou les écoles de la
deuxième chance découvraient l’appli: une
sorte de Tinder arty où sont proposés des
bons plans à des distances exprimées en kilomètres, et à zapper ou à garder selon les goûts.
Pierre Pezziardi, entrepreneur en résidence
au ministère de la Culture, vantait des «images émotions» alléchantes – un peu énigmatiques tout de même – qui guident vers des
événements ou des biens culturels (Gaspard
Proust au Corum ou l’achat d’un livre par
exemple). Enki, 19 ans, paraissait conquis :
«Franchement, on n’est pas bien au courant
de ce qui se passe et pour l’instant c’est intéressant. On attend de voir ce qu’ils nous proposent.» L’équipe du projet table sur l’aspect
réseau social de cette appli qui permet de
constituer des groupes pour des visites. «Les
jeunes sont friands de pratiques collectives»,
s’enthousiasmait la ministre. Le député de
l’Hérault Patrick Vignal (LREM) veut y croire:
«A Lunel, le “Molenbeek français” (sic), les jeunes touillent en bas des immeubles. L’attractivité du pass permettra de les faire aller hors
de chez eux.»
Comment être attiré ailleurs alors que le principe de géolocalisation fait remonter les événements du coin? «L’algorithme doit élargir
l’horizon culturel des jeunes», promet Pierre
Pezziardi qui a prévu un outil de recherche
dans le système. Une question revenait souvent: est-ce que les déplacements seront pris
en compte ? La ministre, favorable à une
«meilleure accessibilité», promettait d’y réfléchir… Outre la question des transports, plusieurs inquiétudes remontaient: quid des cultures traditionnelles (le taureau compte dans
la région), de la cherté des écoles de musique
pour les familles, de la réforme des emplois
aidés qui pénalisent les petites structures et
de la pertinence des propositions, etc. ? Au
cours de la journée, si les petits acteurs culturels voyaient l’opportunité de communiquer
pour attirer les jeunes via ce dispositif, le Pass
culture, certes joli dans sa forme, ne faisait
pas disparaître les questions de fond. Car, audelà de «l’effet waouh», tout le monde se demandait qui allait figurer sur l’appli et qui
trancherait en amont.
Le catalogue se veut très large (cours de musique, livres, musées, théâtre, concerts, films,
festivals et pourquoi pas jeu vidéo) et ouvert,
pour l’instant, à tous. Mais à qui vraiment ?
Pour la musique, est-il question, par exemple,
d’abonnements aux plateformes de streaming
(Spotify, Deezer…), chiche en rémunération
des artistes ? Peut-on faire cohabiter, par
exemple, les petites librairies et la Fnac, acteur majeur pressenti pour prendre part au
projet ? Le Syndicat de la librairie française
s’est à ce titre inquiété : «Nous avons posé la
question de la présence d’Amazon lors d’un
rendez-vous au ministère et on est sortis un
peu rassurés. On va surtout travailler à la
compatibilité entre notre appli, qui est un
outil de recherche, et celle du pass qui veut
“pousser” certaines offres.» En Provence-Alpes-Côte d’Azur, où un «e-pass jeunes» vient
d’être lancé (57 000 inscrits sur 267 000 potentiels bénéficiaires, avec une dotation
de 60 euros financée par la région), Renaud
Muselier, président du conseil régional, constate de bons retours sur les spectacles mais
plus de difficultés avec les chaînes de cinémas
ou la Fnac qui n’acceptent pas ce moyen de
paiement. La mutualisation des pass locaux
et du pass national se présente aussi comme
«Au ministère,
on a retourné ce pass
en “l’éditorialisant”,
pour que ce ne soit pas
seulement un chèque
cadeau.»
Françoise Nyssen
ministre de la Culture
u 7
un élément du casse-tête car il en existe déjà
beaucoup, localement, qui donnent accès à
des avantages.
Inconnue de taille dans l’équation du pass
peu évoquée lors du déplacement la ministre:
son budget. Si 5 millions d’euros ont été inscrits au budget 2018, le coût de l’opération, à
terme, est d’environ 425 millions par an (soit
500 euros pour 850000 jeunes). Impossible
d’aller prélever près d’un demi-milliard (soit
un vingtième de son budget) au ministère de
la Culture… Qui va payer? Si des partenariats
et accords tarifaires peuvent être trouvés, il
faudra tout de même abonder de l’argent sur
le pass. Et faudra-t-il dépenser les 500 euros
l’année anniversaire des 18 ans, ce qui ne
manquera pas de favoriser les grosses dépenses comme l’achat d’une console de jeu vidéo ? Autre question : est-ce que les offres
gratuites doivent remonter sur le pass ? Cet
aspect a suscité une plaisanterie de la part du
maire de Montpellier, Philippe Saurel : «Regardez tout est gratuit à Montpellier!» A vrai
dire, si une visite à la Panacée (un espace d’art
contemporain) ou au Pavillon populaire ne
coûte rien, il faut par exemple payer une cotisation pour les médiathèques.
MODÈLE ÉCONOMIQUE
Lors de sa campagne, Emmanuel Macron
avait lancé l’idée que les Gafam (Google,
Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) mettent la main au pot… Chez Google France, on
expliquait avoir participé à des réunions «très
préliminaires, où il n’a pas été question que
l’entreprise finance ce pass», expliquait une
porte-parole de la société. L’inconnu du financement n’a pas manqué d’inquiéter les
collectivités territoriales. «Ne vise-t-on pas
notre budget par-derrière ? Les institutions
culturelles ne pourront pas le financer», oppose Stéphane Troussel, président PS du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis.
L’élu, dont le département jeune et populaire
est une future zone test du Pass culture, est
persuadé que les freins culturels ne sont pas
qu’économiques. «La culture est un puissant
mécanisme de réduction des inégalités mais
elle doit être accompagnée. Pour les milieux
populaires, le problème n’est pas seulement
financier. Il faut qu’il y ait en même temps un
travail de médiation, de préparation aux
œuvres. Il ne faudrait pas que ce soit juste un
effet d’annonce.»
Deux nouvelles têtes sont pressenties pour
piloter un groupe de travail chargé de réfléchir au financement, aux questions juridiques et à la structure du pass, qui prévoit à
terme d’être une entité indépendante du ministère: Frédéric Jousset, fondateur de Webhelp et propriétaire de Beaux Arts magazine
et Eric Garandeau, ex-président du CNC et
conseiller culture de Jean-Jacques Aillagon
(ministre de la Culture de 2002 à 2004) et Nicolas Sarkozy. Depuis une semaine au ministère, Garandeau soulignait que le pass permettrait d’avoir accès aux coordonnées d’une
cohorte de jeunes majeurs, ce qui ne manquerait pas d’intéresser les banques. Un point
plus que sensible à l’heure de nouvelles réglementations européennes pour la protection
des données.
Quoi qu’il en soit, l’équipe ministérielle semble encore chercher le modèle économique.
Arriver à construire une offre qui ne soit ni un
poisson d’avril –comme pouvait le faire croire
une vidéo pleine d’émojis diffusée sur les réseaux le 1er avril – ni un chèque loisir supposé
résoudre une équation complexe. Comment
faire cohabiter gros et petits ? Quelle définition du mot culture le ministère entend-il défendre? Le calendrier du lancement, annoncé
pour septembre, paraît encore susceptible
d’évoluer.
CLÉMENTINE MERCIER
Envoyée spéciale dans l’Hérault
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8 u
MONDE
Libération Mardi 24 Avril 2018
Entre Turquie
et Arménie,
il était
un froid
dans l’Est
REPORTAGE
Enlisée dans un conflit avec
l’Azerbaïdjan depuis vingtcinq ans, l’Arménie reste
coupée du monde.
Un isolement dont les
conséquences économiques
se font sentir jusqu’à Kars,
en territoire turc.
A Kars, le Monument à l’humanité, détruit sur ordre d’Erdogan, a été construit à la mémoire du génocide arménien,
Par
QUENTIN
RAVERDY
Envoyé spécial
à Kars (Turquie)
A
u bout de la route D060 qui serpente sur les vastes plateaux de la
région de Kars, dans l’extrême Est
de la Turquie, un jeune soldat, retranché
derrière de hauts sacs de sable pour se protéger du vent glacial, fait signe de rebrousser chemin. Impossible de s’approcher davantage du poste-frontière de Dogukapi.
Encore moins de gagner la route M7 menant aux faubourgs de Gyumri, la
deuxième ville d’Arménie, visible au loin.
«Ici c’est le bout du monde, c’est toujours le
Rideau de fer», ironise Ilhan, restaurateur
de la petite bourgade d’Akyaka qui, jusqu’en 1991, marquait encore la frontière entre l’Arménie soviétique et la Turquie,
membre de l’Otan. L’URSS n’est plus, mais
barbelés et clôtures métalliques ont perduré. Et pour cause depuis avril 1993, la
Turquie maintient fermés ses 380 kilomètres de frontière avec l’Arménie. Une décision prise à l’époque en soutien au régime
ami et allié de l’Azerbaïdjan, en guerre
de 1988 à 1994 contre des milices alliées à
Erevan qui occupent 20 % du territoire
azéri et notamment la région à majorité arménienne du Haut-Karabagh.
«La vie s’est arrêtée ici il y a vingt-cinq
ans», déplore Ilhan, tout en listant les magasins et institutions fermés depuis. Bon
nombre d’habitants de la ville ont égale- sans arméniens qui travaillent leurs
ment décidé de partir. Presque de quoi champs de l’autre côté. On aimerait bien
faire regretter à certains le temps de la se saluer, pouvoir se parler. Mais c’est imguerre froide. «Même si la sipossible, les Russes ne plaisantent pas
tuation était compliici», sourit Kadri. Cet agriculteur
quée à cette époque, il
d’Akyaka
rapp elle
UKRAINE
y avait quand même
qu’en 2013, un berger turc,
RUSSIE
ROU.
beaucoup de passages
en cherchant à récupérer
Mer Noire
GÉORGIE
de marchandises et de
l’une de ses bêtes, était
Istanbul
ARMÉNIE
personnes, notamabattu par les gardesAnkara
ment par la ligne de
frontières.
Kars
TURQUIE
chemin de fer qui
Comme bien d’autres
passe par la ville et rehabitants, dans les anSYRIE
IRAK
Mer
lie les deux pays», se
nées
2000, Kadri a cru
Méditerranée
rappelle le commerçant.
voir ce verrou historique
Et d’ironiser: «Aujourd’hui,
sur le point de tomber. Cer400 km
tout ce que me rapporte cette
tains hommes d’affaires bien opfrontière, c’est quelques centaines de li- timistes ont même commencé à acheter
vres turques quand les militaires russes des terres dans les environs, pensant y
viennent manger dans mon restaurant construire hôtels et restaurants pour
pour rencontrer leurs homologues turcs.» accueillir les futurs visiteurs. A Kars, la
Malgré la chute du bloc soviétique, l’in- capitale de la province –parmi les moins
fluence de Moscou dans la région a développées de Turquie– cet élan d’opperduré, incarnée ici par quelque timisme est alors incarné par un élu
5000 soldats russes assurant la protec- du Parti de la justice et du développetion des frontières et de l’espace aérien ment (AKP), la formation islamo-conarménien, en accord avec le gouverne- servatrice de Recep Tayyip Erdogan :
ment d’Erevan. Une présence qui in- Naif Alibeyoglu. Lassé de voir sa ville
quiète pourtant certains habitants de la «punie» par l’impasse diplomatique, ce
région. «Régulièrement, je vois des pay- maire (1999-2009) a multiplié initiatives
économiques locales, projets culturels
et partenariats avec l’Arménie et notamment Gyumri, à moins de 70 kilomètres
de sa municipalité. Symbole de sa politique d’ouverture: en 2006, le Monument
à l’humanité, un édifice de 30 mètres est
érigé sur les hauteurs de la ville. Son
auteur, le sculpteur Mehmet Aksoy, voulait alors faire de ces deux silhouettes
de béton, l’une tendant la main vers
l’autre, un appel au rapprochement
entre «voisins ennemis».
ÉCHEC DE LA
«DIPLOMATIE DU FOOTBALL»
Sur la scène internationale aussi, on
sent poindre le dégel malgré la question
de la reconnaissance du génocide de
plus d’un million d’Arméniens au début
du XXe siècle sous l’Empire ottoman qui
envenime encore les relations entre
les deux nations. Le 24 avril, jour de
commémoration internationale, est
d’ailleurs l’occasion de vifs débats en
Turquie où le gouvernement AKP se
refuse toujours à toute reconnaissance
de la «Grande Catastrophe». En dépit
d’une timide ouverture incarnée,
en 2008, par la «diplomatie du football».
Le président turc, Abdullah Gül, et son
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massif de sa jeunesse, les perspectives
commerciales avec l’Arménie voisine ne
sont pas nulles pour le reste du pays,
bien au contraire.
«Chaque année, il y a 300 millions de dollars [environ 245 millions d’euros, ndlr]
d’échanges entre les deux pays. Là-dedans, Kars ne représente que 1%», analyse Noyan Soyak, un entrepreneur d’Istanbul qui, en 1997, a cofondé le Conseil
de développement du commerce arméno-turc (TABDC). Pour atteindre ces
chiffres, il a fallu se jouer de cette frontière hermétique : «Les échanges commerciaux transitent via la Géorgie et
l’Iran. Il y a aussi quatre vols par semaine
entre Istanbul et Erevan.» Pour Noyan,
l’ouverture de la frontière serait plus que
bénéfique pour les régions limitrophes.
L’une des mannes, selon lui: le tourisme.
«Côté turc, il y a des sites historiques importants pour les Arméniens, comme l’ancienne cité d’Ani, située juste sur la frontière. Mais, pour y aller en bus, il leur faut
treize heures.» Aujourd’hui, la situation
ne prête guère à l’optimisme: la question
de la frontière arméno-turque est reléguée dans les tréfonds des priorités diplomatiques d’un président Erdogan au
discours toujours plus nationaliste et obnubilé par le dossier syrien. Mais Noyan
Soyak croit encore fermement à un avenir commun entre les deux pays. «Si la
frontière est ouverte, cela pourrait amener ensuite l’Arménie et l’Azerbaïdjan à
en faire de même, créant ainsi une route
reliant l’Asie à l’Europe», avance-t-il.
NOUVELLE GÉNÉRATION
EN QUÊTE DE LIENS
dont on commémore mardi le 103e anniversaire. PHOTO M. AKSOY. AP
homologue arménien, Serge Sarkissian,
prennent de court leurs opinions publiques respectives et décident d’assister
ensemble à des matchs de football entre
les deux sélections nationales à Erevan
puis à Bursa, en Turquie. L’année suivante, en 2009, soutenus par Moscou et
Washington, les gouvernements turc et
arménien signent les protocoles de Zurich, initiant la mise en place de relations diplomatiques et l’ouverture de la
frontière. Un espoir bien fugace: sous la
pression de l’opposition nationaliste
contre Sarkissian, d’un côté, et surtout
le chantage diplomatique de l’Azerbaïdjan – inquiet de ce réchauffement des
relations– contre son allié, de l’autre, les
protocoles ne sont jamais votés par les
deux parlements. Erdogan, alors Premier ministre, conditionnant l’ouverture de la frontière à la résolution du
conflit au Haut-Karabagh. Faute d’avancée, les protocoles sont officiellement
enterrés par Erevan le 1er mars dernier.
300 MILLIONS DE DOLLARS
D’ÉCHANGES
Dans la province de Kars, le Monument
à l’humanité ne résistera pas à ce coup
de frein diplomatique. En campagne
dans la ville en 2011, le Premier ministre
Erdogan, alors en quête des voix des
électeurs nationalistes locaux et notamment de la communauté azérie (20% de
la population de la province), compare
l’œuvre d’art à une «monstruosité» et
appelle à sa démolition. Avec l’aval
du tribunal, la sculpture de Mehmet
Aksoy est démontée, ne laissant qu’un
piédestal chauve surplombant la ville.
«Aujourd’hui, il n’y a plus de projet entre
la région et ses voisins», soupire Alican
Alibeyoglu, frère de l’ancien maire et patron du média local Serhat. Terminé
également, son programme télévisuel
commun avec Vanadzor (3e ville d’Arménie) pour «partager la culture, la
nourriture, la danse de la région», poursuit le gaillard, assis derrière son bureau. Pour Alican, si une majorité de
la population de la région souhaite la
réouverture de la frontière, «les gens
n’osent cependant pas s’opposer à la politique nationale du gouvernement, ils ont
peur de parler à voix haute. En attendant il n’y a que Kars qui pâtit de la
situation. On a une forme d’embargo sur
la région». Mais si cette province orientale de la Turquie souffre d’un sous-développement économique et d’un exode
«Quand l’Arménie rendra les territoires
occupés à l’Azerbaïdjan, nous changerons de politique envers eux», tranche sèchement Adem Calkin, dirigeant local
de l’AKP. Ici, on ne transige pas avec la
politique du président Erdogan. A Ankara comme à Kars, personne ne souhaite froisser le régime d’Azerbaidjan
qui entend faire plier l’Arménie par un
blocus diplomatique et géographique
déjà vieux d’un quart de siècle. «La frontière ne pouvant être ouverte, on a donc
contourné l’Arménie avec des projets
comme avec le train Bakou-TbilissiKars, inauguré cette année», rappelle Fahri Ötegen, le président de la chambre
de commerce locale. Et de mettre en lumière d’autres infrastructures évitant le
territoire arménien, à l’instar de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (ville turque
près de la côte méditerranéenne) ou encore le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum. Pour l’homme d’affaires, les enjeux
économiques turco-azéris priment :
«L’Arménie est un petit pays, peu développé. Alors qu’avec l’Azerbaïdjan, notre
volume d’échanges pèse plusieurs milliards de dollars. En tant que businessman, vous avez des priorités.»
Pourtant, côté arménien, les esprits sont
prêts, promet Artusha Mkrtchyan, créateur du «Centre caucasien pour la proposition de méthodes de résolution des conflits non conventionnels». «En Arménie,
les anciennes générations ont toujours
peur des Turcs, en lien avec ce qu’il s’est
passé dans l’histoire. Mais les nouvelles
générations, elles, ont envie de créer des
liens, notamment économiques», avancet-il. Selon lui le véritable frein se trouve
à Ankara: «Il doit y avoir un changement
de la politique turque envers l’Azerbaïdjan et un retour vers les valeurs démocratiques. Je pense donc qu’il ne peut y avoir
de changement tant que Recep Tayyip
Erdogan est au pouvoir.» •
u 9
A Erevan,
le souffle
de l’alternance
La capitale arménienne était en liesse
lundi après la démission du Premier
ministre, Serge Sarkissian.
«L
e peuple a gagné», crient les dizaines de milliers
d’Arméniens en liesse dans les rues d’Erevan,
leur capitale. Après onze jours de manifestations, ils ont remporté leur bras de fer avec Serge Sarkissian, le Premier ministre, qui a démissionné ce lundi. Arrivé au terme de deux mandats présidentiels, le maximum,
il avait été nommé chef de l’exécutif le 17 avril. Sauf qu’il
avait pris soin de faire voter auparavant une réforme constitutionnelle qui a transformé le régime présidentiel en
régime parlementaire. Ainsi, Sarkissian gardait les rênes de
l’ancienne République soviétique après déjà dix ans au
pouvoir. De quoi mettre le feu aux poudres.
«Je proclame le début d’une révolution pacifique», a lancé
Nikol Pachinian, leader de l’opposition, alors qu’il manifestait le 17 avril aux côtés de milliers d’Arméniens pour demander le départ du Premier ministre. Et depuis la contestation n’a pas faibli. Lundi, des militaires ont même rejoint
le mouvement. Mais les choses s’étaient surtout accéléré
dimanche avec l’arrestation de Nikol Pachinian (libéré
lundi), suivie d’une manifestation qui a rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Erevan. Sarkissian avait tenté
le dialogue en rencontrant son opposant devant les caméras
le matin même. Mais le rendez-vous a tourné au vinaigre,
après seulement quelques échanges, le chef de l’exécutif
a quitté la pièce. «Le mouvement de la rue ne voulait pas que
je sois Premier ministre. Je satisfais votre demande et je souhaite paix et harmonie à notre pays», a-t-il déclaré. L’homme
politique n’est pas très populaire dans ce petit pays gangrené par la corruption. Sa démission doit être suivie par
celle du gouvernement, les différents partis siégeant au Parlement ont sept jours pour proposer leurs candidats au
poste de Premier ministre. La bataille n’est sans doute pas
terminée, car au Parlement la coalition menée par le Parti
républicain de Serge Sarkissian dispose de 65 sièges sur 105.
AURÉLIA ABDELBOST
Les informés
de franceinfo
Du lundi au vendredi de 20h à 21h
Avec Jean-Mathieu Pernin
chaque mardi avec
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10 u
MONDE
Libération Mardi 24 Avril 2018
LIBÉ.FR
Accueil des réfugiés dans l’Union
européenne Une étude montre les efforts
très disparates pour l’accueil des migrants
sur le Vieux Continent. Près de 538000 personnes, dont une
majorité provenant de pays en guerre, ont obtenu un statut
protecteur en 2017 en Europe selon Eurostat. A elle seule, l’Allemagne en a accueilli 60%. La France (photo), 7,5%. La République tchèque, elle, reste l’Etat de l’UE le plus fermé puisqu’il
n’a octroyé que 145 statuts protecteurs. PHOTO CYRIL ZANNETTACCI
La droite israélienne
étrille Natalie
Portman
Natalie Portman lors de la Berlinale, le 8 février. PHOTO STEFANIE LOOS. REUTERS
Pour marquer
son opposition
au gouvernement
Nétanyahou, la star
israélo-américaine
a renoncé à un
prestigieux prix qui
devait lui être remis
fin juin à Jérusalem,
s’attirant les foudres
des nationalistes.
Par
GUILLAUME
GENDRON
Correspondant à Tel-Aviv
S
ur le papier, c’était le
choix le plus consensuel imaginable. Oscarisée, binationale, diplômée
de Harvard, les pieds en
Amérique mais les racines en
Israël, «libérale» dans le sens
anglosaxon du terme, sioniste bon teint à la pointe du
combat féministe… Les organisateurs du prix Genesis
pensaient être à l’abri de la
controverse. Pour le jury de
ce «prix Nobel juif» (terme un
brin abusif: Michael Douglas
l’a reçu), fondé en 2012 par
des philanthropes liés au
gouvernement pour raviver
les liens distendus entre la
Terre sainte et des représentants exemplaires de la diaspora, la star de Black Swan
était tout à la fois «une actrice
aux grands accomplissements, une activiste dévouée
aux causes sociales et un être
humain formidable».
