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Le Figaro - 30 04 2018

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lundi 30 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 928 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
MUSIQUE
MAURICE RAVEL
POURQUOI LA VALEUR DES
CHAMPIONS DE L’INDUSTRIE
MUSICALE S’ENVOLE PAGE 18
RÉFORME
Migration : de plus
en plus de cigognes
arrêtent leur voyage
dans le sud de l’Europe
Les contours
du service national
universel
se précisent PAGE 4
ESPAGNE
Des femmes
dénoncent
sur Twitter
les violences
sexuelles PAGE 5
MOYEN-ORIENT
Le mystère
des « White Flags »,
qui sèment
la terreur en Irak
LA MAISON-MUSÉE DU
COMPOSITEUR, À MONTFORTL’AMAURY, BIENTÔT CLASSÉE PAGE 22
Macron
déterminé
face à la grogne
sociale
Le chef de l’État va être confronté à une semaine
sociale agitée avec les défilés du 1er Mai, les grèves
à la SNCF et la manifestation de La France insoumise.
PAGE 6
BIOÉTHIQUE
Fin de vie et
procréation en
débat aux États
généraux
La semaine sociale de tous les
dangers. Les syndicats comme
l’opposition de gauche entendent bien profiter du premier
anniversaire de l’élection
d’Emmanuel Macron pour organiser des manifestations où
le mot d’ordre principal sera de
faire échec à la politique menée
par le chef de l’État et son gou-
PAGES 7 ET 8
AUTOMOBILE
Jean-Éric Vergne
remporte l’épreuve
de Formula E
vernement. Pour autant, l’Élysée affirme ne pas redouter la
fameuse « convergence des
luttes ». De plus, le chef de
l’État constate que l’opinion
est de son côté.
Par son attitude très ferme sur
l’ensemble des dossiers sociaux, Emmanuel Macron irrite
tous les syndicats.
è PASCAL PAVAGEAU : « NOUS
SOMMES EN RÉSISTANCE »
è LA GAUCHE RADICALE
VA JOUER SON VA-TOUT
è L’UNION SYNDICALE
TIENT BON À LA SNCF
è POURQUOI MACRON
A DÉCIDÉ DE BOUSCULER
LES SYNDICATS
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 10
TABAC
La Chine
peut-elle
envahir
Taïwan ?
La tribune de
Fabrice Butlen
La chronique
de Nicolas
Baverez
L’analyse
d’Alberto
D’Argenio
n
n
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Craignez-vous un
ralentissement durable de
la croissance française ?
OUI
71 %
NON
29 %
TOTAL DE VOTANTS : 25 297
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Redoutez-vous une
mobilisation sociale forte
contre le gouvernement ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@e@n@k@a";
PAGE 12
n
PAGES 13 À 15
M 00108 - 430 - F: 2,60 E
C’est l’un des effets du réchauffement climatique :
les cigognes sont plus nombreuses à stopper au Portugal
ou en Espagne leur migration vers l’Afrique . Elles y
retrouvent les cigognes locales, qui, elles aussi, passent
l’hiver dans la douceur du sud de la péninsule Ibérique.
GREBOVAL / ANDIA.FR - AKIO KON/
BLOOMBERG - ESTHER MORENO/
ESTHERMM - STOCK.ADOBE.COM
C
«
Simulacre
haud, chaud, le printemps sera
chaud. » En cette veille de 1er Mai,
le calendrier de la révolution perlée est fixé : demain, le traditionnel défilé de la Fête du travail ; le 5
mai, le député de La France insoumise François Ruffin veut faire sa « fête à Macron » ; le
22 mai, enfin, l’intégralité des organisations
syndicales soutient la grève nationale des
fonctionnaires. Banderoles, cortège, cornes
de brume… Ce n’est qu’un début en attendant le soulèvement des universités et la révolte hirsute de Notre-Dame-des-Landes.
À lire les tracts d’extrême gauche rédigés
dans « le volapuk de l’écriture inclusive » (Michel Onfray), nous sommes aujourd’hui au
point d’intersection de toutes les luttes. De
réunions interdites aux Blancs en forums
« décoloniaux » : « Eunuque ou violeur, le
devenir homme indigène en Occident »,
pourra-t-on entendre le 5 mai à la Bourse
du travail de Saint-Denis, les « dominé.e.s » enfin vont renverser l’ordre qui les
oppresse. Par la moustache de Philippe
Martinez, la convergence des luttes, ou
« l’unité d’action » (selon les mots de Pascal
Pavageau, le nouveau patron de FO), est
pour demain ! Ou pas…
Ce mouvement, en effet, tient de plus en
plus du simulacre. La grève à la SNCF est de
moins en moins populaire auprès de l’opinion publique, les universités sont évacuées
une à une (à la grande satisfaction des vrais
étudiants). En vérité, les syndicats subissent
eux aussi la révolte des représentés envers
leurs représentants. Acteurs incontournables de
la démocratie
sociale,
ils
sont pourtant
contournés par la très grande majorité de
nos concitoyens qui, hors la fonction publique, sont très peu syndiqués.
Les barricadiers de mai 2018 ne sont pas la
voix du peuple. Emmanuel Macron ne les
ménage pas et ferme l’oreille aux revendications des rentiers de la manifestation.
C’est heureux, d’autant que leurs slogans
couvrent les réelles inquiétudes de la France
silencieuse.
Le premier trimestre est
marqué par une forte hausse
des viols, harcèlements et
atteintes sexuelles.
Selon la préfecture de police
de Paris, les violences
sexuelles ont ainsi augmen-
té de 29 % dans la capitale,
alors que la police et la gendarmerie font état, au niveau national, d’une hausse
des plaintes de 15,4 % pour
ce type d’infractions.
PAGE 9
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Les barricadiers
de mai 2018
ne sont pas la
voix du peuple
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CHAMPS LIBRES
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Les agressions sexuelles
en forte hausse
en ce début d’année
FANNY ARLANDIS
La chute
des ventes relance
la guerre des prix
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lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
HAMON,
LAURENT,
BESANCENOT
EN MEETING
À PARIS
STÉPHANE MAHE/REUTERS
Un « meeting unitaire en
soutien aux luttes sociales »,
réunissant notamment Benoît
Hamon, Pierre Laurent ou
Olivier Besancenot, se tiendra
lundi soir place de la République
à Paris, en prélude au 1er mai.
Le nouveau premier secrétaire
du PS, Olivier Faure, avait
assuré le 16 avril sur France
Inter qu’il serait le 1er mai dans la
rue, mais pas le 5. « Je ne veux
pas donner le sentiment que
nous sommes là pour récupérer
un mouvement qui n’est pas
à nous », avait-il expliqué.
»
LAURENT BERGER, SECRÉTAIRE
GÉNÉRAL DE LA CFDT
Pascal Pavageau, dimanche,
au « Grand Jury RTL-LCILe Figaro ».
RTL/FRÉDÉRIC BUKAJLO/SIPA PRESS
Le premier anniversaire du chef de l’État sera marqué par une série de manifestations
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
MANIFESTATION du 1er mai, mouvement des cheminots le 3, « marche antiMacron » organisée par les Insoumis
le 5… Les syndicats comme l’opposition
de gauche comptent bien capitaliser sur
le premier anniversaire d’Emmanuel
Macron à l’Élysée pour exprimer leur opposition à la politique menée par le gouvernement. Loin d’être inquiété par ces
grèves, l’Élysée se réjouit plutôt de
constater que les réformes sont saluées…
au-delà des frontières. « Aux États-Unis,
la semaine dernière, plusieurs étudiants
ont interpellé le président sur la SNCF.
C’est riche d’enseignements : cela montre
que ce qui se passe en France avec Macron
est devenu un enjeu mondial », croit savoir le porte-parole de l’Élysée, Bruno
Roger-Petit.
Le président de la République sera
d’ailleurs toute la semaine en déplacement à quinze mille kilomètres de la
métropole, en visite officielle en Australie puis en Nouvelle-Calédonie, loin de
la grogne sociale (lire page 4). « Ce sont
des voyages importants, on ne va pas caler l’agenda du président sur celui de la
mobilisation sociale », souligne un proche du chef de l’État. Ce qui n’empêchera pas le gouvernement de suivre de près
ces mobilisations un peu partout sur le
territoire. « Nous sommes à l’écoute,
mais assez imperturbables. Ce sont des
manifestations traditionnelles », minimise-t-on à Matignon.
L’entourage du premier ministre assure qu’Édouard Philippe s’en tient à son
calendrier. Le 7 mai, le chef de gouvernement recevra à Matignon les responsables confédéraux ainsi que l’intersyndicale CGT-Unsa-SUD-CFDT, pendant
qu’Élisabeth Borne, ministre en charge
des Transports, avance sur le dossier du
fret. « Nous sommes attentifs et en même
temps attachés à nos rendez-vous », assure un conseiller du premier ministre.
Édouard Philippe aura en tout cas l’occasion de prendre la température du
pays cette semaine, puisqu’il délocalise
son cabinet du 2 au 4 mai dans le Cher. Il
rencontrera des agriculteurs, des entre-
prises, des acteurs de la santé et des élus.
« Le déplacement permettra de répondre
aux questions légitimes des Français sur
les réformes qui touchent leur quotidien »,
annonce Matignon.
« Continuer à expliquer »
L’exécutif veut montrer qu’il maintient le
cap et ne redoute en rien les mouvements
de contestation. « Nous, on fait pour, on
ne fait pas contre, appuie Benjamin
Griveaux, porte-parole du gouvernement. Et je suis persuadé que les Français
en ont assez de ceux qui sont contre tout. »
Le secrétaire d’État affirme que le gouvernement va continuer avec la même
méthode : « attention » et « détermination ». « On va faire ce qu’on fait depuis le
Journée de mobilisation
nationale organisée par La CGT
et Solidaires (ici le 19 avril
à Nantes), contre les réformes
d’Emmanuel Macron.
Le Syndicat
des pilotes
de ligne (SNPL),
suivi par d’autres
organisations très
contestataires, est
en train de bloquer
cette compagnie
et est en train de
mettre en grosse,
grosse difficulté Air
France (…), soumise
à une concurrence
énorme
A
Macron confronté à une sem
Pascal Pavageau (FO) : « Nous La gauche radicale
va jouer son va-tout
sommes en résistance »
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
POUR sa première sortie officielle dans
les médias après le congrès de Lille où il a
été élu nouveau secrétaire général de
Force ouvrière, Pascal Pavageau s’est
montré combatif. Alors que Jean-Claude
Mailly avait accompagné depuis un an,
les réformes d’Emmanuel Macron, son
successeur s’inscrit clairement dans l’opposition. Lors du « Grand Jury RTL-LCILe Figaro », le nouvel homme fort de FO
a ainsi décrit un pays en situation d’« implosion sociale » dont le gouvernement
est exclusivement préoccupé des « 10 %
de premiers de cordée au détriment des
90 % de derniers de corvée ». En d’autres
termes, le président s’adresse selon lui à
ceux qui « n’ont pas besoin de notre service
public, de notre Sécurité sociale ou de notre
Code du travail pour réussir ».
Dénonçant les attaques de l’exécutif
contre l’ensemble du socle de droits sociaux, le syndicaliste s’est présenté en
héraut des droits collectifs. « Nous avons
un record dans ce pays : 93 % des travailleurs sont couverts par une convention
collective ou un statut. Et le but du gouvernement n’est pas d’amener ce niveau à
100 % mais bien de le diminuer », a-t-il
regretté.
La réforme de la formation, que le
gouvernement présente comme une
contrepartie « sécurité » au volet plus libéral des ordonnances travail, n’a pas
grâce à ses yeux car elle va vers « plus de
flexibilité ». Pour lui, ce texte n’est que
« la septième ordonnance », qui complète
les ordonnances travail de septembre. Le
leader syndical redoute également la future réforme des retraites. Le sujet de
l’harmonisation des régimes ne pose pas
de problème en soi, convient-il mais le
syndicaliste s’oppose à « une individualisation des parcours ». « On ne peut pas
adosser un droit à un individu », juge-t-il.
« Reprendre le dialogue »
Au sujet de la grève à la SNCF, le leader
syndical a demandé à l’exécutif un moratoire. « Si vous voulez que les choses se
tassent, vous gelez la réforme et vous reprenez le dialogue, vous prenez le temps »,
a-t-il avancé. Il a par ailleurs regretté
que ni la fédération FO des cheminots, ni
la confédération n’aient été invitées le
7 mai à Matignon pour participer à la
réunion autour du premier ministre. Par
ailleurs, il n’exclut pas que la grève se
poursuive jusqu’à l’été.
Après un congrès marqué par de fortes
tensions entre les ailes réformistes et
contestataires de FO, Pascal Pavageau a
enfin tenté de reconstruire l’unité. Il a
expliqué le camouflet reçu par JeanClaude Mailly lors du vote du rapport
d’activité jeudi (44,2 % pour et 43,5 %
contre) par le choix de son prédécesseur
de ne pas s’opposer aux réformes cette
dernière année. Une position incomprise, selon lui, par l’immense majorité des
militants FO. ■
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
LA GAUCHE radicale va jouer très gros,
samedi. Le 5 mai, pour la première fois
depuis le début du mouvement social,
un rassemblement national est convoqué à Paris entre Opéra et Bastille. À
l’initiative du député Insoumis (LFI) de
la Somme François Ruffin, cette manifestation « pot-au-feu » a pour vocation de donner une autre dimension à la
contestation. Plus que les simples cortèges sectoriels, il s’agit là d’agréger
l’ensemble des colères « pour faire la
fête à Macron » un an après son élection. « Chacun ramène ses carottes, ses
pommes de terre, ses choux et on fout
tout ça dans la marmite », explique
François Ruffin qui invite chacun à venir « avec la cause qui lui est chère ».
Reste à savoir si l’initiative sera plus
efficace que « la marche contre le coup
d’État social » que Jean-Luc Mélenchon
avait organisée le 23 septembre contre
la réforme du Code du travail. Loin
d’avoir été un tournant de la contestation, elle avait divisé la gauche et plombé le front syndical.
Plus consensuel que Jean-Luc Mélenchon au sein de la gauche radicale,
François Ruffin devrait rassembler plus
aisément. Le PCF a déjà acté sa participation, et ce malgré le refus de la CGT
de se joindre au cortège. Benoît Hamon, le fondateur du mouvement Génération.s, sera là : « Il faut qu’elle réussisse cette fête. […] Rater le 5 mai ça
serait accélérer la fin de la mobilisation
sociale », a-t-il récemment expliqué à
Regards.fr. Olivier Besancenot a également confirmé qu’il sera de la partie.
Quelques « people » ont également
signé une tribune dans Libération appelant à participer à cette manifestation
qu’ils veulent « festive, revendicative,
plurielle, conquérante, rassembleuse et
populaire ». « Le nombre sera notre force », écrivent Virginie Despentes, Thomas Piketty, Didier Porte, François Bégaudeau ou encore Romane Bohringer.
Un texte transmis aux journalistes par
l’entourage de Jean-Luc Mélenchon qui
fustigeait pourtant « la gauche selfie » en
mars dernier, quand il cherchait encore
à organiser sa propre manifestation.
Il s’est finalement rangé à l’idée
d’accompagner l’initiative de François
Ruffin. « Les groupes d’action LFI se
mobilisent pour organiser des déplacements », a indiqué Manuel Bompard, le
directeur des campagnes du mouvement. De nombreux bus ont été affrétés
pour rejoindre la capitale.
“
Chacun ramène
ses carottes, ses
pommes de terre...
et on fout tout ça
dans la marmite
”
FRANÇOIS RUFFIN,
DÉPUTÉ INSOUMIS (LFI) DE LA SOMME
De son côté, François Ruffin a financé
sa marche grâce à une cagnotte en ligne. Plus de 20 000 euros ont été levés.
Le parlementaire, qui ne donne pas
d’objectif de participation, reste prudent : « C’est un coup d’essai. » « On ne
va pas pleinement réussir ce coup-ci.
C’est un coup d’essai, c’est une expérience et on ira plus loin ensuite », dit-il.
De la même manière, Olivier Besancenot (NPA) prévient qu’il « faudra aller
au-delà » du 5 mai. « Il faudra un
mai 2018 », lâche le facteur trotskiste
qui rêve de voir se multiplier des occupations d’usines. Tour de chauffe avant
samedi, un meeting unitaire des forces
politiques se tiendra ce lundi à la place
de la République, à Paris. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 30 avril 2018
L'ÉVÉNEMENT
à l’appel des syndicats et de la gauche radicale.
Pourquoi Macron a décidé
de bousculer les syndicats
DÉCRYPTAGE
Cécile Crouzel
début : continuer à expliquer. Ces mobilisations n’entament en rien le rythme des réformes que nous allons mener », insiste ce
proche d’Emmanuel Macron, qui ajoute
que le mouvement de la SNCF est « moindre ». « Le nombre de grévistes à la SNCF
diminue », relève aussi Christophe Castaner, secrétaire d’État aux Relations avec
le Parlement, interpellé ce week-end
dans le Pays basque par des cheminots.
Le délégué général de La République
en marche (LaREM) dénonce dans le
même temps la « violence des slogans »
qui entourent la mobilisation de La France insoumise. « Ils nous ont habitués à un
discours permanent d’attaques, qui diabolise et hystérise. Ils n’ont d’appel qu’à la
haine politique », condamne le premier
des Marcheurs. Avec des syndicats et les
militants de la gauche radicale dans la
rue, l’exécutif craint-il le scénario de la
« convergence des luttes » ? « On n’a jamais cru à ce mythe, insiste Castaner. Les
revendications corporatistes d’un côté et
militantes de l’autre n’ont pas vocation à
faire coalition. »
Les cadres de la majorité affichent la
même détermination. Pour Aurore
Bergé, porte-parole du groupe LaREM à
l’Assemblée nationale, ces manifestations « ne sont ni plus ni moins que des
journées classiques de mobilisation sociale ». « Tout projet de transformation peut
créer des inquiétudes mais nous avons été
élus pour agir, pas pour modifier notre
projet au gré du vent », fait savoir la dé-
putée des Yvelines. Le gouvernement,
en plus de constater une mobilisation en
perte de vitesse du côté des cheminots,
peut se réjouir d’avoir toujours l’opinion de son côté. Selon un sondage Ifop
pour Le Journal du dimanche, le soutien à
la grève des cheminots continue de fléchir : seuls 41 % des Français (- 2 points
en une semaine) estiment la mobilisation « justifiée » contre 59 % (+ 2) qui jugent « pas justifié » le mouvement de
contestation. Aussi, une majorité de
Français (62 %, + 1) souhaitent que le
gouvernement aille « au bout de la réforme de la SNCF telle qu’elle a été annoncée, sans céder aux mobilisations et
aux grèves ». Un mois plus tôt, il n’était
que 51 %. ■
L’union syndicale tient bon à la SNCF
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
UN MOIS après le début de la grève à la
SNCF, le front syndical ne s’est toujours
pas rompu. Une surprise pour les dirigeants de la SNCF et pour le gouvernement d’Édouard Philippe qui espéraient
pouvoir compter sur les organisations
« modérées » pour faire avancer la réforme ferroviaire. Ce scénario s’est évaporé.
Ceux que l’on appelle les « réformateurs », l’Unsa et la CFDT, sont main
dans la main avec les « contestataires »,
CGT et SUD, contre ce projet de réforme.
Quel ciment a réussi à rapprocher ces
syndicats dont les positions, comme sur
l’ouverture à la concurrence, sont souvent éloignées ? Posture syndicale à quelques mois des élections professionnelles
ou réelle unité de cheminots ?
Mercredi dernier, au siège de la CFDTcheminots à Saint-Denis, les représentants des quatre syndicats tenaient conférence de presse. Chacun son style : CGT
costume noir et cravate rouge, SUD ta-
touages et lunettes en bois, CFDT chemise
bleu vif et badge militant, Unsa classique
chic…
Ils ont affiché la même détermination
face au gouvernement tout aussi inflexible. Ensemble, ils ont décidé de boycotter
les dernières réunions de concertation
avec la ministre des Transports. Et ensemble, ils continuent à espérer que leur
mouvement soit pris en compte par le
premier ministre. Le 3 mai, les quatre organisations ont prévu des rassemblements communs en province et à Paris
« pour mettre la pression sur le gouvernement », disent-ils.
« Unanimes sur les critiques
et les revendications »
À la demande unitaire des quatre organisations, le premier ministre a accepté une
rencontre. Mais Édouard Philippe, flanqué de sa ministre des Transports, les verra séparément le 7 mai. « Nous attendons
une clarification sur la reprise de la dette et
sur les conséquences financières d’une reprise partielle par l’État », souligne Lau-
rent Brun, le secrétaire général de la CGT.
Roger Dillenseger, le représentant de
l’Unsa, attend pour sa part des garanties
pour que le financement du ferroviaire
soit « pérenne ». « Nous n’avons pas des
positions unanimes sur tous les sujets,
convient Laurent Brun de la CGT. Mais
nous sommes unanimes sur les critiques et
les revendications. » « Rien n’a été préparé
sur le plan économique, social, rebondit
Éric Meyer de SUD. Aucune perspective
n’a été donnée sur ce que sera la SNCF de
demain. »
Pris de court par l’adoption du projet de
loi à l’Assemblée, les quatre syndicats
cherchent désormais une issue en marge
de l’élaboration du texte.
D’ici au 1er janvier 2020, un nouveau
cadre social sera négocié au sein de la
branche professionnelle. À la même date,
la SNCF devra offrir à ses salariés, les anciens au statut et les nouveaux contractuels, de nouveaux parcours professionnels, des nouvelles grilles de salaires… Sur
ce terrain, les syndicats auront du « grain
à moudre ». ■
ccrouzel@lefigaro.fr
ON NE LÂCHE RIEN ! Ce slogan, rengaine de toute manifestation ou grève
qui se respecte, l’exécutif l’a repris à
son compte. « No chance », c’est-àdire pas question de modifier l’ossature
de la réforme ferroviaire, a déclaré
Emmanuel Macron dans une interview
sur Fox News il y a une semaine. Jeudi
sur Europe 1, Édouard Philippe ne s’est
pas montré moins ferme, même s’il organisera le 7 mai une réunion multilatérale à Matignon. À vrai dire, l’enjeu
dépasse le cas de la SNCF. Par son attitude sur l’ensemble des dossiers sociaux, Emmanuel Macron irrite tous les
syndicats, et pas seulement leurs fédérations cheminotes.
Que Philippe Martinez, le patron de
la CGT, dénonce le 22 avril « l’arrogance du président » et « un gouvernement
qui considère avoir raison tout seul », on
ne s’attendait pas à moins de la part de
la centrale de Montreuil, qui se voit
comme le premier opposant au pouvoir
en place. Le ton est aussi monté très
haut chez FO et ne devrait pas redescendre avec l’arrivée à sa tête de Pascal
Pavageau (nos éditions du 28 avril). « Ce
gouvernement mène une attaque sans
précédent contre les organisations syndicales », a tonné vendredi le nouveau
secrétaire général de la centrale lors du
discours de clôture du congrès de Lille,
comparant même le duo de l’exécutif à
un « rouleau compresseur ».
Mais c’est du côté de la CFDT, traditionnellement plus conciliante, que
l’agacement est le plus frappant.
« Aujourd’hui, il y a une forme de négation des corps intermédiaires beaucoup
trop forte et qui est dangereuse, a une
nouvelle fois martelé ce dimanche sur
CNews son secrétaire général, Laurent
Berger. Selon lui, le président Macron
« considère que lui peut tout et que les
corps intermédiaires sont un supplément
d’âme, mais pas forcément nécessaire ». Il appelle le chef de l’État « à faire
preuve de moins d’arrogance et de plus
d’empathie » à son égard.
Le climat est tellement tendu que
beaucoup, dans le monde syndical,
pensent que le chef de l’État veut les
tuer. Voire… Seule certitude, le président veut faire bouger les lignes en
profondeur. Plus question notamment
de céder à la rue : Emmanuel Macron
est convaincu que ce comportement a
miné l’autorité des gouvernements et
décrédibilisé la parole politique. Mais il
y a plus. Pour le chef de l’État, la démocratie politique doit primer sur la démocratie sociale. Élus par le peuple, ce
sont la majorité parlementaire et l’exécutif qui sont les garants de l’intérêt
général. Pas les syndicats. « Je suis pour
donner moins de poids aux syndicats sur
la gestion des grands risques, c’est de la
responsabilité de l’État, et leur redonner
beaucoup plus de place dans l’entreprise
et dans la branche », avait-il assuré en
mars 2017.
La colère de Laurent Berger
En cela, il se distingue de François
Hollande qui, avant son élection, avait
envisagé de reconnaître la démocratie
sociale dans la Constitution. Il heurte
surtout de plein fouet la doctrine de la
CFDT - d’où la colère de Laurent
Berger - pour qui les syndicats participent de l’intérêt général. Avec un facteur aggravant, Emmanuel Macron
met en œuvre ce qu’il avait annoncé : le
gouvernement va encadrer le pouvoir
des syndicats et du patronat au sein de
l’assurance-chômage, comme il n’a
pas repris l’intégralité de leur accord
sur la formation et a réformé le Code du
travail par ordonnances.
Si le chef de l’État déroule ainsi son
programme, c’est aussi parce qu’il sait
les syndicats affaiblis. Leur image est
en berne dans l’opinion et les manifestations n’attirent plus les foules. De
surcroît, les centrales sont loin d’être
unies. Comme chaque année, CGT, FO
et CFDT organiseront mardi des événements chacune de leur côté pour la
Fête du travail, malgré la menace
Macron. Preuve que le fruit était mûr
pour les bousculer… ■
A
aine sociale animée
3
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Les contours du service national universel se précisent
La version moderne du service militaire pourrait obliger chaque jeune Français à passer au moins un mois en internat.
ALAIN BARLUET £@abarluet
DÉFENSE Comme on pouvait s’y attendre, le chantier du service national universel (SNU) se révèle ardu et occasionne des délais. Cette proposition phare
du candidat Macron, réaffirmée après
son élection, devait être présentée fin
avril, après la remise au chef de l’État
du rapport d’un groupe de travail présidé par le général Daniel Menaouine.
Cette présentation n’interviendra que
« d’ici à quelques semaines », indiquait
mercredi dernier une source gouvernementale. Manifestement, le président
de la République souhaite se donner du
temps. « Le groupe de travail sur le SNU
a terminé sa réflexion, nous examinons
ses préconisations », indiquait-on dimanche à l’Élysée.
Les grandes lignes du projet sur lesquelles le président « réfléchit » semblent
néanmoins consolidées : il s’agirait d’un
parcours comportant des séquences distinctes, depuis un enseignement de défense, obligatoire, au collège/lycée jusqu’à un engagement sur une base
volontaire à l’âge adulte, via le service civique ou la réserve par exemple, en passant par une courte période de « brassage » des jeunes d’une même classe d’âge,
elle aussi obligatoire, en internat. L’objectif est de permettre aux jeunes d’acquérir un corpus de valeurs citoyennes et
de solidifier la résilience de la nation
après sa mise à l’épreuve par les attentats.
Macron avait insisté à plusieurs repri-
ses sur le caractère obligatoire du SNU. Il
le sera donc, mais partiellement et pour
une durée vraisemblablement inférieure
aux « trois à six mois » évoquée par le
chef de l’État, le 16 février dernier. La
part proprement « obligatoire » de ce
SNU devrait se rapprocher de la proposition initiale du candidat Macron – soit
« environ un mois ».
Susciter l’adhésion
Cette courte période de « tronc commun » serait notamment consacrée à des
activités sportives, à l’apprentissage des
gestes de premiers secours et des comportements à adopter en cas de crise.
La dimension militaire du SNU ne devrait guère aller au-delà, tout apprentissage plus poussé dans ce domaine, tel le
maniement des armes, exigeant nécessairement davantage de temps et un encadrement adéquat.
C’est notamment sur ce dernier aspect,
l’encadrement, que la « réflexion » présidentielle est attendue. Il en va de même
concernant le coût du dispositif, évalué
entre 2,4 et 3,1 milliards par an. Le chef
de l’État a jugé utile de rassurer les armées, plutôt circonspectes, en indiquant
que le SNU ne pèserait pas sur leurs budgets. Très sollicités dans les opérations,
extérieures et intérieures, les militaires
s’interrogent toujours sur le rôle – et les
moyens - qui pourraient être les leurs
dans ce SNU, dont il est clair pour tous
qu’il ne peut avoir pour vocation d’imiter
l’ex-service national « suspendu » (et
non supprimé) par Jacques Chirac en
1997. Le SNU pourra toutefois s’appuyer
sur des formes d’engagement qui ont fait
leurs preuves depuis, tels le service civique ou la réserve.
La formule, quelle qu’elle soit, devra
convaincre et susciter l’adhésion. La dimension militaire du SNU n’étant pas
prédominante, son ADN devait être largement sportif. Il a même été envisagé
qu’un champion puisse être son porteétendard mais cette option, susceptible
de parler à la jeunesse a, semble-t-il, été
abandonnée. D’autres parties prenantes
officielles, le ministère de l’Intérieur,
l’Éducation nationale, ont été peu audibles, personne ne se disputant le rôle de
chef de file dans un projet pouvant paraître aussi légitime dans ses intentions
qu’incertain dans sa mise en œuvre. ■
Macron en tournée au bout du monde
Le président de la République se rend cette semaine en visite en Australie puis en Nouvelle-Calédonie.
avec une grande circonspection depuis
ses déclarations sur la colonisation « crime contre l’Humanité » durant la campagne présidentielle.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
Geste symbolique
BRENDAN SMIALOWSKI/AFP
EXÉCUTIF Une semaine au bout du monde. Alors que la grogne sociale est toujours vive en France contre les réformes
du gouvernement, Emmanuel Macron
s’envole ce lundi pour une tournée dans
le Pacifique qui le verra passer d’abord
par l’Australie, ensuite par la NouvelleCalédonie. « Nous ne sommes pas maîtres
des disponibilités du premier ministre australien », plaide-t-on à l’Élysée. D’autant
qu’il a fallu caler ce voyage dans le prolongement de la visite d’État aux ÉtatsUnis chez Donald Trump.
Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on nie toute volonté de sa part de
vouloir détourner l’attention de la
contestation sociale. Il n’empêche, depuis quelques semaines déjà, le chef de
l’État s’affiche en toute occasion. « Sa
communication intensive des derniers jours
était tout à fait volontaire, assure l’un de
ses conseillers de l’ombre. Avec cette
grande séquence internationale, il a organisé un “tapis de bombes” pour que l’on
parle de lui. »
Mardi matin, pour le 1er mai, alors que
les cortèges syndicaux ne se seront pas
encore élancés dans la capitale, ce sont les
images d’Emmanuel Macron devant
l’emblématique opéra de Sydney qui occuperont les écrans. Le président de la République doit y assister à un dîner officiel
avant lequel il a souhaité s’exprimer devant la presse pour exposer les raisons de
ce déplacement au bout du monde. Depuis la signature en 2016 d’un contrat
L’avion présidentiel sur la base aérienne Andrews (Maryland), le 23 avril, lors du déplacement d’Emmanuel Macron aux États-Unis.
pour la fabrication de sous-marins pour
l’Australie, les deux pays veulent renforcer leur coopération dans le domaine de la
défense, mais pas seulement. « C’est la
première fois qu’un président de la République se rend en Australie durant la première
année de son mandat, indique-t-on à
l’Élysée. C’est un signal fort sur l’importance que l’on accorde à ce partenariat. »
Ce voyage sera ainsi l’occasion d’annon-
cer la mise en place d’un système pour
que les PME françaises puissent s’installer
plus facilement dans le pays-continent.
Des chefs d’entreprise néocalédoniens ont
d’ailleurs été associés à ce déplacement.
À deux heures de vol de l’Australie, le
territoire espère bénéficier de nouveaux
débouchés commerciaux. C’est là que
s’envolera Emmanuel Macron jeudi dans
la journée pour la deuxième étape de son
voyage dans le Pacifique. Sauf que l’enjeu
de sa visite est cette fois nettement moins
économique. Le 4 novembre prochain,
les Calédoniens sont appelés aux urnes
pour le référendum d’autodétermination
et dire si, oui ou non, ils souhaitent rester
dans la République.
Un déplacement sous haute tension
pour Emmanuel Macron qui n’a jamais
mis les pieds sur le Caillou. Il y est attendu
Point d’orgue de cette visite, le triple
hommage que le président de la République rendra samedi à Ouvéa, trente ans
jour pour jour après la dramatique prise
d’otages de gendarmes par des Kanaks
dans cet atoll du bout du monde. Le chef
de l’État saluera d’abord la mémoire des
quatre gendarmes assassinés, puis celle
des Kanaks tués dans l’opération. Enfin,
il se recueillera sur les tombes de JeanMarie Djibaou et Yéwéné Yéwéné, assassinés plus tard alors que le processus de
paix s’engageait. Il devait déboucher dix
ans plus tard sur les accords de Nouméa
qui prévoyaient l’organisation d’un référendum d’autodétermination. « Le président n’exprimera pas de position, prévient-on à l’Élysée. Il considère que le
territoire est face à une opportunité historique de choisir son propre destin. Il considère que son rôle est celui d’un passeur
d’Histoire et de destin. »
En geste symbolique, il remettra officiellement au gouvernement de l’île
l’acte de prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France. Établi en
1853, ce texte est le plus ancien document
écrit dont la France dispose dans sa relation avec le Caillou. « Cela pour dire que le
temps de la possession est révolu », explique un conseiller élyséen. Ce qui se joue
désormais avec le référendum entre la
France et la Nouvelle-Calédonie, c’est un
rapport de libre adhésion. ■
La macronie fête sa première année au pouvoir
Le gouvernement et le parti présidentiel cherchent à marquer les esprits sans donner l’impression d’être dans l’autocélébration.
MAJORITÉ Vanter les réformes adoptées
depuis un an, faire de la pédagogie et
tracer des perspectives. L’anniversaire
de la première année d’Emmanuel Macron à l’Élysée et de l’installation du
gouvernement est un bon prétexte pour
tenter de marquer les esprits et faire
passer quelques messages dans l’opinion. « Ce ne sera pas une fête, souligne
Christophe Castaner, secrétaire d’État
en charge des Relations avec le Parlement et délégué général de La République en marche (LaREM). Mais on va en
parler. » Car dans ce contexte de grogne
sociale (lire pages 2 et 3), la majorité ne
veut pas, à travers cet événement, donner l’impression d’être dans l’autocélé-
Hélène Roussel
le 5/7
A
avec tous les mercredis
Marcelo Wesfreid
du quotidien
bration de son action. Après les interventions télévisées du chef de l’État, qui
ont en quelque sorte précédé ce premier
point d’étape du quinquennat, les ministres et le mouvement présidentiel se
mettent en ordre de bataille. Depuis janvier, le porte-parole du gouvernement
Benjamin Griveaux planche sur l’organisation d’une opération de grande ampleur, mobilisant « le maximum de ministres ». Le même jour, en fin de
journée, les membres de l’exécutif se
rendront sur le territoire pour une réunion publique et un temps d’échange
avec les Français. « On va aller dans des
villes moyennes, des zones périurbaines,
pour expliquer ce qu’on fait et tracer des
perspectives. L’idée, c’est que chaque ministre puisse être ce jour un porte-parole
du gouvernement », explique Griveaux.
Le premier ministre Édouard Philippe
n’a pas encore confirmé sa participation.
« Je ne me sens pas du tout dans l’esprit de
célébrer un anniversaire », a-t-il indiqué
la semaine dernière. La date du 17 mai,
qui correspond à quelques heures près à
la date anniversaire du premier gouvernement Philippe, est dans les tuyaux.
