close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Libération - 25 04 2018

код для вставкиСкачать
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2,00 € Première édition. No 11480
MERCREDI 25 AVRIL 2018
www.liberation.fr
Autour de la base militaire laissée à
l’abandon par les troupes françaises en
2012, a lieu une guerre de positions entre les forces afghanes et les talibans,
si bien implantés en ces terres qu’ils y
ont mis en place un gouvernement
fantôme. REPORTAGE, PAGES 6-9
GARDE À VUE
Bolloré n’y
a pas coupé
L’homme d’affaires, soupçonné d’avoir
financé les campagnes électorales de
dirigeants africains en échange de concessions portuaires, a été entendu dans
les locaux de la police judiciaire à Nanterre. PAGES 12-13
TOP CHEF
Les top
chiffres
LA FRACTURE
La tribune publiée dans «le Parisien» sur les liens entre islam
et antisémitisme ravive les divisions dans la société française.
Le sociologue Michel Wieviorka et le philosophe Alain
Finkielkraut alimentent le débat dans «Libération». PAGES 2-5
PORTRAIT, PAGES 16-17 ET 30
LES FILMS DU LOSANGE
LUTTE CONTRE L’ANTISÉMITISME
Les plats les plus cuisinés, les ingrédients les plus utilisés, la représentation des femmes, ou celle des territoires… Libération a décortiqué les
9 saisons de l’émission de M6 dont la
finale a lieu ce soir. INFOGRAPHIE ET
CINÉMA
Petzold
en «Transit»
à Marseille
L’histoire revisitée par le réalisateur allemand, un vaudeville raté (Amoureux
de ma femme de Daniel Auteuil), une
partouze costumée (Avengers: Infinity
War de Joe et Anthony Russo) ou une
errance endeuillée (Milla de Valérie
Massadian)… retrouvez toute l’actualité du cinéma. PAGES 26-29
PUBLICITÉ
« Un f ilm sensible et délicat » Télérama.fr
22 Hours Films présente
LE 2
MAI
un film de
Vivian Qu
© 22 HOURS FILMS. CRÉDITS NON CONTRACTUELS
Marche blanche à Paris le 28 mars, après le meurtre de l’octogénaire juive Mireille Knoll. PHOTO BORIS ALLIN. HANS LUCAS
AFGHANISTAN
A Tagab,
la guerre de
tous les jours
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Mercredi 25 Avril 2018
Antisémitisme : un appel
aux effets pervers
Malgré ses bonnes intentions, le manifeste publié dimanche dans «le Parisien»
pour dénoncer les multiples agressions contre les juifs divise plus qu’il
ne rassemble. En cause, des mots excessifs et des mises en cause indistinctes
des responsables politiques, de la gauche radicale et des musulmans.
Par
LAURENT JOFFRIN
L’
intention est bonne, mais les
effets le sont beaucoup
moins. Voilà un texte qui appelle au rassemblement contre le
«nouvel antisémitisme» et qui a pour
premier effet… de diviser. Il faut tout
de même être d’une singulière maladresse pour s’attirer, aussitôt la publication, une protestation de Dalil
Boubakeur, recteur de la Grande
Mosquée de Paris, sans doute un des
responsables musulmans les plus pacifiques, les plus ouverts et les plus
tolérants, qui a marqué maintes fois
sa solidarité avec les Français juifs
victimes de crimes ou d’agressions.
On cherche une alliance la plus large
possible et on commence par froisser
un allié naturel. Bien joué…
Non que le sens général de l’appel
publié dans le Parisien soit erroné. Il
existe bel et bien un antisémitisme
nouveau, alimenté par les fanatiques
de l’islamisme violent, ou encore appuyé sur certains préjugés anciens et
hostiles aux juifs qu’on trouve chez
une –bien trop grande– minorité de
musulmans. Tragiquement, cet antisémitisme n’est pas seulement ver-
bal : 11 Français juifs ont trouvé la
mort dans les dix dernières années
sous les attaques jihadistes, ou bien
à l’occasion de crimes crapuleux
à forte connotation antisémite. Souvent, les Français juifs sont en butte
à un harcèlement honteux qui est
une tache sur la République et ses
valeurs élémentaires. Les journaux
–Libération notamment– n’ont pas
attendu l’appel de dimanche pour
dénoncer ces faits
établis. Même s’il
n’est pas coutume
de se citer soimême, on renverra
le lecteur à une lettre politique récente intitulée justement «Pour les Juifs».
litants étaient des antisémites plus
ou moins camouflés. Tout comme
l’imputation insultante adressée à la
classe politique sans distinction,
à qui il est reproché de faire volontairement silence sur les agressions antijuives pour ne pas heurter les musulmans qui forment un électorat
nettement plus nombreux que les
juifs. Alors que nombre de responsables politiques expriment hautement
leur indignation à
chaque attaque
dont sont victimes
les Français juifs.
Ces outrances, dira-t-on, permettent
d’alerter les consciences, de faire réagir. S’agit-il alors de déclencher une
polémique âpre, amère et bientôt
contre-productive ou de chercher
des remèdes efficaces à cet état de
choses angoissant? On hésite…
Plus contestable encore est l’injonction faites aux autorités religieuses
musulmanes de réinterpréter le
texte du Coran pour en désactiver les
passages violents ou intolérants,
à l’égard des juifs notamment. Elle
a pour elle l’apparence de la logique.
Les autorités catholiques, en leur
temps, ont désavoué les phrases hos-
ÉDITORIAL
Injonction. Encore faut-il maîtriser
son expression dans un domaine ultrasensible. Les agressions recensées
sont suffisamment graves pour ne
pas en rajouter, en parlant par exemple d’«épuration ethnique», formule
appliquée en son temps à la guerre
dans l’ex-Yougoslavie qui a fait des
dizaines de milliers de morts. La
mise en cause de l’extrême gauche
est sommaire et indistincte, comme
si tous les responsables et tous les mi-
tiles aux juifs contenues dans les textes sacrés de l’Eglise et prêché sans
relâche le dialogue interreligieux et
la tolérance entre les cultes. Mais
prendre à partie l’ensemble des théologiens musulmans ou presque, c’est
oublier volontairement le travail
qu’ils effectuent très souvent auprès
de leurs fidèles.
Exégèse. Un autre texte, publié
mardi dans le Monde par 30 imams
français, en apporte l’illustration solennelle par sa dénonciation virulente de l’islamisme et sa référence
à l’interprétation dominante du Coran par les docteurs de l’islam. En négligeant cette patiente pédagogie, on
suggère l’idée que l’antisémitisme est
pour ainsi dire consubstantiel à la religion musulmane et que la violence
fait partie des principes élémentaires
de l’enseignement islamique. Alors
que les références à la violence
émaillent l’Ancien Testament tout
autant sinon plus que les pages du
Coran. Faut-il se lancer dans une exégèse purificatrice du corpus commun aux trois religions du Livre ?
Bonne chance… En un mot, il faut
craindre que ce genre de brûlot attise
l’incendie qu’il prétend éteindre. •
Un manifeste pour «clamer une douleur» ou
un «procès injuste contre les musulmans»?
Tirant sa force du nombre
et de la variété de ses
signatures, la tribune
«contre le nouvel
antisémitisme» publiée
dimanche dans «le Parisien»
provoque la polémique,
du fait de la violence de ses
mots et de sa stigmatisation
de la communauté
musulmane.
C’
est l’ex-directeur de Charlie Hebdo,
Philippe Val, qui a pris la plume avec
le soutien de l’essayiste Pascal Bruckner, pour rédiger le «Manifeste contre le nouvel antisémitisme» publié dimanche dans
le Parisien. Quelque 250 personnes ont apposé
leur signature sous ce texte, qui évoque «une
épuration ethnique à bas bruit au pays d’Emile
Zola et de Clemenceau». Devenu une pétition,
il avait été signé mardi soir par près de
25000 personnes sur Change.org. Et ce mercredi lui succède un livre, publié chez Albin
Michel: le Nouvel Antisémitisme en France,
préfacé par la philosophe Elisabeth de Fontenay. A l’appui de cette mobilisation, une très
vive inquiétude: «Dans notre histoire récente,
11 juifs viennent d’être assassinés –et certains
torturés– parce que juifs, par des islamistes radicaux» et «10 % des citoyens juifs d’Ile-deFrance –c’est-à-dire environ 50000 personnes– ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans
certaines cités et parce que leurs enfants ne
pouvaient plus fréquenter l’école de la République», lit-on dans le manifeste.
Au-delà des figures connues pour leur défense
d’une laïcité fermée, tels les philosophes Elisabeth Badinter et Alain Finkielkraut (lire
page 4), la tribune tire sa force de la variété de
ses signatures: personnalités politiques (Dela-
noë, Sarkozy, Raffarin), culturelles (Depardieu, Arditi, Bruni), historienne renommée
comme Annette Wieviorka (spécialiste de la
Shoah), mais aussi des intellectuels plutôt
classés à gauche qui, jusque-là, s’étaient peu
ou pas exprimés sur le sujet. Ainsi de l’essayiste Laure Adler, du psychanalyste Serge
Hefez ou de l’écrivain Olivier Guez, Renaudot 2017 pour la Disparition de Josef Mengele.
«C’est la première fois que je signe, explique-t-il
à Libé. L’affaire Mireille Knoll m’a bouleversé.
Cette femme de 85 ans échappe par miracle à
la rafle du Vél d’Hiv et elle meurt brûlée dans
son appartement. Dans certaines banlieues,
des gamins en kippa se font insulter, voire
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 3
Lors de la marche blanche
pour Mireille Knoll, une
Française juive assassinée
à son domicile, le 28 mars.
PHOTO BORIS ALLIN. HANS LUCAS
agresser. Des amis d’amis ont dû quitter leur
quartier, ce n’est pas normal. C’est bien que le
débat autour de cet antisémitisme venant de
courants extrêmes de l’islam soit posé.» Cette
urgence, qui fait écho à l’assassinat un an
auparavant de Sarah Halimi, l’a poussé à signer le texte, même s’il ne souscrit pas à tous
les termes employés. «Je demande instamment qui peut faire grief aux juifs de clamer
leur douleur et leur inquiétude face à de tels
événements», écrit Elisabeth de Fontenay dans
sa préface au livre publié ce mercredi.
Une communauté contre l’autre
Si tous s’accordent sur la nécessité de combattre toute forme d’antisémitisme, le manifeste
fait pourtant débat: violence des mots utilisés
(«épuration ethnique à bas bruit»), dramatisation de certains faits (lire page 5), stigmatisation des musulmans. En affirmant que
«les Français juifs ont 25 fois plus de risques
d’être agressés que leurs concitoyens musulmans», le texte joue une communauté contre
l’autre, estiment certains. «Le procès injuste et
délirant d’antisémitisme fait aux citoyens français de confession musulmane et à l’islam de
France à travers cette tribune présente le risque
patent de dresser les communautés religieuses
entre elles», a réagi le recteur de la Grande
Mosquée de Paris. «Il peut être dangereux de
désigner “un nouvel antisémitisme musulman”,
comme si tous les musulmans avaient tété l’antisémitisme avec le lait de leur mère», a renchéri Jean-Pierre Chevènement, président de
la Fondation de l’islam de France, dans une référence explicite à des propos tenus en 2015
par Georges Bensoussan, auteur du polémique
Territoires perdus de la République paru
en 2002 et signataire de la tribune.
De passage à Paris, l’historienne américaine
Joan Scott, spécialiste du genre et de la laïcité
française, voit dans ce débat hexagonal la manifestation d’un pays qui, comme d’autres,
peine à gérer l’immigration: «Comment intégrer des individus qui sont un défi à une nation homogène?» Celle qui se définit comme
«une juive laïque» s’étonne qu’au moment où
cette polémique éclate, la France s’apprête
à republier Charles Maurras. Sur Slate.fr, le
journaliste Claude Askolovitch exprime son
désarroi face à «une logique dévastatrice» :
«Elle fait de la lutte pour les juifs une composante du combat identitaire français, et cette
identité exclut. Elle s’énonce dans un syllogisme. La France, sans les juifs, ne serait pas
elle-même? Les juifs, de musulmans, sont les
victimes? La France, par ces musulmans, ne
sera plus la France.» Coïncidence: deux jours
après le manifeste paraît dans le Monde une
tribune de 30 imams exerçant en France, dont
celui de Bordeaux, Tareq Oubrou. Ce texte
acte la réalité d’un dévoiement de l’islam qui
attire une partie de la jeunesse musulmane.
Mais dénonce aussi la manière dont des intellectuels et des politiques «n’hésitent plus à
avancer en public et dans les médias que c’est
le Coran lui-même qui appelle au meurtre».
«Fournir une interprétation»
«Nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs,
des chrétiens et des incroyants soient frappés
d’obsolescence par les autorités théologiques»,
peut-on lire sous la plume de Val et de ses
compagnons. «C’est la même erreur que commettent un certain nombre d’ignares musulmans, des délinquants, qui prélèvent des textes
isolés de leur contexte historique», répond
Oubrou sur France Info. Val comprend la critique, mais répond que l’objet est de «fournir
aux croyants une interprétation», sans expurger le Coran. Reste que, pour Oubrou, «l’antisémitisme puise ses racines ailleurs: dans la
vengeance, la jalousie ou l’ignorance», avec notamment «l’importation du conflit israélo-palestinien et le mélange entre l’antisionisme et
l’antisémitisme». C’est cette volonté d’aborder
l’antisémitisme sous toutes ses formes que défend le sociologue Michel Wieviorka (lire
page 4), jugeant le manifeste «partial» et «partiel»: «Il ignore ce qui se passe ailleurs qu’en
France, à l’Est par exemple, où le renouveau du
phénomène doit peu, ou rien, à une quelconque
présence musulmane, et où prospèrent les bonnes vieilles catégories du nationalisme.»
CÉCILE DAUMAS et FRANTZ DURUPT
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉVÉNEMENT
Libération Mercredi 25 Avril 2018
Le grand pardon
Le sociologue Michel Wieviorka, qui juge le «Manifeste
contre le nouvel antisémitisme» partiel et partial, invite les
intellectuels à transcender les clivages en ouvrant un débat
plus large sur le refus du racisme et de l’antisémitisme.
I
l n’y aura d’action efficace face au racisme
et à l’antisémitisme que si ceux qui sont
susceptibles de participer à un tel combat
se mobilisent de concert. Que si les clivages
sont transcendés, plutôt que d’être exacerbés.
Je n’ai pas été sollicité pour le «Manifeste
contre le nouvel antisémitisme» (signé par
plus de 250 personnalités et publié dimanche
dans le Parisien), et je ne l’aurais pas signé
tant il est partial et partiel.
Partial, car il réduit l’antisémitisme contemporain en France, pour l’essentiel, à l’islam,
ou à un certain islam, et à l’appui que lui apporteraient diverses franges du gauchisme.
Ce «nouvel antisémitisme», connu depuis un
bon quart de siècle, a déjà été dénoncé d’abondance, et ce qu’il présente de neuf est qu’il est
meurtrier depuis Mohammed Merah. Ce qui
mérite d’être souligné, à condition de préciser
que les meurtres antisémites ne sont pas tous
Devant la synagogue de Sarcelles (Val-d’Oise), le 31 janvier. PHOTO CYRIL ZANNETTACCI
islamistes et ne sont pas le fait de gauchistes.
Le déséquilibre est grand, dans ce texte, entre
sa charge anti-islamiste, vite antimusulmane,
et ce qui y est dit au passage, sans s’y arrêter,
des autres expressions de la haine des juifs.
Partial, ce texte est donc aussi partiel. Il
ignore ce qui se passe ailleurs qu’en France,
à l’Est –en Pologne, en Hongrie, en Autriche
par exemple –, où le renouveau du phénomène doit peu, ou rien, à une quelconque
présence musulmane, et où prospèrent les
bonnes vieilles catégories du nationalisme:
la France serait-elle immune, protégée de ces
tendances? Evidemment pas: les préjugés les
plus éculés relatifs aux juifs circulent bien
au-delà de petits cercles et de réseaux d’extrême droite.
D’une part, la vie intellectuelle s’ouvre à des
pensées et des auteurs antisémites sortis de
ce qui n’aura été qu’un purgatoire. A quoi
tient le besoin de faire connaître des écrits et
des penseurs «polémiques», selon le mot des
éditions Gallimard, à propos des écrits antisémites de Céline –Céline, mais aussi Maurras,
Hitler, Rebatet, sans parler de Speer, édité par
Fayard sans le moindre appareil critique ?
Pourquoi replonger ainsi dans l’air vicié de
l’entre-deux-guerres et du nazisme? Le fiel,
la haine implicite des juifs, ou tout au moins
une ambivalence perverse, suintent dans bien
des soutiens à ce type de projets ou initiatives
sous prétexte de science, d’histoire ou de
pédagogie.
D’autre part, et ce point présente quelque lien
avec le précédent, le manifeste passe à côté de
la culture contemporaine d’Internet et de l’interactivité, ouverte à la circulation immédiate
et sans limite des idées et des opinions, et qui
débouche sur les «fake news» et la post-vérité.
La liberté d’expression, ici, se heurterait à un
obstacle: les juifs, qui en seraient les ennemis.
Ceux qui veulent partager la verve haineuse
de Céline, rire avec Dieudonné, douter et soupçonner avec Soral, récuser Auschwitz avec
Faurisson ne sont pas tous musulmans, loin
s’en faut. De plus, l’ombre de la Shoah semble
moins qu’avant interdire tout dérapage antisémite dans des milieux éduqués. A défaut d’une
enquête systématique, on peut au moins signaler que les témoignages sont ici nombreux.
Le manifeste a été contesté par des musulmans, qu’il vise injustement, et aussi par ceux
qui y ont vu une arme de guerre, une construction où «républicanistes» purs et durs
éventuellement de gauche et nationalistes
aux yeux parfois rivés sur le FN voisinent avec
des signataires d’ordinaire modérés qui, peutêtre, n’ont pas lu ce texte attentivement. Il
pourrait n’être dès lors qu’un brûlot mettant,
une fois de plus, le feu au débat public, ce que
favorise l’état de notre système politique, où
le pouvoir occupe un immense espace au centre et à droite, ne laissant de place qu’à la radicalité en dehors de lui.
Et si cette publication offrait l’occasion de
mettre en place des débats constructifs, sous
la bannière partagée du refus du racisme et
de l’antisémitisme, entre ceux qui se sont retrouvés dans cette prise de position, où tout
n’est pas à rejeter, et d’autres, qui pensent
autrement l’islam, la laïcité ou le rapport
à Israël (non évoqué mais jamais très lointain) ? De véritablement réfléchir ensemble
au lieu de s’invectiver ? De transcender
certaines oppositions au profit du même
engagement? Je serais heureux, par exemple,
d’ouvrir la voie, y compris avec des intellectuels que j’ai souvent critiqués, Alain
Finkielkraut ou Elisabeth Badinter, par
exemple. D’envisager un «grand pardon» en
quelque sorte. •
Par
MICHEL
WIEVIORKA
AFP
4 u
Sociologue, directeur d’études à l’Ecole
des hautes études en sciences sociales.
Auteur de «l’Antisémitisme expliqué
aux jeunes», éd. du Seuil (2014).
«On a vécu longtemps dans le déni afin de ne
pas stigmatiser une population déjà précarisée»
L
e philosophe Alain Finkielkraut est l’un des signataires
du «Manifeste contre le nouvel antisémitisme». Malgré la polémique, il assume pleinement la
tribune.
Maintenez-vous tous les termes
de ce texte ?
Je n’ai pas participé à la rédaction
de cet appel mais j’assume tout. Je
pense que l’antisémitisme qui sévit
en France, en Belgique, en Suède et
dans toute l’Europe est un produit
d’importation. L’antisémitisme
français existe, mais il est résiduel,
exsangue, il a même été répudié de
façon spectaculaire par le FN. Si les
juifs quittent massivement l’Ile-deFrance [lire page 5], ce n’est pas
parce que les identitaires les persécutent! La haine dont ils font l’objet
vient d’ailleurs, elle n’est pas issue
de ce que Bernard-Henri Lévy a appelé “l’idéologie française”. Aveuglé
par ses bonnes intentions, l’antiracisme a commis deux fautes impardonnables : croire que l’antisémitisme procédait nécessairement du
nationalisme français et croire qu’il
y avait une solidarité entre toutes
les victimes de Dupont Lajoie (les
Arabes, les Noirs, les Juifs).
Vous assumez même l’expression d’«épuration ethnique à
bas bruit» ?
S’il est vrai que la Seine-Saint-Denis
a perdu une grande partie de sa population juive en quelques décen-
nies, alors oui, le mot n’est pas trop
fort, il y règne un climat d’insécurité
pour les juifs qui devient insupportable. Discutons la formule si vous
voulez, mais sachons aussi ouvrir les
yeux sur la réalité qui l’a fait naître.
Il y a quand même un grand déménagement des juifs. Sans compter
ceux qui quittent
la France pour Israël ou
ailleurs. Moi, je pensais
vraiment que c’était
fini, qu’on était protégés par Auschwitz
d’une recrudescence
de l’antisémitisme.
Cet appel peut-il être
utile ?
Il a le mérite de mettre les points sur
les “i”. Des imams ont signé, un
appel solennel est lancé aux autorités religieuses de l’islam pour
qu’elles prennent les dispositions
qui s’imposent. Il ne s’agit pas de
stigmatiser les musulmans dans
leur ensemble, mais de prendre acte
d’un antisémitisme nouveau
en France, je m’exprime là-dessus
depuis longtemps.
Vous sentez-vous vraiment en
danger ?
Moi, je ne crains rien
dans mon quartier,
rive gauche. Mais si je
devais m’installer là
où vivaient mes parents, entre République et la gare du Nord,
je ne serais pas rassuré. Il m’est arrivé de
me prendre des «quenelles» du côté de la gare du Nord.
Pour des juifs de ma génération,
c’est stupéfiant! Il faut oser dire que
le roi est nu. On a vécu longtemps
dans le déni afin de ne pas stigmatiAFP
Le philosophe
Alain Finkielkraut
assume un manifeste
qui «a le mérite
de mettre les points
sur les “i”».
ser une population déjà précarisée.
Eh bien non, il faut déchirer le
voile. Tout le monde doit prendre
conscience de la situation qui s’installe et pour longtemps. Je veux
bien qu’on dise que l’hospitalité est
la gloire de la France, et je sais que
tous les arrivants ne sont pas hostiles aux juifs, loin s’en faut ; mais
plus l’immigration va augmenter,
plus l’antisémitisme augmentera
aussi. Encore une fois, il ne s’agit
pas de créer un combat entre les
communautés. On nous dit que
l’imam Chalghoumi, de Drancy [qui
a signé l’appel, ndlr] ne représente
rien. Mais pourquoi ? Parce qu’il
veut mener des actions communes
avec les juifs? Cela prouve qu’il y a
un problème, et qu’il est très grave.»
Recueilli par
ALEXANDRA
SCHWARTZBROD
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
u 5
Libération Mercredi 25 Avril 2018
Par
CHECKNEWS.FR
D
epuis septembre, Libération
met à la disposition
des internautes un site,
CheckNews.fr, qui leur permet de
poser des questions sur l’actualité.
A ce jour, l’équipe de CheckNews
a déjà répondu à 1320 questions
sur la politique, l’environnement,
le sport… ou les chiffres contenus
dans le «Manifeste contre le nouvel
antisémitisme». Voici vos
questions, et nos réponses.
Vos questions sur
les chiffres de l’antisémitisme
Des chiffres officiels révèlent-ils que 50 000 juifs ont quitté
la Seine-Saint-Denis, comme l’affirme Pascal Bruckner ?
L’essayiste Pascal Bruckner est intervenu au
micro de France Inter, lundi 23 avril à l’occasion de la sortie d’un ouvrage collectif le
Nouvel Antisémitisme (Albin Michel), auquel
il a participé.
Dans un échange avec la journaliste Alexandra Bensaid, Pascal Bruckner affirme notamment que 50000 personnes juives ont quitté
la Seine-Saint-Denis à cause de menaces antisémites. Une statistique proche de celle figurant dans le «Manifeste contre le nouvel
antisémitisme», affirmant que 50 000 juifs
en Ile-de-France ont été contraints de déménager. Voilà l’échange entre Pascal Bruckner
et Alexandra Bensaid :
«En Seine-Saint-Denis, 50000 juifs français
ont dû partir.
– Ça, c’est un chiffre du ministère de l’Intérieur ?
– C’est un chiffre officiel. Parce qu’ils ne se
sentaient plus en sécurité, ils ont dû aller
dans un autre quartier.»
Contacté par CheckNews, Bruckner a expliqué tenir ce décompte, non pas d’une source
«officielle», comme il l’a affirmé sur France
Inter, mais du Bureau national de vigilance
contre l’antisémitisme (BNVCA). Cette association, présidée par Sammy Ghozlan, signataire du «Manifeste contre le nouvel antisémitisme», estime à 60000 le nombre de juifs
d’Ile-de-France qui ont dû déménager «ces
dernières années». Dont une grande partie
a quitté la Seine-Saint-Denis.
Ces déménagements n’impliquent pas un
départ du territoire national (ni de la région),
mais le plus souvent une installation dans
une autre commune. «Ce phénomène de déplacement de population en France s’appelle
l’alya intérieure [en référence au départ vers
Israël, ndlr]. Il a commencé dans les années
2000 et s’est intensifié après les attentats»,
décrit France Culture dans un reportage
consacré au sujet.
«Nous comptons plutôt par familles. En région parisienne, des villes qui comptaient
entre 300 et 700 familles par communes sont
descendues à 15 ou 20 familles», précise
Sammy Ghozlan à CheckNews. Il ne s’agit
pas d’un décompte précis, mais d’une estimation effectuée à partir des informations
récoltées par l’association et rassemblées
notamment par Jérôme Fourquet, directeur
du département opinions de l’Ifop, et Sylvain
Manternach, géographe, dans l’ouvrage
l’An prochain à Jérusalem: «Ces chiffres […]
ne sont pas le fruit d’un recensement précis,
peut-on y lire, mais ils émanent de personnalités ou de responsables associatifs, certes
engagés, mais connaissant intimement leur
territoire et la population juive y résidant.»
«A Aulnay-sous-Bois, le nombre de familles
de confession juive est ainsi passé de 600 à
100, au Blanc-Mesnil de 300 à 100, à Clichysous-Bois de 400 à 80 et à La Courneuve
de 300 à 80», précisent par exemple les
auteurs.
Contacté par CheckNews, Jérôme Fourquet
ne rejoint pas tout à fait l’estimation donnée
par Pascal Bruckner et Sammy Ghozlan.
D’après lui, le phénomène est bien réel, mais
le nombre de départs semble surévalué :
«50000 me semble beaucoup, indique-t-il.
Néanmoins, ce phénomène est réel et très significatif, avec une quasi-disparition des familles juives de certaines banlieues et une
augmentation très nette de la population
juive dans certains quartiers ou communes
comme le XVIIe arrondissement de Paris, ou
Saint-Mandé. La montée de l’antisémitisme
et des violences contre cette population a
joué un rôle majeur dans ces mouvements»,
décrit-il.
Rappelons que la communauté juive en
France est estimée à 500000 personnes, environ. Le ministère de l’Intérieur n’a pas encore répondu à notre demande de précision
sur les statistiques officielles disponibles.
D’après Jérôme Fourquet, il n’en existe pas.
La collecte de statistiques ethniques est très
fortement encadrée par la loi française. Il est
notamment interdit d’introduire des «variables de race ou de religion dans les fichiers
administratifs».
EMMA DONADA
Question posée par Thomas.
Les juifs ont-ils 25 fois plus de risques
d’être agressés que les musulmans ?
Le «Manifeste contre le nouvel antisémitisme», signé par 250 personnalités
et publié dans le Parisien le 21 avril, dénonce «une épuration ethnique à bas
bruit». Pour étayer cette affirmation, le
collectif à l’origine du texte s’appuie sur
«des chiffres du ministère de l’Intérieur»,
selon lesquels «les Français juifs ont
25 fois plus de risques d’être agressés que
leurs concitoyens musulmans».
Il est aisé de voir la façon dont on aboutit
à cette statistique, qu’on retrouve sur Internet. Elle est obtenue en mettant en
rapport le nombre d’agressions contre les
juifs et contre les musulmans avec les
populations respectives de chacun.
En 2017, selon le ministère de l’Intérieur,
121 «faits» ont été recensés contre des
musulmans et 311 contre des juifs. Les
faits dénoncés ici recouvrent à la fois les
menaces et les actions violentes.
Si l’on rapporte ces chiffres aux estimations respectives (et variables) du nombre de musulmans et de juifs en France,
on obtient peu ou prou le rapport de
1 à 25 évoqué dans la tribune.
En prenant par exemple 5 millions de musulmans (une donnée contestable
comme on va le voir) et 500000 juifs, on
arrive à un «fait» antimusulman pour environ 41322 musulmans et un «fait» antisémite pour environ 1 608 juifs, soit un
écart de 1 à 25,6. Un résultat proche de
l’estimation donnée dans le manifeste,
même si cette statistique est à prendre
avec des pincettes.
La première réserve concerne l’estimation, toujours compliquée, du nombre de
musulmans et de juifs en France. Le calcul ci-dessus repose donc sur des hypothèses.
Concernant les citoyens juifs, des estimations, notamment réalisées par des
instituts privés, tournent autour de
500 000 personnes. Pour les citoyens
musulmans, la fourchette des estimations
est plus large, comme le souligne un rapport d’information du Sénat de 2016 :
«Les différences d’approche sur ce sujet
expliquent les écarts, parfois substantiels,
entre les estimations avancées, oscillant
allègrement entre 4 et 7 millions de personnes. Cette amplitude traduit simplement le fait que l’estimation du nombre
de musulmans en France ne décrit pas la
même réalité selon qu’elle retient les seuls
pratiquants ou les musulmans sociologiques.»
