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Le Figaro - 03 05 2018

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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 930 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
LE FIGARO LITTÉRAIRE
JACQUES JULLIARD
NOTRE SUPPLÉMENT
PAGE 14
CES ÉCRIVAINS OUBLIÉS
QU’IL EST TEMPS DE REDÉCOUVRIR
LA GAUCHE, L’ISLAM
ET LE NOUVEL ANTISÉMITISME
1er mai : l’inquiétant profil
des casseurs d’ultragauche
ENTRETIEN
Castaner : « ll y a
des fractures, mais
le pays va mieux »
PAGE 4
EUROPE
L’UE menace
de couper les vivres
à la Hongrie de
Viktor Orban PAGE 6
Sur les réseaux sociaux, ils s’étaient promis de faire vivre aux autorités « une journée en enfer ».
Les gardes à vue permettent de préciser le parcours politique ultraviolent des black blocs.
MOYEN-ORIENT
Zadistes venus de Notre-Dame-des-Landes et « anarchoautonomes », tous ennemis
acharnés de « l’État capitaliste » : les artisans du chaos qui
« Mélina
la Française »
de Mossoul face
à la justice d’Irak
s’est emparé des rues de Paris
le 1er mai proviennent des nébuleuses contestataires et de
l’ultragauche radicale. Parmi
les 283 personnes interpellées
sur personnes dépositaires de
l’autorité publique ». D’après
des informations obtenues par
Le Figaro, un tiers d’entre elles
sont des femmes, 60 % ont en-
mardi, 98 étaient toujours en
garde à vue mercredi soir,
soupçonnées de participation
à un « attroupement armé » et
à des « violences volontaires
è LES RENSEIGNEMENTS ET LA RÉACTIVITÉ DE LA POLICE EN QUESTION è LA DÉLICATE RECHERCHE D’UNE RESPONSABILITÉ POLITIQUE è FRANÇOIS RUFFIN VEUT FAIRE
« LA FÊTE À MACRON » è LA DROITE CONDAMNE L’IMPUISSANCE DE L’EXÉCUTIF FACE AUX VIOLENCES PAGES 2, 3, 4 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 7
SANTÉ
Les cinq conseils
clés de la longévité
NouvelleCalédonie :
Macron
arrive en
terrain miné
PAGE 9
FOOTBALL
L’OM veut
entretenir
sa légende PAGE 10
FISCALITÉ
En Israël,
chronique
leLa
mois
de mai
d’Éric
de tous les
Zemmour
dangers
La
Le chronique
tête à tête
de
d’Éric
Charles
Jaigu
Zemmour
La
Le tête
chronique
à tête
de Luc
Charles
Ferry
Jaigu
L’analyse
LaGuillaume
chronique
de
de Luc Ferry
Perrault
PAGES
À 15
L’analyse
de Guillaume
Perrault
n
n
Alors que la mobilisation des cheminots devient de plus en plus difficile, les syndicats tentent d’organiser des
rassemblements au cours des prochains jours. Pénalisés par un mois de grève séquencée, les Français, eux, ont recours
aux moyens de transport alternatifs comme le covoiturage et les cars pour se déplacer et travailler. PAGES 18 ET 19
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Croyez-vous à une percée
des partis nationalistes
antisystème aux
prochaines élections
européennes ?
NON
32 %
OUI
68 %
TOTAL DE VOTANTS : 42 647
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Face aux casseurs, faut-il
rétablir l’état d’urgence ?
FABIEN CLAIREFOND
L
Sortir du piège
es violences étaient, paraît-il, prévues, leurs auteurs étaient connus et
leurs
conséquences
courues
d’avance. Dans ces conditions,
pourquoi avoir laissé faire ? Certes,
en ce 1er mai, à Paris, aucune victime n’aura
été à déplorer et l’ordre donné aux policiers
d’éviter la confrontation physique avec les
fauteurs de troubles semble compréhensible.
Il n’empêche : ces images de guerre civile, relayées dans le monde entier, sont intolérables, indignes de notre pays. On souhaiterait
ne plus jamais les revoir. Le gouvernement ne
peut donc se contenter de vagues explications
pour éteindre la polémique.
Beaucoup a été dit, depuis longtemps, sur ces
activistes de l’ultragauche, casqués, tout de
noir vêtus et toujours prêts à en découdre. Ils
sillonnent l’Europe contre l’ordre capitaliste
et s’installent partout où la contestation monte. En France, ils sont à Notre-Dame-desLandes comme chez eux et leur mode d’action fait des émules parmi les jeunes en mal de
causes à adopter comme, récemment, à
l’université de Tolbiac. Ils cassent du « flic »,
haïssent la propriété privée et défient les pouvoirs en place.
L’État doit désormais sortir du piège dressé
par cette internationale du désordre à répétition. La présence de ses militants, en masse,
en rangs serrés et armés d’objets incendiaires
en ce 1er mai, devrait inciter le gouvernement
à changer de tactique. Comment a-t-on pu
les laisser se regrouper en tête du cortège ?
Était-ce pour mieux les contenir et les repérer ? Les débordements qui ont suivi ont
montré les limites du
procédé. Faut-il, ainsi
que le suggère le premier ministre, dissoudre des mouvements ?
Changer notre législation pour permettre
d’appréhender les casseurs avant la formation
de la manifestation, hors de tout flagrant délit ? On interdit, après tout, l’entrée d’un stade ou l’accès à un quai de gare aux individus
qui refusent d’être contrôlés.
Les questions fusent et les réponses adaptées
restent à trouver. Nul ne saurait, en tout cas, accepter que l’odieux spectacle de ce mardi se reproduise. Ni, comme trop souvent, que les factieux interpellés échappent à toute sanction. ■
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factieux,
l’État doit
changer
de tactique
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ISSN 0182.5852
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A
n
Photos non contractuelles
n
PAGES 12, 13 ET 15
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@f@a@n@a";
Comment les Français
s’organisent pour atténuer
les effets de la grève à la SNCF
Après l’Australie, le président
débarque jeudi à Nouméa, à
six mois d’un scrutin qui décidera ou non de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Le Caillou est en
ébullition, tiraillé entre les
différentes communautés :
les Kanaks, peuple autochtone depuis 4 000 ans, les
« Européens », incluant notamment les Caldoches, qui
vivent sur le Caillou depuis
plusieurs générations, les
métropolitains et les Océaniens arrivés plus récemment
sur le territoire. PAGE 5
n
n
M 00108 - 503 - F: 2,60 E
PHILIPPE LOPEZ/AFP
CHAMPS LIBRES
Controverses
autour de la
décision surprise
de Macron
de supprimer
l’« exit tax » PAGE 20
n
tre 18 et 28 ans et une quinzaine sont mineures ; 9 étrangers
ont également été conduits au
poste de police pour « contrôle
d’identité ».
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
BENOIT TESSIER/REUTERS
«
Toutes celles et ceux
qui appellent à l’insurrection
doivent être à un moment donné
poursuivis, et ils le seront
»
GÉRARD COLLOMB, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR,
AU LENDEMAIN DES HEURTS À PARIS
15
mineurs
en garde à vue
après les
saccages
du 1er Mai à Paris
L’ultragauche
à l’origine du chaos
du 1er Mai à Paris
Parmi les 98 gardés à vue, probables militants black blocs,
figurent un tiers de femmes et 60 % de jeunes.
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
LES ARTISANS du chaos, à l’œuvre le 1er
Mai dans Paris, ont semble-t-il bel et bien
recruté dans les rangs de la nébuleuse
contestataire et de l’ultragauche radicale.
Parmi les 283 interpellés, dont plusieurs
dizaines de militants black blocs pris dans
la nasse à la hauteur du Jardin des Plantes,
98 personnes étaient toujours en garde à
vue mercredi soir. Toutes sont soupçonnées de participation à un « groupement
en vue de commettre des violences ou des
dégradations », à un « attroupement
armé » ou encore de « violences volontaires sur personnes dépositaires de l’autorité
publique ». Selon un état des lieux porté à
la connaissance du Figaro, un tiers des
suspects recensés sont des femmes. Assez
jeunes pour la plupart, 60 % ont entre 18
et 28 ans, 20 % étant plutôt trentenaires.
« Nous avons aussi une quinzaine de mineurs », a détaillé sur LCI le ministre de
l’Intérieur, Gérard Collomb, qui a aussi
évoqué la présence d’un « fiché S ».
« Une bonne partie pourrait être connue de
la Direction du renseignement qui mène les
criblages », estime une source informée.
Sur les neuf étrangers conduits au poste
pour « contrôle d’identité », cinq suspects, un Allemand, un Belge, un Syrien,
un Colombien et un Suisse, figuraient au
nombre des gardes à vue. Enfin, un homme et une femme, appréhendés en marge
des heurts, ont été respectivement déférés pour détention de couteaux et d’un
engin incendiaire.
Dès lundi, la Préfecture de police avait
formulé des craintes à propos de « militants de groupes contestataires issus de
mouvances extrémistes » qui entendent
« s’en prendre violemment aux forces de
l’ordre ainsi qu’aux symboles du capitalisme ». À titre d’exemple, expliquaient les
autorités, un mouvement baptisé « inter-luttes » avait appelé sur les réseaux
sociaux à faire vivre « une journée en enfer » aux représentants de l’État. « Atta-
que militaire contre la ZAD, destruction des
lieux de vie, expulsions, matraquage des
étudiants, isolement des cheminots, désinformation : ces manœuvres destinées à
prouver l’autorité étatique sont bien plutôt
les symptômes d’un gouvernement angoissé, pris de panique face à la croissance d’un
mouvement de plus en plus puissant et protéiforme », raconte un appel « pour un 1er
Mai révolutionnaire » diffusé sur le site la
veille du défilé traditionnel. Dans un style
inimitable, le texte invitait les « camarades » à « transformer ces différents foyers
de révolte en une seule vague insurrectionnelle pour faire chuter ce régime détestable ». Des « engins incendiaires » de type
cocktail Molotov allaient être utilisés, estimait-on alors dans les rangs de forces
“
Tout l’art des black blocs
est de se mélanger parmi
les gens pour faire en sorte
qu’il y ait des blessés
et des morts si la police
intervient
”
GÉRARD COLLOMB, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR
de l’ordre qui, en évacuant lundi le campus Censier (université Paris III), ont découvert « plusieurs centaines de bouteilles
vides et de produits entrant dans leur composition ». Sans pouvoir mesurer l’ampleur exacte de l’incendie qui couvait
sous la cendre, les services de renseignements avaient annoncé la couleur. Sans
grande surprise, elle sera noire et rouge.
Outre des « camarades de pays voisins
ayant l’idée de se joindre aux festivités » et
des émissaires zadistes venus de NotreDame-des-Landes ou de Bure qui ont signé leur passage en peinturlurant le mobilier urbain par des messages appelant à
la « Croizad » contre Emmanuel Macron,
l’écosystème habituel des « anarchoautonomes » était lui aussi au rendezvous. Vent debout contre « l’État capita-
liste », ces chantres de l’émeute
scandaient « tout le monde déteste la police » et en inscrivant sur les murs
« ACAB », acronyme de l’Anglais « All
cops are bastards » (« Tous les flics sont
des salauds »).
Au cœur de la contestation, les black
blocs ont orchestré un bal dantesque avec
un savoir-faire saisissant. Pour le préfet
de police Michel Delpuech, qui a parlé
d’une « forme d’organisation assez nouvelle », ils étaient « au moins 1 200 » animés par la volonté de « faire déraper » la
Fête du travail et « d’user de violences de
toutes les manières ». Glissés au milieu de
14 500 manifestants massés en amont du
cortège officiel, pour ne pas se faire prendre, ces nihilistes vêtus de noir se griment et se masquent juste avant de laisser
éclater leur colère. Répondant au slogan
« siamo tutti antifascisti » par de caractéristiques claquements de mains, les militants radicaux copient le modèle de
leurs « aînés » allemands. Outre-Rhin,
où ils communiquent sur les réseaux
cryptés et Facebook en plusieurs langues,
les black blocs se sont professionnalisés
depuis la mise en place d’« action maps »
(plans d’action), de « street medics »
(médecins de rue), de « legal teams » (juristes) et de « guides » de la garde à vue
fourmillant de conseils pratiques. Face à
cette professionnalisation de la contestation, les responsables de l’ordre public
tentent d’ajuster une riposte tout en évitant les « dégâts collatéraux ». « Tout
l’art des black blocs est de se mélanger
parmi les gens pour faire en sorte qu’il y ait
des blessés et des morts si la police intervient. Il a fallu les bloquer », a commenté
mercredi le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, lors d’une visite surprise
sur le boulevard de l’Hôpital pour
constater le saccage. Un dernier bilan a
fait état de 6 voitures incendiées et de 31
commerces vandalisés. Édouard Philippe, lui, n’excluait pas mercredi de demander la dissolution d’« associations »
pour éviter de nouvelles violences. ■
Les Renseignements et la réacti
PAULE GONZALES £@paulegonzales
ET JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
LES HEURTS et dégradations constatés
en marge du défilé du 1er Mai à Paris, ce
mardi, justifieront-ils une commission
d’enquête parlementaire ? La requête
du nouveau patron du PS, Olivier Faure, a peu de chance d’aboutir. Le Figaro
revient sur les questions soulevées par
ces incidents.
renseignement policier
uLe
a-t-il sous-évalué la menace ?
La Direction du renseignement de la
préfecture de police (DRPP) de Paris
avait prévenu d’un risque de débordements. Dans une note du 30 avril révélée par Le Parisien, les ex-RG annonçaient « 400 à 800 membres de la
mouvance contestataire radicale ». Mais
ils furent au moins 1 200. À sa décharge,
la DRPP évoquait aussi la possibilité que
« 1 000 à 1 500 personnes issues des
communautés étrangères » fassent le
déplacement. Autrement dit des cas-
François Ruffin veut faire
« La fête à Macron »
A
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
SAMEDI à Paris, entre l’Opéra et la Bastille, ce sera « La fête à Macron ». Une
manifestation dite « pot-au-feu » pour
illustrer la diversité et la convergence
des luttes - sociales, syndicales et politiques - contre le chef de l’État et son gouvernement jugés trop libéraux. Elle a été
lancée début avril par François Ruffin, le
député médiatique de la Somme rattaché au groupe parlementaire de La
France insoumise et ancien du mouvement Nuit debout.
Mercredi cependant, lors de la présentation officielle, aucun responsable
politique n’était présent. Les porte-parole de cette « Fête à Macron » sont des
anonymes, issus de divers secteurs professionnels, la plupart ayant des responsabilités syndicales. Un choix neutre,
susceptible de résoudre le problème des
divergences politiques au sein de la gauche radicale. Et donc d’espérer une plus
forte affluence.
Les organisateurs qui attendent du
monde redoutent que la violence puisse
s’inviter et gâcher leur fête. Comme elle
a gâché le défilé du 1er Mai. Les questions
sur d’éventuels débordements, saccages
et autres affrontements avec la police par
des autonomes sont donc mal reçues.
D’autant que les médias sont accusés
d’avoir « tourné en boucle » sur les violences et par là d’avoir occulté les revendications. Deux services d’ordre de 150
personnes seront donc en action samedi,
l’un syndical, l’autre des organisateurs.
Malgré une affiche controversée reprenant les codes de Mai 68 (lire ci-contre),
sur laquelle un jeune envoie des légumes
comme autant de pavés, les organisateurs récusent tout appel à la violence.
Quatre chars déployés
Co-organisatrice de la fête, une jeune
femme prénommée Youlie - les noms de
famille ne sont pas donnés - assure que
« beaucoup d’énergie a été déployée »
pour que cette Fête à Macron soit un
moment « convivial » au cours duquel
François Ruffin, député de la Somme rattaché au groupe parlementaire de La France
insoumise, distribue des tracts, le 19 avril à Paris. MORISSARD/IP3 PRESS/MAXPPP
chacun pourra apporter « ses propres
revendications, ses colères mais aussi ses
espoirs ». « Il faut dégager une cause
commune et que chacun cesse de souffrir
par-devers soi », a, de son côté, expliqué
l’économiste Frédéric Lordon.
Quatre chars seront déployés au long
de l’itinéraire. Trois des chars seront des
caricatures d’Emmanuel Macron : un
Jupiter, un Dracula et un Napoléon, le
quatrième sera celui « de la résistance ».
Dans le char Napoléon, les animateurs
seront même dotés « de matraques et de
flingues géants ».
De quoi agacer l’exécutif. Mercredi
matin sur France 2, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, s’en est ainsi pris
aux organisateurs, accusés de jeter de
l’huile sur le feu. « Lorsque vous avez une
partie de la classe politique, sur les mar-
seurs venus d’Allemagne, des pays
scandinaves, de Suisse ou d’Italie, où
les ultras sont très actifs. Mais bien peu
se retrouvent dans la nasse policière. La
note évoquait enfin un probable mode
opératoire : « Les manifestants les plus
déterminés devraient se positionner en
amont du carré de tête, et pourraient s’en
prendre violemment aux forces de l’ordre, dégrader du mobilier urbain et des
symboles du capitalisme (agences bancaires et immobilières, concessionnaires
automobiles, véhicules de prestige). »
Scénario qui s’est en partie vérifié. Le
pouvoir était donc informé sur la nature
de la menace, mais pas assez sur son
ampleur. Or le renseignement est le
nerf de la guerre.
dispositif de sécurité
uLe
était-il sous-dimensionné ?
Pas moins de 21 forces mobiles ont été
mobilisées pour ce 1er Mai, soit 1 500
hommes (CRS et gendarmes mobiles),
sans oublier 500 effectifs de la Direction
parisienne de l’ordre public de la circulation (DOPC). « Avec à peine plus d’un
ches, qui appelle à faire “La fête à Macron”, certains le prennent au pied de la
lettre », s’est-il inquiété. Collomb craint
que « des gens soient aspirés par la spirale des mots » et « commettent demain des
actes inadmissibles », comme « aller
casser des agents des forces de sécurité et
subvertir l’État républicain ».
Députée de Seine-Saint-Denis, elle
aussi rattachée au groupe LFI, Clémentine Autain sera présente samedi comme
de nombreux autres représentants de la
gauche radicale, dont Jean-Luc Mélenchon ou le communiste Pierre Laurent.
Elle juge les propos du ministre de l’Intérieur « inadmissibles ». « Personne ne
peut croire qu’à la CGT ou à La France insoumise, on justifie de telles violences.
Nous sommes sincèrement opposés à ces
méthodes. Ce que nous voulons, c’est mobiliser le peuple. Or l’histoire l’a montré,
c’est le nombre qui permet la rupture. Pas
des petits groupes violents. »
Cependant, Clémentine Autain comprend la formule de Philippe Poutou
(NPA), pour qui « le gouvernement a
semé la violence, et il la récolte ». Pour
elle, « il y a une responsabilité du pouvoir
en place » dans ces violences. Liée en
particulier « à leur mépris pour les mobilisations sociales pacifiques ». ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
«
Un homme masqué marche
devant une voiture
et un scooter incendiés,
en marge du défilé syndical,
mardi 1er mai à Paris.
Vous allez mettre
2 000 policiers, 3 000,
ça ne changera rien
si on ne donne pas l’ordre
d’intervenir
JULIEN MATTIA/LE PICTORIUM
DAVID MICHAUX
»
DAVID MICHAUX,
SECRÉTAIRE NATIONAL CRS UNSA-POLICE
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
La délicate recherche d’une
responsabilité politique
vité de la police parisienne en question
membre des forces mobiles par casseur,
le rapport n’était pas hyperfavorable »,
estime un cadre des CRS. Signe révélateur : alors que la hiérarchie parisienne
en proscrit l’usage pour ses propres
forces, des commandants de compagnie ont décidé d’utiliser des lanceurs
de balles de défense (LBD), une arme
fortement déconseillée. Le gouvernement a aussi utilisé les canons à eau qui
étaient quasiment proscrits à Paris.
« D’ordinaire, on les montre pour ne pas
avoir à s’en servir, mais là, ils ont arrosé
à tout va », reconnaît un gradé.
doctrine d’emploi des forces
uLa
doit-elle être révisée ?
pas de raison qu’on arrive à bloquer les
hooligans du foot en amont, dans les gares et aux péages, et pas ces factieux qui
sont les mêmes qu’à Notre-Dame-desLandes ou à Calais. » Alain Bauer, lui,
défend le préfet de police de Paris,
Michel Delpuech, bien embarrassé :
« C’est un modèle de gestion de manifestation complexe. Au reste, il n’y a pas eu
de blessés graves. » À Paris, on préfère
depuis longtemps voir tomber les vitrines et faire fonctionner les assurances
que de risquer un mort. Patrice Ribeiro,
le numéro un de Synergie-Officiers, résume le dilemme : « Il y a toujours le
souci de ne pas créer plus de troubles que
nous ne sommes chargés d’en réprimer.
Il est certain que l’ombre de Rémy Fraisse
a plané au-dessus de Beauvau. » Gérard
Collomb a fait ses choix.
vaient passer. Le cadre juridique de droit
commun n’est pas celui-là », a affirmé le
préfet de police, le 1er mai au soir.
« C’est vrai, avec la fin de l’état d’urgence, nous sommes retombés dans le droit
commun des manifestations et nous
avons renoué avec la liberté fondamentale de manifester », souligne un haut
magistrat. « Cependant, le parquet de
Paris a transmis des réquisitions permettant de contrôler largement et en amont
les personnes aux abords de la manifestation. Les instruments existaient, mais,
un 1er mai, il n’est pas aisé de fouiller et
de contrôler tout le monde », souligne un
haut fonctionnaire longtemps à la tête
des forces de police parisienne. « L’arsenal de droit commun est largement
suffisant pour assurer le maintien de
l’ordre public. Nul besoin d’habituer les
Français à des mesures exceptionnelles.
De toute façon, le Conseil constitutionnel
ne le permettrait pas », affirme Philippe
Bas, président de la commission du Sénat. Bref, même un brin émoussés, les
outils existent. Encore faut-il vouloir
les utiliser. ■
candidat à l’Élysée Philippe Poutou
en affirmant que « les vrais casseurs ce
sont le gouvernement et le patronat ».
Plus subtilement, des responsables
syndicaux ont souligné que le
spectacle de ce 1er Mai détourné
devrait inciter le chef de l’État et ses
ministres à avoir un souci plus grand
du dialogue social. Autrement dit :
court-circuiter les syndicats libère
des formes incontrôlables
et dangereuses de contestation.
L’exécutif procède-t-il à un
amalgame implicite symétrique ? Lui
aussi pointe le danger d’une porosité
entre deux types de violence ; l’une
verbale, l’autre physique. Dès mardi
soir, Édouard Philippe mettait en
garde contre « l’irresponsabilité des
discours radicaux ». Se référant plus
explicitement à la « fête à Macron »
de samedi, le ministre de l’Intérieur,
Gérard Collomb, s’est inquiété
du « risque de voir des gens aspirés
par la spirale des mots ».
Ironie de l’histoire : c’est
Emmanuel Macron qui, après les
attentats islamistes de 2015, avait été
visé par Manuel Valls. Ce dernier le
prévenant, qu’« expliquer, c’est déjà
justifier ». Ce sont les macronistes
aujourd’hui qui préviennent
la gauche radicale du danger
qu’il y a à expliquer sinon à susciter
de la violence. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Plusieurs
responsables
politiques,
associatifs ou
syndicaux ont
joué de manière
dangereuse
autour du même
mot violence
pour désigner
les dégradations
de rue et la
politique du
gouvernement
Philippe Capon, le patron de l’Unsapolice, l’assure : « Il y a une gestion démocratique de la foule à revoir ! » Il interroge : « Comment est-il possible que
1 200 individus puissent se passer le mot,
s’organiser, se déplacer, se réunir en
plein Paris, sans que le moindre ordre
d’interpellation en amont n’ait été donné
au préalable ? » Selon lui, « les black
blocs ne sont pas extraterrestres. Il n’y a
« L’état d’urgence avait permis la mise
en œuvre de périmètres avec des entrées
bien délimitées, où toutes les personnes
qui comptaient aller dans le défilé de-
Mélenchon
fait volte-face
Troussel pour une commission d’enquête parlementaire
À la tête de La France insoumise,
Jean-Luc Mélenchon avait dégainé
un peu vite le 1er mai, indiquant
sur Twitter que les violences
« insupportables » en marge du
cortège parisien étaient « sans doute
des bandes d’extrême droite ». Il s’est
repris jeudi matin sur BFMTV, invitant
les jeunes à ne pas se laisser tenter
par « l’aventure » d’une violence qui
« ne mène nulle part ». « L’activité
révolutionnaire, ça consiste à rendre
conscient, organiser et discipliner
des millions de gens qui comprennent
quels sont les enjeux du moment
politique », a indiqué l’ancien candidat
à la présidentielle, adepte de l’ordre.
Mélenchon sera présent samedi à la
« fête à Macron » du 5 mai. Il espère
qu’elle va « ouvrir une période
qui peut être celle d’une jonction
généralisée des forces à laquelle nous
travaillons depuis des mois ». Il s’est
dit assuré que « les gens de tous les
horizons » seront « calmes, paisibles
pour dire stop à Macron ».
S. DE R.
d’urgence aurait-il fourni
uL’état
un cadre plus adapté pour agir ?
CHRISTINE DUCROS £@ChristineDucros
INVITÉ du « Talk Le Figaro », le président socialiste du conseil départemental
de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, ne mâche pas ses mots à l’égard des
black blocs venus en découdre à Paris.
« Je condamne de manière claire toutes les
exactions commises. Ces casseurs n’ont
rien à voir avec la manifestation pacifique
qui était prévue. Ils ont commis des violences inouïes. Les images en direct à la télévision étaient insupportables et ce n’est pas
la première fois », martèle-t-il.
Y a-t-il justement eu un défaut d’anticipation de la part du gouvernement ?
L’élu ne cache pas son étonnement :
« Comment est-ce possible ? Personne ne
pouvait imaginer que ces centaines d’individus cagoulés qui se structuraient en tête
de cortège étaient pacifiques. Des policiers
en civil sont pourtant présents dans les manifestations. »
Il manifestait lui-même place de la Bastille et confie que « pour éviter un procès en
laxisme et faire toute la lumière sur cette affaire », il est favorable à « la création d’une
commission d’enquête parlementaire ».
Récemment nommé par Olivier
Faure, secrétaire national du PS en
charge des nouvelles solidarités, il ne
souhaite toutefois pas que soit rétabli
l’état d’urgence. « Nous avons les
moyens de faire respecter à la fois la liberté
de manifester et l’ordre républicain pour
que les manifestants mais aussi les commerçants, les riverains soient protégés »,
avance-t-il.
“
Ces casseurs n’ont rien
à voir avec la manifestation
pacifique qui était prévue
STÉPHANE TROUSSEL
”
Farouchement hostile à la réforme de
la SNCF, le patron de la Seine-Saint-Denis ne voudrait surtout pas que les Français fassent « l’amalgame entre ceux qui
manifestent contre la réforme ferroviaire,
certes de façon parfois un peu rude, et les
casseurs du 1er Mai. Il n’y a rien de commun
entre l’infirmière qui défend l’hôpital public
et ces individus ». Attaché à « la belle tradition du défilé du 1er Mai », il ne manifestera pas samedi aux côtés de François
STÉPHANE TROUSSEL, mercredi, dans
le studio du Figaro. MARMARA/LE FIGARO
Ruffin qui veut « faire sa fête à Macron ».
Lui qui croit toujours au clivage droitegauche estime que le président mène
« une politique de plus en plus clairement
libérale de centre droit comme il en existe
partout en Europe ». Tandis que La France
insoumise se révèle sectaire.
»
Le maire adjoint socialiste de La Courneuve - ville dans laquelle il vit aujourd’hui après y avoir été élevé - se passionne
pour le plan banlieue de Jean-Louis Borloo. Pour lui, « la politique de la ville est à
l’arrêt » et il est urgent « de mettre le paquet sur l’éducation, la culture, l’insertion
professionnelle et l’emploi, la rénovation
urbaine ». Il juge qu’il s’agit d’un « bon
plan ». « J’ai moi-même formulé des propositions. Cinq milliards par an, c’est indispensable. Les élus sont inquiets, ils voient
leurs ressources diminuer de 30 % par an
tandis que leurs besoins croissent de
30 %. » Il ne croit guère en revanche que
le président fera siennes les propositions
de Jean-Louis Borloo. Mais il se réjouit des
futurs JO en Seine-Saint-Denis. Ils pourraient devenir d’ici à 2024 « un bel accélérateur de projets pour le département comme le fut la Coupe du monde de foot en 1998.
Ils seront rentables, dit-il, si les infrastructures restent en héritage, profitent aux citoyens et participent au développement
économique de la Seine-Saint-Denis dont le
nombre d’habitants (1,6 million) ne cesse de
progresser ces dernières années et pourraient atteindre, comme Paris aujourd’hui,
les 2,2 millions d’habitants d’ici à 2030 ». ■
A
S
ur l’affiche, un jeune qui lance
des projectiles. Certes, il s’agit
de légumes et pas de pavés
ni de grenades. Mais quand
même ! Au lendemain des violences
qui ont entaché et occulté les
cortèges syndicaux du 1er Mai, cette
affiche invitant à la « manif pot-aufeu » organisée samedi à l’initiative
du député Insoumis François Ruffin
dérange. Clin d’œil potache à Mai 68,
ce visuel prend un autre sens
après les saccages de mardi
et avant cette « Fête à Macron »
à laquelle participeront des
opposants de gauche au président
de la République.
Certes la gauche politique radicale
se défend de toute connivence et de
toute proximité avec les groupuscules
violents de l’ultragauche. Après une
tentative, dont il a reconnu l’inanité,
de voir dans les casseurs des
« bandes d’extrême droite »,
Jean-Luc Mélenchon a heureusement
prié les jeunes à « ne pas se lancer
là-dedans », rappelant clairement
que casser une vitrine de McDo
« n’était pas une activité
révolutionnaire ». Dont acte.
Mais l’étanchéité gagnerait à être
totale. À commencer sur le plan
sémantique. Car tout en condamnant
clairement les débordements
de mardi, plusieurs responsables
politiques, associatifs ou syndicaux
ont joué de manière dangereuse
autour du mot violence. En utilisant
le même mot pour désigner les
dégradations de rue et la politique
du gouvernement. Violence physique
contre des magasins d’un côté,
violence sociale que la politique
de Macron infligerait aux salariés
de l’autre. Bien entendu, personne
n’a été jusqu’à dire que la seconde
découlait automatiquement
ou intégralement de la première.
Mais la consonance crée malgré tout
la confusion. Elle permet en effet
de condamner formellement, et sans
doute sincèrement, les débordements
des casseurs tout en instillant
implicitement l’idée qu’il y a malgré
tout un lien entre les deux. Sans
justifier les saccages, elle établit
une grille d’explication qui conduit
à identifier une responsabilité
gouvernementale dans cette violence
qui a choqué l’opinion. Ce qu’a
énoncé sans vergogne l’ancien
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
«
On a des gens qui hier ont, par leur action, dénaturé une
manifestation qui était, elle, pacifique et qui visait à créer
un rapport de force avec un gouvernement qui refuse de
négocier. Et donc la question qui est posée aujourd’hui est
de savoir pourquoi les forces de l’ordre ont tardé à intervenir
OLIVIER FAURE, PREMIER SECRÉTAIRE DU PARTI SOCIALISTE
»
Ce n’est pas parce que
le président de la République
part en voyage officiel en Australie
et en Nouvelle-Calédonie (…) qu’il
n’y a pas de pilote dans l’avion
GUILLAUME SOUVANT/AFP
STEPHANE DE SAKUTIN/AFP
«
ÉDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Castaner : « Il y a
des fractures,
mais le pays
va mieux »
Christophe Castaner, mercredi à Paris.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
dictions, ou plus de dépenses publiques et
d’allocations. Il y a des problèmes dans les
banlieues ? On met plusieurs dizaines de
milliards d’euros sur la table… C’est une
mauvaise réponse, car elle traite passagèrement les symptômes mais ne s’attaque
pas aux causes profondes. L’émancipation est une révolution difficile et de long
terme.
Comment le mouvement LaREM
aborde-t-il le premier anniversaire
du président ?
Samedi, quand François Ruffin fera sa
« Fête à Macron », nous organiserons des
kiosques citoyens appelés « J’écoute ».
Cette opération se déroulera jusqu’au
12 mai et permettra aux Français de venir
débattre, s’informer, écouter. De la
même manière, à partir de fin mai, j’irai
un samedi par mois dans une ville
moyenne, sur le marché, pendant troisquatre heures, pour écouter les gens. Il y
aura aussi un tract de 24 pages diffusé à
partir du 19 mai. Il a vocation à retracer le
sens de notre action.
Le patron de La République en marche
admet un « problème » de pédagogie
dans l’explication de l’action de l’exécutif.
PROPOS RECUEILLIS PAR
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
LE FIGARO. - Le 1er Mai à Paris a été
marqué par des débordements violents.
Les moyens mis en place par l’État
étaient-ils suffisants ?
Christophe CASTANER.- Ne réduisons
pas une approche de sécurité à un seul
événement, à une seule impression. Il y a
aujourd’hui une montée des extrémismes, que ce soit du côté de Génération
identitaire ou des black blocs. Notre responsabilité, c’est de combattre la radicalisation extrémiste et les violences, d’où
qu’elles viennent, et non pas de les utiliser, de les agiter, ou de polémiquer. Ensuite, personne ne peut dire « on a été
parfait ». Le « parfait » n’existe pas. Ceux
qui n’y comprennent rien donnent des leçons ou font de la récupération politique.
Il y a eu des dégâts matériels. Ils sont insupportables mais il n’y a eu aucun blessé
du côté des manifestants pacifistes ou du
côté de nos forces de l’ordre face à des individus qui voulaient en découdre. Dans
une manifestation, quand vous avez 1 200
individus dangereux, vous n’envoyez pas
les forces de l’ordre sans méthode. Sinon
vous faites des dommages collatéraux.
Aujourd’hui, il y a une montée des extrêmes qui surfent sur des colères qui leur
sont propres. On les retrouve dans les
ZAD ou dans certaines universités.
Quelle réponse politique faut-il apporter
à cette montée de la violence ?
Dans notre histoire, la société a souvent
été violente. Si on veut une société d’ordre, il faut que ceux qui portent la symbolique soient dans cette exemplarité. Je
condamne très régulièrement la violence
des propos de La France insoumise ou du
Front national. Dès mardi soir, Laurent
Wauquiez s’est aussi illustré dans sa
course à la surenchère.
L’opposition dénonce l’absence
du président de la République…
Le président se rend en Nouvelle-Calédonie pour une visite très importante et précède cette visite d’un déplacement en
Australie, qui est un partenaire de poids.
Si ceux qui polémiquent pensent que le
rôle du président ce n’est pas aussi de
s’occuper de politique internationale,
qu’ils ne me parlent plus jamais du général de Gaulle ! J’ai le souvenir qu’il fut un
acteur international important.
Emmanuel Macron promettait
de réconcilier les Français. L’objectif
n’est pas atteint.
D’où partions-nous ? La situation de la
France mi-2017 était celle d’une fracture
intégrale. Ces fractures ne sont pas nouvelles, et on ne les a pas radicalisées. Au
contraire, notre pays va mieux. Le regard
que chacun porte sur la France est nettement plus positif qu’il y a un an. Pour la
première fois depuis dix ans, il y a des
créations d’emplois industriels, le chômage continue de baisser, notre déficit
public est moindre.
Vous êtes à partir de jeudi dans
l’Eure-et-Loir. Pourquoi ?
Ce sont trois jours d’immersion, à l’écoute des Français, à un moment particulier
qui correspond à la fin de la première année du quinquennat d’Emmanuel Macron. Ce n’est pas un moment de fête. Car
même si les choses vont mieux, la société
n’est pas festive. L’idée est de prendre le
pouls du pays, d’expliquer le sens de l’action engagée. Pendant trois jours, je vais
dormir chez l’habitant et voir la politique
gouvernementale confrontée à la réalité.
Craignez-vous de devoir affronter
de la colère ?
En dehors des professionnels de la contestation, je rencontre énormément de gens
qui nous soutiennent. Je peux vous dire
»
«
Dans une
manifestation, quand
vous avez 1 200 individus
dangereux, vous
n’envoyez pas les forces
de l’ordre sans méthode.
Sinon vous faites des
dommages collatéraux
CHRISTOPHE CASTANER
que le climat n’a pas grand-chose à voir
par rapport à 2013… Il était alors beaucoup
plus difficile d’assumer d’être un député de
la majorité. Les Français expriment des
impatiences, mais cela ne ressemble pas à
la violence dont on nous parle. J’aurai
peut-être, à un moment, un comité d’accueil. J’entends les inquiétudes, notamment celles des agriculteurs. Nous en parlerons. Bien sûr, il y a les délégués syndicaux de la SNCF ou autres mais ce
moment d’écoute n’est pas celui d’un catéchisme corporatiste.
Édouard Philippe est dans le Cher, vous
dans l’Eure-et-Loir, les ministres vont
tous se déplacer le 17 mai… Est-il urgent
de faire la pédagogie des réformes ?
Quand vous êtes dans l’action, vous négligez parfois la pédagogie. Il faut revenir
au cœur du message présidentiel : la construction
de la société du travail.
C’est la première urgence. Le problème,
c’est que trop souvent on
ne communique que sur un
élément isolé, pas sur une approche globale de transformation.
Comment réinscrit-on une mesure comme le dédoublement des classes de CP
dans les ZEP – qui est la mesure la plus sociale depuis que Lionel Jospin était à Matignon - dans une approche globale
d’émancipation ? On a beaucoup de mal à
le faire passer. Notre vrai problème, c’est
qu’on est dans une société qui s’est habituée à l’allocation. Les politiques ont habitué les Français à répondre aux problèmes par plus de normes et d’inter-
»
Un sondage montre
que les ministres ne
sont pas identifiés,
est-ce un problème ?
C’est un faux débat.
Avant, les ministres
étaient plus connus,
puisqu’ils étaient en
politique depuis trente
ans. Ne comparons pas
avec un Laurent Fabius ou un Alain Juppé.
Sans compter que le
regard médiatique ne
se focalise que sur Emmanuel Macron.
Le chef de l’État
s’expose-t-il trop ?
Non, je ne le crois pas.
Le président guide et,
chaque fois que c’est nécessaire, décide. Il est normal qu’il veille aux grands arbitrages, il est le seul à avoir la
légitimité issue de l’élection présidentielle.
L’étiquette de « président des riches »
colle à sa peau. Plus encore avec
la suppression annoncée de l’« exit taxe ».
Ce gouvernement est-il de droite ?
Cette perception est injuste. Ce qui perturbe, c’est qu’on a l’habitude de mettre des politiques dans des cases, alors
que la droite et la gauche n’existent
plus. Pour prendre des décisions, on ne
se pose qu’une seule question : est-ce
que ça marche ou pas ? Nous sommes
perçus plus à droite que nous ne le sommes. Nous devons travailler aussi sur ce
sujet-là. ■
La droite condamne l’impuissance de l’exécutif face aux violences
centaines de black blocs cagoulés était
prévisible », a déploré le député européen. Surpris par l’attentisme de l’État
dans cette affaire, Geoffroy Didier est
allé jusqu’à s’interroger sur une éventuelle « stratégie » du gouvernement
pour « décrédibiliser les forces sociales de
la manifestation du 1er Mai ».
A
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
TIRS NOURRIS contre le gouvernement
et le ministère de l’Intérieur ! Des Républicains au Front national, les réactions
ont été immédiates après les violences du
1er Mai à Paris. Impuissance, faute d’anticipation, recul du pouvoir, chaos… Nombre d’élus ont multiplié les condamnations sur un ton extrêmement critique.
Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, n’a pas tardé à dénoncer
les « terribles images » d’une journée illustrant la « faillite de l’État régalien » et
l’urgence à « rétablir l’autorité » dans le
pays. Certains, comme le député des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, ont vu dans
ces impressionnants incidents parisiens
la répétition d’une faiblesse de l’État faisant écho aux événements de la ZAD de
Notre-Dame-des-Landes. Une nouvelle
preuve aussi de « l’incapacité du président de la République et du gouvernement
à faire respecter l’autorité républicaine ».
Critiqué pour avoir estimé que de telles
scènes d’émeutes étaient « inédites » depuis Mai 68, Éric Ciotti a été rejoint par le
« Gouverner, c’est agir ! »
Laurent Wauquiez au siège des Républicains, le 18 avril.
secrétaire général des Républicains délégué à la communication. Pour Geoffroy
Didier, présent à la gare d’Austerlitz au
moment des affrontements entre black
blocs et forces de l’ordre, Paris n’avait
jamais connu une telle manifestation de
CHARLES PLATIAU/REUTERS
casseurs, organisée avec des banderoles.
« Il s’est passé quelque chose de nouveau.
Il y a incontestablement une montée dans
l’échelle de la violence et personne ne peut
comprendre pourquoi rien n’a été anticipé
alors que ce rassemblement de plusieurs
Comme l’exige régulièrement le Front
national, Éric Ciotti a demandé la dissolution des « groupes d’ultragauche ».
D’autres élus LR ont ironisé sur l’apparente fermeté des réactions gouvernementales. « Les Français sont las, cher
Benjamin Griveaux, de vos condamnations successives qui restent stériles.
Quittez votre suffisance, votre arrogance
et votre mépris habituels. Gouverner,
c’est agir ! » a attaqué la porte-parole LR
Laurence Saillet, en visant directement
son homologue du gouvernement.
Ce déluge de flèches n’a pas épargné la
personnalité du chef de l’État. La droite
a ironisé sur les « émotions australiennes » d’Emmanuel Macron, postées sur
Twitter depuis Sidney. Guillaume Pel-
tier, 2e vice-président du parti LR et député du Loir-et-Cher, a dénoncé une
sorte de vacance du pouvoir. « En France, a-t-il accusé, quand mille casseurs
agressent nos forces de l’ordre, saccagent
un quartier de Paris et font la loi : le président de la République est en déplacement ;
le premier ministre est absent, le ministre
de l’Intérieur est impuissant. » Pour sa
part, le député de Moselle Fabien Di Filippo a jugé « hallucinant » le fait que le
préfet de police, Michel Delpuech, ait
reconnu les avantages de l’état d’urgence. Si celui-ci avait été maintenu, il
aurait offert aux forces de l’ordre « des
moyens de bloquer les casseurs que n’offre pas le droit commun ! ». Laurence
Saillet a alors rebondi en vantant le rétablissement de l’état d’urgence réclamé
par Laurent Wauquiez à la suite du dernier attentat terroriste de l’Aude.
De son côté, Marine Le Pen a estimé
que l’exécutif avait fait preuve de
« mansuétude » face aux violences de
mardi. « Maintenant, on peut presque
dire d’une complicité » à l’égard de « ces
milices d’extrême gauche », a ajouté la
présidente du Front national. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
POLITIQUE
5
Emmanuel Macron débarque
dans une Nouvelle-Calédonie en ébullition
Le président arrive ce jeudi à Nouméa sur fond de montée des tensions entre loyalistes et indépendantistes.
changé d’avis. Il le donne juste moins
clairement. Comme à Sydney, par
exemple, où, face aux inquiétudes du
premier ministre australien de voir la
Nouvelle-Calédonie quitter la France et
passer sous domination chinoise, il s’est
voulu rassurant. « Cette présence est une
chance pour la France », a assuré Emmanuel Macron. Lequel a placé l’île au centre de sa stratégie de développement
dans la région.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
ENVOYÉ SPÉCIAL À SYDNEY ET NOUMÉA
« Une opportunité historique »
Une femme attend devant un bureau de vote, au second tour des élections législatives, le 18 juin 2017, à Nouméa.
cadeau de président de la République, ce
sera un cadeau personnel », explique un
conseiller. Tout pour éviter le moindre
faux pas.
D’autant que, pour l’heure, la victoire
s’annonce large pour les partisans d’une
Calédonie
demeurant
dans
la
République française. Selon un sondage
publié jeudi matin sur l’île par l’institut
Scope, le non à l’indépendance l’em-
porterait à 59,7 %, contre 22,5 % pour le
oui. Une position qui s’affirme de plus
en plus, puisque, selon le même sondage
réalisé l’année dernière, le non atteignait 54,2 %. Dans ce contexte, tout
l’enjeu, pour Emmanuel Macron,
consiste à préparer « le jour d’après »,
quand, au lendemain du référendum, il
s’agira de réconcilier les deux parties.
Garder le silence sur le référendum,
LA NOUVELLE-CALÉDONIE a
rendez-vous cette année avec
l’histoire. Pour autant, ce n’est
pas la première fois que cet archipel colonisé par la France en 1853
se prononce pour ou contre son
maintien dans la République. En
1958 déjà, les Calédoniens manifestent leur souhait de rester
Français en votant « oui » à 98 %
au référendum sur la Constitution
de la Ve République, contrairement aux Guinéens qui deviennent indépendants. L’inscription
des Kanaks sur les listes électorales est encore récente. Les premières revendications indépendantistes n’apparaissent que dix
ans plus tard, quand les tout premiers étudiants kanaks, partis étudier en métropole, découvrent le
mouvement de Mai 1968. Les années soixante-dix voient l’émergence de plusieurs mouvements
contestataires.
En 1979, le Parti socialiste affiche sa solidarité au Front indépendantiste et réaffirme sa « volonté de soutenir et garantir le droit
du peuple à décider de son avenir ».
L’élection de François Mitterrand
à la présidence, deux ans plus
tard, vient nourrir de nouveaux
espoirs chez les indépendantistes.
En 1983, la table ronde de Nainville-les-Roches reconnaît aux Kanaks « un droit inné et actif à l’indépendance dont l’exercice doit se
faire dans le cadre de l’autodétermination ». Bien que ce droit soit
élargi aux autres communautés,
considérées comme des « victimes de l’histoire », la proposition
est rejetée en bloc par le RPCR de
Jacques Lafleur. En 1986, la Nouvelle-Calédonie se retrouve inscrite sur la liste des pays à décoloniser des Nations unies.
Plongés dans une quasi-guerre
civile entre loyalistes et indépendantistes, qui coûtera la vie à
58 civils et 13 militaires, les Calé-
MARC LE CHELARD/AFP
NOUMÉA
Jacques Lafleur, le leader loyaliste
à l’initiative de l’accord de Nouméa,
signé le 5 mai 1998.
doniens se prononcent à 98 %
contre l’indépendance lors du référendum de 1987. Le FLNKS avait
appelé, quant à lui, à boycotter le
scrutin qui autorisait toute personne présente depuis trois ans à
voter.
Une « solution
consensuelle »
La confrontation entre les deux
camps atteint son paroxysme lors
de la tragédie d’Ouvéa qui précipite la signature des accords de
Matignon le 26 juin 1988, entre
Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, sous l’impulsion du premier
ministre Michel Rocard. Cet acte
prévoit que les Calédoniens exercent une nouvelle fois leur droit à
l’autodétermination « au terme de
dix années ».
Dès 1991, le leader loyaliste
Jacques Lafleur propose une « solution consensuelle » afin d’éviter
un « référendum couperet ». Cette proposition se concrétise le
5 mai 1998 par la signature de
l’accord de Nouméa, sous l’égide
de Lionel Jospin, alors chef du
gouvernement. Ratifié à 72 % par
les Calédoniens, ce texte fonda-
FRED PAYET/AFP
donc, même si Emmanuel Macron a déjà
pris position. C’était en 2017, pendant la
campagne présidentielle. « Il ne peut y
avoir de rupture dans notre histoire commune », assurait alors le candidat aux
Nouvelles calédoniennes en se disant
« convaincu que la présence de la France
est nécessaire pour garantir la paix civile
et le développement ».
Le président de la République n’a pas
Un archipel multiculturel
Un référendum attendu
depuis 30 ans sur le « Caillou »
CORALIE COCHIN £@coraliecochin
En mars, le chef de l’État en a posé la
première pierre en Inde. En début de semaine, il a prolongé le travail avec
l’Australie. En Nouvelle-Calédonie, ce
sera la dernière étape, celle de la
construction d’un axe Paris-New DelhiCanberra avec Nouméa comme position
française dans la région. « Nous voulons
faire de cette présence indo-pacifique
française une chance à plein », a expliqué
Emmanuel Macron au premier ministre
australien, en assurant vouloir « protéger nos intérêts dans la région, en particulier les territoires français voisins ». En
clair, dans la grande reconstruction des
alliances géopolitiques en cours, il serait
préférable pour lui que la Calédonie
choisisse de rester dans la République.
Mais ça, le président de la République ne
peut pas le dire ouvertement. Du moins
pas avant que les Calédoniens se soient
prononcés dans les urnes.
Pour ou contre l’indépendance, donc,
mais aussi pour ou contre s’inscrire dans
cet axe de développement économique,
militaire et environnemental avec
l’Inde et l’Australie. Comme le rapporte
l’un de ses conseillers, « le président de
la République considère que la Calédonie
a une opportunité historique de choisir
son propre destin ». ■
teur, unique au sein de la République, inscrit la Nouvelle-Calédonie dans un processus de
décolonisation sur vingt ans et
prévoit la tenue d’un référendum
d’autodétermination entre 2014 à
2018 au plus tard.
En 2004, Jacques Lafleur tente
de proposer une nouvelle « solution consensuelle ». Sans succès
cette fois. Quatre ans plus tard, le
député loyaliste Pierre Frogier
prône l’organisation d’un référendum dès 2014 pour « purger
rapidement » la question de l’indépendance, avant de défendre
finalement l’option d’une « solution consensuelle » à son tour.
Le député Philippe Gomès, son
rival politique mais néanmoins
loyaliste, défend pour sa part l’option d’un « référendum éclairé »,
qui ne réduirait pas le scrutin à un
« oui » ou un « non » mais permettrait aux Calédoniens de se
prononcer sur deux projets - pour
ou contre l’indépendance - « clairement définis ». Ces différentes
tentatives n’aboutiront pas. Le
4 novembre prochain, près de
169 000 électeurs auront à répondre à une question sans équivoque, comme le prévoyait l’Accord
de Nouméa, pour permettre à la
Nouvelle-Calédonie d’accéder ou
non à la pleine souveraineté. ■
169 000
électeurs
seront appelés
à se prononcer
le 4 novembre
prochain sur
l’autodétermination de
la Nouvelle-Calédonie
« DEUX COULEURS, un seul peuple. » C’est le slogan prôné depuis
plus d’un demi-siècle par le parti
indépendantiste Union calédonienne. Dans les débats, cette image
d’une Calédonie à deux visages est
largement véhiculée, avec d’un
côté les Kanaks, peuple autochtone
depuis 4 000 ans, de l’autre les
« Européens », incluant aussi bien
les « Caldoches » vivant sur le
« Caillou » depuis plusieurs générations que les Métropolitains, arrivés
plus récemment sur le territoire.
Mais les chiffres du dernier recensement * contredisent cette vision binaire de la société calédonienne. En 2014, 39,05 % des habitants se sont déclarés kanaks et
27,2 % européens. Les 33,75 % restants se sont réclamés d’autres
communautés, notamment vietnamienne ou indonésienne, présentes
depuis 120 ans sur le territoire, mais
aussi wallisienne et futunienne, tahitienne, ni-Vanutu…
Michel Fongue, le président de
l’amicale de la communauté chinoise, a rappelé cette réalité à Manuel
Valls et Christian Jacob, lors de leur
visite en février dans le cadre de la
mission d’information sur l’avenir
de la Nouvelle-Calédonie. Pour ce
Tahitien aux ancêtres chinois, ces
33,75 % « sont une majorité silencieuse dont on ne parle pas du tout »
et qui « n’est pas représentée dans le
G10 », le groupe politique – devenu
G8 - chargé de préparer l’avant et
1/3 des habitants ne se reconnaissent ni européens ni kanaks
RÉPARTITION DE LA POPULATION NÉO-CALÉDONIENNE
SELON LA COMMUNAUTÉ D’APPARTENANCE,
ÉVOLUTION DES COMMUNAUTÉS D’APPARTENANCE
DEPUIS LES ACCORDS DE MATIGNON EN 1988,
en nombre d’habitants
en % de la population totale
Autres communautés
Kanaks
27 534 Polynésiens
104 958
90 610
(Wallis-et-Futuna, Tahiti)
habitants
en 2014
19 927 « Calédoniens »
7 542 Asiatiques
Européens
Source : Isee
(Polynésiens, Asiatiques...)
44,1
40,3
40 %
33,6
(Vanuatu...)
39,1
33,8
34,1
30,5
(Indonésie, Vietnam...)
6 604 non déclarés
5 996 Autres
7
31
9
9
44,8
Autres
Européens
23 007 métis
(plusieurs communautés)
268 767
Kanaks
30 %
29,2
27,1
21,6
21,8
20 %
1989
1996
2009
Infographie
2014
l’après-référendum. « C’est comme
si, en France, sur les 66 millions
d’habitants, on excluait 21 millions de
Français ! » a-t-il déclaré, avant de
souligner qu’il n’y avait « aucune
majorité ethnique sur ce territoire ».
Depuis 1963, les Kanaks sont en
effet devenus minoritaires en Nouvelle-Calédonie. Si ce « pur loyaliste » souhaite rester dans la France,
parce qu’« elle a permis à la population calédonienne de s’émanciper »,
il estime « tout à fait légitimes » les
« revendications indépendantistes ».
Après les Kanaks et les Européens, les Wallisiens et Futuniens
représentent la plus forte proportion de la population (8,1 %). L’immigration de cette communauté de
tradition loyaliste fut longtemps
encouragée par la droite locale pour
contrecarrer le vote indépendantiste. Mais une minorité, comme
Arnaud Chollet-Léakava, 39 ans,
adhère aux thèses indépendantistes. « Comme les Kanaks, nous
sommes français depuis 150 ans,
mais océaniens depuis plusieurs milliers d’années. Même si des progrès
ont été faits, nous partageons les mêmes conditions sociales et enregistrons le même échec scolaire »,
constate le secrétaire général du
RDO, le Rassemblement démocratique océanien, qui a rejoint, il y a
vingt ans, les rangs du FLNKS.
Autre donnée intéressante : 8,7 %
des habitants affirment être calédoniens ou n’appartenir à aucune
communauté précise, à l’image de
Jean-Pierre Aïfa, descendant d’Algériens condamnés au bagne. « Le
métissage est une réalité dont on ne
parle pas assez en Nouvelle-Calédonie, signale celui qui fut secrétaire
général de l’Union calédonienne de
1971 à 1977 aux côtés de Jean-Marie
Tjibaou, avant que le parti ne
change de cap et n’opte pour l’indépendance. Certains leaders indépendantistes voudraient limiter le
droit de vote aux seuls Kanaks, mais,
en cherchant bien, beaucoup de
Calédoniens ont des origines mélanésiennes, eux aussi. » ■
C. C.
* L’exception calédonienne permet de
faire état de la « communauté d’appartenance » lors des recensements, et
ce depuis la Seconde Guerre mondiale.
A
TERRITOIRE Sur la crevette calédonienne, Emmanuel Macron a bien un
avis. Sur le référendum d’autodétermination, en revanche, le président de la
République reste muet. Avant de s’envoler pour le Caillou depuis l’Australie,
le chef de l’État a livré cette confidence
à Kirribilli House, la résidence du premier ministre australien à Sydney, alors
qu’il était interrogé sur l’influence
grandissante de la Chine dans le Pacifique Sud : « Je suis un grand défenseur des
crevettes, en particulier des crevettes de
Nouvelle-Calédonie. »
Pour le reste, silence radio. Pas question d’exprimer une position pour ou
contre l’indépendance, alors que la tension monte sur l’île à l’approche du référendum du 4 novembre prochain. Notamment à Ouvéa, où le chef de l’État
doit se rendre samedi pour commémorer les 30 ans de l’assaut de la grotte de
Gossanah.
Point d’orgue de l’opposition entre les
loyalistes et les indépendantistes, l’opération s’était soldée par la mort de
4 gendarmes et 19 Kanaks, dont les familles vivent toujours sur l’île. Les cicatrices ne sont pas refermées, et certains
habitants s’opposent à la venue du président de la République. « Cette visite,
c’est un geste politique de réconciliation », explique l’un de ses proches.
Pour preuve, Emmanuel Macron va se
plier à la coutume, une tradition qui
veut que chaque visiteur prononce « les
mots du cœur » et offre aux chefs des tribus locales un cadeau représentant une
part de lui-même. « Ce ne sera pas un
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
L’Union européenne menace de couper
les vivres à la Hongrie de Viktor Orban
La Commission, appuyée par le groupe
PPE, propose de sanctionner la dérive
autoritaire du premier ministre hongrois.
JEAN-JACQUES MEVEL £@jjmevel
CORRESPONDANT À BRUXELLES
EUROPE C’est un changement de posture et presque un plan de bataille. Pour
la première fois, le franc-tireur de Budapest s’est retrouvé mercredi dans le
collimateur, entre une explication à
huis clos avec les chefs conservateurs
européens et l’annonce simultanée que
l’UE envisage de lui couper les vivres
s’il persiste à mettre les juges hongrois à
sa botte.
Inventeur d’un modèle « illibéral »
qui séduit en Europe centrale, farouchement nationaliste mais pas anti-européen, Viktor Orban pose un vrai cassetête à la famille politique d’Angela
Merkel et de Jean-Claude Juncker. Incarnation d’une droite dure, il maintient
à la limite du camp démocrate-chrétien
des électeurs qui basculeraient sans lui
dans l’extrême droite ou le « populisme » déclarés. À l’échelon européen,
c’est ce qui lui sert d’assurance-vie à
l’approche des élections de 2019.
Mais sa dérive autoritaire, accélérée
par un quatrième mandat gagné haut la
main, met à mal les « valeurs » européennes qui distinguent la droite traditionnelle des extrêmes : équilibre des
pouvoirs, liberté de la presse, autonomie
de la société civile et indépendance des
juges. Les trois premiers idéaux sont
bousculés à Budapest depuis des années.
C’est la volonté affichée de Viktor Orban
de prendre le contrôle total de la justice
hongroise - au nom de la « loi de la majorité » - qui a ouvert les yeux et pousse
Bruxelles à moins de complaisance.
Rien n’avait filtré mercredi aprèsmidi de la discussion entre l’homme
fort de Budapest et les deux dirigeants
du Parti populaire européen, le petit
état-major qui fédère les gros bataillons
du conservatisme européen, de la CDU/
CSU d’Angela Merkel au PPE de Mariano Rajoy, de LR à Forza Italia. Sans
oublier le Fidesz hongrois et les douze
eurodéputés qui prolongent l’influence
de Viktor Orban jusqu’à Strasbourg.
