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Le Figaro_-_02_05_2018

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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 929 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
RÉGIS DEBRAY
FIGARO ENTREPRENEUR
« LA MONDIALISATION HEUREUSE,
C’EST À L’ARRIVÉE UNE
BALKANISATION FURIEUSE » PAGE 16
REPORTAGE
QUAND L’ARMÉE SUISSE
S’ADAPTE AUX NOUVELLES
MENACES PAGE 14
Sac
acca
cages en plein Paris : après
l’indignat
l’in
dignation,
dignat
ion, la polémique
po
Les
professions
libérales se
réinventent
NOTRE CAHIER
SPÉCIAL
PROCHE-ORIENT
CHRISTIAN HARTMANN/REUTERS
Nucléaire iranien :
Israël sort ses
dossiers PAGE 8
JUSTICE
La consultation
des fichiers
pour infractions
sexuelles divise
les élus PAGE 10
SPORT
De violents heurts entre la police et des casseurs de l’ultragauche ont éclaté en marge du défilé
du 1er Mai, à Paris. Mis en cause, le gouvernement se défend de toute faiblesse. PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
RENCONTRE
Protection des données :
un nouveau casse-tête
pour les PME
Avant les élections de 2019,
Marine Le Pen bat le rappel
de ses alliés européens
Le 25 mai, toutes les entreprises devront se conformer au
nouveau règlement général
sur la protection des données
(RGPD), adopté par l’Europe
en 2016. Si les grands groupes
Pour la première fois au
Front national, la traditionnelle cérémonie du 1er Mai
n’a pas eu lieu à Paris mais à
Nice, où la présidente du
parti a convié ses alliés des
L’arbitre masqué
dénonce les
dessous du football
français PAGE 12
Un an après
leur élection,
quel bilan
pour les huit
présidents ?
La tribune de
Mathieu Laine
L’analyse
de Florentin
Collomp
n
n
PAGES 15 ET 17
@
Réponses
à la question de lundi :
Redoutez-vous une
mobilisation sociale forte
contre le gouvernement ?
OUI
26 %
NON
74 %
TOTAL DE VOTANTS : 55 520
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Croyez-vous à une percée
des partis nationalistes
antisystème aux
prochaines élections
européennes ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@f@a@c@k";
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
droites populistes européennes. Elle croit désormais
possible la victoire des partis
nationaux-populistes
aux
élections de 2019.
PAGES 4 ET 6
PUBLICITÉ
n
FIGARO OUI
FIGARO NON
M 00108 - 502 - F: 2,60 E
ont anticipé cette nouvelle
obligation, les PME aussi y
sont soumises dès lors qu’elles
recueillent des données personnelles de leurs clients sur
Internet. PAGES 20 ET 21
FABIEN CLAIREFOND-THIBAULT
CAMUS/AP-FABRICE COFFRINI/AFP
L
L’État bafoué
es casseurs sont entrés dans Paris.
Le joli mois de mai s’est ouvert
dans les flammes, les cris, les pavés descellés, les voitures carbonisées, les cocktails Molotov et les
gaz lacrymogènes. On craignait qu’ils viennent semer la terreur en marge de la manifestation syndicale : pas suffisamment pour
que le ministère de l’Intérieur empêche, en
amont, le regroupement de plus de mille
émeutiers. Les clients du McDonald’s
d’Austerlitz incendié l’ont échappé belle.
L’autorité de l’État, réduite à des communiqués de « ferme condamnation », a été bafouée. Une fois de plus.
Voilà des semaines que, de Notre-Damedes-Landes à la gare d’Austerlitz, en passant par les universités, des groupuscules
narguent et défient un pouvoir qui se montre à leur endroit bien trop pusillanime. Enfants terribles du gauchisme culturel, de la
société sans père, de l’autorité déconstruite, de la « défonce », ils n’ont qu’une obsession : « casser du flic ».
Leur logique ? Ils luttent, disent-ils, contre
un État illégitime, coupable de « violences
policières » (et si les victimes n’existent pas,
on les invente, comme à Tolbiac), de
« racisme institutionnel » (ce qui justifie la
création de « cortèges antiracistes non mixtes
racisés »), de « délinquance financière » (« le
nihilisme plutôt que le capitalisme», pouvaiton lire sur les murs de Tolbiac).
Dans cette mécanique folle, l’État n’est plus
dépositaire de la violence légitime, c’est
l’anarchiste et le « black bloc » qui la détiennent au nom
de tous les dominés de la planète.
Endoctrinés
la
nuit (debout ou
affalés) par une
forme d’anarchisme dépressif et
ultraviolent, hantés par des représentations adolescentes où se mêlent les pavés de Mai 68, Guevara, les émeutes de 2005
en banlieue, les luttes « intersectionnelles »,
ces milices ne portent aucune colère sociale. Ils ne représentent personne.
Leurs destructions bénéficient jusqu’ici
d’une incompréhensible indulgence. Selon
que vous serez zadiste ou simple citoyen… ■
Des
groupuscules
nihilistes
narguent
le pouvoir
légitime
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ISSN 0182.5852
A
CHAMPS LIBRES
Pr Munnich :
« La PMA pour des
raisons sociétales
me choque » PAGE 18
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
À Paris, les casseurs enflamment le
1 200 black blocs, militants d’ultragauche, s’en sont pris aux forces de l’ordre et se sont livrés à des
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
CETTE FOIS, Paris a brûlé. Vitrines cassées, mobiliers urbains dégradés, engins
de chantier et restaurants incendiés, policiers pris à partie, interpellations en
cascade… De spectaculaires heurts, tant
redoutés depuis la veille par la Préfecture de police, ont émaillé le défilé du 1er
Mai dans la capitale. « Comme je l’ai dit
dès lundi, des informations faisaient
craindre la venue de militants radicaux
qui avaient déclaré leur volonté de transformer cette journée en un rendez-vous
révolutionnaire », a rappelé le préfet de
police Michel Delpuech, précisant
même que certains promettaient de faire
un « 1er Mai en enfer ». Sur le terrain, les
violences ont été telles que, conformément à ce qui avait été annoncé la veille
aux organisateurs, la manifestation a été
détournée avant son terminus.
Comme un mauvais présage, les policiers interpellent peu après 14 heures,
avant même que le cortège ne s’ébranle de
la place de la Bastille, deux inconnus porteurs d’un sac garnis de burins et de marteaux. L’orchestration d’une casse en règle était comme programmée. La bataille
d’Austerlitz s’est amorcée vers 15 h 30.
Non loin du pont éponyme, le nombre des
black blocs venus pour en découdre passe
vite de quelques dizaines à au moins
1 200 individus. Soit environ trois à quatre
fois plus que lors des précédentes manifestations. Tous ont pris soin de se retrancher au beau milieu d’un « précortège »
abritant au total 14 500 personnes. « Devant eux, il y avait un millier de manifestants ou de badauds, précise Michel Delpuech. Nous ne pouvions intervenir car il
fallait éviter tous dommages collatéraux. »
Professionnels du chaos
D’où proviennent ces bataillons de casseurs et comment ont-ils pu se masser
en marge d’une manifestation censée
être verrouillée tant par la police que par
les « gros bras » des services d’ordre
syndicaux ? Gantés et le visage masqué
comme à leur habitude, une centaine
d’entre eux se sont déployés tel un pavillon pirate derrière des banderoles
flanquées du slogan « Marx attack » ou
de « Risques de troubles à l’ordre public ». Les hostilités ont commencé à
16 heures. Rompus aux échauffourées et
équipés de cocktails Molotov, ces professionnels du chaos ont tenté de détruire avec méthode les symboles « capitalistes » croisé en chemin sur le boulevard de l’Hôpital. À coups de barres de
fer, ils ont fait voler en éclats des devantures d’un restaurant McDonald’s puis
d’une concession Renault avant d’en
enflammer les locaux à l’aide d’engins
incendiaires. Non loin, une pelleteuse de
chantier a été livrée au feu. « En vertu de
l’article 78.2 du Code de procédure pénale, nous avons pu mener des contrôles, des
palpations et des fouilles en amont et intervenir le plus vite possible en cas de violences, rappelle le préfet de police qui,
dès l’attaque du McDo, a donné l’ordre
aux forces mobiles, appuyées par deux
canons à eau, d’avancer vers les fauteurs
de troubles afin de « mettre fin aux violences avec la plus extrême fermeté ».
Boulevard de la Bastille, ce sont des
grillages arrachés aux pieds des arbres et
des morceaux de palissades qui sont devenus des armes par destination tandis
que, rue de Bercy, des voitures de marque Mercedes ont été la cible de vandales.
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
De la contestation radicale
à la violence radicale
E
t dire que le danger,
c’était l’extrême droite !
Que ce qui était censé
menacer l’ordre public,
c’était cette « ultradroite qui inquiète
les services publics » comme le titrait
il y a quelques jours Libération.
L’ultragauche, elle, la plus violente,
la plus radicale, la plus organisée
pouvait pendant ce temps
tranquillement préparer
sa sinistre manœuvre du 1er Mai.
Il faut l’incroyable et
insupportable aplomb de Jean-Luc
Mélenchon pour reconnaître des
« bandes d’extrême droite » sous
les casques et les cagoules des trop
connus black blocs. On comprend
trop bien pourquoi. Imaginons un
instant des débordements analogues
en marge d’une manifestation
du Front national, il n’aurait pas
fallu longtemps pour que les
pourfendeurs de l’extrême droite
mettent en relation le discours des
uns et le comportement des autres.
Alors que les gauches radicales
prônent la « convergence des luttes »
et ont soutenu la radicalisation
d’une partie des zadistes de NotreDame-des-Landes et les blocages
des universités, on voit bien
l’embarras où elle serait si certains
cherchaient à faire le lien entre
un discours de contestation radicale
et des actes de violence radicale.
Les casseurs avaient-ils été choqués
de voir brûler à Nantes une effigie
d’Emmanuel Macron ou de lire
la banderole « premiers de cordée,
premiers guillotinés » ? En tout cas,
on doute que ce soit une lecture
excessive de Maurras qui inspire
le comportement des black blocs…
Le plus inquiétant est que ces
individus ne sont pas des inconnus
et qu’au fil des ans plus d’un
gouvernement a dû gérer la
présence de ces bandes dans des
cortèges syndicaux ou étudiants.
Inévitablement, la question se pose
de savoir pourquoi ces groupes,
d’apparence spontanée mais qui
ne pourraient pas prospérer sans
une redoutable organisation,
n’ont pas été mieux identifiés,
suivis et démantelés. Des questions
spécifiques se posent sur ce 1er mai
2018, à commencer par la possibilité
pour 1 200 individus cagoulés
de se regrouper ou sur le délai
d’une vingtaine de minutes
entre les premières dégradations
et les premières interventions
des forces de l’ordre.
En toute hypothèse,
le gouvernement d’Emmanuel
Macron est confronté à une
polémique politique et à une crise
qu’il n’avait ni imaginées ni
anticipées. L’exécutif devait sortir
gagnant d’un bras de fer avec
des syndicats n’ayant pas réussi
à donner l’ampleur qu’ils espéraient
à la mobilisation sociale. Mais c’est
désormais sur le terrain de l’autorité
et du maintien de l’ordre que le trio
Macron-Philippe-Collomb est défié.
L’argument brandi par
certains à gauche selon lequel
le gouvernement aurait intérêt
à ces débordements pour occulter
l’enjeu social de cette journée
ne tient pas. Car, dans l’attente
de précisions sur le déroulement
des événements, c’est un procès
en incapacité qui menace l’exécutif
et que les responsables de droite
n’ont d’ailleurs pas tardé à instruire.
Pour Laurent Wauquiez,
les événements de mardi montrent
la « faillite de l’État régalien ».
Quant à Marine Le Pen, elle juge
« cette situation inadmissible ».
Et c’est, dit-elle, « le pouvoir
qui en porte la responsabilité ». ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
C’est désormais
sur le terrain
de l’autorité
et du maintien
de l’ordre
que l’exécutif
est défié
»
Des individus cagoulés rassemblés devant une barricade enflammée lors des manifestations du 1er Mai à Paris.
THOMAS SAMSON/AFP
Les syndicats affichent leur désunion
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
S’IL Y A BIEN une chose qui ne change
pas en France, c’est la division qui règne
entre syndicats, particulièrement visible
le 1er Mai. La seule fois où les 5 organisations représentatives - la CFDT, la CGT,
FO, la CFTC et la CFE-CGC - ont manifesté ensemble à l’occasion de la Fête du travail, ce fut en 2009, en pleine crise économique. Le cru 2018, s’il se distingue par
l’ampleur des violences en marge du défilé parisien, s’inscrit donc dans la tradition. Et révèle un monde syndical coupé
en deux, avec d’un côté les contestataires
de la CGT, Solidaires et FSU ayant choisi
de battre le pavé, et de l’autre les réformistes de la CFDT, de la CFTC et de l’Unsa
ayant préféré la projection d’un film.
Avec, au milieu, FO, rétive à se ranger
dans un camp : son nouveau bureau, avec
à sa tête Pascal Pavageau, a tenu une
conférence de presse, avant de se rendre
sur la tombe de Léon Jouhaux, un des
fondateurs de la centrale en 1948. Les fédérations franciliennes de FO étaient, elles, dans le défilé parisien.
Partisane de la « convergence des luttes », la CGT déplore cette désunion.
« J’en suis désolé, je ne comprends pas,
alors qu’il y a beaucoup de luttes unitaires
dans tout le pays, qu’au niveau des confédérations, on n’arrive pas à mettre de côté
nos différences pour travailler ce qui nous
rassemble », a déclaré son secrétaire général Philippe Martinez, avant le départ
de la manifestation parisienne qui a réuni
20 000 personnes selon la police (et
14 500 hors du cortège déclaré). Mais ce
regret n’est absolument pas partagé par
les réformistes. Lors du discours précédant la projection du film 7 Minuti, Laurent Berger, le leader de la CFDT, a taclé
« certaines organisations qui se retranchent derrière la radicalité ». Et d’insister
plus tard : « Ce n’est pas Philippe Martinez
qui donne le la du mouvement social
aujourd’hui. » « Il est préférable d’opter
pour un 1er Mai de clarté », a renchéri Luc
Bérille, son homologue de l’Unsa.
Pourtant, les trois centrales sont elles
aussi mécontentes de la façon dont Emmanuel Macron mène les réformes. Ces
adeptes du dialogue social se sentent peu
entendues, voire méprisées. « Nous de-
mandons au gouvernement de sortir de sa
logique de contournement des organisations syndicales », a redit mardi Laurent
Berger. Mais sur le fond, les réformistes
estiment que les différents conflits sociaux - à la SNCF, dans les hôpitaux, les
maisons de retraite, chez les fonctionnaires, dans quelques entreprises comme
Doux - ont des origines diverses et doivent être traités séparément. La CFDT
critique même vertement le mouvement
chez Air France.
“
Ce n’est pas Philippe
Martinez qui donne le la
du mouvement social
aujourd’hui
”
LAURENT BERGER (CFDT)
Pour la centrale de Belleville et ses alliés, la convergence des luttes, loin d’être
un combat syndical, masque une bataille
politique. Si des fronts communs sont possibles, c’est uniquement sur des dossiers
définis, comme à la SNCF - la CGT, SUDRail, la CFDT et l’Unsa maintiennent la
Depuis Sydney, Emmanuel Macron garde un
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À SYDNEY
Emmanuel Macron et le premier ministre australien, Malcolm Turnbull, lors du dîner
donné en l’honneur du président français, lundi, à l’opéra de Sydney. LUDOVIC MARIN/AFP
EMMANUEL MACRON ne regarde peutêtre pas la télé mais il se tient informé. Depuis l’Australie, où il est arrivé mardi soir
pour une visite officielle, le président de la
République a suivi les très violentes manifestations du 1er mai à Paris. « Lorsqu’il est
en déplacement, il fait tous les soirs un point
de situation avec le secrétaire général de
l’Élysée », assure l’un de ses proches.
Compte tenu du décalage horaire, difficile toutefois de réagir officiellement.
D’autant que quelques heures avant que
la manifestation ne dégénère, il concentrait encore ses critiques contre ceux qui
l’accusaient de fuir la France pour le
1er mai. « Je ne suis pas d’un tempérament
à esquiver quoi que ce soit », lançait-il depuis Sydney, le pied à peine posé devant
l’opéra de la ville où il devait assister à un
dîner officiel en son honneur. « Il n’y a
pas de jour férié pour un président de la
République, ajoutait-il. Mon travail n’est
pas de regarder la télé et de faire des commentaires d’actualité. » En l’occurrence,
il s’agit plutôt de s’inscrire dans « la stratégie indo-pacifique à laquelle la France
souhaite participer », selon le chef de
l’État. C’est en tout cas dans le prolongement de sa visite d’État en Inde qu’Em-
manuel Macron a inscrit son voyage en
Australie. Objectif : profiter de l’incertitude née du Brexit pour créer un axe
« Paris-New-Delhi-Canberra », tant sur
le plan géopolitique qu’économique, militaire et environnemental.
Sur le premier point, l’objectif est se
rapprocher de l’Inde et de l’Australie pour
faire face à la montée en puissance de la
Chine dans la région mais aussi d’affronter
les risques terroristes et de lutter contre
les trafics. « Il ne s’agit pas de s’opposer à
la Chine, il s’agit d’être présent dans la région également, précise un conseiller du
président. En Chine, on parle de “partenariat d’égal à égal”. Mais pour arriver à cela,
il faut être présent. » Très dépendante de la
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LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
défilé du 1er Mai
Pourquoi
ne pas avoir
appréhendé
les 1 200 individus
cagoulés de la
manifestation,
puisque défiler
le visage dissimulé
est interdit ? Il faut
adapter nos outils
à l’ère des réseaux
sociaux
saccages. Deux cents d’entre eux ont été interpellés.
pas en capacité physique de placer devant
toutes les cibles potentielles un dispositif
conséquent », a rappelé Michel Delpuech, avant d’ajouter : « Même si nous
étions en capacité de le faire, ce serait la
double faute car les casseurs passeraient
quand même à l’action et nos forces de
l’ordre seraient exposées à des personnes
qui les agresseraient de manière délibérée. Nous aurions à la fois des hommes au
tapis et des magasins qui brûleraient. »
En réponse aux jets de projectiles, les
CRS ont fait usage de gaz lacrymogène et
employé les puissants engins lanceurs
d’eau, l’ultima ratio en termes d’ordre
public. Selon un bilan provisoire, six
voyous ont été appréhendés pour jets de
projectiles et port d’armes prohibés et
200 casseurs ont été interpellés au niveau du Jardin des Plantes. Seraient-ils
d’extrême droite, comme le laisse supposer Jean-Luc Mélenchon ? « Je ne son-
de pas les âmes et les cœurs. Nous verrons
en fonction des noms qui apparaissent », a
juste considéré le préfet de police, avant
de lâcher : « Je n’ai pas le sentiment que
des militants d’ultradroite seraient les
bienvenus dans un cortège de 14 500 personnes qui se réclament de l’ultragauche. » Le premier ministre Édouard Philippe condamne, lui, « l’irresponsabilité
des discours radicaux qui encouragent de
tels agissements ». ■
»
FLORENCE BERTHOUT,
MAIRE DU VE ARRONDISSEMENT
DE PARIS, RÉAGIT AUX
DÉGRADATIONS COMMISES
EN PLEIN CŒUR DE LA CAPITALE
« LE DROIT
FRANÇAIS DOIT
S’ADAPTER
À CE TYPE
DE DANGER »
Tel. 01.55.35.20.20
OGRETMEN IBO/SIPA
Photographie Retouchée
Yves Lefebvre est secrétaire
général Unité SGP-police Force
ouvrière.
Cette flambée aurait-elle
pu être évitée par la préfecture
de police de Paris avec
une meilleure préparation
en amont ?
Des forces mobiles en nombre
conséquent ont été déployées
avec la mobilisation de 1 200
CRS, soit un nombre identique
à ceux des casseurs. Cette
flambée n’aurait pas pu être
évitée car nous n’avons pas
la capacité d’interpeller ces
activistes en amont. Une fois
qu’ils sont infiltrés dans les
manifestations, c’est trop tard.
C’est pourquoi il faudrait
légiférer d’urgence, mettre en
place un outil permettant de
procéder à des contrôles et à
des interpellations avant des
manifestations présentant un
risque avéré. Le droit français
doit s’adapter à ce type
de danger comme c’est déjà
le cas avec la loi antiterroriste.
pression avant la rencontre avec Édouard
Philippe le 7 mai - ou chez les fonctionnaires, dont les 9 organisations représentatives défileront ensemble le 22 mai.
Du côté de FO aussi, le réalisme l’emporte. Alors que le congrès de Lille la semaine passée lui a donné le mandat de
contacter les autres syndicats dans la
perspective d’une action commune, le
nouveau secrétaire général, Pascal Pavageau, est loin d’être va-t-en-guerre. Il
téléphonera à ses homologues dès ce
mercredi mais se donne le temps de voir
ce qui pourra être construit. De fait, le
leader fraîchement élu ne peut ignorer
l’aile réformiste de sa centrale.
Cette désunion des syndicats fait évidemment les affaires du gouvernement
dans la période actuelle. D’autant que la
greffe ne prend pas davantage avec l’extrême gauche politique. La CGT ne participera pas à la « Fête à Macron » organisée
samedi prochain par le député de La France insoumise, François Ruffin. La centrale
de Philippe Martinez, longtemps liée au
Parti communiste, est désormais sourcilleuse sur son indépendance politique.
Comme les 4 autres grands syndicats. ■
Les forces de l’ordre n’ontelles pas trop tardé à réagir ?
Quand on charge
immédiatement, il y a un
risque collatéral important
pour les passants.
œil sur les débordements parisiens
Chine, l’Australie cherche à s’ouvrir à
d’autres partenaires, dont la France.
Sur le plan économique, les relations
commerciales avec l’Australie se résument principalement pour l’heure à la signature en 2016 d’un contrat de construction par la France de 12 sous-marins pour
34 milliards d’euros. Dans le prolongement de cette vente, Emmanuel Macron
veut en profiter pour développer l’implantation des entreprises françaises dans
le pays. « Ce partenariat stratégique de défense se décline sur nos PME et PMI. Toutes
les entreprises qui sont venues avec nous en
Australie dans la délégation ont vocation à
se développer dans le sillage de ce contrat »,
explique un conseiller du président.
LE FIGARO. - Êtes-vous
surpris par ce débordement
de violence ?
Yves LEFEBVRE. - C’était
prévisible. Ces débordements
sont en train de se banaliser.
Il ne faut pas oublier qu’il y a un
an jour pour jour, un CRS était
transformé en torche humaine.
Dans ces
rassemblements,
nous
avons
désormais
à chaque
fois des
collègues
blessés.
Au-delà du Brexit, les Australiens ne
voient plus dans la France ce pays dont ils
convoquaient régulièrement l’ambassadeur pour se plaindre de ses essais nucléaires à Mururoa. Des convocations devenues
tellement banales que les diplomates australiens avaient pris l’habitude de blaguer
en racontant que l’ambassadeur de France
était le seul à disposer d’une place de parking permanente dans leur ministère des
Affaires étrangères. Les temps ont changé
donc, comme le regard de Canberra sur
Paris. D’autant que l’élection d’Emmanuel
Macron, le lancement de ses réformes en
France et ses premiers pas à l’international
ont provoqué un effet de curiosité et une
grande attente. « The French reconnec-
tion » titre ainsi The Australian, le principal quotidien du pays. Sans être une star
internationale en Australie, Emmanuel
Macron y est toutefois reconnu dans la rue.
Mardi soir, avant de se rendre à l’opéra de
Sydney, il s’est offert une courte déambulation sur Circular quay, le port d’où partent les ferries qui desservent la baie. Des
poignées de main, des selfies et des badauds qui s’interrogent sur la personnalité
qui provoque ce raffut avant de saluer
d’une moue admirative et surprise la présence du président français dans la ville.
Malgré une industrie minière très forte, les Australiens sont très sensibles à la
question écologique. Les reproches qu’ils
adressaient à la France sont loin et,
mieux, sur le volet du changement climatique, c’est même désormais Paris qui
apparaît en première ligne. À tel point
qu’après avoir beaucoup insisté sur le sujet, et encore mardi soir durant le dîner
officiel offert par le premier ministre
Malcolm Turnbull, Emmanuel Macron
est en passe d’obtenir un accord de l’Australie dans cette zone où les petites îles
sont menacées de submersion et la grande barrière de corail de disparition.
« Nous espérons une initiative conjointe
dans le climat et la biodiversité », confie
un conseiller du président. De quoi espérer une visite australienne à succès, loin
du 1er mai, de ses cortèges, de ses débordements et de ses violences. ■
Les black blocs semblent
de plus en plus nombreux
et organisés…
Aujourd’hui, on a affaire à une
sorte d’armée de voyous, de
professionnels de la guérilla qui
convergent de tous les pays
d’Europe. Ils sont quasiment
tous équipés d’engins
incendiaires, apprennent de
mieux en mieux à se déplacer,
à s’infiltrer dans des
rassemblements.
PROPOS RECUEILLIS PAR
AGNÈS LECLAIR
A
Pour juguler ces scènes de violence en
plein cœur de la capitale, la Préfecture
de police avait mobilisé en renfort pas
moins de 22 compagnies républicaines
de sécurité, soit 1 200 hommes. Sur
Twitter, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, prévient : « Tout est mis
en œuvre pour faire cesser de graves
troubles à l’ordre public. »
Mais les cohortes noires des émeutiers
sont comme galvanisées. Tout est bon
pour mener l’assaut et trouver des munitions de fortune. Outre des pavés arrachés au sol comme il y a cinquante ans,
les émeutiers ont balancé des bouteilles
en verre prises dans un conteneur renversé sur la chaussée. « Nous ne sommes
3
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Le Pen s’affiche avec ses alliés européens
La présidente du FN a lancé mardi les élections de 2019 entourée de certains de ses homologues des autres pays.
CHARLES SAPIN £@csapin
ENVOYÉ SPÉCIAL À NICE
EXTRÊME DROITE À défaut d’être « national », le « Rassemblement » se voulait européen ce 1er Mai pour le parti de
Marine Le Pen. Pas question de se cantonner comme ces trente dernières années au traditionnel hommage parisien
à Jeanne d’Arc. Un an avant le renouvellement du Parlement de Strasbourg,
le Front national, entouré de ses alliés
européens du Mouvement pour une
Europe des nations et des libertés
(MENL), a voulu lancer, depuis Nice,
les hostilités en vue des prochaines
élections européennes. « On nous reproche d’être isolés en Europe, comme
tous les souverainistes. On vient démontrer que ce n’est pas le cas », se félicite
l’eurodéputé Gilles Lebreton, chef de la
délégation FN au Parlement européen.
Rassemblés dans la pénombre d’une
salle de concert du palais des congrès
niçois, leaders du FPÖ autrichien, du
Vlaams Belang flamand ou du SPD
tchèque se succèdent à la tribune devant un demi-millier de personnes qui
applaudissent au rythme irrégulier des
traducteurs. « Ce rassemblement préfigure ce que seront les prochaines européennes, sourit le conseiller spécial de
Marine Le Pen, Philippe Olivier. Historiquement, le FN a toujours fait campagne seul. Là, nous voulons faire une
campagne étendue à toute l’Europe avec
nos partenaires. C’est une première. »
Une nouvelle stratégie dictée par un
contexte inédit. Au micro, tous décrivent avec leurs mots la même « vague
qui vient ». Celle d’une majorité eurosceptique en passe, selon eux, de balayer le Parlement européen en mai
prochain. « Nous assistons à la fin d’une
Union européenne antidémocratique, qui
se fait sans les peuples et contre les peuples, lance en guise d’introduction
l’eurodéputé FN Nicolas Bay. Le nom de
Nice vient du grec Nikaia et signifie “qui
donne la victoire”. Que ce nom soit donc
un présage ! »
Entre dénonciation du « lobbying éli-
tiste de Bruxelles » et de « la dictature de
l’Union européenne », les représentants
des partis populistes européens n’ont
pas manqué de brocarder le fameux
« système et ses vigies ». « Nous ne devons jamais sous-estimer nos adversaires, a ainsi rappelé à la tribune Gerolf
Annemans, leader du Vlaams Belang
belge et président du MENL. Ils ont entre leurs mains l’argent et les médias. »
« Changer l’Europe »
Pas de quoi entamer l’enthousiasme
des participants qui déduisent des récents succès électoraux des partis
eurosceptiques en Allemagne, en Hongrie, en Autriche, ou en Italie, l’avènement d’une « Europe des nations, seule
réponse naturelle, logique et fondamentale à l’incompétence absolue de la bureaucratie bruxelloise ».
Dans son discours de clôture, Marine
Le Pen est longuement revenue sur
l’ambition de cette nouvelle Europe,
aux antipodes de « l’actuelle Union
européenne, où, comme en Union soviétique, quand vous y êtes, vous n’avez
plus le droit d’en sortir ». Pour la chef de
file du Front national, la poussée des
mouvements eurosceptiques sur le
continent fait qu’« une autre voix s’est
désormais ouverte. Nous pouvons changer l’Europe, de l’Europe […] Ce n’est
pas une utopie. Ce n’est plus une utopie », s’est prise à rêver Marine Le Pen
sous les ovations du public niçois.
Sur le Vieux Continent, les divisions
d’une internationale populiste
DÉCRYPTAGE
Jean-Jacques Mével
£@jjmevel
A
CORRESPONDANT À BRUXELLES
CAP sur les Européennes ! À un an de
l’échéance, Marine Le Pen et sept de
ses cousins dans l’UE se remettent à
l’ouvrage pour une « internationale
populiste », stratégie d’alliances qui
a jusqu’ici régulièrement buté sur les
querelles de personnes, les divergences idéologiques, les accusations
de fraude et le cordon sanitaire dressé autour de l’extrême droite.
En apparence, le rendez-vous de
Nice avait beaucoup à célébrer : les
dernières percées électorales de la
Ligue en Italie, du FPÖ en Autriche,
de l’AfD en Allemagne, voire le succès écrasant de Viktor Orban en
Hongrie, l’inventeur de la démocratie « illibérale ». Dans le credo du
populisme, c’est l’écho sur le Vieux
Continent de la montée des hommes forts, comme Donald Trump.
La réalité niçoise était plus étriquée. Ne sont venus que les alliés extrémistes du FN, déjà soudés à l’Europe des nations et libertés (ENL), le
plus radical des trois groupes qui occupent le créneau anti-UE à Strasbourg. Matteo Salvini, invité vedette
et patron de la Ligue, a finalement
décliné. L’AfD, qui a choqué l’Allemagne en envoyant 94 députés au
Bundestag, se défie de l’ENL. Viktor
Orban affiche un nationalisme
outrancier mais il n’a jamais songé à
quitter le PPE, parti conservateur
qui aligne Angela Merkel, Mariano
Rajoy ou Laurent Wauquiez.
Nul doute que le scrutin de
mai 2019 va bousculer les cartes. À
Strasbourg, de premiers pointages
confidentiels montrent que la droite
et la gauche classiques, usées et divisées, s’exposent à la déroute et
risquent de perdre la majorité qu’el-
les détiennent ensemble depuis la
création de l’hémicycle. À qui profitera la déconfiture ? À l’échelon de
l’UE comme en France, c’est le ressort de la stratégie centriste d’Emmanuel Macron, inquiet de voir les
Européens filer en masse vers le populisme. Dans douze mois, le choix
va se faire « entre ceux qui veulent
une Europe du repli, ceux qui veulent
une Europe de l’habitude et ceux qui
veulent une Europe de l’ambition »,
disait le président le mois dernier.
En clair, entre l’extrême droite,
l’inertie conservatrice et son projet
personnel de « refonder » de l’UE.
La chasse est ouverte
Les péripéties du Brexit et la désillusion des Britanniques ont dissuadé
Marine Le Pen et ses alliés d’axer
leur campagne sur la sortie de l’UE
et/ou de l’euro. Le cheval de bataille,
cette fois, ce sera le refus de l’immigration « incontrôlée ». Sur ce créneau, l’argument électoral est déjà
emprunté par le camp conservateur,
de Viktor Orban au chancelier autrichien Sebastian Kurz, d’une partie
de LR en France à la CSU bavaroise
et bien d’autres en Europe. Pour
l’extrême droite européenne, une
autre question est l’aptitude à fédérer en force électorale crédible la galaxie d’une bonne douzaine de partis
viables mais par essence nationalistes, c’est-à-dire farouchement indépendants. Le Front national et
l’ENL peuvent se frotter les mains du
coup peut-être fatal porté à deux
groupes parlementaires voisins par
le départ programmé de dizaines
d’élus britanniques. La chasse est
ouverte pour 18 eurodéputés souverainistes polonais bientôt orphelins
des tories, et pour quelques-uns des
14 eurodéputés italiens du mouvement 5 Étoiles, abandonnés à leur
sort par l’Ukip de Nigel Farage.
À droite, les extrémistes ont toujours voulu travailler ensemble.
Pourtant, la liste est longue des alliances mort-nées ou faillies. Si
Bruxelles, l’élitisme, l’immigration
et l’islam désignent des ennemis
communs, ils continuent de se déchirer allègrement sur le rôle de
l’État dans l’économie, l’évolution
des mœurs, le rôle des églises ou
encore l’antisémitisme. ■
Pour les prochaines élections européennes, la candidate malheureuse à la
présidentielle a réaffirmé un double
objectif : présenter au niveau national
une liste de rassemblement « dépassant
le seul Front national » et conclure, au
niveau européen, « des accords avec
d’autres groupes européens qui souhaitent faire changer l’Union européenne ».
Des paris aussi ambitieux l’un que
l’autre. Alors que de potentiels alliés
tardent à se faire connaître sur la scène
nationale, une vaste recomposition des
groupes parlementaires européens est
en marche et pourrait s’avérer particulièrement complexe pour le Front national (lire ci-dessous). Un contexte
dans lequel l’absence, ce mardi à Nice,
Marine Le Pen,
mardi à Nice, avec
ses alliés européens
du Mouvement pour
une Europe des nations
et des libertés (MENL).
ÉRIC GAILLARD/REUTERS
Le secrétaire fédéral
de la Ligue du Nord,
Matteo Salvini, entouré
de Giorgia Meloni,
présidente du parti
Frères d’Italie,
et de Silvio Berlusconi,
le 19 avril à Rome.
ALESSANDRO DI MEO/AP
de deux partenaires européens de poids
de Marine Le Pen, a été particulièrement remarquée : celles du leader de la
Ligue italienne, Mateo Salvini, et du
chef de file du PVV néerlandais, Geert
Wilders.
Si le premier s’est fait excuser en raison de « tractations gouvernementales »
dans son pays, le second aurait été retenu pour raisons judiciaires. Reste que
l’absence de deux des membres fondateurs du groupe Europe des nations et
des libertés, conjuguée à la présence de
nouveaux venus tels les micropartis
Volya bulgare ou Nea Dexia grec, n’a
pas été interprétée comme des signes
de bon augure quant aux prochaines
éditions de la « fête des nations ». ■
À Strasbourg, un curieux
et très hétéroclite attelage
MARINE LE PEN en est persuadée.
« Notre objectif d’avoir une majorité
eurosceptique au sein du Parlement
européen est parfaitement atteignable en 2019. » Les récents succès
électoraux de ses alliés européens du
Mouvement Europe des nations et
des libertés (MENL) ne vont pas la
contredire. Le Parti de la liberté
(PVV) de Geert Wilders est désormais la deuxième force parlementaire des Pays-Bas. Grâce à une coalition, le FPÖ est de retour au
pouvoir en Autriche, et son leader,
Heinz-Christian Strache, en est le
vice-chancelier. Sans compter la
percée en Italie de la Ligue de Matteo
Salvini, qui avec 18 % des voix aux
législatives de mars dernier a enregistré son meilleur score historique.
Reste qu’entre ces partis populistes subsistent d’importantes divergences de fond et d’analyses, notamment sur l’Europe, qui viennent
quelque peu relativiser la photo, offerte ce mardi à la tribune du Palais
des congrès de Nice, d’une famille
aussi cohérente que soudée. La vision étatiste du FN sur le plan économique est, par exemple, aux antipodes de la ligne néolibérale défendue
par le PVV néerlandais de Geert Wilders comme par les eurodéputés allemands issus de l’aile modérée du
mouvement eurosceptique Alternative für Deutschland (AFD). Ces
deux membres du groupe ENL au
Parlement européen continuent de
défendre dans leurs pays respectifs
une sortie de l’euro. Sortie qui ne figure plus parmi les priorités du FN et
que combat fermement le FPÖ
autrichien, pour qui « ce qu’il se passe en Grande-Bretagne relève de la
catastrophe ».
Seul continuum entre ces partis :
leurs propositions radicales contre
l’immigration et l’islamisme. Un
maigre dénominateur commun qui
pourrait ne plus suffire à maintenir
leurs liens alors qu’une recompo-
sition d’ampleur s’annonce au sein
du Parlement de Strasbourg en mai
2019. Avec le départ des eurodéputés britanniques, les partis
membres de l’Europe de la liberté
et de la démocratie directe (EFDD)
et des Conservateurs et réformistes
européens (ECR) - deux groupes
parlementaires eurosceptiques –
n’auront d’autre choix que de se
rapprocher. Un mouvement qui
pourrait bien happer plusieurs partenaires du Front national. Le risque de marginalisation du FN rendrait alors plus difficile le maintien
de son groupe parlementaire. « Au
contraire, notre espoir est de convaincre certaines composantes de
ces groupes de nous rejoindre. On a
des liens amicaux avec beaucoup », assure Gilles Lebreton,
chef de la délégation FN au Parlement européen.
« Chiffon rouge »
L’absence à Nice du leader du FPÖ
autrichien, Heinz-Christian Strache, qui a préféré décliner l’invitation comme lors d’un précédent
rassemblement à Coblence, en Allemagne, l’année dernière, ne va
pas dans ce sens. Ni les absences du
leader de la Ligue italienne Matteo
Salvini - retenu en Italie pour la formation du gouvernement – ou de
celui du PVV néerlandais, Geert
Wilders. « Le FN pâtit de son histoire
et de ses racines. Il reste un chiffon
rouge pour nombre de partis européens, que ce soit pour les populistes
scandinaves, les Danois, les démocrates suédois ou même pour leurs
alliés du FPÖ, note le politologue
Jean-Yves Camus*. La recomposition à venir s’annonce très problématique pour lui. » ■
C. S.
* Auteur en 2015 de « Les Droites
extrêmes en Europe », aux éditions
du Seuil.
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Philippe Vardon
n’en finit pas
de monter au sein
du Front national
L’élu de Paca, cofondateur du Bloc
identitaire, a fait son entrée à la direction
du parti. Il vise désormais les municipales.
CHARLES SAPIN £@csapin
EXTRÊME DROITE Attaquer le bilan de
Christian Estrosi à la mairie de Nice est
devenu son passe-temps préféré. Qu’il
s’agisse de l’ouverture d’une mosquée, de
l’octroi de subventions ou de l’installation
de portiques de sécurité, l’élu régional FN
Philippe Vardon tape avec une régularité
de métronome. Une méthode à laquelle il
a encore sacrifié pour contrer l’appel de
l’édile niçois publié dans Le Monde, contre
le rassemblement, le 1er mai, dans sa ville
du Mouvement Europe des nations et des
libertés autour de Marine Le Pen.
Par communiqué, sur les réseaux sociaux ou sur le terrain, l’élu régional niçois
n’a eu de cesse de moquer les quelque 370
signataires du texte, pour « beaucoup dépendants directement du maire » et parmi
lesquels figurent « Éric Ciotti et un cadre
national de l’UOIF islamiste ». Une riposte
ovationnée dans les rangs du FN. « Il est excellent dans l’argumentaire, il apporte clairement quelque chose », reconnaît, bluffé,
Jean-Lin Lacapelle, membre du bureau national du parti. « C’est l’une des têtes les
mieux faites politiquement qu’on ait dans le
mouvement. Il a une vraie culture politique et
historique, doublée d’une solide expérience
militante. C’est rare », encense à son tour
Franck Alisio, vice-président du groupe FN
à la région Provence-Alpes-Côte d’Azur
(Paca). Une reconnaissance en forme de
consécration pour cet enfant des quartiers
HLM des Moulins, dans l’ouest de la ville.
À Nice, ce n’est pas son passé de videur
de boîte de nuit que l’on garde en mémoire. Mais plutôt son parcours de « bad boy »
identitaire, dont les frasques l’ont conduit,
notamment, à être condamné pour incitation à la haine raciale en 2007. Interrogé
sur son passé militant, l’homme affirme
« ne pas être le même à 37 qu’à 22 ans ».
Une mutation qui l’a amené à troquer dernièrement basket et tee-shirt contre costume sobre et lunettes en écailles…
« Sensibilité sociale »
Mis à distance du Rassemblement bleu
Marine en 2013 parce que jugé « trop sulfureux », le cofondateur du Bloc identitaire a aujourd’hui la cote jusqu’au sommet
du parti à la flamme. « J’ai travaillé avec lui
durant la présidentielle. C’est un garçon qui
a une sensibilité sociale extrêmement forte,
appuyait Marine Le Pen le mois dernier
devant l’Association de la presse parlementaire. Il est important qu’il y ait des
gens comme lui au sein du bureau national. » Récemment adoubé dans les instances dirigeantes du parti, il était ces derniers jours sous les projecteurs puisqu’il
avait en charge l’organisation dans sa ville
natale du rassemblement entre le FN et ses
partenaires européens. Une marque de
confiance, que rien n’augurait jusque-là.
Philippe Vardon lors du 16e congrès du Front national, le 16 mars à Lille.
Proche de l’eurodéputé Nicolas Bay,
c’est Marion Maréchal-Le Pen qui, peu
avant les régionales de 2015, va s’intéresser de près à son profil atypique et
batailler pour le faire figurer comme
colistier sur sa liste en Paca. « Hors de
question. Les identitaires, tu ne les
connais pas. Ils s’imposent partout, grignotent tout », lui aurait alors rétorqué
Marine Le Pen. De guerre lasse, la tante
cédera. L’impressionnante capacité de
travail de l’ancien leader identitaire
suffira à l’imposer dans l’appareil :
« Sa percée au sein du FN tient autant à
son talent qu’à la médiocrité des autres
membres de l’encadrement du Front.
C’est un peu sa réussite sociale à lui »,
lâche un pilier de la campagne des régionales de Marion Maréchal-Le Pen
qui le verrait bien candidater lors des
prochaines municipales dans une des
communes populaires de l’agglomération niçoise. ■
Quand Christian Estrosi comparait
l’élu régional FN à Joseph Goebbels
Pour Christian Estrosi, Philippe
Vardon est un symbole de
l’implication croissante du
mouvement identitaire au sein
du parti frontiste. En mars 2017,
lors d’une violente altercation verbale
au Conseil régional de Paca entre
la droite majoritaire et l’opposition
frontiste, Christian Estrosi, alors
président de la collectivité, n’avait
pas hésité à comparer Philippe
Vardon à un ancien ministre de la
propagande hitlérienne. « Vardon
est un héritier de Goebbels », avait-il
lancé, en s’adressant directement
à Marion Maréchal-Le Pen, qui était
encore présidente du groupe FN à la
présente
é
N
Volume
17
PROPOS RECUEILLIS PAR
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
LE FONDATEUR du Front national a manifesté, mardi à Paris, sa « fidélité » à
Jeanne d’Arc et regretté l’abandon du traditionnel défilé frontiste dans la capitale.
LE FIGARO. - À Nice, Marine Le Pen
a placé le 1er Mai sous le signe
des européennes. Qu’en pensez-vous ?
Jean-Marie LE PEN. - Qu’elle réunisse ses
partenaires européens, pourquoi pas ?
Mais moi, j’aurais préféré qu’elle animât,
comme chaque année, le grand défilé populaire du Front national avec une prise
de parole, à la fois spirituelle et politique,
sur la place de l’Opéra à Paris. Dans ce
domaine-là aussi, elle a changé sa stratégie et sa tactique. Je lui en laisse l’entière
responsabilité.
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ses meilleures grilles pour vous faire découvrir ou apprécier à nouveau l’art de croiser les mots.
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région. « Vous avez imposé à votre
tante de faire entrer dans votre parti
le mouvement identitaire, ce qu’il y a
de pire dans la politique de notre
pays. Philippe Vardon est une honte,
comme ceux qui passent leur temps
à faire des saluts nazis. Gardez-les
avec vous. Tous ceux qui doutaient
ne douteront plus jamais qu’il faut
vous bannir du débat public », avait
également attaqué Estrosi. Vardon
réplique aujourd’hui sur Twitter,
en rappelant que l’actuel maire
de Nice fut partisan d’une alliance
avec l’extrême droite en 1998,
pour éviter que la gauche ne prenne
la présidence du Conseil régional. E. G.
Jean-Marie Le Pen :
« Marine est obligée d’être
candidate aux européennes »
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Elle souhaite aussi des « alliances »
pour les européennes…
Cela ne veut rien dire. Tout le monde en
veut. Le succès aussi serait une bonne
chose. En l’occurrence, je pense que Marine Le Pen est pratiquement obligée
d’être candidate pour des raisons d’identification. Un certain nombre de gens seront en compétition. Pour que le Front
national soit reconnu comme tel, surtout
s’il a changé de nom, ce ne sera pas simple. À part Marine Le Pen, je ne vois pas
quelle personnalité pourrait tirer une liste
nationale. Le flou profitera à l’abstention
ou aux grands institutionnels qui disposeront de leurs moyens de propagande.
Il y a un an, vous aviez condamné
la décision de Marion Maréchal-Le Pen
de se mettre en retrait de la politique.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Quand on a été élue, on a un devoir de
compte rendu. J’avais trouvé sa décision
étonnante alors que le destin lui avait déroulé un tapis rouge et qu’elle avait révélé
des qualités exceptionnelles. Marion Maréchal a choisi de s’appeler Le Pen, ce qui
n’était pas un si mauvais calcul. Elle mène
Jean-Marie Le Pen lors des cérémonies
du 1er Mai à Paris. P. WOJAZER/REUTERS
sa vie de manière libre et responsable.
D’ailleurs, Marine est du même tabac.
Quand on se demande si Marine Le Pen
est finie, je trouve la question absurde. On
n’est pas fini parce qu’on a raté un débat.
À ce moment-là, François Mitterrand,
avec sa francisque et ses galipettes dans
les jardins de l’Observatoire (le faux attentat d’octobre 1959 à Paris, NDLR),
n’aurait jamais atteint le niveau qu’il a atteint. La mémoire est une faculté d’oubli.
Comment jugez-vous l’exécutif ?
Pour l’instant, il navigue en eaux relativement calmes. Emmanuel Macron a un
certain nombre de qualités techniques,
tenant d’ailleurs à sa fonction. Il ne fait
pas beaucoup de fautes. Pas sûr que cela
soit suffisant dans la tempête. Sur le thème principal, fondamental et essentiel de
l’immigration, il est beaucoup trop laxiste. Les Français le rendront responsable
d’une politique d’asile extrêmement
floue et dangereuse. D’ailleurs, je pense
que cette question fait le succès de Marine
Le Pen dans l’opinion, malgré ses erreurs
tactiques, car les gens prennent conscience que le Front national a été le premier à signaler ce danger mortel. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Nucléaire iranien : Israël sort ses dossiers
Appuyant la démarche de Trump, Nétanyahou accuse Téhéran d’avoir voulu se doter de l’arme atomique.
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT Après Emmanuel
Macron et Angela Merkel, qui se sont
tour à tour rendus la semaine dernière à
Washington pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien, la parole
était lundi soir à l’accusation. Benyamin Nétanyahou, s’exprimant en anglais depuis un local du ministère de la
Défense transformé pour la circonstance en studio de télévision, n’avait pas
mégoté sur la mise en scène. À l’appui
de son réquisitoire, il a dévoilé une étagère remplie de classeurs ainsi qu’un
meuble garni de CD dont les services de
renseignements israéliens se seraient
emparés en janvier dernier. Ces « archives atomiques secrètes », localisées
par le Mossad dans un entrepôt en périphérie de Téhéran, prouveraient que le
régime a menti en affirmant poursuivre
un programme nucléaire à des fins exclusivement civiles. L’annonce intervient alors que le président américain
doit décider, d’ici au 12 mai prochain, si
son pays reste dans l’accord signé en
juillet 2015 entre la République islamique et les puissances du P5 + 1 ou bien
s’il s’en retire.
Les documents dévoilés par Benyamin Nétanyahou ne portent pas sur la
période récente, et ne permettent donc
pas d’affirmer que l’Iran aurait violé les
engagements imposés par l’accord de
Vienne. « Nous n’avons pas trouvé de
revolver fumant », reconnaît Amos
Yadlin, directeur de l’Institut d’études
pour la sécurité nationale (INSS). En
dépit de cette réserve, le premier ministre a une nouvelle fois appelé Donald
Trump à renier le texte. « Il s’agit d’un
accord terrible qui n’aurait jamais dû
être scellé, et je suis certain que le président prendra dans quelques jours la
bonne décision pour les États-Unis, pour
Israël et pour le monde», a-t-il martelé
lundi soir. Le nouveau secrétaire d’État
américain, Mike Pompeo, a confirmé
peu après l’authenticité des documents.
Selon un responsable israélien, Benyamin Nétanyahou a révélé leur existence
à M. Trump le 5 mars dernier lors d’une
rencontre à la Maison-Blanche. À
Téhéran, le ministère des Affaires
étrangères a dénoncé les affirmations
« éculées, sans intérêt et honteuses d’un
menteur en panne d’idées ».
Le lot d’archives, composé de 55 000
documents et de 183 CD, couvre essentiellement la période 1999-2003. Il démontre que la République islamique,
parallèlement à son programme nucléaire civil, poursuivait alors des recherches pour se doter de la bombe
atomique. À l’appui de ses accusations,
Benyamin Nétanyahou a cité « des graphiques, des présentations, des plans,
des photos et des vidéos » relatifs au
« projet Amad ». Les documents, a-t-il
précisé, démontrent que ce programme
secret avait pour objectif la production
de cinq têtes nucléaires capables de libérer l’équivalent de 10 kilotonnes de
TNT.
« Sans l’ombre d’un doute »
Un effort que les dirigeants iraniens ont
choisi de passer sous silence lorsque, en
2015, l’Agence internationale pour
l’énergie atomique les a interrogés sur
leurs activités passées. Le Guide suprême, le président de la République islamique et le ministre des Affaires étrangères martèlent depuis lors qu’ils n’ont
jamais cherché à se doter d’une telle
arme. « Ces dossiers, fustige M. Nétanyahou, prouvent sans l’ombre d’un
doute que l’Iran a menti. »
De nombreux experts estiment tou-
Emily Landau, chercheuse à l’INSS,
juge au contraire la découverte de ces
archives « extrêmement importante ».
« Elles n’apportent pas d’information radicalement nouvelle, dit-elle, mais le fait
de les avoir entre nos mains va nous permettre de reposer les termes du débat sur
l’attitude du régime iranien. À l’époque
des négociations qui ont précédé l’accord
de Vienne, les pays occidentaux ont accepté de ne pas se montrer trop regardants sur la nature de ses activités passées. Cette mansuétude lui permet
aujourd’hui de revendiquer une zone de
confidentialité, notamment sur ses sites
militaires. Or nous avons aujourd’hui la
confirmation que le texte signé en juillet
2015 est bâti sur des mensonges. »
Cette offensive diplomatique contre
l’accord de Vienne intervient dans un
contexte de tensions croissantes entre
tefois que cette présentation, par-delà
sa dimension théâtrale, n’apporte
aucun élément nouveau. Le volet militaire de ce programme, surveillé dès le
début des années 2000 par les principaux services de renseignements occidentaux, est connu de l’AIEA depuis
2008. Il fit l’objet d’un rapport détaillé
en 2011, puis d’une « évaluation finale »
publiée en décembre 2015. « L’ensemble
des accusations formulées par Benyamin
Nétanyahou figurent en toutes lettres
dans ce document. Chacun sait que l’Iran
a poursuivi son programme militaire jusqu’en 2003, et c’est précisément pour y
mettre fin que l’accord de Vienne a été
négocié », a commenté sur son compte
Twitter Jeffrey Lewis, spécialiste des
questions de non-prolifération à l’Institut de relations internationales de
Monterey.
Israël et la République islamique. Dimanche soir, une base syrienne située
près de Hama a été frappée par une
spectaculaire explosion. L’attaque, imputée par plusieurs sources à l’aviation
israélienne, aurait fait plusieurs dizaines de morts et détruit un important
stock de missiles récemment acheminés par l’Iran. Les renseignements militaires israéliens soupçonnent Téhéran
de préparer sa riposte à une autre frappe conduite le 9 avril dernier près de
Palmyre, lors de laquelle sept gardiens
de la révolution auraient trouvé la
mort. Le ministre de la Défense, Amir
Khatami, a menacé mardi : « Nous
conseillons au régime qui occupe Jérusalem ainsi qu’à ses supporteurs d’arrêter
leurs agissements dangereux. La réponse
de l’Iran va vous surprendre, et vous la
regretterez. » ■
AMIR COHEN/REUTERS
CYRILLE LOUIS £@Cyrille_Louis
Benyamin Nétanyahou présente des documents pour étayer ses accusations à l’encontre de l’Iran, lundi, lors d’une conférence de presse depuis le ministère de la Défense à Tel-Aviv.
Macron plaide auprès de Poutine pour un nouvel accord
L’Iran
« n’acceptera
aucune
restriction
au-delà
de ses engagements
»
HASSAN ROHANI,
LE PRÉSIDENT IRANIEN
(DIMANCHE)
LES CHEFS D’ÉTAT Vladimir
Poutine et Emmanuel Macron ne
semblent pas être parvenus à
s’entendre sur l’avenir de l’accord sur le nucléaire iranien. Le
président français a téléphoné
lundi, depuis son avion en route
pour l’Australie, à son homologue russe pour l’informer de ses
entretiens la semaine dernière
aux États-Unis avec Donald
Trump. Mais l’Élysée et le
Kremlin donnent des versions
un peu différentes de l’appel.
Selon Moscou, « les présidents
russe et français se sont prononcés en faveur du maintien et de la
stricte application » de l’accord.
La Russie avait déclaré précédemment qu’elle ne voyait « pas
d’alternative » à ce texte signé
en 2015. Paris indique de son
côté que si les chefs d’État sont
tombés d’accord pour « préserver les acquis de l’accord », le
président français a « marqué sa
volonté que des discussions puissent s’ouvrir, en étroite concertation avec la Russie, les autres
membres permanents du Conseil
de sécurité, les puissances européennes et régionales, sur le
contrôle de l’activité nucléaire
après 2025 ».