Mais c’est surtout la comptabilisation du
nombre d’actes antimusulmans et antisémites qui doit être considérée avec la
plus grande prudence. Comme c’est le
cas de manière générale en matière de
délinquance, la statistique est forcément
partielle. «Lors du dépôt de plainte, le caractère antisémite de l’agression est à l’appréciation du policier», explique Sammy
Ghozlan, du Bureau national de vigilance
contre l’antisémitisme. Il en va de même
pour les violences antimusulmanes. Et
encore faut-il que des plaintes aient été
déposées.
Les chiffres du ministère de l’Intérieur
émanent du recensement des actes racistes réalisé par le Service central du renseignement territorial (SCRT) de la Direc-
tion centrale de la sécurité publique
(DCSP). Ne sont ici comptabilisés que les
actes portés à la connaissance des forces
de l’ordre, «à partir du nombre d’infractions et différents éléments complémentaires (signalements, incidents diffusés
par les médias et vérifiés par le service)»,
selon l’évaluation du plan interministériel
de lutte contre le racisme et l’antisémitisme 2015-2017.
La Commission nationale consultative
des droits de l’homme observe que «les
chiffres du ministère de l’Intérieur ne représentent qu’une infime partie des actes
racistes commis en France, en raison de
faits infractionnels largement sous-rapportés». Seuls un tiers des menaces racistes seraient signalées, et 19 % seulement
seraient enregistrées au titre de plaintes.
Il est d’ailleurs notable que le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) propose un autre bilan de
faits racistes : entre 2012 et 2016, les atteintes à caractère raciste, antisémite ou
xénophobe ont visé en moyenne chaque
année 895 000 personnes.
Si le SSMSI ne fait pas de différence entre
les actes antimusulmans et les actes antisémites, il confirme l’évidente partialité
des chiffres avancés par le ministère de
l’Intérieur.
En résumé, s’il est facile de reconstituer
le raisonnement aboutissant à la statistique citée dans le manifeste, le recensement par essence imparfait des actes racistes incite à une grande prudence.
E.Do.
Question posée par Clément.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
Libération Mercredi 25 Avril 2018
L’ancienne base militaire de Tagab, où s’établissait l’Otan jusqu’en 2014. L’armée nationale afghane n’a ni le droit de s’y installer ni de récupérer du mobilier qui aurait été laissé
AFGHANISTAN
Jusqu’à son départ à
l’automne 2012, l’armée française
occupait une base dans le nord-est
du pays. Depuis, les forces
gouvernementales afghanes
continuent de subir les assauts
des talibans. La guerre semble
loin d’être terminée.
REPORTAGE
Par
LUC MATHIEU
Envoyé spécial à Tagab
Photos SANDRA
CALLIGARO
L
e plus frappant est le silence.
A Tagab, dans le nord-est de
l’Afghanistan, les baraquements de ce qui fut la base de l’armée française sont toujours là,
intacts ou presque, figés dans la
poussière. Les dortoirs, le réfec-
toire, le centre de commandement:
rien n’a bougé depuis le départ des
soldats au début de l’automne 2012.
Tout est là, mais tout est vide. Il ne
reste que quelques câbles électriques arrachés et des néons qui pendent. Sur la porte d’une chambrée,
on peut encore lire les noms et le régiment des soldats qui l’occupaient.
Dans une autre, un message au
marqueur : «Ciao pays de merde,
bon courage aux survivants.» Sur
une table de la cuisine de l’ordi-
A Tagab, «les Français
se prenaient des
roquettes, nous,
c’est des balles»
naire, des soldats afghans retournent des boîtes de conserve et des
sacs de céréales périmés depuis 2013. «Les flocons d’avoine, on
peut quand même les manger, non?»
demande l’un d’eux. A l’extérieur,
des herbes folles ont recouvert les
gabions. Une guérite en bois s’est affaissée, prête à s’écrouler.
Aucune stèle ne recense les soldats
français tués au combat. Entre 2002
et 2013, 88 ont péri et plus de 700
ont été blessés en Afghanistan.
Beaucoup l’ont été ici, dans ces vallées et vergers de Tagab, Bedraou et
Alassaï, à une centaine de kilomètres de Kaboul. Ils sont morts lors
d’embuscades, d’attentats-suicides,
d’explosions de mines artisanales
ou de fusillades provoquées par des
talibans infiltrés. En 2012, le président de l’époque, Nicolas Sarkozy,
décide que c’en est trop, que cette
guerre qui ne va nulle part risque de
lui coûter sa réélection. Il accélère
le rapatriement des soldats.
Cinq ans après leur arrivée, les
Français quittent Tagab. Il reste
plusieurs centaines d’hommes sur
la base voisine de Nijrab et à Kaboul. Ils évacuent à leur tour le pays
en 2014.
Les soldats afghans n’ont pas le
droit d’aller dans ce qui était l’ancienne base française de Tagab.
Leur état-major leur a interdit, sans
qu’ils sachent pourquoi. «On ne
nous a rien dit, juste qu’on ne doit
pas y aller. De toute façon, tous ces
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 7
Au printemps,
les talibans
reçoivent des
renforts. Ils n’ont
aucun mal à
trouver des armes,
qu’ils achètent
parfois à des
officiers corrompus
de l’armée afghane.
Tagab, plus de 500 dans la vallée
voisine d’Alassaï, et 130 groupes au
total dans la province de Kapisa. La
grande majorité sont afghans, avec
quelques Pakistanais, Ouzbeks ou
Saoudiens à des postes de commandement. Aux combattants originaires de Tagab s’ajoutent ceux venus
d’autres provinces, de Kunar, Baghlan ou Kunduz. «Les talibans n’ont
aucun mal à recruter, il y a des madrassas [des écoles coraniques,
ndlr] partout dans les vallées», dit
un officier. La paie est intéressante:
environ 30000 afghanis (350 euros)
par mois pour un taliban de base,
plus du double de la solde d’un soldat de l’armée afghane.
INFILTRÉS
par les troupes occidentales.
«DIVERSION»
Beaucoup de guerres se jouent à
Tagab. Il y a celle de l’armée
afghane, de la police locale, des renseignements afghans, des forces
spéciales américaines, de la CIA et
de ses drones. L’époque n’est plus
celle de la toute-puissance de
l’Otan, qui a compté, en 2011, jus-
qu’à 100000 soldats dans le pays et
des milliers d’avions et d’hélicoptères. Ils ne sont plus que 13000 et se
cantonnent à la formation des forces afghanes. Il n’y a plus de grands
discours sur les stratégies de contre-insurrection et la nécessité de
«gagner les cœurs et les esprits» de
la population. Le conflit est redevenu local, entre des ennemis qui se
connaissent parfaitement, parfois
par leur nom. C’est une guerre de
positions. L’armée afghane tente de
marquer son territoire, de s’implanter au milieu des terres talibanes, en
bâtissant des dizaines de fortins et
de check-points. Il n’est pas question de gagner, mais juste de ne pas
se laisser submerger. Les positions
sont précaires.
Ce soir-là, comme tous les soirs, le
commandant Faïz Mohammed, la
cinquantaine et le teint buriné par
ses années de déploiement dans le
sud du pays, est dans son bureau. Il
n’y a pas d’ordinateur, d’écran plat
ou de matériel sophistiqué. Juste
une table, des canapés dans lesquels les officiers boivent leur thé,
et une vieille carte de l’Otan, à moitié déchirée, au mur. Et une radio.
Depuis une bonne heure, l’officier
ne la lâche pas. Les messages se
succèdent depuis les bases avancées. Trois sont attaquées en même
temps. «Faites attention, surveillez
vos arrières. Pendant qu’ils lancent
l’assaut d’un côté, ils passent de
l’autre. C’est une diversion», dit-il à
la radio. Il ne panique pas et reboit
du thé. Comme d’habitude, les talibans se retirent rapidement. Ils
réattaqueront de toute façon le len- dans la vallée d’Anarjoy. «Je veux
demain. Ils vont à peu près où ils bien, mais il faut faire attention, on
veulent à Tagab, région pachtoune a un check-point à 200 mètres», réet conservatrice.
pond l’officier. Un autre râle : «Ce
Le même jour, le commandant était sont nos munitions et on n’en a pas
parti en convoi à deux kilomèbeaucoup. Pourquoi le NDS ne
tres pour réapprovisiontire-t-il pas lui-même ?»
ner un check-point
Les mortiers exploseOUZBÉK.
sur la route qui
ront comme prévu
TADJIKISTAN
mène au nord,
dans un champ
TURKMÉN.
Tagab
vers Nijrab. Il
de la vallée. C’est
avait fallu plus
un message
Kaboul
d’une demiadressé aux taINDE
h e u r e.
Le
libans, pas une
AFGHANISTAN
Humvee – un
tentative de les
Kandahar
blindé amérituer. «Il n’y a
cain – de tête,
personne làPAKISTAN
équipé
d’un
bas. C’est seulebrouilleur de télément un endroit
100 km
phones portables, s’aroù ils se regrourêtait sans cesse pour laispent parfois», exser sortir les démineurs qui plique l’officier.
inspectaient chaque canalisation Les opérations d’envergure sont
creusée sous la route. A peine ar- laissées aux services de renseignerivé, le commandant recevait un ap- ment et aux commandos, souvent
pel radio. Le convoi repartait aussi héliportés dans des appareils de
vite vers la base. Deux talibans ve- l’armée américaine et épaulés par
naient de l’attaquer, blessant deux des drones. Elles se déroulent en sejeunes soldats de garde à l’entrée.
cret, et leurs bilans sont rarement
L’incident est banal. «Les Français publiés. Un commandant montre
se prenaient des roquettes, nous, c’est sur son téléphone une vidéo prise
des balles», dit un officier. Il montre après un assaut il y a quelques mois.
d’où sont venus les assaillants, de Des hommes en civil marchent tête
cette ruelle bordée d’une maison baissée au milieu de maisons écrourose qui donne sur la base. L’armée lées. «27 talibans ont été éliminés ce
afghane ne la bloque pas. «Il y a des jour-là», affirme-t-il. En 2017, selon
civils qui vivent là. On ne peut pas le NDS, environ 150 insurgés ont été
les empêcher de sortir de chez eux», tués, 80 blessés et une vingtaine
dit-il. Son téléphone sonne. Ce sont faits prisonniers.
les services de renseignement Les services de renseignement
afghans (NDS) qui ordonnent une afghans ont un décompte précis du
riposte. Il faut tirer cinq mortiers nombre d’insurgés : près de 900 à
IRAN
bâtiments ne peuvent être utilisés
qu’avec de l’électricité. Et nous, on
n’en a pas, de l’électricité», dit le
commandant Faïz Mohammed. «On
pourrait quand même récupérer du
petit-bois, ça ne ferait de mal à personne», ajoute un soldat. L’armée
afghane et ses 500 hommes sont
cantonnés à une extrémité de la
base, là où ils ont toujours été. Un
puits fournit l’eau et un générateur
trois heures d’électricité le soir.
De l’autre côté des barbelés fatigués, les vallées d’Alassaï et de Bedraou s’étalent, deux bras qui enserrent un piton. Derrière, le ciel est
rose, orangé sur les sommets, les
montagnes ocre coupées de collines
noires. Qui contrôle quoi à cet endroit ? «C’est pas compliqué, dit un
autre commandant. Vous voyez les
arbres devant ? A partir de là, ce
sont les talibans.» Les arbres sont à
moins de 500 mètres. Un peu plus
loin, à travers les vergers sans
feuilles, des points blancs scintillent. Ce sont des drapeaux de
«l’Emirat islamique d’Afghanistan»
–le mouvement taliban–, posés sur
le toit de maisons ou accrochés à
des poteaux. Les soldats en ont
compté une bonne cinquantaine.
L’hiver, des commandants insurgés
et leurs familles quittent le pays
pour le Pakistan ou Dubaï. Au printemps, ils reçoivent des renforts. Ils
n’ont aucun mal à trouver des armes, qu’ils achètent parfois à des officiers corrompus de l’armée
afghane. Ils ont aussi une «unité
rouge», sorte de forces spéciales,
équipée de lunettes de vision nocturne et de mitrailleuses lourdes.
«C’est une délégation venue de Kandahar qui leur a apporté le matériel
en mai dernier. Mais on ne les a pas
lâchés depuis. On a tué la plupart,
il n’en reste que quelques-uns qu’on
finira», dit un soldat.
Les talibans sont aussi infiltrés au
sein de l’armée. Sur les 600 soldats
déployés à Tagab, une quarantaine
sont considérés comme suspects
par le NDS. «On se méfie entre autres
de ceux dont toute la famille vit au
Pakistan. Ils peuvent être victimes
de pressions, ou être eux-mêmes déjà
convaincus», dit un officier des renseignement. Quand de hauts gradés
viennent en visite, ils sont consignés dans leur chambrée.
Comme partout en Afghanistan, les
talibans ont mis en place un gouvernement fantôme dans la province et ses districts. Les nominations sont décidées par la choura de
Quetta, la direction du mouvement.
Lors du déploiement des soldats
français, le gouverneur militaire de
Kapisa s’appelait Qari Baryal. Il est
désormais responsable de Kaboul
et a été remplacé par un certain
Cheikh Zakh Mohammad. A Tagab,
le nouveau chef s’appelle Qari Ihsanullah. «On le connaît bien. Il s’est
longtemps occupé des finances du
groupe», dit un officier. Où est-il ?
Le gradé tend le bras vers une montagne qui borde la vallée de Bedraou. «Il est souvent là-bas, dans
un village au pied de la montagne.»
Pourquoi ne pas lan- Suite page 8
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
8 u
MONDE
Libération Mercredi 25 Avril 2018
cer une opération contre lui? «On ne peut pas. Si
on y va, on se fait tuer.» Contacté
par téléphone, Qari Ihsanullah affirme qu’il n’est pas question de négocier : «Tant que nous serons vivants, nous combattrons le
gouvernement, nous n’arrêterons jamais. L’armée afghane raconte que
nous sommes affaiblis, mais c’est
complètement faux.» Le chef taliban était déjà actif durant le déploiement de l’armée française.
«Les Français voulaient nous tuer,
moi et mes hommes. C’est normal,
on était ennemis, on se battait. Mais
là, les forces du gouvernement, aussi
bien l’armée que la police, détruisent des maisons, bombardent des
villages et tuent des gens qui n’ont
rien à voir avec nous. La population
n’en peut plus.»
Suite de la page 7
«MOUTONS»
Rahimullah, la quarantaine et une
barbe rousse teinte au henné, n’habite plus à Tagab. Il a quitté son village il y a six mois, lassé des combats. «Le problème, c’est que j’habite
sur la ligne de front. D’un côté il y a
les talibans, de l’autre l’armée et la
police. Ils posent tous des mines. Des
moutons explosent sans arrêt. C’est
devenu invivable», explique-t-il.
L’ancien fermier vit avec sa famille,
y compris ses neveux et nièces, une
bonne trentaine de personnes au total, dans deux maisons miteuses et
mitoyennes à la sortie de Kaboul,
sur la route de Jalalabad (dans l’Est).
Il dit aujourd’hui regretter l’armée
française. «Ils faisaient attention, ils
ne bombardaient pas les civils et se
comportaient bien. Ils nous prévenaient même avant les grosses opérations. Maintenant, les seuls étrangers sont des forces spéciales
américaines. Ils s’attaquent sans raison aux habitants. Il y a quelques semaines, ils ont tué deux personnes et
fait prisonnières six autres à Adizahi. Mais je les connais, ce sont des
commerçants, pas des talibans.»
Plus encore que les forces américaines, les habitants craignent la police locale (Afghan Local Police,
ALP). Imaginée et financée, en majeure partie, par les Etats-Unis, elle
est composée de combattants locaux. Mais ce qui devait devenir une
force d’appoint de l’armée afghane
s’est transformé en milice, coupable
de rackets et d’exactions. A Tagab,
l’ALP est dominée par des anciens
membres du Hezb-i Islami, mouvement de Gulbuddin Hekmatyar, seigneur de guerre islamiste réputé
pour sa cruauté. «La plupart étaient
des commandants moudjahidin qui
combattaient à l’époque des Soviétiques. Après, quand les talibans ont
pris le pouvoir, ils ont perdu le leur.
Aujourd’hui, ils se vengent et règlent
des comptes. Ils ciblent des familles
qui ne les ont pas aidés à l’époque»,
dit Rahimullah.
Selon lui, les membres de l’ALP se
comportent comme les nouveaux
maîtres des villages qu’ils contrôlent. Ils se servent, et menacent. «Ils
débarquent chez vous en disant :
“On sait que vous avez une kalachnikov, donnez-la-nous!” Si on refuse,
ils tapent, ou ils tuent. Moi, ils voulaient que je leur fournisse des
chaussures et des uniformes pour
Check-points des forces armées afghanes dans la province de Kapisa. Les services de renseignement estiment que 130 groupes talibans
«Les Français
faisaient attention,
ne bombardaient
pas les civils
et se comportaient
bien.»
Rahimullah un fermier
qui a fui Tagab avec sa famille
20 combattants. J’ai dit: “D’accord,
mais comment je sais que vous ne me
demanderez pas autre chose après?”
J’avais raison. Au final, ils m’ont
volé un terrain et j’ai dû partir.»
«A tout prendre, les gens préfèrent
les talibans à l’ALP», confirme un
officier de l’armée afghane.
Réfugiés à Kaboul, Rahimullah et sa
famille attendent l’arrivée de l’été et
la reprise des combats pour voir qui
s’imposera dans leur village. L’hypothèse talibane ne les effraie pas
outre mesure. Les insurgés n’ont
pas attendu le départ de l’armée
française pour mettre en place leur
ordre et leur administration. Partout où ils ont pu, ils ont rempli le
vide laissé par un pouvoir central
défaillant ou absent. «Si vous êtes
dans votre droit, leur justice est bien
meilleure que celle de l’Etat. En cas
de litige entre deux voisins pour des
histoires de terres, il faut plusieurs
mois, voire des années, pour que les
juges du gouvernement à Mahmoudé-Râqi [le chef-lieu de la province]
rendent une décision. Et c’est celui
qui paie le plus qui gagne. Les talibans aussi peuvent être corrompus,
mais beaucoup moins. Il faut venir
avec un dossier et des témoins. En
maximum dix jours, ils rendent une
décision. Elle est appliquée immédiatement et il n’y a pas d’appel possible», raconte un frère de Rahimullah. Les talibans ont aussi leurs
propres prisons. Ceux qui sont reconnus coupables d’adultère n’y
vont pas, ils sont exécutés.
Les écoles ne leur échappent pas
non plus. Ils administrent celles du
gouvernement, qui continue de
payer les professeurs. «Les talibans
gèrent tout, jusqu’à l’emploi du
temps, mais ils ont gardé les programmes officiels, en ajoutant des
cours de religion. Ils sont très stricts
avec les profs, qui n’ont pas le droit
d’être absents sans une vraie bonne
raison. Il y a moins d’absentéisme
que dans les zones gouvernementales», explique Rahimullah. Les filles
ne vont pas à l’école. «Elles n’ont de
toute façon jamais été à Tagab, talibans ou pas», poursuit le fermier.
DRAPEAU BLANC
D’une administration classique, les
talibans ont aussi conservé les impôts. Ils s’arrogent 10% des récoltes
ou de ce qu’elles ont rapporté, au titre de l’ocher («le dixième»). «On arrive à les berner, explique un fermier. Quand on récolte 500 kilos de
grenades, on leur dit qu’on en
a 300.» Les insurgés rackettent
aussi : 1 000 afghanis (11,50 euros)
par mois pour raccorder une maison au réseau électrique. Si leur discours est toujours aussi hostile aux
forces gouvernementales, ils négocient parfois. Dans la vallée d’Alassaï, ils ont passé un accord avec l’armée : les soldats administrent le
bazar de 8 heures à 16 heures; les talibans s’arrogent le reste du temps.
A Tagab, la guerre est tellement ancrée, tellement habituelle, qu’elle
semble naturelle, normale. Personne ne pense qu’elle va s’arrêter.
«On est en guerre depuis quarante ans. La seule façon pour que
celle-ci s’arrête serait que le Pakistan ne soutienne plus les talibans
mais ça ne semble pas parti pour»,
dit le commandant Faïz Mohammed. Le gradé n’en veut pas à la
France d’avoir retiré ses troupes :
«On peut se débrouiller sans eux, ils
n’allaient pas rester éternellement.
On a juste besoin de soutien aérien,
pas de soldats étrangers.» Comme
les officiers français avant lui, il revendique un succès: la sécurisation
de la route qui descend vers le lac et
le barrage de Naghlu. Mais la réalité
est plus complexe. Quelques heures
plus tard, un convoi de l’armée
afghane quitte la base vers le lac. Le
long de la route qui longe la rivière,
un drapeau blanc des talibans flotte
tranquillement. «Il y en a plusieurs
autres après, dit le jeune soldat aux
cheveux longs qui conduit le Humvee. Il sourit, assure que c’est normal et qu’il n’y a rien à craindre. Ils
attaquent souvent mais ils ne tirent
qu’avec des kalachnikovs. On ne risque rien dans le blindé.» Il sourit
mais il accélère. •
LIBÉ.FR
Diaporama Reportage photo
dans la base de Tagab, à l’abandon depuis le retrait des forces
de l’Otan en 2014.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
u 9
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Carnet
DÉCÈS
Maxence, Virginie, Marjorie
et Stéphanie,
ses enfants
ont la tristesse de faire part
du décès de
Denis JOURDAIN
survenu le 20 avril 2018 au
CHESNAY à l’âge de 67 ans.
Ses obsèques civiles auront
lieu au crématorium des
Mureaux le mercredi 25 avril
2018
à 17h30.
Claire Carrard, sa compagne, Christian et Christiane
Bouquin, ses parents,
sa famille et tous ses amis
ont l’immense tristesse de
vous faire part du décès de
Delphine
BOUQUIN
survenu le 18 avril à Paris,
à l’âge de 40 ans
Une cérémonie aura lieu dans
la salle de la Coupole
du cimetière du Père
Lachaise mercredi 25 avril à
13h30
Ni fleurs, ni couronnes.
Nous vous invitons à adresser
vos dons à la recherche
contre le cancer.
vivent dans la région. PHOTOS SANDRA CALLIGARO
A Kaboul, les élections législatives
ciblées par l’Etat islamique
Un attentat a visé dimanche un
centre d’enregistrement électoral,
tuant près de 60 personnes. Le
scrutin doit avoir lieu en octobre.
L
e processus électoral avait à peine débuté
qu’il était déjà visé. Dimanche, une semaine après l’ouverture de l’inscription des
électeurs, un kamikaze s’est fait exploser à l’entrée d’un centre d’enregistrement à Kaboul. Près
de 60 civils ont été tués et 120 blessés. La plupart
étaient chiites, cibles privilégiées de l’Etat islamique, qui a revendiqué l’attentat. Deux autres centres avaient déjà été visés dans la semaine, selon
toute vraisemblance, par les talibans. En Afghanistan, les élections législatives auraient dû avoir
lieu en 2015. Devant la complexité de l’organisation et le risque de manque de crédibilité des résultats, elles ont sans cesse été repoussées. Jusqu’au 30 mars et l’annonce par le président
Ashraf Ghani de leur tenue en octobre.
«Crédible». Pourront-elles avoir lieu? «Techniquement, elles peuvent être organisées. Elles se
préparent cahin-caha, mais ça avance, y compris
sur leur financement. Mais il y a deux questions:
le gouvernement tiendra-t-il jusque-là et, surtout, le scrutin sera-t-il suffisamment transparent et crédible pour une part significative de
la population ?» s’interroge un diplomate
occidental.
Pour éviter la débâcle, le président afghan multiplie les offres aux talibans. Ils n’ont cessé de se
renforcer depuis le départ de la majorité des
troupes américaines et de l’Otan en 2014. Fin février, lors d’une conférence à Kaboul, Ghani leur
a proposé un cessez-le-feu et l’ouverture d’un bureau politique à Kaboul. Il s’est même dit prêt à
amender la Constitution, que n’ont jamais reconnue les talibans. La proposition a finalement été
rejetée. Les talibans se sont dits ouverts à des négociations, mais avec les Etats-Unis, pas avec le
gouvernement afghan, qu’ils ont toujours comparé à une marionnette. «Leur logique est qu’ils
ont été chassés du pouvoir en 2001 alors qu’ils représentaient le peuple. Ils ne peuvent donc discuter qu’avec les “envahisseurs”, le gouvernement
est une fiction pour eux», poursuit le diplomate.
Pour autant, toutes les tentatives de discussion
lors de sommets plus ou moins informels auxquels participaient les Etats-Unis ont jusqu’à présent échoué. D’éventuelles négociations n’ont en
outre aucune chance d’aboutir sans l’accord du
Pakistan, où sont réfugiés la plupart des hauts
dirigeants talibans. Washington, depuis la prise
de fonction de Donald Trump, a commencé à
mettre la pression sur Islamabad, en suspendant
notamment son aide militaire.
Ultraradicale. «Les talibans n’ont pas une position unique sur la question des négociations, explique un officiel afghan qui a participé à des discussions avec les insurgés. Les plus vieux, qui
étaient au pouvoir entre 1996 et 2001, y sont souvent favorables car ils sont lassés des combats. Ils
veulent pouvoir vivre tranquillement en Afghanistan. Mais ce n’est pas forcément le cas des plus
jeunes, qui ont grandi avec la guerre menée par
les Américains et l’Otan.» Le mouvement taliban
est en outre fragmenté entre ses différentes directions, dont l’ultraradicale incarnée par Sirajuddin Haqqani, responsable des attentats les
plus sanglants à Kaboul et proche d’Al-Qaeda.
L.Ma.
Vous organisez
un colloque,
un séminaire,
une conférence...
Contactez-nous
Réservations
et insertions
la veille de 9h à 11h
pour une parution
le lendemain
Tarifs : 16,30 e TTC la ligne
Forfait 10 lignes :
153 e TTC pour une parution
15,30 e TTC la ligne suppl.
abonnée et associations : - 10 %
Tél. 01 87 39 84 00
Vous pouvez nous faire
parvenir vos textes
par e-mail :
carnet-libe@teamedia.fr
01 87 39 84 00
carnet-libe@teamedia.fr
La reproduction de nos petites
annonces est interdite
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
10 u
MONDE
Libération Mercredi 25 Avril 2018
LIBÉ.FR
Opération transparence chez Facebook
Toujours sous le feu des
critiques, Facebook a annoncé mardi la
publication de ses «directives internes» :
à savoir l’ensemble des règles appliquées
par ses équipes de modération pour décider
si un contenu publié sur le réseau social doit
être supprimé ou non.
trois jours seulement après
avoir déclaré: «Avec Salvini,
on peut faire du bon boulot
pour le pays.» Désormais,
changement de cap: les discussions s’ouvrent avec le
centre gauche.
«Sang». Du point de vue
Luigi Di Maio, chef des Cinq Etoiles, au palais du Quirinal, siège de la présidence italienne, le 12 avril. PHOTO GIUSEPPE LAMI. ANSA VIA AP
En Italie, les Cinq Etoiles se tournent
vers la gauche pour gouverner
Face à l’impasse
du dialogue entre le
M5S et la coalition
de droite et
d’extrême droite,
en raison de
l’épouvantail
Berlusconi, les
dirigeants du parti
antisystème misent
désormais sur le
Parti démocrate.
Par
ÉRIC JOZSEF
Correspondant à Rome
D
epuis le scrutin
du 4 mars qui a vu
la victoire du Mouvement Cinq étoiles
(M5S, 32 % des suffrages),
Luigi Di Maio, le leader de la
formation antisystème, avait représente l’aile gauche de la
expliqué avoir deux fers au formation, a jusqu’à jeudi
feu. Pour dégager une majo- pour travailler sur cette hyrité au Parlement et former pothèse. La semaine derun gouvernement, le jeune nière, le président de la Rédirigeant étoilé avait indiqué publique avait, en vain,
être disposé à ouvrir des né- confié une mission similaire
à la présidente
gociations avec
la Ligue, le parti
L'HISTOIRE du Sénat, Maria
Elisabetta Ald’extrême droite
DU JOUR
berti Casellati,
dirigé par Matteo Salvini (17 % aux élec- pour tester un accord de
tions) aussi bien qu’avec le l’autre côté de l’échiquier poParti démocrate (PD, 19 %). litique, entre le M5S et la coaAprès cinquante jours de lition de droite et d’extrême
tractations, c’est la seconde droite – qui réunit principalement la Ligue, Forza Italia
option qui est privilégiée.
Le chef de l’Etat, Sergio Mat- et les nationalistes de Fratelli
tarella, a confié lundi au pré- d’Italia – sortie en tête aux
sident de la Chambre des dé- élections avec 37% des voix.
putés, Roberto Fico (M5S), le Mais le projet a avorté en
soin de vérifier si un accord grande partie sur la question
entre les Cinq Etoiles et le PD Berlusconi. Le M5S était prêt
était praticable. Ce dirigeant à aller au gouvernement avec
historique du mouvement Matteo Salvini mais sans
fondé par Beppe Grillo, qui l’homme d’affaires, consi-
déré par les militants comme
un représentant de la vieille
politique et un «corrompu».
«Silvio Berlusconi est le mal
absolu», a fustigé début avril
Alessandro Di Battista, le responsable le plus populaire
des Cinq Etoiles, tandis que
Luigi Di Maio invitait en
écho le leader de la Ligue à
abandonner son allié de
Forza Italia. Ce que Matteo
Salvini a finalement refusé
de faire.