Mais voilà: Natalie Portman,
qui a accepté le prix il y a
cinq mois, a finalement décidé de ne pas se rendre à Jérusalem fin juin. Dans un
premier temps, elle a cité,
sans évoquer clairement la
situation à Gaza ou le sort des
réfugiés africains, des «événements récents extrêmement
éprouvants» l’empêchant de
«prendre part la conscience
libre» au raout en son honneur. La cérémonie a donc
été annulée. La comédienne
devrait tout de même recevoir un chèque de 2 millions
de dollars (1,6 million
d’euros) destiné à des associations de son choix.
L’annonce, tombée en pleines cérémonies des 70 ans de
l’Etat, a déclenché l’ire de
l’ultrapatriotique ministre de
la Culture, Miri Regev. mes valeurs juives. Parce
L’icône serait ainsi tombée qu’Israël m’est cher, je dois
«comme un fruit mûr dans les m’opposer à la violence, à la
mains du BDS [Boycott, dé- corruption, aux inégalités et
sinvestissement, sanctions, à l’abus de pouvoir.» Et
ndlr]», ce mouvement inter- d’ajouter: «Comme beaucoup
national qui prône le boycott d’Israéliens et de juifs dans le
politique, économique et monde, je peux critiquer la
culturel d’Israël. Une accusa- direction israélienne sans
tion synonyme
pour autant voude haute trahiLA FEMME loir boycotter l’enson. Jamais en
semble du pays.»
DU JOUR
reste, le sulfuPour le quotidien
reux député du Likoud Oren de gauche Haaretz, Portman
Hazan a demandé que la star a inventé le «BibiDS». Pas de
hollywoodienne soit déchue quoi calmer les nerfs de la
de sa nationalité.
coalition d’ultradroite au
pouvoir, au contraire. Di«BibiDS». Au bout de vingt- manche, Yuval Steinitz, miquatre heures d’hystérie mé- nistre des Infrastructures indiatique et politique, Natalie time de «Bibi», l’a accusée
Portman a tenu à s’expliquer «d’avoir une relation à Israël
sur Instagram. Non, elle n’a proche de l’antisémitisme» et
pas rejoint le BDS. Elle aime de «collaborer avec ceux qui
toujours «la gastronomie, les nous haïssent». La même Nalivres, l’art et le cinéma» is- talie Portman qui, trois ans
raéliens. Ce qu’elle boycotte, plus tôt, adaptait pour ses
c’est le Premier ministre, premiers pas derrière la caBenyamin Nétanyahou, dit méra un roman d’Amos Oz
«Bibi», qui devait faire un décrivant la genèse douloudiscours lors de la cérémo- reuse de l’Etat hébreu après
nie. «Le mauvais traitement l’Holocauste… Dans une lade ceux qui souffrent des atro- borieuse métaphore la rencités d’aujourd’hui n’est sim- voyant à son rôle dans Star
plement pas en accord avec Wars, Gilad Erdan, autre mi-
nistre estampillé Likoud,
l’accuse d’avoir rejoint le côté
obscur de la Force.
«Gauchistes». «Franchement, elle aurait pu être bien
plus critique, parler de tirs à
balles réelles sur des manifestants désarmés [à la frontière
avec Gaza], remarque le réalisateur israélien Amos Gitaï,
qui l’a fait tourner en 2005
dans Free Zone. Je pense que
ça a dû être douloureux pour
elle. On sent qu’elle a choisi ses
mots, son communiqué est
très mesuré. Mais je ne suis
pas étonné par la violence de
la réaction: ce gouvernement
n’est pas rationnel, il tire à
vue sans poser de question.
Alors que le rôle de l’artiste,
s’il tient à son pays, c’est
d’avoir un rapport critique à
celui-ci. Ou alors on fait des
relations publiques…»
Ces dernières années, le septième art israélien s’est constitué en contre-pouvoir et est
entré en guerre ouverte avec
la ministre Miri Regev, décidée à mettre au pas ce «cinéma de gauchistes». Quitte à
appeler –comble de l’ironie–
au boycott de celui-ci, comme
ce fut le cas lors du festival du
film israélien à Paris le mois
dernier. De fait, Israël a surinvesti dans ses exports les plus
glamour : Portman donc, et
Gal Gadot, la Wonder Woman
de DC Comics (qui avait soutenu Tsahal sur Instagram
lors de la guerre à Gaza
en 2014). Pour la droite quasi
hégémonique, le sentiment
de trahison n’en est que plus
grand. Gitaï se dit surpris du
«retournement de veste» de
l’opinion envers une personnalité aussi adulée. En soutien, le mouvement La Paix
maintenant a lancé le slogan
«I’m with her». Il n’y a cependant pas consensus dans l’opposition. Certains font
remarquer que l’écrivain et
virulent opposant David
Grossman (lire Libération du
20 avril) a accepté sans se dédire de recevoir jeudi dernier
le prix Israël des mains du
leader des nationalistes-religieux, Naftali Bennett. Ce qui
reste de la gauche israélienne
réplique en citant la sénatrice
Amidala dans Star Wars :
«C’est donc comme ça que la liberté meurt… Sous les applaudissements.» •
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Libération Mardi 24 Avril 2018
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LIBÉ.FR
u 11
Bruxelles pour la protection
des lanceurs d’alerte La pression
exercée par le Parlement européen, le
Conseil de l’Europe et la société civile a fini par payer : la
Commission européenne s’est finalement résolue à proposer, lundi, une directive ambitieuse organisant la protection des lanceurs d’alerte. Présentée par l’exécutif
européen, elle doit encore être adoptée par le Parlement
et les chefs d’Etat avant d’entrer en vigueur.
Au Nicaragua, la réforme des retraites
abandonnée face aux émeutes
CHINE
YÉMEN
Dans un rapport publié
lundi, Human Rights Watch
accuse de grandes entreprises chinoises, privées
comme publiques, de pratiquer la discrimination au
bénéfice des hommes dans
leur recrutement. Selon
l’ONG, Alibaba, Tencent ou
Baidu ont publié des annonces destinées aux «hommes
uniquement» ainsi que
d’autres enjoignant aux candidates d’être «plaisantes esthétiquement». Autant de discriminations illégales en
Chine. Le secteur public n’est
pas exempt des critiques de
l’ONG: près d’une offre d’emploi sur cinq pour les recrutements 2018 de la fonction publique stipule «hommes
seulement» ou «hommes préférés». Les annonces pour recruter des conductrices de
train leur demandent d’être
«minces», «à la mode» et «belles». Le rapport est fondé sur
l’analyse de plus de
36 000 offres d’emploi postées entre 2013 et 2018 sur des
plateformes de recrutement
chinoises, les sites des entreprises ou les réseaux sociaux.
La mort du plus haut responsable politique des rebelles au Yémen, Saleh alSammad, a été annoncée
lundi. Il aurait été tué le
19 avril dans une frappe aérienne attribuée par les insurgés à la coalition militaire menée par l’Arabie
Saoudite. Il s’agit d’un coup
dur pour les rebelles houthis
en lutte contre le pouvoir yéménite, aidé depuis 2015 par
cette coalition de plusieurs
pays dirigée par Ryad. Dans
un communiqué diffusé par
l’agence de presse Saba, les
rebelles ont affirmé que Sammad était «tombé en martyr»
dans la province de Hodeida
(ouest). Par ailleurs, selon
Médecins sans frontières, au
nord du Yémen, des dizaines
de personnes participant à
une cérémonie de mariage
ont été tuées ou blessées dimanche soir au cours de
«raids parmi les plus dévastateurs dans la région ces derniers mois». Deux tentes de
mariage ont été touchées par
les frappes et une trentaine
d’enfants figurent parmi les
blessés.
Après une vague de mécontentement qui a provoqué
en cinq jours la mort d’au
moins 30 personnes, le président du Nicaragua, Daniel
Ortega, a renoncé dimanche
à sa réforme des retraites.
Les manifestants protestaient contre un plan d’augmentation de contributions
sociales. Les troubles, accompagnés de pillages, ont
touché tout le pays et sont
les plus graves depuis l’arrivée au pouvoir du président
sandiniste (socialiste), il y a
onze ans.
«Nous devons rétablir l’ordre,
nous ne pouvons pas permettre que s’imposent le chaos, le
crime, les pillages», a déclaré
le Président devant une délégation du patronat, comparant les manifestants
aux gangs criminels et sans
faire mention du nombre
de morts. La réforme des retraites visait, sur recommandation du FMI, à réduire le
déficit de la Sécurité sociale.
Elle imposait une baisse
de 5 % des retraites, ainsi
qu’une hausse des cotisations des salariés et des employeurs. Le plan était censé
rapporter au moins 200 millions d’euros par an à l’Etat.
Le cercueil d’un lycéen tué dans une manif, à Managua dimanche. PHOTO I. OCON. AFP
Les manifestations ont été
durement réprimées par la
police antiémeutes et par
des turbas, groupes de militants du Front sandiniste au
pouvoir, organisés en milices. Parmi les morts figure le
journaliste Angel Eduardo
Gahona, tué par balle alors
qu’il transmettait sur Facebook Live un défilé à Bluefields, sur la côte atlantique.
La presse a décrit lundi une
descente de police dans
l’université polytechnique
de Managua, sans pouvoir
Macron entame son idylle «trumpienne»
Poignée de main virile ou hug
à l’américaine? Entre Macron
et Trump, la bromance va se
poursuivre pendant les trois
jours de visite d’Etat dont
l’Américain a gratifié son homologue français. Accompagné de sa femme, Brigitte, ce
dernier a atterri lundi
à 13 heures sur la base militaire d’Andrews, avant de se
rendre à la Maison Blanche,
où les attend le couple
Trump et de redécoller pour
un dîner aux chandelles au
bord du Potomac, sur la terrasse de Mount Vernon, la
demeure de George Washington. Pour sceller leur amitié,
Trump et Macron planteront
ce mardi matin un chêne du
nord de la France dans les
jardins de la Maison Blanche.
PHOTO JACQULYN MARTIN. AP
confirmer la mort d’un
jeune homme annoncée par
les étudiants. La veille, selon
un communiqué officiel, un
policier de 33 ans avait été
tué par un coup de feu dans
le même secteur.
L’ampleur du mouvement
de protestation dépasse largement la réforme des retraites. «Nous nous battons
non seulement pour l’INSS
[Institut national de la sécurité sociale], mais pour toutes les années de pillage de la
population par le régime
sandiniste», a confié un étudiant d’ingénierie de Managua à l’AFP.
En novembre 2016, les conditions de la réélection d’Ortega avaient été contestées
dans le pays comme à l’étranger. Pour briguer un nouveau
mandat, l’ex-guérillero (déjà
président entre 1985 et 1990)
avait modifié la Constitution
et invalidé sous divers prétextes les candidatures des
principaux opposants.
FRANÇOIS-XAVIER
GOMEZ
8livres et 7onces
Soit 3,83 kilos: c’est le poids du troisième enfant de William et Catherine, duc et duchesse
de Cambridge, né lundi à l’hôpital londonien
St Mary. Du petit garçon, on ne sait pas encore
grand-chose –pas même le prénom–, si ce n’est
qu’il se classe en cinquième position dans l’ordre
de succession du trône. Les chroniqueurs royaux
meublaient donc lundi à coups de souvenirs et de
spéculations. Le bébé est un peu plus lourd que ses
aînés, George et Charlotte, ce qui, sûrement, signifie quelque chose, ou pas du tout. La fratrie viendrat-elle rendre visite au petit frère? Possible, mais pas
sûr non plus: il y a école. Bonne nouvelle en tout
cas pour Andrew, troisième enfant d’Elizabeth II.
Relégué en 7e position dans la lignée, il n’a plus à
demander à sa mère l’autorisation de se (re)marier,
contrairement aux six premiers.
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12 u
FRANCE
Libération Mardi 24 Avril 2018
SNCF
L’argent, nerf
de la grève
Alors que les négociations avec le gouvernement
sont au point mort, la cinquième vague de
mobilisation des cheminots est un peu moins
suivie. A ce stade, la question financière commence
à peser, même si la détermination demeure.
Par
elles réclament des discussions di-
FRANCK BOUAZIZ et
rectes avec le Premier ministre. LeGURVAN KRISTANADJAJA quel leur a fait répondre qu’il ne
Photos ALBERT FACELLY
descendrait pas dans l’arène.
A
force de se croiser, les jours
de grève programmés à la
SNCF et Air France ont fini
par se rejoindre. Lundi et mardi,
les arrêts de travail des deux transporteurs coïncident, ce qui fait
monter au créneau les syndicats
d’hôteliers. La profession commence à s’inquiéter pour les ponts
du mois de mai et les réservations
estivales, qui pourraient être affectées par ce double mouvement social. A la SNCF, cette cinquième
vague d’arrêt de travail marque un
fléchissement de la mobilisation
parmi l’ensemble des cheminots:
17,45 % de grévistes en moyenne
lundi, contre 34 % le 3 avril, premier jour de la grève. Mais la mobilisation demeure élevée chez les
conducteurs : 62,6 %, contre 77 %
au début du mouvement.
Arène. Les négociations, elles,
sont au point mort. Un dernier
round de discussions est programmé mercredi matin avec la
ministre des Transports, Elisabeth
Borne. Mais rien ne dit que les organisations syndicales reviendront à la table des négociations.
Depuis qu’elles ont claqué la porte
du ministère, la semaine dernière,
Ce mardi, les quatre organisations
représentatives à la SNCF (CGT,
Unsa, SUD-Rail et CFDT) doivent
tenir une réunion interfédérale
afin d’accorder leurs violons. Au
programme des discussions, notamment, une prolongation de la
grève sur le mode de deux jours sur
cinq, au-delà de la date initialement prévue du 28 juin.
La CFDT a également décidé de
croiser le fer avec la direction de
la SNCF sur l’épineuse question
des jours de repos et de récupération. La direction considère en effet qu’à partir du moment où les
cheminots se déclarent grévistes,
les jours de repos situés entre deux
arrêts de travail n’ont pas à être rémunérés, puisqu’ils s’intercalent
entre des périodes de grève. La
CFDT, elle, estime que ces temps
de récupération n’ont pas à être pénalisés, et y voit un moyen de faire
pression sur les grévistes. Saisi en
référé, le tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis) devrait –s’il accepte la procédure d’urgence– trancher dans les
jours qui viennent.
Dans le calendrier initial de la réforme ferroviaire, des discussions
directes entre les syndicats et la
SNCF auraient dû, d’ici quelques
jours, prendre le relais des négociations avec le gouvernement. Impossible, pour l’instant, de savoir
si elles se tiendront avec l’ensemble des organisations syndicales.
«Force». Plus prudente, l’Union
des transports publics, au sein de
laquelle sont regroupées toutes les
entreprises du secteur ferroviaire,
a préféré ajourner les séances de
négociation sur la future convention collective, qui doit entrer en
vigueur après la fin du recrutement au statut de cheminot, prévue pour début 2020. «Le moment
n’est pas propice, puisque le projet
de loi sur la réforme ferroviaire
n’est pas encore voté de manière définitive, précise le secrétaire général de l’organisation, Claude Faucher. Nous sommes dans la phase
paroxystique de la construction du
rapport de force.» Dans ce rapport
de force, l’une des inconnues reste
la capacité des grévistes à tenir le
mouvement dans la durée. «Cette
grève, c’est faire mal aux portefeuilles des patrons pour influencer
les négociations, mais c’est aussi
surveiller le nôtre», disait un cheminot lors de la manifestation de
jeudi. Après plus de trois semaines
de mobilisation, et alors qu’approche le versement de la paie d’avril,
la question financière devient,
pour certains grévistes, de plus en
plus prégnante. •
LAËTITIA, 1200 EUROS NET PAR MOIS
«JE VAIS VENDRE LES OBJETS
DE PUÉRICULTURE DE MON FILS»
Depuis le premier jour de grève,
le 3 avril, Laëtitia est une inconditionnelle. Quand elle ne doit pas
s’occuper de son jeune fils, cette
mère célibataire est de toutes les
assemblées générales et manifestations. «On ne peut pas se permettre de perdre maintenant.
C’est un sacrifice, c’est sûr, et je
vais me serrer la ceinture, mais là
il faut le faire», assure-t-elle.
Ce lundi, alors que le calendrier
prévoit un nouveau jour de mobilisation, la militante SUD rail a
tenu de nouveau à participer à
l’AG de la gare du Nord. Comme
beaucoup de cheminots du dépôt, elle ne suit pas le calendrier
intermittent de la CGT. «Je suis en
grève reconductible tous les jours
ou presque. Ce doit être mon 13e
ou 14e jour d’arrêt de travail», estime l’agente commerciale.
A 34 ans, après huit années passées à la SNCF, la cheminote, qui
travaille à temps partiel (71 %),
touche 1200 euros net mensuels.
Un jour de grève lui «coûte», primes comprises, environ 70 euros,
selon ses calculs. Après plus de
trois semaines, la mobilisation
commence à peser sur son budget. «Je n’ai pas encore osé regarder ma fiche de paie en ligne, je
ne sais donc pas combien j’aurai
le mois prochain», glisse celle qui
se définit elle-même, mi-amusée,
mi-gênée, comme un «panier
percé». «Je vais m’adapter, car je
n’ai pas d’économies. Je vais par
exemple vendre les objets de
puériculture de mon fils sur Internet. Et j’envisage peut-être de vivre à découvert.»
Petite éclaircie : la prime d’intéressement, que les cheminots
doivent toucher ce mois-ci. Pour
Laetitia, cela représente environ 240 euros brut, qui devraient
l’aider à tenir un peu. Elle a aussi
demandé à se faire payer ses
jours fériés travaillés : «deux
jours, c’est 30 euros en plus chacun», précise-t-elle. Mais si elle se
dit prête à poursuivre la grève,
elle tient à s’assurer que son fils
aura «quelque chose à manger
dans son assiette». L’agente commerciale compte sur ses proches,
avec qui elle vit, et qui «pourront
[l’]aider en cas de coup dur».
Pas question, en tout cas, d’arrêter la grève. «Je n’ai pas envie de
lâcher ce que l’on défend : on a
plus à perdre sur le long terme
que maintenant. C’est sûr qu’à un
moment, il faudra peut-être que
je me raisonne, mais pour l’instant j’essaye encore de convaincre les collègues qu’il faut se mobiliser.» Pour elle, le retrait de la
réforme se fera au prix d’une
grève reconductible tous les
jours. Et peu importe ce qu’elle
lui coûte pour l’instant.
G.K.
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Libération Mardi 24 Avril 2018
HANANE, 1700 EUROS NET PAR MOIS
«J’ENVISAGE DE RENONCER À MES VACANCES»
Hanane prévient d’emblée: contrairement à ses collègues, elle ne suit
«aucun calendrier». Non syndiquée,
elle fait partie de ces cheminots que
les militants cherchent à convaincre
de s’investir davantage afin de faire
basculer le mouvement. Jusqu’à présent, l’agente commerciale a fait grève
«quatre ou cinq jours». «Je ne pouvais
pas me permettre financièrement de
u 13
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venir tous les jours» en AG, concède
la cheminote, qui a depuis décidé
de consentir d’importants efforts financiers.
Entrée à la SNCF il y a dix-sept ans,
elle touche aujourd’hui, à 39 ans,
1700 euros net. «On nous traite de privilégiés, mais Guillaume Pepy [le président de la SNCF, ndlr] n’est jamais
venu sur le terrain voir combien on
gagne vraiment», assure Hanane. Son
salaire mensuel étant amputé chaque
jour de 75 euros net (primes comprises), la grève représente pour elle un
réel investissement. «Je n’ose pas regarder ma paie ce mois-ci et je ne
connais pas le montant de la prime
d’intéressement que l’on touche à la
fin du mois, donc je ne sais pas vraiment ce qui m’attend», poursuit-elle,
anxieuse. Mais après plusieurs semaines passées à s’interroger sur son implication dans le mouvement, Hanane
a finalement décidé, ce lundi, de se
mettre en grève reconductible tous
les jours. «Je n’ai pas de syndicat, mais
je suis d’accord avec les idées de
SUD rail et de la CGT. Et si j’ai décidé
de partir en illimité, c’est parce qu’il
faut vraiment que l’on se batte pour
les jeunes embauchés.» Une décision
prise d’un commun accord au sein du
couple : «On en a discuté avec mon
mari. Il soutient la grève et il me comprend. Il touche aussi un salaire, ce
qui permet d’amortir un peu.» A la
gare du Nord, plus que dans les autres
dépôts, c’est d’ailleurs la tendance de
fond : les cheminots, pour la plupart,
se mettent en grève chaque jour.
Pour Hanane, cette décision constitue
cependant un sacrifice : «Je devais
partir en vacances en juin au Maroc,
mais là, j’envisage sérieusement de
renoncer. Avec l’argent que me coûte
la grève, je ne peux pas me le permettre pour l’instant.» Et même si le couple a réussi à faire des économies
ces dernières années, elle envisage de
solliciter son entourage pour boucler
les fins de mois.
G.K.
Carnet
DÉCÈS
Claire Carrard, sa compagne, Christian et Christiane
Bouquin, ses parents,
sa famille et tous ses amis
ont l’immense tristesse de
vous faire part du décès de
Delphine BOUQUIN,
survenu le 18 avril à Paris,
à l’âge de 40 ans
Une cérémonie aura lieu dans
la salle de la Coupole
du cimetière du Père Lachaise
mercredi 25 avril à 13h30
Ni fleurs, ni couronnes.
Nous vous invitons à adresser
vos dons à la recherche
contre le cancer.
SOUVENIRS
ANNIE VIVIER
21 juin 1944 - 24 avril 2008
«Je n’oublierai jamais les lilas
ni les roses»
FLO, 2000 EUROS NET PAR MOIS
«UN MOIS COMME LES AUTRES»
Pour justifier le recours à la grève intermittente, la
CGT avait avancé une forme de compromis: perturber
le trafic sans trop affecter les finances des cheminots.
