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Libération - 26 04 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
JEUDI 26 AVRIL 2018
2,00 € Première édition. No 11481
www.liberation.fr
DROGUES
LE GBL,
FLUIDE
GLAÇANT
FLORE-AËL SURUN . TENDANCE FLOUE
Bon marché, récréatif,
désinhibant, ce solvant
qu’on peut se procurer
facilement s’est répandu
en peu de temps dans
le monde de la nuit.
Malgré un cas mortel et
plusieurs comas. PAGES 2-4
PHOTO
ERIC HAZAN
Abbas,
les yeux
fermés
20 ans d’édition
à la gauche
de la gauche
PAGES 20-22
ABBAS . MAGNUM
JEUDI IDÉES ET ESSAIS
LA MORT DU
PHOTOJOURNALISTE,
PAGES 30-31
CLICHY
«On n’a pas
dépensé
assez pour
la banlieue»
INTERVIEW, PAGES 12-13
EUROPA
LEAGUE
L’OM face
au défi de
la demie
PAGES 18-19
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Jeudi 26 Avril 2018
GBL
Solvant
de panique
dans la nuit
Euphorisant, désinhibant, le GBL s’est
répandu ces dernières années dans les boîtes
de nuit et soirées privées. Bon marché, lié à
des cas de comas parfois mortels, ce cousin
du GHB fait craindre une crise sanitaire.
Par
VIRGINIE BALLET
D
eux chiffres, trois lettres. En
quelques mois à peine, dix
personnes sont tombées
dans le coma et l’une est morte à
cause du GBL (ou gamma-butyrolactone), un solvant détourné
comme drogue. Ces chiffres, qui ne
prennent en compte que la situation dans des boîtes parisiennes,
mettent en lumière une réalité jusque-là largement ignorée : le GBL,
«cousin» du GHB, est de plus en
plus utilisé à des fins récréatives.
C’est une soirée récente qui l’a fait
passer de la piste de danse au banc
des accusés : le 10 mars dernier,
au Petit Bain, un établissement
du XIIIe arrondissement de Paris,
un jeune homme a sombré dans
le coma après avoir bu, puis aussitôt recraché, ce qu’il pensait être
de l’eau dans une bouteille abandonnée. «J’avais l’impression de
boire du détergent», a-t-il raconté
au site Slate. Le même soir, un autre
participant à la soirée, âgé de
23 ans, a lui aussi consommé
du GBL. Dans le coma également,
il a été transféré dans un service
de réanimation à la Pitié Salpêtrière, mais n’a pas survécu. Dans
un communiqué, l’organisateur
de la soirée avait alors tenté une
mise en garde: «Ne ramenez pas de
merde dans une soirée. Pensez à
vous, pensez aux autres.»
Plusieurs autres acteurs de la nuit
parisienne se mobilisent pour tenter de sensibiliser les fêtards. C’est
le cas du Collectif action nuit, think
tank qui regroupe des profession-
nels du secteur et qui organisait
mercredi une réunion d’information à destination des exploitants de
lieux festifs et autres organisateurs
de soirées. Au programme: composition du GBL, conduite à tenir,
recommandations, autres drogues
de synthèse… «Informer le public est
essentiel», insiste Christophe VixGras, membre du Collectif.
Ce combat, le groupe le mène depuis plusieurs semaines. Dès
le 22 mars, ses membres adressaient
une missive aux ministères de
la Santé et de l’Intérieur pour demander «de l’aide aux pouvoirs publics» face à une situation qu’ils estiment «ne pouvoir gérer seuls».
Pour Christophe Vix-Gras, «on est
face à un vrai problème de santé publique», voire à un «risque de pandémie hallucinant». Des craintes que
semble partager le préfet de police
de Paris, Michel Delpuech: au cours
d’une récente conférence de presse,
il a estimé que les seuls hôpitaux
parisiens faisaient désormais face
à 50 voire 100 comas par an liés
au GBL, contre une dizaine seulement il y a deux ou trois ans, évolution qu’il juge «inquiétante». Y a-t-il
péril sur le dancefloor? Quels sont
les risques? Y a-t-il un public cible?
S’agit-il de la «drogue
du violeur» ?
«Alerte au GHB», a-t-on pu lire dans
la presse ces derniers jours. Souvent
appelé «drogue du violeur», le GHB
(acide gammahydroxybutyrique)
est une drogue de synthèse aux
effets sédatifs et amnésiants, considérée comme stupéfiant depuis 1999. D’ailleurs, dès le début
des années 60, le chirurgien et neurobiologiste français Henri Laborit
a mis au jour les propriétés hypnotiques de la molécule, par la suite
largement utilisée en anesthésie.
Or, malgré ses propriétés similaires,
le GBL n’est pas exactement du
GHB. «En chimie, le GBL est ce que
l’on appelle un précurseur, décrypte
le docteur Philippe Batel, addictologue. Concrètement, c’est un composé qui, une fois ingéré par l’organisme, va produire du GHB.» Là où
le GHB est incolore et inodore,
le GBL, lui, a un goût acide. C’est
pourquoi il est souvent largement
dilué dans de l’eau ou autre breuvage. Sur Internet, où se fournissent la plupart de ses consommateurs (notamment via des sites
basés en Lituanie), il est le plus souvent vendu comme un produit de
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
HIPPOLYTE, 30 ANS,
SANS EMPLOI, NANTES
«J’AI TENTÉ DE
ME SEVRER, EN VAIN»
«L
Nouvel an 2018, dans
un squat parisien.
PHOTO CHA GONZALEZ.
AGENCE LE JOURNAL
nettoyage, qui ferait des miracles pour
«enlever de la peinture, de l’huile, de
l’encre, de l’émail, de la colle ou encore
des graffitis». «Une vaste supercherie,
dénonce le docteur Batel. Ce qui est
vrai néanmoins, c’est que ce liquide est
un solvant et que donc, il peut s’avérer
agressif pour l’estomac et entraîner
brûlures et autres troubles digestifs.»
Que se passe-t-il
lorsqu’on en consomme ?
Si le GBL est de plus en plus prisé, c’est
donc bien peu par amour des jantes et
carrosseries rutilantes, mais plutôt
pour ses propriétés désinhibantes. «A
faible dose (1,2 à 2 ml), on observe une
certaine excitation, une sensation d’être
libéré, une hausse du désir sexuel ou
encore un sentiment d’aimer tout le
monde», déroule Philippe Batel (lire
les témoignages ci-contre). Principal
risque : «Ce qu’on appelle le “G-hole”,
c’est-à-dire un coma bref, expérimenté
par 80% voire 100% des utilisateurs»,
poursuit-il.
Là où ça se corse? Quand le GBL est associé à d’autres substances, en particulier l’alcool. «Hors de question de cumuler, c’est là que surviennent la plupart
des accidents. Or, peu d’utilisateurs le
savent.» A dose plus élevée peuvent survenir des hallucinations, des difficultés
de coordination, de la tachycardie, voire
des comas. Des risques déjà pointés du
doigt par le passé: selon l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des
produits de santé (ANSM), 211 cas d’intoxication ont été recensés entre 2005
et 2011, dont un ayant conduit à un décès. Depuis, difficile d’évaluer avec précision dans quelle mesure sa consommation a pris de l’ampleur, mais selon
l’Observatoire français Suite page 4
a première fois? C’était dans
une soirée, à l’été 2014. Un
ami s’était procuré du GBL
pour tester. Je n’avais jamais entendu
parler de ce truc. Il m’a dit que ça rendait euphorique, un peu comme de
la MDMA, mais en moins puissant.
J’avais déjà essayé les champignons
hallucinogènes, la cocaïne et le cannabis, de manière occasionnelle, festive.
Je n’avais pas de problème d’addiction,
et je faisais confiance à cet ami, alors je
me suis dit pourquoi pas. Je n’ai strictement rien ressenti après cette première
prise. Peut-être à cause du dosage, qui
doit être extrêmement précis.
«J’ai réessayé à plusieurs reprises
quelques mois plus tard. Je ressentais
une sorte d’euphorie, un peu comme
quand on a bu quelques bières, juste
assez pour se sentir pompette. J’avais
envie de parler, l’impression que tout
devenait passionnant, et une libido
extrêmement exacerbée. La réalité
économique fait que ça crée des effets
similaires à l’alcool, mais en beaucoup
moins cher. J’achetais des flacons
de 500 ml sur Internet, pour une cinquantaine d’euros. C’était à la fois
hypersimple et très bon marché: quelques centimes la dose seulement. Sauf
qu’au fil du temps, j’ai développé une
“addiction psychologique” au GBL: j’ai
un fond dépressif refoulé, une personnalité “borderline”, alors petit à petit,
je me suis mis à en consommer quotidiennement pour ressentir cette
euphorie, jusqu’à en prendre toutes les
heures environ.
«Je ne sais pas combien de dizaines
de “blackouts” j’ai fait: je me réveillais
en train de marcher au milieu d’une
route, sans savoir comment j’avais
atterri là, ou au restaurant, dans des
bars, des boîtes… Je dormais quatre ou
cinq heures en ayant l’impression
d’être en pleine forme, mais j’ai accumulé une fatigue énorme sans m’en
rendre compte.
«Mes amis m’ont alerté sur mon attitude. J’ai tenté de me sevrer plusieurs
fois, en vain. J’ai fini par me rendre
aux urgences psychiatriques. Je suis
maintenant suivi par un addictologue,
et je m’apprête à partir en cure de
désintoxication.»
SOPHIE, 30 ANS, MÉDECIN, PARIS
«L’ALCOOL REND LA VISION FLOUE, DONNE LA GUEULE
DE BOIS OU DES NAUSÉES, CE N’EST PAS LE CAS DU GBL»
«Je nourris une certaine curiosité vis-à-vis des
drogues, même s’il y a aussi une part de
crainte. Je n’ai jamais eu une consommation
régulière de quoi que ce soit (à part l’alcool,
en soirée), mais j’ai déjà essayé le cannabis, le
poppers, la cocaïne, la MDMA, la kétamine…
J’ai pas mal d’amis dans le milieu gay qui prennent du GBL depuis quelque temps déjà. On
m’avait dit que ça faisait un peu plus planer
que l’alcool. A l’automne dernier, lors d’une
soirée, on était plusieurs à vouloir tester avant
de sortir en boîte. L’important pour moi, c’est
que cela se fasse dans un contexte «safe», rassurant. En l’occurrence, j’ai une totale confiance en la personne qui m’en a proposé, qui
par ailleurs maîtrise les posologies via son métier et dispose de matériel de précision pour
doser. Il nous a clairement mis en garde sur
l’interdiction formelle de boire de l’alcool. Je
savais que le risque principal était une forte
somnolence. J’ai dilué le produit dans du soda.
Une fois dans la boîte, trente minutes après la
prise, j’ai senti une détente progressive, une
sorte de gaîté, quelque chose d’assez doux,
une exaltation, et clairement, j’étais désinhibée sur le plan sexuel. Par contre, par habitude, j’ai commandé un verre d’alcool au bar,
mais tout en surveillant d’éventuels effets indésirables. Par la suite, j’en ai repris environ
trois fois, dans des soirées en appartement. Là
où l’alcool rend la vision floue, donne la
gueule de bois ou des nausées le lendemain,
ce n’est pas le cas du GBL. On m’en a donné,
que je conserve chez moi. Peut-être que j’en
reprendrai, dans un contexte de rencard, pour
le côté désinhibé sexuellement, par exemple.»
«
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ÉVÉNEMENT
des drogues et
des toxicomanies (OFDT), «depuis
deux ans, le GHB et le GBL connaissent une nouvelle diffusion dans les
clubs» auprès des filles comme des
garçons. «Le phénomène est en train
de s’étendre», a estimé le préfet de
police de Paris. Pour Philippe Batel,
«il y a certes un effet de mode, sans
que l’on puisse parler d’explosion
avec certitude». En revanche, ce qui
est sûr, selon lui, c’est que «la grande
majorité des utilisateurs en consomment de leur plein gré», et sont pour
la grande majorité âgés de moins
de 30 ans. Et d’ajouter: «On a souvent cantonné ce produit au milieu
gay. A tort.» Quant à la dépendance,
elle concernerait entre 5 et 8% des
utilisateurs, à moyen terme.
Suite de la page 3
Que font les associations
et les pouvoirs publics ?
La vente au public du GBL en tant
que matière première, ainsi que des
produits manufacturés en contenant une concentration supérieure
à 10 % et/ou un volume de plus
de 100 ml est formellement interdite depuis un arrêté du ministère
de la Santé pris en septembre 2011,
sous peine de trois ans de prison
et 45000 euros d’amende. Face aux
récents incidents, notamment à Paris, six établissements de la capitale
ont fait l’objet d’une fermeture administrative depuis le début de l’année. «La consommation des drogues,
récréatives ou pas, ne se limite pas
à nos lieux», déplore le Collectif
action nuit. «Cibler les discothèques
est un combat d’arrière-garde», appuie Christophe Vix-Gras, pour qui
«ce modèle est obsolète : la nuit a
changé, elle est faite de lieux éphémères, de friches, de soirées privées…» Le préfet de police de Paris
s’est, lui, engagé à explorer les pistes
permettant de limiter la vente de
GBL sur Internet. Ce qui semble, au
minimum sacrément compliqué,
sinon impossible. Alors, pour de
nombreux acteurs de la nuit parisienne et de la santé, la clé réside
dans l’information et la prévention
auprès du grand public comme
des professionnels. «Le véritable
risque, c’est la banalisation», conclut Philippe Batel. •
HERBE, POUDRE
ET PILULES
Selon des données publiées
en juin 2017 par l’Observatoire
français des drogues et
toxicomanies (OFDT), relatives
à la consommation de
substances psychoactives et
basées sur une estimation
portant sur les Français de
11 à 75 ans, c’est le cannabis
qui arrive en tête des produits
illicites les plus consommés
dans l’Hexagone : cinq millions
de personnes en ont consommé
au moins une fois au cours de
l’année 2016, dont 1,4 million
régulièrement (au moins une
dizaine de fois par mois).
Viennent ensuite la cocaïne,
avec 450 000 consommateurs
occasionnels cette année-là,
puis l’ecstasy (400 000).
Libération Jeudi 26 Avril 2018
«Les pouvoirs publics sont
complètement à côté de la plaque»
L’usage festif qui est
fait du GBL et la facilité
avec laquelle on se
le procure ont causé
un retard dans la
prévention, estime
Frédéric Bladou,
responsable associatif
engagé dans une
démarche
d’information.
F
rédéric Bladou est chargé
des nouvelles stratégies
de santé au sein de l’association Aides. Il a contribué à
l’élaboration d’une brochure d’information destinée aux professionnels de la nuit et présentée
ce mercredi à Paris. Pour lui, la
véritable réponse à apporter à
l’usage festif du GBL relève de la
prévention et de la sensibilisation,
plutôt que de la répression.
Comment est née cette campagne de sensibilisation ?
On a pu observer depuis plusieurs
mois que la consommation de
GBL augmente de manière indéniable et ce, absolument partout
dans l’Hexagone, que ce soit dans acheteurs, mais aussi parce que
le sud de la France ou encore là où cela permet de toucher un public
se tiennent des teknivals… Disons qui n’est pas forcément en contact
que les récents événements dra- avec le monde associatif.
matiques ont quelque peu préci- Justement, quel est le profil de
pité les choses.
ces consommateurs ?
Quel est votre objectif ?
La présence de GHB dans l’HexaOn a souhaité élaborer une bro- gone ne date pas d’hier. Dès les
chure la plus pédagogique possi- années 90, on en trouvait dans les
ble (dangers, composition, do- milieux gays ou chez les «teusage, interactions avec d’autres feurs». Ce qui est nouveau avec
substances, impact éventuel le GBL, c’est qu’il attire de plus en
sur le consentement en cas de rap- plus de jeunes, ce qui s’explique
port sexuel…) à desnotamment par son
tination de toutes les
bas coût, sa banalisaassociations de rétion et surtout, sa
duction des risques
facilité d’accès sur
ou qui interviennent
internet. Le web a
en milieu festif
complètement bou(Aides, Fêtez clairs,
leversé le marché de
Techno+), toutes
la drogue, et abouti
communautés conà un décloisonnefondues.
INTERVIEW ment géographique.
Notre démarche reCe n’est pas simplepose vraiment sur l’information ment un problème parisien. On
des professionnels comme des voit d’ailleurs au sein d’Aides que
consommateurs. En fait, il s’agit la drogue touche aussi les milieux
de sensibiliser, sans diaboliser. ruraux.
Cette campagne sera aussi diffu- Face à ce constat, que préconisée sur internet et les réseaux so- sez-vous ?
ciaux. D’une part parce que c’est Pour moi, les pouvoirs publics
par ce biais que se fournissent les sont complètement à côté de la
DR
4 u
plaque sur le GBL. Déjà, parce
qu’on a été beaucoup trop abreuvés de messages sur «la drogue du
violeur», ce qui était une approche
ni pragmatique, ni informative.
Ensuite, la réponse qui consiste à
ordonner la fermeture administrative des clubs est à mon sens
dangereuse. Par exemple, dans le
cas des deux récents comas, dont
l’un a abouti à la mort d’un jeune
homme à Paris, c’est le personnel
de l’établissement qui a alerté les
secours. Organiser une chasse aux
clubs risque de pousser les jeunes
à consommer ailleurs, dans des
parcs ou chez des copains. Et là, il
n’y aura plus de barman ou
d’agent de sécurité pour leur venir
en aide.
Faut-il s’attaquer aux sites web
où se fournissent les consommateurs ?
Il faut être réaliste : même en admettant qu’on ferme un site, cinq
autres apparaîtront illico, qui
pourraient vendre des produits
encore plus nocifs. Il est temps de
revoir la stratégie de prévention
française, en éduquant le consommateur, au lieu de le chasser.
Recueilli par V.B.
Les nuits berlinoises et londoniennes
largement touchées par le GBL
De la capitale allemande,
très prisée des fêtards,
à la britannique, confrontée
à une flambée de décès,
les approches varient,
entre prévention et quête
de données plus précises.
C
ombien de fois a-t-on vu des Berlinois
se partager de la drogue en début de soirée avant de filer en club? La capitale allemande est connue pour son goût de la fête et
sa tolérance en matière de consommation de
«stimulants»: on se promène bière à la main,
on fume un pétard devant le restaurant, on
prend de la cocaïne dans les toilettes et on file
danser dans l’un des innombrables clubs de la
ville. Et plus le temps passe, plus Berlin attire
les touristes, bien souvent des grappes de
millennials venus s’encanailler pour le weekend au Berghain, au Chalet ou au Tresor.
En février, le Sénat de Berlin a dévoilé pour la
première fois une étude sur la consommation
de drogues en milieu festif. Il apparaît que
le GBL et son cousin le GHB sont consommés
par 9,4% des clubbers interrogés. C’est relativement peu comparé au reste: 50,3% des personnes sondées prennent des amphétamines, 49,1% de l’ecstasy, 36% de la cocaïne et,
plus troublant vu les puissants effets de cet
anesthésique notamment vétérinaire, 32,2% de
la kétamine. L’étude indique toutefois que
dans le cas du GHB et du GBL, des mesures doivent être prises pour mieux informer les consommateurs des dangers de cette substance.
«Aujourd’hui, le GBL n’est pas une drogue particulièrement prisée à Berlin, tempère Lutz
Leichsenring, de la Clubcommission, association qui regroupe plus de 200 clubs de la capitale. Surtout si on compare à la MDMA ou la kétamine. Mais c’était davantage le cas il y a cinq
ou dix ans. Nous avons alors mis en place des
mesures, avec des campagnes d’information,
distribution de flyers, sensibilisation du personnel des clubs, afin de mieux faire connaître cette
drogue et ses effets. De manière générale, on a
affaire à des adultes, donc on sait que les politiques d’interdiction, ça ne marche pas. En revanche, il nous semble judicieux de mettre en place
des dispositifs pour tester la qualité des drogues.
Dans les villes qui ont essayé, en Suisse, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, cela porte ses fruits.
Ce qui compte, c’est que les gens aient les informations nécessaires avant de consommer.» Entre janvier et octobre 2017, Berlin a comptabilisé
146 morts liées à la drogue. Mais la plupart de
ces décès sont imputables à l’héroïne, qui se
prend peu en milieu festif. Le GHB, lui, a fait un
mort en 2016, et cinq en 2017.
Au Royaume-Uni, la molécule a été interdite
dès 2003, après le procès retentissant de deux
violeurs qui l’avaient utilisée pour droguer
leurs victimes. Mais ce n’est qu’en 2009 que le
GBL, baptisé plus simplement «G», a été interdit. Les deux drogues sont classées dans la ca-
tégorie C, ce qui signifie que leur usage ou possession peuvent être punis de deux ans de
prison et leur trafic de quatorze ans.
Il n’existe pas outre-Manche de statistiques
systématiques concernant l’usage du GHB et
du GBL, en dépit de demandes pressantes des
chercheurs. En janvier 2017, une étude réalisée
par des scientifiques de l’université Imperial
College à Londres et publiée dans le magazine
Forensic Science International, présentait des
conclusions alarmantes. Entre 2011 et 2015,
61 personnes sont décédées des suites d’une
prise de «G» à Londres. Plus inquiétant, entre 2014 et 2015, le nombre de décès liés au GBL
à Londres avait augmenté de 119 %,
avec 29 morts en douze mois. Toutes les victimes, sauf une, étaient des hommes, en général
homosexuels. La prise de cette drogue est en
effet, au Royaume-Uni et plus précisément à
Londres, essentiellement présente dans les
communautés gays où elle est utilisée dans le
cadre du chemsex, pour des relations sexuelles.
Même si la drogue est consommée dans certains clubs, 77 % des décès sont intervenus
dans des lieux privés, des maisons ou appartements où se déroulaient des soirées. L’âge
moyen des victimes était de 37 ans, ce qui, selon les scientifiques, semblait indiquer qu’il ne
s’agissait pas d’utilisateurs novices mais plutôt
avertis. Un tiers des personnes décédées
étaient séropositives et plus des deux tiers
avaient d’autres drogues dans l’organisme.
SONIA DELESALLE-STOLPER (à Londres)
et JOHANNA LUYSSEN (à Berlin)
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
u 5
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ÉDITOS/
Rendez-nous Michelle!
Par SABRINA CHAMPENOIS
Rédactrice en chef, service société
Quel ennui, la «perfection», les canons de
la beauté classique satisfaits de pied en
cap, de la mèche millimétrée à la gambette
fine comme celle de la gazelle. Bon, on le
concède, le déplacement des Macron aux
Etats-Unis présente des aspects et des enjeux un poil plus décisifs que celui-là. Il
n’empêche qu’à la vue de Melania T. et de
Brigitte M., pourtant impeccables dans
leurs garde-robes Vuitton & co, on n’a pu
retenir un soupir. Ce tandem est décidément trop blanc, trop standardisé, trop
lisse en un mot. Heureusement que Mel a
fait claquer un chapeau blanc type abatjour un peu intrigant. Tout le reste était si
dosé, bien sous tous rapports, ce noir, ce
beige… tout juste ont-elles osé un peu de
dorures (pour Brigitte) et de la dentelle
(Mel) le soir de gala. Qu’on nous rende Michelle ! Michelle Obama, c’était une Flotus
(First Lady of the United States) éclatante, 1,80 mètre bardé de couleurs qui
claquaient idéalement sur la peau noire, le
kif des grandes fleurs et des coupes struc-
turées qui accentuent les épaules (déjà
bien carrées) et la taille. Surtout, elle avait
cette attitude de patronne, qui plus est militante plutôt que potiche. Le fameux empowerment fait Flotus. On résume : Michelle O. a modernisé, fait péter les
coutures du costume de «femme du président», quand Melania T. et Brigitte M. entérinent le côté «accessoire de monsieur».
Et l’idée que le pouvoir suprême est forcément caucasien, pâle à pleurer. •
BILLET
Le Média en
quête de vérité
alternative
Par LAURENT JOFFRIN
Directeur de la rédaction
Le Média, web-télé proche (très proche) de La France insoumise, avait pour objet de renouveler le journalisme en
faisant entendre une voix originale, différente de la propagande conformiste distillée –disent ces rénovateurs de la
presse– par les médias mainstream. Il faut admettre que
sa réussite est totale. Les méthodes du média de la gauche
radicale se distinguent en effet radicalement du journalisme classique. Vendredi 20 avril, le Média rend compte
de l’évacuation de l’université de Tolbiac par la police le
jour même, au petit matin. On apprend à cette occasion
que la «version officielle» donnée par la préfecture est
fausse, que l’opération policière a été très violente, qu’il
y a deux blessés graves. Une jeune femme nommée Leïla
est interrogée à l’appui de ces affirmations : on a vu, ditelle, un homme à terre, le crâne explosé, dans une mare
de sang et il a depuis disparu, hospitalisé quelque part en
situation de coma.