«Chiottes». Une rupture
risquait de mettre à mal les
majorités qui permettent à la
droite et à l’extrême droite de
gouverner ensemble de nombreuses collectivités locales
dans le nord du pays. De
plus, en cas d’accord entre la
seule Ligue et les Cinq Etoiles, Matteo Salvini, en tant
que chef de la coalition, ris-
quait de se retrouver certes
partenaire, mais minoritaire
au sein du gouvernement.
En dernier ressort, le patron
de la Ligue a bien tenté de demander à Berlusconi de se
mettre personnellement en
retrait pour permettre un accord entre la coalition de
droite et d’extrême droite et
le M5S, mais le Cavaliere a refusé net et s’en est pris durement aux Cinq Etoiles : «Ils
représentent un danger pour
l’Italie. […] Ce ne sont que des
chômeurs qui éprouvent de la
haine sociale. […] Ce sont des
bons à rien. A Mediaset, je les
prendrais pour nettoyer les
chiottes.»
«C’est terminé avec Salvini,
bonne chance», a conclu ironiquement Luigi Di Maio,
constatant lundi le refus
du dirigeant de la Ligue
de dire «ciao» à Berlusconi,
programmatique, un rapprochement est en cours. Luigi
Di Maio a confié à un groupe
d’experts le soin de travailler
sur la convergence des programmes, avec comme priorité la lutte contre la pauvreté. Par ailleurs, le M5S a
profondément remanié sa ligne sur la politique étrangère. Il y a encore quelques
semaines, les Cinq Etoiles
évoquaient par exemple «le
désengagement de toutes les
missions militaires de
l’Otan». Il n’est plus question
aujourd’hui que «d’ouvrir
une table de discussions au
sein de l’Otan». De même, la
direction du M5S ne parle
plus de sortie de l’UE ou de la
monnaie unique. «Oui aux
discussions
avec
les Cinq Etoiles. On ne peut
pas se contenter de dire non»,
a estimé le ministre des
Biens culturels et poids lourd
du PD, Dario Franceschini.
Lui estime, comme plusieurs
autres dirigeants, qu’il faut
dialoguer avec eux. Ce n’est
pas la ligne de Matteo Renzi,
pour qui les démocrates ne
peuvent servir de «béquille»
à un mouvement populiste
qui les a copieusement insultés. «Les Cinq Etoiles et la
droite représentent l’opposé
de nos valeurs. Ils sont antieuropéens, antipolitiques,
ils utilisent un langage de
haine. Ils ont dit que nous
étions des corrompus, des
mafieux, et que nous avions
les mains pleines de sang à
cause de l’immigration. […]
Qu’ils fassent ensemble un
gouvernement, nous sommes
à l’opposition», a lancé
Matteo Renzi dès le mois de
mars. Ce dernier pourrait
faire obstacle à un accord PD-M5S, qui n’est pas
soutenu non plus par les
militants étoilés. Seuls
24% d’entre eux seraient favorables à une telle solution
et 58 % préfèrent un pacte
avec la Ligue. En cas d’échec
de la mission exploratoire de
Roberto Fico, le chef de
l’Etat, Sergio Mattarella,
pourrait opter pour un gouvernement institutionnel
comme solution de repli. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
u 11
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Rana Plaza Le 24 avril 2013 s’effondrait à Savar, dans la banlieue de Dacca,
au Bangladesh, le Rana Plaza, un immeuble de huit étages abritant six usines textiles. Sur les
5000 employés du site, 1 138 étaient morts et plus de 2 000
blessés. De nombreuses marques de vêtements, qui y faisaient fabriquer leurs produits à moindre coût par une
main-d’œuvre sous-payée, furent alors pointées du doigt.
Cinq ans après, c’est l’heure du bilan. PHOTO AFP
LIBÉ.FR
ROYAUME-UNI
CONGO-KINSHASA
Un siècle après l’octroi du
droit de vote aux femmes au
Royaume-Uni, une statue de
la suffragiste Millicent Fawcett a été inaugurée mardi
devant le Parlement britannique, première statue de
femme dans cet endroit symbolique. Le bronze, réalisé
par l’artiste Gillian Wearing,
représente la militante des
droits des femmes tenant une
banderole sur laquelle on
peut lire «le courage appelle
partout au courage», des
mots prononcés par Millicent
Fawcett lors d’un discours appelant à la mobilisation. Il a
été dévoilé en présence du
maire de Londres, Sadiq
Khan, qui a rendu hommage
au combat féministe. La
cheffe du gouvernement,
Theresa May, a salué l’héritage de la suffragiste. L’installation de la statue est le résultat d’une mobilisation menée
par la militante féministe Caroline Criado Perez, qui avait
lancé une pétition en ligne.
A l’inverse des suffragettes,
qui prônaient l’action directe,
Fawcett était adepte de méthodes non violentes.
Environ 2 000 militants
de l’opposition congolaise
étaient réunis mardi dans le
calme, à Kinshasa, pour la
première réunion publique
autorisée par les autorités
depuis septembre 2016,
à l’occasion du 28e anniversaire du pluripartisme. En
début d’après midi, les militants du parti historique de
l’opposition, l’Union pour la
démocratie et le progrès social (UDPS), attendaient le
discours de leur président et
candidat à l’élection présidentielle, Félix Tshisekedi.
La présence policière était
discrète, en contraste total
avec toutes les tentatives de
manifestation ou rassemblement systématiquement
réprimées depuis septembre
2016, parfois dans le sang.
Tshisekedi tient son premier
meeting depuis qu’il a été investi, à huit mois de la présidentielle du 23 décembre
censée organiser la succession du président Joseph Kabila: la Constitution lui interdit de se représenter, mais il
n’a rien dit au sujet de son
avenir.
Trump, les pellicules de Macron
et les barils de cash pour l’Iran
Dans le jargon de la communication politique on appelle ça un «photo spray».
Ces quelques minutes avant
une discussion à huis clos
entre dignitaires, où caméras, appareils photos et micros sont seulement autorisés à capturer sourires et
poignées de main, où les
journalistes tentent quand
même de lancer quelques
questions à la volée, avant
d’être mis dehors. Ce mardi
matin dans la «Cabinet
room» de la Maison Blanche,
Emmanuel Macron et Donald Trump se sont livrés à
cet exercice. Le premier restant sur l’élément de langage
roi de cette visite d’Etat –la
«relation spéciale» entre les
deux présidents et leurs
«objectifs communs» –, le
second en déviant largement. «Nous avons une relation très spéciale», a lancé
Trump, d’abord dans les
clous. Avant d’épousseter
l’épaule de Macron : «D’ailleurs je vais enlever ses pellicules. Nous devons le rendre
parfait, il est parfait.»
Mais ce sont surtout les propos belliqueux du président
américain sur l’accord iranien, avant même le début
A la Maison Blanche, mardi. PHOTO AFP
de l’entretien, qui ont engendré un sourire crispé sur
le visage de Macron. Trump
a en effet menacé de se retirer de cet accord conclu
en 2015 par les grandes puissances avec l’Iran si les «terribles lacunes» du texte
n’étaient pas corrigées avant
le 12 mai. Interrogé par un
journaliste sur cet enjeu
central de cette visite,
Trump a lancé : «Vous connaissez ma position. C’est un
mauvais accord, qui n’aurait
jamais dû être conclu et qui
nous a coûté des milliards.
On a donné 1,8 milliard de
dollars cash, du cash, des barils de cash. C’est une honte,
c’est ridicule, on n’aurait ja-
Le gouvernement britannique déclare
sa flamme aux expatriés français
La déclaration d’amour était voulons que vous restiez, vous
sans ambiguïté, répétée à enrichissez nos communaul’envi au cours de la longue tés, nos entreprises», a ensoirée. Sous le plafond somp- chaîné le sous-secrétaire
tueux de la salle Locarno au d’Etat au DexEu (ministère
ministère britannique des du Brexit), Robin Walker.
Affaires étrangères, ambas- «Notre pays se sentirait apsadeur, ministre et
pauvri si vous le
BREXIT
fonctionnaires briquittiez», a même
tanniques ont déSTORIES ajouté le ministre.
clamé lundi soir
L’exercice inédit
leur amour immodéré pour la visait à rassurer, à répéter
France et surtout pour les qu’en dépit «des défis que préFrançais installés au Royau- sente le Brexit, il existe beaume-Uni. «Tous les jours, je coup d’opportunités pour les
constate à quel point les liens Français au Royaume-Uni».
entre nos deux pays sont pro- Près de deux ans après le réches», a lancé, dans un fran- férendum sur le Brexit, qui
çais parfait, l’ambassadeur sera effectif le 29 mars 2019,
britannique en France, Ed- le gouvernement britannique
ward Llewellyn. «Nous ap- semble enfin prendre la meprécions votre valeur, nous sure de l’anxiété générée par
la décision de quitter l’UE
pour les quelque 3 millions
d’Européens installés au
Royaume-Uni, dont environ 300000 Français. Il multiplie donc les explications de
texte et les rencontres avec
chacune des communautés
des Vingt-Sept. Après les discours officiels, trois fonctionnaires, deux du ministère du Brexit et un du
ministère de l’Intérieur, ont
répondu à une rafale de
questions, pendant plus de
deux heures.
Pour rester en toute légalité
au Royaume-Uni, les Français devront déposer une demande de settled status.
Cette demande, qui se fera
par Internet et sera simplifiée
au maximum, sera accordée
si le requéreur a vécu pendant au moins cinq ans au
Royaume-Uni et peut le
prouver (les modalités pour
ceux qui veulent s’y installer
pour la première fois sont
encore à définir). La procédure devrait être très simple;
relevés bancaires, impôts,
factures… devraient suffire à
justifier sa présence au
Royaume-Uni, a expliqué le
gouvernement. Le système
sera testé à partir de cet été,
sur la base du volontariat.
Pourtant, c’est le scepticisme
qui dominait dans l’assemblée.
SONIA DELESALLESTOLPER (à Londres)
A lire en intégralité sur Libé.fr.
mais dû signer un truc
comme ça, mais on va en
parler.»
Et le président américain de
continuer, disert : «Partout
où vous allez, surtout au
Moyen-Orient, il y a l’Iran
derrière. Yémen, Syrie, partout et malheureusement la
Russie aussi est de plus en
plus impliquée. Mais l’Iran
semble être derrière toutes
les situations où il y a un problème. Et l’accord avec l’Iran
est un désastre. Ils font des
tests de missile. Mais quel
type d’accord avons-nous si
on autorise les tests de missiles, quel accord si vous ne
parlez pas du Yémen et de
tous les problèmes que nous
avons avec l’Iran ? Ce qu’ils
font en Irak notamment. On
peut être là, en spectateur, à
regarder ce qu’il se passe.»
A un autre journaliste qui
l’interroge sur la reprise des
tests par l’Iran, Trump a répondu, menaçant: «S’ils recommencent, ils vont avoir
de gros problèmes, encore
plus gros qu’ils ont jamais
eus.» En même temps, le
président américain assure
avoir «hâte d’avancer», mais
cela doit être «fait avec
force», a-t-il ajouté sans
autre précision. «Nous sommes assez proches de nous
comprendre l’un l’autre», at-il dit de son homologue
français sur la question iranienne. Reprenant la parole,
Macron a tenté de trouver
une formulation consensuelle: «L’accord iranien est
une question importante,
mais nous devons avoir en
tête une perspective plus
large, celle de la sécurité
dans toute la région. Ce que
nous voulons faire, c’est
contenir l’Iran et sa présence
dans la région.»
ALAIN AUFFRAY (envoyé
spécial à Washington)
et ISABELLE HANNE
(à New York)
Musique Forte reprise en 2017
grâce au boom du streaming
Les ventes mondiales de musique ont connu une croissance
record en 2017, avec une hausse de 8,1%, le numérique représentant pour la première fois la majorité des revenus
grâce au streaming, a indiqué mardi la Fédération internationale de l’industrie phonographique (Ifpi) dans son rapport annuel. Les ventes de musique numérique, jusqu’ici
à peu près équivalentes aux ventes physiques, ont représenté 54% du revenu total (17,3 milliards d’euros). Quelque 176 millions de personnes dans le monde ont payé pour
des abonnements type Spotify, Deezer ou Apple Music.
Arménie L’opposant Nikol Pachinian
commémore le génocide de 1915
Le chef de l’opposition Nikol Pachinian et plusieurs milliers
d’Arméniens se sont recueillis mardi à Erevan au mémorial
des victimes du génocide déclenché le 24 avril 1915. Après
la démission, lundi, du Premier ministre Serge Sarkissian
face aux manifestations, les députés ont sept jours pour
proposer de nouvelles candidatures à ce poste, et le vote
pourrait avoir lieu le 2 mai. Pachinian, qui s’est prononcé
pour des législatives anticipées, doit rencontrer mercredi
matin Karen Karapetian, fidèle du Premier ministre déchu.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 u
MONDE
Justice Vincent Bolloré,
enleveur de ports
RÉCIT
L’homme d’affaires a été placé en garde à vue mardi à Nanterre,
dans le cadre d’une enquête sur les conditions d’octroi de
concessions portuaires en Guinée et au Togo en 2010, sur fond de
liaisons dangereuses entre sa filiale Havas et des dirigeants africains.
Libération Mercredi 25 Avril 2018
Par
RENAUD LECADRE
S
tupeur et tremblements dans
le microcosme financier: songez donc, Vincent Bolloré en
garde à vue! Mais sourire entendu
des françafricanistes: ça devait bien
arriver un jour… Sur directive du coriace juge d’instruction Serge Tournaire, le trublion patron du groupe
de transport, de logistique et de
communication (mais aussi son numéro 2, Gilles Alix) est donc passé à
la question depuis mardi à propos
de ses concessions portuaires en
Afrique. Deux d’entre elles semblent
retenir l’attention des enquêteurs:
celles de Conakry (Guinée) et Lomé
(Togo), toutes deux obtenues
en 2010. Dans les deux cas, des concurrents éconduits avaient déposé
des plaintes pour corruption, vite
classées sans suite. Avant que la justice pénale française ne s’ébroue à
retardement, avec une perquisition
de la tour Bolloré, siège du groupe à
Puteaux (Hauts-de-Seine) au printemps 2016. Entre-temps, Bolloré
n’aura été entendu qu’en tant que
simple témoin en 2013, juste histoire
de dire qu’il délègue volontiers à son
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
staff toutes ses activités africaines
et qu’il n’a «jamais suivi ou signé»
personnellement le moindre contrat
de concession portuaire.
L’année 2010 fut celle d’une double
campagne présidentielle, permettant l’élection d’Alpha Condé en
Guinée et la réélection de Faure
Gnassingbé au Togo. Les deux étant
épaulés par l’agence Havas, filiale
du groupe Bolloré, ou du moins par
l’un de ses dirigeants, Jean-Philippe
Dorent, également placé en garde à
vue. Si l’obtention quelques mois
plus tard de concessions portuaires
à Conakry et Lomé devait relever
du renvoi d’ascenseur, cela ferait
bien cher pour une simple prestation de campagne… Les enquêteurs
cherchent donc sûrement autre
chose de plus consistant. Un communiqué du groupe Bolloré publié
mardi paraît le confirmer entre les
lignes: «Le lien qui tente d’être établi
par certains entre l’obtention de ces
concessions et les opérations de communication est dénué de tout fondement économique.»
Vincent Bolloré
lors d’une
conférence
de presse
à Puteaux
(Hauts-deSeine),
en mars 2012.
PHOTO VINCENT
ISORE. IP3
«JE PRIVILÉGIE LES AMIS,
ET ALORS ?»
En Guinée, la gestion du port avait
été concédée en 2008 au français
Necotrans, filiale du groupe Getma.
Il était mieux-disant financier face
à la concurrence de Bolloré, promettant de verser 15 millions d’euros au
Port autonome de Conakry (PAC)
sur la durée du contrat, contre seulement 7,5 millions promis par son
challenger. Mais comme de coutume en Afrique, le lauréat de la
concession doit «réserver» une part
du gâteau à des «intérêts locaux» :
en l’espèce, l’homme d’affaires et
«administrateur de sociétés» Gamal
Challoub, héritant de 35% des parts,
à charge pour lui de les sous-attribuer à qui de droit… Un an plus tard,
une augmentation de capital pour
rénover les infrastructures portuaires le diluera à 2 %. Crime de lèsemajesté ? Le président de Getma
sera condamné pour faux à
deux ans de prison avec sursis
–en son absence, à l’africaine. C’est
sur ces entrefaites qu’Alpha Condé,
trois mois après son élection,
délogera manu militari Noctrans
du PAC, et confiera la gestion à Bolloré sans plus de formalités.
Interrogé en 2016 par le Monde dans
sa suite de l’hôtel Raphaël à Paris, le
président guinéen n’y allait pas par
quatre chemins à propos de Vincent
Bolloré: «C’est un ami. Je privilégie
les amis. Et alors?» Dans un récent
livre, Vincent tout-puissant (JC Lattès), le journaliste Nicolas Vescovacci a recueilli le précieux témoignage de Dominique Lafont, ancien
directeur général de Bolloré Africa
Logistics (le pôle chargé de toutes
ses activités portuaires sur le continent). Lui aussi parle cash : «Sur
Conakry, j’ai fait comprendre à
Vincent que je n’approuvais pas la
méthode et que j’en appréhendais les
conséquences en termes d’image. On
s’est un peu comportés comme des
cow-boys.»
Epilogue provisoire. Après avoir
obtenu deux petits millions d’euros
de dommages et intérêts en 2013,
via le tribunal de commerce de
Nanterre, Necotrans a été placée
u 13
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
l’an dernier en redressement judiciaire. En course pour reprendre ses
actifs: l’incontournable groupe Bolloré.
Au Togo, la concession était initialement détenue, depuis 2001, par le
groupe Progosa, piloté par l’homme
d’affaires franco-espagnol Jacques
Dupuydauby. En réalité, il était financé en sous-main –via des sociétés offshore – par Bolloré, discret
coup de main destiné à éviter un
abus de position dominante dans les
ports d’Afrique de l’Ouest. Dans ce
genre de «portage» financier, encore
faut-il que le porteur (Dupuydauby)
et le porté (Bolloré) se fassent confiance. Entre eux deux, elle se brisera
rapidement, le premier vidant de
leurs substances les coquilles luxembourgeoises créées à cet effet pour
mieux accaparer les actifs portuaires.
Sur plainte de Bolloré, Dupuydauby
sera condamné par la justice espagnole à trois ans de prison –la cour
d’appel de Paris devant statuer mimai sur son extradition réclamée par
Madrid. Mais la contre-plainte du
second, déposée en France en 2012,
poursuit son petit bonhomme de
chemin… Dans sa foulée, Vincent
Bolloré avait été entendu une première fois comme témoin, par la brigade financière en février 2013. Le livre Vincent tout-puissant dévoile
quelques extraits du procès-verbal.
Question simple: «Etes-vous le représentant légal de la Financière du
Loch?» Cette société est l’un de ces
nombreux véhicules financiers qu’il
aime à confectionner et utiliser.
Réponse surréaliste : «Je ne sais
pas.» Soit «Bollo» perd la mémoire,
soit il se moque du monde.
«MÉCONNAISSANCE
LOURDE»
Retour au seul volet portuaire.
Dupuydauby était proche de l’ancien président togolais, le général
Eyadema, beaucoup moins de son
successeur de fils depuis 2005,
Faure Gnassingbé. Lequel accordera
plutôt sa confiance et la gestion du
port de Lomé à Bolloré –en direct,
cette fois. Concession renouvelée
pour trente-cinq ans avant même sa
réélection en 2010. A ceux qui y verraient malice, le communiqué du
groupe Bolloré répond ceci : «Méconnaissance lourde de ce secteur
industriel», les indéniables compétences logistiques du groupe Bolloré
faisant seules la différence. Reste
ce témoignage de Jacques Dupuydauby, attestant avoir dû arroser
les dirigeants togolais. La justice
française devra dire si cette époque
est bel et bien révolue. •
«Sur Conakry,
j’ai fait comprendre
à Vincent que je
n’approuvais pas la
méthode. On s’est
un peu comportés
comme des
cow-boys.»
Dominique Lafont
ancien directeur général
de Bolloré Africa Logistics
Depuis les années 90,
la patte «Bollo»
en Afrique
Le continent est au
cœur des affaires
du milliardaire,
qui y investit, outre
les ports, dans
le rail, l’huile de
palme et l’énergie.
H
asard de calendrier
ou sage précaution
visant à mettre le
cœur de son empire à l’abri
de la tempête africaine qui
s’annonce ? Vincent Bolloré
avait indiqué de longue date
qu’il se retirerait définitivement des affaires le 17 février 2022 (pour le bicentenaire de sa société) au profit
de ses quatre enfants. Mais
jeudi dernier, l’homme d’affaires a surpris son monde
en annonçant soudainement
qu’il transmettait les commandes de Vivendi à Yannick
Bolloré, 38 ans, le fils prodigue qu’il a programmé pour
lui succéder à la tête de ses
activités de médias et de divertissement. Quelques jours
plus tôt, le 10 avril, le magnat
breton avait procédé à un
passage de témoin similaire
en confiant les rênes de Canal+ au tandem Jean-Christophe Thiery-Maxime Saada.
Le premier est un fidèle
parmi les fidèles, le second
l’un des hommes liges qui
lui ont permis de prendre le
contrôle de la chaîne.
l’ensemble du groupe. Les
16 terminaux à conteneurs
qui emploient 24 000 personnes à travers le continent
(Bénin, Cameroun, Centrafrique, Côte-d’Ivoire, Congo,
Gabon, Ghana, Guinée, Liberia, Nigeria, Sierra Leone,
Togo, Comores) en font le
numéro 1 du secteur.
«Censure». Les affaires de
Bolloré en Afrique ne se limitent pas aux ports. Il a aussi
investi dans le rail (il gère des
concessions ferroviaires au
Cameroun, au Bénin et la ligne Abidjan-Ouagadougou),
les plantations d’hévéas et de
palmiers à huile (il possède
38 % de la puissante Société
financière des caoutchoucs)
et l’énergie (à travers ses installations autonomes baptisées «Bluezones»). Mais sa
conquête est à double tranchant. C’est aussi d’Afrique
que viennent les ennuis,
judiciaires (lire ci-contre)
comme stratégiques. L’un
des projets les plus ambitieux
du Breton, une boucle ferroviaire de 3000 kilomètres reliant Abidjan à Lomé en passant par cinq pays d’Afrique
de l’Ouest, lancé en fanfare il
y a trois ans, est aujourd’hui
ensablé. Pour le tronçon Bé-
nin-Niger, la concurrence
chinoise semble avoir déjà eu
raison du groupe français.
Et même Canal+ se retrouve
éclaboussé par les affaires
africaines de Bolloré. En
octobre, un documentaire
consacré à l’opposition au
président togolais, Faure
Gnassingbé, Lâche le trône, a
été interdit de rediffusion et
effacé des plateformes numériques de la chaîne, les salariés dénonçant un «cas de
censure». Deux mois plus
tard, un reportage promotionnel vantant les mérites
du même Togo, et sa «stabilité politique qui sécurise tout
le pays et encourage des investissements venus du monde
entier», était diffusé sur
Canal+…
Mais «Bollo» se soucie peu de
son image, tout occupé à prévoir le coup d’après. Le mois
dernier, le «raider» a encore
ramassé 2 milliards d’euros
grâce à une vraie fausse OPA
sur l’éditeur de jeu UbiSoft.
De quoi faire gagner quelques places à celui que Challenges classait en 2017 au
12e rang des fortunes françaises avec un magot estimé à
7,7 milliards d’euros.
JEAN-CHRISTOPHE
FÉRAUD et CÉLIAN MACÉ
Retrouvez
«Petit prince». Officiellement, celui que l’on surnommait dans les années 80 «le
petit prince de la finance» a
décidé de prendre du champ
sans s’effacer complètement,
de «laisser un peu de place
aux jeunes» pour les préparer
tranquillement à sa succession jusqu’à la date qu’il a
choisie pour prendre sa retraite de milliardaire. Mais on
ne peut s’empêcher d’y voir
un signe qu’il savait que ses
ports africains allaient faire
des vagues jusqu’à Paris.
A l’annonce de sa garde à vue,
le cours de Bourse du groupe
Bolloré a dévissé de 7,6%.
Car l’Afrique, où Bolloré s’est
aventuré à partir des années 90, est au cœur du modèle économique de l’empire.
A commencer par sa filiale
Bolloré Africa Logistics, qui,
avec 2,4 milliards d’euros de
chiffre d’affaires en 2017, représente 41% de l’activité logistique –dirigée par un autre
fils Bolloré, Cyrille– et 13% de
dans 28 minutes
presente par elisabeth quin
du lundi au jeudi a 20h05 sur
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
14 u
FRANCE
Libération Mercredi 25 Avril 2018
Syndicats Après la
CGT, la CFDT et Solidaires, l’Unsa dénonce
à son tour dans un communiqué le texte
relatif à l’asile et à l’immigration adopté
dimanche en première lecture par l’Assemblée. La centrale évoque «des dispositions […] attentatoires aux droits et libertés
des étrangers». PHOTO DENIS ALLARD
LIBÉ.FR
Fongicideset cancer: des scientifiques
alertent, les autorités inertes?
Dans un courrier
aux ministères,
l’ONG Générations
futures met en
garde sur les
dangers et
l’omniprésence de
certains produits
utilisés pour tuer
les champignons.
tion, de l’environnement et
du travail (Anses). Son usage
est autorisé sur moult cultures: blé, avoine, orge, seigle,
tournesol, crucifères oléagineuses (colza…), pommiers,
amandiers, cerisiers, asperges, carottes, fraisiers, laitue… Résultat : il est omniprésent. On le retrouve dans
l’eau et dans l’air: en 2013, le
boscalide était le 8e pesticide
le plus détecté dans les eaux
de surface métropolitaines
et le 12e le plus détecté dans
les eaux souterraines. Et l’un
Par
des deux fongicides les plus
CORALIE SCHAUB
quantifiés dans l’air de la
es fongicides seront-ils région Paca en 2016.
à l’origine d’un nou- Mais Générations futures
veau scandale sani- s’inquiète surtout de sa prétaire majeur ? Après l’alerte sence dans nos assiettes. En
lancée le 16 avril dans Libé- épluchant un rapport de
ration par des médecins et l’Agence européenne pour la
scientifiques sur les dangers sécurité alimentaire (Efsa)
des SDHI (inhibiteurs de la d’avril 2017, elle a constaté
succinate déshydrogénase) que le boscalide est le résidu
pour l’homme, l’ONG Géné- de pesticides le plus fréquemrations futures s’est penchée ment quantifié dans les
sur notre exposition à cette échantillons d’aliments testés
classe de pesticides, destinés en Europe, puisqu’on le reà lutter contre les champi- trouve dans «presque 10% des
gnons et moisissures et utili- recherches le ciblant, tous alisés sur nombre de cultures. ments confondus». «C’est vraiEt le constat est sans appel. ment beaucoup, le boscalide
L’organisation
est donc un conmet en évidence
L’HISTOIRE taminant ma«l’exposition imjeur de notre aliDU JOUR
portante de la
mentation»,
population» au plus utilisé s’alarme François Veillerette,
d’entre eux, le boscalide (ou le directeur de l’ONG. Cette
boscalid), substance active dernière s’est aussi replongée
issue de la recherche de la dans les enquêtes qu’elle
firme BASF, autorisée dans mène régulièrement sur la
l’UE depuis 2008. Dans un présence de résidus de pesticourrier adressé ce mardi à cides dans les aliments. RéNicolas Hulot (et ses collè- sultat, en 2013, ce fongicide
gues de l’Agriculture et de la était présent dans 23 échanSanté). Générations futures tillons de fraises sur 49, et 22
demande la suspension de des 31 échantillons de salades
l’utilisation de ces fongicides analysées l’année suivante
tant qu’une estimation de en contenaient. En 2016,
leurs dangers n’aura pas l’ONG trouvait du boscalide
été faite par des organismes dans 13 des 15 müeslis non bio
publics et indépendants des testés.
industriels.
Pourquoi ne pas s’en être
alors inquiété? «Le boscalide
Omniprésent. En France, n’était pas dans notre radar,
on trouve le boscalide dans car sa dangerosité n’avait pas
une douzaine de produits été révélée, qu’il n’était ni
ayant reçu une autorisation classé comme perturbateur
d e m i s e s u r l e m a r - endocrinien ni comme cancéché (AMM) délivrée par rigène», explique François
l’Agence nationale de sécu- Veillerette. Si la dangerosité
rité sanitaire de l’alimenta- des fongicides SDHI n’avait
immédiatement les autorisations de mise en marché des
produits contenant du boscalide et autres SDHI». Elle
réclame aussi que la France
«fasse usage de la clause de
sauvegarde prévue au niveau
européen pour faire obstacle
à l’entrée d’aliments traités
avec des substances de cette
famille chimique».
Géants. L’autorisation du
L
Le blocage de l’enzyme SDH peut expliquer la survenue de tumeurs. R. ESCHER
pas été mise au jour avant
l’alerte des scientifiques
dans Libération, c’est parce
que leur mode d’action est
atypique, et échappe donc
aux tests de toxicité conduits avant une mise sur le
marché.
Toxicité. Pour schématiser,
les SDHI bloquent la respira-
tion des cellules des champignons (inhibant l’activité de
l’enzyme SDH) mais «ils bloquent aussi très efficacement
la SDH humaine», note le généticien Pierre Rustin, cosignataire du texte. Les scientifiques expliquent que le
blocage de cette enzyme entraîne des modifications
épigénétiques, qui peuvent
expliquer la survenue de tumeurs et cancers, mais qui,
contrairement aux mutations génétiques, ne sont pas
détectées ni testées au cours
des tests de toxicité conduits
avant les AMM.