Au moment d’en faire un premier bilan, en cette fin
avril, le cas de «Flo», militant cégétiste, pourrait être
cité en exemple par le secrétaire général de l’organisation, Philippe Martinez.
Depuis dix ans qu’il travaille à la SNCF, cet agent de
circulation touche environ 2000 euros net par mois.
«Avec les primes, ça fait 2200 ou 2300 euros», précise
le trentenaire. Au premier jour de la mobilisation, il
a décidé de suivre le calendrier de deux jours de grève
sur cinq, prévu par son syndicat, avec l’objectif de tenir jusqu’au mois de juin. «C’est une mobilisation dans
la durée», répètent à l’envi les militants CGT de la gare
du Nord, à Paris. Flo, lui, se dit serein financièrement:
le mois d’avril sera «un mois comme les autres». Selon
ses calculs, il lui faut retirer 75 euros de sa paie pour
chaque jour de mobilisation, auxquels viennent
s’ajouter 15 euros de manque à gagner sur les primes.
Mais s’il en est à son 9e jour de grève, le décompte de
la paie s’arrête au 17 du mois d’avril, «donc ça me fera
seulement quatre ou cinq jours de salaire en moins»,
estime-t-il. Une perte que la prime d’intéressement
de 300 euros qu’il va toucher à la fin du mois viendra
quasiment compenser.
En couple et père d’un enfant, il avait anticipé la mobilisation avant qu’elle ne débute, en mettant sa prime
de treizième mois de côté. Avec sa compagne, ils sont
propriétaires d’un appartement en banlieue parisienne et remboursent un crédit immobilier
de 1 300 euros par mois. Pas vraiment un motif d’inquiétude, là non plus, pour ce militant qui se dit déterminé à tenir «jusqu’à juin s’il le faut». «Je suis prêt, assure-t-il. On a davantage à perdre si l’on ne se bat pas.»
Le cheminot affirme qu’il suivra aussi la grève reconductible, tous les jours, si l’instruction en est donnée.
«Au pire, on se débrouillera comme on peut.»
G.K.
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14 u
FRANCE
Libération Mardi 24 Avril 2018
LIBÉ.FR
Les étudiants lillois en grève des copies
A la faculté de droit et de science politique de Lille, les étudiants grévistes ont refusé de remplir leur copie d’examen.
En lieu et place des réponses attendues, ils ont préféré interpeller ceux qui
critiquent leur mouvement et témoigner de leur confrontation avec les forces
de l’ordre. Une copie raconte: «J’arrive à 12h30 devant la fac de droit. […] Les
CRS chargent, lancent des projectiles, frappent avec leurs matraques le petit
nombre qui résiste encore. Alors, en raison de la situation, je n’ai pas envie de répondre aux sujets, parce que, non, tout ça, c’est pas des conditions d’examen.»
L’hypertension artérielle, un fléau
français sous-estimé
Une étude rendue
publique ce mardi
alerte sur le
nombre croissant
de personnes
touchées par cette
pathologie,
en particulier les
femmes. Et ce, faute
d’une prévention
suffisante.
mentation et, surtout, la progression de la sédentarité.
L’enquête Esteban a été réalisée auprès de 2 169 adultes
âgés de 18 à 74 ans, qui se sont
vu mesurer au moins deux
fois leur pression artérielle.
Les résultats sont clairs : la
prévalence – c’est-à-dire le
nombre de personnes touchées à un moment donné–
s’élève à 30,6%. Un taux bien
plus élevé chez les hommes
que chez les femmes, et qui
augmente avec l’âge. PrePar
mière inquiétude, seule
ÉRIC FAVEREAU
une personne sur deux a
connaissance de son hyperst-ce le symptôme tension. Seconde inquiéd’un laisser-aller ? Un tude, parmi les personnes
manque de préven- traitées, 55 % ont une prestion ? Rendues publiques ce sion artérielle contrôlée.
mardi, les données d’une en- «Les résultats ne montrent
quête nationale sur l’hyper- aucune amélioration depuis
tension artérielle (HTA) en une dizaine d’années, puisFrance indiquent un moins qu’elle est toujours d’envibon suivi des personnes tou- ron 30 % de la population,
chées, mais aussi une aggra- s’alarment les auteurs. La
vation de la siprise en charge
tuation (1). Et
AU RAPPORT ne s’est pas
ce, alors même
non plus améque les pouvoirs publics in- liorée, puisque plus de la moisistent sur la nécessaire prio- tié des personnes hypertenrité à donner à la prévention. dues n’a aucun traitement
L’hypertension artérielle antihypertenseur.»
(HTA) est devenue banale. Cette mauvaise tendance estElle est désormais la patholo- elle observée chez nos voigie chronique la plus fré- sins? La situation en France
quente en France, touchant est particulièrement préocprès d’un adulte sur trois. cupante. Car si dans les pays
Elle constitue un facteur de à revenus élevés la prévarisque majeur de pathologies lence de l’hypertension artécardio-neuro-vasculaires, en rielle s’établit en 2010
particulier de risques d’acci- à 31,5 % chez les hommes
dent vasculaire cérébral et 25,2% chez les femmes, les
(AVC). Depuis quelques dé- hommes français sont, eux,
cennies, on dispose de traite- beaucoup plus touchés.
ments variés et très efficaces. Autre point noir, aux EtatsEncore faut-il que la per- Unis comme en Allemagne,
sonne sache qu’elle en est
atteinte.
E
Sédentarité. L’un des objectifs de l’étude, dite Esteban, a été de faire le point en
mesurant la prévalence de
l’hypertension artérielle en
France, la qualité de son dépistage et de sa prise en
charge entre 2006 et 2015.
Une question d’autant plus
pertinente que cette pathologie est souvent liée aux conditions de vie modernes, avec
les nouveaux modes d’ali-
L’hypertension
artérielle est
la pathologie
chronique la
plus fréquente
en France,
touchant près
d’un adulte
sur trois.
mais aussi au Portugal et en
Angleterre, les personnes
sont beaucoup plus au courant de leur HTA. Pour les
auteurs de l’étude, «ce mauvais résultat pose question
quant au dépistage de l’HTA
en France (médecine scolaire,
médecine générale, gynécologie, médecine du travail…)».
Or ce dépistage était considéré jusqu’à présent comme
performant. Des questions se
posent également sur l’information du patient après dépistage, sur sa compréhension et son acceptation du
diagnostic.
Comment expliquer ce mauvais bilan? Les auteurs mettent en avant une poussée
réelle de l’obésité chez la
femme française, ce qui n’est
pas le cas chez l’homme.
«Chez les femmes, l’augmentation de la corpulence, couplée à une diminution du niveau d’activité physique,
pourrait partiellement expliquer l’élévation significative
de la pression artérielle systolique, avant 65 ans, et de la
pression artérielle diastolique, après 65 ans, entre 2006
et 2015», soulignent les chercheurs, qui ajoutent : «Une
élévation de plus de 20 % de
la prévalence du surpoids
(obésité incluse) a été en effet
observée chez les femmes
de 40 à 54 ans entre les deux
études.»
«Sel». De même, l’étude relève une diminution du niveau d’activité physique
moyen, «avec une diminution
de la proportion de femmes
physiquement actives». Ce
qui n’est pas le cas chez nos
voisins : «En Italie, entre 1998-2002 et 2008-2012,
une baisse de la prévalence de
l’HTA et un meilleur contrôle
ont été rapportés chez les femmes, grâce à la mise en place
d’actions de prévention contre
la sédentarité et la réduction
des apports alimentaires en
sel. De la même manière, la
connaissance de la maladie,
son traitement et son contrôle
ont évolué de manière positive dans les autres pays à revenus élevés, alors que la si-
Rosalba, de Botero. Les auteurs de l’étude pointent une poussée de l’obésité et un
manque d’exercice chez les femmes. PHOTO CHRISTIE’S. ARTOTHEK. LA COLLECTION
tuation est restée stable en
France pour la connaissance», déplorent les auteurs
de l’étude Esteban.
Un constat d’autant plus
alarmant qu’en juin 2011 la
haute tension artérielle sévère a été retirée de la liste
des affections de longue du-
rée, à la grande fureur des
spécialistes. «Cette décision
limite, pour des milliers de
nos concitoyens les plus défavorisés, l’accès aux traitements d’une maladie grave»,
avait alors alerté le professeur Ménard, spécialiste
mondial de l’hypertension
artérielle. Les résultats
de l’étude lui donnent
aujourd’hui raison. •
(1) «L’hypertension artérielle en
France, prévalence, traitement, et
contrôle, en 2015 et évolutions depuis 2006», réalisée sous l’égide
de Santé publique France.
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Libération Mardi 24 Avril 2018
u 15
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Vélib en grève A Paris,
LIBÉ.FR
Smovengo et son nouveau
Vélib s’enlisent toujours plus
dans la grève, suivie par une soixantaine de salariés (soit 85 % des agents d’après leurs représentants) qui réclament de meilleures conditions de travail. Le mouvement qui touche le
prestataire de vélos en libre-service dure depuis près d’une semaine. PHOTO REUTERS
AFP
«[Emmanuel Macron]s’est
engagé sur la procréation
médicalement assistée.
Et je ne doute pas qu’il mènera
cette réforme.»
FRANÇOIS
HOLLANDE
ex-président PS
de la République
sur Buzzfeed
Après la parution de son livre les Leçons du pouvoir, l’anniversaire des cinq ans du mariage pour tous a été l’occasion
pour François Hollande de réitérer son regret de n’avoir
pas mis en œuvre la procréation médicalement assistée
pour les lesbiennes et les femmes célibataires. Interrogé
sur les critiques suscitées par la formule de «famille homosexuelle» employée par Emmanuel Macron lors de son discours devant la Conférence des évêques de France, l’exprésident de la République a estimé qu’il s’agissait vraisemblablement d’une «erreur d’expression». Et renvoyé
le candidat Macron à sa promesse d’ouvrir la PMA.
Tarnac Le parquet
ne fait pas appel
de la relaxe
Tarnac, c’est fini. Le parquet
de Paris a annoncé lundi qu’il
ne faisait pas appel du jugement du tribunal correctionnel qui a prononcé le 13 avril
la relaxe quasi générale des
prévenus. Les principaux prévenus du procès, Julien Coupat, longtemps présenté
comme le leader charismatique d’un groupe d’ultragauche, et son ex-compagne,
Yildune Lévy, ont notamment été relaxés pour les faits
de sabotage d’une ligne SNCF
et d’association de malfaiteurs. Initialement poursuivis
pour terrorisme avant d’être
jugés pour des délits de droit
commun, ils n’ont finalement
été reconnus coupables que
d’avoir refusé un prélèvement
biologique lors de leur première garde à vue, mais ont
été dispensés de peine.
Après dix années d’une procédure judiciaire hors norme,
débutée sous pression du
pouvoir sarkozyste et par un
emballement médiatique,
toute l’enquête policière avait
été démontée dans le délibéré du tribunal correctionnel de Paris : «L’audience a
permis de comprendre que le
groupe de Tarnac était une
fiction», avait ainsi noté la
président Corinne Goetzmann dans son jugement.
Recycler et réparer: Edouard Philippe
se la joue décroissant
Acheter réparable et recyclable pour «consommer un peu
moins» et lutter contre «l’obsolescence programmée de
notre planète». Tel est l’axe
du «plan de bataille antigaspillage» lancé lundi par le
Premier ministre, lors d’une
visite de l’usine Seb de
Mayenne, dans le département du même nom. Pour
Edouard Philippe, converti
à la sobriété écologique
mâtinée de patriotisme économique, «la première manière de moins jeter, c’est
d’acheter robuste, c’est-à-dire
souvent français, voire européen. […] Une autre façon,
c’est de consommer un peu
moins».
Salah Abdeslam
condamné à 20 ans
de prison en Belgique
Le procès promettait d’être
un événement mondial. Le
jugement, rendu lundi, n’a
suscité que peu de commentaires. Salah Abdeslam, seul survivant des attentats du 13 Novembre, et
son complice Sofien Ayari
ont été condamnés à
vingt ans de prison en Belgique pour «tentative d’assassinat terroriste». Les
faits sont survenus durant
sa cavale, le 15 mars 2016,
quelques jours avant son
interpellation.
En février, au moment de
l’audience, Abdeslam avait
comparu une seule matinée. Son avocat, Sven
Mary, avait le secret espoir
de voir enfin son client
s’exprimer. Mais Abdeslam
s’était une nouvelle fois
muré dans le silence, sa
seule saillie, féroce, n’ayant
duré que quelques secondes: «Je suis venu parce que
je suis un acteur de ce procès. Je constate que les musulmans sont jugés impitoyablement. Il n’y a pas de
présomption d’innocence.
[…] Jugez-moi, faites de moi
ce que vous voulez. Je n’ai
pas peur de vous, de vos
alliés ou de vos associés. Je
place ma confiance en Allah, mon seigneur.»
Le 15 mars 2016 à 14 h 11,
huit policiers (six Belges et
deux Français) s’étaient
présentés pour perquisitionner une planque attribuée à Khalid El Bakraoui,
un des logisticiens des attaques de Paris et de Bruxelles. Surprise, trois membres
de la nébuleuse jihadiste y
étaient retranchés, dont Salah Abdeslam. Mohamed
Belkaïd, un Algérien
de 35 ans, lui aussi coordinateur des tueries parisiennes, avait alors ouvert le feu
et blessé deux policiers. Ces
quatre heures de retranchement, kalachnikov au
poing, avaient permis à Abdeslam et Ayari de fuir par
le toit du premier étage.
Cette première condamnation ne change nullement
l’avenir judiciaire français
du cadet des Abdeslam.
Placé sous un régime d’isolement drastique à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), il attend
désormais le procès des
tueries parisiennes. Il devrait se tenir aux assises
spéciales de Paris en 2020
ou 2021. W.L.D.
1 Un portail
est réparable ou non. Et, «à
compter de 2021», un logo figurera sur «tous les produits
recyclables à destination des
ménages».
pour les plaintes
Le Premier ministre a annoncé la création «dans les
prochaines semaines» par la
DGCCRF (Direction de la
concurrence) d’un «portail
qui permettra aux consommateurs de déposer plainte facilement et de mieux faire valoir leurs droits» en matière
de «garantie légale de conformité des produits».
3 Surtaxer
les déchets
Pour le rendre d’ici la fin du
quinquennat compétitif par
rapport à la mise en décharge, l’Etat compte baisser
la TVA sur le recyclage et,
«pour compenser», augmenter la TGAP (taxe sur les déchets). «La France affiche un
taux de valorisation des déchets municipaux de l’ordre
de 40 %, plus bas que beaucoup de nos voisins», a déploré Edouard Philippe.
2 Un logo
«recyclable»
Le gouvernement veut rendre obligatoire à partir
de 2020 un affichage permettant de savoir si un produit
électrique ou électronique
ABONNEZ
4 Récup de jouets
et de mégots
Le plan prévoit d’étendre
avant la fin de l’année le principe de responsabilité des
producteurs aux «emballages
des cafés-hôtels-restaurants,
aux jouets, articles de sport,
de loisir et de bricolage» ainsi
qu’aux déchets du bâtiment.
En cas de non-respect, des
sanctions seront prévues. Le
gouvernement veut aussi
«mobiliser les producteurs de
cigarettes pour gérer les mégots» jetés au sol. Et promet
de «très fortement inciter» la
filière du recyclage à s’organiser pour récupérer les vieux
portables.
M.É. (avec AFP)
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16 u
FRANCE
Libération Mardi 24 Avril 2018
LIBÉ.FR
Mise en marche ou mise au pas ? Zadistes, mi-
grants, étudiants en lutte, apprentis frondeurs de LREM…
«Après le printemps arabe, on avait disserté sur le “dégagisme” d’en bas, qui chassait les tyrans de leur trône. Voici le dégagisme
d’en haut, qui chasse les importuns de leur tabouret, écrit Laurent Joffrin
dans sa lettre politique. […] Au fil des événements, l’identité politique du
macronisme se précise un peu plus. Quand il s’agit de faire des réformes
(souvent des sacrifices demandés aux plus modestes), c’est le parti du mouvement. Mais s’il faut faire face aux dissidents, c’est le parti de l’ordre.»
Jean-Michel Clément,
premier frondeur LREM
L’ex-socialiste,
député de la
Vienne, est le seul
marcheur à avoir
osé voter contre le
projet de loi asileimmigration. Il s’est
mis de lui-même
«en marge» de
son groupe.
Dans une tribune publiée lundi dans le Monde, quinze présidents de région de gauche comme de droite (La République
en marche n’a pas encore eu l’occasion de se soumettre à ce
scrutin) appellent le pouvoir macroniste à sortir de son jacobinisme vertical pour «nouer un pacte girondin»: «Après plusieurs mois de discussions sans fin, tout laisse à penser que
l’Etat veut décider seul. Or, cette politique recentralisatrice,
sans précédent depuis 1982, ne peut réussir.» Car c’est à l’échelle
des territoires que «les politiques de proximité nécessitant innovation, agilité, différenciation» seront efficacement menées.
LILIAN ALEMAGNA
A
C’est un ancien PS
Clément n’est pas un petit
nouveau à l’Assemblée.
A 63 ans, il en est à son troisième mandat. Entré au Palais-Bourbon en 2007 sous
l’étiquette du PS, ce proche
de Royal a été réélu en 2012
avant de solliciter l’investiture En marche en 2017.
Comme Castaner et Ferrand,
il a fait partie de la fameuse
commission spéciale de la
loi «croissance» et côtoyé de
près le ministre de l’Economie de l’époque. Raison pour
laquelle il a obtenu son in-
L’«académie de science politique» voulue par l’ex-députée FN
du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen, 28 ans, comme le «terreau de tous les courants de droite» sera inaugurée fin juin et
ouvrira ses portes à Lyon à la rentrée prochaine, ont annoncé
lundi des élus FN de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Après
avoir annoncé son retrait de la vie politique, la nièce de Marine
Le Pen compte installer ce lieu de formation «dans le quartier
de la Confluence», dans le sud de la ville, ont précisé ces élus,
confirmant des infos de l’hebdo satirique les Potins d’Angèle.
Décentralisation Quinze présidents
de région proposent un «pacte girondin»
Par
jamais le premier.
Sur les 312 députés
de La République en
marche, Jean-Michel Clément est le seul à avoir osé
voter «contre» le projet de loi
«pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif». «Toute ma vie personnelle,
professionnelle
–comme avocat– et politique
s’est construite autour de valeurs simples, de liberté, de
justice et d’humilité, plaçant
toujours l’homme au centre
de mes attentions, justifie
l’élu de la 3e circonscription
de la Vienne sur son blog. Et
manifestement, dans le texte
que nous avons voté,
l’homme, la femme ou l’enfant étaient toujours présents
au détour de chaque article
de la loi et de chaque amendement porté dans le sens
d’une tout autre considération.» Sous la menace d’une
exclusion, Clément a choisi
de se mettre de lui-même
«en congé» du groupe majoritaire. C’est-à-dire dehors.
Extrême droite Marion Maréchal-Le Pen
installe son «académie» à Lyon
Macron ou l’illusion
du chèque en blanc
Jean-Michel Clément (au centre), dimanche soir à l’Assemblée. PHOTO DENIS ALLARD
vestiture ? «On a été nombreux à espérer qu’Emmanuel Macron puisse avoir une
politique équilibrée, comme
il l’annonçait, et mène une
coalition, souligne l’ex-député PS de l’Isère Erwann Binet, qui a côtoyé Clément en
commission des lois sous le
précédent quinquennat.
C’était son attente. Manifestement, l’équilibre attendu
ne se manifeste pas vraiment. Encore plus sur ce
texte asile-immigration…»
Ce n’était pas
un frondeur
Ils sont peu nombreux, les
ex-députés PS, à se souvenir
de leur camarade Clément.
Légitimiste, il n’a jamais été
proche des «frondeurs» qui
ont mené la vie dure au gouvernement Valls. Il faut aller
piocher parmi les commissaires aux lois pour se faire
décrire un homme «qui joue
collectif». Clément avait travaillé sur le précédent projet
de loi relatif aux «droits des
étrangers», présenté à l’été
2015. «Il avait eu quelques désaccords avec le gouvernement, mais plutôt des critiques sur le manque de
coopération et de respect visà-vis du Parlement, se souvient Binet, rapporteur du
texte. Quand on l’entendait
râler, c’était entre nous, entre
commissaires. S’il a passé le
Rubicon sur ce coup-là, c’est
que vraiment, quelque chose
l’a profondément dérangé.»
C’est un Poitevin…
peu présent à Paris
Fils d’agriculteur, Clément a
toujours milité dans la
Vienne. Il a 14 ans lorsqu’il
prend, en 1968, sa carte à la
section PS d’Availles-Limouzine. Etudiant à l’IUT de
gestion des entreprises de
Poitiers puis titulaire d’une
maîtrise et d’un DEA de
droit et d’économie rurale, il
devient avocat et obtient son
premier mandat de conseiller municipal en 1989.