L’ennui, c’est que certains médias, dont Libération, se
sont mêlés de vérifier ces informations avec des méthodes
horriblement mainstream: retrouver les témoins, prendre
en compte les démentis opposés par des autorités diverses, dont les responsables des hôpitaux parisiens, recouper ces dires autant que possible. Il apparaît au terme de
ce travail désespérément traditionnel que la jeune Leïla
n’a pas vu la scène dont elle parle, que le jeune homme,
jusqu’à plus ample information, n’a été hospitalisé nulle
part, que personne n’a vu sa chute, ni l’intervention subséquente des pompiers ou des services municipaux. A
l’origine de la rumeur, on trouve un des occupants de Tolbiac, présenté comme un SDF, appelé «Désiré», dont des
étudiants disent qu’«il est perdu dans sa tête», et qui est
désormais introuvable.
Voilà donc une remarquable innovation journalistique: on
accuse la police de violence grave, on lui reproche d’avoir
provoqué la chute d’un étudiant plongé depuis dans le
coma, sans vérifier quoi que ce soit, sans recouper les témoignages, en tenant par hypothèse pour nuls et non avenus les démentis officiels (qui émanaient pourtant de sources différentes), en interrogeant uniquement les témoins
à charge. Bref, on produit, comme dirait Donald Trump,
une «vérité alternative», qui sied bien à un média lui-même
alternatif. Voilà effectivement une rupture audacieuse avec
les règles laborieuses du journalisme mainstream… •
AGENCE MÉDIA DE L’ANNÉE
MAIS AVANT TOUT DE NOS CLIENTS.
www.phdmedia.com/france
Re-Mind PHD, Agence Media de l’année dans le cadre du prix Agence Media de l’année France
by OFFREMEDIA 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
Par
PIERRE ALONSO
et FRÉDÉRIC AUTRAN
C’
était le sujet le plus brûlant de la visite d’Etat d’Emmanuel Macron aux
Etats-Unis. Face à la menace de Donald Trump de se retirer de l’accord nucléaire
avec l’Iran, le président français a plaidé pour
de nouvelles négociations avec Téhéran.
Quelle est la stratégie
de Macron ?
Gagner du temps pour éviter ce que la France
considère comme le scénario du pire : un
retrait unilatéral des Etats-Unis, le 12 mai, de
l’accord nucléaire, comme Donald Trump
menace de le faire. Depuis que le président
américain a lancé en janvier cet ultimatum,
exhortant les signataires européens – Paris,
Londres, Berlin– à réparer les «lacunes terribles» de l’accord de 2015, ces derniers négocient avec Washington. Objectif: apporter une
réponse suffisante aux préoccupations de
Trump pour le convaincre de ne pas mettre
sa menace à exécution.
Diplomatiquement, l’équation est délicate
pour Paris car l’Iran, selon les experts de
l’Agence internationale de l’énergie atomique
(AIEA), respecte ses engagements. Donner
l’impression de piétiner cet accord international, qu’elle a elle-même négocié et signé, entamerait la crédibilité de la France. «En même
temps, note un diplomate français, il serait illusoire et idiot de croire qu’on peut sauver cet
accord sans rien céder aux Américains. Nous
n’avons pas d’autre choix que de prendre en
compte la nouvelle donne créée par l’élection
de Trump.»
Fort de sa relation privilégiée avec le milliardaire, Emmanuel Macron espère le convaincre de participer à la quête d’un «nouvel accord» avec Téhéran. Lequel, explique Paris,
couvrirait, en plus du contenu initial, «trois
autres domaines: le contrôle de l’activité nucléaire après 2025, l’encadrement des activités
balistiques et l’influence militaire iranienne
au Moyen-Orient». En attendant, pas question de renier le texte existant: «La France ne
quittera pas le JCPOA [Joint Comprehensive
Plan of Action, le nom officiel du texte, ndlr],
car elle l’a signé. Nous ne devrions pas l’abandonner sans avoir à la place un texte plus substantiel», a martelé mercredi le président français devant le Congrès américain. A l’Elysée,
on souligne qu’une «nouvelle dynamique doit
s’enclencher dès maintenant pour négocier
un nouvel accord-cadre». Mais à ce stade, les
contours et le calendrier de ces éventuelles
négociations demeurent très flous. «C’est une
construction très intellectuelle, rien n’est fait»,
résume François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran.
Que veut Trump ?
«Déchirer l’accord» avec l’Iran. C’est en tout
cas ce qu’il a promis tout au long de sa campagne de 2016. Mardi, au début de sa rencontre
avec Macron, Trump a encore qualifié le texte
de «désastre». Il juge «insensé» que le JCPOA
ne concerne aucun des trois aspects que Paris
souhaite désormais inclure dans un hypothétique nouvel accord.
Le 12 mai, le président américain devra décider s’il prolonge la suspension des sanctions
économiques contre Téhéran, levées dans le
cadre de l’accord. Dans le cas contraire, le
Congrès disposera de soixante jours pour
décider, ou non, de les réimposer, ce qui constituerait une violation du texte. «Personne ne
sait ce que je vais faire le 12, a déclaré Trump
mardi, avec son sens habituel du suspense.
Je pense que nous aurons une super-occasion
de faire un bien plus gros accord, peut-être, ou
peut-être pas.» Dans l’entourage du président
américain, les partisans du maintien dans le
Libération Jeudi 26 Avril 2018
LE NUCLÉAIRE
IRANIEN,
UN ACCORD,
DÉSACCORDS
DÉCRYPTAGE
Emmanuel Macron, en visite aux EtatsUnis, tente de modérer Donald Trump,
qui menace de rétablir les sanctions
économiques contre Téhéran si les
termes du texte signé par Barack Obama
le 14 juillet 2015 ne sont pas durcis.
Hassan Rohani, lui, exclut
tout amendement.
Donald Trump et Emmanuel Macron,
JCPOA sont désormais peu nombreux. Le secrétaire d’Etat désigné, Mike Pompeo, et surtout le nouveau conseiller à la sécurité nationale, le faucon John Bolton, partisan d’un
changement de régime en Iran, n’ont cessé,
ces dernières années, de dénigrer l’accord signé sous Obama. Leurs voix porteront-elles
davantage que celle d’Emmanuel Macron ?
«Si Trump sort de l’accord nucléaire, il aura
renforcé la probabilité d’une autre guerre inutile, car l’Iran pourrait accélérer son programme nucléaire et provoquer des frappes
américaines ou israéliennes», s’est inquiété
sur Twitter Robert Malley, le président de l’International Crisis Group.
Comment ont réagi
les Iraniens ?
Mal et c’est tout sauf une surprise. Depuis plusieurs jours, les responsables iraniens jouent
la surenchère. Ali Shamkhani, du Conseil
suprême de sécurité nationale, avait même
menacé de se retirer du Traité de non-prolifération (TNP) en cas de remise en cause de l’accord sur le nucléaire. Au lendemain des déclarations de Macron et Trump, le président
iranien, Hassan Rohani, a rejeté vertement
leur option: «Ensemble, avec un chef d’un pays
européen, ils disent : “Nous voulons décider
pour un accord conclu à sept.” Pour quoi faire?
De quel droit?» Puis s’en est pris directement
à son homologue américain, «un commercial,
un homme d’affaires, un bâtisseur de tours»:
«Comment pourrait-il émettre un jugement
sur les affaires internationales ?»
L’accord est la principale réalisation de Rohani, depuis son arrivée au pouvoir en 2013.
Sa réélection, l’année dernière, s’est jouée sur
la promesse d’en distribuer les dividendes à
la population iranienne, alors que l’économie
se relève difficilement des années de sanctions et de mauvaise gestion. «Rohani est très
embêté, juge François Nicoullaud. Un retrait
américain donnerait du grain à moudre aux
radicaux.» En embuscade depuis l’entrée en
vigueur en 2015, les franges les plus dures
guettaient le moindre faux pas, qui justifierait, à leurs yeux, leur opposition initiale
à tout accord.
«Aucun négociateur iranien n’a le capital politique pour engager des négociations additionnelles alors qu’ils n’ont pas réussi à tirer
bénéfice de l’accord actuel avec l’Occident», estime Ali Vaez, de l’International Crisis Group.
La manière dont s’engagent ces hypothétiques négociations est loin d’être optimale,
ajoute Reza Nasri, un analyste iranien proche
de l’administration Rohani: «L’Iran n’est pas
respectueusement “invité” à s’engager dans un
“grand bargain” [un “grand marchandage”]
mais semble se faire tirer l’oreille pour obtenir
des concessions. La faction en faveur de la
diplomatie se retrouve dans une position
difficile.»
Que prévoit l’accord
en vigueur ?
Fruit de deux années d’intenses négociations,
l’accord, adopté le 14 juillet 2015 pour dix ans,
mettait un terme à des années de crise entre
les puissances occidentales et la République
islamique. Les cinq membres permanents du
Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Iran se
sont entendus pour encadrer strictement le
programme nucléaire civil iranien, en
échange d’un allégement des sanctions.
L’idée directrice du texte consiste à empêcher
l’Iran de pouvoir fabriquer une bombe
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
u 7
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mardi à la Maison Blanche. PHOTO PABLO MARTINEZ MONSIVAIS. AP
nucléaire à court terme. En limitant les capacités de production de matière fissible, son
niveau d’enrichissement et la quantité
conservée sur le sol iranien, ainsi qu’en augmentant le contrôle sur ses activités par
l’AIEA. Celle-ci a régulièrement confirmé que
l’Iran respectait les engagements contenus
dans l’accord.
En contrepartie, les sanctions empêchant
l’Iran de vendre son pétrole sur les marchés
internationaux et lui interdisant d’accéder au
système financier ont été levées. L’accord prévoyait enfin le dégel de plus de 100 milliards
d’avoirs gelés à l’étranger, comme Trump l’a
souligné à sa façon mardi: «C’est un mauvais
accord […] qui nous a coûté des milliards. On
a donné 1,8 milliard de dollars cash, du cash,
des barils de cash.» Depuis son élection, le
président américain soutient que l’Iran ne
respecte pas ses engagements, malgré les rapports de l’AIEA. «Du point de vue des Iraniens,
et on peut leur donner en partie raison, l’accord est mal appliqué ou l’est de mauvaise foi
par les Etats-Unis, qui gardent un pied dedans, un pied dehors. Le flou que Washington
entretient sur l’avenir du texte dissuade les
investissements à long terme par les Occidentaux», observe François Nicoullaud.
Quelles sont les chances
de succès ?
La tâche s’annonce titanesque. Outre la très
forte opposition iranienne, qui relève en partie d’un bluff tactique en vue d’éventuelles
négociations, le projet annoncé par Emmanuel Macron risque de se heurter à un refus
russe et devra surmonter le scepticisme des
Occidentaux. Le Kremlin a indiqué mercredi
que l’accord actuel était «sans alternative»,
quand la cheffe de la diplomatie européenne,
Federica Mogherini, a appelé à le «préserver».
«Un nouvel accord n’est pas sur la table, a réagi
le ministère des Affaires étrangères allemand.
Nous voulons garder [l’actuel].» Un premier
test aura lieu le 12 mai, quand Trump annoncera s’il maintient ou non la suspension des
sanctions. «Il faut gagner du temps et faire en
sorte que Donald Trump ne sorte pas de l’accord. S’il se retire, il n’y aura pas de discussion
sur le reste», note Delphine O, député LREM
et initiatrice d’une lettre ouverte de 400 parlementaires européens en soutien à l’accord.
Le «reste» n’est pas des moindres. Avant tout,
l’extension au-delà de la date limite de 2025
romprait l’équilibre plus que fragile du texte.
Le programme balistique fait quant à lui déjà
l’objet de discussions, essentiellement juridiques, sur l’interprétation des traités et résolutions, explique Delphine O, qui accompagnait
Jean-Yves Le Drian à Téhéran début mars. Il
avait alors été question de l’arsenal iranien,
sans grande avancée. L’Iran argue de son caractère purement défensif dans un environnement instable. «L’Iran ne fera pas de compromis à moins qu’il s’agisse d’un accord régional,
étant donné qu’Israël, comme l’Arabie Saoudite, dispose de missiles de plus longue portée»,
analyse Ali Vaez. Autre difficulté, relevée par
François Nicoullaud, négocier sur un programme militaire nécessite de discuter avec
les forces armées iraniennes, en l’espèce les
Gardiens de la révolution, qui sont loin d’être
les plus enclins au dialogue avec l’Occident.
L’ultime étage de la fusée concerne la politique déstabilisatrice de l’Iran dans la région.
Macron a cité la Syrie, où l’Iran a contribué à
sauver le régime d’Al-Assad et le Yémen, où
les rebelles pro-Téhéran affrontent l’Arabie
Saoudite et ses alliés. «Dans les circonstances
actuelles, l’Iran ne va certainement pas
consentir à démanteler la structure régionale
bâtie ces quatre dernières décennies pour préserver sa sécurité et son indépendance», juge
Reza Nasri, depuis Téhéran. Sur la Syrie, la
France n’a «aucun moyen de pression» alors
que l’Iran est en «position de force», remarque
François Nicoullaud. Pour l’ancien ambassadeur, Macron «réactualise ce qu’on appelait
autour de 2010 le “grand bargain”, une large
négociation qui comprendrait tous les sujets
pour faire le ménage complet dans la relation
entre l’Occident et l’Iran». «A chaque fois qu’on
a essayé, on a reculé devant l’ampleur de la
tâche», ajoute-t-il. •
LIBÉ.FR
Retrouvez sur Libération.fr
l’analyse de notre correspondante
aux Etats-Unis du discours prononcé
mercredi par Emmanuel Macron
devant le Congrès américain.
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8 u
MONDE
Libération Jeudi 26 Avril 2018
L’usine Friguia, conçue par le groupe industriel français Pechiney à la fin des années 50 et inactive depuis une grève en avril 2012.
A Fria, l’alu a de
nouveau bonne mine
Par
AGNÈS FAIVRE
Envoyée spéciale à Fria (Guinée)
Photos CELLOU BINANI
«O
n me demande à
l’usine.» Il y a du soleil
dans la voix rauque de
Fodé Moustapha Camara, et du
soulagement. Il a tellement attendu
d’en être, de ces hommes rappelés
depuis janvier 2017 pour la réhabi-
litation de Friguia. La «première
usine d’alumine en terre africaine»,
conçue par le groupe industriel
Pechiney à la fin des années 50, où
il a passé vingt-sept ans, va enfin
rouvrir après six ans d’inactivité.
«D’ici fin avril», maintient Rusal,
géant russe de l’aluminium et propriétaire de Friguia. A 160 kilomètres de Conakry, entre ses énormes
rangées de silos ocre et ses
cheminées, près de 2000 hommes
s’activent, vérifient encore le circuit
de production de l’alumine, cette
poudre blanche extraite de la
bauxite qui sert à fabriquer l’aluminium. Elle a cessé de sortir des fours
en avril 2012, à la suite d’un mouvement de grève.
Sur la colline d’en face, Fria, la cité
enfantée par l’usine, détonne tout
autant que ce mastodonte métallique au milieu des manguiers et des
nérés. Là, se dressent trois barres
SÉNÉGAL
Fria
GUINÉE
SIERRA
LEONE
Océan
Atlantique
E
Conakry
MALI
LIBERIA
CÔ
TE
-D
'IV
OI
R
Après six ans d’inactivité, le géant russe de
l’aluminium Rusal a décidé de rouvrir l’usine
Friguia, ex-fleuron de l’industrie française dans
le pays. Avec cette reprise, la ville ouvrière voisine
espère retrouver sa prospérité passée.
GU
BI INÉ
SS E
AU -
GUINÉE
Les tours de la ville ouvrière
100 km
d’immeubles qui rappellent les
grands ensembles français des années 70. A leurs pieds s’agencent
équipements sportifs et culturels,
écoles, «unités de voisinage». Fodé
Moustapha Camara réside dans la
cité ouvrière Sabendè. Un quartier
paisible et aéré, avec ses larges
allées bordées de maisons blanches.
«C’est là que je passe mes journées»,
racontait-il début avril dans la pénombre de son salon, guettant l’ap-
pel de son ex-patron. Dans cette
pièce vétuste où le plafond de nattes
se délite, sa femme entrepose des
bassines d’eau près du réfrigérateur.
«L’eau a commencé à manquer il y a
quelques années, mais avec la crise,
c’est devenu pire», explique ce
gaillard filiforme de 53 ans en short
et débardeur.
«BROUSSE»
Quand l’usine a fermé, tout a
changé. Les services qu’elle fournissait (distribution d’eau, d’électricité, entretien de la cité, gestion
d’un hôpital) se sont réduits, voire
arrêtés. Les salaires des travailleurs
ont cessé d’être versés. Les droits à
la retraite ont été gelés. La coupure
quasi générale de courant –inédite
dans cette ville lumière dotée
d’électricité 24 heures sur 24 – a sinistré l’artisanat et le commerce.
Surtout, quelque 3 000 emplois se
sont volatilisés, plongeant Fria et
ses 120 000 habitants dans la dépression. «Depuis la fermeture, on
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
«Fria est
emblématique
de la ville minière
qui combine
paternalisme
colonialiste
et paternalisme
capitaliste.»
Johannes Knierzinger
chercheur à l’IRD
pétitions sportives. On avait des
champions nationaux à Fria !»
Autour du bassin vide aux plongeoirs rouillés, des terrains de
volley-ball, de tennis, un stade… Les
vestiges de l’aventure africaine de
Pechiney quand, en plein boom de
l’aluminium dans les années 50,
l’industriel français se met en quête
d’énergie hydroélectrique à bas
coût. A Kimbo, l’actuel Fria, il vise
un grand pôle intégré (mines, usines
d’alumine et d’aluminium, centrale
hydroélectrique). Le sous-sol regorge de bauxite et EDF atteste pouvoir bâtir le plus grand barrage du
monde sur le fleuve Konkouré, qui
coule à moins de 10 kilomètres. «On
nous disait au collège que ce projet
serait l’un des plus importants de
l’Afrique-Occidentale française»,
glisse Sékou Souaré.
de Fria rappellent les grands ensembles français des années 70.
Des vigiles devant des ascenseurs hors-service, le 25 mars à Fria, ville en déclin depuis 2012.
n’a plus notre dignité en main,
résume Fodé Moustapha Camara.
Il y a des travailleurs, leurs femmes
sont parties. D’autres, leurs enfants
sont allés en émigration vers l’Europe.» Lui s’en sort avec l’aide de
parents, de «quelques amis» ou de
coups de chance, parfois, à la loterie
Guinée Games.
«Voir l’usine à l’arrêt et Fria dans
l’obscurité, c’était très désolant», dit,
consterné, l’ancien directeur général adjoint de Friguia, Sékou Souaré,
qui s’y est rendu en 2013 pour des
funérailles. Ce retraité, en chemise
et pantalon de coton beige, a connu
l’époque du «petit Paris». Quand
Fria, enclave prospère épargnée par
près de cinquante ans de pouvoir
u 9
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autoritaire, rimait plutôt avec
modernité et réussite. «C’est d’abord
la réussite technique d’une usine
partie de rien, en pleine brousse»,
s’extasie celui qui a consacré un
livre à cette épopée industrielle (1).
De 480000 tonnes d’alumine par an
au début des années 60, l’usine voit
sa capacité passer à 700000 tonnes
en 1970. Elle n’a pas sa pareille dans
le monde.
BOOM
Autre réussite, selon Sékou Souaré,
l’africanisation du personnel, ce
«grand combat du syndicat» : «On
savait qu’on allait faire notre carrière ici. On a accéléré la formation
des ouvriers et des cadres. On n’a
pas lésiné là-dessus.» La classe
ouvrière, organisée, revendique
aussi le passage de la semaine
de 48 à 40 heures, la prime de fin
d’année, le samedi chômé.
Une ville à part a émergé. Il y règne
un esprit de fraternité et de dolce
vita. Chacun y va de son anecdote.
Accoudé à l’ancienne buvette de la
piscine olympique, Amadou Diallo,
employé du motel voisin, raconte:
«Ici, à partir de 18 heures, c’était
plein. Des Blancs, des Guinéens. Il
faut imaginer !» Avec de grands
mouvements de bras, il fait la visite:
«Là, c’était le bar. Avec des jus et
des bières bien fraîches. Là, c’était le
baby-foot, là, le tennis de table, et là,
les damiers. On organisait des com-
BIÈRE
En 1958, malgré le fameux «non» défendu par Sékou Touré à la Communauté française de De Gaulle, et la
déclaration d’indépendance, le projet d’usine d’alumine est maintenu.
Alors que les Français installés
en Guinée sont immédiatement
rappelés, Pechiney reste. La révolution «non capitaliste» passe par Fria,
sa bauxite, et s’accommode de la
compagnie française. Outre les revenus fiscaux, l’alumine assure des
devises à l’Etat (un tiers des recettes
de la vente) «que personne ne pouvait bloquer, même pas De Gaulle»,
souligne Sékou Souaré.
Las, le modèle de la ville-usine
s’étiole. Sur fond de déclin de l’aluminium, Pechiney veut le revoir et
supprimer des services, avant de se
retirer en 1997. «Fria est emblématique de la ville minière qui combine
paternalisme colonialiste et paternalisme capitaliste. Elle répond à ce
besoin des compagnies de créer des
villes avec des mini-sociétés, dont
l’entreprise, plus que l’Etat, assure
la gestion. Mais dans les années 80,
cette idéologie bascule avec l’intensification de la mécanisation et l’importance croissante des marchés
pour le secteur extractif. Les compagnies ne veulent plus financer des
villes entières», analyse Johannes
Knierzinger, chercheur à l’Institut
de recherche pour le développement (IRD) et auteur d’un ouvrage
sur la bauxite en Afrique (2).
Les repreneurs se succèdent. Avec
Rusal, qui rachète l’usine en 2006,
les relations se corsent. «Nos salaires
baissaient, on ne commandait
plus les pièces de rechange. Chaque
année, il y avait une grève», relate
Fodé Moustapha Camara. Jusqu’à
cet ultime débrayage d’avril 2012:
«Un mois de grève, on n’avait jamais
connu ça.» Le conflit social se mue
en contentieux entre l’Etat et l’entreprise, alors numéro 1 mondial de
l’aluminium. Mais ni le fantasque
président autoproclamé Moussa Dadis Camara (2008-2010) ni l’actuel
chef de l’Etat, Alpha Condé, ne l’emportent. Rusal consentira, certes, à
allouer dès janvier 2014 une indemnité mensuelle aux ex-travailleurs
–sauf aux plus contestataires– puis
à relancer l’usine. Mais se voit offrir
en contrepartie le «trésor de DianDian», l’un des meilleurs gisements
de bauxite de Guinée.
«Il y avait derrière ce conflit une
volonté de récupérer l’usine pour le
seul intérêt de la Guinée. Quand Pechiney est parti, les Guinéens ont assuré un temps le fonctionnement de
l’usine. Ça a fait rêver», s’épanche le
chirurgien-dentiste de l’«hôpital Pechiney» Boubacar Bah. Il reçoit dans
sa salle d’attente, qu’il s’est habitué
à voir vide dès 16 h 30. La renaissance de Fria, pourtant, il avoue
«commencer à y croire». La ville
semble renouer avec une certaine
douceur de vivre. En cette fin
d’après-midi étouffante, le marché
central est animé, des jeunes
affluent au «grand terrain» pour
suivre un match de foot, les
hommes en bleu de travail et casque
blanc retrouvent leurs groupes
d’amis autour d’un thé ou d’une
Guiluxe, la bière nationale.
«On s’accroche, assure le journaliste
Abdoulaye GV Camara, au neuvième étage de l’immeuble «F6B»,
d’où émet la radio la Voix de Fria.
Les commerçants commencent à revenir et les magasins sont bondés de
marchandises. Même les artisanats,
comme la soudure, la broderie ou la
cordonnerie, repartent.» Ibrahima
Gobicko Diallo, retraité de Friguia,
a quant à lui les yeux rivés sur l’institut agropastoral qu’il veut créer au
quatrième étage de son groupe
scolaire privé. «Avec l’espoir de la relance de l’usine, les inscriptions ont
augmenté en septembre», savoure
l’homme à la barbiche grisonnante,
qui a pu rouvrir deux classes sur les
sept fermées en 2012.
Au Motel Play, où le son du r’n’b guinéen se mêle au fumet des grillades,
des travailleurs débattent. «On est
viscéralement attachés à Fria, mais
il faut changer de modèle», argue
Noël Gnimassou. Avec son collègue
«Major», ils se sont «engagés dans les
alternatives durables à la mine» pendant la crise, comme les fermes avicoles, l’apiculture ou le maraîchage.