Cette éventuelle négociation
sur un nouvel accord plus large
est la solution qu’Emmanuel
Macron a proposée à Donald
Trump. Il s’était montré très
pessimiste sur le maintien des
États-Unis dans le cadre de cet
accord. Mardi, le Quai d’Orsay a
estimé que les affirmations lundi
du premier ministre israélien
plaident en faveur du maintien
de l’accord dont elles renforcent
« la pertinence ».
Le président iranien Hassan
Rohani a souligné dimanche que
son pays n’accepterait « aucune
restriction au-delà de ses engagements » actuels. ■
AFP
Bouteflika en piste pour un cinquième mandat
Le pouvoir algérien pousse une nouvelle candidature en 2019 d’un président muré dans le silence et en fauteuil roulant.
A
ALGER
MAGHREB « Le quatrième mandat devait être le mandat du grand nettoyage :
le président voulait laver son nom de toutes les affaires de corruption qui ont éclaboussé sa famille. Malheureusement, les
forces de l’argent n’ont jamais été aussi
puissantes et malfaisantes. Alors oui, le
chef de l’État aura besoin d’un cinquième
mandat… »
Dans l’entourage extrêmement restreint qui gravite désormais autour
d’Abdelaziz Bouteflika, on fait peu de
mystère du scénario qui se dessine pour
la prochaine présidentielle d’avril 2019,
même si l’état de santé du chef de l’État
reste un sujet d’inquiétude. « Le ministre des Affaires étrangères à Paris pour
vendre un cinquième mandat, des scribes
de la présidence qui s’expriment dans les
médias pro-pouvoir, de nouveaux ministres à déployer pour animer de potentiels
meetings… La scénographie est déjà en
place », relève Nordine Azzouz, directeur de la rédaction du quotidien
Reporters.
Loin de l’exaltation du secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, qui a
déjà appelé en son nom et en celui du
parti, le président « à se présenter », un
membre du sérail résume, pragmatique : « En réalité, il n’y a pas d’autre option, car en face, il n’y a personne. »
En fait, il n’y a aucun candidat susceptible d’être validé par le système,
aujourd’hui dominé par la famille
Bouteflika. Pas même Saïd, frère et
conseiller du chef de l’État (qui lui-même serait hostile à une succession monarchique), véritable homme de l’ombre que le manque de légitimité
politique prive d’un destin à la Raul
Castro.
Sur le papier, l’actuel chef de gouvernement, Ahmed Ouyahia, incarne le
plus évident des successeurs. À 66 ans,
fin connaisseur des rouages du pouvoir
et laïc, il pourrait, malgré son impopularité, bénéficier de l’appui des capitales
occidentales. Mais celui qui nourrit depuis tant d’années des ambitions présidentielles devra attendre que Bouteflika, dont il reste l’obligé, ne soit plus là.
« Deux décennies de Bouteflika, succédant à une décennie de violence, ont
imposé un fonctionnement de type stalinien, sans la terreur. Toute velléité d’indépendance entraîne une exclusion, une
sorte d’ex-communion qui élimine la victime des structures officielles et de l’activité économique », décortique l’analyste
politique Abed Charef pour expliquer
« la tétanisation politique ».
En face, il n’y a pas non plus d’opposition. De l’élan qui avait amené les laïcs
et les islamistes, les anti et les pro-système, à dépasser leurs différends idéologiques et à former un front en 2014, il
ne reste plus rien, le choc du quatrième
mandat (Abdelaziz Bouteflika a été réélu avec 81,53 % des voix), les divergences, les ambitions personnelles, et les
négociations avec le pouvoir ayant eu
raison des tentatives d’union.
« Des erreurs de casting »
RAMZI BOUDINA/REUTERS
ADAM ARROUDJ
Abdelaziz Bouteflika,
le 9 avril à Alger.
Soufiane Djilali, du parti Jil Jadid, a bien
appelé à « empêcher » un cinquième
mandat qui serait « une tragédie politique », et à « proposer une véritable alternative ». Mais « même chez les plus
convaincus, plus personne n’y croit »,
avoue, amer, un des anciens leaders de
la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique
(CNLTD). « On doit tirer les leçons de
2014 et arrêter de croire qu’il existe, au
sein du système, des contre-pouvoirs capables de faire barrage à Bouteflika. »
Pour l’équipe chargée d’appliquer la
feuille de route du président, « faire de
l’État algérien un État civil », un cinquième mandat arriverait « presque
trop tôt ». « Le quatrième quinquennat a
permis d’en finir avec la guerre triangulaire (présidence, armée, les services du
DRS). Mais faire en sorte que tout le
monde tire dans la même direction, ça
prend du temps. Et puis il faut le dire, il y
a eu des erreurs de casting », reconnaît
un proche de la présidence, en évoquant « les ravages de la corruption dans
les gouvernements Sellal » de 2012 à
2017, et les pressions des forces de l’argent qui ont obtenu la tête du premier
ministre Abdelmadjid Tebboune à l’été
2017. « Même si ça ne se voit pas encore,
une réforme profonde du système est en
cours et ceux qui ont profité du système
paieront très bientôt. »
En attendant, les lièvres se bousculent déjà derrière la ligne de départ. Les
nouveaux – Fethi Gheras, porte-parole
du Mouvement démocratique et social,
héritier du Parti communiste algérien,
est le premier à s’être déclaré – et les
anciens, comme, Ali Benflis, n’ont pas
été découragés par la douche froide de
2014. « La seule préoccupation du pouvoir, c’est de continuer à distribuer la
rente pétrolière pour s’assurer la paix
sociale », affirme Nordine Azzouz, « et
de trouver des lièvres plus ou moins
présentables pour une présidentielle
crédible. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
INTERNATIONAL
Arménie : le chef
de l’opposition
échoue
au Parlement
ZOOM
Kaboul : un journaliste de
l’AFP tué dans un attentat
Shah Marai, chef photographe
du bureau de l’AFP à Kaboul
a été tué, lundi, dans un attentat
de l’État islamique qui a fait au
moins 25 morts. Ce journaliste
de 48 ans travaillait pour l’agence
française à Kaboul depuis 1996,
où il avait débuté comme
chauffeur avant d’en devenir un
pilier. Grand gaillard mince aux
yeux très bleus, il avait largement
contribué à la couverture de
l’Afghanistan lorsque le pays était
sous le régime taliban et à celle
de l’invasion américaine de 2001,
et à tous les rebondissements qui
ont suivi. « J’ai appris tout seul
la photographie, donc je cherche
toujours à m’améliorer »,
relevait-il. Reste que pour lui,
« l’immense espoir » suscité
en Afghanistan par la chute du
régime taliban en 2001 avait peu
à peu laissé place à l’angoisse
à mesure que la violence
s’intensifiait et que les
perspectives de paix semblaient
s’éloigner. Neuf autres
journalistes présents ont été
fauchés par cette explosion.
Il aura manqué quelques voix à Nikol
Pachinian pour devenir mardi premier
ministre. Nouveau vote dans une semaine.
CAUCASE Bien que pressé par tout un
peuple, le Parti républicain arménien
(PRA) a refusé de confier les rênes du
gouvernement à Nikol Pachinian. Quarante mille personnes sont restées toute
la journée de ce 1er mai place de la République, à Erevan, sous un soleil brûlant, espérant assister ensemble sur des
écrans géants à l’élection au poste de
premier ministre de celui qui a su donner une énergie aux aspirations de tout
un peuple. Mais la sentence est tombée
en début de soirée : sur les 100 députés
ayant voté, 56 se sont exprimés contre
Nikol Pachinian et 45 seulement l’ont
soutenu. Le parti au pouvoir que le chef
de l’opposition comptait entraîner
n’aura finalement pas cédé.
La journée a été très longue pour les
milliers de partisans d’un changement.
Dans les allées attenantes à la place de la
République, certains se sont réfugiés à
l’ombre et forment des grappes autour
des voitures pour écouter, la mine grave, le drapeau national rouge-bleuorange sur les épaules, les radios qui retransmettent cette session historique.
« Quoi qu’il arrive, ce 1er mai restera
comme celle où le peuple a forcé ses députés à choisir qui il veut pour le représenter. Pachinian élu ou pas ce mardi,
nous serons déjà dans une autre réalité,
dans une autre Arménie », expliquait
lundi soir au Figaro le politologue Mikael Zolian. Malgré la démission sous la
pression de la rue le 23 avril de son chef,
Serge Sarkissian, qui venait de se faire
élire premier ministre après deux mandats présidentiels, le PRA faisait de la
résistance et a fait planer toute la journée de mardi le doute sur son vote. Sans
six voix du PRA, Pachinian ne pouvait
prendre la tête du gouvernement. Cela
revenait à demander au PRA de scier la
branche sur laquelle il est si confortablement assis.
Si Pachinian avait tenu à ce que les
rues soient noires de monde ce 1er mai,
c’était qu’il voulait exercer une pression maximale sur les députés du PRA.
Mais c’était aussi pour donner à son
mandat une légitimité et un soutien qui
sont sa seule force, face à un régime qui
tient tout dans le pays : l’économie, les
médias et les rouages institutionnels.
EN BREF
Un sentiment d’unité
Sur les écrans géants de la place de la
République, Nikol Pachinian, qui avait
troqué son tee-shirt treillis contre le
costume-cravate, s’est d’abord fondu
d’un long discours programmatique où
il aura notamment insisté sur la lutte
contre la corruption et contre l’oligarchie et donné des garanties sur le maintien du cap géopolitique du pays, à savoir la relation privilégiée avec la
Russie. Question clé, existentielle,
puisque celle-ci assure la sécurité de
cette nation à l’environnement pour le
moins hostile, coincé qu’elle est entre
une Turquie qui ne reconnaît toujours
pas le génocide des Arméniens de 1915
et un Azerbaïdjan avec qui elle est en
Nikol Pachinian salue ses partisans, lors d’un meeting à Érevan, lundi.
conflit au sujet de la région du HautKarabakh.
« Vous n’avez pas réalisé quelle est la
situation dans le pays », a lancé le député Pachinian, 42 ans, qui, depuis le
13 avril, a drainé derrière lui l’immense
majorité d’un peuple fatigué de vivre
dans une Arménie déprimée, sans projet politique, où le salaire mensuel
moyen est de moins de 300 euros. Et ce
avant de mettre en garde la « représentation nationale » au cas où elle s’obstinerait à ne pas l’élire : « La situation
pourrait devenir imprévisible. » Ce à quoi
les députés du PRA ont répondu avec
des questions insinuant, notamment,
que Pachinian était antirusse. Ce à quoi
la foule a répondu par des sifflets et des
huées. Lors des poses marquées par le
Parlement, la place de la République se
mettait à danser au son tout oriental du
doudouk ou entamait des « clappings »,
inspirés des supporteurs de football islandais, provoquant un sentiment
d’unité. Mais, autour de 20 h 45, heure
locale, le verdict tombait. Pachinian
manquait de quelques voix son objectif.
Il faudra revoter dans une semaine.
Une semaine où la révolution arménienne va devoir rester de velours. ■
Triste 1er mai de l’après Castro à La Havane
Les salariés de l’imposant secteur public cubain, contraints de défiler, n’ont pas fait montre de beaucoup
d’enthousiasme en brandissant les effigies de Fidel, Raul et du Che lors de la fête des travailleurs.
manucure restera ouvert ce 1er mai. Les
grands absents des festivités sont les
cuentapropistas (entrepreneurs privés,
NDLR), majoritairement peu enclins à
célébrer le régime.
HECTOR LEMIEUX
LA HAVANE
CARAÏBES À Cuba, le 1er mai est tout
sauf un jour de repos. Il est 4 heures du
matin dans la banlieue est de La Havane. Des centaines de Havanais patientent près des guaguas (autobus)
pour célébrer le « Jour international des
travailleurs ». Les moteurs antédiluviens des bus manquent de s’étouffer. Il
y a là des vieux Daf, des Hino et des
autobus scolaires d’un autre âge qu’une
entreprise québécoise vend à bon prix
aux autorités cubaines. Les travailleurs
encore endormis s’installent dans les
guaguas. Pour certains, l’attente dure
depuis minuit. Ils sont arrivés pour un
défilé historique, le premier depuis que
Fidel et Raul Castro ont quitté le pouvoir. Ce qui fait dire à Salvador, kiosquier, vendeur de la presse officielle :
« Avec Miguel Diaz-Canel une nouvelle
génération est arrivée au pouvoir, il y a
de l’espoir pour une amélioration de nos
conditions de vie. »
Mais les travailleurs, eux, viennent à
ce défilé sans attentes, sans espoir. Il
n’y a qu’un seul modus vivendi, ordonné par les centrales syndicales pour ce
1er mai : tous vers la place de la Révolution de la capitale. « Je travaille comme
vendeur dans une boutique pour 350 pesos cubanos (14 dollars, NDLR), alors je
ne peux pas dire que je suis motivé pour
aller au défilé. J’attends seulement que
ma famille qui vit aux États-Unis, en
Oregon, puisse me faire sortir de Cuba »,
conte un jeune Havanais.
Vers 5 heures du matin, la guagua file
enfin vers la Vieille Havane, longe le
front de mer pour s’arrêter sur la Rampa, la grande avenue de la capitale. Les
Hommages au passé
Le nouveau président cubain Miguel
Diaz-Canel élu le 19 avril, (à gauche) et
son prédécesseur, Raul Castro, assistent
au défilé du 1er mai, mardi, place de
la Révolution, à La Havane. YAMIL LAGE/AFP
travailleurs somnolent. Dans un pays
où environ 80 % des salariés sont employés par le secteur public, le 1er mai
revêt une signification particulière.
« Ce sont les travailleurs de l’État qui
sont obligés de défiler qui s’y rendent.
Moi, comme je travaille à mon compte, je
n’irai pas », contait la veille de cet anniversaire Yamila, dont le petit salon de
Il est 6 heures du matin. Chacun est à sa
place pour le défilé. Tout est minuté,
préparé depuis des semaines. Le rituel
est le même depuis des décennies. Les
travailleurs sont répartis par blocs de
corporations professionnelles dans les
rues aux alentours de la place de la Révolution. Voici les travailleurs de la
santé et de l’éducation, tous deux orgueils du régime. Puis les militaires. À
Cuba, le vert olive, couleur des uniformes, n’est jamais bien loin. Les tambours résonnent. Le signal est donné.
La foule, disciplinée, se dirige vers l’immense place dans la bonne humeur. Les
travailleurs agitent force banderoles en
hommage à Fidel Castro. Avec pour slogan : « Je suis Fidel ». Au palmarès de
ces hommages des travailleurs, Fidel est
le grand gagnant, suivit d’Ernesto Che
Guevara, mais aussi de Raul Castro. Ironiquement, le nouveau président cubain, Miguel Diaz-Canel, est quasi absent des banderoles.
Un retour vers le passé ? Bien malin
qui pourra dire si ce 1er mai est l’aube
d’une nouvelle ère, bien peu visible, ou
si la guerre froide avec les États-Unis et
les vieux dogmes socialistes sont véritablement de retour. Le ton donné depuis déjà plusieurs jours dans les médias
officiels n’est guère encourageant. La
télévision cubaine enchaîne les images
du passé : guérillas, victoire de la baie
des Cochons. Le Conseil d’État élu le
19 avril dernier marque certes un réel
changement de génération, mais la
plupart des analystes estiment que les
nouveaux élus sont fidèles aux idées de
la révolution. Il semble décidément
bien loin ce temps pourtant si proche
(2016) où la famille Obama rendait
hommage au capitalisme à la cubaine
en allant manger dans un paladar
(restaurant privé) du quartier Centro
Habana. ■
Neuf morts dans l’attaque
d’une église à Bangui
Des hommes armés non
identifiés ont attaqué, mardi
en fin de matinée, l’église
Notre-Dame de Fatima à Bangui
(République centrafricaine).
Le raid, effectué à l’aide
de grenades et de kalachnikovs,
a fait au moins 9 morts et
des dizaines de blessés parmi
les fidèles. Selon des témoins,
les assaillants seraient venus
du PK5, un quartier musulman.
Le Maroc rompt
ses relations avec l’Iran
Le Maroc a rompu mardi ses
relations diplomatiques avec
l’Iran, accusé d’avoir facilité
la livraison d’armes au Front
Polisario, a annoncé le ministre
marocain des Affaires
étrangères. Selon lui, une
« première livraison d’armes
a été récemment fournie
au Polisario », le mouvement
indépendantiste sahraoui
soutenu par l’Algérie, via
un « élément » à l’ambassade
iranienne à Alger.
La Républicaine
dominicaine quitte Taïwan
La République dominicaine,
jusqu’à présent parmi la petite
vingtaine de pays reconnaissant
Taïwan, a décidé mardi d’établir
des relations avec la Chine
populaire, laquelle engrange
un succès diplomatique face à
l’île nationaliste. Cet accord
« apportera d’énormes
opportunités au développement
de la République dominicaine »,
selon le gouvernement chinois.
l’isf devient l’ifi,
mais cela ne change
pas les besoins
des plus fragiles.
Soutenez la Fondation Caritas France
Votre don et plus d’informations sur
don-ifi.fondationcaritasfrance.org
A
ERÉVAN
GLEB GARANICH/REUTERS
RÉGIS GENTÉ £@regisgente
9
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
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SOCIÉTÉ
Accès au fichier
des délinquants
sexuels : élus
et magistrats
sont divisés
ZOOM
Australie : le cardinal Pell
sera jugé pour
agressions sexuelles
PAULE GONZALÈS £@paulegonzales
JUSTICE « En tant que maire, nous avons
une obligation de protection des biens et des
personnes. Et puisque nous sommes officiers de police judiciaire, il serait normal
que nous soyons informés quand, sur la
commune, vivent des personnes condamnées pour infractions sexuelles et faisant
l’objet d’obligations thérapeutique et judiciaire. » Ainsi réagit Vanik Berberian, le
président des maires ruraux de France,
après le viol et le meurtre de la petite Angélique par un récidiviste, David Ramault,
à Wambrechies (Nord). L’auteur des faits
était en effet inscrit au Fichier judiciaire
national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAISV).
« Dans un cas comme celui-ci, nous nous
sentons forcément concernés, nous les maires. Nous ne demandons pas un accès aussi
large que celui qui existe par exemple aux
États-Unis. Nous avons bien conscience
aussi de notre devoir de réserve et du fait
que l’on ne doit pas empiéter sur le travail
de la justice, mais ce sont des données importantes pour la vie et l’administration de
nos communes », renchérit-il, tout en
ayant bien conscience qu’en l’occurrence, cet accès au fichier n’aurait sans doute
rien empêché puisque l’auteur des faits
n’avait pas récidivé depuis dix-huit ans.
Une « responsabilité alourdie »
« C’était jusque-là une réinsertion réussie,
sous réserve de ce que révélera l’instruction », rappelle Virginie Duval, la présidente de l’Union syndicale des magistrats, qui se demande si « l’extension de
la communication de ce type de fichier
dans les pays anglo-saxons s’est réellement soldée par une baisse des infractions
sexuelles. De plus, que peuvent faire les
maires de ce type d’information qui brûle
les doigts ? Leur responsabilité n’en sera
qu’alourdie sans que leurs moyens d’action ne soient pour autant plus efficaces ».
Et de rappeler que « la communication de
ce fichier est aujourd’hui ouverte à la justice, aux enquêteurs et aux services préfectoraux dans le cadre d’une embauche de
personnes devant accomplir une mission
de service public avec des enfants. Cela n’a
pas empêché des dysfonctionnements dans
l’Éducation nationale ».
«Nous n’avons aucune idée de l’utilisation réelle qui est faite par ceux qui y ont
déjà légalement accès. Peut-être pourrait-
PHILIPPE HUGUEN/AFP
Certains mettent en garde contre
les risques de dérives et préféreraient
un meilleur suivi à la sortie de prison.
on en faire le bilan avant d’en étendre la
communication », propose Béatrice Brugère, présidente d’Unité Magistrats qui
rappelle incidemment que « les magistrats eux-mêmes n’ont pas forcément accès
aux fichiers de police. Il faut à la fois remettre à plat l’ensemble des fichiers qui n’ont
cessé de proliférer mais également s’interroger sur les conditions de leur croisement
et définir des objets précis de consultation,
comme les emplois publics, de contractuels
de mairie ou associatifs ». De son côté,
l’Association des maires de France (AMF)
est opposée à un élargissement de la
consultation de ce fichier aux maires.
« Chacun son boulot, affirme Philippe Laurent, maire de Sceaux et membre de
l’AMF. Nous n’avons pas la capacité d’intervenir comme la police. Les maires ne sont
pas en charge du contrôle social et ne peu-
Les parents et la sœur d’Angélique assistent, mardi à Wambrechies (Nord),
à la marche blanche en hommage à la jeune fille de 13 ans tuée la semaine dernière.
vent rien contre ceux qui ont purgé leur peine, si ce n’est demander des vérifications en
cas d’embauche de personnes en charge
d’enfants. Ce que nous faisons. En revanche, nous souhaitons que le suivi postcarcéral soit renforcé », affirme-t-il.
Même son de cloche du côté de l’association « La Voix de l’enfant ». Selon sa
présidente, Martine Brousse, « c’est prendre le risque que la consultation s’étende à
bien d’autres que les maires. D’autant que
ce fichier ne se limite pas aux infractions
sexuelles mais concerne bien d’autres vio-
lences. En revanche, nous demandons la
stricte application de la loi de 1998 qui permet d’instaurer des suivis socio-médico-judiciaires postpeine pour ce type d’infraction.
Il devrait être prononcé automatiquement
dès l’audience. Trop souvent les magistrats
l’oublient », regrette-t-elle. Mais Virginie
Duval s’inquiète de la réalité de ces suivis
alors que « les médecins coordinateurs de
ces programmes et les médecins traitants
spécialistes manquent dans tous les départements ». De quoi remettre en cause l’effectivité de telles mesures. ■
Dr Guérin : « Le suivi des inscrits au Fijais
se limite à un coup de tampon »
PROPOS RECUEILLIS PAR
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
DÉJÀ CONDAMNÉ en 1996 pour « viol
avec arme », le meurtrier présumé
d’Angélique n’était pas soumis à une
obligation de soins. Présidente de Stop
aux violences sexuelles (SVS), le Dr Violaine Guérin a développé un protocole
destiné aux auteurs en détention.
LE FIGARO. - Depuis sa sortie de prison,
en 2000, David R. n’avait plus eu affaire
à la justice. Quels sont les moteurs
de ce passage à l’acte ?
Violaine GUÉRIN. - Ce n’est pas parce
qu’il n’a pas fait parler de lui qu’il n’y a
pas eu d’autres agressions… S’il y a eu ce
viol, cela signifie d’abord que cet homme
n’a pas été correctement soigné. Ce qui
sous-tend la violence sexuelle, ce n’est
pas une énergie de la sexualité, comme
on le pense souvent, mais une énergie
meurtrière, déployée au moment où la
personne n’est pas elle-même. S’il a
acheté du Viagra, c’est qu’il a manifestement un problème dans sa sexualité. Il y
a de fortes chances qu’il ait été lui-même
victime d’agressions sexuelles dans le
passé. La majorité des auteurs de cette
génération ont été victimes d’agressions
sexuelles, mais n’en ont pas tous
conscience : certains sont en amnésie
post-traumatique. Aujourd’hui, avec la
pornographie, il y a une autre catégorie
d’auteurs, « par imitation ».
“
Un agresseur
qui n’a pas été
mis en soins sera
multirécidiviste
VIOLAINE GUÉRIN, PRÉSIDENTE
DE STOP AUX VIOLENCES SEXUELLES
”
Cet homme était inscrit au fichier
répertoriant les auteurs d’infractions
sexuelles (Fijais) entraînant
des obligations qu’il a suivies.
Qu’aurait-on pu faire de plus ?
Le suivi des personnes inscrites au Fijais
se limite à un coup de tampon… Ce
chauffeur de bus, en contact avec des
enfants, n’aurait jamais dû avoir l’autorisation d’exercer ! Un auteur qui n’a pas
été mis en soins sera multirécidiviste.
On laisse sortir des gens que je ne considère pas comme guéris. À l’inverse, on
en maintient d’autres en détention…
L’association SVS a développé un proto-
cole en deux ans destiné aux violeurs
eux-mêmes victimes de violences
sexuelles dans leur enfance : la première
année, on travaille sur leurs souvenirs
parfois enfouis. Ce qui va nous permettre, l’année suivante, de confronter les
adultes qu’ils sont devenus aux faits
qu’ils ont perpétrés. L’immaturité que
l’on retrouve souvent chez les auteurs
d’agressions sexuelles vient du fait que
ce sont des enfants qui ont été bloqués
dans leur développement. La première
étape est de comprendre leur histoire. Il
faut travailler sur cette énergie meurtrière et l’évacuer grâce à un travail corporel. Et, à leur sortie de prison, SVS
continue de suivre ceux qui le veulent.
Peut-on guérir un pédophile ? Faut-il
une injonction de soins pour tous ?
Guérir, c’est possible. Encore faut-il
pouvoir mettre en œuvre une thérapie ! Il
faut attendre que le procès soit passé
pour que les soins démarrent : on perd
beaucoup de temps. Autre problème,
dans les centres de détention, où il y a
beaucoup de violences, les psychologues
sont pour la plupart sans grande expérience. Il faudrait mettre les moyens
pour transformer nos prisons en vrais
établissements de soins ! ■
Au terme de quatre semaines
d’audition, le cardinal australien
George Pell a été renvoyé mardi
en procès pour des accusations
sexuelles qu’il rejette. Âgé
de 76 ans, l’ancien archevêque
de Melbourne et de Sydney,
« ministre des Finances »
du Vatican, est un proche
conseiller du pape François.
Plus haut représentant de l’Église
catholique ainsi poursuivi pour
agressions sexuelles, il a pris
congé de ses fonctions au Vatican
pour rentrer en Australie afin
de se défendre de ces accusations
sur des faits qui se seraient
déroulés il y a de nombreuses
années. Présent à la lecture
des attendus, il a annoncé à la juge
Belinda Wallington qu’il plaiderait
« non coupable ». Cette dernière
s’est déclarée « convaincue » qu’il
y avait suffisamment de preuves
pour que le prêtre comparaisse
pour des chefs d’accusations
« multiples ». Une audience
procédurale est prévue mercredi
pour discuter de la date du procès.
EN BREF
Scènes de panique
à Nice après un tir
de pistolet d’alarme
Un homme a tiré en l’air lundi soir
à Nice avec un pistolet d’alarme
lors d’une dispute, provoquant
un mouvement de panique
dans une rue du centre-ville.
Dix à douze personnes
ont été légèrement blessées
dans la bousculade et certaines
ont été hospitalisées.
C’est un différend entre
deux couples qui serait
à l’origine des incidents.
Lyon : un adolescent porté
disparu a été retrouvé
Un adolescent de 14 ans, qui n’avait
pas donné de nouvelles depuis
samedi après-midi, a été retrouvé
dans la nuit de lundi à mardi
à la gare de Lyon Part-Dieu.
Freddy Morel avait quitté
le domicile familial
de Bourg-en-Bresse (Ain),
à vélo afin de préparer un triathlon.
Départ à Vintimille
d’une « marche citoyenne et
solidaire » pour les migrants
Une soixantaine de marcheurs,
rassemblés lundi à Vintimille
(Italie) près de la frontière
franco-italienne, à l’appel
de l’association française l’Auberge
des migrants, ont pris le départ
d’une marche de solidarité
avec les migrants qui doit les mener
jusqu’à Londres le 8 juillet.
Cette marche « citoyenne
et solidaire » de quelque 1 400 km
comporte soixante étapes tout
au long desquelles des volontaires
sont appelés à se relayer
pour rejoindre Calais, port du nord
de la France où se retrouvent
les candidats à l’immigration
clandestine qui cherchent
à se rendre en Grande-Bretagne.
La Corse fait face à une crise des déchets
Alors que la saison touristique va reprendre, les poubelles s’entassent déjà à Bastia et à Ajaccio.
ENVIRONNEMENT À l’aube de la saison
touristique, la Corse ne traite plus ses déchets. Environ 50 % de la production annuelle d’ordures ménagères y est pourtant réalisée entre juin et septembre. Dans
les rues de Bastia et d’Ajaccio, les déchets
s’entassent déjà à la vue de tous. La chaleur n’a pas encore fait son apparition,
mais les odeurs nauséabondes envahissent l’atmosphère.
Cette situation dure depuis une semaine et le début du blocage des principaux
centres d’enfouissements de l’île (CET).
Suite à la fermeture du site de Vico en
mars 2017, en réponse à la colère des riverains, seuls deux centres d’enfouissement
fonctionnaient encore : ceux de Viggianello et de Prunelli-di-Fiumorbo. Or, de-
PASCAL POCHARD-CASABIANCA/AFP
A
ANTOINE GIANNINI £@GianniniAntoine
Depuis une semaine, les déchets
envahissent les rues d’Ajaccio.
puis les 24 et 25 avril, ils sont bloqués par
des riverains qui ne veulent plus accueillir
les déchets du reste de l’île.
Devant l’entrée du site de Viggianello,
dans le sud de la Corse, entre Propriano et
Sartène, une grande partie des maires de
18 communes alentour bloquent l’accès
aux camions-bennes. Des habitants sont à
leurs côtés. Le mot d’ordre : « Nous ne
voulons pas accueillir les poubelles de toute
la Corse. » Les manifestants laissent seulement entrer les transporteurs venus des
18 municipalités de leur territoire. Depuis
2010, ce centre sert d’exutoire aux déchets de toute la Corse. Il avait joué la carte de la solidarité en acceptant d’augmenter progressivement ses tonnages depuis
trois ans, jusqu’à absorber l’an dernier
60 % des 170 000 tonnes enfouies chaque
année sur l’île. Mais les élus de la communauté de communes du Sartenais-Valin-
co-Taravo ont refusé l’extension de la capacité d’enfouissement du site de
Viggianello que s’apprêtaient à leur proposer le Syvadec, organisme chargé de
traiter les déchets ménagers, et la Corse.
Centre d’enfouissement bloqué
« Nous ne pouvons recevoir plus de
30 000 tonnes, arguent les élus. Juste assez
pour nos propres poubelles et tenir jusqu’à
fin 2020, date de la fermeture administrative
du centre. » Même scénario à Prunelli-diFiumorbo, où, face à la crainte d’une augmentation des volumes, un collectif bloque
depuis le 25 avril le centre d’enfouissement
aux camions du reste de la Corse.
La Corse ne pourra pas sortir de cette
crise grâce au tri, car elle valorise nettement moins (20 %) que la moyenne des
autres régions françaises (46 %). Politiquement, ce dossier est une patate chau-
de. Depuis 2002, les majorités régionales,
de droite comme de gauche, n’ont jamais
réussi à résoudre l’équation. Incinérateur,
centre de tri mécano-biologique, tous les
projets se sont heurtés à la vindicte d’une
partie de la population ou aux blocages de
la justice.
Pourfendeurs du tout-enfouissement,
les nationalistes, à la tête de la région depuis 2015, optent pour le tri à la source. La
majorité souhaite un nouveau plan déchets. Mais l’urgence n’est pas réglée.
Gilles Simeoni, le président de la collectivité unique, a opté pour deux centres de
tri à Ajaccio et Bastia. Pour l’heure il
brandit devant l’assemblée de Corse,
comme un chiffon rouge, la solution de
l’exportation des déchets. « Ce serait une
régression totale pour une île qui aura vocation à développer son indépendance et
son autonomie », estime l’élu. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
SCIENCES
11
Asthme : éviter le passage aux urgences
L’asthme entraîne 900 décès par an. Un traitement de fond bien suivi permet pourtant de contrôler la maladie.
ANNE PRIGENT
PNEUMOLOGIE On l’oublie trop souvent mais, en France en 2018, l’asthme
tue toujours. Même si le nombre de décès a diminué fortement depuis les années 2000, 900 personnes succombent
encore chaque année suite à une crise
aiguë d’asthme. « Compte tenu des traitements dont nous disposons, ceci n’est
pas acceptable, quels que soient l’âge et
les comorbidités. On doit être capable de
contrôler la maladie suffisamment en
amont pour ne pas en mourir », soulignait
le Pr Nicolas Roche, président de la Société de pneumologie de langue française, à l’occasion de la présentation de la
journée mondiale 2018 du 1er mai ayant
pour thème « Asthme et urgence ».
Des progrès ont effectivement été
réalisés dans la prise en charge médicale
de la crise d’asthme aiguë mais, encore
trop souvent, les patients évaluent tardivement la gravité de leur crise.
« L’asthme aigu peut avoir un début brutal mais c’est assez exceptionnel. Le plus
souvent, il fait suite à une crise habituelle
qui va monter sur plusieurs heures et ne
pas être soulagée par le traitement bronchodilatateur habituellement efficace »,
explique le Dr Jean-Philippe Marre,
pneumologue à Tours et vice-président
de l’Espace du souffle. Toute crise inhabituelle ou qui dure doit déclencher un
appel au 15. « Une crise d’asthme peut
s’aggraver à tout moment. C’est pourquoi il ne faut pas tenter de se rendre à
l’hôpital par ses propres moyens. Elle impose un transport médicalisé », précise le
Dr Marre.
Les 4 millions d’asthmatiques en
France génèrent chaque année 200 000
passages aux urgences, avec deux pics
annuels : la saison des pollens puis celle
des virus. Aux urgences, le patient en
crise d’asthme est immédiatement
identifié et pris en charge en priorité. Le
traitement repose sur les corticoïdes et
les bronchodilatateurs à forte dose. Puis
le patient quitte l’hôpital avec des corticoïdes oraux de courte durée et surtout
un traitement « de fond » destiné à traiter la maladie permanente sous-jacente
et ainsi prévenir la rechute.
L’expérience de Tours
Or cette prescription n’est faite que
pour six asthmatiques sur dix, selon les
résultats de l’étude Asur 1. Un constat
d’autant plus inquiétant lorsque l’on sait
qu’une grande part des personnes passées aux urgences ne verra pas de pneumologue par la suite. Résultat : 30 % des
patients qui sortent des urgences voient
leur situation se dégrader le mois
d’après et la plupart d’entre eux y reviendront.
À Tours, urgentistes et pneumologues se sont alliés pour éviter ce retour
aux urgences trop rapide. Au cours de
leur séjour de quelques heures, les patients remplissent un questionnaire
puis ont un entretien avec une infirmière ou une aide-soignante spécialement formée pour appréhender leur niveau de connaissance, identifier avec
eux les facteurs déclenchants de la crise
qui les ont amenés aux urgences, leur
apprendre à se servir d’un débit expiratoire de pointe qui leur permettra d’apprécier la gravité d’une crise. Les questionnaires seront transmis à l’École de
l’asthme qui, dans les trois semaines qui
suivent leur sortie, les appellera pour
leur proposer des séances d’éducation
thérapeutique. « Le but est que le patient
prenne le contrôle de sa maladie en apprenant à la connaître », explique le
Dr Véronique Derogis, urgentiste au
CHU de Tours.
Peur des corticoïdes
L’asthme est une maladie chronique
qui, outre les traitements de la crise,
nécessite un traitement de fond. À base
de bêta-2 mimétiques à longue durée
d’action et de corticoïdes inhalés, celuici se prend en continu. Chez la majorité
des asthmatiques, prendre correctement son traitement de fond devrait
éviter les crises d’asthme aiguës. « Si on
compare l’asthme à une casserole de lait
sur le feu, le traitement de fond baisse le
gaz en permanence pour que l’asthme
soit sous contrôle et ne déborde pas », explique le Dr Derogis. Or la plupart des
personnes qui arrivent aux urgences
pour une crise d’asthme aiguë sont
sous-traitées. Dans certains cas, elles
n’ont pas de traitement de fond, voire
pas de traitement du tout car elles ne se
savaient pas asthmatiques. Mais pour
les autres, le traitement de fond est rarement pris correctement.
Comme pour toutes les pathologies
chroniques, la moitié seulement des patients suit son traitement à la lettre.
Outre le déni de la maladie ou la peur
des corticoïdes, l’utilité du traitement
de fond n’est pas bien comprise. « La
Les 4 millions de Français asthmatiques génèrent chaque année 200 000 passages aux urgences, avec deux pics annuels : la saison
des pollens puis celle des virus. AMELIE-BENOIST/BSIP
plupart du temps, ils pensent que le corticoïde inhalé, base du traitement, est à
prendre uniquement lorsque ça va mal, et
une grande partie des patients estime
très insuffisamment la réelle activité de
leur asthme, ce qui explique les mauvaises surprises », explique le Dr Jean-Philippe Marre.
L’objectif de l’expérimentation mise
en place à Tours est de conduire le patient à bien suivre ce traitement de fond,
afin que non seulement le passage aux
urgences devienne exceptionnel, mais
que surtout la qualité de vie au quotidien
très dégradée chez ces patients instables, puisse être améliorée. Une démarche qui a fait ses preuves. « Une étude
menée en 2012 dans le cadre d’une thèse a
montré que nous avions fait chuter la récidive des crises à trois mois de 38 % à
28 % », se félicite Véronique Derogis.
Parallèlement, l’École de l’asthme voit
sa fréquentation augmenter. « Sur les
cent cinquante asthmatiques que nous
suivons désormais, la moitié vient suite à
un passage aux urgences », conclut le
Dr Jean-Philippe Marre. ■
L’environnement professionnel, un facteur de risque
«
Le pronostic
des asthmes
professionnels
est souvent
médiocre,
même après
suppression
de l’exposition
à la substance
qui le
provoque
L’INSERM
»
CASSANDRE JALLIFFIER
ESSOUFFLEMENTS, toux, sensation d’oppression dans la poitrine… Et s’il s’agissait d’une crise
d’asthme ? Ces réactions inflammatoires, de fréquence et d’intensité variables, s’expliquent
par une irritation de la paroi interne des bronches. En France,
près de quatre millions de personnes sont concernées par cette
maladie chronique. Parmi elles,
entre 200 000 et 400 000 le sont à
cause de leur emploi, selon l’Institut national de la santé et de la
recherche médicale (Inserm).
Les boulangers-pâtissiers, les
coiffeurs, les professionnels de
santé, mais aussi les employés de
ménage, les ouvriers du bâtiment
ou encore les travailleurs du bois
sont les plus concernés puisqu’ils
représentent un cas sur deux
d’asthme professionnel, comme
l’indique l’Inserm. En cause ? La
farine, la peinture, les produits de
coiffure, l’eau de Javel et autres
produits nettoyants. Au total,
plus de 350 substances chimiques
sont connues pour participer à
l’apparition de cette maladie, selon l’Institut national de recherche et de sécurité au travail
(INRS).
L’environnement de travail est
le facteur déclencheur de 10 à
25 % des cas d’asthme chez
l’adulte, estime l’INRS. Ce qui fait
de l’asthme la maladie respiratoire la plus fréquemment déclenchée dans le cadre du travail.
Pourtant, seuls 200 cas sont reconnus comme maladies professionnelles chaque année et bénéficient d’une indemnisation par
la Sécurité sociale, ce qui rend
compte « de la méconnaissance et
du manque de déclaration de
l’asthme comme maladie professionnelle », indique l’INRS.
Et pour cause, outre le fait que
les artisans, les commerçants et
les professions libérales ne bénéficient pas d’une indemnisation
du fait de leur régime social, « le
plus souvent, le salarié fait les dé-
marches de son côté pour changer
de poste et améliorer son état de
santé. Mais il ne pense pas à déclarer ses symptômes au médecin
du travail », explique le Dr Chloé
Leroy, médecin du travail de
l’Association interprofessionnelle
des centres médicaux et sociaux
de santé au travail.
Double vérification
Après avoir diagnostiqué l’asthme, vérifié à travers la chronologie des symptômes qu’il est effectivement lié au milieu professionnel et identifié les composés allergènes responsables de
la maladie, le dossier de reconnaissance peut être monté. À partir de là, la reconnaissance prend
entre trois et six mois, le temps
pour la Caisse primaire d’assurance-maladie de procéder à une
double vérification médicale et
administrative du diagnostic. « Si
les critères correspondent au tableau de référence, la reconnaissance se fera. Le problème n’est
donc pas de l’ordre d’une sous-re-
connaissance, mais bien d’une
sous-déclaration », affirme le
Dr Chloé Leroy.
« Le pronostic des asthmes professionnels est souvent médiocre,
même après suppression de l’exposition à la substance qui le provoque », indique l’Inserm. Sans
compter que l’asthme ne connaît,
pour l’heure, aucun traitement
curatif. Or la maladie a souvent
des répercussions importantes
sur la vie des patients : interruption de travail, reclassement…
Alors pour limiter les risques
sans changer radicalement de milieu professionnel, des précautions peuvent être prises. Avant
tout, il est nécessaire d’évaluer le
risque de chaque poste de travail
et d’éliminer dans la mesure du
possible les produits potentiellement allergisants. Si ce n’est pas
envisageable, il faut réfléchir à un
réaménagement des locaux,
d’après l’Assurance-maladie, qui
conseille également de porter des
protections afin d’éviter le contact avec l’agent sensibilisant. ■
Légèreté record grâce à l’aile de libellule
TECHNOLOGIE À la surface de l’eau, une
larve de libellule a achevé sa maturation
et sa métamorphose. Elle libère alors l’insecte, qui émerge tout mouillé. Ses quatre
ailes sont comme de la gelée, toutes froissées. Mais, en un rien de temps, elles vont
se déployer, complètement sèches. La libellule inspiratrice d’un procédé permettant de réaliser un matériau ultraléger,
superisolant, pratiquement imbrûlable,
d’un coût de fabrication défiant toute
concurrence ? C’est ce que revendiquent
des chercheurs de l’université de Newcastle dans le journal Advanced Materials.
Ce type de matière, appelé aérogel, est le
plus poreux et le plus léger connu de
l’homme : un bloc d’aérogel de la taille
d’une voiture familiale pèse… moins d’un
kilogramme. Sa densité moyenne est de
0,1 g/cm3 et est faite de 95 % d’air.
Ces matériaux sont ignifuges et
conduisent très mal la chaleur : ce sont
donc de très bons isolants (l’équivalent
du vide), aussi bien pour le chaud que
pour le froid. Ils vieillissent très bien, résistent à la perforation et sont insensibles
aux moisissures. Ils ont été découverts en
1931 et ont été utilisés dans l’industrie
spatiale.
Ce sont des gels de silice (dioxyde de
silicium) qui se présentent comme une
gelée. Pour les transformer en aérogel, il
faut extraire l’eau de la gelée en préservant la délicate structure en silice. Un
travail long, délicat et coûteux qui se fait
en chauffant la gelée sous pression d’une
manière très précise. Ce sont donc des
matériaux qui étaient chers et difficiles à
fabriquer. Des améliorations ont eu lieu
mais le développement à grande échelle
restait difficile.
L’ordre des odonates (libellules et demoiselles) regroupe des insectes à métamorphose incomplète et à larve aquatique. Les quatre ailes membraneuses,
transparentes, hyperlégères (moins de
2 % du poids de l’animal), qui peuvent
Le processus chimique
à l’œuvre lors du
passage de la larve
à la libellule a servi
de modèle à l’aérogel.
avoir plusieurs dizaines de centimètres
d’envergure, permettent aux libellules de
voler jusqu’à 30 km/h en faisant, chez les
mâles, de la voltige.
Comment l’animal fait-il, à sa sortie de
l’eau, pour expulser le liquide de la fine
dentelle de l’aile ? « L’aile d’une libellule
est faite d’un aérogel superléger, explique
Lidija Siller, dernière signataire des travaux. Et sa rigidité permet à l’insecte de
voler sur de très longues distances. Au moment de la sortie de l’eau, le corps de l’animal produit des molécules de bicarbonate.
Du gaz carbonique se forme qui va réguler
la pression du corps de l’insecte et assécher
les ailes. »
C’est cette réaction qu’ont copiée les
chercheurs pour fabriquer leur aérogel.
« Il s’agit d’une approche qui paraît être
originale, estime Patrick Achard, directeur de recherches à Mines-ParisTech/
Persée, spécialiste des aérogels. L’ensemble paraît novateur par la génération in
situ de gaz CO2 retenu au sein de la structure du gel et permettant à la nanostructure de celui-ci de résister aux forces qui
s’exercent lors du séchage à température
ambiante. Pour autant, les composés mis
en œuvre, hormis le précurseur de CO2
sont classiques. » Pour Xiao Han, cosignataire des travaux, « cette nouvelle
technique devrait réduire le coût de production de 96 %, soit passer de 82 € à 3,5 €
par kilo ». Reste à développer le procédé
au stade industriel. ■
A
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
MARK JOHNSON/PLAINPICTURE/WESTEND61
Des chercheurs s’inspirent des insectes pour produire plus facilement de l’aérogel, le matériau solide le plus léger au monde.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
12
SPORT
L’arbitre masqué
déballe les
dessous du
football français
Dans « Je suis l’arbitre masqué » (Éd. Hugo
Sport), un ex-arbitre de Ligue 1 dénonce
les maux du football hexagonal. Un récit
dévoilé en exclusivité par « Le Figaro ».
FOOTBALL Après le footballeur masqué
(2015), le rugbyman masqué (2015),
puis le cycliste masqué (2016), trois
sportifs qui dévoilaient sous couvert
d’anonymat les coulisses de leur sport,
c’est au tour de la profession arbitrale
de passer à table. Dans Je suis l’arbitre
masqué (Éditions Hugo Sport, en librairie le 3 mai), un arbitre de Ligue 1 passé
par l’échelon européen confie sans tabou les secrets d’une profession habituée à prendre les coups en serrant les
dents plutôt qu’à en distribuer.
Quelques mois après avoir pris sa retraite, l’homme en noir brise ce tabou en
réglant ses comptes avec le milieu du
football. « L’une des difficultés fondamentales du rôle d’arbitre, c’est de se faire
constamment traîner dans la boue sans
que nous puissions nous défendre ou nous
justifier. Les choses ont légèrement évolué
en France depuis peu, mais notre parole
reste extrêmement bridée. Nous sommes
la grande muette du football et ce témoignage est une occasion unique d’asséner
quelques vérités », confie cet ex-porteur
de sifflet pour expliquer sa démarche.
Plusieurs entraîneurs de l’élite essuient
donc les coups de rapière dans ce quatrième opus d’une série à succès (69 000
exemplaires vendus au total). « Michel
Der Zakarian (Montpellier) est clairement
l’un des plus exaspérants. On peut également citer Rudi Garcia (OM) que l’on a vu
poursuivre un juge de touche avec son portable pour contester une décision. Mais le
cas le plus grave est sans doute celui de
René Girard (ex-Montpellier, Lille, Nantes). Sur un banc, il n’y a pas pire, alors que
c’est un pur produit de la DTN », glisse au
Figaro cet employé de La Poste qui percevait jusqu’à 15 000 euros mensuels au
sommet de sa carrière.
Chez les joueurs, le cauchemar porte un
nom : Hatem Ben Arfa qualifié de « pleureuse infernale » dans l’ouvrage. « Je ne
sais pas si c’est propre à la formation lyonnaise mais deux des joueurs les plus insupportables de Ligue 1, Hatem Ben Arfa et
Nabil Fekir, viennent de là-bas. Ils contestent sans arrêt et sont d’une mauvaise foi
totale. Benoît Pedretti était également diffi-
“
Il y a les grands
seigneurs comme Laurent
Blanc ou Marcelo Bielsa
que l’on n’entend jamais et
qui assument leurs échecs
sans chercher de bouc
émissaire. Ceux-là,
c’est la grande classe
”
cile à gérer. Avec en prime une propension à
mettre des coups en douce », enchaîne notre interlocuteur qui sait aussi distribuer
les bons points à certains joueurs. Citons
Rio Mavuba, Jérémy Toulalan, Benjamin
Nivet, Daniel Congré ou le Monégasque
Radamel Falcao, un « garçon délicieux et
leader exemplaire ». Sur le banc aussi,
certains coachs savent se montrer irréprochables : « Il y a les grands seigneurs
comme Laurent Blanc ou Marcelo Bielsa
que l’on n’entend jamais et qui assument
leurs échecs sans chercher de bouc émissaire. Ceux-là, c’est la grande classe. »
Plusieurs présidents intimidants de
clubs passent également à la moulinette.
« Ces pressions existent et l’un de mes objectifs, avec ce livre, est de les dénoncer.
LAHALLE PIERRE/PRESSE SPORTS
GILLES FESTOR gfestor@lefigaro.fr
« L’une des difficultés
fondamentales
du rôle d’arbitre,
c’est de se faire
constamment traîner
dans la boue
sans que nous
puissions
nous défendre
ou nous justifier. »
cueillir un arbitre en lui disant : “N’oubliez
pas que vous arbitrez un match à vingt
millions d’euros !” La pression est telle
que tout le monde devient plus ou moins
cinglé », poursuit celui qui compare aussi
Nasser al-Khelaïfi (Paris SG) et Vadim
Vasilyev (Monaco) à des fantômes qui, au
contraire, brillent par leur discrétion
dans les bureaux des arbitres.
En marge d’anecdotes salées qui ali-
Toutefois, elles n’ont pas d’influence sur
les décisions. En tout cas, pas sur les miennes », rassure le mystérieux arbitre qui
charge notamment le patron du FC Nantes, Waldemar Kita, « vitupérant et paranoïaque », et s’interroge sur la double facette d’un Jean-Michel Aulas, « l’un des
hommes les plus intelligents du milieu ».
Le président de l’OL oscille entre séduction et intimidation. « Il est capable d’ac-
Trois multicoques géants (seulement) au
départ de la nouvelle course Nice Ultimed
Coville, Joyon et Le Blevec s’affrontent en Méditerranée dans une épreuve en équipage inédite.
A
VOILE Une nouvelle course est toujours
un événement. Comme un bébé, elle est
attendue puis applaudie et fêtée comme il
se doit par la « famille ». En sport, elle est
d’autant plus commentée qu’elle est lancée par Amaury Sport Organisation
(ASO), l’organisateur du Tour du France,
du Dakar et du marathon de Paris (notamment) et qu’elle met en scène des
géants des mers. Problème, la Nice Ultimed ne lance, ce mercredi 2 mai
(à 13 h 02), que trois bateaux. Certes, mesurant autour des 30 mètres. Mais, après
le chavirage du maxi-trimaran Banque
Populaire IX et le retrait d’Armel
Le Cléac’h, Thomas Coville (Sodebo Ultim), Francis Joyon (Idec Sport) et Yves
Le Blevec (Actual-Grand Large Émotion)
sont déjà assurés de se partager les places
du podium avec leur équipage.
Et encore, les organisateurs ont dû la
jouer malin pour s’assurer la présence de
trois bateaux à Nice. Car, avant le chavirage du Banque Populaire d’Armel Le Cléac’h, le 14 avril, à 150 milles des côtes du
Maroc, c’est le trimaran Actual d’Yves
Le Blevec qui avait terminé à l’envers au
large du cap Horn, le 4 décembre dernier,
lors d’une tentative de record autour du
monde contre les vents dominants.
Pour lui trouver un bateau et lui permettre d’être présent lors de cette Nice
Ultimed, ASO s’est rapproché d’Antoine
Rabaste, propriétaire du maxi-trimaran
VALERY HACHE/AFP
MARTIN COUTURIÉ £@martincouturie
Les trois maxi-trimarans durant le prologue entre Marseille et Nice, dimanche dans
la baie des Anges, remporté par Actual-Grand Large Émotion (au premier plan).
Transat AG2R : Simon-Lagravière en tête
L’équipage composé de Sébastien
Simon et Morgan Lagravière (Bretagne
CMB Performance) mène la flotte
devant Adrien Hardy et Thomas Ruyant
(Agir Recouvrement), 9 milles derrière.
Le duo Anthony Marchand-Alexis
Loison (Groupe Royer-Secours
Populaire) complète le podium
à 18 milles. Si ces trois Figaro Bénéteau
ont toujours une avance conséquente
sur le reste du peloton (160 milles
sur le 4e, Armor Lux, d’Erwan Tabarly et
Thierry Chabagny, les tenants du titre),
celle-ci diminue considérablement.
Leur stratégie de passer à l’ouest des
îles Canaries, quand les autres ont pris
l’option de longer les côtes africaines,
pourrait à terme s’avérer perdante.
Grand Large Émotion, qui n’est autre que
l’ex-Gitana 11 vainqueur de la Route du
rhum 2006 avec Lionel Lemonchois, rallongé à 77 pieds (24 mètres) pour l’édition
suivante avec Yann Guichard et désormais proposé au grand public et aux entreprises pour des sorties à la journée. À
bord avec des marins d’expérience, Yves
Le Blevec, Éric Defert, Jean-Baptiste
Le Vaillant, Julien Jeudy, Loïc Lingois et
Karine Fauconnier, le Havrais Antoine
Rabaste va ainsi découvrir les joies de la
navigation en course à très haut niveau
sur un trimaran géant.
Même si son Actual-Grand Large Émotion a remporté le prologue entre Marseille et Nice, puis le run de démonstration la semaine dernière, il ne partira pas
favori, loin de là, au départ de la course ce
mercredi, en rendant 7 mètres aux Sodebo Ultim de Thomas Coville et Idec Sport
de Francis Joyon, en pleine répétition
pour la prochaine Route du rhum (départ
le 4 novembre), et, à plus long terme,
pour le nouveau tour du monde en course
et en solo (décembre 2019). Pour ces deux
points d’orgue de la toute jeune classe Ultime, seront également attendus François
Gabart (Macif) et Sébastien Josse (Gitana), absents à Nice.
D’ici là, le parcours de la Nice Ultimed
(une jolie boucle de 1 000 milles à avaler
deux fois) verra les trois géants des
océans se départager entre la Corse, la
Sardaigne, les Baléares, Marseille et Nice.
Arrivée prévue samedi après-midi dans
la baie des anges. ■
menteront le buzz, le récit prend de la
hauteur pour mettre en lumière les
contraintes d’une profession discréditée
et pointée du doigt quelques semaines
après l’épisode du « Chaprongate »
(Tony Chapron a été suspendu huit mois
pour avoir tenté de tacler le Nantais Diego
Carlos, qui l’avait accidentellement fait
chuter lors du match Nantes-PSG). Dans
un climat parfois délétère, le lynchage est
même devenu un sport national chez certains consultants « influenceurs ». Christophe Dugarry (RMC) mais surtout Pierre
Menès (Canal+) en prennent ainsi pour
leur grade. « Quand Ménès se paie un arbitre sur le plateau du CFC, ça fait rire le
public et il le sait. Vous ne ferez rire personne avec un discours sérieux sur le sujet
et la télé est avant tout un spectacle. Il y a
un peu de paresse et de démagogie là-dedans même si je comprends que la place soit
bonne et qu’il ait besoin de manger », déplore l’arbitre qui défend bec et ongles la
qualité de l’arbitrage français.