Le lieu et l’heure du rendez-vous sont
restés confidentiels. Vu de Budapest,
l’objectif du premier ministre était d’exposer son programme de vainqueur. Vu
de Bruxelles, il s’agissait de lui signifier
les « lignes rouges » à ne pas franchir. Le
Français Joseph Daul, président du PPE,
et le Bavarois Manfred Weber, chef du
groupe parlementaire, ne se sont sûrement pas avancés sans consignes. Ils sont
tous deux familiers de la chancelière.
C’est un autre poids lourd du PPE,
Jean-Claude Juncker, qui a esquissé au
même moment la punition si Viktor
Orban venait à franchir les limites : Budapest risque de voir « suspendus, réduits ou limités » des fonds d’aides
européens qui pèsent chaque année
près de 5 milliards, soit 4 % du PNB
hongrois, et 2 ou 3 points de croissance.
Depuis trois ans déjà, l’UE s’enlise dans
une vaine procédure juridique contre la
Pologne du souverainiste Jaroslaw Kaczynski, accusé lui aussi de mettre à mal
les contre-pouvoirs.
Budapest risque de voir
« suspendus, réduits
ou limités » des fonds
d’aides qui pèsent chaque
année près de 5 milliards,
soit 4 % du PNB du pays
Avec Viktor Orban, la commission
change son fusil d’épaule : elle se dit
prête à frapper au porte-monnaie, vite
et fort. Ce serait à la discrétion de
Bruxelles, comme le permettent les
traités, sans que l’une ou l’autre capitale puisse utiliser un veto national. Pour
arrêter le couperet, il faudrait une majorité qualifiée (15 États au moins sur 27,
représentant 65 % de la population de
l’UE). Il s’agit aussi de dresser un épouvantail pour tous ceux qui, à Prague,
Bratislava ou ailleurs, sont tentés par le
modèle autoritaire polono-hongrois.
Viktor Orban (ici en décembre
dernier, à Bruxelles) met à mal
les « valeurs » européennes qui
distinguent la droite traditionnelle
des extrêmes. STEPHANIE LECOCQ/EFE
Le Parlement devra valider cette
« clause guillotine », tout comme les
capitales. Avec des élections en vue,
beaucoup d’eurodéputés rêvent d’en
découdre avec Viktor Orban. L’hémicycle a prévu de débattre en septembre
des « menaces systématiques » qui pèsent sur la démocratie hongroise. Les
capitales, elles, se méfient instinctivement de tout pouvoir de censure
concédé à Bruxelles. Mais, à l’heure où
l’UE doit programmer dans la douleur
son budget post-Brexit jusqu’en 2027,
les Nordiques, les Néerlandais, les Allemands et quelques autres ne voient pas
d’un mauvais œil que puisse être réduit
le train de vie de ceux qui s’affranchissent des « valeurs » de l’Union. Les
Paris dénonce la baisse des fonds de la PAC
Le budget proposé par la Commission
pour la politique agricole commune
(PAC) baissera de 5 % en euros
courants selon le ministre français
de l’Agriculture, Stéphane Travert,
qui a qualifié d’« inacceptables »
les propositions de Bruxelles.
Le ministre du pays principal
bénéficiaire de la PAC est dans son
rôle. Pour sa part, dans son discours
de la Sorbonne sur l’Europe,
en septembre, Emmanuel Macron
avait appelé à une réforme de la PAC,
« devenue un tabou français,
alors que nos agriculteurs ne cessent
d’en dénoncer le fonctionnement ».
La Commission assure de son côté
que la réduction budgétaire
proposée pour la période 2021-2027
est « modérée ».
F. N.-L.
fonds de cohésion de l’UE, censés aider
le rattrapage des régions pauvres, pèsent aussi lourd que la politique agricole
commune sur les finances européennes. Emmanuel Macron a été plus loin
en accusant ceux qui se gavent d’aides
communautaires à l’Est de « prendre les
contributeurs un peu pour des imbéciles ».
Il reviendrait ensuite à la Commission d’appliquer cette nouvelle discipline. Sur la question des aides européennes et des abus dans l’ex-camp
socialiste, le système Orban est déjà un
cas d’école. En Hongrie, ces enveloppes
financent 55 % des investissements publics, d’après les comptes de l’UE (61 %
en Pologne, 35 % en Grèce, et 3 % en
France). Les chantiers d’infrastructures, fréquemment lancés sans appel
d’offres, viennent le plus souvent récompenser les familiers de Viktor Orban et les « oligarques » amis du gouvernement. L’Olaf, agence antifraude
de l’UE, a lancé une quarantaine d’enquêtes, pour la plupart enterrées par un
parquet hongrois déjà sous pression.
Une reprise en main complète de la justice viendrait sceller un système en
vase clos, comme l’avance à Budapest
l’analyste du risque Peter Kreko : « Le
contribuable européen continuerait à financer à fonds perdus un régime qui n’a
de cesse de dénigrer l’UE. » ■
EN BREF
L’EI attaque la commission
électorale de Libye
Le groupe djihadiste
État islamique a revendiqué
l’attaque mercredi contre
le siège de la Haute commission
électorale libyenne à Tripoli,
qui a fait au moins douze morts
et sept blessés.
ETA dit avoir « dissous
toutes ses structures »
L’organisation séparatiste basque
ETA annonce avoir « dissous
toutes ses structures » et « mis fin
à sa fonction » après des
décennies d’attentats mortels,
dans une lettre datée du 16 avril
publiée mercredi par le journal
en ligne espagnol eldiario.es.
L’UE condamne les propos
antisémites d’Abbas
L’UE a jugé « inacceptables » les
propos antisémites du président
palestinien Mahmoud Abbas,
qui, le 30 avril, déclarait : « Le
problème auquel les Juifs ont été
confrontés en Europe n’était pas
dû à leur religion, c’était à cause
de l’usure et des banques. »
Mueller pourrait convoquer Trump devant un grand jury
Le procureur fait valoir qu’il ne peut boucler son enquête sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016 sans entendre le président.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
A
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS La confrontation finale approche entre Robert Mueller et Donald
Trump. Le procureur spécial, qui enquête
depuis un an sur les interférences de la
Russie dans la présidentielle de 2016 et
leurs ramifications, pourrait assigner le
président des États-Unis à comparaître
devant un grand jury. La menace a été
prononcée début mars, lors d’une réunion tendue entre l’équipe de l’enquêteur fédéral et les avocats de Trump, révèle le Washington Post.
Les deux parties négocient depuis des
mois les conditions dans lesquelles le
chef de la Maison-Blanche pourrait accepter de déposer devant le grand jury
mis sur pied par Mueller, qui a déjà prononcé dix-neuf inculpations pour fraude, complot ou parjure. Le procureur
spécial et ses dix-sept enquêteurs chevronnés font valoir qu’ils ne peuvent
boucler leurs investigations sans entendre le président. Celui-ci a longtemps
affirmé son souhait de témoigner, contre
l’avis de ses défenseurs. Mais depuis la
descente de police qui a visé le mois dernier les bureaux et le domicile de son
avocat personnel, Michael Cohen, il s’est
brutalement refroidi.
Rudy Giuliani, qui a rejoint l’équipe de
défense de Trump en avril, a rencontré
Robert Mueller il y a une semaine. Il lui a
transmis les « fortes réticences » du président à se soumettre à ses questions,
sans exclure totalement cette possibilité.
L’ancien maire de New York, qui fut aussi procureur fédéral et a soutenu Trump
tout au long de la campagne, a été engagé
pour « boucler cette affaire rapidement ».
Il a pressé le procureur de lui indiquer
quand il envisageait de mettre un point
final à ses recherches. « Je veux croire que
nous approchons de la conclusion », a-t-il
déclaré au Post, affirmant considérer
Mueller comme « un grand professionnel ». « Nous approchons de décisions importantes, a-t-il ajouté. Je garde l’esprit
ouvert sur la stratégie à adopter. »
Donald Trump, pour sa part, ne tient
pas Mueller en haute estime, l’accusant
de mener « une chasse aux sorcières ».
Pour tenter de trouver une solution
amiable, les enquêteurs ont indiqué aux
avocats du président les questions qu’ils
souhaitaient lui poser. En prenant des
notes, ceux-ci ont listé seize sujets principaux, déclinés en 49 questions probables. Cette série de questions a fait l’objet
d’une fuite lundi soir dans le New York
Times, dont l’origine est la Maison-Blanche elle-même. Cela n’a pas empêché
Trump de dénoncer dans une série de
tweets « une fuite scandaleuse » et de
prétendre à tort qu’aucune question
n’avait trait à une possible « collusion »
avec la Russie.
qui n’a jamais été commis ! » Ce raisonnement est en grande partie erroné, légalement et factuellement. L’enquête fédérale avait commencé dès l’automne 2016,
bien avant la nomination du procureur
spécial ; rien ne confirme que les « mémos » de l’ancien patron du FBI, James
Comey, contenaient des informations
confidentielles ; et le mensonge – même
par omission – ou l’obstruction à la justice sont punissables en eux-mêmes.
Le risque de se contredire
ou de se parjurer
Donald Trump accuse le procureur
spécial Robert Mueller de mener
« une chasse aux sorcières ». DESK/AFP
Sa défense tient maintenant du syllogisme. En prémisses, « un crime bidon,
fabriqué » et « une enquête lancée à cause
de la fuite d’informations confidentielles –
joli ! » En conclusion : « Il paraît difficile
de faire entrave à la justice pour un crime
Les questions qui intéressent Mueller et
son équipe sont à la fois vagues et précises, typiquement le genre de questions
ouvertes susceptibles de déclencher chez
Donald Trump une logorrhée. Elles visent singulièrement moins à établir des
faits – déjà connus des enquêteurs – qu’à
connaître l’état d’esprit du président au
moment où il en a pris connaissance. En
ce sens, elles recèlent beaucoup de pièges, notamment ceux de se contredire ou
de se parjurer. « Qu’avez-vous pensé et
fait en réaction à la nomination du procureur spécial ? » « Quelles discussions
avez-vous eu durant la campagne sur les
sanctions frappant la Russie ? » « Quand
a été prise la décision de limoger M.
Comey ? Pourquoi ? Qui a joué un
rôle ? », etc.
« À la lecture de cette liste, aucun avocat ne recommanderait à son client de se
risquer à déposer volontairement, souligne Paul Rosenzweig, ancien adjoint de
Kenneth Star, le procureur spécial dans
l’affaire Monica Lewinsky. Chacun des 49
sujets énumérés risque de donner lieu à une
douzaine de questions de relance. C’est un
interrogatoire de deux jours qui attendrait
le président. » Alan Dershowitz, professeur de droit criminel à Harvard et
conseiller informel de Trump, estime
aussi que les questions sont « calibrées
pour le faire parler plus qu’il ne devrait ».
Selon lui, le chef de la Maison-Blanche
devrait invoquer « le privilège de l’exécutif » pour refuser de commenter les raisons l’ayant amené à prendre des décisions dans le cadre de ses prérogatives
constitutionnelles.
Si Donald Trump refuse de déposer et
si Robert Mueller insiste pour l’interroger, une bataille juridique inédite pourrait s’ouvrir. En 1998, Kenneth Star avait
envoyé une assignation à comparaître à
Bill Clinton, mais l’avait retirée quand
celui-ci avait consenti à témoigner devant le grand jury, par vidéo depuis la
Maison-Blanche. L’enregistrement est
resté pour l’histoire. « Je n’ai pas eu de
relation sexuelle avec Mlle Lewinsky »,
avait déclaré Clinton sous serment,
conduisant à son procès en impeachment
et à son acquittement devant le Sénat. Il
n’y a pas de jurisprudence en cas de refus
du président, ce serait donc à la Cour suprême de trancher. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
INTERNATIONAL
« Mélina
la Française »
de Mossoul face
à la justice d’Irak
La djihadiste, qui nie son appartenance
à Daech, risque la peine de mort. La fin
de son procès a été reportée au 3 juin.
THIERRY OBERLÉ £@ThierryOberle
ENVOYÉ SPÉCIAL À BAGDAD
MOYEN-ORIENT Dans les couloirs de la
Cour d’appel fédérale d’al-Rusafa, un
district de Bagdad, on l’appelle « Mélina la Française ». La médiatisation
internationale de son affaire a sorti la
jeune femme, âgée de 27 ans, de l’anonymat de ce palais de justice où défilent, jour après jour, pour être
condamnés à la chaîne, des cohortes de
djihadistes de l’État islamique, irakiens
ou étrangers. Une serviette ceinte
autour du cou pour s’éponger le front,
les suspects patientent dans leur tenue
de prisonnier derrière des barreaux.
Unique femme parmi les accusés, Mélina Boughedir a droit, ce mercredi matin 2 mai, à un traitement de faveur :
elle est seule sur le banc d’une cellule
du tribunal tenant dans ses bras son
bambin d’environ 18 mois, un garçon
aux boucles blondes.
Ses trois autres enfants, deux fillettes
de 3 ans et 8 ans et un fils de 5 ans, ont
été rapatriés en France, en décembre.
La Française avait été condamnée le
19 février à sept mois de prison pour séjour illégal en Irak. Voici plusieurs semaines, l’ambassade de France à Bagdad avait prévenu ses proches qu’ils
pouvaient lui réserver un vol simple
pour Paris, mais son horizon s’est brusquement obscurci.
Le mois dernier, la Cour de cassation
a brisé le jugement pour entrée irrégulière en Irak et a requalifié les faits.
Mélina Boughedir est désormais poursuivie sur la base d’un article de loi punissant les « crimes de terrorisme, la
complicité de terrorisme et la non-dénonciation de crimes terroristes ». Elle
est passible de la mort par pendaison
ou d’une condamnation à la prison à
perpétuité, une peine généralement
transformée en vingt ans d’emprisonnement ferme.
“
Certaines femmes
étrangères ont participé
aux actions de Daech,
d’autres pas. Certaines
croient en Daech,
d’autres non ! Mais venir
sciemment dans un pays
sous le contrôle de l’EI est
une preuve de culpabilité
”
LE PRÉSIDENT DE LA COUR D’APPEL D’AL-RUSAFA
La Française a été capturée par les
forces irakiennes dans les décombres
d’apocalypse de la vieille ville de Mossoul, en juillet 2017, lors des ultimes
combats pour la reprise de la capitale
autoproclamée de l’État islamique. Elle
avait quitté la région parisienne durant
l’été 2015, après la condamnation de
son conjoint, Maximilien Thibaut, un
Français converti à l’islam radical,
condamné en France à trois ans de prison, dont deux avec sursis. Il appartenait au groupuscule salafiste Forsane
Alizza. Il est aujourd’hui porté disparu.
Il serait mort au cours de la bataille de
Mossoul durant laquelle les djihadistes,
encerclés dans un réduit, ont résisté
aux troupes irakiennes appuyées par la
coalition internationale.
Mélina Boughedir et son plus jeune enfant, le 19 février, à Bagdad, lors de son procès
en première instance. STRINGER/AFP
« Je ne comprends pas ce qui arrive.
C’est psychologiquement difficile à vivre », glisse d’une voix posée Mélina
Boughedir depuis son cachot du tribunal. « J’ai appris par le consul de France
que je devais être rejugée pour de nouveaux éléments mais on ne m’a pas donné plus de précisions. J’ai déjà fait dix
mois d’emprisonnement. » À Bagdad, la
djihadiste présumée partage son sort
avec « 32 femmes et enfants étrangers »
dans une pièce de la prison des forces
antiterroristes. « Je suis avec Djamila
(Boutoutaou, NDLR). Elle est abasourdie
par sa condamnation (elle a écopé de
vingt ans de prison le 17 avril, NDLR).
Nous sommes bien traitées. »
Dans son bureau, le président de la
Cour qui a autorisé l’entretien avec
Mélina Boughedir se défend des accusations de justice expéditive. Il explique avoir prononcé son premier jugement sur la base d’un dossier
d’instruction basé exclusivement sur
les conditions de l’entrée et du séjour
en Irak de la jeune femme. « La prévenue n’avait pas donné toutes les informations souhaitées sur son mari, c’est
7
pourquoi la Cour de cassation a souhaité
passer à une nouvelle étape », affirmet-il. « Les procédures sont les mêmes
dans tous les procès. La plupart des
femmes étrangères sont venues en Irak
avec leur mari. Certaines ont participé
aux actions de Daech, d’autres pas.
Certaines croient en Daech, d’autres
non ! Mais venir sciemment dans un
pays sous le contrôle de l’État islamique
est une preuve de culpabilité. »
L’audience peut commencer sous les
auspices d’un verset du Coran encadré
sur un mur au-dessus de la tête des magistrats. On peut y lire : « Si vous avez à
juger, vous devez être équitable. »
L’interprète d’un journaliste français s’improvise interprète du tribunal. Mélina Boughedir comprend
l’arabe, mais le parle mal. Le président
l’interroge. La jeune femme raconte à
nouveau son histoire : « J’ai suivi en
famille mon époux en Turquie. Je ne savais pas qu’il voulait aller en Syrie. Il
m’a obligée à le suivre en me menaçant
de prendre les enfants avec lui. Nous
sommes restés quatre jours en Syrie
puis nous avons été conduits en bus en
Irak. J’y suis restée. Que voulez-vous
que je fasse ? Je ne pouvais pas m’enfuir. » Madame aurait gardé sa progéniture à la maison pendant que Monsieur, qui « était membre de Daech »,
exerçait dans les cuisines d’un centre
de l’État islamique à Tel Kaif dans la
plaine de Ninive, près de Mossoul. Là
s’était installée une redoutable katiba
de djihadistes francophones.
Mélina Boughedir admet que son mari
portait une arme. Le président lui présente une galerie de photos d’identité.
Elle reconnaît deux femmes croisées en
France et à Tel Kaif. Les clichés de son
mari proviennent du téléphone portable
du disparu qu’elle a conservé. Maximilien Thibaut pose à Tel Kaif avec ses enfants et dans le salon familial de la région
parisienne avec sa mère. « Maximilien
avait un casier judiciaire en France, mais
n’a pas commis de crimes. C’est un Français d’origine qui s’est converti à l’islam.
C’est mal vu en France », commente-telle. Son enfant chouine en tirant sur sa
longue robe sombre. « Je ne crois pas
aux idées de Daech. Je n’en fais pas partie », jure l’accusée.
- « Avez-vous quelque chose à ajouter ? », demande le président
- « Non. Enfin si ! J’aimerais bien retrouver mes trois enfants en France ! »
Le président interrompt la séance et
reporte le procès au 3 juin. Le temps
pour son avocat de préparer sa défense.
Recruté par ses avocats français, Me
Nasseraddin Abed n’a pas encore étudié
le dossier. Il n’a obtenu la signature de
sa cliente pour l’assister que quelques
minutes avant le début de l’audience. ■
Arménie : ces activistes derrière la « révolution de velours »
Une longue histoire de mobilisations a nourri le mouvement de contestation en train d’emporter le régime de Serge Sarkissian.
EREVAN
CAUCASE Après le refus du Parlement,
mardi, d’élire Nikol Pachinian premier
ministre, l’opposant a demandé aux
Arméniens de bloquer le pays mercredi
matin à 8 h 15. À cette heure précise, les
rues d’Erevan ont été fermées, ainsi que
la route menant à l’aéroport et l’accès à
certains édifices publics. « Nous avons
appris de nos précédents mouvements
qu’il ne faut pas centraliser l’action en un
point de la ville, explique Armen Grigorian, un des cerveaux de la révolution
arménienne et coordinateur de projets
dans l’ONG Transparency International. Un des moments importants dans
cette prise de conscience a été la contestation de l’élection parlementaire d’avril
2017. On s’est retrouvés coincés dans une
rue, la police est intervenue et quarantesix manifestants ont été blessés. »
La dure leçon d’avril 2017 a été retenue, après bien d’autres engrangées au
fil des combats ayant marqué l’Arménie
depuis son indépendance en 1991. « On
a compris, par exemple, qu’il fallait rester sur une ligne pacifiste, après notamment être entrés en force dans le Parlement en 2004. Cela ne nous a menés à
rien et a aidé le pouvoir à nous dépeindre
comme irresponsables », raconte Arsen
Kharatian, 36 ans, membre fondateur
du Contrat civique de Nikol Pachinian,
avant que la formation ne devienne
pleinement un parti politique.
Malgré un régime qui s’est durci pendant les deux mandats présidentiels de
Serge Sarkissian - le premier a notamment été inauguré avec la mort le
1er mars 2008 de dix manifestants qui
RUSSIE
Mer
Caspienne
GÉORGIE
ARMÉNIE
AZERBAÏDJAN
Haut-Karabakh
Erevan
TURQUIE
AZER.
IRAN
Territoire azérbaïdjanais sous
le contrôle des forces militaires
arméniennes depuis 1994
Des partisans de l’opposant arménien Nikol Pachinian, mercredi à Erevan.
protestaient contre de nouvelles élections falsifiées -, les mobilisations civiques se sont multipliées : en 2010, pour
sauver le cinéma en plein air Moscou,
architecture moderniste des années
1960 que le capitalisme mafieux arménien s’apprêtait à démolir ; en 2011,
pour préserver les chutes de Trchkan
alors que des industriels lorgnaient le
site ; la même année, pour empêcher la
destruction du parc Mashtots au centre
de la capitale ; en 2013, contre l’augmentation des tarifs des transports publics et, en 2015, avec le mouvement
« voch t’alanin » (« Pas de vol ») contre
la hausse du prix de l’électricité…
À chaque fois, la créativité et la détermination ont été au rendez-vous.
SERGEI GRITS/AP
« Un groupe de 6 000 personnes, liées
entre elles par des pages Facebook et
d’autres médias sociaux, étaient au cœur
de ces actions. Lorsque, en 2012, quelqu’un a été tué par balles dans un restaurant de Ruben Harapétian, un oligarque
au profil criminel qui finançait le parti
présidentiel, nous nous sommes mis à
plusieurs juristes pour prouver sa responsabilité, se souvient Mher Arshakian, activiste de 42 ans, qui a étudié le
droit en Suisse. Lors de la remise de
conclusions par ses avocats, la veille
d’une audition, alors qu’ils auraient dû le
faire neuf jours avant, nous nous sommes
mis à une dizaine pour étudier les
1 000 pages du dossier et, le lendemain
matin, nous présentions nos observations
Infographie
à la justice, avec des poches sous les yeux
mais heureux. »
« Pour moi, c’est l’action “On paie
100 drams” (monnaie nationale) qui a
joué un rôle très important dans notre
éducation citoyenne. C’était en 2011 pour
s’opposer à l’augmentation injustifiée
des tarifs des transports publics. L’idée
était de payer 100 drams à chaque fois
qu’on prenait le bus, et non 150, comme
le voulaient les autorités, témoigne Gohar Saroyan, activiste de tous les combats et employée dynamique dans le
secteur des technologies de l’information. Chaque autobus est devenu un lieu
de désobéissance civile. Quant au mouvement, il a amené des gens d’horizons
sociaux très différents à agir ensemble. »
En juillet 2013, l’augmentation desdits
tarifs était annulée.
Ces mobilisations sont les petites rivières qui ont conduit au fleuve en
train d’emporter le régime de Serge
Sarkissian. « Ces actions étaient formidables, mais pas politisées. Du coup, le
pouvoir disait ok, on a compris, mais
cela ne changeait rien. C’est le système
qu’il fallait changer », explique Arsen
Kharatian. Et selon ce dernier, la « clique au pouvoir » a été attendue au
tournant lorsque Serge Sarkissian a
voulu changer la Constitution pour
rester au pouvoir, comme premier ministre, et ainsi enchaîner avec un troisième mandat présidentiel qui ne disait
pas son nom.
Un mouvement imaginé
par une douzaine de personnes
« En 2014, Sarkissian a promis de ne
pas devenir chef du gouvernement s’il
changeait la Constitution, puis il l’a
changée en 2015. Personne ne l’a cru et
nous nous sommes préparés à empêcher
cela. En mars dernier, une douzaine
d’activistes expérimentés se sont rassemblés chaque jour pour mettre en place un plan contre son projet. Nous avons
alors réfléchi à nos expériences et étudié
celles utilisées à l’étranger », révèle
Arsen Kharatian.
La « révolution de velours » arménienne a donc été imaginée par une
douzaine de têtes, qui ont lancé en mars
« Rejeter Serge ». Mais le mouvement
s’est ensuite appuyé sur des milliers
d’autres activistes vivant dans le même
univers depuis des années. Trois semaines plus tard, ils étaient contactés par le
parti de Nikol Pachinian et décidaient
d’agir ensemble. ■
A
150 km
RÉGIS GENTÉ £@regisgente
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
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SOCIÉTÉ
Nouvelle
« opération
décentralisation »
pour Matignon
Le premier ministre, Édouard Philippe,
a choisi le Cher pour « se confronter
aux interrogations des Français ».
MARCELO WESFREID £@mweisfred
ENVOYÉ SPÉCIAL DANS LE CHER
RURALITÉ La campagne est comme
inondée de reflets jaunes. Du colza à l’infini. Au milieu, une départementale coupe l’horizon, droite comme une route romaine. Elle est déserte. Le convoi du
premier ministre l’emprunte pourtant à
un train de sénateur. Les motards de la
gendarmerie ouvrent la voie à une dizaine de voitures qui roulent ostensiblement
à 80 km/heure. Le convoi du premier
ministre, Édouard Philippe, en déplacement dans le Cher pendant trois jours
dans le cadre de l’opération de communication « Matignon se décentralise »,
veut montrer l’exemple. Ici, dans ce territoire rural où la quasi-totalité des routes
sont concernées par la limitation de vi-
Édouard Philippe discute avec deux agriculteurs et un ingénieur agronome, mercredi à Nérondes, dans le Cher.
on va parler », dit-il modestement. De
son déplacement à Aubagne, lundi, devant la Légion étrangère, il a gardé un
bronzage prononcé. Tout à coup, une
voix l’interpelle : « Il ne faut pas se laisser
faire par les cheminots. Il ne faut pas lâcher. C’est sur la bonne voie. » Édouard
Philippe, qui reçoit le 7 mai les syndicats
de la SNCF, esquisse un sourire, en tapotant légèrement sur le dos de l’éleveur. Il
n’en dira pas plus. Tout en contrôle,
Édouard Philippe fuit les échanges cash,
si chers à son patron, Emmanuel Macron.
tesse, c’est une mesure qui ne passe pas.
Justement, c’est le but affiché de ce déplacement, où les conseillers ont également quitté Paris : « Se confronter aux interrogations des Français », selon
Matignon. À 8 h 45, le premier ministre
entre au marché aux bestiaux des Grivelles, dans le bourg de Sancoins, situé à
50 km de Bourges. Il se faufile entre les
box au moment où une charolaise croisée
limousine part aux enchères à 590 euros.
Les éleveurs ont un œil sur l’écran de la
criée, un autre sur le 1,94 mètre de l’exmaire du Havre. « C’est de la communication, je n’attends rien de cette visite, maugrée Laurent Guillaudeau, commerçant
en bovins. Des résultats, pas du baratin ! Il
faut moins de contraintes administratives
pour nous permettre d’exporter. »
Édouard Philippe écoute, affable, serre
des mains. « On va voir, on va découvrir,
À distance de la population
À la buvette, sirotant son café froid, le
premier ministre pointe ensuite la
« suradministration de l’agriculture, un
truc de dingue », avant d’ajouter que la filière bovine doit s’organiser autrement et
mettre le paquet sur la « montée en gam-
me ». Lors de la première « délocalisation
de Matignon », en décembre dans le Lot,
le premier ministre avait déjà mis l’accent sur ce monde rural, qui nourrit tant
de doutes envers l’exécutif. « Je suis moimême un élu local, démine Édouard
Philippe. L’idée n’est pas de compenser, en
venant ici, mais d’avoir des explications
tranquilles. Je crois au contact direct. »
Pourtant, l’hôte de Matignon enchaîne
les rendez-vous, le plus souvent à distance de la population. D’abord, dans une
production de quinoa bio à Nérondes ;
ensuite, dans l’abbaye cistercienne de
Noirlac, fermée à la visite pour l’occasion. Dans ce temple du silence, il admire
l’humilité et la fermeté des nefs. À midi, il
échange avec des élus sur le tourisme rural, loin des micros.
Dans une maison de santé, enfin,
Édouard Philippe s’extasie devant un
L’islam va-t-il bientôt figurer au programme
du cours de religion alsacien ?
Les représentants catholiques et protestants veulent lancer une expérimentation.
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
ÉDUCATION Et si le cours de religion,
encadré en Alsace-Moselle par les cultes
catholique, protestant et israélite, cédait
la place à une « éducation au dialogue interreligieux », qui intégrerait l’islam ? Le
projet, porté depuis plus de deux ans par
l’archevêché de Strasbourg et l’Union
des Églises protestantes d’Alsace et de
Lorraine (Uepal), fait grincer des dents
dans le camp laïc, mais aussi dans les
rangs des représentants religieux. Car il
soulève des questions récurrentes. Le régime concordataire, exception, en France, à la séparation des Églises et de l’État,
doit-il être consolidé ? Le dialogue interreligieux peut-il être placé sous la
coupe des cultes ?
Enrayer la baisse de fréquentation du
cours de religion (47 % d’élèves concernés au primaire, 13 % au collège et au ly-
cée), et, en toile de fond, prévenir la radicalisation des jeunes. Voici les
arguments mis en avant par les défenseurs du projet qui, dans une lettre
ouverte datée du 18 avril, invitent le ministre de l’Éducation à donner le feu vert
à une expérimentation qui pourrait
concerner une douzaine d’établissements volontaires en Alsace dès la rentrée prochaine. Ce cours d’« éducation
au dialogue interreligieux et interculturel », traiterait, de la 6e à la terminale,
des croyances, des pratiques, des valeurs
ou encore des communautés respectives.
l’Assemblée, que le projet a visiblement
conquis. Il y voit l’opportunité « de proposer un enseignement qui ne poursuive
pas un objectif confessionnel et qui peut,
dès lors, s’adresser à tous les élèves ».
« Pourquoi, alors, laisser cet enseignement aux mains des religions ? interroge
Christian Moser, à l’Unsa-Education,
rappelant que les contenus du cours de
religion sont élaborés par les cultes, qui
nomment également les intervenants.
Les programmes de l’Éducation nationale
prévoient un enseignement du fait religieux. Pourquoi ne pas les appliquer ? »,
s’indigne-t-il. Un avis que partage l’évêque de Metz, qui ne s’est pas rallié au
projet. Il refuse de voir les enseignements
religieux sortir du cadre confessionnel,
pointant « le risque de développer le syncrétisme religieux ». L’expérimentation
ne concernera donc pas la Moselle.
Du côté du conseil régional du culte
musulman d’Alsace (CRCM), on explique
« Un réel besoin »
« Ce projet répond à un réel besoin au regard de la pluralité religieuse que connaît
notre société », explique le texte signé par
les représentants de différents cultes ainsi
que 25 élus régionaux. Parmi eux, le député LaREM Bruno Studer, par ailleurs
président de la commission éducation à
avoir signé le courrier « dans la précipitation ». « Nous sommes évidemment favorables à tout dispositif qui permettrait
d’intégrer l’islam à la République et de
prendre davantage en compte les enfants
musulmans », indique Murat Ercan, vice-président du CRCM. Mais encore faudrait-il laisser une place aux intervenants de confession musulmane,
explique-t-il en substance.
Des imams pourront-ils intervenir
dans le cadre de ce cours ? L’islam n’est
pas inscrit dans le régime concordataire
et il ne saurait l’être. Dans un jugement
de 2013, le Conseil constitutionnel a indiqué que le régime local ne pouvait
s’étendre à de nouveaux cultes. « Si le
projet va dans le sens d’une extension du
droit local et tend à rendre obligatoire cet
enseignement confessionnel, nous envisagerons de déposer une question prioritaire
de constitutionnalité », conclut le représentant de l’Unsa en Alsace ■
Un centre pour migrants dans l’Ouest parisien
Le projet, qui risque d’être adopté par la majorité municipale, est présenté jeudi par les élus
communistes et Front de gauche. Le terrain de plus de 3 hectares se situe près de Longchamp.
net, conseiller communiste du XIIe arrondissement. Dans ce contexte, Longchamp nous est apparu être la solution la
mieux adaptée pour répondre à l’urgence
de la situation et rééquilibrer les centres
d’accueil vers l’ouest parisien alors qu’ils
sont trop concentrés dans le nord-est. »
A
1
IMMIGRATION Face à l’urgence d’héberger les migrants qui affluent à Paris,
- 3 000 réfugiés s’entassent dans trois
campements de fortune au nord de
Paris -, le groupe communiste–Front de
gauche propose d’installer un camp
d’accueil près de l’hippodrome de Longchamp. Il dépose jeudi un vœu en ce
sens au Conseil de Paris.
Le lieu est déjà repéré. Il s’agit d’un
terrain de 3,5 hectares situé entre la Seine et le champ de course fraîchement
rénové de l’Ouest parisien. « Cette aire
vient d’être aménagée pour recevoir les
gens du voyage avec l’installation de
l’électricité et de sanitaires, indique Ian
Brossat, adjoint (PCF) à la maire de Paris
chargé du logement et de l’hébergement
d’urgence. On peut très bien concevoir de
destiner ces équipements avec des aménagements supplémentaires pour l’accueil d’une centaine de migrants. Paris
PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
ÉRIC DE LA CHESNAIS
edelachesnais@lefigaro.fr
Le site envisagé serait l’aire d’accueil
des gens du voyage, au bois de Boulogne.
dispose déjà d’une aire pour les gens du
voyage et leurs caravanes dans le XIIe arrondissement, près du Bois de Vincennes. » Inaugurée mi-2017, « cette aire est
loin d’être saturée, explique Nicolas Bon-
« Un moindre mal »
Cette délibération devrait être adoptée
puisque ce projet, déjà défendu par les
écologistes et le PCF il y a deux ans, est
désormais soutenu par la maire de Paris,
Anne Hidalgo. Toutefois, la majorité
municipale devra convaincre l’État du
bien-fondé de ce projet. Jusqu’à maintenant, il y était opposé, arguant que ce
lieu est trop éloigné des transports en
commun. Par ailleurs, le gouvernement
veut une meilleure répartition des migrants sur l’ensemble du territoire national. « Madame Hidalgo fait du zèle. Le
gouvernement est totalement opposé à
une concentration des camps de migrants
dans la capitale. Il veut au contraire que
les camps d’accueil soient mieux répartis
dans toute la France. Nous venons de voter une loi dans ce sens, rappelle Claude
Goasguen, député LR, conseiller de Paris
du XVIe arrondissement. Une fois de
plus, le Bois de Boulogne est visé. Il s’agit
d’une réserve foncière et d’un site non
constructible. Qu’elle trouve un autre terrain ailleurs ! »
L’Association des riverains du Bois de
Boulogne (ARBB) attend d’avoir le projet entre les mains avant de prendre une
position définitive. « Nous sommes en
charge de la défense du Bois de Boulogne
en l’état, donc sur le principe, nous ne
sommes pas favorables à ce projet, remarque Lionel Lemaire, président de
l’ARBB. En revanche, à titre personnel,
j’estime qu’il s’agit déjà d’un lieu affecté
juridiquement à l’accueil de personnes :
cette solution apparaît donc comme un
moindre mal. »
L’apaisement de la colère des riverains de la porte de Passy, deux ans
après l’installation d’un camp d’accueil
de SDF, a montré qu’il fallait faire preuve de dialogue en pareil cas. ■
GUILLAUME SOUVANT/AFP
système de contrôle du fond d’œil par télémédecine, qui permet aux patients
d’avoir un diagnostic sans attendre un
rendez-vous ophtalmologique. En sortant, il vante ces structures pour lutter
contre les déserts médicaux, mais refuse
de répondre aux questions de la presse
sur la limitation de la vitesse sur les
routes, concédant seulement que cette
mesure suscite « un peu d’incompréhension ». Il s’avance ensuite vers la grille
d’entrée, salue brièvement une famille,
intriguée par l’attroupement. « Moi, c’est
Édouard », lance-t-il à un enfant.
Puis, le premier ministre remonte sans
tarder en voiture, direction Bourges pour
une interview à BFMTV. Une cinquantaine de manifestants de la CGT l’attendaient devant la mairie. Deux autres opérations de « délocalisation » de Matignon
sont prévues d’ici à l’été. ■
ZOOM
Tempête Xynthia : pas de
responsabilité personnelle
pour l’ancien maire
La Cour de cassation a rejeté
mercredi les pourvois des victimes
de la tempête Xynthia en 2010,
qui souhaitaient voir reconnue
la responsabilité personnelle de
l’ancien maire de La Faute-surMer (Vendée) dans ce drame
qui a coûté la vie à 29 personnes.
Avec cette décision, le patrimoine
personnel du maire ne sera donc
pas engagé pour indemniser
les victimes, qui n’ont pas toutes
reçu réparation. En 2016,
la cour d’appel de Poitiers avait
condamné l’élu à deux ans
de prison avec sursis pour
« homicides involontaires »,
contre quatre ans ferme
en première instance.
EN BREF
Une centaine d’avocats
manifestent contre
les box sécurisés
Une centaine d’avocats ont
manifesté lundi contre les box
vitrés sécurisés du nouveau
palais de justice de Paris,
dont le président a annoncé une
nouvelle diminution, de 13 à 5.
Plus d’une avocate sur deux
victime de discrimination
Plus d’une avocate sur deux
affirme avoir été victime
de discrimination dans les cinq
dernières années, selon une
enquête inédite du Défenseur
des droits publiée mercredi.
Moins de 5 % d’entre elles ont
lancé des démarches pour
dénoncer cette situation.
Les étudiants de Nanterre
reconduisent le blocage
jusqu’à lundi
Les étudiants de Nanterre réunis
en assemblée générale mercredi
ont voté la reconduite du blocage
de l’université jusqu’à lundi,
faisant planer une nouvelle
menace de report des partiels
prévus cette semaine.
Versailles : un vendeur
à la sauvette succombe
à ses blessures
Un vendeur à la sauvette,
percuté par un véhicule de police
alors qu’il tentait d’échapper
à un contrôle près du château
de Versailles, a trouvé la mort
mercredi.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
SCIENCES
9
Les cinq conseils clés de la longévité
Selon une étude américaine, l’espérance de vie peut s’accroître de 12 à 14 ans en suivant cinq règles simples.
NOMBRE DE « CONSEILS SANTÉ » SUIVIS
Cinq conseils
Quatre conseils
Années gagnées
Trois conseils
Deux conseils
14
FEMMES
L’Asie très touchée
Ce droit est pourtant le fait d’une minorité. À peine une personne sur cinq sur la
planète a la chance de vivre dans une région où les niveaux de pollution respectent toute l’année les seuils fixés par
l’OMS, soit moins de 10 μg/m3 (microgrammes par mètre cube) de PM2,5 et
20 μg/m3 de PM10. Et d’ailleurs, peu de
Français en font partie. Sur les 630 villes
étudiées, à peine une centaine de villes
(Limoges, Rennes, Vannes…) peuvent
s’enorgueillir de respirer un air pur.
Mais le sort des habitants des mégalopoles des pays en voie de développe-
FRANCE
82 ans
80
79
12
10
10
75
72
ÉTATS-UNIS
70
8
8
6
6
4
2
2
0
50 55 60 65 70 75 80 85 90 95 100 105
Âge
Source : Étude de Li et col. « Circulation 2018 »
55
PR PATRICK BERCHE
0
50
50 55 60 65 70 75 80 85 90 95 100 105
Âge
1960
2016
Année de naissance
Source : Banque mondiale
Infographie
Trente minutes d’activité physique par jour vous feront gagner quelques années de vie.
ment est encore moins favorable.
Au Caire, Pékin ou à New Delhi, les taux
de pollution sont plus de cinq fois supérieurs aux seuils. L’OMS souligne que
l’Asie du Sud-Est et la région du Pacifique occidental (Japon, Chine, Philippines ou encore Viêt Nam) sont sévèrement touchées par ce fléau. Elles
recensent plus de 1,3 million de décès
attribuables à la pollution de l’air ambiant et plus de 2,7 millions liés à la pollution de l’air intérieur.
Cette pollution au cœur des maisons
inquiète l’OMS. L’agence estime qu’environ 3 milliards de personnes utilisent
encore du charbon, du pétrole ou des
excréments d’animaux comme combustibles pour cuisiner, se chauffer et
s’éclairer. Les femmes et les enfants sont
les plus exposés à cette pollution, et en
sont les principales victimes.
Malgré ces données terrifiantes,
l’agence souligne que des efforts ont été
réalisés. « La pollution de l’air a attiré
l’attention des politiques ces dernières années, mais aussi de la population civile et
des chercheurs. De plus en plus de villes
commencent à surveiller les concentrations de particules fines, ce qui reflète cet
intérêt », a relevé le Dr Gumy. Une prise
de conscience qui semble porter ses
fruits : l’Europe et l’Amérique du Nord
affichent une réduction du taux annuel
de particules fines. À l’échelle mondiale,
la pollution de l’air ambiant se stabilise.
Les pays en voie de développement
comme la Chine ou le Mexique ont eux
aussi pris des mesures pour améliorer la
qualité de l’air. « Nous devons prouver à
ces pays qu’il est possible de se développer
économiquement sans détruire l’environnement et la santé des populations », insiste le Dr Maria Neira, directrice du département de santé publique et des
déterminants environnementaux et sociaux de la santé à l’OMS. ■
Dans des conditions
propices, une fille qui naît
aujourd’hui en France
a une chance sur deux
de devenir centenaire
MONDE
60
4
aux États-Unis, rappelle le Pr Amouyel,
mais par définition un lien entre un facteur de risque et la mortalité est un lien
biologique, donc ne change pas d’une population à l’autre. »
« Cette étude montre également qu’il y
a un bénéfice avéré à suivre ces conseils
même lorsque l’on est en surpoids. C’est
encourageant de confirmer qu’un obèse
qui se nourrit correctement ira mieux
qu’un obèse qui a une alimentation moins
saine », remarque le Dr Jean-Michel Lecerf (service de nutrition de l’Institut
Pasteur de Lille), auteur du Cholestérol
décrypté (Éditions Solar santé).
“
65
Dans le monde, les particules fines provoquent la
mort de 7 millions de personnes par an, selon l’OMS.
ENVIRONNEMENT Maladies cardiovasculaires, accidents vasculaires cérébraux
(AVC), cancers des poumons, infections
respiratoires… Quelque 7 millions de
personnes dans le monde perdent la vie
chaque année à cause de ces maladies favorisées par la pollution de l’air extérieur
et intérieur, selon les dernières modélisations de l’Organisation mondiale de la
santé (OMS) réalisées grâce aux relevés
de la qualité de l’air dans 4 300 villes et
103 pays et à des images satellites.
Les particules fines (PM10 et PM2,5)
sont les grandes responsables de ces
morts prématurées. Plus petites qu’un
cheveu, ces substances se logent profondément dans les poumons et le système
cardiovasculaire. Une menace silencieuse qui concerne 90 % de la population
mondiale. « Tout le monde a le droit de
respirer un air sain. Il est inacceptable aujourd’hui qu’autant de personnes n’aient
pas accès à ce droit », a déploré le Dr Sophie Gumy, du département de santé
publique et des déterminants environnementaux et sociaux de la santé à
l’OMS.
Source : Banque mondiale
Un conseil
HOMMES
14
12
Pollution de l’air,
une tueuse silencieuse
ANNE-LAURE LEBRUN £@LebrunAnneLaure
Une longévité qui augmente
ESPÉRANCE DE VIE À LA NAISSANCE
pour un homme (soit respectivement
1,5 et 3 verres standards d’alcool), d’effectuer au moins 30 minutes d’activité
physique modérée quotidienne, de
n’être ni trop maigre ni trop gros (indice
de masse corporel entre 18,5 et 24,9) et
d’avoir une alimentation saine. Autrement dit manger essentiellement du
poisson, des fruits et légumes, des noix
et céréales complètes, avec une faible
consommation de viande rouge, de sel,
de boissons sucrées et de produits industriels.
Suivre ces cinq conseils n’est pas si facile puisque seulement 8 % des Américains y parviennent. Notamment à cause du surpoids et de la sédentarité. Ce
qui explique en partie à l’écart de longévité observé aux États-Unis par rapport
à la France (79 ans contre 82 ans).
« L’épidémie d’obésité fait des ravages
”
Pour le Pr Patrick Berche, directeur
général de l’Institut Pasteur de Lille
(auteur de Longévité, Éditions Docis) :
« Nous vivons une véritable transformation. Dans des conditions propices, on
peut espérer vivre jusqu’à 95 ans et une
petite fille qui naît aujourd’hui en France
a une chance sur deux de devenir centenaire ! » Le défi est maintenant de
vieillir en bonne santé. L’Institut Pasteur de Lille vient d’ailleurs de mettre en
place des « parcours longévité » : « On a
la possibilité d’augmenter l’espérance de
vie en bonne santé, explique le Pr Berche,
et cela passe par la prévention. »
Au-delà des comportements individuels, sur lesquels chacun peut agir, les
statistiques d’espérance de vie attirent
aussi l’attention des pouvoirs politiques
sur « une grande idée » relevée dès 1996
par le British Medical Journal, statistiques à l’appui : « Ce qui détermine la
mortalité et la santé dans une société tient
moins à la richesse globale de la société en
question qu’à la répartition égalitaire de
la richesse. Mieux la richesse est répartie,
meilleure est la santé d’une société. » ■
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France en 1900, 23 000 en 2014 ! Sans
aller forcément jusqu’à franchir la barre
des 100 ans, il est possible de gagner des
années de vie en plus, grâce à cinq
conseils simples : ne pas fumer, ne pas
boire excessivement, ne pas être en
surpoids, avoir une alimentation équilibrée et une activité physique régulière.
Le cocktail est sans surprise mais l’effet
des bénéfices est notable. Le bonus,
pour un homme de 50 ans peut ainsi aller jusqu’à 12 années de vie en plus audelà de son espérance de vie attendue et
14 années de plus pour les femmes du
même âge.
C’est ce que montre l’analyse menée
sous la houlette de la faculté de Harvard (T.H. Chan School of Public
Health) aux États-Unis à partir de deux
grandes études américaines, l’une
commencée en 1976, impliquant plus
de 121 000 infirmières de 30 à 55 ans,
l’autre, portant depuis 1986 sur plus de
51 000 hommes âgés de 40 à 75 ans, tous
professionnels de santé.
Les résultats publiés dans la revue internationale Circulation montrent que
les bénéfices persistent à tout âge,
même s’ils sont plus importants à 50 ans
qu’à 70 ans, mais surtout que plus on
parvient à suivre de conseils, plus le bénéfice est important. « Lorsque l’on regarde les courbes obtenues on voit bien
l’effet dose, plus vous accumulez de facteurs protecteurs, plus votre espérance
de vie augmente, mais ce qui est intéressant c’est aussi d’observer que même entre 75 et 85 ans, il y a toujours un bénéfice
à suivre ces conseils », explique au Figaro le Pr Philippe Amouyel, professeur
de santé publique au CHU de Lille et
auteur du Guide anti-Alzheimer, les secrets d’un cerveau en pleine forme (Éditions du Cherche Midi).
Dans cette étude, réunir les cinq critères impliquait donc de ne pas fumer,
de ne pas consommer plus de 15 g d’alcool par jour pour une femme et 30 g
Gains d'espérance de vie possibles
selon le nombre de « conseils santé » suivis
JUTTA KLEE/PLAINPICTURE/ABLEIMAGES
DAMIEN MASCRET £@dmascret
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
10
SPORT
L’OM veut entretenir sa légende
Vainqueur 2-0 lors de la demi-finale aller de Ligue Europa, Marseille se rend ce jeudi à Salzbourg, méfiant,
mais avec l’ambition de décrocher une qualification pour une cinquième finale européenne.
JEAN-JULIEN EZVAN
£@JeanJulienEzvan
DEMI-FINALES RETOUR
LIGUE EUROPA
SALZBOURG
ATLÉTICO MADRID
21h05 W9 MARSEILLE
beIN (0-2)
beIN (1-1) ARSENAL
champions), le championnat de France
attend un représentant en finale européenne. Il ne s’agit certes cette fois que
de la Ligue Europa, mais l’événement
mérite d’être apprécié. À Marseille, il y
a une semaine, dans une ambiance de
feu comme seuls la ville et le Stade Vélodrome (le record d’affluence pour un
match européen de l’OM a été battu
avec 62 312 spectateurs) savent en
concocter, l’OM de Rudi Garcia a dominé Salzbourg 2-0. Ce qui ressemble au
score parfait en Coupe d’Europe.
Les joueurs et l’encadrement ont
pourtant tout fait pour éviter de s’enflammer, conscients des dangers du
deuxième acte, ce jeudi (21 h 05). Les
Autrichiens (solides leaders de leur
championnat, ils volent vers un cinquième titre national consécutif) s’estimant,
à juste titre, lésés par l’arbitrage n’ont
pas dit leur dernier mot.
Menaces concrètes
Le jeu collectif huilé de la jeune équipe
autrichienne (23 ans de moyenne d’âge)
de Marco Rose, sa faculté à se projeter
vers l’avant, représentent des menaces
concrètes. L’OM l’a, par la voix de son
entraîneur Rudi Garcia, annoncé, il ne
compte pas subir, reculer et douter. Il
veut se montrer conquérant. Envisage de
marquer et gagner. Afin de s’éviter les
sueurs froides. Et pour cela compte s’appuyer sur la solidité, la confiance et la
réussite déployées par son trio Luiz Gustavo, Dimitri Payet et Florian Thauvin
(lire ci-dessous). Une partie de l’avenir
européen de l’OM dépend de la faculté
de ses trois-là à se hisser à la hauteur de
l’événement.
Marseille en rugit d’avance. Il reste 90
(ou 120 minutes) avant de basculer dans
une nouvelle nuit de fièvre. Il sera ensuite largement temps de se tourner vers la
finale, prévue le 16 mai à Lyon (contre
l’Atlético Madrid ou Arsenal) et de repenser au championnat et aux tracas domestiques liés à la lutte pour le podium
en Ligue 1. L’OM, qui veut nourrir sa légende, accompagnerait alors le flamboyant printemps des sports collectifs
français : le Racing 92 disputera la finale
de Champions Cup de rugby contre le
Leinster (12 mai à Bilbao), Montpellier,
Nantes et le Paris SG se sont invités au Final Four de la Ligue des champions de
handball (26 et 27 mai à Cologne). Il y a
25 ans, le CSP Limoges en basket-ball et
l’OM étaient sacrés champion d’Europe.
Le printemps pourrait offrir des émotions en cascade… ■
THIBAULT CAMUS/AP, FLORIAN LAUNETTE/PHOTOPQR/LA PROVENCE/MAXPPP ET BORIS HORVAT/AFP
FOOTBALL Le 27 juillet dernier à domicile, l’OM lançait en fanfare (4-2) sa
campagne européenne lors du 3e tour
préliminaire de la Ligue Europa. En août,
l’OM effaçait l’écueil des barrages contre
les Slovènes du NK Domzale. Neuf mois
et treize matchs plus loin, l’OM se trouve
aux portes d’une nouvelle finale continentale. Ces derniers jours, il était pourtant bien difficile de profiter de la perspective d’un épilogue continental pour
un club français (pourtant peu habitué à
de telles échéances) tant le paysage était
saturé des querelles intestines d’un football hexagonal au bord de la crise de
nerfs.
En ce moment, dans le football français, les joueurs ne parlent pas (comme
les Parisiens après leur match nul contre
Guingamp, samedi dernier) ou peu et
certains présidents occupent tout l’espace, allument des mèches et des querelles,
avant de tardives promesses d’appels au
calme, en dépit des conséquences inflammables et hautement prévisibles…
Et pourtant, c’est un fait, malgré les
polémiques, l’Olympique de Marseille
redonne des couleurs au football français
et ne se trouve plus qu’à une marche
d’une cinquième finale européenne (en
C1, défaite contre l’Étoile Rouge de Belgrade aux tirs au but à Bari en 1991, sacre
contre l’AC Milan en 1993 à Munich ; en
C3, défaites en 1999 contre Parme à Moscou et en 2003 contre Valence à Göteborg). L’OM qui est déjà le club français
ayant le plus souvent ayant été invité au
bal de clôture (deux finales européennes
pour Reims et Monaco, une pour SaintEtienne, le Paris SG et Bordeaux).
Depuis 2004 (l’AS Monaco dominée
par Porto en finale de la Ligue des
La qualification des Marseillais en finale de Ligue Europa dépendra en grande partie de la performance de Luiz Gustavo, Florian Thauvin et Dimitri Payet (de gauche à droite) contre les Autrichiens de Salzbourg.
Gustavo, Thauvin, Payet, le trio majeur de Marseille
VINCENT DUCHESNE £@VinceSport24
avec J.-J. E.
A
Payet,
u Dimitri
l’éclaireur
Depuis le début de l’année 2018, ce n’est
plus le même homme. Plus du tout le
même joueur. Pataud, décrié et critiqué
lors de la première partie de saison avec
une succession de prestations sans relief
(2 buts, 5 passes décisives toutes compétitions confondues), Dimitri Payet
rayonne depuis plusieurs semaines. Vole
à une altitude à laquelle on ne l’avait plus
aperçu depuis l’Euro 2016 sous le maillot
de l’équipe de France. Déjà étincelant
contre Leipzig en quarts de finale retour
de la Ligue Europa (5-2) avec un but et
deux passes décisives, le Réunionnais a
remis le couvert jeudi dernier face à Salzbourg en demi-finales aller (2-0). Avec à
nouveau deux offrandes à son actif. Telles deux cerises sur un gâteau déjà bien
gourmand. Entre justesse technique,
orientation et vision du jeu, le capitaine
de l’OM, revenu sur la Canebière lors du
mercato d’hiver 2017 contre un chèque
de 30 millions d’euros, a régalé aussi bien
ses partenaires que l’assistance.
Une prestation éblouissante qui lui a
même valu le titre de « joueur des demifinales », décerné par l’UEFA avec 88 %
des suffrages, contre 12 % pour son compatriote d’Arsenal Alexandre Lacazette.
En cinq mois, ses statistiques ont explosé
pour atteindre, en ce début mai, 9 buts,
20 passes décisives dont 12 en Ligue 1 !
Débarrassé de ses soucis physiques qui
l’ont enquiquiné en 2017, affûté comme
jamais et inspiré, Payet a repris des couleurs avec l’arrivée du printemps. Au
meilleur moment. Avant la liste des 23
pour la Coupe du monde de Didier Deschamps. Aujourd’hui, sa candidature en
Bleu n’apparaît plus du tout farfelue. Son
expérience internationale (37 sélections,
8 buts) pourrait même être un sérieux
atout au sein d’un groupe jugé talentueux
mais encore un peu tendre. Sa capacité à
être décisif dans les grands rendez-vous
aussi. À tout juste 31 ans, le meneur de jeu
marseillais est en tout cas dans une forme
olympique. Une forme internationale.
Thauvin,
u Florian
l’homme à tout faire
Comme Dimitri Payet, ses prestations
XXL avec l’OM, que ce soit sur la scène
nationale ou européenne, pourraient lui
permettre d’arracher un ticket pour la
liste des 23 de Deschamps. « Flo le mérite
largement, estime son coéquipier marseillais Valère Germain. S’il n’y va pas (en
Russie), ce n’est pas que c’est un scandale,
mais pour moi on est obligé d’emmener le
joueur français le plus décisif sur la saison. » Car, oui, dans les cinq grands
championnats du Vieux Continent,
aucun Tricolore ne fait mieux que Florian
Thauvin, impliqué sur 40 buts avec l’OM.
Ni Antoine Griezmann (38). Ni Kylian
Mbappé (37). Buteur à l’aller contre Salzbourg, avec une petite « mimine » non
sanctionnée par l’arbitre, l’ailier droit de
25 ans signe tout simplement la meilleure
saison de sa carrière : 24 réalisations dont
20 en Ligue 1, ce qui en fait le dauphin
d’Edinson Cavani (27), 16 passes décisives dont 10 en championnat. Vingt buts
en L1 sous le maillot phocéen - même si
les mauvaises langues peuvent toujours
brandir ses difficultés à briller et scorer
face aux « gros » (un but inscrit seulement contre les membres du top 3) -, ce
n’est pas anodin. Seuls Jean-Pierre Papin, Alen Boksic, Bafétimbi Gomis et André-Pierre Gignac ont réussi cette performance lors des trente dernières
années. Tous de vrais numéro 9. Depuis
son exil raté en Angleterre du côté de
Newcastle lors de la saison 2015-2016 - il
était revenu sur la Canebière sous forme
de prêt cinq mois seulement après son
transfert -, « FloTov » ne cesse de progresser. De prendre de l’épaisseur. Au
point de devenir le chouchou du public
marseillais. L’homme fort de l’OM cette
saison. L’unique résistant à l’envahisseur
parisien incarné par la « MCN » (Mbappé-Cavani-Neymar) pour le titre de
meilleur joueur de Ligue 1 lors des trophées UNFP. Auteur de 6 buts lors des 5
derniers matchs, Thauvin, en pleine
bourre dans cette dernière ligne droite,
sera forcément l’atout numéro un des
Olympiens en Autriche.
u
Luiz Gustavo,
le métronome brésilien
Il change de poste sans que sa performance et son rayonnement soient affectés. Lors des matchs contre Leipzig, puis
Salzbourg, le Brésilien Luiz Gustavo avait
glissé de son poste de milieu de terrain
défensif pour s’ériger en tête pensante de
la défense. Et briller de mille feux. Source
de sérénité, d’inspiration. Son palmarès
(vainqueur de la Ligue des champions
2013, champion d’Allemagne avec le
VALÈRE GERMAIN ATTAQUANT MARSEILLAIS, SUR UNE POSSIBLE
SÉLECTION DE FLORIAN THAUVIN POUR LA COUPE DU MONDE
«
Flo le mérite largement. S’il n’y va pas (en Russie),
ce n’est pas que c’est un scandale, mais pour moi on
est obligé d’emmener le joueur français le plus décisif
sur la saison BORIS HORVAT/AFP
»
Bayern Munich, vainqueur de la Coupe
d’Allemagne 2015 avec Wolfsburg, lauréat de la Coupe des confédérations 2013
avec le Brésil avec qui il a joué le Mondial
2014) lui conférait le prestige de celui qui
a bien voyagé mais, à son arrivée à Marseille, le Brésilien a dû convaincre les
sceptiques. Il a fait mieux et plus vite. Par
sa polyvalence, son engagement (qui lui
valut quelques cartons rouges et la réputation de joueur rugueux), sa régularité,
Luiz Gustavo (30 ans) est devenu l’un des
joueurs préférés du Stade-Vélodrome, au
point d’avoir inspiré une chanson et un
tifo aux chauds supporteurs de l’OM. Le
premier Brésilien à disposer à Marseille
d’une telle cote depuis Carlos Mozer à la
fin des années 1980. En se montrant indispensable et solide en dépit d’un gabarit fluet (1,87 m, 78 kg, 6 buts, 2 passes
décisives). Sa finesse tactique, la justesse
de son jeu et son sang-froid en font un
joueur à part dans l’effectif marseillais.
