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Le Figaro - 26 04 2018

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jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 925 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
HUBERT VÉDRINE
FIGARO LITTÉRAIRE
« L’EUROPE DOIT RÉPONDRE
AUX ATTENTES D’IDENTITÉ
ET DE SÉCURITÉ » PAGE 14
THÉÂTRE
LA HUCHETTE FÊTE 60 ANS
DE « LA CANTATRICE CHAUVE »
PAGE 26
Amical
mais
critique,
Macron
séduit le
Congrès
L’Italie au
miroir des
écrivains
français
NOTRE CAHIER
SPÉCIAL
COMMUNICATION
Les politiques
« accros »
aux messageries
en ligne PAGE 4
COLLECTIVITÉS
TERRORISME
Haro sur
les argentiers
de la terreur PAGE 6
NOTRE-DAMEDES-LANDES
Vers l’épilogue
Ces
mercenaires
russes
qui meurent
pour Damas
Les
chroniques de
Charles Jaigu,
Luc Ferry et
Éric Zemmour
L’analyse
de Mathieu
de Taillac
n
La
coopération
francoallemande dans la défense
est relancée avec un emblématique programme militaire : un avion de combat de
nouvelle génération qui suc-
cédera aux Rafale et Eurofighter. Sa mise en service
est envisagée pour 2040. Le
développement de cet avion
sera confié à Dassault Aviation et Airbus. PAGE 19
Le reflux du chômage
se poursuit modestement
La baisse du chômage reste
une réalité, même si elle est
modeste en ce début d’année,
avec 32 100 demandeurs
d’emploi en moins (- 0,9 %) au
1er trimestre. Sur un an, le
nombre de chômeurs décroît
ainsi de 1,2 %, selon Pôle em-
ploi. Ils sont 3,7 millions, un
niveau certes très élevé, mais
qui n’a plus été atteint depuis
le troisième trimestre 2014. En
revanche, la courbe des travailleurs précaires ne cesse de
progresser depuis la crise de
2008. PAGES 18 ET 19
@
Réponses à la question
de mercredi :
Iran, Syrie, climat :
Emmanuel Macron peut-il
avoir une influence sur
Donald Trump ?
OUI
36 %
NON
64 %
TOTAL DE VOTANTS : 46 620
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sur lefigaro.fr
La visite d’Emmanuel
Macron aux États-Unis
est-elle un succès
diplomatique ?
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE
FIGARO - FABIEN CLAIREFOND -
ÉDITORIAL par Patrick Saint-Paul psaintpaul@lefigaro.fr
I
La « bromance », et après ?
ls se tiennent la main, ils s’embrassent. Trump serre Macron par l’épaule. Macron murmure à l’oreille du président américain. À défaut d’une
proximité de vues, jamais un président
français et l’hôte de la Maison-Blanche
n’avaient affiché une telle familiarité. Les
deux outsiders, qui ont battu le système,
ont opéré un rapprochement inattendu,
une « bromance » - brother et romance comme le disent les Américains.
Cette idylle aura-t-elle permis à Emmanuel
Macron de persuader Donald Trump de ne
pas déchirer l’accord nucléaire iranien, de
maintenir les troupes américaines en Syrie
ou d’éviter des barrières douanières aux
Européens ? Peu probable. L’imprévisible
Trump, chantre de l’« America First », n’a
pas bougé, ou de façon marginale, sur ces
dossiers prioritaires.
Là n’est sans doute pas ce que Macron pouvait espérer, lui qui, auréolé de ce « sansfaute » à Washington, voit désormais sa stature renforcée sur la scène internationale.
Car Macron s’est offert, au Capitole, la plus
prestigieuse des tribunes. Dans un discours
ponctué d’ovations debout, il s’est présenté
en incarnation d’un libéralisme éclairé, en
chantre d’un nouveau multilatéralisme et
d’un ordre mondial du XXIe siècle, en antimodèle de Donald Trump. Le Congrès,
cœur du système américain, a été séduit. Le
président y a supplanté la chancelière allemande, qui régna sur la colline sous l’ère
Obama. Merkel affaiblie, Macron endosse
l’habit de porte-voix de l’Europe, pour
mieux faire avancer
ses idées sur le Vieux
Continent.
Sa stratégie sera-t-elle
payante ? À court terme, en ferraillant à
l’avant-garde
pour
tenter de faire bouger
les lignes, il a pris le
risque de passer pour
un soliste dans un club qui a le culte de la
position commune. En Europe, l’idée d’une
renégociation de l’accord nucléaire avec
l’Iran, désormais défendue par Macron, est
loin de faire l’unanimité. Berlin comme
d’autres capitales y est opposé… Les récifs
bruxellois ne sont pas loin du triomphe du
Capitole. ■
Macron
s’est
présenté
en antimodèle
de Trump
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LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
BOSS.COM
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FIGARO OUI
FIGARO NON
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@e@c@q@k";
Paris et Berlin s’allient pour
construire le futur avion
de combat européen
n
PAGES 12, 13 ET 15
M 00108 - 426 - F: 2,60 E
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
HUGO BOSS FRANCE SAS Téléphone + 33 1 44 17 16 70
CHAMPS LIBRES
PAGE 7
Au Capitole, le président
français s’est posé
en défenseur d’un
« multilatéralisme fort »
DOULIERY OLIVIER/ABACA
Révision
constitutionnelle :
les maires montent
au front PAGE 5
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jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
2
FASTUEUX
DÎNER
À LA MAISONBLANCHE
Mardi soir, un fastueux dîner
d’État en l’honneur
des Macron a réuni
130 invités de marque
à la Maison-Blanche, décorée
de fleurs de cerisier.
Parmi les convives,
la fille du président américain
Ivanka Trump et son époux
Jared Kushner, Christine
Lagarde, directrice du Fonds
monétaire international (FMI),
ou encore le patron
du groupe français de luxe
LVMH, Bernard Arnault
- Mme Macron portait
d’ailleurs une robe Vuitton
blanche dorée, alors que
Melania Trump était en robe
argentée Chanel.
Les deux présidents
ont chacun porté un toast
à l’amitié entre leurs pays.
« Des deux côtés de l’océan,
il y a deux ans de cela, peu
auraient prédit que vous
et moi allions nous retrouver
à cet endroit » a remarqué
Emmanuel Macron.
7
présidents
français
ont prononcé un discours
devant le Congrès américain
Macron applaudi en allié cri
Devant le Congrès
américain,
le président
français a appelé
les États-Unis
à préserver le
multilatéralisme.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
EMMANUEL MACRON n’a pas choisi la
facilité en prenant la place de meilleur
allié européen de Donald Trump. Derrière le rideau fastueux de sa visite d’État,
qui s’est achevée mercredi soir à
Washington, il s’expose à des contorsions et peut-être à des humiliations susceptibles de ternir son image publique.
Mais il a décidé de tirer vers le haut ce
président américain « transactionnel »,
préoccupé avant tout par l’intérêt immédiat de son pays, en lui rappelant les vertus du multilatéralisme et ses obligations
au regard de l’Histoire.
Après des négociations ardues mardi
dans le Bureau ovale, le chef de l’État a
repris mercredi matin une altitude philosophique pour s’adresser au Congrès, le
huitième discours d’un président français devant les deux chambres réunies
(100 sénateurs et 435 représentants),
cinquante-huit ans jour pour jour après
Charles de Gaulle en 1960. Devant une
assemblée largement acquise à ses arguments, qui l’a interrompu 45 fois par ses
applaudissements, il a défendu avec lyrisme la relation franco-américaine et la
nécessité de « construire ensemble l’ordre
mondial du XXIe siècle » via « un multilatéralisme fort ». Citant Theodore Roosevelt, il a mis en garde : « La liberté n’est
jamais qu’à une génération de l’extinction. »
l’isolationnisme, le retrait et le nationalisme, a-t-il lancé. C’est une option. Elle
peut être tentante, comme un remède temporaire à nos peurs. Mais fermer la porte
au monde ne va pas l’empêcher d’évoluer.
[…] Je ne partage pas la fascination pour
les pouvoirs forts, l’abandon de la liberté et
l’illusion du nationalisme. Contre l’ignorance, nous avons l’éducation, contre les
inégalités le développement, contre le cynisme la confiance et la bonne foi, contre le
fanatisme la culture, contre la maladie la
médecine, contre les menaces sur la planète la science. » Les applaudissements debout des élus américains donnaient l’impression d’une réponse au discours sur
l’état de l’Union de Donald Trump…
« Il n’y a pas de planète B », a proclamé
le président français, se disant « sûr
qu’un jour les États-Unis reviendront dans
l’Accord de Paris » sur le climat. De
même, a-t-il mis en garde, « une guerre
commerciale n’est pas la bonne réponse »
aux déséquilibres des échanges. « Nous
avons écrit les règles (de l’OMC), nous devons les suivre. » Enfin il a dénoncé « le
virus croissant des “fake news” », affirmant : « Sans raison, sans vérité, il n’y a
pas de démocratie. »
Pour « écrire l’histoire ensemble »,
comme il le souhaite, c’est avec le Trump
transactionnel que le président français
avait discuté la veille pendant plus d’une
« Il n’y a pas de planète B »
Il faut
réinventer
l’ordre mondial
du XXIe siècle
EMMANUEL MACRON
À WASHINGTON
»
MANDEL NGAN/AFP
Tout à l’euphorie de leur amitié démonstrative, Trump avait tweeté mercredi
matin : « Impatient de suivre le discours du
président Macron au Congrès aujourd’hui.
C’est un grand honneur, rarement accordé. Il va être super ! » Cet enthousiasme
envers un défenseur de la mondialisation
et du multilatéralisme surprend autant
les observateurs que la gestuelle des deux
hommes, comparée par Dana Milbank
dans le Washington Post à une « compétition pour la domination de l’alpha-mâle ».
Le président français a mis les rieurs de
son côté, mercredi, en évoquant les embrassades entre Voltaire et Benjamin
Franklin en 1778, racontées avec ironie
par John Adams, le deuxième président
américain. « Ça vous rappelle quelque
chose », a glissé Emmanuel Macron.
Le Français n’en a pas moins fait la leçon, sur bien des points, au champion de
« l’Amérique d’abord ». « On peut choisir
Nucléaire : Téhéran et Moscou écartent un nouvel accord
L’idée de « travailler » à un nouvel
accord sur le nucléaire iranien,
proposée mardi par Donald Trump
et Emmanuel Macron, a, sans surprise,
été vivement rejetée par Téhéran.
« Ensemble, avec un chef d’un pays
européen, ils disent : “Nous voulons
décider pour un accord conclu à sept.”
Pour quoi faire ? De quel droit ? »,
a asséné mercredi le président Hassan
Rohani. « Avec cet accord, nous
avons fait tomber les accusations
et prouvé que les États-Unis et Israël
mentent à propos de l’Iran depuis
des décennies », a-t-il poursuivi avant
de s’en prendre, sans le citer, à Donald
Trump, traité d’« homme d’affaires […]
sans aucune expérience
en politique ». Sans surprise non plus,
Moscou, signataire du texte - avec
l’Allemagne, la Chine, les États-Unis,
la France et le Royaume-Uni -,
a écarté toute possibilité
de renégociation.
Cet accord est « sans alternative »,
a assuré le porte-parole du Kremlin,
Dmitri Peskov, rappelant qu’il était
« le fruit des efforts diplomatiques
de nombreux États ». L’Allemagne
s’est montrée toute aussi peu
enthousiaste. « Notre position
est claire : notre priorité absolue est
le maintien de l’accord sur le nucléaire
et son application par toutes les
parties », a précisé mercredi
un porte-parole du ministère
des Affaires étrangères. Le doute est
aussi venu de Bruxelles. La cheffe
de la diplomatie européenne, Federica
Mogherini, a ainsi estimé que l’accord
actuel « doit être préservé ».
Seule la Grande-Bretagne semble
s’être montrée un rien réceptive.
« Nous travaillons étroitement avec
nos alliés pour répondre à la série
de défis que l’Iran pose au MoyenOrient, y compris les questions
pour lesquelles le président Macron
a proposé un nouvel accord », a
expliqué un porte-parole de la
première ministre, Theresa May. T. B.
Les médias américains entre glamour et sarcasmes
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
A
1
NEW YORK
DES TOASTS, à la santé de la vigoureuse amitié franco-américaine, et
« beaucoup, beaucoup de proximité ».
La visite présidentielle d’Emmanuel
Macron aux États-Unis s’achève sur
une note un brin sarcastique des médias américains, tout aussi circonspects sur la portée des échanges entre
Donald Trump et son homologue français que sur la proximité excessive affichée entre les deux hommes. La prude
Amérique s’est étonnée, deux jours
durant, des interminables poignées de
main, des enlaçades, baisers appuyés
et effusions en tous genres, parfois dérangeantes tant elles paraissaient incongrues. À l’instar de cette photo en
une du Washington Post, qui présentait
Macron et Trump main dans la main, le
premier statique devant les caméras,
bras en hyperextension tandis que le
second l’entraînait vers l’intérieur du
« West wing (aile Ouest) ». Sur la forme, l’essentiel, cependant, est acquis :
« Les deux hommes semblent s’épanouir
au contact l’un de l’autre, écrivent Julie
Hirschfeld David et Katie Rogers dans
le New York Times, malgré tous leurs
désaccords et différences d’opinions »,
étalés en aparté à la Maison-Blanche
puis énumérés dans le discours macronien mercredi au Congrès, ce « sanctuaire de la démocratie ».
Cela signifie-t-il pour autant que
Trump et Macron aient noué une réelle
amitié ? En aucun cas, objecte Julia
Lichtblau, auteur et journaliste ès finances longtemps en poste à Paris :
« Je ne crois pas une seule seconde que
Macron soit proche personnellement du
président Trump. M. Trump est la quintessence de la vulgarité, un trait de caractère méprisé en France, en particulier au sein des classes les plus élevées de
la société. »
Une proximité excessive et par moments embarrassante, comme en témoigne l’épisode stupéfiant des pellicules. Dans le Bureau ovale, mardi,
Donald Trump époussette soudain le
revers du col de veston de son invité.
« Je vais même lui enlever une pellicule,
là, susurre le POTUS (President of the
United States). Nous devons le rendre
parfait. Il est parfait ! » « Cela relève du
toilettage chez les primates », note la
très sérieuse Patti Wood, expert en
body langage (expression corporelle),
dans le Washington Post. Pour Trump,
ce geste signifiait : « Nous avons une
relation intime, mais je suis le gorille alpha. Je vais donc t’épouiller. Et je vais en
même temps te critiquer en remarquant
que tu as des pellicules. Et je vais le faire
devant le monde entier, pour voir comment tu t’en sors. »
La moue d’étonnement du président
français, acculé dans une posture infantilisante – imagine-t-on le général
de Gaulle traité ainsi par John Fitzgerald Kennedy ? - illustre le fossé géné-
JULIA LICHTBLAU
JOURNALISTE AMÉRICAINE
«
Je ne crois pas une seule seconde que Macron soit proche
personnellement du président Trump. Monsieur Trump
est la quintessence de la vulgarité, un trait de caractère
méprisé en France, en particulier au sein des classes les plus
élevées de la société
»
rationnel entre les deux hommes, que
trois décennies séparent. Mais elle trahit surtout le conflit interne certainement vécu par Emmanuel Macron, entre humiliation et détermination, qui
résume cette visite d’État : combien de
couleuvres était-il prêt à avaler, combien de « hugs (câlins) » allait-il tolérer face à cet alter ego porté sur l’intimidation physique, au nom de l’intérêt
supérieur de la relation franco-américaine ?
Le chapeau de la First Lady
Emmanuel Macron, reconnaît Julia
Lichtblau ainsi que nombre d’éditorialistes outre-Atlantique, a une bonne
raison de jouer cette inconfortable
« bromance (amitié virile) », offrant au
passage un peu de cette « classe »
française prisée par Donald Trump.
Macron « surmonte son dégoût et son
mépris, ajoute Lichtblau, pour parvenir
à ses fins ». En premier lieu, il venait à
Washington convaincre Donald Trump
de respecter l’accord nucléaire iranien.
Les vagues allusions à un « nouvel accord » plus contraignant pour Téhéran
ne permettront cependant pas au président français, note le New York Times, de cocher les cases de « son im-
probable wish list », qui visait aussi à
pérenniser la présence militaire américaine en Syrie et obtenir une exemption tarifaire sur l’aluminium et l’acier
pour la métallurgie européenne.
Le glamour, symbolisé par la présence de Brigitte Macron, a souffert, lui
aussi, mais de manière inattendue. La
curiosité suscitée par le couple présidentiel français a été partiellement
éclipsée par un nouveau Melaniagate,
ce feuilleton psychodramatique que les
observateurs scrutent pour mesurer les
tensions dans l’intimité de la MaisonBlanche. Lundi, la First Lady d’origine
slovène affichait un spectaculaire chapeau immaculé, à la visière si longue
qu’il força son mari à esquisser un distant baiser, juste avant d’en apposer de
réels et sonores sur les joues de Brigitte
Macron, cheveux au vent. Après cette
scène incongrue, les « good looks » de
la blonde première dame française
n’ont pas pesé pas lourd, les caméras se
braquant sur les efforts pathétiques du
président américain de tenir la main de
sa femme, rebelle en diable. Dommage
collatéral du scandale Stormy Daniels,
vers lequel les médias américains ont
eu tôt fait de se retourner, sitôt le chapitre français refermé. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 26 avril 2018
L'ÉVÉNEMENT
tique de Trump
ambigu, par lequel le JCPOA, intouchable aux yeux des Européens, deviendrait
l’un des quatre piliers d’un accord plus
global portant sur le bannissement à long
terme du programme nucléaire iranien,
le contrôle de sa production de missiles
balistiques et l’endiguement de son influence régionale, de la Syrie à l’Irak et
au Yémen. Avec ce schéma, Emmanuel
Macron comble une partie du fossé qui
existait entre les Européens et l’Administration américaine. Il peut espérer gagner du temps sur l’échéance du 12 mai,
date à laquelle Trump doit décider du
sort du JCPOA. Mais il élève aussi la barre
de ce qu’il faut accomplir, rendant un règlement général du contentieux iranien
plus hypothétique encore.
Scénario catastrophe
Emmanuel Macron,
mercredi à la tribune
du Congrès américain
à Washington.
BRENDAN SMIALOWSKI/AFP
heure du dossier iranien. Un chef de la
Maison-Blanche toujours aussi arcbouté sur son rejet de « l’épouvantable »
accord nucléaire de 2015 (dit JCPOA) et
plus menaçant que jamais envers le régime des mollahs. « Nous l’avons signé l’un
et l’autre, a rappelé mercredi Emmanuel
Macron. On ne peut pas dire qu’on doit
s’en débarrasser comme ça. La France ne
sortira pas du JCPOA parce qu’elle l’a signé. Votre président devra prendre dans
quelques jours ses propres responsabilités
là-dessus. » Le chef de l’État espère
l’avoir fait bouger par un mélange de
conviction et de concessions. Trump a
convenu mardi que son retrait prématuré de Syrie laisserait le champ libre à
Téhéran. De son côté, Macron a
consenti à envisager « un nouvel accord », comme l’appelle de ses vœux le
président américain.
Le résultat esquisse un compromis
Merkel contrainte d’adopter
un profil bas
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE La « leader du monde »
s’est fait voler la vedette. Après Emmanuel
Macron, Angela Merkel est attendue vendredi à Washington. Mais la chancelière,
désignée comme dernier porte-drapeau
des valeurs occidentales après l’élection de
Donald Trump à la Maison-Blanche,
n’aura pas droit à une visite d’État, comme
le président français. Elle ne sera pas non
plus reçue pour une partie de golf, comme
a pu l’être le premier ministre japonais
Shinzo Abe. Il ne s’agit que d’une « visite
de travail ». Le minimum. L’Allemagne,
qui était la meilleure alliée des États-Unis
sous Barack Obama, est devenue en un
peu plus d’un an la cible des rancœurs du
président américain.
« Elle est vue par Donald Trump comme
un obstacle pour sa politique », explique Jan
Techau, spécialiste des relations germanoaméricaines au German Marshall Fund à
Berlin. Le président américain cible régulièrement depuis sa campagne électorale
les excédents commerciaux allemands. Il
exige que Berlin augmente ses dépenses
militaires dans le cadre de l’Otan. Enfin, il
voit d’un mauvais œil la construction du
gazoduc Nord Stream entre la Russie et
l’Europe, considéré par Angela Merkel
comme une question économique. Tous
ces sujets seront sur la table vendredi. Signe qu’elle est sur la défensive, Angela
Merkel a fait un geste sur la question énergétique au début du mois en considérant
que les intérêts de l’Ukraine devaient être
pris en compte.
Une voix médiane
« Aux questions de fond s’ajoute l’absence
de chimie personnelle », poursuit Jan
Techau. La visite de la chancelière à
Washington en mars 2017 s’était particulièrement mal passée. « L’époque où nous
pouvions entièrement compter les uns sur les
autres (entre les États-Unis et l’Europe,
NDLR) est quasiment révolue », a-t-elle
asséné l’année dernière.
Depuis, affaiblie par une élection mal
gagnée et entravée par une coalition fragile, la chancelière a perdu de son pouvoir
sur la scène internationale. « L’Allemagne
est de nouveau le badaud de la politique
mondiale », écrit Der Spiegel dans son dernier numéro, intitulé « Qui va sauver l’occident ? ». En couverture, on voit, face à
un Donald Trump littéralement en feu,
une Merkel apeurée à côté d’un Macron
sûr de lui.
Les frappes alliées en Syrie ont cruellement montré les limites de la politique
étrangère allemande : Berlin n’a eu ni l’envie ni les capacités d’agir militairement
pour sanctionner l’emploi d’armes chimiques par Damas. Angela Merkel s’est
contentée d’un « soutien » politique. Et
quand Emmanuel Macron et elle ont été
interrogés, la semaine dernière, sur l’opération et l’absence allemande, c’est le président français qui a répondu à la place de
la chancelière : « Nous ne pouvions pas attendre des semaines de débat parlementaire », a-t-il expliqué, en mettant le doigt
sur le système allemand, où le Bundestag
garde le dernier mot.
Passé la symbolique, Angela Merkel
s’accommode bien de ce retour en arrièreplan. La chancelière préfère les discussions
à huis clos au show médiatique. Elle garde
des atouts pour peser. Du côté de Moscou,
on continue de voir Berlin comme un interlocuteur essentiel, capable de porter
une voix médiane dans le conflit syrien.
Face aux puissances mondiales, Emmanuel Macron et Angela Merkel n’ont pas intérêt à jouer des partitions séparées. Les positions allemande et française ne sont pas
éloignées sur les grandes questions internationales, de l’Iran au commerce mondial.
Le président et la chancelière se sont partagé les rôles : au Français les accolades viriles, à l’Allemande de jouer les partenaires
revêches.
Pour montrer qu’il fallait encore
compter avec elle, Berlin a adressé mercredi un message financier à ses alliés.
Lors de la conférence sur la Syrie qui s’est
déroulée à Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas a annoncé
un effort d’un milliard d’euros supplémentaire pour aider les réfugiés syriens
au Proche-Orient. L’aide occidentale
s’élève pour l’instant à 3,6 milliards
d’euros. L’Allemagne a encore les
moyens de se faire entendre. ■
THE
HANDMAID’S
TALE
saison 2 en US+24
à partir du 26 avril
saison 1 disponible en replay
OCS : Option soumise à conditions, disponible en France métropolitaine, pour les abonnés internet-TV d’Orange, CANAL, box de SFR, Bbox de Bouygues Telecom, Freebox, PlayStation®, Fransat, Molotov, Vitis, Vialis, Wibox et sur ocs.fr. Tarifs et conditions selon distributeur. Plus d’informations sur www.ocs.fr
© 2018 MGM Television Entertainment Inc. and Relentless Productions, LLC.THE HANDMAID’S TALE is a trademark of Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. All Rights Reserved.
A
1
La liberté
n’a pas
de prix
« L’Iran ne devra jamais posséder d’arme
nucléaire, dit le Français. Ni dans
cinq ans, ni dans dix ans, jamais. » L’Administration américaine n’en prépare
pas moins ses options en cas de retrait du
JCPOA, qui déclencherait le rétablissement des sanctions américaines et, par
effet domino, la probable relance du programme nucléaire iranien – le scénario
catastrophe que les Européens veulent
justement éviter. John Bolton, le nouveau conseiller à la Sécurité nationale, se
répand en déclarant que le JCPOA est
« impossible à corriger ». Autant de signes que, malgré les efforts de Macron,
Trump ne s’est vraiment engagé à rien
– pas plus d’ailleurs sur l’Iran que sur les
sanctions commerciales envers l’Europe.
La stratégie de connivence du président français n’en fait pas moins sens,
estime Jeffrey Rathke, directeur de l’Europe au Centre d’études stratégiques et
internationales (CSIS) : « Les adversaires
de l’Amérique sont à l’aise dans la
confrontation et la rhétorique acide. Les
alliés sont différents : ils minimisent les divergences sérieuses et jouent le verre à
moitié plein. Une diplomatie plus affirmée
des Européens peut influencer les politiques américaines parce qu’ils partagent
nos valeurs et objectifs et parce que
Washington leur demandera toujours de
partager le fardeau, quelles que soient ses
initiatives. » ■
3
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jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
WhatsApp, Telegram… les politiques
« accros » aux messageries en ligne
X. DE TORRES/MAXPPP, S. DE LA MOISSONNIERE /IP3 PRESS/MAXPPP
Plus sécurisées que les traditionnels SMS, les applications de discussions cryptées ont été adoptées par les élus.
SERVICE POLITIQUE
COMMUNICATION Depuis que le
« nouveau monde » s’est imposé
sur le devant de la scène politique,
même les moyens de communication ont considérablement évolué.
Ainsi, que ce soit entre les politiques
et les journalistes - comme en
témoigne la boucle Telegram lancée
par l’Élysée pour abreuver la presse
de petites informations de contextes ou d’agenda sur Emmanuel
Macron - ou entre les politiques
eux-mêmes (lire ci-dessous), le traditionnel SMS a peu à peu été supplanté par les différentes applications de messagerie en ligne. Le
président de la République Emmanuel Macron est lui-même un
adepte de Telegram, application sur
laquelle il répond et échange avec
les ministres, les élus et les
conseillers, souvent tard le soir.
Ancien responsable de la cellule
digitale d’En marche ! pendant la
campagne et aujourd’hui secrétaire
d’État au Numérique, Mounir
Mahjoubi fait partie de ceux qui ont
préconisé le recours à ces outils de
discussions instantanées. « Cela
permet d’avoir plus d’immédiateté et
de collégialité dans la prise de décision », explique-t-il. Mais un autre
élément a pesé dans sa réflexion : le
chiffrement des données, qui offre
une garantie de sécurité accrue aux
utilisateurs. « Je n’ai fait passer
qu’une seule consigne au gouverne-
ment et aux parlementaires : ne mettez pas tous vos œufs dans le même
panier, utilisez plusieurs logiciels »,
raconte-t-il, assurant avoir principalement recours à WhatsApp et à
Telegram. Le ministre a récemment
annoncé que le gouvernement allait
se doter d’une nouvelle messagerie
publique chiffrée, d’ici à l’été, pour
garantir davantage de confidentialité dans les échanges.
Florian Bachelier, premier questeur La République en marche (LaREM) à l’Assemblée, est lui aussi littéralement « accro ». « Telegram
est devenu un outil de travail de chaque instant. Entre nous, les échanges
peuvent commencer à 6 heures du
matin et s’achever à 2 heures. Florian
Bachelier a converti les assistantes de
l’Assemblée. Elles transmettent nos
Les politiques utilisent
les outils les plus
innovants pour répondre
à un temps médiatique
qui va de plus en plus
vite. À droite,
en décembre 2016,
Emmanuel Macron,
alors candidat, regarde
un Facebook Live
d’un de ses meetings.
documents, règlent nos problèmes et
nous informent grâce à cette messagerie », confie son collaborateur.
Même phénomène à droite où,
depuis l’élection de Laurent Wauquiez à la tête du parti et la mise en
place de l’équipe dirigeante, les
échanges sur les messageries cryptées se sont multipliés. C’est Annie
Genevard, la secrétaire générale
des Républicains, qui a mis en place
plusieurs boucles entre les élus LR.
Comme celle de « l’équipe dirigeante », entre Laurent Wauquiez
et une quinzaine d’élus allant des
vice-présidents au trésorier Daniel
Fasquelle, et des porte-parole au
président du Conseil national, Jean
Leonetti. « C’est un outil de travail et
de cohésion qui permet un flux de
communication permanent, une sorte de couteau suisse à multi-usages », glisse la secrétaire générale.
Rebooster les troupes
Transmission d’informations et
d’analyses, messages personnels ou
encouragements… Les échanges
sont de diverses natures, et peuvent
d’ailleurs servir à rebooster les
troupes pendant les périodes de
turbulences. Cela a notamment été
le cas après l’interview accordée
par Laurent Wauquiez à BFMTV
pour désamorcer la polémique
autour de ses propos à l’EM Lyon
(nos éditions du 21 février). Dans la
foulée de son intervention, le président de LR avait envoyé deux mes-
sages à son équipe : « Bravo à tous,
vous avez été super pendant toute
cette période. Merci à ceux qui sont
montés au front. Je suis fier de vous.
Ce sont des moments qui soudent. »
Et d’ajouter : « Et surtout on lâche
rien jusqu’au bout. Merci à ceux qui
interviennent ce soir et demain. »
Reste que la méthode ne satisfait
pas tout le monde… À commencer
par Sonia Krimi, la députée LaREM
de la Manche. Remontée, l’élue affirme qu’elle « déteste cette façon de
travailler ». « On pense que ça va faire gagner du temps mais, au bout du
compte, c’est l’inverse ! Je n’ai pas le
temps de lire toutes les notifications,
d’analyser, d’argumenter, ou de répondre aux interrogations de chaque
boucle. Trop de boucles tuent les boucles ! » peste-t-elle. Idem pour sa
collègue Barbara Pompili, députée
écolo-macroniste de la Somme.
« Les élus LaREM échangent via les
boucles pour faire avancer les dossiers plus vite. Mais cet usage un peu
forcené de nouvelles technologies finit
par épuiser plus qu’il ne rend réactif », confie-t-elle. ■
Les drôles de noms
des groupes de discussion
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
A
AU SEIN de cet immense paquebot
qu’est le groupe La République en
marche (LaREM) à l’Assemblée nationale, de nombreux députés privilégient les réunions en petit comité, propices aux échanges plus
confidentiels. Ces conciliabules,
souvent très politiques, trouvent
leurs prolongements sur Telegram,
dans des boucles aux noms parfois
ultracodés. Héritée de la campagne
présidentielle, où les macronistes
créaient des groupes pour chaque
déplacement du candidat, cette
pratique se poursuit désormais au
Palais Bourbon.
Ainsi, en plus des boucles par
commission, région, texte de loi,
thématiques ou encore par événement, des discussions naissent par
affinité, voire par sensibilité. C’est
par exemple le cas des vingt et un
députés proches de l’Élysée qui ont
pris l’habitude de se retrouver chaque mardi, à l’heure du petit déjeuner et qui échangent aussi quotidiennement sur la boucle Telegram
baptisée tout simplement « Team
Macron ». Elle a été lancée par les
députés Sacha Houlié et Pierre Person, en juillet, dans le mois qui a
suivi leur élection au Parlement.
Ces mêmes élus macronistes se
retrouvent dans une boucle plus
restreinte, qui compte seulement
sept députés, souvent présentés
comme les jeunes loups de la nouvelle majorité. Baptisé « La Tanière » - une idée du député JeanBaptiste Djebbari -, ce canal sert à
partager depuis janvier « les informations les plus sensibles ». « Ce
sont uniquement des députés historiques de la campagne », sourit l’un
d’entre eux. Une boucle au nom
plus conventionnel, appelée « Castaner / députés », rassemble le délégué général du mouvement présidentiel et la petite trentaine de
députés qu’il consulte régulière-
ment. La boucle du sous-groupe de
la trentaine de députés qui revendiquent une sensibilité plus sociale,
emmenée par la présidente de la
commission des affaires sociales
Brigitte Bourguignon, est intitulée
« Boucle d’or »… Ce qui ne manque
pas de faire sourire leurs détracteurs à l’Assemblée nationale. Cette
petite équipe se retrouve le mercredi matin.
Un brin de nostalgie
Plus insolite, la discussion entre les
députés Cédric Villani et Amélie de
Montchalin, tous deux élus de l’Essonne, a été baptisée « VilMon »,
reprenant la première syllabe de
leurs noms. Le terme serait même
devenu une « créature » inventée
par les deux députés pour leurs
échanges virtuels… Les collaborateurs parlementaires ont eux aussi
leurs propres espaces de discussion.
Les militants historiques des Jeunes
avec Macron (JAM), devenus députés ou conseillers, échangent sur
« Good old days », une formule anglaise qui laisse poindre un brin de
nostalgie. Toujours du côté des
jeunes, la boucle « Gang des jamettes » regroupe des militantes des
JAM qui travaillent sur l’égalité
femmes-hommes. Les anciens référents du parti
devenus députés
discutent, eux, sur
« Team AN feu référents ». Pas facile
de s’y retrouver. ■
Team
Macron
VilMon
Good old
days…
Gang des
jamettes
ettes
Team AN feu référents
Boucle d’or
Le 1er février 2018, le premier ministre, Édouard Philippe, et le secrétaire d’État chargé du Numérique, Mounir
Mahjoubi, participent à un Facebook Live, à l’hôtel Matignon. OLIVIER CORSAN/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
« Macron conçoit sa communication
comme de l’entertainement »
PROPOS RECUEILLIS PAR
CHRISTINE DUCROS
£@ChristineDucros
Un tweet d’Emmanuel
Macron, lors de sa visite
du Taj Mahal,
à l’occasion
de son voyage officiel,
en Inde, en mars
dernier. TWITTER
ARNAUD BENEDETTI, professeur
associé à Paris-Sorbonne Université, spécialiste de la communication
politique, décrypte la nouvelle communication des politiques. Il a publié
début avril Le Coup de com’ permanent aux Éditions du Cerf.
LE FIGARO. - Un président
qui conçoit des vidéos
comme des cartes postales
durant ses voyages
à l’étranger, un premier
ministre qui, chaque
semaine, fait la pédagogie
de son action sur Facebook,
des députés qui travaillent
via des messageries comme
Telegram ou partagent
de l’information via
des boucles WhatsApp,
on a le sentiment que la
communication politique
est en pleine mutation ?
Arnaud BENEDETTI. - Les
vecteurs de communication changent. Les politiques s’adaptent. Ils utilisent les outils les plus
innovants pour gagner en
efficacité et répondre à un
temps médiatique qui va
de plus en plus vite, qui vise désormais l’immédiateté. Mais les éléments de langage ont toujours la
même vocation. Ils sont toujours
validés et survalidés par les entourages. Simplement, l’info est répercutée en continu sur les télés, les sites, les radios. Il faut savoir
alimenter tous ces canaux en permanence. Ce qui a évolué avec
Twitter ou les Facebook Live, c’est
qu’on peut se passer d’intermédiation. On peut éviter le filtre critique
des journalistes qui mettent en
perspective, émettent des réserves.
Les politiques jugent plus que jamais
que la presse parasite leurs messages. C’est un dévoiement du débat
public. Ils refusent la confrontation,
le processus d’argumentation et de
contre-argumentation.
Chaque
homme politique a l’ambition de
devenir son propre média. Chaque
élu veut parler directement au peuple. Au fond, ça a toujours été le rêve
des politiques, et aujourd’hui, c’est
techniquement réalisable. C’est
possible dans un contexte de remise
en cause des élites médiatiques.
Pas sûr que le peuple - aujourd’hui
les internautes - soit plus tendre
que les journalistes…
Bien sûr, mais les politiques aiment
montrer leur capacité d’expression
directe. Ils ne doivent pas oublier
que c’est parce que l’on répond vite
que l’on est forcément efficace.
Tout le monde produit de plus en
plus de contenus qui doivent être
visibles, viraux et importants en
volume. Personne n’a le même
rythme pour fabriquer des outils de
décryptage face à cette avalanche
de données et c’est bien le problème. Cette communication est
moins maîtrisable que ce que le
pense le président de la République.
Macron est certainement
le président qui tente de maîtriser
le plus sa communication.
Car il est traumatisé par la façon
dont ses prédécesseurs se sont coupés de leur communication. Il a
pensé sa communication avant son
élection. Il vise à la contrôler au
millimètre. Il veut montrer qu’il
tient mieux que personne le sceptre
de communicant. Il n’y a qu’à
étudier ses petites cartes postales
photos ou vidéos envoyées lors de
ses voyages à l’étranger ou regarder
comment il a maîtrisé les images
privées de sa visite récente au Taj
Mahal en Inde. Les plans sont léchés
comme dans une série télé. Macron
fait de sa com de l’entertainement.
Il nous divertit avec son histoire,
essaie de nous surprendre, de théâtraliser chaque séquence, c’est un
acteur. Il connaît les codes du jeu. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 26 avril 2018
POLITIQUE
Révision constitutionnelle :
les maires montent au front
EN BREF
Embellie pour Macron
et Philippe dans un sondage
L’AMF met en garde
l’exécutif contre une
recentralisation et
la mise sous tutelle
des communes.
COLLECTIVITÉS Le compte à rebours a
commencé. Le 9 mai, le projet de révision
constitutionnelle sera présenté en Conseil des ministres. Alors que le Sénat et
l’Assemblée nationale ont fait connaître
leurs propositions, c’est au tour de l’Association des maires de France (AMF) de
dévoiler les siennes.
Ces propositions, que Le Figaro a pu
consulter et qui seront notamment présentées ce jeudi par le président de l’AMF,
François Baroin, au président du Sénat,
Gérard Larcher, montrent la volonté des
élus locaux de garantir les prérogatives
des collectivités en inscrivant plusieurs
lignes rouges dans la Constitution. « En
présentant nos propositions aujourd’hui,
nous nous inscrivons dans le calendrier de
la révision. Pour nous, il est primordial de
garantir dans la Constitution la place et le
rôle de la commune », explique au Figaro
François Baroin. « Maintenant, il me semble que c’est au Parlement de garantir la libre administration des collectivités locales
et leur autonomie financière et fiscale »,
poursuit le président de l’AMF.
Au-delà de la recentralisation qu’il dénonce, François Baroin craint aussi une
mise sous tutelle des communes. « Il y a
pour nous une interrogation sur des intentions qui restent à préciser : d’un côté,
l’affirmation selon laquelle la réforme
constitutionnelle veut aller vers plus de liberté, indique-t-il, et de l’autre la réforme
fiscale en cours qui va vers plus de centralisation. Nous attendons donc des garanties renforcées sur l’avenir de la décentralisation. »
Dès l’automne dernier, le maire de
Troyes avait exprimé son intention de
s’entourer des « meilleurs constitutionnalistes français » pour pointer, dans le pro-
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
ET MARION MOURGUE £@MarionMourgue
Lors du 100 e Congrès
des maires de France,
en novembre 2017,
à Paris.
jet de révision constitutionnelle de l’exécutif, des éventuelles atteintes à la libre
administration des communes, socle
constitutionnel selon lui de l’autonomie
des collectivités locales. Cinq mois plus
tard, et fort du travail des constitutionnalistes, des élus et des experts, l’AMF
accompagne ses propositions d’articles
enrichis de la Constitution. Du prêt à
l’emploi, en somme, pour l’exécutif.
Garantir l’autonomie
fiscale et financière
mie fiscale et financière des communes et
leur stabilité, l’AMF demande que soit
inscrite à l’article 34 de la Constitution
une loi d’orientation pluriannuelle des finances locales.
Fortement attachée au principe de
subsidiarité et de « non-tutelle entre les
collectivités », l’Association des maires de
France est favorable à ce que la loi ou le
règlement « permette un exercice différencié des compétences des collectivités
territoriales », avec l’adaptation ou à la
dérogation locale de certaines règles ou
normes. Et surtout, l’AMF demande à
nouveau que cessent « la prolifération et
l’instabilité des normes ».
Par ailleurs, l’association dénonce la limitation du cumul de mandats dans le
temps pour les élus locaux - dans les
communes de 9 000 habitants et plus -,
qui constitue, selon elle, « une atteinte
grave à la liberté de l’électeur ». ■
5
La popularité d’Emmanuel Macron
(+ 3) et d’Édouard Philippe (+ 1)
est en hausse pour le deuxième
mois consécutif dans un contexte
marqué par les conflits sociaux,
selon un sondage Ipsos Game
Changers diffusé mercredi. Avec
40 % de jugements favorables
sur son action, le chef de l’État
retrouve son niveau de janvier. En
revanche, 52 % (- 3) des Français
interrogés portent un jugement
négatif sur son action. Édouard
Philippe est pour sa part en légère
hausse à 36 %, mais les jugements
défavorables sur son action baissent
de 4 points à 50 %. Le président
et le premier ministre progressent
significativement auprès
des sympathisants de droite.
Borloo pourrait remettre
son rapport sur la banlieue
à Philippe ce jeudi
C’est un événement très attendu.
Alors que la présentation du
rapport de Jean-Louis Borloo sur la
banlieue a été repoussée à plusieurs
reprises, l’ancien maire de
Valenciennes pourrait le remettre
à Édouard Philippe ce jeudi. Selon
RTL, l’ex-ministre de la Cohésion
sociale transmettra son travail final
en marge des États généraux de la
politique de la ville. À Matignon,
on indique que c’est au fondateur
de l’UDI qu’il reviendra ensuite
de révéler ou non les conclusions
et propositions de son rapport.
L’AMF demande ainsi que soit garantie la
place de la commune dans la Constitution
et que soient donnés aux collectivités les
moyens financiers d’assurer leur charge.
L’association, qui souhaite « la reconnaissance dans la Constitution du principe
d’autonomie financière et fiscale des collectivités », propose une nouvelle rédaction de l’article 72-2 de la Constitution.
Avec cette mention : « Toute création ou
extension de compétences ayant pour
conséquence d’augmenter les dépenses des
collectivités territoriales, et toute responsabilité ou mission nouvelle confiée à une
collectivité et exercée au nom de l’État,
s’accompagnent de ressources strictement
proportionnées. » L’AMF propose que
l’article 40 de la Constitution soit enrichi
pour qu’un amendement parlementaire
n’aggrave pas la charge publique des collectivités. Enfin, pour garantir l’autono-
Hugues Renson : « Il faut
moderniser la démocratie »
HUGUES RENSON, mercredi, dans
le studio du Figaro. MARMARA/LE FIGARO
« 15 % est un bon équilibre »
Sur l’introduction d’une dose de proportionnelle de 15 % aux législatives, qui
sera portée par une loi ordinaire, Hugues
Renson n’entend pas donner raison aux
revendications du MoDem. Les amis de
François Bayrou espèrent toujours revoir ce taux à la hausse. « Sur la proportionnelle, nous nous sommes engagés à ce
que d’autres forces politiques puissent intégrer l’Assemblée nationale, affirme
Hugues Renson. Nous le ferons. Mais pas
au détriment de la stabilité institutionnelle. Le niveau de 15 % est un bon équilibre.
Au-delà, ce serait un peu excessif. » Pas
question de connaître les affres de la
« IVe République », ni de se lancer dans
l’aventure incertaine d’une « VIe ».
Alors que le Parlement est en vacances, le vice-président de l’Assemblée est
revenu sur le climat des débats, la semaine dernière, au Palais Bourbon.
L’examen du projet de loi asile et immigration, qui a suscité tant de crispations,
s’est finalement soldé par un seul vote
contre parmi les macronistes : celui de
Jean-Michel Clément. Hugues Renson
assure, pour autant, qu’il n’y a pas de
« frondeurs ». « Je n’ai jamais été favorable aux mécaniques d’ostracisation,
déclare-t-il. Jean-Michel Clément a souhaité tirer les conséquences de son vote et
se mettre en congé du groupe LaREM, je le
respecte. Nous n’avons pas vocation à exclure mais à rassembler. » Mieux, le
groupe serait sorti renforcé de cette semaine de tous les dangers, jure Hugues
Renson. « Le groupe majoritaire n’est
pas une simple chambre d’enregistrement, dit-il. Il a vocation à enrichir les
projets, à échanger les points de vue. » ■
1
RAISONNABLEMENT optimiste. Invité
de l’émission « Le Talk Le Figaro », le
vice-président de l’Assemblée nationale
et député LaREM de Paris, Hugues Renson, estime que l’adoption de la révision
constitutionnelle est sur de bons rails.
« Nous sommes dans le processus », insiste-t-il. Ce qui n’empêchera pas certains « conservatismes » et « forces politiques » de vouloir tout faire capoter.
Pour les macronistes, cette réforme est
primordiale. « Il faut moderniser la démocratie. Un électeur sur deux n’est pas
allé voter à la dernière présidentielle, rappelle le parlementaire parisien. Et un
électeur sur deux, ayant participé au
scrutin, a choisi de renverser la table ou de
voter pour un extrême. »
Le non-cumul dans le temps va-t-il
déconnecter les parlementaires
de leurs administrés ? Non,
assure le député LaREM. « Un parlementaire n’est pas un élu local, insiste-t-il.
Un député n’est pas un supermaire. »
A
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Haro sur les argentiers de la terreur
Soixante-dix pays sont réunis à Paris pour assécher les ressources de Daech et d’al-Qaida. Un défi immense.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
TERRORISME Lorsque Emmanuel Macron s’est rendu en visite officielle au
Qatar en décembre, il a insisté auprès
de ses hôtes sur un point précis du protocole : pouvoir assister au côté de
l’émir cheikh Tamim à l’intégralité de
la réunion entre experts des deux pays
sur le financement du terrorisme.
Cette question avait déjà dominé certains discours du candidat à l’élection
présidentielle, qui n’avait pas manqué
d’égratigner, à ce sujet, le Qatar et
l’Arabie saoudite, soupçonnés de laxisme.
Une fois élu, le chef de l’État annonça, fin août, devant les ambassadeurs,
la tenue d’une conférence internationale dédiée à cette problématique. « No
money for terror » (pas d’argent pour le
terrorisme) est le titre de la réunion, qui
a commencé mercredi et se poursuivra
ce jeudi dans les locaux de l’Organisation de coopération et de développement économique à Paris. Deux jours
de réunions à huis clos autour de 80 ministres et 500 experts venus de plus de
70 pays, dont de nombreux chefs des
services de renseignements.
Comment contrôler des flux d’argents cachés, privés mais pas uniquement, qui alimentent les caisses des
organisations terroristes et d’autres
d’apparence moins dangereuse. Le défi
est immense.
Daech a été en grande partie vaincu
militairement dans ses bastions irakosyriens. Mais « de 2014 à 2016, explique-t-on à l’Élysée, l’organisation terroriste a accumulé un énorme trésor de
guerre, de l’ordre de 1 milliard de dollars
par an. Il a depuis circulé, au moins en
partie, il est vraisemblablement quelque
part, ajoute-t-on dans l’entourage du
chef de l’État. Ces groupes sont très
doués pour utiliser les techniques les
plus sophistiquées pour faire circuler les
flux financiers, ils savent se jouer des
frontières ».
défaillance en matière de contrôle de
financement du terrorisme. « On partait d’assez loin », confirme avec sobriété un maître espion, mais
« aujourd’hui, nous ne doutons aucunement de la bonne volonté » du Qatar et
de l’Arabie saoudite en la matière,
ajoute-t-il.
Il faut dire que les États-Unis, alliés
privilégiés des pétromonarchies, ont
exercé, bien avant Emmanuel Macron,
de fortes pressions sur Doha, Riyad ou
Koweït. Le Qatar a longtemps été « le
plus mauvais élève », selon les rapports
du département d’État américain, qui
pointait en les nommant des « individus » et « des entités » qui finançaient
des organisations terroristes, notamment al-Qaida et sa branche syrienne.
« Le Qatar a fait des efforts », confiait
récemment au Figaro Seth Unger, responsable au département du Trésor
américain, de passage à Paris.
1 milliard
de dollars
La somme accumulée chaque année
par Daech entre 2014 et 2016
Juste avant la visite de l’émir Tamim
début avril à Donald Trump, Doha a finalement placé sur sa « liste noire »
l’une des figures emblématiques du financement prétendument privé du terrorisme, cheikh Abdurhamane Ben
Omer al-Nouaimy. Un an auparavant,
le vieux cheikh à l’épaisse barbe poivre
et sel n’hésitait pas devant le journaliste
occidental à dire tout le bien qu’il pensait de la branche syrienne d’al-Qaida
« composée en majorité de Syriens qui
luttent contre le dictateur Bachar el-Assad ». Est-ce à dire qu’ici ou ailleurs les
gouvernants sont décidés, une fois pour
toutes, à ne plus laisser une fraction
- fût-elle infime - de leur population financer des groupes terroristes ou des
ONG qui répandent un islam radical en
Afrique, et jusqu’en Europe ?
Pendant longtemps, certains États,
telle l’Arabie saoudite, ont acheté la
paix sociale en laissant les activités islamiques se financer. Reprendre les
choses en main est un exercice délicat.
Faire le tri entre une juste aumône –
en l’occurrence la zakat, l’un des cinq
piliers de l’islam – et un versement
douteux n’est pas aisé. C’est pourtant
à une telle reprise en main que s’est
engagé le jeune prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman. En vue
de la conférence de Paris, les services
de renseignements d’Arabie comme
du Qatar ont fourni à leurs homolo-
gues français des listes d’ONG suspectes. En dépit de ces engagements,
beaucoup de travail reste à faire, notamment tant que les pays occidentaux n’auront pas obtenu la levée de
l’anonymat sur les transactions financières. C’est une de leurs vieilles requêtes. « On va essayer d’aller plus loin
en ce sens », espère l’un des cadres de
la conférence.
Pendant deux jours, ses participants
vont confronter leurs expériences
pour tenter de parvenir à un ensemble
de « bonnes pratiques » qui pourraient
par la suite être globalisées par exemple au niveau des Nations unies, précise l’Élysée. Bref, aucun engagement
contraignant ne sera pris lors de ce
rendez-vous contre l’argent sale du
terrorisme. Mais « une mobilisation politique internationale » contre un fléau
qui affecte l’ensemble du monde ou
presque. ■
Un militaire montre
le drapeau de Daech
après que l’armée irakienne
a chassé l’organisation
terroriste de la ville
de Sharqat, en septembre
dernier.
AHMAD AL-RUBAYE/AFP
Sociétés écrans
Daech aujourd’hui, al-Qaida hier ont
investi dans des entreprises, des
fermes, des commerces et des biens
immobiliers qu’ils gèrent via des relais. Les organisations terroristes utilisent les bureaux de change, des aigrefins ont établi des sociétés écrans,
d’autres intermédiaires ont revendu
des objets d’art. Et puis il y a les taxes
prélevées sur la population ou le trafic
de stupéfiants auquel s’adonne la
branche égyptienne de l’État islamique dans l’immensité du désert du Sinaï. Et enfin, plus prosaïquement, les
bonnes vieilles valises d’argent qui
passent d’une main à une autre, pendant le pèlerinage sacré qui rassemble
chaque année des millions de musulmans à La Mecque, en Arabie saoudite.
Sans oublier les agences de voyages
suspectes.
« Ce qui frappe, raconte un expert,
c’est le pragmatisme et l’opportunisme
de ces groupes pour se financer. Notre
travail doit se faire au cas par cas, région
par région, car les terroristes s’adaptent.
Au Sahel, par exemple, ils n’hésitent pas
à se lier avec les trafiquants. »
Pendant longtemps, nos alliés du
Golfe ont montré de sérieux signes de
L’État impuissant face aux finances de l’islam de France
«
L’argent
du terrorisme
échappe aux
mosquées, il
est plutôt issu
du système D :
petits
commerces
et trafics
de toutes
sortes. C’est
incontrôlable
»
DIDIER LESCHI, AUTEUR
DE «MISÈRE (S) DE
L’ISLAM DE FRANCE»
JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois
OFFICIELLEMENT, en France, le financement de l’islam est très encadré, à l’image d’un jardin à la française. Officieusement, c’est une
forêt vierge. Son véritable écosystème est souterrain. Donc incontrôlable et… incontrôlé. Il existe pourtant
deux lois-cadres pour gérer les lieux
de culte : 1901 pour les associations
culturelles, 1905 pour les associations cultuelles. Mais, en pratique,
sauf scandale, l’État, s’il en a le pouvoir juridique, n’a pas les moyens
humains de contrôler. Il existe
13 000 associations en moyenne par
département ! Sans compter qu’une
association cultuelle 1905 qui récolte moins de 153 000 euros de dons
par an n’a aucune obligation de déposer ses comptes en préfecture…
De plus, rien n’empêche un citoyen
de fonder un lieu de culte sans avoir
recours à ces deux types d’associations. Il suffit d’utiliser une dérogation à la loi de 1905. Elle fut tolérée
en 1907 à la demande des catholiques de l’époque qui refusaient la
nouvelle législation. Cette dérogation peut profiter aujourd’hui à de
petites salles de prière, et à des prédicateurs quasiment privés. Elle reconnaît en effet le droit d’ouvrir un
lieu de culte « à titre individuel ».
Et n’exige aucun contrôle financier.
Dernière possibilité : une personne
physique a toujours le droit d’être
propriétaire d’une salle ouverte au
public qu’il peut dédier au culte.
Autre difficulté majeure pour
l’État, le fonctionnement financier des mosquées lors de leur
construction et une fois en activité. Il est rarissime que la construc-
tion d’une mosquée soit financée
par une source unique. En général, les fidèles mettent d’abord la
main à la poche. Ils peuvent être
accompagnés par une collectivité
locale (bail emphytéotique ou
subvention culturelle). Le tout
étant complété, selon l’ampleur
du projet, par des institutions
étrangères, comme le Fonds Hassan II, la Ligue islamique mondiale, ou encore par un État étranger,
car les mosquées sont souvent
édifiées par des musulmans d’une
même origine, marocaine, algérienne, turque.