Dans son courrier aux ministères, Génération futures
demande «de saisir l’Anses
afin que celle-ci suspende
boscalide dans l’UE arrivant
à son terme le 31 juillet,
l’ONG demande aussi à la
France de s’opposer à sa
ré-homologation. De quoi
provoquer une bataille
comme celle qui a eu lieu sur
l’herbicide glyphosate ?
Autorisés en Europe depuis
la fin des années 2000, ces
fongicides sont notamment
fabriqués, entre autres, par
les géants de l’agrochimie
(Monsanto, Bayer, BASF,
Syngenta, Du Pont, Mitsui
ou encore Chemtura AgroSolution), pour lesquels ils
représentent un marché
juteux et en constante progression.
Pour l’heure, l’Anses se veut
rassurante. «L’évaluation
scientifique des risques liés à
l’usage de ces produits, qui
prend en compte le mécanisme d’action, conclut à une
absence de risque inacceptable. Et nous n’avons pas à ce
stade d’éléments pour les interdire ou les suspendre sur la
base d’hypothèses tirées de
leur mécanisme d’action»,
assurait la semaine dernière
à Libération le directeur
général adjoint scientifique
de l’Anses, Gérard Lasfargues. Ce dernier a envoyé
un mail vendredi 20 avril
à Pierre Rustin, pour lui
confirmer que l’agence vient
de constituer «un groupe
d’expertise collective indépendante» chargée d’auditionner
le généticien ainsi que les
scientifiques qui ont tiré
la sonnette d’alarme. En
revanche, il confirme que
leur demande de financement pour continuer à travailler sur les dangers de
ces fongicides n’a pas été
retenue. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
u 15
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
LIBÉ.FR
L’accent marseillais se transforme
Dans ce monde globalisé, le langage
tend lui aussi vers l’uniformisation.
Même à Marseille, ville à l’accent emblématique. Dans la cité
phocéenne, la vague de nouveaux arrivants au début des
années 2000 a influencé le parler local. Une étude menée
pendant cinq ans par deux sociolinguistes a observé la
transformation de la ville, plus touristique et gentrifiée,
et son incidence sur le langage.
Philippe recevra les cheminots le 7 mai
Ils réclamaient de négocier
directement avec Édouard
Philippe. Et ce dernier avait
jusqu’ici fait la sourde
oreille. Le Premier ministre
a finalement partiellement
répondu à la demande des
syndicats de cheminots, en
annonçant mardi qu’il les recevrait le 7 mai, ainsi que
leurs responsables confédéraux. Un rendez-vous auquel
participera aussi la ministre
des Transports Elisabeth
Borne, avec laquelle les syndicats avaient rompu le dialogue le 19 mars.
Une façon pour Matignon de
ne pas la discréditer, tout en
débloquant des discussions
aujourd’hui au point mort,
alors que la cinquième séquence de la grève de deux
jours sur cinq a pris fin
mardi soir. La discussion
portera sur les aspects financiers de la réforme, et notamment la reprise de la
dette de l’entreprise, a indiqué Matignon à Libération.
«La volonté de dialogue et la
détermination du gouvernement sont entières», assure
Edouard Philippe dans son
courrier aux syndicats, daté
de jeudi dernier et diffusé à
la presse. Trois semaines
après le début de la grève à
la SNCF, le chef du gouvernement déplore un mouvement «qui gêne considérablement les Français et l’activité
économique». Et critique la
«décision [des syndicats] de
ne plus participer aux concertations en cours». Sur le
fond, le Premier ministre
maintient les grands princi-
pes de sa réforme: ouverture
à la concurrence ; arrêt
– au 1er janvier 2020 – des
embauches au statut de cheminot ; et d’ici là, négociations internes à la SNCF et au
niveau de la branche pour
remplacer le défunt statut.
Quant à la dette de l’entreprise, que l’Etat s’est engagé
à reprendre progressivement
et en bonne partie à partir
de 2020, elle demandera «un
effort supplémentaire des
contribuables», a souligné
Edouard Philippe. L’expression a aussitôt suscité des
spéculations sur une possible hausse de la fiscalité.
Contacté par Libération, Matignon assure toutefois que
les prélèvements ne seront
pas alourdis pour financer
cette reprise de dette. L’en-
Henri Michel, un coach
à contre-pied
AFP
Disparu mardi à 71 ans, l’an- lait pas son prestigieux passé
cien international tricolore à la rescousse pour s’imposer
(58 sélections entre 1967 dans la conversation.
et 1980) et sélectionneur Joueur, Henri Michel avait
(1984-1988) des Bleus Henri déjà donné dans le paradoxe:
Michel laissera une image milieu de terrain «ayant un
paradoxale. Celle d’un grand pouvoir technique au
homme dissein des équipes
cret, ayant
où il jouait», secomplètelon son ex-coément déserté
quipier chez les
le paysage du
Bleus Olivier
foot français
Rouyer, c’était
du jour au lenaussi un joueur
demain après
assez
lent,
qu’on lui a reayant cepentiré les comdant fait toute
mandes de
DISPARITION sa carrière dans
l’équipe de
un club ayant
France à l’automne 1988 pour érigé le mouvement perpéne plus jamais y revenir, et sa tuel et l’altruisme collectif en
présence sur le banc de tou- dogme, le FC Nantes. A l’aune
che du plus grand match ja- des années 70, Henri Michel
mais disputé par les Bleus : aura ainsi été le dépositaire
le fameux France-Brésil d’un style léché et élégant,
du 21 juin 1986 (date anniver- seul véritable contre-pouvoir
saire de Michel Platini, sur le à l’expression physique et
terrain ce jour-là) à Guadala- autrement bestial de
jara, pour un quart de finale l’AS Saint-Etienne, le grand
du Mondial mexicain.
rival hexagonal des Canaris.
L’entraîneur était de ces Il faut cependant y regarder
hommes qui ne se fondent ja- de plus près. «C’était un
mais tout à fait dans le décor: joueur agressif, un saignant,
vaguement ombrageux, «un explique Rouyer. Et un mec
peu terne» pour quelqu’un qui aimait beaucoup chamqui le connaissait bien, ce qui brer sur le terrain.» Ses déveut aussi dire qu’il n’appe- buts d’entraîneur le verront
remporter les JO 1984 à la tête
des Bleus olympiques au bout
de deux ans seulement. Après
l’Euro 1984 gagné dans l’ombre du sélectionneur Hidalgo,
dont il prendra la succession
dans la foulée, il y aura Guadalajara donc, puis un
nul (1-1) à Chypre en 1988 qui
permettra aux intérêts privés
des clubs de s’inviter à la direction de l’équipe de France:
exit Henri Michel.
Vers l’Afrique, à un court passage au Paris-SG près : les
mandats de quelques mois,
les renvois express et quelques-unes des plus belles pétaudières politiques du continent (le Zamalek en Egypte,
le Raja Casablanca au Maroc),
où il parvint cependant à tirer son épingle du jeu. A la
tête du Zamalek en stage à
Evian, Henri Michel a reçu
un jour la visite d’un journaliste qu’il connaissait. Il a
commencé par ironiser sur le
lieu: Henri Michel aimait les
plaisirs de la vie. Son vis-à-vis
lui a alors demandé s’il pouvait commencer l’interview.
«Bien sûr, a répondu l’ex-sélectionneur. Bon, il faut que
tu saches que je serai viré ce
soir. Mais allons-y.»
G.S.
tourage du Premier ministre
souligne également que,
malgré ce contact direct entre celui-ci et les syndicats, la
ministre des Transports restera une interlocutrice pour
ces derniers, avec qui elle
doit entamer le 3 mai un
nouveau cycle de concertation sur «le renforcement de
la qualité du service public
ferroviaire et le redressement
du fret ferroviaire».
De leur côté, les syndicats se
sont réunis en interfédérale
mardi, au soir du onzième
jour de mobilisation.
Avec 17,87 % de grévistes, le
taux enregistré par la SNCF
était proche de celui de
lundi, soit le plus bas depuis
le début du mouvement.
DOMINIQUE ALBERTINI
et FRANCK BOUAZIZ
891000
C’est, en euros, le montant de la cagnotte des cheminots, réunis au 24 avril sur le site de collecte
en ligne Leechi. Habitué à récolter des sommes
modiques pour les cadeaux d’anniversaire ou les pots
de départ, le site vient de réaliser sa plus grosse opération en prélevant 2,9 % de commission, soit plus
de 25000 euros. Cet appel à la solidarité avec les grévistes a été lancé à l’initiative des quatre organisations
représentatives (CGT, Unsa, SUD-rail et CFDT) et
d’une série d’intellectuels emmenés par le sociologue
Jean-Marc Salmon. Les quelque 20000 contributeurs
ont donné, en moyenne, 34 euros et Salmon voit dans
cette opération «un marqueur social de l’opinion».
COMMENT L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE VA CHANGER NOS VIES
De nouveau en vente,
notre hors-série de 108 pages
sur boutique.liberation.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
16 u
FRANCE MÉDIAS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
«TOP CHEF»
PASSÉ À LA
MOULINETTE
Esthétique
Trompe-l'œil
AUTRE
STREET
FOOD
TECHNIQUE
GRANDES
QUANTITÉS
Boîte noire
Epreuve
des mentors
VISUEL
EPREUVES
TRADITIONNE LLES
Finale
9 saisons,
365 épreuves
Guerre
des restos
Epreuve
des enfants
«Libération» a décortiqué les neuf saisons
de l’émission de M6 dont la finale 2018
a lieu ce mercredi. S’en dégagent un casting
très masculin, une représentation inégale
du territoire et une cuisine chair et mer
plus que légumes croquants.
CRU
SUJET LIBRE
INSOLITE
DATA
E
Brazier, Arabelle Meirlaen, Marie RougierSalvat, Anne Majourel, Sophie Bise, Sharon
Frannais et Christelle Brua.
n neuf saisons, l’émission culinaire
de M6 a contribué à médiatiser de jeunes chefs. Depuis 2010, 134 candidats
et candidates se sont affrontés, entre batailles
de ballotines, duels de cromesquis et autres
cuissons basse température entre terre et mer.
En tant que spectateur, on a été souvent interpellé par le côté sexiste du ton de l’émission
ou le côté «viandard» des épreuves. Pour vérifier cette impression, nous avons répertorié
tous les participants, tous les jurés invités et
toutes les épreuves afin de dresser une table
complète de la vision de la cuisine dessinée
par l’émission, dont la finale est diffusée ce
mercredi (lire aussi notre portrait page 30).
A l’Ouest, pas de cuistots. Chez les
candidats, trois zones se détachent: la région
parisienne, le littoral méditerranéen et un
combo nord de la France et Belgique. A priori,
des régions qui fournissent le plus gros des
participants des émissions de télé-réalité
en général. Top Chef semble donc pencher
plutôt du côté de la quête d’une célébrité warholienne que du concours culinaire. Les chefs
invités viennent prioritairement de région parisienne, du nord de la France, de Bourgogne
et du Sud-Est. La partie ouest de l’Hexagone
est quasiment ignorée, alors que les restaurants étoilés par le guide Michelin sont uniformément représentés sur le territoire.
Des femmes sans noms. Premier
«Revisiter» l’animal mort. A l’instar
constat, non seulement la parité n’est pas respectée, mais elle ne s’améliore pas du tout. Il
y a en moyenne 21,8% de candidates, avec un
pic à 33% sur la saison 5, grâce à la réintégration d’anciennes participantes. Sur les neuf
éditions (les deux finalistes de cette année
étant des hommes), les deux gagnantes
Naoëlle d’Hainaut et Stéphanie Le Quellec
représentent 22,2% des lauréats. Du côté des
chefs invités, c’est pire. S’il y a toujours une
femme cheffe (Ghislaine Arabian puis Hélène
Darroze) dans l’équipe permanente du jury,
il y a systématiquement une majorité d’hommes. Episode révélateur, dans la saison 6, dix
étoilées sont invitées à juger une épreuve intitulée «Revisiter deux plats inventés par des
femmes». Tout au long de l’épreuve, aucune
de ces cheffes n’est nommée. Nous les avons
identifiées et voici donc leurs noms en exclusivité, trois ans après : Nicole Fagegaltier,
Françoise Mutel, Virginie Basselot, Jacotte
du Tour de France et de ses étapes mythiques,
Top Chef a ses épreuves classiques: la guerre
des restaurants, l’épreuve des enfants, la boîte
noire… Les autres contiennent souvent le mot
«sublimer» (pour un ingrédient imposé) ou
«revisiter» (pour un plat à interpréter).
Contrairement à ce qu’on pourrait penser,
Top Chef est majoritairement végé-friendly.
51% des intitulés des 365 épreuves sont compatibles avec une interprétation végétarienne
(les autres ont toutes pour contrainte de cuisiner de l’animal mort, ou vivant dans le cas des
huîtres). Evidemment, cela ne veut pas dire
que les participants se sont particulièrement
rués sur l’occasion. Aucun candidat ne s’est
jamais présenté comme chef végétarien. Dans
les épreuves autour d’un produit, c’est la mer
qui l’emporte avec le tiers des consignes comprenant poissons ou fruits de mer. Le plat le
plus demandé ? Les moules-frites. •
Découvrez notre appli «Top Chef Datable» sur Libé.fr
PLATS REVISITÉS
Récup Associations
improbables
Cuisine de genre
Part de femmes et d’hommes
parmi les candidats épisode par épisode...
Femme
Homme
Candidat éliminé pen
FINALE
CLARA DEALBERTO
et JULIEN GUILLOT
ÉPISODE 1
Par CHRISTELLE CAUSSE,
SAISON 1 SAISON 2
SAISON 3
SAISON 4
SAISON 5
SAISON 6
... et parmi les chefs invités saison par saison (hors jury)
12,5%
10%
22,2%
9,7%
3,2%
57,9%
S
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
51%
u 17
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Epreuves
végé-friendly*
*L'intitulé laisse
la liberté de réaliser
un plat végétarien
La localisation des restaurants
des candidats
L'âge des candidats
Répartition des candidats
par tranches d’âge
Bruxelles
Lille
34
5
1
Vainqueur
Candidat
Paris
1
40 ans
8
Guadeloupe
35 ans
Etats-Unis
Lyon
28
Philippines
PRODUIT IMPOSÉ
30 ans
Luxembourg
Japon
54
Bordeaux
25 ans
Italie
Emirats arabes unis
Chine
Montpellier
Toulouse
38
20 ans
Marseille
Canada
4
Brigade
Gagnant
Répartition des candidats selon leur fonction hiérarchique dans leur restaurant
Chef de son propre
restaurant
Produits
du quotidien
SAISON 7
Produits
peu
appétissants
21,8 %
Chef
de partie
Demi-chef
de partie
10,5 %
1,5 %
Commis
Apprenti
Chef à domicile
Autre
2,3 %
31,6 %
9,8 %
7,5 %
Les ingrédients à «sublimer»
Part dans les épreuves «produit imposé»
ABRICOT
Vainqueur
POIRE
BETTERAVE
CHOCOLAT
GELÉE
TOMATE
THÉ
CHOU
ENDIVE
CAROTTE
OIGNON
POMME
LÉGUMES
DIVERS
FRUITS DE MER
DIVERS
ORMEAU
SALADE
FRUITS
DIVERS
SODA
OURSIN
CALAMAR
COURGE POIREAU
CREVETTE
ANANAS
SEICHE
CITRON
GRENOUILLE
FRAISE
CALAMAR
POMME
Poissons, fruits de mer 33 %
CHAMPIGNONS
ŒUF
Légumes 14 %
ARTICHAUT
Fruits 10 %
CHOU-FLEUR
Œufs 5 %
MOULES
COQUILLE SAINT-JACQUES
GAMBAS
THON
CÉLERI
LIEU JAUNE
LOUP
ROUGET
HADDOCK
CHAMPAGNE
PÂTES
CHORIZO
DINDE
CHARCUTERIE DIVERSE
VOLAILLES
DIVERSES
FROMAGES
DIVERS
PAIN
LOTTE
CAMEMBERT
PIGEON
MOZZARELLA
ÉPAUTRE
ndant l’épisode
Second
31,6 %
12 %
AUTRES 5%
Elément
de base
industriel
Chef
VEAU
PORC
LIÈVRE
SARDINE
GIBIER
CAILLE
RAIE
VIANDES DIVERSES
LAPIN
AGNEAU
MAQUEREAU
SAUMON
POULET
SAISON 8
SAISON 9
0,9%
RIZ
PANIER
IMPOSÉ
CUISINE
LÉGÈRE
POMME DE TERRE
Féculents 7 %
BŒUF
CANARD
Viande, volaille, charcuterie... 25 %
CABILLAUD
SOLE
POISSONS
DIVERS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
18 u
SPORTS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
Or Sasson, après avoir
obtenu une médaille de
bronze chez les poids lourds
aux JO de Rio de Janeiro,
le 12 août 2016. PHOTO
MARKUS SCHREIBER. AP
Israël
converti
au
JUDO
ïsme
Par
Depuis les JO de Rio, le judo est
la discipline patriotique par excellence
pour les Israéliens. Les nouvelles stars
comptent briller aux championnats
d’Europe, qui se déroulent à Tel-Aviv
de jeudi à samedi.
GUILLAUME GENDRON
Correspondant à Tel-Aviv
C’
est quoi le judo à l’israélienne? C’est
peut-être, d’abord, arriver en slip sur
le tatami, kimono sous le bras. Qui
a besoin de vestiaire dans un pays où la moitié
de la population passe neuf mois par an dépoitraillée? L’étiquette japonaise est un lointain souvenir mais la technique est là: sur le
tapis, ça voltige – de belles attaques en cercle,
des «action-réaction»… A quelques jours des
championnats d’Europe se tenant pour la première fois à Tel-Aviv de jeudi à samedi, on
s’est pointé à l’Institut Wingate, le centre d’excellence sportive du pays («l’Insep version hébreu» en référence à la maison-mère du sport
français, comme on nous l’a présenté), pour
tenter de comprendre comment l’art martial
japonais est devenu, au pays du falafel et du
krav-maga, le sport numéro 1 en termes de résultats sportifs. Bien sûr, en ce qui concerne
la popularité, le foot et le basket restent devant. Ceci dit, sur les neuf médailles obtenues
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Netanya à l’horizon. Pelouse manucurée, palmiers, voiturettes de golf, studios minuscules
de plain-pied pour les athlètes, qu’on pourrait
confondre avec des cabines de plage: l’Institut est à mi-chemin entre le centre de vacances et le kibboutz.
aux Jeux olympiques par Israël dans toute son
histoire, cinq ont été arrachées sur les tatamis. Les autres dans l’eau, en canoë et en
voile, d’où la blague circulant dans le pays :
«Les Israéliens cartonnent à la bagarre et aux
loisirs de plagistes, dommage qu’il n’y ait pas
le “matkot” [les raquettes en bois, ndlr] au
programme.»
L’Institut Wingate offre un concentré de topographie israélienne: en sandwich entre la mer
et un terrain d’entraînement militaire (l’armée n’est jamais loin), au bord d’une autoroute et avec les hideuses tours beiges de
u 19
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«LE GOUVERNEMENT
EST À FOND DERRIÈRE NOUS»
Au sous-sol d’un bâtiment grisâtre sans
charme, typique du brutal pragmatisme de
l’architecture israélienne des années 60, une
salle de musculation et deux dojos. Sur le
tapis, la crème du judo local, voire mondial.
Six combattants, quatre hommes et
deux femmes, figurent ici dans le top 10 de
leurs catégories de poids respectives (depuis
une décennie, le judo fonctionne selon un
classement fondé sur les résultats en tournois, à l’image de l’ATP au tennis). On y croise
Sagi Muki, flamboyant champion d’Europe
en 2015 chez les moins de 73 kilos. Et surtout
Or Sasson, avec son nom biblique et sa carrure de déménageur. L’homme qui, en demifinale des lourds aux Jeux de Rio en 2016,
était à un bout de manche d’envoyer Teddy
Riner dans le décor. Mené au score, le Français, une seule défaite depuis 2008, finira par
marquer sur le gong et effacer les rêves de l’Israélien, finalement en bronze.
Depuis, Sasson est une célébrité au pays. Il
passe ses vacances au bord de la piscine du
Hilton et donne des conférences au TEDx
de Tel-Aviv («start-up nation» oblige…)
avec, pour pitch, quelque chose comme :
«Tout a commencé par une banane quand
j’avais 10 ans.» Au milieu des observations
profondes, type «le judo c’est comme la jungle,
la minute où tu montres ta peur, tu es foutu»,
il donne sa recette du succès : écrire sur un
bout de papier «je ne serai plus un loser» après
une défaite douloureuse. Disons que l’explication peut laisser ceux qui l’écoutent sur
leur faim.
Shay-Oren Smadja, le coach de l’équipe nationale, en a une autre: l’architecte de cette réussite, c’est lui. A 47 ans, gel dans les cheveux
en toutes circonstances et condition physique
digne de ses 20 ans, Smadja exsude l’ego par
tous les pores. Mais ce n’est pas un rigolo. Il
pointe une photo au mur du dojo. On l’y voit
sur la deuxième marche du podium des Mondiaux en 1995, entre le légendaire Toshihiko
Koga (le Maradona des tatamis, champion
olympique à Barcelone) et le Français Djamel
Bouras (en or à Atlanta en 1996): «Je me suis
frité avec tous ces mecs.»
Lui-même a obtenu la première médaille
olympique masculine de l’histoire d’Israël, le
bronze à Barcelone, en 1992, vingt ans après
le massacre de Munich. «A l’époque, j’étais
tout seul. Il n’y avait que moi.» Il oublie la judoka Yael Arad, en argent à Barcelone un jour
avant lui. Et qui lui a volé la lumière dans la
psyché israélienne. Dans la «fresque des pionniers» qui s’étale sur les murs de l’aéroport
Ben Gourion, c’est le portrait d’Arad que l’on
voit, pas lui. Smadja n’en est pas moins une
figure centrale du judo israélien.
Son père, venu de Tunis, fut l’un des premiers
à importer la discipline en Israël dans les années 60. Quant aux gloires récentes, elles lui
doivent beaucoup. Car après la percée de 1992
et quelques succès épars, ce sport a peiné.
Dans les années 2000, la fédération a sombré,
jusqu’à la faillite, entre comptes trafiqués et
lutte d’influence.
En 2010, Moshe Ponte, le coach de Shay-Oren
Smadja aux JO de Barcelone et lui-même un
élève de Smadja senior, hérite du balagan (le
«bordel», en hébreu). Il va voir son ancien
protégé. «Je lui ai dit: “Oren, j’ai pas un shekel
à te donner, mais, si tu le veux, on peut tout
reconstruire”» raconte Ponte.
Il vire les entraîneurs personnels, centralise
les décisions et promet de ramener de l’argent
si les résultats suivent. Et c’est ce qui se passe.
Graduellement, à partir de 2015, les judokas
israéliens grimpent dans les palmarès, jusqu’aux Jeux de Rio, avec le bronze de Sasson
et celui de Yarden Gerbi chez les femmes de
moins de 63 kilos. Aujourd’hui, le pôle d’excellence judo compte 150 combattants, des
cadets aux seniors, disposant d’un budget annuel de 10 millions de shekels (5 millions
d’euros). Seulement 5000 licenciés en règle
pour 60 000 pratiquants puisqu’en Israël,
n’importe qui peut dispenser des cours de
judo: du coup, faute de fédération solide, l’argent, nerf de la guerre, dépend de la bonne
volonté du gouvernement. «Maintenant, ils
sont à fond derrière nous, assure Ponte. Miri
Regev [la très nationaliste ministre de la Culture et des Sports, ndlr] est une fan depuis
Rio!» Pour l’élite, Israël a suivi le modèle à la
japonaise : tous les athlètes sont officiellement des étudiants, bénéficiant de bourses
universitaires auxquelles s’ajoutent les sponsors, dont Adidas.
Sur le bord du tapis, il y a un psychologue, des
kinés. La diététique est assurée par une
start-up qui concocte des régimes en fonction
du biotope de l’intestin des sportifs. «Aujourd’hui, ils ont tout sauf des excuses. Niveau installation, c’est aussi bien ici qu’au Japon ou à
Paris», souligne Smadja. Qui veille au grain:
«Je connais tout d’eux, les filles, les fêtes… C’est
fusionnel. On a tenté de ramener des coachs
étrangers, mais ça n’a jamais marché. Le judo
israélien, ça se passe dans le cœur, il faut être
d’ici. On est comme une unité spéciale de
l’armée, on sait tout de l’autre et on pense tout
le temps à la patrie.»
C’est l’autre particularité du judo israélien :
cette sensation d’être seul contre tous, le fameux «syndrome de Massada» (la forteresse
assiégée), alimentée par de réguliers accrochages diplomatiques sur un des circuits
sportifs les plus mondialisés. Tout y passe :
judokas de pays ne reconnaissant pas l’Etat
hébreu qui refusent de saluer, de combattre
«Pour une fois qu’on
peut rétamer des
goys sans que l’ONU
ne passe une
résolution, pourquoi
se priver d’une telle
opportunité?»
Itzik Shaso éditorialiste
pour le tabloïd Yediot Aharonot
ou même de partager les salles d’échauffement, problème de visa pour l’équipe nationale, excursions encadrées par le Shabak
(le service de sécurité intérieure)…
Deux exemples parmi tant d’autres. Le plus
emblématique: en 2004 à Athènes, le champion du monde en titre des légers, Arash
Miresmaeili, porte-drapeau de l’Iran, tombe
sur un Israélien au premier tour. Il refuse de
combattre. Ordre de Téhéran, qui le déclare
ensuite «champion olympique du peuple» et
lui signe le chèque prévu en cas de médaille
d’or. Le plus récent : en octobre 2017, lors
du tournoi d’Abu Dhabi. L’Emirat accepte
la venue de la délégation israélienne, mais
leur dénie le droit d’afficher leurs couleurs
ou de jouer leur hymne sur les podiums.
Résultat, l’équipe se dépasse : les Israéliens
repartent avec cinq médailles et les excuses
contrites des organisateurs et de la Fédération
internationale.
«UNE MUSIQUE D’ASCENSEUR
À LA PLACE DE NOTRE HYMNE»
Miri Regev exulte : «Avec ces médailles, on a
mis le doigt dans l’œil d’Abu Dhabi qui voulait
nous cacher dans l’obscurité.» Dans les journaux, les éditorialistes débattent: à l’avenir,
faut-il boycotter ces tournois ou accepter l’indignité, sous couvert de pragmatisme car il
faut bien engranger des points pour aller aux
Jeux? «Si on entend les patriotes, écouter cette
musique d’ascenseur à la place de notre hymne
est une honte, mais pour une fois qu’on peut rétamer des goys sans que l’ONU ne passe une résolution, pourquoi se priver d’une telle opportunité?» tranche Itzik Shaso, le Pierre Ménès
local du tabloïd Yediot Aharonot.
A l’inverse, Yaniv Tuchman, du site
Walla Sport, se désole de voir une nouvelle
fois Israël jouer les victimes au lieu de savourer la victoire. Mais ces avanies peuvent-elles
être une motivation ? «Franchement, on
n’aime pas du tout ces conditions, on s’en
passerait volontiers, répond Elad Pazi, le psy
de l’équipe. Mais on a mis en place des mécanismes pour les ignorer et il est vrai que le
patriotisme motive. Le sport a cet avantage:
il transcende la politique, il apporte de la
lumière positive sur le pays. Les athlètes
ont bien ça en tête.»
Finalement, quand on interroge Shay-Oren
Smadja sur l’ethos du judo israélien, il répond en un mot, quasi intraduisible :
«hutspa» (qui donne le fameux «chutzpah»
en yiddish), quelque part entre le culot et les
couilles. «C’est comme ça qu’on place des
“sode” à une main [projection spectaculaire
par-dessus l’épaule, ndlr] à des Japonais»,
rigole le coach national, vidéo YouTube
sur son téléphone à l’appui. Entre l’insolence
et le courage. •
VOUS SOUHAITEZ
NOUS SOUTENIR ?
ABONNEZ-VOUS
DÈS MAINTENANT
SUR LE SITE
www.charliehebdo.fr
À PARTIR DE 10 € PAR MOIS
Photo non contractuelle
Libération Mercredi 25 Avril 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
20 u
FRANCE
Libération Mercredi 25 Avril 2018
LIBÉ.FR
Parité Jeudi, «le jury proposera unanime-
ment une femme» à la tête de la Maison des
métallos, a indiqué à Libération Bruno Julliard, premier adjoint à la maire de Paris, notamment chargé
de la Culture. S’il confie que la question de la parité au sein des
opérateurs culturels parisiens est l’un de ses chevaux de bataille, l’effort doit, selon lui, être soutenu et aller plus loin. Depuis 2014, sur les 21 nominations, 12 concernent des femmes.
«Jeudi doit marquer la 13e», rappelle-t-il.
Faux blessé à Tolbiac:
mécaniques d’une rumeur
«Je les ai insultés de pédés
mais s’ils avaient été gros
ça aurait été sales gros, ou une
blonde, blondasse… Et avec
une personne normale (sic),
j’aurais réagi pareil.»
UNE PRÉVENUE
poursuivie pour menaces de mort homophobes
Furieuse de voir deux hommes lui passer devant, elle avait
menacé de mort un couple gay aux caisses d’un Carrefour
des Hauts-de-Seine, fin mars. L’auteure des propos a été
condamnée lundi à quatre mois de prison avec sursis
et 5700 euros d’amende par le tribunal de Nanterre. «Avec
la fatigue et ma grossesse, je me suis énervée», s’est défendue
la prévenue, qui a nié être homophobe. Dans le magasin,
elle avait affirmé : «Oui, je suis homophobe, et j’assume»
avant de lancer: «Vous, les pédés, vous n’avez pas le droit de
vivre.» Le jugement a satisfait les victimes: «La justice nous
a écoutés. La peine est importante et frapper au portefeuille,
cela peut mettre un coup d’arrêt à ce type de propos.»
