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Libération - 30 04 18

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LUNDI 30 AVRIL 2018
www.liberation.fr
LES SYNDICATS
FACE À MACRON
MÊME PAS MORTS
Bousculés voire méprisés par l’exécutif, les leaders syndicaux abordent
le 1er Mai combatifs mais désunis. Dans «Libération», le secrétaire général de la CGT
appelle au dialogue entre centrales.
BIOÉTHIQUE Les
réacs accaparent
les débats
SUD-LIBAN
Le mur israélien
qui fâche
La procréation aura été au cœur des consultations citoyennes qui s’achèvent ce lundi. En
cause ? La très large mobilisation de la Manif
pour tous et autres mouvements conservateurs,
qui ont occulté les autres thématiques, comme
la fin de vie. PAGES 16-17
Alors que les Libanais s’apprêtent à élire leurs députés pour la première fois depuis neuf ans, les
Casques bleus redoublent de vigilance aux abords
de la frontière israélo-libanaise où l’Etat hébreu
a entrepris de construire un mur sur une ligne
contestée par Beyrouth. REPORTAGE, PAGES 6-7
KUNSTMUSEUM BASEL
Laurent Berger, Pascal Pavageau et Philippe Martinez. PHOTOS BORIS ALLIN. HANS LUCAS. . JOËL SAGET. AFP ET MARC CHAUMEIL
2,00 € Première édition. No 11484
ANALYSES ET INTERVIEW, PAGES 2-5
CULTURE
Vitebsk,
l’insurrection
russe qui
peint
PAGES 24-25
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,60 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,00 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 20 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,70 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 3,00 DT, Zone CFA 2 300 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
er
1 MAI
ÉDITORIAL
Par
ALEXANDRA
SCHWARTZBROD
Fragilisés
Un an après son élection
à la présidence de la République, Emmanuel Macron
peut se vanter d’avoir mis
un sacré coup de pied dans
la fourmilière hexagonale.
Les partis traditionnels ont
volé en éclats – les leaders
du PS et de LR sont pour
l’heure inaudibles – et les
syndicats peinent non seulement à se faire entendre
mais aussi à donner de la
voix. A la SNCF, la mobilisation massive annoncée
contre le «nouveau pacte
ferroviaire» semble s’effilocher, et le 1er Mai syndical
devrait se dérouler de façon désunie puisque seul
Solidaires, union syndicale
à la force de frappe limitée,
défilera au côté de la CGT
sur le thème de la «convergence des luttes». La gestion très centralisée des
affaires du pays, avec des
ministres exécutants voire
inexistants, et des corps
intermédiaires méprisés
si ce n’est niés, semble
pour l’instant approuvée
par une fragile majorité de
Français. Mais pour combien de temps ? On voit
bien que ce peuple de gauche qui s’était montré
ouvert au «en même
temps» macronien, qui envisageait à la fois réformes
économiques et solidarité
sociale, ce peuple-là commence à douter sérieusement au vu du sort réservé
aux plus précaires ou aux
laissés-pour-compte, tels
les migrants fragilisés par
le projet de loi asile et immigration. «Je mets en
garde sur l’effectivité des réformes, a prévenu dimanche le secrétaire général de
la CFDT, Laurent Berger,
si on considère qu’on peut
le faire sans les acteurs sociaux, économiques ou territoriaux, eh bien on va se
planter.» Et l’homme est
loin d’être un fou furieux.
Le soutien dont bénéficie
Emmanuel Macron dans
l’opinion ne durera pas
éternellement quand on
voit le nombre de mécontentements qui germent ici
ou là. Et le jour où la fracture s’opérera, le chef de
l’Etat risque de regretter
cruellement le temps où
il pouvait compter sur ceux
qui ont vocation à faire
tampon entre le pouvoir
et le peuple. •
Libération Lundi 30 Avril 2018
Une marche
à l’ombre pour
les syndicats
ANALYSE
Les centrales, qui semblent impuissantes
face aux réformes en cascade du
gouvernement, se présenteront en ordre
dispersé lors de la Fête du travail.
Par
AMANDINE CAILHOL et LUC PEILLON
A
peine sur la table, l’idée semblait déjà
enterrée. Quand Philippe Martinez, le
secrétaire général de la CGT, a proposé,
mi-avril, d’organiser un «1er Mai unitaire avec
toutes les organisations syndicales», la formule
avait tout du vœu pieux. Quinze jours plus tard,
hormis quelques initiatives unitaires locales,
c’est bien en ordre dispersé que les centrales célébreront la Fête du travail. Accompagnée de la
CFTC et de l’Unsa, la CFDT propose un «1er Mai
culturel et revendicatif» avec, au programme, la
projection à Paris d’un film mettant l’«accent sur
l’importance du dialogue social et de la négociation collective». De quoi se démarquer de la CGT
qui, avec Solidaires, appelle à battre le pavé. Pas
d’invitation à manifester, en revanche, du côté
de Force ouvrière. Tout juste sorti d’un congrès
mouvementé, le syndicat, qui n’a pas pour habitude de défiler le 1er Mai, a décidé de faire l’impasse (sauf en quelques lieux). «Chacun fera ce
qu’il veut», résumait, le 19 avril, le tout nouveau
secrétaire général de FO, Pascal Pavageau.
Certes, cette division n’est pas nouvelle. Sauf que
cette fois-ci, elle s’inscrit dans un contexte particulier. Rarement le mouvement syndical n’a été
confronté, comme aujourd’hui, à l’indifférence,
voire au mépris du pouvoir en place. Sûr de lui
et de sa légitimité électorale, l’exécutif a peu de
considération pour ces corps intermédiaires con-
sultés pour la forme mais marginalisés sur le
fond. Et ce, depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron (lire ci-contre). Nombre de responsables syndicaux présents aux multiples réunions de «concertation» organisées au cours de
l’été 2017 sur la réforme du code du travail n’ont
ainsi découvert la teneur exacte du texte que fin
août, lors de sa présentation officielle. Plus humiliant encore fut le dossier de la formation professionnelle: alors que syndicats et patronat –à
la demande du gouvernement– s’étaient entendus, fin février, sur un projet de réforme, l’exécutif balayait le jour même leur accord, promettant,
pour les jours suivants, un «big bang» dans la filière. Quant à l’assurance chômage, si les partenaires sociaux ont pu conserver le pilotage du
système, il se fera désormais dans un cadre financier imposé par l’Etat.
«LES POSSIBILITÉS RÉELLES
DE NÉGOCIER SONT FAIBLES»
Autant de signes peu amènes à l’égard des partenaires sociaux, qui craignent désormais de subir,
de la part de cette nouvelle majorité, le même sort
qu’ont connu les formations politiques. «Je suis
persuadé que le syndicalisme est mortel. Ce qui
s’est passé pour les partis politiques traditionnels
peut arriver aux syndicats», s’inquiétait Laurent
Berger dans nos colonnes en novembre. D’autant
que «le syndicalisme est affaibli: son image auprès
des Français est en déclin et la participation aux
élections professionnelles est en baisse», relève
l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy Raymond Soubie, plutôt pessimiste sur les possibilités, pour les confédérations, de résister au rouleau compresseur macronien. «Les syndicats
n’ont pas beaucoup de moyens de réagir face au
gouvernement, affirme-t-il. La CGT espère une
coagulation des luttes, mais les autres s’en démarquent. La CFDT, surtout, ne veut pas d’unité d’action avec la CGT. Laurent Berger n’est pas dans
un esprit de combat, il veut négocier. Problème
là aussi : les possibilités réelles de négocier sont
faibles. D’où son mécontentement.»
Face à cet exécutif plutôt hostile, les organisations syndicales cherchent la parade. Et effectivement, chacune à leur manière. «Notre stratégie, c’est de nous mettre en ordre de bataille
collective», explique Eric Beynel, de l’union syndicale Solidaires (très présente, avec SUD Rail,
dans le conflit à la SNCF). Le porte-parole «ne
désespère pas de réussir à construire cette unité
et de faire une démonstration de force» par la manifestation et la grève. Preuve que les choses
avancent, selon lui, des appels unitaires pour
le 1er Mai ont été lancés dans certains territoires,
comme en Ile-de-France où FO, la CGT, FSU et
Solidaires défileront ensemble.
Suite page 4
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Libération Lundi 30 Avril 2018
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Dans le cortège des
cheminots à Marseille,
le 14 avril, lors de la
manifestation «Stop
Macron», organisée
notamment par la CGT.
PHOTO PATRICK GHERDOUSSI.
DIVERGENCE
«Le logiciel de
Laurent Berger est
autogestionnaire,
horizontal,
alors que notre
méthode est
d’une grande
verticalité. Et elle
doit le rester si on
veut vraiment
changer
le logiciel du pays.»
Un député LREM
«D’autant que leurs effets ne seront
visibles que dans trois ou quatre ans,
estime un important parlementaire.
Et qu’on ne pourra plus rien faire
dans deux ans, une fois perdue la
légitimité immédiate de l’élection.»
On veut bien, d’ici là, encaisser les
colères syndicales: «Sur la méthode,
l’opinion est d’accord, se rassure un
autre. C’est même notre seul actif
dans les sondages, on y tient comme
à la prunelle de nos yeux.»
«Lobbys». La méthode découle
«Gros œuvre» social: Macron
en rouleau compresseur
Pour le chef de l’Etat,
il n’est pas du ressort
des partenaires sociaux
d’élaborer la loi. La
majorité LREM défend
cette posture pour
réformer le pays.
E
rreur sur la personne ?
Avec Emmanuel Macron,
croyaient certains, c’est un
social-démocrate à la scandinave
qui prenait le pouvoir: un président
ami des partenaires sociaux et
ouvert à une «coproduction» des
grandes réformes. Un an plus tard,
la méthode se révèle bien différente.
Partisan des réformes à marche
forcée, méfiant vis-à-vis des corps
intermédiaires, le chef de l’Etat
maintient le dialogue social dans
d’étroites limites. «Emmanuel Macron croit au rôle des syndicats dans
les négociations de branche et
d’entreprise, et seulement là, résume
le consultant Raymond Soubie,
ancien conseiller social de Nicolas
Sarkozy. S’agissant des négociations
nationales, il juge que leur intervention ne permet pas de réformer,
conduit à des demi-mesures.»
Cavalière. Une approche fort mal
vécue par les intéressés: «Avec lui,
c’est soit je passe en force, soit je vous
demande de négocier et ensuite je
piétine, peste le nouveau patron
de Force ouvrière, Pascal Pavageau.
Il se fiche des organisations syndicales, il ne leur reconnaît pas le rôle
et le droit de contribuer à un moment donné à l’intérêt général.»
Même Laurent Berger, patron de
la réformiste CFDT, multiplie les
piques contre un exécutif accusé de
jouer «bloc contre bloc».
Le gouvernement et la majorité
se défendent de ces accusations,
jugeant avoir joué le jeu dans les
réformes du droit du travail, de la
formation professionnelle et de
la SNCF. En privé, certains assument pourtant une approche plus
cavalière. «Il y a un problème fondamental entre Laurent Berger et le
macronisme, reconnaît un député
LREM. Son logiciel est autogestionnaire, horizontal, alors que notre
méthode est d’une grande verticalité.
Et elle doit le rester si on veut vraiment changer le logiciel du pays. Au
moindre relâchement, on perd les
pédales et on retrouve le vieux
schéma “je réforme, tout le monde
proteste, on trouve un compromis
merdique et rien ne change”.»
Consterné par les tergiversations
du quinquennat Hollande, le camp
Macron est habité par l’idée de
«faire», sans retards ni reniements.
Pas question, explique-t-on, d’exposer l’agenda à de trop longues délibérations, ni de sacrifier le fond des
réformes à de mauvais compromis.
aussi d’une certaine philosophie
concernant les places respectives de
l’exécutif et des partenaires sociaux.
«L’intérêt général, c’est le législateur
qui le porte, et le président de la
République, expliquait Emmanuel
Macron avant son élection, en
mars 2017. On a demandé aux représentants des salariés et des employeurs de participer à la fabrique
de la loi, mais ce n’est pas leur rôle.»
Pour une jeune ministre, il est
même «indispensable de bousculer
les corps intermédiaires: beaucoup
ronronnent, ont oublié pour qui ils
travaillaient et se comportent
d’abord comme d’énormes lobbys».
Changer d’approche ? Pourquoi
pas… mais une fois achevé le «gros
œuvre», tranche un député: «Pour
l’instant, on agit avec un revolver
sur la tempe. Une fois la France réparée, on pourra inventer une autre
pratique du pouvoir.» Mais enjamber les syndicats est-il vraiment
sans risque ? «En matière sociale,
les moments les plus difficiles sont
rarement ceux que l’on prévoit, juge
Raymond Soubie. Si un conflit
profond éclatait demain et que
l’Etat avait pour seuls interlocuteurs des syndicats affaiblis, sans
prise sur les événements, ce serait
pour lui la situation la plus
dangereuse.»
DOMINIQUE ALBERTINI
«
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4 u
ÉVÉNEMENT
La CGT partage le même discours. «Notre stratégie, c’est: contestation et proposition», résume Philippe Martinez. Reste à trouver
l’équilibre entre les deux. «Il y a des syndiqués qui
doutent, il y en a même qui m’engueulent. Certains
parce qu’on va voir le gouvernement. D’autres, pour
l’inverse. Moi, je dis: ne passons pas trop de temps
avec les institutions et passons plus de temps sur le terrain», poursuit le secrétaire général de la CGT. Face
à un exécutif qui, selon lui, tente de diviser, il prône
lui aussi la convergence des luttes: «Il faut des journées professionnelles mais, à un moment, il faut aussi
se retrouver tous ensemble, montrer que, derrière les
revendications spécifiques, il y a des troncs communs.» Un discours d’unité que la centrale de Montreuil a cependant du mal à appliquer dans ses relations avec les autres organisations syndicales. La CGT
de Martinez est ainsi régulièrement accusée par ses
homologues de faire cavalier seul, en annonçant unilatéralement des journées d’action. L’ancien secrétaire général de Force ouvrière Jean-Claude Mailly
n’a eu de cesse de dénoncer, avant de les décliner, les
«convocations» de la confédération cégétiste.
Soucieux de répondre aux attentes de sa base qui aspire à un durcissement de ton, le nouveau responsable de FO, Pascal Pavageau, pourrait néanmoins
rejoindre les manifestants dans la rue dans les
prochains jours. Mais pas question, pour autant,
d’abandonner la table des négociations, prévient-il:
«Ce serait le meilleur moyen pour que le Président
dise ensuite: “Regardez, ils ne font plus de propositions, ne négocient plus, donc ils font bien la démonstration qu’ils appartiennent à un monde qui s’est
éteint.” On ne lui fera pas ce plaisir-là.» Pour contreattaquer, Pavageau souhaite «reprendre la main sur
l’agenda social». Mais, reconnaît-il, «dans [ce] contexte, c’est très dur». Autre défi: «S’améliorer en communication» face à un gouvernement qui cherche
à «ringardiser» les syndicats.
Suite de la page 2
Philippe Martinez
«Pour des “morts”, on
bouge beaucoup, non?»
«MARGINALISER LES MODÉRÉS»,
L’OBJECTIF DE MACRON
Du côté des «réformistes», la colère n’est pas moindre, mais la stratégie reste différente. «On a progressivement réalisé la place –assez faible– que ce gouvernement était prêt à laisser à la concertation,
explique Véronique Descacq, numéro 2 de la CFDT.
Avec une vision plus formelle que sincère du processus: ils vont mettre en avant le nombre de réunions
mais, au fond, il ne se passe pas grand-chose. Ils
n’écoutent pas vraiment ce qu’on dit.» Car au final
«Macron décide de tout, [les ministres] eux-mêmes
n’ayant que très peu de marges de manœuvre». Avec
un objectif, selon Véronique Descacq: «Marginaliser les modérés pour qu’il ne reste plus que les radicaux.» Et pouvoir ainsi s’afficher en vrai réformateur dans un face-à-face avec les plus contestataires.
La centrale de Belleville, à Paris, ne prône pas
pour autant la confrontation directe. «Nous ne
sommes pas dans la convergence des luttes pour
déstabiliser le gouvernement, ce n’est pas notre sujet,
affirme la secrétaire générale adjointe de la CFDT.
Nous, nous continuons à vouloir d’abord peser dans
les négociations, en recourant au besoin à des contestations ciblées. Et plus que jamais, c’est le moment
de maintenir cette position.» En faisant le pari
que le gouvernement sera contraint de revenir
vers les réformistes, quand «ils s’apercevront que
l’autoritarisme, ça ne marche plus au XXIe siècle, et
que la technocratie ne peut pas faire le boulot sur
le terrain».
Pour François Hommeril, président de la CGC (cadres), le problème de ce gouvernement, «c’est qu’il
ne connaît, ni ne reconnaît les syndicats, il ne les intègre pas dans sa vision. Le dialogue social, pour ce
pouvoir, qui est aussi sous la pression d’un certain
patronat, c’est dans l’entreprise et dans les branches.
Au niveau national, il n’a rien à faire avec nous».
Comme la CFDT cependant, la CGC prône la patience. «On n’a pas d’autres solutions, je ne vais
pas forcer le pouvoir à discuter avec moi, soupire
François Hommeril. Mais à moyen terme, il va forcément revenir vers nous. Car on le voit en ce moment,
la fragmentation de la société, la dégénérescence
du corps social, ce n’est pas sain, c’est même très
dangereux.» •
Libération Lundi 30 Avril 2018
Philippe Martinez à Matignon, le 14 mars. PHOTO MARC CHAUMEIL
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Libération Lundi 30 Avril 2018
Le secrétaire général
de la CGT dit vouloir
discuter davantage
des points de convergence
avec les autres syndicats et
se pose en force de
propositions. Il défend
la grève «deux jours sur
cinq» à la SNCF, «qui
permet de garder le lien
avec les non-grévistes
et les usagers».
A
la veille du 1er Mai et alors que le
mouvement contre la réforme de
la SNCF peine à infléchir les projets du gouvernement, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, fait le
point sur l’état de sa centrale et sur le
paysage social.
Emmanuel Macron, loin d’être le social-démocrate ouvert au dialogue
social que certains attendaient, a enchaîné les réformes à marche forcée,
sans prêter une grande attention aux
partenaires sociaux. Pour la CGT, comment s’est passée cette première année
de présidence Macron ?
On avait anticipé le changement. Le gouvernement ne parle plus de dialogue, mais
de concertation. Il a modifié les mots,
mais aussi la méthode. C’est «cause toujours, tu m’intéresses». C’est criant pour
les cheminots. Pour la réforme de la formation professionnelle ou l’assurance
chômage, les échanges ont été symboliques ou inexistants. A chaque fois, le
texte final est quasi identique au texte initial malgré les «concertations». Pour les
ordonnances, c’était moins brutal, il y a eu
des discussions avec certains, mais c’était
plus de l’habillage.
Avez-vous quand même pu faire avancer des revendications ?
On obtient toujours des choses. Sur la
formation professionnelle, on a atténué la
disparition du congé individuel de formation. Mais le projet de loi est loin de ce qui
a été négocié par les partenaires sociaux.
Quelle stratégie adopter pour rester
audibles ?
Les syndicats doivent se parler plus souvent. Et plutôt que de discuter de ce qui
nous différencie, on doit voir ce qui nous
rassemble. On tombe trop souvent dans le
jeu de la division organisée par d’autres.
Y êtes-vous parvenus lors de votre
rencontre entre secrétaires généraux,
mi-avril ?
Pas vraiment. On a surtout parlé de choses
qui nous divisent car on n’a pas la même
appréciation des conflits en cours. Mais il
faut qu’on continue à se voir, c’est obligatoire, les salariés nous attendent.
Se parler, et après ?
C’est ce qui nous différencie. La CFDT considère qu’il faut aller au bout de la discussion. Mais c’est où le bout de la discussion ? Quand on n’arrive pas à se faire
entendre, on pense, à la CGT, qu’il faut
passer à une autre étape.
La mobilisation, donc. Mais en 2016,
elle n’a rien donné contre la réforme
du code du travail…
On en a tiré les enseignements. Demander
l’abrogation d’une loi ne suffit pas. Mieux
vaut partir des préoccupations concrètes
des salariés pour ensuite construire une
convergence. Mais la rue reste efficace.
En Allemagne, les métallos et les fonctionnaires, ils ont fait quoi ? Ils ont discuté,
puis ils ont fait grève.
Ce printemps, vous avez du mal à
remplir la rue…
u 5
Je ne le conteste pas. Parce qu’on n’a pas
encore rendu les choses assez concrètes.
Le monde du travail est éclaté. Regardez
à la Poste, il y a des intérimaires, des fonctionnaires, des CDI… On doit faire du
cousu main.
Les syndicats se sont-ils laissé dépasser par cette mutation ?
C’est vrai que la CGT doit évoluer. On conteste la précarité, mais qu’est-ce qu’on dit
aux précaires ? Il faut prendre le travail
tel qu’il est, et pas comme il a pu être ou
comme on voudrait qu’il soit. On peut
contester les dérives, mais on doit s’occuper de tout le monde : les précaires, les
chômeurs, les Uber… Et, ça, culturellement, c’est parfois dur chez nous.
Vous espériez un 1er Mai unitaire. Pari
perdu…
Dans des endroits comme Lille, il y aura
une unité totale. Même chose chez les cheminots, les fonctionnaires, à Air France ou
Carrefour. Il y a un décalage entre des postures confédérales et la réalité de terrain.
On reproche à la CGT d’avancer en solitaire, sur le choix des dates de mobilisation par exemple. Le tout pour mieux
exister… C’est du pipeau. Pour la manifestation du 19 mars, on a invité les autres
pour parler de la possibilité de faire une
action, mais ils ne sont pas venus.
Et à la SNCF ?
C’est vrai que faire grève deux jours tous
les cinq jours, cela ne convenait pas à tout
le monde. Je pense pourtant que c’est original et intelligent. Ça permet de garder le
lien avec les non-grévistes et avec les
usagers. La suite va dépendre du gouvernement. Et ce sont les cheminots, en
assemblée générale, qui décideront des
prochaines modalités d’action.
Qu’attendez-vous du nouveau secrétaire général de FO ?
Ce que dit Pascal Pavageau sur la question
unitaire, ses critiques sur le gouvernement, c’est plutôt bien. On va voir, maintenant que leur congrès est passé.
La convergence des luttes, elle se fait
aussi avec les politiques ?
Elle se fait d’abord avec les salariés qui
luttent, point. Il peut y avoir des initiatives
avec des partis, à condition qu’il n’y ait pas
de leadership autoproclamé et que chacun
puisse y aller sur des mots d’ordre précis.
Pourquoi ne pas participer à la journée
du 5 mai proposée par le député insoumis François Ruffin ?
Le message de la mobilisation, c’est «faire
la fête à Macron». Ça veut dire quoi? Pour
nous, syndicalement, ce n’est pas assez
concret.
Cela fait de l’ombre à la Fête du travail?
On verra. Le risque, c’est surtout qu’il n’y
ait pas assez de monde aux deux.