Mais une fois inaugurée, c’est
souvent le règne de l’argent liquide : par le biais des quêtes, très
importantes lors du ramadan, ou à
l’occasion du pèlerinage à
La Mecque qui génère d’importants flux. « Le problème du culte
« L’idée d’une zone grise dans laquelle on peut tolérer
du terrorisme en défense de certaines causes a disparu »
A
SECRÉTAIRE d’État aux Affaires étrangères, Anwar Gargash participe au nom
des Émirats arabes unis à la conférence
de Paris.
LE FIGARO.- Les États du Golfe ont
longtemps été accusés de fermer les
yeux sur le financement du terrorisme.
Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Anwar GARGASH.- Les États du Golfe
ont sous-estimé ce phénomène. Les
terroristes se sont nourris d’événements comme la guerre en Afghanistan
et la révolution en Iran pour peser sur
les discours publics. Et de nombreux
pays avaient accepté ces discours. Mais
aujourd’hui, l’idée d’une zone grise
dans laquelle on peut tolérer du terrorisme en défense de certaines causes a
disparu. Des groupes extrémistes, comme les Frères musulmans qui surfaient
sur cette ambiguïté, sont dans une position de faiblesse. Ce qui ne veut pas
dire que nous avons gagné cette guerre
contre le terrorisme. Mais nous sommes
désormais en meilleure posture. Aux
Émirats, nous avons très tôt insisté
pour que la lutte antiterroriste comporte ce volet financier pour assécher le
flot d’argent qui parvient aux terroristes, mais le combat inclut aussi une réponse aux contenus des messages djihadistes sur les réseaux sociaux. Sur le
plan international, nos alliances contre
le terrorisme sont également plus fortes, mais nous devons continuer nos efforts. C’est pourquoi cette conférence
qui traite aussi du financement de l’extrémisme au sens large est importante.
Des ONG du Golfe financent des projets
en Europe ou en Afrique sous couvert
d’aide caritative. L’Europe est-elle
consciente de certaines dérives ?
C’est un grand problème, ces ONG ou
ces organisations proches de gouvernements qui financent en fait des extrémistes, des mosquées radicales ou qui
influencent des groupes, comme la
branche syrienne d’al-Qaida. C’est un
de nos différends avec le Qatar. Nous
devons parvenir à un plus grand
contrôle de cet argent prétendument
privé. Nous savons que certaines de ces
ONG sont liées aux gouvernements.
N’oublions pas que de l’argent privé
parvient jusqu’en Europe, où la menace
extrémiste est forte.
Le Qatar a fait des efforts en matière de
contrôle de financement du terrorisme.
Oui et non. Le Qatar sait qu’il est sous la
pression de ses voisins. Il a pris des en-
gagements. Il doit les respecter. Récemment, le Qatar a publié une liste de financiers du terrorisme, mais on a vu le
premier ministre assister au mariage du
fils de l’un de ces principaux financiers.
Le Qatar ne doit pas se servir de la
conférence de Paris comme d’un exercice de relations publiques pour faire croire qu’il a fait ce qu’on lui demandait.
Aux Émirats, des banques sont accusées
d’être laxistes avec de l’argent qui est
sale ou qui alimente le terrorisme ?
Nos réglementations sont strictes et
nous les appliquons. Mais notre économie est ouverte, notre société est cosmopolite. Nous pouvons avoir des
failles. Mais, lorsque des preuves sont
apportées, nous combattons ces transferts frauduleux ou suspects. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR G. M.
musulman n’est pas l’absence d’argent, observe Didier Leschi,
auteur de Misère (s) de l’islam de
France (Cerf), mais l’absence de
gestion globale et de mise en commun des fonds. Quant à l’argent du
terrorisme, il échappe aux mosquées, il est plutôt issu du système
D : petits commerces et trafics de
toutes sortes. C’est incontrôlable. »
Un expert de ce dossier assure
toutefois : «Le président de la République sait que le Conseil français
du culte musulman a torpillé - par
conflit d’intérêts - le projet Cazeneuve de créer une association
cultuelle nationale pour gérer l’argent de l’islam. Il prépare donc une
nouvelle proposition. Le contexte
n’a jamais été aussi favorable.
Quant à la volonté politique de régler ce problème, elle n’a jamais été
aussi forte. » ■
EN BREF
Danemark : perpétuité
pour le meurtrier
du sous-marin
Peter Madsen, ingénieur danois
autodidacte envahi de fantasmes
morbides, a été condamné
mercredi à la prison à vie pour
l’assassinat, précédé de sévices
sexuels, de la jeune journaliste
suédoise Kim Wall dans son
sous-marin privé en août 2017
près de Copenhague. Il a commis
« un meurtre cynique, prémédité,
d’une nature particulièrement
violente », ont estimé la juge
professionnelle et les deux jurés
du tribunal de Copenhague.
Syrie : 18 combattants
prorégime tués
Au moins 18 combattants
prorégime ont été tués en
24 heures dans les affrontements
contre le groupe État islamique
(EI), dans le sud de Damas.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 26 avril 2018
SOCIÉTÉ
7
Notre-Damedes-Landes
va connaître
son épilogue
Au terme d’une réunion de ministres
à Matignon, Édouard Philippe pourrait
décider d’une date d’évacuation.
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
AMÉNAGEMENT L’interminable feuilleton de Notre-Dame-des-Landes
pourrait bien arriver à son épilogue.
Très attendu, celui-ci devait être rédigé
par Édouard Philippe qui se pose, une
nouvelle fois, comme arbitre dans ce
dossier explosif. Au terme d’une réunion rassemblant mercredi soir à Matignon plusieurs ministres, dont Gérard
Collomb, la préfète de Loire-Atlantique
Nicole Klein mais aussi le général d’armée Richard Lizurey, directeur général
de la gendarmerie nationale, pour
« faire un point sur le processus de retour
à l’État de droit », le chef du gouvernement devait trancher sur la reprise ou
non des opérations d’expulsion.
«La ligne, elle est constante, avait encore rappelé mardi matin le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Ceux qui ont un projet agricole,
qui ont respecté l’État républicain, qui se
sont intégrés dans le cadre que l’État a
proposé […], ceux-là ont leur place, les
autres n’ont pas leur place et ils seront
évacués. » Dans l’attente des annonces
de Matignon, un calme relatif a régné
jusqu’en fin de journée sur le site de
Notre-Dame-des-Landes.
Comme chaque mercredi, un chantier collectif est ouvert à toute personne
souhaitant donner un coup de main, et
ce n’est pas la réunion au sommet à
Paris qui a bouleversé les travaux aux
champs. « Je ne suis pas très positive,
j’ai l’impression qu’au gouvernement, ils
ne sont pas d’accord entre eux et s’em-
brouillent autant que nous, estime une
occupante de la ZAD. En attendant
qu’ils décident, on plante des navets. »
Les zadistes, dont le nombre varie de
300 à 600 selon les estimations faites en
préfecture, n’ont entrepris aucun coup
d’éclat. Les plus virulents, estimés à
« quelques dizaines tout au plus » de
source informée, continuent à harceler
les gendarmes mobiles en allant au
contact de manière sporadique. « Ils
lancent quelques projectiles le temps
d’une action rapide, puis ils repartent »,
décrit un officier en « écartant cependant l’idée d’une situation tendue ». Dans
un jeu devenu presque ordinaire du chat
et de la souris, les opposants construisent des barricades que les militaires
démontent de manière quasi systémati-
Réunion sur la situation à Notre-Dame-des-Landes autour du premier ministre, Édouard Philippe, mercredi, à Matignon.
que, à l’exception peut-être des remparts de fortune dressés en travers du
chemin de Suez. Les tranchées, à peine
creusées, sont elles aussi rebouchées
dans la foulée. L’idée est surtout de
maintenir les casseurs à l’écart de la très
stratégique route départementale D281.
en attendant d’intervenir. Outre des
hélicoptères EC 135, des drones de reconnaissance, des gendarmes de
montagne mobilisés pour déloger
d’éventuels récalcitrants embusqués,
les dix-huit escadrons mobiles qui tiennent le site pourront aussi compter sur
la Cellule nationale d’observation et
d’exploitation de l’imagerie légale
(Cnoeil) quand viendra le moment
propice d’intervenir.
La première vague d’évacuation avait
conduit il y a deux semaines à la destruction de 29 squats sur 97 habitats re-
Déloger d’éventuels
récalcitrants
Pour l’heure, les quelque 1 800 à 2 000
gendarmes déployés autour de la ZAD et
appuyés par des véhicules blindés
maintiennent leur « contrôle de zone »
É. FEFERBERG/AFP
censés par les autorités. Un spécialiste
prévient : « Les forces mobiles ne pourraient pas rester en aussi grand nombre
sur zone pendant des semaines. » Car
outre les manifestations de mai et la
pression migratoire qui monte avec les
beaux jours, les unités seront appelées à
être projetées cet été sur les sites de vacances et les protections de grands événements tels que le Tour de France. À
l’approche de l’été, les fronts de la sécurité vont se multiplier. Et le dossier
« NDDL » devra être impérativement
réglé. ■
La facture sécuritaire dépasse les 5 millions d’euros
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
Les forces de l’ordre
et les zadistes
s’affrontent, le 15 avril,
à Notre-Dame-desLandes.
CHARLY TRIBALLEAU/AFP
PLUS de cinq millions d’euros ! Ce
sera la facture de l’expulsion des
zadistes de Notre-Dame-desLandes (Loire-Atlantique) à la fin
de la semaine. Le seul coût sécuritaire, calculé a minima. Le Figaro
a en effet retenu les fourchettes
basses et l’affaire de la ZAD n’est
pas terminée.
Depuis le 9 avril, 20 à 25 escadrons de gendarmes mobiles
(65 hommes par escadron) sont
entrés en scène. Il faut y ajouter
les renforts dans la région de 2 à
6 compagnies de CRS (75 hommes
par unité). Le plus important dispositif déployé sur plusieurs semaines depuis les émeutes de
2005. L’opération coûte plus de
15 000 euros par jour et par unité.
Premier poste budgétaire : les
indemnités de déplacement. L’indemnité journalière d’absence
temporaire (Ijat) atteint 40 euros
par homme et par jour. Multipliez
cela par le nombre d’unités envoyées et par 20 jours de présence, à la fin de cette semaine, ce
seul poste dépassera le million et
demi d’euros ! Il y a même des
« surprimes » pour les CRS.
engins à des entreprises pour
Deuxième poste : l’hôtellerie.
démolir en partie la ZAD
Vu le nombre de forces dépê(déconstruction loin d’être
chées, la majorité des gendarachevée). Certains matériels de
mes ne dort pas en caserne mais
ces privés ont même été détruits
à l’hôtel, comme les CRS. À plus
par des soutiens des zadistes
de 3 000 euros par jour et par
lors d’opérations commando :
unité. Total de ce deuxième posdes dépanneuses et deux charte : encore 1,5 million d’euros. Il
geuses industrielles. La facture
faut aussi loger les états-majors
de ce vandalisme dépasse le dede coordination (GTG, GOMO),
mi-million d’euros.
sans parler du diEt les munitions ?
recteur général de
Plus de 10 000 grela gendarmerie nanades tirées par les
tionale et de son
gendarmes en même
aréopage
d’offipas trois semaines !
ciers.
À 30 euros pièce
Ce n’est pas tout.
la lacrymogène de
La nourriture, le
base, 40 euros la lacarburant, les péade grenades lacrymo
crymo à effet sonore
ges entrent en ligne
déjà tirées
et 50 euros l’unité
de compte et alourpour une grenade
dissent la facture
de « désencerclement », le coût
globale de déplacement d’un
dépasse ici les 300 000 euros.
troisième tiers. Soit encore
Sans compter ce que les CRS
1,5 million d’euros. Et c’est un
eux-mêmes ont utilisé.
minimum, car, pour l’occasion,
Par ailleurs, tout chef d’unité
la maréchaussée a sorti toute sa
qui se respecte n’oubliera pas de
panoplie : deux hélicoptères (à
mentionner la « casse de maté1 500 euros, voire 2 000 euros
riel », les boucliers, les casques,
l’heure de vol), des drones, des
les tenues abîmés et même les
blindés. « Les 2 millions d’euros
engins
endommagés.
Les
sont largement dépassés sur ce
500 000 euros de munitions et de
poste », assure un officier.
dommages seront vite dépassés.
Il a fallu, en outre, louer des
Plus de
300 000
euros
Sans compter le coût induit par
les dommages physiques subis
par les hommes sur le terrain. La
gendarmerie a évoqué environ
70 blessés depuis le début de
l’opération.
Au total, une facture à plus de
5 millions d’euros. Bien sûr, elle
n’inclut pas les soldes et traitements. Il était inévitable, de
toute façon, que ces professionnels du maintien et du rétablissement de l’ordre soient employés loin de leur base, tant on
les sollicite en tout point de
l’Hexagone, mais aussi outremer. Les gendarmes mobiles et
CRS passent en moyenne
220 jours par an sur le terrain.
Mais quand ils sont massés
aussi longtemps sur 1 650 hectares dont beaucoup de Français
n’ont que faire, surtout après
l’abandon du projet d’aéroport,
ils manquent ailleurs. Dans
les banlieues où le feu couve,
mais aussi aux frontières. Des
identitaires ont même prétendu
faire le travail à leur place dans
les Hautes-Alpes dimanche
dernier.
Fallait-il faire durer cette
« der des ders » à Notre-Damedes-Landes ? ■
Les jeunes Européens de plus en plus diplômés
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
ÉDUCATION C’est à première vue une
bonne nouvelle pour l’Union européenne. Les jeunes sont de plus en plus nombreux à décrocher des diplômes de l’enseignement supérieur. L’objectif de 40 %
fixé en 2002 par les États membres est en
passe d’être atteint, deux ans avant
l’échéance 2020.
À ce jour, 39,9 % des jeunes Européens
de 30 à 34 ans sont titulaires d’un bac +2
ou 3, selon les résultats publiés le 25 avril
par Eurostat, l’office statistique de l’UE. Il
y a quinze ans, ils n’étaient que 23 %. Exception faite de l’Allemagne, les grands
gagnants de cette progression sont les
femmes : en moyenne, elles sont 45 % à
être diplômées du supérieur, contre 35 %
pour les hommes. Alors même que les
deux populations partaient du même
point, en 2002.
Quels pays tirent leur épingle du jeu ?
L’Irlande, le Luxembourg, la Suède ou
encore la Lituanie affichent un taux supé-
rieur à 50 %. Sur les dernières marches,
en deçà des 35 %, l’Italie, la Roumanie ou
encore l’Allemagne, où le poids du système d’apprentissage peut concurrencer la
poursuite d’études. La France arrive au
milieu du classement, en 14e position.
Respectivement 38 % des jeunes Français
et 44 % des jeunes Françaises sont diplômés du supérieur.
Incitation financière
En parallèle, le taux de décrochage scolaire tend, lui, à se réduire. Parmi les 18-24
ans, 10,6 % ont quitté l’école sans diplôme, avant la fin du collège. Là encore,
l’objectif fixé par l’UE (10 %) est quasiment atteint. Pour la France, le pari est
déjà gagné avec un taux passé sous la barre des 9 %. C’est le résultat d’interventions politiques volontaristes sur le sujet.
Aux Pays-Bas, par exemple, la loi impose
désormais à l’élève sans diplôme une ou
deux années de scolarisation supplémentaires à temps partiel jusqu’à l’âge de 18
ans. Dans d’autres pays, une incitation financière est mise en place à l’endroit des
Hausse généralisée des diplômés
DIPLÔMÉS DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR,
% de personnes âgées de 30 à 34 ans ayant obtenu un diplôme Bac +2 ou Bac + 3
2002
2017
53,5
48,3
50
44,3
40
32
31,5
34
31,5
30
26,9
24,2
20
13,1
10
0
Irlande
Royaume-Uni
France
Source : Eurostat
établissements qui réussissent à réduire le
nombre de leurs sortants précoces.
Faut-il se réjouir de ces progressions ?
Le taux de diplômés reflète-il la performance d’un pays ? La question est de savoir si l’augmentation du niveau d’études
Allemagne
Italie
Infographie
s’accompagne d’une élévation du niveau
de connaissances. Dans son volet éducatif, la stratégie « Europe 2020 » se décline
autour de sept critères. Parmi eux, le taux
de non-maîtrise de la lecture, des mathématiques et des sciences. Il doit tomber en
dessous de 15 % d’ici à 2020. Et c’est là
que le bât blesse. À 15 ans, 20 % des Européens n’ont pas une bonne compréhension de l’écrit, soit le même taux qu’il y a
quinze ans… Une moyenne qui masque
d’importantes disparités. Le Danemark,
la Finlande ou la Pologne ont atteint l’objectif européen. Quand la France affiche
un taux de 22,6 %. Plus inquiétant, cette
compréhension se dégrade constamment
depuis 2002. L’Allemagne qui arrive, elle,
à 16 % est parvenue à inverser la tendance. Après le choc de l’évaluation internationale « Pisa » des années 2000, le pays
s’est retroussé les manches pour remonter dans les classements. La France, qui
cumule les mauvaises places - en mathématiques, les écoliers de 10 ans, sont
même arrivés bons derniers d’un classement européen de 2016 - peut-elle inverser la tendance ? « Encourager la créativité et l’innovation, y compris l’esprit
d’entreprise à tous les niveaux de l’éducation. » Voici l’un des axes de développement recommandé par l’UE à ses membres en matière d’éducation. ■
A
Près de 40 % sont titulaires d’un bac +2 ou +3. En revanche, le niveau de connaissances des adolescents ne progresse pas.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Avec ses contrôles allégés et payants,
la réforme des tutelles suscite l’inquiétude
Le projet de loi prévoit la suppression de la vérification, par le juge, des comptes de gestion des personnes
vulnérables. Les magistrats craignent des dérives de la part des mandataires extérieurs.
PAULE GONZALÈS £@paulegonzales
DROIT Un contrôle allégé et qui ne sera
plus gratuit. Le projet de loi de la garde
des Sceaux, Nicole Belloubet, prévoit,
en son article 16, de déjudiciariser le
contrôle des comptes de gestion des
personnes sous curatelle et tutelle.
Alors que jusque-là, la loi prévoyait un
contrôle annuel des comptes par les
greffiers en chef des tribunaux d’instance, il sera désormais possible de
nommer un tuteur dit subrogé ou un
tiers chargé de la vérification. C’est par
décret que seront déterminées les personnes habilitées à ces contrôles.
Mais une chose est sûre : alors que jusque-là ce contrôle très sensible était
considéré comme une mission de service
public de la justice, il est désormais privatisé et donc payant pour le justiciable.
De plus, les juges d’instance ne pourront
intervenir qu’« en cas de difficulté ou de
refus de signature » du subrogé tuteur.
« Or, rappelle la juge Anne-Charlotte
Meignan, membre de l’association nationale des juges d’instance, imaginez
qu’un tuteur détourne ne serait-ce que 10
ou 15 euros par mois, personne ne s’en
rendra compte. Mais s’il fait la même chose avec plusieurs des personnes protégées
dont il a la charge, cela peut faire chaque
mois une petite somme non négligeable.
Même si nos contrôles étaient loin d’être
systématiques, l’épée de Damoclès que
cela représentait permettait aux tuteurs et
curateurs de prêter plus d’attention à ce
qu’ils sont autorisés à faire. »
La protection des personnes vulnérables est au cœur de l’activité des tribunaux d’instance. En France, ces majeurs protégés représentent 722 482 personnes. 384 068 individus sont sous
tutelle (c’est-à-dire complètement pris
en charge), le reste sous curatelle (bénéficiant encore d’une certaine autonomie). Un chiffre en constante augmentation malgré une loi de 2007 qui a
mieux défini le contentieux.
Ces personnes vulnérables sont confiées au bon soin de curateurs et de tuteurs. Ces derniers peuvent être des
Les contentieux concernant les majeurs protégés
NOMBRE DE CONTENTIEUX CONCERNANT
LES TUTELLES DANS LES 25 PRINCIPALES
COURS D'APPEL,
PROCÉDURES LES PLUS LONGUES
10 Douai
Paris
(décisions prises entre 2008 et 2018)
RESSORTS DES
COURS D'APPEL
4 ans et 9 mois
10 Amiens
Rouen 2
Cour d'appel de Paris, 8 décembre 2015
Metz
5
Caen
25
Reims
Paris
73
3 ans et 2 mois
Nancy 2
Cour d'appel de Paris, 27 mars 2018
Versailles
2 ans et 9 mois
Cour d'appel de Paris, 12 mars 2013
2 Colmar
Rennes 13
Orléans 2
Angers
NOMBRE DE
CONTENTIEUX
PAR MILLION
D'HABITANTS
Cour d'appel de Paris, 15 octobre 2013
Versailles
Dijon
4 Bourges
2 ans et 6 mois
2 Besançon
Cour d'appel de Paris, 15 décembre 2011
Plus de 8
Limoges
7
Lyon 7
Riom
de 5 à 7,99
Contentieux le plus court
(cour d'appel de Paris, février 2013)
Grenoble
21 Bordeaux
Non
disponible
2
Agen
MOYENNE : 3,48
9 000 €
Nîmes
Toulouse
12
13
18
25 Aix-en-Provence
Pau 4
2 Bastia
Montant moyen des remboursements
après vérification des comptes de gestion
Note : Ce sont ici les affaires les plus lourdes et aux montants les plus importants
qui ont été relevées dans la base Lexbase, éditeur juridique 100 % numérique
Montpellier
Source : Lexbase
Infographie
membres de leur famille à condition
qu’il y ait consensus. Mais ce sont aussi
des délégués proposés par des associations habilitées par le procureur de la
République. Chacun d’entre eux peut
avoir jusqu’à 60 mesures à suivre. Il
peut enfin s’agir de mandataires privés
dont le nombre de mesures peut atteindre la centaine. Ces mandataires extérieurs gèrent plus de la moitié des mesures de tutelle et de curatelle en
France. Dans les grandes villes, ils sont
en nombre insuffisant, ce qui tend un
peu plus le contentieux et ne permet
pas toujours aux juges de faire les difficiles quand la mesure devient urgente.
Délicates, la tutelle comme la curatelle
obligent de manière plus ou moins
étendue à prendre en charge les finances des personnes protégées.
« Une situation alarmante »
Chaque année, les greffiers en chef des
tribunaux d’instance sont chargés de
vérifier les comptes de gestion de ces
dernières afin d’éviter leur spoliation
par leur tuteur ou leur curateur. Une
vérification qui, compte tenu de la surcharge des greffes, est loin d’être systématique. Dans un rapport de 2016
consacré à la protection juridique des
majeurs, la Cour des comptes s’en est
inquiétée, affirmant qu’« exception
faite de quelques greffes, la procédure
d’examen des comptes rendus est largement inopérante. Il s’agit d’une situation
alarmante et gravement préjudiciable
aux personnes protégées comme aux
mandataires ». La Cour des comptes
donne plusieurs exemples comme celui
du tribunal d’instance d’Orléans qui
« comptait 3 511 mesures à la fin 2014 ;
au début juillet 2016, 50 de ces comptes
avaient été prévérifiés, dont 49 avaient
été approuvés, soit 1 % des mesures ».
Une difficulté que le projet de loi
Belloubet semble avoir choisi de résoudre en rendant la justice aveugle. ■
A
Handicap, solitude, violences… petites misères
et terribles drames défilent devant le juge
« VOUS TRADUISEZ trop vite, elle ne
comprend plus rien. » La juge des tutelles Anne-Charlotte Meignan recadre
souplement l’audience qui dure depuis
maintenant une bonne demi-heure.
Faute d’interprète, elle a dû faire prêter serment à l’hôtesse d’accueil du tribunal qui parle bambara. « Une chance », sourit-elle. « Les interprètes, c’est
souvent le système D. Notre cas le plus
difficile a été celui d’une audience de tutelle où il nous fallait trouver une interprète de Makaton, le langage en pictogrammes des autistes. »
La dame imposante, encore vêtue de
son lourd pardessus et coiffée d’un turban bordé de doré, montre des signes
croissants d’inquiétude : elle époussette sans relâche ses vêtements et la table
d’audience comme si tout était couvert
de miettes invisibles. Depuis son accident, dont elle pense qu’il était en hiver parce qu’elle portait un manteau,
elle ne se souvient plus de l’âge de ses
quatre enfants, n’a aucune idée de ses
revenus, du montant de son loyer, hésite sur sa nationalité mais continue de
travailler, et s’occupe comme elle peut
de son intendance. Mais avec tant de
retard que tout finit par des saisies
bancaires. Pour sortir de ce calvaire de
confusion et de brouillard, la mesure
de tutelle serait pour elle un espoir. Inlassablement, la magistrate recoupe les
informations lacunaires, slalome entre
les témoignages des personnels sociaux
présents, tentant ainsi de s’assurer que
cette dame veut bien d’une tutelle et
que cette décision ne lui est pas imposée. Un grain de sable vient de se
glisser dans la traduction. « Que va faire ce monsieur chez moi ? » demandet-elle le visage soudain obscurci. Il faudra des mots simples pour réexpliquer
38,4 %
4 mois
Chambéry
9
de 2 à 4,99
Moins de 2
Taux de pourvoi
en cassation
2 ans et 3 mois
Poitiers 2
Les majeurs protégés représentent 722 482 personnes. 384 068 individus sont
sous tutelle, le reste sous curatelle. FRED MARVAUX/REA
le rôle du tuteur et avant qu’elle ne signe avec une lente application d’enfant
soulagée, la note d’audience préparée
en temps réel par la greffière.
“
J e m e s uis e n c o r e
dis p u t é e a v e c m o n d e mifr è r e . T o u s c r oie n t q u e je
me sers, mais il n’y a rien
à prendre
”
UNE DAME QUI SOUHAITE OBTENIR
UNE HABILITATION FAMILIALE POUR SA MÈRE
Une dame bien mise lui succède afin
d’obtenir une habilitation familiale
pour sa mère de 95 ans. Ses gestes s’interrompent et sa voix se perd comme
pour éviter de prendre trop de place.
« Votre mère n’est pas venue avec
vous ? », interroge Anne-Charlotte
Meignan. « Mais elle ne sort plus de
chez elle. La dernière fois, ce devait être
lorsqu’elle a été hospitalisée pour une
crise de démence. » S’égrène alors la litanie de la misère humaine : la solitude
entre quatre murs, le rejet violent de
toute aide étrangère, le refus de la maison de retraite, l’indifférence revancharde des enfants d’un premier lit.
« Je me suis encore disputée avec mon
demi-frère aîné hier au téléphone. Tous
croient que je me sers, mais il n’y a rien à
prendre », soupire-t-elle si lasse. Mais
la magistrate a tiqué. Une habilitation
familiale n’est possible qu’avec le
consentement de tous. C’est ce qu’elle
va tenter de réunir, inquiète des délais
alors que les audiences seront bientôt
allégées pour cause de déménagement
au nouveau Palais de justice des Batignolles.
Une traductrice d’espagnol et une
avocate entrent, les bras chargés d’un
gros dossier. Elles accompagnent une
vieille dame espagnole très chic et très
droite, élégamment fardée, vêtue d’un
chemisier de satin blanc éclatant, d’un
tailleur impeccable et arborant des
boucles d’oreilles de perles et de
brillants. « C’est un cas compliqué »,
souffle la juge. « Une tutelle contentieuse concernant cette dame qui veut retourner vivre en Espagne mais qui est elle-même en charge de sa fille
lourdement handicapée. » Peu à peu, le
masque de la mise élégante craque
pour découvrir l’envers du décor fait
de violences intrafamiliales, d’insalubrité et de lessives à la main. L’entrée
de la responsable de tutelle électrise la
petite pièce. La détestation mutuelle
des deux femmes crispe l’audience au
point d’affoler la fille simple d’esprit
coincée dans son fauteuil roulant et
qui, malgré son âge déjà avancé, arbore
deux tresses enrubannées et des tennis
aux couleurs acidulées.
Puis suivent deux sœurs missionnaires minuscules, la poitrine barrée
d’une croix gigantesque. Elles mettent
la touche finale à la scène pour plonger
dans une peinture de Vélasquez. Ce
sont elles qui ont emmené la vieille
dame à la banque pour retirer de l’argent liquide. « Je n’avais rien, pas un
centime », étouffe de rage la dame. La
juge temporise, reconnaît la bonne foi
des religieuses et prend acte de l’impossible réconciliation entre les deux
femmes. « Quand nous passons par les
associations, nous n’avons pas le choix
des tuteurs », soupire-t-elle… ■ P. G.
ZOOM
Jawad Bendaoud
condamné à 6 mois
avec sursis
Jawad Bendaoud, logeur
de deux djihadistes du
13 Novembre, a été condamné
mercredi à six mois de prison
avec sursis pour avoir violenté
et menacé de mort son excompagne, deux mois après
avoir été relaxé du chef de
« recel de malfaiteurs
terroristes ». Le parquet de
Bobigny avait requis dix mois
de prison, dont quatre avec
sursis, contre ce délinquant
multirécidiviste de 31 ans qui
était poursuivi pour des faits
datant d’octobre 2015 et de
mars-avril 2018, après sa sortie
de prison, où il avait passé
27 mois à l’isolement.
EN BREF
Les université « bloquées »
de Nancy et Metz
évacuées
Le campus de la faculté
de lettres et sciences humaines
de Nancy et des bâtiments
de l’université de Metz ont été
évacués mercredi par la police.
La plupart des bloqueurs étant
partis en vacances, les locaux
étaient déjà presque déserts :
à Metz, 5 personnes ont quitté
les lieux ; à Nancy, 19 militants
ont été délogés par les forces
de l’ordre.
L’auteur de propos injurieux
contre Mme Érignac
de nouveau en garde à vue
Charles Pieri, l’ex-leader
du FLNC, a de nouveau été placé
en garde à vue mercredi dans le
cadre d’une enquête concernant
la diffusion sur un réseau social
d’un message injurieux envers
la veuve du préfet Érignac.
Affaire Grégory : levée
partielle du contrôle
judiciaire de Murielle Bolle
Toujours suspectée d’avoir
participé à l’enlèvement du petit
Grégory Villemin, Murielle
Bolle, mise en examen dans
cette affaire, a été autorisée
à « rentrer chez elle », dans les
Vosges, a déclaré mercredi
le procureur général de la cour
d’appel de Dijon.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SCIENCES
jeudi 26 avril 2018
9
Le satellite Gaia
dresse une carte
sans précédent
du ciel étoilé
En recensant 1,7 milliard de points
lumineux dans le ciel, le satellite de l’ESA
offre aux chercheurs un océan de données
pour mieux comprendre notre galaxie.
TRISTAN VEY £@veytristan
ASTRONOMIE Le satellite européen Gaia
est un fantastique chasseur d’étoiles. Depuis 2012, cet insatiable arpenteur céleste, qui nous accompagne dans notre
course autour du Soleil à 1,5 million de
km de la Terre, mesure chaque seconde
les positions de 5 000 astres, balayant
l’intégralité du ciel. Mercredi, l’Agence
spatiale européenne (ESA) a ainsi dévoilé
un recensement inégalé de 1,7 milliard de
points lumineux sur la voûte céleste. Un
chiffre proprement astronomique, c’est
le cas de le dire, quand on sait qu’à l’œil
nu un humain ne peut pas distinguer plus
de 3 000 « points » dans le ciel étoilé le
plus pur et le plus épargné par la pollution
lumineuse. Gaia en a détecté 500 000 fois
plus, caractérisant leur éclat et leur position sur la voûte céleste avec une précision diabolique.
Ses instruments exceptionnels, un million de fois plus sensibles que notre rétine,
lui permettent par ailleurs de distinguer à
1 000 km de distance deux points séparés
de l’épaisseur d’un cheveu. Il n’en fallait
pas moins pour réussir à détecter les infimes ellipses que décrivent les étoiles dans
le ciel au fur et à mesure que la Terre tourne autour du Soleil. Ces microscopiques
mouvements sont d’autant plus importants que les étoiles sont proches de nous,
ce qui permet de déduire leur distance,
par une simple règle géométrique. Gaia a
ainsi pu mesurer la distance qui nous sépare de 1,35 milliard d’étoiles. Ce n’est
donc pas une vulgaire mappemonde,
mais bien une carte en trois dimensions
qui vient d’être dressée.
Et une carte animée, qui plus est. Les
étoiles bougent aussi les unes par rapport
aux autres sur la voûte céleste. Si ces déplacements sont infimes à l’échelle d’une
vie, ils déforment en revanche les
constellations sur des dizaines de milliers
d’années. Nous connaissons désormais
Gaia peut distinguer à 1 000 km de distance deux points séparés de l’épaisseur d’un cheveu.
ces vitesses de déplacement pour chacune de ce 1,35 milliard d’étoiles. Et pour
une « petite » partie d’entre elles, plus de
7 millions tout de même, les astronomes
ont réussi à mesurer leur vitesse « radiale », c’est-à-dire le rythme auquel elles
se rapprochent ou s’éloignent de nous
(les chercheurs s’appuient pour cela sur
la « couleur » de l’étoile qui se décale vers
le bleu ou vers le rouge par effet Doppler,
de la même façon que le son d’une ambulance qui s’approche est plus aigu que celui d’une ambulance qui s’éloigne).
« C’est un bond de géant pour toute la
communauté astronomique mondiale », se
félicite François Mignard, astronome à
l’Observatoire de la Côte d’Azur et l’un
des responsables scientifiques historiques
de la mission. Cette nouvelle base de
données, accessible en ligne (https ://
gea.esac.esa.int/archive), est mise à la
disposition de tous. Elle compte tout simplement 10 000 fois plus d’astres que le
précédent catalogue exhaustif dressé entre 1989 et 1993 par un autre satellite
européen, Hipparcos.
article, s’amuse François Mignard. Nous
basculons dans un nouveau monde : c’est
un saut extrêmement important aussi bien
sur le plan quantitatif que qualitatif. »
Les astronomes peuvent désormais
voir le ciel s’animer, tenter d’aller débusquer les anomalies de déplacements qui
trahiraient la présence de phénomènes
encore à découvrir. Gaia en lui-même ne
fait pas de découverte à proprement parler. Il fournit simplement la matière, les
océans de données dans lesquelles la
communauté pourra aller puiser des décennies durant. La compréhension de la
dynamique et de l’évolution de notre galaxie, la Voie lactée, devrait s’en trouver
bouleversée. À elle seule, elle concentre
plus de 99,9 % des astres identifiés.
Le reste n’est pas moins intéressant : ce
sont des dizaines de millions d’étoiles
présentes dans les nuages de Magellan
(des petites galaxies voisines visibles dans
l’hémisphère Sud) et des dizaines de milliers d’étoiles appartenant aux galaxies
naines qui orbitent autour de la nôtre qui
ont aussi été répertoriées, permettant de
mieux comprendre leur fonctionnement.
Plus proches de nous, dans le Système solaire, ce sont enfin 14 000 astéroïdes dont
les positions et les orbites sont désormais
connues avec 10 à 100 fois plus de précision. De quoi anticiper leur passage devant des étoiles d’arrière-plan afin d’en
déterminer plus précisément la taille ou la
forme, par exemple. ■
« Un nouveau monde »
Des dizaines de milliers d’exoplanètes
pourraient aussi être débusquées
Aussi impressionnante soit-elle, cette
deuxième édition des données du
satellite européen Gaia n’est pas
complète. Elle ne compte ainsi que
14 000 astéroïdes sur les 350 000 que
pourrait contenir sa version finale
(2022). Le catalogue ne contient pas
non plus les étoiles binaires,
caractérisées par des variations de
luminosité complexes. Mais ce sont
surtout les exoplanètes qui manquent.
Gaia est en principe capable de détecter
les infimes oscillations d’une étoile
lorsqu’une (grosse) planète lui tourne
autour. Les scientifiques de la mission
espèrent ainsi en débusquer par
milliers, voire par dizaines de milliers !
Cela pourrait multiplier par cinq
ou par dix le nombre d’exoplanètes
découvertes. Si le catalogue n’en
contient aucune, c’est simplement que
les scientifiques ne les cherchent pas
encore. Cela exige en effet un
raffinement des analyses qui n’était pas
l’objectif des deux premiers catalogues.
Si la prochaine moisson, prévue pour
2020, n’en contenait pas, ce serait en
revanche très décevant.
T. V.
ESA/GAIA/DPAC
Les données préliminaires de Gaia, dévoilées en 2016, comptaient mille fois
moins d’étoiles. Ce vulgaire amuse-bouche en comparaison du repas pantagruélique qui attend les astronomes avait
néanmoins « permis à la communauté de
publier des centaines d’articles, un par jour
en moyenne », rappelle Uwe Lammers,
responsable scientifique de la mission
Gaia à l’ESA. « Nous pensons qu’avec cette
nouvelle livraison, ce chiffre pourrait être
multiplié par deux ou trois. »
Hier, ce sont déjà six articles qui ont été
publiés simultanément dans la revue Astronomy and Astrophysics par les membres de l’équipe d’analyse des données de
la mission. Objectif : donner un aperçu de
la qualité et du potentiel du catalogue.
« Certains paragraphes et certaines figures auraient pu justifier à eux seuls tout un
L’impérieuse nécessité d’améliorer le dépistage du cancer
Pour la première fois, les données de l’INCa permettent de savoir à quel stade sont détectés les cancers du sein et du côlon-rectum.
SANTÉ La plupart des cancers du sein et
des cancers colorectaux sont détectés à
un stade précoce en France. Mais certains
sont encore diagnostiqués trop tardivement. L’Institut national du cancer
(INCa) et l’agence Santé publique France
publient la première estimation nationale
sur les stades de détection de ces cancers.
La production de ce nouvel indicateur
pourra permettre d’« adapter les politiques publiques de prévention et de lutte
contre le cancer », note l’INCa.
Parmi les cancers du sein, six sur dix
sont détectés à un stade précoce, détaille
le rapport qui s’appuie sur les données
d’une quinzaine de départements français, entre 2009 et 2012, grâce au Réseau
français des registres des cancers (Francim) et au Service de biostatistique des
Hospices civils de Lyon. Trois cancers du
sein sur dix sont détectés à un stade intermédiaire et un sur dix à un stade avancé. Concernant les cancers colorectaux
(hommes et femmes confondus), 45 %
sont diagnostiqués à un stade précoce,
contre 22 % de stades intermédiaires et
33 % de stades avancés.
Les cancers - sein et colorectaux - dépistés entre 50 et 74 ans le sont souvent à
un stade précoce. Ces deux cancers sont
les seuls en France pour lesquels un dé-
pistage systématique est organisé, à ces
âges, tous les deux ans – le dépistage du
cancer du col de l’utérus devrait bientôt
rejoindre la liste.
De quoi plaider en faveur d’un renforcement du dispositif de dépistage systématique ? Oui, en ce qui concerne le cancer colorectal, selon les experts contactés
par Le Figaro. Aujourd’hui, seule 30 % de
la population concernée participe au dépistage systématique, pourtant très pertinent. Et plus le cancer est diagnostiqué
tôt, plus le traitement est efficace.
Faut-il suivre le même chemin pour le
cancer du sein ? « Non, avance le Dr Philippe Autier, médecin épidémiologiste à
l’Institut international de recherche et de
LEX MCCLELLAND, BOURNEMOUTH UNIVERSITY
Une chasse au
paresseux géant
gravée dans la terre
Une centaine d’empreintes de l’animal et de
chasseurs préhistoriques ont été découvertes.
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
ANTHROPOLOGIE À l’époque, l’homme
n’hésitait pas à chasser le mammouth,
le cerf géant (Megaloceros giganteus),
l’ours préhistorique ou le… paresseux
géant. Cela est rapporté pour certains
animaux par des peintures rupestres
dans des grottes et par des ossements de
ces animaux autour de foyers humains.
Mais, aux États-Unis, du côté du plus
grand désert de gypse au monde, au
White Sands National Monument
(WSNM), dans l’État du NouveauMexique, une chasse est carrément imprimée dans le sol : celle d’hommes
préhistoriques poursuivant un paresseux géant, Megalonyx jeffersonii, espèce aujourd’hui éteinte. Au milieu de très
belles empreintes de pattes de l’animal,
on a trouvé celles de pieds humains. Des
empreintes qui ne sont d’ailleurs visibles que dans certaines conditions
tains facteurs de risques sont évitables.
« La consommation d’alcool, le surpoids et
l’obésité sont des causes importantes de ce
cancer, rappelle le Pr Catherine Hill,
ancienne épidémiologiste à l’institut
Gustave-Roussy. Le tabac, en revanche,
est encore un facteur de risque discuté. »
Dans le cancer colorectal, « l’obésité et
l’alcool sont également des facteurs de risque importants, souligne le Dr Philippe
Autier. À l’inverse l’activité physique et
une diète équilibrée sont protectrices. »
Avec 12 000 décès estimés en 2017 en
France, le cancer du sein demeure le plus
meurtrier chez les femmes. Le cancer colorectal aurait, lui, tué plus de 18 000 personnes la même année. ■
prévention (Ipri, Lyon). Car la détection
précoce de ces cancers n’est pas forcément
une bonne chose, du fait du risque de
surdiagnostic élevé. Certains petits cancers
précoces n’évolueront jamais en cancers
dangereux. » À l’inverse, le Dr Charlotte
Ngô, praticienne hospitalo-universitaire
en chirurgie gynécologique à l’hôpital
Georges-Pompidou (APHP, Paris), se réjouit des bons chiffres en matière de détection précoce, même si elle ne nie pas le
risque de surdiagnostic des cancers du
sein. Elle rappelle que « l’évolution de
cette maladie est difficile à prévoir ».
En attendant l’arrivée de tests de dépistage du cancer du sein plus précis et,
pourquoi pas, plus individualisés, cer-
Vue d’artiste de la reconstitution d’un tableau de chasse préhistorique.
d’humidité. Mais que des chercheurs
américains du National Park Service
ont étudiées et cartographiées pour reconstituer un tableau de chasse préhistorique (travaux publiés dans la revue
Science Advances).
Le site où ont été trouvées ces pistes
d’empreintes est situé sur ce qui était les
rives d’un lac (paléolac Otero) aujour-
d’hui réduit à presque rien (lac Lucero).
Datant d’entre - 15 000 et - 10 000 ans
Before Present (BP), il comprend plus
d’une centaine d’empreintes de paresseux et d’hommes entremêlées, se recouvrant, se suivant… Le paresseux
géant, aussi appelé paresseux terrestre
de Jefferson, en hommage au troisième
président des États-Unis, qui s’était
passionné par ses os fossiles, mesurait
2,5 à 3 m et devait peser jusqu’à 360 kg.
Les empreintes de l’animal, plus
grandes que celles des hommes, ont de
3 à 5 cm de profondeur, de 30 à 56 cm
de long et de 10 à 35 cm de large. Elles
montrent des traces d’éversion, qui est
une façon de poser le pied en soulevant
son bord extérieur, typique de la marche du paresseux. Certaines montrent
des traces de griffes. L’analyse détaillée
des traces, des trajectoires, des emplacements, des superpositions laisse penser, affirment les chercheurs, qu’elles
décrivent bien une chasse. Pour eux,
par exemple, il y a concentration de
traces humaines autour d’empreintes
montrant que le paresseux s’était mis
debout en mode défensif. Dans cette
période du pléistocène final (de
- 20 000 à - 12 000 ans BP), les hommes
utilisaient des armes et des instruments
fabriqués à partir des os, des dents, des
cornes d’animaux. Ils revêtaient des
fourrures aussi bien pour se protéger
que pour tromper leurs proies. Et
n’avaient pas froid aux yeux… ■
A
AURÉLIE FRANC £@AurélieFranc
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
10
SPORT
Marseille, attention au piège autrichien
Méconnus, les joueurs de Salzbourg sont un réel danger pour l’OM, ce jeudi en demi-finales aller de la Ligue Europa.
VINCENT DUCHESNE £@VinceSport24
ENVOYÉ SPÉCIAL À MARSEILLE
FOOTBALL Revivre une nuit de folie. Une
soirée européenne enivrante dont on se
souviendra encore dans dix, vingt ou
trente ans. Pour se rapprocher encore un
peu plus près des étoiles. D’une cinquième finale de Coupe d’Europe. Quatorze
ans après la dernière, face à Valence en
Coupe de l’UEFA (0-2). Tout Marseille est
en ébullition. Bouillonne à quelques heures d’accueillir, clin d’œil du tirage, un
nouveau représentant de la galaxie Red
Bull. Après Leipzig, renversé dans
l’ivresse générale en quarts (0-1, 5-2),
c’est au tour de Salzbourg de se dresser
sur la route des Phocéens en demi-finales
de la Ligue Europa (21 h 05 sur W9 et
beIN Sports). « Un match très important,
peut-être le plus important de ma carrière », a glissé un Florian Thauvin « impatient » d’en découdre.
L’histoire est en marche. L’occasion
trop belle d’entretenir la légende phocéenne sur la scène européenne. Et le
piège bien tendu aussi. Soyons clair, les
fans de l’OM s’y voient déjà. Sur le papier, Marseille, euphorique depuis deux
semaines, a évité le pire. Pas d’Arsenal, ni
d’Atlético Madrid, qui s’affronteront
dans l’autre demi-finale. Personne n’ose
imaginer le seul club français vainqueur
de la Ligue des champions (1993) buter
sur le champion d’Autriche aux portes de
la finale. Le danger est là. La menace,
réelle. Salzbourg, c’est peut-être moins
glamour. Mais c’est un adversaire à ne
surtout pas négliger. « Ils n’ont perdu que
trois matchs cette saison, rappelle Rudi
Garcia. Ça montre la force de cette équi-
A
Le Vélodrome prêt
à rallumer le feu
C’EST UN STADE, qui, quand il se
met à rugir à plein régime, est capable de vous donner des frissons.
Vous faire dresser les poils. Une
enceinte apte, quand elle conspue,
à faire naître en vous des symptômes semblables à ceux des
acouphènes. Un bourdonnement.
Des sifflements. Ô combien désagréables. Amplifiés depuis la couverture de toutes les tribunes lors
de la rénovation en vue de l’Euro
2016. Le Stade Vélodrome, avec ses
deux virages (nord et sud) de plus
de 12 000 places chacun, transcende autant qu’il impressionne. Déstabilise. Paralyse même parfois.
Demandez aux joueurs de Leipzig,
emportés par la foule et la folie,
dans une ambiance extraordinaire
lors du quart de finale retour de la
Ligue Europa le 12 avril dernier
(5-2).
Une atmosphère électrique,
digne de celles vantées et craintes en Turquie. « Je connais bien
(Ralph) Hasenhüttl, le coach de
Leipzig, et il m’a dit qu’il croyait
avoir tout vu en termes d’ambiance à Besiktas, mais ce qu’il a vécu
au Vélodrome dépasse tout ce qu’il
avait imaginé », a du reste révélé
au site Le Phocéen Peter Zeidler,
ancien coach de Salzbourg,
aujourd’hui aux commandes du
FC Sochaux. Ce soir-là, le doux
parfum des grandes soirées européennes a euphorisé toute la cité
marseillaise. Réveillé le volcan
paisiblement endormi. « Ce qui
manquait le plus depuis quelques
mois, voire quelques années,
c’était la passion, a glissé l’ancien
président de l’OM Pape Diouf
(2005-2009) sur le plateau de
laprovence.com. Cette passion
qui fait que lorsque vous entrez
dans un taxi, le chauffeur vous
parle de l’OM, que lorsque vous
allez acheter du pain, le boulanger
vous parle de l’OM, que lorsque
vous allez chez le boucher, le boucher vous parle de l’OM. »
« On a senti plus qu’un frémissement, une réalité qui s’est prolongée au stade, a-t-il ajouté. La présence du public a été déterminante.
Elle a quasiment été décisive, presque autant que le but d’un Payet.
Quand le Vélodrome gronde comme
il l’a fait, il pousse les joueurs à leur
extrême limite. »
pe. » A son tableau de chasse en 2018 ? La
Real Sociedad en 16es de finale (2-2, 2-1),
le Borussia Dortmund en 8es (2-1, 0-0) et
la Lazio Rome en quarts (2-4, 4-1). Suffisant pour inspirer la méfiance.
Pressing incessant
D’autant plus que les Marseillais ont déjà
eu l’occasion de se frotter aux hommes
de Marco Rose lors de la phase de groupes. Ils s’y étaient cassé les dents, sans
gagner, ni même marquer (défaite en
Autriche 0-1, 0-0 au Vélodrome). L’OM
de l’automne dernier n’a certes plus rien
à voir avec celui du printemps. Plus cohérent. Plus emballant. Plus confiant.
Mais tout de même… « C’est une équipe
jeune, joueuse, qui presse sans cesse. Elle
nous a posé des problèmes, reconnaît Valère Germain. Comme dit le coach, je pense
qu’ils sont plutôt favoris. On va leur laisser
Le record d’affluence
européen établi
au Stade Vélodrome
contre le RB Leipzig
(61 882 spectateurs),
le 12 avril en quart
de finale retour de la
Ligue Europa, devrait
tomber lors de la demifinale aller entre l’OM
et Salzbourg, ce jeudi
soir. GEPA/ICON SPORT
« Ça nous galvanise »
Il risque fort de gronder encore ce
jeudi pour la réception de Salzbourg en demi-finales aller. La
rencontre se jouera en effet à nouveau à guichets fermés. L’engouement populaire a été tel que
45 000 supporteurs ont essayé simultanément d’acheter leurs places dès l’ouverture de la billetterie
dimanche. Un afflux massif, « dépassant de loin tous les précédents
pics de trafic », selon l’OM, synonyme de bugs à répétition pour le
site du club et la plateforme de
vente de billets.
Marseille, qui s’est excusé pour
la gêne occasionnée et la frustration légitime engendrée, aurait
pu ainsi remplir l’équivalent de
trois Vélodrome ! Le record d’affluence européen établi contre
Leipzig (61 882 spectateurs) devrait logiquement tomber face
aux Autrichiens et le vacarme
s’annonce étourdissant. « Ça va
être une ambiance exceptionnelle,
comme contre Leipzig (5-2), s’enthousiasme Valère Germain.
Quand le stade est comme ça, ça
nous galvanise. » « Les gens y
croient. Le stade va encore connaître une soirée de folie, prédit Pape
Diouf. Ce qui manque le plus à Paris aujourd’hui, c’est le public de
Marseille… Avec lui, on pourrait
imaginer un PSG beaucoup plus
conquérant. » Avec lui, Marseille
se sent tout-puissant. ■
V. D.
CHIFFRES CLÉS
0
but marqué par l’OM
face à Salzbourg en phase
de groupes (0-1, 0-0)
6e
demi-finale européenne
pour Marseille
(deux éliminations
et trois qualifications
pour la finale)
14
ans que l’OM n’avait pas
atteint les demi-finales
d’une Coupe européenne,
en l’occurrence
feu la Coupe UEFA
DEMI-FINALES
LIGUE EUROPA
21 h 05
MARSEILLE W9, SALZBOURG
beIN
21 h 05
ATLÉTICO M.
ARSENAL
beIN
la pression à eux, et se mettre nous en position d’outsider, ça nous réussit bien… »
«La victoire contre Lille (5-1 samedi) a
été la meilleure façon de préparer cette demi-finale, estime Bouna Sarr. Ce match
est d’autant plus important que l’aller est
chez nous, devant notre public. » Dans un
Vélodrome à guichets fermés et annoncé
une nouvelle fois en fusion (lire ci-dessous), Marseille connaît les ingrédients.
« On veut mettre beaucoup d’enthousiasme, du talent aussi, et de l’esprit d’équipe,
glisse l’entraîneur Rudi Garcia. C’est la
force de Marseille cette saison, on n’est jamais si efficaces que quand on joue les uns
avec les autres. Avec cet état d’esprit, cette
équipe est capable d’être plus forte que
tout. »
À condition d’aborder sereinement ce
grand rendez-vous, « de ne pas trop
gamberger » à l’approche du match,
dixit Garcia. « Il faut commencer le match
à 21 h 05, pas avant ni après, a-t-il martelé face aux médias. Et il faudra lâcher les
chevaux. » Avec en ligne de mire cette
fameuse finale, programmée le 16 mai
prochain à… Lyon, dans le stade d’un rival historique. Un antagonisme exacerbé
cette saison par la lutte pour une place
sur le podium en Ligue 1 et surtout par les
incidents survenus le 18 avril lors d’OMOL (2-3), conclu dans la confusion avec
un début de bagarre générale. Ce serait
« le kif » et « exceptionnel par rapport à
ce qui s’est passé ici (au Vélodrome) en
championnat », selon Dimitri Payet. « On
n’en parlera pas trop, car il y a des matchs
à gagner avant, tempère Thauvin. Mais si
on arrive à y aller, c’est certain que ça sera
une source de motivation en plus. » Ce serait tellement bête de s’arrêter en si bon
chemin. ■
Salzbourg, l’usine à talents
de la galaxie Red Bull
GULACSI, Ilsanker, Upamecano,
Sabitzer, Naby Keita. Ces joueurs du
RB Leipzig ont un point commun.
Au-delà du fait qu’ils étaient titulaires lors du naufrage au Vélodrome contre Marseille (5-2) en quarts
de finale de la Ligue Europa, ces
cinq éléments sont tous passés par
le Red Bull Salzbourg, adversaire ce
jeudi de l’OM. Hasard ou simple
coïncidence ? Plutôt le fruit d’une
stratégie sportive savamment orchestrée par la maison mère Red
Bull, propriétaire des deux clubs.
Le milliardaire autrichien Dietrich Mateschitz, fondateur de la
marque, a, en fait, appliqué au football ce qu’il avait brillamment mis
en place lors de son arrivée en Formule 1 en 2005. À savoir le rachat
de deux entités (Red Bull Racing et
Toro Rosso), l’une servant de pépinière de talents à l’autre. Avec à la
clé quatre titres de champion du
monde des constructeurs et quatre
couronnes mondiales pour Sebastian Vettel de 2010 à 2013.