Celui-ci est pourtant assez peu représenté lors des grandes compétitions
même si Clément Turpin ira au Mondial,
cet été en Russie. « Je suis convaincu que
la faiblesse de l’arbitrage français est un
mythe », défend l’auteur. Il préfère dénoncer une autoflagellation bien française et s’inquiéter de la sous-représentation de son pays dans les instances
internationales en raison d’un lobbying
défaillant. « Ceux qui se persuadent que
les arbitres italiens ou anglais nous sont
supérieurs n’ont qu’à suivre les championnats concernés et ils constateront
qu’il y a là-bas aussi des erreurs et des
polémiques chaque week-end. C’est inévitable », conclut-il sur le sujet.
Violence grandissante dans le foot
amateur (avec un passage édifiant sur
une équipe se faisant attendre sur le terrain dans une banlieue sensible car des
joueurs… prient), dysfonctionnement
au sein des instances dirigeantes, soumission de la profession à la Ligue et aux
droits télés, l’auteur tire la sonnette
d’alarme sur certains maux du football
(ou se félicite d’avancées comme la
baisse de la corruption) à l’heure où le
recours à la vidéo s’impose. Non sans
causer de débat. « En un sens, c’est
presque pire. Si les litiges sont plus rares,
on nous les pardonne encore moins. Ceux
qui y voient une solution miracle vont
tomber de haut », prévient le père de famille qui s’est volontairement mis en
retrait du monde du ballon rond.
Une distance qui lui permettra peutêtre d’encaisser les critiques si jamais
son masque tombe (ce qui semble envisageable), même si sa démarche se veut
le plus souvent constructive : « Je pense
que le livre sera bien accueilli même si
quelques dents vont sans doute grincer.
Je suis curieux de voir si je serai démasqué. Ça ne m’angoisse pas plus que ça à
vrai dire. Quoi qu’il arrive, ça ne me portera pas grand préjudice. » ■
ZOOM
Foot : Rome-Liverpool,
« rimonta », épisode 2 ?
Une victoire 3-0 et une nouvelle
« rimonta »pour se hisser en finale
de la Ligue des champions ?
Le mode d’emploi est connu
puisque l’AS Rome a réussi l’exploit
au tour précédent face au grand
FC Barcelone. Mais la tâche
s’annonce plus compliquée encore
ce mercredi face à Liverpool,
victorieux 5-2 à l’aller. Dans
le sillage de l’Égyptien Mohamed
Salah, auteur de 43 buts cette saison
et élu mardi joueur de l’année par
les journalistes anglais, les Reds ont
toutes les raisons de croire à leur
première finale de C1 depuis 2007.
DEMI-FINALES RETOUR
LIGUE DES CHAMPIONS
REAL MADRID
AS ROME
BAYERN MUNICH
hier
mercredi
20 h 45 LIVERPOOL
C + et C8
EN BREF
Tennis : Monfils cale encore
Gaël Monfils a été éliminé dès
le 1er tour du tournoi de Munich.
Le Français, 40e à l’ATP, s’est
incliné contre le Bosnien Basic
(92e mondial) 6-2, 3-6, 6-3. Monfils
n’a plus gagné depuis début mars.
Cyclisme : Froome se défend
Christopher Froome, qui prendra
le départ du Giro vendredi
à Jérusalem, est revenu sur son
contrôle anormal au salbutamol.
« J’espère être totalement blanchi
de quelconque irrégularité parce
que je n’ai rien fait de mal. »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018
LE CARNET DU JOUR
01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
deuils
Daniel Arnaud,
son époux,
Sylvie Rideau (†),
Laure et Philippe Rousset,
ses enfants,
Adrien, Nicolas,
Clément, Julien,
ses petits-fils,
François et Régine Lindet,
son frère et sa belle-sœur,
et leurs enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Daniel ARNAUD
née Marie-Pierre Lindet,
le 27 avril 2018,
dans sa 82e année.
La cérémonie d'adieu
aura lieu le jeudi 3 mai,
à 12 heures, au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise,
Paris (20e).
L'inhumation se déroulera
le vendredi 4 mai, dans l'intimité
familiale, au cimetière
du Montparnasse.
5, rue du Renard, 75004 Paris.
Les familles Béchet, Calleia,
Aveline, Voto, Choussy-Gribel,
Guillon, Violle, Choussy, Dié
vous font part du décès de
leur épouse, mère, grand-mère,
sœur, tante,
Elisabeth Caroline BÉCHET
née Choussy,
rappelée à Dieu le 30 avril 2018,
dans sa 82e année.
La messe d'obsèques aura lieu
le vendredi 4 mai, à 14 heures,
en l'église de Saint-Gervazy
(Puy-de-Dôme),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Saint-Gervazy.
Elizabeth et Jean-Patrice
Le Lay,
Laurence et Gilles Maisondieu,
Cécile et Jean-François
Chrétien-Blanchon,
ses enfants,
ses 8 petits-enfants,
ses 11 arrière-petits-enfants,
Nicole Aujoulet,
sa belle-sœur,
en union avec
Louis (†), son frère,
et Geneviève (†),
ainsi que leurs enfants
ont la grande tristesse
de faire part du décès de
Mme Henri CHRÉTIEN
née Madeleine Aujoulet,
« Marinette »,
le 22 avril 2018,
dans sa 98e année.
La messe de funérailles
sera célébrée
par le père Romain Lumpp,
le vendredi 4 mai, à 9 h 45,
en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
90, rue de l'Assomption,
Paris (16e).
Elle sera suivie de l'inhumation,
au cimetière Saint-Jacques,
boulevard Aristide-Briand,
à Châtellerault (Vienne),
à 16 h 30.
Ses enfants tiennent
à remercier de tout cœur
Lucille Landrevie,
sa dame de compagnie et amie,
ainsi que Marie Duval
et Fatima Berry pour leur aide
et leur présence si précieuses
auprès de leur mère.
Neuilly-sur-Seine.
Mme Marianne
Roblin-Clément,
sa fille,
Camille, sa petite-fille,
Martine, Myriam, Bernard,
ses neveux et nièces,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Gilbert CLEMENT
Audrey et Jérôme Sandrini,
Sophie et Thibaut
de Saint Sernin,
Marina et François Biola,
ses enfants,
Emma, Quentin, Chloé,
Valentine, Charlotte, Joseph,
Adam et Côme,
ses petits-enfants,
survenu le 27 avril 2018,
à Suresnes.
Les obsèques auront lieu
au cimetière ancien
de Neuilly-sur-Seine,
3, rue Victor-Noir,
ce mercredi 2 mai, à 15 h 30.
les familles Bennett, Blancpain
Ni fleurs, ni pleurs,
mais des couleurs !
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
Une pensée est demandée
pour son frère,
Anne-France BENNETT
le 28 avril 2018, à Paris,
à l'âge de 68 ans,
entourée des siens.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 3 mai,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame de l'Assomption,
90, rue de l'Assomption,
Paris (16e).
L'inhumation aura lieu
dans le caveau de famille,
à Niherne (Indre),
dans l'intimité familiale.
Fleurs blanches uniquement.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Francis
73, boulevard Victor-Hugo,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Mme Antoine Bailly,
ses enfants et petits-enfants,
M. et Mme Gilles Desombre,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme
Frédéric Desombre,
ses sœur, frères,
belles-sœurs,
neveux et nièces,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Christine DESOMBRE
Paris. Marcenat (Cantal).
François Chabaud,
son fils,
Antonio di Gennaro,
les familles Mainial,
Tournadre, Heraud
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Paulette CHABAUD
née Heraud,
survenu à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu ce mercredi
2 mai 2018, à 10 h 30,
en l'église de Marcenat.
Mme Pierre
Chassande-Patron,
ses filles,
Christine, Catherine et Céline,
leurs époux et conjoints,
Philippe Taubregeas,
François Bernauer
et Philippe Legrand,
ses petits-enfants,
Camille, Clara, Matthieu,
Antoine, Blanche et Marie,
ont l'immense chagrin
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Pierre CHASSANDE-PATRON
le 26 avril 2018,
à l'âge de 79 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 7 mai,
à 10 heures, en l'église
Cœur Immaculé de Marie,
23, rue de Verdun, à Suresnes.
pierredenisechassande@gmail.
com
survenu le 27 avril 2018,
dans sa 86e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
rue Corot, Paris (16e),
le jeudi 3 mai, à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
au cimetière de Wimille
(Pas-de-Calais).
Gilles Desombre,
1, rue Traversière,
78110 Le Vésinet.
Le professeur
Philippe Douste-Blazy,
son fils,
et Mme Marie-Laure Becq,
le docteur
Bernard Douste-Blazy,
son fils,
M. Pierre-Elliott Douste-Blazy,
son petit-fils,
M. et Mme
Christophe Béguère,
ses neveux,
et leurs enfants,
Mlle Bernadette Béguère,
sa nièce,
Paris (17e).
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
le 28 avril 2018,
à l'âge de 91 ans, à Meudon.
Mme Geneviève
DOUSTE-BLAZY
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse aura
lieu ce mercredi 2 mai 2018,
à 15 heures,
en la basilique Saint-Sernin
de Toulouse.
« Tout homme est une histoire
sacrée, l'homme est à l'image
de Dieu. »
La comtesse de Guenyveau,
née Gillette de Fontaines
Maillard de la Gournerie,
son épouse,
Gwendoline de Guenyveau,
Emeric et Anne-Sophie
Leveau-Vallier
et Marin, leur fils,
Maïténa Lejeal,
Diane de Saint Leger,
née de Guenyveau,
Adrien de Saint Leger
et sa fiancée Anaïs Guillaud,
Albane et Antoine
de Saint Leger,
François-Henri,
comte de Guenyveau
et la comtesse, née
Constance Bugallal y Béraud,
Augustin et Marie-Sophie
de Guenyveau,
Guilain, Tanguy et Leonor
de Guenyveau,
ses enfants, petits-enfants
et son arrière-petit-fils,
vous font part de l'émotion
qu'ils ressentent à l'occasion
du rappel à Dieu du
comte de GUENYVEAU
à l'âge de 85 ans, muni
des sacrements de l'Église.
La messe de sépulture sera
célébrée en l'église de la Ronde,
La Forêt-sur-Sèvre
(Deux-Sèvres), ce mercredi
2 mai 2018, à 15 heures.
Hubert et Valérie Harnois,
Christophe et Isabelle Harnois,
Virginie et Alexandre Marque,
ses enfants,
Arthur et Anne-Claire, Eliott,
Victor, Margaux, Noémie,
Daphné, Lou et Paul,
ses petits-enfants,
Jeanne, son arrière-petite-fille,
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Jean HARNOIS
le 29 avril 2018,
dans sa 96e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Jean-Baptiste,
158, avenue Charles-de-Gaulle,
à Neuilly-sur-Seine,
le jeudi 3 mai, à 14 h 30.
M. et Mme Dominique Filiatre,
M. et Mme
Gérald de Saint Blancard,
M. et Mme (†)
Christian de Saint Blancard,
ses enfants,
en union avec
son premier époux,
M. Olivier de Saint Blancard (†),
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la douleur de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Guy HENRY-BIABAUD
née Micheline Baré,
le 26 avril 2018,
dans sa 96e année.
M. Jean-Richard
de La Fournière,
son époux,
Arnaud de La Fournière,
Ghislain de La Fournière,
Aude de Vasselot,
ses enfants,
Pierre-Alexandre, Dimitri,
Albane, Timothée, Capucine,
Louis, Benjamin et Delphine,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Jean-Richard
de LA FOURNIÈRE
née Claire Viellard,
le 29 avril 2018, à Paris,
dans sa 72e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 3 mai,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame de Boulogne
(Hauts-de-Seine).
13
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 4 mai 2018,
à 10 heures, en la chapelle
Notre-Dame-de-Consolation,
23, rue Jean-Goujon, Paris (8e).
Michel et Thérèse Lelart,
ses parents,
Véronique,
sa sœur,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Stéphane LELART
décédé soudainement
le 26 avril 2018,
à Chengdu (Chine),
à l'âge de 38 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée prochainement
en l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
Paris (17e).
4, rue Villaret-de-Joyeuse,
75017 Paris.
michel.lelart@wanadoo.fr
Mme Léon Mary,
née Perrine Azais, son épouse,
Nathalie, Gaëtan,
Tanguy, Virginie,
ses enfants, et leurs conjoints,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
M. Léon MARY
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Martin,
45, rue de la République,
à Meudon (Hauts-de-Seine),
le jeudi 3 mai 2018, à 14 heures.
L'inhumation aura lieu
le samedi 5 mai, à 11 heures,
au cimetière Saint-Joseph
de Saint-Jean-de-Luz.
Christian Megrelis,
son époux.
Marie-Louise, Emmanuel,
Nicolas et Maria,
Elisabeth et Nicolas,
ses enfants,
Jean-Paul Balzarini,
son frère, et Isabelle,
L'inhumation aura lieu
le vendredi 4 mai, à 13 heures,
au cimetière Vaufleury
de Laval (Mayenne).
les familles Mégrelis
et Balzarini
ont la tristesse d'annoncer
le départ de
Chantal, Carmel, Elisabeth
MEGRELIS
née Balzarini,
Mme Raymond-Guy
Mattlinger,
née Catherine Glaizot,
son épouse,
La cérémonie des adieux
aura lieu le jeudi 3 mai 2018,
à 10 h 30,
en l'église protestante unie
d'Enghien-les-Bains,
155, avenue
de la Division-Leclerc.
ainsi que toute la famille,
la direction
et le personnel soignant
de la maison de famille
Saint Augustin, à Bergues,
les sœurs de l'Alliance
vous font part
du retour à Dieu de
Raymond-Guy MATTLINGER
officier
de l'ordre du Mérite maritime,
le 25 avril 2018, à Bergues,
à l'âge de 80 ans.
La messe d'A-Dieu
sera célébrée le vendredi 4 mai,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-du-Sacré-Cœur,
à Malo-les-Bains,
place Turenne.
Les cendres du défunt
seront répandues en mer,
selon ses volontés.
24, rue du Maréchal-Foch,
59240 Dunkerque.
Jean-Jacques Maurette,
son époux,
Paul et Colette Coulanges,
Michel et Monique Mercier,
ses neveux et nièces,
et leurs enfants
vous font part du décès de
Renée MAURETTE
née Quoi,
survenu à Paris, le 28 avril 2018,
dans sa 96e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 4 mai,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Lambert-de-Vaugirard,
place Gerbert, à Paris (15e).
L'inhumation se déroulera
le lundi 7 mai, à 11 heures,
au cimetière de Pourrachamet
(Haute-Garonne).
née Jacqueline Taslé,
« Moutte ».
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 3 mai,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Nicolas-des-Champs,
254, rue Saint-Martin,
Paris (3e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
ses onze petits-enfants
Mme Jean-Charles RASSE
Lauren, Helena, Constantin,
Camille, Théodore, Sophie,
Alexandre, Achille, Aliénor,
Nicholas, Levin, Ulysse,
Helena,
ses treize petits-enfants,
dans sa 79e année, entourée
de l'amour de tous les siens.
Geoffroy et Florence
Mattlinger,
Thibault et Emmanuelle
Mattlinger,
Marie-Sophie et Matthieu
Descamps,
ses enfants,
Il a plu au Seigneur
de rappeler à Lui,
le 26 avril 2018,
Un culte d'action de grâce sera
célébré le samedi 2 juin 2018,
à 15 heures,
en l'église protestante unie
d'Enghien-les-Bains.
Elle reposera au cimetière Sud
d'Enghien-les-Bains,
auprès de ses parents,
Renée et Jean Balzarini
« Toutes choses concourent
au bien de ceux qui aiment
Dieu, de ceux qui ont été
appelés selon le dessein
qu'il en avait formé. »
Romains VIII, 28
13, rue Paul-Doumer,
95880 Enghien-les-Bains.
Mme Maurice
de Parisot de Bernécourt,
née Chantal Vulliod,
son épouse,
M. Nicolas
de Parisot de Bernécourt,
M. et Mme Raoul
de Parisot de Bernécourt,
M. et Mme Laurent
de Parisot de Bernécourt,
M. et Mme Vincent
de Parisot de Bernécourt,
M. et Mme Frédéric
de Parisot de Bernécourt,
ses enfants,
ses dix-huit petits-enfants,
ses dix arrière-petits-enfants,
M. René
de Parisot de Bernécourt,
son frère,
Mme Alain
de Parisot de Bernécourt,
Mme Jacques
de Parisot de Bernécourt,
ses belles-sœurs,
M. François Vulliod,
son beau-frère,
les familles Mulsant, Vulliod,
Chardiny, Bourceret,
Henry, Bernard, Montvernay
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Maurice de PARISOT
de BERNÉCOURT
De la part de
M. Jean-Charles Rasse,
son époux,
Frédérique et Jacques
Hardoüin,
ses enfants,
Charlotte, Pauline et Jérôme,
ses petits-enfants,
M. et Mme
Guy Taslé d'Héliand,
le colonel et Mme
Pierre du Campe de Rosamel,
ses frère, sœur,
beau-frère et belle-sœur,
ses neveux, nièces,
cousins et cousines,
les familles parentes et alliées.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Amélie Nourissier,
Diane et Marin Sirakov,
Adrien et Marjorie Nourissier,
Augustin et Nadine Nourissier,
Christophe, Arthur
et Gaspar Nourissier,
ses petits-enfants,
Ariane, Pablo, Liam, Caroline,
Lucy et Mahé,
ses arrière-petits-enfants,
Brigitte et Denis Grafmeyer,
leurs enfants et petits-enfants,
les familles Rival, Bel, Fleur,
Barthelon,
parents et alliés
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme René RIVAL
née Suzanne Bel,
les familles Sobesky,
Vatran et César
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Marie-Thérèse
NOURISSIER-SOBESKY
neuropsychiatre
et psychanalyste,
ancienne directrice
aux Laboratoires Delagrange,
le 30 avril 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi 4 mai,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-Xavier,
12, place du PrésidentMithouard, Paris (7e),
suivie de l'inhumation
au cimetière
de Saint-Jean-aux-Bois (Oise).
La famille remercie
la direction et le personnel
de la maison de retraite
des Sœurs Augustines,
à Versailles.
2, rue Montfleury,
78000 Versailles.
109, boulevard Richard-Lenoir,
75011 Paris.
De la part de
Mlle Régine
Peyrot des Gachons,
Mme Guy Vendeuvre,
en union avec
sœur Monique
Peyrot des Gachons (†),
Mme Patrice Michelon (†),
M. Bernard
Peyrot des Gachons (†),
ses frère et sœurs,
ses neveux et nièces,
petits-neveux
et petites-nièces,
arrière-petits-neveux
et arrière-petites-nièces.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi 4 mai,
à 10 heures, en l'église
Saint-Christophe-de-Javel,
à Paris (15e), suivie de
l'inhumation au cimetière de
Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine),
à 16 h 30.
Mme Anne Marie STREB
née Bohler,
le 27 avril 2018,
à l'âge de 70 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Ulrich,
à Morschwiller-le-Bas
(Haut-Rhin),
le vendredi 4 mai, à 14 h 30.
Fabiola et David,
Claire,
Romain et Emily,
Lyris et Samuel,
ses enfants et petits-enfants,
Irène, Laure et Yves,
Agnès, Fabienne et Vianney,
Pierre,
ses frères et sœurs,
la famille Mellerio,
ses tantes et cousins,
le 27 avril 2018.
Ni fleurs ni couronnes,
des dons au profit
des petits frères des Pauvres,
64, avenue Parmentier,
75011 Paris.
Raphaël TASSINARI
Ils vous invitent
à prier pour lui
le vendredi 4 mai,
à 14 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
15-17, rue Ampère,
Paris (17e).
Ni fleurs ni couronnes.
Vos dons éventuels
pour la fondation
Apprentis d'Auteuil.
La famille remercie
les personnels
des villas Pontou
et Louise-Thérèse, à Ecully,
pour leur dévouement
et leur humanité.
Brigitte Tissot,
son épouse,
Agnès et Jean Castillon,
Jean-Baptiste et Isabelle
Séjourné,
Marie-Noëlle et Philippe
Engel,
Vincent Séjourné,
ses enfants,
Gabrielle, François, Matthieu
et Ariane,
Giacomo et Cosimo,
Gustave et Lucie,
ses petits-enfants,
Romain, Anne et Jean-Philippe,
Marine, Thibault, Margaux,
Quentin, Auriane, Morgane,
ses petits-enfants,
Pauline, son arrière-petite-fille,
Joséphine,
sa famille et ses amis
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
à l'aube de ses 92 ans, de
Nicolas et Caroline Tissot,
Pierre et Silvia Tissot,
Juliette et Fabrice Launay,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jean-Marie TISSOT
avocat honoraire,
ancien président de la Chambre
nationale des avoués à la cour,
survenu le 27 avril 2018,
à Rouen.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le samedi 5 mai,
à 15 heures, en l'église
Notre-Dame-de-Miséricorde,
à Mont-Saint-Aignan.
Christiane SÉJOURNÉ
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 5 mai,
à 10 h 30,
en l'église Saint-Sauveur
de Thury-Harcourt,
suivie de l'inhumation,
au cimetière de
Thury-Harcourt (Calvados),
où elle reposera au côté
de son mari.
qui s'est endormie
dans la Paix de Dieu,
le 27 avril 2018,
dans sa 101e année.
M. Alain Streb,
ses enfants et petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 4 mai,
à 10 heures, en l'église
de la Rédemption, Lyon (6e),
suivie de l'inhumation
à 14 h 15, au cimetière
Saint-Roch, à Grenoble.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 4 mai,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Bruno-les-Chartreux,
à Lyon (1er).
Mlle Solange
PEYROT des GACHONS
Chaumergy (Jura).
vous font part du décès de
le 27 avril 2018, à Caen,
entourée de sa famille.
Le Seigneur a rappelé
auprès de Lui,
Une cérémonie aura lieu
le jeudi 3 mai 2018, à 15 heures,
à l'ancien cimetière
de Saint-Germain-en-Laye,
rue d'Alger.
survenu à Ecully,
le 29 avril 2018,
à l'âge de 98 ans.
le 30 avril 2018,
à l'âge de 94 ans.
Paris. Rennes.
Micheline SIMON
ancienne
conseillère municipale
de la mairie du
XVIe arrondissement
de Paris.
Suzanne Tassinari,
son épouse,
Lyon.
née Logre,
Alain et Christel Nourissier,
Gilles (†) et Béatrice
Nourissier,
Elisabeth Garnot,
ses enfants,
Marion, Jean-Marc et Rémy,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire par du décès de
20 bis, rue Neuve-Bourg-l'Abbé,
14000 Caen.
lescastillon@free.fr
Jacques Serain,
son époux,
Philippe Serain,
Vincent et Bénédicte Serain,
Marie-Emmanuelle et Laurent
Verschelde,
ses enfants,
Grégoire, Alexandre,
Capucine, Charlotte,
Valentine, Jeanne, Martin,
ses petits-enfants,
les familles Couderc et Serain
ont la tristesse
de faire part du décès de
Anne-Marie SERAIN
le 28 avril 2018,
à l'âge de 79 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mercredi 2 mai, à 14 h 30,
en l'église Notre-Dame
de Boulogne-Billancourt,
suivie de l'inhumation
à l'ancien cimetière
de Boulogne-Billancourt.
6, rue de la Paix,
92100 Boulogne-Billancourt.
Patrice Velut,
son époux,
Guillaume, Camille, Caroline,
ses enfants,
et leurs conjoints,
Charlotte, Arthur, Macéo,
Mahé, Joseph et Margot,
ses petits-enfants,
ont la douleur de faire part
du décès de
Dorothy VELUT
née Donders,
le 26 avril 2018.
Ils vous prient d'assister
ou de vous unir d'intention
à la célébration d'à Dieu
qui aura lieu le jeudi 3 mai,
à 10 heures, en l'église
Saint-Denys de Vaucresson
et sera suivie de l'inhumation
au cimetière de Garches.
La famille tient à remercier
Khadija Zerouali
pour la gentillesse
et le dévouement avec lesquels
elle l'a accompagnée
ces derniers mois.
remerciements
Mme Bertrand
de Guilhem de Lataillade,
née Odile Peyrelongue,
son épouse,
ses enfants et leurs conjoints,
ses onze petits-enfants
et leurs conjoints,
ses neuf arrière-petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
M. Bertrand
de GUILHEM de LATAILLADE
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
Les habits neufs
de l’armée suisse
Un avion de chasse F/A-18, lors d’une démonstration aérienne de l’armée de l’air suisse sur l’Axalp près de la base de Meiringen, en octobre 2017.
Alain Barluet
£@abarluet
Envoyé spécial à Berne
e « hérisson » suisse fait sa mue. Farouchement attachée à sa neutralité,
pacifiste mais singulièrement militarisée, la Confédération helvétique,
qui s’était recroquevillée à l’abri de
ses montagnes, adapte désormais sa
défense aux nouvelles menaces. À son
rythme, sans à-coups, mais résolument.
Il y a un quart de siècle, au sortir de la guerre
froide, le pays comptait encore 600 000 citoyens
soldats pour 6 millions d’habitants. Les effectifs ont
été ramenés à 220 000 en 2004 et sont actuellement
de 134 000 pour 8 millions d’habitants. La cible est
de 100 000 à la fin de la décennie.
Préservée des affres de la Seconde Guerre mondiale, la Suisse – dont Victor Hugo disait qu’elle
n’avait pour seul souci que de « traire ses vaches et
vivre paisiblement »- a longtemps cultivé son particularisme et une sorte de complexe obsidional. Pour
se protéger d’une hypothétique invasion, le petit
pays aux vingt-six cantons, prospère et résolument
ancré à l’ouest, s’était caparaçonné avec un soin
évoquant, toutes choses égales par ailleurs, l’Albanie d’Enver Hoxha. Des centaines de bunkers, de
forteresses et autres ouvrages enterrés sous les
montagnes, des milliers d’obstacles antichars, pas
un pont qui n’ait été miné…
Cela, c’était avant. Car la fin du monde bipolaire
et les contraintes financières ont ouvert un nouveau
chapitre. L’artillerie de montagne qui défendait
sommets et vallées a été mise hors service en 2011.
La plupart des forteresses ont été désarmées, vendues à des particuliers ou à des entreprises, transformées en hôtel ou en centre de stockage de
données, comme celui du groupe de luxe Cartier,
près de Fribourg. Les effectifs des « gardes-fortifications » ont fondu. Quant aux fameux bataillons
cyclistes, avec leurs lourdes machines de 25 kg, ils
ont été supprimés.
L
A
Une base aérienne sous la montagne
Pourtant, la défense « troglodytique » n’a pas complètement disparu. Sur la base aérienne de Meiringen, dans l’Oberland bernois, les avions de chasse
F/A-18 de l’armée de l’air suisse sont au parking et
entretenus dans une vaste caverne aménagée sous la
montagne. Un des endroits les plus secrets de Suisse
n’est autre que le grand bunker du Conseil fédéral –
le gouvernement helvétique, constitué d’un collège
de sept membres. En cas de crise grave, cet abri
souterrain peut héberger les organismes vitaux du
pays, dont l’état-major de l’armée. Il peut accueillir
1 200 personnes. On y parvient à bord d’un train qui
chemine pendant dix minutes dans les entrailles
d’un massif montagneux.
La Suisse a dû revoir son logiciel stratégique. Un
vaste plan de réorganisation de l’armée - appelé
Deva, pour « développement de l’armée » - a été
lancé en 2010 et doit être mis en place jusqu’en 2020.
L’objectif est de rendre cette armée plus aisément
mobilisable, plus attractive et l’adapter à ses nouvelles missions. « Les seules agressions venant de l’extérieur ne suffisent plus à définir le danger », souligne le
général de corps d’armée Dominique Andrey,
La Confédération
helvétique, dont
la défense repose sur
une « armée de milice »,
a entrepris
de moderniser ses forces
pour les adapter
aux nouvelles menaces.
Le système reste
majoritairement
approuvé
par la population
mais fait l’objet de
débats politiques dans
un pays très attaché
à sa « neutralité ».
50 km
ALLEMAGNE
Zurich
Berne
LIECH.
SUISSE
Fribourg
Meiringen
Thoune
Genève
FRANCE
ITALIE
Infographie
AUTR.
CHINE NOUVELLE/SIPA
conseiller militaire du ministre de la Défense. « Notre crainte principale, explique-t-il, c’est une catastrophe naturelle, un tremblement de terre, par exemple, qui entraînerait un effet domino sur un barrage
hydroélectrique ou une centrale nucléaire comme à
Fukushima. » De plus en plus, l’armée suisse, dont le
budget est de 4,2 milliards d’euros, se prépare pour
être en mesure d’intervenir en complément des
moyens civils, à l’appel des cantons, qui dans la
Confédération, tiennent l’essentiel du pouvoir. Les
brigades mécanisées ont été fortement allégées - 130
chars actuellement, contre 240 il y a dix ans. Un plan
d’action pour la cyberdéfense a également été lancé.
La priorité va à la formation et aux opérations. Parmi
celles-ci figure la sécurisation des grandes conférences internationales. « Sans armée suisse, pas de Forum de Davos », explique le « divisionnaire » (général de division) Jean-Philippe Gaudin, qui s’apprête
à prendre la tête du service de renseignements de la
Confédération. Cinq mille militaires sont mobilisés
chaque année pour le grand rendez-vous économique organisé dans la station des Grisons.
« Payer ses galons »
La contrée de Guillaume Tell n’a pas remis en cause
ses fondamentaux : son système de milice, dont les
racines remontent au Moyen Âge et qui est inscrit
dans la Constitution de la Confédération depuis
1798. L’article 59 de la charte en vigueur stipule que
« tout homme de nationalité suisse est astreint à
l’obligation de servir ». Une armée de milice, encadrée et formée par 3 000 militaires professionnels
seulement, dont 2 000 dans l’armée de l’air. Les
femmes y ont accès sur une base de volontariat elles ne représentent que 1 % des effectifs.
Sur la « place d’armes » de Thoune, la principale
base suisse pour l’armée de terre, le sergent aspirant
Ghislain Perusclet, 25 ans, dit sa fierté de porter de
l’uniforme et de servir dans la cavalerie blindée.
Avec les « charistes » de son peloton, il s’entraîne
sur le « plateau », la région la plus plate du pays. Les
chars lourds Léopard 2 crachent leurs obus dans un
grondement sourd. Les cibles tombent à 1 kilomètre
de là, non loin d’une ferme, sans que personne ne
s’émeuve… Ghislain Perusclet a d’abord été appelé à
faire ses classes à l’« école de recrues », comme tout
jeune Suisse âgé de 19 ans : 18 semaines (21 semaines
jusqu’à l’an dernier) au terme desquelles ce Vaudois
a choisi de « payer ses galons », c’est-à-dire de
repartir pour 18 semaines d’instruction afin de
devenir sous-officier.
En juin prochain, à l’issue d’une nouvelle séquence de 18 semaines, il sera nommé lieutenant. En
rentrant chez lui, il emportera son équipement militaire, notamment son fusil d’assaut Fass 90.
L’arme devra être conservée à la maison, démontée
et sans munition. Et chaque année pendant neuf
ans, il effectuera dans sa « brigade » (régiment)
quatre semaines de « cours de répétition » pour se
maintenir à niveau. « L’armée, c’est une assurance
pour le pays », dit-il. Les soldats sont incorporés jusqu’à l’âge de 34 ans (43 ans pour les capitaines,
Le système de milice recouvre en Suisse
une dimension idéologique,
c’est un creuset identitaire
»
YVES PETIGNAT, CHRONIQUEUR POLITIQUE AU JOURNAL « LE TEMPS »
50 pour les colonels). Les employeurs, eux, considèrent cette astreinte de moins en moins favorablement compte tenu de l’absentéisme qu’elle occasionne. Une évolution de fond. « Jusqu’aux années
1990, si on voulait faire carrière dans la banque, il fallait être milicien », relate le journaliste Yves Petignat, chroniqueur politique au journal Le Temps. Il
constate une « démilitarisation de la société suisse ».
Un autre facteur a poussé l’armée à évoluer : l’engouement grandissant pour le service civil, une fois
et demie plus long que le service militaire mais
moins contraignant et considéré par beaucoup de
jeunes comme une « échappatoire ». En 2017, près
de 48 000 « civilistes » étaient appelés à servir, notamment dans les hospices et les hôpitaux. Des mesures incitatives ont été mises en place en faveur du
service militaire : diplôme reconnaissant les compétences acquises sous drapeaux, bourses d’études…
La gauche - les Verts et les socialistes - milite
pour une réduction plus ou moins forte des capacités militaires. « Cessons d’être les passagers
clandestins de l’Otan (la Suisse n’est que « partenaire » de l’Alliance, NDLR), réduisons la voilure,
concentrons-nous sur les besoins en policiers et en
gardes-frontières pour lutter contre le terrorisme »,
souligne Pierre-Alain Fridez, conseiller national
(député) socialiste, considéré comme un « réaliste ». D’autres s’activent pour abroger purement
et simplement l’armée. C’est le cas du Groupe pour
une Suisse sans armée (GSsA), antimilitariste et pacifiste, dont l’influence a fléchi mais qui reste très
actif. « La Suisse neutre et sans tradition coloniale doit
faire le premier pas en Europe pour la démilitarisation
totale », plaide Josef Lang, ancien député et cofondateur du GSsA.
Renouvellement de la flotte d’avions
Majoritairement, les Suisses restent attachés à
l’« obligation de servir » - 73 % des électeurs se sont
prononcés pour son maintien lors d’une votation en
2013. « Le système de milice recouvre en Suisse une
dimension idéologique, c’est un creuset identitaire »,
estime le journaliste Yves Petignat. Mais toutes les
questions liées aux dépenses militaires, aux programmes d’armement, à l’envoi de militaires à
l’étranger (350 actuellement, principalement au
Kosovo et en Bosnie) restent ultrasensibles et susceptibles de déclencher une « initiative populaire »
- 100 000 signatures seulement sont nécessaires
pour obtenir un scrutin.
Ce sera le cas, autour de 2020, à l’initiative de
l’exécutif cette fois, sur le principal dossier des années à venir : le renouvellement à l’horizon 2025 de
sa flotte vieillissante d’avions de combat actuellement composée de 26 F-5 Tiger et de 30 F/A-18 en
service jusqu’en 2030. Cinq appareils sont en lice : le
Gripen E suédois (Saab), le Rafale (1), l’européen
Eurofighter (Airbus) ainsi que les avions américains
F/A-18 Super Hornet (Boeing) et F-35A (Lockheed
Martin). L’appel d’offres sera lancé « cet été », a-ton appris fin mars. Du côté de l’armée, on souhaite
surtout ne pas revivre le camouflet reçu en 2014,
lorsque les électeurs avaient rejeté l’achat du Gripen
choisi par les autorités suisses. « Cette fois, il ne
s’agira pas de se prononcer sur un type d’avion mais
sur la nécessité pour la Suisse d’avoir une aviation de
combat - or sans aviation de combat, il n’y aurait pas
d’armée suisse… », souligne le « divisionnaire »
Claude Meier, le chef de l’état-major de l’armée. ■
(1) Fabriqué par le Groupe Dassault auquel appartient
également « Le Figaro ».
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LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
CHAMPS LIBRES
15
POLITIQUE
Un an après leur élection, quel
bilan pour les huit présidents ?
Réformes,
popularité :
du général de Gaulle
à Emmanuel
Macron, comment
les huit chefs
de l’État
de la Ve République
ont franchi le cap
de leur première
année à l’Élysée.
1970 POMPIDOU
1982 MITTERRAND
ET UN PREMIER MINISTRE ❙ ET LE TOURNANT
❙ENCOMBRANT
DE LA RIGUEUR
Guillaume Tabard
£@GTabard
ANNIVERSAIRE Une « transforma-
tion du pays » menée à une vitesse
inédite ? C’est ce dont se vantent les
amis d’Emmanuel Macron un an après
son élection. De fait, un nombre impressionnant de réformes ont déjà été
lancées : l’assouplissement du droit du
travail, suppression d’une partie de
l’ISF et instauration d’une flat tax sur
les revenus du capital, dédoublement
des classes dans certaines zones, création de la police de sécurité du quotidien, mise en place de Parcoursup, loi
contre le terrorisme, lancement des
réformes de la formation professionnelle, de la SNCF, des institutions…
Mais est-ce si différent de ses prédécesseurs ? Tous les présidents de la Ve
ont mis à profit leur première année
pour mettre en œuvre leurs principales promesses de campagne. Mais avec
des bonheurs divers.
DE GAULLE
FACE À LA RUE D’ALGER
❙ 1960
Il était revenu au pouvoir pour ramener
la paix en Algérie. Un an après son entrée à l’Élysée, de Gaulle affronte la violence à Alger. Fin janvier 1960, la « semaine des barricades » fit 24 morts et
200 blessés. Une semaine d’émeutes
animée par ceux qui refusent le revirement de celui qui, après avoir lancé
« vive l’Algérie française » en juin 1958,
propose désormais « l’autodétermination » de ces treize départements. Un
tournant historique qu’il annonce le
16 novembre 1959 et qui sera approuvé
par référendum par 75 % des Français.
En ce début 1960, des fidèles gaullistes
comme Jacques Soustelle ou le général
Massu se brouillent avec le chef de l’État
sur la question algérienne. Autre
brouille : avec son ministre des Finances, Antoine Pinay, qui, comme toute la
droite atlantiste, dénonce la sortie de
l’Otan décidée par de Gaulle.
Mais ces ruptures n’entament pas l’adhésion à l’homme du 18 Juin qui a doté la
France d’institutions nouvelles, instauré
le nouveau franc et relancé l’économie
avec le plan Armand-Rueff. Autre motif
de fierté : le premier essai réussi de la
bombe atomique française, dans le Sahara. C’est la IVe République qui a fait le
choix de la dissuasion nucléaire, mais de
Gaulle, en mars 1959, en a fait une
« priorité absolue ».
À l’Assemblée, élue au lendemain de
Mai 68, la gauche fait de la figuration.
Les soucis, Georges Pompidou, élu en
juin 1969, ne les a pas avec son opposition mais avec son premier ministre
qui, le 16 septembre, a présenté les
contours d’une « nouvelle société »,
sans l’en avoir informé. Début de crise
entre les deux têtes de l’exécutif. En
un an, Pompidou a déjà fait beaucoup.
L’industrie est son grand pari. En mars
1970, il crée l’Institut de développement industriel et parraine dans la
foulée la fusion de trois compagnies
aéronautiques qu’il encourage à se
rapprocher des constructeurs allemands : le projet Airbus est prêt à décoller. Plus européen que de Gaulle il
se dit prêt à accueillir l’Angleterre
dans le Marché commun. L’an 1 du
mandat, c’est aussi la création du
smic, la loi sur l’actionnariat ouvrier,
l’inauguration de la première ligne de
RER. En décembre 1969, ce passionné
d’art moderne annonce que le plateau
Beaubourg accueillera un grand centre
d’art contemporain.
1975 GISCARD,
PREMIERS DOUTES
APRÈS LES RÉFORMES
❙
« Vous serez surpris par la vitesse et
l’ampleur des changements », avait-il
dit au lendemain de son élection, le
19 mai 1974. Un an après, Valéry Giscard
d’Estaing a abaissé la majorité à 18 ans. Il
a, contre une large partie de sa majorité
et avec le soutien de la gauche, fait voter
la loi Veil qui dépénalise l’avortement,
puis la loi Lecanuet qui facilite le divorce. Il a modernisé l’audiovisuel public
en faisant éclater l’ORTF en entités
autonomes (TF1, Antenne 2, FR3…). La
réforme Haby instaure le collège unique. Sur le plan diplomatique, il impose
la régularité à la réunion des chefs d’État
et de gouvernement de la CEE. Et invente le G6 dont il accueille la première
édition à Rambouillet. Mais au bout d’un
an, le style Giscard commence à lasser.
Le tempo de La Marseillaise ralenti, les
dîners chez les Français, la poignée de
main aux prisonniers, la suppression de
la commémoration du 8 Mai… La gauche
crie à la « démagogie », les gaullistes à la
« présidence gadget ». Le chômage
double et le premier ministre Jacques
Chirac réclame un plan de relance. Il
n’est pas écouté et commence à se demander s’il ne vaudrait pas mieux pour
lui de quitter Matignon.
Le bilan est impressionnant mais la désillusion l’est aussi. En mars 1982, après
quatre législatives partielles perdues, les
cantonales sont un désastre pour la gauche. L’état de grâce est fini. Dans la première année de son mandat, François
Mitterrand a aboli la peine de mort et fait
voter les lois de décentralisation. Sur le
plan économique, l’heure est à l’addition. Car les 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, la nationalisation de 36 banques et 5 groupes
industriels sont des promesses tenues
mais coûteuses. Le 13 juin 1982, le premier ministre Pierre Mauroy et son ministre de l’Économie Jacques Delors dévaluent le franc et annoncent un plan de
rigueur. Avant celui de 1983, un premier
« tournant de la rigueur » est déjà décidé. L’annonce en avait été reportée d’un
mois : « Laissez-moi d’abord faire mon
sommet », avait demandé Mitterrand.
Son sommet ? Le G7 qu’il accueille au
château de Versailles avec une majesté si
mitterrandienne mais si peu socialiste.
CHIRAC OU
LE RETOUR À LA RÉALITÉ
❙ 1996
Ce 26 avril 1996, Jacques Chirac visite un
quartier défavorisé d’Amiens. Une manière, un an après son élection, de réveiller le thème de la « fracture sociale »
qui avait fait le succès de sa campagne.
Mais nourri la déception post-électorale.
Le 26 octobre 1995, à la télévision, il avait
dû admettre avoir « sous-estimé l’ampleur du problème » et promis d’accorder
la priorité à la « remise en ordre des finances publiques ». Plus vite que Mitterrand, Chirac a dû se résoudre au
« tournant de la rigueur ». Mis en œuvre
par Alain Juppé, déjà plombé par les grèves de l’automne qui ont suivi son plan
de sauvetage de la Sécurité sociale. En un
an, Chirac a mis en place le contrat initiative emploi - un échec -, les zones
franches urbaines - un succès. Le 14 décembre, les accords de paix en Bosnie,
signés à l’Élysée, récompensent le courage de la France et, le 22 février, Chirac
annonce la professionnalisation des armées, donc la fin du service militaire.
SARKOZY RUPTURE
À DOUBLE TRANCHANT
❙ 2008
Entre Nicolas Sarkozy et les Français, ce
n’est déjà plus « du sérieux », mais ce
n’est pas encore la « rupture ». En mai
2008, l’UMP vante les 55 réformes menées en un an : défiscalisation des heures
supplémentaires, instauration des peines planchers pour les récidivistes, mise
en place d’un service minimum dans les
transports publics, réforme des régimes
spéciaux de retraites. Autant de « marqueurs », comme il dit, appréciés à droite. À son actif aussi : avoir sorti l’Europe
de l’impasse institutionnelle avec le
« traité simplifié » qu’il propose et qui
est adopté au sommet de Lisbonne. Mais
c’est dans le style que la « rupture »
Sarkozy déroute les Français. Du départ
de Cécilia à l’arrivée de Carla, sa vie privée est trop publique. Et une petite
phrase au Salon de l’agriculture le 23 février 2008 le suivra tout le quinquennat.
HOLLANDE,
RAPIDE DÉSILLUSION
❙ 2013
Imprudente promesse ! Dès sa victoire
contre Nicolas Sarkozy, François Hollande « s’engage » à « inverser la courbe
du chômage d’ici à un an ». L’objectif est
loin d’être atteint. Mois après mois, les
records, à la hausse, s’enchaînent. Cet
échec est la première cause d’un effondrement rapide (dès septembre 2012) et
spectaculaire (plus fort que pour Chirac
et Sarkozy) dans les sondages. Le président socialiste n’a pas eu de chance : le
retour annoncé de la croissance n’a pas
eu lieu. Mais sa propre « boîte à outils » a
fait un flop : ni les contrats d’avenir ni
les contrats de génération ne produisent
l’effet escompté. Surtout, pour réduire là aussi sans succès - les déficits publics,
il opère une ponction fiscale de 30 milliards d’euros qu’il paiera très cher dans
l’opinion.
Hollande pourtant infléchit sa politique
économique. Dans la foulée du rapport
Gallois, il lance un pacte de compétitivité pour les entreprises, avec la mise en
place, début 2013, d’un crédit d’impôt
compétitivité emploi (CICE), à l’impact
réel mais trop tardif.
La loi Taubira du 17 mai 2013 accorde le
droit au mariage et à l’adoption pour les
couples de même sexe (mariage pour
tous), au terme d’un long et conflictuel
débat de société qui a mis plusieurs centaines de milliers de personnes dans la
rue, à l’initiative de la Manif pour tous.
Alors qu’il avait promis une « réorientation » de la politique budgétaire européenne, Hollande fait adopter tel quel le
« pacte budgétaire » négocié par
Sarkozy. Vingt députés PS votent contre
et neuf s’abstiennent. C’est le début des
« frondeurs ».
Pour bloquer les attaques islamistes au
Mali, le chef de l’État lance l’opération
« Serval » en janvier 2013. Sa décision et
sa conduite de cette première intervention militaire extérieure sont saluées. ■
1 Les présidents de la Ve République et les trois réformes ou événements clés de leur début de mandat...
1958
1969
C. de Gaulle
1974
G. Pompidou
Entrée en vigueur
du nouveau franc
Annonce de
l’« autodétermination »
en Algérie
Première explosion
de la bombe atomique
française à Reggane,
dans le Sahara
Préfiguration du
consortium Airbus par
la fusion de 3 compagnies
aéronautiques
Annonce de la création
d’un centre d’art
contemporain (futur
Centre Pompidou)
Création du smic
1981
V. Giscard d’Estaing
Majorité électorale
abaissée à 18 ans
1995
F. Mitterrand
Abolition de la peine
de mort
Instauration des réunions Nationalisation de
régulières des chefs d’État 5 groupes industriels
et de gouvernement
et de 36 banques
de la CEE (Conseil
européen)
Instauration des
39 heures et de la
Loi Veil dépénalisant
5e semaine de congés
l’avortement
payés
J. Chirac
Reprise des essais
nucléaires
Signature à Paris des
accords de paix en Bosnie
Annonce de la
professionnalisation
des armées et de la
suppression
du service militaire
2007
2012
N. Sarkozy
F. Hollande
2017
E. Macron
Défiscalisation des heures Vote de la loi Taubira
supplémentaires et baisse instaurant le « mariage
des droits de succession
pour tous »
(« paquet fiscal »)
Mise en place du CICE
Instauration de « peines
(crédit d’impôt pour la
planchers » pour les
compétitivité et l’emploi)
récidivistes
pour les entreprises
Signature du traité
« simplifié » de Lisbonne
Opération Serval
déclenchée au Mali
Réforme du Code du
travail par ordonnances
Transformation de l’ISF
et instauration d’une
« flat tax » sur les
revenus du capital
Dédoublement des
classes de CP dans
les zones défavorisées
2 ... et leur cote de popularité un an après le début de leur premier mandat
TOTAL DES FRANÇAIS SATISFAITS DANS LE BAROMÈTRE IFOP-JDD
67 %
74 %
54 %
58 %
59 %
54 %
44 %
54 %
65 %
59 %
37 %
62 %
61 %
44 %
36 %
Avril 1959
Février 1960
Juin 1969
Mai 1970
Juin 1974
Mai 1975
Juin 1981
Mai 1982
Mai 1995
Avril 1996
Mai 2007
Avril 2008
Mai 2012
Avril 2013
Sources : Ifop-JDD et les portraits officiels des présidents de la République : La Documentation française. Jean-Marie Marcel - François Pagès/Paris-Match - Jacques-Henri Lartigue - Gisèle Freund - Bettina Rheims - Philippe Warrin - Raymond Depardon - Soazig de la Moissonnière
Mai 2017
Infographie
Avril 2018
A
25 %
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Régis Debray : « La mondialisation heureuse,
c’est à l’arrivée une balkanisation furieuse »
ENTRETIEN
DESSIN CLAIREFOND
A
Il arrive que Candide devant
sa tablette se sente en exil
dans le nouveau monde.
Il ne le cache pas.
Son dernier essai,
un livre-testament, ne cède
rien cependant au pathos.
Pour dire le tragique
de nos existences,
Régis Debray préfère
la légèreté mélancolique.
Son Bilan de faillite
prend la forme d’une lettre
adressée à son fils bachelier.
À travers les conseils
d’orientation qu’il lui
prodigue, l’écrivain
fait le point sur sa propre vie
et dresse le bilan
d’une génération. Il prend
acte de la fin d’une époque.
La civilisation du grec
et du latin s’éteint tandis
que celle de l’image
et du son triomphe. Adieu
les philosophes, place
aux communicants !
Sans se dérober, Debray
fait le constat d’une faillite
collective et personnelle.
Il avait rêvé de peser
sur le destin de son pays
et de participer
à la transformation
du monde par la force
des mots et des idées.
Il se félicite désormais
que son fils emprunte la voie
techno-scientifique.
Car « de nos jours, c’est là
que les choses se passent ».
Sans amertume, avec ironie
et tendresse, Debray tire
sa révérence. Au passage,
en bon médiologue
qui connaît la force
propulsive du passé,
il prend tout de même
le temps de transmettre.
On ne sait jamais. Son œil vif
se fait interrogateur :
et si le vieux monde
inspirait le nouveau ?
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALEXANDRE DEVECCHIO £@AlexDevecchio
LE FIGARO. - Pourquoi
« bilan de faillite » ?
N’êtes-vous pas un peu sévère ?
Régis DEBRAY. - Ce n’est pas un livre
pour pleurer, malgré son titre, mais
pour rire, de moi-même, de nous et de
ce qu’on est devenu. Mon fils, seize ans,
me demande quelle filière suivre après
son bac. Littérature, économie ou
sciences. Pour éclairer sa lanterne, je
lui dresse un bilan de mes activités, en
termes de gestion comptable, ceux
d’aujourd’hui, en l’exhortant de ne pas
mettre ses pas dans les miens. Ce n’est
pas ma faute si le résultat de mes agitations est au-dessous de ce que j’avais
projeté quand j’avais son âge. Au vrai,
je n’ai pas pu changer d’un iota l’état
des choses. Service inutile. Et comme
ce bilan déficitaire me semble renvoyer
à un nouvel état du monde, j’ai voulu
en chercher les raisons, qui peuvent en
intéresser plus d’un, mais en gardant le
sourire, car c’est assez drôle, finalement. Pas de dissertation. Des observations çà et là.
À l’époque du dixième anniversaire
de Mai 68, vous aviez déclaré que Mai 68
était le « berceau de la nouvelle
bourgeoisie ». 68 a-t-il été le début
de la fin ?
Étant empêché ailleurs, je ne peux hélas pas témoigner de ce que fut ce formidable moment de fraternité. Je ne
peux m’en tenir qu’au résultat. Il
confirme le mot de Valéry : « Les hommes entrent dans l’avenir à reculons. »
En l’occurrence, on est allé en Californie en passant par Pékin. Une belle
avancée pour les individus, un grand
recul pour le collectif. Comme si l’exécution des pères avait dégagé le terrain
pour l’épanouissement du « pèze », et
du chacun pour soi. C’est ce que je
m’étais permis de signaler en 1978,
dans un petit ouvrage qui n’eut aucun
écho. J’annonçais, en ne plaisantant
qu’à moitié, que Cohn-Bendit deviendrait une notabilité de référence dans
une Europe archilibérale. Cela n’a rien
d’une condamnation et on discute ferme pour savoir si on a ou non gagné au
change – mais comme les débats idéologiques m’ennuient profondément, je
préfère m’abstenir.
Malgré votre constat de faillite,
votre livre sous forme de lettre à votre fils
apparaît aussi comme un livre
de transmission…
Disons comme une mise en garde. Pas
de perte de temps dans le commentaire
oiseux ni les plans sur la comète. Fuir
les mots en isme, travailler sur les
iques, là où les choses se passent désormais : dans la science et la technique.
Une page s’est tournée dans notre histoire. Transmettre, oui, mais seulement
pour innover, devise du médiologue.
Est-ce l’échec d’une génération ?
Peut-être. Celle d’une certaine génération, ou de plusieurs, héritière des Lumières, éduquée dans le latin-grec,
«
Excusez-moi, mais je ne vois rien d’erroné dans l’idée d’abattre des régimes
militaires et d’une réforme agraire.
L’erreur était dans le choix des moyens
et j’ai tenté d’expliquer pourquoi dans
La Critique des armes, en 1974. Le fond
du problème c’est que la révolution
comme mouvement, c’est très engageant, mais comme régime, le plus
souvent imbuvable. C’est la déviation
de trajectoire, la grande énigme. Comment des gens très bien, dans les maquis, finissent par faire des choses très
moches, aux commandes. Vous en
connaissez, vous, des ismes de bonne
facture, qui ne déraillent pas une fois
arrivés au pouvoir – libéralisme, socialisme, sionisme, nationalisme ?
C’est aussi en Bolivie
que vous vous êtes
découvert français…
C’est banal. Où est-ce
que Bolivar s’est découvert latino-américain ?
À Paris. Où est-ce que
San Martin a rêvé l’indépendance de l’Argentine ? En France. Où le peuple juif s’est découvert
juif ? À Babylone. Et la France libre
n’était pas en Auvergne que je sache. Il
faut d’abord aller ailleurs pour retrouver le goût de l’ici. Il y a beaucoup de
jeunes qui quittent la France. Tant
mieux. Cela leur permettra de se souvenir d’elle, le moment venu.
L’exécution des pères a dégagé
le terrain pour l’épanouissement
du « pèze » et du chacun pour soi
convaincue qu’elle pouvait et allait agir
sur les événements par l’exercice de la
raison critique, en union avec le mouvement ouvrier. La fabrique de l’opinion a changé d’échelle, et les industries lourdes de l’image-son ont rendu
cette ambition pédagogique obsolète.
Chacun se débrouillera comme il peut,
mais moi je renonce à toute ambition
d’influence. Coincés entre le tout-économie et le tout-image, qui font la paire, les gens de mon espèce ne peuvent
plus faire, avec leurs gribouillis, que
des ronds de fumée. L’action publique a
coupé les ponts avec la pensée. Place
aux communicants : sondeurs, animateurs, acteurs, cameramen, photographes, spin doctors… L’écriture a déclassé l’oracle, l’imprimerie le moine
copiste, l’audiovisuel le philosophe. La
roue tourne. Rotation des personnels
d’avant-garde. Rien de dramatique.
N’y a-t-il rien à conserver ?
Vous-même le révolutionnaire,
êtes-vous devenu conservateur ?