La carte des déplacements des ministres est encore en préparation. La ministre en charge des Affaires européennes,
Nathalie Loiseau, devrait se rendre dans
le Béarn, Sébastien Lecornu en Bourgo-
gne, Benjamin Griveaux probablement
dans le Sud-Est. En tout, une « trentaine
de territoires » sont ciblés.
Une journée d’action
Ces événements simultanés, calqués sur
le modèle du porte-parolat décentralisé
qu’organise régulièrement Benjamin
Griveaux, seront diffusés sur les réseaux
sociaux pour créer une sorte de « multi-
plex » du gouvernement. « Ce sera essentiellement un temps d’écoute, pour répondre aux interrogations des gens. Notre
action s’inscrit dans le temps long, pour
libérer, protéger et renforcer la cohésion
nationale », rappelle le porte-parole du
gouvernement.
En amont de cette mobilisation gouvernementale, le chef de file des Marcheurs, Christophe Castaner, sera en
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
Emmanuel Macron devant la Pyramide du Louvre, le soir de son élection, le 7 mai 2017.
déplacement du 3 au 5 mai, dans l’Eureet-Loir. Le macroniste « veut aller à
l’écoute des Français, vivre leur quotidien, prendre son temps pour préparer
l’avenir », fait savoir son entourage. Ce
déplacement de 72 heures sera ponctué
de visites au contact des entreprises
pour revenir sur les effets des ordonnances travail, ou encore à la sortie des
écoles pour évoquer le dédoublement
des classes dans les zones d’éducation
prioritaire.
Le mouvement d’Emmanuel Macron
prépare en parallèle une grande campagne sur le terrain, avec la diffusion de
plusieurs millions de tracts, et une journée d’action sur le territoire samedi
5 mai. « Cela doit servir à raconter le récit et imprimer par segment de population, montrer les grandes avancées liées
au macronisme », précise un cadre du
QG. « L’idée, c’est de répéter : on fait ce
qu’on a dit. » Les Jeunes avec Macron
(JAM) vont lancer leurs propres tracts et
affiches.
Alors que la succession de réformes
peut laisser une impression de confusion, la majorité veut profiter de ce rendez-vous pour remettre en cohérence
l’ensemble des chantiers. Côté Parlement, les députés envisagent aussi une
« expression », probablement sous la
forme d’une tribune. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 30 avril 2018
INTERNATIONAL
5
ALVARO BARRIENTOS/AP
#Cuéntalo,
(Raconte-le)
le #BalanceTon
Porc ibérique
Après un verdict disculpant des violeurs,
de très nombreuses femmes ont rapporté
sur Twitter des cas de violences sexuelles.
MADRID
JUSTICE « Quand j’ai lancé le hashtag, je
ne pouvais pas imaginer qu’on en arriverait là, à quasiment 300 000 témoignages
de femmes », commente Cristina Fallaras. En proposant l’étiquette #Cuéntalo
(« raconte-le »), cette journaliste indépendante a ouvert sur Twitter un canal
d’expression dont se sont emparées des
milliers de femmes pour narrer les
agressions sexuelles dont elles ont été
victimes. Des propos salaces aux viols
les plus abjects, des peurs quotidiennes
et anonymes aux dénonciations nominatives de délinquants présumés ou
condamnés, le #Cuéntalo a des allures
de #MeeToo ou de #BalanceTonPorc à
l’espagnole. Au-delà des jeunes urbaines hyperconnectées, le mouvement
dépasse le milieu naturel des réseaux
sociaux. « Des milliers de femmes ont
ouvert un compte sur Twitter pour raconter leur agression puis l’ont refermé, observe Fallaras. Une femme de 80 ans a
raconté que son mari l’avait violée tous les
soirs depuis les années 1950 », illustre-telle.
En Espagne, la libération de la parole
des femmes s’enracine dans un contexte
de mobilisation féministe jalonné de
deux épisodes concrets : la grève géné-
qui proposait l’absolution des cinq accurale des femmes, le 8 mars dernier, un
sés et attribuait à la jeune fille « une exévénement sans précédent et couronné
citation sexuelle » sur la foi de la vidéo de
de succès ; la vague d’indignation susci90 secondes tournée par les prévenus.
tée par un jugement rendu jeudi dernier
Dans les manifestations, l’un des slogans
et disculpant de viol cinq hommes qui
les plus entendus exprime parfaitement
avaient attaqué une jeune femme lors
le hiatus entre le langage commun et les
des fêtes de Pampelune de 2017. Depuis
concepts juridiques appliqués : « Ce ne
ce jour, les manifestations se succèdent
sont pas des abus, c’est un viol ! » Pepa
dans toute l’Espagne pour reprocher
Calvo, une professeur à la retraite renaux juges d’avoir condamné les indivicontrée dans le rassembledus uniquement pour abus
ment devant le ministère de
sexuels.
la Justice jeudi soir, disait ainLe verdict est très loin
si « vouloir dénoncer l’injustice
d’être un acquittement de ce verdict: ce sont des abus
les cinq hommes ont été
et c’est aussi un viol, et en plus,
condamnés à neuf ans de
c’est un viol collectif ».
prison chacun - et s’appuie
« Le contexte a été très imsur des arguments juridi- de prison pour chacun
portant », reconnaît Fallaras,
ques solides, le viol étant
des cinq accusés,
qui par le passé avait déjà tenréservé en Espagne à des
condamnés
té sans succès de populariser
rapports non consentis acsimplement
compagnés de violence ou pour « abus sexuel » l’expression cuéntalo. Le soir
du verdict, la codirectrice du
d’intimidation
un
site d’information publico.es,
concept proche de celui de
Virginia Alonso, publiait un article intimenace. Mais il est insupportable à des
tulé « Mon viol », dans lequel elle raconmilliers d’Espagnols que soient niés le
tait les attouchements dont elle avait été
terme et la souffrance d’un viol à cette
victime à l’âge de 13 ans. « Un texte écrit
jeune fille de 18 ans. D’autant que les juà la première personne par la dirigeante
ges reconnaissent que, non consentand’un journal… J’ai compris que c’était le
te, elle s’est soumise à cette relation
moment d’activer #Cuéntalo », se soudéstabilisée par le nombre et la force
vient Fallaras. Une proposition qu’elle
physique de ses agresseurs. Encore plus
différencie du #MeToo américain et qui
polémique, l’avis particulier de l’un des
ressemble sans doute davantage à l’extrois magistrats en charge du dossier,
9
années
Italie : Di Maio s’ouvre
au Parti démocrate
CORRESPONDANT À ROME
EUROPE Deux mois après les élections,
c’est au tour du Parti démocrate d’entrer
en scène. Luigi Di Maio, le leader du Mouvement 5 étoiles (M5S), renonce unilatéralement à l’alliance avec la Ligue de
Matteo Salvini pour tendre la main à la
formation de Matteo Renzi. « Nous avons
de nombreux points en commun. Définissons ensemble objectifs et échéances pour
rédiger un contrat de gouvernement »,
écrivait-il hier.
Mercredi, la direction du Parti démocrate se réunira pour donner sa réponse.
La perspective d’une alliance paraît extrêmement compliquée, à première vue
même impossible. Le M5S n’a cessé de
combattre les réformes de Matteo Renzi,
à commencer par celles de l’école et du
Code du travail. Il a largement contribué
à l’échec du référendum constitutionnel
du 4 décembre 2016. Multipliant insultes,
bagarres au Parlement et manifestations
de rue. Pour Renzi, « pas question de faire
un gouvernement avec eux. Notre base ne
veut pas d’accord ». Une majorité de ses
troupes parlementaires (70 députés sur
105 et 35 sénateurs sur 52) le suit. Et du
côté du M5S, seulement 13 % de la base,
selon le dernier sondage Ipsos, souhaite
une alliance avec le PD, alors que 32 % se
montrent favorables à un accord avec la
Ligue de Salvini.
La tentation est pourtant très forte au
PD d’éviter la rupture. L’alternative possible serait un retour aux urnes en octobre – le gouvernement de Paolo Gentiloni
continuant d’expédier les affaires courantes. Avec le risque réel pour le parti de
disparaître de l’horizon politique après la
débâcle du 4 mars où il avait obtenu à
peine 18 %.
Aussi, Luigi Di Maio, avec une parfaite
duplicité et une grande habileté, joue-t-il
sur la corde sensible en leur proposant
« un contrat à l’allemande, noir sur blanc
et immédiat, pour améliorer la qualité de
vie des Italiens ». Objectifs concrets, thèmes communs comme la lutte contre la
pauvreté, l’aide aux retraités dans le besoin, un salaire horaire minimum, une
banque publique d’investissement, la
lutte contre les infiltrations mafieuses
dans les institutions : tous points que le
Parti démocrate ne peut pas refuser. Mais
en se gardant bien de dire qui devra
conduire l’alliance et sans renoncer à la
présidence du Conseil, ce que lui demandent plusieurs dirigeants démocrates. En
cas d’accord, le « régent » du Parti démocrate, Maurizio Martina, promet de
consulter les militants.
“
Un contrat à
l’allemande, pour
améliorer la qualité
de vie des Italiens
LUIGI DI MAIO, LEADER DU M5S REUTERS
”
Pour l’éditorialiste du Corriere della
Sera Pierluigi Battista, « l’Italie vit un dilemme absolument inédit depuis l’instauration de la République, quelque chose de
jamais vu ni vécu et qui engendre inévitablement angoisses, désorientations, peur
de l’inconnu. Jamais les forces politiques
n’avaient été aussi antagonistes. Dans le
passé, les partis ont collaboré autour de la
démocratie chrétienne sans se livrer à une
guerre aussi impitoyable ».
À droite, la Ligue devrait sortir renforcée par sa victoire aux élections régionales de ce dimanche dans le Frioul-Vénétie
Julienne. Et, sur le pied de guerre, Matteo
Salvini se dit prêt à renouer à tout moment avec Luigi Di Maio. Mais si le PD devait entrer au gouvernement, il mobiliserait « des millions d’Italiens dans la rue ». ■
Changer la loi
Les tweets amplifient l’indignation de la
rue. À Madrid, une assemblée féministe
a voté samedi la convocation de nouvelles mobilisations. Les politiques ont déjà
commencé à se positionner, au-delà des
clivages habituels. Le gouvernement
conservateur a chargé une commission
du ministère de la Justice d’étudier un
changement de la nomination des délits
sexuels. Le Parti socialiste (PSOE), Podemos (gauche radicale) et Ciudadanos
(centre) sont favorables à ces évolutions. Sur la publication numérique
ctxt.es, le magistrat Miguel Pasquau formule une proposition qui semble de bon
sens : « Appeler légalement viol ce que
quasiment tout le monde entend par viol :
une pénétration non souhaitée par la victime. » Une réforme qui aiderait les juges espagnols à parler le langage des
simples justiciables. ■
ZOOM
Pyongyang va fermer
son site nucléaire en mai
Le dirigeant nord-coréen Kim
Jong-un va fermer son site d’essais
atomiques en mai et inviter dans
le pays des experts américains.
D’après Séoul, le numéro un nordcoréen a fait cette promesse lors de
son sommet historique vendredi
avec le président sud-coréen
Moon Jae-in. M. Kim a déclaré
qu’il « procéderait à la fermeture
du site de tests nucléaires en mai
et qu’il allait bientôt inviter
des experts de Corée du Sud
et des États-Unis ainsi que
des journalistes pour révéler
le processus à la communauté
internationale de manière
transparente », a dit la présidence
sud-coréenne.
Donald Trump s’est montré,
pour sa part, optimiste sur la
possibilité d’un accord nucléaire
avec Pyongyang. Le sommet entre
M. Kim et le président américain
aura lieu « dans les trois ou quatre
prochaines semaines », a dit le chef
de la Maison-Blanche.
Elle pourrait se tenir en Mongolie
ou à Singapour.
SPÉCIAL DÉFISCALISATION
Le chef du Mouvement 5 étoiles est prêt à passer
un accord de gouvernement avec le centre gauche.
RICHARD HEUZÉ
périence française. « Ce n’est pas un
geste d’adhésion, mais une accumulation
de récits intimes. En nous emparant des
réseaux sociaux, nous racontons ce que
personne ne nous a laissées raconter dans
les médias, explique-t-elle aujourd’hui.
De même que les classes sociales se sont
construites en se reconnaissant comme
telles, ces récits sont des mécanismes
d’identification par lesquels les femmes
prennent conscience de leur genre. »
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A
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
Protestation, samedi à Pampelune, après un verdict jugé indulgent à l’encontre de cinq hommes accusés de viol en réunion en 2017.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
En Irak, le mystère des « White Flags »,
nouveau groupe clandestin
Possible excroissance de Daech, les « Drapeaux Blancs » sèment la terreur dans la région de Kirkouk.
INES DAIF (avec THIERRY OBERLÉ à Paris)
PROVINCE DE SALAH AD-DINE (IRAK)
MOYEN-ORIENT Le temps semble suspendu dans les rues de Touz Khourmatou, mosaïque ethno-religieuse - kurde, turkmène et arabe – à 60 km de
Kirkouk. La ville a été l’un des théâtres
violents de l’offensive irakienne du
16 octobre 2017. Ce jour-là, les forces
irakiennes ont chassé les Kurdes de
cette zone située dans les « territoires
disputés » que contrôlaient les pechmergas depuis l’invasion de Daech en
2014. Depuis, une forte instabilité perdure. Ce délitement offre un terreau
parfait pour la résurgence de groupements insurrectionnels ou terroristes.
Le 13 avril, des habitants de la zone de
Dakuk, entre Kirkouk et Touz Khourmatou, ont ainsi dû fuir durant la nuit,
après l’arrivée d’un groupe mystérieux, nommé symboliquement dans la
région les White Flags (les Drapeaux
Blancs). Un nom donné par les habitants et les forces en présence pour
marquer à la fois la continuation et la
rupture avec les Drapeaux Noirs de
Daech officiellement anéantis de 9 décembre 2017.
À Touz Khourmatou des photos
d’hommes rassemblés dans des caves à
Kifri, un village voisin, ou encore roulant à moto dans les environs circulent.
« J’ai reçu des menaces de mort des
White Flags », confie Mohammed Fiaq,
le porte-parole de l’UPK, l’un des principaux partis politiques kurdes. « Six
hommes sont d’abord venus à la mosquée avec des turbans noirs autour de la
tête, ils ne se sont pas identifiés. Le lendemain ils sont revenus avec sept voitures. Ils ont fait le tour du village sans attaquer les civils et ont pris les postes à
l’abandon des pechmergas. L’armée irakienne ou les Hachd ne sont pas intervenus. Le 13 avril, la population s’est réfugiée vers Tawuq et Chamchamal »
raconte, de son côté, un habitant de
Farik, un village à 20 km de Dakuk.
La configuration montagneuse est
propice au développement et à l’ancrage de ces groupes qui ne revendiquent
pas leurs actions. Ils sévissent principalement dans la plaine de Dakuk (province de Kirkouk). « Trois villages ont
été pris par les White Flags le 11 avril.
Autour de Dakuk, où ils sont plus forts
que toutes les forces armées présentes.
Ils sont là pour affaiblir la zone », explique un haut responsable de l’intelligence kurde.
Ici chacun à sa version sur l’origine
des combattants clandestins selon l’armée ou la milice à laquelle on appartient. Des Kurdes pensent que c’est un
jeu de l’armée irakienne voire des
Américains. Mais beaucoup incriminent des forces dissidentes kurdes.
Des flèches rouges
sur une carte
« Pour moi, ce sont ou des anciens de
Daech, ou bien des groupes mafieux ralliés à Daech ou alors des Kurdes », affirme Mohammed al-Bayati, numéro
deux de l’organisation chiite Badr. Les
Hachd Badr, supplétifs de l’armée irakienne, en conflit avec les Kurdes,
contrôlent principalement les montagnes et la périphérie de Touz Khour-
matou. « Ils ont profité du recul des pechmergas après les affrontements du
16 octobre pour prendre position. Ils
contribuent à augmenter le conflit intercommunautaire. Ces gens sont impalpables : ils agissent la nuit et passent d’une
localité à l’autre. Il y a des attaques de
civils, quatre personnes ont été brûlées
dans une voiture vers Dakuk », raconte
Mohammmed al-Bayati. Il ajoute que
plus de 12 attaques incombent à Daech
depuis le 16 octobre, comme celle revendiquée à Hawija faisant 28 morts
dans des Unités de mobilisation populaires.
Dans la salle de commandement de
l’ERD (unité d’intervention rapide irakienne), la police irakienne, trône une
carte marquée de trois flèches rouges
désignant les White Flags. « Pour moi
les White Flags, c’est Daech. Ils sont à
3 km dans les montagnes faisant face à la
base. Tous les jours nous avons des interventions de nettoyage de poches ré-
sistantes » tranche le sous-général
Fawzi.
L’État islamique est-il en train de
réapparaître et de signifier son retour
sous une nouvelle forme ? Pour l’expert
irakien, Shalallaw Kirkuky, il ne faut
pas, dans tous les cas de figure, minimiser le phénomène. « C’est une organisation similaire à Daech. Le 9 avril,
onze policiers fédéraux ont été tués pendant la nuit près de Dakuk. C’est une
puissance régionale qui doit les financer
et qui les entraîne. Ils ont des armes
lourdes et utilisent des nouvelles technologies satellites », estime-t-il. « Ils ont
deux chefs, un irako-syrien, Khalid
Mooradi et Chalak, un chef kurde. » Le
nom du leader présumé Khalid Mooradi
est également confirmé par l’analyste
politique irakien Hicham al-Hashemi
proche de l’intelligence irakienne, qui
considère, en revanche, avoir affaire à
« des séparatistes kurdes qui veulent à
nouveau asseoir leurs pouvoirs sur les
territoires perdus en octobre ». Reste
que le haut responsable des services de
renseignement kurdes n’en démord
pas. Il est convaincu d’être confronté à
un avatar de l’État islamique. « C’est
Daech qui a troqué son drapeau noir
contre un drapeau blanc. Ces hommes
viennent en partie de Syrie et se sont unis
avec des survivants de poches de l’État
islamique irakien subsistant au sud de
Kirkouk, de Hawija, de Tall al-Wad,
Mossoul et Tall Afar. Ils sont une centaine. Un certain Abou Ghinam originaire
de Kirkouk est leur chef des finances. Ils
sont armés de mitraillettes, de roquettes
et de RPG. Le 11 avril, ils ont tué le sousgénéral Moustafa al-Jabani de l’armée
irakienne. Pour nous il n’y a pas de doute : ils sont un simple prolongement de
Daech. »
Qu’ils soient des rescapés de Daech,
ou des Kurdes radicalisés et islamisés,
les intrigants White Flags n’ont, sans
doute, pas fini de faire parler d’eux. ■
En octobre 2017, les forces de sécurité
irakiennes font leur entrée dans la ville
de Touz Khourmatou après en avoir chassé
les pechmergas, leurs anciens alliés
contre Daech. UNCREDITED/AP/SIPA
Au Pakistan, la colère des Pachtouns contre l’armée
Ils dénoncent les violences commises dans la guerre contre le terrorisme ainsi que le soutien des militaires aux insurgés afghans.
EMMANUEL DERVILLE
NEW DELHI
ASIE Jamais l’armée n’a eu à affronter
un opposant aussi critique. Depuis trois
mois, Manzoor Pashteen, 25 ans, multiplie les discours virulents contre une
institution qui a la haute main sur la politique étrangère, l’économie et les médias. « Dites-nous combien l’Amérique
vous a payés pour les Pakistanais que
vous lui avez livrés ! », tonne-t-il lors
d’une manifestation à Lahore le 22 avril.
Après 2001, sous couvert de la lutte
contre al-Qaida, les autorités ont extradé des milliers de suspects en toute illégalité. Mais la colère de Manzoor Pashteen contre les généraux « traîtres » et
leurs « atrocités » ne s’arrête pas là. Et
elle est révélatrice d’un pays que la
guerre contre le terrorisme divise profondément.
Originaire du Waziristan, Manzoor
Pashteen a, comme beaucoup de Pachtouns, supporté les brimades et l’oppression de l’armée durant les opéra-
tions militaires. Ces offensives, menées
à coups de chars, de canons et de bombardements aériens à partir de 2008
dans les régions de Khyber, Swat, Dir, et
du Waziristan, ont chassé les talibans
pakistanais et les djihadistes étrangers
qui avaient déclaré la guerre à l’État
après l’attaque de la Mosquée rouge en
2007. Les civils ont été les premières
victimes de ces guerres qui ont détruit
des quartiers entiers, ont fait des milliers
de morts et des millions de déplacés. La
colère des Pachtouns couve depuis des
années. Fin janvier, l’assassinat par la
police de Karachi d’un Pachtoun qui rêvait de devenir mannequin a mis le feu
aux poudres.
Dans les rues d’Islamabad, Karachi,
Peshawar et Lahore, sur les réseaux sociaux, le Pashtun Tahafuz Movement
(Mouvement de protection des Pachtouns, PTM) martèle six revendications :
libération des personnes emprisonnées
sans jugement, fin des exécutions extrajudiciaires, création d’une commission
d’enquête sur ces assassinats, déminage
des régions pachtounes qui bordent
Les informés de franceinfo
A
Une émission de Jean-Mathieu Pernin,
du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
l’Afghanistan, levée des barrages et fermeture des sanctuaires pour les insurgés
qui partent se battre en Afghanistan.
Pour Manzoor Pashteen, les Pachtouns
sont victimes du soutien des autorités à
ces djihadistes. « Au Waziristan, les soidisant bons talibans menacent la population », a-t-il affirmé lors d’une manifestation à Peshawar le 8 avril.
Officiellement, l’armée assure avoir
nettoyé son territoire de toute présence
insurgée.
250 km
KIR.
CHINE
TADJIK.
TURKM.
Kaboul
Peshawar
AFGHANISTAN
Islamabad
Revendications
indépendantistes
Néanmoins, une poignée de hauts fonctionnaires et d’officiers admettent à
mots couverts cet appui aux groupes
afghans, notamment les talibans et le
réseau de Sirajuddin Haqqani. Ainsi, Islamabad veut faire pression sur Kaboul
qui ne reconnaît pas la frontière, la ligne
Durand et qui sympathise avec les indépendantistes pachtouns du Pakistan. Le
9 février, le président afghan, Ashraf
Ghani, a fait l’éloge du PTM sur Twitter,
reliant le mouvement à Bacha Khan,
homme politique des années 1940 qui
militait pour un État pachtoun indépendant. De quoi inquiéter l’appareil sécuritaire pakistanais qui redoute que Kaboul ranime les revendications
indépendantistes dans le Nord-Ouest.
« Beaucoup de nationalistes pachtouns
ont rejoint le PTM », confirme Rahimullah Yusufzai, rédacteur en chef au quotidien The News et fin connaisseur de la
mouvance.
Le chef de l’armée, le général Bajwa,
considère le PTM comme le bras armé de
Lahore
Waziristan
PAKISTAN
IRAN
INDE
Karachi
Mer d’Oman
Infographie
Zone de peuplement
pachtoun
Zones tribales
pakistanaises
l’étranger : « Nos ennemis […] nous imposent une guerre cruelle, hybride et maléfique. » Sur les réseaux sociaux, les
milieux ultranationalistes pakistanais
méprisent ces activistes qui seraient aux
ordres de Kaboul et Delhi. Une caricature dépeint Manzoor Pashteen en petite
tenue, devant une armoire de vêtements
affublés des initiales des services secrets
afghans et indiens, le NDS et la RAW.
Dans ce contexte, le PTM est boycotté
par les télévisions. « Ce black-out est orchestré par l’ISPR, la branche média de
l’armée, se désole le rédacteur en chef
d’une chaîne d’information. Notre direction est aux ordres et nous demande de
ne pas couvrir le phénomène. Des animateurs organisent des débats contre le
PTM. Les chaînes doivent obéir. Sinon, elles seront privées d’antenne pour les législatives de cet été, ce qui serait une catastrophe
pour
leurs
revenus
publicitaires. »
Manzoor Pashteen et le PTM rejettent
ces accusations et redoutent d’être
considérés comme la cinquième colonne de l’Afghanistan et de l’Inde. Impossible de s’entretenir avec des cadres du
PTM par téléphone depuis New Delhi.
Un numéro indien qui s’affiche sur leur
smartphone les terrifie : « cela nous met
en danger », justifie l’un d’eux.
Pourtant, le PTM n’est pas le seul à
exiger que l’armée cesse son aide aux
djihadistes en Afghanistan. Depuis janvier, l’Administration Trump a suspendu 2 milliards de dollars de subventions
au Pakistan qui pourrait être inscrit sur
la liste des pays finançant le terrorisme à
la réunion du Groupe d’action financière en juin.
« L’armée ne fera pas de virage à
180 degrés sur sa politique afghane. Certes, elle est prête à discuter avec le PTM,
mais c’est une manœuvre pour provoquer
des dissensions internes et un essoufflement de la mobilisation. En même temps,
elle reste prudente car les Pachtouns
constituent 20 % de ses effectifs. Si les
généraux s’en prennent à Manzoor Pashteen, cela divisera l’institution », conclut
Ayesha Siddiqa, chercheuse à l’université de Londres, spécialiste de l’armée
pakistanaise. ■
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LE FIGARO
lundi 30 avril 2018
SCIENCES
7
États généraux de la bioéthique : fin de vie
et procréation ont dominé les débats
Cette consultation
citoyenne se
termine après trois
mois et une forte
participation.
sons sociétales, selon un décompte provisoire du site. La Manif pour tous y voit
le signe d’une « inquiétude massive »
des Français et estime que le « large
consensus » évoqué comme un préalable par Emmanuel Macron pour légiférer sur ce sujet est loin d’être atteint. Le
mouvement qui avait manifesté en
masse contre la loi Taubira en 2013
et 2014 espère que le rapport de synthèse du CCNE sur la consultation citoyenne « sera conforme à la réalité ». « Ce
travail a été mené de manière très
constructive, mais il a suscité une immense attente, avertit Ludovine de la
Rochère. Il y a un risque majeur de déce-
Dans le cadre des États généraux de la bioéthique, rencontre-débat autour de l’assistance médicale à la procréation, en mars, à Dinan.
soit près de la moitié des échanges, des
quelque 13 000 participants dotés d’un
profil anonyme. Il a également donné
lieu à environ 253 000 votes pour ou
contre les arguments échangés.
Dans les débats publics comme sur le
site, les opposants à la PMA « sans
père », selon les mots de la Manif pour
tous, ont été les plus nombreux à exprimer leur opinion. Plus mobilisés que les
Français favorables à une évolution de la
loi, ils ont voulu montrer que le sujet
était loin de faire consensus dans l’opinion. De quoi agacer les partisans de la
PMA « pour toutes » qui rappellent que
six Français sur dix sont favorables à la
procréation médicalement assistée pour
les couples de femmes selon les derniers
sondages, dont celui réalisé début janvier par l’Ifop pour La Croix.
« Sur le site des États généraux de la
bioéthique, il y a un consensus pour protéger les droits de l’enfant et la finalité de
la médecine en réservant la PMA aux cas
d’infertilité, avance Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous.
C’est massif, les points de vue sont variés,
très argumentés et corroborent ce qui
s’est passé dans les débats citoyens. Et ce
en dépit d’un site Internet complexe et de
questions parfois biaisées. »
Les sujets de discussion mis en avant
par le CCNE ou par les participants pour
alimenter les échanges ont fait l’objet
d’un vote sur le site. À titre d’exemple,
le premier sujet du thème « procréation » - factuellement intitulé « Des
Françaises vont à l’étranger pour réaliser
les AMP qui leur sont interdites en France » - s’est rapidement transformé en
terrain d’affrontement privilégié des
pour ou contre. Avec un large avantage
pour ces derniers, même si des craintes
de « bourrages d’urnes » se sont exprimées des deux côtés. Ainsi les 1 400 arguments échangés autour de cette assertion ont suscité près de 4 500 votes,
dont 71,4 % contre la PMA pour des rai-
La Manif pour tous espère
que le rapport de synthèse
du CCNE sur la consultation
citoyenne « sera
conforme à la réalité »
voir les participants si cette opposition
n’est pas retranscrite et prise au sérieux. » Du côté du CCNE, on met plutôt
en avant la nature des arguments des
participants que le nombre de votes des
pro et des anti qui n’est pas jugé forcément représentatif. En outre, son rapport de synthèse, qui sera remis début
juin à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, prendra aussi en compte la centaine d’auditions menées par le CCNE
auprès d’associations et d’experts, l’avis
d’un comité de 22 citoyens sur la fin de
vie et les tests génétiques, et les débats
organisés avec des professionnels de
santé, des lycéens et des étudiants.
Un nouvel avis du CCNE est également attendu sur la révision de la loi de
bioéthique. Au début de l’été, les États
généraux seront clôturés de manière officielle par un événement national. ■
+
» Lire aussi PAGE 8
A
ÉTHIQUE Une participation importante
et des clivages forts. Telles sont les caractéristiques des États généraux de la
bioéthique qui se terminent officiellement ce lundi 30 avril. Cette vaste
consultation citoyenne de trois mois et
demi a été organisée par le CCNE (Comité national consultatif d’éthique) pour
prendre le pouls de la société française
avant la révision de la loi de bioéthique.
Au menu, neufs grands thèmes, soit
scientifiques, comme l’intelligence artificielle ou les neurosciences, soit sociétaux, comme la fin de vie ou l’ouverture
de la procréation médicalement assistée
(PMA), également appelée assistance
médicale à la procréation (AMP). Ces
deux sujets inflammables ont largement
pris le dessus dans les échanges. Ainsi,
alors que près de 300 débats ou ateliers
ont été organisés par les espaces éthiques
régionaux dans toute la France, pas
moins d’une cinquantaine ont été consacrés au thème phare de la PMA.
Pour la première fois, ces États généraux se sont aussi déclinés sur Internet
grâce à un site dédié. Plus de 50 000 contributions y ont été enregistrées. Si un
bilan plus précis est attendu, ce chiffre
correspond à l’objectif de participation
fixé par le Pr Jean-François Delfraissy,
président du CCNE. Là encore, le sujet
de la PMA est celui qui a incontestablement suscité le plus d’intérêt, avec environ 25 000 contributions à lui seul,
JEAN-MATTHIEU GAUTIER/CIRIC
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
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lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
8
SCIENCES
Trois enfants sur 100 naissent par AMP
Les demandes
d’assistance à la
procréation vont
encore croître.
PAULINE FRÉOUR £@p_freour
ÉTHIQUE A l’échelle de la médecine, l’assistance médicale à la procréation (AMP) est une spécialité
médicale récente. Depuis la naissance du premier bébé français
par fécondation in vitro, Amandine, en 1982, l’accès à ces soins s’est
largement répandu et les résultats
s’améliorent. Une étude européenne sur le recours à l’AMP depuis 1997 (Human Reproduction)
permet de mettre en perspective
les spécificités françaises dans ce
domaine.
En France, ce sont désormais
près de 25 000 enfants qui naissent chaque année à la suite d’une
intervention médicale, insémination artificielle ou fécondation in
vitro (données de 2015, les plus
récentes analysées par l’Agence de
la biomédecine). Cela représente 3
naissances sur 100, un taux proche
de la moyenne européenne.
Parmi elles, seules 5 % des naissances impliquent un don de gamètes ou d’embryon, soit un enfant sur 637 nés chaque année. Les
enfants nés d’un don de sperme
sont, de loin, les plus nombreux.
Les naissances par don d’ovocyte
en France sont bien moins fréquentes que dans d’autres pays
européens, l’Espagne notamment.
Une différence qui s’explique : le
don d’ovocyte, geste altruiste impliquant une longue stimulation
hormonale de plusieurs semaines
et une intervention chirurgicale
inconfortables pour la donneuse,
ne donne lieu à aucun dédommagement financier en France, contrairement à d’autres pays. Il en
résulte un plus faible nombre de
gamètes disponibles.
Autre spécificité hexagonale,
« les couples arrivent à la FIV après
être passés par plusieurs étapes :
une attente de quelques mois, des
stimulations ovariennes et/ou des
inséminations artificielles, puis enfin la FIV, selon les indications. En
moyenne, il s’écoule 4 à 5 ans avant
la FIV. Dans d’autres pays européens, comme le Danemark, ce délai
est de l’ordre de deux ans », explique le Dr Jacques de Monzon,
coauteur de l’étude européenne,
spécialiste en santé publique.
En termes d’efficacité, c’està-dire de grossesses obtenues
après une ponction d’ovocytes,
l’Europe enregistre des résultats
stables depuis quelques années,
et la France suit cette tendance.
L’Hexagone se situe toutefois un
peu en dessous de la moyenne
continentale : elle affiche 24,1 %
de grossesses par ponction, contre
27,3 % en Europe.
Moins de grossesses
multiples
Une différence que Jacques de
Mouzon justifie par un contexte
français particulier. « Il est probable qu’en France, nous ne traitions
pas les mêmes patients que dans les
autres pays, ce qui biaise la comparaison. D’une part, notre système de
prise en charge des soins, très généreux, fait que tous les couples hétérosexuels répondant aux critères
d’âge fixés par la Sécurité sociale
sont pris en charge, y compris lorsque leurs chances de succès sont
faibles. Il n’y a pas de sélection en
faveur des “bons cas”, ce qui augmente peut-être la proportion de
couples très infertiles. À l’inverse,
dans les pays où les frais incombent
davantage aux patients, il est probable que cela favorise les couples
ayant plus de chances de succès,
puisque les autres couples avec peu
d’espoir de grossesse se retireront
spontanément du processus. »
Comme dans les autres pays
d’Europe, la France voit augmen-
ter parmi les patientes la proportion des plus de 35 ans, reflet d’une
évolution de la société où les femmes envisagent la maternité plus
tardivement. Or l’efficacité de
l’AMP décroît avec l’âge de la
mère à la ponction : situé entre 25
et 27 % avant 35 ans, le taux de
grossesse par ponction baisse ensuite de plus en plus vite : 20 %
entre 35 et 37 ans, 14,4 % à 38-39
ans, et 7,4 jusqu’à 42 ans.
La médecine française affiche
en revanche de bons résultats
quant à la réduction des grossesses
multiples (jumeaux ou plus),
considérées comme « à risque »
par les médecins, qui souhaitent
donc les éviter. Les grossesses
multiples représentent 12,3 % en
2015 des grossesses par AMP
contre 17,3 % en 2008. La moyenne européenne était quant à elle de
20,2 % en 2011. « On sait désormais mieux choisir les embryons à
implanter pour augmenter les
chances de grossesse, il est donc
moins nécessaire de déposer plu-
sieurs embryons à la fois ». Si la
tendance européenne va dans le
même sens, on observait encore
en 2011 des pays avec un taux élevé de triplés (4 %, contre 0,6 de
moyenne européenne).
« Les besoins en AMP continuent
de progresser, et ne sont même pas
encore totalement satisfaits en
France », rappelle le Dr de Mouzon. « La France traite quelque
1 300 cycles par million de femmes
par an, quand les besoins sont estimés à 1 500. » ■
médicale s’ajoute l’évaluation humaine », notent les étudiants du cycle
master 1 philosophie, politique,
économie (Sciences Po Lille). Le Dr
Decanter confirme la difficulté de la
prise de décision : « Il y avait certes
l’aspect des risques maternels, mais
aussi la problématique d’un nouvel
enfant dans une famille déjà lourdement touchée par les problèmes de
l’enfant. » Tout le débat va se focaliser là-dessus.