Un enjeu national. La Guinée peine
à diversifier son économie et à sortir
de la dépendance à la bauxite, dont
elle est devenue, en 2017, le troisième exportateur mondial. •
(1) Fria, une histoire de réussites et de rendez-vous manqués, L’Harmattan, 2015.
(2) Bauxite Mining in Africa, Palgrave
Macmillan, 2017.
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notre diaporama photo
dédié à l’âge d’or de Fria
dans les années 60.
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10 u
MONDE
Libération Jeudi 26 Avril 2018
LIBÉ.FR
Disparition L’artiste
norvégien Hariton Pushwagner est mort mardi à 77 ans.
Découverte à la fin des années 2000 après avoir
disparu pendant trente ans, sa seule bande
dessinée Soft City était un électrochoc.
Elle avait disparu dans un déménagement,
avant de réapparaître mystérieusement
dans un grenier d’Oslo. PHOTO CC. GULOSTEN
résultat de trois mois d’enquête auprès de 25 associations actives en France pour
aider les populations syriennes dans le domaine médical
ou en faveur des femmes, des
enfants, de l’éducation et des
médias. Fermetures et refus
d’ouverture de comptes,
annulations ou retards de
virements, la quasi-totalité
de ces ONG ont subi des
blocages d’opérations bancaires. «Un voyant rouge
s’allume dès que les mots “syrien” ou “Syrie” figurent sur
le nom d’un compte ou d’une
transaction», souligne Laurence Bondard qui a mené
l’enquête.
«Paradoxe». Chargée de
Dans la ville de Douma (Ghouta), en Syrie, le 15 mars. PHOTO HAMZA AL-AJWEH. AFP
Les ONG, victimes collatérales de la
lutte contre le financement terroriste
Alors que
se tient à Paris
la conférence
No Money
for Terror,
des humanitaires
alertent dans
un rapport
sur les restrictions
bancaires
imposées.
Par
HALA KODMANI
A
près le blocage en
janvier d’un virement de 3 600 euros
en faveur d’un projet de scolarisation d’enfants réfugiés
en Turquie, Yahia Chamali
se demande s’il ne faudrait
finalement pas abandonner
les gestes de solidarité pour
l’éducation des Syriens. Le l’école, de l’achat du matétrésorier de Tous pour la Sy- riel… Tout était vérifiable»,
rie, une association franco- témoigne Yahia.
syrienne basée à Rennes, Cette mésaventure relève
avait pourtant fourni à la de la banalité pour toutes
banque, comme il en a l’ha- les ONG, de taille et de
bitude, la dispécialités difféL'HISTOIRE rentes, qui tenzaine de documents exigés
tent de venir en
DU JOUR
pour cet ordre
aide aux popude virement qui n’est jamais lations civiles syriennes ou
parti. Deuxième blocage en d’autres pays «suspects». Le
quelques mois.
détournement de l’aide humanitaire figure parmi les
Banalité. En septembre, moyens privilégiés pour fiune somme de moins de nancer des mouvements
2 400 euros débitée sur le terroristes. Cette question
compte a erré pendant près est à l’agenda de la conféde deux mois avant d’être rence No Money for Terror,
tracée. «J’ai fourni une di- qui sera clôturée ce jeudi
zaine de documents de par Emmanuel Macron. Près
preuve pour justifier la desti- de 500 experts et 80 minisnation de l’argent que nous tres de 72 pays sont réunis
avions attribué à un projet à huis clos à Paris pour aborde scolarisation d’enfants der les modes de financesyriens réfugiés en Jordanie: ment du terrorisme internafactures du constructeur de tional, en particulier celui
des groupes Etat islamique
et Al-Qaeda, et sur les façons
de l’entraver.
Il existe «plusieurs façons de
collecter et transférer de l’argent en échappant à la vigilance des Etats», font valoir
les organisateurs de la conférence. Cela implique de mettre en place des instruments
de suivi et d’identification des
utilisateurs de portefeuilles
électroniques et de cartes
prépayées, l’encadrement des
cagnottes, des plateformes de
financement participatif et
des nouveaux services de
paiement en ligne.
Murs. Ces différents
moyens mentionnés dans les
documents de No Money
for Terror sont aussi souvent employés par les ONG
pour lever des fonds auprès
de leurs donateurs, puis
pour alimenter leurs bénéfi-
ciaires. En outre, même en
empruntant les circuits les
plus classiques et les opérations bancaires standards,
les associations humanitaires se heurtent aux nouveaux murs érigés par les
établissements financiers
mondiaux.
«Le principe de précaution
appliqué par toutes les banques dans le cadre du renforcement de la lutte contre le financement du terrorisme ou
le blanchiment paralyse les
activités des ONG ces dernières années.» Ce constat figure
dans un rapport que vient de
publier le Collectif de développement et secours syrien,
regroupement d’une quinzaine d’associations francosyriennes. Intitulé «Défense
d’aider, ou comment les institutions financières entravent l’action humanitaire en
Syrie», le document est le
communication auprès de
l’Association syrienne des
médias libres, l’ancienne
journaliste date ce phénomène à la fin de l’année 2014:
«Après la condamnation inédite de la BNP Paribas à la
somme colossale de 9 milliards de dollars [7,3 milliards
d’euros] par le ministère de la
Justice américain pour avoir
violé l’embargo occidental sur
certains pays, les banques
françaises ont toutes considérablement durci leurs règles»,
souligne-t-elle. En France,
l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution,
gendarme des financements,
a condamné onze banques
pour «manquement à leurs
obligations de contrôle» et
à des amendes cumulées
de 6,47 millions d’euros.
«Le paradoxe, c’est que la
majorité des ONG syriennes
sont financées par des fonds
publics du gouvernement
français, des collectivités
régionales ou municipales»,
relève Laurence Bondard.
La situation est aussi contraire à la politique de la
France considérant «l’action
humanitaire comme un des
piliers de sa politique étrangère», lit-on dans le rapport,
qui cite Jean-Yves Le Drian.
«Toutes les associations sont
conscientes des problèmes liés
au financement du terrorisme et sont tout à fait prêtes
à coopérer avec les pouvoirs
publics comme avec les établissements financiers pour
trouver des solutions, assure
l’auteure de l’enquête. Il faut
constater qu’il est plus facile
de faire parvenir des armes
en Syrie que du matériel
médical ou des fournitures
scolaires.» •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 26 Avril 2018
u 11
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LIBÉ.FR
Allemagne Le principal prix
de musique en Allemagne,
les «echos», n’aura plus lieu, a annoncé
l’organisateur de cet événement annuel, à la suite
de la polémique suscitée par la remise d’une récompense à des rappeurs accusés de textes antisémites. «On
ne veut pas que cette cérémonie puisse être considérée
comme une plateforme pour l’antisémitisme», a expliqué
la Fédération de l’industrie musicale. PHOTO AFP
Des membres d’Aube dorée en février. PHOTO AFP
Grèce Des écoutes révèlent les liens
étroits entre Aube dorée et la police
Jugés depuis 2015, 69 membres du parti néonazi d’Aube dorée,
qui compte 16 sièges au Parlement grec, sont accusés d’avoir
dirigé une organisation criminelle. Une série d’appels et
d’échanges par SMS la semaine dernière a révélé des liens et
une coordination entre Aube dorée et la police, y compris les
unités antiterroristes et antiémeutes. Ces appels, enregistrés
pendant des opérations d’écoute téléphonique des services
de renseignement, ont détaillé les communications entre les
membres du parti extrémiste au sujet, notamment, de l’assassinat du rappeur antifasciste Pávlos Fýssas, en 2013. L’un des
membres d’Aube dorée avait alors reconnu l’avoir poignardé.
AFP
«Ce classement traduit
[…] la croissance dans bon
nombre de démocraties
de l’expression de la haine
contre les journalistes.»
CHRISTOPHE
DELOIRE
secrétaire général
de Reporters sans
frontières
Selon le classement mondial de la liberté de la presse de
Reporters sans frontières, publié mercredi, 21 pays sont
désormais en situation «très grave». L’Irak a rejoint cette
catégorie où figurent notamment l’Egypte (161e), la
Chine (176e) ou la Corée du Nord, toujours en dernière
position. Mais les attaques contre la presse ne sont plus
l’apanage des Etats autoritaires. «Il y a une inquiétude
très forte pour les démocraties européennes», estime
même Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.
Quatre des plus forts reculs enregistrés concernent l’Europe: République tchèque, Slovaquie, Malte et Serbie.
La France est au 33e rang et les Etats-Unis au 45e rang
d’un classement où le meilleur élève reste la Norvège.
DU NORD
AU SUD
L’inventeur danois Peter
Madsen a été condamné
mercredi à la prison à vie
pour l’assassinat de Kim
Wall, journaliste suédoise
venue l’interviewer sur son
sous-marin le 10 août 2017.
Le lendemain, le Nautilus
était repéré en train de couler
et Madsen était secouru. Un
buste sans tête sera retrouvé
en baie de Koge, la première
d’une série de découvertes
macabres. Le légiste révélera
que Kim Wall a été torturée
aux parties génitales. Dans
un disque dur appartenant
à Madsen, des films avec des
femmes torturées, décapitées
et brûlées seront retrouvés.
Un journaliste palestinien,
blessé par des tirs de soldats israéliens lors de manifestations dans la bande
de Gaza, a succombé à
ses blessures à l’estomac,
ont annoncé sa famille et
les autorités locales ce mercredi. Ahmed Abou Hussein,
25 ans, atteint par balle
le 13 avril, travaillait pour la
station palestinienne Radio
Shaab et comme photographe. Il est le deuxième journaliste palestinien tué depuis
le 30 mars, début du mouvement de protestation appelé
«la marche du retour», qui
devrait durer jusqu’à mi-mai
et compte déjà 41 morts.
Il est grand temps
d’adopter des coraux
Toronto Une
majorité de
femmes parmi
les victimes
Le scandale de trop pour la
présidente de la région de Madrid
Un chat, un chien
ou même un arbre : on connaît.
Mais un corail,
pourquoi ne pas
adopter un corail?
Grâce à l’association française Coral Guardian, c’est
possible. Contre un don de
30 euros, l’équipe va transplanter un corail élevé en
culture dans un récif mis à
mal, en respectant bien sûr
les espèces autochtones. Ils
vous envoient ensuite la
localisation GPS si une
petite visite vous tente.
Les coraux sont des éléments essentiels de la
chaîne de biodiversité planétaire. Ils participent
notamment, comme les
forêts, à créer l’oxygène que
nous respirons. Ils servent
aussi d’abris à des millions
d’espèces marines et protègent nos littoraux, en formant des digues sous-marines qui absorbent jusqu’à
97 % de l’énergie des vagues. Cependant, les alertes sur l’état désastreux des
coraux deviennent assourdissantes. En plus de la pollution et du tourisme, les
L’homme accusé d’avoir tué
dix piétons et d’en avoir
blessé quatorze autres au
volant d’une camionnette,
lundi à Toronto, a été inculpé
de meurtres avec préméditation. Les victimes (dont la
plus vieille est octogénaire)
sont majoritairement de sexe
féminin, a expliqué en conférence de presse l’enquêteur
Graham Gibson. Quelques
minutes avant le drame, il
avait «posté sur Facebook un
message énigmatique», a
ajouté le policier. Plusieurs
médias canadiens ont publié
une capture d’écran du post,
affirmant notamment que
«la rébellion des incel a déjà
commencé». Le terme incel
(pour involuntary celibate)
renvoie à une sous-culture
internet qui défend un masculinisme poussé à l’extrême,
d’hommes désirant avoir des
relations avec des filles mais
n’y arrivent pas et développent une haine des femmes
(lire à ce sujet le blog An 2000
sur Libération.fr). La police
de Toronto a toutefois mis en
garde: «Nous n’avons aucune
preuve» démontrant formellement que le conducteur ne
visait que les femmes.
Depuis un mois, Cristina Cifuentes résistait à la tempête
déclenchée par les révélations sur son master de droit
public obtenu en 2012 sans
qu’elle ne rédige de mémoire
de fin d’études, et sans avoir
quasiment mis les pieds
à l’université. La présidente
de la région de Madrid, dirigeante du Parti populaire de
Mariano Rajoy (PP, droite),
a finalement démissionné
mercredi de la façon la plus
humiliante : un site venait
de diffuser une vidéo la
montrant aux prises avec un
vigile d’un supermarché
après un vol à l’étalage de
crèmes de beauté.
Commentaires et mèmes
ironiques se sont multipliés
sur le Net dès la révélation
de la vidéo: «Elle avait déjà
volé son diplôme» ou «le PP
est un parti kleptomane», allusion aux multiples affaires
de corruption qui gangrènent la formation du chef
du gouvernement. Lors
d’un point presse convoqué
en catastrophe, peu avant
midi, Cristina Cifuentes,
53 ans, a annoncé sa démission, tout en niant le vol :
c’est «de manière involon-
récifs coralliens
subissent de
plein fouet les effets du réchauffement climatique.
Selon le spécialiste en biologie marine David Vaughan, la situation
n’est pas désespérée. Il
existe différentes méthodes pour le régénérer, dont
certaines s’apparentent au
jardinage, avec des techniques comme le bouturage
ou la transplantation. Il
suffit parfois de caler un
morceau de corail sain sur
une structure corallienne
moribonde
pour
enclencher le processus de
régénérescence.
Une multitude d’initiatives
ont ainsi émergé à travers
le monde, comme les Amis
de Menjangan à Bali qui,
par des plongées régulières, protègent, replantent
et nettoient les récifs, ou
l’ONG Secore International, qui encourage les plongeurs à devenir des
«citoyens scientifiques» en
participant à la reproduction des coraux.
AUDE MASSIOT
TERRE
D’ACTION
Cristina Cifuentes, à Séville le 8 avril. PHOTO AFP
taire» qu’elle aurait glissé
les cosmétiques dans son
sac à main, et elle se serait
acquittée de la somme due,
40 euros, sur le champ.
La nouvelle tombe mal pour
le PP, dont Cifuentes était
l’étoile montante. Le parti
conservateur avait misé sur
cette fille de général sans
casseroles judiciaires pour
se défaire de son image d’affairisme. Elle était devenue,
après un vote très serré, présidente de la communauté
de Madrid, la plus riche et la
plus peuplée des cinq
régions gouvernées à droite.
La présidente déchue a
trouvé un soutien inattendu
en la personne de Pablo
Iglesias, dont le parti Podemos ne l’a pas épargnée ces
dernières semaines. «Personne ne mérite d’être détruit comme être humain»,
a affirmé le leader de la gauche radicale, ajoutant :
«Cristina Cifuentes [devait]
démissionner, non pour la
vidéo que nous avons vue ce
matin, mais pour l’affaire du
master.» La présidence de
région est désormais assurée par l’ancien vice-président Angel Garrido (PP), jusqu’aux prochaines élections
en 2019.
FRANÇOIS-XAVIER
GOMEZ
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 u
POLITIQUE
Recueilli par
DOMINIQUE ALBERTINI
et LAURE BRETTON
Photo RÉMY ARTIGES
B
anlieues au bord du gouffre,
élus guettés par le désespoir,
et parfois par le renoncement: les acteurs des quartiers multiplient ces dernières semaines les
signaux d’alerte en direction du
gouvernement. Maires et associations se retrouvent ce jeudi aprèsmidi à Paris pour une nouvelle
étape des «états généraux de la politique de la ville». Un rendez-vous
dont la vedette sera Jean-Louis Borloo (lire Libération de vendredi).
L’ex-ministre devrait rendre le jour
même à Matignon un rapport considéré comme un nouveau «plan de
bataille» pour les quartiers. Ce document, commandé par Emmanuel
Macron, est vu par beaucoup
comme le rapport de la dernière
chance. «Le statu quo n’est plus tenable», affirme à Libération le président de l’Agence nationale pour la
rénovation urbaine (Anru) et maire
socialiste de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Olivier Klein. Point
de départ des émeutes de 2005, la
commune rêve de se réinventer
grâce à l’arrivée du métro et des
Jeux olympiques. Mais l’élu prévient : «Beaucoup de gens jugent
qu’on a déjà dépensé trop d’argent
pour les quartiers. La réalité, c’est
qu’on n’en a pas dépensé assez.»
Les banlieues sont-elles à un
point de rupture, comme l’affirment de nombreux acteurs de
terrain ?
Je n’en sais rien: en 2005, personne
ne pensait que Clichy pouvait exploser. La rupture, ce sont aussi les
circonstances qui la font. Ce qui est
sûr, c’est que le statu quo n’est plus
tenable: il faut inventer une action
publique massive qui s’attaque
à tous les problèmes en même
temps. Redresser des quartiers
dégradés, cela peut prendre dix,
quinze, vingt ans. Mais il faut au
moins que les gens qui y vivent
sentent que, jour après jour, leur
situation s’améliore.
Entre Macron et les banlieues,
faut-il parler de rendez-vous
manqué ?
Il est encore trop tôt pour employer
ces termes. Le Président a fait [en
novembre] un discours fort sur les
quartiers à Tourcoing [Nord, ndlr],
il a confié une mission importante
à Jean-Louis Borloo, il m’a proposé de prendre la présidence de
l’Anru… Ce qui est important, désormais, c’est de savoir comment
les propositions de Borloo seront
prises en compte. Il y a à ce sujet
une impatience légitime après les
incompréhensions du début de
quinquennat – baisse des emplois
aidés, des subventions… Une partie de l’avenir de la République se
joue dans nos quartiers. Soit on en
reste à l’insuffisance, soit on passe
à l’ambition.
A quoi devrait, selon vous, ressembler le plan Borloo ?
Je ne crois pas au vade-mecum,
aux dix mesures qui sauveront les
quartiers. C’est un état d’esprit, une
mobilisation générale. Surtout, il ne
faut pas se contenter de couler du
Libération Jeudi 26 Avril 2018
béton. Il faut réfléchir à ce que doit
être une ville et toucher à tous les sujets en même temps: au logement,
à l’école, aux transports, à la sécurité, à l’emploi, aux équipements publics… On a besoin de ces moyens,
et des ministères dont ils dépendent. Sinon, on se paie de mots.
Selon Jean-Louis Borloo, il
faudrait investir 48 milliards
pour sauver les quartiers…
Il a raison, il faut investir fortement
dans les quartiers.
Cette ambition peut-elle résister
à la rigueur budgétaire ?
Ces 48 milliards, ce n’est pas seulement l’argent de l’Etat, c’est aussi
celui de l’Anru, des bailleurs sociaux,
des collectivités… Ce qui est sûr,
c’est qu’aucun partenaire ne doit
être défaillant. Je pense que c’est gagnant-gagnant: c’est de l’argent bien
investi, on ne peut pas se renvoyer la
patate chaude et garder ces poches
d’extrême pauvreté dans nos villes.
Aujourd’hui, les grandes collectivités sont invitées à passer un contrat
avec l’Etat pour limiter la progression de leurs dépenses. Il faudra
sans doute des aménagements, un
moratoire pour certaines d’entre
elles, sinon on n’y arrivera pas.
Jean-Louis Borloo voit dans
l’Anru un organisme trop complexe, à bout de souffle. Faut-il
créer un nouvel outil, plus
simple et plus puissant ?
On ne voit pas assez de grues dans
les quartiers, c’est certain. L’Anru
paie une forme d’immobilisme, les
délais sont trop longs. On ne peut le
reprocher à personne en particulier, mais il y a une espèce d’enkystement, des strates administratives
lourdes et un péché originel : on a
lancé l’Anru 2 sans avoir fini de
payer la 1. A Clichy, on a signé une
convention en 2004, les premières
grues sont arrivées quatre ans plus
tard : c’était long, mais au moins
on savait où on allait. Il faut maintenant avancer vite et fort.
Faut-il renverser la table ?
Le mieux est l’ennemi du bien. Si
on change l’outil on risque d’ajouter du retard au démarrage… En
tant que président de l’Anru, je
pense qu’on est capables d’améliorer le dispositif. Dès mon arrivée,
j’ai travaillé avec des élus pour
trouver ces solutions, elles sont
prêtes à être adoptées. Il faut mieux
financer certaines opérations pour
réellement changer la donne dans
les quartiers, alléger les contraintes
qui pèsent sur l’agence, inventer
des méthodes pour aller plus vite et
lancer les premières opérations.
Etre capable, aussi, de dire que
le renouvellement urbain, ça va
commencer par une très belle école
pour vos enfants, ou un conservatoire, une médiathèque : un
bel équipement qui redonne
lll
confiance en l’avenir.
Le maire PS de Clichy-sous-Bois, Olivier Klein,
appelle l’exécutif à lever de nouveaux moyens
et à sonner la «mobilisation générale» en faveur
des quartiers en grande difficulté. Un rapport décisif
sur le sujet devrait être remis ce jeudi par l’ancien
ministre de la Ville Jean-Louis Borloo.
«
INTERVIEW
«Je ne crois
pas aux
dix mesures
qui sauveront
les quartiers»
Le maire de Clichy-sous-Bois
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
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Tout le monde parle de
mixité sociale, mais comment la
réaliser ?
D’abord en faisant en sorte que les
habitants de nos quartiers restent.
Je ne crois pas que beaucoup de résidents du VIIe arrondissement de
Paris oseront venir tenter quelque
chose à Clichy. Ma bataille, c’est que
ceux qui réussissent à Clichy aient
envie d’y rester. Moi, j’y habite
depuis que je suis né. Je regarde les
gens qui étaient à l’école avec moi,
et il y avait de quoi faire cette mixité,
mais ils sont partis. Pour éviter ça,
il faut que les gens ne mettent pas
deux heures pour aller bosser, que
les établissements scolaires permettent à leurs enfants de réussir, qu’il
n’y ait pas des quads qui tournent
au pied des immeubles et pourrissent la vie des habitants, que
les ascenseurs marchent… On peut
choisir de partir, mais il faut aussi
avoir la possibilité de rester.
On a parfois l’impression d’une
compétition entre territoires
pour obtenir l’attention et le
soutien de l’Etat. C’est à qui sera
le plus «oublié»…
C’est vrai qu’il y a une bataille de
l’opinion sur ces questions. Beaucoup de gens jugent qu’on a déjà
dépensé trop d’argent pour les
quartiers. La réalité, c’est qu’on n’en
a pas dépensé assez. C’est plus difficile à faire valoir quand on est sousreprésentés électoralement, entre
l’abstention importante chez nos
habitants et ceux qui n’ont pas
le droit de vote – pour lesquels je
me suis beaucoup battu, y compris
auprès de mes amis socialistes sous
le précédent quinquennat.
Cela dit, nous avons une capacité
à nous faire entendre, comme l’a
montré l’appel de Grigny [lancé en
octobre par une centaine de maires
à l’adresse du gouvernement], à la
suite duquel le Président a missionné Jean-Louis Borloo. Mais au
fond, entre ruralité et banlieues, il
ne faut pas choisir, il faut faire les
deux. Regardez les enfants pauvres:
60% ne résident pas en zone d’éducation prioritaire. Si j’étais maire
d’une commune rurale, je défendrais probablement mon école. En
même temps, le professeur que je
suis se dit qu’il vaut parfois mieux
organiser un transport scolaire que
d’enseigner devant dix enfants, ou
regrouper tous les niveaux du primaire dans une seule classe.
Qu’attendez-vous des Jeux
olympiques de 2024, qui se
dérouleront en partie en SeineSaint-Denis ?
Je me bats pour que Clichy en soit
une base arrière, que des équipes
viennent s’y entraîner. Et au-delà,
pour qu’on reçoive une part de leur
héritage. Héritage physique, avec
les équipements, mais aussi mémoriel, avec ce qui restera dans les
têtes. Je veux que les habitants
puissent bosser avant même les
Jeux, grâce à des clauses d’insertion
fortes vis-à-vis des entreprises. Et
qu’ils bossent aussi pendant : on
parle 90 langues à Clichy, il doit y
avoir toutes les langues olympiques
chez nous. Ce qui est parfois un
handicap pourrait devenir un formidable atout, si on forme les gens
aux métiers de l’accueil, de la res-
lll
(Seine-Saint-Denis), Olivier Klein, vendredi, sur le chantier du futur tramway de la ville.
u 13
tauration… En revanche, il y aura
une formidable déception si les
gens ne sont pas acteurs de ces JO
et se contentent de les regarder à la
télévision.
Clichy aura-t-il sa station de métro à l’ouverture de ces Jeux ?
Nous avons sauvé la ligne 16 sur son
tronçon «olympique», de Saint-Denis-Pleyel à Clichy. Mais la réussite
du chantier se jouera au mois près!