Ne me faites pas passer un entretien
d’embauche pour FigaroVox, je serais
recalé. Je suis trop brouillé avec l’époque pour ne pas faire partie des mécontents chroniques. Le conservateur colle
à son présent et ne veut surtout pas rater le prochain train. La modernité,
c’est son leitmotiv. Tous les révolutionnaires que j’ai connus étaient mus
par un rétroviseur. Ils rivalisaient avec
les grands ancêtres. C’était des messieurs Jadis qui voulaient finir une tâche commencée par d’autres. Le présentisme, l’autre face de l’économisme,
est un terreau idéal pour le statu quo.
Ce n’est pas le mien.
Vous avez eu plusieurs vies : aventurier,
intellectuel engagé, conseiller du prince.
Si vous deviez n’en retenir qu’une,
ce serait laquelle ?
Sans doute celle où une croyance un
peu messianique me gonflait à bloc. En
1966 quand je vais repérer tout seul, au
nord de la Bolivie, un lieu pour le futur
débarquement du Che et de ses hommes. J’ai la certitude qu’un immense avenir
va s’ouvrir,
ce qui me
donne
une
audace
incroyable. Quand
on a une mystique, on devient
pragmatique et
on surmonte
beaucoup de
difficultés
matérielles.
C’était déraisonnable, mais les
moments
d’illusion
sont des moments de plénitude, de propulsion. Marier la
lucidité et l’action, c’est
très dur parce que toute
action a besoin de mythomanie. Quand le mythe s’en
va, on perd en intensité, sans
d’ailleurs gagner en résultat.
Ou pas toujours.
Avec le recul, l’illusion lyrique
de la révolution était-elle une erreur ?
»
Dans les années 1980, vous êtes conseiller
de François Mitterrand. Avez-vous
succombé à l’illusion lyrique ?
Pourquoi succomber ? Ce n’était pas
une vilaine tentation mais un beau pari.
Je pensais qu’il y avait encore une chance de réconcilier le régalien et le plébéien et de montrer que l’État n’est pas
seulement un instrument au service de
la classe dominante, mais peut se mettre
au service de l’intérêt général et de ceux
qui en ont le plus besoin. Après l’échec
chez ceux que j’ai fréquentés, je ne sais
pas pour les autres. Les hommes et les
femmes du jour parlent et pensent plutôt
globish.
#BalanceTonPorc chez les féministes
est-il un marqueur de cette
américanisation ? Peut-on parler
de puritanisme protestant comme
vous l’expliquiez dans Civilisation ?
Écoutez, cher ami, je n’ai pas envie d’aller en correctionnelle. J’ai déjà payé !
Passons.
Aujourd’hui, l’islamisation est jugée
plus menaçante pour notre identité
que la globalisation…
J’ai peut-être les yeux dans les poches
mais je ne vois pas notre classe dirigeante
remplir les mosquées, apprendre l’arabe
ou troquer la barbe de trois jours contre
celle du takfiriste. De toute façon, les
deux phénomènes s’enchaînent l’un
l’autre. L’ouragan de l’indifférenciation
techno-économique crée partout un déficit d’appartenance culturelle, donc un
trou d’air où s’engouffre le retour à des
sources identitaires plus ou moins fantasmées. La mondialisation heureuse, c’est à
l’arrivée une balkanisation furieuse. Vous
submergez l’Iran de Coca-Cola et dix ans
après vous avez les ayatollahs. Les modernisateurs à marche forcée sont des
pousse-au-crime. Elle se paye cher, l’illusion économique. L’idée par exemple
qu’on peut faire un peuple européen avec
une monnaie commune et non avec un
imaginaire commun.
À côté de l’Europe post-démocratique
et post-historique, on assiste au retour
de l’histoire et des nations…
Oui, et pas toujours pour le meilleur.
C’est l’inconvénient avec le retour du
refoulé. Ça peut tourner à l’aigre et au
méchant. Que le retour du national et la
revanche du politique sur le management, inéluctables après l’épuisement
du rêve européen, tournent à un indigénisme identitaire et
bas de plafond, c’est bien
le danger. Et l’analphaVous submergez l’Iran
bétisme de nos comptables en matière d’humade Coca-Cola et dix ans après
nité n’arrange rien.
vous avez les ayatollahs.
Jamais l’histoire n’a été
Les modernisateurs à marche forcée
aussi présente dans l’actualité qu’aujourd’hui et
sont des pousse-au-crime
aussi absente de la tête
de nos décideurs. Avant
d’envahir l’Afghanistan, l’Irak ou la Liau Chili du socialisme dans la liberté, il
bye, ils auraient dû faire un peu d’hisme semblait que la France offrait de
toire et de géographie, apprendre ce
meilleures conditions pour réussir cet
que c’est que le chiisme et s’informer
exploit, difficile je l’avoue, qui aurait
auprès des ethnologues. Cela aurait éviune portée historique. Et puis, je me suis
té bien des catastrophes.
aperçu assez vite que le pari ne serait
pas tenu. Alors, je suis parti.
La question du sacré est fondamentale
Vous gardez, malgré tout, une certaine
dans votre œuvre. À l’heure du bilan,
admiration pour François Mitterrand…
vous êtes-vous rapproché de Dieu ?
Oui, grande, pour la personne. Surtout
Vous me montrez à quel point j’ai
après les Lettres à Anne et son Journal.
échoué. Cela fait trente ans que je tente
Il est devenu clair que le jeu trivial des
d’expliquer que le sacré, ce qui interdit
intérêts et des conjonctures ne mordait
le sacrilège et légitime le sacrifice, ne se
pas, ou si peu, sur son âme. C’était plus
confond pas avec le divin et outrepasse
qu’un grand lecteur et un écrivain : un
de loin le religieux stricto sensu. Il est
homme d’intériorité. Les hommes puaussi bien au mont Valérien ou sur la
blics ne sont plus que leur publicité, les
place Rouge ou au bas des Twin Towers
intellos aussi, d’ailleurs. On cherche en
qu’à Jérusalem. C’est un invariant anvain l’intérieur, la sensibilité. Lui, au
thropologique propre à toute commufond, la politique, ça l’emmerdait un
nauté aspirant à durer. Je n’ai jamais
peu. D’où les atomes crochus.
réussi à intéresser mes amis laïques à
cette nécessité structurale, pas plus à
leur faire admettre que c’est la nostalCertains comparent
gie qui fait aller de l’avant. La spirituaMacron à Mitterrand…
lité, c’est autre chose. C’est le dialogue
C’est biaisé. Les deux générations sont
intime de l’âme avec un Dieu. Cela
incomparables. Il y a celle qui a connu
concerne l’individu, non le collectif.
l’armée, les camps, la soif, la peur, la fraJ’avais suggéré, en 2001, l’enseigneternité, et il y a celle qui n’a jamais reçu
ment du fait religieux dans l’école réde coups dans la figure. Il y a celle qui a eu
publicaine. Non pas pour vanter l’Imà risquer et sauver sa peau face à la Gestamaculée Conception ou la Trinité, rien
po et celle qui est passée d’un amphi de
de confessionnel, mais pour initier à la
l’ENA à un siège de banque ou de préfecnotion de civilisation, à la diversité des
ture, avec, au milieu, le rituel stage de
vies et des mondes. Perdre cette consyoung leader aux USA, pour achever de
cience-là, c’est se racornir l’esprit et
rentrer dans le moule. Cela dit, on ne peut
faire de l’humanisme un provincialisreprocher à personne sa date de naissanme. Mais non, je n’ai pas eu la chance
ce. Ni d’avoir jamais senti le vent du boude Paul Claudel derrière un pilier de
let. Ni milité pour de bon, à la base. ComSaint-Sulpice, et il m’arrive de le reme disait Semprun, « la guerre est finie ».
gretter. Les croyants en Dieu ont un
C’est un vécu qui en général met un béatout, c’est une énergie hors pair. Je
mol à l’arrogance.
dois malheureusement faire sans. ■
Après le socialisme, vous avez cru
au républicanisme chevènementiste…
J’y crois encore, c’est mon histoire et celle du pays. Affaire de tempérament et
d’amitié, pas d’idéologie ni de mots en
■ Bilan
isme. Chevènement a toujours ordonné
de faillite
l’action immédiate sur une pensée londe Régis Debray
gue, comme Védrine ou Joxe, et non sur
«
»
le dernier sondage ou la cote de popularité. C’est devenu rare. Je parle à gauche,
ÉDITIONS GALLIMARD,
154 PAGES, 15 €.
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LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
17
La leçon de pouvoir de Gustave Flaubert
à François Hollande
DESSIN CLAIREFOND
F
MATHIEU LAINE
ANALYSE
Florentin Collomp
fcollomp@lefigaro.fr
de justesse – on le voit au chapitre VI de
Bouvard et Pécuchet – la nécessité sociale
de défendre le primat de l’individualisme
sur l’idéologie collectiviste. Dans son
éclatante Correspondance, il n’était,
tels Benjamin Constant ou Mme de Staël,
tendre ni avec le conservatisme ni avec
l’utopie socialiste, tous deux accusés
d’une même idolâtrie pour l’Autorité.
On lira à ce sujet plusieurs entrées
du sublime Dictionnaire Flaubert,
sous la direction de Gisèle Séginger,
chez Honoré Champion, 2017.
C’est bien cette revalorisation des
personnes qui est au cœur d’une nouvelle
façon de penser la lutte contre la
pauvreté. Flaubert la sanctifiait d’un mot
universel » épargnant de tout impôt et de
toute charge sociale le travail physique
ou intellectuel ainsi que le capital de
chacun, si petit fût-il, via la location de
courte durée d’une poussette, d’un vélo,
d’une voiture ou d’un appartement,
jusqu’à 500 euros par mois. Le message
serait puissant : « Si vous valorisez
davantage votre capital, humain comme
matériel, les premières centaines d’euros
seront pour vous, et uniquement pour
vous ». Il ferait alors la pédagogie des
valeurs motrices de la société tout en
démontrant qu’il n’est pas seulement le
président des riches, mais bien
évidemment celui de tous les Français,
sans pour autant plonger dans un
socialisme mortifère.
Puis il pourra, non
Au terme du quinquennat de
parce qu’il serait adepte
François Hollande, ce sont près
de la théorie du
de 9 millions de pauvres qui tentent ruissellement, qui
n’existe en réalité pas,
de survivre en France, soit 14,2 %
mais parce qu’il
démontrera avoir
de la population
compris les mécaniques
de l’action humaine et la vertu, pour
puissant – « la fantaisie d’un individu (est)
tous, de récompenser et d’attirer les
tout aussi légitime que l’appétit d’un
talents du monde, de rapidement baisser
million d’hommes » – et la mettait en
l’impôt sur le revenu, non de la première,
scène dans ses romans, n’hésitant pas à
non des deux premières, mais bien de
prendre la défense des marginaux tel
toutes les tranches, tout en supprimant la
l’Aveugle face à l’arrogant pharmacien
tragique « surtaxe Fillon ».
voltairien, le célèbre Monsieur Homais.
Redonner à chacun davantage la
Cette volonté, à l’opposé des pratiques
maîtrise de ce qu’il perçoit de son travail
strictement redistributrices des dernières
et de son capital, c’est réenclencher la
décennies – qui ont hélas échoué –
machine à créer de la croissance et de
pourrait bien inspirer le successeur de
l’emploi en France. La meilleure des
M. Hollande à l’Élysée. Emmanuel
protections sociales, le moyen le plus
Macron a été séduit par les thèses
efficace de sortir un pan considérable de
d’Hernando de Soto, cet économiste
la population de la pauvreté, impose cette
péruvien spécialisé dans la lutte contre la
révolution profonde de nos mentalités.
pauvreté par les droits de propriété. Il
Hollande en était incapable. Gageons que
pourrait prochainement inventer, s’il
Macron, dans un élan flaubertien, le sera.
parvient à passer outre les tirs croisés
d’une logique statique de la recette
*Auteur avec Jean-Philippe Feldman,
fiscale, un droit universel à l’activité et au
de « Transformer la France. En finir
capital, une sorte d’« anti-revenu
avec mille ans de mal français » (Plon).
«
»
L’immigration, chausse-trappe
de la politique britannique
nfant d’immigrés
pakistanais, Sajid Javid,
48 ans, est le nouveau
ministre de l’Intérieur du
gouvernement de
Sa Majesté. Une première.
Et un symbole destiné à répondre à une
crise majeure sur l’immigration qui a
coûté sa place à Amber Rudd, étoile
montante du Parti conservateur. Le
scandale de la « génération Windrush »
fait des vagues depuis des semaines.
Il concerne jusqu’à 50 000 personnes,
enfants d’immigrés venus des Caraïbes
à bord du navire Empire Windrush, puis
bien d’autres, appelés pour participer
à l’effort de reconstruction aprèsguerre. En 1973, le Royaume-Uni leur
octroie le droit de rester et de devenir
britanniques. Mais n’exige aucune
formalité pour ce faire. Or, quand
Theresa May, ministre de l’Intérieur
de 2010 à 2016, décide de créer
« un environnement vraiment hostile »
à l’immigration, ses services font
du zèle. Les immigrés de la génération
Windrush sont traités comme des
clandestins. Nombre d’entre eux sont
arrêtés, expulsés ou menacés de l’être
vers des pays où ils n’ont jamais vécu.
Sous pression, Amber Rudd, qui avait
succédé à May au Home Office en 2016,
lui a remis sa démission dimanche soir.
Nommé lundi, son successeur, Sajid
Javid, promet de régler le problème
avec compassion. « Quand j’ai entendu
que des gens qui sont des piliers de leur
communauté depuis longtemps sont
menacés simplement parce qu’ils n’ont
E
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
flamboyant auteur de Madame Bovary
l’exprimait avec sa toute-puissance
légendaire dans une célèbre lettre à
Louise Collet au milieu du XIXe siècle :
« L’idéal de l’État, selon les socialistes,
n’est-il pas une espèce de monstre
absorbant en lui toute action
individuelle, toute personnalité, toute
pensée, et qui dirigera tout, fera tout ?
Une tyrannie sacerdotale est au fond de
ces cœurs étroits. » Lui qui avait lu et
annoté Frédéric Bastiat et Alexis de
Tocqueville, lui qui recommandait
à George Sand, son « vieux troubadour »,
comme elle se qualifiait elle-même, la
lecture de Turgot, dont les œuvres
viennent d’être intégralement rééditées
par l’Institut Coppet, vrombissait contre
cette idéologie assassinant la créativité
des Hommes sur l’autel d’une sclérosante
égalité. Il le faisait en connaissance de
cause tant il s’était également plongé
dans Fourier et Saint-Simon, Leroux
et Proudhon, dont il disait, alors qu’il
en faisait la source d’inspiration de Jules
et d’Henry dans la première Éducation
sentimentale : « Comme tous ces gens-là
me pèsent ! Quels despotes , et quels
rustres ! Le socialisme moderne pue le pion.
Ce sont tous des bonshommes enfoncés
dans le Moyen Âge et l’esprit de caste.
Le trait commun qui les rallie est la haine
de la liberté. »
Pourquoi diable perdre son temps
à découvrir, interloqué, les lourdes
roulades d’autosatisfaction d’un ancien
président au triste bilan quand on peut
relire l’ermite de Croisset, l’inventeur de
la littérature moderne poussée à l’acmé
de l’Art, libéré des mondanités et des
servitudes, testant dans le « gueuloir »
avant de la coucher définitivement sur le
papier une prose sublimée par un travail
minutieux, patient et harassant. Lui qui
se qualifiait de « libéral engagé » avait, à
la manière d’un Tocqueville et dans la
lignée d’un Spencer, anticipé avec tant
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
pas les papiers prouvant leur statut légal
au Royaume-Uni, je me suis dit que cela
aurait pu être ma mère, mon frère ou
même moi », a-t-il déclaré. En prenant
aussitôt ses distances avec la notion
d’« environnement hostile » conçue
par celle qui est aujourd’hui chef du
gouvernement.
Cet épisode n’est que le dernier
en date d’une série de soubresauts
de la vie politique britannique liés à
la question brûlante de l’immigration,
dont le Brexit n’est pas le moindre.
Tétanisés par le sujet, les politiciens de
droite comme de gauche se sont lié les
mains en la hissant en tête des priorités
électorales. Après la porte ouverte
par Tony Blair aux nouveaux arrivants
venus d’Europe de l’Est (Polonais
en majorité), la Grande-Bretagne
s’est retrouvée saisie par un sentiment
de forteresse assiégée. En 2010,
le conservateur David Cameron
se fait élire sur la promesse de réduire
le solde migratoire à moins de
100 000 personnes par an. Objectif
irréaliste : les chiffres atteignent
chaque année entre deux fois et demie
et trois fois plus que ce niveau.
Au Home Office, Theresa May fait son
possible pour limiter les arrivées et
accélérer les reconduites à la frontière.
D’où l’environnement hostile, qui
consiste par exemple à envoyer des
camionnettes barrées de l’inscription
« Go Home » sillonner les quartiers
à fort taux d’immigration. Cette
stratégie de fermeture conditionne
aussi l’attitude de Londres devant la
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
crise migratoire européenne. Seuls
10 000 réfugiés syriens triés sur le volet
ont été accueillis par le pays.
Face à l’impuissance du
gouvernement à maîtriser les flux,
le parti d’extrême droite Ukip (United
Kingdom Independence Party) a eu
beau jeu de démontrer que, tant que
le Royaume-Uni serait membre de
l’Union européenne, il n’aurait jamais
le contrôle de ses frontières, vu que la
moitié des arrivées proviennent de
l’Europe. C’est l’argument choc qui fait
basculer le vote pour le Brexit en 2016.
Arrivée à Downing Street, Theresa
May se fait fort de mettre en œuvre
la volonté populaire et muscle la
rhétorique anti-étrangers. Malgré ses
convictions progressistes, Amber Rudd
enfourche le même cheval de bataille.
Elle menace même de forcer les
entreprises à établir des listes de leurs
employés étrangers. Et reporte à plus
tard l’épineuse définition d’une
politique d’immigration post-Brexit.
Sa carrière a explosé en vol quand elle
a nié devant une commission
parlementaire l’existence - avérée
dans la foulée – d’objectifs chiffrés
d’expulsions de clandestins, dont
la génération Windrush a fait les frais.
À leur tour, les Européens installés
au Royaume-Uni craignent pour
leur avenir après le Brexit. Le fils de
chauffeur de bus Sajid Javid, qui avait
voté, « le cœur lourd et sans
enthousiasme », pour rester dans l’UE,
sait qu’il est attendu sur sa capacité
à naviguer dans ces eaux troubles.
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
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VOX
… INTERNATIONAL
- « Le nouveau prince
s’appelle Louis »,
de Sébastien Lapaque.
- « De la Somme à l’IndoPacifique, cent ans
d’amitié francoaustralienne »,
de S. E. M. Brendan Berne,
ambassadeur d’Australie
en France.
… SOCIÉTÉ
« Montée de
l’antisémitisme : qui
sont les coupables ? »,
de Gilles-William
Goldnadel.
… LECTURE
« Jung et la gnose,
ou quand l’inconscient
ressuscite le souvenir
d’une civilisation »,
de l’essayiste Luc-Olivier
d’Algange.
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Édition nationale
1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 8 pages
Cahier 4 FigaroPlus
12 pages
Edition Île-de-France
Cahier 5 Figaroscope
48 pages tabloïd
Promo Portage
Apprentis d’Auteuil
diffusion sur une partie
du territoire national
A
rançois Hollande m’a toujours
fait penser à Charles Bovary,
dont la pensée ne dépasse pas
« les idées de tout le monde » et
qui s’émeut, dans son dernier
soupir, de « la faute de la
fatalité ». Faisant la promotion de ses
Leçons du pouvoir (Stock), l’ancien
« président normal » ne manifeste pas
beaucoup d’orgueil. Ainsi, n’a-t-il qu’un
axe de communication : autocélébrer son
propre bilan, puisque personne d’autre
que lui ne le fait, et jouer de supposés
bons mots sur son successeur pour attirer
l’attention. Ainsi, Emmanuel Macron ne
serait pas, pour avoir supprimé la moitié
de l’ISF et plafonné à 30 % les revenus
du capital, « le président des riches mais
le président des très riches ». En symétrie,
François Hollande, qui semble avoir
oublié que Macron a aussi fait voter
la baisse de l’impôt sur les sociétés à 25 %
et la suppression de la taxe d’habitation,
se targue d’avoir été, lui, le « président
des pauvres ». Il aurait pu dire
« le président des sans-dents », mais
il ne parle ainsi, paraît-il, qu’en privé.
Les statistiques officielles, notamment
l’Insee dans l’édition 2017 de son
« Portrait social », invitent pourtant
à l’humilité plus qu’à cet humour
autosatisfait destiné à faire le buzz.
Au terme de son quinquennat, ce sont
près de 9 millions de pauvres qui tentent
de survivre en France, soit 14,2 % de la
population, marquant en cela une légère
hausse sur les années précédentes.
Cela dit, c’est bien
connu, les socialistes
aiment tellement les
pauvres qu’ils
« À LIVRE OUVERT »
en créent. Gustave
Flaubert, parce qu’il
Avec ses « Leçons du pouvoir », l’ancien président
y voyait un poison
de la République, qui s’autocongratule sur son triste civilisationnel,
bilan, ressemble à Charles Bovary, estime notre
détestait le
socialisme. Le
chroniqueur.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
18
PROPOS RECUELLIS PAR
Agnès Leclair
À
LE FIGARO. - Les tests génétiques sont un
des thèmes importants de la prochaine révision
de la loi de bioéthique. Quels sont les enjeux ?
Pr Arnold MUNNICH. - Il faut se souvenir qu’il y a
quelques années, il n’y avait pratiquement pas de
tests génétiques disponibles dans les hôpitaux.
Depuis la dernière loi de bioéthique de 2011, avec
les progrès spectaculaires du séquençage génétique à haut débit, ces tests génétiques qui étaient
une prouesse sont devenus très accessibles, que ce
soit en oncologie, pour des maladies neurodégénératives, en pédiatrie ou en médecine prénatale. C’est une révolution. Ces tests permettent
d’orienter une chimiothérapie ou de poser un diagnostic. C’est ce que nous essayons de faire à
Imagine lors de nos 35 à 40 000 consultations
annuelles pour des enfants atteints de maladies
génétiques. Nous arrivons aujourd’hui à faire des
diagnostics dans 35 à 40 % des cas de retards
mentaux ou d’autisme. Pour d’autres maladies,
dans des cas de surdité par exemple, ce pourcentage atteint 90 %. C’est un énorme progrès car
un diagnostic, c’est une délivrance pour les
parents. Nommer, c’est déjà soigner.
Le généticien, qui exerce à l’hôpital Necker à Paris, met également en garde contre
le business des tests génétiques et dénonce les illusions de la médecine prédictive.
Leur commerce rapporte gros aux sociétés qui les
proposent et qui revendent ensuite les données recueillies. Heureusement, la France a la chance
d’avoir des lois de bioéthique et les Français ne
versent pas dans la fascination scientifique.
Vous ne croyez pas à la médecine prédictive ?
On ne peut interpréter sérieusement les données
des tests génétiques qu’à la lueur d’un constat
clinique ou de comparaisons. Comme Champollion s’est servi de la pierre de Rosette pour décrypter les hiéroglyphes. Une histoire familiale de
cancer du sein ou du colon donne des pistes sur
une maladie qui peut frapper, voire tuer, et il est
souhaitable de faire un test génétique chez des apparentés en fonction de ces antécédents. Tirer des
conclusions sans cet éclairage, ce n’est pas prédire, c’est médire. Ce qui m’inquiète le plus, c’est
que les gens confondent le séquençage du génome
avec un horoscope. De plus, les partisans de la médecine prédictive reconnaissent qu’il y a très peu
de « variations » sur lesquelles on peut intervenir.
Aux États-Unis, le pas a déjà été franchi. La société
23andme propose des tests de prédisposition
génétique qui ciblent notamment Alzheimer.
EA
UV
NO
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À la recherche
de ces mots perdus !
Ils existent, ils sont là, utiles,
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« À titre individuel,
les tests génétiques sont
un leurre, une escroquerie.
C’est aussi une histoire
de gros sous, un business.
Leur commerce rapporte
gros aux sociétés
qui les proposent
et qui revendent ensuite
les données recueillies. »
Pr Munnich : « La PMA pour des
raisons sociétales me choque »
U
En France, la loi n’autorise les tests génétiques
qu’à des fins médicales ou de recherche. Faudraitil les rendre plus accessibles ?
La question centrale de la révision de la loi de
bioéthique est de savoir si tout ce qui est techniquement possible est souhaitable au plan éthique.
Aujourd’hui, on arrive à décrypter le génome mais
tout n’est pas parfaitement intelligible. On ânonne
encore le génome. Le risque est de faire un usage
intempestif et prématuré de tests que l’on ne sait
pas complètement interpréter. Leurs utilisateurs
pensent qu’ils vont avoir une réponse individuelle
mais on ne leur donne que des probabilités sur des
maladies qu’ils pourraient développer. À titre individuel, ces tests sont un leurre, une escroquerie.
C’est aussi une histoire de gros sous, un business.
RENCONTRE
l’heure de la clôture des états généraux de la bioéthique, le Pr Arnold
Munnich, pédiatre et généticien,
s’élève contre le recours aux tests
génétiques « pour tous » et estime
que la procréation médicalement assistée (PMA) devrait rester réservée aux cas d’infertilité médicale. Chef du département de génétique
médicale de l’hôpital Necker-Enfants malades, il a
également cofondé l’institut Imagine et fut conseiller
santé de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012.
EN VENTE ACTUELLEMENT
Disponible chez votre marchand de journaux et sur www.igarostore.fr
Je suis médecin.
« Tout
ce que
je fais, je le fais
pour des gens
qui ont
des problèmes
médicaux,
pas pour
des convenances
personnelles
Pr ARNOLD MUNNICH
»
Et la mise en vente libre de tests de prédisposition
au cancer du sein vient d’être autorisée…
Les tests pour le cancer du sein sont un immense
progrès en cas d’antécédents familiaux. Mais pas
quand il s’agit d’un kit en vente libre qui sera utilisé et interprété à tort et à travers. Des confrères
américains me racontent que les tableaux des
blocs opératoires sont remplis de noms de femmes
qui viennent se faire mastectomiser (ablation préventive des seins, NDLR) car elles ont effectué un
test génétique qui les a alertées. La moitié de ces
femmes subissent cette intervention au bénéfice
du doute, alors qu’elles ne seraient pas forcément
tombées malades. Ce n’est pas parce que l’on possède un marteau qu’il faut taper sur tout ce qui se
présente. Ces tests doivent impérativement être
restitués par des experts. Il ne s’agit pas d’interdire mais de protéger et d’informer. Souvenonsnous de ce vers d’Œdipe roi, de Sophocle, « Hélas !
Hélas qu’il est terrible de savoir quand le savoir ne
sert de rien à celui qui le possède ! »
L’extension de la PMA aux couples de lesbiennes
et aux femmes célibataires s’est imposée comme
le sujet phare des états généraux de la bioéthique.
Y êtes-vous favorable ?
Je suis médecin. Tout ce que je fais, je le fais pour
des gens qui ont des problèmes médicaux, pas
pour des convenances personnelles. La PMA pour
des raisons sociétales, sans infertilité ni cause génétique, me choque. Ce n’est pas parce que c’est
techniquement possible que c’est socialement
souhaitable. Si la loi change, des médecins accepteront de faire ces PMA mais on ne peut pas les
forcer à le faire. J’espère qu’il y aura un « droit de
réserve ». Le rôle de la médecine est de soigner les
malades et non de s’adapter à une société qui
change. Il en va de même pour la conservation
ovocytaire. Elle est très utile pour des jeunes femmes qui ont une ménopause précoce ou qui prennent un traitement mettant en péril leur fertilité
mais prélever et vitrifier des ovocytes pour convenance personnelle, c’est un dévoiement de la médecine et une histoire de gros sous.
Faudrait-il autoriser à tous les couples le dépistage
génétique préconceptionnel qui peut servir
à informer des risques de maladie génétique pour
leurs futurs enfants ?
Il y a une demande croissante des jeunes couples
pour ces tests. C’est un fait de société. « Si vous
êtes si bon pour diagnostiquer et si mauvais pour
traiter, pourquoi ne pas faire en sorte d’éviter
d’avoir un enfant malade ? » nous disent-ils. Pour
certaines populations à risque, ces tests peuvent
être pertinents. Dans des pays du bassin méditerranéen, on pratique par exemple le dépistage de la
thalassémie depuis plus de trente ans. En France,
terre de mixité, on imagine mal cibler une population de Bretons ou de Juifs ashkénazes en raison de
leur taux de prévalence élevé pour certaines maladies génétiques. Mais la position française devient
difficile à tenir. Je préconise donc d’autoriser, sans
cibler une population en particulier, un droit d’accès au dépistage d’un certain nombre de maladies
récessives d’une particulière gravité comme la
myopathie, la mucoviscidose ou la maladie de
Tay-Sachs. Un membre du couple pourrait faire le
test - plutôt l’homme pour changer - puis l’autre,
si le premier est porteur. S’ils sont tous deux porteurs, des généticiens pourraient alors les aider.
tout en précisant que ce n’est pas une assurance
tous risques. Ces tests ne seraient ni obligatoires ni
remboursés par la Sécurité sociale. Les généraliser
serait contraire à l’esprit de la loi de bioéthique. ■
DENIS DUPOUY/LE FIGARO
£@AgnesLeclair
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 929 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
JEUX VIDÉO
LES PME FACE AUX
NOUVELLES RÈGLES SUR LES
DONNÉES PERSONNELLES PAGE 20
L’INCROYABLE SUCCÈS
DE « FORTNITE »
PAGE 24
JOSHUA ROBERTS/REUTERS, EPIC GAMES, ISSEI KATO/REUTERS
Commerce
international :
la guerre
des nerfs
En reportant d’un mois
sa décision de taxes sur l’acier,
Donald Trump accentue sa pression
sur l’Union européenne. PAGE 22
Macron supprime l’« exit tax » dès 2019
Emmanuel Macron prend une nouvelle décision qui séduira les investisseurs et les entrepreneurs. Le
président de la République a déclaré
dans un entretien accordé au magazine américain Forbes qu’il supprimera dès l’année prochaine l’« exit
tax » mise en place en 2011 sous la
présidence de Nicolas Sarkozy.
Cet impôt avait pour objectif de
freiner l’exil fiscal, notamment vers
la Belgique. Soucieux d’éviter une
fiscalité trop lourde, des entrepreneurs français qui souhaitaient
le PLUS du
FIGARO ÉCO
ENTRETIEN
Pour Mario Monti,
l’Union européenne doit
« revoir son business
model » PAGE 21
LA SÉANCE
DU MARDI 01 MAI 2018
CAC 40
Marché clos
DOW JONES (18h)
23856,72 -1,27%
ONCE D’OR
1313,20 (1321,50)
PÉTROLE (lond)
74,870 (74,840)
EUROSTOXX 50
3536,08 -0,01%
FOOTSIE
7520,36 +0,15%
NASDAQ (18h)
6594,65 -0,17%
NIKKEI
22508,03 +0,18%
vendre leur société étaient nombreux à choisir de vivre à Bruxelles,
la Belgique n’imposant pas les plusvalues réalisées lors de la vente
d’une société. Une fois installés, ces
chefs d’entreprise français cédaient
leur société.
Mais, depuis l’instauration de
l’« exit tax », ils ne peuvent plus
échapper au fisc français. Ils sont
redevables d’une taxation calculée
sur la plus-value « latente » de leurs
titres. Il s’agit en fait de l’écart entre
la valeur de ces titres lors du départ
hors de France et leur valeur
d’achat ou de création. Particularité : cette taxation existe, bien que
les titres n’aient pas été vendus. En
revanche, les redevables ont droit à
un sursis d’imposition. Ainsi, un
entrepreneur qui vend 700 millions
d’euros en Belgique la société qu’il a
créée, société qui a été estimée à
500 millions d’euros quand il a
quitté l’Hexagone, est imposé sur
500 millions par Bercy.
Cette mesure fiscale vise depuis le
1er janvier 2014 les contribuables
détenant un patrimoine en actions
et obligations supérieur à 800 000
euros ou détenant au moins 50 % du
capital d’une entreprise.
La fin de l’« exit tax » complète les
décisions déjà prises pour attirer les
investisseurs français et étrangers
- réforme de l’ISF, création d’un
prélèvement forfaitaire unique sur
les revenus du capital. Emmanuel
Macron avait notamment déclaré
lors du dernier forum de Davos :
« Personne ne pourra me soupçonner
de ne pas être “business friendly”. »
L'HISTOIRE
Le monde dépense 230 dollars
par habitant et par an pour s’armer
rès exactement 2,2 % du PNB
mondial ou 230 dollars par habitant.
Il s’agit des dépenses engagées
par les États pour entretenir,
former et équiper leurs armées
ainsi que financer les interventions
sur les théâtres d’opérations extérieures
(Opex). Soit un budget mondial
de 1 739 milliards de dollars, selon les
statistiques publiées, mercredi 2 mai, par
le Stockholm International Peace Research
Institute (Sipri). Ces crédits ont augmenté
de 1,1 % entre 2016 et 2017.
La multiplication des tensions et conflits
dans le monde
(dans le Golfe et en
Asie notamment),
la lutte contre
le terrorisme
sur les théâtres
d’opérations
extérieures
et intérieures,
la lutte contre
les « cybercombattants »
et la nécessité
de moderniser
T
les équipements poussent les pays à relever
leur budget défense. « À l’échelle mondiale,
on observe un déplacement des dépenses
militaires de la zone Euro-Atlantique vers la
région Asie-Océanie », souligne le Dr Nian Tian,
chercheur au Sipri. Avec 228 milliards de dollars,
le budget défense de la Chine et celui
de l’Arabie saoudite (69,4 milliards) se classent
respectivement au deuxième et au troisième
rang mondial, derrière celui des États-Unis
(photo), le plus important au monde. Et de loin.
Il a atteint la somme colossale de 610 milliards
en 2017. Soit autant que les dépenses
combinées des sept autres pays - dont la
France au 5e rang
mondial - qui
consacrent le plus
d’argent à leurs armées.
« En 2018,
ce budget va encore
croître afin de financer
les hausses d’effectifs
et la modernisation
des armes
conventionnelles
et nucléaires »,
assure le Sipri. ■
VÉRONIQUE GUILLERMARD
En France, l’automobile a connu un
« joli mois »… d’avril, avec une progression de 9,03 % des ventes de voitures neuves. Il s’agit de la meilleure
performance commerciale mensuelle
de l’année. Plusieurs éléments expliquent ce coup d’accélérateur. Le marché a bénéficié d’un surcroît d’activité
en concessions car avril 2018 a compté un jour ouvré de plus que le même
mois en 2017. Les ventes de voitures
neuves ont également bénéficié d’un
effet saisonnier. « Les mois d’avril,
mai et juin sont en général des mois
très importants […] car il y a souvent
des commandes avant les vacances
d’été », explique François Roudier,
porte-parole du Comité des
constructeurs français d’automobiles
(CCFA). Les volumes sont en effet
importants avec 187 399 voitures
vendues en un mois en France, selon
les statistiques publiées, mardi 1er mai,
par le syndicat patronal de l’automobile. L’appétit automobile des Français
a profité aux marques tricolores, en
particulier à la Renault Clio et au Peugeot 3008.
Les ventes de PSA Peugeot Citroën
ont fortement progressé (+ 20,25 %),
le mois dernier, à 60 502 voitures. Sur
ce total, Peugeot réalise les plus gros
volumes avec 24 576 immatriculations. Tandis que la marque DS a accéléré avec 2 630 véhicules vendus
(+ 68,59 %). Enfin, Opel contribue à la
dynamique du groupe PSA, avec plus
de 6 300 voitures vendues en France.
Quant à Renault, son activité commerciale a augmenté de 11,09 % en
avril 2018, à 47 954 voitures. Elle a
été soutenue par la bonne santé de
Dacia (+ 31,34 %). Au total, les marques françaises ont mieux travaillé
(+ 16 %) que leurs concurrentes étrangères (+ 0,70 %). Elles se sont octroyé
58 % du marché automobile en France, en avril.
Grâce à son large portefeuille de marques, le groupe allemand Volkswagen
a conservé sa place de premier vendeur automobile étranger en France,
avec une part de marché de 12,14 %.
Le japonais Toyota, qui dispose d’une
gamme de voitures hybrides (essence-électrique), a continué de surfer
sur la vague des voitures propres.
Ses ventes ont augmenté de 25,54 %
le mois dernier.
V. GD
Schneider Electric
fait une acquisition
majeure en Inde
Schneider Electric se renforce en Inde avec l’achat des
activités électriques (basse
tension et automatismes) du
conglomérat Larsen and
Toubro pour 1,75 milliard
d’euros. L’opération est menée avec le fonds souverain
singapourien Temasek.
Une nouvelle entité sera
créée pour réunir cette acquisition avec la division du
même type en Inde de
Schneider Electric. Le groupe
français en détiendra 65 %
des parts et Temasek, 35 %.
Larsen and Toubro (L&T) a
choisi la cession d’une branche qui est à l’origine du
groupe mais qui ne représente plus que 10 % de son chiffre d’affaires de 14 milliards
d’euros. L’opération doit encore être approuvée par les
autorités de la concurrence.
Si tout se passe comme prévu, l’Inde deviendra pour
Schneider Electric (24,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017) son troisième
marché (10 % des revenus) à
égalité avec la France et derrière les États-Unis (30 %) et
l’Asie (27 %). « Nous créons
une société innovante dans la
gestion de l’énergie et de
l’automatisation industrielle
dans l’une des économies les
plus importantes et à la croissance la plus rapide du monde,
l’Inde », souligne le PDG de
Schneider Electric.
Le groupe français est implanté de longue date en
Inde, où il emploie 20 000
personnes dans 24 usines.
Avec la division électricité et
automation de L&T, il accueille 5 000 salariés supplémentaires et améliore son
maillage du territoire indien.
Schneider Electric poursuit
ainsi sa politique d’acquisitions. En 2017, il a racheté le
groupe
américain
Asco
Power Technologies puis
deux éditeurs de logiciels, le
britannique Aveva et le français IGE+XAO.
B. J.
A
INTERNET
LE MARCHÉ
AUTOMOBILE
ACCÉLÈRE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
Protection des données :
branle-bas de combat dans les entreprises
Si les grands groupes se préparent depuis plusieurs mois au nouveau règlement européen, nombre de PME
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
INTERNET La fébrilité gagne les
entreprises à l’approche du
25 mai, date d’entrée en vigueur
du règlement général sur la protection des données (RGPD). Cette
mesure concerne toute entité privée ou publique réalisant des traitements de données personnelles
dans le cadre de la fourniture de
biens ou de services. Le texte
s’applique aux entreprises dans
l’Union européenne (UE) mais
aussi en dehors dès lors qu’elles
visent des citoyens européens.
L’amende de 100 000 euros infligée en janvier à Darty par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), pour
atteinte à la sécurité des données
clients, a notamment contribué à
susciter l’inquiétude et conduit à
la prise de conscience de l’importance du sujet. Ainsi, dans moins
d’un mois, toute entreprise qui ne
sera pas capable de démontrer sa
conformité au RGPD sera passible
de sanctions pouvant aller jusqu’à
20 millions d’euros ou 4 % de son
chiffre d’affaires mondial.
Les grands groupes qui disposent des ressources informatiques
et juridiques en interne s’y préparent depuis déjà deux ans pour
certains. Ils se sont souvent adjoint l’expertise de cabinets spécialisés ou d’avocats. Mais nombre de sociétés ont commencé à se
préoccuper de leur mise en
conformité il y a seulement quelques mois.
C’est surtout dans les petites
entreprises que la situation semble la plus critique. Il y a celles qui
considèrent que le RGPD n’est pas
une priorité, celles qui bottent en
touche parce que la question est
compliquée ou celles qui ne se
sentent pas concernées, in fine.
« Elles ne sont pas du tout prêtes et
cela nous inquiète », confie JeanEudes du Mesnil du Buisson, secrétaire général de la Confédération des PME (CPME). Il convient
que le RGPD peut accélérer le
passage au numérique des petites
et moyennes entreprises et leur
faire prendre conscience de la valeur des données personnelles.
Toutefois, il note que le nouveau
règlement européen « est perçu
comme une usine à gaz et que les
contraintes s’empilent sur le dos
des entreprises ».
La collecte
« des
données
est un enjeu de
transparence,
le stockage
un enjeu
de sécurité
et l’exploitation
un enjeu
de business
pour demain
NICOLAS D’HUEPPE,
VICE-PRÉSIDENT
DE CROISSANCEPLUS
»
ment adapté aux TPE et PME. La
Cnil a d’ailleurs réalisé un modèle
simplifié pour les entreprises dont
les données personnelles ne sont
pas le cœur de métier.
À défaut de se doter d’un délégué à la protection des données
(data protection officer, DPO),
chargé de piloter le processus de
mise en conformité, comme dans
les grands groupes, elles doivent
consigner toute information recueillie sur quelqu’un dans un registre des données personnelles. Il
leur faut aussi réaliser l’inventaire
de leurs données et s’assurer que
le traitement qu’elles en font respecte la loi. « Avant, on mettait un
2ma5i 2018
Des cours sur Internet
Le Medef aussi constate un degré
de préparation inégal entre grandes et petites sociétés. Mais le
syndicat patronal assure aussi que
« la Cnil sera tolérante jusqu’à la
fin de l’année, l’important étant
d’avoir lancé un plan de mise en
conformité ». Le Medef comme la
CPME ont réalisé des cours sur Internet - MOOC - et des guides
pour les y aider. La banque publique Bpifrance et la Cnil se sont associées pour élaborer un docu-
e
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),
(RGPD 2016.
n
voté e
processus en place et on s’interrogeait ensuite sur sa conformité.
Aujourd’hui, c’est l’inverse et surtout il faut adopter le réflexe de tout
documenter », souligne Raphaëlle
Grall, responsable communication-marketing et DPO depuis
janvier de Realytics, société de
35 salariés qui mesure la performance des publicités télévisées.
Autre étape primordiale, les
données doivent être stockées de
façon sécurisée, l’entreprise ayant
identifié et maîtrisé les risques potentiels, notamment en cas de cyberattaque. Il lui revient aussi de
sensibiliser ses collaborateurs sur
la question. « Cela commence par
des choses très simples comme éviter de noter un mot de passe sur un
post-it laissé à la vue de tous », relève une spécialiste du numérique.
Il est par ailleurs nécessaire de
renforcer les moyens de traçabilité
et d’indiquer à tout client que des
informations sont conservées à son
sujet et dans quel but. Pour cela
son consentement doit être recueilli au préalable. Il peut exiger à
tout moment leur suppression ou
au contraire de les récupérer, y
compris pour les communiquer à
une entreprise concurrente, c’est
le droit à la portabilité. « La collecte des données est un enjeu de
transparence, le stockage un enjeu
2mi0
%
4 chiffre d’eluliroonss
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d
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s
n’a pa
Un défi pour les sous-traitants
Un défi, mais aussi un risque.
Si une PME hébergeant
les données d’une grande
entreprise ne s’est pas
mise en conformité avec
le nouveau règlement
général sur la protection
des données (RGPD),
« elle court le risque de se voir
écarter, puisque désormais
la responsabilité est partagée
entre sous-traitant et donneur
d’ordre. Ces derniers vont être
particulièrement regardants
lors de nouveaux marchés »,
pointe Franck Giami, expert
RGPD. Pour sa part, Frédéric
Sardain, avocat associé,
à la tête du pôle IP, Tech & Data
du cabinet Jeantet, assure
que « les grandes sociétés
vérifient déjà que leurs
sous-traitants connaissent
les nouvelles obligations
et révisent leurs contrats ».
CO. C.
Les nouvelles obligations à respecter
Le règlement général de protection des données (RGPD) harmonise les règles européennes et offre un cadre juridique unique aux
professionnels. Tout organisme
traitant des données de résidents
européens est concerné.
u
Tenir un registre
de traitement des données
Chaque société doit tenir un registre interne offrant une vision d’ensemble claire de toutes les données
qu’elle traite. Cela concerne aussi
bien les données des fichiers de
clients, de salariés ou de fournisseurs, les coordonnées de prospects obtenues par un questionnaire, le visiteur d’un site Web ou
d’un magasin, etc. L’entreprise
doit recenser toutes les opérations
entraînant une collecte de données (gestion de paye, RH, livraison client, programme de fidélité, etc.) et indiquer la finalité de
la collecte, les catégories de données utilisées, quelles personnes y
accèdent, combien de temps elles
sont conservées. Ce registre, placé
sous la responsabilité du dirigeant
de l’entreprise, doit être exhaustif
et à jour.
A
un délégué
uNommer
à la protection des données
Toutes les entreprises ne sont pas
obligées de désigner un délégué à
la protection des données (Data
Protection Officer, DPO). Seules
les entreprises amenées à traiter
régulièrement des quantités importantes de données ou des données sensibles y sont contraintes.
Ce DPO peut être externalisé ou
mutualisé. Il doit établir la cartographie de l’ensemble des traitements de données de l’entreprise
puis analyser chacun en profondeur pour vérifier sa conformité
avec le règlement.
et transparence
uInformation
sur les données
À chaque fois que l’entreprise collecte des données sur une personne, elle doit l’en informer, lui préciser la finalité, le fondement
juridique qui l’autorise à traiter ces
données, qui peut y accéder, leur
durée de conservation et si elles
peuvent être transférées hors de
l’Union européenne. Cela concerne aussi bien les clients que les collaborateurs, les prestataires, etc.
Les droits de ces personnes étant
renforcés (droit d’accès, de rectification, d’opposition, d’oubli…),
l’entreprise doit leur donner les
moyens de les exercer (formulaire
de contact, messagerie, téléphone…) et y répondre dans un délai
raisonnable.
à la portabilité
uDroit
des données
Ce droit est une des véritables
nouveautés du RGPD. Il permet à
une personne de récupérer ses
données soit pour son usage personnel, soit pour les confier à un
service concurrent. Il s’impose à
tous les fournisseurs de services et
doit être fait dans un format interopérable (lisible sur n’importe
quel appareil).
la violation
uNotifier
de données personnelles
Outre les mesures techniques
pour garantir au mieux la sécurité
des données (mises à jour des logiciels, antivirus, gestion des mots
de passe, etc.), les entreprises ont
l’obligation de reporter toute violation de données personnelles à
la Cnil. Ce signalement doit s’effectuer dans les 72 heures et se fait
en ligne sur le site de la Cnil. L’entreprise doit aussi informer les
personnes concernées.
d’impact
uÉtude
sur la protection
des données à risque
Les entreprises traitant des données dites « sensibles » (origine,
opinion, santé, etc.), celles dont
l’activité a des conséquences particulières sur des personnes (données sur des mineurs, télésurveillance, scoring financier, etc.)
ou celles transférant des données
en dehors de l’Union européenne,
ont des obligations supplémentaires. Elles doivent conduire, a
priori, une analyse d’impact sur la
protection des données afin
d’identifier les risques spécifiques
associés à ces données.
I. V.
Alerte sur les arnaques de la mise
La Cnil va
« évidemment
faire
preuve de
discernement.
Mais cela ne
signifie pas
qu’il y aura
un moratoire
dans la mise
en place
du RGPD
»
CLÉMENCE SCOTTEZ,
CHEF DE SERVICE
DES AFFAIRES
ÉCONOMIQUES
DE LA CNIL
INGRID VERGARA £@Vergara_i
« Depuis que le sujet du règlement
général sur la protection des données (RGPD) est devenu visible, la
courbe des demandes d’accompagnement des entreprises s’est transformée en pic », résume Clémence
Scottez, chef de service des affaires
économiques de la Commission
nationale de l’informatique et des
libertés (Cnil). L’autorité de régulation française est en première ligne dans la mise en œuvre du nouveau règlement européen.
Au-delà de la publication de
contenus pratiques et d’outils en ligne, la Cnil multiplie les actions
pour aider les PME et les start-up à
passer le cap : rencontres de responsables des traitements (DPO),
présence au sein de l’incubateur
parisien de start-up Station F,
conférences auprès d’organisations
professionnelles, etc. Un service
spécial est également dédié aux
DPO pour qu’ils puissent trouver
des réponses à leurs questions soit
par téléphone, soit par courriel.
« La difficulté, c’est que la législation reste assez méconnue et que le
traitement et la gestion des données
n’étaient pas toujours pas une priorité, notamment pour les petites
structures », insiste-t-on du côté
de la Cnil, qui reconnaît que les patrons de petites et moyennes entreprises peuvent se sentir démunis
face à la complexité du texte. Beau-
coup d’entre elles partent de loin
car elles n’étaient déjà pas conformes à la directive sur la protection
des données de 1995 révisée en
2004. Mais toutes n’ont pas besoin
de faire appel à une aide extérieure
pour se mettre en conformité.
La Cnil met d’ailleurs en garde
contre certains acteurs peu scrupuleux qui jouent sur « le marketing de
la peur » en promettant une mise
en conformité « clés en main ».
Des sociétés profitent de la situation
pour proposer à prix d’or des prestations, souvent inutiles, ou générer des appels surtaxés. La commis-
La Cnil met en garde
contre des acteurs peu
scrupuleux qui jouent
sur « le marketing
de la peur »
sion a publié la semaine dernière
une alerte vigilance sur son site Internet, puisque souvent ces acteurs
se présentent comme « labellisés »,
« certifiés » ou « recommandés »
par la Cnil, ce qui n’est pas le cas.
Pour éviter les arnaques, l’autorité
de régulation a déjà mis en place
depuis plusieurs années un vrai
système de labels qui garantit un
niveau de confiance et de qualité
dans les procédures d’audit de
conformité et les formations sur le
sujet (la liste des prestataires est
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
21
L’Europe prépare son budget 2021-2027
Bruxelles dévoile ce mercredi les premiers éléments de son projet.
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
CORRESPONDANT À BRUXELLES
de sécurité et l’exploitation un enjeu
de business pour demain », résume
Nicolas d’Hueppe, président d’Alchimie et vice-président de CroissancePlus.
La mise en place du RGPD peut
sembler fastidieuse et onéreuse,
avec un coût compris entre 3 et
60 millions d’euros ; mais à terme,
il devrait favoriser une nouvelle
approche de la relation client, basée davantage sur « la confiance »,
assure la Cnil. « Tout le monde sera
gagnant, le client parce que ses
données personnelles seront protégées et l’entreprise parce qu’elles
sont source de valeur », résume un
expert. ■
Les
entreprises
ne sont pas
du tout prêtes
et cela nous
inquiète.
Le RGPD est
perçu comme
une usine
à gaz
»
JEAN-EUDES DU MESNIL
DU BUISSON
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
DE LA CONFÉDÉRATION
DES PME (CPME)
Un marché
en plein boom...
CHIFFRE D'AFFAIRES
DU MARCHÉ DE LA DONNÉE
(direct et indirect)
En milliards
d'euros
285
2020
(Prév. haute)
RAWF8/STOCK.ADOBE.COM
*chiffre d’affaires du marché de la donnée
et chiffre d’affaires supplémentaire
généré par l’économie européenne
en conformité
disponible sur leur site). Ces labels
laisseront progressivement la place
à un système de certification qui
s’appuiera sur des certificateurs
privés afin de mieux encadrer ce
marché de la conformité. Dans tous
les cas, le meilleur conseil est de
vérifier la crédibilité de l’interlocuteur qui propose ses services.
Pour permettre aux entreprises
de savoir exactement ce qu’il attend d’elles et faciliter la tâche de
son responsable des données, le régulateur développe aussi des packs
de conformité par secteur d’activité, élaboré avec les professionnels
et qui tiennent compte des spécificités sectorielles au lieu d’imposer
des règles uniques, inadaptées ou
inapplicables à certains métiers.
Si le nouveau règlement est aussi
craint, c’est à cause du niveau inédit de sanctions prévues en cas de
non-conformité (jusqu’à 4 % du
chiffre d’affaires et 20 millions
d’euros en cas d’absence de revenus). « Par rapport aux véritables
nouveautés comme le droit à la portabilité ou la réalisation d’analyses
d’impact sur la protection des données, nous allons évidemment faire
preuve de discernement. Mais cela ne
signifie pas qu’il y aura un moratoire
dans la mise en place du RGPD »,
précise Clémence Scottez. En théorie, les entreprises ont déjà eu deux
ans pour se préparer. Elle agira au
cas par cas, en fonction de la gravité
du manquement et de la sensibilité
des données concernées. ■
... et pourvoyeur
d'emplois
NOMBRE D'ENTREPRISES
ET DE SALARIÉS DE LA
DONNÉE EN EUROPE
255 359
2016
2020
10,4
6,2
2016 2020
Entreprises
Salariés
en milliers
en millions
Sources : Commission européenne
... surtout capté
par les leaders
du secteur
PART DE GOOGLE
ET FACEBOOK
DANS LE MARCHÉ
DE LA DONNÉE
77 %
Marché
américain
68%
Marché
français
Source : IAB
En prélude à ce qui s’annonce
comme une bataille féroce pour
payer moins ou recevoir plus, la
Commission se gardera aujourd’hui de préciser l’effort qui guette pour dix ans chacune des vingtsept capitales. Sur le tableau
d’ensemble, elle ne fait plus mystère des sacrifices nécessaires : les
deux grands gisements d’écono-
PROPOS RECUEILLIS PAR
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
« Lorsque
nous avons
2016
Source : IDC
Tour de vis
963,5
milliards
d’euros
Budget
de l’Union européenne
pour la période
2014-2020. Il sera
d’un montant analogue
pour 2021- 2027
Monti : « Il faut redéfinir le business model de l’UE »
739
299
2015
UE Le Brexit a bon dos. La Commission Juncker, piquée au vif par
une défection britannique qui lui
coûtera 10 milliards par an à peine, dévoile aujourd’hui la première épure d’un budget pluriannuel
qui ambitionne de financer l’Europe jusqu’en 2027. Sous la triple
hypothèque d’une relève politique
à tous les étages d’ici dix-huit
mois, d’urgences sans cesse changeantes et - pourquoi pas ? d’une nouvelle configuration de
l’Union européenne.
Exercice rituel, la fixation du cadre financier pluriannuel de l’UE
(CFP) revêt cette année plus que de
coutume l’apparence d’une entreprise d’anticipation, puisqu’elle
s’achèvera après les élections
européennes de mai 2019. Ce qui
n’exclut pas une certitude : l’assainissement. Il s’agira avant tout de
programmer des économies de
longue durée, avec pour chaque
pays - France comprise - des révisions déchirantes sur les enveloppes qu’il peut espérer de Bruxelles
dans les années qui viennent.
La fin de la contribution britannique, à partir de 2021, n’est que
mie sont la politique agricole
commune (PAC) et les fonds de
cohésion (aide aux régions les plus
pauvres). De taille équivalente,
ces deux postes représentent plus
de 70 % des dépenses de l’UE.