L’été dernier, l’élu de la
Vienne s’est fait épingler par
le collectif NosDéputés.fr
pour son absentéisme. Sa réponse à France Info à l’époque : «Depuis le début, j’ai
déployé mon activité sur ma
circonscription […] De toute
manière, il n’y a pas beaucoup d’intérêt à siéger dans
cette majorité pléthorique,
où on nous impose un devoir
de silence.» L’homme a fini
par l’ouvrir. •
Il y a un an, Emmanuel Ma- obtenue par La République
cron arrivait en tête du pre- en marche. Simple «fait prémier tour de l’élection pré- sidentiel» selon lequel un
sidentielle face à Marine président élu obtient touLe Pen. Avec 18% des inscrits jours dans la foulée une maet 24,01% des suffrages expri- jorité à l’Assemblée? Ou valimés. Face à la candidate de dation des orientations du
l’extrême droite et après candidat Macron? Pour l’Elyun débat d’entre-deux-tours sée, pas de doute, la seconde
où celle-ci perdit pied, il option est la bonne.
l’avait ensuite emporté nette- Pour le pouvoir, la situation
ment (66,1 % des voix). Des exige un Blitzkrieg, loin de la
circonstances exceptionnel- promesse sociale-démocrate
les pour une élection mar- et pour partie horizontale
quée du sceau du
de l’ex-candidat. Si
dégagisme, lors de
BILLET moult consultations
laquelle la capacité
ont eu lieu sur la réà capter les colères du pays a forme du marché du travail
largement pris le pas sur le ou celle de la SNCF, le dialofond des programmes, le tout gue semble n’être que de faavec une abstention au plus çade, sans réel impact sur
haut et un favori de droite la décision finale. Dans ce
(François Fillon) carbonisé brouhaha qui fait zapper l’acpar les affaires.
tualité, de Notre-Dame-desDe ce premier tour remporté Landes à la SNCF, la loi asile
avec un score inférieur à ceux et immigration a, elle, été
de Sarkozy et de Hollande, adoptée dimanche soir. Les
Macron ne peut tirer le man- dispositions les plus décriées
dat plein et entier qu’il reven- par la gauche et certains dédique pour son projet de putés LREM ne figuraient
transformation du pays. In- pas dans son programme ?
terrogé par Plenel et Bourdin Qu’importe. A ses troupes le
sur la légitimité électorale du caporal Macron fait combig-bang qu’il met en œuvre, prendre : «Je décide, exécuil a d’ailleurs mis en avant le tez-vous.»
résultat des législatives de
JONATHAN
juin et la très large majorité
BOUCHET-PETERSEN
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Libération est officiellement habilité pour l’année 2018 pour la publication des annonces légales
et judiciaires par arrêté de chaque préfet concerné dans les départements : 75 (5,50 €) - 92 (5,50
€) - 93 (5,50 €) tarifs HT à la ligne définis par l’arrêté du ministère de la Culture et la
Communication de décembre 2017
75 PARIS
Document : LIB_18_04_24_18-154
RAPPEL - Libération_DEPT75.pdf;Date
ENQUÊTE
PUBLIQUE : 23. Apr 2018 - 11:16:27
RÉPUBLIQUE FRANCAISE
PRÉFECTURE DE LA RÉGION D'ÎLE-DE-FRANCE,
PRÉFECTURE DE PARIS
RAPPEL - AVIS D'ENQUÊTES
Projet d'aménagement des lots 23 à 29 et certaines
parties communes du cinquième étage de l’ensemble
immobilier situé 35, boulevard de Strasbourg à Paris
10ème arrondissement
Par arrêté de Monsieur le préfet de la région d’Île-de-France, préfet de
Paris, deux enquêtes conjointes, une enquête préalable à la déclaration
d'utilité publique et une enquête parcellaire, portant sur le projet
d'aménagement des lots 23 à 29 et certaines parties communes du
cinquième étage de l’ensemble immobilier situé 35, boulevard de
Strasbourg à Paris 10ème arrondissement, au profit de la Société de
Requalification des Quartiers Anciens (SOREQA), seront ouvertes à
la mairie du 10ème arrondissement,
du lundi 23 avril au vendredi 18 mai 2018 inclus.
Pendant cette période, les dossiers d'enquêtes seront mis à la
disposition du public qui pourra en prendre connaissance et produire,
s'il y a lieu, ses observations sur le projet, à la mairie du 10ème
arrondissement de Paris, située 72, rue du Faubourg Saint Martin,
les lundis, mardis, mercredis, vendredis de 8h30 à 17h, les jeudis de
8h30 à 19h30 sauf jours fériés.
Les observations seront consignées aux registres d'enquêtes
ouverts à cet effet. Elles pourront également être adressées, par
courrier, à la mairie du 10ème arrondissement, à l’attention de
Monsieur Laurent KLEIN, désigné en qualité de commissaire enquêteur. Elles
seront alors annexées aux registres d’enquêtes.
De plus, en tant que moyen de communication complémentaire, le dossier
relatif à l’enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique sera
consultable, pendant toute la durée des enquêtes conjointes, via le site internet
suivant :
http://35boulevarddestrasbourg.enquetepublique.net.
Les observations et propositions concernant l’utilité publique du projet
pourront aussi être déposées sur le registre dématérialisé créé à cet effet via le
site internet précité.
Le registre dématérialisé s’ouvrira le lundi 23 avril 2018 à 8h30 et
sera clos le vendredi 18 mai 2018 à 17h.
Le commissaire enquêteur se tiendra à la disposition du
public notamment pour recevoir ses observations à la mairie du
ème
10
arrondissement de Paris les jours suivants :
• Lundi
23 avril 2018 de 10h à 13h
• Jeudi
3 mai 2018 de 16h à 19h
• Mercredi 16 mai 2018 de 14h à 17h
En application du code de l'expropriation, à l’issue des enquêtes, le
commissaire enquêteur donnera son avis et rédigera ses conclusions motivées
sur l'utilité publique du projet et sur l'enquête parcellaire, dans un délai d'un
mois maximum à compter de la date de clôture des enquêtes conjointes.
Une copie des rapports d’enquêtes et des conclusions motivées
du commissaire enquêteur sera déposée à la mairie du 10ème
arrondissement de Paris pour y être tenue à la disposition du public
pendant un an. Les demandes de communication des documents
précités, par toute personne intéressée, pourront également être
adressées par écrit à la préfecture de la région d'Île-de-France,
préfecture de Paris (direction régionale et interdépartementale de l'équipement
et de l'aménagement - unité départementale de Paris), 5 rue Leblanc 75911
Paris cedex 15.
EP18-154
enquête-publique@publilegal.fr
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2, rue du Général
Alain de Boissieu
75015 Paris
tél. : 01 87 25 95 00
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
de 15 560 250 €.
2, rue du Général Alain de
Boissieu - CS 41717
75741 Paris Cedex 15
RCS Paris : 382.028.199
Principal actionnaire
SFR Presse
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Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
XI
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
GORON
HORIZONTALEMENT
I. Union sacrée en l’Etat
II. Passage à vide avant de
manger III. Participe enjoué ;
Terrain de Golfe IV. Le
prénom de ce Grec l’a peutêtre poussé vers la poésie
dans laquelle il excella, le
Nobel en atteste ; Quand une
flèche en rencontre deux
V. A vue de nez, il fait vingtdeux lettres, donc il est ici
raccourci ; Elles commandent
la télécommande VI. Lady
dont beaucoup furent gaga ;
On y entre plus facilement
VII. Russe bourrée ; Images
police est VIII. Bulle de
pensée philosophique IX. Il
voudrait faire la paix X. Rire
XI. Figures de style
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I
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
1BS ("²5"/
(030/
Par GAËTAN
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Grille n°893
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Un y est numéro un 2. Son pluriel ne garde que sa deuxième lettre ; Elle
peut accompagner le X. 3. Autotransfusions du cœur ; Doublé jeu ; Nœuds
québécois 4. Second test 5. Entre Polonaises et 40 ; Il coule en Alsace ;
Gabonais absent du pouvoir 6. Lettres grecques ; Etre grec 7. Préjudice ;
Ville en trois lettres ici en trois mots 8. Il rend ferme sans en provenir car
il est végétarien ; Le double dans un tiroir 9. Fis pécher ; Moments chauds
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille précédente
Horizontalement I. ABAISSÉES. II. MAINE. ABE. III. ÉLECTORAL.
IV. NT. TF. V. DIPLÔME. VI. ÉMOTIONNA. VII. MOTEL. CID.
VIII. ÉROS. RUDE. IX. NEM. GIL. X. ALABAMA. XI. SÉCESSION.
Verticalement 1. AMENDEMENTS. 2. BALTIMORE. 3. AÏE. POTOMAC.
4. INCULTES. LE. 5. SET. OIL. GAS. 6. OXMO. RIBS. 7. EAR. ENCULAI.
8. ÉBAT. NID. MO. 9. SELF-MADE-MAN. libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
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adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
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SPORTS
Libération Mardi 24 Avril 2018
Par
GRÉGORY SCHNEIDER
L
e stade d’Anfield de Liverpool accueille
ce mardi, pour la première fois depuis 2008, une demi-finale de Ligue des
champions, face à l’AS Roma d’Edin Dzeko.
Et l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur
l’équipe locale tient dans la première demiheure de son quart de finale aller face à Manchester City le 4 avril, 3-0 en 31 minutes (ce
sera aussi le score final) contre la meilleure
équipe d’Angleterre et des fantômes surgis de
terre pour danser sur le ventre des Citizens
coachés par Pep Guardiola.
Un truc du fond des âges : des joueurs de
baby-foot, comme liés les uns aux autres en
long, en large, en travers; une qualité technique évoquant la mémoire d’un club dont le
jeu et l’ethos ont toujours été (même sous Kevin Keegan et Kenny Dalglish) plus européens
que britanniques. Et, par-dessus tout, une intensité du démon dégageant quelque chose
de subliminal, où le distinguo entre match aller (on regarde) et match retour (on agit) a disparu et où le tout (l’équipe) n’a plus rien à voir
avec l’addition des parties, des joueurs de
troisième ordre ratissés pour l’essentiel dans
le championnat anglais alors que la surface
financière de la Premier League leur permet
de faire leur marché partout. Cette équipe a
poussé les murs. Fini les stars, fini les affaires… Un bain originel. Mais comment ?
LE STADE
Ce truc du fond des âges, c’est d’abord Anfield.
Un lieu de mémoire : quand Arsenal, West
Ham, Leicester ou encore Manchester City ont
fait le choix de déménager pour disposer d’un
outil en capacité de générer les quelques dizaines de millions de livres qu’on a tôt fait outreManche de considérer comme un sésame vers
le nouveau monde, le Liverpool FC joue à Anfield depuis 1892, l’année où le voisin d’Everton lui a laissé la place pour migrer à un kilomètre et demi de là. Le projet d’un Anfield 2
a bel et bien existé: il a fallu le rachat du club
en 2010 par New England Sports Venture, un
fonds d’investissement sportif américain notamment propriétaire de Roush Fenway Racing (une écurie automobile de Nascar) et des
Red Sox de Boston (base-ball), pour enterrer
le projet. Les maquettes d’Anfield 2 sont toujours visibles sur Internet.
En l’état, Anfield est un endroit paradoxal,
dual. Aux normes d’une Premier League rutilante depuis l’agrandissement de la tribune
principale en 2016 (8500 spectateurs supplé-
Andy Robertson à Anfield, le 14 avril. P. OLDHAM. BPI. REX. SHUTTERSTOCK
mentaires pour une capacité totale
de 54 000 personnes, générant un gain
de 12 millions de livres, soit 13,7 millions
d’euros la première saison), le fameux demimètre séparant les bancs de touche des deux
équipes, extraordinaire parabole d’une communion dans le spectacle sportif, ayant disparu dans le mouvement pour laisser la place
à une séparation standard. Anfield est
aujourd’hui un parc d’attractions, qui voit débouler des milliers de touristes venus du continent ou d’Asie tous les week-ends, avec re-
Le 4 avril, lors du match Liverpool-Manchester City
mise du maillot du club et visite des studios
d’Abbey Road pour faire bonne mesure. Mais
une promenade dans les rues alentours demeure une immersion dans le vieux monde:
le verre brisé coulé dans le ciment coiffant les
murets et empêchant l’escalade et l’intrusion
dans les cours des maisons raconte le populo,
la dureté. En février 2016, la direction du club
avait annoncé son intention d’augmenter le
prix des billets dans certaines tribunes : de
59 à 77 livres la place, de 869 à 1029 l’abonnement, un remède de cheval.
LIVERPOOL
FC
Du neuf avec du jeu
Le match suivant, près de 10 000 fans quittent le stade en signe de protestation à la…
77e minute alors que Liverpool mène 2-0 face
à Sunderland : les Black Cats reviendront
à 2-2, une lecture romanesque disant non pas
un sabordage des joueurs, tout de même pas,
mais un acte manqué montrant un lien spirituel entre ceux-ci et un public qualifiant par
voie de banderoles de «salauds avides»
leur direction. Laquelle a enterré le projet,
s’excusant de «la détresse causée» : «Nous
avions tort.»
A l’ancienne et moderne
à la fois, le club anglais
qui joue ce mardi la
demi-finale aller de la
Ligue des champions à
domicile contre
l’AS Roma, a emprunté
une voie parallèle, loin
des transferts coûteux
et des explosions
égotiques des stars.
ANALYSE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 24 Avril 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
à Anfield, PHOTO ANDREW POWELL. LIVERPOOL FC VIA GETTY IMAGES
L’ARGENT
Perte sèche avec l’abandon de l’augmentation
du prix des places : 4 millions de livres par an,
pas négligeable à l’échelle d’un club qui annonçait en juin 2017 des revenus «match day»
(réalisés les jours de match) annuels
de 73,524 millions. A l’échelle du football
européen, le Liverpool FC est un mastodonte,
le 9e club du monde en terme de chiffre d’affaires à l’issue de la saison 2016-2017 avec
364,5 millions de livres, selon Deloitte. A
l’échelle anglaise, en revanche, le club des
bords de la Mersey navigue loin du trio de tête
constitué de Manchester United (581,2), d’un
Manchester City sous pavillon émirati (453,5)
et d’un Arsenal (419) que le futur retraité Arsène Wenger a transformé en machine à cash
quasi-indépendante des résultats sportifs. La
dualité, encore et toujours: une étude approfondie des bilans financiers hors transferts
comparés du Big Six anglais –les quatre clubs
précités plus Chelsea et Tottenham– démontre en réalité une certaine puissance sur les
secteurs pérennes que sont le revenu «match
day» et le marketing. L’absence de Coupe
d’Europe et la 4e place en Premier League induisant des droits télés moins importants
(154,281 millions de livres, Chelsea en engrangeant 162,445 sur la même période) qui, du
coup, ont caché de manière circonstanciée la
véritable force du club. La discrétion de Liverpool sur le marché des transferts a achevé de
polir une image modeste. Mais trompeuse.
LES JOUEURS
Ce profil bas a du reste explosé fin décembre,
quand le club a annoncé le transfert depuis
Southampton du Néerlandais Virgil Van Dijk
pour 84,5 millions d’euros: record du monde
pour un défenseur. L’entraîneur allemand du
club, Jürgen Klopp, a commenté l’affaire dans
un grand éclat de rire : «Vous verrez, ce n’est
pas cher.» Pour un joueur comptant seize sélections à 26 ans, ce n’est pas donné non plus.
Et Van Dijk a ramé. «Quand tu es acheté pour
une somme pareille, tout ce que tu fais est
analysé, s’est défendu le joueur. Et on ne se
concentre que sur ce que tu fais de mal.»
La véritable histoire du transfert de Van Dijk
est ailleurs. Lors de la saison 2016-2017, les
Reds n’ont pas perdu un seul match contre
une équipe du Top 5 de Premier League, ce
qui disait les possibilités. Ils avaient à l’inverse faibli contre des équipes moins bien
classées qu’eux, ce qui dit l’inconstance. Or,
dans le football, l’inconstance dit le manque
de leadership défensif : Van Dijk n’est sûrement pas un génie du jeu mais c’est un type
qui sait diriger une défense, à charge pour son
coturne en charnière centrale (le Croate Dejan
Lovren, passé par Lyon) de continuer à démolir aveuglément tout ce qui passe à sa portée.
L’arrivée du Néerlandais s’est tramée dans la
salle des cartes, un chaînon technique manquant. Mais le reste de la base arrière dit le hasard, l’empirisme, le lieu.
A droite, Joe Gomez était partant en début de
saison: le staff technique ayant fini par s’apercevoir que le gamin (20 ans) de Catford (un
quartier de Londres) était infoutu de faire une
tête, ce qui est gênant dans un contexte britannique où le jeu passe par les airs, il l’a remplacé
par un autre gamin (19 ans), Trent AlexanderArnold. Donné naufragé par anticipation
avant le match de City, le natif de West Derby,
au nord de Liverpool, pur produit du club, a
été éblouissant, ressuscitant le mythe d’un
autre joueur formé au club, Jon Flanagan,
icône white trash également issu des quartiers
qui mettait son maillot dans le short et jouait
u 19
Jürgen Klopp et Trent Alexander-Arnold, le 14 avril. A. DEVLIN. PA WIRE.
La Ligue des champions,
ce sont les cent meilleurs
joueurs du monde
concentrés dans sept ou
huit clubs. Liverpool, ce
sont des joueurs un peu
suspects sortis du rang.
par tous les temps en crampons vissés (pour
mettre des coups, faut-il comprendre), avant
les blessures, l’exil à Bolton et une condamnation pour voies de fait sur sa copine.
Même scénario à gauche : alors que le club
avait chauffé la place pour l’international espagnol Alberto Moreno, transféré en 2014
dans la foulée d’une Ligue Europa remportée
avec Séville, celui-ci a été progressivement
débordé par Andy Robertson, un nobody
acheté 9 millions de livres en 2017 (autant dire
un Smic) à un club relégué en L2. La Ligue des
champions, ce sont les cent meilleurs joueurs
du monde concentrés dans sept ou huit clubs.
Le FC Liverpool, ce sont des joueurs un peu
suspects sortis du rang.
L’ENTRAÎNEUR
«A Klopp for the Kop»: quand l’entraîneur allemand a rejoint le nord de l’Angleterre en octobre 2015, les fans de Liverpool (le «Kop»,
donc) ont eu le sentiment de gagner au bingo.
Finaliste de la Ligue des champions en 2014
avec le Borussia Dortmund, cet ancien attaquant anonyme explique dans un mélange
d’orgueil et de modestie le caractérisant au
plus près qu’il avait «les jambes pour évoluer
en division régionale mais le cerveau pour
jouer en Bundesliga [l’élite allemande, ndlr]».
Ce type à part est capable de délocaliser un
entraînement dans un bar avec tournée générale, de débarquer chez un joueur à l’improviste pour jouer avec son gosse ou encore de
dégainer à la télé allemande le titre du premier film porno qu’il a vu «à 15 ou 16 ans».
Un matin, les joueurs de Liverpool déboulent
dans un vestiaire et voient un mot, un seul,
inscrit sur le paper board : «TERRIBLE», en
lettres majuscules, comme ils doivent s’imaginer ou plutôt se réinventer, c’est-à-dire
comme Klopp se voit, ou fait mine de se voir,
on ne sait plus.
Il faut faire la part du feu : depuis les années 2000, le coach allemand est suivi comme
son ombre par un adjoint serbe, Zeljko Buvac,
qui passe pour le tacticien quand Klopp a le
don de rendre les joueurs capables de défoncer un mur à coup de tronche. Outre les
joueurs, le public ou les journalistes entrent
dans son champ de compétence. A propos de
son attaquant Mohamed Salah, aussi bon passeur décisif que buteur sur le terrain : «Vous
devriez être content. C’est quand même rare
d’avoir Pâques et le nouvel an le même jour.»
Abordé dans une station-service par la tante
d’un supporteur d’Everton, l’autre club de la
ville, honni par les fans des Reds, il enregistre
un message d’une immense gentillesse pour
le filleul malade, la vidéo faisant le tour des
réseaux sociaux: une maîtrise phénoménale
de son rôle et la conscience de cette maîtrise,
Klopp ayant trouvé quelque peu décalé que
l’Olympique de Marseille lui fasse des appels
du pied après le départ de Marcelo Bielsa
en 2015. Après, un type capable de ressusciter
la doxa collective dans une époque pareille
est en mesure de pousser ses exigences. •
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Libération Mardi 24 Avril 2018
IDÉES/
Cinq ans après le vote consacrant l’union
des couples de même sexe, les débats sur
les lois de bioéthiques vont raviver le même
paradigme conservateur qui trouve
ses racines à droite… mais aussi dans
le familialisme de gauche.
E
n ce cinquième anniversaire de la promulgation de
la loi n° 2013-404 ouvrant
le mariage aux couples de personnes de même sexe, et à quelques semaines du début des travaux parlementaires sur la
révision des lois de bioéthique,
une mise en perspective des
enjeux politiques s’impose.
Celle-ci est d’autant plus importante que, malgré un changement apparent, le même paradigme conservateur hostile au
pacs et au mariage pour tous
réapparaît sur la scène publique.
L'ŒIL DE WILLEM
Tout d’abord, il ne faut pas
oublier que l’objet de la controverse ne fut pas tant le mariage
gay que sa principale conséquence : la filiation homoparentale. Il semble nécessaire de rappeler que la production
d’arguments contre l’égalité des
filiations homoparentales ne provenait pas de la droite réactionnaire mais plutôt de la gauche
socialiste. Cette dernière essaye
aujourd’hui de minimiser sa frilosité et de faire oublier le discours des experts conservateurs
(qu’elle a systématiquement promus) non seulement en sous-es-
Par
DANIEL
BORRILLO
DR
Le mariage pour tous
et ses ennemis
timant le rôle de la société civile
mais aussi en désignant la Manif
pour tous comme l’ennemi hégémonique. S’il est vrai que les
socialistes ont fini par voter le
pacs et ont élargi le droit au mariage pour les couples de même
sexe, ces lois furent surtout le
résultat du combat des militants
LGBT et des recommandations
des autorités européennes.
La crainte de l’indifférenciation
des sexes, la panique morale
manifestée par des mouvements
réactionnaires tels que le
Printemps français, les Veilleurs,
Ecologie humaine, les Antigones
ou l’Observatoire de la théorie du
genre était la même que celle
articulée d’une manière à peine
plus rationnelle par les experts
mobilisés par la gauche socialiste
à la fin des années 90 et lors du
mariage de Bègles célébré par
Noël Mamère en 2004. L’invocation par ces experts des «invariants anthropologiques», du
«sens commun», de «l’identité
sexuée» et de «l’altérité sexuelle»
ressemble de manière troublante
à la stratégie discursive élaborée
par le Vatican contre «l’idéologie
du genre».
La rhétorique réactionnaire de
gauche a ainsi décomplexé le discours homophobe de droite.
La thèse de l’ordre symbolique
de la différence des sexes, ou de
la valence différentielle des sexes,
mise en avant par l’expertise de
gauche pour s’opposer à la filiation homoparentale, fut bien
plus efficace que celle de l’ordre
naturel des religions monothéistes. Si bien qu’en France, ni la
Manif pour tous ni les Eglises
n’ont utilisé aucun argument religieux, mais une rhétorique empruntée de la psychanalyse et de
l’anthropologie selon laquelle la
différence des sexes est à la fois
une condition sine qua non de la
parenté et le soubassement de la
nature humaine (tel que cela fut
martelé dans les rapports commandés par les différents gouvernements socialistes pendant
quinze ans). Ceci explique non
seulement le retard de la France
en matière d’homoparentalité
mais aussi l’installation d’une
homophobie spécifique qui fait
de l’hétérosexualité le «sens
commun» de la filiation.