L’autre partie, de Clichy à NoisyChamps, est retardée. Je le regrette
car 2030 c’est loin et Noisy, c’est
la fac, le RER A : soit de l’interconnexion et de l’emploi. Le métro,
ça changera l’histoire de la ville. Il
nous raccrochera à Paris, aux pôles
d’emploi de Roissy, de Marne-laVallée…
Il y a longtemps, mes parents ont
acheté un logement dans le quartier
du Chêne-Pointu, avec une double
promesse : des services publics et
des transports. Sur les plans, il y
avait le métro et une autoroute: une
vraie pub mensongère car ils ne
sont jamais arrivés.
A la fin des années 60, Clichy s’est
développé comme un champignon.
Mais sans activité économique,
puisque les transports devaient
permettre aux gens de travailler
ailleurs. Clichy, avec ses espaces
verts, on devait juste rentrer y
dormir avant de repartir bosser le
lendemain. La ville est ainsi restée
structurellement pauvre. Donc
quand je demande de la péréquation, de la redistribution entre territoires, je ne demande pas l’aumône,
mais de la justice.
Des internautes ont ironisé sur
le tracé cette ligne 16, qui desservira de nombreuses communes
populaires…
«La ligne de la mort», c’est ça? C’est
insupportable et injuste pour nos
quartiers. Un autre combat, ce sera
que le métro ne soit pas qu’un
moyen de sortir de Clichy, mais
aussi d’y venir, pour travailler, se
promener dans la belle forêt de
Bondy, voir les ateliers Médicis
[résidence d’artistes qui doit ouvrir
en juin]…
Craignez-vous, comme JeanLouis Borloo, la constitution de
«listes communautaires» à l’approche des municipales ?
Ce n’est certainement pas ma vision
de la démocratie. Après, je me souviens que dans les années 2000, certains jugeaient «communautaires»
les listes Motivé·e·s. C’est plus compliqué que cela… Mais je n’aime pas
ce débat qui peut prolonger la stigmatisation des quartiers. La question, ce n’est pas la religion des gens,
c’est leur pauvreté. S’il faut parler
d’islam, je dirais qu’on ne peut pas se
contenter du statu quo sur la construction des lieux de culte. Ce n’est
pas normal que je puisse mettre plusieurs centaines de milliers d’euros
pour retaper l’église parce qu’elle
m’appartient et que je ne puisse pas
aider d’une manière ou d’une autre
à ce qu’on ait enfin une mosquée digne de ce nom à Clichy. Le meilleur
moyen de lutter contre l’intégrisme,
c’est bien d’avoir un beau lieu de
culte avec pignon sur rue. Un lieu
ouvert qui inspire confiance et sérénité aux musulmans, et où chacun
puisse se retrouver. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
14 u
FRANCE
Libération Jeudi 26 Avril 2018
LIBÉ.FR
Checknews Le délit de solidarité a-t-il été
abrogé, comme l’ont dit sur Twitter Laetitia Avia
et d’autres députés LREM? En réalité, le principe
est toujours dans la législation, même s’il est censé devenir moins
courant. Il a vu son périmètre réduit lors de la première lecture
à l’Assemblée du projet de loi asile et immigration. Si le «délit de
solidarité» n’existe pas en tant que tel, il découle d’une certaine
lecture de l’article 622-1 du code de l’entrée, du séjour des étrangers
et du droit d’asile. Explications sur notre site CheckNews.fr. PHOTO AP
Hamon, un an
après: «Je suis arrivé
au débat sans force»
Coups bas des
socialistes, fatigue,
blessures…
Le réalisateur
Hugues Nancy a
suivi le candidat PS
entre sa victoire
à la primaire et son
score désastreux
à la présidentielle.
Son film est diffusé
ce jeudi soir sur
France 3.
Par
RACHID LAÏRECHE
U
mière est politique. Selon lui,
il aurait dû rompre avec la
direction du PS, François
Hollande et le gouvernement au lendemain de sa
victoire à la primaire, plutôt
que de faire mine de courir
après un amour impossible.
La seconde est physique :
le 20 mars, la campagne bat
son plein et il arrive essoufflé, fatigué, face à ses principaux concurrents lors du
premier débat télévisé. «J’ai
enchaîné en quelques jours
un voyage en Guadeloupe et
mon grand meeting à Bercy,
c’était de la folie : je suis arrivé au débat sans force,
j’étais spectateur au lieu
d’être acteur», se souvient-il.
ne année est passée
mais la présidentielle refait souvent «Dangereux». Un agenda
surface. Benoît Hamon fabriqué à la va-vite qui
l’invite à chaque fois qu’une pointe une autre faiblesse :
discussion s’allonge. Son son équipe de campagne qui,
score (6,36 %), le pire de comme lui, n’était pas prépal’histoire socialiste, a laissé rée à l’événement. «C’est une
des plaies profondes. Il y a petite bande sympa, mais il
peu, dans un train, entouré faut du lourd pour une présid’une petite poignée de jour- dentielle», analyse l’ancien
nalistes, la tête
premier secrétaire
d’affiche du mouL’HOMME du PS Jean-Chrisvement GénéraDU JOUR tophe Cambadétion·s revenait une
lis. Quelques heunouvelle fois sur l’année 2017: res après ce débat, le
sa victoire surprise à la pri- socialiste voit passer devant
maire, les socialistes qui tom- lui Jean-Luc Mélenchon dans
bent les uns après les autres toutes les enquêtes d’opidans les bras de Macron, ses nion: il ne le recroisera plus.
regrets. Il ressasse les Au fil des jours, un monde se
épisodes, qui se terminent creuse entre les deux.
toujours de la même manière. Tout au long de la campagne
Benoît Hamon pointe deux présidentielle, le scénariste
«erreurs majeures». La pre- et réalisateur Hugues Nancy
était dans les parages avec
sa caméra. L’ancien membre
du Mouvement des jeunes
socialistes avait accès aux
coulisses. Il n’a rien laissé
filer. Il a vu la dégringolade.
Et il en a fait un documentaire, Fractures de campagne,
diffusé ce jeudi soir sur
France 3. On y voit les blessures du candidat –celles qu’il
raconte à ses proches, aux
journalistes – au grand jour.
Il n’esquive rien. Sa campagne qui ne démarre pas, sa
bataille avec Mélenchon ou
Benoît Hamon
«Ceux qui
portent
mon nom
ne méritent pas
d’être associés
à mon score,
ils ne méritent
pas ça.»
encore les mauvais coups des
socialistes, à l’image de l’ancien maire de Paris Bertrand
Delanoë qui qualifie, sur
France Inter quelques jours
avant le premier tour le programme de Benoît Hamon
avec un mot terrible : «Dangereux».
Fractures de campagne nous
apprend une chose: le candidat comprend très rapidement que la catastrophe est
inévitable. Ses idées qui ont
fait son succès durant la primaire n’existent plus. Les polémiques occupent la place.
Lui et son équipe cherchent
des parades pour limiter la
casse. En vain.
Un monde s’écroule, et le
candidat prend le score pour
lui, il ne partage pas sa défaite. Ce n’est pas une surprise. En février, juste après
sa victoire à la primaire, il
s’était rendu dans une ferme
bio en Seine-et-Marne. L’espoir était encore permis.
Dans les différents sondages,
le candidat socialiste était devant Mélenchon, et pas très
loin derrière Macron. Déjà, il
prévenait: «Hamon est le nom
de mon père, de mon grandpère, et je ne veux pas que
mon nom, et celui de mes enfants, soit associé à la débâcle
de la gauche ou à la victoire
du Front national.»
Dans le film d’Hugues
Nancy, un an après la débâcle, il glisse : «Ceux qui portent mon nom ne méritent
pas d’être associés à mon
score, ils ne méritent pas ça.»
Après la claque dans les urnes, Benoît Hamon s’interroge. Il pense un instant à
quitter la sphère politique :
«C’était ça ou partir du PS
pour fonder un mouvement.»
On connaît la suite de l’histoire: la prochaine présidentielle, en 2022, trotte déjà
dans son esprit.
Rêves. Il y a certaines choses qu’il ne raconte pas dans
le film. Le fondateur de Génération·s ne parle pas du
Hamon à la conférence des maires de France, le 22 mars 2017. C. PLATIAU. REUTERS
vide après le souffle. Le soir
de la défaite, il est entouré de
proches puis rentre chez lui.
Il reçoit quelques messages,
des amis, des connaissances
plus ou moins lointaines. Des
petits mots de réconfort. Il
mettra un peu de temps à les
lire. Et un peu plus de temps
à y répondre. Mais les socialistes sont absents. Pas un
message. Rien. Ni dirigeants,
ni ministres, ni élus. Ceux qui
étaient encore là n’ont plus
besoin de faire semblant. «Et
certains se demandent encore
pourquoi j’ai quitté le PS»,
peste Hamon.
La fin d’une histoire tragique,
à l’image de la musique du
documentaire qui pose une
ambiance de dimanche plu-
vieux. Pourtant, elle avait débuté, pour lui, de la plus belle
des manières. Le 29 janvier,
après sa victoire face à Manuel Valls devant ses militants, des rêves pleins la tête,
il déclarait : «Votre mobilisation est le signe d’une gauche vivante et vibrante, elle
me donne une force considérable.» •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 26 Avril 2018
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LIBÉ.FR
Parcoursup Elèves,
profs, conseillers
d’orientation mais aussi
enseignants-chercheurs… Tous sont
en première ligne face à la réforme de l’accès
à l’enseignement supérieur, qui se met en place
à toute vitesse. Libération leur donne la parole
pour qu’ils racontent les bouleversements
en cours. IMAGE LIBÉRATION
Aide aux migrants:
trois militants en prison
Le sinistre happening de
militants d’extrême droite,
ce week-end au col de
l’Echelle (Hautes-Alpes),
itinéraire de passage de la
frontière franco-italienne
pour les migrants, avait
provoqué une contre-manifestation de personnes engagées dans le soutien aux
réfugiés. Partis d’Italie dimanche à la mi-journée, une
centaine de militants avaient
passé en groupe la frontière
gardée par la police sur le col
voisin de Montgenèvre. Avec
eux, une vingtaine de migrants qui ont ainsi pu contourner les forces de l’ordre
et gagner Briançon en fin
d’après-midi.
Le soir même, la police interpellait six militants à Briançon. Si trois Italiens ont été
remis en liberté à l’issue
de leur garde à vue, trois
autres, un Belgo-Suisse
de 23 ans, un Suisse de 26 ans
et une étudiante italienne
de 26 ans, ont été présentés
mardi de Gap pour ce «passage en force de la frontière»,
selon les mots du procureur
de la République de Gap, Raphaël Balland. Le chef d’accusation : «Avoir facilité ou
tenté de faciliter l’entrée irrégulière en France de plus
d’une vingtaine d’étrangers,
avec cette circonstance que
les faits ont été commis en
bande organisée». La peine
maximale est de dix ans
de prison, 750 000 euros
d’amende et l’interdiction du
territoire.
Les trois manifestants ont
obtenu le renvoi de l’examen
du dossier au 31 mai, «pour
préparer leur défense et en
raison du contexte extrêmement tendu», explique Yassine Djermoune, avocat de
Théo, le jeune Belgo-Suisse.
Tous trois ont en revanche été
placés en détention provisoire dans l’attente de leur
jugement «en raison de l’insuffisance des garanties de représentation et pour prévenir
toute réitération des faits»,
précise Raphaël Balland. Décision «incompréhensible»
pour Me Djermoune: «Ce sont
des personnes […] qui n’ont
jamais eu affaire à la justice.»
Les avocats vont déposer une
demande de mise en liberté.
Le procureur a en outre précisé, concernant la manifestation des identitaires,
qu’«aucune plainte ni aucun
fait susceptible de qualifications délictuelles» n’avait été
porté à sa connaissance.
F.C. (à Grenoble)
Justice Concessions portuaires :
Vincent Bolloré mis en examen
Les ennuis judiciaires se poursuivent pour Vincent Bolloré,
soupçonné de corruption concernant l’attribution de
concessions portuaires à son groupe, au Togo et en Guinée.
Au terme de deux jours de garde à vue dans les locaux de
la police judiciaire de Nanterre, le milliardaire a été mis
en examen après avoir été présenté mercredi aux juges
d’instruction Aude Buresi et Serge Tounaire, a annoncé
son porte-parole. Ce dernier n’a pas précisé les chefs de
mise en examen du milliardaire de 66 ans, qui a quitté le
bureau des juges sans être placé sous contrôle judiciaire.
60 % des stations sont installées. G. FUENTES. REUTERS
Essonne La police municipale du
«maire shérif» doit rendre les armes
Paris Vélib toujours dans la semoule
La préfecture de l’Essonne a ordonné le désarmement de
la police municipale de Wissous, commune de 7500 habitants. Les agents ont trois mois pour remettre au commissariat de Massy des revolvers, matraques et grenades lacrymogènes qu’ils portaient le 8 avril. Ce jour-là, ils avaient
accompagné sur un parking le maire de la commune,
Richard Trinquier (Debout la France), qui aurait menacé,
alcoolisé, des gens du voyage installés là. Selon l’enquête,
il était muni d’une étoile de shérif, d’un gilet pare-balles
et d’un sabre japonais. Il sera jugé le 14 juin.
Télé Accord TF1-Free : nouvelles
chaînes et sport en HD
Après SFR, Bouygues et Orange, Free est le dernier opérateur télécom à avoir signé mercredi avec TF1 un «nouvel accord de distribution global» des chaînes du groupe, sans en
dévoiler le montant. Il renouvelle les services TV Breizh,
Ushuaïa TV, Histoire, Tfou Max et MyTF1 VOD. Les 6,5 millions d’abonnés de Free bénéficieront de programmes en
avant-première, du lancement de deux nouvelles chaînes
(TF1 +1 et TMC +1) à la rentrée 2018, et de la diffusion en
haute définition (UHD4K) de programmes sportifs, à commencer par le Mondial de football en Russie, cet été.
Chômage: une baisse et un bémol
cause : la hausse du nombre
de personnes exerçant une
activité réduite courte (catégorie B), qui grimpe de 1,8%
par rapport au trimestre précédent, et l’augmentation en
parallèle du nombre de personnes en activité réduite
longue (catégorie C), qui croît
de 1,4 %.
En moyenne au premier
trimestre 2018, en France
métropolitaine, le nombre
de personnes inscrites à Pôle
Emploi s’établit à 5 621 000.
Dont 2 185 100 chômeurs
en activité réduite. Ces salariés potentiellement en situation de précarité (temps
partiel subi, travail «permittent»…) viennent noircir le
tableau. Et l’enthousiasme
du gouvernement.
AMANDINE CAILHOL
1er trimestre 2018
3 435 900
1er trimestre
2008
-1,4 %
sur 1 an
-1,0 %
sur 3 mois
Les demandeurs
d’emploi
En France
métropolitaine,
catégorie A
2008
«Ça me dérange beaucoup que
des gens qui n’ont jamais vu un
patient puissent donner un avis
[sur le baclofène].»
LE PROFESSEUR
PHILIPPE JAURY
à propos de l’avis
d’un comité d’experts
sur le médicament
1 990 300
Source : Dares
Certains s’en réjouiront et Lors du dernier «Grenelle
ils auront – en partie seule- de l’emploi», en mars, la
ment– raison: en France mé- ministre du Travail, Muriel
tropolitaine, au premier Pénicaud, s’était déjà félitrimestre 2018, le nombre citée de la hausse des
de demandeurs
créations d’emd ’e m p l o i
en
ANALYSE ploi: 72700 de plus
catégorie A (sans
au quatrième triaucune activité) a chuté mestre 2017, et 268800 pour
de 1%, soit 33300 chômeurs l’année 2017, soulignant que
en moins. Sur l’année, la le secteur marchand atteibaisse est même un peu plus gnait ainsi «son plus fort niforte : de l’ordre de 1,4 %. veau de créations depuis
La tendance est similaire dix ans».
si l’on se penche sur le Reste un bémol: sur les trois
territoire français dans son derniers mois, le cumul du
ensemble, en incluant nombre de demandeurs
les départements régions d’emploi de catégories A
d’outre-mer, hors Mayotte: le (sans activité), B (en activité
nombre de demandeurs réduite courte) et C (en actis’élève alors à 3695400 pour vité réduite) inscrits au Pôle
la catégorie A. Soit une Emploi, reste, lui, stable (plus
baisse de 0,9% sur le trimes- 100 inscrits). Pire, il protre (moins 1,2 % sur un an).
gresse de 2,1% sur un an. En
Sur Twitter, c’est un festival de mots rageurs et de récits
accablés. Mais à la question : «Quelqu’un a-t-il réussi
à prendre un Vélib aujourd’hui?» le syndicat mixte Autolib
Vélib Métropole apporte une réponse: une personne sur
deux y est parvenue. Et ce n’est pas brillant.«Il y a eu un
choc au 1er janvier quand on a vu le peu de stations alors
qu’on était censé en avoir déjà 600», reconnaît-on à la mairie de Paris. Depuis quatre mois, les ennuis roulent en peloton serré. La maire de Paris, Anne Hidalgo, très critiquée
dans ce dossier, a réuni ce mercredi tous les élus du syndicat. Qu’est-ce qui coince? Le groupe Smovengo, invoquait
en mars la responsabilité de JCDecaux, précédent titulaire
du marché, qui lui aurait mis «des bâtons dans les roues».
L’analyse de la ville est plus prosaïque: «Ils ont sous-estimé
la difficulté à faire des travaux sur voirie dans Paris.»
Et si, aujourd’hui, 60% des stations parisiennes sont installées, cela ne résout pas tout. Pour recharger ses vélos, le
système de Smovengo a besoin d’une alimentation électrique plus musclée. Pour aller vite, «Smovengo a mis
les deux tiers des stations sur batterie, explique un proche
du dossier à la mairie. Mais les batteries n’ont que deux
ou trois jours d’autonomie. Avec la grève des employés
de Smovengo, elles n’ont plus été changées.» Sans parler
des bugs informatiques. Aussi consternés soient-ils,
les commanditaires veulent désormais croire que «d’ici
à l’été, tout sera réglé».
2018
Dans la saga du baclofène, ce médicament utilisé par des
centaines de milliers d’alcooliques pour se soigner, le revers est là, évident. «Son efficacité dans la réduction de la
consommation d’alcool a été jugée cliniquement insuffisante», estime ainsi un comité d’experts missionné par
l’Agence nationale de sécurité du médicament, qui juge
le «rapport bénéfice-risque négatif». Une opinion très tranchée sur un sujet complexe, loin de satisfaire les associations comme Baclohelp, qui juge ses conclusions inexplicables. «Je n’avais jamais vu autant de bons résultats qu’avec
ce médicament, et je les ai tous essayés», souligne pour sa
part le professeur Philippe Jaury, un de ses défenseurs.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
16 u
FRANCE
Libération Jeudi 26 Avril 2018
LIBÉ.FR
Tu mitonnes
Chaque semaine,
passage en cuisine
et réveil des papilles. Aujourd’hui, voyage
en Côte-d’Or avec envie de batracien
dans le beurre mousseux. On est allé
casser la croûte au Bout du monde,
un cirque de pierres niché au cœur
de la Bourgogne. PHOTO EMMANUEL PIERROT
Murielle Bolle
rentre chez elle
Laurent Brun, de la CGT-cheminots, mardi à Saint-Denis, lors d’une réunion intersyndicale.
SNCF: malgré les accrocs,
les syndicats jouent l’unité
Invités à discuter
chacun séparément
avec Matignon, la
CGT, Unsa, SUD-rail
et la CFDT restent
fermes sur leurs
positions, sans
éviter quelques
divergences.
Par
FRANCK BOUAZIZ
Photo ALBERT
FACELLY
V
ue imprenable sur le
siège social de la
SNCF. Le bâtiment
dans lequel est installée la
CFDT-cheminots se situe à
une centaine de mètres du
QG de l’entreprise ferroviaire,
à Saint-Denis (Seine-SaintDenis). C’est dans cet immeuble, que les quatre organisations syndicales représentatives (CGT, Unsa, SUD-rail et
CFDT) ont choisi d’afficher
leur unité après huit jours de
grève, entrecoupés de quinze
jours de travail. Au lendemain de l’annonce par
Edouard Philippe d’une invitation à discuter, séparément,
avec chacun des syndicats,
les organisations concernées
veulent y voir une première
avancée en leur faveur.
nous avons des propositions
du gouvernement et nous négocions sur des mesures concrètes.» Une invitation à
peine voilée à ce que l’Etat
fournisse un cadre de discussion dans lequel désaccords
et accords pourront être exprimés.
Fermeté. Il est vrai qu’une En revanche, d’ici là, pas
semaine plus tôt, la demande question de baisser la garde.
de discussion directe avec le Les jours de grève progPremier ministre avait été rammés le resteront et la CGT
suivie d’un refus
appelle à «une
poli mais ferme.
L'HISTOIRE journée sans
Depuis, le conflit
cheminots»
DU JOUR
a eu tendance à
le 14 mai. Ce qui
s’encalminer, d’autant que les ne manque pas de surprenreprésentants des salariés dre : cette date correspond
ont, d’une seule voix, an- déjà à une journée de grève,
noncé qu’ils ne discuteraient dans le cadre de l’agenda des
plus avec la ministre des deux jours d’arrêt de travail
Transports, Elisabeth Borne. sur cinq, programmé jusEn attendant cette rencontre qu’au 28 juin. Parallèlement,
prévue le 7 mai, les syndicats SUD-rail pousse pour que le
entendent afficher un cock- calendrier soit bouleversé de
tail d’unité et de fermeté. Ce manière à désorganiser les
qui donne dans les propos du plans déjà établis par la disecrétaire général de la CGT, rection de la SNCF. La CGT,
Laurent Brun: «Soit on conti- elle, s’y refuse. L’unité syndinue sur la lancée de cette ré- cale n’exclut pas quelques
forme qui est vide de sens, soit dissonances…
L’essentiel de la réforme
pourrait se jouer entre
le 7 mai, date de la rencontre
entre les syndicats et
Edouard Philippe, et
le 29 mai, quand le Sénat examinera, après l’Assemblée, la
loi sur l’avenir du transport
ferroviaire. Un scénario se
dessine selon lequel le gouvernement appuierait une
convention collective assez
protectrice de l’ensemble des
salariés du secteur.
Hypothèse dure. En cas
d’échec, l’exécutif pourrait
être tenté de passer en force
dès fin juin, une fois la loi définitivement votée au Parlement. Une hypothèse dure
qui n’échappe pas aux syndicats et notamment aux centrales les plus réformistes.
«Personne n’est opposé à une
réforme, mais nous refusons le
recul social», résume Roger
Dillenseger, le secrétaire général de l’Unsa, l’organisation
qui compte le plus grand
nombre de cadres et d’agents
de maîtrise. •
Que reste-t-il près d’un an
après le sursaut spectaculaire de l’affaire Grégory ?
Pas grand-chose, semblet-il. Un scénario –le garçon
de 4 ans aurait été enlevé,
le 16 octobre 1984, par Bernard Laroche et Murielle
Bolle et remis ensuite à
Marcel et Jacqueline Jacob,
grand-oncle et grand-tante
de Grégory–, des centaines
de pages de procédures, des
expertises, des soupçons
mais aucune preuve… Mercredi, les magistrats de la
chambre de l’instruction de
la cour d’appel de Dijon ont
décidé la levée partielle du
contrôle judiciaire de Murielle Bolle, 48 ans, mise en
examen pour enlèvement
suivi de mort.
Elle est autorisée à rentrer
chez elle dans les Vosges.
Celle qui avait à l’époque
15 ans n’a pas le droit d’entrer en contact avec les protagonistes du dossier ni la
presse, et devra pointer
deux fois par semaine au
commissariat. Si la justice la
soupçonne d’avoir participé
au rapt de Grégory, 4 ans,
retrouvé pieds et poings liés
dans la Vologne, il reste difficile de rattraper les errements de l’enquête initiale.
La juge d’instruction Claire
Barbier est devant un dilemme : à quel moment
faut-il la croire? Lors de son
audition du 2 novembre
1984, quand elle a confié
qu’elle était dans la voiture
avec Laroche le jour de l’enlèvement ? Ou lorsqu’elle
s’est rétractée devant le juge
Lambert trois jours plus
tard?
Les enquêteurs pensent
qu’elle a fait volte-face sous
la pression familiale. Ils ont
repris le déroulé de la soirée
du 5 novembre 1984. Son
cousin Patrick F. a relaté,
en juin dernier, une explosion de violence dans le pavillon des Bolle après que
l’ado avait mis en cause son
beau-frère. De son côté, elle
soutient ne pas avoir été
malmenée mais avoir menti
sous la pression.