« Self-service de Leipzig »
Sauf que, dans le microcosme du
ballon rond, ce genre de regroupement est plutôt mal perçu. Sujet à
certaines contraintes. Qu’il faut
contourner de manière habile.
Dans le viseur de l’UEFA, qui interdit à deux clubs contrôlés par
un même groupe de disputer la
même compétition européenne, le
RB Leipzig, fondé en 2009, et Salzbourg, racheté en 2005, ont échappé à une sanction avant le début de
la Ligue des champions « à la suite
d’une longue enquête et après des
modifications dans la structure de
gouvernance des deux clubs ». Red
Bull a abandonné toute fonction dirigeante au sein du club autrichien
tandis que Salzbourg a dû modifier
son nom et son logo sur la scène
européenne. Exit la marque « Red
Bull », remplacé par un simple
« FC ». Les traditionnels deux taureaux ont, eux, laissé place à un seul
mammifère à cornes sur le blason.
Cette cohabitation forcée n’est
pas non plus sans quelque frustration. Notamment du côté des supporteurs autrichiens, lassés de voir
leurs meilleurs éléments migrer
vers l’Allemagne à des prix défiants
toute concurrence pour ensuite observer, d’un regard envieux, Leipzig amasser un joli pactole une fois
les grosses cylindrées intéressées
par ces mêmes joueurs. Pour eux,
Salzbourg, quasi intouchable dans
son pays depuis le début de l’ère
Red Bull (8 titres de champion en
12 ans), est devenu « le self-service
de Leipzig ». Quel sacré pied de nez,
donc, de se retrouver dans le dernier carré de la Ligue Europa face au
bourreau du club jumeau. La récompense d’un savoir-faire en matière de formation, déjà aperçu l’an
passé avec le sacre en Youth League
(la Ligue des champions des moins
de 19 ans) au nez et à la barbe de
Manchester City, du PSG ou encore
de l’Atlético Madrid – excusez du
peu -, et d’un formidable travail de
détection de jeunes talents partout
en Europe, dans lequel Salzbourg a
investi massivement.
Simple étage de la fusée Red Bull
jusqu’ici, s’appuyant sur le vivier
que représentent de petits clubs
autrichiens, également contrôlés
par la marque, et sur les meilleurs
joueurs de la filière brésilienne, le
RB Brasil, Salzbourg se retrouve subitement mis en orbite. Scintillant
dans le ciel européen. Avec un effectif très jeune (23 ans de moyenne
d’âge, seulement trois trentenaires), incarné par l’espoir autrichien
Xaver Schleger (20 ans). Comme si
Toro Rosso s’immisçait au milieu de
Ferrari et Mercedes pour le titre
mondial en F1. Cela, Dietrich Mateschitz ne l’avait sans doute pas
prévu… ■
V. D.
ZOOM
Football : Salah
impressionne l’Angleterre
Deux buts, deux passes
décisives et une performance
d’exception avec Liverpool
contre la Roma (5-2) :
Mohamed Salah a marqué les
esprits, mardi en demi-finales
de la Ligue des champions. Et en
Angleterre, certains le verraient
bien devenir le premier joueur
à ravir le Ballon d’or des mains
de Leo Messi et Cristiano
Ronaldo. L’Égyptien, qui a été
récemment élu par ses pairs
meilleur joueur de la saison
de Premier League, a marqué
contre Rome ses 42e et 43e buts
de la saison. « Sans l’ombre d’un
doute, il est le meilleur joueur
de la planète actuellement »,
a assuré la légende des « Reds »
Steven Gerrard.
EN BREF
Tennis : Djokovic rechute
Le Serbe, toujours à la recherche
de son meilleur niveau, a chuté
dès le 2e tour à Barcelone face au
Slovaque Martin Klizan issu des
qualifications (6-2, 1-6, 6-3).
De son côté Richard Gasquet
s’est incliné dès son entrée
en lice à Budapest, battu
par l’Italien Lorenzo Sonego
(6-4, 7-6).
Voile : démâtages en série
Deux Figaro Bénéteau de la
Transat AG2R La Mondiale, ceux
des duos Le Pape-Richomme
(Skipper Macif) et DutreuxDenis (Sateco–Team Vendée
Formation), ont démâté dans
des conditions météo sévères
(40 nœuds) au large du Portugal.
De leurs côtés, les trois
maxi-trimarans de la course
NiceUltimed disputent
ce vendredi le prologue
entre Marseille et Nice.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018
LE CARNET DU JOUR
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On nous prie d'annoncer
le décès de
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du rappel à Dieu de
Mme Jean-René FENWICK
Mme Robert GODINOT
née Bernadette Godillot.
Le Croisic (Loire-Atlantique).
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
André BLIGNÉ
ancien résistant,
Souvenir Français,
survenu le 21 avril 2018,
dans sa 98e année.
Lure (Haute-Saône).
Pibrac (Haute-Garonne).
Christian et Geneviève Bresson,
son fils et sa belle-fille,
Benjamin, Clément, Victorien,
ses petits-fils,
en union avec son épouse,
Monique Bresson (†),
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Roger BRESSON
ancien directeur à EDF-GDF,
ancien résistant,
survenu le 25 avril 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 28 avril,
à 10 heures, en l'église de Lure,
suivie de l'inhumation.
née Marie Popelin,
De la part de :
Jean-Noël Fenwick,
son fils,
Brigitte Fenwick,
sa belle-fille,
en union avec son fils,
Olivier Fenwick (†),
Marion, Béatrice, Quentin,
Arthur, Catherine, Charles,
ses petits-enfants.
le 24 avril 2018,
à l'âge de 106 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église d'Haironville,
le samedi 28 avril, à 10 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Haironville.
La famille rappelle
à son souvenir,
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 27 avril 2018,
à 13 h 30, en la cathédrale
Saint-Théodorit, à Uzès.
son époux, décédé en 1971,
Château de Saint-Privat,
30210 Vers-Pont-du-Gard.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Hermanville-sur-Mer.
Stéphane et Andrea Gutzwiller,
son fils et sa belle-fille,
François Gutzwiller,
son fils,
et Andreas Siegfried,
son ami,
Anne et Fabrice Roger-Lacan,
sa fille et son gendre,
Robert Godinot
Hubert Godinot
son fils, décédé en 2002.
Michèle Frémont
et Philippe Mazereau,
Bernadette Durand,
Philippe et Nicole Frémont,
Sylvie Frémont,
Guillaume et Géraldine
Frémont,
Jean-Pierre et Anne Frémont,
Frédérique Frémont
et Bertrand Guillo,
ses enfants,
Baptiste, Madeleine, Stanislas,
Victor, Dahlia, Rosalie,
Dimitri, Elsa et Yvan,
ses petits-enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Henri Guinaudeau,
son frère,
Mme Philippe GUTZWILLER
née princesse Cécile Murat,
toute la famille et les amis
survenu le 20 avril 2018,
à l'âge de 86 ans.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Cet avis tient lieu de faire-part.
Colette F RÉMONT
née Guinaudeau,
survenu à Caen, le 20 avril 2018,
dans sa 94e année.
Marie-Paule
et sa famille
ont la tristesse de faire part
du décès du
colonel Bruno DEVERRE
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 24 avril 2018,
à Lambesc (Bouches-du-Rhône).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 27 avril,
à 13 h 30, en l'église
d'Hermanville-sur-Mer.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 27 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Thomas-d'Aquin,
Paris (7e),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse,
Paris (14e).
86, rue de Grenelle, 75007 Paris.
183, rue du Docteur-Turgis,
14880 Hermanville-sur-Mer.
Saint-Mandé (Val-de-Marne).
Pierre et Lily Laguerre,
Françoise et Didier Panthou (†),
Jacques et Christine Laguerre,
Odile Laguerre,
Philippe et Greta Laguerre,
ses enfants,
Un souvenir inoubliable !
Publiez l’annonce de vos iançail es
et de votre mariage dans
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
les familles Barneix, Rontein,
parents et alliés
ont la douleur
de faire part du décès de
Marie LAGUERRE
© iStock
survenu le 22 avril 2018,
à l'âge de 99 ans,
à Rueil-Malmaison, munie
des sacrements de l'Église.
Tél. 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
Alban, Philippine, Thaïs
et Lancelot,
ses petits-enfants,
font part du rappel à Dieu de
M. Didier LE CONTE
le dimanche 22 avril 2018,
muni des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 27 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
Paris (17e).
Saint-Brieuc, Trébeurden
(Côtes-d'Armor).
Versailles (Yvelines).
La Loubière (Aveyron).
Nantes.
Il a plu au Seigneur
de rappeler à Lui
M. Pierre N EDELLEC
directeur honoraire
de la Banque de France,
ancien de la 2e DB,
croix de guerre 1939-1945,
décédé le 24 avril 2018,
à l'âge de 93 ans.
La messe d'obsèques
sera célébrée
le vendredi 27 avril, à 10 h 30,
en l'église Saint-Michel
de Saint-Brieuc,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
où il rejoindra son épouse,
Marie-Louise
décédée le 2 avril 2002.
De la part de
ses enfants,
Françoise et Charles-Etienne
Perrier,
Véronique Nedellec,
Jean-Pierre et Jacqueline
Nedellec,
Claire et Jean-Pierre
Nedellec-Gosnet,
ses petits-enfants,
Marie et Thomas, Elisabeth (†),
Pierre-Yves et Bénédicte,
Jean et Cindy,
Hugues et Marie, Odile,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Louis,
23, rue Céline-Robert,
à Vincennes (Val-de-Marne),
le vendredi 27 avril 2018,
à 10 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière Nord
de Saint-Mandé.
Cet avis tient lieu de faire-part.
20, avenue Duvelleroy,
94130 Nogent-sur-Marne.
Suzanne Taponier,
sa sœur,
Agnès Taponier,
sa nièce et filleule,
Jean-François et Renée
Taponier,
son neveu et son épouse,
Jean-Rémi et Emilie, Elise,
Clément et Sara, Raphaël,
Lucette, Flore, Josie,
Robert TAPONIER
HEC 49,
survenu le 23 avril 2018,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 27 avril,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, à Paris (16e).
L'inhumation aura lieu
le lundi 30 avril, à 11 heures,
au cimetière de
Saint-Julien-en-Genevois
(Haute-Savoie).
« Le Flaubert »,
10, avenue Laurent-Vibert,
13090 Aix-en-Provence.
7, avenue de Lamballe,
75016 Paris.
8, rue Paul-Escudier,
75009 Paris.
Vannes.
Le père Antoine Vidalin,
Béatrice Vidalin,
Emmanuelle et Arnaud Judet,
Jean-Maurice Vidalin,
ses enfants,
ses petits-enfants
et toute la famille
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Annick VIDALIN
née Dorange,
le lundi 23 avril 2018,
dans sa 89e année, munie
des sacrements de l'Église.
La messe d'obsèques
sera célébrée ce jeudi 26 avril,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Patern de Vannes.
Des prières et des intentions
de messes seront préférées
aux fleurs et couronnes.
La famille remercie
toutes les personnes
qui s'associeront à ses prières.
Cet avis tient lieu de faire-part.
remerciements
docteur Pascal NICOLAS
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en la cathédrale Saint-Louis,
à Versailles (Yvelines),
le vendredi 27 avril, à 14 h 30.
Son épouse,
ses enfants et petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès du
professeur
François-Hubert FORESTIER
Arcachon (Gironde).
Gérard et Annick
Bidault-Raynal,
Ludovic, Carine, Maxime,
Jean-Luc Raynal,
ses enfants et petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
à l'âge de 90 ans.
Yvette Pezet,
son épouse,
Eric et Anne,
Nathalie,
Xavier,
ses enfants,
Louise, Julie, Henri,
ses petits-enfants,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Georges PEZET
survenu à Poissy,
le 22 avril 2018,
à l'âge de 85 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 27 avril, à 11 heures,
en l'église Saint-Léonard de
Croissy-sur-Seine (Yvelines),
place de l'Église.
L'inhumation aura lieu au
cimetière de Croissy-sur-Seine.
Famille Pezet,
1, allée des Hautes-Bruyères,
78290 Croissy-sur-Seine.
Abbas, un photoreporter
dans la tourmente des âmes
ont la douleur
de vous faire part du décès de
L'inhumation aura lieu
le vendredi 27 avril, à 15 h 30,
dans l'ancien cimetière
de Neuilly-sur-Seine.
Sa famille
nous prie d'annoncer le décès,
le 23 avril 2018, à Versailles, du
disparition
Jean-Mary Enixon,
Alain Blanchard,
les familles Taponier et Girod
ses arrière-petits-enfants,
Lola, Erwan, Mayeul,
Lucas, Liséa, Stanislas, Diane.
M. Claude RAYNAL
Cet avis tient lieu de faire-part.
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pendant 3 mois
Augustin et Ludivine Le Conte,
Gonzague et Bérénice Le Conte,
Apolline Le Conte
et son fiancé Angelo Barberio,
ses enfants,
Reims. Haironville (Meuse).
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Simone Bligné,
son épouse,
le 23 avril 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 27 avril, à 14 h 30,
en l'église Saint-Vincent,
à Moussy-le-Neuf
(Seine-et-Marne).
laligne,jusqu’ 5lignes
laligne, partirde lignes
laligne,jusqu’ 5lignes
laligne, partirde lignes
deuils
Damien GAUTIER
Mme Didier Le Conte,
née Agnès Dufaure de Lajarte,
son épouse,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
souvenirs
Le 26 avril 2017,
Lassaad ENNAIFER
nous a quittés.
Son sourire, sa gentillesse,
son amour, sa présence
nous manquent cruellement.
De la part de
son épouse,
Annie Laurette
Ennaifer-Madar,
sa fille Nadia,
et son époux Karim Annabi,
sa fille,
Sophie Terzi-Ennaifer,
son fils,
Sami Ennaifer,
ses petites-filles,
Célia et Inès Annabi,
Tiffany et Tabatha Terzi,
ses frères,
Chihebdinne et Brahim
Ennaifer,
et leurs familles,
ses sœurs,
Hanifa Cabani,
Aroua Sadfi,
Hela Tebourbi,
et leurs familles.
Ses parents et amis des familles
Ennaifer, Madar, Khatteche,
Costa, Hochlaff, Campy,
se joignent à eux et prient
pour lui.
Leur douleur
est incommensurable.
ennaiferannie@yahoo.fr
Abbas, en novembre 2013, à Paris.
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
ABBAS, le prénom masculin en arabe et en hébreu,
signifie austère, sourcilleux, il désigne aussi le
lion. Ces qualificatifs allaient bien à Abbas, le photoreporter par excellence,
le membre à part entière de
l’agence Magnum depuis
1985, réputé pour son intégrité, sa précision, son exigence, voire son intransigeance. Avec lui, le noir et
blanc était d’une expressivité immédiate, dramatique, parlante et donc universelle. « C’est parce que
le monde est en couleurs que
je le photographie en noir et
blanc », disait-il.
Né Abbas Attar en Iran en
1944, il avait grandi en Algérie, où son père était chef
d’une communauté Baha’i.
Il n’était retourné en Iran
qu’en 1971 et c’est en observateur aigu, en photographe né, qu’il a regardé la
société iranienne d’avant,
pendant et après la révolution. Images de fêtes débridées à l’occidentale dans le
Téhéran moderne, portraits des militaires arrogants du chah, beauté
d’une maison de thé traditionnelle à Ispahan. Puis, à
partir de 1979, portraits
géants dans la rue des mollahs au noir sévère, des jeunes portés par l’espoir révolutionnaire, des femmes
peu à peu effacées du regard public.
Un humanisme rêche
Après avoir archivé toutes
les facettes de la révolution
iranienne, de 1979 à 1980, il
s’était volontairement exilé de son pays natal pendant dix-sept ans et n’y
était retourné qu’en 1997.
Auteur extrêmement prolifique, ce photographe
laisse une vaste bibliographie, dont Iran Diary 19712002, qui est une forme de
journal intime, critique,
historique et intime de son
pays. Il s’était ancré à Paris, lui, l’homme des multiples voyages. C’est à Paris
qu’il est mort le mercredi
25 avril à 74 ans, après une
carrière photographique
de près de soixante ans.
Abbas, ce nom est synonyme d’images de guerres
et de révolution, du Bangladesh au Biafra, de l’Irlande du Nord au Vietnam,
du Moyen-Orient au Chili
et à Cuba, de l’Afrique du
Sud sous apartheid au
Mexique. Son regard était
souvent grave, rarement
du côté frivole des choses.
Œil hypersensible, il a façonné une œuvre marquée
par un humanisme presque
rêche dans sa quête d’absolue vérité. Point n’est
besoin de légendes pour la
recevoir tant elle est explicite de ce que l’homme est
ÉRIC FEFERBERG/AFP
capable de faire, du rêve à
la violence, du spirituel à la
plus sinistre des matérialités. Jamais l’homme n’est
pourtant dénué d’esprit
dans ses myriades d’images où la question de la religion et son intersection
avec la société est récurrente.
Abbas se concentra sur la
montée de l’islamisme, de
1987 à 1994, voyageant à
travers 29 pays et 4 continents, ce qui donna naissance à Allah O Akbar. A
Journey Through Militant
Islam, un livre et une exposition que les attentats du
11 Septembre rendirent encore plus d’actualité. Le
clash des religions mis en
évidence par le drame de
New York le poussa à étudier sur le terrain cette
mutation de la foi personnelle en culture collective,
des valeurs spirituelles en
idéologies combattantes.
Regard interrogateur
En 2000, son livre et son
exposition intinérante Faces of Christianity. A Photographic Journey (2000)
étudièrent le christianisme
comme phénomène spirituel, rituel et politique. De
2000 à 2002, il eut un projet ambitieux sur l’animisme dans lequel il s’interrogeait sur sa réémergence
dans un monde dominé par
la raison et la technologie.
De 2008 à 2010, il promena
son regard interrogateur et
assez foncièrement sceptique dans le monde du
bouddhisme. En 2013, il
acheva le même périple
philosophique sur l’hindouisme. Juste avant sa
mort, il travaillait sur le judaïsme.
Pendant ses années d’exil,
il voyageait constamment,
abordant le Mexique de
1983 à 1986 comme un écrivain en images (Return to
Mexico. Journeys Beyond the
Mask). « Quand on me demande quels sont les photographes qui m’ont influencé,
je dis Rembrandt, Picasso,
Cézanne, Le Caravage, Velazquez », rétorquait ce taiseux. Homme secret, comme l’attestent ceux qui
collaborèrent avec lui pour
la plateforme Journalism is
not a Crime et les droits si
menacés de la presse, Abbas
se tenait lui-même à l’écart
des objectifs.
Large chapeau de feutre
et barbiche de moine, Abbas était pourtant une figure. Il fut l’un des piliers,
forcément, d’« Iran, année 38. La photographie
contemporaine iranienne
depuis la révolution de
1979 », l’exposition de la
galeriste Anahita Ghabaian
et de la jeune photographe
Newsha Tavakolian qui
réunit 66 auteurs de leur
pays en l’église Sainte-Anne pendant les Rencontres
d’Arles 2017. ■
A
Isabelle, son épouse,
Les annonces sont reçues avec justification d’identité
11
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
12
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Ces mercenaires russes
qui meurent pour Damas
Des centaines de soldats
de fortune combattent,
dans la plus grande
opacité, aux côtés
de l’armée régulière
syrienne. Le parti
de l’écrivain nationaliste
Édouard Limonov
a fourni un contingent
de recrues au nom
de l’alliance historique
entre Moscou et Damas.
« Actuellement les relations sont tendues entre Wagner et le ministère de la Défense. Mais dans cette
affaire, c’est le Kremlin qui décide car il a besoin
d’eux pour libérer la Syrie. Et l’armée obéit »,
constate Rouslan Leviev, fondateur du projet
Conflit Intelligence Team. Selon Reuters, l’acheminement de ses combattants se fait en toute discrétion via la compagnie civile syrienne Cham
Wings, sanctionnée par Washington. Non répertoriés, les vols de Cham Wings décollent tard la
nuit de l’aéroport russe de Rostov-sur-le-Don,
dans le sud du pays, et atterrissent tôt le matin, à
destination et en provenance de Damas et Lattaquié. Ces quatorze derniers mois, Reuters a comptabilisé 51 rotations d’A 320. Chacun de ces appareils peut transporter 180 passagers.
Demain, le marché africain
Pierre Avril
pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
irill Ananiev n’aura jamais connu
ni les honneurs ni la gloire militaire, seulement l’estime de ses
camarades de combat. Aucun officiel n’a jamais fleuri sa tombe,
indistincte des sépultures ordinaires du cimetière de Chtcherbynka, à la périphérie de Moscou. Cet homme de
30 ans a perdu la vie le 8 février dernier près de
Deir ez-Zor, en Syrie. Pour le Kremlin, il n’existe
pas. Il est l’un des « ressortissants russes qui se sont
rendus en Syrie de leur propre initiative et avec les
objectifs les plus divers », a déclaré le ministère de la
Défense. « Il ne nous revient pas de juger de la légalité et de la légitimité de ces décisions », a précisé
l’institution militaire, feignant d’ignorer que la
profession de mercenaire est punie par la loi.
Kirill Ananiev l’a voulu ainsi. Pour ce militant
national bolchevique, il eut été une hérésie de
prendre les armes à la gloire du Kremlin et de son
chef Vladimir Poutine. « Nous sommes dans l’opposition, nous ne voulons pas combattre au nom du
gouvernement russe », insiste l’écrivain Edouard
Limonov, dont le Parti national bolchevique
– identitaire et communiste - a fourni plusieurs recrues à la Syrie, et ceci, dit-il, au nom de l’alliance
historique forgée entre Damas et Moscou dans les
années 1960. À l’époque de la guerre froide.
Pour sa part, le jeune activiste s’était enrôlé dans
la compagnie privée Wagner, qui, sans existence
légale, monopolise le marché du mercenariat russe
en Syrie. « Kirill n’était pas motivé par l’argent.
C’était un homme déterminé doté de qualités exceptionnelles et militaires dans l’esprit », ajoute
Edouard Limonov. « La guerre est un mode de vie
qui me convient parfaitement », confirmait l’intéressé dans une vidéo tournée à son retour du Donbass, début 2017, la région du sud-est de l’Ukraine
où il a fait ses classes comme plusieurs de ses compatriotes. À l’époque, il annonçait déjà son intention de partir en Syrie, avec le soutien de sa famille,
des intellectuels moscovites très religieux. « C’est
là où les choses se passent », expliquait-il.
K
A
Cercueil fermé
Alors qu’il n’a jamais bénéficié d’une formation
militaire, il servira en Syrie comme chef d’une
unité d’artillerie, et ceci jusqu’à la bataille de Deir
ez-Zor. Cette dernière a été présentée par
Washington comme une offensive prosyrienne qui
aurait mal tourné. Des sources anonymes au ministère russe de la Défense ont également critiqué
son amateurisme. Kirill Ananiev sera tué à la suite
de bombardements terrestres et aériens menés par
la coalition sous commandement américain. Du
fait qu’il n’émargeait pas au registre de l’armée
russe, commencera un long travail d’identification, suivi par le rapatriement de son corps en catimini. « Sur le terrain, il nous a toujours été difficile
de trouver nos militants parmi les disparus »,
confirme Edouard Limonov. Lors de l’enterrement, par respect pour le défunt lourdement blessé à la tête, et contrairement à la tradition orthodoxe, son cercueil restera fermé. Son père a
apporté sa voix au chœur religieux. Ce jour-là,
l’église était pleine à craquer.
Selon le site Conflict Intelligence Team (CIT),
une source indépendante sur le conflit en Syrie
s’appuyant notamment sur les réseaux sociaux,
près de 80 mercenaires russes seraient morts le
8 février, tous membres d’un détachement au sein
duquel combattait également un tiers de recrues
syriennes. Pour sa part, le ministère des Affaires
étrangères n’a reconnu que des dizaines de tués ou
blessés. Leur employeur, la société Wagner, qui
emploie entre 2 000 et 3 000 mercenaires, serait
dirigée par un oligarque proche de Vladimir Poutine, Evgueni Prigozhin, le même qui est accusé par
Washington d’avoir piloté une usine de trolls destinée à influencer les élections américaines. Ce
dernier a construit sa fortune sur les marchés de la
restauration du Kremlin et des écoles moscovites
ainsi que sur l’entretien des locaux du ministère de
la Défense. Selon le Washington Post, qui s’appuie
sur des sources du renseignement américain, ce
quinquagénaire aurait lui-même coordonné l’offensive de Deir ez-Zor en liaison avec Damas et le
Kremlin, bien qu’il nie officiellement tout lien
avec la société Wagner. Selon le site Fontanka, ses
opérations seraient contrôlées par Dmitri Outkine,
un ancien du Donbass qui a reçu l’ordre du Courage. Une photo volée le montre en décembre 2016
au Kremlin en compagnie de Vladimir Poutine et
de trois autres mercenaires.
À la différence des sociétés privées américaines
qui ont pignon sur rue – comme Academi avec ses
22 000 collaborateurs –, les mercenaires russes
cultivent l’opacité. La loi punit de trois à sept ans
de prison la participation officieuse de contractuels russes à des conflits armés. La société Moran
Security, active dans la lutte contre la piraterie
maritime, est enregistrée au Belize, d’autres compagnies émargent à Hongkong ou à Londres. Mais
en zone de guerre, l’État russe n’entend pas se priver de leurs services. « Ces groupes sont utilisés
pour remplir des missions que le pouvoir ne souhaite
pas imputer aux armées régulières. Grâce à eux, le
Kremlin n’a pas à répondre de leurs pertes », explique Alexandre Khramtchikhin, expert à l’Institut
d’analyse politique et militaire. De surcroît, les
salaires, de quelques milliers de dollars par mois,
y sont bien supérieurs aux soldes des officiers
lambda (60 000 roubles pour un capitaine, soit
800 euros).
Le groupe Wagner constitue un cas particulier.
Après l’aventure malheureuse de Deir ez-Zor,
l’omerta règne dans ses rangs, en particulier parmi ses collaborateurs ou les proches des victimes.
En février dernier, Farkhanur
Gavrilova regarde des photos
de son fils Ruslan Gavrilov, tué
quelques jours auparavant en Syrie
au cours d’une attaque contre des
combattants kurdes soutenus par
les États-Unis. Avec sept autres
hommes de son village, il avait été
recruté par une société miltaire
privée. NATALIYA VASILYEVA/AP
Récemment, deux députés russes ont proposé – en
vain - de légaliser l’existence des compagnies de
guerre. Dans ce projet de loi mort-né, obligation
était faite de souscrire une police d’assurance à
leurs contractuels et de placer leurs opérations
sous la tutelle du ministère de la Défense – un officier de liaison étant détaché auprès de chacune
d’elles. « Le but de notre projet est de mettre ces sociétés au service des intérêts extérieurs de la Russie,
explique son auteur, Mikhaïl Emelianov, qui a
trouvé porte close au ministère de la Défense. Avec
la reconquête progressive par Damas et Moscou des
dernières poches rebelles, l’affaire syrienne est désormais entendue, ajoute ce parlementaire.
Aujourd’hui, il faut penser à l’avenir de la région
tout entière, et les compagnies privées peuvent aider
à cette mission. » Son initiative législative a été repoussée.
« La Syrie, c’est fermé, il n’y a plus de marché »,
confirme Bondo Dorovskykh, fondateur d’une société enregistrée à Londres et dont il tait l’identité.
Ce fils de militaire qui a servi six mois au Donbass
prospecte actuellement au Nigeria, dans le delta
du fleuve Niger. Cette région est en proie à une catastrophe environnementale liée à l’exploitation
pétrolière menée par les compagnies occidentales,
ainsi qu’à l’instabilité politique. « Shell et les autres
y pompent du pétrole et exterminent l’écologie.
Nous, nous soutenons ceux qui réclament la nationalisation des ressources », explique cet homme
d’affaires qui a envoyé sur place des officiers de
renseignement et fourni à différentes factions des
gilets pare-balles et des munitions.
Par ailleurs, les autorités françaises observent
avec inquiétude le déploiement en République
centrafricaine (RCA) d’instructeurs russes. Agissant officiellement sous mandat de l’ONU, ces
derniers sont suspectés en réalité de prospecter
vers le nord-est en direction de la frontière soudanaise, dans des territoires contrôlés par l’opposition. En attendant, depuis le début de l’année,
Bangui reçoit en toute légalité des armes légères
issues des stocks de l’armée russe. Cette pratique
rappelle l’époque soviétique, lorsque, en pleine
guerre froide, Moscou poussait ses pions diplomatiques en Afrique via la distribution à des alliés potentiels de matériel militaire à prix cassé. Ce fut le
cas en Éthiopie après 1976, au profit du gouvernement marxiste issu d’un coup d’État, ou en Angola
lors de la guerre civile. Cette fois, la référence faite
par le ministère des Affaires étrangères à la présence, en RCA, « de 5 militaires et de 170 instructeurs civils » fait suspecter le recours à des sociétés
privées.
« Pour nous, le marché africain est potentiellement intéressant. Là-bas, il ne s’agit pas de simples
missions de surveillance mais de livraison d’équipement spécialisé, de moyens de défense et de préparation militaire », confirme, sous couvert d’anonymat, un représentant de Morgan Security qui
opère notamment dans le golfe de Guinée. Pour sa
part, la presse russe a fait état de la présence de la
société Wagner au Soudan du Sud, frontalier avec
la RCA. Selon Kommersant, le curateur de Wagner, le fameux Evgueni Prigozhin projette également d’envoyer des politologues russes sur le
continent africain à l’occasion des multiples élections qui s’y dérouleront dans les deux prochaines
années. Selon cette même source, des enquêtes
d’opinion « made in Russia » ont déjà été diligentées en Afrique du Sud et au Kenya. Émanant de
cet oligarque à la réputation sulfureuse, surnommé « le cuisinier de Poutine », une telle initiative
alimente les spéculations sur l’existence d’un futur
partage des tâches entre chiens de guerre et
conseillers politiques. Le lobbying, expliquent volontiers les mercenaires, est le nerf de la guerre. ■
Ces groupes sont utilisés pour remplir
des missions que le pouvoir ne souhaite pas
imputer aux armées régulières.
Grâce à eux, le Kremlin n’a pas à répondre
de leurs pertes
»
ALEXANDRE KHRAMTCHIKHIN, EXPERT À L’INSTITUT D’ANALYSE POLITIQUE ET MILITAIRE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 26 avril 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
13
Une cible nommée Donald Trump
Quand l’ancien
patron du FBI,
viré par le président
des États-Unis,
joue à M. Propre,
cela donne un livre
ennuyeux et partial.
Mais instructif sur ce
qui se joue vraiment
à la Maison-Blanche.
MENSONGES ET VÉRITÉS
James Comey,
Flammarion, 378 p., 22 €.
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
L
es Américains sont formidables. Ils réussissent à
nous faire croire que tout
ce qui les intéresse nous intéresse. Leurs mœurs sont
les nôtres, leurs excès sont
les nôtres, leur nourriture est la nôtre,
leurs querelles idéologiques et politiques
sont les nôtres, leurs questionnements
moraux sont les nôtres. Et on en redemande. Nous sommes devenus de parfaits « gallo-ricains », comme dit Régis
Debray. Lorsque le patron du FBI nous
raconte sa vie après avoir été viré par
Donald Trump comme un vulgaire
clandestin mexicain, on est prié de se
passionner pour ce destin fauché ignominieusement. Mais on s’en moque. On
se moque de sa jeunesse de mauvais élève mais bon basketteur. On se moque de
son épouse qu’on ne voit jamais mais qui
a toujours raison, à la manière de la
femme de l’inspecteur Colombo. On se
moque de ses débuts d’avocat et de sa
découverte des mœurs mafieuses. On se
moque de son ton moralisateur et de ses
odes bien pensantes à la diversité et à
l’écoute qui l’apparentent à un chrétien
de gauche de chez nous. Bref, James
Comey nous ennuie. Et ça dure, et ça
dure. Cent pages, deux cents pages…
Notre homme est un républicain bon
teint qui a travaillé aux côtés de George
Bush, mais c’est Barack Obama qui l’a
nommé à la tête du FBI. James Comey
est tombé amoureux d’Obama. En tout
bien en tout honneur… Son humour, sa
clairvoyance, sa finesse, son intelligen-
ce, sa délicatesse… Il nous avoue que sa
femme et ses filles ont voté pour Hillary
Clinton en 2016 et qu’elles ont participé
à la « marche des femmes » à Washington le jour de l’investiture de Donald
Trump. On songe aux chiraquiens à la
Jacques Toubon qui renient leurs positions politiques d’origine pour mieux se
soumettre à la gauche au nom des fameuses « valeurs républicaines ». Une
soumission idéologique, politique mais
d’abord sociale, culturelle.
Le choc avec le Donald promettait
d’être rude. Il va occuper les cinquante
dernières pages du livre. Qui nous passionnent enfin. Lors de leur première
rencontre, le patron du FBI explique au
président élu que ses services ont eu
vent d’une rumeur selon laquelle il
aurait été filmé, dans un grand hôtel de
Moscou, en compagnie de deux prosti-
Sorti enfin de notre somnolence, on
relit plusieurs fois cette phrase en se demandant si la naïveté de notre homme
confine à la stupidité ou au cynisme. On
s’étonne qu’il s’étonne que Trump lui
dise lors de la rencontre suivante : « J’ai
besoin de loyauté. J’attends de la loyauté » Et de commenter : « Le président
des États-Unis venait de demander au directeur du FBI de lui être loyal. C’était
surréaliste. » C’est sa phrase qui nous
paraît surréaliste. En tout cas pour un
Français : comment imaginer que le patron de la police ne soit pas loyal au président de la République ? À l’élu du peuple américain ?
Mais James Comey ne se connaît que
deux maîtres : la Constitution et l’État
de droit. Il est nommé par le président,
mais il ne se reconnaît comme patron
que les juges. Il pose au vertueux, au
scrupuleux. Il affirme la
main sur le cœur qu’il
ne fait pas de politique.
Contre Trump, tous les moyens
Il ne comprend pas – ou
sont bons. On fait fuiter n’importe
plutôt fait mine de ne
pas comprendre - qu’il
quelle information, vraie ou fausse,
fait de la politique comqui se retrouve le lendemain
me M. Jourdain faisait
dans la presse bien-pensante
de la prose sans le savoir. « Je n’imagine pas
Obama capable d’un tel comportement,
tuées russes à qui il aurait demandé,
pas plus que George W. Bush d’ailleurs. À
entre autres gâteries, d’uriner sur le lit
mes yeux, cette requête ressemblait à la
qui avait accueilli, quelques années
cérémonie d’intronisation de “Sammy the
plus tôt, le couple Obama ! Notre homBull” à la Cosa Nostra ; avec Trump dans
me écrit : « Il pourrait bien croire que
le rôle du parrain qui me demandait si
j’essayais de me la jouer à la J. Edgar
j’avais les atouts nécessaires pour devenir
Hoover car c’est ce que Hoover aurait
un “homme accompli”. »
fait à ma place. » Ce Edgar Hoover ocÀ lire Comey, on comprend le drame
cupe dans l’histoire de la police amériqui se joue à la Maison-Blanche. Donald
caine, la place que Fouché a dans l’hisTrump n’a pas été accueilli comme l’élu
toire de France : un grand flic qui
du peuple, comme le souverain, mais
n’hésite pas à faire chanter les présicomme un intrus, comme un vilain petit
dents (Kennedy et les autres) pour décanard, qui n’aurait pas dû être élu.
fendre sa carrière et ses idées.
«
»
Comme un opposant au vrai pouvoir. Il
n’est pas là pour faire la politique qu’il a
défendue devant les électeurs, mais
pour mettre en œuvre celle que lui imposeront les services : FBI, CIA, Justice, etc. C’est lui, l’élu du peuple, qui doit
se soumettre à cet « État dans l’État »
qu’on appelle désormais en Amérique
« l’État profond ». Un État profond où
se retrouvent comme par hasard des
démocrates bon teint et des démocrates-compatibles. Contre lui, tous les
moyens sont bons. On fait fuiter n’importe quelle information, vraie ou fausse, qui se retrouve le lendemain dans la
presse bien-pensante, New York Times
ou Washington Post, etc. On est au cœur
du combat post-moderne entre la « démocratie » et « l’État de droit ». Entre
le peuple et une oligarchie qui tient la
justice, l’administration et les médias.
Tout sera utilisé – et dieu sait si le caractère fantasque, les limites intellectuelles, l’amoralisme de parvenu et la vulgarité narcissique du personnage
rendent la tâche aisée à ses adversaires pour abattre Trump. Tout sera fait au
nom de la morale et de l’« éthique ».
Notre homme est un Tartuffe de grand
calibre : « La présidence de Donald
Trump représente une menace pour une
bonne partie de ce qui est bon dans ce
pays […]. Certains dirigeants éthiques ont
choisi de rester à de hauts postes au gouvernement… Leur tâche consiste à le
contenir. »
On songe à Richard Nixon qui, lui
aussi, n’avait jamais été accepté par les
élites administratives, judiciaires, policières et médiatiques, et qui finit par
être contraint à la démission par le
« scandale du Watergate ». L’objectif
pour Trump est le même : le soumettre
avant de le démettre. Et si cela ne suffit
pas, l’assassiner ? ■
Voyage en absurdie
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
P
onctuel, précis, et méticuleux, Christian Morel est un
homme soigné, qui a gardé
la raideur d’un fils de militaires. Ce presque septuagénaire au visage bronzé a
un penchant de collectionneur pour les
erreurs humaines collectives. Il l’a développé en réfléchissant sur les entreprises
pour lesquelles il a travaillé – Dunlop,
Renault - et en participant à des missions
d’observation dans l’aéronautique, l’armée, l’hôpital, les administrations et
même auprès des guides de haute montagne. Il s’était d’abord destiné à une carrière universitaire, mais il préféra se rapprocher du terrain qui l’intéresse le plus :
l’entreprise. Autant s’y immerger. L’apprenti sociologue va devenir « directeur
des ressources humaines ». Il trouve
néanmoins le temps d’écrire et publie finalement Les Décisions absurdes. Sociologie des erreurs radicales et persistantes.
Personne n’imagine qu’il se vendra à
70 000 exemplaires et sera traduit dans
six langues.
Il y a dans les livres de Christian Morel
un côté musée du Facteur Cheval : toutes
les bizarreries y sont répertoriées. Dans le
tome III publié cette semaine, l’auteur
aborde un sujet de campagne électorale,
de pamphlets et de blagues de comptoir :
la pathologie réglementaire. Que dire, en
effet, de ce fonctionnaire chargé de la sécurité du travail qui demande à un militaire de lui donner la liste des emplois
dangereux dans son unité ; de la nouvelle
norme sur les bombes équestres adoptée
par le Parlement européen après un accident mortel, mais jamais appliquée car
ces bombes équestres nouveau modèle
sont impossibles à fabriquer ? Et que dire
de cette règle interdisant les œufs frais liquides dans les maisons de retraite, qui
entraîna la disparition des soirées crêpes
et des œufs au plat et contraignit un cuisinier à refuser d’en cuire un pour le dernier repas d’un vieux monsieur en soins
palliatifs ? Que dire de l’occultation des
portes-fenêtres dans les issues de secours
des mêmes maisons de retraite pour dissuader les sujets tentés par une petite escapade dans la nature ; de l’obligation de
fermer parcs et jardins en Île-de-France
quand la neige tombée dépasse deux centimètres ; de ce commandant du porteavions Charles-de-Gaulle qui découvrit
après audit que la totalité des normes de
procédure représentait 20 000 pages de
documents ; de ces réparateurs d’ordinateurs qui doivent détenir une licence de
détective privé au motif qu’ils peuvent
être amenés à examiner leur contenu ? Ce
dernier exemple est américain et, comme
ce livre le montre, le pays de la libre entreprise est aussi un champion réglementaire, au même niveau que la France et
que l’Union européenne. En France, deux
cent mille normes sont applicables aux
L’excès de règles
« vient
de notre
incapacité à accepter
ou reconnaître
l’indétermination
du monde
»
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
CHRISTIAN MOREL
collectivités locales. Aux États-Unis,
« chaque heure passée à traiter un patient
[…] engendre entre trente minutes et une
heure de travail administratif ».
Qu’on ne s’étonne pas que les maires
renoncent à construire des crèches, qui
depuis une dizaine d’années sont « 60 %
en dessous de l’objectif fixé », car les normes de sécurité sont dissuasives et trop
coûteuses. Enfin, pour conclure cette litanie hétéroclite, rappelons qu’en
Chine, en 2011, dix-huit personnes sont
passées sans intervenir devant une petite fille renversée par un véhicule. Selon
plusieurs enquêtes, les Chinois ont peur
d’éventuelles poursuites s’ils commettent une erreur en portant secours à un
inconnu. Pour éviter ces comportements, certains pays ont fait voter la loi
du « bon Samaritain », qui assure l’immunité aux particuliers qui aident une
personne en danger. Nous sommes tyrannisés par les règlements tatillons, qui
font les délices de la littérature russe et
des philippiques contre l’Union européenne, mais le phénomène est universel. Ce « bruit normatif » nous tympanise
et s’il n’est pas une totale nouveauté,
l’inventaire récent montre que la dérive
réglementaire a atteint un certain degré
de raffinement idiot. C’est notre névrose
collective, autoproduite par les citoyens
devenus des poseurs de plaintes compulsifs et les administrations privées ou
publiques obsédées par le sacro-saint
principe de précaution – notamment
pour éviter les plaintes.
Comment lutter contre un mal du siècle qui nous vient de l’émergence des sociétés bureaucratiques et judiciarisées ?
Le refus de l’imprévu étant au cœur du
progrès, chacun cherche à définir les
conditions d’un bonheur antisismique.
« L’excès de règles vient de notre incapacité à accepter ou à reconnaître l’indétermination du monde », conclut l’auteur
dans un chapitre. « Dans mes conférences, dans les entreprises, y compris celles
qui font face à des risques très élevés, mon
message est toujours le même : attendezvous à être surpris. » Remarque hautement philosophique. Les Grecs nous apprirent le tragique, le hasard cruel, nos
destins entre les doigts capricieux des
dieux, mais nous avons relégué tout cela
dans un ailleurs scolaire.
Dans son livre, Morel revient sur les
moyens de remédier à ces dérives. Il ne
cesse donc de revenir sur l’importance de
la décision humaine réfléchie, explicitée
et à plusieurs. Le « facteur humain » doit
l’emporter sur la règle. La bonne entente
d’un groupe expérimenté et dont les relations de confiance sont solides permet
de faire face aux aléas du monde. Ce qu’il
appelle le « retour du compagnonnage »
suppose de recourir chaque fois que nécessaire au « débat contradictoire », qui
est le seul moyen de faire jaillir une vérité
utile. Il faut parfois confier à un des membres du groupe le rôle d’avocat du diable
pour contredire les propositions du patron – comme le faisait Robert Kennedy
avec son frère après le fiasco de la baie des
Cochons. « J’ai plusieurs ennemis qui se
conjuguent pour produire les décisions absurdes : la communication silencieuse, le
refus d’aborder les sujets qui fâchent, la
réglementation inutile et stressante »,
nous dit-il. À cela il faut ajouter « le mauvais retour du terrain ». L’auteur alerte
enfin sur l’effet pervers de la punition des
fautifs : « La peur de la punition conduit les
acteurs d’une crise à cacher ce qui les a
amenés à prendre une mauvaise décision,
et parfois à ne pas la mentionner du tout. »
On apprend que l’armée de l’air française
a mis en place des procédures draconiennes afin de contraindre les pilotes à reconnaître leurs petites ou grandes erreurs
de pilotage, sans sanction à la clé.
Évidemment, la ligne est parfois ténue :
certaines erreurs commises supposent
aussi des sanctions. Mais ce qui compte,
c’est avant tout une certaine cohérence
du groupe. Le naufrage du Costa Concordia est un exemple édifiant. Oublions la
désinvolture du capitaine. Le problème
est ailleurs : « Il y avait 38 nationalités différentes dans l’équipage, dont la langue officielle était l’italien, que certains ne parlaient pas. » Quand le sous-marin
descend en immersion profonde, la tradition veut que le commandant enlève ses
galons. La solidarité du groupe est la
condition de la survie, pas la chaîne hiérarchique et l’hystérie réglementaire. ■
LES DÉCISIONS
ABSURDES III.
L’ENFER
DES RÈGLES,
LES PIÈGES
RELATIONNELS,
Christian Morel,
Gallimard,
253 p., 20 €.
A
Nos bureaucraties
et nos entreprises sont
devenues des tours
de Babel techniques
et linguistiques. Le
sociologue Christian
Morel en décrypte les
effets dans le nouveau
tome de son livre
sur les décisions
absurdes. Salutaire.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Hubert Védrine : « Travaillés par le remords,
les Européens ont peur de la puissance »
ENTRETIEN
Urgence écologique,
explosion
démographique,
choc numérique : dans
son livre « Comptes
à rebours » (Fayard),
qui recueille
ses interventions
publiques entre 2013
et 2018, l’ancien ministre
des Affaires étrangères
alerte sur les grands
défis qui menacent
l’équilibre mondial.
Ce tenant d’une ligne
géopolitique réaliste
estime l’approche
diplomatique
d’Emmanuel Macron
ambitieuse
et pragmatique. Il juge
que les frappes
de la France contre
le régime syrien
ne relèvent pas
de l’ingérence naïve
mais d’une réponse
ciblée à une
transgression majeure
du droit international
sur les armes chimiques.
Dans un monde
de plus en plus
chaotique, il appelle
à un sursaut mental
des Européens,
qui doivent absolument
apporter des réponses
pratiques aux questions
de souveraineté
et d’identité. La maîtrise
des migrations est pour
cela indispensable.
PROPOS RECUEILLIS PAR
EUGÉNIE BASTIÉ
£EugenieBastie
LE FIGARO.- Vous plaidez pour
une attitude réaliste en relations
internationales. Un an après son
élection, comment jugez-vous
globalement l’approche diplomatique
d’Emmanuel Macron ?
Hubert VÉDRINE.- L’approche du président Macron est ambitieuse, et réaliste. Il se dit prêt à rencontrer tout dirigeant si c’est utile pour régler un
problème, sans refus a priori. Il a raison,
l’« irreal politik » déclaratoire ne marche pas. J’observe avec beaucoup d’intérêt la séquence américaine, avant son
voyage en Russie le mois prochain. Emmanuel Macron est le seul dirigeant à
avoir réussi à se positionner en interlocuteur face à Donald Trump : dans le
reste du monde, à part l’Arabie saoudite
et Israël qui sont sur sa ligne, les autres
pays ne sont pas en mesure jusqu’ici de
dialoguer avec lui.
Cette visite américaine a-t-elle été
un succès ?
Puisque les autres politiques ne donnent aucun résultat, le président de la
République a raison d’essayer « l’amitié ». S’il convainc Donald Trump sur le
nucléaire iranien, ce serait un exploit.
S’il n’y parvient pas, il aura eu le mérite
de tenter. Après, l’enjeu, ce sera de faire vivre l’accord Iran sans les ÉtatsUnis, voire contre eux. Ou encore de
rechercher un « meilleur » accord.
Mais ce serait très difficile.
Beaucoup s’inquiètent
de la « twitto-diplomatie », agressive
et sans règles, de Donald Trump.
Son action diplomatique a-t-elle
selon vous une cohérence ?
Trump n’est pas isolationniste. Il est
égoïste, brutal et indifférent aux conséquences extérieures de ses décisions.
Mais il n’a jamais dit qu’il ne frapperait
personne. Ce qui est sûr, c’est que plus
encore qu’Obama, il tourne le dos à une
tradition américaine missionnaire qui
remontait à Wilson : l’interventionnisme au nom de la démocratie. En Syrie,
si les États-Unis, la Grande-Bretagne et
la France ont estimé impossible de ne
rien faire, c’est que dans le monde
chaotique dans lequel nous sommes, la
prohibition de l’usage des armes chimiques est un des seuls interdits encore à
peu près respectés.
L’intervention en Syrie était donc
légitime ?
Elle était justifiée. Il ne s’agissait pas de
résoudre la crise syrienne en s’engageant dans cette guerre civile, mais de
sanctionner l’usage de l’arme chimique.
L’affaire Skripal a catalysé les tensions
entre l’Europe et la Russie. Quelle doit
être selon vous l’attitude de la France
vis-à-vis de Moscou ?
Les précédents irakien et libyen
Il faut être ferme et dissuasif, et dialoont-ils condamné l’Occident
guer en même temps. Même pendant la
guerre froide, où il y avait de vraies meà la prudence, voire à l’inaction ?
Qu’une partie des opinions occidentales
naces croisées et des assassinats d’esse méfie des interventions et d’ingérenpions par dizaines, des durs comme
ce est une preuve de sagesse. Depuis
Kissinger ou Nixon ont su mettre en
vingt-cinq ans, les deux tiers des interplace la Détente et dialoguer avec la
ventions occidentales, même labélisées
Russie sans faiblesse. On ne va pas
transformer la Russie
en une gentille démocratie scandinave. Et
L’intervention en Syrie était justifiée. on ne peut pas avoir
Il ne s’agissait pas de résoudre la crise pour seule politique
russe pour les cinsyrienne en s’engageant dans cette
quante
prochaines
guerre civile, mais de sanctionner
années une surenchère
de
sanctions.
Le
l’usage de l’arme chimique
rôle de la France
pourrait d’être le seul
pays occidental qui, tout en étant ferme
ONU, ont été contre-productives. Mais
et net par rapport à Poutine, serait cacela ne doit pas conduire à refuser syspable de proposer une vision sur la relatématiquement toute intervention. Il
tion à long terme Europe-Russie. Emfaut les réserver à quelques cas où la
manuel Macron pourrait combiner
justification est incontestable. Dans le
fermeté et dialogue. Sinon qui ?
cas syrien, n’oublions pas que les Russes eux-mêmes s’étaient portés garants
du retrait des armes chimiques en Syrie
Dans l’ouverture de votre livre,
par l’accord Kerry-Lavrov. C’est à se
vous évoquez plusieurs « comptes
demander si Assad n’a pas voulu monà rebours » qui menacent l’équilibre
trer par là son indépendance vis-à-vis
mondial. Quels sont-ils ?
de la Russie qui, d’ailleurs, n’a pas réagi
Il y a plusieurs crises simultanées dans ce
très violemment aux frappes occidenmonde, qui n’a rien à voir avec celui dont
tales. La plupart des dénonciations
les Occidentaux rêvaient après la chute
automatiques des récentes frappes, sorde l’URSS. Compte à rebours écologique
ties du congélateur politique, ne s’ap(climat, mais aussi biodiversité, déchets,
pliquent pas à ce cas.
déforestation, etc.), explosion démographique (stabilité en Europe, montée partout ailleurs), choc numérique (quel imComment distinguer entre une
pact sur la décision publique et notre
intervention légitime et une ingérence
capacité à réagir ?) : aucun de ces engreaux conséquences catastrophiques ?
nages n’est mécaniquement favorable à
Il y a d’abord le mode de décision. Les
l’Occident qui, pour le meilleur et pour le
puristes du droit international disent
pire, a contrôlé l’histoire du monde penqu’il faut l’accord du Conseil de sécurité
dant quatre siècles. Loin de la « fin de
de l’ONU, donc sans veto. Oui, c’est
l’histoire », nous sommes dans un monmieux. Mais cela suffit-il à rendre une inde conflictuel qui ressemble plus à Jutervention légitime ? Rappelons que l’inrassic Park qu’aux Bisounours. Il faut
tervention en Libye comme l’opération
dissiper nos chimères. Je conclus
« Turquoise », aujourd’hui contestées,
d’ailleurs par un appel, non pas à plus
avaient été approuvées par l’ONU. Une
d’intégration européenne, qui ne créera
dizaine de veto russes, des dizaines de cas
pas plus de volonté européenne géopolid’utilisation d’armes chimiques, la ligne
tique, mais à un sursaut mental des
rouge qui avait été annoncée, des frappes
Européens sur ces enjeux globaux et
qui n’ont ciblé que des sites chimiques,
leurs conséquences pour nous. Si les
aucun appel au renversement du régime :
Européens ne parviennent pas dans les
cette opération n’est peut-être pas forprochaines années à être plus lucides,
mellement légale mais elle est légitime.
plus déterminés, plus unis (pas fusionOn ne peut pas se soumettre entièrement
nés, mais unis), ce sera trop tard, le
par amour du droit international au veto
monde finira par se réorganiser mais
russe (ou américain ou chinois !). Il y a
sans eux (sauf pour le tourisme).
des cas où il faut assumer !
«
»
A
L’interminable guerre en Syrie
n’est-elle pas une nouvelle preuve
de l’obsolescence de l’ONU ?
Par quoi voulez-vous la remplacer ? Il
faut bien qu’il y ait un endroit où les
nations du monde se parlent. On ne
peut pas reprocher à l’ONU de faire
des miracles dont elle n’a jamais été
chargée. Même si les Nations ne sont
pas « Unies », l’ONU est un cadre, irremplaçable. Si on abandonne cette enceinte, c’est encore plus la loi du plus
fort qui régnera. Bien sûr, il faudrait
élargir le Conseil de sécurité, la France a
toujours été favorable. Mais la Chine
ne veut pas du Japon ni de l’Inde, les
Africains ne sont pas d’accord
CLAIREFOND
sur qui choisir, tout comme l’Amérique
du Sud, etc.
pération politique permanente avec les
pays de départ. La fermeture totale est
impraticable, économiquement inepte
et humainement cruelle. L’inverse,
ouverture totale, sans frontière, est insensé et ferait exploser l’Europe. Donc il
faut gérer, cogérer.
Vous abordez également « l’urgence
écologique »…
Le maintien de la vie sur la planète n’est
pas garanti si le modèle prédateur actuel
occidental/américain perdure avec dix
milliards d’habitants. Comme il y a eu
un processus d’industrialisation aux
XIXe siècle, il faut aujourd’hui un processus d’écologisation, qui transforme
tous les domaines : énergie, transport,
agriculture, industrie, construction, etc.
et qui aille plus vite que le compte à rebours écologique. D’ici vingt ou trente
ans il faudra avoir tout changé.