La convergence des luttes, c’est pour
quand, alors ?
Le plus tôt possible, on continue d’y travailler. Qui aurait parié un euro, déjà, sur
le fait que l’intersyndicale de la SNCF allait
tenir aussi longtemps… D’ailleurs, le gouvernement n’a pas l’air si serein. Le Président est quand même passé à la télé deux
fois en une semaine pour parler social.
La CGT n’est donc pas morte ?
Pour des «morts», on bouge beaucoup,
non? Certains veulent faire croire qu’on ne
fait pas de propositions. Or on est le seul
syndicat à avoir remis un projet pour la
SNCF au Premier ministre. Ou encore pour
l’avenir de l’énergie, pour Paris Aéroport,
pour la cristallerie de Baccarat. C’est un
procès très mal intentionné. Certains veulent considérer qu’il y a, d’un côté, les
râleurs et, de l’autre, les réformistes. Ce
n’est pas aussi binaire !
Recueilli par AMANDINE CAILHOL
Les gays se marient-ils
plus souvent que
les lesbiennes?
Quelle est la différence
entre un ministre d’Etat,
un ministre et
un secrétaire d’Etat ?
Est-ce que les chaînes
appartenant au groupe
Bolloré ont évoqué l’actualité
judiciaire de leur PDG?
Les membres de Génération
identitaire ont-ils refoulé
un migrant?
vous demandez
nous vérifions
CheckNews.fr
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MONDE
Libération Lundi 30 Avril 2018
Le projet israélien
de construction d’un rideau
de béton de 7 mètres de haut
et 79 kilomètres de long sur la
frontière fait craindre un retour
des violences. Beyrouth assure
que son territoire serait amputé.
REPORTAGE
Par
MÉLANIE HOUÉ
Envoyée spéciale dans le Sud-Liban
«N
ous venons de passer
Kafr Hammam et nous
nous dirigeons à présent vers notre poste d’observation,
à proximité des fermes de Chebaa,
le long de la ligne bleue, avertit le
major Vikramaditya Singh, à bord
de son véhicule blindé de la Force
intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Nous nous y arrêterons
quelques instants pour vérifier que
tout va bien.» Avec une dizaine d’officiers de son régiment, le commandant indien effectue deux à trois
patrouilles par jour dans les montagnes du Sud-Liban, jusqu’à la
ligne bleue tracée par les Nations
unies en 2000 au lendemain du
retrait israélien du Liban. Sa
mission est de veiller au respect de
l’application de la résolution 1701,
adoptée par l’ONU après la guerre
des 33 jours, qui a opposé les deux
pays à l’été 2006. «Nous travaillons
depuis en étroite collaboration avec pas d’accord sur la ligne de démarcal’armée libanaise pour maintenir la tion ?» Et de menacer : «Les Israépaix dans la région, précise-t-il. liens ne savent vivre que sur l’agresNous veillons ensemble au respect sion mais, cette fois, qu’ils en soient
du cessez-le-feu et à l’absence de tout sûrs, si un conflit est amorcé, ce ne
trafic d’armes.»
sera pas une promenade comme ils
Près de 10 500 Casques bleus le pensaient en 2006…»
originaires de 41 pays mènent nuit Depuis des dizaines d’années, Israël
et jour des opérations de sécurité a considérablement barricadé son
dans la zone tamterritoire en multipliant
pon du Sud-Liles fortifications le
ban. Depuis le
long de ses frontièdébut de l’année,
res extérieures
ils redoublent de
avec le Golan syLIBAN
vigilance. La rairien, au nordson: un projet isest, la CisjordaBeyrouth
raélien de consnie et la JordaChebaa
Mer
truction d’un
nie à l’est, et
Méditerranée
mur de 7 mètres
l’Egypte et la
de haut et 79 kilobande de Gaza
SYRIE
mètres de long sur
au sud-ouest. Le
ISRAËL
sa frontière, en plus de
projet de mur avec le
50 km
la clôture de sécurité qui
Liban au nord n’est que
existe déjà. Mais le Liban
la nouvelle démonstration
conteste ce rideau de béton qui a de cette politique de séparation qui
émergé sur 500 mètres, à quelques avait débuté en 2012, à Kafr Kila, une
kilomètres de la plage de Naqoura, ville située au Sud-Liban.
et assure qu’il ampute son territoire Avec son casque militaire estampillé
de centaines de milliers de mètres des initiales des Nations unies et
carrés.
son gilet pare-balles, Vikramaditya
Singh assure cependant que la situa«ROUTINE»
tion reste calme sur le terrain. «Nous
Beyrouth revendique également n’avons relevé aucun signe extérieur
la souveraineté de treize points liti- de cette recrudescence des tensions.
gieux du tracé du barrage israélien Les écoles sont ouvertes, les enfants
sur la ligne bleue, en conformité jouent toujours sur le bord de la
avec la délimitation des frontières route, les parents cultivent leurs
définies en 1923 avec la Palestine par champs. Les habitants continuent à
le comité Paulet-Newcombe. «Si vivre leur routine», affirme l’officier
Israël vient à traduire en actes ses indien. A une dizaine de mètres de
provocations, il y aura une nouvelle la ligne bleue ce jour-là, au niveau
guerre», a mis en garde début février d’un point appelé «le plateau de la
le chef de l’Etat libanais, Michel propagande», un berger est de sortie
Aoun. «C’est une incitation à la vio- avec son troupeau de moutons. Il se
lence, abonde le député libanais repose, adossé à un rocher. «Vous
Nabil Nicolas (Courant patriotique voyez ! La population reste tranlibre). Pourquoi vouloir construire quille, nous sommes pourtant à quelun mur alors que nous ne sommes ques mètres des fermes de Chebaa,
N
Le Liban
s’érige
contre
le mur
d’Israël
GOLA
6 u
une zone sous haute tension», souligne le capitaine Irengban Gregory
Singh, l’un des officiers du bataillon
indien. Depuis le retrait israélien du
Sud-Liban en 2000, le site des dixhuit fermes de Chebaa, de 25km2,
est au cœur d’un litige entre Israël,
le Liban et la Syrie. C’est l’un des
treize points de la ligne bleue érigée
par l’ONU que la classe politique
libanaise ne considère pas comme
définitive. Pour Israël, cette zone appartient au plateau syrien du Golan
qu’il occupe depuis 1967 alors que
pour Damas et Beyrouth, elle revient
de droit au Liban. «Des manifestations se tiennent régulièrement ici
pour revendiquer la souveraineté des
fermes», poursuit Irengban Gregory
Singh. Au mois de février, une vingtaine de personnes se sont pacifiquement mobilisées pour dénoncer
le projet israélien de construction
d’un mur, sous l’œil avisé de Tsahal,
l’armée israélienne. De l’autre côté
de la ligne bleue, en contre-haut
de la montagne, est installé un des
postes d’observation des forces de
défense israéliennes. «Chacun sur-
«Les Israéliens ne
savent vivre que
sur l’agression mais
cette fois, qu’ils en
soient sûrs, si un
conflit est amorcé,
ce ne sera pas une
promenade comme
ils le pensaient
en 2006…»
Nabil Nicolas député libanais
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Libération Lundi 30 Avril 2018
veille les mouvements de l’autre, mais
tout reste sous contrôle», certifie le
major Vikramaditya Singh.
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Effervescence avant les législatives
DISSENSIONS
L’escalade des tensions suscite cependant l’inquiétude car le maintien de la paix demeure plus que
jamais fragile dans le sud du pays.
Un accrochage peut rapidement y
dégénérer. En 2015, un Casque bleu
espagnol a perdu la vie lors d’un
échange de tirs entre soldats israéliens et combattants du Hezbollah.
En 2010, c’est l’élagage d’un arbre
par des Israéliens dans une zone
contestée par le Liban qui avait fait
quatre morts. «Une nouvelle guerre
aurait pu éclater à ce moment, réagit le porte-parole de la Finul, Andrea Tenenti, mais nous avons su
désamorcer les tensions à travers le
dialogue.» Depuis la fin de la guerre
de 2006, les Nations unies ont en
effet mis en place un mécanisme
«de renforcement de la confiance»
entre les deux pays : des réunions
mensuelles entre leurs deux armées
sous le joug de la Finul.
Face à la récente escalade verbale
entre le Liban et Israël, ces dernières se tiennent désormais toutes
les semaines. «C’est l’illustration
d’une volonté de discussion de la
part des deux parties. Il n’y a pas
d’appétit pour un nouveau conflit»,
veut croire le porte-parole de l’ONU.
Mais tous ne se montrent pas aussi
optimistes. Dans certaines ambassades européennes, on y voit le
signe de points de dissensions inéluctables. Début avril, l’armée israélienne a repris la construction du
mur à la frontière du Liban malgré
le désaccord de Beyrouth et les
avertissements de représailles de sa
classe politique en cas de violations
des points frontaliers disputés. •
Les intimidations se
multiplient au Liban
à l’approche d’élections
marquées par les grands
espoirs de la société civile.
Comme un air de ruée vers les urnes.
La campagne pour les législatives connaît une poussée de fièvre au Liban.
Dimanche, les électeurs sont appelés
à se déplacer pour renouveler leur Parlement. C’est la première fois que, dans
l’histoire du pays, les Libanais de
l’étranger pourront voter. C’est surtout
la première fois depuis neuf ans que
les 3,7 millions d’inscrits pourront exprimer leur droit élémentaire après
qu’en 2013, 2014 et 2017, les 128 députés
les ont privés de vote, base de tout régime démocratique, en autoprorogeant
leurs mandats.
L’absence de consensus sur la guerre
en Syrie et sur le code électoral avait, à
l’époque, été invoquée. Cette année, le
conflit ne fait toujours pas l’unanimité
au sein de la classe politique libanaise,
mais une nouvelle loi électorale a été
adoptée en juin 2017. Elle a aboli le système majoritaire en vigueur depuis 1960 au Liban pour y introduire
un mode de scrutin proportionnel.
Ce changement de taille a soulevé de
nombreux espoirs au sein de la société
civile, qui espère bouleverser la répartition des sièges au Parlement régie par
le partage confessionnel entre les communautés religieuses. «Ce système a
permis à de nouveaux groupes de se former et de se présenter aux élections.
Hier, on n’avait pas d’alternatives,
aujourd’hui nous n’avons plus d’excuses», lance Alexandre Salha, militant
du mouvement Li Baladi, issu de la
société civile.
L’effervescence est palpable à travers le
pays. Dans les rues des villes et villages,
les affiches de campagne XXL se superposent les unes aux autres tandis que
les manifestations spontanées de soutien aux candidats aux législatives se
multiplient. En tout, plus d’une quinzaine de listes sur les soixante-dix-sept
qui se sont lancées dans cette course au
Parlement sont composées d’indépendants ou de mouvements issus de la société civile. Reste que cette campagne
conserve sa part d’ombre, et les soupçons de corruption et de harcèlement
d’une classe politique traditionnelle
très bipolarisée entre partis pro-iraniens et pro-saoudiens ne manquent
pas. Le journaliste Ali el-Amine, qui a
formé une liste d’opposition au Hezbollah dans la circonscription du LibanSud III, a été victime dimanche dernier
d’une agression alors qu’il collait des
affiches de campagne. «Quelqu’un du
Hezbollah m’a dit que si j’affichais mon
poster, il le retirerait, témoigne-t-il.
Il a alors commencé à m’insulter
puis 30 à 40 hommes se sont dirigés vers
moi pour m’intimider.» Dans d’autres
circonscriptions, le parti du Premier
ministre, Saad Hariri, est aussi visé par
des accusations d’agressions. D’après
Ammar Abboud, de l’Association pour
la démocratie des élections, ces intimidations frappent l’ensemble des partis.
«C’est le résultat d’une culture où chacun se comporte comme l’autre dans ses
bastions, estime-t-il. C’est une indication de la faiblesse des gros partis qui se
rendent compte que la nouvelle loi qu’ils
ont adoptée ouvre de nouvelles perspectives.» Ces législatives devraient asseoir
un processus de stabilisation, dans un
pays resté plus de deux ans sans chef
d’Etat. Et qui a élu, en octobre 2016,
le président Michel Aoun, avant de
se doter d’un gouvernement d’union
nationale.
M.H. (à Beyrouth)
u 7
A g., la
construction du
mur au nord
d’Israël depuis
le Liban (en
avril). A dr., à la
frontière LibanSyrie-Israël
(en février).
J. MAREY. AFP ;
C. STRAMBA-BADIALI.
HAYTHAM. RÉA
Retrouvez
dans 28 minutes
presente par elisabeth quin
du lundi au jeudi a 20h05 sur
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8 u
MONDE
Libération Lundi 30 Avril 2018
En Libye,
l’attente
sans fin
des exilés
tawarghas
Depuis la promesse –non tenue–
du gouvernement d’unité nationale
d’un retour chez eux au 1er février,
les réfugiés du camp de Garart alGatef espèrent toujours. Bastion
kadhafiste lors de la guerre civile
en 2011, leur ville avait été
bombardée par l’Otan et détruite
par les brigades révolutionnaires.
REPORTAGE
Par
MATHIEU GALTIER
Envoyé spécial à Garart al-Gatef
A
vec la plante du pied droit,
Salma Mousbah coince le bout
d’un long ruban de palmiers
préalablement tressés qu’elle coud
autour d’elle-même à l’aide d’une
grosse aiguille et d’une ficelle grossière
mais solide afin de confectionner un tapis circulaire. Cette pièce d’arti-
sanat sera ensuite vendue au marché ou
non, cela n’a guère d’importance pour
la septuagénaire. Comme Pénélope, elle
pourrait découdre la nuit son œuvre de
la veille pour mieux recommencer le
lendemain. De même que les 312 familles vivant dans le camp de Garart alGatef, Salma Mousbah attend. Elle attend que les groupes armés de Misrata
acceptent d’ouvrir les 30 kilomètres de
route qui la séparent de sa terre ancestrale : la ville de Tawargha.
A l’automne 2011, la fin de Kadhafi est
proche, les brigades révolutionnaires
de la ville côtière de Misrata en profitent
pour détruire la cité de Tawargha,
à 50 kilomètres au sud, considérée
comme un bastion «vert», la couleur
de la Jamahiriya, nom de la Libye sous
le régime de l’ancien dictateur. La ville
a servi de quartier général aux forces
loyalistes durant le siège de Misrata
en 2011 et ses combattants sont accusés
de pillages et de viols. Par ailleurs,
moins avouable mais tout aussi présent
dans les esprits, le racisme contre les
Tawarghas, noirs de peau. Ce sont des
descendants d’esclaves africains subsahariens, autrement dit des Libyens
de «seconde catégorie» pour beaucoup
de Misratis tournés vers le commerce en
Méditerranée.
Les quelque 40000 habitants de la ville
anéantie ont dû trouver refuge dans
les autres agglomérations, notamment
Tripoli et Benghazi. Les plus riches
Dans un camp
de réfugiés
tawarghas
à 180 km
au sud-est
de Tripoli,
le 8 février.
PHOTO CHINE
NOUVELLE. SIPA
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Libération Lundi 30 Avril 2018
ALGÉRIE
TU
NI
SI
E
et oignons, et un trou où gisent des dans notre terrain le soir», dénonce
cendres faisant office de four. Des preu- Mabrouk Eswesi, président de l’assoves de sa détermination à rester malgré ciation Al-Saber installée dans le caml’environnement hostile, un désert qui pement tawargha sur la route de l’aéroabrite serpents et scorpions.
port, à Tripoli.
Les Tawarghas de Garart al-Gatef n’ont Cette nouvelle organisation du camp
jamais été si proches géographique- a fait de Hassan Messaoud le chauffeur
ment et politiquement d’un retour. du camion-citerne chargé de rapporter
En juin 2017, un accord a été signé l’eau, non potable, depuis un puits situé
sous l’égide du gouvernement d’union à 20 kilomètres de Garart al-Gatef. En
nationale (GUN), basé à Tripoli et bonnet et djellaba, l’homme de 45 ans
soutenu par l’ONU. Il prévoit une
a le temps de ressasser
compensation de 366 milsa rancœur. En 2011,
Mer
Méditerranée
lions de dinars (225 milil a perdu quatre
lions d’euros au taux
enfants, morts sous
Tripoli
officiel): 293 millions
les bombes de
Tawargha
pour Misrata et
l’Otan. Des larmes
Bani Walid
170 millions pour les
lui montent aux
Tawarghas. Le texte
yeux quand il est
LIBYE
prévoit aussi un requestion de l’inactour progressif de ces
tion de la commuderniers, avec une
nauté internationale:
NIGER
mission préalable pour
«Ma maison est tout
TCHAD
commencer les travaux
près. Au lieu de la re200 km
de réhabilitation de la ville
construire, je suis ici où il
et comporte une liste de près
n’y a rien: ni télévision, ni élecde 800 combattants recherchés. Des tricité, ni transport. On ne peut même
conditions que refusent, pour des rai- pas se déplacer. Et la communauté intersons opposées, la plupart des Tawarghas nationale veut des élections [l’ONU
ainsi que les révolutionnaires les plus pousse pour la tenue de scrutins
durs de Misrata.
en 2018, ndlr] mais qu’elle commence par
Malgré la signature de l’accord, c’est une nous débarrasser des milices !»
déclaration, en décembre, du Premier L’opération armée contre le retour des
ministre, Faïez el-Serraj, qui va déclen- Tawarghas dans leur ville a été initiée
cher la machine infernale. Il donne par le conseil militaire de Misrata, dont
une date de retour, ce que ne prévoyait les membres les plus extrémistes n’ont
pas l’accord : le 1er février 2018. Au jour jamais approuvé un retour. Devant le
dit, deux colonnes de voitures venant jusqu’au-boutisme affiché, la municipade l’Est et de l’Ouest roulent joyeuse- lité publie un communiqué demandant
ment vers Tawargha. «On y croyait un délai. Elle explique que les condivraiment, se remémore Ahmed, un tions de l’accord, notamment le retour
activiste un temps menacé par des progressif, la réalisation de travaux
révolutionnaires misratis. Sur la route, préalables et le versement de l’argent
on était joyeux, les voitures klaxon- n’ont pas été respectées. A Misrata,
naient comme pour un mariage. Les les plus modérés ne comprennent
familles n’avaient retenu qu’une chose, pas comment le gouvernement d’union
la date du 1er février, sans penser aux nationale a pu laisser faire ce retour
conséquences.» Des groupes armés sans préparation en amont. Même
attendent sur la route. Ils tirent des incompréhension du côté de Human
salves en l’air et brûlent des pneus Rights Watch: «Les autorités de Tripoli
sur l’asphalte pour stopper l’avancée. devraient agir pour s’assurer que les perEn trois jours, les Tawarghas sont obli- sonnes qui se rendent à Tawargha le
gés de reculer deux fois, pour fina- fassent en toute sécurité et les aident à
lement s’arrêter le 4 février au lieu-dit reconstruire leur vie», estime la direcde Garart al-Gatef.
trice de l’ONG dans la région, Sarah
Leah Whiston. Et elle qualifie au pasJUSQU’AU-BOUTISME
sage l’action des groupes armés de
Pour pérenniser la vie du camp, un sys- «cruelle» et «vindicative».
tème de rotation se met en place. Les Face à l’hostilité et l’absence d’infrasfonctionnaires anciennement employés tructures (école, eau, électricité, etc.),
à Tawargha et qui continuent à toucher les combattants de Misrata ont estimé
leur salaire malgré l’absence d’activité, que les civils allaient repartir rapideainsi que les plus âgés encore aptes phy- ment. Car, au-delà des douloureux sousiquement, comme Salma Mousbah, venirs de 2011, Tawargha est devenu
demeurent dans le camp. Les femmes, stratégique pour les chefs militaires. Ils
les enfants et les hommes qui ont un em- veulent transformer la région en une
ploi à temps plein rentrent la semaine zone tampon face aux ennemis alendans leur ville d’accueil pour ne pas tour, telle la tribu kadhafiste des Warmanquer l’école et rapporter de l’argent. fallah de Bani Walid, qui a à nouveau
Ils reviennent les week-ends. Ceux qui hissé le drapeau vert de l’ancienne
ont un job indépendant (mécaniciens, Jamahiriya dans la ville. Mais aussi les
journaliers, etc.) passent deux, trois troupes du maréchal Khalifa Haftar,
jours sur leur lieu de travail avant de l’homme fort de l’Est, s’il venait à marrejoindre Garart al-Gatef. Conséquence cher sur l’ouest du pays…
indirecte de cette stratégie: «Le gouver- Mais, contrairement à 2011, les Tanement pense qu’il n’a plus besoin de warghas refusent de se disperser. Ils dénous protéger depuis le 1er février parce cident de faire du campement de Garart
qu’il n’y a plus que 130 familles, el-Gatef la vitrine de leur lutte. «Notre
contre 370 auparavant. L’insécurité a seul objectif, c’est de rester là pour dire
grandi. La drogue circule plus facile- aux Libyens, au monde, que nous voument. Des hommes inconnus pénètrent lons rentrer chez nous», explique AhÉGYPTE
louent des logements, les autres
squattent dans des camps de fortune,
souvent des baraquements de chantier
laissés à l’abandon par les sociétés
étrangères.
«Ce que je veux, c’est revoir ma ville, ma
maison, même si elle est détruite je la reconstruirai, explique assise à même le
sol Salma Mousbah sans quitter son
ouvrage des yeux. Je resterai dans
ce camp le temps qu’il faudra.» A côté
d’elle, un mini-potager où poussent ail
u 9
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
med Gpraan, appareil photo en bandoulière. Du haut de ses 19 ans, il s’occupe
d’alimenter les réseaux sociaux des clichés du quotidien du camp, à savoir
l’ennui et le vide. «J’avais 11 ans à la révolution, je n’ai pas tué ou violé. En revanche, je me souviens du bombardement de l’Otan et les cauchemars que j’ai
faits pendant longtemps», raconte-t-il.
Si les Tawarghas concèdent que des
combattants ont «mal agi» pendant la
révolution – sans admettre les cas de
viols qu’ils estiment montés de toutes pièces –, ils
ne comprennent pas que
toute une communauté
en paye le prix.
«On ne peut
même pas se
déplacer. Et
la communauté
internationale
veut des
élections,
mais qu’elle
commence par
nous débarrasser
des milices.»
CLINIQUE MOBILE
A Garart al-Gatef, l’aide
de l’ONU et du gouvernement est conséquente,
les déplacés le reconnaissent. La communauté internationale fournit de la
nourriture, des kits d’hygiène pour les femmes,
des tentes siglées du Haut
Commissariat aux réfugiés (HCR). Le gouvernement d’union nationale
avait dépêché jusqu’à dé- Hassan Messaoud
but avril une clinique mo- réfugié à Garart al-Gatef
bile qui accueillait 50
à 70 consultations par jour. Les trois
morts survenus jusqu’ici seraient imputables à des maladies chroniques plutôt
qu’aux mauvaises conditions de vie.