« Une assistante sociale serait plus
à même d’évaluer la dynamique familiale », estiment encore les étudiants, pour qui le médecin en charge de la famille devrait pouvoir
demander cette consultation « lorsqu’il l’estime nécessaire ». Car il y a
un risque. « L’histoire familiale est
plutôt complexe, concluent-ils, mais
si le refus repose sur des critères sociaux, c’est à l’assistante sociale de le
dire. » D’ailleurs, dans les guides de
bonnes pratiques de l’AMP, les médecins ne sont pas légitimes pour
demander une enquête sociale ou
psychologique familiale.
L’importance du milieu socioéconomique n’est cependant pas
primordiale selon le Dr Decanter :
« Le désir d’enfant est profond et légitime. On doit juste s’assurer que
l’enfant aura une bonne santé, un toit
et des bonnes conditions d’accueil
mais le reste ne nous regarde pas. »
Approbation sur le banc des étudiants en master 2 psychopatholo-
gie clinique et psychothérapies analytiques (université de Lille) : « Qui
sommes-nous pour interdire ? », se
demandent-ils. « Si le couple pouvait avoir un enfant sans AMP, aucune instance n’aurait pu les empêcher
d’en avoir un, fussent-ils malades ou
maltraitants », remarquent-ils.
« De plus, rien n’empêche le couple qui s’est vu refuser une procédure
d’AMP dans un centre de se tourner
vers un autre centre », remarque le
tuel, estiment-ils, on ne peut reprocher au couple d’avoir refusé
l’entretien psychologique proposé,
puisque celui-ci n’est pas obligatoire, mais c’est tout de même un
risque, remarquent-ils, « car ce
faisant, c’est donc sans entretien
psychologique à l’appui que le médecin pourrait conclure que le couple
ne pourra pas supporter la procédure d’AMP ». Selon eux, « l’entretien
psychologique préalable à toute
procédure d’AMP devrait être obligatoire ».
Les étudiants en master 2 droit de
la responsabilité médicale (université catholique de Lille) s’étonnent
que la décision du médecin et de la
commission ne puisse faire l’objet
d’aucun recours en cas de refus de
FIV. « Cela pose la question de la nature du droit au recours à une technique d’AMP. Certes il s’agit davantage d’une liberté que d’un droit, mais
en cas de refus, l’accès à l’enfant est
interdit. » Aussi proposent-ils de
profiter de la révision des lois bioéthiques pour prévoir une voie de
recours interne à l’établissement
sous forme de commission de recours multidisciplinaire.
« Une très bonne idée pour les cas
complexes, car cela se ferait dans le
respect du couple et des états d’âme
du médecin », conclut le Dr Decanter. Proposition transmise au Comité consultatif national de bioéthique. ■
Réalisation d’une
fécondation in vitro
au Cecos du CHU
de Bordeaux.
BURGER/PHANIE
On sait
« désormais
mieux choisir
les embryons
à implanter
pour
augmenter
les chances
de grossesse,
il est donc
moins
nécessaire
de déposer
plusieurs
embryons
à la fois
»
DR JACQUES DE MONZON
Comment les étudiants veulent
améliorer la loi
A
DAMIEN MASCRET£@dmascret
ET VOUS, qu’auriez-vous décidé ?
C’est à cette délicate question que
les étudiants lillois de huit disciplines différentes ont dû répondre le
21 mars dernier lors d’une conférence de consensus d’étudiants organisée dans le cadre des États généraux 2018 de la bioéthique.
Dans l’amphi moderne de Sciences Po Lille, une soixantaine de jeunes étudiants présentent leurs
conclusions sur la demande d’assistance médicale à la procréation
(AMP) d’un jeune couple. Un jury
d’étudiants citoyens, présent dans
la salle, devra statuer deux jours
plus tard à huis clos.
Le couple, marié, est parent de 3
enfants dont le deuxième, âgé de 11
ans, présente de graves séquelles
physiques d’un accident domestique survenu dans l’enfance. Il souffre depuis d’une hyperactivité, de
troubles de l’humeur avec idées
suicidaires et passage à l’acte. Les
parents recourent à l’AMP pour
avoir un quatrième enfant. Après
trois tentatives infructueuses d’insémination intra-utérine avec le
sperme du père, le couple demande
à bénéficier d’une fécondation in
vitro (FIV).
« J’ai volontairement choisi de
soumettre aux étudiants un cas qui
peut paraître simple a priori mais
qui, tout en respectant la législation
actuelle, n’est pas sans poser de problèmes », explique au Figaro le Dr
Decanter, médecin responsable du
centre d’AMP et de préservation de
la fertilité du CHU de Lille, qui a fait
plancher les étudiants. Ces derniers
sont informés que la demande, discutée en commission pluridisciplinaire, a finalement été refusée.
« Était-ce le bon choix ? », se demande encore aujourd’hui le Dr Decanter, travaillée par l’obsession
des médecins qui exercent en AMP :
l’intérêt de l’enfant à naître. « Quid
de cet enfant qui arriverait dans une
famille déstabilisée par les problèmes
de l’enfant du milieu ? Cette famille
doit-elle concentrer son énergie sur
les problèmes déjà existants ou sur ce
nouveau projet ? L’enfant imaginé
comme renouveau et solution à leurs
problèmes n’est-il pas lourdement
missionné ? »
Il y a d’abord l’aspect strictement
médical à prendre en compte. La
mère est atteinte d’un trouble de la
coagulation qui peut engager son
pronostic vital en cas de saignement pendant la grossesse ainsi que
d’un utérus fragile. Pour les étudiants en médecine de l’université
catholique de Lille, les antécédents
médicaux de la mère, quoique non
négligeables, ne constituent pas une
contre-indication formelle à la FIV.
En revanche, les étudiants regrettent que « le médecin doive
prendre seul la décision finale (sous
couvert de la commission pluridisciplinaire, NDLR) ». C’est aussi
l’avis des étudiants en master études pénales et criminelles (université de Lille) : « On peut s’interroger
sur la capacité d’un médecin à apprécier seul l’équilibre familial d’un
couple. Il n’est pas formé pour
cela », notent-ils. « À l’évaluation
Dans cet amphi de
Sciences Po Lille, une
soixantaine d’étudiants
ont planché sur la
demande d’assistance
médicale à la procréation
d’un jeune couple.
ANDBZ/ABACA
“
Le système français
est plutôt conservateur
et considère davantage
les individus comme
des patients que
comme des clients
”
LES ÉTUDIANTS DE SCIENCES PO LILLE
Dr Decanter. « Ou à l’étranger, avec
la question de l’inégalité des couples
ayant les moyens financiers d’aller en
Belgique ou en Espagne par rapport
aux autres », soulignent les étudiants
de la licence 3 de science politique
(Espol Lille), « le système français est
plutôt conservateur et considère davantage les individus comme des patients que comme des clients ».
C’est un autre aspect de la législation qui inquiète les étudiants du
master 2 droit et politique de santé
(université de Lille). En l’état ac-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 30 avril 2018
SOCIÉTÉ
9
Augmentation
des violences
sexuelles
en France
Les statistiques policières révèlent une
hausse des viols et harcèlements de 15 %
sur le plan national et jusqu’à 29 % à Paris.
SÉCURITÉ La préfecture de police de Paris vient d’accéder aux demandes des
maires d’arrondissement qui voulaient
connaître les évolutions des crimes et
délits sur leur terre d’élection. Grâce à
cette transparence salutaire, également
voulue par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, ces édiles reçoivent désormais régulièrement les statistiques de
la délinquance dans leur arrondissement
mais aussi celle de Paris intra muros.
L’envoi du premier trimestre a de
quoi surprendre. On découvre une véritable explosion des « violences
sexuelles » : + 29%! En comparaison
avec la même période de 2017. Déjà plus
de 600 affaires en trois mois ! Les infractions constatées sont ainsi passées
de 471 à 608.
La « PP » prend la peine d’indiquer
que ces données ont été « redistribuées
sur le lieu de commission, toutes directions confondues ». En clair : les faits qui
se sont produits en banlieue, mais qui
ont donné lieu à une plainte dans un
commissariat parisien, ont été écartés.
À l’inverse, les affaires parisiennes dénoncées en banlieue ont été rapatriées
dans le comptage parisien. Le bilan est
donc hyperrigoureux.
Mais alors d’où vient cet emballement statistique ? Est-ce l’effet #BalanceTonPorc, du nom de cette campagne
qui, depuis de la révélation du scandale
Weinstein en octobre 2017 aux ÉtatsUnis, incite à dénoncer plus activement
les prédateurs sexuels ?
blique avaient alerté sur l’augmentation des viols, harcèlements et autres
atteintes sexuelles dans le département
de la Seine-Saint-Denis.
Une phrase d’Emmanuel Macron
aurait dû attirer l’attention des commentateurs, en écho à l’affaire Weinstein. Le 15 octobre dernier, le chef de
l’État, manifestement bien informé,
avait déclaré, s’agissant des cas du harcèlement de rue : « Bien souvent, on ne
va pas porter plainte, parce qu’on n’ose
pas. Et lorsqu’on porte plainte, cela prend
des mois et des mois et c’est souvent classé sans suite. » Il avait alors assuré que
ces faits se déroulaient souvent « dans
les quartiers les plus difficiles où les magistrats ont déjà énormément à faire ».
Depuis le début de l’année, quoi qu’il
en soit, c’est Paris qui se distingue.
L’augmentation des « violences sexuelles » y est deux fois supérieure à la
moyenne nationale. Le Figaro a décortiqué les chiffres fournis par la police et
la gendarmerie pour la France entière.
La hausse des plaintes enregistrées pour
ce type d’infractions atteint 15,4 %. Les
faits constatés sont passés au premier
trimestre de 13 389 à 15 460, soit plus de
170 affaires sexuelles par jour.
Dans le détail, les viols sont passés de
4 264 à 4 805 (+ 12%), les harcèlements
dénoncés de 5 959 à 7 207 (+ 20,9%), les
atteintes sexuelles de 3 166 à 3 448
(+ 8,9%). Cette dernière catégorie inclut
nombre de faits d’exhibition, mais aussi
des actes qui auraient pu relever du harcèlement s’ils avaient été réitérés, comme un geste déplacé ou un contact physique inapproprié.
L’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), dirigé par Christophe Soullez,
évoque « un double phénomène ».
D’un côté, « certainement, des comportements moins acceptés qu’avant et
donc plus souvent dénoncés ». Il est assez symptomatique qu’à Cannes, pour
la première fois, un numéro d’appel
spécial ait été mis à disposition du public pour alerter les autorités à la
moindre incartade sexiste. Cette vigilance s’est étendue à bien d’autres
institutions, à l’école, au travail, dans
les transports.
“
Il a fallu des années
pour que les affaires
de violences conjugales
émergent au plan
statistique
”
JEAN-LUC BESSON, CRIMINOLOGUE
Autre explication avancée : « Une
plus grande précision du Logiciel de rédaction des procédures de la police nationale (LRPPN) qui permet de mieux définir dans quelle rubrique reporter
l’infraction. » Mais l’hypothèse d’une
augmentation objective du phénomène
est loin d’être farfelue.
Tous les professionnels de la sécurité
s’accordent à dire que la violence tend à
se « banaliser », particulièrement dans
certains quartiers où le statut de la femme reste un sujet épineux. Très tôt, par
exemple, les experts de la Sécurité pu-
Les cambriolages en forte hausse à Paris
La hausse des cambriolages est,
après les violences sexuelles,
le second point noir dans la dernière
livraison statistique de la préfecture
de police de Paris aux élus
d’arrondissement de la capitale :
+ 12,5 % au premier trimestre 2018
(4 353 faits contre 3 868 au premier
trimestre 2017). Si l’on se focalise sur
les seuls cambriolages de résidences
principales, la hausse dépasse les 18 %
(2 864 faits contre 2 425 sur les trois
premiers mois de l’an dernier). Les
de résidences principales). Mais depuis
le début de l’année, le phénomène
s’accentue. Alors que les cambriolages
baissent de 5,4 % sur le plan national
au premier trimestre 2018 (56 280
faits constatés contre 59 499 sur la
même période de l’année précédente).
Au chapitre des bonnes nouvelles, on
relève dans la « fiche élu » parisienne
du premier trimestre 2018 une baisse
des vols de deux-roues motorisés
de 17,7 % et des vols à main armée
de 10,2 %.
J.-M. L.
fric-frac dans les habitations
principales parisiennes se produisent
désormais à un rythme moyen
de plus de 30 par jour. Les services
spécialisés constatent notamment
une recrudescence des infractions
en série commises par des gangs
spécialisés venus de l’Est ou des
Balkans. En 2017, les cambriolages à
Paris avaient déjà augmenté de façon
significative (un millier de logements
de plus que l’année précédente
avaient été visités, dont près de 80 %
Les deux points noirs de la sécurité des Français
NOMBRE DE FAITS CONSTATÉS AU PREMIER TRIMESTRE
À Paris
En France
En 2017
+ 28 %
Cambriolages
+ 15,4 %
608
PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE/MAXPPP
ÉDUCATION « En étant présents à votre
poste de travail, vous témoignerez de votre
attachement à notre institution et enverrez
un message pacifique et déterminé : le blocage n’est plus d’actualité. » Message du
président de Paul-Valéry aux personnels
et étudiants, afin de préparer la réouverture de la faculté de lettres montpelliéraine, ce lundi 30 avril. Symbole de la
contestation contre la loi Vidal - qui introduit la sélection à l’université -, le blocage depuis deux mois de « Paul-Va » a
finalement été levé le 23 avril, trois jours
après l’évacuation du site parisien de Tolbiac. Vacances universitaires obligent,
c’est sur un campus déserté que la police
est intervenue… Faut-il craindre un regain de contestation en cette rentrée ?
Pour prévenir « tout risque de débordement », Patrick Gilli, le président de
Paul-Valéry, a prévu de réduire les accès
et de filtrer les entrées. « Mais les blo-
Patrick Gilli, président de l’université
Paul-Valéry de Montpellier.
queurs sont des étudiants !, rétorque Fabien Bon, élu du Scum (Syndicat de combat universitaire de Montpellier), de
mouvance anarcho-syndicaliste, à
l’œuvre lors des blocages. Une AG est
Possible second souffle
À Paris-I, dont le centre Tolbiac - autre
lieu emblématique de la contestation - a
été évacué le 20 avril par les CRS, les examens sont programmés à partir du 2 mai.
Et ils auront lieu, a affirmé la présidence,
mais sur d’autres sites de l’université. Le
25 avril, lors d’un point d’étape à Matignon sur la mise en œuvre de la loi Vidal,
le premier ministre a promis, de son côté,
de réagir « avec fermeté » chaque fois que
l’organisation des examens serait ciblée
par « des petits groupes radicaux ».
Début avril, une quinzaine d’universités étaient touchées par des mouvements
étudiants. Pour les personnels aux commandes et pour le gouvernement, les vacances universitaires ont été l’occasion
- 5,4 %
4 353
59 499
3 868
13 389
56 280
471
T1 2017
T1 2018
T1 2017
T1 2018
Sources : Préfecture de Police de Paris, Police nationale et Gendarmerie nationale
Où s’arrêtera ce phénomène ? À
l’ONDRP, le criminologue Jean-Luc
Besson rappelle qu’« il a fallu des années pour que, de leur côté, les affaires
de violences conjugales émergent au
plan statistique ». La Chancellerie avait
produit une circulaire, il y a quelques
années, réclamant aux policiers qu’ils
sortent ces infractions de la simple
main courante informatisée des commissariats pour la traduire systématiquement en procès-verbaux.
La révélation des violences conjugales aurait touché « un plafond »,
que les infractions sexuelles n’ont visiblement pas encore atteint. De l’avis
des policiers, la nouvelle amende
prévue pour sanctionner le harcèlement de rue est quasiment inapplicable. Et la justice peine à infliger des
sanctions dans ces affaires où il est
très difficile de rapporter une preuve
matérielle.
En 2015, 62 000 femmes avaient déclaré avoir été victimes de viol et tentatives de viol et 55 300 d’agressions
sexuelles. Mais au bout de la chaîne,
les juges n’ont condamné, cette année-là, que 1 048 cas aux assises et
4 668 auteurs de violences sexuelles en
correctionnelle. La justice est à ce point
engluée qu’elle préfère souvent requalifier un fait de viol en simple agression
sexuelle, dans l’espoir de le voir jugé
plus vite. ■
Alors que les étudiants de Montpellier doivent reprendre les cours, des sites sont encore occupés.
prévue le 3 mai à 10 heures pour décider de
la suite du mouvement », poursuit l’étudiant. L’université, qui a été contrainte
d’organiser des examens en ligne, prévoit une session de rattrapage la semaine
du 9 mai.
+ 12,5 %
15 460
Universités : la contestation en ordre dispersé
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
En 2018
Violences sexuelles
de remettre de l’ordre. À Montpellier,
Paris, Nancy, Metz, Strasbourg ou Grenoble, les évacuations se sont passées
sans heurts.
Mais il reste des points durs. À RennesII, les examens ont été reportés en raison
du blocage décidé jusqu’au 30 avril. À
Toulouse, l’université Jean-Jaurès est occupée depuis le 6 mars. Faisant valoir la
« liberté d’aller et venir, et d’étudier »,
l’UNI, syndicat étudiant classé à droite, a
saisi le tribunal administratif de Toulouse. Lequel rendra sa décision ce 30 avril.
Mais surtout, la contestation pourrait
trouver un second souffle lorsque
Parcoursup, la nouvelle plateforme
d’orientation vers le supérieur - et outil
de mise en œuvre de la loi Vidal- aura livré, le 22 mai, sa première vague de réponses. La question étant de savoir
combien, parmi les 811 000 élèves de
terminale et étudiants en réorientation
qui ont postulé, seront alors placés « en
attente » et donc dans l’incertitude
quant à leur avenir. ■
T1 2017
T1 2018
T1 2017
T1 2018
Infographie
ZOOM
Mort d’Angélique, 13 ans :
un homme passe aux aveux
Disparue depuis le 25 avril,
Angélique, une adolescente
de 13 ans, a été retrouvée morte
dans la nuit de samedi à
dimanche à Quesnoy-sur-Deûle
(Nord). Placé en garde à vue,
un homme de 45 ans, habitant
de Wambrechies, a avoué les faits
et a emmené les enquêteurs à
l’endroit où il avait abandonné le
corps de la jeune fille, a indiqué le
parquet de Lille. Inscrit au fichier
judiciaire national automatisé des
auteurs d’infractions sexuelles,
il avait déjà été condamné en 1996
pour des faits commis en 1994,
« qualifiés de viol avec arme ».
Une marche blanche est
organisée mardi, à Wambrechies.
Une autopsie doit être effectuée
ce lundi.
EN BREF
Rave party illégale
dans la Marne
Plus de 30 000 personnes sont
attendues sur l’ancienne piste
de la base militaire de Marigny
(Marne), jusqu’au 1er mai, pour
le Teknival 2018, une rave party
géante et illégale. C’est ce petit
village de 108 habitants que le
grand rassemblement techno
français a choisi pour fêter
ses 25 ans. Malgré l’interdiction
de la préfecture, près de 10 000
« teufeurs » s’y sont installés
dès samedi.
Paris : découverte du corps
de la plongeuse de la police
Le corps de la policière de la
brigade fluviale qui avait disparu
dans la Seine le 5 janvier a été
retrouvé dimanche dans le fleuve,
en aval du pont des Arts,
à quelques centaines de mètres
du lieu où elle avait été emportée
lors d’un exercice de routine
réalisé au pied de la cathédrale
Notre-Dame, alors que le fleuve
était en crue.
Seine-Saint-Denis :
une femme tuée à coups
de couteau par son mari
Une femme de 63 ans a été tuée
samedi de quatre coups de couteau
au Blanc-Mesnil (Seine-SaintDenis) après un différend avec son
mari, qui a reconnu les faits. Le
couple était marié depuis 30 ans.
A
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
Selon les professionnels, la violence tend à se « banaliser », particulièrement dans certains quartiers où le statut de la femme
reste un sujet épineux. PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
10
SPORT
Lyon-Marseille : la guéguerre pathétique
Insultes, gifles, prises de bec… Les joueurs et les présidents de l’OL et de l’OM multiplient les coups bas. Navrant.
MARTIN COUTURIÉ £@martincouturie
FOOTBALL Une nouvelle fois, donc, le
football se couvre de ridicule. Avec, au
cœur de la polémique, deux des clubs
français les plus réputés. Ceux-là mêmes
qui devraient donner l’exemple. Lyon et
Marseille. L’OL et l’OM, qui, après que
leurs joueurs se sont accrochés, insultés
et aient failli se battre le 18 mars dans les
couloirs du Stade Vélodrome, ont continué leur magnifique combat de coqs dans
la presse, samedi, par la voix de leur président respectif. Pathétique.
Pour une fois, ce n’est pas Jean-Michel
Aulas, qui a (ré)allumé le feu, comme il est
si prompt à le faire sur le réseau social
Twitter, mais son rival de l’OM dans les
colonnes de L’Équipe. Jacques-Henri Eyraud n’a pas digéré les sanctions infligées
par la commission de discipline de la Ligue
de football professionnel (LFP), qui ont
renvoyé dos à dos, et pour trois matchs de
suspension (c’est-à-dire jusqu’à la fin de
la saison) Adil Rami et Anthony Lopes.
« Je n’aime pas quand Jean-Michel (Aulas)
devient Don Giovanni-Michele », « Je rendrai coup pour coup », « On ne peut plus
accepter ça », a taclé le président de Marseille, accusant à demi-mot la Ligue d’être
à la solde d’Aulas. Jacques-Henri Eyraud
« est en train de disjoncter », lui a répondu
le patron de l’OL, s’étonnant que lors de
ladite commission de discipline les dirigeants marseillais aient passé plus de
temps à tenter de faire condamner les
Lyonnais qu’à défendre leurs joueurs.
35E JOURNÉE LIGUE 1
MONTPELLIER (8)
LYON (2)
LILLE (19)
TROYES (18)
MONACO (3)
STRASBOURG (16)
BORDEAUX (9)
RENNES (6)
ANGERS (14)
PARIS SG (1)
0-1
2-0
3-1
3-1
0-0
1-1
3-1
2-1
1-1
dim.
ST-ÉTIENNE (5)
NANTES (10)
METZ (20)
CAEN (15)
AMIENS (13)
NICE (7)
DIJON (12)
TOULOUSE (17)
MARSEILLE (4)
GUINGAMP (11)
Ce énième épisode de la rivalité entre
l’OL et l’OM confirme bien que la « guéguerre » Paris-Marseille a depuis longtemps cédé le pas à celle opposant les
deux Olympiques. Derrière le club de la
capitale, intouchable en Ligue 1, la
concurrence pour décrocher les lucratives places en Ligue des champions fait
rage. Et manifestement déraper les acteurs et leur ego (si) mal placés. Et ce n’est
pas la perspective de voir Marseille se
qualifier pour la finale de la Ligue Europa,
disputée le 16 mai prochain au Groupama
Stadium, le stade de Lyon, qui apaise les
esprits. Des supporteurs marseillais en
premier lieu, qui se paient Aulas et la LFP
sur les réseaux sociaux en boucle.
Mourad Boudjellal, patron du Rugby
Club Toulonnais qui rêve, lui, de se qualifier pour les finales du Top 14, également
prévues à Lyon fin mai, s’y est mis aussi,
en lâchant bêtement samedi : « On est
comme Marseille, on a envie d’aller tout
casser chez Jean-Michel Aulas. Parce qu’il
le mérite bien »… Avant, dimanche, de
préciser qu’il s’agissait de « second degré » s’inspirant d’un slogan des supporteurs de l’OM et qu’il avait « beaucoup de
respect pour le travail entrepris par JeanMichel Aulas »…
Sur le terrain, car il y a quand même eu
du sport ce week-end, Lyon a profité du
faux pas de Monaco contre Amiens (0-0)
pour lui ravir la deuxième place, samedi.
Et Marseille, qui n’a pas réussi à serrer de
près son ennemi, dimanche, en allant
concéder le match nul sous la pluie à Angers (1-1), est resté au pied du podium. À
deux points de Lyon.
Bien loin de ce contexte délétère, les
joueuses de l’OL se sont qualifiées pour
leur 7e finale de Ligue des champions en
battant Manchester City 1-0. Et cela sans
injures, ni coups bas… ■
Vergne fait retentir « La Marseillaise » à Paris
En remportant
l’épreuve
de Formula E
aux Invalides,
le Français accroît
son avance en tête
du championnat.
SYLVAIN REISSER sreisser@lefigaro.fr
FORMULA E Contrat rempli pour JeanÉric Vergne. Alors qu’il fend une foule
dense - près de 50 000 personnes ont assisté à la course de samedi -, pour rejoindre le podium, le Parisien savoure son
bonheur. A domicile, il n’a laissé que des
miettes à ses adversaires. En signant presque le grand chelem, puisque seul le
meilleur tour en course lui a échappé.
Parti de la pole position, le pilote de l’écurie chinoise Techeetah a contrôlé toute la
course avec une belle maestria, se jouant
des nombreux pièges d’une piste de
1,92 km de long tracée autour de l’hôtel
des Invalides et bordée de murs de protection. Imaginé par Éric Barbaroux et
Pierre Gosselin de la société Electric Formula, ce circuit est particulièrement exigeant. « La piste est bosselée à certains endroits et les dépassements y sont
particulièrement difficiles », ajoutait le héros du jour.
Au terme d’un parcours sans faute qui
aura duré quasiment une heure devant
des spectateurs souvent médusés par
l’absence de bruit, ainsi que par le concert
de chuintement des moteurs électriques
et le crissement des pneumatiques sculptés propres à cette nouvelle discipline du
sport automobile, Vergne est donc le premier Français à remporter l’épreuve que
les vingt pilotes de ce championnat du
Jean-Éric Vergne, qui pilote
pour l’écurie privée chinoise
Techeetah, a remporté,
samedi à Paris, sa troisième
victoire cette saison.
JÉRÔME CAMBIER/MICHELIN
monde veulent absolument inscrire à leur
palmarès. Il conforte ainsi son avance en
tête du classement à quatre manches de la
fin de la saison. Avec 147 points, le Parisien devance de 31 points Sam Bird (DS
Virgin Racing) qui a franchi l’arrivée aux
Invalides à la troisième place mais sur
trois roues. Dans le dernier virage, l’Anglais a harponné la monoplace d’André
Lotterer (Techeetah) au ralenti sur la trajectoire, batterie presque vide.
Maserati y pense sérieusement
Alors qu’il reste une manche à courir à
Berlin et à Zürich et deux épreuves finales à New York, l’ex-pilote de l’écurie
Toro Rosso, qui rêvait de devenir champion du monde de Formule 1, est bien
placé pour devenir le premier Français de
l’histoire couronné en Formula E. « Je ne
veux pas céder à l’euphorie. Il faut encore
travailler. La route est encore longue. Avec
Berlin dans trois semaines, c’est une nouvelle course qui commence. Je vais l’aborder comme toutes les autres. Depuis le début de la saison et plus particulièrement ici
à Paris, j’ai montré que j’étais capable de
résister à une forte pression. Je tâcherai de
faire de mon mieux mais il est vrai qu’il est
hors de question de s’accrocher (avec un
autre concurrent) pour monter sur le podium. Je peux me contenter d’une troisiè-
me ou d’une cinquième place pour engranger des points », expliquait-il.
Sa performance - trois victoires - depuis le début de cette quatrième saison de
Formula E est d’autant plus impressionnante qu’il pilote pour la seule écurie privée (moteur Renault) d’un plateau comptant déjà dans ses rangs de grands
constructeurs comme Audi, BMW avec
Andretti, DS Automobiles, Mahindra,
NIO, Jaguar, Renault et Venturi. À l’image
de ce qui se passe en F1, Techeetah est ainsi
plus performant que l’écurie Renault qui
lui fournit la technologie. L’an prochain, la
firme au Losange cédera sa place à Nissan.
Si Mercedes et Porsche arriveront en sai-
Top 14 : le Racing remonte, Brive redescend
Avant la dernière journée, les Franciliens ont repris la 2e place à Toulouse, les Corréziens étant relégués.
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
RUGBY Premiers verdicts. La 26e et dernière journée du Top 14 aura lieu le
week-end prochain mais déjà plusieurs
clubs sont fixés sur leur sort.
A
Racing ne baisse pas de pied
uLe
Une semaine après son succès à Bor-
deaux contre le Munster en demi-finale
de la Coupe d’Europe, le Racing a signé
une nouvelle victoire à Chaban-Delmas,
en étrillant Bordeaux-Bègles (15-39)
avec cinq essais à la clé. Avec ce succès
bonifié, les Franciliens délogent les Toulousains de la 2e place qualificative directement pour les demi-finales. Seule
ombre au tableau pour les Franciliens, la
blessure à un genou de leur demi de mêlée, Maxime Machenaud. « Des fois, cela
arrive, en espérant que ce ne soit vraiment pas grave », avance le co-entraîneur Laurent Labit (qui accompagnera,
avec son acolyte Laurent Travers et
Adrien Buononato d’Oyonnax, Jacques
25E JOURNÉE TOP 14
TOULON (4)
ST. FRANÇAIS (12)
AGEN (11)
MONTPELLIER (1)
OYONNAX (13)
BORDEAUX B. (10)
TOULOUSE (3)
59-13
30-22
27-17
45-13
39-18
15-39
19-14
CASTRES (6)
BRIVE (14)
CLERMONT (9)
PAU (8)
LYON (5)
RACING 92 (2)
LA ROCHELLE (7)
Brunel lors de la tournée d’été des Bleus
en Nouvelle-Zélande). Assurés de participer à des phases finales qu’ils avaient
manquées l’an dernier, les Toulousains
se sont imposés dimanche (19-14)
contre La Rochelle, qui a quasiment dit
adieu aux phases finales. Ce qui serait un
coup d’arrêt pour les Maritimes, demifinalistes malheureux l’an dernier
contre Toulon.
Également assurés de disputer leur barrage à domicile, les Varois ont corrigé
Pau (45-13) et impressionnent à l’approche du banquet final. Il faudra encore compter sur les hommes de Mourad
Boudjellal.
respire, Brive suffoque
monte en puissance
uAgen
uMontpellier
Après cinq saisons en Top 14, le CAB,
Une démonstration de force. Après
8e l’an dernier, redescend à l’échelon
inférieur. Le revers concédé samedi
contre Stade Français (30-22), cumulé à
la victoire d’Oyonnax contre Lyon (3918), a éteint les derniers espoirs des
Corréziens. Une saison galère de bout
en bout… Les départs de Philippe Carbonneau et de Nicolas Godignon, en
cours d’exercice, n’ont rien changé…
« Brive est un grand club, il repartira
parce qu’on a des bases saines, des finances très bien gérées », avance Didier
Casadeï, l’entraîneur des avants. Déjà
relégués en 2012, les Brivistes étaient
remontés dès la saison suivante, après
seulement une saison de pénitence.
Pendant ce temps, le promu Agen, victorieux de Clermont, a assuré son
maintien dans l’élite. La 13e place (synonyme de barrage contre le perdant de
la finale de Pro D2) se jouera entre le
Stade Français et Oyonnax. Avantage
aux Parisiens qui comptent trois points
d’avance sur les Haut-Bugistes.
avoir longtemps fait la course en tête en
Top 14, le MHR a logiquement assuré sa
qualification pour les demi-finales en
surclassant Pau (45-13). C’est la deuxième fois, après 2014, depuis l’arrivée du
président Mohed Altrad en 2011, que le
club héraultais obtient un billet direct
pour le dernier carré. « Finir à la première
place ne veut pas dire grand-chose même
si c’est une satisfaction pour les joueurs
d’être restés en tête tout au long de la saison, se félicite l’entraîneur Vern Cotter,
pour sa première saison dans l’Hérault.
Nous devrons être plus efficaces pour enchaîner un match à haute intensité. » ■
LA FINALE D’ACCESSION AU TOP 14
opposera Perpignan à Grenoble, dimanche prochain (15 heures), au stade Ernest-Wallon de Toulouse. En demi-finale, l’Usap, leader de la saison régulière, a
battu Mont-de-Marsan (28-8). Samedi,
Grenoble avait réussi le tour de force de
s’imposer à Montauban (15-22).
son 6 (2019-2020), il se murmure que Maserati y pense sérieusement. Les places
vont donc devenir chères au sein de la
Formula E, qui aura fait volé en éclats les
vieux schémas du sport auto et qui va encore prendre du galon l’an prochain avec
l’arrivée d’une nouvelle monoplace. Sous
des lignes spectaculaires, la GEN 2 sera capable de couvrir l’intégralité de la course
grâce à sa batterie de 54 kWh. Les performances augmenteront aussi avec un moteur de 340 chevaux en qualifications. Cela
promet l’an prochain dans les rues de Paris. Les sociétaires d’Electric Formula ont
resigné avec la Mairie de Paris pour les
deux prochaines années. ■
EN BREF
F1 : Hamilton vainqueur
au bout d’une course folle
Lewis Hamilton (Mercedes)
a remporté le GP d’Azerbaïdjan
au terme d’une course folle devant
Räikkönen (Ferrari) et Perez
(Force India). Hamilton a profité
d’une erreur de Vettel et d’une
crevaison du leader Bottas.
L’image de la course restera
le crash entre les deux pilotes Red
Bull, un accident encore une fois
provoqué par Verstappen.
Hand : Nantes rejoint le PSG
En éliminant Skjern (33-27, 2727), Nantes s’est qualifié pour le
Final Four où il retrouvera le PSG,
tombeur de Kielce (34-28, 35-32).
Voile : les figaristes
et les olympiques à fond
Le trio de tandems figaristes
(Simon-Lagravière, HardyRuyant, Marchand-Loison) qui
a choisi de passer à l’ouest des
Canaries, est bien installé en tête
de la Transat AG2R La Mondiale.
De son côté, l’équipe de France
a récolté 7 médailles dont 4 en or
aux World Cup Series à Hyères.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 avril 2018
LE CARNET DU JOUR
Fréteval (Loir-et-Cher).
communications
L'Association internationale
Saint-Roch
vous propose ses rencontres au
24, rue Saint-Roch, Paris (1er),
le jeudi, à 18 h 30 :
- le jeudi 3 mai 2018 :
Les villes du 21e siècle,
problèmes insurmontables
et solutions possibles
avec Bertrand de Feydeau,
président de la
Fondation des Bernardins,
- le jeudi 7 juin :
Marie-Isabelle BOUGAULT
« MIB »,
nous a quittés le 25 avril 2018.
De la part de
ses frères, nièces et neveux.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 2 mai,
à 15 heures,
en l'église de Fréteval.
Ayez une pensée pour elle.
Eduquer,
un développement durable
Mme Daniel Castelle,
née Colette Percepied,
son épouse,
Présentation par
le père Thierry de L'Epine
et Olivier Moulin-Roussel.