Quelle est la bonne échelle pour traiter
ces problèmes ?
Il n’y a pas à choisir. Il faut agir à tous
les niveaux, du plus local ou plus global
en passant par l’État-nation qui ne va
pas disparaître. C’est la « subsidiarité », que Delors recommandait pour
l’Europe (sans être suivi !).
L’Occident est-il fragile dans ce monde
où les régimes autoritaires montent
en puissance ?
Il est flagrant que les Occidentaux n’ont
plus le monopole de la conduite des affaires du monde. Et ils le vivent mal.
Occident fragilisé ? Oui, s’il accumule
les bévues. L’Occident reste fort riche.
Mais il n’est pas homogène. La mondialisation était censée assurer la domination occidentale, mais les classes occidentales populaires ont décroché. Les
Américains voudraient garder leur
puissance, ils ne savent pas comment.
Travaillés par une rhétorique sermonneuse et moralisatrice, fondée sur le remords instrumentalisé des guerres et de
la colonisation, les Européens eux ont
peur de la « puissance ». L’Union européenne, conçue pour profiter de la paix
garantie par l’alliance, et non pas pour
devenir une « puissance », doit redémontrer son efficacité, notamment démocratique, face au défi grandissant
des régimes autoritaires.
Vous appelez à la renaissance du projet
européen mais vous fustigez
l’européisme et l’idéologie
intégrationniste. Pourquoi ? Quelles
sont les conditions pour que l’Europe
reprenne vie ?
C’est parce que je ne crois pas que plus
d’intégration créerait plus d’ambition
et de puissance européenne. Et je
constate que le sentiment
pro-européen
n’est majoritaire dans
Il faut que ces migrations soient
quasiment plus aucun
pays d’Europe. Les vrais
maîtrisées. C’est crucial.
n’existent
Les Européens rejettent de plus en plus fédéralistes
pas électoralement, à
l’Europe car ils pensent qu’elle est
part dans les journaux
économiques et les
devenue une passoire
think-tanks. Donc subsidiarité ! Il existe un
« marais » :ceux qui sont devenus
Vous évoquez « l’explosion
sceptiques - les médias ont tort de quadémographique », notamment
lifier d’eurosceptiques les euro-hostiles
de l’Afrique. Quelle est la solution selon
- les allergiques, les découragés qu’on
vous à cette « ruée vers l’Europe » que
peut reconvaincre de réadhérer au proprédit l’universitaire Stephen Smith ?
jet européen, à condition que celui-ci
Ces migrations sont un phénomène
réponde aux attentes des gens ordinaimondial, qui ne concerne pas que l’Afrires et des classes populaires : garder
que et l’Europe et qui ne sera pas stoppé,
une certaine identité, une certaine souen effet, par le développement. La faveraineté et de la sécurité. Depuis une
meuse transition démographique vitale
trentaine d’années, les élites méprisent
ne se concrétisera en Afrique, et notamet rejettent ces demandes. Il est encore
ment dans les pays du Sahel que par
temps de leur donner des réponses rail’éducation des femmes. C’est la priorisonnables.
té. Ensuite, il faut que ces migrations
Je souligne donc que l’Europe telle
soient maîtrisées. C’est crucial. Les
qu’elle est, et tels que sont les schémas
Européens rejettent de plus en plus l’Eumentaux et européens, ne garantit pas
rope car ils pensent qu’elle est devenue
que nous relevions à temps ces défis.
une passoire. Que faire ? D’un côté,
Cela m’inquiète. Il faut alarmer, sans
sanctuariser et harmoniser l’asile pour
paniquer et mobiliser, pour une conféles gens véritablement en danger et, en
dération européenne qui s’assurera
même temps, cogérer les flux avec les
comme puissance sans prétendre tout
pays de départ et de transit en fixant des
normaliser en son sein. ■
quotas par métiers. Si on ne distingue
pas les deux, le droit d’asile finira par
être balayé. Il faut travailler avec les dirigeants africains qui n’ont pas intérêt à
ce que leurs meilleurs éléments partent
pour l’Europe. Il faut donc un Schengen
■ Comptes
renforcé qui fonctionne vraiment, avec
à rebours
une vraie gestion des frontières, où on
Hubert Védrine,
soit capable de détecter très vite qui re-
«
»
lève du droit d’asile et qui relève de
l’immigration économique, et une coo-
FAYARD, 352 P., 20 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 26 avril 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
L’argument du bourreau
D
ans le sillage de Spinoza
et Nietzsche, les
philosophes du bonheur
nous invitent aujourd’hui
à penser, comme le dit
Frédéric Lenoir,
qu’« être heureux, c’est aimer la vie,
toute la vie : avec ses hauts et ses bas,
ses traits de lumière et ses phases
de ténèbres, ses plaisirs et ses peines ».
Nietzsche lui-même y avait insisté.
La sagesse, disait-il, consiste « dans
l’affirmation de la vie dans son entier,
dont on ne renie rien, dont on ne
retranche rien ». Alors, disant oui
à la vie, toute la vie, nous pourrions
vivre dans l’amour et la joie.
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
Qui ne serait preneur ? À l’opposé
des morales du devoir héritées du
christianisme et du kantisme, qui nous
somment de séparer le bien et le mal,
de valoriser l’effort et le mérite,
Nietzsche, comme Spinoza en qui il
voyait un « frère », nous propose
d’en finir avec les passions tristes, les
remords et les regrets, les culpabilités,
les colères et les indignations, et tout
cela au nom de l’amour ! Il faudrait
être fou pour ne pas y aller.
J’aimerais pouvoir en rester là,
mais je ne puis, en quoi les conseils
de la psychologie positive et des
philosophies du bonheur inspirées
par le bouddhisme, le spinozisme ou le
ENTRE GUILLEMETS
26 avril 1248 : consécration de la Sainte-Chapelle
sur l’île de la Cité, à Paris.
Honoré de Balzac
RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER
Quand on contemple
cette vaste capitale […],
le Palais avec la SainteChapelle est encore ce qui
paraît le plus monumental
parmi tant de monuments»
nietzschéisme, me laissent, c’est un
euphémisme, de marbre. Nietzsche est
génial, c’est entendu, mais pour le dire
sans fard, la doctrine de l’amor fati,
de l’amour du monde en totalité, m’a
toujours semblé, comme du reste celle
de Spinoza, finalement assez absurde.
J’avoue d’ailleurs n’avoir encore jamais
rencontré un seul disciple de Nietzsche
ou de Spinoza qui soit capable d’aimer
« toute la vie », sans rien en retrancher,
et de réfuter ainsi sérieusement le
fameux « argument du bourreau », que
voici : si nous devons aimer le réel tel
qu’il est, le réel en totalité, quelle que
soit la tête qu’il a (si j’ose dire), ainsi
commence l’argument, alors, il faut
aussi aimer les bourreaux qu’il compte
inévitablement en lui. Mais alors,
faut-il vraiment dire « oui » à la vie
et aimer tout réel quand il comprend
Auschwitz, les massacres au
Cambodge, au Rwanda, en Syrie
ou ailleurs ? On peut encore formuler
l’argument sous forme d’un
syllogisme : « Il faut, selon Nietzsche et
Spinoza, aimer le réel tel qu’il est, tout
entier, dire “oui” au fatum. Soit ! Mais
le réel comprend des bourreaux et des
salauds ; il faut donc aimer aussi
les bourreaux et les salauds. »
Les nietzschéens spinozistes, qui ont
lu Deleuze, trouvent cet argument
indécent de bêtise et d’une rare
banalité. Je le trouve au contraire
excellent, banal oui, ce n’est pas
douteux, mais cependant d’une rare
justesse, et il me semble toujours qu’en
philosophie il faut préférer la justesse à
l’originalité. On me dit que je n’ai rien
compris, que ce syllogisme est
sophistique, que l’amor fati ne nous
empêche pas d’aimer aussi la lutte
contre les méchants, car ce combat fait
lui aussi partie du réel, que l’on n’est
donc pas obligé d’aimer les bourreaux.
L’objection est claire : dans le réel,
il n’y a pas que la Collaboration, il y a
aussi la Résistance, je peux donc aimer
la Résistance plutôt que la
Collaboration. En quoi il me semble
que c’est l’objection qui est absurde,
pas l’argument du bourreau.
D’abord, parce qu’en bonne logique
nietzschéenne ou spinoziste, je dois
tout aimer, dire oui à tout le réel, me
réconcilier avec la totalité de ce qui est
« sans rien retrancher ». Comment
pourrais-je, dans ces conditions,
choisir entre la Résistance et la
Collaboration ? Mais, admettons :
disons qu’en kantien aux petits pieds,
je m’identifie plutôt aux résistants, que
c’est cela que je préfère dans le réel,
mais alors, je me demande bien en quoi
l’impératif d’aimer ce qui est en totalité
se distingue en quoi que ce soit de la
vision morale ordinaire, de cette
morale chrétienne ou kantienne dont
Spinoza et Nietzsche voulaient pourtant
nous délivrer ? Pourquoi plaider avec
tant de force pour un « oui » total, pour
une adhésion sans faille au réel si ce
réel inclut en lui… le refus d’une partie
du réel, le choix d’un de ses aspects
(la Résistance) plutôt qu’un autre
(la Collaboration) – thèse d’autant plus
incohérente dans le contexte de la
pensée de Nietzsche et de Spinoza que
la notion de choix n’y a de toute façon
aucune place ? Franchement, je ne vois
pas où ces sophismes nous conduisent,
sinon à faire comme tout le monde :
à ne pas aimer le monde quand il n’est
pas aimable et l’aimer quand il l’est,
conclusion de bon sens à vrai dire,
mais qui n’a nul besoin d’un attirail
conceptuel finalement assez ridicule
et pour tout dire aussi sophistiqué
qu’inutile.
ANALYSE
Mathieu de Taillac
mtaillac@lefigaro.fr
Le « miracle portugais » : clés et
limites du redressement du pays
À
Lisbonne, un
gouvernement socialiste,
soutenu au Parlement
par les communistes
et la gauche radicale,
va faire voter ce jeudi
l’accélération de la réduction de son
déficit public. En présentant son plan
de stabilité 2018-2022 devant les
députés, l’exécutif d’Antonio Costa fera
passer l’objectif de déficit de 1,1 % du PIB
- tel que le prévoyait le budget 2018 à 0,7 %. Le Portugal, qui en 2014 était
encore sous le coup d’un plan de
sauvetage à 78 milliards d’euros et sous
la tutelle de la troïka (Commission
européenne, Banque centrale
européenne et FMI), en vient à devancer
les objectifs fixés par Bruxelles !
Un symbole du chemin parcouru depuis
l’activation du programme d’assistance,
en 2011. Alors que le pays menaçait
de suivre le chemin de la Grèce.
Le bon élève européen affiche
aujourd’hui l’une des croissances les plus
élevées de l’Union, atteignant 2,7 %
en 2017, son plus fort taux du XXIe siècle.
Le Portugal a réduit son chômage de
manière spectaculaire, de 17,5 % en 2013
à 7,8 % en 2018. Un succès dû aux efforts
successifs du gouvernement
conservateur de Pedro Passos Coelho
(2011-2015) puis du cabinet PS d’Antonio
Costa, ainsi qu’au dynamisme des
entreprises nationales. Les exportations
sont passées de 32 % du PIB avant la crise
à 42 % aujourd’hui. Le renversement
de situation est impressionnant.
L’attelage qui soutient le
gouvernement dans la modernisation
de l’économie portugaise n’est pas
l’élément le moins surprenant de la
réussite portugaise. Arrivé derrière la
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
revenus les plus faibles, augmentation
des prélèvements sur les grandes
entreprises, amélioration des pensions
et des salaires des fonctionnaires,
aides au chauffage, à la scolarisation
et aux chômeurs…
Pour autant, le ministre des Finances,
Mario Centeno, un ex-dirigeant de la
Banque du Portugal formé à Harvard et
qui n’est membre d’aucun parti, a les
coudées franches pour redresser les
comptes publics. Il ne sera pas dit
que celui qui est aussi président de
l’Eurogroupe ne fait pas le ménage chez
lui. À 126 % du PIB, le Portugal reste le
troisième État de l’Union le plus endetté,
derrière la Grèce et l’Italie. « Si des
nuages s’abattent sur
l’économie portugaise,
Le Portugal a réduit son chômage
avec une telle dette nous
de manière spectaculaire,
aurions de nombreux
problèmes », juge le
de 17,5 % en 2013 à 7,8 % en 2018
professeur Ribeirinho.
Aussi spectaculaire que soit le
communistes ni la gauche radicale ne s’y
redressement du pays, il le doit pour
opposeront, même si, pour faire plaisir
beaucoup à ses gains de compétitivité
à leurs électeurs, ils défendront leurs
- avec un smic limité à 580 euros - et à
propres motions. Le PCP glose sur « la
l’embellie économique mondiale. En
soumission à l’UE et à l’euro »… mais
outre, le Portugal doit affiner son modèle
laissera passer la révision du déficit.
de croissance. Les installations récentes
Professeur à l’AESE Business School
d’entreprises liées aux nouvelles
de Lisbonne, Jorge Ribeirinho Machado
technologies sont de bon augure tout
sourit de ces chamailleries : « Cela se
comme la montée en gamme du secteur
passe ainsi depuis la naissance de ce
textile traditionnel mais l’économie reste
gouvernement. Les alliés du PS disent une
trop peu diversifiée et pas assez
chose et en font une autre. Ils protègent
productive. La réduction massive
leur image auprès de leurs électeurs
du chômage s’explique bien davantage
mais sont bien conscients que si le
par l’essor du tourisme, un secteur en
gouvernement s’écroule, on les accusera
croissance continue depuis sept ans.
de détruire la crédibilité et la stabilité
Avant que l’on ne s’agenouille devant
du pays. »
le « miracle portugais », le pays doit
Le gouvernement Costa a, certes,
consolider les bases de sa croissance
donné quelques gages de son ancrage
économique.
à gauche : baisse des impôts sur les
droite aux élections de 2015, Costa a
négocié l’appui parlementaire du vieux
Parti communiste portugais (PCP) et
du plus récent Bloco de Esquerda (BE)
(gauche radicale, fondé en 1999).
Une alliance totalement inédite - le PCP
ayant toujours refusé de s’allier à un PS
jugé trop libéral -, que les conservateurs
ont voulu moquer en l’appelant
« la geringonça », « le machin ».
Trois ans après, le PS sait contenir les
aspirations dépensières de ses turbulents
alliés, en dépit des affrontements
rhétoriques entourant chaque
négociation budgétaire. Le vote
du programme de stabilité prévu ce
jeudi est un exemple du genre. Ni les
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
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VOX
… UNIVERSITÉS
Coma imaginaire à
Tolbiac : quand l’extrême
gauche s’invente des
fantômes, par Adrien
Dubrasquet, ancien élève
de l’École normale
supérieure.
… ANTISÉMITISME
Tribune des 300 contre
l’antisémitisme,
tribune des 30 imams :
le décryptage de Céline
Pina, essayiste et auteur
de « Silence coupable »
(éd. Kero, 2016).
… TERRORISME
De qui Salah Abdeslam
est-il l’échec ?
par Alain Destexhe,
sénateur belge
(Mouvement
réformateur).
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1er cahier 16 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 8 pages
Cahier 4 Littéraire
8 pages
A
CHRONIQUE
15
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
16
Gilles Boussaingault
£@gboussaingault
e pilote belge de l’écurie Hyundai talonne aux points l’actuel champion du
monde des rallyes (WRC), le Français
Sébastien Ogier, et compte bien mettre les gaz pour lui souffler le titre cette année. Le temps d’une interview, le
champion a coupé le contact, ôté son casque et répondu avec franchise…
RENCONTRE
LE FIGARO. - Le rallye d’Argentine commence
ce jeudi et se terminera dimanche.
Comment se présente cette cinquième épreuve
du championnat du monde des rallyes ?
Thierry NEUVILLE. - C’est un rallye d’endurance
car il est plus long que la plupart des autres courses : 360 km divisés en 18 spéciales. Je le connais
bien pour l’avoir remporté l’année dernière. Il se
distingue surtout par de nombreuses spéciales
cassantes.
Cassantes, c’est-à-dire ?
Que les courses sur les épreuves supplémentaires
sont dangereuses car on y risque pas mal de casse
mécanique compte tenu de l’état des routes. Il faut
également franchir un certain nombre de gués et
prendre garde à ne pas aspirer d’eau dans le moteur. Cela arrive…
Vous avez souvent fini les courses à la deuxième
place, à cause de problèmes mécaniques
ou de sorties de route. Seriez-vous
le « Raymond Poulidor » des rallyes ?
(Rires) Il est vrai qu’en Belgique, nos trois sports
nationaux sont le cyclisme, le foot et le rallye. On a
fini trois fois le championnat en deuxième position
et, par le passé, on savait que faire mieux était impossible. Mais, depuis trois ans, on a une voiture
compétitive, la i20 WRC, et nous allons prouver
que l’on peut gagner.
Thierry Neuville : « La technologie
ne peut pas remplacer un pilote »
Sébastien Ogier est donc « l’homme à abattre » ?
On ne peut pas mieux dire !
Le champion belge de rallye automobile évoque sa saison, les évolutions
de sa discipline, la sécurité routière et les 80 km/heure.
On installe des technologies toujours
nouvelles dans les voitures de compétition.
Est-ce à dire qu’un jour, il n’y aura plus de pilote
et que celui-ci sera réduit à être simple copilote ?
Les choses vont clairement évoluer, mais sur circuit, car c’est une structure dédiée à la compétition pure. En revanche, en rallye, nous roulons
dans un environnement ouvert à tout le monde en
temps normal. Il n’y a pas, par exemple, de rails de
sécurité. Donc, un pilote sera toujours nécessaire.
Les progrès ne peuvent pas le remplacer.
Mais à quand un rallye en auto tout électrique ?
On disposera sans doute prochainement d’une
motorisation hybride. Le World Rallycross sera
disputé l’an prochain en électrique. Mais les spéciales en rallye seront toujours courues en thermique. Imaginez : 2 000 commissaires de course, en
moyenne, sont placés sur un parcours. Aujourd’hui, ce sont des personnes formées pour adopter
les bons gestes avec une auto électrique en cas
d’accident. Et on comprend pourquoi quand on
sait qu’éteindre une auto électrique en feu peut
prendre cinq jours ! D’autant qu’il faut aussi protéger les spectateurs, qui sont souvent les premiers
sur place et peuvent toucher la voiture. Quant à
créer des modèles de course entièrement autonomes, cela n’aurait évidemment pas d’intérêt.
On voit souvent que vous « rasez les moustaches »
des spectateurs sur les routes. Cela ne vous
stresse-t-il pas ?
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
DELACROIX, LA FUREUR DE PEINDRE
Il se confronta au spectacle du monde, afronta les
sarcasmes et les éloges, sans qu’ils lui fassent renier sa
passion : il avait l’étofe du héros, celui qui ne plie pas
face aux gens « à conscience souple », et qui adresse
son œuvre à l’éternité. A l’occasion de la magnifique
rétrospective organisée au musée du Louvre, la plus
complète depuis 1963, Le Figaro Hors-Série se penche
sur la figure emblématique du chef de file du
romantisme, chez qui l’instinct du trait s’allia à
l’expérience du travail. Analyse de son esthétique, de
la peinture d’histoire à ses paysages, en passant par ses
portraits et ses sujets religieux, récit d’une vie marquée
par ses amitiés fécondes avec Chopin, George
Sand ou Baudelaire, son admiration pour Rubens
et Shakespeare, son voyage au Maroc. Il voulait que
chaque tableau soit une « fête pour l’œil », son œuvre
est un feu d’artifice qui nous éblouit encore.
Le Figaro Hors-Série : La fureur de peindre.
106 pages.
Même si cela
« peut
paraître
impopulaire,
je conçois tout
à fait que
la limitation
de vitesse
à 80 km/h ait été
prise dans un
souci d’améliorer
les conditions
de sécurité.
Cet objectif doit
toujours rester,
quelles que soient
les circonstances,
une priorité pour
les automobilistes
autant que pour
les autorités
THIERRY NEUVILLE
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Avril
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2018
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Retrouvez Le Figaro Hors-Série sur Twitter et Facebook
A
« Il est vrai qu’en Belgique,
nos trois sports nationaux
sont le cyclisme, le foot
et le rallye. On a fini trois
fois le championnat
en deuxième position et,
par le passé, on savait
que faire mieux était
impossible. Mais, depuis
trois ans, on a une voiture
compétitive, la i20 WRC,
et nous allons prouver
que l’on peut gagner. »
»
Des pilotes se sont justement plaints de cette situation. On fait des campagnes de sensibilisation, on a
des réunions avec la FIA (Fédération internationale automobile) et c’est d’ailleurs pour cette raison
que l’on ne court plus en Pologne. Il y a désormais
moins de gens aux bords des routes, mais il reste
toujours des imprudents qui se mettent là où il ne
faut pas.
Vous faites-vous parfois de grosses frayeurs
au volant ?
De temps en temps. Mais on se sent tellement en
sécurité dans les autos que ça ne fait pas vraiment
peur. Lors du Tour de Corse, j’ai quitté la route
près d’un pont qui enjambait une rivière. Sur le
coup, on ne savait pas si on allait faire une chute de
2 mètres ou de 35 mètres. Mais on n’a eu peur que
2 secondes, quand l’auto a tapé une première fois.
Au troisième choc, on fait « ouf » et c’était déjà
oublié. En revanche, en Finlande, en 2014, on est
sortis à 180 km/h dans les arbres. Là, c’était une
grosse frayeur. Mais on a eu la chance de s’en tirer
quasi indemnes.
Entre Sébastien Loeb et Sébastien Ogier,
pour lequel de ces deux champions votre cœur
balance-t-il ?
Ogier est le plus fort, mais Loeb possède plus de
qualités. Je le préfère dans sa manière de gérer ses
combats. Et il se plaint moins ! Mais, en vitesse
pure, Ogier prend plus de risques, tandis que Loeb
n’a jamais été un pilote à tout tenter coûte que
coûte. J’étais derrière Ogier sur la route, en Finlande, je voyais ses traces et j’ai dit à Nicolas Gilsoul, mon copilote : « S’il fait tous les rallyes comme ça, je ne sais pas s’il va durer longtemps. » Deux
spéciales après, il était dans les arbres !
Sur une route normale, quel défaut observez-vous
le plus souvent chez les conducteurs ?
Des bêtises, on en voit tout le temps ! Toutefois, les
gens ne regardent pas assez loin devant eux. Cela
permet d’anticiper les ralentissements et de se
calmer.
Que pensez-vous de la baisse de la limitation
de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires
françaises ?
Étant de nationalité belge, je n’ai pas d’avis particulier sur cette mesure d’autant que je roule assez
peu sur les routes françaises. Toutefois, même si
cela peut paraître impopulaire, je conçois tout à
fait que cette initiative ait été prise dans un souci
d’améliorer les conditions de sécurité. Cet objectif
doit toujours rester, quelles que soient les circonstances, une priorité pour les automobilistes autant
que pour les autorités.
Roulez-vous vite en dehors des courses ?
Je dois faire très attention à mon permis car si je le
perdais, je ne prendrais pas le départ d’une course.
Mais j’avoue aussi qu’en France, en tant qu’étranger, je peux rouler un peu plus vite sans retrait de
permis, donc parfois, j’ai dépassé la limite.
Quelles sont vos prochaines épreuves
après l’Argentine ?
Le Portugal, la Sardaigne, la Finlande, la Turquie,
l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et l’Australie.
Cela fait en moyenne 240 jours par an à l’étranger.
Alors, pour mes loisirs, en dehors du vol en hélicoptère, je suis souvent content de rester chez moi ! ■
FREDERIC CHAMBERT / PANORAMIC
L
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 925 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
LES SYNDICATS
PRÉVOIENT
UNE JOURNÉE
ACCOR
SANS TRAIN
L’HÔTELIER NÉGOCIE LE 14 MAI
LE RACHAT
DÉFENSE
DASSAULT AVIATION ET
AIRBUS S’ALLIENT DANS
L’AVIATION DE COMBAT
DE MÖVENPICK
PAGE 22
PAGE 19
Baisse contrastée du
chômage en début d’année
Au premier trimestre, le nombre de demandeurs d’emploi a reculé de 0,9 %,
selon Pôle emploi. Les travailleurs précaires, eux, sont de plus en plus nombreux.
La baisse du chômage s’est poursuivie au 1er trimestre 2018, avec 32 100
demandeurs d’emploi en moins
(- 0,9 %) selon le nouvel indicateur
trimestriel de Pôle emploi publié ce
mercredi. Sur un an, le nombre de
chômeurs décroît de 1,2 %. Ils sont
désormais 3,7 millions, un niveau
certes très élevé, mais qui n’a plus été
atteint depuis le troisième trimestre
2014. Si pour certains, le chômage
baisse, pour d’autres, la situation est
encore compliquée : le nombre de
demandeurs d’emploi exerçant une
activité poursuit sa hausse, ininterrompue depuis la crise de 2008. Ces
personnes - qui travaillent souvent à
temps partiel ou en contrats courts sont 2,23 millions au 1er trimestre,
soit 1,5 % de plus que fin 2017. Quant
aux demandeurs d’emploi de longue
durée, leur nombre a progressé de
1,9 % entre janvier et mars et de
6,5 % sur un an. Ils sont désormais
2,74 millions. L’exécutif a l’intention
de s’attaquer à ce phénomène avec
son plan d’investissement en compétences de près de 15 milliards
d’euros qui prévoit, notamment, de
former un million de chômeurs de
longue durée. Mais les effets ne
seront pas immédiats.
èUNE BAISSE DU CHÔMAGE EN DEMI-TEINTE èÀ ALÈS, L’EMPLOI RETROUVE QUELQUES COULEURS PAGES 18 ET 19
LOIC VENANCE, ÉRIC PIERMONT/AFP, MÖVENPICK HOTELS & RESORTS, ANDY WONG/AP
La Chine,
championne
de la voiture
électrique
Alors que s’ouvre
le Salon de
l’automobile de Pékin,
les constructeurs
automobiles chinois
nourrissent
des ambitions
internationales.
Leur fer de lance
est la voiture
électrique. PAGE 21
le PLUS du
FIGARO ÉCO
INFORMATIQUE
Atos noue un
partenariat mondial
avec Google Cloud
PAGE 23
LA SÉANCE
DU MERCREDI 25 AVRIL 2018
CAC 40
5413,30
-0,57%
DOW JONES (18h)
23902,93 -0,50%
ONCE D’OR
1321,65 (1328,85)
PÉTROLE (lond)
73,450 (74,710)
EUROSTOXX 50
3485,83 -0,71%
FOOTSIE
7379,32 -0,62%
NASDAQ (18h)
6490,10 -0,29%
NIKKEI
22215,32 -0,28%
COMMUNIQUÉ FINANCIER | 26 avril 2018
L'HISTOIRE
L
d’exploitation attribuée en 2009 à l’opérateur
britannique est une licence de service mobile
par satellite (MSS) et non pas par stations
terrestres. Et cela, afin de réduire la fracture
numérique dans les pays européens. En clair,
pour Eutelsat, son concurrent détourne
les autorisations
en termes de services
et d’infrastructures
et ne respecte pas la
réglementation. De son
côté, Inmarsat explique que
son système, baptisé EAN,
est bien adapté aux régions
densément peuplées et
aux avions de type A 320.
Au cœur de la bataille
juridique, le fabuleux
marché des services à haut
débit à bord des avions.
Selon la dernière étude
de la London School of
Economics & Political
Science, il devrait générer
quelque 130 milliards de
dollars de chiffre d’affaires
d’ici à 2035. ■
VÉRONIQUE GUILLERMARD
WWW.SYNERGIE.COM
Daniel AUGEREAU
Wi-Fi à bord des avions :
Eutelsat porte plainte contre Inmarsat
a bataille juridique autour du WiFi à bord des avions rebondit.
Selon nos informations, Eutelsat,
premier opérateur européen de
satellites de télécoms, a déposé,
mercredi 25 avril, un recours devant le
Conseil d’État contre une
décision de l’Arcep. Le
groupe français, dirigé
par Rodolphe Belmer,
conteste le bien-fondé
d’une décision de
l’Autorité de régulation
des communications
électroniques, concernant
l’activité d’Inmarsat en
France. De quoi s’agit-il ?
L’Arcep a donné son feu
vert, le 22 avril dernier,
au lancement de l’offre
Internet à haut débit en
vol d’Inmarsat, en France.
Ce service sera diffusé
via un réseau composé
majoritairement
d’antennes-relais
terrestres. Or, plaide
Eutelsat, la licence
Les quatre syndicats de la SNCF,
engagés dans une grève programmée jusqu’à la fin juin, ne désarment
pas. Ils rencontreront le premier ministre le 7 mai. Auparavant, le 3 mai,
la CGT, l’Unsa, SUD-rail et la CFDT
ont prévu des rassemblements à
Paris et en province « pour mettre
la pression sur le gouvernement »,
a déclaré, mercredi, Laurent Brun, le
secrétaire général de la CGT-cheminots lors d’une conférence de
presse commune. Les quatre syndicats se félicitent de la rencontre
avec le premier ministre qu’ils analysent comme « une reprise en
main » de la réforme. « Il n’est pas
imaginable qu’on nous convoque
sans nous annoncer quoi que ce
soit, s’exclame Laurent Brun. Si
c’est cela, le gouvernement serait
responsable d’un conflit sur le long
terme. »
« Cette rencontre est une bonne
chose, mais rien n’est acquis,
convient Roger Dillenseger de
l’Unsa. Au-delà de la reprise de la
dette, le financement pérenne du
système ferroviaire n’est pas garanti. » La CGT-cheminots reconnaît que les quatre organisations ne
sont « pas unanimes » sur tous les
sujets. « Nous pensons que cette
réforme est très idéologique et
qu’elle ne contient aucune idée pour
inventer le système ferroviaire de
demain », résume Laurent Brun.
Si Édouard Philippe refuse de rouvrir les négociations le 7 mai, l’intersyndicale déclenchera sa « journée
blanche », le 14 mai. Ce jour-là, les
syndicats espèrent qu’aucun cheminot ne travaillera. « Une journée
sans cheminot, c’est une journée
sans train », résume Didier Aubert
de la CFDT-cheminots. L’intersyndicale réclame des réunions tripartites (patronat, syndicats, gouvernement) pour bâtir le nouveau pacte
social du ferroviaire.
Didier Aubert, le secrétaire général
de la CFDT-cheminots, souhaite
aussi « good luck ! » à Emmanuel
Macron qui avait expliqué en anglais
sur Fox News qu’il y a « no chance » que la réforme soit remise en
question.
VALÉRIE COLLET
Président directeur général
1er
FORTE CROISSANCE
DU CHIFFRE D’AFFAIRES
AU PREMIERTRIMESTRE :
589,6 M€ (+14,2 %)
Groupe français
indépendant de
services RH
En M€
T1 2017
Variation
5e
International
311,9
257,7
+21,0 %
France
277,7
258,4
+7,5 %
Total
589,6
516,1
+14,2 %
Réseau
européen
16
Pays dans
le monde
665
Agences
3 050
Collaborateurs
permanents
PROCHAINS
RENDEZ-VOUS
• Assemblée
Générale
le 14 juin 2018
• Publication du
chiffre d’affaires du
2e trimestre 2018
le 25 juillet 2018,
après Bourse
T1 2018
SYNERGIE conirme son excellent début d’année 2018,
avec un chiffre d’affaires consolidé de 589,6 M€, soit
+14,2 % par rapport à 2017 (10,9 % à périmètre et devises
constants).
L’International qui représente désormais 52,9 % de
l’activité consolidée, est en très forte progression : +21 %
(14,1 % à périmètre et devise constants).
La nette hausse de l’activité s’est poursuivie en France :
+7,5 %, (+9 % corrigé des jours ouvrés).
Cette dynamique résulte à la fois des investissements
réalisés les années précédentes (recrutement de
consultants, déploiement d’une nouvelle offre, actions
intensives de formation...) et de l’évolution du marché.
Grâce à sa solidité inancière, le Groupe poursuit
activement sa stratégie de développement tant en France
qu’à l’International et étudie, en particulier, des projets de
croissance externe.
CAPITAL SOCIAL : 121 810 000 € - EURONEXT PARIS COMPARTIMENT A
ISIN FR0000032658 - MNÉMO : SDG - REUTERS : SDGI.PA - BLOOMBERG : SDG:FP
CONTACT : SYNERGIE Direction Financière - Yvon Drouet
Tél. +33(0)1 44 14 90 20 - yvon.drouet@synergie.fr
A
lefigaro.fr/economie
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
18
L'ÉVÉNEMENT
Des situations contrastées
Une baisse
du chômage
en demi-teinte
DEMANDEURS D'EMPLOI EN CATÉGORIES A ET A, B, C
En milliers, données corrigées des variations saisonnières
et des jours ouvrables (CVS-CJO)
Source : Pôle emploi-Dares, STMT
Le nombre de demandeurs d’emploi a baissé
de 0,9 % au premier trimestre.
Les emplois précaires continuent d’augmenter.
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
SOCIAL L’horizon continue de
s’éclaircir peu à peu sur le terrain
de l’emploi. Selon les statistiques
publiées par le ministère du Travail mercredi, le nombre de demandeurs d’emploi sans activité
(catégorie A) a diminué de 0,9 %
dans toute la France (- 32 100)
pour s’établir à 3,7 millions de
personnes entre janvier et mars,
après une baisse de 0,7 % au qua-
Propreté : l’épineuse
question des primes
Après les transports, c’est au
tour du secteur de la propreté
de demander au gouvernement
de faire une entorse aux
ordonnances réformant le
Code du travail. Dans une lettre
adressée, lundi, à la ministre du
Travail, Muriel Pénicaud,
et au premier ministre, Édouard
Philippe, les partenaires sociaux
du secteur réclament que
les primes soient décidées au
niveau de la branche (laquelle
regroupe les entreprises
du secteur). Or, selon les
ordonnances, les primes sont
désormais négociées au niveau
de l’entreprise. Les branches
gardent en revanche toujours
la main sur la définition des
minima salariaux. L’objectif
est « d’éviter des disparités
salariales entre les entreprises
avec un risque de dumping
social en défaveur de l’intérêt
général de l’emploi »,
peut-on lire dans la lettre.
En octobre dernier,
le gouvernement et le secteur
de transports ont réussi
à trouver un terrain d’entente
sur cette question « sans
déroger » aux ordonnances,
insiste-t-on du côté du
ministère. Depuis, le secteur n’a
toujours pas conclu d’accord
technique sur le sujet tant
la question est sensible. M. M.
CATÉGORIES A, B, C,
6 200
France entière (hors Mayotte)
5 930,4
+2,1 %
Évolution
2018/2017
5 200
trième trimestre 2017. Et, bonne
nouvelle, cette baisse de début
d’année concerne toutes les classes d’âge y compris les jeunes et
les seniors qui rencontrent généralement plus de difficultés à retrouver un emploi. Elle bénéficie
en outre à l’ensemble des régions
- à l’exception de la Corse ainsi
que l’Île-de-France où le nombre
de demandeurs d’emploi reste
stable.
4 200
Catégorie A :
chômeurs sans
aucun emploi ;
catégories B et C :
chômeurs ayant exercé
une activité réduite
(B : moins de 78 heures ;
C : plus de 78 heures)
Jobs de courte durée
Si ces résultats sont encourageants, ils sont toutefois à nuancer. En effet, au cours du premier
trimestre, le nombre de demandeurs d’emploi en activité réduite
(catégories B et C) a augmenté de
1,5 % au premier trimestre en
France métropolitaine pour s’établir à 2,1 millions de personnes.
Sur un an, la hausse atteint même
8 % ! Concrètement, il s’agit de
personnes qui exercent des jobs de
courte durée et généralement
précaires (emplois à temps partiel,
contrats courts, etc.) qui sont à la
recherche d’un emploi plus durable. Ainsi, si l’on tient compte des
personnes qui n’ont pas d’activité
et celles qui ont une activité réduite (catégories A, B, C), le nombre de demandeurs d’emploi reste
stable entre janvier et mars. Pire,
il progresse de 2,1 % sur un an…
«C’est un phénomène assez logique avec la reprise économique. Il y
a un ajustement du marché du travail. Les personnes qui s’en étaient
éloignées ont accepté un emploi qui
3 695,4
-1,2 %
3 200
Évolution
2018/2017
2 200
CATÉGORIE A,
France entière (hors Mayotte)
1 200
T1
T1
T1
T1
T1
T1
T1
T1
T1
T1
T1
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
ne les satisfait pas complètement »,
explique Gilbert Cette, professeur
associé à l’université d’Aix-Marseille. « L’évolution est positive
car, en face, on assiste à une forte
hausse de créations d’emploi »,
précise l’économiste. Le secteur
privé a créé 277 700 emplois de
plus qu’il n’en a détruits en 2017,
indiquait l’Insee dans une note
publiée en mars dernier. Et les
perspectives d’embauches sont
particulièrement élevées pour
cette année.
Autre point faible observé au
cours du premier trimestre : la
hausse des demandeurs d’emploi
de longue durée. Selon le ministère du Travail, le nombre de personnes inscrites depuis un an ou
“
Sur les 35 pays
de l’OCDE, 30 ont
un taux de chômage
qui reste inférieur
à celui de la France
”
GILBERT CETTE, PROFESSEUR D’UNIVERSITÉ
plus sans activité ou en activité
réduite a progressé de 1,9 % entre
janvier et mars et de 6,5 % sur un
an. Ils sont ainsi quelque
2,74 millions de personnes en
France tout entière. Certes, l’exécutif a bien l’intention de s’attaquer à ce phénomène avec son
plan d’investissement en compétences (PIC) de près de 15 milliards d’euros qui prévoit, notamment, de former un million de
chômeurs de longue durée. Mais
les effets ne seront pas immédiats.
Bref, la France a encore du
chemin à parcourir avant de retrouver une situation de pleinemploi… D’ailleurs, l’Hexagone
continue de faire partie des mauvais élèves. « Sur les 35 pays de
l’OCDE, 30 ont un taux de chôma-
À Alès, l’emploi retrouve quelques couleurs
REPORTAGE
GUILLAUME MOLLARET
£@Newsdusud
Il y a à Alès
« une
scène
nationale
de théâtre. Nos
cadres, quand
ils viennent
de loin, sont
sensibles
à ce genre
d’équipements
A
MATTHIEU BRUNET,
CHEF D’ENTREPRISE
»
Son taux de chômage n’a rien de
glorieux : 15,1 %… Il compte
même parmi les plus élevés de
France. Mais à Alès dans le Gard, il
est paradoxalement un indicateur
de reprise ! Car le taux de sansemploi était encore de 17,3 % au
printemps 2015. Jamais depuis le
1er semestre 2012, les statistiques
n’ont été aussi bonnes dans cette
ancienne cité minière, dont le
bassin d’emploi compte 150 000
habitants.
Située en hauteur, sur les bordures d’une rocade, l’usine de
l’équipementier automobile japonais NTN-SNR est l’un des symboles de ce regain. Créé en 2013,
ce site s’est renforcé progressivement pour employer aujourd’hui
70 personnes qui produisent des
roulements à billes équipant les
roues de voitures de l’Alliance Renault-Nissan, de Fiat et du groupe
Volkswagen. L’appel d’air créé
par cette entreprise est d’autant
plus inattendu, qu’en 2011, la zone
industrielle qu’elle occupe avait
été abandonnée par les ateliers de
charpente métallique RichardDucros. Fraîchement rachetée par
le groupe Fayat, la plus vieille entreprise de la ville, née en 1868,
mettait la clé sous la porte et licenciait 298 personnes.
Un coup de massue sur lequel
les responsables locaux ne se sont
pas donné le loisir de pleurer.
Quand elle a eu vent que le groupe
NTN-SNR cherchait un site en
Europe pour produire de nouvelles pièces, l’agglomération a racheté les locaux de Richard-Ducros et les a réhabilités. « On est
habitué à la revitalisation. Quand
les mines ont fermé, le territoire a
dû rebondir, ce qu’il a toujours su
faire », veut croire Christophe Rivenq, directeur de cabinet du
maire de la ville, Max Roustan
(LR).
Est-ce un hasard? Au milieu des
années 1970, SNR était déjà venue
soutenir l’emploi sur le territoire à
l’heure de la fermeture des premiers carreaux de mine. À l’époque, l’entreprise était détenue par
la Régie Renault. Par mécanisme
de compensation, l’État actionnaire avait décidé de l’implantation d’une première usine de roulements à billes dans la commune
voisine de Saint-Privat-desVieux. Les lignes tournent toujours. Elles emploient aujourd’hui
420 personnes. « Nous avons créé
90 emplois et investi plus de
35 millions d’euros sur nos deux sites du territoire gardois entre 2012
et 2018 », explique Laurent Condomines, le directeur des usines
“
On est habitué
à la revitalisation.
Quand les mines
ont fermé, le territoire
a dû rebondir, ce qu’il
a toujours su faire
”
CHRISTOPHE RIVENQ, DIRECTEUR
DE CABINET DU MAIRE DE LA VILLE
NTN-SNR gardoises. « Le taux de
chômage est haut ici, mais il y a des
compétences et des formations en
lycées professionnels qui permettent de recruter des ouvriers qualifiés. Quand il a fallu déposer le projet de création de nouvelle usine, on
a senti les pouvoirs publics concernés et motivés. Entre dirigeants
aussi les échanges sont courants et
bienveillants. Je veux croire que
cela participe à la dynamique actuelle », poursuit le directeur.
Signe de reprise, on n’a, depuis
bien longtemps, pas enregistré
autant d’offres publiées par
l’agence locale de Pôle emploi.
« 3 550 en 2017, dont un peu plus
de 400 rien que dans l’industrie »,
affirme Annick Le Lan, la directrice de l’agence de développement économique locale, qui note
que « l’emploi industriel a augmenté de 5,8 % chez nous, contre
5 % dans le reste de l’Occitanie, et
4,4 % en France ».
Pile de CV
Du reste, la main-d’œuvre est tellement abondante que certains
chefs d’entreprise ne prennent
même pas la peine de passer par
l’agence nationale pour recruter.
« J’ai une pile de CV sur mon bureau
et quand j’ai besoin… je pioche dedans », sourit Matthieu Brunet.
Dirigeant de la société Arcadie, un
fabricant d’épices et de thés bio, ce
chef d’entreprise a lui aussi pris sa
part dans la reprise de l’emploi local. Portée par le marché du bio, sa
société bat chaque année des records de croissance avec une
moyenne d’embauche de 10 salariés par an. Ainsi, le regard porté
sur sa société a changé. Perçue
comme « baba cool » au début, elle
fait aujourd’hui figure d’exemple
dans les cercles patronaux. « Nous
affichons une moyenne de 30 % de
croissance quand le marché tourne
plutôt aux alentours de 20 %. Nous
étions une équipe de 87 personnes
en 2015, et nous sommes 113
aujourd’hui », explique-t-il.
Parce qu’Alès est un peu excentrée, l’entreprise s’est donné
les moyens d’attirer certains talents en créant par exemple une
crèche d’entreprise, qu’elle ouvre
également à d’autres salariés de la
Des employées travaillent sur la chaîne de production d’Arcadie, un fabricant d’épices
zone industrielle où elle est installée. « Il y a à Alès une scène nationale de théâtre. Nos cadres,
quand ils viennent de loin, sont
sensibles à ce genre d’équipements », vante Matthieu Brunet.
« L’accueil des familles est un
point essentiel », souligne quant à
lui Jalil Benabdillah. « Il nous faut
travailler sur l’aide à l’embauche
des conjoints. Dans le cas des cadres, beaucoup viennent de loin. Or
le conjoint peine, lui, à trouver un
poste. Du coup, pour un emploi
créé, on crée aussi un chômeur de
plus », analyse ce chef d’entreprise à la tête de SDTech (42 salariés), une société d’ingénierie
spécialisée dans l’analyse et le
traitement des poudres fines. Di-
plômé de l’École des mines
d’Alès, ce patron est également
vice-président élu au développement économique au sein d’Alès
agglomération. Une double casquette qui le pousse à rapprocher
les mondes de la politique et de
l’entreprise qui, trop souvent,
s’ignorent. Ce pont désormais en
place, il tente d’en lancer un autre
vers le monde de l’éducation.
« Trop d’ingénieurs diplômés à
Alès sont attirés par l’étranger ou
les grands groupes, plutôt que par
nos PME », regrette-t-il. « L’École des mines fait sa part du chemin
en confiant des missions de terrain
à des étudiants ingénieurs qui travaillent sur des problématiques
concrètes pendant sept semaines
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 26 avril 2018
ÉCONOMIE
CATÉGORIE A, moins de 25 ans
En milliers, données CVS-CJO
459,6
600
-3,9 %
Évolution
2018/2017
525
19
Paris et Berlin s’allient
dans l’aviation de combat
Sous l’impulsion des États, Dassault Aviation et Airbus scellent
un partenariat afin de donner un successeur aux Rafale et Eurofighter.
450
375
300
T1
2008
T1
2009
T1
2010
T1
2011
T1
2012
T1
2013
T1
2014
T1
2015
T1
2016
CATÉGORIE A, 50 ans ou plus
T1
2017
T1
2018
916,6
En milliers, données CVS-CJO
+0,4 %
1 000
800
600
400
T1
2008
T1
2009
T1
2010
T1
2011
T1
2012
T1
2013
T1
2014
T1
2015
T1
2016
T1
2017
T1
2018
Source : Pôle emploi-Dares, STMT
ge qui reste inférieur à celui de la
France » qui est établi à 8,9 % de
la population active selon l’Insee,
déplore Gilbert Cette.
La bonne nouvelle est donc toute
relative, dans un contexte où le
ministère du Travail, pour la première fois, publie des données trimestrielles - pour en finir avec les
traditionnelles publications mensuelles fortement critiquées pour
leur volatilité. Ce nouvel indicateur
trimestriel sera désormais la référence, à côté du taux de chômage
calculé par l’Insee, qui se base sur
la définition plus stricte du Bureau
international du travail (BIT). ■
2,7
millions
de demandeurs
d’emploi
de longue durée
fin mars 2018
GUILLAUME BONNEFONT/IP3 PRESS/MAXPPP
LANCEMENT
DE
« BOBACTION »
et de thés biologiques installé à Alès.
dans les entreprises locales. Mais
c’est aussi à nous, patrons de PME,
à aller vers l’école pour faire
connaître nos activités ».
Laurent Condomines, le directeur des usines NTN-SNR, prend
l’initiative au pied de la lettre. En
juin, il recevra pendant une semaine des profs de collège qui
viendront en stage dans son entreprise. « Les enseignants savent
peu ce que l’on fait, et comment
nous travaillons. Si quatre à six
enseignants participent à ce stage,
ça va être chouette », s’enthousiasme-t-il. Bien qu’encore très
largement au-dessus des moyennes nationales, le taux de chômage local ne saurait entamer son
optimisme. ■
À quelques jours de
la Fête du travail, le site
Bob Emploi - créé par
Paul Duan en 2016 pour
aider les chômeurs à
trouver un travail - veut
marquer les esprits.
Il a lancé, ce mercredi,
une campagne citoyenne
et solidaire baptisée
« Faites une #BobAction ».
Ouverte jusqu’au 1er mai,
elle offre la possibilité
à chacun de faire une
bonne action, un « petit
geste » envers les
personnes en recherche
d’emploi en s’engageant
à relire leur CV ou encore
leur lettre de motivation.
Voire à prendre un café
pour parler de façon
informelle de leur projet
professionnel. Lancée
en partenariat avec
Mediatransports,
BFMBusiness et
Le Figaro, cette campagne
vise à « réenchanter
le 1er mai », indique-t-on
chez Bayes Impact, l’ONG
fondée par Paul Duan.
Une fois la campagne
achevée, le site Bob
Emploi mettra en relation
les personnes qui se sont
engagées à offrir
un service et les
demandeurs d’emploi
recensés sur la base
de données du site.
Éric Trappier (à gauche),
PDG de Dassault Aviation,
et Dirk Hoke,
directeur général
d’Airbus Defence,
mercredi, au salon
aéronautique (ILA)
de Berlin.
DASSAULT
CHRONOLOGIE
AVRIL 2018
Les armées française
et allemande signent
un document commun
détaillant leur besoin
en matière d’aviation
de combat du futur.
Airbus et Dassault
Aviation annoncent
leur accord
de coopération
pour développer
une nouvelle
génération d’avions
de combat
DÉCEMBRE 2018JANVIER 2019
Signature du premier
contrat d’études
2025
Construction
d’un démonstrateur
ENTRE 2026
ET 2030
Signature du contrat
de développement
et de construction
2040
Premières livraisons
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
DÉFENSE Historique. Sous l’impulsion politique d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel, la coopération franco-allemande dans la
défense est relancée avec la mise en
route du plus emblématique des
programmes militaires : un avion de
combat de nouvelle génération,
dont la mise en service est envisagée
à horizon 2040. Son développement
sera confié à Airbus et Dassault
Aviation*, éternels concurrents
dans l’aviation de combat, mais désormais alliés.
Le premier jalon est posé, ce jeudi
26 avril, par Florence Parly, ministre des Armées, et son homologue
allemande, dans le cadre - hautement symbolique - du salon aéronautique (ILA) de Berlin dont la
France est l’invitée d’honneur. Les
deux chefs d’état-major des armées
signent un document détaillant les
besoins communs en matière de
Système de combat aérien du futur
(SCAF). Il s’agit d’un préalable à la
définition des spécifications des
composantes du SCAF, un système
high-tech connecté et complexe qui
intégrera des drones évoluant en
essaim, des avions de combat, un
centre de commandement et d’observation aéroporté, des missiles de
croisière, des satellites de télécoms
sécurisés et des relais au sol.
Ce document est « engageant et
structurant », souligne le ministère
des Armées à Paris. Après la phase
de discussions avec les industriels,
l’objectif est de signer un premier
contrat d’études d’ici à fin 2018début 2019 puis de leur confier le
développement d’un démonstrateur à horizon 2025. Enfin, une fois
les technologies « dérisquées », les
États visent la signature d’un
« contrat de développement et de
production, avec un objectif de li-
vraison en 2040 ». Le budget global
du SCAF n’a pas été précisé. Grâce
aux synergies attendues, il sera
bien « moins coûteux que le F 35
américain et ses 300 milliards de
dollars de dépenses », assure un
observateur.
Moins de dix mois après la réunion du Conseil franco-allemand
de défense et de sécurité (le 13 juillet
2017) marqué par la volonté de réaliser un système aérien de combat
commun, Paris et Berlin entrent
dans le vif du sujet. Dans l’intervalle, les directions générales de l’armement, les armées et les industriels ont travaillé « plutôt en mode
Nautilus que porte-avions », selon
l’expression de l’hôtel de Brienne.
Un avion commun
aux deux armées
De leurs côtés, les industriels se
sont déclarés, mercredi 25 avril,
prêts à travailler ensemble. Airbus
et Dassault Aviation ont « décidé
d’unir leurs forces pour assurer le
développement et la production d’un
avion européen de nouvelle génération » qui « complétera puis remplacera » l’avion de combat français
Rafale, construit par Dassault Aviation et les Eurofighter, produits par
Airbus, BAE et Leonardo.
Dans ce contexte, Dassault Aviation se présente comme le leader
légitime et naturel du futur avion de
combat, en raison de son expérience et son savoir-faire éprouvés depuis des décennies. Paris et Berlin
qui valideront les propositions des
industriels sont sur la même longueur d’onde : il ne faut pas tomber
dans les errements coûteux du passé. L’avion, commun aux deux armées, n’aura pas dix versions mais
des spécificités. Ainsi, la version
française sera capable d’apponter
sur le porte-avions Charles-deGaulle. L’avion devra aussi être capable d’emporter la dissuasion
française et celle, américaine, de
l’Otan. De son côté, Airbus a déjà
été choisi pour piloter le programme de futur drone de surveillance
européen, baptisé Eurodrone, dont
une maquette est dévoilée au salon
de Berlin.
Le SCAF « constitue un signal fort
en Europe et pour l’Europe », a souligné Éric Trappier. « C’est un accord et un moment historique pour
l’industrie » européenne, a ajouté
Dirk Hoke, directeur général d’Airbus Defence, un grand pas en avant
pour développer les compétences en
Europe et assurer la souveraineté
européenne. » Face aux États-Unis
et à l’Asie, ce projet franco-allemand, une fois consolidé, est
ouvert à d’autres pays européens,
en particulier le Royaume-Uni avec
lequel la France a mené ces dernières années des études sur un drone
de combat.
Avec le SCAF, Paris et Berlin
ouvrent la voie à la convergence des
forces autour d’un unique avion
européen contre trois appareils
aujourd’hui, avec le Rafale, l’Eurofighter et le Gripen suédois. Le SCAF
offre aussi un nouvel argument à
ceux qui prônent la préférence
européenne et se désolent de voir de
nombreux pays de l’Union acheter
le F 35 américain.
Dans quelques semaines, Airbus
et Dassault Aviation présenteront
aux États le projet industriel (répartition de la charge de travail, des essais et de l’assemblage). Ils sont
d’accord sur un point : il faut un
leader, il faut du pragmatisme, il
faut de l’efficacité. Pas question,
martèle Tom Enders, le président
exécutif d’Airbus, de revivre « le
cauchemar de l’A 400M », ou encore du « NH 90 » qui a davantage de
versions que de clients ! « L’objectif
est de faire dans les spécifications,
dans les temps et dans les budgets »,
résume-t-on en France. ■
*Le groupe Dassault est propriétaire
du Figaro.