Capable d’endiguer les vagues offensives
adverses, de rassurer ses équipiers par sa
force tranquille et un engagement qui ne
faiblit jamais. Impérial dans les duels,
magistral dans son jeu de passes, Luiz
Gustavo, par sa vitesse, son intelligence,
son placement, rayonne. Sans forcer. Lui
qui figure pourtant parmi les joueurs
ayant le plus joué en Europe cette année
(53 matchs). Peter Zeidler, actuel entraîneur de Sochaux, a vu débarquer le Brésilien à Hoffenheim quand il était entraîneur adjoint et a, dans Le Dauphiné libéré,
raconté au sujet du délié Brésilien :
« C’est une histoire folle. Il était arrivé d’un
club de 2e division brésilienne, en prêt.
Présenté comme arrière gauche. On savait
qu’il deviendrait un phénomène. Il sent les
passes adverses, il est très dur dans les
duels. Il a une qualité de passe énorme. Et
en plus il continue de progresser. Son mental est très fort, et c’est ce qui en fait un
joueur de classe mondiale. » ■
ZOOM
Football : Benzema encensé
Karim Benzema a reçu
les félicitations de son entraîneur
après son doublé face au Bayern
Munich ayant permis au Real
Madrid de se qualifier pour
sa 3e finale de Ligue des champions
consécutive. « Il a montré
dans une demi-finale de Ligue
des champions, comme l’année
dernière, que c’est un grand joueur.
Il n’a jamais baissé les bras et je suis
content pour lui. J’ai défendu Karim
comme je défends tous mes joueurs
et comme je les défendrai jusqu’à la
fin », a expliqué Zinédine Zidane.
DEMI-FINALES RETOUR
LIGUE DE CHAMPIONS
REAL MADRID 2-2 (2-1) BAYERN MUNICH
AS ROME mer. (2-5) LIVERPOOL
EN BREF
Football : Neymar attendu
à Paris vendredi
Exilé depuis le début du mois
de mars au Brésil afin de soigner
sa cheville blessée, Neymar devrait
enfin faire son retour à Paris
vendredi. Il devrait donc assister
à la finale de Coupe de France
PSG-Les Herbiers, mardi prochain.
Handball : un choc
PSG-Nantes au Final Four
Avec trois clubs français qualifiés
pour le Final Four de la Ligue des
champions, il était inévitable que
deux d’entre eux s’affrontent en
demi-finales le 26 mai à Cologne.
Ce seront le Paris SG et Nantes,
Montpellier ayant hérité du Vardar
Skopje, le tenant du titre.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018
LE CARNET DU JOUR
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deuils
Saint-Emilion.
Mme Jacques
de Boüard de Laforest,
son épouse,
M. et Mme
Jean-François Morvan,
M. et Mme Gilles Chassaing,
M. et Mme
Hubert de Boüard de Laforest,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Jacques
de BOÜARD de LAFOREST
survenu le 1er mai 2018,
dans sa 97e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi 4 mai,
à 15 heures, en la collégiale
de Saint-Emilion.
Les familles Boussaroque
et Massonaud
ont la douleur
de faire part du décès de
Jeanine BOUSSAROQUE
née Vacher,
veuve de
Jean Boussaroque
survenu le 30 avril 2018,
dans sa 85e année.
La cérémonie religieuse
se déroulera
dans l'intimité familiale.
12 bis, avenue Elisée-Reclus,
75007 Paris.
Mme Jean-Michel
de Champris,
née Jacqueline
de Loubens de Verdalle,
sa mère,
Constance,
son épouse,
Olivier et Roselyne
de Champris,
Hubert et Nancy de Champris,
Thibaut et Adeline
de Champris,
ses frères et belles-sœurs,
Alexia, Louis, Boniface,
Léopold, Ernest, Madeleine,
Antoinette,
ses neveux et nièces,
ont la douleur de faire part
du rappel à Dieu de
Arnaud de CHAMPRIS
le 30 avril 2018,
à l'âge de 59 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi 4 mai,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Pierre-de-Chaillot,
Paris (16e)
et sera suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse.
Un souvenir inoubliable !
Publiez l’annonce de
son baptême dans
M. Jean-Jacques Clerico,
son fils,
Virginie et Ludovic,
Jean-Victor, Anne, Jason,
Olivier, Henri,
ses petits-enfants,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Emilia CLERICO
née Spezzatti,
survenu le 23 avril 2018,
à l'âge de 84 ans.
Les obsèques ont eu lieu
le samedi 28 avril,
dans l'intimité familiale,
à Campiglia (Italie).
Thoury (Allier).
Le vicomte et la vicomtesse
Régis de Conny de Lafay,
le baron et la baronne
Alain de La Chapelle,
M. et Mme Hervé Fougeron,
la vicomtesse
Hubert de la Celle,
M. et Mme Philippe de Vaulx,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de la
vicomtesse
de CONNY de LAFAY
née Ghislaine
de Kerguelen Kerbiquet,
le 29 avril 2018,
dans sa 96e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 4 mai,
à 16 heures, en l'église
de Saint-Pourçain-sur-Besbre
(Allier).
Ni fleurs ni couronnes,
des messes.
Heureux les doux...
Matthieu, 5, 5.
Benoît et Laurence de Corn,
ses parents,
Henri et Elizabeth,
Anne-Victoire
et son fiancé Toni,
Edmond,
Ambroise,
Augustin,
ses frères, sœur et belle-sœur,
Yvonne de Corn,
sa grand-mère,
les familles de Corn
et Autheman
vous font part du décès de
Armand de CORN
survenu le jeudi 26 avril 2018,
à Paris, à l'âge de 27 ans.
La messe d'A-Dieu sera
célébrée le vendredi 4 mai,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
à Paris (17e).
née Jacqueline Morin,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
survenu dans sa 90e année.
De la part de
M. et Mme François Labet,
Pauline, Loraine et Lynn,
Edouard,
M. et Mme Olivier Aubertin,
Hélène et Thomas,
Charles et Alexandra, Jean,
des familles Porcher, Py-Labet,
Déchelette et Morin.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 4 mai 2018,
à 14 h 30, en la basilique
Notre-Dame de Beaune.
Rempart de la Comédie,
21200 Beaune.
Deauville.
Pierre Lambert,
son époux,
les familles Choyer,
Bonnet Masimbert, Doin,
de Gaulle, Gibouin,
ses neveux, petits-neveux,
arrière-petits-neveux
et arrière-petites-nièces,
ont la douleur
de vous faire part
du retour à Dieu de
Thérèse LAMBERT
née Choyer,
« Mity »,
le 27 avril 2018,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée dans la plus
stricte intimité, en l'église
Saint-Augustin de Deauville.
Ni fleurs ni couronnes,
des prières.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Germaine Podwojny,
M. Laurent Podwojny,
M. Christian Soulié,
sa mère, son frère,
son compagnon,
les familles Podwojny,
Barembaum, Botella,
Nitenberg, Biondi et Feray
auteur, artiste, interprète,
survenu le 29 avril 2018,
à Paris.
Le public pourra lui rendre
hommage ce jeudi 3 mai
de 10 heures à 12 heures,
à la chambre funéraire
des Batignolles,
1, boulevard
du Général-Leclerc,
à Clichy (Hauts-de-Seine).
Les obsèques auront lieu
dans la plus stricte intimité.
Annick (†) et Philippe Carrez,
Eric e t Véronique Médrinal,
Chantal Médrinal,
Brigitte (†) et Antoine Lecœur,
Evelyne Médrinal,
Carole Médrinal,
Bruno et Claire Médrinal,
ses neveux et nièces,
R.P. Jacques DORLODOT
des ESSARTS de SELVE
le vendredi 27 avril 2018.
La messe d'obsèques
sera célébrée
le vendredi 4 mai, à 16 h 30,
en l'église de Ciboure
(Pyrénées-Atlantiques).
marcdebiron@gmail.com
Elsa, Charles, Lolla Franchi,
ses enfants,
Sophie-Hélène Chateau,
sa compagne,
Monique Franchi,
sa mère,
ses frères et sœur,
sa belle-sœur et son beau-frère,
ses neveux et nièces,
toute sa famille
et ses amis d'enfance
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
survenu le 24 avril 2018,
dans sa soixante-sixième
année.
Une bénédiction aura lieu
le lundi 14 mai 2018,
à 10 heures, en l'église
Saint-Jacques-du-Haut-Pas,
252, rue Saint-Jacques,
à Paris (5e).
Ni fleurs ni couronnes,
des dons peuvent être faits
au profit de l'Association
d'éducation et de protection
Concorde, boîte postale 22,
93370 Montfermeil.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Laurent et Anne-Noëlle,
Virginie et Eric,
Arnaud et Julie, Sabine,
Eléonore et Eric,
Emmanuel, Gilles et Marie,
Marie, Inès et Edouard,
Jérôme et Astrid, Delphine,
Quiterie et Romain, Timothé,
Pauline et Geoffroy,
Baudouin et Marie,
Hortense et Pierre,
Enguerrand, Héloïse,
ses petits-neveux
et petites-nièces,
ses arrière-petits-neveux
et arrière-petites-nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Marie-Céline MÉDRINAL
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Denise et Yves Archer,
sa sœur et son beau-frère,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Marie-Louise NINGRE
née Blaud,
survenu le 29 avril 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Symphorien,
à Versailles,
le vendredi 4 mai, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Montreuil,
à Versailles,
dans l'intimité
aux côtés de son mari,
Emile Ningre
Mme Monique Noël,
son épouse,
ses enfants
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Jacques NOËL
ancien dirigeant
de Léon Noël et Fils,
survenu le 30 avril 2018,
dans sa 88e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 4 mai,
à 15 heures, en l'église
Saint-Jean-Baptiste,
1, rue du Docteur-Berger,
à Sceaux (Hauts-de-Seine),
suivie de l'inhumation
au cimetière communal
de Sceaux,
dans le caveau de famille.
Philippe et Isabelle Moreau,
Caroline et Jean-Philippe
Audibert,
ses enfants,
Alexandre et Solenne,
Guillaume, Antoine, Benoit,
Maxime, Gabrielle,
ses petits-enfants,
vous font part du décès de
Marie-Louise MOREAU
née Van Robais,
survenu le 1er mai 2018,
à Rue (Somme),
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 7 mai,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Wulphy de Rue,
suivie de l'inhumation
au cimetière.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Micheline SIMON
ancienne
conseillère municipale
de la mairie du
XVIe arrondissement
de Paris.
En vente
vendredi 4
et samedi 5 mai
avec votre Figaro
Une cérémonie aura lieu
ce jeudi 3 mai 2018, à 15 heures,
à l'ancien cimetière
de Saint-Germain-en-Laye,
rue d'Alger.
Huguette Chaneguier,
sa compagne,
Laurence et Michel Debroux,
Pascale et Robert Bauer,
Odile et Antonin Molle,
Marie et Jean-Michel Moulin,
Pauline, Leonor, Solène,
Sara, Eugénie, Léandre,
Augustine, Domitille, Jeanne,
Delphine et Amélie,
ses enfants, beaux-enfants
et petits-enfants,
ses frères, sœurs,
beaux-frères, belles-sœurs,
neveux et nièces,
sa grande famille
et ses nombreux amis,
en communion
avec son épouse
Christiane,
(1944-2008),
ont la tristesse
de faire part du décès de
René SIOUFFI
ingénieur Centrale Marseille,
survenu le 1er mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le samedi 5 mai,
à 15 heures, en l'église
Notre-Dame-des-Neiges,
à Marseille (8e).
Mme Claudine Sitbon,
née Maarek, son épouse,
M. Eric Sitbon,
son fils,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Gérard SITBON
survenu le 30 avril 2018,
à l'âge de 76 ans, à Paris.
Les obsèques ont eu lieu
au cimetière parisien de Pantin,
le mercredi 2 mai 2018.
Nancy.
Nicole Prévôt,
née Cattenoz, son épouse,
Hervé et Elisabeth Prévôt,
Sophie et Pierre-Yves Werner,
Laurence (†) et Philippe Stark,
Valérie et Hugues
van den Hove,
Armelle et Frédéric de Blay,
Marc e t Agnès Prévôt,
Anne et Pierre Gabdzyl,
ses enfants et leurs conjoints,
ses 24 petits-enfants,
ses 27 arrière-petits-enfants,
les familles Gillard, Cattenoz,
Lambert, Martin
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
professeur Jean PRÉVÔT
professeur honoraire
à la faculté de médecine,
chirurgien des Hôpitaux,
ancien chef du service
de chirurgie infantile
de l'hôpital d'enfants
de Nancy-Brabois,
officier
des Palmes académiques,
survenu le 1er mai 2018,
à l'aube de ses 90 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 5 mai, à 14 h 30,
en la basilique Saint-Epvre
de Nancy.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Hélène Tournier,
son épouse,
Roland, Claire (†), Régine,
Marc e t Laure,
ses enfants,
Fabien, Prune, César, Maud,
Léo, Lily, Gaspard, Perle, Kiara
et Lou,
ses petits-enfants,
Louison, Victor, Noé et Basile,
ses arrière-petits-enfants,
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Jacques TOURNIER
survenu le 22 avril 2018,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
a eu lieu le 2 mai,
dans l'intimité familiale,
en l'église
Saint-François-de-Sales,
à Paris (17e).
Paris.
Gérard et Mireille Turpin,
son frère et sa belle-sœur,
Camille et Cedric B äumer,
Fanny Turpin
et Mathieu Cortadellas,
Charles et Claire Turpin,
ses neveux et nièces,
Victoria, Oscar, Basile, Jules,
Gaspard, Joséphine, Suzanne,
ses petits-neveux
et petites-nièces,
Les éditions du Figaro
ont la douleur de faire part
du rappel à Dieu du
docteur François TURPIN
survenu le 30 avril 2018,
à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le samedi 5 mai,
à 9 heures, en la collégiale
Notre-Dame-et-Saint-Laurent
d'Eu (Seine-Maritime).
Marion, Jean-Marc et Rémy,
ses enfants,
Cécile Coirier,
sa belle-fille,
Rose LAURENS PODWOJNY
Le père François Picart,
supérieur général
de l'Oratoire de France,
ses neveux,
les comtes Guy et Marc
de Gontaut Biron,
vous prient
de se joindre à leurs prières
pour le rappel à Dieu du
Jean-Michel et Claude Ningre,
Elisabeth et Arnaud
Ribéreau-Gayon,
Martine (†) et Louis-Marie
Soleille,
Philippe Ningre
et Patricia Delevoie,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Cet avis tient lieu de faire-part.
magistrat,
président de chambre
à la cour d'appel de Paris,
Tél. 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
Mme Pierre LABET
L'inhumation aura lieu
le samedi 5 mai, à 11 heures,
au cimetière de Sucé-sur-Erdre
(Loire-Atlantique).
François FRANCHI
...et recevez
Le Figaro gracieusement
pendant 3 mois
On nous prie d'annoncer
le décès de
11
Les familles Richardière,
Ladreyt-Richardière, Bellet,
Lévèque et Pointillart
ont la tristesse
de vous faire part
du décès de leur mère,
grand-mère, sœur, tante,
Marie Catherine
RICHARDIÈRE
le 29 avril 2018,
à l'âge de 78 ans, à Paris.
Une messe d'action de grâce
sera célébrée en la chapelle
des sœurs augustines
du Saint Cœur de Marie,
29, rue de la Santé,
à Paris (13e),
le samedi 5 mai 2018, à 15 h 30.
Famille Turpin,
21, rue Lhomond, 75005 Paris.
née Bellet,
le 29 avril 2018,
dans sa 77e année.
remerciements
Ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
et toute sa famille,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 7 mai,
à 11 heures, en l'église
Sainte-Marie-des-Vallées,
13, rue Pierre-Virol,
à Colombes (Hauts-de-Seine).
très touchés
des marques d'affection
que vous leur avez témoignées
lors du décès de
L'inhumation aura lieu
le vendredi 11 mai,
à 11 heures, au cimetière
de Cornillé-les-Caves
(Maine-et-Loire).
vous prient de trouver, ici,
leurs sincères remerciements.
Mme Pierre POCHET
née Suzanne Humbert,
En vente chez votre marchand de journaux
et sur www.figarostore.fr
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
12
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Des soldats israéliens postés, le 20 avril, le long de la frontière avec la bande de Gaza, où des manifestations massives pour revendiquer le droit au retour se déroulent chaque vendredi depuis plus d’un mois.
TSAFRIR ABAYOV/AP
En Israël, le mois de mai
de tous les dangers
Cyrille Louis
£clouis@lefigaro.fr
Correspondant à Jérusalem
e général de réserve Amos Yadlin
n’est pas connu pour son goût des
formules à l’emporte-pièce. Cet ancien pilote de chasse, qui commanda
les renseignements militaires et dirige aujourd’hui l’Institut d’études
pour la sécurité nationale (INSS), est
l’un des experts israéliens les plus influents dans le
champ des affaires stratégiques. Il y a une dizaine de
jours, il a provoqué un petit électrochoc en déclarant
au quotidien Yedioth Ahronoth : « Quand je regarde la
séquence qui s’annonce, je me dis que l’État d’Israël
n’a pas connu de mois de mai aussi dangereux depuis
1967 et 1973. » La comparaison n’est pas innocente. À
la veille de la guerre des Six Jours, la population et ses
dirigeants succombèrent à une profonde crise d’angoisse tandis que l’ennemi mobilisait sur tous les
fronts. Fallait-il craindre une invasion égyptienne ?
Ou bien un raid de la Syrie sur la Galilée ? Un demisiècle plus tard, l’État hébreu a bien sûr considérablement renforcé sa supériorité militaire. Mais son
complexe d’encerclement a tout récemment été
réactivé par la multiplication des tensions à ses frontières. « Nous ne sommes pas en guerre, a précisé lundi le général Yadlin lors d’un échange avec la presse
étrangère, mais nous devons nous préparer à plusieurs
événements qui sont susceptibles de conduire à une escalade entre le 12 et le 15 mai prochain. »
L
Menace de confrontation
avec l’Iran et le Hezbollah,
nucléaire iranien,
inauguration
de l’ambassade
des États-Unis à Jérusalem,
manifestations à Gaza…
La première quinzaine
de mai est une succession
de rendez-vous à haut
risque pour l’État hébreu,
qui redoute une escalade
sur plusieurs fronts.
UKRAINE
300 km
RUSSIE
Me
GÉORGIE
AZERB.
TURQUIE
SYRIE
LIBAN
Israël
spi enn e
ARM.
r Ca
Mer Noire
IRAN
IRAK
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ARABIE SAOUDITE
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ÉGYPTE
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Le front iranien est à première vue le plus volatil.
L’État hébreu, dont les dirigeants disent vouloir empêcher « à tout prix » une implantation durable des
« gardiens de la révolution » en Syrie, leur a récemment porté plusieurs coups durs. Le plus spectaculaire fut l’attaque, dimanche soir, d’une base proche
de Hama sur laquelle les Iraniens venaient apparemment de réceptionner plusieurs dizaines de missiles.
Selon des sources citées par la chaîne américaine
NBC News, le raid a été conduit par des F-35 israéliens. Il a provoqué une immense explosion, dans laquelle au moins vingt-six militaires, dont une majorité d’Iraniens, auraient trouvé la mort. Allaeddine
Boroujerdi, le président de la commission parlementaire des affaires étrangères, a promis que son pays
« répliquerait en temps et en lieu à cette agression ».
Des menaces plus claires encore avaient été formulées après les frappes israéliennes contre la base T-4,
près de Palmyre, le 9 avril dernier. Quatorze combattants, dont au moins sept Iraniens, avaient alors
été tués. Hassan Nasrallah, le chef de la milice libanaise chiite Hezbollah, avait prévenu : « Cette attaque, la première depuis sept ans à viser délibérément
des gardiens de la révolution, constitue un tournant qui
ne peut être ignoré. Vous venez de commettre une erreur historique, une folie qui vous entraîne dans une
confrontation directe avec l’Iran. »
Certains experts israéliens, impressionnés par cette escalade militaire et verbale, estiment qu’il sera
difficile d’éviter une confrontation entre deux puis-
Me
A
Escalade militaire et verbale
ue
sances aux objectifs si manifestement contradictoires. La République islamique, dont les gardiens de la
révolution et les milices affidées ont joué un rôle clé
dans le sauvetage de Bachar el-Assad, semble résolue
à pousser son avantage. Les stratèges israéliens affirment qu’elle cherche à acheminer des systèmes de
défense antiaérienne sophistiqués, des missiles balistiques et des drones de combat sur le territoire syrien.
« Tout site sur lequel nous constatons une tentative iranienne de s’y implanter militairement sera attaqué », a
prévenu Avigdor Lieberman, le ministre de la Défense. Le 10 février dernier, l’armée de l’air israélienne a
visé un poste de commande iranien sur la base T-4 en
réponse à l’interception d’un drone apparemment
muni d’explosifs au-dessus de Beït Shéan. « Les Iraniens préparent la riposte, assure Amos Harel, le correspondant militaire du quotidien Haaretz, et l’armée
israélienne est en état d’alerte. » Amos Yadlin, le directeur de l’INSS, met en garde : « La détermination
de part et d’autre est telle qu’un affrontement à la frontière nord peut désormais survenir à tout moment - demain, dans une semaine ou dans un mois. »
Les signaux contradictoires de Trump
La première quinzaine du mois de mai est, à cet
égard, présentée comme une succession de rendezvous à haut risque. Dans l’hypothèse où l’Iran choisirait de répliquer par l’intermédiaire du Hezbollah,
le parti-milice se sentira vraisemblablement plus libre de ses mouvements après les élections législatives libanaises auxquelles il participe dimanche
6 mai. Mais la plupart des experts estiment que la République islamique, en toute hypothèse, ne passera
pas à l’action avant le samedi 12. Le président des
États-Unis, Donald Trump, doit en effet décider à
cette date s’il proroge l’accord sur le nucléaire iranien signé en juillet 2015, ou s’il choisit au contraire
de rétablir les sanctions contre le régime. « Les Iraniens hésiteront probablement à frapper d’ici là. À défaut d’espérer convaincre Washington, ils ont en effet
tout intérêt à ne pas braquer les capitales européennes.
En cas de rétablissement des sanctions américaines,
ceux-ci auront après tout leur mot à dire sur leur applicabilité par les groupes européens qui opèrent en
Iran », observe Ofer Zalzberg, analyste au centre de
réflexion International Crisis Group.
Le 14 mai, 70e anniversaire de la déclaration d’indépendance de l’État hébreu, est une autre date à
surveiller. La nouvelle ambassade des États-Unis à
Jérusalem doit être inaugurée ce jour-là en présence
des autorités israéliennes ainsi que de hauts responsables américains, dont la fille de Donald Trump,
Ivanka, ainsi que son mari Jared Kushner. Le président américain, visiblement désireux d’entretenir le
suspense, n’en a pas moins laissé entendre ces derniers jours qu’il pourrait faire le voyage. Le transfert
de l’ambassade, annoncé le 6 janvier dernier, a été
reçu comme un coup de poignard par les Palesti-
Vous venez de commettre une erreur
historique, une folie qui vous entraîne
dans une confrontation directe avec l’Iran
»
HASSAN NASRALLAH, CHEF DU HEZBOLLAH, APRÈS LES FRAPPES ISRAÉLIENNES CONTRE LA BASE T-4
niens. Cette décision constitue à leurs yeux un revirement inacceptable par rapport aux positions traditionnelles des États-Unis sur le statut de la ville.
Donald Trump a depuis lors envoyé des signaux
contradictoires, indiquant tantôt que « Jérusalem a
été retiré de la table des négociations » et assurant le
lendemain que les frontières de la souveraineté israélienne sur la ville seront définies par des négociations. Les principales factions ont d’ores et déjà appelé la population à manifester sa colère à
Jérusalem-Est et en Cisjordanie, mais le niveau de
mobilisation est difficile à anticiper. « On peut aussi
imaginer que les groupes armés cherchent à gâcher la
fête en tirant des roquettes ou en commettant des attaques contre des Israéliens », complète Ofer Zalzberg.
Le 70e anniversaire de la « catastrophe »
Point d’orgue annoncé de cette séquence délicate,
d’importants rassemblements doivent être organisés
le 15 mai dans la bande de Gaza. Les Palestiniens
commémoreront alors le 70e anniversaire de la « catastrophe » (nakba, en arabe) que constitua pour eux
la création d’Israël. Les « marches du retour », qui se
déroulent dans cette perspective chaque vendredi
depuis le 30 mars le long de la frontière avec l’État
hébreu, ont jusqu’à présent réuni des milliers, voire
des dizaines de milliers de participants, dont la plupart ont protesté dans le calme. L’armée, résolue à
dissuader les plus déterminés de franchir la frontière, a ouvert le feu. Une quarantaine d’entre eux ont
été tués et près de 1 900 autres ont été blessés par balle. Ce lourd bilan a conduit l’ONU et plusieurs pays
européens à dénoncer « un usage excessif de la force », « des tirs indiscriminés » ainsi qu’à réclamer une
enquête indépendante. Mais il y a fort à craindre que
les manifestations du 15 mai, auxquelles le Hamas et
les autres factions palestiniennes appellent d’ores et
déjà à se rendre en masse, ne se terminent mal.
« Nous n’avons pas de bonne solution, admet le journaliste Amor Harel, car elle ne voudra pas prendre le
risque de laisser des milliers de Palestiniens accéder
aux localités israéliennes situées de l’autre côté de la
frontière. » Amos Yadlin, qui accuse le Hamas
d’« utiliser des civils pour détruire la frontière », prévient : « Si l’armée se laisse déborder, il y aura un bain
de sang. »
Accusé par certains de dramatiser à l’excès ce
« mois de mai explosif », l’ancien chef des renseignements militaires a depuis lors précisé qu’il faisait
confiance aux généraux israéliens pour gérer le délicat alignement d’étoiles. « Je ne serais pas surpris
qu’un ou plusieurs de ces fronts ne s’embrase, dit-il,
mais l’armée est préparée à faire face. » Le journaliste Amos Harel et l’analyste Ofer Zalzberg relativisent aussi les risques de guerre à court terme. « Ni
l’Iran, ni le Hezbollah, ni le Hamas ne souhaitent s’engager dans une confrontation totale avec Israël », explique ce dernier, tout en reconnaissant que les tensions actuelles accroissent les risques d’incident
imprévu. Signe d’une fébrilité inhabituelle, les députés israéliens ont accepté lundi d’assouplir la procédure de déclaration de guerre. Le premier ministre, qui devait jusqu’à présent recueillir une
majorité des voix au sein de son gouvernement pour
prendre une telle décision, pourra désormais se
contenter du soutien de son ministre de la Défense
en cas de « situation extrême ». ■
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LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
13
Hollande : Rambo dans le désert de la gauche
Dans « Les Leçons
du pouvoir », l’ancien
président raconte
ses cinq ans à l’Élysée.
Entre reconstitution
et règlements de
comptes, l’exercice
d’un sortant qui refuse
d’être dédaigné
et oublié.
« LES LEÇONS DU POUVOIR »
François Hollande, Stock,
407 p., 22 euros.
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
L
a France est ce pays curieux
où, depuis des siècles, les
écrivains passent leur vie à
faire de la politique tandis
que les politiques aspirent à
être reconnus comme des
écrivains. De Gaulle se prenait pour Chateaubriand, Giscard pour Maupassant,
Mitterrand pour Stendhal. C’est avec
Chirac qu’a lieu la rupture historique :
pour la première fois, un président de la
République n’écrivait pas. Ni ses discours
ni ses livres. Mais on ne savait pas si
c’était par excès d’admiration ou de dédain pour la littérature française.
Sarkozy, lui, entra à l’Élysée sur des discours écrits par un autre et profita de son
séjour dans l’ancienne maison de la Pompadour pour découvrir les grands auteurs
au programme du bac français. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, dit-on.
François Hollande n’a même pas pris cette peine. Il sort de son quinquennat littérairement comme il y est entré : vierge.
Hollande ne se prend pour aucun grand
écrivain, car il n’a lu aucun grand écrivain. Son style est plat comme le pays de
Jacques Brel. Les mots et les phrases
s’emboîtent comme des produits industriels sortis d’usine. Uniformisés et standardisés. Aux normes sanitaires en vigueur. Au moins ne pourra-t-on pas lui
reprocher de se prendre pour ce qu’il
n’est pas.
S’il n’est pas un écrivain, Hollande a été
président de la République. Ce livre a été
rédigé pour en convaincre tous ceux – et
ils sont légion - qui en doutaient. On se
rassé le chômage, les déficits, la dette, les
inégalités. Si cela ne s’est pas vu davantage, c’est qu’il lui a manqué du temps. Les
résultats sont arrivés trop tard. C’est son
successeur qui en profite. Cet Emmanuel
Macron qui a décidément « de la chance » : le mot qui revient sans cesse quand
Hollande parle de lui.
Bien sûr, ce n’est pas le seul. Hollande
multiplie les piques à l’égard de son ancien conseiller. Parfois acides, souvent
drôles. « L’humour n’est pas une fuite. Il
est le sel du quotidien et surtout il rend
moins cruels les heurs et les malheurs de la
vie. » Hollande parle d’expérience. Il a eu
le grand malheur d’être roulé dans la farine par un jeune blanc-bec souriant qu’il
avait fait. Avec le recul, il a compris qu’il
avait laissé passer sa
François a bien compris que ce temps
en renonçant
était révolu, que les passions culturelles chance
avant que François
et identitaires déchiraient les vieilles
Fillon ne révèle ses
failles et limites. Holnations, mais Hollande veut croire
lande voit dans le
qu’on peut encore rassembler
« destin chanceux et
ce qui ne veut plus être rassemblé
hors du commun » de
son successeur « la
preuve qu’un candidat crédible de la gautemps passé à une décision qui compte.
che, si elle avait été unie, était en mesure de
C’est la durée qu’elle aura pour le bien
l’emporter ». C’est-à-dire lui.
commun », dit-il pour effacer son image
C’est le cœur du message politique
d’indécision et de pusillanimité qui lui
qu’Hollande veut faire passer. Il s’adresse
colle à la peau.
à la gauche et seulement à elle. À tous
Ce n’est pas un hasard s’il ouvre son liceux qui considèrent qu’il a trahi ses
vre sur l’exécution d’un terroriste perdu
idéaux, il veut démontrer le contraire.
au milieu d’un village, dans les sables
Aux frondeurs, qui ont torpillé son quind’Afrique : Hollande, c’est Rambo ! Un
quennat, il explique qu’ils ont perdu au
Rambo qui a eu, dans l’affaire syrienne, la
change, pris en étau entre Macron et Mémalchance de tomber sur un allié amérilenchon. Un Mélenchon qui sacrifie l’Eucain, Barack Obama, décrit comme un
rope et un Macron qui creuse les inégaliintellectuel narcissique, peine à jouir
tés en favorisant les très riches. Il vante
froid et antipathique ! Un Rambo toutChristiane Taubira et « son mariage pour
terrain qui a sauvé le Mali, mais aussi la
tous ». Il caresse même Martine Aubry
Grèce, l’euro, l’Europe, Florange. Sans
dans le sens du poil qu’elle a pourtant dru
oublier le Rambo économique qui a terdemande même si François Hollande ne
l’a pas écrit pour s’en convaincre lui-même. Tout se passe comme si Hollande
n’avait jamais autant agi qu’après avoir
quitté l’Élysée. Il a été ce chef de l’État qui
a présidé, décidé, voyagé, choisi, parlé,
négocié, réformé, assumé, nommé, puni…
Tous ces verbes pris comme autant de
têtes de chapitre sont autant d’incantations et d’exhortations adressées à tous
les incrédules : Hollande n’a pas été que le
M. Petites Blagues, l’homme qui murmure à l’oreille des journalistes, mais un
homme d’action. Il n’a pas été seulement
l’homme du verbe, mais l’homme des
verbes. « Une présidence normale n’est
pas une présidence banale… Ce n’est pas le
«
»
et revêche. Il ne fait mea culpa que pour
avoir voulu toucher à la sacro-sainte nationalité française de djihadistes qui ont
montré leur amour éperdu de la France
en massacrant leurs compatriotes.
S’il n’en reste qu’un, Hollande sera celui-là. Le dernier social-démocrate dans
une Europe où ceux-ci sont partout défaits et marginalisés. Il en est l’incarnation ultime, la quintessence. Avec ce prosaïsme et cette bonhomie. Sa révérence
pour le parti, ses dogmes et ses combines.
Le culte de l’économisme et du social. Sa
vulgate historique aussi : la colonisation
et Vichy, c’est mal ; de Gaulle et Jaurès,
c’est bien. La guerre, c’est mal ; la paix,
c’est bien. L’Europe, c’est la paix, et le
nationalisme, c’est la guerre.
Il y a un écart qui confine à la schizophrénie entre l’intelligence de Hollande et les conséquences politiques qu’il en
tire. Le premier a bien compris que le
« tragique » était revenu dans l’histoire
de l’Europe et de la France, mais le second continue à faire l’éloge d’une social-démocratie qui ne s’est épanouie que
parce qu’on était en temps de paix, avec
des nations cohérentes, sûres de leur
identité et de leurs frontières. François a
bien compris que ce temps était révolu,
que les passions culturelles et identitaires
déchiraient les vieilles nations, mais Hollande veut croire qu’on peut encore rassembler ce qui ne veut plus être rassemblé. François a bien saisi que la gauche
avait vécu un nouveau congrès de Tours
avec le référendum de 2005 ; mais Hollande fait mine de croire qu’il pourra,
comme Léon Blum naguère, « garder la
vieille maison », en attendant que tous y
reviennent.
Hollande parle à la gauche. Il ne se rend
pas compte qu’il ne parle à personne. Il
prêche dans un désert et croit voir une
oasis. Cela s’appelle un mirage. ■
Dans les décombres de la maison bleue…
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
P
hil a les cheveux longs, la
peau très mate, les rides
marquées ; il marche et
parle avec difficulté. Mais
pour raconter la saga hippie, il s’anime et ajuste ses
propos avec précision. Cela fait presque
quinze ans qu’il a entrepris d’écrire son
histoire, à partir du journal de bord
qu’il tenait à l’époque. L’histoire chorale d’une communauté de hippies à San
Francisco, en 1970, « dans une maison
bleue, adossée à la colline », comme dit
la chanson. Cette maison bleue, Maxime Le Forestier ne l’a pas inventée. Il y
a même fait un séjour de quelques mois
avec sa sœur Catherine. « Maxime restait silencieux pendant des heures, assis
dans un fauteuil, le regard dans le vague,
sa sœur participait beaucoup plus aux
tâches collectives. On ne savait pas trop
quoi penser de lui, et puis après son départ, on a appris qu’il avait écrit une
chanson sur nous qui faisait un tabac en
France », raconte Phil Polizatto. Côté
face, il y a donc l’image douce et gentille du « flower power » idéalisé par
l’évocation nostalgique de la maison
bleue ; côté pile, il y a l’image d’un
anarchisme paresseux, parfois vindicatif, malgré de beaux discours sur
l’amour et la paix. « Aux États-Unis, les
émissions à la télé font des hippies une
grosse blague, un truc de has been sales
et glandeurs, alors j’ai voulu rétablir les
faits », nous dit Polizatto. La principale
caricature qu’il dénonce est la supposée
saleté des lieux et des gens. « Nous nous
douchions tous les jours ! Et nous avons
inventé une technique de lavement des
fesses parfaitement hygiénique (sic) »,
qu’on laissera le lecteur découvrir. Le
second cliché insinue qu’il s’agissait
d’un affectio societatis entre des âmes
dérangées, parfois dotées du quotient
intellectuel d’un raton laveur à force de
fumer l’herbe et ingurgiter le champignon hallucinogène aux fameux capuchons bleus. Sans compter l’infiltration
des ashrams par quelques mauvais sujets, chefs de secte, faux prophètes, et
même un psychopathe célèbre – Charles Manson n’était pas loin de la maison
bleue.
Phil Polizatto ne le nie pas, mais il
maintient que dans la moyenne les hippies étaient inoffensifs, et éduqués.
« Beaucoup d’entre nous venaient de
bonnes universités. J’avais fait mes études à Georgetown, en relations internationales, et je portais un costume Brooks
Brothers pour mes premiers jobs. » Soudain, c’est donc toute une génération
qui, telle la limaille de fer irrésistiblement collée à un aimant, s’est lancée
dans « la recherche d’une conscience
plus large, d’une illumination, d’un
amour universel, de l’égalité entre
tous ». Triomphe de Vichnu et Bouddha
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LEFIGARO
États-Unis,
« lesAuxémissions
à la télé font des
hippies une grosse
blague, un truc
de has been sales
et glandeurs,
alors j’ai voulu
rétablir les faits
PHIL POLIZATTO
»
sur Descartes et Marx, d’un Orient rêvé
sur l’Occident fatigué de lui-même.
Comment ce fils d’immigrés catholiques italiens, enfant de chœur jusqu’à
15 ans, a-t-il été ainsi saisi par l’évidence qu’une autre vie était possible ? La
réponse fuse. Simple et désarmante de
franchise, comme trois lettres magiques : « LSD. » « Je lisais des livres sur le
bouddhisme, et une amie me dit : va voir
mon copain, il va te faire une surprise. Le
soir j’arrive devant un immeuble avec des
gens qui attendaient en file indienne, le
mec en question glissait des gouttes de
LSD sur des morceaux de sucre. Après un
“trip” fantastique, je suis devenu un hippie du jour au lendemain. » Nous lui objectons que la voie méditative exclut la
prise de drogues. « C’est vrai, nous répond-il, et nous refusions la cocaïne ou
l’héroïne, mais le LSD ou les champignons nous faisaient passer de l’autre
côté du miroir, ils indiquaient la possibilité d’une fusion dans le grand tout. »
Polizatto débarque donc à San Francisco, phare de la constellation hippie,
« avec New York et Boston ». Son livre
est le récit bon enfant de la vie quotidienne de cette bande de jeunes « alternatifs ». Il ne le nie pas, il y avait un
côté « sex, drugs, & Grateful Dead (leur
groupe rock fétiche) ». Mais pas seulement, plaide-t-il. : « La sexualité était
libre et la drogue, admise, mais cela ne
représentait qu’un tiers de notre
temps ». Les occupations principales
étaient la gouvernance collective et
l’autogestion par des « conseils de famille » – un seul veto et la proposition
est rejetée -, la mise en commun de
l’argent et des vêtements, l’invention
de l’économie circulaire, et… la fraude
aux aides sociales. L’étape suivante de
cette voie hippie fut son voyage en
Inde, à la recherche d’un gourou - qu’il
raconte dans un livre non traduit en
France. Mais la quête sera décevante.
« J’ai appris des techniques de méditation, mais je n’ai jamais trouvé le gourou. » Phil atterrit finalement « sur terre » - c’est le titre anglais de son
dernier livre. Et choisit de vivre dans
l’État de Washington, où il achète quelques hectares. Cela ne durera qu’un
temps : il sera finalement professeur
d’histoire. Les années bénies d’insouciance et d’utopie se sont envolées. Ses
amis homosexuels ont été emportés par
le sida, les autres sont retournés à une
vie normale.
Que reste-t-il de ces aventures ?
Laissons de côté les Volkswagen vertes
et les cours de macramé. Retenons le
mouvement végétarien - manger
moins de viande devrait être un impératif catégorique -, la nourriture organique - beaucoup d’intox, mais l’objectif est bon -, et l’universalisation du
yoga. Phil Polizatto ajoute que même un
certain type de drogue, comme la marijuana, a été légalisé dans 18 États américains. « Quand je vois ces petits paquets
bien tassés, je n’en reviens pas, le capitalisme a gagné partout. » Depuis plus de
quinze ans, « Phil » ne consomme plus
de drogues, et il aime bien « le pape
François ». Les enfants de ses amis ne
prennent plus de drogues non plus.
« Mais ils restent portés par les mêmes
valeurs, ils travaillent dans des organisations non gouvernementales. » Malgré
cette transmission d’une génération à
l’autre, l’ami de Maxime Le Forestier
reconnaît que leurs rêves de paix se
sont soldés par un échec cuisant. La crise a sifflé la fin de la récré. On est toujours chassé à un moment ou un autre
du paradis terrestre. « Nous pensions
sincèrement que le monde entier allait se
mettre à l’heure hippie », admet-il. La
non-violence de leurs choix doit néanmoins être mise à leur crédit. Pas de
black blocks chez eux. Même si, comme
l’avait pointé François Mitterrand en
1982, ils ont aussi été les idiots utiles de
Moscou.
« Presque cinquante ans plus tard, que
reste-t-il ? », se demande Le Forestier
dans une lettre à son ami. « Une chanson française, quelques survivants, et
l’idée que pratiquer cet art de vivre est
réalisable ; et même si ça ne dure que
quelques années, c’est toujours ça de
pris. » Les hippies d’hier avaient leur
ridicule. Mais les bourgeois que nous
sommes leurs doivent quelques chansons, et l’idée pas si fleur bleue que la
planète est fragile. ■
« C’EST
UNE MAISON
BLEUE… »
Phil Polizatto,
Les Arènes,
234 p., 18 euros.
A
La révolte de la
jeunesse en Mai 68
est aussi une histoire
américaine. Le récit
que Phil Polizatto fait
de ses années hippies
est un témoignage
d’une utopie d’hier.
De bien des « délires »
et de quelques
intuitions.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
La gauche, l’islam
et le nouvel antisémitisme
FABIEN CLAIREFOND
SUR LA QUESTION
JUDÉO-MUSULMANE
Le
Carnet
DE JACQUES
JULLIARD
L’historien et essayiste*
revient sur le manifeste
des 300 personnalités
contre l’antisémitisme
paru dans « Le Parisien ».
Il se réjouit que prenne fin
le déni du réel et analyse
la reconfiguration
politique que produit
la question de l’islamogauchisme. À force
d’abandonner ses valeurs,
la gauche court le risque
d’être rayée de la carte
au profit d’un seul duel
entre centre et droite.
Eh bien ! oui, il y a un antisémitisme
musulman. Grande nouvelle ! Il y a
longtemps que cette évidence était
un secret de Polichinelle, mais le fait
nouveau est qu’on a désormais le
droit d’en parler. L’ère de la
communication est d’abord celle de
l’intimidation. Ainsi tout le monde,
dans les années 1950, connaissait
l’existence du goulag, mais il a fallu
que Khrouchtchev en personne
en donnât la permission (1956)
pour que dans les milieux stalinoïdes
de l’intelligentsia parisienne,
on s’enhardît à y faire allusion.
Le grand mérite du manifeste
des 300 (Le Parisien, 22/4),
mais aussi de celui des 30 imams
(Le Monde, 24/4) est d’avoir mis
un terme à ces pudeurs de vierges
effarouchées qui, à l’ère victorienne,
étaient tenues de dire leur
« estomac », pour ne pas parler
de leur ventre. Désormais quand
une vieille dame juive sera torturée
et égorgée aux cris de Allah akbar !
il ne sera plus systématiquement
question, y compris dans la bouche
des magistrats instructeurs, de
détraqués et de malades mentaux ;
quand on dénoncera l’impossibilité
d’enseigner la Shoah dans certaines
écoles à dominante musulmane,
Le Monde nous épargnera peut-être
ses rituelles considérations générales
sur le vieil et tenace antisémitisme
français ; quand il faudra bien
constater que nos compatriotes juifs
ont peur dans certains quartiers
et les quittent pour des lieux plus
hospitaliers, en France, en Israël,
ou ailleurs, on nous dispensera
peut-être de ces statistiques
boiteuses sur la décroissance
de la croissance du phénomène…
CONTRE L’ISLAMISME
DE PRÉCAUTION
Naturellement, tous les musulmans
ne sont pas antisémites, et tous les
antisémites ne sont pas musulmans.
Mais pour combattre un mal, il faut
d’abord le nommer. Quand dans
mon précédent carnet du Figaro
(3 avril 2018) je dénonçais, aux côtés
de l’antisémitisme d’extrême droite
et de l’antisémitisme populaire
et avant même l’apparition en France
de l’antisémitisme musulman,
un antisémitisme chrétien, jadis
virulent, je ne me suis pas cru obligé
d’ajouter que tous les chrétiens
n’étaient pas antisémites, que
Jésus lui-même… et ainsi de suite.
À cet égard, on ne saurait trop
recommander le dernier livre de
Pierre-André Taguieff, Judéophobie,
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75
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3ème lot : 950.000 euros 4ème lot : 550.000 euros
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A
1
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Au Grefe du Juge de l’Exécution du TGI de PARIS où il a été déposé
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C’est tout simple.
Pour savoir de
quel côté balance
le racisme, il suffit
de consulter
les statistiques.
Les juifs votent
avec leurs pieds, les
musulmans aussi
»
la dernière vague (Fayard) qui montre
avec son érudition et sa rigueur
habituelles que l’antisémitisme
musulman est loin d’être un
recyclage des vieux antisémitismes
occidentaux. Il procède en grande
partie de l’humiliation ressentie
par le monde arabo-musulman
lors de l’installation d’Israël
et des guerres qui ont suivi.
On assiste à une véritable
« islamisation de la judéophobie ».
À quand, demande-t-il, un Vatican II
de l’islam sunnite ?
J’en conclus qu’il faut en finir
avec l’islamisme de précaution,
qui berce les belles âmes, leur permet
de se savoir gré de leur propre
délicatesse. Non, ce n’est pas
l’antisémitisme maurrassien qui
est la cause de cette « épuration à bas
bruit » dénoncée par les 300 ; non,
ce ne sont pas de pieux parallèles
entre l’antisémitisme en particulier
et le racisme en général qui
expliquent que le pays de l’abbé
Grégoire, de Bernard Lazare et de
Péguy soit devenu un lieu répulsif
pour les juifs, quand il demeure
attractif pour les musulmans, comme
il est aisé de le voir. C’est tout simple.
Pour savoir de quel côté balance
le racisme, il suffit de consulter
les statistiques. Les juifs votent
avec leurs pieds, les musulmans aussi.
Car le déni du réel est un crime ;
dans le cas qui nous occupe,
il constitue une complicité passive
avec l’antisémitisme, au point
de persuader ce pauvre Poutou,
alors que onze juifs sont tombés
ces dernières années sous les balles
ou les couteaux des tueurs islamistes,
que ce sont les musulmans français
qui ont payé le plus lourd tribut
au racisme criminel…
J’ajoute une recommandation à
l’adresse de nos compatriotes
musulmans : qu’ils se méfient donc
un peu de ces islamophiles au cœur
sensible, qui leur font plus de caresses
que Donald Trump à un Emmanuel
Macron qui n’en pouvait plus. Quand
ils auront vraiment besoin de leur
engagement actif, ils peuvent être à
peu près sûrs qu’ils ne pourront pas
compter dessus. Ayant fait
récemment le bilan de ma vie
militante, et constaté qu’elle avait
été consacrée pour la plus grande
part à la défense des musulmans
en France, en Algérie, en Bosnie,
au Darfour, je me suis fait à moimême cette remarque bien plus
intéressante : c’est que jamais quand
il fallait se battre, les islamolâtres
d’aujourd’hui ne se sont trouvés là.
Étrange tout de même. Certains
se reconnaîtront peut-être, mais
je n’en suis pas sûr, — : comme dit
Proust, les faits ne pénètrent pas dans
les lieux où vivent nos croyances.
UN ÉTRANGE
CHASSÉ-CROISÉ
Une dernière observation. Elle relève
de l’analyse politique. Aujourd’hui,
quand vous entendez quelqu’un
prendre la défense des musulmans,
vous pouvez être sûr qu’il est de
gauche ou qu’il se croit tel. Quand
vous en entendez un autre prendre
la défense des juifs, vous pouvez
désormais présumer qu’il est de
droite. Je reconnais que c’est là un
critère un peu sommaire, qui fait bon
marché d’honorables exceptions,
dans les deux cas et dans les deux
sens. C’est navrant, mais c’est
pourtant ainsi, le monde à l’envers.
Un Charles Maurras, dont il est
aujourd’hui beaucoup question,
s’il revenait parmi nous, n’en
croirait pas ses yeux ; encore moins
ses oreilles, qu’il avait mauvaises.
J’irai encore plus loin : la question
judéo-musulmane est en train
de créer en France un ahurissant
chassé-croisé au chapitre des valeurs.
Tout au long de la IIIe République,
et naguère encore, on reconnaissait
un homme de gauche à un certain
nombre de traits : l’attachement
indéfectible à la laïcité, à l’école
républicaine, à la République
elle-même, à la nation, à la France.
Et à la haine de l’antisémitisme !
Prenez tous les grands hommes
dont la gauche se réclame
traditionnellement, de Gambetta
à Mitterrand, en passant par
Clemenceau, Jaurès, Blum, Mendès,
et combien d’autres, comme mes
amis disparus, Michel Rocard et
Edmond Maire, et encore notre cher
Robert Badinter : ils sont tout entiers
pétris de ces valeurs.
L’ISLAMISME
DE COMPENSATION
Mais à l’inverse, il y a désormais
à gauche beaucoup d’Orgon
victimes des Tartuffe-Ramadan
de l’islamo-gauchisme.
Écoutez attentivement les porteparole de la gauche, ou de ce qu’il en
reste. La laïcité ? Bien sûr, elle doit
être honorée, mais avec modération.
À trop l’exalter, ne finirait-on pas
par « stigmatiser » les musulmans ?
L’école républicaine ? À trop
rechercher l’excellence, ne sont-ce
pas les inégalités que l’on creuse
au détriment des moins bien armés ?
La République N’est-elle pas tout
au long de notre histoire synonyme
de colonialisme, voire de racisme ?
La nation ? N’est-elle pas facteur
d’exclusion pour les nouveaux
arrivants ? La France ? Ce « récit »
où nos ancêtres avaient trouvé le lien
qui les unissait, est-il autre chose
qu’une pure fiction, depuis les
« racines judéo-chrétiennes »
jusqu’à la philosophie des Lumières,
issue de ces racines ?
Cette déconstruction est en cours.
Ses bases scientifiques et
philosophiques sont fragiles ;
elles reposent le plus souvent sur
l’esbroufe et la mauvaise foi.
Mais elle est assez efficace pour rayer
la gauche du paysage politique
présent, pour au moins dix ans.
Car enfin, je vous le demande :
si la gauche renie de facto les valeurs
sur lesquelles elle a jadis fondé son
pacte avec la nation, spécialement
avec les classes populaires, quelle
raison restera-t-il à ces dernières
pour la soutenir ? La proximité
sociale ? Elle n’existe pas.
Le clientélisme généralisé ?
Il n’est pas crédible. Décidément,
cette ferveur soudaine pour la
religion de l’autre a quelque chose de
stupéfiant de la part d’un personnel
politique en majorité agnostique ;
c’est payer bien cher une tardive
rectification de tir destinée à faire
oublier son molleto-colonialisme
de naguère.
Pendant ce temps, une partie
de la droite républicaine, soit pour
faire pièce à la gauche, soit pour faire
barrage à la montée de l’islamisme,
se rapproche des valeurs évoquées
plus haut. Je ne vois pas pourquoi
les hommes de gauche authentiques,
héritiers des Lumières et convaincus
que leurs valeurs sont universelles
devraient s’en affliger. En tout cas,
le fait est difficilement contestable.
À cause de cette ridicule bigoterie
islamique, qui ne se confond en rien
avec la nécessité de l’intégration
des musulmans, la gauche laisse
pour dix ans le champ libre
à une confrontation exclusive
entre la droite et le centre.
J’AI FAIT UN RÊVE
Oui, je fais ce rêve. Que les
personnalités, plus nombreuses
que l’on ne le croit, éprises de paix
et de fraternité dans les diverses
religions et sociétés spirituelles se
réunissent et établissent entre elles
un lien permanent. Le manifeste
des 300 se termine par un appel
aux musulmans. De leur côté les
30 imams dénonçant « la confiscation
de leur religion par des criminels »
et définissant l’islam comme une
« aspiration spirituelle », en quête
de « transcendance de la générosité
et de l’altérité », ont employé
des formules qui vont au cœur
de tout homme libre et de tout
citoyen français. Il me semble
que l’Église de France, qui a déjà
accompli le trajet de la réconciliation
avec les juifs et qui entretient de bons
rapports avec les musulmans,
serait bien placée pour proposer
une initiative commune. Qu’à côté
de l’archevêque de Paris, le grand
rabbin Korsia, l’imam de Bordeaux
Oubrou, des personnalités comme
Élisabeth Badinter, Patrick Kessel,
Pascal Bruckner, Boualem Sansal,
Kamel Daoud, Caroline Fourest,
— ce sont des noms que je lance un
peu à la volée -, établissent entre
elles un organe de liaison permanent
destiné à lutter contre le racisme
et l’antisémitisme, serait la preuve
que l’offensive aurait cessé d’être
l’apanage des fanatiques et des
assassins. Ajouterai-je qu’une telle
initiative serait une contribution
à la laïcité véritable à l’intérieur
des lois de la République. Il ne sera
pas dit que dans ce pays le dernier
mot revienne aux porteurs de haine,
ou tout simplement aux imbéciles.
Au-delà de son objet, la lutte contre
le racisme et l’antisémitisme et pour
la fraternité, qui ne ferait nullement
double emploi avec les organismes de
défense des droits de l’homme déjà
existants, un tel organe de liaison
redonnerait à un pays ravagé par la
mesquinerie et l’insignifiance, le
signal d’une révolte du spirituel.
ATMOSPHÈRE,
ATMOSPHÈRE…
Dans son éditorial de Libération
(28-29 avril 2018), Laurent
Joffrin a tenu à souligner que
M.M. Finkielkraut et Zemmour
n’ont pas la responsabilité « directe »
(le mot figure textuellement)
dans un éventuel retour de la
violence fasciste. C’est très généreux
de sa part. Merci pour eux. Tout
au plus contribuent-ils à créer
une « atmosphère », ajoute-t-il,
favorable à cette résurgence.
À la place des intéressés,
je me sentirais tenu de renvoyer
l’ascenseur à Laurent Joffrin,
en précisant avec la plus grande
netteté qu’il n’a de son côté
aucune responsabilité directe
dans le terrorisme islamiste.
On dit même - mais que ne dit-on
pas ? - que Libération préparerait
en grand secret un numéro spécial
intitulé : « Au secours ! Mahomet
revient ! »
PARIS EST UNE FÊTE
POUR LES YEUX
On peut actuellement visiter à Paris
trois expositions consacrées à des
peintres majeurs, Delacroix, Tintoret,
Corot, la beauté convulsive et la
beauté apollinienne. Malgré mon
amour immodéré de Tintoret,
c’est de Camille Corot que je voudrais
dire un mot, tant l’exposition du
Musée Marmottan, consacrée à Corot
portraitiste sort de l’ordinaire.
Dire que le portrait n’était, si l’on
peut dire, que son violon d’Ingres !
On en sort l’esprit clair, l’âme
apaisée, le cœur en fête. Comme
si le réalisme poétique de ses
portraits, aussi éloignés du vérisme
de Courbet que de la subjectivité
impressionniste de la génération
suivante était la manifestation
tranquille d’une évidence cachée.
Corot (1796-1875) est un peintre
qui ne fait jamais le malin, qui
n’administre pas de leçon, mais
qui à chaque instant donne à voir
les choses et les gens comme on ne
les avait jamais vus, tels qu’en euxmêmes enfin l’instantané les change.
Et quel coloriste ! De La Dame en bleu,
qui est comme le bouquet final de
cette exposition, le critique Gustave
Geffroy a écrit « avec cette minute
passagère, Corot a fait une réalité
définitive ». Et un bleu définitif.
* Éditorialiste de l’hebdomadaire
« Marianne ».
Le carnet de Jacques Julliard, qui paraît
ordinairement le premier lundi du mois,
a été exceptionnellement décalé
en raison du pont. Le rythme habituel
reprendra à partir du mois de juin.
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LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
Le poison du multiculturalisme
omme le montre Malek
Boutih dans sa critique
très radicale des récentes
propositions de Borloo sur
les banlieues (L’Express
du 26 avril dernier),
ce qui est le plus préoccupant
dans nos quartiers n’est pas tant
la situation économique et sociale que
l’effondrement de l’idée républicaine
sous l’effet de la violence des bandes
rivales, du fondamentalisme
et du multiculturalisme. Des zadistes
aux séparatistes islamistes en passant
par les zones de non-droit, c’est notre
idéal républicain qui est en train
de couler et ce n’est pas à coup
de subventions, de grandes écoles
« en chocolat » (pour parler comme
C
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
Macron), réservées aux seuls jeunes
des quartiers, de coachs sportifs
et autres Bisounours qu’on réglera
le problème. Hélas, le libéralisme
américanisé qui inspire nos dirigeants
a fini par se coucher devant l’idéal
de discrimination positive
et de multiculturalisme qui fut l’un
des principaux héritages de la
« Pensée 68 ». Un article de Guattari,
publié avec Cohn-Bendit en l986,
annonçait déjà la couleur : « Le but,
disaient-ils, n’est pas de parvenir
à un consensus approximatif mais tout
au contraire de favoriser une culture
du dissensus. Quelle ineptie que
de prétendre accorder les immigrés, les
féministes, les rockers, les régionalistes,
les pacifistes, les écologistes
ENTRE GUILLEMETS
3 mai 1469 à Florence : naissance de Nicolas Machiavel.
« Le Prince » (1513)
RUE DES ARCHIVES/PVDE
Gouverner,
c’est faire croire»
ANALYSE
Guillaume Perrault
£@GuilPerrault
Il y a 30 ans déjà : le duel télévisé
Chirac-Mitterrand de 1988
oilà un anniversaire
qui provoque
un pincement au cœur,
tant il rend perceptible
la fuite du temps. Trente
ans se sont écoulés depuis
le duel télévisé féroce qui opposa Jacques
Chirac et François Mitterrand lors
de l’entre-deux-tours de la
présidentielle de 1988. L’affrontement
le plus violent, à ce jour,
de la Ve République. Le soir du débat
télévisé, les restaurants sont vides,
les cinémas, déserts. Devant leurs
téléviseurs, trente millions de Français
observent cette joute sans merci.
À dire la vérité, avant même que
le rideau ne se lève, les jeux étaient faits.
Au premier tour, le 24 avril 1988,
Mitterrand, revigoré par deux ans
de cohabitation avec une majorité
RPR-UDF, avait obtenu 34,1 % des voix,
Chirac 19,9 %, Barre 16,5 % et Le Pen - à
la surprise de beaucoup - 14,3 %.