Le témoignage de Patrick. F.
semble entaché d’incohérences et, selon l’Est républicain, sa présence à Laveline-sur-Bruyères paraît
sujette à caution. De plus, sa
mère, qui décrit son fils
avec des assez mots durs,
affirme: «Je n’étais pas là.»
Retour à la case départ.
JULIE BRAFMAN
A lire en intégralité sur Libé.fr.
Rail Une reprise de la dette
«sans augmentation d’impôt»
Le ministre des Comptes
publics, Gérald Darmanin,
a assuré mercredi sur
France Info que la reprise
par l’Etat d’une partie de la
dette de la SNCF se ferait
sans «impôt nouveau»
et sans «augmentation
d’impôt, […] car nous le
ferons en diminuant la
dépense publique», a-t-il
notamment dit, sans préciser la part de la dette que
l’Etat allait reprendre à son
compte –et par conséquent
l’effort qu’il devrait réaliser
en matière de baisse des
dépenses. Le gouvernement s’est engagé à reprendre progressivement à partir
de 2020 une partie «substantielle» de la dette de SNCF
Réseau –46,6 milliards d’euros fin 2017–, ce qui pourrait
compromettre ses engagements à maintenir le déficit public sous la barre des 3% sur l’ensemble du quinquennat.
PHOTO LUDOVIC MARIN. AFP
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
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HORIZONTALEMENT
I. Mer sans rivage II. Fit en
sorte d’avoir de la friture sur
sa ligne ; Touche touches
III. Roi de la famille de Clovis
IV. Il reconnaît Ali, dont les
trois lettres se retrouvent
parmi cinq dans le pays
siège de ce parti V. Ce que
bacchante chante ; Son
compagnon est un porc
VI. Entre Lune et vaisseau ; Il
est à cheval sur sa propreté
VII. Elle a réalisé Rosetta ;
S’il est celui du mien, il est le
mien VIII. Qui pense le Christ
humain et divin IX. Ville ou
château fort franc-comtois ;
Elle meurt à Huis clos X. Elle
est verte en vers ; Handicap
XI. Algues brunes
9
II
IV
V
VI
VII
IX
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
XI
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
GORON
X
Grille n°895
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
VERTICALEMENT
1. Ils font tourner les serviettes 2. Qui n’est pas en cours ; Pour lui, on dit
jaguar ? Non, jaguarondi 3. On les voit en examinant l’iris ; On les voit en
examinant l’iris 4. Joli bord de corps ; Police man 5. Selon le souverain
choisi, il est d’eau ou son homophone ; Première du deuxième 6. Blonde
belge ; Routes de rocs 7. Pommes grasses 8. Filai ; Son client est prévenu ;
Est en tête derrière le précédent 9. Ils privent hauts d’eau
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition),
Christophe Boulard
(technique),
Sabrina Champenois
(société),
Guillaume Launay (web)
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. DEMI-ÉCHEC. II. OUÉDRAOGO. III. DEMI-ÉCHEC.
IV. ÉOS. IDH. V. LEST. ISEO. VI. IX. ITES. VII. NOCER. ETC.
VIII. ANISÂT. RE. IX. GET. CARAT. X. ÉRECTRICE. XI. SERVANTES.
Verticalement 1. DODELINAGES. 2. EUE. EXONÉRÉ. 3. MÈMES. CITER.
4. IDIOTIES. CV. 5. ÈRES. TRACTA. 6. CAC. IE. TARN. 7. HO HISSE. RIT.
8. EGEDE. TRACE. 9. COCHONCETÉS. libemots@gmail.com
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
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Toulouse Montpellier Marseille
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18 u
SPORTS
FOOTBALL
Libération Jeudi 26 Avril 2018
Le style des bad
boys de Marseille
L’OM, qui reçoit
ce jeudi soir
le RB Salzbourg
en demi-finale
aller de la Ligue
Europa, est
dans l’un de
ces moments
bénis et
hasardeux
où les
individualités
se fondent dans
le collectif.
Par
GRÉGORY SCHNEIDER
«D
Dimitri Payet lors du match de Ligue 1 contre le TFC, le 11 mars à Toulouse. PHOTO ALAIN MOUNIC. PRESSE SPORTS
on’t fuck me.» On a eu le
temps d’en voir et d’en
entendre dans les salles
d’interviews et autres zones dites
«mixtes» dévolues aux échanges
entre les joueurs de football et
la presse, mais à la mi-avril, notre
confrère de l’Equipe missionné
pour casser le mutisme de l’attaquant grec de l’Olympique de Marseille Kóstas Mítroglou, en piste
jeudi pour la demi-finale aller de
Ligue Europa (la petite Coupe d’Europe) contre le Red Bull Salzbourg,
a été invité au bout du monde, un
morceau de roi: «Ne me baise pas.»
Mais de quoi parle Mítroglou ?
Il faut tendre l’oreille pour le savoir,
et la tendre longtemps. Le Grec Mítroglou est en vérité allemand: une
enfance à Neukirchen-Vluyn en
Westphalie, le centre de formation
de Duisburg, le Borussia Mönchengladbach comme premier point de
chute dans le monde professionnel
à 17 ans et un coup de fil d’une fédération grecque ratissant les listings
des championnats étrangers pour
trouver des joueurs avec au moins
un grand-parent hellène (ce qui les
rend sélectionnables pour l’équipe
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 26 Avril 2018
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nationale grecque), histoire de lui
rappeler qu’il est né à Kavala, dans
le nord du pays, et que faute d’intégrer une sélection allemande où les
places sont chères, il pourrait toujours se faire une place dans une sélection où l’intégration est moins
compliquée. Mítroglou a accepté.
Puis, à 20 ans, l’attaquant a signé
dans le plus grand club grec, l’Olympiakós Le Pirée. Déjà, là-bas, on ne
l’a pas beaucoup entendu. On l’a vu
ensuite (un peu) en Angleterre à Fulham, et (beaucoup) au Benfica Lisbonne où les journalistes n’ont pas
plus eu l’opportunité de le «baiser»,
comme il dit. Mutique dans ses vestiaires successifs, celui qui confesse
du bout des lèvres «[aimer] s’amuser
en famille ou avec [ses] amis, jouer
avec [son] enfant, faire la cuisine
pour [sa] famille» a laissé glisser les
malentendus et réserves –trop statique pour le plus haut niveau, inutile
dans la construction du jeu– sur sa
longue barbe taillée en pointe.
MÍTROGLOU
A PRIS L’ASCENSEUR
Arrivé blessé depuis le Portugal au
dernier jour du dernier marché estival des transferts –ce qui dit la précipitation donc le possible aveuglement –, Mítroglou, 30 ans déjà, a
mangé chaud à son arrivée à l’OM:
trop cher en transfert (15 millions
d’euros) et en salaire (330000 euros
par mois selon une estimation
de l’Equipe), obsolète, pataud, des
ischio-jambiers un peu suspects. Et
puis bon, qu’est-ce qu’on est allé
chercher un Grec pour coiffer
l’«OM Champions Project» (déclassé en un moins chic «Projet
champion» au cœur de l’automne
sur les PowerPoint du président,
Jacques-Henri Eyraud) du propriétaire américain Frank McCourt. La
tempête a soufflé.
L’entraîneur phocéen, Rudi Garcia,
a fait savoir en off qu’il n’était pas à
l’origine de la venue du joueur : à
l’heure des comptes, ça peut toujours servir. Sur le terrain, Garcia a
aussi donné un peu d’air au Grec,
l’alignant plus souvent et réclamant
aux attaquants de côté, les internationaux tricolores (et frères ennemis) Florian Thauvin et Dimitri
Payet, d’écarter le jeu plutôt que
de revenir dans l’axe pour mettre
les défenseurs adverses sur le dos
de Mítroglou; une crasse que tous
les attaquants axiaux identifient
comme telle. Et le Grec a surgi des
limbes : 6 buts en 164 minutes
en L1 depuis janvier, un pion toutes
les 27 minutes contre des équipes
hexagonales qui, certes, tirent la
langue à cette époque de la saison
mais, enfin, le regard a changé.
Et dans un contexte marseillais caractérisé par l’interaction entre les
joueurs et ceux qui les soutiennent
en tribunes – un Maxime Lopez
étant par exemple sorti au bord des
larmes de la qualification pour les
demi-finales de cette Ligue Europa
acquise contre le RB Leipzig au Vélodrome–, Mítroglou a pris l’ascenseur, le sentiment de culpabilité de
ceux qui avaient moqué ses épaules
voûtées et sa barbe de patriarche accélérant encore le phénomène. Lui
a fait l’étonné : «Dans les grands
clubs, c’est normal qu’il y ait des cri-
Kóstas Mítroglou après un but lors de la rencontre de Ligue 1 contre Lyon, le 18 mars au Vélodrome. PHOTO PHILLIPE LAURENSSON. DPPI
tiques. Même les meilleurs joueurs
du monde en reçoivent. Je suis arrivé
blessé, sans préparation [physique]
estivale avec le club, dans un nouveau pays, un nouveau championnat. Ça a pu paraître long. Mais
pour moi, c’est normal. Sinon, j’ai
toujours mis des buts.»
Et à part ça ? «Don’t fuck me.»
Aucun risque : le Grec joue sur du
velours. Il a gagné sa bataille personnelle, celle de la crédibilité. Et
il n’est pas le seul: c’est tout le club
marseillais qui, dans la foulée
d’une qualification contre Leipzig
à 8 buts (5-3) et en clair à la télévision qui aura vu la terre trembler
au coup de sifflet final, a pris l’ascenseur en même temps que lui.
Samedi, au Vélodrome face à
Lille (5-1), Payet s’est senti de signer
une sorte d’armistice avec Thauvin,
meilleur buteur du club en Ligue 1
et avide, à ce titre, de faire monter
son propre compteur avant la fin de
saison : préposé aux penaltys, le
Réunionnais en a laissé un à Thauvin. Tout à son émotion après coup:
«J’ai été surpris. C’est digne d’un
grand joueur. Ce genre de geste tire
l’équipe vers le haut.»
Leur coach, Garcia, a parlé d’un
«signe important». En 2015, Florian
Thauvin avait donné du «fils de
pute» lors d’un match à Rennes à un
Payet qui s’était avoué «choqué»,
avant d’adopter la posture du sage
«qui ne veut pas envenimer les
choses», ce que Thauvin avait mal
pris aussi. On a souvent prêté à
Payet, non pas un certain machiavélisme, ce serait beaucoup dire, mais
une gestion habile de ses propres
intérêts. Lesquels, de l’avis même
de ses entraîneurs, ne recoupent
qu’épisodiquement ceux de l’équipe
où il évolue. Le cœur de l’affaire est
une fragilité: s’il est capable de des-
cendre une allumette à 30 mètres
avec le ballon, Payet n’a pas les
mêmes capacités à répéter les efforts
–courses, replacements à la perte du
ballon – que ses équipiers. Ce qui
l’a par exemple conduit cette saison
à ne vraiment courir à haute fréquence qu’à partir de la fin février,
histoire de se rappeler au bon souvenir de Didier Deschamps, au moment où le sélectionneur des Bleus
fait ses choix en vue de la prochaine
Coupe du monde en Russie.
PAYET EST
UNE PARABOLE
La ficelle est un peu grosse, la façon
de faire de Payet (31 ans) est par
ailleurs connue depuis longtemps,
mais les habitués du club phocéen
ont noté depuis quelques mois une
inflexion, une générosité nouvelle.
Avant le péno de samedi, il avait
déjà offert à Mítroglou, début février face à Metz, un but qu’il aurait
tout aussi bien pu inscrire luimême. Ce qui dessine les contours,
non pas d’un joueur altruiste que
Payet ne sera jamais, mais d’un leader, que l’on suit à défaut d’aimer
écouter. En l’état, Payet est une
parabole de l’équipe dont il porte
le brassard de capitaine : entre le
microclimat et quelque chose de
plus profond, qui dépasse le cadre
du football et qui dit que la vie d’un
homme se trame quelque part entre
ce qu’il sait faire, ce que son environnement professionnel croit qu’il
peut faire et le regard que le monde
extérieur porte sur lui.
Sur sa bonne mine marseillaise, le
défenseur Rolando Jorge Pires da
Fonseca, dit «Rolando», a retrouvé
à 32 ans la sélection portugaise après
quatre années d’éloignement, en
mars, pour une rencontre amicale
face aux Pays-Bas : une mi-temps
apocalyptique plus tard (3-0 pour
les Néerlandais à la pause, score
final), le Cap-Verdien d’origine était
sorti par son sélectionneur comme
on en termine avec une illusion. Il
faut comprendre qu’en dehors d’un
contexte marseillais où son profil
tempéré est précieux, bien au chaud
derrière un milieu défensif brésilien
(Luiz Gustavo) à plus de quarante
sélections, Rolando et ses conseils
à la jeunesse qui l’entoure ne valent
plus grand-chose. Mais là, ce grand
gaillard (1,89 m) existe comme jamais. Une affaire de cadre, d’élan, de
moment; l’histoire du cycliste qui se
casse la figure quand il arrête de pédaler. Celle de la fraction de seconde
où le carrosse redevient citrouille. Et
cette affaire est bien entendu celle
du chef d’orchestre, le coach marseillais, Rudi Garcia, homme lige
d’un club qui aura survécu à la
disparition du Paris-SG sur la scène
continentale.
On a souvent eu quelques difficultés avec l’entraîneur marseillais, sa
communication à l’emporte-pièce
(«Mes défenseurs n’ont même pas
L’OM est une
affaire de cadre,
d’élan, de moment;
l’histoire du cycliste
qui se casse
la figure quand
il arrête de pédaler.
Celle de la fraction
de seconde
où le carrosse
redevient citrouille.
sauté sur les corners, qu’est-ce que
vous voulez que je vous dise?» lâché
un soir d’hiver) et ce tropisme très
particulier chez lui qui consiste à
endosser une sorte de troisième
voie, distincte de celle de la direction du club qui le paie tout comme
de celle tracée par les joueurs, certains d’entre eux le taxant après
coup de cynisme.
GARCIA SAVOURE
LE PRINTEMPS
Dit autrement: il est certainement
quelque part, mais il reste à savoir
où. La carrière européenne de
Garcia recèle une blessure secrète,
qui remonte à la saison 2014-2015,
quand il entraînait l’AS Roma et ses
vaches sacrées : Morgan De Sanctis (37 ans à l’époque), Daniele
De Rossi (30), et surtout Francesco
Totti, 37 ans et une vie de Romanista. En octobre, son AS Roma
s’était fait déchirer sur sa propre pelouse (1-7) par le Bayern Munich :
«Rudi n’a plus jamais regardé ses
joueurs de la même façon après ça,
raconte un proche. Quelque chose
s’est cassé dans son esprit. Il n’a plus
vu que les défauts: les limites athlétiques et le reste.» Le début de la fin:
Garcia sera mis à la porte un peu
plus d’un an après. On imagine
ainsi cet homme froid, reflet d’un
milieu et d’un métier où les sentiments sont un luxe que peu se
permettent, savourer mieux que
personne le printemps européen de
l’Olympique de Marseille. Salzbourg
peut faire mal : en roue libre dans
leur championnat, ce qui permet de
mesurer les efforts, les Autrichiens
ont dominé l’OM (0-0, 1-0) lors des
matchs de poule. Mais il faut regarder de plus haut. Au fond, le Marseille 2017-2018 et ceux qui le font
vivre ont déjà beaucoup gagné. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
IDÉES/
EricHazan,
20ans
deFabrique
etdepavés
Par
SONYA FAURE
et QUENTIN GIRARD
Photo OLIVIER METZGER
E
st-ce qu’Eric Hazan voudrait
bien nous montrer son «cul»?
Dans une interview qu’il a
donnée en 2009 au fanzine libertaire Barricata, au journaliste qui
lui demandait : «On peut évoquer
ton parcours ?» Hazan répondait :
«J’ai beaucoup montré mon cul ces
temps derniers, dans des portraits.
Je l’ai fait parce qu’il fallait le faire,
mais là, entre camarades, je ne préfère pas, si ça ne t’ennuie pas.»
On en tirera la conclusion qu’on veut
–sans doute qu’il ne nous compte
pas totalement parmi ses camarades– mais presque dix ans plus tard,
le vieil éditeur se prête encore à ce
petit jeu. C’est qu’à nouveau il faut le
faire: La Fabrique, sa maison d’édition politique, subversive, à gauches
toutes, fête ses 20 ans. En deux décennies, Hazan et La Fabrique ont
publié des textes d’Edward Said,
grand humaniste et inspirateur des
études postcoloniales, comme de
Zygmunt Bauman, le théoricien de
L’éditeur qui a commencé en 1998 à publier ses
ouvrages politiques à la gauche de la gauche,
avec des coups d’éclat comme «l’Insurrection
qui vient» du Comité invisible et des titres
controversés comme «les Blancs, les Juifs, et
nous» de Houria Bouteldja, a su garder intactes
ses ambitions d’indépendance et de subversion.
la «société liquide», ou de Daniel Bensaïd, l’intellectuel de la LCR.
Les Luttes des putes (de Thierry
Schaffauser), Féminismes islamiques
(Zahra Ali) ou la Théorie du drone
(Grégoire Chamayou). Delphy, Rancière, Lordon ou Badiou. Robespierre, Blanqui ou Walter Benjamin.
Et beaucoup de Hazan, himself.
DES CHEMINS
DE TRAVERSE
Il y a vingt ans, il s’était fixé deux
objectifs. Le premier : ne publier
que des textes «offensifs» qui «ne se
limitent pas à décrire l’ordre existant» mais «proposent des pistes
pour sa subversion» (1). Le second:
ne pas devoir «un sou de dettes» aux
banques. Il a tenu les deux. Une gestion en bon père de famille (deux
salariés et un stagiaire, 10 à 12 sorties chaque année) lui a permis de
faire vivre une maison totalement
indépendante. Quand à la subversion, on est servi. C’est lui qui a publié l’Insurrection qui vient, du
Comité invisible, en 2007, future
«pièce à conviction» de l’affaire Tarnac qui vient de s’effondrer. Lui en-
core qui a édité en 2016 le brûlot
de Houria Bouteldja les Blancs, les
Juifs et nous, un livre qui divise jusqu’aux vieux compagnons de route
de La Fabrique.
Dès l’interphone, à l’entrée du petit
immeuble d’une rue très vieux Paris
populaire où crèche La Fabrique, il
tutoie. «Entre ! C’est au bout du
jardin, en bas de l’escalier!» Affable,
il répond poliment aux questions.
Sans trop s’étendre non plus.
Difficile de lui faire prendre des
chemins de traverse. On repère vite
les figures de style qu’il aime et qu’il
a déjà répétées à l’envi, comme lorsqu’il évoque les cadres du capitalisme, «ces jeunes gens aux lèvres
minces et costumes de flanelle». Il
use en boucle de la notion de «vérité» – «c’est vrai», «c’est à peu près
vrai» – et plutôt que «oui» répond,
«à coup sûr».
A coup sûr, il connaît ses points faibles et répond à l’avance aux questions qu’on ne lui a pas posées. «J’ai
préparé ma succession à la tête de la
maison», assure-t-il d’emblée. Ce
qui n’est sans doute qu’à peu près
vrai. «Peu de petites maisons d’édition ont réussi à perdurer au-delà
du fondateur, reconnaît Jean Morisot, l’un des deux salariés de La Fabrique. Mais, c’est son objectif. Il a
fait tout ce qui fallait.»
Hazan sait aussi louvoyer : «Ah !
J’ai écrit que Libé ne parlait que
des livres qui ne risquaient pas de
froisser ses actionnaires? Vous avez
raison, c’est injuste.» C’est vrai, entre le Monde qui publie les bonnes
feuilles du Comité invisible ou ses
tribunes régulières dans Libération,
la carte du petit éditeur mal compris et maltraité par les puissants
ne fonctionne plus. Pas facile non
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Jeudi 26 Avril 2018
u 21
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Eric Hazan
à Gargas
(Vaucluse),
mercredi.
«Eric est une
personne très
touchante mais
il peut être cassant.
Il ne ménage pas
ses mots, ne prend
pas de précautions.
Ça va avec
le courage et
la fermeté de
ses convictions.»
Enzo Traverso Historien,
ancien membre du comité
éditorial de La Fabrique
fut «la mort de Delescluze sur la barricade du Château-d’Eau» le 25 mai
1871… Au point de se souhaiter la
même fin, tragico-romantique ? En
tout cas, il estime l’éruption toujours possible. «Ceux qui pensent
qu’à Paris, la partie est finie, ceux
qui affirment n’avoir jamais vu d’explosion dans un musée, ceux qui,
chaque jour, travaillent à ravaler
la façade de la vieille caserne républicaine devraient réfléchir aux
variations de cette grandeur qui n’a
cessé, au fil des siècles, de surprendre
tous leurs prédécesseurs : la force
de rupture de Paris», écrit-il dans
l’Invention de Paris.
A propos des nombreuses protestations actuelles, de la grève des cheminots à la commune libre de Tolbiac, il ne croit pas à «la convergence
des luttes. En revanche, un mouvement comme celui qui est en cours
crée des liens, suscite des rencontres,
fait naître des idées, engendre une
colère, tous des éléments qui, oui,
sont importants et durables».
«JE N’AI PAS PROFITÉ
DE MON ÉPOQUE»
plus de faire coïncider l’image de
l’auteur de Chronique de la guerre
civile (La Fabrique, 2004), pamphlétaire à qui le doute et la modestie
semblent étrangers, et le corps frêle
de cet homme au visage d’enfant
ridé. Difficile de cerner Hazan.
DÉBUT DE
L’AFFAIRE TARNAC
On imagine sans peine le mal de
tête des officiers de police judiciaire
qui ont eu un jour la riche idée de
l’interroger. C’était en avril 2009,
six mois après les débuts de l’affaire
Tarnac, des années avant que commencent les actes terroristes,
les vrais, quand l’Etat fantasmait
encore un ennemi intérieur venant
de l’ultra-gauche. Entendu comme
témoin pendant trois heures, on
lui reproche d’avoir publié l’Insurrection qui vient, pamphlet anarchico-poético-révolutionnaire, et
de ne pas vouloir en révéler les
auteurs, cachés derrière l’appellation «Comité invisible». Il sourit
encore de ce coup de pub offert par
Michèle Alliot-Marie, alors ministre
de l’Intérieur, qui a permis à ce
texte de sortir de l’anonymat et
de devenir la meilleure vente de
La Fabrique. Plus de 80 000 exemplaires écoulés. Presque une rente.
Depuis, l’histoire a continué avec
A nos amis et Maintenant. L’éditeur
dit publier les écrits du Comité invisible les yeux fermés, sans presque
rien retoucher. Lui-même s’est
essayé à la prose séditieuse avec
Premières Mesures révolutionnaires (2013), une ébauche de programme insurrectionnel, dont la
ligne et le style rappellent celui de
ses camarades.
Il y a chez Hazan cette passion de la
révolution qui se traduit par les
auteurs publiés, par le pseudo qu’il
adopte quand il traduit des textes
(«Michel Luxembourg», pour Louise
et Rosa) et par son amour du XIXe,
le «siècle des barricades». C’est aussi
pour ça qu’il aime profondément les
pavés parisiens et «les 70 journées
solaires de la Commune». Lui-même
s’inscrit dans cette lignée. Dans l’Invention de Paris (Seuil, 2002), une
traversée érudite de la ville et son
premier livre, publié à 66 ans, il juge
que le pire moment de sa propre vie
Hazan a 81 ans, et ce n’est pas trop
pour toutes les vies qu’il a usées.
Son grand-père fut libraire au Caire,
son père a fondé deux maisons
d’édition, où sa mère, apatride née
en Palestine, travaillait aussi. Ses
parents, «juifs, bourgeois, assimilés», forment un couple fusionnel.
Avant guerre, Fernand Hazan fonde
les Editions de Cluny. La guerre
éclate, et la famille monte dans la
traction pour rejoindre Marseille,
en France libre. Les bonbons sauvent sans doute la vie d’Eric Hazan:
son père a l’ingénieuse idée de se
lancer dans la création d’une fabrique de sucreries au miel de Guinée,
fait par des araignées. Succès. Il gagne assez d’argent pour acheter une
maison à Antibes,
Suite page 22
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22 u
Libération Jeudi 26 Avril 2018
IDÉES/
sous contrôle
italien, où la famille fuira de nouveau quand les Allemands occuperont la zone libre. «Raul Hilberg a
bien montré dans la Destruction des
Juifs d’Europe que les Juifs qui s’en
sont sortis, c’est les riches», notait
Hazan dans l’émission A voix nue
qui lui était consacrée, sur France
Culture, en mars.