Un effet d’entraînement pour les fournisseurs
« deBeaucoup
PME et ETI
françaises
et allemandes
sont proches
culturellement :
elles sont
familiales
et travaillent
avec les mêmes
donneurs
d’ordre
»
SÉBASTIEN MAIRE,
KEA & PARTNERS
La relance de la coopération franco-allemande (lire ci-dessus) aura
un effet d’entraînement positif sur
la « supply chain » aéronautique
des deux côtés du Rhin. Notamment en matière de compétitivité
et de consolidation. C’est une des
conclusions d’une étude, rendue
publique, hier au salon ILA de Berlin, par le Gifas, l’organisation patronale de l’aéronautique française, et le BDLI, son homologue
allemand.
Premier constat, la compétitivité
générale des petites entreprises
s’améliore. « La capacité des PME et
ETI à répondre aux hausses de cadences et aux exigences des grands
donneurs d’ordre a progressé plus
vite en Allemagne (+ 4 points) qu’en
France (+ 2 points) », précise Sébastien Maire, senior partner de KEA &
Partners, coauteur de l’étude menée avec le cabinet allemand H & Z.
« La maturité des entreprises étudiées, 40% de PME et 60% d’ETI en
France et en Allemagne, est cependant proche », ajoute le consultant.
Malgré les efforts engagés, 50 %
des entreprises ne sont toutefois
pas encore assez «matures» et elles
sont à « risque » sur leur propre
marché, par manque de débouchés
et présence internationale.
Marché plus étroit
Les allemandes sont plus internationalisées que les françaises, en
raison d’un marché domestique
plus étroit. Mais les françaises sont
présentes sur la totalité des métiers
et des spécialités. Le tissu industriel se différencie avec davantage
de grands acteurs en France et une
forte proportion de grosses ETI en
Allemagne. Au global, l’aérospatiale française pèse près d’un tiers
de plus que l’allemande. En France, elle réalise 64 milliards d’euros
de chiffre d’affaires, dont 22,6 milliards au titre des sous-traitants,
avec 190 000 salariés.
En Allemagne, les ventes atteignent 40 milliards, avec 109 000
salariés. « Beaucoup de PME et ETI
françaises et allemandes sont proches culturellement : elles sont familiales et travaillent avec les mêmes
donneurs d’ordre, Airbus, Thales ou
encore Safran. La relance de la coopération franco-allemande encouragera les partenariats voire des regroupements, en particulier dans les
secteurs des matériaux, de la mécanique et des aérostructures », développe Sébastien Maire. ■
V. GD
A
200
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
20 ÉCONOMIE
La croissance
allemande résiste
aux risques mondiaux
La modération
salariale est finie
La Bundesbank a pris acte
que les salaires vont continuer
d’augmenter en Allemagne. « Dans
les prochaines années, les pénuries
(de main-d’œuvre) sur le marché
du travail se répercuteront plus
fortement sur l’évolution réelle des
salaires », écrit la Buba dans un
rapport rendu public cette semaine.
Pour la banque centrale allemande,
cette progression est même dans
l’ordre des choses, compte tenu
de la croissance soutenue dans le
pays. Le président de Bundesbank,
Jens Weidmann, a plusieurs fois
souligné qu’il était « normal »
à ses yeux que les syndicats
négocient de meilleures
conventions collectives quand
les conditions économiques
s’amélioraient. La période de
modération salariale est révolue,
note la Buba : entre 2014 et 2017,
la progression a été en moyenne
de 2,4 %. Entre 2004 et 2007,
les salaires horaires effectifs
n’avaient augmenté en moyenne
que de 0,6 %.
N. B. (À BERLIN)
Le gouvernement allemand n’a que très légèrement
revu à la baisse sa prévision à 2,3 % pour 2018.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE Ne pas avoir l’air inquiet… En présentant ses prévisions
mercredi à Berlin, le ministre de
l’Économie Peter Altmaier a voulu
rassurer : la croissance est solide en
Allemagne malgré les menaces protectionnistes qui pèsent sur l’économie mondiale. « La reprise se
poursuit », a-t-il assuré.
D’autres que lui sont un peu
moins optimistes. « Si les ÉtatsUnis et la Chine se replient sur euxmêmes, alors on court le risque d’une
spirale protectionniste mondiale », a
mis en garde lundi Dieter Kampf, le
président du BDI, le patronat allemand. Il s’exprimait à l’occasion de
la foire de Hanovre, qui illustre
chaque année la puissance économique mondiale des entreprises allemandes. « Toute atteinte au libreéchange est une attaque à notre
prospérité », a-t-il poursuivi en
rappelant qu’un emploi allemand
sur quatre est lié aux exportations.
« L’Allemagne serait la principale
perdante d’un conflit commercial,
quand bien même il n’aurait lieu
qu’entre les États-Unis et la Chine »,
a déclaré au début du mois Marcel
Fratzscher, le directeur de l’institut
économique DIW. Autre signe d’un
pessimisme naissant dans le pays :
au mois d’avril, l’indicateur IFO qui
mesure le moral des entrepreneurs
était en recul à 102,1 points. Les milieux économiques craignent un refroidissement de la croissance. La
pénurie de main-d’œuvre sur le
marché du travail est aussi une
source de préoccupation pour les
entreprises.
Bataille commerciale
Malgré ces nuages, le temps demeure au beau fixe. Pour 2018, le gouvernement n’a que légèrement corrigé son pronostic à 2,3 %, soit 0,1
point de moins que la prévision de
janvier, et mise sur 2,1 % en 2019.
C’est un peu plus que les instituts de
conjoncture allemands qui visent
respectivement 2,2 % et 2 %. L’Allemagne est en route « pour le pleinemploi », s’est réjoui Peter Altmaier,
écartant tout risque de surchauffe
lié à la pénurie de main-d’œuvre.
À la veille d’une rencontre entre
le président américain Donald
Trump et la chancelière Angela
Merkel, où il sera question du commerce mondial, le ministre de
Le ministre allemand
de l’économie
et de l’Énergie, Peter
Altmaier, lors d’une
conférence de presse,
le 16 avril, à Berlin.
JOHN MACDOUGALL/AFP
Si les États« Unis
et la Chine
se replient
sur euxmêmes, alors
on court
le risque
d’une spirale
protectionniste
mondiale
»
DIETER KAMPF,
PRÉSIDENT DU BDI,
LE PATRONAT
ALLEMAND
l’Économie a annoncé mercredi un
léger recul des excédents commerciaux allemands à 7,5 % en 2018. Le
déséquilibre commercial entre l’Allemagne et les États-Unis est l’une
des principales causes de tension
entre les deux pays.
L’Allemagne veut à tout prix évi-
ter une guerre commerciale avec les
États-Unis.
Mercredi,
Peter
Altmaier est toutefois demeuré vague sur la suite de la bataille qui se
joue sur le front de l’acier et de
l’aluminium entre Washington et
Pékin. Le ministre avait œuvré au
printemps pour obtenir pour
l’Europe une exemption temporaire
des taxes américaines. Mais le délai
accordé aux Européens expire le
1er mai. Peter Altmaier a laissé le
soin à la chancelière Angela Merkel,
après le chef de l’État Emmanuel
Macron, de traiter la question avec
le président Donald Trump. « Nous
faisons tout pour éviter une escalade », a-t-il affirmé. « Notre responsabilité est d’éviter une concurrence incontrôlée des tarifs
douaniers », a-t-il ajouté, en reconnaissant cependant que les
Européens n’étaient pas encore unis
sur la proposition qu’ils pouvaient
faire à Donald Trump. ■
Échaudé par Auchan, Système U s’allie avec Carrefour
Les deux enseignes engagent des négociations pour rapprocher leurs centrales d’achats dans l’alimentaire.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
Un magasin Super U,
du groupe Système U
dans le XIe
arrondissement
de Paris.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
DISTRIBUTION Entrée dans une
phase de recomposition des alliances entre centrales d’achats, la
grande distribution connaît un
nouvel épisode. Cette fois, c’est
Carrefour qui franchit un cap important. Jusqu’ici absent des mouvements d’achats en commun –
hormis un accord en 2014 avec
Cora —, il a engagé des négociations exclusives avec Système U.
Plus précisément, le numéro deux
de la distribution française a profité de la recomposition d’une autre
alliance début avril, celle entre
Auchan et Système U effective depuis 2014, pour placer ses pions.
Au début du mois, à la surprise
générale, Auchan avait annoncé
son projet de se rapprocher de Casino. Pris de cours, Système U
n’avait adhéré à ce nouveau projet
que timidement. Cela n’a pas
échappé à Carrefour, conscient que
sa stratégie de se rester au-dessus
de la mêlée dans un secteur alimentaire en pleine ébullition,
n’était plus tenable. En s’adjoignant les quelque 11 % de part de
marché de Système U, le géant dirigé depuis juillet par Alexandre
Bompard compte muscler sa puissance d’achats, faisant grimper
leur poids commun autour de
35 %. À condition que Cora, non
convié aux discussions, reste partenaire de Carrefour.
Lors de son plan stratégique
présenté en début d’année,
Alexandre Bompard avait annoncé
viser atteindre 2 milliards d’éco-
nomies en année pleine d’ici à
2020. Cet objectif ambitieux, il
compte l’atteindre notamment
grâce aux synergies dans les
achats. Les deux groupes ne chiffrent pas les économies attendues
d’un tel rapprochement.
S’inscrire dans la durée
Les syndicats valident les plans
sociaux et de départs volontaires
C’est l’un des premiers gros
dossiers lancé chez Carrefour
par Alexandre Bompard le
23 janvier. Il est sur le point
d’être bouclé. Mercredi, les
syndicats ont approuvé le plan
de départs volontaires dans
les sièges du groupe et celui de
sauvegarde de l’emploi dans les
magasins de proximité appelés
à être fermés ou cédés. Cette
étape majeure conduira à réduire
de 2 400 postes les effectifs des
sièges français du distributeur et
à reclasser ou accompagner les
2 100 employés des 273 anciens
magasins Dia que Carrefour
veut vendre ou fermer. Il sera
proposé aux salariés trois offres,
dont deux au sein du groupe.
Ces plans seront ouverts
du 1er juillet au 30 novembre,
avec des conditions très
avantageuses pour les départs
volontaires. Occultées par
un conflit sur la participation,
ces négociations ont été
menées dans un temps presque
record pour des plans de cette
ampleur.
O. D.
Les négociations des prochaines
semaines affineront la forme que
prendra la collaboration. Les deux
options les plus fréquentes restent
la création d’une centrale commune ou un mandat de négociation
confié par une des entités aux
acheteurs de son partenaire. Étant
donné le passif avec Auchan qui
avait démarré par un mandat avant
de se muer en une nouvelle centrale commune, Système U pourrait
plaider pour une structure détenue
à parité. Les deux groupes insistent
sur leur volonté de s’inscrire dans
la durée contrairement à ces alliances qui, depuis quatre ans, se
font et se défont dans l’alimentaire
comme dans le non-alimentaire.
D’une part, les deux partenaires
veulent poser les bases d’un accord
pérenne, en s’engageant sur cinq
ans. Ce délai n’est pas anodin pour
convaincre des fournisseurs de
plus en plus dubitatifs face aux alliances tournantes. D’autre part, ils
misent sur un rapprochement progressif pour aller au-delà des simples marques nationales et internationales, périmètre classique des
autres supercentrales d’achats. Si
la collaboration ne devrait concerner dans un premier temps que les
grands fournisseurs, les deux futurs alliés espèrent convaincre les
filières agricoles, voire des PME de
travailler dans le cadre de cette alliance.
Ce serait un moyen de sortir de
l’affrontement des petits contre les
gros. « Les deux enseignes souhaitent proposer aux filières agricoles
un partenariat de référence, appuient Carrefour et Système U
dans un communiqué. Celui-ci sera
construit autour des prix et des volumes pour procurer aux exploitants, dans la durée, une juste rémunération. » À terme, le
périmètre pourrait être étendu aux
achats de services. ■
La « néobanque » Revolut lève 250 millions de dollars
La jeune start-up britannique est valorisée 1,7 milliard de dollars, cinq fois plus qu’il y a seulement un an.
1,7
million
A
de clients depuis
le lancement
de l’application
en 2015
INGRID VERGARA £@Vergara_y
FINANCES Trois ans seulement
après son lancement, la néobanque
Revolut rejoint le club des licornes
européennes. La start-up britannique vient de lever 250 millions de
dollars (205 millions d’euros) dans
un tour de table mené par le fonds
DST Global. Sa valorisation atteint
désormais 1,7 milliard d’euros, un
chiffre multiplié par cinq en moins
d’un an.
Depuis son lancement en
juillet 2015, Revolut a mobilisé
340 millions de dollars (280 mil-
lions d’euros). L’application bancaire, qui revendique 1,7 million de
clients dans 12 pays, dont 250 000
en France, veut continuer à grossir
à l’international. Cette nouvelle levée de fonds doit lui permettre de
s’implanter dans les prochains mois
aux États-Unis, au Canada, en Australie, à Singapour, et à Hongkong.
D’autres pays sont aussi en discussion. La société vise le recrutement
de 100 millions de clients d’ici à
cinq ans.
Pour atteindre cet ambitieux objectif, Revolut compte aussi sur la
recette qui lui a réussi jusqu’ici :
multiplier les produits différen-
ciants que les banques plus classiques ne proposent pas : quasi-gratuité de ses services, compte
multidevises, virements internationaux au taux interbancaire,
achat simplifié de cryptomonnaie,
produits d’assurance géolocalisés…
Licence bancaire
Le tout est conçu pour une utilisation personnalisée sur smartphone.
Des offres qui ne conviennent pas
seulement aux millennials, ces
25-35 ans qui représentent 40 % de
sa clientèle. « Nos produits, ancrés
dans le quotidien, nous permettent de
toucher une large population »
explique Benjamin Belais, directeur
général France et Suisse de la startup. Sa structure de coûts limités lui
permet de vivre des commissions
rétrocédées par Visa ou Mastercard
à chaque paiement par carte.
Autrement dit, plus ces paiements
sont nombreux, plus Revolut gagne
de l’argent. Des options premium
payantes ajoutent d’autres sources
de revenus. Fin 2017, le groupe affirmait être rentable. Son plan d’investissements risque de modifier la
donne pour 2018.
Son équipe, constituée de
350 personnes aujourd’hui, doit
doubler de taille d’ici à la fin 2018.
La start-up a demandé à la Banque
centrale européenne (BCE) un
agrément bancaire pour pouvoir
continuer à se développer en Europe après le Brexit. Elle espère l’obtenir dans les prochains mois.
Outre le petit levier psychologique, utile pour séduire certains
clients, cette licence bancaire lui
permettra de proposer de nouveaux
produits, comme des options de
crédits ou des produits d’investissement. « Nous couvrons déjà 95 %
des besoins quotidiens de nos utilisateurs, nous allons aller chercher les
5 % qu’il nous manque » résume
Benjamin Belais. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 26 avril 2018
ENTREPRISES
21
Automobile : la Chine affûte ses armes
La croissance plus modeste de leur marché intérieur incite les constructeurs à se risquer à l’export.
LES VENTES
DE VÉHICULES LÉGERS
DANS LE MONDE
EN 2017
27,1
millions de véhicules
en Chine
17,2
millions de véhicules
aux États-Unis
15,1
INDUSTRIE Haval, Baojun, Changan… Au Salon automobile de Pékin, qui a ouvert ses portes aux
professionnels mercredi 25 avril,
ces constructeurs chinois sont sur
le devant de la scène. Ces acteurs
locaux occupent aujourd’hui une
large part du marché. En 2017, ils
représentaient 43,9 % des véhicules pour particuliers. Et le mouvement ne devrait pas ralentir.
« Les fabricants domestiques poursuivent leur progression et devraient contribuer à hauteur de
43 % à la croissance de la production d’ici à 2024 », soulignent les
experts de PwC.
Ces industriels ont profité à
plein des coentreprises créés avec
les constructeurs occidentaux. Ce
passage par des filiales communes
est une obligation pour les Occidentaux. Cette collaboration im-
posée, qui peut se faire dans le
respect de la propriété intellectuelle, a permis aux groupes
chinois d’acquérir le savoir-faire
industriel indispensable à la réussite dans le domaine automobile.
« Aujourd’hui, les acteurs chinois
produisent des véhicules de qualité,
à coût compétitif, avec un design
parfaitement adapté au goût des
consommateurs chinois », détaille
Guillaume Crunelle, associé chez
Deloitte. C’est particulièrement
marquant sur le segment des SUV,
où les marques chinoises affichent
une part de marché impressionnante de plus de 60 %.
Cette force nouvelle des marques chinoises se fait dans un
marché dont la croissance s’est
nettement ralentie, « en raison de
la suppression des incitations fiscales pour les véhicules à petite motorisation », selon PwC. En 2017, la
progression des ventes s’est établie à 3 %, loin des taux de pro-
gression à deux chiffres connus
pendent de nombreuses années.
Avec 27,1 millions de véhicules légers, l’empire du Milieu reste toutefois le premier marché mondial.
La croissance devrait se maintenir
dans les prochaines années mais
sera moins vive. « D’ici à 2024, la
Chine devrait assembler 36,5 millions de véhicules, pour un taux de
croissance de l’ordre de 3,9 % entre
2018 et 2024 », pronostique PwC.
Prêts pour le véhicule
autonome
Les capacités de production devraient, elles, progresser beaucoup plus. Conséquence : « Les
constructeurs chinois devront trouver des débouchés en dehors de leur
marché local dans les prochaines
années », estime Guillaume Crunelle. Pour autant, il ne faut pas
s’attendre à une arrivée massive
de ces marques en Europe ou en
Amérique du Nord. « Ils iront sur
des marchés proches, où les attentes des consommateurs sont similaires à celle des Chinois », analyse
Guillaume Crunelle. Donc plutôt
en Asie du Sud-Est ou en Inde.
Les marchés des pays développés sont beaucoup plus complexes, avec des demandes spécifiques des consommateurs, une
concurrence forte, des marques
déjà installées et un réseau de distribution qui nécessite de lourds
investissements pour y gagner
des parts de marché. Il y aura sans
doute des tentatives à court terme, mais plutôt avec des produits
de niche ou avec un mode de distribution exclusivement sur Internet. Des annonces ont déjà eu
lieu, comme Lynk & Co. La filiale
de Geely, propriétaire de Volvo et
premier actionnaire de Daimler
avec 9,69 % du capital, compte
arriver sur le Vieux Continent en
2020. Avec des modèles qui seront exclusivement électriques ou
hybrides rechargeables. Les
constructeurs chinois, et l’ensemble des acteurs de la filière
automobile, sont, en revanche,
très bien placés pour développer
la voiture de demain. La Chine ne
dispose pas seulement de coûts
compétitifs, mais de tout un écosystème performant. Avec des
entreprises de technologie comme Baidu, Tencent ou Alibaba, le
pays dispose de ses propres
« Gafa ». Ensemble, ils sont en
train de développer la voiture
connectée et autonome de demain. Les constructeurs occidentaux en ont bien conscience, qui
n’hésitent plus à conclure des
partenariats avec ces acteurs de
premier plan. L’alliance RenaultNissan-Mitsubishi a ainsi conclu
avec Didi, l’Uber chinois. Et PSA a
présenté cette semaine une voiture connectée utilisant la technologie de Huawei, champion
chinois de la téléphonie mobile. ■
WANG ZHAO/AFP ET NICOLAS ASFOURI/AFP
millions de véhicules
dans l’Union européenne
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
Le constructeur chinois Haval a présenté, mercredi, au salon automobile de Pékin, le H6 (à gauche), le SUV le plus vendu en Chine. Le patron de BMW, Harald Krueger, présente le futur SUV 100 % électrique, l’iX3.
L’empire du Milieu, premier marché mondial pour le véhicule électrique
important marché dans le monde pour la voiture électrique.
L’an dernier, il s’y est écoulé
plus de 650 000 unités. C’est
tout simplement plus que l’ensemble des véhicules électriques
vendus dans le reste du monde !
Ce développement à marche
forcée - il n’y en avait que 15 000
en 2013 - est poussé par les autorités. Celles-ci y voient le seul
moyen de réduire la pollution
dans les grandes villes. Pékin fait
feu de tout bois : incitations fiscales pour les clients, amendes pour
les constructeurs si, à partir de
2019, ils ne respectent pas un quota de vente, colossal plan d’inves-
tissement dans les infrastructures
de recharge, avec un plan de
500 000 bornes dans les deux ans.
Force grandissante
Le marché devrait poursuivre
son fort développement. Les experts de PwC tablent sur une
production de 1,6 million de véhicules en 2018 et de 4 millions
en 2024. Les constructeurs
chinois dominent ce marché, ce
qui est assez logique puisque les
Occidentaux n’avaient pas, jusque très récemment, le droit
d’en produire sur place. Ils ont
tous, désormais, présenté des
programmes de développement
électrique massifs. La voiture
électrique chinoise, qui conservera d’importantes parts de
marché dans le pays, n’est pourtant pas forcément destinée à
envahir les routes d’autres pays
« Dans le domaine du véhicule
électrique, les attentes des
consommateurs en Chine, d’une
part, et en Europe ou en Amérique
du Nord, d’autre part, ne sont pas
forcément similaires », explique
Guillaume Crunelle, associé
chez Deloitte.
En effet, une large part du
marché chinois repose sur de petits véhicules, les autorités soutenant fiscalement des voitures ca-
pables de rouler à 100 km/h avec
une autonomie de 100 kilomètres. Les modèles aux caractéristiques plus occidentales, comme
le sera la future BMW iX3, relèvent du segment premium, au
potentiel plus limité.
Pour autant, cette force grandissante de la Chine dans le véhicule électrique aura des conséquences à l’échelle mondiale. En
effet, avec l’ensemble des acteurs
de la filière présents massivement
et des volumes importants, c’est
sans doute la Chine qui déterminera les futurs standards tant pour
les batteries que la chaîne de
traction. ■
E. E.
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A
À l’occasion du salon automobile de Pékin, BMW a présenté un
concept car qui préfigure son
futur SUV entièrement électrique, l’iX3. Il sera commercialisé
à partir de 2020 et assemblé
dans le cadre de la coentreprise
que le constructeur bavarois
possède avec le chinois Brillance. Il visera le marché chinois,
bien évidemment, mais aussi le
reste du monde. Ce sera le premier modèle de BMW fabriqué
en Chine et destiné à être exporté. Cette petite révolution
concerne un véhicule électrique.
Ce n’est pas surprenant. La
Chine est aujourd’hui le plus
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Accor en passe de
racheter Mövenpick
Hotels & Resorts
IVAN LETESSIER
£@IvanLetessier
ET MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
HÔTELLERIE Longtemps surtout
connu pour ses hôtels économiques Ibis ou ses enseignes milieu
de gamme Mercure et Novotel,
AccorHotels croit plus que jamais
dans le potentiel de l’hôtellerie
haut de gamme. Trois ans après le
rachat de FRHI (Fairmont, Raffles
et Swissôtel) pour 2,9 milliards de
dollars, qui l’a imposé parmi les
grands de l’hôtellerie de luxe, le
groupe français, déjà propriétaire
de Sofitel, Pullman et M Gallery
dans le segment luxe et haut de
gamme, est en passe d’ajouter une
enseigne à son portefeuille. Selon
nos informations, il est en négociations avancées pour acheter
Mövenpick Hotels & Resorts.
Ce groupe hôtelier suisse, fondé
en 1973 par Ueli Prager, gère plus de
80 hôtels (20 000 chambres). Il est
très présent en Europe, au MoyenOrient et en Afrique, avec comme
premier marché l’Égypte, où il exploite aussi huit navires effectuant
des croisières sur le Nil et sur le lac
Nasser. Mövenpick, destiné aux vacanciers, compléterait le portefeuille d’Accor dans l’entrée du
segment haut de gamme aux côtés
de Pullman, qui vise de son côté
surtout les voyageurs d’affaires.
Mövenpick a signé des projets
d’ouverture de 40 établissements
d’ici à 2021, notamment en Asie. En
termes géographiques, cette acquisition permettrait à Accor de réaliser son double objectif d’expansion : d’une part, dans les régions où
il est déjà fort, afin de mieux négocier avec les agences de voyages en
ligne (Booking, Hotels.com…) ;
d’autre part, dans les régions à fort
potentiel de développement du
tourisme.
Le démarrage des négociations,
que le groupe Accor n’a pas souhaité commenter, a été facilité par la
présence au capital de Mövenpick
MÖVENPICK HOTELS & RESORTS
Le groupe négocie l’acquisition de l’enseigne suisse
pour accélérer dans le segment haut de gamme.
Mövenpick a signé
des projets d’ouverture
de 40 établissements
d’ici à 2021,
notamment en Asie
(ci-contre,
un établissement
à Hanoï, au Vietnam).
« àActionnaire
la fois
d’Accor et de
Mövenpick,
Kingdom
Holding of
Saudi Arabia,
contrôlé
par le prince
al-Walid,
aurait favorisé
l’entrée en
négociations
»
Hotels & Resorts de Kingdom Holding Company of Saudi Arabia. La
société contrôlée par le prince alWalid, par ailleurs propriétaire de
Four Seasons, avait favorisé, en
2015, le rapprochement de FRHI,
dont il était l’un des principaux actionnaires, avec Accor. Depuis, il
détient 5,8 % du groupe français.
Segment le plus rentable
Kingdom Holding possède 33 % de
Mövenpick Hotels & Resorts, le reste étant détenu par Mövenpick AG,
holding contrôlé depuis 1992 par le
milliardaire allemand August von
Finck. Ce dernier, aussi actionnaire
de filiales dans la restauration et la
gestion des licences Mövenpick
pour
l’agroalimentaire
(non
concernées par l’opération), devrait céder sa participation à Accor.
Le montant total de l’opération serait de plusieurs centaines de millions d’euros, payés cash.
Vendredi dernier, l’assemblée
générale du groupe français a validé
le projet de céder 55 % du capital
d’AccorInvest, la filiale détenant les
murs et les fonds de commerce de
891 hôtels. L’opération, qui devrait
se concrétiser d’ici fin juin, rapportera 4,4 milliards d’euros en cash à
Accor. Le groupe emploiera
1,35 milliard d’euros dans un plan
de rachat d’actions et 1 milliard servira à financer deux acquisitions récentes, dont celle, annoncée début
avril, de l’hôtelier australien Mantra (900 millions). Les analystes es-
timent qu’Accor pourrait encore
consacrer 1 à 1,5 milliard à des acquisitions cash, sachant que des rachats plus importants financés en
titres sont une autre possibilité.
Avec son nouveau modèle « asset
light », Accor réalisera 80 % de son
chiffre d’affaires total (1,9 milliard
en 2017) avec les fees versés par les
propriétaires des plus de 4 000 hôtels arborant l’une de ses 25 marques. Si les hôtels de luxe et haut de
gamme ne représentent que 23 %
du parc (43 % pour le segment économique), ils réalisent un tiers du
chiffre d’affaires (23 % pour le segment économique) et une part plus
grande encore des profits. On comprend mieux pourquoi Accor mise
autant sur le haut du marché. ■
Les personnels d’Air France votent sur les salaires
Pour déminer la grève, le PDG met son mandat en jeu dans cette consultation ouverte jusqu’au 4 mai.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
46 771
salariés
titulaires d’un contrat
de droit français
peuvent voter
TRANSPORT Y a-t-il encore un
pilote à la tête du groupe Air
France-KLM ? Après dix jours
de grève, Jean-Marc Janaillac,
l’actuel PDG, a voulu en avoir le
cœur net. Arrivé il y a bientôt
deux ans pour rebâtir la
confiance, le dirigeant, sonné
par onze jours de grève, a pris
l’initiative de poser une question symbolique aux salariés de
la compagnie aérienne. Pendant
une semaine, ils sont appelés à
se prononcer par voie électronique et de manière anonyme sur
l’accord salarial proposé par la
direction de la compagnie et refusé par l’intersyndicale : 2 %
d’augmentation pour tous en
2018 puis 5 % au cours des trois
années suivantes. Les onze syndicats engagés dans la grève réclament de leur côté 5,1 % tout
de suite, faute de quoi ils poursuivront leurs débrayages. Le
résultat de la consultation sera
connu jeudi 4 mai au soir.
Une victoire du « non » aurait
pour conséquence le départ de
Jean-Marc Janaillac qui a affirmé qu’il en tirerait toutes les
conséquences. Salué comme un
geste plein de panache, ce référendum ne changera rien à long
terme. L’évolution de la compa-
LES DÉCIDEURS
â RUXANDRA ISPAS
Elior Group
Elle rejoint le groupe de restauration et de services aux entreprises comme directrice des achats
et de la logistique. Après onze ans chez Danone, à
des postes de direction achats et logistique, la
quinqua avait rejoint le groupe de spiritueux
Diageo, puis le distributeur britannique de matériaux de construction SIG plc, comme directrice
des achats.
â RAN HARNEVO
Homeis
Le fondateur et PDG de l’application de rencontre et partage communautaire lancée à New York
s’attaque au réseau d’expatriés français. À terme,
Homeis compte également viser la communauté
indienne des États voisins. La start-up a déjà levé
4 millions de dollars depuis son lancement.
A
â JOHN REED
Sanofi
Le groupe biopharmaceutique français
recrute ce médecin chercheur américain de 59 ans pour piloter sa recherche
et développement au niveau mondial. Transfuge
du rival suisse Roche, où il occupait des fonctions
similaires, il succédera à Elias Zerhouni.
gnie est rythmée par la conclusion d’accords avec les différentes catégories de personnels
qu’ils portent sur les salaires ou
sur la croissance de Transavia, la
compagnie low-cost maison, ou
même sur la création d’une
nouvelle compagnie comme ce
fut le cas avec Joon née en décembre.
Restaurer l’autorité
Même s’il est probable que le oui
s’imposera - du fait notamment
du nombre de salariés au sol (65 %
des effectifs) moins mobilisés dans
le conflit que leurs collègues navigants -, la méthode de la consultation ne fait pas l’unanimité.
D’abord parce qu’elle n’a pas de
valeur juridique. Certains jugent
aussi que cette « arme absolue »
aurait dû s’appliquer à une réforme plus structurelle qui engagerait l’avenir du groupe. Or la
consultation est limitée aux seuls
salaires. En revanche, sa portée
est symbolique : elle doit redonner
toute son autorité au PDG qui a
perdu prise dans la conduite de sa
stratégie. En quelques semaines,
la compagnie française a fait perdre au groupe Air France-KLM
300 millions d’euros de résultat
d’exploitation. Le préjudice commercial est aussi considérable.
Sans surprise, le SNPL d’Air
France, principal syndicat de pi-
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Sophie Zurquiyah et Philippe Salle,
le duo de la redynamisation chez CGG
d’un père dirigeant de
Une page se tourne pour
société et d’une mère
l’entreprise de géosprof d’anglais, est l’une
ciences CGG, spécialides rares femmes à s’être
sée dans l’évaluation
imposée dans ce sérail
des ressources en
très masculin. Bardée de
hydrocarbures du sousdiplômes dont, après
sol. Sans surprise,
Centrale, un master de
l’assemblée générale du
Sophie
Zurquiyah
et
Philippe
Salle
sciences
d’ingénierie
groupe parapétrolier va
seront respectivement DG et chairman
aérospatiale à l’université
officialiser ce jeudi le
de l’ex-Compagnie générale de géophysique.
du Colorado, cette mère
changement de gouverde deux filles, grande voyageuse, pianiste et
nance qui était dans les tuyaux depuis le
danseuse à ses heures, a consacré plus d’un
début de l’année. À savoir l’arrivée à la présiquart de siècle aux services parapétroliers.
dence du conseil d’administration de PhilipArrivée en 2013 chez CGG après avoir tout fait,
pe Salle, patron de Foncia, ex-Geoservices
entre France et États-Unis, durant 22 ans chez
(Schlumberger), Altran et Elior, en remplaSchlumberger, elle a connu la violente crise qui
cement de Remi Dorval ; ainsi que la promofaillit conduire CGG à la faillite. La restructuration de Sophie Zurquiyah, qui dirigeait la
tion industrielle, l’OPA finalement repoussée
principale et plus rentable division du groudu concurrent Technip, le plan de sauvegarde,
pe, comme directeur général en remplacela restructuration financière, la plus importanment de Jean-Georges Malcor. Ce dernier
te jamais réalisée à Paris… Aujourd’hui, avec
avait annoncé début décembre qu’il ne pourun regard neuf à ses côtés, l’expérience de la
suivrait pas son mandat après la fin du progouvernance des grands groupes de Philippe
cessus de restructuration financière, achevé
Salle, cette femme énergique et bonne technirécemment. Il quittera le navire en octobre,
cienne, qui va quitter Houston pour Paris,
avec un chèque de quelque 7 millions d’euros.
devra redonner un cap sûr à l’entreprise de
C’est cet ancien de Thales qui avait recruté la
1,3 milliard de chiffre d’affaires et de
dirigeante, centralienne comme lui, chargée
5 300 salariés. Et satisfaire les fonds actionnaidonc de lui succéder aujourd’hui. Âgée de
res qui l’accompagnent désormais.
51 ans, Sophie Zurquiyah, née aux États-Unis
C. B.
lotes, en pointe dans ce bras de
fer sur les salaires, a appelé à voter non. Son président, Philippe
Evain, dont l’avenir à sa tête
pourrait être compromis par un
plébiscite, assure qu’il ne « souhaite pas le départ du PDG du
groupe » tout en jugeant que
« l’entreprise est bloquée à cause
de lui ». Chez les hôtesses et
stewards, le moral est en berne.
« Contrairement aux pilotes associés à la croissance de Transavia et
à la naissance de Joon, nos emplois
sont menacés », estime Christophe Pillet, représentant sans étiquette des PNC au CE et au CCE
de la compagnie. La confiance ne
pointe toujours pas à l’horizon. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â LAURENT DORAÏ
CESE
Le Conseil économique, social et environnemental se dote d’un nouveau directeur de la
communication. Le quadra a été auparavant directeur de cabinet adjoint du président du
conseil général de Seine-Saint-Denis.
â CHRISTOPHE GERMAIN
Audencia
Nouveau directeur général pour l’école de commerce nantaise, dans le top 10 du classement
national. Entré en 2002 à la direction d’Audencia, il dirigeait depuis 2016 le campus chinois de
Shenzhen, situé dans la banlieue de Hongkong.
â SOPHIE FERRACCI
Caisse des dépôts
À 41 ans, la directrice de cabinet
d’Agnès Buzyn à la Santé va désormais diriger le cabinet du no 2 et DG
adjoint de la Caisse, Olivier Sichel. HEC et
avocate au barreau de Paris, elle avait rejoint
l’équipe d’Emmanuel Macron en 2015 comme
chef de cabinet, avant de contribuer activement à sa campagne au sein du mouvement En
marche !.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 26 avril 2018
TECH
23
Atos noue une alliance avec Google Cloud
Le français va créer trois nouveaux
centres d’innovation, dont un en France.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
INFORMATIQUE C’est un joli
coup pour Atos. Le groupe français dirigé par Thierry Breton a
annoncé mardi la signature d’un
partenariat mondial avec Google
Cloud visant à aider les entreprises à intégrer plus facilement et
rapidement des intelligences artificielles (IA) à leurs processus.
Cet accord va permettre la
création de solutions sécurisées
dans le cloud hybride (public et
privé), l’analyse de données et
l’apprentissage
automatique
(machine learning). Il s’agit
d’apporter des solutions clés en
main aux entreprises pour les
aider à opérer leur transformation digitale « Ensemble, avec
Atos, nous permettrons aux entreprises de transformer et d’améliorer leurs activités en leur donnant
accès aux infrastructures de cloud
les plus avancées, à des technologies de pointe en machine learning
ainsi qu’à des outils de collaboration intelligents », explique Diane
Greene, PDG de Google Cloud.
Ainsi, les données stockées dans
le cloud de Google, du moins
pour sa partie publique, bénéficieront d’une sécurité renforcée.
« En associant les compétences
d’Atos en matière d’intégration et
son expertise technologique avec
la technologie Google Cloud, nous
permettons aux entreprises de se
développer avec confiance dans les
environnements plus innovants et
les mieux sécurisés, en conformité
avec les réglementations internationales », affirme Thierry Breton. Cela témoigne aussi de la demande des entreprises d’avoir un
label européen sur la gestion de
leurs données. L’application à
partir de la fin du mois de mai du
Règlement européen sur la protection des données (RGPD) implique notamment que les entreprises maîtrisent les données
qu’elles collectent, obligation qui
s’impose aussi aux sous-traitants
des entreprises. « Les services de
Google répondent aux exigences
du RGPD. Certains consommateurs ont des exigences qui vont
au-delà de cette régulation, le
partenariat avec Atos va nous permettre de répondre à ces attentes
spécifiques », précise Paul-Henri
Ferrand, responsable des opérations clients de Google Cloud.
L’américain a axé son développement sur des services reposant
sur une offre de cloud public. Le
partenariat avec Atos lui permet
de l’étoffer avec un service de
cloud privé, ce qui donnera naissance à un cloud hybride, taillé
sur mesure pour répondre à des
besoins spécifiques de certains
utilisateurs.
Thierry Breton,
PDG du groupe Atos.
PHILIPPE WOJAZER/REUTERS
Accélérer aux États-Unis
Avec cette offre conjointe, Google Cloud et Atos cherchent à faire sauter les derniers verrous qui
bloquent la transformation digitale des entreprises. Ils veulent
leur apporter davantage de sécurité, d’accessibilité au cloud et à
l’intelligence artificielle à leurs
clients. « Nous allons pouvoir apporter la solution de bout en bout
aux entreprises pour qu’elles puissent moderniser leurs outils informatiques », résume Paul-Henri
Ferrand.
Ce partenariat est aussi clé
pour Atos par sa portée technologique et son empreinte géographique. La société française y voit
un moyen d’accélérer sa croissance. Cela devrait aussi lui permettre d’augmenter sa présence
en Amérique du Nord. Au premier trimestre, il y a réalisé un
peu moins de 16 % de son chiffre
d’affaires total, qui s’établit à
2,945 milliards d’euros. Atos a
par ailleurs annoncé l’ouverture
de trois centres de R&D à Paris,
Londres et Dallas, concentré sur
le machine learning et l’intelligence artificielle. Un quatrième
site, situé en Allemagne, devrait
« bientôt » compléter ce dispositif. Des experts d’Atos, spécialisés
dans les technologies Google, y
travailleront par exemple à développer et tester de nouveaux modèles économiques. De son côté,
Google ne dispose pas de centre
de stockage de données en France. Pour le moment, le groupe
américain n’envisage pas d’en
ouvrir un.
Un autre groupe français a signé
un partenariat avec Google : Total
a annoncé mardi un accord global
avec l’américain pour développer
l’utilisation d’intelligence artificielle dans l’exploration d’hydrocarbures (gaz et pétrole). ■
L’Europe dévoile son plan pour l’intelligence artificielle
LUCIE RONFAUT lronfaut@lefigaro.fr
Mettre l’intelligence artificielle au
service des citoyens et des entreprises européennes. Tel est le but de la
Commission européenne, qui a présenté, mercredi, son plan pour développer ces technologies au sein de
l’Union et de ses États membres.
Elle prévoit d’investir 1,5 milliard
d’euros pour stimuler le secteur privé et la recherche publique, d’ici à
2020. Cet investissement s’effectuera au travers du programme européen Horizon 2020. La Commission
européenne appelle, dans le même
temps, les entreprises et les gouvernements européens à investir au
moins 20 milliards d’euros dans le
secteur, en misant en priorité sur la
santé, le transport ou l’agriculture.
« À l’instar de la machine à vapeur ou
de l’électricité dans le passé, l’intelligence artificielle est en train de
transformer notre monde, a expliqué
Andrus Ansip, vice-président de la
Commission, chargé du marché
unique numérique. Elle pose de nouveaux défis que les États membres de
l’Union européenne doivent relever
ensemble, pour faire de l’intelligence
artificielle un succès qui profite à tout
un chacun. »
Outre ces investissements financiers, la Commission européenne
veut améliorer l’accès aux données
du secteur public. Elle propose un
nouveau cadre législatif afin qu’entreprises et chercheurs puissent exploiter les informations détenues
par des sociétés publiques du secteur des transports ou des services
collectifs. Les États membres devront aussi se doter chacun d’une
politique sur le libre accès des données. « Les particuliers et les entreprises auront accès à de meilleurs
produits et services à mesure que davantage de données deviendront dis-
ponibles », a estimé Mariya Gabriel,
commissaire européenne à l’Économie et à la Société numériques.
« deÀ l’instar
la
machine
à vapeur
ou de
l’électricité
dans le passé,
l’intelligence
artificielle est
en train de
transformer
notre
monde
»
ANDRUS ANSIP,
VICE-PRÉSIDENT
DE LA COMMISSION
EUROPÉENNE CHARGÉ
DU MARCHÉ UNIQUE
NUMERIQUE
Plans nationaux
La Commission veut également
mobiliser les États membres autour
de la question des données de santé
et de leur transfert au sein de l’Europe. Toutes ces dispositions, certaines passant par des révisions de
directives déjà existantes, doivent
désormais être débattues au Parlement européen et devant le
Conseil. La Commission va lancer
une table ronde pour débattre du
partage des données entre entreprises et administrations publiques, d’ici à la fin de l’année. Dernier volet de ces annonces :
l’éthique. Bruxelles promet, avant
la fin de 2018, des « lignes directrices en matière d’éthique au regard
du développement de l’intelligence
artificielle ». Ces dernières doivent
s’inspirer de la charte des droits
fondamentaux de l’Union européenne. Elles s’appuieront sur les
travaux du groupe européen
d’éthique des sciences et des nouvelles technologies, qui réunit
quinze experts sur le sujet. La Commission va également former une
Alliance européenne pour l’intelligence artificielle afin de débattre
de ces nouvelles règles.
Forte de ces promesses, le but de
l’Union Européenne est de rattraper les États-Unis, la Chine et
d’autres pays qui investissent déjà
largement dans la recherche et les
entreprises de l’intelligence artificielle. La stratégie communautaire
vient s’ajouter aux plans déjà dévoilés de plusieurs États membres.
En avril, Emmanuel Macron a annoncé que la France investira
1,5 milliard d’euros d’ici à 2022. La
même somme que celle proposée
par la Commission européenne. ■
ZOOM
VINCENT BOLLORÉ
DEVANT LES JUGES
£ L’étau se resserre autour
des activités du groupe Bolloré
en Afrique. L’homme d’affaires
Vincent Bolloré a été présenté
mercredi après-midi aux juges
Serge Tournaire et Aude Buresi,
chargés d’enquêter
sur l’obtention par le groupe
de concessions portuaires
en Afrique de l’Ouest.
Le milliardaire breton était
auditionné depuis mardi matin
à Nanterre (Hauts-de-Seine).
Le directeur général
du groupe Bolloré, Gilles Alix,
et le responsable du pôle
international de Havas,
Jean-Philippe Dorent, ont été
eux aussi présentés aux juges
d’instruction. Ces trois
hommes étaient susceptibles
d’être mis en examen à l’issue
de cet interrogatoire. Un
quatrième homme placé en
garde à vue, l’homme d’affaires
français Francis Perez, a été
remis en liberté mercredi en
début d’après-midi sans charge
retenue contre lui. La justice
soupçonne le groupe Bolloré
d’avoir pris en charge en 2010
certaines dépenses
des campagnes électorales du
président guinéen Alpha Condé
et de son homologue togolais
Faure Gnassingbé en échange
de l’attribution des concessions
des ports de Lomé (Togo) et
de Conakry (Guinée) à la filiale
Bolloré Africa Logistics. Ch. G.
+@
» Taxe mégots : ce qui est
vrai, ce qui est faux
» YouTube Kids redonne
le contrôle aux parents
www.lefigaro.fr/economie
LA SÉANCE DU MERCREDI 25 AVRIL
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
-0,66 45,66
-0,94 105,65
-1,8
96,03
-3,15
28,375
+2,35 111,95
-0,32 23,52
-0,78 63,87
-1,9
42,58
-1,46 106,15
+0,61
16,65
-0,91
13,73
+0,44 66,25
+0,21
14,205
-0,22 113,75
+4,61 470,8
+0,79 190,65
-0,96 45,56
-0,81 64,2
-0,39 285,85
-3,83 119,7
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
45,08
103,8
92,82
27,57
107,25
23,23
63,03
41,62
104,4
16,355
13,545
65,08
14,045
112,7
457,6
188,4
44,95
63,26
278,65
115,1
0,234
0,393
0,303
0,177
0,434
0,235
0,241
0,268
0,27
0,388
0,133
0,219
0,167
0,225
0,414
0,142
0,024
0,2
0,148
0,404
+5,51
-0,05
+14,42
+2,58
-8,32
-5,34
+2,01
-3,65
+5,77
-8,2
-1,3
-5,35
-1,08
-1,35
+16,64
+2,89
-3,91
-0,55
+14,36
-3,35
JOUR
ORANGE ..............................................14,77
PERNOD RICARD ..................................
135,9
PEUGEOT ..............................................
20,18
♣ 59,02
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
92,76
SAFRAN ..............................................90,52
SAINT GOBAIN ..................................
43,425
SANOFI ..............................................65,87
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
73,94
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
45,745
SODEXO ..............................................79,94
SOLVAY ..............................................
114,65
STMICROELECTRONICS .............................
18,175
TECHNIPFMC ..................................27,42
TOTAL .............................................. 51,15
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
193,25
VALEO .............................................. 54,8
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,18
♣
VINCI .............................................. 82,5
VIVENDI ..............................................21,18
%VAR.
-0,27
0
-1,7
+0,34
-0,65
+0,04
-1,36
+0,69
-2,61
-0,13
-0,2
-2,22
+2,95
-1,61
-1,33
+0,44
-1,4
-0,62
-1,27
+1,53
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,795
136,25
20,58
59,5
93,63
90,52
43,795
66,4
75,32
45,815
80,14
116,9
18,595
27,72
51,57
194,6
55,1
19,275
83,2
21,19
14,59
135,15
20,02
58,54
91,22
89,42
43,095
65,1
73,34
45,4
79,52
114,15
17,83
27,12
50,82
191,6
54,16
19,135
81,64
20,8
%CAP.ECH
0,293
0,145
0,386
0,2
0,217
0,244
0,269
0,254
0,327
0,291
0,185
0,301
0,638
0
0,264
0,351
0,84
0,195
0,189
0,29
31/12
+2,04
+2,99
+19,02
+4,18
+10,55
+5,37
-5,56
-8,32
+4,35
+6,26
-28,66
-1,08
-0,16
+6,07
+11,09
-7,98
-11,1
-9,85
-3,11
-5,53
LES DEVISES
restées stables alors que le marché attendait une progression. L’impact négatif
des fluctuations des changes, un effet
calendaire défavorable et des conditions
météorologiques difficiles en Europe,
n’ont pas suffi à apaiser le marché. Surtout lorsque celui-ci a compris que la
marge opérationnelle pourrait se dégrader. La veille, ce mardi, le laboratoire
1 EURO=
1,6118
1,5704
0,8738
9,5625
133,03
1,1986
1,2185
2,9516
11,103
5,08
21,62
7,7048
81,6095
139,999
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34600
34510
-0,43
NAPOLEON ..................................................... 212,7
205,8
+2,8
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
208,5
213
-2,02
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1145
1170
-1,97
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
200
205
-1,96
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
299
299
-1,97
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1306,5
1306,5
-0,27
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
111,9
113,7
+1,91
PIECE SUISSE 20F .....................................................
201,1
205
-0,79
PIECE LATINE 20F .....................................................
200
203
-1,43
SOUVERAIN ..................................................... 257,9
257,9
-1,07
KRUGERRAND .....................................................1139,5
1139,5
+1,85
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
280,04 23/04/18
BETELGEUSE ................................................
47,54 19/03/18
BELLATRIX C ................................................
332,92 19/03/18
SIRIUS ................................................56,29 23/04/18
LES DÉCEPTIONS SONT LOURDEMENT SANCTIONNÉES À LA BOURSE DE PARIS
En pleine période de publication des résultats trimestriels, les investisseurs
sont sans pitié pour les sociétés qui déçoivent. La chute, ce mercredi, de 7,48 %
de l’action Tarkett en est l’illustration. Ce
fabricant français de revêtements de sol
a annoncé un chiffre d’affaires du premier
trimestre en recul de 7,2 %. À périmètre
et changes constants, les ventes sont
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
d’analyses biologiques Eurofins Scientific
avait chuté de 6,44 %, parce qu’il avait
déçu sur sa capacité à croître hors des
acquisitions, avec une croissance organique n’ayant pas excédé 4 %. Un niveau
inférieur aux attentes des analystes. Ces
derniers ont revu à la baisse leurs objectifs de cours, faisant lourdement chuter la
valeur. Même chose pour le fabricant
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
français des produits de contraste pour la
radiologie Guerbet : il a chuté de 10 % en
fin de semaine, après la publication d’un
chiffre d’affaires trimestriel en repli.
La brutalité de ces corrections s’explique par des anticipations de progression
des bénéfices qui ont été régulièrement
revues à la hausse au cours de ces derniers mois à la Bourse de Paris. Aujour-
d’hui, elles supportent mal le moindre décalage entre les attentes et les chiffres
publiés. La sanction est d’autant plus forte que les valeurs en question se traitent
sur la base de valorisations élevées. Ces
baisses touchent surtout des sociétés de
taille moyenne qu’il est plus facile de liquider à l’intérieur des portefeuilles que
les grandes valeurs du CAC 40. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 45,37
♣
AIR LIQUIDE ..................................
105
AIRBUS .............................................. 94,97
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,815
ATOS .............................................. 111,25
AXA .............................................. 23,415
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
63,5
BOUYGUES ..............................................
41,73
CAPGEMINI ..............................................
104,6
CARREFOUR ..............................................
16,56
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,62
DANONE ..............................................66,21
ENGIE .............................................. 14,18
ESSILOR INTL. ..................................113,4
KERING ..............................................458,4
L'OREAL ..............................................190,3
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
45,2
LEGRAND ..............................................63,84
LVMH .............................................. 280,65
♣
MICHELIN ..............................................
115,55
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jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
24
MÉDIAS et PUBLICITÉ
La LFP lance son appel d’offres pour les droits du foot
La Ligue met en jeu sept lots avec des prix de réserve élevés. Elle veut donner de la flexibilité aux candidats.
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
748
millions
d’euros
C’est le montant
payé par Canal +
et beIN Sports
pour les droits
de la Ligue 1
entre 2016 et 2020
AUDIOVISUEL C’est parti. La Ligue
de football professionnel (LFP) a
lancé mercredi son appel d’offres
pour les droits du championnat de L1
de 2020 à 2024. Les candidats miseront et connaîtront les résultats le
29 mai 2018. Pour attirer le chaland,
Didier Quillot, le directeur exécutif
de la LFP, a vanté la qualité du
championnat français avec l’arrivée
de stars comme Neymar et la bagarre entre le PSG, Monaco, Lyon et
Marseille. Tout ceci a permis aux
audiences de Canal + et de beIN
Sports de grimper de 25 % à 30 %
cette saison. Et pour maximiser les
recettes de son nouvel appel d’of-
fres, la LFP a créé de nouvelles cases
pour exposer les matchs le samedi
soir et le dimanche après-midi. Ensuite, elle a divisé le tout en sept lots.
Mais seuls les trois premiers lots
sont susceptibles de déclencher des
abonnements parmi les fans de foot
et donc de faire saliver les Canal +,
beIN et RMC Sports. Le lot numéro 1
compte le grand match du dimanche à 21 heures ainsi que le grand
magazine du dimanche. C’est l’offre
classique de Canal +. Le lot 2 comporte deux matchs : le vendredi à
21 heures et le samedi à 17 heures et
un magazine. Et enfin, le lot 3 comporte lui aussi deux matchs : le samedi à 21 heures et le dimanche à
17 heures, plus un magazine. Le lot 4
permet d’afficher cinq matchs par
journée dont le nouveau match du
dimanche 13 heures, mais sur des
affiches moins alléchantes. Enfin, le
lot 6 a été taillé sur mesure pour un
Gafa avec la possibilité de diffuser
des extraits en quasi direct sur les
10 matchs du week-end.
Enchères complexes
La LFP a complexifié le processus
d’enchères avec un double système :
une enchère sur les lots suivie d’une
autre pour le choix des matchs sur
les créneaux horaires des lots 2 et 3.
Surtout, elle a inventé un système
d’enchères successives pimenté de
prix de réserve pour chaque lot.
Le 29 mai au matin, les candidats
au lot numéro 1 donneront leur
prix. La LFP sélectionnera le
mieux-disant et dévoilera ensuite
son prix de réserve. Si le prix offert
est supérieur au prix de réserve, le
candidat gagne le lot. S’il est inférieur, le candidat aura la possibilité
de s’aligner sur le prix de réserve.
Et ainsi de suite, pour les lots 2 puis
3. Enfin, la LFP pourra estimer si le
prix de réserve pour les trois lots est
atteint ou non. Sinon, elle pourra
purement et simplement retirer les
lots de la vente. Le but de ce processus est que les candidats puissent s’étalonner entre eux et s’aligner sur les prix de réserve. Même
si elle s’en défend, la Ligue veut faire grimper les candidats jusqu’au
Graal du 1 milliard d’euros, loin de
748 millions payés actuellement
par Canal + et beIN Sports.
Autre nouveauté, la LFP a introduit la possibilité pour l’attributaire
d’un ou de plusieurs lots de pouvoir
sous-licencier les matchs. « Cela
permet de libérer les esprits et les
budgets des candidats traditionnels », affirme Didier Quillot. En
clair, Altice peut miser gros, il aura
toujours la possibilité de revendre
les matchs s’il rencontre des difficultés financières. Et cela permet
aussi d’attirer des investisseurs financiers qui pourraient prendre le
risque d’acheter en gros pour revendre ensuite au détail. Didier
Quillot reconnaît que « l’architecture de cet appel d’offres est sophistiquée, voire complexe. Mais cela
permet de donner de la flexibilité et
de la visibilité aux candidats ». ■
TF1 parvient à un accord avec Free
Le groupe audiovisuel a désormais
signé avec les quatre opérateurs.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉVISION Et de quatre. Le
groupe TF1 et Free ont annoncé
mercredi avoir trouvé un accord
de distribution global. Le groupe
de Xavier Niel rejoint donc le rang
des autres opérateurs - SFR, Bouygues Telecom et Orange - qui ont
déjà signé des contrats similaires
avec le groupe audiovisuel.