Dans un bel euphémisme, Bruxelles a prévenu que les coupes n’y
« atteindront pas 10 % ».
Sur la PAC, la France est prête à
accepter une réforme substantielle. Le tour de vis sera difficile à
accepter pour ses agriculteurs,
premiers bénéficiaires d’aides directes que Bruxelles tient à faire
baisser. Seront aussi touchées
l’Italie, l’Espagne, la Roumanie, la
Pologne et, à un degré moindre,
l’Allemagne, surtout dans leurs
grandes exploitations.
Les pays d’Europe orientale,
eux, sont déjà dressés contre les
coupes dans les enveloppes de cohésion. Ils en sont les principaux
bénéficiaires en volume (Pologne)
ou par habitant (Hongrie et République tchèque). S’y ajoute, à l’Est,
un sentiment de discrimination
politique : les fonds européens
pourraient être à l’avenir coupés,
à l’initiative de la Commission,
aux pays qui ne respecteraient pas
l’indépendance des juges, mise en
garde à peine voilée contre Varsovie et Budapest. ■
négocié
le cadre
budgétaire
pour la période
2014-2020,
aucun des
mots suivants
ne faisait
partie de notre
vocabulaire :
Trump, Brexit,
terrorisme
en Europe,
immigration
de masse
»
MARIO MONTI, ANCIEN
COMMISSAIRE EUROPÉEN
Ancien commissaire européen
(1995-2004), premier ministre de
l’Italie de 2011 à 2013, Mario Monti
a présidé un groupe de travail
chargé de proposer des réformes
pour le budget européen post2020.
LE FIGARO. - Pourquoi
préconisez-vous une refonte
du budget de l’Union
européenne ?
Mario MONTI. – Rendez-vous
compte qu’en 2013, lorsque nous
avons négocié le cadre budgétaire
pour la période 2014-2020 – j’étais
alors premier ministre - aucun
des mots suivants ne faisait partie
de notre vocabulaire : Trump,
Brexit, terrorisme en Europe, immigration de masse. On parlait
bien de Poutine et d’Erdogan mais
les relations avec leurs pays respectifs étaient bien différentes.
L’exercice budgétaire doit être
cohérent avec l’exercice politique. Qu’attendons-nous de l’Europe ? Certains domaines sont devenus prioritaires aux yeux des
citoyens. Sur la lutte antiterroriste ou le défi de l’immigration, il faut démontrer
qu’il y a une valeur ajoutée de
l’échelle européenne. Dans
cette époque où le populisme
monte, la méfiance des peuples
à l’égard de l’UE s’explique
largement par l’écart
entre ce qu’on promet et ce qu’on
obtient.
Certes,
l’Europe a des résultats sur certaines promesses
comme Erasmus
ou la recherche.
Mais si les citoyens se tournent vers Le
Pen en France
ou Salvini en
Italie,
c’est
parce qu’ils ont
peur. Ce n’est
pas en promettant plus de revenu disponible à coups de
baisses d’impôts
qu’on éliminera
ces peurs, mais en
permettant
un
Mario Monti.
F. VOLPI/BLOOMBERG
contrôle des migrations et en assurant la sécurité à l’échelle de
l’Europe avec des compétences
et des ressources financières. Il
faudra donner de la souplesse à
ce cadre financier pour qu’il
s’adapte à d’éventuels sujets
émergeant en cours d’exercice
budgétaire. En somme, il faut
redéfinir le business model de
l’Union européenne.
Le prochain budget
se fera à 27 États membres,
sans la Grande-Bretagne.
Comment relever ce défi ?
La contribution du RoyaumeUni va disparaître. C’était une
contribution nette. L’UE doit-elle réduire ses activités ? La Commission est favorable à une augmentation des contributions des
États membres mais pas à la hauteur de la compensation de la
perte de l’apport des Britanniques. Le contrat de coalition allemand stipule que l’Allemagne
doit pouvoir accroître sa contribution au budget européen, c’est
important.
L’augmentation des ressources
de nouveaux sujets
prioritaires comme la sécurité
ou l’immigration se fera-t-elle
au détriment d’autres politiques ?
Certaines actions sont moins nécessaires à l’échelle communautaire. Les parlementaires européens, pendant la négociation
budgétaire, portent des projets
parfois de portée locale et qui ne
sont pas essentiels. Quant à la
PAC, elle ne doit pas cesser
d’exister mais Emmanuel Macron, dans son discours de la Sorbonne sur l’Europe en septembre,
a dit que la France était prête à reconsidérer certains aspects de la
PAC. Il faut surtout arrêter de se
focaliser sur l’idée d’États contributeurs ou bénéficiaires nets, de
perdants et de gagnants. Je me
souviens, lors des négociations de
2013, la seule chose qui intéressait
les médias était le solde net de
chaque pays. Est-ce que mon
gouvernement a fait mieux ou
pire ? Cela donne l’impression
que l’UE est un jeu à somme nulle : si je tire la couverture à moi,
un autre est découvert. Il faut
avoir à l’esprit que l’appartenance
au marché unique a en soi une valeur économique énorme. Ce
n’est pas un hasard si la Norvège
paie pour y appartenir.
Vous plaidez pour que l’UE
ait plus de ressources propres.
Mais les États viennent d’échouer
à s’accorder sur la taxation
du numérique…
Si on identifie de nouvelles fonctions prioritaires, il faut que l’UE
ait des ressources propres. Cette
question ne pourra pas être évitée lors de la négociation budgétaire qui va s’ouvrir. Toute matière fiscale exige unanimité au
Conseil. La procédure sera donc
lourde politiquement. Il faudra
accord unanime du Conseil, accord du Parlement et ratification
de chaque État membre… Le
groupe de travail que j’ai présidé
reflétait la diversité des sensibilités des institutions et de la géographie. Toutes nos recommandations ont été adoptées à
l’unanimité. C’est encourageant,
cela montre que les divergences
sont surmontables.
Êtes-vous favorable
à un mécanisme de sanctions
budgétaires – priver de fonds –
des pays qui ne respecteraient pas
l’État de droit ?
Oui. Respecter ses engagements
est la base de l’appartenance à
l’Union. Violer les règles existantes peut avoir des conséquences
funestes. ■
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Mail : stt@etude-mequinion.fr
A
sont en retard.
l’élément marginal d’un budget
pluriannuel qui tournera autour
de 1 000 milliards d’euros, somme
comparable à l’exercice précédent
2014-2020. La croissance attendue en Europe continentale,
même modeste, devrait combler
mécaniquement le trou dû au
Brexit. Ce qui contraint vraiment
les finances de l’UE, ce sont les refus de contributeurs nets comme
l’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et, dans une moindre mesure, l’Allemagne d’accroître leur chèque. Avec en
parallèle l’inflation des « nouvelles » missions de l’UE - protection
des frontières en Méditerranée,
coût des migrations, défense, lutte
contre le terrorisme, action climatique, recherche… - sans
qu’aucune ressource propre ne
vienne les financer.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
La hausse des taux, un casse-tête pour la Fed
Les analystes s’attendent à un statu quo sur les taux d’intérêt à l’issue de la réunion mensuelle de l’institution.
TAUX AMÉRICAINS
À 10 ANS,
HERVÉ ROUSSEAU
hrousseau@lefigaro.fr
en %
2,976
3,00
2,95
2,90
2,85
2,80
2,75
2,70
7 fév. 2018
1er mai 2018
Source : Bloomberg
Infographie
MARCHÉS Les débats s’annoncent particulièrement animés
lors de la réunion mensuelle du
comité de politique monétaire de
la Fed, qui doit s’achever ce mercredi 2 mai. Deux camps s’affrontent au sein de l’institution
basée à Washington : celui des
« faucons », favorables à de nouvelles hausses des taux d’intérêt
le plus rapidement possible et celui des « colombes », qui souhaitent le statu quo.
Or, l’équation à laquelle est
confrontée la puissante banque
centrale américaine est de plus en
plus complexe. Les taux américains viennent de connaître un
nouveau coup de fièvre. Pour la
première fois depuis début 2014,
le rendement des emprunts d’État
américains à 10 ans a récemment
dépassé la barre des 3 %. Il a légèrement reflué ces derniers jours,
mais il reste aux prises avec ce
seuil hautement symbolique. Les
causes sont connues : les cours du
pétrole se tendent, entraînant
dans leur sillage les anticipations
inflationnistes, ce qui tire vers le
haut les taux longs.
Pour le moment, « le marché
s’accommode de la hausse des
taux », constatent les analystes de
Ventura Wealth Management.
Mais, selon eux, «si on franchit le
seuil technique de 3,05 %, un niveau
pas vu depuis plus de cinq ans, le
marché des actions pourrait à son
tour être affecté ». Alors que l’économie américaine tourne à plein
régime, le renchérissement du
crédit serait en effet une très mauvaise nouvelle pour les entreprises.
Jerome Powell
va devoir agir avec tact
Les experts de Mirabaud Securities, à Genève, se veulent plus
rassurants : ils constatent que
« les taux montent pour de bonnes
raisons ». Pour eux, c’est en effet
le signe que « l’économie améri-
caine est particulièrement dynamique ». Même analyse chez
Meeschaert Financial Services,
où l’on estime que « les taux devraient être à un niveau plus élevé
si la Fed n’avait pas artificiellement maintenu sa politique monétaire accommodante ». Pour ces
spécialistes, la normalisation des
politiques monétaires est dans
l’ordre des choses. Elle est
d’ailleurs déjà bien entamée.
Depuis déjà trois ans, la Fed a
mis un terme à ses vastes programmes de rachats de titres. Elle
a ensuite commencé à remonter
très progressivement ses taux. Et,
depuis peu, elle s’efforce de réduire la taille de son gigantesque
bilan (4 500 milliards de dollars)
en cessant de réinvestir systématiquement les montants des programmes obligataires arrivés à
échéance. Le nouveau président
de la Fed, Jerome Powell, poursuit
la politique engagée par Janet Yellen, à qui il a succédé. Mais, s’il ne
veut pas tuer la croissance, il va
devoir agir avec tact. Car, dans le
même temps, les baisses d’impôts
accordées par Donald Trump devraient creuser considérablement
le déficit américain.
Cette fois, pour la plupart des
analystes, les « colombes » devraient l’emporter et la Fed marquer une pause dans sa campagne
de hausse des taux. ■
Donald Trump accorde
30 jours de répit à l’Union européenne
La Maison-Blanche souhaite négocier des quotas pour limiter les importations d’acier et d’aluminium.
PIERRE-YVES DUGUA £@Pdugua
LES SURTAXES
DONT SONT MENACÉES
LES EXPORTATIONS
EUROPÉENNES
PAR LES ÉTATS-UNIS
EN POURCENTAGE
2 5 %
Niveau de surtaxe
qui frapperait
les exportations
d’acier
10 %
Niveau de surtaxe
qui frapperait
les exportations
d’aluminium
COMMERCE Donald Trump n’a pas
donné aux Européens ce qu’ils souhaitaient. Les démarches d’Emmanuel Macron, puis d’Angela Merkel
auprès du président américain
n’ont pas abouti à la solution définitive espérée. Pour autant, la Maison-Blanche pense avoir trouvé
une solution temporaire à son
avantage en suspendant pour un
mois le risque de mesures de rétorsion de la part de l’Union européenne. La Maison-Blanche, depuis le
23 mars, menace les exportateurs
d’acier vers les États-Unis d’une
surtaxe de 25 % et les exportateurs
d’aluminium d’une surtaxe de
10 %, au nom de la protection de la
sécurité nationale. À quelques minutes de l’expiration du délai qu’il
avait lui-même fixé, Donald Trump
a fait savoir qu’il ne frapperait pas
encore de droits de douane les importations d’acier et d’aluminium
de plusieurs pays alliés. Il fixe en revanche une nouvelle date, qualifiée,
cette fois, de « finale », au-delà de
laquelle il tranchera.
L’Union européenne ainsi que le
Canada et le Mexique ont donc jusqu’au 1er juin pour négocier une solution et éviter les sanctions américaines. Les réactions européennes
se sont multipliées dans les heures
qui ont suivi l’annonce de ce délai
de grâce. « La décision américaine
prolonge l’incertitude du marché,
qui affecte déjà les décisions commerciales, a répliqué la Commission
européenne mardi matin. L’Union
européenne devrait être totalement
et définitivement exemptée de ces
mesures, car elles ne peuvent être
justifiées par des raisons de sécurité
nationale. Les Européens ne négocieront pas sous la menace. »
L’exemption « jusqu’au 1er juin seulement n’est pas suffisante, a renchéri sur Twitter le président du
Parlement européen, Antonio Tajani. Elle crée une incertitude néfaste
KEVIN LAMARQUE/REUTERS
WASHINGTON
La surtaxe voulue par Donald Trump (ici lundi, à Washington) est largement condamnée dans le monde, y compris aux États-Unis par les républicains au Congrès.
pour l’industrie des deux côtés de
l’Atlantique ».
Même écho du côté des capitales
européennes. Il faut une exemption
« durable », réclame Berlin, « définitive », dit Londres, « permanente », demande Paris. La France en
fait la condition préalable pour
discuter « sereinement » avec
Washington du problème de surcapacité dans l’aluminium et l’acier.
Surproduction
délibérée de la Chine
Quelques heureux élus ont en revanche déjà répondu en principe de
manière satisfaisante aux exigences
de Washington. On y trouve le Brésil, l’Argentine et l’Australie. Les
détails des arrangements négociés
avec ces nations seront finalisés rapidement. La Maison-Blanche ne
donne pas de précisions, mais on
comprend que ces pays ont promis
de limiter leurs exportations d’acier
et d’aluminium vers les États-Unis.
« L’Administration prolonge les négociations avec le Canada, le Mexique et l’Union européenne pour une
durée finale de trente jours, explique
la présidence américaine. Dans toutes ces négociations, l’Administration
se concentre sur des quotes-parts qui
restreindront les exportations, éviteront les détournements d’exportations issues de pays tiers et protégeront la sécurité nationale. »
La solution d’une surtaxe, qui a
été imaginée par Donald Trump, est
largement condamnée dans le
monde, y compris aux États-Unis
par les républicains au Congrès. Elle
est censée défendre les producteurs
américains contre le surplus d’acier
produit sur le marché. Cette situation est due en grande partie à la
surproduction délibérée de la Chine.
Le Canada et le Mexique sont
dans la phase finale d’une vaste renégociation de leur accord de libreéchange avec les États-Unis. En les
exemptant de sanctions sur l’acier
et l’aluminium pour le moment,
Donald Trump pense faciliter la
conclusion de ces discussions
complexes centrées ces derniers
jours sur la manière de maximiser le
contenu
nord-américain
des
échanges de véhicules et pièces
automobiles. Un secteur qui obsède
la Maison-Blanche.
La situation de l’Union européenne, tiraillée par les intérêts contradictoires de ses États membres, est
plus complexe. Elle est ouverte à des
discussions pour éviter une guerre
commerciale, à condition que la
menace de sanctions unilatérales
qu’elle juge illégales soit levée. La
Commission européenne a déjà arrêté une liste de 2,8 milliards
d’euros de produits américains qui
feront immédiatement l’objet de
droits de douane si jamais la menace
de surtaxe américaine sur l’acier et
l’aluminium est mise à exécution.
Néanmoins, l’Allemagne se
trouve en position de faiblesse
dans ce bras de fer. D’abord parce
que son industrie sidérurgique serait la principale victime des sanctions américaines. En outre, le
modèle économique allemand de
croissance, axé sur les exportations, a beaucoup à perdre d’une
guerre commerciale avec les
États-Unis. Sans compter que depuis quelques semaines, les nouvelles sanctions décidées par
Washington contre les oligarques
russes sont en passe d’empêcher
des géants industriels allemands
de travailler avec Moscou. Berlin
espère donc aussi que Washington
exemptera l’Allemagne de ces
nouvelles mesures visant le régime
de Poutine. La position inattendue
de demandeur dans laquelle se
trouve Angela Merkel donne un
avantage tactique à Donald Trump
dans des « négociations » que les
Européens, par pudeur diplomatique, sont obligés de qualifier de
« discussions ». ■
LA SÉANCE DU LUNDI 30 AVRIL
A
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 46,87
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,05
AIRBUS .............................................. 97,4
ARCELORMITTAL SA ..................................
28,095
ATOS .............................................. 111,9
AXA .............................................. 23,72
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
63,98
BOUYGUES ..............................................
42,25
CAPGEMINI ..............................................
114
CARREFOUR ..............................................
17,035
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,635
DANONE ..............................................67,09
ENGIE .............................................. 14,55
ESSILOR INTL. ..................................113,05
KERING ..............................................479,6
L'OREAL ..............................................198,85
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
46,29
LEGRAND ..............................................64,5
LVMH .............................................. 289,3
♣
MICHELIN ..............................................
116,55
%VAR.
+HAUTJOUR
+1,98 47,07
+0,7
108,1
+0,48 98,26
+1,04 28,335
-1,28 113,75
+0,76 23,82
+0,64 63,98
+0,19
42,51
+0,13 114,25
+0,92
17,12
-0,29
13,765
+0,13
67,22
+0,8
14,555
+0,67 113,1
+0,61 479,6
+0,99 199,3
+0,63 46,3
+0,4
64,5
+1,72 289,3
+0,47 116,7
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
45,94
107
96,47
27,845
111,55
23,565
63,46
42,14
113,1
16,83
13,6
66,61
14,37
111,15
473,7
194
45,73
64
284
115,5
0,372
0,269
0,285
0,126
0,354
0,289
0,2
0,243
0,404
0,301
0,17
0,259
0,193
0,278
0,158
0,202
0,025
0,16
0,115
0,253
+9
+2,86
+17,35
+3,61
-7,79
-4,1
+2,78
-2,45
+15,28
-5,57
-1,2
-4,09
+1,5
-1,65
+22,04
+7,52
-1,59
+0,48
+17,89
-2,51
JOUR
ORANGE ..............................................15,115
PERNOD RICARD ..................................
137,55
PEUGEOT ..............................................
20,42
♣ 62
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
89,84
SAFRAN ..............................................97,46
SAINT GOBAIN ..................................
43,495
SANOFI ..............................................65,79
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
75,28
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
45,455
SODEXO ..............................................82,1
SOLVAY ..............................................
115,6
STMICROELECTRONICS .............................
18,12
TECHNIPFMC ..................................27,23
TOTAL .............................................. 52,33
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
198,9
VALEO .............................................. 55,44
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,655
♣
VINCI .............................................. 83,1
VIVENDI ..............................................21,89
%VAR.
+0,53
-0,25
+0,34
+2,07
+0,76
+2,33
-0,48
+0,97
+0,88
+0,25
+0,74
-1,03
-0,08
-1,02
+0,44
+0,79
+0,98
-0,2
+0,41
+2,58
+HAUTJOUR +BAS JOUR
15,12
138,3
20,49
62
90,42
97,48
43,9
66,11
75,28
45,66
82,48
116,95
18,16
27,64
52,33
199,55
55,58
19,76
83,14
21,89
15,04
137,45
20,24
60,32
88,71
95,22
43,25
65,01
74,5
45,295
81,42
115,6
17,965
27
51,69
197,5
54,72
19,635
82,7
21,29
%CAP.ECH
0,219
0,15
0,441
0,391
0,239
0,274
0,355
0,29
0,23
0,271
0,254
0,268
0,197
0
0,23
0,469
0,983
0,246
0,212
0,306
31/12
+4,42
+4,24
+20,44
+9,44
+7,07
+13,44
-5,4
-8,43
+6,24
+5,59
-26,73
-0,26
-0,47
+5,34
+13,65
-5,29
-10,97
-7,61
-2,41
-2,36
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,6013
1,5542
0,8796
9,4801
132,12
1,1968
1,2079
2,9516
11,103
4,8896
21,32
7,6574
80,1685
138,93
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
SICAV ET FCP
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34950
34510
+0,58
NAPOLEON ..................................................... 214,9
204,2
+3,87
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213
207
+0,09
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1180
1150
+1,03
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
204
204
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
299
299
-1,97
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1314
1307
+0,31
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
111,9
111,9
+1,91
PIECE SUISSE 20F .....................................................
202,8
204
+0,05
PIECE LATINE 20F .....................................................
204,9
202
+0,99
SOUVERAIN ..................................................... 259,8
258
-0,35
KRUGERRAND .....................................................1139,5
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LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
ÉCONOMIE 23
Les supermarchés
Sainsbury’s et Asda
fusionnent
FRED MARVAUX/REA
Le nouveau numéro un britannique
s’engage à réduire ses prix de 10 %.
Eurofins, le spécialiste français des analyses biologiques, compte dépasser la barre des 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires dès 2019.
Eurofins se renforce
aux États-Unis
Le groupe vient de s’offrir Covance Food pour 670 millions de dollars.
DISTRIBUTION
Bouleversement
spectaculaire sur le marché britannique de la distribution, où la guerre
des prix fait rage. Sainsbury’s, le
numéro deux britannique des supermarchés, dont la Qatar Investment Autorithy est le principal actionnaire, et Asda, le numéro trois
britannique du secteur et filiale du
géant américain Walmart, ont annoncé leur fusion, lundi 30 avril. Le
nouveau groupe dont Walmart détiendra 42 % du capital mais 29,9 %
des droits de vote, devrait être opérationnel au deuxième semestre
2019. Il réalisera 51 milliards de livres (58 milliards d’euros) de chiffre
d’affaires et emploiera 330 000 salariés dans 2 800 magasins. Il deviendra le numéro un britannique de la
distribution, avec 31,4 % de part de
marché et reléguera le britannique
Tesco à la deuxième place (27,6 %).
Garantie sur l’emploi
Croissance
à marche forcée
Avec Covance Food Solutions,
Eurofins réalise la seconde plus
importante acquisition de son histoire, après le rachat, en septembre dernier, du laboratoire américain EAG pour 780 millions de
dollars. La politique de croissance
externe à marche forcée est la
marque de fabrique d’Eurofins depuis sa création à Nantes il y a une
vingtaine d’années. L’an dernier a
marqué un record avec 60 acquisitions pour un investissement total de 1,5 milliard d’euros. Et la société maintient la cadence : le
rachat de Covance Food Solutions
est la quatrième acquisition en un
mois après celles de Lab Frontier
(tests de cosmétiques et bétail) en
Corée du Sud, d’Eichrom (tests
amiante et radioactivité) et des activités de tests alimentaires et
d’eau de Protec en France.
Cet appétit insatiable a permis à
Eurofins d’étendre ses activités à
un grand nombre de secteurs :
agroalimentaire, produits pharmaceutiques, cosmétiques ou encore hygiène, et de développer
son maillage géographique. Le
groupe est aujourd’hui présent
dans 44 pays et emploie 35 000
personnes dans plus de 400 laboratoires. L’an dernier, le bénéfice
d’Eurofins a fait un bond de 25 %,
à 217 millions d’euros pour un
chiffre d’affaires, en hausse de
plus de 17 %, à près de 3 milliards
d’euros.
Les ambitions sont fortes. Le
français compte dépasser la barre
des 4 milliards d’euros de chiffre
d’affaires dès 2019. S’il atteint cet
objectif, Eurofins aura doublé de
taille en seulement quatre ans.
Le groupe habitué à affoler les
compteurs de la Bourse n’a toutefois pas été épargné par la correction des valeurs biotech ces derniers temps. En trois mois, le titre
a cédé près de 15 %. Mais, en cinq
ans, son cours de Bourse a quasi
triplé. L’acquisition de Covance
Food Solutions a visiblement été
appréciée par le marché : le titre a
grimpé de plus de 3 %, lundi
30 avril, dans la foulée de son
annonce. ■
LES DÉCIDEURS
â JIM KELLER
Tesla
Le constructeur américain de voitures électriques haut de gamme voit partir son responsable du programme d’assistance à la conduite Autopilot, alors que les autorités enquêtent
sur ce système après un récent accident mortel. Jim Keller, spécialiste des microprocesseurs, va rejoindre l’entreprise Intel. Deux
hommes le remplacent pour superviser Autopilot : Andrej Karpathy pour la partie logicielle et Peter Bannon pour la partie matériel.
Jim Keller est le troisième responsable à quitter Tesla en près de deux ans.
â ELENA MINARDI
Gecina
À 35 ans, la diplômée Bocconi et de
l’Insead quitte le conseil en stratégie
et McKinsey où elle a été senior associate puis engagement manager, pour rejoindre à compter du 28 juin la foncière cotée
comme chef de cabinet auprès de l’administratrice et directrice générale Méka Brunel.
Elle sera invitée permanente au comité exécutif du groupe. Après des débuts dans la
publicité chez DDB, McCann Erickson à Milan
puis à la fondation Umberto Veronesi, elle
avait intégré en 2011 McArthurGlen à Londres
comme brand partner marketing manager,
jusqu’en 2014.
COURS DE L’ACTION
EUROFINS SCIENTIFIC,
en euros
447,80
500
400
L’annonce de la principale fusion
dans le secteur de distribution depuis quinze ans a enthousiasmé les
marchés. L’action de Sainsbury’s
s’est envolée de 14,53 %, à 309 pence, alors que le titre Tesco a reculé
de 0,92 %, à 235,90 pence, lundi
soir à la clôture de la Bourse de Londres. L’opération, qui s’élève à
13,3 milliards de livres (10,9 milliards d’euros), doit encore recevoir
le feu vert de l’Autorité de la
concurrence du Royaume-Uni
(CMA). Celle-ci a annoncé que « la
fusion sera probablement sujette à un
passage en revue ».
Mike Coupe, le directeur général
de Sainsbury’s et dirigeant du nou-
300
200
100
2 mai 2013
1er mai 2018
Source : Bloomberg
Infographie
BEN STANSALL/AFP
TECHNOLOGIE Eurofins, le spécialiste français des analyses biologiques, vient de frapper un
grand coup aux États-Unis. Il s’est
offert Covance Food Solutions,
pour 670 millions de dollars (environ 558 millions d’euros).
La société, rompue aux opérations de croissance externe, renforce sa présence en Amérique du
Nord, mais également au Royaume-Uni et en Asie. Covance Food
Solution, qui était tombé dans
l’escarcelle de LabCorp lors du rachat de Covance, fournit des services de tests de laboratoire et de
conseil sur la sécurité et la qualité
de produits alimentaires. Un secteur en plein boum, où la concurrence fait rage et où les parts de
marchés sont particulièrement
difficiles à grignoter. Covance
Food Solutions est un acteur de
poids dans cette spécialité. Elle
compte 850 salariés et devrait
réaliser cette année un chiffre de
160 millions de dollars, « avec une
marge brute d’exploitation (Ebitda)
déjà bien supérieure aux objectifs
d’Eurofins », affirme la société
française.
« C’est un gros investissement,
mais Eurofins est bien financé pour
le réaliser et l’actif est de haute
qualité », ajoute la société, qui affirme également que l’opération,
qui bénéficie de « conditions fiscales favorables aux États-Unis, aura
un effet positif immédiat sur sa
rentabilité du groupe ».
Un supermarché Sainsbury’s, à Londres. Le nouveau groupe après la fusion
entre les numéros deux et trois du secteur emploiera 330 000 salariés.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Antoine Lissowski à la présidence
du Fonds stratégique de participations
Transmission des pouvoirs
à la tête du Fonds stratégique de participations (FSP).
Après Pierre de Villeneuve,
le patron de BNP Paribas
Cardif, c’est au tour d’un autre assureur,
Antoine Lissowski, directeur général adjoint
de CNP Assurances, d’endosser le costume de
président, pour un mandat d’un an. À 62 ans,
cet homme marié et père de cinq enfants, féru
d’histoire et de photo, va donc aussi désormais jouer les investisseurs. Créé en 2012, le
Fonds stratégique de participations qui fédère
sept assureurs majeurs en France - BNP Paribas Cardif, CNP Assurances, Crédit agricole
Assurances, Sogecap (Société générale Insurance), Groupama, Natixis Assurances et
Suravenir, ainsi que le groupe Edmond de
Rothschild qui en assure la gestion - réalise
des investissements en capital dans les entreprises françaises. Une casquette à la mesure de
cet énarque et Sciences Po, fils de banquier, à
la fibre 100 % financière. En 1982, il débute à
la Caisse des dépôts et consignations (CDC)
comme chef du bureau trésorerie devises et
euros crédits. Il y évolue pendant plus de vingt
ans gravissant tous les échelons. Jusqu’en
2003, où celui qui devint le grand argentier de
CDC Ixis, la banque d’investissements et de
gestion d’actifs de la Caisse née en 1999, chan-
ge de secteur et prend en main la direction des
finances de CNP Assurances. Il en deviendra
trois ans plus tard également directeur général
adjoint. Jouant collectif aussi : à son arrivée, il
devient président de la Commission plénière
économique et financière à la Fédération française des assurances et, en 2006, président du
comité directeur Solvency II du Comité européen des assurances. Finance, investissement,
assurance, il est donc aujourd’hui dans un
univers dont il connaît toutes les ficelles.
De SEB à Elior Group
La vocation du FSP depuis sa création est
d’agir en investisseur de long terme au sein
d’entreprises sélectionnées pour leur solidité
financière, leur capacité d’innovation et leur
visibilité. Encourager une croissance durable
et responsable. Après avoir misé sur Arkema
et SEB, le fonds est aussi entré au capital de
Safran, Eutelsat, Tikehau Capital et dernièrement d’Elior Group. Ses investissements
s’élèvent à 1,7 milliard d’euros. « En qualité
d’investisseur de long terme dans le capital de
belles sociétés françaises, le Fonds stratégique
de participations joue un rôle majeur en fléchant
l’épargne longue des Français vers le financement de l’économie réelle », se félicite Antoine
Lissowski. L’idée est dans l’air du temps…
C. B.
www.lefigaro.fr/decideurs
â CATHERINE RÉNIER
Jaeger-LeCoultre
Richemont change la « tête » de sa
griffe horlogère. La présidente AsiePacifique de Van Cleef & Arpels devient CEO de Jaeger-LeCoultre. Catherine
Rénier avait rejoint Cartier à New York en
1999 avant d’intégrer Van Cleef & Arpels quatre ans plus tard comme responsable marketing. Après avoir fortement contribué au développement en Asie, elle avait été promue
présidente en 2013.
â SIDNEY TOLEDANO
Loewe-LVMH
Suite logique de la nomination de l’ex-PDG de
Christian Dior à la tête du pôle LVMH Fashion
Group, ce dernier prend la présidence du
conseil d’administration de la maison. Le
créateur maison Jonathan Anderson est promu directeur, et Delphine Arnault et Jaime
de Marichalar rempilent comme membres.
â FRANÇOISE CLÉMENT
Casino
Départ surprise de la directrice du nonalimentaire des hypers et supers Casino. Cette
ex-Carrefour était arrivée en mars.
A
HERVÉ ROUSSEAU
hrousseau@lefigaro.fr
vel ensemble, a expliqué que le futur numéro un allait lancer une offensive en réduisant d’environ 10 %
ses prix « sur de nombreux articles
de la vie quotidienne ». Il espère ainsi
marquer des points face aux redoutables spécialistes allemands du
hard-discount Aldi et Lidl et à
Amazon, le numéro un mondial du
commerce électronique, qui laminent les prix pour attirer des
consommateurs dont le pouvoir
d’achat est mis à mal. Il s’est également engagé à conserver les deux
marques, les deux sièges sociaux et
à ne fermer aucun magasin, Mais les
autorités britanniques de la concurrence pourraient obliger le futur
numéro un à des cessions.
Mike Coupe assure aussi pouvoir
réaliser 500 millions de livres de synergies, grâce essentiellement à la
rationalisation des achats. Malgré
ses propos rassurants, le principal
syndicat britannique, Unite, a demandé des « garanties » sur l’emploi. De son côté, le secrétaire
d’État à l’Économie Andrew Griffiths a expliqué qu’un membre du
gouvernement avait eu des discussions avec les dirigeants des deux
groupes et les syndicats sur la préservation des emplois.
Sur le plan financier, Sainsbury’s
absorbera Asda, valorisée 7,3 milliards de livres (8,3 milliards
d’euros). Walmart, le numéro un
mondial de la distribution, recevra
2,97 milliards de livres en numéraire et le reste (60 %) en actions. Il
pourra faire tomber sa participation
à 29,9 % dans les deux ans et sortir
du capital dans les quatre ans. ■
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
24
MÉDIAS et TECH
Succès écrasant pour le jeu vidéo « Fortnite »
Le studio Epic Games a réalisé plus de 220 millions de dollars de chiffre d’affaires pour le seul mois de mars.
LOISIRS Adieu billes, toupies
Beyblade et cartes Pokémon. La
nouvelle fièvre qui s’est emparée
des cours de récréation est un jeu
vidéo en ligne disponible sur
consoles, PC et, depuis peu, sur
iPhone. Sorti en juillet 2017, il
connaît ces derniers mois une popularité grandissante, éclipsant
sur son passage les autres cadors
du jeu en ligne comme League of
Legends (Riot), Overwatch (Activision Blizzard) ou PlayerUnknown’s Battlegrounds, dit PUBG
(Bluehole). Son nom est bien
connu des parents : Fortnite, qui
réunit plus de 40 millions de
joueurs chaque mois et rapporte
une fortune à ses créateurs. Pour
le seul mois de mars, les revenus
sont estimés par l’institut Superdata à 220 millions de dollars.
Fortnite a été conçu par le studio
américain Epic Games, spécialisé
dans les jeux de tirs avec les sagas
Gears of War ou Unreal Tournament. Le titre, qui a nécessité plus
de cinq ans de développement,
mêle plusieurs genres : le joueur
fait équipe avec d’autres internautes pour survivre à des assauts
de zombies et doit aussi construire
des bâtiments, comme dans Minecraft, le célèbre jeu de construction racheté par Microsoft.
Lancé en juillet avec un petit
budget marketing, Fortnite a réuni
en un mois plus de 1 million de
joueurs en ligne, une jolie performance. En septembre, les développeurs ont ajouté un mode de
jeu nommé « Battle Royale ». Cent
joueurs sont catapultés sur une
aire de jeu qui se rétrécit au fur et
à mesure. Le dernier debout a gagné. C’est à ce moment-là que le
destin commercial du jeu a pris
une tout autre dimension.
Fortnite Battle Royale est téléchargeable gratuitement, sans
avoir besoin du jeu originel. Il est
EPIC GAMES
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
Lancé en juillet avec un petit budget marketing, Fortnite Battle Royale génère plus de 1 million de dollars de chiffre d’affaires par jour rien que sur l’iPhone.
40
millions
Le nombre
de personnes
qui jouent
à Fortnite par mois
disponible sur consoles et fonctionne sur la majorité des PC,
même moyens de gamme. Et,
contrairement à ses concurrents,
le titre est adapté aux enfants.
« On ne meurt pas
vraiment »
« La direction artistique est cartoon et pleine d’humour. Il n’y a
pas de sang et, quand vous perdez,
votre personnage ne meurt pas
vraiment », explique Célia Hodent, directrice de l’UX (expérience utilisateur) de Fortnite.
Nous avons veillé à ce que tout le
monde puisse s’amuser, même si le
joueur n’est pas doué en visée. La
courbe d’apprentissage est progressive. Nous avons travaillé des
années pour peaufiner ce jeu. Mais,
même avec les meilleurs ingré-
dients, on n’est jamais sûr que la
mayonnaise prenne. Il y a un facteur chance indéniable. »
La chance a frappé par deux
fois. Le studio coréen Bluehole,
alors au sommet de sa popularité
avec le jeu en ligne PUBG, a hurlé
au plagiat à la sortie de Fortnite
Battle Royale. Les mécaniques
sont en effet très similaires entre
les deux jeux. Mais cela a procuré
une publicité inespérée au titre
d’Epic. Les youtubeurs se sont
alors emparés de Fortnite, créant
une chambre d’écho favorable. Il
est aujourd’hui le jeu vidéo le plus
diffusé sur la plateforme vidéo
Twitch. Le 14 mars, le célèbre
rappeur canadien Drake a joué
une partie suivie en direct par
plus de 600 000 internautes. La
folie Fortnite a aussi envahi les
terrains de football. Antoine
Griezmann imite désormais une
danse du jeu après avoir marqué
un but.
Bien que gratuit, Fortnite Battle
Royale propose chaque jour à la
vente des objets virtuels, comme
de nouveaux vêtements pour les
personnages. Une tenue vaut
l’équivalent de 5 à 15 euros. Le
joueur peut aussi opter pour un
« Battle Pass Premium », qui
permet d’obtenir des objets exclusifs, pour l’équivalent de
10 euros. Ces bonus optionnels
sont la machine à cash d’Epic. Les
montants générés sont exponentiels : ils sont passés de 125 millions de dollars en février à
223 millions en mars. Rien que
sur l’iPhone, Fortnite génère plus
de 1 million de dollars de chiffre
d’affaires… par jour. Et une version pour les smartphones Android est en préparation. Le chiffre d’affaires mensuel de Fortnite
est devenu supérieur à celui de
son rival coréen PUBG, alors que
ce dernier coûte 30 euros.
Le jeu d’Epic s’apprête à débarquer sur le plus grand marché du
monde, la Chine, avec le soutien
du géant local Tencent. Celui-ci a
eu du flair en acquérant en 2012
plus de 40 % du capital du studio
américain. Tencent va investir
15 millions de dollars pour pousser
Fortnite dans le pays. La moitié de
la somme ira dans la conception
de tournois d’e-sport dédiés au
jeu. L’autre partie ira vers les influenceurs chinois dans les jeux,
pour les inciter à créer des vidéos
autour du titre. ■
EN BREF
Les fabricants de smartphones
se lancent dans la bataille des puces
WALL STREET
APPRÉCIE MCDONALD’S
£ Le géant de la restauration
rapide a annoncé une hausse
de ses ventes de 5,5 %,
contre+ 3,7 % attendus par
les marchés, en même temps
qu’une augmentation de la
fréquentation de ses restaurants
au premier trimestre. Ces bons
résultats ont permis au titre de
gagner 5,77 %, à 167,44 dollars
lundi à Wall Street.
Les tensions sur le marché les poussent à produire leurs propres composants.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
a dévoilé
en février
ses premières
puces
compatibles
5G, venant
piétiner les
plates-bandes
des fabricants
traditionnels
de semiconducteurs
que sont
Intel et
Qualcomm
A
»
Apple a annoncé en avril
qu’il utiliserait
ses propres puces pour
ses Mac dès 2020,
en remplacement
des processeurs d’Intel.
RECUL DE LA
CONSTRUCTION DE
LOGEMENTS NEUFS
BRENT LEWIN BLOOMBERG
Le chinois
« Huawei
TÉLÉPHONIE On n’est jamais
mieux servi que par soi-même.
Les principaux fabricants de
smartphones ont fait leur le vieil
adage et intègrent la production
de composants électroniques.
C’est à la fois la garantie d’être
servis dans un marché en tension
et celle d’obtenir les qualités techniques répondant à leurs besoins.
Depuis deux ans, le marché des
composants électroniques vit sous
le risque d’une pénurie. Celle-ci
n’a rien à voir avec l’appétit des
fabricants de smartphones mais
avec l’arrivée de nouveaux clients,
à commencer par les constructeurs automobiles qui truffent
leurs véhicules de capteurs, pour
les rendre plus connectés, autonomes. En un mot : intelligents. Cette nouvelle demande a provoqué
des difficultés d’approvisionnement pour les plus petits acheteurs
et des augmentations sensibles,
notamment du prix des mémoires,
subies par tous. L’intégration verticale – c’est-à-dire la maîtrise industrielle de la production de
composants clefs – est une protection contre les aléas du marché.
Mais ce type d’investissement
n’est pas à la portée de tous. Samsung va consacrer 14 milliards de
dollars d’investissement à la
construction d’une nouvelle ligne
de production, afin de mieux répondre à ses propres besoins et à
ceux de ses clients, eux aussi fabricants de smartphones.
Un autre motif de l’intégration
de la conception des puces est
l’avance technologique qu’elle
procure. Le chinois Huawei a dévoilé en février ses premières puces compatibles 5G, venant ainsi
piétiner les plates-bandes des fabricants traditionnels de semiconducteurs que sont Intel et
Qualcomm. Apple a annoncé qu’il
utiliserait ses propres puces pour
ses Mac dès 2020, remplaçant les
processeurs d’Intel. Cette décision, rendue publique début avril,
s’inscrit pleinement dans la stratégie du fabricant de l’iPhone. La
société dirigée par Tim Cook a fait
du design de ses puces un outil de
concurrence. Elle maîtrise de bout
en bout la conception de ses produits, depuis les logiciels jusqu’aux processeurs qui les font
fonctionner.
C’est un moyen d’optimiser le
fonctionnement et de mieux maîtriser l’expérience offerte aux uti-
lisateurs. C’est aussi un moyen
pour l’américain de protéger son
savoir-faire : les puces sont toujours plus compliquées à copier
que le design extérieur d’un
smartphone. Mais, contrairement
à ses rivaux asiatiques, Apple ne
dispose pas de ses propres usines
et sous-traite la fabrication de ses
semi-conducteurs, notamment à
Samsung.
Prestigieux rivaux
L’année dernière, le chinois
Xiaomi, ex-étoile montante de la
téléphonie mobile, avait lui aussi
annoncé qu’il développerait ses
propres puces, calant ses pas dans
ceux de ses prestigieux rivaux.
Cette année, le groupe a annoncé
qu’il orienterait sa recherche vers
l’intégration d’intelligence artificielle dans ses composants électroniques. La présence croissante
de fonctionnalités reposant sur
l’utilisation d’intelligence artificielle pousse les fabricants de terminaux à s’intéresser de plus près
à la conception des composants,
très en amont. Google, qui multiplie les allers-retours dans la téléphonie mobile, dispose lui aussi
d’équipes qui planchent sur l’architecture des puces pouvant être
utilisées dans ses téléphones. Pour
mémoire, fin 2017, Google a repris
la division smartphones de HTC.
Les fabricants de smartphones
ne sont ainsi pas les seuls à s’intéresser à la conception de certains
composants électroniques. L’équipementier télécoms Ericsson s’est,
lui aussi, renforcé dans le design
des composants. Il rejoint en cela
quelques-uns de ses concurrents :
Huawei et Samsung fabriquent
aussi des équipements de réseau
télécoms. ■
£ Les mises en chantier de
logements neufs ont reculé en
France de 3,4 %, à 97 800 unités
au premier trimestre, comparé
à la même période un an plus
tôt, selon le ministère
de la Cohésion des territoires.
Au nombre de 113 600,
les permis de construire délivrés
durant les trois premiers mois
de l’année ont, quant à eux,
accusé une baisse de 1,6 %.
BOEING RACHÈTE
L’ÉQUIPEMENTIER KLX
£ Boeing a annoncé mardi
1er mai, l’acquisition de
l’équipementier aéronautique
KLX pour 4,25 milliards
de dollars, dont 1 milliard
de reprise de dette. Avec cette
acquisition, le géant américain
poursuit son offensive dans
les services, un marché
qu’il estime à 2 600 milliards
de dollars sur vingt ans.
» Contrôle technique,
tabac, tarif du gaz…
tout ce qui change en mai
» Haute-Vienne : des chefs
d’entreprise se mobilisent
pour une autoroute
www.lefigaro.fr/economie
+@
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 929 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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« Paul, apôtre du Christ »
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Le péplum d’Andrew Hyatt fait revivre la figure
du martyr chrétien. Si la réalité historique
est bousculée, les dialogues et l’atmosphère
restent fidèles aux Écritures. PAGE 26
Francesca Piqueras, le feu sous la glace
PHOTOGRAPHIE La photographe italo-péruvienne poursuit son travail sur l’abandon et la décomposition
avec une exposition magnifique et crépusculaire sur des cargos oubliés de Sibérie.
Bertrand de Saint Vincent
bdesaintvincent@lefigaro.fr
n fine ». C’est la fin. Pris dans
la glace, des cargos géants,
carcasses rouillées à la défaite
majestueuse, attendent leur
dernière heure en silence.
Personne ne viendra les sauver. Ils ont
fait leur temps. L’océan les engloutira.
Comme on rend visite à des prisonniers dans leur goulag, Francesca Piqueras s’est rendue en Sibérie pour
rencontrer ces épaves. Sur les rives du
lac Baïkal ou de la péninsule du Kamtchatka, devant les cheminées à la fumée noire ou blanche des usines de
Petropavlovsk, elle a saisi les derniers
instants de leur lente agonie. Penchés
sur le côté, leur corps à moitié englouti, ou debout immobile, tels de grands
animaux délaissés par leur maître, ces
navires au destin meurtri contemplent
l’ingratitude du monde industriel qui
leur a donné naissance. Nulle trace
I
«
ETIENNE TORDOIR/CATWALKPICTURES, ONE&ONLY
d’homme à l’horizon. « Le secret et
même l’interdit les entourent », commente Francesca Piqueras, qui pour
capter ces images a dû suivre les pas
d’un chasseur d’ours tremblant avant
d’enfourcher la motoneige d’un jeune
homme intrépide.
Cette poignante solitude, cette poésie au parfum de désastre, cette femme brune au caractère bien trempé on n’ose dire d’acier - les poursuit
mystérieusement depuis dix ans. Des
plates-formes pétrolières de la mer du
Nord ou du Pérou aux vestiges de la
Seconde Guerre mondiale, des vaisseaux échoués sur les côtes de la Mauritanie à ceux qui meurent au large de
l’Argentine ou du Cap-Vert, son objectif ne les perd pas de vue. Est-ce
parce qu’elle a grandi à Poissy dans
une maison en fer, construite en pleine campagne par un admirateur d’Eiffel, elle semble hantée par le fantôme
de cet étrange vaisseau posé au milieu
de nulle part.
Son imagination d’artiste erre dans
un cimetière peuplé de géants de fer et
de rouille à l’esthétique glacée, où se
reflètent, dans une lumière blanche,
les illusions perdues, les aventures
sans lendemain de ceux qui leur ont
donné la vie : « J’aime, dit-elle, la part
sombre de l’être humain. » Elle serre les
poings : « C’est magnifique ! » Nulle il-
lusion dans ses yeux bruns, aucun
message martelé sur la nécessité de
changer les choses. Elle n’y croit pas :
« Je ne juge pas la folie des hommes. Je
la regarde et j’y aperçois ma part d’ombre. » Derrière les tableaux que dessi-
Un cargo à moitié englouti, à Petropavlovsk, sur les rives de la péninsule
du Kamtchatka, en Sibérie orientale. FRANCESCA PIQUERAS/GALERIE DE L’EUROPE
nent ses photos, l’être humain passe,
comme un navire rongé par lui-même. Pour illustrer ce contraste, Francesca Piqueras a sa manière : « Je sousexpose volontairement et, au tirage, je
vais chercher la lumière. Pour beaucoup, c’est une hérésie. Mais c’est de
cette façon que je parviens au résultat
que je cherche. Disons que c’est ma
signature. »
Elle est lumineuse. Sa prochaine exposition portera sur une carrière de
marbre, en Italie. Cette montagne
« blessée, amputée » où la matière
s’oxyde et devient couleur rouille la
fascine. Puis elle partira pour la Chine
photographier des lâchers d’eau dans
des barrages : toujours cet attrait pour
le croisement entre la puissance et la
déchéance. Dans ses rêves les plus
fous, elle s’imagine s’envoler à la
conquête des étoiles mortes : « Ce qui
m’intéresse, sourit-elle, c’est l’abandon, le mouvement, les déchirures. » La
fêlure, en somme. ■
Francesca Piqueras, « In fine »,
jusqu’au 9 juin. Galerie de l’Europe,
55, rue de Seine, Paris VIe.
A
MORCEAU CHOISI
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
26
L'ÉVÉNEMENT
QUELQUES
PÉPLUMS
QUO VADIS ? (1951)
Paul, dernier acte
Dans la version de Mervyn
LeRoy, Néron est bien
présent, interprété par
Peter Ustinov (photo). Par
jalousie, sa femme, Poppée,
livre aux jeux du cirque
la jeune chrétienne Lygia.
Ses manœuvres échouent.
CINÉMA « Paul, apôtre du Christ », d’Andrew Hyatt, évoque la Rome
des premiers chrétiens. Fantaisiste mais captivant.
ome en 67, sous
Néron. L’empereur persécute les
chrétiens, accusés d’avoir allumé le
grand incendie qui a dévasté la ville
trois ans plus tôt. Tandis que Paul de
Tarse, apôtre du Christ, attend son
exécution dans un cachot, Luc arrive d’Éphèse pour le visiter. Dans
une ruelle, il voit un chrétien attaché à une colonne et transformé en
torche vivante. Comme une ombre,
le Grec se glisse jusqu’à la demeure
où un couple ami de Paul, Aquila et
Priscilla, accueille les réfugiés.
Il faut oublier la réalité historique
pour entrer dans le postulat dramatique du réalisateur américain Andrew Hyatt. Il bouscule les époques,
mélange les personnages réels et
fictifs, pour inventer un temps de
tourmente et de tourments presque
emblématique - on songe au
Proche-Orient d’aujourd’hui. S’il y
a de l’imagerie, dans Paul, apôtre du
Christ, il y a aussi de justes images de
la manière de vivre chrétienne.
Le film est une sorte de péplum
intimiste. Presque une contradiction dans les termes. La puissance et
la violence de l’Empire romain restent à l’arrière-plan, même si elles
pèsent de tout leur poids sur l’existence des personnages. On ne verra
pas le décorum fastueusement cruel
des jeux du cirque, la Rome monumentale qui a fait les beaux jours des
superproductions italiennes ou hollywoodiennes. Le film opte pour le
contrechamp sans éclat de ce monde à grand spectacle : une poignée
de gens en danger, un prisonnier
célèbre qui n’a plus que sa faiblesse.
Paul a la belle tête de l’acteur irlandais James Faulkner, prise dans des
éclairages en clair-obscur très picturaux. C’est un vieil homme recru
d’épreuves, qui se retourne sur sa
longue existence tumultueuse. On
en découvre par flash-back quelques épisodes marquants, au cours
de ses conversations avec Luc. Jeune juif zélé, il assiste à la lapidation
d’Étienne, premier martyr chrétien, et persécute les disciples de Jésus, jusqu’à sa renversante rencontre avec le Christ, sur le chemin de
Damas. Le film ne raconte pas les
tribulations de ce formidable aventurier de l’Évangile à travers l’em-
pire. Elles sont inscrites dans l’épuisement encore combatif de l’apôtre
qui proclame « pour moi, vivre, c’est
le Christ », et qui attend désormais
la rencontre avec son Seigneur :
« Mourir est un gain. »
Le film est rythmé par les allées et
venues de Luc entre ces deux pôles,
la communauté chrétienne au cœur
de la tourmente et la prison où Paul
souffre et médite. Jim Caviezel (qui
fut le Christ de Mel Gibson) interprète avec sensibilité l’évangéliste
médecin, intellectuel grec raffiné
qui brave les autorités pour recueillir sous la dictée de Paul sa
lettre à Timothée et mène un dialogue audacieux avec le préfet Mauritius Gallas (Olivier Martinez), gouverneur de la prison. Il soigne même
sa petite fille mourante. De l’autre
côté, Aquila (John Lynch) et Priscilla (Joanne Whalley) sont
constamment dans l’action. Juifs
aisés et citoyens romains comme
Paul, convertis comme lui, ces
conjoints très unis se trouvent divisés par un cas de conscience : Aquila
pense qu’il est devenu urgent
d’émigrer, Priscilla juge nécessaire
de rester au service des chrétiens de
Rome - dilemme qui trouve une ré-
Le film est rythmé par
les allées et venues
de Luc (Jim Caviezel,
à gauche) entre la
communauté chrétienne
au cœur de la tourmente
et la prison où Paul
(James Faulkner,
à droite) souffre
et médite.
SONY PICTURES
sonance très actuelle dans la tragédie des chrétiens d’Orient. Le vieux
couple se séparera pour se faire tout
à tous.
Le meilleur du film est peut-être
dans ses dialogues, nourris de citations de l’Écriture qui s’incarnent
directement dans les situations
concrètes. Nul besoin de guillemets,
ni d’explication pour voir à l’œuvre
l’Esprit d’amour et de paix qui guide
les chrétiens au milieu des angoisses
du monde. Pour rendre compte de
son espérance au préfet Mauritius,
Paul compare la vie humaine à une
poignée d’eau qu’on puise dans la
mer et qu’on essaie en vain de retenir. « Le royaume dont je parle est
comme tout le reste de la mer », dit
Paul. Quelque chose de sa rumeur
passe dans le film comme dans les
coquillages. C’est complètement
antispectaculaire. Et vaut la peine
d’être écouté. ■
très répandu. Donc tout cela est
très fragile historiquement et
théologiquement.
A
LE FIGARO. - La date de 67,
annoncée au début du film,
a-t-elle une signification
particulière ?
Marie-Françoise BASLEZ. - C’est
la date conventionnelle donnée
bien plus tard par saint Jérôme
comme étant celle de la mort de
Paul. Peut-être pour le rapprocher de Sénèque, acculé au suicide
en 65 ; cela mettrait Paul dans le
débat intellectuel du temps, où les
philosophes étaient toujours surveillés. Mais en 67 Néron se trouvait en Grèce. En fait, on ne sait
rien de rien de Paul à Rome. Le
texte le plus ancien, de 90, dit
qu’il est mort martyr. Mais on ne
sait pas où. Il y a deux explications
possibles à cette absence de précision : ou bien tout le monde
connaissait son histoire et il
n’était pas nécessaire de la raconter, ou personne ne la connaissait.
Ce qui laisse la place à toutes les
fictions, et les apocryphes ne s’en
sont pas privés. Est-ce que Luc a
connu Paul ? Actuellement, les
historiens concluent par la négative. Un Luc est nommé dans l’épître aux Colossiens et l’épître à Timothée, mais c’était un prénom
Créer une
« unité
entre
des petites
communautés
dispersées
a été une
des grandes
préoccupations
de Paul,
qui voulait
éviter qu’elles
ne se replient
sur
elles-mêmes
et finissent
en sectes
»
MARIE-FRANÇOISE
BASLEZ, HISTORIENNE
DU MONDE ANTIQUE,
Qu’en est-il des deux autres
personnages principaux,
Aquila et Priscilla ?
L’historicité du couple Aquila et
Priscilla est mieux établie. Ils sont
inscrits dans les lettres autobiographiques de Paul et dans les Actes
des apôtres. C’était des juifs du
Pont, qui fabriquaient des tentes.
Après leur expulsion de Rome
par l’empereur Claude (en 41
ou 49), ils ont regagné le monde
grec, rencontré Paul à Corinthe,
l’ont précédé à Éphèse puis à Rome.
Il y a une troisième mention dans la
deuxième épitre à Timothée, où
Priscilla est nommée avant son
mari, contrairement aux usages.