«Quand on voit sur la route le nombre de
camions de l’ONU qui apportent de
l’aide, on se dit qu’ils se sentent vraiment
responsables. Ils n’en font pas autant
pour d’autres urgences ailleurs dans le
pays», constate un humanitaire qui travaille dans la région. •
Les informés
de franceinfo
Du lundi au vendredi de 20h à 21h
Avec Jean-Mathieu Pernin
chaque mardi avec
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10 u
MONDE
Libération Lundi 30 Avril 2018
LIBÉ.FR
La «marche du retour» palestinienne
vue du côté des barbelés israéliens
Pour le cinquième vendredi consécutif, des
milliers de Gazaouis ont manifesté à la frontière avec Israël.
Depuis le début de ce mouvement de protestation inédit dans
l’enclave sous blocus, plus de 40 Palestiniens ont été tués par
les snipers de l’Etat hébreu. Après avoir vécu la mobilisation
à Gaza, Libération a passé une journée de l’autre côté de la
clôture ultrasécurisée. PHOTO AFP
cléaires et vivrions-nous dans
une situation difficile si nous
rencontrons souvent les Américains pour établir la confiance, et qu’ils nous promettent de mettre fin à la guerre
et de ne pas nous envahir?»
Le dirigeant du Nord s’est dit
aussi prêt à rencontrer le Premier ministre japonais,
Shinzo Abe. Les deux pays
qui n’ont pas des relations
diplomatiques ont d’exécrables rapports dus en partie au
legs de l’histoire coloniale du
Japon. Surtout, Tokyo demande le retour sur son sol de
ses citoyens enlevés par les
Nord-Coréens dans les années 70 et 80. Et s’alarme du
peu de cas qui est fait de la
menace des missiles à courte
et moyenne portée qui menacent l’Archipel.
Intentions. En conciliateur
Kim Jong-un et Moon Jae-in lors du sommet de Panmunjeom, vendredi. PHOTO KCNA
Nucléaire: entre les Corées,
l’accord prend corps
Après le sommet de
vendredi, les deux
pays multiplient
les gestes et
déclarations de
bonne volonté.
Kim Jung-un
affirme que son site
d’essais nucléaires
sera fermé en mai.
Par
ARNAUD VAULERIN
Envoyé spécial à Séoul
C
ela s’appelle remettre
les pendules à l’heure.
Au sens propre,
comme au sens figuré. Et le
détail a valeur de marqueur
dans cet inédit réchauffement diplomatique entre les
Corées. Comme si le sommet
intercoréen de Panmunjom
n’avait pas assez délivré de
symboles et de gestes forts
vendredi, la Corée du Nord du joug japonais, la Corée du
s’apprête à abandonner le Nord s’était dotée de son
fuseau horaire qu’elle avait propre fuseau horaire pour
créé unilatéralement en 2015. rompre avec l’héritage des
Pour faciliter la coopération «sales impérialistes japotransfrontalière, Pyongyang nais», selon les médias
sera dorénadu Nord. MaL'HISTOIRE nière de revenir
vant à la même
l’heure
que
à l’heure offiDU JOUR
Séoul (+7 heures
cielle dont était
de Paris en été) et non plus dotée la péninsule avant
trente minutes plus tôt, a an- que les Japonais ne la coloninoncé dimanche l’entourage sent, en 1910.
du président sud-coréen
Moon Jae-in, qui a multiplié Messages. Cette symboles annonces.
lique remise à l’heure s’est
«Je suis triste de voir qu’il y a accompagnée de nouveaux
deux horloges accrochées au signes de bonne volonté.
mur de la Maison de la paix Moins de deux jours après
[où a été signé l’armistice l’annonce de la déclaration
en 1953], l’une à l’heure de de Panmunjom, la Maison
Séoul et l’autre à celle de Bleue (l’Elysée sud-coréen)
Pyongyang, a déclaré Kim a dévoilé que le site d’essais
Jong-un vendredi. Puisque nucléaires du Nord serait
c’est nous qui avons changé, fermé en mai. Kim aurait asnous allons revenir à l’origi- suré qu’il inviterait des «exnal.» Le 15 août 2015, soixan- perts de Corée du Sud et des
te-dix ans après libération Etats-Unis ainsi que des jour-
nalistes pour révéler le processus à la communauté
internationale de manière
transparente». Cette offre est
le prolongement de ses déclarations du 21 avril. Ce jour-là,
le «Grand Successeur» avait
annoncé la suspension des
tests nucléaires et des tirs de
missiles balistiques intercontinentaux ainsi que le démantèlement du centre de
Punggye-ri dans la province
Hamgyong du Nord. C’est
dans cette région montagneuse et isolée que les NordCoréens ont fait exploser
dans des tunnels six engins
nucléaires entre octobre 2006
et le 3 septembre 2017.
Depuis le 21 avril, des experts
avancent que Punggye-ri
allait être fermé car il s’était
affaissé et avait été fortement
endommagé lors du sixième
et plus puissant essai
nucléaire, en septembre. Kim
y a répondu vendredi: «Cer-
tains disent que nous mettons
fin à des installations qui ne
fonctionnent pas, mais vous
verrez que nous avons deux
autres tunnels qui sont plus
grands que ceux existants et
qu’ils sont en bon état.» En revanche, aucun détail n’a été
évoqué dimanche par la Maison Bleue pour enclencher la
«dénucléarisation complète
de la péninsule», comme s’y
sont engagés Kim Jong-un et
Moon Jae-in.
Séoul a indiqué que Kim avait
transmis, vendredi, plusieurs
messages à destination des
Etats-Unis et du Japon. «Bien
que je sois fondamentalement
réfractaire à l’Amérique, les
gens verront que je ne suis pas
le genre de personne qui tire
des bombes nucléaires en
Corée du Sud, dans le Pacifique ou en Amérique, a confié
Kim selon un compte rendu
de la réunion. Pourquoi garderions-nous des armes nu-
régional, Moon Jae-in s’est
d’ailleurs proposé de «faire le
pont entre la Corée du Nord et
le Japon». Dimanche, Suh
Hoon, le chef des services
secrets sud-coréens a rencontré Abe à Tokyo pour une entrevue dont rien n’a filtré. Agé
de 64 ans, ce grand connaisseur du régime de Pyongyang
–il a souvent rencontré Kim
Jong-il et Kim Jong-un après
avoir vécu deux ans au Nord–
est l’un des principaux artisans de cette détente et de la
«Moonshine policy». Vendredi, des photographes l’ont
saisi en train de pleurer après
la signature de la déclaration
de Panmunjom. Des images
qui semblaient tout droit
venues d’un drame politicodiplomatique avec retrouvailles et happy end. Tout
comme celle de Kim trinquant, vendredi, avec le
ministre de la Défense sudcoréen.
Ce climat ne manque pas
d’étonner et d’interroger sur
les intentions de Kim. Les déclarations et signes de bonne
volonté du Nord servent-ils
à donner des gages pour
mieux sécuriser l’organisation du sommet avec Trump?
Qu’espère Kim en retour ?
Américains et Nord-Coréens
sont en train de finaliser une
date et un lieu (Mongolie ?
Singapour?). Trump a promis
de «rendre un grand service à
la planète» en parvenant à un
accord sur le nucléaire avec le
Nord. Pour cela, le diable est
dans les détails, il faudra s’accorder sur la fameuse «dénucléarisation». •
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Libération Lundi 30 Avril 2018
u 11
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#CheckNewsTunisie A l’occasion
des élections municipales en Tunisie,
le 6 mai, CheckNews se délocalise
à Tunis, et s’associe au média indépendant tunisien
Nawaat. Modalités de vote, projets des candidats, relations
entre la France et la Tunisie, réseaux sociaux… :
du 2 au 4 mai, les deux sites répondront à toutes vos
questions. Posez dès maintenant vos questions sur CheckNews.fr, avec le hashtag #CheckNewsTunisie. PHOTO AFP
LIBÉ.FR
A quoi servent les
socialistes européens?
La social-démocratie a-t-elle élections européennes, leur
encore un avenir sur le Vieux intérêt était de se distinguer
Continent ? Les élections des conservateurs et de monrécentes, en France, en Alle- trer qu’ils n’étaient pas les
magne ou en Italie, montrent «idiots utiles» de la droite.
que partout en Europe, elle Profondément divisés (les
s’effondre. Pour comprendre Français, les Belges, les Néerla crise qu’elle
landais et les
COULISSES DE Italiens jouant
traverse, on
peut observer
les francs-tiBRUXELLES
les socialistes
reurs), ils ont
à Bruxelles, notamment au validé la nomination de SelParlement européen (où ils mayr, qui n’est rien d’autre
forment le deuxième groupe qu’une prise de contrôle par
avec 187 députés sur 751). Ce le PPE de l’administration
qui frappe, c’est à la fois leur communautaire. Cette incaextrême division idéologique pacité à stopper la droite deet leur incapacité à se com- vrait se revérifier jeudi, lors
porter autrement que comme du vote qui désignera le reune force d’appoint des con- présentant du Parlement au
servateurs européens du Parti sein du «comité de sélection»
populaire européen (PPE).
de douze membres chargé
On l’a vu lors du vote de la ré- d’établir une liste de candisolution sur l’affaire Selmayr, dats au poste de procureur
le 18 avril : une majorité du européen. Selon toute probagroupe socialiste, emmenée bilité, le PPE devrait parvenir
par le SPD allemand et à imposer son candidat :
le PSOE espagnol, a soutenu Rachida Dati, l’ex-garde des
le PPE (premier groupe avec Sceaux de Nicolas Sarkozy.
219 députés) qui voulait sau- A force de rechercher le comver la peau du secrétaire gé- promis, les socialistes euronéral. Si on peut comprendre péens ont sombré dans la
l’attitude du PPE, qui ne vou- compromission. Une explicalait pas sacrifier ses hommes, tion à leur perte de légitimité.
celle des socialistes est inJEAN QUATREMER
compréhensible. A un an des
Correspondant à Bruxelles
DONALD TRUMP
dans un mail publié
par le Parti
républicain
REUTERS
«Pourquoi est-ce que je voudrais
être enfermé dans une salle avec
un groupe de gauchistes des
“fake news” qui me détestent ?»
Donald Trump a ostensiblement préféré aller à la rencontre
de ses électeurs, samedi, à Washington… dans le Michigan,
plutôt que de se frotter à la presse réunie dans la capitale pour
le prestigieux dîner des correspondants de la Maison Blanche.
Le président américain a choisi ce quartier de la banlieue de
Detroit pour un meeting de campagne destiné à vanter ce qu’il
considère comme ses accomplissements en matière économique. Donald Trump, qui attaque fréquemment les médias
«malhonnêtes» et qualifie de «fake news» toute information
négative à son encontre, snobe ainsi pour la deuxième année
consécutive le dîner annuel des journalistes accrédités à la
Maison Blanche, qui est traditionnellement l’occasion
d’échanges de bons mots entre un humoriste et le président
devant le tout-Washington et quelques stars d’Hollywood.
A Londres, la ministre de l’Intérieur
de plus en plus fragilisée
Amber Rudd, le 10 avril à Londres. N. HALLE’N. AFP
En temps normal, Amber
Rudd aurait sans doute déjà
démissionné. Mais les temps
sont loin d’être normaux au
Royaume-Uni et la position
de la ministre de l’Intérieur
reste incertaine, en dépit
d’une série de scandales.
Sa survie politique dépend
d’une énième apparition,
lundi, devant la Chambre
des communes pour, une
fois de plus, expliquer les
manquements de son administration. Amber Rudd est
accusée d’avoir sous-estimé
le fiasco de l’affaire Wind-
rush : le Guardian a révélé
l’existence de dizaines de
cas de personnes (parmi la
génération d’immigrés des
Antilles venus à la demande
du Royaume-Uni, entre 1948
et 1973, pour participer à la
reconstruction d’aprèsguerre) incapables de fournir la preuve de leur citoyenneté britannique et menacées d’expulsion. La carte
d’identité ou le passeport ne
sont pas obligatoires dans ce
pays.
Les témoignages, souvent
déchirants, se succèdent
127mil ions
C’est le nombre estimé d’abonnés du
groupe de télécoms né de la fusion annoncée de T-Mobile et Sprint aux Etats-Unis.
Dans un communiqué, les deux groupes ont officialisé dimanche soir un accord de fusion,
après de longs mois de spéculations sur un rapprochement. Ils ont souligné que cette fusion
allait leur permettre d’accélérer leur développement dans le domaine de la 5G, l’Internet ultrarapide. La compagnie portera le nom de T-Mobile et sera dirigée par le patron de T-Mobile aux
Etats-Unis, John Legere. Cette fusion est un
nouveau «coup» pour Masayoshi Son, PDG
du groupe japonais Softbank, actionnaire majoritaire de Sprint, qui multiplie les
investissements dans les nouvelles technologies. T-Mobile est pour sa part contrôlé par le
groupe allemand Deutsche Telekom.
depuis une dizaine de jours.
Face à l’indignation, Amber
Rudd a reconnu des erreurs
et promis que les membres
de la génération Windrush
recevraient rapidement des
papiers, sans avoir à payer
un penny. Mais elle a aussi
essayé de blâmer ses propres troupes, les fonctionnaires du Home Office, pour
leur zèle inapproprié.
La vengeance n’a pas tardé,
sous la forme de la fuite
d’un mémo de seize pages,
dans lequel des objectifs
précis d’expulsion d’immigrés ont été chiffrés. Ce
document, envoyé à son
adresse mail en juin 2017,
parlait d’«objectifs à atteindre : 12 800 expulsions forcées en 2017-2018». Or Amber Rudd a affirmé que de
tels objectifs n’existaient
pas. Puis qu’elle n’avait
pas pris connaissance du
mémo, qui lui était pourtant
directement adressé.
Les appels à sa démission se
sont multipliés. Le maire
travailliste de Londres,
Sadiq Khan, a notamment
évoqué le «climat hostile»
délibérément créé par le
Home Office envers les immigrés sous Amber Rudd,
mais aussi sous la houlette
de celle qui l’avait précédée
à son poste : Theresa May.
Les élections locales attendues jeudi laissent prévoir
de lourdes pertes pour le
Parti conservateur. Dans ce
contexte, la démission de la
ministre pourrait aggraver
encore la situation. Et le
Brexit, qui se glisse depuis
deux ans dans toutes les
strates de la vie politique et
sociale, joue ici aussi un rôle
crucial. Amber Rudd s’était
vigoureusement opposée à
la sortie de l’UE. Après la
victoire du Brexit au référendum, elle avait contré la
tentative de Boris Johnson
de devenir Premier ministre, soutenant Theresa May.
Depuis, elle participe au fragile équilibre au sein du
gouvernement entre les partisans d’une ligne dure et
ceux qui souhaiteraient
limiter les dégâts du Brexit.
SONIA DELESALLESTOLPER
Correspondante à Londres
MALTE
IRAN
Des milliers de personnes
ont manifesté dimanche
dans les rues de La Valette,
la capitale maltaise, pour
réclamer «vérité et justice»,
plus de six mois après l’assassinat de la journaliste
Daphne Caruana Galizia.
La manifestation a été organisée dans la foulée des révélations du «projet Daphne».
Dans ce cadre, 45 journalistes de 18 médias du monde
ont travaillé ensemble,
reprenant l’énorme masse
de documents laissés par
la reporter, tuée le 16 octobre 2017, à 53 ans, dans
l’explosion de sa voiture
qui avait été piégée.
Le directeur du quotidien
réformateur iranien Shargh,
Mehdi Rahmanian, a été
arrêté samedi après une
plainte d’habitantes de Mashhad (nord-est). «Le journal
avait qualifié de prostituées
une partie des femmes du
quartier», selon l’adjoint du
procureur cité par l’agence.
Dans un reportage sur l’assassinat d’une fillette dans un
quartier pauvre, un responsable associatif avait déploré les
maisons de prostitution et la
vente de drogue. La caution
(9800 euros) n’ayant pu être
versée, Rahmanian a été
maintenu en détention,
d’après le journal Khorassan.
«
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 u
POLITIQUE
Recueilli par
NATHALIE RAULIN
Photo
RÉMY ARTIGES
J
érôme Fourquet dirige le département Opinion et stratégies
d’entreprise de l’institut de sondages Ifop. Il vient de publier le Nouveau Clivage (Editions du Cerf) où il
décrit la dernière séquence présidentielle comme fondatrice.
Dans votre livre, vous parlez de
la présidentielle comme d’un
basculement «historique». Que
voulez-vous dire ?
Au cours de la campagne, un nouveau clivage a émergé qui s’est, en
partie, substitué au clivage gauchedroite historique. On peut le définir
de plusieurs façons. La plus synthétique est de parler d’un clivage
ouvert-fermé avec, d’un côté, des
Français qui acceptent la globalisation sous toutes ses formes. Et de
l’autre, ceux qui la refusent et s’en
inquiètent. Ce clivage idéologique se
retrouve au plan géographique
et sociologique avec, d’un côté, les
catégories et les territoires bénéficiaires de l’ouverture économique,
comme les grandes métropoles, les
zones touristiques et littorales, puis,
de l’autre, les vieux bassins industriels en crise et ce que le géographe
Christophe Guilluy appelle «la
France périphérique».
Ce phénomène est-il propre à la
France ?
Pas du tout. On l’observe dans
toutes les démocraties occidentales
de façon plus ou moins pure. Nous
sommes arrivés à un nouveau stade
d’évolution de nos sociétés travaillées, d’une part, par la mondialisation économique: délocalisation,
concentration de la matière grise et
des capitaux dans les métropoles. Et
ceci a bien évidemment des répercussions avec une nouvelle géographie électorale qui se dessine.
D’autre part, les sociétés occidentales sont concernées par l’accélération des flux migratoires. De facto,
elles sont devenues multiculturelles, ce qui a aussi des traductions
électorales importantes. L’Allemagne n’avait pas connu de parti
d’extrême droite au Parlement depuis 1945 et, cet automne, l’Alternative für Deutschland (AfD) a
fait 12% des voix. Ce fut le prix électoral du choc migratoire brutal
encaissé par le pays. Même chose en
Italie avec la dislocation du paysage
politique traditionnel et la poussée
des partis populistes. Au RoyaumeUni, c’est la question sous-jacente
de l’immigration est-européenne
qui a conduit au Brexit. On peut
également citer la promesse de
Trump de construire un mur le long
de la frontière mexicaine…
Les Français continuent pourtant de se positionner sur
l’échelle droite-gauche…
C’est exact. Le nouveau monde n’a
pas balayé l’ancien d’un revers de
main. L’ancien clivage n’a pas disparu. Il reposait sur deux oppositions historiques : entre la France
catholique et la France laïque, et
entre le capital et le travail. Tout cela
continue d’exister mais d’autres
phénomènes très structurants ont
émergé. Ainsi, au premier tour,
quatre candidats se sont retrouvés
dans un mouchoir de poche, avec
environ 20% chacun. Mais, pour la
première fois, les deux finalistes,
Le Pen et Macron, sont les deux
pôles incarnant le nouveau clivage
dont je parlais. Fillon et Mélenchon,
représentants de la droite et de la
gauche traditionnelles, sont troisième et quatrième.
N’était-ce pas une configuration
circonstancielle, liée aux affaires qui ont plombé la candidature de François Fillon ?
Je crois plutôt qu’on est à un point
d’inflexion majeur marqué par
une mise en conformité du paysage
électoral avec la réalité sociologique
et économique du pays. Ce réalignement de l’ordre politique était en
gestation depuis au moins vingtcinq ans (avec le référendum sur le
traité de Maastricht, en 1992) mais
les acteurs politiques et des événements lors de cette campagne sont
venus, il est vrai, accélérer ce basculement historique.
Macron serait donc juste arrivé
à point nommé ?
Si vous permettez une formule, on
peut dire que Macron est un François Bayrou qui a eu de la chance
et qui a réussi. En 2007, Bayrou
fait 18,5%. Il termine derrière Royal
et Sarkozy mais il se passe quelque
chose dans sa campagne, centrée
autour du dépassement du clivage
gauche-droite et de la fédération des
bonnes volontés au service d’une
modernisation du pays. Mais à l’époque, l’UMP et le PS sont encore suffisamment solides pour résister à cet
assaut centriste. Or il y avait là un
paradoxe car, pour reprendre l’expression du politologue Philippe
Raynaud, la France, durant les vingt
dernières années, a été gouvernée
autour du principe d’un «centrisme
implicite». On avait certes une gauche et une droite, mais au fond, une
fois élu, compte tenu de la construction européenne et des contraintes
économiques, on menait une politique assez voisine sur les grands
équilibres. On ne sortait pas du «cercle de la raison» si cher à Alain Minc.
Beaucoup de Français ressentaient
cela confusément et s’est accrue
l’idée que l’opposition gauche-droite
sur beaucoup d’aspects était de plus
en plus factice, mais aussi contreproductive. En effet, alors que le
monde changeait, la France faisait
du surplace. L’alternance fonctionnait comme un essuie-glace: la nouvelle majorité commençant par
détricoter ce qu’avait fait la précédente. La situation du pays étant
plus dégradée en 2017 qu’en 2007, la
proposition de Macron a rencontré
davantage d’écho que Bayrou en son
temps. Ce dernier a d’ailleurs bien
senti la chose et a apporté un soutien
important au candidat d’En marche,
qui a de surcroît bénéficié d’un concours de circonstances: un PS laminé par l’exercice du pouvoir et un
candidat de droite effectivement
plombé par les affaires. Il a alors pu
effectuer sa percée en agrégeant un
bloc central.
Cette recomposition politique
est-elle durable ?
La moitié de l’électorat de Hollande
du premier tour de 2012 (soit environ 14% du corps électoral) ayant re-
Libération Lundi 30 Avril 2018
JÉRÔME FOURQUET
«Le nouveau
monde n’a pas
balayé l’ancien
d’un revers
de main»
INTERVIEW
Le politologue estime que nous vivons
«un réalignement de l’ordre politique»
qui se manifeste par «une mise
en conformité du paysage électoral
avec la réalité sociologique
et économique du pays».
Selon lui, nous assistons à la naissance
d’une «nouvelle géographie
électorale».
joint Macron, le PS est sorti en lambeaux de cette séquence, comme on
l’a vu avec le score de Benoît Hamon
à la présidentielle puis avec l’hécatombe des députés socialistes. Stratège, le nouveau président s’est ensuite occupé à fracturer la droite en
débauchant Philippe, Le Maire
et Darmanin. Dès sa prise de fonctions, il s’est appliqué à réorienter
ses messages et sa politique pour
faire bouger le centre de gravité du
macronisme du centre gauche vers
le centre droit. La réforme du marché du travail et de l’impôt sur la
fortune (ISF) et aujourd’hui celle de
la SNCF, ainsi que l’évacuation de
Notre-Dame-des-Landes mais aussi
la loi asile et immigration en témoignent. Cela ne va pas sans déception. Une partie de l’électorat PS qui
a voté Macron par résignation et qui
ne se retrouve pas dans ses réformes
pourrait sans doute repartir vers le
PS. Mais pas sa totalité car il faut
bien voir que la victoire de Macron
a permis le coming out libéral d’une
bonne partie des électeurs socialistes qui l’ont rallié et qui, au fond,
partagent assez ses orientations.