Arnaud et Jennifer
Raimon-Castelle,
Jean-Yves et Cécile
Raimon-Castelle,
Eric et Sophie Krudup,
ses enfants,
avec Marguerite Léna, s.f.x,
philosophe et écrivain.
deuils
Mme Michel Aubert La Fayette
en union avec M. Michel
Aubert La Fayette (†),
M. et Mme Robert
Dumas de Vaulx,
M. et Mme Pierre Delmond,
M. et Mme Hugues
du Fayet de la Tour,
ses enfants,
Philippe et Virginie Barbier,
Christophe et Anne-Claire
Gayon,
Geoffroy et Marie-Amélie
Bienaimé,
François-Xavier
Aubert La Fayette,
Jean-Baptiste et Amicie
de Gouttepagnon,
Sylvain et Alix Chédru,
Hubert et Clémentine
des Garets d'Ars,
Amaury et Cécile de Gove,
Jean-François et Anne
Dumas de Vaulx,
Laurent et Sophie Tardy,
Tristan et Stéphanie Virginie,
Philippe et Dominique Dubois,
Pierre-Etienne
et Olympe-Marie Delmond,
Emmanuel et Anne-Céline
de Grully,
Guillaume-Henri et Bérengère
du Fayet de la Tour,
Bertrand et Domitille
de la Mensbruge,
Gaëtan du Fayet de la Tour,
ses petits-enfants,
ses 43 arrière-petits-enfants
et son arrière-arrière-petit-fils,
Alexandra, Astrid, Blanche,
Stanislas, Emeline,
Charlotte et Louis,
ses petits-enfants,
Mme Georges Wolff,
sa sœur,
ses neveux et nièces
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
M. Daniel CASTELLE
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 28 avril 2018,
dans sa 98e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mercredi 2 mai, à 15 heures,
au cimetière israélite
de Bordeaux,
176, cours de l'Yser,
où l'on se réunira.
Neuilly-sur-Seine.
Mme Marianne
Roblin-Clément,
sa fille,
Camille, sa petite-fille,
Martine, Myriam, Bernard,
ses neveux et nièces,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Gilbert CLEMENT
Mme Henri Contamine,
sa belle-sœur, et ses enfants
survenu le 27 avril 2018,
à Suresnes.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Les obsèques auront lieu
au cimetière ancien
de Neuilly-sur-Seine,
3, rue Victor-Noir,
le mercredi 2 mai, à 15 h 30.
Mme François AUBERT
née Marie-Claire Contamine,
dame de l'ordre équestre
du Saint-Sépulcre
de Jérusalem,
survenu le 26 avril 2018,
dans sa 94e année, munie
des sacrements de l'Église.
La messe de retour à Dieu
sera célébrée
ce lundi 30 avril, à 14 h 30,
en l'église de Saint-Myon
(Puy-de-Dôme),
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial
au cimetière de Combronde
(Puy-de-Dôme).
Mme Jean de Barrau
de Muratel,
ses fils,
Maurice et Alexis de Barrau
de Muratel,
leurs épouses,
Sophie et Valérie,
ses petits-enfants,
Jean, Capucine, Arthur
et Valentin,
ont l'immense chagrin
de vous faire part de la mort de
Jean
de BARRAU de MURATEL
survenue le 26 avril 2018,
dans sa 88e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 2 mai,
à 15 heures,
en l'église protestante unie
du Saint-Esprit,
5, rue Roquépine, Paris (8e).
Ni fleurs, ni pleurs,
mais des couleurs !
Une pensée est demandée
pour son frère,
Francis
73, boulevard Victor-Hugo,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Donnery (Loiret).
Jean-Nicolas et Odile Conroy,
Muriel Conroy-Laederich,
Alexandre et Velia Conroy,
ses enfants et leurs conjointes,
Paul-Edmond et Camille,
Simon et Noémie,
Franck, Martin et Laura,
ses petits-enfants,
Françoise et Maurice Auroy,
sa sœur et son beau-frère,
Michèle Asselin
sa belle-sœur,
les familles Conroy,
Auroy et Asselin
ont la douleur
de faire part du décès de
Marie-Antoinette CONROY
née Asselin,
survenu le 26 avril 2018,
à Orléans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Etienne, à Donnery,
le jeudi 3 mai, à 10 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Donnery,
où elle rejoint son époux
Jean Conroy
Carcassonne.
décédé le 17 septembre 2017.
Ciboure.
M. Bernard Fourcade,
son époux,
Isabelle et Loïc Le Marchand,
Frédérique Fourcade,
Nicolas et Frédérique Fourcade,
Benoit et Florence Fourcade,
Odile et Pierre-Eric Billaut,
ses enfants,
Florence Lamouroux,
ses treize petits-enfants,
ses deux arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès,
le 27 avril 2018, de
Mme Jany FOURCADE
née Jeanne-Marie Vienne,
médaille
de la Famille française,
appelée par Dieu
à une Vie nouvelle, dans
l'attente de la Résurrection.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Vincent, à Urrugne,
le mercredi 2 mai, à 10 heures.
8, allée Kali-Joko,
64500 Ciboure.
Carol et Marielle Garmond,
Olivier et Sylvie Garmond,
ses enfants,
Amélie et François Panaget,
Tanguy Garmond,
Estelle et Pierrick Chevalier,
Clarisse Garmond,
Léonie et Alekszandr
Garmond-Szivkova,
Alice Garmond,
ses petits-enfants,
Augustine, Victor, Gaspard,
Maxence et Honorine,
ses arrière-petits-enfants,
les familles Vergine,
Delfarguiel, Champot
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
née Vergine,
ancienne assistante
au Polo de Paris,
le 24 avril 2018,
à Monflanquin,
dans sa 93e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce lundi 30 avril,
à 10 heures, en l'église de
Saint-Aubin, son village natal
(Lot-et-Garonne).
Cet avis tient lieu de faire-part.
La Rousserie,
14140 Lessard-et-le-Chêne.
Mme Joseph Prunier,
sa sœur,
M et Mme Noël Zéo,
M. et Mme Roger Putz,
M. et Mme Pierre Jarrosson,
M. et Mme Ayrald Prunier,
M. et Mme Humbert Prunier,
ses neveux et nièces,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Elisabeth GINDRE
le vendredi 27 avril 2018,
dans sa 99e année.
La messe de funérailles
sera célébrée le mercredi 2 mai,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Honoré-d'Eylau,
à Paris (16e).
L'inhumation aura lieu
le jeudi 3 mai, à 16 h 30,
au cimetière de Loyasse,
à Lyon (5e).
Une messe sera célébrée
le jeudi 3 mai, à 19 heures,
en l'église Saint-Pothin,
à Lyon (6e).
Yzernay (Maine-et-Loire).
Mme du Hamel de Fougeroux,
sa mère,
Mme Jacques-Marie
du Hamel de Fougeroux,
son épouse,
son petit-fils Pierre,
Antoine et Hedwige
Clicquot de Mentque,
Jérôme et Caroline
de Chérisey,
François-Régis et Yukiko
du Hamel de Fougeroux,
Aymeric et Alice
du Hamel de Fougeroux,
ses enfants,
ainsi que Clémentine, Natacha
Sandra, Damien et Hervé
ses 16 petits-enfants,
ses frères et sœurs
ont la douleur
de vous faire part du décès de
ont la douleur
de faire part du décès de
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Martine BOUSQUET
née Massin,
survenu à l'âge de 84 ans.
Marie FOUQUERAY
née de l'Escale,
survenu le 27 avril 2018,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 2 mai 2018,
à 15 heures, en l'église
Saint-Vincent de Carcassonne,
suivie de l'inhumation au
cimetière de Rieux-Minervois.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Saint-Jean-d'Eyraud
(Dordogne),
le mercredi 2 mai 2018,
à 15 heures.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. Jacques Hubert Dupon,
son époux,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacqueline HUBERT DUPON
née Moncassin,
survenu le 24 avril 2018,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi 2 mai,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Jean-Baptistede-Grenelle, à Paris (15e),
23, place Etienne-Pernet.
L'inhumation aura lieu
à 16 heures, au cimetière
de Sennely (Loiret).
Famille Hubert Dupon,
164, rue de Javel, 75015 Paris.
Michel et Christiane
Lesprit-Maupin,
Jean-François Lesprit-Maupin,
André et Françoise
Lesprit-Maupin,
ses frères et belles-sœurs,
Pascale, Fabienne et Carole,
Xavier et Agnès,
Sophie et Delphine,
Jean-Baptiste et Christine,
Arnaud, Anne et Caroline,
ses neveux et nièces,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacqueline LESPRIT-MAUPIN
Jacques-Marie
du HAMEL de FOUGEROUX
le 27 avril 2018,
dans sa 74e année, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
aura lieu ce lundi 30 avril,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Hilaire d'Yzernay.
M. Charles-Eric Poussin,
M. et Mme Serge Bourdon,
M. et Mme Alexandre Poussin,
M. et Mme Stanislas Poussin,
ses enfants,
ses 11 petits-enfants,
sa famille et sa belle-famille
Recevez
Le FigaRo
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
chaque jouR
Mme Jean-Francois POUSSIN
née Béatrice de Naurois,
le 26 avril 2018,
dans sa 74e année.
chez vous
La messe d'à Dieu sera célébrée
le vendredi 4 mai, à 10 h 30,
en l'église Saint-Martin
de Louveciennes (Yvelines),
suivie à 15 h 30 de l'inhumation
dans le caveau familial,
au cimetière du Père-Lachaise,
à Paris (20e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Colette Tarallo,
née Guilhot, son épouse,
Jacques et François,
ses fils,
Vincent, Lucie, Léa, Marie, Iris,
Antoine et Louise,
ses petits-enfants,
Dominique et Sylvie,
ses belles-filles,
ainsi que toute sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. André TARALLO
le mercredi 25 avril 2018,
à l'hôpital Foch, à Suresnes.
survenu le 24 avril 2018,
à l'âge de 91 ans, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, Paris (16e),
le mercredi 2 mai, à 10 h 30.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-François,
à Bonifacio,
dans l'intimité familiale.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
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Marie-Thérèse GARMOND
M. Christophe Bousquet,
M. Denis Bousquet,
M. Philippe Bousquet
et Annick,
M. et Mme Thomas Bousquet,
ses enfants,
Guillaume, Manon, Olivier,
Nicolas, Jérôme, Arthur, Oscar
et Théophile,
ses petits-enfants,
parents et alliés
Ses fils,
Denys et Marc,
ses belles-filles,
Christabel et Françoise,
11
Mme Pierre de Metz,
née Christiane de Nercy,
son épouse,
M. et Mme Robert de Metz,
M. et Mme Jean Schaus,
M. et Mme Jérôme de Metz,
M. Olivier de Metz,
ses enfants,
Tiphaine et Laurent,
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Constance et Nicolas,
Séverine, Arthus et Valérie,
Hadelin et Constance,
Mélanie et Benoît, Camille,
Victor et Priscille, Louise,
Virgile, Nina, Joséphine,
ses petits-enfants,
Oscar, Eloïse, Mathilde,
Augustine, Charline, Milo,
Chloé, Raphaël, Victoria,
Pierre, Clémence, Théodore,
Faustine, Adèle, Marine,
Charlotte, Léopold,
ses arrière-petits-enfants,
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Pierre de M ETZ
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
le mercredi 25 avril 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce lundi 30 avril,
à 11 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Landouar,
à Saint-Jacut-de-la-Mer
(Côtes-d'Armor).
Mme Bertine Petit,
son épouse,
Patrice Velut,
son époux,
Guillaume, Camille, Caroline,
ses enfants,
et leurs conjoints,
Charlotte, Arthur, Macéo,
Mahé, Joseph et Margot,
ses petits-enfants,
ont la douleur de faire part
du décès de
Dorothy VELUT
M. Pierre PETIT
survenu le 26 avril 2018,
dans sa 92e année.
Une cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 4 mai, à 10 h 30,
en la collégiale Saint-Martin
de Montmorency,
où l'on se réunira,
suivie de l'inhumation,
à 11 h 30,
au cimetière des Champeaux,
à Montmorency,
dans la sépulture familiale.
Le Vésinet.
La famille Szczerba
a la douleur
de faire part du décès de
M. Jean-Pierre SZCZERBA
dit ZERBA
chevalier dans l'ordre
national du Mérite,
survenu le 26 avril 2018,
à l'âge de 66 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
catholique polonaise
Notre-Dame-de-l'Assomption,
263 bis, rue Saint-Honoré,
Paris (1er),
le mercredi 2 mai, à 14 heures.
209s
au lieu de 473,20E
née Donders,
le 26 avril 2018.
Ils vous prient d'assister
ou de vous unir d'intention
à la célébration d'à Dieu
qui aura lieu le jeudi 3 mai,
à 10 heures, en l'église
Saint-Denys de Vaucresson
et sera suivie de l'inhumation
au cimetière de Garches.
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La famille tient à remercier
Khadija Zerouali
pour la gentillesse
et le dévouement avec lesquels
elle l'a accompagnée
ces derniers mois.
messes
et anniversaires
Eliane MÉDECIN-MANCHET
est décédée il y a dix ans.
Une messe du souvenir
sera célébrée
le samedi 5 mai 2018,
à 12 h 15, en l'église
Saint-Honoré-d'Eylau,
chapelle Sainte-Thérèse,
66 bis, avenue
Raymond-Poincaré, Paris (16e).
et toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
6 mois
souvenirs
Jacqueline LENGLET
Bâle,
le 30 avril 2014...
« Le plus beau présent de la vie
est la liberté qu'elle vous laisse
d'en sortir à votre heure. »
André Breton.
le carnet
du jour
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lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
12
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Ces cigognes qui ne migrent plus
Fanny Arlandis
Envoyée spéciale à Evora
et Castro Verde (Portugal)
eurs corps noirs et blancs se détachent
du ciel bleu à la bordure d’une crête
formée au sommet d’un amas d’immondices. Elles squattent, picorent
de-ci de-là, à droite, à gauche. Soulèvent un bout de bois ou un morceau de
plastique pour s’emparer du squelette
d’un poisson ou d’un reste de hamburger faisandé.
Et lorsque la tractopelle se remet en marche pour
aplatir les nouveaux déchets qu’un camion vient
d’apporter, les cigognes reprennent leur envol. Elles
s’éloignent quelque peu, tracent des cercles sous les
nuages et reviennent se poser quand l’activité
s’apaise. De la cabine de son engin planté à la cime
de cette montagne de détritus, José Mathilde est depuis douze ans le témoin de ce ballet incessant. Tel
Sisyphe, ce Portugais de 40 ans tasse quotidiennement avec son bras métallique des centaines de kilos
d’ordures fraîchement déposées dans la décharge
d’Evora, au centre du pays. Il reproduit cette tâche
chaque jour au milieu de milliers d’oiseaux, même
au cœur de l’hiver. Car désormais, une partie des cigognes portugaises a arrêté de migrer et ne se rend
plus au Sahel en attendant l’été européen. La raison
première ? Le réchauffement climatique.
En 1995, elles étaient 1 187 à ne plus migrer et à
passer l’hiver au Portugal. Elles sont désormais plus
de 14 000, ce qui représenterait 60 % des cigognes
portugaises. « Mais ce chiffre est approximatif, précise Inès Catry, car si une partie des cigognes que l’on
observe en hiver sont portugaises, d’autres viennent
de France ou des Pays-Bas et se joignent aux colonies
locales. » Cette chercheuse en ornithologie à l’université de Lisbonne donne rendez-vous dans un café
du sud de la capitale, une cage de verre bruyante aux
fortes odeurs de cannelle.
L
Avec des hivers
de plus en plus doux
et une abondance
de nourriture
dans quelques grandes
décharges, de plus
en plus de cigognes
qui se rendaient
en Afrique pour trouver
de la chaleur restent
ou s’arrêtent sur leur
passage au Portugal.
On en dénombrait
un peu plus de 1 000
en 1995, on en compte
aujourd’hui 14 000.
Une cantine à ciel ouvert
150 km
Porto
A
Des nids qui peuvent peser 500 kg
Le travail de cette passionnée d’oiseaux consiste à
qualifier les effets du changement climatique sur les
comportements, la distribution et la démographie
de ces animaux ainsi que leur adaptation à cette
nouvelle situation. De fait, le réchauffement climatique entraîne des hivers moins froids qui permettent aux échassiers de survivre sans trop de problèmes dans la péninsule ibérique. « Mais les cigognes
ne sont pas les seules, note l’ornithologue, toujours
plus d’espèces ne prennent plus la peine de migrer.
C’est notamment aussi le cas de certaines hirondelles. » D’un autre côté, le comportement des oiseaux
qui migrent malgré tout a également changé. Pour
les mêmes raisons, « Les cigognes reviennent de plus
en plus tôt. Dès janvier, parfois même décembre »,
poursuit-elle.
Les plus grosses colonies de cigognes se situent
dans le sud du pays. D’une année sur l’autre, ces
oiseaux retournent toujours dans le même nid puis
s’y reproduisent, vers mars-avril. Les œufs sont ensuite couvés à tour de rôle par le mâle et la femelle,
avant d’éclore un peu plus d’un mois après la ponte.
Installée à Castro Verde, une petite ville agricole de
7 000 habitants au sud du pays, Marta Serra Acacio
passe ses journées à observer ces différentes étapes
de la vie de ces animaux dans le cadre de son doctorat
au sein du département des sciences à l’université
d’East-Anglia, (Royaume-Uni). Le but de ses recherches est de comprendre comment l’environnement impacte les décisions migratoires des cigognes.
Habillée d’un pantalon de chantier et armée d’un télescope et d’une caméra GoPro accrochée à une perche télescopique, elle parcourt la région de l’Alentejo
pour vérifier l’état des nids, compter les œufs, s’assurer de la survie des petits afin ensuite de les baguer
pour pouvoir les reconnaître.
Au volant de sa voiture, Marta Serra Acacio désigne du doigt les divers endroits dans lesquels les cigognes construisent leurs nids qui peuvent peser
jusqu’à plus de 500 kg : des ruines, des arbres ou au
sommet des pylônes qui longent les autoroutes. La
société qui fournit l’électricité du Portugal a même
installé des piquets coiffés d’une planche en bois
pour éviter que les tétrapodes n’aménagent leur habitat sur les lignes à haute tension à proximité, et
« ne meurent électrocutés, précise la doctorante.
C’est le type d’oiseaux qui décède le plus de cette façon. » Les cigognes ont compris le message.
« Pour trouver les matériaux nécessaires à la formation ou à la consolidation de ces nids, les cigognes
ramènent avec elles des détritus des décharges environnantes, explique Marta. C’est un oiseau très soucieux de son habitat qu’il entretient constamment. »
Elles peuvent voler jusqu’à une cinquantaine de
kilomètres chaque jour pour se rendre dans les différents dépôts d’ordures. Alors, dans les nids de tout
le Portugal, entrelacés avec les branches de sapin et
toutes sortes de brindilles, on trouve des sachets de
courses, des bouteilles d’eau et plein d’autres objets
en plastique.
PORTUGAL
ESPAGNE
OCÉAN
ATLANTIQUE
Evora
Lisbonne
ALENTEJO
Castro Verde
Infographie
Le problème, c’est que les cigognes ne se limitent
pas seulement au déplacement de ces déchets, elles
les ingurgitent aussi. À Evora, la cantine à ciel
ouvert s’étend sur un hectare creusé dans le sol et
mesure 35 mètres de hauteur. Sur le monticule
d’immondices, derrière José Mathilde, une cigogne
se saisit d’une large tranche de pain rassis et tente
de l’engloutir. Une autre essaie d’avaler un morceau
de sac plastique en décomposition. « Le pire, insiste-t-il en montrant une flaque d’eau trouble devant
le tas d’ordures, c’est qu’elles boivent cette eau
souillée et stagnante. C’est surtout ça qui les fait mourir. J’en trouve une morte par jour. Mais je les laisse là,
c’est une décharge, que voulez-vous que j’en fasse. »
Sans oublier que les maladies qu’elles contractent et
développent peuvent se transmettre aux humains.
« Il arrive aussi souvent qu’elles se prennent les pattes
dans les détritus et restent accrochées à des bouts de
ficelle ou à des câbles. Alors quand j’en vois une qui est
coincée, je descends pour la libérer. » En observant
les ornithologues qui viennent régulièrement à la
décharge, José Mathilde a appris qu’il fallait mettre
une couverture sur les yeux des cigognes pour
qu’elles se calment et qu’il puisse s’approcher
d’elles pour les aider. Il en a toujours une à l’arrière
de sa tractopelle.
Toujours plus d’espèces ne prennent plus
la peine de migrer. C’est notamment
aussi le cas de certaines hirondelles
INÈS CATRY, CHERCHEUSE EN ORNITHOLOGIE À L’UNIVERSITÉ DE LISBONNE
»
À Evora, les cigognes seraient 5 000 à venir se
nourrir sur ce monceau de poubelles chaque jour.
Enfin, chaque jour, pas exactement. « Elles savent
par exemple que le jeudi est le jour de nettoyage des infrastructures, raconte le travailleur en gilet jaune
fluorescent. On sort donc toutes les ordures des bâtiments pour faire le ménage et l’intégralité des déchets
se retrouve dehors. Pour elles c’est l’abondance, et
elles ne sont jamais aussi nombreuses que ce jour-là. À
l’inverse, si vous venez un dimanche alors que je ne
travaille pas, vous ne verrez aucun oiseau ! Ce sont des
animaux très intelligents… », explique-t-il les yeux
brillants. « Vous voulez savoir où se trouvent les cigognes ? Suivez les décharges… Et ça marche aussi dans
le sens inverse ! », s’amuse, quant à elle, l’ornithologue Inès Catry.
« Créer des infrastructures »
Jusqu’en 1995, le Portugal comptait plus de 350 décharges, dont la majorité sont sauvages et à ciel
ouvert. « Pendant plus de cinq ans, la première étape a
été de les fermer et de créer des infrastructures », raconte Katias Borges, la directrice générale de la décharge d’Evora. C’est dans ce cadre que sa décharge
a vu le jour en 2000. Située en plein centre de la région Alentejo, et détenue à 60 % par la municipalité,
elle rassemble les déchets des 150 000 personnes
présentes sur un territoire de 6 400 km2. Il y a
trois ans, en 2015, une nouvelle structure de traitement mécanique et biologique des ordures a été
inaugurée au sein du site pour recycler les détritus et
les transformer en compost vendu ensuite 10 euros la
tonne aux agriculteurs du coin. « 40 % des
70 000 tonnes que l’on reçoit par an sont transformées
en compost et les 60 % restants se retrouvent dans la
décharge à ciel ouvert sur laquelle vous avez pu voir les
cigognes. Avant cette nouvelle installation de fabrication de compost, 90 % des déchets reçus étaient déversés sur cette montagne aux oiseaux », poursuit Katia
Borges. Or la Commission européenne a récemment
adopté une série de directives prévoyant notamment
que seuls 10 % du volume total des déchets municipaux pourront être mis en décharge à l’horizon 2030.
« Mais la législation ne cesse de changer, déplore
Katia Borges. Les dirigeants ont encore modifié le texte
et retardent sans cesse sa date de mise en oeuvre. Il n’y
a encore pas si longtemps l’application était prévue
pour 2016 puis 2018 et maintenant c’est 2030… »
Mais qu’importe la date exacte, lorsque ces décisions seront effectives, qu’adviendra-t-il des cigognes ? Nous avons déréglé leur comportement une
première fois en n’endiguant pas le réchauffement
climatique. Nous les avons ensuite rendues addicts à
une junk food offerte sur un plateau du fait de notre
incapacité à limiter nos quantités de déchets. Désormais, nous allons fermer ou couvrir leurs cantines.
Bien que nécessaire, cela risque également d’induire
de nouveaux comportements chez les cigognes. « Si
elles se mettent à migrer alors qu’elles ne l’ont jamais
fait, il est possible d’imaginer qu’elles aient moins de
capacités pour lutter contre les éléments, explique
l’ornithologue Inès Catry, mais aussi qu’elles n’aient
pas la force pour de longues distances et donc moins de
chances de survie en traversant la mer. »
Ces oiseaux se remettront-ils à migrer malgré les
difficultés ? Ou bien resteront-ils au Portugal et arriveront-ils à s’adapter suffisamment au réchauffement climatique ? Trouveront-ils des sources de
nourriture ailleurs que dans les décharges ? « Une
seule chose est sûre, pense Inès Catry, la sélection naturelle sera encore plus forte. » ■
FANNY ARLANDIS
Dans la décharge d’Evora,
au centre du Portugal,
des cigognes se retrouvent
par milliers pour se nourrir
des déchets.
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LE FIGARO
lundi 30 avril 2018
CHAMPS LIBRES
13
INTERNATIONAL
La Chine peut-elle envahir Taïwan ?
£@CyrillePluyette
Correspondant à Pékin
ASIE La Chine a montré ses muscles
récemment dans le détroit de Taïwan
en y menant des exercices navals à
balles réelles. Cette démonstration de
force intervient alors que Xi Jinping, le
président chinois, se montre de plus
en plus menaçant envers Taïpeh, qu’il
met en garde contre toute tentation
séparatiste. « L’empereur rouge »
cherchera-t-il à s’approprier l’île par
la force ? Il prendrait de gros risques
en s’attaquant à un allié des ÉtatsUnis, mais ce scénario ne peut pas être
écarté à terme. Quoi qu’il en soit, les
tensions entre les deux superpuissances pourraient s’intensifier sur ce dossier, alors que Donald Trump multiplie
les gestes de rapprochement avec
Taïwan, provoquant l’ire de Pékin.
Pékin se montre
de plus en plus
menaçant
envers l’île, qu’il
soupçonne
de vouloir déclarer
formellement
son indépendance.
POURQUOI XI JINPING
VISE-T-IL
UNE RÉUNIFICATION ?
❙
Aux yeux de la Chine, Taïwan est la
priorité numéro un, en termes de souveraineté territoriale. Il est dans
« l’intérêt fondamental » des Chinois
de parvenir à la « réunification complète » du pays, a prévenu Xi Jinping
en mars. Le numéro un chinois devrait
donc, en toute logique, chercher d’une
manière ou d’une autre à l’avenir à
s’approprier l’île, estiment plusieurs
experts. « Sur le plan stratégique, ce
territoire constitue un élément central
dans le rapport de force entre la Chine,
d’un côté, et les États-Unis et leurs al-
Volume
17
6
400 km
Russie
Mongolie
Japon
Corée
du Nord
Corée
du Sud
Pékin
VIIe flotte US
❙
liés asiatiques, de l’autre », souligne
Mathieu Duchâtel, directeur adjoint
Asie et Chine de l’European Council on
Foreign Relations (ECFR). À cela,
s’ajoute le fait que Taïwan « symbolise
la compétition entre les régimes autoritaires et le modèle démocratique »,
dont il est un digne représentant en
Asie, poursuit cet expert. En déroulant
cette rhétorique de fermeté, Xi
Jinping, qui a bâti une partie de sa légitimité sur sa ligne nationaliste, cherche enfin à soigner son image de dirigeant fort et respecté auprès de sa
population.
LA CHINE
RISQUE-T-ELLE
❙D’ATTAQUER
TAÏWAN ?
« Le risque d’une attaque chinoise sur
Taïwan ne peut pas être écarté », souligne Bonnie Glaser, du CSIS. Mais, étant
donné la prudence de Taïpeh, qui offre
peu de prises à Pékin, cette possibilité
semble actuellement « faible », estime-t-elle. Une offensive chinoise, qui
entraînerait vraisemblablement une
intervention militaire de Washington,
serait par ailleurs trop risquée pour le
moment, selon plusieurs experts.
« Les États-Unis se sont engagés par la
loi à défendre la démocratie taïwanaise
et l’Armée populaire de libération (APL)
n’est pas prête à affronter la marine
américaine », souligne Juliette Genevaz, chercheuse à l’Irserm. Signe toutefois que l’île prend la menace chinoise au sérieux, la présidente taïwanaise
a supervisé le 13 avril ses premiers
exercices navals depuis son arrivée
aux manettes.
Les manœuvres chinoises s’inscrivent
surtout « dans une stratégie de guerre
psychologique destinée à atteindre le
moral des Taïwanais et à les contraindre
d’envisager une forme de réunification », analyse Jean-Pierre Cabestan,
sinologue à l’université baptiste de
Hongkong. « L’objectif de Pékin est de
fragiliser le statu quo existant tandis
que celui de Taïpeh est, au contraire, de
le préserver », renchérit Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la
recherche stratégique. Ces pressions
s’ajoutent à celles exercées par Pékin
présente
Édition Collector
€
,90
1 Rivalités sino-américaines en Asie
VERS UNE HAUSSE
DES TENSIONS
SINO-AMÉRICAINES
SUR CE DOSSIER ?
MESSAGE VEUT
FAIRE PASSER PÉKIN ?
❙ QUEL
Les manœuvres militaires navales organisées le 18 avril dans le détroit de
Taïwan, une bande large d’environ
180 kilomètres qui sépare le continent
chinois de l’île, étaient les premières
dans cette zone ultra-sensible depuis
2016. La Chine est certes restée à distance des côtes taïwanaises, mais le
message était sans ambiguïté. Pékin
« a voulu mettre en garde Taïpeh et
Washington : pas question de franchir
les lignes rouges fixées par le régime et
de remettre en cause ses intérêts essentiels », explique Bonnie Glaser, du
Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS). Xi Jinping a martelé
en mars que toute initiative séparatiste
s’exposerait à une « punition de l’Histoire ». Le géant asiatique a déjà averti
dans un texte de loi de 2005 qu’il n’hésitera pas à utiliser la force si ce tabou
est brisé.
L’île, où s’était replié en 1949 le leader
nationaliste Tchang Kaï-chek, après la
victoire des troupes communistes,
mène de facto une politique indépendante. Mais la Chine considère que
Taïwan fait partie intégrante de son
territoire. Les relations se sont fortement dégradées depuis l’élection, début 2016, de la présidente Tsai
Ing-wen, qui dirige le Parti progressiste démocratique, dont un courant
pousse à l’indépendance. Pékin, qui a
renforcé ses patrouilles aériennes et
navales depuis l’accession au pouvoir
de la dirigeante, la soupçonne de vouloir déclarer formellement l’indépendance, ce qu’elle réfute.
pour tenir à l’écart Taïwan des organisations internationales, réduire le
nombre d’alliés officiels de Taïpeh,
ainsi qu’à ses initiatives pour inciter
l’élite économique et intellectuelle à
s’établir sur le continent chinois. Le
régime autoritaire reste cependant peu
attractif pour la population insulaire.
« Les forces pro-unification ont peu de
chances d’être élues dans l’île : tant que
les États-Unis les soutiennent, il paraît
peu probable que les Taïwanais acceptent de se soumettre », pronostique
Jean-Pierre Cabestan. Une impasse qui
pourrait conduire à terme la Chine à
employer la force.
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La Chine, qui condamne tout contact
entre Taïpeh et des pays étrangers, a été
ulcérée par plusieurs initiatives protaïwanaises validées ces derniers mois
par le président américain Donald
Trump. Une récente loi encourage ainsi
les visites mutuelles entre responsables
des États-Unis et de Taïwan. Washington n’entretient pas de lien officiel avec
l’ex-Formose, mais des relations informelles, en lui vendant notamment des
armes. La Maison-Blanche vient
d’autoriser la vente à Taïpeh de la technologie lui permettant de construire ses
propres sous-marins. Les tensions
pourraient franchir un cran supplémentaire sur ce dossier – en plus de
celles existantes sur le front commercial – avec la nomination récente du
« faucon » John Bolton, un proche de
Taïwan, comme conseiller de Donald
Trump à la sécurité nationale. Il avait
plaidé en 2017 pour un rapprochement
militaire entre Washington et Taïpeh,
de façon à contrer Pékin. En mars, Alex
Wong, sous-secrétaire adjoint au département d’État, a indiqué que les
États-Unis voulaient « renforcer leurs
liens avec le peuple taïwanais », lors
d’une visite à Taïpeh.
Reste à savoir si Washington ira jusqu’à
défier la Chine. Pékin a promis que des
escales de navires de guerre américains
sur l’île – une perspective défendue
dans un texte signé l’an dernier par le
leader américain – constitueraient une
ligne rouge. Une crise avait déjà éclaté
fin 2016, lorsque Donald Trump, à peine
élu, avait accepté un appel téléphonique de la dirigeante taïwanaise, rompant avec la ligne suivie par la diplomatie américaine pendant plusieurs
décennies.
Ieodo
Chine
Shanghaï
LES ÉTATS-UNIS EN ASIE...
Okinawa
Taïpeh
Hongkong
Birmanie
Laos
Île Woody
Thaïlande
Îles Paracels
... FACE À L’INFLUENCE CHINOISE
Scarborough
Vietnam
Philippines
Camb.
Îles Spratleys
❙
Le 12 avril, Xi Jinping a assisté à un
exercice naval géant en mer de Chine
méridionale, présenté comme le plus
spectaculaire de l’histoire du pays.
« Le besoin d’édifier une marine forte
n’a jamais été aussi pressant qu’aujourd’hui », a déclaré le maître de Pékin,
en veste et casquette de treillis, dont la
présence dans cette zone maritime
disputée était loin d’être anodine. La
Chine affirme sa souveraineté sur de
nombreuses îles et des récifs de la région, également revendiqués par plusieurs pays riverains (Vietnam, Philippines, Malaisie ou Brunei). Et
transforme des îlots qu’elle contrôle en
bases militaires pour appuyer ses prétentions territoriales.
La rivalité sino-américaine s’intensifie
dans cette région, où l’écart de puissance se resserre. Mais les États-Unis
cherchent aussi à montrer leurs muscles dans ses eaux, où navigue actuellement un porte-avions de l’US Navy.
Ils envoient régulièrement des navires
de guerre patrouiller au nom de la « liberté de navigation » près d’îlots administrés par Pékin, qui dénonce en
retour des « provocations ». Des incidents sont possibles, mais un conflit
semble toutefois peu probable dans
l’immédiat. « Pékin, qui pratique la politique du fait accompli, cherche à modifier progressivement la situation à son
avantage sans pour autant déclencher
une réponse forte de la communauté internationale », observe Antoine Bondaz. Si l’empire du Milieu semble être
parvenu à ses fins concernant des îlots
en mer de Chine méridionale, les
États-Unis pourraient se montrer plus
pointilleux au sujet de Taïwan. ■
Zone maritime
revendiquée par la Chine
Litiges maritimes
avec ses voisins
Récifs sur lesquels
Pékin construit
des îles artificielles
Alliés traditionnels
Ma l a i si e
Singapour
Pays ayant entamé
un processus de
rapprochement
avec Pékin
Indonésie
2 Un pays au cœur des tensions militaires
entre les deux grandes puissances
UN RAPPORT DE FORCE DISPROPORTIONNÉ QUI OBLIGE LES ÉTATS-UNIS
À RÉAFFIRMER LEUR SOUTIEN À LEUR ALLIÉ TAÏWANAIS
LES FORCES MILITAIRES EN PRÉSENCE EN 2017
850 000
militaires d’active
7 000
chars
130 000
1 100
111
grandes unités de surface*
63
sous-marins
1 700
27
4
384
chasseurs
*Porte-avions, destroyers, frégates et corvettes
Matsu
UN CONFLIT ENTRE
PÉKIN ET WASHINGTON
EST-IL POSSIBLE EN MER
DE CHINE DU SUD ?
Alliés traditionnels
Pays se rapprochant
des États-Unis afin de
contrebalancer le poids
Taïwan
grandissant de la Chine
(Formose)
Principales bases
ou facilités de l’armée
américaine dans la région
Senkaku
Mer de Chine orientale
Fuzhou
Pingtan
C h in e
130
9 596 960 km2
1,38 milliard d’habitants
Taïpeh
km
Hsinchu
Détroit de Taïwan
Quemoy (Kinmen)
Taichung
Xiamen
Archipel des
Pescadores
(Penghu)
Taïwan
35 980 km2
23,51 millions d’hab.