Ce qui peut indiquer qu’elle était le
chef de cette église itinérante. Le
féminisme des premières communautés chrétiennes est incontestable, comme l’attestent les positions d’autorité de femmes comme
Lydia ou Phoibe. Mais on ne
sait plus rien d’Aquila et Priscilla
après 60.
Y a-t-il eu des persécutions
sous Néron ?
Des textes chrétiens du IIe siècle ont
attribué à Néron - on ne prête
qu’aux riches - un édit de persécution, mais il n’en existe aucune
trace. On sait seulement par Tacite
que Néron a fait porter aux
chrétiens la responsabilité du grand
incendie de Rome, en 64. Certains
ont été brûlés vifs, selon l’usage du
monde antique qui accordait la
peine à la faute : ils ont été condamnés comme incendiaires, non pour
des raisons religieuses. Les grandes
persécutions ne viendront que bien
plus tard. Jusqu’en 250, c’est le laisser-faire qui domine. Il est interdit
d’être chrétien, mais les chrétiens
ne sont pas poursuivis. Il n’y a pas
de délit proprement religieux, dans
l’Antiquité. On juge des affaires de
droit commun, de trouble à l’ordre
public, à quoi peut s’ajouter,
comme pour Socrate, le crime religieux. En l’absence de certitude,
c’est une hypothèse qui pourrait
expliquer la condamnation de
Paul : un désordre sur la voie publique, causé par un enseignement
intempestif ou par le débordement
d’un des nombreux conflits internes des diverses communautés.
Dans le film, on voit Luc arriver
avec des subsides collectés
à Éphèse ; ces communautés
lointaines se connaissaient,
avaient des liens de solidarité ?
La circulation des gens et de l’argent est un trait déterminant du
christianisme naissant. Créer une
unité entre des petites communautés dispersées a été une des
grandes préoccupations de Paul,
qui voulait éviter qu’elles se replient sur elles-mêmes et finissent
en sectes. Il a repris un modèle de la
diaspora juive, entretenant une interdépendance par les visites, les
Que ce soit dans la version de
William Wyler avec Charlton
Heston (photo) ou dans celle,
muette, de Fred Niblo, avec
Ramon Novarro, en 1925,
la course de chars est un
grand moment de spectacle.
Mais on se souvient aussi
de l’émouvante rencontre
avec Jésus.
« Paul, apôtre du Christ »
Historique de Andrew Hyatt
Avec James Faulkner,
Jim Caviezel, Olivier Martinez
Durée 1 h 48
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
« Être chrétien, c’est une façon de vivre »
Marie-Françoise Baslez se présente
volontiers comme « la dircom » de
saint Paul. Historienne du monde
antique, elle a consacré une grande
biographie à l’Apôtre des nations,
Saint Paul (Éditions Fayard). Elle
éclaire pour nous le contexte historique du film.
BEN-HUR (1959)
CLÉOPÂTRE (1963)
échanges de lettres et l’aide charitable. La caractéristique de la mission paulinienne, c’est la mise en
réseau. La koinonia, à la fois partage
des biens et communion spirituelle
et religieuse.
Qu’y a-t-il de surprenant
pour le monde antique
dans ce christianisme naissant ?
La dimension intimiste rend bien
compte d’une communauté qui se
développe à partir des relations
personnelles. Ce n’est pas par des
changements spectaculaires que
procède le christianisme, mais par
la transformation des personnes.
L’esclavage n’est pas aboli, ce qui
change, c’est le regard qu’on porte
sur l’esclave, en considérant sa dignité d’homme. Alors que les
autres religions de l’Antiquité se
présentent extérieurement, par
des pratiques rituelles, être chrétien, c’est une façon de vivre.
L’adhésion au Christ se marque
dans les rapports quotidiens,
autour de l’eucharistie. Le cadre
des premières communautés
chrétiennes est domestique et familial, et Paul insiste pour qu’on
pense, toujours ouvert, aux « gens
du
dehors »,
aux
« gens
ordinaires ». Il faut qu’ils puissent
entrer et se sentir tout de suite à
l’aise. Cette familiarité est sans
doute la raison de l’attrait exercé
par ces petits groupes de chrétiens.
Ils ne s’imposent pas. Ils se diffusent par l’intimité, la proximité. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR M.-N. T.
Joseph Mankiewicz voulait
effacer de sa filmographie
cette superproduction
épuisante et ruineuse.
Rome est monumentale
à souhait et Liz Taylor
(photo), triomphale
entre Richard Burton
(Marc Antoine)
et Rex Harrison (César).
GLADIATOR
(2000)
Le péplum à l’ère numérique.
Ridley Scott ranime le genre,
tombé en désuétude,
en faisant de Russell Crowe
(photo) un esclave
gladiateur dans
la lignée de Spartacus,
et de Joaquin Phoenix
un empereur Commode
pas commode.
RUE DES ARCHIVES/BCA, RUE DES ARCHIVES/DILTZ
R
MARIE-NOËLLE
TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
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LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
CULTURE
PYRAMIDE FILMS ET LIAM DANIEL/BOSSA NOVA
27
Theo (Leonard Scheicher, 2e en partant de la gauche) et ses camarades de classe, sur le tournage du film La Révolution silencieuse de Lars Kraume. Daniel Brühl et Rosamund Pike dans Otages à Entebbe (à droite).
Une minute de trop
CHRONIQUE Des lycéens d’Allemagne de l’Est observent une minute de silence pour les insurgés hongrois.
Dans « La Révolution silencieuse », Lars Kraume évoque une crise d’ados qui devint une affaire d’État.
eneuhoff@lefigaro.fr
e film est en couleurs, mais la
vie est grise. Nous sommes
en 1956. Le mur de Berlin n’a
pas été construit. Il est encore possible pour les habitants
de l’Est de traverser la frontière. Il faut
montrer ses papiers, affronter la suspicion des douaniers. Les lycéens se rendent sur la tombe de leur grand-père,
enterré à l’Ouest. Ils ont des dufflecoats et des cartables. Cela leur permet
par la même occasion d’aller au cinéma sans payer (se glisser parmi des
spectatrices sortant des toilettes) et
d’assister aux actualités (en plus, il y a
dans le film des séquences olé olé :
vous connaissez ces décadents d’Occidentaux). Chez un vieil oncle, ils écou-
L
des pères ressurgit. Il n’est pas toujours celui que l’on croyait. Le prof
s’arrache les cheveux. Le directeur de
l’école est bien embêté. Et les examens, dans tout ça ?
Une histoire assez méconnue
Avec La Révolution silencieuse, Lars
Kraume (Fritz Bauer, un héros allemand) a le mérite de braquer les projecteurs sur une histoire assez méconnue. Il le fait avec sérieux, sans se
prendre pour Godard. C’est reposant.
Voilà du solide, du cinéma à l’ancienne, avec scènes attendues (la brouille à
cause d’une fille, le marxiste pur et
dur, le papa qui roule en side-car, le
fonctionnaire qui a peur de perdre son
emploi, les mères déchirées entre leur
époux et leur progéniture). Il est permis de voir dans cette reconstitution
soignée une version du Cercle des poètes disparus qu’on aurait obligés à lire
Le Capital plutôt que Walt Whitman.
Cela brosse un portrait d’une adoles-
cence d’autrefois, quand on s’amusait
à jeter des noisettes sur des soldats
russes, que les demoiselles cachaient la
croix qu’elles portaient autour du cou
et que les loisirs consistaient à coller de
faux trèfles à quatre feuilles dans son
herbier. Des ennemis de l’État ? Vous
pensez : des gamins qui s’offraient un
délicieux frisson. Après cela, ils ne ressembleront à personne.
Otages à Entebbe évoque un fait divers plus récent. En 1976, des terroristes allemands détournent le vol 139
d’Air France reliant Tel-Aviv à Paris.
L’appareil se pose en Ouganda. À bord,
239 passagers, dont de nombreux Israéliens. Avec les membres d’équipages, cela représente 248 otages. José
Padilha (Narcos) filme cet épisode tragique avec énergie et maladresse. Une
musique tonitruante accompagne l’action. Rosamund Pike, actrice d’habitude plus subtile, roule des yeux furieux
et arbore un rictus qu’elle souhaite effrayant. Daniel Brühl a peur d’être
yusuke Hamaguchi est le secret le mieux gardé du Japon.
Le cinéaste, âgé de 40 ans,
est déjà l’auteur de nombreux films, fictions et documentaires. Pourtant, aucun n’a trouvé
le chemin des salles françaises avant
Senses. Le nom de Hamaguchi ne devrait pas rester inconnu très longtemps
puisque le réalisateur aura dans quelques jours les honneurs du Festival de
Cannes, où il sera en lice pour la palme
d’or et représentera le Japon au côté de
son compatriote Kore-eda Hirokazu,
R
Le masque tombe
Eric Le Bot, le patron d’Art House, a
pris ce risque en divisant le film en trois
parties et en étalant la sortie sur trois
mercredis : Senses épisodes 1 & 2 le
2 mai (2 h 20), Senses épisodes 3 & 4 le
9 mai (1 h 25), et Senses épisode 5 le
16 mai (1 h 15). Au Japon, le film a été
montré en deux parties. On ne sait pas
comment le spectateur réagira face à ce
découpage sériel. Nous avons vu le film
d’une seule traite, lors d’une projection
entrecoupée de pauses. Il serait malhonnête de ne pas avouer que le temps
nous a parfois semblé long mais cette
durée, aussi inhumaine soit-elle, a aussi
ses vertus. Tout ce temps passé avec les
quatre héroïnes de Senses nous les a
rendues incroyablement attachantes.
Ryusuke Hamaguchi cite Husbands
de John Cassavetes comme principale
source d’inspiration. Les quatre hommes sont ici des femmes. Quatre amies à
Kobe. L’intrigue tient sur un coin de
nappe. D’ailleurs, les scènes de restaurant sont nombreuses. L’alcool aidant,
les langues se délient. Le masque tombe.
La société japonaise n’est pas tendre
avec les femmes. Mal aimées, mal bai-
« Senses »
Drame de Ryusuke Hamaguchi
Avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi,
Maiko Mihara
Durée 2 h 19
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
CINÉMA Avec « Daphné », Peter Mackie Burns évoque une trentenaire tout feu tout flamme.
ousse, fofolle, délurée, sans
complexes, Daphné, la trentaine, n’est pas une jeune
femme comme les autres.
Serveuse dans un restaurant
et garçon manqué, elle aime faire la fête
dans les boîtes de Londres, s’enivrer à
perdre la tête et tomber dans des bras
inconnus. Ses proches veulent son bien
et ne comprennent pas son comportement excessif. L’état d’esprit de Daphné change du tout au tout le jour où elle
assiste à un crime dans une petite épicerie de quartier, Elephant & Castle, au
sud de la ville.
Pour son premier long-métrage,
l’Écossais Peter Mackie Burns brosse
d’une main sûre à partir d’un scénario
un peu linéaire le portrait d’une femme libre. Enfin, moins libre qu’elle
n’en a l’air. Au fond, cette effrontée
n’est pas en paix avec elle-même.
R
Emily Beecham (Daphné) illumine
le film. PANAME DISTRIBUTION
Pleine de contradictions, elle tente des
choses - scène cocasse chez le psy -,
essaie d’affronter la réalité, mais ne va
pas au bout. Seule, elle a perdu le
contact avec sa mère malade, Géraldine James (Sherlock Holmes, Alice, de
l’autre côté du miroir), et ne cherche
pas à créer des liens.
« Être cynique »
Inspiré, pas moins, par John Cassavetes
- Une femme sous influence est l’un de
ses films préférés - et Wong Kar-wai
pour la mise en scène, Peter Mackie
Burns a d’abord réalisé un court-métrage (Happy Birthday to me) coécrit
avec le scénariste Nico Mensinga pour
raconter les tourments de son héroïne.
Une célibataire complexe, abrupte,
presque asociale, Emily Beecham, y tenait déjà le rôle principal. Empruntant
la mélancolie de Nastassja Kinski et
l’énergie rayonnante de Julia Roberts.
De tous les plans, la comédienne
anglo-américaine (Ave César, de Joel et
■
L’avis du Figaro : ○¡¡¡
« La Révolution silencieuse »
Drame de Lars Kraume
Avec Leonard Scheicher, Tom Gramenz,
Lena Klenke
Durée 1 h 51
■
L’avis du Figaro : ○○¡¡
■ COMME DES ROIS, drame
de Xabi Molia (1 h 24)
sées, elles n’ont pas grand-chose à attendre des hommes. Hamaguchi fait figure de cousin du Coréen Hong Sangsoo. Les deux sont des sortes de Rohmer
dépressif. Les quatre actrices de Senses
sont épatantes et n’ont pas volé leur prix
d’interprétation au Festival de Locarno.
La place nous manque pour en dire plus.
La suite au prochain épisode. ■
Être une femme libérée, c’est pas si facile
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
Eddie Marsan.
Durée 1 h 47.
films
CINÉMA Le Japonais Ryusuke Hamaguchi arrive enfin sur les écrans français avec « Senses ».
au contraire bien connu du public français. Il fallait un distributeur téméraire
pour sortir Senses, long-métrage au
format hors norme : cinq heures !
« Otages à Entebbe »
Biopic de José Padilha.
Avec Daniel Brühl, Rosamund Pike,
Les autres
Carré de dames de Kobe
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
confondu avec un nazi. Pauvre chéri.
La Fraction Armée rouge avait donc
des états d’âme. Amin Dada est moins
sensible. L’ensemble se regarde sans
ennui, ni passion. La gêne vient avec la
scène finale, entrelardant l’assaut avec
les images d’un ballet dont les danseurs portent des tenues orthodoxes.
On est alors au-delà de la lourdeur. ■
Ethan Coen 2016) illumine le film. Elle a
obtenu le prix de la meilleure actrice à
Édimbourg et « Daphné » celui du
meilleur scénario à Dinard. Peter Mackie Burns a demandé à son interprète
de « s’imprégner » de son personnage
dont il avait rédigé une biographie. Impliquée, Emily Beecham a donc travaillé dans un restaurant, écouté les
musiques et lu les livres de Daphné.
Pour cette dernière, selon Nico Mensinga, « la seule ligne de conduite
consiste à se dire qu’il est totalement naïf
d’être optimiste et que la seule possibilité
pour s’en sortir est d’être cynique ». Par
bonheur, le jeu d’Emily Beecham suscite la sympathie du spectateur. ■
« Daphné »
Drame de Peter Mackie Burns
Avec Emily Beecham, Geraldine James,
Tom Vaughan-Lawlor
Durée 1 h 33
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
GUY FERRANDIS
Éric Neuhoff
tent la radio en cachette. C’est un type
libre et bizarre : il se baigne tout nu
dans le lac et par-dessus le marché il
est homosexuel. Cela fait beaucoup
pour les communistes de l’époque. À
Budapest, la révolte gronde. On est
très sérieux quand on a dix-sept ans.
Theo, Kurt et Lena décident d’observer en classe une minute de silence, en
hommage aux insurgés. Ce seront les
secondes les plus importantes de leur
vie. Les autorités s’en mêlent. Le Parti
soupçonne un complot impérialiste.
Qui sont les meneurs ? Le ministre de
l’Éducation se déplace en personne.
Une apparatchik, sosie blond d’Anne
Hidalgo, est aussi terrifiante que Miss
Ratched, l’infirmière de Vol au-dessus
d’un nid de coucou. La solidarité des
élèves se fissure. On les menace de ne
pas pouvoir passer le bac. Vont-ils
continuer longtemps à prétendre avoir
voulu soutenir un footballeur abattu
durant les émeutes ? Dans les familles,
l’incident trouble les dîners. Le passé
Les combines d’un père
(Kad Merad) qui entraîne
son fils (épatant Kacey
Mottet Klein) pour survivre.
Apparemment, le réalisateur
ignore l’existence du RSA. N. S.
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
EN BREF
Nouveaux spectacles
annulés à l’Opéra Bastille
À la suite d’un important
incident technique, la direction
de l’Opéra Bastille à Paris
a annoncé que la fermeture
de la scène se prolongerait
jusqu’au 13 mai prochain.
En cause, la rupture de câbles
actionnant une porte coupe-feu
survenue le 23 avril, qui conduit
l’institution à réviser tout son
système de sécurité.
Les représentations du ballet
Roméo et Juliette chorégraphié
par Sasha Waltz des 2, 3 et 4 mai
ainsi que celles de l’opéra
Parsifal de Wagner les 5 et 10 mai
sont donc annulées. La scène
devrait rouvrir à l’issue
des réparations le dimanche
13 mai à 14 heures
pour la première représentation
de Parsifal, création attendue
de Richard Jones. L’Opéra a mis
en place un système d’échange
ou de remboursement pour
les spectateurs touchés par ces
annulations. (Renseignements
au 01 73 60 23 23).
A
LE CINÉMA
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
28
STYLE
Le temps des femmes au Festival d’Hyères
CONCOURS Si le Grand Prix 2018 revient à la collection masculine du label Botter, toutes les autres récompenses
en mode, photographie et accessoires sont décernées à de jeunes talents féminins.
C
FRÉDÉRIC MARTIN-BERNARD
ENVOYÉ SPÉCIAL À HYÈRES (VAR)
fmartinbernard@lefigaro.fr
oncourir au Festival
d’Hyères vaut tous les examens d’entrée à l’École normale supérieure ! Dans
les catégories mode et accessoires, les
dix finalistes ont trois mois pour créer et
développer une collection dans la veine
de leur dossier de candidature. Sur place, ils défendent leur projet devant un
jury aussi professionnel qu’impressionnant. Citons cette année, entre autres,
les stylistes Haider Ackermann et
Delfina Delettrez Fendi, l’actrice Tilda
Swinton, l’artiste Lou Doillon ou l’historien Farid Chenoune, désignés pour
apprécier les vêtements et, du côté des
accessoires, les créatrices Christelle
Kocher et Rachel Mansur, le designer
Elie Top ou la directrice de Vogue
Runaway Nicole Phelps !
À ce grand oral succède une seconde
argumentation face à un vaste parterre
de journalistes et de partenaires. Puis
trois défilés devant une salle de quelque
mille personnes. Et, pendant toute la
durée du festival, une foule d’inconnus
qui détaillent les créations des candidats
exposées au public, les interrogeant sur
leur parcours, leur démarche et leurs
projets. Pour la plupart en mode villégiature, ces « inconnus » sont des professionnels à la recherche de nouveaux
noms à vendre, à soutenir ou à recruter… Pas une minute de relâche, donc !
Tremplin pour la création
émergente
Au terme des 72 heures de ce concours
aux airs de marathon, Lisi Herrebrugh
et Rushemy Botter, le duo derrière Botter, ont remporté, dimanche soir, le
Grand Prix Première Vision de la
33e édition, avec leur collection « Fish
or Fight ». Elle, formée à l’Académie
royale des beaux-arts d’Anvers, lui, à
l’Amsterdam Fashion Institute, ce couple à la ville comme à la scène imagine
un dressing masculin d’une rafraîchissante originalité, inspiré par les dégaines spontanées des Caribéens, mixant
habits formels et vêtements sportswear.
Sur le podium, leurs grands gars portant
des costumes déconstruits, chaussés de
tiges de baskets appuyées sur des semelles de souliers ville, coiffés de multiples casquettes ou de chapeaux requin,
avaient été massivement applaudis, dès
le premier show, vendredi dernier.
La féminité retenue des silhouettes de
Marie-Ève Lecavalier vaut à cette
Canadienne de décrocher le Prix Chloé
quand, plus spectaculaires, les tenues
De gauche à droite : collections de Lisi Herrebrugh et Rushemy Botter (Grand Prix du Jury Première Vision), de Sarah Bruylant
(Prix du public - Ville d’Hyères) et Marie-Ève Lecavalier (Prix Chloé). NOLWENN BROD ET ETIENNE TORDOIR/CATWALK PICTURES
trompe-l’œil de la Belge Sarah Bruylant
ravissent le Prix du public - Ville
d’Hyères. Enfin, la Française Ester
Manas reçoit la dotation Galeries
Lafayette pour son dressing habillant de
belles girondes. Elle est invitée à réaliser une collection capsule pour le grand
magasin parisien qui sera commercialisée en avril 2019.
Unique en son genre, ce festival se
révèle, édition après édition, le parfait
reflet de son époque. En 1986, le
Hyérois Jean-Pierre Blanc en a eu
l’idée, dans le cadre d’un projet d’études. Paris, alors l’unique place de la planète mode, accueille des jeunes noms
du Royaume-Uni, de Belgique, des
Pays-Bas, etc. Pendant deux décennies,
ce tremplin sur la côte varoise révele et
prime essentiellement des talents fraî-
chement diplômés de grandes écoles de
mode du Vieux Continent.
Dans les années 2000, la création
pure et dure est malmenée par le luxe,
la tendance est aux directeurs artistiques nourris de marketing et non plus
aux stylistes prêts à en découdre avec
les classiques de l’habillement. La scène parisienne s’appauvrit considérablement en nouveautés, tandis que
Londres, New York et Milan donnent
un large écho à la relève.
Des démarches passionnées
La capitale française, qui n’a jamais
cessé de réunir les plus grands groupes
et marques du secteur dans ses Fashion
Weeks, finit par trouver en ces derniers des alliés pour soutenir la jeune
création. Ainsi, depuis quelques an-
nées, le concours de l’Andam organisé
par le ministère de la Culture et de la
Communication rencontre un soutien
plus large de la profession. Le groupe
LVMH a lancé son LVMH Prize en 2014.
Le Festival d’Hyères compte Chanel
comme grand partenaire depuis la
même année, ainsi que l’aide financière d’acteurs venus des matières premières (The Woolmark Company,
Supima, PuntoSeta), de la distribution
(Groupe Galeries Lafayette) mais aussi
les trois groupes de luxe LVMH, Kering
et Richemont via Chloé. L’appui de
Première Vision, salon professionnel
rassemblant les tisseurs les plus créatifs au monde, a une nette incidence
sur la qualité du cru depuis quelque
temps. En facilitant l’accès des dix finalistes à ses exposants spécialisés
dans les étoffes, il contribue de façon
manifeste à des défilés au Hangar de la
Mouture, au cœur du Salin des
Pesquiers, nettement moins bricolés.
À ce progrès sur la forme s’ajoute
une évolution des profils des participants liée à celle du secteur. « Il ne
s’agit plus d’être simplement créatif,
observe la présidente du jury accessoires Christelle Kocher, fondatrice de la
marque Koché et directrice artistique
de la maison Lemarié. Nous avons dû
départager dix démarches de designers
passionnés, engagés, dépassant l’affirmation d’une esthétique. Ils s’inscrivent
dans leur époque, parlent d’ouverture,
de diversité et de solidarité, questionnent les moyens de production et le développement durable, tentent de résoudre des handicaps. »
Le Grand Prix Swarovski a été décerné à Kate Fichard, Flora Fixy et Julia
Dessirier pour leur collection de bijoux
auditifs, faisant de la prothèse et de ses
composants électroniques une parure à
ne plus cacher. La Française Cécile
Gray a remporté, quant à elle, les suffrages du public d’Hyères pour ces
créations entre vêtement et accessoire.
Soit, douze femmes et un seul homme
primés lors de cette 33e édition. Un pur
hasard des délibérations qui sied à
l’époque. ■
Bettina Rheims, une photographe
qui a changé l’image de la mode
nos confrères masculins, je crois que
nous sommes moins focalisées sur l’allure, la pose du mannequin, le détail de
l’ourlet. Nous nous intéressons davantage à la personnalité du modèle : nos photos sont plus incarnées. »
A
L
BETTINA RHEIMS, COURTESY GALERIE XIPPAS ET EMILE KIRSCH
e grand prix photographie de
l’édition 2018 revient à
l’Irlandaise Eva O’Leary pour
ses portraits d’adolescentes
américaines, cadrées serré
sur fond bleu gommant les repères,
dont les regards laissent transparaître
quelque chose d’innocent, de vague ou
d’inquiet. La Néerlandaise Sarah Mei
Herman remporte, elle, le prix
American Vintage avec sa série de jeunes filles de Xiamen. L’Hongroise Csilla
Klenyanszki et ses installations intitulées Top-To-Toe, celui de la nature
morte et, enfin, la Finlandaise Sanna
Lehto, celui du public de la ville
d’Hyères pour ses compositions léchées
mêlant visages et fleurs séchées… Ce
palmarès 100 % féminin n’est guère une
surprise au regard du panel de participants (un seul homme était en lice parmi les dix candidats) et de la composition du jury, présidé par Bettina Rheims
dont l’œuvre a beaucoup célébré le
modèle féminin.
La grande photographe fête ses quarante ans de carrière en 2018. Elle a accepté la présidence de la 33e édition du
festival, section photo, dans l’espoir de
« découvrir et d’aider des nouveaux talents à percer, explique-t-elle. Le spectre des possibles s’est considérablement
réduit dans la photographie de mode. Les
magazines font de plus en plus souvent
Portraits d’une époque
charnière
Bettina Rheims.
appel aux mêmes personnes. Et ils sont
de plus en plus rares à revendiquer une
image différente, intéressante, sortant
du lot. À quelques exceptions près, je dirais même que tout se ressemble ».
Elle pointe également le fait que la
personne derrière l’objectif soit le plus
souvent un homme, bien que les usages
aient évolué depuis. « À mes débuts,
nous ne devions pas être plus de cinq
femmes photographes. Aujourd’hui, nous
sommes bien davantage. Nous avons
changé l’image de mode. Par rapport à
En parallèle aux portfolios des dix candidats accrochés jusqu’au 27 mai à la
Villa Noailles, l’exposition « Bettina and
Bill L.A. 94/97 » raconte cette connivence imprimant la pellicule de la portraitiste française ayant commencé, en
1978, en photographiant des stripteaseuses et des acrobates de Pigalle. La
trentaine de clichés est tirée d’une collaboration avec le magazine américain
Details, au milieu des années 1990. À
maintes reprises, elle s’envole alors
pour Los Angeles sans savoir qui elle
doit immortaliser à l’arrivée. Sur place,
le styliste Bill Mullen l’attend. Ensemble, ils mettent en scène des figures plus
ou moins connues de la culture pop (Lux
Interior et Poison Ivy de The Cramps,
Chrissie Hynde, Madonna, Shirley
Manson, Mary J. Blige…) dans des situations peu conventionnelles. « Ces années-là correspondent à une charnière.
Dans la mode, c’était la période grunge,
celle d’Helmut Lang, de Jean Colonna, de
Martine Sitbon… », se souvient-elle.
Madonna photographiée par Bettina Rheims pour le magazine Details, en 1994.
Partant des pages du magazine, Bettina
Rheims les a agrandis avec leurs typographies et leurs légendes, placardés et
déchirés du sol au plafond, dans la salle
de squash de la demeure, sur les hauteurs d’Hyères, afin que l’énergie particulière de l’époque transpire des murs.
À l’heure du politiquement correct,
certaines images ne seraient sans doute
pas publiées. « Toute ma carrière, je n’ai
photographié que des femmes sûres de
leurs choix », glisse Bettina Rheims à la
pointe de la cause des femmes. ■ F. M.-B.
Toutes les expositions de cette 33e édition
du Festival international de mode,
de photographie et d’accessoires de mode,
à Hyères (Var), sont ouvertes au public, du
4 au 27 mai. www.villanoailles-hyeres.com
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LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
VOYAGE
EXCLUSIF Philippe
Zuber, président
de la marque haut
de gamme, annonce
au « Figaro »
l’ouverture de son
premier « urban
resort » , à Dubaï.
29
Les hôtels One&Only
arrivent en ville
One&Only, qui ouvrira
d’ici à 2020, prendra
place dans One Za’abeel,
deux tours reliées
par la plus grande
passerelle du monde.
ONE&ONLY
L
VALÉRIE SASPORTAS
vsasportas@lefigaro.fr
e luxe est son métier.
One&Only, géant mondial de la villégiature d’excellence, n’en finit pas de le
réinventer. Son prochain projet reste
fidèle à l’esprit de son fondateur, Sol
Kerzner, né il y a quatre-vingt-cinq ans
dans une famille d’immigrés russes à
Johannesburg, et qui n’a eu de cesse
d’« éblouir le client » à chaque nouvelle
adresse de son empire hôtelier : Sun
City en Afrique du Sud, Atlantis au
Bahamas, le Saint Géran à l’île Maurice
qui a rouvert après des travaux historiques (nos éditions du 14 décembre 2017)
et bien d’autres resorts « taillés sur mesure » au Mexique, au Costa Rica, à
Zanzibar, ou encore à Dubaï, avec l’Atlantis The Palm.
La clé de Sol tient en deux mots : « life
and energy ». Philippe Zuber, président et
directeur d’exploitation de One&Only
Resorts, les martèle comme un slogan
aussi efficace que celui de l’ancien président des États-Unis, Barack Obama,
« Yes, we can ». Le tycoon a vendu son affaire à Investment Corporation of Dubai.
Or c’est là, dans le petit émirat qui fait
briller l’univers du tourisme au MoyenOrient, que le One&Only veut à nouveau
créer l’événement : il annonce l’ouverture
du tout premier complexe hôtelier citadin
de la planète, d’ici à 2020. « Nous sommes
les gardiens du temple de Sol Kerzner que je
rêverais de rencontrer, confie Philippe Zuber dans un entretien exclusif au Figaro. Si
le groupe est si particulier, c’est parce que
nous maintenons sa vision décomplexée et
que nous l’adaptons. »
« Le One&Only Za’abeel défiera l’hôtel
urbain conventionnel », promet ce spécialiste de « l’art de recevoir ». Il a rejoint
One&Only il y a trois ans, après plus de
deux décennies dans le groupe Hyatt
dont une expérience d’excellence urbaine parisienne au Hyatt Regency Paris
Madeleine.
À Dubaï, l’oasis s’élèvera dans le quartier d’affaires et résidentiel de Za’abeel.
Jadis connu pour son sable blanc, il est
devenu le QG de la famille régnante al
Maktoum entre 1958 et 1990, où vécut le
père de l’actuel cheikh de Dubaï et
aujourd’hui les grandes familles fortunées de la ville. Le resort prendra place
dans la dernière icône architecturale de
la ville développée par Ithra Dubaï, principale filiale d’investissement du gouvernement : One Za’abeel. Ce sont deux
tours à usage mixte d’affaires et de loisirs,
reliées par la plus grande passerelle du
monde, suspendue à cent mètres audessus du sol, « the Linx », avec vue à
360 degrés sur la ville. Alentour, un
océan de verdure devrait ourler l’horizon
urbain et non les eaux turquoise du golfe
Persique. « One&Only Urban Resorts
TOUT SAVOIR SUR
LA RÉFORME FISCALE MACRON
N POUR
OPTIMISER VOTR
RE
DÉCLARA
ATION
T
D’IMP
PÔTS
conservera le glamour et le style de ses célèbres beach resorts, offrant un design
étonnant et intuitif, des expériences culinaires incroyables, une philosophie de
bien-être et de remise en forme et le service
renommé pour lequel la marque est
connue », promet Philippe Zuber.
Des spas sophistiqués ouverts 24 heures sur 24. Des suites personnalisables,
pouvant se transformer en salle de jeux
pour les enfants, en dressing ou en studio
“
L’excellence,
c’est être
toujours désiré
par ses clients
”
PHILIPPE ZUBER, PRÉSIDENT ET DIRECTEUR
D’EXPLOITATION DE ONE&ONLY RESORTS
d’art. La philosophie du rond de serviette
revisitée avec la possibilité de garder les
effets des clients fidèles dans la résidence
jusqu’à leur prochain séjour. « À votre
service ! » n’est pas ici une formule de
politesse, mais l’expression d’un engagement poussé à l’extrême.
« L’excellence, c’est être toujours désiré
par ses clients », affirme Philippe Zuber
qui emprunte volontiers les « codes du
désir » à la planète « fashion ». L’envie de
séjourner dans un One&Only tient à la
capacité de faire de vous un être unique,
par un traitement qui ne ressemble à
aucun autre. Une performance, quand on
sait que la clientèle de ces établissements,
qui exige du service et de l’attention
comme seul l’ultraluxe en connaît les secrets, provient de 65 nationalités et
autant de facéties et susceptibilités.
« À Dubaï, nous travaillons avec 40 nationalités. Et je pense vraiment que l’une
des réussites de l’émirat est sa capacité à
mettre en commun l’énergie de personnes
d’origines aussi différentes », témoigne
cet Alsacien installé à Dubaï depuis 2011.
À l’époque, il prenait ses fonctions de directeur général de The Adress Downtown, principal 5 étoiles du groupe
Emaar Hospitality, situé face au vertigineux Burj Khalifa.
Le futur One&Only Za’abeel se positionne comme un sérieux concurrent,
« serial profiler » capable de capter une
clientèle en quête d’expériences inédites. « Nous sommes très attentifs à la façon dont les familles, les couples réagissent quand ils sont détendus dans les
resorts en vacances. Ces lieux n’existent
pas dans un environnement urbain, nous
les transférons », affirme Philippe Zu-
ber. En ville, « le comportement de la
clientèle a changé de manière radicale,
observe-t-il. Ultraconnectée en vacances ou pour affaires, elle veut que l’on réponde à ses besoins de business dans un
univers où elle s’évade, avec des activités
de loisirs ». L’expérience, ce « souvenir », cette « émotion à rapporter chez
soi », est au cœur de la philosophie
d’entreprise. « Dubaï sera l’étendard des
urban resorts », affirme encore Philippe
Zuber qui se refuse à révéler les suivants. Parmi les autres villes clés, cependant « Paris, Londres, New York sont
sur le top de notre liste, mais nous ne
sommes pas les seuls ».
En attendant, l’empire Kerzner poursuit sa sélection d’« emplacements de
rêve ». Il a renoncé à Sanya en Chine et
au Bahreïn. Mais il s’implante en Europe
avec deux resorts balnéaires, à Portonovi au Montenegro et sur l’île de Kéa, dans
les Cyclades, en Grèce. ■
+ @SUR LE WEB
» Avion : 2020, des couchettes
dans les soutes
» « 20 000 lieux sur les mers »,
de Tahiti à l’île de Pâques
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
3
0
TÉLÉVISION
DAMIEN MERCEREAU
£@DamienMercereau
BIEN VU
vec 1,9 million de téléspectateurs en moyenne, 7,7 %
de part d’audience générale, 16,2 % sur les 25-49 ans
et 16,4 % sur les ménagères,
les chiffres d’audience du « Burger
Quiz », lors de son retour sur TMC, la
semaine dernière, ont de quoi donner le
vertige. Gageons que le deuxième
prime, ce soir, attirera également les
fans. Même si le jeu animé par Alain
Chabat disposait d’une belle cote de popularité après une saison seulement
d’existence, entre septembre 2001 et
juillet 2002 en clair sur Canal +, le pari
était loin d’être gagné. Car jusqu’à
maintenant, les reprises d’anciens formats à succès sur la TNT se soldent le
plus souvent par des échecs. Sur C8,
« Le Maillon faible », « À prendre ou à
laisser » ou encore « Une famille en or »
sont tous passés à la trappe. Même
chose pour « L’Académie des neuf » sur
NRJ12 pour ne citer que ces exemples.
Pour son retour après seize années
d’absence, le jeu créé par Kader Aoun et
Alain Chabat n’a absolument rien changé à la recette qui en a fait un programme culte. Même règlement, même décor, même animateur, même voix off
(celle de Bruno Salomone) et quasiment
les mêmes invités. Mais surtout, le
même ton provocateur et décalé. Le
« Burger Quiz » se consomme aussi simplement que les mets d’un fast-food.
Écouter l’humour absurde déployé pendant quarante minutes par Alain Chabat
est aussi plaisant et addictif qu’ingurgiter un burger-frites bien gras.
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
A
Hamburger en latex
Tout n’est pas bon à entendre mais l’on
prend un plaisir diabolique à rire de
tout, même du pire. Les
auteurs ont mis un point
d’honneur à ne rien se
refuser. « Ici, c’est du
○○○¡
burger fabriqué maison et
sans OGM. Toutes nos
blagues sont d’origine, déclare Alain
Chabat. C’est toujours bienveillant. Les
questions ouvertes permettent aux personnalités et aux candidats de trouver des
Le gai
muguet
« 1er mai »
Chaînes infos | Mardi |
V
Écouter l’humour absurde déployé pendant quarante minutes par Alain Chabat est aussi plaisant et addictif qu’ingurgiter un burgerfrites bien gras. ÉTIENNE JEANNERET/TF1
«Burger Quiz »,
les recettes du succès
Après seize ans d’absence, le jeu de Canal + effectue un retour fracassant
en prime time sur TMC.
réponses alternatives marrantes et de
briller lorsqu’ils sont à l’aise sur le sujet. »
L’humour s’immisce dans les moindres recoins du programme. Les spots
de partenariat sont remplacés par des
fausses pubs dignes de
la grande époque des
« Nuls ». Les questions
des jeux interactifs
pour les téléspectateurs ironisent sur leur
évidente facilité pour inciter aux votes.
« Dans les jeux TV, pour gagner, il faut
plutôt donner : 1, la bonne réponse ou 2,
la mauvaise réponse » ou encore
21.00
« Combien de doigts je suis en train de
vous montrer ? Deux ou 37 ? » Enfin, Alain Chabat donne de sa personne
en étant l’ambianceur de son petit établissement. Lors de la première soirée
diffusée sur TMC, il a joué le faux
ventriloque avec un hamburger en latex
en guise de marionnette et a tenté de
faire deviner des chansons en prenant
la voix de Chewbacca, le personnage de
Star Wars.
Comme pour « Touche pas à mon
poste ! » ou « Quotidien », le succès de
« Burger Quiz » repose sur l’aura de
son animateur. Durant la toute premiè-
re saison sur Canal +, le programme enregistrait de bien meilleures audiences
avec Alain Chabat que lors des intérims
assurés par Anne Depétrini, Alexandre
Devoise ou encore Laurent Baffie. Sur
TMC, la collaboration hebdomadaire de
l’ancien membre des « Nuls » pourrait
pourtant ne pas aller au-delà du mois
de juin. « C’est avec plaisir que je laisserais la présentation, a-t-il avoué sur Europe 1. Il y a des gens auxquels je pense
qui pourraient être très cool et donneraient un tout autre ton à l’émission. »
Au risque de rendre ce « Burger Quiz »
bien moins savoureux. ■
« Parole contre parole », la loi du silence
Elsa Lunghini est bouleversante dans ce drame sur les violences sexuelles.
rester là et se montre de plus en plus insistant, jusqu’à violer Laura.
ROMAIN DELACROIX £@romaindlx
aura est une femme heureuse.
Jouée par Elsa Lunghini, elle est
entourée d’une merveilleuse
bande d’amies et mène une
brillante carrière de commissaire-priseur. Au cours d’une soirée, elle
se rapproche de Guillaume Miller, incarné
par François Vincentelli, séduisant galeriste avec qui elle collabore. Une relation
qui se poursuit dans la maison de campagne de ce dernier. Ce qui n’était d’abord
qu’un flirt entre adultes consentants prend
une tournure sordide. La jeune femme
change d’avis et souhaite s’en aller. De son
côté, Guillaume Miller ne compte pas en
L
Pour sa prestation dans Parole contre
parole, Elsa Lunghini a reçu le prix
de la meilleure interprétation féminine
au Festival de Luchon. STUDIO/CCSP
Le prix de la vengeance
En état de choc, elle menace de porter
plainte. Lui, s’en amuse. Ne s’inquiète pas.
Ce sera la parole de sa victime contre la
sienne. Pour s’en assurer,
il nettoie toutes les traces
du passage de son invitée. Il était pourtant
loin de se douter que les
○○○¡
événements allaient se
retourner contre lui. En rentrant, il découvre le corps de sa femme assassinée dans
leur canapé. Tout l’accuse. Il dispose pourtant d’un alibi : il a passé la soirée avec
Laura. Mais cette dernière a compris que
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4715
HORIZONTALEMENT
1. Le moment opportun. - 2. Café
qui donne du punch. - 3. Créateur
de polices. - 4. Progressa à
contre-courant. Vingt moins six.
- 5. Connue par relation. - 6. Perdu
dans l’océan. Placé en contre. - 7.
Reste sur le terrain sans bouger.
Créateur de la première SPA. - 8.
Double la police. - 9. Les intrigues
florentines suivent son cours. Fait
des bas. - 10. Discrétion demandée.
Début d’un rêve. - 11. Régals des
fourmis. - 12. Mise en quarantaine.
VERTICALEMENT
1. Présentation synthétique et
hiérarchique. - 2. Habite le « Neuillysur-Seine » de Clermont-Ferrand.
- 3. Ont le pouvoir de paralyser les
muscles. - 4. Retient la vedette.
Bien cuite. - 5. Croquait volontiers
du gratin chez Maxim’s. Se jette
dans un beau bleu. Mal lus. - 6.
Donne son odeur à la racine d’iris.
Luth arabe. Article arabe. - 7.
Graisse ancienne. Artiste italien
influencé par Zola. - 8. Claires.
Proposée au public.
A
VERTICALEMENT 1. Pressurisées. - 2. Lucien Guitry. - 3. Amorti.
Leçon. - 4. Cinés. Fés. Dé. - 5. Ânon. Fa. Tuer. - 6. Gamineries. - 7.
Énième. Osées. - 8. Sténoses. Rue.
4
5
6
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BRIDGE
3
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5
6
9
10
11
12
+ @ SUR LE WEB
» « Capitaine Marleau » : pourquoi
le feuilleton de France 3 cartonne autant
» « Koh-Lanta » : Dylan affirme avoir
touché 27 000 euros pour participer au jeu
www.lefigaro.fr
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME DE DÉFENSE N° 2818 : Savoir encaisser
2
8
HORIZONTALEMENT 1. Placages. - 2. Ruminant. - 3. Économie.
- 4. Sirénien. - 5. Sets. Nmo. - 6. Uni. Fées. - 7. Rg. Far. - 8. Iule. Ios.
- 9. Siestes. - 10. Etc. User. - 11. Érode. Eu. - 12. Synérèse.
3
20.55
1
7
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4713
2
mentir sera le meilleur moyen de faire
payer le prix fort à son agresseur.
Ce téléfilm se distingue à la fois par ce
scénario machiavélique et par l’interprétation bluffante d’Elsa Lunghini. L’exstarlette de la chanson des années 1980
(T’en vas pas), âgée aujourd’hui de 43 ans,
joue à la perfection la victime assoiffée de vengeance, persuadée qu’elle
sera capable de surmonter seule ses traumatismes. Une prestation
récompensée par le prix de la meilleure interprétation féminine au Festival de Luchon. Un téléfilm convaincant qui a trouvé
la bonne voilure pour naviguer entre polar
et film de société. ■
u sur CNEWS,
sur les coups de 11 heures,
cette militante cégétiste,
plantée comme un pied de grue
sous le soleil froid et voilé
de la place de la Bastille ; elle
brandit mollement sa banderole :
« 1er-Mai, le muguet de la colère ».
Elle a l’œil un peu hagard. La gaîté
syndicale semble s’être évanouie.
On se mettrait presque à regretter
la bonne époque, celle de Krasucki
et de Marchais qui avaient ce côté
comique, jovial qui réchauffait
les cœurs et les plateaux télé.
Regardez le Martinez comme
il est tout sinistre, tout rongé
de l’intérieur, tout pas bien.
La CGT ressemble à une entreprise
de pompes funèbres qui n’arrive
plus à refourguer ses pierres
tombales en granit avec jardinière.
Lendemains qui déchantent.
Comme c’est charmant le 1er mai.
Ces jeunes filles aux joues roses,
visage en fête, partout sur les
trottoirs, au bord des routes,
moelleuses et souriantes derrière
leurs tréteaux couverts de brins
de muguet, ces « cloches naïves »,
disait le poète de notre enfance,
Maurice Carême. On aimerait
acheter tout leur stock, s’enivrer,
une fois, de leur parfum printanier,
s’y prêter. Nous avons appris que
plus de 50 millions de brins vont
se vendre en France lors de la Fête
du travail. Jour pas chômé pour
les fleuristes. Un marché à
100 millions d’euros. Une tradition
qui remonterait à la Renaissance.
Sur TF1, au « 13 heures »,
Jacques Legros, le fidèle joker
du père Pernaut lorsque ce dernier
prend le large. Même empathie,
même gourmandise.
Direction Bordeaux, vente
à la sauvette légale de muguet.
« Les plus motivés se sont installés
très tôt ce matin pour avoir la
meilleure place. C’est une coutume
chaque 1er mai. Offrir un petit brin,
c’est offrir beaucoup de bonheur
à ceux que l’on aime », dit le
reporter du JT. Une femme
un peu désabusée : « Cette clochette
serait un porte-bonheur, enfin,
c’est ce qu’on dit. Au cas où,
on va y croire. » Mais oui, mais oui !
Ah, les beaux jours !
10 8
A752
A R 9 6 2
63
A9765
R
DV
D9872
N
O
E
S
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (E.-O. vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1SA passe 2 passe
passe
2 passe
3♣
3 passe 4
Entame : As de (le 10 en Est, le 5 en Sud).
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2816 : Grand favori
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (Tous vuln.) : Sud ouvre de 1, Sud soutient à 2 et Nord conclut à 4.
Entame : Valet de pris de l’As. Vous jouez pour la Dame, Valet et 2 de pour le Roi, Ouest
défaussant un .
Avec huit levées certaines, il convient d’en créer deux à ♣. Si la couleur est partagée 3-2, vous
pouvez jouer n’importe comment. Donc, formulez l’hypothèse de crainte : les ♣ sont 4-1.
Partant de cette assomption, quel flanc est favori pour détenir
DV2
le singleton à ♣ ? Est, évidemment, car après une telle
R76
séquence, Ouest aurait entamé à ♣ s’il avait eu un singleton
762
dans la couleur (sauf peut-être l’As sec). Donc, montez au mort
D543
au Roi de et appelez le 3 de ♣. Si Est fournit l’As, soufflez. 10 6
543
N
En l’occurrence, c’est le 10 qui apparaît pour votre Roi pris 8 5 2
D V 10 9
de l’As. Ouest insiste à , coupé. Vous présentez le 6 de ♣ V 10 9 8 O S E R D 5 4 3
10
et Ouest fournit le 2. Votre réaction ? Contentez-vous du 4, A V 9 2
AR987
pour vous prémunir contre A1092 à gauche. Votre prudence
A43
reptilienne est ici récompensée. Ce maniement adéquat vous
A
protège contre l’As, le Valet, le 10 ou le 9 sec en Est.
R876
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mercredi 2 mai 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
31
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Boris
Soleil: Lever 06h29 - Coucher 21h07 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient 20.00
Le 20h 20.35 Le 20h le mag 20.50
C’est Canteloup. Divertissement.
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine 20.45 Alcaline. Magazine 20.50
Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton.
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
21.00 Joséphine, ange gardien
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie dramatique
Film TV. Drame
Jeu
MATIN
2
S é r i e . C o m é d i e . F r a . 2 0 0 7 . S a is o n
1 1 . A v e c M i m i e M a t h y . P a r is - B r o a d w a y .J o s é p h in e a id e u n e f e m m e q u i
c h e r c h e à d é c r o c h e r s o n p r e m ie r
r ô l e d a n s u n e c o m é d i e m u s ic a l e .
70
1
4
6
2
7
5
7
5
10
8
22.55 Joséphine, ange gardien. Série
0.45 Confessions intimes. Mag.
5
4
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2
2
9
8
2
40
Grey’s Anatomy
Parole contre parole
E U . S a is o n 1 4 . A v e c E l l e n P o m p e o ,
J u s t i n C h a m b e r s , C h a n d r a W i ls o n ,
J a s o n G e o r g e , K e v in M c K id d . 2 é p is o d e s . I n é d ti s . À l a t ê t e d e l a d ri e c t i o n d e l ’ h ô p ti a l , B a i l e y v a d e v o ri
a p p r e n d r e à r e p o u s s e r s e s l i m ti e s .
F r a . 2 0 1 6 . R é a l . : D id ie r B
I n é d ti . A v e c E l s a L u n g h i n
V in c e n t e l l i . L a u r a , je u n e
s a ri e p r i s e u r , e s t v i c t i m e
L a m ê m e n u ti , l a f e m m e
e s t t u é e c h e z e l le …
3
La carte aux trésors
iv e l. 1 h 4 1 .
i , F r a n ç o is
c o m m is d ’u n v io l .
d u v io le u r
P r é s . : C y r i l F é r a u d . 2 h 0 5 . L ’ A r iè g e .
I n é d it . D e u x c o n c u r r e n t s s ’ a f fr o n t e n t d a n s u n e c o u r s e d ’o r ie n t a t i o n a u c œ u r d e la r é g i o n d e F o i x .
L e u r o b j e c t fi : r é s o u d r e d e s é n i g m e s
p o u r t r o u v e r la « r o s e d e s v e n t s » .
22.50 Chicago Med S é r i e . M e s u r e s
22.30 Dans les yeux d’Olivier
e x t r ê m e s I. n é d ti - L e s p e t ti s g é n i e s .
I n é d ti 0.25 Night Shift. Série.
M a g a z i n e . I n é d ti 1.50 Dans quelle
éta-gère... 1.55 Le jour du Seigneur
23.05 Soir/3 23.35 Enquêtes de
régions M a g a z i n e . I n é d ti 0.30 Qui
sommes-nous ? Documentaire.
8
4
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
5
8
4
7
20.50 Le nouveau désordre
mondial
D o c . S o c ié t é .
D e l a i s . 1 h 0 5 .I n
m e t tr e n t e a n s
n a le e n p e r s p e
12
7
7
F r a . 2 0 1 7 . R é a l. : B .
é d ti . H u b e r t V é d r i n e
d ’ h i s t o ri e i n t e r n a t i o c t iv e .
4
10
7
13
40
12
APRÈS-MIDI
21.55 Débat 22.40 C dans l’air 23.45
C à vous 0.40 C à vous, la suite
16
60
14
11
19.00 Au fil de l’eau. Série documentaire. La Sarre 19.45 Arte journal
20.05 28 minutes. Magazine.
19.45 Le 19.45 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Anne-Elisabeth Blateau, David Mora.
20.45
20.55
21.00
Football
Film. Comédie dramatique
Jeu
17
16
12
12
18
16
16
16
14
20.55 Dernière mission
16
13
F ilm T V . A c t io n . E U . 2 0 1 6 . R é a l. :
K e o n i W a x m a n . 1 h 3 0 . I n é d ti . A v e c
S t e v e n S e a g a l. H a r m o n e s t u n r e s p o n s a b le d e la C I A q u i e n q u ê t e s u r
l e s t e r r o r is t e s c a p t u r é s a u M e x i q u e .
16
15
15
19
40
18
19
22.55 Empire State. Film TV. Drame
0.50 Icarus. Film TV. Action.
17
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21
20
23
16
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22
19
50
22
19.00 Australie, la ruée vers l’or.
Téléréalité.
21
T (en °c)
20.50 Les grandes heures
de l’automobile française
AS Rome/Liverpool
Le gamin au vélo
Top Chef
L i g u e d e s c h a m p i o n s . D e m i- f in a le ,
m a t c h r e t o u r . E n d ri e c t d u S t a d i o
O l i m p i c o . P o u r s e q u a l fi i e r , l e s
R o m a i n s d e v r o n t r é é d ti e r l e u r e x p l o ti d u t o u r p r é c é d e n t e t r e m o n t e r
p a s m o in s d e 3 b u t s à L iv e r p o o l .
F r a - B . 2 0 11 . R é a l. : L u c D a r d e n n e ,
J e a n - P ie rr e D a r d e n n e . 1 h 2 4 . A v e c
C é c i le d e F r a n c e , T h o m a s D o r e t .
C y r i l ,1 2 a n s , n ’a q u ’u n e id é e e n t ê t e :
r e t r o u v e r s o n p è r e , q u i l ’a p la c é d a n s
u n fo y er p o ur e nfa nts .
P r é s e n t a t io n : S t é p h a
b erg . 2 h 2 5 . L e s stars
n e a u x . I n é d it . C i n q
s ’a ffr o n t e n t a u t o u r d
c u l i n a ri e s e t t e n t e n t d e
g ra n d s c h efs .
22.45 21 cm M a g . P r é s . : A . T r a p e n a r d I. n v ti é : J e a n - M a r i e G u s t a v e L e
C l é z i o 23.40 Versailles. Série.
22.20 Le phénomène Karl Marx
D o c u m e n t a ri e I. n é d ti 23.15 La vie en
Grace Jones. Documentaire.
23.25 Top Chef, dans l’assiette
des grands chefs D i v e r t i s s e m e n t
n e R ote
a u x fo u
c é l é b r it
’é p r e u v
s é d u ri e
n
r
é
e
d
s
s
e
<-10 à 0
D o c . S c ie n c e e t t e c h n iq u e . 2 0 1 6 .
R é a l . : M a tt h ie u V a l lu e t . 2 h 1 5 . C e
d o c u m e n t a ri e r e t r a c e l a r é v o l u t i o n
d e l ’a u t o m o b i le e n F r a n c e .
23.05 Les secrets des voitures des
chefs d’Etat. Documentaire.
0.15 Cauchemar en cuisine. Mag.
19.05 Once Upon a Time. Série.
L’étoile filante - Ultime sacrifice.
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Burger Quiz
21.00 Enquêtes criminelles :
le magazine des faits divers
20.45 AS Rome/Liverpool
J e u . P r é s e n t a t i o n : A la in C h a b a t
I n é d ti . S e i z e a n s a p r è s s o n
« B u r g e r Q u i z » a f a it s o n
r e t o u r , e t A la in C h a b a t e s t à
v e a u a u x m a n e tt e s .
.2 h 4 5 .
a rr ê t ,
gra n d
n o u -
23.45 Une nuit avec Vincent Dedienne. Documentaire.
N a t h a l ie
m m e nt :
: le m a r i
» .
F o o t b a ll. L ig u e d e s c h a m p io n s .
D e m i - f i n a l e , m a t c h r e t o u r . E n d ri e c t
d e R o m e . U n m a t c h e n tr e o u t s id e r s
a m b ti i e u x , q u i o n t c r é e l a s e n s a t i o n
lo r s d e s q u a rt s d e f in a le .
23.00 Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers. Mag.
23.45 Debrief. Magazine. Présentation : Hervé Mathoux, Alain Roche.
M a g a z in e . S o c ié t é . P r é s . :
R e n o u x . 2 h 0 0 . I n é d ti . N o t a
« A f f a ri e J o s é E v a n g e l i s t a
tr o m p é c r ie s o n in n o c e n c e
SU DO KU
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s la
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A n im a t io n . E
d i s p a r ti i o n s
ti l a m u s i q u e
p as d u g o ût
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d e s o c
d ’ A r ie
GRILLE 2495 MOYEN
GÊNANT
PERDRE
SES SKIS
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1
6
3
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9
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3 9
2
COURANT
MARITIME
MÉTAL
ABRÉGÉ
JEUNE
DANOIS
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EN RELIEF
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UNE
TRACTION
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INSECTE
PIQUEUR
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DE SCOUT
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PASSAGE
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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10/18
9/17
3/17
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Tous les programmes
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et sur l’appli TV Mag
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3/18
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l’océan. Film TV. Animation.