Ils semblent commencer à réviser leur jugement, notamment
au regard des dispositions de la
loi asile et immigration…
La «gauche morale» est mal à l’aise,
c’est certain. Macron n’a pas vampi-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 30 Avril 2018
«On devrait voir
se constituer
un bloc central
européen
réformiste,
de Cohn-Bendit
et Le Drian jusqu’à
Juppé, en passant
par Bayrou,
Borloo et Hulot.»
Jérôme Fourquet,
le 13 avril à Paris.
risé tout cet électorat et il reste un
espace. Mais divisés entre hamonistes et «solfériniens», les socialistes sont relégués pour un moment
à la place d’éternel troisième qu’occupait Bayrou. Les européennes
risquent d’être un cap très difficile à
passer pour eux. Le chef de l’Etat est
en revanche servi par ce calendrier
électoral. Sa première échéance,
ce sont les européennes, et c’est sur
ce sujet que le nouveau clivage que
u 13
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j’évoquais peut s’exprimer à plein.
Juppé avait dit: «Il va bien falloir un
jour couper les deux bouts de l’omelette.» Macron l’a fait et c’est toujours
lui qui tient le couteau. Ces élections
vont être une illustration chimiquement pure de cette recette
bordelaise. On devrait voir se constituer un bloc central européen réformiste, de Cohn-Bendit et Le Drian
jusqu’à Juppé, en passant par Bayrou, Borloo et Hulot. Ce bloc peut
faire autour de 30%. Le Président,
qui a toujours revendiqué son engagement proeuropéen et qui dispose
d’une certaine aura chez nos partenaires, va demander aux électeurs
qu’ils lui donnent la légitimité pour
pouvoir faire avancer son projet de
refonte de l’UE.
L’actuelle boulimie de réformes
ne risque-t-elle pas de lasser ?
Macron a pour lui le fait d’arriver au
bon moment : confusément, une
majorité de Français se disaient
qu’on ne pouvait pas continuer
comme auparavant sur le modèle social, les institutions, etc. D’ailleurs,
si 40% des Français considèrent que
le rythme des réformes est trop
rapide, 40 % disent qu’il est bon
et 20% qu’il est trop lent… Globalement, le mandat de transformation
de Macron est validé pour remettre
la France sur les rails.
Sur la SNCF, justement, l’image de
l’entreprise était meilleure en 1995
qu’aujourd’hui. Il n’y avait pas eu
Brétigny, les pannes à Montparnasse, un TGV finissant sa course
dans un canal en Alsace et les retards chroniques de trains…
Les Français étaient fiers de leur
chemin de fer, ce n’est plus le cas.
D’où l’adhésion au principe d’une
réforme, même si son contenu demeure flou pour une bonne partie
de nos concitoyens. La sélection à
l’université, c’est un peu pareil. L’été
dernier, c’est avec effarement que
les gens ont découvert le système
Admission post-bac (APB) et que
l’affectation des étudiants relevait
de la loterie…
Alors qu’il avait théorisé une parole rare, Macron s’est exprimé
à la télé il y a peu lors de deux interviews. Le signe d’un malaise?
Il lui fallait corriger le tir sur
quelques points. La publicité faite
autour d’une hausse du pouvoir
d’achat en début d’année lui est revenue en boomerang, les Français
ne constatant rien de tel. De même,
il avait annoncé durant la campagne
que la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) ne concernerait que les retraités aisés. Le problème, c’est que des centaines de
milliers de personnes ont voté pour
lui en se disant que cette mesure
ne s’appliquerait jamais à eux parce
que, objectivement, ils ne roulent
pas sur l’or. Qu’elle s’applique à 60%
d’entre eux, à partir de 1200 euros,
fait grincer des dents. L’abaissement
de la limite de vitesse à 80 km/h a
renforcé son image de président des
villes et des riches.
Plus globalement, si des Français
tiquent aujourd’hui, ce n’est pas sur
le rythme des réformes mais sur
leur caractère déséquilibré. La
«France d’en bas» qui n’a pas voté
pour lui considère que les arbitrages ne sont pas en sa faveur. Mais
elle est très diverse et divisée.
Macron part du principe que sa politique de l’offre permettra de réduire les fractures sociales et territoriales avant que cela ne fasse
masse. C’est un pari. •
Carnet
NAISSANCE
Myriam Kouadri-Lamm
et Olivier Lamm
ont la joie immense
d’annoncer la naissance
de leur fils
Elias Isidore
Mehdi Lamm
à Paris, le 26 avril 2018
SOUVENIRS
Amady DIALLO
1950 - 2004
Tout se défait, se refait
Tout meurt, tout renaît
Tout recommence à jamais
Lyon, 10/11/1965 - 19/04/2018
Emmanuelle
GOINEAU
Jacqueline
LENGLET
Bâle, 30 avril 2014...
«Le plus beau présent de la
vie est la liberté qu’elle vous
laisse d’en sortir à votre
heure.»
André Breton
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14 u
FRANCE
Libération Lundi 30 Avril 2018
LIBÉ.FR
Chronique «Classe
action» Pour sensibi-
liser leurs élèves
aux conditions de vie des poilus pendant
la Première Guerre mondiale, deux profs
d’Amiens les ont emmenés dormir dans
une tranchée. Reportage sans sac
de couchage et (presque) sans
téléphone. PHOTO BORIS ALLIN. HANS LUCAS
1er Mai: Le Pen
cherche un nouveau
souffle dans le Sud
La patronne du FN
délocalise le
traditionnel
rassemblement de
son parti à Cannes.
A la recherche de
soutiens, elle ira
ensuite à Nice pour
un raout européen
des nationalistes.
Par
TRISTAN
BERTELOOT
U
n 1er Mai aux antipodes. Alors que mardi,
comme il le fait chaque année, son père honorera Jeanne d’Arc à Paris, Marine Le Pen a carrément
délocalisé celui du Front
national dans le sud de la
France, à Cannes et Nice.
Quand le patriarche en appellera à la pucelle d’Orléans,
sa fille s’affichera entourée
d’une bonne part de ce que
l’Europe compte de formations national-populistes.
On sent que le scrutin continental est le prochain sur
l’agenda et que, pour Marine
Le Pen, autant s’inscrire dans
cette dynamique collective
après son (relatif) échec personnel à la présidentielle.
Poils. Si le cru 2018 marque
une rupture définitive –alors
que Jean-Marie Le Pen ne
fait plus partie du FN –,
depuis 2015 l’hommage annuel du Front à «Jeanne»
n’avait déjà plus rien à voir
avec l’espèce de «marche des
fiertés» qu’il fut jadis. Marine
Le Pen a d’ailleurs tout fait
pour qu’il en soit ainsi.
Il y a trois ans, tandis que le
parti qu’elle dirige réfléchit
au sort à réserver à son (alors)
président d’honneur de père
pas encore exclu, Jean-Marie
Le Pen débarque sur la scène,
perturbant le raout parisien
de sa fille. Peu après, un
groupe de Femen en fait
autant – mais torse nu – depuis le balcon de leur cham-
bre d’hôtel. Trop pour Marine Le Pen, qui se jure alors
qu’on ne l’y reprendra plus,
saisissant la perche pour
modifier la vieille formule
du 1er Mai frontiste. C’est
chose faite dès l’année suivante, quand elle fait le choix
d’honorer le rendez-vous
traditionnel frontiste, mais
en fleurissant une autre statue parisienne de Jeanne
d’Arc, place Saint-Augustin,
en petit comité. Histoire d’en
montrer le moins possible
et de limiter les risque de
débordements, de la part
d’opposants mais aussi des
groupuscules de tous poils,
fort peu «dédiabolisés», qui
ont pris l’habitude, du temps
du père, de se greffer au cortège. A chacun son 1er Mai,
chez les Le Pen il en va désormais ainsi.
Un an après un second tour
de présidentielle raté, on se
demandait quelle forme Marine Le Pen allait donner
à son 1er Mai pour s’éviter les
questions gênantes sur le
nombre d’adhérents frontistes en chute libre et la
perspective d’un maigre cortège parisien. D’où le choix
de Cannes, où l’on trouve
aussi une statue de Jeanne
d’Arc. Pratique, car le même
jour, non loin, est organisé
à Nice un rassemblement du
Mouvement pour l’Europe
des nations et des libertés
(Menl), dont la présidente du
Front national fait partie
avec ses alliés européens.
A Nice, donc, où les identitaires sont bien implantés
(leur leader historique, Philippe Vardon, est un cadre
frontiste influent et vice-président du groupe FN au
conseil régional de Paca),
on verra si Marine Le Pen
félicite de nouveau Génération identitaire pour son
«opération de communication» réalisée la semaine
dernière dans les Alpes, en
référence à l’opération antimigrants qu’ils ont menée
au col de l’Echelle.
Invité, le chef de la Ligue
du Nord, Matteo Salvini, qui
a cartonné dans les urnes aux
dernières législatives, pourrait ne pas être présent à Nice
selon l’AFP, ce qui représenterait un revers symbolique
pour Marine Le Pen, qui s’est
lancée depuis peu dans une
phase de «désenclavement»
du FN en vue des prochaines
européennes.
Soutiens. Le parti d’extrême droite se veut en effet
l’architecte du rassemblement des droites et cherche
des soutiens un peu partout.
C’est vrai sur la scène européenne, ça l’est au moins
autant dans l’Hexagone. Lors
du congrès «refondateur» du
FN, qui s’est tenu à Lille en
mars, le parti «a fait le constat qu’[il] n’arriverait pas au
pouvoir sans alliances», selon un proche conseiller de
sa présidente. Mais pour
l’instant cette stratégie peine
à se concrétiser, en tout cas
en France –mis à part l’appui
de l’ancien ministre des
Transports Thierry Mariani,
qui pourrait rallier une future liste du FN pour les
européennes de 2019, mais
dont les appels à envisager
un «accord» avec le parti
d’extrême droite n’ont pour
l’instant eu aucun écho dans
son camp.
Outre Marine Le Pen, sont
annoncés à Nice le secrétaire
général du FPÖ autrichien,
Harald Vilimsky, le chef du
Parti pour la liberté néerlandais, Geert Wilders, et l’ancien dirigeant du Vlaams Belang belge et actuel président
du Menl, Gerolf Annemans.
Tout ce beau monde est invité à célébrer la montée
des courants nationalistes en
Europe : en France, mais
aussi en Autriche, en Italie,
en Allemagne et en Hongrie.
Marine Le Pen n’a-t-elle
pas été une des premières
à féliciter Viktor Orbán pour
sa récente victoire dans les
urnes ? •
Marine Le Pen au Salon de l’agriculture, le 28 février. PHOTO ALBERT FACELLY
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Libération Lundi 30 Avril 2018
u 15
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LIBÉ.FR
Du plaisir de jouer
au con (mais pas
avec tout le monde)
Libération chronique régulièrement
un jeu de société. Ce lundi, Blanc-manger
coco, un jeu d’apéro qui appuie sur
nos bas instincts. Peut-on encore y jouer
dans le contexte actuel ? On a testé pour vous.
PHOTO MARCUS MOLLER BITSCH
Le problème, ce n’est pas
moi, c’est vous. Voilà, en
somme, la ligne de défense
adoptée par Vincent Bolloré
pour sa première prise de parole à la suite de sa mise en
examen, mercredi, pour
«corruption», «complicité
d’abus de confiance» et «faux
et usage de faux». L’homme
d’affaires est poursuivi dans
le cadre d’une instruction
sur les conditions de l’attribution de concessions portuaires. Le groupe Bolloré est
soupçonné d’avoir sous-facturé des conseils politiques
par le biais de son agence de
communication Havas lors
de campagnes électorales en
Guinée et au Togo, pour décrocher les contrats de gestion des ports de Conakry et
Lomé. Selon l’industriel bre-
ton, les charges des juges
d’instruction reposent avant
tout sur le préjugé raciste que
les pays africains sont une
«terre de non-gouvernance,
voire de corruption».
«J’ai réalisé au cours de ces
derniers jours que ce que nous
faisions en toute bonne foi depuis longtemps, vu à travers
le prisme d’un continent africain considéré comme dirigé
par des équipes sans foi ni loi,
était le terreau d’une suspicion légitime», dit-il dans un
texte publié par le Journal du
dimanche. Bolloré assure que
son groupe a investi 4 milliards d’euros dans l’économie du continent, somme représentant près de 20 % de
ses activités. Puis s’interroge
«sérieusement» : «Faut-il
abandonner l’Afrique?»
Nord Un homme avoue
le meurtre d’Angélique, 13 ans
Un habitant de Wambrechies âgé de 45 ans, soupçonné
d’avoir tué Angélique, 13 ans, qui avait disparu mercredi
à Lille, «a très rapidement avoué les faits et a emmené» les
enquêteurs à «l’endroit où il avait abandonné le corps [à
Quesnoy-sur-Deûle]», a déclaré le parquet dimanche. Sur
son casier figure «une condamnation datant de 1996 pour
des faits commis en 1994, qualifiés de viol avec arme, attentats à la pudeur aggravés et vol avec violence». Il était inscrit
au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles.
Val-de-Marne Un agent se suicide
à l’hôtel de police de Créteil
Un policier s’est suicidé samedi avec son arme de service
dans les locaux de l’hôtel de police de Créteil (Val-deMarne), a appris l’AFP dimanche de source proche du dossier. L’homme, âgé de 44 ans, s’est tiré une balle dans la tête
dans un vestiaire situé dans les sous-sols. Son corps a été
découvert par des collègues, en début d’après-midi. Il était
père de deux enfants, souffrait de dépression et sortait d’un
long arrête maladie, selon la même source. Une enquête
a été confiée à l’Inspection générale de la police nationale.
Paris Le corps de la policière
noyée retrouvé dans la Seine
L’agente de la brigade fluviale qui avait disparu lors d’un
exercice dans la Seine, le 5 janvier à Paris, a été retrouvée
morte dimanche dans le fleuve, quelques centaines de mètres plus loin. La policière de 27 ans s’est noyée lors d’un
exercice de routine à hauteur de la cathédrale Notre-Dame,
alors que la Seine était en crue. Le parquet de Paris avait
confié à l’Inspection générale de la police nationale une
enquête pour rechercher les raisons du drame. Le syndicat
Unsa-police avait demandé l’ouverture d’une enquête
administrative sur les conditions dans lesquelles avait été
réalisé cet exercice.
«Comment imaginer que des
dépenses de communication
de quelques centaines de milliers d’euros comptabilisées
en toute transparence […]
aient déterminé des investissements de centaines de millions d’euros pour des opérations portuaires où l’exigence
technique est considérable, et
obtenus à l’occasion d’appels
d’offres internationaux?» se
défend aussi le milliardaire
sur le fond du dossier.
En garde à vue dans les locaux de l’Office de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales,
Bolloré avait opté pour une
ligne de défense plus évasive.
Selon ces auditions révélées
par le Monde, il a surtout
plaidé l’ignorance : «Je n’ai
pas participé à ces négocia-
Service national
Une période d’un
mois obligatoire
envisagée
«Un service national obligatoire d’un mois, pour tous les
jeunes d’une certaine classe
d’âge à partir de 16 ans, dont
une partie en internat»: voilà
à quoi pourrait ressembler,
selon les informations du
Journal du dimanche, le
futur service national universel (SNU) promis par Emmanuel Macron lors de sa
campagne présidentielle. Au
programme de ce SNU, il y
aurait, toujours selon le JDD,
«des activités sportives, l’enseignement des gestes de premiers secours et l’acquisition
de réflexes en cas de situation
de crise, ainsi que la transmission des valeurs civiques
et républicaines». Mi-février,
le président de la République
parlait d’un «service obligatoire pour les jeunes hommes
et jeunes femmes», pouvant
avoir «une ouverture sur la
chose militaire» mais «dont la
forme pourra être civique».
Dans l’idée de Macron, ce
service national aurait pu
durer un trimestre dans sa
forme minimum, avec un
bonus pour les adolescents
les plus intéressés par l’engagement. Selon le JDD, «les
arbitrages présidentiels sur le
sujet devraient être connus
courant mai».
tions» ; «je ne connais pas le
dossier»; «je n’ai jamais vu la
facture»; «je n’ai jamais vu de
budget»… Selon lui, ces discussions se situent à un niveau hiérarchique trop bas
pour qu’il soit impliqué et
tenu informé avec précision.
Dans un rapport de synthèse
du 25 avril, dont des extraits
ont aussi été publiés par
le Monde, les enquêteurs estiment que les perquisitions
de 2016 au siège du groupe à
Puteaux ont permis de mettre au jour «de nombreux indices qui, de par leur nature
et leur chronologie, caractérisaient les contreparties obtenues par le groupe Bolloré
contre le financement des
campagnes de Faure Gnassingbé et Alpha Condé».
ISMAËL HALISSAT
«Il n’y a aucun volet sur la
question de la sécurité [dans le
rapport sur les banlieues].
[Cet aspect] est totalement
absent, Jean-Louis Borloo
ne l’aborde pas et il l’assume.»
AFP
Bolloré fait diversion dans la presse
ALEXIS CORBIER
député (LFI) de SeineSaint-Denis, sur
France 3, dimanche
Le député insoumis de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière a regretté l’absence d’un volet sécurité dans le rapport sur les banlieues remis jeudi par Jean-Louis Borloo, parlant de manière
générale d’un «plan ranplanplan». Corbière, qui a été reçu vendredi avec le maire de Bagnolet, Tony Di Martino (PS), par le
préfet de Seine-Saint-Denis pour évoquer les difficultés du
quartier de La Capsulerie à Bagnolet, a demandé à être reçu
par le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Alors que les policiers chargés de la lutte contre les stupéfiants à la Capsulerie
sont, selon lui, «une douzaine», il demande leur doublement.
La mode de demain à Hyères
Le festival international
de la mode, de la photographie et des accessoires
de mode de Hyères (Var)
tient actuellement sa
33e édition. C’est chez
Rushemy Botter et Lisi
Herrebrugh qu’on y a
trouvé un goût du bancal,
du détail poétique, de
l’échappée… Ce coupletandem des Pays-Bas évoque dans son vestiaire
masculin les pêcheurs des
Caraïbes, d’où Rushemy
Botter vient et où Lisi Herrebrugh est souvent allée.
Leur streetwear est à la
fois charmant, joyeux, coloré, et convaincant. Les
silhouettes sont d’ici et
maintenant, cool mais recherchées, le côté de bric
et de broc n’empêche pas
le chic, les baskets rehaussées par de grosses semelles de chaussures de ville
sont une sacrée bonne
idée, les filets de pêche détournés en sacs ou en
maillots de corps sont
ludiques. Lors du défilé,
les tenues étaient
accessoirisées de poissons
gonflables portés sur la
tête: comme quoi l’innocence et l’humour ont
aussi leur place dans la
mode. S.Ch.
Botter & Herrebrugh. PHOTO E.TORDOIR. CATWALKPICTURE
A lire en intégralité sur Libé.fr
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16 u
FRANCE ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA BIOÉTHIQUE
Libération Lundi 30 Avril 2018
Le mouvement ultraconservateur Alliance Vita a ouvert une fausse boutique anti-PMA et GPA en plein cœur de Paris, le 18 avril.
PMA Les réacs
cornaquent l’éthique
Les mouvements conservateurs ont profité des Etats généraux
de la bioéthique, qui se terminent ce lundi, pour se mobiliser
sur la question de la procréation, l’un des neuf thèmes proposés
à la consultation. Et ont encouragé leurs troupes à profiter d’une
participation moindre de leurs adversaires pour monopoliser le débat.
Par
VIRGINIE BALLET
Photo STÉPHANE REMAEL
A
gacée, dépitée, mais pas
abattue: le 18 avril, Laurine,
23 ans, étudiante, est venue
clamer sa colère devant la fausse
boutique éphémère ouverte par Alliance Vita en plein cœur de Paris.
«Le fait qu’ils aient les moyens de se
payer un espace pareil démontre à
quel point on ne lutte pas à armes
égales», déplorait la jeune Strasbourgeoise, lesbienne et partisane
de l’ouverture de la procréation
médicalement assistée (PMA) à
toutes les femmes. Poupons en
plastique flanqués de code-barres,
fausses mères porteuses… Avec
ses 60 m² de «showroom privé»,
le mouvement ultraconservateur
entendait fustiger PMA et gestation
pour autrui (GPA) dans une sorte de
coup marketing final, à quelques
jours de la clôture, ce lundi, des
consultations et débats citoyens
organisés dans le cadre des Etats généraux de la bioéthique.
Pour Laurine, ces Etats généraux
ont tout d’un rendez-vous manqué:
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Libération Lundi 30 Avril 2018
u 17
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
A l’hôpital de Doullens, big débat
sur les big data
Dans le cadre des Etats
généraux, le personnel
médical de l’établissement
de la Somme discutait de
la possibilité de faire rentrer
un algorithme dans la prise
en charge aux urgences.
A
Doullens, bourgade à 10 kilomètres
d’Amiens (Somme), on s’attend
à tomber sur un petit hôpital,
essoufflé et isolé, sans trop de moyens
ni trop d’avenir. Il n’en est rien. Certes, il y
a une dizaine d’années, l’établissement
en déficit a été menacé, mais aujourd’hui,
avec un gros service de médecine, des
consultations spécialisées ainsi que des urgences qui fonctionnent à plein, il marche
plutôt bien. Le lieu fait même office de premier recours dans un territoire où la médecine de ville est faible.
Fin février, comme preuve de cette vitalité
retrouvée, s’y déroulait un débat dans le cadre des Etats généraux de la bioéthique. Le
thème de cette discussion organisée
par l’espace régional de Picardie est assez
moderne : «Algorithme-diagnostic aux
urgences de l’hôpital.» Diable, qu’est-ce
que cela peut bien vouloir dire ? En fait,
cela s’inscrit dans l’un des neuf points de
consultation retenus par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), à savoir les
«données de santé».
Smartphone. Les big data renvoient
à l’ensemble des informations collectées
dans le cadre du soin. Depuis une dizaine
d’années, leur quantité s’est considérablement accrue, notamment avec les progrès
de la santé dite connectée, mais aussi avec
le développement des études épidémiologiques sur de grandes populations et la
possibilité de les coupler avec des données
médicales. On peut ainsi faire des rappro-
«Nos voix pèsent très peu face à toute
cette propagande réac.» Ils sont de
fait nombreux à nourrir un sentiment de frustration à l’égard de ce
grand raout qui va servir de base à
d’éventuelles évolutions législatives
sur des questions telles que la fin de
vie ou la procréation. Certes, le site
participatif ouvert mi-janvier par
le Comité consultatif national
d’éthique (CCNE) est ouvert à tous.
Quelques jours avant de fermer
boutique, plus de 60000 contributions avaient été déposées. Une
performance que Virginie Rio, cofondatrice du collectif de patients
Bamp, engagé sur les questions liées
à la fertilité, préfère nuancer : «Le
site est assez fouillis, c’est compliqué
de s’y retrouver.» A moins d’avoir été
briefé sur le sujet. C’est, selon elle,
le cas de beaucoup de militants anti-PMA, sujet qui a suscité le plus de
crispation au cours des derniers
mois.