Ce familialisme «à la française»,
Juriste, auteur de : «la Famille par
contrat. La construction
politique de l’alliance et de la
parenté» (PUF)
cette nouvelle orthodoxie parentale, cette forme d’universalisme
hétéro-sexiste, constitue le principal frein à l’égalité. Face au
«désordre» et à la «désintégration» provoqués par les revendications du «lobby homosexuel»
(dénoncé par ces experts), le familialisme de gauche a articulé
une «métaphysique républicaine» de la cohésion sociale et
de la structuration psychique des
individus fondée sur l’institutionnalisation de la différence
sexuelle.
Cet ordonnancement réactionnaire du monde est antérieur à la
Manif pour tous, celle-ci n’a nullement eu besoin de la Bible pour
agencer son discours, les concepts produits par les conservateurs de gauche leur ont suffi.
L’altérité sexuelle dans la filiation demeure leur valeur commune. Si bien que les deux conservatismes ne cessent de
dénoncer comme mensongère
toute filiation fondée sur la volonté ou sur le projet parental.
C’est pourquoi, l’homoparentalité ne doit être pleinement reconnue qu’à condition de préserver la prééminence de
l’hétérosexualité.
Et, pour ce faire, le familialisme
de gauche propose de supprimer
l’adoption plénière, de permettre
l’accès aux origines génétiques,
de mettre fin à l’anonymat des
donneurs de gamètes, de reconnaître un statut spécifique pour
ces derniers et d’abroger la loi sur
l’accouchement «sous X», de telle
sorte que la vérité de l’engendrement garantisse l’ordre symbolique de la différence des
sexes. •
L’ordonnancement réactionnaire
du monde est antérieur à la Manif pour
tous, celle-ci n’a nullement eu besoin
de la Bible, les concepts produits par les
conservateurs de gauche leur ont suffi.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 24 Avril 2018
ÉCONOMIQUES
Par
BRUNO AMABLE
Professeur à l’université de Genève
Emmanuel Macron
et le désenchantement
européen
La stratégie européenne du Président,
sur laquelle reposent la plupart de ses réformes
libérales, risque d’être une impasse et de
le laisser très isolé au sein des Vingt-Huit.
D
epuis son élection il y a un
an, Emmanuel Macron a
pris ou a fait prendre par
les députés à ses ordres une série
de mesures qui ont pour but de
transformer radicalement le modèle socio-économique français.
Il a été élu par une fraction relati-
vement faible des inscrits (18% au
1er tour de la présidentielle), et
LREM possède une base électorale
encore plus étroite (15 % des inscrits au 1er tour des législatives).
Avec des institutions politiques
semblables à celles de l’Allemagne
ou de l’Italie, il n’aurait jamais ob-
tenu de majorité absolue à l’Assemblée nationale et aurait, dans
le meilleur des cas pour lui, dû
trouver des compromis avec
d’autres forces politiques pour
gouverner. C’est uniquement à
cause du quasi-monarchisme de la
Ve République qu’il peut mettre en
œuvre des «réformes» à haut potentiel de conflit social sans plus
de souci que l’organisation du déploiement des CRS et des gendarmes mobiles.
La dimension «européenne» de la
stratégie politique d’Emmanuel
Macron est cruciale pour au moins
deux raisons. Premièrement, la
transformation néolibérale du
modèle socio-économique français est grandement facilitée par
l’intégration européenne. Des règles budgétaires (traité de Maastricht, pacte budgétaire européen…) aux décisions de la Cour
de justice des communautés européennes, en passant par les directives de l’Union européenne (UE),
un ensemble d’institutions favorise le démantèlement, lent mais
certain, du modèle social et la
mise en œuvre de «réformes structurelles» (ouverture à la concurrence d’activités de service public,
encouragement plus ou moins
passif à la concurrence fiscale et
sociale, etc.). L’intégration européenne prenant une direction
identique à celle qu’il entend faire
prendre à la France, cela fait du
Président un chaud partisan de
«l’Europe».
Secondement, la victoire d’Emmanuel Macron et sa pérennité repo-
RÉ/JOUISSANCES
Par
LUC LE VAILLANT
«Le jour où elle m’a mis
la main au cœur»
Dépôt de plainte IMAGINAIRE d’un vieil énamouré éconduit
qui s’estime victime d’abus sentimental et préfigure, à l’heure
de #MeToo, la judiciarisation à venir des émotions toxiques.
V
u 21
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
ous trouverez ci-dessous le PV
d’audition totalement fictif du plaignant. L’avocat de l’accusée, qui
bénéficie de l’inutile présomption d’innocence, nous a fait savoir qu’elle «tombait des
nues» et que la relation était «on ne peut plus
consentie».
«Madame la juge, faut que je vous dise, elle
m’a fasciné dès l’abord. Je l’ai vu débarquer
dans le métier et devenir une époustouflante
chopeuse d’opportunités qui n’avait pas
peur d’imposer sa chance et d’aller vers son
risque. Au bureau, elle a bluffé son monde
alors que je n’aurais pas donné cher de son
avenir de crevette maigrelette dans ce panier
de crabes aux pinces d’or.
Madame la juge, faut que je vous dise, dans
ma partie, j’ai quelques facilités. Mais mon
moment est passé et je vais bientôt devoir
stopper sur la bande d’arrêt d’urgence. Je ne
suis plus un allié intéressant pour qui veut
faire carrière. Et c’est pourquoi, ça m’a
étonné qu’une telle star du secteur me consacre quelques instants. Façon groupie, je lui
ai dit : “Je connais tout de vous, j’aime tout
de vous.” Elle avait un tel art de la prise de
pouvoir émotionnel et de la caresse verbale
que cela m’a donné l’impression qu’elle me
mettait la main au cœur. C’était agréable, à
la fois taquin et câlin, vraiment pas importun ou assassin.
Madame la juge, faut que je vous dise, quand
elle m’a demandé mon 06, j’ai mis ça sur le
compte de l’alcool qui lui briquait les pommettes. Par contre, j’ai shooté dans les étoiles
quand son SMS m’a cueilli au zinc du bar de
sent sur la stabilisation du bloc
bourgeois, cette alliance sociale
autour des groupes sociaux aisés
et qualifiés. Certains de ces groupes soutenaient auparavant le PS
et, s’ils ne sont pas très «socialistes», ils n’en sont pas nécessairement pour autant des fanatiques
de l’intégralité des réformes néolibérales. Mais le maintien de la
France dans l’UE est une de leurs
préoccupations principales. Pour
l’existence et la stabilité du bloc
bourgeois, il est indispensable d’y
agréger ces groupes sociaux. Il est
donc impératif de faire de la question européenne un axe important
du mandat de Macron et même de
la promouvoir comme le clivage
majeur de la politique française.
L’approfondissement de l’intégration européenne et la survie de
l’euro sont donc des éléments essentiels de la stratégie politique
nationale de Macron.
Mais la réforme de la zone euro est
précisément un des problèmes qui
risque de remettre en cause cette
stratégie. Ayant échappé à une
coalition
gouvernementale
CDU–CSU-FDP, dont il avait tout
à redouter, Macron a cependant dû
attendre près d’un an les élections
allemandes, puis la laborieuse
constitution d’une nouvelle
«grande coalition» supposée plus
réceptive aux propositions françaises. Les attentes françaises sont
cependant bien parties pour être
déçues. De nombreux signes montrent qu’il n’y a aucun geste significatif à attendre de l’Allemagne
sur les éléments centraux d’une
la dernière chance. J’ai accouru en chiot
quand elle m’a sifflé et m’a demandé de la rejoindre dans la chambre miteuse d’un hôtel
de passe. Malgré mes efforts ahanants et
pourlécheurs, je n’ai pas réussi à la faire jouir.
Elle m’a dit que c’était toujours ainsi la première fois. Croyez-moi ou pas, cela ne m’a pas
perturbé une seconde. Pour moi, le sexe est
annexe. La bagatelle ne m’ensorcelle en rien,
quand les billets doux me rendent fou.
Madame la juge, faut que je vous dise, c’est
quand elle m’a textoté une farandole d’émoticones à cœur battant rouge vif que j’ai
senti que je passais de l’autre côté du volcan,
que je sombrais dans la lave bouillante des
jacuzzis où croupissent Roméo, Juliette et
autres Valentin, Valentine.
Je l’ai laissée faire de moi ce qu’elle voulait
et elle ne s’en est pas privée. Dès que je la
croisais, j’entrais en état de sidération affective. Poussé dehors, j’errais dans la ville,
frappé d’amnésie traumatique. Et je coupais
illico la radio quand j’entendais Brassens fredonner: “Une jolie fleur dans une peau d’vache/ Une jolie vache déguisée en fleur/ Qui
fait la belle et qui vous attache…” Elle me tenait par le bout du cœur, comme d’autres se
laissent mener par le bout du nez. Elle pianotait à volonté sur le ventricule et l’oreillette
de ma passion. Je risquais l’infarctus à chacune de ses apparitions. Et un caillot se formait au moindre lapin posé en collet au chevet de mon adoration. Je bâclais mon boulot
et devenais un mauvais père. J’étais sous
emprise, incapable de me révolter contre sa
tyrannie négligente. Je me découvrais en
état de dépendance affective, toxicomane
toujours en manque de came sentimentale.
J’étais en agonie perpétuelle, englué dans la
guimauve de mon addiction.
possible réforme d’ampleur de la
zone euro. Les «lignes rouges» allemandes (pas de budget spécifiquement européen significatif, pas de
ministre des Finances de la zone
euro, pas de fonds monétaire européen, pas de transferts permanents entre les Etats…) ne laissent
entrevoir qu’une possibilité d’entente sur des points relativement
mineurs.
C’est que, à l’instar de Macron, les
dirigeants des autres pays européens et, en particulier, ceux
(celle) de l’Allemagne, poursuivent
des stratégies nationales. Une configuration favorable aux projets de
Macron serait de retrouver dans
les pays européens les plus importants les mêmes équilibres politiques qu’en France : un bloc bourgeois dominant, provisoirement
au moins. Mais, c’est loin d’être le
cas. En Italie, la stratégie politique
qui s’appuyait sur un bloc bourgeois était celle du Parti démocrate (PD). Les dernières élections
italiennes (23 % pour Matteo Renzi) ont consacré l’échec de
cette stratégie. En Allemagne
comme en France, le bloc bourgeois est loin d’être majoritaire.
Les forces politiques qui pourraient l’incarner se réduiraient à
une partie des conservateurs, une
majorité du SPD et les Verts, ce qui
ne donnerait pas une coalition
gouvernementale viable. •
Cette chronique est assurée en alternance
par Pierre-Yves Geoffard, Anne-Laure
Delatte, Bruno Amable et Ioana Marinescu.
Le pire est arrivé quand elle m’a invité chez
elle. La pièce était décorée de cupidons flècheurs et de chérubins farceurs, tandis que
sur les étagères sommeillait la collection
complète des Harlequin. Ce jour-là, j’ai succombé au syndrome de Stendhal. Une overdose de beauté mièvre m’a allongé pour le
compte. Et je n’en ai chéri que plus ma tourmenteuse quand, perplexe et excédée, elle
a dû se pencher sur ma défaillance.
Madame la juge, faut que je vous dise, j’ai
manqué de courage face à cette prédatrice
cuirassée d’indifférence. Je croyais être
consentant, mais j’étais dénué de cette
volonté affirmée qu’exigent les rapports égalitaires, comme le stipule la sociologue
Eva Illouz. J’étais dans le déni et pour m’en
rendre compte, il m’a fallu une longue thérapie, des séances d’hypnose et de nombreuses happy hours entre mecs, comme il
est des dîners de filles.
Il est temps que les autres victimes de ses
agissements libèrent leur parole. Il est temps
d’aller au bout, comme le font mes sisters de
#MeToo auxquelles j’emprunte quelques éléments de langage, vous l’aurez remarqué. Et
tant pis si les tribunaux croulent sous les
plaintes d’un genre nouveau en phase avec
l’hypersensibilité montante. Les atteintes
émotionnelles dont je suis le lanceur d’alerte
méritent elles aussi d’être sanctionnées. Il
est temps que les pauvres pommes s’allient
pour ne plus finir en marmelade. Il est temps
que, tous sexes confondus, les souffre-douleur dénoncent les reines d’amour en sucre
glace qui les caramélisent dans le matriarcat
le plus gras, comme les mâles alphas qui les
sadisent en sales gorets patriarcaux. Pour
qu’enfin hommes et femmes réunis se sentent un peu moins tartes.» •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
22 u
Libération Mardi 24 Avril 2018
IDÉES/
Hôpital: il faut un plan de combat
pour les urgences
Par
DR
PHILIPPE JUVIN
Ces services bondés risquent de décrocher
brutalement si un plan, d’ampleur
similaire à celui mis en place sous
la pression de Patrick Pelloux après
la canicule de 2003, n’est pas décidé
très rapidement, alerte ce chef de service
et député LR.
Chef du service des urgences de
l’Hôpital européen GeorgesPompidou (HEGP), à Paris, et
député européen Les Républicains
(LR) – Parti populaire européen
(PPE)
J
e suis professeur de médecine et chef de service aux
urgences depuis douze ans.
D’un tempérament calme, j’essaye de ne plus trop m’émouvoir
des difficultés. Pourtant, je n’ai
jamais été aussi inquiet. Parlementaire lucide de l’opposition,
je n’exige pas du président de la
République une cagnotte qu’il n’a
pas, ni n’accuse sa ministre d’une
situation qui est ancienne. Mais
je pèse soigneusement mes mots :
si nous n’agissons pas, je crains,
à terme, un décrochage brutal de
notre capacité à prendre en
charge les malades aux urgences
des hôpitaux.
Auparavant, l’encombrement des
services d’accueil des urgences
(SAU) n’était évoqué qu’au moment de la grippe ou de la canicule. Désormais, ils sont saturés
en permanence. Les effets sont
connus : les taux de complications et d’erreurs de diagnostics
augmentent, et les équipes sont
fatiguées. Des personnes âgées
dorment dans un couloir. Des patients cancéreux ou déments qui
viennent mourir à l’hôpital peuvent passer leurs dernières heures aux urgences avec un personnel débordé qui ne les connaît
pas.
Comment en est-on arrivé là ?
A l’origine, les urgences avaient
été créées pour les blessés de la
route. Aujourd’hui, elles sont les
couteaux suisses du système de
santé et en sont devenues le
témoin de ses dysfonctionnements. Elles sont les seuls
lieux ouverts en permanence
quand les autres acteurs sont
absents ou défaillants. Or, il y a
moins de médecins actifs qu’il y a
dix ans en même temps que la
population s’accroît, vieillit et
comporte plus de malades chroniques. Pour que cette nouvelle
population vive paisiblement à
domicile, il faut pouvoir lui assu-
rer une prise en charge en toutes
circonstances. Seules les urgences en sont capables.
Il est aussi vain de regretter la
présence des «petites» pathologies aux urgences. Quels autres
choix ont les patients quand leur
généraliste est débordé ? Et
quand plusieurs avis sont nécessaires, ils croient qu’ils trouveront toujours plus rapidement la
panoplie complète de spécialistes et d’examens aux urgences
qu’en ville. Ne nous berçons pas
d’illusions : le nombre de visites
aux urgences, qui a doublé en
vingt ans, ne faiblira pas spontanément.
Une vraie solution consisterait
à construire des parcours de
soins, comme d’autres pays l’ont
fait. Mais même si on le faisait
enfin, il faudrait du temps. Or, il
faut une solution immédiate : un
plan «urgences», d’ampleur similaire à celui mis en place par
Xavier Bertrand sous la pression
de Patrick Pelloux après la canicule de 2003.
Il faut d’abord diviser le pays en
territoires au sein desquels la
réponse à l’urgence sera normée.
Une plateforme téléphonique ou
numérique issue des actuels
Samu – centres 15, et nourrie de
«big data», y regroupera tous les
acteurs de santé. Elle guidera le
patient. Elle régulera peu à peu
l’accès aux SAU en envoyant le
patient vers le service le moins
chargé ou en lui fixant immédiatement un rendez-vous avec un
professionnel dont le planning
sera en ligne au titre de sa participation à la permanence des
soins.
Environ 20 % des patients qui
vont aux urgences sont hospitalisés et nécessitent un lit. Mais
aussi incroyable que cela
paraisse, beaucoup d’hôpitaux ne
connaissent jamais exactement le
nombre de leurs lits réellement
disponibles. Il en résulte un gâchis coûteux entre ces lits vacants
d’un côté et les besoins non satisfaits des urgences de l’autre. Depuis janvier, plus de 100 000 malades ont dormi sur un brancard
faute de lit ! Le 13 novembre 2015,
à 20 heures, mon hôpital avait
évalué qu’il avait quatre lits libres
pour le SAU. A minuit, on en avait
finalement «découvert» 40 sous
la pression des blessés du Bataclan… Depuis, Martin Hirsch, à
l’Assistance publique – Hôpitaux
de Paris (AP – HP), et d’autres
ailleurs ont créé des bed managers qu’il faut généraliser. La certification fixera le nombre minimum de lits à garantir à chaque
SAU, avec l’objectif de zéro nuit
dans un couloir.
Un élément clé consistera à doter
les SAU de moyens humains et de
matériels normés, et fixés par un
décret sur la sécurité. Les services ne respectant pas ces règles
de sécurité seront fermés. Les
Les urgences sont les couteaux
suisses du système de santé
et elles témoignent de tous
les dysfonctionnements. Elles sont
les seuls lieux ouverts
en permanence. Or, il y a moins
de médecins actifs qu’il y a dix ans,
et la population s’accroît,
vieillit et comporte plus
de malades chroniques.
SAU moderniseront les pratiques
comme les prescriptions par les
infirmiers ou le rappel téléphonique du patient retourné chez
lui. L’utilisation du «big data»
y sera massive et permettra des
consultations plus sûres et personnalisées. Les familles resteront en permanence informées,
physiquement ou via des outils
numériques.
Pour une même pathologie, un
vieillard nécessite plus d’attention et de temps qu’un jeune. Or,
les deux se retrouvent souvent
mélangés dans la même file d’attente : tous les SAU ouvriront une
unité dédiée aux patients âgés,
avec un personnel spécialisé. On
sait aussi que 40 % des transferts
des maisons de retraite vers les
SAU sont médicalement inutiles,
coûteux et dangereux : ils seront
réduits par des outils de télémédecine et de modélisation. Nul
malade en fin de vie ne sera laissé
aux urgences. Il sera admis en
priorité dans une chambre calme
de l’hôpital où le personnel le
connaît.
Pouvons-nous payer un tel plan
de sauvetage ? Oui. Il faut, certes,
un rattrapage des moyens. Mais
ces propositions offrent des gains
d’efficience en articulant ce qui
existe déjà. Des recettes seront
générées, comme celles basées
sur l’exploitation des data de l’assurance maladie. Une des clés de
ce plan sera d’obliger les hôpitaux à publier leurs résultats, par
exemple les délais pour réaliser
un examen ou opérer les fractures du col du fémur (dont les
complications augmentent après
quarante-huit heures d’attente).
Ces points seront validés lors des
certifications.
La situation aux urgences est très
préoccupante. Le ministère de la
Santé a proposé une «stratégie
nationale de santé» qui s’étale sur
trop d’années et qui ne semble
pas avoir pris la mesure de ce fait
majeur : le recours massif des
Français aux urgences est durable. Mais la ministre connaît bien
l’hôpital. Elle doit analyser, en
scientifique, les faits. Car la crise
des urgences n’est rien par rapport à celle qui se prépare si nous
n’agissons pas. Il faut un plan de
combat pour les urgences. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mardi 24 Avril 2018
Décentraliser,
inventer une
convention
collective pour
l’ensemble
des salariés
des transports,
garder la maîtrise
des services
publics : des élus
socialistes font
des propositions
pour réformer
la SNCF, à l’heure
des révolutions
écologiques et
technologiques.
u 23
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Au premier jour de grève SNCF lancée par les syndicats CGT, Unsa et CFDT et SUD -Rail, le 3 avril, gare du Nord, à Paris. PHOTO ALBERT FACELY
Dynamiser la SNCF sans la dynamiter
L
e gouvernement s’attaque à
la SNCF par la face Nord et
il s’entête. Alors que cette
réforme n’avait pas été annoncée
lors de la campagne présidentielle, la rapidité et la brutalité
dont il fait preuve démontrent le
caractère totémique de cette
disruption : être le gouvernement
qui aura eu la tête du mythique
statut des cheminots et corrélativement du service public à la
française.
Encore une fois, l’Union européenne (UE) a bon dos. La séparation entre réseaux et opérateurs, l’ouverture à la
concurrence, ainsi que la signature d’une convention collective
de branche ont été négociées et
délibérées par les lois de 2014
et 2016. Ni la réforme du statut
ni la transformation en société
anonyme n’étaient nécessaires.
Prenant acte du vote à l’Assemblée nationale et pour éviter tout
risque de privatisation rampante,
nous exigeons des garanties claires et définitives afin de maintenir une maîtrise publique à la
SNCF et a fortiori à la SNCF
Réseau qui porte le patrimoine
public.
L’une des questions essentielles
est celle de la dette. Aucun réseau
n’est rentable sans concours
public. On ne peut rééquilibrer le
ferroviaire dans une simple logique budgétaire, en supprimant
des «petites lignes», comme le
préconisait le rapport Spinetta.
Le consensuel rapport Duron sur
les infrastructures montre qu’en
réalité, il convient de dégager des
ressources nouvelles.
La SNCF n’a pas la rage ! Il n’est
pas nécessaire de l’abattre ! Outre
le fait de disposer d’un réseau
TGV performant et des prix usagers parmi les plus faibles d’Europe, la SNCF a su notamment en
La rapidité et
la brutalité dont
le gouvernement
fait preuve
démontrent
le caractère
totémique de
cette disruption:
être celui qui aura
eu la tête du
mythique statut
des cheminots
et corrélativement
du service public
à la française.
quelques années développer une
offre à bas prix, Oui Go, stimulée
par la perspective de l’ouverture
à la concurrence. Nous souhaitons qu’elle soit très encadrée et
progressive car la libéralisation
n’est, en aucun cas, la garantie
d’une meilleure efficacité ni d’un
meilleur rapport qualité – prix.