A Antibes, les Hazan mangent les
olives du jardin et font sécher des
figues. Semi-cachés, ils vivent en
quasi-autarcie. «Avec la guerre, j’ai
eu une enfance plutôt agréable,
dit-il. J’allais pas à l’école, j’ai jamais
manqué de rien. J’étais caché, oui.
Mais pour un gamin, c’était rigolo.
Je jouais au gendarme et au voleur.
Mes parents n’ont pas été mal cette
fois-là. Je n’ai pas le souvenir d’avoir
eu peur.»
Retour à Paris, retour au lycée Montaigne, puis Janson-de-Sailly, dans
le XVIe arrondissement. «Sans avoir
été à l’école, j’en savais deux fois plus
que tout le monde. On ne m’avait pas
farci la tête. Je suis un pur résultat
de la méthode Jacotot, que décrit
Rancière dans le Maître ignorant.»
Il lit beaucoup et se souvient
aujourd’hui surtout de la Chartreuse de Parme. «Je suis resté stendahlien. C’est un mauvais Français:
il n’aime pas la France, il n’aime pas
Paris, il trouve que les gens sont
arrogants et au fond si coincés qu’ils
n’arrivent pas à libérer leur cœur. Il
est vraiment sympathique, le gars.»
Après la guerre, son père a fondé
une nouvelle maison, les Editions
Hazan, consacrée au livre d’art. Il
côtoie Matisse, Picasso, mais pousse
son fils à faire médecine. «Moi, je
voulais faire histoire, Normale Sup,
comme mes copains : Marc Augé,
Jean-Pierre Changeux…» Hazan devient chirurgien, spécialisé dans la
cardiologie infantile. «C’est un beau
métier mais, en même temps, c’est
un métier qui crétinise. Le patient
de la veille, le patient du lendemain… le vélo ne s’arrête jamais
dans la tête. Je n’ai pas profité de
mon époque. J’aurais pu aller au
cours de Deleuze, j’aurais pu rencontrer Foucault –son frère faisait l’internat avec moi. Je suis complètement passé à côté de tout ça.»
Suite de la page 21
SUR LE TON
DU PRESQUE RIEN
Mais il ne passe pas à côté du militantisme de l’époque. Alors que ses
parents sont des lecteurs du Monde
bon teint, des copains de lycée lui
ont fait découvrir le communisme
(il quittera le Parti communiste
en 1956 et ne sera plus jamais encarté nulle part). Au début des
années 70, il est l’un des premiers
médecins à assumer, à la télévision,
pratiquer des avortements clandestins. «La loi Veil, c’est nous ! dit-il
Hazan (au centre) lors d’une manif contre la loi renseignement en 2015 à Levallois. MARC CHAUMEIL
aujourd’hui sans ciller. Quand la loi
est bafouée, l’Etat n’a pas d’autres
choix que de mettre ceux qui désobéissent en prison ou de changer la
loi.» Pendant la guerre d’Algérie, il
aide aussi le FLN. «Des gens arrivaient chez moi avec une valise et on
comptait les billets. Le lendemain
matin, une autre personne arrivait
chez moi, on recomptait les billets,
et elle partait avec la valise.» Il se
rend ensuite au Liban pour soutenir
la coalition «palestino-progressiste».
La question du sort des Palestiniens
reste encore centrale pour lui et
dans les publications de La Fabrique. «On a contribué à rendre public, par des livres, ce qu’il se passe
là-bas, même si on a perdu de l’argent, et que les médias n’en ont pas
parlé», dit-il, soutenant comme Edward Said l’instauration d’un Etat
unique et, en attendant, le BDS, le
«boycott, désinvestissement et
sanctions» contre Israël. «La grande
richesse d’Israël, c’est pas les mandarines, c’est la culture, affirme-t-il.
Une arme de propagande fondamentale.»
Ses positions lui valent régulièrement des accusations d’antisémitisme, malgré ses origines. Il s’en
amuse : «Ça m’a toujours fait rire.
Ça ne m’a jamais ébranlé ni touché.»
On se rencontre quelques jours
après l’assassinat de Mireille Knoll,
en plein débat sur la montée des
actes violents anti-Juifs, en France.
Il hausse les épaules. Le sujet ne
l’intéresse pas. «Autour de moi, personne n’a été si ému. Enfin si, de l’assassinat d’une vieille dame respectable, bien sûr. Mais pas au-delà.» Il
dit ça sur le ton du presque rien.
Il sait pourtant très bien ce que ses
propos ont de provocant. «Tout
l’homme [est] dans ses secondes suspendues, dans ses silences de sousentendus, ou pas, dans ses points de
suspension qu’il [faut] traduire, ou
pas», notait impeccablement David
Dufresne dans son livre Tarnac,
magasin général (Calmann-Lévy,
2012).
En 1983, Hazan arrête médecine et
reprend la librairie. Son père, déçu,
lui lâche: «C’est comme si le général
de Gaulle avait ouvert une mercerie
à Colombey !» «J’ai pris conscience
que je ne continuerai pas comme ça
éternellement. J’en avais encore
pour vingt-cinq ans de médecine,
mon mariage n’allait pas très bien,
tente de se souvenir Eric Hazan.
Y avait cette maison d’édition… Ce
n’était pas une vocation, plutôt un
parachute.» L’ensemble vivote, il
finit par le vendre à Hachette. Le
mariage se passe mal, et l’ancien
médecin claque la porte. Il a envie
de se lancer dans une maison d’édition «vraiment politique».
Les ouvrages, titres en police
Rockwell sur fonds unis colorés,
sont aisément identifiables pour
les lecteurs. Pour les journalistes,
aussi, au point d’être de plus en plus
lus et commentés malgré des ventes, somme toute, modestes. Et
parfois de créer la polémique. L’historien Enzo Traverso faisait partie
du petit groupe d’intellectuels, avec
Sophie Wahnich, Olivier Le Cour
Grandmaison ou Alain Brossat,
réunis par Eric Hazan pour discuter
des manuscrits. «Un groupe d’amis,
au sens politique et intellectuel du
terme», se souvient le professeur à
l’université Cornell, aux Etats-Unis.
Qui a depuis, comme beaucoup
d’autres, fini par s’engueuler avec
Hazan. «On s’amusait bien et on a
fait du bon travail, raconte Traverso. Le projet était à la fois clair et
ouvert: pas de frontières politiques,
«Quand on regarde
le catalogue,
si tu mets tous les
auteurs dans la
même pièce et que
tu leur demandes
de se mettre
d’accord, il va y
avoir des morts.»
Jean Morisot Un des deux
salariés de La Fabrique
encore moins partisanes. A la fin
des années 90, après la chute du
mur de Berlin et la profonde crise
idéologique de la gauche, un espace
s’ouvrait, que les maisons d’édition
avaient depuis longtemps déserté.
Il s’agissait d’apporter de nouvelles
idées à la jeune génération à la gauche de la gauche.»
IL N’ÉDITE
QUE DES AMIS
Comme d’habitude, Hazan s’entoure de jeunesse et de collectif…
«Même si le collectif finit toujours
par susciter un peu plus de débat
qu’il ne l’aurait voulu», s’amuse
l’historienne Wahnich, qui loue ses
intuitions, sa capacité à dénicher
les pensées novatrices. Enzo Traverso : «Eric est une personne très
touchante mais il peut être cassant.
Il ne ménage pas ses mots, ne prend
pas de précautions. Ça va avec le
courage et la fermeté de ses convictions.» Sophie Wahnich encore: «Il
fait partie des gens qui ne supportent pas que les choses ne se fassent
pas, c’est une force que j’admire.»
Pour l’éditeur, quarante ans plus
jeune, Nicolas Norrito, «c’est un
monsieur élégant à tous les niveaux.
J’ai un grand respect et une grande
estime pour une personne qui
fait partie de ceux qui nous ont
clairement inspirés pour lancer
Libertalia».
Enzo Traverso commence à prendre
ses distances en 2000, lors de la publication du livre l’Industrie de l’Holocauste de Norman G. Finkelstein,
qui entend démontrer la réification
du génocide juif par l’industrie
culturelle et son instrumentalisation politique, notamment par
Israël et par la communauté juive
américaine. «Il posait de vraies
questions, mais des formulations
étaient susceptibles d’êtres mal
interprétées», estime-t-il. Le livre,
accusé de favoriser l’antisémitisme,
fait en effet scandale. Sophie Wahnich, spécialiste de la Révolution
française, elle, quittera le collectif
avec la parution, en 2006, de la République mise à nu par son immigration, un ouvrage collectif dirigé
par la sociologue spécialiste des
questions postcoloniales Nacira
Guénif. «Tout mon travail autour
de la Révolution est de valoriser la
question de l’universel. Ce livre invalidait l’idée même de la République
sans la questionner, c’était pour moi
politiquement inconséquent.»
Plus récemment, le livre de Houria
Bouteldja les Blancs, les Juifs et
nous. Vers une politique de l’amour
révolutionnaire a été vendu à plus
de 5000 exemplaires et a fait parler
bien au-delà, accusé notamment de
dérive identitaire en essentialisant
les Blancs, les Juifs ou les homosexuels. «Un déferlement de haine,
alors que trois fois sur quatre les gens
ne l’ont pas lu, prévient Eric Hazan.
Houria est éloquente, intelligente,
belle, et c’est une femme, et c’est une
Arabe. C’est un personnage qui n’est
pas supportable pour beaucoup.» «Si
on n’est parfois pas d’accord sur sa
vision robespierriste de la Révolution ou sur un rapport un peu autoritaire à la politique, le vrai point de
friction idéologique porte clairement
sur la question des Indigènes de la
République, témoigne Nicolas Norrito. Pour rien au monde on n’aurait
publié le texte de Houria Bouteldja
qui a provoqué énormément de fâcheries dans ce milieu.»
A La Fabrique, Hazan n’édite que
des amis. «Houria Bouteldja est une
partenaire de lutte, continue-t-il. Je
ne suis pas d’accord avec l’ensemble
de l’analyse politique des Indigènes
de la République, mais à qui devonsnous aujourd’hui de pouvoir dire
“les Blancs”? Houria a réussi à faire
comprendre que “blanc” n’était pas
une couleur de peau, mais la détention de privilèges. Dire qu’il y a une
situation néocoloniale dans l’Hexagone est une idée juste et fertile.»
Jean Morisot tempère: «C’est notre
rôle de représenter toutes les tendances avec des gens parfois pas d’accord
entre eux. Quand on regarde le catalogue de La Fabrique, si tu mets tous
les auteurs dans la même pièce et que
tu leur demandes de se mettre d’accord, il va y avoir des morts.»
18h30, dans la petite cour calme, on
oublierait l’après-midi qui passe.
Eric Hazan nous fait comprendre
qu’il faut s’arrêter. Il doit aller à la
présentation d’un ouvrage dans une
librairie. Défenseur de la chaîne du
livre, il fait grand cas des libraires,
leur consacre beaucoup de temps,
et ils le lui rendent bien. Ce soir-là,
pas de polémique en vue, simplement une discussion sur Proust,
Baudelaire et Nerval. Mais il y va
avec autant d’appétit. L’éditeur a
encore un petit sourire au moment
de dire au revoir. Dans le fond, tout
cela l’amuse beaucoup. •
(1) Il l’explique dans Pour aboutir à un livre
(La Fabrique, 2016).
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
Se dire féministe ne signifie pas toujours œuvrer
pour l’égalité. Comme le féminisme «intégral» qui
ramène les femmes à leur statut de mère.
I
Figaro, et Marianne Durano,
agrégée de philosophie (c’est
ainsi qu’elles se présentent)?
«Intégral» ne signifie nullement la prise en charge de l’ensemble des questions qui concernent les femmes. Il signifie
la réduction des femmes, de la
féminité à un seul aspect, la
maternité et à la défense «des
mères sacrifiées et des corps bafoués». Bafoués par qui? Par
quoi? Par le féminisme dit
«médiatique», le féminisme dit
«conventionnel», le féminisme
«beauvoirien», bref, le mauvais
féminisme porteur de la contraception, de l’avortement, de
la PMA, de la GPA, tout cela
mis sur le même plan et dans
l’occultation totale de désaccords qui traversent les rangs
des «féministes qui se trompent»! Ce «féminisme intégral»
n’est rien d’autre que la remise
au goût du jour de la formule
d’Hippocrate «tota mulier in
utero» («la femme est tout entière dans son utérus»). Et l’ensemble des revendications
avancées porte sur la prise en
compte de la maternité, qu’elle
soit effective (congés, prise en
charge des enfants non désirés) ou potentielle (diminution
des avortements, déremboursement de la contraception, retour à des «méthodes de régulation naturelle» basées sur «des
temps pour s’unir, des temps
pour s’abstenir»). Ce retour au
«monde d’avant» ne se donne
évidemment pas comme tel
mais s’habille, se déguise
d’une triple manière en s’autoproclamant «antilibéral»,
«écologique» et «féministe».
Habillage antilibéral en mettant un signe égal entre
libéralisme politique, libéralisme culturel et néolibéralisme économique. Limite
n’inaugure pas cette assimilation des trois qui est une figure
que l’on trouve dans tous les
livres de Jean-Claude Michéa,
ou dans la revue de la vieille
«nouvelle droite» Eléments.
Habillage écologique en défen-
dant la nature contre l’artifice,
le chimique qu’est par exemple
la contraception. Habillage féministe qui joue sous deux
registres. Premier registre: les
femmes, à cause de leur libération, ont été dépossédées de
leur corps par un autre corps,
le corps médical. Bref, elles
n’ont fait que «passer d’une
soumission à une autre». Mettre ainsi un signe égal entre les
grossesses non désirées, les
avortements clandestins qui
parfois signifiaient mutilations, mort, ou bien emprisonnement avec la pilule, en effet
c’est osé! Second registre:
l’égalité dans la sexualité. Le
refus de la conséquence éventuelle d’un acte hétérosexuel, à
savoir la grossesse, doit être de
la responsabilité des deux partenaires, femme et homme.
Pas de raison que la femme
porte seule la charge
contraceptive. Parfait. Et
comment s’y prend-on? Le
Manifeste répond: «Il est urgent de revaloriser la fidélité
conjugale» et tout aussi urgent
«que les hommes retrouvent le
sens de leurs responsabilités».
Comme avant? Oui, comme
avant. Si les hommes doivent
en effet retrouver ce sens, c’est
qu’ils l’ont perdu et qu’il existait avant. Avant quoi? Avant
la déplorable révolution
sexuelle, avant Mai 68, avant
les funestes années 70. Dans
cet «avant» idyllique dont la
littérature des siècles passés
nous donne un aperçu, pas de
mariages contraints, pas de
femmes abandonnées parce
qu’enceintes, pas d’infidélités
et tromperies de l’épouse mais
le plus souvent de l’époux…
Il est étrange de voir des jeunes femmes reprendre à leur
compte une si traditionnelle
ABONNEZ
conception de la féminité, du
féminin, du partage sexuel entre femmes et hommes, de la
place et du rôle des femmes.
C’est leur droit de s’y inscrire
et de s’atteler à sa restauration.
Mais leurs ancêtres avaient
plus de courage, qui ne se baptisaient pas féministes! •
MARTINE
STORTI
Par
DR
Attention,
détournements
de féminismes
l fut un temps où l’on entendait souvent «je ne suis
pas féministe, mais…». Les
temps changent. Le mot «féminisme», voué aux gémonies
il y a encore quelques années,
est devenu très mode. Tellement d’ailleurs qu’il recouvre
désormais des prises de positions et des conceptions totalement opposées. Ainsi, pour ne
prendre que quelques exemples, se qualifient de féministes aussi bien des personnes
qui critiquent le port du voile
ou du burkini que celles qui le
défendent; ou bien celles qui
luttent contre le harcèlement
et celles qui voient dans la «liberté d’importuner» une «condition indispensable à la
liberté sexuelle»; ou encore celles qui identifient universalisme et racisme comme celles
qui rabattent l’émancipation
des femmes sur l’identité nationale. Que les féministes ne
soient pas d’accord entre elles
n’est pas gênant. C’est même
plutôt un signe de santé dont il
faut se réjouir. Mais ne s’agit-il
toujours que de désaccords, de
divergences, voire d’une extension du domaine du féminisme? Ou bien d’entreprises
de brouillages, de détournement et de captation d’un mot,
l’antiféminisme, voire d’anteféminisme qui se déguisent en
féminisme?
La palme, si j’ose dire, revient
aux promoteurs du «féminisme
intégral», dernier adjectif arrivé sur la scène. Après le «nationalisme intégral» de Maurras, ou le «voile intégral» de
certain-es islamistes c’est un
«Osez le féminisme intégral!»
que prône la revue Limite.
On savait que les fondateurs de
ladite revue avaient été des
animateurs de la Manif pour
tous, se qualifiaient de «conservateurs», de «catholiques»,
mais «féministes», c’est assez
surprenant! Que proposent-elles, ces «féministes intégrales»,
dans le manifeste concocté par
Eugénie Bastié, journaliste au
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www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Essayiste, militante féministe.
Auteure de : «Pour sortir
du manichéisme, des roses
et du chocolat», éditions
Michel de Maule.
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24 u
Libération Jeudi 26 Avril 2018
IDÉES/
Alors qu’il termine
sa tournée
américaine,
le président français
incarne le destin
d’un pays qui exerce
là-bas une fascination
teintée d’envie.
Ce qu’il peut
mettre à profit
pour progresser
sur les grands
dossiers
internationaux.
L
a France n’a jamais laissé
les Etats-Unis insensibles.
Les élites américaines
aiment y comparer leur propre
système (valeurs morales, débats
sur les armes, modèle économique) et s’en servent de référence pour jauger les autres pays
européens. L’évocation de la
France et des liens historiques
entre les deux pays inspirent des
sentiments puissants mais
complexes, allant selon les
périodes de l’admiration au rejet
brut. En 2003, le «non» à la
guerre en Irak avait ainsi déclenché une virulente campagne
L'ŒIL DE WILLEM
médiatique antifrançaise.
Un calendrier électoral proche
dans les deux pays a relancé,
en 2016, l’intérêt pour les comparaisons transatlantiques. La désaffection démocratique, le délitement du tissu social, le Brexit
alimentaient une vague populiste
censée déferler sur l’Occident. Le
cénacle washingtonien, sidéré
par l’élection de Donald Trump,
s’est passionné avec tristesse
pour l’élection présidentielle
française, prédisant la chute de
l’Europe pour exorciser le chaos
institutionnel américain. La
France, marquée par le terro-
risme, ne s’est pourtant pas
effondrée, et c’est une Union
européenne unie et déterminée
qui affronte le Brexit.
Un an après, une Amérique divisée continue de projeter sur la
France ses fantasmes, mais le
regard porté sur notre pays s’est
transformé. Si certains sympathisants de la droite radicale américaine ont vu dans la victoire
d’Emmanuel Macron la main
d’une élite mondialiste honnie, la
frange modérée du parti républicain, préoccupée par les excès de
«son» président, a observé avec
intérêt l’exemple de révolution
politique pacifique offert par la
France. Pour l’opposition démocrate en pleine introspection,
l’expérience française incarne la
validation d’une plateforme politique résolument libérale et
ouverte au monde qu’elle proposait aux Etats-Unis. Les discours
en anglais du président français
sont largement relayés dans les
médias et sur les réseaux sociaux.
Les commentateurs américains
qualifient la relation personnelle
singulière entre les deux chefs
d’Etat de «bromance» (contraction de brother, «frère», et romance). Mais Donald Trump en
tire un profit direct. Voyant sa
légitimité affectée par les soupçons d’ingérence dans l’élection
de 2016 et les scandales qui rythment son mandat, Trump peine à
affirmer son statut présidentiel et
se sait impopulaire à l’étranger.
L’attelage qu’il forme avec
Emmanuel Macron, partenaire
improbable, adoucit son image et
conforte le statut de négociateur
international qu’il revendique.
Signe des temps, les médias
conservateurs, souvent critiques
à l’égard de la France, font cette
fois de l’Allemagne ou de la Suède
leurs cibles privilégiées.
Le moment français aux EtatsUnis doit en partie aux circonstances. Les moteurs traditionnels
de la relation transatlantique se
sont grippés face à un président
américain eurosceptique. L’Allemagne d’Angela Merkel, chérie
sous Barack Obama, s’affirme viscéralement anti-Trump, tandis
que le Royaume-Uni, affaibli et
vexé par les commentaires du
président américain sur les attentats de 2017 à Londres, consacre
Par
BORIS TOUCAS
DR
La France, usine à fantasmes
pour une Amérique divisée
l’essentiel de ses efforts diplomatiques à la négociation du Brexit.
Paris, dont la capacité à mener
seul des opérations militaires
audacieuses suscite le respect à
Washington, s’est habilement
positionné pour devenir l’interprète des Etats-Unis auprès
d’Européens aussi désabusés
qu’inaudibles.
Nul ne peut ignorer la première
puissance mondiale. La personnalité et les orientations politiques du président Trump sont
controversées, mais les relations
diplomatiques engagent des
Etats et non des individus. Alors
que le voisinage de l’Europe est
déstabilisé au Sahel, en Ukraine
ou au Moyen-Orient, il est urgent
d’avoir un dialogue franc avec un
allié américain devenu imprévisible. La France doit profiter de
son moment américain pour
convaincre le président Trump
de protéger un ordre international que la Russie ou la Chine voudraient bousculer, et le dissuader
de sacrifier ses relations avec
l’Europe sur l’autel de la politique
de l’America First.
La visite de Trump à Paris l’an
dernier avait laissé un goût d’inachevé. Le président américain
s’était enthousiasmé pour la parade du 14 Juillet (qu’il entend reproduire aux Etats-Unis), mais
n’avait que peu infléchi sa position sur les grands dossiers internationaux. La situation s’est dégradée depuis. Des Etats-Unis
aux velléités protectionnistes
s’en prennent à l’industrie européenne. Donald Trump juge l’accord de Paris sur la lutte contre le
réchauffement «catastrophique»,
il menace de décertifier,
le 12 mai, l’accord sur le nucléaire
iranien, si les Européens n’obtiennent pas des concessions
significatives de Téhéran. Alors
qu’il revient d’une visite de trois
jours aux Etats-Unis, Macron,
dont le salut viril est célèbre
outre-Atlantique, devra faire
preuve d’une réelle main de fer
face à son homologue. •
Chercheur invité au Center
for Strategic and International
Studies (CSIS) à Washington.
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
HISTORIQUES
REVUE
Géopolitique des campus
Depuis les années 90, le classement
de Shanghai, chaque année, dispense les bons et les mauvais points
aux universités de tous les pays. Si
elles ne fusionnent pas avec une
voisine, les «petites» ont-elles une
chance de survivre? Quel impact a
la mondialisation sur ces lieux du
savoir? Ce sont les questions posées par la nouvelle livraison de la revue de géographie Hérodote. Mais quel
est «le bien-fondé de cette course à l’évaluation permanente, à la publication, aux financements, à l’impérative nécessité de répondre aux standards internationaux
de ce qui est considéré comme une université de qualité?»
demande Béatrice Giblin dans son introduction.
De l’université corse au «tropisme américain», de l’enseignement supérieur chinois à l’université turque ou
à Vincennes… passage en revue de la mise en concurrence mondiale des universités.
Par SERGE GRUZINSKI
CNRS – EHESS (Paris)
Le tour du monde
des nationalismes
Lors de la commémoration des 500 ans
des Capitulations de Valladolid, l’exaltation
de la grandeur espagnole a pris un tour moins
nationaliste ou conservateur en revendiquant
les origines de la mondialisation.
Revue Hérodote, n°168, mars, 192 pp., 22 €.
CONFÉRENCE
L’astrologie en Occident et en Inde
Dans le cadre de son cycle thématique «l’Invention du
futur», l’Université populaire du Quai-Branly veut aborder l’astrologie avec deux approches bien distinctes.
D’une part, celle du sociologue Arnaud Esquerre,
chargé de recherches au CNRS en sociologie, auteur de
Prédire. L’astrologie en France au XXIe siècle (Fayard,
2013) et dont les travaux portent entre autres sur les prédictions et les récits d’expériences fantastiques vécues.
Lui abordera la vision occidentale de la divination par
les astres. Catherine Clément, d’autre part, parlera, elle,
d’une façon plus personnelle de son expérience de l’astrologie en Inde. En charge des programmes de l’Université populaire du Quai-Branly depuis 2003, la philosophe et romancière vient de publier aux éditions du
Seuil Indu Boy, roman biographique sur la vie d’Indira
Gandhi.
L’astrologie en Occident et en Inde, le mercredi 2 mai de 18 h30
à 20 heures, Théâtre Claude Lévi-Strauss du musée du QuaiBranly à Paris, entrée libre.