«DÉBATS NOYAUTÉS»
Ce sont d’ailleurs les thématiques
relatives à la procréation qui ont attiré le plus de contributions sur le
site du CCNE : près de 27 000, dé-
chements et, comme en Finlande, essayer
de déterminer des facteurs de risques de
certains cancers. Sont-ils liés à des facteurs
environnementaux ou familiaux, voire
génétiques? Les données se multiplient,
et parfois hors du cadre de soins. «Le développement d’objets connectés et autres
applications permet le recueil systématique
et à grande échelle de données intéressant
la santé, comme le rythme cardiaque et
le poids, ou l’hygiène de vie, les habitudes
et l’alimentation», note le CCNE.
Tout cela, évidemment, soulève des problèmes éthiques. A l’hôpital de Doullens,
près d’une centaine de membres du
personnel étaient donc réunis pour en discuter au cours d’un débat ouvert au public
mais boudé par les usagers. L’idée: discuter
des avantages et inconvénients de la mise
en place d’un algorithme qui pourrait aider
les services d’urgence quand un patient y
arrive. En somme, formaliser son interrogatoire pour déterminer l’urgence de la
prise en charge, puis la pathologie, dans le
but d’éviter les erreurs comme les malentendus. Avec l’aide d’une entreprise de
communication pour la réunion, tout est
codé : chaque participant peut, via son
«Le développement
d’applications permet
le recueil systématique
et à grande échelle
de données intéressant
la santé, comme
le rythme cardiaque
et le poids.»
Le Comité consultatif
national d’éthique
posées par environ 14000 participants. Hasard? C’est ce thème que
«la Manif pour tous» a choisi de mettre en avant sur son site internet.
Pour encourager ses ouailles à s’exprimer, le mouvement né en 2012
pour protester contre la loi Taubira
clame toujours : «Vous pensez que
l’enfant a besoin d’un père et d’une
mère? […] Vous êtes inquiets à l’idée
que l’Etat institue et organise la conception volontaire d’enfants orphelins de père? Vous souhaitez empêcher cela? C’est le moment d’agir!»
Cette vision caricaturale et alarmiste, on la retrouve chez Alliance
Vita, mouvement contre l’IVG et
l’euthanasie fondé par Christine
Boutin il y a vingt-cinq ans, et qui
alerte (entre autres) sur un risque de
«marché de la procréation», voire
d’«eugénisme d’Etat». «Ce sont des
termes que l’on a beaucoup retrouvés
lors des débats organisés en région»,
observe Virginie Rio. Et de poursuivre: «Ces discours radicaux, dogmatiques, ont rendu les débats de fond
impossibles.» Le collectif Bamp
aurait par exemple souhaité pouvoir
débattre de la possibilité de «vérifier
la viabilité d’un embryon avant de
smartphone, réagir et répondre en direct.
Les remarques fusent, les interrogations
aussi. Qui aura le dernier mot? Le logiciel
ou le médecin? Une infirmière: «C’est pas
mal, cela permet de ne pas être en conflit direct avec le patient.» Une autre: «L’avantage est de ne plus avoir à supporter les humeurs du chef.» Un chef de service: «Cela
peut permettre de pallier le manque de médecins?» Un cadre administratif: «Cela peut
réduire le temps d’attente, non? Mais n’y at-il pas de risque médico-légal?» Une aidesoignante: «Cela ne risque-t-il pas de retirer
du sens à notre métier? Et les patients, qu’en
diront-ils? Ils auront face à eux des gens qui
se comporteront comme des ordinateurs!»
«Consentement». Dans le débat revient
cette question : à qui appartiennent les
données du patient? C’est l’une des interrogations fortes mises en avant sur le site
du CCNE: «Comment accepter que nos données personnelles puissent être utilisées sans
notre consentement?» «Faut-il imaginer des
aménagements au consentement libre et
éclairé?» Ou encore: «Dans un contexte où
des données personnelles peuvent être utilisées en l’absence de toute transparence,
comment concilier des objectifs comme celui
de la protection de la vie privée et celui de
l’intérêt collectif?» A l’issue de trois heures
de débats, on a eu le sentiment d’un
échange utile, mais un rien limité car,
comme souvent, aucun usager de santé
n’est présent, alors même que ce type d’informatisation touche à la relation malademédecin. L’initiateur, lui, était content. Le
professeur Alain De Broca, responsable
d’une unité de soins palliatifs pédiatriques
au CHU d’Amiens, lâchant en guise de
conclusion: «La démarche éthique, c’est ce
que l’on vient de faire, se déplacer, se mettre
en marche, se mettre à la place des autres.»
ÉRIC FAVEREAU
Envoyé spécial à Doullens
l’implanter», ou encore de l’autoconservation des ovocytes, moyen
de libérer les femmes de l’impératif
de l’horloge biologique pour ses
défenseurs, machine à faire des
bébés sur commande pour ses
détracteurs…
Les mouvements conservateurs se
sont montrés particulièrement soudés, mobilisés, organisés, battant
le rappel régulièrement sur les réseaux sociaux, jusqu’à être soupçonnés de réserver un maximum
de sièges lors des débats locaux
pour être sûrs d’occuper l’espace.
«Comme en 2012, les débats ont été
noyautés par la Manif pour tous et
consorts, qui cherchent à faire infuser leur vision clairement religieuse
de la société», estime Catherine Mi-
chaud, présidente de GayLib, mouvement associé à l’UDI et regroupant les LGBT de droite et de centre
droit, pour qui le récent discours
d’Emmanuel Macron devant la
Conférence des évêques de France
a pu «encourager ce type de prises de
position».
«SECTAIRE»
La communauté catholique s’est
elle aussi beaucoup impliquée dans
les débats. Un site internet, Un jour,
un argument, a même été lancé
pour familiariser ceux qui le souhaitent avec les différentes positions de l’Eglise sur les sujets au
programme, le tout sur la base des
fiches bioéthiques publiées par la
Conférence des évêques de France.
Pas étonnant, dès lors, de retrouver
certains éléments de langage dans
les quelque 180 débats régionaux,
qui ont parfois pris une tournure
mouvementée. Stéphanie, architecte de 30 ans et mère d’une petite
fille née d’une PMA réalisée en
Espagne avec sa compagne, garde
un souvenir aigre d’un événement
organisé en février à Lyon sur ce
thème: «Une centaine d’opposants
étaient présents, contre une petite
dizaine de pro. J’aurais voulu des
débats équilibrés, mais les anti ont
très vite agité des chaises et fait du
bruit pour couvrir nos propos.» Résultat : comme beaucoup, la jeune
femme a renoncé à se rendre à ces
soirées thématiques. «Je me suis
déjà beaucoup trop fait chahuter il y
a cinq ans, dit-elle. A quoi bon continuer de me faire insulter dans mes
convictions ?»
«C’est inquiétant cette volonté d’empêcher la prise de parole de ceux
qui ne partagent pas leurs points de
vue extrêmes, c’est propre à tout
mouvement sectaire ou intégriste»,
observe l’immunologue lyonnais
Jean-Louis Touraine (par ailleurs
député LREM), lui aussi invité
à prendre la parole et pour qui on
est face à des «combats d’arrièregarde, un fanatisme qui n’est pas
raisonnable, qui entretient le désordre, les peurs». Mais pour la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de La Rochère, tout va bien
dans le meilleur des mondes. Dans
une vidéo mise en ligne le 17 avril,
elle se félicite de l’expression de
tant «d’arguments divers, fondés,
réfléchis» signifiés de «manière
calme, sereine, paisible». Œillères
pour tous ? •
DES CONTRIBUTIONS, ET APRÈS ?
Près de 27 000 contributions sur l’Aide à
la procréation, 18 000 sur la fin de vie, 7 000
sur la recherche sur l’embryon, et plus de 1 000
sur les big data. En chiffres, les Etats généraux
de la bioéthique, qui s’achèvent ce lundi,
auront été un succès. Et le Pr Jean-François
Delfraissy, président du Comité consultatif
national d’éthique (CCNE), qui en est
l’organisateur, a tout lieu de s’en réjouir, lui
qui voulait faire sortir la bioéthique du cénacle
des experts. La phase qui s’ouvre désormais
est délicate.
Si les débats ont paru s’apaiser sur la fin de vie,
ils se sont durcis sur la procréation artificielle,
où aucun dialogue n’a été possible (lire cicontre). Formellement, le CCNE va analyser
toutes ces contributions, puis attendre la
rédaction d’un rapport par une commission de
citoyens, avant de rendre un avis à la fin du
mois de mai.
Tout reste ouvert. Autorisera-t-il ou pas la PMA
aux couples de lesbiennes ? Mettra-t-il
fin à l’anonymat des donneurs ?
Quid de la congélation d’ovocytes ? Et, bien sûr,
fera-t-il bouger ou pas la loi sur la fin de vie ?
«L’enjeu est aussi d’ouvrir ou pas les lois
de bioéthiques à d’autres champs, comme
les big data [lire ci-dessus, ndlr], analyse
Emmanuel Hirsch, qui dirige l’Espace éthique
de la région Ile-de-France. Avec cette question :
faut-il aller vers une loi cadre qui fixe des grands
principes ? Ou bien rester dans le cadre d’un
texte qui autorise ou interdit des pratiques ?»
Le gouvernement décidera. É.F.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
18 u
FRANCE
Libération Lundi 30 Avril 2018
LIBÉ.FR
Chronique «Ebats
dis donc» Olivia Nova,
Olivia Lua, Shyla Stylez, Yuri
Lov, August Ames… Les pornstars meurent
et tout le monde s’en fout. Pourtant, c’est en
grande partie de notre faute, les spectateurs.
Les facteurs sont multiples, mais il existe des
raisons liées à la manière dont est exercé ce
métier et dont il est perçu. PHOTO DR
Moustique tigre,
attention au pic
«Aedes albopictus» transmet la dengue, le chikungunya…
Les autorités
sanitaires ont
appelé ce week-end
à la vigilance alors
que l’insecte est
déjà présent dans
42 départements
métropolitains,
«un chiffre qui
a doublé en
deux ans.»
Par
ÉRIC FAVEREAU
I
l est là, il voyage, il s’installe. Ce week-end, les
autorités sanitaires ont
appelé à la vigilance envers
cet insecte vecteur de plusieurs maladies, comme le
chikungunya, la dengue ou
le zika. Le moustique tigre
serait désormais présent
dans 42 départements de métropole. «Ce chiffre a doublé
ces deux dernières années»,
a souligné dans un communiqué la Direction générale
de la santé (DGS).
D’abord, une remarque: tout
moustique n’est pas un
PHOTO MARCHAL. ANDIA.FR
moustique tigre. Ce dernier fulgurante qui lui vaut d’être
est très facile à identifier classé parmi les dix espèces
grâce à des rayures noires et les plus invasives au monde.
blanches qu’il présente sur le En Europe, c’est via l’Italie
corps et sur les pattes. Ap- qu’il est arrivé, dans les anpelé également Aedes albo- nées 90. Et depuis les années
pictus, il est de petite taille 2000, son implantation en
(plus petit qu’une pièce de France est surveillée, en par1 centime d’euro), ne dépas- ticulier dans les régions
sant pas 1 centid’importation
L’HISTOIRE de pneus où le
mètre d’envergure. Originaire
tigre vient ponDU JOUR
des forêts tropidre. Une popucales d’Asie du Sud-Est, il a lation d’Aedes albopictus a
montré de grandes capacités ainsi été mise en évidence
d’adaptation à de multiples dans le sud-est de la France
environnements, y compris en 2004, à Menton. La suren milieu urbain, en coloni- veillance a permis ensuite
sant une foule de récipients de suivre sa progression.
dans lesquels il pond ses
œufs.
Pneus. Grâce au commerce
international, et notamment
à celui des pneus usagés,
l’Aedes albopictus a ainsi été
progressivement introduit
sur les cinq continents ces
trente dernières années.
Aujourd’hui, il triomphe, implanté dans plus de 80 pays
d’Asie, de l’océan Indien, du
Pacifique, d’Afrique, du bassin méditerranéen et des
Amériques. Une expansion
«En raison des
voyages entre la
métropole et
la Réunion, il
existe un risque
d’importation
de la dengue.»
Direction générale
de la santé
En 2014, l’espèce a colonisé
la quasi-totalité des départements des Alpes-Maritimes,
du Var, des Bouches-duRhône et la Corse. Et à ce
jour, elle est implantée dans
42 départements de France
métropolitaine.
Reste qu’en ce printemps 2018, le moustique
tigre est d’abord et surtout
largement présent en outremer. Là, il fait plein de petits,
«notamment dans l’océan
Indien où il est actuellement
à l’origine d’une épidémie de
dengue sur l’île de la Réunion. Ces dernières semaines,
en raison des voyages entre la
métropole et la Réunion, il
existe désormais un risque
d’importation de ce virus»,
insiste la DGS dans son communiqué de surveillance.
Ce qui fait craindre l’apparition de cas autochtones,
c’est-à-dire des personnes
piquées et contaminées en
métropole.
Transmission. Les autorités sanitaires recommandant
aux personnes qui vont à la
Réunion «de se protéger contre les piqûres de moustique,
y compris en journée, en utilisant des répulsifs pour la
peau et les vêtements et en
portant des vêtements longs et
amples». La DGS rappelle
que 11 cas autochtones de
dengue ont été signalés dans
l’Hérault en 2014 et 7 dans le
Gard en 2015. Et 17 cas
autochtones de chikungunya
dans le Var l’an dernier.
Comment expliquer ces bouffées épidémiques ? Depuis
quelques années, tous les
experts ont noté une baisse
dans la lutte antivectorielle.
La transmission se fait en effet via le moustique: celui-ci
pique une personne déjà contaminée par ces virus puis
contamine les personnes
qu’il piquera par la suite.
D’où la lutte essentielle contre les lieux où il se reproduit.
Ainsi, pour éviter sa prolifération, «il est très important
de supprimer les eaux stagnantes». La Direction générale de la santé insiste sur des
gestes –basiques, comme enlever les soucoupes des pots
de fleurs, changer l’eau des
vases plusieurs fois par semaine ou mettre à l’abri de la
pluie tout objet pouvant se
remplir d’eau. Mais aussi, et
surtout, recommande l’usage
sytématique d’antimoustiques. •
SPORTS
Foot Lyon au rendez-vous de la finale
Les tenantes du titre seront là: les joueuses de l’OL se sont
qualifiées dimanche pour leur septième finale de Ligue
des champions depuis 2010, grâce à un but de Lucy Bronze,
le seul marqué lors des demi-finales aller et retour face
à Manchester City. Vainqueures du trophée européen
en 2011, 2012, 2016 et 2017, les Lyonnaises affronteront
Wolfsburg le 24 mai. PHOTO F. FOUDROT. REUTERS
Tennis Parmentier retrouve un titre
A 32 ans, la Française Pauline Parmentier, 122e mondiale,
a décroché dimanche le tournoi d’Istanbul face à la Slovène
Polona Hercog. C’est son 3e titre sur le circuit mondial, le 1er
depuis dix ans et sa victoire, déjà sur terre battue, à Bad
Gastein (Autriche), à l’été 2008. PHOTO AFP . ANADOLU
Hand Les clubs français cartonnent
Inédit: il y aura trois clubs français dans le Final Four de
la Ligue des champions de hand (26-27 mai). Dimanche,
en quart de finale retour, Nantes et Montpellier ont rejoint
le PSG, le premier avec un match nul chez les Danois de
Skjern, le second à domicile, en éliminant Flensbourg
(29-17). PHOTO M. DALEGAARD. AFP
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Libération Lundi 30 Avril 2018
LUNDI 30
Des pluies se produisent sur les Hauts-deFrance. Quelques averses se déclenchent
des Pyrénées aux Alpes. Le temps est plus
changeant avec quelques éclaircies ailleurs.
L’APRÈS-MIDI On retrouve un temps très
changeant avec des nuages instable et
quelques averses. Mais globalement, le
ressenti est plus favorable que la veille mais
si la fraîcheur persiste.
Lille
0,6 m/12º
Caen
Paris
Strasbourg
Brest
Paris
75 PARIS
Document
LIB_18_04_30_75_PUBLILEGAL_18-054_6265024.pdf;Date : 24. Apr 2018 - 12:03:56
AVIS :DIVERS
- RAPPEL CONCERTATION
Dijon
0,6 m/13º
Dijon
Nantes
0,6 m/14º
Lyon
1 m/16º
Nice
Montpellier
1/5°
Soleil
Agitée
Toulouse
Marseille
6/10°
Éclaircies
Peu agitée
Voilà un an que nous avons partagé ensemble le diagnostic, venez maintenant
échanger avec l’équipe projet lors de
l’atelier ouvert à toutes et à tous :
Bordeaux
Nice
Montpellier
Marseille
1 m/17º
-10/0°
Participez à la transformation
du quartier Bédier - Boutroux
Lyon
Bordeaux
Toulouse
Ouverte par arrêté en date du 12 avril 2016 conformément aux dispositions
des articles L.300-1, L.103-2 et suivants, et R.103-1 et suivants du Code de
l’Urbanisme
PROJET D’AMÉNAGEMENT URBAIN BÉDIER-OUDINÉ
Orléans
Nantes
1 m/15º
Strasbourg
Brest
Orléans
IP 04 91 27 01 16
Libération est officiellement habilité pour l’année 2018 pour la publication des annonces légales
et judiciaires par arrêté de chaque préfet concerné dans les départements : 75 (5,50 €) 92 (5,50 €) - 93 (5,50 €) tarifs HT à la ligne définis par l’arrêté du ministère de la Culture et la
Communication de décembre 2017
0,3 m/13º
Caen
IP
legales-libe@teamedia.fr 01 87 39 84 00
Direction de l'urbanisme
Lille
0,6 m/11º
11/15°
Nuageux
Calme
Fort
le Mardi 15 mai 2018 à 19h00 :
Atelier d’approfondissement
1 m/17º
16/20°
Pluie
21/25°
Couvert
Modéré
26/30°
Orage
Centre social Toussarego
21 avenue Claude Régaud, Paris 13ème
31/35°
Pluie/neige
36/40°
Lille
Caen
Brest
Nantes
Paris
Strasbourg
Dijon
MIN
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13
9
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14
FRANCE
Lyon
Bordeaux
Toulouse
Montpellier
Marseille
Nice
Ajaccio
ABONNEZ
MAX
10
8
7
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12
19
14
15
18
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19
MONDE
Alger
Berlin
Bruxelles
Jérusalem
Londres
Madrid
New York
MIN
MAX
14
16
7
19
5
7
6
15
20
8
29
7
14
15
A FLEUR DE POT
Capital social : 1000 euros.
Siège social : 1 Rue de la Dhuys - 93470
COUBRON
Objet : Fleuriste, décorations florales, activités annexes et toute autre activité se rapportant à l’objet social.
Président : Mme DOLLAIN Sandrine demeurant 50 Rue Pascal LECOINTRE - 93600
AULNAYS SOUS BOIS
Durée de la société : 99 ans à compter de son
immatriculation au RCS BOBIGNY.
DÉMÉNAGEURS
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20 u
Libération Lundi 30 Avril 2018
IDÉES/
THOMAS
COUTROT
LIBÉRER
LE TRAVAIL.
Seuil,
308 pp., 20€.
DAVID
FRAYNE
LE REFUS
DU TRAVAIL
Ed. du Détour,
300 pp., 22 €.
En 1995, l’économiste Jeremy Rifkin théorisait la «fin du travail» avec la robotisation du monde. Une thèse que rejette Thomas Coutrot. PHOTO OLIVIER METZGER
Au 1er Mai, le travail doit
changer, ou disparaître
Entre les «bullshit jobs»,
le chômage et les
burn-out, il est temps
de repenser le travail,
toujours si central dans
la société. Dans leurs
essais respectifs,
l’économiste Thomas
Coutrot et le sociologue
David Frayne se
retrouvent sur ce
constat, mais pas dans
la manière d’en sortir.
Par
AMÉLIE QUENTEL
D
isons-le tout de go: l’écriture de cet article
a relevé de la schizophrénie. Sa rédaction
fut entamée un jour férié, quand, a priori,
personne ou presque ne travaille. Pourtant, c’était
bien deux livres sur la critique de cette valeur cardinale de notre société – le travail, donc – qui
nous occupaient ce jour-là. Leurs titres: Libérer
le travail, de Thomas Coutrot, et le Refus du travail, de David Frayne. Tout cela était un peu ironique, mais qu’importe: on a eu l’impression de
ne pas perdre notre temps. Mieux, de l’avoir utilisé d’une façon enrichissante, loin du «travail
abstrait» que dénonce le premier essai cité. En
somme, d’avoir fourni un «travail concret» en
présentant deux ouvrages stimulants: soit une
activité ayant du sens, à la fois bénéfique pour
nous et pour les autres –du moins, on l’espère.
Dans le cas ci-présent: la joie d’entrevoir des pistes de réflexion enthousiasmantes.
SORTIR DU CARCAN
A l’heure où le nombre de personnes en situation précaire est au plus haut – les
«bullshit jobs», l’auto-entrepreneuriat ou encore
le chômage entraînant leur lot d’angoisses et
d’insécurité, tant matérielle que physique et
psychologique– et où, dans le même temps, cel-
les et ceux qui ont un travail à plein temps semblent parfois au bord du précipice – burn-out,
bore-out, dépression… –, la critique du travail,
pas nouvelle (Marx, Lafargue, l’Ecole de Francfort), connaît ces derniers temps un regain d’intérêt; comme en atteste l’organisation de la journée «Tout le monde déteste le travail»,
en janvier, à Paris. L’idée de plus en plus partagée dans la France d’un Emmanuel Macron souhaitant «libérer le travail» en le libéralisant toujours plus : «On vaut mieux que ça». D’où cette
question : comment sortir du carcan de ce que
Hannah Arendt nommait la société de «travailleurs sans travail», où la plupart de ceux qui
en ont un se voient, d’après l’économiste Thomas Coutrot, «harcelés, pressurés, déprimés,
juste bons à [s’]endetter, à consommer et à polluer
à outrance pour [se] sentir encore exister» ?
Faut-il, dans ces conditions, continuer à faire
avec, et si oui, comment? Ou, alors, soyons fous
–question de point de vue, on le verra–, imaginer un monde sans ?
Ce sont tous ces enjeux qui sont explorés par le
cofondateur des Economistes atterrés Thomas
Coutrot et David Frayne, sociologue et enseignant britannique. Mais si les deux auteurs par-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
tagent le même constat –la situation actuelle est
devenue intenable, tant sur le plan sanitaire, social, démocratique, qu’environnemental –, ils
n’esquissent pas, malgré des accointances intellectuelles évidentes, les mêmes solutions. Quand
le second, dans la foulée du philosophe
André Gorz, propose d’envisager de se «libérer
du travail», au nom du refus de ce «dogme socialement construit» qui «colonise nos vies», le premier, lui, promeut plutôt l’idée que «la liberté du
travail pourrait constituer un pilier [d’un avenir
désirable]». Mais attention: cette liberté n’aurait
de sens qu’en changeant le prisme d’appréhension du travail lui-même, en réfléchissant à sa
réorganisation et à ses finalités. Tâche que la
gauche, qu’elle soit productiviste ou autogestionnaire, a échoué à mettre en œuvre selon les deux
intellectuels, qui estiment d’ailleurs que le changement ne viendra pas de l’Etat mais de «l’existence d’une réserve latente d’énergie sociale inemployée» (Thomas Coutrot).
LES LEVIERS D’ACTION
David Frayne propose donc de déconstruire la
centralité de cette valeur dans nos sociétés
– remettant en perspective l’idée largement
répandue que le chômage serait nécessairement
une souffrance –, tandis que Thomas Coutrot
affirme que, dès lors que le travail sortirait de son
abstraction, il n’y aurait «aucune raison de regretter [cette centralité], bien au contraire». L’ex-porte-parole d’Attac, convaincu des bienfaits du
«travail concret, vivant, par opposition au travail
prescrit, abstrait, mort» pour établir une société
plus durable et juste, ne croit pas à la fameuse
«fin du travail» théorisée en 1995 par l’économiste Jeremy Rifkin. Selon cette thèse, la robotisation –et, dans le contexte actuel, la numérisation – du monde augmenterait les gains de
productivité, et aurait pour effet d’amoindrir le
nombre de tâches réalisables par les humains.
D’où la nécessité de mieux distribuer les activités
restantes, avec une réduction du temps de travail
pour tous. Pour Thomas Coutrot, ce genre de raisonnement sur la répartition des gains de productivité, porté par une partie de la gauche, est
«un peu court». Selon lui, «rien n’est produit sans
travail vivant».
Il s’agirait plutôt de contrer l’abstraction, la standardisation et la subordination croissantes de
nos activités issues du capitalisme mondialisé,
en plaçant au centre des préoccupations politiques la qualité du travail, tant du côté de son activité que de ses produits (individuels, sociaux).
Les leviers d’action déjà disponibles, illustrés
dans le livre par des exemples, ayant prouvé leur
efficacité : l’autogouvernance en entreprise, le
travail collaboratif ou encore «l’éthique du care».
Thomas Coutrot revient aussi sur les tentatives
«souvent futiles, parfois stimulantes» du monde
patronal de faire changer les choses, avec le concept de «l’entreprise libérée» (idée basée sur
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6B
26
11
AVRIL
MAI
Henri Curiel ou
le droit à la mémoire
l’autonomie et la participation des salariés, valable sur le papier, mais viciée par la persistance
du pouvoir des actionnaires, etc.). D’où son adhésion à la proposition «féconde» de l’économiste Bernard Friot pour le «salaire à vie» : un
salaire de base garanti, correspondant au niveau
de qualification et à l’expérience de chacun, indépendant de sa position conjoncturelle sur le
marché du travail. Chaque travailleur devrait,
en outre, être copropriétaire d’usage de son outil
de travail.
David Frayne, lui, s’inscrit dans la «politique du
temps» théorisée par André Gorz, corrélée au versement d’un revenu de base, universel et inconditionnel : moins d’heures travaillées – ou pas
d’heures travaillées du tout–, plus de temps libre
et, a fortiori, une plus grande capacité des individus à se consacrer à leur «développement personnel»… et donc au développement d’une société
bonne. Voilà un autre point de divergence entre
David Frayne et Thomas Coutrot: le premier développe l’idée selon laquelle plus de temps libre
permettrait de mieux se consacrer à la «vigueur
de la démocratie», et le second avance qu’une revitalisation démocratique – et une baisse de
l’abstention et du vote FN notamment – ne
pourra advenir qu’en renforçant l’autonomie des
travailleurs.
Dans l’ouvrage de David Frayne –et c’est l’un de
ses aspects les plus intéressants–, des individus
évoquent tout cela: l’essai regorge de témoignages d’hommes et de femmes, d’horizons divers,
qui s’estiment plus épanouis depuis leur décision de travailler moins, voire de ne plus travailler du tout. Loin du manichéisme d’un livre
qui tenterait de faire croire qu’un tel mode de
vie n’aurait aucun inconvénient – et que le travail serait forcément déplaisant–, les personnes
interviewées, «tout à fait ordinaires», n’éludent
pas les difficultés financières et sociales inhérentes à un tel choix. Elles sont, malgré tout,
plus contentes : «l’éthique valable» qu’elles ont
choisie s’avère plus profitable, loin des clichés
d’oisiveté ou d’assistanat, que «l’éthique du travail». D’autant qu’a contrario de Thomas Coutrot, David Frayne estime que, dans une certaine
mesure, «le travail sera toujours aliéné tant que
certaines demandes en matière de liberté demeureront sans réponse». Et que ces demandes ne
seraient que très peu en mesure d’être satisfaites… Mais peut-être les deux auteurs sont-ils en
mesure de trouver un point d’entente, malgré
le débat pour l’instant irrésolu à gauche sur le
revenu de base : pour Thomas Coutrot, «la réduction du temps de travail est tout à fait souhaitable pour mieux répartir le travail, à condition de se défaire de la vision abstraite d’un
partage quantitatif et de veiller à sa transformation qualitative». D’après eux, avec un peu
d’imagination, la fin du statu quo et l’avènement d’une nouvelle société pourraient bien
être possibles. •
Il y a quarante ans
disparaissait cet ancien
résistant et militant
anticolonialiste. N’est-il
pas temps qu’une rue
porte son nom ?
L’
exécution au colt 45 eut lieu,
finalement, le 4 mai 1978,
voici quarante ans. Elle avait
été précédée par une campagne de
diffamation menée par quelques
niais utiles. La première fois
qu’Henri Curiel risqua une mort
prématurée, c’était à l’automne 1942
alors que l’Afrikakorps de Rommel
arrivait aux portes du Caire avec le
soutien d’officiers égyptiens qui lui
étaient favorables (Anouar el-Sadate
échappa de justesse au peloton
d’exécution britannique). Henri
Curiel avait pris le parti inverse.
Sans doute la police l’arrêta-t-il par
souci d’équilibre. Ses codétenus pronazis décidèrent de l’étrangler au lacet, vieille méthode ottomane. Il fut
sauvé par la victoire d’El Alamein.
Quelques gaullistes historiques pour
qui l’exercice de la mémoire ne fut
jamais un devoir, mais un plaisir,
n’oublièrent pas les services rendus
par le jeune Cairote (28 ans) progressiste qui consacra à la cause de la
Résistance française les moyens
matériels de sa famille (il était fils de
banquier). La diplomatie gaulliste
eut de nouveau recours à ce farouche
électron libre après le retour du
Général au pouvoir, en 1958, pour
réparer les dégâts causés par l’expédition de Suez, en 1956, monument
de bêtise imaginé par des nains politiques. Le contact fut renoué par l’intermédiaire de Curiel, expulsé
d’Egypte par le roi Farouk, et de ses
amis juifs égyptiens qui subirent le
même sort et l’avaient rejoint à Paris.
Ils avaient tous gardé des amitiés
parmi les «officiers libres» qui entouraient Nasser. Une réconciliation intervint. On en sut gré à son initiateur.
Lorsque Francis Jeanson, fondateur
du réseau d’aide au FLN rassemblant
#CestQuoiTaFrance
1968
2018
www.cestquoitafrance.eu
des Français communément appelés
«porteurs de valises», fut grillé et
contraint à se cacher, Curiel accepta
de reprendre le flambeau. Arrêté, il
fut incarcéré à Fresnes. Après les
accords d’Evian, ses amis s’attendaient à une mesure d’expulsion assortie d’une interdiction de séjour en
France. C’eût été de bonne guerre
s’agissant d’un apatride. Etonnamment, aucune mesure d’expulsion
n’intervint. Et non seulement Curiel
fut autorisé à rester en France, mais il
reçut licence de créer Solidarité, sans
subir de tracas de l’administration
française ni même des services secrets (Sdece et DST). Solidarité était
une sorte d’université qui recevait
des militants du monde entier auxquels elle enseignait les règles et
techniques du combat clandestin:
repérage et cassure de filatures policières, impression de tracts avec des
moyens dérisoires, fabrication de
faux papiers, mesures à prendre contre les infiltrations hostiles, maniement des armes et des explosifs.
Pourquoi, comme le suggère Régis
Debray dans Bilan de faillite (Gallimard, mai 2018), ne pas donner le
nom d’Henri Curiel à l’escalier qui
relie la rue Rollin (Ve), où il habitait,
à la rue Monge, et qu’empruntèrent
pour fuir les deux tueurs qui l’assassinèrent? C’est une modeste proposition, s’agissant d’un homme qui aida
si puissamment Mandela, Ben Barka
et tant d’autres combattants de la liberté. Elle mériterait d’être poussée
plus loin. Nous ne doutons pas que
les édiles d’une ville-monde comme
Paris sauront trouver un emplacement plus visible pour rappeler aux
générations futures le nom d’un
grand militant, Français de cœur,
Parisien de choix, ami de la France
libre et d’une France qui faisait alors
sienne, de bien des façons, la cause
des peuples en lutte pour leur
libération.
GILLES PERRAULT Ecrivain
ESTHER BENBASSA Sénatrice
BERTRAND BADIE Professeur
des universités
SPECIAL MAI 68
EP7
05
25
MAI
En partenariat avec
MAI
133 Avenue de France, 75013 Paris
Libération Lundi 30 Avril 2018
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22 u
Libération Lundi 30 Avril 2018
IDÉES/
MÉDIATIQUES
Par
DANIEL SCHNEIDERMANN
A Washington,
les deux Macron
Les médias traditionnels ont certes relayé le discours
sur le climat du chef d’Etat français, mais il est probable
que les réseaux sociaux et les «late shows» aient remporté
la partie à coups de plantation de bébé chêne
ou d’embrassades gênantes avec Trump.
L'ŒIL DE WILLEM
C’
est un cas étrange de
dissociation narrative. Tout au long
de la visite d’Etat du couple
Macron aux Etats-Unis, la
presse traditionnelle nous a
raconté l’histoire d’un jeune
chef d’Etat surdoué, doté de
la capacité de «chuchoter à
l’oreille» de l’imprévisible
promoteur président, tout en
incarnant, devant le Congrès,
l’alternative des démocraties
traditionnelles (aussi traditionnelles que la presse racontant l’histoire) résistant
au populisme, à l’illibéralisme et autres préoccupantes
épidémies. Tout cela, bien entendu, en levant haut l’étendard du combat climatique
jusque dans la capitale du
climato-scepticisme. Alors
qu’Emmanuel Macron n’avait
pas encore terminé son discours, plusieurs éminents
journalistes twittaient déjà
l’émergence d’un nouveau
leader mondial.
Mais en même temps, portée
par les likes, les retweets, les
mèmes, les gifs, les détournements, et les «late shows» des
télés américaines, une autre
image s’invitait. Celle de deux
couples se ridiculisant dans la
plantation dansée d’un bébé
chêne dans le parc de la Maison
Blanche. Celle de mains, de
bouches, de corps, qui n’en finissaient pas de se chercher, de
se taquiner, de se refuser. Toute
cette galerie était dominée par
deux scènes qui tuent. A l’issue
d’une séance photo, Donald
Trump époussette des pellicules (imaginaires? on soumet
l’enquête à la rubrique CheckNews de Libé) sur le revers de la
veste d’Emmanuel Macron, expliquant ironiquement : «Il
faut qu’il soit parfait.»
Et puis, sur la terrasse de la
Maison Blanche, le même
Trump, massif comme une armoire à glace, traîne par la
main le frêle Macron, soudain
réinfantilisé. Ce second récit
racontait une tout autre histoire: celle d’une domination,
à la fois animale, familiale, et
même sexuelle (François Hollande ne s’y trompa pas, qui
évoqua, avec une homophobie
remarquée, un Emmanuel
Macron «plutôt passif» dans le
couple franco-américain).
Toute la question est de savoir
si un même cerveau peut recevoir les deux représentations
à la fois, si elles sont compatibles, ou au moins superposables. Si un même cerveau
peut admettre que le gamin
ravi qui accepte de se faire
épousseter les pellicules par
Trump, et de se laisser tirer par
la main, à la Laurel et Hardy,
dans une des photos les plus
ravageuses de toute l’histoire
des sommets internationaux,
soit «en même temps» le leader mondial de la résistance
subliminale au trumpisme.
Il est à craindre que non. L’éditorialiste du Monde, par exemple, qui tente une synthèse des
deux dans son bilan de la vi-
site française, se refuse même
à écrire le mot «pellicules»,
comme si ce simple mot, dans
un éditorial à haute visée géopolitique, allait faire disjoncter l’esprit du lecteur.
De fait, il est très difficile d’accepter que coexistent, pour
raconter la même histoire,
une version comédie bouffonne et une version tragédie
épique. Dans un cerveau normalement constitué, l’une
doit tuer l’autre. Et le moins
qu’on puisse dire, c’est que les
deux récits, l’épique et le dérisoire distrayant, ne combattent pas à armes égales, de la
même manière que TF1 et
Arte se disputant l’attention
du téléspectateur.
A l’issue de cette visite, mon
confrère américain en critique médias, Jay Rosen, publia
dans la New York Review of
Books un article titré «Pourquoi Trump gagne, et la
presse perd». Son analyse :
quel que soit le fossé qualitatif entre l’information produite par les médias traditionnels et celle produite par
les réseaux sociaux, la seconde gagne simplement du
fait de son mode de distribution. «Les journalistes peuvent
réussir à produire un excellent
journalisme mais échouer
dans sa distribution, parce
que les plateformes créées par
l’industrie numérique les ont
tellement supplantés dans la
tâche d’organiser l’attention
du public.»
Ce match a été parfaitement
théorisé par les stratèges du
trumpisme. Contre les médias
traditionnels et leur influence
délétère, l’armée de trolls du
promoteur président a déployé une stratégie, résumée
dans une récente interview
par l’ex-fondateur du site
Breitbart News et ex-conseiller
de Donald Trump, Steve Bannon, et qui consiste, sur le
champ de bataille de l’attention du public, à «inonder la
zone avec de la merde». Steve
Bannon est tombé au champ
d’honneur du trumpisme,
mais sa stratégie lui a manifestement survécu. Avec une certaine réussite. •
Le gamin ravi qui accepte qui
accepte de se faire épousseter
les pellicules par Trump, peut-il être
«en même temps» le leader mondial
de la résistance subliminale
au trumpisme?
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Libération Lundi 30 Avril 2018
La revue «Regards» et une cinquantaine
d’artistes et d’intellectuels appellent à un
rassemblement citoyen le 5 mai à Paris pour
protester contre la «politique libérale et
autoritaire» d’Emmanuel Macron.
Par
Christophe Alévêque humoriste, Isabelle Alonso écrivaine,
Ariane Ascaride, comédienne, Lauren Bastide journaliste, François
Bégaudeau écrivain, Laurent Binet écrivain, Romane Bohringer,
comédienne, Hourya Bentouhami philosophe, Julia Cagé économiste,
Olivier Cadiot écrivain, Robin Campillo réalisateur, Laurent Cantet
réalisateur, François Chaignaud chorégraphe, Samuel Churin
comédien, Laurence De Cock historienne, Alexis Cukier philosophe,
Marie Desplechin écrivaine, Virginie Despentes écrivaine, Rokhaya
Diallo réalisatrice et écrivaine, Lætitia Dosch comédienne, Annie
Ernaux écrivaine, Eric Fassin sociologue, Amandine Gay réalisatrice,
Robert Guédiguian réalisateur, Nacira Guénif sociologue, Eva Husson
auteure et réalisatrice, Juliette chanteuse-parolière-compositrice,
Geoffroy de Lagasnerie sociologue et philosophe, Elisabeth Lebovici
historienne critique d’art, Edouard Louis écrivain, Philippe Mangeot
enseignant, Roger Martelli historien, Caroline Mécary avocate, Phia
Ménard performeuse et metteure en scène, Vincent Message écrivain,
Guillaume Meurice humoriste, Gérard Mordillat cinéaste et romancier,
Océanerosemarie auteure et comédienne, Thomas Piketty
économiste, Didier Porte humoriste, Denis Robert journaliste et
écrivain, Aurélie Trouvé agro-économiste, Frédéric Sawicki politiste,
Nicolas Silhol réalisateur, Bernard Stiegler philosophe, Dominique
Vidal journaliste, Arnaud Viviant écrivain critique littéraire,
Alice Zeniter écrivaine.
«V
oilà bientôt un an qu’un
nouveau président a été
élu à la tête de l’Etat. Depuis, une fois de plus, les inégalités
sociales et territoriales s’aiguisent,
les services publics et les biens
communs sont attaqués. Les libertés publiques et le droit d’asile sont
menacés, la démocratie vacille. La
colère s’exprime de toutes parts.
A juste titre : elle doit être entendue
et, pour cela, se faire action collective. Festive, revendicative, plurielle, conquérante, rassembleuse.
En un mot : populaire. Le 4 avril,
près de 2 000 citoyens, syndicalistes, étudiants, cheminots, élus,
intellectuels étaient réunis à la
Bourse du travail à Paris. Les participants ont lancé la proposition
d’une manifestation nationale,
le samedi 5 mai. Saisissons cette
opportunité ! Cette marche ne doit
pas être celle d’une personnalité,
d’un mouvement politique ou d’un
syndicat. Elle sera, tout simplement, l’occasion pour toutes et tous
d’exprimer le refus de la politique
libérale et autoritaire d’Emmanuel
Macron. Son mot d’ordre ? Tous
ensemble ! Nous souhaitons que
cette journée soit une réussite.
Nous nous associons donc, nous,
artistes et intellectuels, pour faire
du 5 mai 2018 une étape décisive,
afin que soit mise à mal une politique au service des puissants et de
l’argent. Le nombre sera notre
force. Soyons au rendez-vous.» •
Tribune contre
«le nouvel antisémitisme»:
un homonyme se manifeste
«Lionel Naccache» figure parmi les signataires
du manifeste paru dans «le Parisien», mais
un Naccache peut en cacher un autre, avec
des avis différents sur la question.
L
m’apprendra qu’il s’agit d’un
homonyme anesthésiste exerçant
à Paris.
Je ne prétends aucunement détenir
une quelconque exclusivité sur
mon patronyme, mais notre lien
homonymique pose ici problème :
je ne me sens pas en accord avec
tous les éléments de ce texte, même
si j’en comprends la pertinence sur
certains autres. Quoi qu’il en soit,
de nombreux lectrices et lecteurs
ont cru que le Lionel Naccache
signataire n’était autre que moi.
J’ai essayé de contacter à ce sujet
les responsables de ce manifeste,
ainsi que mon homonyme via la
rédaction du Parisien, mais je suis
resté, à ce jour, sans réponse de leur
part. Me voici dans une situation
inconfortable, pour ne pas dire
ingrate. N’étant ni Michel Drucker
ni Charles Aznavour – eux aussi
signataires du manifeste (à moins
qu’il ne s’agisse de leurs homonymes ?) –, réagir publiquement
pourra sembler immodeste à ceux
qui ne me connaissent pas, mais il
ne s’agit pas ici de modestie : participant à la vie intellectuelle et
publique (membre du CCNE et
auteur d’essais dont plusieurs traitent de l’antisémitisme et de ses
formes contemporaines), ne pas
réagir prêterait à un malentendu.
C’est désormais chose faite.
LIONEL NACCACHE (l’autre),
Neurologue et professeur
de physiologie à la Pitié-Salpêtrière,
chercheur en neurosciences
à l’Institut du cerveau
et de la moelle épinière
Pour Françoise
Nyssen
Par
PHILIPPE GARREL
AFP
Soyons festifs
et revendicatifs
e «Manifeste “contre le nouvel antisémitisme”» publié
par le Parisien le 21 avril a
déjà fait couler beaucoup d’encre,
et, dans ce contexte, ce courrier
peut sembler dérisoire. Pour
autant, le sens et la valeur d’une pétition ou d’un manifeste tiennent
autant au contenu du texte qu’à la
liste de ses signataires, présentés
en général comme des «personnalités», et donc identifiables comme
telles. Sauf en cas d’homonymie.
C’est précisément ce qui vient de
m’arriver : je n’ai pas été contacté et
n’ai donc pas signé ce texte, mais
mon nom, «Lionel Naccache»,
y figure. La rédaction du Parisien
u 23
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Cinéaste
La dernière année de son quinquennat, François
Hollande remet la Culture à 1 % du budget national
de l’Etat (tout le monde sait que le «1 % pour la culture»
était une décision de François Mitterrand, en 1981,
lorsqu’il nomma Jack Lang au ministère). 1 % qui
redescendra à 0,4 %, ou à 0,6 %, selon les époques
et les interprétations après François Mitterrand.
Emmanuel Macron, quand il devient président
de la République, maintient le 1 % de François Hollande
pour son quinquennat.
Ce qu’on ne dit pas, c’est qu’entre-temps, l’audiovisuel
public ne dépend plus du ministère de l’Information
ou de la Communication, et a été rattaché à celui
de la Culture (devenu «ministère de la Culture et de la
Communication»), qui le finance désormais.
On nous dit que le budget annuel de la culture est
de 10 milliards d’euros, mais cela finance l’audiovisuel
public à hauteur de 3,9 milliards. CQFD.
Retour à 0,6 % du budget national pour les arts.
On ne voit pas dans ce cas comment on peut
demander à Françoise Nyssen d’avoir une politique
culturelle qui ait l’ampleur de celle de Jack Lang. •
EN KIOSQUE CE TRIMESTRE
Agressions sexistes : elles
ne veulent plus faire
l’autruche Art contemporain : des fondations
minées Réfugiés, où est la
gauche ? À qui la terreur
fait-elle encore peur ? Mai
68, un printemps inachevé
François Delarozière, un
machiniste poétique dans
la cité Et retrouvez les
chroniques de Rokhaya
Diallo, Arnaud Viviant et
Bernard Hasquenov
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LA MIDINALE
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24 u
Libération Lundi 30 Avril 2018
CULTURE/
Vitebsk,
l’école
des formes
La remarquable exposition
du centre Pompidou montre
comment, de 1918 à 1922,
cette école d’art a vu surgir
une avant-garde russe influencée
par la révolution d’Octobre,
et fut le théâtre d’affrontements
esthétiques entre Chagall,
Malevitch et Lissitzky.
Par
PHILIPPE LANÇON
U
ne véritable révolution, c’est
jeune, violent, rapide et
sans pitié. Robespierre dit
qu’il faut être aveugle pour ne pas
comprendre qu’elle emporte toutes
les quilles posées sur son passage:
celles qui cherchent à l’emballer
comme celles qui voudraient la ralentir ou l’arrêter. C’est un paradis
qui finit par ne produire que des
damnés. Mais le paradis, comme
l’enfer, est d’abord là où sont ceux
qui la font: dans l’action. Par exemple à Vitebsk entre 1918 et 1922.
C’est ce moment artistique, concentré explosif, que donne à voir l’intelligente exposition organisée au centre Pompidou par Angela Lampe.
L’accrochage remplit, malgré la diversité des hommes et des parcours,
les critères d’une pièce classique :
unité de temps, de lieu et d’action.