Le communiste Lajoinie (6,7 %), certes
concurrencé par l’ex-PCF Juquin (2,1 %),
se trouvait ravalé au rang de candidat
secondaire. Les réserves de voix étaient
rares (la participation avait atteint
81,3 % au premier tour). Aussi l’issue ne
faisait-elle guère de doute. La droite, dès
lors, attendait surtout que son champion
défende vaillamment ses couleurs.
Le débat télévisé est arbitré par Michèle
Cotta (TF1) et Élie Vannier (Antenne 2).
Protégé par sa fonction de président
de la République en exercice, Mitterrand
adopte un ton digne de Louis XIV
et s’efforce d’écraser Chirac sous
sa contenance hautaine. Le premier
ministre ne paraît pas éprouver un
sentiment de légitimité aussi net. Chirac
accuse Mitterrand d’avoir fait libérer des
terroristes d’Action directe en 1981. C’est
V
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
et les passionnés d’informatique ! »
J’avoue n’avoir jamais compris
ce qu’il y avait d’inepte à rechercher
un accord entre concitoyens.
La vérité, c’est que depuis lors,
ce sont les valeurs de la res-publica,
cet espace public au sein duquel
seul il est possible de construire un
consensus autour de la loi commune,
qui furent peu à peu balayées au profit
d’un discours que la Nouvelle droite
aurait pu cosigner. Car si les différents
groupes humains ne peuvent
ni ne doivent chercher à s’accorder
entre eux, si toute référence à des
valeurs communes n’est que violence
symbolique et tyrannie impérialiste,
c’est bel et bien à l’atomisation
du social que nous assistons au profit
d’un retour à la vision réactionnaire
de communautés viscéralement closes
sur elles-mêmes, incapables de
dépasser leurs singularités ataviques
pour entrer en communication
les unes avec les autres.
Nul hasard, dans ces conditions,
si l’éloge de la différence en est venu
à se couler dans des formules à la
limite du racisme. Écoutons encore
Guattari qui revenait sur ces thèmes
dans son petit livre sur Les Trois
Écologies : « Les divers niveaux de
pratique, non seulement n’ont pas à être
homogénéisés, raccordés les uns aux
autres sous une tutelle transcendante,
mais il convient de les engager dans des
processus d’hétérogenèse. Il n’y a nulle
raison de demander aux immigrés de
renoncer aux traits culturels qui collent
à leur être ou bien à leur appartenance
nationalitaire. » Du point de vue
de cette calamiteuse logique
de la différence, la culture est devenue
un analogue de la race, une réalité
ontologique, pas une abstraction.
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
en partie exact, mais très imprécis.
Les mots employés par le candidat RPR
pouvaient laisser penser que Jean-Marc
Rouillan - en détention provisoire
avant mai 1981 pour attentats à l’explosif,
mitraillage de ministères et braquages avait déjà tué lorsqu’il fut inclus
dans la loi d’amnistie de l’été 1981.
Or, c’est après sa libération, et non avant,
que Rouillan a commis ses premiers
meurtres.
L’expression maladroite de Chirac
permet au matois Mitterrand d’éluder
la question de fond - n’était-il pas
irresponsable d’amnistier Rouillan
compte tenu de son dossier déjà lourd
en 1981 ? - et d’adopter le ton
de l’innocence outragée. « Vous en êtes
là, monsieur le premier ministre, répond
avec componction Mitterrand. C’est
triste, et pour votre personne et pour votre
fonction […]. » Sur la défensive, Chirac
paraît alors ne plus assumer tout à fait
ses propos.
Mitterrand passe à son tour à l’attaque.
Il accuse Chirac d’avoir, lui, fait libérer
et expulser vers Téhéran le diplomate
iranien Vahid Gordji « après m’avoir
expliqué à moi, dans mon bureau, que son
dossier était écrasant et que la complicité
était démontrée dans les assassinats
qui avaient ensanglanté Paris à la fin
de 1986 », causant 12 morts et 161 blessés.
Surpris, Chirac dément et riposte :
«Pouvez-vous vraiment contester ma
version des choses en me regardant dans
les yeux ? » « Dans les yeux,
je la conteste », réplique Mitterrand avec
autorité. La joie du carnassier qui déchire
un adversaire à belles dents s’affiche à
l’écran. Le mépris de Mitterrand affleure.
Irrité de se voir appelé sans cesse
« monsieur le premier ministre », Chirac
lance : « Permettez-moi juste de vous dire
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
que ce soir, je ne suis pas le premier
ministre et vous n’êtes pas le président
de la République. Nous sommes deux
candidats à égalité et qui se soumettent
au jugement des Français, seul qui compte.
Vous me permettrez donc de vous appeler
M. Mitterrand. » L’intéressé rétorque,
sourire aux lèvres : « Mais vous avez tout
à fait raison, monsieur le premier
ministre. »
Au second tour, Chirac est terrassé
(45,98 %) par Mitterrand (54,02 %).
Le gouvernement de 1986-1988, rare
tentative de la droite pour agir vraiment,
s’achevait par une déroute. Tout s’était
sans doute joué dès l’automne 1986.
L’affaire de la loi Devaquet, la mort de
Malik Oussekine, les grèves de la SNCF
avaient brisé l’élan de Chirac et conduit
à l’abandon, en 1987, de la réforme
du Code de la nationalité. La défaite
électorale suivit. Chirac, Juppé, Balladur,
Pasqua, Sarkozy, Fillon : chacun des
ténors de la droite de ces trente dernières
années, à l’époque ministres ou députés,
fut comme traumatisé par cet échec
cinglant et en conclut - à tort - que
les Français, tout en réclamant le courage
en paroles, le répudiaient dans les urnes.
Quiconque examine le contraste
entre les discours des leaders successifs
de la droite depuis lors et la politique qu’ils
ont suivie une fois au pouvoir a de quoi
être sceptique sur l’épisode suivant
du feuilleton. À la différence des séries
américaines, les saisons 2, 3 ou 4 de
la droite française n’offrent aucune bonne
surprise. Aussi l’homme de droite,
pourtant d’une endurance admirable
face aux déceptions, a fini par se lasser.
Pour l’heure, il n’attend rien, n’espère
rien. Élu qui briguez sa voix, respectez
son désenchantement et sa cure
de silence. Revenez plus tard.
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
Elle est inscrite dans l’être
des individus au même titre que leur
biologie, ce pourquoi il fallait renoncer
au projet républicain de l’intégration.
Où l’on voit comment l’humanisme
des Lumières devait finalement
tomber sous les coups de la
déconstruction libertaire/libérale qui
allait emporter avec elle ses principes
universalistes. De là aussi le débat
qui s’est ouvert sur l’école entre
« pédagos » et « républicains »,
les premiers plaidant pour une
radicale déconstruction des « vieilles
lunes républicaines » au nom du droit
à la différence, les seconds souhaitant
au contraire le retour aux antiques
principes de la Lettre aux instituteurs
de Jules Ferry. En vérité, ce n’est pas
tant d’école qu’il s’agissait dans cette
querelle que d’une opposition
de fond entre le multiculturalisme
de la « Pensée 68 » et les partisans de
l’idée républicaine, de l’espace public,
du culte de l’effort et du travail.
En proposant un énième plan banlieue
adossé à l’idée de discrimination
positive au lieu de faire peser l’effort,
comme y insiste à juste titre Malek
Boutih, sur la lutte contre la violence
qui est le problème numéro 1
des quartiers, on risque de passer une
nouvelle fois à côté du sujet. Vouloir
créer une ENA de rang inférieur
réservée aux « jeunes défavorisés »,
c’est ajouter le ghetto scolaire
au ghetto urbain. Ce dont nous avons
besoin, ce n’est pas de câlinothérapie
ni d’argent dépensé à tout va dans
des politiques sociales inefficaces,
c’est de policiers et de magistrats pour
rétablir la loi contre le fanatisme et la
délinquance afin de redonner autorité
à des écoles publiques qui doivent
plus que jamais rester ouvertes à tous.
VOX
… VIOLENCES
- « La gauche
est en état d’hibernation
intellectuelle »,
par Adrien Dubrasquet,
du Printemps républicain.
- Jean-Luc Mélenchon,
révolutionnaire
en hologramme,
par Arnaud Benedetti,
professeur à la Sorbonne
et spécialiste
de la communication
politique.
… SOCIÉTÉ
« Comment protéger
nos enfants
des prédateurs sexuels »,
par Agnès Cerighelli,
porte-parole du Conseil
national des femmes
françaises et présidente
du Club IAE au féminin.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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1er cahier 16 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Cahier 4 Littéraire
8 pages
A
CHRONIQUE
15
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
16
C’
LE FIGARO. - Une réaction après les saccages
dans Paris hier ?
François LEBLOND. - Je me garderai de donner
trop de leçons car l’ordre public est quelque chose
de très difficile. On n’est jamais sûr du résultat. Les
situations d’aujourd’hui et de Mai 68 ne sont guère
comparables mais on se trompe quand on ne voit
que des « mouvements de rue ». Derrière, il y a
une volonté d’attaquer la République. Le nier,
c’est être naïf.
En mai 1968, jeune fonctionnaire sorti de l’ENA
et de la préfectorale, en poste à la Direction
générale des affaires politiques du ministère
de l’Intérieur, vous avez l’initiative de prendre
la température des préfets sur l’actualité
et de rédiger une synthèse quotidienne
remise chaque soir au ministre. Que disaient
alors ces remontées du terrain ?
Tout semblait partir à vau-l’eau. Les préfets estimaient que la situation était très grave. La plupart étaient coincés dans leur bureau avec le
seul Rejis (la ligne directe avec le ministère,
NDLR) et des grèves partout. Ils n’avaient plus
aucune prise sur les événements. Le sous-préfet
de La Roche-sur-Yon, en Vendée, m’avait par
François
Leblond :
« En Mai 68,
pour les préfets,
tout partait
à vau-l’eau »
« Je me garderai de donner
trop de leçons car l’ordre
public est quelque chose
de très difficile. [...] Les
situations d’aujourd’hui
et de Mai 68 ne sont guère
comparables mais on se
trompe quand on ne voit
que des “mouvements
de rue”. Derrière, il y a
une volonté d’attaquer
la République. Le nier,
c’est être naïf. »
Haut fonctionnaire en Mai 1968, bientôt très proche collaborateur du ministre de
l’Intérieur, Raymond Marcellin, le préfet retrace le climat au sommet du pouvoir.
exemple confié : « Ici, le chef de la police se répand partout en disant : “C’est moi le préfet” ! »
La situation échappait souvent aux autorités locales. Tout le monde était obnubilé par le boulevard Saint-Michel mais c’était toute la France
qui était à l’arrêt !
Raymond Marcellin devient ministre de l’Intérieur
le 31 mai 1968, au lendemain de la grande
manifestation gaulliste sur les Champs-Élysées.
Il succède à Christian Fouchet, prend rapidement
des mesures fermes comme l’évacuation
de l’Odéon et de la Sorbonne mi-juin. Ce que
lui vaut cette approbation de De Gaulle : « Ah,
enfin, Fouché, le vrai ! » (allusion au ministre
de la police de Napoléon, NDLR). Authentique ?
Oui. Cela dit la comparaison n’était pas forcément
flatteuse compte tenu de la réputation de Fouché…
Il faut se replacer dans le contexte : un mois de désordres et la crainte que tout reparte en octobre à
la rentrée universitaire. Dès son arrivée Place
Beauvau, Raymond Marcellin fait comprendre que
c’est lui le chef et donne des ordres clairs.
Cela n’avait pas été le cas auparavant ?
Il y avait eu trop d’hésitations. Pour lui, sans ce
temps perdu, les événements auraient pu être stoppés avant. Certains commissaires étaient très bons,
savaient donner des ordres clairs comme la commissaire Nadine Joly, dont les longs cheveux blonds
dépassaient du casque. D’autres étaient plus flous.
Pourtant, l’un des constats sur cette période est
que le bilan humain aurait pu être beaucoup plus
lourd. La modération du préfet de police de Paris,
Maurice Grimaud, est souvent saluée.
Difficile de « refaire l’histoire » et de savoir ce qui
aurait pu se passer… Mais, sur le moment, Marcellin
reprochait à Grimaud son manque de fermeté. Le
préfet Grimaud avait beaucoup de qualités mais
c’était, disons, un moraliste un peu égaré dans la
police… Il ne s’est pas caché de certaines sympathies pour le mouvement étudiant, comme la critique de la société de consommation. Raymond Marcellin lui a aussi reproché d’avoir écrit une lettre
aux policiers les mettant en garde contre toute forme de « bavure » et de l’avoir rendue publique. À
ses yeux, le linge sale aurait dû se laver en famille.
Tout le monde
« était
obnubilé
par le boulevard
Saint-Michel
mais c’était
toute la France
qui était
à l’arrêt !
»
FRANÇOIS LEBLOND
Pensait-il réellement qu’un complot international,
passant par Moscou et La Havane,
instrumentalisait les étudiants ?
Il en était convaincu. Dès l’après-guerre, le KGB
voulait mettre la pagaille en Occident, et notamment en France. Ce n’est pas parce qu’après Moscou a calmé le jeu que ces attaques n’étaient pas
programmées.
Et que pensait-il de Daniel Cohn-Bendit ?
Cohn-Bendit ? On ne pouvait pas le détester !
Outre le retour de l’ordre, la préparation
des élections législatives de juin 1968 occupe
aussi beaucoup l’Intérieur.
Au début, il y avait une grande incertitude sur leur
résultat. Les préfets, interrogés, pronostiquaient
une victoire de la droite mais pas un raz-de-marée.
À l’issue du scrutin, Marcellin était persuadé que son
action avait contribué au résultat. Après l’évacuation de l’Odéon et de la Sorbonne, les gens disaient :
« Enfin, quelqu’un qui sait ce qu’il veut ! » L’opinion
en avait assez de cette période de flottement.
A
Raymond Marcellin misa aussi beaucoup
sur le renseignement policier, les écoutes…
Il me disait souvent : « Leblond, on me reproche
d’être informé. Mais c’est le contraire qui serait
grave ! » Plusieurs belles âmes, dans la majorité,
demandèrent au Parlement la suppression des
écoutes. Soutenu par René Pleven, garde des
Sceaux, Marcellin obtint qu’il n’en soit rien. Il
avait aussi coutume de dire que les policiers savaient exploiter ces informations et avaient mieux
à faire que de dresser des listes de cocus…
Le surnom de « Raymond la Matraque »,
l’affaire des plombiers du « Canard enchaîné » :
Raymond Marcellin quitte l’Intérieur
en mars 1974, remplacé par Jacques Chirac…
Il m’avait toujours dit : « Nous périrons par des
choses que nous n’avons pas faites. » Il faut se souvenir que membre des Républicains indépendants,
il n’appartenait pas au parti majoritaire. Les gaulllistes lui en voulaient. En mars 1974, Georges
Pompidou, affaibli par la maladie, n’avait plus la
force de s’opposer à l’arrivée de Chirac. ■
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA / LE FIGARO
est une forme de réhabilitation
qu’entreprend le préfet de région honoraire François Leblond. Celle de Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur
de 1968 à 1974, dont il fut « la
plume » et l’attaché parlementaire. « Raymond la
Matraque », se moquaient les manifestants. « Un
homme à poigne mais un vrai républicain », rectifie son ancien collaborateur qui publie : « Mai 68,
Raymond Marcellin, le ministre de l’Intérieur que
j’ai servi » (Librinova, avril 2018).
RENCONTRE
Marie-Amélie Lombard-Latune
£@malombard
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 930 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
NOKIA
OLIVIER BOITET/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP, KZENON - STOCK.ADOBE.COM, JULIEN FAURE/LEEMAGE
LA SUPPRESSION SURPRISE
DE « L’EXIT TAX » EN 2019 CRITIQUÉE
À GAUCHE ET À DROITE PAGE 20
LE FINLANDAIS REVEND
WITHINGS À SON FONDATEUR
ÉRIC CARREEL PAGE 23
SNCF : la grève
patine,
les Français
s’organisent
Après un mois de grève, la mobilisation des cheminots faiblit. Les clients
de l’entreprise publique apprennent à se déplacer sans le train. PAGES 18 ET 19
Services publics : agents et usagers insatisfaits
Avant d’avancer ses pions sur la
réforme de la fonction publique,
le gouvernement a pris le pouls
des principaux intéressés : les
agents et les usagers. Cette
consultation a pris la forme d’une
dizaine d’événements régionaux,
animés par des ministres, et d’une
plateforme en ligne, qui présentait un questionnaire, ouverte du
24 novembre au 9 mars.
17 000
personnes
environ
(10 000 agents et 7 000 usagers)
ont ainsi donné leur avis, et tous
le PLUS du
FIGARO ÉCO
KIDILIZ GROUP
Zannier vend son
empire de mode pour
enfants à un groupe
chinois PAGE 21
LA SÉANCE
DU MERCREDI 02 MAI 2018
CAC 40
5529,22
+0,16%
DOW JONES (18h)
24028,40 -0,29%
ONCE D’OR
1304,20 (1307,10)
PÉTROLE (lond)
72,620 (74,870)
EUROSTOXX 50
3553,79 +0,50%
FOOTSIE
7543,20 +0,30%
NASDAQ (18h)
6664,39 -0,26%
NIKKEI
22472,78 -0,16%
convergent dans la description
d’un service public dégradé. Les
usagers pointent du doigt « une
perte de qualité dans le service rendu, par la fermeture de certains services publics et par un temps d’attente
qui
s’allonge »,
note
notamment le communiqué de
restitution des résultats.
Tous plaident, sans surprise non
plus, pour des investissements accrus en priorité dans les secteurs
de la santé et de l’éducation. Les
agents expriment de leur côté leur
souhait d’être mieux reconnus et
demandent des parcours professionnels plus riches et diversifiés.
En termes de périmètre des missions de service public - le premier levier d’économies pour
l’État -, agents comme usagers
plaident pour l’immobilisme : ni
création de mission, ni abandon.
Les témoignages des agents et
usagers du service public révèlent
« un attachement profond aux valeurs du service public », « des interrogations, de l’incompréhension
ou encore du scepticisme sur la façon dont sont aujourd’hui rendus
certains services au public », a déclaré le secrétaire d’État à la Réforme de l’État, Olivier Dussopt.
La présentation organisée mercredi à Bercy a été boycottée par
la CGT-fonction publique, pour
qui cette consultation est une
« opération de communication »,
ainsi que par Solidaires, qui voit le
processus comme « un échec, au
vu de l’engouement particulièreA. G.
ment limité qu’il a suscité ».
L'HISTOIRE
La France va manquer de 1,5 million
de salariés qualifiés d’ici à 2030
L
e paradoxe est troublant. Alors
que la reprise se confirme
et que les carnets de commandes
se remplissent, la pénurie
de main-d’œuvre risque de ralentir
la cadence. Selon une étude du cabinet
de conseil en gestion des talents et des
organisations Korn Ferry, dont Le Figaro
publie en exclusivité
les résultats, 1,5 million
de salariés hautement
qualifiés pourraient
manquer d’ici à 2030,
représentant une perte
de revenus de
175 milliards d’euros
pour l’économie
tricolore. À l’inverse,
la France pourrait
connaître un surplus
de plus de 1,7 million de
salariés dont le niveau
de formation est peu
élevé. L’Hexagone ne
sera évidemment pas le
seul pays à connaître
cette pénurie. Au niveau
mondial, ce sont
85 millions de travailleurs qualifiés
qui pourraient faire défaut d’ici à 2030, soit
un manque à gagner de… 6 900 milliards
d’euros, soit 3 fois peu ou prou le PIB annuel
de la France ! Pour obtenir ces résultats, Korn
Ferry a évalué l’écart entre l’offre à venir
des compétences (en prenant en compte les
différents niveaux d’études des individus) et la
demande des entreprises dans
trois secteurs clés (services
financiers, industrie et
télécommunication). « 2030
est une date réaliste qui offre
un peu de marge
de manœuvre pour tenter
d’améliorer la situation »,
explique Gérald Bouhourd,
directeur associé en charge
de l’activité industrie chez Korn
Ferry. Quoi qu’il en soit, cette
étude ne manquera pas de
conforter le président Macron,
qui a lancé une réforme
du système de formation pour
remédier à l’inadéquation
croissante entre les profils
et les besoins du marché du
MANON MALHÈRE
travail… ■
Comme attendu, la Réserve fédérale
américaine (Fed) a choisi, mercredi,
de faire une pause dans sa politique
de resserrement monétaire. Au terme de sa réunion de deux jours à
Washington, le comité monétaire a
décidé de ne pas relever à nouveau
son taux directeur. Les marchés jugent que la Fed a pratiquement atteint son objectif de remontée de
l’inflation à 2 %, le déterminant essentiel, avec l’emploi, de la politique
monétaire. En mars, dernière donnée
disponible, les prix ont progressé de
2,4 % sur un an.
Compte tenu du maintien depuis octobre d’un taux de chômage à un niveau historiquement très bas de
4,1 %, les analystes anticipent toujours une hausse de taux de 0,25 %
par la banque centrale américaine à
l’issue de sa prochaine réunion, le
13 juin. Le 21 mars, Jay Powell, le président, et ses collègues ont majoré le
taux dit des « Fed Funds » de 0,25 %
pour le placer dans une fourchette
entre 1,5 et 1,75 %. C’est à ce taux que
la Fed laisse les banques se prêter
des liquidités à très court terme. Les
investisseurs tablent sur deux, voire
trois hausses de taux du même ordre
d’ici à la fin de l’année. Tout dépendra
des signaux donnés par l’évolution
des prix, de l’emploi et de la demande.
Pour le moment, le niveau des embauches semble toujours solide. Selon le sondage de la société ADP publié mercredi, les entreprises privées
américaines ont encore créé
204 000 postes en avril, contre
228 000 en mars. À noter qu’avril
marque le sixième mois consécutif
de créations d’emplois supérieures à
200 000. Les chiffres officiels de
l’emploi et du chômage seront publiés vendredi.
Ce rythme soutenu d’embauche peut
stimuler les hausses de salaires et
entretenir le réveil de l’inflation par
les coûts. À moins que le nombre
d’Américains en dehors de la population active diminue pour faire grimper
les rangs des personnes employées.
Pour le moment cela ne s’est guère
produit. Ce taux de participation à la
population active est relativement
stable autour de 63 % depuis 2013.
PIERRE-YVES DUGUA
(À WASHINGTON)
L’action Snap
chute de près de 20 %
en Bourse
Evan Spiegel, le patron fondateur de Snap, a encore perdu
des soutiens à Wall Street.
Mercredi, l’action de son entreprise perdait plus de 20 % en
séance après la publication de
résultats trimestriels très mitigés. Après des signaux de reprise fin 2017, la maison mère
de Snapchat, une application
mobile très prisée des jeunes, a
enregistré, entre janvier et
mars, la plus faible progression
du nombre de ses utilisateurs
quotidiens de son histoire
(4 millions sur le trimestre pour
un parc de 191 millions), tandis
que le revenu par utilisateur a
chuté de 21 %, à 1,21 dollar, par
rapport au dernier trimestre de
l’an dernier. Et les prévisions
pour le second trimestre ne
sont guère réjouissantes.
En cause : la refonte de l’application, censée la relancer après
de mauvais résultats en 2017, ne
donne pas les résultats escomptés. Une pétition réclamant le
retour de l’ancienne version
avait même recueilli 1,2 million
de signatures après son lancement en janvier dernier. Rien
n’y fait : Snapchat n’a manifestement pas séduit autant que
voulu les adolescents, sa première cible, mais aussi les annonceurs, qui achètent pourtant
beaucoup d’espace publicitaire
dans les réseaux sociaux.
Snapchat, qui a fait un temps
sensation avec ses « stories »,
un format innovant où se mêlent textes, photos et vidéos, est
finalement victime de ses rivaux
Facebook et Instagram en tête,
qui l’ont copié avec davantage
de succès. Et tellement plus
d’utilisateurs. À côté du premier
réseau social de la planète
(1,45 milliard d’utilisateurs par
jour pour Facebook), Snapchat
ne fait pas le poids. L’entreprise
a beau avoir réduit ses pertes
(385 millions de dollars tout de
même au premier trimestre), en
coupant dans ses dépenses marketing, rien n’y fait. Le problème de la fin 2017 refait surface :
la viabilité économique de son
A. D.
modèle.
A
FISCALITÉ
LA FED ATTEND
JUIN POUR
LA PROCHAINE
HAUSSE DETAUX
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
18
SNCF : les syndicats pris au piège de la
Au bout d’un mois d’arrêts de travail en pointillé, l’intersyndicale peine à maintenir la mobilisation chez les
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORT Un mois après le
début de la grève en pointillé à la
SNCF, les voyageurs ont appris à
composer avec ces séquences
d’arrêt de travail de deux jours
programmées pendant trois mois.
Les plus âgés ont tous en tête la
France bloquée de 1995, lorsque
les cheminots bataillaient contre la
réforme des retraites. On en est
loin cette fois. Pour réchauffer la
mobilisation
faiblissante
des
agents SNCF, les syndicats ont fixé
quelques dates clés dans l’agenda
des prochains jours. Des rassemblements sont organisés à Paris et
en province ce jeudi. Le rendezvous entre les représentants des
syndicats et le premier ministre,
lundi 7 mai a été largement mis en
scène par les organisations syndicales même si les chances d’un retournement de situation sont quasi
nulles. L’intersyndicale a, dans la
foulée, prévu une nouvelle date. Si
le gouvernement n’a pas lâché de
lest d’ici là, le 14 mai sera une
« journée blanche », préviennent
les quatre syndicats représentatifs
à la SNCF. « Pas de cheminots, donc
pas de train », a résumé Didier
Aubert de la CFDT.
La méthode de la grève marathon commence à montrer ses
limites (lire ci-dessous). Les organisations
luttent
contre
l’encéphalogramme plat inévitable au bout de plusieurs semaines.
Les feuilles de paie des cheminots
ont fondu. D’autant que la SNCF a
appliqué un calcul des journées de
repos plus restrictif que ce que les
syndicats imaginaient. La CFDT et
l’Unsa ont d’ailleurs décidé d’assigner la direction en justice sur ce
point. L’audience de référé aura
lieu le 9 mai. Les cagnottes créées
pour compenser financièrement
les journées de grève ne suffiront
pas à maintenir la mobilisation.
L’ouverture à la concurrence aussi
est calée entre décembre 2019 et
2039.
Il reste toutefois quelques zones
de brouillard : le montant des investissements alloués au « système ferroviaire ». Jusqu’à présent, la ministre des Transports,
Élisabeth Borne, souligne les montants déjà prévus dans le contrat
de performance conclu entre l’État
Les clients de la SNCF
ont appris à composer
avec les séquences
d’arrêt de travail des
cheminots. Ici, une file
d’attente de voyageurs
prenant le car pour
Paris, à la gare de Lille
Europe. PHOTOPQR/
VOIX DU NORD/MAXPPP
et SNCF Réseau (qui gère les infrastructures) pour les dix prochaines années. Mais, en février, le
rapport du Conseil d’orientation
des infrastructures avait avancé
plusieurs scénarios portant notamment sur le ferroviaire. Les
montants à mobiliser pour l’ensemble des infrastructures de
transport variaient de 48 à 80 milliards d’euros pour les vingt pro-
chaines années. Rien n’a été tranché. Autre zone de flou : la
trajectoire financière du futur
groupe SNCF. Désendetté, SNCF
Réseau devrait continuer à porter
une dette après le 1er janvier 2020.
Comment sera-t-elle apurée ?
Comment garantir qu’elle ne se
reconstituera plus ?
Ces sujets inquiètent les cheminots. Ils se demandent si les
Zone de flou
D’autant que les grévistes constatent que leur mouvement n’a pas
fait bouger le gouvernement sur
les axes principaux du projet de
loi : la fin du recrutement au statut
est désormais fixée au 1er janvier
2020. Le changement de gouvernance à la tête du groupe SNCF
coïncide avec cette échéance.
Plus de 5 millions de journées perdues pour cause
de grèves depuis 1995 à la SNCF
1 000 000
1 054 920
800 000
572 161
600 000
112 632
400 000
200 000
0
1995
2000
Source : data.sncf.com
2005
2010
2017
Infographie
A
Covoiturage, cars « Macron » : les Français
apprennent à se déplacer sans train
« On s’habitue à la grève de la SNCF
2 jours sur 5 comme on s’habitue à
l’arthrose 1 jour sur 2. En maugréant. » Le 24 avril, Bernard Pivot, l’ancien animateur d’« Apostrophes », résumait sur Twitter
son sentiment sur cette drôle de
grève. La France subit le mouvement sans être paralysée.
Contrairement à ce qui a pu se
produire ces dernières décennies,
notamment en 1995, les voyageurs qui ne pouvaient pas prendre le train se sont rabattus sur
d’autres moyens de transport qui
n’existaient pas il y a quelques années.
En Île-de-France, huit plateformes de covoiturage sont mises
gratuitement à la disposition des
voyageurs. « Cela fonctionne bien,
même si les volumes restent assez
modestes », précise-t-on à Îlede-France Mobilité (IFM), autorité organisatrice des transports
publics dans la région. Pas plus de
3 000 personnes en profitent chaque jour. Un covoiturage « naturel », c’est-à-dire informel, entre
collègues et entre voisins, s’est
aussi mis en place même s’il est
difficile à mesurer.
Des autocars ont été mobilisés
en fonction du plan de transport
annoncé la veille par la SNCF. Ils
servent à « rabattre » les voyageurs vers des gares où le trafic est
plus dense, comme c’est le cas sur
le réseau du RER exploité par la
RATP. Certains banlieusards ont
également découvert de nouveaux
itinéraires notamment en tramway, un moyen de transport
épargné par la grève. IFM dépense
en moyenne 150 000 à 200 000
euros par jour de débrayage pour
dépanner les Franciliens. « C’est
du cousu main, qui porte aussi sur
les bus de nuit, les Noctiliens, de
manière à ne pas laisser des voyageurs bloqués le soir tard », explique-t-on à IFM. La SNCF s’est efforcée de maintenir un service
quotidien sur ses lignes, mais sans
toujours y parvenir. Certaines lignes n’ont pas vu de train passer
de la journée. « J’ai adressé une
lettre aux différentes organisations
syndicales pour qu’elles s’engagent
à assurer un service “librement
consenti” d’au moins un aller et retour par ligne, explique Bruno Gazeau, le président de la Fédération
nationale des usagers des transports (Fnaut). Nous savons qu’elles
sont capables de l’assurer. Cela a
été le cas lors du week-end de Pâques. Les syndicats avaient fait démarrer leur mouvement le matin au
lieu de la veille au soir. » Le président de la Fnaut en appelle « au
sens du service public ».
La grève a poussé Ouibus
dans les bras de BlaBlaCar
La grève en pointillé a fait bondir
tous les « nouveaux » modes de
transport : « C’est la première fois
qu’une grève de cette ampleur entraîne autant de recherches de modes de transport alternatifs,
constate Yann Raoul, le fondateur
de KelBillet, comparateur de prix
et site d’achat de billets de transport. La fréquentation de notre site
a progressé de 60 % grâce aux recherches de covoiturage et de trajets en autocar. Mais ces derniers
offrent une capacité plus limitée
que le covoiturage dont la flotte potentielle est très importante. »
Il est vrai qu’entre 1995 et
aujourd’hui, le paysage des transports s’est métamorphosé. Les
« cars Macron » se sont développés. « Il y a deux ans, personne ne
voyageait en bus », rappelle Yann
Raoul. Le covoiturage n’est plus
non plus un mode de transport réservé aux jeunes. Et l’accès au numérique pour s’informer, trouver
des solutions est devenu un réflexe pour la plupart des voyageurs. Indirectement, la grève a
poussé BlaBlaCar à se rapprocher
de la SNCF et de Ouibus, sa filiale
de cars longue distance, des acteurs du transport peu enclins à
travailler ensemble. Ainsi la semaine dernière, les deux entreprises ont annoncé qu’elles
s’unissaient pour répondre à la
forte demande les jours de grève.
BlaBlaCar va intégrer dans son
offre des places sur des autocars
Ouibus sur quatre axes : ParisLyon, Paris-Toulouse, Paris-Caen
et Paris-Orléans. Et, de son côté,
Ouibus va ouvrir sur son site
l’accès à vingt trajets en covoiturage vers Le Touquet, Vichy ou
Gap. « Les bus permettent de
proposer des volumes plus importants sur les axes majeurs, quand le
covoiturage permet de couvrir une
multitude de points de départ et
d’arrivée », explique Nicolas
Brusson, directeur général de
BlaBlaCar. Les trois grands opérateurs d’autocars, dont la filiale
de la SNCF, font le plein depuis
début avril. D’autant que certaines séquences de grève perturbent les départs qui émaillent le
mois de mai.
Autre différence majeure avec
1995, les voyageurs sont largement informés grâce à l’application de la SNCF mobile. Même si
l’entreprise publique peine souvent à accorder les informations
de ses différents réseaux (TGV,
TER…), les prévisions de trafic
sont plutôt fiables. Et même si les
trains ne sont pas plus nombreux,
on maugrée en connaissance de
cause. ■
V. C.
Un mode d’action original
mais qui se révèle inadapté
DÉCRYPTAGE
Cécile Crouzel
ccrouzel@lefigaro.fr
« laC’est
première
fois
qu’une grève
de cette
ampleur
entraîne
autant de
recherches
de modes
de transport
alternatifs
YANN RAOUL,
KELBILLET
»
C’est une des règles de base de tout
mouvement social : pour réussir, il
doit avoir une forte capacité de
nuisance. En entreprise, la grève
doit paralyser la production afin de
pousser le « patron » à réagir. Et,
au niveau national, les blocages et
les manifestations doivent suffisamment handicaper les citoyens
et perturber l’activité économique
pour que le gouvernement se sente
obligé de prendre en compte les
demandes des syndicats. C’est typiquement ce qui s’est produit lors
des grandes grèves de 1995.
Incontestablement, l’actuelle
contestation à la SNCF, menée
pourtant par un front syndical uni
regroupant la CGT, Sud-rail, la
CFDT et l’Unsa, manque cet objectif. Les Français sont gênés, mais
pas bloqués. À cela, plusieurs raisons. Vingt-trois ans après la révolte contre le plan Juppé, le
monde a changé : le télétravail a
fait son apparition, l’avion, le car,
le covoiturage se sont développés
(lire ci-contre). En outre, contrairement à 1995, la RATP n’est pas en
grève, ce qui change la donne pour
les Franciliens. Et les routiers ne
participent pas non plus au mouvement.
Mais la principale faille du mouvement en cours vient du système
de grève choisi par les syndicats à
la SNCF. Car les arrêts de travail
par séquence permettent aux citoyens et aux entreprises de s’organiser. Et donc de diminuer fortement les nuisances. Pourquoi,
dès lors, la CGT, la CFDT et l’Unsa
ont-elles opté pour cette grève cadencée et restent-elles sur cette
stratégie ? Parce qu’elles considèrent qu’une grève reconductible
(le choix fait par Sud-rail) ne serait
pas supportable financièrement
par les cheminots. En effet, depuis
le conflit de 2010 à la SNCF, les retenues sur salaires liés aux jours de
grève ne sont plus étalées. Ce fut
une des victoires du ministre du
Travail d’alors, Xavier Bertrand.
Capacité de réaction
Les syndicats de cheminots sont
donc face à un dilemme, voire face
à un piège : la grève cadencée
- même si elle n’est pas indolore,
comme le montre la bataille autour
du comptage des jours de repos évite que les grévistes se retrouvent avec une feuille de salaire
quasi vide un mois donné. Mais au
prix d’une perte d’efficacité du
mouvement.
Une efficacité également entamée par la loi de 2007 sur le service
garanti dans les entreprises de
transport terrestre - une des fiertés
de Nicolas Sarkozy. Ce texte oblige
notamment les grévistes à se déclarer individuellement 48 heures
avant le début de tout conflit
social, et les entreprises à informer
les voyageurs. S’il n’instaure pas
de service minimum, il permet à la
SNCF de s’organiser et de faire circuler un certain nombre de trains,
variable selon les arrêts de travail
des personnels roulants.
Cette capacité de réaction de
l’entreprise handicape les syndicats. Leur journée sans trains prévue le 14 mai sera à cet égard un
bon test : on verra si elle s’avère
possible. Sans même parler du
contexte politique et de l’évolution
de l’opinion, 2018 n’a décidément
rien à voir avec 1995. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
grève
LES PROCHAINS
JOURS DE GRÈVE
cheminots.
À LA SNCF…
réductions de coûts à venir ne se
traduiront pas par des réductions
d’effectifs sévères. Au siège du
groupe SNCF, on ne cache
pas que la démographie y est
propice. Le nombre de départs
en etraite va tourner autour
de 7 000 personnes par an. Dans
ces conditions, inutile de mettre
en place un plan de départs volontaires. ■
❚ 3 et 4 mai
❚ 13 et 14 mai
❚ 23 et 24 mai
❚ 28 et 29 mai
❚ 2 et 3 juin
❚ 7 et 8 juin
❚ 12 et 13 juin
❚ 17 et 18 juin
❚ 22 et 23 juin
❚ 27 et 28 juin
… ET À AIR FRANCE
❚ 3 et 4 mai
❚ 7 et 8 mai
#
LE TWEET
De Bernard
Pivot
« On s’habitue
à la grève de la
SNCF 2 jours sur
5 comme on
s’habitue à
l’arthrose 1 jour
sur 2. En
maugréant.
@bernardpivot1
jeudi 3 mai 2018
ÉCONOMIE
19
L’Allemagne abaissera sa dette publique
sous la barre de 60 % du PIB dès 2019
Le manque d’investissements est critiqué dans le budget 2018-2022.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
EUROPE Wolfgang Schäuble pourra se réjouir. Son successeur au ministère des Finances, le social-démocrate Olaf Scholz, a choisi de
suivre ses traces. En présentant
mercredi le projet de loi budgétaire
2018-2022, le ministre s’est réjoui
d’annoncer que la dette publique
allait passer sous la barre des 60 %
du PIB dès l’année prochaine (à
comparer aux 97 % de la France).
C’est une première depuis 2002 qui
permet à l’Allemagne de souligner
son statut de bon élève européen et
qui garantit « son indépendance »,
a-t-il souligné en suivant la boussole politique de la CDU du sacrosaint équilibre budgétaire.
Du côté de sa propre famille politique, le message a au contraire du
mal à passer. Pendant la campagne
électorale puis les négociations de
coalition avec la CDU-CSU d’Angela Merkel, le parti social-démo-
get d’Olaf Scholz n’évite donc pas
les critiques. Les ministres de la
Défense, Ursula von der Leyen
(CDU), et du Développement,
Gerd Müller (SPD), ont fait part de
leur insatisfaction en Conseil des
ministres : à leurs yeux, leurs
budgets sont « insuffisants ». Si les
dépenses de défense vont progresser, elles vont s’établir à 1,28 % du
PIB. L’objectif fixé par l’Otan, et
réclamé par les États-Unis, d’atteindre 2 % du PIB en 2024 est enterré définitivement. Le SPD, qui
s’y opposait, y trouvera son
compte. Mais le chiffre s’avère
préoccupant pour la crédibilité de
l’Allemagne à l’étranger : selon
Der Spiegel, seulement une poignée d’avions Eurofighter sur les
128 de la Bundeswehr sont en
capacité de décoller. Pour le ministère de la Défense, les besoins
budgétaires de la Bundeswehr
s’élèveraient à 12 milliards d’euros
d’ici à 2021. Olaf Scholz n’a proposé que 2,5 milliards d’euros
supplémentaires. ■
crate s’était battu pour obtenir un
signal fort en termes d’investissement. Dans l’encre du projet de loi,
celui-ci ne se voit pas : si les dépenses d’investissement progressent
entre 2017 et 2019 de 34 milliards
d’euros à 37,9 milliards d’euros,
elles diminueront ensuite pour
s’établir à 33,5 milliards d’euros en
2022. Dans le même temps, les dépenses globales ne cesseront
d’augmenter : de 330,7 milliards
d’euros en 2017 à 367,7 milliards
d’euros en 2022. Pour le SPD, c’est
un désaveu apparent.
La défense loin du compte
Olaf Scholz s’est péniblement défendu, mercredi, lors d’une conférence de presse, en se réfugiant
derrière des arguments techniques
sur la présentation des dépenses et
leur répartition entre l’État et les
régions. Il a aussi souligné la hausse
des dépenses sociales en matière de
retraites ou de soutien aux familles.
Malgré des excédents budgétaires importants, le premier bud-
Le ministre allemand
des Finances, Olaf Scholz,
lors de la présentation
du projet de loi budgétaire
2018-2022, mercredi,
à Berlin. M. KAPPELER/AFP
trIbUNE
L’ISF devient l’IFI mais cela ne change pas
les besoins des plus fragiles !
partageons généreusement les gains d’impôt.
La transformation de l’ISF en IFI fragilise la capacité des
fondations à trouver, en 2018, les ressources nécessaires
à la poursuite de leurs missions sociales.
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
Les professionnels du tourisme
voient rouge. Les grèves à répétition de la SNCF et d’Air France
ont cassé la dynamique, enclenchée depuis mi-2017. Après
avoir touché les vacances de Pâques, elles n’épargnent pas les
ponts de mai. « L’activité des
10 000 hôtels et 15 000 restaurants membres de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) a chuté de 15 à 20 % en
avril, par rapport à avril 2017, affirme Roland Héguy, président
du principal syndicat professionnel en France. Ces chiffres
confirment ce que nous redoutions. Il y a des annulations et
beaucoup d’attentisme, surtout
du côté des déplacements professionnels. Mai s’annonce sur la
même tendance qu’avril, malgré
les quatre ponts. Nous espérons
des réservations de dernière minute, grâce à une bonne météo. »
L’Umih parle de 150 millions
d’euros de manque à gagner
pour la profession, en avril. Si le
préavis de grève à la SNCF se
prolonge comme prévu jusqu’à
fin juin, son président chiffre le
montant perdu à au moins
450 millions d’euros, « sachant
qu’avril, mai et juin sont trois gros
mois pour l’hôtellerie française ».
Pour sa part, Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme,
estime à plus d’un milliard
d’euros le manque à gagner depuis fin mars, toutes activités
confondues (hébergements, restaurants, commerçants, mais
aussi SNCF et Air France).
Les agences de voyages accusent le coup. « Elles émettent
30 millions de billets d’avion par
an, dont un tiers est des billets Air
France, souligne Jean-Pierre
Mas, président des Entreprises
du voyage. On estime à 500 000
euros par jour de grève le coût de
travail supplémentaire (réorganisation des trajets). »
Certains Français ont fait contre
mauvaise fortune bon cœur. Ainsi, Weekendesk, qui vend des
courts séjours (hôtel + activités) en
France, a enregistré de bonnes
ventes de dernière minute la semaine dernière (+ 40%) pour des
départs en mai. « 80 % de nos
clients se déplacent en voiture. Les
grèves boostent la voiture »,
constate Laurent Salanié, directeur général de l’entreprise.
« Des voitures
qui flambent »
Alors que le Quai d’Orsay s’apprête à annoncer un nombre record d’environ 89 millions de
touristes étrangers en 2017,
l’image de la France est écornée.
« Il est temps de siffler l’arrêt de
la grève. Les décisions pour les
vacances d’été se prennent maintenant », insiste Roland Héguy.
« Les grèves incitent les Français à davantage quitter la France
pour leurs vacances, souligne Didier Arino. Ils devraient être plus
d’un million de plus que l’été dernier cet été. Les touristes étrangers
continuent de venir en France plus
nombreux que l’an dernier. Mais
les images des émeutes du 1er mai,
en plus des grèves, peuvent peser
sur les réservations. » Elles ont fait
le tour de la planète. « Des voitures qui flambent, des devantures de
magasins saccagées, c’est catastrophique, déplore Roland Héguy.
Il faudra des mois de travail pour
redresser l’image de la France. » ■
Les constats
L’équation est simple : les fondations et
organismes agréés (enseignement supérieur,
ESS…) ont collecté 254 millions d’euros en 2016
auprès de 50 000 foyers iscaux – soit 14 % des
assujetis à l’ISF – qui avaient décidé de leur
allouer tout ou partie de leur impôt moyennant
une déduction de 75 %. Le don léché vers les
actions des fondations a ainsi représenté 5 000 €
en moyenne par contribuable ! Cete collecte
a constitué une part signiicative, quelquefois
majoritaire, des moyens collectés par de grandes
fondations opérationnelles ou redistributives.
Si le législateur a conservé – grâce à la mobilisation
du secteur – le même niveau de déduction iscale
pour l’IFI, l’assiete de l’impôt devrait toutefois,
selon les estimations, être divisée par 5 et le
nombre de contribuables par 3 !
Aussi, l’argent dirigé vers les actions d’intérêt
général menées par les fondations pourrait être
divisé par 3, 4, 5 ? Nul ne le sait à ce jour.
De fortes craintes
Une grande inquiétude règne pour les
fondations opératrices et redistributives
comme la Fondation Caritas France et ses 94
fondations abritées qui sont les partenaires
inanciers de nombreuses associations de lute
contre la pauvreté. Ce monde associatif a déjà
été fortement ébranlé par la réduction des
emplois aidés, l’impact de la hausse de la CSG
sur les retraités donateurs, la suppression de la
réserve parlementaire, la baisse des moyens des
collectivités, sans oublier les incertitudes liées
au futur prélèvement à la source qui insécurise
nombre de donateurs.
Un espoir
Plusieurs milliards d’euros de pouvoir d’achat
sont rendus aux anciens contribuables ISF qui
échapperont à l’IFI et bénéicieront, pour
certains, de la iscalité plus avantageuse du
prélèvement forfaitaire unique sur les revenus
des actifs mobiliers.
Un appeL
n
La Fondation Caritas France, créée par le
Secours Catholique, appelle tous les citoyens
bénéiciant pleinement de ces nouveaux
dispositifs iscaux à poursuivre leur soutien
aux actions des fondations. Pour Caritas,
faut-il encore le rappeler, les besoins sont
toujours plus importants, pour les 9 millions
de personnes vivant en France sous le seuil
de pauvreté – moins de 846 € mensuels pour
une personne seule – ainsi que les 800 millions
de personnes vivant en extrême pauvreté
dans le monde.
Dominique Dubois
Président de la Fondation Caritas France
don-ifi.fondationcaritasfrance.org
A
Une image catastrophique
pour le tourisme
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
20 ÉCONOMIE
Droite et gauche critiquent la décision surprise
de Macron de supprimer « l’exit tax »
Ce prélèvement, qui dissuade les investisseurs, a rapporté moins de 100 millions d’euros à l’État en six ans.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FISCALITÉ À peine Emmanuel Macron annonce-t-il la suppression
d’une taxe, qu’il se voit à nouveau
accusé d’être le « président des riches »… Son tort, cette fois-ci,
concerne la suppression en 2019,
annoncée mardi dans une interview au magazine américain Forbes, de « l’exit tax », un prélèvement mis en place en 2011 par
Nicolas Sarkozy pour freiner l’exil
fiscal des riches entrepreneurs
français. Mais pour le chef de l’État,
l’exit tax a un effet contraire : elle
décourage les investisseurs étrangers, et sa suppression vise donc à
les rassurer pour mieux les attirer.
« Si vous voulez vous marier, vous
ne devriez pas dire à votre partenaire
“si on se marie, tu ne seras pas libre
de divorcer”, s’est-il notamment
justifié. Donc, je suis pour la liberté
de mariage et de divorce. » Dit
autrement, avec la suppression de
l’exit tax, le chef de l’État veut laisser partir les investisseurs qui le
souhaitent, sans leur faire les poches au moment où ils passent la
frontière. « Les investisseurs étrangers n’osaient pas s’installer en
France parce que l’exit tax frappait,
quand ils quittaient la France au bout
de six ans, l’ensemble de leur patrimoine financier mondial », confirme
Corinne Dadi, avocate associée au
cabinet Stehlin & Associés.
Historique mouvementé
L’annonce de cette suppression dont le chef de l’État n’avait jamais
parlé - a provoqué un tollé, à gauche
comme à droite, sur le thème récurrent du cadeau aux riches. « Avec
Emmanuel Macron, c’est encore et
toujours ‘‘exit la taxe’’ pour les plus
fortunés qui pourront désormais
s’exiler fiscalement en toute impunité », a aussitôt taclé le député Nouvelle Gauche Boris Vallaud. « Je ne
comprends pas cette décision qui ne
concerne pas les très riches, mais les
ultrariches », a renchéri le député
LR et ancien président de la commission des finances, Gilles Carrez.
Comme beaucoup de taxes « inventives », l’exit tax a connu une
histoire mouvementée depuis sa
création en 1998. À l’origine, il
s’agissait de dissuader les chefs
d’entreprise de quitter la France
juste avant de vendre leur entreprise pour éviter d’avoir à payer de
taxe sur les plus-values. Une première version de l’exit tax, retoquée
par la Cour européenne de justice
car elle taxait les plus-values latentes, c’est-à-dire non encore réalisées. Nicolas Sarkozy l’a recréée en
2011 en ajoutant un sursis d’imposition. Depuis, le contribuable exilé et
détenant plus de 800 000 euros de
titres (ou plus de 50 % d’une société) n’est taxé que lorsqu’il réalise sa
plus-value. « En pratique, quasiment aucune exit tax ne se traduit en
paiement réel », jure Corinne Dadi,
les assujettis n’hésitant pas à restructurer leur capital pour y échapper ou bénéficiant d’une exonération au bout de 15 ans de détention.
L’exit tax a d’ailleurs peu rapporté en six ans : moins de 100 millions
d’euros depuis 2012 et jamais plus de
30 millions sur un an, insiste l’Élysée. Un chiffrage éloigné de celui du
Conseil des prélèvements obligatoires (CPO, qui dépend de la Cour des
comptes) qui, dans son rapport publié en janvier, estimait à 803 millions d’euros la recette de l’exit tax
en 2017. La différence ? Le CPO
prend en compte les « stocks d’imposition en sursis », c’est-à-dire les
recettes fictives de plus-values non
réalisées et qui n’entrent donc jamais dans les caisses de l’État.
Certains critiquent cependant
que l’administration fiscale, avec la
disparition du dispositif, se trouvera moins armée contre l’évasion
fiscale. « Elle pourrait brandir
d’autres outils, comme l’abus de
droit, pour taxer les cas les plus caricaturaux de contribuables vendant
leurs titres juste après s’être installés
à l’étranger », répond toutefois Daniel Gutmann, associé chez CMS
Francis Lefebvre Avocats. ■
Pour Emmanuel Macron,
« l’exit tax» décourage
les investisseurs
étrangers.
Sa suppression vise
donc à les rassurer
pour mieux les attirer.
LUDOVIC MARIN/AFP
Retenue à la source : second comité de suivi
Après avoir visité
le groupement d’intérêt
public CPAGE, qui édite les
logiciels de paie d’une partie
des hôpitaux publics français,
Gérald Darmanin a tenu
ce mercredi après-midi
à Dijon le deuxième comité
de pilotage du prélèvement
à la source (PALS). Cette
instance opérationnelle
réunit tous les mois chacune
des parties prenantes
de la réforme pour faire le
point sur sa mise en œuvre :
la DGFiP (administration
fiscale), les entreprises,
les employeurs publics,
les collectivités locales,
les experts-comptables,
les éditeurs de logiciel…
Le ministre de l’Action et des
Comptes publics en a profité
pour confirmer aux chefs
Les particuliers employeurs réclament
la mensualisation de leur crédit d’impôt
d’entreprise présents, dont
le président de la CPME,
François Asselin,
la suppression des sanctions
pénales prévues en cas
de divulgation du taux de
PALS. « J’ai entendu les
inquiétudes» , a relevé Gérald
Darmanin, qui a également
fait la promotion du kit
employeur de 175 pages
réalisé par la DGFiP.
M. L.
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
Si le prélèvement à la source doit,
à terme, simplifier le quotidien
des Français, il risque de commencer par pénaliser les 3,4 millions de ménages qui emploient à
domicile une nounou, un jardinier
ou une femme de ménage… Et
pour cause : avec le prélèvement à
la source, le bénéfice du crédit
d’impôt lié à l’emploi d’un salarié
à domicile (équivalent à 50 % des
sommes engagées avec un plafond
de 12 000 euros) n’est pas pris en
compte dans le taux d’imposition
individuel. Les ménages qui emploieront un salarié à domicile en
2019 devront donc avancer à l’État
le montant de leur crédit d’impôt
qui ne leur sera reversé qu’à l’été…
2020.
Une avance de trésorerie qui
risque de déstabiliser nombre de
ménages, surtout les plus modestes, et de favoriser le recours au
travail non déclaré. « Un foyer qui
paye actuellement 3 000 euros
d’impôts par an avec un crédit
d’impôt de 1 300 euros pour l’emploi d’un salarié à domicile devra
verser 250 euros par mois (sur 12
mois) au lieu de 170 par mois (sur 10
36%
des Français
seraient incités à employer
un salarié à domicile si le crédit
d’impôt était mensualisé
mois) », explique ainsi la Fédération des particuliers employeurs
de France (Fepem), en pointe sur
le dossier.
Conscient du problème, Bercy a
bien prévu de verser un acompte
de 30 % du crédit d’impôt au premier trimestre 2019, le solde étant
versé en septembre. « On a obtenu
30 % d’acompte mais il sera calculé
sur les sommes payées en 2017. Cela
exclut ceux qui ont employé pour la
première fois un salarié à domicile
en 2018 et 2019. Du coup, on n’est
pas attractif pour les nouveaux employeurs, explique Marie-Béatrice
Levaux, la présidente de la Fepem.
L’avance de trésorerie qui se profile
risque d’être lourde, notamment
pour les jeunes parents ou les retraités modestes. »
Pourtant, c’est le lot de tous les
crédits d’impôt d’être calculés
avec un an de décalage. « Mais il
s’agit là d’un crédit d’impôt récurrent, qui allège le coût de l’emploi,
et qui est par nature très différent
du crédit d’impôt lié au changement
d’une fenêtre ou d’une chaudière »,
insiste Marie-Béatrice Levaux.
Une solution, selon elle, s’impose : mensualiser le crédit d’impôt, portant donc sur une dépense
récurrente, ce qui permettrait de
bénéficier immédiatement de cette réduction d’impôt sans avoir à
attendre l’année suivante. Un
sondage, réalisé mi-avril par OpinionWay pour la Fepem et dont Le
Figaro publie les résultats en exclusivité, souligne d’ailleurs les
effets bénéfiques sur l’emploi
qu’aurait une telle mesure.
Plus d’un tiers des personnes
(36 %) qui n’emploient actuellement personne à domicile seraient
ainsi incitées à le faire si le crédit
d’impôt était mensualisé. Et parmi
ceux qui emploient déjà un salarié
à domicile, 47 % affirment qu’une
mensualisation les inciterait à déclarer davantage leurs salariés,
42 % qu’ils augmenteraient le
nombre d’heures travaillées et
33 % qu’ils envisageraient d’embaucher une personne supplémentaire. Un argument qui devrait faire mouche ! ■
Trump diffère les sanctions contre le géant russe Rusal
L’oligarque Deripaska, visé par Washington, a consenti à réduire sa part au capital du producteur d’aluminium.
EMMANUEL GRYNSZPAN £@_zerez_
A
MOSCOU
Le milliardaire russe
Oleg Deripaska,
dirigeant de Rusal.
OLGA MALTSEVA/AF
RUSSIE Washington avait mieux
que du muguet à offrir à Moscou
pour le 1er mai. Les sociétés En +,
GAZ et Rusal, contrôlées par le
milliardaire russe Oleg Deripaska,
devraient prochainement être retirées de la liste des sanctions américaines. Les investisseurs américains se voient aussi accorder un
délai supplémentaire d’un mois jusqu’au 6 juin - pour revendre
leurs participations dans les trois
sociétés de l’oligarque. Expliquant
cette clémence soudaine, le secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin,
déclarait mardi sur la chaîne
Bloomberg que « le gouvernement
américain ne veut pas nuire aux
ouvriers de Rusal », alors que la
Russie fêtait comme d’habitude en
grande pompe la Journée internationale du travail.
Officiellement,
Washington
maintient Oleg Deripaska dans la
ligne de mire pour sa grande proximité supposée avec Vladimir Poutine. Cherchant à soustraire ses sociétés au châtiment, le milliardaire
a consenti (bien à contrecœur) la
semaine dernière à réduire à moins
de 50 % sa participation dans En +,
une société holding à travers laquelle il contrôle le géant russe de
l’aluminium Rusal et le constructeur automobile GAZ. En + a annoncé le remplacement prochain
de plusieurs administrateurs du
holding, afin que le conseil d’administration comprenne une majorité d’administrateurs indépen-
dants. Pas certain que les candidats
se pressent au portillon. Échaudé
par les sanctions américaines imposées le 6 avril contre les sociétés
de Deripaska, le représentant de
Natixis Dominique Fraisse avait le
jour même quitté le conseil d’administration de En +.
Logique protectionniste
Le geste de bonne volonté américain signifie-t-il que Washington
croit en la bonne volonté d’Oleg
Deripaska ? Rien n’est moins sûr.
D’abord, la Russie n’est pas la seule
à bénéficier de la mansuétude
américaine du 1er mai. Washington
a parallèlement décalé d’un mois
l’introduction de taxes d’importation sur l’aluminium et l’acier pour
d’autres pays : le Canada, le Mexique et l’Union européenne. Le ré-
pit accordé révèle que dans le cas
de Rusal, une logique de nature
protectionniste est également à
l’œuvre, analyse Tatiana Stanovaya, directrice du groupe d’experts R. Politik, qui souligne aussi
que les mesures américaines prises
à l’encontre de Deripaska contrastaient par rapport à la logique générale des sanctions. « S’ajoutant à
la ligne principale d’endiguement de
la Russie, une priorité intérieure a
émergé : protéger le marché américain de l’aluminium », indique Tatiana Stanovaya.
Sur la facette « endiguement »
des sanctions, « les États-Unis
considèrent probablement qu’une
réduction de la participation de Deripaska sous la barre des 50 % est
un processus complexe et long. Et
même si cela se réalise, il ne sera pas
facile de trouver un remplaçant qui
ne soit pas associé au régime Poutine » et qui disposerait des ressources financières pour racheter des
parts du capital à Oleg Deripaska.
«Les États-Unis ont forcé la Russie à “neutraliser” politiquement
Rusal. Or, cette tâche s’avère complexe pour le Kremlin, non seulement d’un point de vue économique,
mais aussi d’un point de vue politique », conclut l’experte.
Le mécontentement des fonds
américains actionnaires de Rusal a
pu aussi peser dans le délai accordé
par le Trésor. Se débarrasser rapidement de titres fortement dévalués par les sanctions entraîne de
lourdes pertes. Dans les jours qui
ont suivi le 6 avril, Rusal a vu sa valorisation boursière divisée par
deux. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
ENTREPRISES
21
Roger Zannier vend
son empire de mode
pour enfants
au chinois Semir
Kidiliz Group (Z, Catimini) va ainsi pouvoir accélérer
son développement dans l’empire du Milieu.
KIDILIZ GROUP
LEADER EUROPÉEN
DE LA MODE POUR ENFANTS
427
millions d’euros
de chiffre d’affaires
en 2017
20
millions d’euros
de résultat d’exploitation
830
boutiques aux enseignes
Z, Catimini et Kidiliz
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
HABILLEMENT L’appétit des investisseurs chinois pour les griffes de
mode tricolores ne cesse de grandir.
Après SMCP (Sandra, Maje, Claudie
Pierlot), Lanvin et Naf Naf, c’est le
fleuron de la mode pour enfants Kidiliz Group qui s’apprête à battre
pavillon chinois. À 73 ans, Roger
Zannier s’est résolu à céder l’entreprise qu’il a fondée en 1962 (et qui a
porté son nom jusqu’à fin 2016)
avant d’en faire un géant de la mode
pour enfants premium, avec les
griffes Z, Catimini ou Lili Gaufrette,
ainsi que les licences Levi’s, Kenzo,
Paul Smith, Dim et Esprit.
Kidiliz, conseillé par Benoit&Associés Investment Bankers, est entré en négociations exclusives en
vue de son rachat par le chinois
Semir, coté à la Bourse de Shenzhen, pour un montant non communiqué. Fondé en 1996 à Wenzhou par Qui Guanghe, Semir est un
leader multimarque de mode à prix
accessible en Chine, et le leader local de la mode enfantine (la moitié
de son activité), avec la marque Balabala, distribuée dans 4 000 boutiques à cette enseigne.
Avec Kidiliz et ses 15 marques
premium, il deviendra numéro 2
mondial de la mode pour enfants,
avec un chiffre d’affaires global de
2 milliards d’euros (dont 427 millions pour Kidiliz) loin derrière le
leader mondial, le groupe américain
Carters (3,4 milliards de dollars de
chiffre d’affaires). En mars, Semir a
par ailleurs signé un accord avec le
numéro deux américain de la mode
pour enfants, The Childrens’Place
(1,8 milliard de dollars de chiffre
Une boutique Kidiliz, enseigne de Kidiliz Group, leader de la mode enfantine depuis 1962.
d’affaires), pour développer cette
enseigne mass market en franchise
dans l’empire du Milieu.
Avec l’acquisition de Kidiliz,
Semir fait coup double : il sort de
son marché domestique et arrive
sur le segment premium. « Semir a
été attiré par notre portefeuille de
marques et notre savoir-faire créatif », assure Rémy Baume, président
depuis 2013 de Kidiliz, qu’il a recentré sur l’enfant en cédant IKKS.
Boom des ventes en ligne
« Cette transaction représente une
évolution stratégique enthousiasmante pour Semir, avec l’ambition de
bâtir un leader mondial de la mode
enfantine en unissant nos deux sociétés, selon Sam Qiu, fils du fondateur
et président de Semir. Nos atouts
sont très complémentaires et des synergies existent dans les domaines de
l’accès aux marchés et des approvisionnements au niveau mondial. »
Pour le groupe français, dont le
chiffre d’affaires stagne depuis plusieurs années, la vente était inéluctable. « Le marché de la mode enfant
est encore plus fragmenté que celui
des adultes, observe Rémy Baume.
Et si la croissance est plus forte, la
compression des marges est aussi
plus importante, car le secteur doit
supporter les mêmes coûts de distribution, avec un chiffre d’affaires au
mètre carré inférieur. Dans ces
conditions, la recherche d’une taille
critique est indispensable. »
Ce rapprochement va permettre
à Kidiliz, qui réalise près de la moitié de ses ventes en France, d’accélérer sa présence sur le marché
chinois. L’empire du Milieu avec ses
17 millions de naissances en 2017
(dopées par la fin de la politique de
KIDILIZ GROUP
l’enfant unique) est un fort relais de
croissance pour un marché mondial
estimé à 30 milliards d’euros. « Il
est important d’avoir un allié pour se
développer en Chine, assure Rémy
Baume, qui continuera de gérer Kidiliz avec son équipe de management. Avec Semir, nous avons un actionnaire de long terme, solide et
spécialiste du secteur. »
Autre avantage, Semir maîtrise
la distribution sur Internet, où il
réalise déjà un quart de son activité.
Son nouveau propriétaire devrait
aussi permettre à Kidiliz de consolider son développement en Europe,
où le potentiel reste élevé : « Les
enfants sont attirés par les marques
dès l’école primaire, et plus seulement à partir du collège », assure
Rémy Baume, qui espère porter le
portefeuille de Kidiliz à 20 marques
dans les cinq prochaines années. ■
Neuflize OBC se recentre sur une clientèle haut de gamme
La banque redirige les épargnants ayant moins de 500 000 euros d’actifs vers la Financière de l’Échiquier.
36 000
clients
aujourd’hui pour
Neuflize OBC
FINANCE Dans les jours qui viennent, une partie des clients de
Neuflize OBC recevront un courrier
qui risque de les surprendre. Les
épargnants détenant moins de
500 000 euros d’avoirs financiers
dans la banque privée seront informés qu’ils s’apprêtent à changer
d’établissement pour leur contrat
d’assurance-vie. Et qu’ils pourront
changer de banque s’ils le souhaitent. À l’instar d’autres banques
privées, confrontées aussi à la baisse des taux, une inflation réglementaire générant des coûts importants et la directive Mifid 2
(transparence des tarifs facturés
aux clients…), Neuflize OBC a décidé de monter en gamme. Elle se fo-
calise sur les clients lui ayant confié
plus de 500 000 euros d’actifs à gérer. Jusqu’à présent, le ticket d’entrée dans cet établissement prestigieux, filiale de la banque
néerlandaise ABN Amro, était fixé à
250 000 euros.
À l’avenir, les avoirs des clients
ayant moins de 500 000 euros
pourront être gérés par la Financière de l’Échiquier. Neuflize OBC
vient de nouer un partenariat avec
la société de gestion qui a racheté
son activité de courtage d’assurance et deviendra le gestionnaire financier des contrats d’assurancevie de moins de 500 000 euros.
« Neuflize Vie continuera à gérer
l’enveloppe juridique de ces contrats,
les fonds en euros, ainsi que les fonds
de la maison, précise Sophie Breuil,
directrice de la clientèle de Neuflize
OBC. Ce partenariat est totalement
naturel, car nous travaillons depuis
une quinzaine d’années avec la Financière de l’Échiquier. »
Les épargnants qui le souhaitent
pourront aussi transférer leur
épargne financière (hors assurance-vie) à la Financière de l’Échiquier. Cette option est facultative.
Les clients peuvent-ils s’opposer à
la clôture de leur compte ? Oui et
non. La banque peut imposer la
clôture d’un compte à vue après
avoir informé son détenteur deux
mois à l’avance. En revanche, elle
ne peut pas l’obliger à transférer
son PEA, son compte-titres ou son
livret d’épargne réglementée dans
un autre établissement. Neuflize
OBC ne précise pas combien de ses
36 000 clients sont concernés.
« Cela représente 3 % des 47 mil-
liards d’euros d’actifs que nous gérons », précise simplement Sophie
Breuil. Cela répond à la nouvelle
stratégie. Celle-ci passe par la digitalisation pour améliorer l’efficacité opérationnelle et le recentrage
sur une clientèle d’entrepreneurs
et de familles. L’objectif est de leur
apporter davantage de services à
valeur ajoutée et de conseil.
Plan stratégique
Pour faire face aux nombreux
changements affectant le secteur
de la banque privée, Neuflize OBC
a lancé l’an dernier un plan stratégique qui passe notamment par un
plan de départs volontaires (un
quart des effectifs).
La Financière de l’Échiquier a,
elle, beaucoup de projets. Elle
vient de se rapprocher de Primo-
Après une série de fausses notes,
Gibson est renvoyé dans ses six cordes
Les guitares légendaires sont en dépôt de bilan.
CHARLES GAUTIER £@CHGAUTIER
Une Gibson Les Paul
ayant appartenu
à Pete Townshend,
des Who.
D. BONDAREFF/INVISION/AP
MUSIQUE L’air du temps se rafraîchit pour les légendaires guitares Gibson. La marque culte de
Nashville a déposé le bilan le
1er mai. Elle s’est placée sous la
protection de la loi américaine sur
les faillites - le chapitre 11. Le
groupe dirigé par l’iconoclaste
Henry Juszkiewicz a néanmoins
obtenu l’accord de la majorité de
ses créanciers pour poursuivre
son activité. En difficulté depuis
plusieurs mois, Gibson devait
faire face à une dette de
375 millions de dollars à rembourser ou à refinancer le
1er août.
Plusieurs éléments se sont
agrégés pour provoquer les ennuis financiers de Gibson. Le plus
sérieux d’entre eux est l’échec de
la diversification tentée par Henry
Juszkiewicz : l’achat de la division
de systèmes audio de Philips en
2014 pour 135 millions de dollars
(111 millions d’euros). L’objectif ?
Créer un vrai « lifestyle musical »
autour de Gibson et de la célèbre
Les Paul, en proposant en plus des
guitares, des enceintes, ou des ensembles de home cinéma.
Hélas, l’ex-responsable des restructurations chez General Motors
a vu trop grand. Henry Juszkiewicz, qui avait racheté avec un associé, David Berryman, Gibson pour
5 millions de dollars en 1986 n’a
pas pu, ou su, mener à bien cette
diversfication. C’est pourtant un
patron hors normes : à Las Vegas,
il a emmené ses cadres dans une
armurerie pour tirer sur une Fender Stratocaster, une guitare culte
de la marque rivale. Cette fois, il a
manqué sa cible et il a dû appeler à
l’aide.
Les fonds d’investissement
Blackstone et KKR ont accepté de
remettre 135 millions au pot pour
relancer une nouvelle fois ce
groupe non coté et détenu à 85 %
par
Juskiewicz
et
David
Berryman. Les instruments popu-
larisés par Paul McCartney, Eric
Clapton, Jimmy Page ou Bob Marley resteront au centre de l’activité de l’entreprise qui emploie 875
personnes. Ils produisent 170 000
instruments par an sur les sites de
Nashville, Memphis (Tennessee)
et Bozeman (Montana). Cela étant,
Gibson contrôle aussi les pianos
Baldwin créés en 1857, chers à
Igor Stravinsky, Leonard Bernstein ou Dave Brubeck.
La fin
des « guitar heroes »
Si l’image est forte, l’activité de
Gibson s’est affaiblie ces dernières
années. En trois ans, le chiffre
d’affaires a chuté de 2,1 milliards,
à 1,7 milliard de dollars. En fait, les
ventes de guitares ont singulièrement chuté aux États-Unis, passant en dix ans de 1,5 million à un
million par an. Face à l’arrivée des
guitares bon marché fabriquées en
Chine, Gibson comme Fender
n’ont pas eu d’autre solution que
de descendre eux-mêmes en
gamme. Pour tenter d’endiguer la
chute des ventes de l’instrument,
un site spécialisé dans les guitares
propose des Fender à 8 dollars par
mois, sans intérêt.
À Nashville, l’un des plus célèbres vendeurs, George Gruhn,
s’inquiétait l’an dernier dans les
colonnes du Washington Post de
l’évolution du marché. « Nous
avons besoin de guitar heroes »,
soulignait-il, expliquant que voici
un demi-siècle tout le monde admirait Jimi Hendrix ou Carlos
Santana et voulait sa guitare. C’est
beaucoup moins le cas maintenant. L’objectif désormais pour
Gibson, Fender ou encore Paul
Reed Smith (PRS) est de rajeunir
l’âge des acheteurs. Et donc de séduire les millenials dont la musique est bien plus éloignée des guitares qu’autrefois : il s’agit de leur
proposer, parfois avec leur instrument, des cours de musique en ligne afin d’entretenir la passion et
éviter qu’ils ne lâchent le manche
au bout d’un an. ■
nial. Celle-ci détient 40 % de la société de gestion fondée par Didier
Le Menestrel, et la Financière de
l’Échiquier a repris la gestion d’actifs financiers de Primonial. « Nous
sommes des banquiers privés depuis
notre création en 1991, précise Bertrand Merveille, directeur de la
gestion privée de la Financière de
l’Échiquier, où le ticket d’entrée
s’élève à 100 000 euros. Nous gérons aujourd’hui 1,2 milliard d’euros
d’avoirs de 4 000 familles et pensons
atteindre les 2 milliards à la fin de
l’année. » La société de gestion ne
compte pas en rester là. « Nous
voulons participer au mouvement de
consolidation qui s’accélère dans
l’univers de la gestion privée. Il
pousse les acteurs à se spécialiser
dans les métiers où ils sont les
meilleurs. » ■
EN BREF
LE BOEING 777X
ACCUMULE DU RETARD
£ Le programme 777X
de Boeing, version améliorée
du Triple 7, est confronté
à des retards « de quelques
mois », selon Akbar al-Baker,
directeur général de Qatar
Airways. Celui-ci espère que
Boeing rattrapera ce retard - il
« reste encore du temps » - afin
de livrer les premiers avions
en 2020, comme prévu.
L’ORÉAL RACHÈTE
UNE MARQUE
CORÉENNE
£ Le leader mondial
des cosmétiques élargit
son portefeuille avec sa première
marque coréenne : Stylenanda,
qui a démarré dans l’univers
de la mode en 2004, avant
de se diversifier dans
le maquillage avec sa gamme
3CE. Celle-ci représente plus
de 70 % de l’activité globale
(127 millions d’euros en 2017).
+@
» Hasbro s’offre les Power
Rangers
» Lyon redevient la ville où les
prix immobiliers grimpent le plus
www.lefigaro.fr/economie
A
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Dix chefs
d’entreprise
explorent Dubaï
Une vue de Dubaï.
Au premier plan, l’hôtel
de luxe Burj Al Arab.
G. CACACE/AFP FORUM
Pendant trois jours, emmenées par Bpifrance, des sociétés françaises de l’hôtellerie et
de la restauration ont prospecté les Émirats arabes unis en quête d’opportunité de développement.
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
DUBAÏ
LE TOURISME À DUBAÏ
SOURCE : BPIFRANCE
7 000
établissements hôteliers
138 000
chambres
40 000
chambres
supplémentaires
sont prévues
dans la perspective
de l’Exposition
universelle de 2020
TOURISME Est-ce le moment de
tenter sa chance aux Émirats arabes unis ? Une dizaine de dirigeants d’entreprises françaises de
l’hôtellerie et de la restauration
ont voulu en avoir le cœur net :
B&B Hôtels, Potel & Chabot,
Louvre Hôtels, Paris Inn, Les
Bains, Oceania Hôtels, Compagnie
Dumas, Ecole supérieur d’hôtellerie de Paris, Epicure, Grand Luxury Hôtel. Avant de - peut-être se lancer, ils ont passé trois jours à
Dubaï dans le cadre d’une « mission » organisée par la banque
publique Bpifrance, en partenariat
avec l’agence gouvernementale
Business France. Trois jours marathon, chaperonnés par les équipes de ces deux bras armés de
l’État français.
Depuis Paris et sur place, leurs
« coachs » et accompagnateurs
ont préparé un programme de découverte et de compréhension de
ce marché, organisé des dizaines
de rendez-vous avec des investisseurs locaux et partenaires potentiels. Les déjeuners sont « express », les nuits, courtes, dans un
hôtel flambant neuf, mais que les
chauffeurs de taxi ont encore du
mal à situer. Cette mission Excellence française hôtellerie-restauration a aussi droit à une soirée
dans l’hôtel de luxe Burj Al Arab,
avec visite privée des lieux et
cocktail avec l’ambassadeur de
France, les autorités locales et des
invités de marque. « Il faut sortir
de sa zone de confort, lance Pedro
Novo, directeur des financements
export à Bpifrance. Dubaï est un
marché très dynamique, un peu
“show off”. Il y a de l’intérêt pour
les concepts français. »
Fidèle de la maison où elle est entrée après ses
études de commerce en France (Neoma) et en
Allemagne, elle se voit confier désormais la
direction exécutive de la division building
technologies France.
â STÉPHANIE ROLLIN
Rakuten
Rakuten France (ex-PriceMinister) accueille
cette HEC aux commandes de sa direction
financière. À 41 ans, elle était depuis 2012 à la
tête du contrôle de gestion de Figaro Classifieds
(Cadremploi, Explorimmo, Viadeo, Keljob…),
après un passage chez Hachette, puis Lagardère, à des fonctions de contrôle de gestion.
A
â OLIVIER ABECASSIS
Auféminin
Directeur innovation et digital chez
TF1, il dirigera désormais la filiale
Auféminin (Marmiton, Merci Alfred,
My Little Paris, Auféminin…). Entré chez TF1
en 1998 et diplômé de l’Institut national des
télécommunications, celui qui s’est très tôt
tourné vers le digital était devenu directeur des
nouvelles technologies en 2004.
IRAN
BAHREÏN
Golfe Persique
QATAR
Bpifrance organise une quinzaine
de missions chaque année, avec
Business France. Les entreprises
participantes font partie du réseau
« excellence » de Bpifrance, qui
en compte 4 000 (de la start-up à
l’ETI). Elles sont clientes de la
banque et certaines l’ont même
comme actionnaire. C’est le cas de
Paris Innn et de la société Les
Bains, qui a ouvert un hôtel-restaurant à l’adresse des Bains
Douches, le club mythique des
années 1980 à Paris. Pour Dubaï,
les équipes de Bpifrance ont sélectionné « dix entreprises représentatives de l’excellence française
dans l’hôtellerie et la restauration ». Bien qu’elles soient parfois concurrentes, cette « mission » les rapproche. Leurs
dirigeants explorent le marché en
bande.
Paris Inn cherche à développer
sa marque Maison Albar, et Dubaï
est une bonne base pour se développer ensuite en Afrique. Le
Dubaï
Abu Dhabi
Y voir plus clair
LES DÉCIDEURS
â DORIS BIRKHOFER
Siemens
150 km
ARABIE
SAOUDITE
ÉMIRATS
ARABES
UNIS
OMAN
Infographie
traiteur Potel & Chabot, filiale
d’AccorHotels, y voit des opportunités, tant auprès des entreprises que de riches particuliers. Présente en France et en Allemagne,
la chaîne hôtelière B&B cherche à
s’implanter dans de nouveaux
pays. Louvre Hôtels (propriétaire
notamment de Campanile) n’a
qu’un hôtel à Dubaï, à la marque
Golden Tulip, exploité par un partenaire local.
Pour les aider à y voir plus clair,
Business France et Bpifrance, qui
dispose d’un délégué sur place,
ont ouvert leur carnet d’adresses :
avocats, conseillers, investisseurs,
fonds souverains… Leurs poulains
ont récolté en trois jours une avalanche d’informations - parfois
contradictoires - et aussi des
propositions tangibles.
Un
investisseur
propose
d’ouvrir un hôtel sur l’une des îles
artificielles figurant les cinq
continents. L’endroit, emblématique de la folie des grandeurs de
Dubaï, n’est pas encore une réussite commerciale. « J’ai visité trois
centres commerciaux. Ils étaient
presque à moitié vides. En plus, on
ne peut pas vendre d’alcool. Cela ne
m’intéresse pas, raconte Philippe
Bohrer, ancien cuisinier à l’Élysée, aujourd’hui propriétaire
d’une vingtaine de restaurants et
de 7 hôtels, au sein d’Épicure. J’ai
aussi rencontré un restaurateur
franco-libanais, avec qui nous
avons des projets d’ouvertures de
restaurants à Téhéran, à Bahreïn,
Paris et Saint-Tropez. À Dubaï
aussi, mais dans une zone franche,
sans partenaire local. »
Ticket d’entrée élevé
Dubaï, passage obligé pour toucher le Moyen-Orient, n’en finit
pas de grandir. L’année 2020 sera,
pour l’Émirat, celle de l’Exposition universelle. Comme Dubaï
n’a pas de pétrole, l’émirat mise
sur les transports, et le tourisme
s’inscrit depuis toujours dans une
volonté politique forte. En 2013,
l’émirat avait accueilli 10 millions
de touristes. Ils devraient être
deux fois plus nombreux en 2020,
Saoudiens, Indiens et Britanniques en tête.
Pour les « missionnaires » de
Bpifrance, les chiffres sont pro-
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Xerox : Jeff Jacobson, le promoteur
de la fusion avec Fujifilm, jette l’éponge
C’est une étape décisive
dans le long conflit qui
opposait le PDG de Xerox
aux deux actionnaires, Carl
Icahn, investisseur légendaire de Wall Street, et Darwin Deason, dans le
cadre de la fusion du fabricant d’imprimantes et
de photocopieurs avec le japonais Fujifilm.
Arrivé en 2012 puis promu PDG il y a 18 mois,
Jeff Jacobson, un ancien d’Eastman Kodak qui a
transformé Xerox et enclenché ce projet de
6,1 milliards de dollars, jette l’éponge, poussé à
la démission par les deux investisseurs. Ces derniers, qui détiennent 15 % du capital, estimaient
que l’opération lésait les actionnaires et que
ceux-ci auraient pu être mieux rémunérés par
un autre acquéreur.
Darwin Deason avait déposé mi-avril un
recours contre cet accord signé en janvier et
exigeait de pouvoir désigner certains des dix
administrateurs. Cause entendue : en fin de
semaine dernière, ce projet a été mis à mal par
un juge américain qui a bloqué temporairement
l’opération de fusion , estimant que celle-ci servait essentiellement le PDG…
Dans le cadre d’un arrangement avec les deux
actionnaires, Jacobson a donc finalement
accepté de démissionner ainsi que six autres
membres « alliés » du conseil d’administration.
Il sera remplacé à la présidence par un candidat
soutenu par les deux actionnaires, Keith Cozza,
et à la direction générale par John Visentin. Les
deux hommes ainsi que quatre autres membres
vont donc faire leur entrée au board.
Départ de dirigeant contesté dans sa stratégie
par des investisseurs activistes : le scénario est
fréquent dans les batailles de grands groupes.
Reste que la partie n’est peut-être pas finie :
Fujifilm a réagi aussitôt en faisant part de ses
« sérieuses inquiétudes » et en jugeant que la
nouvelle équipe mise en place avait « l’obligation de se conformer aux accords signés par les
deux compagnies le 31 janvier ».
Le groupe a annoncé son intention de faire appel
de cette décision de justice. « Nous sommes
convaincus que l’ensemble des actionnaires de
Xerox devraient pouvoir décider eux-mêmes des
mérites opérationnels, financiers et stratégiques
de la transaction », réitère l’entreprise nipponne. L’accord de fusion, annoncé fin janvier,
prévoyait que Xerox se fonde dans la société
commune Fuji Xerox, déjà existante, passant de
fait sous le contrôle du groupe japonais, qui possédait jusqu’ici 75 % des titres de la coentreprise. À l’issue de la transaction, Fujifilm devait
contrôler 50,1 % de Fuji Xerox, contre 49,9 %
pour les actionnaires existants de Xerox. Ceuxci devaient recevoir un dividende exceptionnel
de 2,5 milliards de dollars en numéraire.
C. B.
metteurs. L’offre hôtelière, haut
de gamme, laisse de la place à des
concepts plus économiques et life
style. Mama Shelter, par exemple,
va s’y installer. Mais le ticket
d’entrée est élevé et les risques,
importants. Il faut savoir trouver
les bons partenaires locaux (sponsor, franchisé, propriétaire…). «La
concurrence est très forte, prévient
un analyste de JLL, conseil en immobilier. Ceux qui n’ont pas gardé
la main sur la partie commerciale
ont perdu. » « Depuis deux à trois
ans, la situation est globalement
difficile, avance un professionnel
installé sur place. Cela a impact sur
la consommation. » Le coût de la
vie (essence, eau, électricité…) a
augmenté ces dernières années.
Les loyers sont élevés.
À Dubaï aussi, les investisseurs
voient grand, très grand. Dans les
hôtels, le nombre de chambres se
compte en centaines. Les hôteliers
de la délégation proposent des
concepts plus petits, mais ils ont
l’attrait de la nouveauté. Il faut savoir les vendre à des investisseurs
qui ne les connaissent pas. « Il faut
faire le tri, car on a entendu plein de
paradoxes », pense Xavier Douchy, directeur général en charge
de l’immobilier chez Louvre
Hôtels. « 50 % des entreprises de
la mission feront quelque chose
ici », pronostique Pedro Novo. Un
dîner de retrouvailles est prévu
dans quelques mois, pour dresser
le bilan de l’aventure. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â HUBERT PRESCHEZ
HSBC
Dans le cadre de son renforcement
dans l’Hexagone, la banque des
Champs-Élysées recrute l’ancien
patron de la banque d’affaires de la Société
générale comme directeur des fusions-acquisitions. Âgé de 47 ans, Hubert Preschez,
Sciences Po, qui passa aussi dix ans chez JP
Morgan, supervisait plus récemment, comme
senior banker, les liens de la Générale avec
une dizaine de groupes du CAC 40 (Engie,
Areva, Suez, Schneider…). À partir de
septembre, il codirigera la banque d’affaires
de HSBC France avec Frédéric Coutant,
chargé des financements.
â HERVÉ EKUÉ
Allen & Overy
Il succède à Jean-Claude Rivalland
comme managing partner à la tête
du cabinet d’avocats à Paris. Celui
qui se dit « très honoré d’avoir été désigné »
par ses pairs pour « démontrer la valeur
ajoutée Allen & Overy » a débuté au sein du
cabinet Clifford Chance, à Paris et à Londres,
avant de rejoindre Allen & Overy en 2001 au
sein du département marchés et capitaux internationaux, où il a notamment conseillé
BNP Paribas et Citigroup. Hervé Ekué est
avocat au barreau de Paris depuis 1999.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
TECH
23
Nokia revend
l’ex-pépite Withings
à son cofondateur
Le retour d’Éric Carreel est
un symbole fort pour la start-up.
ELSA BEMBARON£@elsabembaron
OBJETS CONNECTÉS Retour au
bercail pour Withings, ex-fleuron de la French Tech passé sous
pavillon finlandais. Son fondateur, Éric Carreel, est entré en
négociations exclusives avec
Nokia pour la reprise de son activité santé digitale (digital health).
Ce qui correspond au périmètre
de la start-up française, spécialisée dans les objets connectés dédiés à la santé et au bien-être.
Elle avait été rachetée par Nokia
en 2016 pour 170 millions
d’euros. L’année dernière, le
finlandais a passé dans ses
comptes une dépréciation d’actifs de 141 millions d’euros, au titre de cette acquisition.
Il faut dire qu’en quelques
mois, la stratégie de Nokia à
l’égard de son acquisition a drastiquement changé. Cette évolution est essentiellement liée à un
changement de management.
Ramzy Haidamus, qui avait été à
l’origine du rachat de Withings, a
quitté le groupe finlandais peu
après en avoir bouclé l’opération. Son départ a été suivi d’un
nouveau changement de cap radical chez Nokia. Le groupe finlandais, qui a cédé sa division
smartphone en 2013, avait décidé
de revenir sur le marché grand
public par deux biais. Le premier
étant le rachat d’activités dans le
grand public, en l’occurrence
Withings. Et le second étant la
distribution sous licence de
smartphones à son nom, fabriqués par une société tierce, HMD.
Après la démission de Ramzy
Haidamus, Nokia a finalement
décidé de conserver l’exploitation de sa marque sous licence et
surtout de se concentrer sur ses
activités d’équipementier télécoms, dédiées aux entreprises.
Peu de détails ont été donnés
sur la cession de Digital Health à
Éric Carreel, qui doit encore faire
l’objet de l’approbation du
conseil de Nokia Technologies
France. La transaction devrait
néanmoins être bouclée avant la
fin de ce trimestre. Éric Carreel
devrait reprendre les rênes d’une
activité qu’il n’avait jamais réellement voulu céder. La sortie
était en partie motivée par la volonté d’un de ses associés. En
outre, Withings avait levé
23,5 millions d’euros en 2013,
dont 11 millions auprès de Bpifrance, et le solde après de fonds
privés : Ventech, Idenvest Partners et 360 Capital Partners,
plus sensibles aux opérations qui
leur permettent de réaliser des
sorties avec des plus-values attractives à la clé.
La silhouette
de Tim Cook, PDG
d’Apple, lors d’un discours
au Lane Tech College,
le 27 mars, à Chicago.
JIM YOUNG/AFP
Apple gâte ses actionnaires
grâce à la réforme fiscale
Serial entrepreneur
Le retour d’un des fondateurs
aux commandes est un symbole
fort, alors que Withings était un
des fleurons de l’écosystème des
start-up françaises. Son premier
défi sera sans doute de lancer de
nouveaux produits, ce qui n’a pas
été fait depuis plus de dix-huit
mois.
Éric Carreel est lui-même une
figure incontournable de l’écosystème français. Il a cofondé
plusieurs entreprises, à commencer par Inventel, revendue à
Thomson en 2005. Peu enclin à
ne pas être le seul maître à bord,
il claque la porte au bout de dixhuit mois, pour aussitôt investir
dans trois entreprises qu’il
confonde, dont Withings. Les
deux autres sont Sculpteo, spécialisée dans l’impression 3D, et
Invoxia, qui développe elle aussi
des objets connectés. Jamais à
court d’idées, ce serial entrepreneur vient aussi de se lancer
« son défi le plus fou », avec la
création de Zoov, une start-up
qui cherche à développer un système de partage de vélos électriques. En faisant de la « bienveillance » un de ses trois motsclefs, la start-up donne le ton… ■
Le groupe va distribuer 100 milliards de dollars à ses investisseurs.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
LES RÉSULTATS
D’APPLE
DEUXIÈME TRIMESTRE
DE L’EXERCICE, EN DOLLARS
61,1
milliards.
Le chiffre d’affaires,
en hausse de 16 %
13,8
milliards.
Le résultat net,
en progression de 20 %
52,2
millions d’iPhone
vendus en trois mois
Éric Carreel a conclu avec Nokia la reprise de l’activité santé digitale
de Withings. JULIEN FAURE/LEEMAGE
TÉLÉPHONIE C’est Noël en mai
pour les actionnaires d’Apple. À
l’occasion de la présentation de ses
résultats trimestriels mardi soir, le
PDG du groupe a dévoilé deux
nouvelles mesures destinées à ses
investisseurs : un programme de
rachat d’actions de 100 milliards
de dollars et une hausse de 16 %
des dividendes distribués.
Les marchés financiers ont adoré la nouvelle et les analystes ont
fait tourner les calculatrices pour
revoir à la hausse leurs prévisions
de cours. La générosité de Tim
Cook a déjà donné un nouveau
coup de pouce à l’action, qui s’est
octroyé plus de 6 % à 175 dollars.
Certains la voient franchir le seuil
symbolique de 200 dollars. La générosité du PDG pose une autre
question : combien vaut Apple ?
Actuellement, la valorisation de
l’entreprise s’établit à 892 milliards de dollars. Non contente
d’être la plus chère du monde, elle
pourrait aussi devenir la première
à franchir le seuil des 1 000 milliards de dollars de capitalisation
boursière.
Les largesses de Tim Cook ont
deux origines. La première remonte à 2012, quand, pour faire
face à la grogne croissante d’actionnaires influents, le patron
d’Apple a décidé de commencer
une politique de rémunération
pour ses détenteurs d’actions. Depuis, le groupe a « rendu » à ses
actionnaires 275 milliards de dol-
lars, sur le programme de
300 milliards déjà annoncé.
Le second motif vient de la politique fiscale mise en place par Donald Trump. « La législation fiscale
mise en place en décembre nous
donne plus de flexibilité opérationnelle et accroît notre accès à nos réserves de cash », a expliqué Luca
Maestri, le directeur financier
d’Apple. Avant Trump, près de
80 % des 260 milliards de cash
dont dispose le groupe étaient
« bloqués » à l’étranger. L’Administration américaine a pris le pari
de faire un petit cadeau aux entreprises en faisant passer de 35 à
21 % le taux de l’impôt sur les sociétés. Les États-Unis redeviennent ainsi compétitifs face à quelques
paradis
fiscaux.
La
contrepartie induite aux bontés
fiscales de Donald Trump est une
hausse des investissements dans
l’économie nationale. Le PDG
d’Apple joue le jeu : « Nous prévoyons d’investir directement plus
de 350 milliards de dollars sur cinq
ans dans l’économie américaine et
la création de 20 000 emplois sur
cette période », a-t-il précisé.
Ventes records
Sur le plan commercial, Tim Cook
continue son sans-faute. Au premier trimestre 2018 (le deuxième
de son exercice fiscal), le groupe a
généré 61,1 milliards de dollars de
chiffre d’affaires, soit une hausse
de 16 % sur un an. Son résultat net
bondit lui de 20 % à 13,8 milliards
de dollars. Tous les clignotants
sont au vert.
Le groupe a vendu 52,2 millions
d’iPhone en trois mois, établissant
un nouveau record pour ce trimestre traditionnellement plus calme.
« C’est la première fois depuis 2014
et la division de notre offre en iPhone
6 et iPhone 6 Plus que l’iPhone le
plus haut de gamme (iPhone X,
NDLR) est aussi le plus populaire »,
précise Tim Cook. Sur les trois derniers mois, le prix de vente moyen
d’un iPhone est passé de 655 à
728 dollars. Et l’iPhone X est vendu
plus de 1 000 euros… Les clients
d’Apple sont plus que jamais prêts
à casser leur tirelire pour s’offrir
un iPhone de dernière génération.
Mais ils sont aussi de plus en plus
nombreux à revendre leur ancien
terminal. Le marché de la seconde
main, en pleine expansion, est dominé par les smartphones d’Apple.
Les achats de terminaux neufs sont
ainsi en partis financés par la revente des anciens. Ce marché permet à Apple d’élargir sa base de
clients en touchant des consommateurs qui n’ont pas forcément
les moyens de s’offrir un iPhone
neuf, mais qui peuvent accéder à
l’occasion.
Apple renforce ainsi l’autre pilier de son dispositif, composé des
services et des accessoires. La
marque accélère dans tous les domaines, depuis la distribution de
musique et de vidéos en ligne (iTunes) jusqu’aux paiements en ligne
(Apple Pay) en passant par les services dédiés à la santé connectée
(iHealth). Les services ont généré
9,1 milliards de revenus au cours
des trois derniers mois. ■
LA SÉANCE DU MERCREDI 2 MAI
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 47,19
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,3
AIRBUS .............................................. 98,07
ARCELORMITTAL SA ..................................
28,565
ATOS .............................................. 109,1
AXA .............................................. 23,845
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
64,35
BOUYGUES ..............................................
41,33
CAPGEMINI ..............................................
115,05
CARREFOUR ..............................................
16,855
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,62
DANONE ..............................................66,64
ENGIE .............................................. 14,555
ESSILOR INTL. ..................................113,85
KERING ..............................................486
L'OREAL ..............................................195,5
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
46,58
LEGRAND ..............................................64,26
LVMH .............................................. 292,75
♣
MICHELIN ..............................................
118,15
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,68 48,17
+0,23 108,65
+0,69 98,53
+1,67 28,78
-2,5
113,1
+0,53 23,96
+0,58 64,37
+1,92
41,46
+0,92 116,95
-1,06
17,07
-0,11
13,685
-0,67 67,06
+0,03 14,615
+0,71 114,1
+1,33 488,3
-1,68 199
+0,63 46,76
-0,37 64,64
+1,19 292,85
+1,37 118,6
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
46,74
107,45
96,46
28,035
109,1
23,65
63,9
41,04
113,9
16,855
13,55
66,47
14,465
112,45
479,2
195,05
46,13
63,98
289,1
116,35
0,478
0,271
0,269
0,172
0,538
0,428
0,267
0,337
0,437
0,346
0,154
0,281
0,191
0,242
0,165
0,171
0,048
0,314
0,119
0,389
+9,74
+3,09
+18,16
+5,35
-10,09
-3,6
+3,37
-4,57
+16,34
-6,57
-1,3
-4,73
+1,53
-0,96
+23,66
+5,7
-0,98
+0,11
+19,3
-1,17
JOUR
ORANGE ..............................................15,14
PERNOD RICARD ..................................
137,4
PEUGEOT ..............................................
20,06
♣ 62,04
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
90
SAFRAN ..............................................97,56
SAINT GOBAIN ..................................
43,875
SANOFI ..............................................65,86
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
73,36
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
45,415
SODEXO ..............................................81,78
SOLVAY ..............................................117,75
STMICROELECTRONICS .............................
18,945
TECHNIPFMC ..................................27,74
TOTAL .............................................. 51,65
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
197,1
VALEO .............................................. 56,6
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,705
♣
VINCI .............................................. 84,34
VIVENDI ..............................................22,74
%VAR.
+0,17
-0,11
+0,85
+0,06
+0,18
+0,1
+0,87
+0,11
+0,38
-0,09
-0,39
+1,86
+4,55
+1,87
-1,3
-0,9
+2,09
+0,25
+1,49
+3,88
+HAUTJOUR +BAS JOUR
15,18
137,9
20,34
62,08
90,63
97,8
44,13
66,34
74,06
45,92
83,1
118
19,155
27,98
52,31
198,9
56,82
19,71
84,44
22,84
15,02
136,8
19,975
61,54
89,56
96,78
43,585
64,95
73,02
45,22
81,7
114,85
18,445
27,23
51,65
196,55
55,4
19,33
83,36
22,15
%CAP.ECH
0,227
0,187
0,391
0,322
0,456
0,28
0,398
0,241
0,302
0,473
0,315
0,495
0,482
0
0,284
0,485
1,328
0,799
0,272
0,599
31/12
+4,59
+4,13
+18,31
+9,51
+7,26
+13,56
-4,58
-8,34
+3,53
+5,49
-27,01
+1,6
+4,06
+7,31
+12,17
-6,14
-9,11
-7,38
-0,95
+1,43
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5987
1,5401
0,8804
9,425
131,84
1,1957
1,2007
2,9516
11,103
4,9813
21,32
7,6353
80,0455
138,93
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34520
34950
-0,66
NAPOLEON ..................................................... 207
214,9
+0,05
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213,9
213
+0,52
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1180
1180
+1,03
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
204
204
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
299
299
-1,97
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1314
1314
+0,31
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
111,9
111,9
+1,91
PIECE SUISSE 20F .....................................................
202,9
202,8
+0,01
PIECE LATINE 20F .....................................................
203
204,9
+0,05
SOUVERAIN ..................................................... 256
259,8
-1,8
KRUGERRAND .....................................................1100
1139,5
-1,68
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
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SICAV
UNI HOCHE C ................................................
282,47 27/04/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
47,54 19/03/18
BELLATRIX C ................................................
332,92 19/03/18
SIRIUS ................................................56,59 27/04/18
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WWW.WANSQUARE.COM
statistiques de la croissance économique en zone euro ont également jeté un
froid : celle-ci a fortement ralenti au
premier trimestre, confirmant les craintes d’un essoufflement de la reprise
après un très bon cru 2017, selon des
chiffres publiés mercredi. Dans les 19
pays ayant adopté la monnaie unique, le
produit intérieur brut (PIB) a progressé
au premier trimestre de 0,4 %, contre
0,7 % au dernier trimestre 2017, selon
une estimation provisoire dévoilée par
Eurostat.
Sur le front des valeurs, Vivendi s’est
adjugé 3,88 %, tandis que la mise en
Bourse de sa filiale de production et diffusion musicale Universal Music Group
(UMG) semble se préciser. Le sujet va
être sur la table de la réunion du conseil
de surveillance du 17 mai prochain. Air
France (+ 6,37%) prévoit de maintenir
près de 85 % des vols jeudi, soit le taux
le plus élevé depuis le début du conflit
salarial en février. STMicroelectronics
(+ 0,75%), fournisseur d’Apple, était
soutenu par les solides résultats du
géant américain.
Alstom, qui est pressenti pour fournir
le matériel roulant de trois lignes du futur métro automatique du Grand Paris,
a progressé de 0,56 %.
Cellectis (+ 0,72%) a profité de l’annonce de son partenariat avec l’institut
Wyss, centre de recherche de l’université de Harvard, pour créer des cellules
humaines résistantes aux virus. ■
A
LA BOURSE DE PARIS DÉBUTE LE MOIS DE MAI EN LÉGÈRE HAUSSE
La Bourse de Paris a longuement hésité
sur la direction à prendre mercredi pour
la première séance du mois de mai. Le
CAC 40 a finalement fait un petit pas en
avant, terminant en hausse de 0,16 % à
5 529,22 points.
Les investisseurs se tenaient sur
leurs gardes en attendant l’issue de la
réunion de la Fed (lire en page 17). Les
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
MÉDIAS et PUBLICITÉ
24
La moitié des Français regarde
ou écoute une matinale d’information
Malgré la forte poussée d’Internet, la radio reste le média privilégié en début de journée.
Journaux d'information et revue de presse plébiscités
des Français
regardent la télévision
entre 6 h et 9 h
5
2%
des Français écoutent
au moins une station de radio
entre 6 h et 9 h
QUELS SONT SELON VOUS LES CONTENUS LES PLUS IMPORTANTS ?
TÉLÉSPECTATEURS
Journaux d'information
Revue de presse
76 %
Revue de presse
54 %
58 %
Chronique internationale
Chronique humoristique
42 %
46 %
Interview personnalités
36 %
Actualité politique
45 %
£ Au premier trimestre,
la société française spécialiste
du ciblage publicitaire en ligne
a enregistré un bénéfice net
de 21 millions de dollars
(+ 45 % sur un an) pour
un chiffre d’affaires de
240 millions (+ 14 %) et a
maintenu ses prévisions pour
2018. Jean-Baptiste Rudelle,
son cofondateur, est revenu
aux manettes pour accélérer
les diversifications.
£ Le fonds de capital
investissement Lantern Capital
rachète l’essentiel des actifs
de The Weinstein Company.
Lantern s’était positionné
dès l’ouverture de la procédure
judiciaire, moyennant
256 millions d’euros
en numéraire et 99 millions
d’euros de reprise de dettes.
La cession doit encore recevoir
l’aval du juge des faillites.
Journaux d'information
78 %
CRITEO MAINTIENT
SES OBJECTIFS
UN FONDS REPREND
LE STUDIO WEINSTEIN
En % des réponses
AUDITEURS
Infographie
2
6%
EN BREF
Source : Enquête Médiametrie auprès d'individus agés de 15 ans et plus
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
AUDIOVISUEL La multiplication
des moyens pour s’informer et
l’avènement des sites d’info sur
Internet n’ont pas totalement
bouleversé les habitudes. À l’heure
du petit déjeuner, un Français sur
deux âgé de 15 ans et plus se branche encore à la radio ou regarde la
télévision pour suivre l’actualité.
Durant la semaine, entre 6 et
9 heures du matin, la radio demeure même le média le plus populaire. Selon une enquête inédite
réalisée par Médiamétrie qui sera
dévoilée ce jeudi, plus de la moitié
(52 %) des personnes interrogées
écoute au moins une station. « Ce
média, plus que les autres, permet
de faire plusieurs choses à la fois et
offre un maximum de mobilité.
D’ailleurs, il est écouté par 40 % des
auditeurs depuis un autoradio »,
indique Jamila Yahia-Messaoud, la
directrice du département Consumer Insights de Médiamétrie. Les
consommateurs y sont très attachés. « La notion d’habitude et de
confiance est très forte », assure
l’experte.
Si un quart des individus (26 %)
choisissent pour leur part de s’informer via la télévision, tandis que
près d’un sondé sur cinq (18 %) lit
la presse, Internet est désormais la
seconde source d’information des
Français le matin : 45 % des personnes interrogées s’y connectent
en début de journée. Ils sont même
12 % à s’informer exclusivement
sur le Web à cette heure.
« L’avantage d’Internet, c’est la
mise à jour immédiate et permanente », rappelle Jamila YahiaMessaoud.
Internet plus consulté
par les femmes
Plus d’un tiers des Français (37 %)
qui suivent l’actualité le matin privilégient une seule source d’information. La radio recense ainsi le
plus d’utilisateurs exclusifs (18 %).
Mais la grande majorité des sondés
affectionne davantage la complémentarité des sources (63 %). Et
c’est Internet qui se retrouve au
centre du jeu. « Au cours de la ma-
tinée, 24 % des individus l’associent
à la radio, et 15 % le couplent avec la
télévision », note Médiamétrie.
En fonction des médias, les publics diffèrent. « La radio et la télévision comptent légèrement plus
d’hommes. À l’inverse, Internet est
plus consulté par les femmes », explique l’institut d’études. De
même, si la radio séduit une écrasante majorité de personnes résidant en province (82 %), la
consommation d’information sur
Internet est plus importante à Paris et en région parisienne, grâce
notamment à l’utilisation des
smartphones, qui y est plus répandue.
Cette population d’urbains est
aussi plus jeune, à l’inverse des
auditeurs de matinales à la radio,
pour moitié des personnes âgées
d’au moins 50 ans. Ce qui est également le cas de 43 % des consommateurs d’information à la télévision. Enfin, un tiers des auditeurs
radio est constitué de CSP + (32 %)
contre 28 % pour la télévision.
Pour la radio ou la télévision, le
constat est similaire : ce sont les
Plus d’un tiers des
Français (37 %) qui
suivent l’actualité
le matin privilégient
une seule source
d’information et la radio
recense le plus
d’utilisateurs exclusifs
(18 %). AFRICA STUDIO/
SHUTTERSTOCK
journaux d’information, format où
l’actualité est condensée, qui remportent tous les sondages. Plus des
trois quarts des auditeurs et des
téléspectateurs les plébiscitent. Ils
sont encore plus de la moitié à priser les revues de presse. Logique
qu’après la nuit, chacun cherche à
se mettre à jour.
En revanche, les auditeurs radio
affichent un goût plus prononcé
pour les pastilles humoristiques
ainsi que les sujets liés à l’actualité
politique, alors que ceux qui affectionnent le poste de télévision privilégient l’actualité internationale
avant les interviews de personnalités. ■
AU
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A
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£ Le quotidien communiste,
fondé en 1904 par Jean Jaurès
a inauguré mercredi une
nouvelle formule : Une épurée,
nouvelle rubrique dans laquelle
ses reporters sont chargés
d’enquêter sur un sujet signalé
par des lecteurs.
Le journal, qui a enregistré
en 2017 près de
34 000 exemplaires
de diffusion France payée,
a lancé parallèlement
une nouvelle campagne
de financement auprès
de ses lecteurs.
Le cofondateur de WhatsApp
démissionne de Facebook
Il était en désaccord sur la question des données.
ELISA BRAUN £@ElisaBraun
VE
NOUVELLE FORMULE
POUR « L’HUMANITÉ »
INTERNET Alors que le premier
cofondateur de WhatsApp, Brian
Acton, avait quitté le navire en
septembre, le second, Jan Koum,
vient de lui emboîter le pas. Le
créateur de la messagerie au
1,5 milliard d’utilisateurs a annoncé démissionner de son poste et de
ses fonctions au sein du conseil
d’administration de Facebook.
Dans une publication sur le réseau
social le 1er mai, il affirme vouloir
« prendre du repos pour faire des
choses qui lui plaisent », comme
compléter sa collection de Porsche
ou se remettre à la pratique du
Frisbee. Des motivations plus sérieuses auraient pourtant précipité
ce départ.
Selon le Washington Post, le cofondateur de WhatsApp était en
conflit depuis plusieurs mois avec
les équipes de Facebook, qui cherchent à monétiser l’application de
messagerie, rachetée en 2014,
pour un montant de 19 milliards de
dollars. À l’époque, Jan Koum
avait assuré aux 450 millions de fidèles de WhatsApp que « rien ne
changerait » pour eux, et surtout
pas la protection de leur vie privée. Mais, dès 2016, Facebook a
commencé à utiliser des informations de sa filiale, comme les numéros de téléphone ou les modèles
de smartphones des utilisateurs,
en les transmettant à sa maison
mère. La Commission européenne
avait alors sanctionné ce revirement par une amende record de
110 millions d’euros.
Choc des cultures
Bien qu’au sein d’un même groupe, Facebook et WhatsApp ne se
sont pas construits autour du
même modèle et le choc des
cultures n’a jamais été vraiment
digéré. La vie privée est un élé-
ment fondateur de WhatsApp.
Dans sa jeunesse, Jan Koum a
vécu en ex-URSS, près de Kiev, et
a très tôt été sensibilisé aux questions de surveillance. Cet ancien
ingénieur de Yahoo a lancé WhatsApp avec le développeur Brian
Acton en 2009 dans l’idée d’offrir
une application chiffrée de bout
en bout pour être plus protectrice
des données personnelles. Depuis son départ de Facebook,
Brian Acton a continué dans cette
voie : il a investi 50 millions de
dollars de sa fortune personnelle
dans le développement d’une
messagerie cryptée, Signal. Brian
Acton a également pris part au
mouvement de boycott de Facebook avec l’opération appelant
les utilisateurs à supprimer leur
compte.
L’officialisation du départ de Jan
Koum tombe particulièrement
mal pour Facebook, qui tente de
faire oublier le scandale de Cambridge Analytica en multipliant les
annonces. Lors de sa conférence
annuelle de développeurs, baptisée « F8 », Mark Zuckerberg a ainsi réitéré sa volonté de veiller à
plus de transparence et de protection de la vie privée. Facebook a
également annoncé un nouvel
outil de gestion des données qu’il
collecte sur des milliers de sites Internet. Une mesure en trompel’œil, puisque le réseau social ne
fait que se plier à la réglementation
en vigueur.
Mark Zuckerberg a réagi avec
un smiley triste à la publication de
Jan Koum, avant de le remercier
de lui avoir enseigné « le chiffrement et sa capacité à prendre le
pouvoir aux systèmes centralisés
pour le remettre entre les mains des
gens ». Mark Zuckerberg assure
que « ces valeurs resteront toujours
au cœur de WhatsApp ». Il en a désormais tout le loisir, seul capitaine à la barre. ■
Jan Koum, cofondateur
de WhatsApp, était en
conflit depuis plusieurs
mois avec les équipes
de Facebook.
MIKE BLAKE/REUTERS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 930 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
MODE
LONGCHAMP SIGNE UNE
COLLABORATION AVEC LE DESIGNER
AUSSI BRILLANT QUE SUBVERSIF
SHAYNE OLIVER PAGE 30
ENCHÈRES
SEPT ŒUVRES DE L’ARTISTE SURNOMMÉ
LE « PEAU-ROUGE DE MONTPARNASSE »
EN VENTE À DROUOT PAGE 28
The Origin of Design, Frank Overton Colbert
La folle énergie du design
Cassina
« Johnny Expo » : image,
musique et intime
EXPOSITION Le château de la Buzine,
près de Marseille, a conçu un parcours
relatant tous les aspects de la vie du rockeur.
LÉNA LUTAUD£@LenaLutaud
ENVOYÉE SPÉCIALE À MARSEILLE
ur les hauteurs de Marseille,
passé les grilles de l’ancienne
demeure de Marcel Pagnol,
l’ambiance est au rock’n’roll.
Au château de la Buzine, sous
l’auvent du restaurant, les convives
discutent des derniers épisodes de la
succession de Johnny Hallyday. À l’intérieur, des haut-parleurs diffusent ses
tubes. De L’Aventure c’est l’aventure de
Claude Lelouch à Rock’n’roll de
Guillaume Canet, tous les films dans
lesquels joue Johnny sont à l’affiche du
cinéma. Greg Zlap, son harmoniciste,
est attendu pour un concert. Quant aux
biographes, ils seront les invités d’honneur de plusieurs dîners littéraires.
Pour la première exposition consacrée à Johnny Hallyday depuis son
décès le 5 décembre, Valérie Fedele,
directrice du château de la Buzine, a
imaginé un concept complet. Avec
1 500 visiteurs le premier week-end et
500 par semaine, son « Johnny Expo »
est déjà un succès. Accrochée au plafond de l’entrée, une photo de Gilles
Lhote prise depuis les hauteurs du
Parc des Princes montre Johnny sur
scène. Devant l’objectif de Gilbert
Moreau, il chante J’ai un problème
avec Sylvie Vartan. Sur une autre prise en 1972, le public se détourne de la
star pour encercler un homme affolé.
C’est Brel. Au détour des pièces, on
découvre les Harley du chanteur, ses
blousons, une guitare dédicacée, la
S
LONGCHAMP ; ADER
ARTS DE LA CHINE
ARTS DU TIBET ET DU NÉPAL
Expertises du 11 au 15 Juin 2018
Dans toute la France, sur rendez-vous
Exposition d’une collection exceptionnelle d’Art Himalayen à l’occasion de la
semaine asiatique à Paris. Rendez-vous au 4 rue de la Paix du 11 au 15 Juin.
Nos spécialistes internationaux en Art Chinois et en Art Himalayen seront
présents pour une grande semaine d’expertises gratuites, en vue de nos
prochaines ventes aux enchères à Londres et Hong Kong.
RENSEIGNEMENTS
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Commissaire - Priseur
Catherine Yaiche
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4 rue de la Paix
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Paris 2
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partition originale de Que je t’aime. De
son vivant, la plus grande star de la
musique française a fait l’objet d’expositions organisées par ses photographes, comme Tony Frank, ou par
ses fans, comme sur l’île de Molène.
En attendant une rétrospective à Paris, l’idée de mettre en scène Johnny
Hallyday a commencé l’été dernier à
Marseille. À l’automne, un dîner avec
Bernard Pascuito, auteur du beau livre
Johnny avec Daniel Angeli, se transforme en une évidence . Biographe de
nombreuses stars, notamment de
Romy Schneider (La Dernière Vie de
Romy Schneider vient de paraître),
Bernard Pascuito sera commissaire de
l’exposition.
Elvis, l’indispensable
Quand en février éclate le scandale de
la succession, le fan-club et les collectionneurs prennent peur. Choisir des
photos s’apparente à de la diplomatie.
Chaque photographe de Johnny se
considère comme le meilleur et apprécie peu d’être mêlé aux autres. Par
chance, le soutien du conseil départemental permet d’éviter les soucis financiers. Pour l’affiche, Pascuito a retenu un cliché de Roger Kasparian :
Hallyday dans sa loge en peignoir. Il a
21 ans et regarde une photo d’Elvis.
Bernard Pascuito : « En concert, les
photos de ses femmes pouvaient changer mais celle d’Elvis jamais. » ■
« Johnny Expo ». Château de la Buzine,
Marseille (13), jusqu’au 17 septembre.
www.labuzine.com
Maison de vente aux enchères internationale – bonhams.com/paris
A
CASSINA
Collaborations inattendues, showrooms réinventés, nouveaux acteurs,
le marché est fructueux comme jamais. Le Salone del mobile de Milan
en a fourni la preuve. PAGE 26
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
26
L'ÉVÉNEMENT
Toutes premières fois
PHÉNOMÈNE Plus que jamais, le Salon du meuble de Milan prouve, sans le moindre doute possible,
la bonne santé du design mondial. Focus sur des nouveautés choisies.
Oiseaux de nuit
sans frontières
1
Elles sont cinq. Ces petites
lampes en verre soufflé
malicieuses répondent aux
doux noms de Pallas, Sulo,
Siiri, Kirassi et Palturi. Elles scellent une collaboration inédite et en devenir,
entre l’italien Magis, dont
ce sont les premiers pas
dans l’univers de l’éclairage, et le géant finlandais
Iittala. Elles sont dues au
talent du designer Oiva
Toikka. Un pari réussi qui
dessine une atmosphère
onirique
poétiquement
sculptée. On les imagine
bien lovées au creux d’un
arbre ou veillant dans une
forêt majestueuse. Aucun
doute, ces oiseaux (Linnut
en finnois) de nuit, qui ne
sont pas dépourvus d’humour, laisseront passer les
rêves. Deux des modèles
existent en différentes
tailles et se rechargent
tout simplement avec une
clé USB. Un savoir-faire
tout terrain du soir au
matin. ■
C. D.
CATHERINE DEYDIER
Marcel Wanders et Gabriele Chiave, son
bras droit depuis plus de dix ans, prétendent que c’est le concept diffusé plus
que l’objet, qui est intéressant. Globetrotter, leur première collection conçue
comme une ballade pour Roche Bobois
(1) en est la parfaite illustration. Chaque
pièce (il y en a près de 50) de cet hommage éclectique aux aventuriers et au
voyage symbolise la diversité des
cultures et des trésors de Londres à
Istanbul. Ils le racontent au fil des motifs, parfois des montgolfières et des petites histoires qui se déchiffrent
sur les murs, les textiles des
canapés ou l’intérieur
du mobilier. Autre
expérience inédite,
avec
Alessi
(2)
cette
fois,
déroulée en
5 fragrances
pour la maison
autour des saisons
auxquelles s’ajoute
une cinquième proposition qui mène à la
transcendance. ■
2
Modules nomades
pour futur sur mesure
Prix du meilleur stand au
Salon de Milan 2018, USM,
en voulant se placer au
cœur de la société de demain, a dessiné les contours
d’une maison imaginaire
pour donner lieu à un passionnant processus de réflexion. Ainsi l’un des modules incitait à se laisser
guider par son intuition
(notre photo) mais les autres
en appelaient à l’imagination, l’empathie ou encore
la capacité de collaborer
pour faire dialoguer vie privée et vie professionnelle.
Des frontières mouvantes
que ce projet HomeWork
lancé par USM explore
(avec l’équipe prospective
du cabinet UNStudio) pour
mieux accompagner les travailleurs nomades. ■
C. D.
A
En avant les projets
Pour fêter les 50 ans de
son showroom milanais de la via Durini,
réalisé par Mario Bellini en 1968, Cassina a vu
grand. Conçu par Patricia Urquiola, la directrice artistique, le
lieu a gagné un escalier
central et plusieurs
centaines de mètres
carrés. But de l’opération ? Mieux mettre en
valeur les créations
maison mais surtout
offrir un étage aux architectes et décorateurs où ils peuvent
désormais consulter les
catalogues et bénéficier de tous types de
conseils. Un atout idéal
pour les grands projets
liés à l’hôtellerie et au
bureau. Cerise sur le
gâteau, ils ont vue sur
le tout nouveau dôme
construit
pour
l’occasion. ■
C. S.-J.
Fendi aux fourneaux
420
C’est le nombre
de manifestations
proposées par le Fuori
Salone, le off du Salon du
meuble de Milan. Autant
d’occasions de découvrir
de nouveaux quartiers
dévolus au design.
CATHERINE SAINT-JEAN
csaintjean@lefigaro.fr
On savait la griffe de mode éprise de
design. Après son mobilier pointu
présenté chaque année à Design
Miami, elle lance sa marque de cuisines high-tech Fendi Cucine née d’une
collaboration avec SCIC, l’un des
leaders du secteur. Au programme,
deux premiers modèles dignes de cuisines de pros dont la conception a été
confiée à l’architecte Marco Costanzi.
Un succès si l’on en juge par la queue
d’accès au stand générée sur le Salone
del Mobile par Island 2, mariage de
marbre, de bois Canaletto, laque, verre et acier. Présentée au siège de la société, Island 1 conjugue métal canon
de fusil et laiton finition satin. Une
élégance épurée. ■
Thierry Lemaire
fait son show
C’est le chouchou de Fendi Casa. Il
faut dire que le designer Thierry
Lemaire insuffle, depuis 2013, une
certaine modernité à la marque du
groupe Luxury Living, tout en respectant son savoir-faire dans l’artisanat de luxe. En off
du Salone, le designerarchitecte a mis en scène
pour la première fois sa toute
nouvelle collection capsule dans le
showroom de la via Montenapoleone. Quatre pièces conçues pour
marquer les esprits. Ainsi la table
XXL Beaune dont le jeu de diagonales anime un plateau de marbre posé
sur deux pieds oblongs en cuivre
rosé. Pour un supplément de légèreté. Jolie manière de fêter les 30 ans
de Fendi Casa, qui en profite pour
rééditer trois icônes : la dormeuse
Cosima de 1994, le fauteuil Claudio
et le pouf Ripetta… Retour vers le
futur. ■
C. S.-J.
Marcel
Wanders
nous a permis
de cultiver la part
de fantaisie
et de rêve qui
est dans l’âme
de Roche Bobois
NICOLAS ROCHE,
DIRECTEUR DE COLLECTION
CHEZ ROCHE BOBOIS
»
DIDIER DELMAS ; ALESSI ; USM ; FENDI ; PRESS ; CASSINA ; MIRRASTUDIO
Les contes
de Wanders
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LE FIGARO
CULTURE
jeudi 3 mai 2018
27
Des œuvres
à la pointe
du Bic
ENTRETIEN Bruno Bich, PDG de Bic, nous
explique comment est née la collection
exposée au Centquatre à Paris.
L
PROPOS RECUEILLIS PAR
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
e public se bouscule au
Centquatre à Paris pour découvrir la
« Collection Bic » qui démontre en
140 œuvres et 80 artistes que le dessin
reste populaire. Si les débuts de l’exposition sont parfois déroutants par ses
trouvailles dignes du Concours Lépine
(robe en briquets Bic, siège en rasoirs
jetables Bic), les œuvres sur papier gardent leur fraîche liberté. Les maîtres que
sont César, Magritte, Léger et surtout
Alighiero Boetti laissent vite la place aux
jeunes générations. Abstraction ou figuration, ils dévorent les feuilles, quitte à
en faire des nappes d’encre comme
Hicham Berrada ou Lena Andonova.
LE FIGARO. - Vous êtes né dans
une famille mondialement connue,
à un « h » près. Cela a déterminé
votre regard sur l’art ?
Bruno BICH. - Sans doute que mon enfance française, la visite des musées,
les œuvres qui se trouvaient chez nous
ont dû m’influencer. Mais les années
1960 à New York, plus modernes,
m’ont également influencé. J’avais
17 ans lorsque j’y suis arrivé. J’allais
voir les galeries Uptown. Le bas de la
ville était moins animé qu’aujourd’hui,
mais la plupart des artistes américains
et français y habitaient. Je suis donc à
mi-chemin entre une culture latine et
une culture anglo-saxonne. Je pense
que la beauté des choses, la ligne des
buildings et le dessin d’un produit
comme le Bic Cristal (créé en 1950 par
la société de Marcel Bich, il s’en est vendu depuis plus de 100 milliards sur
5 continents, NDLR) se retrouvent
autour d’une même idée.
Timmy (2014), The Kid.
CHARLY GOSP/COURTESY COLLECTION BIC
s’adapte parfaitement à la main. Ils lui
firent remarquer que souder par chauffage électrique le fond ovale au corps du
briquet était infiniment plus complexe
qu’un fond circulaire ou rectangulaire.
Cette passion du dessin l’a emporté
puisque le briquet Bic est aussi bien
dans les collections du MoMA à New
York que dans celles de Beaubourg.
Bruno Bich, PDG de Bic.
DAMIEN GRENON/PHOTO12
Quelles conséquences directes
pour le mécène que vous êtes ?
Nous avons toujours cherché à faire des
produits très beaux. Prenez le cas du
briquet, conçu au début des années
1970, dans lequel notre part de marché
s’approche des 80 % en Amérique du
Nord et en Amérique latine. Les premiers objectifs sont la sécurité, la régularité de la flamme, le nombre de flammes (3 000 contre une moyenne de 800
pour nos concurrents). Comme pour le
Cristal Bic, le dessin doit épouser la
fonction du produit. Mon père demanda aux ingénieurs un briquet ovale qui
Quel est le déclic qui a donné naissance
à cette collection d’entreprise ?
Il y a toujours un premier pas dans chaque voyage. C’est peut-être l’exposition faite en 1998 au château d’Ussel
dans le val d’Aoste de dessins et œuvres
sculpturales réalisés au stylo-bille en
hommage à mon père Marcel Bich. Il
était originaire du lieu et avait restauré
le château. Il y avait une grande fantaisie dans ces créations, des rideaux et
des lampes en stylos. Nous avons commencé à nous y intéresser de plus près.
Êtes-vous sûr lorsque vous voyez
un dessin qu’il a bien été fait au Bic
et pas par un stylo-bille concurrent ?
On le demande très clairement à ceux
qui nous proposent leurs œuvres. En ce
qui concerne les artistes historiques, on
le suppose, on ne peut en être certain.
On pourrait faire une analyse ADN de
l’encre, mais cela serait risqué. Compte
tenu de notre part de marché en Europe
dans les années 1950, il y a énormément
de chances que César ait utilisé un Bic.
Ce qui nous importe surtout, c’est que
ce style de dessin pratiqué par les enfants ait été choisi par des artistes.
C’est, pour moi, la preuve de la
constance de la qualité du produit.
Pourquoi accrochez-vous cette
collection dans les locaux de Bic ?
C’est le cas à Paris, aux États-Unis et
dans d’autres lieux de Bic. Il ne s’agit
pas de répartir cette collection après
l’exposition dans nos bureaux à travers
le monde. Mais plutôt que les jeunes artistes nationaux remontent jusqu’à
nous dans chaque pays respectif. Le
Cristal Bic a été novateur, il doit servir
des artistes émergents, du Brésil au
Cambodge. Sur le chemin de mon bureau, à Paris, il y a un dessin de l’artiste
sénégalais Mamadou Cissé (2014), le
survol d’une ville, je l’adore. L’Afrique
contribue déjà beaucoup à notre collection. J’aime penser que cela contribue à
la fierté des artistes africains. Je trouve
passionnante la vision du Coréen Il Lee
qui fait s’entrecroiser des lignes droites
(MBL-1302, 2013), comme celle du
Français Olivier Michel qui n’utilise que
des courbes (Gribouillage, 2006). Il n’y
a pas de repentir possible, comme en
aquarelle. Si l’encre bave, il faut tout
recommencer.
Aimez-vous rencontrer les artistes ?
Oui, même si certains ne m’enthousiasment pas. Il y a des couleurs d’encre
que je n’aime pas et qui plaisent au
consommateur. La parole est au public
à travers le monde. Les personnes sont
la chef de voûte de la société. Tout passe
par elles. Un produit doit être conceptualisé. Ce sont des gens qui le font. Il
doit être fabriqué, ce sont des gens qui
le font. Faire marcher une machine,
lancer une campagne de pub, ce sont
toujours les hommes et les valeurs qui
font marcher les affaires. Le facteur humain, c’est fantastique. Je vais prendre
ma retraite sous peu. Ce qui m’intéresse
après, c’est d’aider les jeunes, surtout
défavorisés. Depuis dix ans, je travaille
avec l’école Harlem Academy qui a des
résultats excellents.
Vous avez toujours un Bic
dans votre poche ?
Oui. Et quand je vois quelqu’un qui a un
autre stylo-bille, je lui pique et je lui
donne le mien (rires). ■
« La Collection Bic », jusqu’au 27 mai
au Centquatre (Paris XIXe). Entrée libre,
du mardi au vendredi de 14 heures à 19 heures,
le week-end de 12 heures à 19 heures.
À Amsterdam, la jet-set à travers les âges
quitté leurs cimaises du Louvre, d’Orsay,
de la Tate Gallery de Londres ou des Offices
de Florence.
Venus de Dresde, Henri le Pieux, duc de
Saxe, et son épouse Catherine, comtesse de
Mecklenburg, ont le privilège de l’âge. Lucas Cranach l’Ancien les a représentés en
1514. S’ils ont fait adopter la Réforme à
leurs sujets, leur élégance trahit un amour
certain du luxe et, peut-être aussi, un penchant pour la fantaisie. Lui porte une couronne de fleurs couverte de bijoux, jusqu’à
quatre bagues par doigt, et trois lourds colliers d’or pèsent sur sa robe vermeil et cramoisi. Plus touchants sont les époux da
Porto de Vicence. Ils ont eu dix enfants.
Véronèse représente le père avec leur premier fils et la mère avec leur fille aînée.
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À AMSTERDAM
a plus belle société du monde
tient salon au Rijksmuseum, à
Amsterdam, où elle s’est réunie
autour des époux Maerten Soolmans et Oopjen Coppit. Les deux
toiles de Rembrandt, conjointement achetées par la France et la Hollande en 2016 –
seul couple que l’artiste ait peint en grandeur nature, debout et en pied –, viennent
d’être magnifiquement restaurées. Les
Pays-Bas se préparent en effet à célébrer la
mort, il y a 350 ans, de leur plus célèbre artiste, et tout ce qu’ils possèdent de lui devra
être fin prêt pour 2019.
Jusqu’aux incroyables boucles à pompons des souliers, les dentelles blanches et
soieries noires des Soolmans resplendissent donc déjà au centre de cette exposition
qui sonne comme un prélude. Ce raffinement contraste avec les visages : bonnes
bouilles bataves à mine pragmatique.
Autour sont accrochés trente-sept autres
portraits du même type, exécutés par les
plus grands noms. De Cranach à Vélasquez
(Don Pedro de Barberana y Aparregui, fier
hidalgo paré de la croix rouge de l’ordre de
Calatrava) ou de Manet (le peintre, graveur
et écrivain Marcellin Gilbert Desboutin,
Musée de Sao Paulo) à Munch.
Dans ce synchronisme allant du début
du XVIe siècle à celui du XXe, où seules les
notices aux murs se soucient de contextualisation, tout a été choisi pour plaire ou
étonner. Ici des souverains puissants, là des
aristocrates excentriques ou de riches
bourgeois, toutes personnalités influentes.
Ces chefs-d’œuvre ont temporairement
L
Romantisme et excentricités
La Marquise Luisa Casati et son lévrier (1908), Giovanni Boldini. Portrait du capitaine
Thomas Lee (1594), Marcus Gheeraerts le Jeune. WWW.BRIDGEMANART.COM / RIJKSMUSEUM,
GHEERAERTS MARCUS II /TATE IMAGES
Montrés seuls, au contraire, Thomas Lee,
mercenaire au service d’Elizabeth I, semble avoir oublié sa culotte dans la toile de
Marcus Gheeraerts, tandis que le bourgmestre de Haarlem Johan Colterman est nu
dans le tableau de Hendrick Goltzius. Mais
c’est que la tenue du premier est une référence fantaisiste au kilt irlandais. Et que le
second s’est voulu en Hercule. Richard
Sackville, troisième comte de Dorset, demeure toutefois le plus fantasque : William
Larkin n’a oublié aucun fil de sa collerette
géante ni broderie d’or sur ses bas blancs.
On préférera peut-être les moirures cuivrées de l’armure de Maurits, prince
d’Orange sublimé par Michiel van Mierevelt. Ou celles, argentées, du costume prédandy du premier duc de Hamilton par
Daniel Mytens l’Ancien.
Au XVIIIe, Drouais excelle dans le traitement des fracs azur et des gilets à passementerie, tels ceux portés par le comte de
Vaudreuil. Émigré en Angleterre, a-t-il
dansé avec Mary Howe, dont Gainsborough fait voler le tulle ? Ce doux romantisme
alterne avec les excentricités du temps.
Celles d’un William Gordon, favori du roi
George III, en charge du Royal Highlanders, qui a commissionné Pompeo Batoni
pour un portrait dans le tartan réglementaire. Ou celles de Jane Fleming, comtesse
de Harrington, dont les traits si délicatement rendus par sir Joshua Reynolds ne
font pas mentir la réputation de plus belle
femme d’Angleterre.
Autre beauté glamour, celle vêtue de ce
noir symbole de modernité au XIXe :
Pauline Croizette. Enfin, parmi les ultimes
fantasques de cette très excellente compagnie, citons, par Sargent qui le campe en
peignoir rouge et pantoufles de satin, Samuel-Jean Pozzi, un des premiers gynécologues. Il a été placé entre l’industriel juif
allemand Walther Rathenau, assassiné en
1922, qu’Edvard Munch a brossé col amidonné et cigare allumé. Et la scandaleuse
marquise Luisa Casati, mondaine racée et
anguleuse comme son lévrier à collier de
diamants. La dame et son animal sont ici
immortalisés par le virtuose Giovanni
Boldini. Bouclant ce plan de table, Anna de
Noailles, complice en décadence Belle
Époque, elle aussi portée sur les stupéfiants
et les robes de Fortuny ou de Poiret, arbore
sa médaille de première femme commandeur de la Légion d’honneur dans une huile
de Van Dongen.
En sus, dans une salle adjacente, quatrevingts estampes et dessins provenant des
collections maison évoquent les fêtes auxquelles se sont livrés ces personnages. ■
« High Society : Four Centuries of Glamour »,
au Rijksmuseum, Amsterdam, jusqu’au 3 juin.
www.rijksmuseum.nl
A
ARTS Le Rijksmuseum réunit 39 des plus beaux portraits en pied de grands d’Europe peints entre le XVIe siècle et 1930.
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
28 CULTURE
Le « Peau-Rouge de Montparnasse »
cible Drouot
ENCHÈRES
Provenant
d’une collection
américaine,
un ensemble inédit
de sept œuvres
de Frank Overton
Colbert est vendu
le 18 mai
sous le marteau
d’Ader Nordmann.
Une découverte.
Q
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
ui connaît de ce côtéci de l’Atlantique celui
que l’on surnomma le
« Peau-Rouge de Montparnasse » ?
Quasi-personne ! Sept de ses œuvres,
perdues au milieu d’un catalogue de
vente d’art impressionniste et moderne
d’Ader Nordmann, n’ont pourtant pas
échappé à l’infime poignée de connaisseurs de Frank Overton Colbert, artiste
atypique mais significatif de l’art américain des années 1920. Célébré jadis
par la critique pour raconter sous son
pinceau coloré les mythes et légendes
de son pays, ce descendant d’une longue lignée de grands chefs chickasaw
fut le premier Indien à exposer à New
York, avant de venir à Paris en 1923.
Ensuite, il tomba dans l’oubli…
Sa carrière éclair, suite à une grave
dépression (en 1941, il est hospitalisé
dans le Colorado et y meurt le 20 mars
1953), ne laissa que très peu d’œuvres.
On en compte seulement 70, dont cinq,
selon les recherches de Brian Hern,
sont conservées dans les collections
publiques américaines. C’est dire le caractère inédit de celles qui sont vendues
le 18 mai à Drouot. La plupart ont été
exposées à la célèbre Montross Gallery,
enseigne portant le nom de son fondateur et ouverte en 1878 à New York,
De gauche à droite : Lot 36, Indien, vers 1921-23 ; Lot 37, Monwu : God of Thought, vers 1921 ; Lot 34, The Undersea God, vers 1921, de Frank Overton Colbert (1895-1953).
pour représenter des célébrités comme
Matisse, Gauguin et Cézanne, mais aussi
d’illustres inconnus tels que Frank
Overton Colbert.
C’est le hasard qui a mis l’étude Ader
Nordmann sur la piste du « Peau-Rouge
de Montparnasse ». En novembre 2017,
cette dernière avait vendu un tableau
de l’artiste amené à l’étude fortuitement six mois plus tôt. La toile The Trail
to the Happy Hunting Ground fut adjugée 13 000 euros au marteau. « À l’époque, nous ne savions pas qui était
l’auteur et encore moins ce qu’il avait
réalisé. Aucun spécialiste n’avait entendu parler de Frank Overton Colbert, affirme le commissaire-priseur Xavier
Dominique. Mais le tableau était très
fort, avec un côté mystique. Dans un style post-dada avec ses multiples petites
touches. L’atmosphère était étrange de
par son sujet : une sépulture typique des
Indiens d’Amérique du Nord, avec son
hibou perché, l’accompagnateur des
morts, dans la tradition indienne. »
À partir de là, les recherches ont
commencé. « Notre seul indice ? Une
étiquette au dos mentionnant une expo-
sition à la Montross Gallery de New York
en 1921, ajoute le commissaire-priseur.
Nous avons retrouvé le catalogue sur Internet et découvert que Frank Overton
Colbert a fait partie du groupe Inje-Inje
(du nom d’une tribu primitive indienne
entre la région de l’Amazone et des Andes) créé en 1920 par Holger Cahill et regroupant des artistes comme Mark Tobey, Alfred Maurer, William Gropper et
Un doux mélange
d’influences, voire d’art
brut, dans sa peinture
John Sloan. Nous avons contacté l’auteur
d’une thèse, Alan Moore, qui nous a mis
en relation avec l’un des descendants par
alliance du peintre. Il vit aux États-Unis.
C’est lui qui vend aujourd’hui ces œuvres
en importation temporaire. »
L’histoire de ce jeu de piste est
croustillante. À cela s’ajoute la vie de
Frank Overton Colbert Redfeather
- « Plume rouge », d’où son surnom ! -, qui l’est tout autant. Et des
œuvres qui font rêver par leurs titres
correspondant à des dieux ou des esprits des nombreuses tribus amérindiennes du Mexique à l’Alaska. Après
la Première Guerre mondiale, l’Indien
qui a passé son enfance en Oklahoma
s’installe à Greenwich village et étudie
à l’École des arts appliqués de New
York au même moment que William
Gropper. Établi à Paris sur la rive gauche avec sa femme, Frank Overton expose The Undersea God, illustrant le
mythe inuit de Sedna (la toile est dans
la vente), en 1923 au Salon d’automne,
puis L’Indien, en 1926, au Salon des indépendants. Habitué des cafés, il est
connu pour ses dessins sur du papier
d’emballage récupéré dans les boucheries. Mais le succès est de courte
durée. Suite à une dépression, il rentre
aux États-Unis en 1926. Dix ans après
sa mort, la rétrospective organisée à la
galerie Paula Insel à New York est son
dernier sursaut.
Comment définir sa peinture si singulière ? Le célèbre William F. Cody,
connu sous le nom de Buffalo Bill, résume assez bien sa dualité : « Plume
ADER
rouge, vous trempez votre pinceau dans
l’arc-en-ciel et peignez l’Indien à partir
de l’âme de toutes les générations d’Indiens, avec la philosophie et la précision
de la pensée européenne. » Il est clair
que Frank Overton Colbert n’appartient à aucun mouvement, même s’il
puise aux sources du pointillisme ou du
primitivisme. Il y a un doux mélange
d’influences, voire d’art brut, dans sa
peinture. « Son passage à l’École des
beaux-arts à Paris lui a permis d’apprendre, et la technique vient magnifier
une œuvre très personnelle qui s’inscrit
dans un courant international, explique
Xavier Dominique. Jusqu’à aujourd’hui, on regardait ce peintre comme un
outsider, volontairement oublié par les
États-Unis, dans une époque ségrégationniste. Comment auraient-ils pu réhabiliter un Indien qui, en plus, se disait
peintre ? » Attractives, les estimations
vont de 6 000 à 8 000 euros pour
l’aquarelle, de 10 000 à 12 000 euros
pour la gouache et de 12 000 à 15 000
euros pour les huiles. Le « Peau-Rouge
de Montparnasse » réussira-t-il à
créer la surprise ? ■
Une couverture de « Tintin » bien gardée
VENTE Ce jeudi, Christie’s propose une aquarelle tirée du « Sceptre d’Ottokar ». Mise
en couleur par Hergé, elle est restée dans la même famille pendant soixante-dix-neuf ans !
OLIVIER DELCROIX £@Delcroixx
image, éloquente et
d’une grande beauté,
parle d’elle-même. On
y découvre Tintin en
pleine course, tenant à
la main une miche de pain et une fiasque de vin en osier. À ses côtés, Milou
cavale avec un os à la bouche. En
contrebas, un douanier bordure sort
de son poste-frontière, aussi surpris
que furieux.
Les amateurs d’Hergé auront immédiatement reconnu un épisode clef
tiré du septième album des aventures
du célèbre reporter à la houppette, Le
Sceptre d’Ottokar, prépublié en 1939
dans Le Petit Vingtième, peu après
l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne. Hergé, toujours à la pointe de
l’actualité, a envoyé son fidèle reporter en Syldavie.
Pour Hergé, Le Sceptre d’Ottokar est
l’album de la maturité politique. L’intrigue s’enclenche par la découverte
d’une serviette sur le banc d’un parc
bruxellois. De là, Tintin part pour la
Syldavie où il finit par déjouer un coup
d’État visant le roi Muskar XII. Nous
sommes en 1938. Le contexte de tension
politique est croissant, alors qu’Hitler
vient de proclamer l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche. Hergé le dit luimême : « L’histoire du Sceptre d’Ottokar
est celle d’un “Anschluss avorté”. »
A
L’
Cette illustration originale, splendide par sa composition dynamique, a
servi de couverture pour Le Petit
Vingtième, supplément jeunesse paru
le 22 juin 1939. Mais ce qui rend la pièce exceptionnelle, c’est qu’Hergé luimême a décidé de la mettre en couleur
à l’aquarelle avant de l’offrir à une
personne qui lui était chère. Comme
l’écrit l’« hergéologue » Philippe Goddin, qui présente la pièce dans le catalogue de la vente : « Si bon nombre des
“
Il s’agit d’une pièce
jamais mise en vente, et
qui apparaît sur le marché
pour la première fois.
C’est un cas rarissime…
surtout chez Hergé
”
DANIEL MAGHEN, EXPERT DE LA VENTE
CHEZ CHRISTIE’S
dessins d’Hergé ont été conservés par
l’auteur, d’autres se sont perdus ou ont
été offerts à des amis ou connaissances.
Et parmi ces derniers, nec plus ultra,
très rares sont ceux qu’il a pris la peine
de mettre en couleur avant de les offrir.
Exceptionnelle à plus d’un égard, cette
composition sera restée dans la famille
de son heureux bénéficiaire… durant
près de soixante-dix-neuf ans. C’est
donc un fleuron de l’œuvre d’Hergé qui
ressurgit ici, presque par miracle. »
Contacté par Le Figaro, l’expert de
la vente chez Christie’s, Daniel Maghen, ne dit pas autre chose : « Il
s’agit d’une image exceptionnelle, offerte par l’arrière-grand-mère du déposant. Le plus incroyable est que cette
œuvre d’avant-guerre soit restée dans
la famille depuis soixante-dix-neuf
ans. Quand j’ai fini par convaincre le
vendeur qu’il était opportun de la mettre aux enchères, j’ai été très heureux,
car il s’agit d’une pièce jamais mise en
vente, et qui apparaît sur le marché
pour la première fois. C’est un cas rarissime… surtout chez Hergé. »
Maghen confie que lorsqu’il a récupéré la splendide aquarelle d’Hergé, il
a été soufflé par la qualité de conservation du dessin. « En règle générale,
précise-t-il, ce genre d’œuvre de bande dessinée ancienne passe souvent par
l’atelier de restauration. Il y a toujours
un Scotch qui s’est effrité, un papier
qui a jauni, ou de la colle qui a traversé
le papier. Ici, comme l’illustration a été
conservée dans un coffre une bonne
cinquantaine d’années, elle était d’une
fraîcheur incroyable. On aurait dit
qu’Hergé l’avait achevée la semaine
dernière. C’est magique ! »
De plus, le fait qu’Hergé ait voulu
mettre en couleur lui-même à l’aquarelle cette encre de chine montre
qu’il tenait à ce dessin. « Je pense que
l’envie d’Hergé de s’essayer à l’aquarelle sur ce dessin était évidente, commente l’expert de la vente. Il aura ex-
Couverture
du Petit
Vingtième
n° 25 du 22 juin
1939.
HERGÉ-MOULINSART
2018
périmenté une nouvelle technique, en
se faisant plaisir, et en faisant également plaisir à la personne à qui il destinait l’illustration. »
Compte tenu de la rareté de l’image, l’estimation reste cependant assez
prudente. « J’ai estimé cette œuvre
entre 500 000 et 600 000 euros,
conclut Daniel Maghen. C’est un prix
que je pense correct. Mais il n’est pas
de mon ressort de prédire si elle va faire flamber les enchères. Tout ce que je
peux dire, c’est qu’il s’agit d’une pièce
marquante, atypique, qui avait jusqu’alors échappé aux mailles du filet
des enchères. Elle se défend elle-même,
par sa beauté et le fait qu’elle soit répertoriée. » Parviendra-t-elle à dépasser le million d’euros ? « Botus et
mouche cousue », comme diraient les
Dupond(t)… ■
Vente chez Christie’s (Paris VIIIe),
le 3 mai, à 19 heures. www.christies.com
EN BREF
L’Olympia annule deux
concerts de Bertrand Cantat
C’est par un communiqué
sibyllin, envoyé le 2 mai par le
service de presse de la salle, que
l’Olympia a annoncé sa décision
de renoncer à accueillir les deux
concerts que devait y donner
Bertrand Cantat, les 29 et 30 mai
prochain. Cette annonce fait suite
au report de plusieurs dates
de la tournée (à Nantes et Lille)
de l’ancien chanteur de Noir
Désir, pour raisons de santé.
En mars dernier, l’entourage de
l’artiste avait par ailleurs annoncé
qu’il renonçait à toutes les
prestations prévues dans le cadre
de festivals musicaux cet été.
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LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
CULTURE 29
« À Cannes,
on a transformé les stars
en arbres de Noël »
ENTRETIEN La Quinzaine des réalisateurs célèbre son jubilé.
Rencontre avec son créateur Pierre-Henri Deleau,
à quelques jours de l’ouverture du festival.
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
La Quinzaine des réalisateurs fête sa
50e édition au Festival de Cannes, qui
s’ouvre mardi 8 mai. À l’origine de ce
fleuron des sections parallèles, carrefour des auteurs nouveaux venus du
monde entier, une personnalité remarquable, Pierre-Henri Deleau, qui a présidé pendant trente ans aux destinées
de la Quinzaine, racontées dans
l’ouvrage de Bruno Icher Quinzaine des
réalisateurs, les jeunes années (éditions
Riveneuve). « Il possède un vrai goût,
fait d’une certaine féminité et de brutalité, du flair et une force de caractère peu
commune. Il n’a jamais eu la grosse tête
mais a toujours exigé le pouvoir. » C’est
le portrait que trace Gilles Jacob, ancien
président du festival, de son meilleur
ennemi professionnel. Le succès de la
Quinzaine, c’est lui.
LE FIGARO. - Pourquoi vous ?
Pierre-Henri DELEAU. - Jacques Doniol-Valcroze m’avait demandé d’être
son adjoint à la SRF (Société des réalisateurs de films), fondée en juin 1968
- après l’affaire Langlois et l’interruption de Cannes -, et c’est dans ce cadre
que j’ai créé la Quinzaine, d’abord appelée Cinémas en liberté : elle fait vraiment partie de la SRF et, au départ,
c’est le même esprit : l’intérêt pour la
création et le refus de toute censure. La
politique était interdite. Deray était de
droite, Heynemann communiste, Enrico centre gauche, Kast socialiste… On
se battait pour que les films soient libres
et égaux entre eux, et on ne parlait que
de la défense des réalisateurs. Doniol,
grand et authentique résistant, est arrivé en costume trois pièces et a fini par
produire Arrabal.
Et vous, que faisiez-vous en 1968 ?
Je travaillais à la télévision scolaire et
j’habitais l’hôtel Jeanne-d’Arc, au
7e étage sans ascenseur, rue de Buci. J’ai
assisté à 68 avec délice. J’allais à la Sorbonne plus pour les filles que pour la
politique. J’avais 26 ans et j’étais gaulliste. Mais je ne supportais pas la censure. 68 a été une révolte contre l’ordre
moral et l’académisme. Mais après,
c’est la Restauration. Avec Pompidou,
on est revenu à l’ordre moral. Il a ruiné
douze éditeurs en leur collant des procès pour obscénité. La Religieuse, film
envoyé à Cannes par le ministre de la
Culture, a été interdit par le ministre de
l’Intérieur.
Qu’est-ce que la Quinzaine a apporté
à Cannes ?
On est arrivé au bon endroit au bon
moment. Le mérite de la Quinzaine est
d’avoir fait évoluer le festival qui était
très corseté, entre institution et diplo-
matie. Il prenait les films envoyés par
les pays. Nous voulions les choisir
nous-mêmes et nous sommes allés
chercher ce qu’il y avait d’interdit
(drogue, sexe, politique) et d’inconnu
(des films australiens, africains, arabes,
jamais vus dans la sélection officielle).
Par chance, c’était un moment de
grand renouveau cinématographique.
La Quinzaine a apporté de nouveaux
pays, de nouveaux auteurs. Et on a un
peu changé le paysage de l’art et essai,
parce que le public cinéphile était au
rendez-vous et permettait de tester
l’impact des films. La Quinzaine est devenue le « off » du « in » et son succès
provoquait le festival officiel. On a obtenu plus de caméras d’or que la sélection officielle. On a montré 5 films
d’Oshima, 5 films de Herzog, 2 des Taviani… Pas Gilles Jacob.
Quels étaient vos rapports avec lui ?
Les rapports étaient très clairs : on ne se
parlait pas.
Qu’est-ce qui vous a fait quitter
la direction de la Quinzaine ?
Après trente ans de Quinzaine, je suis
parti vers d’autres festivals parce que je
n’avais plus d’appétence. C’est une
passion de diriger un festival. Jeune, j’ai
fait un court-métrage et compris que je
n’avais pas de talent de cinéaste. Inutile
de faire des choses inutiles. Mais je
connaissais les bourgeois et je les trou-
Pierre-Henri Deleau : « Ce sont les auteurs qui m’intéressent, ceux qui habitent
vraiment leurs œuvres. » FRANÇOIS BOUCHON / LE FIGARO
vais ennuyeux. Pas envie de devenir
l’un d’eux. Ce sont les auteurs qui m’intéressent, même si je n’en suis pas un,
ceux qui habitent vraiment leurs
œuvres. Je voulais voyager et voir des
films. Et on m’a payé pour voir des
films et voyager. C’est un peu un métier
d’éditeur, avec moins de risques pour
moi. Mon ambition était de constituer
une sorte de « Pléiade des cinéastes ».
Je n’ai pris que les films que j’aimais,
pour les faire aimer.
Votre successeur actuel, Édouard
Waintrop, vient d’être remercié
par la SRF. Qu’en pensez-vous ?
Onze membres de la SRF ont présen-
té des films que Waintrop n’a pas retenus, et, comme ils sont propriétaires, ils l’ont remplacé. On lui
reproche son ego : qui n’a pas d’ego ?
Il a fait des sélections originales, en
sept ans, et c’est un bon directeur de
festival, parce qu’il a un bon réseau
d’espionnage.
Vous serez à Cannes
pour cette édition anniversaire ?
Oui, une soirée, mais le plus rapidement possible. Je n’aime pas Cannes.
C’est une ville artificielle et bling-bling.
Et je trouve affligeant le spectacle du
tapis rouge. On a transformé les stars en
arbres de Noël. ■
Hailey Tuck, une Américaine à Paris
CHRONIQUE Avec « Junk », son premier album, cette Texane impose sa singularité parmi les chanteuses de jazz.
LA MUSIQUE
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
unk n’est pas la pire chanson pour
prendre son envol. Sa version originale figurait sur le premier album de Paul McCartney, celui
avec lequel le musicien faisait savoir qu’il en avait terminé avec les Beatles. Il s’agit d’une de ces petites mélodies
qui n’ont l’air de rien et que le génie anglais est capable de composer quand bon
lui semble. La voilà aujourd’hui qui
donne son titre au premier album d’une
chanteuse, l’Américaine Hailey Tuck.
Native du Texas, la jeune femme
cultive un goût particulier pour la pop
britannique. Outre McCartney, elle a
puisé les chansons de son disque aux
meilleures sources de l’écriture made in
J
UK : Ray Davies ou Jarvis Cocker sont
ainsi au menu, à travers des interprétations de morceaux des Kinks et de Pulp.
Arrangés aux couleurs jazz, ceux-ci
trouvent un nouvel éclat. Le divin
Alcohol du premier aborde même une
nouvelle vie grâce au timbre soyeux et
quasi enfantin de Hailey Tuck, qui dispose d’une voix et d’un tempérament
immédiatement singuliers.
Assemblage
haut de gamme
À 20 ans, ses parents proposent de lui financer une école prestigieuse. Elle accepte l’argent mais s’offre un billet simple pour Paris. C’est dans notre capitale
qu’elle goûte alors une vie de bohème
qui la voit chanter dans les clubs le soir
et hanter les boutiques de fripes la journée. Europhile convaincue, elle passe
assez de temps à Londres pour tomber
amoureuse de la scène locale. C’est aussi là-bas qu’elle rencontre son manager
Hailey Tuck a puisé les chansons de Junk
aux meilleures sources de l’écriture
britannique pour leur donner un nouvel
éclat. ROCKY SCHENCK
et trouve une maison de disques. Mais la
revoici déjà de retour à Paris, avec un
album sous le bras cette fois.
C’est en partant à la recherche du
« Mark Ronson du jazz » qu’elle a abordé Larry Klein. Ancien collaborateur et
époux de Joni Mitchell – que Tuck reprend dans Cactus Tree, composition de
1968 –, Klein est le réalisateur numéro
un en matière de chanteuses. On lui doit
des albums de Tracy Chapman, Shawn
Colvin ou Madeleine Peyroux. En France, il a travaillé avec la chanteuse
Daphné. C’est sous sa houlette que la
Texane fantasque a apprivoisé le studio.
En homme de goût, Klein a convoqué de
sublimes musiciens pour accompagner
la voix de la jeune femme : Jay Bellerose
à la batterie, Dean Parks aux guitares…
Un assemblage haut de gamme qui tisse
des arrangements d’une grande finesse.
Avec sa coupe à la Louise Brooks, Hailey
Tuck semble tout droit sortie des
Années folles.
Elle tranche déjà avec la cohorte des
chanteuses de jazz américaines surgies ces dernières années. Sur scène,
la demoiselle joue volontiers les ingénues, apostrophant le public avec des
remarques piquantes. Les notes de
pochette de son album sont les plus
drôles qu’il nous ait jamais été donné
de lire. Elle y remercie de nombreuses
personnes, avec une anecdote savoureuse sur chacune d’entre elles : photographe, manager, parents, amis,
tout le monde y passe. Lucide, elle s’y
décrit comme un monstre d’égoïsme
et de narcissisme. Autant de qualités
qui font d’elle assurément une future
star. Si elle ne signe qu’un texte parmi
les douze chansons de son album,
Hailey Tuck devrait bientôt écrire des
morceaux originaux, si l’on se tient à
son excentricité.
Hailey T, Junk (Silvertone/Sony Music),
sortie le 4 mai. En concert le 12 juin
au Café de la Danse (Paris XIIe).
Shakespeare dans le bain de la jeunesse
ARMELLE HÉLIOT aheliot@lefigaro.fr
ne piscine. Une longue et
belle piscine avec son eau
bleue, à l’avant de la grande
scène du Théâtre GérardPhilipe de Saint-Denis. À
gauche, une harpe. Au fond, un grand
panneau blanc et des rectangles lumineux orangés accrochés à une grille. Il y
en a vingt-trois, autant que de jeunes interprètes dans cette version miraculeuse
des Sonnets de Shakespeare.
Jean Bellorini, metteur en scène et
musicien qui dirige le centre dramatique, et Thierry Thieû Niang, danseur et
chorégraphe qui conduit depuis plusieurs années des ateliers avec les amateurs, adultes, enfants, adolescents, si-
U
Dans Sonnets, garçons et filles dansent,
bougent, jouent et chantent avec une
précision fluide et harmonieuse. A. SEDIK
gnent cet extraordinaire travail qui
possède toutes les qualités d’un spectacle
professionnel. Avec, supplément d’émotion, la grâce d’une jeunesse diverse et
unie dans la discipline et la poésie.
L’eau des songes
Il faut du culot pour mettre la barre si
haut, mais ces Sonnets sont le résultat
d’un travail de longue patience. Les
vingt-trois jeunes qui ont consacré toutes
leurs vacances à répéter ont déjà participé
à des spectacles et notamment à Ses Majestés, de Thierry Thieû Niang, l’an dernier. Ils appartiennent à la Troupe éphémère du Théâtre Gérard-Philipe où Jean
Bellorini, depuis qu’il en a été nommé directeur en 2013, mène des actions fortes
pour tous les publics. Ce qu’ont réussi les
deux artistes, c’est à donner à la fois à
chacun des vingt-trois des moments où
ils sont seuls, dans le meilleur d’eux-mêmes, avec leur singularité et leur talent
unique, et des moments où, unis, comme
une troupe, ils dansent, ils bougent, ils
jouent, ils chantent sur des compositions
de Bellorini, avec une précision fluide et
harmonieuse en une heure de grâce et de
poésie. Ils viennent de tous les horizons.
Ils ont donc entre 9 et 19 ans. Il y a des
brindilles et des garçons et des filles qui
ont déjà leur taille d’adulte, il y a des
corps fins et déliés, et d’autres encore enrobés des moelleux de l’adolescence. Mais
tous, on le devine, ont gagné une
confiance et se sentent bien, malgré les timidités ou les complexes de leurs âges.
La piscine n’est pas seulement un décor. Ils plongent, ils nagent et d’ailleurs
le spectacle s’ouvre par un bref film dé-
sopilant des années 1960 où l’inventeur
de la machine à apprendre à nager fait
une démonstration avec une petite fille
qui ressemble à Zazie.
Mais, surtout, ils disent les sublimes
poèmes d’amour de Shakespeare avec
une intelligence et une sensibilité bouleversantes. Les tourments du grand
William, ils les comprennent. Ils sont
universels. Ils sont de leur âge ! L’eau est
celle des songes, mais c’est celle d’Ophélie également ou de la noyée de la Seine.
Assise sur une échelle, une petite fille
chante un bijou signé Gainsbourg, La
Noyée. À la fin aussi, un garçon chante a
cappella. Déchirant. ■
Sonnets, Théâtre Gérard-Philipe
de Saint-Denis (93). Ce soir à 20 heures.
Durée : 1 heure. Tél. : 01 48 13 70 00.
Reprises à venir.
A
THEÂTRE Jean Bellorini et Thierry Thieû Niang ont fait travailler des adolescents de 9 à 19 ans. Superbe.
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
30
STYLE
Longchamp et Shayne Oliver,
les noces de Nylon
MODE Alors que la marque ouvre les portes d’une boutique à Manhattan, elle lance demain une collection en
collaboration avec le designer de la contre-culture new-yorkaise, réactivant la force et la désirabilité du Pliage.
ur le papier, on se permettait
d’entretenir quelques doutes sur ce mariage contre-nature entre une marque
patrimoniale française et un designer
américain élevé à la culture queer.
Encore une maison en quête de « cool »
pour capter les millennials ? Encore une
collaboration à logos pour exciter les réseaux sociaux ? Ce serait mal connaître la
griffe et le styliste en question. La première, Longchamp, n’a pas attendu la
vogue de ces opérations pour s’associer à
des noms venus d’autres sphères créatives. Le second, Shayne Oliver mué en
mercenaire de la « collab » (avec
Helmut Lang, Diesel et un autre chantier
non dévoilé pour cette année) depuis la
récente mise en sommeil de sa marque
Hood By Air, force le respect tant sa
contribution vise juste, tant son message
demeure singulier.
« Le principe de la collaboration a
nourri la maison bien avant que cela ne
devienne une recette commerciale, rappelle Sophie Delafontaine, directrice
artistique et petite-fille des fondateurs.
Mes grands-parents et mon père cultivaient une passion pour l’art et encore
plus pour les artistes. Dans les années
1970, à la demande de mon père, le peintre Serge Mendjisky avait réalisé un fabuleux patchwork de cuir reconstituant
un tableau sur un sac de voyage. À l’époque, cette démarche n’avait aucune dimension de communication, elle répondait simplement à une envie de rencontre
avec une personnalité a priori éloignée de
notre domaine. Pareillement, le point de
vue de Shayne me passionne et m’enrichit, parce que je ne partage pas les mêmes références. »
Les opposés s’attirent
Nul ne doute que les références du designer sont aux antipodes de celles de
l’entreprise familiale, née dans une civette des Grands Boulevards en 1948 et
devenue, sous la houlette des générations suivantes, un classique du bon goût
parisien. Shayne Oliver, né en 1988 dans
le Minnesota et élevé à Trinidad puis
Brooklyn, est l’une des figures charismatiques de la scène agitée new-yorkaise, caressant le souvenir de la Ball
Culture du début des années 1990, ces
soirées de duels de danse fréquentées par
les jeunes gays noirs et latinos (là même
où est apparu le Voguing popularisé par
Madonna). En dix ans, il s’est imposé à la
fois comme chef de file d’un streetwear
nouvelle vague et comme un créateur,
au sens premier du terme, revendiquant
son penchant pour le style du Belge Raf
Simons.
LONGCHAMP
S
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
Sophie Delafontaine, directrice artistique de Longchamp, a confié à Shayne Oliver la création d’une collection, en vente demain.
Dans un autre temps, ils ne se seraient
sans doute pas rencontrés, mais à l’heure
de la globalisation, il aura suffi d’un projet (fort ambitieux) d’une boutique
Longchamp sur la Ve Avenue : qui dit
nouvelle adresse, dit produits exclusifs,
dit aussi nécessité de créer de la notoriété. En clair, la marque so French avait
tout intérêt à imaginer une capsule cosignée avec un designer local, de préférence parlant aux nouvelles générations, à
commercialiser en pleine inauguration
(ce soir). « Nous cherchions un styliste
américain, non pour coller son nom sur nos
sacs, mais pour bénéficier de son regard
sur Longchamp afin de nous
faire redécouvrir notre propre patrimoine, insiste
Sophie Delafontaine.
Or, Shayne s’est mis au
service de la maison,
son nom n’apparaît jamais aux dépens du nôtre. Et on ne peut même
pas nous accuser de courir
après ses followers vu qu’il
ne possède pas de compte
Instagram !»
Partant du Pliage, le célèbre sac maison en Nylon,
Shayne Oliver en a repensé les proportions, étirant les poignées, déconstruisant sa structure pour réinventer une
quinzaine de pièces de maroquinerie
(trois pochettes, trois cabas, un sac à
dos), de voyage (deux sacs et un portehabit), de textile (un bomber et un teeshirt) et de chaussures avec trois versions
d’un escarpin très cool. Il a aussi détourné le discret « Longchamp Paris - Marque déposée Made In
France » traditionnellement
embossé au
dos du rabat,
en un logo sérigraphié au fort potentiel
commercial auprès des millennials. « Je
ne suis pas dingue de la segmentation par
âge, par catégorie socioprofessionnelle,
poursuit-elle. Contrairement à de nombreuses marques cultivant un discours de
niche, nous voulons parler à tout le monde.
Cette collaboration vendue sur la Ve Avenue (et dans une sélection de magasins en
France, NDLR) s’adresse à la résidente
chic de l’Upper East Side, au touriste qui en
arpente les trottoirs et aux jeunes gens de
Brooklyn qui, connaissant le nom de
Shayne, voudront découvrir l’offre d’une
griffe institutionnelle parisienne. De la
même manière, vous trouvez habituellement nos produits aussi bien dans notre
boutique de Dijon que dans un grand
magasin à Tours ou un multimarque
à Grasse. »
Autre trophée de cette capsule :
le porte-habit en Nylon rose imprimé d’un « Realness » en grosses
lettres noires (référant à la fois à
l’authenticité de Longchamp et à
un terme des fameux concours de
danse). « C’est drôle, dès notre première
rencontre alors que je lui montrais la boutique, Shayne a identifié, au rayon bagage,
cette housse à vêtements qui n’est pourtant
plus très prisée. Il a aimé cet accessoire reflétant une certaine élégance dans la façon
de voyager, un chic intemporel qui
contraste avec notre époque où nous courons tous avec nos valises à roulettes, dans
cette obsession du business efficace. »
Ce que le New-Yorkais y transporterait ? Sophie Delafontaine y imagine aussi bien les très beaux manteaux en cachemire de cet esthète que ses tee-shirts.
« Notre art du voyage aujourd’hui est tellement ennuyeux, à devoir être efficace, en
jeans. J’aime l’idée de prendre soin d’un
vêtement et de voir des garçons dans la rue
avec leur housse rose, il y a quelque chose
de charmant et d’ironique », explique le
jeune homme qui dit apprécier travailler
sur un objet ne lui étant pas familier.
« Aujourd’hui, tout le monde sait exactement ce qui est cool grâce à Instagram.
Dès que quelqu’un lance une nouveauté,
les autres en donnent leur propre version.
Pour moi, être jeune ne signifie pas faire du
“nouveau vieux”, rhabiller le passé dans
des atours neufs. » Il y a quelques semaines au sujet d’une précédente collaboration, il se qualifiait de « curator » plus
que de designer. Or, c’est bien le design
qui fait le sel de cette collection. « Il est
vrai que je me sens de plus en plus designer. À mes débuts, je créais en fonction de
mes propres références, de mon intuition.
Maintenant, j’ai du temps pour réfléchir,
pour travailler avec des gens maîtrisant un
savoir-faire, et pour produire selon des
contraintes. Avant le concept, la première
émotion face à un vêtement passe par la
qualité, par son confort et la façon dont on
se l’approprie. Je peux trouver beau un sac
de luxe, mais il doit être utile dans ses différents usages. C’est ça qui est cool. »
Si l’on ne doute pas du succès commercial de cette capsule, quelles seront
les incidences sur le catalogue de la marque ? « Cette collaboration m’incite à décloisonner notre offre. Hier, un sac exprimait un statut et visait un client ou une
cliente. Aujourd’hui, une femme très élégante peut mixer un accessoire griffé et
des sneakers, les créations de Shayne peuvent séduire une dame extrêmement chic
de Manhattan comme un étudiant en
Corée, estime Mme Delafontaine. Le Pliage
se prête à ce décloisonnement. Mon père l’a
créé il y a vingt-cinq ans parce qu’il cherchait un sac de voyage léger, peu encombrant : son design répond à sa fonction. Ce
qui est universel, de la même manière que
nous avons tous le même jean, les mêmes
baskets, quel que soit notre âge. » ■
À partir de 150 € la pochette
et 220 € le tee-shirt, en vente demain
dans une sélection de boutiques en France
et sur Longchamp.com
+ @SUR LE WEB
» Plus de mode sur
www.lefigaro.fr/madame
Made in Africa
TENDANCE Les initiatives en faveur de l’Afrique se multiplient, infusant de wax sénégalais, de broderies rwandaises
et de cotons éthiopiens les garde-robes de ce printemps.
est bien d’étonner
en restant cohérent »,
répond
Hervé Bailly, directeur produit et
image de Cyrillus, à ceux qui seront
surpris de découvrir, le 14 mai, les vitrines de l’enseigne parisienne aux
couleurs de l’Afrique. « Je suis sûr que
les familles, qui viennent chez nous, vont
apprécier nos pièces classiques revues
dans ces tissus imprimés ensoleillés. »
Du wax chez Cyrillus, une première, et le résultat réjouit: robes pour
fillette, pantalons et blouses pour
femme, bermudas pour homme et
garçon, cabas, ainsi que quelques pièces de décoration. « Tout a été confectionné en Europe avec du wax acheté
au Sénégal, poursuit M. Bailly. Peu de
gens le savent, mais c’est un tissu cher,
une matière noble d’un chic fou, au
C’
A
«
même titre que le Liberty que nous vendons depuis des années. » Cette capsule joyeuse baptisée Cyrillus x CSAO est
née de la rencontre entre Hervé Bailly
et Ondine Saglio, la Française derrière
la Compagnie du Sénégal et de
l’Afrique de l’Ouest, qui promeut aussi les broderies des femmes de l’île de
Gorée (association Asao) et dont les
collaborations passées avec Bonpoint,
Côme Éditions et Sézane ont été largement médiatisées.
Des histoires venues d’ailleurs
Pour la deuxième année consécutive,
Macon & Lesquoy fait appel aux artisans
de l’atelier Ibaba Rwanda. « Ces femmes brodent au fil de coton selon les méthodes ancestrales des grands-mères de
nos campagnes, un savoir-faire transmis
par les sœurs catholiques en mission
dans les années 1940-1950, explique
Marie Macon, cofondatrice. Ce n’est pas
typiquement africain, mais ces brodeuses
comptent parmi les dernières à maîtriser
cette technique. » Dans la boutique du
37, rue Yves-Toudic (Paris Xe), les
clients adorent écouter ces histoires
venues d’ailleurs « et nous sommes fiers
de les raconter, insiste l’entrepreneuse.
Qu’il s’agisse du Rwanda, du Pakistan,
du Portugal ».
Quelle place l’aspect caritatif tient-il
dans le story-telling ? « Les Rwandaises
détestent que l’on s’apitoie sur leur sort.
Elles représentent à nos yeux des fournisseurs comme les autres. Elles accomplissent un travail remarquable et c’est pour
cela que nous faisons appel à elles. »
D’autres initiatives du genre se multiplient ce printemps, comme celle de
Monoprix x Maison Château Rouge
(déjà en vente). Quant à la ligne Pierre
Hardy x Lemlem, elle sera en boutique
le 1er juin prochain : main dans la main
avec le top-modèle éthiopien Liya
Kebede, le designer a rhabillé ses baskets Slider, ses sandales, une pochette
et un sac aux rayures de la toile de
coton de la griffe fondée en 2007. Une
Macon & Lesquoy
CYRILLUS ; M&L ; PIERRE HARDY
ÉMILIE FAURE efaure@lefigaro.fr
Pierre Hardy x Lemlem
partie des bénéfices sera reversée à la
Fondation Lemlem, en faveur de la
santé maternelle et de l’éducation des
petites filles. ■
Cyrillus x CSAO
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jeudi 3 mai 2018
IMMOBILIER
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Jean-Marc Vilon, directeur général de Crédit Logement
« Un taux d’intérêt moyen à 1, 70 % fin 2018 »
LECLUBIMMO. Dans un contexte de hausse de prix dans la
plupart des grandes villes, l’attractivité des taux d’intérêt
va -t-elle soutenir encore longtemps le marché ?
JEAN-MARC VILON : Les taux d’intérêt soutiennent déjà
activement le marché. Nous avons des taux d’intérêt sur
les crédits immobiliers qui sont au même niveau qu’il y
a un an alors que de nombreux observateurs anticipaient
une hausse. Lorsque l’on décline par durée de crédit, les
plus longues, par exemple sur 25 ans, ont même baissé
de 1, 83 % à 1, 70 %, sur un an. En ce qui concerne les
taux moyens, toutes durées confondues, nous sommes
à 1, 49 % aujourd’hui contre 1, 51 % en décembre 2017
et 3, 22 % fin 2012.
Vouspubliezunpalmarèsdesvillesaveclasurfacehabitable
au m2 que l’on peut acheter en fonction de la variation des
prix.Quelleestlatendance?
Il y a beaucoup de villes où les prix montent. Dans les
grandes métropoles Bordeaux en tête, il y a une forte
hausse des valeurs comme à Lyon et Paris. Du coup, la
capacité des ménages à acheter un bien immobilier diminue quasiment partout. C’est à Bordeaux que le pouvoir
d’achat immobilier a reculé le plus entre les premiers
trimestres 2017 et 2018 : - 6,3 m² à cause d’une hausse
des prix de 13, 6 %. La ville de Paris, où le prix moyen au
m2 avoisine les 9300 euros, arrive en quatrième position
des plus fortes baisses (-2,2 m²). À l’inverse, ce
ouvoir d’achat est en hausse sur le littoral méditerranéen
du fait d’une hausse des prix moins rapide. À Nice,
l’Observatoire constate une progression du pouvoir
d’achat immobilier de 2,4 m² et de 2,3 m² à Marseille.
Les villes où l’on peut avoir une bonne dynamique
sont des villes moyennes comme Aix-en-Provence,
Amiens, Angers, Saint-Etienne, Grenoble ou encore
Toulon.
Depuis la réduction du PTZ dans les zones B2 et C,
les primo-accédants sont-ils moins présents sur le
marché ?
Ce n’est pas encore très sensible mais les primoaccédants commencent à être moins nombreux.
Pour l’instant, l’allongement des durées de crédit
permet à des ménages souvent modestes d’avoir la
solvabilité nécessaire pour emprunter. Il y a un effort
de banques qui essayent de compenser les hausses
e prix et le recul des aides gouvernementales au
logement. Les durées moyennes d’emprunt ont
beaucoup augmenté. Nous sommes à 221 mois
plus de 18 ans), sans doute assez proche d’un
plafond.
Où en est la production de crédit immobilier en France ?
La production de crédit a connu un record sans
précédent en 2017 dans un marché extrêmement
dynamique en volume de transactions (968 000
ventes dans l’ancien). En 2018, sur un an, nous
constatons une baisse de 10 % pour la production
de crédit. C’est important mais cela nous ramène
dans les niveaux de 2016. Sur les rachats de crédit
entre banques, ils sont en forte baisse. Malgré tout,
ils demeurent cependant significatifs. Pour Crédit
logement, c’est environ 15 % de son activité.
AVIS À NOS LECTEURS - MENTIONS LÉGALES
Légende des sigles utilisés dans nos annonces : ◆ membre
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S.N.P.I (Syndicat national des professionnels immobiliers)
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La remontée de l’inflation est très progressive et
il y a un resserrement anticipé des conditions de
refinancement de la banque centrale européenne.
Tout cela va prendre du temps avant de se concrétiser. 2018 sera moins exceptionnelle que 2017
mais restera une bonne année de consolidation.
Les taux devraient commencer à remonter mais
graduellement et modestement. Nous anticipons une
évolution de 15 à 20 points de base cette année, ce qui
nous amènera à des taux proches de 1, 65 à 1, 70 %
à la fin 2018 (contre 1, 49 % aujourd’hui).
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annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
© Jean-Christophe Marmara/Le Figaro
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en France, Jean-Marc Vilon nous livre ses analyses.
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
32
TÉLÉVISION
L’art de perdre en politique
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Alors que toutes les chaînes analysent en détail la victoire d’Emmanuel Macron, il y a un an,
Grégory Magne s’intéresse aux défaites électorales et à la manière dont elles peuvent ou non être digérées.
Hippocampe
FRANÇOIS AUBEL £@francoisaubel
« C à vous »
C
hacun connaît, sans être
cuistre, la distinction
que faisait Proust
entre la mémoire intellectuelle,
l’anamnèse, cette mémoire un peu
fadasse, et la mémoire involontaire
qui, colorée, aime reconstituer
des moments « extra-temporels »,
colibris voletant en marche arrière
vers l’oubli. Nous ne parlerons pas
ici de l’auteur de la Recherche mais
de cet invité brillantissime convié
à la table d’Anne-Élisabeth
Lemoine, Lionel Naccache,
professeur de neurologie, qui publie
Parlez-vous cerveau ? (Odile Jacob).
Où nous avons appris que « 58 %
des parents ne se souviennent pas
du numéro de téléphone de leur
enfant, la faute aux nouvelles
technologies qui nous aident
et qui nous rendent paresseux,
qui nous font perdre la mémoire ».
Le Pr Naccache ne s’en alarme pas :
« C’est un changement de style
cognitif face à l’environnement
numérique, face aux outils qui sont
désormais les nôtres. Il y a 6 000 ans
et un peu plus récemment, nous
avons connu une évolution similaire.
L’invention des systèmes d’écriture
est la première prothèse cérébrale
dans laquelle, déjà, vous stockiez une
information symbolique. L’écriture
nous a servi de prothèse et ça ne nous
a pas fait régresser. » Il avoue
que si toutes les 45 secondes,
« vous êtes en train de consulter
votre iPhone, il y a quand même
un problème ». Lionel Naccache doit
avoir une cinquantaine d’années.
Comme nous, il est une sorte
de dinosaure pas défaitiste. A un
regret : nous dormons moins
et rêvons trop peu, ces rêves
qui réveillent notre mémoire
épisodique, toutes ces choses de la
veille. La mémoire se trouverait
dans nos deux hippocampes.
Ces chevaux de mer flottant
entre notre aire de Broca, notre
hypothalamus et notre hypophyse
ne demandent qu’à hennir, qu’à
fuguer. Ils piaffent de connaissance,
il est urgent de les muscler.
Cultivons nos souvenirs, matériau
vivant qui ne sera jamais un PDF.
LE BUZZ TV
Invitée : Carine Galli
interviewée par Sarah Lecœuvre
et Nicolas Vollaire,
aujourd’hui sur :
«
l faut savoir réussir un échec. »
La formule oxymorique est de
Catherine Trautmann, ministre de la Culture de Lionel Jospin durant la cohabitation.
C’est d’ailleurs par le visage fermé de
l’ancien candidat à la présidentielle de
2002, comme saisi par l’effroi de la débâcle, que s’ouvre Jours de défaite. Perdre en politique, documentaire consacré
à un sujet sur lequel on ne médite pas
assez. « Cela reste très intime. De façon
générale, nous vivons dans une société qui
accepte mal l’échec », admet Aurélie Filippetti, balayée le 11 juin 2017, au premier tour des législatives, après dix ans
à l’Assemblée nationale. Un printemps
meurtrier pour deux cents députés qui,
comme elle, ont dû quitter l’Hémicycle.
Taboue, la défaite ? Sur la soixantaine de
personnalités politiques
sollicitées pour témoigner dans le documentaire de Grégory Magne,
○○○○
les trois quarts auraient
décliné l’invitation. Leur
disqualification serait trop fraîche, trop
cuisante. Ou trop vexante ? On eût
d’ailleurs aimé entendre Jean-Luc Mélenchon, mauvais perdant de la dernière
présidentielle, sur la question. Il faudra
se contenter des geignements d’Alexis
Corbière. Il a pris des kilos, des cheveux
blancs. Bref, il s’est oublié pendant dixhuit mois à pousser derrière le leader de
La France insoumise. Le retour à soi
n’en sera que plus cruel. Gilles Boyer,
ancien soutien d’Alain Juppé, l’assure :
« La déception des défaites est plus intense que la joie des victoires. » Par la richesse de son commentaire et des témoignages recueillis par son réalisateur
et la journaliste du JDD Marie-Laure
Delorme, ce film éclaire d’une lumière
I
23.45
franche les défaites politiques les plus
marquantes, à droite comme à gauche.
Celle de Balladur, de Rocard, qui,
d’après Catherine Trautmann, n’arrivait pas à mettre du cynisme dans sa
conquête du pouvoir. Ou de Jospin, dont
le retrait de la vie politique a laissé un
goût amer chez certains. « J’étais partagée devant une affirmation qui semblait
dictée par la modestie et l’orgueil que cela
représentait », se souvient ainsi Dominique Voynet.
La déroute a des conséquences auxquelles les hommes et femmes politiques
ne se préparent pas. Il faut vivre les amis
qui vous tournent le dos. Et supporter le
poids de la culpabilité. Candidate du Parti
communiste en 2007, Marie-George Buf-
DAMIEN MERCEREAU
£@DamienMercereau
ne victoire à l’Eurovision
ne se joue pas en trois minutes sur scène. Comme
des sportifs de haut niveau, les artistes doivent
se préparer durant des mois. Comme
des personnalités politiques en campagne, ils multiplient les déplacements
pour aller à la rencontre de ceux qu’il
faut séduire : les professionnels de la
musique, les fans et les
médias. Cette année, au
travers du dispositif
Destination Eurovision,
○○○¡
les organisateurs fran-
U
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4716
HORIZONTALEMENT
VERTICALEMENT
1. Elle crée divers embranchements. - 2. Collections de bandes.
- 3. Tenues pour mortes. Nous sont
familiers. - 4. Un type de Magog.
Sort de la bouche des bébés. - 5.
Peut être imitée par un rossignol.
Savant cocktail d’acide et d’alcool.
Au rugby et à l’aile. - 6. Prit en
compte. Poste d’observation
discret. - 7. Se voit deux fois dans
s’entend. En travers du lit. Lazzi
mineurs. - 8. Du monde de
Samothrace. Elles déclenchent
des fléaux.
1
2
3
4
Se forger une carapace
Perdre a des vertus insoupçonnées. « Au
fond, si je prends Nicolas Sarkozy, ses deux
meilleurs discours ont été ceux de ses défaites », estime ainsi son ancienne ministre Christine Albanel. « Il a livré une part
d’humanité et de générosité dont les gens
ne le croyaient plus capable », renchérit
Aurélie Filippetti. Le masque tombe.
L’analyse de ce moment que François
Léotard, ex-ministre de la Défense, dési-
5
6
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4715
HORIZONTALEMENT 1. Occasion. - 2. Rhumerie. - 3. Garamont.
- 4. amaR. Ngt. - 5. Narrée. - 6. Îlien. Vs. - 7. Gis. Noé. - 8. Réassure.
- 9. Arno. DIM. - 10. Motus. Si. - 11. Miellats. - 12. Esseulée.
VERTICALEMENT 1. Organigramme. - 2. Chamaliérois. - 3. Curarisantes. - 4. Amarre. Soûle. - 5. Sem. Enns. Slu. - 6. Irone. Oud. Al. - 7.
Oing. Vériste. - 8. Nettes. Émise.
2
3
4
5
6
7
8
çais ont voulu créer l’événement pour
sélectionner notre représentant. Une
large partie du documentaire d’Alex
Gary, « En route pour l’Eurovision »,
diffusé ce soir sur France 4, revient sur
la sélection des dix-huit concurrents,
les répétitions, les réactions à chaud et
les premiers pas du duo « Madame
Monsieur ». Durant la finale, les caméras se sont glissées dans un lieu habituellement interdit d’accès : la salle
des jurés internationaux.
Une fois désignés, Émilie Satt et
Jean-Karl Lucas ont été suivis tout au
long de leur opération
de séduction, de Paris à
Lisbonne, où se déroulera le 12 mai la finale.
Un marathon médiati-
22.15
BRIDGE
PROBLÈME N° 2819 :
Au charbon avec
les noires
D 10 5 4
10 3 2
DV
V543
N
O
E
S
7
A
fet a failli quitter ses camarades à jamais.
« Je me souviens d’une soirée, sur le balcon
de mon immeuble au Blanc-Mesnil, où je
me suis demandé si le moment n’était pas
venu de tout larguer », explique-t-elle, au
bord des larmes.
gne comme un « affrontement avec la
réalité » glisse aussi sur le renoncement
de François Hollande, le seul à être « câblé comme vous et moi », ironise JeanFrançois Lamour. Par opposition, c’est
un habile moyen d’interroger le triomphe d’Emmanuel Macron. Est-ce qu’un
homme qui n’a jamais connu de défaite
en politique peut être un bon président ?
Pour se forger une carapace, faut-il savoir dominer l’échec, comme l’écrivait
François Mitterrand dans Ma part de vérité ? Aurélie Filippetti conclut, perfide : « Il
y a des victoires dont on ne fait rien… » ■
Documentaire complété sur France Culture
par une série d’entretiens menés
par Cécile Amar et Marie-Laure Delorme
dans l’émission « À voix nue » (20 heures).
Dans les pas du duo qui va défendre les chances de la France à l’Eurovision le 12 mai.
Émilie Satt et Jean-Karl Lucas,
interprètes de Mercy, ont été suivis
tout au long de leur campagne
pour le concours musical.
1. Manque de naturel. - 2. Blanc de
l’Est. - 3. Séparer la farine du son.
- 4. Sanctifié en 62. Agent blanchissant. - 5. Teintée d’émotion.
Soliste. - 6. Lève le doigt pour
rentrer chez lui. Passe dans les
beaux quartiers. - 7. Muni d’une
dérivation. - 8. Naguère enceinte
d’un collégien. Se déplace comme
Ahasvérus. - 9. Écorchés morts.
- 10. Jouer avec les tons. Au bout
du rouleau. - 11. Rappelée avec
solennité. - 12. Affrontées dans la
tempête.
Lionel Jospin, candidat socialiste à la présidence de la République, lors de son intervention après sa défaite
au premier tour, le 21 avril 2002. PAUL DELORT/LE FIGARO
« Madame Monsieur » : opération séduction
GILLES SCARELLA
France 5 | 19 heures | Mardi
9
10
11
12
RV3
ARD94
4
A R 10 2
Contrat : Sud joue 4 Cœurs,
après une ouverture de 1 en
Est (E.-O. vuln .)
Entame : 2 de pour le Roi d’Est
qui insiste de l’As de , coupé.
Sur As-Roi de , Est défausse
un .
que débuté par le JT de 20 heures de
Laurent Delahousse sur France 2, une
rencontre inattendue avec Jean Paul
Gaultier, qui signera leur tenue. Et
d’innombrables interprétations de leur
chanson Mercy, à la télévision, à la radio et sur scène, en France comme en
Europe, dans des événements destinés
à un large public. « Je pense qu’ils vont
cartonner, ils seront dans les cinq premiers », pronostique Sébastien Cauet.
« Ils sont portés par leur amour », souligne Stéphane Bern en marge d’un sujet
tourné avec eux à Lisbonne. « Notre
rencontre a d’abord été artistique et je
suis rapidement tombée amoureuse de
Jean-Karl », se souvient Émilie. Et
l’Europe est tombée sous le charme de
Mercy. De bon augure. ■
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME DE DÉFENSE
N° 2818 : Savoir encaisser
Contrat : Sud joue 4 Piques.
La séquence (E.-O. vuln.) : Sud ouvre de 1SA, Nord
répond 2 (Texas), Sud rectifie à 2, Nord redit 3♣,
Sud 3 et Nord conclut à 4.
Entame : As de (le 10 en Est, le 5 en Sud).
Le 10 de en Est provient d’une courte (doubleton ou
singleton), si bien que vous comptez trois plis (deux et
un ). Où trouver le quatrième ? Le compte des points en
laisse au maximum deux chez votre partenaire. Si c’est la
Dame de , mauvaise pioche, car votre seule chance de
faire chuter est de promouvoir un atout en flanc. Pour cela,
il faut et il suffit qu’Est détienne le Valet d’atout troisième.
Mais, après le Roi de , ne vous précipitez pas en donnant
un troisième tour de . Encaissez l’As de auparavant.
Pourquoi est-ce si important ? Si vous rejouez un petit ,
le Roi de disparaît du mort et la coupe d’Est sera le
dernier pli du flanc. De même, si vous rejouez le 9 de ,
Sud coupe de l’As, tire
A9765
Roi-Dame d’atout puis
R
efface le Roi de sur le 7
DV
D9872
de affranchi.
10 8
A752
AR962
63
N
O
E
S
RD3
D 10
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A R V 10
V42
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10 8
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LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
jeudi 3 mai 2018
33
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Philippe
Soleil: Lever 06h27 - Coucher 21h08 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu 20.45 Alcaline 20.50 Parents mode d’emploi
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton.
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
21.00 R.I.P.D. Brigade Fantôme
21.00
20.55
20.55
Film. Comédie
Magazine. Reportage
Film. Comédie dramatique
MATIN
4
40
Film. Comédie. EU. 2013. Réal. : R.
Schwentke. 1h36. Avec Jeff Bridges.
Un policier décédé est recruté par
une unité spéciale qui permet à ses
membres de revenir sur Terre.
5
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6
3
5
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9
10
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22.50 Star Trek : Into Darkness.
Film. Science-fiction.
9
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6
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du siècle» - «Perturbateurs endocriniens, nos vies empoisonnées»
- «AOP : des fromages à la chaîne».
23.05 Esprits criminels Série. La
22.40 Complément d’enquête
quête (1 et 2/2) - Vente en ligne 1.35
New York, police judiciaire. Série.
Mag. Inédit 23.55 Gala des 10 ans de
la Neemrana Music Foundation
7
Les recettes
du bonheur
11
6
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
10
10
6
12
20.50 La grande librairie
14
11
EU. 2014. Réal. : Lasse Hallström.
1h57. Inédit. Avec Helen Mirren, Om
Puri. Dans un village du Sud-Ouest,
la guerre est déclarée entre cuisine
indienne et cuisine française.
Magazine. Littéraire. Présentation :
François Busnel. 1h30. En direct.
Invités : Zep, Francis Hallé, Jacques
Tassin, Gilles Clément, Douglas
Kennedy, Silvia Avallone.
23.05 Soir/3 23.45 Jours de
défaite Documentaire. Inédit 0.35
Madame la ministre. Documentaire.
22.20 C dans l’air 23.30 C à vous
0.25 C à vous, la suite. Magazine.
11
10
13
11
16
60
15
APRÈS-MIDI
16
30
15
15
19.00 L’Allemagne sauvage. Série
doc. La rivière Havel 19.45 Arte journal 20.05 28 minutes. Magazine.
19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier de Moulins 20.25 Scènes de
ménages. Série.
21.00
20.55
21.00
Film TV. Action
Série. Drame
Série. Policière
18
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15
15
18
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16
17
16
20.55 Au cœur de...
16
16
Mag. Prés. : E. Batelaan. 2h. Français
à Las Vegas : du rêve américain à
la réalité. Inédit. Las Vegas est la
ville américaine par excellence de
la démesure où tout est possible !.
16
15
14
18
40
15
15
18
16
22.55 Au cœur de... Magazine.
Présentation : Ellen Batelaan.
21
24
23
13
16
24
20
60
19
19.00 Australie, la ruée vers l’or.
Téléréalité.
Acts of violence
EU. 2018. Réal. : Brett Donowho.
1h25 Avec Bruce Willis, Cole Hauser,
Shawn Ashmore. Un ancien militaire,
aidé de ses compagnons d’armes, se
lance dans la traque des ravisseurs
de sa petite amie.
22.25 Smilf Série. 2 épisodes. Inédits 23.25 Moi, Daniel Blake. Film.
Drame 1.05 Rencontres de cinéma
Fiertés
Fra. Avec Samuel Theis, Stanislas
Nordey, Frédéric Pierrot, Nicolas
Cazalé, Benjamin Voisin. 2 épisodes.
Inédits. Printemps 1981. Victor,
17 ans, noue une relation amoureuse
avec le fils de son contremaître.
22.35 Fiertés Série. Inédit 23.25
Adieu Paris. Film. Drame 1.00 Le
dossier Odessa. Film. Thriller.
23
T (en °c)
20.50 Périphérique, les secrets
d’une mégastructure
Scorpion
EU. Saison 4. Avec Elyes Gabel,
Katharine McPhee, Robert Patrick.
2 épisodes. Inédits. Scorpion se rend
sur les côtes mexicaines pour tenter
de reboucher des fissures dans une
centrale nucléaire après un séisme.
Doc. Fra. 2017. Réal. : K. Senoussi.
1h10. Pour construire le boulevard
périphérique parisien, les ingénieurs
ont relevé de nombreux défis.
22.00 La route sous haute surveillance 23.15 En zone dangereuse
22.45 Scorpion Série. Que le meilleur
gagne - Very Bad Flip - Les cœurs en
flammes - Protection rapprochée.
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. Le
point de non-retour - L’alliance.
18.50 Les Marseillais Australia 20.30
100 % foot avant-match. Magazine.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 27 robes
20.50 Salzbourg/Marseille
Film. Comédie. EU. 2007. Réal. : Anne
Fletcher. 1h40. Avec Katherine Heigl.
Lors d’une soirée, une jeune femme
parvient à être présente à deux
réceptions de mariage.
Football. Ligue Europa. Demi-finale, match retour. En direct. À la fin
de cette rencontre, l’OM saura s’il
participera ou non à sa cinquième
finale européenne.
21.00 Un amoureux
pour maman
23.05 90’ enquêtes. Magazine.
Présentation : Carole Rousseau.
23.00 100 % foot. Magazine. Présentation : Carine Galli.
SU DO KU
GRILLE 2496 CONFIRMÉ
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PILIER
PASSER
UNE
COUCHE
BEAU
PARLEUR
HAUT EN
COULEUR
IL SERT À
L’OFFICE
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lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
FORCE 2
BOUGE
12/21
8/22
COPINE
QUI BRILLE
DE
NOUVEAU
AURAI DE
L’AVENIR
NOUVEAU
À RENDRE
QUI SE
FAIT DU
SOUCI
CONTENIR
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1 2
SOLUTION DU N° 2495
ÇA
SUFFIT !
BIEN
PORTANTE
DIMANCHE
6/21
14/24
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
23.00 Lady Diana, 20 ans déjà ! Qui
est-elle vraiment ? Documentaire.
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BLOQUA
CHARNUE
DERRIÈRE
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22.40 Départ immédiat. Magazine.
Présentation : Sophie Pendeville.
MOTS FLÉCHÉS N°1961
Chaque jour un peu plus difficile
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5
Divertissement. 2h00. Inédit. Des
mamans célibataires laissent leurs
enfants jouer le rôle de cupidon afin
de leur trouver un amoureux.
4/18
20/25
11/18
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ATHÈNES
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8/12
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SAMEDI
4/17
Mag. 1h40. Cap Ferret : le paradis
secret de la côte Atlantique. Inédit.
Le cap Ferret est un petit bout de
paradis qui sépare le bassin d’Arcachon de l’océan Atlantique.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
VENDREDI
21.00 Départ immédiat
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
13/18
12/19
8/10
8/13
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14/19
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
HALTE AUX
DOULEURS
REPASSE
LE DISQUE
BELLE
CARTE
SORT
DE SA TÊTE
APAISANT
COURTE
MÉLODIE
EN DÉCLIN
FRAPPÉES
DE
MUTISME
JOUEURS
DE FOOT
COMPULSÉE
ANCIEN
BOUCLIER
ADRESSE
DU PC
SIGLE
D’UNE
UNION
L’ASTATE
VILLE
D’AMÉRIQUE
LATINE
AZURÉENNE
HÉROS
TROYEN
S’EST
POSÉ
COMME
APOLLO
BARRE
D’UN TRAIT
GRATIN
PEUTÊTRE UNE
FUTURE
STAR ?
DÉCAPITÉS
PRÉCISE
UNE
POSSESSION
VIEUX
INDIENS
DE L’UTAH
BIEN
FIXÉE
avril - mai - juin
SANS
DANGER
LE
MEILLEUR
DES
HOMMES
PAYS À LA
BANNIÈRE
ÉTOILÉE
ESPACE
POUR
OSTRÉICULTEUR
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
D
C
G
A
E
G
E
D E C H A U S S E R
A C C U
R A I L L A I
E C R O U L
C AMO U F L E T
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F O R T E S
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F A R I N E
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R A L E
R U
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E M U E S
E N I E M
U
S
E
E
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T
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EN VENTE ACTUELLEMENT
chez tous les marchands
de journaux
et sur www.figarostore.fr
A
18.40 L’info du vrai (C). Magazine
20.40 Canalbis (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C)
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18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
34
Bixente Lizarazu,
la belle vie d’après
Baptiste Desprez
£@Batdesprez
«
u’est-ce que je veux vraiment
faire maintenant ? » À la fin
de sa carrière de footballeur, survenue au printemps
2006 après des débuts… en
1988, Bixente Lizarazu s’est
posé une seule question.
Simple et à la fois existentielle. Quel sens et quelle direction donner à sa vie après
avoir connu la gloire, le succès ou encore les peines
à travers un parcours de footballeur professionnel
qui l’aura fait jouer à Bordeaux, Bilbao, Munich,
Marseille avant de finir en Allemagne, le tout accompagné de 97 sélections en équipe de France ?
Douze ans plus tard, avec un palmarès aussi long
que le bras (23 titres collectifs, 9 distinctions individuelles), le champion du monde 1998 et champion d’Europe 2000 savoure pleinement ses choix
et assume avec bonheur sa « deuxième vie » qu’il
assimile aussi à « une renaissance ». Sans aucune
pointe de nostalgie et encore moins avec ce sentiment de « petite mort » qui accompagne les
grands sportifs au crépuscule de leur carrière.
« Tous les mecs qui partent en dépression, dans l’alcoolisme ou la drogue, c’est parce que leur vie leur
paraît insipide aujourd’hui, inintéressante par rapport à leur vie de footeux », avance le Basque de
48 ans, posé devant son eau gazeuse dans le salon
Q
J.-F. ROBERT/EDITIONS DU SEUIL
SUCCÈS Le champion du monde 1998 se livre sur ses choix
de vie, l’évolution du monde du football et du monde
tout court. En toute franchise et sincérité.
d’un hôtel parisien pour la promotion de son dernier ouvrage, Mes prolongations (Éditions Seuil).
Un livre qui aborde son après-carrière, sa vision
sur l’évolution du foot, des médias ou encore sur
des sujets plus personnels tels que la famille ou son
addiction aux sports extrêmes. « Dans la deuxième
vie, j’avais envie de m’accomplir en tant qu’homme
dans plein de domaines qui ne sont pas forcément
matérialisables, mais des expériences de vie. Je
l’aime, ma vie, elle est top, mais je suis aussi allé la
chercher avec de nombreux sacrifices durant ma
carrière. Ça n’a pas toujours été beau et
rose. Cette liberté, je l’ai gagnée. »
Priorité à la famille
En 2006, après plus de dix ans passés à
l’étranger du côté de Munich, il décide
de revenir s’installer au Pays basque
avec sa compagne, l’actrice Claire
Keim, dont il aura une petite fille, Uhaina (« vague » en basque), aujourd’hui
âgée de 8 ans. Son fils aîné de 22 ans,
Tximista (« foudre » en basque), né
d’une précédente union, habite à New
York et travaille dans la mode. Il donne
désormais priorité à la famille avant
toute chose. Façon aussi de combler les
manques du passé. « Quand tu es joueur
de foot et que tu embarques ta famille
dans tous tes délires pros, ce n’est pas
tous les jours facile, même si un footeux
gagne très bien sa vie. Je voulais que la
base de mon autre vie soit solide. »
Une fois de retour sur sa terre natale,
« Liza » n’a pas eu trop le temps de tergiverser. Son style, son verbe et sa belle
gueule en font un candidat de choix pour les médias
qui se l’arrachent. Dès la fin de sa carrière, il s’engage avec Canal + avant de rejoindre TF1 trois ans plus
tard, en 2009, tout en collaborant parallèlement
avec nos confrères de L’Équipe et de RTL. Une situation qui fait de lui aujourd’hui le consultant numéro 1
sur la place de Paris. Même si le terme l’agace. « Je
suis footballiste, la contraction de footballeur et journaliste », sourit-il, le teint mat et les muscles
saillants dans son tee-shirt bien serré, lui qui
s’adonne aussi bien au vélo qu’au surf, au ski ou au
jiu-jitsu, pour notamment être « au
top », le 12 juin prochain pour fêter
les 20 ans de France 98 au cours
d’un match de gala avec ses anciens
partenaires, mais surtout pour garder la forme et assouvir son « addiction » aux sports en tout genre.
1969
« Les experts, c’est pompeux, les
Naissance
consultants, tu en as en tout et n’imà Saint-Jean-de-Luz.
porte quoi. »
1988
Présent en Russie l’été prochain
1er match professionnel
pour commenter la Coupe du
avec Bordeaux.
monde - sa quatrième en tant
1998
qu’observateur avisé -, l’ancien
Champion du monde
latéral gauche se plaît dans ce rôle
avec l’équipe de France.
(« le métier de journaliste est no2000
ble »), mené par l’ambition de se
Champion d’Europe
« perfectionner chaque jour » tout
avec l’équipe de France.
en gardant ses principes de base.
2001
« Je veux respecter les hommes et,
Remporte la Ligue
en même temps, il ne faut pas endes champions
voyer de l’eau tiède. J’essaie de ne
avec le Bayern Munich.
pas être dans la réaction à chaud, de
2018
ne pas faire le “kékos” avec une forParution de Mes
mule. » De par son exposition, il en
prolongations (Seuil).
Bio
EXPRESS
profite pour tirer la sonnette d’alarme sur une certaine évolution du métier, lui qui est désormais
passé de l’autre côté de la barrière. « Le journalisme
se cherche un peu depuis l’arrivée des réseaux sociaux, avance-t-il, laissant poindre une certaine
forme de fatalisme. Ce métier doit rendre compte de
la vérité et, parfois pour des raisons commerciales, on
y met beaucoup d’artifices qui dénaturent le propos.
Dans une démocratie, on se doit d’être bien informé et
aujourd’hui on a beaucoup d’informations mais de
plus en plus d’infos erronées, “fake news” et compagnie. J’ai espoir qu’on revienne à un journalisme de
fond, argumenté, réfléchi, qui prend le temps. Je ne
peux pas croire que cela continue comme ça. »
Transition toute trouvée sur l’émergence des réseaux sociaux et de leur poids grandissant, un sujet
- qui le tracasse et le pousse à la réflexion - longuement abordé dans son livre, lui qui s’offre souvent
des « cures digitales » pour « faire le vide ». Utilisateur fréquent de Twitter (« un réseau qui n’a plus
rien de social avec son flot d’insultes »), Facebook
ou encore Instagram, Lizarazu se pose là aussi la
question de la surenchère permanente. « C’est le
diable à certains moments, tu es on 24 heures sur 24,
sauf quand tu dors. En tant que joueur, heureusement que je n’ai pas vécu ça. C’est d’une grande violence et on ne se rend pas compte à quel point cela
peut traumatiser les mecs en activité. Quand tu te
tapes mille gars qui s’acharnent sur toi car tu as raté
un but ou fait une erreur défensive, ce n’est pas acceptable. » Et l’ancien Bordelais de confier, inquiet : « On va tolérer ça longtemps encore ? Il y a
une grande responsabilité des patrons des réseaux
sociaux qui laissent passer trop de choses. Il ne faut
pas banaliser une insulte. Ça m’effraie pour nos enfants et les générations à venir. » ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Bloc [blok] n. m.
Casse-tête pour la police.
PARIS SECRET
Paris est une fête, et surtout un mystère :
la ville de Saint Louis et d’Henri IV, de Victor
Hugo et de Balzac, de Modigliani et de Robert
Doisneau n’a pas fini d’éblouir. De Notre-Dame à
La Défense, de Montparnasse au Père Lachaise,
des hôtels particuliers aux passages couverts,
Le Figaro Hors-Série vous fait découvrir Paris tel
que vous ne l’avez jamais vu. Au fil de ses ponts,
de ses jardins, de ses palais, de ses boulevards,
Paris livre mille et un secrets. Partez à la chasse
aux trésors et revivez la légende des siècles, avec
la plus éblouissante des promenades parisiennes.
e défilé du 1er Mai a été marqué à Paris par des violences perpétrées
par des casseurs dénommés black blocs.
Cette expression vient de l’allemand schwarzer block, qui a ensuite été traduite
par black bloc, pour désigner des groupes dont la tactique est de s’encagouler,
tout de noir vêtus, pour accomplir leurs forfaits, également sombres.
Ce nom barbare a le mérite de l’allitération qui exprime la brutalité des activistes.
Une figure de style qui n’avait pas échappé à Renaud qui, il y a quelque trente-cinq ans,
chantait déjà avec sa verve coutumière : « Y’a Jimmy qui se fait flinguer
par un black au coin d’un bloc. » Le titre en était : Ma chanson leur a pas plu.
C’est peu dire que celle des black blocs a fortement contrarié le préfet de police.
Car, noirs ou pas, ces voyous savent incontestablement faire bloc. Quoique ce fût
le 1er mai, on était loin mardi du traditionnel bloc des gauches ; c’est bien à un véritable
commando d’extrême gauche que les forces de l’ordre ont eu affaire.
Avec cette question : comment les bloquer avant qu’ils ne débloquent ?
Et les mettre hors d’état de nuire ? Tous au bloc ! Quelle que soit sa couleur. ■
L
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
François de Rugy se sépare
de son directeur de cabinet
Le président de l’Assemblée nationale a annoncé
à ses équipes, le 20 avril, qu’il mettait fin aux
fonctions d’Éric Fallourd, son directeur de cabinet.
Le transfuge d’Europe Écologie-Les Verts
a indiqué au Figaro qu’il ne partageait plus
« les mêmes objectifs » ni la « même vision »
avec son collaborateur de près de dix ans.
Éric Fallourd conserve un poste de conseiller
pendant la période de transition. C’est Léo Cohen,
jusqu’ici directeur adjoint de cabinet,
qui assure l’intérim avant de trouver un remplaçant,
« si possible une femme ».
NUMÉRO
DO U BL E
160 pages
12 €,90 Actuellement disponible
chez votre marchand de journaux et sur www.figarostore.fr/hors-serie
A
Retrouvez Le Figaro Hors-Série sur Twitter et Facebook
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Le Figaro Hors-Série : Paris secret.
160 pages.
Jean-Baptiste Lemoyne mobilise
pour la réforme constitutionnelle
Les tractations sur la révision constitutionnelle
vont bon train. Alors que le président LR du Sénat,
Gérard Larcher, entend bien poser ses conditions
à l’exécutif sur les modalités du texte,
plusieurs responsables de la majorité s’agitent
en coulisses pour convaincre leurs partenaires.
À commencer par le secrétaire d’État auprès
du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères,
Jean-Baptiste Lemoyne (photo), qui a invité ses amis
du groupe Génération 2014 (sept sénateurs LR
de moins de 50 ans élus il y a quatre ans) pour
un déjeuner au Quai d’Orsay la semaine prochaine.
JACQUES DEMARTHON/AFP
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO - N° 22930 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
l ittérai re
lefigaro.fr/livres
HISTOIRE
PHILIP KERR
UN ROMAN NOIR
DANS LE NID D’AIGLE
D’ADOLF HITLER PAGE 7
Ces romanciers
injustement oubliés
DOSSIER Certains ont eu leur heure de gloire, puis sont passés de mode. D’autres étaient
des auteurs cultes pour les passionnés de littérature. Aujourd’hui, ils sont redécouverts
grâce à des éditeurs qui aiment sortir des sentiers battus. PAGES 2 ET 3
H
Enzensberger le fataliste
ANS MAGNUS ENZENSBERGER
est notamment l’auteur du
remarquable Hammerstein ou
l’intransigeance, portrait d’un
officier et de ses états d’âme.
Tumulte tiendrait plutôt de l’autobiographie
en morceaux. Le mot « Mémoires » fait peur à
l’auteur, mais c’est bien à ce genre qu’il
s’adonne à sa manière, éclatée, faussement
désinvestie. À un journal de ses séjours en
URSS au début des années 1960 succèdent des
« post-scripta », puis une interview de
l’auteur par lui-même. L’écrivain chenu interroge le jeune homme qu’il fut.
Nous sommes dans l’Allemagne de l’immédiat l’après-guerre. Vacciné par la lecture de
Hannah Arendt et Orwell, Enzensberger n’est
pas aimanté par l’Union soviétique, seulement « vaguement de gauche », selon ses propres termes ; cependant à l’invitation de Moscou, il accepte de jouer le Huron. Le voici au
beau milieu d’un congrès d’écrivains à Leningrad en compagnie de Sartre, Beauvoir,
Sarraute, Golding. Les Russes vantent le réalisme soviétique, les Français le Nouveau Roman. Sommet du séjour, une visite à
Khrouchtchev. On ne saurait rien refuser à la
puissante Union des écrivains, qui là-bas régente les gens de lettres. Un détail attire l’attention du jeune homme : à Moscou, Ilya
Ehrenbourg habite un appartement magnifique : sous la dictature du prolétariat, certains
sont plus égaux que d’autres. Enzensberger
retournera en Russie trois ans plus tard, toujours à l’invitation de l’Union des écrivains,
toujours aussi Huron. Il n’a qu’une idée : fausser compagnie aux autorités et fuir ces séjours
« Potemkine », arrangés pour les visiteurs,
afin de fureter à sa guise. Pourtant ne le quitte
pas d’une semelle une guide interprète qui est
certainement surveillante en chef. Plus tard,
se substituera à elle, plus aimable, Macha, la
LA CHRONIQUE
d’Étienne
de Montety
fille de la poétesse Margarita Aligner : tumulte ! Le voici moins ému par un pays sous le
joug que par les états de son cœur. Il épousera
Macha ; son mariage ne sera ni très simple ni
très heureux.
Le temps a passé depuis ses tribulations au
pays des soviets. Enzensberger a longtemps
logé sur la rive gauche des écrivains. Cette situation confortable (et conformiste à l’époque) lui a permis de passer de congrès en pétitions, de rencontrer Salvador Allende, Lili
Brik, l’irrésistible sœur d’Elsa Triolet, et Neruda, qui mène grand train parce que les poètes ont tous les droits. C’est fou ce que les
écrivains aiment à se retrouver entre eux. Ce
n’est pas le meilleur moyen de connaître le
monde et les hommes. Surtout quand l’on est
invité à Cuba avec du beau linge.
La RFA de ces années-là a tous les torts, mais
une qualité inestimable : elle tolère tout,
même ceux qui ont juré sa perte. Jusqu’à Baader et Meinhof qu’Enzensberger fréquente un
moment et dont la folie l’effare ; peut-être
fut-ce un déclic ? La violence est un mot de
colloque. Dans la vie, c’est une horreur.
Au fil des pages, emmenée par le ton désinvolte et plein d’autodérision de l’auteur, se
dessine une chronique de bric et de broc placée sous le signe du désenchantement. Une
génération s’est étourdie, parce qu’elle avait
lu Marx et Wilhelm Reich, et décrété qu’elle
aimait les damnés de la terre. Le constat
d’échec est dur.
Depuis, Enzensberger s’est réfugié dans sa
tour. Il lit avec passion les Essais, mais aussi le
Flaubert de Bouvard et Pécuchet et son cher
Diderot : cette sage compagnie l’a aidé à se
défaire de ses chimères et soigné de la bêtise
des hommes. Son aveu est touchant et passionnant. Il faut désormais imaginer ce sceptique heureux. ■
TUMULTE
De Hans Magnus
Enzensberger,
traduit de l’allemand
par Bernard Lortholary,
Gallimard, 288 p., 22 €.
Personne ne connaît
la vérité sur la disparition
de Vinca Rockwell.
Personne?
Le nouveau
roman de
Guillaume
MUSSO
Intense
Stupéfiant
Bouleversant
Déjà en librairie
A
CI-CONTRE : AFRICA STUDIO/SHUTTERSTOCK. EN HAUT, À GAUCHE : RUE DES ARCHIVES/RDA. EN HAUT, À DROITE : STEPHANE GRANGIER/LE FIGARO MAGAZINE
DE GAULLE, LA GUERRE FROIDE,
LA DOCTRINE SOCIALE,
ET LES MOTS D’ESPRIT PAGE 6
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
À LIRE
2
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
■ Maurice, Jean, Jacques et les autres
De nombreux éditeurs préfèrent partir
à la chasse aux grands textes oubliés plutôt
que de lancer sur le marché des auteurs sans
envergure. On les comprend. Voici donc
le Bordelais Jean Forton, libraire découvert
en 1951 avec une nouvelle, Le Terrain vague.
Il publiera huit romans chez Gallimard entre
1954 et 1966 avant de sombrer dans l’oubli
et de mourir à 51 ans d’un cancer du poumon.
À partir de 1995, Le Dilettante, Finitude et
l’Éveilleur, qui publie son chef-d’œuvre, Le Grand
Mal, exhumeront avec bonheur son œuvre.
Le discret André Blanchard refusait la dictature
du roman tout en déclarant : « J’écris pour n’avoir
pas à exister. » Le Dilettante publiera les carnets
et réflexions littéraires de celui qu’il avait qualifié de
« misanthrope aimable ». Son tout premier carnet,
Un début loin de la vie, qui couvre la période
1978-1986, est sorti il y a quelques jours.
Qui se souvient de Maurice Pons ? Comédien
au début des années 1950 puis écrivain, traducteur.
En 1965, Christian Bourgois publie Les Saisons,
où l’on suit un étranger arriver dans un village
mystérieux et semer le désordre. Ce livre-culte
est connu d’un petit nombre d’initiés. Sa lecture
est une expérience rare, hypnotique. Tout comme
celle des livres de Jacques Abeille, créateur
du Cycle des contrées, entamé en 1982
chez Flammarion avec Les Jardins statuaires.
Oubliée pendant vingt ans, cette œuvre magique,
onirique fut ensuite reprise par Joëlle Losfeld, Attila,
le Tripode et aujourd’hui Folio/SF.
B. C.
Les trésors Robert Margerit, l’amoureux fou
perdus de E
la littérature
du XXe siècle
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
DOSSIER Certains éditeurs
se sont fait une spécialité
de rechercher des romans
qui avaient disparu des librairies.
Ils trouvent parfois des pépites.
PROPOS RECUEILLIS PAR
MOHAMMED AISSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
P
ASSIONNÉ de littérature française, Hervé
Bel a créé « Les Ensablés », un blog intégré au site ActuaLitté
(actualitte.com) dans lequel il
tente, depuis 2010, de remettre
en scène des romans « dissimulés, enfouis, ensablés ». Cela a
donné naissance à un livre, Lectures en stock. Survivre en littérature, dans lequel sont recensés
cinquante-deux auteurs oubliés.
LE FIGARO. - Qu’entendez-vous
par « ensablés » quand vous
parlez de certains écrivains ?
Hervé BEL. - Les « ensablés », ce
sont des auteurs importants du
XXe siècle malheureusement
oubliés, minorés ou délaissés par
“
Ce qu’il
y a de bien
en littérature,
c’est qu’un
livre ne meurt jamais
tant qu’il existe
quelqu’un
pour le lire
HERVÉ BEL
”
A
WITI DE TERA/OPALE/LEEMAGE
une donnée relative : on est plus
ou moins oublié. Les livres de
Jacques Spitz (1896-1963) sont
introuvables, tandis que ceux
d’Eugène Dabit (1898-1936),
auteur notamment d’Hôtel du
Nord, sont régulièrement réédités.
Les raisons de l’oubli sont multiples. Beaucoup sont malheureusement morts avant d’avoir
achevé leur œuvre (André Lafon, Henri Calet…). Les deux
guerres nous ont privés de nombreux grands talents littéraires.
Certaines œuvres, en reflétant
l’esprit de leur temps, sont
condamnées à se démoder vite.
Et on en oublie parfois la qualité
intrinsèquement littéraire.
A contrario, certains auteurs qui
sont, eux, en avance sur leur
temps, je pense par exemple à
Emmanuel Bove (1898-1945),
ont été redécouverts et salués
après leur mort. Ils avaient
échappé à leur temps.
D’autres sont mal tombés, je
pense à René Boylesve, auteur
excellent, à (re)découvrir, qui
ressemble beaucoup à Marcel
Proust. Mais, face à ce chefd’œuvre qu’est La Recherche,
Boylesve a été balayé. Devant les
génies, les « petits maîtres »
s’effacent. Au fond, il n’y a pas
de règles, et c’est heureux pour
nous qui écrivons. Je dirais, pour
conclure, que la chance joue un
grand rôle. La littérature, comme la vie, est injuste.
la postérité. Ils ont composé une
Pensez-vous possible
œuvre véritablement littéraire,
que ces auteurs qu’on exhume
j’insiste là-dessus, mais qui derégulièrement puissent un jour
meure souvent méconnue.
sortir de ce purgatoire littéraire ?
Parfois, ils ont eu du succès de
Ce qu’il y a de bien en littératuleur vivant, puis l’oubli est
re, c’est qu’un livre ne meurt javenu, comme le sable qui recoumais tant qu’il existe quelqu’un
vre peu à peu des monuments
pour le lire. Les rééditions
d’art dans le désert,
d’auteurs
oubliés
d’où
le
terme
permettent d’entred’« ensablés »
que
tenir la flamme. Les
LECTURES
m’a suggéré ma
lecteurs passionnés
EN STOCK
femme. Ces auteurs,
deviennent à leur
Les Ensablés,
on les trouve encore
tour des passeurs.
textes réunis
parfois chez les liC’est cela qui comppar Hervé Bel,
Éditions
braires d’occasion,
te : qu’un auteur soit
de la Thébaïde,
sur les marchés de
lu, toujours, et qu’on
190 p., 16 €.
livres anciens. On ne
en parle. C’est le rôle
les lit plus. Pourtant,
que Lectures en stock
il y a des pépites que
s’est assigné. Il faut
les lecteurs doivent
donc rendre homabsolument
redémage à ces maisons
couvrir ! C’est une
d’édition qui, au méchasse au trésor qui
pris de la rentabilité,
s’offre à eux.
n’hésitent pas à rééditer. Je pense bien
sûr à La Thébaïde,
N’y a-t-il pas des
mais aussi à L’Arbre
raisons qui
Vengeur, Le Festin,
expliquent que ces
Finitude, La Table
écrivains restent
Ronde, et Le Diletinconnus du public ?
tante, bien sûr. Il
Avant toute chose, je
faut les aider. ■
dirais que l’oubli est
N 1950, l’année de ses
quarante ans, une simple
phrase a changé le destin
littéraire de Robert Margerit. Ce natif de Brive,
rédacteur en chef du journal Le Populaire du Centre, était déjà l’auteur
de quelques romans parus chez de
petits éditeurs et passés inaperçus.
Et voilà que Julien Gracq publie La
Littérature à l’estomac où il écrit :
« Le seul roman français qui m’ait
vraiment intéressé depuis la Libération est un roman obscur de Robert
Margerit, Mont-Dragon », roman
qu’il compare aux Falaises de marbre de Jünger. Paru aux éditions
Colbert (qui plus tard publieront
Angélique Marquise des Anges et
Barbara Cartland…), Mont-Dragon
met en scène un triangle amoureux
entre un écuyer, une châtelaine et
sa fille. Un drame sentimental banal ? Non. Selon Margerit, l’érotisme est « un art essentiellement
d’élégance, de raffinement, de sublimation […] un transfert du matérialisme à la spiritualité, du réel au
surréel », le surréalisme étant à ses
yeux la tentative la plus aiguë jamais faite pour aller au bout du
« mystère intérieur » de l’homme.
LE DIEU NU
De Robert Margerit,
Phébus,
coll. « Libretto »,
270 p., 9,70 €.
re, un hobereau de Haute-Auvergne dont la simplicité lui a plu.
Après leur mariage à Paris, elle arrive dans la demeure familiale où elle
va vivre désormais avec sa bellemère et son beau-frère. Dans ce
château sombre et mal entretenu,
« un incroyable monde désamarré, à
la dérive des siècles », elle découvre
son mari sous un autre jour, mutique, fruste, captivé par sa femme
lorsqu’ils se retrouvent dans l’intimité mais absent le reste du temps,
enfermé dans sa collection de timbres. Hélène passe donc ses journées en compagnie de son beaufrère Fabien, un érudit qui lui
raconte l’histoire de la région, l’emmène pour de grandes chevauchées
et entreprend avec elle de défricher
le parc du château où la nature a repris ses droits. Une amitié qui va finir par inquiéter leur entourage.
L’auteur a certainement mis
beaucoup de lui-même dans le
personnage de Fabien qu’il pare de
toutes les vertus solaires de l’éros,
un cavalier passionné par le Moyen
Âge, admirateur des héros de la
féodalité, hommes ardents dont la
vigueur, selon lui, n’était pas encore pervertie par le cogito cartésien. Mais sans doute Margerit
avait-il fait lui-même l’expérience
de la face noire de l’éros, incarné
ici par Gustave dont le désir éperdu et naïf de pénétrer le mystère
de la beauté de sa femme se dévoie
en puissance mortifère. Roman
psychologique et policier, Le Château des Bois-Noirs met au jour les
ambiguïtés de la version Sturm und
Drang du romantisme et de ses héritiers surréalistes. Après avoir
reçu le Grand Prix du roman de
l’Académie française en 1963 pour
un formidable roman en quatre tomes sur la Révolution, Robert
Margerit, malade, ne publiera plus
rien jusqu’à sa mort en 1988. ■
Robert Margerit salué
par Odette Joyeux pour
son prix Renaudot,
le 3 décembre 1951.
KEYSTONE FRANCE/
GAMMA-RAPHO
« Un incroyable monde
désamarré »
En 1950 donc, l’adoubement de
Julien Gracq alerte Gallimard qui
demande aussitôt à Margerit de lui
réserver tous ses romans. L’année
suivante, il recevra le prix Renaudot
pour Le Dieu nu, encore un drame
amoureux. La femme, le corps,
l’amour sont les arcanes de son univers où de joyeuses créatures libérées côtoient des séductrices redoutables ainsi que des femmes dont la
beauté charnelle n’a d’égale que la
bonté d’âme. C’est à cette dernière
catégorie qu’appartient l’héroïne du
Château des Bois-Noirs. Hélène, orpheline, élevée par des cousins dans
la bonne société parisienne, épouse
aux lendemains de la Seconde
Guerre Gustave Dupin de la Verniè-
Christian Bachelin,
le Ténébros
THIERRY CLERMONT
tclermont@lefigaro.fr
O
BSCUR destin que
celui de Christian
Bachelin. Tout comme la discrète destinée de ses livres.
On sait de lui qu’il est né à
Compiègne en 1933 et qu’il a
grandi dans un petit village de
Picardie. À douze ans, il est enfant
de troupe, vivote par la suite en
faisant mille petits métiers : manutentionnaire dans un entrepôt
d’épicerie en gros, à Clairvoix,
surveillant dans une coopérative
agricole, accordéoniste de baluche, pointeau dans une parfumerie de Grasse, coursier pour un
huissier de justice…
Proche du surréalisme d’un Michaux ou d’un Desnos, il publie un
premier recueil de poèmes, Stances
à la neige, couronné par le prix
Marie-Bonheur. Après un long silence, Guy Chambelland le récupère et édite successivement Neige
exterminatrice en 1967, Le Phénix
par la lucarne, Ballade transmentale, qui décroche le prix CharlesVildrac, et Médiéval in blues en
1981. Guy Chambelland, qui dira
de lui : « Je lis Christian Bachelin
comme j’entendrais de la musique
classique jouée en jazz, avec des
faux accords et des syncopes, pour
cette profondeur indicible de l’âme
moderne, impropre à toute règle
stricte. » Entre-temps, on lui a
trouvé un poste d’employé aux
écritures à la Société des gens de
lettres, ce qui n’est pas sans faire
penser à André Blanchard et son
gagne-pain de gardien d’une galerie d’art à Vesoul. Suivent, toujours chez de petits éditeurs, Complainte cimmérienne (en 1989 à La
Différence) et une première prose,
Soir de la mémoire. Bachelin est
certes peu lu, mais fait l’objet
d’une ferveur jamais démentie de
la part d’un petit cercle d’inconditionnels. En 2001 paraît chez
Zulma un premier roman, Y seul,
qui se présente comme une quête
autobiographique, sorte de Cahier
d’un retour au pays natal où flottent les ombres de Nerval et de
Gracq, pour l’élégance de l’écriture. Deux ans plus tôt, il avait publié
Atavismes & Nostalgies, tentative
de mettre à jour la « fermentation
des impressions » liées au tragique
de son histoire personnelle (père
noyé, femme disparue…).
« Fête de la désuétude »
En 2004, la publication d’une superbe anthologie poétique par Le
Temps qu’il fait le remet à flot et
lui attire de nouveaux lecteurs. On
peut y lire : « Je suis dans cette
chambre d’hiver la fenêtre/ Me cernant d’une exacte et vivace clarté/
Au même instant silhouette errante
je m’éloigne/ En quelque image d’un
cinéma suranné. »
Il quitte ce monde au KremlinBicêtre la veille de son soixante et
onzième anniversaire. Lucide, le
poète picard avait parlé de « la
La Table Ronde
vient de rééditer
Soir de la mémoire,
de Christian Bachelin,
plongée dans la poudre
grise des souvenirs.
LA TABLE RONDE
SOIR
DE LA MÉMOIRE
De Christian Bachelin,
La Table Ronde,
coll. « La Petite
Vermillon »,
140 p., 7,30 €.
barque fantôme de ma propre
parole ».
La Table Ronde vient de rééditer Soir de la mémoire, publié une
première fois en 1998, qui apparaît et de loin, comme son
meilleur texte, présenté ici par
Valérie Rouzeau, qui avait dédié
son recueil Vrouz à « Christian Bachelin, mon cher Ténébros ». Un
superbe texte autobiographique,
au lyrisme contenu mais savoureux, d’une pudeur dérangeante ;
confession sans concession, plongée dans la poudre grise des souvenirs. « Retombée des années,
écrit-il, basse nuée des temps mêlés, sous toujours à peu près le
même ciel indolent et perplexe, ou
petitement crispé autour d’une lune
de gel. » Bref, une véritable « fête
de la désuétude ». À découvrir
sans coup férir ! ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
3
LES SAISONS
De Maurice Pons,
Éditions Christian
Bourgois,
224 p., 15,20 €.
LE GRAND MAL
De Jean Forton,
L’Éveilleur,
267 p., 18 €.
LES JARDINS
STATUAIRES
De Jacques Abeille,
« Folio/SF »,
576 p., 8,90 €.
UN DÉBUT LOIN
DE LA VIE
D’André Blanchard,
Le Dilettante,
320 p., 20 €.
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
Jean-Pierre Martinet,
le clochard céleste
gé son épitaphe ainsi : « Parti de rien,
Martinet a accompli une trajectoire
exemplaire : il n’est arrivé nulle part. »
En 2008, les Bordelais de Finitude
N 1978, la couleur orange
pour qui Jérôme était « un livre mythiétait celle des losers. Pour
que
» se lancèrent, malgré le risque,
sa deuxième finale de Coudans une réédition. Les critiques
pe du monde de foot
s’emballèrent pour le roman et les
consécutive, la Hollande
trois tirages de 2 000 exemplaires
s’inclinait face à l’Argentine du génial
partirent. Aujourd’hui, auréolés du
Mario Kempes. Cette année-là, Rasuccès planétaire d’Olivier Bourdeaut
phaël Sorin et Gérard Guégan
(En attendant Bojangles), les Finitude
publiaient au Sagittaire, sous une
rééditent Jérôme dans
couverture orange, Jérôune couverture orange
me, d’un certain Jeanqui rappelle celle de
Pierre Martinet. C’était
JÉRÔME
1978. Une manière élécourageux. Jean-Jacques
De Jean-Pierre
Martinet,
gante de rendre homPauvert, qui, trois ans
Finitude,
mage à Martinet, vingtplus tôt avait vendu
477
p.,
18
€.
cinq ans après sa mort.
427 exemplaires de La
Relire Jérôme est touSomnolence, le premier
jours un choc. Dans un
roman de ce garçon né à
Paris qui lorgne du côté
Libourne en 1944, avait
de
Saint-Pétersbourg
renoncé, préférant laisser
avec ses noms de rues, de
moisir Jérôme dans ses
ponts, de passages rusarmoires. Malgré son enses, nous suivons la desthousiasme, le tandem du
cente aux enfers d’un
Sagittaire ne ferait guère
certain Jérôme Bauche,
mieux que « le notaire » :
42 ans, 1,90 m pour
628 exemplaires vendus !
150 kg. Cet ancien élève
Après avoir échoué à
brillant s’est mué en raté
devenir réalisateur de cidésespéré qui court après
néma, Martinet échouait
les lycéennes et fantasme
donc aussi en littérature.
sur l’une d’entre elles, Polly, au point
Il continua malgré tout d’écrire. En
d’en perdre la tête. Il vit chez sa mère,
1986, Le Dilettante publia Ceux qui
Mamame, une affreuse pochetronne
n’en mènent pas large et La Table
qui n’a pour lui que mépris et vacheRonde L’Ombre des forêts. Sans sucries : « barrique de vices », « horrible
cès. Martinet posa alors sa plume,
contrefaçon », « simulacre obscène »,
quitta la petite maison de la presse
« sorte de moisissure ». Suite de monoqu’il tenait à Tours et rentra chez sa
logues de quelques personnages gromère à Libourne et noya sa détresse
tesques ou pervers, d’éructations, de
dans l’alcool. En 1993, hémiplégique,
références à Baudelaire, Kleist, Faulkil disparut pour de bon. Il avait quaner, Dostoïevski, Gogol, Jérôme avec
rante-neuf ans.
ses accents céliniens, ses pages em« Un livre mythique »
brumées, ses mystères, s’achève par
ces mots qui tombent comme un couSi la noirceur et le désespoir absolus
peret : « Il n’y a pas d’âme, il n’y a pas
de son univers avaient bien touché
de paradis, il n’y a pas d’amour absolu,
quelques grands lecteurs et critiques,
tout ça ce sont des inventions de poète :
elle rebuta les autres, qui ne voulurent
notre enfer, nous le vivons sur terre,
voir en lui qu’une énième pâle copie
heure par heure, dans la médiocrité ou
célinienne. Fossoyeur de sa propre
la rancune, dans le dégoût et l’humiliaexistence, Martinet ne manquait
tion, jusqu’au bout… » ■
pourtant pas d’humour. Il avait rédiBRUNO CORTY
bcorty@lefigaro.fr
E
Jean-Pierre Martinet
(ici en 1987), l’écrivain
du mal de vivre.
ULF ANDERSEN / EPICUREANS
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
A
Portrait d’Yanette Delétang-Tardif, par Jean de Bosschère. RUE DES ARCHIVES/RDA
U CATALOGUE des
éditions de l’Arbre
vengeur,
maison
bordelaise spécialisée dans les petitsmaîtres et les grands livres
oubliés, Les Séquestrés de Yanette Delétang-Tardif (1902-1976)
est un diamant noir qui brille
d’un éclat singulier.
Recouvert par la poussière de
l’oubli, ce roman hypnotique de
140 pages demande des dispositions particulières de la part
du lecteur pour retrouver sa
ténébreuse beauté : un certain
goût de l’étrangeté, une faculté
d’écoute, l’envie d’être transporté n’importe où hors du
monde.
Les Séquestrés, c’est l’histoire
d’un homme possédé par les lettres pleines d’informations criminelles que lui envoie une mystérieuse
femme
nommée
Barbara. « Gilbert commençait à
devenir fou de Barbara, de son
écriture, de son histoire de crime,
de son amant, de ses miroirs et de
ses bouquets. »
Yanette Delétang-Tardif insiste sur la mesure entêtante des
syllabes du prénom de cette correspondante inconnue. « Barbara ! Nom noir et magnétique. Nom
qui prononce deux baisers et ouvre
une bouche dans la bouche de
l’autre, avec déjà le râle de la joie.
dont il semble toujours qu’une iniBarbara, qui me fait défaillir à six
tiation en est le seuil, il n’est pas
cents kilomètres de mon corps !
un roman dont il ne soit le sujet
Devinette de l’éternité, pirate péprofond. »
nétrante, rivale du mensonge ! »
Proche de l’école de RocheÀ défaut d’être lu comme un
fort, un groupe de poètes qui
poème en prose, l’unique roman
avait ses habitudes dans un villade Yanette Delétang-Tardif publié
ge des coteaux du Layon, près
aux éditions de La Table Ronde en
d’Angers, sous l’Occupation, Ya1945 peut se déchiffrer comme un
nette Delétang-Tardif
conte policier. Barbara
est proprement exexiste-elle ? Derrière
centrique dans l’hisses missives aux alluLES SÉQUESTRÉS
toire de la littérature
res de signaux de déDe Yanette
française : loin du
tresse, ne faut-il pas
Delétang-Tardif,
centre, des surréalisvoir la main de Fanny,
Éditions
tes, des romanciers à
la compagne de Gilbert
de l’Arbre Vengeur,
thème et des poètes
qui s’étiole à ses côtés ?
141 p., 13 €.
engagés.
Économe de mots et
Son roman refermé,
d’effets, Yanette Deléon ne sait pas à quelle
tang-Tardif écrit presplace le ranger dans sa
que comme un auteur
bibliothèque, sinon à
de romans noirs : « Il se
côté de La Messagère
sentait fatigué, les
de Sunsiaré de Larcôtraits tirés, et terriblene : même hermétisment provisoire. »
me, même sourire un
Mélancolie royale
peu triste et même attirance pour l’inexDans sa judicieuse
primable.
préface, Mathieu TeLe regretté Guy Durence éclaire les myspré, l’auteur des Matères de ce chefnantes et des Fiancées
d’œuvre
inconnu
sont froides, avait connu ces deux
d’une poétesse française marromancières qui croyaient aux
quée par la mélancolie royale de
destinées particulières. Il avait
Gérard de Nerval et les effusions
reçu d’elles des lettres étranges,
lyriques du romantisme allecousues de fulgurances. Dupré,
mand. « Tout le livre se passe hors
Sunsiaré, Yanette Delétang-Tardu temps, dans un lieu fantastique
dif : toute une époque érotique et
et sans issue. En lui, on a le sentimagnétique que l’on retrouve en
ment de se trouver à l’orée d’un
lisant Les Séquestrés. ■
autre monde. Cet autre monde,
A
Yanette Delétang-Tardif,
la magnétique
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
4
EN TOUTES
CRITIQUE
littéraire
WRITER PICTURES/LEEMAGE
confidences
L’autobiographie d’Armistead Maupin
Les éditions de l’Olivier publieront le 16 mai
deux ouvrages de l’écrivain américain. Tout
d’abord le troisième et dernier volume de l’intégrale de ses Chroniques de San Francisco, qui le
rendirent célèbre dès leur parution en 1976. Ce
volume réunit les dernières Chroniques parues à
l’Olivier entre 2008 et 2015. À savoir, Michael Tolliver est vivant, Mary Ann en
automne et Anna Madrigal. Et puis, il y a
son autobiographie, Mon autre famille,
dans laquelle il revient sur son enfance
en Caroline du Nord, sa guerre au
Vietnam, son installation à San Francisco et sa lente acceptation de son
homosexualité. Sans oublier l’écriture.
Armistead Maupin, 74 ans le 13 mai, sera
l’invité de la Maison de la poésie le 22 mai.
Des vies minuscules
dans Brooklyn
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
Belle désolation
C’
CHRISTOPHE MERCIER
C
LE TONNEAU
MAGIQUE
De Bernard Malamud,
traduit de l’anglais
(États-Unis)
par Josée Kamoun,
Rivages,
265 p., 21 €.
»
Dans Le Tonneau
magique, Malamud
reconstitue
le Brooklyn qu’il a connu
dans ses moindres
détails.
JOHN COHEN/GETTY IMAGES
frôle le fantastique, car si les décors
sont précis, les motivations des
personnages restent souvent mystérieuses. Ces personnages, Malamud ne cherche pas à les expliquer : il se contente de les montrer,
et de montrer le peu de compréhension qu’ils ont eux-mêmes de la
brume triste qui les entoure, et de
leur impuissance face à leur destin.
Ces récits souvent brefs, dans lesquels il se passe peu de chose mais
qui contiennent des existences entières, sont proches de la parabole
- des paraboles dépourvues de morale et auxquelles chacun peut
trouver un sens différent.
Trois nouvelles, peut-être les
plus remarquables, en tout cas les
plus mémorables du livre, transportent le lecteur en Italie. Dans
« La précieuse clef », un jeune
Américain venu étudier à Rome, et
qui cherche désespérément à loger
sa famille, se trouve en butte à la
maladresse, ou aux manigances,
d’un Italien censé lui procurer la
Le New York de Malamud est un
New York gris, poussiéreux. Les
personnages du Tonneau magique
restent d’éternels étrangers, des
personnes déplacées, opaques, indéchiffrables, et presque effrayantes pour ceux qui sont amenés à les
connaître. C’est pourquoi le propriétaire du vieux Kessler le fait
déposer sur le trottoir ; c’est pourquoi l’épicier Panessa suscite la
haine du voisin à qui il a fait crédit,
et qui finira par mourir de misère.
Malamud reconstitue le Brooklyn qu’il a connu dans ses moindres
détails - avec ses neiges mêlées de
boue, ses lumières jaunâtres, les
odeurs entêtantes des cages d’escalier moisies -, et pourtant, l’écrivain, aussi minutieux soit-il,
échappe aux pièges du réalisme et
A
euros à ce type dont le téléphoEST un peu
ne ne répond plus. Un milliarcomme la pudaire en train de divorcer songe
blicité pour le
à se suicider en se jetant du haut
journal de Tinde son yacht. Il faut préciser
tin : les héros
qu’il vient de perdre une grosse
ont de dix-sept à soixante-treipartie de sa fortune. L’oligarque
ze ans. Que des hommes. Ils
s’endort devant Nostalgie avec
apparaissent, par ordre d’âge,
Erland Josephson doublé en itadans neuf textes. Le premier
lien. Un agent immobilier attermet en scène deux lycéens anrit en Suisse. Verdict : « Partout
glais en voyage à Berlin et à
il promène les yeux, il
Prague. Dans le dervoit de l’argent. » Il
nier, un retraité
rêve de couvrir les
s’avère
être
le
Alpes de luxueux chagrand-père du Silets et repère chez sa
mon découvert au
collègue une cicatrice
début. La boucle est
sur la lèvre supérieubouclée. Le tout ne
re. Un médiéviste apforme pas pour
prend que sa fiancée
autant un roman. Ça
polonaise est enceinn’est pas grave. À la
te. Il prend très mal la
place, on a un vaste
nouvelle. Un journaaperçu de la condiliste danois se rend
tion masculine dans
dans la villégiature
l’Europe du vingt et
L’argent
espagnole d’un miunième siècle. Ce
nistre pour le prévequ’il y a de bien,
les
nir que le quotidien
avec David Szalay
taraude
va révéler sa liaison
qui est né en 1974,
tous. Ils
avec une femme mac’est qu’il ne nourrit
riée. Un adolescent a
pas beaucoup d’illun’en ont
peur de céder aux
sions sur la nature
pas. Ils en
avances de sa logeuse,
humaine. Son regard
ont trop
quinquagénaire als’attarde
sur
la
coolique au peignoir
médiocrité, les mesentrouvert.
Szalay
quineries de nos
pointe la banalité, saisit les peticontemporains. Grosse misère
tesses. « Si le bonheur consiste à
sexuelle : un Houellebecq avec
avoir un euro de plus que son
du style. Une certaine cruauté
beau-frère, Clovis est heureux un
l’apparente aussi à Martin Amis.
million de fois. » Cet échantillon
Les protagonistes déjeunent
court après un destin qui lui
dans des restaurants bon maréchappe, s’interroge sur les
ché où l’on vous tend des meseins de Gwyneth Paltrow,
nus plastifiés. Ils avalent des
écoute une messe de Mozart
kebabs en quêtant un sourire
dans une cathédrale tchèque, a
d’approbation du serveur. Quel
une citation tibétaine tatouée
que soit leur âge, ils ont des
sur le bras gauche. Il y a un acproblèmes avec les filles. Un
cident de voiture, des chairs qui
jeune Français se retrouve dans
se frottent comme des éponges,
un hôtel minable de Chypre et
des occasions manquées, la
croise une mère et sa fille obèhantise de vieillir, une saine,
ses. Il couchera avec les deux,
une robuste misogynie.
mais pas le même soir. La description des corps mous, blanOn admire la maîtrise, les bruschâtres, a quelque chose de cliques accélérations, ces formules
nique. Ce sont des gens
qui claquent. « Elle a les cheveux
capables de discuter des heures
teints d’un noir catégorique »,
à propos de pneus. Leur solitu« Sa décontraction exagérée a
de est telle.
quelque chose de post-coïtal ».
Souvent, Szalay montre une
Ce paysage de désolation procutendresse inattendue. Le garde
re un intense plaisir. Comme
du corps d’une femme que son
l’homme est compliqué. ■
mari prostitue dans un palace
londonien n’ose pas avouer ses
sentiments à sa protégée. L’arCE QU’EST L’HOMME
gent les taraude tous. Ils n’en
De David Szalay,
ont pas. Ils en ont trop. On estraduit de l’anglais
père monter un commerce de
par Étienne Gomez,
minibus en Croatie. Quelle erAlbin Michel,
reur d’avoir donné tous ces
548 p., 25 €.
«
Éternels étrangers
JESSE LE HÉROS
De Lawrence
Millman,
traduit de l’anglais
(États-Unis)
par Claro,
Sonatine,
206 p., 19 €.
Auteur d’une quinzaine de recueils parus chez
P.O.L depuis 1983, Dominique Fourcade rend
hommage à son éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens, disparu tragiquement en janvier dernier.
Dans ce tombeau sobrement intitulé Deuil, le
poète nous dit son chagrin et sa douleur, mêlant
prose et vers, convoquant Emmanuel Carrère,
Jean Rolin, Frédéric Boyer, le regretté Tarkos,
Robert Creeley, mais aussi Emily Dickinson, Rilke
ou René Char. Parution le 17 mai, chez P.O.L.
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
BERNARD MALAMUD
Nouvelle traduction
du Tonneau magique (1958),
livre majeur de la littérature
américaine.
ORDONNIER impécunieux qui entretient
des rapports d’amourhaine avec son employé ; retraité menacé
d’être mis à la rue par son propriétaire ; écrivain raté à la recherche d’un éditeur, et en mal
d’une âme sœur autre que celle de
son envahissante logeuse ; épicier
misérable exploité par le tout aussi
misérable gardien de l’immeuble
d’en face : on retrouve dans les
nouvelles du Tonneau magique
(1958), le troisième livre de Bernard Malamud, celui qui l’a fait
connaître et lui a valu l’admiration
de Philip Roth, l’univers de l’un
des plus grands écrivains juifs
new-yorkais.
Comme dans Le Commis, son
deuxième roman, publié l’année
précédente, il scrute les vies minuscules de Juifs venus d’Europe,
qui ont échappé aux camps et tentent de s’implanter dans une société américaine qui les ignore et
les tient en marge. Mais, dans sa
micro-comédie humaine, il n’y a
pas que des Juifs ; on y rencontre
toute une humanité d’émigrés
réunis par une commune misère et
une commune incapacité à vivre
selon les codes de l’Amérique
d’alors.
Hommage à P.O.L
clef d’un grand appartement.
C’est la nouvelle la plus drôle du
recueil, qui évoque une comédie
néoréaliste, façon Rossellini. « La
dame du lac », belle histoire
d’amour sur les rives du lac Majeur, revient sur la problématique
de la judéité et s’achève sur une
inéluctable séparation, car être
juif, c’est, avant tout, ne pas être
compris, ou ne pas savoir se faire
comprendre. Et « Le dernier Mohican », c’est encore une comédie
italienne, dans laquelle on verrait
bien Toto interpréter le réfugié
misérable qui prend pour victime
un Juif américain modérément
aisé venu étudier l’art de Giotto.
Dans ces trois nouvelles, Bernard Malamud prouve qu’il est
bien autre chose qu’un « écrivain
juif new-yorkais », mais que, comme son contemporain Saul Bellow,
il est un très grand écrivain, tout
court, riche d’une palette beaucoup plus vaste que celle à laquelle
il se trouve trop souvent réduit. ■
Le monde selon Jesse
LAWRENCE MILLMAN En 1968, aux États-Unis, un gamin obsédé par la guerre du Vietnam bascule dans la folie.
BRUNO CORTY
A
UTEUR de récits de
voyages célèbre aux
États-Unis, encensé
par des écrivains de
renom comme Annie
Dillard, Paul Theroux et Bruce Chatwin, Lawrence Millman, né à Kansas City en 1948, a également publié
un court roman, Jesse le héros, qu’on
découvre aujourd’hui alors qu’il est
sorti aux États-Unis en 1982 ! Passée
au travers des mailles pourtant
serrées des filets des éditeurs français, cette histoire a littéralement
chamboulé Hubert Selby Jr à sa sortie. On comprend pourquoi.
Cette perle de noirceur se déroule
en 1968, dans la petite ville de Hol-
linsford, New Hampshire, et raconte quelques jours dans la vie d’un
enfant étrange, Jesse, élevé par un
père fatigué, tandis que son grand
frère Jeff, qui est son héros, se bat au
Vietnam.
Comportement
dérangeant
Moqué par ses camarades d’école
qui le traitent de tous les noms, Jesse
passe beaucoup de temps devant son
écran de télé, fasciné par les images
violentes de cette guerre lointaine.
Chaque jour, il espère voir apparaître le visage de son frère. En attendant que cela arrive, il manifeste un comportement des plus
dérangeants, dézinguant des animaux, agressant sexuellement de
jeunes voisines, jurant comme un
charretier.
Débordé, son pauvre père essaie
de canaliser cette exubérance qui
s’apparente parfois à de la folie et
qu’il a bien du mal à comprendre.
Il pardonne beaucoup à ce fils que
la communauté, du pasteur aux
voisins, préférerait voir enfermé
dans une institution. Il s’y refuse,
d’autant que Jeff est sur le point de
rentrer du Vietnam. Le problème,
c’est que le soldat qui revient n’est
plus tout à fait le même que celui
qui les a quittés. Indemne en apparence mais tout de même secoué
par ce qu’il a vu et vécu en Asie, il
n’est pas à l’aise avec ce jeune frère obsédé par la violence et le sexe.
Un soir, des amis du père se re-
trouvent chez eux et l’un d’eux
pousse le bouchon un peu loin
avec Jesse, libérant chez le gamin
des pulsions homicides.
On est assez sidéré par la lecture
de ce roman qui nous met en
contact avec un être jeune capable
de commettre autant d’horreurs
sans se formaliser. Les causes de
ces sorties de route chez Jesse ne
sont pas abordées. A-t-il vraiment
une personnalité psychotique ?
Est-il traumatisé par l’absence de
sa mère ? Les images de violence à
la télévision, consommées avec
avidité, sont-elles responsables de
son comportement ?
Lorsque l’éditeur du livre, à propos de Jesse, évoque Holden Caulfield, le héros de L’Attrape-Cœur,
il a raison. Jesse a en lui quelque
chose du gamin de Salinger. Il est
futé, insolent, drôle aussi parfois
dans ses réactions. Et lorsqu’il joue
avec sa mitraillette factice et ne
rêve que d’une chose, « Défendre le
pays. Empêcher ces jaunes de débarquer au New Hampshire », il
n’est sans doute pas différent de
beaucoup de gamins de l’époque.
Et puis il y a Grace, petite fille différente, comme lui, et pour qui il
éprouve des pulsions mais aussi des
sentiments. Le fantasme de Jesse
est simple : l’emmener avec lui au
Vietnam. Tandis que lui tuerait les
ennemis, elle bronzerait sur la
plage… La fin de l’histoire, sans
tout expliquer, apporte une lumière sur cette noirceur glaçante. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
&
LE FIGARO
ÇÀ
LÀ
en septembre une édition « collector » du Monde selon Garp de
John Irving, devenu depuis un
roman-culte, centré sur les relations orageuses et tendres entre une mère et son fils.
Quarante bougies pour
« Le Monde selon Garp »
Claude Farrère, le retour
du marin-écrivain
À l’occasion du 40e anniversaire
de sa parution, le Seuil publiera
Les éditions Arthaud publient un
copieux volume de l’officier de
marine et écrivain Claude Farrère (1876-1957) réunissant
cinq de ses ouvrages (dont Les
Civilisés, prix Goncourt 1905)
sous le titre approprié de La
mer, l’Orient, l’opium. Avec une
préface de l’auteur de L’Amant
noir, Étienne de Montety.
Le retour de Gay Talese
Les
Éditions
du
sous-sol
viennent de rééditer Sinatra à
un rhume du journaliste Gay
Talese. Un ensemble de reportages fouillés, où l’on retrouve le crooner Mohamed
Ali rencontrant Castro à La
Havane en 1996, ou encore
« Un autre New York », datant de 1961. Le tout est augmenté d’une préface inédite
de l’auteur.
jeudi 3 mai 2018
5
La vie de Messager
Compositeur injustement tombé
dans l’oubli, à qui l’on doit de nombreuses opérettes, des ballets,
les opéras-comiques Véronique
et Fortunio (d’après Musset), André Messager (1853-1929) aura
droit à sa monographie, sous la
plume de Christophe Mirambeau.
Le Passeur du siècle paraîtra le
23 mai, chez Actes Sud.
CRITIQUE
littéraire
La volupté de lire
ALBERT THIBAUDET Publication de sept essais inédits de ce critique éblouissant et oublié.
THIERRY CLERMONT
tclermont@lefigaro.fr
CONTES
ÉTRANGES
De Nathaniel
Hawthorne,
traduits de l’anglais
(États-Unis)
par E.-A. Spoll,
Libretto,
293 p., 9,70 €.
RUE DES ARCHIVES/PVDE
RDA/BRIDGEMAN IMAGES
D
E LUI, Jean Paulhan
affirmait : « Thibaudet
est le premier critique
français qui ne tienne
pas Baudelaire pour un
extravagant, Mallarmé pour un fumiste et Lautréamont pour un simple
fou. » Au lendemain de sa disparition, en 1936, Paul Valéry renchérira : « Personne n’était mieux doué
que lui pour l’art de créer des perspectives dans l’énorme forêt des Lettres. » Depuis, après des décennies
d’oubli quasi unanime, victime entre autres du structuralisme et de
ses affidés, celui qui fut le critique
littéraire français de l’entre-deuxguerres, semble jouir d’un regain
d’intérêt. Il y a quelques semaines
paraissait au format poche la monographie signée par l’historien
Michel Leymarie (1), et aujourd’hui
voici pas moins de sept essais inédits, écrits entre 1896 et 1907, dans
le cadre des prix d’éloquence organisés par l’Académie française.
Portant, par ordre d’apparition,
sur Ronsard, Michelet (le volume le
plus passionnant, sans aucun doute), André Chénier, Théophile
Gautier, Fontenelle, Vigny et
l’oublié Hippolyte Taine. Il y a une
dizaine d’années, Antoine Compagnon avait rassemblé, édité et
commenté ses chroniques publiées
dans la Nouvelle Revue française
depuis 1912, dans un copieux volu-
Le portrait du poète Pierre de Ronsard (à gauche), XVIe siècle. L’historien Jules Michelet en 1850.
me de la collection « Quarto », sous
le titre Réflexions sur la littérature.
Érudition, originalité,
perspicacité décomplexée
D’origine bourguignonne, agrégé
d’histoire et de géographie, candidat malheureux à l’Académie, Thibaudet fut cet esprit encyclopédique, infatigable lecteur à la
bienveillante versatilité et doué
d’une extraordinaire intuition.
Ajoutons qu’il avait été par ailleurs
un fin observateur de la vie intellectuelle et politique de la IIIe République (voir La République des
professeurs, Les Idées politiques de
la France…) et le fondateur de
l’histoire des familles politiques.
Érudition, originalité, perspicacité décomplexée, non sans un brin
d’humour, traversent ces sept volumes d’une soixantaine de pages,
brillamment présentés par Stéphane
Zékian, qui sont autant de régals
pour le lecteur et le curieux. « Thibaudet le juste », avait déclaré François Mauriac à propos de ce proche
d’André Gide qui fut également disciple de Bergson. Piochons au hasard ou au gré de notre fantaisie. À
propos de Ronsard et de ses Sonnets
à Hélène, il écrit : « C’est une rivière
calme et presque souriante qui coule
mélancoliquement et semble emporter
à travers des arbres effeuillés le reflet
d’un ciel d’automne aux longues nappes d’or pâli. Et là-bas, dans un clocher du Vendômois, sonne le glas des
beaux amours défunts, le glas de la
jeunesse envolée. » On l’aura compris : Thibaudet était aussi un poète,
grand amoureux de la nature.
Quant à Fontenelle, présent dans
nos mémoires pour avoir raté de
quelques jours son centenaire, et
dans une moindre mesure pour
avoir été le neveu des frères Corneille, il a droit à ceci : « Toute une
image réduite du XVIIIe siècle se
construit déjà dans le cerveau de
Fontenelle, elle y demeure longtemps, elle y mûrit sans hâte, comme ces fruits durs et lents, qui persistent sur l’arbre. » Et un peu plus
loin : « Nul ne causait mieux que lui ;
mais nul aussi ne savait mieux écouter. » Pour sa part, le Tableau de la
France de Michelet est ainsi salué :
« Cette carte morale de la patrie, où
les terres, les bois, les montagnes et
les fleuves nous apparaissent tout
moites des larmes de nos pères, tout
rayonnants de leurs joies et tout illuminés de leurs espérances, sous une
rosée. […] Cette géographie faite de
la moelle même de l’histoire peut
être considérée comme, en même
temps que l’image de la France, celle
du génie même de Michelet. »
Admiratif, Antoine Compagnon
avait loué « sa volupté de lecteur ».
Alors, lecteur : laissez-vous tenter. ■
RONSARD
D’Albert Thibaudet,
Éditions
des Équateurs,
78 p., 9 €.
MICHELET
D’Albert Thibaudet,
Éditions
des Équateurs,
74 p., 9 €.
(1) CNRS Éditions,
collection « Biblis ».
Éducation puritaine et fantaisies oniriques
NATHANIEL HAWTHORNE Une quinzaine de nouvelles de l’auteur de « La Lettre écarlate ».
FRANÇOIS RIVIÈRE
O
N EXHUME aujourd’hui avec bonheur
un recueil de Contes
étranges
signés
Nathaniel Hawthorne, traduits en 1876 mais qui
ne constituent qu’une maigre part
des 72 short stories écrites par
l’auteur. On y trouve certaines des
plus belles réussites de ce contemporain de Poe, lequel, sans doute
un peu jaloux de la production
de son confrère, ne lui accorda
guère d’intérêt. Plus tard, Henry
James, totalement séduit, qualifia
Hawthorne d’auteur exquis, goû-
Fascinantes allégories
Longtemps reclus dans la maison
familiale de Salem où il était né en
1804, ce petit-fils d’un juge ayant
envoyé plus d’une sorcière au
bûcher n’aimait qu’écrire. Jusqu’au jour où il eut un coup de
foudre pour une jolie puritaine
qu’il épousa et dont il eut trois
enfants.
Paul Auster a préfacé naguère le
récit d’un voyage de Hawthorne
avec ses deux fils à travers la campagne du Massachusetts. Une errance virgilienne d’une vingtaine
de jours dont le moment fort est une
veillée partagée avec un Herman
Melville éperdu d’admiration pour
celui qu’il considère comme le plus
merveilleux des fabulistes.
La relation passionnée ayant,
durant de longues années, uni les
deux hommes, vient de faire l’objet d’un livre émouvant de Stéphane Lambert sous le titre Fraternelle
mélancolie (*).
De la quinzaine de Contes étranges réunis et traduits par ÉdouardAuguste Spoll dont les thèmes font
souvent écho à ceux qu’ont développés les romantiques allemands,
comme E.T.A. Hoffmann ou
Achim von Arnim, émergent de
fascinantes allégories. S’y entremêlent principes moraux typiques
de l’éducation puritaine et fantaisies oniriques, un mariage parfois
surprenant qui fait tout le charme
de Nathaniel Hawthorne. ■
(*) Chez Arléa, 220 p., 19 €.
Nathaniel Hawthorne..
RIGHTS MANAGED/MEPL/
RUE DES ARCHIVES
Atelier spécial jeux de lettres et anagrammes
JACQUES PERRY-SALKOW
Écrivain, pianiste et compositeur, co-auteur de Sorel Éros, l e plus long palindrome de langue
française, auteur de Le Pékinois et Anagrammes pour sourire et rêver, aux éditions Seuil.
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DU FIGARO
tant particulièrement « La Fille de
Rappacini », nouvelle dont l’héroïne, Béatrice, annonce celle de La
Lettre écarlate, l’une des trois
œuvres, avec La Maison aux sept
pignons et Le Faune de marbre,
grâce auxquelles Hawthorne est
entré au Panthéon de la fiction
américaine.
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
6
parle
Quand Marseille se met à la page
ON EN
DU 22 AU 27 MAI, UNE CENTAINE
D’AUTEURS ET D’ARTISTES
PARTICIPERONT À LA 2E ÉDITION DU
FESTIVAL « OH LES BEAUX JOURS ! »,
À MARSEILLE.
HISTOIRE
littéraire
Festival
Pour sa deuxième édition, du 22
au 27 mai à Marseille, le festival
Oh les beaux jours ! proposera
une programmation à la fois
dense et éclectique, qui fera notamment dialoguer la littérature
avec d’autres formes artistiques
ou disciplines sur des thèmes
comme la BD, l’amour, les sciences, l’histoire et les œuvres de
l’imaginaire. Au menu, signalons
des rencontres et des lectures
autour de 1984 d’Orwell (nouvellement traduit chez Gallimard), avec notamment Pierre
Ducrozet et François Angelier ;
une rencontre autour de Mai 68 ;
des « Frictions littéraires » où
l’on retrouvera, entre autres, la
prometteuse Jakuta Alikavazovic, Emmanuelle Lambert et
Véronique Ovaldé. Dans la série
« Les Beaux Jours de… » seront
invités pour un grand entretien :
Philippe Claudel, l’académicien
Dany Laferrière, Laurent Mauvignier et les lauréats du Goncourt, Pierre Lemaitre et Laurent Gaudé.
THIERRY CLERMONT
Rens : http://ohlesbeauxjours.fr
La France face à la guerre froide
ESSAI Georges-Henri Soutou analyse un demi-siècle de politique française face au bloc de l’Est,
les questions de l’armement nucléaire, de la place de la France dans l’Otan et des relations avec Moscou.
PAR ÉRIC ROUSSEL
LA GUERRE
FROIDE
DE LA FRANCE
De Georges-Henri
Soutou,
Tallandier,
588 p., 25,90 €.
L’
ÉCROULEMENT du
mur de Berlin en novembre 1989, suivi
très vite de la décomposition de l’empire
soviétique, a sidéré les contemporains. Aucun responsable occidental
ne s’attendait à un tel événement. Et
le caractère somme toute pacifique
de cette mutation formidable a induit
l’idée selon laquelle le processus
avait quelque chose de naturel, voire
d’inéluctable. Rien de plus inexact.
Comme le rappelle avec force Georges-Henri Soutou, ce fut la course
aux armements - singulièrement la
guerre des étoiles imposée par les
États-Unis - qui força l’URSS à mettre genoux à terre. George Kennan et
Ronald Reagan furent bel et bien les
deux artisans de ce séisme. Gorbatchev n’a jamais cherché à le cacher.
La France, dans cette gigantesque
partie de bras de fer qui débuta pendant la Seconde Guerre mondiale,
joua un rôle moins décisif mais, à
coup sûr, original. Dans cette fresque
magistrale, Georges-Henri Soutou,
maître incontesté de l’histoire des
relations internationales, montre
bien l’étonnante continuité des positions françaises face à l’Union soviétique, sous deux Républiques et quelle que soit l’orientation des locataires
de l’Élysée. Avant même la fin des
hostilités, en décembre 1944, le général de Gaulle posa les premiers jalons lors de son voyage à Moscou.
Face à Staline, en qui il voyait l’héritier des tsars, il joua une partition très
À Moscou, le 10 decembre 1944, Viatcheslav Molotov signe le pacte franco-soviétique en présence
du général de Gaulle et de Staline. RUE DES ARCHIVES/PVDE
personnelle : au prix de concessions
concernant la Pologne et la signature
d’un pacte dirigé contre l’Allemagne,
il réussit à donner l’impression de
jouer dans « la cour des grands ». Par
la suite, Georges Bidault, ministre
des Affaires étrangères, continua
dans une large mesure sur cette lancée, l’obsession des responsables
français étant la renaissance du danger allemand. Avec l’accentuation de
la confrontation Est-Ouest, à partir
de 1947, le camp occidental eut tendance à faire bloc mais GeorgesHenri Soutou souligne à juste titre
que la prépondérance de l’atlantisme
en France dura peu de temps : à pei-
ne quelques années à partir de 1950.
Dès 1954, Pierre Mendès France, lors
de son bref passage au pouvoir,
adopta vis-à-vis des États-Unis une
ligne loyale mais indépendante, préfigurant à bien des égards celle qui
sera poursuivie après le retour au
pouvoir du général de Gaulle en 1958.
« Un nouveau
système européen »
La politique étrangère de ce dernier a
fait l’objet d’innombrables analyses
parfois très divergentes. Certains
l’ont taxé de complaisance à l’égard
de l’Union soviétique pendant la
guerre et d’autres l’ont soupçonné de
pratiquer une forme de neutralisme.
Pièces d’archives à l’appui, GeorgesHenri Soutou rétablit la vérité : le fondateur de la Ve République envisageait
en réalité « un nouveau système européen qui permettrait de dépasser la
guerre froide et qui établirait un nouvel
équilibre sur le continent, entre une
Russie désidéologisée d’une part et une
Europe occidentale dirigée de Paris de
l’autre ». Mais la mise en œuvre de
cette diplomatie fut progressive, la
prise de distance avec Washington et
le rapprochement avec Moscou ne se
produisant qu’après 1966, date du second voyage du Général en URSS.
Pour de Gaulle, le système commu-
Le Général, réformateur social de l’après-guerre
SÉBASTIEN LAPAQUE
SOUS LES
CENDRES DE VICHY
De Laurent Lasne,
Éditions Le Tiers
Livre,
250 p., 16 €.
D
ANS un précédent livre
intitulé De Gaulle, une
ambition sociale foudroyée : chronique d’un
désenchantement (Le
Tiers livre, 2009), Laurent Lasne
s’est attaché à éclairer l’échec du
projet de l’Association du capital et
du travail (ACT) que le père de la
Ve République croyait pouvoir imposer à la bourgeoisie nationale et
aux couches technocratiques lorsqu’il est revenu aux affaires en 1958.
Envisageant avec sérieux « la question sociale, toujours posée jamais résolue » depuis les lendemains de la
Première Guerre mondiale, le Général voulait ouvrir une « troisième
voie » entre le communisme et le capitalisme : la participation. Hélas,
les gaullistes sensibles à cette idée
étaient peu nombreux dans les gou-
vernements de Michel Debré (19591962) et de Georges Pompidou (19621968). Et parmi les intellectuels, ceux
qu’on disait « de gauche », René Capitant, Louis Vallon, Léo Hamon,
n’étaient qu’une poignée.
Juste prix, juste profit, union des
classes : du référendum d’avril 1969
à la bérézina électorale de mai 2017,
la droite a mis quatre décennies à liquider les éléments clefs de la doctrine sociale gaulliste. Dans le fond,
expliquera le Général à Malraux,
elle n’avait jamais voulu en entendre parler : « Je tombe sur la participation. La participation, c’était un
symbole, vous voyez ce que je veux
dire. » La destinée de Charles de
Gaulle se résume ainsi à un long
malentendu avec sa tradition et sa
famille politique.
Dans Sous les cendres de Vichy,
Laurent Lasne explique de quelle
manière un officier d’infanterie né
dans un milieu catholique à la fin du
XIXe siècle, marqué par le royalisme
sentimental de son père, Henri, a pu
se forger un corpus idéologique aussi insolite. Grand lecteur, curieux de
tout, il avait nourri sa réflexion sur
la misère provoquée par l’impitoyable organisation économique moderne à des sources variées : doctrine sociale de l’Église, théorie
méthodique de l’action inspirée par
Bergson, idéal progressiste de la démocratie chrétienne.
« Socialisme utopique »
Le plus étonnant, c’est la place
importante faite aux notions d’association, de mutuelle et de coopérative, qui doivent beaucoup au premier mouvement ouvrier français, à
ce « socialisme utopique » de Fourier et Proudhon moqué par Marx.
Selon nous, Laurent Lasne sous-estime l’importance de la doctrine ca-
ET AUSSI
tholique sociale des saint-cyriens
René de La Tour du Pin et Albert de
Mun dans le corpus gaullien. Charles
de Gaulle était et de droite et de gauche, d’avant-hier et d’après-demain. Ce serait mentir de dire qu’il a
toujours été insensible aux idées de
Charles Maurras et de Maurice Barrès. Mais il les a métabolisées.
Sous les cendres de Vichy, c’est
l’histoire de cette étonnante métabolisation idéologique et de la
confrontation avec l’histoire de
l’ambition sociale gaulliste après la
Libération. Et celle de son échec,
provisoire, puis terminal, dans une
France sans cesse trahie par l’égoïsme de classe de ses dirigeants.
« Tragiques destinées de ces peuples,
où l’énergie et le caractère des élites
n’ont jamais été à la hauteur des vertus et de la bonne volonté d’en bas »,
observait déjà le jeune Charles de
Gaulle en 1920. ■
Un de Gaulle sans filtre
A
LE MONDE SELON
DE GAULLE
De François
Kersaudy,
Tallandier,
528 p., 21, 90 €.
I
PAUL FRANÇOIS PAOLI
L Y A décidément deux de
Gaulle. Celui des Mémoires à
la langue solennelle et parfois un peu fastidieuse et puis
le de Gaulle qui discourt sur
toutes sortes de sujets ou se laisse
aller à la confidence.
C’est du second dont il est question dans Le Monde selon de Gaulle,
où François Kersaudy a recueilli
des citations provenant de ses discours et conférences de presse ou
de conversations avec ses proches
du moment, ici des hommes politiques (Chaban-Delmas, Peyrefitte…), là des écrivains ou des journalistes comme Claude Mauriac ou
Michel Droit.
Vichy et la Résistance, le PCF,
l’Algérie, les États-Unis ou Chur-
chill, sur tous ces sujets de Gaulle
laisse son propos dévaler en roue
libre. À quel point de Gaulle méprisait le politiquement correct dans
lequel macèrent tant de nos politiciens, il faut le lire pour le croire !
Sur l’Algérie : « L’intégration, je
n’y ai jamais cru. On a dit que l’Algérie était plus française que Nice et
la Savoie ; c’est inepte. Nice et la
Savoie sont peuplées de chrétiens,
parlent français […]. Il y a en Algérie
une population dont tout nous sépare : l’origine ethnique, la religion, le
mode de vie, et on n’a rien fait pour
faire cesser cet état de choses », ditil en janvier 1961 à un journaliste
qui vient l’interviewer à l’Élysée.
Sur l’Algérie il ressort clairement que si de Gaulle croyait l’indépendance inéluctable il la craignait tout autant. « L’indépendance
– moi, je l’appelle la sécession –, ce
serait le chaos et la misère », prévient-il en 1960. D’où sa tentative
désespérée et vouée à l’échec de
trouver une troisième voie sous la
forme d’une association entre la
France et une Algérie dont la souveraineté serait partagée entre
pieds-noirs et Arabes.
« Pétain n’aimait pas
les Allemands »
Concernant Pétain, de Gaulle est,
au fur et à mesure que le temps
passe, de plus en plus indulgent
pour un homme qui s’est laissé
guider par une « vanité sénile » qui
l’a mené au désastre. De Gaulle ne
condamne pas tant les idées de
Pétain que sa faiblesse. « Pétain
n’aimait pas les Allemands, je suis
bien payé pour le savoir, l’ayant bien
niste était vermoulu, et déjà se profilait la possibilité d’envisager une Europe de l’Atlantique à l’Oural, au sein
de laquelle l’Allemagne, un jour (lointain) réunifiée, pourrait trouver sa
place.
Contrairement à des interprétations polémiques, Georges Pompidou
et Valéry Giscard d’Estaing ne devaient pas remettre en cause fondamentalement cette ligne. L’un comme l’autre voyaient certes l’URSS
sous un jour moins irénique que leur
illustre prédécesseur ; dans une certaine mesure, ils se rapprochèrent
des États-Unis, sans jamais pour
autant accepter la moindre tutelle.
François Mitterrand qui eut à gérer la
fin de l’Union soviétique et le problème de la réunification de l’Allemagne
se révéla, paradoxalement, plus
gaullien encore, quand il proposa la
construction d’une grande Europe
qui, ressemblant beaucoup à celle rêvée par le Général, se heurta à la volonté des anciens pays communistes
de conserver la protection américaine. Comme le montre lumineusement Georges-Henri Soutou, Mitterrand entendait mettre à profit le
grand bouleversement alors en cours
pour tenter de faire émerger sur le
Vieux Continent un autre modèle que
le capitalisme classique. À l’instar de
Gorbatchev, il croyait le système soviétique réformable, susceptible
d’évoluer, de se rapprocher du socialisme. Illusion qui se dissipa quand
l’URSS s’effondra comme un château
de cartes. Gorbatchev eut surtout le
mérite de ne pas chercher à arrêter
par la force la grande mutation historique qui mit fin à la guerre froide. ■
connu. Laval lui-même ne les aimait
pas… Mais dès que l’on abandonne le
terrain de l’intransigeance absolue,
croyez-moi, on est perdu », dit-il à
Claude Mauriac en 1946.
Enfin, c’est sur l’Angleterre que
de Gaulle est le plus sévère. Hormis
Churchill, qu’il admire, les politiques anglais ne trouvent pas grâce à
ses yeux et surtout pas les travaillistes, qu’il compare à des mollusques.
« C’est un peuple comme vidé. Il a
besoin de se régénérer… Il a eu trop
d’énergie, trop de vitalité […] pour
qu’il se résigne à n’être plus qu’une
colonie des États-Unis. Colonie de sa
colonie ! » dit-il à Peyrefitte en 1964.
Un livre à lire d’urgence pour
comprendre qui était de Gaulle,
loin, très loin de l’image lénifiante
que cultivent Chirac, Bayrou ou
Juppé. ■
L’humour gaullien
Ce n’est finalement pas un petit
sujet que ces traits d’humour
de Charles de Gaulle. Comme
le souligne l’historienne Sabine
Jansen en introduction, toute
forme d’humour en dit long sur un
peuple et sur ses dirigeants. Aussi,
les « sautes d’humour » du Général
sont autant d’expression
de sa grandeur et de sa causticité.
Il avait ce que Jean Cau appelait
« l’humour royal ». Le trait
assomme la victime, que ce soit
ses adversaires, les institutions,
ou l’espèce humaine en général.
Il ne s’exclut pas : « Tout grand
homme meurt deux fois, une fois
comme homme, une fois comme
grand. » Mais ce sont souvent
les autres qui font les frais de ses
remarques souvent cinglantes.
À propos du dernier président de la
IIIe République, Lebrun, on connaît
son propos célèbre : « Comme chef
d’État, deux choses lui avaient
manqué : qu’il fût un chef et qu’il y
eut un État. » Il n’en demeure pas
moins que les traits fusent avec
brio dans les discours du Général
et provoquent ce que Lucien
Jerphagnon appelait « l’éclair de joie
de l’inattendu ».
J. S. V.
LES SAUTES D’HUMOUR
DU GÉNÉRAL DE GAULLE
Propos réunis et présentés
par Sabine Jansen,
Payot, 208 p., 14 €.
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LE FIGARO
jeudi 3 mai 2018
7
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
Le règne de l’image,
le haché menu de l’info
et le tempo précipité
donnent toute autorité
à la posture, et donc
à l’imposture »
Retrouvez sur Internet
la chronique
« Langue française »
@
RÉGIS DEBRAY DANS « L’EXPRESS ».
SUR
WWW.LEFIGARO.FR/
LANGUE-FRANCAISE
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
450
C’est le nombre
de lettres qui constituent la correspondance croisée
entre Picasso et Cocteau, de 1915 et 1963.
Elle paraît aujourd’hui dans une coédition Gallimard
et Musée national Picasso-Paris.
EN VUE
littéraire
Dans le nid de l’aigle
PHILIP KERR Bernie Gunther se souvient de l’une de ses plus redoutables enquêtes, en avril 1939 à Berchtesgaden.
BRUNO CORTY
L’
AN DERNIER, nous
avions suivi Bernie
Gunther enquêtant
sur la Riviera et dans
les décors exotiques
de la villa Mauresque de Somerset
Maugham (Les Pièges de l’exil,
Seuil), coincé entre d’anciens nazis
et des espions anglais. Nous le retrouvons sur la Côte d’Azur dans
Bleu de Prusse, douzième volet de
ses aventures mouvementées. L’exinspecteur de la police criminelle de
Berlin,
l’ex-détective
privé,
l’ex-concierge d’hôtel est tombé
cette fois entre les pattes de la Stasi.
Son numéro deux, qui n’a rien à envier en matière de sadisme aux
chefs SS qu’il côtoya par le passé,
l’invite à éliminer une femme s’il
veut rester en vie.
Incapable par nature de céder au
chantage, Gunther se souvient
d’une autre époque où, placé malgré lui sous les ordres de Heydrich,
numéro deux de la SS, il avait dû se
rendre, en avril 1939, à Berchtesgaden, pour enquêter sur un meurtre
commis au Berghof, le nid d’aigle
de Hitler.
Dans la tête de Heydrich, l’idée
était moins de résoudre une affaire
embarrassante à quelques jours de
l’arrivée de Hitler sur place pour
fêter ses cinquante ans que de monter un dossier solide contre l’un de
ses ennemis, Martin Bormann, bras
droit tout-puissant du Führer. Une
façon comme une autre de se jeter
dans la gueule du loup…
En maître du roman noir historique, l’ancien étudiant en philosophie en Allemagne Philip Kerr
nous fait découvrir en Bormann
un personnage redoutable de la
galaxie nazie, moins connu sans
doute que Himmler, Göring ou
Goebbels.
La « Maison
Wachenfeld »
près de Berchtesgaden,
en Bavière. Après des
travaux de 1935 à 1936,
elle deviendra
le Berghof, residence
d’Adolf Hitler.
IMAGO/RUE DES ARCHIVES
Empire du mal
Dans cette région de Bavière, Borman, qui règne en maître absolu, a
organisé un système très lucratif.
Il touche sa part, élevée, sur tous
les chantiers - dont celui colossal
du Berghof - les commerces, les
bordels. Sans oublier le trafic de
Pervitin, cette drogue qui permet
aux ouvriers sous ses ordres de
travailler jour et nuit pour que le
nid d’aigle soit prêt à accueillir
Hitler. Une drogue qu’utiliseront
par la suite les soldats de la Wermacht et les SS pour agrandir leur
« espace vital ».
Bernie découvre également qu’il
est possible pour les parents de
futurs soldats (on est à la veille de
l’invasion de la Pologne) d’éviter
l’enrôlement en s’acquittant d’une
belle somme qui finira aussi dans
les caisses de Bormann. Au cours
de ses investigations, de plus en
plus poussées, risquées, il fait la
BLEU DE PRUSSE
De Philip Kerr,
traduit de l’anglais
par Jean Esch,
Le Seuil,
664 p., 22,50 €.
connaissance de personnages dangereux comme Rattenhuber, le
major Högl ou le Dr Karl Brandt,
futur responsable du programme
d’euthanasie Aktion T4, qui gaza
plus de 70 000 personnes. Bernie
est au cœur de l’empire du mal, lui
qui vient de Berlin, capitale honnie
par le Führer, qui lui préférait de
loin, et depuis son ascension,
Munich et la Bavière.
Élément incontrôlable, Gunther
n’a jamais caché son antipathie
pour le nazisme, mais c’est un bon
policier, à l’ancienne, tenace,
têtu, acharné, qui ne lâche jamais
une affaire en cours. Son insolence
irrite autant qu’elle plaît à ses supérieurs.
Ce très sombre et passionnant
Bleu de Prusse est sans doute l’un des
meilleurs romans de cette série de
haut vol qui place un peu de fiction
au cœur de beaucoup d’Histoire
réelle. Il sera suivi de deux autres
volets, Greeks Bearing Gifts (qui paraît à Londres cette année) et Metropolis, la quatorzième et ultime aventure de Bernie Gunther, annoncée
pour 2019, trentième anniversaire
d’une série que l’auteur, décédé le
23 mars dernier à soixante-deux
ans, ne pourra, hélas, pas fêter. ■
La petite fille de Harlem
PHILIPPE LAFFITE Une romancière afro-américaine installée dans le Gard est traquée par un tueur qui vient de son passé.
LAURENCE CARACALLA
E
LLE
comprenait
maintenant.
Elle
comprenait que ça
allait recommencer. » Phyllis Marie Mervil a pourtant bien fait les
choses : cinquante ans plus tôt,
elle s’est enfuie, loin, le plus loin
possible, pensant se construire un
avenir à l’autre bout du monde.
Aujourd’hui auteur de polars à
succès écrits sous pseudonyme,
cette gracile Afro-Américaine
s’est réfugiée au fin fond du Gard,
dans une maison isolée, impossible à localiser. Elle a cru pouvoir
se faire oublier, disparaître, mais
ses subterfuges ont été inutiles :
«
POCHE
me. Le passé et le présent, on le
comprend, sont intimement liés
et, même si elle ne connaît pas
l’identité de celui qui la pourchasse, Phyllis le sait prêt à tout. Elle
ne se trompe pas : Danny Corso,
Américain d’origine italienne, héritier mal aimé d’une riche famille
new-yorkaise, est bien décidé à
aller jusqu’au bout de sa mission
pour ne pas décevoir sa mère, organisatrice de cette « vendetta ».
Unis par un drame
commun
Le tueur, la cible : deux hors-laloi qui ne se connaissent pas,
aussi différents qu’il est possible
de l’être, unis pourtant par un
drame commun qui a saccagé leur
BD
Une farandole de rencontres
Après Au Temps des équipages,
Grasset poursuit la publication
des Mémoires d’Élisabeth de
Gramont, avec ce deuxième
volume, Les Marronniers en
fleurs (1929). Une vaste galerie
de personnages, une farandole
de rencontres, des souvenirs
intimes, des considérations
politiques ou diplomatiques, des
paysages égyptiens traversent
ces pages qui n’ont pas pris une
ride. Cette aristocrate, proche de
Natalie Barney, d’Anna de
Noailles, de la comtesse
Greffulhe et de
Mme Straus,
surnommée la
« duchesse rouge »,
nous fait rencontrer
Monet à Giverny,
Aristide Briand avant
qu’il n’accède à la
présidence du Conseil
et le tsar Nicolas II,
Proust et Rodin, le
« ils » savent où elle se trouve et
« ils » ont tenté de l’exécuter. Le
coup de feu qui a retenti durant
son jogging matinal n’a peut-être
pas atteint son but mais a tué le
chien, Douze, son seul compagnon. Maintenant, elle le sait, et
s’en étonne à peine, sa vie ne tient
qu’à un fil.
Pour comprendre, il faut dérouler l’histoire, retourner à Harlem,
là où naît la petite Phyllis.
En août 1966, les émeutes raciales secouent le pays, les morts se
comptent par centaines. La fillette
grandit dans le souvenir de ces
victimes innocentes et décide, à
peine sortie de l’adolescence, de
lutter activement contre la répression des Noirs… jusqu’au dra-
T. C.
LES
MARRONNIERS
EN FLEURS
D’Élisabeth
de Gramont,
« Les Cahiers
Rouges »,
Grasset,
264 p., 11 €.
Un jeune officier de la marine
marchande originaire
de Marseille prend son poste
à bord de l’Abeille Bourbon,
le célèbre remorqueur basé
à Brest spécialisé dans
les sauvetages de cargo.
À bord, il est accueilli par
le maître d’équipage têtu
et désagréable qui connaît
son affaire mais ne cache pas
le mépris dans lequel il tient
les « gradés ». Le seul à trouver
grâce aux yeux de ce vieux
marin est le commandant
de bord,
un personnage
paradoxal,
hâbleur, aussi
redoutable
négociateur
qu’habile marin.
Les auteurs
de cet album sont
tous les deux marins
et ont fait partie
bonheur le plus simple comme
pour se punir elle-même de la
faute qu’elle a jadis commise. Car,
malgré un éditeur qui la soutient
contre vents et marées, un amant
qui accepte ses revirements, elle
ne peut se résigner à se libérer de
son secret. Sa seule aération,
l’écriture, le pouvoir de l’imagination, l’impérieuse nécessité de
se sentir une autre. S’oublier un
instant, retourner dans le pays qui
l’a vue naître, rêver d’un ailleurs
moins sombre. Mais ces quelques
heures de sérénité ne durent
jamais. Phyllis sait qu’elle devra
payer, et le temps ne fait rien à
l’affaire. Certaines pages du passé
ne sont pas faites pour être tournées. ■
ROMAN
Marins sauveteurs de cargo
couple infernal formé par Isadora
Duncan (et « sa giration
vertigineuse ») et le poète
Sergueï Essenine, D’Annunzio…
Là, elle s’attarde sur Maurice
Barrès dont elle brosse un
superbe portrait : « Le malheur
de la vie de Barrès […] fut
de ne pouvoir être à la fois luimême et son contraire. »
Autant de témoignages précieux
sur l’époque, ses gloires
et ses mœurs.
On attend désormais la
réédition de son Marcel Proust.
vie. Avec cet impeccable thriller
psychologique, Philippe Lafitte
réussit un coup de maître : installer sur-le-champ son lecteur
dans une ambiance tendue au
cœur de la région occitane, aussi
somptueuse
qu’inhospitalière.
Puis, faire constamment monter
la tension, démêler peu à peu les
fils de cette histoire douloureuse,
faite d’engagement extrême et
d’amour trahi.
Mais c’est le personnage de
Phyllis qui fascine et trouble à la
fois. L’auteur fait un portrait de
femme comme on en voit peu :
animal blessé mais coriace, méfiant plus qu’insensible, artiste
dans l’âme mais pragmatique,
passant volontairement à côté du
de l’équipage d’élite de la
Bourbon. À travers un récit fin
et enlevé, ils nous embarquent
dans les coursives, ne cachent
rien de la complexité
des relations entre matelots et
officiers, expliquent les enjeux
marchands du sauvetage
en mer, la délicatesse
des manœuvres. Mais pour
ces marins aguerris, le plus dur
de l’affaire est de convaincre
certains navires en détresse de
se laisser secourir. Tous n’ont
pas intérêt à ce qu’on mette
le nez dans leurs
cales. Passionnant.
ASTRID
DE LARMINAT
FORTUNE DE MER
De Clément Belin
et Costès,
Futuropolis,
120 p., 20 €.
Vol au-dessus d’un nid de génies
Un fou peut-il avoir la raison
de se dire qu’il est fou ? Difficile
de dire. Au pays d’Aleksandra
Lun, la question est tranchée.
La folie est un gage de lucidité.
Czeslaw Przesnicki, le narrateur
de son premier roman, en fait
d’ailleurs les frais. L’homme
est enfermé dans un asile
psychiatrique en Belgique.
Son crime ? Avoir décidé d’écrire
un livre dans une langue qui
n’est pas celle de ses origines.
Vétérinaire contrarié, auteur
d’un premier roman qui s’est
vendu à six
exemplaires,
frustré
sexuellement,
Czeslaw
n’a rien
d’un héros
de roman.
Ou presque.
Car sa vie, tantôt
passée aux côtés
de Hemingway tantôt auprès
de Zweig, offre son lot de récits
rocambolesques. À l’institution, le
ressortissant polonais de langue
antarctique fait la connaissance
de Nabokov, Beckett, Cioran
ou encore Ionesco… Des auteurs
coupables, comme lui, d’avoir
renoncé à leur idiome maternel.
Ils le pousseront à ne jamais
abandonner la plume malgré
la thérapie bartlebienne, censée
le remettre sur le droit chemin
linguistique. Quitte à échouer
de nouveau mais échouer
mieux… Aussi tragique que
comique, Les Palimpsestes
est le digne héritier
de la veine absurde. A. D.
LES PALIMPSESTES
D’Aleksandra Lun,
traduit de l’espagnol
par Lori Saint-Martin,
Éd. du Sous-sol,
126 p., 14 €.
A
CELLE QUI
S’ENFUYAIT
De Philippe Lafitte,
Grasset,
224 p., 18 €.
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jeudi 3 mai 2018 LE FIGARO
8
L’HISTOIRE
semaine
de la
EN MARGE
littéraire
RÉÉDITION DANS SA FORME
ORIGINALE CHEZ WOMBAT
DE « LA DERNIÈRE FLEUR », CONTE
ÉCOLOGISTE ET PACIFISTE TRADUIT
ET PUBLIÉ PAR CAMUS EN 1952.
James Thurber, Albert Camus et une fleur
Roman graphique
L’Américain James Thurber fut,
avec Robert Benchley, S. J. Perelman et Dorothy Parker, l’un
des piliers de la rédaction du
New Yorker. Cet homme d’humour était aussi un dessinateur
dont le trait minimaliste et naïf
influença Charles Schulz, le père
de Snoopy, et notre Sempé. En
1939, alors que la guerre rongeait peu à peu la planète, il se
lança dans l’écriture d’un conte
pacifiste à l’attention de sa fille
Rosemary, 7 ans. L’histoire est
simple : la 12e Guerre mondiale
s’achève et ne reste sur terre ni
jardins, ni chiens, ni amour. Une
petite fille découvre alors la dernière fleur en vie et décide de la
sauver. À partir de là, la vie reprend des couleurs jusqu’à ce
que… Paru en novembre 1939,
ce conte était le livre préféré de
Thurber. Albert Camus l’aima, le
traduisit et le publia chez Gallimard en 1952. Le voici pour la
première fois réédité sous sa
forme originale dans la collection
« Les Iconoclastes » de Wombat. À offrir… avec des fleurs !
BRUNO CORTY
Frédéric Jacques Temple :
« Je suis un arbre voyageur »
PORTRAIT Romancier, traducteur, ami de Cendrars et de Durrell, ce grand poète revient sur 70 ans
de création littéraire. Rencontre.
THIERRY CLERMONT
tclermont@lefigaro.fr
Frédéric Jacques
Temple : « L’enfance
et la guerre, je n’en suis
jamais vraiment
revenu. »
C
OMME j’ai pris de
l’âge, j’ai encore
beaucoup de choses à
dire. » Le ton est misérieux, mi-amusé ;
il est, à n’en pas douter, sincère. À
96 ans, Frédéric Jacques Temple,
poète, romancier, traducteur, essayiste, voyageur et navigateur,
poursuit sa carrière d’écrivain, entamée durant la Seconde Guerre
mondiale. Cette confidence, il nous
l’a lâchée dans son bureau, en fait
une dépendance répartie sur deux
niveaux, gardée par un superbe néflier, à quelques mètres d’une demeure aux jardins plantés de
tilleuls, de bambous et de magnolias, sise dans le village d’Aujargues,
à quelques kilomètres de Sommières, dans le Gard, précisément, rue
du Temple… Un lieu de travail qu’il
appelle son « foutoir », où figurent
les œuvres ou les portraits de ses
amis proches (Cendrars, Miller,
Durrell, Delteil…) ou d’autres
auteurs qu’il chérit particulièrement (Thoreau, Pound, Ginsberg,
Jünger). Bien protégé, à l’étage, près
de sa collection d’appeaux à canards
et de quelques poupées indiennes du
Nouveau-Mexique, un morceau
d’étoffe coloré, encadré sous verre :
un morceau de la couverture éthiopienne qu’Arthur Rimbaud conservait jalousement, jusqu’à son lit de
mort, à Marseille.
Bon pied, bon œil, Temple vient
de réunir des textes en prose, pour
la plupart éparpillés en revue, écrits
entre 1945 et 2017, allant de Marcel
Cerdan au Québécois Gaston Miron,
en passant par Curtis Roosevelt, petit-fils de Franklin et d’Eleanor, reconverti dans la poterie, l’Occitan
Max Rouquette, Henri Pichette, ou
encore l’écrivain oublié Roger Rudigoz, et réunis sous le titre Divagabondages. Autant de portraits et
d’hommages. C’est que Temple est
avant tout cet homme de rencontres, fortuites ou provoquées, agissant comme un puissant aimant,
avec en son cœur l’amitié comme
vertu cardinale.
En 1941, son professeur de philosophie à Montpellier a pour nom
Claude Lévi-Strauss ; la même année, ce jeune homme de vingt ans
fait le pèlerinage à Vichy pour rencontrer un Valéry Larbaud aphasique (« Je garde un souvenir émerveillé de son regard, particulièrement
vif. »). En 1942 à Alger, où son père
vient d’être nommé préfet, il croise
Saint-Exupéry, Max-Pol Fouchet et
Edmond Charlot, l’éditeur d’Albert
Camus, qui publiera son premier recueil de poèmes, Sur un cheval, sans
oublier Jean Sénac. Entre-temps, il
avait reçu les encouragements de
Francis Carco à qui il avait envoyé
quelques poèmes.
Toujours sous une bonne étoile, il
fait la connaissance de Curzio Mala-
«
JOHN FOLEY/OPALE/
LEEMAGE
Bio
EXPRESS
des Vosges et à la reprise de Strasparte à Naples en 1944, au moment
bourg.
de la campagne d’Italie ; ils resteront
L’auteur du Tombeau de Medora
de proches amis. Frédéric Jacques
(sur la fille cachée de Lord Byron)
Temple avait rejoint l’année précénous l’a avoué : « L’enfance et la
dente le corps expéditionnaire franguerre, je n’en suis jamais vraiment
çais, au sein du 3e régiment des sparevenu. » Une enfance plutôt heuhis, commandé par le général de
reuse, passée au pensionnat de l’EnMonsabert. Il est au cœur des comclos Saint-François où il est initié à la
bats les plus sanglants : la bataille du
musique, et marquée par
Garigliano, Monte Casla fréquentation de son
sino… Il dirige un peloDIVAGABONDAGES oncle, architecte et boton de chars légers de
De
Frédéric
Jacques
taniste, qui l’initie à la
reconnaissance. Le sien
Temple,
flore, entre deux parties
s’appelait le « RicheActes Sud,
de chasse au gibier dans
lieu », un M8 de 17 toncoll. « Un endroit
les marais. Tout cela
nes. L’auteur des Eaux
où aller »,
réapparaît dans son romortes est revenu à plu380 p., 23 €.
man L’Enclos.
sieurs reprises sur la
guerre dans laquelle il
« Un pur poète »
s’était engagé, et sur son
cortège d’horreur, et en
Retour à la maison
avait tiré un superbe
d’Aujargues, une fois
roman, La Route de San
franchie l’entrée abritée
Romano. Alors qu’il met
par une tonnelle de glyle cap pour reprendre
cine blanche teintée de
aux Allemands la Villa
rose. Aux murs du sad’Adrien, il écrit : « Les
lon : des œuvres de Souchars légers, flanqués de
lages (que Temple a
Sherman et de Destroyer,
connu avant qu’il ne soit
progressent comme un
célèbre), de Viallat,
troupeau de scarabées
d’André Clément, de
des premiers âges, annombreux objets hététennes fouettant l’air, canons pointés,
roclites et photos, mais aucune sicahotant au gré du relief, écrasant
gnée par Lucien Clergue, que Temdes ruines, broyant des bosquets,
ple connaissait de longue date.
couchant des arbres comme des fétus,
Enfin, une grande toile figurative de
défonçant des portails, traversant des
Vincent Bioulès, représentant la famaisons, piétinant des vergers, des
mille Temple, au milieu des années
poulaillers, des champs de seigle,
1980. Et de nombreux livres. Comrenversant des meules, des silos, des
me il le dit : « Ils ont toujours été les
jarres, des citernes, aplatissant des
bornes et les balises de ma vie. Et je
cadavres… »
n’en ai jamais eu d’autres. »
Ensuite, il participe au débarqueLa Dive Bouteille, Les Grands Arment en Provence, puis à la bataille
bres, Foghorn, Poèmes américains,
Ode à Saint-Pétersbourg, Profonds
pays, Phares, balises & feux brefs…
Les titres de quelques-uns de ses
nombreux recueils témoignent de
l’univers de cet amoureux de Villon,
de La Fontaine et de Rabelais, celui
qu’Alain Borer a surnommé amicalement « Achab ». Une poésie à la
fois simple, chantante, musicale,
formée essentiellement de quelques
vers, secs et diablement efficaces,
chantant la nature, les paysages, les
hommes et leurs singularités. Durrell, qui s’était lié d’une solide amitié avec Temple depuis son arrivée à
Sommières en 1957, avait déclaré :
« Voici un pur poète, livré à l’intuition
poétique et non à quelque abstraction
chimérique. » Propos repris par
Robert Sabatier (un autre ami) dans
son Histoire de la poésie française.
Temple n’a-t-il pas écrit : « Je suis
un arbre voyageur / mes racines sont
des amarres. » ?
Rencontres favorisées par les
fonctions de Temple qui a dirigé la
RTF, puis l’ORTF et enfin FR3 pour
le Languedoc-Roussillon, entre 1956
et 1986. Auparavant, il était devenu
l’intime de Cendrars (rencontré à
Villefranche dès 1949) et Henry
Miller (leur correspondance a été
publiée chez Finitude). Commentaire de Temple, en sirotant son verre
de vin de Sommières, bien charpenté, sous le regard bienveillant de
Brigitte, sa compagne depuis près
d’un demi-siècle : « Ces deux-là,
tout comme Larry, j’ai suffisamment
écrit sur eux, suffisamment parlé
d’eux, et je les ai même traduits. Passons donc à autre chose… » Et la
conversation part sur la musique et
son amour pour Bach, Beethoven,
Monteverdi et son cher Schubert
(« Avec l’âge, je me sens de plus en
plus proche de lui : son Voyage d’hiver, ses quatuors à cordes, ses pièces
pour piano, La Jeune Fille et la
mort… »).
Autre chose, ce sont notamment
les États-Unis, dont il fit la traversée
l’année où il publie chez Seghers sa
biographie de D.H. Lawrence, en
1960. Là, il retrouve ses copains de
la beat generation à San Francisco,
chez City Lights (il traduira plus tard
l’autobiographie de Neal Cassady),
passe par le Nebraska et séjourne
chez les Indiens Pueblos au Nouveau-Mexique (voir Un cimetière indien). Il y a poursuivi son rêve américain, inauguré par ses aïeux au
XIXe siècle, qui avaient tenté en vain
de faire fortune en Uruguay.
Autre terre d’élection, Venise,
découverte sur le tard. Avec une
prédilection pour Cannaregio et
surtout pour l’île paisible et éloignée
des Vignole, au nord de la lagune,
sans pour autant négliger le berceau
de Venise, Torcello, sujet d’un magnifique poème (« Une pluie lente
ondoie sur le palus / que le soir peint
de nacre et de plumage / pour le sommeil moiré de l’île / abîmée dans
l’oublié limon. »)
Injustement ignoré du grand
public et d’une bonne partie de la
critique, cet auteur flamboyant a
fait l’objet de plusieurs colloques
depuis l’an 2000, le dernier en
date étant celui de Cerisy. Nous le
retrouverons
prochainement,
puisque la collection « Poésie/Gallimard » prépare un florilège de ses
poèmes, concocté par Claude
Leroy, spécialiste de Cendrars. ■
son
A
le même
mais pas le même
sens
1921
Naissance
à Montpellier.
1941
Rencontre Valéry
Larbaud à Vichy.
1943-1944
Engagé dans le corps
expéditionnaire
français, il participe
à la campagne d’Italie.
Rencontre Malaparte
à Naples.
1946
Publication
de Sur mon cheval
(poésie).
1948-49
Se lie d’amitié avec
Joseph Delteil, Henry
Miller, Blaise Cendrars,
et plus tard avec
Lawrence Durrell,
établi à Sommières
(Gard).
1965
Henry Miller.
1975
Les Eaux mortes.
1990
Anthologie
personnelle
(prix Valéry-Larbaud).
1996
La Route
de San Romano.
2009
Beaucoup de jours
(autobiographie).
2013
Prix Apollinaire
pour l’ensemble
de son œuvre.
2016
Une longue vague
porteuse.
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Журналы и газеты
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Le Figaro, newspaper
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