BLOG
Etats-Unis toujours… Minnesota,
«l’Etoile du Nord»
L’auteur du blog «Ainsi va le Minnesota», Jérôme Château, résident français aux Etats-Unis, rend compte de
l’actualité politique américaine depuis cet Etat du Nord.
Aux dernières nouvelles, il neige, et la radio pleure en
continu pour le deuxième anniversaire de la disparition
d’un des enfants les plus célèbres du Minnesota: Prince
(avec bien sûr Francis Scott Fitzgerald, Judy Garland,
Bob Dylan, Jessica Lange, les frères Coen). Mais surtout
on espère, dans cet Etat historiquement à gauche, un
tsunami démocrate pour les élections de mi-mandat
le 6 novembre prochain.
Blog «Ainsi va le Minnesota» de Jérôme Château à lire
sur Libération.fr •
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E
n mars dernier, au cœur de
l’Espagne, les forces armées et
la famille royale ont mis les
petits plats dans les grands pour célébrer les 500 ans des Capitulations
de Valladolid, l’accord passé entre
Magellan et le futur Charles Quint,
censé organiser le premier tour du
monde. Pas moins de trois ministres,
Intérieur, Défense, Affaires étrangères ont rejoint la cérémonie. «Le roi
encourage à chercher dans l’histoire
les “clés de ce que nous sommes en
tant que pays”». Ainsi titrait le quotidien conservateur ABC qui consacrait
ses pages à «la plus grande épopée de
toute l’histoire de la navigation mondiale (1)», à «l’un des exploits les plus
extraordinaires de l’histoire de l’humanité […] destiné à inspirer les générations actuelles et futures».
Le reportage s’efforce de redorer la
couronne en n’hésitant pas à rattacher directement le souverain actuel
(un Bourbon) à l’empereur Charles Quint (un Habsbourg). Le héros
qui a fait le tour du monde est un
Basque, El Cano, donc un Espagnol
et il ne doit rien au Portugal, pays
d’origine de Magellan. Le tour du
monde aurait été «une épopée réglée
dans ses moindres détails, respectueuse des conventions internationales, attentive aux peuples qu’elle allait rencontrer, fondée sur un accord
sans arrière-pensées entre le pouvoir
politique, qui sponsorisait l’expédition et ceux qui étaient destinés à la
mener».
Mais l’exaltation de la grandeur espagnole prend un tour plus original
à partir du moment où elle se plaque
sur les origines de la mondialisation.
Réuni à l’occasion, un colloque conviait les historiens à tirer de ce tour
du monde les «clés de la première globalisation» et à méditer sur l’événe-
ment qui aurait marqué «le début
d’une ère moderne qui succédait à la
Renaissance».
Face à la crise politique qu’entretient
la dissidence catalane, rien d’étonnant à ce qu’un gouvernement conservateur cherche à se servir de l’histoire ibérique pour redonner du
lustre au nationalisme espagnol. Ce
geste n’est pas isolé: ABC, encore lui,
annonce la publication d’une série de
reportages historiques destinés à
exalter «les grandes prouesses de l’histoire», à commencer par «la victoire
des Espagnols face au cruel empire almohade à Las Navas de Tolosa, une
bataille qui a freiné la progression
musulmane sur la Péninsule et a redonné un souffle à la Reconquête».
D’autres initiatives, comme la Fundación Civilización Hispánica, se
proposent de laver le passé espagnol.
Son inspirateur, un ex-ministre du
Partido popular (PP), regrette que
l’Espagne n’ait pas été capable de se
Au même moment,
en France, les murs
du métro étaient
couverts de fresques
qui dans un style
«Game of Thrones»
avec étendards
à fleurs de lys
intimaient:
«L’Histoire
vous attend»
(au Puy du fou de
Philippe de Villiers).
vendre comme le pays qui «a réalisé
l’incorporation de tout un continent
à la civilisation occidentale ou a globalisé la planète grâce à la découverte de l’Amérique et du Pacifique ou
encore a créé les droits de l’homme».
«Un pays qui a globalisé la planète.»
On a envie de rapprocher l’exemple
espagnol du cas chinois. La lecture
des œuvres du président Xi Jinping,
nous l’avons montré le 22 mars, nous
apprend beaucoup sur le rapport que
la puissance chinoise entretient avec
la mémoire et sur la façon dont elle
se forge un passé à la mesure de son
Antiquité et de la mondialisation
contemporaine. En s’attachant à
conjuguer la mondialisation avec la
revendication d’une grandeur à
l’épreuve des siècles et à l’expression
d’un nationalisme globalisé, le gouvernement chinois joue dans le camp
de son homologue espagnol. En
Chine comme en Espagne, cette manière de dépasser l’opposition classique entre national et global table à la
fois sur le culte du passé, l’ethnocentrisme et les intérêts bien compris du
néolibéralisme mondial.
J’essayais de mettre d’aplomb ces
idées dans ma tête quand, dans une
station de métro parisien, me voilà
nez à nez avec une autre manifestation contemporaine du nationalisme.
Les murs étaient couverts d’impressionnantes fresques murales qui
dans un style videogame mâtiné de
Game of Thrones intimaient: «L’Histoire vous attend» (sous-entendu
dans le parc d’attraction du Puy du
fou créé en Vendée par Philippe de
Villiers). L’une de ces affiches rassemble plus d’une douzaine de personnages «historiques», en haut
d’une falaise et donc au bord du gouffre. Ils agitent des étendards à fleurs
de lys, des symboles liés à la chouannerie, des bannières de croisés, des
enseignes romaines pointées vers un
ciel où tournent quelques rapaces,
dont un vautour. Pas un drapeau tricolore, même si un combattant de
Verdun se glisse dans le groupe qui
me fixe. Quatre femmes pour neuf
hommes, pas de métis ni de Noir. A
regarder l’affiche où visiblement rien
n’est laissé au hasard et qui nous est
explicitement offerte comme le reflet
du passé hexagonal, on imagine ce à
quoi ressemblerait un nationalisme
repensé en termes cathos de droite,
chouan et royaliste. Le passéisme de
la version française ne fait que mieux
ressortir l’originalité des mises à jour
espagnoles et chinoises. De quoi rester vigilant face aux nouveaux avatars du conservatisme et à leurs manières plus ou moins audacieuses de
manipuler l’Histoire. •
(1) ABC, le 23 mars.
Cette chronique est assurée en alternance
par Serge Gruzinski, Sophie Wahnich,
Johann Chapoutot et Laure Murat.
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
LIVRES/
«L’Eglantine
etleMuguet»,
fleursennemies
Par
FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
C’
est une sorte de road-trip
géolocalisé sur les terres
de son enfance. Le 11 janvier 2017, Danièle Sallenave s’installe dans la petite maison entourée
de vignes qu’elle a louée à La Roche-aux-Moines, sur la commune
de Savennières (Maine-et-Loire).
C’est le village d’enfance de l’académicienne de 77 ans. Son projet vise
à sillonner le département, et vérifier «l’héritage républicain» transmis par ses parents instituteurs.
A ses yeux, son périple doit se révéler encore plus ambitieux : il ne se
résumera pas à une balade nostalgique, mais il doit voir aussi en quoi
ce retour aux fondamentaux républicains peut permettre «d’éclairer
ce que nous vivons», autrement dit
un regain identitaire et nationaliste.
Son terrain d’exploration se situe à
l’intérieur de ce que l’auteure appelle un «fatal triangle», à l’ouest de
l’ancienne province d’Anjou. Sur
une carte, elle a relié les trois sommets de ce triangle, tous liés à son
histoire familiale, et qu’elle va rallier tour à tour. D’abord au sud, le
pays des Mauges, près de Cholet,
marqué par la guerre de Vendée.
Puis elle se rendra au nord, dans le
Segréen, terre de chouannerie, à la
Pour éclairer l’actuel regain nationaliste, l’académicienne
Danièle Sallenave a arpenté l’Anjou où elle est née,
soit le «fatal triangle» Cholet-Segré-Trélazé, marqué
par la guerre de Vendée, à la recherche de l’héritage
républicain qu’incarnaient ses parents instituteurs.
frontière de la Loire-Atlantique. Et
elle terminera sur sa troisième cible
à l’est, à Trélazé, dans la ville des ardoisiers, foyer républicain puis de
l’arnacho-syndicalisme. Armée de
son carnet de notes, de son appareil
photo, de feuillets avec des dates,
des itinéraires, des noms de patelins, des citations, cette enquêtrice
d’un genre particulier va voir «se réveiller sur le terrain même certaines
figures majeures des deux derniers
siècles, dont l’action a été déterminante, bien au-delà de leur époque».
C’est un creuset géographique, historique et autobiographique qui
rappelle en partie l’entreprise de
Mona Ozouf, qui revenait dans
Composition française (Gallimard, 2009) sur son triple héritage,
famille bretonnante, Eglise et école
républicaine. L’historienne et spécialiste de la Révolution française,
dans une perspective universaliste,
amenait à réfléchir sur ce que signifient aujourd’hui des mots comme
République, identité, communautarisme.
DOULOUREUSE
PAGE D’HISTOIRE
Le récit jour après jour des pérégrinations de Danièle Sallenave, grossi
de digressions historiques locales et
nationales comme un fleuve d’affluents de plus en plus nombreux,
veut, sans prétendre faire travail
d’historien, «éclairer nos contradictions d’aujourd’hui en réveillant des
contradictions d’hier». Même si elle
ne saute pas aux yeux, cette contradiction est inscrite dans le titre
même du livre. Pourquoi l’Eglantine
et le Muguet ? Parce que la rouge
églantine est la fleur des socialistes
qui a laissé la place au muguet, la
fleur de la Vierge Marie, le 1er Mai
sous le gouvernement de Vichy. «La
rivalité de l’églantine et du muguet
est comme le symbole et le résumé des
grands affrontements de notre histoire nationale», estime l’auteure,
selon laquelle cette guerre florale
symbolique serait loin d’être
éteinte. Quand il occupe un poste
dans l’école de Trélazé, la ville
«rouge» à dix kilomètres d’Angers au
début des années 30 et sous le Front
populaire, ville opposée en tout
point à l’esprit rural, conservateur,
catholique qui règne dans les Mauges et le Segréen, son jeune instituteur et socialiste de père fondera le
club de football de l’Eglantine avec
des ouvriers ardoisiers et quelques
collègues; l’Eglantine a perduré.
Mais c’est par le passé le plus terrible et le plus sombre de l’Anjou que
pénètre l’académicienne. Par les
Mauges, par Chalonnes, territoire
de la guerre de Vendée, «l’une des
obsessions et peut-être la raison cachée de ce livre». Elle connaît bien le
sujet, l’alimente de sources diverses
notifiées en annexe, elle ne vise pas
à apporter une obole supplémentaire à cette douloureuse page d’histoire, «épine accrochée au flanc des
républicains», mais plutôt à faire un
travail sur elle-même, «sur la censure que notre formation républicaine faisait peser sur sa mémoire».
L’Anjou a auparavant été un des
foyers de la Réforme en France, faitelle remarquer, et c’est lors de son
séjour à Angers que le roi Henri IV
rédige l’édit de Nantes en 1598. Elle
revient sur des récits de batailles
marquantes comme le Choc de Chemillé en avril 1793, avec la figure de
Maurice d’Elbée, qui a une simple
croix de granit à Beaupréau. Et sou-
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Construction d’une
ardoisière tue-vent,
à Trélazé, vers 1890.
PHOTO ROGER-VIOLLET
Remettre cette éducation
laïque et ouverte au centre
paraît, selon l’auteure, être
le défi républicain d’aujourd’hui.
dain, retour au présent. «Quelques
kilomètres sur une route belle, un
peu triste, ou bien c’est moi? Il flotte
dans toute cette campagne une morbidité, un dolorisme qui m’accable.
Trop de chapelles, de monuments
votifs. Je suis en plein territoire du
“souvenir vendéen” ; territoire peu
républicain.»
ALLERS-RETOURS
TEMPORELS
Envoyée spéciale dans le passé mélangé pour aider le présent, Danièle
Sallenave multiplie les plongées
dans le présent le plus actuel pour
que son excursion reste la plus vivante possible. Entre deux immersions dans des révolutions et contre-révolutions, on la voit ainsi lire
et retranscrire devant sa cheminée
avec un verre de savennières blanc;
ou dans la campagne, cherchant à
décrire le château d’un hobereau,
désigner l’architecture qui parle du
catholicisme de combat; ou encore
faisant la chasse aux vivres au supermarché du coin. Ce qui la fait
parfois douter de la pertinence de
ces allers-retours temporels. «Et
soudain, je me sens exténuée, à force
de vouloir faire tenir ensemble le
souvenir de ma grand-mère, le
fleuve, la vieille nostalgie de la “sociale” et le présent des supermarchés
équitables.» Un brin découragée,
elle se demande alors ce qu’elle
cherche exactement, ce qu’elle espère trouver…
Mais l’académicienne a de la constance et n’est pas du genre à reculer
devant une besogne titanesque,
abattue de la manière la plus scrupuleuse qui soit. Déjà elle a repris
son souffle et repart bille en tête.
«Pour restituer l’idéal républicain
tel qu’on me l’a transmis, je dois
prendre appui sur une mémoire longue, au fur et à mesure que je m’enfonce dans ces terres où je l’ai reçu.»
Là voilà partie dans le nord de l’Anjou – deuxième sommet du triangle – à l’autre bout du Maine-etLoire, dans le Segréen. C’est l’occasion de parler du vicomte de Falloux, local et national notoire, âpre
défenseur de l’enseignement clérical, qui a sa statue au Bourg-d’Iré.
Mais aussi de découvrir à Noyantla-Gravoyère, où sa mère a été nommée institutrice en 1931, la personnalité de René Brossard, qui a
donné son nom à l’école. Il faisait
partie des «normaliens résistants»,
dont la plupart furent fusillés, luimême mourra sous la torture le
23 octobre 1943.
Les grandes affaires du pays se
jouent dans le petit triangle de son
Anjou natal : «Toute cette noblesse
rurale du XIXe siècle, dont pas un
n’accueillera de bon cœur la République, s’est mise au service de la
France dans l’armée d’Afrique.» La
conquête de l’Algérie a ainsi été
confiée par Charles X à un Chouan,
le comte de Bourmont, un monarchiste légitimiste, avec pour feuille
de route de faire triompher la civilisation chrétienne sur l’islam. Ledit
Bourmont naquit dans le Haut-Anjou à quelques kilomètres de distance du château ou naîtra, lui,
quarante ans plus tard, le comte de
Falloux…
«PAS BESOIN DE
CETTE HYPOTHÈSE»
En arrivant sur Trélazé, troisième
sommet du triangle que s’est imparti l’auteure, le livre se fait davantage autobiographique. Elle re-
late le parcours de ses parents
instituteurs, le contexte de sa naissance, en 1940, alors que son père
mobilisé va se retrouver ensuite
prisonnier au Tyrol jusqu’à la fin de
la Seconde Guerre mondiale. Son
milieu était laïque. «J’ai été ainsi
élevée à l’écart, à l’abri, disons, pour
rester neutre, en l’absence de toute
emprise, de toute référence religieuse. De tout appel à une vérité révélée, dans la conduite de la vie quotidienne, comme pour l’explication
du monde, moral, social, politique.
Nous faisions tous sans le savoir (je
veux dire: mes parents, ma famille)
la réponse de Laplace à Napoléon :
“Sire, je n’ai pas eu besoin de cette
hypothèse.” Nous n’avions pas besoin de cette hypothèse. C’est une
chose que la fascination actuelle
pour les religions rend presque incompréhensible.»
C’est l’occasion de dérouler le modèle scolaire et éducatif républicain dont elle a hérité. L’école, «à
qui il incombe de veiller à ce que
l’inégalité sociale ne se redouble pas
d’une inégalité devant la connaissance, le savoir, le maniement de la
langue», reste un sujet de prédilection de Danièle Sallenave, qui revient aussi sur la bataille de l’enseignement public des filles, les
différentes guerres scolaires
comme les combats pour l’école
publique dans les années 50. Selon
l’auteure, remettre cette éducation
laïque et ouverte au centre lui paraît être le défi républicain
d’aujourd’hui. Pour répondre à la
résurgence d’un catholicisme virulent, bien connu dans le passé de
son Anjou natal et du développement d’une pensée républicaine
néoconservatrice, tous deux réactions exacerbées à «la question musulmane». Et ce n’est pas pour rien
qu’elle dédie ce livre imposant, foisonnant et qui lui ressemble, à Grégoire Bordillon, premier préfet républicain de Maine-et-Loire,
qu’elle fait avec d’autres, «églantinard» d’honneur. Réhabilitant malicieusement l’églantine. •
DANIÈLE SALLENAVE
L’ÉGLANTINE ET LE MUGUET
Gallimard, 530 pp., 22,50 €.
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Libération Samedi 28 et Dimanche 29 Avril 2018
Libération Jeudi 26 Avril 2018
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Page 44 : Christian Godin / Péchés immortels
Page 45 : Kevin Canty / Montana souterrain
Page 48 : Julien Syrak / «Comment ça s’écrit»
LIBÉ WEEK-END
Par
PHILIPPE LANÇON
A
Saint-Pétersbourg
rebaptisée Petrograd,
il ne fait pas bon vivre à l’hiver 1920.
C’est la Révolution, la guerre. La misère et donc la faim. Quelques créateurs ont des chambres à la Maison
des Arts, ancienne demeure d’une
dynastie de riches marchands.
Parmi eux, l’un des grands poètes
du siècle : Ossip Mandelstam. Il a
29 ans. Dans la Pelisse, bref récit
d’inspiration gogolienne publié
deux ans plus tard, il se souvient :
«Nous vivions dans le luxe misérable
de la Maison des Arts […], nous, poètes, artistes, savants, membres d’une
étrange famille rendus à moitié fous
par le rationnement, retournés à
l’état sauvage, léthargiques. Le gouvernement n’avait rien en échange
de quoi nous nourrir, nous ne faisions rien. […] Nos pièces n’étaient
pas chauffées, il y avait en revanche
dans la maison elle-même des réserves intactes de combustible : une
banque désaffectée, à peu près quarante chambres vides où s’amoncelaient à hauteur de genoux de solides cartons de banque.» Les prend
qui veut. L’esprit est une chaussure
trouée, une sandale ailée, une nourriture terrestre. Il flambe autour du
feu à la vitesse et dans le vide que
laissent les événements.
Osip Mandelstam, en 1925. PHOTO RIA NOVOSTI. SPUTNIK
Odeur de coffre
Mandelstam,
la flèche du temps
Publication des
Œuvres complètes
Lui, Mandelstam, a sa pelisse sur le
dos. C’est aussi une pelisse de mots
qui couvre son destin, et comme un
autoportrait : «L’une de ces pelisses
que portaient les popes et les vieux
marchands, cette gent réfléchie, impassible, des malins (qui ne restituent rien aux autres, ne cèdent rien
d’eux-mêmes), oui, pelisse ou froc,
son col se dresse comme un mur, son
grain est fin; jamais retouchée, elle
ne trahit pas son âge, une pelisse
propre, ample, et je la porterais bien
comme si de rien n’était, même si
d’autres épaules s’y sont logées, mais
voilà, je ne peux pas m’y faire, elle
dégage une mauvaise odeur, comme
de coffre, et aussi d’encens, de testament spirituel.» Sous la pelisse, un
homme et, en lui, l’essence des civilisations que ses poèmes condensent : juive, grecque, romaine, byzantine, catholique, orthodoxe,
romane, gothique, classique, romantique, symboliste, moderne. Il
ne voyage pas à travers le temps. Il
l’unit. Trois mots pour qualifier son
geste littéraire : vite, concret, profond.
1911: «Depuis long- Suite page 42
LIVRES/
Chaque samedi, dans Libération, retrouvez
huit pages spéciales consacrées à l’actualité
littéraire. Cette semaine, retour sur l’itinéraire
du grand poète Ossip Mandelstam, de la Maison
des Arts à Saint-Pétersbourg en 1920 à sa fin
dans un camp stalinien en Sibérie, à l’occasion
de la parution de ses Œuvres complètes en
deux volumes (Le Bruit du temps).
nus par les médiums, des quêtes inlassables. Il confronte leurs attentes
et leurs exigences de vérité aux lâchetés et aux renoncements des
autorités scolaires et municipales
dont «l’obsession est d’éviter absolument tout ce qui pourrait être pris
pour un aveu de responsabilité».
Puis apparaissent les fantômes
dans ce Tohoku que Richard Lloyd
Parry parcourt, empathique, citant
le poète Bashô qui décrivit cette région comme le «lieu par excellence
de l’isolement et de la solitude». Personnage fort et troublant, le moine
bouddhiste Taio Kaneta s’invite au
milieu du récit. Il vient aider les survivants victimes de malaises, d’apparitions surnaturelles à «refouler
les esprits malheureux», ces gaki ou
«fantômes affamés» qui errent entre
les deux mondes.
Confessions lucides. En dépit
Un des rares enfants à fréquenter un parc décontaminé, à Date, quelques mois après le tsunami. C. AVESTA. G.
BRESSION. HANS LUCAS
L’impossible repos des
«fantômes» de Fukushima
L’enquête de Richard
Lloyd Parry et les
extraits de l’audition du
directeur de la centrale
nucléaire éclairent sous
un nouveau jour le
drame qui a secoué
le Japon en 2011.
C’
est une école à part. Elle le
restera à jamais. Bâtie sur
deux étages et en arc de
cercle, avec des formes rondes aux
couleurs vives, un petit étang, des
cerisiers et une large vue sur les rizières et le fleuve Kitakami, l’école
primaire Okawa était «l’œuvre d’un
rêveur ambitieux». Elle a été engloutie le 11 mars 2011 par le tsunami qui a frappé les côtes du
Tohoku après le plus violent séisme
jamais enregistré au Japon. Tout
s’est joué en cinquante et une minu-
tes. C’est beaucoup et c’est bien peu.
Que s’est-il passé entre le choc
de 14h46 et l’assaut du «monstre invisible» sur l’école à 15h37? La question parcourt toute l’enquête de
Richard Lloyd Parry, correspondant
du quotidien britannique The Times
à Tokyo. Et il n’est pas sûr que les
survivants, les parents des victimes
aient un jour une réponse claire et
définitive. «Le 11 mars 2011, soixante-quinze écoliers japonais moururent sous la garde de leurs enseignants. Soixante-quatorze d’entre
eux se trouvaient à Okawa.» Là,
comme le note Lloyd Parry, c’était
le «pire drame du tsunami, la plus
dure de toutes les histoires entendues». L’hébétude face à l’horreur.
Justesse. Dans ce récit au long
cours, le journaliste écrivain cherche autant à connaître les vérités,
tristement banales ou terriblement
déconcertantes, qu’à écouter ceux
qui ont affronté la furie, l’absence et
l’ineffable. Chisato nous ouvre les
portes de ce monde de «fantômes».
La petite fille de 11 ans s’est réveillée
une nuit en criant. Dans son cauchemar, l’école avait disparu. Funeste présage, c’était quelques semaines avant le 11 mars. Sa mère,
Sayomi, l’identifie quelques jours
après le passage du tsunami, «couverte de boue, nue, très calme
comme si elle dormait». Les «retrouvailles» que décrit Richard Lloyd
Parry sont d’une inoubliable force.
Celles de Naomi avec sa fille Koharu
sont terribles. Elles ont lieu cinq
mois après la catastrophe. Naomi
est face à une «masse. Sans bras.
Sans jambes. Sans tête». Elle identifie sa fille grâce à sa culotte.
Face au «vertige» de l’impossible, jamais larmoyant, l’auteur s’efface,
pudique, observateur attentif d’une
communauté qu’il a fréquentée
pendant six ans. Conscient que le
«chagrin fait partir certains individus à la dérive», il témoigne de la
mobilisation d’habitants, de parents à la tête de pelleteuse, dans un
comité d’information, une association de défense, une action en justice. L’avantage de passer du temps
à enquêter et à écouter fait que l’on
s’éloigne des simplismes et des
idées reçues sur un Japon qui, au
sortir du 11 mars 2011, aurait été
uniquement une seule communauté unie dans un douloureux silence, une abnégation innée, une
résilience immémoriale.
Avec nuance et justesse, Richard
Llyod Parry campe des parents habités par la colère, la douleur,
confrontés à des questions sans réponse. «Pourquoi l’employé municipal Teruo Konno avait-il été épargné
quand tant de gens avaient péri ?»
Il donne à lire des coups de sang,
des insultes, des espoirs fous
comme des désirs secrets entrete-
de cette approche surnaturelle,
l’auteur suit toujours un fil –de vie–
rouge. Dans un Japon changeant
qui «dissipe son énergie et perd de
l’assurance», il est au côté des survivants toujours en lutte et en quête
de reconnaissance. On croise l’écolier Tetsuya Tadano, l’un des élèves
ayant échappé in extremis à la vague. Sa voix et celle de son père portent dans l’après-11 mars 2011 et
dans un Japon convalescent traversé par le doute et la douleur.
Sept ans après les faits, une autre
voix mérite d’être écoutée. Masao
Yoshida dirigeait la centrale de
Fukushima au moment de la catastrophe nucléaire. Les Presses universitaires de France ont eu la
bonne idée de publier des extraits
de son audition par la commission
d’enquête créée par le Premier ministre d’alors, Naoto Kan. Entre
considérations techniques et
confessions lucides sur la chaîne de
commandement et l’enchaînement
des événements, Masao Yoshida raconte sans plastronner comment il
a procédé au sauvetage de la centrale. Et évité un scénario à la
Tchernobyl. Analysé par deux experts en sûreté nucléaire, ce témoignage reste un document de première importance sur ce «désastre
créé par l’homme» qui a failli précipiter la fin du Japon.
ARNAUD VAULERIN
RICHARD LLOYD PARRY
LES FANTÔMES DU TSUNAMI
Traduit de l’anglais
par Pierre Reignier.
Payot, 316 pp., 23 €.
FRANCK GUARNIERI
et SÉBASTIEN TRAVADEL
UN RÉCIT DE FUKUSHIMA,
LE DIRECTEUR PARLE
PUF, 204 pp., 16 €.
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Rencontre La Librairie Compagnie propose ce jeudi
à 18 h 30 une rencontre avec l’essayiste américain
Thomas Frank (photo), à l’occasion de la traduction
de Pourquoi les riches votent à gauche (Editions
Agone, collection «Contre-feux»), avec une préface
de Serge Halimi. Ce livre analyse l’abandon des classes populaires par le Parti démocrate au profit des
populations aisées et cultivées. PHOTO LARRY D. MOORE
Librairie Compagnie, 58, rue des Ecoles, 75005.
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Débat Le Goethe Institut organise une soirée ce jeudi à
19 heures avec l’écrivain allemand Frank Witzel (photo),
son traducteur, Olivier Mannoni, et le professeur en études germaniques Jürgen Ritte autour de Comment un
adolescent maniaco-dépressif inventa la Fraction armée
rouge au cours de l’été 1969 (Grasset). L’auteur y raconte
son histoire et, à travers elle, celle de la RFA de l’aprèsguerre. PHOTO MAJA BECHERT
Goethe Institut, 17, avenue d’Iéna, 75016.
«Raconte-moi la fin», péril jeune aux frontières
Dans un essai coup-de-poing, Valeria
Luiselli retrace le parcours de migrants
mineurs venus d’Amérique centrale et
du Mexique pour entrer aux Etats-Unis.
E
n juillet 2014, les
Etats-Unis connaissent un afflux d’immigrants mineurs. Ils viennent du Mexique ou, via le
Mexique, d’un pays d’Amérique centrale (Honduras,
Salvador, Guatemala) dont
ils fuient la violence des
gangs. Sans leurs parents,
ils tentent de rejoindre
quelqu’un de leur famille
ou des amis de celle-ci.
Pour répondre à la «crise
migratoire» de ces jeunes
demandeurs d’asile, Barack Obama instaure le
traitement prioritaire de
leurs dossiers. Cadeau empoisonné ! Car au lieu de
disposer de plusieurs mois
pour trouver un avocat, les
associations qui aident ces
enfants doivent le faire en
vingt et un jours. C’est trop
peu, si bien que les expulsions s’accélèrent.
Au même moment, l’écrivaine Valeria Luiselli, née
en 1983 au Mexique et habitant New York, commence avec mari et enfants
un road-trip estival à
l’ouest des Etats-Unis. Ils
attendent une carte verte :
la loi exige de ne pas quitter le pays tant que la réponse et le sésame ne sont
pas arrivés. En voiture, le
couple raconte des histoires aux enfants, admire le
paysage et entend à la radio les reportages sur les
migrants mineurs.
Dans ces circonstances, qui
mettent en évidence
autant de décalages que de
parallèles, Valeria Luiselli
décide de servir d’interprète aux mineurs auprès
du tribunal de l’immigration, situé dans le sud de
Manhattan. Raconte-moi la
fin cumule les effets de miroir : l’auteure se promène
librement près de la frontière où les enfants sont ar-
Rome, berceau de la grève
Parution du texte du
philosophe Pierre-Simon
Ballanche, écrit en 1829,
autour du soulèvement de la
plèbe contre les patriciens.
L
e monde social cherche souvent la lumière dans les limbes du temps.
En 2016, la lutte contre la loi travail
rayonne dans de nombreuses villes de France.
A Rennes, la maison d’édition Pontcerq exhume la Première Sécession de la plèbe, un
texte du philosophe et futur académicien Pierre-Simon Ballanche, publié en 1829 dans la Revue de Paris en trois fragments. Elle l’imprime
en tracts, le montre aux manifestants. Devant
le succès, elle le publie deux ans plus tard,
avec une préface de Jacques Rancière. Le récit
retrace ce qui est considéré comme la première grève de l’histoire des hommes, en 494
avant J.-C., quand l’Empire romain n’est pas
encore la puissance qui l’a fait rentrer dans les
livres scolaires. Tarquin le Superbe vient de
mourir. Les patriciens cherchent à asseoir leur
pouvoir sur Rome, libéré du tyran. Ils organisent une réunion au Sénat, sans les «clients»,
le nom donné aux plébéiens urbains, lesquels,
écrit Ballanche, «gémissent d’un gémissement
précurseur de la tempête».
Les patriciens ont un nom et une histoire,
contrairement aux plébéiens. Pour les représentants de cette noblesse antique, l’urgence
est de maintenir la domination. Un sénateur,
pourtant: «Examinons s’il est possible de tenir
nos clients sous un joug éternel. […] Ne serait-il
pas temps de choisir quelques-uns d’entre eux
pour les admettre aux bienfaits d’un commencement d’initiation?» L’unité des puissants est
fissurée. Pendant que les patriciens s’échar-
pent, la plèbe se lève. Un plébéien montre à
ses semblables les cicatrices que ses maîtres
et la guerre faite au nom de ces derniers lui
ont infligées. La plèbe du début du Ve siècle
avant J.-C. tient son Mohamed Bouazizi, ce
vendeur de légumes ambulant qui s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid, élément déclencheur du printemps arabe tunisien. Les
clients posent les outils, quittent les demeures patriciennes où ils sont esclavagisés, pour
se diriger vers l’Aventin. Ils y apprendront
leur existence collective, glaneront leurs premiers droits à la citoyenneté, se créeront leur
histoire et se donneront des noms.
Pierre-Simon Ballanche prend régulièrement
ses aises avec ses sources, Tite-Live, Denys
D’Halicarnasse ou Plutarque notamment.
Mais la puissance du texte, sous-titré Formule
générale de l’histoire de tous les peuples, appliquée à l’histoire du peuple romain, ne se
trouve pas dans le déroulé des faits de la première sécession de la plèbe. Elle est dans ce
que cet acte fondateur du monde social nous
apprend. Le moment où les classes populaires
qui n’ont rien n’en peuvent plus de ne rien
avoir, cet instant où la somme des individualités devient force collective, elle est dans
cette grève qui fait céder les puissants. «Sans
exagération aucune, on peut dire aujourd’hui
que le monde ancien est mort; ce qu’il en reste
ne tardera pas à disparaître.» L’anarchiste Michel Bakounine parlait alors de la révolution
de 1848 qui venait d’avoir lieu en France. Il
aurait aussi bien pu parler d’une colline romaine plus de deux millénaires auparavant.
DAMIEN DOLE
PIERRE-SIMON BALLANCHE
PREMIÈRE SÉCESSION DE LA PLÈBE
Préface de Jacques Rancière.
Pontcerq, 154 pp., 12 €.
rêtés, dans l’Arizona – elle
connaît très bien l’un des
pays qu’ils fuient. Publiée,
traduite, elle est reconnue
pour son travail. Enfin,
alors que ces enfants risquent l’expulsion, elle doit
au contraire rester dans ce
pays pour obtenir la
green card.
Bref et sec, Raconte-moi la
fin se lit d’une traite. Il
nous emmène dans les salles d’entretien du tribunal
de l’immigration où les tables sont en acajou ; il cite
quelques-unes des quarante questions posées à
ces enfants, notamment
«Etes-vous heureux ici ?».
Valeria Luiselli raconte au
lecteur et à sa fille de 5 ans
les itinéraires des candi-
dats à l’asile. Ce sont déjà
des destins. L’écrivaine ne
partage sûrement pas tout
avec sa fille. Ceci, par
exemple, elle doit le taire :
«Ce qui arrive aux enfants
durant leur traversée au
Mexique est toujours pire
que ce qui arrive n’importe
où ailleurs.» Pour cause :
80 % des femmes et des
filles qui s’y aventurent
sont violées, si bien que «la
plupart d’entre elles prennent des préservatifs à titre
préventif au départ de leur
périple vers le nord».
Quelques migrants n’ont
que 5 ans. C’est à l’interprète qu’il revient de rendre
fluide le résultat de l’interrogatoire, et l’exercice est
ardu quand la récolte est la
suivante: «Où as-tu passé la
frontière? —Je sais pas.
—Texas? Arizona? —Oui!
Texas Arizona.» Il s’agit
d’une petite fille de 5 ans et
de sa sœur qui en a 7, élevées par leur grand-mère.
Elles arrivent du Guatemala pour rejoindre leur
mère qui a suffisamment
économisé pour les accueillir. Un «coyote» les a
guidées jusqu’à la frontière
et le numéro de téléphone
de leur mère est cousu dans
le col de leurs robes.
VIRGINIE BLOCH-LAINÉ
VALERIA LUISELLI
RACONTE-MOI LA FIN
Traduit de l’anglais
par Nicolas Richard,
L’Olivier, 128 pp., 14,50 €.
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
Ci-contre,
de gauche à droite :
A Hammanskraal,
en Afrique du Sud,
en 1978. Le colonel
S. J. Malan,
directeur de l’école
de police pour
citoyens noirs
avec des recrues et
le cinéaste Abbas
Kiarostami
à Téhéran, en 1997.
Ci-dessous :
Mohamed Ali
à Kinshasa en 1974 ;
l’Esplanade
des mosquées à
Jérusalem en 1995 ;
le président iranien
Mohammad
Khatami, en 2001
à Téhéran.
PHOTOS A. ABBAS.
MAGNUM PHOTOS
ABBAS DANS
LES ABYSSES
Le photographe français d’origine iranienne,
membre historique de l’agence Magnum,
est mort à 74 ans. Il aura largement documenté
la révolution islamique en Iran et, grand
voyageur, édifié une «fresque» consacrée
aux religions, monument de photojournalisme.
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Libération Jeudi 26 Avril 2018
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CULTURE/
Par
CLÉMENTINE MERCIER
I
l était encore là, il y a quelques
semaines, dans les bureaux de
Libération. En forme et actif
jusqu’au bout. Cherchant, dans les
nouveaux locaux du XVe arrondissement de Paris, l’écho de ce qu’il
avait photographié trois décennies
plus tôt dans d’autres lieux et
d’autres circonstances. Un peu grognon, il semblait satisfait tout
de même d’avoir capté l’ambiance
d’un journal nouvelle formule.
Abbas Attar, membre historique
de l’agence Magnum, vient de
s’éteindre, à 74 ans. Malade, il n’avait
rien laissé filtrer de sa fragilité lors
de sa visite à Libé, reporter comme
à son habitude, en toutes circonstances. On se souviendra tout de
même avoir débattu avec lui de
l’opportunité d’une exposition de
femmes photographes chez Magnum, organisée par sa consœur
Susan Meiselas. Il était contre, plutôt remonté. Et alimentait le débat avec des arguments réfutant
toute catégorisation des photographes : on était photographe ou
pas, homme ou femme peu importe,
mais photographe avant tout. C’est
«Vague de passion»
En France, le photographe était
passé par Sipa (1971-1973) puis
Gamma (1974-1980), avant d’intégrer Magnum pour documenter
les guerres, les révolutions et les catastrophes. Il a rapporté des images
du Bangladesh, de l’Irlande du
Nord, du Vietnam, du MoyenOrient, du Chili, de Cuba, mais aussi
d’Afrique du Sud durant l’apartheid.
Après son travail sur la révolution iranienne, bien avant le 11 Septembre, Abbas avait entrepris une
vaste étude des religions. «En couvrant la Révolution iranienne pendant deux ans, je me suis aperçu que
la vague de passion religieuse provoquée par Khomeini, loin de se limiter
aux frontières de l’Iran, allait se
répandre sur tout le monde musulman, avait-il dit à la BBC. Au début,
je ne savais pas qui étaient ces
mollahs… Alors tu le découvres. Et
ils sont devenus plus importants.
Donc je savais qu’ils étaient là, donc
ils étaient importants… En tant que
photographe, vous photographiez
tout le monde.»
Grand scepticisme
Il avait alors entrepris d’explorer
le phénomène pour publier Allah O
Akbar, un voyage à travers 29 pays
dans l’islam militant (Phaidon,
1994). Puis il s’était intéressé à
la chrétienté politique et rituelle
dans Voyage en chrétientés (La Martinière, 2000) et, plus
tard, au bouddhisme,
à l’hindouisme ou
l’animisme. Source de
déséquilibres du
monde, la religion
constituait à ses yeux
une force politique
qu’il portraiturait avec
un grand scepticisme.
«On s’était retrouvés tous les deux en
Ukraine sur un lieu de
pèlerinage, là où il y a eu des pogroms lorsqu’il travaillait sur le judaïsme, raconte son confrère, le
photographe Patrick Zachmann.
Tous deux issus de l’immigration,
nos origines nous rapprochaient.
Beaucoup de choses nous reliaient
entre les dérives de l’islamisme et
l’antisémitisme. Je me suis toujours
interrogé sur les raisons de son attirance pour les religions, alors que
lui était athée, comme moi. Il avait
un côté spirituel, un peu sage. Et souvent même, il était agacé par toutes
ces religions. Mais il continuait coûte
que coûte.» Si Abbas était un tenant
de la veine classique du reportage au
sein de Magnum, il ne s’opposait pas
aux nouveaux venus mais gardait un
attachement au principe documentaire de l’agence. Selon Zachmann,
à travers cette grande «fresque» (selon les mots d’Abbas), il «fait partie
du patrimoine mondial de la photographie et laissera un grand vide».
Ainsi qu’une sublime photo d’un
autre Abbas (Kiarostami, immense
cinéaste iranien mort en 2016) en
espion d’horizons désertés. •
A. ABBAS. MAGNUM PHOTOS
cette définition large du métier, documentaire surtout, journalistique
bien sûr, qu’il défendait, porteur
d’un pan imposant de l’histoire du
photojournalisme.
Abbas Attar de son vrai nom, le Persan, avait une barbe en collier et
un gilet de reporter. Et parfois une
écharpe traditionnelle autour du
visage lorsqu’il pratiquait l’autoportrait. Abbas avait une phrase fétiche: «C’est parce que le monde est en
couleur que je photographie en noir
et blanc.» Il disait aussi: «Ma photographie est un reflet qui prend vie
dans l’action et conduit à la méditation. La spontanéité –le moment suspendu– intervient pendant l’action,
dans le viseur.» De fait, c’est tout un
monde en noir et blanc que l’on
retiendra, saisi sur le vif, dans les
convulsions d’une époque marquée
par le retour aux champs de bataille
des étendards religieux.
Le pilier de Magnum, entré en 1981
à l’agence, était né en Iran mais
s’était installé à Paris. On sait peu de
chose sur sa vie personnelle à part
que son père était un bahaï qui avait
déménagé en Algérie
dans les années 50
pour y établir une
communauté locale
alors qu’Abbas était
encore enfant. Devenu
adulte, Abbas n’était
pas retourné en Iran
avant 1971 mais il se
considérait comme un
Iranien. C’est au cours
d’un voyage à la Nouvelle-Orléans en 1968
qu’il était devenu photographe «professionnel». Abbas est surtout connu pour
avoir photographié la Révolution
iranienne de 1978 à 1980. Puis, exilé
volontaire pendant dix-sept ans à
partir des années 80, il avait retrouvé l’Iran en 1997. Son livre Iran
Diary: 1971-2002 raconte cette histoire, la sienne et celle de son pays
d’origine sous le mode du journal
intime dans une trilogie : révolutions, exils, retours. Il y raconte
l’Iran du chah et celui de la révolte,
des lynchages, puis l’Iran en guerre
contre l’Irak et, enfin, l’Iran schizophrène entre tradition et appel de
la modernité. Modeste, à ceux qui
le qualifiaient de courageux pour
avoir couvert tout cela, il disait :
«Le courage est aussi synonyme de
manque d’imagination.»
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D’art dards
Sinziana Ravini Ce personnage du monde de l’art
(créatrice, curatrice, critique) met en mots ses
interrogations sur le désir féminin, le sien en priorité.
A
l’abord, on ne sait pas bien qui est Sinziana Ravini,
41 ans, sauf qu’elle porte en sautoir des colifichets
symboliques qui scintillent. Et c’est cette incertitude
aux airs de verroterie cliquetante qui fait tinter notre curiosité.
Elle évolue dans le monde de l’art contemporain, univers mal
cartographié par le commun des mortels.
Elle est commissaire d’exposition, et ça
sonne un peu flic sympathique. On pourrait dire aussi curatrice, et ça ferait plus infirmière pour agonisants, soignante des mis sous tutelle. Elle
enseigne à la Sorbonne et semble avoir la pédagogie ludique
et participative. Surtout, elle met en scène son intériorité biaisée dans des expositions-romans qui sont autant d’installations éphémères d’elle-même en intrigante assez alternative.
Longtemps, on l’a vue sur papier glacé, en robe de créateur
empruntée pour la soirée, rayonnante de facilité au bras de
son ex-mari, Nicolas Bourriaud, acteur culturel et théoricien
vénéré de l’esthétique relationnelle. Née en Roumanie, ayant
longtemps vécu en Suède, elle réside désormais sur l’île SaintLouis, comme réfugiée en plein cœur de Paris, capitale qu’elle
a vampée voici dix ans et qui, un jour, pourrait se refuser à elle.
Dans un premier roman directement écrit en français, elle
raconte une amoureuse en rupture qui s’interroge sur l’état
de son désir. Pour se mettre au clair avec ses envies, son héroïne demande des gages sexuels à dix prescripteurs: philosophe, psychanalyste, libertine, fouetteuse, franc-maçon,
nonne, hermaphrodite, etc. Sans trop de risques de se tromper, l’on démasquerait volontiers Catherine Millet ou Catherine Robbe-Grillet
parmi les intervenants qui la condamnent
à diverses perversions pas forcément torrides. Et, bien évidemment, la Mme X qui fait paravent est très
autobiographique. Ce qui comme appât, se pose là.
Diane et Blanche-Neige. A une encablure du Grand Palais,
qui expose Kupka, et face au Petit Palais, qui met en scène les
peintres hollandais, celle qui aime beaucoup le travail de
Pierre Huyghe, et ses brouillages entre réel et fiction, dissèque
l’origine de son prénom. «Sinziana» descendrait de Diane et
renverrait aussi à Blanche-Neige. Exact inverse de la chasseresse aventureuse, cette dernière attendrait, passive, son
prince charmant, en restant assise «sur son tronc». Sur son
tronc? «Sur son trône», rectifie la polyglotte qui se réjouit des
lapsus que son accent indéterminé peut faire fourcher. Gibier
de divan, elle s’inspire et se joue des rébus de la psychanalyse.
LE PORTRAIT
Si elle ne se rattache à aucune école, elle se réfère volontiers
au RSI («réel, symbolique, imaginaire») de Lacan, qui n’a rien
d’un minimum social. Tout en se lançant dans une thèse sur
«le Rapport des religions aux mots d’esprit», elle poursuit une
analyse didactique. Et envisage d’intervenir comme thérapeute auprès d’islamistes radicalisés. Reconversion qui interloque, mais la dame est du genre à surprendre.
«Securitate» paternelle. Sinziana Ravini est née et a
grandi dans le pays du couple Ceausescu. Mathématicien et
prof de latin-grec, ses grands-parents paternels sont «des
boyards», des aristocrates qui font office de juges de paix dans
un univers où règne un arbitraire à la Ubu. Francophiles, ils
dispensent à Sinziana une éducation princière. La fréquentation des musées commence en bas âge puisque «Rembrandt
est un bon baby-sitter». Les leçons de piano lui font les doigts
agiles. Cette enjoliveuse, qui sait rendre flamboyant son passé,
raconte qu’il lui arrive de jouer les Robin des Bois et de dérober
les bijoux de famille pour les distribuer aux Roms qui passent
dans la rue. Son père est un écrivain prometteur que le régime
communiste met sous surveillance «avant de le persécuter».
Il s’exile à Göteborg, travaille à la chaîne chez Volvo, avant de
revenir à l’écriture en suédois, «un peu façon Umberto Eco».
Echecs maternels. De l’autre bord familial, on est paysan.
Sa mère a fini par reprendre un hôtel dans les Carpates, où se
retrouvent les membres d’une secte survivaliste qui attend
la fin du monde. Microbiologiste, elle fut aussi une joueuse
d’échecs reconnue. Sinziana, sa fille unique, pousse elle aussi
du bois, et plutôt bien. Surtout, elle raffole des jeux de société
dont on réinvente les règles
«afin de se créer des contrain- 24 juin 1976
tes qui libèrent». Ainsi, elle Naissance à Bucarest.
peut se rêver reine de bal 1987 Quitte
masqué et cavalière en diago- la Roumanie
nale, folle sans liens et tour pour la Suède.
abolie.
2007 Quitte la Suède
Se délecter de l’intel- pour la France.
lect. Il est fascinant de voir 2009 Mariage.
combien le goût de l’étude 2012 The Hidden
peut tenir en éveil des voya- Mother, «exposition
geurs perpétuels qui pour- roman».
raient juste avoir envie de po- 2013 The Black Moon,
ser leurs bagages. A moins «exposition film».
que ce besoin de prolonger le 24 avril 2018 La
cursus honorum ne soit Diagonale du désir
qu’une addiction au plaisir (Stock).
éprouvé lors des félicitations
magna cum laude. Sinziana Ravini a empilé les travaux universitaires en cinq langues sur Descartes, Pascal ou Goethe…
Elle estime que «le savoir est un voyage collectif» et fait profiter
ses étudiants de son sens de la théâtralité. Elle se défie de Parcoursup et dispense des cours sauvages pendant les grèves.
Toujours de nationalité suédoise, elle vote à gauche tout en
prenant soin de théoriser sur «pouvoir vertical et horizontal».
Chargée de cours, elle tire la plus grande partie de ses revenus
de ses articles et critiques d’art dans des journaux suédois.
Sexe pêle-mail. A la fin de l’entretien, on la laisse en terrasse, chevelure à boucles de lionne et tailleur noir acheté en
dépôt-vente. Elle prend des notes au verso de ses partitions
musicales. Ensuite, cette hyperactive ira faire son footing le
long des quais ou croiser le fer en escrimeuse que fascine ce
sport d’insecte à visages grillagés. En soirée, avant de rejoindre copains et copines pour des joutes intellectuelles et des
fêtes spirituelles dans des lieux choisis, elle envoie un mail
précis. Plus Bataille que Sade, elle y récapitule ses arguments
érotiques et mystiques. En rupture avec certains commentateurs, qui rebaptiseraient volontiers sa tentative «les Rêveries
d’une jouisseuse solitaire», elle précise sa démarche :
«J’ai voulu me confronter à toutes mes peurs et fantasmes. La
peur est le meilleur aphrodisiaque.» Elle poursuit: «J’ai vécu
de moments de bonheur si intenses, que j’avais l’impression
d’avoir découvert une nouvelle religion, une religion sans maîtres ni esclaves. Cela s’appelle peut-être l’amour, je ne sais pas.»
Comme on ne peut plus échapper à #MeToo, elle détaille :
«J’ai connu aussi bien des hommes qui ont essayé de me rabaisser que des hommes qui m’ont donné des ailes. Je préfère les derniers, mais les premiers m’ont permis d’évoluer. En tout cas,
je refuse les pensées binaires qui voient les femmes comme des
victimes et les hommes comme des bourreaux.» Et ce personnage qu’on croirait sorti d’une BD de Manara conclut : «J’ai
la chance d’avoir une vie assez incandescente.» •
Par LUC LE VAILLANT
Photo JÉRÔME BONNET
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