1
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7/12
7/17
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VENDREDI
3/14
8 .2 h10 .
m e , T r ié a n s ,c e
l.
MOTS FLÉCHÉS N°1960
Chaque jour un peu plus difficile
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
JEUDI
21.00 La petite sirène 3 :
le secret de la petite sirène
F ilm
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13/17
8/20
8/14
6/12
9/13
13/18
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
ÉLÈVE
À L’OPÉRA
PRÉPOSITION
DÉSERT
CHINOIS
L’OR
BON À
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DEUX
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15
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
32
ERIC MALOT/PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE/MAXPPP
« Je ne suis pas
Miss Jeanne d’Arc ! »
SUCCÈS Mathilde Edey Gamassou, choisie cette année pour
figurer la Pucelle lors des Fêtes johanniques, est devenue
le symbole malgré elle des fractures françaises. Sa désignation
avait suscité un flot d’injures racistes.
Eugénie Bastié
ebastie@lefigaro.fr
e dimanche 29 avril, elle a reçu
l’épée des mains de celle qui l’a
précédée, puis a défilé en armure et le sourire aux lèvres
dans les rues d’Orléans pour
ouvrir la 589e édition des Fêtes
johanniques. Mathilde Edey Gamassou, 17 ans, est la première
jeune fille d’origine extraeuropéenne à avoir été
désignée pour figurer Jeanne d’Arc lors des
cérémonies traditionnelles qui commémorent la
délivrance de la ville par la Pucelle, le 8 mai
1429.
Sa nomination en février dernier avait suscité
un déferlement de haine et de bêtise sur les réseaux sociaux. « Jeanne d’Arc béninoise », « propagande prométissage » et autres insultes
avaient fleuri sur des comptes le plus souvent
anonymes. « L’an prochain, Jeanne d’Arc sera en
burqa », commentait même un internaute sur un
site antimusulman. Le procureur de la République d’Orléans a ouvert une enquête pour « provocation publique à la discrimination et la haine
raciale ». Mathilde, elle, s’en fiche. La jeune
femme balaye d’un revers de main la polémique : « Ce n’est pas mon problème, avec un agacement qui trahit peut-être une blessure. Je ne
suis pas sur les réseaux sociaux, je n’ai un portable que depuis septembre. C’est facile d’écrire un
C
Si les Fêtes johanniques ont lieu depuis près
tweet depuis son ordinateur ; moi, je regarde les
de six siècles, la tradition de nommer une jeune
gens en face. »
fille pour incarner la Pucelle remonte à la LibéMathilde, qu’on devine de caractère, va droit
ration. Choisie parmi une quinzaine de dosau but : « C’est mon père qui est métis, pas moi.
siers, Mathilde remplit tous les critères néC’est mon grand-père paternel qui était béninois
cessaires pour figurer l’héroïne : habiter
et qui est venu en France et a épousé une FrançaiOrléans depuis plus de dix ans, être catholique
se du Cantal. » Son père à elle, Patrice, a épousé
pratiquante, lycéenne et donner
une Polonaise arrivée en France
bénévolement de son temps. Elle
après la chute du Mur. « Quand il
est notamment fortement engagée
y a eu la polémique, les gens dans
dans le scoutisme, chez les guides
le Cantal se sont sentis discrimid’Europe. La jeune femme prend
nés : on ne parlait que du Bénin et
son rôle très à cœur et ne veut pas
de la Pologne ! Je n’ai jamais été en
jouer les potiches : « Je ne suis pas
Afrique, moi ! », s’exclame-t-elle.
1429
Miss Jeanne d’Arc, une fille sur un
Jeanne d’Arc délivre
Engagée dans le scoutisme
canasson ! » Elle déroule un disOrléans assiégée
cours bien rodé sur les valeurs que
par les Anglais.
Dénoncée par une extrême droite
porte la sainte : « Jeanne d’Arc,
racialiste et néopaïenne, la jeune
c’est le courage, la piété, l’humilité,
fille a aussi été célébrée comme
1945
la persévérance dans l’adversité, la
icône de la diversité et « afroInstauration
loyauté envers son pays, l’engadescendante » par une certaine
à la Libération de la
gement, l’audace de servir. » Et
gauche multiculturaliste. Devedésignation d’une jeune
ajoute avec conviction : « La piété,
nue malgré elle le symbole des
fille incarnant Jeanne
ce n’est pas négociable. Sans la foi,
fractures françaises dans un pays
d’Arc pour les Fêtes
elle n’aurait jamais fait ça ! »
hanté par la question de son idenjohanniques.
tité. Des récupérations qui ont le
Cours d’équitation
don d’agacer Bénédicte Baranger,
2001
présidente du comité Jeanne
Pour se préparer à défiler dans les
Naissance à Paris
d’Arc, qui se désole d’une polérues d’Orléans, elle a pris des cours
de Mathilde Edey
mique « odieuse ». « Certains voud’équitation avec le 12e régiment des
Gamassou.
draient nous faire dire qu’enfin
cuirassiers, a coupé sa longue chenous modernisons les fêtes et pren2018
velure bouclée et a effectué un pèlenent
Mathilde
en
emblème
Mathilde Edey Gamassou rinage sur les traces de la sainte
d’ouverture. Mais les Fêtes johanest désignée
guerrière à Domrémy, Vaucouleurs,
niques n’ont pas pour but de servir
pour incarner
Reims et Rouen. Le 8 mai prochain,
une quelconque idéologie ! »
la Jeanne d’Arc 2018.
elle clôturera les cérémonies en
Bio
EXPRESS
présence du premier ministre, Édouard Philippe,
invité d’honneur des fêtes cette année.
Passionnée de littérature (elle est en première L),
Mathilde connaît par cœur son histoire de France. « Il faut se souvenir de notre histoire ! On nous
apprend de moins en moins de choses à l’école. Clovis a été baptisé, la France a des racines chrétiennes, on ne peut pas le nier. Il y a eu plein de choses
avant 1789 ! »
Élevée dans l’amour de la France et de la littérature (son grand-père béninois lui récite des
poèmes de Victor Hugo), Mathilde n’est pas le
symbole du multiculturalisme mais celui de
l’intégration parfaitement réussie de ses
parents. Avec application, elle pose un par
un sur la table de l’hôtel Groslot, superbe demeure du XVIe siècle à quelques pas de la cathédrale d’Orléans, les volumes usagés des
Trois Mousquetaires et du Comte de MonteCristo d’Alexandre Dumas, du Procès de Rouen
de Jacques Trémolet de Villers, de l’Histoire de
France de Jacques Bainville et du Mystère de la
charité de Jeanne d’Arc de Charles Péguy. « Ah,
Charles Péguy… Tous les jours en allant à l’école,
je passais dans la rue de Bourgogne devant la
maison où il a écrit sa pièce sur Jeanne d’Arc.
Avec mon père, on a fini par la trouver sur eBay.
C’est vraiment mon trésor », dit la jeune fille en
caressant amoureusement la couverture
abîmée d’un exemplaire de la collection
« Blanche ».
Loin des misérables polémiques des réseaux
sociaux, Mathilde se veut l’héritière de Jeanne
et Charles. Deux figures d’une France éternelle
qui transcendent les « démagogies passagères ». ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
PARIS SECRET
Paris est une fête, et surtout un mystère :
la ville de Saint Louis et d’Henri IV, de Victor
Hugo et de Balzac, de Modigliani et de Robert
Doisneau n’a pas fini d’éblouir. De Notre-Dame à
La Défense, de Montparnasse au Père Lachaise,
des hôtels particuliers aux passages couverts,
Le Figaro Hors-Série vous fait découvrir Paris tel
que vous ne l’avez jamais vu. Au fil de ses ponts,
de ses jardins, de ses palais, de ses boulevards,
Paris livre mille et un secrets. Partez à la chasse
aux trésors et revivez la légende des siècles, avec
la plus éblouissante des promenades parisiennes.
Une campagne sur
les risques du GBL à Paris
Pas de tabou au PS…
Pour refonder le Parti socialiste,
Olivier Faure, le nouveau premier
secrétaire, veut organiser des
débats thématiques « sans tabou »
auxquels pourraient être conviées
des personnalités étiquetées
à droite. « Il serait intéressant
de connaître le regard qu’elles
portent sur nous », explique-t-il,
au côté de Corinne Narassiguin,
la numéro 2 du parti qui sera
chargée d’animer les échanges.
Olivier Faure cite spontanément
le philosophe Alain Finkielkraut.
L’Europe ou encore
le bilan de François Hollande
devraient être les premiers
sujets évoqués.
Les élus du groupe les Républicains et
Indépendants du Conseil de Paris vont
appeler cette semaine à une campagne
sur les dangers du GBL, drogue très
dangereuse qui a déjà plongé dix
personnes dans le coma depuis le début
de l’année. Un consommateur a trouvé
la mort en mars. Florence Berthout,
Philippe Goujon et Frédéric Péchenard
considèrent que cette drogue,
très présente dans les boîtes de nuit,
est « d’autant plus dangereuse qu’elle est
facilement accessible à un prix dérisoire
et d’une toxicité particulièrement élevée ».
Six discothèques parisiennes ont été
fermées depuis janvier pour « trafic
de stupéfiants ».
NUMÉRO
DO U BL E
160 pages
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160 pages.
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organise le 22 mai prochain à l’Assemblée nationale une
conférence sur l’engagement des sociétés civiles coréennes
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ce radiologue qui est aussi un virtuose du clavecin suit
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J.-C. MARMARA/LE FIGARO
La péninsule coréenne sous
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mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 929 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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Médecins, avocats,
experts-comptables,
architectes…
Ils prennent le virage
du numérique.
PAGES 2 À 8
Les professions libéralesi
se réinventent;
es sujets qui fâchent ne
manquent pas. Les notaires, en 2015, n’ont pas
très bien accueilli la loi « Macron » qui a assoupli le numerus clausus de la profession.
Les commissaires aux comptes
n’apprécient guère le projet de
loi Pacte : le texte veut soustraire un plus grand nombre
d’entreprises à l’obligation de
faire certifier leurs comptes.
Les avocats sont vent debout
contre les projets de simplification de la justice. Ces dernières années, les médecins ont, à
maintes occasions, bataillé
avec les pouvoirs publics.
Il y a aussi une lame de fond
sur laquelle doivent surfer les
professions libérales : la numérisation. Pharmaciens ou architectes ont, depuis plusieurs
années, adopté de nouveaux
outils. Les hommes du droit et
ceux du chiffre, eux, voient
surgir des start-up qui ambitionnent de leur « piquer »
une partie de leur travail.
Les professionnels libéraux,
parce qu’ils sont des entrepreneurs comme les autres, prennent cette tentative d’ubérisation au sérieux. Ces mêmes
technologies, perçues comme
une menace, sont en fait un
atout. Elles les affranchissent
de tâches à faible valeur ajoutée et redonnent tout son sens
à leur mission : être plus encore à l’écoute de leurs clients.
BRUNO JACQUOT
L
➜
Le prochain numéro
du Figaro entrepreneurs
paraîtra le 6 juin
LA VIE DE BUREAU
Les délices de la phobie
administrative
publié un Petit précis de phobie
Cette chronique aurait pu
s’intituler « Comment vous défaire
administrative. Son but est d’aider
de votre phobie administrative »
à s’interroger sur cette phobie qui
ou « Il faut se débarrasser du
sommeille - ou plutôt qui s’éveille
- en vous !
Thomas Thévenoud de bureau ! ».
« Cette allergie à la paperasse
Mais je n’ai voulu ni vous mentir ni
administrative n’a
vous donner de faux
pas les mêmes
espoirs. La phobie
origines pour tout le
administrative est
Certains
monde, explique la
un mal qui ne se
mettent tout
psychanalyste
soigne pas pour la
en œuvre pour
Claudine Hunault.
simple et bonne
orchestrer cet
Certains font un rejet
raison qu’elle n’est
inconscient de toute
pas une maladie. Il
amoncellement
ne faut pas donner
forme de loi, de
administratif.
trop de crédit à
délais. Ils estiment
C’est
un
jeu
qu’ils ne doivent rien
l’ancien secrétaire
doublé d’une
à personne. D’autres
d’État,
qui
en
n’ont jamais été
revendique
la
certaine forme
confrontés à la loi de
paternité et qui l’a
de jouissance !
leur vie. »
même
dûment
CLAUDINE HUNAULT,
La
phobie
enregistrée comme
PSYCHANALYSTE
marque
déposée
administrative,
auprès de l’Institut national de la
c’est également un grand
propriété industrielle (Inpi).
paradoxe, dans lequel on n’est
victime que de soi-même.
Si la phobie administrative n’est
« Certains mettent tout en œuvre
pas une maladie, c’est en tout cas
pour orchestrer cet amoncellement
un fléau, voire une drogue. Vous
administratif, précise Claudine
connaissez cet archétype qu’on
Hunault. C’est un jeu doublé d’une
retrouve
dans
toutes
les
certaine forme de jouissance ! »
entreprises, de la PME au grand
Les plus brillants d’entre nous
groupe, en passant par la jeune
s’organisent merveilleusement
pousse : c’est ce collègue dont le
bien… tout en sachant que leur
titre
pourrait
être
« Protransgression amènera son lot de
crastinateur in Chief », celui qui
contraintes
supplémentaires !
étouffe sous des piles de dossiers,
Mais qui peut prétendre surpasser
accumulées au fil du temps. Il
l’indépassable Gaston Lagaffe,
n’ouvre ou n’envoie jamais son
grand
maître
ès
phobie
courrier, il affiche très exactement
administrative, et son délicieux
- je les ai comptés ! - 31 654
« cactus à classement » sur lequel
courriels non lus. C’est ce collègue
il pique avec ostentation son
qui tremble à l’idée d’envoyer un
courrier en retard ? ■
justificatif à la DRH.
QUENTIN PÉRINEL
La start-up Papernest, alliée de
£@quentinperinel
tous ces stressés de la paperasse, a
MUSÉE DES CONFLUENCES PAR MATIAS ANTONIASSI, PHOTOGRAPHE
«
»
CHOISISSEZ LYON, ONLY LYON
ON NE VIT QU’UNE FOIS
VIVRE, C’EST FAIRE DES CHOIX,
MAIS SANS RENONCER
OUBLIEZ LA DEMI-MESURE,
LES À-PEU-PRÈS, LES ENTRE-DEUX.
NE FAITES AUCUN COMPROMIS,
TRACEZ VOTRE PROPRE ROUTE,
CHOISISSEZ DE VIVRE PLEINEMENT
VOS VIES, TOUTES VOS VIES.
CHOISISSEZ LYON, ONLY LYON.
MÉTROPOLE DE LYON
A
DENIS DUPOUY / LE FIGARO; MAVIFLEX; ROGER DE BRITO
NE FAITES
AUCUN
COMPROMIS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
2
DOSSIER
DÉFINITION
Les professions libérales groupent les
personnes exerçant à titre habituel, de manière
indépendante et sous leur responsabilité,
une activité de nature généralement civile
ayant pour objet d’assurer, dans l’intérêt
du client ou du public, des prestations
principalement intellectuelles, techniques
ou de soins mises en œuvre au moyen de
ENTREPRENEZ !
Retrouvez sur « Le Figaro Live » notre émission
« Entreprenez ! », vendredi 4 mai, à 16 h 10.
À suivre sur le figaro.fr
et sur facebook.com/lefigaro
qualifications professionnelles appropriées et
dans le respect de principes éthiques ou d’une
déontologie professionnelle, sans préjudice
des dispositions législatives applicables
aux autres formes de travail indépendant.
Article 29 de la loi n° 2012-387 du 22 mars 2012
relative à la simplification du droit et à
l’allégement des démarches administratives.
34
professions
libérales sont réglementées et
soumises à des modalités particulières.
S’y ajoutent 142 professions
non réglementées, d’accompagnateur
de groupe à voyante…
Ces professions libérales qui innovent
413
commissairespriseurs judiciaires
109 925
infirmiers en exercice libéral
19 127 commissaires aux comptes
74
441
pharmaciens
11 733
agents généraux
d’assurance
20
000
experts-comptables
430 administrateurs et mandataires judiciaires
fessionnel du droit. De même, la solution d’intelligence artificielle Ross, développée par IBM aux États-Unis,
promet d’exploiter toute la littérature
juridique pour seconder le travail des
avocats.
Éthique et souplesse
Alors faut-il craindre une ubérisation
du métier d’avocat et, par extension,
de toutes les professions libérales ? « Il
n’y aura pas d’ubérisation si la profession est capable de muter et de s’adapter
au numérique, soutient Christiane
Feral-Schuhl, présidente du Conseil
national des barreaux (CNB). Pour cela,
les professionnels doivent, d’une part,
répondre au cahier des charges du
client, en intégrant les outils numériques : échanges par courriel, usage de la
visioconférence, partage de dossiers…
Certains clients veulent même collaborer
à la rédaction des actes qui les concernent. D’autre part, il faut savoir valoriser la plus-value du métier. » L’experte
fait ainsi référence à la déontologie,
aux assurances en responsabilité civile
professionnelle, au secret profession-
nel, bref à toutes ces garanties intrinsèques à l’exercice de la profession
d’avocat ou de médecin.
Pour Michel Chassang, il revient aux
différents ordres professionnels d’accorder les principes de déontologie à
cette époque du tout-numérique. « Les
professions libérales ne peuvent plus
fonctionner comme avant, confirme-t-il. Certains actes du quotidien,
comme rédiger une ordonnance, ne sont
pas possibles d’un point de vue numérique. C’est pourtant une évolution à apporter en prenant en compte des impé-
SOURCES : ASSOCIATIONS, CONSEILS ET ORDRES PROFESSIONNELS, MINISTÈRE DE LA JUSTICE, DREES.
3 146 huissiers
de justice
29 689 architectes
18
149
vétérinaires
médecins inscrits au tableau
65 480
290 974
notaires
Dans l’imaginaire collectif, les consultations du médecin de famille suivent
un schéma précis : rencontres dans le
cabinet, parfois après plusieurs heures
d’attente, visites à domicile selon des
créneaux horaires précis. Dans les déserts médicaux, il faut parfois parcourir
quelques kilomètres. Les choses changent. Dans les zones délaissées, des
praticiens ont développé la télémédecine. En quelques clics, leurs patients
se connectent sur un système de chat
par vidéo et la consultation se fait à distance. « Télémédecine, chirurgiens
capables d’opérer à distance grâce aux
webcams… L’exercice de la profession
est en train de se modifier, explique
Michel Chassang, président de l’Union
nationale des professions libérales
(Unapl) et lui-même médecin.
D’autres professions libérales vivent
également cette évolution. C’est le cas,
entre autres, des experts-comptables
qui bénéficient d’une dématérialisation
de l’administratif ou encore des architectes qui, avec la maquette numérique
appelée BIM, peuvent envisager des
co-constructions virtuelles entre différents partenaires. » La cause de ce bouleversement ? Le numérique. « Le digital n’est plus une option : les professions
libérales doivent savoir s’adapter aux
nouvelles technologies et ainsi évoluer,
ajoute Michel Chassang. Le côté négatif,
c’est que cela génère aussi un certain
nombre de problèmes, voire de dérives.
En cas de besoin, une entreprise peut désormais faire appel à des plateformes
numériques spécialisées au lieu de
contacter un expert reconnu. »
En effet, émergent de plus en plus de
solutions digitales qui grignotent le
marché de certains spécialistes. Par
exemple, du côté des avocats, des sites
Internet proposent aux particuliers de
régler eux-mêmes leurs « petits litiges
du quotidien », sans recourir à un pro-
11 630
CÉLINE TRIDON
avocats
Le numérique conduit médecins, avocats, experts-comptables à revoir leur modèle d’exercice.
ratifs de secret professionnel, de
cybersécurité, de risque de divulgation
de données sensibles… Il y a toute une
réglementation à inventer. »
Dans ce but, l’Unapl a créé une commission numérique chargée de réfléchir
à ces questions. Il s’agit de devancer les
innovations technologiques pour favoriser celle des métiers, tout en conservant une certaine éthique. En gagnant
en souplesse, les professions libérales
inventent de nouveaux usages et favorisent l’émergence de modèles mouvants, toujours plus évolutifs. ■
Augustin Mon Avocat consulte sur Internet
David Dumont et Maxime Mucetti ont déployé une plateforme Web pour rendre le conseil plus accessible.
A
DENIS DUPOUY/LE FIGARO
Les deux créateurs
de ce cabinet
d’avocats
sur Internet,
David Dumont
(à gauche)
et Maxime Mucetti,
ont balisé leur projet
grâce à une étude
marché.
C’est la théorie de la petite question qui en entraîne une autre,
puis une autre… « Finalement, la
petite question se transforme en
besoin de conseil ciblé, qui doit
répondre précisément à une attente », explique David Dumont.
Cet avocat, qui exerce depuis
1999, met en avant une autre
idée du conseil : plus contemporain, plus chaleureux aussi.
Associé à Maxime Mucetti, il a
lancé en février Augustin Mon
Avocat, bâti sur leur précédent
cabinet, Augustin Avocats. Ce
subtil changement de nom symbolise un nouveau parti pris :
désormais, les six avocats du
cabinet ne dispensent leur expertise que sur une plateforme
digitale. Le but ? Ces fameuses
petites questions font l’objet
d’un service numérique clés en
main selon un principe simple :
le client crée un compte sur le
site Internet du cabinet, puis
accède à un espace personnel. Il
y précise sa question, y dépose
les pièces justificatives et, sous
96 heures, le cabinet lui donne
une réponse professionnelle. Le
prix - 350 euros HT - est affiché
d’emblée, pour en finir avec les
honoraires à rallonge. « Le prix
est connu d’avance, car nous
voulons favoriser la transparence », assure David Dumont.
Pourtant, avant de se lancer,
les deux associés ont commandé
à Ipsos une étude de marché afin
de déterminer ce qui pousserait
les entreprises à faire appel à des
avocats en ligne. Le prix arrive
en troisième position. « La première raison, précise David Dumont, c’est la simplicité d’accès.
Aujourd’hui, les clients veulent
des professionnels plus proches
d’eux. Il faut en finir avec cette
vision hautaine de notre métier. »
Avec cette solution numérique, Augustin Mon Avocat bouscule les codes. « Aujourd’hui encore, ajoute Maxime Mucetti,
consulter un avocat constitue une
vraie démarche. Il faut le trouver,
prendre rendez-vous, se déplacer… Sans oublier l’incertitude
liée au coût final. Notre plateforme permet non seulement d’apporter une nouvelle vision du métier d’avocat, mais aussi de le
rapprocher de ses clients. » Les
deux associés se définissent
comme « des gens comme tout le
monde » qui adaptent leur vie
professionnelle à de nouveaux
usages, toujours dans le pur respect de la déontologie. Des
avocats en jean, pourquoi pas ?
Mais des avocats avant tout.
Chaque question soumise par un
client reste en attente pendant
48 heures environ, le temps de
vérifier la position de la partie
adversaire ou que la question est
posée correctement. Ils ont en
effet l’obligation déontologique
d’inciter le client à la reformuler
si elle n’est pas claire.
L’aval de l’Ordre
De même, leur site est estampillé
« Avocats barreau de Paris »,
après avoir obtenu l’accord de
l’Ordre des avocats pour mettre
en avant leur plateforme. Cette
reconnaissance était impérative
pour mener à bien le projet. « Le
danger, pour nous, reconnaît
David Dumont, aurait été d’investir beaucoup de temps, d’argent et d’énergie dans la création
d’Augustin Mon Avocat, sans ob-
tenir au final l’aval de l’Ordre.
Mais ils ont approuvé notre démarche, le barreau de Paris étant
partisan de solutions nouvelles. »
Créé de A à Z par une agence
prestataire, le site en est pour
l’instant à sa première version.
David Dumont et Maxime
Mucetti veulent encore faire évoluer leur projet. Pour l’heure,
leur objectif reste de démocratiser le conseil.
L’étude d’Ipsos les conforte :
parmi les entreprises certaines
d’utiliser ce service, elles songent le faire entre 5 et 15 fois par
an. « Aujourd’hui, assure David
Dumont, 50 % des besoins en
droit ne sont pas couverts. Il
manque des offres suffisamment
attrayantes pour que les gens
viennent à nous. »
« En France, souligne pour sa
part Maxime Mucetti, on consulte
un avocat dès que quelque chose
ne va pas ou quand on a déjà un
pied dans le procès. Il faut savoir
développer l’approche “au préalable”, c’est-à-dire solliciter un
expert du droit avant de signer un
contrat ou de prendre une décision importante. C’est aussi à cela
que sert la démocratisation du
conseil. » Grâce à la numérisation des services, le droit pourra
devenir plus simple. ■
C. T.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
4
DOSSIER
835
500
entreprises libérales
étaient en exercice en 2015,
soit 25 % des entreprises du secteur
marchand hors autoentreprises.
Source : DGE
Les Boiché, père et fils, ont fait
le choix de n’exercer que sur Internet
pour une clientèle de TPE.
HENRI DE LESTAPIS
Chez Clémentine, l’ambiance
n’est plus au costume sombre et
aux dossiers de papier. Installé à
Ludres, à une dizaine de kilomètres de Nancy, ce cabinet d’expertise comptable a remisé les
vieux codes du métier pour adopter ceux des start-up numériques
de son temps : murs aux couleurs
flashy (avec une prédominance de
teinte orange), moquette moelleuse et, bien entendu, baby-foot
convivial. « Ne pensez pas que
nous y jouons à longueur de journée, s’amuse William Boiché. Ici,
ça bosse dur ! C’est ce que je répète
aux candidats à l’embauche qui ont
un peu trop de lumière dans les
yeux lorsqu’ils passent la porte. »
Le jeune chef d’entreprise de 29
ans s’est lancé dans l’entrepreneuriat lorsqu’il n’en avait que 22.
Depuis, William Boiché dirige
Clémentine avec son père JeanLouis. Il y a sept ans, ce dernier
était encore un expert-comptable
de la vieille école.
Lors d’un repas de Noël, alors
qu’il épluchait consciencieusement une clémentine, son geek
de rejeton lui a suggéré de créer
un cabinet entièrement dématérialisé. L’idée lui a d’abord paru
audacieuse. Un an plus tard, il
avait revendu son affaire, brûlé sa
cravate et posé les bases d’une
nouvelle structure. « Nous avons
gardé le nom de Clémentine en référence à ce fameux dîner, précise
William Boiché. Pour mon père,
c’était un nouveau départ professionnel. Il ne connaissait rien au
numérique et m’a entièrement fait
confiance. » Jean-Louis incarne
le savoir historique de l’expertise
comptable. Il maîtrise le cœur de
métier de l’entreprise. Programmeur autodidacte, William Boiché est celui qui adapte ce savoir
au XXIe siècle et à ses nouveaux
usages.
Dans un cabinet d’expertise
comptable traditionnel, on reçoit
les clients en tête à tête, on passe
beaucoup de temps à faire des calculs, à saisir des documents et à
établir des bilans. Chez Clémenti-
CLEMENTINE
Clémentine, des
experts-comptables
à portée de clic
Jean-Louis Boiché, expert-comptable, et son fils William, ont créé le cabinet d’expertise comptable Clémentine en 2012. Si l’entreprise
emploie des experts-comptables indispensables à l’exercice de son activité, elle compte aussi dans ses rangs des développeurs Web
et des graphistes, nécessaires à ce cabinet entièrement numérique.
ne, les experts-comptables ne reçoivent plus leurs clients, sauf exception. Tous les échanges de
documents sont effectués en ligne
sur une bibliothèque virtuelle et
sécurisée. Un logiciel les saisit à
80 % et les classe automatiquement, épargnant un travail chronophage et fastidieux. En outre,
une fonction fournit instantanément aux clients des tableaux de
bord avec leur chiffre d’affaires et
des courbes de performances. Ils
ont un regard sur la situation de
leurs entreprises en temps réel.
« Le client qui débarque avec une
boîte à chaussures remplie de factures, c’est fini ! s’exclame
William Boiché. Du moment que la
confiance est établie, on ne perd
pas en qualité de prestation. »
Les clients de Clémentine sont
essentiellement des dirigeants de
TPE, voire de PME, qui n’ont pas
le temps de se pencher sur les sujets d’expertise comptable. Ils ne
voient que des avantages à effectuer leurs démarches en ligne.
Auparavant, Jean-Louis Boiché
travaillait avec quelques grosses
PME. Si l’une s’en allait, cela fragilisait son activité. À l’inverse,
Clémentine travaille avec une
constellation de TPE, ce qui la met
à l’abri de ce risque.
Diagnostic numérique
Aujourd’hui, l’entreprise emploie
60 personnes, parmi lesquelles
des experts-comptables bien entendu, mais aussi des juristes, des
commerciaux, et aussi des développeurs Web et des graphistes.
Des nouveaux profils que nul
n’aurait imaginé voir pénétrer
l’univers feutré de ce métier il y a
encore dix ans. « C’est intéressant
de voir la façon dont le numérique
peut transformer le fonctionnement
interne d’une profession », constate William Boiché.
Un avis que partage Dominique
Jourde, président de la commission numérique de l’Ordre des
experts-comptables. « Intégrer
des développeurs Web, précise-t-
il, c’est accepter de nouvelles façons de travailler plus horizontales
mais aussi repenser les fonctions
RH et de marketing que l’on n’avait
pas l’habitude de mettre sur l’avant
de la scène dans nos cabinets. Il
faut repenser le modèle jusqu’à la
façon de manager les équipes. »
Loin de freiner des quatre fers devant ces transformations, les professionnels entendent au contraire les adopter.
L’Ordre a récemment mis en
place un site Web permettant aux
cabinets d’établir leur diagnostic
numérique. Une cellule de veille
les informe également des nouveautés qui les concernent.
« Chacun se transforme à son
rythme, sans forcément chercher à
atteindre un modèle aussi novateur
que Clémentine, analyse Dominique Jourde. Les clients pourront
toujours trouver un cabinet dans
lequel se rendre physiquement pour
rencontrer leur expert-comptable
en tête à tête. » Le costume n’a pas
dit son dernier mot. ■
Altidoc crée la télémédecine de haute montagne
Le Dr Emmanuel Cauchy, disparu il y a un mois, avait été à l’origine de cette entreprise innovante.
Les douze médecins qu’il avait entraînés dans cette aventure poursuivent l’œuvre de leur confrère.
A
GUILLAUME MOLLARET
£@Newsdusud
Surnommé « Docteur
Vertical », Emmanuel
Cauchy (à gauche)
a trouvé la mort le
2 avril à Chamonix,
dans une avalanche,
dans le massif
des Aiguilles rouges.
Âgé de 58 ans,
ce médecin urgentiste
et guide de haute
montagne avait créé
l’Institut de formation
et de recherche
en médecine de haute
montagne (Ifremmont)
et la société Altidoc.
AFP PHOTO/PHILIPPE DESMAZES
Sa mort a ébranlé le massif du
Mont-Blanc. Mais son combat
pour une meilleure prise en charge médicale des alpinistes continue. Le décès du Dr Emmanuel
Cauchy, fondateur de la société
Altidoc, pris dans une avalanche
le 2 avril, n’a pas entamé la volonté de ses confrères de poursuivre
les activités de cette entreprise
pionnière de la télémédecine dédiée à la haute montagne.
Depuis un peu plus d’un an,
cette société d’exercice libéral par
actions simplifiée (Selas) fédérant
douze médecins français et suisses
s’attelle à former, partout dans le
monde, des guides de haute montagne qui sont les correspondants
d’Altidoc. En cas de problème
médical pour leurs clients lors
d’un trek dans les Alpes, l’Himalaya ou sur le Kilimandjaro, le
guide appelle un numéro de téléphone qui fait sonner en même
temps les portables de 12 médecins européens. La téléconsultation est alors donnée par le premier à répondre.
L’autre activité d’Altidoc est
réalisée en amont des treks.
« Nous avons mis en place ce système grâce à un partenariat signé
avec 6 agences de voyages spécialisées (Allibert, Corto Safaris, Tamera, Terres d’aventure, Thaki
Voyages et Tirawa, NDLR). Chacun de leur client en passe de marcher à plus de 3 500 mètres d’altitude pour la première fois a, inclus
dans son package, droit à une téléconsultation facturée 35 euros »,
nous expliquait le Dr Cauchy, peu
avant sa disparition. Le choix
d’une altitude de 3 500 mètres
n’est pas dû au hasard. Elle correspond à un seuil au-delà duquel
3 % de la population est génétiquement soumise à une intolérance à l’altitude pouvant provoquer
le mal aigu des montagnes (MAM).
Pour satisfaire aux règles
d’éthique et de confidentialité, la
téléconsultation est réalisée au
travers d’une plateforme agréée
par le ministère de la Santé. En ligne, les médecins nourrissent un
carnet de santé numérique dans
lequel ils peuvent téléprescrire
une visite dans un des 23 centres
français de médecine de montagne afin d’y réaliser un test de dépistage contre le MAM.
«Trois années de travail »
Après dix-huit mois d’exercice,
Altidoc a formé plusieurs centaines de guides de haute montagne
de la cordillère des Andes aux Alpes. 160 téléconsultations ont été
effectuées en dix-huit mois et, par
130 fois, des guides ont usé de leur
téléphone pour que l’un de leurs
4 800 clients puisse téléconsulter.
La preuve de l’utilité de l’entreprise haut-savoyarde, qui a bénéficié de 300 000 euros de fonds
européens Feder et du soutien de
collectivités locales à son lancement, semble faite. Pourtant,
créer Altidoc n’a pas été un long
fleuve tranquille. À l’instar de
l’ensemble des plateformes de télémédecine françaises, l’entreprise bénéficie d’une autorisation
d’exercice, laquelle doit être renouvelée chaque année.
«Altidoc, c’est trois années de
travail, principalement réalisé par
Emmanuel Cauchy qui était à la fois
le moteur et l’huile du projet », ex-
plique le Dr Pascal Zellner, un des
médecins associés à l’entreprise et
président de l’Institut de formation et de recherche en médecine
de montagne (Ifremmont) à Chamonix. Or, afin de satisfaire aux
impératifs de l’Ordre des médecins,
de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) et
de l’Agence régionale de santé
(ARS), nous avons engagé des frais
pour monter des dossiers, payé des
avocats et passé beaucoup de
temps à la mise en œuvre technique
et technologique de notre offre. Une
entreprise a besoin de visibilité. Ce
statut précaire n’est pas pour nous
rassurer. »
Avec un chiffre d’affaires de
170 000 euros, Altidoc ne roule pas
sur l’or et peut seulement financer
deux postes à mi-temps : un médecin et une secrétaire. Ainsi, la
plupart des 12 docteurs composant le groupement agissent en
bénévoles pour des raisons purement réglementaires. « Nous avions au départ pensé pouvoir rémunérer
les
médecins
à
la
téléconsultation,
regrette-t-on
chez Altidoc. Or, la plupart d’entre
nous travaillent à plein-temps au
sein d’un hôpital public, ce qui est
incompatible, aux yeux de l’Ordre
des médecins, avec un exercice libéral. » En attendant que les lignes bougent, l’entreprise va de
l’avant et pense à élargir ses téléconsultations vers la langue anglaise pour satisfaire aux nécessités d’une patientèle étrangère. Le
Dr Emmanuel Cauchy a ouvert
une voie. Ses confrères sont bien
décidés à l’emprunter. ■
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LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
DOSSIER
70,3
%
professionnels libéraux
5
Meynes, un
petit village
agricole, a su
investir pour
accueillir ses
médecins.
exercent dans le cadre d’une entreprise
individuelle, 20 % d’une SARL, 6,5 %
d’une société par actions simplifiée (SAS)
et 3,3 % d’une société civile professionnelle
ou sous un autre statut. Source : DGE
Un village du
Gard retrouve
ses médecins
ENVOYÉ SPÉCIAL À MEYNES (GARD)
C’est un chapelet de villages
agricoles dont les habitants ont
longtemps prié pour le retour
d’un médecin. Pendant deux ans,
le village de Meynes (Gard) a fait
le dos rond dans l’attente d’un
généraliste… Miracle, depuis le
début de l’année, ce n’est pas un
mais deux médecins que ce village viticole de 2 600 âmes, situé
entre Beaucaire et Avignon, a retrouvés. À l’instar de nombreux
villages alentour, c’est impuissants que les habitants ont vu
partir leurs médecins libéraux en
2016 : l’un a fait valoir ses droits à
la retraite, l’autre a préféré le salariat à l’exercice libéral avec ses
horaires à rallonge et un rythme
de garde soutenu.
Féminin, le nouveau duo de
médecins installé à Meynes s’est
retrouvé sur un projet commun.
Plus expérimentée, le Dr Véronique Lapierre exerçait auparavant
dans la ville voisine de Remoulins. Le nouveau projet médical
de ses associés ne lui convenant
pas, elle a décidé d’ouvrir un
nouveau cabinet. Maître de stage
à la faculté de médecine de
Montpellier-Nîmes, elle a proposé à une jeune doctoresse, avec
qui elle avait déjà travaillé quand
celle-ci était interne, de se joindre à elle.
« La profession se féminise et
plus personne ne souhaite travailler toute la semaine de 8 heures
à 21 heures, explique Véronique
Lapierre. Nous sommes convenues
ensemble que le cabinet sera
ouvert du lundi au vendredi mais
chacune travaillera à mi-temps
pour le cabinet. » Elle a choisi
d’exercer avec une structure légère : elle n’emploie pas de secrétaire et prend ses rendez-vous
uniquement par le biais d’une
plateforme Internet.
Outre les patients, l’autre bénéficiaire de l’installation des
deux docteurs est la pharmacie
du village, située sur la place
principale, à 200 mètres du cabinet, en contrebas. « L’absence de
généralistes fut un moment difficile à vivre, explique la pharmacienne Valérie Garnier, également présidente de l’Union
régionale des professionnels de
santé (URPS) pharmaciens Occitanie. Grâce au lien de proximité
noué avec les patients, nous en
avions retenu une bonne partie.
Cependant, l’absence de médecin
dans la commune s’est traduite
par une baisse du chiffre d’affaires
de l’ordre de 10 % sur un total
d’environ 1 million d’euros. »
Niché non loin du lit du Rhône,
le village de Meynes n’a, en apparence, rien d’un désert. Ensoleillée, la zone attire une population en quête d’espaces et fuyant
les centres d’Avignon et Nîmes
situés à quelques dizaines de kilomètres. La médecine libérale ne
fait pas pour autant son nid de ces
bourgs. Les villages provençaux
voisins de Vallabrègues et de
Comps ainsi que les villes voisines de Beaucaire et Tarascon attirent trop peu les généralistes, qui
ferment leurs cabinets sans trouver eux-mêmes de remplaçant…
C’est là que les collectivités locales entrent en jeu et rivalisent
de propositions pour attirer
l’oiseau rare : logement de fonction, loyer gratuit pour le local
d’exercice, recours à un cabinet
conseil spécialisé…
Les édiles sont prêts à tout,
quitte à se faire berner. « Un cabinet que nous avions sollicité a
bien encaissé des honoraires. Pour
ce qui est des recherches réellement effectuées, c’était plus flou »,
témoigne, amer, un élu local. « À
mon installation à Tarascon en
1989, nous étions treize médecins
pour 13 000 habitants, témoigne
le Dr Sylvain Paul, qui raccrochera son stéthoscope en 2020. En
2015, nous étions dix pour 14 000.
té n’a pas non plus lésiné sur les
moyens, pour accueillir les deux
praticiennes. « La municipalité
nous aide beaucoup », souligne
Véronique Lapierre. Ainsi, pour
répondre aux besoins des médecins, la commune a acheté une
maison située à proximité immédiate de l’école, aménagé un
grand parking, créé un accès
COMMUNIQUÉ
Défi CÔTÉ PRO
La communication génère l’efficacité
Grâce à une nouvelle
plateforme de mise en relation,
tous les matériels utiles au
BTP se louent en deux clics et
à moindre coût. Kevin Legault,
Président de la start-up
Equipements à Partager, revient
sur la nécessité absolue d’une
communication multicanal pour
produire de la croissance.
“
La profession
se féminise et plus
personne ne souhaite
travailler toute la
semaine de 8 heures
à 21 heures
”
DOCTEUR VÉRONIQUE LAPIERRE
Aujourd’hui, nous ne sommes plus
que six… dont quatre partiront à la
retraite d’ici à 2021. Les jeunes ne
veulent plus travailler comme
nous, et je les comprends ! Cela
étant, pour la patientèle et pour le
territoire, c’est catastrophique. »
Cette situation de pénurie engendre une concurrence entre
communes voisines. Ainsi, la recherche d’un médecin aboutit
parfois à des erreurs de casting. À
Vallabrègues, seul village du
Gard situé sur la rive gauche du
Rhône, un médecin a été accueilli
pendant un mois. Il s’était présenté comme né à Paris, diplômé
de la faculté de médecine de
Tours, et ayant exercé au Gabon.
C’était à l’automne dernier. Las,
le généraliste a plié bagage lorsque l’Ordre des médecins lui a
demandé de produire la preuve
de ses états de service. À Comps,
c’est un cabinet de recrutement
qui a permis au village de trouver
un médecin remplaçant. En fin
de carrière, ce médecin venu du
Pas-de-Calais arrivera en août
alors que le docteur en poste dans
le village était parti à la retraite
en juin dernier.
Le maire de Meynes, Rudy
Nazy, le concède : « Quand les
gens viennent se renseigner en
mairie avant l’achat d’un terrain,
la question d’une présence médicale arrive en bonne place derrière le
coût du raccordement au réseau
d’eau, la fiscalité et la question de
l’école. Moralement, savoir qu’il y a
un médecin dans la commune, c’est
rassurant pour tout le monde. »
Du coup, malgré quelques oppositions à certaines aides à l’installation médicale, la municipali-
pour personnes à mobilité réduite
et offert deux ans de loyer aux
médecins. Le prix à payer pour
ne pas endurer une absence durable de praticiens. ■
L’idée d’Equipements à Partager (EAP) est née du constat selon lequel tous les matériels de
BTP étaient sous-utilisés, aussi bien dans les entreprises que chez les professionnels de la
location. Restait à élargir l’accès à ces nouvelles opportunités…
Quel a été l’événement
déclencheur ?
« Avec mon frère qui travaille dans
le BTP, nous avons constaté qu’il
était souvent difficile de réserver des matériels. Problèmes de
disponibilité, d’offre, de devis peu
clairs… Nous avons développé une
plateforme digitale performante
qui résout les exigences des entreprises, notamment la rapidité de mise à disposition, le suivi
technique sur les matériels, les
assurances. »
De quelles solutions avez-vous
bénéficié ?
« D’une campagne d’e-mailing sur la
base d’adresses de professionnels
du BTP dans la région des Hauts de
France, suivi d’un envoi de courrier
publicitaire pour recruter de nouveaux clients.
Enfin, nous avons mis en place une
opération de remise commentée
qui consiste à la transmission par
le facteur d’un message personnalisé à nos prospects pour expliquer les atouts de notre activité. »
Comment vous êtes-vous fait
connaître ?
« Nous sommes allés sur le terrain,
dans les entreprises autour d’Amiens
pour présenter la plateforme. Insuffisant ! Nous avons participé à un
concours de La Poste, le « Défi CÔTÉ
PRO », que nous avons remporté, et
avons ainsi profité de leurs services
pour accélérer notre activité. »
Comment cela s’est passé
concrètement ?
« Nous avons bénéficié d’un interlocuteur unique pour mettre en
place l’ensemble des opérations.
Il nous a accompagné sur toutes les
étapes, du diagnostic, à la recommandation, jusqu’au bilan.
Cela nous a permis d’aller vite et de
gagner en efficacité. »
Avez-vous mesuré l’efficacité de
ces actions ?
« Cette campagne de communication multicanal génère une vraie
notoriété et une réelle efficacité,
en particulier grâce à la remise
commentée. Nous allons passer
à court terme d’un millier d’offres
régionales sur la plateforme à près
de 7 000 nationales. L’expert La
Poste Solutions Business, après
une phase de diagnostic, nous a
apporté des solutions en parfaite
adéquation avec nos besoins. »
Retrouvez les déis relevés
par La Poste sur
www.laposte.fr/deicotepro
en partenariat avec
RETROUVEZ LE TÉMOIGNAGE EN IMAGES DE KÉVIN LEGAULT
EN SCANNANT CETTE PAGE AVEC L’APPLI GRATUITE
COURRIER PLUS.
A
REPORTAGE
GUILLAUME MOLLARET
£@Newsdusud
CC BY-SA 3.0
Pendant deux ans, Meynes
a été privé de praticien.
Deux se sont installées en janvier.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
6
DOSSIER
207
milliards d’euros
Chiffre d’affaires réalisé
par les professions libérales en
2015. Source : DGE
GUILLAUME BONNEFONT
Éric Rocheblave
a installé son cabinet
sur Twitter
Cet avocat montpelliérain est présent
depuis 2009 sur le réseau social.
GUILLAUME MOLLARET
£@Newsdusud
À MONTPELLIER (HÉRAULT)
Son secrétariat et son cabinet
tiennent dans son téléphone portable. Éric Rocheblave, avocat en
droit du travail et droit de la Sécurité sociale inscrit au barreau
de Montpellier (Hérault), consulte ses clients depuis son smartphone. « Il faut un cabinet physique alors j’en ai un en entrée de
ville, sourit l’avocat âgé de
44 ans. Mais les consultations téléphoniques sont bien plus pratiques. Mon cabinet est entièrement
dématérialisé depuis vingt ans.
Venir au cabinet, c’est contraignant pour les clients, et pour moi
aussi ! Je veux être près de mes enfants… et j’en ai trois. »
Depuis 2009, Éric Rocheblave a
en fait installé son cabinet sur
Twitter. Ses messages courts et
accrocheurs ont fait mouche :
« Voler le parapluie de son collègue de travail, c’est grave ? » ;
« Votre
licenciement
abusif
échappe-t-il au plafonnement des
indemnités par les ordonnances
“Macron” ? » ; « Vague de froid :
comment font les travailleurs ex-
posés ? ». La robe noire montpelliéraine a ainsi attiré plus de
40 500 abonnés sur son fil d’actualité où il commente les problèmes de droit ayant trait au
travail. « Ce sont autant de clients
potentiels ou de prescripteurs, détaille-t-il. Je suis suivi par de
nombreux médias qui, suite à un
tweet, m’appellent parfois pour
obtenir une expertise. Toute ma
clientèle est aujourd’hui le fruit de
mon travail sur les réseaux sociaux. Un travail que j’effectue
personnellement sans passer par
un community manager. Gérer
les choses en direct maintient un
lien de proximité avec les clients. »
Avocat, Éric Rocheblave est également titulaire d’un diplôme universitaire en informatique. Il a lui-même développé son site Internet au début
des années 2000. Présent aujourd’hui sur les réseaux sociaux, il est son propre animateur de communauté afin de conserver avec ses clients
ce lien direct qui est l’essence de sa profession.
Une forme
de transparence
Titulaire d’un diplôme universitaire (DU) d’informatique, obtenu voilà près de vingt ans, Éric
Rocheblave a toujours senti
qu’Internet pourrait un jour
jouer les apporteurs d’affaires
pour son activité. « Un avocat
n’ayant pas le droit de faire de publicité, rappelle-t-il, il cherche sa
clientèle dans des événements et
des réseaux associatifs privés. Or,
il y a localement tellement d’avo-
cats que la plupart des places
étaient déjà prises à mon arrivée,
à l’exception du Net. » Grâce à
Internet, sa clientèle dépasse
aujourd’hui largement sa région
d’installation.
« J’ai créé mon premier site
Web en 2002 ou en 2003, raconte
l’avocat. À l’époque, j’y ai passé
du temps. Un temps où j’ai donné
bien plus que je n’ai reçu ! C’était
un investissement dont je récolte
aujourd’hui les fruits. Mes confrères s’y mettent à présent mais j’ai
une longueur d’avance. » La vente
de prestation sur Internet implique une forme de transparence,
notamment tarifaire : 199 euros
TTC pour une consultation
« d’une heure maximum » par téléphone et 299 euros pour un
rendez-vous de même durée en
cabinet.
«Ce sont des tarifs élevés par
rapport à mes confrères mais ils
ont le mérite d’être affichés, dit
Éric Rocheblave. En outre, il n’y a
pas de barrage de secrétariat. Le
client est certain de m’avoir. Je
m’engage à les rappeler directement dans les deux heures. » Pour
lui, la prochaine étape de développement passe par le paiement
direct sur smartphone.
Des règles propres
Avantage de la dématérialisation
du cabinet d’Éric Rocheblave, elle
lui a permis, en toute discrétion,
de faire glisser son activité du
droit prud’homal vers le droit de
la Sécurité sociale et le droit du
travail. « Avec la démocratisation
des ruptures conventionnelles de
contrat de travail, détaille-t-il, les
contentieux prud’homaux ont
baissé de 50 % ces dernières années. Pour mes confrères qui ont
bâti leur clientèle sur des relations
avec des syndicats de salariés ou
patronaux, c’est terrible. Ils ont dû
trouver d’autres réseaux pour pallier ce manque. De mon côté, j’ai
simplement changé l’en-tête de
mon site Internet et réorienté mes
publications. »
Alors que sa spécialité requiert
« 80 % de travail sur dossier et
20 % de présence au palais de justice », Éric Rocheblave ne rencontre souvent ses clients que
lors de l’audience, sauf quand il
s’agit d’entreprises où, là, l’avocat se déplace. Parce qu’elle a ses
codes comme toute société, la vie
sur les réseaux sociaux nécessite
l’apprentissage de règles propres
que l’avocat a appris à manier.
«J’écris quatre à cinq tweets par
jour, explique-t-il. Cela me prend
une heure maximum. J’essaye de
sentir l’actualité autour d’événements comme le froid, le droit de
grève ou des décisions de justice…
Par expérience, je sais désormais
qu’un tweet va générer pour moi
une à trois affaires nouvelles.
Quand Le Figaro me cite, je signale
l’article sur les réseaux sociaux et
renvoie à une publication sur mon
site. Tout comme je publie les décisions qui me sont favorables. Cela
nourrit ma crédibilité. C’est une
évidence de le rappeler. C’est
pourtant une réalité. Comme le
travail appelle le travail, sur Internet, le buzz nourrit le buzz… » ■
Les architectes sont passés à l’écran
La modélisation en 3D s’est imposée malgré les réticences de certains professionnels.
To BIM or not to BIM ? C’est la question, de plus en plus pressante, que se
posent les cabinets d’architectes. Le
BIM - acronyme de Building Information Modeling - renvoie à la modélisation en 3D des plans d’architecte. Si ces
professionnels dessinent depuis vingt
ans sur ordinateur, ce croquis est réalisé en 2D. Avec le BIM, le futur bâtiment
est modélisé en 3D immédiate et cette
maquette numérique offre une balade
virtuelle dans l’ouvrage futur. Ce qui
rend la lecture du chantier accessible à
un client imperméable à la lecture d’un
plan sur papier.
Dans une visée collaborative, la maquette numérique - qui indique les
métrés, les matériaux choisis et leurs
coûts - est accessible en temps réel.
Imposée pour les chantiers d’un certain volume en Grande-Bretagne et en
Allemagne, cette obligation n’a pas
encore gagné la France… Mais des
maîtres d’ouvrage s’y mettent dans
leurs appels d’offres. Ce qui révulse
l’architecte provençal Rudy Ricciotti,
auteur du Mucem de Marseille. « Le
coût, pour l’économie de la construction, est un désastre et oblige les cabinets à acquérir de coûteuses licences,
lance-t-il. Cette expression voyeuriste
des maîtres d’ouvrage nous impose un
assujettissement aux logiciels. Le BIM
nous fait régresser et développer une
dépendance technologique. Il supprime
l’instinct de recherche et de développement, moteur de la noblesse essentielle
du métier d’architecte. »
Au contraire, l’architecte parisien
Vladimir Doray, du cabinet Wild Rabbits Architecture, voit dans le BIM une
façon de s’élever et de gagner en qualité de production. « La maquette numérique, explique-t-il, fait gagner du
temps car elle permet de représenter
plus facilement ce qu’on a en tête.
Quand on est indépendant, sans les
moyens d’un grand cabinet, on doit tout
faire soi-même : répondre au téléphone,
créer, monter des dossiers… Or, les logiciels BIM permettent de tester plusieurs versions de projets. Vous n’avez
pas besoin, passez-moi l’expression,
d’une armée de stagiaires ou bien d’y
passer des mois. » Ainsi, son cabinet de
5 architectes au chiffre d’affaires de
550 000 euros affirme qu’il a, par
exemple, pu grâce à la maquette numérique remporter un chantier de
construction de 25 logements et d’une
crèche pour le compte du logeur social
Paris Habitat. « En 3D, le projet est
clair, défend-il. Dans un contexte où il
faut aussi obtenir un consensus de la
part des riverains, la visualisation 3D
permet à chacun de mieux évaluer le
projet. Avec le même dessin mais sans
BIM, nous n’aurions sans doute pas obtenu le marché car nous aurions été
moins précis, tant sur les plans techniques que financiers. »
“
La projection donne
un côté cinéma qui ouvre
un dialogue constructif
à tous les niveaux
”
CHRISTINE KOLAN, ARCHITECTE, AGENCE K
NANTES
Dans les cabinets les plus modestes,
l’hésitation à basculer vers le BIM est
également grande. C’est le cas de Marlène Dorival, du cabinet Case (deux architectes libérales associées) à Nîmes.
« Pour une petite agence comme nous,
dit-elle, qui travaillons selon des métho-
des artisanales, à l’échelle d’une maison
ou de rénovation de bâti ancien, cela me
semble au-dessus de nos nécessités.
Nous faisons aussi de la 3D mais sans
avoir les besoins de fonctionnalités complètes de certains logiciels BIM payants
qui nous semblent au-dessus de nos besoins. » À l’inverse, Christine Kolan,
architecte au sein de l’Agence K (Nantes), estime que le BIM fait gagner
beaucoup de temps à son cabinet.
« Nous faisons des rendez-vous numériques, explique-t-elle. Ils permettent
aux bureaux d’études et au client de
réaliser une promenade virtuelle dans le
futur ouvrage. La projection donne un
côté cinéma qui ouvre un dialogue
constructif à tous les niveaux. On ne
s’est pas posé la question longtemps
avant d’adopter le BIM. Cela me semble
un passage obligé si on veut rester
compétitif. » ■
G. M.
Des pharmaciens à la pointe dans le numérique
Les officines adoptent les technologies qui facilitent leur fonctionnement et améliorent leurs services.