OCÉAN
PACIFIQUE
Kaohsiung
Mer de Chine méridionale
3 Une démocratie mise à l’écart
par les autres démocraties
L’INFLUENCE POLITIQUE ET LE POIDS ÉCONOMIQUE DE LA CHINE POUSSENT
LES DÉMOCRATIES OCCIDENTALES À METTRE AU BAN DE LA COMMUNAUTÉ
INTERNATIONALE UN PAYS QUI CONTRAIREMENT À LA CHINE COMMUNISTE
PARTAGE LEURS VALEURS
LES 20 PAYS AYANT DES RELATIONS DIPLOMATIQUES AVEC TAÏWAN
(au 23 avril 2018)
AMÉRIQUE
CENTRALE
Honduras
Belize
Guatemala
Salvador
Nicaragua
ANTILLES
Rép. dominicaine
Saint-Kitts-et-Nevis
Haïti
Sainte-Lucie
St-Vincent-et-les-Grenadines
Taïwan
EUROPE
Vatican
Îles Marshall
Burkina Faso
Kiribati
Palaos
Nauru
AFRIQUE
Îles Salomon
Swaziland
Tuvalu
OCÉANIE
AMÉRIQUE DU SUD
Paraguay
A
Cyrille Pluyette
Sources : Reuters, The World Factbook, U.S. Department of Defense
Infographie
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lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
14
Thucydide, bon guide sur la crise syrienne
l y a deux mille cinq cents ans,
le grand historien grec Thucydide
affirmait, en préambule
à son Histoire de la guerre
du Péloponnèse, que son propos,
au moment de raconter les
difficultés de sa patrie imprudemment
engagée dans un vaste conflit dont
elle ne sortirait pas victorieuse, n’était
pas tant de donner au public un chefd’œuvre littéraire qui fît la gloire
de son auteur que de léguer à l’humanité,
pour les siècles à venir, un « héritage
impérissable » - un guide permettant
d’interpréter la suite des événements
dans les conflits qui travaillent
les sociétés humaines. À cet égard,
la guerre de trente ans entre Athènes
et Sparte (431-404 avant Jésus-Christ)
proposait aux lecteurs de l’avenir une
étude de cas grâce auxquels ils pourraient
prévoir les développements ultérieurs
de n’importe quelle situation historique :
« Je m’estimerai satisfait si ce récit est jugé
utile par ceux qui voudront voir clair dans
les événements du passé comme dans ceux,
semblables ou similaires, que la nature
humaine nous réserve dans l’avenir. »
(I, 22.)
À telle enseigne qu’un historien
américain a pu appeler « le piège
de Thucydide » l’opposition grandissante,
sur la scène internationale, entre ÉtatsUnis et Chine, répétition du conflit
entre Athènes et Sparte, la puissance
établie face à celle qui monte, celle-ci
devant un jour supplanter celle-là.
Cependant, comme pendant la guerre
du Péloponnèse, cette situation
d’ensemble, l’antagonisme des deux
superpuissances, comporte des
événements localisés, des conflits partiels
qui impliquent des puissances
secondaires. C’est le cas de la guerre
civile qui met aujourd’hui aux prises
l’État syrien avec une rébellion
multiforme,
à laquelle
participent à des
degrés divers, aux
Professeur de lettres classiques en khâgne au lycée
côtés des États-Unis
ou bien face à eux,
Édouard-Herriot de Lyon, l’helléniste* raconte
France, Grandecombien l’« Histoire de la guerre du Péloponnèse »
Bretagne, Turquie,
de l’historien grec Thucydide (460-395 avant J.-C.)
mais surtout Russie.
peut éclairer le choix de frapper militairement
Puisque
ou non le régime de Bachar el-Assad.
l’historien grec nous
I
FABRICE BUTLEN
préconisa-t-il. Les Mytiléniens, par leur
trahison, ont commis une injustice
qui mérite un châtiment exemplaire :
que tous les hommes en âge de combattre
soient passés par le fil de l’épée et que
le reste de la population soit emmené
en esclavage. C’est le défaut de la
démocratie que d’hésiter au gré
des orateurs qui influencent le peuple
et de se laisser aveugler par les bons
sentiments. Athènes a un empire
à sauvegarder ; si elle ne décourage pas
toute velléité de défection par une
répression sans état d’âme, alors toutes
les cités soumises passeront à l’ennemi
et ce sera la fin de la puissance d’Athènes.
Diodote prit la parole à la suite
de ce discours. En somme, commençat-il, les propos que l’on venait
d’entendre
se fondaient sur
À qui s’interroge sur l’opportunité
l’idée de justice :
un crime a été
d’un engagement militaire en Syrie,
commis, que
les pages de Thucydide relatives
vienne le
châtiment.
à la révolte de Mytilène voilà vingt-cinq
Cependant, il n’est
siècles apportent des réponses
pas de peine si
précieuses
rigoureuse qui
puisse dissuader
d’agir
un
individu
ou
un
groupe
ans plus tôt. Mais à présent que ce danger
déterminés. Partout on condamne
paraissait écarté, l’argent des alliés
à mort, mais il y a toujours
finissait dans les caisses d’Athènes.
des prévaricateurs, des assassins
L’ennemi était désormais spartiate,
et des traîtres. Toutefois l’erreur
et c’était l’hégémonie d’Athènes
principale de Cléon, poursuivit Diodote,
qu’il s’agissait de perpétuer à l’intérieur
c’est cette notion d’injustice qui n’est
du monde grec.
bonne que pour un tribunal
Cette hégémonie pesait de plus en plus.
et qui n’a rien à faire dans une enceinte
À Mytilène, parti oligarchique et parti
politique.
populaire s’unirent pour proclamer leur
Thucydide, par la bouche de Diodote,
défection puis livrer la ville aux Spartiates
préparait les analyses que devait faire
dont la flotte croisait au large de l’île.
Aristote au siècle suivant dans sa
Mais le parti populaire compris qu’il avait
Rhétorique. Il existe, pour lui, trois genres
été trompé. Il empêcha les oligarques
de discours suivant les lieux où ils sont
de mener à bien leur projet et dépêcha
prononcés et le but qu’ils visent :
à Athènes une délégation pour demander
le judiciaire au tribunal ; le délibératif
grâce, alors qu’une escadre athénienne
devant des citoyens ou des décideurs ;
avait pris la mer pour les châtier.
l’épidictique, qui s’occupe de l’éloge
Les plénipotentiaires furent admis
ou du blâme dans le cadre des
à exposer leur requête devant
cérémonies publiques. Le premier traite
l’Assemblée. Deux orateurs athéniens
de la justice ou de l’injustice dans
se levèrent alors pour s’exprimer tour
les actions humaines, le second
à tour avant que le peuple ne prenne
de ce qui est utile ou nuisible pour
sa décision.
la collectivité, le dernier de ce qui est
Le premier était Cléon, celui-là même
beau ou laid dans l’action individuelle.
qui, l’autre année, avait fait voter
Or, argua Diodote, nous nous
l’expédition punitive. Pas d’indulgence,
l’a lui-même suggéré, un Français
soucieux du destin de son pays a loisir
de s’interroger, à la lumière de ce grand
récit classique, sur l’opportunité d’un
engagement militaire sur ce théâtre
d’opérations situé à quelque trois mille
kilomètres des côtes de France.
Les pages relatives à la révolte
de Mytilène en 428 et 427 avant JésusChrist (livre III, paragraphes 40 et
suivants) apportent des réponses
précieuses. Cette cité, la plus importante
de l’île de Lesbos, était membre
de la Ligue de Délos, soumise
à la thalassocratie athénienne :
de là l’obligation de payer à Athènes le
tribut annuel et de lui fournir des troupes
au besoin. Le prétexte en était la lutte
contre l’ennemi perse vaincu cinquante
«
»
adressons ici au peuple d’Athènes
sur une question de politique extérieure.
Il faudra donc examiner s’il est utile
ou nuisible d’envoyer un corps
expéditionnaire pour punir
les Mytiléniens ; et l’on n’examinera
que cela.
Et sur ce plan de l’utilité pour Athènes,
tout plaide pour l’indulgence. Au reste,
alors que Cléon désire s’exprimer
sur la justice, celle-ci non plus, dans
le massacre général, ne trouverait pas
son compte. Car toute la population
de Mytilène n’a pas agi de la même
manière envers nous. Le parti
oligarchique s’est obstiné tandis
que le parti populaire, lui, en est venu
à résipiscence, et voilà aujourd’hui
ses délégués devant le peuple d’Athènes.
Diodote l’emporta et l’Assemblée se
prononça pour l’indulgence, car c’est lui
qui avait prononcé le discours le plus
approprié à la situation.
Appliquons aujourd’hui la même
méthode à la question syrienne. Comme
Diodote face à Cléon, nous pourrions
revenir sur la question de la justice, bien
qu’elle soit en dehors du sujet.
Bombarder une population à l’arme
chimique constitue, du point de vue
du droit international, un crime,
sans l’ombre d’un doute. Mais si nous
avons bien lu Thucydide complété
par Aristote, il s’agit alors d’une affaire
judiciaire. Le crime devra être démontré
par une enquête : ce sera le rôle des
inspecteurs diligentés par les Nations
unies. Si des preuves tangibles viennent
confondre le présumé coupable, à savoir
l’État syrien, celui-ci devra être
condamné par un tribunal qui ne saurait
être que les mêmes Nations unies.
Et la mise en œuvre des sanctions,
militaires ou autres, incombera au
Conseil de sécurité de ladite organisation.
Or les tirs décidés par trois États agissant
de leur propre chef contreviennent
à l’ensemble de cette procédure. Et voilà
que nous retombons sur la première
question, la seule pertinente selon
Thucydide, celle de l’utilité. La France
a-t-elle intérêt à ce que les relations
entre les puissances et les peuples cessent
d’être régies par le droit international
tout en prétendant agir pour en assurer
le respect ?
* Ancien élève de l’École des Chartes.
BIBLIOTHÈQUE DES ESSAIS
■ Histoire
de la Birmanie.
Des rois de
Pagan à Aung
San Suu Kyi
d’Antoine
Charif Sfeir
millénaire, au temps des rois de Pagan (XeXIIIe siècle). C’est là que se structure l’identité birmane : une langue avec un alphabet
propre ; une religion, le bouddhisme theravada, porté par un clergé national ; une monarchie absolue et centralisatrice autour de
laquelle s’articulera toute la société birmane pendant des siècles.
Il faudra toute la puissance de l’Empire
britannique pour briser cet ordre multiséculaire et dessiner un joug colonial qui
durera plus d’un siècle. C’est pendant
cette période troublée, scandée de révoltes anticoloniales et d’émeutes à caractère racial anti-immigration indienne, que
se tisse un dense réseau missionnaire
chrétien. Ce dernier se divise entre les
baptistes américains et les catholiques
français des Missions étrangères de Paris.
Il faudra attendre l’invasion japonaise de
l’Asie du Sud-Est en 1942, pour voir
triompher des mouvements indépendantistes actifs depuis 1920. Juste après
l’indépendance du 4 janvier 1948, le pays
sombre dans une guerre civile multiforme entre l’État central (dominé par la
majorité Bamar, 70 % de la population du
pays) et des guérillas soit ethniques, soit
idéologiques.
Dans l’ouest du pays, la minorité musulmane des Rohingyas se soulève dès la fin
des années 1940, demandant son rattachement au Pakistan. Dans l’est, ce sont
les Karens, longtemps proches des Britanniques, qui prennent les armes contre
le nouveau pouvoir à Rangoun. Ce sera
ensuite au tour du Parti communiste birman et des minorités Shan, Kachin et
Chin de se joindre à une lutte qui se poursuit jusqu’à nos jours.
La levée par la junte de l’assignation à résidence d’Aung San Suu Kyi en 2010 et
EA
U
TALLANDIER, 446 P.,
23,90 EUROS.
■ BIRMANIE Envoyé par l’ONU, pour le
premier poste de sa carrière, sur la frontière thaïlando-birmane de 2013 à 2015,
Antoine Sfeir a ramené de son séjour une
histoire de la Birmanie originale. En
France, on ne s’intéresse à la Birmanie
que par épisodes. Un jour, c’est la figure
iconique d’Aung San Suu Kyi, fille du
père de l’indépendance birmane, affrontant la junte militaire au pouvoir depuis
1962. Un autre, c’est la tragédie du cyclone Nargis qui, au printemps 2008, ravagea la moitié sud du pays (plus de 130 000
morts). Un troisième, c’est le drame des
Rohingyas, ces musulmans minoritaires
de l’ouest du pays, subissant une répression impitoyable de la part du Tatmadaw
(armée birmane), pratiquement sans interruption depuis 1947.
Avec ce livre, Antoine Sfeir nous emmène
d’abord aux origines de cette civilisation
son arrivée au pouvoir en 2015 ont été accueillies avec enthousiasme par les opinions publiques occidentales. On s’empressa d’y voir la promesse d’une
transition définitive de la Birmanie vers la
démocratie et la fin du pouvoir des militaires après un demi-siècle de junte.
Cependant les défis sont multiples et
complexes pour les frêles épaules de la
Dame de Rangoun et le Tatmadaw ne
semble pas disposé à se cantonner définitivement à ses casernes.
Partez visiter les milliers de pagodes et
temples bouddhistes dispersés dans la
magnifique plaine de Pagan au cœur du
pays ; arrêtez-vous un moment sur les rives du fleuve Irrawaddy et lisez cette
Histoire chatoyante mais clairement dessinée, préfacée par le directeur de l’École
française d’Extrême-Orient de Rangoun.
RENAUD GIRARD
N
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LE FIGARO
lundi 30 avril 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Reprise à crédit
économie mondiale
se trouve engagée
dans une forte reprise.
La croissance atteindra
3,9 % en 2018
et les échanges
internationaux progresseront de près
de 4,8 %, confortant le retour au pleinemploi avec un taux de chômage ramené
à 5,5 % de la population active. L’écart
entre monde développé et émergent
se réduit, avec une croissance respective
de 2,5 et 4,7 %, sur fond de
réindustrialisation des pays développés.
Pourtant, cette reprise reste fragile
et les signaux d’alerte se multiplient.
Le haut du cycle d’expansion, qui a
démarré en avril 2009 aux États-Unis,
a été franchi à la fin de 2017 : l’activité
demeure élevée mais n’accélère plus.
L’
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
Les deux moteurs de la reprise sont en
passe de se gripper. L’essor des échanges
internationaux est sous la menace
de la guerre commerciale, monétaire et
technologique lancée par les États-Unis,
qui passe par la hausse des droits de
douane, le contrôle des investissements
et la multiplication des sanctions. L’effort
d’investissement, rendu nécessaire par
la révolution numérique et indispensable
pour générer des gains de productivité,
bute sur l’endettement des entreprises et la
remontée des taux d’intérêt à long terme.
La reprise se voit rattrapée par
les séquelles du choc de 2008 et des
politiques de soutien de l’activité
légitimement déployées pour éviter une
déflation mondiale. La nouvelle crise
de surendettement qui se profile résulte
du réamorçage de l’économie de bulle
ENTRE GUILLEMETS
30 avril 1598 : l’édit de Nantes organise la coexistence entre catholiques et protestants.
Henri IV, préambule de l’édit
HENRY IV PAR FRANZ POURBUS LE JEUNE
Après avoir repris les cahiers
des plaintes de nos sujets
catholiques, ayant aussi permis à
nos sujets de la religion prétendue
réformée de s’assembler par
députés pour dresser les leurs […].»
qui a porté le total des dettes publiques
et privées à 237 000 milliards de dollars
à la fin 2017, soit 318 % du PIB mondial.
Les deux géants qui se disputent le
leadership du XXIe siècle illustrent
dérives et risques du surendettement.
Aux États-Unis, le programme de
baisse des impôts de Donald Trump,
concentré sur les entreprises et les classes
supérieures, creusera le déficit de l’État
fédéral à plus de 1 000 milliards
de dollars en 2020 - soit 5 % du PIB -,
poussant la dette publique à 117 % du PIB
en 2023. Cette relance keynésienne
sur une économie en plein-emploi (taux
de chômage de 3,9 %), doublée de
mesures protectionnistes, ne peut,
comme à la fin des années 1960, conduire
qu’à la diminution de la croissance et
à la hausse de l’inflation (2,5 % en 2018),
c’est-à-dire à la stagflation.
En Chine, Xi Jinping a préparé
l’opinion à son accession à la présidence
à vie en ranimant les feux de l’hypercroissance. L’activité a progressé
de 6,9 % en 2017 au prix de l’ouverture
des vannes du crédit. Les dettes
publiques et privées culminent à 250 %
du PIB, notamment du fait des
entreprises dont les emprunts
représentent 166 % du PIB. La Chine, à
travers les « nouvelles routes de la soie »,
utilise la dette comme une arme pour
prendre le contrôle de gouvernements
(Pakistan, Laos, Sri Lanka, Djibouti,
Venezuela…) ou d’actifs stratégiques.
L’économie mondiale, qui n’a plus
connu de choc depuis la chute du pétrole
et des matières premières en 2014,
entre dans une période à haut risque
qui explique le retour de la volatilité
sur les marchés financiers. La guerre
commerciale et monétaire amplifiera
le retournement du cycle. Elle favorise la
hausse des prix, alimentée par la hausse
du pétrole avec un baril proche de
75 dollars. Les taux d’intérêt franchissent
le seuil symbolique de 3 % pour les bons
du Trésor à dix ans aux États-Unis,
ce qui pourrait amorcer un mouvement
de remontée brutale des taux à long
terme.
La sortie de l’ère de l’argent gratuit
oblige marchés et institutions financières
à coter à nouveau les risques, dès lors
qu’ils ne bénéficient plus d’une
réassurance illimitée des banques
centrales. Mais elle comporte aussi
des risques de krach obligataire si la
remontée des taux s’emballe ou de défaut
d’États ou d’entreprises, dont certains
peuvent disposer d’une dimension
systémique.
Les pays émergents sont
particulièrement exposés, pris sous le feu
croisé de la hausse du dollar et des taux
ainsi que du retour des capitaux vers les
États-Unis. L’Europe est vulnérable.
En dehors de l’Allemagne et de l’Europe
du Nord, qui disposent d’une solide
compétitivité structurelle, la reprise,
qui ne date que de la fin 2014, a été
déclenchée par la baisse du pétrole, des
taux et de l’euro qui se sont transformés
en autant de hausses. Le système
financier est convalescent. La zone euro,
dont le ralentissement est confirmé
et le renforcement compromis, serait
menacée d’éclatement en cas de nouvelle
divergence entre Nord et Sud, a fortiori si
le successeur de Mario Draghi devait
rompre avec sa stratégie. La France
demeure dans une situation critique.
À l’opposé de la zone euro, qui réduit
lentement son endettement (86,7 %
du PIB), notre pays continue à laisser
dériver les dépenses (56 % du PIB)
et la dette publique (97 % du PIB hors les
55 milliards de la SNCF et les 33 milliards
d’EDF), la réduction du déficit n’étant
due qu’à la seule amélioration d’une
conjoncture qui se retourne.
VOX
ANALYSE
Alberto D’Argenio
journaliste à « La Repubblica »
Les européennes de 2019 :
vers un affrontement historique
l’Union européenne comptera
au moins 31 membres en 2025
- si elle existe encore cette
année-là. Serbie et
Monténégro sont déjà en train
de négocier leur adhésion à
l’Union européenne. Albanie et
Macédoine pourraient bien les imiter
rapidement, la représentante de la
diplomatie européenne Federica
Mogherini venant de recommander aux
gouvernements d’ouvrir les négociations
d’ici au mois de juin. À l’avenir, ça
pourrait également être au tour du
Kosovo et de la Bosnie.
Même si certaines capitales
préféreraient ralentir ce processus, au
fond, personne en Europe n’est opposé à
l’intégration des Balkans. Le souvenir de
la guerre qui a dévasté la région après
l’explosion de la Yougoslavie est encore
trop frais. Les tensions qui divisent
encore la zone sont trop palpables.
Pourtant, la semaine dernière,
Emmanuel Macron a déclaré face au
Parlement européen : non aux nouvelles
adhésions tant que l’Union européenne
n’aura pas été réformée.
Personne ne peut accuser le président
français d’anti-européanisme. Nul ne
peut penser qu’il préférerait laisser les
Balkans à la merci de leurs pulsions
historiques plutôt que de les intégrer à
l’Europe. Son propos est différent et
d’une actualité criante. Aujourd’hui,
l’Union est déjà ingouvernable à
28 membres. Et ce n’est pas à cause de la
bureaucratie de Bruxelles - dont les
politiques publiques, qui ont leurs
qualités et leurs défauts, visent à
améliorer la vie des citoyens - mais bien à
cause des gouvernements, désormais
L
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
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Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
européen (rassemblement des partis
européens de la droite classique, NDLR),
et des socialistes et s’alliant avec de
nouvelles forces comme Ciudadanos, il a
l’ambition d’arriver deuxième aux
élections européennes derrière la droite
classique, afin d’empiéter sur l’espace
dont disposent les eurosceptiques.
Macron est le seul leader qui souhaite
encore réformer l’Europe et parle
sincèrement de lui donner une nouvelle
respectabilité aux yeux des citoyens. Ce
projet recevable se heurte aux réticences
de ses collègues, Angela Merkel
comprise, et à la faiblesse politique de ses
alliés naturels dans cette croisade, l’Italie
et l’Espagne.
Macron a raison :
Macron travaille à la construction
avant d’agrandir
de son propre parti européen,
l’Union, il faut la
« Europe en marche »
réformer. Tout au
moins en retirant le
droit de veto aux gouvernements (dans
démocraties libérales ? Se pliera-t-elle
les cas où ils en disposent actuellement,
aux autocraties illibérales déjà visibles
NDLR) pour augmenter les décisions à la
dans certains pays comme la Hongrie de
majorité qualifiée. Dans la négative,
Viktor Orban ?
l’Europe deviendra encore plus
La bataille décisive de cet affrontement
ingouvernable. Avant même d’envisager
historique se jouera lors des élections
un élargissement vers les Balkans, qui
européennes de mai 2019. L’année
n’aura pas lieu avant au moins sept ou
prochaine, les partis associés à la famille
huit ans, il faudra concrétiser cette
socialiste étant en chute libre, le
réforme, ainsi que, avant 2019, celles de
Parlement européen pourrait bien se
l’euro et des politiques migratoires.
retrouver avec une majorité
Tous l’affirment, mais à part Macron,
eurosceptique, populiste, guidée par
personne n’a le courage d’y croire
l’extrême droite.
vraiment, privilégiant les batailles
Pour éviter un tel scénario et pour
politiques à court terme à une vision de
jouer un rôle positif dans le débat sur les
l’avenir. La classe dirigeante européenne
missions de l’Union, Macron travaille à la
actuelle devrait en venir aux faits si elle
construction de son propre parti
ne veut pas être balayée de la carte
européen, « Europe en marche ».
politique du continent et risquer de
Fusionnant avec les libéraux, marchant
disparaître de l’Union européenne.
sur les plates-bandes du Parti populaire
divisés sur deux plans. Voilà des années
que l’Europe du Nord et celle du Sud se
disputent sans parvenir à se mettre
d’accord sur la réforme essentielle du
perfectionnement de l’euro.
Quant à l’Europe de l’Ouest et celle de
l’Est, elles sont opposées sur les questions
des migrants et de la relance de
l’intégration européenne. L’inertie de
l’Union est due à ces scissions, qui
entraînent un immobilisme favorisant
l’avancée des populismes nés sur le
continent. En toile de fond se joue une
bataille encore plus profonde autour de la
raison sociale de l’Europe du futur :
continuera-t-elle de s’accrocher aux
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
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Étienne de Montety
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… CORÉE DU NORD
« Donald Trump est fondé
à s’attribuer tout le mérite
de la rencontre historique
entre Kim Jong-un
et son homologue
sud-coréen »,
par Nicolas Lecaussin,
essayiste, auteur de
« L’Obsession antilibérale
française : ses causes
et ses conséquences »
(Les Éditions Libréchange,
2014)
… BANLIEUES
« Borloo commence
par rappeler que Borloo
a échoué mais qu’il serait
scandaleux de ne pas
continuer à faire du
Borloo », par Guillaume
Bigot, essayiste,
auteur de « La Trahison
des chefs » (Fayard, 2013)
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Cahier 2 Économie
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1
2
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
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lundi 30 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 928 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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lefigaro.fr/economie
ŒUFS
TÉLÉCOMS
APRÈS LA CRISE DU FIPRONIL,
LA FILIÈRE FRANÇAISE
REPART DE L’AVANT PAGE 19
T-MOBILE RACHÈTE SPRINT
AUX ÉTATS-UNIS : UNE FUSION À
26 MILLIARDS DE DOLLARS PAGE 20
Cigarettes : la chute des ventes
relance la guerre des prix
Pour ne pas perdre trop de clients, les grandes marques de cigarettes
comme Camel et Lucky Strike baissent le prix du paquet de 10 centimes.
sur leurs marges. Marlboro avait
pris tout le monde par surprise
prenant les devants en mars avec
un paquet à 8 euros.
À partir de lundi, d’autres cigarettiers lui emboîtent le pas : Camel
va baisser le prix de son paquet à
7,90 euros et Lucky Strike à
7,70 euros. Du coup, la hausse des
recettes fiscales sera sûrement en
dessous des 500 millions d’euros
escomptés.
HENAFF, PATRICK FALLON/BLOOMBERG, JÉRÔME FOUQUET/PHOTOPQR/OUEST FRANCE
èMANQUE À GAGNER EN VUE POUR L’ÉTAT PAGE 19
La musique
s’envole
en Bourse
L’industrie musicale
est sortie de la crise.
Du coup, la valorisation
des acteurs du secteur,
qui tablent
sur une hausse des
abonnements, n’en finit
pas de grimper. Qu’il
s’agisse des plateformes
de streaming (Spotify,
Tencent…) ou des
producteurs de musique
(Universal Music,
Warner, Sony Music…)
Universal Music Publishing Group, à Santa Monica, en Californie.
PAGE 18
L'HISTOIRE
Après avoir envoyé son pâté dans
l’espace, Hénaff ouvre des boutiques
H
énaff ne manque décidément
pas d’idées pour poursuivre sa
success story initiée il y a plus de
110 ans. Il y a un an, il conquérait
l’espace en fournissant
ses célèbres boîtes de pâté aux astronautes
de la Station spatiale internationale, dont
Thomas Pesquet. Cette fois, le groupe
de Pouldreuzic (Finistère) part à l’assaut
des gares. Notamment celle de Rennes, où
il ouvrira mercredi sa première boutique à son
effigie : Hénaff &Co. Sa première, pas tout à
fait, car le groupe a depuis dix ans un magasin
dans son fief natal,
à côté de son
Musée du pâté de
Pouldreuzic. Cette
fois, l’espace est
trois fois plus petit :
43 m2, mais il est
situé dans une gare
en pleine refonte
qui devrait accueillir
20 millions de
passagers par an
dans les prochaines
années. « Ce sera
l’endroit le plus
fréquenté de Bretagne », détaille Loïc Hénaff,
le patron de l’entreprise familiale. Au menu :
des références de la marque que l’on ne déniche
pas toujours en grande surface ou dans
les épiceries fines : condiments, sardines
en conserve, plats cuisinés…
Engagée dans une diversification de
ses activités depuis deux ans (charcuterie
sèche, produits à tartiner, épices, algues),
Hénaff qui écoule chaque année 35 millions de
boîtes, veut miser sur la vente directe.
« C’est un vrai choix de communication
d’échanger en direct avec nos consommateurs.
Mais c’est aussi
un choix de saine
gestion : il est
toujours bon de
diversifier ses canaux
de distribution ! »,
conclut Loïc Hénaff.
S’il ne s’est pas fixé
d’objectif précis,
le dirigeant étudie
d’ores et déjà d’autres
ouvertures.
Principalement en
Bretagne bien sûr. ■
OLIVIA DÉTROYAT
L’Europe divisée sur la taxation
des Gafa défendue par la France
Décidément, la France peine
à imposer son idée de taxation des géants du numérique, les fameux Gafa (Google,
Apple, Facebook, Amazon),
qui profitent des disparités du
système fiscal européen pour
minimiser leurs impôts sur le
Vieux Continent. Fin mars,
Paris avait pourtant remporté
une victoire. La Commission
européenne avait présenté un
projet de directive reprenant
les idées hexagonales.
Le texte européen prévoit de
taxer dans un premier temps
à 3 % les revenus générés par
l’exploitation d’activités numériques, avant de mettre en
place un système plus raffiné
où la taxe payée par chaque
entreprise serait fonction du
nombre de ses utilisateurs
dans chaque pays. La première version de la taxe
pourrait
déjà
rapporter
5 milliards d’euros par an. Un
montant non négligeable
alors que le budget européen
devra bientôt se passer de la
contribution britannique.
Bruno Le Maire, le ministre
5
milliards d’euros
C’est ce que la taxe
sur les géants du numérique
pourrait rapporter
à l’Union européenne
français des Finances, s’est
fixé l’objectif d’une adoption
du texte au plus tard début
2019. Las, la teneur de la rencontre des ministres européens des Finances ce samedi
à Sofia, en Bulgarie, ne plaide
pas en ce sens. Alors que les
réformes touchant à la fiscalité dans l’Union européenne
doivent être approuvées à
l’unanimité des États membres, les ministres du Luxembourg, de Malte, de la République tchèque ou encore de
l’Irlande se sont opposés au
projet.
Ils recommandent d’attendre
que l’OCDE finalise sa propre
proposition à portée mondia-
le avant de prendre une décision. Bruno Le Maire a rencontré en amont ces ministres
réticents mais sans parvenir à
les convaincre.
Plus inquiétant pour les ambitions françaises, l’Allemagne, qui soutenait au départ
l’initiative, s’est montrée
très réservée. Olaf Scholz,
qui a repris le portefeuille des
Finances dans le nouveau
gouvernement
d’Angela
Merkel, s’est contenté d’indiquer qu’il fallait traiter « la
question morale » de la taxation des groupes numériques. « Il n’y a pas d’hostilité
allemande, mais une prudence
liée à la conjoncture, aux discours sur la guerre commerciale », décrypte une source
européenne.
« Au-delà de la question de la
fiscalité du numérique, l’enjeu,
c’est l’indépendance de l’Europe et sa capacité à protéger ses
intérêts, et de savoir si les pays
européens ont le courage de
prendre leur destin en main »,
s’est agacé Bruno Le Maire, à
A. G.
l’issue de la réunion.
1
Du coup, selon un professionnel,
dans les cinq semaines qui ont suivi cette mesure, le marché a baissé
de 10 à 12 %. Pour résister à ce recul, les cigarettiers limitent les
augmentations de prix en rognant
Le Conseil d’État a rendu son avis
sur le projet de loi formation, apprentissage et assurance-chômage
présenté par la ministre du Travail,
Muriel Pénicaud, en Conseil des ministres vendredi dernier. Les hauts
magistrats valident les grands principes du projet de loi, tout en en demandant quelques éclaircissements.
Le texte prévoit ainsi que les chefs
d’entreprise,
autoentrepreneurs,
membres de professions libérales,
commerçants… soient indemnisés
en cas de liquidation judiciaire, s’ils
disposent d’un revenu d’au moins
10 000 euros par an. Le Conseil
d’État ne conteste pas ce principe
mais il refuse que le revenu qui sera
versé à ces travailleurs indépendants soit considéré comme une
forme d’assurance-chômage. Il
s’agit selon lui d’une nouvelle allocation de solidarité. Cette distinction
juridique n’aura pas d’incidence pour
les personnes concernées. En revanche, elle remet en cause la notion
d’assurance-chômage universelle
vantée par le gouvernement.
Plus fondamentalement, le Conseil
d’État s’interroge sur la cohérence
du financement du régime d’assurance-chômage. Suite à la loi de finances 2018, les cotisations salariales dédiées au financement de
l’assurance-chômage seront supprimées à l’automne. La transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisse
de cotisations, en 2019, réduira ensuite les cotisations patronales chômage sur les bas salaires. Le régime
sera alors financé par une part réduite de contributions patronales et
une part croissante d’impôts.
Le Conseil d’État invite le gouvernement à assumer ces changements
de fond qui font peu à peu basculer le
système français d’un système social bismarckien vers le modèle britannique beveridgien. Il appelle alors
de ses vœux « une réforme du système de protection sociale tirant
toutes les conséquences de la part
prise par les impositions dans le financement de la protection sociale
obligatoire ».
A. G.
A
L’augmentation très importante
des taxes sur le tabac introduite le
1er mars par le gouvernement a
modifié la donne dans le secteur.
En moyenne, le prix du paquet de
cigarettes a augmenté de un euro.
ASSURANCECHÔMAGE : LE
CONSEIL D’ÉTAT
S’INTERROGE
SUR LA RÉFORME
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
18
ÉCONOMIE
La musique, nouvelle star de la Bourse
Les valorisations des majors et des plateformes de musique en ligne augmentent fortement.
Tous tablent sur une hausse continue des abonnements et sur la conquête de nouveaux territoires.
CAPITALISATION BOURSIÈRE DES LEADERS
DE L’INDUSTRIE MUSICALE
20
LES MAJORS
40
m i l l ia r d s $
m i l l ia r d s $
17,3
15
m i l l ia r d s $
m i l l ia r d s $
Marché mondial
de la musique
en 2017
29
m i l l ia r d s $
25*
m i l l ia r d s $
LES PLATEFORMES
DE STREAMING
*estimation
d’hui. Car même si les ventes se
sont retournées, il faudrait vingt
ans à rythme constant pour dépasser le cap des 100 milliards de
dollars. Si le marché de la musique se remet à faire tourner les
têtes, c’est en raison des performances extraordinaires des offres
d’écoute en streaming par abonnement, dont les revenus ont
bondi de 41 % en 2017. Dans une
étude publiée l’été dernier qui a
contribué à alimenter cette frénésie, la banque d’affaires Goldman Sachs estimait ces recettes à
28 milliards de dollars en 2030,
sur un marché total de 41 milliards. Des niveaux jamais vus,
même à l’apogée du CD et de la
musique enregistrée, et qui nourrit les rêves les plus fous.
Toucher le jackpot
Une fois la transition entre le disque physique et le numérique
achevée, les plateformes comme
les majors espèrent toucher le
jackpot. « Nous estimons que seule
la moitié de la population mondiale
vit dans un environnement musical
florissant, et nous voulons apporter la révolution du streaming
dans le monde entier », a encore
dit Stu Bergen, PDG des services
Sources : cotations
étude Goldman Sachs
MUSIQUE Y a-t-il une bulle sur
le marché de la musique ? Cette
question aurait pu paraître incongrue il y a quelques années
tant l’industrie musicale était
alors enlisée dans une crise longue et pénible. Et pourtant, alors
que l’Ifpi (Fédération internationale de l’industrie phonographique) vient de publier le chiffre
d’affaires mondial de la musique
pour 2017 qui a atteint 17,3 milliards de dollars, les valorisations
des entreprises du secteur sont
en train de flamber.
En Bourse, les acteurs de la
musique sont devenus les nouvelles stars. La plateforme suédoise de musique en ligne Spotify, cotée depuis début avril à
New York, se trouve valorisée
29 milliards de dollars, 80 % de
plus que lors de ses dernières levées de fonds l’an dernier. Le
chinois Tencent Music, dont l’introduction se profile, a doublé de
taille en six mois et en vaudra
bientôt autant que son équivalent
suédois.
Du côté des producteurs de
musique, c’est aussi l’euphorie.
Arnaud de Puyfontaine, PDG de
Vivendi, a ouvert la voie à une
cotation d’Universal Music. Valorisée 40 milliards de dollars,
la première major vaudrait 50 %
de plus que sa maison mère. Au
printemps 2013, Softbank avait
offert 8,5 milliards de dollars
pour s’offrir cette pépite musicale. Aujourd’hui, Sony Music,
le numéro deux du secteur,
vaudrait près de 17 milliards de
dollars.
