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Le Figaro - 27 04 2018

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vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 926 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
JARDIN
SUR LA CÔTE D’AZUR,
À LA DÉCOUVERTE DES FLEURS
MAGIQUES DU BIGARADIER PAGE 32
ÉTATS-UNIS
EXPOSITION
À VALENCIENNES,
« L’HISTOIRE DU MONDE »
EN 100 OBJETS PAGE 30
Un an après, les ministres
peinent à s’imposer
L’irrésistible
ascension
de Mike Pompeo
PAGE 6
CAUCASE
En Arménie,
les manifestations
contre le régime
se poursuivent
PAGE 7
ÉDUCATION
Blanquer
veut recadrer
les enseignants
PAGE 8
JUSTICE
Le gouvernement
tente d’accélérer
la mise en œuvre
du plan contre
la radicalisation
FOOTBALL
Real Madrid :
Zidane,
l’histoire sans fin
PAGE 15
LIONEL PRÉAU / RIVA PRESS
PAGE 13
Notre sondage Odoxa est sévère
pour les membres du gouvernement,
qui sont à la fois peu connus des Français
et le plus souvent impopulaires.
è QUAND ÉDOUARD PHILIPPE DÉFEND L’EUROPE
FACE À UN PUBLIC SCEPTIQUE
è LES « MACRON BOYS » CRITIQUENT
UN GOUVERNEMENT DE « TECHNOS »
è SILENCIEUX, PÂLOTS... CES « DISCRETS »
QUI N’ARRIVENT PAS À SE FAIRE ENTENDRE
è ANNICK GIRARDIN À LA PEINE AU MINISTÈRE
DES OUTRE-MER PAGES 2 ET 3
EUROPE
Juncker valide
la fin de la tutelle
internationale
de la Grèce
Allemagne : le
traumatisme
en héritage des
petits-enfants
de la guerre
L’entretien
avec Thomas
Frank
Le bloc-notes
d’Ivan Rioufol
L’analyse de
Philippe Gélie
n
n
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de jeudi :
La visite d’Emmanuel
Macron aux États-Unis
est-elle un succès
diplomatique ?
OUI
60 %
NON
40 %
TOTAL DE VOTANTS : 56 679
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Faut-il un nouveau plan
pour les banlieues ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@e@m@r@a";
Après plusieurs mois de discussions souvent mouvementées
avec les partenaires sociaux et
les régions, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, présentera en Conseil des ministres le
Jean-Louis Borloo a remis jeudi
à Édouard Philippe un rapport
dont l’objectif est « la réconciliation nationale ». Constitué de
19 programmes, ce plan, qui
touche à la rénovation urbaine,
projet de loi « pour la liberté de
choisir son avenir professionnel ». Les régions sont furieuses
d’avoir été dépouillées de leurs
compétences en matière d’apprentissage. PAGES 22 ET 23
l’éducation, la culture ou l’intégration, est destiné, selon lui,
à produire « une spirale positive
et une dynamique extrêmement
puissante ».
PAGES 4, 5 ET L’ÉDITORIAL
n
PAGES 17 À 19
M 00108 - 427 - F: 2,60 E
Borloo souhaite un fonds
de 5 milliards pour les
quartiers défavorisés
M. MENNESSIER - TRUSTEES OF THE
BRITISH MUSEUM - THOMAS SAMSON/
AFP
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
BUROV • DUVIVIER • LEOLUX • STEINER • NEOLOGY
L’essentiel pour les banlieues
L
orsque Jean-Louis Borloo s’attaque à
un problème, il est rarement dans la
demi-mesure. Il s’y engage avec la
foi du charbonnier et ne lésine pas
sur les moyens pour tenter de le régler. Et encore moins pour le faire savoir. Son
plan banlieues n’échappe pas à la règle. Voilà
un programme riche en idées tous azimuts et
gourmand en milliards. Sa mise en œuvre, selon lui, mériterait même d’être confiée à un
homme digne du général Patton ! L’ampleur de
la tâche est effectivement incontestable, nombre de quartiers étant devenus des territoires
perdus de la République. On ne peut donc que
souhaiter la réussite de cette mission.
Sans attendre ce que le président de la République en retiendra, le plan Borloo inspire
pourtant un certain scepticisme. Il s’inscrit
dans la droite ligne de tous ses prédécesseurs
depuis quarante ans, fort dépensiers pour des
résultats décevants, pour ne pas dire davantage. Il n’évite pas, non plus, les gadgets :
« clubs petit déj », « Maisons Marianne pour
les femmes », « académie des leaders »…
Bref, les recettes de l’inénarrable « vivre ensemble » fourmillent d’imagination pour plus
d’intégration et moins de discriminations,
OFFRES
mais paraissent souvent aussi irréalistes
qu’anecdotiques.
On le sait, les solutions sont ailleurs. Des années de laisser-faire et de démagogie les ont
malheureusement rendues plus difficiles à appliquer aujourd’hui. Contre l’insécurité chronique, elles passent par le retour de l’autorité à
l’école, la traque aux trafiquants de drogue, la
chasse aux comportements communautaristes, islamistes en
premier
lieu.
Contre le chômage endémique, le
projet de réforme
de l’apprentissage
et de la formation
professionnelle
présenté ce vendredi
semble
beaucoup plus déterminant – s’il est efficace que tous les plans banlieues. Les réponses
adaptées sont enfin dans les mains des élus locaux, qui doivent rompre avec leur tentation
clientéliste, parfois grande.
Pour faire revenir la République dans les
quartiers, pourquoi ne pas commencer par
l’essentiel ? ■
EXCEPTIONNELLES
SUR LES PLUS GRANDES MARQUES DE CANAPÉ
La démagogie
a rendu
les bonnes
solutions
plus difficiles
à appliquer
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
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A
CHAMPS LIBRES
PAGE 23
Apprentissage, formation :
le projet du gouvernement
pour réduire le chômage
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vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
2
LUDOVIC MARIN/AFP
Un an après,
les ministres restent
d’illustres inconnus
Selon un sondage Odoxa-Dentsu, le gouvernement pâtit
d’un déficit de notoriété et de popularité.
Quand
j’échange avec
mes interlocuteurs,
je connais
les sujets,
ça facilite
les choses
cachée. Un exemple illustre cette priorité : quand François Bayrou, l’un des
rares profils expérimentés, a dû quitter
la Chancellerie en juin 2017, emporté
par la polémique sur les eurodéputés du
Modem, le chef de l’État l’a remplacé
par Nicole Belloubet, une juge du
Conseil constitutionnel, sans grande
notoriété.
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
LE VERDICT est cruel et sans appel. Un
an après l’élection d’Emmanuel Macron, les ministres restent d’illustres
inconnus. C’est ce qui ressort de l’enquête Odoxa-Dentsu Consulting pour
Le Figaro et Franceinfo. Plus d’un sondé
sur deux ne les connaît toujours pas.
Pire, 78 % des Français considèrent
qu’ils « ne sont pas proches des gens ».
Ils sont vus comme des « technocrates »
et « mauvais communicants ». Lorsqu’ils
les connaissent, ils ont plus souvent une
mauvaise opinion (31 %) plutôt qu’une
bonne (23 %). Globalement, 6 Français
sur 10 sont mécontents de l’action du
gouvernement, en particulier sur les
domaines de la sécurité (53 %), sur
l’éducation (54 %) et surtout sur les
questions économiques et sociales
(64 %).
Voilà donc Emmanuel Macron seul
face à l’opinion publique, sans bouclier
ni relais. « C’est son choix, explique un
proche. Il a trop vu le pouvoir se déliter
sous François Hollande. Il a voulu bâtir
une équipe efficace, quitte à en payer les
conséquences. » Le « choix » s’est donc
porté sur des experts, spécialistes dans
leur domaine, courant dans leur couloir, ne cherchant pas la lumière pour la
lumière, ne cultivant pas d’ambition
»
FRÉDÉRIQUE VIDAL,
MINISTRE DE L’ENSEIGNEMENT
SUPÉRIEUR, DE LA RECHERCHE
ET DE L’INNOVATION
13
C’est le nombre
de ministres
et secrétaires d’État
issus de la société civile
dans le gouvernement
d’Édouard Philippe
ou Frédérique Vidal, qui peinent à faire
entendre leurs arguments face aux
syndicats. D’ailleurs, 46 % de sondés ne
connaissent pas l’ancienne patronne de
la RATP et 63 % l’ancienne présidente
de l’université Nice-Sophia-Antipolis.
À l’inverse, les ministres les plus
connus sont ceux qui bénéficiaient déjà
d’un matelas de popularité avant d’arriver au pouvoir. C’est le cas de l’ancienne championne d’escrime Laura
Flessel au Sport, du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, ou
de Nicolas Hulot, dont la cote s’effondre
toutefois. « L’icône est maintenant exposée au feu, et, du coup, ses silences et
ses esquives ressortent aux yeux des
gens », grince un ancien de la campagne. Seul membre du gouvernement
ayant réussi à se faire un prénom et un
nom depuis son arrivée : le premier ministre Édouard Philippe. Inconnu il y a
un an, ils ne sont désormais plus que
20 % à ne pas le connaître. En revanche,
l’ancien maire du Havre enregistre un
taux de 42 % de mauvaises opinions.
Confrontés aux défis du débat public,
les ministres de la société civile se serrent les coudes. Cinq dîners ont discrètement eu lieu. Une sorte d’amicale des
nouveaux venus en politique a vu le
jour avant de se dissoudre. « On a
maintenant arrêté de se réunir car on ne
se définit plus comme cela », glisse l’un
Les néophytes de la politique
n’impriment pas
« Quand j’échange avec mes interlocuteurs, je connais les sujets, ça facilite les
choses », souligne l’actuelle ministre de
l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal, qui fut à la
tête de la faculté de Nice-Sophia-Antipolis. « Le gouvernement n’est pas
constitué de gens qui se sont détestés
pendant quinze ans, qui ont bourré les
urnes dans des congrès les uns contre les
autres, qui ont accumulé les haines recuites, souligne un secrétaire d’État. Devenir ministre n’est pas leur aboutissement.
C’est un facteur d’apaisement important. »
Si l’exécutif fonctionne avec moins
d’à-coups et de couacs, les néophytes
de la politique n’impriment pas dans
l’opinion publique. Gênant pour les
membres du gouvernement confrontés
à des grognes sociales, comme la ministre des Transports Elisabeth Borne
Le premier Conseil des ministres
de la nouvelle équipe gouvernementale,
le 22 juin 2017, à l’Élysée.
des participants. Lequel ajoute : « Il n’y
a plus de clivage entre les ministres dit
politiques et les autres. » En difficulté
après une série d’articles sans concession sur son bilan, la ministre de la
Culture et ex-éditrice d’Actes Sud
Françoise Nyssen a reçu des SMS de
soutien de ses collègues, y compris en
pleine nuit. Si Emmanuel Macron n’est
guère convaincu par sa ministre en privé, il est bien décidé toutefois à lui
« donner du temps ».
Pas question en effet de se dédire, en
Quel bilan pour le gouvernement Philippe ?
B   
B 
Globalement, êtes-vous satisfait de l’action
de ce gouvernement en place depuis un an ?
QUESTION : Pour chacun des domaines d’action suivants, diriez-vous que vous êtes plutôt satisfait ou plutôt mécontent de l’action du gouvernement ?
QUESTION :
Plutôt satisfait
Plutôt mécontent
Très satisfait
Très mécontent
et 1 % de ne se prononce pas (NSP)
Très mécontent et plutôt mécontent
59 %
(59 % en nov. 2017)
40 %
(41 % en nov. 2017)
36
%
45
36
NSP
L’Europe et
l’international
%
%
23
Ensemble
des Français
Très satisfait et plutôt satisfait
La sécurité
Les questions économiques
et sociales
L’éducation
Sympathisants
Sympathisants
Sympathisants
Sympathisants
LFI : 33 %
PS : 63 %
LaREM : 95 %
LR : 58 %
54 % FN : 35 %
LFI : 30 %
PS : 55 %
LaREM : 89 %
LR : 39 %
FN : 23 %
LFI : 20 %
PS : 42 %
LaREM : 89 %
LR : 57 %
FN : 31 %
LFI : 11 %
PS : 32 %
LaREM : 88 %
LR : 42 %
FN : 22 %
Ensemble
5 3 % des Français
46 %
Ensemble
5 4 % des Français
45 %
Ensemble
6 4 % des Français
35 %
%
4%
A
Étude réalisée par Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et Franceinfo. Enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français interrogés par Internet les 25 et 26 avril 2018. Échantillon de 1 007 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, parmi lesquelles 227
sympathisants de gauche (73 LFI et 83 PS) 131 LaREM, 94 LR et 167 FN. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, niveau de diplôme et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération.
Les « Macron boys » critiquent
un gouvernement de « technos »
Silencieux, pâlots… ces « discrets »
pas à se faire entendre
CRISE dans les Ehpad, grève de la SNCF,
grogne sur la CSG, contestation étudiante, loi asile et immigration controversée… Les parlementaires de la majorité
affrontent un feu nourri de critiques
d’une partie des Français, sur leur territoire. Depuis quelques semaines, le petit
groupe des députés proches d’Emmanuel Macron, qui ont participé à la campagne présidentielle et se retrouvent
chaque mardi matin au Palais Bourbon,
constate que la pédagogie de l’exécutif
n’est pas à la hauteur.
«Il faut toujours mieux expliquer ce
qu’on fait. Et donner du sens », plaide
Hugues Renson, vice-président du
groupe La République en marche (LaREM) à l’Assemblée nationale. Même
vœu de Guillaume Chiche, député macroniste des Deux-Sèvres : « Chaque
membre de l’exécutif doit porter et défendre la politique de la majorité y compris au-delà de son propre portefeuille
ministériel. » « Les Français ne retiennent rien du fatras des réformes », s’inquiète un autre des « Macron boys ».
Dans leur viseur : les ministres issus de
la société civile qui peinent à imprimer
et défendre un projet d’ensemble.
« C’est un gouvernement d’experts. Sauf
que l’addition d’expertises n’a jamais fait
un corpus politique », pointe un élu. « Il
PAS SIMPLE d’exister dans l’ombre
d’un président touche-à-tout et hypermédiatique. Pour certains ministres, y compris expérimentés, la discrétion semble, du coup, une seconde
nature.
faut protéger Macron, il faut des parefeu et des protections. Demain, s’il y a
une crise politique, on change qui dans le
dispositif pour que ça crée un impact ? Je
ne vois pas. »
Selon plusieurs de ces élus, qui ont un
contact régulier et direct avec Emmanuel Macron, l’Élysée serait conscient
des « défauts » du gouvernement. « On
a des ministres politiques sur des postes
d’action et des ministres de la société civile sur des postes de valeur, ce qui peut
“
Les ministres doivent
acquérir une culture
politique, pouvoir répondre
sur tous les sujets
UN PARLEMENTAIRE LAREM
”
créer un déséquilibre », pointe un député
et cadre du mouvement. Jacques Mézard (Cohésion des territoires), Frédérique Vidal (Enseignement supérieur),
Françoise Nyssen (Culture), Nicole Belloubet (Justice), Elisabeth Borne (Transports) et Nathalie Loiseau (Affaires
européennes) sont régulièrement montrés du doigt. « Sur l’Europe, Nathalie
Loiseau est techniquement bonne, mais
elle n’incarne pas », lâche ainsi un parle-
mentaire LaREM. « Les ministres doivent
acquérir une culture politique, pouvoir
répondre sur tous les sujets », s’impatiente un autre. Il n’en fallait pas plus
pour relancer des rumeurs sur l’hypothèse d’un remaniement avant l’été…
Autre conséquence de ce gouvernement de « technos », selon l’analyse de
ces élus : l’omniprésence de la parole
des ministres dits « politiques », souvent issus de la droite. « La politique
d’Emmanuel Macron est plus complexe
que les 3 % de Bruno Le Maire qui passe
son temps à parler de la dette », persifle
un ex-PS. Ce petit groupe de députés
redoute que ces ministres issus de la
droite donnent au final l’impression
d’un « déséquilibre » avec davantage de
signaux envoyés à la droite qu’à la gauche. « Veillons à ne pas oublier la cohésion sociale et nationale », met en garde
le chiraquien Hugues Renson. Soucieux
de ne pas perdre le lien avec les électeurs de centre gauche qui ont plébiscité Macron, ces députés martèlent depuis peu des concepts qui avaient
disparu du langage macroniste, comme
« réduction des inégalités » ou « justice
sociale ». « La jambe gauche est atrophiée », s’alarme un élu qui souhaiterait, dans ce contexte, que le groupe
parlementaire soit plus fort. ■
M. S.
Nyssen
uFrançoise
Le président a choisi
de confier la Rue de Valois à l’ancienne éditrice
d’Actes Sud, aujourd’hui sous le feu des critiques pour la gestion de
ses dossiers, sa discrétion médiatique
et son faible sens politique. Une femme
de culture qu’Emmanuel Macron ne
connaissait guère, avant de la nommer. Il ne l’avait rencontrée qu’une
seule fois avant sa nomination. C’était
lors du Salon du livre de 2017. Depuis,
le chef de l’État regarde de près ce ministère très sensible.
Les corporatismes y sont puissants et
les milieux culturels bénéficient de
forts relais médiatiques, qu’ils n’hésitent pas à actionner au moindre désaccord. Ces derniers mois, le directeur
de cabinet et le conseiller en communication de la ministre ont été changés. Un temps, Emmanuel Macron a
même réfléchi à adjoindre à Françoise
Nyssen un secrétaire d’État à la Communication. Quoi qu’il en soit, c’est à
l’Élysée que se pilote la prochaine réforme de l’audiovisuel public, sous
l’œil vigilant du secrétaire général de
la présidence, Alexis Kohler. Par
ailleurs, le chef de l’État a missionné
plusieurs personnalités : Stéphane
Bern pour le patrimoine, la romancière
Leïla Slimani pour la francophonie,
l’écrivain Erik Orsenna pour les bibliothèques. Autant de ministres bis…
Mézard
uJacques
73 % des sondés par
l’institut Odoxa ne
connaissent pas cet ancien avocat, qui fit carrière au Sénat à la tête
du
groupe
radical.
D’abord nommé à l’Agriculture, l’élu
du Cantal a ensuite remplacé Richard
Ferrand à la Cohésion des territoires.
Un changement de poste qui ne semblait pas du goût de l’intéressé, qui ne
s’en est pas caché auprès de ses visiteurs. Dans son ministère, Jacques
Mézard a notamment la tutelle sur la
politique de la ville. Un domaine
aujourd’hui au cœur de l’agenda politique (lire pages 3 et 4). Or plusieurs
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LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
Quand Édouard Philippe
défend l’Europe face
à un public sceptique
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
ENVOYÉE SPÉCIALE À CHARLEVILLE-MÉZIÈRES
L’i m a g e d e s m e m b r e s d u g o u v e r n e m e n t
18   2  ’É
Pour chacun des ministres suivants actuellement au gouvernement, dites-nous si
vous en avez une bonne opinion, une mauvaise opinion ou bien si vous ne le/la connaissez pas
ou pas suffisamment pour exprimer une opinion
QUESTION :
Bonne opinion
Mauvaise opinion
Ne le/la connaît pas ou
pas suffisamment pour
exprimer une opinion
(en points)
Laura
Flessel
41 %
18 %
Édouard
Philippe
Jean-Yves
Le Drian
L’  
Pour chacun des qualificatifs suivants,
dites-moi s’il correspond plutôt bien ou plutôt
mal à ce que vous pensez de l’ensemble
de ces Ministres ?
QUESTION :
... bien
... mal
ministre de l’Europe et
des Affaires étrangères
42 %
38 %
38 %
-4
35 %
46 %
ministre de la Transition 36 %
écologique et solidaire
Inconnus
20 %
27 %
Nicolas
Hulot
NSP
63 %
41 %
ministre des Sports
Premier ministre
Correspond...
Évolution des bonnes
opinions depuis
novembre 2017
18 %
-4
-1
Gérard
Collomb
60 %
38 %
Ayant des convictions profondes
52 %
47 %
Compétents techniquement
56 %
43 %
qui ne réussissent
Jean-Michel Blanquer
ministre de l’Éducation nationale
Bruno Le Maire
ministre de l’Économie et des Finances
Marlène Schiappa
secrétaire d’État chargée de l’Égalité
entre les femmes et les hommes
Christophe Castaner
u
Florence Parly
ministre des Armées
Muriel Pénicaud
ministre du Travail
La secrétaire d’État
auprès de la ministre
des Armées a été nommée lors du remaniement de juin 2017. Elle
doit son arrivée au départ de ses amis
du MoDem : François Bayrou, Sylvie
Goulard, Marielle de Sarnez. C’est
donc dans le cadre des équilibres entre
alliés que l’ancien maire de Mont-deMarsan a intégré le casting gouvernemental, sous la tutelle de la ministre
des Armées, Florence Parly. Cet ancien médecin n’a pour l’instant pas
trouvé sa place politique ni médiatique
dans le domaine réservé par excellence du chef de l’État. ■
M. W.
31 %
28 %
-1
ministre des Solidarités et de la Santé
Françoise Nyssen
Nicole Belloubet
ministre de la Justice
Elisabeth Borne
ministre des Transports
47 %
+5
24 %
30 %
46 %
+1
23 %
23 %
37 %
Annick Girardin
ministre des Outre-mer
Jacques Mézard
ministre de la Cohésion des territoires
Photos : AFP
34 %
17 %
16 %
54 %
39 %
20 %
21 %
24 %
+3
44 %
+4
63 %
54 %
38 %
16 %
+8
41 %
49 %
30 %
16 %
ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation 14 %
ministre de l’Enseignement supérieur,
de la Recherche et de l’Innovation
-1
28 %
Stéphane Travert
Frédérique Vidal
28 %
+3
25 %
ministre de l’Action et des Comptes publics 19 %
Agnès Buzyn
41 %
45 %
27 %
Gérald Darmanin
ministre de la Culture
Geneviève
Darrieussecq
31 %
ministre de l’Intérieur
secrétaire d'État chargé
des Relations avec le Parlement
associations ont tancé son peu d’investissement sur le sujet. Il n’empêche : Jacques Mézard reste un élu
écouté par Emmanuel Macron. Il participe aux dîners hebdomadaires du
lundi à l’Élysée, autour du président.
Son rôle politique est également important dans la perspective de l’élaboration de la liste aux européennes,
pour rassembler les anciens radicaux
de gauche.
38 %
31 %
46 %
+3
+2
+6
--
62 %
+3
13 %
24 %
63 %
+3
12 %
23 %
65 %
=
8%
19 %
73 %
ÉDOUARD PHILIPPE
”
Dans ce territoire ancré à droite,
touché par la désindustrialisation, le
locataire de Matignon a mis l’accent
sur la nécessité de limiter les normes,
de « simplifier » les procédures et de
« développer tout ce qui créé l’affectio
societatis », reprenant là une locution latine déjà utilisée par le président de la République la semaine
dernière. Il a aussi tenté de répondre
aux inquiétudes d’un maire également agriculteur qui a pris le micro
pour pointer la « menace » des traités
commerciaux internationaux comme
le Ceta et le Mercosur. « L’agriculture
française ne se remettrait pas d’une
fermeture des frontières, c’est ça la
vérité », a répondu Philippe. À l’issue
de ces deux rendez-vous, le premier
ministre a promis qu’il renouvellerait
l’exercice. Avec cette conclusion :
« Trop longtemps, le débat européen a
été réduit à des oppositions frontales et
d’une certaine façon à des postures.
L’ensemble des citoyens a besoin de se
réapproprier ce débat. » ■
- 11
35 %
Technocrates
“
Trop longtemps,
le débat européen a été
réduit à des oppositions
frontales et, d’une certaine
façon, à des postures
+2
Annick Girardin à la peine
au ministère des Outre-mer
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
DANS les couloirs de l’Élysée, un
conseiller d’Emmanuel Macron s’agace. « C’est toujours pareil avec le ministère des Outre-mer ! Il faut qu’il y ait
une crise pour qu’on découvre ce qu’ils
font… » En ce début mars, celle de
Mayotte entame presque sa deuxième
semaine. Annick Girardin vient de
rentrer de Saint-Martin où elle faisait
le point sur l’avancée des travaux de
reconstruction, six mois après l’ouragan Irma qui a dévasté l’île.
Pendant ce temps, la situation ne
cessait de se dégrader à Mayotte, où,
face à un phénomène massif d’immigration illégale, les habitants appelaient l’État à l’aide en décrétant la « grève générale contre
l’insécurité » et en érigeant des
barrages routiers. Une crise qui
a pris l’exécutif de court et placé
la ministre des Outre-mer dans
une situation inconfortable,
nourrissant les spéculations sur son remplacement.
Nombreuses
critiques
Une alerte suffisamment sérieuse,
d’ailleurs,
pour
qu’Emmanuel Macron et Édouard
Philippe lui apportent tous deux un
soutien appuyé en
Conseil des ministres en lui adressant
leurs « remerciements » et en saluant son « coura-
ge ». Il n’empêche, Annick Girardin
s’attire toujours de nombreuses critiques auprès des élus d’outre-mer.
Ceux de Nouvelle-Calédonie, venus
à Paris pour négocier avec Édouard
Philippe sur le référendum d’autodétermination, ont observé une ministre
en retrait, comme tenue à l’écart des
discussions. Lorsque le chef du gouvernement recevait en tête à tête chacun des représentants calédoniens
dans son bureau du premier étage,
Annick Girardin jouait surtout le rôle
de majordome, venant chercher les
uns et raccompagnant les autres dans
le salon du rez-de-chaussée. « Si on a
besoin de rien, c’est à elle qu’il faut demander », grince un participant en
s’agaçant du rôle « presque
contre-productif » de la ministre.
Avec Jean-Yves Le Drian,
Annick Girardin était la
seule rescapée de l’ère
François Hollande à rempiler. Secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie en 2014, elle avait
ensuite été nommée ministre de la Fonction publique en 2016. Lors
de la campagne
présidentielle,
elle avait appelé
à voter pour
Emmanuel
Macron dès
le premier
tour alors
que son parti,
le PRG, soutenait
Benoît Hamon. ■
A
modifiant son gouvernement, sous la
pression. Hors micro, il ne se prive pas
d’émettre aussi des critiques sur Jacques Mézard (Cohésion des territoires),
Stéphane Travert (Agriculture), Annick Girardin (Outre-mer) et, donc,
Françoise Nyssen. Ce qui ne l’empêche
pas en privé de décerner aussi des lauriers. Ses chouchous : Jean-Michel
Blanquer (Éducation), Gérald Darmanin (Action et Comptes publics), Muriel
Pénicaud (Travail), Marlène Schiappa
(Égalité femmes-hommes) ou l’un de
ses premiers soutiens historiques Gérard Collomb. Comme quoi, le nouveau
monde n’est pas si différent de l’ancien
monde. ■
AU TOUR du premier ministre de
mouiller la chemise sur l’Europe.
Après la longue séquence d’Emmanuel Macron la semaine dernière – à
Strasbourg, Épinal puis Berlin –,
Édouard Philippe a pris le relais jeudi
à Charleville-Mézières (Ardennes).
Accompagné de la ministre en charge
des Affaires européennes, Nathalie
Loiseau, le chef du gouvernement a
animé deux « consultations citoyennes », dans le cadre des débats au
sein de l’Union européenne. L’une
avec des jeunes apprentis, l’autre
avec des élus locaux.
Devant des étudiants d’abord, dans
un centre de formation d’apprentis,
Philippe s’est plié à l’exercice, répondant aux questions dans un vocabulaire plus relâché qu’à son habitude.
« Aller bosser en Angleterre, ça, c’est
la question à 100 balles ! », a-t-il lancé à un jeune qui souhaitait effectuer
sa formation par apprentissage dans
un pays européen. « En France, nous
les apprentis on a un statut bâtard, on
est un peu les travailleurs détachés
2.0 », a interpellé un élève en BTS
maintenance. Les réponses d’Édouard
Philippe se font alors techniques, ou
évasives. « On a besoin de montrer que
l’apprentissage, ça marche », insistet-il. Et de conclure son intervention
sur l’Europe : « C’est compliqué…
mais c’est beau. » Service minimum,
donc, et pas vraiment de message
fort. Mais des éclairages qui ont visiblement suffi à satisfaire ses interlocuteurs. « L’Europe, c’est compliqué
pour nous, reconnaît Jimmy, 17 ans,
apprenti chez PSA. Il a parlé de façon
à ce qu’on comprenne tous, il est vraiment accessible », félicite le CaroloMacérien, habillé d’un sweat blanc à
l’effigie du RC Lens.
Le chef du gouvernement ne s’est
pas appesanti, laissant volontiers la
parole à sa ministre Nathalie Loiseau,
spécialiste du sujet. Toute la journée,
il a aussi soigneusement évité les
questions des journalistes. Il faut dire
que la semaine est compliquée. Phi-
lippe se retrouve une nouvelle fois en
première ligne sur la SNCF et NotreDame-des-Landes. Sans compter que
Jean-Louis Borloo parasite son déplacement avec son rapport sur les banlieues. Dans ce contexte, les élections
européennes de 2019 paraissent très
lointaines… Jeudi après-midi, le chef
du gouvernement s’est adressé à une
petite trentaine d’élus locaux réunis
dans la salle polyvalente RaymondGourdin, à Glaire, commune de
moins de 900 habitants qui jouxte la
Belgique. « La pire des choses pour
l’Europe serait de ne pas en débattre »,
commence Philippe dans son introduction, se référant au président de la
République. « À l’origine de l’origine,
si on a créé l’Union européenne, c’est
pour arrêter de se taper dessus. »
Annick Girardin.
LUDOVIC MARIN/AFP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Borloo veut « faire revenir la République »
L’ex-ministre de la Ville a remis, jeudi,
à Édouard Philippe un plan
de « réconciliation nationale » pour
les 1 500 quartiers les plus défavorisés.
cadres de l’administration. Le concours
serait, au départ, « réservé aux jeunes des
quartiers prioritaires ». En matière de sécurité, le rapport préconise un fonds
POLITIQUE DE LA VILLE Durant des
« exceptionnel » doté de 100 millions
mois, avec des centaines d’élus et de resd’euros et qui devra être affecté « aux
ponsables associatifs, envoyé en mission
60 villes les plus en difficulté ».
par Emmanuel Macron, l’ancien ministre
Après la remise du rapport, jeudi made la Ville et père de l’Agence nationale
tin, Matignon a indiqué que le chef de
pour la rénovation urbaine, Jean-Louis
l’État allait s’en saisir et annoncerait en
Borloo, a dessiné son plan de bataille en
mai ce qu’il en retient pour un plan de
faveur des banlieues. Une mobilisation et
mobilisation en faveur des 1 500 quartiers
une collaboration inédites, destinées à
prioritaires labellisés « politique de la
secouer les montagnes de l’inertie admiville » (QPV) qui comptent au total 6 milnistrative.
lions d’habitants. « C’est sans doute un
Jeudi, Jean-Louis Borloo a remis son
excellent rapport, mais il faut que je le
rapport au chef du gouvernement,
lise », a glissé Édouard Philippe, en marge
Édouard Philippe. Un plan de « réconcid’un déplacement dans les Ardennes (lire
liation nationale » - rien de moins page 3). Un accueil plutôt froid pour ce
constitué de 19 programmes destinés à
rapport de 60 pages censées remobiliser,
produire « un effet blast, une spirale posiréinsuffler de l’énergie et des moyens fitive et une dynamique extrêmement puisnanciers.
sante ». La menace étant celle d’un
De quoi rappeler aux élus
« nouvel apartheid », le déveet aux responsables associaloppement des « incomprétifs engagés auprès de Jeanhensions » et des « frustraLouis Borloo - l’association
tions » qui « si nous n’y
des maires Ville et banlieue,
prenons pas garde entraîneet Bleu Blanc Zèbre en partiront replis communautaires,
culier - leur froide entrevue
identitaires,
xénophobes »,
du 15 mars avec Jacques Méargumente Borloo. Selon le
destinés à produire
zard, ministre de la Cohésion
rapport, le financement de
une «dynamique
l’État se ferait sur la base d’un extrêment puissante» des territoires. Quelques
jours après la rencontre, l’un
« fonds doté de 5 milliards
d’eux, Stéphane Gatignon,
d’euros provenant de la cesmaire de Sevran, en Seine-Saint-Denis,
sion des participations de l’État en 2018 ».
avait d’ailleurs démissionné, « usé » par
De quoi faire hurler beaucoup d’élus qui
le « mépris de l’État pour les banlieues ».
considèrent que l’argent ne peut être le
« C’est l’Élysée qui devait recevoir ce
nerf de la guerre.
rapport, mais pour des raisons de calenL’effort le plus important porterait sur
drier et vu le retard, Emmanuel Macron a
la rénovation urbaine, avec une fondadélégué en dernière minute la charge à
tion spécifique venant remplacer l’AgenÉdouard Philippe, d’où sa distance », anace nationale pour la rénovation urbaine
lyse un proche de Jean-Louis Borloo,
(Anru), noyée dans la bureaucratie. Mais
soucieux de calmer le jeu. Il faut dire que
au fil des 19 programmes du rapport - pel’ex-ministre de la Ville, au fil des pages,
tite enfance, éducation, culture, emploi,
égratigne sérieusement l’administration.
intégration, association, sécurité… -, les
L’état des lieux de la situation décrite
mesures jugées indispensables sont égredans le rapport est un couperet : « depuis
nées, chacune susceptible de susciter
quatre ans, la rénovation urbaine est à
l’enthousiasme ou les critiques.
l’arrêt, l’ambition originelle s’est perdue.
Borloo propose ainsi de créer une
La bureaucratie a progressivement pris le
« nouvelle juridiction administrative spépas sur la dynamique de projets. Le lien de
cialisée » : « la cour d’équité territoriale ».
confiance a été rompu. »
Elle serait « chargée de vérifier la mise en
« Je dois avouer ma stupéfaction d’avoir
œuvre des moyens de rééquilibrage des podécouvert à quel point le système était délitiques publiques » dans ces quartiers.
sinvolte et se mentait à lui-même », a inUne cour susceptible de condamner des
sisté jeudi Borloo. Sans parler des moyens
responsables d’administrations pour
déployés dans les quartiers qu’il juge « en
avoir manqué à leurs devoirs. Autre medessous du minimum républicain ». En
sure choc : la création d’une « académie
marge d’un rassemblement à Paris de
des leaders », comparable à l’ENA, accesl’association Ville et Banlieue, auquel ont
sible sur concours pour former des hauts
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
19
programmes
District Fédéral – Brésil
Service D’incendie Militaire
du Distrito Federal
Direction de Recrutement et Acquisitions
PUBLICITÉ
AVERTISSEMENT D’ENCHÈRE – NOUVELLE OUVERTURE
PROCLAMATION PRÉSENTIELLE INTERNATIONALE Nº 26/2017
PROCESSUS Nº 00053-00018378/2017-55/CBMDF.TYPE: Le Moindre prix. OBJET: Enregistrement
de Prix d’Équipements de Protection Individuelle – Bottes de Lutte contre l’Incindie, conforme les
spécifications techniques, les quantités et les exigences du Terme de Référence qui suit comme
Annexe I dans l’Annonce Officielle, ainsi que dans les documents constants du processus. LE
DICOA informe la NOUVELLE OUVERTURE de l’enchère, pour le jour 05/06/2018 à 14h. LOCAL:
Palácio Imperador Dom Pedro II, Brasília – DF, Brésil, CEP 70.620-000. RETRAIT DE L’ANNONCE
OFFICIELLE sur l’internet, sur les sites www.comprasnet.gov.br (UASG du CBMDF: 170394) ou
goo.gl/oJC4M9 Inf.: (+55-XX-61) 3901-3481 et (+55-XX-61) 3901-8565.
MARCELO TEIXEIRA DANTAS
Lt.Col. Directeur
du DICOA
AVERTISSEMENT D’ENCHÈRE – OUVERTURE
PROCLAMATION PRÉSENTIELLE INTERNATIONALE Nº 54/2017
A
PROCESSUS Nº 00053-00061417/2017-34/CBMDF.TYPE: Le Moindre prix. OBJET: Enregistrement
de Prix d’Équipements de Protection Individuelle – L’emsemble de Protection Individuelle pour
la lutte contre l’incindie structurel conforme les spécifications techniques, les quantités et les
exigences du Terme de Référence qui suit comme Annexe I dans l’Annonce Officielle, ainsi que
dans les documents constants du processus. LE DICOA informe l’OUVERTURE de l’enchère, pour
le jour 06/06/2018 à 14h. LOCAL: Palácio Imperador Dom Pedro II, Brasília – DF, Brésil, CEP
70.620-000. RETRAIT DE L’ANNONCE OFFICIELLE sur l’internet, sur les sites www.comprasnet.
gov.br (UASG du CBMDF: 170394) ou www.cbm.df.gov.br. Inf.: (+55-XX-61) 3901-3481
et (+55-XX-61) 3901-8565.
MARCELO TEIXEIRA DANTAS
Lt.Col. Directeur
du DICOA
participé Jacques Mézard et son secrétaire d’État, Julien Denormandie, ou encore
la maire PS de Paris, Anne Hidalgo, JeanLouis Borloo a parlé de son rapport comme du fruit d’un travail collectif. « Nous
sommes à un carrefour, soit on continue,
soit on devient un grand pays d’action », at-il lancé, dans un hommage appuyé aux
maires, ces nouveaux « hussards de la République », qui s’étaient réunis en octobre
à Grigny (Essonne) pour lancer un cri
d’alerte.
Ex-secrétaire d’État à la Ville lors du
précédent quinquennat, Hélène Geoffroy,
est enthousiaste. « Il faut tout prendre dans
ce plan, sinon nous tomberons à nouveau
dans un catalogue de mesurettes ». La maire PS de Vaulx-en-Velin n’est pas inquiète
Au Mirail, à Toulouse, les habitants
réclament surtout emploi et sécurité
JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET
£@jcmagnenet
TOULOUSE
À TOULOUSE, les habitants du Grand
Mirail savent ce que « rénovation urbaine » signifie. Ces dernières années, immeubles, dalles et rues ont été détruits ou
réaménagés au sein de cette « ville dans
la ville », qui regroupe près de 30 000 habitants… et identifiée comme une zone
de « reconquête républicaine » par le gouvernement.
Secteur Bellefontaine, vieilles barres
de dix étages et petits immeubles récents
sur trois niveaux entourent le centre
culturel Alban-Minville. Le ministre de
la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, y a rencontré ce jeudi matin élus
locaux, représentants de l’État et responsables associatifs. « Un symbole positif le jour où Jean-Louis Borloo remet son
rapport », sourit le maire de Toulouse,
Jean-Luc Moudenc.
Voilà une semaine, le Mirail était secoué par une série de violences urbaines :
soixante véhicules brûlés en quelques
nuits et vingt-quatre interpellations, à
l’issue d’affrontements avec les forces de
l’ordre. « Ici, on a besoin d’autorité et en
même temps de solidarité », a martelé
Jacques Mezard après cette table ronde.
Le ministre ne renie pas « l’action de
rénovation urbaine » menée jusqu’à présent. « Cela a résolu un certain nombre de
problèmes », reconnaît-il, rappelant que
la politique de la ville, selon lui, est avant
tout « interministérielle ». Le rapport
Borloo ? Jacques Mézard en attend un
« constat » et des pistes pour « repartir
sur un nouveau modèle ». « Nous espérons
clairement une relance de la politique de la
ville, qui ces dernières années ne semblait
“
Ici, on a besoin
d’autorité et en même
temps de solidarité
”
JACQUES MEZARD, MINISTRE DE LA COHÉSION
DES TERRITOIRES
plus être une priorité pour l’État », avance
de son côté Jean-Luc Moudenc, par
ailleurs président de France urbaine
- association regroupant les élus de
grandes villes et agglomérations.
D’autant que de nombreux quartiers,
comme le Mirail, sont « au milieu du
gué », souligne le directeur général de
l’Agence nationale pour la rénovation
urbaine (Anru), Nicolas Grivel. Depuis
2003, sous l’impulsion de cet organisme,
un total de 47 milliards a déjà été investi
collectivement, dans plus de 400 dossiers. « Dont 500 millions ici, au Mirail, qui
sera une fois encore un gros enjeu du prochain programme national, en cours de
discussion », chiffre le dirigeant.
Yassine habite à deux pas du centre
culturel Alban-Minville. Et du haut de
ses 14 ans, il se souvient des « ruelles dangereuses, en face, avant que des immeubles ne soient détruits ». « Il y a de la vie
dans ce quartier, ce n’est qu’une petite minorité qui le gâche, poursuit l’adolescent,
pointant les trafics de drogue. Il faudrait
plus de policiers sur le terrain. » Il croisera
peut-être cet automne la police de sécurité du quotidien, qui sera expérimentée
au Mirail. « Reconstruire est nécessaire,
mais pas suffisant », reconnaît Nicolas
Grivel. « Quand elles essaient de s’en sortir, les familles se heurtent à un plafond de
verre. Elles ont besoin d’accompagnement
pour le briser », complète Pascale Journé,
de l’association Bas d’immeuble.
En sortant de son local, le ministre n’a
pas pris le temps de s’arrêter au marché
de la Reynerie. Là, entre les étals de babioles, vêtements et valises, Hadih assure avoir décidé de quitter le Mirail et ne
voit « aucune solution » pour le quartier.
Adil, lui, l’a trouvée : « De l’emploi pour
les plus grands. Les petits suivront et arrêteront de cramer des bagnoles. » ■
Sacha Houlié : « Le président s’inspirera proba
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
LE PLAN Borloo n’est pas accueilli
avec un enthousiasme débordant par
les cadres de la majorité. « J’attends de
voir. Moi, je juge sur pièces », commente le député La République en
marche (LaREM) Sacha Houlié, invité
jeudi du « Talk-Le Figaro » . S’il salue
« l’audit assez sérieux » mené par l’ancien ministre, l’élu de la Vienne souligne que « certaines mesures » proposées par l’ancien ministre ont déjà été
adoptées par le gouvernement. « Ce
que je retiens dans ce plan, c’est qu’on y
annonce des rénovations urbaines. On a
déjà doublé les crédits à l’Anru
(Agence nationale pour la rénovation urbaine, NDLR), à 10 milliards d’euros. On annonce vouloir tout faire pour l’emploi dans
les quartiers. Il se trouve que l’on a
déjà fait les emplois francs », argumente le député parlant des aides
financières octroyées aux entreprises
qui recrutent un demandeur d’emploi
résidant dans un quartier prioritaire
de la politique de la ville.
Ce qui fait dire à Sacha Houlié qu’il
« faut coordonner l’ensemble » mais
que « tout n’est pas à jeter ou à refaire ». Et d’ajouter : « Le président s’inspirera probablement de certaines des
mesures » de Jean-Louis Borloo. On a
SACHA HOULIÉ, jeudi, dans le studio
du Figaro. LUCIEN LUNG/LE FIGARO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
POLITIQUE
dans les quartiers
5
Xavier Lemoine : « Je ne juge pas un plan
banlieues sur les milliards débloqués »
PROPOS RECUEILLIS PAR
PAUL SUGY £@pl_sgy
POUR le maire divers droite de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), la banlieue est d’abord victime d’une crise
culturelle.
LE FIGARO. - Le plan Borloo prévoit
5 milliards d’euros supplémentaires
pour les banlieues…
Xavier LEMOINE. - Je ne juge pas un
plan banlieues à l’aune des milliards
débloqués. Regardons les solutions
proposées, et si elles sont bonnes,
alors je suis d’accord pour qu’on y
mette l’argent public qu’il faut. L’État
a injecté 43 milliards d’euros avec
l’Agence nationale pour la rénovation
urbaine (Anru), créée en 2003. L’idée
semblait excellente, mais on n’a pas
donné aux bailleurs, aux policiers ou
aux magistrats les outils nécessaires
pour empêcher quelques familles de
nuire à tout leur voisinage. Je constate, hélas, que la sécurité n’est pas assez sérieusement envisagée par JeanLouis Borloo. Nous avons besoin de
règlements qui nous permettent, à
nous élus, et aux bailleurs ou aux syndics de copropriété, d’expulser les habitants qui nuisent au quartier : c’est
la crédibilité de nos institutions qui
est en jeu.
sur le financement. « Jean-Louis Borloo
reste celui qui est parvenu, par effets de leviers, à faire des miracles du premier plan
de l’Anru, sur la base de presque rien. » À
condition que l’exécutif fasse sien ce rapport. Le verdict est attendu le 22 mai. ■
Jean-Louis Borloo lors d’un
déplacement d’Emmanuel Macron
à Clichy-sous-Bois, en 2017.
B AUTISSIER/PANORAMIC
Rénover les bâtiments pour
économiser de l’énergie
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
APRÈS trois mois de concertation, le gouvernement a dévoilé jeudi un plan de
14 milliards d’euros visant à accélérer la
rénovation énergétique des bâtiments. Il
s’agit à la fois d’alléger la facture en énergie des Français et de réduire leur empreinte écologique.
Pour atteindre, comme prévu, la neutralité carbone à l’horizon 2050, la France
ne pourra se contenter d’installer des éoliennes ou des fermes solaires. Elle devra
aussi s’attaquer aux « passoires thermiques », ces logements, écoles et autres
bâtiments mal isolés qui exigent une
consommation excessive de chauffage ou
de climatisation. Les bâtiments résidentiels et tertiaires représentent ainsi 45 % de
la consommation en énergie et environ un
quart des émissions de gaz à effet de serre.
De nombreux dispositifs permettent
déjà de réaliser des travaux à moindres
frais, mais la plupart des foyers ignorent
leur existence ou se perdent dans le maquis des aides. « Un effort drastique de
simplification est à opérer », a reconnu
jeudi Nicolas Hulot, le ministre de la
Transition écologique et solidaire, en déplacement à Angers. L’exécutif avait déjà
annoncé pour 2019 la transformation du
Crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE), dont l’effet était différé, en
prime immédiate. Il vient d’y ajouter une
trentaine de mesures comme la simplification de l’écoprêt à taux zéro ou la mise
en place d’un guichet unique de la rénovation qui informera les citoyens sur les
dispositifs auxquels ils ont droit. Un fonds
de garantie étatique de 57 millions d’euros
sur trois ans, financé par EDF, favorisera
en outre l’accès aux prêts des ménages
modestes. Au final, Nicolas Hulot se fixe
comme objectif la rénovation de
500 000 logements par an, une ambition
déjà affichée sans succès par le gouvernement précédent. Moins de 300 000 rénovations sont en effet réalisées chaque année.
L’État va tâcher de montrer l’exemple
en consacrant 1,8 milliard d’euros sur
cinq ans pour améliorer la performance
énergétique de ses bâtiments. Quant aux
collectivités locales, elles disposeront de
3 milliards d’euros du grand plan d’investissement dont 2,5 milliards de prêts et
avances de la Caisse des dépôts pour rénover leurs écoles, crèches, hôpitaux, etc.
« Ce sera bien plus efficace que les prêts
croissance verte qui prévalaient jusquelà », apprécie Guillaume Perrin, spécialiste à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies, qui applaudit ce
plan «concerté et ambitieux». ■
Depuis le premier plan banlieues
de 1977, lancé par Jacques Barrot,
l’État a inventé les ZEP et les REP,
créé des logements sociaux, mené pas
moins de six plans différents pour
désenclaver les quartiers sensibles…
Pour quels résultats ?
Ils sont assez maigres, parce qu’on a
refusé de voir que la banlieue ne manquait pas seulement de moyens, mais
qu’il fallait restaurer l’autorité de
l’État et la culture française. Paradoxalement, en termes de qualité de
construction et de confort d’habitat,
le logement social est très supérieur à
la promotion privée. Mais on a tout
gâché en s’empêchant d’avoir des politiques de peuplement
réalistes et de bon sens,
comme du reste on les
conduit dans d’autres
pays. Aujourd’hui, une
schizophrénie absolue se
constate : on demande aux
élus qu’il y ait de la mixité
sociale, alors que les maires n’ont aucun droit de
regard sur les attributions
de logements sociaux.
Un immeuble d’habitation dans le quartier du Mirail à Toulouse.
quartiers : à Montfermeil, nous insistons sur l’éducation à la citoyenneté
et, plutôt que de faire des sorties à
Disneyland, nous emmenons nos jeunes visiter l’Assemblée nationale ou les
institutions européennes à Bruxelles.
On préfère leur transmettre des
connaissances que les divertir. Comment les jeunes pourraient
respecter ce qu’on ne leur
fait même pas connaître ?
Comment ramener
la sécurité dans
les quartiers ?
On ne pourra pas faire
l’économie d’un rapport
de force. Là encore, ce
n’est pas une question de
moyens : mettez plus de
Il faut faire
policiers, des gardiens de
nuit,
des caméras de surPar quels moyens
connaître,
veillance ou même de la
prétendez-vous sortir
respecter
musique de nuit pour berde cette ghettoïsation ?
et aimer
cer les gens… ça ne changeD’abord par la beauté de
ra rien ! Ce qu’il faut, c’est
l’architecture, de l’urbala culture
que les délinquants se sennisme et la qualité des esfrançaise,
tent réellement en danger,
paces publics : c’est ce qui
qu’elle soit
sans que les moyens déredonne dignité et fierté
ployés inquiètent la popuaux habitants. Je suis d’acpartagée
lation. Celle-ci sera au
cord avec Borloo là-despar tous
contraire responsabilisée,
sus : il faut débloquer des
XAVIER LEMOINE
elle fera plus confiance à la
moyens pour cela. Mais il
LIONEL GUERICOLAS/
VISUAL PRESS AGENCY
police, partagera des renfaut ensuite faire connaîseignements et acceptera
tre, respecter et aimer la
les interventions qui auront lieu dans le
culture française, qu’elle soit partagée
quartier : les délinquants n’auront plus
par tous. Cela passe par l’école et par
qu’à partir.
les activités proposées aux jeunes des
»
ANDBZ/ABACA
Parmi les propositions envisagées
par Jean-Louis Borloo figure celle
de renforcer la « préscolarisation »…
L’État peut essayer de prendre les
enfants au berceau, décider que les
classes ne doivent comporter que
douze élèves, voire seulement trois…
ce n’est pas le problème ! Le principal
mal dont souffre l’école, c’est l’important turnover des équipes enseignantes.
Elles
sont
instables,
connaissent peu les familles. Les enseignants sont jeunes et se retrouvent
là en première affectation, ils ne sont
pas préparés à affronter une classe.
C’est le même problème dans les
commissariats : nos quartiers ont besoin de rapports humains, un
« cœur-à-cœur » entre la population
et ceux qui sont à son service. L’école
a naturellement un rôle à jouer : en y
enseignant notre culture, notamment
grâce aux cours de français et d’histoire, on fait passer des valeurs fondamentales comme l’égalité entre
hommes et femmes, la laïcité et la liberté de conscience de chacun. Mais
il faut aussi responsabiliser les parents. Commençons par enseigner le
français à tous les adultes, et alors
seulement on leur donnera une autonomie. Ils n’auront plus besoin de
leurs enfants comme interprètes. J’ai
vu des trajectoires familiales se normaliser comme cela, je suis témoin
que c’est possible de redonner aux
parents les moyens d’assumer pleinement leur rôle. ■
vu plus dithyrambique. Sacha Houlié
glisse au passage que « si on décrète des
choses pour les quartiers, ça ne se fera
jamais » car « ce qui se décrète ne s’applique pas ». Et de fustiger « la stratégie
du coup de peinture » et « l’éternel plan
de rénovation urbaine ». Une politique
vaine, estime-t-il « car on ne traite pas
la situation réelle des gens ». Lui veut
« prendre la main des 500 000 personnes
qui sont en bas des quartiers et qui ne
travaillent pas parce que, lorsqu’elles
déposent un CV, elles ne sont pas rappelées ».
Alors que Stéphane Gatignon a récemment démissionné de son mandat
de maire de Sevran (Seine-Saint-Denis) et que d’autres édiles de banlieue
menacent de faire de même, Sacha
Houlié assure que la majorité « a compris » la « grogne » des élus locaux « à
qui on promet des milliards et des milliards depuis des années » et qui « se disent que ça ne sert pas à grand-chose ».
Au gouvernement, il faudra trouver
le ministre capable de prendre le dossier à bras-le-corps. « Il faut celui qui a
envie de prendre beaucoup de coups. Car
on ne répare pas trente ans de politique
de la ville qui n’a pas fonctionné sans
s’exposer. Il faut quelqu’un d’absolument déterminé qui sait écouter », affirme Sacha Houlié, car il y a « des personnes qui se disent in fine que ces
territoires ont déjà beaucoup été irrigués
et que ça a apporté peu de résultats ». ■
A
blement de certaines mesures »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
L’irrésistible
ascension
de Mike Pompeo
L’ambitieux Mike Pompeo
(ici le 18 avril à Washington)
symbolise la rencontre
entre le radicalisme libertarien
du Tea Party et le populisme
autoritaire de Trump.
AARON P. BERNSTEIN/REUTERS
contraintes du multilatéralisme. Aux démocrates qui redoutent un ministre béni-oui-oui, il a assuré : « La confrontation
directe ne me fait pas peur. » Inversement, le républicain Rand Paul craint
qu’il ne pousse Trump vers un interventionnisme contraire à ses promesses.
« Quand on me traite de faucon, les bras
m’en tombent, a-t-il dit aux sénateurs.
Personne n’appréhende plus la guerre que
ceux qui ont servi sous l’uniforme. Je préférerais atteindre les objectifs du président
par une diplomatie inlassable. »
Le nouveau chef de la diplomatie
américaine déploie son ambition
dans le sillage de Donald Trump,
dont il pourrait être l’héritier.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Confirmé jeudi par le Sénat, Mike Pompeo va passer de l’ombre à
la lumière en déboulant dans l’austère
bâtiment de Foggy Bottom, le siège du
département d’État à Washington. Député quasi anonyme pendant la première
moitié de la décennie, directeur de la CIA
largement tenu au secret depuis quatorze
mois, cet ambitieux de 54 ans accède enfin aux premières loges de la politique
américaine, certain d’attirer les projecteurs du monde entier.
Il n’en faut pas moins pour satisfaire
son appétit de pouvoir et de renommée,
stimulé par une épouse omniprésente,
Susan. Après avoir soutenu Marco Rubio
durant les primaires, Pompeo s’est mis
avec enthousiasme au service de Donald
Trump, qui s’émerveille de sa loyauté.
« Nous sommes toujours sur la même longueur d’onde, nous avons un mode de pensée très similaire », a déclaré le président
en annonçant sa promotion. Pour cultiver cette connivence, il s’est imposé
quasiment chaque jour au briefing sur le
renseignement, allant jusqu’à squatter
un bureau dans l’Eisenhower Executive
Building, qui jouxte la Maison-Blanche.
Habile à « gérer » le président, le directeur de la CIA s’est subtilement imposé
comme le remplaçant naturel de Rex
Tillerson. « Mike est ce dont j’ai besoin
comme secrétaire d’État, assure Trump. Il
a une formidable énergie et un formidable
intellect. »
Derrière son physique de fort des Halles, Pompeo est un fort en thème. Il est
sorti major de l’Académie militaire de
West Point en 1986 et a obtenu un mastère de droit à Harvard en 1994, contribuant au prestigieux Harvard Law Journal – son seul point commun avec Barack
Obama. Entre-temps, il a servi cinq ans
“
Il a une idée claire
des responsabilités et des
intérêts de l’Amérique.
Il se peut que le président
écoute, et soit modéré, par
un faucon responsable
dans les blindés, jusqu’au grade de capitaine, mais le front le plus chaud qu’il ait
connu fut celui de la guerre froide, le long
du rideau de fer. Dans la foulée, ce natif
de Californie s’est installé au Kansas où il
a racheté, avec trois camarades de West
Point, un fabricant de pièces d’avions.
Parmi ses investisseurs figuraient les frères Koch, puissants pétroliers connus
comme des faiseurs de rois dans les cercles républicains. Avec leur soutien, il
s’est présenté au Congrès en 2010 dans la
mouvance du Tea Party. Il a depuis été
confortablement réélu à trois reprises.
”
BRET STEPHENS, CHRONIQUEUR CONSERVATEUR
“
Nous sommes toujours
sur la même longueur
d’onde, nous avons
un mode de pensée
très similaire
DONALD TRUMP
”
Mike Pompeo symbolise la rencontre
entre le radicalisme libertarien du Tea
Party et le populisme autoritaire de
Trump. À la Chambre des représentants,
il a résolument campé à la droite du Parti
républicain : opposé à l’avortement
même en cas de viol ou d’inceste, sauf s’il
en va de la vie de la mère ; membre à vie
de la NRA, noté « A » pour sa défense du
droit d’être armé ; avocat des méthodes
d’interrogatoire « musclées » de la CIA et
du programme de surveillance électronique des citoyens par la NSA ; corédacteur
d’une proposition de loi fermant le pays
aux réfugiés d’où qu’ils viennent ; opposé
aux régulations environnementales comme à l’étiquetage des OGM ; soupçonné
d’islamophobie pour avoir accusé les leaders musulmans américains de « silence
complice » sur les attentats ; enclin au
conspirationnisme jusqu’à insinuer
qu’Obama voulait promouvoir la charia…
La première fois que Mike Pompeo
s’est fait remarquer au Congrès, ce fut
après l’attentat de Benghazi qui coûta la
vie en 2012 à l’ambassadeur américain en
Libye. Siégeant à la commission d’enquête parlementaire créée entre 2014
et 2016, il a mené une vendetta personnelle contre Hillary Clinton, corédigeant
un rapport de 48 pages sur sa « culpabilité
morale », en rupture avec les conclusions
de la majorité républicaine. Il y accuse le
département d’État d’avoir été « plus
préoccupé par la politique et l’héritage de
Mme Clinton que par la protection de son
personnel à Benghazi ». Un bon point aux
yeux de Trump. S’y ajoute une sévérité
implacable envers les auteurs de « fuites » comme Edward Snowden, ancien
contractuel de la NSA exilé à Moscou,
qu’il juge « passible de la peine de mort
pour avoir mis en danger la sécurité de nos
soldats ».
Plus faucon que le président sur la
Russie, il le rejoint sur le comportement
« pernicieux » de l’Iran et les « lacunes
flagrantes » de l’accord nucléaire. Sceptique sur les chances de la diplomatie en
Corée du Nord, il n’en a pas moins joué
les émissaires secrets à Pyongyang début
avril. Le nouveau secrétaire d’État partage avec Trump la conviction que la puissance américaine est au-dessus des
Ces engagements n’ont qu’à moitié
convaincu. Confirmé pour la CIA en janvier 2017 avec une quinzaine de voix démocrates (66 contre 32), Pompeo a passé
de justesse le cap du Sénat pour le département d’État, avec 57 voix contre 42. Il
avait pourtant mis l’accent sur son intention de régénérer un ministère en pleine
crise, où 60 % des postes de direction et
plus de 50 ambassades sont toujours sans
titulaire. À la CIA, Pompeo avait su gagner la confiance du personnel tout en
cultivant celle du président, malgré leurs
antagonismes. Il s’est par exemple opposé au transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, craignant que la décision
ne mette ses agents en danger. « Il a une
idée claire des intérêts et des responsabilités de l’Amérique, assure le chroniqueur
conservateur Bret Stephens. Il se peut que
le président écoute un faucon responsable,
et soit modéré par lui. »
Pour la communauté internationale,
c’est un encouragement à l’optimisme.
Même en émissaire zélé de « L’Amérique
d’abord », le chef de la diplomatie n’est
pas du genre à brûler ses vaisseaux ou à
insulter l’avenir. Son ambition ne s’arrête pas à Trump et si la place d’héritier
reste à prendre, elle suppose de survivre
au patriarche. Sa marque – l’idéologie
sans l’impulsivité – lui garantit une place
à la table de décision, au côté d’un autre
partisan de « la paix par la force » : John
Bolton, 69 ans, nouveau conseiller à la
sécurité nationale. Principale différence,
Mike Pompeo a l’avenir devant lui. ■
Israël s’inquiète de la livraison de S-300 russes à la Syrie
Les systèmes de défense antiaérienne seraient destinés à protéger les forces
iraniennes présentes en Syrie de frappes préventives de l’aviation israélienne.
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT Les dirigeants israéliens ont accueilli la nouvelle avec une
nervosité mal contenue. Selon le lieutenant-général Sergueï Roudskoï, chef de
la principale direction opérationnelle
de l’état-major russe, Moscou va fournir « très prochainement » un nouveau
système de défense antiaérienne à l’armée de Bachar el-Assad. Cette livraison
semble avoir été décidée en réponse
aux frappes menées par les États-Unis,
la France et la Grande-Bretagne, le
14 avril dernier, contre plusieurs sites
militaires syriens. Le journal Kommersant, citant une source informée, annonçait dès mardi le transfert imminent de batteries S-300 et évoquait des
conséquences « catastrophiques pour
toutes les parties » en cas de frappes de
l’État hébreu contre ces installations.
Avigdor Lieberman, le ministre israé-
lien de la Défense, a de son côté prévenu : « Si ces systèmes d’armes russes
sont utilisés contre nous en Syrie, nous
les détruirons. »
“
C’est sans doute
pour prévenir une escalade
entre Israël et l’Iran
que Moscou cherche
à tracer des limites
”
OFER ZALZBERG, ANALYSTE À CRISIS GROUP
La livraison d’un tel dispositif à l’armée syrienne, déjà envisagée par le
passé, avait été plusieurs fois ajournée à
la demande d’Israël. Les batteries S300, développées à la fin des années
1970 mais régulièrement modernisées
depuis lors, « sont plus précises, plus efficaces et ont une portée bien supérieure
aux systèmes dont le régime de Bachar
el-Assad dispose à l’heure actuelle », ré-
sume Assaf Orion, ancien général de
brigade et chercheur à l’Institut israélien d’études pour la sécurité nationale.
Il ajoute : « Leur déploiement va inévitablement limiter la marge de manœuvre
de notre armée de l’air dans le ciel de la
Syrie et du Liban – même si celle-ci a par
le passé montré sa capacité à déjouer ce
genre de dispositifs. » Une situation
d’autant plus complexe que les nouvelles batteries seront, au moins dans un
premier temps, opérées par des militaires russes dont l’armée israélienne ne
voudra sans doute pas prendre le risque
de faire des victimes collatérales.
L’État hébreu, qui indique avoir frappé plus d’une centaine de convois et de
dépôts d’armes destinés au Hezbollah
depuis début 2013, jouissait jusqu’à
présent d’une grande liberté d’action.
La Russie, engagée depuis septembre
2015 dans une opération de sauvetage
de Bachar el-Assad, a en effet longtemps choisi de détourner le regard.
Mais elle a récemment changé de ton
PASCAL PAVAGEAU
A
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE FORCE OUVRIÈRE
Benjamin SPORTOUCH - RTL / Yves THREARD - LE FIGARO / Christophe JACKUBYSZYN - TF1/LCI
Dimanche 29 avril 2018 I 12H-13H
Le système russe de défense antiaérienne S-300
Menace
Missile sol-air
S-300
Silos
à missile
STATION DE COMMANDEMENT
ET DE CONTRÔLE
1
Une cible est identifiée.
L’ordre de lancement est
donné au radar d’engagement.
CAMION LANCEUR
TOUT-TERRAIN
RADAR D’ENGAGEMENT
2
Les informations pour le
lancement sont envoyées
au véhicule support.
Source : Graphic News
lorsque l’aviation israélienne s’est mise
à attaquer des bases militaires iraniennes sur le sol syrien. Lundi 9 avril, Moscou l’a pour la première fois publiquement mise en cause après qu’une frappe
contre une base située entre Homs et
Palmyre a fait quatorze morts dont sept
membres des gardiens de la révolution.
Lors d’un échange téléphonique organisé depuis lors, Vladimir Poutine a prié
Benyamin Nétanyahou de « s’abstenir
de toute action déstabilisatrice ». Mais
les dirigeants israéliens restent déterminés à empêcher une implantation
durable de l’Iran à leur frontière nord,
et ce quel qu’en soit le prix.
Une partie des commentateurs a interprété la livraison annoncée de batteries S-300 à la Syrie comme le signe que
3
Le missile est guidé par
le radar d’engagement
vers sa cible.
Infographie
Moscou s’apprête à prendre parti contre
l’État hébreu. Ofer Zalzberg, analyste au
centre de réflexion International Crisis
Group, estime pour sa part que « les Russes sont surtout en train de redéfinir les
règles du face-à-face entre Israéliens et
Iraniens en Syrie ». « Ils voient bien, détaille-t-il, que le conflit de plus en plus
ouvert entre ces deux puissances est en
train de mettre en péril leurs efforts pour
stabiliser le gouvernement de Bachar elAssad, et c’est sans doute pour prévenir
une escalade qu’ils cherchent à tracer des
limites. D’un côté, ils viennent de faire savoir qu’ils refuseront la création d’un port
iranien à Tartous. De l’autre, il est possible qu’ils s’apprêtent à renforcer la protection de certains sites iraniens contre
d’éventuelles frappes israéliennes. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
INTERNATIONAL
7
En Arménie, le système oligarchique
vacille mais ne rompt pas
Les manifestations
contre un régime
jugé « corrompu »
se poursuivent
malgré la démission
du premier ministre,
Serge Sarkissian.
Des millliers d’opposants
au régime ont manifesté
dans le centre d’Erevan,
jeudi en Arménie.
VANO SHLAMOV/AFP
RÉGIS GENTÉ
ENVOYÉ SPÉCIAL À EREVAN
CAUCASE Après la démission lundi du
premier ministre, Serge Sarkissian, sous
une immense pression populaire, le député Nikol Pashinian espérait que mercredi serait le jour de reddition pour les
clans qui tiennent le pouvoir de la petite
république caucasienne. Il n’en fut rien.
La veille, dans la nuit, le chef de gouvernement par intérim, Karen Karapetian,
homme des Russes s’il en est, avait refusé
de rencontrer Pashinian, reprochant à
celui-ci de dicter ses conditions.
Alors, Pashinian, toujours vêtu de son
tee-shirt treillis, lesté de son sac à dos et
de sa casquette de baseball, est reparti
dans les rues d’Erevan pour drainer derrière lui des dizaines de milliers de ses
compatriotes. Sur l’avenue Mashtots,
Sergey, un vétérinaire d’une quarantaine
d’années, reprend en chœur les « miatseq » (« rejoignez-nous… ») scandés par
la foule, tandis que le flot s’épaissit à chaque carrefour. Aux fenêtres, des femmes
tambourinent sur leurs casseroles. « On
en a ras le bol de cette clique au pouvoir. Ils
confisquent à leur profit tous les secteurs de
l’économie. Dans mon domaine, celui de
l’alimentaire vétérinaire, les responsables
sont nommés uniquement par piston ou
parce qu’ils sont en affaire avec quelqu’un
du gouvernement, ou bien connectés.
Quant aux importations, de poulets par
exemple, seules deux entreprises sont
autorisées à se partager le marché », raconte Sergey.
Mercredi soir, ils étaient peut-être
100 000 autour de la place de la République, après une nouvelle journée
d’euphorie, de concerts de klaxons, de
drapeaux rouge-bleu-orange accrochés
aux fenêtres des autos, de danses caucasiennes improvisées… « Nikol », comme
l’appellent ses supporters, « promet de
mener la révolution jusqu’à son terme ». Il
se dit prêt à prendre ses responsabilités
150 km
RUSSIE
Mer
Caspienne
GÉORGIE
ARMÉNIE
Erevan
TURQUIE
AZERBAÏDJAN
fois subtile, achetant les uns ou les autres,
même les voix critiques, sans que cela apparaisse toujours comme une grossière récupération », dénonce Mher Arshakyan,
un juriste et activiste politique de tous les
combats depuis quelques années.
“
C’est un État failli
à bien des égards,
mais les groupes qui
le tiennent ont totalement
verrouillé le pays
”
MHER ARSHAKYAN,
JURISTE ET ACTIVISTE POLITIQUE
AZER.
IRAN
Haut-Karabakh occupé par l’Arménie
Infographie
comme premier ministre, notamment
pour convoquer au plus vite de nouvelles
élections parlementaires, mais il se heurte au système arménien.
« C’est un État failli à bien des égards,
mais les groupes qui le tiennent ont totalement verrouillé le pays. Ils contrôlent tout :
l’économie, les administrations, les organes de force, les groupes criminels, ou les
médias, tenus par le gendre de M. Sarkissian. Ils le font parfois de façon rude, par-
« Ce genre de système oligarchique, clanique, est quasi impossible à détruire en
réalité. Ici, avec la chute de Serge Sarkissian, il a reçu un sérieux coup. M. Sarkissian en était la clé de voûte. S’il est tombé,
c’est aussi parce que la jeune génération de
dirigeants de son parti, qui ont été éduqués
en Occident et parlent anglais ou français,
ne le soutenait plus beaucoup. Mais reste la
vieille garde, les cartels qui tiennent l’économie et les finances du pays. Il n’y a pas
d’autre choix que de composer avec elle,
mais cela va poser un gros problème parce
qu’elle est extrêmement réticente à toute
réforme de l’économie », explique Richard
Giragosian, directeur du think-tank Regional Studies Center, basé à Erevan.
Nikol Pashinian est-il l’homme de la
situation ? Question doublement importante, car, au-delà des rapports entre les
oligarques et le probable futur gouvernement qui devrait naître de cette « révolution de velours », le facteur russe joue un
rôle clé en Arménie. Le pays ne peut pas
se passer du soutien de Moscou, que ce
soit pour sa sécurité (ses frontières sont
totalement fermées avec la Turquie, qui
ne reconnaît pas le génocide arménien de
1915, et l’Azerbaïdjan, avec qui il est en
conflit au sujet du Haut-Karabakh) ou
son économie (plus de 500 000 citoyens
arméniens, sur une population de moins
de trois millions, sont migrants du travail
en Russie). Or Moscou est plutôt favorable à ce genre de régime, plus facile à
« gérer » que des démocraties.
« Pashinian n’est pas du système, en
même temps il ne faut pas oublier qu’il a
accepté de collaborer avec celui-ci. Par intérêt ou parce qu’il pensait que c’était le
seul moyen de faire progresser les choses ?
Je ne sais pas… Mais il a collaboré au point
de reconnaître les résultats des élections
parlementaires d’il y a un an. Et en même
temps, c’est bien lui qui a porté ce mouvement populaire. Une fois au pouvoir, serat-il capable de lutter contre ce système
corrompu si puissant mais qui convient au
fond à Moscou ? » se demande le cadre
d’un parti politique, qui a été proche de
M. Pashinian. ■
EN BREF
Trump pourrait
changer d’attitude
dans l’enquête russe
Le président américain
a de nouveau estimé que l’enquête
russe du procureur spécial Robert
Mueller constituait une « chasse
aux sorcières » face à laquelle
il avait adopté une attitude
de distance. « Je n’ai pas à adopter
cette attitude et peut-être que
je vais en changer », a-t-il dit.
Afghanistan :
un homme politique tué
Un homme politique a été tué dans
une embuscade près de Kaboul,
a-t-on appris jeudi, jour où
les talibans ont mené une série
d’attaques aux quatre coins de
Afghanistan après avoir lancé la
veille leur offensive de printemps.
Les Philippines
ferment Boracay
Les Philippines ont fermé jeudi
pour six mois l’île la plus courue
de l’archipel, victime du tourisme
de masse et devenue d’après
le président Rodrigo Duterte
une « fosse septique ».
ARTCURIAL
Turquie : prison ferme pour
les journalistes de « Cumhuriyet »
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
PROCÈS C’est un nouveau coup de ciseaux pour la presse turque. À l’issue
d’un procès-fleuve, étalé sur de longs
mois, quatorze collaborateurs du quotidien d’opposition ont été condamnés,
mercredi, à des peines allant de deux ans
et demi à huit ans de prison pour leur
soutien à des « organisations terroristes ». La justice les accuse d’avoir appuyé, « sans en être membres », le Parti
des travailleurs du Kurdistan (PKK),
l’organisation marxiste du Front de la libération du peuple révolutionnaire
(DHKP-C) et le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, accusé d’avoir fomenté le putsch raté de juillet 2016 – bien
que, comble de l’absurde, ces organisations soient connues pour être hostiles
les unes envers les autres.
« Ce verdict est choquant. Il ne comporte
aucune preuve (…) Ce n’est qu’un mécanisme de contrôle pour contraindre les
journalistes au silence et pour les intimider », s’est empressée de déclarer Caroline Stockford, de l’International Press
Institute, après l’annonce du verdict prononcé à la nuit tombée dans l’enceinte du
tribunal de la prison de Silivri. Sous le
choc, mais déterminée à faire valoir ses
droits, l’équipe incriminée de Cumhuriyet
s’est réunie au complet au journal dès
jeudi matin. « Vous aurez honte devant
l’histoire », titrait dès mercredi soir le
quotidien sur son site Internet.
Arrêtés à l’hiver 2016, et placés en détention préventive, les quatorze collaborateurs de Cumhuriyet avaient progressivement été remis en liberté conditionnelle
sous contrôle judiciaire au cours de ces
derniers mois. Mercredi, le patron du
journal, Akin Atalay, le dernier à se trouver encore derrière les barreaux, a été
condamné à huit ans de prison, même s’il
a pu enfin recouvrer à son tour la liberté
en attendant la procédure d’appel.
« L’existence même du journal
est perçue comme un crime »
Les autres reporters condamnés ne sont
pas non plus écroués. Mais si leur appel
est rejeté, les peines à endurer sont particulièrement lourdes : sept ans et demi
pour Murat Sabuncu, le rédacteur en
chef du journal, pour le journaliste Aydin Engin et pour le reporter vedette
Ahmet Sik. L’éditorialiste Kadri Gürsel
écope, lui, de deux ans et demi de prison
tandis que le caricaturiste Musa Kart reçoit une peine de trois ans et neuf mois.
Orhan Erinc, 82 ans, a pour sa part été
condamné à six ans et trois mois. Trois
prévenus ont cependant été acquittés,
dont Turhan Günay, qui dirige le supplément littéraire de Cumhuriyet.
«C’est le journalisme qui est poursuivi
ici », a déclaré Kadri Gürsel, en dénonçant le manque de preuves dans ce procès
devenu le symbole d’un pouvoir qui
s’acharne à réduire au silence l’un des
derniers organes de presse indépendante
du pays. « L’existence même de Cumhuriyet est perçue comme un crime », a
ouvertement déploré Fikret Ilkiz, l’un des
avocats de la défense, lors de son ultime
plaidoirie. Selon l’organisation Amnesty
International, l’État d’urgence, décrété
après le coup d’État avorté de juillet 2016,
et sans cesse renouvelé, contribue à bafouer d’autant plus la liberté d’expression. « En se prévalant de l’état d’urgence,
les autorités turques ont entrepris, de manière méthodique, de démanteler la société
civile, d’enfermer les défenseurs des droits
de l’homme, de fermer des organisations et
de créer un climat de peur étouffant »,
constate Gauri van Gulik, directrice du
programme Europe d’Amnesty, dans un
nouveau rapport dénonçant la répression
en cours. D’après le dernier classement de
la liberté de la presse établi par l’ONG Reporters sans frontières, la Turquie occupe
la 157e place sur 180.
Le verdict de Cumhuriyet, qui tombe
quelques jours après l’annonce d’élections
anticipées (le 24 juin) par le président Erdogan, pourrait néanmoins être reconsidéré en fonction des résultats du scrutin,
estiment certains observateurs. ■
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Blanquer
veut recadrer
les enseignants
Dictée quotidienne, « leçon » de grammaire,
calcul mental… À travers quatre notes
de service, le ministre fait
des recommandations très précises.
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
ÉDUCATION Pour le ministre de l’Éducation, c’est la concrétisation d’un
changement impulsé depuis l’automne,
qui promet d’impacter tant les pratiques pédagogiques et contenus scolaires, que le pilotage des troupes enseignantes. En publiant, le 26 avril, quatre
notes de service signées de sa main sur
l’enseignement de la lecture, de la
grammaire, des mathématiques et la
résolution de problèmes, Jean-Michel
Blanquer veut fixer un cap clair aux enseignants. Pourtant, en faisant cette
annonce par une interview au Parisien,
avant même la publication des textes au
Journal officiel, et ce, en pleines vacances scolaires, c’est bien à l’opinion publique qu’il adresse son message.
Fini l’apprentissage « mixte » de la
lecture, alliant méthode syllabique et
méthode dite « globale », cette dernière
étant
aujourd’hui
unanimement
condamnée. Enterré le fameux « prédicat », ce concept grammatical non identifié, inscrit dans les programmes par la
précédente majorité, sous Najat Vallaud-Belkacem. Place à l’« automatisation » de la lecture, à la dictée quotidienne, au calcul mental à raison de
15 minutes par jour, et retour de la « leçon » de grammaire… Des mots qui font
mouche auprès des parents mais qui
provoquent des grincements de dents
du côté de la mouvance « pédagogiste »,
qui oppose à cela la nécessité de « donner
du sens » aux apprentissages et critique
vertement la démarche « autoritaire »
du ministre Blanquer.
La « liberté pédagogique » - si chère
aux professeurs et inscrite dans les
textes depuis la loi Fillon de 2005 - n’est
pas « l’anarchie pédagogique », a expliqué Jean-Michel Blanquer. Des mots
forts, utilisés en décembre déjà, lors de
la présentation des résultats catastrophiques des écoliers de CM1 en compréhension de l’écrit (- 14 points en quinze
ans), dans le cadre de l’étude Pirls. Le
ministre veut remettre de l’ordre dans
les pratiques, très hétérogènes, des enseignants. Et pour cela, il formule des
recommandations extrêmement précises. À l’école primaire et au collège, il
fixe le nombre d’ouvrages à lire, chaque
année. À partir de la cinquième, les élèves devraient ainsi lire, en parallèle
d’œuvres de la littérature jeunesse, « au
moins trois œuvres complètes du patrimoine en lecture intégrale ». Il précise :
« Les professeurs ne doivent pas préjuger
des capacités ni du goût de leurs élèves
pour la lecture de textes considérés comme exigeants. » Un message clair aux
défenseurs d’une pédagogie qui devraient s’adapter à l’élève du XXIe siècle
et à ses centres d’intérêt. Trop injonctif ?
Jean-Michel Blanquer dans une école maternelle de Toulouse, en novembre 2017.
Ce n’est pas l’avis du Syndicat national des écoles (SNE), qui, à contre-courant du Snuipp-FSU, le premier syndicat d’enseignants du primaire, adhère
pleinement à la vision du ministre.
« Les enseignants, qui aujourd’hui crient
au scandale, n’ont pas invoqué leur liberté pédagogique lorsque hier la doxa à
l’œuvre depuis les années 70 dans l’Éducation nationale recommandait de ne
plus utiliser de manuels au CP ou de faire
moins de dictées ! » s’emballe Pierre Favre, le président du SNE. Il y a plus de
quinze ans, alors enseignant de CM1, il
raconte s’être fait « recadrer » par son
F. CHARMEUX/PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXP
inspecteur parce qu’il pratiquait « la
dictée quotidienne ». Pour Pierre Favre,
les recommandations de l’actuel ministre relèvent tout simplement du
« bon sens ». « Elles vont permettre de
libérer beaucoup de professeurs, cette
majorité silencieuse qui pratique presque
clandestinement des méthodes explicites
éprouvées », estime-t-il.
« Le ministre voudrait faire croire aux
parents qu’il existe une recette magique !
C’est oublier qu’il n’a pas un convive
autour de la table, mais des classes d’une
trentaine d’élèves aux profils divers »,
attaque de son côté la secrétaire géné-
Distribué aux professeurs, un guide scelle
le grand retour de la méthode syllabique
L’apprentis« sage
qui
explicite des
correspondances
graphèmesphonèmes
est le seul
à offrir
à l’enfant
la liberté
de lire
»
STANISLAS DEHAENE,
NEUROSCIENTIFIQUE
IL FAUDRA désormais utiliser
en CP des cahiers de format
17 × 22 cm, utilisant la réglure
Séyès, du nom de ce libraire
papetier du XIXe siècle… Dans
Pour enseigner la lecture et
l’écriture au CP, un guide orange de 130 pages élaboré par
l’Éducation nationale, le cadre
fixé est on ne peut plus précis.
L’ouvrage scelle le grand retour de la méthode syllabique,
annoncé par le ministre depuis
plusieurs mois. Il pointe « les
écueils de la méthode mixte ».
Laquelle, dominante dans les
classes, allie la très critiquée
méthode « globale » (la reconnaissance des mots sans forcément les déchiffrer) et la méthode syllabique. Dans les
classes, le dosage pratiqué par
les enseignants est très variable.
Et le ministre entend justement
uniformiser les pratiques. Le
guide reprend largement les
conclusions du neuroscientifique Stanislas Dehaene, nommé par Jean-Michel Blanquer à
la tête d’un tout nouveau
« conseil scientifique de l’Éducation nationale ». « La méthode
globale est issue d’une idée généreuse : refuser le “dressage” des
enfants, que l’école primaire est
parfois accusée de transformer
en petites mécaniques à ânonner », écrit notamment le chercheur dans son ouvrage Les
Neurones de la lecture. Mais il
précise que « paradoxalement,
l’apprentissage qui explicite des
correspondances graphèmesphonèmes est le seul à offrir
à l’enfant la liberté de lire, car lui
seul donne accès à de nouveaux
mots ». Pour « libérer » le cerveau, il faut « automatiser » la
lecture, explique-t-il en substance.
Le guide orange
Pour accompagner les enseignants sur cette voie, le guide
orange recommande fortement
l’usage d’un manuel scolaire. À
ce jour, 30 % des enseignants
n’en utilisent pas. Ils élaborent
leurs propres supports. Ce qui
aboutit au « montage hétéroclite
de documents qui interroge la
structuration et la cohérence des
apprentissages des élèves », explique le guide. Encore faut-il
choisir le bon manuel. Que
doit-il contenir ? « L’étude du
code doit être la composante dominante du manuel de lecture au
CP », est-il clairement indiqué.
Le guide consacre aussi un
chapitre au repérage des difficultés en lecture, appelant les
enseignants à faire la distinction
entre « difficultés scolaires et
troubles cognitifs ». Et de rappeler que la dyslexie a pour origine un « trouble neurobiologique ». « Dès le cours préparatoire, les enseignants doivent
repérer le plus tôt possible les enfants en difficulté de lecture sans
préjuger de la cause. Un diagnostic formel de dyslexie ne
peut pas être posé avant la fin du
CE1 », pose le guide, qui rappelle qu’en France le nombre d’orthophonistes a augmenté de
72 % entre 1995 et 2010. Et qu’ils
surfent sur les difficultés de lecture des élèves. ■
C. B.
Pays basque : les Français organisent la paix
Alors qu’ETA devrait annoncer sa dissolution, des médiateurs proposent une rencontre internationale.
PAULINE BOYER
BORDEAUX
SÉPARATISME La voie vers la paix au
Pays basque est-elle bel et bien tracée ?
Vers la fin d’ETA (Euskadi Ta Askatasuna
– Pays basque et liberté) du moins, tout
porte à le croire. Ces derniers jours, les
symboles forts se sont multipliés et ont
donné de bonnes raisons d’espérer à tous
ceux qui appellent de leurs vœux la fin
véritable du conflit basque. L’organisation séparatiste devrait en effet annoncer sa dissolution dans les premiers jours
du mois de mai. Il y a une semaine, elle a
déjà demandé « pardon » aux victimes
du conflit par le biais d’un communiqué
diffusé dans deux journaux basques. Elle
évoquait sa « responsabilité directe »
dans la « souffrance démesurée » causée,
et exprimait des regrets inédits.
A
Désarmement
Cinq jours plus tard, l’organisation clandestine a restitué des armes aux autorités
françaises : quatre malles remplies d’armes de poing, de munitions et de détonateurs. Pour Jean-Noël Etcheverry, dit
Txetx, qui fait partie des « artisans de la
paix » à qui ETA avait délégué l’organisation des restitutions aux autorités, cette
Une femme regarde l’annonce de la dissolution de l’ETA prévue pour début de mai, sur
la chaîne de télévision locale ETB, le 18 avril, à Guernica, en Espagne. V. WEST/REUTERS
remise intervient « dans le cadre de la
procédure » de désarmement lancée en
2016. Le 8 avril 2017, lors de la journée
symbole du désarmement, l’arsenal rendu était incomplet, et « ETA s’était engagé à rechercher les stocks de matériel » de
guerre perdu au gré des années. D’autres
restitutions auront sans doute lieu.
De leur côté, les organisations en faveur
de la paix veulent se saisir de cette
conjoncture historique pour sceller les
avancées. Les collectifs issus de la société
civile Bake Bidea et Forum social permanent, et le GIC (Groupe international de
contact) ont annoncé la tenue d’une rencontre internationale le 4 mai à Camboles-Bains (Pyrénées-Atlantiques) pour
« progresser dans la résolution du conflit »,
avec déclaration commune à la clé.
Ce groupe de médiateurs était déjà à la
manœuvre en octobre 2011 lors de la
conférence d’Aiete, où des experts inter-
nationaux, avec à leur tête Kofi Annan
(ancien secrétaire général de l’ONU),
s’étaient réunis pour faire avancer la
paix. Trois jours plus tard, ETA annonçait la fin de la lutte armée. Cette fois, on
connaît déjà la suite. Mais tous les acteurs locaux veulent néanmoins faire de
ce moment une étape symbolique et diplomatique. Pour le maire de Bayonne
Jean-René Etchegaray, « cette conférence aura le ton de celle de 2011 ». Avec des
personnalités aussi emblématiques pour
mettre la pression sur Paris et surtout
Madrid ? Les tractations sont restées
dans l’ombre et chacun garde une extrême prudence. Car le sujet est sensible.
Si l’État français « est rentré dans le
processus » selon l’édile bayonnais (un
espace de dialogue s’est ouvert avec la
Chancellerie sur le dossier des rapprochements entre les prisonniers et leurs
familles), l’État espagnol reste beaucoup
plus fermé. Pour Txetx Etcheverry, il
« continue même à jeter de l’huile sur le
feu ». « Il faut que les États fassent leur
travail et entendent ce qu’on construit depuis 2011 », lance Anaiz Funosas, du collectif Bake Bidea. En attendant des gestes, « tous ces actes additionnés donnent
du sens à la démarche de paix », veut
croire Jean-René Etchegaray. « On est
dans un cercle vertueux. » ■
rale du Snuipp, Francette Popineau, qui
dénonce « un coup médiatique ». « Pour
un enseignant chevronné, ces recommandations sont une accumulation de
lieux communs », ajoute-t-elle.
Quelle est la valeur de ces textes ?
« Ce sont des notes de service, pas des
circulaires, explique Stéphane Crochet
à l’Unsa. D’un point de vue strictement
réglementaire, elles n’ont pas grande
valeur. Les enseignants sont tenus de
suivre les programmes scolaires. » Ces
mêmes programmes rédigés sous Najat
Vallaud-Belkacem, auxquels le ministre entend apporter des ajustements. ■
ZOOM
Notre-Dame-des-Landes :
les zadistes dénoncent
le délai accordé
par le gouvernement
Les habitants de la « zone
à défendre » de Notre-Damedes Landes (Loire-Atlantique)
ont dénoncé jeudi le « nouvel
ultimatum » du gouvernement,
qui leur a accordé jeudi un délai
supplémentaire, leur donnant
jusqu’au 14 mai pour se
régulariser ou quitter la zone sous
peine de nouvelles expulsions. Les
zadistes reprochent aux services
de l’État d’avoir avancé de trois
semaines la date de la réunion du
comité de pilotage qui devra
examiner les 28 projets purement
« agricoles » déposés
la semaine dernière en préfecture.
EN BREF
Migrants mineurs :
l’évêque de Gap appelle
à la « solidarité nationale »
L’évêque de Gap, Xavier Malle,
a affirmé jeudi avoir « besoin de
l’aide de la communauté
nationale » pour organiser
l’accueil de mineurs isolés dans
les Hautes-Alpes, où « la situation
se tend ». Revenant sur les actions
de militants anti et pro-migrants,
le week-end dernier dans
la région, l’évêque a exhorté
à ne pas « instrumentaliser »
les migrants.
Université Jean-Jaurès,
à Toulouse : audience en
référé pour le déblocage
Le syndicat UNI et quatre
étudiants ont réclamé jeudi
devant le tribunal administratif
de Toulouse le déblocage
de l’université Jean-Jaurès,
où aucun cours n’a pu se tenir
depuis le 6 mars.
Haute-Saône : il avait
dissimulé le meurtre
de sa femme pendant un an
Le procès d’un chauffeur routier
âgé de 56 ans s’est ouvert jeudi
à Vesoul (Haute-Saône). Pendant
près d’un an, l’homme avait
dissimulé le meurtre de sa femme
et refait sa vie, avant d’être
confondu par les gendarmes.
Amiens : un homme sous
curatelle battu à mort
Quatre personnes ont été
interpellées jeudi à Amiens
(Somme) après la découverte du
corps d’un homme de 45 ans, père
d’un enfant et lui-même sous
curatelle. L’autopsie a révélé qu’il
avait reçu de nombreux coups,
à l’origine du décès. Une enquête
pour homicide volontaire a été
ouverte.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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IV |
TOUT CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR
Communiqué
Vendredi 27 avril 2018
C H I N A DA I LY
Le développement
passe par la réforme
tous azimuts
Par Daqiong
Le développement de Lhassa, la capitale de la région autonome du Tibet, en a fait une cité moderne devenue un pôle culturel et touristique de la région.
CHINA NEWS SERVICE
LE TIBET QUI RÉUSSIT :
40 ANNÉES DORÉES
La région autonome de la Chine du sud-ouest enregistre des progrès remarquables depuis le lancement
de la politique d’ouverture en 1978. Reportage de Daqiong et Zhao Shijun.
A
u cours des quatre décennies
qui ont suivi la politique de réformes et d’initiatives visant à
l’ouverture du pays engagée
par la Chine en 1978, le développement
socioéconomiquedelarégionautonome
duTibetaprogresséàgrandspas,estime
un haut responsable local.
Dans ses remarques au journal China
Daily, le président de la région, M. Qizhala,
souligne que les 40 dernières années se
sont traduites par une forte libération de
la productivité locale et une transformation bénéfique qui a permis de passer
d’une croissante mettant l’accent sur la
quantité à un développement axé sur la
qualité.
Il note que cette période a vu une amélioration progressive de l’environnement
local en conséquence d’une sensibilisation grandissante des autorités et de la
population à l’importance de la préservation écologique.
«Leshabitantspeuventserendrecompte
que la région autonome est en voie d’engendrer une société tout à fait aisée, procurant une qualité de vie et un sentiment
croissantdesécurité,desatisfactionetde
bien-être », affirmeM. Qizhala.
Leprésidentdelarégionconstatequeles
réussites sont aussi le produit de la politique ethnique des autorités centrales,
ainsiquedelacontributiondésintéressée
et de l’appui de la population du reste du
pays. « Avec cet appui et cette aide, nous
sommes parvenus, au cours des quatre
dernières décennies, à un résultat historique sans précédent qui fait date dans le
millénaire écoulé », souligne M. Qizhala.
Il relève que sur le front économique, le
Tibet maintient une croissance à deux
chiffres depuis 25 années consécutives.
Selon ses indications, le produit intérieur
brut (PIB) local est monté en flèche, passant de 665 millions de yuan (85,7 millions d’euros) en 1978 à 131 milliards en
2017, le PIB par habitant atteignant près
de 40 000 yuan l’an dernier.
Le chantier des infrastructures
La hausse des recettes engrangées
par les autorités locales et l’appui accru
du gouvernement central ainsi que des
autres régions de l’ensemble du pays ont
permis à la région autonome de réaliser
un grand nombre de projets en matière
d’infrastructures, en vue de lever les blocages freinant le développement local.
Depuis le 18ème Congrès national du
Parti communiste chinois en novembre
2012, les autorités locales mettent fortement l’accent sur les infrastructures du
Tibet, indique M. Qizhala. « Le Président
Xi Jinping a avalisé un certain nombre de
projets clés soutenus par le gouvernement central, représentant un investis-
Des passagers revêtus d’habits traditionnels tibétains posant pour une
photo avant de monter à bord du train assurant la liaison Lhassa-Shigatse.
CHINA NEWS SERVICE
Le développement durable du Tibet au
cours des quatre dernières décennies
PIB
1978
2017
665
millions de yuan
131
milliards de yuan
RECETTES FISCALES
1978
$
2017
-16
millions de yuan
25,91
milliards de yuan
REVENU DISPONIBLE PAR HABITANT
DE LA POPULATION URBAINE
1978
2017
556
30 671
yuan
yuan
REVENU DISPONIBLE PAR HABITANT
DE LA POPULATION RURABLE
1978
2017
175
10 330
yuan
yuan
sement total de 330,5 milliards de yuan
dans le cadre du 12ème plan quinquennal (2011-15) et de 657,6 milliards de
yuan au titre du 13ème plan quinquennal
(2016-20) », précise-t-il.
Et d’ajouter que le Tibet affiche au-
jourd’hui 90 000 kilomètres de routes
principales, dont 660 km d’autoroutes.
Après la mise en service de la liaison ferroviaire Lhassa-Shigatse en 2014, une
nouvelle ligne reliant Lhassa à la ville de
Nyingchi est en construction. Les aéro-
ports tibétains assurent 79 dessertes
aériennes intérieures et internationales.
Parailleurs,leTibetaaccomplidesprogrès
complets dans des domaines très divers
de l’action sociale, selon M. Qizhala.
En 2017, la région autonome disposait
d’écoles sur l’ensemble de son territoire
totalisant 662 000 élèves et 44 100 enseignants, ainsi que de sept établissements d’études supérieures.
Sonam Tsering, un doctorant diplômé de
l’université du Tibet en 2017, exprime sa
fierté d’être « l’un des premiers thésards
formés au Tibet » et sa gratitude « au
Parti et au gouvernement » qui lui ont
« offert la chance de terminer » ses
études grâce à « toutes sortes de ressources ».
ZhangHuiestuneétudianteissuedel’ethnie Han qui prépare un doctorat en médecine de haute altitude à l’université du
Tibet.ElleestimequeleTibetestlemeilleur
endroit pour sa recherche car c’est « le
meilleur laboratoire naturel » pour étudier
l’adaptabilitéenhautealtitude.
Dans le secteur de la santé, la région autonome comptait en 2017 152 hôpitaux
et établissements médicaux de ce type,
pouvant offrir 16 100 lits.
Dans le domaine culturel, elle a mis en
valeur la préservation et la transmission du patrimoine local, notamment
L’Épopée du Roi Guésar, l’opéra tibétain
et les hangka. Son action a joué un
rôle important dans la préservation du
legs culturel local et l’enrichissement du
bien-être spirituel des Tibétains, selon M.
Qizhala.
Dans le domaine de la protection environnementale, la région autonome fait
valoir sa place en tant qu’important bouclier écologique pour le pays, voire pour
l’Asie, plusieurs grands fleuves asiatiques prenant leur source au Tibet.
Les habitants de Deyang, un village situé
dans la nouvelle zone de Liuwu à Lhassa,
ont planté des arbres fruitiers pour améliorer leurs revenus et l’environnement
en même temps. Bandian Kampot, un
villageois, explique : « J’ai dû acquérir
beaucoup de compétences pour faire
pousser les arbres fruitiers. J’ai confiance
dans notre avenir, car les villageois sont
aujourd’hui plus nombreux à pouvoir gagner de l’argent, comme nous ».
Les gens bénéficient d’une amélioration
sensible de leur qualité de vie et d’un accroissement rapide de leurs ressources
personnelles.
Selon le bureau de la statistique tibétain,
en 2017, le revenu disponible par habitant
des agriculteurs et des éleveurs locaux a
passé la barre de référence, 10 000 yuan,
pour atteindre 10 330 yuan après avoir
maintenu une croissance à deux chiffres
pendant 15 années consécutives.
Cette page est parrainée par le gouvernement de la région autonome du Tibet.
La politique de réforme et d’ouverture est cruciale pour
assurer un développement socioéconomique solide au
Tibet, estime un haut responsable de la région autonome
de la Chine du sud-ouest.
Président du Tibet, M. Qizhala affirme que la région autonome suivra les directives du 19ème Congrès national du
Parti communiste chinois, en vue de renforcer sa réforme
structurelle liée à l’économie de l’offre.
« Le Président Xi Jinping a souligné que la politique de réforme et d’ouverture était cruciale pour une vraie relance
et constituait la seule voie viable permettant à la Chine de
se développer et de progresser. C’est également vrai pour
le Tibet », déclare M. Qizhala, qui signale plusieurs dispositions majeures et plusieurs mesures que les réformes d’ensemble tibétaines intégreront dans les années à venir.
Parmi les dispositions majeures figure la poursuite des
réformes dans les rouages administratifs, l’accent étant
mis sur l’amélioration de l’environnement commercial et
du service offert aux habitants, ce qui se traduit par une
simplification des procédures d’approbation administratives et le libre cours donné aux règles du marché.
Pour M. Qizhala, il convient de privilégier le développement
de l’économie réelle, en particulier les secteurs offrant des
avantages locaux et les secteurs émergents susceptibles
de favoriser la création d’activités locales compétitives.
Sont notamment concernés la vie biologique du plateau,
le tourisme, la culture, les énergies vertes, la production
manufacturière respectueuse de l’environnement, les services modernes et les technologies numériques, ainsi que
le commerce frontalier et la logistique.
Le président de la région indique que le Tibet recherchera
un développement axé sur la qualité plutôt qu’un taux de
croissance élevé basé sur la quantité. « La transformation s’est faite en conformité avec la nouvelle orientation
et le positionnement de l’économie chinoise définis par
les autorités centrales du Parti communiste chinois. C’est
une chance historique pour le développement du Tibet »,
estime-t-il.
M. Qizhala ajoute que l’innovation est également au cœur
de la politique de réforme du Tibet, en expliquant que la
région autonome favorisera l’innovation dans les domaines administratif, scientifique, économique et culturel.
On attend des réformes plus de bienfaits pour la population locale, un meilleur cadre de vie, une société stable,
des ressources financières accrues, ainsi que des améliorations dans les secteurs de l’éducation et de la santé.
Pour le président de la région, les réformes devraient se
traduire, dans le présent et à l’avenir, par un développement équilibré entre les différentes parties du Tibet et une
richesse culturelle affirmée.
L’ouverture
En matière d’ouverture, le Tibet renforcera sa coopération
avec les autres régions du pays et du monde. « Il nous revient de faire bon usage des ressources offertes par les
marchés tant nationaux qu’étrangers pour accroître notre
force économique », ajoute M. Qizhala.
À cette fin, le Tibet doit accentuer son intégration à la stratégie de développement occidental du pays et à l’Initiative
Ceinture et Route. Il constitue par ailleurs une passerelle
majeure de la coopération commerciale et économique
avec les pays de l’Asie du sud voisins.
Au cours des dernières années, de nouveaux investissements ont été obtenus pour la réalisation d’infrastructures relatives aux échanges avec le Népal, notamment de
meilleures liaisons routières et une meilleure connectivité
en matière de communications, ainsi qu’une zone de coopération économique transfrontalière sino-népalaise.
« Du fait d’une meilleure connectivité avec les marchés intérieurs et étrangers, ainsi que d’un meilleur environnement
local pour les investissements, nous espérons que les entreprises et les particuliers choisiront de conduire leurs activités au Tibet », commente M. Qizhala.
Et d’ajouter que les touristes nationaux et étrangers sont
les bienvenus au Tibet, qui est l’une des destinations mondiales les plus intactes, offrant un environnement propre,
des merveilles naturelles et les nombreuses richesses de
son patrimoine culturel.
L’Expo internationale touristique et culturelle de Chine et du
Tibet est l’une des grandes vitrines du tourisme et des ressources culturelles du Tibet, permettant aux investisseurs
de se faire une meilleure idée des débouchés économiques
locaux. M. Qizhala conclut : « Nous voulons faire de l’expo
une vitrine de l’ouverture du Tibet, tant pour les échanges
entre les peuples que pour la coopération économique ».
Les aéroports du Tibet ofrent actuellement 79
liaisons aériennes vers des destinations nationales
et étrangères. CHINA NEWS SERVICE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
SOCIÉTÉ
13
Le gouvernement tente d’accélérer la mise
en œuvre du plan contre la radicalisation
Si certaines mesures sont déjà actées, trente-neuf autres concernent le métier de la concertation.
crets ont été publiés pour renforcer la
détection de la radicalisation au sein de
l’administration, pour les fonctions de
souveraineté et en lien avec la sécurité.
Enfin, l’État travaille à la professionnalisation des acteurs locaux, par le
« redéploiement de formation ». Des
cahiers des charges sont préparés en
lien avec les grandes associations. Le
PAULE GONZALÈS £@paulegonzales
JUSTICE C’est une promesse du gouvernement. Le plan de lutte contre la radicalisation, annoncé en grande pompe
par le premier ministre le 23 février dernier, est sur les rails. Un plan qui
concerne vingt ministères, dont sept
plus particulièrement, et qui compte
soixante mesures à passer dans les faits
et à coordonner, sous la houlette du Comité interministériel pour la prévention
de la délinquance et de la radicalisation
(CIPDR).
La priorité est « l’amont de l’amont »
de l’embrigadement islamiste, à savoir
l’éducation des plus jeunes. Pour « défendre la République », « détecter et agir
le plus tôt possible », comme le rappelle
Muriel Domenach, la secrétaire générale du CIPDR, l’administration met
déjà en avant l’engagement d’une trentaine de rectorats. Ces derniers sont en
phase de remontées de terrain, en
même temps que se déploie le dispositif
national. Selon le CIPDR, on peut noter
dans les écoles « une intensification dans
la systématisation de l’éducation aux
médias, pour développer un esprit critique » et la diffusion d’une vidéo contre
le conspirationnisme « afin de briser
l’enfermement algorithmique ». Muriel
Domenach rappelle qu’il s’agit de la
campagne la plus massive de l’Éducation nationale.
CIPDR promet qu’il sera incessamment
publié par arrêté ministériel.
Trente-neuf autres mesures sont sur
le métier de la concertation. Il s’agit
notamment de celles qui concernent la
collaboration avec les grands acteurs de
l’Internet. En ligne de mire, notamment, l’automatisation des retraits des
contenus islamistes, comme cela se fait
pour les contenus pornographiques et
racistes. La mobilisation du monde du
sport, de l’entreprise et de l’université
est aussi préconisée.
Enfin, les pouvoirs publics sont encore au début du chemin en ce qui
concerne l’échange d’information sur
les fichés radicalisés avec les élus. L’administration pénitentiaire travaille,
elle, à marche forcée avec l’ouverture
d’ici l’été de deux quartiers d’évaluation de la radicalisation dans les maisons centrales de Vendin-le-Vieil et de
Condé-sur-Sarthe. Un quartier étanche est également à l’étude pour la prison de la Santé, à Paris, qui permettrait
de rapprocher les détenus islamistes
des juges d’instruction parisiens. ■
Renforcer le suivi des mineurs
de retour du Levant
Le plan de lutte contre la radicalisation avait été annoncé en grande pompe par le premier ministre le 23 février, à Lille,
PHILIPPE HUGUEN/AFP
F. KLEMCZYNSKI/
Domenach : « Le combat de la prévention doit être livré »
Muriel Domenach est la secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation
(CIPDR).
DIVERGENCE
Par ailleurs, un conseil scientifique travaille dans le giron de Matignon autour
d’une recherche-action pour mieux
comprendre l’embrigadement des plus
jeunes. Mais le législateur a aussi embrayé. Face à l’augmentation du nombre des écoles hors contrat et de l’enseignement à domicile, qui font le lit du
militantisme islamiste, le Parlement
vient de voter une loi qui encadre
l’ouverture des établissements d’enseignement privé, avec une unification
des trois régimes déclaratifs, assortie
d’un allongement du délai d’homologation. L’objectif : avoir les moyens
d’un meilleur contrôle de ces écoles.
L’autre grand chantier en cours de
mise en œuvre est celui de la santé. En
solidarité avec le ministère de l’Intérieur, il s’agit de mobiliser les personnels de santé mentale autour de la détection mais aussi de la prise en charge
des individus. 89 conventions ont été
signées entre les préfets et les agences
régionales de santé pour prévenir la radicalisation.
Sur instruction du premier ministre,
l’État a renforcé le suivi des mineurs de
retour du Levant. Leur prise en charge
devra s’étendre dans le temps, dans la
mesure où les trois quarts ont moins de
8 ans et la totalité moins de 13 ans. On
compte actuellement 77 retours qui font
l’objet d’un suivi par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et en cellule
préfectorale. Par ailleurs, plusieurs dé-
«
Entre le déni
et la panique,
il y a l’action,
avec un
leadership
très fort
de l’État,
mais aussi la
mobilisation
de tous
»
MURIEL DOMENACH
LE FIGARO. – Les soixante
mesures annoncées
par le premier ministre
auraient-elles pu empêcher
l’attentat de Trèbes ?
Muriel DOMENACH. – Je ne peux
pas vous l’affirmer, non, car la
prévention ne garantit pas de
risque zéro. Mais la développer
est nécessaire. La répression ne
suffit pas et le combat de la prévention doit être livré, en articulant logiques sociale et de sécurité : on est sûr de perdre les
combats qu’on ne livre pas.
Daech recule. Il est privé de son
sanctuaire de commandement et
de contrôle, mais la reconfigura-
tion d’une menace endogène
s’accélère, selon de nouvelles lignes de fractures. La réponse relève avant tout des acteurs publics. L’État doit mobiliser, mais
il ne peut mener seul ce combat
culturel. Aussi le travail partenarial est-il important, comme celui fait avec les collectivités territoriales et la société civile, y
compris les acteurs de l’entreprise, du sport ou de la religion musulmane. Notre première ambition est de soutenir et diffuser les
bonnes pratiques et de compléter
ce qui manque dans nos dispositifs. Le plan présenté par le premier ministre investit l’école,
pour contrôler l’obligation scolaire et développer les outils
d’autodéfense des élèves.
On a tout de même le sentiment
que ce plan et ces mesures
relèvent parfois de l’entre-soi
administratif…
Bien sûr, il a fallu beaucoup de
concertation. Mobiliser plusieurs
ministères prend du temps et de
l’énergie. Mais il ne serait pas
exact de parler d’un entre-soi administratif. Quand nous mobilisons le monde du sport, il ne
s’agit pas seulement de son ministère, mais aussi des associations. De même lorsque nous discutons avec les grandes entreprises de l’Internet pour le retrait
des contenus djihadistes. Le travail de terrain avec les collectivités territoriales implique plusieurs acteurs, que ce soit les bailleurs sociaux, par exemple, ou les
structures périscolaires. La diffusion d’un contre-discours dépasse
largement le pré carré de l’administration. Créer des anticorps
face à la radicalisation islamiste
suppose une vigilance et une responsabilité de tous les acteurs pertinents dans la détection, la prise
en charge, le contre-discours.
Le temps de la mise en place
répond-il à l’urgence que
l’on ressent à chaque attentat ?
Je crois qu’il faut se méfier autant
des apprentis sorciers qui ont pu
nous faire croire qu’ils avaient
des solutions clé en main que des
« aquoibonistes » qui jugent que
rien ne sert à rien. Entre le déni et
la panique, il y a l’action, avec un
leadership très fort de l’État, mais
aussi la mobilisation de tous.
Nous avons accéléré la mobilisation : concernant les mineurs de
retour du Levant, un suivi renforcé a déjà été mis en œuvre. En
un mois, nous avons mis en
œuvre huit mesures du plan. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. G.
Des aumôniers dans les commissariats parisiens
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
RELIGION La mesure est sans doute passée inaperçue, y compris au sein même
des services de la police, mais elle est
bien réelle. Depuis avril 2016, les
46 000 membres du personnel de la préfecture de police de Paris peuvent
consulter un aumônier des cinq cultes
principaux pratiqués en France (catholique, musulman, juif, protestant et orthodoxe). Une affiche doit même être
apposée dans les commissariats de Paris
et des départements de la petite couronne. Intitulée « Des aumôniers à votre disposition », elle contient la photo des cinq
représentants des cultes, leurs coordonnées téléphoniques et leur adresse mail.
« Des aumôniers […] peuvent vous apporter un soutien spirituel, notamment si vous
êtes confronté à un événement grave ou à
une épreuve difficile dans votre vie person-
nelle ou professionnelle. » Un service mis
en place par le préfet de police de l’époque, Michel Cadot, et son directeur de
cabinet, Patrice Latron, à la demande de
policiers traumatisés par les scènes
d’horreur qu’ils avaient vécues, au Bataclan, notamment, en novembre 2015.
« Cela existait déjà pour la gendarmerie,
l’armée et les pompiers, il paraissait normal de mettre en place ce service également pour la police », note Olivier Risnes,
aumônier protestant.
« Excepté le prêtre catholique, nous
sommes déjà tous aumôniers à la gendarmerie », précise Moïse Lewin, représentant du culte juif depuis deux décennies
au sein de la gendarmerie. « Nous comblons un vide. Au-delà des attentats, des
personnels ressentaient le besoin d’aborder
sous l’angle de la spiritualité des questions
relatives à leur travail ou à leur vie personnelle », poursuit le rabbin. « Le métier de
policier est devenu très dur eu égard au
nombre de suicides dans la profession, la
plus affectée après celle d’agriculteur,
ajoute le père Denis Chautard, aumônier
catholique. Je note un besoin des personnes de pouvoir parler et exprimer leurs
souffrances. »
“
Cela existait déjà pour
la gendarmerie, l’armée
et les pompiers, il paraissait
normal de mettre en place
ce service également
pour la police
”
OLIVIER RISNES, AUMÔNIER PROTESTANT
Parfois, les demandes sont plus inattendues. « J’ai reçu un coup de fil d’une
diplomate qui s’était fait voler ses papiers
et qui avait besoin d’être rassurée, elle
avait vu l’affiche dans un commissariat,
explique l’aumônier orthodoxe JeanPaul Lefebvre-Filleau, recteur de la paroisse Sainte Catherine d’Alexandrie à
Vernon. Un policier catholique qui fréquentait une orthodoxe voulait avoir des
renseignements pour organiser son mariage. J’ai reçu aussi des nouveaux venus
de Roumanie intégrés dans la Bac après
être passés dans la Légion étrangère. »
Pour accomplir leur mission, des
moyens matériels sont mis à la disposition de ces représentants du culte, comme un local pour recevoir les personnes
qui en font la demande. Il est situé en
plein cœur de Paris, sur l’île Saint-Louis.
Par ailleurs, les aumôniers bénéficient
d’un laissez-passer pour entrer dans les
commissariats parisiens. Mais pour en
arriver là, ils ont dû être agréés conjointement par le ministère de l’Intérieur et
l’autorité cultuelle dont ils dépendent,
après enquête de moralité.
Toutefois, la perception des aumôniers
n’est pas toujours bien comprise au sein
des services de la police. « Nous ne sommes pas en concurrence avec les organisations syndicales ni avec le personnel soignant, comme les psychologues ou les
assistances sociales, précise Olivier
Risnes. Nous proposons quelque chose de
différent. Cela se fait par des temps
d’échange individuel ou lors de groupes de
parole ou encore de temps de prières. »
« Nous organisons une messe par an à la
mi-novembre pour fêter le saint patron des
policiers, saint Martin, ou pendant l’année
dans la paroisse du Saint-Esprit dans le
XIIe arrondissement », ajoute le père Denis Chautard. Par ailleurs, les aumôniers
aimeraient être plus visibles. « Nous
aimerions pouvoir communiquer davantage en interne pour que les personnels qui le
souhaitent puissent nous rencontrer »,
constate Olivier Risnes. En attendant, ce
service d’aumônerie pourrait s’étendre
aux commissariats de Marseille ! ■
A
Des représentants de cinq cultes sont affectés à la préfecture de police de Paris depuis le traumatisme des attentats du Bataclan.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
14
SCIENCES
Pesticides, vaccins, le commissaire européen
à la Santé, Vytenis Andriukaitis, s’explique.
les néonicotinoïdes. Va-t-on éviter une
répétition du feuilleton du glyphosate ?
PROPOS RECUEILLIS PAR
ISABELLE ORY
SANTÉ Vytenis Andriukaitis est le commissaire européen chargé de la Santé et
de la Sécurité alimentaire. Ce socialdémocrate lituanien est en première ligne sur des dossiers aussi controversés
que le glyphosate, les perturbateurs endocriniens ou la vaccination. L’ancien
chirurgien a répondu aux questions du
Figaro alors qu’aujourd’hui les États
membres de l’UE examinent sa proposition d’interdire trois insecticides néonicotinoïdes pour lutter contre la mortalité des abeilles.
LE FIGARO. - Après plusieurs reports,
les Vingt-Huit doivent enfin voter sur
Vytenis ANDRIUKAITIS. - Il existe une
forte pression de l’opinion publique
pour réclamer l’interdiction et, en face,
une forte pression des milieux agricoles. La Commission reste neutre et fidèle à sa ligne : nous suivons l’avis de
l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa). Ses conclusions scientifiques sont sans appel : elle juge ces
pesticides néfastes pour les abeilles.
Nous proposons donc de passer d’un
usage restreint à une interdiction totale
pour les cultures en plein champ.
Et s’il n’y a pas d’accord ?
Il y aura un vote en appel. Si cela demeure indécis, la Commission devra
OLIVIER HOSLET/EPA/MAXPPP
Néonicotinoïdes :
« Nous proposons
une interdiction
totale »
Vytenis Andriukaitis : « Ce n’est pas le moment des calculs politiques, l’enjeu pour la santé et la biodiversité est trop important. »
prendre la décision. Je ne modifierai
pas notre proposition. La science est de
notre côté. Attendons de voir.
Comment expliquez-vous les divisions
des États membres ?
Parfois ils écoutent leurs agriculteurs,
parfois les défenseurs de l’environnement, parfois ils s’inquiètent des répercussions économiques. Quoi qu’il
en soit, ils doivent justifier leurs positions par des arguments scientifiques.
Ce n’est pas le moment des calculs politiques, l’enjeu pour la santé et la biodiversité est trop important. Il faut se
baser sur des preuves, pas sur des
« fake news ».
Quelles leçons tirez-vous
des polémiques sur le glyphosate ?
présente
Cette affaire a nourri notre proposition
de réforme de l’évaluation des substances actives. Nous voulons améliorer la
transparence et donner aux scientifiques l’accès à toutes les données des
études réalisées par les industriels.
L’Efsa pourra aussi demander des études supplémentaires. Nous augmentons
son budget de 62,5 millions d’euros.
Nous avons répondu à la défiance.
Les vaccins sont un autre sujet
de défiance…
Je suis très inquiet. Je suis médecin, et
la situation s’est dégradée depuis le début de ma carrière, il y a quarante ans.
À l’époque, la rougeole était quasiment
éliminée, maintenant elle revient. C’est
terrible que des enfants meurent de
cette maladie en Europe ! Plus de 14 000
cas en un an, surtout en France, en Italie, en Grèce et en Roumanie. C’est un
grand défi. Dans les milieux éduqués, la
réticence augmente. Toute une littérature circule, relayée par les réseaux sociaux alors qu’elle n’est pas fondée sur
des preuves scientifiques. Le fait que les
vaccins soient produits par l’industrie,
cela devient une accusation. On nage
dans la théorie du complot ! Nous devons lutter contre la désinformation
dans ce domaine aussi.
La politique de santé est une
compétence nationale. Quel rôle
l’Europe peut-elle jouer ?
Une épidémie est une menace transfrontalière. Des millions de personnes
se déplacent chaque jour dans l’espace
Schengen. Nous proposons donc des
objectifs communs, 95 % de vaccination pour la rougeole par exemple.
Nous voulons des calendriers harmonisés entre pays frontaliers. La Commission veut développer une carte de vaccination électronique qui vous suivra si
vous changez de pays. Il faut faciliter
les échanges d’informations pour éviter les pénuries de vaccins dans un État
quand un autre en a en stock. Bien sûr,
la responsabilité du choix des vaccinations reste nationale, mais il ne faut pas
oublier que l’UE s’est engagée à éradiquer la rougeole ou la polio.
Vous semblez très préoccupé
par les théories du complot,
la désinformation…
J’ai commencé à travailler derrière le
rideau de fer. Avec le régime soviétique, on avait l’habitude de ces phénomènes. Mais je suis surpris d’en voir
fleurir autant aujourd’hui. Dans une
démocratie, la critique est normale,
mais c’est autre chose d’utiliser la
Commission comme bouc émissaire.
Ceux qui disent que nous sommes vendus à l’industrie se trompent, c’est un
mythe moderne. Quand quelque chose
va bien, les États membres s’en attribuent la responsabilité ; quand cela ne
va pas, on nous pointe du doigt. Il faut
arrêter ce jeu qui nourrit l’euroscepticisme. Sur ces questions de santé et de
sécurité alimentaire, il faut plus de fairplay dans l’UE. ■
L’allergie alimentaire
passe aussi par la peau
Pour les bébés, la prudence est de mise si au moins
l’un des parents présente un terrain allergique.
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© ffgolf 2018 - MKTG - illustration : Gwen Kéraval
PAULINE FRÉOUR £@p_freour
DERMATOLOGIE Le récent décès d’un petit garçon de 6 ans, mort d’un choc anaphylactique après avoir mangé des crêpes
à l’école (il était allergique au lait de vache)
est un triste rappel de la menace que représentent les allergies alimentaires pour
les enfants. Et ce, d’autant plus que ces allergies sont en augmentation dans nos sociétés modernes.
Est-il possible de protéger les tout-petits contre ce fléau ? Une étude récente
(Journal of Allergy and Clinical Immunology) vient confirmer la piste de la sensibilisation… par la peau. Cela peut sembler
contre-intuitif, car si l’on pense spontanément à ne pas donner de noix de cajou à
un tout-petit (ne serait-ce que pour éviter
qu’il ne s’étouffe avec !), toucher ou embrasser un nourrisson après avoir mangé
des gâteaux apéritifs à la cacahuète ne paraît pas si grave.
Diversification alimentaire
Le Pr Joan Cook Mills (Northwestern University) est pourtant parvenu à générer
des allergies alimentaires chez des souris
par contact cutané. Les jeunes rongeurs
avaient une mutation génétique abaissant
la protection de la barrière cutanée (ce qui
correspond chez l’enfant au fait d’avoir un
parent allergique). Les chercheurs ont déposé sur leur peau des allergènes très courants dans la poussière des maisons, ainsi
que des miettes de cacahuète ou des protéines d’œuf de poule. Au préalable, la
peau des souris avait été nettoyée avec des
lingettes pour bébé, sans rincer.
« Il fallait nécessairement les 4 facteurs
pour déclencher l’allergie, souligne le
Pr Cook Mills. Mais certains sont faciles à
éviter : rincer la peau de l’enfant après
l’utilisation d’une lingette, car, sinon, il
reste du savon abrasif qui va altérer la
peau, et penser à se laver les mains avant de
toucher son enfant si l’on a mangé un produit allergisant. »
Pour le Dr Dominique Sabouraud-Leclerc, pédiatre-allergologue (CHU de
Reims) cette étude est « très intéressante
car elle confirme ce que l’on voit dans la
pratique ». La prudence est de mise avec
les bébés dont un parent, un frère ou une
sœur présentent une allergie : eczéma,
asthme, rhinite allergique. On parle alors
de « terrain atopique ». Pour prévenir les
risques de sensibilisation, le Dr Sabouraud-Leclerc recommande d’appliquer
chaque jour au bébé un produit émollient
neutre « pour éviter que sa peau ne s’irrite ». « Il n’est pas nécessaire que l’enfant ait
des lésions d’eczéma évidentes pour que
l’allergène passe. Un simple trouble de la
perméabilité de la peau peut suffire. »
L’allergologue conseille aussi de commencer la diversification alimentaire entre 4 et 6 mois, pour « rendre l’enfant tolérant par voie orale ». Des études ont en
effet montré qu’on réduit le risque d’allergie chez les enfants à risques lorsqu’on leur
donne tôt et en continu des petites quantités d’aliments allergisants. Il est toutefois
recommandé d’en discuter au préalable
avec son pédiatre ou médecin traitant.
« On assiste ces dernières années à une
véritable épidémie d’allergies alimentaires,
notamment aux noix de cajou, noisettes et
cacahuètes, avec une augmentation de leur
gravité, note Dominique Sabouraud-Leclerc. En Europe, on estime qu’environ
4,7 % des enfants sont concernés. Les allergologues essaient d’induire chez ces jeunes
patients une tolérance alimentaire, mais ce
n’est pas toujours simple. Les allergies à
l’arachide et aux fruits à coque peuvent
persister toute la vie. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
SPORT
15
Real Madrid : Zidane, l’histoire sans fin
L’entraîneur est en passe de mener son club en finale de la Ligue des champions pour la 3e année de suite.
FOOTBALL Zinédine Zidane n’en finit
plus de gagner : son Real Madrid est
proche d’une troisième finale de Ligue
des champions consécutive, du jamais
vu depuis la Juventus… de Zidane
(1996-1998). Encore un sans-faute de
l’entraîneur français, aux choix déterminants en demi-finale aller à Munich
(2-1). Mercredi soir, le Bayern, tout
frais champion d’Allemagne, a subi la
loi du double champion d’Europe en titre. Comme le champion d’Italie 2017,
la Juventus Turin, en quarts (3-0, 1-3).
Comme le récent champion de France,
le Paris SG, en huitièmes (3-1, 2-1).
On peut trouver que ce Real-là n’a
pas très bien joué cette saison, on peut
ergoter sur le penalty de la qualification
obtenu in extremis contre la Juve…
Mais les Madrilènes ont à nouveau
montré mercredi une efficacité à toute
épreuve : outre leur réalisme devant le
but, leur défense acharnée a écœuré le
Bayern.
« Le Real peut être dominé, mais sans
accuser le coup au niveau du résultat. Sa
mâchoire est en pierre », a résumé jeudi
le quotidien sportif Marca, le plus lu
d’Espagne. Et voilà la « Maison blanche » à 90 minutes, voire un peu plus
en cas de prolongation, d’une troisième
finale d’affilée. Comme la Juventus en
1996 (sans Zidane), 1997 et 1998 (avec
Zidane).
”
SERGIO RAMOS, CAPITAINE
MERENGUE, À PROPOS DE ZINÉDINE ZIDANE
L’un des grands paris de « ZZ » à
Munich aurait été impensable il y a
quelques mois, lorsque le technicien
répétait que le trio offensif « BBC » (Bale-Benzema-Cristiano Ronaldo) était
indiscutable. Mercredi, seul Cristiano
Ronaldo a été titularisé. Les « vaches
sacrées » Bale et Benzema étaient sur le
banc, au profit du créatif Isco et du travailleur Lucas Vazquez. « La fin d’une
ère », selon le quotidien As.
Et quand Isco s’est blessé à une épaule, Zidane a persisté : c’est Marco Asensio qui est entré en jeu, avant de marquer le but du 2-1 sur un service de
Vazquez. Vous avez dit coaching gagnant ? «Zidane n’a pas fait d’erreurs. Il
a définitivement dissous la BBC », a rele-
« Il va nous falloir souffrir encore au match retour », a commenté Zinédine Zidane, mercredi à Munich, après la victoire
du Real Madrid contre le Bayern, MATTHIAS BALK/AP
vé Marca, évoquant une « révolution
française », alors que l’intéressé a modestement minimisé son apport.
Avant la demi-finale retour, mardi
prochain à Madrid, Zidane semble invincible : il est tout proche de survivre à
sa neuvième double confrontation à
élimination directe d’affilée en C1. Et
Marca de lister tous les grands entraîneurs que « ZZ » a réussi à vaincre depuis ses débuts sur le banc du Real en
janvier 2016 : José Mourinho, Carlo Ancelotti, Massimiliano Allegri, Diego Simeone… « Et maintenant Jupp Heynckes! Zidane est un bourreau », note le
journal.
De quoi confirmer que Zidane, initialement décrit dans la presse comme un
simple remplisseur de feuille de match,
figure bien parmi les meilleurs techniciens du moment. De quoi aussi assurer
LIGUE EUROPA Demi-finales aller
MARSEILLE
ARSENAL
hier
-
RB SALZBOURG
ATLETICO MADRID
que le Français, sous contrat jusqu’en
2020, sera toujours madrilène la saison
prochaine, comme c’est son souhait.
« L’entraîneur du Real est toujours très
critiqué, a rappelé le capitaine merengue Sergio Ramos. Quand Zizou doit faire des choix, il les fait parce que c’est lui
qui commande. Nous sommes très contents qu’il soit à la barre. »
« La bestia negra » (« la bête noire »), pouvait-on lire mercredi en espagnol sur une banderole munichoise.
Mais cette fois, le monstre n’était pas le
Bayern, c’était la « Maison blanche »…
vêtue pour l’occasion de noir. La presse
espagnole glosait jeudi sur ce choix de
jouer avec ce deuxième jeu de maillot
alors que le Real aurait pu jouer en
blanc face aux maillots rouges bavarois.
Une superstition de Zidane, selon As et
Marca, née de la victoire en quarts sur
le même score l’an dernier à Munich
(2-1)... avec des maillots noirs.
Quoi qu’il en soit, « ZZ » sait mieux
que quiconque que la qualification n’est
pas encore acquise : en 2017, le Bayern
avait réussi à mener 2-1 au stade Santiago-Bernabeu, forçant la prolongation
(victoire 4-2 du Real). Et cette saison,
les Madrilènes ne sont pas très souverains à domicile, où sont venus s’imposer le Betis Séville, le FC Barcelone, la
Juventus, Villarreal et même le modeste
Leganés. « Il va nous falloir souffrir encore au match retour », a conclu Zidane,
bien placé pour savoir qu’avec le Real,
ce n’est jamais fini. ■
(AFP)
Le Paris FC,
une ambition capitale
S’inspirant des nombreuses capitales européennes
qui accueillent plusieurs clubs en élite, le Paris FC
(Ligue 2) a fait le pari d’exister aux côtés du PSG.
ARNAUD ANTONELLI
L’ATMOSPHÈRE est détendue dans les
bureaux du Paris FC. Arnaud et Kévin
s’affairent à charger les véhicules qui
prendront bientôt la route du stade
Charléty. Septièmes de Ligue 2, à 9
points du podium à trois journées du
terme du championnat, les Parisiens
signent une saison aboutie et pleine de
promesses. Étonnant et enthousiasmant pour un club qui a appris son accession en deuxième division seulement trois jours avant le début de la
saison, « profitant » de la rétrogradation en National 1 de Bastia.
Au siège du club, les sourires sont
francs, les visages, jeunes. « Nous évoluons comme une start-up, commente
Pierre Dréossi, manager général du
club depuis 2015. Nous allons quitter ces
bureaux, rapidement devenus trop petits. Nous progressons rapidement et il y
a là un aspect bond en avant. » Troisième en National la saison dernière, le
club du sud de Paris bataille cette année en Ligue 2 pour une accession parmi l’élite. Avec 8 défaites au compteur,
seul le leader rémois fait mieux, affichant trois revers de moins. Costaud.
Pourtant, la progression du club
francilien ne dépend pas exclusivement de ses performances sportives.
Le besoin d’infrastructures est grand,
et la peur de brûler des étapes, bien
réelle. « Ce club fonctionne encore
comme un club amateur, confie Pierre
Dréossi. Nous n’avons le statut “pro’’
que depuis deux ans. Si l’on n’a pas le
personnel et les infrastructures pour reMeilleur buteur du Paris FC cette saison (11 buts), Malik Tchkounté, 29 ans, a été serveur
joindre l’élite, on peut toujours rêver,
de plage avant de devenir footballeur professionnel. MANTEY STEPHANE/PRESSE SPORTS
mettre la tour Eiffel sur le maillot; on
n’ira jamais (en L1)», détaille l’ancien
dirigeant du Losc.
sait parfois : “Alors, tu as arrêté le
PSG bis, mais bien un club parisien,
foot?” Mon travail, c’est de développer
avec des joueurs à majorité parisienne,
Meilleur buteur de sa formation cette
l’identité de ce blason », martèle le diun centre de formation qui se serve du
saison (11 buts en championnat), Malik
rigeant. L’enjeu est de taille. Le stade
vivier exceptionnel de la région, l’un des
Tchkounté, 29 ans, n’a pas toujours été
Charléty attire en moyenne 3 000
plus importants du monde. L’on veut
ce redoutable renard des surfaces. Il fut
spectateurs dans ses travées, quand le
être différent, mais ambitieux. »
également serveur de plage dans une
club se situe dans un bassin
autre vie, situation compaL’exemple londonien
qui compte près de 12 milrable à celle de son coéquilions d’âmes.
pier
Cyril
Mandouki,
L’arrivée du dirigeant originaire de
En toile de fond, la voautrefois surveillant dans
Roubaix au Paris FC en 2015 est le fruit
lonté de créer l’osmose
un collège dans le XVe ard’une rencontre avec Pierre Ferracci,
autour d’un club populaire
rondissement. Au sein de
le président du club. « Lorsque je l’ai
et éminemment parisien.
l’effectif, beaucoup de paris
rencontré, j’ai tout de suite senti quelse sont révélés gagnants. Le à 9 points du podium, Une recette qui a su attirer
qu’un de motivé, avec une vision, de
coach francilien Fabien trois journées avant quelques déçus du Parc des
l’envie. Je me suis dit “on peut faire
Mercadal, qui s’est révélé à la fin du championnat Princes qu’ils ont quitté de
quelque chose”, témoigne l’ex-joueur
gré ou de force en 2011
Dunkerque, s’appuie sur un
du PSG. C’est quelqu’un qui a la capaciaprès le plan Leproux pour
groupe de joueurs francoté d’aller chercher des partenaires,
pacifier les tribunes du Paris SG. Il
phones, dont la plupart ont déjà joué
d’ouvrir le capital. J’ai donc accepté de
existerait donc bel et bien une porosité
en région parisienne ou en sont origifoncer et d’apporter mon expérience. »
parmi les supporteurs franciliens
naires.
L’identité, voilà qui semble bien être
« Une partie de nos supporteurs sont isla clef pour un club qui fêtera ses cinL’objectif est clair : faire du Paris FC
sus de cet univers. Peut-être se sont-ils
quante ans en 2019 et a fait les frais de
le deuxième club parisien. « Le vrai
plus reconnus dans un club plus popudeux fusions non fructueuses par le
problème de ce club, c’est le manque
laire, plus parisien, livre au Figaro
passé. En 1970, le club fusionna avec le
d’identité, observe Pierre Dréossi.
Pierre Dréossi. On ne veut pas faire un
Stade Saint-Germain pour donner
Lorsque j’ai rejoint ce projet, on me di-
7e
de Ligue 2
EN BREF
Foot : Zlatan Ibrahimovic
n’ira pas au Mondial
Alors que la star ne cessait
de répéter qu’elle serait à la Coupe
du monde cet été en Russie,
la Fédération suédoise vient
d’annoncer officiellement qu’il ne
jouera pas le Mondial avec la
sélection : « Déclaration définitive :
Zlatan ne jouera pas la Coupe
du monde. » « Zlatan m’a annoncé
qu’il n’avait pas changé d’avis pour
la sélection : il ne veut pas revenir »,
a déclaré Lars Richt, le DTN.
En mémoire d’Henri Michel
En hommage à l’ex-sélectionneur
des Bleus une minute de silence ou
d’applaudissements sera observée
avant tous les matches de Ligue 1 .
naissance à un blason dont l’aura dépasse désormais nos frontières. Les histoires avec le CA Montreuil ou le Racing
de Lagardère n’auront pas davantage
de succès. Pourtant, au club, on se refuse à pointer du doigt les responsabilités de la Mairie de Paris. À Londres, des
formations telles que Tottenham, Chelsea ou encore Arsenal luttent pour le titre chaque saison. Comment expliquer
que la région parisienne ne jouisse pas
d’un deuxième club confortablement
installé ? «Les clubs sont coupables de
ne pas avoir assez poussé la Ville de Paris pour le faire, écarte le manager général du club. Ce n’est pas à la ville
d’impulser le projet. S’il y a un projet cohérent, avec des gens et des éléments cohérents, la ville suit. C’est ce qu’il s’est
passé pour le lieu de notre nouveau centre d’entraînement qui sortira de terre
cet été, se félicite-il. La Ville nous a
aidés. » Et d’asséner que « le seul projet
parisien - outre le PSG - qui tienne
aujourd’hui la route, c’est le nôtre ».
Avec un groupe comme Vinci à sa
tête, il paraît envisageable de voir le
club se développer et attirer des partenaires. La « marque » que représente
la capitale est un filon inépuisable.
« S’appuyer sur des gros groupes comme Vinci, qui comprennent l’intérêt
d’avoir un second club à Paris, c’est une
bonne chose, positive Dréossi. L’important, c’est le potentiel. Et celui de Paris
est immense. » Car le dirigeant du club
parisien en est certain : il y a une légitimité et « l’espace » pour ce club, qui
n’entretient peu ou prou « aucun rapport » avec le Red Star.
Les amateurs de football franciliens
sont prévenus : il reste trois rencontres aux joueurs de Fabien Mercadal
pour tenter d’accrocher les barrages.
Le club parisien est abonné aux fins de
match rocambolesques en cet exercice
et se prépare peut-être une fin de saison mémorable. Dans un stade Charléty qui se languit de faire le plein. ■
A
“
Nous sommes
très contents qu’il
soit à la barre
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 avril 2018
16
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
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avec justification d’identité
du lundi au vendredi
de 9 h à 13 h
et de 14 h à 18 h
les dimanches et jours fériés
de 9 h à 13 h
(excepté les 1er janvier, 1er mai,
15 août, 25 décembre)
Elles doivent
nous parvenir avant
16 h 30 pour toutes
nos éditions du lendemain,
avant 13 h les dimanches
et jours fériés.
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monastiques.
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www.dansnoscoeurs.fr
Tél Abonnements :
PROGRAMME PRINTEMPS-ÉTÉ 2018
01 70 37 31 70
Jérôme, Geoffroy,
Arnaud et France,
ses enfants,
Sabine, Cécile,
Le mercredi 2 mai 2018,
à 20 heures,
Bernard-Henri Lévy
donnera une conférence
exceptionnelle à l'occasion
de la sortie de son dernier livre,
L'Empire et les cinq rois
à la synagogue Copernic,
24, rue Copernic, Paris (16e).
Inscriptions :
www.copernic.paris
01 47 04 37 27.
deuils
Le comte Philippe de Boissieu,
son époux,
Anne et Eric Gavoty,
Antoinette de Boissieu,
Charles-Henri et Claire
de Boissieu,
Jean-Bertrand de Boissieu,
Marie-Alix et Nicolas
des Courtils,
Emeric et Cécile de Boissieu,
Guy et Cécile de Boissieu,
ses enfants,
Pierre et Paul,
Philippine, Augustin
et Marie-Gabrielle,
Louis, Mathieu et Nicolas,
Olivier, Laure et Henri,
ses petits-enfants,
ont la profonde tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse
Philippe de BOISSIEU
née Anne
de Durfort Civrac de Lorge,
endormie
dans la Paix du Seigneur,
le lundi 23 avril 2018, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
aura lieu
dans l'intimité familiale,
le mercredi 2 mai, à 14 h 30,
en l'église d'Ocqueville
(Seine-Maritime).
Une messe sera célébrée
très prochainement à Paris.
Que ceux qui l'ont connue
et aimée soient remerciés
de leurs prières
et de leurs pensées.
Barbezieux-Saint-Hilaire
(Charente).
M. et Mme
Pierre-Loup Delpech,
M. et Mme (†) Bruno Delpech,
M. Philippe Delpech,
Mme Josiane Duveau-Delpech,
M. Jean-Luc Delpech
et M. Ghislain Emmanuelli,
M. et Mme (†)
Jean-François Mondy,
Mme Marie-Alice Delpech,
M. et Mme Marc Delpech,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
général Pierre DELPECH
officier de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre des T.O.E.,
médaille de l'Aéronautique,
le 25 avril 2018, à Barbezieux.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le samedi 28 avril,
à 15 heures, en l'église
Saint-Mathias de Barbezieux.
Victor, Horace, Gaspard,
Astrid, Aliénor,
ses petits-enfants,
les familles Dauchez
et Jaquemet
Marie-Paule
et sa famille
ont la tristesse de faire part
du décès du
colonel Bruno DEVERRE
officier de la Légion d'honneur,
survenu le 24 avril 2018,
à Lambesc
(Bouches-du-Rhône).
Michel DAUCHEZ
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 2 mai,
à 14 heures, en l'église
Saint-Martin de Gommerville
(Eure-et-Loir),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Gommerville.
Pour ceux qui ne peuvent être
présents, une messe du souvenir
sera célébrée le vendredi 4 mai,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
17, rue Ampère, Paris (17e).
La direction,
les collaborateurs
et l'ensemble du personnel du
directeur honoraire
de la Banque de France,
ancien de la 2e DB,
croix de guerre 1939-1945,
Garches (Hauts-de-Seine).
M. et Mme
Christian Haussaire
et leurs filles,
sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Micheline HAUSSAIRE
Michel DAUCHEZ
ancien président du groupe,
ancien président
de la Confédération nationale
des administrateurs de biens
(CNAB),
le 24 avril 2018,
à l'âge de 88 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 2 mai,
à 14 heures, en l'église
Saint-Martin de Gommerville
(Eure-et-Loir),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Gommerville.
Pour ceux qui ne peuvent être
présents, une messe du souvenir
sera célébrée le vendredi 4 mai,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
17, rue Ampère, Paris (17e).
Reims. Haironville (Meuse).
Hubert (†) et Jacqueline
Godinot,
Emmanuel et Rose-Marie
Godinot,
Marguerite-Marie
et Jean-François Samain,
Daniel et Dominique Godinot,
ses enfants,
ses douze petits-enfants
et leurs conjoints,
ses trente-huit
arrière-petits-enfants,
ses deux
arrière-arrière-petits-fils,
les familles Godinot, Popelin,
Frenoy, Monnier
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Robert GODINOT
née Marie Popelin,
le 24 avril 2018,
à l'âge de 106 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église d'Haironville,
le samedi 28 avril, à 10 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Haironville.
La famille rappelle
à son souvenir,
Robert Godinot
son époux, décédé en 1971,
Hubert Godinot
son fils, décédé en 2002.
Cet avis tient lieu de faire-part.
décédé le 24 avril 2018,
à l'âge de 93 ans.
La messe d'obsèques
sera célébrée
ce vendredi 27 avril, à 10 h 30,
en l'église Saint-Michel
de Saint-Brieuc,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
où il rejoindra son épouse,
Marie-Louise
Marie-Thérèse Rozier,
son épouse,
Brigitte et Jacques
Bellamy-Brown,
Dominique Rozier,
ses enfants,
ses petits-enfants
et ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
André ROZIER
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 30 avril 2018,
à 15 heures, en l'église
Notre-Dame de Versailles.
L'inhumation aura lieu
le mercredi 2 mai, à 14 h 30,
au cimetière de Nantua (Ain).
28, boulevard du Roi,
78000 Versailles.
décédée le 2 avril 2002.
survenu le 24 avril 2018,
à l'âge de 84 ans,
à Saint-Cloud.
De la part de
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Louis, à Garches,
le lundi 30 avril, à 10 h 30.
M. et Mme
Christian Haussaire,
5, impasse du Clos-Saint-Loup,
34470 Pérols.
Groupe DAUCHEZ
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Il a plu au Seigneur
de rappeler à Lui
M. Pierre NEDELLEC
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
le 24 avril 2018,
à l'âge de 88 ans.
Saint-Brieuc, Trébeurden
(Côtes-d'Armor).
Versailles (Yvelines).
La Loubière (Aveyron).
Nantes.
Accueille Seigneur
en Ta Maison,
ses enfants,
Françoise et Charles-Etienne
Perrier,
Véronique Nedellec,
Jean-Pierre et Jacqueline
Nedellec,
Claire et Jean-Pierre
Nedellec-Gosnet,
ses petits-enfants,
Marie et Thomas, Elisabeth (†),
Pierre-Yves et Bénédicte,
Jean et Cindy,
Hugues et Marie, Odile,
ses arrière-petits-enfants,
Lola, Erwan, Mayeul,
Lucas, Liséa, Stanislas, Diane.
Georges POUILLE
fondateur de Tissavel,
décédé à Sion (Suisse),
le 23 avril 2018,
dans sa 92e année.
Des prières et des intentions
de messes seront préférées
aux fleurs et couronnes.
De la part de
Thierry et Sophie Pouille,
Nicholas et Alisson
Klaiber-Pouille
et Mathilde,
Anaïs Pouille,
Alexandre Pouille,
Olivier et Sabine Pouille,
Clémentine, Victoria et Juliette
Pouille,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petite-fille,
Nelly Desmet-Pouille,
sa sœur,
Chantal Arnaud-Tyberghein,
sa belle-sœur,
toute la famille.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Dominique et Sylvie,
ses filles,
Nicolas Velle,
son gendre,
Adrien, Alexandre et Anaïs,
ses petits-enfants,
Simone, Suzy, Pierre,
Nicole et Martine,
ses frère et sœurs,
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Catherine SAURET
née Raymonde Cuminal,
Mme Antoine Roucher,
née Dominique de Roux,
son épouse,
Baudouin et Keiko
Roucher-Michigami,
Constance et Clément
Leonarduzzi,
ses enfants,
Zoé, Clovis, Sola,
ses petits-enfants,
Mme Henry Roucher,
sa mère,
Laure et Eric Lombard,
Bruno et Astrid Roucher,
ses sœur, beau-frère,
frère et belle-sœur,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Antoine ROUCHER
conciliateur de justice
de Versailles,
chevalier
de l'ordre équestre
du Saint-Sépulcre
de Jérusalem,
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 30 avril,
à 11 heures,
en l'église d'Oradour (Cantal).
Mme Pascal Robelin,
née Perreaux, son épouse,
Elodie et Charlotte,
ses enfants,
Gabriel, Hortense et Jade,
ses petits-enfants,
Patrice et Renaud,
ses gendres,
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
M. Pascal ROBELIN
Portet-sur-Garonne
(Haute-Garonne).
Narbonne.
Hélène et Michel Rumeau,
Jean-Louis Sénié (†),
Jean-Noël et Martine Sénié,
ses enfants,
Pierre Rumeau,
Marie et Alfred Trividic,
Martin et Robin Sénié,
ses petits-enfants,
Jean, Hélène et Paul,
ses arrière-petits-enfants,
la famille Cassan
ont la douleur
de vous annoncer le décès de
survenu brutalement
le 25 avril 2018,
dans sa 74e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 30 avril,
à 10 heures, en l'église
Saint-Martin de Piney.
« Le Buisson Mariotte »,
10220 Piney
née Cassan,
survenu le 24 avril 2018,
à Versailles,
muni des sacrements
de l'Église.
survenu le 25 avril 2018,
dans sa 100e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 28 avril,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame de Versailles,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 30 avril,
à 9 heures, en l'église
de Portet-sur-Garonne,
suivie de l'inhumation
au cimetière de la Cité,
à Narbonne, à 15 heures.
Les membres de la société
Roucher-André Chénier
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Antoine ROUCHER
vice-président et fondateur,
survenu le 24 avril 2018.
Mme Marie Breguet,
123, avenue Mozart,
75016 Paris.
le capitaine de vaisseau
et Mme Henri-Bénédict
Trippier de Lagrange,
le comte et la comtesse
Geoffroy
de Baynast de Septfontaines,
M. et Mme Philippe
Trippier de Lagrange,
Mme Christine de Maynard,
le comte Hugues de Maynard,
M. et Mme Antoine Buisset,
M. et Mme
Charles-Ewen Rousselot,
ses enfants,
ses vingt-six petits-enfants,
le comte et la comtesse
Alain d'Achon,
sa sœur et son beau-frère,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Henri
TRIPPIER de LAGRANGE
le 24 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 28 avril, à 10 h 45,
en l'église Saint-Germain
de Rennes (Ille-et-Vilaine).
L'inhumation aura lieu
le même jour au cimetière
de Mayenne (Mayenne).
La famille remercie
les personnes qui se joindront
à sa prière.
remerciements
Ses filles et gendres,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Laurence SÉNIÉ
Piney (Aube).
Mme Henri
Trippier de Lagrange,
son épouse,
directrice de l'hôtel
des Mimosas, à Juan-les-Pins,
depuis 1976,
survenu le mardi 24 avril 2018,
à Antibes, à l'âge de 80 ans,
des suites d'une longue maladie.
La cérémonie religieuse
a eu lieu le 26 avril, au centre
funéraire La Platta de Sion.
L'inhumation se fera
le samedi 28 avril, à 11 heures,
au cimetière de
Neuville-en-Ferrain (Nord),
où reposeront ses cendres
selon sa volonté.
Michel Sauret,
son époux,
En tes mains, Seigneur,
je remets mon esprit.
Psaume 30.
Agnès Fedrizzi,
Christian Thorin,
Jean-François Thorin
vous font part du décès de
Jacques THORIN
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 30 avril 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Germain-des-Prés,
Paris (6e).
Jean BASTIÉ
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
souvenirs
Il y a dix ans,
Olivier-Clément CACOUB
nous quittait.
Que ceux qui l'ont aimé
aient une pensée pour lui.
Danielle.
offices religieux
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 27 avril 2018,
avant 20 h 42,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
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LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
17
Des enfants allemands
aux fenêtres d’un train,
dans les années soixante
à Berlin-Est.
ULLSTEIN BILD/GETTY IMAGES
Le traumatisme en héritage des
petits-enfants allemands de la guerre
ans les rues mortes du centre-ville
de Demmin, on ne parle que de
cela, du film de Martin Farkas :
Über Leben in Demmin (« sur la vie
à Demmin »). Le documentaire est
sorti au mois de mars et sur les
10 000 habitants que compte cette
petite ville de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, un tiers l’a vu. Ce mardi matin, c’est au tour des
élèves du lycée Katharina von Bora d’assister à une
projection. « Les jeunes ont beaucoup de questions sur
leur identité en tant qu’Allemands, pourquoi ils ne peuvent pas être fiers de leur pays », confie Anke, la professeur qui les accompagne. « Certains ne connaissent
pas bien l’histoire de la ville. »
Lourd, le film remue des souvenirs douloureux,
enfouis, tus parfois depuis des décennies. Quelques
jours avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, le
30 avril 1945, des centaines d’habitants de Demmin
s’y sont donné la mort, convaincus par la propagande nazie que l’Armée rouge commettrait des atrocités
à leur encontre. Des mères ont noyé leurs enfants,
leur ont tranché les veines… Dans leurs maisons de
retraite, Martin Farkas a rencontré des témoins et des
survivants. Certains ont raconté pour la première fois
cette histoire qu’ils n’avaient pas confiée à leurs propres enfants. Ceux-ci ont quitté la ville, aujourd’hui
sinistrée. En parallèle, la caméra de Farkas suit le défilé de jeunes sympathisants néonazis. Ils se réunissent tous les 8 mai à Demmin pour pleurer les morts
de la ville et saluer, croient-ils, le courage de celles et
ceux qui auraient, en se suicidant, résisté au communisme. La mémoire oubliée est malmenée.
D
« La froideur émotionnelle » des parents
« Ce qu’a connu Demmin en 1945 est un traumatisme », explique Martin Farkas aux élèves à la fin de la
projection, en racontant le travail qu’il a mené avec
des historiens et des psychologues. Il cherche à expliquer les silences, les maladresses, le malaise d’une
ville. « Les recherches nous apprennent que des gens
traumatisés, parfois, ne savent plus gérer leurs émotions. On sait aussi que de tels traumatismes provoquent des chocs qui se transmettent de génération en
génération », poursuit-il de manière pédagogique
pour guider la réflexion de son public. Après la capitulation, il ne restait rien de Demmin. Les enfants de
la guerre ont reconstruit patiemment leur ville où,
dans les années 1970, une vie normale avait repris.
Mais les petits-enfants de la guerre, nés dans cette
décennie, l’ont ensuite abandonnée. Pour Martin
Farkas, 53 ans, Demmin est l’exemple extrême de
l’héritage traumatique supporté par sa génération.
Près de soixante-dix après la guerre, une génération d’Allemands dans tout le pays commence à
mettre des mots sur cette forme de dépression latente qui rattrape certains. Ils ont entre 40 et 50 ans et ils
se sont trouvé des points communs pour expliquer
une forme de « mélancolie », disent les uns, d’« inaptitude », évoquent certains, d’« instabilité », croient
d’autres. Ils pointent du doigt « la froideur émotionnelle » de leurs parents incapables « d’entretenir des
150 km
SUÈDE
SUÈDE
Mer Baltique
Demmin
Mer du
Nord
Hambourg
MECKLEMBOURGPOMÉRANIE OCC.
Berlin
Lodz
POLOGNE
ALLEMAGNE
RÉP.
TCHÈQUE
SLOVAQUIE
Munich
AUTRICHE
SUISSE
HONGRIE
Infographie
relations », le poids du silence, voire le tabou sur
l’expérience qu’ils ont vécue. C’est le portrait d’une
fragilité sociale. « Ma génération a des difficultés à
gérer des crises, elle n’aime pas prendre de risque »,
estime Martin Farkas, en voyant les répercussions de
l’histoire sur la vie de chacun.
Depuis une dizaine d’années, les groupes de Kriegsenkel (« petits-enfants de la guerre ») se sont multipliés dans toute l’Allemagne, faute de trouver une
place dans les associations des Kriegskinder (« enfants de la guerre »). Un livre a fourni le premier déclic : celui de la journaliste Sabine Bode, qui, après
avoir travaillé sur le traumatisme de l’après-guerre,
s’est intéressée aux « héritiers de la génération
oubliée ». « À partir de 2006, nous avions organisé
avec Sabine Bode des séminaires de parole pour la génération des enfants de la guerre, nés de la fin des années 1920 jusqu’en 1946 », se souvient Michael Schneider, qui supervise aujourd’hui à Hambourg
l’association des Kriegsenkel. « Mais elle avait remarqué que ceux-ci venaient parfois avec leurs enfants, et
que ceux-ci étaient souvent plus intéressés par le sujet
que leurs parents. Parce qu’ils ne les comprenaient pas.
Et parce qu’ils avaient le sentiment que l’expérience de
la guerre était la clé pour comprendre le comportement
de leurs parents », raconte-t-il. Dans cette génération-là, qui a subi la guerre étant enfant sans y participer et sans même la comprendre, certains ont préféré se taire et oublier pour tourner la page.
« Des adultes abîmés »
En 2009, Sabine Bode publie son premier livre sur le
sujet. « Les gens de ma génération, qui est aussi celle
du baby-boom en Allemagne, y ont subitement reconnu leurs problèmes », raconte Michael Schneider.
L’entrepreneur commence lui-même à comprendre
ce qui se trame dans sa propre famille où le silence
fait des ravages : ses relations avec son frère sont
presque inexistantes, comme celles de sa mère avec
ses sœurs. Il s’intéresse aussi à sa belle-mère, qui vit
chez lui. « Je ne parvenais pas à la comprendre : pourquoi elle s’inquiétait toujours pour la sécurité, pourquoi
la nourriture était aussi importante, pourquoi elle évitait les conflits », explique-t-il. Mais tout ce qu’il sait
d’elle, c’est qu’elle a dû fuir de Prusse pendant la
guerre. « J’ai ensuite parlé avec ma propre famille »,
dit-il. Chez les Schneider, on ne parlait jusque-là jamais de la guerre. Il découvre le parcours de l’arrière-grand-père qui a profité, malgré lui, de la spoliation des entreprises juives dans la région, la fuite de
sa mère déplacée de Pologne… Il y a quelques années,
Michael Schneider a entrepris de revenir à Lodz, sur
les terres maternelles. Sa mère ne l’a pas suivi. « Cette année, il va y aller », pense-t-il.
Le silence des parents a déstabilisé ces enfants
qu’ils voulaient protéger. « Ma mère ne m’a jamais
parlé de son expérience, jusqu’au jour où je lui ai posé
des questions », raconte Daniela Schiffer. La journaliste, qui vit à Munich, organise régulièrement depuis dix ans des rencontres entre Kriegsenkel. « Ma
Dans le pays des responsables
de la guerre, il ne pouvait pas y avoir
de victimes. C’était un tabou social
INGRID MEYER-LEGRAND, PSYCHOLOGUE
»
mère dit que son enfance n’a pas été si terrible. Mais
son père, qui était soldat dans la Wehrmacht, n’était
pas souvent là. Elle a toujours eu un comportement très
pratique, soucieux que tout fonctionne, tourné vers le
futur, pour se protéger du monde extérieur. On ne parlait pas de sentiments », poursuit Daniela Schiffer. Sa
mère n’a pas compris son intérêt pour le passé. « Elle
me disait que c’était n’importe quoi, superflu, et que je
n’avais pas à me plaindre. » Pour la génération des
enfants de la guerre, les complaintes de la génération
suivante, qui a connu la prospérité, sont incongrues.
« De son point de vue, tout allait bien. Elle me disait :
“Tu n’as pas rencontré le bon mari pour être heureuse” », raconte la journaliste, qui a longtemps connu
des relations amoureuses chaotiques.
Martin, Michael ou Daniela ont consulté des psychologues pour démêler les nœuds de leur âme. À
Berlin, Ingrid Meyer-Legrand s’est spécialisée dans
l’accompagnement des Kriegsenkel. « 60 % des enfants de la guerre ont été traumatisés par ce qu’ils ont
vécu : la fuite, les persécutions, parfois pire », explique
la psychologue. « Or on sait que cette souffrance a eu
des conséquences sur ces enfants, qui sont devenus
adultes ensuite mais des adultes abîmés », poursuitelle. Ces failles ont eu des conséquences et créé un
vide affectif pour leurs enfants. Ingrid Meyer-Legrand parle de sa propre expérience, de sa mère qui a
fui la Poméranie à 13 ans et qui ensuite n’a jamais
réussi à stabiliser sa vie. « Pendant longtemps, nous
n’avons pas pu parler, en Allemagne, de la souffrance
de nos parents », continue-t-elle. « Dans le pays des
responsables de la guerre, il ne pouvait pas y avoir de
victimes. C’était un tabou social », dit-elle.
« Une honte du passé qui se transmet »
Le climat est devenu trop étouffant pour certains. « Il
y a un silence général sur le sujet dans beaucoup de familles. Il y a une honte du passé qui se transmet »,
confirme Kristin Hofmann, dont l’arrière-grandpère était membre du parti nazi. Les non-dits ont
formé un poids sur sa vie, pense-t-elle : « J’avais
l’impression de stagner, d’être bloquée. » Avoir mis
son passé en lumière l’a libérée, dit-elle. Après dix
ans hors d’Allemagne, la jeune femme, styliste, a enfin reposé ses valises à Berlin. « Je ne cherche plus la
fuite », dit-elle.
Si les petits-enfants de la guerre cherchent à combler un manque, ils ont développé d’autres qualités,
croit Ingrid Meyer-Legrand : une capacité d’adaptation ou de créativité. C’est le cas pour l’artiste Barbara Meisner, qui a transformé la chape de plomb qui
pesait sur son histoire en œuvre d’art. « L’exposition
Kriegsenkel que j’ai réalisée est celle qui suscité le plus
de réactions », raconte-t-elle. L’artiste, qui vit
aujourd’hui à Düsseldorf, a collecté les objets entassés dans le grenier de ses parents : « Ils ne jetaient
rien. » Elle a mis en scène ces vieilles choses sans parole. En écho à une absence. « Je me suis rendu compte que la solitude en moi était celle de ma mère », explique-t-elle. L’un des tableaux, intitulé Relation
incertaine, est composé d’une sculpture en forme de
pomme noire et opaque reliée par un fil rouge à la
forme dévidée d’une autre pomme, qu’elle a laissée
se décomposer après l’avoir enfermée sous un dépôt
de laque, le tout posé sur une vieille nappe familiale.
« C’est elle et moi », dit Barbara, qui a montré l’œuvre
à sa mère. « Oh, notre vieille nappe », s’est exclamée
celle-ci. Barbara ignore si elle n’a pas compris ou si
elle a évité le sujet. ■
A
Envoyé spécial à Demmin
Près de soixante-dix ans
après la Seconde Guerre
mondiale, une génération
d’Allemands dans tout le
pays commence à mettre
des mots sur une forme
de dépression latente
qui rattrape certains.
Ils ont entre 40 et 50 ans
et se sont trouvé
des points communs
pour expliquer une forme
de mélancolie liée au
silence de leurs parents
sur la période nazie.
FRANCE
Nicolas Barotte
nbarotte@lefigaro.fr
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vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Thomas Frank : « Je ne sais plus quoi penser
de Donald Trump, idiot ou génie absolu ? »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALEXANDRE DEVECCHIO
£@AlexDevecchio
DESSIN CLAIREFOND
LE FIGARO. - Deux ans après l’élection
de Donald Trump, le Parti démocrate
a-t-il tiré les leçons de sa défaite
à la présidentielle ?
Thomas FRANK. - Il n’en a rien retenu.
Il est apparu que pendant un court instant après l’élection présidentielle de
2016, sous le choc et hébétés, les cadres
du Parti démocrate ont semblé faire ce
que je leur avais suggéré : prendre le
temps de se regarder dans la glace et se
demander ce qui n’avait pas marché et
ce qu’il avait bien pu se passer pour perdre face à un candidat tel que Donald
Trump. Mais tout s’est très vite évanoui.
Aujourd’hui, à les entendre, s’ils ont
perdu, c’est la faute du sexisme. Ou la
faute des « fake news ». Ou la faute de la
Russie. Ou celle du FBI… Ou même celle
de Bernie Sanders ! Pourtant, Bernie
Sanders a été un très bon soldat, très
discipliné. Il n’a pas manqué de se rallier
à Hillary Clinton après sa victoire aux
primaires. Et si Hillary Clinton l’avait
choisi sur son ticket présidentiel, elle
aurait remporté facilement l’adhésion
de tous ces électeurs de la classe ouvrière blanche qui lui ont cruellement fait
défaut en Pennsylvanie, au Michigan et
dans l’Ohio.
Pourquoi a-t-elle refusé cette alliance ?
Parce que séduire la classe ouvrière
aurait signifié pour Hillary Clinton faire un douloureux pas en arrière. Elle
voulait se concentrer sur cette faction
moderne et diplômée du parti dont elle
est éperdument amoureuse. Il me semble que c’est quelque peu similaire
en France avec la
génération de 1968.
L’essayiste et journaliste américain, auteur
Aux
États-Unis
nous avons eu les
de « Pourquoi les riches votent à gauche »*,
Clinton
et
d’autres
retrace l’abandon des classes populaires
politiciens qui se
et des syndicats par leur parti historique,
sont découverts à
les démocrates. Il déplore que ces derniers
cette période. Cela
n’aient toujours pas tiré les leçons de la défaite
a été le grand moment générationnel
historique de Hillary Clinton.
ENTRETIEN
pour eux, le moment ou le Parti démocrate s’est refondé et où il a écarté
les syndicats et le monde ouvrier de
ses préoccupations pour prendre un
visage plus moderne. Tous ces jeunes
qui ont défilé contre la guerre du
Vietnam avaient une très haute idée
d’eux-mêmes, de leur propre noblesse.
Et le moment clé pour eux a vraiment
été cette victoire générationnelle, cette
purge du monde de leurs parents. Ce
moment où ils ont pris les commandes
du parti et ont mis le vieux monde syndical et ouvrier de côté, et pas seulement le monde syndical mais aussi tout
l’héritage du New Deal de Roosevelt et
de l’État-providence dont ils n’ont plus
voulu. Les nouveaux cadres du Parti démocrate ont dit : « Nous sommes un nou-
De prime abord, ce n’est pas une si
mauvaise idée, mais il arrive en permanence à ces gens très éduqués toutes
sortes de fâcheux problèmes qu’ils
n’avaient pas prévus : la crise financière, le terrorisme…
Pourquoi son progressisme semble-t-il
étranger à la question des inégalités ?
La question des inégalités est, selon moi,
la question la plus importante de notre
temps. Moi, j’ai 53 ans et je suis né dans
une société où la classe moyenne était
également composée de cols blancs et de
cols-bleus. Tous vivaient dans les mêmes quartiers, conduisaient les mêmes
voitures et gagnaient sensiblement pareil. Les cols blancs gagnaient certes un
peu plus mais pas tant que ça. Aujourd’hui, ce monde a
complètement disLa question des inégalités est,
paru. La partie du
pays dans laquelle
selon moi, la question la plus
j’ai
grandi
est
importante de notre temps
aujourd’hui en ruines, elle est complètement désindustrialisée. Et, en conséveau parti désormais. Nous sommes le
quence, les habitants de ces zones
parti de l’innovation économique, des
industrielles en ruines voient bien que
travailleurs éduqués et diplômés, le parti
leur avenir est très sombre, que celui de
de l’âge de l’information. »
leurs enfants n’est pas meilleur. Alors
pourquoi les « professionnels », pourPour vous, le Parti démocrate mène
tant si éduqués, ne proposent-ils rien de
une politique de classe : celle des
particulièrement fort sur ce sujet ? Eh
« professionnels ». Comment définiriezbien parce qu’ils n’ont aucun problème
vous cette nouvelle classe sociale ?
avec cette situation. Ils ne se sentent pas
Ils ne sont pas difficiles à définir. Les soparticulièrement révoltés par cet état de
ciologues parlent d’eux en permanence.
fait. D’ailleurs, avez-vous entendu le
Les « professionnels » sont ces gens dodiscours de Hillary Clinton récemment
tés de diplômes prestigieux ou simpleen Inde ? Lorsqu’elle dit « Moi j’ai porté
ment de diplômes d’études supérieures.
avec ma candidature l’Amérique qui reCe sont dans tous les cas ces cadres au
garde vers l’avant, l’Amérique qui contricol blanc, très bien payés, qui travaillent
bue le plus à notre produit national brut ».
dans certaines industries que l’on
Elle en est fière ! Elle le revendique !
appelle les « industries de la connaisOr ces mêmes personnes laissées sur le
sance », de la culture ou des nouvelles
bas-côté de la route, ces employés
technologies. Ils croient dur comme fer
d’usine, ces fermiers appauvris, ce sont
à la méritocratie et à la technocratie.
eux qui étaient le cœur du Parti démoPour eux, la méritocratie signifie que
crate autrefois. Et voilà qu’aujourd’hui
les personnes en haut de l’échelle
elle se vante de ne pas avoir eu leurs
hiérarchique méritent leurs privilèges
votes. C’est complètement fou.
car « ils sont les meilleurs dans ce qu’ils
font ». Ils adhèrent aussi à l’idée d’un
gouvernement et d’une société dirigés
Hillary Clinton a-t-elle également payé
par les personnes les plus brillamment
le bilan de son mari à la Maisondiplômées.
Blanche ?
«
»
C’est là un point absolument essentiel. Il
faut bien imaginer que ces ouvriers se
sont entendu répéter par leurs syndicats, par leurs patrons, par leurs amis,
par tout le monde pendant plus de vingt
ans que Bill Clinton les avait trahis. Alors
quand l’occasion s’est présentée de
prendre leur revanche sur un Clinton, ils
ne l’ont pas laissée passer. En conséquence, lorsque Donald Trump place le
Traité Nafta (accord de libre-échange
nord-américain, NDLR) au cœur de tous
ses discours et de ses apparitions télévisées, il fait mouche. C’était d’ailleurs
très osé de sa part, à lui, le candidat républicain. Ce fut un coup magistral de
Donald Trump, à tel point qu’aujourd’hui je ne sais plus quoi penser du personnage, idiot ou génie absolu ? Je vois
un peu des deux en lui. Il tweete ces absurdités et en même temps ce qu’il a fait
avec la Corée du Nord est exceptionnellement brillant. Donc, qui sait ?
Dans le livre, vous attribuez l’échec
des démocrates à leur politique
économique néolibérale. Ne sousestimez-vous pas le rôle joué par leur
politique en direction des minorités ?
Le livre est avant tout né à cause d’une
discussion que j’ai eue lors d’une soirée
organisée par le Parti démocrate. Un invité à cette soirée m’a expliqué qu’en
raison de l’évolution démographique du
pays, les démocrates feraient main basse
sur toutes les élections à venir. Ils
avaient calculé que les groupes ethniques qui leur étaient supposément associés prenaient de l’essor alors que le vote
des « Blancs » diminuait. Certains démocrates pensaient sérieusement qu’ils
gagneraient sans n’avoir plus rien à faire. J’ai aussitôt pensé : « C’est la stratégie
la plus stupide que j’aie jamais entendue. » Les républicains ne se laisseraient
jamais faire aussi facilement. Ils allaient
trouver un moyen de faire passer leur
message à de nouveaux groupes. Ils ont
parfaitement réussi à le faire avec
Donald Trump. Ils sont partis chercher
la classe ouvrière blanche normalement
hostile aux républicains.
* « Pourquoi les riches votent à gauche ,
Agone, 424 p., 25 €.
BIBLIOTHÈQUE DES ESSAIS
Faut-il avoir peur du transhumanisme ?
■ Aventures
chez les
transhumanistes
MARK O’CONNELL,
L’ÉCHAPPÉE, 256 P., 20 EUROS
■ Au péril
de l’humain
JACQUES TESTART
ET AGNÈS ROUSSEAUX,
LE SEUIL, 259 P., 21 EUROS
LE TRANSHUMANISME, courant philosophique né dans la Silicon Valley qui se
donne pour but d’améliorer la condition
humaine grâce aux progrès technologiques, fascine autant qu’il révulse. Deux
ouvrages parus récemment permettent
d’en comprendre en profondeur les
enjeux.
Écrit dans un style de « gonzo-journalisme » résolument subjectif et teinté d’humour, le livre du journaliste irlandais
Mark O’Connell Aventures chez les transhumanistes (L’Échappée) nous emmène à
la rencontre des gourous de la Silicon
Valley. Dans cette enquête de terrain, on
croise Max More, président de l’Alcor Life
Foundation, une entreprise qui cryogénise les gens après leur mort dans l’attente
d’une technologie qui permettra de les
ressusciter, Rail Kurzweil, prophète de la
singularité technologique, ou encore
Zoltan Istvan, candidat transhumaniste à
la présidentielle américaine qui conserve
sa virginité pour des sexbots (robots
sexuels). Ces geeks et ces futurologues qui font parfois davantage penser à la secte des Élohimites du roman de Michel
Houellebecq La Possibilité d’une île qu’à
des protagonistes de Black Mirror - nous
feraient presque sourire par leurs syllogismes glaçants. « La forme d’inégalité la
plus extrême est sans doute celle qui oppose
les vivants et les morts », dit l’un, qui veut
en finir avec la grande faucheuse. « Big
Brother n’est pas le grand méchant de l’histoire s’il nous protège de Daech », dit
l’autre, qui propose d’implanter des puces
électroniques sur les migrants pour surveiller s’ils veulent attenter à la sûreté de
l’État. « Les gens veulent rester des singes », déplore un troisième, qui se lamente d’être « piégé dans un corps de merde ».
Leur point commun ? « Au sens large, le
transhumanisme se définit comme un mouvement de libération n’exigeant rien de
moins qu’une émancipation totale des lois
de la biologie » ayant en son cœur « la séparation entre le corps et l’esprit ».
Avec un ton résolument plus alarmiste, le
biologiste Jacques Testart, père scientifique du premier bébé-éprouvette français,
cosigne avec la journaliste Agnès Rousseau Au péril de l’humain (Seuil), un essai
lui aussi fouillé, où il dénonce les « pro-
messes suicidaires des transhumanistes ».
Des prothèses bioniques du coureur Oscar
Pistorius à la modification génétique des
embryons en passant par l’intelligence
artificielle, il explore les tentations démiurgiques. Contre l’argument thatchérien « There is no alternative » repris par
les nouveaux prophètes qui proclament
inéluctable un changement dicté par l’innovation technologique et renvoient à de
la « nostalgie pleurnicharde » la moindre
contradiction, il appelle à un sursaut des
consciences, s’assume « bio-conservateur » et ose défendre un « ordre naturel
des choses ».
Simple hérésie des temps modernes ou
mouvement véritablement menaçant ? Le
plus intéressant chez les transhumanistes
est moins leurs promesses que la vision du
monde radicalement utilitariste qu’ils défendent, expurgée de toute référence au
sens de l’existence. Ces progressistes
n’envisagent la condition humaine (naissance, sexualité, vieillissement, mort) que
comme une série de « problèmes » auxquels il faudrait apporter des « solutions ».
Le plus étrange est que ce scientisme ra-
son
A
le même
mais pas le même
sens
tionaliste est parfois accompagné d’une foi
quasi religieuse dans la technologie, comme le montre O’Connell, qui a rencontré
ces apôtres dont certains sont à la croisée
du mormonisme et du mouvement hippie.
De Gilgamesh en Prométhée, la tentation
d’en finir avec la finitude est ancestrale.
Mais avec les nouvelles technologies,
quelque chose a changé : nous avons les
moyens de la tour de Babel. C’est là en quoi
ce transhumanisme est l’aboutissement
du processus d’une modernité qui se détourne des fins pour se concentrer uniquement sur les moyens. Il est essentiellement une religion des moyens. Or, comme
l’écrivait Hannah Arendt, citée par
Jacques Testart : « Il se pourrait qu’on parvienne un jour à faire en sorte que les hommes soient immortels, et tout ce qu’on a
pensé concernant la mort et sa profondeur
deviendrait alors tout simplement risible. Il
serait possible de dire que ce prix est trop
élevé en contrepartie de la suppression de la
mort. » Si le sens de la vie est évacué au
profit de sa seule extension, nous vivrons
plus vieux, oui, mais pourquoi ?
EUGÉNIE BASTIÉ
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Ivan Rioufol
irioufol@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/rioufol
La France est devenue une zone à défendre
lles savent. Bien sûr qu’elles
savent ! Les « élites » savent la
porosité des frontières,
l’invasion migratoire, l’islam
dominateur, le choc des
cultures, la fragilité de la
nation. Elles savent la lente colonisation
des banlieues et la dislocation nationale
qui s’installe. Pourtant, les puissants
regardent ailleurs. Emmanuel Macron,
interrogé le 15 avril par ses deux fairevaloir, Bourdin et Plenel, a choisi la
distance du commentateur : « Nous
sommes face à un phénomène migratoire
inédit qui va durer. » La « submersion
migratoire » est une expression qui ne
l’effraie pas. Sa réponse politique traduit
son fatalisme : la loi asile et immigration,
adoptée dimanche en première lecture,
E
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
27 avril 1848 :
abolition de l’esclavage
en France
Victor
Schœlcher
Disons-nous
et disons à nos
enfants que tant
qu’il restera un
esclave sur la
surface de la Terre,
l’asservissement
de cet homme
est une injure
permanente faite
à la race humaine
tout entière
»
ANALYSE
Philippe Gélie
£@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
« Le changement de peuple, c’est
maintenant. » Il y a cinquante ans, le
20 avril 1968, le député britannique
Enoch Powell enclenchait sa diabolisation
pour avoir alerté son pays contre
l’immigration : « Nous devenons fous, fous
à lier ! » Ses prévisions démographiques se
sont révélées exactes.
Oui, comme l’écrit aussi Juvin, c’est la
France qui est devenue une zone à
défendre (ZAD). Le redire : le véritable
ennemi de la nation n’est pas l’islam
politique, idéologie répulsive qui profite
d’un vide. L’adversaire est chez ceux qui
hurlent au fascisme dès qu’un « esprit
triste » dit : rétablissement des frontières,
restriction du droit d’asile, limitation
du regroupement familial, expulsion des
indésirables, contrôle accru des arrivées,
suppression du droit du sol, priorité
nationale, etc. L’adversaire est chez les
belles âmes qui en appellent aux droits
individuels, distribués comme des
bonbons, en oubliant de questionner
le peuple sur ses désirs collectifs. Dans
la discussion parlementaire sur le projet
asile et immigration, les droites (LR, DLF,
FN) se sont souvent retrouvées sur
des mesures similaires, sans oser en tirer
les rapprochements qui s’imposeraient.
Le choix commun d’avoir recours
au référendum mériterait pourtant
une action rassemblée. Il est urgent
d’interroger les Français sur un destin
qui leur échappe.
Le Coran mis en cause
Il est, heureusement, des dormeurs
qui se réveillent. Ainsi, la berceuse
sur l’islam doucereux n’abuse plus ceux
qui constatent ses sautes de violence,
exacerbées par un antisémitisme
longtemps dénoncé ici. En Allemagne,
Angela Merkel s’affole du comportement
de certains « réfugiés arabes ». En France,
outre les attentats de masse, onze juifs ont
été récemment assassinés au nom
d’Allah. Le père Hamel a été égorgé dans
son église. Dimanche, dans Le Parisien,
300 signataires, venus notamment de la
gauche immigrationniste et du show-biz
conformiste, ont soutenu - miracle ! un texte contre l’islamisme radical et sa
Macron-Trump, le « je t’aime,
moi non plus » franco-américain
onald Trump et Emmanuel
Macron ont mis au point
un ballet diplomatique sans
équivalent. Ils peuvent
s’envoyer à la figure leurs
désaccords abyssaux tout
en continuant à danser leur pas de deux
étroitement enlacés sous les yeux
du monde. Parmi leurs points communs,
il y a un ego assez grand pour ne même
pas sentir les blessures d’amour-propre.
Trump n’a pas tenu rigueur à Macron
de son « démontage en règle du
trumpisme » devant le Congrès, selon
la formule d’E. J. Dionne dans le
Washington Post. Le communiqué
américain relatant le coup de fil de
remerciements du président français
à son départ de Washington souligne
« la profonde affection » du chef de la
Maison-Blanche pour ses « hôtes bienaimés ». Interviewé jeudi matin dans
son émission fétiche « Fox and
Friends », Donald Trump a redit
combien le couple Macron était
« formidable », son homologue français
« un type merveilleux » et à quel point
ils avaient ensemble « accompli beaucoup
plus que nul ne peut le savoir ». Pressé de
préciser, le président américain a
déclaré : «Je crois qu’il voit l’Iran très
différemment que lorsqu’il est entré
dans le Bureau ovale. »
Plus encore que l’accord de Paris
sur le climat ou la guerre commerciale
D
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
est un amas de mesures techniques et
procédurales qui n’ont rien de dissuasif
pour un clandestin. Ce week-end, il aura
fallu qu’un groupuscule, Génération
identitaire, bloque le col de l’Échelle
(Hautes-Alpes), une des voies d’accès,
pour que le ministre de l’Intérieur
promette « des renforts de police et de
gendarmerie importants » aux frontières
alpines.
« Meunier, tu dors… », chante la
comptine. Une même somnolence se
propage chez ceux qui, depuis des
décennies, sont élus pour protéger la
France. En fait, l’intrus y entre toujours
comme dans un moulin, encouragé
à réclamer ses « droits ». Le macronisme,
la nouvelle bien-pensance, a officialisé
cet humanisme démonstratif, insensible
aux plaintes autochtones. La posture
reste celle de l’ouverture et de
l’inconditionnalité du droit d’asile,
pourtant détourné de sa vocation qui fut
d’accueillir jadis tant d’authentiques
réfugiés politiques. Les dirigeants
contemplent avec détachement
un spectacle qui leur est étranger.
Face au défi migratoire, qui assaille son
quinquennat, Macron n’a pas la réponse :
elle l’obligerait à rompre avec l’utopie
universaliste qui le tenaille. Or, comme
l’écrit Hervé Juvin (1) : « Comment ne pas
constater que le monde se ferme, que
l’actualité est aux murs, aux frontières,
et que les illusions de l’individu hors-sol
s’éloignent dans un horizon sinistre ? »
Seul le déni explique pourquoi
les « élites » persistent à ne pas voir
ce qu’elles savent, de crainte d’avoir à
s’excuser de leurs bévues. Le grotesque
est atteint quand Christophe Castaner,
proche de Macron, assure l’autre jour,
cherchant à relativiser le voile islamique :
« Il y a quelques années, quand en France y
compris nos mamans portaient un voile, le
voile catholique, on ne se posait pas la
question… » Le scandale est stupéfiant
quand le parquet de Paris réclame contre
Nicolas Dupont-Aignan, député et
président de Debout la France,
5 000 euros d’amende avec sursis pour
avoir évoqué, dans un tweet, une
« invasion migratoire » et avoir ajouté :
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
sur l’acier et l’aluminium, le dossier
du nucléaire iranien fait figure de test
d’étanchéité pour cette étrange relation
bilatérale. Après une visite d’État
spectaculairement maîtrisée, des fastes
de la Maison-Blanche aux honneurs
du Congrès en passant par un échange
sans protocole avec des étudiants, que
resterait-il de toutes ces effusions
télévisées si Donald Trump désavouait
une fois de plus son « ami » français
en jetant aux orties l’accord sur le
nucléaire péniblement conclu avec
Téhéran en 2015 ? Preuve de son habileté
à la perspective d’un accord plus large »,
dit-il. Son idée est « d’élargir la
discussion » au programme balistique
et à l’expansionnisme régional de l’Iran
« dans un cadre multilatéral fort ».
Car son principal souci avec Trump vient
de sa propension à renier la signature
des États-Unis : « Changer de position
si souvent, cela peut être utile à court
terme, mais c’est insensé à moyen et long
terme », lâche le chef de l’État.
Face à la « stratégie de tensions
croissantes » adoptée par Donald Trump,
Emmanuel Macron se positionne
en « médiateur
impartial »
Parmi leurs points communs, il y a un et indispensable.
Le New Yorker lui
ego assez grand pour ne même pas
fait le procès de
sentir les blessures d’amour-propre
« surestimer sa
propre intelligence,
un mal français très répandu ». Mais son
politique, Emmanuel Macron a préempté
approche a un avantage : elle ne devrait
le « scénario catastrophe » d’un retrait
pas changer au gré des circonstances,
américain le 12 mai prochain, date de
que l’Europe bénéficie – ou pas – d’une
la prochaine « certification » de l’accord
exemption de tarifs douaniers, que
devant le Congrès.
l’accord iranien soit dénoncé – ou pas.
«Je parie qu’il va s’en débarrasser
Il veut faire en sorte que l’Europe
de son propre chef, pour des raisons de
et le monde « ne tombent pas dans une
politique intérieure », a lancé le président
sorte de néant » face aux foucades
français à la fin de sa visite. Aveu d’échec
de l’Américain.
public ? Bien sûr que non. Plutôt une
Leur « je t’aime, moi non plus »
façon de désamorcer l’affront en mettant
est conçu pour résister à tout, même
à son crédit « une avancée importante :
à l’inélégance d’un hôte qui balaie
quelle que soit la décision américaine,
des pellicules sur votre épaule.
le président Trump s’est montré ouvert
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
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Éditeur
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Direction, administration, rédaction
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direction.redaction@lefigaro.fr
judéophobie. Le manifeste parle, à propos
des juifs contraints de quitter des cités,
d’une « épuration ethnique à bas bruit ».
Elle concerne en fait l’ensemble de la
population occidentale. Est pointée la
responsabilité du Coran et de ses versets
« appelant au meurtre et au châtiment des
juifs, des chrétiens et des incroyants ». Le
manifeste demande aux « autorités
théologiques » de les « frapper
d’obsolescence ». Dans Le Monde, trente
imams « éclairés » ont rétorqué qu’il
n’était pas question de modifier
l’intouchable parole de Dieu. La raison
critique attendra encore.
Pourtant ces imams, eux aussi, savent.
Ils savent les textes qui incitent à tuer des
mécréants mais aussi à lapider, à couper
des mains, à justifier le djihad guerrier, à
permettre l’inégalité des héritages entre
les sexes, la polygamie, la répudiation
automatique, etc. Or, ces imams-là,
conduits par Tareq Oubrou (mosquée de
Bordeaux), ont ceci de semblable avec les
« élites » qu’ils ont recours à la même
mauvaise foi. En dépit des évidences, ils
assurent à ceux qui « n’hésitent plus
à avancer que c’est le Coran lui-même
qui appelle au meurtre » que « cette idée
funeste est d’une violence inouïe ».
Oui, pour eux la violence inouïe est dans
l’application d’une critique sur le Coran
et non dans les versets qui justifient
l’assassinat. Ceux qui se rendent compte
de la déstabilisation culturelle que
représente l’importation continue de cet
islam littéral iront-ils jusqu’à la remise
en question de l’immigration, qu’ils sont
encore nombreux à sacraliser ?
La parole libérée devrait les y conduire.
La cohérence aussi…
Trump contre Macron
Derrière les roucoulades de façade, rien
ne rapproche Donald Trump du président
français, invité cette semaine à
Washington avec son épouse. Devant des
étudiants, Macron a mis en garde contre
les « illusions du nationalisme ». Mais c’est
vers Trump et son protectionnisme que
souffle l’histoire.
(1) « France, le moment politique », Éditions
du Rocher, 2018.
VOX
… POLITIQUE
« La construction
européenne
ou le triomphe du vide
stratégique »,
par Joachim Imad,
vice-président
de l’association « Critique
de la raison européenne »
à Sciences Po
… SOCIÉTÉ
« Quand Christine Angot
diffame sans états d’âme
des bénévoles en soins
palliatifs »,
la tribune de l’essayiste
Damien Le Guay
… DANS LE MAG
Charles Maurras : à lire
avant de juger,
par l’historien Jean Sévillia
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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Ce journal
se compose de :
Édition nationale :
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 8 pages
Sur certaines éditions :
Supplément 4
Magazine 128 pages
Sur certaines éditions :
Cahier TV 72 pages
Sur certaines éditions :
Supplément 5 Madame
144 pages
A
LE BLOC-NOTES
19
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 926 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
FRANÇOIS PÉROL
QUITTE BPCE
lefigaro.fr/economie
GRÈCE
SODIAAL
LES FONDS D’INVESTISSEMENT
INTERNATIONAUX À L’ASSAUT
DU TOURISME GREC PAGE 23
LA COOPÉRATIVE VEUT
REVALORISER
LE PRIX DU LAIT PAGE 26
Le projet de loi sur
l’assurance-chômage,
la formation professionnelle
et l’apprentissage
est présenté ce vendredi
en Conseil des ministres.
PAGES 22 ET 23
Muriel Pénicaud, ministre du Travail.
Apple fait flamber l’immobilier des Champs-Élysées
Apple fait flamber les prix, et pas
seulement ceux des smartphones.
L’immeuble parisien des ChampsÉlysées, où la marque créée par
Steve Jobs a prévu l’installation fin
2018 d’un Apple Store et des bureaux de sa filiale française, vient en
effet de se vendre au prix fort. Situé
au 144 de la plus belle avenue du
monde, côté soleil, le plus fréquenté
par les touristes et les Parisiens, cet
immeuble de 5 500 mètres carrés
est en cours de travaux.
Selon nos informations, la transac-
le PLUS du
FIGARO ÉCO
SOCIAL
Le big data
au secours des CAF
pour lutter contre
la fraude PAGE 24
LA SÉANCE
DU JEUDI 26 AVRIL 2018
CAC 40
5453,58 +0,74%
DOW JONES (18h)
24242,35 +0,66%
ONCE D’OR
1320,70 (1321,65)
PÉTROLE (lond)
74,350 (73,450)
EUROSTOXX 50
3506,03 +0,58%
FOOTSIE
7421,43 +0,57%
NASDAQ (18h)
6620,25 +1,63%
NIKKEI
22319,61 +0,47%
tion a été signée jeudi entre l’ancien
propriétaire, le groupe français EPI,
et le nouveau, le fonds de pension
allemand BVK, pour un montant
proche de 600 millions d’euros.
Cette vente est une très bonne affaire pour EPI. Ce discret groupe familial est détenu par Christopher
Descours, le petit-fils de Jean-Louis
Descours, mythique patron d’André et fondateur de Vivarte, leader
français de l’habillement et de la
chaussure. L’héritier avait eu le nez
creux en choisissant de céder ses
parts (25 %) de Vivarte en 2007 : racheté au prix fort par Charterhouse,
le groupe fortement endetté est ensuite parti en capilotade avant
d’être repris par ses créanciers.
Avec le fruit de la vente, Christopher Descours a développé EPI, le
mini-empire présent à la fois dans
le luxe (Weston, Bonpoint, PiperHeidsieck…) et l’immobilier. En
2009, EPI s’était offert l’immeuble
du 114 Champs-Élysées, qui a longtemps abrité une boutique Weston.
À 100 millions d’euros, l’acquisition
avait été jugée chèrement payée par
les experts de l’immobilier. Même si
d’importants travaux ont été engagés depuis, la plus-value à la revente s’annonce substantielle.
Début 2016, Apple a signé pour un
loyer annuel de 14 millions d’euros
(trois fois plus élevé que l’ancien) et
engagé Norman Foster pour l’aménagement de l’immeuble. Le prestige du futur locataire, ajouté à ceux
de l’architecte et de l’avenue, a
convaincu BVK de faire une offre
IVAN LETESSIER
irrésistible à EPI.
L'HISTOIRE
BERTILLE BAYART
PUBLICITÉ
Le PDG de Danone soumet son projet
de révolution alimentaire à ses salariés
a frénésie participative chère
au président Macron ne cesse
de faire des émules… jusque
dans les rangs des grands
patrons. Emmanuel Faber (photo),
le PDG de Danone, compte ainsi associer
les 120 000 salariés de son groupe
à son ambitieux projet de mener
la révolution alimentaire mondiale. Lors
de l’assemblée générale annuelle du géant
mondial des produits laitiers, de l’eau
et de la nutrition infantile, le dirigeant
a détaillé ses neuf objectifs. À côté de
grands principes comme l’essor de marques
engagées ou
la préservation des
ressources de la
planète, figurent
d’autres points, plus
concrets. Comme la
croissance rentable,
l’innovation
ou la certification
B-Corp. Mais aussi
une petite phrase
qui n’est pas sans
rappeler son mantra
depuis un an : « One
L
Planet. One Earth ». Pour 2019, le leader
français scande ainsi : « Une personne,
une voix, une action ». D’ici à la prochaine
assemblée générale, tous ses salariés
auront voix au chapitre et pourront donner,
au niveau local, leur avis sur les sujets clés
de l’entreprise : quelles recettes retravailler
en priorité ? Comment mettre en œuvre
une économie circulaire des emballages ?
La blockchain est-elle une solution
dans notre pays ? Remontées en ligne,
ces consultations intégreront la feuille
de route de Danone pour 2030.
Adepte du donnant-donnant, Emmanuel Faber
a imaginé une autre
démarche originale :
Danone offrira à chacun
de ses 120 000 salariés
une action gratuite.
À terme, tous
bénéficieront
d’un dispositif d’achat
d’actions à prix
préférentiel. De quoi
partager, plus que
la stratégie de Danone,
un peu de sa valeur. ■
OLIVIA DÉTROYAT
LABEL EXCELLENCE 2018
BÉNÉFICIEZ
D’UNE EXPERTISE
RECONNUE
EN BOURSE
J’aime ma banque.
Source Profideo, septembre 2017
Fortuneo est une marque commerciale d’Arkéa Direct Bank. Arkéa Direct Bank,
Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de 89 198 952
euros. RCS Nanterre 384 288 890. Siège social : Tour Ariane - 5, place de la Pyramide
92088 Paris La Défense. Courtier en assurance n° Orias 07 008 441.– Adresse postale :
FORTUNEO - TSA 41707 - 35917 RENNES CEDEX 9.
A
ROMUALD MEIGNEUX/SIPA, PATRICK KOVARIK / AFP, PHILIPPE HUGUEN / AFP
Réformes sociales :
le gouvernement s’active
Le groupe bancaire BPCE (Banque
populaire-Caisse d’épargne) change
de patron. François Pérol, le président
du directoire, a remis sa démission
jeudi. Un mouvement inattendu puisque son mandat courait jusqu’en
2020. La décision de François Pérol
résulte en fait d’un concours de deux
circonstances. La première, c’est
l’évolution de la maison Rothschild,
qu’il va rejoindre à un poste de
supervision, à l’échelle du groupe, et
en tandem avec un Britannique. Un
poste que lui aurait proposé Alexandre de Rothschild qui, à 37 ans, succédera le 17 mai prochain à son père,
David, aux commandes de la célèbre
banque d’affaires (voir nos éditions
du 17 avril).
La seconde, ce sont les perspectives
qui pouvaient s’ouvrir pour Laurent
Mignon, le directeur général de Natixis, la filiale cotée de BPCE, dont
François Pérol a de longue date fait
son successeur potentiel. Laurent
Mignon a ainsi récemment été
contacté pour le poste de numéro
deux de la Société générale (voir nos
éditions du 13 avril). Le conseil de
surveillance de BPCE devrait logiquement nommer Laurent Mignon à la
présidence du directoire du groupe. Il
devrait être remplacé à la tête de Natixis par François Riahi, directeur général de BPCE, selon nos informations.
Laurent Mignon, artisan du rétablissement de la banque Natixis, que la
crise de 2008 a failli emporter, montera donc d’un étage. Une hypothèse
qui était déjà d’actualité en 2015,
quand François Pérol avait comparu
en correctionnelle, accusé de prise
illégale d’intérêts pour avoir été parachuté en 2009 de l’Élysée, dont il était
le secrétaire général adjoint, à la tête
de BPCE. Il a été relaxé en première
instance, et de nouveau en appel l’an
dernier. Mais s’il avait été condamné,
le plan B était prêt avec Laurent Mignon dans le rôle du successeur.
Arrivé en 2009 pour fusionner les
Caisses d’épargne et les Banques populaires alors à la dérive, François Pérol y sera finalement resté neuf ans. À
54 ans, l’énarque, qui a fait une partie
de sa carrière au Trésor et dans les
cabinets ministériels, notamment aux
côtés de Nicolas Sarkozy, retrouve
Rothschild dont il avait été un banquier d’affaires entre 2005 et 2007.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Réformes sociales : le projet Pénicaud se con
Après plusieurs mois de discussions avec les partenaires sociaux et les régions, le texte arrive en Conseil des
MANON MALHÈRE
£@ManonMalhere
Muriel Pénicaud,
ministre du Travail.
C. LIEWIG/ABACA
SOCIAL Après plusieurs
mois de discussions souvent mouvementées avec
les partenaires sociaux et les
régions, le cap est désormais
fixé. La ministre du Travail,
Muriel Pénicaud, présentera,
vendredi, en Conseil des
ministres, le projet de loi
« pour la liberté de choisir son avenir professionnel ». Ce texte s’attaque aux réformes de
l’assurance-chômage,
de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Trois sujets phares pour le
gouvernement Philippe, qui espère ainsi
rééquilibrer son agenda social après avoir
assoupli le Code
du travail avec
les ordonnances
en vigueur depuis l’automne
2017.
L’exécutif a
désormais
pour ambition
de sécuriser
les parcours
professionnels des individus en facilitant
l’accès à la formation et
l’acquisition de compétences adaptées aux
mutations profondes
du marché du travail.
Avec l’objectif de faire, à terme, baisser le
chômage.
Le pari est extrêmement ambitieux et rien n’est encore gagné. Le projet de loi doit
maintenant être adopté au Parlement. Les discussions devraient débuter fin mai ou début
juin avec l’objectif d’une adoption du texte durant l’été. Les
équipes du gouvernement entreront ensuite dans le dur du sujet
et s’attaqueront à l’épineuse
mise en œuvre opérationnelle de
ces réformes qui opèrent des
transformations
structurelles
profondes des systèmes de formation et d’apprentissage.
Les prochains mois ne seront
pas un long fleuve tranquille
pour l’exécutif, qui espère tout
boucler d’ici à 2021. D’autant que
les régions n’ont pas dit leur dernier mot, remontées d’avoir été
dépouillées de leurs compétences
en matière d’apprentissage - et
du 1,6 milliard d’euros de financement qui va avec - au profit
des entreprises via les branches
professionnelles.
Des amendements
Déjà, un certain nombre de présidents de région ont bien l’intention de faire monter la pression
avec l’arrivée du texte au Parlement - même si leurs chances de
convaincre les députés restent
faibles. « Nous allons rédiger des
amendements et saisir les groupes
politiques. Nous allons mettre les
députés LaREM de nos circonscriptions devant leurs responsabilités », explique Renaud Muselier,
le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Quoi qu’il en soit, si les régions
ne jouent pas le jeu, l’apprentissage pourrait en pâtir durant la
phase de transition avec une di-
minution du nombre d’apprentis. Certains présidents ont déjà
annoncé la couleur. « À peu près
toutes les régions ont gelé leurs
investissements jusqu’à ce que la
loi soit votée au Parlement », explique Hervé Morin, le président
de l’Association des régions de
France et de la région Normandie, qui qualifie ces réformes de
« grand échec du gouvernement ». « Je gèle les investissements car je ne disposerai pas de
ressources suffisantes dès l’an
prochain », précise le président
Une nouvelle application pour gérer
son compte personnel de formation
Sa mise en place par le gouvernement est prévue pour 2019
1
Un salarié désirant
se former
sans passer
par son employeur
3
Pour le règlement,
il utilisera l’argent
disponible sur son CPF :
Il reçevra 500 €/an (plafonnés
à 5 000 € sur 10 ans),
ou 800 €/an si le salarié est
peu qualifié (plafonnés à 8 000 € sur 10 ans).
11:53
devra télécharger
l’appli « CPF »
(compte personnel de
formation)
sur une boutique
d’applications.
CPF
Il choisira une formation
et un organisme certifié
2
4
12
EXEMPLES :
A
droit à la formation
u Un
renforcé
Le gouvernement prévoit de simplifier le système de formation jugé
trop complexe et décourageant pour
les individus qui souhaitent se former. Concrètement, le compte personnel de formation (CPF) dont dispose chaque actif ne sera plus
alimenté en heures, mais en euros.
Pour les salariés, ce compte sera accrédité de 500 euros par an (plafonné à 5 000 euros) et, pour les salariés
les moins qualifiés, de 800 euros
(plafonné à 8 000 euros). Les individus pourront utiliser l’argent disponible sur leur CPF pour financer une
formation via une application mobile qui sera mise en place au cours
de l’année 2019 (voir infographie cidessus). En outre, ils pourront solliciter un conseiller en évolution professionnelle dans leur région pour
les accompagner dans leur choix.
Par ailleurs, le système de formation ne sera plus gouverné par les
nombreuses instances paritaires
(syndicats et patronat). Une agence
nationale baptisée « France compétences » et gérée de façon quadri-
partite (État, régions, syndicats et
patronat) sera créée pour contrôler
et réguler la qualité et les prix de la
formation.
Autre changement majeur : les entreprises verseront une seule cotisation aux Urssaf pour financer la
formation et l’alternance. La Caisse
des dépôts et consignations (CDC)
centralisera une partie des sommes
collectées pour payer directement
les organismes de formation choisis
par les individus pour se former
avec leur CPF.
u
Un système d’apprentissage
plus ouvert
L’apprentissage ne sera plus piloté
par les régions mais par les branches professionnelles, qui regroupent les entreprises d’un même
secteur, selon une logique de marché. Les régions n’auront donc plus
le pouvoir d’ouvrir ou de fermer les
centres de formation d’apprentis
(CFA) ou encore de les subventionner selon des règles parfois peu lisibles. Les CFA seront financés en
fonction du nombre d’apprentis
inscrits. Ce qui signifie que, si un
CFA ne parvient pas à attirer suffisamment d’apprentis, il sera obligé
de fermer. Les régions disposeront
quand même de 250 millions
d’euros par an pour tenir compte
des spécificités des territoires. Par
exemple, pour soutenir des CFA
dans les régions reculées. Une seconde
enveloppe
d’environ
Le salarié ne
débourse rien.
La Caisse des dépôts,
mandataire des sommes,
se chargera directement
du paiement auprès de
l’organisme de formation.
TOEIC formation en anglais
TOSA certificat de formation informatique
CACES certificat d’aptitude à la conduite
de chariot de sécurité
…
Infographie
Formation, apprentissage, assurance-chômage : trois
dispositifs clés
La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, doit présenter en Conseil des
ministres, ce vendredi, un projet de
loi qui vise à renforcer le droit des individus à se former, développer l’apprentissage ou encore créer des droits
à l’assurance-chômage pour les démissionnaires et les indépendants.
de la région Provence-AlpesCôte d’Azur.
Des annonces qui suscitent l’ire
de la ministre du Travail, qui a
réagi publiquement lors des
18es rencontres sénatoriales de
l’apprentissage, le 16 avril. « Je
suis choquée que, dans certaines régions, on prenne en otages des jeunes en disant des contre-vérités », a
lancé Muriel Pénicaud, rappelant
que la capacité d’investissement
des régions va continuer à augmenter. Pour Stéphanie Pernod
Beaudon, vice-présidente de la ré-
180 millions leur sera réservée pour
participer aux investissements.
Enfin, plusieurs mesures sont prévues pour rendre la filière plus attractive. Par exemple, une aide de
500 euros sera octroyée aux apprentis pour financer leur permis de
conduire. La limite d’âge pour s’inscrire dans une formation en apprentissage passera de 26 à 30 ans.
assurance-chômage
u Une
étendue
Un nouveau droit à l’assurance-chômage sera créé pour les démissionnaires qui ont un projet professionnel
- et ont été affiliés à l’Unedic pendant
au moins cinq ans sans interruption.
Ces personnes bénéficieront des mêmes droits que les chômeurs. Les indépendants (chefs d’entreprise,
autoentrepreneurs, professions libérales, commerçants…) pourront également être indemnisés en cas de liquidation judiciaire, s’ils disposaient
d’un revenu d’au moins 10 000 euros
par an. L’indemnisation devrait être
de 800 euros par mois pendant un
maximum de six mois.
Le projet de loi prévoit également
de renforcer le contrôle des chômeurs. Les effectifs chargés de traquer les fraudeurs aux allocations
devraient passer de 200 à 600 en fin
d’année puis 1 000 personnes en
2020. Le système de sanctions sera
également réformé. Concernant la
gouvernance de l’assurance-chômage aujourd’hui assurée par les
partenaires sociaux (syndicats et
patronat), elle sera davantage encadrée par l’État. Le gouvernement
fixera un cadre avant chaque renégociation de la convention assurance-chômage.
Par ailleurs, afin de lutter contre la
précarité de l’emploi, les branches
professionnelles ont jusqu’à la fin
de l’année pour trouver un dispositif permettant de limiter le recours
aux contrats courts. Sinon, le gouvernement se réserve le droit d’imposer un système de bonus-malus
sur les cotisations patronales à l’assurance-chômage.
travailleurs détachés
u Des
mieux contrôlés
Le projet de loi s’attaque également
à la lutte contre la fraude aux travailleurs détachés. Par exemple, les
amendes infligées aux entreprises
étrangères (d’un pays membre de
l’Union européenne) qui détachent
un travailleur en France de façon illégale seront relevées de 2 000 à
3 000 euros. Et en cas de récidive,
ces amendes pourront atteindre
6 000 euros. En outre, si les entreprises visées ne paient pas leurs
amendes, leur activité pourra être
suspendue.
Enfin, l’exécutif prévoit des mesures pour remédier aux écarts de rémunération entre les femmes et les
hommes et pour faciliter l’emploi
des personnes handicapées. ■
M. M.
Indépendants : le
négocie avec les
« deUne500aideeuros
sera octroyée
aux apprentis
pour financer
leur permis
de conduire
»
Le gouvernement n’a visiblement
pas l’intention de laisser de côté
les travailleurs indépendants qui
exercent pour le compte de plateformes numériques - Uber ou Deliveroo, par exemple. Il mène toujours discrètement des discussions
avec certaines de ces plateformes
sur des mesures qui permettraient
d’améliorer la protection sociale
de cette catégorie d’indépendants. Et ce, sans pour autant
mettre à mal ces nouveaux modèles économiques.
Le gouvernement espère bien
trouver rapidement un terrain
d’entente sur un texte. Celui-ci
pourrait, selon nos informations,
être intégré par amendement dans
le projet de loi « pour la liberté de
choisir son avenir professionnel »
qui comprend la réforme de l’assurance-chômage, durant les débats
parlementaires.
Éminemment politique, l’objectif
est de respecter l’engagement de
campagne du président de créer
une assurance-chômage universelle. « Il y a besoin d’une protection
sociale basée sur les individus et non
sur les statuts et tous les indépendants doivent être couverts, surtout
les plus exposés », explique au
Figaro Aurélien Taché, le député
LREM et rapporteur du texte au
Parlement.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
ÉCONOMIE
ministres.
Phase opérationnelle
La refonte du système de formation professionnelle suscite également des inquiétudes. « Il faut rapidement entrer dans la phase
opérationnelle », explique Florence Poivey, représentante du Medef. La mise en œuvre de la précédente réforme de 2014 avait en
effet induit un important fléchissement des organismes de formation. « Il y a eu des problèmes de
rodage, donc, pendant six mois,
nous avons fait 50 % en moins de
notre chiffre d’affaires », se souvient le président France de Wall
Street Institute, Natanael Wright.
De même que le gouvernement
n’a pas intérêt à rater la mise en
œuvre de l’application mobile
pour faciliter l’accès à la formation des individus qui restent peu
nombreux à se former. L’objectif
clé de la réforme… ■
5
Les projets
d’investissements dans
les CFA
sont gelés faute
de disposer
de ressources
suffisantes
dès l’année
prochaine
»
RENAUD MUSELIER,
PRÉSIDENT DE LA RÉGION
PROVENCE-ALPES-CÔTE
D’AZUR
COLLECTION PERSONNELLE
gion Rhône-Alpes-Aquitaine, il
n’est toutefois pas question que
« la région porte la responsabilité
du sous-investissement. On fera
avec ce qu’on a et rien de plus ».
Mais il n’y a pas que les investissements qui inquiètent les acteurs du secteur. « On craint que
les régions ne financent plus les
aides à l’hébergement, à la restauration et aux transports qui sont
prises sur le budget de fonctionnement et qu’elles fassent le strict
minimum », déplore Aurélien Cadiou, de l’Association nationale
des apprentis de France (Anaf).
Le salarié pourra faire
appel à un conseiller
en évolution professionnelle
pour l’orienter dans ses
démarches.
On craint
que
les régions
ne financent
plus les aides
à l’hébergement,
à la restauration
et aux
transports
»
AURÉLIEN CADIOU,
ASSOCIATION NATIONALE
DES APPRENTIS DE FRANCE
(ANAF)
gouvernement
plateformes
Pour l’heure, l’exécutif a dû revoir à la baisse les promesses de
campagne d’Emmanuel Macron
peu réalistes d’un point de vue financier. Le projet de loi prévoit
bien de créer de nouveaux droits
pour les démissionnaires et les indépendants mais sous strictes
conditions (voir ci-contre). Mais ne
permet pas vraiment d’assurer un
accès à l’assurance-chômage à cette catégorie fragile d’indépendants
collaborant avec des plateformes
- par exemple, les chauffeurs de
VTC - ou des donneurs d’ordres.
Souvent, il s’agit de travailleurs
« économiquement dépendants » :
même s’ils exercent une activité à
leur compte et sans contrat de travail, ils ont en réalité un lien de subordination et une dépendance
économique à la plateforme.
Cotisations
Les négociations en cours entre
l’exécutif et les plateformes visent
donc à garantir un filet de sécurité à
ces travailleurs en cas de perte
d’emploi. L’idée de faire cotiser ces
plateformes de façon obligatoire ou
facultative à l’assurance-chômage
est toujours sur la table. En échange, elles pourraient bénéficier de
mesures incitatives comme, par
exemple, des assurances sur le statut de leurs collaborateurs. ■ M. M.
99 %
des salariés
estiment qu’il est
important de se
former tout au long
de sa vie
professionnelle
(selon le baromètre
Cegos 2017)
412 437
C’est le nombre
d’apprentis
en France, soit 7 %
des jeunes de 16
à 25 ans, contre 15 %
en Allemagne.
(selon le ministère
du Travail)
33,9
milliards d’euros
d’allocations
chômage ont été
versés en 2016
(selon l’Unedic)
Jean-Claude Juncker valide la fin
de la tutelle internationale de la Grèce
Le président de la Commission européenne a effectué une visite éclair
à Athènes. La sortie du plan d’aide est programmée le 20 août.
EUROPE « Le 20 août, ce sera la fin
du troisième et dernier plan de sauvetage de la Grèce. Le pays retournera à la normale et nous tournerons ensemble la page de ces
années difficiles », a lancé JeanClaude Juncker en marge d’une
visite éclair à Athènes, après s’être
plaint de la chaleur ambiante. Le
président de la Commission européenne fait référence à la fin de la
tutelle budgétaire de l’Union
européenne et du FMI mise en
place depuis le 23 avril 2010.
Après trois plans de rigueur, en
échange de trois prêts de 322 milliards d’euros (110, 130 et 82 milliards octroyés respectivement en
2010, 2013 et 2015), et nombre de
rebondissements, la Grèce va
pouvoir retrouver sa souveraineté
financière. Alexis Tsipras attendait ce geste du président de la
Commission, qui devrait être suivi
par d’autres représentants européens au plus vite.
Mais la fin de la tutelle rime-telle avec une sortie de crise ? Difficile à croire quand les chiffres
montrent que le pays a perdu 25 %
de son PIB, que le chômage, certes
en baisse, touche encore plus de
20 % de la population active, et que
la paupérisation des Grecs est une
réalité. Pourtant, le gouvernement
grec, fort du retour à la croissance,
d’un excédent budgétaire de 0,8 %
du PIB en 2017 et d’un surplus primaire (hors charge de la dette) de
4 %, estime que le dogme de l’austérité appartiendra bientôt au
passé. C’est pourquoi les ministères concernés par les réformes
s’activent pour boucler la quatrième et dernière revue du programme grec. Un climat de confiance
règne, même si un certain nombre
de conditions techniques restent
en suspens, en accord avec les
technocrates européens. La Commission européenne travaille aussi
sur la phase de post-programme,
sur le modèle de ce qui a été réalisé
à Chypre et au Portugal, mais avec
une surveillance en ligne avec les
traités européens, dont les détails
restent à déterminer. Au même
moment, lors du conseil informel
de l’Eurogroupe ce vendredi, à Sofia, les grandes lignes du plan de
croissance grec seront discutées
avec les partenaires européens. « Il
s’agit surtout d’une feuille de route
qui déterminera le cadre de la politique économique à adopter pour ces
prochains mois et prochaines années », confie un proche du ministère des Finances.
Problème politique
Reste enfin le sujet épineux de la
restructuration de la dette grecque, exigée par le FMI et qui divise
les Européens. Elle est toujours
aussi importante, 176 % du PIB, et
ce, malgré les cures d’austérité à
répétition, et limite les marges de
manœuvre du pays. Pour la première fois depuis le début de la
crise, des solutions techniques,
dont celle liant remboursement et
croissance, dit le « mécanisme
français », sont sur la table. « C’est
une avancée mais le problème de la
dette est politique, tempère Babis
Papadimitriou, analyste politique.
Le gouvernement allemand ne donnera pas son blanc-seing à la Grèce
si facilement, et il n’est pas pressé.
Il demandera sans doute un contrôle régulier sur l’évolution des chiffres officiels pour accorder une restructuration de la dette. »
Ces divers points devront être
validés lors de l’Eurogroupe du
21 juin prochain. Lors du « road
show » de Boston réussi de la semaine dernière, le ministère grec
des Finances a reçu un message
clair des investisseurs sur le besoin de rééchelonnement de la
dette. Une condition nécessaire
pour le succès de l’autofinancement du pays après le 20 août
prochain. ■
A.K. (À ATHÈNES)
Le président
de la Commission
européenne,
Jean-Claude Juncker,
et le premier ministre
grec, Alexis Tsipras,
jeudi à Athènes.
ANGELOS TZORTZINIS/AFP
Les fonds d’investissement se ruent sur les hôtels grecs
ALEXIA KEFALAS £@alexiaKefalas
ATHÈNES
Ils se nomment Oaktree, Hines,
Blackstone, Sankaty, Fortress Investment ou encore Lone Star, ce
sont tous des fonds d’investissement internationaux et, ces derniers temps, ils convergent vers la
même proie, les hôtels grecs, attirés par un secteur de plus en plus
lucratif. Le tourisme connaît un
essor important, et même s’il est
trop tôt pour avoir des évaluations
chiffrées, la tendance est palpable.
Ainsi, la majorité des hôtels, de
toute taille, des locations d’appartements ou de voitures affichent
déjà complets à travers la Grèce.
« La saison semble précoce et
meilleure que l’an dernier, ne serait-ce qu’en termes de réservations de places d’avion. Elles sont
en hausse exponentielle dans tout le
pays et nous recevons des signaux
encourageants des tour-opérateurs », avance Alexandre Vassilikos, président de la Chambre des
hôteliers de Grèce (XEE).
« N’oublions pas, ajoute-t-il, que
la Grèce sort de plusieurs années
difficiles, que les prix sont encore
compétitifs, Athènes restant la capitale la moins chère d’Europe en
tarifs hôteliers. »
Malgré cette bonne santé affichée du secteur, la majorité des
hôtels grecs sont surendettés.
Sous la pression des créanciers
publics du pays, et surtout de la
Banque centrale européenne et du
Mécanisme de supervision bancaire (SSM), les banques systémiques sont donc contraintes de
vendre leurs créances douteuses
qui s’élèvent, dans le secteur hôtelier, à 3 milliards d’euros pour
des prêts de 8 milliards octroyés
ces dernières années. Ainsi, d’ici
la fin du mois, sept complexes hôteliers de Crête (dont le Bellair
Village à Agia Pelagia et le Golden
Villas à Heraklion), six à Rhodes,
Kos, Corfou, Lefkas et Zante, deux
à Skiathos et bien d’autres à travers le pays, déjà hypothéqués,
vont être soumis aux enchères.
C’est ce qui intéresse ces fonds
d’investissement. Hines vient
ainsi d’acquérir pour quelque
33 millions d’euros l’hôtel emblématique Ledra, dans le centre
d’Athènes, en faillite pour cause
de crise.
Vangelis Panayotis connaît bien
ces dossiers. Directeur du groupe
MKG Consulting, il est quotidiennement sollicité par nombre de
fonds d’investissement qui surfent sur la tendance. « Il ne s’agit
pas de n’importe quelles enseignes.
Ce sont des spécialistes de ce marché et la grande majorité ont l’habitude de flairer les bonnes affaires.
Jusqu’à présent, ces fonds se
concentraient sur des capitales
européennes alors qu’aujourd’hui
ils comprennent qu’acquérir un resort, un complexe hôtelier dans une
île, est un bon retour sur investissement, surtout en Grèce. »
Et pour cause, le marché des resorts n’est pas concurrencé par les
locations d’appartements comme
celui de l’hôtellerie urbaine, et les
établissements grecs offrent plusieurs atouts. « Ce sont de beaux
bâtiments, installés sur des sites
exceptionnels, tout le temps remplis, et en même temps, ils sont
pour la plupart gérés en famille
avec un certain amateurisme. D’où
l’intérêt des fonds d’investissement
qui apportent un savoir-faire en
gestion financière», précise Vangelis Panayotis.
Cette injection d’argent frais
dans le marché permet la réouverture de nombre de resorts et
contribue à l’attractivité du pays.
Seul bémol, à force de vendre
leurs actifs, les Grecs pourraient
se retrouver, à terme, dépourvus
de propriétés hôtelières. Car les
fonds d’investissement ne sont
pas seuls dans cette course.
Des entrepreneurs égyptiens ou
russes achètent de nombreux bâtiments à travers la Grèce. Beaucoup le font pour obtenir un « golden visa », ce visa européen alloué
moyennant un investissement
immobilier d’une valeur supérieure à 250 000 euros. Ils y voient
une réelle opportunité de profit et
s’intéressent aussi aux hôtels de
petite et moyenne taille.
Doper la rentabilité
Les professionnels veulent profiter
de cet engouement pour monter en
gamme. Là encore, si les chiffres ne
sont pas officiels, le nombre d’hôtels de catégorie supérieure est en
progression alors que celui des établissements plus basiques diminue.
« Cela signifie que certains petits
hôtels n’ont pas tenu le choc de la
crise économique, mais aussi que
d’autres ont procédé à des rénovations pour changer de catégorie »,
souligne Alexandre Vassilikos. Résultat, nombre d’hôtels ont gagné
une ou deux étoiles et peuvent espérer améliorer leur rentabilité ou,
comme beaucoup, augmenter leur
valorisation pour mieux se vendre
aux investisseurs. ■
Le complexe hôtelier
Goldens Villas,
à Hersonissos,
fait partie des sept
établissements
de Crète a être
vendus aux enchères
d’ici la fin du mois.
GOLDEN VILLAS
prix
« Les
en Grèce
sont encore
compétitifs,
Athènes
restant
la capitale
la moins
chère
d’Europe
en tarifs
hôteliers
»
ALEXANDRE
VASSILIKOS, PRÉSIDENT
DE LA CHAMBRE DES
HÔTELIERS DE GRÈCE
A
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
crétise
23
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
24
ÉCONOMIE
Le ralentissement de la croissance n’inquiète pas Mario Draghi
La réunion de la BCE, jeudi à Francfort, a maintenu le statu quo, réservant ses annonces pour le 14 juin.
JEAN-PIERRE ROBIN jprobin@lefigaro.fr
Mario Draghi a une
nouvelle fois invoqué,
jeudi à Francfort,
« la prudence,
la patience et la
persévérance ».
MICHAEL PROBST/AP
EUROPE Sans surprise, les vingtcinq gouverneurs de la Banque
centrale européenne (les dixneuf gouverneurs de banques centrales nationales et les six membres
du directoire) ont laissé leur politique monétaire inchangée. Qu’il
s’agisse des taux directeurs ou des
achats de titres financiers sur les
marchés (« quantitative easing »).
« Le Conseil des gouverneurs s’attend à ce que les principaux taux
d’intérêt de la BCE demeurent à leurs
niveaux actuels pour une période
prolongée et bien après l’horizon des
achats nets d’actifs », a réaffirmé
Mario Draghi, lors de la conférence
de presse qui a suivi la réunion des
gouverneurs. Rappelons que la BCE
a programmé des achats d’actifs au
rythme de 30 milliards d’euros par
mois jusqu’en septembre 2018 et
que la suite du programme reste à
déterminer.
On attendait le président de la
BCE sur les trois points saillants de la
conjoncture économique actuelle :
un certain essoufflement de la croissance dans la zone euro, les menaces
protectionnistes et les chiffres de
l’inflation en légère accélération du
fait du réveil des cours du pétrole et
de certains prix alimentaires. « Les
indicateurs économiques suggèrent
une certaine modération du rythme
de croissance depuis le début de l’année. Cette modération peut en partie
refléter un repli par rapport au rythme élevé de croissance constaté en fin
d’année dernière (2,8 % l’an au quatrième trimestre, NDLR), tandis que
des facteurs temporaires peuvent
aussi être à l’œuvre », a commenté
Mario Draghi. Il s’est montré tout
aussi circonspect sur « la menace
d’un protectionnisme accru qui représente un risque pour les perspectives de croissance de la zone euro ».
Quant à l’inflation, « l’indice des prix
à la consommation a augmenté à un
rythme annuel de 1,3 % en mars
contre 1,1 % en février… et devrait
fluctuer autour de 1,5 % pour le reste
de l’année ».
Comme à Washington la semaine
dernière, Mario Draghi a une nouvelle fois invoqué « la prudence, la
patience et la persévérance », selon
cette manie horripilante des décideurs américains de regrouper
trois mots commençant par la
même lettre.
Les marchés de marbre
Ces propos ont laissé les marchés de
marbre, que ce soit la Bourse ou les
monnaies, et c’était le but recherché. Car le président de la BCE ne
voulait surtout pas donner la moindre indication sur une éventuelle
inflexion de sa politique monétaire.
Interrogé par les journalistes sur
cette dernière, Mario Draghi a ré-
pondu que le Conseil des gouverneurs « n’en avait pas débattu », pas
plus que des évolutions de l’euro sur
les marchés, a-t-il insisté.
Ce débat se tiendra le 14 juin à
Riga (Lettonie), lieu du prochain
Conseil des gouverneurs de la BCE.
Il lui faudra alors définir la feuille de
route de la BCE au-delà de septembre 2018. Et les discussions promettent d’être vives car la BCE est désormais face à une contradiction de
gros calibre, avec une économie au
plein-emploi de ses capacités de
production, une politique monétaire anormalement accommodante et
un rythme d’inflation bien en deçà
de 2 %, l’objectif de moyen terme
de la BCE. ■
Le big data
au secours des CAF
pour lutter
contre la fraude
LA LUTTE CONTRE LA
FRAUDE EN CHIFFRES
SOURCE : CNAF
30,8
millions : nombre total
de contrôles automatisés
en 2017 (échange
de données avec Pôle
emploi, le fisc, etc.)
4,4
millions : nombre
de contrôles sur pièces
à la suite de demande
de justificatifs
aux allocataires
171 500
visites du contrôleur
chez l’allocataire
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
PROTECTION SOCIALE À force de
bien traquer la fraude aux allocs,
cette dernière pourrait bien finir
par diminuer. C’est le sens du
message qu’a fait passer la Caisse
nationale d’allocations familiales
(Cnaf) jeudi en présentant son bilan 2017 de la lutte contre les fraudeurs. Certes, elle n’en est pas
vraiment encore là. En 2017, le
nombre de fraudes détectées a
augmenté de 5,7 %, atteignant
45 100 cas et 291 millions d’euros.
Pour arriver à ce résultat, les
CAF ont contrôlé en un an la moitié
des 12 millions de bénéficiaires
d’une aide (allocation familiale,
RSA, etc.). « Je ne dis pas que la
fraude a augmenté l’année dernière, mais que nous avons détecté davantage de fraudes qu’en 2016 », a
tenu à préciser le directeur de la
Caisse nationale d’allocations familiales, Vincent Mazauric.
Cependant, après un bond de
8 % du nombre de fraudes détectées en 2016 - et une multiplication
par trois depuis 2012 -, l’année
2017 traduit un ralentissement
dans la progression spectaculaire
de la lutte contre la fraude aux allocations. « Nous sommes presque
arrivés au maximum de ce que nous
pouvons détecter, explique la responsable de la lutte contre la fraude, Aude Cournée. La marge de
progression est donc moindre. »
Comment prouver que c’est
bien le cas, et que ces chiffres ne
signifient pas que l’efficacité des
outils utilisés s’émousse ? « Grâce à
l’exploitation systématique des
données - le datamining -, la durée
de l’indu frauduleux a été ramenée
de 18 mois à moins d’un an en
moyenne entre 2014 et 2017 », répond Aude Cournée. En d’autres
termes, les CAF sont de plus en
THOREL THIERRY/ABACA
L’analyse des données a permis de repérer
plus rapidement les allocataires indélicats.
En 2017, le nombre de fraudes détectées a augmenté de 5,7%, atteignant 45 100 cas et 291 millions d’euros.
plus rapides pour détecter les fraudes, signe d’une efficacité grandissante. Le datamining permet de
calculer le risque qu’une erreur ou
une fraude se produise, en donnant un score aux dossiers analysés. Donc de cibler les contrôles.
Prestations non réclamées
Les fraudeurs sont ainsi repérés
plus tôt. Conséquence directe, les
montants détournés ont tendance,
ces dernières années, à diminuer
- sauf en 2017, où il a très légèrement augmenté de 0,6 %, à
6 455 euros. « Et quand les durées
de fraude sont plus courtes, il est
plus facile de recouvrer les sommes », se félicite Vincent Mazauric.
Aujourd’hui, les CAF récupèrent
80 % des montants détournés.
En même temps qu’elle met en
avant ses résultats de lutte contre
la fraude, la Cnaf insiste sur le fait
que ses agents avaient aussi pour
mission de vérifier que les allocataires qu’ils contrôlaient bénéficiaient bien de toutes les aides
auxquelles ils ont droit. Au total,
les CAF ont versé, en 2017,
316 millions d’euros de prestations
initialement non réclamées grâce à
ce travail, soit un tiers des montants régularisés lors des contrôles.
Il s’agit pour elle de répondre
aux critiques du Défenseur des
droits, Jacques Toubon, émises à
l’automne 2017. Ce dernier avait
estimé que la fraude ne représentait que 3 % des prestations, soit
environ 600 millions d’euros.
Beaucoup moins que le phénomène du « non-recours » (foyers
qui ne demandent pas une aide à
laquelle ils ont pourtant droit), qui
s’élèverait à 4 milliards d’euros
pour le seul RSA.
Dans le cadre de la nouvelle
convention 2018-2022 en cours de
négociation avec l’État, la branche
famille de la Sécurité sociale promet de continuer de faire de la lutte contre la fraude « une priorité
d’action ». En même temps qu’elle
entend accentuer son combat
contre le non-recours. La Cnaf
teste d’ailleurs le datamining en
Gironde pour détecter les foyers ne
réclamant par les aides dont ils
pourraient bénéficier. D’après les
premiers résultats, 12 % de
l’échantillon étudié présentait un
« droit non activé ». Même une fois
ces allocataires contactés par la
CAF, seul un petit tiers a activé ses
droits. ■
Le Conseil d’État allège la fiscalité sur le bitcoin
Les plus-values seront taxées au taux forfaitaire de 19 %, et non plus au barème de l’impôt sur le revenu.
MARIE BARTNIK £@mariebartnik
PLACEMENT Les férus de cryptomonnaies ont un motif de se réjouir : le Conseil d’État vient d’alléger, dans la plupart des cas, la
fiscalité applicable à leurs plus-values. Jusqu’à présent, celle-ci avait
de quoi faire déchanter les investisseurs les plus enthousiastes. Les
profits réalisés de façon occasionnelle sur le bitcoin et autres cryptomonnaies étaient en effet taxés à
l’impôt sur le revenu comme des
bénéfices non commerciaux (le
même régime que pour les professions libérales), c’est-à-dire au
taux de 45 % pour les contribuables
les plus aisés, auquel il fallait ajouter
les prélèvements sociaux de 15,5 %
ou de 17,2 %, ainsi qu’une éventuelle contribution exceptionnelle
de 3 % ou 4 % sur les hauts revenus.
De quoi faire grimper, dans certains
cas, l’addition à plus de 65 % !
Une facture trop salée au goût
des cinq investisseurs à l’origine de
la saisine du Conseil d’État. Ayant
misé sur le bitcoin peu de temps
après sa cotation et se trouvant
aujourd’hui à la tête d’un pécule
virtuel de plusieurs centaines de
milliers d’euros, ils faisaient valoir
que ces plus-values devaient plutôt
relever du régime de cession de
biens meubles.
Moins intéressant
que la flat tax
L’administration « confondait allègrement les “mineurs”, qui rendent
effectivement des services à la plateforme adossée à la cryptomonnaie,
avec les investisseurs qui en achè-
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
25/04/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
A
Aviva Investors France
24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Vocation
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
141,79
63,89
617,56
763,95
901,91
140,86
63,55
616,58
761,25
899,57
PROCHAINE PARUTION : 04/05/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
tent », explique le cabinet d’avocats
Bornhauser qui représente ces investisseurs.
Le Conseil d’État leur a donné
raison jeudi. Les plus-values réalisées occasionnellement sur les
cryptomonnaies sont donc désormais taxées au taux forfaitaire de
19 %, auquel il faut ajouter les prélèvements sociaux, et non plus au
barème de l’impôt sur le revenu.
« Cette décision est applicable rétroactivement. Toute personne ayant
réalisé une plus-value par le passé
peut faire un recours auprès du service des impôts et obtenir une restitution », explique Nicolas Canetti,
avocat au sein du cabinet.
Ce régime reste cependant moins
intéressant que la flat tax à 12,8 %
(30 % prélèvements sociaux inclus), qui s’applique par exemple
aux actions et aux obligations. « Les
cryptomonnaies sont considérées
comme des biens meubles, à l’instar
des bateaux ou des bouteilles de vin,
et non comme des titres », explique
Thomas Rone, associé chez Exco
Nexiom. Le régime des biens meubles présente l’avantage de prévoir
un abattement de 5 % par an audelà de deux ans. Mais la plupart
des investisseurs dans le bitcoin
ont réalisé leurs plus-values à la fin
de l’année 2017, si bien que peu
pourront en profiter…
La décision du Conseil d’État ne
s’applique par ailleurs pas à tous les
investisseurs. Elle exclut d’abord
les « mineurs », ces internautes qui
valident les transactions en cryptomonnaies et obtiennent en
échange des bitcoins. « Le minage
demande aujourd’hui une puissance
quasi industrielle. Un simple particulier ne peut être soupçonné d’être
un mineur », juge Nicolas Canetti.
Les investisseurs réalisant des
plus-values de façon habituelle
sont eux aussi exclus de ce régime
de taxation et restent soumis à celui des bénéfices industriels et
commerciaux. « Cela pose un problème pratique car le Conseil d’État
ne précise pas à partir de quand l’investisseur bascule de l’occasionnel à
l’habituel, déplore l’avocat. C’est
pourquoi je conseille à mes clients de
revendre par prudence leurs bitcoins
en une seule fois. » ■
LA FISCALITÉ DES
CRYPTOMONNAIES
19 %
C’est le taux auquel
seront taxées la plupart
des plus-values réalisées
occasionnellement sur
les cryptomonnaies
45 %
C’était le taux
d’imposition maximal
applicable à ces plusvalues avant la décision
du Conseil d’Etat
19 500
dollars.
C’était la valeur
d’un bitcoin à la fin
décembre contre plus
de 8 000 aujourd’hui
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
ENTREPRISES 25
La remontée
des cours du pétrole
fait le bonheur
de Total et de Shell
Royal Dutch Shell a vu son
bénéfice net ajusté bondir de 69 %.
SERGE ATTAL/ONLYFRANCE.FR
production, elle a en revanche renchéri les coûts et plombé les marges
du raffinage. C’est le prix à payer de
l’intégration verticale chère aux
grands du secteur : selon que le prix
de l’or noir monte ou baisse, cela
vient dynamiser les profits de
l’amont ou de l’aval.
L’heure des diversifications
THOMAS LESTAVEL £@lestavelt
ÉNERGIE Le baril de pétrole tutoie
les 70 dollars et elles s’en félicitent.
Les majors continuent de profiter de
la remontée des cours de l’or noir,
comme l’ont encore illustré jeudi les
Engie dément avoir étudié
le rachat de Direct Energie
Le rachat de Direct Energie
par Total, annoncé la semaine
dernière, ne fait pas les affaires
d’Engie. Selon nos informations,
l’énergéticien avait approché
le fournisseur d’électricité et
de gaz mais s’était positionné
trop tard. La directrice générale
Isabelle Kocher dément. « On
a une entité installée, on n’avait
absolument pas besoin
d’acheter un ticket d’entrée
pour se faire une place sur ce
marché », a-t-elle affirmé jeudi.
Nous sommes « sereins et très
actifs », a-t-elle conclu.
T. L.
résultats financiers de Total et Royal
Dutch Shell. Au premier trimestre, le
français a vu son bénéfice net ajusté
(indicateur de référence qui exclut les
éléments exceptionnels) s’accroître
de 13 %, à 2,9 milliards de dollars,
tandis que celui de l’anglo-néerlandais a bondi de 69 %, à 5,7 milliards
de dollars.
Outre « un effet de base particulièrement favorable pour Shell, lié à la faible performance de leur activité de gaz
au premier trimestre 2017 », explique
Christyan Malek chez JPMorgan,
l’essentiel de leur performance s’explique par la hausse des prix du pétrole : le baril de Brent s’est vendu en
moyenne à 67 dollars sur le trimestre,
contre 54 dollars un an plus tôt.
Deuxième compagnie au monde derrière ExxonMobil, depuis le rachat du
britannique BG en 2015, la marque au
coquillage a ainsi pratiquement triplé
le bénéfice de sa division de produc-
tion au premier trimestre. L’embellie
du secteur a commencé fin 2016 à la
faveur d’un accord entre les pays de
l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et plusieurs États
tiers, dont la Russie, accord qui a soutenu les cours. La croissance de la demande, les tensions au MoyenOrient et la terrible crise au
Venezuela ont fait le reste. La remontée des prix s’est traduite directement
dans le compte des majors. Le bénéfice net de Total, par exemple, a bondi
de 39 % l’an dernier.
Mais les prix ne constituent pas
l’unique explication. Total a aussi
augmenté sa production de plus de
5 % sur le trimestre, dépassant les
2,7 millions de barils équivalent pétrole par jour - contre 3,8 millions
pour Shell, en hausse de 2 %. La
montée en puissance de nouveaux
projets, comme Yamal LNG en Russie et la contribution de nouveaux
actifs, notamment ceux du danois
Maersk Oil, dont l’acquisition vient
d’être finalisée, ont contrebalancé
l’expiration d’un important permis
en Indonésie. Si la hausse des cours a
directement profité à l’exploration-
Nissan ne voit pas l’intérêt d’une fusion avec Renault
Hiroto Saikawa, directeur général du constructeur nippon, pointe des « effets collatéraux ».
43,4%
Participation
de Renault
dans Nissan,
qui possède 34 %
de Mitsubishi
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
AUTOMOBILE Rendre « indétricotable », selon le mot de son
créateur Carlos Ghosn, l’alliance
Renault-Nissan-Mitsubishi n’est
pas un long fleuve tranquille. La
semaine passée, dans un entretien
au quotidien nippon Nikkei, Carlos
Ghosn assurait que « toutes les options sont sur la table ».
Une phraséologie conforme au
discours des différents acteurs de
cette pièce depuis son premier
acte en février, lors du renouvellement du mandat de Carlos
Ghosn comme PDG de Renault. Sa
feuille de route : rendre l’alliance
pérenne lorsqu’il ne sera plus à sa
tête. Toutes les options, cela va
d’une modification à la marge de
la situation actuelle (Renault est
l’actionnaire à 43,4 % de Nissan,
actionnaire, lui, à 34 % de Mitsubishi) à une fusion totale. Jeudi
29 mars, l’agence Bloomberg avait
d’ailleurs évoqué des négociations
en cours allant dans ce sens, sans
provoquer de commentaire des
différentes parties prenantes.
Rebondissement ce jeudi : Hiroto Saikawa, directeur général de
Nissan, a déclaré au même Nikkei
qu’il ne voit « aucun intérêt » à une
fusion entre le constructeur japonais et son partenaire français.
« Je pense que cela aurait des effets
collatéraux », a précisé celui qui a
été nommé dirigeant opérationnel
de Nissan par Carlos Ghosn en
avril 2017.
Ce dernier a toujours défendu le
maintien d’une réelle identité entre les différents membres de l’alliance, en faisant l’une des raisons
de son succès. Pour autant, il
n’excluait pas une fusion. L’ap-
préciation est donc significativement différente entre les deux
hommes, à seulement une semaine d’écart.
Participation
de l’État français
Cette différence peut avoir plusieurs explications. D’abord, Hiroto Saikawa peut, rationnellement, penser à son poste. En cas
de fusion, il ne fait pas de doute
que c’est Carlos Ghosn qui dirigera l’ensemble. Au moins jusqu’en
2022, terme de son mandat chez
Renault. Saikawa, 64 ans actuellement, ne fait pas figure de candidat potentiel à sa succession.
Mais cette déclaration peut également signifier que les différents
acteurs, notamment les gouvernements français et japonais, ont
des difficultés à s’accorder. Depuis plusieurs mois, du côté de
l’alliance, on explique la réticence
du gouvernement japonais à voir
l’État français, aujourd’hui propriétaire de 15,1 % des actions Renault, directement actionnaire
d’une entreprise Renault-Nissan
fusionnée. Début mars, des rumeurs d’une éventuelle cession de
la participation de l’État français
dans Renault avaient circulé. Immédiatement démenties par Bercy
et l’alliance Renault-Nissan.
Les déclarations d’Hiroto Saikawa pourraient représenter un
avertissement au gouvernement
français, même si ce dernier n’a
jamais officiellement mis en avant
une quelconque préférence quant
à la solution permettant de pérenniser cette alliance, aujourd’hui
premier constructeur mondial de
véhicules légers. C’est bien à Carlos Ghosn de faire des propositions. Acceptables par tous. ■
Cityscoot vise 6 000 scooters pour la fin de l’année
L’opérateur de scooters en libre-service vise son premier développement international.
TRANSPORT Paris est devenu le
terrain d’une lutte féroce entre les
acteurs des scooters électriques en
libre-service. Fin janvier, Coup
devenait un concurrent crédible
en portant à 1 700 sa flotte de scooters noir et vert, un niveau un peu
supérieur à celui du pionnier du
domaine, Cityscoot. L’opérateur
des scooters bleu et blanc vient de
lancer sa riposte. « Nous allons
doubler notre flotte à Paris, pour la
porter à 3 400 scooters contre 1 650
actuellement », a expliqué Bertrand
Fleurose, président fondateur de la
société, lors d’une conférence présentant la nouvelle stratégie, ambitieuse, de Cityscoot.
À Paris, mais aussi en proche
banlieue. L’opérateur est déjà présent à Levallois-Perret, Neuillysur-Seine, Boulogne-Billancourt
et Issy-les-Moulineaux, et il va
continuer à s’étendre à proximité
de ses communes. Cityscoot ne
vise toutefois pas toute la région
parisienne. L’objectif reste la
proximité de Paris, pour lequel
son service a le plus de sens.
Mais le développement de la société va aller au-delà de la capitale
française. Des tests sont en cours à
Nice, avant un déploiement dans
les prochains mois. Et l’international est déjà dans les tuyaux,
d’abord à Milan, puis à Genève. Au
total, la société devrait opérer
6 000 scooters en libre-service
d’ici à la fin de l’année 2018. Et la
croissance ne va pas s’arrêter brutalement : le seuil des 10 000 scooters est visé pour 2019.
40 millions d’euros
Une ambition énorme, qui nécessite forcément beaucoup d’argent.
« C’est notre récente levée de fonds
qui nous permet de financer un tel
développement », explique Bertrand Fleurose. Effectivement, la
société est parvenue à lever
40 millions d’euros en février dernier, notamment auprès du
groupe RATP. En 2016, au mo-
Cityscoot compte
passer sa flotte
parisienne de scooters
de 1 650 à 3 400.
F. BOUCHON/LE FIGARO
ment de son lancement à Paris, la
start-up avait déjà obtenu 15 millions d’euros.
Cette capacité à attirer des investisseurs s’explique par le succès
grandissant de ces scooters en libre-service. « Depuis notre lancement, nous comptons 75 000 utilisateurs, qui effectuent en moyenne
7 000 à 9 000 trajets par jour », se
félicite Bernard Fleurose. Ce qui
correspond à cinq ou six locations
par jour pour chaque véhicule. Le
succès est tel que « l’activité à Paris
pourrait être rentable d’ici la fin de
l’année », précise même le fondateur. Pour autant, les projets sont
nombreux, et la société dans son
ensemble va continuer à perdre de
l’argent. Ce qui n’a rien d’inquiétant, compte tenu de la croissance.
Car la société, au-delà des scooters, investit beaucoup dans le
service. Elle gère ainsi directement le service clients, avec une
plateforme d’appels, et l’entretien
des véhicules, via une flotte d’une
trentaine de véhicules utilitaires,
électriques pour conforter la réputation « verte » de la société.
Aujourd’hui, Cityscoot compte
150 employés, et table sur
200 nouveaux embauchés d’ici à
la fin de l’année. Bertrand Fleurose estime que c’est le soin pris
pour assurer une telle qualité de
service qui assure le succès. Pour
l’instant, les faits lui donnent
raison. ■
E. E.
EN BREF
MEDEF : TROIS
CANDIDATS S’ALLIENT
£ Trois des neuf prétendants
en lice pour succéder
à Pierre Gattaz à la tête
du Medef -Patrick Martin,
Fabrice Le Saché et Pierre
Brajeux- ont annoncé jeudi
une candidature commune,
disant vouloir créer
une dynamique
de « rassemblement ».
Cette candidature, destinée
à « défendre un projet
de rénovation », sera « portée
par Patrick Martin », PDG
de Martin-Belaysoud
Expansion et président du
Medef Auvergne-Rhône-Alpes.
LES PROMOTEURS
PLUS CONFIANTS
£ Le moral des promoteurs
s’est légèrement amélioré par
rapport au début de l’année,
parallèlement à la poursuite
de la progression des chiffres
de la construction, alors que les
artisans du bâtiment évoquent
un climat conjoncturel moins
favorable, selon l’Insee.
BAYER CÈDE D’AUTRES
ACTIFS À BASF
£ Pour faciliter ses épousailles
avec l’américain Monsanto,
le géant allemand Bayer
va vendre pour environ
1,7 milliard d’activités
agrochimiques
supplémentaires à son
compatriote BASF, ont
annoncé jeudi les deux
groupes. L’accord concerne
toutes les semences de légumes
de Bayer ainsi que des
insecticides. Il intervient
après une transaction
comparable annoncée
en octobre et portant sur
près de 6 milliards d’euros
de semences de coton, colza
et soja et plusieurs désherbants.
Cette nouvelle vente est
destinée à « répondre aux
inquiétudes de la Commission
européenne » concernant le
rachat de Monsanto par Bayer.
» Rénovation énergétique :
l‘exécutif promet
de simplifier les aides
» Des adieux mouvementés pour
Jean-Claude Mailly au congrès FO
www.lefigaro.fr/economie
+@
A
Les deux majors ont encore accru leurs bénéfices
au premier trimestre. L’effet prix joue à plein.
Reste qu’après trois années de vaches maigres, la trésorerie dégagée
par les majors devrait progresser
fortement cette année. Face aux incertitudes sur les prix, les géants de
l’industrie restent prudents et maintiennent leur discipline (voir nos éditions du 19 avril). Depuis 2015, ils
coupent dans les dépenses, font
pression sur leurs fournisseurs et se
montrent sélectifs dans leurs investissements, qui ont encore chuté de
16 % en 2017 malgré le contexte plus
favorable. Ils ont fait dégringoler
leur point mort, c’est-à-dire le cours
au-delà duquel leurs activités deviennent rentables. Chez Total, le
point mort est ainsi passé de plus de
80 dollars en 2014 à moins de 30 dollars l’an dernier.
L’heure est enfin à la diversification pour ces multinationales. Shell a
conclu en février le rachat du fournisseur britannique d’électricité et
de gaz First Utility tandis que Total a
annoncé la semaine dernière le rachat de Direct Énergie. La fin du pétrole est encore loin, mais la montée
en puissance des énergies renouvelables et l’émergence des véhicules
électriques poussent les compagnies
à s’intéresser aux électrons. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
La recette Sodiaal pour payer le lait plus cher
Deuxième acteur du secteur en France, la coopérative lance une version haut de gamme de son lait Candia,
vendue 20 % plus cher. Celle-ci doit assurer un meilleur revenu à l’ensemble de ses 20 000 producteurs.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
ALIMENTAIRE La filière laitière
déborde d’imagination pour sortir
des crises à répétition qui ont laissé ses éleveurs exsangues il y a
deux ans. Après l’initiative de Nicolas Chabanne et son lait C’est
qui le Patron ?!, le lait équitable
Faire France ou L’Appel des Prés
du leader du lait en bouteille Lactel, c’est au tour de l’autre poids
lourd du lait, Candia, de lancer
son lait responsable et mieux disant sur le plan nutritionnel.
D’ici à la fin du mois, la marque
phare de la coopérative Sodiaal
apposera sur sa gamme Grand
Lait, un label « Les laitiers responsables », attestant d’un cahier des
charges plus strict que le lait
“
C’est le plus grand
lancement de Candia
depuis dix ans
”
DAMIEN LACOMBE,
PRÉSIDENT DE LA COOPÉRATIVE SODIAAL
conventionnel : une alimentation
sans OGM des troupeaux, un pâturage des animaux au moins
150 jours par an, des critères de
respect du bien-être animal et une
rémunération majorée pour les
éleveurs (1,5 centime par litre de
lait responsable). Objectif : répondre à la demande pour des modes
de production plus responsables
et mieux rémunérés, pour lesquels
les Français assurent être prêts à
payer plus cher.
« C’est le plus grand lancement
de Candia depuis dix ans », explique Damien Lacombe, le président de la coopérative regroupant
20 000 éleveurs : 240 producteurs
sont déjà engagés dans l’aventure,
il en faudra au minimum deux fois
plus pour atteindre les 200 millions de litres de lait par an visés
en 2020, soit 5 % de la collecte annuelle de la coopérative. C’est le
volume estimé pour la réussite de
l’opération « Les laitiers responsables ».
Avec cette démarche, Sodiaal
veut d’abord mieux valoriser le
lait de sa marque Candia : sa nouvelle gamme sera vendue 20 %
plus cher que la moyenne, soit
1 euro le litre. Mais la coopérative
veut aussi mieux valoriser les volumes de lait écoulés sous des
marques de distributeur (deux
tiers de ses volumes) et ceux
qu’elle transforme dans d’autres
productions : fromage, beurre…
Dans son plan stratégique 2025
visant à se hisser dans le top 5 des
coopératives européennes les plus
rentables, Sodiaal s’est lancé dans
une stratégie d’augmentation de
la valeur ajoutée de ses produits.
Avec « Les laitiers responsables »,
le numéro deux du lait en France
devra se faire une place parmi les
multiples initiatives du même
genre : c’est l’un des derniers acteurs à se lancer sur ce créneau.
Après L’Appel des Prés lancé en
octobre, Lactel prépare de son
côté d’autres nouveautés sur les
laits spéciaux. Et comme pour le
lait bio sur lequel il s’est lancé il y
a vingt-cinq ans, Lactel préfère
adopter une démarche progressive, pour ne pas engager une guerre des prix sur ces laits responsables.
« C’est une vraie ambition de filière, pas une initiative limitée à un
nombre restreint d’éleveurs. Pour
que cela profite à tous nos producteurs, il faut des volumes », argumente Damien Lacombe pour défendre la spécificité de l’initiative
de Candia.
Sodiaal veut embarquer la
grande distribution dans son projet. La coopérative veut les faire
adhérer à un pan du projet « Les
Le label
« Les laitiers
responsables »
atteste d’un cahier
des charges
plus strict
que celui
du lait
conventionnel.
CANDIA
pour chaque litre collecté dans le
cadre du projet, Sodiaal versera
un complément de 6 centimes redistribué à l’ensemble des éleveurs français collectés par ses
camions.
Le projet est stratégique pour la
marque. Malgré des initiatives
réussies (Candy Up, Viva, Grand
Lait Léger et Digeste…) qui représentent 30 % de ses ventes, Candia
(1,32 milliard d’euros de chiffre
d’affaires) évolue sur un marché
français du lait de consommation
en forte baisse depuis plusieurs
années. Ce dernier a encore reculé
de 6,3 % en volume l’an passé.
La marque a limité sa baisse à
0,9 %, mais elle doit accentuer
ses efforts. « Candia n’est pas assez positionné sur ces nouveaux
laits. Sur le lait bio, même si nous
avons pris le tournant il y a vingt
ans, il y a encore beaucoup de choses à faire », ajoute Damien Lacombe, qui vise 230 millions de
litres de lait bio d’ici 2020. Au vu
de ces ambitions, certains
concurrents craignent l’apparition d’un déséquilibre sur le
marché du bio, qui a su préserver
jusqu’ici sa valorisation. ■
Le casse-tête des industriels pour mieux rémunérer les éleveurs
« Certaines
entreprises
laitières
ont décidé
de ne pas
répercuter
les hausses
consenties
par la
distribution
dans le prix
du lait
payé aux
producteurs
en avril
»
FÉDÉRATION
NATIONALE DES
PRODUCTEURS DE LAIT
On le pensait – presque — résolu.
Las. Deux mois après la fin des négociations commerciales, l’éternel quiproquo sur le prix du lait
entre producteurs, transformateurs et distributeurs refait surface. La semaine dernière, les producteurs français se sont alarmés
d’une baisse substantielle du prix
payé par leurs clients transformateurs, à 300 euros la tonne en
d’avril, contre 320/330 euros en
moyenne depuis janvier.
Ils jugent la hausse d’autant
plus incompréhensible que le
secteur a été le seul, début mars,
à s’être réjoui d’avoir obtenu des
hausses tarifaires de la part des
distributeurs à l’issue des négociations commerciales annuelles.
« Certaines entreprises laitières
ont décidé de ne pas répercuter ces
hausses consenties par la distribution dans le prix du lait payé aux
producteurs en avril, dénonce la
fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). Elles avaient
pourtant expliqué pendant toute la
LES DÉCIDEURS
â DELPHINE COUZI
SNCF
Elle succède à Jean Ghédira à la direction de
SNCF Intercités. À 49 ans, cette ingénieure de
Centrale Lille dirigeait les opérations et les services clients de Voyages SNCF depuis 2016,
branche qu’elle avait rejointe en 2013.
â CHARLES SARFATI
ADRIEN LAURENTIN
Oh My Tea
Le deux fondateurs font décoller la start-up
française spécialisée dans le thé et les infusions.
La marque sera désormais référencée par le pôle
luxe du groupe AccorHotels.
â HELGE LUND
Groupe BP
A
laitiers responsables » bénéficiant
à l’ensemble de ses 20 000 éleveurs, pas seulement aux producteurs « convertis ». Le principe :
À 55 ans, il a été choisi pour prendre la
présidence du géant pétrolier britannique à partir du 1er janvier. Ancien
patron de Statoil et de BG Group, il
succédera à Carl-Henric Svanberg.
Également président du laboratoire Novo Nordisk, numéro un de l’insuline, le Norvégien
intégrera le conseil d’administration de BP dès
le premier septembre, soit quatre mois avant
d’en prendre la présidence.
durée des États généraux de l’alimentation (EGA), de concert avec
la distribution, qu’elles étaient en
phase avec l’ambition des EGA
d’une juste rémunération des
agriculteurs. »
Chute du cours mondial
de la poudre de lait
Cette baisse des prix, que ne
contestent pas les principaux intéressés, illustre le sempiternel
casse-tête des industriels du secteur. Malgré les efforts sonnants et
trébuchants des enseignes sur une
filière symbolique du malaise
agricole, les transformateurs restent pris en étau entre une filière
laitière française affaiblie par les
crises de surproduction, issues de
la fin des quotas laitiers européens
en 2015, et un marché mondial du
lait très volatil.
Selon la Fnil (Fédération nationale des industries laitières), il est
impossible à l’heure actuelle de
valoriser correctement la part importante de la production françai-
se (50 %) vendue sur les marchés
mondiaux. Les prix sont en effet
tirés vers le bas par ceux de la
poudre de lait, qui souffrent des
stocks constitués par Bruxelles en
2015 pour pallier une crise de surproduction. Depuis début avril, ce
produit se négocie 1 300 euros la
tonne, contre 2 000 euros en
juin 2017. Les prix solides du
beurre ne semblent pas pouvoir
compenser.
« Sur les produits de grande
consommation en France, nous
avons obtenu des hausses de prix de
1 à 2 %. Mais ces gains sont gommés par nos autres activités à
l’étranger, sur lesquelles l’équation
économique n’y est pas », assure
Jehan Moreau, le directeur de la
Fnil. Cet argument ne tient pas,
selon les producteurs, pour qui ces
stocks de poudre (6 % des fabrications européennes) ne peuvent
expliquer à eux seuls tous les
maux du lait français.
Ce yo-yo des prix, qui manque
d’enflammer les campagnes tous
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Florence Beyaert : Ekkio Capital lui
confie le volant de ParisCityVision
C’est le plus important
voyagiste de Paris, et sans
doute le plus ancien. En
pleine accélération, ParisCityVision, connu surtout
des Parisiens pour ses bus touristiques et ses
bateaux de croisière sur la Seine, change de
pilote. L’actionnaire Ekkio Capital, qui compte
aussi dans ses actifs le parc de Thoiry, une enseigne de salles de fitness et le site campings.com,
confie la présidence du directoire à Florence
Beyaert, arrivée il y a un an comme directrice
commerciale et marketing, en même temps que
le manager de transition Éric Le Normand.
De Disneyland Paris à Europcar
« Jeune et très brillante, avec son côté développeur, Florence est un manager qui correspondait à notre feuille de route dans le cadre de
notre transformation. Elle a fait ses preuves »,
fait valoir Jean-Marc Sceo, patron de l’ex-véhicule d’investissement de Groupama et coprésident du conseil de surveillance de ParisCityVision. La diplômée de Dauphine et du
Celsa connaît comme sa poche l’univers du
tourisme et les attentes clients. Formée à bonne école, puisqu’elle a passé sept ans au marketing de Disneyland Paris, notamment au
pôle voyage, avant de rouler pour Europcar,
coiffant revenue management, marketing et
e-commerce. Avec ParisCityVision, surfant
sur le boom du tourisme à Paris, elle prend en
main une affaire en pleine expansion, forte
d’une croissance annuelle de 20 % depuis
deux ans, qu’elle doit notamment moderniser
et inscrire dans la révolution digitale du secteur. Le leader de l’accueil touristique, qui
emploie 175 personnes et transporte quelque
800 000 touristes par an, propose à partir de
Paris quelque 400 circuits et excursions
(Mont-Saint-Michel, châteaux de la Loire…).
En misant sur le service, la valeur ajoutée,
l’insolite. Le partenariat signé récemment
avec l’historien de Paris Lorànt Deutsch, les
tours guidés à pied, les nouveaux City Pousses
électriques, illustrent la stratégie d’expansion
des métiers. Florence Beyaert a aussi entrepris
de conquérir les clientèles française et chinoise avec des offres spécifiques. Rentable,
l’entreprise de 60 millions de chiffre d’affaires
attire les convoitises d’opérateurs industriels.
Mais Jean-Marc Sceo, qui a racheté ParisCityVision en 2015, voit plus loin. Pour preuve
ses emplettes réalisées au cours des derniers
mois : Localers.com, Hydratours, MeetripCariboo. D’autres sont à venir. Pour cela, il a
aussi confié sa direction administrative et
financière à Wilfrid Pliya (avocat, expertcomptable, Cesa HEC), un ancien de Lagardère Travel Retail.
C. B.
les six mois, ne touche pas également tous les élevages. Si la récolte en demi-teinte en Europe devrait pousser les prix à la hausse
dans les prochains mois, certains
producteurs ont pris des mesures
pour tenter de sortir par eux-mêmes de ces tensions récurrentes.
En osant l’aventure du lait bio par
exemple, dont la tonne est souvent vendue 35 à 40 % plus chers
que le lait conventionnel. La
conversion étant réservée aux
plus solides (il faut deux saisons),
une troisième option intermédiaire se dessine: elle consiste à mieux
rémunérer des pratiques durables, sans être bio. Bel (Babybel,
La Vache qui Rit) propose ainsi de
majorer de 21 euros le prix moyen
à la tonne versé en 2018 à ses producteurs (350 euros)… Le groupe
leur pose comme condition qu’ils
assurent l’alimentation sans OGM
de leurs troupeaux et leur mise en
pâturage 150 jours par an. Les
700 producteurs du fromager ont
suivi. ■
O. D.
www.lefigaro.fr/decideurs
â JACQUES POMMERAUD
LAURENT LOUAIL
Bureau Veritas
Deux nouveaux membres au comex. À la suite
de la réorganisation de l’activité matières
premières, industrie & infrastructures en Europe, Laurent Louail devient vice-président
exécutif de cette branche pour l’Europe du
Sud et de l’Ouest. Jacques Pommeraud « vice-présidera » pour sa part la France et l’Afrique, ainsi que les activités services aux gouvernements et commerce international.
â JÉRÔME FOUCAULT
Fiac-Adepale
À 53 ans, le coprésident de Cofigeo, leader
français des produits cuisinés, est élu à la
présidence de la Fédération des industries
d’aliments conservés, syndicat membre de
l’association des entreprises de produits alimentaires et élaborés.
â PHILIPPE SALLE
CGG
Élu président du conseil de la société de géosciences, il accueille deux nouvelles administratrices, Helen Lee Bouygues, ex-JP Morgan
et McKinsey, et l’experte de l’industrie pétrolière, Heidi Petersen.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
TECH
27
Orange confirme
ses bons résultats,
portés par la fibre
Le groupe a bénéficié de la fiscalité
sur les offres de presse.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉCOMS Un an de croissance.
Orange enregistre une hausse de
ses revenus et de son résultat au
premier trimestre. Le groupe a
réalisé un chiffre d’affaires légèrement supérieur à 10 milliards
d’euros, en hausse de 2 %, avec
une marge d’exploitation en progression de 3,8 %.
La bonne santé de l’opérateur
est d’abord tirée par ses performances sur son marché historique : la France. La sombre période
des années 2010 est révolue. Dans
le fixe, le groupe de Stéphane Richard fait la course en tête sur le
marché de la fibre optique, avec
2,1 millions d’abonnés. Parmi eux,
47 % sont des nouveaux clients.
L’opérateur historique réalise à lui
seul de 70 à 75 % du déploiement
de ce nouveau réseau. Cette course au très haut débit fixe lui permet de grignoter des parts de
marché avec une technologie faite
pour « durer cinquante ans », selon l’expression consacrée. Et
donc d’espérer avoir gagné des
clients pour longtemps.
Dans le mobile, ses offres 4G ont
elles aussi le vent en poupe, et lui
permettent d’afficher un solde
positif net en termes de gain
d’abonnés. Fort de cette clientèle
prête à payer un peu plus cher
pour plus de services, Orange
pousse ses offres convergentes.
Les clients qui multiplient les
abonnements au sein d’un même
contrat présentent en outre
l’avantage d’être beaucoup plus
fidèles à leur opérateur que les
autres. « Nous subissons les campagnes promotionnelles de nos
concurrents sur les tarifs les plus
bas, où nous perdons des clients,
mais nous en gagnons davantage
sur le haut », se réjouit Ramon
Fernandez, le directeur financier
d’Orange. Autrement dit, l’opérateur historique est en train de suivre avec succès la stratégie inventée il y a trois ans par Altice (la
maison mère de SFR) sans succès.
Autre pierre dans le jardin de
son concurrent résolument orienté vers l’intégration de contenus,
Orange met en avant les bonnes
performances de ses propres offres. « OCS (cinéma et séries,
NDLR) compte désormais 3 millions
d’abonnés, et notre offre foot en Espagne en a gagné 20 % », glisse
Ramon Fernandez. Orange France
doit d’ailleurs la majorité de la
progression de 2,1 % de son chiffre
d’affaires, de 4,49 milliards
d’euros, par son offre de presse en
ligne (ePresse). Sur le premier trimestre, elle a généré 58 des
92 millions d’euros supplémentaires engrangés par le groupe sur la
période en raison de l’avantage
fiscal qui existait jusqu’au 1er mars.
Depuis cette date, l’offre ePresse
est devenue payante. « Nous avons
démontré qu’il y avait une demande,
nous espérons désormais la convertir en payant, comme nous l’avons
déjà fait avec le streaming musical », explique Ramon Fernandez.
Mariya Gabriel,
commissaire européenne
à l’Économie et à la
Société numériques,
jeudi à Bruxelles.
EMMANUEL DUNAND/AFP
Bruxelles veut réguler les
grandes plateformes en ligne
Des règles vont donner plus de droits aux PME qui les utiliseront.
Si un moteur de recherche veut déréférencer une entreprise ou suspendre l’accès à une partie de son
service, il devra expliquer clairement les motifs de sa décision. Idem
pour une application mobile qui se
verrait sortir de l’App Store ou de
Google Play. Si elles souhaitent modifier leurs conditions d’utilisation,
les plateformes devront respecter
un préavis de quinze jours.
INGRID VERGARA £@Vergara_i
NUMÉRIQUE Pour espérer atteindre le client final sur Internet, il est
presque impossible aujourd’hui
pour une petite entreprise ou un ecommerçant européen de se passer
d’une grande plateforme (Amazon,
eBay, Fnac Market Place…), d’un
moteur de recherche ou d’un comparateur de prix (Booking, Skyscanner, Google Shopping…). Très puissantes et, au final, peu nombreuses,
ces « places de marché digitales »
imposent leurs règles ou peuvent les
modifier, ne laissant trop souvent
d’autres choix à leurs utilisateurs
professionnels que de s’y plier ou de
disparaître. La Commission européenne a proposé hier un projet de
règlement pour tenter de rééquilibrer ce rapport de forces. « Garantir
que les plateformes et les moteurs de
recherche traitent les autres entreprises de manière équitable est indispensable pour favoriser la confiance dans
l’environnement des plateformes en
ligne dans l’Union européenne », a
expliqué Mariya Gabriel, la commissaire à l’Économie et à la Société numériques, qui a porté ce texte.
L’Union
européenne
veut
d’abord obliger les grandes plateformes à être plus claires et plus
transparentes sur leurs conditions
d’utilisation et sur leurs pratiques.
Orange Bank patine
En revanche, le directeur financier du groupe s’est montré plus
discret sur les performances
d’Orange Bank, la banque lancée
par Orange en France en novembre. L’acquisition de nouveaux
clients semble avoir marqué un
palier vers 100 000 clients, en dépit du lancement de son offre de
crédit à la consommation au mois
de mars. Côté services financiers,
la satisfaction vient d’Afrique, où
Orange Money continue de faire
un carton. Son chiffre d’affaires
est en hausse de 49 % au premier
trimestre, avec 36,7 millions de
clients, dont plus d’un tiers est actif. Au total, Orange compte plus
de 120 millions de clients mobile
sur la zone Afrique Moyen-Orient.
Cette région, clé pour l’opérateur, se caractérise par ses zones
d’instabilité politique. Ce début
d’année est toutefois marqué par
un apaisement des tensions dans
des pays fragilisés l’année dernière et où Orange est présent. C’est
notamment le cas de la République démocratique du Congo ou de
l’Égypte. ■
Possibilités de recours
Par ailleurs, les moteurs de recherche seront tenus de donner explicitement les paramètres de classement sur leurs pages de résultats de
recherche. Une entreprise doit
pouvoir comprendre ce qui influence la hiérarchie et quel rôle
joue, par exemple, le paiement
Netflix devra financer la création
Ces dispositions s’inscrivent
dans une refonte du droit
de l’audiovisuel de l’Union
européenne. Celle-ci prévoit
par ailleurs un quota
obligatoire de 30 % d’œuvres
européennes dans le
catalogue de ces mêmes
plateformes de diffusion
de vidéos à la demande.
Les parlementaires et États
membres de l’UE ont passé
un accord, jeudi, qui
permettra à ces derniers
d’obliger les services de
vidéos en ligne tels Netflix
ou Amazon à participer au
financement de la production
cinématographique et
télévisuelle européenne.
d’une commission supplémentaire.
Les plateformes devront aussi être
transparentes sur la manière dont
elles traitent leurs propres biens et
services par rapport à ceux des
autres entreprises. En 2017, la Commission avait sanctionné Google de
2,4 milliards d’euros pour avoir favorisé son comparateur de prix,
Google Shopping, au détriment de
ses concurrents.
La Commission veut aussi donner
aux entreprises des possibilités de
recours plus efficaces. Selon une
étude citée par Bruxelles, plus de la
moitié des entreprises européennes
qui exercent des activités sur les
plateformes se heurtent à des problèmes et 38 % des problèmes rencontrés dans les relations contractuelles ne sont pas résolus. L’Union
européenne veut donc obliger les
plateformes et les moteurs à inclure
dans leurs modalités et conditions
une liste de médiateurs indépendants et qualifiés avec lesquels elles
sont disposées à travailler pour résoudre ces différends. Les entreprises pourront, elles aussi, proposer
des médiateurs indépendants spéciaux. Enfin, les associations professionnelles pourront saisir la justice au nom des entreprises pour
faire appliquer les nouvelles règles.
Ces dernières doivent maintenant
être approuvées par les États membres et le Parlement européen. ■
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BOURSE
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LA SÉANCE DU JEUDI 26 AVRIL
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,84 45,78
+0,81 105,85
+0,56 95,91
+0,02 28,045
-0,94 112,7
+0,17
23,555
-0,41
63,89
+1,08 42,89
+2,06 106,8
+2,99
17,22
+0,04 13,685
+1
67,2
+1,06 14,4
+1,03 113
+1
463,6
+1,18 192,55
+1,13
45,86
+0,19
64,32
+0,16 281,9
-0,09 117,4
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
45,1
104,8
94,49
27,415
110,1
23,36
63,13
41,65
104,1
16,53
13,52
65,96
14,115
110,95
453,7
188,95
45,27
63,6
278,65
115,4
0,24
0,266
0,232
0,137
0,405
0,267
0,249
0,304
0,319
0,741
0,143
0,242
0,275
0,331
0,176
0,134
0,039
0,2
0,119
0,366
+6,4
+0,76
+15,06
+2,6
-9,19
-5,17
+1,59
-2,61
+7,95
-5,46
-1,27
-4,4
-0,03
-1,7
+17,81
+4,11
-2,83
-0,36
+14,55
-3,43
JOUR
ORANGE ..............................................15,025
PERNOD RICARD ..................................
136,05
PEUGEOT ..............................................
20,31
♣ 59,66
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
92,06
SAFRAN ..............................................94,74
SAINT GOBAIN ..................................
42,805
SANOFI ..............................................66,31
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
74,48
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
45,54
SODEXO ..............................................80,3
SOLVAY ..............................................
115,55
STMICROELECTRONICS .............................
18,345
TECHNIPFMC ..................................27,9
TOTAL .............................................. 51,91
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
196,8
VALEO .............................................. 55
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,595
♣
VINCI .............................................. 82,98
VIVENDI ..............................................21,5
%VAR.
+1,73
+0,11
+0,64
+1,08
-0,75
+4,66
-1,43
+0,67
+0,73
-0,45
+0,45
+0,78
+0,94
+1,75
+1,49
+1,84
+0,36
+2,16
+0,58
+1,51
+HAUTJOUR +BAS JOUR
15,05
136,55
20,53
59,72
92,97
95,14
43,525
66,62
74,62
45,88
80,92
115,7
18,4
27,95
52,1
198,25
55,32
19,635
83,56
21,51
14,7
135,5
20,08
58,8
91,1
92,32
42,8
66,03
73,56
45,365
79,62
114
17,85
27,35
51
192,5
52,74
19,125
82,22
21,03
%CAP.ECH
0,332
0,153
0,276
0,247
0,319
0,419
0,49
0,234
0,183
0,293
0,246
0,22
0,449
0
0,25
0,575
1,458
0,415
0,212
0,282
31/12
+3,8
+3,11
+19,79
+5,31
+9,71
+10,28
-6,91
-7,71
+5,11
+5,78
-28,34
-0,3
+0,77
+7,93
+12,74
-6,29
-11,67
-7,9
-2,55
-4,1
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
mais en augmentation de 51 %. Le chiffre
d’affaires constitué de prestations de
services à domicile dans le domaine des
installations Internet et de fibre optique,
mais aussi dans celui du dépannage informatique et des systèmes de paiement, a augmenté de 43 % (+27% à périmètre constant), à 274,5 millions d’euros.
Solutions 30, déjà implantée dans plu-
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34510
34600
-0,69
NAPOLEON ..................................................... 203,1
212,7
-1,84
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
212
208,5
-0,38
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1149
1145
-1,63
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
202
200
-0,98
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
299
299
-1,97
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1307
1306,5
-0,23
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
111,9
111,9
+1,91
PIECE SUISSE 20F .....................................................
204,9
201,1
+1,09
PIECE LATINE 20F .....................................................
204
200
+0,54
SOUVERAIN ..................................................... 257,9
257,9
-1,07
KRUGERRAND .....................................................1139,5
1139,5
+1,85
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
280,05 24/04/18
BETELGEUSE ................................................
47,54 19/03/18
BELLATRIX C ................................................
332,92 19/03/18
SIRIUS ................................................56,26 24/04/18
SOLUTIONS 30 : LES AMBITIONS D’UNE PETITE VALEUR DE CROISSANCE FRANÇAISE
Le cours de cette petite société, spécialisée dans l’assistance des nouvelles
technologies domestiques, a bondi ce
jeudi de 10,45 %, à 37 euros. Cette envolée boursière s’explique par la communication de deux nouvelles qui ont ravi le
marché. La première concerne l’annonce,
en début de semaine, d’un résultat net
certes modeste de 12,5 millions d’euros,
1 EURO=
1,607
1,5618
0,871
9,5493
132,87
1,1976
1,2168
2,9516
11,103
4,9531
21,62
7,6962
81,224
139,999
sieurs pays d’Europe, vient également
d’annoncer la constitution d’une coentreprise (détenue à hauteur de 70/30)
avec Telenet, le deuxième opérateur télécoms en Belgique. L’objectif est de
fournir des services de proximité dans le
domaine du numérique, en Belgique, notamment auprès des abonnés de cet
opérateur. Cette coentreprise sera opé-
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
rationnelle dans le courant de l’été, elle
vise un chiffre d’affaires de quelque
100 millions, avec 1 000 employés.
Solutions 30, coté sur le compartiment des valeurs de croissance de la
Bourse de Paris (Euronext Growth), est
bien décidé à surfer sur le marché des
objets connectés en pleine croissance
dans tous les foyers en Europe. Ses diri-
geants visent ni plus ni moins de dépasser le milliard d’euros de chiffre d’affaires
à un horizon de cinq ou six ans. Une
croissance éclair, qui devrait continuer
d’être financée par la progression du
cash-flow opérationnel, sans faire appel
au marché. Depuis le début de l’année, le
titre affiche une hausse de 45 % et surtout de près de 400 % sur 3 ans. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 45,75
♣
AIR LIQUIDE ..................................
105,85
AIRBUS .............................................. 95,5
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,82
ATOS .............................................. 110,2
AXA .............................................. 23,455
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
63,24
BOUYGUES ..............................................
42,18
CAPGEMINI ..............................................
106,75
CARREFOUR ..............................................
17,055
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,625
DANONE ..............................................66,87
ENGIE .............................................. 14,33
ESSILOR INTL. ..................................113
KERING ..............................................463
L'OREAL ..............................................192,55
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
45,71
LEGRAND ..............................................63,96
LVMH .............................................. 281,1
♣
MICHELIN ..............................................
115,45
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Facebook en forme malgré les polémiques
Le réseau social a présenté un chiffre d’affaires et des profits en hausse au premier trimestre.
PIERRE-YVES DUGUA £@PDugua
ET LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
INTERNET Malgré la tempête, le
bateau Facebook paraît insubmersible. Le réseau social a présenté
mercredi ses résultats financiers du
premier trimestre. Il a prouvé que le
scandale lié à Cambridge Analytica,
aussi médiatique qu’il fût, n’a perturbé en rien ses performances.
Le premier réseau social du monde a enregistré une augmentation
de 13 % du nombre de ses utilisateurs actifs quotidiens. Ils sont désormais 1,45 milliard. Le nombre
d’utilisateurs mensuels, lui, a dépassé les 2,2 milliards. Mêmes bonnes nouvelles au niveau du chiffre
d’affaires. Ce dernier a frôlé 12 milliards de dollars au premier trimestre, en hausse de 50 % sur un an. Et
les profits se sont élevés à 4,98 milliards de dollars, en hausse de 63 %
en un an. Facebook est même parvenu à augmenter le nombre de ses
usagers quotidiens en Amérique du
Nord, alors qu’au cours du quatrième trimestre 2017 il avait modestement reculé.
Même si, techniquement, le
scandale Cambridge Analytica n’a
vraiment explosé qu’à la toute fin
du mois de mars, limitant les potentiels dégâts sur le premier trimestre, aucune indication ne semble permettre de dire que Facebook
est en difficulté.
Prudent, Mark Zuckerberg a pris
soin de ne pas se montrer trop enjoué de ces bons résultats. Facebook
a passé un bon trimestre, certes,
mais « en dépit de défis importants »,
Le nombre d'utilisateurs stagne aux États-Unis
mais progresse dans le reste du monde
dont aux États-Unis et au Canada,
en millions
Utilisateurs quotidiens de Facebook, en milliard
1, 09
1, 128
173
175
1, 179
1, 227
178
180
1, 284 1, 325
182
183
1, 368
1 ,401
1, 499
185
184
185
T1-2016 T2-2016 T3-2016 T4-2016 T1-2017 T2-2017 T3-2017 T4-2017 T1-2018
Infographie
Source : Facebook
a insisté le jeune PDG. Parmi ces
enjeux, la modération : les coûts de
Facebook ont augmenté de 39 % sur
le trimestre, en raison de l’augmentation de ses effectifs pour contrôler
les messages publiés dans ses services. Le RGPD, futur règlement
européen de protection des données, qui entrera en vigueur fin
mai, a aussi été évoqué plusieurs
fois par l’équipe du réseau social.
Facebook s’attend à recruter moins
d’utilisateurs en Europe pendant
quelque temps. « Nous n’anticipons
pas que ces changements vont affecter nos revenus publicitaires », a
tempéré David Wehner, directeur
financier de l’entreprise américaine. Lors de la traditionnelle conférence donnée aux analystes, aucune
question n’a été posée sur l’éventualité d’une régulation des activités du réseau social aux États-Unis.
Pas d’interrogation non plus sur le
passage de Mark Zuckerberg devant le Congrès américain ou le fait
qu’il pourrait aussi répondre aux
députés européens. Signe que cela
n’inquiète pas outre mesure Facebook, ni ses investisseurs.
Le campus de
Facebook,
à Menlo Park, près
de San Francisco.
NOAH BERGER/REUTERS
Modèle publicitaire
maintenu
« Nous n’observons aucune tendance
à la baisse en termes d’investissements publicitaires sur la plateforme,
commente Yuval Ben-Itzhak, PDG
de la société SocialBaker, spécialisée dans l’analyse des réseaux sociaux. Les données révèlent un petit
sursaut après les révélations du
scandale Cambridge Analytica, mais
un retour à la normale quelques jours
plus tard. » Un phénomène similaire à celui qui peut toucher un site
victime d’une cyberattaque. « Il y a
un grand décalage entre la couverture médiatique (de l’affaire Cambridge Analytica et ses conséquences,
NDLR) et la réalité des marques, qui
semblent toujours aussi actives »,
conclut Yuval Ben-Itzhak. Pour le
moment, les annonceurs ne font
pas pression sur Facebook, comme
a pu le vivre Google après plusieurs
polémiques qui ont touché la modération de sa plateforme de vidéos
YouTube l’an dernier. Les professionnels de la publicité observent
tout de même la situation de près.
Ils misent aussi de plus en plus sur
Instagram, l’application de photos
de Facebook. Elle n’a pas été entachée par les récents scandales, bien
qu’elle appartienne au réseau social.
Mark Zuckerberg a toujours dit
que la publicité resterait le modèle
économique principal de son entreprise, malgré les polémiques.
« Nous testons d’autres choses, nous
avons des idées sur comment faire de
l’argent autrement […] mais nous
pensons toujours que (la publicité) est
le moyen le plus efficace de mener nos
activités, a répété le PDG mercredi.
Cela permet aux annonceurs de bénéficier de prix bas, et à nos utilisateurs d’utiliser notre service gratuitement, partout dans le monde. » ■
Shuntaro Furukawa prend les rênes d’un Nintendo puissant
Le japonais termine son année fiscale avec un milliard d’euros de bénéfices et 17,8 millions de Switch vendues.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
JEUX VIDÉO Nintendo change de
visage. À l’occasion de la présentation de ses résultats annuels, la société japonaise de jeux vidéo a annoncé, jeudi, le départ de son PDG,
Tatsumi Kimishima, 68 ans. Ce départ était programmé : ce banquier
avait été nommé par intérim en
2015 après le décès brutal du charismatique PDG de Nintendo, Satoru Iwata, emporté par un cancer.
Tatsumi Kimishima a eu la lourde
charge de diriger la société alors
qu’elle préparait en secret sa
console Switch. Un an après le lancement réussi de la machine, le
temps était venu de passer la main.
Tatsumi Kimishima restera
conseiller pour Nintendo. Mais le
poste de PDG va revenir le 28 juin à
un jeune quadragénaire, Shuntaro
Furukawa. Issu de la « génération
NES », la première console de Nintendo, le futur patron a un profil
international : il a travaillé durant
dix ans chez Nintendo Europe et
parle couramment anglais. Il avait
intégré la société à peine sorti de
l’université, en 1994. Membre du
conseil d’administration de la Pokémon Company depuis 2012, il a
pris en 2015 la direction générale
de la planification de Nintendo.
ques de Nintendo : l’originalité et la
flexibilité », a-t-il déclaré lors
d’une conférence de presse à Osaka.
Le nouveau PDG va hériter
d’une société en pleine forme. Nintendo a vendu en un peu plus d’un
an 17,8 millions de consoles
Switch, dont 15 millions sur la seu-
Shuntaro Furukawa
(à gauche) va succéder
le 28 juin à Tatsumi
Kimishima (à droite).
KYODO NEWS/AP
Les années noires effacées
Shuntaro Furukawa était aussi
responsable du département marketing depuis 2016, et a donc supervisé le lancement mondial de la
Switch. Surtout, il est un joueur
invétéré depuis l’enfance. « Je
vais développer la société en m’appuyant sur les deux forces histori-
le année fiscale, close le 31 mars.
Les ventes de jeux Nintendo se
portent aussi extrêmement bien,
avec 10,4 millions d’unités pour
Super Mario Odyssey, 9,2 millions
pour Mario Kart 8 Deluxe et
8,5 millions pour Zelda : Breath of
the Wild. Ces succès se reflètent
dans les comptes de l’entreprise.
Son chiffre d’affaires, multiplié par
deux en un an, a atteint 7,9 milliards d’euros, pour un bénéfice
opérationnel de 1,3 milliard. Soit
six fois plus que l’an passé ! Le bénéfice net se porte lui aussi très
bien, à 1 milliard d’euros tout rond
(+36 %).
Nintendo est encore loin des résultats de son « âge d’or », entre 2007 et 2010, quand son bénéfice opérationnel pouvait atteindre
les 4 milliards d’euros. À cette époque, la société marchait sur deux
EN BREF
Le groupe Nice-Matin reste convalescent
TIME WARNER VA BIEN
Le quotidien du Sud-Est multiplie les innovations éditoriales mais était déficitaire en 2017.
2
millions
A
d’euros de pertes
en 2017
PRESSE Plus de trois ans après sa
reprise au tribunal de commerce
par ses propres salariés, le quotidien Nice-Matin poursuit son évolution. Dès le 5 mai, le journal aura
une nouvelle une, « plus moderne et
plus percutante », assure son directeur des rédactions, Denis Carreaux. Le quotidien abandonne son
slogan « Grand quotidien du SudEst » au profit de « Réseau social
depuis 1945 ».
Le nombre d’éditions locales va,
lui, être réduit de 14 à 9. « Ce découpage datait d’il y a dix ans et
n’est plus en phase avec les usages
des habitants de la région, qui sont
plus mobiles qu’’auparavant »,
poursuit-il. Nice-Matin profite de
ces fusions d’éditions pour en créer
deux particulièrement importantes : métropole niçoise et agglomération
Antibes-Cannes-Grasse,
dotées de huit pages de plus que les
autres. Le groupe songe aussi à
ouvrir des bureaux dans des zones
urbaines où sa présence journalistique est trop faible, alors qu’elles
ont gagné en importance.
Autre nouveauté, la sortie le
5 mai d’un magazine du samedi,
#Nous. Cette création de 68 pages
veut mettre en avant les habitants
de la région sous un angle positif.
« Il est articulé sur la fierté d’appartenance au territoire et sur la tendance du feel good », explique Denis Carreaux. #Nous, vendu avec
TV Magazine, complète le supplément du vendredi, Nice-Matin
week-end, axé sur l’offre de loisirs.
«#Nous nous permet de passer le
prix du pack du samedi à 2 euros au
lieu de 1,30 euro en semaine, et donc
de générer des recettes supplémentaires », souligne le directeur de la
rédaction.
À l’époque de son redressement
judiciaire, le groupe Nice-Matin
perdait un million d’euros par
mois. Aujourd’hui, il se porte beaucoup mieux, mais reste convalescent, avec une perte de 2 millions
d’euros pour un chiffre d’affaires
de 86 millions d’euros en 2017. Un
plan de départs volontaires de
120 salariés est actif depuis un an. Il
s’ajoute à un premier plan de 160
départs fin 2014. « Un tiers des
journalistes a aussi pris la clause de
cession entre 2015 et 2017 », indique
Denis Carreaux. Au final, il ne reste
plus que 640 salariés (hors portage
à domicile) dans le groupe, contre
1 100 (avec les porteurs) fin 2014.
Interrogations sur Nethys
Ces départs non remplacés rendent
plus complexes certains chantiers.
Mais le groupe innove et compte
8 200 abonnés digitaux sur une diffusion totale de près de 125 000
jambes extrêmement puissantes, la
console Wii et la portable Nintendo
DS, à la popularité encore inégalée
chez le grand public. Mais la société
efface ses « années noires » (20112013), où elle avait enchaîné trois
exercices déficitaires en raison du
soudain désintérêt du public pour
la Wii et l’échec commercial de
celle qui lui succéda, la Wii U.
La santé financière de Nintendo
est aujourd’hui similaire à celle que
l’entreprise avait connue sur
l’exercice 2006, au moment du
lancement de la console Wii. La société table sur 20 millions de ventes
supplémentaires pour la Switch
pour le nouvel exercice fiscal, qui
se terminera en mars 2019. Elle vise
un chiffre d’affaires de 9 milliards
d’euros pour un bénéfice opérationnel de 1,7 milliard et un bénéfice net de 1,2 milliard. ■
exemplaires (-4,9 % pour NiceMatin et -3,6 % pour Var-Matin),
un taux supérieur à bien des journaux régionaux, mais encore insuffsant aux yeux de la direction.
Nice-Matin travaille sur une offre
enfant payante, Kids Matin. Le
groupe s’engage aussi dans l’événementiel. Ses festivals estivaux lui
ont rapporté 2 millions d’euros en
2017.
Mais le groupe reste suspendu au
sort de son actionnaire principal, le
belge Nethys (34 % du capital), qui
est censé prendre le contrôle de Nice-Matin en 2019. Sa maison mère,
l’organisme public Publifin, est
éclaboussé par un scandale éthique
depuis plus d’un an en Belgique.
Dans le pire des scénarios, Nethys
pourrait être amené à se désengager de ses activités françaises. Et
Nice-Matin de changer une nouvelle fois de mains. ■
C. W.
£ Alors qu’il souhaite fusionner
avec AT&T, le géant américain
des médias, propriétaire de CNN
ou des studios Warner Bros., a
enregistré un premier trimestre
meilleur que prévu, dégageant
un bénéfice de 1,64 milliard de
dollars (+ 15,3 %) pour un revenu
de près de 8 milliards (+ 3,3 %).
EUROPE 1 SE REDRESSE
EN ILE-DE-FRANCE
£ Entre janvier et mars,
l’audience cumulée d’Europe 1
a progressé en Ile-de-France, à
9 % (+ 0,3 point sur un an), selon
Médiamétrie. Sur la période,
France Inter est restée leader
(13 %, - 0,5 point) devant France
Info (12 %, + 1,3 %) passée devant
RTL (11,6 %, - 0,6 point). Pour
rappel, l’audience nationale
d’Europe 1 s’est établie à 6,8 %
entre janvier et mars,
après un point bas touché
lors de la précédente vague
de novembre-décembre (6,6 %).
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vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 926 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
JOAILLERIE
JARDIN
VAN CLEEF & ARPELS
FÊTE LES 50 ANS
DE SA LIGNE ALHAMBRA PAGE 33
LES VERTUS DU BIGARADIER,
L’ARBRE MAGIQUE
DE VALLAURIS PAGE 32
Après la Chine,
le Japon ou l’Australie,
cent objets, parmi
les 8 millions issus
du British Museum,
font escale pour
la première fois
en Europe.
À Valenciennes,
le Musée des
beaux-arts
et la Ville jouent
dans la cour
des grands.
Jeu d’échecs
de Lewis
en ivoire
(XIIe siècle),
probablement
réalisé par
les Vikings,
découvert
en Ecosse.
PAGE 30
À Bruxelles, la Monnaie
a trouvé son messie
OPÉRA Alain Altinoglu dirige magistralement
« Lohengrin ». Et fait renaître l’orchestre.
MORCEAU CHOISI
Christian Merlin
ans une critique d’opéra,
on commence en général
par décrire la mise en
scène. Parfois, par la
prestation exceptionnelle
des chanteurs. Du Lohengrin de
Wagner à l’affiche du Théâtre royal de
la Monnaie, c’est d’abord la direction
d’orchestre que l’on gardera en
mémoire. Lorsque Alain Altinoglu a
été nommé à Bruxelles, on se doutait
qu’il pouvait être l’homme de la situation pour remonter un niveau musical
qui ne rendait pas justice à la qualité
de la programmation de cette magnifique compagnie. Mais on ne pensait
pas que les résultats seraient si rapides
et spectaculaires.
Ce chef lyrique-né a apporté à
l’orchestre, au chœur (excellent) et au
plateau une passion d’autant plus irrésistible que toujours contrebalancée
par la clarté, conférant à ce Wagner
romantique une lumière irradiante
portée à son plus haut degré d’expression, tant dans le lyrisme que dans le
brio, et sans temps mort. Chapeau,
maestro !
Sans être la plus poétique ni la plus
charismatique, la voix claire et bien
conduite d’Eric Cutler, titulaire de la
première des deux distributions qui
alternent, rend justice au rôle-titre,
tandis que la projection incisive et im-
D
VAN CLEEF & ARPELS, MARC MENNESSIER
périeuse d’Ingela Brimberg met la
blonde Elsa à l’abri de la mièvrerie.
Scéniquement crédible, le couple de
méchants est vocalement déséquilibré, entre l’Ortrud indestructible
d’Elena Pankratova et le Telramund
faiblard d’Andrew Foster-Williams.
"UNE FRESQUE SUBLIME À TRAVERS L’AMÉRIQUE"
"UNE RÉUSSITE"
THE GUARDIAN
LES ECHOS
"UNE ODYSSÉE
"D’UNE BEAUTÉ À
COUPER LE SOUFFLE"
THE TELEGRAPH
BOULEVERSANTE"
"LUMINEUX
ET POIGNANT"
LA CROIX
TÉLÉRAMA
Scénographie habile
Très attendue, la production d’Olivier
Py ne se situe pas au même niveau que
ses grands succès wagnériens, ce qui
ne l’empêche pas de capter l’attention en permanence. Le metteur en
scène n’avait pas besoin de faire une
allocution avant le lever du rideau
pour défendre une lecture politique
de l’opéra, puisque celle-ci reste un
effet d’annonce et n’a pas vraiment
lieu…
Si la scénographie comme toujours
extraordinairement habile et mobile
de Pierre-André Weitz évoque bien
les ruines de l’Allemagne d’après 1945
et multiplie les symboles d’un jeu de
piste à travers l’histoire de la culture
allemande, avec ses splendeurs et ses
misères, de Caspar David Friedrich à
Leni Riefenstahl, on a davantage l’impression d’un catalogue décoratif que
d’un propos approfondi. Mais qu’à
cela ne tienne, prenons pour ce qu’il
est un grand spectacle qui se déploie
dans le temps et l’espace de façon
vivante et psychologiquement juste,
avec un sens inné de l’image qui fait
mouche. ■
Lohengrin, Théâtre de la Monnaie,
Bruxelles, jusqu’au 6 mai.
www.lamonnaie.be.
ACTUELLEMENT
A
TRUSTEES OF THE BRITISH MUSEUM
Cent visages
de « L’histoire du monde »
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vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
8
millions
FOCUS SUR L’HISTOIRE LOCALE
À chaque étape de « L’histoire du monde en 100 objets », une 101e œuvre
est laissée au choix du pays qui accueille l’exposition. Le Musée
des beaux-arts de Valenciennes expose, en fin de parcours,
une installation valorisant deux réussites valenciennoises : la voiture
Yaris de Toyota, et l’école de création numérique Rubika, qui en trente ans
a acquis une renommée internationale. Par ailleurs, un jeu vidéo,
Made in Valenciennes, invite l’utilisateur à découvrir l’exposition
à travers une expérience ludique et innovante.
d’objets composent
la collection
du British Museum.
Ils vont de l’âge de
pierre au XXe siècle
L’art
de résumer
le destin
de l’humanité
t LE SARCOPHAGE
DE NESPERENNUB
En bois peint, trouvée à Louxor
et datant de 800 avant Jésus-Christ,
cette pièce ouvre l’exposition.
Les hiéroglyphes peints sur le couvercle
de ce sarcophage sont de précieuses
informations. Ils nous apprennent
qu’il a été fait pour un prêtre qui
bénéficiait du titre d’« ouvreur
des portes du ciel » à Karnak.
Sa décoration est particulièrement
simple alors que la personne à qui il était
destiné bénéficiait d’un statut élevé.
À l’intérieur, des analyses au scanner
ont permis de distinguer plusieurs
amulettes placées sur le corps
et dans les bandelettes qui
enveloppaient la momie. Celle en forme
de pilier posée sur la poitrine
est le symbole du dieu Osiris, souverain
du monde des morts. La momie
et son sarcophage illustrent la manière
dont un vestige est susceptible de
transmettre des histoires, sur l’Égypte
ancienne, mais aussi sur l’au-delà.
« L’Histoire du monde
en 100 objets » était au départ
un programme radiophonique conçu
par le British Museum pour la BBC.
Et aujourd’hui une exposition montrée
dans le monde. Dont Valenciennes.
EXPOSITION
L
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
es affiches placardées à
Valenciennes, dans les Hauts-de-France, l’annoncent en lettres claires :
« Pour la première fois en Europe », l’exposition itinérante « Une histoire du
monde en 100 objets du British Museum » est présentée au Musée des
beaux-arts de la ville. « Nous la présentons juste après Shanghaï et d’autres
capitales », se réjouit Vincent Hadot,
directeur du musée.
Cette histoire du monde et de l’humanité, racontée à travers cent objets
du British Museum – d’un galet de
Tanzanie datant de 2 millions d’années,
un des plus anciens outils connus, à une
carte de crédit, en passant par une
figure funéraire de l’époque Tang – est
aussi l’histoire d’un immense succès
populaire.
À partir de janvier 2010 et pendant
vingt semaines, Neil MacGregor, directeur du British Museum jusqu’en 2015,
va se rendre tous les matins à la BBC
pour raconter un objet de sa collection,
pour une chronique de quinze minutes.
Le programme, dont l’idée est simple,
mettra cinq ans à se mettre sur pied. Le
musée possède 8 millions d’objets, et il
a fallu se creuser la tête pour désigner
les cent capables de résumer une histoire millénaire. « Il ne fallait pas tomber
dans une compilation de belles œuvres,
mais trouver des œuvres dont le sens
pouvait être facilement résumé et transmis », se rappelle Joanna Mackle, directrice du British Museum. Le débat a été
serré pour le dernier objet présenté sur
les ondes de la BBC. « Nous avons fait
voter le public et c’est lui qui a tranché en
faveur d’une lampe solaire, jugée plus
utile qu’un smartphone dans l’histoire de
l’humanité », poursuit-elle.
A
1
Une scénographie classique
L’émission est un marathon – les
conservateurs écrivant parfois les
textes la nuit. Mais elle s’installe comme un rendez-vous et Neil MacGregor
réussit à séduire quatre millions d’auditeurs chaque semaine. Sa performance
bluffe ses homologues européens. Huit
ans plus tard, l’émission fait encore
partie du « best of » de la BBC et a été
téléchargée 18 millions de fois. Quant
au livre rassemblant les chroniques de
Neil MacGregor, il fait aussi partie des
best-sellers anglais (2 millions d’exemplaires vendus), et a été traduit dans
plusieurs langues. La version française
est en cours, elle devrait sortir en
septembre.
Dans la foulée de l’émission, les équipes du musée ont bâti une exposition
itinérante. Avant Valenciennes, elle a
été présentée au Japon, en Australie, à
Abu Dhabi, à Shanghaï et à Pékin. Elle
est peu ou prou la même selon les pays,
les choix n’étant pas à la carte.
Quelques œuvres, comme ce bas-relief
du Parthénon présenté à la radio anglaise, sont interdites de sortie « pour
des questions de transport » et sans doute de budget.
p LA TABLETTE DU DÉLUGE
« Un choix politique »
Avec cette exposition, à la fois pédagogique et savante – les objets contemporains étant au nombre de huit –, le Musée des beaux-arts de Valenciennes
espère faire un
grand coup. Il a
imaginé une scénographie classique et esthétique,
présentant les objets en huit parties
chronologiques. Et
a travaillé les textes
de manière à faire
comprendre pourquoi un siège rituel
taïno, une lame de
samouraï datant du
XIIIe siècle ou un
camée en rubis et
onyx (1600) peuvent
symboliser
l’histoire des innovations ou des rencontres.
« Nous voulions
un
événement
grand public. J’ai
fait plusieurs propositions à la mairie, et le choix s’est
arrêté sur le British
Museum, avec qui
nous
espérons
nouer des partenariats à long terme », explique Vincent
Hadot. Le musée, qui vient d’être rénové, a même fait refaire une partie de
ses fenêtres afin de répondre aux exigences de sécurité du musée londonien. En tout, la ville va consacrer
3 millions d’euros à l’histoire du monde. Mais elle compte surtout attirer
140 000 visiteurs en trois mois, contre
40 000 par an en rythme de croisière.
Faire venir cette exposition « a été un
choix politique », martèle Geneviève
Mannarino, adjointe à la culture à la
mairie de Valenciennes. ■
« Une histoire du monde
en 100 objets du British Museum »,
Musée des beaux-arts
de Valenciennes (59), jusqu’au 22 juillet.
q LE TEE-SHIRT DE DROGBA
Quoi de plus approprié que ce tee-shirt
pour incarner la globalisation ? Cette
tenue est celle du club de foot de
Chelsea, club londonien appartenant
à un Russe tout en étant sponsorisé
par l’entreprise coréenne Samsung.
Il est au nom de Didier Drogba, joueur né
en Côte d’Ivoire qui a été élevé en France.
Fabriquée en Indonésie et vendue au
Pérou, cette contrefaçon est un symbole
parfait de la mondialisation, comme l’est
désormais devenu le football. À côté de
ce tee-shirt, le Musée des beaux-arts
expose une carte de crédit. Appartenant
à un habitant de Dubaï, siglée HSBC, une
banque asiatique, et Visa, une compagnie
américaine, elle est aussi le signe
d’un monde connecté. Elle permet
de réfléchir à la circulation de l’argent,
ainsi qu’à notre façon de le dépenser.
p UNE MAIN ARABE
EN BRONZE
Datant de 100-300 et issue du Yémen,
cette main a probablement été moulée
d’après un modèle vivant. Il y a mille sept
cents ans, nombre de dieux étaient
adulés dans le monde. Cet objet est dédié
à Ta’lab Riyam, Ta’lab étant un protecteur
et Riyam le nom d’une ville montagneuse
du Yémen. Elle présente des ongles
inhabituels, taillés en forme de cuilleron,
et la forme de son petit doigt indique
clairement qu’il est cassé. Les inscriptions
gravées sur son dos sollicitent la chance
pour le donateur, nommé lui aussi Ta’lab.
La main, objet esthétique, invite à réfléchir sur les objets utilisés pour rapprocher
les croyants des dieux. La plupart étaient
enterrés avec leurs propriétaires.
En argile, provenant d’Irak
(700 avant Jésus-Christ), cette tablette
écrite en cunéiforme relate un épisode
du premier grand poème épique
de la littérature mondiale, l’Épopée
de Gilgamesh. Dans celle-ci, un homme
est averti par son dieu d’une inondation
imminente et il lui est demandé
de construire un bateau pour sauver
sa famille et « tous les êtres vivants ».
Cette légende est similaire au récit
de Noé et de son Arche dans l’Ancien
Testament, bien que cette version
soit très antérieure au récit biblique.
Pour cette raison, la publication
de cette traduction en 1872 suscita
à la fois un grand intérêt
et une importante controverse.
Dans l’exposition, elle permet d’aborder
l’histoire des premières cités urbaines
et de leurs communautés. C’est dans
ces cités que la musique prend forme
et que les premières œuvres littéraires
sont écrites.
TRUSTEES OF THE BRITISH MUSEUM
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LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
CULTURE
31
Fantasmagories d’Asie au Quai Branly
D
MUSÉE DU QUAI BRANLY - JACQUES CHIRAC, PATRICK GRIES, CLAUDE GERMAIN/ JAPAN MONONOKE TOURIST
ARTS Des peintures sur soie aux mangas, un sabbat de créatures mi-poétiques mi-kitsch donne des frissons.
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
ans un manga d’Hokusai, le cou du rokurokubi s’étire démesurément comme l’effet d’un cauchemar.
Toujours au Japon, la servante Okiku finit
jetée dans un puits pour quelques assiettes cassées. Son maître sera harcelé par
son fantôme. Autre jeune infortunée,
Oiwa, dont le visage a été ravagé par un
trait d’acide et qui a subi les assauts
sexuels d’un masseur aveugle, se venge
une fois devenue pur esprit. En Thaïlande, c’est Nang Nak, morte en couches
tandis que son mari guerroyait, qui, bloquée dans l’entre-deux-mondes, comble
ses frustrations.
Ces personnages, aussi célèbres dans
les cultures asiatiques que Dracula ou la
Dame blanche dans les nôtres, tiennent
sabbat au Musée du quai Branly-Jacques
Chirac. Nous avons l’ail, le pieu et le crucifix pour les combattre. Là-bas, les esprits dérangeants sont tenus à distance
avec du saké et du riz gluant, des diagrammes cosmiques et des sapèques, ces
pièces de monnaie anciennes qui,
trouées, s’attachaient à la ceinture et que
l’on découvre dans une vitrine.
On en aurait bien besoin. La visite nous
apprend que les plus anciens zombies remontent au XIIe siècle. Ils apparaissent
dans certains rouleaux peints japonais.
Ces morts-vivants sont affamés. Dans
l’ensemble du monde bouddhisé, les
nourrir équivaut à les pacifier, d’où ces
offrandes qui s’empilent dans les cimetières. Dans les campagnes comme dans
les villes, les damnés bloqués dans un état
transitoire, le cycle des réincarnations
enrayé, se terrent et sévissent. Dans les
jungles du Sud-Est, des têtes volent avec
leurs crocs et leurs viscères apparents.
Les films locaux de série B en usent et en
abusent grâce à des trucages de bouts de
ficelle qui effraient autant qu’ils font rica-
Masque d’exorcisme du théâtre Dixi, Chine, XIXe siècle (à gauche). Un ensemble de 12 cartes postales de yôkai (fantômes).
ner. Ces hordes de figures sépulcrales,
fruits d’un bouddhisme combiné aux
croyances locales – taoïsme en Chine,
shintoïsme au Japon et culte des esprits
en Thaïlande –, sont évoquées dans une
scénographie aux allures de train des
horreurs. Couleurs, frissons et poésie du
grotesque garantis, donc, pour l’amateur
de sensations fortes.
Entre religion et pop culture
Bienvenue dans une enfilade de tourments. Où les fautifs sont frappés de mille
atrocités, sujets de sévices raffinés. Ainsi
cet arbre à épines que les coupables
d’adultère escaladent sans relâche en subissant les attaques de démons, de cor-
Des ouvriers
qui ont de la classe
beaux et de chiens. Ou cette tête de samouraï noyé, en carapace de crabe
peinte. Dans ce sympathique capharnaüm, les effigies les plus spectaculaires
sont peut-être ces géants de temples
thaïs. Hauts de cinq mètres, ils arborent
des membres flasques et nous tirent la
langue. Mais, pour le prix du plus gore,
une salle « pouvant heurter la sensibilité du
jeune public » diffuse une anthologie d’un
« Thai horror picture show » : pendus
vermoulus, médiums hystériques et
éventrations sanguinolentes.
Cette palme de la chair de poule se partage toutefois. Car on peut opter pour
n’importe laquelle de ces âmes sélectionnées par Julien Rousseau, conservateur
des collections Asie du musée, et, pour le
volet cinéma, par Stéphane du Mesnildot.
Elles abondent dans les rouleaux peints,
les masques ou les affiches kitsch. Nues,
empalées, tronçonnées, fouettées, immobilisées par une cangue, la langue ou
les entrailles arrachées à la pince, livrées
en pâture à des fauves, ébouillantées, frites ou précipitées dans un lac gelé, elles
ont encore la volonté de se débattre.
Les armées de miliciens aux cheveux
herbeux, visage tatoué, dents vertes,
gorge d’insecte, yeux tortueux et mains
de fer seront pourtant, à jamais, les plus
forts. Dans des peintures chinoises du
XVIIe siècle, leurs chefs sont colorés
comme des dragons. Ils portent des vête-
ments en poisson, ont des gueules de
tigres ou de phénix, des cornes et des sabots de bovins. Cris et jets d’hémoglobine
à tous les cercles de cette géhenne aux dix
rois juges. Tête de-Bœuf et Tête-de-Cheval sont les principaux nervis. Ils commandent aux tortionnaires ainsi qu’à une
bureaucratie totalement absurde.
Partout, entre religion et pop culture,
les objets inanimés alternent avec des
images animées. Les fantômes parcourent en effet en marionnettes les jardins
animistes thaïlandais ou, en gardiens, les
anciens tombeaux chinois. Depuis des
siècles, ils sont les vedettes des spectacles
d’ombres, du nô et du kabuki, des gravures sur bois et des peintures sur kakémono. On les retrouve dans l’art contemporain (tableaux surréalistes du Thaïlandais
Anupong Chantorn) à travers les jeux vidéo des années 1980 (on peut jouer à un
Pac-Man vintage).
Le Quai Branly a fait fabriquer plusieurs hologrammes et résines tels ces
prêtres taoïstes exorcistes qui lévitent
dans leur robe de mandarin. Ils ont été
conçus en latex par la société d’effets spéciaux QFX Workshop. On croise enfin
quantité de sujets d’outre-tombe dans
des bandes dessinées, des dessins animés
et dans des films fantastiques du cinéma
hongkongais. Celui-ci a, par exemple,
créé le genre kung-fu zombies à partir de
contes remontant au XVIIIe siècle.
Paradoxe : le bouddhisme croit en la
réincarnation. Mais les raisons d’un karma inachevé sont aussi nombreuses que
les scénarios de mangas. « C’est tout un
pan de notre condition qui se donne ainsi à
lire à revers », philosophe Stéphane
Martin, président de l’institution. ■
« Enfers et fantômes d’Asie », au Musée
du quai Branly - Jacques Chirac (Paris VIIe),
jusqu’au 15 juillet. Catalogue Flammarion
280 p., 45 €. À lire : À l’intérieur des yôkai,
coupes anatomiques de créatures
surnaturelles japonaises dessinées
dans les années 1960 par Shigeru Mizuki
(1922-2015), Éditions Cornélius, 96 p., 25,50 €.
Tél. : 01 56 61 70 00. www.quaibranly.fr
CHRONIQUE Philippe Durand livre les paroles
de travailleurs qui se sont battus pour leur usine.
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/theatre
ntoine Vitez en était convaincu : « On peut faire théâtre de
tout. » On pense à lui, disparu
à 59 ans à peine le 30 avril
1990. Le temps passe mais pas
sa pensée, pas son influence. Il aurait été
intéressé par ce moment de vrai théâtre,
simple et franc, que présente le comédien
Philippe Durand sous le titre 1336 (parole
de Fralibs).
« Fralib », cela veut dire « Française
d’alimentation et de boissons ». Une filiale d’Unilever, célèbre multinationale
anglo-néerlandaise spécialisée dans les
boissons et les glaces, l’alimentaire, le
soin de la personne et l’entretien de la
maison. Chacun d’entre nous a sans doute dans ses placards des produits de cette
gigantesque société et nous sommes
nombreux aussi à connaître les marques
de thé Lipton et Éléphant… Il y avait deux
sites de production de ces thés et tisanes
en France, l’un au Havre, l’autre à Gémenos, près de Marseille. En 1998, le site du
Havre fut fermé. Comme celui de Gémenos, en 2010.
Commencent alors 1 336 jours d’une
lutte dont la presse a beaucoup parlé en
son temps. Occupation, bataille juridique, explications. Le 26 mai 2014, les
ouvriers obtiennent le droit de créer une
coopérative et se lancent dans une autre
partie de l’aventure, tout aussi difficile,
mais plus exaltante.
Ce conflit a intéressé Philippe Durand,
comédien, membre de l’Ensemble artistique de la Comédie de Saint-Étienne. On
l’a applaudi dans de nombreuses productions et notamment dans Chapitres de la
A
chute de l’Italien Stefano Massini, pièce
de théâtre passionnante qui racontait la
saga, l’envol et la faillite catastrophique
de la banque Lehman Brothers. Un remarquable spectacle d’Arnaud Meunier
qui démontrait bien, s’il le fallait, que le
théâtre, effectivement peut parler de
tout, du moment qu’il est bien écrit.
C’est ce que réussit, d’une manière
évidemment plus directe, Philippe
Durand, qui s’est fait, durant quelques
semaines, reporter et sociologue. Il s’est
rendu à Gémenos, a proposé son projet et
a été accepté. Personne n’était tenu de lui
raconter l’aventure. Toutes les paroles
recueillies, il les a montées en une suite de
textes. Il dit « parole » au singulier car les
voix multiples disent d’abord l’extraordinaire entente des hommes et des femmes qui ont pris en mains leurs destins.
Une ode à la solidarité
Seul en scène, derrière une petite table,
tel un conférencier, Philippe Durand, qui
est un interprète très sensible, s’adresse à
nous. À ses côtés, une autre petite table
sur laquelle sont installées en jolie pyramide les boîtes colorées de la production
d’aujourd’hui.
C’est clair, sans pathos, et cela s’irise
des émotions des personnes qui se sont
confiées. Une ode à la solidarité, un manifeste de la fierté que chacun puise dans
le travail, dans la belle ouvrage.
On est, au-delà du témoignage, dans
un vrai théâtre, fraternel et digne. Une
manière de ne pas oublier, de célébrer, de
donner de l’importance à cette aventure
de notre temps. ■
1336 (parole de Fralibs), au Théâtre
de Belleville (Paris XIe), du mercredi au samedi
à 21 h 15 et le dimanche à 17 heures.
Durée : 1 h 35. Jusqu’au 31 mai.
Tél. : 01 48 06 72 34.
Le livre 1336 (parole de Fralibs) est en vente
sur place, Éditions D’ores et Déjà, 12 €.
A
LE THÉÂTRE
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vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
32
JARDIN
Les fleurs magiques du bigaradier
CHRONIQUE
MARC
MENNESSIER
£@MarcMennessier
BOTANIQUE
Redoutable
pyrale
Cet agrume
généreux offre
à la gastronomie
et à la parfumerie
ses fruits, ses fleurs
et même certaines
de ses feuilles.
Illustration sur
la Côte d’Azur,
sa terre d’élection.
A
VINCENT-XAVIER MORVAN
£@vincentxaviermo
À NICE
en
8
ppelé aussi oranger amer
ou oranger de Séville, le bigaradier,
dont les origines remonteraient aux
contreforts de l’Himalaya, en Inde, est
cultivé en Europe depuis le Xe siècle,
notamment en Sicile et en Andalousie,
où il fut ramené par les Arabes. Son appellation française vient du mot « bigarrat », qui se retrouve aussi en provençal
et qui signifie bariolé. À Vallauris, dans
les Alpes-Maritimes, au creux d’une
cuvette nichée entre Cannes et Antibes,
les habitants ont appris depuis plus d’un
siècle à tirer le meilleur parti de cet arbre rustique mais parfois capricieux. Ici,
sur les bords de la Méditerranée, il est
cultivé non pour son intérêt décoratif
mais pour ses productions.
Les premières plantations remontent
à 1895, quand les habitants de cette
« vallée dorée » décident de défricher
des forêts de pins pour y faire pousser
en nombre Citrus aurantium. C’est que
les parfumeurs de Grasse, à quelques
lieues de là, sont en quête de matière
première. Renée Pugi, la présidente de
la coopérative des propriétaires d’orangers à fleurs, qui regroupe encore une
quarantaine de membres, possède ellemême 135 de ces bigaradiers sur sa propriété. « Les arbres que j’ai aujourd’hui,
raconte-t-elle, ont été plantés à cette
époque par mon grand-père et son propre grand-père. »
Le bigaradier, dont les plus grands
spécimens dépassent ici rarement
3 mètres de hauteur, a trouvé à Vallauris un terrain propice à son épanouissement. « C’est le terroir », ont expliqué à
Renée Pugi des ingénieurs de l’Inra venus étudier la question. L’endroit bénéficierait d’un microclimat, avec de la
chaleur, du soleil et, vu son relief en
forme de cuvette, de suffisamment
d’eau.
Mystérieusement, l’arbre ne se
plaît toutefois pas partout dans la
cité des potiers. Il prospère sur les
collines de Golfe-Juan ou dans le
quartier des Brusquets, à la limite
d’Antibes, mais peut vite péricliter
ailleurs. « Chez moi, le sol est
calcaire et très lourd, et ça marche
bien. Sur les collines, c’est plutôt
sablonneux et acide, et ça marche
très bien aussi, constate Renée
Pugi. En fait, il faut qu’il se plaise. À
La fleur de bigaradier, récoltée de fin avril à mi-mai, donne l’eau de fleur d’oranger
(ci-dessous) et l’huile essentielle ou néroli.
Vallauris, il y a des endroits où il ne
pousse pas. Une année, il est beau et
l’année suivante, il meurt. C’est qu’il
n’est pas à sa place. » Résistant, le bigaradier, qui peut vivre jusqu’à 600 ans,
survit plutôt bien au gel mais dans une
certaine limite. « Dans les années 1980,
nous avions eu jusqu’à - 12° C et là, tous
mes orangers n’étaient pas repartis », se
souvient-elle.
Une cueillette faite à la main
Aujourd’hui, les pépiniéristes de la région ne proposent plus le bigaradier.
Excellent porte-greffe par ailleurs, il
peut pourtant se cultiver en pot, mais
les amateurs semblent lui préférer des
variétés plus décoratives ou des espèces
produisant des oranges douces directement propres à la consommation. Car le
fruit du bigaradier, à l’amertume très
prononcée, ne se laisse pas facilement
déguster. En revanche, pour qui
connaît ses secrets, l’arbre se montre le
plus généreux des rutacées. À Vallauris,
sa petite fleur blanche est ainsi
cueillie depuis plus d’un siècle pour
distiller l’eau de fleur d’oranger,
utilisée dans bon nombre de pâtisseries provençales, comme les
navettes, et surtout pour en extraire une huile essentielle d’exception, le néroli.
Bon an mal an, Vallauris, la
seule localité en France où elle est
encore cultivée, ne produit plus
que 5 à 6 tonnes de fleur d’oranger, contre plus de 1 800 tonnes
en 1912, une année record. Au fi-
jours
dans votre
v
jardin !
+ @SUR LE WEB
» VIDÉO - Comment tailler
01 47 03 05 05
A
nal, il sort des alambics de l’usine que la
coopérative possède à Golfe-Juan quelque 5 à 6 litres de néroli. Une petite partie est conservée pour parfumer les eaux
de Cologne créées sur place et tout le
reste est cédé à Chanel, qui l’utilise pour
élaborer son fameux N°5.
La récolte, qui dure de fin avril à mimai, constitue un des temps forts qui
rythment la vie de la petite cité balnéaire. La cueillette de la fleur, qui pousse en
bouquets, se pratique à la main, en prenant soin de ne prélever que la fleur
ouverte et en repassant trois ou quatre
fois sur chaque arbre pendant la période
de récolte. Les fleurs sont distillées dès
le lendemain pour préserver toute leur
fraîcheur. Mais le bigaradier, arbre décidément magique, offre bien d’autres
ressources. « À la fin de la cueillette, on
retire tous les boutons restants, et malgré
cela l’oranger donne encore des fleurs, si
bien qu’en novembre nous avons des
oranges vertes, détaille Renée Pugi. Il fut
un temps où nous extrayions alors de façon mécanique le zeste de ces fruits verts
pour fabriquer de l’essence de bigarade,
utilisée ensuite comme le néroli. »
En janvier, les arbres sont couverts
d’oranges, mûres cette fois, avec lesquelles la coopérative prépare de la
marmelade vendue sur place. « Avant,
on faisait aussi des coulanes, ce qui signifie collier en provençal, en épluchant
l’orange en tortillons que l’on faisait sécher ensemble et que l’on vendait à Byrrh
pour son apéritif », se souvient Renée
Pugi. Le principal est d’enlever les
fruits de l’arbre, sinon ils privent de
sève les futures fleurs. « En février, je dis
toujours à mes sociétaires de bien enlever
leurs oranges », précise la présidente.
Même les repousses de feuilles taillées
après la récolte, les « brouts », donnaient encore il y a quelques années une
spécialité très recherchée, l’essence de
petit-grain. Une activité que la coopérative, qui a demandé l’inscription de
sa fleur d’oranger au patrimoine mondial de l’Unesco, aimerait aujourd’hui
relancer. ■
vos arbustes sans les massacrer
» Histoire de plantes : le nénuphar
w w w.t e c t o n a . n e t
Épluchage des fleurs d’oranger pour la fabrication de parfum, en 1926, à Vallauris.
géant de la reine Victoria
www.lefigaro.fr/jardin
a pyrale du buis fait déjà
parler d’elle ! La chaleur de
ces derniers jours a réveillé
les chenilles hivernantes de
ce papillon nocturne (Cydalima
perspectalis) qui, depuis dix ans,
ravagent consciencieusement
dentelles, bordures et topiaires
de buis, parfois jusqu’à l’écorce.
Seuls quelques départements
du Nord, de l’Est et du Massif
central sont encore épargnés
par la gloutonnerie de ce parasite
venu de Chine qui sème
la désolation dans les parcs et
jardins à la française. Mais aussi
chez les particuliers attachés
à ce bel arbuste au feuillage
persistant, riche d’histoire
et de symboles.
Pour contenir cette première
vague d’assaut, il faut pulvériser
ces jours-ci un insecticide bio,
à base de Bacillus thuringensis
(Bt), en prenant certaines
précautions. Le traitement doit
être réalisé le soir (le produit
est dégradé par la lumière) et
au moins trois heures avant
une pluie pour qu’il ne soit pas
lessivé. Le tout en mouillant bien
le feuillage de façon à atteindre
le maximum de chenilles.
N’attendez pas, car le Bt n’est
efficace que sur les larves jeunes !
« Le timing doit être très précis,
ce qui n’est pas toujours facile à
mettre en œuvre, en particulier
s’il pleut pendant une longue
période », constate Patrick
Borgeot, chef jardinier
du château de Vaux-le-Vicomte,
qui utilise un autre insecticide
bio, à base de spinosad, plus
souple d’utilisation car efficace
à la fois sur chenilles et papillons.
Mais son emploi est réservé
aux professionnels.
Nombre de chenilles passant à
travers les mailles du filet, il faut
veiller à ce qu’une fois adultes
elles ne viennent pas pondre et
donner naissance à une nouvelle
génération. La pose de pièges à
phéromones permet de détecter
le vol nuptial, qui débute
en général autour de la mi-mai,
et d’agir en conséquence.
Soit avec un nouveau traitement
insecticide, soit en déposant
dans les buis des capsules
contenant des micro-guêpes
dont les larves détruisent
les œufs de pyrale avant leur
éclosion, soit en effectuant un
« piégeage de masse », technique
encore au stade expérimental
qui consiste à désorienter
les mâles en saturant l’air de
phéromones. Problème : le coût
de ces méthodes de biocontrôle,
qu’il faut sans cesse renouveler
jusqu’en automne, est élevé
pour des résultats qui restent
à confirmer. De quoi inciter
les jardiniers amateurs
à renoncer à protéger leurs buis ?
Agenda
5-6 mai
10es Journées Esprit Jardin,
quartier Saint-Louis,
Versailles (Yvelines).
25e Fête Plantes Plaisirs
Passions, château de
La Roche-Guyon (Val-d’Oise).
26-27 mai
31e Fête des plantes de
la citadelle de Doullens (Somme).
1er juin
Colloque scientifique
« Les plantes en voyage ! »,
siège de la SNHF (Paris VIIe).
2-3 juin
25e Fête des jardiniers,
remise du prix P.-J.-Redouté
du livre de jardin,
château du Lude (Sarthe).
DEA/S. MONTANARI/DE AGOSTINI/GETTY IMAGES, NICOLAS FAUQUÉ/CORBIS VIA GETTY IMAGES, © JACQUES BOYER / ROGER-VIOLLET, NEROLIUM
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LE FIGARO
vendredi 27 avril 2018
STYLE
33
Alhambra, un bijou qui porte chance
ANNIVERSAIRE En cinquante ans, ce trèfle à quatre feuilles stylisé a fait la fortune de Van Cleef & Arpels.
Et la joie de milliers de femmes qui, toutes générations confondues, n’ont cessé de le chérir.
FABIENNE REYBAUD
freybaud@lefigaro.fr
4
5
chiffre d’affaires aujourd’hui se monterait à 1,5 milliard d’euros. Il a séduit à
la fois les clientes de la haute joaillerie
traditionnelle mais aussi leurs filles,
ainsi qu’une nouvelle clientèle attirée
par des pièces plus accessibles, en phase
avec l’air du temps. Alhambra n’est pas
le reflet des contre-cultures des années
1960-1970, tels Mai 68 en France ou
Katmandou au Népal. Il n’exprime pas
la rébellion mais propose, de manière
élégante et précieuse, sa vision de la
modernité. Il a offert de nouvelles façons
de porter un bijou au quotidien. En cinquante ans, il est devenu une référence
qui a profondément influencé l’histoire
de la joaillerie. »
De facto, bien avant Alhambra, le
thème de la chance figure au cœur de
l’âme de Van Cleef & Arpels, qui ainsi
s’approprie l’une des fonctions ancestrales du bijou, l’amulette, le grigri, le
talisman protégeant les êtres humains
des forces du mal.
Montres, bagues… L’essor
des ventes en ligne
ÉTUDE En dévoilant les résultats du marché
hexagonal pour 2017, le Comité Francéclat porte
un éclairage sur les goûts des Français.
PAULINE CASTELLANI
ROSEFIELD, MAUBOUSSIN
6
1. L’un des trèfles que Jacques Arpels
offrait à ses employés. 2. Sautoir en or
jaune, lapis-lazuli et diamants qui sortira
en mai. 3. Françoise Hardy porte un
ensemble de bijoux et montre Van Cleef
& Arpels, en 1974. 4. Pendentif en or
jaune et porcelaine de Sèvres. 5. Bague
Magic Alhambra en or blanc et diamants.
6. Montre en or jaune et onyx .
e marché des montres et bijoux
Mauboussin
se porte plutôt bien en France
avec une progression de 1 % en
2017, à 5,6 milliards d’euros. Si
s’ajoutent aux pics saisonniers traditionla bijouterie se stabilise, c’est
nels, ce qui multiplie les occasions
l’horlogerie qui reprend véritablement
d’achat pour une partie de la clientèle.
sa croissance, tirée par le segment des
La mode au poignet
montres haut de gamme avec le retour
de la clientèle touristique, notamment
Pourtant, le processus ne semble pas
asiatique, mais aussi grâce aux efforts
aussi flagrant pour les bijoux. « Dans ce
des marques vendues sur Internet et posecteur, les bijouteries de centres compulaires sur les réseaux sociaux avec des
merciaux continuent à gagner des parts
propositions plus accessibles. « Ce sont
de marché, insiste Hubert Lapipe. Les
souvent des montres à moins de 100 euros,
enseignes comme Julien d’Orcel, Cleor ou
imaginées par de jeunes labels comme
Histoire d’Or fonctionnent toujours très
Cluse, Daniel Wellington, Paul Hewitt,
bien et restent plus attractifs que les bouRosefield et prisés par une clientèle jeune
tiques de centre-ville qui souffrent aussi
et féminine qui, lisant l’heure sur un
bien de problèmes de fréquentation que de
smartphone, ne s’intéressait jusqu’alors
loyers élevés, surtout dans les communes
pas vraiment aux montres, note Hubert
moyennes. »
Lapipe, directeur général de la société
La reprise constatée dans l’horlogePanel 5, qui a mené cette étude pour
rie se fait donc attendre sur le marle Comité Francéclat (Comité proché de la bijouterie, qui termine
fessionnel de développement de
l’année à 3,5 milliards d’euros.
l’horlogerie, de la bijouterie, de la
Côté produits, la bague en or
joaillerie, de l’orfèvrerie et des arts
reste un must. « C’est un achat
de la table). Alors que l’on a beautrès symbolique qui a lieu pour
coup parlé des modèles connectés
des fiançailles, mariages, anatteignant souvent 300 euros ou
niversaires… d’autant que les
400 euros, ce sont ces petits
marques ont beaucoup traprix qui ont véritablement
vaillé sur la tradition, anaréussi à s’imposer. »
lyse Hubert Lapipe. Mais
Très présentes sur Interpour l’argent, la tendance
net, ces pièces ont surtout acest radicalement différencéléré un nouveau mode de
te : le marché du bracelet
consommation puisque l’es’est développé depuis une dicommerce connaît une forte prozaine d’années avec plusieurs
gression (+ 13,5 %) : les ventes en
innovations comme les modèles
ligne représentant désormais
avec liens ou charms. Ces créa8,4 % des ventes de montres. À
tions restent beaucoup plus libres
noter que les promotions de granet, aujourd’hui, la mode se porte
de ampleur, comme le Black Friday, Rosefield surtout au poignet. » ■
Dès les années 1920, des dessins de
trèfle à quatre feuilles apparaissent
dans les archives de la griffe. À la même
époque, le joaillier crée des bijoux en
bois supposés conjurer le mauvais sort,
ou encore des bracelets en poils d’éléphant, gages de prospérité, d’amour et
de bonne fortune. Toujours emblématiques au XXIe siècle de son vocabulaire
stylistique, les broches fées, forcément
bienveillantes, apparaissent de manière
récurrente dans les collections.
Des lignes accessibles
Autre trait singularisant cette marque,
son rôle précurseur en matière de création de bijoux plus abordables dont la
facture n’a rien à envier à celles des parures de haute joaillerie. Au début des
années 1950, VCA est sans doute l’un
des premiers à proposer à Paris la
« Boutique » qui réunit en son sein des
lignes accessibles, en phase avec l’époque. À cette période, il lance ses fameux
animaux humoristiques, broches spirituelles où des lions malicieux paradent
entre de coquettes girafes hydrocéphales et des lapins voraces croquant des
carottes de corail. Plusieurs années
avant les Must de Cartier, la griffe parvient à désacraliser le luxe sans toutefois
le galvauder. À ce titre, Alhambra en est
l’exemple illustre. La structure fluide du
sautoir, le fait qu’il n’arbore pas de logo
visible, son tombé parfait sur la peau ou
sur un vêtement le rendent extrêmement versatile, portable de jour comme
de nuit. Cornaline, agate, turquoise, nacre, œil-de-tigre, porcelaine de Sèvres,
bois d’amourette… prêtent leurs couleurs à toutes les accumulations sur la
poitrine ou enroulés autour du poignet.
Princesses (Grace Kelly), chanteuses
(Françoise Hardy) ou actrices (de Romy
Schneider à Liz Taylor) succombent à
son charme.
Outre les différentes matières utilisées, en cinquante ans, le motif aura fi-
nalement peu évolué. Citons la sortie
d’une version ajourée, très en volume,
dans les années 1980-1990 et d’une ligne de montres en 1998. Il faudra attendre les années 2000 pour voir apparaître
des interprétations sans aspérité avec
des bagues serties dans de l’or non plus
perlé mais poli. En 2006, à l’occasion de
son centenaire, Van Cleef & Arpels sort
Magic Alhambra avec des variations de
taille au sein d’un même modèle et
Lucky Alhambra, où d’autres symboles
de chance sont intégrés au motif fétiche.
En mai, le joaillier proposera quatre
nouvelles combinaisons dont une élégante version en or rose, nacre grise et
diamants et un adorable ensemble en or
jaune et cristal de roche. Ces bijoux portent en eux l’esprit de ce vers qu’écrivit
René Char en 1950 dans Les Matinaux :
« Impose ta chance, serre ton bonheur et
va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. » Ils se sont habitués. Avec
bonheur. ■
VAN CLEEF & ARPELS, CATHERINE ROTULO/VAN CLEEF & ARPELS, JOHANN SAUTY/VAN CLEEF & ARPELS
quoi reconnaît-on le
succès d’un objet ? Bien souvent, hélas !
au nombre de copies qu’il génère. La
rançon de la gloire d’Alhambra pourrait se mesurer à cette aune tant ce sautoir en or jaune, créé en 1968 par Van
Cleef & Arpels (VCA), continue d’« inspirer » certains joailliers en mal, précisément, d’inspiration… En 2018, si ce
bijou polylobé demeure le best-seller
de VCA, qui, selon nos estimations, en
vendrait plus d’une centaine de milliers d’exemplaires par an, sa création
demeure mystérieuse. « Il est impossible de définir l’origine exacte du motif
Alhambra, explique Catherine Cariou,
directrice du patrimoine de Van Cleef
& Arpels. Ni abstrait ni figuratif, il fait
référence au décor de la forteresse
Alhambra à Grenade, en Espagne, mais
il évoque aussi un trèfle à quatre feuilles.
Jacques Arpels, qui était superstitieux,
avait l’habitude d’offrir à ses collaborateurs cette plante porte-bonheur accompagnée du poème anglais Don’t Quit invitant à garder espoir. Il est possible
qu’il ait demandé à l’atelier d’imaginer
un bijou à l’effigie de son grigri favori. »
Même incertitude quant au mois de
sortie du premier Alhambra, on apprend seulement qu’il aurait été lancé
« dans le courant de l’année 1968 ». En
revanche, une chose est certaine :
l’original est fabriqué entièrement en
or jaune martelé et perlé, les pierres
dures comme l’onyx, la malachite ou
le lapis-lazuli n’apparaîtront qu’en
1971. Autre point confirmé, son succès
instantané. « Ce sautoir a plu immédiatement, confirme Nicolas Bos, PDG de
cette société qui a été rachetée par le
groupe Richemont en 1999 et dont le
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vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
34
TÉLÉVISION
Une guerre de Troie
de très bon augure
La BBC et Netflix réinventent l’épopée homérique. Du côté des Troyens,
leur série construit habilement des ponts entre notre époque et l’Antiquité.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
est un des récits les plus
anciens de la littérature.
Au VIIIe siècle avant
Jésus-Christ émergeaient
les poèmes de L’Iliade et
de L’Odyssée, ou comment les amours
d’un berger, se découvrant prince, avec
la plus belle femme du monde engendraient une guerre d’une décennie entre
les rois grecs et les Troyens et leurs alliés, avant de lancer sur une longue route d’errance le malheureux Ulysse. Les
vers d’Homère et des tragédiens antiques qui ont repris et enrichi les légendes initiales représentent une vraie gageure.
Le réalisateur allemand Wolfgang Petersen s’y est cassé les dents en 2004,
malgré un casting réunissant Brad Pitt,
Orlando Bloom et Diane Kruger. Son
Troie oscillait entre le film d’action classique et le péplum nanardesque. De quoi
admirer l’ambition de la BBC et de Netflix, qui ont uni leurs forces pour une
minisérie de huit épisodes sur le sujet,
vieux comme le monde. Visible chez
nous sur la plateforme SVOD, Troie, la
chute d’une cité a été diffusée outreManche sur la chaîne publique.
Malgré des accents kitsch inévitables
(décors un peu carton-pâte, une figuration propre et trop bien soignée, des soldats galbés), le défi est ici relevé avec
honneur. On reconnaît la plume de son
C’
sur les combattants et les populations,
de choc des cultures entre une civilisation hellénique et une autre, orientale,
plus ouverte sur l’Asie du fait de sa posiCité progressiste
tion privilégiée en Turquie et de sa maîtrise du détroit des Dardanelles. Troie
Farr raconte le conflit non pas à travers
est une cité progressiste, dont la prospéles yeux des Grecs, mais plante ses carité économique suscite les convoitises
méras côté troyen. Achille, Ulysse ne
grecques. Bien sûr, Andromaque, Cassont pas des héros unidimensionnels,
sandre, Hector ou Priam figurent au
mais ont le droit à un portrait plus ambipremier plan, mais le spectateur croise
valent. Rusé, le stratège d’Ithaque sait
de simples Troyens (le boulanger, le maêtre l’homme des basses besognes et deréchal-ferrant…) pour mieux illustrer le
vient le porte-parole de divinités assoifquotidien d’une ville antique et les souffées de sang et avides de sacrifices. Son
frances d’un interminable siège. Ici, pas
ami demi-dieu sait ranger ses convicde deus ex machina. Zeus, las et fatalistions derrière sa loyauté et n’est pas inte, regarde, impassible, les hommes et
sensible aux griefs d’Hélène.
les déesses se déchirer. PersonTroie, la chute d’une cité
ne ne peut échapper à son dess’attarde sur le péché origitin ni aux malédictions.
nel : le coup de foudre caTroie, la chute d’une cité alitastrophique entre Pâris et
○○○¡
gne, comme dans bon nombre
Hélène. Un acte égoïste.
de costume drama britanniques,
Mais pas seulement. David
une distribution impeccable et ouverte à
Farr rend plausible et compréhensible le
la diversité. Mention spéciale à Joseph
choix de la fille de Zeus et de Léda de
Mawle, l’oncle et sauveur de Jon Snow
quitter son époux, Ménélas, et de briser
dans Game of Thrones, dans la peau d’un
la servitude d’un mariage malheureux.
Ulysse insoupçonné. Son geste imparDe même, son Pâris n’est pas qu’un
donnable lors du sac de Troie augure de
simple play-boy hédoniste. C’est un
ses tribulations légendaires. De quoi
idéaliste, élevé loin du palais, sans le
fournir une bonne partie de l’intrigue à
moindre égard pour le pragmatisme et
une potentielle saison 2. Si elle voyait le
les compromis diplomatiques.
jour, elle s’intéresserait sans doute au
La série voit au-delà des mythes et
sort des rescapés de Troie. Notamment
construit des ponts entre notre époque
Énée, le fondateur de Rome, chanté par
et celle de l’Antiquité. Il y est question
Virgile, et dont la blessure secrète vit au
de l’émancipation des femmes, de roufond du cœur. ■
tes commerciales, du prix de la guerre
scénariste, David Farr, à qui l’on doit le
trépidant The Night Manager, tiré du
classique de John le Carré.
L’acteur australien Louis Hunter incarne un Pâris idéaliste, sans le moindre égard
pour les compromis diplomatiques. GRAHAM BARTHOLOMEW / BBC / NETFLIX
Florent Pagny, la bande originale de sa vie
Dans leur film intimiste, Nicolas Maupied et Virginie Parrot retracent l’ensemble de la carrière d’un chanteur sans filtre.
RINO GALLO cgallo@lefigaro.fr
rente années de carrière, vingtcinq albums et quinze millions
de disques vendus… Un parcours sans faute ou presque
pour Florent Pagny. Le secret de
sa longévité ? France 3 tente de le découvrir avec ce documentaire en forme de
portrait intitulé La Voix nue. À la fois pudique et attachant, le chanteur, dont on
connaît le franc-parler, l’admet d’ailleurs
bien volontiers : « Je ne suis ni un musicien,
ni un auteur. »
Spécialiste de la chanson française,
Didier Varrod revient sur la bande originale de la vie du chanteur, entre anecdotes et
images d’archives, de ses
débuts au cinéma avec
Gérard Depardieu à son statut de chanteur populaire.
Personne, au demeurant,
T
Avec 25 albums et 15 millions de disques vendus, le chanteur
de 56 ans occupe une place à part sur la scène française. PROGRAM 33
20.55
○○○¡
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4711
HORIZONTALEMENT
1. Rattachés au bassin. - 2. Telle
une figure modiglianienne. - 3.
Habite une sous-préfecture sur la
Loire. - 4. Plaisir réservé aux
jeunes. Elle avait des yeux bleus
mais un regard rouge. - 5. Principe
odorant. N’est employé qu’à certaines heures. - 6. Réalisateur de
Parfum de femme. Abonné du
bonnet. - 7. L’enfer de Dantès.
Concentré de sardines. - 8. Loin
des micros. L’appât de l’ours. - 9.
Elles portent un belle robe mouchetée mais pas de bois. - 10. Petit
événement fâcheux. - 11. Il affirme
qu’il n’y a pas lieu de croire. Sort
avec indignation. - 12. Fléaux des
vergers.
VERTICALEMENT
1. Vieil autocrate renversé par la
Révolution mexicaine (prénom et
nom). - 2. Aussi extraordinaire
qu’inattendue. - 3. Herbes en
provenance de Colombie. Carré
d’épaules. - 4. Particule germanique. Tintin. Conseil d’avocat. - 5.
Certifiée d’origine. Haut perché
en Savoie. - 6. Ni plus ni moins.
Mis au parfum. - 7. Elle nous fait
beaucoup de tort. Finalement,
il en a eu assez de la flotte ! - 8.
Mot passe-partout. Instruments
des troubadours.
1
2
3
A
HORIZONTALEMENT 1. Simagrée. - 2. Oripeaux. - 3. Urétrite.
- 4. Sélecter. - 5. Lalse. Rc. - 6. Ola. Sape. - 7. Cité. Née. - 8. As. Pau.
- 9. Tabasse. - 10. Ibert. Li. - 11. Olé. Étal. - 12. Nerpruns.
VERTICALEMENT 1. Sous-location. - 2. Irréalisable. - 3. Miellat. Béer.
- 4. Aptes. Épar. - 5. Gercés. Aster. - 6. Rait. Anus. Tu. - 7. Euterpe. Élan.
- 8. Exercées. Ils.
3
4
5
6
7
8
BRIDGE
PROBLÈME N° 2815 :
Défausser quoi ?
4
5
+ @ SUR LE WEB
» Nikos Aliagas : « Je me méfie
de la notoriété »
» Audiences : énorme succès pour
le retour de « Burger Quiz » sur TMC
www.lefigaro.fr
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2814 :
On court au clash
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (E.-O. vuln.) : Sud ouvre de 3, Ouest
contre et Nord soutient à 4.
Entame : Dame de .
N
Le retrait des atouts doit attendre, il y a urgence à trouver
une défausse pour votre perdant.
Prenez du Roi de , jouez pour la Dame, retournez en
main par la coupe d’un et jouez derechef. Ouest
prend et insiste du Valet de pour l’As du mort. Il est
temps de présenter le Roi de . Que peut faire Est qui n’a
plus de ?
S’il coupe gros, vous écartez le perdant. Et s’il coupe
du 4, vous surcoupez et jouez atout, ce qui vous permettra
de gagner quand les deux gros honneurs à se télescopent (clash) et même dans le cas où Est aurait AR4 à et
seulement deux .
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S
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A R 7 6
42
6
7
aimer, Et un jour une femme, Là où je t’emmènerai. Titres matraqués sur les ondes.
Mais aussi et surtout Ma liberté de penser.
« Ce n’est pas la plus réussie mais la plus
forte car c’est celle qui s’est le plus vendue »,
explique le chanteur dans ce documentaire intimiste. Un film joliment ponctué par
des reprises piano-voix de Barbara, Léo
Ferré, Nougaro, Souchon ou Renaud.
Manière élégante de promouvoir Tout simplement, son dernier album. Le baryton y
reprend sans prétention dix standards de
la chanson française. Des chansons qui ont
marqué sa vie. Vérification faite, celles de
Michel Sardou et Gérard Lenorman n’y
figurent pas. ■
543
ARD
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R 10 8
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8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4710
2
ne lui prédisait une telle destinée, à ce gamin gouailleur avec des airs de petite frappe. Pas même ses parents, Odile et Jean, à
qui il voue une admiration sans borne. Jusqu’au jour où sa mère le surprend à entonner des airs de Michel Sardou et de Gérard
Lenorman. À quoi tient une carrière ! Elle
reste stupéfaite par la puissance et la maturité vocales de son enfant. Aujourd’hui, à
56 ans, Florent Pagny possède une place de
choix au sein du paysage musical français.
Mais aussi dans le cœur du public, toutes
générations confondues. Surtout depuis
son arrivée en tant que coach à « The Voice », le télécrochet de TF1. En acceptant ce
rôle, qu’il occupe depuis maintenant sept
saisons, l’artiste s’est forgé une autre image. Plus bienveillante, plus aimable aussi
sans doute. Il est d’ailleurs le seul à avoir
mené deux de ses protégés à la victoire
(Stéphan Rizon et Slimane).
Parmi les chansons qui ont façonné son
succès, on retient bien entendu Savoir
Contrat : Sud joue 6 Piques.
Entame : 10 de . Vous purgez
les atouts en trois tours, Est
défaussant deux .
10 3 2
RD864
A4
A96
9
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A
A V 10 7
R V 10 3
D V 10 8
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vendredi 27 avril 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
35
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Zita
Soleil: Lever 06h38 - Coucher 21h00 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Vestiaires. Série. Régression.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Michel Cordes.
19.05 Grey’s Anatomy. Série. (2 épisodes) 20.55 LolyWood
MATIN
21.00 Super Nanny
21.00
20.55
20.55
Jeu
Série. Comédie
Documentaire. Biographie
7
1h45. Dépassés par nos enfants,
nous n’arrivons pas à organiser
notre mariage. La nurse de choc
Super Nanny aide des parents débordés à retrouver l’harmonie.
70
7
7
5
5
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8
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6
8
6
22.45 Super Nanny. Enceinte de
mon 3e enfant , aidez-moi à…
7
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5
6
4
6
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40
Koh-Lanta,
le combat des héros
Candice Renoir
Prés. : Denis Brogniart. 2h10. Inédit.
Dans l’archipel des Yasawa, aux Fidji,
c’est la révélation ! Après la réunification, l’île de l’exil va enfin livrer
son secret...
Fra. Saison 6. Avec Cécile Bois,
Raphaël Lenglet, Ali Marhyar. 2 épisodes. Inédits. Karim Berkaoui a été
tabassé à mort chez lui. Il était connu
pour avoir développé un programme
combinant sport et diététique.
23.10 Pas de ça entre nous ! Talk-
22.45 Taratata 100 % Live Invi-
show. Prés. : Arthur. Inédit. Invité
notamment : Ary Abittan.
tés notamment : Sting, Shaggy 0.50
Faites entrer l’accusé. Magazine.
5
Florent Pagny,
la voix nue
7
3
19.00 C à vous. Magazine 20.00 C
à vous, la suite 20.20 Entrée libre
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4
9
20.50 La maison France 5
2018. Réal. : N. Maupied et V. Parrot.
1h50. Inédit. Pour décrypter la popularité de cet artiste hors-norme,
Didier Varrod et Nicolas Maupied
parcourent la vie de Florent Pagny.
Magazine. Société. Prés. : Stéphane
Thebaut. 1h30. Inédit. Au sommaire,
notamment : «Le rotin quand tu
nous tiens» ; «La rénovation d’une
longère gersoise».
22.45 Le divan de Marc-Olivier
Fogiel Mag. Invité : Florent Pagny
22.20 Silence, ça pousse ! 23.15 C
dans l’air. Magazine 0.20 C à vous
0.20 Soir/3 0.55 Libre court. Mag.
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9
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17
APRÈS-MIDI
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16
18.40 L’info du vrai (C) 20.40 Canalbis (C). Divertissement 20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Nouvelle-Zélande, terre
sauvage 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes 20.45 Athleticus. Série.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Mario Game.
21.00
20.55
21.00
Film. Comédie
Film TV. Comédie
Série. Action
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18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
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20.55 Julie Lescaut
Série. Policière. Fra. 2003. Saison 12.
Avec Véronique Genest. Soupçons.
Un photographe est retrouvé mort
dans son studio. Julie interpelle une
femme qui avoue le meurtre.
18
13
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22.50 Julie Lescaut. Série 0.50 Sœur
Thérèse.com. Série.
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10
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19.00 Australie, la ruée vers l’or.
Téléréalité.
Jour J
Fra. 2017. Réal. : Reem Kherici. 1h30.
Inédit. Avec Reem Kherici, Nicolas
Duvauchelle, Julia Piaton, Sylvie
Testud. En couple avec Alexia, Mathias la trompe avec Juliette, organisatrice de mariages.
22.30 Ce qui nous lie Film 0.20
Chacun sa vie. Film 2.10 Coulisses
d’une création originale…
Le passe-muraille
Fra. 2016. Réal. : Dante Desarthe.
1h35. Avec Denis Podalydès. Émile
Dutilleul, 46 ans, comptable, a le cheveu rare et pas d’amis. Mais quand la
solaire Ariane fait son apparition au
bureau, il reprend goût à la vie.
22.30 Personne ne bouge ! Magazine. Mick Jagger. Inédit 23.10 Twist
and Loud ! Les débuts du rock. Doc.
23
T (en °c)
20.50 Struthof, le camp oublié
MacGyver
EU. Saison 2. Avec Lucas Till, George
Eads, Ashley Tisdale. 2 épisodes.
Inédits. La fondation Phœnix participe au concours du meilleur véhicule militaire autonome créé par une
agence gouvernementale.
Doc. Historique. 2017. Réal. : AnneS. Chaumier Le Conte. 1h00. Inédit.
Natzweiler-Struthof, en Alsace, fut
l’unique camp de concentration installé sur le territoire français.
21.50 Les lois anti-juives de Vichy
1940-1945. Documentaire.
22.50 MacGyver Série. Action
23.40 NCIS : Los Angeles. Série 2.15
The Strain. Série. Le coffre.
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. L’apprenti sorcier- Le reflet du miroir.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Mentalist
21.00 Enquête d’action
21.00 Le Baffie Show
Série. Policière. EU. 2010. Saison 3.
Avec Simon Baker, Robin Tunney.
2 épisodes. Henry Dahl, condamné
à perpétuité pour viol et meurtre, a
été assassiné dans un hôtel.
Mag. Société. Prés. : M.-A. Casalta.
2h00. Gendarmes de choc pour
interventions à haut risque. Inédit.
Depuis les attentats de 2015, la gendarmerie a renforcé son dispositif.
Divertissement. 2h30. Inédit. Cette
émission présente le meilleur des
interventions de Laurent Baffie dans
le talk-show «Salut les Terriens !»
de Thierry Ardisson.
22.35 Mentalist. Série. Avec Simon
Baker. (3 épisodes).
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Prés. : Marie-Ange Casalta.
23.30 La télé de Baffie. Les trente
ans de carrière télé de Laurent Baffie.
SU DO KU
GRILLE 2491 DIFFICILE
8
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CAMION
À BŒUFS
FEU
ROUGE
DÉFRISÉE
GRIVOIS
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LUNDI
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22.40 Un soupçon de magie. Série
0.20 La magie de la famille. Film TV.
13/19
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
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MOTS FLÉCHÉS N°1957
Chaque jour un peu plus difficile
FORCE 2
BONNE
POMME
(D’)
PARADIS
LIEUS
NOIRS
EXCEPTIONNEL
ELLE
DONNE
DES
BOUTONS
IL FAIT
TREMBLER
PRESSE
6 3
UNE
BESTIOLE
SECTION
À L’ONU
FALSIFIÉ
MOT
D’AJOUT
CHANTEUR
COUVERCLE
PROVISOIRE
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ATTACHÉ
AUX
COU TUMES
MOTIF
RUGOSITÉ
MOT
DE CHARRETIER
RIVIÈRE
PASSANT
À RENNES
SANS ÇA,
ON N’A RIEN
PRÉCISE
L’ÉPOQUE
NOURRIT
TROP
MIS DANS
LE
SOUS-SOL
ROMAIN
ÉTENDUE
DE SABLE
UNE
NÉGATION
SE
MONTRE
AU
COURANT
EFFET
SONORE
COUPELLE
DE LABO
PASSAIT
UN BON
MOMENT
REPENTIR
IMMÉDIATEMENT
APRÈS
MANCHES
ÉVENTUALITÉ
MAUVAISE
HABITUDE
IL VIT
COMME
UN PARESSEUX...
GARDIEN
DU PAF
ARBRE
VERT
DÉFUNTE
SUR LA
BOUSSOLE
CUITE À
L’ÉTOUFFÉE
RÈGLE
PETITES
TERRES
AUX
ANTILLES
FORME
LE PRONOMINAL
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
T
S
G
B
A
U
A
R A G A I L L A R D I R
N I
R U I N A
R E U T I L I S
R A I S O N N A B L E
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B
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G U E R I R
H
A U L N E
P O T
A
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S I
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G E
O T E R A
A I G R I E
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SOLUTION DU N° 2490
6/12
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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6/12
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DIMANCHE
7/12
Série. Fantastique. EU. 2016. Saison
3. Avec Catherine Bell. (2 épisodes).
La ville entière attend la floraison
de la merriwick, une célèbre fleur,
à Middleton.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
SAMEDI
21.00 Un soupçon de magie
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
15/19
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5/20
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8/13
17/18
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 27 avril 2018 LE FIGARO
36
Franck Annese,
petit monstre de papier
Chloé Woitier
cwoitier@lefigaro.fr
eut-on rendre la presse hippique
glamour ? Franck Annese en est
persuadé. « C’est un univers hyper
riche que m’a fait découvrir un ami
qui travaille au PMU. Il s’y passe
des choses folles, c’est un terreau
d’histoires incroyables à raconter »,
s’enthousiasme celui qui vient de
faire paraître le trimestriel Dada. Avant ça, le
créateur de l’éditeur de magazines So Press s’est
attaqué au monde du football (So Foot), du rugby
(Tampon), du cyclisme (Pédale) ou du running
(Running Heroes Society) avec le même angle
d’approche : pas de résultats sportifs mais « de
l’humain ». La recette est aussi appliquée au cinéma (So Film) et au newsmagazine d’actualité
(Society). Le bimensuel, qui fête ses 3 ans, a été un
tournant pour son entreprise. « D’éditeur de niche,
nous sommes tout d’un coup entrés dans la noblesse
de la presse. Le regard sur nous a radicalement
changé. On reçoit des prix de la profession, on est
invité partout… Je suis même contacté pour racheter des magazines ! », se marre le jeune quadra,
dont le look décontracté (casquette, sweat-shirt,
baskets) et le parcours détonnent dans le milieu.
Enfant, Franck Annese rêvait de devenir footballeur. Ça sera l’Essec, dont le concours a été obtenu de justesse, et les cours suivis en dilettante.
P
LUCAS PAJAUD/LE FIGARO
SUCCÈS À la tête du groupe So Press, qui édite notamment
« Society » et « So Foot », ce quadra vient de lancer « Dada »,
un trimestriel consacré au monde hippique. Avec toujours la
même approche : pas de résultats sportifs mais « de l’humain ».
Brut, et propose ses magazines sur la plupart des
L’étudiant profite de ses heures libres pour monkiosques des opérateurs téléphoniques. « Mais
ter en 1999 avec des copains un fanzine culturel,
plus SFR. Je suis client chez eux, et j’ai reçu un jour
Sofa, toute première pierre du futur So Press. Un
un SMS m’indiquant qu’avec mon forfait je pouvais
passage par Ernst & Young et par l’émission
lire gratuitement Society et So Foot. Gratuitement !
« Culture pub » plus tard, le jeune homme bricole
On avait beau faire chez eux 16 000 téléchargeun hors-série de Sofa consacré à l’univers du footments pour nos magazines, j’ai rompu le contrat. Le
ball. Ce qui était parti d’une blague entre amis dejour où la presse sera offerte, il n’y aura plus de
vient en mars 2003 la revue So Foot, qui s’apprête
presse », s’emporte-t-il.
à ringardiser une partie de la presse sportive.
Quinze ans plus tard, So Press compte une cenLe temps de travailler les sujets
taine de salariés. Son siège, un open space tout en
béton brut au rez-de-chaussée d’un immeuble du
Franck Annese défend la valeur de ses magazines
XIe arrondissement, fait penser à une start-up
et estime animer le réseau des points de vente
grâce à ses lancements réguliers et ses publicités
comme la capitale en recèle tant. La moyenne
en dos de kiosque. « La presse est presque devenue
d’âge dépasse à peine les 30 ans. Tous travaillent
un produit de luxe. Les gens n’achètent parfois
sur leur PC portable sur de grandes tables comqu’un seul magazine par an, et tu veux que ce soit
munes. Le bureau de Franck Annese, en grand batoi », explique-t-il. D’où le choix de
zar, ne se distingue pas des autres.
rythme de parution mensuel, triMais il n’est pas question ici de
mestriel ou semestriel pour faire
concevoir des applications disrupl’événement et laisser le temps de
tives.
travailler les sujets. Le patron de
So Press a fait de la presse papier
presse envoie volontiers ses journale cœur de son modèle. Il compte
1977
listes loin de Paris pour ramener des
une dizaine de magazines et prévoit
Naissance
à
Bourges
reportages inédits, et n’hésite pas à
de lancer, en plus de Dada, un autre
1999
publier des entretiens d’une dizaine
titre autour de la mode masculine,
Création du fanzine Sofa
de pages. « Je suis heureux que SoÉtiquette. « Je ne peux pas lire la
2003
ciety paraisse tous les quinze jours.
presse sur un écran. C’est physiqueLancement de SoFoot
En hebdomadaire, on serait maument impossible. Ça me rassure
2006
vais. »
d’ailleurs de voir que ma fille est aussi
Production vidéo
Le newsmag est devenu en trois
attachée au papier », confie Franck
2015
ans la pierre angulaire de So Press.
Annese. Sa société n’est pas pour
Création de Society
Society s’est rapidement fait un nom
autant réfractaire au numérique :
2018
en décrochant, à la surprise généraelle est présente sur Snapchat DisLancement de Dada
le, une interview fleuve du présicover, crée des vidéos sociales pour
Bio
EXPRESS
dent François Hollande dès son numéro 2. « Il
nous avait reçus à l’Élysée quelques mois avant notre lancement. Ça l’amusait de voir des gars comme
nous, partis de rien, venir taquiner les grands hebdos », se souvient Franck Annese. Le trentenaire
d’alors bénéficiait d’un accès privilégié au Château. « Ils avaient compris qu’ils pouvaient toucher
une cible jeune qui ne lisait plus la presse. Et ces
grands entretiens politiques nous ont permis de
nous bâtir une réputation. » Aujourd’hui, les portes de l’Élysée sont verrouillées. Pas grave. « Nous
avons arrêté la politique, ce ne sont pas les numéros
qui marchent le mieux », balaye-t-il. Si Franck
Annese apprécie que son newsmag ait de l’influence, il confesse une frustration sur les ventes.
« On est à moins de 50 000, j’en voudrais 60 000.
Les fermetures de kiosques nous touchent, il faut
qu’on travaille plus les abonnements… Ce n’est pas
facile. »
La presse représente 60 % des revenus de So
Press. L’entreprise est en réalité tentaculaire, et
Franck Annese tient à tout superviser : la production vidéo dans la publicité et les clips (SoVage,
25 % du chiffre d’affaires), le brand content (AllSo, 5 % à 10 %), l’édition de livres (So Lonely) et la
musique (le label Vietnam), seule activité déficitaire du groupe. « La production vidéo me prend un
temps fou », souffle celui qui jongle en plein rendez-vous entre mails qui tombent en cascade,
SMS et coups de téléphone. Franck Annese aurait
refusé des propositions de rachats ou d’entrée au
capital venant d’autres groupes médias. Pas question de renoncer à sa liberté et de se soumettre aux
impératifs de rentabilité. « Nous restons des petits
artisans », insiste-t-il. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
On n’est jamais tarte
quand on a de l’allure
Très attendue, la fusion de l’état-major
opérationnel de prévention du terrorisme
(Emopt), mis en place en octobre 2015 par
Bernard Cazeneuve, avec l’Unité de
coordination de la lutte antiterroriste (Uclat)
devrait être annoncée dès le mois prochain.
Cette refonte stratégique, évoquée mi-juillet
par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb
(photo), devant la commission des lois de
l’Assemblée nationale, donnera plus de cohérence
à l’antiterrorisme français.
« Macron, un jeune
homme si parfait »
en poche
Michel Aupetit a été reçu ce jeudi
par François. Il s’agit de sa première
visite au Vatican depuis sa
nomination à la tête de l’archidiocèse
parisien en décembre. Mgr Aupetit a
également rencontré les responsables
de certains dicastères de la curie
romaine. Mgr Aupetit, ancien évêque
de Nanterre, a succédé à Paris
au cardinal André Vingt-Trois,
âgé de 75 ans.
Il y a un an, et alors que peu misaient
sur une victoire d’Emmanuel Macron
à la présidentielle, Anne Fulda, notre
consœur du Figaro, publiait un livre
sur celui qui est devenu depuis
président de la République,
Emmanuel Macron, un jeune homme
si parfait (Plon). Ce best-seller,
traduit dans onze pays, vient de sortir
aujourd’hui en édition de poche
(J’ai Lu) avec une postface inédite.
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L’archevêque
de Paris reçu
par le Pape
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JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Réorganisation programmée
dans l’antiterrorisme
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