L’exécutif, les entreprises
et la «cagnotte fiscale»
Après l’évacuation de Tolbiac par les CRS, vendredi. PHOTO DENIS ALLARD
Après l’évacuation
de la fac par les CRS
vendredi, trois
témoins ont affirmé
qu’un étudiant était
dans le coma, voire
mort. Deux sont
injoignables, la
troisième a admis
à «Libération»
n’avoir rien vu.
Par
PAULINE MOULLOT
L
a témoin qui affirmait
avoir vu le corps, à
terre et inanimé, d’un
étudiant après l’évacuation
de Tolbiac, n’a en fait rien vu
du tout. Elle s’appelle Leila,
et reconnaît aujourd’hui
avoir simplement raconté
ce qu’elle avait entendu.
C’est ce qu’elle a expliqué
à Libération, qui enquêtait
sur la rumeur selon laquelle
un étudiant serait tombé
dans le coma tôt vendredi
matin après une chute pendant l’évacuation de Tolbiac.
Dans une interview au Média, elle racontait pourtant:
«La première chose qu’on a
vue […], c’est un gars devant
les grilles, la tête complètement explosée, une flaque de
sang énorme.» Trois jours
plus tard, elle affirme: «Je ne
suis pas un témoin visuel. Les
témoins ne veulent pas parler
aux médias, c’est pourquoi
nous relatons les faits.»
Faux bond. Son nom n’était
pas mentionné, mais Leila
était aussi l’une des trois témoins cités par le magazine
en ligne Reporterre, qui a le
premier relayé vendredi des
témoignages affirmant qu’un
étudiant aurait été gravement
blessé vendredi matin. Problème: on ignorait et l’identité de la personne, et son
état, et l’hôpital où elle aurait
été transférée. L’AP-HP a eu
beau démentir avoir reçu un
étudiant blessé de Tolbiac
(confirmant ainsi les démentis de l’université et de la préfecture de police, affirmant
qu’aucun blessé grave n’était
à déplorer à la suite de l’évacuation), le syndicat SUD-
santé s’est aussi appuyé sur
les témoignages de Reporterre pour demander à
l’AP-HP de «lever le voile sur
cette affaire».
Le site, qui a publié deux articles sur le sujet, finit
aujourd’hui par rétropédaler.
Reporterre, qui doit publier
un article ce mercredi, «conclut après enquête que les témoignages étaient peu fiables». Et pour cause, les deux
témoins restants (qui assuraient avoir vu la chute) sont
désormais injoignables. Le
plus fiable (en théorie) des
deux, «qui avait pourtant
tout consigné dans un récit
écrit très cohérent» et avait
assuré qu’il allait «effectuer
une déposition judiciaire», a
fait deux fois faux bond à
l’avocat contacté par les étudiants. Il faut toutefois «expliquer le contexte de l’intervention, avec des étudiants
choqués, dans un état d’excitation, de peur et de colère»,
plaide le rédacteur en chef du
site, Hervé Kempf.
De leur côté, dans la journée
de mardi, les étudiants continuaient de parler d’au moins
un blessé grave… tout en renvoyant les médias vers les
premiers articles de Reporterre pour plus d’informations. Impossible de joindre,
ou de rencontrer les fameux
témoins. Une équipe d’étudiants enquêtant aussi sur le
sujet, reconnaissait n’avoir
rien de plus que ces témoignages. Ni vidéo ni photos…
Riverains. Par ailleurs, une
enquête de voisinage, menée
par Libération dans l’immeuble qui donne sur la rue Baudricourt (où se seraient déroulés les faits) n’a donné aucun
résultat. Six riverains, réveillés
au moment de l’évacuation et
qui l’ont regardée par leurs fenêtres, assurent formellement
n’avoir vu ni entendu aucune
ambulance, camion de pompiers ou gyrophare. Ni personne nettoyant d’éventuelles
flaques de sang. Une telle
scène avait aussi été décrite
dans plusieurs articles. La
rumeur, qui continuait encore
mardi de circuler, malgré les
multiples démentis officiels, devrait ainsi finir par
s’éteindre. •
Toujours plus. Depuis plu- gouvernement doit boucler
sieurs mois, Le Maire cher- avant l’automne.
che comment «baisser les Les entreprises vont pourcoûts» des entreprises, no- tant bénéficier, en 2019, du
tamment dans le secteur in- CICE pour 2018 et d’une
dustriel, «pour renforcer baisse de cotisations socia[leur] compétitivité». En no- les qui vient remplacer le
vembre, il plaidait pour un mécanisme. Coût: 20 mil«allégement de charges liards d’euros. Le déficit de[pour les salaires] au-dessus vrait légèrement remonter
de 2,5 smic». A l’époque, (2,4 % du PIB contre 2,3 %
Edouard Philippe l’avait en 2018). Pour tenir sa rééconduit, rappelant à son duction du déficit inscrite
ministre qu’il faudrait dans le programme de stad’abord «rétabli[r] la
bilité envoyé à
situation des comp- BILLET Bruxelles, l’exécutif
tes publics».
doit déjà trouIl y a un mois, Le Maire ver 9 milliards pour finanavait évoqué une autre cer la suppression totale
piste: «Nous sommes prêts à (non prévue au départ) de la
examiner tous les impôts de taxe d’habitation d’ici 2020.
production qui pèsent en- D’autant que Macron s’est
core trop lourdement sur la engagé à ne pas créer d’imcompétitivité de notre in- pôt. La presse économique
dustrie.» Ces prélèvements évoque des «coupes dans
(forfait social, versement l’enveloppe de 140 milliards
transport…) sont dans le d’aides aux entreprises».
collimateur des organisa- Des sociétés seraient forcétions patronales depuis un ment perdantes. A moins
moment. Selon le Figaro, que… l’exécutif utilise une
les Echos et le Point, un partie de la «bonne fortune
groupe d’experts créé par fiscale» grâce au retour de la
Bercy en février prépare le croissance. Difficile à faire
terrain à une suppression accepter quand on dit qu’il
de certains d’entre eux. Les n’y a pas de «cagnotte» pour
conclusions sont attendues financer le vieillissement, et
fin juin. Le Maire espère en qu’on demande, pour cela,
reprendre certaines pour une nouvelle journée de soles intégrer au projet de loi lidarité aux salariés.
de finances 2019, que le
LILIAN ALEMAGNA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
u 21
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Gilles Millet, l’amour des marges
Membre de l’équipe
fondatrice de «Libé»
et pilier de la rubrique
Justice, journaliste
aventurier et libertaire,
ce Corse de cœur s’est
éteint ce week-end.
A
vec la petite troupe initiale,
sous la férule gouailleuse de
tonton Serge, il a fait Libération, peut-être plus que d’autres.
Gilles Millet, expert en bringue et
en faits divers, spécialiste du terrorisme et des soirées arrosées, du
banditisme et de l’amitié fidèle, accro à la justice et à quelques autres
substances dérangeantes, a quitté
notre monde de labeur et de rêves.
Notre journal perd un de ses fondateurs, marginal d’adoption venu de
la classe moyenne, Corse de cœur,
journaliste aigu et brillant qui
poussait l’originalité jusqu’à
émailler ses papiers de fautes de
syntaxe inventives.
Beau mec, libre penseur, grande
gueule déroutante de gentillesse, il
avait tâté du maoïsme et de l’activisme sans jamais accepter l’étroite
discipline des idéologues, avant
tout libertaire dans sa tête et dans sa
vie. Il faisait partie de la «bande de
Melun», cinq mousquetaires de
l’après-68 qui ont quitté sans regret
le militantisme pour le journalisme. Lecteur de Foucault et de Camus,
La Gauche prolétarienne (GP), qui Gilles Millet s’intéressait à la jusa animé la scène publique deux ou tice comme idéal – c’était sa vraie
trois saisons après 68 avec ses cam- conviction– et comme institution.
pagnes à l’estomac, se retrouvait Il créa avec Béatrice Vallaeys et une
dans une impasse, prise à revers par escouade de fouineurs fantasques
la créativité des ouvriers de Lip, ces le service du même nom, qui
«paroissiens de Palente» selon la for- donna ses premières lettres de
mule de Maurice Clanoblesse au journal
vel, qui montraient
DISPARITION par le récit et l’enque dans la lutte, les
quête.
Rendant
prolétaires se débrouillaient somme compte de la dureté judiciaire et de
toute très bien tout seuls. Les mili- l’inhumanité des prisons, il contritants de la GP, revenus de la guerre bua à la réforme de cette justice arcivile invoquée et jamais advenue, chaïque, ferraillant contre la loi
se dirent qu’avant de changer le «sécurité et liberté» d’Alain Peyremonde, il fallait le raconter, et que fitte –abolie en même temps que la
le meilleur point de vue n’était pas peine de mort et la Cour de sûreté
au sommet ni au centre de la so- de l’Etat par Robert Badinter et
ciété, mais dans ses marges.
François Mitterrand.
Fréquentant des milieux que la loi
Jacques Mesrine. Ainsi est né réprouve, il agaçait la direction du
Libération dont Millet fut un des journal par ses accointances sulfupremiers piliers, prolongement reuses et sa manie de vivre la nuit
journalistique et culturel de Mai 68, plus que le jour. Mais ses relations
reflet du bouillonnement des seven- contestables lui ouvraient les porties, pour devenir dans les an- tes d’un univers que la presse ne
nées 80, sous l’impulsion de Serge suivait que de loin, lui procuraient
July, l’un des fleurons de la presse des informations qu’on ne trouvait
quotidienne, inventif, libertaire et guère ailleurs. Son amitié avec
d’une curiosité sans frontières.
Pierre Goldman, ancien militant
A Libé, en juin 1979.
PHOTO CHRISTIAN POULIN . VU
qui sort acquitté d’un procès retentissant avant d’être assassiné, le
plonge aux confins de l’activisme
politique et de la délinquance, et
nourrit des papiers puisés directement à la source. Son entretien avec
Jacques Mesrine, quelques mois
avant son arrestation-exécution par
la police, en 1979, fut l’une des premières exclusivités retentissantes
de Libé.
La Corse et l’Algérie. Toujours
épris des marges, il se lie avec le
mouvement nationaliste corse en
couvrant l’affaire des «boues rouges» et l’occupation de la ferme
d’Aléria, événement fondateur pour
les indépendantistes corses. Insulaire de cœur, il comprend mieux
que d’autres la complexité ambiguë
de la société corse. Devenu un
connaisseur respecté des convulsions qui déchirent l’île, il gagne le
respect de l’opinion insulaire, pourtant chiche en admiration envers
les pinsuti, ces continentaux dont
les Corses se plaignent si souvent.
Devenu grand reporter au service
Etranger, il se passionne pour l’Algérie, dont il devient un spécialiste
attentif, racontant les années noires
de la guerre provoquée par l’annulation des élections gagnées par le
Front islamique du salut, qui débouche sur les exactions sans nom
du GIA, groupe terroriste redoutable, réprimé avec une violence équivalente par les militaires du régime
d’Alger. Au passage, Millet, accro
aux musiques du monde, met sa
plume au service du raï oranais,
Ses accointances sulfureuses
lui ouvraient les portes d’un univers
que la presse ne suivait que de loin,
lui procuraient des informations
qu’on ne trouvait guère ailleurs.
genre hybride qui est au Maghreb ce
que le rock fut pour les jeunes d’Occident, écrivant même un titre pour
Cheb Khaled. Il côtoie aussi Gainsbourg, qu’il interroge plusieurs fois
pour Libération.
Au début des années 2000, après
avoir quitté Libération, Millet finit
par s’installer en Corse, dans la
plaine de Peri, devenant le pilier
d’un mensuel aujourd’hui disparu,
Corsica, et mettant son acuité journalistique au service de l’information insulaire. Corse-Matin lui
consacre d’ailleurs un papier sensible paru le lendemain de son décès.
Dans le bar qui lui servait de QG,
l’Ustaria à Peri, son portrait figure en
bonne place sur la fresque du peintre Philippe Antonetti qui orne l’estaminet, en compagnie de Che Guevara et de quelques diablotins.
Libération perd un ami, abandonné
par un corps qu’il avait trop sollicité
sans que cette défection n’affecte jamais son esprit vif et curieux, toujours prompt à raconter ses longues
histoires et à refaire un monde qu’il
a si souvent exploré dans ses recoins, et même changé, un peu.
LAURENT JOFFRIN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
22 u
Libération Mercredi 25 Avril 2018
Pourvoi en cassation: un
droit bientôt supprimé?
Un projet de
réforme veut
limiter de façon
drastique
le recours
en cassation
pour le
commun des
justiciables.
Les conflits
du travail
seraient très
touchés.
S
ans faire de bruit, un
projet adressé par le
premier président de
la Cour de cassation à la
ministre de la Justice pourrait porter une atteinte sans
précédent à l’accès au droit
des justiciables. Il ambitionne de supprimer le
droit qu’a chacun de former
un pourvoi en cassation
contre une décision de justice qu’il estime illégale au
profit d’un système de sélection des pourvois sur la
base de critères extrême-
ment restrictifs. Au lieu des
quelque 20000 affaires
qu’elle examine chaque
année, la Cour de cassation
n’en traiterait plus qu’un
petit nombre, celles présentant un intérêt pour le
développement du droit ou
l’unification de la jurisprudence, ou celles dans lesquelles serait constatée une
atteinte grave à un droit
fondamental.
Suivant une vision particulièrement élitiste de la justice, le premier critère éli-
L'ŒIL DE WILLEM
mine toutes les affaires qui
n’ont pas d’intérêt pour le
droit ! Ne serait-ce qu’en
droit du travail, le litige sur
l’ubérisation ou sur les algorithmes passerait le filtre
mais tous ceux portant sur
de vulgaires problèmes de
licenciements, de congés
payés, de primes, d’heures
supplémentaires, de travail
dissimulé, de ruptures
conventionnelles, d’intéressement, etc. ne mériteraient plus l’attention du
juge de cassation. Le se-
40%– y sont particulièrement élevés. Ensuite, parce
qu’en droit du travail, l’affaire ne serait jugée qu’une
seule fois par des magistrats professionnels, les
conseillers prud’homaux
n’en étant pas!
Enfin, parce que ce projet
est totalement incompatible avec les réformes qu’a
connues le droit du travail
ces dernières années. Les
récentes ordonnances
Macron entendent protéger
les patrons de petites entreprises; ils seront, avec les
salariés, les premières victimes de cette réforme, ce
d’autant plus que les employeurs auront les plus
grandes peines à faire valoir
l’atteinte à un droit fondamental! Ces mêmes ordonnances entendent promouvoir les accords collectifs; la
Cour de cassation va devoir,
si la réforme voit le jour,
laisser filer les violations
des accords collectifs, a fortiori des accords d’entreprise dont Emmanuel Macron a voulu faire le cœur
du droit du travail, car,
d’une part il est rarissime
qu’ils intéressent les droits
fondamentaux, d’autre part
ils ne présenteront presque
jamais un intérêt en termes
de développement du droit
et d’unification de la jurisprudence.
Que cherche-t-on avec cette
réforme? Son ambition à
peine voilée est de créer
une Cour suprême à la française sur le modèle des
Etats-Unis où seul un nombre infime d’affaires sont
jugées par la Cour suprême.
Parce que la France ne connaît pas le système du précédent qui, dans les pays de
common law, garantit
l’unité de la jurisprudence,
la comparaison n’est pas
viable!
Sous couvert de modernité,
le projet pourrait faire renaître les ruptures d’inégalité caractéristiques des
Parlements d’Ancien Régime. Espérons donc, dans
l’intérêt de tous, qu’il restera dans les tiroirs de la
chancellerie! •
(1) Il s’agit du pourcentage d’affaires
pour lesquelles la Cour de cassation
ne confirme pas le verdict
du tribunal précédent.
Par
PASCAL
LOKIEC
DR
IDÉES/
cond critère ne vaut guère
mieux. Il exclut la quasi-totalité du code du travail,
dont seule une infime partie intéresse les droits fondamentaux (harcèlement,
discrimination). A suivre
une récente décision, les
discriminations fondées
sur l’âge pourraient même
ne plus franchir les portes
de la Cour de cassation
puisqu’il vient d’être décidé qu’elles n’intéressent
pas les libertés fondamentales au sens de la Constitution !
Inutile de dire que les litiges du travail seraient fortement touchés. Prenons
deux exemples d’affaires
jugées en mars 2018. La
première concerne un
pharmacien en difficultés
économiques condamné en
appel à 50000 euros pour
le licenciement sans cause
réelle et sérieuse d’une vendeuse; la seconde touche
un conducteur routier
auquel la cour d’appel
refuse le paiement de ses
heures supplémentaires
sur plusieurs années. Dans
ces deux affaires, la Cour de
cassation censure les arrêts
d’appel!
Dans le système proposé
par le premier président,
le pharmacien aurait dû
débourser les 50000 euros
sans aucune possibilité de
recours et le salarié aurait
été privé de ses heures supplémentaires. Ces affaires
n’auraient pas passé le filtre
car, d’une part elles ne présentent pas d’intérêt pour
le développement du droit
ou l’unification de la jurisprudence (un banal problème de licenciement ou
d’heures supplémentaires
dira-t-on demain!) et
d’autre part elles ne mettent pas en jeu un droit fondamental. Le justiciable,
salarié ou petit patron,
n’aura que ses yeux pour
pleurer. Il soutiendra que
son affaire est essentielle
pour lui; on lui répondra
qu’elle ne présente pas d’intérêt pour le droit! Il soutiendra que le code du travail a manifestement été
méconnu par les juges
d’appel ou, pour les petites
sommes, par le conseil de
prud’hommes; on lui répondra qu’aucun droit fondamental n’est en cause.
Et ce sans possibilité de recours!
Le projet est particulièrement préoccupant en matière sociale, pour plusieurs
raisons. D’abord, parce que
le nombre d’affaires portées
devant la chambre sociale
de la Cour de cassation
–autour de 8000, c’est-àdire plus d’un tiers du total
des affaires– et le taux de
cassation (1) –autour de
Professeur de droit à Paris-I
Panthéon-Sorbonne
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
LA CITÉ DES LIVRES
Par
LAURENT JOFFRIN
Lewis Lapham,
gentleman
révolutionnaire
Les chroniques du journaliste américain,
publiées en recueil, dressent un état des lieux
féroce des Etats-Unis et de son système
politique, corrompus par l’argent roi
et le divertissement audiovisuel.
L
ewis Lapham est un personnage qu’on pourrait trouver dans un roman de Francis Scott Fitzgerald ou un polar de
John le Carré, figurant au choix un
patricien de la Nouvelle-Angleterre ou un espion recruté à Cambridge dans la haute aristocratie.
Un look de lord anglais, une courtoisie old style, des cigarettes
blondes qu’il fume à tout moment
de la journée en anarchiste tabagique, une culture raffinée et une
connaissance hors pair de la vie
publique américaine : il a tout du
descendant élégant des vieilles
familles qui dominent la côte Est
depuis les Pilgrim Fathers.
Il est d’ailleurs le fils d’un ancien
maire de San Francisco et l’arrièrepetit-fils du fondateur de Texaco.
Un rejeton typique de l’establishment américain, «West Coast» par
ses origines, mais «East Coast» par
son style, élégant, subtil et cultivé.
A cette nuance près : il professe
des vues politiques dignes d’un
révolutionnaire russe des années 1890, dénonçant d’une plume
acerbe les maux de la société américaine et renversant un à un
tous les totems du patriotisme
yankee. Dans la lignée de Jonathan Swift ou de Mark Twain, il
manie une ironie érudite pour
tourner en ridicule tous les préceptes du catéchisme conservateur.
Si George W. Bush ou Donald
Trump n’étaient pas tenus par
la Constitution des Etats-Unis,
ils l’auraient fait enfermer depuis
longtemps.
Journaliste et écrivain,
d’un long processus enLewis Lapham a longtamé dans les antemps dirigé le Harnées 80, qui a vu la
per’s Magazine, l’un
démocratie amérides plus chics de la
caine, dont il se fait
scène intellectuelle
l’avocat passionné,
américaine, avant de
abandonner les princréer sa propre revue
cipes qui ont fait sa
littéraire et historique,
grandeur pour se chanle Lapham’s Quarterly.
ger en une ploutocratie
Son sujet de prédiagressive favorisée par
lection? Les turpitudes
l’inculture ambiante
de la classe dirigeante
LEWIS LAPHAM
et la dictature de l’insaméricaine qu’il conLE TEMPS DES
tantané.
naît de l’intérieur et
FOUS. QUAND
Lewis Lapham est fils
qu’il soumet à une criL’AMÉRIQUE
des promesses idéales
tique impitoyable. Il lui
ABANDONNE
formulées par Franklin
a consacré plusieurs liSA DÉMOCRATIE
Delano Roosevelt ou
vres ; il en a fait le perSaint-Simon,
John Fitzgerald Kensonnage principal des
330 pp., 22,80 €.
nedy, aux temps de
chroniques régulières
l’Amérique démocrate,
publiées dans les deux revues de ou encore libérale, selon le nom
grande influence dont il est l’ani- qu’on donne là-bas aux courants
mateur révéré. Ces chroniques progressistes. Promesses trahies
sont aujourd’hui traduites en méthodiquement par la phalange
France et elles livrent sur la so- des «super-riches» qui ont fini par
ciété américaine un témoignage acquérir, grâce au financement des
décapant, appuyé sur un savoir campagnes électorales, un poids
historique de longue mémoire où extravagant sur la vie publique.
les références à Cicéron voisinent Les intermèdes Bill Clinton ou
avec les dernières statistiques de Barack Obama, bien trop pusillala concentration des richesses aux nimes à son goût, n’ont fait que
Etats-Unis.
retarder une évolution à l’œuvre
Sa thèse ? L’élection de Donald depuis l’élection de Ronald Reagan
Trump, dit-il, n’est pas un accident et que les démocrates ralliés au
aberrant né des bizarreries du sys- tout-marché ont légitimée plus
tème électoral ou d’une campagne qu’ils ne l’ont combattue. L’alcalquée sur les émissions de télé- liance de l’argent roi et du divertisréalité. Elle est l’aboutissement sement audiovisuel a fourni à cette
L’élection de Donald Trump est
l’aboutissement d’un long processus
entamé dans les années 80,
qui a vu la démocratie américaine
abandonner les principes
qui ont fait sa grandeur.
u 23
contre-révolution conservatrice
un bras armé redoutable qui a fini
par dominer la vie culturelle et
politique du pays.
Cette confiscation du pouvoir,
nationaliste et largement réactionnaire, s’est traduite par la multiplication d’aventures militaires
pour lesquelles Lewis Lapham n’a
pas de mots assez durs. Prolongation indue de la guerre en Afghanistan, désastreuse intervention
en Irak ou en Libye, prétention
immorale à jouer les gendarmes
du monde, on croirait à certains
moments lire les réquisitoires
anti-impérialistes des années 70
qui faisaient le fond de sauce de la
littérature révolutionnaire.
Même sévérité en politique
intérieure, puisque le principal
résultat social de cette politique a
consisté à creuser comme jamais
les inégalités entre la mince élite
du sommet et la masse de la classe
populaire ou moyenne américaine. On pourrait y opposer
quelques objections en remarquant que Bill Clinton ou Barack
Obama ont tout de même atténué
certains maux du capitalisme ou
bien qu’il existe aux Etats-Unis
une société civile active, quoique
minoritaire, dont on constate la
mobilisation depuis l’élection de
Donald Trump.
Ou encore que l’affaiblissement de
la gauche tient aussi à l’échec historique du bloc communiste, qui
a discrédité les solutions étatiques
et a renforcé l’individualisme
constitutif de la culture politique
américaine. Mais cela n’enlève
rien au talent de Lewis Lapham, ni
à la force principale de son réquisitoire: il est prononcé de l’intérieur,
par un homme que tout incitait à
profiter de sa situation au sein de
la classe dirigeante et qui s’en est
détaché par idéalisme. •
Monsieur le Président des «otages»,
Plusieurs écrivains reviennent sur les déclarations
d’Emmanuel Macron lors de son déplacement à
Saint-Dié-des-Vosges le 18 avril. Sur le sens des mots.
ANNIE ERNAUX,
JEAN-MARC SALMON,
DIDIER DAENINCKX,
GÉRARD MORDILLAT
et LAURENT BINET
Par
Ecrivains
L
ors de votre récent
déplacement à SaintDié-des-Vosges,
le 18 avril, vous avez été interpellé par des manifestants
auxquels vous avez intimé
l’ordre de «ne pas être insultants». Quelques minutes plus
tard, pourtant, lors d’un
échange avec un cheminot
gréviste, vous n’avez pas
hésité à faire ce que vous
interdisiez à vos détracteurs,
enjoignant aux syndicalistes
de la SNCF de «cesser de prendre les gens en otages». Il y a
seulement quelques semaines, l’Histoire vous avait mis
dans la position de rendre
hommage à un otage, à un
homme privé de sa liberté,
et qui a payé de sa vie son courage, sa détermination, sa générosité. La mort héroïque du
colonel Arnaud Beltrame, victime du terrorisme, a marqué
tous les esprits, et elle a redonné à nombre de mots usés
leur sens premier. Comme
celui d’otage. Ce mot résonne
aussi en écho à l’histoire du
rail, puisque l’un des principaux dirigeants syndicalistes
cheminots, Pierre Sémard, a
été pris en otage par l’armée
nazie d’occupation et fusillé
le 7 mars 1942 avec d’autres
militants ouvriers. Son souvenir reste vivace, et c’est
d’une certaine manière
amoindrir son message que
d’utiliser les mots à mauvais
escient pour stigmatiser
ceux qui ont pris sa relève.
Mal nommer les choses,
c’est ajouter au malheur
du monde. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
24 u
Libération Mercredi 25 Avril 2018
Occupation
de la fac de
Vincennes-SaintDenis (Paris-VIII)
par des étudiants
et des migrants,
le 16 mars. PHOTO
CYRIL ZANNETTACCI
Migrants: les profs de fac
présents à l’accueil
Mobilisés aux côtés
des étudiants dans
l’occupation de
trois universités
par des collectifs de
migrants, de nombreux
enseignants en
viennent à jouer
les médiateurs avec
les institutions dans
un climat parfois tendu.
Par
regrettent que l’occupation ne soit
pas plus visible, même au sein des
campus, considèrent que les univeres derniers mois, au moins sités doivent se mobiliser face à la loi
trois universités ont vu leurs asile et immigration du ministre de
locaux investis pour héber- l’Intérieur, Gérard Collomb. C’est
ger des migrants. Mi-novembre, le cas du sociologue Eric Fassin,
à Bron, l’amphi A de l’université professeur à Paris-VIII: «La présence
Lyon-II était réquisitionné, jusqu’à des exilés interroge : maintenant,
ce qu’un squat de Villeurbanne que fait-on ? Ma position cherche à
prenne le relais début décembre. éviter d’opposer les intérêts des étuA Grenoble, des locaux
diants et de l’université,
sont investis depuis dé- ENQUÊTE
et ceux des occupants et
cembre autour du Patio
de leurs soutiens. Pour
solidaire, lieu qui sert de point de cela, il faut à tout prix éviter l’expulralliement. Enfin, à Saint-Denis, en sion : la réponse à la situation doit
région parisienne, l’accueil a pris être politique, et non policière. C’est
place fin janvier dans le bâtiment A le sens de l’histoire de cette univerde l’université Paris-VIII.
sité, fondée en 1968.»
Aux côtés des migrants et des étu- Un constat partagé, à Grenoble, par
diants qui les soutiennent –et qui, la géographe Sarah Mekdjian: «La
épaulés par des collectifs militants, mission de l’université n’est pas d’hésont souvent à l’origine des occupa- berger des personnes exilées. Mais
tions– se trouvent aussi des ensei- dans le contexte actuel, il y a une
gnants-chercheurs. Ces derniers, qui obligation pas simplement morale,
THIBAUT SARDIER
C
mais politique d’ouvrir ces lieux.»
Certains professeurs donnent
argent et matériel, d’autres tentent
de répondre aux besoins des occupants. Et réclament parfois la régularisation générale. «Des papiers
pour tou.te.s les exilé.e.s de Paris-VIII», demandait ainsi un collectif
d’«universitaires, organisations,
collectifs et groupes politiques,
élu.e.s et artistes solidaires avec les
exilé.e.s» mobilisé vendredi 13 avril
à la préfecture de Bobigny (SeineSaint-Denis). Revendication radicale ? «Des profs jouent un rôle de
médiation, d’autres font œuvre de
soutien, explique Eric Fassin. Pour
tous, il y a une question de principe:
on ne peut pas laisser maltraiter
ainsi des gens.»
EN QUÊTE
DE CONCERTATION
Lyon, Grenoble, Saint-Denis : les
trois présidences des universités
acceptent le principe de l’occupation, condition sine qua non à l’accueil des réfugiés. La présidente de
Lyon-II, Nathalie Dompnier justifie
sa position : «En l’absence de solution d’hébergement de la part de la
préfecture ou de la métropole, nous
avons accepté l’occupation.» Elle a
sollicité une concertation collective
avec les acteurs publics concernés
mais sans succès. A Grenoble, le
président Patrick Lévy salue la
mobilisation: «Le collectif qui a pris
en charge ce lieu, le Patio solidaire,
a été fiable dans les discussions avec
nous, et très mobilisé pour aider
à organiser une vie matérielle et
d’échanges dans ce lieu, que nous
avons respectée évidemment, car elle
nous paraît importante et riche.» La
présidence de l’université Paris-VIII
à Saint-Denis semble soutenir le
principe d’une occupation jusqu’à
l’été mais elle n’a pas souhaité
répondre aux questions de Libération.