Il aura fallu plusieurs mois de
négociations tendues et de crispations, mais TF1 est arrivé à ses fins,
du moins avec les opérateurs télécoms. La filiale de Bouygues a
réussi à imposer aux fournisseurs
d’accès Internet de nouvelles
conditions
de
rémunération
concernant les chaînes du groupe
et leurs services associés. Ainsi,
l’accord avec Free inclut toutes les
chaînes du groupe TF1 et les services qui leur sont associés, soit les
programmes de replay sur des durées plus longues, la diffusion en
avant-première de programmes
TV ou encore la diffusion d’événements en 4K (Ultra HD). Free est le
seul (avec Bouygues Telecom) à
avoir signé sans passer par la case
« coupure » et en évitant tout
contentieux juridique. SFR cet été,
puis Orange cet hiver, s’étaient
tour à tour vus privés de replay (ou
menacés de l’être), avant de finalement préférer la négociation au
bras de fer. Tous avaient intérêt à
trouver un accord avant le début
de la Coupe du monde de football.
Ni Free ni TF1 n’auraient eu un
quelconque avantage à voir une
partie des téléspectateurs privés de
ballon rond… pour cause de
contentieux commercial.
Seul Canal +, dont le contrat arrive à échéance ce 30 avril, campe
sur ses positions. La filiale de Vivendi n’a pas encore signé avec
TF1. Les abonnés du groupe Canal +
n’ont plus accès au replay de TF1
depuis début mars. « Nous continuerons à discuter avec Canal, les
négociations ne sont pas faciles,
mais nous sommes confiants dans
notre capacité à trouver un accord »,
a déclaré Philippe Denery, le directeur financier du groupe TF1.
Nouveau modèle
En bouclant ce round de négociations avec les quatre opérateurs
télécoms, le groupe présidé par
Gilles Pélisson réalise un beau
coup. « TF1 est parvenu à faire
payer ce qui était quasiment gratuit
jusqu’à présent. C’est inespéré pour
eux », reconnaît-on chez un opérateur. Au final, TF1 devrait engranger plus d’une cinquantaine
de millions d’euros supplémentaires, ce qui serait conforme à ses
espoirs. Mais il faudra attendre les
comptes du groupe en 2019 pour
pouvoir constater précisément
l’impact de ces nouveaux accords,
la mise en place de ces contrats
étant progressive. Ces contrats
marquent surtout le début d’une
nouvelle ère pour les groupes
audiovisuels privés. Conscients
que la publicité seule ne suffit plus,
il leur fallait trouver de nouvelles
sources de revenus. « C’est une
transformation structurante pour la
télévision. Le groupe TF1 va désormais pouvoir construire une relation positive avec les opérateurs télécoms »,
estime
un
bon
Les PDG de TF1
et de Free, Gilles
Pélisson (à gauche)
et Maxime Lombardini.
MARMARA/LE FIGARO
ET FEFERBERG/ AFP
Un trimestre solide pour le groupe média
Au premier trimestre, malgré
une baisse de son bénéfice à
24,8 millions d’euros (- 11,4 %),
le groupe TF1 a maintenu
son chiffre d’affaires à un peu
moins de 500 millions.
L’absence de sortie de film
en salle de TF1 Studio
a été compensée par une
progression de 0,7 % des
revenus publicitaires, qui ont
atteint 368,7 millions d’euros,
grâce aux performances de
TMC et aux premiers résultats
de l’activité de régie lancée
en Belgique. Sur la période, la
part d’audience des 5 chaînes
du groupe (TF1, TMC, TFX, TF1
Séries Films, LCI) sur la cible
commerciale (femmes
responsables des achats de
moins de 50 ans) s’est établie
à 32,2 % (- 0,3 point en un an).
Mais celle de la chaîne TF1
a progressé à 22,1 %
(+ 0,2 point), creusant l’écart
avec M6. La marge
opérationnelle est bien
orientée, à 7,7 % (+ 0,4 point),
ce qui permet à la filiale de
Bouygues de confirmer son
objectif d’un taux de marge
à deux chiffres en 2019. A. D.
Les attaques contre la presse s’étendent à l’Europe
RSF alerte sur « la libération de la haine contre les journalistes » dans les démocraties.
A
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
MÉDIAS L’Europe est-elle toujours un îlot de liberté pour la presse ? Le dernier rapport de Reporters sans frontières (RSF) remet en
question ce qui semblait acquis.
Certes, le peloton de tête de son
classement annuel des pays les
plus respectueux des médias reste
occupé par les pays nordiques
(Norvège, Suède, Pays-Bas, Finlande). Mais le modèle est en train
de tanguer, notamment en Europe
centrale et de l’Est.
RSF pointe du doigt les responsables : des dirigeants politiques de
premier plan « qui voient la presse
non plus comme un fondement essentiel de la démocratie mais comme
un adversaire pour lequel ils affichent ouvertement leur aversion ».
Autrement dit, « l’hostilité envers
les médias n’est plus l’apanage des
seuls pays autoritaires ». On pense
évidemment à Donald Trump, qui
ne cesse d’agonir les grands médias nationaux américains, accusés
de propager des « fake news ».
Mais RSF évoque aussi le président
tchèque Milos Zeman, qui s’est
présenté en octobre dernier à une
conférence de presse muni d’une
kalachnikov factice sur laquelle il
était écrit : « Pour les journalistes. »
Dans ce pays, les deux principaux
quotidiens sont détenus par le premier ministre populiste, Andrej
Babis. La situation est également
problématique en Hongrie, où une
grande partie des médias est
contrôlée par des proches du premier ministre, Viktor Orban. Une
liste noire de journalistes accusés
de propagande anti-hongroise a
été publiée dans l’un de ces médias
en septembre.
« Un jeu extrêmement
dangereux »
« La libération de la haine contre les
journalistes est l’une des pires menaces pour les démocraties, constate le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe
Deloire. Les dirigeants politiques
qui alimentent la détestation du
journalisme portent une lourde responsabilité. Contester la légitimité
Manifestation pour
la liberté de la presse
à Budapest,
la capitale hongroise,
le 21 avril. MEHMET
YILMAZ / ANADOLU
AGENCY
du journalisme, c’est jouer avec un
feu politique extrêmement dangereux. »
RSF évoque aussi le premier ministre slovaque, Robert Fico, qui a
traité les journalistes de « hyènes
idiotes » ou de « sales prostituées
anti-slovaques ». Il a été poussé à la
démission en mars après la mort
du jeune reporter Jan Kuciak, assassiné alors qu’il enquêtait sur les
liens entre le parti au pouvoir et la
Mafia italienne. Car les meurtres
de journalistes touchent aussi
l’Europe. En octobre, Daphne Caruana Galizia était tuée à Malte
dans l’explosion de sa voiture.
Le climat de défiance, encouragé
par certains politiques, touche le
travail des journalistes au quotidien. RSF évoque un « climat irrespirable » pour les médias en Catalogne, durant le référendum sur
l’indépendance. « Un grand nombre de journalistes de médias non
indépendantistes ont subi des lynchages sur les réseaux sociaux,
parfois incités par les responsables
de presse du gouvernement catalan.
Plusieurs ont été physiquement attaqués lors de la couverture des événements » chez les pro et anti-indépendance. La France n’est pas
épargnée. Le rapport évoque le
discours de dénigrement qui s’est
diffusé durant la campagne présidentielle chez plusieurs candidats.
Suite logique : des journalistes ont
été invectivés durant certains
meetings par des militants chauffés à blanc. ■
connaisseur du dossier. En effet,
quoique bien plus discrètement
que TF1, M6 a aussi renégocié ses
contrats avec tous ses distributeurs, Canal + compris. Le groupe
Altice (BFMTV, RMC Découverte,
Numéro 23) veut lui aussi revoir
ses accords avec les opérateurs.
Pour autant, la hache de guerre
n’est peut-être pas complètement
enterrée entre TF1 et les opérateurs télécoms. La nouvelle loi
audiovisuelle pourrait donner lieu
à de nouvelles passes d’armes entre les deux camps. D’aucuns rêvent à la mise en place d’une régulation imposant l’accès aux
chaînes, quel que soit leur mode de
distribution, dès lors qu’elles sont
gratuites sur la TNT. Un cas de figure qui semble malgré tout peu
probable au vu des pratiques actuelles en Europe. ■
EN BREF
COMCAST PROPOSE
DE RACHETER SKY
£ Le câblo-opérateur américain
met sur la table 25 milliards
d’euros pour racheter le
bouquet britannique Sky.
Cette offre est supérieure de
16 % à celle proposée par Fox,
qui détient déjà 39 % de Sky.
TWITTER DANS LE VERT
£ Le réseau social a réalisé un
bénéfice net de 61 millions de
dollars au premier trimestre
2018, pour un chiffre d’affaires
de 665 millions (+21%).
C’est son deuxième trimestre
consécutif de bénéfices.
Son nombre d’utilisateurs
quotidiens a progressé
de 10 % en un an pour atteindre
336 millions.
RÉSULTATS MITIGÉS
POUR VIACOM
£ Le chiffre d’affaires du
groupe audiovisuel (MTV,
Nickelodeon) a reculé de 3,3 %
au premier trimestre, à
3,1 milliards de dollars, à cause
de la stagnation de la publicité.
Son bénéfice net a doublé, à
256 millions de dollars.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 925 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
COLLECTION
ENCHÈRES
UN NU DE MODIGLIANI POURRAIT
BATTRE UN NOUVEAU RECORD
LE 14 MAI CHEZ SOTHEBY’S
À NEW YORK PAGE 27
La Huchette
Quel coup de théâtre !
La petite salle parisienne fête ses 70 ans. Depuis 1957, elle présente chaque soir
« La Cantatrice chauve » et « La Leçon ». Deux pièces d’Eugène Ionesco qui battent
un record de longévité et de fréquentation. Histoire d’un succès unique. PAGE 26
Sacre du printemps pour
la Maison de la Radio
PATRIMOINE Conçu en 1963, le bâtiment
vient d’être classé monument historique. Visite.
ARIANE BAVELIER £@arianebavelier
a Maison ronde reçoit le sacre de monument historique.
La voilà inscrite à l’inventaire
supplémentaire. Ce qui ne
l’empêche pas d’être en
chantier perpétuel depuis 2009. Des
parkings aux foyers, sous la houlette
d’Architecture-Studio, qui a doublé les
quatre radiales du rez-de-chaussée de
passerelles suspendues pour améliorer
la circulation, ouvert l’auditorium et la
rue à la place des studios 102 et 103 et
conçu une spectaculaire agora dont le
ciel crève la verrière. À l’extérieur,
Michel Desvignes a repensé le paysage :
une forêt de 900 arbres, celle en teck de
François Stahly installée dans le hall réclamait un écho.
Conçue en 1963 par Henry Bernard,
la Maison de la Radio est portée par une
réflexion fonctionnaliste. Certains disent qu’elle doit sa rondeur à la forme
d’un haut-parleur. Elle est en fait structurée de trapèzes – forme inhérente aux
studios d’enregistrement –, posés les
uns à côté des autres – le 101, le 102, le
103, le 104 etc. – comme les portions
d’un camembert. Lui-même cerné
d’une façade de six étages qui suit la
pente du terrain et percé d’un centre où
s’élève une tour de vingt-deux étages,
au lieu des quarante-quatre prévus initialement. Autour d’elle s’enroule une
petite couronne. La Maison dialogue
ainsi en hauteur avec les immeubles de
Beaugrenelle et en majesté avec les monuments du bord de Seine : Palais de
Tokyo, Grand Palais, tour Eiffel…
L
L’intérieur est à l’avenant, signé par
les grands artistes des années 1960.
Dans les foyers, la peinture de Mathieu
en hommage à Cocteau, la tapisserie
monumentale de Pierre Soulages, les
mosaïques de Bazaine et de Gustave
Singier. Dans le studio 104, dessiné par
les frères Niermans, alors champions
des salles de spectacle, pour accueillir
850 spectateurs, les bas-reliefs de
Louis Leygue. Ailleurs, les éclairages
mikado par Pierre Paulin, bâtonnets
horizontaux de néon et d’alu, exquis de
raffinement.
2 450 fenêtres
Ce palais des ondes a des allures de dédale. Les escaliers s’appellent « Chambord » ; comme chez François Ier, on
peut s’y croiser sans se voir. Les couloirs tournent, les portes des studios se
ressemblent, les mécanismes des
fenêtres que les murs avalent à mesure
qu’on mouline possèdent le charme
désuet des futuristes. Il y en a plus de
2 450. Les portes des studios s’ouvrent
par des poignées en forme de trapèze.
On s’enfonce comme dans le Nautilus,
guettant les ondes de l’orgue du
capitaine Nemo.
Et on se remet à tourner, nuit et jour,
si l’on veut, autour de ses 100 000 m2.
Comme une ville, elle ne s’éteint jamais.
Les bars soulagent le visiteur. Stéphane
Maupin en a signé deux : le Radioeat,
designé dans la courbe, la forme inventive et la légèreté, et le Belair, hommage
à l’orée des années 1960, avec ses fauteuils club massif, son bar chromé, ses
voilages qui s’échappent par les baies. Il
n’y manque plus que BB. ■
A
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
LE SHOW MEXICAIN
DE DOLCE & GABBANA
AUX COULEURS
DE FRIDA KAHLO PAGE 28
ANTHONY WALLACE/AFP, DOLCE & GABBANA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
26
L'ÉVÉNEMENT
La Huchette,
toujours
à l’affiche
GEORGES HENRI/THÉÂTRE DE LA HUCHETTE
AU FIL
DU TEMPS
THÉÂTRE Récemment
rénovée, la petite
salle est célèbre à travers le monde.
Avant qu’elle devienne le temple de
Ionesco, bien des artistes y ont débuté.
Clochards et aristocrates
On est juste après la guerre. Il a une
amie, une bonne amie, qui est propriétaire de l’immeuble du 23, rue de la
Huchette. En bas, il y a une boutique.
Elle la lui loue et l’entrepreneur sans
peur convoque des architectes pour
étudier la faisabilité d’une salle. Ils le
prennent pour un exalté irréaliste. Il
lui en faudrait plus pour renoncer. Il se
met au travail.
Un jour, on en est septembre 1947,
un jeune metteur en scène, Georges
Vitaly, et sa femme, Monique Delaroche, se promènent au Quartier latin.
Derrière un rideau de ferraille, raconte Gonzague Phélip, ils aperçoivent un
homme armé d’une brouette qui fait
des allées et venues le long d’une pente légère. Vitaly passe une tête et reconnaît un copain du cours d’art dramatique, Paupélix, qu’il avait suivi,
dix ans auparavant… Lui aussi, Vitaly,
rêve d’une salle mais, pour le moment, il met en scène Les Épiphanies
d’Henri Pichette aux Noctambules,
dirigeant Maria Casarès, Gérard Philipe, Roger Blin.
Eugène Ionesco devant le Théâtre de la Huchette, le 28 décembre 1977 à Paris.
Mais il revient rue de la Huchette.
Pinard lui cède le bail pour 1 franc
symbolique, à condition que chaque
lundi il puisse se produire dans des récitals poétiques. Affaire conclue. Passons des épisodes… Vitaly met sa troupe et celle de son ami André Reybaz. Ils
construisent La Huchette. Robert
Doisneau a immortalisé, par de très jolies photographies, ces moments extraordinaires.
Le 26 avril 1948, le théâtre ouvre.
Vitaly a été réquisitionné pour jouer en
Allemagne, André Reybaz crée Albertina, une pièce de l’éditeur italien Valentino Bompiani traduite par Audiberti. Clochards et aristocrates italiens
se disputent les places… Un four, mais
c’est parti. Les créations se succèdent,
les comédiens se bousculent. La Huchette, avant d’être le temple parisien
d’Eugène Ionesco, qui adorait la salle et
la troupe, est un théâtre de création où
de nombreux écrivains ont été révélés
et où de futurs très grands artistes ont
fait leurs débuts ou presque. Belmondo
comme
Trintignant,
Jean-Pierre
Mocky comme Jean-Pierre Marielle.
Une vitalité jamais démentie et, en
1957, l’arrivée de La Cantatrice chauve,
dans la mise en scène de Nicolas Bataille, et de La Leçon, dans la mise en
scène de Marcel Cuvelier. Toujours à
l’affiche. ■
(1) Le Fabuleux Roman du Théâtre
de la Huchette, de Gonzague Phélip,
Gallimard, 2007, 19,90 €.
Les œuvres complètes d’Eugène Ionesco
sont publiées dans la Pléiade,
avec beaucoup de détails
et d’illustrations, notamment les
traductions typographiques de Massin.
A
« La Cantatrice chauve », recordwoman du spectacle
La Cantatrice chauve n’est pas née à la
Huchette. La création de cette « antipièce », ainsi que l’avait sous-titrée
Eugène Ionesco lui-même, eut lieu le
11 mai 1950 aux Noctambules dans une
mise en scène de Nicolas Bataille, qui
jouait alors Monsieur Martin.
Le Figaro est bien sûr présent et, dès
le 13 mai, un article est publié. « Pourtant, cette antipièce commençait bien :
on riait, il y avait dans ses cinq premières minutes (mais cinq minutes peuvent-elles excuser une heure d’ennui ?)
on ne sait quelle liberté saugrenue, facile
et non sans tendresse, puis l’absurde
(vous savez l’Absurde géométrique, métaphysique, phonétique et symbolique)
s’installa comme un conférencier payé à
la ligne. » Le verdict est clair : après
avoir loué « le surhumain courage de
ceux qui, sans une faute, ont retenu, interprété, incarné, sublimé l’antitexte de
M. Ionesco », le critique l’affirme, ces
comédiens-là « font perdre des spectateurs au théâtre ». Il se trompe sur ce
point. La Cantatrice chauve, qui s’est
installée sept ans plus tard, le 16 février 1957, avec La Leçon, à La Huchette, en est ce soir, jeudi 26 avril
2018, à sa 18 769e représentation et, à
90 spectateurs par soir, cela fait un joli
record mondial de longévité spectaculaire. Un cas unique au monde de représentations sans interruption, sauf
pour quelques phases de travaux de la
petite salle.
On le sait, il n’y a aucune cantatrice
chauve dans la pièce. Le titre étrange a
fait beaucoup pour le succès de la première pièce du grand Ionesco. Il s’était
nous tirerons grand orgueil d’avoir assisté aux représentations de La Cantatrice chauve et de La Leçon. »
Longtemps, les comédiens qui se
sont relayés au sein d’une troupe unie
et diverse eurent l’exclusivité des représentations de ces deux pièces à Paris. De grands metteurs en scène ont
mis à leur tour en scène La Cantatrice
chauve. Ainsi Laurent Pelly, ainsi le regretté Jean-Luc Lagarce, dont le spectacle a été repris cette saison à l’Athénée avec un grand succès.
Répliques insolites
La Cantatrice chauve est jouée au Théâtre de la Huchette depuis le 16 février 1957.
BENJAMIN MEIGNAN/THÉÂTRE DE LA HUCHETTE
inspiré de la méthode Assimil qu’il utilisait pour apprendre l’anglais. Il avait
été frappé par la logique absurde des
petites phrases à apprendre par cœur.
Il songeait au titre de L’Anglais sans
peine ou de L’Heure anglaise. On avait
également évoqué Big Ben Folies. Et
puis un jour, Henri-Jacques Huet, qui
incarnait le Capitaine des Pompiers (un
personnage qui n’existait pas dans la
méthode Assimil) fit un insolite lapsus
en répétition : au lieu de dire « institutrice blonde », il sortit « cantatrice
chauve ». Le titre s’imposa.
Aux Noctambules, la pièce n’avait
tenu que vingt-cinq représentations.
Mais André Breton, Jean Tardieu,
Raymond Queneau, Benjamin Péret,
Gérard Philipe avaient compris qu’un
auteur était né et, lors de la reprise,
Jacques Lemarchand, du Figaro, écrivit : « Le Théâtre de la Huchette recèle
en ses petits flancs de quoi faire sauter
tous les théâtres de Paris… C’est le spectacle le plus intelligemment insolent que
puisse voir quiconque aime mieux le
théâtre que ne le font les directeurs de
théâtre, mieux la sagesse que ne le font
les professeurs, mieux la tragédie qu’on
ne la sert au Grand-Guignol, et mieux la
farce qu’on ne le fit jamais au PontNeuf. Quand nous serons bien vieux,
Rue de la Huchette, les jeunes, venus
du monde entier, rient aux éclats. Toujours. Ils n’en reviennent pas ! Ionesco
leur parle, comme un grand frère potache. La Cantatrice chauve leur plaît
particulièrement et dans le décor de
Jacques Noël, les comédiens sont épatants et disent avec une sincérité désarmante les répliques insolites. Saluons Lisa Livane, Yvette Caldas,
Nicole Huc, Roger Défossez, Didier
Bailly, Jean-Philippe Bèche que nous
avons applaudis avant-hier. Le Professeur de La Leçon (en ce moment l’excellent Gérard Bayle) glace le sang.
Mais ce cauchemar de tout écolier est
une manière de conjurer les peurs et la
grâce de l’Élève, Émilie Chevrillon, fait
merveille. Ionesco, c’est la jeunesse ! ■
La Cantatrice chauve, à 19 heures du mardi
au samedi ; La Leçon, à 20 heures du mardi
au samedi. Comédiens, comédie musicale
de Samuel Séné à 21 heures du mardi
au vendredi ; à 16 heures et 21 heures
le samedi. Réservations au 01 43 26 38 99.
WWW.BRIDGEMANART.COM
Remontons le temps. Suivons Le Fabuleux Roman, comme le dit Gonzague
Phélip, qui est administrateur de la petite institution et raconte dans un
ouvrage passionnant l’histoire de ce
« théâtre fait main » (1). Au commencement est Marcel Pinard. Un jeune
paysan de Saint-Jean-Saint-Germain,
joli bourg d’Indre-et-Loire. Un jour, il
est saisi d’une sorte d’illumination : il
se voit propriétaire d’un théâtre. Il
vend tout, se rend à Paris, rencontre
un Russe qui fait de la mise en scène
selon la méthode Stanislavski et se lance dans l’apprentissage de l’art dramatique. Marcel Pinard avait une manière
très emphatique de déclamer des poèmes, mais rien n’aurait pu le détourner
de la mission qu’il s’était fixée.
ART DE L’IMAGE
Cette affiche a été dessinée par
Jacques Noël, le concepteur des
décors de La Cantatrice chauve
et de La Leçon. Deux décors
qui sont toujours ceux
des représentations actuelles,
mais qui ont évidemment été
rafraîchis au cours des années.
THÉÂTRE DE LA HUCHETTE
et après-midi là, à la Huchette, on fait la fête. Franck Desmedt,
le directeur, réunit la famille : pour
chacun des personnages des deux pièces à l’affiche sans interruption depuis
1957, six pour La Cantatrice chauve,
trois pour La Leçon, il y a quatre ou
cinq comédiens qui se relaient. Cela
fait déjà du monde. Et puis les anciens,
les amis, les artistes qui interprètent la
pièce du soir, Comédiens !, une comédie
musicale de poche créée pour célébrer
les 70 ans de la salle.
Celle-ci a été récemment réhabilitée
par une campagne de travaux rendus
nécessaire par l’ultrafréquentation ! De
jolis fauteuils rouges portent chacun
une plaque avec le nom d’un donateur.
La troupe, bien sûr, mais aussi des
comédiens amis, tels Pierre Arditi et
Daniel Russo, qui ont subventionné
chacun un siège !
Ces derniers temps, le Théâtre de la
Huchette a doublé de volume : on a
creusé sous la salle et dégagé 100 m2,
d’espaces de rangement, de bureaux. Il
y a même un minibar et un foyer minuscule, pour le délassement des artistes ! Une révolution. Car, jusque-là il
n’y avait que le rez-de-chaussée de
plain-pied du 23, rue de la Huchette,
dans le Ve arrondissement, à quelques
pas de la place Saint-Michel et de la
Seine, un des quartiers les plus courus
des étudiants et des touristes.
Évidemment, Paris est riche de
nombreux théâtres beaucoup plus
âgés, beaucoup plus somptueux et pour
certains inscrits à l’inventaire des monuments historiques. Mais nul, sans
doute, n’est aussi célèbre à travers le
monde que La Huchette, nul n’a une
histoire aussi originale.
Pommettes hautes, regard clair,
Georges Vitaly (1917-2007)
était d’origine russe. Avec son
ami Marcel Pinard, il est l’une
des grandes figures des débuts
de La Huchette, qu’il dirigea
jusqu’en 1952. Nicolas Bataille et
Marcel Cuvelier prirent la relève.
GIOVANNI CORUZZI/©RUE DES ARCHIVES/AGIP
C
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
GEORGES VITALY
SIÈGES DE CHOIX
La pente, creusée à la main
par Marcel Pinard, est idéale.
Au début, on case soixante-huit
fauteuils et dix tabourets.
En 2015, les fauteuils ont été
achetés par une souscription
et chacun a son nom sur le
dossier. En septembre 2017, une
campagne de travaux a achevé
de redonner sa fraîcheur à la salle.
18
769
aujourd’hui
C’est le nombre de
représentations données
à La Huchette depuis
l’ouverture du théâtre
J’ai écrit là
une pièce
comique alors que
le sentiment initial
n’était pas
un sentiment
comique. Une pièce
est plusieurs
choses à la fois, elle
est et ceci et cela
EUGÈNE IONESCO
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
CULTURE
jeudi 26 avril 2018
27
Record en vue
pour un nu
de Modigliani,
à New York
ENCHÈRES Dévoilé à Hongkong et vendu le
14 mai chez Sotheby’s, un nu couché, estimé
à 150 millions de dollars, pourrait détrôner
celui vendu en 2015 chez Christie’s.
À
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
chacun son Modigliani !
Après Christie’s, qui a décroché un record en novembre 2015, à 170,4 millions
de dollars, c’est au tour de Sotheby’s
d’annoncer, le 14 mai, à New York, la
vente d’un autre nu couché, tout aussi
spectaculaire. Celui-là est moins osé,
puisqu’on ne voit que sa silhouette de
dos, allongée sur le côté gauche, à l’inverse de l’autre faisant éclater toute sa
nudité, ce qui l’avait privé d’enchères
venant du Qatar ou d’autres pays du
Golfe, obligés de garder une réserve à
l’égard de certains sujets.
En 2015, c’est un acheteur chinois qui
avait emporté de haute lutte cette icône
de l’art du XXe siècle devenue le
deuxième plus haut prix pour une
œuvre d’art aux enchères derrière Les
Femmes d’Alger de Picasso, adjugé
179,4 millions de dollars, six mois auparavant, chez Christie’s. On avait su très
vite que Liu Yiqian et sa femme Wang
Wei l’avaient acquis pour leur musée, le
Long Museum de Shanghaï, ouvert trois
ans plus tôt.
Le nu de Christie’s, considéré à l’époque comme « le plus beau connu sur le
marché », selon le grand marchand David Nahmad, pourra-t-il être détrôné
par celui de Sotheby’s ? Tout porte à le
croire car ce genre de trophée se fait de
plus en plus rare. Et là, tous les
meilleurs critères pour ce nouveau nu
sont réunis.
La toile, montrée à Hongkong les 25
et 26 avril, est parfaitement datée de
1917, année de la série emblématique
des nus avec laquelle Modigliani réinvente ce genre artistique, images puissantes et sensuelles immédiatement
censurées à l’époque. Aujourd’hui, la
série est reconnue comme l’une des
créations majeures de l’art moderne.
Cette série fut récemment exposée lors
de la rétrospective consacrée au peintre à la Tate Modern de Londres. Le nu
en question était, jusqu’à la date de fermeture de l’exposition, le 2 avril, la
pièce phare diffusée partout sur les réseaux sociaux.
Elle est devenue l’objet de tous les
désirs. De quoi booster son prix aux enchères. Mais Simon Shaw, codirecteur
monde pour l’art impressionniste et
moderne chez Sotheby’s, ne veut évidemment pas y voir une relation de
Nu couché (sur le côté gauche), 1917, Amedeo Modigliani.
cause à effet. Interrogé par Le Figaro
sur cet effet d’annonce si tardif, il préfère rester muet. Ce dernier insiste seulement sur le fait qu’« exposer cette
œuvre à Hongkong a tous son sens car,
dans sa dernière vente impressionniste et
moderne de novembre, les dix “top ten”
ont été acquis par des acheteurs asiatiques, particulièrement actifs depuis plus
de cinq ans ».
“
Cette peinture
réinvente le genre
en art moderne
”
SIMON SHAW, CODIRECTEUR MONDE
CHEZ SOTHEBY’S
Peu disert, ce dernier préfère parler
d’histoire de l’art : « Cette peinture réinvente le genre en art moderne. Modigliani
dépeint des femmes souveraines et maîtresses de leur sexualité. Nu couché est
une image incroyablement sensuelle. Le
regard envoûtant du modèle rencontre
celui de l’observateur. Tout en se situant
dans la tradition de la peinture, cette
composition est radicalement novatrice :
Modigliani assimile ici les styles de la
sculpture égyptienne, japonaise, africaine, indienne et ibérique, celui des fres-
ANTHONY WALLACE/AFP
ques de la Renaissance à l’avant-garde
du cubisme, en passant par le romantisme. Cette série marque un tournant décisif de la plus grande tradition artistique.
Il y a le nu avant Modigliani et celui après
Modigliani. »
Ce dernier a commencé à peindre des
nus en 1908, mais c’est après avoir
abandonné la sculpture, en 1914, qu’il a
développé la série des nus couchés. Le
contexte dans lequel s’est déroulée la
conception de la toile a tout pour attiser
l’envie. À la demande du poète et marchand Zborowski, la marchande d’art
Berthe Weill avait organisé une exposition des peintures et des œuvres sur papier de l’artiste, dont un certain nombre
de nus. Dès l’ouverture, le public s’est
précipité pour les admirer. L’agitation
attira l’attention du poste de police, situé en face de la galerie, qui demanda
que les tableaux en vitrine soient décrochés car ils relevaient de l’outrage public à la pudeur. L’exposition fut fermée
et seuls deux dessins à 30 francs pièce
furent vendus. Plus de cent ans après sa
création, l’émotion qui émane de ce Nu
couché reste puissante.
La dimension de la toile, presque
147 centimètres, en fait aussi le plus bel
exemple de la série. La plupart des
vingt-deux nus allongés exécutés par
l’artiste sont conservés dans des collections muséales, notamment aux ÉtatsUnis : le musée Solomon R. Guggenheim, le MoMA et le Metropolitan de
New York en possèdent chacun trois
exemples. L’espoir de plus-value pour
le vendeur est important. Ce dernier
l’avait acquis pour 26,9 millions de dollars en vente publique, en 2003 !
L’effet médiatique de dernière minute est parfaitement calculé par Sotheby’s pour exciter l’appétit des amateurs, qui fonctionnent dans les affaires
comme dans l’art, à cent à l’heure ! La
toile n’est pas garantie par une tierce
personne, comme cela est souvent le
cas, mais elle fait l’objet de ce qu’on appelle, dans le jargon du marché de l’art,
d’une « enchère irrévocable » (indiqué
par un double « c » renversé dans le catalogue), signifiant qu’un amateur s’est
déjà manifesté pour enchérir jusqu’à un
certain prix, ce qui assure le succès de
sa vente. Si l’enchère dépasse le montant convenu, la maison de ventes lui
reverse une somme qui, évidemment,
reste confidentielle. Aujourd’hui, il n’y
a plus guère de record, à ce niveau de
prix, sans tractation totalement ficelée
à l’avance… ■
Alain Chamfort trace
son (micro)sillon
CHRONIQUE Le chanteur sort son quinzième
album, « Le Désordre des choses ». Une réussite.
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
A
lain Chamfort est depuis près
de cinquante ans un des plus
élégants de nos chanteurs.
Homme discret et effacé, il n’a
jamais cessé de peaufiner son
art consommé de la mélodie. Sur son nouvel album, Le Désordre des choses (Pias), il
ouvre un nouveau chapitre de sa carrière.
Bien que réussi, le précédent, sorti en 2015,
avait un air de déjà entendu. C’est grâce à
un instrument qu’il s’est procuré que les
compositions de ce nouveau disque, qui va
beaucoup plus loin, ont jailli. « En passant
chez un copain, j’ai découvert ce clavier avec
boîte à rythme incorporée. J’en ai trouvé un
en vente en ligne. Jouer dessus m’a permis de
créer un environnement sonore différent. »
Parti pour renouveler sa collaboration
avec Fred Lo, Alain Chamfort a fini par
confier la réalisation de l’album au jeune
Danois de Pairs, Johan Dalgaard. « Johan
m’a accompagné sur scène, j’étais convaincu qu’il pouvait prendre le projet en charge.
Nous avons avancé progressivement, sans
stress. » Racée et intemporelle, la réalisation met les subtilités harmoniques du
compositeur en valeur. Sans doute la présence du parolier Pierre-Dominique Burgaud est-elle aussi pour quelque chose
dans la réussite du disque. Jacques Duvall,
qui écrit des textes pour Alain Chamfort
depuis le début des années 1980, ayant renoncé, le chanteur a eu la riche idée de
faire appel à celui qui fut son collaborateur
sur le projet Une vie Saint Laurent, en 2010.
Ancien publicitaire, Burgaud est une des
plus fines plumes de la chanson depuis une
quinzaine d’années. Avec lui, Chamfort
aborde un registre différent, plus person-
nel et plus intime. « J’avais envie d’aborder
d’autres thématiques que celle de la relation
d’amour. J’ai fait appel à Pierre-Do, il m’a
semblé important qu’il collabore sur l’intégralité de l’album. »
Sous son impulsion, le compositeur
chanteur de 69 ans aborde frontalement
la question du temps qui passe, avec des
merveilles comme Les Microsillons ou
Exister, perles de délicatesse. « Pierre-Do
a osé aborder des thèmes que Jacques Duvall refusait. Nous avons eu des conversations sur les sujets qui nous préoccupent, de
vrais échanges. Je ne conçois l’amitié que
dans la capacité d’échanger », explique le
pudique Chamfort. En état de grâce, il signe un grand album, qui s’impose déjà
comme un des meilleurs d’une carrière
peu avare de splendeurs.
À l’ombre de fortes têtes
S’il avait déjà abordé la question de l’âge,
sur les titres Ce n’est que moi (1997) et
Sinatra (2003), Chamfort n’a jamais été
aussi bouleversant qu’aujourd’hui. « Les
chansons m’ont permis de devenir ce que je
suis », avance-t-il en guise d’explication.
Pianiste surdoué chez Dutronc à la fin des
sixties, protégé de Claude François la décennie suivante, il s’est réinventé en jeune homme chic dans une collaboration
exigeante avec Serge Gainsbourg à l’orée
des eighties. « J’ai été aimanté par Claude
François, son énergie et son charisme
étaient assez irrésistibles. Son obsession
était de convaincre les sceptiques. C’était
assez fascinant d’être le témoin de cela. »
Grandi à l’ombre de ces fortes têtes, Alain
Chamfort a construit un personnage apaisé avec ce qu’il faut de distanciation. Ne
comptez pas sur lui pour s’imposer à tout
prix, Chamfort n’est pas un acharné de la
popularité, plutôt un esthète soigneux à la
recherche permanente de beauté.
Le Désordre des choses (Pias). En concert
le 15 novembre au Trianon (Paris XVIIIe).
A
LA MUSIQUE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
28 STYLE
Que viva Dolce & Gabbana !
COLLECTIONS Moins d’un mois après une série de shows couture à New York, le duo italien poursuit
sa conquête de l’Amérique avec un défilé à Mexico aux couleurs de Frida Kahlo.
C’
DIANE JEANTET
£@dianejeantet
À MEXICO
est en terrain familier, et
quasi conquis, que Domenico Dolce et
Stefano Gabbana ont atterri, la semaine
dernière, à Mexico, pour présenter un
nouveau défilé Alta Moda et Alta
Sartoria aux couleurs de l’Américaine
latine. Seulement deux semaines après
une série de shows couture détonants à
New York, la griffe italienne investit,
cette fois, le dernier étage du Musée
Soumaya, propriété du milliardaire
Carlos Slim. Et opte pour un casting de
top-modèles latinas arborant couronnes
de fleurs, vestes boléro, corsets serrés et
monosourcils inspirés de l’artiste emblématique Frida Kahlo, tandis que les
jeunes mannequins mixent costumes
nourris au baroque et au style mariachi.
Dévoilée au milieu d’une des plus
grandes collections de sculptures
d’Auguste Rodin hors de France, cette
garde-robe Dolce & Gabbana est taillée
sur mesure pour une clientèle autochtone triée sur le volet. Pour le duo italien,
s’approprier l’esthétique mexicaine était
un jeu presque intuitif. « Nous sommes
latinos, c’est dans notre ADN », expliquait Stefano Gabbana avant le défilé,
évoquant l’influence hispanique existant, ici, comme dans leur fief, le sud de
l’Italie. En effet, les tissus floraux et les
nombreuses icônes de la « Virgen de
Guadalupe », la Madone locale, font indéniablement écho à leurs influences
traditionnelles.
Un marché en plein boom
L’invitée d’honneur, Sophia Loren,
83 ans, brushing parfait et robe noire
fleurie de roses XXL, était au premier
rang. À ses côtés, de nombreuses célébrités mexicaines comme la première dame,
Angelica Rivera, et Carlos Slim, l’une des
dix plus grosses fortunes au monde. La
nouvelle génération est également présente dans l’assistance avec Sofia Castro,
Domenico Dolce et Stefano Gabbana, en compagnie de leur amie Sophia Loren (au centre), ont présenté leurs collections Alta Moda (à gauche) et Alta Sartoria (à droite)
au Musée Soumaya, à Mexico. DOLCE & GABBANA
21 ans, actrice et belle-fille du président
mexicain Enrique Pena Nieto, tandis que
Juanpa Zurita, vlogger, acteur et mannequin de 22 ans, s’offre un passage sur le
podium en smoking blanc très red carpet.
L’influenceur aux 16 millions de followers sur Instagram représente dignement les millennials si chers aux créateurs italiens.
« Le Mexique est un marché important,
et une porte d’entrée stratégique pour toute l’Amérique du Sud », précise Stefano
Gabbana, ajoutant que le nombre de followers mexicains sur son propre compte
Instagram ne cessait d’augmenter. Le
premier magasin Dolce & Gabbana à
Mexico a ouvert ses portes, en 2013, sur
l’artère chic de la capitale, l’avenue
Presidente-Masaryk, dans le quartier
huppé de Polanco. Cinq ans plus tard, la
griffe dénombre trois boutiques dans le
pays, et dix-huit adresses dans toute
l’Amérique latine. Plus largement, l’appétence pour les produits haut de gamme
continue de croître au fur et à mesure que
les malls huppés sont inaugurés. En 2013,
le marché a enregistré une croissance de
5,2 % pour un chiffre d’affaires d’environ 13,3 milliards de dollars.
Même si près de la moitié de la population vit encore en deçà du seuil de pauvreté, avec un salaire minimum fixé à
res, cette jeune élite mexicaine obéit à
des codes esthétiques qui lui sont propres, se démarquant par un goût prononcé pour les voitures de sport, les montres
de luxe et les vêtements à logos visibles…
En réalité, de façon similaire à leurs pairs
aux États-Unis, en Europe et en Asie.
Tout comme eux, les mirreyes aiment
par-dessus tout partager leur train de vie
sur les réseaux sociaux, à l’image de
Juanpa Zurita qui, entre deux photos de
sa vie d’adolescent influenceur, s’est mis
en scène avec Domenico Dolce et Stefano
Gabbana sur Instagram. Un selfie qui
vaut de l’or pour toucher une jeune génération de Latino-Américains. ■
86 pesos (3,90 euros) par jour, le Mexique
est l’une des onze nations les plus riches
du monde. Et, à l’image de Carlos Slim,
les riches sont souvent très riches : selon
les chiffres de l’organisation non gouvernementale Oxfam, 1 % de la population
détiendrait 43 % de la richesse du pays.
Et, alors que le nombre de millionnaires
diminue de 0,3 % par an dans le reste du
monde, ici, il augmente de 32 % chaque
année.
Une tendance accentuée par la culture
« mirreyes », de l’espagnol « mi rey »
(« mon roi ») que l’on pourrait traduire
en français par « jeunesse dorée ». Issue
des grandes familles politiques et d’affai-
À Margiela, la jeunesse reconnaissante
HOMMAGE Dix ans après son retrait de la mode, le designer belge occupe la scène parisienne
à travers deux expositions courues par les initiés et, plus surprenant, par une nouvelle génération.
e n’est pas que l’on croie
spécialement en la numérologie, mais ce 8, « chiffre
d’une personnalité entière, qui
n’a pas peur de briser les
conventions établies pour en créer des
plus justes », ne cesse de marquer le
parcours de Martin Margiela. Octobre 1988, son premier défilé ; septembre 2008, le dernier ; 2018, deux rétrospectives (1) à Paris racontent
comment le Belge a écrit une page de
l’histoire de la mode, à travers sa griffe
(Palais Galliera) et sa collaboration avec
Hermès (MAD).
« 8 » encore, chiffre d’un autre maître, Cristobal Balenciaga qui ferma
définitivement sa griffe, un jour de
Mai-68. Les deux hommes ont en commun, outre un talent pur et une intransigeance jusqu’au-boutiste, outre aussi
le fait d’être considéré chacun par ses
pairs comme le designers’ designer,
d’avoir refusé le jeu médiatique, en déclinant toute interview et, pour
Margiela, toute photographie. Un anonymat expliquant pourquoi cette personnalité hors normes est finalement
peu connue du grand public.
Depuis dix ans et son dernier show
pour la griffe (rachetée alors par OTB,
le groupe de Renzo Rosso), le designer
n’avait pas donné signe de vie, mais
son esthétique, son approche anticonformiste, sa façon de remettre en cause
les codes du genre font école auprès des
millennials. Eux qui n’ont pas vécu les
belles années Margiela, qui le connaissent sans le connaître, qui le copient
sans toujours le savoir, sont nombreux
à se ruer dans ses expositions parisiennes, notamment à Galliera où l’excellente fréquentation (près de 42 000 visiteurs) se distingue par une part
importante (40 %) de moins de 25 ans.
A
C
Une fois n’est pas coutume, les gens du
métier - stylistes médiatisés et ceux des
studios des grandes maisons - s’y sont
également rendus.
La construction d’un fonds
Pour la plupart, « Margiela / Galliera
1989-2009 » est l’une des expositions
de mode les plus remarquables par sa
scénographie et son message, conçus et
pensés par le commissaire Alexandre
Samson et, surtout, par Martin
Margiela lui-même. Le créateur sans
visage, le grand absent est omniprésent
jusque dans ces mots écrits à la main
dans la dernière vitrine du parcours,
« un immense merci à celles et ceux qui
m’ont aidé à faire de mon rêve une réalité ». Mais aussi au Musée des arts déco,
dans ces manches roulottées, ces cols
ajustés, ces piles de boîtes orange et
blanches empilées à l’entrée de
« Margiela, les années Hermès » dont il
a également signé la direction artistique. À ses côtés pour cette reprise de
l’exposition créée au MoMu d’Anvers
au printemps 2017 (présentant le travail du designer pour le sellier en regard de ses propres collections), une
connaissance de longue date, MarieSophie Carron de la Carrière. La
conservatrice a commencé sa carrière,
en 1987, au Palais Galliera sous la houlette de son président Guillaume
Garnier, qui lui confie la création du
département de mode contemporaine.
« J’étais jeune, je ne connaissais rien à la
mode qui, du reste, n’était alors pas digne d’être au musée, rappelle-t-elle.
Galliera, comme toutes les institutions
du genre, était tournée vers le costume,
l’historique, à la limite vers la couture,
seule “méritant” d’être exposée. »
On est à la fin des années 1980, les
designers se nomment Montana,
Mugler, Gaultier, leurs shows sont des
spectacles, leurs réputations établies.
Logiquement, l’historienne doit se
LUC BOEGLY/MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
HÉLÈNE GUILLAUME hguillaume@lefigaro.fr
Exposition « Margiela, les années Hermès », au Musée des arts décoratifs, à Paris.
tourner vers une jeune génération en
écumant, telle une archéologue, les défilés. On lui glisse le nom de Martin
Margiela. Or, ce nouveau département
nécessite des partis pris. Le Belge, à
l’instar des créateurs japonais, s’impose comme une évidence. « Martin ? Il
était différent, et lors de notre rencontre
en 1989, la question du musée n’est pas
rebutante à ses oreilles quand elle effraie
nombre de designers, qui y voient une
forme de fin, précise-t-elle. Martin allait énormément aux Puces. L’histoire du
vêtement participait de son processus
créatif. Avec lui, j’ai pu systématiser la
construction d’un fonds : chaque saison,
j’achetais une silhouette complète avec la
dotation du Defi (Comité professionnel
de promotion et de développement de
l’habillement) et par réciprocité, Martin
nous donnait un deuxième look, ainsi que
les documents afférents, ses notes avec
son écriture, indiquant le nom du modèle, la façon dont il devait être porté. Une
notion particulièrement importante chez
ce créateur sensible à la pédagogie. »
En 1994, l’historienne quitte Galliera
pour d’autres vies, puis reprend ses activités au Musée d’art moderne de la
Ville de Paris auprès de Suzanne Pagé,
où elle instaure ce même système de
réciprocité avec des artistes tel Douglas
Gordon, cachant presque honteusement son passé dans la mode.
En 2014, elle est appelée par Olivier
Gabet, fraîchement nommé à la direction du Musée des arts décoratifs. Lorsque celui-ci décide il y a quelques mois,
de reprendre « Les Années Hermès », il
en confie l’adaptation à Marie-Sophie
Carron de la Carrière. « Quand nous
avons visité l’exposition à Anvers, il nous
a semblé évident qu’elle avait sa place au
MAD, dans la ville où Martin Margiela a
créé sa marque - le seul Belge de son
époque à s’être expatrié -, celle où a été
fondé Hermès il y a près de deux siècles,
la maison parisienne par excellence. »
Déployée sur deux niveaux, la rétrospective, qui a attiré depuis le
21 mars 29 000 visiteurs, raconte en
creux cette rencontre entre l’univers
du styliste que la presse d’alors qualifie,
à tort, de « destroy » et le sellier dirigé
par Jean-Louis Dumas qui, fidèle à sa
réputation de visionnaire, décide de
cette nomination singulière. « Cette expérience chez Hermès, dix ans après
avoir créé sa marque, est pour Martin
l’opportunité unique d’apprendre à nouveau, d’avoir accès à des matières rares,
des cachemires aux cuirs, de collaborer
avec des artisans ultraqualifiés, d’explorer les archives historiques d’Hermès qui
l’ont passionné, dit Mme Carron de la
Carrière. Il est intéressant de voir, dans
cette saison Margiela à Paris, deux facettes de sa création : le remplissage à
Galliera et l’épure aux Arts déco. Dix
ans après son retrait, il a choisi cette
mise au point temporelle, se rendant
compte que son nom est volontiers cité
aujourd’hui. Je pense que ces manifestations auront des incidences sur la mode à
venir. » ■
(1) « Margiela / Galliera 1989-2009 »,
jusqu’au 15 juillet au Palais Galliera
(Paris XVIe). www.palaisgalliera.paris.fr
« Margiela, les années Hermès », jusqu’au
2 septembre au MAD (Paris Ier). madparis.fr
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jeudi 26 avril 2018
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jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
30
TÉLÉVISION
« The Handmaid’s Tale, saison 2 »,
l’extension du domaine de la lutte
La série phénomène sur l’Amérique en proie à une dictature s’affranchit du texte de Margaret Atwood mais reste saisissante d’audace.
CONSTANCE JAMET£@constancejamet
20.40
GEORGE KRAYCHYK/HULU/OCS
É
rigée, malgré elle, en symbole
de la résistance à une Amérique
rétrograde ayant mis Donald
Trump à sa tête, The Handmaid’s Tale fut le coup de poing
sériel de 2017. Pour les opposants à l’hôte
de la Maison-Blanche, cette adaptation
du roman La Servante écarlate offrait le
miroir d’une société cédant aux tentations extrêmes : frontières hermétiques,
racisme endémique et interdiction de
l’IVG. Même si la première saison, couronnée de multiples Golden Globes et
Emmy Awards, a fait le tour du texte originel de Margaret Atwood, le showrunner Bruce Miller et sa star Elisabeth Moss
ont prolongé leur séjour à Gilead, théocratie anciennement connue sous le nom
États-Unis. Contrée où les femmes n’ont
plus aucun droit et où les rares qui sont
encore fertiles sont
transformées en ventres
à procréer pour l’élite.
N’ayez crainte, même
○○○○
sans la plume d’Atwood
pour la guider, cette
deuxième saison, à découvrir ce soir sur
OCS Max, se révèle aussi féministe et actuelle, s’inscrivant à merveille dans le
sillage du mouvement #MeToo. Elle est
même encore plus sombre. Oui, c’est
possible ! À l’image de cette pendaison
collective ou de ce plan furtif du sous-sol
d’un journal criblé de balles. Un bon
journaliste est un journaliste mort…
Plus sombre que la précédente, cette saison 2 dresse le portrait tout juste déformé d’une Amérique à la dérive.
Le portrait tout juste déformé d’une
Amérique à la dérive, gouvernée par ses
peurs, cède le pas à une réflexion plus
globale sur la mort des libertés, sur ces
signes avant-coureurs que l’individu refuse de voir, accaparé par le quotidien et
ses urgences. On avait quitté la servante
June enceinte, dans un fourgon de la police d’État. Allait-elle être dirigée vers la
potence pour avoir refusé de lapider une
compagne d’infortune ? La saison 2 se
garde bien d’apporter une réponse simple à cette interrogation.
Monde si proche et familier
Elle repousse par la même occasion les
frontières de Gilead et ne se limite plus à
la maison du commandant Waterford et
de son épouse tyrannique Serena, où
June était confinée et violée. Ces épisodes inédits explorent dans l’espace et le
temps cette nation. Des flash-backs laissent entrapercevoir la vie d’avant de
June, mais aussi d’Emily (poignante
Alexis Bledel), une servante rebelle homosexuelle exilée en saison 1 dans les
camps de travail des colonies. Leurs sou-
venirs permettent de mieux cerner la
succession d’événements qui ont précipité la chute de la démocratie.
Le créateur de la série, Bruce Miller,
tisse un monde familier et proche, décuplant l’effroi : quelques secondes de JT
suffisent pour suggérer l’élément déclencheur de l’engrenage. « Nous nous
sommes inspirés de faits historiques pour
chacune de nos situations », confiait-il. La
Nuit de cristal, l’élimination des intellectuels cambodgiens par les Khmers rouges viennent à l’esprit. Les redoutées colonies, ces friches toxiques contaminées
par les produits chimiques sur lesquelles
s’épuisent à bécher les réprouvées de Gilead, sont enfin montrées à l’écran et
évoquent autant le goulag qu’Auschwitz.
Magistralement interprétée par Elisabeth Moss, June a toujours les yeux pleins
d’indignation, mais sa parole est libérée.
L’incrédulité et les silences ont fait place
au pragmatisme, au sursaut, aux petits
actes de résistance. L’organisation du réseau de résistance, baptisé Mayday, sera
l’un des thèmes majeurs, avec la maternité, de cette deuxième saison. Passée de
dix à treize épisodes, elle a bénéficié d’un
plus gros budget et de plusieurs gueststars. L’actrice oscarisée Marisa Tomei
incarne la femme adultère d’un commandant, expédiée aux colonies, Cherry
Jones (24 Heures Chrono) prête ses traits
à la mère de June. Et Bruce Miller ne
compte pas s’arrêter là. À l’en croire, le
feuilleton pourrait tenir dix saisons.
À moins que la fiction ne soit rattrapée
par la réalité. ■
Harry et Meghan, la face cachée d’un mariage royal
Réunissant les plus grands experts ès têtes couronnées, le documentaire de Jean-Luc Geneste décrypte la rencontre des deux tourtereaux.
À
trois semaines du mariage
royal, le samedi 19 mai, entre
le prince Harry et Meghan
Markle, NRJ 12 est la première à s’intéresser à ces joyeux
de la Couronne. Avec un documentaire
bien renseigné intitulé Quand Harry rencontre Meghan, point d’orgue d’une soirée présentée par l’ancienne Miss France
Camille Cerf. L’enquête de 90 minutes
entend dévoiler les secrets de cette idylle
vendue par les Windsor comme un conte
de fées moderne : la collision par hasard
et le coup de foudre entre un prince
rebelle et une actrice de second plan
métisse et divorcée. Une vraie révolution
de palais à Buckingham : en 1937,
Edward VIII dut renoncer au trône pour
épouser l’Américaine Wallis Simpson.
Après avoir exploré l’enfance et la
jeunesse des tourtereaux, on découvre
les circonstances exactes de leur rencontre, loin de la version politiquement
correcte. C’est l’axe le plus intéressant
Le prince Harry et Meghan Markle, une idylle vendue par les Windsor
comme un conte de fées moderne. TOBY MELVILLE/REUTERS
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4710
HORIZONTALEMENT
1. Minauderie chichiteuse. - 2.
Vieilles hardes. - 3. Elle est souvent due à une MST. - 4. Choisir
son programme. - 5. Chahut dans
la salle. Part de marché. - 6. Houle
sportive. Plus habillée que le 2
horizontal. - 7. Commune. Entre
Arletty et Léonie Bathiat. - 8.
Fait un honneur suprême. Sauce
béarnaise. - 9. Multiplie les pains.
- 10. Compositeur français des
Histoires pour piano. Chinois ou
romains. - 11. Cri de faena. Place
des expositions. - 12. Leurs baies
noires ont des propriétés purgatives et tinctoriales.
VERTICALEMENT
1. Occupation de second ordre.
- 2. Ne va pas se faire. - 3. Nectar
pour les fourmis. Prendre un air
étonné. - 4. Reconnus capables.
Ferme la porte. - 5. Ont donc
souffert de la sécheresse. Pâquerette bleue. - 6. Hurle sur le
gazon. Rose des vents. Familier ou
resté secret. - 7. Elle inspira
Mahler et Schönberg. Un effort
avant la détente. - 8. Soumises à
un entraînement régulier. Se présentent après vous.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4709
HORIZONTALEMENT 1. Séparées. - 2. Anisette. - 3. Ite. Pain.
- 4. Nounours. - 5. Tutus. Au. - 6. Vrac. egÂ. - 7. Il. Appel. - 8. Noëlle.
- 9. Cul. Iras. - 10. Épis. Net. - 11. Nématode. - 12. Tsarines.
VERTICALEMENT 1. Saint-Vincent. - 2. Entourloupes. - 3. Pieuta.
Élima. - 4. As. Nucal. Sar. - 5. Repos. Pli. Ti. - 6. Étau. Épernon. - 7.
Étirage. Aède. - 8. Sensualistes.
2
3
4
5
6
7
8
BRIDGE
PROBLÈME N° 2814 :
On court au clash
O
9
10
11
12
interviewé par Damien Canivez et
Sarah Lecoeuvre, aujourd’hui sur :
Contrat : Sud joue 4 Piques.
E
S
DV98765
52
D
R42
4
7
10 3 2
RD864
A4
A96
N
3
6
LE BUZZ TV
Invité : Tex, ex-présentateur
des « Z’amours »
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
2
5
protocole, et sur ses relations avec la duchesse de Cambridge, à même de comprendre une telle métamorphose.
Si jamais l’envie vous prend de découvrir les talents de Meghan Markle, Série
club diffuse le 7 mai la septième saison de
Suits, la dernière où celle-ci apparaît
sous les traits de Rachel Zane. Son départ
et celui de son partenaire Patrick
J. Adams devraient se conclure en apothéose, sur un mariage. Une répétition
avant le jour J ! ■
C. J.
20.55
1
8
A
○○○¡
de l’émission qui réunit les experts
royaux les plus pointus de l’Hexagone,
dont Adélaïde de Clermont Tonnerre, de
Point de vue, Philip Turle, journaliste international à RFI, et notre consœur du
Madame Figaro, Marion Galy-Ramounot. Le réalisateur Jean-Luc Geneste a eu
la bonne idée d’élargir son cercle à la
Britannique Katie Nicholl, correspondante royale de Vanity Fair et du Daily
Mail. La qualité et la pertinence des intervenants font oublier une bande-son
criarde et un commentaire digne des
éditions Harlequin.
L’enquête tente aussi de percer les
mystères d’une idylle qui doit sans doute
moins au hasard qu’à l’intervention de
proches de Harry. Dans un dernier acte
plus spéculatif, le réalisateur s’interroge
sur la nouvelle vie de
Meghan Markle au sein
de la « Firme royale »,
un quotidien sans spontanéité sous le joug du
La séquence (E.-O. vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
3 contre 4
Entame : Dame de .
RÉPONSES AU TEST D’ENCHÈRES N° 2813
Votre main en Sud
Le début de la séquence :
1 - 82
2 - D V 10 8
3-76
4-75
5-6
R765
A3
A 10 9 8
A87
75
D987
765
V4
RV65
R D 10 8 7
D76
10 9 8 7
AV876
R V 10 8
ARV98
Sud
Ouest Nord
Est
2 contre 3
?
Quelle est votre enchère en Sud avec
chacune des cinq mains ci-contre ?
Main 1 : Passe. Vous n’avez ni les points (7 qui ne les valent pas…), ni la distribution (pas la moindre
courte à l’horizon) pour vous manifester.
Main 2 : Passe. Cette fois, vous avez envie de « donner un coup de bâton » mais le contre sur
le fit adverse n’est jamais punitif. Passez sagement et attendez que votre partenaire (chicane
à ), réveille par contre…
Main 3 : 4. Certes, votre partenaire n’aura pas quatre cartes à à coup sûr mais il convient de
déclarer sans tergiverser le contrat que vous avez envie de jouer.
Main 4 : Contre. Votre camp va jouer une manche, mais laquelle ? Nord pourrait détenir cinq cartes
dans n’importe laquelle des couleurs restantes… Pour le savoir, utilisez le recontre, enchère qui
dénie dans ce contexte quatre cartes à .
Main 5 : 4SA. Vous devez appeler la manche (voire plus si Nord est costaud) en mineure. L’enchère
de 4SA est faite pour cela, qui ne saurait être un Blackwood en l’absence de tout fit connu.
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jeudi 26 avril 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
31
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Alida
Soleil: Lever 06h40 - Coucher 20h58 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient 20.00
Le 20h 20.35 Le 20h le mag 20.50
C’est Canteloup. Divertissement.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu 20.50
Parents mode d’emploi
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Marie Réache.
21.00
20.55
20.55
Série. Policière
Magazine. Reportage
Film. Drame
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
7
21.00 Le chasseur de primes
50
Film. Comédie. EU. 2009. Réal. : A.
Tennant. 1h41. Avec Jennifer Aniston. Chasseur de primes, Milo Boyd
se voit confier la mission de ses
rêves : traquer son ex-femme.
9
8
4
6
7
6
8
4
7
2
5
5
7
5
23.05 Sexe entre amis. Film 1.10
Chroniques criminelles. Magazine.
7
5
7
6
20
6
Section de recherches
Envoyé spécial
La femme au tableau
Fra. Avec Xavier Deluc, Franck Sémonin, Honorine Magnier, Raphaèle
Bouchard, F. Chaton. 2 épisodes.
Sandra, 18 ans, est assassinée
chez elle. La scène de crime a été
scrupuleusement nettoyée.
Présentation : Élise Lucet. 2h00. Inédit. Au sommaire : «L’air des avions
est-il toxique ?» - «Les nouveaux
maîtres du jeu». Portraits de champions de jeux vidéo ! - «Les étoiles
de Kibera».
GB-EU. 2015. Réal. : Simon Curtis.
1h50. Inédit. Avec Helen Mirren, Ryan
Reynolds, Daniel Brühl. Une vieille
dame s’engage dans une bataille
juridique afin de récupérer un héritage familial volé par les nazis.
20.50 La grande librairie
23.00 Section de recherches
22.55 Complément d’enquête
Série. Mon ange - Cocoon 1.05 Les
experts. Série. 2 épisodes.
Mag. Inédit 23.55 Génocide arménien : 100 ans de mémoire. Concert.
22.55 Soir/3 23.30 Benoît Hamon,
fractures de campagne Doc. 0.25
François Hollande, le mal-aimé
22.20 C dans l’air 23.30 C à vous.
Magazine 0.25 C à vous, la suite
7
7
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
9
9
8
12
14
12
Magazine. Littéraire. Prés. : François Busnel. 1h30. En direct. Invité :
Philippe Djian. «La grande librairie»
reçoit notamment Philippe Djian, qui
revient en librairie avec «À l’aube».
9
7
13
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16
60
18
APRÈS-MIDI
13
40
13
13
19.00 Nouvelle-Zélande, terre
sauvage 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes. Mag. 20.45 Athleticus
19.45 Le 19.45 20.25 Scènes de ménages. Série. Avec Anne-Elisabeth
Blateau, David Mora.
21.00
20.55
21.00
Série. Policière
Série. Thriller
Série. Policière
15
13
13
14
15
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15
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14
20.55 Quand Harry
rencontre Meghan
14
14
14
14
Documentaire. Société. 2018. 1h55.
Inédit. Le 19 mai 2018, le prince Harry
et l’actrice Meghan Markle vont se
dire «oui».
14
16
20
14
17
16
17
22.50 Le super bêtisier. Divertissement. Présentation : Camille Cerf.
20
18
23
13
17
22
21
60
20
19.00 Les routes de l’enfer : Australie. Série documentaire.
The Assassination
of Gianni Versace…
Meurtres à Sandhamn
… American Crime Story
EU. Saison 2. Avec D. Criss. Alone.
Inédit. Le 15 juillet 1997, à Miami.
Après le meurtre de Versace, Cunanan tente d’échapper à la police.
21.55 Les génériques de séries
I n é d it 23.10 Ray Donovan.
Série. 2 épisodes 0.55 Paula. Film.
20.50 Hors de contrôle
Scorpion
Suède. Saison 5. Avec Jakob Cedergren, Alexandra Rapaport, Liv LeMoyne. Au cœur de l’été (1 et 2/3).
Un parfum estival flotte sur l’île de
Sandhamn... jusqu’à la découverte
du cadavre d’un jeune vacancier.
EU. Saison 4. Avec Elyes Gabel,
Katharine McPhee, Eddie Kaye
Thomas, Jadyn Wong. 2 épisodes.
Inédits. L’équipe Scorpion est enfermée dans un bunker avec une intelligence artificielle vouée à sa perte !
22.25 Meurtres à Sandhamn
22.45 Scorpion Série. Les bouchetrous - Un geek à la mer - Crise
d’ego - Le venin du serpent.
Série. Au cœur de l’été (3/3) 23.10
Safari. Doc. 0.40 Guet-apens. Film.
22
T (en °c)
Documentaire. Société. 2016.
1h00. Tchernobyl. Sait-on ce qu’il
s’est vraiment passé la nuit du
26 avril 1986 dans la centrale de
Tchernobyl ?
21.50 Tchernobyl : le mensonge
français 22.50 Hors de contrôle
19.05 Once Upon a Time. Série. Un
mur de glace - Jeter un froid.
<-10 à 0
18.50 Les Marseillais Australia.
Téléréalité 20.30 100 % foot
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Avengers : l’ère d’Ultron
20.50 Marseille/Salzbourg
21.00 Pascal, le grand frère
Film. Science-fiction. EU. 2015. Réal. :
Joss Whedon. 2h30. Avec Robert
Downey Jr. Stark décide de relancer son programme de maintien de
la paix, mais les choses tournent mal.
Ligue Europa. Demi-finale, match
aller. En direct du stade Vélodrome, à
Marseille. Présentation : Denis Balbir,
Jean-Marc Ferreri. L’OM affronte le
Red Bull Salzbourg en demi-finale.
Mag. Prés. : Pascal Soetens. 1h40.
Julien et Nicolas, les cyber-frères en
colère. Inédit. L’éducateur se rend en
Belgique chez Julien, 18 ans, Nicolas,
15 ans, et Sophia, leur maman.
23.30 Sur la piste du Marsupilami.
Film. Comédie 1.30 90’ enquêtes
23.00 100 % foot. Magazine 0.10
Maître Gims, à cœur ouvert. Doc.
22.40 Pascal, le grand frère. Mag.
Présentation : Pascal Soetens.
SU DO KU
GRILLE 2490 CONFIRMÉ
SOLUTION DU N° 2489
4
5
1
7
9
8
3
6
2
5
1
4
9
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Les rois de la réno. Téléréalité.
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MOTS FLÉCHÉS N°1956
Chaque jour un peu plus difficile
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SAMEDI
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Actualité. Présentation : Sophie
Pendeville. 1h55. La République
dominicaine : le nouveau paradis
des Français. Inédit. C’est une destination prisée des Français.
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AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
VENDREDI
21.00 Départ immédiat
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
15/17
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
FORCE 2
GRAPPILLE
PARLE EN
CHARABIA
INEFFICACE
CANTON
VOISIN
COUVERT
DE
FLEURS
DÉCHET
ŒUVRE
LYRIQUE
BANDE DE
TERRE
PARFUM
DE RAKI
ET D’OUZO
RÉPÉTITION
DOUX
LOGIS
PAIR BRITANNIQUE
DÉTRUISIT
QUI A SERVI
ENCORE
UNE FOIS
SAGE
PRINCIPE
DE
LA PENSÉE
CHINOISE
ARMÉE DE
L’ÉPOQUE
FÉODALE
ARBRE DU
BORD DES
RIVIÈRES
ANCIEN
TROU
DE MAÇON
LA FANGE
SANS LES
CHARGES
UN PEU
D’ARGENT
DÉLIVRER
DU MAL
CARTES
LE MALCHANCEUX
EN
MANQUE
AVANT
UNE
CONDITION
RAVIRA
PARCOURU
DE
NOUVEAU
RAYON
MESURE
D’ANGLE
APPELÉE
TOUR
AU BAS
D’UNE
ADDITION
GIVRE
COURS
D’ÉCOLE
DEVENUE
IRRITABLE
VACARME,
S’IL EST
GRAND
S’EXPRIME
DE
MANIÈRE
CONFUSE
SOURCE
DE BIEN
DES
RUMEURS
QUI VIENT
DE
LA LUNE
BATTIT
LE PAVÉ
REPAS
BIBLIQUE
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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20.40 Canalbis (C). Divertissement 20.55 Catherine et Liliane (C).
Divertissement.
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18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
32
CHRISTIAN LAMONTAGNE/PUR PROJET
Tristan Lecomte,
accélérateur écologique
SUCCÈS Ce diplômé de HEC, créateur de la marque de commerce équitable
Alter Eco et de la société Pur Projet, convertit les groupes de mode
et de beauté à l’écologie.
Émilie Veyretout
eveyretout@lefigaro.fr
ronie de ce reportage, il faut parcourir
12 000 kilomètres en avion puis en jeep
pour rejoindre le nord de Bali, où se
trouve le dernier projet de Tristan Lecomte. Empreinte carbone par personne : 4,8 tonnes. Mais le Français a tout
prévu, chaque journaliste présent devra
replanter une poignée de jeunes pousses
dans la mangrove avoisinante. Cet ancien d’HEC
passé par L’Oréal a toujours préféré les solutions
aux problèmes. « Quand tu vas chez le médecin, il
ne te fait pas la morale parce que tu as fumé toute
ta vie et que tu as un cancer, dit-il. Notre système
est malade, je cherche des soins palliatifs. »
Pur Projet, la société qu’il a fondée en 2008,
accompagne une centaine de multinationales de Chanel à Nespresso en passant par Saint
Laurent et Louis Vuitton - dans l’intégration de
la problématique du climat au cœur de leurs
métiers. Premier exemple, les économies réalisées par Accor, en ne lavant plus les serviettes
de toilette tous les jours, ont permis à l’hôtelier
de financer la plantation de 5 millions d’arbres
dans 25 pays depuis 2009. Deuxième exemple,
une marque de parfums s’approvisionnant en
vanille de Madagascar aimerait pérenniser sa
filière tout en faisant du bien à la planète (et à
son image) ? L’équipe de Tristan Lecomte part
étudier les besoins sur place, recense les initia-
I
tives locales et lui propose une stratégie d’acQui est ce business man, philanthrope de
tion sur mesure.
44 ans en short et baskets Veja (en coton équitable), qui, la nuit tombée, scrute la voie lactée en
Avec 40 salariés et 155 sites dans le monde, Pur
scannant les étoiles sur son smartphone et cite
Projet a réalisé, l’an dernier, 10 millions d’euros
tour à tour Napoléon et le philosophe indien
de chiffre d’affaires. « Nous soutenons des projets
Krishnamurti ? Fils d’un militaire et d’une prof
comme le fait une ONG, nous effectuons du conseil
d’anglais, élevé aux scouts d’Europe du Mesnilcomme une société de consulting et nous gérons des
le-Roi, Tristan Lecomte découvre à HEC les techcofinancements. Mais je reste un “middle man”, un
niques de base du capitalisme. À la même époque
intermédiaire entre des locaux très motivés et un
(les années 1990), il crée l’association Solidarité
sponsor plus ou moins généreux. » Marion CoFrance-Népal. « Pour être honnête, l’écologie
tillard le décrit comme « l’une des personnes qui
n’est pas chez moi une valeur innée. Un jour, ma
(l)’ont le plus impressionnée dans leur engagesœur m’a laissé un exemplaire de Réverbère, le
ment ». Par son entremise, l’actrice s’est offert
journal vendu dans le métro, je suis tombé sur un
un petit bout d’Amazonie, la Marion’s Forest article sur le commerce équitable. Je me suis dit
elle reçoit régulièrement des nouvelles des payqu’il y avait quelque chose à faire et j’ai creusé. »
sans qui la reboisent.
En 1998, il fonde ainsi Alter Eco, importe en
Il y a quinze jours, sur la plage de Pejarakan,
France du chocolat, des céréales, du café issus de
une communauté indonésienne parrainée par
coopératives du bout du monde pour alimenter
la ligne de cosmétiques Avène installe dans la
une chaîne de solidarité. Ses deux
mer des structures électriques
boutiques parisiennes ne fonctiondestinées à réparer les récifs de
nent pas, mais il réussit à faire encorail ; Tristan Lecomte est venu
trer la marque chez Monoprix. En
en observateur. « On a beau faire
2011, face aux conditions dracoappel à des agronomes, des bioloniennes imposées par la grande
gistes à bac + 7, relève-t-il, perdistribution, les actionnaires la cèsonne ne connaît mieux l’écosystè1973
dent au groupe d’alimentation bio
me que ceux qui y vivent depuis
Naissance à Reims
Bjorg. « L’idée était bonne, mais le
toujours. Nous ne voulons surtout
1996
modèle économique, complexe, anapas imposer un modèle aux proDiplômé de HEC
lyse l’entrepreneur. Entre-temps
ducteurs, nous nous contentons de
1998
j’avais replanté des arbres au Pérou
mettre nos moyens financiers et nos
Crée la marque Alter Eco
pour compenser mon empreinte cartechnologies à leur service. Le cri2008
bone et je m’étais intéressé à l’agrotère de sélection d’un projet, outre
Fonde Pur Projet
foresterie. J’en parlais à une conféla motivation des locaux, est, à ter2018
rence, quand un patron de Nestlé
me, sa capacité à devenir autonoJury du concours
m’a dit : “Plantez-m’en un million.
me. »
Arbres d’avenir
Bio
EXPRESS
Combien vaut un arbre ?” Un peu au hasard, pour
ne pas lui donner un chiffre rond, j’ai répondu
1,17 €. Pur Projet était lancé. »
Un concept « win-win »
Tristan Lecomte est intarissable sur les bénéfices
des plantations massives d’arbres autour des
cultures locales qui permettent d’aspirer la pollution, de restaurer la fertilité des sols de dépolluer les eaux (par les racines) et donc, créer de la
valeur. Un concept « win-win » qu’il prône
auprès des géants du luxe.
Forcément, par médias interposés, des puristes
lui reprochent de vendre son âme au diable.
« Qu’ils aillent attaquer Coca, pas moi! se défendil. Il est possible aujourd’hui de répondre à un besoin social en dégageant du profit. Évidemment,
j’ai plus de plaisir à travailler avec des entreprises
vraiment engagées, mais je ne refuse pas de client.
Quitte à faire du “greenwashing” (écoblanchiment, NDLR) - un terme qui décourage tellement
d’initiatives! -, parce que l’important, c’est
d’agir. » Depuis sept ans, le chef d’entreprise
gère ses affaires depuis Chiang Mai en Thaïlande,
où il vit avec son épouse thaïe et leur fils. Ses
luxes ? Le taekwondo, la danse, la randonnée.
Tristan Lecomte travaille aussi sur les cryptomonnaies, il aimerait convertir l’univers de la finance - « là où il y a le plus d’argent » - au green,
ou réfléchit aux applications thérapeutiques
d’une plante psychotrope repérée au Pérou. Du
fond de sa ferme rizicole dans la ville aux cent
temples bouddhistes, il n’en oublie pas la France :
il présidera ce soir, virtuellement, le concours
national pour l’agroforesterie, Arbres d’avenir,
soutenu par le ministère de l’Agriculture. ■
La Fondation Anne de Gaulle s’implante
dans le Morbihan
Je ne suis pas classique,
je suis culte
De Gaulle aimait la Bretagne qui, selon lui, incarnait une
« certaine idée de la France ». Il entretenait une dévotion
toute particulière pour sainte Anne d’Auray. C’est sans doute
la raison pour laquelle il a choisi d’appeler sa fille atteinte
de trisomie Anne. Ce n’est donc pas un hasard si la Fondation
Anne de Gaulle, qui s’occupe de personnes handicapées
mentales depuis 72 ans dans les Yvelines, va s’implanter
prochainement dans cette commune du Morbihan. La petitefille du Général, Anne de Laroullière (photo), sera présente
sur place ce vendredi pour la pose de la première pierre.
Sandwich
Pop corn
Préparation :
20 minutes
Liban : la cote de Fouad
Makhzoumi grimpe
Wauquiez connaît
bien la « plume »
de Macron
Un hors-série dédié à l’amitié, truffé de recettes originales,
chics et rapides spéciales grandes tablées !
Chez votre marchand de journaux
O
UV
EA
U
Le conseiller « discours et
mémoire » d’Emmanuel Macron,
Sylvain Fort, sa plume à l’Élysée,
a croisé dans son parcours
Laurent Wauquiez. « Je le
connais, c’est une plume de talent,
mais il n’a jamais fait partie
de mon équipe », confie Laurent
Wauquiez au Figaro. « Mais
ne vous y trompez pas, une plume
de talent ne remplace jamais
la compréhension du pays »,
ajoute le président du parti LR.
À VOS
PLUMES,
REJOIGNEZ
LES ATELIERS
D’ÉCRITURE
DU FIGARO
LITTÉRAIRE !
« Nous portons tous un livre en nous, un désir de texte pour soi
ou à partager. Le Figaro littéraire a ouvert
de nouveaux ateliers pour celles et ceux qui sont
attirés par la formidable aventure de l’écriture. »
  © N G
₤
N
© Bernhard Winkelmann
Dans la campagne des législatives
libanaises, qui doivent se tenir le 6 mai
pour renouveler les 128 sièges, est
apparu un outsider. Fouad Makhzoumi
appartient à la communauté sunnite
à laquelle revient traditionnellement
le poste de premier ministre.
Cet industriel, leader mondial de la
fourniture des pipelines, est candidat
à Beyrouth, où il est né en 1952.
Nouveau en politique, mais suivi
avec attention par les États-Unis et
la France, ce musulman très modéré
et disposant d’un étroit réseau dans
le Golfe ne cache pas sa francophilie.
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PHILIPPE PETIT/PARIS MATCH/SCOOP
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO - N° 22925 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
l ittérai re
lefigaro.fr/livres
HISTOIRE
DOLORES REDONDO
L’ESCLAVAGE
À TRAVERS LES SIÈCLES
UN ROMAN NOIR
AU CŒUR DE LA MYSTÉRIEUSE
GALICE PAGE 7
PAGE 6
Génie de l’Italie
RENÉ MATTES/HEMIS.FR, PHILIPPE MATSAS/OPALE/LEEMAGE, GRANGER NYC/RUE DES ARCHIVES
DOSSIER Les écrivains français continuent
d’être fascinés, et parfois déroutés, par l’art
de vivre et les façons de penser des Italiens.
Plusieurs livres en témoignent. PAGES 2 et 3
N CONNAÎT Herta Müller par le
prix Nobel de littérature qu’elle
a obtenu en 2009. Mais c’est
peu dire qu’on ouvre ce livre
d’entretiens avec circonspection. Ce titre, Tous les chats sautent à leur
façon, les premières pages consacrées à commenter des paysages agrestes… que peut receler cet ouvrage ? Simplement le témoignage
remarquable d’une intellectuelle roumaine
de langue allemande sur le régime de Ceausescu et consorts. Elle décrit le chaos d’un
pays passé de l’horreur nazie à celle des communistes. Aucune famille n’est épargnée : son
père s’est enrôlé dans la Waffen SS, sa mère
sera déportée dans un camp soviétique. Et
jusqu’en 1987, date de son exil en Allemagne,
le reste est à l’avenant.
Livre d’entretien, a-t-on dit. Ce genre n’empêche pas Herta Müller de tenir des propos
d’une grande densité. Sa force, outre l’expérience qu’elle relate, tient à son art du récit,
de la restitution.
On lit avec passion la relation de ses rencontres clandestines avec son éditeur dans un
hôtel des Carpates que fréquente une délégation nord-coréenne. Elle est envoyée à l’usine
comme traductrice, et sa réticence à collaborer avec la Securitate lui vaut d’être contrainte à travailler dans un escalier. C’est là qu’elle
fait la connaissance des chats qui lui inspirent
son titre : tout homme est face à la vie, comme
un chat devant une flaque. Il esquive avec
souplesse, maladresse, brusquerie. Ainsi Herta face au régime. La Securitate est partout,
pernicieuse ou brutale, elle a, écrit-elle, « secrètement bâti un empire d’angoisse pour les vivants, mais aussi un labyrinthe de charniers où
enfouir les morts ». Ses sicaires la menacent,
lui reprochent ses écrits, la culpabilisent. Elle
LA CHRONIQUE
d’Étienne
de Montety
fait le récit détaillé des interrogatoires qu’elle
subit fréquemment, entre vexations et perversités. C’est quasi cinématographique. On y
est, on voit leur visage, celui de Herta entre
crainte et détermination. Elle a encore le cran
de lancer à un fonctionnaire cauteleux qui a
saisi un cheveu sur son manteau « Remettezle en place, il m’appartient ! » et la surprise de
voir l’homme obtempérer.
Une étudiante se suicide. Le Parti organise
une grande réunion pour prononcer son exclusion du Parti, post mortem. C’est prévu par
la loi. Dans cette scène, comme dans tant
d’autres, l’absurde se mêle à l’odieux. Il faut
un écrivain de la puissance de Herta Müller, si
peu dans la pose, pour le dire.
La cruauté du quotidien, qui rend fou ce malheureux veuf attendant tous les jours sa femme avec un bouquet de fleurs, n’empêche pas
les poètes ni les amoureux de vivre, tant bien
que mal ; Herta est de ceux-là. La coquette
s’échappe pour se faire confectionner des robes ou se promener dans les parcs de la ville
avec une amie, pourtant fille de la nomenklatura. Mais Herta est lucide. Le moindre défaut
de Ceausescu n’est pas son pacte avec la laideur, celle des hommes de main et celle des
villes. Pour y résister, il faut de l’intelligence
et de l’humour.
Le XXe siècle nous a offert de grands textes de
littérature sur le totalitarisme et son cortège
d’horreurs, de Primo Levi à Elie Wiesel, des
Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov,
jusqu’à Soljenitsyne. Après le séisme, l’humanité se relève et veut se souvenir. Le livre
de Herta Müller a déjà sa place dans la grande
bibliothèque des livres qui garderont mémoire de la folie des hommes d’hier, espérant
peut-être en préserver ceux d’aujourd’hui. ■
TOUS LES CHATS
SAUTENT À LEUR FAÇON
De Herta Müller,
traduit de l’allemand
par Claire de Oliveira,
Gallimard,
232 p., 22 €.
Personne ne connaît
la vérité sur la disparition
de Vinca Rockwell.
Personne?
Le nouveau
roman de
Guillaume
MUSSO
Intense
Stupéfiant
Bouleversant
Déjà en librairie
A
O
Seule contre la Securitate
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jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
2
«
CONTEXTE
L’Italie à mes pieds
et devant moi le monde /
Quel champ pour mes désirs ! »
Un essai sur les Italiens vus par les écrivains français
du XVIe au XVIIIe, un récit littéraire de Jean-Noël Schifano
sur un mathématicien napolitain célèbre pour son
anticonformisme et son antifascisme, un ouvrage sur la
philosophie politique de Machiavel, la réédition du texte
original d’un guide de l’Italie par un fameux critique
d’art du XIXe siècle : l’Italie n’a pas fini de nous faire rêver.
L'ÉVÉNEMENT
FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND
DANS SON POÈME « LES ALPES OU L’ITALIE »
littéraire
LEBRECHT/RUE DES ARCHIVES
Étonnants
Italiens…
DOSSIER Le voyage en Italie était
un détour obligé pour les écrivains.
Ils en ont rapporté des récits pittoresques.
JACQUES DE SAINT VICTOR
PORTRAITS
D’ITALIE,
De Laurent Bolard,
Realia/Belles Lettres,
280 p., 23 €.
L
E VOYAGE D’ITALIE a
longtemps été un classique de la littérature, en
particulier en France.
De Montaigne à Taine
en passant par Stendhal, les récits
de voyage sont nombreux car
l’Italie du Grand Tour était une
destination obligée pour tout esprit désireux de se familiariser
avec les arts et les lettres. La patrie
de Vitruve, de Dante, de Raphaël
et de Michel-Ange était considérée, jusqu’à la fin du XIXe siècle,
tout à la fois comme le paradis des
artistes (l’Académie de France à
Rome, qui survit aujourd’hui en
Villa Médicis, avait été créée pour
permettre aux artistes français de
s’y forger le goût), comme un lieu
de pèlerinage, avec le Vatican,
comme un lieu de formation politique, notamment avec les arcana
imperii de la Curie romaine ou la
subtile République de Venise, que
l’on voyait alors comme un chefd’œuvre de gouvernement, et enfin, bien entendu, comme un lieu
de villégiature.
Depuis, le genre s’est un peu
tari et le voyage d’Italie n’a plus
qu’une fonction de loisir. Il a perdu sa dimension heuristique. À la
littérature baroque et romantique
a succédé une littérature d’érudition : les études sur les trésors artistiques de l’Italie remplissent les
rayonnages des librairies, mais les
livres sur les Italiens et leur art de
vivre se font rares.
Pour tous ceux qui, en voyageant, ne veulent pas seulement,
comme le dit Rousseau, se
contenter de « voir un pays » mais
veulent aussi « voir un peuple », le
petit essai de Laurent Bolard s’impose. Ce spécialiste de la peinture
italienne, auteur d’une étude sur
Caravage, vise à redonner vie aux
idées et aux préjugés que les visiteurs français se faisaient des Italiens à l’âge baroque (pris au sens
large, grosso modo de Montaigne
à Montesquieu).
L’époque est bien choisie puisqu’elle correspond à un moment
charnière de nos deux cultures,
entre les guerres d’Italie où la péninsule apparaît comme une civilisation ayant tout à apprendre aux
Français à peine sortis du Moyen
Âge et de la guerre de Cent Ans, et
le siècle de Louis XIV où le Français
pense alors être devenu le centre
de l’Univers, jugeant tous les
autres peuples à l’aune de ses propres coutumes. Il faut d’ailleurs la
prudence du Grand Roi pour mettre en garde son petit-fils, le duc
d’Anjou, qui va monter sur le trône
d’Espagne, afin qu’il évite de se
rendre odieux comme la plupart de
ses compatriotes, qui méprisent les
traditions étrangères aux leurs.
« Ne vous en moquez pas, chaque
pays a ses usages particuliers »,
écrit Louis XIV.
On sent bien en suivant le récit
de Laurent Bolard que les Français
qui voyagent en Italie conservent à
l’égard de ce pays qui les domine
par les arts une certaine ambiguïté.
Les plus enthousiastes, comme
Montaigne, conseillent à leurs lecteurs d’apprendre l’italien pour
mieux se familiariser avec le
« grand goût ». Mais d’autres sont
plus sceptiques, en particulier
Montesquieu qu’on a connu mieux
inspiré. Il est vrai qu’il ne supporte
pas ces « sigisbées » qui l’empêchent d’accéder aux femmes, alors
qu’il était alors si facile en France
d’approcher l’autre sexe. En Italie,
les dames sont toujours accompagnées de ce triste sire, le sigisbée,
sorte de chaperon au masculin qui
écarte tous les amants : « Après les
chevaliers errants, il n’y a rien de si
sot qu’un sigisbée », peste Montesquieu qui n’a pourtant pas à se
plaindre puisqu’il aura au moins
deux aventures dans la péninsule.
À l’exception de certains détails
très insolites (comme la foire aux
filles de Minturno), ces voyageurs
ont parfois tendance à se copier les
uns et les autres et à propager les
mêmes clichés sur les Italiens : la
tradition de la sieste (« à l’heure de
À l’heure
de la sieste,
on ne voit dehors
que les fous,
les chiens
et les Français
UN VOYAGEUR FRANÇAIS
DU XVIIIE SIÈCLE EN ITALIE
»
la sieste, on ne voit dehors que les
fous, les chiens et les Français »), la
langue, la cuisine, dont les Français
vantent les pâtisseries, prétendant
qu’elles sont meilleures qu’en
France, ou la religion, qui soulève
le plus d’intérêt et aussi de perplexité. Les Français de l’âge baroque semblent déjà marqués par la
froide rationalité cartésienne. Ils
regardent avec un étonnement
mêlé de hauteur les expressions de
religiosité italienne, la dévotion
populaire, les processions, le culte
des reliques, les miracles. Tout cela
suscite chez eux des réactions
étonnées, voire caustiques. C’est
surtout le cas des voyageurs protestants mais pas seulement. Le
président de Brosses, mais il a des
prédécesseurs, n’est pas tendre
envers ce qu’il appelle des « mômeries » qu’il associe à la plus « misérable superstition ». Cette distance
vis-à-vis du phénomène religieux
ne date donc pas en France du siècle des Lumières mais lui est antérieure. Ce n’est qu’une des nombreuses petites leçons qu’on peut
tirer de ce portrait original des Italiens du baroque qui ne semblent
pas avoir tant changé depuis. ■
De Rome à Florence, initiation au plaisir esthétique
A
I
NUTILE de présenter Jacob
Burckhardt, un des plus
célèbres historiens de l’art
italien dont La Civilisation
de la Renaissance en Italie
est devenu un des plus grands
classiques du XIXe siècle.
Auparavant, en 1855, l’historien suisse, né et mort à Bâle,
avait publié un guide de mille
pages qui connut une grande notoriété au XIXe siècle, Le Cicerone, qui, comme son nom l’indique en italien, vise à initier le
lecteur aux secrets des œuvres
d’art. Le sous-titre est on ne
peut plus explicite : Guide du
plaisir esthétique dans les œuvres
d’art d’Italie.
Le philosophe Jean-Louis Poirier, qui a traduit, préfacé et annoté le texte, a eu l’excellente
idée de publier la première édition de cette œuvre monumen-
tale qui n’avait jamais été
traduite en français de la sorte.
Il existait certes une traduction française de la cinquième
édition du Cicerone, datée de
1884, mais l’œuvre avait alors
été entièrement « trahie », Poirier dit même « défigurée », par
le sévère Wilhelm von Bode, celui qu’on surnommait alors le
« Bismarck des musées », qui
fut le grand organisateur des
musées actuels d’Allemagne
mais qui n’hésita pas en 1914 à
justifier toutes les spoliations
d’œuvres d’art en Belgique.
thétique, le goût et la jouissance
au fantasme d’une approche purement « scientifique » de l’art.
Le Cicerone de Burckhardt se
voulait en effet un « compagnon
de voyage » pour seconder
l’amateur d’art qui s’aventurait
en Italie. Ce n’était pas du tout
du goût de Bode, qui regardait le
Bâlois comme un « dilettante »,
ce qui, aux yeux d’un Saxon érudit comme Bode, était un des
pires crimes académiques.
Compagnon de voyage
À l’image des savants allemands,
Bode était incommodé par les
approximations et les approches
du patricien bâlois qu’était
Burckhardt ; ce dernier avait
toujours préféré, en matière es-
Portrait de Jacob Burckhardt,
historien de l’art,
par Hans Lendorff.
ULLSTEIN BILD VIA GETTY IMAGES
Cette attitude aurait voué à
n’en pas douter notre Burckhardt
à une très mauvaise « évaluation » universitaire aujourd’hui ;
on voit l’impasse où nous
conduisent progressivement les
technocrates de la recherche.
En corrigeant Le Cicerone,
Bode et ses disciples l’avaient
dénaturé ; ils l’avaient rendu
pesant, ennuyeux, ils en avaient
même censuré certaines remarques quand elles touchaient à
l’art allemand par exemple.
Bref, ils en avaient éliminé tout
ce qui relevait du plaisir esthétique au profit d’une érudition
obsessionnelle. Jean-Louis Poirier nous le rend dans sa verve
originale en souhaitant au lecteur, comme le dit Burckhardt
en conclusion, « cette calme félicité dont il a lui-même joui à
Rome ». ■
J. S. V.
LE CICERONE
De Jacob Burckhardt,
introduit et traduit
par Jean-Louis
Poirier,
Klincksieck,
1 152 p., 35 €.
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À LIRE
LE FIGARO
■ La Sicile, île aux légendes
L’histoire de la Sicile est méconnue.
« Île admirable du soleil »
pour Homère, « subjuguée par
des étrangers » d’après Voltaire,
« clef de tout […] pour se faire
une idée de l’Italie » selon Goethe,
la région autonome d’Italie s’est
construite au confluent de mille
et une histoires. Des légendes
qui la font remonter au temps des Cyclopes
et des récits d’invasion par les Arabes,
les Normands ou les Espagnols, qui en font
un palimpseste de conquêtes.
S’intéresser au passé de l’île, ce n’est pas
tant chercher à reconstituer les faits que
démêler le vrai du faux parmi ce qui en a été
dit et pensé au fil des siècles. Un exercice
risqué relevé avec succès par Jean-Yves
Frétigné dans son Histoire de la Sicile (parue
jeudi 26 avril 2018
3
chez Fayard en 2009, rééditée chez Pluriel,
480 p., 13 €). Il redessine avec un rare talent
d’historiographe une véritable fresque
de la Sicile. Un tableau titanesque,
des origines de l’île à nos jours, entre mythes
et préjugés, économie et culture, guerres
et paix. L’ouvrage, qui fait déjà référence,
promet de ravir, par la richesse de
sa documentation et son écriture délicate,
les néophytes et les spécialistes.
A. D.
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
Machiavel est-il machiavélique ?
PAUL FRANÇOIS PAOLI
M
ACHIAVEL a tout
à la fois très bonne et très mauvaise réputation.
Très bonne parce
qu’il est un penseur incontournable d’une science politique
qu’il a contribué à fonder au
XVIe siècle, très mauvaise parce
qu’il aurait ouvert les vannes de
l’immoralisme dans le domaine
de l’idéologie.
Machiavélique, machiavélien :
ces mots parlent d’eux-mêmes
et il n’est sans doute pas un hasard que son œuvre ait servi
d’alibi à Mussolini, qui s’en revendiquait ouvertement, ou à
Staline, qui l’avait lue. Pour certains, la cause est entendue : si
Machiavel a pu inspirer des
chefs d’État totalitaires, c’est
que sa pensée est profondément
marquée du sceau de la perversité morale et intellectuelle.
Philosophe, auteur de plusieurs essais remarqués, Philippe
Bénéton reprend cette antienne
en l’étayant par une relecture de
l’œuvre qui a ses mérites. On
peut lire son essai un crayon à la
main car il a pour principe de
nous replonger dans de grands
textes, ceux du Prince et des
Discours sur la première décade
de Tite Live, où Machiavel développe sa pensée dans le contexte
agité des guerres d’Italie et des
luttes de pouvoir à Florence.
Pour Philippe Bénéton, Machiavel est un génie de la rhétorique mais c’est aussi un héritier
des sophistes, ces philosophes
dont les discours sont autant
Vue du Campo Vaccino
à Rome, par Claude Gellée
dit Le Lorrain, vers 1640.
DEAGOSTINI/LEEMAGE
chiavel ne confond pas le Bien et
d’artifices. Il lui reproche de léle Mal. Il ne cherche pas à annuler
gitimer la cruauté ou la violence
cette distinction. Mais il s’efforce
en politique, rompant ainsi avec
d’encourager les hommes à se
la tradition classique qui, aussi
préparer à faire le Mal, à “entrer
bien chez Aristote que chez
au mal” comme il le dit, lorsque
Cicéron, fait du Bien commun
c’est nécessaire » (1).
la finalité de l’ordre social.
Autrement dit, la politique
S’inspirant de la célèbre lecconsiste aussi à se salir les mains
ture du philosophe Léo Strauss,
si les circonstances
qui voit en Machiavel
l’exigent. Si l’on est
le créateur d’une
chrétien, à l’instar
philosophie politique
NICCOLO
de Philippe Bénéton
moderne qui a reMASSIMO :
ou de Pierre Manent,
noncé à l’idée de
ESSAI SUR L’ART
cette perspective est
Vertu, il lui fait grief
D’ÉCRIRE
inacceptable. Pourd’avoir
développé
DE MACHIAVEL
tant
qu’ont
fait
une
anthropologie
De Philippe Bénéton,
d’autre à leur manégative où l’homme
Cerf,
395
p.,
24
€.
nière de Gaulle et
apparaît sous un jour
Churchill dans des
néfaste. Selon Macirconstances histochiavel, les hommes
riques qui, à leurs
« sont mauvais sans
yeux,
exigeaient
savoir l’être jusqu’au
d’enfreindre la mobout… inconsistants,
rale
commune ?
crédules, pusillanimes
Churchill
n’a-t-il
et malléables. La napas tressé des lauture humaine n’est
riers à Staline sans
pas faite d’une étoffe
lequel
les
alliés
bien solide. C’est
n’auraient pas pu
pourquoi l’action polivaincre Hitler ? De
tique est en mesure de
Gaulle ne s’est-il pas
lui donner forme »,
dédit
durant
la
écrit Bénéton en songuerre
d’Algérie ?
geant peut-être à
Lui qui, en 1959, déclarait « moi
Mussolini qui se référait à cet asvivant jamais le drapeau du FLN
pect de la pensée de Machiavel
ne flottera sur Alger », n’a-t-il
qui justifie la violence du Prince
pas transgressé ses engagements
appelé à gouverner et donc à dopour des raisons qu’il estimait
miner.
supérieures ?
Les mains sales
Toute la question est là : jusqu’à quel point certains hommes
On ne peut donner tout à fait
supérieurs ont-ils le droit d’entort à l’analyse de Bénéton, qui
freindre la morale dite ordiest évidemment loin d’être nounaire ? Si Machiavel reste si acvelle. Mais en quoi résout-elle
tuel, c’est que l’équation qu’il a
l’équation que nous pose,
posée n’est pas aisément soluble.
aujourd’hui encore, Machiavel ?
Ou comme le disait Péguy :
Ce dernier ne justifie pas le mal
« Le kantisme a les mains pures,
ou la cruauté en soi, il considère
mais ils n’a pas de main. » ■
que la politique obéit à d’autres
lois que la morale. Comme
l’écrit Pierre Manent qui a, lui
(1) Les Métamorphoses de la cité.
aussi,
beaucoup
commenté
Essai sur la dynamique
l’œuvre du Florentin : « Made l’Occident (Flammarion).
La folle histoire du Napolitain qui défia Mussolini et Hitler
P
ARTOUT où il se trouve,
Jean-Noël Schifano a
l’Italie dans la tête. Ainsi, quand il est à Paris et
que le soleil s’invite, il
scrute tout de suite le quotidien
Il Mattino pour connaître la température à Naples, sa ville de cœur.
« Naples est passée de la chaleur de
Charon à celle de Lucifer - c’est-àdire de 34° à 45°, plus de 50° ressentis avec les 60 % d’humidité »,
se dit-il. Comme souvent, ses récits commencent par des digressions. Le Coq de Renato Caccioppoli
n’échappe pas à la règle. Avant de
nous plonger dans cette histoire
extraordinaire d’un mathématicien fou qui se moqua d’Hitler et
de Mussolini, Schifano nous balade
un peu dans son désir d’Italie. Une
réflexion, en passant. « On croit
trop, faute de savoir et d’entendre,
que la civilisation baroque napolitaine est si loin de notre perception
classique du monde qu’elle tourne le
dos à la raison, ou que la raison, à
Naples, est la folle du logis… La rigueur et le calcul sont à la base de
toute construction baroque, durable
ou éphémère qu’elle soit […]. »
Renato Caccioppoli,
mathématicien,
pianiste et résistant
anticonformiste.
DJECHELON/WIKIPEDIA
Sicilien par son père, lyonnais
par sa mère, l’auteur, qui possède
la double nationalité française et
italienne, a la réputation d’être
un fin observateur de la société
transalpine, avec un attachement
viscéral à la vie napolitaine. On lui
doit Désir d’Italie, de nombreuses
chroniques napolitaines et le Dictionnaire amoureux de Naples.
Schifano a également traduit
Le Nom de la rose. Il peut parler de
l’histoire de Naples des heures,
avec une passion jamais éteinte.
« J’ai passé ma vie à l’ausculter dans
ses coulées de lave et de chair. J’ai
passé ma vie à m’émerveiller, embrassé corps et âme, du cap Pausilippe à la Punta Campanella, à l’île Li
Galli, les Coqs, vue du ciel en forme
de dauphin, dernière demeure de
Rudolf Noureev […] », écrit-il.
Pourquoi avoir choisi de se pencher sur la vie de Renato Caccioppoli
(1904-1959) ? Parce que cet homme
a quelque chose d’emblématique et
symbolise une part de l’esprit italien
qui n’est pas souvent mise en valeur.
Renato est né et mort à Naples –
il s’est suicidé à cinquantecinq ans. Il est le fils d’un chirurgien, Giuseppe Caccioppoli, et de
Sofia Bakounine, fille du philo-
sophe et révolutionnaire russe
Mikhaïl Bakounine. Il s’était lié
d’amitié avec Neruda et Eluard, et
fréquenta Moravia et Elsa Morante.
La bouffonnerie
comme arme
Le 5 mai 1938, ce beau et brillant
professeur de mathématiques
(Schifano écrit de belles pages sur
cette discipline) décide de gâcher
la rencontre entre Mussolini et
Hitler qui doit avoir lieu à Naples.
Quelques jours auparavant, il
s’était déjà fait remarquer. L’année 1938, les lois raciales sont
adoptées, les phrases de Mussolini
couvrent les murs de Naples. On
entend partout les hymnes fascistes… Un règlement interdit les
chiens sur la voie publique. Par esprit de contradiction, Caccioppoli
sort l’après-midi avec son animal
en laisse. Un coq ! Il est applaudi.
« Ce 5 mai 1938 fut une matinée de
folie à Naples », raconte Jean-Noël
Schifano. Caccioppoli sème le trouble, il chante La Marseillaise. Ce
musicien hors pair fait jouer par un
orchestre l’hymne français et,
d’une manière incroyablement
audacieuse, il prononce un discours
contre Hitler et Mussolini. Bien sûr,
il est arrêté, mais son acte a marqué
les esprits. Schifano nous montre
un héros italien érigeant la bouffonnerie en art, une sacrée arme
pour ridiculiser le totalitarisme.
Depuis le 20 octobre 1985, un
astéroïde, entre les orbites de
Mars et de Jupiter, porte le nom
de Caccioppoli. ■
LE COQ
DE RENATO
CACCIOPPOLI
De Jean-Noël
Schifano, Gallimard,
104 p., 10 €.
A
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
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jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
4
confidences
littéraire
RUE DES ARCHIVES/RDA
CRITIQUE
EN TOUTES
Le retour de Kafka dans la « Pléiade »
Les œuvres complètes de Franz Kafka vont
bénéficier d’un grand toilettage dans le cadre
de la « Pléiade », après une première apparition
en 1976. Au total, quatre volumes sont prévus,
avec de nouvelles traductions, sous la direction de
Jean-Pierre Lefebvre. Les deux premiers tomes,
regroupant l’intégrale des œuvres de fiction du Pragois, sont annoncés pour cet
automne. Le premier sera consacré aux
nouvelles et récits (La Métamorphose,
La Sentence…), le second, aux romans
(Le Procès, Le Château, Amerika, traduit sous le titre Le Disparu). Les deux
volumes suivants, dont on ignore la
date de parution, regrouperont sa correspondance (notamment les fameuses
lettres à Milena) ainsi que ses Journaux.
La mère cachée d’Aragon
Les éditions du Rocher publieront fin août le premier livre consacré à la mère d’Aragon, Une
femme invisible. Il s’agit d’un portrait littéraire
nourri des découvertes biographiques étonnantes que Nathalie Piégay, professeur de littérature à l’université de Genève, a faites en
fouillant les archives. Fils caché de Louis Andrieux, préfet de police puis député, le futur Aragon n’apprit qu’à l’adolescence que celle qu’il
croyait être sa sœur aînée était en fait sa mère…
L’Europe, un éternel champ de bataille
MICHEL DEL CASTILLO En 1609, l’Espagne chassait les descendants de musulmans convertis au catholicisme.
CHRISTIAN AUTHIER
L’EXPULSION
De Michel del Castillo,
Fayard.,
331 p., 20,90 €.
M
ARS 1609, à Madrid, le Conseil
royal se réunit
sous l’égide du timoré monarque
Philippe III et de son influent
ministre le duc de Lerma. Au
programme : le vote d’un décret
ordonnant « l’expulsion des morisques, cinq cent mille environ,
principalement répartis entre le
Levant et l’Aragon ».
Ces descendants des populations musulmanes converties au
catholicisme ne parlent pas
l’arabe et n’ont connu que la terre d’Espagne, mais sont soup-
çonnés d’être des traîtres et des
apostats. Dans une antichambre,
écartés des débats, le cardinal de
Leon – favorable à l’expulsion –
et don Alvaro, duc de Gandie,
conversent. Ce dernier est l’un
de ces Grands d’Espagne partisans du maintien des morisques,
qui font fructifier leurs vastes
domaines. En dépit de leur opposition, l’expulsion sera décidée et
les morisques convoyés par bateaux de l’autre côté de la Méditerranée au gré d’un périple jonché de cadavres…
Qu’il s’agisse de récits d’inspiration autobiographique ou de
purs romans, la force de Michel
del Castillo consiste à incarner
puissamment un contexte historique tout en donnant à celui-ci
des accents plus vastes, voire
universels. On retrouve ce talent
dans L’Expulsion, où la tragédie
des morisques évoque celle des
pieds-noirs chassés d’Algérie
comme celle des exilés républicains de la guerre civile espagnole, mais aussi celle de tous les déracinés chassés de leurs terres,
sacrifiés au nom des vainqueurs
ou de la raison d’État.
Identités et fidélités
Cependant, l’auteur de La Nuit
du Décret (prix Renaudot 1981) et
de La Tunique d’infamie ne cède
pas à la bonne conscience ou à un
humanisme de confort. Décrire
l’horreur et l’arbitraire perpétrés
par les uns n’empêche pas l’écrivain d’être lucide sur la fausse
tolérance des autres. Pas de manichéisme chez cet héritier spirituel de Georges Bernanos et de
Miguel de Unamuno. En témoigne l’autre face-à-face mis en
scène dans L’Expulsion. À la joute
oratoire opposant le cardinal à
don Alvaro répond la confrontation entre leurs protégés respectifs : Manuel, humble serviteur
de l’homme d’Église, et Hassan/
Octavio, jeune morisque que
l’homme d’armes présente comme son neveu. Un neveu tiraillé
entre ses identités, ses fidélités,
et qui va se convertir à l’islam,
renouant ainsi avec la foi jamais vraiment abjurée par ses
ancêtres.
Des peuples défaits, des exodes, des bûchers, des boucs
émissaires : rien n’a changé.
« L’Europe n’est plus qu’un
champ de bataille où tous les
égoïsmes se déchaînent, où tous
les appétits s’affrontent », peuton lire dans ce roman incandescent dont les personnages sont
habités par le doute, les remords,
le poids des origines. Sa chute
impressionne et serre le cœur.
Les enfants humiliés sont-ils
condamnés à perpétuer les
crimes des pères ? ■
Renaître entre deux âges
ARIANE LE FORT
Une femme de cinquante-sept
ans tombe amoureuse
comme une jeune fille tandis
que sa vieille mère s’en va.
ISABELLE SPAAK
PARTIR
AVANT LA FIN
D’Ariane Le Fort,
Seuil,
176 p., 17 €.
T
OMBER AMOUREUSE à
cinquante-sept ans. Lui
demander sans cesse
« Tu m’aimes toujours ? » telle une adolescente avec son premier flirt.
Oui, ce sont des choses qui arrivent. Les surprises de la vie. Léonor n’imaginait pas un seul instant
que cela puisse être possible à son
âge. Ni qu’elle oserait se déshabiller, se montrer nue, qu’il découvre ses seins. Évidemment, les
débuts ont été timides, « on ne disait pas un mot… engoncés dans nos
vêtements… les jambes entremêlées… gênés par ces matières rigides
ou souples qui faisaient obstacle à
une exploration plus profonde…
c’était ridicule, on n’allait pas passer la nuit comme ça, on n’avait plus
quatorze ans… je me faisais l’effet
d’un ourson se frottant contre un
arbre… ». Depuis Beau-fils (prix
Rossel 2003), Ariane Le Fort est la
romancière virtuose de la naissance d’une passion. Avec la minutie
et parfois la cruauté d’une entomologiste, l’humour toujours à
fleur de ligne, elle ne laisse rien
passer. Corps, cadre, émotions,
La mer du Nord et ses plages, pour en finir avec la vie ou tout recommencer. BERTRAND RIEGER/HEMIS.FR
passés à la loupe. Ainsi lors de ce
premier rendez-vous, Léonor ne
peut s’empêcher de remarquer la
chemise dépenaillée de Nils qui
déborde sur son jean, le « bordel
sans nom » qui règne dans son appartement, l’odeur de pipi de chat,
le lit « pas net, pas engageant », le
foutoir du jardin minuscule « vert,
épineux, impraticable » comme la
forêt entourant le château de la
Belle au bois dormant.
Mais qui est la belle endormie de
ce roman ? Nils, son logement
poussiéreux, sa gourmandise du
corps de Léonor ? Léonor et sa pe-
tite robe d’été, son désir d’être
emportée ? Ni l’un ni l’autre ? Car
avec une grande maîtrise romanesque et son économie de mots
habituelle, Ariane Le Fort nous fait
le portrait d’un amour qui naît à
l’unisson d’un grand départ qui se
prépare.