Preuve en est la catastrophique
libéralisation du fret depuis 2006
en France et les dérives ferroviaires de certains pays. Le gouvernement cite régulièrement
l’exemple de la Deutsche Bahn
mais oublie de signifier qu’elle a
été largement renflouée et que
les billets sont plus chers qu’en
France. Il parle d’ailleurs bien
peu de l’intérêt de l’usager.
Mais allons plus loin.
Ce qui intéresse nos concitoyens,
ce n’est pas le transport ferroviaire en tant que tel, mais bien
leur «mobilité», à savoir comment se déplacer d’un point A à
un point B, en utilisant, si nécessaire, différents modes de
transports.
Nous préconisons trois axes de
progrès.
L’égalité des territoires et
la poursuite de la décentralisation.
Les réformes doivent permettre
plus d’égalité entre les hommes
et entre les territoires, car il n’y a
pas de petits territoires ni de
citoyens de seconde zone. Il y a la
République française. Le gouvernement doit faire confiance aux
régions et aux collectivités pour
améliorer le service rendu aux
usagers, à la seule condition que
la solidarité nationale garantisse
des financements adaptés et
pérennes.
Le respect des cheminots
et des travailleurs des
transports
Pendant que certains rêvent de
précarisation et de dumping
social, nous portons l’idée d’une
véritable continuité des protections au travers d’une convention
collective pour l’ensemble des
salariés des transports. Ces postes ne sont ni délocalisables
ni sujets à la concurrence mondialisée. Inutile de tirer l’affaire
par le bas dans ce secteur,
comme cela a été le cas pour le
transport routier international
dont il ne reste plus beaucoup
d’entreprises françaises.
Nous voulons la maîtrise
publique des services publics
Pas question de brader au plus
offrant notre patrimoine commun comme cela a été le cas des
autoroutes ou comme le gouvernement réfléchit à le faire pour
Aéroports de Paris. Notre modèle
se rapproche bien davantage de
celui en vigueur dans les collectivités territoriales qui peuvent
choisir de se doter de régie ou
procéder à des délégations de
services publics. Cette maîtrise
permet d’aller plus loin dans l’offre de services, sur des tarifications solidaires, sur une offre de
transports minimale et adaptée à
tous les territoires.
A l’heure des révolutions écologiques et technologiques, ne nous
trompons pas de voie et de train.
Soyons à la hauteur. •
OLIVIER JACQUIN Sénateur PS de Meurthe-etCHRISTOPHE BOUILLON Député PS
de Seine-Maritime CHRISTINE REVAULT
D’ALLONNES-BONNEFOY Présidente de la
Par
Moselle
délégation socialiste française au Parlement européen
MICHEL NEUGNOT
1er Vice-président PS de la
région Bourgogne – Franche – Comté en charge des mobilités et du
transport
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24 u
Libération Mardi 24 Avril 2018
Envoyé spécial à Abidjan
Photos PAOLO WOODS
E
n ce mercredi après-midi, plus
de 4 000 gamins forment une
foule compacte face à la petite
scène dressée sur une place au cœur du
quartier d’Anoumabo, un ancien village
qui a été avalé par la poussée urbanistique d’Abidjan. Entrée gratuite, mais
réservée aux plus jeunes. Il y a des jeux
gonflables, des danses, des cadeaux, des
contes, et puis de la musique, du zouglou, du coupé-décalé et autre ndombolo qui agitent la sous-région depuis
des lustres. De quoi bien «s’enjailler»,
comme on aime à dire ici. Sur l’estrade,
mieux les danseuses remuent des fesses,
plus la foule des bambins est en liesse.
L’ambiance facile ne fait pas oublier à
Jean-Louis Boua, directeur exécutif de
la Fondation Magic System, de faire passer le message au micro: «Ne partez pas
en Europe sans papiers, ne prenez pas le
bateau. Même si papa et maman veulent
vous emmener, dites-leur non!»
«ÉCOLE MATERNELLE»
Dans la tentaculaire cité lagunaire dont
on dit que lorsqu’elle tousse, c’est toute
la sous-région qui s’enrhume, l’immigration clandestine est un mal récurrent. C’est par dizaines de milliers
que des compatriotes vont échouer
en Italie. «Le petit Ivoirien retrouvé dans
une valise à la frontière marocaine a
GHANA
Yamoussoukro
A
JACQUES DENIS
CÔTE-D’IVOIRE
Abidjan
RI
Par
GUINÉE
BE
Imaginé par le leader
de Magic System,
le festival des musiques
urbaines d’Anoumabo
vient en aide à ce quartier
défavorisé d’Abidjan.
Cette année, la 11e édition
a exhorté les jeunes
à renoncer à l’immigration
clandestine, qui prive le pays
de ses forces vives.
MALI
LI
Côte-d’Ivoire Le Femua,
rythmes solidaires
BU
R
FA KIN
SO A
Au festival des musiques urbaines d’Anoumabo, les concerts sont gratuits et nombre d’artistes reversent l’intégralité de leur cachet pour la bonne cause.
Océan Atlantique
100 km
frappé les esprits», insiste Jean-Louis
Boua. C’est pourquoi il a été décidé que
ce fléau, qui saigne les forces vives du
pays, serait la thématique centrale de
la 11e édition du festival des musiques
urbaines d’Anoumabo (Femua). «Plus
que de prendre le désert ou la mer pour
partir, j’ai cru en ce que je faisais ici»,
reprend Salif Traoré. Pour le charismatique leader des Magic System, plus
connu sous le nom de A’Salfo, il est
urgent d’inverser le paradigme trop
souvent fatal aux populations subsahariennes : «Non, aller en Europe, ce n’est
pas réussir sa vie.» Pour y parvenir, il
va falloir déconstruire les imaginaires et
recréer du rêve sur le terrain de la réalité,
en mettant en lumière ces initiatives qui
prouvent que rester, c’est sans doute
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Libération Mardi 24 Avril 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 25
CULTURE/
s’inventer un futur. En Côte-d’Ivoire était de pouvoir faire dix écoles
comme ailleurs, la génération des mille- d’ici 2020! Avec l’appui des partenaires,
nials, nourrie de citoyenneté en mode on pourra peut-être y arriver.»
partagé, cherche à inventer d’autres
lendemains. Avec le Femua, et par-delà
LIVRE BLANC
leur f0ondation, A’Salfo offre une solu- Le pari de l’école pour tous, mis en place
tion, mais ne veut pas se voir «en don- par le gouvernement Ouattara, reste une
neur de leçons».
urgente priorité. «Il faut des structures
Comme les autres membres du groupe, pour accueillir les enfants: 150, 200 par
A’Salfo a grandi en se faufilant dans les classe, ce n’est pas possible. C’est pourruelles ensablées de ce quartier déshé- quoi les bénévoles, comme nous, memrité, longtemps considéré malfamé. bres de la société civile, devons faire en
C’est pourquoi en 2008, il a planté ici sorte que cette dynamique soit continue»,
même les graines d’un festival pas reprend A’Salfo. Pour preuves, cette ancomme tout autre. Pour que son exem- née, le Marseillais Soprano est venu
ple donne un sens à une jeunesse frap- –avant son passage en scène– inaugurer
pée par un chômage massif, bercée par la promotion qui porte son nom, dans
de faux espoirs, bernée par des promes- une école du quartier. Il était déjà là
ses non tenues. «Tout est parti d’une idée pour la 4e édition du Femua, afin d’apbanale: et si un jour on venait dans notre porter sa pierre à l’édifice. «J’avais partivillage pour leur offrir un concert, juste cipé à l’ouverture. D’y revenir sept ans
pour leur dire merci. Et si on ne se con- plus tard en dit long sur l’effort fourni
tentait pas de chanter grapar la Fondation Magic
tuitement, mais qu’on laisREPORTAGE System.» Cette année ensait un petit cadeau dont
core, il aura été le seul artout le monde pourrait profiter.» Trois tiste convié à laisser l’intégralité de son
jeux de maillots donnés par son ami Oli- cachet, sans en faire publicité. «La dévier Kapo, joueur de Birmingham, se- marche du Femua nous concerne tous,
ront les premiers cadeaux, avec aussi comme cette année avec ce focus mis sur
des médicaments donnés à l’hôpital du l’immigration clandestine, dont on conquartier. «Toute la joie de la population naît les ravages quand on est comorien.»
s’est manifestée sur le geste, plus encore Le message sera répété par tous pendant
que sur l’action.» L’année suivante, les les cinq jours de festivités : un slogan
Magic System reviennent, rejoints par scandé, conjugué, sous toutes ses fordes musiciens du coin, mais aussi Mo- mes dans une ville où le verbe se manie
kobé et Leslie. Le Femua est né ainsi, avec verve.
plus pragmatique que programmatique. «Laisse-moi te dire qu’ici c’est chez toi,
Et puis, sur un coup de folie, comme il c’est là l’eldorado, alors ne traverse pas
sourit, il s’est lancé le défi de «construire l’eau!» A 2 heures bien tapées, les paroune école maternelle, en prenant nos les des Leaders, groupe de zouglou né à
droits d’auteur 2010». «Là beaucoup se Yopougon, l’historique quartier chaud
sont dit qu’il y avait une vision. Que la di- de la ville, sont reprises par le public. Elmension sociale était plus grande encore les renvoient à celles prononcées lors
que la manifestation artistique.»
des débats qui se sont tenus deux jours
Brique après brique, A’Salfo et son durant autour de cette question (un livre
équipe sont ainsi parvenus à réussir l’im- blanc sera bientôt remis au gouvernepossible : faire tomber les préjugés et ment, promet également A’Salfo). «Les
construire un modèle reproductible. La familles sont fières d’envoyer un des leurs
première édition avait nécessité 34 mil- en Europe. Et pourtant, les quelque
lions de francs CFA (un peu plus de 3 millions de francs CFA dépensés pour
50000 euros); l’an passé, le budget avoi- cette émigration seraient bien mieux insinait le million d’euros, dont 10% con- vestis ici. Mais pour cela, il faut avant
sacrés au financement du Femua Kids et tout soutenir les actions de la jeunesse»,
tout autant à la construction d’une école, insiste un des membres du club des Jeuet pour l’édition 2018, A’Salfo évoque nes Africains optimistes. Ce qui ne signiplusieurs millions. L’impact écono- fie pas que d’aucuns, eux comme nous,
mique est réel : outre la dizaine d’em- militeraient indirectement contre une
ployés de la fondation, le Femua génère réelle liberté de circuler.
des milliers d’emplois indirects, infor- Magic System rappelle qu’avant d’être
mels, du chauffeur au petit vendeur de une musique «tropicalisée» pour faire
rue. «C’est énorme, mais nos partenaires guincher les mariages français, et même
nous suivent, même si le budget est tou- introniser le président Macron, le zoujours déficitaire! J’ai d’ailleurs lancé un glou fut cette bande-son surgie déappel au ministère de la Culture, qui but 1990 des revendications des jeunes
nous donne 1% du budget, pour qu’il nous étudiants fatigués par l’inertie des aînés,
aide.» Quatre écoles construites, deux la voix des sans-voix. «Celui qui dénonce
inaugurées l’an prochain, deux materni- les tares de la société», résume le jovial
tés en construction dont une en pro- Jean-Roger, dont la barbe poivre et sel
vince, la dimension «solidaire» est on ne indique qu’il fut là aux premières heures
peut plus visible dans ce festival, bien de cette musique, en tant que choriste
au-delà même du simple fait d’offrir à de bien des groupes historiques, avant
tous ceux qui ne pourraient se le payer de lui-même fonder son propre combo
un tel plateau artistique. «Mon objectif en 2007, les Zouglou Makers. «Le Femua,
comme la culture en général, est en train
de ressouder tout ce qui s’est cassé ici au
cours des vingt dernières années. Tout ce
qui faisait qu’on se taquinait malgré nos
origines différentes.»
DIMENSION DIASPORIQUE
C’est l’une des autres vertus de ce rendezvous: sa vision panafricaine. Le principal
bailleur de l’événement n’est autre que
MTN, le grand réseau de téléphonie sudafricain. Et Magic System, à travers sa
fondation, ne se cantonne pas d’essaimer
en Côte-d’Ivoire. Pour leur tournée des
20 ans, en 2017, ils ont accompagné leurs
concerts de multiples actions: planter
des arbres au Mali, donner des lampes
solaires au Burkina Faso, assainir une
plage à Libreville, au Gabon… L’an passé,
la question climatique était au centre
des enjeux du Femua. Cette dimension
continentale, voire diasporique, se retrouve au sein même de l’équipe du
Femua: Cedric Wilfrid Codo, un Béninois
de 28 ans, l’a rejoint, notamment pour
la partie community management. «Ce
festival, je l’ai connu en 2013 à travers les
réseaux sociaux. Cet engagement social
est exemplaire. Il s’agit d’un modèle, inédit en Afrique francophone, mais reproductible ailleurs.»
Désormais, Anoumabo est l’épicentre
d’un des plus importants raouts musicaux qui brassent tous les styles de la
sous-région, voire au-delà. Et ce même
si l’affluence a nécessité la délocalisation de la grande scène à quelques rues
de là, à l’Institut national de la jeunesse
et des sports, site plus conforme aux
normes de sécurité. De l’afro-pop made
in Nigeria incarnée par Yemi Alade aux
nouvelles voix du griotique Mali, avec le
prometteur M’Bouillé Koité et la pop
star Sidiki Diabaté, une petite vingtaine
d’artistes vont ainsi se succéder sur
scène, pour deux longues nuits de sons
qui se termineront aux premiers rayons
du soleil dans un boucan de beats et
de basses. De quoi rassasier le public
convié en toute gratuité, malgré une
pluie torrentielle qui a failli gâter la fête
le premier soir. Ici, plus que de world
music conforme aux prérequis européens, c’est l’Afrique dans sa vitale modernité qui est dans la place. Histoire
de faire tomber un autre cliché, qui fait
partie de ce mur de malentendus entre
ici et là-bas, traduisez chez nous. •
A’Salfo, leader
charismatique
de Magic
System à
Korhogo, dans
une des écoles
réhabilitées par
sa fondation.
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26 u
Libération Mardi 24 Avril 2018
Après une cure
de désintoxication,
le Britannique Saul
Adamczewski défend
son nouveau projet de
duo avec Ben RomansHopcraft, autour
d’une pop enjôleuse
faussement naïve.
«A
vec Insecure Men, je ne
peux plus planquer ma
vulnérabilité derrière le
bruit et l’attitude, comme je l’ai longtemps fait sur scène avec Fat White
Family», grommelle Saul Adamczewski, dont l’exclusion temporaire du clan des rockeurs working
class mené par Lias Saoudi a débouché sur un projet de pop totale à la
légèreté enfantine contrariée par
des textes jamais vraiment sobres.
Après un dernier esclandre imputable à sa toxicomanie le soir d’un
concert parisien le 13 novembre 2015 (sans qu’il ait connaissance
des attentats en cours dans la ville),
sa bande de cœur l’a poussé à se
mettre au vert.
En parallèle d’une cure, le Britannique a retrouvé de sa sève créatrice
en enregistrant une cassette démo
en studio à New York avec Sean
Lennon à la console. Baptisé Insecure Men ( «hommes pleins de
doute»), ce nouveau projet en forme
de désintox à coup d’exotica est largement parrainé par son ex-camarade de classe Ben Romans-Hopcraft, également membre du groupe
soul-pop Childhood, à qui l’on doit
l’injonction à une pop plus aérée.
Lias Saoudi, de son côté, offre la
moitié des textes sur mesure, entre
misère et candeur, comme un tableau à la déviance pastellisée de
l’écrivain et peintre Henry Darger.
Marshmallows. La pochette du
premier album du duo paru fin février adopte toutefois l’esthétique
propagandiste nord-coréenne et
présente leurs trognes en souriants
leaders surdimensionnés par rapport à leurs sujets. «Les hommes peu
sûrs d’eux sont partout, surtout dès
qu’il y a du pouvoir, c’est vrai pour
un dictateur de la Corée du Nord,
pour Napoléon et pour les artistes…»
nous assure Saul Adamczewski tout
groggy, aux alentours de la SaintValentin, rongé par une rage du peu
de dents qu’il lui reste. Enroulé
dans une couverture jusqu’aux cheveux, il se marre sans sa cape
comme un Yoda tiraillé entre deux
forces : «Chaque jour est une nouvelle revanche à prendre.» Il a passé
la nuit dans ce grand loft occupé par
une femme mystère dont la voix
lointaine prévient le duo qu’elle
part acheter des pâtes. Saul et Ben
Saul Adamczewski, en retrait de Fat White Family, et Ben Romans-Hopcraft, du groupe Childhood. PHOTO NEIL THOMSON
Insecure Men,
le calme après la fixette
auraient préféré des sushis, mais ne
bronchent pas. C’est dans ce même
appartement que Saul avait enregistré ses reprises lo-fi Karaoke for
One, parmi lesquelles un Wicked
Game de Chris Isaak tropicalisé,
premiers pas vers la rédemption
dans des guitares hawaïennes, celles d’une Polynésie fantasmée dans
la lignée d’Arthur Lyman.
Insecure Men est devenu sur cet album un projet bien plus produit, où
la voix peut se faire suave et les
chœurs marshmallows. Le duo hésite entre la satire et la sérénité pour
amortir la sordidité de ses sujets. Et
il parvient à la beauté dans sa quête
de mélodie, constante, ce qui était
beaucoup moins prioritaire avec Fat
White Family. L’exquis Cliff Has Left
the Building, comme une Smile
Session oubliée inspirée par un Cliff
Richard qui «n’ira jamais à
Disneyworld», est une réussite. La
tentation d’opposer une naïveté
poussive et des pastilles à la limite
de la musique lounge aux encolérés
Fat White Family qui lui reprochaient ses excès est évidente. Mais
ce qui a peut-être été d’abord un
gag a finalement tourné en quête
esthétique d’une pop idéale, qui
n’aurait pas peur de gêner. A grand
renfort de chœurs d’enfants ou en
marchant dans les pas lunaires de
l’excentrique pionnier Joe Meek,
Insecure Men se range toujours du
côté des freaks et des misfits.
Sans nous marketer un album #MeToo, ils interrogent les failles de
l’ego masculin, dans une démarche
qui n’est pas sans rappeler le premier album de l’Australien Alex Cameron. «Il y a de l’humour en tout,
y compris dans la mort, si tu en as
envie. La censure actuelle sur toutes
sortes de sujets doit s’arrêter, mais la
route sera longue et ennuyeuse»,
gambergent-ils. Reprenant les codes du college rock, Insecure Men
chante les éphèbes adolescents sur
Teenage Toy, qui semble être un
pastiche des Vaselines, ou encore
l’horreur pédophile de Gary Glitter
sur Mekong Glitter. « Why, don’t you
ever ask why ?» répètent-ils sans
qu’on sache si la question se pose au
chanteur glam ou à nous.
Whitney Houston And I ensuite met
en perspective les surdoses combinées de Whitney Houston et de sa
fille Bobbi Kristina Brown, toutes
deux retrouvées mortes dans leur
baignoire : «Cette histoire est tellement triste et surréaliste. Je n’essaie
même pas de provoquer sur ce titre,
j’y trouve une vraie résonance, un
poids», justifie Saul Adamczewski.
Ben Romans-Hopcraft plussoie :
«Ce n’est pas parce que ça ne sonne
pas comme du Antony And The Johnsons que ce n’est pas une chanson
triste.»
«Cartoon». Les Insecure Men se
disent de la rive des traditionnels
chanteurs-losers des pubs du littoral anglais, invoquent le comiquepathétique d’un John Shuttleworth
ou Frank Sidebottom, cette anomalie pop qui se produisait sur scène
avec une tête en papier mâché et
dont l’histoire a été racontée dans
le film Frank en 2014. «Parfois des
gens essaient de décrire leur musique de sorte de la faire passer pour
plus cool qu’elle ne l’est, mais en l’occurrence, notre album est de la pop,
qu’on voulait faire sonner comme un
cartoon pour enfants. On est de
grands fans des Beach Boys, des Carpenters, de ce qui est sucré jusqu’à
s’en écœurer.» A la fin du dernier titre de l’album, la reprise du gimmick de Mr. Sandman le confirme,
créant cette exacte insécurité de savoir s’il est là pour endormir ou
vous piquer.
CHARLINE LECARPENTIER
INSECURE MEN
INSECURE MEN (Fat Possum/
Differ-Ant). En concert le 25 avril
au Point éphémère (75010),
le 1er juin au festival
This Is Not a Love Song au Paloma,
Nîmes (30), le 6 juillet aux
Eurockéennes de Belfort (90).
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CULTURE/
Janelle Monáe en mars
à Los Angeles.
PHOTO JEAN-BAPTISTE
LACROIX. AFP
MUSIQUES
Janelle Monáe,
discours toujours
Sous influence
Prince, la chanteuse
américaine engagée
revient avec le fade
«Dirty Computer».
chanteuse adoubée par
Prince est de tous les fronts.
A en oublier qu’elle est venue
défendre quatorze chansons
qui grossissent la pop d’ascendance r’n’b.
«C’
Gestuelle. Car sans préten-
est le disque
que je voulais
faire depuis le
début, avant même mon premier album, The ArchAndroid, et me voilà nerveuse et
vulnérable…» En promo pour
la sortie de Dirty Computer,
Janelle Monáe rode son discours d’artiste engagée. Egalité des droits, de salaire entre hommes et femmes,
défense des minorités, la
dre chasser sur les terres de
Beyoncé, l’arsenal visuel et
sonore de Dirty Computer
(métaphore des ordinateurs
pleins de virus et des migrants qu’il faudrait nettoyer)
a tout de la belle mécanique,
à commencer par un casting
d’invités en apparence parfait. Le Beach Boys Brian Wilson en harmonie d’ouverture
et Pharrell Williams au cen-
tre, fine équipe. Mais le génie
du Neptunes s’épuise et le refrain I Got the Juice semble
dire tout le contraire.
Passé l’anecdotique Screwed
avec Zoë Kravitz, on aime le
plus insidieux Pynk avec la
Canadienne Grimes. Un rose
sexuel et sucré aux allures de
pourpre délavé, tant la présence de Prince frappe en
plusieurs endroits (voire
crève les yeux dans Make Me
Feel). «Ce qu’offrait Prince
était authentique, c’est ça qui
a fait que les gens l’ont aimé.