La plupart des 33 artistes présentés,
souvent jeunes, venus de tous les
horizons de la Russie, veulent donner des formes neuves et totalisantes à l’insurrection qui vient. Dessins, peintures, décors, panneaux,
drapeaux, sculptures, architectures: leurs œuvres sont marquées par
une volonté d’être utiles et par une
mystique du changement social, de
la nouveauté pour tous. L’art, c’est
la vie au combat. Ils pourraient dire
comme Rimbaud: «La vraie vie est
absente.»Il faut la créer.
Avant d’évoquer les maîtres, citons
quelques noms oubliés: Ivan Puni,
David Iakerson, Robert Falk, dont
une vue cézannienne de Vitebsk a
appartenu au pianiste Sviatoslav
Richter. Ils travaillent pour le défilé,
organisent les fêtes révolutionnaires, font les statues, dessinent les
édifices. Certains n’ont pas 20 ans.
C’est un artiste adolescent, Iakerson, qui pose près de la statue de
Liebknecht qu’il a conçue (et qui
sera détruite). On sent, en parcourant les salles où l’histoire de l’art se
résume et se détruit d’un seul geste
Des membres du comité artistique de l’école de Vitebsk en 1919 : assis au premier rang, Iouri Pen (3e à g.),
Marc Chagall (5e), Vera Ermolaeva (7e) et Kasimir Malevitch (8e). PHOTO ARCHIVES MARC ET IDA CHAGALL, PARIS
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A gauche, Paix aux
chaumières – guerre aux
palais, 1918, de Marc Chagall.
PHOTO ADAGP PARIS 2018
Ci-contre, Suprématisme
de l’esprit, 1919, de
Kasimir Malevitch.
PHOTO STEDELIJK MUSEUM
des copies de la nature.» Malevitch
écrit ses sentences en allant à la ligne après chaque phrase, comme
les versets d’une nouvelle Bible. Elles prennent aussitôt forme : deux
splendides compositions suprématistes, croix rouge sur cercle noir,
rectangle noir sur rectangle rouge,
forment l’aimant de cette exposition si riche en surprises. Leur puissance nette, intérieure, mystique de
la forme, paraît soudain lessiver
tout le charme des représentations,
tout le flottement du souvenir.
OPÉRA FUTURISTE
et au galop, qu’à cet instant tout est
possible: instant où l’avenir collectif attire la limaille des espoirs, des
talents.
AUDACES FIGURATIVES
Quand la révolution débute, Vitebsk, aujourd’hui en Biélorussie,
est une petite ville de la province
russe, bientôt soviétique. On y
trouve beaucoup de juifs – massacrés par les nazis en 1941 – et pas
mal d’artistes souvent figuratifs. On
voit ainsi, au début de l’exposition
ouverte par une grande photo de Lénine haranguant l’Armée rouge
en 1920, une merveilleuse série de
lithographies d’El Lissitzky (18901941). Elles illustrent comme des enluminures des contes yiddish l’espièglerie à la fenêtre, par exemple Et
vint le chat qui mangea la chèvre.
Mais, non loin, quelques peintures
viennent encore droit du vieux
monde humaniste, celui de Tourgueniev et de Tolstoï. Ainsi l’autoportrait de Iouri Pen (1854-1937),
grand chapeau élégant et gris, lunettes rondes, barbiches et moustaches gris blond, air noble et sérieux,
frontal, pris dans son atelier. Pen a
fondé la première école d’art de Vitebsk. Il a été le professeur de Chagall, dont un portrait par son maître,
tout aussi classique et aujourd’hui
perdu, apparaît au fond de l’autoportrait, sombre et cloué parmi
d’autres –comme remisé dans l’atelier classique. Il faut bien regarder
ce tableau, qui date de 1922, puis observer ce qui l’entoure et va suivre,
des délicieuses audaces figuratives
de Chagall aux carrés et figures si
puissantes du gourou Malevitch et
de ses disciples. Le choc, dans cette
petite ville, en si peu d’années, dit
tout. Le XIXe siècle étirait sa sieste
dans le lit des siècles qui l’avaient
précédé. Chagall va être ici, malgré
lui, le pont vers l’échafaud: nouveau
commissaire aux arts de Vitebsk, il
crée cette école, plein de bonne volonté, et fait entrer la peste. Le passé
va être exécuté.
C’est ici, à Vitebsk, que Malevitch,
invité par Chagall, va attirer peu à
peu les élèves de celui-ci et écrire
ses manifestes les plus intransigeants: «Ainsi crèveront les cultures
les unes après les autres, et il n’y
aura jamais de repos, car où donc
est-on plus tranquille que dans le
cercueil, mais là-bas non plus il n’y
a pas de repos. C’est de la recherche
des commodités que vient la rupture
avec la nature ou bien avec la raison
intuitive qui ne pense pas du tout à
ce que l’homme vive commodément.» Une photo du 5 juin 1920 le
montre, entouré de ses étudiants du
mouvement Ounovis («affirmation
du nouveau en art»). Leur emblème
est le carré noir: il est dessiné sur les
mains ou les manches, comme la
marque d’une secte. L’art nouveau
n’a plus besoin de la nature, des objets, ni même de l’idée futuriste de
la technique: «Le carré est un enfant
royal plein de vie. C’est le premier
pas de la création pure en art. Avant
elle, il y avait des laideurs naïves et
C’est ici, à Vitebsk, que Chagall a
grandi. C’est ici qu’il fonde, le
28 janvier 1919, la nouvelle école
d’art révolutionnaire. Elle s’installe
dans un élégant hôtel particulier,
saisi à un banquier juif. Plus tard, le
bâtiment échappera aux bombardements allemands. Chagall a
32 ans. On pourrait dire que sa conception d’une école d’art est sociale-démocrate : ouverte à tous les
styles, des plus classiques aux plus
nouveaux. Lui-même reste attaché
à un certain type de peinture figurative: ce mélange coloré, sensuel,
tendre, d’onirisme, de caricature et
de folklore (les «laideurs naïves»
dont parle Malevitch), piqué par les
angles aigus du nouveau monde,
fouetté par le cubisme, le futurisme
et l’abstraction naissante. Il est
alors à son meilleur, il ne coule pas
encore, comme un vieux camembert, dans l’excès de gouache. Audessus de la ville (1914-1918), N’importe où hors du monde (1915-1919),
Hommage à Gogol (1917), L’homme
qui marche (1914 ou 1918), Profil à
la fenêtre (1918), Composition à la
chèvre (1917) : il sait d’où il vient et
il sait où il va.
Dès la première salle, l’aquarelle
d’un projet de panneau décoratif
pour Vitebsk résume son talent qui
éclate partout sur les murs.
L’œuvre, ébauchée en 1918 pour le
premier anniversaire de la révolution d’Octobre, s’appelle Paix aux
chaumières–guerre aux palais. Un
moujik géant en veste rose et à chevelure verte, qui paraît jaillir d’un
conte russe, tient à bout de bras audessus de lui un palais dessiné qu’il
est prêt à renverser. Ses bottes noires enjambent un talus où pousse
de l’herbe menue. Il est possible que
le projet de Chagall soit teinté d’ironie : la vieille culture populaire
russe étale sa fraîcheur, sa naïveté
feinte, sur la table rase des bolcheviks. C’est bien ; ce n’est pas assez
pour l’instant révolutionnaire. Chagall a trop de nostalgie et il n’a pas
la puissance conceptuelle de Malevitch. Or la révolution se nourrit de
concepts, de slogans, et pas de nostalgie. Lissitzky et les autres rejoi-
Chagall a trop de
nostalgie et il n’a
pas la puissance
conceptuelle
de Malevitch.
Or, la révolution se
nourrit de concepts,
de slogans, et pas
de nostalgie.
Lissitzky et les
autres rejoignent
le suprématisme.
gnent le suprématisme. Leurs compositions annoncent le besoin
d’exalter une forme née du matériau, et qui l’exprime. L’architecture
de papier découle de ces rêves si
violemment pensés: les maquettes
sont présentées.
LÂCHÉ PAR SES ÉLÈVES
On peut, à partir d’un détail, résumer la ligne de force qui agit sous
nos yeux. En février 1920, l’opéra futuriste Victoire sur le soleil (créé
en 1913) est mis en scène à Vitebsk.
Pensé par Malevitch, ce doit être
une œuvre totale. Les décors sont
de Vera Ermolaeva, dont un projet
gravé est ici présenté, à mi-chemin
entre Piranèse et Fernand Léger.
L’opéra est joué sans musique, faute
de moyens pour payer des musiciens. Il n’y a que les sons concrets.
Victoire sur le soleil? Au même moment, Malevitch écrit: «Il faut rejeter la force spirituelle du contenu
comme appartenant au monde vert
de la viande et des os. […] Il faut ranger le soleil en tant que foyer d’éclairage dans le système du monde vert
de la viande et des os.» Au tombeau,
le soleil! Et les jolies lunes de Chagall… Le 5 juin 1920, abandonné par
ses élèves, dégoûté, celui-ci quitte
l’école et Vitebsk, qu’il ne reverra
plus. L’exposition se ferme sur l’un
de ses collages, de 1921. Les lettres
hébraïques du mot «justice» sont
écrites en noir dans un triangle noir.
L’Ounovis de Malevitch cesse ses
activités en 1922. Les visiteurs se demanderont alors ce que sont devenus, sous Staline, ces créateurs qui
ont tant aimé la révolution. Mais
c’est une autre histoire, qui n’est pas
faite de l’étoffe des rêves. •
CHAGALL, LISSITZKY,
MALEVITCH : L’AVANT-GARDE
RUSSE À VITEBSK, 1918-1922
Centre Pompidou, 75004.
Jusqu’au 16 juillet.
Rens. : www.centrepompidou.fr
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26 u
Libération Lundi 30 Avril 2018
CULTURE/
ARTS
Tableau vert, d’Ellsworth Kelly. PHOTO COURTESY ART INSTITUTE OF CHICAGO. FOUNDATION ELLSWORTH KELLY
Les «Nymphéas» de Monet,
la classe américaine
A l’Orangerie, une expo
démontre comment
les chefs-d’œuvre
de l’abstraction outreAtlantique éclairent,
dans les années 50,
l’ultime série du peintre
impressionniste.
C
ette belle toile de Barnett
Newman qui ouvre l’expo,
d’un vert d’eau trouble,
aqueux, un brin onirique, traversée
de deux pâles verticales et d’une
fine bande marron de biais: faut-il
voir dans ses effets de matière, son
abstraction liquide, un héritage de
Monet ? Venue du Art Institute de
Chicago, la toile s’appelle The Beginnning et date de 1946. Elle figure
au début du parcours de «Nymphéas. L’abstraction américaine et
le dernier Monet», au musée de
l’Orangerie à Paris, qui revisite non
pas l’influence qu’ont eue les derniers tableaux de Monet sur les expressionnistes abstraits américains
(Ab-Ex), mais plutôt ce que le travail
de ces derniers a permis comme accès rétrospectif à l’œuvre tardive de
Monet. Et particulièrement à sa série des Nymphéas, en majesté au
rez-de-chaussée du musée parisien,
dans ce qu’André Masson qualifia
en 1952 de «Sixtine de l’impressionnisme», chef-d’œuvre absolu de-
venu tarte à la crème des tour-opérateurs, mais boudé par le public et
la critique au moment de son dévoilement, en 1927. La redécouverte de
la série, dans les années 50, notamment par le marché et les critiques
américains, lui a permis d’accéder
au rang d’indépassable de l’impressionnisme.
«Emulation». C’est ce nouvel
éclairage que raconte l’expo, qui revisite davantage l’histoire de la critique et du marché que l’histoire de
l’art –à moins de considérer que l’on
peut écrire celle-ci à l’envers, en
partant du plus récent, et sans se
préoccuper d’absolue véracité. Car
de tous les artistes dont les
chefs-d’œuvre sont présentés ici
(l’exposition n’est pas énorme mais
accumule des splendeurs signées
Helen Frankenthaler, Willem de
Kooning, Mark Rothko, Clyfford
Still…) un seul s’est ouvertement réclamé de Monet, et c’est celui dont
les œuvres ressemblent superficiellement le moins aux siennes, à savoir Ellsworth Kelly. On y découvre
son magnifique Tableau vert, peint
juste après sa découverte des Nymphéas. C’est le tout premier monochrome de Kelly, qui ne ressemble
pas à ce que l’on connaît de lui, car
on en perçoit les différentes couches, les touches, l’épaisseur, les variations de ton –on dirait «de l’herbe
en mouvement sous l’eau», pour le
citer. Kelly rejeta aussitôt la toile,
avant d’y revenir bien plus tard,
mais revendiquait explicitement
l’influence de Monet. Cette influence, Eric de Chassey, dans un
essai du catalogue, la résume ainsi:
«La façon dont Kelly s’influence de
Monet ne produit pas de la ressemblance, mais de l’émulation.»
Pour tous les autres, l’on peut souvent parler de ressemblance, mais
il est hasardeux de parler d’émulation, sauf peut-être inconsciente.
Mais en associant, comme le fait le
parcours, leurs toiles à celles du
Français, l’on peut noter ce qui a pu
conduire le très habile, et très influent, critique new-yorkais Clement Greenberg à imaginer une filiation entre le dernier Monet et les
expressionnistes abstraits. Comment le «tout sans fin» rêvé par Monet a pu aider Greenberg, champion
des Ab-Ex, à élaborer les notions de
«color field» (champ de couleur) ou
d’«all-over» (traitement de la toile
par répétition de motifs sans début
ni fin) pour parler de leur travail.
Comment la quasi-abstraction de
Monet dans les Nymphéas, qui
n’avait rien de géométrique, sa suppression d’une ligne d’horizon, sa
recherche de l’immersion dans un
espace, a pu amener à l’invention
du terme «impressionnisme abstrait», lancé par Elaine de Kooning,
repris par Louis Finkelstein, pour
évoquer la seconde vague des
Ab-Ex, tels Philip Guston et Joan
Mitchell. Sous ce prisme, le Français semble habiter les flaques de
bleu d’une Helen Frankenthaler, les
bords déchirés d’un Clyfford Still,
voire ce fantôme d’un pont japonais
dans un étonnant et lumineux Guston, Painting (1954).
Mythologie. Rappelons que le
MoMA ne fit l’acquisition d’un panneau des Nymphéas qu’en 1955…
Il y a là, si ce n’est une translation
exacte, du moins une forme de justice poétique et posthume rendue
à celui qu’on eut trop vite fait, entre
les deux guerres, de cataloguer
vieillard sénile, pour mieux lui préférer Cézanne, ce précurseur du cubisme. L’écriture opportune de cette
nouvelle mythologie, en prenant
acte, voire en opérant le mouvement de bascule du monde de l’art
vers les Etats-Unis, ancra les Américains dans une histoire des avantgardes européennes, mais sauva
surtout le dernier Monet du purgatoire où il patientait.
ÉLISABETH FRANCK-DUMAS
NYMPHÉAS. L’ABSTRACTION
AMÉRICAINE ET LE DERNIER
MONET Musée de l’Orangerie,
75001. Jusqu’au 20 août.
Rens. : www.musee-orangerie.fr
Grout/Mazéas, des vidéos à feu doux
Le duo d’artistes investit
les espaces du MAC/Val
avec les six films de sa
série «Black Bivouac»,
sobre et mélancolique.
P
etite anthropologie du feu et
de ses usages (y compris narratifs), les six vidéos que le duo
Grout/Mazéas présente ici et là, au
milieu des pièces de la collection du
MAC/Val, sont aussi (surtout) sources
d’une tranquille et rare hébétude.
Chaque opus de la série Black Bivouac montre un feu de camp et ceux
qui s’y réchauffent ou y grillent des
marshmallows ou bien encore y jet-
tent de l’alcool pour, paresseusement, en attiser les flammes. Il s’inspire vaguement d’un genre de feu
cinématographique : le feu de camp
du repos des braves au western ou celui, funeste, des slasher movies….
Mais Black Bivouac, ce sont d’abord
des films d’ennui et de désœuvrement, des films sans trop d’inspiration qui attendent peut-être, dans
l’obscurité artificielle de leur nuit
américaine, que des braises jaillissent
une idée forte. Au bout du compte,
les artistes font ce qu’on fait au coin
du feu : ils chantent des refrains mélancoliques, un blues de Sam Cooke
ou la ballade entonnée par Dean
Martin et Ricky Nelson dans Rio
Bravo. Pas du tout sur un air ironi-
que, mais avec un souffle qui, on
l’avoue, a fini par nous attendrir.
D’autant que ces films modestes, réalisés avec du petit bois, meublent
probablement une période de disette
comme tous les artistes en connaissent (pas de proposition d’expos, pas
de moyens de production). Du coup,
il ne leur restait plus en effet qu’à attendre que le jour se lève. On espère
que ce ne sera pas pour demain et,
pour bientôt le Black Bivouac#7.
JUDICAËL LAVRADOR
BLACK BIVOUAC
GROUT/MAZÉAS
MAC/Val, place de la Libération,
Vitry-sur-Seine (94). Jusqu’au 31 juillet.
Rens. : www.macval.fr
Black Bivouac #3. PHOTO GROUT/MAZÉAS
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Libération Lundi 30 Avril 2018
u 27
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Photos extraites
de la série Bâtards,
de Dorian Teti.
PHOTOS D. TETI
objets propulsés dans l’espace du cadre. Cartons, boules, bâtons, saisis en plein vol, dessinent des décors lunaires aux cieux noircis –façon de distiller une terreur primitive: «Je lance
des cartes et le hasard répond.» Ses photos, dessins et photos de dessins trouvent un écrin parfait sur les cloisons écaillées.
Fougères. Ailleurs dans Niort, d’autres pho-
A Niort, la photo au beau fixe
La nouvelle édition des
Rencontres de la jeune
photographie internationale
accueille notamment cette
année Corinne Mercadier
en invitée d’honneur et
huit artistes en résidence.
L
a réussite de l’événement tient à un ensemble harmonieux : des essaims de
canards sur la Sèvre, une ville à taille
humaine, des lieux d’exposition qui sentent
la cire, des tirages soignés, un cuisinier bienveillant et des photographes talentueux.
Cette alchimie se trouve à Niort où les Rencontres de la jeune photographie internationale se tiennent chaque année sous la houlette d’un directeur attentionné, Patrick
Delat, qui depuis 1994 laisse toute leur place
aux invités. Le programme de résidences est
né il y a vingt-neuf ans, en 1989, grâce à un
collectif d’amateurs devenu l’association
Pour l’instant.
Carnets. Dans les Deux-Sèvres, non loin du
marais poitevin, incube pendant quinze jours
de printemps une jeune génération en osmose
avec les Niortais, sous l’œil avisé d’un invité
d’honneur. Cette année, l’artiste Corinne Mercadier a pris le flambeau pour accompagner les
jeunes photographes et prend ses quartiers à
la Villa Pérochon, le centre d’art contemporain
photographique ouvert en 2013, pour une expo
en forme de mini-rétrospective. L’ancienne demeure d’Ernest Pérochon (1885-1942), encore
mâtinée d’une ambiance XIXe siècle malgré les
travaux de rénovation, garde les stigmates de
sa vie passée. L’instituteur auréolé du prix
Goncourt en 1920 a laissé des lambeaux de pa-
piers peints, des escaliers en bois sombres et
des cheminées anciennes qui insufflent un
mystère propice à Corinne Mercadier. Dans le
jardin, l’artiste montre sur bâche des reproductions de ses carnets de travail. Car l’originalité
de l’expo niortaise est de révéler l’envers du décor: soit des textes préparatoires, des accessoires et autres éléments d’une petite arrière-cuisine nécessaire à la réalisation des clichés. En
tant qu’invitée d’honneur chargée de superviser la résidence, Corinne Mercadier a donc
tenu à partager ses menus secrets de fabrication. Papiers dorés, tissus noirs, chapelet de
sphères en polystyrène et petits dessins abstraits habillent les murs de la première salle,
si bien qu’on a l’impression de pénétrer l’épaisseur de ses photos, un univers gracieusement
étrange. Au fil des salles, s’enchaînent les séries Le ciel commence ici, Black Screen, Longue
Distance. Dans Solo, l’artiste photographie des
tographes, des femmes pour la plupart, répandent une ambiance poétique, brumeuse et
feutrée dans de belles expositions. On retiendra Voyages insulaires, série de Maitetxu Etcheverria au pavillon Stéphane-Grappelli, un
travail sensible sur les îles qui s’enlisent dans
l’estuaire de la Gironde. La disparition de l’île
de Trompeloup dans un mélange d’eau salée
et d’eau douce a motivé la photographe à retenir ces portraits de travailleurs saisonniers et
ces cotonneux paysages de rivages et de vignobles. Les Profondeurs du cœur d’Emmanuelle
Brisson, à l’espace d’arts visuels le Pilori, mérite aussi le détour. Habitante de la région, venue à la photo sur le tard, elle immortalise sa
vieille mère, Andrée, sous toutes les coutures.
Elle la fait sauter sur le lit, l’habille de paillettes, de bijoux, de fougères ou d’hortensias.
Tout un monde s’ouvre dans la relation photographique que nouent la mère et la fille, scellée par un père trop tôt disparu.
Enfin, les Rencontres, ce sont surtout huit
jeunes photographes internationaux, qui
montrent à la mairie de Niort le projet qui a
permis leur sélection. Parmi eux, Dorian Teti,
avec Bâtards, s’est inventé une fratrie fictive
en mixant numériquement son portrait avec
celui de 63 personnes, imaginant tous les enfants que son père inconnu aurait pu avoir.
Pendant la résidence, il est allé rencontrer des
Niortais, poursuivant dans des autoportraits
sa quête d’identité. Laura Bonnefous, de son
côté, est passée du noir et blanc romantique
à des gros plans pêchus en couleur, le temps
d’une nuit intense de décrochages et d’accrochages frénétiques des nouveaux tirages,
ouverte au public. Un rituel à flux tendu dont
se souviennent généralement les résidents,
qui ont compté parmi eux des artistes de la
trempe de Laura Henno (qui sera exposée cet
été aux Rencontres d’Arles), Clara Chichin
(prix Leica Oskar Barnack 2017), Antoine Bruy
(prix HSBC 2018), David Fathi (exposé en 2017
à Arles) ou encore Eric Baudelaire.
CLÉMENTINE MERCIER
Envoyée spéciale à Niort
RENCONTRES DE LA JEUNE
PHOTOGRAPHIE INTERNATIONALE
Avec 18 artistes dans 9 lieux d’exposition
à Niort (79). Jusqu’au 26 mai.
MUSIQUE MATIN DE SASKIA DE VILLE
LE 7/9 DE FR ANCE MUSIQUE, DU LUNDI
AU VENDREDI
Retrouvez chaque mardi à 8h50 la chronique de Guillaume Tion de
+ 7 webradios sur francemusique.fr
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28 u
L’ANNÉE 68
Libération Lundi 30 Avril 2018
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Jusqu’au 1er juin, Libération donne quotidiennement carte blanche
à des écrivains pour évoquer les événements, les souvenirs, l’héritage
ou l’imaginaire de chacun des jours de Mai.
Le 1er mai 1968
vu par Catherine Millet
À L’ORIGINE ÉTAIT
LE 21 MARS 1967…
A. FÉVRIER. FLAMMARION
Un an avant
le début de la
révolte de 1968,
les étudiants
de Nanterre
revendiquaient
le droit de
pouvoir faire
l’amour «dans
une chambre
propre après
22 heures».
Critique d’art et commissaire
d’exposition, Catherine Millet
fonde en 1972 la revue Art Press,
qu’elle dirige encore. Le public
découvre cette spécialiste de
l’art contemporain en 2001 avec
la Vie sexuelle de Catherine M.,
ouvrage polémique et discuté.
Dernier ouvrage paru :
UNE ENFANCE
DE RÊVE
Flammarion, 2014.
C
omme chacun sait, Mai 68 a
commencé le 22 mars 1968
quand un groupe d’étudiants de Nanterre occupa la salle
du conseil, tout en haut du bâtiment administratif de l’université.
Bien sûr, il y avait eu auparavant
des mouvements, des incidents de
toutes natures. Ainsi, la veille, le 21,
l’Association des résidents de la
cité universitaire avait invité Myriam Revault d’Allonnes à donner
une conférence sur la Révolution
sexuelle de Wilhelm Reich, bonne
occasion de diffuser en tract le manifeste du théoricien de l’orgone,
«Qu’est-ce que le chaos sexuel ?».
Exemple du chaos sexuel: «Exciter
les adolescents par des films érotiques, en retirer des bénéfices, mais
leur refuser l’amour naturel et la satisfaction sexuelle en faisant appel,
par-dessus le marché, à la culture»!
En revanche, ce qui n’était pas le
chaos sexuel, c’était de «ne pas
faire l’amour sous des portes cochères comme les adolescents dans notre société, mais désirer le faire
dans des chambres propres et sans
être dérangés».
C’était de la récidive! Exactement un
an auparavant, Boris Fraenkel avait
déjà donné une conférence à propos
de Reich, accompagnée du même
tract. Il va sans dire que ce sujet
d’étude ne convainquait pas le
doyen de l’université; 29 personnes
avaient été exclues de la cité universitaire dans les jours qui avaient
suivi. Il est vrai aussi qu’un certain
nombre d’étudiants avaient décidé
de mettre la théorie en pratique. Plusieurs dizaines d’entre eux, passant
outre le règlement qui interdisait
aux garçons d’aller le soir dans la résidence des filles, y avaient passé la
nuit. Au petit matin, la police était
venue pour les déloger, mais les garçons étaient sortis sans qu’il y ait
d’incident, contre la promesse qu’il
n’y aurait pas de sanction…
Le remède de l’eau froide
Donc, le Mouvement du 22 mars,
considéré comme le point de départ
de la révolte de Mai 68, a commencé, en vérité, le 21 mars 1967. Et
la revendication était de pouvoir
faire l’amour «dans une chambre
propre après 22 heures».
L’image que Robespierre a laissée
de lui dans l’histoire n’autorise pas
à penser qu’il ait lu le Marquis de
Sade, pas plus qu’on n’imagine les
Parisiens prenant la Bastille pour libérer le Marquis qui d’ailleurs n’y
était plus. Lénine non plus ne devait pas trop se préoccuper des
questions de sexualité, sinon pour
associer les plaisirs charnels à la décadence bourgeoise. Tandis que la
figure de 68 en France, Daniel
Cohn-Bendit, manifestait contre la
guerre au Vietnam, dénonçait la
censure politique et la répression
policière, et suivait le séminaire
d’Henri Lefebvre sur Sexualité et
Société. Certes, après le mois de
mai, il y a eu le mois de juin, les derniers jours de juin, les lendemains
qui déchantent des élections législatives. Libertaire, Cohn-Bendit a
sûrement plus débattu pour savoir
comment éviter que quelques-uns
ne s’arrogent le pouvoir plutôt que
de savoir comment prendre le pouvoir. La révolte de Mai 68 n’a pas engendré une révolution comparable
à celle d’Octobre 17. Mais elle reste
indissolublement associée à la «révolution sexuelle». Reich et Marcuse
encadraient Marx. Peut-être
qu’ayant lu Sade, Robespierre
n’aurait pas fait marcher la guillotine, et qu’un Lénine un peu dessalé
n’aurait pas pratiqué la Terreur
rouge.
Pour être exact, la «révolution
sexuelle» a certainement moins révolutionné les pratiques sexuelles
qu’elle n’a révolutionné l’attention
portée par la société à la sexualité,
et c’est déjà énorme. Cette révolution-là a fait plus pour la vie des
gens, leur vie quotidienne dont
parlait Henri Lefebvre, que – je ne
dirais pas la Révolution française–,
mais – c’est sûr – la révolution
d’Octobre.
La chronique de Pierre VianssonPonté «Quand la France s’ennuie»,
parue dans le Monde quelques jours
avant le 22 mars 1968, est souvent
citée comme exemple d’aveuglement. On y lit : «Que fait notre jeunesse? Elle se préoccupe de savoir si
les filles de Nanterre et d’Antony
pourront accéder librement aux
chambres des garçons, conception limitée des droits de l’homme.» Autrement dit, rien à attendre de notre
jeunesse futile qui s’intéresse moins
à la politique qu’à la bagatelle. Cette
opinion révèle un état d’esprit selon
lequel, sans ignorer la question de
la sexualité, on la considérait néanmoins comme pas sérieuse du tout.
Sans importance, sans conséquence.
Quand, venu inaugurer une piscine
sur le campus de Nanterre,
le 8 janvier 1968, le ministre de la
Jeunesse et des Sports, François
Missoffe, est interpellé par Daniel
Cohn-Bendit au sujet des problèmes sexuels des jeunes, il répond
en conseillant au jeune homme un
plongeon dans la piscine. Il préco-
nise le remède de l’eau froide
comme d’autres auraient distribué
du bromure. Un plongeon et on n’y
pense plus.
Le journaliste comme le ministre
étaient terriblement en retard sur
leur temps. Leurs propos révèlent
l’immense décalage entre une
grande partie de ceux qui détenaient
le pouvoir, médiatique ou politique,
et ce qu’étaient déjà les mœurs de la
société. Mai 68 n’a pas bouleversé
cette société, il a exigé que ceux qui
la gouvernaient mettent leur pendule à l’heure. Quand même, Viansson-Ponté et Missoffe auraient dû
avoir en tête que l’Assemblée venait,
en décembre 1967, de libéraliser enfin la contraception, ce qui n’avait
pas été sans lutte. Mais même le général de Gaulle avait cédé devant les
arguments de Lucien Neuwirth, rapporteur de la loi! En quelque sorte,
la loi ratifiait le changement profond qui avait commencé de s’instaurer dans les rapports entre les
hommes et les femmes, à commencer entre les baby-boomeurs et les
baby-boomeuses qui avaient maintenant l’âge d’avoir eux-mêmes des
bébés, dont la culture se nourrissait
de la contre-culture américaine et
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u 29
Libération Lundi 30 Avril 2018
Boulevard
Saint-Michel,
le 12 juin 1968
(photo tirée du
catalogue de la
vente organisée
le 15 mai
par Christophe
Goeury avec l’étude
Millon à Drouot,
Claude Dityvon, la
poésie du regard).
Nous publierons
chaque jour de mai
une photographie
de Claude Dityvon,
autodidacte,
qu’aucun journal
n’avait mandaté,
et qui a suivi les
événements
de Mai 68 au jour
le jour. Loin
du photoreportage,
ses images sont
plutôt des
«impressions» : des
atmosphères de
chaos ou de grande
sérénité, des
univers poétiques…
Lauréat du prix
Niépce en 1970,
il fonde en 1972
l’agence de
reportages Viva aux
côtés de Martine
Franck, Richard
Kalvar ou Guy
Le Querrec. PHOTO
CLAUDE DITYVON.
COURTESY MILLON
qui rêvaient peut-être du Summer of
Love de San Francisco. Je me dis
aujourd’hui qu’il a sans doute été
plus difficile pour mes copines, plus
bourgeoises que moi, d’obtenir de
parents plus conservateurs l’autorisation de prendre la pilule. Mais
moi, dans un milieu populaire de la
banlieue parisienne, dès que ma
mère comprit que j’avais des rapports sexuels, elle m’expédia chez le
médecin. On était en 1966 et la pilule
pouvait déjà être prescrite sous couvert de raisons thérapeutiques.
Merci maman qui m’a permis un an
d’avance sur la loi.
Une morale du XIXe siècle
Avant la loi, après la loi, le règlement
de la cité universitaire de Nanterre
était le suivant: après 22 heures, les
garçons pouvaient recevoir des visites tandis que c’était interdit
aux filles. Je me suis beaucoup interrogée sur l’absurdité de cette disparité. Florence Prud’homme, qui résidait à la cité universitaire de
Nanterre en 1968, qui se souvient
que «ça circulait beaucoup entre les
garçons et les filles» et qu’il y avait
une antenne du planning familial à
Nanterre, secoue ma naïveté
oublieuse des mentalités de
l’époque: il était admis que les jeunes hommes pouvaient avoir des besoins que les jeunes filles ignoraient… Comme les générations
précédentes trouvaient normal que
le jeune homme fasse son éducation
sexuelle au bordel tandis que la
jeune fille devait préserver sa
virginité. Le désir, impérieux chez
l’homme, peut attendre chez la
femme. Une morale, et une physiologie, qui semblent appartenir
au XIXe siècle!
Le doyen parla des garçons qui
avaient prolongé la soirée
du 21 mars 1967 chez les filles en les
appelant «les envahisseurs». Ils
n’avaient rien envahi du tout, les
filles leur avaient ouvert la porte.
Elles avaient manifesté que leur désir pouvait être tout aussi impérieux
que celui des garçons. Ma thèse est
simple: on n’aurait pas écrit «jouir
sans entraves» sur les murs si les
femmes n’avaient pas d’abord décidé de jouir aussi librement que les
hommes.
CATHERINE MILLET
A lire mercredi, le 2 mai vu par
Frédéric Ciriez.
LE 30 AVRIL 1968, L’INCENDIE EST ALLUMÉ
DANS UNE PIÈCE IGNORÉE
C’est après coup qu’on a prévu Mai 68.
Le 30 avril 1968, la France est calme.
Après les orages de la guerre d’Algérie,
la Ve République est solidement installée
face à une opposition encore divisée,
dominée par un Parti communiste assagi par
la coexistence pacifique avec l’URSS.
Vingt ans de croissance rapide ont modernisé
le pays à marche forcée. Tous, ouvriers,
salariés, cadres, étudiants, politiques,
semblent occupés à travailler, se battant tout
au plus pour se partager les fruits de cette
croissance inédite. Le Général, figure
paternelle et sévère, prépare la grande
conférence de Paris sur le Vietnam qui doit
consacrer le rôle de la diplomatie française
entre les deux blocs. Bourgeois cultivé,
industrialiste et modernisateur, le Premier
ministre Georges Pompidou conduit un
gouvernement d’anciens résistants devenus
conservateurs qui organise la marche en avant
de l’économie. La gauche a marqué des points
lors des élections de 1967, elle cherche
à construire un cartel électoral pour les
échéances suivantes. Certes, le plan de
stabilisation de Giscard a ralenti l’expansion et
le chômage pointe. Plusieurs grèves ouvrières
ont été inhabituellement longues et virulentes.
Le monde paysan s’agite sporadiquement.
L’université ploie sous l’arrivée de nouveaux
étudiants qu’on loge comme on peut.
La jeunesse émerge comme force culturelle,
portée par la vague yéyé qui imite la révolution
musicale du monde anglo-saxon. Mais,
quand le ministre du Travail demande à un
leader syndical son avis sur le climat social,
il s’entend répondre : «Rien avant septembre.»
Pourtant, le fond de l’air est rouge. La guerre du
Vietnam a mobilisé contre elle une partie de la
jeunesse d’Occident. La révolution cubaine a
conquis un prestige considérable. Mao a lancé
sa «révolution culturelle» qui sert de référence
lointaine. Les peuples de l’Est commencent
à secouer le joug communiste. Les universités
californiennes sont traversées de troubles
qui résonnent avec les manifestes chantés
de la culture pop à son acmé. Depuis plusieurs
années, l’agitation étudiante bouscule
les facultés, à Berkeley, à Berlin, à Mexico
ou à Nanterre, où une phalange anarchisante,
le Mouvement du 22 Mars de Daniel CohnBendit, cherche à mobiliser les étudiants.
En fait, comme un incendie débute souvent
dans une pièce ignorée, la mèche est allumée.
Mais personne ne le sait.
LAURENT JOFFRIN
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30 u
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Juge et parti
Philippe Courroye Suspecté de connivence avec
Sarkozy, le magistrat contesté de l’affaire Bettencourt
est aussi un mélomane qui aime Modiano et la photo.
O
n n’est pas là pour juger. On aimerait seulement donner notre impression. Lorsque quelqu’un est autant
dénigré, on a envie d’aller voir de qui il s’agit. Une fois
lu le livre que publie le juge Courroye, et après un rendez-vous
dans un café-restaurant qu’il choisit près du Louvre, vide et
tristounet à cette heure de la matinée, l’envie ne nous prend
pas d’écrire à charge. Son nom est lié à l’affaire Bettencourt.
Il a mené l’enquête préliminaire comme procureur à Nanterre.
Le juge Courroye porte un prénom : Philippe. Il raconte sa vie, nous parlons de
Sarkozy, ce président qui avait des amis.
Et disons d’emblée que le magistrat
de 59 ans n’est ni intimidant ni «tyrannique», l’un des qualificatifs souvent utilisés par ceux qui le haïssent. Evidemment,
il y en aura pour voir dans cette aménité des talents de manipulateur. L’homme est critiqué de façon très prévisible. Ses
nombreux ennemis lui reprochent d’être aux ordres du pouvoir en place, quel qu’il soit. Quant à ses amis, ses deux filles,
ses deux fils, son épouse ou son frère, il ne souhaite pas que
nous les contactions: «Je n’ai pas envie de déranger des gens
qui, sans surprise, vous diront du bien de moi!» Il a raison et
il le dit d’un air désolé. Ce n’est pas joyeux, joyeux. Philippe
Courroye récuse les «contrevérités» accréditées par la presse,
de droite comme de gauche d’ailleurs. Il connaîtrait bien Nicolas Sarkozy et l’aurait protégé dans la gestion du dossier Bettencourt? Version de Courroye: «Nicolas Sarkozy et moi, nous
nous sommes rencontrés lors d’un dîner, mais il n’est pas un
ami.» Philippe Courroye martèle qu’il ne doit pas à l’ex-ministre de l’Intérieur sa nomination comme procureur à Nanterre
en 2007. Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) avait
donné un avis négatif à cette promotion.
Cet avis non motivé tient de la porte claquée au nez du juge. «En mars 2007, c’est
Jacques Chirac qui est président de la République, pas Sarkozy.» Il explique aussi, avec un sens de la
vulgarisation bien dosé, le fonctionnement de la justice.
Il revient sur quelques affaires : le Mur des cons n’était-il
qu’une plaisanterie potache de la part du Syndicat de la magistrature (SM) ou était-ce une atteinte à l’impartialité supposée
des magistrats? Est-il juste que le journaliste de France 3, qui
a filmé ce «mur», ait été mis à pied par sa hiérarchie ?
Philippe Courroye zozote très légèrement. Il sourit souvent
mais garde une certaine raideur qu’accentue sa grande taille.
Tout le contraire d’un Serge Portelli, «juge rouge», comme on
LE PORTRAIT
Libération Lundi 30 Avril 2018
désigne ces magistrats engagés à gauche, antisécuritaires,
antisarkozistes, enflammés, ronds, émotifs et charmeurs. Une
certitude saute aux yeux dans cet océan de doutes. Philippe
Courroye présente immédiatement les attributs du bourgeois
de droite. Et alors? Son «je n’ai jamais été politisé» peut se comprendre ainsi: «J’ai toujours été de droite, je suis né dans ce
bain». Cet admirateur du «nouveau monde» de Macron, qu’il
précise ne jamais avoir rencontré, est lyonnais, catholique,
fils d’un industriel et d’une mère au foyer. Scolarisé dans le
public, il fut un élève indiscipliné. Impossible de savoir quelle
éducation il a reçue. Il verrouille, mais sans agressivité. Telle
est sa nature.
A 20 ans, il quitte Lyon pour Paris et entre à Sciences-Po, puis
ce sera l’Ecole nationale de la magistrature (ENM) à Bordeaux
plutôt que l’Ecole du barreau, parce que les revenus d’un magistrat sont moins aléatoires que ceux d’un avocat. Il gagne
8 000 euros par mois : «Un salaire supérieur à celui de la
moyenne des Français mais on ne peut pas dire non plus que
j’ai choisi ce métier pour l’argent.»
Philippe Courroye était à l’ENM en 1985. Il se souvient de la
visite de Robert Badinter aux futurs magistrats. Le ministre,
alors en charge de la pénitentiaire, ne l’épate pas, au contraire.
Il lui pose une question sur les prisons, qui étaient «encore
plus vétustes qu’aujourd’hui».
Robert Badinter, agacé, clôt
le sujet : «D’autres questions
1959 Naissance.
moins architecturales?» PhiJanvier 1985 Entrée
lippe Courroye n’évoque pas
à l’Ecole nationale de
la bande d’amis qu’il aurait
la magistrature (ENM).
pu se faire à l’ENM. Il souliMars 2007 Procureur
gne, en revanche, qu’il était
près le tribunal
«de bon ton» de lire Surveiller
de Nanterre.
et Punir de Michel Foucault.
Juillet 2010 Enquêtre
Voici, sans doute, la crispasur l’affaire Woerthtion d’un homme de droite
Bettencourt.
envers un climat intellectuel
Août 2012 Avocat
de gauche. Premier poste,
général à la Cour
qu’il choisit en sortant quad’appel de Paris.
trième de l’ENM: juge d’ins2018 Reste la justice…
truction à Lyon. Il instruira
(Michel Lafon).
l’affaire Noir-Botton. Ensuite, ce sera le pôle financier
du tribunal de grande instance (TGI) de Paris. «Les affaires
financières nous placent au cœur de la comédie humaine,
j’aime ça.» Il instruit le dossier de l’Angolagate. Charles Pasqua
réagit en portant plainte contre lui. Enfin arrive l’affaire Bettencourt. Les enregistrements fournis par le majordome de
la milliardaire auraient mentionné les décisions de Courroye
avant leur officialisation. Il le nie. Il réclame les fadettes du
portable du journaliste du Monde, lesquelles révèlent les
57 SMS échangés avec la vice-présidente qui instruit le dossier.
Le Monde porte plainte contre lui pour violation du secret professionnel. Quant au CSM, il ne sanctionne pas Courroye. Les
coups se donnent et se rendent sans fin. Le juge n’a jamais
envisagé la démission : «Je suis solide.» Devenir avocat ?
«Je suis avocat général!» répond-il en écarquillant les yeux,
clin d’œil à sa façon. En 2012, il est muté à la cour d’appel de
Paris par François Hollande, au titre de «l’intérêt du service».
Philippe Courroye vit cette promotion-sanction comme une
mauvaise manière. «C’est un fait rarissime dans l’histoire de
la magistrature. A ma connaissance, ce n’est jamais arrivé.
J’avais encore deux ans à faire à Nanterre.»
Ses loisirs ? «La vie, tout simplement !» Les yeux écarquillés
une fois encore. «J’aime la musique, sans laquelle ma vie
n’aurait pas la même intensité. J’ai appris tard à jouer du
piano, je m’exerçais une heure par jour tant que j’étais à Lyon,
mais j’ai arrêté en venant à Paris, par manque de temps.»
Il marche, il lit. Modiano, régulièrement, mais en ce moment,
le dernier Joël Dicker, aïe… Pour ses vacances, il part à la mer
et à la montagne, en France. Il habite le XVIe arrondissement
de Paris.
Le photographe aimerait «avoir un rayon de soleil». Nous l’attendons sous les arcades face à la pyramide. On gèle. Philippe
Courroye joue le jeu, il adore la photographie et demande des
conseils sur les Leica. Trois policiers nous entourent parce
qu’ils ont repéré un pickpocket et guettent le flagrant délit en
se cachant là. «Ce sont des flics?» nous demande le juge. Oui.
La lumière apparaît enfin. «Il l’a eu ! Il l’a eu !» dit Philippe
Courroye en parlant du rayon de soleil. •
Par VIRGINIE BLOCH-LAINÉ
Photo FRÉDÉRIC STUCIN
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Crimes. Documentaire.
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est-elle (vraiment) finie ?
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Documentaire. AuvergneRhônes-Alpes. Présenté
par Antoine de Caunes.
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22h35. Les routes de
l’esclavage - 3 & 4/4.
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Bale, Joel Edgerton. 23h30.
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Dragon. Aventures.
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23h00. Le retour de la momie.
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faux permis et délits de fuite :
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Le rêve américain.
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2 épisodes. 22h55. Snapped :
les femmes tueuses.
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Kara Tointon. 22h45.
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Téléfilm. Avec Melvil Poupaud.
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Berger II. Il fait passer des
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sont faits l’un pour l’autre
IV. Qui a l’embarras du choix ;
Victime du froid V. Tout le
monde a entendu parler
d’elle VI. Donnes du lustre ;
50 % d’une commission
VII. La troisième lettre
entourée VIII. Carte téléphonique ; Effectif IX. Son
parti a un nouveau chef
X. Avant de croiser l’enfer
XI. Qui tournent au vinaigre
9
I
Cogérants
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Clément Delpirou
1BS ("²5"/
Par GAËTAN
(030/
X
Grille n°898
VERTICALEMENT
1. Réserve d’affaires conclues ; Peu sucré ; Ancien pays 2. Cubains courts
et épais ; Symbole radioactif 3. Opposition à François 4. On les trouve
à la racine 5. S’opposer à la culture de masse ; Son pire cauchemar,
c’est la crise de la quarantaine 6. Elle est d’attaque, un peu trop même
7. L’audiovisuel public d’un pays européen ; Bon livré avec l’ivraie, il faut
l’en séparer 8. Socialo ; Réserve d’ambre 9. Elles font tourner au vinaigre
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. CAMEMBERT. II. OPINA. LIA. III. NON. RENOM.
IV. SKIS. NA. V. RAKI. SAIN. VI. ÉP. LOEB. VII. CHATS. HPA.
VIII. HAN. COOLS. IX. ASILAIRES. X. MIÈVRERIE. XI. PÉRISSANT.
Verticalement 1. CONTRECHAMP. 2. APO. APHASIE. 3. MINSK. ÂNIER.
4. EN. KILT. LVI. 5. MARI. OSCARS. 6. ESSE. OIES. 7. ELN. ABHORRA.
8. RIONI. PLEIN. 9. TAMANRASSET. libemots@gmail.com
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
Rédacteurs en chef
adjoints
Grégoire Biseau (France),
Lionel Charrier (photo),
Cécile Daumas (idées),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Didier Péron (culture),
Sibylle Vincendon (société)
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