Volontiers saluée sur le principe, la
position des présidents est néanmoins critiquée dans certains cas.
Le 22 mars à Grenoble, lors d’un colloque consacré à l’agence Frontex,
la police intervient. Sarah Mekdjian
raconte : «Des manifestants, dont
des étudiants, sont entrés pour dénoncer le contenu: des représentants
de Frontex intervenaient en lll
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
lll
tant qu’“experts”, au même
titre que des chercheurs, tandis que
les personnes exilées en étaient exclues.» Le CHSCT de l’université
mène une enquête sur cette intervention qui a fait plusieurs blessés,
rappelle le président Patrick Lévy
qui précise : «Il ne s’est rien passé
jusqu’à ce que certaines personnes
pénètrent de force dans le bâtiment
par une porte arrière et de façon
virulente. Je n’ai pas demandé l’intervention de la police à ce moment
car elle est intervenue en flagrance.»
UN DIFFICILE
PROJET COLLECTIF
Face à de telles crispations, des enseignants participent à des comités
de médiation pour instaurer un dialogue entre les forces en présence et
trouver des solutions avant la fermeture estivale des campus. Le comité de Lyon-II s’est constitué fin
novembre, à un moment où la préfecture proposait un relogement
pour une durée de dix jours des migrants soutenus par l’université.
«Etudiants et migrants ont craint
un piège et refusé l’offre, raconte un
professeur, membre du comité. De
là, nous avons voulu négocier autre
chose.» Mais la négociation s’avère
difficile: «La mobilisation étudiante
a fonctionné autour du mythe de
l’autogestion, poursuit ce membre.
Nous aurions pu imaginer des solutions plus ambitieuses sur le plan politique, en mobilisant plus largement
la communauté universitaire, mais
cela impliquait un partenariat avec
l’équipe présidentielle.» Ce que les
étudiants ne voulaient pas. La présidente de Lyon-II, Nathalie Dompnier, regrette : «Il y avait beaucoup
d’attente à notre égard, de la part
d’étudiants et des migrants qui
comptaient sur le soutien de l’institution, mais il y avait aussi de la défiance, lorsque nous faisions part des
enjeux liés à notre responsabilité en
tant qu’établissement accueillant du
public.» Difficile dans ces conditions de travailler à un projet collectif. Le comité a tout de même lancé
de nombreux projets: caisse de secours, solutions de logement pendant les vacances, etc.
A Saint-Denis, le comité de ParisVIII est confronté aux mêmes enjeux. A la demande de régularisation générale, il préfère des hypothèses plus adaptées à la diversité
de situations, des sans-papiers aux
demandeurs d’asile en passant par
les Dublinés (1). Quitte à se retrouver pris entre deux feux: «L’équipe
présidentielle a eu du mal à faire
évoluer la situation, raconte un
prof, membre du comité, alors que
des militants campaient sur la revendication d’une régularisation générale. Des migrants ont eu l’impression d’être pris en otages.»
Le débat sur les suites à donner au
mouvement est lancé. Une question
complexe, puisqu’elle mêle enjeux
locaux et nationaux. Patrick Lévy
résume la situation à Grenoble :
«Que le lieu, le Patio solidaire, perdure, c’est possible. Qu’il soit la solution face aux politiques actuelles ou
comme lieu d’hébergement permanent, je ne le pense pas. Il faut chercher une réponse politique et admi-
u 25
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
nistrative, explorer toutes les pistes
d’hébergement sur le territoire et
créer un lieu d’animation, de recherche, d’échanges, etc.»
Cette ambition passe par l’approfondissement des structures déjà
existantes dans ces universités,
comme les cours de français langue
étrangère (FLE), la formation des
formateurs, la mise en place de tutorats, ou un meilleur financement
des projets liés à ces questions. Se
pose aussi la question de l’ouverture
des universités sur leur environnement, et notamment à Paris-VIII,
installée en Seine-Saint-Denis, et où
sont déjà inscrits de nombreux étudiants en situation irrégulière. Peutêtre que la solution passera par un
changement dans la façon de faire
cours, offrir un regard plus ouvert
sur la société.
Sociologue à Paris-VIII, Odile Henry
a organisé en mars une soirée de
mobilisation regroupant migrants,
chercheurs ou artistes: «J’avais un
cours sur les migrations internationales mais très vite, il est devenu
impossible de faire cours “comme
avant”: la semaine qui a suivi l’arrivée des exilé.e.s, j’ai donc proposé
aux migrants d’intervenir. Des
Ethiopiens sont venus témoigner.
Les étudiants sont restés sans voix,
émus, choqués par ce qu’ils avaient
entendu.» Elle a depuis organisé des
cours alternatifs: «L’occupation des
exilé.e.s, puis aujourd’hui celle des
étudiants au bâtiment B2 poussent
à ouvrir l’université à d’autres savoirs, non produits par l’Académie.
Il faut profiter de ces cours alternatifs pour faire venir à l’université des
militants, des syndicalistes, des documentaristes, etc.»
«DE L’ÉGALITÉ
DES INTELLIGENCES»
Spécialiste des migrations, Sarah
Mekdjian organise, à Grenoble, des
ateliers d’écriture avec les migrants,
qui la conduisent à repenser sa pratique: «Ici, je ne fais pas du terrain,
mais je co-construis des questions de
recherche. Nous partons de l’égalité
des intelligences pour penser ensemble», indique la chercheuse. Un
nouveau système d’échange s’est
mis en place : «Les étudiants viennent prendre des cours de géopolitique en échange de cours de français, un nouveau rapport s’établit en
fonction des besoins et des savoirs de
chacun.» Très actif dans le soutien
aux migrants sur l’ensemble du territoire, le Réseau universités sans
frontières (RUSF) élabore à Grenoble un système à plus grande
échelle qui devrait être mis en place
à la rentrée 2018. «L’idée, explique
Grégoire Charlot, maître de conférences en mathématiques, est que
des étudiants, encadrés par des enseignants, donnent des cours aux
migrants sur des matières correspondant à leurs besoins : français,
informatique, maths. Cet investissement donne lieu à l’octroi de crédits qui participent de la validation
d’une année universitaire.» •
(1) Du nom du règlement européen
«Dublin II» selon lequel un migrant relève
de l’autorité du premier pays de l’Union
européenne à l’avoir enregistré.
IDÉES/
MÉDIATIQUES
Par DANIEL SCHNEIDERMANN
L’interview
présidentielle, de
Pompidou à Macron
Si Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel
ont fait sortir l’interview présidentielle
de la préhistoire pompidolienne,
les commentaires des stars du journalisme
politique nous ont immédiatement
replongés dans la caricature majestueuse
de la Ve République.
D
ans les dorures de l’Elysée, le jeune Jean-Marie
Cavada s’apprête à interviewer le président Georges
Pompidou (1). On est en 1973.
Les caméras tournent déjà, et
l’INA a conservé l’enregistrement de ces quelques minutes
où il faut meubler. Mais comment meubler avec le chef de
l’Etat, quand on est journaliste
à peine trentenaire ? Cavada
est filmé de face, sa serviette
de maquillage en bavoir autour
du cou, comme un enfant
admis pour la première fois à
la table des grands. On ne voit
Pompidou que de trois quarts
dos, silhouette massive de
sanglier gonflée par la cortisone.
Donc, on meuble. Cavada :
«Nous nous en tenons à ce qui
a été convenu…» Pompidou :
«Vous êtes gentil.» Cavada, qui
parle déjà le Cavada: «Je voulais
vous avertir par déférence que
la formulation de mes questions, si le sens intégral et la
chute restent les mêmes, de façon que vous soyez bien repéré,
je les appliquerai parfois différemment pour avoir l’air un peu
plus improvisées.»
Car il est important que les
questions négociées à l’avance
semblent improvisées. JeanMarie Cavada, meublant toujours: «J’ai une question personnelle à vous poser.» Suspense.
Une question sacrilège sur
sa santé? Mais non. «Avez-vous
eu connaissance du sondage
Sofres sur l’inquiétude des
Français?» Le sanglier grogne:
«Oui oui. Ils sont inquiets.» Puis,
comme inquiet à son tour :
«Vous allez la poser ?» «Non,
je ne vais pas changer de question, mais je vais l’inclure
dans une question sur le changement de Premier ministre, ou
le remaniement du gouvernement ?» Cependant, il faut encore meubler. Cavada, à bout
d’inspiration: «Vous présenterez
le 31 vos vœux aux Français ?»
Scoop: oui.
En quelques secondes d’insoutenable tension, où se sent physiquement la domination du
pouvoir sur «la voix de la
France» (ainsi Pompidou qualifiait-il l’audiovisuel public), se
dessine la Ve République dans
toute son horreur majestueuse.
Un bref extrait de cet échange
a été diffusé la semaine dernière dans la matinale de
France Culture, en repoussoir,
bien sûr, de «la» fameuse interview Bourdin–Plenel–Macron.
Mesurez, auditeurs, le chemin
parcouru !
On aurait pu croire la majorité
des journalistes de 2018 tacitement d’accord sur un point: la
déférence cavado-pompidolienne des médias à l’égard du
chef de l’Etat est un vestige
d’une époque révolue. Ce chef
d’Etat tout-puissant, qui jamais
entre deux élections n’est
amené à répondre de ses actes,
il est légitime et indispensable
de le bousculer, de ne pas se
contenter de lui tendre des
marchepieds pour monologues,
de le pousser dans ses retranchements.
Mais non. Au lendemain de
l’interview d’Emmanuel Macron par Jean-Jacques Bourdin
et Edwy Plenel, ce fut l’émeute
chez les stars du journalisme
politique, accrochées à leur
monarque.
«Deux types débraillés. Quand
Plenel sourit, on a l’impression
qu’il suce un citron», analysait
Catherine Nay (Europe 1),
tandis que Bruno Frappat
(la Croix), à propos du même,
pointait «sa manière Loubianka
chafouine et idéologique». Patrick Cohen (Europe 1) estimait
avoir vu une «bagarre de rue»,
à la différence d’Alba Ventura
(RTL), qui gardait plutôt l’impression d’un «combat de coqs»,
Jean-Michel Aphatie (France
Télévisions) déplorant pour sa
part une «discussion vaseuse, pinailleuse». Le plus indulgent
était encore David Pujadas
(LCI), reconnaissant «des moments plaisants et qui pouvaient avoir leur intérêt».
Et Frappat de plaindre la pauvre victime, Macron, «convoqué
plus que convié à cet exercice».
«Convoqué»! Mais qui donc a le
pouvoir de convoquer Jupiter?
Si Jupiter s’est laissé «convoquer», il devait bien avoir une
petite arrière-pensée! Et peutêtre même, précisément, l’arrière-pensée de se laisser rudoyer, seulement armé de son
calme, de son sourire, et de son
inébranlable à-propos, par le
trotskiste et le populiste, pour
les renvoyer tous deux dans
leur coin du ring.
Si Bourdin et Plenel ont fait sortir l’interview présidentielle de
la préhistoire pompidolienne,
ils n’ont pas pour autant réussi
déstabiliser leur proie, technique que leurs confrères britanniques semblent maîtriser
de naissance. Tout au long de
l’émission, Macron a égrené
sans être contredit mensonges
et approximations, amenant
même Mediapart, le site de
Plenel, à rectifier le lendemain,
à propos de Notre-Dame-desLandes, ses «six mensonges».
Ne reste plus qu’à trouver comment le faire en direct. •
(1) http://www.ina.fr/video/CAF94060485
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
26 u
Libération Mercredi 25 Avril 2018
«Transit», apatrides à bon port
En transposant la
débâcle de 1940 à notre
époque et à Marseille,
le cinéaste allemand
Christian Petzold crée
une fiction hypnotique
et troublante autour
des errances de ses
héros en fuite.
I
l existe un univers où les fantômes du passé continuent de
s’agiter. Un univers où, comme
dans une nouvelle de Borges, des
fuyards sont éternellement en partance pour le Nouveau Monde, laissant des lambeaux d’Europe
de 1940 derrière eux. Cet univers,
c’est le nôtre et, que ces fantômes ne
nous ont jamais quittés, le cinéaste
allemand Christian Petzold (auteur
notamment de Yella, Barbara,
Phoenix…) l’a depuis longtemps
compris. Son dernier film, Transit,
pousse loin cette idée, qu’il a eu le
loisir de développer dans d’autres
opus : notre présent est hanté par
notre passé. Mais il le fait cette fois
grâce à un dispositif qui donne à ses
premiers instants un caractère extraordinairement déroutant. Tout,
dans la mise en place de l’intrigue
(camionnettes de police, vêtements
des figurants…) signale que l’action
se déroule à notre époque, et cependant il ne fait aucun doute que les
personnages rejouent la fuite éperdue qui suivit la débâcle de 1940.
Des réfugiés ayant afflué de toute
l’Europe et convergé vers la France
sont repoussés plus au sud, dans
l’espoir d’attraper un passage vers
les Etats-Unis ou le Mexique, et
Transit les saisit se débattant dans
le Marseille d’aujourd’hui (1).
Urgence. Si Petzold ne prend jamais le risque d’être aussi explicite
que nous venons de l’être, c’est
parce que, tel qu’il le souligne dans
le dossier de presse, «les histoires
des gens qui étaient coincés à Mar-
seille il y a soixante-dix ans sont immédiatement compréhensibles. Elles
n’ont absolument pas besoin d’explications.» Sans doute n’en ont-elles
d’autant moins besoin que quelque
chose de notre actualité est venu
réveiller ce souvenir brûlant.
Petzold ne prend pas non plus le
risque d’être inutilement explicite
avec cette comparaison-là, mais
c’est évidemment cet arrière-plan
qui donne au film un surcroît d’urgence.
Personnage incertain, semblant dénué d’éthique hormis celle de survivre, Georg, impeccablement joué
par un Franz Rogowski brûlant
d’ambiguïté, récupère les affaires
d’un écrivain allemand en fuite,
acculé, qui vient de se suicider dans
une chambre d’hôtel à Paris. Si
Georg y parvient dans une ville fliquée partout, c’est que la femme de
chambre l’a pris pour un membre de
la Gestapo. Georg n’hésitera jamais,
au cours du récit, à endosser diverses identités – celle de l’écrivain,
Weidel, dont le statut prestigieux lui
offre un passage vers la liberté,
voire celle d’un personnage de Weidel, découvert dans le manuscrit
qu’il a emporté.
Brouhaha. L’usurpation d’identité est un autre thème cher à
Petzold, mais il prend ici d’autant
plus de sens que les apatrides
avaient justement perdu la leur,
d’identité. Leur reste la capacité à
(se) raconter des histoires. A Marseille, Georg se lie d’amitié avec un
jeune garçon, et tombe violemment
sous le charme de Marie, la femme
de Weidel, jouée par Paula Beer (lire
son portrait dans Libération d’hier),
sans lui avouer qu’il détient les
affaires de son mari. Différentes
vignettes, écrasées par le soleil méditerranéen, tracent ces pistes
narratives, d’autres illustrent des
passages obligés par la situation :
attente au consulat, confessions de
fuyards, désespoir face à la Méditerranée désespérément muette.
Mais si le film joue parfois un peu
pesamment du suspense et des
non-dits entre les personnages, il
fait, des morceaux attendus usés
jusqu’à la corde par d’autres fictions, des moyens de créer une connivence avec le spectateur. Ainsi des
queues interminables au consulat:
«Tout le monde avait une histoire à
raconter», nous dit une voix off,
alors que la foule agglutinée dans
l’escalier annone un inutile brouhaha. Oui, nous connaissons déjà
tout cela, et Petzold le fait d’autant
mieux revivre qu’il passe très explicitement par la fiction.
Le réalisme n’intéresse pas Transit,
et ses moments les moins convaincants sont d’ailleurs ceux où il est
tenté de s’en approcher, et de nous
parler d’aujourd’hui. Mais Petzold
s’obstinera plutôt à décaler sans
cesse ce qu’on a sous les yeux, translatant ses personnages de l’histoire,
la grande, vers une histoire (littéraire), au moyen de cette voix off
faisant d’eux les héros d’un roman.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
u 27
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
CINÉMA/
Franz Rogowski
interprète Georg,
usurpateur d’identité.
PHOTO LES FILMS
DU LOSANGE.
«Amoureux de ma femme», regard trompeur
Les fantasmes
amorphes d’un
homme marié revus
laborieusement par
Daniel Auteuil.
L’
adultère est, dans le drame
et la comédie bourgeoise,
cet écart de comportement qui permet de mesurer la solidité et l’hypocrisie des normes
qu’une classe sociale se donne
afin de rester exemplaire tout en
étant détestable. Au moins y a-t-il
encore un peu de jeu et de risque
dans ces histoires de coucheries
secrètes, amants dans le placard
et autres maladies honteuses.
Adapté d’une de ses pièces par
Florian Zeller lui-même, Amoureux de ma femme est une variation navrante sur les principes du
vaudeville, sauf qu’il ne s’y passe
plus rien du tout sinon les mictions fantasmatiques d’un homme
âgé, Daniel, qui tripe sur une
jeune Espagnole de 25 ans, laquelle se trouve être la nouvelle
compagne de son ami Gérard,
guère moins vieux que lui mais
nettement plus volumineux. Daniel est marié mais un dîner à la
maison lui permet soudain de mesurer l’ennui de son couple face
aux exaltantes perspectives d’une
fuite passionnée avec la jeune
femme dont il se raconte qu’elle
tombe amoureuse de lui.
Après sa trilogie pagnolesque, Daniel Auteuil acteur et réalisateur
plonge son œil d’aigle dans le
monde contemporain et médite
en toute légèreté, mais avec le visage du dépressif chronique, sur
le désir de chair fraîche et le confort du couple. Le film est mou,
nul et sans vergogne. La pauvre
Sandrine Kiberlain est réduite à
jouer la peine-à-jouir qui empêche
son mari de bander pour une
autre. Le personnage de la créature, interprété par Adriana
Ugarte selon tous les tics de la
bimbo, n’existe jamais en dehors
des projections plus ou moins humiliantes, conformistes ou invraisemblables dont elle est le support
souriant et boudeur. Soit pute soit
actrice, elle finit éjectée dans un
ultime twist moralisateur. Tant et
si bien que le film, non content
d’être laid comme une sitcom parvenue et inutilement couverte de
fric, est aussi tranquillement misogyne et pantouflard.
DIDIER PÉRON
AMOUREUX DE MA FEMME
de DANIEL AUTEUIL
avec Daniel Auteuil,
Gérard Depardieu… 1 h 24.
«Avengers: Infinity War», partouze azimut
Dans une fin de «saison»
pétaradante, le dernier
Marvel multiplie les batailles
rangées en mélangeant les
héros de toutes ses franchises.
Ce roman, au choix, c’est celui
découvert par Georg aux premiers
moments du film, ou celui qui inspira Petzold, le mythique Transit
d’Anna Seghers, femme de lettres
allemande, juive et communiste,
qui trouva refuge au Mexique pendant la guerre. Elle l’écrivit en 1944,
et c’est l’ami et mentor de Petzold,
Harun Farocki, qui le lui avait fait
connaître.
Les deux cinéastes avaient travaillé
ensemble au synopsis d’un film
historique qui en était tiré, et
c’est après la mort de Farocki que
Petzold, faisant le constat que «nous
vivons dans une Europe où les nationalismes ressurgissent», a pris la décision de «ne pas revenir en arrière,
vers une zone plus sûre, avec un film
historique». Non, Transit ne se déploie pas en zone sûre, mais plutôt
dans une étrange et cruelle surface
où, avec un peu d’aveuglement, l’on
peut encore imaginer qu’il est possible de faire quelque chose.
ÉLISABETH FRANCK-DUMAS
(1) Lire notre reportage sur le tournage
dans Libération du 16 août.
TRANSIT de CHRISTIAN
PETZOLD avec Franz Rogowski,
Paula Beer… 1 h 41.
T
andis que le Festival de Cannes se
débat avec l’idée que les films puissent exister ou non en tant que films
sans sortie en salles, des séries télé, elles,
prennent les atours de films. Trônant depuis
une dizaine d’années sur le box-office mondial, Marvel Studios met sur orbite Infinity
War, le season finale du barnum Avengers. A
ce titre, le spectateur qui n’aura pas suivi les
épisodes précédents sera complètement
paumé. Si vous ne savez distinguer une
Black Widow d’un Black Panther, un Groot
d’un Dr Strange, alors Infinity War n’est pas
pour vous et n’aura pas la courtoisie de refaire les présentations. Comme dans les
séries, l’univers partagé mis en place par
Kevin Feige repose avant tout sur ses personnages et une intrication d’intrigues
parallèles étendues des heures durant. Le
but de cet épisode n’étant plus d’élargir les
audiences mais de fédérer ceux qui suivent
de loin, zappant un Thor Ragnarok ou un
Ant-Man autour d’un temps fort.
Venus de la télé (Community), les frères
Russo cherchent moins à produire des images qu’à servir une trame et des dialogues.
Goulot d’étranglement scénaristique préparé depuis le premier Avengers (2012), cet
épisode raconte l’assaut de Thanos, père
Fouettard en chef de la Marvel en quête de
six cailloux aux pouvoirs extraordinaires.
Pour lui barrer la route, tout ce que l’univers
compte de joyeux soldats se mobilise. En
cela, Infinity War inaugure la transposition
à l’écran d’une des joies propres au comic
book: faire se rencontrer sur une large
échelle des personnages jusqu’alors tenus à
L’écurie Marvel Studios réunie au grand complet. THE WALT DISNEY COMPANY FRANCE
distance par leurs séries respectives. Mixer
les Avengers aux Gardiens de la galaxie, par
exemple. En manipulant un nombre pharaonique de super-héros (24 rien que sur
l’affiche), le film fait l’impasse sur toute
forme d’écriture, les dialogues ponctués de
punchlines servant juste de transition entre
deux enjeux absolument urgents.
Il faut reconnaître à Infinity War la capacité
de parvenir à susciter une suspension de
l’incrédulité telle que plus rien ne choque,
les images farfelues s’enchaînant sans surprendre, aussi fluides que lisses. On passe
d’une bataille rangée en plein New York à
une joute intersidérale sans être choqué une
seconde. Sinon par le caractère désincarné
de ces décors interchangeables, Glasgow
n’étant guère plus peuplé que la surface
d’une lointaine planète… Thanos est la seule
entité qui réussit à s’extraire de cette gigantesque partouze costumée. Josh Brolin par-
vient à donner une présence, une épaisseur
physique à ce malabar rose un peu ridicule.
Une performance d’autant plus remarquable qu’il n’est pas aidé par ses «motivations»,
mi-monstre génocidaire mi-écowarrior malthusien, autrement moins poétique en tout
cas que dans le comic de Jim Starlin où le titan fou cherche à séduire la Mort.
Comme toute fin de saison qui se respecte,
on meurt beaucoup dans Infinity War,
épisode double filant droit vers une conclusion frustrante, laquelle promet monts et
Miss Marvel pour sa suite. Dans un an, et
trois films. L’invasion est loin d’être finie.
MARIUS CHAPUIS
AVENGERS : INFINITY WAR de JOE
et ANTHONY RUSSO avec Benedict
Cumberbatch, Robert Downey Jr., Marc
Ruffalo, Benedict Wong, Chris Hemsworth,
Chris Evans… 2 h 29.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
28 u
Libération Mercredi 25 Avril 2018
CINÉMA/
«Une femme…»
au bord de la
crise de mièvre
Trop conventionnel, le film
à l’eau de rose de Dominic
Savage est plombé par un
enchaînement de poncifs.
E
ntre son mari imbu de lui-même, au
point de ne penser qu’à son propre plaisir, et ses terribles enfants qui dérangent tout dans le salon, Tara, jeune mère au
foyer dans la banlieue de Londres, n’est vraiment pas heureuse et a un gros besoin de
changement. Comme si les insupportables
mimiques, sanglots, main sur le front ou
poing dans la bouche de Gemma Arterton ne
suffisaient pas, il faut que Tara le dise très
clairement à son homme (qui vient de très mal
lui faire l’amour en grognant comme un ours):
«Je ne suis pas heureuse, j’ai besoin de changement.» Elle pleure presque tout le temps, Tara,
sauf quand elle se sent soudain un peu plus
libre et qu’elle inspire alors très fort. Des fois,
elle s’énerve. Elle va même jusqu’à crier «fuck
you!» à ses enfants en bas âge qui en restent
pétrifiés. Les traducteurs français, jugeant
sans doute que ça faisait un peu tache dans
cette épaisse eau de rose, ont eu la jugeote de
traduire cette hilarante réplique par un désuet
«Allez au diable!» Donc, Tara n’est pas heureuse et a besoin de changement.
Le déclencheur est un petit livre sur des tapisseries médiévales françaises trouvées chez un
bouquiniste de Londres lors d’une escapade
toute jaune (coucher de soleil oblige). Ce bouquin lui donne une soudaine envie d’art et de
voyage. Alors elle fugue à Paris sans prévenir
personne, et là elle succombe en trois secondes au plus médiocre séducteur qui soit. Mais,
comme Tara n’est visiblement pas de ce siècle
et que ce film est bête, moche et conventionnel à en mourir, à la fin elle va finalement
retrouver son connard de mari.
MARCOS UZAL
UNE FEMME HEUREUSE
de DOMINIC SAVAGE avec Gemma
Arterton, Dominic Cooper… 1 h 45.
Séverine Jonckeere, merveilleuse dans le rôle-titre du beau film de Valérie Massadian. PHOTO JHR FILMS
«Milla», fugue en monde majeur
Minimaliste et léché, le film
de Valérie Massadian suit
l’errance d’un jeune couple
en marge de la société.
C’
est curieux comme dans les films,
les (jeunes) hommes peuvent s’allonger avec leurs chaussures sur
un matelas par terre qui leur sert de lit sans
que leurs compagnes respectives hurlent,
alors qu’elles-mêmes sont pieds nus sur les
draps et ne dormiraient jamais là où elles
posent leurs semelles. Dans la Maman et la
Putain de Jean Eustache, Jean-Pierre
Léaud se couchait chaussé sur le matelas,
ce que ne faisaient ni Bernadette Lafont ni
Françoise Lebrun. Dans Milla, le deuxième
long métrage de Valérie Massadian, Léo (interprété par Luc Chessel) s’allonge lui aussi
sur le matelas, se met en tailleur pour
compter la monnaie, ou joue à la dînette en
gardant ses chaussures sur les draps, alors
que la docile et amoureuse Milla (merveilleuse Séverine Jonckeere, dont c’est le
premier rôle au cinéma) refait le lit avec
soin. Il faut ici ouvrir une parenthèse: qui
est Luc Chessel? Une personne discrète et
distraite, qu’on n’a jamais personnellement
rencontrée plus de trente secondes et qui
écrit dans les pages Culture et Cinéma de
Libération tout en faisant plein d’autres
choses, dont acteur dans ce film. Fermons
la parenthèse.
Butin. Léo, donc, et Milla. Un jeune couple
Tara (Gemma Arterton) lors de son
escapade parisienne. PHOTO JOSS BARRATT
de moins de 20 ans, qui a conscience d’avoir
une vie devant lui parfaitement bouchée et
qui n’a pas l’intention de se désespérer pour
autant. Au bord de la Manche, ils squattent
une maison abandonnée. Dans les supermarchés, ils dérobent de quoi vivre et se
dissimulent des vigiles qui leur courent
après derrière une bassine rose tout en perdant leurs tomates. Ils rient en lisant les pe-
tites annonces des offres d’emploi dans le
journal, comme d’autres aux blagues
Carambar. Rares sont les offres. Et toujours
un CAP est exigé, ainsi qu’une solide expérience. En même temps, mieux vaut être
jeune – et pas cher – que périmé – et plus
cher. Compliquée, l’équation. Ils ont mieux
que ça, et ce que Valérie Massadian filme,
c’est leur force, ensemble, et jamais la misère quel que soit le dénuement. Elle l’aime
donc, et s’amuse de tout. Il est macho, lui
donne des ordres, lui peint ses ongles, c’est
lui qui compte leur butin, ou qui lui demande d’aller chercher le vin dans la cuisine, pour leur «festin» qu’ils prennent sur
le lit malgré les miettes.
Le lit est le rectangle qui sert à tout, délimite toutes les fonctions, à la manière des
enfants qui transforment volontiers leur
couche en un bateau de sauvetage. La vie
de Milla et Léo est celle d’un conte, celui de
deux fugueurs, qui jouent à rester en lisière
de la société le plus longtemps possible.
Chaque plan –la plupart du temps fixe– est
composé comme une photo, sans pour
autant s’alourdir d’un maniérisme. La première qualité de Valérie Massadian –dont
on se souvient du premier long métrage,
Nana (2011), un autre conte– est de savoir
regarder, et d’extirper de la beauté partout.
Ainsi des oiseaux dans le ciel gris, qui font
le va-et-vient entre deux tours de HLM.
Ainsi des vitres cassées, qui prennent des
allures de palais mystérieux. Ainsi un jeu
d’aspirateur entre deux portes, moquette
à rayures et papier peint violet. C’est incroyable à quel point, dans ce film, aucune
image ne compte pour du beurre ou ne fait
seulement lien entre deux séquences.