Sa générosité envers moi ou
les autres – il donnait beaucoup, et souvent très discrètement – m’inspire en tout
point. Marcher dans ses pas,
ce serait prétendre beaucoup.»
Comme chez le Love Symbol,
la musique de Janelle Monáe
passe par le corps et une gestuelle étudiée. C’est même
Lisbonne, tremplin dans le MIL
La 2e édition du festival a
célébré l’effervescence de la
scène portugaise, boostée
par un hip-hop métissé.
A
une époque pas si lointaine, le
quartier de Cais do Sodré, à Lisbonne, n’attirait que les noctambules au bout du rouleau et autres marins de
passage aimantés par ses clubs et tavernes
interlopes. Mais, comme partout ailleurs,
la gentrification a fait son chemin:
aujourd’hui, le Mercado de Ribeira, plus
grand marché couvert de la ville annexé
par Time Out, est devenu un gigantesque
food court où s’agglutine la movida locale.
Mais la faune citadine a beau avoir évolué,
les lieux de perdition, eux, sont restés dans
leur jus, la déco cheap du Viking, du Tokyo
ou de Sabotage servant ainsi de cadre, début avril, à la 2e édition du Lisbon International Music Network (MIL). Maillage de
rencontres et de showcases comme il en
fleurit dans quantité de pays européens
(France, Danemark ou Islande, pour les
plus courus), le MIL soufflait cette année
sur la flamme en direction de l’Espagne et
du Brésil, avec 650 professionnels débarquant de 22 pays et 72 concerts égrenés sur
deux soirs. «Comparé à d’autres, le Portugal reste une petite nation. Pourtant, la
création lusophone connaît une effervescence comparable à celle de la France
des 80’s», assure Fernando Ladeiro-Marques, directeur du MIL. Un son de cloche
qui revient depuis quelques années, amplifié notamment par les DJ des Noite Principe du Music Box, où fraternisent les publics blanc de la ville et noir des cités.
u 27
«L’essor du hip-hop a fortement contribué à
abattre les barrières héritées du passé colonial», observe Ladeiro-Marques et les sonorités importées d’Afrique –kizomba, kuduro ou funana– mêlées aux rythmes
blancs forgent un son multiculturel qui a la
bougeotte. Pour autant, on guette encore le
groupe qui mettra tout le monde d’accord,
dans la lignée du Buraka Som Sistema jadis
repéré par… un agent anglais. Un rôle
d’outsider que tient Diron Animal, puisant
sa combativité dans les racines du ghetto
angolais, d’où germe un assemblage crédible de kuduro et de hip-hop. Ou Moullinex,
projet costumé de Luis Clara Gomes, producteur extraverti célébrant une liesse
disco house jusque dans les murs imposant du MAAT, le récent musée d’Art, d’Architecture et de Technologie. «Comme partout ailleurs, le marché de la musique
enregistrée ne se porte pas bien, reconnaît
le directeur. Mais une nouvelle génération
puise dans la difficulté l’envie de se battre
pour exister.» La politique culturelle bégaie, les institutions restent frileuses et le
cinéma et le théâtre continuent d’absorber
la majorité des subventions? Raison de
plus pour se prendre en main. A l’instar de
Paulo Furtado, nobliau lisboète autoproclamé Legendary Tigerman, filant dans le
désert californien enregistrer avec les
moyens du bord sa nouvelle collection de
salves rock, Misfit, entouré d’une escouade
désaltérée au vin rouge, à la bière mexicaine et à la tequila. A défaut d’aguardente.
GILLES RENAULT
Envoyé spécial à Lisbonne
MOULLINEX HYPERSEX (Discotexas)
THE LEGENDARY TIGERMAN
MISFIT (Sony Music).
par la danse plus que par le
chant qu’elle donnait récemment un aperçu de l’album.
En mars, dans un petit club
parisien, la belle donnait un
de ces shows promo contrôlés dont les majors ont le secret. Téléphones portables
confisqués, journalistes et influenceurs choisis suivaient
sur la piste le petit théâtre de
Janelle, un play-back chorégraphié. Entourée de six sisters évoquant tout à trac
amazones, Black Panthers et
belles de ballroom, Janelle
donnait chair au verbe, insistant sur des punchlines applaudies. «Hit the mute button, let the vagina have a
monologue» («Défonce la touche silence, et laisse monologuer le vagin»).
«Sexy». Au téléphone, souvent lointaine, Janelle
Monáe précise: «Je m’adresse
surtout aux hommes : on
avancerait tellement si vous
nous écoutiez et évitiez de
parler au nom des autres.» Si
son entourage interdit toute
question «personnelle portant sur sa sexualité», la
chanteuse avance d’ellemême: « Je veux redéfinir ce
qui est sexy, ce que c’est
qu’être femme. Dans l’industrie du disque, on nous intime
constamment ce qui est féminin ou ne l’est pas, on répond
à des stéréotypes qui sont là
pour rassurer les gens. Marre
de ça.» Tempérament de bélier (elle est Sagittaire pour
info) et un certain humour
qui lui permettait de répondre ainsi aux questions de
Rolling Stone : «La communauté lesbienne a essayé de
me récupérer, mais je ne couche qu’avec des androïdes.»
A défaut d’en savoir plus sur
ces amours cybernétiques,
avouons que la musique de
ce Dirty Computer manque
un peu de corps et d’impureté.
MATTHIEU CONQUET
JANELLE MONÁE
DIRTY COMPUTER
(Bad Boy Record/Warner).
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L’oursonne
Paula Beer Sûre d’elle et assez intemporelle, l’actrice
berlinoise de 23 ans oscille entre France et Allemagne,
en perfectionniste à la recherche du ton juste.
E
lle est à Paris pour Transit, film de Christian Petzold
aux audacieuses superpositions. Bloqués dans un Marseille moderne, des réfugiés qui ont fui le nazisme nourrissent des espoirs transatlantiques. Il y a le Mucem de Ricciotti, les barres d’immeubles non loin de la Pointe-Rouge,
le port de commerce et ses zones de fret. Et puis Marie, que
joue Paula Beer et qui ne cesse de courir. A la recherche d’un
mari trop tôt quitté.
On retrouve la Berlinoise plus apaisée, à Saint-Germain-desPrés. Pour la croquer correctement, il faut d’abord détailler l’intemporalité du regard vert d’eau et des cernes aquarellés, s’arrêter sur la mélancolie pâle des lèvres framboise. Il faut surtout zapper les baskets
Superga à trame trouée, négliger le flou du
chignon et les mèches échappées belles.
Résister à lui imaginer une décontraction dans l’air du temps
ou à un quelconque désir de se calquer sur les surexpositions
Instagram de ses contemporains. Malgré le breuvage qui infuse
doucement, la confession n’est pas sa tasse de thé.
A 23 ans, l’Allemande sait pertinemment ce qu’elle veut dire
et ce qu’elle peut taire. Et la libre déambulation dans les cou-
lisses de son big-bang cinématographique n’est pas à l’ordre
du jour. Même fatiguée, même en anglais, elle déroule un discours pertinent, mais cadré. On guette le petit arrangement
avec les mots, la phrase qui bat de l’aile. En vain. On quémande le détail croustillant, l’anecdote personnelle. Retranchée derrière le panneau «vie privée», la belle bataille sec.
Divulguer sa date de naissance devient un enjeu… Rien sur
sa mère, pas davantage sur son père, tous deux plasticiens.
Ses goûts picturaux? «Une tache de peinture au milieu d’une
toile ne m’intéresse pas. Je veux sentir qu’il y a une réflexion
derrière l’œuvre.» Fréquenter tôt les galeries ne lui a pas fait
l’œil très abstrait, elle aime le travail de
Jonas Burgert, artiste berlinois dont les
toiles immenses sont peuplées de corps
enchevêtrés rehaussés de fluo. Une figure
centrale, visage grave et pupille anthracite, émerge de ses agglomérats. Bienvenue dans un monde où Bosch, Bruegel et
Beckmann se seraient donné rendez-vous à Bollywood.
L’enfance est passablement nomade. Etre fille unique n’est
pas une souffrance pour la jeune Beer. «Quand on n’a pas de
frère ou de sœur, on ne sait pas ce qu’est une fratrie, donc on n’en
LE PORTRAIT
ressent pas le manque.» CQFD. Ses souvenirs remontent loin,
sans qu’on sache très bien lesquels. Elle se réjouit de cette mémoire vive témoin d’un quotidien dans les clous. Pas d’épisodes troubles ou d’abus que son cerveau s’efforcerait d’effacer.
En primaire, elle échappe au gavage intempestif des cursus
classiques et à la verticalité des hiérarchies. Grâce à la pédagogie Montessori, elle goûte au savoir réfléchi et réalise qu’elle
aime apprendre. Première expérience théâtrale à 8 ans. La
pièce s’intitule l’Oiseau de feu… et, a priori, elle le met. Sa mère
la trouve transfigurée. Elle, parle de virus. Quatre ans plus tard,
elle réussit à entrer dans la troupe des jeunes du Friedrichstadt-Palast de Berlin, l’équivalent du Casino de Paris.
Les Français la découvrent en 2016, dans le Frantz de François
Ozon. L’expressivité silencieuse de son visage, façon star du
muet, alliée à un côté mutin et innocent affole les affects. Les
critiques louent son étonnante maturité et l’éventail de sa
palette. Pour Bad Banks, série récemment diffusée sur Arte,
elle s’est plongée dans la complexité des banques d’investissement. Si les chiffres la laissent de marbre, l’univers de la
finance, où les carrières se boostent à l’adrénaline et à la coke,
où le sexe côtoie la solitude, la fascine. A 14 ans, on lui aurait
conseillé de penser en jouant. Depuis, ses carnets de préparation regorgent de détails: placements, déplacements, psychologie des personnages.
Elle s’attarde longuement sur
le langage du corps, sur la
1995 Naissance.
traduction physique d’une
2016 Frantz (François
idée.
Ozon), prix MarcelloPerfectionniste, elle avoue
Mastroianni du
s’énerver quand les choses
meilleur espoir à
lui résistent. Plutôt que de
la Mostra de Venise.
farfouiller dans ses tripes
24 avril 2018 Transit
pour traquer des situations
(Christian Petzold).
qu’elle n’a pas forcément vécues, elle se fie à son intuition. On la fixe. Quand elle réfléchit, et c’est assez fréquent,
elle fronce les sourcils et fixe des cimaises imaginaires que
sa pratique de l’escalade à mains nues lui permettrait d’atteindre facilement.
L’Hexagone est son terrain de jeu. Petite, c’est en Bretagne
qu’elle apprend à pédaler. L’expression «partir dans le décor»
lui est encore inconnue, mais c’est bien ce que la future actrice
retient de l’expérience. Quitter sa zone de confort, elle adore.
Dans Diplomatie de Volker Schlöndorff, elle a disparu au montage. Elle ne s’est pas angoissée, y a vu l’épure d’un script et
non la critique d’une interprétation. «Parfois, l’alchimie ne
fonctionne pas. Il faut savoir refuser des scénarios comme
accepter d’être évincée au casting, ça ne remet pas en cause la
personne», glisse-t-elle sagement.
En français, elle avoue perdre pied quand la discussion tourne
au pugilat. On parierait que même à terre, elle est capable de
délivrer quelques uppercuts à la grammaire exemplaire. Tout
juste rentrée du festival Canneséries où elle était jurée, elle
évoque un bilan carbone contrebalancé à coup d’arbres plantés. Fan de Fargo, 4 Blocks ou Borgen, elle s’intéresse à la technique du cliffhanger, au haché de l’intrigue et au dévoilement
progressif des personnages. Plusieurs fois primée, elle n’est
pas à l’affût des récompenses et constate avec pragmatisme
que l’attribution d’un trophée ne modifie pas l’essence d’un
être. Palmer en eaux cannoises serait peut-être différent? Paumes vers le ciel en signe d’incompréhension, elle s’étonne surtout des prix affichés sur la Croisette et des restaurateurs arnaqueurs : «Ils mettent quoi dans leurs burgers, de l’or ?»
Pour tailler dans l’ombre, il faudrait mettre cap à l’Est, vers
Berlin-Friedrichshain, quartier des artistes et de la jeunesse
alternative. Glisser un œil dans son 45 mètres carrés loué à
l’année, constater que la décroissance n’est pas un vain mot,
bidons de lessive recyclés, emballages surnuméraires évités
et penderie en mode minimaliste. Viser les bouquins qui traînent, The Course of Love, d’Alain de Botton, A Brief History
of Time de Stephen Hawking et le 4321 d’Auster que la lectrice
de Kundera et de Murakami aurait fini par comprendre. Peutêtre qu’on croiserait ses amis, plus âgés et pas dans le ciné,
qu’on constaterait, comme elle, que les mentalités évoluent
parfois à rebours et que la poussée de l’extrême droite en est
un signe déprimant. Ensuite, on lui emprunterait son vélo et,
tout en roulant, on repenserait à ce qu’elle nous avait dit de
l’héroïne de Transit: «Je l’ai longtemps cherchée, mais elle ne
voulait pas être comprise. Heureusement, j’avais du temps.» •
Par NATHALIE ROUILLER
Photo RÜDY WAKS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
In collaboration with
INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, APRIL 24, 2018
Copyright © 2018 The New York Times
“They were not just statistics. These were real human beings.”
Boko Haram kidnapped more than 200 Nigerian schoolgirls in 2014. From left, Rifkatu Solomon, Liyatu Habila and Rahab Ibrahim.
The Girls Brought Back
By DIONNE SEARCEY
Photographs by ADAM FERGUSON
YOLA, Nigeria
THE LIST HAD MORE than 200 names. Martha James. Grace Paul.
Rebecca Joseph. Mary Ali. Ruth Kolo. And so many others. It took Nigerian officials weeks to publish the names of all the students Boko
Haram kidnapped from a boarding school in the village of Chibok four
years ago, on the night of April 14. Once they did, the numbers were
staggering.
The list quickly circulated among the grieving parents searching
for their daughters, some setting out on motorbikes to confront the
Islamist militants who had stormed the school, loaded the girls into
trucks and hauled them away at gunpoint. Soldiers used the list, too, as
they combed the countryside for the missing
students, marching
through the forest, dispatching jets and enlisting the help of foreign
militaries. Negotiators
checked the names
as they bartered with
militants for the girls’
release. And the list
ADAM FERGUSON FOR THE NEW YORK TIMES
became an inspiration
Rakiya Gali is free, but it is
for protesters hundreds
believed a dozen girls died.
of kilometers away in
the capital, who kept
marching for the girls’ return, day after day.
“As I began to read each name, my resolve
strengthened,” said Oby Ezekwesili, a former education minister who led protests. “They were not just
statistics. These were real human beings.”
Far away in America, France, South Korea and
elsewhere, public figures and celebrities joined the
cause. Bring back our girls, they demanded.
For years, the teenagers remained missing, transforming from girls into women, lost to a band of extremists known for beating and raping its captives.
And then, many of their names were joyfully crossed
off the list. “I’m ‘back,’ as they say,” said Hauwa
Ntakai, one of the Chibok students.
Nearly four years after they were abducted, more
than 100 of the students from Chibok now live on a
pristine university campus in northeastern Nigeria,
their days filled with math and English classes, karaoke and selfies, and movie nights with popcorn.
The government negotiated for the release of many of the Chibok students, who were set free over the
last year and a half. A few others were found roaming
the countryside, having escaped. But more than 100
of their former classmates are still held by Boko Haram. About a dozen are thought to be dead.
“I’m happy,” said Ms. Ntakai, who was Number 169
on the list. Now, she is a 20-year-old student who ris-
es at dawn for Saturday yoga class and argues about
the benefits and dangers of social media during debate night at the university. “But I’m thinking about
my sisters who are still in the back,” in Boko Haram’s
clutches, she said.
Nigeria is in its ninth year of war with Boko Haram, a group that has killed and kidnapped thousands of civilians. Many of the young women now
consider themselves the lucky ones. The vast majority of the victims will remain anonymous. Many
of their families will never know what happened to
them. But the Chibok girls had names. Saratu Ayuba.
Ruth Amos. Comfort Habila. And from a few weeks
after they were taken — when Boko Haram broadcast images of its captives, covered from head to
toe in long, dark gowns — they had faces. Teenage
students suddenly became the unwitting representatives of all the dead and missing victims of a crisis.
They became the daughters of Nigeria, and more
broadly daughters of the whole world. “When the
Chibok abduction happened, it was the articulation
of this whole saga,” said Saudatu Mahdi, a co-founder of the Bring Back Our Girls movement. “They became a rallying point.”
But the freed students also bear the burden of that
celebrity. They attend a private university that educates the children of the Nigerian elite. But restrictions are tight. They are not allowed to leave campus
without escort. They can’t have visitors without permission. And though some gave birth during captivity, their children are not allowed to stay with them.
In fact, the young women have rarely seen their
families since they were freed. As soon as they were
released, the women were whisked to Abuja, the
capital, where they spent weeks in the government’s
custody, questioned for information that could help
find their still-missing classmates — and to satisfy
Continued on Page II
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, APRIL 24, 2018
WORLD TRENDS
On Suicide Missions,
They Walked Away
By DIONNE SEARCEY
MAIDUGURI, Nigeria — The
girls didn’t want to kill anyone.
They walked in silence for a while,
the explosives around their waists
pulling down on them as they fingered the detonators and tried to
think of a way out.
“I don’t know how to get this
thing off me,” Hadiza, 16, recalled
saying as she headed out on her
mission.
“What are you going to do with
yours?” she asked the 12-year-old
girl next to her.
“I’m going to go off by myself
and blow myself up,” the girl said.
It was all happening so fast.
After being kidnapped by Boko
Haram last year, Hadiza was confronted by a fighter in the camp
where she was being held hostage.
He wanted to “marry” her. She rejected him. “You’ll regret this,” the
fighter told her.
A few days later, she was
brought before a Boko Haram
leader. He told her she would be
going to the happiest place she
could imagine.
Hadiza thought she was going
home.
He was talking about heaven.
They came for her at night, she
said. Attaching a suicide belt to
her waist, fighters sent her and the
12-year-old girl out on foot, alone,
telling them to detonate the bombs
at a camp for Nigerian civilians
who have fled the violence Boko
Haram has inflicted on the region.
“I knew I would die and kill other people, too,” Hadiza recalled. “I
didn’t want that.”
Northeastern Nigeria, now in
its ninth year of war with Boko
Haram, has become a place afraid
of its own girls.
According to Unicef, at least
135 children were used as suicide
bombers last year. Four teenage
girls were used in multiple attacks
in Maiduguri on March 31, killing
themselves and two other people.
The deployment of children has
become so frighteningly common
that officials in the areas where
Boko Haram operates are warning citizens to be on the lookout
for girl bombers. A huge billboard
here in Maiduguri — the Nigerian
city where Boko Haram was born
— proclaims “Stop Terrorism”
with the image of a scowling, wildeyed girl with explosives on her
chest, clutching a detonator.
A public service ad here paints
bombers as Boko Haram collaborators. But The New York Times
interviewed 18 girls who were
sent on suicide missions by Boko
Haram. They described being kid-
ADAM FERGUSON FOR THE NEW YORK TIMES
Falmata B., 15, was assigned a suicide-bombing mission but did
not do it. She was afraid the bomb would ‘‘explode on its own.’’
napped, held hostage, then forced
to go on their bombing missions.
Most of the girls were told that
their religion compelled them
to carry out the orders. And all
of them resisted, preventing the
attacks by begging ordinary citizens or the authorities to help
them.
Aisha, 15, fled her home with her
father and 10-year-old brother, but
Boko Haram caught them. The
fighters killed her father and, soon
after, she watched them strap a
bomb to her brother, squeeze him
between two militants on a motorbike and speed away.
The two militants returned
without him, cheering. Her little
brother had blown up soldiers at
a barracks, she learned. The militants told her not to cry for him.
“He killed wicked people,” they
told her. Later, they tied a bomb
on her, too, instructing her to head
toward the same barracks.
Like some of the other girls,
Aisha said she had considered
walking off to an isolated spot and
pressing the detonator, to avoid
hurting anyone else. Instead, she
approached the soldiers and persuaded them to remove the explosives from her body, delicately.
“I told them, ‘My brother was
here and killed some of your
men,’ ” she said. “My brother
wasn’t sensible enough to know he
didn’t have to do it. He was only a
small child.”
Other girls, whose full names
are also being withheld out of concern for their security, had similar
stories of terror and defiance.
Amina, 16, was told to blow up
worshipers at a mosque. But as she
drew near the crowd, she spotted
her uncle, who helped her to safety.
Maryam, 16, said she got help
from an old man resting under a
tree. The two hollered to one another from a safe distance, so that
he could question her first and get
some assurances that she didn’t
plan to blow him up.
Most of the girls interviewed
said, like Hadiza, that they had
been deployed as bombers after refusing to be married off to fighters.
When Hadiza and the 12-yearold girl approached a checkpoint,
she was scared of what the soldiers might do — in just the last
three months of 2016, 13 children
from 11 to 17 years old were killed
after they were wrongly thought
to be suicide bombers.
Hadiza told the younger girl to
wait by a tree in the distance while
she explained their predicament
to the soldiers. She knew the girl
would raise suspicion because she
was too young to be walking in the
bush without a parent.
The soldiers believed her and
helped the girls take off their explosives belts before splitting
them up for questioning. Hadiza
was eventually taken to a camp
for displaced people. She still
doesn’t know where her mother is,
or if she is even alive. But her father showed up at the camp a few
weeks after she did. When she told
him what happened, he cried.
“He would never reject me,”
she said. “He was so happy I survived.”
The Girls Who Were Brought Back, Freed From Captivity
Continued from Page I
officials that they had not grown
loyal to Boko Haram.
Security agents warned the
young women not to talk about
their time with militants, arguing
that it might jeopardize the safety
of those still held captive. Forget
about the past and move forward.
For months, their access to their
parents was severely restricted.
They weren’t allowed to leave the
bland building that was their dormitory. Their only regular connection to their families is by phone.
Last summer, officials at the
American University of Nigeria
met with the government. Back
in 2014, the university had taken
in about 20 students from Chibok who had been kidnapped by
Boko Haram but had managed
to escape within hours. Administrators wanted to take the newly
freed women, too. The idea was to
help them catch up on their studies
and prepare them for college life.