A
HENRI DE LESTAPIS
Lorsqu’il s’agit de trouver un nom pour
une application Web dédiée au médical,
les créateurs du secteur n’y vont pas par
quatre artères. Leur dernière innovation
en date a été baptisée l’application Globule. Expérimentée notamment dans la
région Aquitaine, où les pharmaciens
ont depuis longtemps l’habitude de tester les nouveautés, Globule est une plateforme de discussion interactive. C’est
une sorte de WhatsApp professionnelle
et sécurisée, sur laquelle se retrouvent
tous les acteurs autour d’un patient : le
médecin, les infirmiers d’hôpital, le
pharmacien, le kiné, voire les intervenants sociaux qui pourraient avoir leur
mot à dire. Cette solution innovante devrait permettre de mieux coordonner
un suivi des patients le plus exhaustif
possible, de leurs dossiers et des décisions prises à leur égard. « Il n’y a pas
d’innovations Web à tout-va dans notre
profession, car on y manipule des données
sensibles et lourdement réglementées,
explique Pierre Peguerey, président de
l’ordre des pharmaciens d’Aquitaine. La
Commission nationale de l’informatique
et des libertés (Cnil) garde donc un œil
très vigilant sur les nouveautés. Il n’empêche, cela fait bien longtemps que nous
avons pris le tournant numérique. » Et de
rappeler que, dans les années 1990, les
officines adoptaient des logiciels de gestion et se mettaient sans rechigner à la
carte Vitale. « La gestion administrative
de nos entreprises est complexe, explique
Pierre Peguerey. Nous sommes tenus
d’avoir des contacts comptables avec les
mutuelles, la Caisse nationale d’assuran-
ce maladie et les laboratoires pharmaceutiques. Nous adoptons donc rapidement les systèmes qui la facilitent. »
Alertes sanitaires
Récemment, les pharmaciens ont adopté le dossier médical partagé, pour suivre le traitement des quatre derniers
mois d’un patient, d’une pharmacie à
l’autre, sur un espace numérique commun. Par ailleurs, ils ont adopté un système d’information des alertes sanitaires. C’est grâce à lui que, lors de l’affaire
du lait contaminé Lactalis, les pharma-
ciens ont été les premiers avertis des lots
à retirer de la vente. De la même façon,
ils sont informés des épidémies à tel ou
tel endroit du territoire, ou des ruptures
de stocks ou de production de médicaments. L’information ne leur arrive pas
encore sur leur smartphone mais sur
leur ordinateur. « Chaque nouveauté
nous contraint à aligner nos logiciels informatiques et à vérifier scrupuleusement
leur sécurité, dit Pierre Peguerey. Nous
ne partageons pas ces données sensibles
n’importe comment… Nous ne sommes
pas Facebook ! » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
en collaboration avec
Les Hauts-de-France,
experts du commerce transfrontalier
Avec 620 kilomètres
de frontières avec le
Benelux, le nord de la
France s’est imposé
comme expert du
commerce transfrontalier.
Naturellement sollicitées
à la faveur de leur
voisinage avec les
Flamands, pionnières
du commerce mondial,
les entreprises de ce
territoire français ont su
en tirer les bénéfices.
U
ne des bonnes nouvelles
de 2017 est le retour
au vert des indicateurs.
Selon le ministère des
Finances, les exportations de la région Hauts-de-France
se sont élevées l’an dernier à près
de 49 milliards d’euros. Soit 3,2 milliards d’euros de plus que l’année
précédente. Un rebond que le territoire n’avait pas connu depuis 2012
et qui le place parmi les premières
régions françaises exportatrices.
Avec, sur le podium des activités à
solde commercial excédentaire, trois
fleurons de l’économie régionale :
la production agricole et piscicole,
l’industrie agroalimentaire et les produits manufacturés.
Renforcement de compétences
à l’export
Cette situation désormais plus
favorable, les acteurs de l’économie
et
de
l’administration
locaux
souhaitent maintenant l’entretenir.
« L’internationalisation des établissements régionaux est un enjeu
stratégique pour les Hauts-deFrance. Elle est un levier puissant
FOCUS
Grand Place et beffroi de la chambre du commerce de Lille.
de développement des activités
économiques et de valorisation des
territoires. Voilà pourquoi elle est
aujourd’hui fortement soutenue »,
affirme ainsi la Région dans sa
communication. Dans le cadre de
son dispositif Plan Régional pour
l’Internationalisation des Entreprises
(PRIE), elle apporte son soutien aux
acteurs économiques sous plusieurs
formes : le recours aux Volontariat
International en Entreprise (VIE),
le renforcement de compétences à
l’export, les missions de prospection
à l’étranger ou encore la participation
à des manifestations commerciales
en dehors des frontières. Autant
de dispositifs qui viennent en
complément des financements que
peuvent apporter BPI France aux
PME et aux Entreprises de Taille
Intermédiaire (ETI), ou la Coface pour
la prospection de nouveaux marchés.
Le secteur bancaire s’implique tout
autant dans ce schéma. « Nous
sommes une terre tournée vers l’international. Par son histoire industrielle comme par sa proximité avec
le Benelux notre territoire a toujours
« commercé » avec l’étranger,
proche ou lointain. Notre banque est
née dans ce tissu économique.
« L’internationalisation des établissements
régionaux est un enjeu
stratégique »
Aussi, nous avons naturellement
accompagné nos clients sur l’export
comme sur l’import », souligne ainsi
Jean Dumont, directeur de la région
Nord de France du Crédit du Nord. Et
les banquiers le savent : les entreprises positionnées à l’international sont souvent plus solides. « En
2008 et 2009, à la suite de la crise
financière, nous avons observé que
la sinistralité était plus faible parmi
nos clients exportateurs. Ils avaient
su tirer parti de cycles économiques
différents du nôtre et mieux équilibrer
leurs risques », rappelle Jean Dumont.
Une relation au-delà des frontières
qui profite également à l’économie du
territoire. La preuve, la région Hautsde-France abrite plus de 1850 établissements à capitaux étrangers. Ils
emploient 141 000 salariés, soit 10%
des effectifs régionaux. Autant de raisons d’entretenir l’amitié.
LE BENELUX DESK,
UNE CARTE MAÎTRESSE
Particularité du Crédit du
Nord, le Benelux desk est un
centre d’affaires qui épaule
les entrepreneurs belges,
luxembourgeois ou néerlandais
dans leurs relations commerciales
avec l’Hexagone voisin. Depuis
15 ans nos clients font appel à
cette équipe d’une dizaine de
spécialistes qui maîtrisent le
français, l’anglais, le flamand
ou le néerlandais. Une équipe
qui a récemment soutenu, par
un financement de près de sept
millions d’euros, l’implantation de
l’usine française d’une entreprise
belge de produits d’entretien
biologiques.
Jean Dumont : « L’esprit de conquête est notre moteur »
© Géraldine r
n
Le Crédit du Nord est né avec les
entrepreneurs. En quoi cela a-t-il
marqué la culture de la banque ?
Jean Dumont, directeur de la
région Nord de France (départements 59 et 62) du Crédit du Nord
et membre du comité exécutif
du Groupe explique pourquoi la
banque est un partenaire majeur
des entrepreneurs de la région.
- Nous sommes nés à Lille, il y a 170
ans, de la volonté d’industriels locaux
de trouver des solutions à leurs besoins de financement. Depuis lors,
nous avons toujours été tournés
vers les entrepreneurs. C’est un des
piliers de notre ADN, commun aux
huit banques du Groupe et la raison
pour laquelle cette clientèle de professionnels, TPE, PME et ETI représente près de 60% de notre chiffre
d’affaires. Nous-mêmes sommes
localement organisés comme une
entreprise. Avec nos 1 300 collaborateurs, et dotés sur Lille de toutes les
fonctions support et de larges pouvoirs de décision, nous sommes une
ETI bancaire régionale.
Vous revendiquez aussi un
« esprit de conquête », un état
d’esprit qu’avec 27 ans de maison,
vous avez chevillé au corps...
- Nous sommes, comme tous les entrepreneurs, animés par cet esprit car
c’est une nécessité vitale. Une entreprise qui ne séduit plus de nouveaux
clients est inexorablement vouée au
déclin.
Ce positionnement nécessite-t-il
une organisation particulière ?
- Dans notre démarche, nous capitalisons, en interne comme en externe, sur l’humain. Cela passe par
six centres d’affaires répartis dans les
grands bassins régionaux de notre
territoire, dont les équipes de front et
de back office sont dédiées aux PME
et ETI, et sont en permanence chez
leurs clients. C’est une organisation
exigeante, qui combine des circuits
courts, une forte proximité relationnelle et un haut niveau de qualité
d’exécution.
« Notre rôle est d’être
facilitateurs »
Votre accompagnement des
entrepreneurs porte notamment
sur l’export. Quel est votre rôle ?
- La recherche de nouveaux marchés est intimement liée à l’esprit
de conquête, et l’exportation rend
les entreprises plus fortes. En matière d’export, notre utilité est à la
fois d’apporter des informations à
nos clients pour préparer leur développement et de les accompagner
dans le financement. Les équipes
de nos centres d’affaires sont spéci-
fiquement formées à la thématique
export. Elles sont accompagnées
et appuyées par deux spécialistes
commerciaux dédiés et par un
back office « comex »
de dix personnes
à Lille.
LILLE
ROUEN
PARIS
Votre appui est aussi
financier...
- Bien sûr, et notre accompagnement est large et varié. Il
peut aller du financement de la
prospection à celui du règlement
client. Nous travaillons aussi en
partenariat avec la BPI ou la
Coface. Lorsque les marchés
sont ouverts, nous apportons des solutions de préfinancement de la production, puis
de financement, sous de multiples
formes du règlement (crédit documentaire export, forfaiting, avances
en devises, affacturage). Nous avons
par exemple récemment préfinancé
pour six millions d’euros la construction d’une usine clé en main au Kenya.
Nous proposons aussi des garanties
internationales pour les marchés
export et des produits de couverture
du risque de change. Notre rôle est
d’être facilitateurs.
FICHE D’IDENTITÉ
Dénomination : Crédit du Nord
Date de création : 1848
Collaborateurs : 4676
Périmètre géographique : Régions
Hauts-de-France, Normandie, Îlede-France, département du Loiret.
Publi-communiqué réalisé par 14HAUSSMANN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
8
DOSSIER
810
600
salariés
étaient employés par des
entreprises d’exercice libéral
en 2015.
Source : DGE
83,4
%
des entreprises
libérales
n’emploient aucun salarié.
Source : DGE
Aurélie Bracq
fait ses premiers pas de notaire
CORINNE CAILLAUD £@corinnecaillaud
Pour Aurélie Bracq, la loi d’août 2015
pour la croissance, l’activité et l’égalité
des chances économiques est arrivée à
point nommé. Dit « loi Macron », ce
texte visait notamment à ouvrir certaines professions juridiques et fixait à
20 % l’augmentation du nombre de notaires. Une aubaine pour cette native
des Hauts-de-France qui, dès ses premières années de droit à l’université de
Lille-II, s’était fixé pour objectif
d’ouvrir sa propre étude.
« Si, à 35 ans, je ne suis pas parvenue
à m’associer ou à m’installer en tant que
notaire, je change de métier », avait
même décrété cette jeune femme pétillante. Il s’en est fallu de peu, d’autant
que les quatre places ouvertes dans le
Cambrésis, où elle avait postulé en novembre 2016, avaient été pourvues lors
du tirage au sort d’avril 2017. Mais, à la
suite d’un désistement, elle a pu, à
36 ans, ouvrir son office en zone rurale,
à Bertincourt (Pas-de-Calais), où elle a
des attaches familiales.
Informée de ce revirement de situation en juin par la Chancellerie, elle a
encore dû attendre la publication de
l’arrêté de nomination au Journal offi-
ciel. « L’enquête menée par le parquet,
qui vérifie entre autres que votre casier
judiciaire est bien vierge, prend du
temps, raconte-t-elle. Nommée le
11 juillet, les vacances judiciaires approchant, j’ai dû prêter serment le 13. Car
on ne dispose que d’un mois pour le faire,
autrement ma nomination aurait été caduque. »
Tout s’est ensuite enchaîné très vite.
Aurélie Bracq a fait réaliser son sceau
en urgence chez un graveur assermenté et s’est mise en quête d’un local
professionnel. Elle a attendu un mois
avant de pouvoir disposer du réseau
Real. Grâce à ce service informatique,
chaque notaire dispose d’un accès sécurisé aux outils de la profession.
En septembre, elle a signé son premier acte, une cession de fonds de
commerce. « J’ai ressenti un mélange
d’appréhension et de satisfaction »,
confie-t-elle.
« J’étais faite pour
entreprendre »
Titulaire d’un master 2 en droit du patrimoine, diplômée de l’École nationale
de procédure et du Centre de formation professionnelle notariale de Lille,
Aurélie Bracq affiche un cursus très
complet. Auparavant, elle était notaire
assistante chargée du pôle gestion de
patrimoine au sein d’une étude lilloise.
C’était son troisième poste, après celle
de Douai où elle a effectué ses deux années de notaire stagiaire, suivie d’une
expérience en Haute-Savoie.
« Mon départ n’a pas surpris, dit-elle. Mes employeurs ont toujours été
bienveillants avec moi. Ils avaient compris que j’étais davantage faite pour entreprendre. Quand on est notaire assistant, on passe une grande partie du
temps à rédiger. Or, ce que j’aime, c’est
être en contact avec les clients et les
conseiller. Aujourd’hui, mon travail est
différent. »
Avant la réforme de 2015, les places
étaient rares. Un jeune notaire franchissait le pas surtout lorsqu’une cession par l’un des associés d’un office se
présentait ou qu’une association était
proposée. Les enfants de notaires, reprenant souvent la charge de leur père
ou de leur mère, étaient les mieux lotis.
« Il fallait quand même avoir un peu de
chance pour y arriver, analyse la jeune
femme. Personnellement, je dis merci à
M. Macron car cette libre installation
encadrée des notaires permet d’entreprendre. Cela représente une réelle
avancée pour les jeunes diplômés. »
En décembre, Me Bracq a recruté une
COLL. PERS.
Sans la loi Macron, la jeune femme n’aurait sans doute jamais
réalisé son rêve d’ouvrir sa propre étude.
Aurélie Bracq s’est installée comme notaire à Bertincourt (Pas-de-Calais), en
septembre : « Personnellement, je dis merci à M. Macron car cette libre installation
encadrée des notaires permet d’entreprendre. Cela représente une réelle avancée
pour les jeunes diplômés. » COLL. PERS.
collaboratrice en CDD, dont elle a
transformé le contrat en CDI à temps
plein, le mois dernier. Nouer des partenariats avec des confrères pour un
meilleur conseil des clients est une
évolution à laquelle elle réfléchit. « Le
droit devient de plus en plus complexe et
il y a toujours une inflation législative »,
remarque-t-elle. Si elle comprend que
l’arrivée de nouveaux notaires inquiète
les plus anciens, elle s’insurge contre
ceux qui voudraient faire croire que
quantité n’est plus égale à qualité.
« Anciens et nouveaux doivent s’unir,
dit-elle, afin de proposer aux clients un
service qui soit le plus performant et
pour que la profession demeure une des
plus sûres en matière de droit. » ■
Le climat est à l’apaisement et au rassemblement chez les notaires. « Sachons accueillir tous ces jeunes professionnels qui rejoignent nos rangs… Leur
bonne intégration dans la profession est
un enjeu majeur », déclarait le 15 mars
dernier Didier Coiffard, président du
Conseil supérieur du notariat (CSN), à la
Maison de la Mutualité. Il y avait réuni
1 200 nouveaux notaires, dont 70 % de
créateurs d’office, mais aussi des repreneurs d’étude et des salariés.
Son discours marquait un changement de ton alors que la loi Macron
d’août 2015, qui visait notamment à
ouvrir la profession à de nouveaux prétendants, avait soulevé une fronde chez
les anciens. Ceux-ci voyaient d’un
mauvais œil l’arrivée d’une nouvelle
concurrence.
Pour le président du CSN, le défi est
de taille : la réforme prévoyait en effet
la création de 1 002 offices pour
1 650 notaires au 17 novembre 2017. « Il
est important de bien les intégrer car le
service notarial doit rester de qualité,
souligne Didier Coiffard. C’est une responsabilité que nous avons vis-à-vis de
nos clients et de l’État. » Chaque année,
la profession traite 600 milliards
d’euros de capitaux et collecte 22 milliards d’impôts.
Mais, à la mi-avril, le seuil des 1 650
n’était toujours pas atteint. Seuls
1 209 notaires ont été nommés, dont
937 ont prêté serments et plus de 500
étaient installés. Il est vrai que la procédure mise en place pour leur désignation fut une véritable usine à gaz.
A
Tirage au sort
L’assurance perte d’emploi des dirigeants et des entrepreneurs, souscrite par l’Association auprès d’un pool de co-assureurs (Groupama SA - Allianz - Generali - MMA – SMABTP) dont Groupama SA est l’assureur apériteur. Entreprises régies par le Code des Assurances
et soumises au contrôle de l'ACPR (61 rue Taitbout -75009 Paris) Tél : 01 45 72 63 10 - contact@gsc.asso.fr – www.gsc.asso.fr. N° Orias : 12068162 (www.orias.fr). Mandataire exclusif soumis au contrôle de l’ACPR. Mandant : Groupama SA, 8-10 rue d’Astorg - 75383 Paris Cedex 08.
Sur la base du chiffre d’affaires des études déjà implantées et de l’activité économique du secteur, l’Autorité de la
concurrence a élaboré une carte de
France avec 247 zones ouvertes à la libre installation et 60 autres zones
d’installations contrôlées. En novembre 2016, les notaires désireux de s’établir ont eu 24 heures pour se déclarer
sur le site Internet de la Chancellerie.
Quelque 30 000 clics ont été comptabi-
ERIC PIERMONT/AFP
@ 2017 Atelier de design graphique ezz-thetic - Communication éditoriale ID2com
« Sachons accueillir
ces jeunes professionnels… »
Didier Coiffard, président du Conseil
supérieur du notariat (CSN).
lisés. Le ministère de la Justice a ensuite
procédé au tirage au sort des placements par zone, et établit des listes
chronologiques.
Problème : 3 000 renonciations ont
été enregistrées. En effet, de nombreux
candidats avaient postulé dans plusieurs zones. D’autres avaient tenté leur
chance sans être prêts à franchir le pas.
La Chancellerie a donc repris la suite
des listes pour désigner de nouvelles
personnes. Jusqu’au 1er avril, il a encore
été possible de faire acte de candidature
dans des zones non pourvues. Fin avril,
129 zones restaient incomplètes et
18 n’avaient enregistré aucune nomination.
Le CSN s’inquiète par ailleurs que
l’Autorité de la concurrence ait lancé le
9 avril une consultation publique en
vue de préparer un nouvel avis sur la liberté d’installation des notaires et de
proposer une révision de la carte, comme la loi le prévoit au bout de deux ans.
« C’est déraisonnable, estime Didier
Coiffard. L’impact de la première vague
n’a pas été mesuré. » ■
CO. C.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
L’apport
en compte
courant, une
solution de
financement
9
Edeis réinvente son contrat social
La société d’ingénierie et de gestion d’aéroports propose à ses salariés un système
pour les associer à la réussite mais aussi aux revers de l’entreprise.
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
MAUD BODIN-VERALDI
EXPERT-COMPTABLE
ET COMMISSAIRE
AUX COMPTES,
MEMBRE DU COLLÈGE
DES ÉVALUATEURS
DE LA CCEF
Parmi les modalités
de financement, l’entrepreneur
peut opter pour l’apport en
compte courant. Condition sine
qua non, il doit avoir la qualité
d’associé (détention minimale
de 5 % du capital) ou être
mandataire social. En SAS,
être associé est impératif.
■ En tant qu’associé, pourquoi
choisir l’apport en compte
courant plutôt qu’en capital ?
L’arbitrage combine
des questions financières,
juridiques et fiscales : l’apport
en compte courant est privilégié
lorsqu’il s’agit de répondre à un
besoin de financement
temporaire ou lorsque
l’apporteur ne peut s’engager
sur le long terme.
Mais il détériore le ratio
d’endettement financier
(dettes/fonds propres).
Une réponse partielle peut alors
être apportée par une
convention de blocage,
permettant ainsi l’affichage
d’une échéance à long terme.
■ L’apport en compte courant
permet aussi de ne pas diluer
les associés qui ne peuvent
participer au financement
complémentaire
proportionnellement à leur
détention au capital. La même
situation peut se présenter
lors de la création de la société,
à l’initiative de fondateurs
disposant de moyens financiers
solides pour les uns,
de compétences fondamentales
pour les autres. La répartition
du capital reflète alors
les « apports » de chacun
et le compte courant permet le
démarrage financier du projet.
■ Le cadre juridique
est à mettre en place avec
la signature d’une convention
de compte courant. Elle peut
être soumise à la procédure
des conventions réglementées
lorsqu’elle n’est pas qualifiée
de « courante » (autorisation
préalable dans les SA,
procédure prévue par
les statuts dans les SAS,
approbation postérieure
dans les SARL). La convention
prévoit les modalités de mise
à disposition, de rémunération
et de remboursement
de l’avance (à défaut,
à première demande).
■ La problématique fiscale
concerne tant l’entreprise
que l’entrepreneur :
la rémunération versée aux
associés n’est déductible des
résultats que si le capital de la
société est intégralement libéré
et le taux servi doit s’inscrire
dans la limite définie par la loi
et publiée trimestriellement
au Journal officiel. Pour
le titulaire du compte courant,
personne physique, il s’agit
alors de revenus de capitaux
mobiliers imposables à l’impôt
sur le revenu. Une précaution :
inscription en compte vaut
paiement et l’imposition est
due quand bien même les
intérêts ne seraient pas perçus.
L’ENTREPRISE DU MOIS «L’entreprise où
les salariés travaillent jour et nuit pour que les
actionnaires s’enrichissent, c’est fini. Les collaborateurs doivent récolter le fruit de leur travail.» Le discours d’un syndicaliste dur ou
d’un élu qui rêve de grand soir? Simplement
les mots d’un entrepreneur atypique, JeanLuc Schnoebelen. Il a fait fortune en revendant ses parts (36 %) en 2010 dans le
groupe d’ingénierie Ginger, qu’il avait
développé et introduit en Bourse. Avec
le fonds d’investissement Ciclad, cet
homme d’affaires de 61 ans en a profité
pour racheter fin 2016 la filiale française
du groupe canadien Lavalin. La société
rebaptisée Edeis a réalisé l’année dernière un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros avec deux activités : la
gestion de 18 aéroports secondaires
(Annecy, Dijon, Angoulême…) et un
pôle d’ingénierie. Dans ce groupe,
Jean-Luc Schnoebelen est bien disposé
à appliquer sa conception de l’entreprise responsable. Son idée : associer les
1 050 salariés aux résultats, pour qu’ils
aient une part plus importante des bénéfices dans les bonnes périodes… mais
aussi qu’ils acceptent de se serrer la
ceinture quand la conjoncture est
moins favorable.
« Dans notre approche, les actionnaires auront droit à un retour sur capital
investi de 4 % maximum, ce qui nécessite
de dégager un résultat courant de 3 %
dans le pôle ingénierie, par exemple, explique Jean-Luc Schnoebelen, qui détient 51 % d’Edeis. Au-delà, les bénéfices seront répartis entre les salariés et
l’entreprise. En dessous, les collaborateurs devront faire des efforts. » En fait,
entre 3 % et 5 % ou 6 %, ce bénéfice
serait distribué moitié à l’entreprise,
moitié aux salariés. Au-delà, il y aurait
toujours un partage à 50-50 entre la société et les collaborateurs. Simplement,
les managers toucheraient proportionnellement une part plus importante de
ce résultat. En revanche, si la rentabilité tombe en dessous de 3 %, une série
de mesures contraignantes pour les salariés s’appliquerait automatiquement.
Entre 0 % et 3 %, le chômage technique
serait imposé. Et, au cas où l’entreprise
serait dans le rouge, des diminutions de
salaires pourraient intervenir.
« Les jeunes qui ont vu leurs parents licenciés après avoir travaillé des dizaines
d’années dans le même groupe ne croient
plus au vieux système, estime Jean-Luc
Schnoebelen. Il s’agit de redonner du
sens au travail en entreprise pour que
tout le monde se sente sur le même bateau. » Et en négociant de façon préventive les mesures à mettre en place
en cas de mauvaise passe, l’entreprise
gagnerait du temps : le jour où elle affronte une crise, elle n’aurait plus à discuter avec les partenaires sociaux les
adaptations nécessaires mais pourrait
les déployer immédiatement.
Luc Schnoebelen est bien disposé à appliquer sa conception de l’entreprise responsable.
hiti, Perpignan et Carcassonne. Et ils
s’efforcent de diversifier les revenus en
dehors des redevances payées par les
compagnies aériennes. « À l’aéroport de
Nîmes, nous avons attiré les avions de la
Sécurité civile ; à Dijon, nous avons loué la
piste pendant deux jours à Audi pour une
présentation de voitures et sur beaucoup
de plateformes nous installons des stations-services de kérosène pour faire venir les avions », détaille Jean-Luc Schnoebelen.
Dans le pôle ingénierie, qui perdait de
l’argent jusque-là, Edeis a quelques jolis
contrats : il mène les études préalables
pour la ligne 18 du Grand Paris Express
entre Orly et Versailles ou pour le prolongement du tramway T3 à Paris entre
la porte de la Chapelle et la porte d’Asnières. De même, il intervient sur le
projet de « smart city » à Dijon, où il
réalise des usines clé en mains, notamment dans l’agroalimentaire. « Mais, en
ingénierie, pour être rentable, il faut à
tout prix être innovant », rappelle JeanLuc Schnoebelen.
PAULINE GUYON
Du coup, Edeis investit des niches de
marché. Il a racheté un laboratoire,
Ires, qui permet de vérifier la qualité de
l’air dans les bureaux. De même, fin
2017, il a lancé une plateforme collaborative en ingénierie qui compte déjà
850 inscrits. « L’idée est de fédérer des
experts dans tous les domaines pour être
capable de gagner des marchés qui nécessitent des compétences variées et
pointues », dit Jean-Luc Schnoebelen,
qui, décidément, croit que les grandes
réussites sont d’abord collectives. ■
Jolis contrats
Cette approche très atypique n’est pas
prévue par le droit français. Pour mettre
en place son système, Edeis souhaite
conclure un accord d’entreprise avec les
représentants du personnel… sans être
sûr pour l’instant qu’il sera validé par
l’administration du travail. « Dans le
pôle ingénierie, où nous sommes le plus
avancés, les négociations vont prendre de
deux à six mois, souligne Gérard Mayer,
directeur délégué d’Edeis, en charge du
projet. Si cela n’aboutit pas, nous organiserons un référendum auprès des salariés. » De toute façon, Edeis ne mettra en
place ce système qu’à partir du moment
où la société dégagera des bénéfices.
« L’année dernière, nous avons perdu
2 millions d’euros, affirme Jean-Luc Schnoebelen. Mais cette année, nous tablons
sur un bénéfice de 2 millions d’euros. »
C’est que, par ailleurs, les dirigeants
gèrent Edeis comme n’importe quelle
entreprise. Pour tenter de repasser dans
le vert, ils soumettent le groupe à une
crise d’austérité. « Nous avons fait
10 millions d’euros d’économies, notamment en renégociant nos contrats d’assurance et en réduisant les surfaces de bureaux que nous occupons », illustre JeanLuc Schnoebelen. Les dirigeants
s’attachent aussi à redévelopper leurs
activités. Concernant les aéroports, déjà
bénéficiaires, ils ont répondu aux appels
d’offres en cours pour gérer ceux de Ta-
A
L’EXPERTISE
LA VIE DES ENTREPRISES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 2 mai 2018 LE FIGARO
10
LA VIE DES ENTREPRISES
Recaero divorce à l’amiable
Faute d’entente, l’entreprise familiale ariégeoise et son actionnaire ont organisé une séparation en douceur.
JEAN CHRISTOPHE MAGNENET
£@jcmagnenet
TOULOUSE
INDUSTRIE Le jugement a été prononcé il y a peu. Placée depuis plusieurs
mois sous la protection du tribunal de
commerce de Foix, Recaero sort de
procédure de sauvegarde. L’industrie
aéronautique se porte pourtant bien et
cette société ariégeoise, qui fabrique
des pièces de rechange pour des programmes dont la production de série a
pris fin, affiche une activité 2017 en
hausse. « Cette procédure peut s’ouvrir
dès qu’un dirigeant se trouve face à des
difficultés qu’il ne peut pas résoudre seul »,
note Nicolas Pobeau, sybillin. Le PDG
de cette entreprise de taille intermédiaire (ETI) qui emploie quelque 600
salariés sort d’un bras de fer avec le
fonds d’investissement Pechel Industries. Les parties se sont séparées midécembre avec la recomposition du capital de l’entreprise. Pechel a cédé sa
participation au fonds régional iXO
Private equity. À cette occasion, « chacune des parties a signé une clause de
non-dénigrement », indique Nicolas
Pobeau.
C’est en 2014 que Pechel Industries
entre au capital de Recaero. Son fondateur, Thierry Pobeau, est en train de
passer les rênes à son fils, Nicolas.
L’entreprise, fondée en 1992, est un essaimage d’Aérospatiale, ancêtre d’Airbus Group. Au fil du temps et des refinancements, la part au capital de la
famille Pobeau s’est réduite. Airbus,
ACE et divers fonds d’investissement
régional détiennent plus de la majorité
de Recaero. Pechel Industries a déjà accompagné plusieurs dizaines de PME et
Relais de croissance
Dans la presse, les dirigeants de Pechel
parlent alors d’un « malentendu », et de
dirigeants qui ont « surréagi ». Le placement sous procédure de sauvegarde
en 2016, reconduit en 2017, figera la situation. « L’administrateur a constaté
qu’il n’y avait plus d’entente entre les
actionnaires et qu’ils devaient fixer un
prix pour se séparer », indique un observateur. Un accord financier sera
trouvé pour un divorce à l’amiable, qui
sera donc signé fin 2017. Le holding
rembourse les obligations convertibles
de Pechel et la famille Pobeau consolide
sa participation à hauteur de 57%.
« Nous avions des visions stratégiques
différentes, dit aujourd’hui Nicolas Pobeau. De manière générale, certains
La société fabrique des pièces de rechange pour l’industrie aéronautique.
fonds d’investissement peuvent être très
actifs, d’autres passifs… Quand on choisit un partenaire, il faut qu’il permette à
l’ADN de l’entrepreneur de s’exprimer.
» En interne, au cours de cette période,
«nos salariés se sont forcément interrogés, mais les bonnes performances de
l’entreprise étaient rassurantes, ajoute
le PDG. Nous avons aussi communiqué
avec eux, la cohésion et la proximité avec
les équipes étant essentielle. »
Cet épisode aura sans nul doute per-
PIXCITY J.J/RECAERO
mis au jeune dirigeant d’asseoir sa légitimité et d’imprimer sa marque. Son
ambition ? « Développer Recaero à l’international ». L’entreprise possède
déjà, depuis 2007, un site de production
en Inde. Un bureau commercial est installé en Allemagne pour accroître sa
part de marché.
Même objectif en Angleterre. Un développement en Amérique du Nord est
également en cours. « Nous serons sans
doute obligés un jour d’y posséder une
unité de production », avance Nicolas
Pobeau. Autre relais de croissance :
« La mise en place d’un bureau de
conception et d’étude qui disposera sous
peu d’un agrément de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA)»,
annonce-t-il.
Le chiffre d’affaires 2017 de Recaero,
45 millions d’euros, devrait progresser de
5% cette année. Une « quasi-stablité »
provisoire pour Nicolas Pobeau, qui vise à
terme la barre des 100 millions d’euros. ■
Avec Avatacar, la famille Massa
reprend la route
Un brin de 3D pour la
fonderie d’art Macheret
Quatre ans après la vente de son enseigne Massa Pneus
à Continental, la famille cannoise crée un réseau de garages.
La petite entreprise allie savoir-faire
artisanal et technologie.
GUILLAUME MOLLARET £@Newsdusud
A
ETI. Son arrivée en 2014 au capital permet aux Pobeau de redevenir le premier actionnaire du groupe, par l’intermédiaire du holding Recaero
Développement. Le fonds d’investissement prend de son côté 43% des parts
et souscrit des obligations convertibles.
Il suffira de quelques mois pour que
les relations se détériorent entre le dirigeant et son actionnaire, le premier
suspectant leur partenaire d’utiliser le
levier des obligations convertibles pour
prendre le contrôle de Recaero. « Et ce,
sur la base d’une interprétation totalement biaisée des résultats de 2014, explique alors dans La Dépêche du Midi,
Nicolas Pobeau. Ils sont allés jusqu’à
contacter nos meilleurs clients, Airbus et
Safran, pour leur dire qu’ils n’étaient pas
satisfaits de notre gestion et qu’ils comptaient prendre le contrôle. À ce momentlà, j’ai été très inquiet. Ces agissements
impactaient les rapports avec nos
clients.»
SERVICES La vie de garage est une affaire de famille. Chez les Massa, on a les
mains dans le cambouis depuis 1908,
aube de l’histoire de l’automobile. « Notre arrière-grand-père avait un garage à
Cannes. C’était un spécialiste du pneu.
Une activité dans laquelle notre famille
n’a jamais cessé d’œuvrer depuis un siècle », expliquent Cédric et Magali Massa.
Âgés de 35 et 33 ans, les deux dirigeants,
respectivement directeur général et directrice marketing communication du
Groupe Massa depuis 2013, représentent
la quatrième génération familiale dans
l’automobile. Leur ambition : développer un réseau de franchises Avatacar.com, concept de garages mêlant
commande et paiement en ligne ou sur
place de services auto (vidange, réparation…) et d’achat de pièces détachées et
pneus. Un modèle hybride entre les réseaux physique et numérique.
Si leurs aïeux ont tenu un seul et unique garage non loin de la Croisette, c’est
véritablement sous l’impulsion des père
et oncle des dirigeants actuels (Sylvain
et Christian) que la famille Massa s’est
fait un nom dans la distribution automobile. Créateur du réseau de franchisés Vulco en 1984, elle cède six ans plus
tard l’enseigne de 400 points de vente
au fabricant de pneumatiques Goodyear.
Dans l’intervalle, le groupe avait créé
la première centrale d’achat de pneus
multimarques en France. Destinée aux
professionnels, elle est toujours dans le
giron de la famille cannoise. Depuis, le
catalogue de la centrale s’est étoffé avec
les pièces détachées et les accessoires. Il
a permis à l’entreprise, qui emploie
1 500 salariés, de réaliser un chiffre d’affaires de 180 millions d’euros.
Désireuse de revenir dans le circuit
de la vente destinée aux consommateurs, la famille cannoise crée au milieu des années 1990 Massa Pneus.
L’enseigne est exploitée, cette fois-ci,
en succursale, avec un réseau qui comptera 115 centres. Elle est revendue en
2014 à un autre pneumaticien, Continental, qui la rebaptise en BestDrive.
Peu avant cette cession, l’entreprise
avait souhaité mettre un pied dans la
vente numérique. « Nous avons repris
Avatacar.com en 2013, raconte Cédric
Massa. Il s’agissait d’une start-up pionnière dans l’e-commerce d’accessoires
auto, comme les barres de toit. Le site ne
disposait pas de réseau physique mais
d’un vrai savoir-faire dans le marketing
sur Internet. »
Apporteur d’affaires
À l’époque, les nouveaux dirigeants
pensent être allés au bout d’un certain
modèle. « Il s’avère en fait que le modèle
Web ne suffit pas à lui-même et que le
modèle du point de vente physique non
plus », analyse Cédric Massa, avec le recul. Pendant cinq années, le groupe a
développé Avatacar.com par le biais
d’un réseau de partenaires, au nombre
de 1 500 à ce jour… Ils comptent parmi la
liste de 14 000 revendeurs clients du réseau de distribution mis en place au travers des 65 000 m² de stockage répartis
dans ses 12 plateformes logistiques régionales. Grâce à cette proximité régionale, analogue à d’autres acteurs comme Autodistribution ou Alliance
Automotive Groupe, l’entreprise peut
livrer la plupart des pièces en deux à
quatre heures dans l’Hexa-
gone. « Ce maillage permet au réparateur de peu stocker de marchandises. Or,
les stocks pèsent beaucoup sur les comptes et les trésoreries des centres automobiles », précise Cédric Massa.
Ainsi, le modèle actuel d’Avatacar serait comparable à celui d’un apporteur
d’affaires. L’automobiliste consulte le
site Internet, indique le modèle de son
véhicule, passe commande et paye en ligne avant d’être dirigé vers un garage
partenaire situé près de chez lui.
« Contrairement à beaucoup de concurrents, Avatacar permet le paiement en ligne des prestations. Nous prenons une
marge sur les pièces que nous fournissons
au réparateur mais pas sur sa maind’œuvre », précisent les Massa qui désirent à présent déployer leur enseigne de
sorte que l’automobiliste puisse choisir
de payer en ligne ou non les prestations
commandées.
Visant des garages de petites tailles, et
non d’importants centres auto, le groupe cannois s’est fixé pour objectif
d’ouvrir 150 centres auto par an en
convertissant certains indépendants ou
en faisant changer de crémerie d’autres
professionnels… Pour y parvenir, les
entrepreneurs cannois entendent en
parallèle déployer un autre concept de
garage mobile pour se rapprocher davantage encore du client.
«Nous disposons à ce jour de cinq centres tests qui réalisent des réparations au
domicile ou sur le lieu de travail du client.
Tout ce dont nous avons besoin, c’est de
deux places de parking pour pouvoir disposer le matériel de réparation ou d’entretien, par exemple pour des vidanges ou
le contrôle électronique du véhicule.
C’est un service qui prend très bien en
région parisienne où 50 % de nos
prestations sont réalisées sur ce
modèle », détaille Magali Massa
qui précise toutefois que les
automobilistes de province
sont à ce jour moins prompts à
adopter cette offre. ■
Magali et Cédric Massa.
ROGER DE BRITO
HENRI DE LESTAPIS
ARTISANAT Internet n’y changera
rien… Depuis la protohistoire, l’homme
n’a pas trouvé mieux pour façonner le
bronze que le chauffer à plus de 1 000
degrés, avant de le couler dans un moule. Dans les ateliers de l’entreprise Macheret, implantée à Montfort-le-Gesnois (Sarthe), on effectue toujours ce
geste multiséculaire mais, au XXIe siècle, on sait intégrer le numérique sans
que cette PME labellisée Entreprise du
patrimoine vivant (EPV) perde son âme.
Parmi ses 19 salariés, on trouve donc des
fondeurs, des mouleurs, des modeleurs,
des ciseleurs et des polisseurs.
Ces artisans d’art fabriquent des pièces ornementales de luxe pour des hôtels et des restaurants, mais aussi des
trophées et des médailles, destinés à des
événements sportifs prestigieux. Lors
du dernier Vendée Globe, le navigateur
François Gabart est ainsi reparti tout
sourire avec un de leurs trophées rutilants sous le bras. « Être labellisé EPV ne
nous interdit pas de suivre l’évolution des
technologies qui peuvent être utiles à la
production, explique Paul Macheret, qui
dirige la fonderie avec son frère Yves.
Nous restons en veille permanente grâce à
la fédération de la fonderie et en nous rendant sur des salons professionnels. »
En 1995, Macheret était parmi les premières entreprises artisanales à ouvrir
un site Internet : « Il faut le rafraîchir au
moins tous les trois ans et le faire évoluer
avec la stratégie de l’entreprise »,
conseille Paul Macheret. Mais la dernière innovation qui a stimulé l’activité est
le recours à l’imprimante 3D. À vrai
dire, la PME n’en possède pas en propre,
mais s’adresse à un sous-traitant. Elle
utilise une imprimante au sable, qui lui
sert à fabriquer des moules pour la fonderie. Sur le territoire français, on recense seulement quatre de ces engins à
800 000 euros pièce…
«Bien plus que l’imprimante elle-même, c’est l’infographiste 3D et les fichiers
qu’il crée qui sont importants, précise
l’entrepreneur. Sans un bon fichier, il n’y
a pas de bonne impression ! » Pour trouver le bon infographiste, il n’a eu qu’à
éplucher les CV de ses collaborateurs.
Heureux hasard, l’un d’entre eux avait
la compétence adéquate !
L’impression 3D a ouvert de nouveaux marchés à l’entreprise car elle
permet de gagner du temps et de créer
des moules aux formes plus complexes
qu’avec le procédé à cire perdue. La
fonderie peut aujourd’hui répondre à
des appels d’offres face auxquels elle
n’avait pas les solutions techniques et ne
se sentait pas assez en confiance auparavant.
Fraiseuse numérique
En six ans, le chiffre d’affaires est passé
de 750 000 euros à 1,750 million
d’euros, dont 20 % à l’étranger. En janvier, avec l’aide de l’association Initiative Sarthe, membre du réseau Initiative
France, et de la banque publique Bpifrance, la PME a aussi investi dans une
fraiseuse numérique. Trois personnes
ont été formées à son utilisation pour la
fabrication de petites séries. L’idée est
de laisser à la machine les tâches les plus
grossières, pour laisser aux salariés les
finitions qui réclament le plus d’adresse.
Paul se défend bien de parler de robotisation : la fraiseuse n’a pas le talent nécessaire pour ciseler les pièces avec cette
touche de nervosité et de chaleur humaine qui les rend uniques. « Tout s’est
accéléré. La technologie ne sert qu’à être
plus réactif et plus compétitif, insiste le
chef d’entreprise. Mais la main de l’homme finit toujours le travail. Chaque pièce
nécessite quatre à cinq compétences différentes. C’est ce qui fait notre valeur. »
Quant aux machines qui reproduiraient l’exacte touche de la main humaine, Paul Macheret sait qu’elles ne
sont pas près d’envahir les ateliers. Bien
sûr, il n’est pas resté insensible à cette
œuvre numérique de Microsoft qui, en
2016, a créé un tableau à la manière de
Rembrandt en s’inspirant des œuvres
scannées de l’artiste. Il ne s’en inquiète
pas outre mesure : « Le jour où cela arrivera à la fonderie, nous nous serons
adaptés et nous serons prêts. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 2 mai 2018
LA VIE DES ENTREPRISES
11
Anne-Sophie Panseri
place les femmes en tête
La présidente de la PME familiale Maviflex milite
avec pragmatisme pour l’entreprenariat au féminin.
un chiffre d’affaires 2017 de 27 millions
d’euros en croissance de 17 %, dont
20 % à l’export en Europe, au Maghreb,
en Amérique du Sud et en Asie.
À 51 ans, casque blond et regard clair,
Anne-Sophie Panseri peut être fière du
chemin parcouru d’autant qu’il fut sinueux. Après avoir décroché un DUT
en techniques de commercialisation et
une maîtrise en communication à Lyon,
elle pousse la porte du groupe Decathlon, où elle lance en 1988 le Trocathlon,
marché de l’occasion d’articles sportifs.
Un succès. Très vite, elle intègre Maviflex, la société familiale pour monter le
service marketing, puis passer à la production, à la direction…
MARIE NICOT
EN
EPR DRE
TR
MANAGEMENT « Ronchonnage chronique. » C’est ainsi qu’Anne-Sophie
Panseri dénonce le pessimisme, la paresse intellectuelle des petits bras sans
imagination. La présidente de Maviflex,
fabricant de portes souples industrielles
à Décines (Rhône), se place résolument
dans le camp de l’audace au service de
la cause des femmes. En 1999, après
avoir repris l’entreprise familiale avec
son frère Romain, elle instaure des
« ruptures d’organisation ». Les réunions après 18 heures sont interdites
pour lutter contre « le
présentéisme », praIN
FÉM IN
Voyageuse infatigable
tique hypocrite
AU
qui impose de
Dans les moments de doute et de solirester au butude, elle reprend confiance au sein de
reau pour épal’antenne lyonnaise de l’association
ter la galerie.
Femmes chefs d’entreprise (FCE
Cette mère
France). Cette fédérade trois enfants
tion créée en 1945,
propose égalepartenaire du Medef,
ment aux 148 salaest un lieu d’échanges
riés des contrats paet de promotion de
rentaux
afin
d’instaurer
l’entreprenariat au fél’égalité homme-femme. Penminin par le mentorat.
dant une année, chacun répartit
Anne-Sophie Panse1966
son temps pour accompagner sa
ri s’investit pendant
Naissance.
progéniture dans ses activités
des années au point
1987
extrascolaires. Les pères signent
d’en prendre la présiDUT de techniques
en masse, preuve que l’égalité
de commercialisation, dence nationale. La
des sexes et l’amélioration du
mission est complexe.
puis maîtrise
bien-être au travail des femmes
La France manque de
de communication.
passent par les conjoints. «Pour
statistiques concernant
1999
moi, le féminisme consiste à fala création d’entreprise
Présidente
voriser la mixité, explique la dipar les femmes. « Il
de Maviflex, dix ans
rigeante. Je constate que les
faudrait imaginer des
après avoir rejoint
hommes souffrent aussi des stéindicateurs sur l’entrel’entreprise créée
réotypes. Beaucoup souhaitent
prenariat en fonction du
par son grand-père.
consacrer plus de temps à leur
sexe : le montant moyen
famille. Un regard féminin sur l’organides levées de fonds, des crédits, les aides
sation du travail leur profite aussi. »
financières… »
À défaut d’indicateurs, Anne-Sophie
Pas de convocation
Panseri se contente de partager ses obaprès 17 heures
servations. « Le financement des projets
reste un point noir, remarque-t-elle. Les
L’année dernière, Anne-Sophie Panseri
banques sont plus prudentes envers les
a élaboré une charte intitulée avec hufemmes qui, elles-mêmes, sont trop momour Ma vie Flex et comportant une sédestes. Du coup, elles n’inspirent pas
rie de mesures contre le harcèlement
confiance. » Pour Anne-Sophie Panseri,
au travail : personne n’envoie de courqui s’investit aussi dans la Chambre de
riel de convocation après 17 heures
commerce et d’industrie de Lyon, il
pour éviter les nuits à cogiter ; aucun
faudrait que ses consœurs songent damessage agressif le vendredi soir… « Le
vantage à la reprise d’entreprise : « Elharcèlement est un sujet très délicat : le
les n’y pensent pas assez alors que nomchef d’entreprise se trouve seul à qualibre de PME cessent leur activité faute de
fier les faits, souligne la dirigeante. Chez
repreneurs. C’est un vrai gâchis. »
Maviflex, nous ne laissons rien passer. Il
Alors, faut-il s’engager en politique
existe une formation pour détecter les
pour bousculer les lignes ? La réponse
cas, un protocole et une médiation. »
fuse, négative : « Je ne m’encarterai
Loin d’être pénalisée, la PME affiche
dans aucun parti car je souhaite conserver ma liberté d’expression au service de
l’entreprenariat. »
Voyageuse infatigable, fidèle à ses
modèles - l’ancienne ministre Simone
Veil et la directrice générale du Fonds
monétaire international (FMI), Christine Lagarde -, la « patronne » épate son
entourage. « Je ne sais pas comment elle
parvient à tout concilier, s’étonne Patricia Tronel, cofondatrice de l’agence de
communication La Boîte aux idées et
présidente de la délégation FCE Lyon.
Elle a instauré des process pour que l’association se développe, donner un coup
de jeune au logo, au site Internet… Avec
son côté geek, elle est à fond… »
L’intéressée trouve tout naturel de
faire confiance aux équipes de Maviflex
quand elle s’engage pour la bonne cause. Épicurienne et fidèle à ses racines
bourguignonnes, elle a même pris le
temps d’investir dans un vignoble en
Côte de Nuits-Villages pour « défendre
un terroir ». Et d’avouer son but :
« Mettre en adéquation pensée et
acte. » ■
Anne-Sophie
Panseri. MAVIFLEX
EN
BIO
EXPRESS
AMAURY BUCCO £@AmauryBucco
LECTURE Dans les allées du 23e Salon
des entrepreneurs, l’enthousiasme était
de mise. « Vous êtes fantastique ! »,
« Soyez votre propre créateur d’emploi ! » proclament les écrans géants.
Sophie Vouteau, auteur de Ma vie
d’autoentrepreneur, en est alors
convaincue : elle sera autoentrepreneur, comme 20 000 personnes qui le
deviennent chaque année. D’ici à 2020,
un actif sur trois devrait ainsi être à son
compte.
Stress, obligations administratives, clients difficiles… Autant d’obstacles auxquels s’est heurtée
l’auteur pendant deux
ans. Elle n’est devenue ni
Steve Jobs ni Jeff Bezos,
mais une Cendrillon 2.0,
le conte de fées en moins,
le régime social du RSI en
plus. Malgré 10 à 12 heures
de travail par jour, elle
n’aura ainsi gagné que
18 000 euros en 2016. « J’ai perdu beaucoup de temps pour accomplir des tâches
dénuées de valeur commerciale et qui ne
m’ont rien apporté du tout. »
« Une vaste supercherie », tranche-telle dans son récit à la fois humoristique
et grave. Voire… Le statut d’autoentrepreneur a été créé pour ceux qui veulent
exercer une activité complémentaire. Il
sert aussi à tester une idée qui, si elle
« marche », peut conduire à la création
d’une entreprise. Enfin, c’est un moyen
de tester une vocation d’entrepreneur
que Sophie Vouteau n’a peut-être pas.
Elle a le mérite d’avoir pris
ce risque. Son récit rappelle
que l’échec et la déception
peuvent être la conclusion
d’une aventure entrepreneuriale. Quant à Steve Jobs
et Jeff Bezos, ils ont beaucoup « galéré » avant de
réussir. ■
Sophie Vouteau,
« Ma Vie d’autoentrepreneur »,
éditions du Rocher, 320 pages,
18,50 euros.
« Pour valider mon BTS de gestion,
il me fallait trois ans d’expérience,
mais je n’ai pas réussi à trouver de
travail. » Dounia est un exemple de
ces jeunes adultes, ni étudiants, ni
salariés, ni stagiaires dont l’avenir se résume à deux hypothèses :
trouver un improbable emploi à la
mesure de leur ambition, ou monter leur propre boîte. Dounia optera
pour la création d’Au Fil du Maghreb,
une structure de vente de produits
de beauté et d’artisanat.
Trouver sa voie
Ayant quitté le système scolaire
au collège, Cindy s’oriente sans
conviction vers la coiffure, puis navigue entre les petits boulots avant
de découvrir le maquillage semi-permanent : sa voie trouvée, elle
crée Beauty By Syndie. Après une
formation en horlogerie, des jobs
sans lendemain et une mauvaise
expérience d’e-boutique, Akshada
se relance avec Bogeste, des produits gourmands vendus en direct
à domicile ou dans les entreprises.
Mais, à l’image de Dounia et de
Cindy, à l’instar de Chloé avec Les
Clojo’s et Mona avec Wax by Mona,
Akshada n’a ni réseau, ni formation
entrepreneuriale. À l’automne 2017,
les cinq femmes sont repérées
par le LAB -Lanceur à Business-,
version nantaise du programme
« L’Ouvre-Boîte » d’insertion professionnelle pour jeunes adultes,
lancé en 2015 à Marseille, puis Paris,
Lyon et Nice par Apprentis d’Auteuil.
« Oser remettre
en question
certains choix »
Entre temps, ces jeunes adultes ont
pu tester leurs produits et affiner leurs
cibles dans une boutique éphémère.
Tendre vers une indépendance
Début 2018, des entrepreneurs
issus du Centre des Jeunes Dirigeants
Nantes Atlantique, identifiés par son
président Sébastien Chadourne, ont
pris le relais des formations théoriques
et pratiques, pour un mentorat de 18
mois. Dounia peut ainsi construire
son réseau professionnel et poursuivre l’élaboration de son modèle
économique. Akshada est confortée dans son projet. Au regard de son
chiffre d’affaires en forte croissance,
Cindy va modifier son statut de micro-entrepreneur. Mona travaille sur la
commercialisation de ses vêtements
et accessoires, et Chloé sur la maîtrise
des coûts de production tout en renforçant ses contacts professionnels.
Le développement de leur activité est
désormais en cours.
A
is
Se former à l’entrepreneuriat
Le LAB va d’abord délivrer aux cinq
Nantaises des formations théoriques et pratiques en gestion et
marketing pour consolider leurs
projets. « Ce dont elles avaient le
plus besoin, c’était le côté opérationnel pour prendre confiance :
comment mener des démarches
commerciales, formaliser un plan
d’action, convaincre un partenaire »,
raconte Anne Guyon, formatrice chargée du développement commercial.
Six ateliers plus tard, le bagage a pris
du volume : « Ils étaient utiles, comme
si je repartais de zéro avec de nouvelles bases, dit Akshada. Je n’étais
plus toute seule et cela m’a rassurée. »
Appr
Cinq jeunes créatrices d’entreprise
en manque de réseau et de compétences entrepreneuriales ont
été recrutées pour intégrer un programme destiné à consolider leur
activité. Un soutien aussi atypique
que leurs parcours.
il
Nantes : un accompagnement
ciblé autour de l’entrepreneuriat
Sébastien
Chadourne,
président du Centre
des Jeunes
Dirigeants (CJD)
Nantes Atlantique.
En quoi la voie vers l’entrepreneuriat
imaginée par le LAB diffère-t-elle de la
norme ?
Le CJD connaît bien le monde des
jeunes entrepreneurs, mais avec ce
programme particulier, la démarche
diffère du fait du parcours atypique des
mentorés. Il s’agit là de répondre à tous
les questionnements, de suivre une
à une toutes les étapes de la création
d’entreprise, de rassurer aussi. Et d’ouvrir les esprits avant les boutiques.
Quelle est la valeur ajoutée du CJD pour
ce mentorat ?
C’est beaucoup d’écoute, dire aussi les
choses clairement et oser remettre en
question certains choix sans bousculer. C’est mettre un réseau à la disposition des mentorés, mais aussi leur
apprendre à en construire un.
Comment analysez-vous l’échange
mentor-mentoré ?
Un programme de mentorat est un
échange réciproque. Le mentoré est là
pour apprendre à surmonter ses errements et à maîtriser les phases de
construction de l’entreprise. En miroir,
c’est au mentor de valoriser les bonnes
idées et le savoir-faire du mentoré.
FINANCER UN DISPOSITIF
INNOVANT
Le budget moyen d’un dispositif
tel que « L’Ouvre Boite » est
de 200 000 euros par an. Pour
le porter, Apprentis d’Auteuil, à
l’origine du programme, mobilise
des dons des particuliers et du
mécénat.
A
Dans son récit, Sophie Vouteau raconte
un échec qui est aussi le lot des créateurs.
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