Le film s’appelle Milla, et non Léo et Milla,
car il faut bien survivre à l’absence de Léo,
après son engloutissement en mer. Comment filme-t-on l’absence ou la mort? Comment l’élude-t-on de manière à la rendre
encore plus prégnante? Milla est seule, en-
ceinte, et désormais silencieuse. Elle entre
dans un autre genre de vie, où il faut coûte
que coûte la gagner tout en faisant corps
avec son bébé. Le bébé est «joué» par l’enfant de l’actrice, qu’on voit donc grandir à
l’écran et dont la fiction s’attache à capter
réellement et sérieusement toutes les premières fois. On n’a pas le souvenir d’avoir
vu au cinéma un nourrisson cherchant le
sein juste après la naissance, et dans son
hyperréalisme sonore, l’attention aux
doigts et au regard du bébé, le plan bouleverse comme la vérité.
Empathie. Dans cette deuxième partie,
celle où Léo manque, la fiction se fait documentaire, sans rien perdre de sa superbe,
et la blonde Milla, façon Blondie, une allure
slave, prend sur elle le manque. Gestes du
travail et du quotidien quasi en temps réel.
Comment s’en sort-on, quand on n’a rien,
excepté son enfant, la mère et le fils s’élevant mutuellement, grandissant ensemble?
L’empathie de Valérie Massadian pour son
personnage et pour l’actrice Séverine Jonckeere ne fait aucun doute. La cinéaste, mère
très jeune, a elle-même fait tous les métiers
avant de tourner ses premiers films. Tous
les métiers, dont mannequin, garagiste à
New York, couturière avec Jean Colonna et
œil de la photographe Nan Goldin pour
l’aider à choisir ses photos parmi le millier
de clichés que l’icône de l’underground
américaine prenait chaque jour. Est-ce
grâce à cette longue pratique que Valérie
Massadian a appris aussi assurément le
sens du cadre ? Plus étrange est la façon
dont le mouvement se crée, selon plusieurs
rythmes, alors que la succession de plans
fixes courait le risque d’ankyloser le film.
ANNE DIATKINE
MILLA de VALÉRIE MASSADIAN
avec Séverine Jonckeere, Ethan
Jonckeere, Luc Chessel… 2 h 08.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
TICKET
D’ENTRÉE
FILM
u 29
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
SEMAINE
ÉCRANS
ENTRÉES
ENTRÉES/ÉCRAN
CUMUL
Taxi 5
2
800
496 067
620
2 020 285
Escobar
1
256
106 561
416
106 561
Love Addict
1
503
198 192
394
198 192
Larguées
1
415
149 866
361
149 866
Place publique
1
435
135 152
311
135 152
L’Ile aux chiens
2
172
47 925
279
187 192
Game Night
1
202
54 709
271
54 709
Pierre Lapin
3
589
133 799
227
1 007 107
Sans battre des records de rentabilité ni exploser les tiroirscaisses comme les premiers volets, la tentative de Luc Besson
de réactiver la franchise Taxi – sous la forme d’un volet mis à
l’heure de l’uberisation – tracte le box-office dans un marché
faiblard, rendu émollient à mort par le retour qu’on n’espérait
plus du beau temps (heureusement, ça ne va pas durer). Du
coup, tout le monde rame, par exemple Agnès Jaoui dont le
Place publique réalise le plus faible démarrage de sa carrière
récente. (SOURCE «ÉCRAN TOTAL», CHIFFRES AU 22 AVRIL)
«Nobody’s Watching», enjeux de rôles
Julia Solomonoff
met en lumière
la galère d’un acteur
argentin en quête
de gloire à New York.
N
ico, le protagoniste de
Nobody’s Watching, est un
acteur qui s’occupe en attendant de jouer. En Argentine, son
pays d’origine, il est connu en tant
que vedette d’une telenovela, mais
il a préféré s’éloigner de ce succès
pour s’installer à New York, en espérant mieux, un nouveau départ, un
vrai rôle au cinéma. Mais aussi, et
peut-être surtout, pour fuir une histoire d’amour trop compliquée.
Dans la perspective de son éventuel
retour au pays, le personnage qu’il
interprète dans le feuilleton a été
plongé dans le coma par le producteur (qui est aussi son amant).
A cette léthargie symbolique en Argentine répond la parenthèse qu’il
vit aux Etats-Unis, structurée par
des petits boulots – baby-sitter,
homme de ménage–, suspendue à
des castings stériles, rythmée par
d’incessants déplacements, à pied
ou à vélo. Il ne se passe donc pas
grand-chose d’autre ici que mille
petits gestes quotidiens portés par
l’attente que quelque chose de
consistant arrive enfin.
Comme le titre du film l’indique, le
problème de Nico est de n’être pas
assez vu ou trop mal. Même lorsqu’il chaparde dans un magasin, la
caméra de surveillance l’enregistre
mais ne le voit pas. Parfois, il provoque un peu les autres pour se faire
remarquer, mais il ne produit alors
que de l’incompréhension et un peu
plus de rejet. C’est comme si la ville
elle-même ne voulait pas de lui, le
tolérait sans l’assimiler. Seule sa
mère le regarde, mais c’est via une
webcam lors de conversations par
Skype moins réconfortantes que déprimantes.
Dans le désarroi de Nico se mêlent
la transparence de l’acteur sans rôle,
la vulnérabilité de l’immigré, la
clandestinité de l’homosexuel épris
d’un homme marié. Et Guillermo
Pfening est suffisamment habile
pour parvenir à lui donner une maladresse qui peut même nous faire
douter du talent de son personnage.
Car, au fond, rien n’exclut qu’il est
Pour survivre, Nico (Guillermo Pfening) s’improvise baby-sitter. PHOTO ÉPICENTRE FILMS
mauvais acteur. Bien que très platement réalisé, Nobody’s Watching intrigue par cette obstination à suivre
une vie qui n’intéresse personne, à
offrir des spectateurs à cet acteur
qu’aucun producteur ne veut engager, à consacrer tout un film à celui
qui désespère de ne pas faire de cinéma.
M.U.
NOBODY’S WATCHING
de JULIA SOLOMONOFF
avec Guillermo Pfening, Marco
Antonio Caponi, Rafael Ferro…
1 h 41.
«Foxtrot», la solitude du garde-frontière
Malgré un
démarrage
alambiqué, le film
de l’Israélien
Samuel Maoz,
réalisateur de
«Lebanon», gagne
en atmosphère
et en poésie.
D
écoupé telle une tragédie grecque en
trois actes, Foxtrot,
nouveau film du cinéaste
israélien Samuel Maoz
(huit ans après son autobiographique Lebanon)
s’ouvre sur la famille Eldman à Tel-Aviv. Dans un
appartement cossu, un architecte apprend la mort
de son fils Yonathan, soldat
israélien. Nous avons le
temps – presque perdu –
d’observer père, mère,
oncle, fille… ainsi souffrir,
crier ou s’endormir dans la
douleur tandis que de
longs plans glissants, esquintants, et d’étourdissantes plongées depuis le
plafond, sans grand fond
ni grandes fins, quadrillent
les silhouettes esseulées.
L’exercice de style pontifiant peine à faire affleurer
les quelques émotions à la
surface de l’écran des âmes
en présence. La boulimie
d’allégories obstrue toute
empathie et tout sentiment
qui se voudrait pourtant ici
copieusement et studieusement pointé.
Ce qui survient dans la
deuxième partie du film
nous invite plus à nous approcher d’un mirage, effleurer une image du bout
des doigts, en extérieur.
Dans un décor de frontière,
on retrouve le fils qui n’est
(finalement) pas mort, à un
check-point dans le désert,
entouré de trois compères
qui montent la garde avec
lui. Ici-bas, le cinéaste semble accéder soudain à une
justesse autrement aiguë
Yonathan (Yonaton Shiray) tient un check-point dans le désert. SOPHIE DULAC DIST.
dans ces postures, ces
plans, ces jeux de symboliques karmiques. Une barrière se soulève pour laisser
passer un dromadaire, un
logement-conteneur s’enfonce dans le sable un peu
plus chaque jour alors
qu’une citerne s’érige en
poste d’observation.
Dans la nuit profonde, les
quelques voitures sont
éclairées d’un énorme
spot, cet œil-lumière aveuglant qui les cueille comme
des divas sur scène. A l’état
de fantasmagories, les
automobilistes reviennent
de soirée, apprêtés – alcoolisés parfois, spectraux
souvent –, le souffle accéléré par la peur ou le défi.
Yonathan les observe, les
fantasme, les dessine
même, les retient dans sa
lumière, les laisse passer
(parfois). Ainsi détourés,
les errants brillent comme
de minuscules projections
de lanterne magique, des
images animées qui ne demandent qu’à vivre et
– toute identité présentée
et validée – à pouvoir passer de l’autre côté. Ce Styx
sur route goudronnée se
démarque comme le plus
beau terrain du film, où
circulent les éclats les plus
francs du récit, où la politique et les conflits se retrouvent d’une manière plus
atypique tirés vers la surface, sans avoir recours à la
poulie de plans abscons et
sophistiqués.
Le cours grandiloquent de
l’histoire reprend dans une
troisième partie où l’on retourne à l’appartement,
histoire de lorgner les destinées touchées par la fatalité, le long d’une mêlée de
péchés, culpabilités, punitions, comme un fox-trot
ainsi défini par Maoz : «La
seule danse que je connais
où les danseurs reviennent
toujours à leur point de départ.» C’est-à-dire, pour ce
film, là où tout avait plutôt
mal commencé.
JÉRÉMY PIETTE
FOXTROT de SAMUEL
MAOZ avec Lior Ashkenazi,
Yonaton Shiray… 1 h 53.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
30 u
Entrisme, plat, dessert
Victor Mercier Talentueux et voyageur, le finaliste
de «Top Chef 2018» voit l’émission télé comme un moyen
de diffuser sa vision politico-bio-locavore de la cuisine.
V
Libération Mercredi 25 Avril 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
ictor Mercier ressemble au plat qui l’a propulsé en demi-finale de Top Chef 2018: une tourte dorée avec une
surprise à l’intérieur. La semaine dernière, la production de M6 lui demandait de réaliser un pithiviers, une sorte
de galette des rois fourrée à la viande. Il a grugé. Posant des
choux sucrés sur une pâte salée et planquant, au cœur, entre
les couches de caille et de foie gras, une farce fraîcheur de
végétaux : champignons, épinards, raisin, poire…
Comme dit le jury dans ces cas-là: «C’est
malin!» ou «Il nous a bluffés!». Mais c’est
beaucoup plus subversif que ça. Présenté
à l’écran comme le «foufou», l’inattendu,
le beau gosse ou encore le paumé de 27 ans, à peine remis
d’aplomb par un tour du monde de neuf mois, Mercier est
venu à la télé pour «faire passer un message». Pas tant pour
gagner la finale, mise en boîte en janvier et diffusée ce mercredi soir. Même si… à quelques heures de la délivrance, le
célibataire fait l’ouvrier dans les cuisines d’un pote «parce qu’il
faut bien remplir le frigo !».
Il passe par les bureaux de M6 pour raconter ce qui a allumé
sa flamme. Certainement le film Demain, sorti en 2015, manifeste écolo signé Mélanie Laurent et Cyril Dion. «Donc, la pla-
nète se partage entre les gens sous-nourris et les obèses… On ne
peut plus continuer comme ça!» attaque le jeune cuisinier. Il
plaide pour la sauvegarde des océans et des abeilles. Contre
la surconsommation et les ravages des multinationales.
Révèle: «Je suis végan sans l’être. La viande, j’en mange une fois
par semaine, pareil pour le poisson. Je partage le souci santé
et écologie des végans. Eux, ils sont exaspérés par l’extrême du
modèle dominant et ils optent pour un autre extrême.»
Le filou brillant aurait tout pour déjà animer des shows culinaires, se répandre en
consulting, rouler clinquant dans l’Ouest
parisien. Fils unique, il a grandi à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), père ancien cadre commercial au Gault et Millau, mère gérante d’un restaurant d’entreprise, élevé aux bonnes choses, formé par la chic école
Ferrandi, apprenti au triple étoilé l’Astrance… Moins sûr de
lui avec nous qu’à la télé, il paraît l’opposé de Camille Delcroix,
son camarade qu’il affrontera en finale ce mercredi, le fils de
boucher, installé dans le Nord. La production accentue le
duel: l’instinctif, généreux et imprévisible versus le technicien
qui sait tout et ne rate rien. L’outsider Victor face au favori Camille. Mais non. Victor Mercier veut porter une parole «enga-
LE PORTRAIT
gée» qui lui ferme inévitablement des portes. «J’aimerais qu’on
mange mieux dans les prisons, les hôpitaux et surtout chez
monsieur Tout-le-Monde, dit-il. Pour cela, il faut aller au-delà
du cercle d’initiés, toucher le grand public qui ne sait toujours
pas quoi faire à manger à ses enfants.»
Top Chef lui avait étrangement offert de concourir il y a un an
mais il a repoussé la proposition, le temps de boucler son tour
du monde: 15 pays, des pêcheurs, des cueilleurs de fortune,
des miracles de goût, des scènes de désespoir… «Quand tu vois
la misère devant toi, en Inde ou au Burkina Faso, tu ne peux
pas croire en Dieu.» En l’homme ? «Oui.» Avec son meilleur
ami, Benjamin Gagneux, le cuisinier filme les gens qu’il croise,
dans le but de réaliser un documentaire –le projet s’appelle
«Vibe’s», comme une vibration.
Depuis un ordi en Amérique latine, Mercier recontacte l’émission de M6. Le voilà engagé pour la saison 2018. Encore plus
remonté qu’avant son périple. Prêt à utiliser la télé mieux encore qu’elle ne l’utilisera lui. Il dit, avec une pointe d’amusement: «Mes interviews ont beaucoup été coupées par la production. Mais s’il reste un quart de mes propos et si trois millions
de téléspectateurs peuvent les entendre chaque semaine,
j’aurais fait mon travail!» En demi-finale, il n’avait «rien à perdre». Avant de transformer le pithiviers, il impose à ses adversaires une épreuve de cuisine
survivaliste en forêt de Gambais (Yvelines) : un feu de
27 septembre 1990
bois, une lame de couteau, et
Naissance à Paris.
c’est presque tout. Il creuse
2011 Diplômé
un puits de feuilles sèches et
de l’école Ferrandi.
tente de cuire à l’étouffée un
Octobre 2016 – juin
filet de lotte emmailloté de
2017 Tour du monde
chou et blettes. Assiette litté(15 pays).
ralement tirée des profon25 avril 2018 Finale
deurs, de la terre, du temps.
de Top Chef.
Application de sa «cuisine
biomimétique», façon de dire
qu’il faut accorder les ingrédients selon leur environnement,
rôtir le cochon sur ses glands de chêne ou cuire les patates
dans leur tourbe d’origine… Hélas, le jury l’allume sur le poisson chauffé d’un côté et cru de l’autre. Personne ne remarque
qu’il zappe le poivre («ça vient de trop loin, bonjour le bilan
carbone !»).
Pour la sauce, il accepte d’employer la clémentine –un fruit
pas tout à fait locavore– qu’il brûle à la braise et infuse avec
de la sauge. Le jury est mi-perplexe, mi-conquis. Surtout avec
son huile de charbon, accord «biomimétique» parfait mais qui,
selon le juré Jean-François Piège, dégage du gaz carbonique.
«Je savais que ce ne serait pas génial en goût mais je voulais
montrer cette cuisson et cette technique minimalistes à l’antenne!» Il les a rapportées de son tour du monde, escale sur
l’île de Chiloé, au Chili, où s’élabore le porc roulé en feuille de
bananier –le curanto al hoyo. D’autres flashs lui reviennent
de l’Australie ou du Danemark, où il a voyagé et a travaillé, au
plus proche des saisons et de la nature. C’est peu dire qu’il ne
mitonne pas dans la tradition française. «Je ne crois pas que
les Français possèdent la meilleure cuisine du monde. L’un des
meilleurs repas que j’ai mangés de ma vie, c’était à Santiago du
Chili chez Borago.» Il ajoute le genre de phrase que M6 aurait
pu tronçonner: «On manque d’ouverture d’esprit. Quand je dis
ça, les vieux de la vieille me hurlent dessus. Mais il n’y a qu’une
seule frontière sur la planète, c’est la frontière écologique.»
Les caméras remballées, il se demande comment continuer
à porter son message. «On ne le verra certainement pas tourner
des pubs pour l’agrobusiness, souligne Gagneux. Victor est très
droit, très fidèle à ses convictions. Il a déjà refusé de tourner
des pubs pour des sponsors de Top Chef.» Participer à un autre
programme télé, plus évidemment militant? Sortir son documentaire nourri de son tour du monde ? Ouvrir un resto au
Burkina («le pays des hommes intègres, ça me plaît beaucoup!»)
qui serait le premier étoilé potentiel d’Afrique subsaharienne?
Philippe Etchebest, autre juré du concours, lui a conseillé de
repartir bosser. Mais chez qui? Dans quel état d’esprit? Victor
Mercier aimerait ouvrir sa propre affaire. Sur la trame des restos solidaires australiens «Lentil as Anything»: dix couverts
près du bar, dix en mode tapas. Et des couverts pour les démunis, qui régleraient ce qu’ils peuvent. Ce resto pourrait réussir
là où la société échoue: donner du bonheur, du plaisir, et les
plus riches qui payent pour les plus pauvres. •
Lire aussi pages 16-17
Par PIERRE CARREY
Photo JÉRÔME BONNET
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Mercredi 25 Avril 2018
ĥ
ĢUNE?
ONS’EN
GRILLE
À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Grey’s Anatomy. Série.
On récolte ce que l’on sème.
Ironie du sort. 22h50. Chicago
Med. Série. À première vue.
Danger biologique.
20h55. E.T. l’extra-terrestre.
Science-fiction. Avec Henry
Thomas, Drew Barrymore.
22h40. D’E.T. à Jurassic Park,
l’épopée du cinéma familial.
Documentaire.
21h00. Joséphine, ange
gardien. Téléfilm. Enfin des
vacances !. 22h50. Joséphine,
ange gardien. Téléfilm.
Le stagiaire.
FRANCE 2
CSTAR
FRANCE 5
20h55. Ben. Série. Espoirs
brisés 1 & 2/2. 22h50.
Dans les yeux d’Olivier.
Magazine. Rescapés :
le retour à la vie.
FRANCE 3
PARIS PREMIÈRE
20h55. La carte aux trésors.
Jeu. Montpellier et sa région.
Présenté par Cyril Féraud.
22h55. Soir 3. 23h20.
Pièces à conviction.
Magazine. Fourrières :
un business hors contôle.
Présenté par Virna Sacchi.
20h50. Zemmour & Naulleau.
Magazine. Présenté par Éric
Naulleau et Éric Zemmour.
23h15. Les Grosses Têtes.
Divertissement.
ARTE
20h55. Fritz Bauer, un héros
allemand. Drame. Avec
Burghart Klaußner, Ronald
Zehrfeld. 22h35. Histoires
d’Israël. Documentaire.
M6
21h00. Burger Quiz.
Jeu. 3 épisodes. 23h50.
Soirée Canap’. Magazine.
W9
CHÉRIE 25
21h00. Enquêtes criminelles.
Magazine. Présenté par Nathalie Renoux. 23h05. Enquêtes
criminelles. Magazine.
20h55. Je serai toujours près
de toi. Téléfilm. Avec Florence
Pernel, Bruno Slagmulder.
23h20. Les liens du sang.
Téléfilm.
NUMÉRO 23
20h55. Contre-pouvoirs.
Téléfilm. Avec Nicolas Cage,
Sarah Paulson. 22h35.
Taken. Série. 2 épisodes.
C8
L'anticyclone se retirera sur l'Atlantique,
laissant s'infiltrer une perturbation sur le
nord du pays. Des averses pourront circuler
entre les Pyrénées et le Massif central.
Ailleurs, le temps devrait rester calme.
L’APRÈS-MIDI Au sud, l'instabilité orageuse
sera plus présente qu'en matinée, avec des
orages parfois forts dans les Pyrénées et le
centre-est.
Caen
Strasbourg
Paris
Orléans
0,6 m/14º
Toulouse
Montpellier
Marseille
Lyon
Toulouse
Marseille
0,6 m/17º
-10/0°
1/5°
6/10°
11/15°
HORIZONTALEMENT
I. Quand ça marche quand
même un peu II. Réalisateur
disparu en février, il fut
Grand Prix du Jury à Cannes
III. Ajoutez-le au I. et ça ne
marche plus du tout IV. Si
cette Grecque avait un
prénom français, ce serait
Aurore ; Plus il est proche de
1, mieux c’est V. Il empêche de
s’envoyer en l’air ; On entend
ce lac entre le vent et Santiano
VI. Ce qu’on voit à l’ouest du
cadran ; Suffixes gonflants
VII. Fêter l’union ; Fin de série
VIII. Rappelât le Sud ; Vieilles
et grosses dans le premier 3.
IX. 27 vert ; Dernier à la limite
X. Qui nous gonfle XI. Elles
sont bien bonnes
9
V
VII
X
Grille n°894
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. CONCORDAT. II. ŒSOPHAGE. III. RI. OMAN.
IV. ÉLYTIS. RT. V. ORL. AAA. VI. DI. ÉLARGI. VII. URNE. CSA.
VIII. NOOSPHÈRE. IX. ONUSIEN. X. RICANERIE. XI. DESIGNERS.
Verticalement 1. CORÉE-DU-NORD. 2. ŒIL. IRONIE. 3. NS. YO. NOUCS.
4. CONTRE-ESSAI. 5. OP. ILL. PING. 6. RHOS. ACHÉEN. 7. DAM. ARS-EN-RÉ.
8. AGAR-AGAR. IR. 9. TENTAI. ÉTÉS.
libemots@gmail.com
◗ SUDOKU 3650 MOYEN
1
◗ SUDOKU 3650 DIFFICILE
4
6
6
8 9 1
4
5
4
5
1 5
6
2
7
8
4
7
5
1
4
1 3
1
9
21/25°
26/30°
31/35°
5
5
Agitée
Éclaircies
Peu agitée
Nuageux
Calme
Fort
Pluie
Modéré
Couvert
Orage
Pluie/neige
SUDOKU 3649 DIFFICILE
8
1
9
2
3
6
4
5
7
7
9
1
8
2
4
5
6
3
2
3
6
4
5
7
8
9
1
8
2
3
5
6
1
7
4
9
4
5
7
1
8
9
2
3
6
5
4
6
9
3
7
8
1
2
9
7
8
3
2
1
5
6
4
9
6
5
7
4
3
1
2
8
3
2
1
5
6
4
9
7
8
4
3
8
1
9
2
6
7
5
6
4
5
7
9
8
1
2
3
1
7
2
6
8
5
9
3
4
1
6
2
9
4
3
7
8
5
2
5
7
3
1
8
4
9
6
7
9
3
8
1
5
6
4
2
3
8
9
4
7
6
2
5
1
5
8
4
6
7
2
3
1
9
6
1
4
2
5
9
3
8
7
Solutions des
grilles d’hier
RETROUVEZ LES ANCIENS NUMÉROS DE LIBÉRATION
SUR NOTRE BOUTIQUE EN LIGNE
BOUTIQUE.LIBERATION.FR
36/40°
Taux de fibres recyclées:
100 % Papier détenteur de
l’Eco-label européen N°
FI/37/01
Neige
Faible
15
FRANCE
Lille
Caen
Brest
Nantes
Paris
Strasbourg
Dijon
MIN
MAX
11
10
9
11
14
9
9
15
14
15
17
17
21
22
FRANCE
Lyon
Bordeaux
Toulouse
Montpellier
Marseille
Nice
Ajaccio
MIN
MAX
15
12
12
16
16
14
18
26
22
22
26
21
19
22
MONDE
MIN
MAX
Alger
Berlin
Bruxelles
Jérusalem
Londres
Madrid
New York
20
12
11
18
6
16
13
26
17
15
24
16
26
16
Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
prénom.nom@liberation.fr
9 2
2 7
8
Origine du papier : France
Soleil
2
4
9 5
3
SUDOKU 3649 MOYEN
5
4
0,6 m/16º
16/20°
4 5
3
3
4 7
1 4 7
4 3
7
1
9
4
9
5
9 8
7
8
6
7 1
2
Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Nice
Montpellier
8
IMPRESSION
Midi Print (Gallargues)
POP (La Courneuve)
Nancy Print (Jarville)
CILA (Nantes)
Bordeaux
1,5 m/15º
Nice
7
GORON
VERTICALEMENT
1. Guère de mouvement 2. Roulée ; Qui a sa décharge 3. Idées ou images
qui se propagent ; Dire mots d’autrui 4. D’un sot elles portent le sceau ;
C’est l’histoire d’un mec 5. Pas mal de temps ; Chercha du soutien 6. 40
dans le 75 ; c.-à-d. ; L’Aveyron le grossit 7. Bruit d’effort ; Verbe associé
à une vache rouge 8. Missionnaire qui traduisit la langue inuit ; Indice
en bois 9. Quand on balance «gros porc» et autres joyeusetés à autrui
Dijon
1 m/14º
Bordeaux
1 m/17º
Strasbourg
Nantes
Lyon
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
PUBLICITÉ
Libération Medias
2, rue du Général Alain de
Boissieu - 75015 Paris
tél. : 01 87 25 85 00
Orléans
Dijon
Nantes
6
VI
XI
Petites annonces. Carnet
Team Media
10, boulevard de Grenelle
CS 10817
75738 Paris Cedex 15
tél. : 01 87 39 84 00
hpiat@teamedia.fr
Brest
5
III
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Lille
Caen
Paris
4
IV
IX
ABONNEMENTS
abonnements.liberation.fr
sceabo@liberation.fr
tarif abonnement 1 an
France métropolitaine: 391€
tél.: 01 55 56 71 40
0,6 m/13º
Brest
3
II
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
Temps instable sur les régions en bord de
Manche et des Pyrénées aux Alpes. Temps
sec ailleurs avec des éclaircies plus ou
moins généreuses.
L’APRÈS-MIDI Le temps reste nuageux. La
douceur se maintient au sud-est. En fin de
journée, quelques ondées se produisent au
nord-est, ainsi que des orages isolés sur les
Pyrénées et les Alpes.
1 m/11º
2
I
VIII
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
20h30. La fiancée du Nil.
Documentaire. 22h00.
On va plus loin. Magazine.
JEUDI 26
Lille
0,3 m/12º
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
de 15 560 250 €.
2, rue du Général Alain de
Boissieu - CS 41717
75741 Paris Cedex 15
RCS Paris : 382.028.199
1
1BS ("²5"/
(030/
Par GAËTAN
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
LCP
21h00. Michel Sardou :
la dernière danse. Musique.
23h50. Langue de bois
s’abstenir. Magazine.
MERCREDI 25
IP 04 91 27 01 16
6TER
21h00. Le ciel sur la tête.
Téléfilm. Avec Bernard Le
Coq, Charlotte de Turckheim.
22h55. Storage Wars :
enchères surprises.
NRJ12
21h00. Top chef. Jeu.
Épisode 13 : finale. 23h25.
Top chef, dans l’assiette
des grands chefs. Magazine.
Les œufs.
IP
21h00. Profilage. Série.
Captive. Insoupçonnable (1/2).
22h55. Profilage. Série.
Insoupçonnable (2/2).
20h55. Empire State. Téléfilm.
Avec Dwayne Johnson,
Liam Hemsworth. 22h55.
Gun. Film.
www.liberation.fr
2, rue du Général
Alain de Boissieu
75015 Paris
tél. : 01 87 25 95 00
Principal actionnaire
SFR Presse
TF1 SÉRIES FILMS
TMC
CANAL+
1 m/11º
21h00. Jeu fatal. Téléfilm.
Avec Steven Seagal, Lance
Henriksen. 22h45. Explosion
imminente. Téléfilm.
20h50. Sous tutelle....
Documentaire. 22h00.
Le monde en face, débat.
22h40. C dans l’air. Magazine.
21h00. Ce qui nous lie. Drame.
Avec Pio Marmai, Ana
Girardot. 22h50. Étoilés.e.s.
Documentaire.
u 31
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
RETROUVEZ AUSSI LE P’TIT LIBÉ
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Un film
magnifique
Télérama
Un
éblouissement
absolu
Les Inrocks
Notre coup
de cœur
Grazia
Un grand film
sur la jeunesse
Enthousiasmant
et bouleversant
© CARACTÈRES/COURAMIAUD CRÉDITS NON CONTRACTUELS
Libération
Transfuge
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
l’es s e n t i e l
COMMUNIQUÉ du Mercredi 25 avril 2018
Spécial Immobilier d’entreprise
“L’immobilier d’entreprise a un “Vers un mode de travail partagé
entre bureau et tiers-lieux”
temps d’avance en matière de
performance environnementale”
Jacques Perpère, Responsable projets et investissements immobilier
d’Airbus et secrétaire général de l’Association des Directeurs
Immobiliers (ADI), livre sa vision de l’avenir de l’immobilier d’entreprise
dans un contexte de nomadisme croissant des modes de travail.
La Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI) est très active
sur l’immobilier d’entreprise, à travers ses propositions
e que nous constatons à l’ADI, c’est
de simplification de la réglementation et la création d’un
que le travail a depuis longtemps
Observatoire statistique national de la production de bureaux,
débordé du bureau. On s’achemine
qui fait aujourd’hui défaut. Sa présidente, Alexandra François- vers un mode de travail partagé entre
Cuxac, répond à nos questions.
le bureau et les “tiers-lieux”(domicile,
C
Quelles sont les grandes
tendances dans l’immobilier
d’entreprise mis sur le marché
aujourd’hui, et quelles
mutations attendre demain ?
L’immobilier d’entreprise a un temps
d’avance sur le résidentiel en matière
de performance environnementale. Il se
prête bien au BEPOS (bâtiment à énergie positive), à l’accueil de la mobilité
électrique ou à la gestion raisonnée de
l’eau. Les investisseurs et les entreprises
locataires font de l’immobilier une
composante importante de leurs stratégies de développement durable et de
lutte contre le changement climatique.