Après avoir passé plus de dix
ans à encaisser des coups, l’industrie de la musique a de quoi
savourer ce revirement. Mises
bout à bout, les valorisations des
trois majors et des principales
plateformes totalisent environ
150 milliards de dollars. Un Universal Music à 40 milliards de
dollars serait valorisé 50 fois son
résultat opérationnel en 2017. De
son côté, Facebook affiche un
modeste ratio de 25, Apple d’à
peine 17. La musique, plus forte
que les réseaux sociaux ou les
smartphones ? On croit rêver !
Mais pour tous les acteurs
concernés, le marché de la musique va continuer à accélérer encore plus fortement qu’aujour-
Des valorisations boursières qui
font craindre une nouvelle bulle
Infographie
BENJAMIN FERRAN
£@benjaminferran
commerciaux à l’international de
Warner Music Group, à l’occasion de la présentation la semaine
dernière des chiffres annuels de
la musique dans le monde. Grâce
au streaming, dont les coûts de
distribution sont extrêmement
bas, les abonnés conquis en dehors des cinq marchés majeurs de
la musique (États-Unis, Japon,
Allemagne, Royaume-Uni, France) généreront immédiatement
de la marge.
Ce nouvel optimisme n’est
toutefois pas sans poser quelques
questions. Sur le rythme de progression de la musique par abonnement, d’abord. Spotify compte
aujourd’hui 71 millions d’auditeurs payants, Apple Music
40 millions, Tencent plus de
15 millions et Deezer autour de
7 millions. Les analystes de Goldman Sachs tablent sur 847 millions d’abonnés en 2030. Pour
eux, un tiers des possesseurs de
smartphone dans les pays développés sera client alors d’une offre en streaming, trois fois plus
qu’aujourd’hui, et 10 % dans les
pays émergents. Le parallèle avec
Netflix, qui a dépassé les 120 millions d’abonnés, est tentant.
Beaucoup d’analystes s’en sont
Barbar Zafar,
vice-président du
développement des
produits chez Spotify,
le 24 avril à New York.
Spotify compte
aujourd’hui 71 millions
d’auditeurs payants.
DON EMMERT/AFP
servis pour valoriser Spotify.
Mais contrairement à la vidéo,
qui repose sur des contenus exclusifs, il n’y a aucun intérêt à
souscrire à plusieurs services en
parallèle, comme on pourrait
payer un abonnement au câble et
à Netflix. « Le streaming musical
est un jeu à somme nulle entre les
concurrents, en raison de l’absence de différenciation par le catalogue et du manque de contenus
propriétaires », écrivaient les
analystes de Stifel dans une note
début avril. Ces projections supposent aussi que le smartphone et
le streaming ne seront concurrencés par aucun nouveau mode
de consommation.
Partage de la valeur
Pour justifier les très fortes valorisations, chacun a ensuite une
très forte tendance à embellir le
tableau. Une plateforme comme
Spotify espère inverser le rapport
de force avec les majors et pouvoir dégager davantage de marges avec le streaming. Aujourd’hui, la société suédoise reverse
80 % de son chiffre d’affaires aux
ayants droit, qui sont tout-puissants. Quelque 7,4 milliards de
dollars ont ainsi été rétrocédés en
2017 par les plateformes de streaming. Les producteurs justifient
eux-mêmes leurs valorisations
par le rythme effréné de souscription d’abonnés au streaming
payant. Ce qui est gagné d’un
côté ne pourra jamais être entièrement compensé de l’autre, sauf
à puiser dans de nouvelles poches. Voilà pourquoi la filière
musicale s’en prend régulièrement à YouTube, premier diffuseur de vidéos musicales sur le
Web, dont elle juge l’apport trop
faible.
Plus haut dans la chaîne de
production, les artistes font aussi
entendre leur voix. Par le passé,
des chanteurs de premier plan
comme Jay-Z ou Taylor Swift ont
retiré leurs titres de Spotify afin
de peser sur des renégociations de
droits. Plus modestement, des artistes estiment vivre plus mal du
streaming que du téléchargement
ou de la vente de CD et réclament
un nouveau partage de la richesse. En France, l’accord passé l’été
dernier entre les différents représentants de la filière n’a pas clos
les débats. Dans tous les cas, et
c’est bien la nouveauté, chacun
lorgne des parts d’un gâteau appelé à grossir chaque année. ■
Agriculture : le bilan en demi-teinte du plan Maroc Vert
Ce programme, lancé en 2008, qui avait pour objectif de créer 1,5 million d’emplois, n’en a suscité que 250 000.
STÉPHANIE WENGER £@swengrr
A
RABAT
MAGHREB Dans un champ tracé de
sillons rectilignes, deux jeunes gens
sourient sur fond de ciel aux couleurs du couchant. Vêtus d’un tablier vert, ils pianotent sur une tablette. Autour d’eux sont projetées
des icônes « qualité du sol »,
« contrôle parasite », etc. Un slogan
barre cette affiche : « Attachés à la
terre, connectés à l’avenir ». Avec
cette présentation, les Assises de
l’agriculture qui se sont tenues la
semaine dernière en amont du Salon international de l’agriculture de
Meknès voulaient montrer que les
fermiers marocains ont pris le train
de la modernité. D’ailleurs, la jeunesse, ferment de l’agriculture de
demain, était au centre des discussions des différentes tables rondes
qui ont réuni plusieurs invités
étrangers : ministres français, espagnol, ivoirien et responsables de
l’Union africaine.
La journée fut aussi l’occasion de
faire le point sur le PMV (plan Maroc Vert) lancé en 2008. Aziz
Akhannouch, ministre de l’Agri-
Le Salon international
de l’agriculture
de Meknès, au Maroc,
le 26 avril. AISSA/
PHOTOSHOT/MAXPPP
culture et du Développement rural,
en poste depuis onze ans, a offert un
bilan à mi-parcours de ce programme qui court sur vingt ans : « Ce
plan est un des principaux vecteurs
de création de richesse et de développement. Depuis 2008, le PIB agricole
a augmenté de 7,3 %, les exportations ont bondi de 65 % », a-t-il argumenté. Au Maroc qui compte
35 millions d’habitants, environ
40 % de la population vit de l’agriculture. Productivisme, création de
richesse et exportations sont les
principaux axes du plan Maroc
Vert. Et les cultures à forte valeur
ajoutée comme les agrumes et les
fruits rouges sont encouragées.
« Aléas climatiques »
Si l’Europe, en particulier la France,
reste de loin le premier marché
d’exportation, le Maroc a trouvé
d’autres débouchés dans les pays
émergents comme la Chine, l’Inde
et la Russie. Lors des Assises, une
convention a été signée avec la Côte
d’Ivoire pour créer une plateforme
commune sur le port d’Abidjan afin
d’accroître les échanges. L’Afrique,
qui absorbe aujourd’hui moins de
2 % des exportations marocaines,
est devenue une priorité. La philosophie de ce plan est aussi de permettre l’accès aux marchés extérieurs pour les petites exploitations.
« Dans les campagnes, les gens
connaissent de plus en plus le PMV et
ses opportunités de financement.
Mais il ne prend pas assez en compte
les petits agriculteurs, estime Zakaria Kadiri, sociologue et agronome.
Cela requiert un investissement en
temps trop important pour ces petits
exploitants. Sur 200 hectares, il peut
y avoir 200 agriculteurs. Il faudrait
plus d’accompagnement encore. »
Le Maroc compte 1,5 million d’exploitations dont 55 % inférieures à
5 hectares. Les agriculteurs sont
encouragés à se regrouper en coopérative : depuis la mise en place du
plan, le nombre de ces structures a
été multiplié par trois pour un total
de 9 000 et un capital de 1,537 milliard de dirhams (116 millions
d’euros).
Sur la création d’emplois, en revanche, le bilan est bien en deçà des
objectifs : le plan qui ambitionnait
de créer 1,5 million d’emplois au
bout de dix ans en affiche à peine
250 000. Najib Akesbi, professeur
d’agronomie, fraîchement retraité
de l’Institut agricole vétérinaire, ne
mâche pas ses mots. « Du point de
vue de la production, la situation du
Maroc est pire qu’avant : les importations ne baissent pas, elles sont de
l’ordre de 35 à 45 millions de quintaux
chaque année pour le blé ; le maïs est
importé à 100 % et le sucre encore
plus massivement qu’avant. C’est un
paradoxe : l’huile de grain que les
Marocains consomment, on n’en produit que 10 %, alors que nous produisons de l’huile d’olive que l’on ne parvient pas à exporter », critique-t-il.
Et l’excellente campagne agricole
prévue pour cette année pluvieuse
(98,2 millions de quintaux de céréales) ne devrait pas empêcher les
importations de blé. « Les gros exploitants sont inondés de subventions : il faut vraiment se poser la
question de l’efficacité. L’objectif
était de sécuriser la production pour
sortir de cette effroyable dépendance
aux aléas climatiques, or l’économie
dépend toujours des caprices du ciel,
soixante ans après l’indépendance… », regrette Najib Akesbi. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 30 avril 2018
ÉCONOMIE
19
La guerre des prix
n’empêche pas
la forte chute des
ventes de cigarettes
Lucky Strike et Camel baissent leurs prix lundi pour
ne pas perdre de terrain sur un marché en recul de 12 %.
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
TABAC Le tremblement de terre
provoqué cet hiver sur le marché
des cigarettes par la flambée des
taxes n’en finit pas d’entraîner des
répliques. Le prix moyen du paquet
a bondi d’un euro le 1er mars. Une
hausse inédite depuis 2003-2004,
mais moins forte qu’attendu par le
gouvernement.
Marlboro, leader du marché avec
plus d’un quart des ventes, a limité
sa hausse et fixé son nouveau tarif à
8 euros, en rognant sa marge.
Avec un prix rond, la marque à
plus forte notoriété espère gagner
La très surprenante flambée des
commandes des buralistes corses
Le phénomène a de quoi faire
tousser : en février, avant la
hausse des prix du 1er mars,
les livraisons de cigarettes aux
buralistes corses ont atteint
3,5 millions de paquets. C’est
62 % de plus qu’en février 2017
et moitié plus qu’en
janvier 2018. Une flambée
étonnante : les livraisons
sur le continent ont baissé en
février : 4 % sur un an, 8 % par
rapport à janvier. Des experts
assurent que les buralistes
corses sont de fait dispensés
de la déclaration des stocks,
obligatoire à chaque hausse
de prix. Dispense reconnue par
la direction des Douanes dans
un tweet du 21 mars. À partir
de mars, au lieu de toucher
80 centimes par paquet, les
buralistes ont gagné 1,60 euro
sur ceux livrés en février,
calcule un expert. Une prime
à laquelle leurs collègues du
continent n’ont pas eu droit :
la déclaration de stocks
permet aux Douanes
de récupérer le trop-perçu
de taxes.
Dans la mesure où les prix du
tabac en Corse sont inférieurs
de 25 % à ceux de France
continentale, en raison
d’un régime fiscal dérogatoire,
certains soupçonnent
que la forte hausse du prix
du 1er mars alimente plus
fortement le marché parallèle,
avec des ventes
aux continentaux en visite
et des achats par des réseaux
organisés…
I. L.
des parts de marché. Ses rivaux, qui
n’avaient pas tous anticipé une telle
stratégie de la part du leader, n’ont
d’autres choix que de s’adapter à ce
qui s’apparente à une guerre des
prix.
Par chance, la réglementation
offre désormais aux cigarettiers la
possibilité de revoir leur prix tous
les deux mois. La première échéance arrive ce lundi 30 avril, avec
l’entrée en vigueur de la liste de
prix homologuée par la ministre de
la Santé et son homologue des
Comptes publics le 1er avril.
Camel (Japan Tobacco International), une des principales marques haut de gamme, va ainsi baisser son prix de 10 centimes, pour
tomber à 7,90 euros. Objectif : redevenir un tout petit peu moins
cher que Marlboro, ce qui a toujours
été son positionnement. En restant
au même prix que le leader, Camel
prenait le risque de perdre des parts
de marché.
Une autre marque phare, Lucky
Strike (British American Tobacco),
va elle aussi baisser son prix de 10
centimes, à 7,70 centimes le paquet.
Cette marque détenant plus de 10 %
du marché, positionnée depuis des
années sur l’entrée de gamme, va
ainsi se remettre au niveau de ses
rivales Winston, Benson & Hedges
et News. Elle aussi risquait de perdre des parts de marché.
Avec le paquet neutre, entré en
vigueur début 2017, le prix est plus
que jamais l’arme marketing clé des
industriels. Et ce, malgré la hausse
générale et la politique tarifaire de
Marlboro, qui a réduit l’écart entre
la marque leader et l’entrée de
gamme à 30 centimes, contre 50
centimes auparavant.
Les gains de part de marché sont
d’autant plus cruciaux que la haus-
Les gains de part de marché sont d’autant plus cruciaux que la hausse des prix entraîne une chute des volumes
vendus chez les buralistes. CHRISTOPHE ESTASSY/CROWDSPARK
se des prix entraînera une chute des
volumes vendus chez les buralistes,
comme le souhaitent le président
de la République et la ministre de la
Santé.
Réseaux de contrebande
Reste à connaître l’ampleur de cette
chute. Début avril, les associations
antitabac et le ministère de la Santé
s’étaient réjoui de l’effondrement
des livraisons de tabac auprès des
buralistes : - 19 % sur le mois de
mars. « En fait, les buralistes
avaient sans doute surestimé la chute
tains fumeurs tentent d’arrêter ou
diminuent leur consommation, mais
il y a souvent une reprise au bout de
quelques semaines. »
Les incitations gouvernementales à tester les substituts nicotiniques risquent d’amplifier le phénomène de baisse. Mais il faudra aussi
évaluer l’augmentation du commerce parallèle : de plus en plus de
fumeurs risquent en effet de s’approvisionner dans les pays limitrophes, où le paquet est bien moins
cher, ou auprès des réseaux de
contrebande. ■
des ventes dans leurs civettes, assure
un industriel du tabac. Selon nos
panels de sortie de caisses, le marché
légal a reculé de 10 à 12 % sur les
cinq semaines ayant suivi la hausse
du 1er mars. C’est une vraie réaction,
mais pas un effondrement. »
Les chiffres de livraison du mois
d’avril ne sont pas encore connus,
mais il est de toute façon encore
bien trop tôt pour dresser un premier bilan du choc de prix inédit.
« Il faudra attendre l’été ou la rentrée, explique un expert. En général,
après une forte hausse des prix, cer-
Risque de manque à gagner pour l’État
Sacré paradoxe. La décision du
gouvernement de faire flamber
les taxes sur le tabac à compter du
1er mars, afin d’inciter les cigarettiers à relever leurs prix comme jamais et ainsi faire chuter les
ventes chez les buralistes, devait
aussi doper les recettes fiscales.
En préparant le budget 2018,
voté au Parlement en décembre,
les services de Bercy ont chiffré
la hausse des recettes fiscales sur
les produits du tabac à 500 millions d’euros pour cette année,
en plus des 12 milliards perçus en
2017. La hausse risque d’être inférieure.
D’une part, la baisse des ventes
chez les buralistes, estimée entre
10 et 12 % en volumes, est légèrement plus forte que celle anticipée à Bercy. À cela s’ajoute surtout l’impact de la stratégie de
Philip Morris International (PMI).
Depuis des années, son paquet de
Marlboro était 50 centimes plus
cher que le prix plancher indicatif (l’État ne peut imposer les tarifs, déterminés par les industriels) défini par le « minimum
de perception », élément fiscal
fixé par le législateur. Depuis
mars, le minimum de perception
correspond à un prix plancher
théorique
du
paquet
de
7,90 euros.
En fixant le prix de Marlboro à
8 euros (au lieu de 8,40) et celui
de sa seconde marque Philip
Morris à 7,90 euros (au lieu de
8,30), PMI n’a pas seulement
contraint ses rivaux à limiter leur
hausse. Il a entraîné un manque à
gagner pour l’État, qui avait fait
ses projections de recettes fiscales sur des prix plus élevés.
« L’État sera privé en 2018 de
199 millions d’euros de recettes
fiscales du fait du positionnement
choisi par Marlboro, assure un industriel du tabac, qui tient à garder l’anonymat. Ajouté à l’impact
du choix de ses rivaux de positionner les marques les moins chères à
7,70 euros, le manque à gagner
pour l’État grimpe à 309 millions
d’euros. »
Un calcul contesté par Bercy.
« Nous avons établi nos prévisions
budgétaires sur la base d’un prix
moyen du paquet de 8 euros à partir de mars, explique-t-on à la direction des Douanes. Le prix
moyen sera de 7,90 euros à compter de lundi, ce qui n’est pas très
éloigné. Au premier semestre, les
recettes fiscales liées au tabac ont
d’ailleurs été en phase avec notre
budget. » ■
I. L.
Œufs : la filière hexagonale a rebondi après la crise du fipronil
14,9
milliards
d’œufs ont été produits
en France en 2017
AGROALIMENTAIRE Quatre ans
après les lasagnes à la viande de
cheval, le scandale sanitaire avait
agité l’été 2017. L’utilisation frauduleuse de l’insecticide fipronil
dans des élevages européens de
poules pondeuses, notamment
aux Pays-Bas et en Belgique, avait
jeté un froid sur toute une profession. Or, neuf mois plus tard, la filière française semble avoir encaissé le choc sans réelle
difficulté. L’an dernier, la production française d’œufs a ainsi
progressé de 4,3 %, tutoyant pour
la première fois les 15 milliards
d’œufs produits sur le territoire.
Ce qui conforte l’Hexagone dans
sa place de champion européen de
la production d’œufs.
Certes, sur l’année, les achats
des ménages en grandes surfaces
(50 % du marché) ont reculé de
1,4 %, victimes des craintes qui
ont touché la filière. Mais les
ventes d’ovoproduits, ces dérivés
de l’œuf que les industriels utilisent dans leurs recettes, ont plus
que compensé. Et surtout, depuis
le début de l’année, les ménages
ont repris confiance dans leurs
boîtes d’œufs, les ventes en
grandes surfaces repartant à la
hausse (+ 1,5% sur un an). « On a
frôlé la catastrophe, dans la mesu-
re où des élevages français
auraient pu être touchés, reconnaît Philippe Juven, le président
du CNPO, l’interprofession des
œufs. Ce qui n’a pas été le cas, notamment grâce à notre mode de
fonctionnement sanitaire. »
En effet, cette bonne santé résulte des efforts de la filière hexagonale pour garantir la traçabilité
de ses œufs, et de ses choix sanitaires volontaristes, avec un vétérinaire obligatoirement rattaché à
chaque élevage. Par ailleurs,
même si le ministère de l’Agriculture avait mis quelques jours à
confirmer qu’aucune exploitation
française n’était concernée, les
autorités sanitaires tricolores ont
rapidement assuré qu’au vu des
concentrations du produit observées sur les œufs contaminés venus de l’étranger et des habitudes
de consommation des Français, le
risque sanitaire était très faible
dans nos frontières.
Moins de poules en cage
Le message est tellement bien
passé que les œufs made in France
ont été pris d’assaut dans les semaines suivant l’éclosion du
scandale. Suite à des abattages, la
production européenne a chuté de
5 à 6 %. Suffisant pour doper en
deux mois le cours des ovoproduits tricolores de 58 %, et de
80 % ceux des œufs coquilles sur
Tri et calibrage des œufs dans une usine des Fermiers de Loué, dans la Sarthe.
le marché libre, la filière France
ayant gardé la confiance des
consommateurs et industriels
européens. Une flambée que les
fabricants ont intégralement prise
pour eux. Depuis, la situation s’est
normalisée, les cours des ovoproduits ayant retrouvé leur niveau
moyen des dernières années. Sur
les œufs coquilles, la hausse reste
de 45 % par rapport à début 2017.
Mais les consommateurs ont été
épargnés, les prix étant négociés
annuellement par les grandes enseignes.
Cette bonne santé n’exonère
pas la filière de défis de taille,
pour s’adapter aux modes de
consommation en pleine évolu-
tion. Le CNPO vient ainsi d’intégrer l’initiative des « produits
agricoles de France », en apposant sur ses produits le logo
« Œufs de France » Un label au
cahier des charges beaucoup plus
strict que le précédent (« Pondu
en France »), visant à préserver
une spécificité française : plus de
90 % des œufs et ovoproduits
consommés dans nos frontières y
sont aussi produits.
Mais malgré l’appétence des
Français pour les produits locaux,
l’apposition d’un logo ne suffira
pas à garder la préférence des
consommateurs. Bousculée par
des associations de défense des
animaux, notamment les pro-ve-
gans comme L.214, sur les conditions d’élevage des poules en batteries, la profession sait qu’elle
doit continuer à adapter ses pratiques. Malgré une forte baisse depuis 2006, l’élevage en cage représente encore deux tiers des
œufs produits en France. Tous les
distributeurs français s’étant engagés à ne plus vendre d’œufs de
poules élevées en batteries d’ici à
2022 ou 2025, il faut aller plus loin.
Difficile car en 2012, les producteurs ont déjà dû sortir 1 milliard
d’euros de leur poche pour mettre
leurs cages aux normes européennes. Un investissement qui ne sera
amorti que sur dix ou quinze ans.
Pour l’instant, le CNPO promet
qu’un œuf sur deux sera issu de
modes d’élevages alternatifs (bio,
label rouge, en plein air ou au sol)
d’ici à 2022, contre un sur trois
aujourd’hui. « C’est un effort qui
demande 280 millions d’investissements supplémentaires », appuie
Philippe Juven. Il faut en effet arrêter 9 millions de poules élevées
en cage pour en démarrer autant
en non-cage. « On ne refuse pas
d’aller plus loin, mais il faut
d’abord avoir une vision claire du
marché d’ici à 2025 pour adapter
correctement notre production »,
ajoute Philippe Juven. Ce sur quoi
l’interprofession est en train de
plancher, avant de fixer des objectifs à plus long terme. ■
A
OLIVIA DÉTROYAT £@OliviaDer
JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP
La production française a progressé de 4,3 % en 2017. Une hausse confirmée cette année.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
MÉDIAS et PUBLICITÉ
20
Menthon : « J’appelle de mes vœux des
coproductions entre les chaînes françaises »
Guillaume de Menthon, président de Telfrance, est l’invité du « Buzz Média Le Figaro ».
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
FICTION Le succès de Plus belle la
vie et Demain nous appartient, c’est
lui. Guillaume de Menthon, président de Telfrance, produit aussi des
séries pour Netflix et Amazon.
LE FIGARO.- Demain nous
appartient, le feuilleton de TF1,
fête son 200e épisode.
La partie est-elle gagnée ?
Guillaume de MENTHON.- La partie n’est jamais gagnée mais le lancement a été réussi. Nous avons mis
ce feuilleton à l’antenne l’été dernier et très rapidement il a trouvé
son public. Tant que nous continuons à respecter les règles de
l’émotion et à rester proche de notre public, ce feuilleton aura la capacité à durer. Plus belle la vie que
nous produisons pour France 3 a
fêté ses 14 ans.
grammes et nous accueillons avec
bonheur un nouveau feuilleton sur
France 2. L’important est qu’ils ne
soient pas face à face aux mêmes
cases horaires. Et celui de France 2
sera plus tôt dans l’access prime
time.
Ils s’adressent au même public.
Faut-il craindre
une cannibalisation ?
Le public, et particulièrement les
ménagères, aime la fiction. Nous
parlons donc aux 12 ou 15 millions
de personnes qui consomment ce
genre. Il faut constater que le public
est assez similaire. Ainsi, plus d’un
million de personnes regardent Demain nous appartient et Plus belle la
vie. Mais l’un nourrit l’autre.
Ce genre s’exporte-t-il ?
Paradoxalement, plus un feuilleton
marche dans son pays, plus il est
proche des gens, moins il s’exporte.
La clé du succès, c’est d’être proche
du public, d’offrir un
effet de miroir. Toutefois, Demain nous
Netflix et Amazon
appartient a été vendu
ne devraient pas remplacer
en Italie et au Canada
les diffuseurs traditionnels
et il est aussi diffusé
en Belgique et en
GUILLAUME DE MENTHON
Suisse.
«
»
Pour combien de temps TF1
a-t-il resigné ?
Nous avons, avec TF1, un contrat
qui nous emmène jusqu’en 2019.
Nous avons co-construit avec eux
ce programme qui est un vrai pari
industriel. La durée des contrats
importe peu. Nous projetons déjà
des histoires sur plusieurs années,
nous travaillons avec les comédiens
sur le long terme.
GUILLAUME
DE MENTHON
dans le studio
du Figaro.
LUCIEN LUNG/RIVA PRESS
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
Que faites-vous pour Netflix ?
Telfrance coproduit avec Capa
Drama la série Osmosis pour Netflix
qui sera tournée cet été. Nous tournons également une série baptisée
Netflix et Amazon sont de nouveaux
EA
U
France 2 va aussi produire
son propre feuilleton.
Y a-t-il de la place pour trois
feuilletons en France ?
En Angleterre, il y a en a quatre et
en Allemagne, trois. Les autres pays
européens ont démontré qu’il y a
de la place pour ce type de pro-
Vous avez vendu Demain
nous appartient à Amazon.
Votre actionnaire TF1 est-il
schizophrène pour ainsi vendre
à son pire ennemi ?
Je ne suis pas sûr qu’Amazon soit
le pire ennemi de TF1. Amazon est
venu nous voir et nous avons
trouvé qu’il y avait là une belle
opportunité. Tout d’abord nous
sommes fiers qu’Amazon achète
« DNA ». Cela prouve que le programme est premium. Ensuite, il
n’y a pas de cannibalisation entre
le public qui consomme le feuilleton sur TF1 en linéarisé et en J + 7
et celui qui va le consommer sur
Amazon en J + 2.
clients mais affaiblissent
les chaînes. Comment gérer cela ?
Telfrance est le premier producteur
français de fictions en nombre
d’heures. Mais nous souffrons du
fait de n’avoir que très peu de
clients : France Télévisions, TF1,
M6, Canal + et Arte. Nous accueillons donc avec bonheur de
nouveaux interlocuteurs. La question est de savoir si Netflix et Amazon vont pérenniser l’avenir de la
fiction française ? Absolument pas,
car ils n’offrent pas aux producteurs le même modèle financier que
les chaînes. Netflix prend tous les
droits d’une fiction. Le producteur
est donc davantage prestataire que
producteur. Nous attendons ainsi
avec impatience l’arrivée d’Apple,
de YouTube Red, de Facebook,
d’Orange et de Deutsche Telekom.
TF1 contrôle l’intégralité de Newen.
Est-ce un handicap
pour vendre aux autres chaînes ?
Il y a eu indéniablement un trou
d’air. Nous avons ressenti une baisse de commandes après la prise de
participation de TF1 dans notre capital. Mais l’intégration verticale
entre producteurs et diffuseurs,
c’est le sens de l’histoire. Tous les
groupes audiovisuels européens et
américains suivent la même stratégie. Nous devrons donc tous travailler les uns avec les autres. En
fait, les bons projets de fiction sont
tellement rares que les diffuseurs ne
peuvent pas prendre le risque de
passer à côté. ■
UV
O
N
Les deux groupes de télécoms vont fusionner.
  © N G
Atelier spécial
jeux de lettres
et anagrammes
JACQUES
PERRY-SALKOW
Écrivain, pianiste et compositeur,
co-auteur de Sorel Éros,
le plus long palindrome
de langue française,
auteur de Le Pékinois
et Anagrammes pour sourire
et rêver, aux éditions Seuil.
16 mai/23 mai/30 mai
6 juin/13 juin/20 juin
de 13h à 16h
A
La solution passe-t-elle par
le projet de plateforme vidéo
voulue par France Télévisions ?
Ce serait davantage un nouveau
canal de diffusion qu’un nouvel
entrant. Car cette plateforme ne
passerait pas de commandes, elle
permettrait de tirer des revenus
complémentaires de nos œuvres.
Ce que je constate, c’est que France
Télévisions a peu de chance de lancer cette plateforme de SVOD toute seule. En revanche, les discussions existent avec TF1 et M6 et
j’applaudis cette initiative des
deux mains. Je pense que, de plus
en plus, les différents acteurs se-
ront appelés à travailler ensemble
plutôt qu’à s’opposer. J’appelle de
mes vœux des coproductions entre
les différentes chaînes françaises.
À quand une nouvelle série coproduite pas Newen et MFP, la filiale
de production de France Télévisions ? Nous l’avons déjà fait avec
Plus belle la vie.
T-Mobile rachète Sprint
« Nous portons tous un livre en nous,
un désir de texte pour soi ou à partager.
Le Figaro littéraire a ouvert de nouveaux
ateliers pour celles et ceux qui sont attirés
par la formidable aventure de l’écriture. »
À VOS
PLUMES,
REJOIGNEZ
LES ATELIERS
D’ÉCRITURE
DU FIGARO
LITTÉRAIRE !
Deutsch-Les-Landes en coproduction avec la Bavaria pour être diffusée par Amazon et Deutsche Telekom. Nous sommes donc aux
premières loges pour apprendre à
connaître les différents nouveaux
acteurs et tester les nouveaux modèles économiques. Mais, au final,
ils ne devraient pas remplacer les
diffuseurs traditionnels.
Dans les locaux du Figaro, 14 bd Haussmann, Paris 9ème.
Découvrez toutes les modalités sur: lefigaro.fr/ateliers-d-ecriture
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PIERRE-YVES DUGUA £@Pdugua
TÉLÉCOMS Les opérateurs américains de télécommunication T-Mobile US et Sprint Corp sont tombés
d’accord pour fusionner. Il s’agit de
la troisième tentative de mariage
entre le numéro trois de la téléphonie mobile, T-Mobile US, et le numéro quatre du secteur, Sprint. Si la
transaction est approuvée par les
régulateurs, ce qui est loin d’être
acquis, la transaction créera le nouveau numéro deux du marché américain, fort de 127 millions d’abonnés. À ce jour, Verizon est toujours
numéro un devant AT&T.
Voilà quatre ans que les deux
opérateurs discutent pour fusionner. Des désaccords sur la valorisation de leurs actifs, sur le partage du
pouvoir, ainsi que la crainte d’un
veto des autorités fédérales chargées de préserver la concurrence,
ont jusqu’à présent empêché l’opération.
L’énormité des investissements
nécessaires au déploiement de la 5G
semble avoir convaincu le holding
japonais SoftBank Group qu’il valait
mieux que sa filiale Sprint Corp
unisse ses forces avec sa rivale
T-Mobile US, elle-même contrôlée
par le géant allemand Deutsche Telekom AG. Les 32 milliards de dollars de dettes de Sprint constituent
effectivement un handicap au développement du réseau 5G qui suppose au moins 6 milliards de dollars
d’investissement dès cette année.
La nouvelle entité sera détenue à
42 % par l’opérateur allemand.
C’est pourquoi le flamboyant John
Legere, patron de T-Mobile US,
connu pour user de la provocation
pour doper l’image de casseur de
prix du marché, est censé diriger la
future entreprise. On ne saurait
parler de fusion entre égaux dans la
mesure où la capitalisation boursière de Sprint a chuté à 26 milliards de
dollars ces derniers mois, tandis
que celle de T-Mobile US s’est
maintenue autour de 55 milliards.
Tentatives bloquées
En 2013, l’Administration Obama
avait dissuadé T-Mobile US de se
rapprocher de Sprint. Deux ans plus
tôt, le département de la Justice
avait bloqué le projet d’acquisition
de T-Mobile US par AT&T. La préservation de quatre opérateurs était
jugée essentielle pour maintenir un
niveau effectif de concurrence. De
fait, les prix des abonnements aux
services de téléphone mobile n’ont
sérieusement commencé à baisser
aux États-Unis que lorsque T-Mobile et Sprint ont lancé une guerre
des prix qui a forcé les deux leaders
du marché à réviser à leur tour leurs
tarifs élevés.
L’accord entre les conseils d’administration de Deutsche Telekom
et SoftBank intervient alors
qu’AT&T est aux prises avec le département de la Justice, qui tente
d’empêcher, au nom de la préservation de la concurrence, son rachat du géant de la communication
Time Warner pour 85 milliards de
dollars. ■
UN NOUVEAU GROUPE
NUMÉRO DEUX
DU MARCHÉ
127
millions d’abonnés.
Le portefeuille clients
du nouvel ensemble
aux États-Unis
26
milliards de dollars.
Le montant déboursé
par T Mobile
pour acquérir Sprint
6
milliards d’euros.
Le montant escompté
des synergies
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 avril 2018 LE FIGARO - N° 22 928 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
HIGH-TECH
MODE, BEAUTÉ...
LES INCONTOURNABLES
DE LA SEMAINE PAGE 24
GOÛTS, HABITUDES, OPINIONS...
COMMENT INTERNET SAIT TOUT
DE NOUS PAGE 25
A. P. C.
La maison
de Ravel
bientôt
monument
historique ?
M. PIPART - VILLE DE MONTFORT L’AMAURY
Le piano de Maurice
Ravel dans la maison
de Montfort-l’Amaury.
Il va être expertisé par
la Cité de la musique.
En janvier 2017, l’expulsion de Martha Argerich et de Charles Dutoit du Belvédère à Montfort-l’Amaury
provoque la commande d’un rapport sur la gestion de la maison du compositeur. Remis le 4 mai au maire,
il préconise des mesures chocs. PAGE 22
Universal et Canal +, vers l’accord parfait
CLASSIQUE Les filiales du groupe Vivendi se sont mises au diapason pour lancer, le 26 avril, Deutsche Grammophon +,
une chaîne de musique à la demande dédiée au grand répertoire et proposant aussi bien de l’audio que de la vidéo.
oucher un nouveau public.
Mais aussi replacer le célèbre
label jaune de Karajan, Martha Argerich ou Pierre Boulez
sur les rails de son histoire.
Telles sont les ambitions de Deutsche
Grammophon +, nouvelle chaîne de
musique classique mise sur orbite par
Canal + en fin de semaine dernière. Une
chaîne qui, comme l’ont souligné les
dirigeants du groupe, n’a pas vocation
à être « linéaire » mais à offrir aux
abonnés de Canal + une offre audio et
vidéo à la demande, dédiée au grand
répertoire et s’appuyant majoritairement sur le catalogue de référence de
DG, toute-puissante maison de disques
fondée dès 1898 et faisant aujourd’hui
figure de plus ancien éditeur de musique enregistrée au monde. « Deutsche
Grammophon s’est, de tout temps, intéressé aux évolutions technologiques qui
T
ont pu marquer les époques et changer
notre rapport au son, rappelle le président monde du label, Clemens Trautmann. Cela fait partie de son ADN, son
fondateur n’étant autre que l’inventeur
du gramophone Emile Berliner. »
Pour lui, Deutsche Grammophon +
s’inscrit dans cet héritage. Cette chaîne
« nouvelle génération », disponible
pour les abonnés de Canal + via l’appli-
DAMIEN MEYER/AFP FORUM, A. P. C., LAURENCE CHAPERON/DEUTSCHE GRAMMOPHON
cation MyCanal, propose l’écoute en
streaming d’une partie du catalogue
discographique de DG (300 albums déjà
disponibles, 1 000 à moyen terme).
« Mais dans une qualité audio au rendu
novateur spectaculaire, grâce à la technologie surround Dolby Atmos », poursuit Trautmann. Cette technologie a
l’avantage de rapprocher les amateurs
de musique classique et les cinéphiles.
Clemens
Trautmann,
président
monde
du label
Deutsche
Grammophon.
Et illustre parfaitement la synergie
entre DG et Canal +, tout en s’inscrivant dans la continuité du travail réalisé depuis plusieurs années par le label
jaune pour réduire les écarts entre les
milieux du classique et celui des musiques de films.
Joindre l’image au son
Mais Deutsche Grammophon + ne se
limitera pas au streaming audio. La
chaîne permet en effet d’adjoindre
l’image au son, en proposant à la demande concerts ou opéras filmés, documentaires, entretiens ou portraits
de ses artistes… « Un contenu destiné à
s’enrichir rapidement, rassure le président du label. Deutsche Grammophon a produit ou coproduit au cours
de son histoire, par la voix d’artistes
particulièrement doués pour communiquer ou faire œuvre de pédagogie, de
nombreux documents audiovisuels. À
terme, ces documents d’archives, qui
sont de précieux témoignages sur nos
artistes mais aussi sur la vie musicale
de leur temps, seront accessibles via la
chaîne. Et nous envisageons bien sûr la
création de nouveaux contenus vidéo
exclusifs, émanant pour certains de
nos artistes eux-mêmes. Une grande
partie d’entre eux se montrent
d’ailleurs très enthousiastes et impatients de pouvoir en explorer les possibilités. »
Gageons qu’avec des artistes charismatiques et incontestablement doués
pour prendre la lumière des plateaux
télé, tels que le ténor Rolando Villazon
ou les sopranos Julie Fuchs et Patricia
Petibon, les projets ne manqueront effectivement pas. Reste à savoir si la
chaîne prendra suffisamment en France pour espérer un développement à
l’international… Et se voir étendue aux
autres catalogues classiques du groupe
Universal, qui possède des labels de légende bien connus des mélomanes, à
l’instar de Decca ou d’ECM pour la musique contemporaine. ■
A
THIERRY HILLÉRITEAU £@thilleriteau
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lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
CULTURE
22
Agenda
22 mai
Vente à Londres
du manuscrit
de la cantate Alcyone
qui provient des
archives du
Belvédère.
Fin septembre
Manuel Cornejo,
président des Amis
de Maurice Ravel,
publiera Maurice
Ravel : correspondance,
écrits et entretiens, soit
2 700 documents
présentés et annotés
(Le Passeur Éditeur).
Au même moment,
sous la houlette de
François Dru et des
Amis de Maurice Ravel,
le violoniste Renaud
Capuçon, son frère, le
violoncelliste Gautier
Capuçon, le pianiste
Bertrand Chamayou
et les chefs d’orchestre
Alain Altinoglu,
Stéphane Denève,
Louis Langrée et Pascal
Rophé lanceront
le projet collectif de
la Ravel Édition dont
Boléro sera le premier
volume. L’idée est de
corriger les erreurs
dans certaines
partitions de l’éditeur
historique Durand.
Maurice
Ravel,
deuxième
mouvement
prend l’humidité et bouche la vue sur la
vallée depuis le salon de musique.
Deuxième mesure : proposer aux
conservateurs du Musée national de
Port-Royal des Champs, un haut lieu
du jansénisme niché à 20 kilomètres de
Montfort-l’Amaury, de surveiller les
collections Ravel et d’écrire un projet
culturel et scientifique. « La maison de
Ravel a le statut musée de France depuis
2003 mais n’avait jamais eu de conservateur. Cette mesure sera une sorte de
régularisation », explique Bruno Saunier, qui voudrait également réunir
tous les acteurs du dossier Ravel autour
d’une même table à la préfecture des
Yvelines. « Nous y arriverons mais cela
prendra du temps, admet l’inspecteur.
C’est un milieu étonnant avec beaucoup
de passionnés. Dès qu’ils se parlent, ils
s’envoient des noms d’oiseaux à la
figure. »
Classement aux monuments
historiques, amélioration de l’accueil,
ouverture d’un centre d’interprétation…
Plusieurs mesures sont envisagées
pour mieux gérer le Belvédère.
Faire expertiser le piano
EXCLUSIF
U
LÉNA LUTAUD
£@LenaLutaud
n dimanche d’avril. Le
soleil brille sur Montfort-l’Amaury,
village à 50 kilomètres de l’ouest parisien. En contrebas du Belvédère de
Maurice Ravel, dans son jardin qui
regorge de primevères, Claude Moreau,
88 ans, reçoit la visite surprise d’une
quinzaine d’amis « ravéliens ». Mémoire de la maison du maître qu’elle a fait
visiter pendant plus de trente ans à des
passionnés venus du monde entier,
cette vieille dame attachante fait admirer ses livres d’or remplis de petits mots
signés par des personnalités tels
Maryvonne et François Pinault. Le pianiste Henri Barda joue des extraits du
Boléro. La petite assemblée ne sait pas
encore qu’un rapport va bouleverser la
gestion du Belvédère.
Cet audit de dix-sept pages signé par
Bruno Saunier, inspecteur général des
musées de France, Le Figaro en a pris
connaissance en exclusivité. Il sera remis au maire de Montfort-l’Amaury ce
vendredi 4 mai. Sans un scandale fin
janvier 2017 relayé par les médias internationaux, ce rapport n’aurait jamais
existé. Ou pas si vite. « Le ministère de la
Culture, la Réunion des musées nationaux
(RMN) et la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) l’ont commandé
après la mésaventure de la grande pianiste Martha Argerich et du célèbre chef
d’orchestre Charles Dutoit », explique
Bruno Saunier. Suite à un vif échange
avec une représentante de la mairie qui
les avait accueillis dans la maison du
compositeur, ces grands défenseurs de
Ravel avaient été contraints de quitter
les lieux. Cinq jours plus tard, la mairie
renvoyait la guide officielle Claude Moreau (lire nos éditions du 25 février 2017).
Pour la RMN, propriétaire des lieux qui
en a confié la gestion à la mairie jusqu’en 2070 à travers un bail emphytéo-
La maison-musée
de Maurice Ravel
à Montfortl’Amaury.
GREBOVAL/ANDIA.FR
tique, cette polémique lui a donné
l’occasion de faire un point complet.
De mai à septembre 2017, Bruno
Saunier a enquêté et s’est rendu deux
fois sur place pour visiter la maison de
fond en comble et se pencher sur sa gestion. Si plusieurs passionnés de Ravel
souhaitaient récupérer la gestion de ce
« bijou sous verre », la RMN renouvelle
sa confiance à la mairie de MontfortL’Amaury. « La maison est entretenue
correctement mais il n’y a jamais eu de
projet autour, constate l’inspecteur. Les
incidents qui y ont lieu sont dus à l’absence d’un cadre formel et à des querelles de
personnes. Cette maison est si intéressante qu’elle passionne quatre associations. »
Son rapport propose cinq mesures
phares. D’abord, classer « ce petit bijou »
aux monuments historiques. La procédure prendra un an. Ensuite, l’État
pourra plus facilement aider la mairie
quand il faudra faire des travaux. Installée en Suisse, Évelyne Pen de Castel, détentrice du droit moral et bénéficiaire
de la manne du patrimoine de Ravel, n’a
en effet jamais aidé le Belvédère. « Elle
s’occupe de sa tombe et aide depuis des
années l’académie Maurice-Ravel »,
rappelle son conseil Me Gilles Vercken.
La destruction de la petite maison
construite en 1987 au fond du potager de
Ravel est à l’ordre du jour. Censée accueillir le public, elle n’a jamais servi,
Augmenter la fréquentation ? Ce n’est
pas prévu. La maison musée est exiguë.
Elle ne peut se visiter que par groupe de
six personnes. Mais l’État souhaiterait
mieux accueillir les visiteurs. Pourtant
construire un parking ou mettre en place une navette qui relie le Belvédère à la
gare nichée dans la plaine à 4 kilomètres du village n’est pas d’actualité. Une
des options envisagées est d’acheter
l’une des maisons voisines et la transformer en centre d’interprétation. Les
visiteurs pourraient y regarder des
films et lire des panneaux qui remettent
l’œuvre et la vie du compositeur dans
un contexte géographique, historique
et artistique. Bruno Saunier souhaite
aussi faire expertiser le piano de Ravel
par ses collègues du Musée de la musique à la Cité de la musique, au nord de
Paris. Cela permettrait d’établir un
protocole qui autoriserait certaines
personnes à jouer sur le piano du
maître.
Le dernier point concerne Claude
Moreau. Puisqu’elle avait la réputation
de mener la visite du musée comme
personne et d’être la seule à connaître
les anecdotes derrière chaque objet,
l’idée serait de recueillir son témoignage. Pour cette vieille dame qui recevait
volontiers les visiteurs chez elle après la
visite et raccompagnait les touristes
japonais en voiture à la gare, ce serait
une belle reconnaissance de ses mérites
et de son dévouement. ■
Deux ans de bataille pour les droits du « Boléro »
Pour les musiciens et les chorégraphes,
l’affaire est entendue. Le Boléro est tombé
dans le domaine public en France le 1er mai
2016. Mais en coulisses, le combat fait rage.
Ces deux dernières années, les ayants droit
de Ravel, Jean-Manuel de Scarano (10 %
des droits) et Évelyne Pen de Castel
(90 %), tous deux installés en Suisse, n’ont
jamais cessé de réclamer une prolongation
P Y R AM I D E
de vingt-trois ans à la Sacem. En
avril 2016, à quelques jours de la date fatidique, ces ayants droit représentés par
des sociétés offshore avaient tout à coup
affirmé que Ravel n’avait pas composé le
Boléro tout seul en 1928 : à ses côtés,
Alexandre Benois pour les décors et Nijinska, pour la chorégraphie. Les ayants
droits exigeaient alors que le décorateur
soit ajouté sur le bulletin de déclaration
original de l’œuvre (lire nos éditions du
3 mai 2016). Ce dernier, décédé en 1961, s’y
connaissait en droits d’auteur et n’avait
jamais rien revendiqué sur le Boléro. Sa
succession s’associe néanmoins à celle de
Ravel.
Le 29 avril 2016, le conseil d’administration de la Sacem rejette à l’unanimité
PRÉSENT E
APRÈS
au jour une société maltaise créée par le
principal ayant droit de Ravel, Évelyne
Pen de Castel.
En cette fin avril, le bras de fer est au
point mort. La pression médiatique et les
diverses sociétés offshore ont-elles effrayé
les descendants Benois sans qui les ayants
droit Ravel ne peuvent rien faire ? Une alternative est cependant possible : se tourner vers un autre artiste ayant travaillé
avec le compositeur lors de la création du
Boléro : la chorégraphe Bronislava Nijinska
(lire nos éditions du 3 mai 2016). Son petitfils George Raetz vit aux États-Unis. Contactés par Le Figaro, les représentants de
la succession Benois n’ont pas souhaité
s’exprimer. Une seule chose est sûre : la
manne du Boléro s’étiole. Début 2018, il est
tombé dans le domaine public en Espagne.
Les droits ne viennent plus que des ÉtatsUnis, où le chef-d’œuvre est protégé jusqu’en 2024. ■
L. L.
FRITZ BAUER, UN HÉROS ALLEMAND
LA RÉVOLUTION SILENCIEUSE
A
leur demande. La maison s’apprête à archiver le dossier quand, en juin 2017, elle
est à nouveau mise en demeure par les
successions Ravel et Benois. Cette fois, les
héritiers s’appuient sur deux rapports
d’experts. Ces derniers n’affirment pas
que Benois est coauteur mais disent que ce
n’est pas impossible. « Nous avons de nouveau examiné les pièces et sommes arrivés
aux mêmes conclusions qu’en avril 2016. Ils
ne peuvent pas faire la preuve de ce qu’ils
avancent, bien au contraire », explique
David El Sayegh, secrétaire général de la
Sacem.
Le 7 septembre 2017, un conseil d’administration rejette une nouvelle fois à
l’unanimité la demande des héritiers. Le
26 septembre, le service juridique de la
Sacem leur envoie un courrier détaillé de
sa décision. Les proches du dossier s’attendent à ce que l’affaire soit portée devant les juges. Mais le 11 novembre, le
scandale des Panama Papers éclate. Il met
AU CINÉMA LE 2 MAI
Pierre Niney pressenti pour le rôle au cinéma
Baptisé Boléro, le film sur la vie
extraordinaire de Maurice Ravel
réalisé par Anne Fontaine (Coco
avant Chanel, Gemma Bovery…),
écrit par Pierre Trividic (scénariste de
Ceux qui m’aiment prendront le train,
Lady Chatterley…), avance à grands
pas. Pierre Niney pourrait jouer
le rôle du célèbre compositeur.
Pour ce projet d’envergure,
Jean-Louis Livi s’est associé avec
deux autres producteurs, Philippe
Carcassonne et David Gauquié.
Ensemble. Ils ont acheté les droits
de la biographie de Marcel Marnat,
Maurice Ravel (Fayard). « Depuis
Un cœur en hiver (1992), de Claude
Sautet, avec Emmanuelle Béart et
Daniel Auteuil, où la musique était
signée Ravel, nous nous sommes pris
de passion pour ce compositeur »,
explique Jean-Louis Livi, qui promet
un film spectaculaire avec
de nombreuses révélations.
L. L.
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LE FIGARO
lundi 30 avril 2018
CULTURE 23
Dernier sursis
pour la maison
de Pierre Henry !
MUSIQUE Rue de Toul à Paris, la demeure
qui servait de source d’inspiration
et de lieu de concert au compositeur doit
être évacuée avant l’été. Une aberration.
ncompréhensible ! À Bougival
s’achève une bataille pour racheter la
maison de Georges Bizet. À Montfortl’Amaury, la maison de Ravel, accessible seulement à six visiteurs à la fois,
pourrait être classée (lire page 22). Et à
Paris, rue de Toul, dans le quartier de
Picpus, on s’apprête à laisser détruire la
maison du compositeur Pierre Henry !
Ni la Mairie de Paris ni le ministère de la
Culture ne se lancent pour sauver cet
incroyable lieu de mémoire. Car Pierre
Henry a vécu ici de 1971 à sa mort, le
5 juillet dernier. Il y a composé cent
trente œuvres musicales.
C’était à la fois son studio de création,
sa source d’inspiration et son lieu de
vie. Une maison dont il se servait comme d’autres d’un piano. C’était son instrument, tout à fait particulier ! On s’en
émerveillait lorsqu’il y donnait des
concerts, sonorisant cet espace du
sous-sol au second étage avec 89 hautparleurs. Les plus chanceux faisaient
leur chemin jusqu’au lit installé au
dernier étage - saint des saints balisé
par des photos d’ancêtres collées sur les
contremarches - pour regarder le ciel
d’été à l’horizontale en se laissant emporter par les couleurs des sons. Même
les toilettes étaient sonorisées. « On dit
que la maison n’est pas aux normes et
trop petite pour être visitée et qu’on ne
peut pas la classer, mais 9 000 personnes
ont assisté aux concerts donnés ici au fil
des différentes programmations de Paris
Quartier d’été », dit Isabelle Warnier
Henry, veuve du compositeur.
Alarmés, des fans ont lancé une
pétition (Sauvons la maison de Pierre
Henry !) qui court aux 10 000 signatures. « Plusieurs fois par jour, des gens
sonnent espérant visiter, mais nous
n’avons guère le temps de les recevoir »,
dit Isabelle Warnier Henry. Avec
Bernadette Mangin, bras droit de Pierre
Henry, qui l’assistait dans l’art de recueillir et de mixer pour son studio
Son/Ré, elle rejoue le duo des fées pour
ranger les 140 m2 de la rue de Toul. Il
faut que tout soit déménagé d’ici à l’été.
Plus de 10000 bandes magnétiques,
4 000 bandes numériques, des mètres
d’archives papier renseignant les
œuvres créées pour le théâtre, le cinéma ou la danse, sa bibliothèque. Ainsi
que des dizaines d’œuvres plastiques
réalisées à partir d’objets sonores incrustés dans des toiles ou transformés
en sculptures à la manière d’un Spoerri
hanté par l’instrumentarium classique
et électro.
ED ALCOCK / M.Y.O.P.
I
ARIANE BAVELIER
£@arianebavelier
Pierre Henry dans sa maison parisienne
qui était à la fois son studio de création,
sa source d’inspiration et son lieu de vie.
Ci-contre, vue de l’extérieur de ce lieu
de mémoire où 9 000 personnes
ont assisté à des concerts donnés ici
lors des festivals Paris Quartier d’été.
« Il captivait les foules
venues pour ses concerts »
Pierre Henry est une icône. La nuit
Pierre Henry à la Philharmonie comme
le week-end qui lui a été dédié à la Maison de la Radio n’ont pas permis d’asseoir tous les fans. Le coffret Polyphonies de 12 disques, sorti pour Noël chez
Decca et remastérisé par Pierre Henry
en 2016, est un cadeau prisé : « Il était
l’élève de Messiaen et de Nadia Boulanger et ne voulait pas se laisser enfermer
dans la musique électro. Lui se considérait comme appartenant à la grande musique. Son œuvre représente la part la
plus insolite de la musique concrète, la
plus diversifiée, la mieux conservée. En
outre, avec son côté bricoleur, il cultivait
la figure du démiurge. Avec sa tête de
Victor Hugo, il se mettait à la console, un
spot rouge dirigé sur lui et captivait les
foules venues pour ses concerts », dit
Laurent Bayle, président de la Philharmonie de Paris.
Personne n’a de doute sur l’intérêt de
l’œuvre et de cet instrument si particu-
lier qu’est la maison. « J’ai appelé le
promoteur. Il ne se sent pas l’âme d’un
mécène même si la Mairie de Paris m’a
indiqué qu’il n’a pas encore demandé le
permis de construire un immeuble en lieu
et place de la petite maison de deux étages », dit Isabelle Warnier Henry. « Si
celle-ci disparaît, le musée de la musique
doit reprendre la partie studio de composition et y donner des démonstrations. La
Bibliothèque nationale doit reprendre les
bandes et les numériser. La Ville de Paris
a trouvé un logement social de 130 m2
pour mettre les archives assorti d’un espace de 80 m2 où le ministère de la Culture pourrait aider à donner des concerts.
Tout cela coûtera cher », dit encore la
veuve de Pierre Henry, rappelant que
les institutions culturelles qui recueilleront le laboratoire ou les bandes demandent des subventions pour accomplir leur tâche. L’économie réalisée
justifie-t-elle qu’on démantèle la maison ?
Surtout que la maisonnette où se lit,
une pièce après l’autre, tout le processus de création et d’archivage du compositeur donne son intérêt documentaire à la collection de sons que la BnF a
prévu de numériser mais dont la valeur
reste en question. Un bruit de chasse
d’eau ou de porte qui grince a-t-il un
intérêt en soi simplement parce que
Pierre Henry l’a enregistré ? « Mais qui
pourrait prendre la responsabilité de ne
pas les conserver ? Ce qui fait sens, c’est
l’entièreté du corpus qui permet de reconstituer son parcours, dit Laurent
Bayle. S’il y a un témoignage complet à
essayer de conserver concernant ce type
de musique, c’est bien celui de Pierre
Henry. » En désespoir de cause, si la
maison devait vraiment être détruite,
Isabelle Warnier Henry considère
qu’elle doit faire l’objet d’une transposition en réalité virtuelle. « Il est inconcevable qu’elle disparaisse purement et
simplement », dit Isabelle.
Pierre Henry avait adoré le projet
lorsque le réalisateur Éric Darmon,
auteur d’un film limpide sur le compositeur, lui en avait fait part. Il y a urgence mais les caisses sont vides. Pour une
fois, plaie d’argent risque d’être
mortelle. ■
La Monnaie, un musée de bon aloi
CHRONIQUE À côté des expositions d’art contemporain, le bâtiment et son musée, ouverts l’an dernier, méritent aussi une visite.
LES ARTS
Adrien Goetz
u bord de la Seine, la Monnaie de Paris connaît un
immense succès avec ses
expositions d’art contemporain, au point que les
visiteurs oublient souvent de découvrir
le monument lui-même, chef-d’œuvre
d’architecture qui vient d’être restauré
à la perfection, et les salles permanentes du musée, ouvertes depuis quelques
mois. Leur conservateur, Victor
A
Hundsbuckler, a inventé un parcours
très astucieux, qui permet de comprendre ce bâtiment rationnel et élégant
dessiné par Jacques-Denis Antoine
(1733-1801), coffre-fort, palais et usine
tout à la fois, puisqu’on y frappe les pièces, qui fut si longtemps illisible, mité
par de disgracieuses adjonctions.
La réussite de ce nouveau musée
vient de l’équilibre parfait entre les collections scientifiques, les ateliers et les
richesses artistiques insoupçonnées qui
appartiennent à la Monnaie. Le visiteur
suit le processus de la gravure et de la
frappe, il s’initie à un art qui raconte les
grandes heures de la France depuis le
Moyen Âge. Poinçons ciselés comme
des joyaux, matrices de sceaux, médaillers en marqueterie Boulle se succèdent dans une suite de chambres aux
trésors. Balances et presses à balanciers
ont parfois été dessinées par Jacques–
Denis Antoine lui-même. Des peintures
racontent les liens entre monnaies et
puissance royale : Lemaire montre le
jeune Louis XIV en 1654 apprenant à
reconnaître les pièces antiques.
tion est riche de 200 000 objets, de quoi
imaginer des années d’expositions
temporaires : dessins, tableaux, outils,
plans, petites sculptures, monnaies et
médailles venues de toute la planète…
Le mythique « trésor de Hué », arraché
au protectorat d’Annam, brille dans la
salle des coffres.
De toutes les institutions françaises,
la Monnaie est la plus ancienne. Depuis
son grand directeur historique, Pierre
Dehaye, le premier à y organiser des
P
D
expositions ambitieuses grâce à Valéry
Giscard d’Estaing, elle a vu se succéder
des personnalités brillantes, de Pierre
Consigny à Christophe Beaux, qui mena
avec énergie l’indispensable et colossal
chantier de rénovation qui s’achève.
L’actuel président, Aurélien Rousseau,
a envie de développer des expositions
historiques, parallèlement aux grandes
invitations lancées à des artistes
d’aujourd’hui.
L’idée est excellente : Subodh Gupta,
qui attire les foules en ce moment dans
les somptueux salons de l’étage, a été
heureux de découvrir l’art de la frappe
monétaire avec le graveur de la maison,
Joaquin Jimenez. Il est sorti de cette
rencontre une pièce délirante et précieuse, un symbole de bon aloi, un gage
d’avenir. ■
Monnaie de Paris, 11 Quai de Conti (Paris VIe).
À lire : « La Monnaie de Paris, 1 150 ans
d’histoire », de Nicolas d’Estienne d’Orves,
Éditions Albin Michel.
PRÉS T E
NOUS RESTONS SOLIDAIRES
La réussite de la Monnaie vient de
l’équilibre parfait entre les collections
scientifiques, les ateliers et les richesses
artistiques de ce nouveau musée.
Un tableautin de Demachy met en scène l’hôtel des Monnaies, terminé depuis
sept ans en 1783, face au palais du Louvre, tandis qu’au premier plan un troupeau de vaches barbote dans la Seine.
Rien à voir avec un ennuyeux musée
numismatique réservé à quelques fanatiques. Victor Hundsbuckler est parvenu à fondre, dans un même creuset, de
l’histoire de l’art, de l’ethnologie, de
l’histoire des sciences, un peu d’histoire des mentalités, à orner ses galeries
les plus « techniciennes » de poésies de
Théophile Gautier.
Le résultat est passionnant. Sa collec-
LA RÉVOLUTION SILENCIEUSE
AU CINÉMA LE 2 MAI
A
YOUNG-AH KIM
200 000 objets
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24
STYLE
Neuf
1
2
3
4
5
comme un lundi
Tenues de parade, accessoires à fleur de peau, souliers « color
block » et bijoux pas toc… Une semaine comme on les aime.
PAGE RÉALISÉE PAR MADELEINE VOISIN AVEC ÉMILIE FAURE, VALÉRIE GUÉDON ET HÉLÈNE GUILLAUME
A
8
PARTIE CIVILE Quel
designer n’a
pas en mémoire ce cliché de 1967 immortalisant Veruschka dans la savane centrafricaine en saharienne YSL délacée, fusil
en travers des épaules ? Cette saison, ils
sont nombreux à réinterpréter à leur manière la célèbre safari jacket : en jean
ceinturé pour Rouje (3), la marque de
Jeanne Damas (170 €, www.rouje.com) ;
en denim de coton-lin japonais à col
officier pour A.P.C. (voir page 21, 330 €,
www.apc.fr) ; en laine sable pour
Atlein (2) (432 €, www.atlein.com) et en
laine tailleur lilas réchauffée d’un boa
fuchsia pour les amazones de Guillaume
Henry chez Nina Ricci (5) (1 890 €, www.
ninaricci.com). De quoi parader en beauté.
CLAC CLAC Le bruit de la mule à talon martelant le pavé provoque toujours son petit effet. Et comme si cela ne
suffisait pas à se faire remarquer, Pierre
Hardy (4) éclabousse ses claquettes en
cuir clémentine d’un aplat graphique
rose barbe à papa, so shocking ! Baptisés
Yayoi, en hommage à la plasticienne
japonaise Yayoi Kusama, ces souliers
tape-à-l’œil devraient ravir les artistes
en herbe, les mordues des abstractions
de l’Américain Ellsworth Kelly (dont le
designer français est fan), les cocottes
du XXIe siècle et, plus largement, toutes
les femmes qui aiment soigner leur
entrée. [ Talon de 5,5 cm, 660 €.
www.pierrehardy.com ]
DISCOUNT Elles ressemblent à des
solaires de touriste achetées à la va-vite
dans une petite échoppe de bord de mer.
Elles en ont même l’emballage plastique. Et pourtant ne vous y trompez pas,
cette paire de lunettes griffée Mykita +
Martine Rose (1), sous influence de l’esthétique « dance » des années 1990, est
un petit bijou de technologie et de cool.
Habitué à collaborer avec les designers
les plus avant-gardistes, le fabricant allemand a mis son savoir-faire artisanal à
la disposition de l’univers populaire et
subversif de la créatrice londonienne,
dont le label de mode masculine s’arrache dans les concept stores. [ 465 € en
édition limitée. www.mykita.com ]
BOBO De son enfance passée entre la
Ville Lumière et les Bahamas, Rebecca de
Ravenel (7) a gardé un goût pour les horizons lointains et pour le chic parisien. En
2015, la demoiselle pose ses valises à Los
Angeles et édite ses premières boucles
d’oreilles, Les Bonbons (en français dans
le texte), des boules façon Calder brodées
de fils de soie colorée. Le Tout-Hollywood
s’arrache les précieux d’inspiration bohème. Depuis, elle a lancé son prêt-à-porter, une ligne maison et, bien sûr, étoffé sa
collection de bijoux avec des clips coquillage en bois, des boucles ethniques piquées de clous ou encore ces pendants
poids plume nommés Hoop La La.
[ 383 €. www.matchesfashion.com ]
DÉSHABILLÉ Fouiller les archives,
rétrécir un modèle classique, changer
son anse : il existe plusieurs façons de
lancer un nouveau sac. Cet été, il s’agit
donc de transformer le textile en maroquinerie. Chez Céline (8), le Scarf s’inspire d’un foulard de soie dans une version cuir, ses quatre coins rabattus sur
une poignée façon furoshiki (4 300 €.
www.celine.com). Même point de départ chez Burberry (6) avec The Belt, un
cabas sanglé d’une ceinture… de
trench-coat et dont les empiècements
de cuir rappellent les découpes de la
doublure de l’imperméable (1 650 € le
grand modèle, disponible début mai.
www.burberry.com).
LOOK Le saviez-vous ? Depuis cinq
ans, le site de mode Net-a-porter met
aussi à portée de clic sa sélection
beauté. Pour fêter cet anniversaire,
l’e-shop branché livre dix-neuf produits exclusifs à posséder dans sa salle
de bains parmi les marques les plus désirables de la cosmétique, du dernier
jus de Tom Ford au sérum miracle du
label canadien bio Vintner’s Daughter,
mais aussi à la version exclusive du
mascara Bespoke de la griffe britannique Eyeko (9), le secret des yeux de
biche d’Alexa Chung. Car rien de mieux
qu’une femme à son top pour porter
la crème des crèmes. [ 35 € le tube.
www.net-a-porter.com ]
7
9
JASON LLOYD EVANS, BESPOKE, REBECCA DE RAVENEL/LINDA HOOP-DROOP, APC, NINA RICCI, ATLEIN, CÉLINE,
6
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LE FIGARO
lundi 30 avril 2018
HIGH-TECH
25
Question
du jour
Comment
télécharger
toutes
mes données
d’Instagram ?
Ce qu’Internet
sait de nous
Jusqu’à présent, Instagram
n’offrait aucune solution à
ses membres pour exporter
la totalité des contenus
publiés. Il fallait alors ruser
en passant par un site
indépendant ou en utilisant
des extensions pour
un navigateur Web.
■ Avec l’arrivée
du Règlement européen
sur la protection
des données (REPD),
qui entre en vigueur le 25 mai
prochain, le réseau social
propose désormais
une option pour télécharger
toutes les photos et vidéos
de son compte.
À moins d’utiliser des outils de navigation spéciaux ou de vous connecter via un VPN (réseau privé virtuel), vous laissez une quantité de traces sur Internet.
L
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
es récentes péripéties de
Facebook ne doivent pas faire oublier
qu’une quantité d’autres sites et services, sur Internet, récupèrent le maximum d’informations sur leurs visiteurs.
C’est même leur gagne-pain. Morceaux
choisis.
sites Web en savent
uLes
déjà beaucoup
À moins d’utiliser des outils de navigation spéciaux ou de vous connecter via
un VPN (réseau privé virtuel), vous
laissez une quantité de traces sur Internet. N’importe quel site Web peut, en
effet, savoir, dès que vous accédez à ses
pages, votre localisation géographique,
l’ordinateur (ou smartphone) et le logiciel de navigation que vous utilisez, le
nom de votre fournisseur d’accès et votre adresse IP (une suite de chiffres unique qui identifie chaque appareil sur
Internet), mais aussi les réseaux sociaux que vous fréquentez. Il peut
même, au moyen d’un simple script,
découvrir tous les appareils connectés à
votre réseau local. Consultez donc le
site webkay.robinlinus.com pour
prendre connaissance des données
transmises.
mémorise
uGoogle
nos faits et gestes
Favorisé par son quasi-monopole en
matière de recherches sur Internet,
Google peut collecter énormément de
données. Sur n’importe quel internaute
qui utilise ses services, d’abord, mais
surtout sur ceux qui disposent d’un
smartphone Android ou d’un compte
Gmail ou YouTube. L’entreprise peut
ainsi répertorier les sites Web consultés
par ces utilisateurs, les vidéos regardées
en ligne, mais aussi retracer tous les
trajets qu’ils ont effectués et identifier
les lieux qu’ils ont visités, même sans
utiliser Google Maps.
Un exemple ? Connectez-vous à votre
compte Google, accédez à « Mon compte », puis choisissez « Mon activité »
pour découvrir les pages Web que vous
avez consultées et les recherches que
vous avez effectuées. Google sait même
quand vous avez utilisé la fonction
« navigation privée » qui sert théoriquement à ne pas laisser de trace quand
on consulte des sites litigieux. En
fouillant davantage, on constate que
Google mémorise aussi les horaires auxquels vous avez envoyé des SMS avec
votre mobile Android. Sans oublier les
données fournies en toute connaissance
de cause : vos contacts, votre calendrier, vos fichiers Google Drive, les
photos transmises sur Google Photos, la
musique écoutée sur Play Musique, etc.
L’intérêt ? Associer vos centres d’intérêt à votre emplacement géographique
et à votre âge pour créer un profil qui
déterminera quelles annonces vont
s’afficher quand vous naviguerez sur
Internet.
Pour connaître en détail les informations dont dispose Google à votre sujet,
rendez-vous sur takeout.google.com,
qui vous permettra d’obtenir une archive contenant toutes les données vous
concernant détenues par Google.
peaufine les profils
uTwitter
de ses membres
En fonction des paramètres choisis,
Twitter peut savoir beaucoup de choses
sur ses utilisateurs. D’abord votre sexe
et votre tranche d’âge. Ensuite, les
appareils et les applications que vous
utilisez pour accéder à son service
(iPhone ou mobile Android, ordinateur
sous Windows ou Mac OS, etc.). L’entreprise identifie également les sites et
applications tierces à partir desquelles
vous pouvez tweeter ou retweeter
(YouTube, Facebook, Slate, Siri, par
exemple). Elle peut aussi connaître les
endroits d’où vous vous connectez. Une
partie de ces options peut être désactivée dans les paramètres de l’application
Twitter à la rubrique « Personnalisation
et données ».
Twitter associe aussi votre profil à
d’autres renseignements : les personnes
que vous suivez et les messages que vous
postez ou que vous retweetez. D’abord
pour définir des centres d’intérêt qui
serviront à afficher des publicités
ciblées. Mais aussi pour vous conseiller
des contenus correspondant à vos
opinions politiques présumées… Selon
une enquête récente, Twitter crée ainsi,
en suggérant de suivre certaines
personnalités ou certaines marques, des
« chambres d’écho », c’est-à-dire un
environnement fermé, sans contrepoids, dans lequel les utilisateurs
« consomment des contenus en rapport
anti-Facebook
uLes
pistés eux aussi
Tout, ou presque, a été dit sur Facebook,
sa collecte intensive de données
concernant ses membres et les détournements qui pouvaient en découler.
Mais il reste la question des internautes
qui ne sont pas inscrits sur Facebook et
sur lesquels, pourtant, le réseau social
récolte une quantité d’informations. Un
sujet brièvement évoqué lors de l’audition de Mark Zuckerberg devant les
parlementaires américains. « Vous avez
dit que tout le monde peut contrôler ses
données sur Facebook, a résumé le démocrate Ben Luján, mais vous recueillez
des données sur des personnes qui ne sont
même pas des utilisateurs de Facebook,
qui n’ont jamais signé de consentement
ou d’accord de confidentialité, et vous demandez à ces gens qui n’ont pas de page
Facebook de s’inscrire à Facebook s’ils
veulent obtenir leurs données. » Ces informations ne sont pas seulement récoltées à partir des contacts des membres,
mais aussi à l’aide de traqueurs installés
sur les pages Web, intégrés en général
dans les boutons « J’aime » ou « Partager » de Facebook. Un sujet épineux.
Alors que les utilisateurs de Facebook
peuvent restreindre l’exploitation
de leurs données personnelles et
même les effacer en fermant leur
compte, les autres internautes n’ont
aucune possibilité de savoir ce que le
réseau sait d’eux ni même de supprimer les informations les concernant. ■
Le petit Sony n’a pas peur des grands
SMARTPHONE En dépit de sa taille XS, le Xperia XZ2 Compact
délivre des performances dignes des modèles les plus perfectionnés.
aille XL ou taille standard ?
Chez Sony, vous avez le
choix. Le dernier smartphone
de la marque, le Xperia XZ2,
se décline en effet en deux
formats : grand modèle (5,7 pouces) ou
compact (5 pouces). Et si le premier a
beaucoup fait parler de lui à l’occasion
du Salon international du mobile à
Barcelone, le second, sorti récemment,
n’a pas grand-chose à lui envier. Certes, il est un peu plus épais que son
grand frère avec son dos bombé, mais
ses dimensions en font un appareil facile à ranger dans une poche et à utiliser
avec une seule main. On remarque, au
passage, que le capteur d’empreintes
digitales ne se trouve plus sur le bouton
latéral mais, plus classiquement, au dos
de l’appareil.
T
Une fois mis en marche, le Xperia
XZ2 Compact montre une excellente
réactivité grâce à son processeur ultrarapide qui, accessoirement, permet
d’exécuter instantanément les applis
les plus lourdes. Preuve que la puissance d’un mobile ne se mesure pas à la
taille de son écran. D’ailleurs, l’écran
au format 18:9 constitue un autre bon
point. Précis et lumineux, il affiche les
photos, les jeux et les films en haute définition (2 160 × 1 080 points).
À l’aise en basses lumières
Quant à l’appareil photo de 19 mégapixels, il se révèle plus performant que
sur les précédents modèles de Sony, et
bien plus à l’aise en basses lumières. Le
Xperia XZ2 Compact peut aussi filmer
en 4K, avec modération toutefois, et
produit de belles vidéos en Full HD.
On regrette toutefois que Sony ait
succombé à la mode en supprimant la
sortie audio minijack. Heureusement, un adaptateur USB-C pour
écouteurs est fourni avec l’appareil.
Comme les autres Xperia haut de
gamme, le XZ2 Compact résiste à la
poussière et peut plonger sans risque
dans l’eau pendant trente minutes.
Bref, autant de qualités qui séduiront ceux qui cherchent un smartphone rapide et peu encombrant,
capable de faire de belles photos.
Et qui accepteront de débourser
570 euros. ■
D. S.
Le Xperia XZ2 Compact
(5 pouces). SONY
LIONEL BONAVENTURE/AFP
avec leur propre point de vue »,
indiquent les chercheurs.
■ À partir de votre
smartphone, connectez-vous
à votre compte Instagram.
Appuyez sur l’icône de votre
profil en bas, puis ouvrez
les options en appuyant
sur les trois points, en haut
à droite. Faites défiler la liste
qui s’affiche pour choisir,
dans la section Confidentialité
et Sécurité, l’intitulé
« Téléchargement
des données ».
■ L’appli vous propose
de télécharger une copie
de tous les éléments que
vous avez partagés. Vérifiez
que votre adresse e-mail
est inscrite dans la zone du bas,
puis appuyez sur « Demander
un téléchargement ».
Saisissez au besoin votre mot
de passe Instagram.
Vous recevrez alors dans
un délai de 48 heures
un message électronique
contenant un lien vers un fichier
regroupant vos contenus,
qu’il faudra décompresser
sur un ordinateur.
■ Notez que la même procédure
s’applique si l’on se connecte
à son compte Instagram à partir
d’un ordinateur.
D.S.
FLASH
SNAPCHAT
La simple consultation
de sites et l’utilisation
de services en ligne
fournissent
de nombreuses informations
sur notre identité
et nos préférences.
SNAP LUNETTES 2.0
Snapchat vient de lancer
une nouvelle version
de ses lunettes Spectacles
conçues pour enregistrer
des photos et des vidéos
dans un format circulaire.
Proposées en trois coloris
(onyx, rubis et saphir),
elles sont étanches et peuvent
donc s’utiliser à la mer et
à la piscine. Elles transmettent
aussi les images en haute
définition et leurs deux micros
capturent le son en « qualité
supérieure » selon leur
concepteur. Capables
de stocker 3 000 photos
et 150 vidéos, elles sont
vendues 175 euros
sur Spectacles.com/fr
+ @ SUR LE WEB
» Notre sélection des meilleurs
smartphones de l’année
» Le nouvel iPad pour écoliers
en vidéo
www.lefigaro.fr/hightech
A
DONNÉES PERSONNELLES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
BIEN VU
Figaro top,
Figaro flop
14/20
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
« PRÉSIDENTIELLE 2017 :
HISTOIRES SECRÈTES »
France 2, mardi 1er mai, à 20 h 50
Le coup
de casque
« Les Rois de la foire »
M6 | 21 heures | Samedi
V
otre chroniqueur ne sait
plus si c’est à cause de la
fièvre due à un sale virus
qu’il s’est laissé glisser mollement
samedi soir, infusion posée sur
la table de chevet, du côté de M6
où était diffusée une énième
débilité, une énième compétition,
présentée par Stéphane
Rotenberg. Il s’agissait ici
d’un combat, à l’occasion
de la Foire internationale de Paris,
entre démonstrateurs,
ces marathoniens de la vente.
On en recenserait plus
de 30 000 en France. Vous allez
voir, sans rire, que ce n’était pas
si inintéressant. Les
démonstrateurs, on les appelle
aussi camelots, bonimenteurs,
charlatans ou encore marchands
de tapis, de cravates. Ces gens-là
qui ne lâchent rien, infatigables
mais surtout fatigants, pourraient
vendre de la mayonnaise
à un homard, de la moutarde
à un lapin, des rognons à Aymeric
Caron. Leur qualité ? « Montrer,
séduire, convaincre, faire rire. »
L’humour gras est leur grand truc.
Voyez celui-ci qui nous démontre
l’utilité d’un appareil capable
en trente secondes de réaliser
une salade niçoise. Un badaud
demande : « Vous ne mettez pas de
thon dans votre recette ? » Réponse
du charlatan : « Je ne mets pas de
thon car j’en ai un gros à la
maison. » Rires. « Combien de
temps j’ai mis pour la réaliser ? »
« 30 secondes », dit une intéressée.
« Eh oui, 30 secondes, c’est ce que
dit ma femme. Elle m’appelle
“M. 30 Secondes”.» Re-rires. Huit
candidats prétendaient donc
au titre du meilleur bonimenteur.
Ils se battent entre eux pour
fourguer le plus rapidement un
épluche-légumes, un extracteur
de jus naturel, un sel détachant
biodégradable ou encore
une lunette de chiottes
révolutionnaire et autres foirades.
Avons appris qu’un « baron » était
ce faux client payé pour attirer le
chaland, que le « coup de casque »
était cette « annonce du prix,
la dernière étape de la
démonstration ». L’estocade,
ma bonne dame, l’estocade !
Pour le premier anniversaire de l’élection
d’Emmanuel Macron à la présidence de la
République, Mathieu Delahousse revient
sur la campagne incroyable que la France
a connue en 2017. Hommes politiques,
conseillers de l’ombre, journalistes apportent dans ce film un éclairage particulier à cette élection si particulière. Cette
plongée au cœur de la campagne remet
en perspective ce qui n’aurait pas dû se
passer : l’élection d’un inconnu seulement deux ans avant mai 2017. Sans véritables révélations, le film retrace en revanche à merveille le déroulé de la
campagne. Mêlant commentaires, images d’archives, reconstitutions scénarisées de scènes réelles, on revit les moments forts comme la chute de la maison
Hollande, l’affaire Fillon, le ralliement de
François Bayrou à Emmanuel Macron,
l’entretien de Benoît Hamon avec JeanLuc Mélenchon quelques semaines avant
le premier tour où les deux hommes
constatent immédiatement qu’ils ne
pourront pas passer un accord politique,
où encore le débat raté de Marine Le Pen
face à Emmanuel Macron. Avec « Présidentielle 2017 : histoires secrètes », France 2 réussit à donner à voir la campagne.
Et ce n’est déjà pas si mal.
«FIERTÉS »
Arte, jeudi 3 mai, à 20 h 55
Après les trois César décrochés par Fatima,
Philippe Faucon ne s’est pas tourné vers le
cinéma mais vers une minisérie engagée.
Une chronique du combat pour les droits
des communautés LGBT, de 1981, peu
avant la dépénalisation de l’homosexualité, à 2013 avec le difficile vote de la loi sur
le mariage pour tous. Cette fresque militante, imaginée par José Caltagirone
(Speakerine) et Niels Rahou (Demain nous
appartient), revisite trois décennies d’histoire à travers Victor (émouvant Samuel
Theis). Ce dernier découvre son homosexualité à l’adolescence, ce qui est très
mal vécu par son père, chef de chantier
(Fréderic Pierrot). Il trouve l’acceptation
dans les bras de Serge, un homme plus âgé
de 20 ans et séropositif. Ensemble, ils vont
affronter les préjugés, la maladie, et tenter
d’accomplir le rêve de paternité de Victor.
Les ellipses narratives masquent hélas les
évolutions des personnages. Présentée par
ses auteurs comme une histoire d’amour à
la Call Me by Your Name, Fiertés se focalise
sur le contexte politique et social et manque paradoxalement de tendresse. Dommage, car la réalisation et les acteurs sont
irréprochables.
12/20
+ @ SUR LE WEB
progression de Madame
www.lefigaro.fr
Plus qu’un symbole, l’auto d’un chef
d’État révèle sa personnalité. Qu’il
s’agisse de la fabuleuse Mercedes-Benz
770 K de Hitler ou de la DS 19 du général
de Gaulle, modèles décortiqués ici. Plus
Emmanuel
Macron,
vainqueur
de l’élection
présidentielle
le 7 mai 2017,
au Louvre.
CHRISTIAN
HARTMANN/
REUTERS
près de nous, la réalisatrice Jessica Picard
s’est intéressée à l’histoire de la papamobile et de « la bête », charmant sobriquet
donné à la voiture du président américain. Hitler avait opté pour le luxe à l’allemande, doublée d’une technologie
d’avant-garde. Son auto, longue de 6 m,
et large de 2,20 m pesait 5 tonnes. Les
400 chevaux de son moteur de course
Porsche avalait 60 litres aux 100 km.
Kolossale ! Surtout en comparaison des
premières tractions avant utilisées par de
Gaulle. Quant à Trump, son auto est directement bâtie sur un châssis de camion.
C’est la démesure américaine, truffée de
gadgets, avec des portes aussi lourdes que
celles d’un Boeing. Le prix ? 1,3 million de
dollars. Un film instructif qui rappelle
qu’en matière d’auto, le choix des
présidents est presque comme celui de
M. Tout-le-Monde.
VERTICALEMENT
1. Gonflées artificiellement pour
le confort des passagers. - 2.
Surnommé « Divan le terrible »,
ce comédien aux multiples conquêtes eut un fils artiste tout
aussi renommé (prénom et nom).
- 3. Déduit des coûts. Coût d’un
fromage. - 4. Expositions de toiles
de maîtres. Perle culturelle du
monde arabe. Petite mesure. - 5.
Il saura bientôt où le bât blesse.
Note qui revient en fanfare. Faire
disparaître. - 6. Jeux d’enfants.
- 7. Loin dans la suite. Appréciées
par les amateurs de crudités.
- 8. Pour les dilater, on pratique
l’angioplastie. Milieu populaire.
1
1
2
« PÉTRA, LA CITÉ DES SABLES »
France 5, mardi 1er mai, à 20 h 55
Pétra, Jordanie. Cité bimillénaire et site
archéologique parmi les plus merveilleux
du monde. Pour les baroudeurs, c’est une
destination incontournable. Pour les
HORIZONTALEMENT 1. Réopérés. - 2. Accédant. - 3. Bornoyer.
- 4. Épée. Ami. - 5. Lee. Giap. - 6. As. Ouest. - 7. Mien. - 8. Sais. TVA.
- 9. Insee. Os. - 10. Ensuivie. - 11. Nées. Élu. - 12. Sélecter.
VERTICALEMENT 1. Rabelaisiens. - 2. Écopes. Année. - 3. Ocrée.
Missel. - 4. Pêne. Oiseuse. - 5. Edo. Gué. Ei. - 6. Rayaient. Vêt. - 7.
Énémas. Voilé. - 8. Strip-teaseur.
2
3
4
5
6
7
8
FIGARO FLOP s
« M ( ? » g !sh BRIDGE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME N° 2816 : Grand favori
DV2
R76
762
D543
N
O
3
4
5
E
S
AR987
A43
A
R876
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (Tous vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1
passe 2 passe
4
Entame : Valet de pris de l’As. Vous jouez pour la Dame, Valet et 2 de pour le Roi,
Ouest défaussant un .
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2815 : Défausser quoi ?
6
Contrat : Sud joue 6 Piques.
Entame : 10 de . Vous purgez les atouts en trois tours, Est défaussant deux .
7
Défausser les ♣ sur les et espérer les 3-2 (68% des cas) est un geste prématuré.
Testez d’abord les en encaissant l’As et le Roi.
Si la couleur est 3-2, défaussez les ♣ sur les et rejouez .
En l’occurrence, Ouest a quatre . Alors défaussez deux 543
sur les , coupez un pour rentrer en main et jouez ♣ vers
ARD
9542
le Roi en espérant l’As bien placé.
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4712
amateurs d’histoire, le berceau de l’énigmatique civilisation des Nabatéens. Les
photographes évoquent ses couleurs et ses
paysages les larmes aux yeux. Les cinéphiles n’oublieront jamais le décor
d’Indiana Jones. Et les téléspectateurs ?
Malheur à ceux qui regarderont Pétra, la
cité des sables. Le programme est une
ruine de documentaire. Les images, laides
« A-t-elle un avenir politique ? », « Estce, pour elle, le début la fin ? » … En 86 minutes de documentaire, Céline Bittner signe l’exploit de reformuler près de trente
fois la même question. Pour ce qui est de
la réponse, mieux vaut changer de chaîne. Le ton potache adopté dès l’introduction par l’ancien présentateur de « L’Effet papillon », Victor Robert, affiche très
tôt les ambitions d’un programme qui ne
cherche pas à passer pour ce qu’il n’est
pas. Pas de révélations ici, ni de clés de
lecture inédites sur la vie de Marine Le
Pen, il s’agit d’un divertissement au
kitsch assumé. Reste qu’avec ses allersretours maladroits entre les époques, sa
vulgarisation qui frise la parodie et l’absence de toute ligne conductrice, même
un public non averti peinera à y trouver
son compte, cherchant en vain les raisons poussant Marion Maréchal-Le Pen à
vouloir « pousser tata dans les orties » et
Jean-Marie Le Pen à « jouer à papy fait de
la résistance » À fuir. ■
GILLES BOUSSAINGAULT, JEAN-BAPTISTE
GARAT, CONSTANCE JAMET, CHARLES
SAPIN ET ALBERT ZENNOU
6/20
Par Vincent Labbé
PROBLÈME N° 4713
A
4/20
« MARINE LE PEN
EST-ELLE (VRAIMENT) FINIE ? »
C8, lundi 30 avril, à 21 heures
MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1. S’effectuent aussi bien en ébénisterie qu’au rugby. - 2. Bête à
poches. - 3. Réduction des coûts.
- 4. Lamantin ou dugong. - 5.
Manches de raquette. Nom
déformé. - 6. Au bout du royaume.
Marraines généreuses. - 7.Tranche
d’aubergine. Douceur bretonne.
- 8. Un pied à terre est loin de lui
suffire. Tombeau de « l’Aveugle ».
- 9. Repos après repas. - 10.
Condensateur condensé. Mettre
à plat. - 11. Remporte la guerre
d’usure. Fief des princes d’Orléans.
- 12. S’oppose à la diérèse.
et saturées, sont assemblées dans un
montage frénétique. Une bande originale
et des bruitages impossibles écrasent le
tout. Le commentaire, déclamé avec emphase, ne se contente pas d’être vain ; il est
également répétitif à en étrangler le narrateur. Des graphiques dignes de l’école
primaire offrent un semblant de pédagogie. Le summum reste les inévitables images 3D : les reconstitutions sont encore
moins lisibles que les vestiges. Le film n’a
de toute façon aucune structure, aucun
propos : on croit comprendre qu’il veut
percer les « secrets et les mystères » et on
ne comprendra rien d’autre. À moins
d’éteindre sa télé et de faire sa valise pour
la Jordanie.
Une plongée au cœur
d’une élection
présidentielle inédite,
une fresque militante
sur la conquête des
droits homosexuels
ou un voyage à Pétra…
Que faut-il voir
ou pas cette semaine
à la télévision ?
13/20
« LES SECRETS DES VOITURES
DES CHEFS D’ÉTAT »
RMC Découverte, mercredi 2 mai,
à 23 heures
» Claire Chazal à nouveau en librairie
» France 2 veut arrêter « Thé ou Café »
» Eurovision 2018 : l’incroyable
FIGARO TOP « 2 h
s
s
r s g
s
s
p s s
2
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
26
9
10
11
12
R 10 8
10 9 8
V93
D 10 8 3
A93
2
10 7 6 5 4 2
V
DV765
ARDV76
8
AR76
42
N
O
E
S
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 avril 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
27
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Robert
Soleil: Lever 06h33 - Coucher 21h04 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. Mag. 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Michel Cordes.
19.05 Grey’s Anatomy. Série. (2 épisodes). 20.55 LolyWood
MATIN
9
21.00 Appels d’urgence
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie
Série. Comédie dramatique
Documentaire. Société
M a g a z i n e . S o c i é t é . 1 h 1 5 . F l ic s d
c h o c p o u r q u a rt ie r s c h a u d s . E
F r a n c e , i l e x is t e d e s q u a r t i e r s o ù
n i v e a u d ’ i n s é c u r ti é e s t s u p é r i e u r
la m o y e n n e .
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le
à
60
6
6
9
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5
5
10
7
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7
22.15 Appels d’urgence. Opération
coup de poing pour les gendarmes…
7
7
6
7
7
7
7
7
40
Camping Paradis
Speakerine
F r a . S a is o n 8 . A v e c L a u r e n t O u r n a c ,
V é r o n iq u e J a n n o t . L a c o lo a u c a m p i n g . N i c o l a s , u n m o n ti e u r d e c o l o ,
a rr iv e a u c a m p in g a v e c le s e n f a n t s e t
a t t e n d l a n o u v e l l e m o n ti r i c e q u i r e m p la c e a u d é b o t t é s o n p è r e a c c id e n t é .
F r a . S a is o n 1 . A v e c M a r i e G i l la i n ,
G u i l la u m e d e T o n q u é d e c , B a r b a r a
P r o b s t . 2 é p i s o d e s . I n é d ti s . P i e r r e
B e a u v a l e t P h i l ip p e L e f e b v r e r é a l i s e n t q u e C h r i s t i n e é t a ti a v e c J a u f fr e t s u r le l ie u d e l ’a t t e n t a t .
2 0 1 8 . R é a l. : D . K o r n - B r z o z a . 1 h 4 0 .
I n é d ti . M a i 6 8 . L e s é t u d i a n t s e t l e s
o u v r i e r s s o n t d a n s l a r u e . L e p o u v o ri
c r a in t u n e r é v o lu t io n . Q u i s e s o u v ie n t
d e s h o m m e s q u i l e u r f a is a i e n t f a c e ?
22.50 New York, unité spéciale
22.45 Bonsoir mesdames,
mesdemoiselles, messieurs D o c .
22.35 68, la grève du siècle
en direct M a g a z i n e 23.35 Soir/3
0.15 Stupéfiant ! Mag. Spécial Sexy.
0.05 Qui sommes-nous ? Doc.
S é r i e . P o l ic i è r e . E U . A v e c C h r is t o p h e r M e l o n i . ( 4 é p is o d e s ) .
7
68 : sous les pavés...
les flics
5
4
19.00 C à vous. Magazine 20.00 C
à vous, la suite 20.20 Entrée libre
10
8
6
9
20.50 Un poisson
nommé Wanda
F i l m . C o m é d ie . G B . 1 9 8
C l e e s e , C . C r ic h t o n . 1 h
C le e s e . U n e f e m m e t e n t e
s o n c o m p a g n o n a cach é d
11
8
9
8 . R é a l. : J .
4 5 . A v e c J.
d e s a v o ri o ù
e s d ia m a n t s .
6
12
8
13
40
15
APRÈS-MIDI
22.40 C dans l’air. Magazine 23.45
Avis de sorties 23.55 C à vous
9
50
8
6
18.40 L’info du vrai (C) 20.40 Canalbis (C). Divertissement 20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Au fil de l’eau. Série documentaire. Le Main 19.45 Arte journal
20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.20 Secrets d’ici 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.50
21.00
Série. Drame
Film. Drame
Film. Animation
13
9
7
18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
7
14
12
11
18
11
8
16
10
20.55 Crimes
à la frontière suisse
11
12
14
12
M a g a z i n e . S o c i é t é . 1 h 5 5 . I n é d ti . L e
3 0 s e p t e m b r e 1 9 8 9 , L u d i v i n e ,1 1 a n s ,
q u ti t e l e d o m i c i l e f a m i l i a l d e B o u r g e n - Bre ss e .
11
19
40
15
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22.50 Crimes. Magazine 0.45 Crimes
dans la cité des Ducs. Magazine.
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40
14
19.00 Australie, la ruée vers l’or. À
bout de patience - Le tout pour le…
v e c A nth o n y
B la g d e n , M a t t
P la t t . 2 é p is o
M a r ie - T h é r è s
à L é o p o ld e t à
c E lé o n o r e .
F la h e w
d e s .
e s e
f u ri
22.50 L’effet papillon M a g . 23.40
Logan. Film. Science-fiction 1.55 De
toutes mes forces. Film. Drame.
20.50 Wheeler Dealers
Occasions à saisir
Only Lovers Left Alive
Ratatouille
A l l- G B - E U . 2 0 1 3 . R é a l is a t i o n
J a r m u s c h . 1 h 5 8 . I n é d ti . A v e c
S w in t o n , M ia W a s ik o w s k a . À
t r o ti , A d a m , v a m p ri e e t r o c k e r
d é s e n c h a n t é , s o m b r e d a n s le
s e s p o ri e t s o n g e à s e s u i c i d e r .
E U . 2 0 0 7 . R é a l . : B r a d B ri d , J a n P i n k a v a . 1 h 3 0 . U n j e u n e r a t , q u i a u n v é r it a b l e d o n d e c u is i n i e r , e s t p r ê t à t o u t
p o u r v iv r e s a p a s s io n , n o t a m m e n t
à v e n ri s ’ i n s t a l l e r s o u s l e s c u i s i n e s
d ’u n d e s p lu s g r a n d s r e s t a u r a n t s .
: J im
T i ld a
D e g la m
d é -
22.50 L’étreinte du serpent F i l m .
A v e n t u r e s 0.50 The Storm Makers,
ceux qui amènent la tempête. Doc.
S é r ie
te c h n
5 0 0 S
T urb o
d o c u m e n
iq u e . G B . 2 0
E C 1 9 8 3 I. n
1 9 8 5 .I n é d
-
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1 6 .1 h 4 0 . M e r c e d e s
é d ti . - M a s e r a t i B i ti .
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
22.30 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
23.00 Scènes de ménages S é r i e .
C o m é d i e . F r a . 2 0 1 6 . S a is o n 9 . A v e c
L o u p - D e n is E l i o n . C a p s u r la R i v i e r a .
19.05 Once Upon a Time. Série. Secrets de famille - Le pacte.
MARDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
20.10 Touche pas à mon poste !
Divertissement. Prés. : C. Hanouna.
21.00 Docteur Frankenstein
21.00 Twilight : chapitre 5 Révélation, 2e partie
21.00 Marine Le Pen est-elle
(vraiment) finie ?
F i l m . F a n t a s t iq u e . E U . 2 0
C o n d o n .1 h 5 1 . A v e c K . S t e
l a n a is s a n c e d e l a f i l l e d e B
t u r i d é c la r e n t la g u e r r e a
D o c . P o l ti i q u e . 2 0 1 8 . 3 h 0 0
d o c u m e n t a ri e r e t r a c e l e d
s o n n e l e t p o l ti i q u e d e M a r
e t s ’ in t e rr o g e s u r s o n a v e
23.15 Cendrillon. Film. Conte. Avec
Lily James, Richard Madden.
I. n é d ti . C e
e s t in p e r in e L e P e n
n ri .
9/15
12/20
15/20
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
PASSAGES
EN VILLE
FONÇAI
BIEN TROP
MÛRE
PETITE
USINE
SUITES
DE JEUX
DU JAMAIS
VU
COGNANT
TÊTE
À PIQUER
JAMBE
DE BOIS
CHIFFRES
ROMAINS
MESURE
DE RÈGLE
TON DE
PELAGE
MANIÈRE
DE S’EXPRIMER
PIGE
VISIBLE
AUDESSUS
DU SOL
DES
TRAVAUX
CALE EN V
P S Y CHO :
Le s mé th o d e s
p o ur s u r v i v re
à un e v ie u ltra
co nne cté e .
SORTIE
DE NUIT
RÉGIME
SOCIAL
DIMINUE
LE NIVEAU
LUTH
D’IRAN
SYMBOLE
DU
TANTALE
ABRI
CÔTIER
LIGNES
EN SUS
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DOULEURS
S P ORT :
Amé l i o re r
s a l ongé v i t é
grâ ce à l’a cti v i té
p h ys i q ue .
CE SONT
DES V.I.P.
TRÈS
ACTUEL
GAGNEPAIN
5/15
par téléphone :
AVEC
ARDEUR
COMME
CELA
PIÈCE
DE PORTE
PIERRE
DURE
9/19
9/16
7/14
EA
U
RAZDE-MARÉE
DIVISION
DU YEN
ELLE FAIT
FACE
À L’ALPINISTE
DEVENUE
MOINS
RIGIDE
ALÉSA
FAUX
MARBRE
GARDIEN
DU PAF
5/16
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FACTEUR
SANGUIN
7/14
FORCE 2
DÉTÉRIORER
MIS AU
COURANT
ROBUSTE
8/14
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lachainemeteo.com
Tous les programmes
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0.00 Programmes de nuit. La chaîne
rediffuse notamment ses talk-shows.
MOTS FLÉCHÉS N°1959
PROPOS
DE PIES
QUADRILATÈRES
7/14
22.30 Kaamelott. Série. Avec Audrey Fleurot, Lionnel Astier.
U
23.00 Punisher : zone de guerre. Film
1.00 90’ enquêtes. Magazine.
1 2 . R é a l. : B .
w a rt . A p r è s
e l la , l e s V o lu x C u l le n .
20/28
14/22
15/26
11/17
18/24
15/22
JEUDI
3/15
7/13
4/13
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BUDAPEST
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17/28
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5/10
4/11
16/21
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
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F i l m . F a n t a s t iq u e . E U . 2 0 1 5 . R é a l .
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v o y . U n b r i l la n t é t u d ia n t e n m é d e c
e t s o n a s s is t a n t t e n t e n t d e c r é e r
ê t r e v i v a n t à p a r t ri d e c a d a v r e s .
S é r ie . C o m é d ie . F r a . A v e c A le x a n
A s t ie r , L io n n e l A s t ie r , A n n e
r o u a r d . L e r o i A r t h u r d o ti r e c h e r c
l e G r a a l , m a is i l n ’ e s t p a s e n t o u r é
la f in e f le u r d e la c h e v a le r ie .
12/16
11/17
8/15
8/12
4/6
14/18
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
LE
CERCLE,
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S P O R A N G E S
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p o u r M a d r id a v e
19
T (en °c)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 30 avril 2018 LE FIGARO
28
BARBARA IWEINS/ L’OBSERVATOIRE
Odile d’Oultremont,
la déraisonnable
SUCCÈS Historienne de formation et scénariste,
la femme de Stéphane de Groodt vient de remporter
le prix de la Closerie des Lilas pour son premier roman.
Marion Galy-Ramounot
mgalyramounot@lefigaro.fr
out est possible ». Le mantra de
son mari Stéphane de Groodt,
seriné depuis leur rencontre, il
y a dix-sept ans, résonne plus
que jamais à ses oreilles. Parce
que tout est arrivé. Celle qui
écrit depuis l’âge de 5 ans
– « des poésies sur mon jardin et
mon chat » – a publié son premier roman en janvier. Les Déraisons (Éditions de L’Observatoire),
ou l’histoire d’Adrien et Louise, lui, le modeste
employé de la société des eaux de la ville, elle, la
« déraisonnable » originale, « la fille de Dali et de
Pol Pot » qui appelle son chien Le-Chat et tutoie
ses médicaments. « Aux abords de Louise, Adrien
se sentait populeux, fourmillant, criblé de lui-même, lit-on au fil des 217 pages, et, bien sûr, il aimait
ça. » Ensemble, les voilà indestructibles. Unis à la
vie à la mort, face à la placardisation d’Adrien
chez AquaPlus, face à la découverte du cancer de
Louise. L’absurdité tragique de l’ouvrage n’est
pas sans rappeler L’Écume des jours, de Boris
Vian, s’extasie la presse littéraire.
Cheveux dorés et yeux de chat, Odile d’Oultremont, attablée au restaurant de l’hôtel Amour,
son QG parisien, avoue qu’elle ne sait pas ; elle n’a
pas lu ce monument du roman d’amour. Son personnage d’Adrien est né d’un entrefilet lu dans le
T
«
d’écrire un roman. Depuis ses premières poésies
journal en 2016, sur le procès d’un homme qui
enfantines, depuis le journal de l’école, depuis ses
n’est pas venu travailler pendant cinq ans sans
textes envoyés à Stéphane au lendemain de leur
que personne ne s’en aperçoive. Son héroïne,
rencontre. « J’ai tout de suite été séduit par sa pluLouise, est « la femme qu’on aimerait tous être, lime, sa manière de raconter, sa faculté à bouleverbre, audacieuse, avec la folie que je n’ai pas, l’huser, confie-t-il, admiratif. Aujourd’hui, je suis très
mour et le détachement que je n’ai pas ». Dans
impressionné et fier de ce qui lui arrive, c’est un
l’histoire qu’elle raconte, « totalement fictionneljuste retour des choses. » Sous-entendu : pour
le », insiste-t-elle, elle distille avant tout ses procelle qui a longtemps vécu à côté de quelqu’un qui
pres peurs. L’univers de l’entreprise qui l’angoisprenait la lumière. Ceci expliquant cela, le mari a
se, la mort qui l’effraie. « La séparation d’un
eu tardivement l’ouvrage entre les mains. « Je ne
couple, la perte de l’autre, de l’amour, c’est terrivoulais pas être influencée, justifie la lauréate du
fiant, non ? » Parmi ses inspirations, cette beauté
prix de la Closerie des Lilas 2018. Malgré les appabelge de 43 ans cite les livres de Maylis de
rences, nous n’avons pas le même
Kerangal (Réparer les vivants) et
univers, nous n’aimons pas les mêmes
Catherine Lacey (Personne ne dislivres, pas les mêmes films. » Derrièparaît, le roman dont elle ne se sére l’argumentaire, un évident désir
pare jamais, qu’elle ouvre quand
d’indépendance, de se libérer du
elle est en panne, « je lis quatre,
carcan de « femme de ». Déjà, la rocinq lignes et ça repart »), mais il y a
1974
mancière est approchée par « pas
aussi le cinéma.
Naissance à Bruxelles
mal de gens » pour adapter son livre
« Faculté à bouleverser »
(Belgique)
au cinéma. Ironie du sort, Les Dé2000
raisons était, au départ, un synopsis
Pendant quinze ans, Odile d’OulRencontre
de film.
tremont a été scénariste - « un
Stéphane
de
Groodt
Née en 1974 à Bruxelles, l’écrivain
grand mot, mes contributions
2006
est issue de la très noble famille
étaient surtout alimentaires ». Son
Création de la série
d’Oultremont. Ses ancêtres sont
compagnon Stéphane de Groodt
« File dans ta chambre ! », seigneurs, barons, épouse du roi des
l’introduit dans le milieu au début
diffusée sur France 2
Pays-Bas, grand maréchal de la
des années 2000. Avec lui, elle crée
2018
cour du roi de Belgique, chevalier
la série comique File dans ta chamPublication des Déraisons des ordres de la couronne (son
bre ! (diffusée sur France 2 en
(Éditions de
grand-père, Théodore d’Oultre2006), puis écrit pour M6 et Canal +
l’Observatoire)
mont), pourtant tout cela la met très
(la série Hard) ; fait deux bébés,
Reçoit le prix de la
mal à l’aise. « Je ne m’inscris pas
Zélie et Ninon, les regarde grandir.
Closerie des Lilas.
dans cet héritage-là », tranche-tAu fond, elle rêve depuis toujours
Bio
EXPRESS
elle, regard félin virant au fauve. Pour preuve,
l’héritière ne connaît pas la devise familiale (« La
noblesse se distingue par la force de l’âme »). « Mes
parents ne m’ont pas du tout éduqué là-dedans. »
Son père, docteur en physique nucléaire, « un
vrai professeur Tournesol ». Sa mère, qui a commencé à travailler à 40 ans, et a créé Les Mardis
de la philo à Bruxelles. « Notre maison était ouverte à tous, j’ai rencontré bien plus que des cathos de
droite. » Après le lycée, elle entame un cursus en
histoire du Proche et Moyen-Orient à l’université
de Bruxelles, qu’elle poursuit pendant trois ans à
Londres. « Mon grand-père était ambassadeur, il a
vécu au Maroc, en Algérie, en Tunisie ; mes autres
grands-parents travaillaient pour les Nations unies
et ont passé une partie de leur vie en Iran… Le monde oriental est fabuleux et riche. » Avant d’être
scénariste et romancière, Odile d’Oultremont est
donc historienne. « Mais il n’y a qu’en France que
l’on fait des études pour exercer un métier spécifique ! J’ai fait des études pour mon enrichissement
personnel, pour développer ma curiosité, aiguiser
mon esprit. »
En 2000, elle s’apprête à partir faire des reportages à l’étranger pour une société de production
espagnole. Un projet avorté par sa rencontre avec
Stéphane de Groodt et son « tout est possible »,
donc. En parallèle de ses nominations dans les
prix littéraires (elle est sur les listes des prix Jean
d’Ormesson et Orange du Livre), Odile d’Oultremont a commencé son deuxième roman, de fiction, encore. Elle dit ramer un peu avec ses nouveaux personnages. « À vrai dire, je n’ai qu’une
seule envie, c’est d’aller boire des coups avec Adrien
et Louise. ». ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
On peut être une bonne
pâte et totalement
craquante
Lundi 23 avril, un an après le premier tour
de la présidentielle, les historiques de l’équipe de campagne
d’Emmanuel Macron se sont retrouvés à l’heure du dîner,
à Beauvau. Au même moment, une petite troupe
de nostalgiques – parmi lesquels Ismaël Emelien (photo),
conseiller à l’Élysée - convergeait d’abord vers la rue de
l’Abbé-Groult (Paris XV), adresse du QG de campagne, puis
vers la Rotonde, la brasserie de Montparnasse où Emmanuel
Macron avait célébré sa qualification pour le second tour,
entouré de nombreuses personnalités. Une sorte de pèlerinage improvisé,
pour se remémorer les meilleurs souvenirs de campagne.
Tarte de Polenta
Préparation :
20 minutes
Jean-Louis Borloo
s’inquiète
pour les banlieues
La start-up Withings
fait encore rêver
Un hors-série dédié à l’amitié, truffé de recettes originales,
chics et rapides spéciales grandes tablées !
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« Nous portons tous un livre en nous, un désir de texte pour soi
ou à partager. Le Figaro littéraire a ouvert
de nouveaux ateliers pour celles et ceux qui sont
attirés par la formidable aventure de l’écriture. »
  © N G
₤
Deux ans après avoir déboursé
170 millions d’euros pour mettre
la main sur la start-up française
Withings, le groupe finlandais
réfléchit à sa cession.
Un des cofondateurs
de l’entreprise connue pour
ses montres connectées serait
sur les rangs pour cette
acquisition. Une reprise pourrait
permettre de sauver cette activité,
ainsi que l’équipe française.
UV
N
O
© Bernhard Winkelmann
Pour justifier son plan
de mobilisation de la jeunesse présenté
à Édouard Philippe la semaine dernière,
Jean-Louis Borloo dit craindre
un embrasement des quartiers
sensibles : « On est à deux doigts
d’une explosion et des émeutes »,
affirme l’ancien ministre.
D’où l’urgence pour lui d’avoir
une réponse globale au malaise
profond des banlieues.
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JACQUES PERRY-SALKOW
Écrivain, pianiste et compositeur,
co-auteur de Sorel Éros,
le plus long palindrome de langue française,
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Les macronistes nostalgiques
de la campagne présidentielle
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