Saisir la vie avant
qu’elle ne s’envole
Dans sa maison de retraite, la mère
de Léonor, petit à petit, s’en va
tandis que sa fille renaît. Et ce dédoublement fait le roman. Écartelée entre la vision de cette vieille
dame qui perd la mémoire et l’urgence à saisir la vie avant qu’elle
ne s’envole, notre héroïne court
d’une situation à l’autre, à l’affût
du moindre frémissement. D’une
part, profiter d’un cadeau du destin, de l’autre tenter d’honorer la
promesse qu’elle et sa sœur Violette ont faite à leur mère : l’aider à
en finir plus vite en la noyant dans
la mer du Nord. Serment complètement loufoque auquel la vieille
dame s’accroche. Prétexte à une
équipée rocambolesque au Beach
Palace, grand hôtel rutilant de
kitch dans une station balnéaire de
la côte que l’on imagine être Ostende avec son potentiel mélancolique, le projet tourne court mais,
pas pour l’écrivaine qui nous offre
des pages d’une grande douceur
sur le désarroi des enfants face aux
corps flétris, à l’âme vieillissante
des parents.
Et le récit fait une boucle entre
apparition et disparition. « Encore
vingt ans de bon ! » s’encouragent
mutuellement les deux sœurs en se
tombant dans les bras après avoir
quitté le chevet de leur mère. Oui.
Le plaisir s’attrape avant qu’il ne
soit trop tard. ■
Interdit de réussir
STÉPHANIE CHAILLOU Née dans une famille pauvre, étudiante brillante, l’héroïne a peur de trahir les siens.
A
LE BRUIT
DU MONDE
De Stéphanie
Chaillou,
Notabilia,
144 p., 14 €.
ALICE FERNEY
S’
IL VOUS PLAÎT,
amis lecteurs, prêtez attention à ce
petit livre poignant
qui fait entendre
une voix neuve et ardente. Le
Bruit du monde, par Stéphanie
Chaillou, est porteur d’une lucidité et d’un esprit d’audace conquis
de haute lutte. C’est un cri sans
cri, on peut l’écouter. À l’heure où
au moins 10 % des enfants en
France vivent au-dessous du seuil
de pauvreté, il est beau et bon
qu’un texte littéraire nous fasse
éprouver ce que leur enlève le
manque d’argent et de sécurité de
leurs parents.
Stéphanie Chaillou nous raconte
toute une vie : celle de Marie-Hélène Coulanges, dite Marilène. À
Pouzauges, le 18 juillet 1964, pendant que le père retourne la terre,
la mère accouche. C’est chez les
pauvres que Marilène arrive au
monde et elle le connaîtra dans sa
version restreinte, étroite, nue.
Qui dirait que c’est déjà un destin et que l’égalité des chances est
un mirage ? L’auteur s’attache à
nous le faire percevoir concrètement. Dès les premiers jours du
nourrisson, puis à travers ceux qui
suivront, de la petite école à l’université, des succès scolaires à la
rupture des classes préparatoires,
l’écriture fait éprouver de l’intérieur les implacables détermi-
nismes, ce qui s’impose au goût
par la découverte originelle qu’on
ne cessera de reconnaître, d’aimer
et de craindre. Stéphanie Chaillou
circule des sensations et sentiments aux noms qu’il faut leur
donner : inquiétude, peur, liberté,
honte, impuissance, pauvreté. Ces
mots apparaissent après la description des faits.
Résistance au progrès
Chaque matin la question se pose :
« Comment on va faire ? » Selon ce
processus qu’analysa l’économiste
Esther Duflo : dans les conditions
de sa vie, la famille Coulanges ne
prend pas soin d’elle-même. La
ferme en faillite est vendue, le
père travaille à l’abattoir, la mère
fait des ménages, le frère est en
CAP de maçon, la sœur en BEP
d’horticulture. Pourquoi Marilène
étudie-t-elle comme ça ? demande la famille. Plus Marilène avance, plus elle mesure le vide intellectuel des siens et s’y heurte avec
tristesse. On pense au Bourdieu de
l’Esquisse pour une auto-analyse :
passer dans le camp de ceux pour
qui savoir est normal crée une
souffrance. Alors une résistance
au progrès s’insinue en Marilène.
Comment ne pas détester l’équivalence suspectée entre sérieux,
docilité et soumission ? Elle fait
comme si. Mais rien ne va plus. La
vie commune, la petite ascension
matérialiste, elle n’en veut pas et
personne ne la comprend. Il fau-
dra tout revivre, tout pleurer,
pour ouvrir la voie vers l’accomplissement singulier. Il faudra refuser l’héritage de néant pour retrouver
le
désir
qu’on
s’interdisait.
Le Bruit du monde consigne la
pesanteur des faits et le refus de ne
compter pour rien. Dans le style
de Stéphanie Chaillou se mêlent
les traces de Duras ou d’Annie Ernaux et au bout de ce qu’elle exprime il y a la théorie de la justice
de Rawls. Quand la petite Marilène apprend à écrire son nom, elle
s’approche d’une revendication,
le texte répétera ce prénom, perpétuel comme l’obligation de vivre dans une certaine peau, à cette
place où rien n’est donné. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
&
LE FIGARO
ÇÀ
LÀ
Quiberon célèbre le livre
Les 27, 28 et 29 avril se tiendra
la 6e Fête du livre de Quiberon.
Au programme, une cinquantai-
ne d’auteurs dont Baptiste
Beaulieu, Arnaud de La Grange,
Jean-Paul Didierlaurent, Régis
Wargnier. Le prix « Les petits
mots des libraires » sera remis le
29 avril à l’auteur de polars Olivier Norek. (Rens. sur le site
www.librairiesdeportmaria.fr)
G. Dantec, l’auteur de La Sirène
rouge, des Racines du mal, du
Théâtre des opérations, fut un
grand nom du polar et une énigme dont Hubert Artus s’est emparé. Sa biographie, Maurice
G. Dantec, prodiges et outrances,
paraîtra chez Séguier le 24 mai.
Une biographie de Dantec
La maison des Claudel
Décédé en juin 2016, Maurice
La maison où grandirent Camille
et Paul Claudel à Villeneuve-surFère (Aisne) va s’ouvrir au public à
partir du 1er juin, après de longs
mois de réhabilitation. Ce musée a
pour but d’évoquer les débuts
créatifs de la fratrie Claudel et
l’émergence de leurs parcours
respectifs. Il accueillera, au rezde-chaussée, une œuvre originale
de Camille, réalisée à quinze ans,
représentant un buste de Diane.
Incapable
d’être libre
Les tourtereaux s’installent dans
un petit hôtel du boulevard
Saint-Germain. Ils sillonnent les
rues, s’enivrent de vermouth
dans les bistrots où ils font
escale. Tout devrait être mer-
CRITIQUE
littéraire
Les deux filles
du docteur Battista
tentive aux détails. Avec elle,
N GROS, le pari était
on pratique le jardinage et on
simple : adapter La
connaît le contenu du frigo. Le
Mégère apprivoisée
menu de la semaine ne varie
aux temps modernes.
guère : purée de viande. Les
Anne Tyler s’est dépages baignent dans des odeurs
vouée. Un peu de rose aux
de nouilles à la sauce tomate.
joues de Shakespeare ne lui
Le vieux scientifique,
fera pas de mal. Balqui a l’air de sortir
timore remplace Pad’une bande dessidoue, mais un père
née et qui oublie
veut toujours caser
souvent d’emporter
sa fille. Le docteur
son déjeuner au buBattista, qui est
reau (il faudrait écriscientifique,
dere une thèse sur le
mande
à
Kate
rôle des aliments
d’épouser son assischez l’auteur), a un
tant pour lui obtenir
principe : ne jamais
la carte verte. Pyotr,
sortir les assiettes du
que tout le monde
lave-vaisselle. Kate
appelle Pyoder, est
lit
Stephen
Jay
originaire d’Europe
Il y a de la
Gould, se demande
de l’Est. Il parle un
cocasserie,
ce que ses collègues
anglais hésitant, a la
de la
vont penser d’elle
manie de citer des
(surtout Adam, pour
proverbes,
roule
tendresse,
lequel elle a plus ou
dans une Coccinelle
dans cet
moins le béguin).
déglinguée et s’il
exercice de
Il y a de la cocasserie,
s’écoutait, il ne se
de la tendresse, dans
nourrirait que de
style où l’on
cet exercice de style
bananes.
kidnappe
où l’on kidnappe des
À vingt-neuf ans,
des souris de souris de laboratoire.
Kate passe pour une
On sent qu’Anne Tyvieille fille. À l’école
laboratoire.
ler a pris un plaisir
maternelle où elle
On sent
extrême à relever le
travaille, les enfants
qu’Anne
défi. Ce plaisir est
l’énervent. Sa jeune
contagieux. Il n’y a
sœur essaie de deTyler a pris
pas de honte à ça.
venir végétarienne.
un plaisir
L’épilogue est exÇa n’est pas gagné :
extrême
pédié avec une virBunny dévore en
tuosité
voisinant
douce du bœuf séà relever
avec la désinvolture.
ché. Le père ne sait
le défi.
Comme les années
rien faire tout seul.
Ce plaisir est ont passé, n’est-ce
Kate en a assez de
pas ? Délicatesse sus’occuper de tout. Et
contagieux
prême, qui pourrait
ce Pyotr qui débarpresque être un déque sans cesse à
faut : Kate est à peine une mél’improviste, habillé n’importe
gère, juste une femme qui
comment. La demoiselle finit
n’aime pas se compliquer la
par céder. L’heureux élu arrive
vie. C’est le b. a.-ba.
au mariage en retard et en
tongs. Cela la fiche mal. Seule
la famille très proche a été invitée. La tante Thelma trouve
inapproprié de porter des
VINEGAR GIRL
chaussures aux talons ouverts
D’Anne Tyler,
en pareille circonstance.
traduit de l’anglais (États-Unis)
Anne Tyler s’ébroue dans ces
par Cyrielle Ayakatsikas,
relations au quotidien. Elle
Phébus,
chiade ses personnages, est at192 p., 19 €.
E
E
Un rêve noir, confortable
Pour son second roman écrit en
français, Ornela Vorpsi a choisi
l’Albanie des années 1970. Et ce,
à travers Olta, une jeune fille qui,
au fil du temps, avec une fausse
candeur, découvre le monde du
désir, sur fond de chronique d’un
pays alors fermé au monde, la
Chine exceptée. L’Été d’Olta
paraîtra chez Gallimard, le 3 mai.
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
ALEXANDRE FILLON
SPLENDEURS
ET FUREURS
De Christina Stead,
traduit de l’anglais
(Australie)
par Lori Saint-Martin
et Paul Gagné,
L’Observatoire,
486 p., 23,90 €.
5
Un été albanais
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
CHRISTINA STEAD
Une femme quitte son mari
pour retrouver la jubilation
de vivre.
N FRANCE, on connaît
trop peu l’œuvre de
Christina Stead. Née à
Rockdale en 1902 et
morte à Sydney en
1983, l’Australienne a laissé une
quinzaine de livres, romans et
nouvelles. Le plus fameux,
L’homme qui aimait les enfants, a
été traduit en 1988 chez Fayard.
Il n’a étrangement jamais été repris en poche et demeure épuisé
alors que Jonathan Franzen l’a
célébré dans les pages du New
York Times. Remercions donc les
jeunes Éditions de l’Observatoire
de la ramener aujourd’hui en librairie avec un épais et bouillonnant roman, Splendeurs et fureurs, datant de 1936.
L’héroïne de Christina Stead
est une jeune femme mélancolique aux cheveux sombres et aux
yeux de porcelaine. Elvira Western a quitté Londres à la hâte
avec ses deux valises. Elle laisse
derrière elle huit longues années
d’une vie conjugale morne. Un
mari médecin, Paul, une maison
aux parquets cirés et aux tapis
irréprochables. À Paris l’attend
de pied ferme un amant qui la
vénère. L’élu de son cœur est de
cinq ans son cadet. Garçon issu
d’une famille de boulangers, Oliver Fenton prépare une thèse sur
le « mouvement ouvrier de la
Commune au congrès d’Amsterdam de 1904 ». Il se partage entre les cafés et les Archives, se
pique de politique. Elvira, il lui
affirme qu’il va l’aimer à chaque
instant, à chaque minute de sa
vie. Qu’il a trouvé en elle une
raison d’exister.
jeudi 26 avril 2018
«
Le Saint-Germain-des-Prés des années 1930, cadre surréaliste
d’une errance amoureuse. ALBERT HARLINGUE
veilleux, mais rien ne l’est vraiment, malgré les efforts incessants d’Oliver. Trop d’agitation,
trop de brouhaha. Dans la Ville
Lumière et dans la tête d’Elvira,
qui se laisse rattraper par ses démons. L’héroïne de Splendeurs et
fureurs doute perpétuellement
de la pertinence de ses choix.
Elle se sent sans la moindre volonté, comme une âme morte.
Elle ne sait pas rêver, prétendelle, parce qu’elle n’est qu’un
rêve, « un rêve noir, confortable ». Attention à ne pas se laisser broyer par un Paris effervescent où il est si facile de se
perdre, de s’étourdir. Un Paris
où les cartes du Tendre sont sans
cesse redistribuées. Un Paris où
rôdent des somnambules aussi
fascinants que dangereux…
Page à page, Christina Stead
peaufine le portrait de ses héros
chahutés par leurs émotions et
leurs contradictions, prisonniers
de leurs faiblesses et de leurs différences. Mrs Stead frappe par
l’acuité de son regard d’entomologiste. Sa manière de ne jamais
juger, d’épouser les états d’âme
d’une Elvira incapable d’être libre alors qu’elle voulait tant redevenir créative et passionnée.
Avec son étonnant dosage de
réalisme et de fantasmagorie,
Splendeurs et fureurs se traverse
comme un labyrinthe vertigineux dont le climat vous hante
longtemps. ■
»
Un Kyrie pour les gueux
VOLEUR, ESPION
ET ASSASSIN
De Iouri Bouïda,
traduit du russe
par Sophie Benech,
Gallimard,
330 p., 22 €.
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
C
E LIVRE raconte les années de jeunesse d’un
garçon qui se destine à
être écrivain et rien
qu’écrivain. Qu’il soit
né derrière le rideau de fer en
1954, dans l’ex-Prusse-Orientale,
ce bout de territoire annexé par
l’URSS en 1945, n’y change pas
grand-chose, il est d’abord un enfant affamé de livres, qui a besoin
de se raconter des histoires fabuleuses pour fuir le monde atrocement terne qui l’entoure. Au gré
de ses expériences qui lui ouvrent
les yeux sur ceux dont il partage la
condition humaine, ce besoin se
transforme. Il sera romancier pour
écrire la geste malgré tout glorieuse des petites gens, éclopés, veuves, débiles, mendiants, criminels,
dépravés, ivrognes en tous genres
dont sa Russie est peuplée.
Iouri Bouïda se livre ici à un libre
exercice autobiographique. Son
récit commence par un long planséquence sur le défilé qui rassemble toute la petite ville ouvrière où
il habitait, un jour de l’anniversaire de la révolution d’Octobre. Nous
sommes au début des années 1960.
Les Soviétiques sont en train de
perdre la foi en l’homme nouveau.
La sirène de la fabrique de papier,
dont son père était sous-directeur,
appelle au rassemblement. Sur la
place, le narrateur, enfant, observe la foule qui s’ébranle en criant
hourra et gloire, mais ce qu’il voit,
c’est un cortège de gueux. Car il
connaît ces gens et il est effaré par
leurs vies qui ne ressemblent en
rien à l’idée qu’il se fait d’une vie.
Il y a par exemple cette infirmière
qui, au moment où l’on déporta
tous les infirmes, épousa pour le
sauver un patient paraplégique
dont elle était amoureuse, puis lui
donna trois beaux enfants en ayant
une liaison avec un autre homme.
Le narrateur trouve cette histoire
terrible. Sa mère lui dit : « C’est de
l’amour, pas une tragédie. Dans la
vie, il n’y a pas de tragédies, il y a
soit de l’amour, soit le vide. »
Voûte étoilée
L’enfant candide est épouvanté
par le mal qu’il voit partout à
l’œuvre, autour de lui mais aussi
en lui. « Une liste de péchés mortels, c’est la liste des capacités humaines », lui dit une amie. L’adolescent dévore toute la littérature,
tombe à genoux devant Gogol,
Shakespeare, Kafka – dont après
l’avoir lu, « on n’a pas de droit de
faire comme si l’enfer, c’était les
autres ». Mais le monde tel que le
décrit Iouri Bouïda avec un naturalisme féroce n’est pas désespérant. Sa plume burlesque met au
jour les éclairs de grandeur qui se
cachent dans cette misère. Et l’effroi mélangé d’humour avec lequel
il raconte les déboires de ses personnages ressemble fort à cet
amour extrême qu’en théologie
chrétienne on appelle miséricorde.
Le récit s’achève lorsque le narrateur publie enfin son premier
roman, au début des années 1990.
Il s’installe à Moscou, ville géométrique dont il n’aime que les souterrains grouillants du métro où
l’humanité recouvre son vrai visage. Il repense à la ville où il a
grandi, à l’Allemande devenue
folle après avoir perdu sa famille,
qui arpentait les rues en hurlant du Schiller: «Étreignez-vous,
millions… Frères, au-dessus de la
voûte étoilée doit habiter un Père
bien aimé. » Moscou change alors
de couleurs, il revoit le défilé de
gueux de son enfance, tout
s’éclaire, une ville grandiose apparaît en transparence ainsi
qu’« un nouveau ciel et une nouvelle terre », pas celle du réalisme socialiste mais celle des anges de
l’Apocalypse. ■
A
IOURI BOUÏDA Le grand romancier russe raconte son enfance et sa jeunesse dans une petite ville ouvrière peuplée de gens
misérables que se disputent le diable et le bon Dieu.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
6
parle
Victor Segalen dans la cour des grands
ON EN
ALORS QUE LA « PLÉIADE » S’APPRÊTE
À L’ACCUEILLIR EN 2019, LES
RENCONTRES DE HUELGOAT
CÉLÉBRERONT VICTOR SEGALEN ,
À TRAVERS SA CORRESPONDANCE.
HISTOIRE
littéraire
Rencontres
Les VIe rencontres Victor Segalen auront lieu à Huelgoat (Finistère), où l’écrivain trouva la mort,
en 1919, à l’âge de quarante et
un ans. Cette nouvelle édition,
qui se déroulera du 10 au 13 mai,
rend hommage à l’auteur de Stè-
les, à travers son abondante correspondance (quelque 1 500 lettres), échangée avec Alexandra
David-Néel, Gabriële Buffet-Picabia, Isabelle Eberhardt, Claude
Debussy, Apollinaire, l’officier de
Marine Henry Manceron…
Conférences, tables rondes, ren-
contres émailleront cet événement animé, entre autres, par
Jean-Luc Coatalem (auteur de
Mes pas vont ailleurs), Claire Berest, Alain Rey ou encore Mona
Ozouf. Tous se retrouveront au
Centre culturel de Huelgoat, ancienne école de filles acquise par
une galeriste parisienne, Françoise Livinec. À noter également,
la réédition de son chef-d’œuvre,
Les Immémoriaux, chez Libretto,
le 3 mai, et l’entrée de Victor Segalen dans la « Pléiade », courant
2019.
T. C.
Rens. : www.ecoledesfilles.org
L’esclavage à travers les âges
ESSAI Les peuples de tous les
continents ont eu des esclaves.
L’anthropologue Alain Testart
retrace l’histoire globale
de ce phénomène, qui a pris
des formes différentes selon
les époques et les cultures.
PAUL FRANÇOIS PAOLI
L’INSTITUTION
DE L’ESCLAVAGE
D’Alain Testart,
Gallimard,
384 p., 27 €.
I
L EST PEU de sujets sur
lesquels on rencontre
tant d’erreurs. C’est
sans doute que l’esclavage paraît scandaleux
à la conscience moderne et suscite
toujours chez nous une profonde
émotion, sentiment peu propice à
l’exercice de la raison », écrit l’anthropologue Alain Testart dans son
livre dont le titre L’Institution de
l’esclavage, une approche mondiale
définit l’ambition. Autant le dire
d’emblée : ce livre, qui est la version complétée d’un premier
ouvrage, L’Esclave, la dette et le
pouvoir publié en 2001 et brasse
toutes les époques depuis le code
de Hammourabi, créera le malaise
parmi ceux qui incriminent l’Occident « esclavagiste ».
Si le travail de Testart, décédé en
2013, est dénué de toute polémique, les thèses qu’il défend mettent
à mal bien des stéréotypes. Une des
plus étonnantes concerne ces so-
«
Esclave aux Antilles recevant des coups de fouet, gravure de la fin du XVIIIe siècle d’après un dessin d’un chrétien
abolitionniste. GRANGER NYC/RUE DES ARCHIVES
ciétés primitives qui auraient pratiqué la forme d’esclavage la plus
dure qui soit en faisant de l’esclave
un homme sans nom ni identité,
totalement dépendant du maître
qui peut le mettre à mort ou le torturer à sa guise. Testart montre que
certains Amérindiens pratiquaient
l’esclavage dans le Nord-Ouest
américain, mais c’était aussi le cas
des Iroquois ou des Cherokees. Au
XVIIIe siècle, des tribus du sud-est
des États-Unis comme les Creeks
auraient même eu des esclaves
noirs. Chez ces peuples, le sacrifice
humain et la torture étaient monnaie courante. À l’opposé de cette
extrême brutalité, l’investigation
de Testart tend à montrer que,
dans le monde asiatique, les États
despotiques comme la Chine ont
protégé leurs esclaves. « L’existence légale d’une protection de l’esclave en Chine depuis l’époque des premières dynasties impériales ne fait
aucun doute », écrit l’auteur, qui
insiste aussi sur les droits dont les
esclaves bénéficiaient dans le
monde musulman. Le Coran autorise l’esclavage de l’infidèle qui
cesse d’être esclave s’il se convertit. En islam, comme dans le monde chrétien médiéval, il est impensable de faire d’un coreligionnaire
un esclave.
Des statuts très divers
Testart trace ici la frontière qui distingue l’esclavage externe - l’esclave provient d’un autre groupe
humain ou religieux, tel le barbare
à Rome qui cesse d’être esclave
quand il devient citoyen romain et l’esclavage interne, qui concerne les membres de la même com-
Au Brésil, l’épopée des communautés de fugitifs
QUILOMBOS,
De Flavio
dos Santos Gomes,
traduit du portugais
(Brésil) par
Georges Da Costa,
L’Échappée,
115 p., 12 €.
A
LES ABOLITIONS
DE L’ESCLAVAGE
De Marcel Dorigny,
Que sais-je ?,
128 p., 9 €.
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
L’
HISTOIRE de l’esclavage au Brésil est
souvent méconnue.
Destiné au travail
dans les plantations
de canne à sucre, son emploi s’est
répandu dans toutes les sphères
d’activité de la colonie portugaise
au XVIIIe siècle. Le système a perduré dans le Brésil postcolonial jusqu’en 1888, année de l’abolition de
l’esclavage par la princesse Isabel,
un geste libérateur qui a entraîné la
chute de l’empire et l’établissement
de la république.
Parmi les monuments qui perpétuent la mémoire afro-brésilienne
de l’esclavage, une statue de Zumbi
a été érigée dans le centre de Rio de
Janeiro, à proximité de la Praça
Onze. Héros résistant du quilombo
de Palmares, en plein cœur du Nordeste sucrier, ce Zumbi n’est pas un
mythe. On le découvre en lisant
Quilombos de Flavio dos Santos Gomes, professeur d’histoire à l’université de Rio et à l’université fédérale de Bahia, spécialiste reconnu
des communautés d’esclaves insoumis au Brésil. À la fin du
XVIIe siècle, Zumbi a tenu tête aux
autorités coloniales portugaises
pendant une quinzaine d’années
dans les montagnes entourant la
capitainerie du Pernambouc. On
sait peu de chose sur lui, mais son
existence historique est établie par
des archives. Natif d’un quilombo
- une communauté organisée d’esclaves révoltés -, il avait échappé
de peu à la mort à l’occasion d’une
expédition militaire portugaise et
avait bénéficié d’une éducation
soignée grâce à un père jésuite
avant de s’enfuir et de retrouver les
communautés autogérées établies
par des Noirs originaires d’Afrique
centrale, Congo et Angola, dans la
Serra da Barriga, à deux cents kilomètres au sud-ouest de Recife, occupé par les Hollandais.
La liberté aux frontières
Flavio dos Santos Gomes évoque
avec précision l’organisation plus
rationnelle qu’utopique des communautés « marronnes » - comme
on dit en français depuis le
XVIIe siècle. Des révoltes d’esclaves
s’observaient alors dans les Antilles
et en Guyane où des Noirs-Marrons
ont parfois fait la jonction avec des
quilombolas brésiliens au cœur de la
forêt vierge. « Dans les régions
convoitées par les Portugais et les
Français, les fugitifs se rassemblent
et écrivent une partie de leur histoire
en commun. Avec l’aide de petits
commerçants, de colons et de grou-
ET AUSSI
pes indigènes, les esclaves africains
des deux côtés migrent en quête de liberté. Ils tirent profit des conflits territoriaux entre les deux puissances
coloniales, qui rendent le contrôle des
frontières de plus en plus difficile. »
Il suffit d’imaginer un décor de
rivières, de chutes d’eau et de
grands arbres pour comprendre ce
qu’a de romanesque cette histoire
qui a continué après l’indépendance du Brésil en 1822. En Amazonie, des voyageurs ont observé
des quilombos où des Noirs vivaient
en harmonie avec les Indiens, jusqu’à la fin du XIXe siècle. « De nos
jours, dans les Guyanes […], les
communautés de descendants d’esclaves marrons comptent plusieurs
milliers d’habitants », explique
pour finir Flavio dos Santos Gomes, traçant un trait d’union inattendu entre l’histoire de France et
celle du Brésil. ■
Un siècle d’abolitions à travers le monde
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
L
E PLURIEL s’imposait,
évidemment. Les Abolitions de l’esclavage, de
l’historien Marcel Dorigny, est un « Que saisje ? » bienvenu et pertinent. Ce
court ouvrage n’est pas une nouvelle histoire de la traite négrière ou
de l’esclavage colonial. La littérature est abondante sur ce sujet. En revanche, elle est nettement moins
prolixe sur le processus de « sortie
de l’esclavage ». « La fin de l’esclavage colonial a été un long processus, complexe et conflictuel, qui mérite une attention spécifique », écrit
Marcel Dorigny. Cette complexité
est intellectuellement fascinante.
L’ouvrage que l’auteur qualifie modestement de « synthèse » est bien
plus que cela. Il fait un tour de la
question de manière, certes concise, mais instructive et clairvoyante.
Après un premier chapitre sur les
résistances à l’esclavage, il présente
les débats, des Lumières aux mouvements abolitionnistes du XIXe
siècle qui ont fini par imposer la fin
de la servitude dans les colonies des
principales puissances européennes
après plus de quatre siècles. « Il est
incontestable que la naissance puis
l’essor des mouvements antiesclavagistes et abolitionnistes ont été le reflet du mouvement général des idées
dans les sociétés des pays les plus
“avancés” de l’Europe de l’Ouest au
cours du XVIIIe siècle », souligne celui qui a également coécrit L’Atlas
des esclavages, de l’Antiquité à nos
jours (Autrement) en faisant référence aux idéaux de liberté, de tolérance et d’affirmation des droits
de l’homme, « un puissant moteur
du processus qui a conduit à la
condamnation de l’esclavage ».
Une lecture économique
Intéressant, aussi, quand l’historien use de la grille de lecture économique : « La naissance de nouvelles théories de l’économie politique
dans la seconde moitié du XVIIIe siècle a contribué à rendre l’esclavage
de moins en moins indispensable
au développement de l’économie
nouvelle. » On le voit, le sujet est
munauté. Cette forme interne de
dépendance extrême était répandue en Asie ou en Afrique, où l’esclave pouvait se vendre ou vendre
ses enfants à cause d’une dette
insolvable.
Concernant le continent noir,
l’auteur montre que l’esclavage y a
pris des formes très diverses,
depuis un régime libéral chez les
Ashantis du Ghana, où les captifs
pouvaient se marier et être propriétaires, à des régimes comme
celui du royaume d’Abomey (Dahomey), où « la traite des esclaves
était d’une importance majeure et
où les hécatombes publiques d’esclaves sacrifiés étaient notoires ».
Au passage, il fait un sort à l’affirmation défendue par ceux qui analysent la traite des Noirs sous l’angle du racisme. « La thèse du
racisme anti-Noirs est insoutenable.
Le racisme est une forme d’ostracisme typique des temps modernes. Le
XVIe siècle raisonne encore en terme
religieux. Le Noir n’est pas pire que
l’Indien. Celui-ci, qui pouvait être
réduit en esclavage au moment de la
conquête, ne peut plus l’être après
car il est devenu sujet du roi d’Espagne ou du Portugal et aucun roi ne
tolère que ses sujets soient réduits en
esclavage. » Ce qui explique aussi,
au passage, l’impossibilité du statut
d’esclave en France. « Il existe une
vieille tradition qui remonterait à un
édit royal de 1315 selon lequel le sol
de France rend libre tout esclave qui
l’aborde. Il y eut de nombreuses exceptions et un revirement en faveur
des colons en 1716, avant une restauration définitive de la tradition en
1777. » L’histoire de l’esclavage :
une affaire bien trop sérieuse pour
être abandonnée aux idéologues. ■
loin d’être simple et manichéen.
L’auteur parle du « siècle des abolitions », qu’il situe de 1793 à 1888.
Comment, dès lors, s’étonner que
ce siècle ait produit des sociétés
post-esclavagistes si contrastées ?
N’est-ce pas tout simplement lié au
fait que ces pays ont connu des
formes multiples d’esclavage ?
La traite des Noirs et le commerce triangulaire ont fait l’objet
de nombreux travaux. La singularité de ce « Que sais-je ? » est d’évoquer aussi les sociétés esclavagistes
au Brésil, aux États-Unis, à Cuba,
dans l’Amérique espagnole, avec
une analyse plus détaillée du cas de
Saint-Domingue. L’histoire des
abolitions est le reflet de celle des
esclavages. ■
L’histoire de l’esclavage
est une histoire sans archives.
Le plus souvent, notamment aux
États-Unis, où les rayons « slave
story » sont nombreux, les récits
sont de seconde ou troisième main
– normal, les esclaves n’avaient
pas le droit à l’enseignement.
Aussi, faut-il savoir apprécier
un livre écrit à partir d’une histoire
vraie. C’est le cas de L’homme
qui vola sa liberté. La biographie
d’un esclave qui recouvra sa
liberté. Il est métis, né esclave en
1784 à l’île de Sainte-Croix, dans
îles Vierges danoises. La rumeur
prétend que son père est
le secrétaire de la plantation.
Il est ramené au Danemark par la
veuve du gouverneur. Son histoire
est une « belle » illustration de
ce siècle des abolitions, complexe
et conflictuel (lire ci-contre).
Car le jeune homme se déclara
affranchi à l’annonce de l’abolition
de l’esclavage, contre l’avis
de sa « propriétaire ». Elle gagna
le procès qui s’ensuivit, mais Hans
Jonathan s’enfuit en Islande et
trouva ainsi la liberté après laquelle
M. A.
il avait couru toute sa vie.
L’HOMME QUI VOLA SA LIBERTÉ
De Gisli Palsson,
traduit de l’anglais
par Carine Chichereau,
Gaïa,
320 p., 22 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
Je n’oublie jamais
le miracle
que représente
l’État d’Israël »
DAVID GROSSMAN
À « L’OBS ».
SARAH LEE/EYEVINE /BUREAU233
Retrouvez sur Internet
la chronique
« Langue française »
Retrouvez sur Internet,
la chronique
« LangueSUR
française »
WWW.LEFIGARO.FR/
@
jeudi 26 avril 2018
7
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
1 472
LANGUE-FRANCAISE
C’est le nombre
SUR
WWW.LEFIGARO.FR/
LIVRES
de pages de Bleak House, le roman que Dickens
publia juste après David Copperfield.
« Folio classique » le publie le 3 mai dans la traduction
de Sylvère Monod avec une préface d’Aurélien Bellanger.
EN VUE
littéraire
La part obscure
DOLORES REDONDO Un superbe roman noir nous plonge au cœur
d’une Galice mystérieuse et enchanteresse.
cien (pazo) transformé en gîte rural.
De facture classique, proche des
trames des romans d’Agatha Christie (« C’est ma référence absolue »,
nous a-t-elle dit), ce nouvel opus
prend pour point de départ la mort
accidentelle d’un décorateur, Alvaro, mari d’un écrivain à succès,
Manuel. Une mort inexplicable. Le
doute s’installe. Manuel va mener
une enquête à rebondissements au
cœur de cette Galice profonde qu’il
ne connaît pas, terre natale d’Álvaro, qui se révélera héritier d’une
riche et aristocratique famille locale, et qui menait une double vie. Un
improbable trio va mener le bal :
Manuel, donc, accompagné du père
Lucas et d’un ancien lieutenant de la
Garde civile à la retraite, Nogueira.
THIERRY CLERMONT
tclermont@lefigaro.fr
C’
EST une contrée
aride, balayée par
les vents, cinglée
par les pluies ; berceau de Valle-Inclán, du Nobel de littérature Camilo
José Cela, de Manuel Rivas et de
milliers d’anonymes qui ont choisi
l’exil au XIXe siècle pour fuir la misère et tenter de faire fortune en
Amérique latine. À savoir la Galice,
région située entre les Asturies et le
nord du Portugal. C’est là que Dolores Redondo a planté le décor de
Tout cela je te le donnerai, couronné
par le prestigieux prix Planeta en
2016. La Galice, et plus précisément
son cœur : la vallée de la Ribeira Sacra, célèbre pour ses vins et pour ses
nombreux monastères, perchés à
flanc de coteau, depuis le XIIe siècle.
Fille d’un marin de La Corogne,
Dolores Redondo s’est fait connaître il y a peu, à la suite du succès international de sa noire Trilogie du
Baztán, menée par l’inspectrice
Amaia Salazar, qui avait séduit des
millions de lecteurs. Nous l’avons
rencontrée en mars et suivie dans
cette Ribeira Sacra, arpentant les
lieux du crime, avec pour point
d’ancrage la Casa Grande de Rosende
à Sober, un ancien domaine patri-
Célébration de la terre
Lorsque nous sommes arrivés à
l’ancien monastère de Santo Estevo, Dolores Redondo nous a déclaré, à propos de son roman capiteux,
au dénouement parfaitement réussi : « J’ai voulu également, au-delà
de l’enquête policière, évoquer la
profondeur des secrets de famille et
explorer ce qu’il y a de plus mystérieux au sein du couple… Et jusqu’à
quel point connaissons-nous la personne qui partage notre vie ? C’est
aussi un roman qui porte sur
l’amour, la cupidité et le sens de
l’honneur. » De retour à la Casa
Grande de Rosende, au coin du feu,
elle nous a confié : « J’écris pour explorer la terrible et profonde part
obscure qu’il y a en moi, essayer de
comprendre les secrets et les douleurs qui m’ont marquée. »
On peut voir aussi dans Tout cela
je te le donnerai, un roman métissé,
un dense thriller qui se fait critique
d’une société archaïque et dénonciation de la pédophilie dans les milieux du clergé catholique ; et en
même temps une célébration de la
terre de Galice, sa végétation, ses
paysages (les spectaculaires canyons du Sil et du Miño), ses vignes
étagées et pentues à l’extrême, sa
gastronomie, son histoire agitée.
Quoi qu’il en soit, Redondo sait
faire vivre ses personnages en leur
donnant de l’épaisseur. De même,
elle excelle dans la description. Ici,
le jardin d’un pazo : « Il ralentit le pas
pour écouter le murmure du vent
dans les eucalyptus qui, mêlés aux ficus, aux châtaigniers et aux fougères
arborescentes plus basses, réduisaient le ciel à une présence que l’on
devinait sans réellement la voir. Il
aperçut des escaliers de pierre, couverts de lichen, qui s’enfonçaient vers
des lieux ténébreux et secrets. » En
résumé : un superbe roman noir, au
cœur de cette Galice profonde et
mystérieuse. ■
TOUT CELA
JE TE LE DONNERAI
De Dolores Redondo,
traduit de l’espagnol
par Judith Vernant,
Fleuve,
694 p., 21,90 €.
Les vignobles
de la Ribeira Sacra
sur les pentes abruptes
de la vallée du Sil.
XURXO LOBATO/COVER/
GETTY IMAGES
L’intraitable de la San Fernando Valley
MICHAEL CONNELLY Pas de retraite pour Harry Bosch, qui travaille sur deux enquêtes délicates en même temps.
BRUNO CORTY
bcorty@lefigaro.fr
L
E PROLOGUE de la dixneuvième enquête de
Harry Bosch, Sur un
mauvais adieu, se passe
au Vietnam. Ce qui
nous ramène inévitablement aux
Égouts de Los Angeles, sa toute
première apparition en… 1993 !
Un quart de siècle s’est donc
écoulé en un clin d’œil et le flic
mélomane, mal embouché, indiscipliné, est devenu un quasiretraité.
En procès avec la police de Los
Angeles qui l’a forcé à quitter
l’unité des affaires non résolues
(voir Jusqu’à l’impensable, son
précédent opus qui paraît au Livre
MUSIQUE
De l’autre, la police de San Fernando voudrait bien mettre la
main sur un violeur en série qui
semble insaisissable. Seule certitude, l’homme porte un masque de
catcheur et réussit à chaque fois à
s’introduire facilement chez ses
victimes et en plein jour.
Investigations en séries
Dans les deux affaires, les petites
cellules grises de notre flic préféré
vont fonctionner à plein régime.
Enquêteur hors pair, Harry ne lâche rien, aucune piste, aucun indice, aucun témoin. Sur son chemin,
ce solitaire va, une fois de plus,
rencontrer pas mal d’obstacles et
se faire beaucoup d’ennemis. Cela
ne semble pas le gêner plus que
cela. Néanmoins, cet homme in-
LANGUE FRANÇAISE
Offenbach à Central Park
En 1876, Offenbach se rend
aux États-Unis pour une
tournée triomphale de deux
mois qui renflouera ses caisses,
avec pour points d’ancrage
New York et Philadelphie.
Dans son récit, le compositeur
de La Belle Hélène ne nous
épargne rien des choses vues
ou entendues. Son regard
est curieux et amusé, et l’on
retrouve ici cette cocasserie
enjouée qui faisait tout le sel
de ses opéras-bouffes. Il loue la
Grosse Pomme, mêle l’essentiel
aux petits détails.
Dîners de gala,
tramways,
chambres
d’hôtels tout
confort, voitures
« surmontées
de gigantesques
parasols »,
Madison Square où
il logeait, les chutes
de poche), Harry ne s’est pas laissé entamer le moral. Le voilà avec
un badge d’inspecteur de la police
de San Fernando. Pas payé, certes, mais toujours actif et autorisé
à mener pour son compte d’autres
enquêtes. Ces deux volets de sa
nouvelle vie vont se télescoper
dans ce polar d’une belle noirceur
et d’excellente facture.
D’un côté, Harry est approché
par un magnat de l’industrie aéronautique qui lui demande de
vérifier si un enfant ne serait pas
né de sa courte idylle avec une
jeune Mexicaine. Une demande
qui pourrait contrecarrer les
plans du conseil d’administration
qui attend patiemment la mort du
vieil homme pour gérer une fortune colossale.
T. C.
VOYAGE
EN AMÉRIQUE
De Jacques Offenbach,
Le Castor Astral,
206 p., 14 €.
On ne s’arrête plus sur lui.
À défaut de l’écorcher, de
le mâchouiller ou de l’inventer.
Le mot est devenu, comme
le regrettait déjà en son temps
Mallarmé, « l’absent »
ou comme le notait Bergson
une « étiquette ». Plus de fleur,
mais un bouquet. Plus de
sycomores, mais des forêts.
De quoi en perdre parfois notre
français. Mais sûrement pas
notre dernier mot ! Cécile
Berriet et Yves Hirschfeld ont
décidé de redorer le blason
de ces petits
et gros mots qui
constellent notre
quotidien dans
Vous saurez tout
sur le mot Mot.
Un ouvrage
multicolore qui
fourmille de mille
et une anecdotes
et autant de perles
seulement il a déjà publié aux
États-Unis son 20e Harry Bosch
(Two Kinds of Truth) mais il annonce aussi le 21e, Dark Sacred
Night (clin d’œil au titre du CD qui
réunissait les morceaux préférés
de jazz de son personnage…) pour
octobre ! Sans oublier la nouvelle
série qu’il vient de mettre en route
avec une jeune policière du Los
Angeles Police Department nommée Renée Ballard. The Late Show
devrait paraître en France l’année
prochaine et, avec un peu de
chance, si la série télé Bosch (dont
la 4e saison est en route aux USA, la
France étant curieusement à la
traîne…) ne lui prend pas trop de
temps, il devrait être la star des
prochains Quais du polar de Lyon.
Rêvons un peu… ■
BD
Le mot de la fin
du Niagara… L’œil vif, il observe
les garçons de café, les porteurs
de pancartes publicitaires,
les femmes : « Elles portent
des toilettes d’un goût parfait,
des toilettes pleines de tact,
vraiment élégantes. » À Central
Park, il note : « Une grande
plaine rocheuse, habilement
dissimulée sous un tapis de
gazon vert… » Mais le bouquet
de cet ensemble délicieux reste
le récit désopilant d’un concert
catastrophique, alors qu’il était
au pupitre, face à un orchestre
improvisé, composé de
« bras cassés ».
Une réédition bien
salutaire !
traitable a un point faible : sa fille
unique, Maddie, qu’il tente avec
une maladresse touchante de protéger contre d’éventuels malfaisants. Il a aussi un atout en la personne de son demi-frère, l’avocat
Mickey Haller, qu’on retrouve ici.
Comme à son habitude, Michael Connelly nous invite à le
suivre dans des enquêtes parallèles on ne peut plus compliquées.
L’auteur du Poète a beau avoir
vendu la bagatelle de 60 millions
de livres (traduits dans quarante
langues de par le monde), il ne
s’autorise aucune baisse de régime et prouve, une fois encore,
qu’il est bien le maître du roman
de procédure policière.
Le mot « retraite » semble
n’avoir pas cours chez lui. Non
Un mort à Palavas-les-Flots
historiques. Tout y passe.
Les mots bleus et roses. Les
figures de style et les termes
d’argot. Y compris ceux
qui n’ont pas de sens, tels
« ressasser », « radar » ou
« kayak ». Au pays merveilleux
de « momotland », les mots
sont rois. Et gare à celui qui
voudrait se faire calife ! Ou ainsi
que l’écrivait Paul Valéry à
propos de l’auteur de Du côté
de chez Swann, qu’il accusait de
tirer la ligne : « La vie est trop
courte. Proust est trop long. »
Les amateurs de bons
mots, eux, seront
ravis.
ALICE DEVELEY
VOUS SAUREZ TOUT
SUR LE MOT MOT
D’Yves Hirschfeld
et Cécile Berriet,
Le Robert,
223 p., 12,90 €.
Palavas-les-Flots, une journée
d’été ensoleillée. Les vacanciers
s’ébattent sur la plage, le vent
souffle. Un couple arrive en
voiture, se gare, fait les cent pas
sur la jetée en attendant l’heure
d’accéder à la chambre qu’ils ont
louée pour la semaine. Soudain,
une bourrasque arrache
les chapeaux, les parasols.
Une pancarte s’envole, heurte
la tête de l’homme, qui tombe
raide mort. La femme n’ira pas
à son enterrement. Elle décide
de rester à Palavas et de suivre
scrupuleusement
le programme
touristique
que son
compagnon
avait établi. Les
jours passent,
la femme va et
vient, absorbée
dans sa solitude.
À l’arrière-plan,
l’énergie et la joie bruyante des
estivants éclatant de couleurs
paraissent grotesques. À la
terrasse d’un bar, elle rencontre
un autochtone bourru, cheveux
longs, anneaux aux oreilles,
qui collectionne les articles
de journaux relatant des morts
absurdes. Cette nouvelle
de Trondheim magnifiquement
dessinée par Hubert Chevillard
met en scène sans un mot de
trop la précarité de la condition
humaine et du lien amoureux.
Reste l’amitié et la bonté
qui s’échangent
entre des inconnus
et qui changent la vie.
ASTRID DE LARMINAT
JE VAIS RESTER
De Lewis Trondheim
et Hubert Chevillard,
Rue de Sèvres,
120 p., 18 €.
A
SUR UN MAUVAIS
ADIEU
De Michael Connelly,
traduit de l’anglais
par R. Pépin,
Calmann-Lévy,
436 p., 21,90 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 26 avril 2018 LE FIGARO
8
Irving fêtera les 40 ans de Garp à Vincennes
L’HISTOIRE
semaine
de la
Hommage. En matière littéraire, la France a toujours été
plus généreuse que les ÉtatsUnis. Que seraient devenus
William Faulkner, Henry Miller,
Jim Thompson, David Goodis et
d’autres sans la curiosité de nos
éditeurs ? Un récent sondage
LA 9E ÉDITION DU FESTIVAL
AMERICA DE VINCENNES AURA LIEU
DU 20 AU 23 SEPTEMBRE
EN PRÉSENCE DE 60 ÉCRIVAINS.
JOHN IRVING EN SERA LE PARRAIN.
EN MARGE
littéraire
commandé par une chaîne publique américaine révèle en revanche que lorsqu’on interroge
les lecteurs américains sur leurs
100 romans préférés, classiques ou contemporains, ils ne
citent que deux auteurs français, Dumas et Saint-Exupéry !
Proust, Céline, Flaubert, Stendhal… connaît pas ! Comme la
France n’est pas rancunière, elle
invitera, du 20 au 23 septembre
dans le cadre du passionnant
festival America de Vincennes,
60 auteurs d’Amérique du Nord.
Star de cette 9e édition, John
Irving, soixante-seize ans,
viendra célébrer le 40e anniversaire de la parution du Monde
selon Garp, son quatrième roman qui lui apporta la renommée mondiale. America First,
d’accord, mais avec l’accent
frenchy !
BRUNO CORTY
Mai 68, l’esprit souffle où il veut
RÉTROSPECTIVE Chrétiens, gaullistes ou royalistes, ils ont été acteurs ou témoins de l’insurrection
du printemps 68. En évoquant leurs souvenirs, ils s’interrogent sur le sens de ce soulèvement et ses errements.
MAI 68 RACONTÉ
PAR DES
CATHOLIQUES
Préface
de Denis Pelletier,
Éditions
Temps Présent,
152 p., 14 €.
LA BROCANTE
DE MAI 68
ET OUVERTURES
D’Olivier
Germain-Thomas,
Pierre-Guillaume
de Roux,
184 p., 18 €.
SOUS LES PAVÉS,
L’ESPRIT
De Gérard Leclerc,
France-Empire/
Salvator,
148 p., 14 €.
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
A
U PRINTEMPS 1968,
la fête de la Pentecôte
tombait le dimanche
2 juin. Calmée l’excitation du mois de
mai, il était temps pour un certain
nombre de chrétiens de faire le
point sur ce qui s’était passé en
France pendant un mois : l’autorité bafouée, la parole libérée, la société de consommation contestée,
l’angoisse de l’avenir exprimée
dans les usines, les ateliers et les
universités. Parmi eux, quelques
révérends pères de choc emmenés
par Jean Cardonnel, qui n’avait
pas attendu la fin de l’agitation
pour donner de la voix. Le 22 mai,
à la Mutualité louée par Témoignage chrétien, le dominicain rouge
avait prêché un carême sur le thème « Évangile et révolution » :
« Le seul carême auquel je crois est
celui d’une grève générale qui paralyserait une société fondée sur le
profit. »
Dans Mai 68 raconté par des catholiques, un livre qui éclaire de
manière nouvelle la participation
massive des chrétiens aux revendications de l’époque, le père Gui
Lauraire se souvient avec ferveur
de cet engagement : « Pour moi,
Mai 68 fut un moment privilégié, un
“kairos” en terme biblique. Il venait
répondre à une attente profonde et
pleine d’incertitude : allait-on enfin
sortir de ce monde et de cette Église
coupés de la vie, hiérarchiques, pyramidaux, où le peuple n’avait
aucun droit à la parole ? Mais
quand ? Et comment ? L’explosion
de Mai 68 portait pour moi une immense espérance, qui rejoignait
celle soulevée par Vatican II. »
Alors supérieur du grand séminaire d’Arras, Mgr Jacques Noyer a
connu des séminaristes qui jugeaient que le Christ seul est révolutionnaire — voire anarchiste :
«J’ai dû arracher moi-même à la
fenêtre d’un séminariste le drapeau
noir que j’avais cru, à tort, n’être
qu’un jeu irresponsable. »
Il faut ne pas connaître l’histoire
de France et avoir oublié les abbés
démocrates de 1848, oublié Lamennais et Lacordaire, pour
s’étonner de cette course à
l’émeute toutes soutanes retroussées de l’Église de France. Grâce
au scoutisme, à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), à
LE PÈRE GUI LAURAIRE
Manifestation d’étudiants devant la Sorbonne, à Paris, le 9 mai 1968. RUE DES ARCHIVES/AGIP
»
l’Action
catholique
ouvrière
(ACO), les « cathos » étaient organisés, formés, conscientisés.
En la personne du philosophe
Maurice Clavel, qui tonnait toutes
les semaines du haut de sa chaire
du Nouvel Observateur, ils disposaient même d’un nouveau Bossuet pour dénoncer la vanité du
siècle. Entendez Clavel essayant
désespérément d’enrôler le Général sous les drapeaux rouges. « Si
de Gaulle fait tout pour briser l’hégémonie américaine, comment
peut-il refuser que la jeunesse française se révolte contre la société
américaine, source, substance et
but de son hégémonie ? Comment
a-t-il pu, lui, que l’on pouvait croire d’essence spirituelle, nous imposer ce monde et ce genre de vie matérialiste, aliénant, désespérant ? »
Dans La Brocante de Mai 68 et
ouvertures, Olivier Germain-Thomas assure que cette mise au point
lui avait été commandée par le
président en personne. Pourquoi
pas ? Dans son entretien du 7 juin
avec Michel Droit, de Gaulle a
même semblé doubler la jeunesse
française sur sa gauche : « Non, le
capitalisme du point de vue de
l’homme n’offre pas de solution
satisfaisante. » Pour GermainThomas, le vieux militaire avait
parfaitement compris ce qui était
en train de se produire dans le
monde occidental.
Catho-gaullo-gauchiste
au
cœur de l’insurrection étudiante,
Maurice Clavel était quand même
un sacré personnage. Il ajouterait
bientôt une corde à son arc en redisant sa fidélité royaliste et son
attachement au comte de Paris,
ainsi que l’a raconté Gérard Leclerc, qui ne se lasse pas de refaire
le match de ces années. En 1968, il
avait vingt-six ans. Débutait alors
sa collaboration à Aspects de la
France. Le 2 mai, l’hebdomadaire
royaliste a titré « Vive Pétain ».
On ne peut pas dire que les maurrassiens étaient à la page. Pendant
des années, Gérard Leclerc s’est
obstiné à interpréter Mai 68 « à la
lumière de Maurras ».
Heureusement, il a rencontré
Clavel, ce qui a bouleversé son
destin, ainsi qu’il le confesse dans
Sous les pavés, l’Esprit. C’était durant l’hiver 1971-72, au lendemain
du coup d’éclat du philosophe,
quand il avait quitté le plateau de
l’émission « À armes égales » en
s’écriant : « Messieurs les censeurs, bonsoir !» Maurice Clavel
avait été touché par une lettre
ouverte saluant son geste publiée
dans La Nouvelle Action française.
Le général de Gaulle mort et
Georges Pompidou installé dans
son fauteuil à l’Élysée, il était
temps de passer à autre chose. De
critiquer Mai 68, mais de l’intérieur — une tâche magnifique à
laquelle s’est attelé l’auteur des
Paroissiens de Palente, jusqu’à sa
mort, le 23 avril 1979, près de
Vézelay.
Témoins décalés, Olivier Germain-Thomas et Gérard Leclerc
prolongent cette ambition. À les
lire, on se souvient que l’esprit de
Mai 68, c’est aussi un soulèvement
de la vie, une insurrection de l’Esprit. Tous ses acteurs n’ont pas fini
dans la politique spectacle, la
mode ou dans la publicité. La critique du cycle infernal des besoins
et des besognes a conduit certains
d’entre eux, et non des moindres,
sur les chemins de la foi et de
l’exigence divine, dans les monastères d’Occident, les kibboutz de
Judée-Samarie ou les lamaseries
du Tibet. On a souvent dit que
certains slogans de l’époque — « Il
est interdit d’interdire », « Prenez
vos désirs pour des réalités »,
« Jouissez sans entraves » —
avaient nourri le néolibéralisme et
l’idéologie du désir. C’est vrai.
Mais il en existe d’autres demeurés irrécupérables par le capitalisme. Ainsi « Voiture = gadget »,
« Consommez plus, vous vivrez
moins », « Cache-toi, objet ».
Avis aux cyber-émeutiers et aux
techno-rebelles : avant de dresser
de nouvelles barricades rue GayLussac, il convient de se souvenir
de cet autre héritage de Mai 68. ■
A
LITTÉRAIRE !
« Nous portons tous un livre en nous, un désir de texte pour soi ou à partager. Le Figaro littéraire a ouvert
de nouveaux ateliers pour celles et ceux qui sont attirés par la formidable aventure de l’écriture. »
  © N G
N
O
UV
EA
U
À VOS
PLUMES,
REJOIGNEZ
LES ATELIERS
D’ÉCRITURE
DU FIGARO
L’explosion
de Mai 68 portait
pour moi une
immense
espérance, qui
rejoignait
celle soulevée
par Vatican II
Atelier spécial jeux de lettres et anagrammes
JACQUES PERRY-SALKOW
Écrivain, p ianiste et compositeur, co-auteur de Sorel Éros, l e plus long palindrome de langue
française, auteur de Le Pékinois et Anagrammes pour sourire et rêver, aux éditions Seuil.
16 mai/23 mai/30 mai/6 juin/13 juin/20 juin
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Dans les locaux du Figaro, 14 bd Haussmann, Paris 9ème.
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