Now the students’ lives are highly structured. They are considered
high-profile targets. And, they are
vulnerable to exploitation. “They
will not be the normal people they
were before they were abducted,”
Ms. Mahdi said.
Officials at the university had no
experience educating former hostages. But neither did anyone else.
“We’ll take them all and figure it
out,” the university’s president,
Dawn Dekle, an American, recalled thinking at the time. “They
were traumatized as a group.
Their healing has to be in a group.”
INTERNATIONAL WEEKLY
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At the university, officials
scrambled to prepare for the students, renovating a dormitory so
they all could be housed together.
A therapist in the United States,
who had counseled some of the
early escapees from the kidnapping, was recruited to work as the
students’ psychologist.
Last September, more than 100
of the students arrived.
Some of the other students
were frightened that Boko Haram
would come for the Chibok women
again, especially at a university
representing the sort of Western
education that Boko Haram has
condemned. Others worried that
the women could be terrorists
themselves.
After arriving on campus, the
women were escorted to the cafeteria for their first meal. They drew
stares from the other students.
“I could tell they were not feeling comfortable,” said Reginald
Braggs, a former United States
Navy Reserve Officers’ Training
Corps instructor who is in charge
of the program for the Chibok students. Administrators decided to
let them eat in their dorm.
All in their 20s now, the women
are in a program that sometimes
seems designed for elementary
students. Classrooms are decorated with pictures of Spider-Man
and basic multiplication tables.
Messages of positive thinking are
plastered on every wall: Never
give up. Believe in yourself. Shine
like stars. The women seemed relaxed and joyful on a recent Sunday
morning. Raymond Obindu, a charismatic local pastor, keeps his sermons for the women more uplifting
than the ones he usually delivers.
“They’ve seen hell together,”
said Somiari Demm, the psychologist who counsels the women.
“They share the extensive narrative that no one else does.” The
women told their parents that
they had endured periods of hunger while with Boko Haram. They
were made to cook and clean for
fighters. Some were raped. One is
missing part of a leg from injuries
suffered with Boko Haram.
Ntakai Keki, 60, said his daughter Hauwa had told him that she
was once lashed 30 times with a
cane. She told him that she saw the
dead bodies of children who were
being held hostage and witnessed
fighters die from aerial bombings.
University officials do not let
journalists ask the women about
their experiences with the militants. “They’re grown women by
American standards,” Mr. Braggs
said. “Even physically they are
grown women. But look at their
social development. They’re still
very vulnerable.”
“I’m very, very cautious about
people thinking I’m overprotective,” he added. “I don’t think
they’re children. But there’s a
certain responsibility I’ve been
given.”
At the university, the women are
instructed to speak only English,
a language most of them struggle
with (they grew up speaking Hausa and local languages). Most of
the people in charge of the women
can’t communicate with them in
their own languages.
One student, Glory Dama, wants
to take university classes, return
to Chibok and be a nurse. Another,
Rhoda Peter, wants to be a lawyer.
“I know I’m in a place where nobody will chase me and do something wrong to us,” said Ms. Peter,
22. “They are here to help us.”
Grace Hamman said she took
comfort during her time in captivity in the knowledge that she hadn’t
been forgotten.
“I heard on the radio people
were crying for us and were concerned,” she recalled. “I thank
everyone for what they did for us.”
THE
NEW
YORK
TIMES
INTERNATIONAL
WEEKLY
AND
INTERNATIONAL
REPORT
APPEAR
IN
THE
FOLLOWING
PUBLICATIONS:
CLARÍN,
ARGENTINA
„
DER
STANDARD,
AUSTRIA
„
LA
RAZÓN,
BOLIVIA
„
THE
HAMILTON
SPECTATOR,
TORONTO
STAR
AND
WATERLOO
REGION
RECORD,
CANADA
„
LA
SEGUNDA,
CHILE
„
LISTIN
DIARIO,
DOMINICAN
REPUBLIC „ LIBÉRATION, FRANCE „
PRENSA LIBRE, GUATEMALA „ ASAHI SHIMBUN, JAPAN „ EL NORTE AND REFORMA, MEXICO „ CORREO, PERU „ NEDELJNIK, SERBIA
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TUESDAY, APRIL 24, 2018
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
III
WORLD TRENDS
Rape Case of 11-Year-Old
Sets Off Furor in France
By ALISSA J. RUBIN
and ELIAN PELTIER
PARIS — Having twice before
run into an 11-year-old named
Sarah in the neighborhood, the
28-year-old man chatted amiably
with her and said he had something to show her at an apartment
nearby.
But once the elevator doors
closed, she became afraid, she told
the police and her lawyer, Carine
Durrieu Diebolt. “He began to kiss
her, his expression became nasty,”
the lawyer said. In the elevator, on
the top floor of his building and
finally in his apartment, Sarah
told the police and her lawyer, he
pressed her to have sex — first fellatio, then intercourse. As soon as
she could get away, she called her
mother in tears.
The question of whether the girl
was raped is now going to court in
Pontoise, a suburb of Paris. But
the case has set off a national furor, giving urgency to efforts by
President Emmanuel Macron to
change laws protecting minors in
France.
Under French law, it is illegal
for an adult to have sexual contact
with a minor under the age of 15.
But the charge of sexual contact
with a child is not the same as
rape; it is a lesser crime with a
Altering laws to
protect the young
from sex crimes.
lesser penalty.
In most Western countries, under statutory rape laws, sex with
a minor under a certain age is considered rape because the minor is
thought to be too young to consent.
France has no such law; all rape
judgments must be based on proof
of either violence, force, surprise
or lack of choice in a situation.
But in the #MeToo era, prevailing attitudes around gender equality and harassment are being
challenged in this country, which
has a libertine disposition toward
sex. The position of women in society is among the many areas of
French life Mr. Macron wants to
transform. He has included more
women in the ranks of power. And
his government is proposing a law
to make it easier for children under 15 to prove that they had been
raped.
Still, government officials are
facing criticism that the proposal
does not do enough. “The victim
will still have to prove that she
did not consent,” said Edouard
Durand, a juvenile court judge in
Bobigny.
The proposed law would make
it possible for minors under 15 to
prove that an adult took advantage of them, that they did not consent and that therefore they were
raped.
France’s law prohibiting adults
from having sexual contact with
minors under 15 carries penalties
of up to five years in prison and a
fine of 75,000 euros, about $92,000.
The new law would increase the
penalty to 10 years in prison and
a fine of 150,000 euros, about
$184,000.
The problems with how France
prosecutes sexual violence involving minors go beyond the wording
of any laws, legal experts say.
Rape charges can take eight years
or more to go to trial and are heard
by juries, who tend to judge women and girls more harshly than do
magistrates or judges who hear
cases involving the lesser crimes
of sexual contact and sexual assault. Lawyers for victims often
accept a lesser charge to avoid
having the client further traumatized by having to testify before
a jury and potentially seeing the
attacker acquitted.
Because so many cases are not
pursued, it is difficult to determine
the depths of the problem. Of 4,120
complaints of rape made to the police by girls under 15, 396 resulted
in sentences for rape, according to
the National Observatory of Violence Done to Women.
Sandrine Parise-Heideiger, the
lawyer for the man accused of having sex with Sarah, takes the view
that sometimes a minor consents
and then thinks the better of it, or
sends mixed messages. “The behavior of a 15-year-old adolescent
five or 10 years ago, has moved,”
she said, adding that now 10-yearolds behave like 15-year-olds.
Many others disagree. “One
cannot think that a child can assent to a sexual act,” said Ernestine Ronai, a psychologist and
member of the High Council on
Equality Between Men and Women.
The council wanted the measure
to be more like a statutory rape
law, and set the age limit at 13.
The government chose 15 instead,
which, while protecting more
people, makes it more difficult to
prove any sex was non-consensual, experts said.
“Our wish in doing this law is
that the aggressor will be judged
as a rapist, or that the judge can
decide not to retain the rape
charge, but in that case the adult
will face a very high penalty of
10 years,” said Marlène Schiappa, the junior minister for gender
equality.
In the case of Sarah, Ms.
Parise-Heideiger said she will
challenge the contention that the
sex was not consensual. She says
that the girl’s answers to police
will help. In her account, the girl
said: “I was curious; I knew what
he wanted.”
Ms. Durrieu Diebolt said the girl
was naïve and entrapped by an
older man. “Here we have a victim
who immediately afterward calls
her mother,” she said. “If she had
consented, she would have hidden
it from her mother, she would not
have needed to talk to her.”
MAHMUD HAMS/AGENCE FRANCE-PRESSE — GETTY IMAGES
The Hamas leader, Ismail Haniya, speaking at the site of protests on the Israel-Gaza border.
GAZA JOURNAL
Being Noticed Without Violence
By DAVID M. HALBFINGER
JERUSALEM — The “Friday
of Tires” protest earlier this
month ended with another nine
Palestinians killed along the
fence hemming in Gaza despite a
smokescreen of burning rubber
and a second round of international criticism over Israel’s use
of lethal force.
Now, young Gazans are
talking about staging a “Flower
Friday,” a “Coffin Friday,” and
even a “Shoes Friday” at which
demonstrators would fling footwear at soldiers to protest Israel’s longstanding blockade of the
impoverished territory and its
two million residents.
Palestinians seem enthusiastic about sustaining a nonviolent
form of protest. Israel’s harsh
response to it and the mounting
Palestinian death toll have put
the conflict with Israel back on
the international agenda.
For Gazans, even a tentative
experiment with nonviolent protest is a significant step.
The Israelis have long been
worried about such a shift. And
they now find the world paying
attention as they use disproportionate force to prevent a breach
in the fence.
Yousef Munayyer, executive
director of the U.S. Campaign
for Palestinian Rights, saw the
demonstrations as an opportunity.
“This is not a battle that
protesters are coming to with
guns,” Mr. Munayyer said.
“They’re coming to it with their
bodies and they’re confronting
very real policies of violent repression. The protesters paid
with their lives to get people to
question whether these policies
are justifiable.”
Iyad Abuheweila contributed
reporting.
“Frankly, I think this is Israel’s Achilles’ heel,” he added,
“and it’s very important in this
moment for the international
community to be supportive of
the protesters. They’ve always
said, ‘Abandon militancy, abandon violence.’ ”
Gaza’s economy is in collapse.
Hospitals are short on medicine
and there is electricity only for a
few hours at a time. The water is
undrinkable and raw sewage is
pumped into the sea. While Gaza
was poor and crowded to begin
with, the 11-year-old blockade
by Israel and Egypt has driven it
into crisis.
The so-called Great Return
March began on March 30 and is
meant to continue every Friday
for several weeks, culminating
Israelis have long
feared a change to
peaceful protests.
in a mass demonstration on May
15. That is Nakba Day, which
commemorates the flight and
expulsion of hundreds of thousands of Palestinians during the
Israeli war for independence in
1948.
On March 30, some 30,000
people attended the first Friday
demonstration and 20 were
killed by Israeli soldiers, according to Gaza health officials.
Videos showed that some were
shot while they had their backs
turned to the fence.
The next Friday, the crowds
were thinner, but nine more Palestinians were killed.
Israel, trying to explain its use
of lethal force, released photos
and video of a few Palestinians
trying to penetrate the fence
and said others had thrown
firebombs at its soldiers. Israel’s
Kan Radio reported that at least
eight attempts were made to
plant explosives along the fence.
But while many protesters
threw stones or rolled burning
tires toward the fence, far more
could be seen doing little more
than standing around — chanting, singing and shouting.
“These demonstrations have
made the Palestinian people’s
voice heard, and made the world
hear its scream,” said Ahmed
Abu Artema, a Gazan social-media activist who dreamed up the
protest. “The aim of the siege
is a fatal force targeting us. But
we’ve decided to turn this pain
into a positive spirit.”
Many protesters approached
the fence, venturing into a buffer
zone that Israel had declared
hundreds of meters into the Gaza side. And many of those were
shot at by soldiers, according to
Gaza health officials.
“What the Israelis are defending is not lives. They’re defending a fence,” Mr. Munayyer said.
“That’s not the standard when it
comes to the use of lethal force.”
Many Gazans have been
talking about the demonstration’s final day, on May 15, as a
moment for masses of protesters
to try to cross the fence into Israel. That remains a nightmare
scenario for Israel, according to
Giora Eiland, a retired general
and former head of Israel’s National Security Council.
“This might create a real
challenge to us because we do
not want to shoot and kill dozens
and hundreds of people,” he
said. “And at the same time we
do not want them to cross into
Israel, because we cannot tolerate it.”
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IV
THE NEW YORK TIMES INTERNATIONAL WEEKLY
TUESDAY, APRIL 24, 2018
O P I N I O N & C O M M E N TA RY
E D I TOR I A LS OF T H E T I M ES
The Law Is Coming, President Trump
Why don’t we take a step back
and contemplate what Americans,
and the world, are witnessing?
Earlier this month, F.B.I. agents
raided the New York office, home
and hotel room of the personal
lawyer for the president of the
United States. They seized evidence of possible federal crimes —
including bank fraud, wire fraud
and campaign finance violations
related to payoffs made to women,
including a porn actress, who say
they had affairs with the president
before he took office and were paid
off and intimidated into silence.
That evening the president
surrounded himself with the top
American military officials and
launched unbidden into a tirade
against the top American law enforcement officials — officials of
his own government — accusing
them of “an attack on our country.”
Oh, also: The Times reported
that evening that investigators
were examining a $150,000 donation to the president’s personal foundation from a Ukrainian
steel magnate, given during the
American presidential campaign
Not long ago, I received a
MacArthur Fellowship, which
is sometimes called the “genius
grant,” much to the MacArthur
Foundation’s disagreement and
my own. But receiving the grant
did make me think about what
genius means and why we are attached to an individualistic notion
of it, even if we are sometimes being ironic when we use the word.
According to the Oxford English
Dictionary, a genius is “an exceptionally intelligent or talented person, or one with exceptional skill
in a particular area of art, science,
etc.” I exhibited quite a bit of genius at a younger age, beginning
with how I was rejected by every
college I applied to, except one.
Eventually, I left that school and
made it to the University of California, Berkeley, where, at 19, I
was brilliant enough to get into a
nonfiction writing class taught by
Maxine Hong Kingston. She was
already famous for writing “The
Woman Warrior” and winning the
National Book Award. It was an
intimate seminar of 14 students.
Every day I would come to this
master class, sit near the professor, and … fall asleep.
This is why, when I see students
falling asleep in my own classes, I
don’t disturb them. Perhaps they
actually are geniuses.
Maxine would probably qualify
as one. Although she never said
anything to me in class about my
Viet Thanh Nguyen is the author
of “The Refugees,” and the
editor of the forthcoming “The
Displaced: Refugee Writers on
Refugee Lives.” Send comments to
intelligence@nytimes.com.
in exchange for a 20-minute video
appearance. Meanwhile, the president’s former campaign chairman is under indictment, and his
former national security adviser
has pleaded guilty to lying to investigators. His son-in-law and
other associates are also under
investigation. This is how Donald
Trump does business, and these
are the kinds of people he surrounds himself with.
Mr. Trump has spent his career
in the company of developers and
celebrities, and also of grifters,
cons, sharks, goons and crooks.
He cuts corners, he lies, he cheats,
he brags about it, and for the most
part, he’s gotten away with it,
protected by threats of litigation,
hush money and his own bravado.
Those methods may have their
limits when they are applied from
the Oval Office. Mr. Trump now
has reason to be afraid. A raid on
a lawyer’s office doesn’t happen
every day; it means that multiple
government officials, and a federal
judge, had reason to believe they’d
find evidence of a crime there and
that they didn’t trust the lawyer not
to destroy that evidence.
When he appeared with his national security team, Mr. Trump
angrily blamed everyone he could
think of for the “unfairness” of
an investigation that has already
consumed the first year of his
presidency, yet is only now starting to heat up. He said Attorney
General Jeff Sessions made “a
very terrible mistake” by recusing himself from overseeing the
investigation — the implication
being that a more loyal attorney
general would have obstructed
justice and blocked the investigation. He complained about the
“horrible things” that Hillary Clinton did “and all of the crimes that
were committed.” He called the
investigators from the office of the
special counsel, Robert Mueller,
“the most biased group of people.”
As for Mr. Mueller himself, “we’ll
see what happens,” Mr. Trump
said. “Many people have said, ‘You
should fire him.’ ”
In fact, the raids on the premises used by Mr. Trump’s lawyer,
Michael Cohen, were conducted
by the federal attorney’s office in
Manhattan, and at the request not
of the special counsel’s team, but
under a search warrant that investigators in New York obtained
following a referral by Mr. Mueller,
who first consulted with the deputy
attorney general, Rod Rosenstein.
To sum up, a Republican-appointed former F.B.I. director consulted
with a Republican-appointed deputy attorney general, who then authorized a referral to an F.B.I. field
office not known for its anti-Trump
bias. Deep state, indeed.
Mr. Trump also railed against
the authorities who, he said, “broke
into” Mr. Cohen’s office. “Attorney-client privilege is dead!” the
president tweeted. He was wrong.
The privilege is one of the most sacrosanct in the American legal system, but it does not protect communications in furtherance of a crime.
Anyway, one might ask, if this is all
a big witch hunt and Mr. Trump has
nothing illegal or untoward to hide,
why does he care about the privilege in the first place?
The answer, of course, is that
he has a lot to hide. This wasn’t
even the first early-morning
INTELLIGENCE/VIET THANH NGUYEN
Don’t Call Me a Genius
narcolepsy, she wrote me a long
note at semester’s end. She mentioned that I seemed rather alienated and that perhaps I should
make use of the university’s excellent counseling services.
If I had sought counseling,
I might have become a more
well-adjusted human being. But I
preferred to become a writer. I also
became a scholar, another calling
where it seems that being well-adjusted is not really necessary.
I wrote a dissertation on
Asian-American literature from
1896 to 1996. I hoped I would
one day become a writer, and
that would include being an
Asian-American writer. I saw myself as belonging somewhere in
this Asian-American genealogy,
of which Maxine Hong Kingston is
also a part.
Nowadays, becoming an
Asian-American writer, or being
an American writer who happens
to be of Asian descent, requires
hard work and some luck but not
much genius. The Asian-American
literary world is well established,
and the path to publication is clear.
Go to college, get an M.F.A. in creative writing, write about something Asian or Asian-American, be
picked up by a New York publishing industry hungry for the next
hot multicultural commodity and
the next voice for the voiceless, a
term that has indeed been used to
describe me.
This makes me think — have
people who used this term ever
actually met any Vietnamese
people? Been to a Vietnamese
restaurant, much less a Vietnamese household or Vietnam itself?
We’re really, really loud.
The situation, now and in the
past, is that the minority and marginalized communities of this or
any other country are often not
voiceless. They’re simply not
heard.
That’s the problem with being
called a voice for the voiceless,
Remembering all
the voices that came
before us.
whose exceptional status is related to what we call genius. We
would rather deal with a solo voice
than a chorus, or a cacophony, of
voices. And in praising today’s
voice for the voiceless, we would
just as soon forget, or not even
know about, all the other voices
for the voiceless that came before.
I think back to Edith Maude Eaton, half-Chinese and half-white,
who adopted a Chinese pen name
and wrote as Sui Sin Far. She advocated for Chinese immigrants
and chose to be Chinese in the
early years of the 20th century,
at a time when to be Chinese was
to be despised in North America.
She published one book of short
stories, “Mrs. Spring Fragrance,”
and died in poverty and obscurity
at an early age in 1914.
I think back to Carlos Bulosan,
who migrated from the Philippines in the 1930s as a colonial
ward of the United States. He
worked as a journalist and a labor
organizer and became a nationally celebrated writer. His fame
peaked with his book “America
Is in the Heart” in 1946. By 1954,
however, suspected of having
Communist sympathies, he was
a target of McCarthyism. He died
poor and alone, of pneumonia.
I think back to John Okada, who
fought in World War II even though
his Japanese-American family
was in an internment camp. Okada
came back from the war and published “No No Boy” in 1957, the first
novel dealing with the little-known
story of Japanese-American draft
resisters. America did not want to
think about the internment, and
the Japanese-American community, intent on being patriotic, did
not want to acknowledge draft resisters. “No No Boy” immediately
disappeared. Okada died relatively young, and his widow, in despair
at his rejection, burned his second
manuscript.
I wish genius grants were retroactive. It took genius to decide to
write about Asian-Americans at
a time when there was no market
raid of a close Trump associate.
That distinction goes to Paul
Manafort, Mr. Trump’s former
campaign chairman and Russian
oligarch-whisperer, who now faces a slate of federal charges long
enough to land him in prison for
the rest of his life.
Among the grotesqueries that
faded into the background of Mr.
Trump’s carnival of misgovernment was that a meeting was ostensibly called to discuss a matter
of global significance: a reported
chemical weapons attack on Syrian civilians. Mr. Trump instead
made it about him, with his narcissistic and self-pitying claim that
the investigation represented an
attack on the country “in a true
sense.”
No, Mr. Trump — a true attack
on America is what happened on,
say, September 11, 2001. Remember that one? Thousands of people
lost their lives. Your response was
to point out that the fall of the twin
towers meant your building was
now the tallest in downtown Manhattan. Of course, that also wasn’t
true.
for Asian-American literature, no
recognition for Asian-American
writers, and when there weren’t
even any Asian-Americans. (Until the 1960s, we were collectively
Orientals.)
Thinking back to writers like Sui
Sin Far, Carlos Bulosan and John
Okada, it is clear that genius is too
often unrecognized in its day.
Our notion of genius as an individual nature fits well with the
dominant Western fantasy of the
author as a romantic loner. While
the fellowship is a nice acknowledgment of how I sat by myself
in a room for thousands of hours
trying to be a writer, I don’t think
that lonely work would have been
successful without my genealogy and my communities. The
Asian-American community, with
its field of Asian-American studies
and its lineage of writers, was one
of the most important for me.
This reminds me of how one of
the forgotten definitions of “genius” refers not to an individual
but to a group’s “distinctive character or spirit” and its “prevalent
feeling, opinion, sentiment or
taste.” It’s in this sense that I recognize and affirm the genius of an
Asian-American spirit of resistance.
Ever since Chinese immigrants
came to this country in the 19th
century, Asian-Americans have
been speaking up and speaking
out against inequality and for
justice. That spirit also includes
a commitment to solidarity. That,
to me, is the genius I wish we celebrated more often — a commitment to carrying out our passions
in such a way that elevates all of
us.
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