Toutefois, les innovations dans le bâti
sont inutiles si elle ne s’accompagnent
pas, en parallèle, d’une modification des
comportements des occupants. Il faut
donc accompagner ces derniers, et certains promoteurs le font dans la durée
en s’investissant dans l’exploitation des
espaces qu’ils construisent.
Deuxième tendance : l’immobilier d’entreprise tient beaucoup plus compte de
l’occupant qu’il ne le faisait par le passé.
Le travail se transforme, en particulier
par la digitalisation et le nomadisme, et il
continuera de se transformer. Le bureau
doit donc répondre aux nouveaux besoins
qui émergent, et être suffisamment évolutif pour pouvoir accompagner les besoins
futurs. Pour les entreprises, l’enjeu éconoAvis d’expert
mique est double : disposer de locaux qui
ne seront pas rapidement frappés d’obsolescence, et de locaux attractifs qui permettront d’attirer et de retenir les talents.
Quels enjeux le Grand
Paris porte-t-il en matière
d’immobilier d’entreprise ?
Le Grand Paris est un formidable facteur de dynamisation économique de la
région-capitale. Il va renforcer son attractivité, en particulier dans le contexte du
Brexit, et permettre un développement
plus harmonieux du territoire, par le
désenclavement de nombre de villes et
la création de nouveaux pôles d’activité
autour des gares. Cela ouvre la voie à une
répartition plus équilibrée de l’immobilier d’entreprise dans la région. Il devrait
en résulter une forte croissance de la production de bureaux et de commerces,
avec toutefois le risque d’un déclassement
d’une partie du parc existant, mal situé
ou obsolète.
J’alerte toutefois sur un risque fiscal en
matière d’immobilier d’entreprise en Ilede-France. On parle beaucoup d’un durcissement possible de la taxe annuelle sur
les bureaux pour financer la dérive des
coûts du Grand Paris Express : ce serait
à mon sens contre-productif et assez peu
équitable de faire payer par les seules
entreprises du territoire une infrastructure qui bénéficie à tous. n
“L’avenir n’est pas à l’éclatement des implantations”
Analyser les attentes des occupants des immeubles de bureaux
nous conduit sur le terrain de la sociologie comportementale.
La thèse de Jeremy Rifkin, selon laquelle il n’y aurait plus
d’entreprises de 100 000 salariés mais des unités de 10 000
salariés avec 90 000 fournisseurs (coworkers), a suscité
d’importants débats. Je suis assez sceptique au sujet de cette
analyse, qui n’a pas grande incidence sur la conception des
Par Alain Béchade,
bâtiments. Tout immeuble peut accueillir du coworking ; son
membre du conseil
développement influe davantage sur l’aménagement intérieur.
d’administration de
l’Observatoire régional de L’avenir n’est pas à l’éclatement des implantations. La limite ?
l’immobilier d’entreprise
C’est l’homme, qui reste un mammifère social voire tribal. On
(ORIE).
le voit pour le Grand Paris : imaginer que les gares seraient
financées par des immeubles de bureaux à proximité était une mauvaise analyse. Il faut
que les entreprises aient intérêt à venir, et que les salariés y trouvent un plaisir.
endroits loués par l’entreprise pour ses
salariés). Dans cette “expérience de
travail”, on va donc dédier moins d’espace aux bureaux. A l’intérieur de ces
derniers, se développeront des espaces
d’échange et de rencontre, où l’on peut à
la fois se restaurer, se réunir et travailler.
Cet espace démultiplié va donner au salarié une reconnaissance, et faire de l’aménagement du lieu de travail un reflet de
la culture d’entreprise. Une telle démultiplication de l’espace est possible dans les
locaux contemporains. Elle ne l’est pas
dans les immeubles obsolètes, impropres
à cette transformation.
Va-t-on vers une vague de
déménagements ?
Toutes les avancées technologiques en
cours, avec notamment le BYOD (Bring
Your Own Device), qui marie connexion
privée et connexion à l’entreprise sur
un seul dispositif non intrusif, donnent
une chance aux entreprises de quitter
les lieux d’implantation en QCA. Sous
réserve de bons accès transports et d’une
connectivité optimale, elles vont pouvoir
s’installer en dehors des zones de bureaux
habituelles, et contribuer ainsi à revitaliser des quartiers entiers. n
“Le réseau de Climespace est
appelé à croître”
1er réseau européen, CLIMESPACE contribue au rafraîchissement
durable de la Ville de Paris depuis près de 30 ans. Aujourd’hui
650 clients, dont 60 % de bureaux, bénéficient de cette solution, qui
allie performance énergétique, environnementale et innovation.
Entretien avec son Directeur Général, Jean-Charles Bourlier.
C
LIMESPACE a développé le réseau
de froid de la Ville de Paris, qui comprend aujourd’hui 10 sites de production,
3 sites de stockage et 73 km de réseau.
Cette configuration du réseau entièrement connecté permet une grande flexibilité dans sa gestion pour répondre aux
besoins de froid de ses clients. Maîtrise
de la production, optimisation de la
consommation d’énergie, CLIMESPACE
fait bénéficier ses clients des avantages
économiques et environnementaux qui
en résultent.
Quels sont les avantages
environnementaux de cette
solution ?
Le réseau de froid est une solution collective donc optimisée par rapport à
une solution autonome. Elle permet
une réduction de 50 % d’électricité
– CLIMESPACE utilise d’ailleurs de
l’électricité à 100 % d’origine renouvelable – de 65 % d’eau, et surtout ce
sont 50 % d’émissions de Co 2 qui sont
évitées. CLIMESPACE est certifié ISO
14001, 18001 et 50001. Ces certifications, preuves de notre engagement, sont
également favorables pour nos clients
car elles leur permettent de faire certifier et donc valoriser leur patrimoine
immobilier.
Quelles sont les perspectives
de développement du réseau ?
Le réseau est appelé à croître. Les événements climatiques extrêmes comme les
canicules sont de plus en plus fréquents et
pour l’immobilier d’entreprise le rafraîchissement est indispensable pour proposer un espace de travail de qualité. Le
réseau de CLIMESPACE est une réponse
adaptée pour les besoins de froid d’aujourd’hui et de demain. n
L’Essentiel est édité par la SARL Execopress, RCS Paris 512 042 706 – 2, rue Georges Ville – 75 016 Paris • Tél. : +33 (0)1 75 43 58 72 • E-mail : contact@execopress.fr
Chargés de mission : Nathaniel Ayache, Grégory Comte. La Rédaction de Libération n’a pas participé à la réalisation de ce dossier.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II l’ e s s e ntiel
Spécial Immobilier d’entreprise – Mercredi 25 avril 2018
“Siemens place l’utilisateur du bâtiment au cœur des préoccupations”
La division Building Technologies de Siemens est le leader français dans les métiers de
l’automatisation, la sécurité incendie, la sûreté et la digitalisation du bâtiment. Son
directeur marketing, Nawfal Slimati, se confie sur ses ambitions en matière de
qualité de vie au travail et de smart-building.
Dans quelle mesure
les solutions Siemens
répondent-elles aux
tendances lourdes de
l’immobilier d’entreprise,
en matière de qualité de
vie au travail ?
Cet enjeu revient de manière
toujours plus récurrente, notamment avec la génération Y, très
exigeante sur ce point. Nous
y répondons en développant
le Smart Space (espace intelligent), qui place l’utilisateur du
bâtiment au cœur des préoccupations. Siemens a développé
sur ces mêmes bases l’idée d’un
bâtiment modulable adaptable
en temps réel, sans investissement supplémentaire
Cette génération Y aime se déplacer au bureau avec le confort
qu’elle pourrait avoir à domicile.
Depuis n’importe quel terminal,
le Smart Space permet cela, et
donne un sentiment de souplesse,
de liberté et de contrôle de ses
propres paramètres. Le bâtiment
n’est plus une construction rigide
à laquelle il faut s’adapter ; cela
devient une réalisation intelligente qui s’adapte au salarié et lui
apporte une certaine gamme de
services porteurs d’attractivité et
qui facilitent le quotidien. Dégagé
d’un nombre croissant de contingences, le salarié se sent mieux,
et sera plus épanoui et efficace au
milieu de systèmes ouverts et interconnectés. Plus le bâtiment prendra en compte les besoins de ses
occupants, plus ces derniers pourront se focaliser sur leur cœur de
métier. La productivité et la motivation s’en trouvent améliorées.
On aboutit aussi à davantage
d’efficacité énergétique car
le bâtiment se met en veille
et s’adapte en temps réel aux
besoins, apportant une efficience
supérieure à son exploitant. On
ne consommera à terme que le
strict nécessaire dans des conditions de confort optimales. Il faut
cesser de croire qu’entre confort
et performance énergétique, il
faut choisir. Ce n’est pas le cas.
Comment la digitalisation
va-t-elle impacter votre
secteur d’activité ?
Le home office gagne du terrain. Cette tendance à se déplacer partout avec son bureau
doit être combinée à du présentiel, lié au besoin d’échange
et de rencontre. Ce “mix” va
permettre de modifier le taux
d’occupation des locaux. Si vous
partez de ce constat, vous verrez que vous avez des espaces
vides. On peut donc les muer
en espaces de coworking. Cela
permet d’optimiser l’utilisation
du bâtiment et de personnaliser
l’accueil, en mettant un certain
nombre de données à disposition des salariés. L’évolution
est, donc, de définir les bons cas
d’usage que la technologie et la
digitalisation nous permettent
désormais. Nous sommes là au
cœur des 3 “c” : computing,
connectivité et cloud. Le corollaire doit être la cyber-sécurité,
qui protège les personnes du
risque d’exploitation de leurs
données personnelles.
Quelle est la vision
de Siemens Building
Technologies pour les
bâtiments de demain ?
Notre vision est de créer des
“perfect places”, des lieux sûrs,
confortables et protégés. Nous
considérons aujourd’hui que le
bâtiment “parle” et que nous
comprenons ce qu’il dit.
A nous, Siemens, de trier et
d’interpréter les messages ainsi
envoyés pour les faire interagir
et produire du sens. En aidant
nos clients à devenir plus efficaces dans l’utilisation des
données, nous contribuons à la
transformation de leurs métiers.
Nous introduisons, ainsi, de la
valeur ajoutée digitale à notre
savoir-faire technique de longue date. n
CARRERE déploie son expertise Sogaris, la logistique urbaine
dans l’immobilier d’entreprise du Grand Paris
Depuis plus de 20 ans, CARRERE intervient sur le
Foncière lancée en 1960, Sogaris a réorienté sa stratégie avec
marché français de l’immobilier. C’est notamment
pour objectif de devenir le leader de la logistique urbaine dans
dans le domaine du tertiaire et de l’immobilier
l’espace
du Grand Paris. Jonathan Sebbane, le directeur général de
d’entreprise que le Groupe a choisi de déployer
cette société d’économie mixte, nous en dit davantage. Entretien.
ces dernières années une expertise pointue. Une
activité dirigée par Olivier Austry, Directeur
ondée il y a 50 ans, Sogaris est une
foncière qui a construit son déveGénéral du Pôle Immobilier d’Entreprise de
loppement
sur les grandes plates-formes
CARRERE. Entretien.
F
Quels sont les grands projets
auxquels a participé l’unité
immobilier d’entreprise de
CARRERE ces derniers mois ?
CARRERE a livré une opération clés en
main au nord de Toulouse, d’un bâtiment
indépendant d’une surface de 1 210 m2
destiné à la société Delec du Groupe
Sonepar, leader mondial de la distribution aux professionnels de matériel électrique et de services associés.
Dans la réalisation de ce bâtiment, les
équipes de CARRERE ont répondu à
la recherche d’un bâtiment moderne,
offrant une mixité d’usages : dépôt,
bureaux, showroom. Dans la continuité de ce projet, nous allons livrer une
dizaine d’autres ensembles d’immobilier
d’entreprise dans les prochains mois.
Quels sont les projets à venir
représentatifs du savoir-faire
de CARRERE ?
Il y en a plusieurs. Pour le tertiaire,
CARRERE doit livrer Cérès, un immeuble
de 2 200 m 2 à St Martin du Touch.
L’opération Opalink, dont la livraison est
prévue fin 2019, offrira deux immeubles
représentant 5 100 m2 de bureaux. La moitié est destinée à accueillir le futur siège
social de Loft One, notre structure d’administration de biens immobiliers. Enfin, l’opération Zéphyr lancée en collaboration avec
Toulouse Métropole développera 3 000 m2
de bureaux sur la ZAC Toulouse Aerospace.
Cet immeuble se positionne résolument
comme une réalisation hybride, destinée à
accueillir des activités industrielles de pointe
liées à l’aéronautique, l’espace ou encore les
systèmes embarqués. n
logistiques. Il y a deux ans, à la faveur de
moyens nouveaux, Sogaris a réorienté sa
stratégie dans une double direction : la
logistique urbaine et le Grand Paris. Avec
pour actionnaires la Ville de Paris, les
trois départements de première couronne
et la Caisse des Dépôts, Sogaris développe un réseau de sites pour le Grand
Paris, articulant plates-formes logistiques
en entrée d’agglomération, hôtels logistiques et espaces du dernier kilomètre en
cœur de ville.
Quid du marché naissant de la
logistique urbaine ?
Il existe une demande croissante, due
principalement aux acteurs du e-commerce et de la grande distribution.
Commander sur le Net est devenu un
standard pour les consommateurs que
nous sommes : les entreprises y répondent
en transformant leur chaîne de valeur et
investissant sur la distribution des marchandises en ville, qu’il s’agisse de BtoB
ou de BtoC. Autre élément corollaire : les
acteurs locaux ont des exigences toujours
plus importantes en matière environnementale et en viennent à contraindre la
circulation des marchandises en ville.
Tout cela pousse à optimiser les flux de
marchandises. La question de l’organisation alors devient cruciale. La logistique urbaine offre ainsi une réponse
aux acteurs locaux tout en satisfaisant les
besoins des opérateurs économiques. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
l’e ssentiel III
Spécial Immobilier d’entreprise – Mercredi 25 avril 2018
“Des solutions opérantes et efficaces” “Bien entretenir ses toits, c’est faire
de considérables économies”
Clestra Hauserman possède un savoir-faire mondialement reconnu
en matière de cloisons amovibles, modulables ou monoblocs pour
l’aménagement de bureaux tertiaires. Son Directeur Général, Vincent
Paul-Petit, répond à nos questions.
L’espace de bureau apparaît
en évolution rapide. Comment
restez-vous innovants ?
L’innovation est au cœur de l’entreprise Clestra Hauserman. Entreprise
industrielle et de second œuvre du bâtiment, Clestra a toujours su rester innovant grâce à ce lien fort et permanent
entre nos clients, les bureaux d’études
et l’usine. Quand nous avons une idée,
celle-ci est sans délai transmise à l’usine
pour être testée concrètement. Clestra est
à l’aménagement des espaces de travail
ce que les architectes sont aux artistes.
Confrontés au réel, les solutions que nous
proposons doivent être opérantes et efficaces.
Dans quelle mesure l’émergence
des préoccupations relatives à
la qualité de vie au travail a-telle impacté vos offres ?
Nous faisons face à un mouvement de
fond, qui consiste à reconnaître que l’on
ne peut priver les salariés du tertiaire
d’espaces privatifs où ils peuvent être seul
ou communiquer librement avec un tiers.
Les espaces ouverts ont montré leurs
avantages. Leurs limites doivent trouver
une réponse dans l’aménagement. La
qualité de l’air dans les espaces de travail
est aussi une exigence croissante. Cela
passe par l’absence de poussières fines
provenant souvent de la phase chantier
et par des dispositifs inventifs intégrés
aux cloisons, tels la pose de panneaux de
transfert d’air dans les espaces présentant
un risque de confinement.
Quels sont vos engagements
en matière de développement
durable ?
Le fait de produire des produits préfabriqués en usine et assemblés sur site
évite la pollution résiduelle provenant du
second œuvre. Avec la cloison amovible
préfabriquée, on s’affranchit de travaux
conséquents, polluants et bruyants. Plus
souple dans son utilisation, plus simple
dans sa pose, le panneau préfabriqué
peut demander plus de temps de préparation, temps qui est largement compensé au moment de la phase travaux et
installation. n
Pour les entreprises, entretenir son bien immobilier commence par
le toit. Abaque Bâtiment Services les aide à trouver des prestataires
qualifiés pour répondre à leurs besoins en la matière. Entretien
avec son fondateur, Cédric Gallineau.
En quoi consiste l’entretien
préventif des toitures ?
Il s’agit d’éviter les fuites avant qu’elles se
présentent, en nettoyant et en diagnostiquant tout ce qui peut poser problème à
court, moyen et long terme. L’enjeu est crucial : pour des magasins, des locaux ou des
chaînes de montage, une fuite peut bouleverser l’activité. Nos contrats d’entretien
prévoient l’envoi de couvreurs disposant
de la compétence technique pour anticiper
et proposer des solutions préventives. Une
entreprise qui entretient bien ses toitures
peut faire de considérables économies.
Dans quelle mesure vos
interventions favorisent-elles
la qualité de vie au travail ?
Les fuites créent un stress générateur
d’incertitude. Nous réduisons celle-ci
avec notre engagement à intervenir en
48 h sur tout le territoire. Nous gérons
ainsi l’invisible, puisque les employés ne
voient jamais les toits. Or il s’agit de la
partie du bâtiment qui s’use le plus vite,
et plus encore avec la récente augmentation du nombre de grandes tempêtes.
Nos clients grands comptes restent en
réactivité 48 h dans ces situations-là, ce
qui limite les risques d’activation du droit
de retrait des salariés.
Quelles nouveautés
présenterez-vous
prochainement ?
Nous mettons en place un outil à destination des professionnels intervenant dans
la maintenance des bâtiments. Connecté
aux grands comptes centralisant tout
l’historique, ce système offrira une vision
complète en GMAO (Gestion de la
Maintenance Assistée par Ordinateur).
Les intervenants modifieront les infos
en temps réel via un cloud. On aboutira
ainsi à un historique de la maintenance
du bâtiment depuis ses débuts. n
Workthere, la solution qui simplifie le coworking
Basé à Londres, fort de 35 000 personnes dans le monde, Savills fait partie des leaders mondiaux dans le conseil en immobilier. Le
cabinet décline en France son concept Workthere avec pour ambition de regrouper l’ensemble de l’offre de coworking de la place.
L
e concept a vu le jour au
mois de février 2017. L’un
des “millenials” des équipes
londoniennes de Savills a alors
l’idée d’un “hub” virtuel afin de
regrouper l’ensemble de l’offre
de coworking disponible dans la
capitale anglaise. Workthere est
lancé. Un an plus tard, Savills,
cabinet de conseil en immobilier, déploie cette offre innovante, notamment sur le marché
français. “En 2017, la part des
entreprises de coworking ayant pris
à bail des immeubles de bureaux ne
représentent que 3 % de la demande
placée en Ile de France. A Londres,
le chiffre s’élevait à 20 % l’an dernier. Il s’agit donc d’un marché en
plein essor, explique Serge Vayer,
directeur de Workthere France.
Le mouvement va durer trois ou quatre
ans, jusqu’à ce que les entreprises de
coworking aient assez d’immeubles
pour mailler le territoire.”
Cinq acteurs principaux opèrent sur ce marché en dévelop-
sera leur vitrine”, indique Serge
Vayer. Afin de référencer tous
les acteurs, du plus grand aux
plus petits, Workthere France
s’est attaché les services de
Cédric Chirouze. “L’idée est de
faciliter la vie des entreprises qui cherchent du coworking en centralisant
sur site les offres disponibles, précise
la recrue. Nous entendons fournir
aux clients un consultant spécialisé
capable d‘assurer l’intégralité de la
recherche.” L’offre englobe l’assistance des clients en visite de
sites, la négociation des conditions et l’accompagnement
jusqu’à la signature du contrat.
Cédric ChirouzeSerge Vayer
pement accéléré : l’historique
Regus, dont l’offre se concentre
sur les centre d’affaires, a
racheté Spaces, qui se développe ; Wework, société américaine, qui a disrupté le marché,
ouvre actuellement un centre
tous les trimestres en moyenne
à Paris intramuros ; Nextdoor,
filiale de Bouygues et Accor, est
présente à Paris, en première
couronne et bientôt à Lyon ;
des acteurs émergents comme
Morning Coworking ou Wellio
se font une place. “Ce sont pour
la plupart déjà nos clients. Workthere
“Le client dispose ainsi d’une vision de
l’intégralité de l’offre disponible, acteurs
reconnus ou plus confidentiels, ainsi que
d’un accompagnement personnalisé”,
poursuit Serge Vayer. Autre avantage de la solution, son caractère
international. Créé en Angleterre,
Workthere a depuis été décliné
en Irlande, aux Pays-Bas, en
Allemagne et à Singapour. A
terme, la solution sera également
disponible aux Etats-Unis, en
Espagne, au Portugal ou à Hong
Kong. “Une entreprise internationale
sera ainsi suivie avec une qualité de service homogène”, ajoute Serge Vayer.
Mêler souplesse de fonctionnement et vision panoramique,
telle est la philosophie à l’œuvre.
“Workthere fonctionne comme une
start-up, mais est adossée à une société
cotée à la Bourse de Londres”, résume
Cédric Chirouze.
De quoi accompagner avec
expertise et réactivité une tendance en plein essor. Le coworking présente de multiples
avantages : celui de la flexibilité, à l’heure où même les très
grandes entreprises privilégient
le travail en mode projet, celui
de la légèreté (toute la partie
aménagements – câblage informatique, cloisonnement, etc.
– est assurée par le centre de
coworking) et celui de la mutualisation des espaces et des services. Porteuse d’une image
fraîche et moderne, la vogue
du coworking peut toutefois
s’avérer plus complexe qu’il
n’y paraît. “Le rôle des conseillers
Workthere est de décrypter les offres
et de fournir tout conseil judicieux”,
conclut Serge Vayer. n
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IV u
Libération Mercredi 25 Avril 2018
Répertoire
Annonces légales
legales-libe@teamedia.fr 01 87 39 84 00
Libération est officiellement habilité pour l’année 2018 pour la publication des annonces légales
et judiciaires par arrêté de chaque préfet concerné dans les départements : 75 (5,50 €) - 92 (5,50
€) - 93 (5,50 €) tarifs HT à la ligne définis par l’arrêté du ministère de la Culture et la
Communication de décembre 2017
75 PARIS
DIVERS SOCIÉTÉ
<J3><O>6263467</O><J>25/04/18</J><E>LIB</E><V>1</V><P>10</P><C>000001</C><B>0000141749</B><M></M><R></R></J3>@
<J3><O>6263465</O><J>25/04/18</J><E>LIB</E><V>1</V><P>10</P><C>000001</C><B>0000141749</B><M></M><R></R></J3>@
PROCIREP
ANGOA
Société des Producteurs de Cinéma et de
Télévision
11bis, rue Jean Goujon - 75008 PARIS
Société civile
Capital variable au 31/12/2017 : 11 910 E
RCS Paris D 300 575 305
L’Assemblée Générale Ordinaire de la
PROCIREP se réunira le :
LUNDI 25 JUIN 2018 A 10 H 00
A LA MAISON DES CENTRALIENS
8, RUE JEAN GOUJON - 75008 PARIS
pour délibérer de l’ordre du jour suivant :
1-Approbation des procès-verbaux de l’Assemblée Générale Ordinaire du 26 juin 2017
et de l’Assemblée Générale Extraordinaire du
5 juillet 2017.
2-Rapport de transparence 2017 (Rapport
d’activité, Bilans des Commissions d’aide à
la création Cinéma et Télévision & Comptes
au 31 décembre 2017).
3-Rapports du Commissaire aux Comptes.
4-Rapport de la Commission Spéciale (anciennement de l’article R.321-6-3 du CPI).
5-Rapport annuel de la Commission de
Contrôle des OGC.
6-Admissions - Radiations de membres.
7-Désignation des membres du Conseil de
Surveillance.
8-Renouvellement du Président et des autres
membres de la Commission Exécutive pour
la période 2018-2021.
9-Vote des résolutions soumises à l’AG.
Pour toute question, contacter Sylvie Monin
(Tél : 01 53 83 91 85
Mèl : sylvie_monin@procirep.fr)
Agence Nationale de Gestion des Œuvres
Audiovisuelles
11bis, rue Jean Goujon - 75008 PARIS
Société civile
Capital variable au 31/12/2017 : 10 635
E
RCS Paris D 322 961 012
L’Assemblée Générale Ordinaire de l’ANGOA
se réunira le :
LE LUNDI 25 JUIN 2018 A 11 H 00
A LA MAISON DES CENTRALIENS 8, RUE JEAN GOUJON - 75008 PARIS
pour délibérer de l’ordre du jour suivant :
1- Approbation des procès-verbaux de l’Assemblée Générale Ordinaire du 26 juin 2017
et de l’Assemblée Générale Extraordinaire du
5 juillet 2017.
2- Rapport de transparence 2017 (Rapport
d’activité, Bilans des Commissions d’aide à
la création Cinéma et Télévision & Comptes
au 31 décembre 2017).
3-Rapports du Commissaire aux Comptes.
4-Rapport de la Commission Spéciale (anciennement de l’article R.321-6-3 du CPI).
5-Rapport annuel de la Commission de
Contrôle des OGC.
6-Admissions - Radiations de membres.
7-Désignation des membres du Conseil de
Surveillance.
8-Renouvellement du Président et des autres
membres de la Commission Exécutive pour
la période 2018-2021.
9-Vote des résolutions soumises à l’AG.
Pour toute question, contacter Sylvie Monin
(Tél : 01 53 83 91 85
Mèl : sylvie_monin@procirep.fr)
NOUVEAU
Votre journal
repertoire-libe@teamedia.fr
01 87 39 84 80
DÉMÉNAGEURS
«DÉMÉNAGEMENT
URGENT»
MICHEL TRANSPORT
DEVIS GRATUIT.
PRIX TRÈS
INTÉRESSANT.
TÉL. 01.47.99.00.20
MICHELTRANSPORT@
WANADOO.FR
MUSIQUE
DISQUAIRE SÉRIEUX
ACHÈTE DISQUES
VINYLES ET CD
33T/45T. POP/ROCK/
JAZZ, CLASSIQUE...
GRANDE QUANTITÉ
PRÉFÉRÉE
DÉPLACEMENT
POSSIBLE.
TEL : 06.89.68.71.43
ANTIQUITÉS/
BROCANTES
Achète
tableaux
anciens
Tous sujets, école de Barbizon,
orientaliste, vue de Venise,
marine, chasse, peintures de
genre, peintres français &
étrangers (russe, grec,
américains...), ancien atelier
de peintre décédé, bronzes...
Estimation gratuite
EXPERT MEMBRE DE LA CECOA
06 07 03 23 16
vos annonces
légales
Retrouvez
tous les jours
les bonnes
adresses de
sur les départements
75 92 93
RENSEIGNEMENTS
COMMERCIAUX
de 9h à 18h au 01 87 39 84 00
ou par mail
legales-libe@teamedia.fr
VOUS
Offre intégrale
33€
8IZUWQ[(1)[WQ\XT][LMLM
ZuL]K\QWVXIZZIXXWZ\I]XZQ`
LM^MV\MMVSQW[Y]M
XIXe et Moderne
avant 1960
V.MARILLIER@WANADOO.FR
est habilité pour toutes
ABONNEZ
7ЄZMoL]ZuMTQJZM[IV[MVOIOMUMV\
ABONNEZ-VOUS À LIBÉRATION
²LuKW]XMZM\ZMV^WaMZ[W][MV^MTWXXMIЄZIVKPQMo4QJuZI\QWV [MZ^QKMIJWVVMUMV\
2 rue du Général Alain de Boissieu 75015 PARIS7ЄZMZu[MZ^uMI]`XIZ\QK]TQMZ[
Oui
AUTLIB16
, je m’abonne à l’offre intégrale Libération. Mon abonnement
intégral comprend la livraison chaque jour de Libération et chaque samedi de Libération
week-end par portage(1) + l’accès aux services numériques payants de liberation.fr
et au journal complet sur iPhone et iPad.
Nom
Prénom
Rue
N°
Code postal
Ville
Numéro de téléphone
@
E-mail
(obligatoire pour accéder aux services numériques de liberation.fr et à votre espace personnel sur liberation.fr)
Règlement par carte bancaire. Je serai prélevé de 33€ par mois (au lieu de 50,80€, prix au
numéro). Je ne m’engage sur aucune durée, je peux stopper mon service à tout moment.
Carte bancaire N°
Expire le
J’inscris mon cryptogramme
mois
(cours, association,
enquête, casting,
déménagement, etc.)
Contactez-nous
Professionnels,01 87 39 80 59
Particuliers, 01 87 39 84 80
ou repertoire-libe@teamedia.fr
année
(les 3 derniers chiffres au dos de votre carte bancaire)
Signature obligatoire :
Règlement par chèque. Je paie en une seule fois par chèque de 391€ pour un an
d’abonnement (au lieu de 659,70€, prix au numéro).
Vous pouvez aussi vous abonner très simplement sur : www.liberation.fr/abonnement/
(1) Cette offre est valable jusqu’au 0068 en France métropolitaine. La livraison du quotidien est assurée par porteur avant 7h30 dans plus de
500 villes, les autres communes sont livrées par voie postale. Les informations recueillies sont destinées au service de votre abonnement et, le cas
échéant, à certaines publications partenaires. Si vous ne souhaitez pas recevoir de propositions de ces publications cochez cette case.
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
3
Размер файла
16 830 Кб
Теги
liberation, newspaper
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа