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Le Figaro_-_07_05_2018

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lundi 7 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 933 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
REPORTAGE
SYDNEY-NOUMÉA-PARIS,
RÉCIT DU VOYAGE
D’EMMANUEL MACRON PAGE 13
MARCHÉ DE L’ART
UN MILLIARD DE DOLLARS ATTENDU
LORS DE LA VENTE DE LA COLLECTION
ROCKEFELLER À NEW YORK PAGE 24
SNCF : Édouard Philippe
monte en première ligne
OPPOSITION
Mélenchon rêve
d’une « marée
humaine »
PAGE 4
TURQUIE
Face à Erdogan,
l’opposition serre
les rangs
Le chef du gouvernement accède à la requête des syndicats qui refusent de discuter
de la réforme ferroviaire avec la ministre des Transports. Mais il reste intraitable sur le fond.
PAGE 5
POLÉMIQUE
Tous les rendez-vous du premier ministre sont consacrés à
la réforme ferroviaire ce lundi.
Outre les dirigeants des confédérations membres de l’intersyndicale de la SNCF, il recevra
Attentats de 2015,
Trump crée
l’indignation
PAGE 8
Guillaume Pepy, patron du
groupe, et les représentants des
associations d’usagers. Malgré
ce geste pour apaiser les syndicats, les principaux points de la
réforme ferroviaire, approuvés
mi-avril à l’Assemblée nationale, ne sont pas négociables.
« Nous ne reviendrons pas sur
l’ouverture à la concurrence, sur
la réorganisation de l’entreprise
et sur la fin du recrutement au
statut », a prévenu Édouard
Philippe. D’éventuelles précisions sur la future convention
collective, le fret et la dette
n’empêcheront pas la grève
mardi et mercredi.
è LE PREMIER MINISTRE
VA ÉPROUVER SES TALENTS
DE NÉGOCIATEUR
è LA REPRISE DE LA DETTE,
UN TRIPLE CASSE-TÊTE
PAGES 18, 19 ET L’ÉDITORIAL
AÉRIEN
n
n
À nos
lecteurs
Le mardi 8 mai, jour férié,
nous vous invitons à
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JACQUES WITT/POOL/BESTIMAGEHECTOR RETAMAL/AFP-
Aux commandes depuis 18 ans, Vladimir Poutine doit être reconduit ce lundi à la présidence de la Fédération de Russie pour
six ans. Il fait face à une situation économique dégradée, alors que la confrontation avec l’Occident s’avive. PAGES 2 ET 3
PAGE 8
ÉDITORIAL par Gaëtan de Capèle gdecapele@lefigaro.fr
D
Ne rien lâcher
epuis maintenant plus d’un mois,
les Français subissent une grève
inédite à la SNCF, conçue de
l’aveu même de la CGT pour causer un maximum de désordre
dans le pays. Scandaleuse promesse, hélas tenue : privés de trains deux jours sur cinq, familles, salariés et entreprises paient chaque
jour au prix fort le forcing des cheminots pour
préserver leur statut en or massif, sous couvert
de défense du service public. Pour mettre fin
au supplice, les syndicats exigeront aujourd’hui du premier ministre qu’il ouvre des
« négociations » sur cette réforme. Ce qui signifie, dans leur esprit, qu’il la retire purement
et simplement…
Édouard Philippe, qui ne manque ni de
constance ni de courage politique dans cette
affaire, n’a aucune intention, et à dire vrai
aucune raison, de céder un pouce de terrain,
bien au contraire. A-t-il d’ailleurs vraiment le
choix ? On peut refaire cent fois l’histoire,
ergoter à l’infini sur les responsabilités de chacun depuis sa création, en 1938, la SNCF se
trouve confrontée à une réalité incontestable :
endettée jusqu’au cou (46,6 milliards
d’euros…), subventionnée plus que de raison
par l’État et des collectivités, phagocytée par
une organisation et des rigidités sociales uniques au monde, cette entreprise n’a aucune
chance de survie dans le monde concurrentiel
du XXIe siècle. Pour sortir de l’ornière, l’État
– c’est-à-dire les contribuables - s’est engagé
à reprendre sa montagne de dettes, selon des
modalités encore à déterminer. Peut-on sérieusement demander au pays de régler une
telle ardoise et que tout continue comme
avant ?
De tout temps, les gouvernements ont fini par
plier face aux grèves de la
SNCF, devenue au fil des
ans une citadelle imprenable. Les circonstances
– historiques ! - sont
aujourd’hui réunies pour ne rien lâcher. Tous
les sondages montrent que l’opinion ne soutient pas ce mouvement corporatiste. Surtout,
l’Assemblée nationale a approuvé le projet du
gouvernement à une écrasante majorité, bien
au-delà du parti présidentiel. Renoncer ou
amender une réforme réunissant nécessité
économique et légitimité politique serait une
faute impardonnable. ■
Édouard
Philippe
n’a aucune
raison
de céder
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PAGES 14 ET 15
Après l’annulation par la justice du premier arrêté d’Anne
Hidalgo interdisant les voitures sur les voies sur berge rive
droite, le second texte fait de
nouveau l’objet de nombreuses
attaques devant le tribunal administratif de Paris. Vent
debout contre cette mesure
phare de la maire socialiste, riverains et associations multiplient leurs recours cette semaine, tenus par un délai qui
expire ce vendredi à minuit.
Contre toute attente, la région,
elle, à la tête de la fronde, renonce à la bataille juridique.
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1
n
SERGEI ILNITSKY/AFP
CHAMPS LIBRES
PAGE 19
La tribune
d’Hélène
Carrère
d’Encausse
Un entretien
avec Gérald
Bronner
Les
chroniques
de Nicolas
Baverez et
de Jean-Pierre
Robin
Voies sur
berge à
Paris : pluie
de recours
contre Anne
Hidalgo
Vladimir Poutine
investi pour
un quatrième
mandat
à risque
A
Air France-KLM
dans l’impasse en
attendant l’arrivée
d’un nouveau pilote
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lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Vladimir Poutine
face aux défis de son
quatrième mandat
Investi ce lundi pour six ans de plus à la présidence, le chef
du Kremlin fait face à une situation économique dégradée.
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
À QUELQUES HEURES seulement de l’investiture présidentielle de Vladimir Poutine, l’incertitude régnait encore à Moscou dans une capitale placée en état de
haute tension. Élu triomphalement le
18 mars dernier avec 76 % des suffrages,
le chef du Kremlin se verra adouber pour
la quatrième fois pour un nouveau mandat de six ans, dix-huit ans après son premier sacre de 2000, le dotant ainsi de la
plus grande longévité politique derrière
Staline.
La scène aura un air de déjà-vu même si
Vladimir Poutine se dispensera, cette fois,
de traverser les rues désertes de Moscou
jusqu’à la place Rouge dans une limousine
noire à vitres fumées. En 2012, alors qu’il
était formellement premier ministre,
l’image du cortège solitaire avait déplu, si
bien que l’actuel président devrait rester
derrière les murailles de son palais. Tout
comme il y a six ans, plusieurs milliers de
manifestants ont protesté samedi dans
tout le pays avec 1 600 interpellations à la
clé démontrant, s’il en était besoin, que la
route de Vladimir Poutine ne sera pas dégagée.
Les difficultés du président russe ont
débuté avant même le 18 mars. À peine
élu, le Kremlin était accusé par la GrandeBretagne et les pays occidentaux, d’avoir
commandité l’empoisonnement à Londres de l’ex-agent secret Sergueï Skripal.
S’en est suivi un cycle d’expulsions massives et croisées de près de 200 diplomates
entre Moscou et vingt-sept chancelleries
occidentales. Deux semaines plus tard, le
14 avril, l’allié syrien de Vladimir Poutine,
Bachar el-Assad, subissait dans sa capitale, Damas, l’effet des bombardements alliés à la suite de l’attaque chimique sur la
Ghouta orientale.
Pour couronner le tout, le 6 avril,
Washington sanctionnait 38 oligarques et
entités russes, indirectement coupables
« d’ingérence » dans les élections américaines. Avec pour résultat une chute des
marchés, une panique des investisseurs et
l’appel à l’aide de trois milliardaires. C’est
sur ce terrain diplomatique et économique miné que pénètre Vladimir Poutine,
avec des marges de manœuvres réduites.
Dès le 15 mai, en réaction aux sanctions
économiques américaines, le Kremlin
devrait annoncer un train de représailles
elles aussi économiques. La présentation
il y a un mois par la Douma d’un projet
d’adoption de mesures protectionnistes,
prévoyant un embargo sur plusieurs produits américains avait suscité l’inquiétude de certains industriels russes, contraignant le Kremlin à temporiser. Mais la
riposte aura lieu. Les autorités menacent
de punir les banques russes qui stopperaient leur soutien aux entreprises nationales sanctionnées.
“
Ce qui nous attend
n’est pas la stagnation car le mot a une
connotation péjorative –
mais la stabilité
”
L’ANCIEN VICE-PRÉSIDENT DE LA BANQUE
CENTRALE KONSTANTIN KORICHTCHENKO
La situation de l’économie, qui n’a fait
l’objet d’aucune réforme structurelle,
handicapée par une défiance des investisseurs et l’absence de réformes structurelles, toujours aussi dépendante des
cours du pétrole, ne permet pas à l’État de
financer la croissance via une relance
budgétaire. La plupart des analystes jugent inatteignable l’objectif d’une croissance annuelle de 4 %, récemment fixé
par Vladimir Poutine. « Une forte croissance est structurellement impossible à obtenir. Ce qui nous attend n’est pas la stagnation - car le mot a une connotation
péjorative – mais la stabilité », prévoit
l’ancien vice-président de la Banque
centrale, Konstantin Korichtchenko.
En l’absence de tout projet électoral
économique, des rumeurs contradictoires évoquent, tantôt l’adoption d’un programme de dépenses sociales, dans les
domaines éducatif ou sanitaire, tantôt des
mesures d’austérité budgétaire avec un
allongement de l’âge de départ à la retraite. Vladimir Poutine a également évoqué une possible modération des dépenses militaires. « La plus grande
contradiction dont sera victime le prochain
gouvernement réside dans le décalage
existant entre les attentes de la société et
l’amère réalité des chiffres. Les gens n’attendent pas grand-chose, pourvu que ça ne
se traduise pas par une dégradation de leur
situation personnelle », explique Boris
Makarkine, vice-président du Centre des
technologies politiques. Atteignant
aujourd’hui 20 millions, le nombre de
Russes victimes de la pauvreté est reparti
à la hausse depuis 2012. Poutine a promis
de diviser ce chiffre par deux en six ans.
Pour cela, Vladimir Poutine devrait
encore une fois s’appuyer sur son éternel
et docile poulain, Dmitri Medvedev, qui
l’avait déjà remplacé à son poste entre
2008 et 2012. Bien qu’affaibli, ce dernier
garde la confiance de son mentor et
pourrait prétendre figurer dans la liste
des successeurs en 2024. À la différence
du large soutien dont bénéficie Poutine
dans les enquêtes d’opinion, Medvedev
ne jouit que de 42 % d’opinions favorables, selon l’institut Levada. Une restriction des prérogatives de son gouvernement, au profit de la présidente de la
Banque centrale Elvira Nabioullina, est
néanmoins évoquée, tout comme le retour aux affaires de l’ancien ministre des
Finances, Alexeï Koudrine. Cet homme
qui bénéficie d’une certaine cote parmi
les réformateurs, avait été congédié par
Medvedev en 2011.
La reconduction de ce dernier pourrait
être entérinée dès mardi. Vladimir Poutine entend conserver la totale maîtrise de
son entourage et ne laisse rien transparaître de ses intentions. Le sort de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï
Lavrov, en poste depuis 14 ans, et dont
l’influence est en berne, sera particulièrement scruté. Son homologue à la Défense, Sergueï Choïgou, bénéficie de
l’aura des succès militaires en Syrie. Sitôt
passé le répit de la Coupe du monde de
football, la guerre de succession éclatera,
prédit le politologue Nikolaï Petrov. Désormais confronté à un enracinement de
l’opposition russe avec son leader Alexeï
Navalny, Vladimir Poutine pourrait être
tenté de serrer encore plus la vis. « Son
précédent mandat avait été conservateur.
Le mandat qui viendra sera réactionnaire
sur le modèle de Charles X ou Louis
XVIII », pronostique le très francophile
rédacteur en chef de la radio Écho de
Moscou, Alexeï Venediktov. Avec une
particularité néanmoins propre au personnage : Vladimir Poutine adore surprendre. ■
+
» Lire aussi PAGE 14
L’agressive politique extérieure russe a durablement établi une relation de
A
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
LE CONSTAT est partagé des deux côtés
de l’ancien rideau de fer : entre la Russie
et l’Occident, la relation n’a pas été aussi
dégradée depuis la guerre froide. Vladimir Poutine n’a pas encore révélé le
contenu qu’il entend donner à son quatrième mandat. Certains considèrent
qu’après avoir refait de son pays une
puissance internationale, il pourrait
consacrer ses quatre prochaines années
au Kremlin à redresser l’économie… et
mettre un peu d’huile dans ses relations
avec l’Europe et les États-Unis. D’autres
s’attendent, au contraire, à ce qu’il
conserve, voire consolide, sa posture de
confrontation avec l’Occident, qui lui a
très bien réussi. À la fois sur le plan extérieur et sur le plan intérieur, puisque
Vladimir Poutine a été réélu avec plus de
70 % des voix en mars.
À observer la manière dont le Kremlin
tisse une toile d’influence au-dessus des
pays européens et des États-Unis, il est
peu probable que le dégel espéré soit au
rendez-vous. Moscou n’a jamais accepté la défaite de la guerre froide, encore
moins l’« arrogance » manifestée par
les États-Unis dans les années qui ont
suivi. La Russie n’a pas digéré non plus
les interventions occidentales au Kosovo (1999) et en Libye (2011), auxquelles
elle a vainement tenté de s’opposer.
« Vladimir Poutine veut offrir à la Russie
une revanche. Il ira jusqu’au bout de son
désir de vengeance », commente un diplomate familier de la Russie. En remplissant les vides créés par l’allégement
de l’empreinte américaine au MoyenOrient, en s’imposant dans les zones
grises dessinées par les erreurs des
États-Unis dans la région, la Russie a
démultiplié son influence internationale
en quelques années. Pourquoi mettraitelle un frein à une stratégie qui fonctionne aussi bien ?
Les blocages stratégiques à l’origine
de la dégradation des relations entre la
Russie et l’Occident demeurent. Audessus de la pile, figure l’annexion de la
Crimée en mars 2014, qui a fragilisé l’architecture de sécurité européenne instaurée après la Seconde Guerre mondiale. On voit mal pourquoi Vladimir
Poutine reviendrait sur une décision qui
a été applaudie par une majorité de Russes. Les inquiétudes occidentales demeurent vis-à-vis des méthodes de
« guerre hybride » utilisées par la Russie, qui par ailleurs fait évoluer de manière agressive sa posture nucléaire.
L’autre sujet de tensions - la guerre en
Syrie – restera aussi en tête de l’agenda.
Du point de vue du Kremlin, l’intervention militaire déclenchée en Syrie en
septembre 2015 n’a eu que des effets po-
sitifs. Elle a décuplé l’influence internationale de Moscou, sauvegardé les bases
russes et l’accès à la Méditerranée. Bachar el-Assad, l’allié de la Russie, a été
sauvé. L’armée s’est entraînée et aguerrie. « Pourquoi les Russes décideraientils de partir de Syrie, où tout leur réussit ? », s’interroge un diplomate
français.
Le pari de la France, qui veut entraî-
ner dans son sillage ses alliés, est de
convaincre la Russie de tordre le bras de
Bachar el-Assad pour l’amener à une solution politique. « Mais le levier de Moscou sur Bachar n’est pas au ministère des
Affaires étrangères chez Sergueï Lavrov.
Il est au ministère de la Défense, chez
Choïgou. Et tant que Vladimir Poutine ne
dira pas qu’il conditionne le soutien au régime syrien à son implication dans les né-
Soldats russes et syriens contrôlent un check-point à l’entrée du couloir humanitaire
ouvert à al-Wafadin, dans la Ghouta orientale, près de Damas, en mars 2018.
gociations, il ne se passera rien », commente un diplomate. Les dangers de
dérapage militaire entre Américains et
Russes, qui se frôlent dangereusement
dans le ciel syrien, n’ont pas disparu.
Cette menace s’est accrue depuis que
l’attirance entre Trump et Poutine ne
s’exerce plus, après le changement de
ton de la Maison-Blanche, qui ne tient
pas seulement à l’interférence russe dans
la campagne présidentielle américaine.
La troublante ambiguïté de Moscou visà-vis des armes chimiques possédées et
entretenues par le régime syrien a ajouté
au trouble des Occidentaux.
Aux vieux litiges, s’ajoutent des désaccords nouveaux, qui laissent mal
augurer de l’avenir de la relation. « On
cite toujours trois sujets problématiques :
l’Ukraine, la Syrie et l’interférence dans
les élections. Mais la Russie est en train de
tisser un réseau beaucoup plus vaste, qui a
des ramifications au niveau planétaire »,
peut-on lire dans une remarquable étude de la fondation Carnegie. Les nouvelles technologies et l’information sont
désormais des éléments clés de l’arsenal
du Kremlin dans la politique internationale. En quelques années, la télévision
Russia Today, financée par le Kremlin, a
étendu ses tentacules dans tout le monde
occidental.
La Russie soutient les régimes illibéraux ainsi que les mouvements populis-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 7 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
L’opposition et son chef de file,
Alexeï Navalny, brutalisés par le pouvoir
CHRONOLOGIE
AOÛT 1999
Boris Eltsine propulse au poste
de premier ministre Vladimir
Poutine, un quasi-inconnu.
EMMANUEL GRYNSZPAN £@_zerez_
défiance avec l’Occident
tes et d’extrême droite qui poussent
comme des plantes tropicales en Europe. Elle attise et exploite, en Allemagne
avec la question des réfugiés ou en France avec celle du mariage pour tous, les
tensions internes aux démocraties occidentales. Elle utilise les réseaux sociaux,
les médias gouvernementaux et les cyber-opérations pour exploiter la vulnérabilité des sociétés ouvertes, creuser
dans leurs divisions et faire hésiter les
“
La Russie est en train
de tisser un réseau
qui a des ramifications
au niveau planétaire
”
UN RAPPORT DE LA FONDATION CARNEGIE
processus de décision. La toile d’araignée russe traverse aussi l’Atlantique.
Elle s’est accrochée au régime ultraautoritaire de Nicolas Maduro au Venezuela. Elle sape les alliances des ÉtatsUnis en vendant des armes aux pays du
Moyen-Orient (Arabie saoudite, Égypte…). Elle le fait d’autant plus facilement
que son intervention en Syrie lui a fourni
des ouvertures diplomatiques dans lesquelles elle s’est vite engouffrée, n’hésitant pas à vendre un système sensible de
défense antiaérienne (S400) à l’un des
grands pays de l’Otan, la Turquie.
Face à tous ces nouveaux sujets irritants, c’est la Grande-Bretagne, où l’ancien espion russe Skirpal a été empoisonné le 4 mars par un agent chimique
soviétique, le novichok, qui réagit le
plus vivement. En novembre 2017, Theresa May avait accusé Vladimir Poutine
de « militariser » l’information. Après
l’offensive du Kremlin, qui a inondé ses
médias de déclarations et de fausses révélations pour susciter le doute sur la
réalité de l’attaque chimique du régime
syrien à Duma le 7 avril, le RoyaumeUni veut contre-attaquer. Selon The
Guardian, les diplomates britanniques
ont l’intention d’utiliser les prochains
sommets internationaux pour bâtir avec
leurs alliés une « stratégie de combat
contre la désinformation russe ». C’est la
conclusion d’une commission bipartisane du Parlement britannique : la corruption russe ne doit plus être considérée comme une question financière mais
comme « une menace de sécurité et de
politique étrangère, qui exige de nouvelles
sanctions ».
Le Kremlin garde cependant une
carte magique pour calmer les irritations : la discorde qui entoure le sujet
russe au sein de l’UE. Dans cette
Union divisée, Moscou peut compter
sur une arrière-garde de pays acquis.
Et même sur l’ambiguïté bienveillante
de l’Allemagne. ■
MARS 2000
Vladimir Poutine est élu
président de la Fédération
de Russie. Il était président
par intérim après la démission
de Boris Eltsine en décembre.
MARS 2004
Vladimir Poutine est réélu
président de la Fédération
de Russie.
MARS 2008
Alexeï Navalny, lors d’une manifestation anti-Poutine, le 5 mai 2018 à Moscou.
TATYANA MAKEYEVA/REUTERS
compare avec ce qui s’observe en
France, les Moscovites ont répondu en
lançant des avions de papier (symbole
du réseau social de messagerie Telegram récemment interdit en Russie).
Les quelques tentatives de s’asseoir sur
la chaussée ou de repousser les lignes
des Omon se sont soldées par des arrestations immédiates. Trois heures
après le début du rassemblement, la
manifestation était définitivement dispersée.
Mélenchon à Moscou le 9 mai
Cet épisode musclé confirme la maîtrise
de la rue par le pouvoir russe. Hantise
du Kremlin, le scénario d’un changement de régime sur le modèle des « révolutions de couleurs » (Géorgie,
Ukraine, et tout récemment en Arménie) semble aujourd’hui hors de portée
des opposants. Exclu du système électoral, Alexeï Navalny table en grande partie sur la rue pour peser sur le jeu politique. Même si la mobilisation de samedi
reste très insuffisante pour déborder le
dispositif sécuritaire, elle permet à Navalny de creuser l’écart par rapport aux
autres factions de l’opposition russe.
Le croisé de la lutte anticorruption
parvient aussi à renverser la vapeur
après une série de manifestations, l’année dernière, où la mobilisation paraissait s’étioler. La thématique anti-Poutine de samedi a fait descendre deux à
trois fois plus de manifestants que lors
de la précédente journée d’action protestant contre l’exclusion du candidat
Navalny au scrutin présidentiel du
18 mars dernier. Il n’avait pas pu se
présenter au scrutin, remporté par
Vladimir Poutine avec plus de 76 % des
voix, en raison d’une condamnation
pénale qu’il estime orchestrée par le
Kremlin.
À l’inverse, le Front de gauche de
Sergueï Oudaltsov semble sur le déclin,
parvenant à peine à réunir dimanche
1 000 participants (dont la moyenne
d’âge dépassait les 50 ans) à son meeting moscovite sous le slogan « pour un
pouvoir légal et légitime ». La réunion
était pourtant autorisée par le pouvoir,
signe qu’il n’y voit guère de menace.
Sergueï Oudaltsov, qui recevra le 9 mai
la visite de son « camarade » français
Jean-Luc Mélenchon, soutient la politique étrangère du Kremlin, c’est-à-dire
la confrontation avec les États-Unis, en
particulier dans le dossier ukrainien. ■
La Constitution lui interdisant
de briguer un troisième
mandat, Vladimir Poutine fait
élire à la présidence son jeune
vice-premier ministre, Dmitri
Medvedev. Il devient premier
ministre et prend la tête
du parti Russie unie, qui
contrôle le Parlement.
DÉCEMBRE 2011
Un mouvement
de contestation sans
précédent depuis l’accession
au pouvoir de Vladimir Poutine
éclate après des législatives
remportées par son parti,
Russie unie, et entachées
de fraudes, selon l’opposition.
MARS 2012
Vladimir Poutine est élu
président de la Fédération
de Russie pour un mandat porté
à six ans à la faveur d’une
réforme constitutionnelle.
2018-2024
Quatrième mandat de Vladimir
Poutine à la présidence
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A
Dix huit ans après son premier sacre,
Vladimir Poutine (ici au Kremlin
en novembre 2017) bénéficie désormais
de la plus grande longévité politique
derrière Staline. SPUTNIK/AFP FORUM
LE QUATRIÈME SACRE de Vladimir
Poutine dimanche au Kremlin fait
bouillir le sang d’une partie de la jeunesse russe qui n’a connu que lui comme président. Samedi, des dizaines de
milliers de partisans de l’opposant
Alexeï Navalny sont descendus dans les
rues centrales des grandes villes russes.
Les autorités ont interdit pratiquement
toutes ces manifestations - dont celle
de Moscou - et la police a procédé à
1 600 arrestations, souvent brutales, à
travers le pays. Initiateur de cette journée d’action intitulée « Il n’est pas notre tsar », Alexeï Navalny a été ceinturé
par des policiers dès son apparition sur
la place Pouchkine, lieu traditionnel de
l’opposition démocratique moscovite
depuis l’époque de l’URSS. L’opposant
a été relâché dans la nuit avec une
convocation le 11 mai devant la justice
pour « refus d’obtempérer aux injonctions de la police ».
D’autres surprises désagréables attendaient les partisans moscovites
d’Alexeï Navalny. À l’heure fixée pour
le début du rassemblement, 14 heures,
la statue de Pouchkine était encerclée
par une dizaine de fanatiques du président Poutine réclamant les « pleins
pouvoirs au président » et brandissant
des drapeaux soviétiques.
Dans une seconde séquence, un
groupe d’hommes portant l’accoutrement traditionnel des cosaques (aujourd’hui un mouvement ultraréactionnaire
pro-Kremlin) s’est mis à patrouiller aux
abords de la place. Verbalement très
agressifs envers les manifestants, ils
utilisaient la moindre opportunité pour
abattre leurs cravaches sur leurs adversaires. Après plusieurs échauffourées
forçant l’intervention des Omon (les
forces de sécurité du ministère de l’Intérieur), les cosaques ont quitté les lieux
sans être interpellés.
La dernière nouveauté est à mettre
au crédit des forces de l’ordre. Un hélicoptère noir a survolé à très basse altitude (entre 30 et 50 mètres) la manifestation, faisant du surplace pendant plus
de deux heures. Son vacarme abrutissant couvrait partiellement les slogans
hurlés par une foule principalement
constituée de jeunes âgés de 15 à 30 ans.
« À bas le tsar », « Non au pouvoir des
tchékistes (les services secrets soviétiques) », « Poutine voleur » s’époumonaient des groupes ne parvenant pas à
se mettre à l’unisson à cause du bruit.
Devant l’afflux de jeunes gens aux
quatre coins de la place dominée par la
statue du poète russe, la foule a rapidement débordé sur la chaussée. Or l’entrave à la libre circulation des automobiles est un signal qui met toujours en
branle le dispositif répressif. Des lignes
d’Omon se sont efforcées pendant plus
de deux heures de « nettoyer » d’abord
la chaussée, puis la place Pouchkine en
repoussant les manifestants dans les
rues voisines. Très dociles, si on les
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lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
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POLITIQUE
Mélenchon rêve
d’une « marée humaine »
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Cette diabolisation que
recherchent les Insoumis
Fort de la manifestation de samedi, le leader de La France
insoumise appelle à un rassemblement unitaire le 26 mai.
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
GAUCHE 160 000 selon les organisateurs, 40 000 selon la préfecture et…
38 900 participants selon le comptage du
collectif des médias associé au cabinet
Occurrence. Malgré cet écart de taille et
les polémiques associées (voir l’encadré),
nul ne conteste que « La fête à Macron »,
qui s’est tenue samedi à Paris entre
l’Opéra et la Bastille, a attiré du monde.
Tout au long de ce grand carnaval grinçant destiné à dénoncer et moquer « le
monde de la finance », avec un mannequin pendu censé représenter un oligarque et figurant aussi bien Emmanuel Macron, l’atmosphère est restée bon enfant.
Contrairement au défilé du 1er Mai, aucune violence n’est venue gâcher cette
manifestation, en dehors d’une échauffourée visant un car régie de Radio France, place de la Bastille, avec un CRS légèrement blessé à la clef.
L’enjeu d’une forte mobilisation dans
le calme était de taille et, pour les organisateurs, la pression bien réelle. Qu’il
s’agisse du député de la Somme François
Ruffin, rattaché au groupe parlementaire
des Insoumis, à l’origine de la manifestation, ou de Jean-Luc Mélenchon, qui en
a pris la lumière avec ses proches, les
députés Alexis Corbière, Éric Coquerel
ou Adrien Quatennens, aucun ne pouvait se permettre le moindre incident.
ment qu’on passe ce cap du million, qui entraînerait un rapport de force puissant
avec le pouvoir ».
Samedi, du haut du bus à impériale où
il a pris la parole, Jean-Luc Mélenchon,
comme à son habitude, s’est montré plus
gourmand encore, appelant les Français à
être « des millions » à « déferler » dans ce
qui se présenterait alors comme une
« marée humaine ». Philippe Martinez, le
secrétaire général de la CGT, avait expliqué au Monde son refus de participer à
« La fête à Macron », quatre jours après le
1er Mai. « Multiplier les dates génère de la
division et n’est pas efficace », avait-il
prévenu. Martinez, en outre, disait préférer « des partis politiques qui soutiennent
le mouvement social et qui n’essaient pas
de faire à notre place ». Mais une réunion
politique, associative et syndicale, le
3 mai, peut laisser croire à un change-
É
videmment, comparée
à la violence des casseurs
qui avaient sali les cortèges
syndicaux du 1er Mai,
« La fête à Macron » organisée par
François Rufin et les Insoumis avait
des airs de kermesse bon enfant.
Faut-il pour autant encenser
Mélenchon et ses amis ?
Commençons par la querelle
des chiffres. Qu’un comptage
indépendant, validé par des médias
représentant les sensibilités
le plus diverses, aient recensé
40 000 marcheurs est forcément
un « mensonge », et ses auteurs
forcément « payés », à en croire un
tweet du patron de LFI. En revanche
qu’un de ses députés, Alexis Corbière,
publie une photo des ChampsÉlysées le soir de la Coupe du monde
de 1998, pour créer une illusion
de foule n’est qu’une « erreur »,
évidemment pardonnable (lire
ci-dessous). En Mélenchonie,
ment d’atmosphère. Dans un communiqué signé par la CGT et quelques autres
syndicats, par le mouvement Attac, par le
PCF, La France insoumise et d’autres,
tous disent travailler de concert à l’organisation de cette « marée populaire » à laquelle d’autres pourraient se joindre,
comme Benoît Hamon.
Certains, à gauche, s’interrogent même
sur une possible participation des socialistes le 26 mai prochain. Les grands absents de ces derniers jours pourraient-ils
profiter de l’occasion pour se faire entendre à nouveau et revenir sur le devant de
la scène médiatique ? À entendre ou à lire
le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, la chose est plutôt incertaine. « Les
Français ne nous demandent pas seulement de contester, mais aussi de proposer », a-t-il souligné dimanche sur France Inter dans « Questions politiques ». ■
“
Les Français ne nous
demandent pas seulement
de contester, mais aussi
de proposer
”
OLIVIER FAURE, PREMIER SECRÉTAIRE DU PS
Les têtes de la gauche radicale ou de
l’extrême gauche n’ont pas exactement
défilé côte à côte, qu’il s’agisse de JeanLuc Mélenchon, de l’ex-candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon,
du secrétaire national du PCF, Pierre
Laurent, ou d’Olivier Besancenot, figure
du NPA, mais tous étaient là. Avec, aux
premiers rangs, un carré de représentants syndicaux.
Outre l’absence d’actes violents, c’est
sans doute l’autre réussite de cette « fête
à Macron ». Il leur fallait cette première
convergence pour espérer aller plus loin,
le 26 mai en l’occurrence, date d’une
possible prochaine mobilisation politique sociale et syndicale. Jean-Luc Mélenchon avait échoué à un rassemblement de ce type à l’automne. Mais à
entendre les grandes voix de La France
insoumise, la situation est tout autre
aujourd’hui en raison des divers
bouillonnements sociaux en cours, dans
le domaine de la santé, chez les cheminots ou les étudiants.
Pour François Ruffin, « il faut que le
fleuve déborde, qu’on passe de dizaines de
milliers de personnes à des centaines de
milliers de personnes et peut-être à un mo-
Jean-Luc Mélenchon salue la foule depuis un bus à impériale, samedi, à son arrivée à la Bastille.
MARIE MAGNIN/HANSLUCAS.COM
Corbière publie « par erreur » une photo datant du Mondial 98
Sa compagne, Raquel Garrido, s’était
illustrée l’an dernier en se félicitant,
lors d’une émission préenregistrée,
du succès d’une manifestation contre
la réforme du Code du travail deux jours
avant ladite mobilisation… Cette fois,
c’est au tour d’Alexis Corbière d’être
accusé d’avoir voulu s’arranger avec
les faits. Sur Twitter, le député
La France insoumise de Seine-SaintDenis s’est félicité du « succès » de
« La fête à Macron ». L’une des photos
postées par le parlementaire a retenu
l’attention des internautes : elle
représentait l’avenue des ChampsÉlysées pleine à craquer, alors que le
cortège des Insoumis n’était pas passé
par là. Et pour cause : il s’agissait, en
réalité, d’une photo prise lors des
célébrations de la Coupe du monde,
le 13 juillet 1998… Ce jour-là, plus
de 500 0000 personnes avaient déferlé
sur les Champs pour fêter la victoire
de l’équipe de France. Contacté par nos
collègues de France Info, Alexis Corbière
a reconnu une « erreur » et indique
avoir « pris au premier degré une
blague » que lui aurait faite un ami « lors
de la soirée festive qui fêtait cette belle
manif ». Sur Twitter, le député a posté
une nouvelle série de photos authentiques, cette fois -, appelant les
opposants à se rassembler le 26 mai. J. J.
« Il y a un jeu entre Macron et Mélenchon »
Nicolas Dupont-Aignan veut l’union des droites pour voler à la gauche le flambeau de premier opposant.
A
JIM JARRASSÉ £@jimjarrasse
Nicolas Dupont-Aignan, dimanche,
au « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro ».
RTL/FREDERIC BUKAJLO/SIPA PRESS
DROITE « Emmanuel Macron nourrit la
colère sociale. » Le constat ne sort pas
de la bouche de Jean-Luc Mélenchon,
mais du président de Debout la France,
Nicolas Dupont-Aignan. Invité dimanche du « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro », il s’en est pris à la gestion économique du gouvernement : « Une
politique pour 3 000 familles de privilégiés qui prend de l’argent à ceux qui
consomment pour le donner à ceux qui
fuient la France », tacle-t-il.
Pas question pour autant d’adhérer
au discours de La France insoumise,
dont il ne « partage pas du tout les solutions ». Mais force est de constater que,
dans le contexte actuel de grogne sociale, la gauche radicale a endossé le costume de premier opposant. « Il y a un jeu
entre Macron et Mélenchon, qui les ar-
range bien tous les deux. On enferme les
Français dans ce tango. […] Mais ceux
qui souffrent commencent à comprendre
la manipulation de l’opinion, qui conduit
à la violence d’une extrême gauche dangereuse. On ne joue pas avec l’extrême
gauche, et Macron joue avec Mélenchon », analyse Nicolas Dupont-Aignan.
L’immigration pour rassembler
Pour sortir de ce jeu à deux, « qui peut
aboutir à des catastrophes », l’ex-candidat à la présidentielle en appelle à nouveau à l’union des droites, des Républicains au Front national. « Est-ce qu’on
va continuer à croire que M. Wauquiez ou
Mme Le Pen vont gagner tout seuls ? C’est
faux. Ces divisions sont artificielles, liées
à la volonté d’avoir le pouvoir seul. » Là
où la gauche radicale mise sur le social,
le président de Debout la France compte
sur la thématique de l’immigration pour
rassembler. À la recherche de 180 par-
lementaires pour signer sa proposition
de référendum d’initiative partagée, qui
permettrait notamment d’interroger les
Français sur le rétablissement des
contrôles aux frontières ou la limitation
de l’immigration familiale, il entend
convaincre Républicains et frontistes.
« Je fais [à Laurent Wauquiez et Marine
Le Pen] la proposition d’une rencontre.
[…] Je leur dis : nos électeurs attendent
l’union. »
En vue des élections européennes de
2019, Nicolas Dupont-Aignan souhaite,
avec sa plateforme « Les amoureux de la
France », proposer un « projet de redressement » de la France, qui pourrait être
la base d’une « coalition alternative » en
2022. Il y a un an, « Marine Le Pen n’a pas
gagné parce qu’on n’avait pas rassemblé
suffisamment. […] Aujourd’hui, il nous
faut d’abord un projet, ensuite une coalition. Et on verra la question du mieux placé en 2021. » ■
le complotisme est à sens unique.
Et d’autant plus absurde qu’il n’est
pas besoin de gonfler les chiffres
pour reconnaître que, oui, cette
manifestation a attiré du monde et
qu’aucun autre parti d’opposition
pourrait en faire autant aujourd’hui.
Des slogans anti-Macron ?
Comment s’en étonner dans un
cortège anti-Macron ? Le droit de
manifester et la liberté d’expression
autorisent d’attaquer verbalement un
adversaire politique. Mais promener
une effigie du chef de l’État - ou
de qui que ce soit - pendue à
une potence reste-il dans l’épure
de la décence ? Et que penser
de la pancarte « Mac Aaron, sioniste,
escroc » ? Des slogans antipolice
lancés en fin de cortège ? De la prise
à partie de véhicules de médias
venus couvrir l’événement ? Actes
marginaux et totalement décalés avec
le climat général de « La fête à
Macron », répondent les Insoumis
voyant dans leur mise en avant
la preuve d’une volonté de dénigrer
et diaboliser leur démarche.
Ils devraient plutôt se réjouir
de la mansuétude dont ils bénéficient ;
car de tels faits, de tels slogans
douteux repérés dans des
manifestations organisées par plus à
droite qu’eux auraient suscité un tollé
et une condamnation unanimes. Là,
qui leur demande des comptes ? C’est
aussi une des marques des Insoumis :
s’autoriser tous les mots envers les
autres mais s’indigner et hurler à la
dictature dès qu’on ose leur répliquer.
On s’en souvient : parce qu’un de ses
députés, Éric Coquerel, avait reçu
une tarte à la crème, LFI avait alerté
sur l’inquiétant retour d’une extrême
droite violente et menaçant de mettre
à bas la République - cette même
extrême droite que, dans un premier
moment de fébrilité, Mélenchon
avait reconnue sous les cagoules
des black blocs. Mais que le maire
de Béziers, Robert Ménard, reçoive
ce week-end des coups réels les
émeut nettement moins.
Emmanuel Macron, avant la
célébration de sa « fête », a fustigé
ces « pyromanes indignés ». Et
plusieurs élus LaREM, comme Amélie
de Montchalin, ont mis en garde
contre un « discours dangereux »
confondant démocratie et « ZAD
permanente ». Mais au fond, c’est ce
que recherchent les mélenchonistes.
Susciter cette réaction pour
être érigés en adversaires privilégiés ;
donc en seuls opposants. Et
contraindre le pouvoir macroniste
à entrer dans cette spirale de la
réplique pour le faire descendre
de son Aventin et le forcer ainsi
à apparaître le plus clivant possible.
Le piège est grossier. Mais habile.
Et périlleux pour Macron. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
ZOOM
L’ex-communicant de
Sarkozy au service d’Estrosi
Franck Louvrier, ex-conseiller
communication de Nicolas
Sarkozy et président de Publicis
Events, a annoncé qu’après six ans
passés chez Publicis, il rejoignait
« le monde politique aux côtés
de Christian Estrosi (LR) comme
directeur de la communication
et des relations institutionnelles
de la Métropole Nice Côte d’Azur ».
Franck Louvrier, âgé de 49 ans,
évoque les « enjeux économiques,
d’infrastructures et d’événements
à dimension nationale, voire
internationale », de la Métropole
Nice Côte d’Azur que préside
le maire de Nice, Christian Estrosi
(LR). Basé à Paris où la métropole
niçoise dispose d’une antenne,
il conserve ses mandats de
conseiller municipal LR à La Baule
et de conseiller régional des Pays
de la Loire, région dont il est
vice-président en charge du
tourisme et président du comité
régional du tourisme.
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LE FIGARO
lundi 7 mai 2018
INTERNATIONAL
5
Face à Erdogan, l’opposition serre les rangs
Avec leur alliance
inédite, religieux,
laïcs et nationalistes
tentent de résister au
président turc lors
des scrutins de juin.
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
Rivaux idéologiques, Temel Karamollaoglu (à gauche), chef du parti religieux conservateur Saadet, et Kemal Kiliçdaroglu, leader de la formation républicaine et laïque CHP,
se sont affichés ensemble fin avril afin de sceller leur alliance contre le président Erdogan. ZIYA KOSEOGLU /CHP GENEL MERKEZI
cial pour l’avenir du pays. Ce 24 juin, les
Turcs seront appelés à choisir à la fois
leurs représentants au Parlement et leur
nouveau président. L’élection marquera
l’extension des pouvoirs présidentiels,
approuvée de justesse lors du référendum controversé d’avril 2017, avec, entre autres, la suppression du poste de
premier ministre, la nomination de
hauts fonctionnaires et des décrets présidentiels ayant force de loi. La coalition
de l’opposition se limite cependant au
scrutin parlementaire, chaque parti
ayant décidé de présenter son propre
candidat à la présidence. Mais, là encore, Erdogan a de quoi s’inquiéter. Pour
tenter de le battre, ses opposants ont
choisi des orateurs pugnaces et charismatiques. Vendredi, le principal parti
d’opposition (CHP) a ainsi désigné l’un
de ses députés, Muharrem Ince, connu
pour son franc-parler. Cet ex-professeur de physique de 54 ans s’était notamment fait remarquer lors d’une allocution dans laquelle il promettait de se
débarrasser, s’il était élu, du nouveau
palais présidentiel surdimensionné
qu’Erdogan s’est fait construire à Ankara. Le nouveau Bon Parti compte, lui,
sur Meral Aksener (voir ci-dessous),
pour attirer les jeunes électeurs avec
une campagne axée sur l’économie. Le
Saadet Partisi mise pour sa part sur son
leader pour dénoncer la manipulation
de la religion à des fins politiques du
parti islamo-conservateur AKP. Quant
au HDP, il vient d’officialiser l’atypique
candidature de son ex-leader, Selahattin Demirtas, emprisonné depuis novembre 2016.
«Il y a fort à parier qu’on se dirige ainsi
vers un second tour », estime Ömer Tu-
Le président turc promet de nouvelles opérations militaires
C’est un président en campagne qui
a harangué la foule, ce dimanche 6 mai,
à Istanbul, en promettant de nouveaux
projets dans l’industrie automobile et de
la défense ainsi qu’une baisse des taux
d’intérêt. Dévoilant les grandes lignes de
son programme, Recep Tayyip Erdogan
a également consacré une bonne partie
de son discours à la politique étrangère
de son pays. Devant des milliers
de partisans, il a promis de nouvelles
opérations militaires transfrontalières,
sur le même modèle que celles
précédemment lancées dans le nord
de la Syrie contre Daech et contre
une milice kurde. « Pour nettoyer
ses frontières des groupes terroristes,
la Turquie lancera de nouvelles
opérations sur le modèle de “Bouclier de
l’Euphrate” et de “Rameau d’olivier” »,
a-t-il déclaré. « Notre objectif, a-t-il
poursuivi, est d’anéantir toutes
les organisations terroristes qui s’en
prennent à nous, de les expédier dans
les poubelles de l’histoire. » Déterminé
à alimenter le sentiment nationaliste,
Meral Aksener, une dame de
fer à la conquête du pouvoir
AUCUN DÉTAIL n’est laissé au hasard.
Cheveux courts, tailleur de ville, mais
peu friande de maquillage, Meral Aksener s’est imposée en un temps record
comme « la » rivale la plus redoutable
du président Recep Tayyip Erdogan. À
61 ans, cette ancienne députée ultranationaliste mise à la fois sur les déçus de
son ex-parti, le MHP, mais aussi sur
certains jeunes électeurs de l’AKP et du
courant laïc CHP pour briguer un mandat présidentiel. Son cheval de bataille :
l’économie. « Je mettrai fin à la corruption ! », promet-elle lors de ses discours
en raillant, à l’occasion, des hommes de
la garde rapprochée du chef de l’État
turc, qui « se sont foulé les poignets à
force de compter les billets récoltés en
pots-de-vin ».
Celle qui soigne son image de « bonne musulmane » - rappelant qu’elle a
fait le hadj, le pèlerinage à La Mecque -,
aime également mettre en avant son
côté féministe lorsqu’elle déclare
qu’« il est temps maintenant pour tous
ces hommes qui nous dirigent de prendre
peur ». « Je veux offrir une nouvelle façon de gouverner le pays », confiait-elle
en janvier dernier au Figaro, trois mois
après la création de sa nouvelle formation politique, le Bon Parti (Iyi Parti).
ran. D’après la plupart des sondages, le
président turc, élu dès le premier tour
avec 51,79 % des voix en 2014, a vu sa
popularité s’éroder au cours de ces derniers mois. Nombre de Turcs, y compris
ses électeurs, refusent de cautionner
l’immense purge orchestrée depuis le
coup d’État raté du 15 juillet 2016 et les
scandales de corruption qui entachent
l’entourage du président. La rumeur va
également bon train sur un mécontentement croissant au sein de son propre
parti, l’AKP, lui-même touché par un
nettoyage interne (plusieurs maires
ayant été récemment évincés). Après
plus de vingt ans d’ascension fulgurante, du fauteuil de maire d’Istanbul à celui de chef de l’État, en passant par celui
de premier ministre, fondée sur des réformes économiques et des promesses
de justice sociale, Erdogan offre aujour-
Meral Aksener, vendredi à Istanbul,
au siège du Bon Parti.
MURAD SEZER/REUTERS
Entourée d’anciens caciques du MHP
et d’une équipe jeune et dynamique, la
« dame de fer » démultiplie les promesses : revenir à un État de droit, œuvrer
en faveur d’un rapprochement avec
l’Europe et – clin d’œil évident aux
nombreux adeptes des réseaux sociaux
– lever l’interdit qui pèse depuis plus
d’un an sur l’accès à Wikipédia.
Le salut des Loups gris
En réalité, sa campagne a déjà discrètement commencé dès le mois d’avril
2017 lorsque, au moment du référendum controversé sur la nouvelle
Constitution, elle fit le pari de voyager à
travers la Turquie en appelant ouvertement à voter « non » au régime hyperprésidentiel souhaité par Recep Tayyip
Erdogan. Son discours offensif, prononcé lors du lancement de son parti,
en octobre 2017, a également marqué
les esprits : elle y promettait de travailler pour le « renouveau » et pour
une Turquie « puissante » et « heureuse ».
Le Bon Parti, frappé du logo d’un soleil, se serait également, d’après ses
propres dires, inspiré de La République
en marche du président français Emmanuel Macron : outre ses propres dé-
en vue des élections législatives
et présidentielle, le président turc
a néanmoins tenu à rassurer sur
la poursuite des négociations d’adhésion
à l’Union européenne. « La Turquie
n’a pas renoncé à intégrer l’Union
européenne », a précisé Erdogan.
Lancés en 2005, les pourparlers entre
Ankara et Bruxelles sont actuellement
entravés par la question chypriote et
par les préoccupations européennes
sur les atteintes à la liberté d’expression
en Turquie.
D. M.
placements, des groupes de bénévoles
ont fait le tour du pays pour aller à la
rencontre de la population et sonder ses
attentes. « C’est une femme de caractère, qui est à l’écoute des autres et qui sait
parler aux foules », observe le politologue Emre Erdogan.
Difficile, pourtant, de faire le poids
contre le puissant appareil de communication du président Erdogan. Difficile, également, de se débarrasser de son
passé ultranationaliste, à tendance xé-
nophobe. « En fait, elle a plus de similitudes avec Marine Le Pen qu’avec Emmanuel Macron », poursuit Emre
Erdogan. Lors de ses meetings, il arrive
que Meral Aksener fasse encore aujourd’hui le salut des Loups gris, la branche
paramilitaire du MHP, connus pour la
violence de leurs actions. Ses ambitions
politiques pourraient également lui
jouer des tours : si Meral Aksener a récemment profité du rapprochement
avec le CHP pour pouvoir participer
aux législatives, elle aurait en revanche
refusé de s’effacer dès le premier tour
de la présidentielle derrière un candidat
commun de l’opposition, l’ex-président Abdullah Gül, cofondateur de
l’AKP, connu pour avoir pris ses distances avec Erdogan.
Ambitieuse, déterminée, celle qui
occupa brièvement le poste de ministre
de l’Intérieur (en 1996) doit également
compter sur une population encore largement conservatrice. « Une candidate
femme, c’est peut-être attirant pour une
certaine jeunesse, mais pas pour la majorité des Turcs, pétris de tradition patriarcale », estime Ömer Turan, professeur de sciences politiques à
l’université Bilgi. ■
D.M. (CORRESPONDANTE À ISTANBUL)
d’hui un autre visage : autoritaire, répressif et opportuniste.
Manque de visibilité
Ses chances de l’emporter au second
tour demeurent néanmoins importantes. « L’État d’urgence, sans cesse renouvelé depuis le putsch avorté, est peu
propice à l’exercice de la démocratie, et
joue donc en sa faveur », observe Emre
Erdogan, professeur de sciences politiques à l’université Bilgi. Ce n’est pas
tout… « Ces derniers temps, Erdogan
s’est attelé à titiller la fibre nationaliste
des Turcs : il s’est allié avec le parti MHP ;
il a déclaré victoire contre la rébellion armée kurde dans l’enclave syrienne d’Afrine ; il a multiplié les déclarations antiaméricaines. C’est un fait : nombre
d’électeurs sont à la recherche d’un leader, d’une figure paternelle et autoritaire », remarque-t-il. Le calendrier, finement calculé, joue aussi en sa faveur.
« Les élections auront lieu juste après les
fêtes de la fin du Ramadan. L’occasion,
pour son parti, de profiter des cérémonies
religieuses pour mener campagne »,
poursuit l’enseignant turc. En face, ses
opposants, souffrent d’un cruel manque
de visibilité dans un paysage médiatique
étroitement contrôlée par le pouvoir.
Tandis que les discours d’Erdogan, dont
celui de ce dimanche, sont retransmis
en direct dans leur intégralité, aucune
des principales chaînes d’information
n’a diffusé l’allocution, ce samedi, du
candidat du CHP. « Le désavantage
principal de l’opposition, c’est qu’Erdogan a déjà commencé sa campagne depuis bien longtemps », remarque Emre
Erdogan. ■
EN BREF
McCain ne veut pas
de Trump à ses obsèques
Le sénateur américain
John McCain, 81 ans, atteint
d’un cancer du cerveau très
avancé, a dit ne pas vouloir
que le président Donald Trump
assiste à ses obsèques. Selon
ses proches, l’ex-candidat
à la Maison-Blanche souhaite
que celle-ci soit représentée par
le vice-président, Mike Pence.
Frappes israéliennes à Gaza
Deux Palestiniens ont été tués
dimanche dans la bande de Gaza
près de la frontière par des tirs
de soldats israéliens. Quelques
heures plus tôt, Israël a frappé
un poste du Hamas à Gaza,
a annoncé la branche militaire
du mouvement islamiste. La
frappe n’aurait pas fait de blessé.
L’ancien commandant
des Farc demande pardon
En Colombie, l’ex-principal
commandant des Farc, Rodrigo
Londono, a demandé pardon
samedi pour l’assassinat en 2003
de Guillermo Gaviria,
gouverneur du département
d’Antioquia, tué lors d’une
opération de l’armée contre la
guérilla qui le retenait en otage.
A
TURQUIE D’entrée de jeu, il s’excuse du
modeste décor dans lequel il reçoit, au
troisième étage d’un immeuble du
quartier Cevizlibag. « Ceci n’est qu’un
local provisoire durant les travaux de notre QG stambouliote, situé au cinquième
étage. Mais l’annonce surprise d’un scrutin législatif et présidentiel anticipé, près
d’un an et demi avant la date fixée, nous a
pris de court et il ne nous reste que peu de
temps pour nous préparer », explique
Bilal Ay, un des représentants du Saadet
Partisi (Parti de la félicité). Dehors, de
l’autre côté de l’avenue embouteillée,
deux posters géants de Recep Tayyip
Erdogan narguent les bureaux de cette
petite faction islamiste d’opposition.
Pas question pour autant de baisser
les bras. Remonté contre le chef de
l’État turc, accusé de dérive autoritaire,
Saadet fait partie des quatre mouvances
politiques qui ont officiellement formé,
ce samedi 5 mai, une coalition visant à
lui faire obstacle. L’« Alliance de la nation » est aussi inédite que contre-nature : elle rassemble en un même bloc
un parti religieux conservateur, une
formation républicaine et laïque (CHP),
le Parti démocrate (de centre droit) et le
tout nouveau Bon Parti (Iyi Parti) de
l’ex-nationaliste Meral Aksener. Fin
avril, le leader du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, avait déjà suscité l’étonnement
en s’affichant, photo à l’appui, avec son
rival idéologique, Temel Karamollaoglu,
le chef de Saadet. La veille, le CHP avait
fait un autre geste inattendu en annonçant que 15 de ses députés avaient rejoint les rangs du Bon Parti, lui permettant d’avoir les 20 élus nécessaires pour
former son propre groupe parlementaire et participer ainsi aux élections.
«Pour une fois, les partis d’opposition
mettent leurs différends au placard pour
peser face à Erdogan. L’objectif est avant
tout stratégique : il s’agit de franchir le
fameux seuil électoral des 10 % à l’échelle
nationale, indispensable à chaque parti
pour siéger au Parlement », constate le
politologue turc Ömer Turan, dans ce
qui ressemble à un plébiscite pour ou
contre Erdogan. L’alliance – qui n’intègre pas le parti prokurde HDP – est aussi
« une réponse à celle que l’AKP, le parti
au pouvoir, a récemment nouée avec la
formation ultranationaliste du MHP »,
précise-t-il.
Initialement prévu en novembre 2019, le double scrutin s’avère cru-
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INTERNATIONAL
La très lente
émergence
de l’opposition
libanaise
SYBILLE RIZK £@sybillerizk
BEYROUTH
PROCHE-ORIENT « Nous devrions remporter entre trois et sept sièges dans le
meilleur des cas. » Sur un total de
128 sièges, c’est peu et beaucoup à la fois,
explique Wadih Asmar, l’un des animateurs de la campagne Koullouna Watani,
seule coalition d’opposition qui se présente face aux partis traditionnels libanais, inamovibles depuis des décennies.
« Quoi qu’il arrive, cette élection est un
premier pas pour les acteurs du changement que nous avons réussi à rassembler
sous une même bannière pour présenter 66
candidats dans 9 des 15 circonscriptions
du Liban. »
Le résultat est décevant à l’aune des
attentes des Libanais de plus en plus
nombreux à constater l’échec du modèle
national, fondé sur une division confessionnelle du pouvoir instrumentalisée
par les élites politiques dans leur propre
intérêt. Mais ceux qui optent résolument
pour l’optimisme mesurent surtout le
chemin parcouru en une décennie de
mobilisations citoyennes diverses pour
aboutir à cette première plateforme électorale nationale.
Il y a quelques semaines encore, le pari
de réunir des personnalités aux profils
PHILIP ISSA/AP
Les mouvements revendicatifs issus
de la société civile prennent peu à peu pied
dans un système politique très verrouillé.
En avril 2018, Laury Haytayan, 42 ans, candidate de l’alliance Koullouna Watani aux législatives, mène campagne à Beyrouth.
très divers, la plupart peu rompues à la
politique, était loin d’être gagné.
D’autant que le changement de mode de
scrutin et l’impatience suscitée par le gel
prolongé de l’exercice démocratique - le
Parlement a prorogé son mandat à trois
reprises depuis 2013 - ont suscité une vague sans précédent de candidatures.
Représentation féminine
en hausse
Quelque 579 candidats étaient en lice ce
dimanche 6 mai pour 128 sièges, dont 86
femmes, un record. Par comparaison,
elles n’étaient que 12 candidates en
2009. La revendication de participation
féminine est l’une des nombreuses causes portées par l’opposition, à travers
des candidates telles que Laury Haytayan, qui se présente à Beyrouth pour
Koullouna Watani. Elle a franchi le pas,
portée par son implication dans le secteur pétrolier naissant au Liban. Elle est
l’une des voix les plus actives pour mettre en garde contre la malédiction des
ressources naturelles qui fait souffrir les
pays dont le système de gouvernance
laisse la voie ouverte à toutes les captations possibles. Un enjeu majeur pour
Beyrouth, qui vient de signer ses premiers contrats d’exploration offshore.
Ce n’est pas un hasard si la campagne
de Koullouna Watani puise l’essentiel de
ses forces dans ce tissu professionnel et
associatif, formé d’avocats, d’ingénieurs, d’urbanistes, de journalistes,
d’artistes, de professeurs d’université…
D’abord lancées pour suppléer les multiples carences de l’État, les actions de la
société civile, plus ou moins institutionnalisées, se sont transformées au fil des
années en mouvements de revendications très spécifiques pour la défense des
droits humains – violences contre les
femmes, droits des homosexuels, etc. –
puis, de plus en plus, pour les droits so-
ciaux et économiques, comme la réclamation des espaces publics ou le relèvement du salaire minimum.
La crise des déchets de 2015
Les grandes manifestations organisées
sous le slogan « Vous puez » en raison de
la crise des déchets de l’été 2015 – irrésolue à ce jour – a marqué une première
étape vers le passage à la politique : la
protestation liée à l’accumulation des
poubelles dans les rues s’est vite muée en
contestation d’un système incapable
Faible mobilisation aux législatives
Dimanche à la mi-journée, le taux
de participation aux élections
législatives libanaises s’élevait
modestement à 24,5 %, selon
les derniers chiffres publiés par
le ministère de l’Intérieur, poussant
les principales forces politiques
à exhorter à nouveau les Libanais
à voter, peu avant la fermeture
des bureaux de vote. Le président
de la République, Michel Aoun, a appelé
à la mobilisation. Le Hezbollah a en vain
demandé à ce que les bureaux qui
doivent normalement fermer à
19 heures locales (16 heures GMT)
restent ouverts deux heures
supplémentaires. Le Hezbollah chiite,
allié à la fois au régime iranien et au
pouvoir syrien, devrait sortir renforcé
du scrutin, qui pourrait ainsi confirmer
la prédominance de l’Iran dans la région.
Soutenu par l’Occident, le premier
ministre Saad Hariri devrait cependant
conserver son poste et former
le nouveau gouvernement.
(AFP)
N
O
U
V
EA
U
Nétanyahou maintient
la pression sur l’Iran
HALTE AUX
DOULEURS
Le premier ministre israélien a dénoncé
les « lacunes fatales » de l’accord sur le nucléaire.
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
SP ORT :
Amé l io r er
sa l ongév i t é
grâce à l’a c t i v i t é
physique.
PSYCHO :
Le s mé t ho d es
pour su r v i v r e
à u ne v i e ul t r a
conne c t ée.
A
avril - mai - juin
6,90
d’assurer les besoins les plus élémentaires de la société qu’il est censé gérer.
Mais la première implication directe
dans le champ politique proprement dit
date des élections municipales de 2016,
au cours desquelles plusieurs listes de la
« société civile » ont tenté de contester
l’emprise locale des partis traditionnels.
Le très bon score enregistré par la coalition Beirut Madinati dans la capitale,
suivi par des victoires lors d’élections
universitaires ou syndicales, a alimenté
l’espoir de transformer l’essai au niveau
national. Un défi qui s’est révélé nettement plus difficile tant la remise en cause de la structure du pouvoir est complexe. Tous les candidats hors système sont
confrontés au même dilemme : quand
les électeurs ne marchandent pas directement leur vote en espèces sonnantes et
trébuchantes, ils le lient explicitement
aux « services » qu’ils attendent de recevoir (un emploi dans l’administration,
un accès facilité à l’hôpital public, une
formalité, etc.) de leur élu. « Notre discours consiste à dire que c’est à l’État
d’assurer ces services publics, mais nous
ne sommes pas encore suffisamment
audibles », explique Wadih Asmar. Une
raison à cela : le temps de parole des
candidats est monnayé très cher par les
médias qui ne se soumettent à aucune
obligation de garantir le pluralisme. ■
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PROLIFÉRATION Benyamin Nétanyahou a cette fois décidé de ne rien laisser
au hasard. Le premier ministre israélien, qui ne s’adresse pour ainsi dire jamais aux correspondants étrangers si ce
n’est à l’occasion du Nouvel An juif, a
réuni dimanche une vingtaine d’entre
eux pour leur rappeler tout le mal qu’il
pense de l’accord sur le nucléaire iranien signé en juillet 2015. Durant près
d’une heure et demie, il a dénoncé les
« lacunes fatales » de ce texte dont le
sort pourrait être scellé d’ici au 12 mai.
Assurant ne pas connaître les intentions
du président américain, il a martelé :
« Ce que nous voulons ? Je le dis depuis le
début, cet accord doit être totalement
amendé ou totalement annulé. Mais si on
le conserve en l’état, l’Iran finira par disposer d’un arsenal nucléaire très prochainement. »
Revenant sur le vol récent, par le
Mossad, d’une demi-tonne d’archives
liées au programme militaire poursuivi
par Téhéran entre 1999 et 2003, le premier ministre a réaffirmé que l’accord
signé par le P5+1 (les États-Unis, la Russie, la France, la Chine, le RoyaumeUni et l’Allemagne) « est basé sur un
mensonge ». Ces documents, anciens,
ne lui permettent certes pas d’affirmer
que l’Iran a violé ses obligations depuis
la signature du texte. Qu’importe, selon
Benyamin Nétanyahou, l’essentiel est
ailleurs. « Ceux qui disent qu’il n’y a rien
de nouveau dans ces matériaux, dit-il,
ne les ont pas vus. Mais ils vont bientôt les
découvrir puisque nous sommes en train
de les transmettre aux services de renseignements des pays du P5+1. » Jugeant
que l’accord ne traite qu’à la marge de
la dimension militaire du programme
iranien, le premier ministre dénonce la
« clause-crépuscule », qui permettra à
l’Iran, selon lui, de reprendre ses activités d’enrichissement d’ici à une dizaine d’années. « Ce n’est pas parce qu’on
ne viole pas un accord dangereux, résume-t-il, que celui-ci cesse d’être dangereux. »
Un risque de guerre
La démarche du premier ministre, qui a
jadis plaidé en vain contre ce texte jusque devant le Congrès des États-Unis,
laisse d’autant plus songeur que beaucoup tiennent la décision du président
américain pour acquise. Durant sa
campagne comme depuis son élection,
celui-ci a constamment dénoncé l’« accord terrible » signé par son prédécesseur. « La dernière rumeur, corrige un
haut responsable israélien, est qu’il ne
va rétablir qu’une partie des sanctions le
12 mai avec l’intention d’engager des négociations en position de force. » Un tel
scénario, appuyé par la France, ouvrirait une fenêtre de quelques mois avant
le rétablissement des mesures les plus
lourdes au cœur de l’été.
Le président iranien, Hassan Rohani,
a de nouveau mis en garde dimanche
contre les conséquences d’un revirement américain. « Si les États-Unis
quittent l’accord sur le nucléaire, a-t-il
dit, vous verrez bientôt qu’ils le regretteront comme jamais dans l’histoire. »
Emmanuel Macron a, lui, affirmé à
l’hebdomadaire Der Spiegel qu’une telle
décision « ouvrirait la boîte de Pandore
et mènerait peut-être à la guerre ». Une
perspective par laquelle Benyamin Nétanyahou refuse quant à lui de se laisser
impressionner. Évoquant l’expansion
de l’Iran en Syrie, il a déclaré dimanche
devant ses ministres : « Nous sommes
déterminés à stopper cette agression à
son stade préliminaire, même si cela implique un risque de guerre. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
COMMUNIQUÉ
Un 8 mai 1945 à défendre
Aujourd’hui les pulsions nationalistes, antisémites et xénophobes
s’intensifient en Europe. Les partis populistes ont remporté les élections
en Italie, Autriche, Hongrie, Pologne et Slovaquie. L’extrême droite a fait
irruption en Allemagne, reste puissante en France, en Belgique, aux Pays
Bas et progresse dans les autres pays de l’Union européenne.
Si les réformes programmées par le président de la République n’étaient
pas mises en place avec succès, la droite extrême risquerait de remporter
les prochaines élections européennes et plus tard la présidentielle. L’Europe
deviendrait alors une forteresse friable repliée sur des valeurs de peur et de
haine empêchant ainsi l’intégration des populations issues de l’immigration
et qui pousseraient les Juifs à quitter l’Europe.
De la réconciliation franco-allemande, inimaginable le 8 mai 1945, est
née l’Union européenne qui a assuré la paix, la prospérité collective et la
protection sociale
Il est impensable que l’Allemagne qui avait voté pour Hitler quand elle
était en crise et en proie au chômage récidive à l’extrême droite quand elle
est prospère et en plein emploi. Elle doit aider la France à refonder l’Union
européenne.
Le peuple français doit réagir et montrer l’exemple comme il l’a fait en mai
2017. Il faut que les citoyens s’engagent et soutiennent le renouveau de la
France et participent à un nouvel élan européen.
L’avenir en politique ne dépend pas seulement des autres, il dépend de
chacun d’entre nous.
Serge, Beate et Arno Klarsfeld
Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Attentats 2015 : Trump crée l’indignation
Victimes, policiers, responsables politiques…
La France s’émeut des propos « indécents »
tenus vendredi par le président américain.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
POLÉMIQUE Des « propos honteux », des
« simagrées obscènes », une « violence
inouïe »… faisant écho à l’indignation des
familles de victimes et de nombreuses
personnalités, Paris a fermement
condamné, samedi, les propos de Donald
Trump sur les attentats survenus dans la
capitale en 2015. « La France exprime sa
ferme désapprobation des propos du président Trump au sujet des attentats du
13 novembre 2015 à Paris et demande le
respect de la mémoire des victimes », a
réagi le ministère des Affaires étrangères
dans un communiqué, moins de deux semaines après la visite d’Emmanuel
Macron à Washington, au cours de laquelle les deux chefs d’État avaient affiché leur bonne entente.
Vendredi, à la convention de la NRA, le
puissant lobby pro-armes, Donald Trump
a repris sa théorie selon laquelle les attentats du 13 novembre 2015 auraient fait
moins de victimes si ces dernières avaient
été armées. Ce jour-là, 130 personnes
avaient été tuées et plusieurs centaines
blessées dans une série d’attentats revendiqués par le groupe État islamique.
« Elles ont été tuées brutalement par un petit groupe de terroristes qui avaient des armes. Ils ont pris leur temps et les ont tués un
par un. Boum, viens là ; boum, viens là ;
boum, viens là, a scandé le président américain, mimant un djihadiste tirant au pistolet. Mais si un employé, ou juste un client
avait eu une arme […], les terroristes
auraient fui ou se seraient fait tirer dessus,
et ça aurait été une tout autre histoire. »
Au Quai d’Orsay, la porte-parole rétorque que « la France est fière d’être un
pays sûr où l’acquisition et la détention
d’armes à feu sont strictement réglementées » : « la libre circulation d’armes au
sein de la société ne constitue pas un rempart contre les attaques terroristes, elle
peut au contraire faciliter la planification
de ce type d’attaque », se justifie-t-elle.
Dans un tweet, la Fédération nationale
des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac) s’est offusquée de propos
« d’une violence inouïe » pour les victimes.
Ancien vice-président de l’association de
victimes 13onze15, Emmanuel Domenach a
de son côté interpellé directement Donald
Trump sur Twitter en l’invitant, en anglais,
à « aller se faire foutre (avec une arme s’il le
souhaite) ». Porte-parole de l’association
Life for Paris, Alexis Lebrun condamne lui
aussi « ces propos obscènes et une récupération politique indécente devant le lobby des
armes » : « il suffit de comparer les statistiques de morts par armes à feu en France et
aux États-Unis pour voir qu’il raconte n’importe quoi ! s’exclame-t-il. Quelle marque
d’irrespect pour les victimes ! »
Des policiers dubitatifs
Du côté des forces de l’ordre, on dénonce
« une absurdité ». « C’est dramatique
d’utiliser nos victimes à des fins de politique
politicienne, s’indigne Frédéric Lagache,
secrétaire général adjoint du syndicat
Alliance. Moins il y a d’armes qui se baladent dans une démocratie, mieux elle se
porte. Nous, on milite pour que les policiers
puissent rentrer armés dans des lieux certes
privés mais ouverts au public. La loi antiterroriste nous autorise à porter notre arme en
tout temps et en tout lieu, mais les patrons
de stades ou de salles de spectacles ne nous y
autorisent pas ! » Même revendication
pour le secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police
(SICP) : « Dans une salle de spectacle, on
n’aurait peut-être pas pu faire de miracles,
estime Jean-Paul Mégret, mais on aurait pu
essayer de confiner les agresseurs et les détourner de leur action. » Pour le commandant Laurent Massonneau, secrétaire général de l’Union des officiers-Unsa, « dans
un endroit clos tel que le Bataclan, un échange de coups de feu n’aurait pas pu avoir lieu
sans créer des dommages collatéraux ! »
« Ce qui fait la force des policiers, c’est d’intervenir en équipe, avec des moyens radio,
de manière structurée, assure-t-il. Est-ce
que cela changerait quelque chose si on permettait aux policiers d’être armés dans une
salle de spectacle ? À titre personnel, je suis
dubitatif : je n’ai pas eu connaissance d’une
affaire dans laquelle un policier a pu intervenir hors service en utilisant son arme. » ■
Donald Trump, mimant un djihadiste tirant au pistolet, a exposé sa théorie devant les membres du puissant lobby pro-armes
lors de la convention de la NRA, vendredi à Dallas.
Une onde de choc dans la classe politique
Instrumen« taliser
la
tragédie
du Bataclan
au profit
du lobby
pro-armes,
M. Trump,
vous êtes
indigne !
»
VALÉRIE PÉCRESSE,
PRÉSIDENTE
DE LA RÉGION
ILE-DE-FRANCE
CHRISTINE DUCROS
£@ChristineDucros
LE QUAI d’Orsay a fermement
désapprouvé les propos du président américain. Mais, avant
même ce communiqué officiel
(lire ci-contre), François Hollande
avait, sur son compte Twitter, dénoncé « les propos honteux et les
simagrées obscènes » de Donald
Trump « qui en disent long sur ce
qu’il pense de la France et de ses
valeurs ». Président lors des attentats du Bataclan, François Hollande a ajouté que « l’amitié entre
nos deux peuples ne sera pas entachée par l’irrespect et l’outrance.
Toutes mes pensées vont aux victimes du 13 novembre. » D’autres
responsables politiques ont dit
leur « indignation » à l’égard du
cynisme de Donald Trump. Manuel Valls, premier ministre en
2015, a écrit : « Indécent et incom-
pétent. Que dire de plus ? » Ministre de l’Intérieur à la même époque, Bernard Cazeneuve a dit, lui,
son « indignation et son dégoût.
Solidarité avec les victimes et les
Français choqués. La transgression, c’est l’irrespect. » Trump,
qui, lors de son allocution, a osé
mimer un terroriste faisant feu sur
la foule, a fait bondir Anne Hidalgo : « La mise en scène des attentats était méprisante et indigne. »
« Fluctuat nec mergitur (“il est
battu par les flots, mais ne sombre
pas ”) », a-t-elle conclu en reprenant la devise de la capitale, devenue symbole après les attaques.
« Des propos indignes »
« Instrumentaliser la tragédie du
Bataclan au profit du lobby proarmes, M. Trump, vous êtes indigne ! Combien de fusillades atrocement meurtrières auraient été
évitées aux États-Unis avec un
contrôle des armes à feu ? » a de-
PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
Voies sur berge : pluie
de recours contre
la piétonnisation
Associations et riverains ont jusqu’à vendredi
pour attaquer le nouvel arrêté d’Anne Hidalgo.
A
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
PARIS Après un premier texte annulé en
février dernier, le nouvel arrêté de fermeture des voies sur berge à la voiture
va-t-il pouvoir sortir indemne des nouvelles attaques portées contre lui devant
le tribunal administratif ? Alors que le
délai pour déposer un recours intervient
vendredi prochain à minuit, plusieurs
associations et riverains ont saisi la justice en fin de semaine dernière ou
compte le faire ce lundi. Tous veulent
l’annulation de cette mesure phare du
programme de la maire de Paris, Anne
Hidalgo, qui est aussi l’une des plus
contestées. Particulièrement véloces,
quatre particuliers ont déjà saisi la justice et obtenu une date prévisionnelle
d’audience, le 3 juillet.
Opposés à cette piétonnisation en vigueur depuis septembre 2016, tous sont
convaincus d’obtenir l’abrogation de ce
nouveau texte, comme ils étaient parvenus à le faire une première fois. Le 21 février dernier, à la suite de leur première
action devant la justice, l’édifice réglementaire de la ville, justifiant la fin de la
voiture sur 3,3 km de la berge rive droite,
avait été mis en capilotade par le tribunal
administratif de Paris.
Dans ce premier arrêté, Anne Hidalgo
avait pourtant mis en avant des préoccupations de santé publique. Elle avait ainsi
fait valoir des objectifs de « réduction des
émissions de polluants atmosphériques ».
Mais les juges avaient pointé des failles
fragilisant le texte final. Ils avaient notamment estimé que l’étude d’impact du
projet « comportait des inexactitudes, des
omissions et des insuffisances ».
Une mesure « disproportionnée »
Quinze jours plus tard, voulant maintenir
coûte que coûte la piétonnisation, Anne
Hidalgo avait signé un nouvel arrêté. Celui-là même qu’associations et riverains
tentent une fois de plus d’annuler en
trouvant de nouveaux angles d’attaque.
Cette fois, la municipalité ne justifie plus
la fin du trafic automobile sur cette autoroute urbaine par des arguments de santé
publique, mais pour des raisons touristiques et patrimoniales. Sans voiture, le
La voie Georges-Pompidou est interdite à la circulation automobile sur 3,3 km.
site serait valorisé, gagnerait en authenticité et serait davantage fréquenté. Or,
pour Me Jacques Delacharlerie, qui représente quatre associations, rien ne tient
dans ce nouveau texte. « On ne peut utiliser des pouvoirs de police en interdisant la
circulation dans le seul but d’améliorer la
qualité de vie », dit-il en qualifiant aussi
cette mesure de « disproportionnée » :
« On prive de leur trajet quotidien 40 000
automobilistes, en échange d’une fréquen-
tation en réalité très faible des berges par
les piétons. »
Intervenant pour la Fédération française des automobilistes citoyens,
Me Julien Costantini parle, quant à lui, de
« détournement de pouvoir ». « Anne
Hidalgo s’appuie sur des considérations
touristiques et de mise en valeur des berges
dans le seul but de ne pas respecter le premier jugement, affirme-t-il. Après l’annulation, la circulation aurait dû repren-
mandé pour sa part, la présidente
(LR) de la région Île-de-France,
Valérie Pécresse. Le ministre de
l’Économie, Bruno Le Maire, a, de
son côté, demandé à Trump d’exprimer des regrets. « Je souhaite
qu’il revienne sur ses propos choquants et indignes. » Comme s’il
songeait à rappeler à l’ordre Emmanuel Macron, qui a multiplié
les gestes d’amitié envers le président américain lors de son récent voyage aux États-Unis,
Stéphane Le Foll a dénoncé « l’indécence et l’irresponsabilité de
Trump. Il n’est pas notre ami… »,
a-t-il dit tandis qu’Olivier Faure,
nouveau patron du PS, demandait à Macron de réagir « directement ». « Le président était la
semaine dernière dans la “bromance”, cette romance entre frères, j’aimerais qu’on comprenne où
il est. Il doit être là pour dire qu’il y
a des bornes et des limites », a-t-il
martelé sur France Inter. ■
dre. » En parallèle de ces recours
contentieux, des riverains vont aussi, ce
lundi, déposer des recours gracieux
auprès d’Anne Hidalgo pour lui demander de reconsidérer son choix. Éric
Fitoussi en fait partie. Parisien éprouvé, il
espère pouvoir mettre fin « à l’enfer » qu’il
vit. Ses fenêtres, avec triple vitrage, donnent sur les quais hauts où la circulation
s’est reportée depuis la fermeture des quais
bas. « On ne peut plus les ouvrir et quand on
les ouvre, il y a un tel bruit que même le chat
fiche le camp au bout de l’appartement »,
dit-il. Quant à voir « l’état des vitres encrassées » de la chambre de sa fille, sur rue,
« j’imagine tout ce que ses poumons récupèrent à cause de la pollution provoquée par les
embouteillages », s’alarme-t-il.
Sans réponse positive d’Anne Hidalgo
dans les deux mois, ces riverains pourront,
eux aussi, ester en justice. Ils s’y préparent
car la maire socialiste n’envisage nullement de revenir sur cette interdiction.
« Concernant ce nouveau texte, nous sommes confiants : en travaillant avec le préfet
de Paris et le gouvernement, on a fait en
sorte qu’il soit juridiquement le plus solide
possible », dit-on dans l’entourage d’Anne
Hidalgo. Lequel rappelle que la Ville a fait
appel du jugement annulant le premier arrêté. Pour l’heure, aucune date n’a été
fixée pour un nouvel examen. ■
La région, elle, renonce à la bataille juridique
ALORS que le premier arrêté d’Anne
Hidalgo avait été combattu par la région
Île-de-France, qui avait pris la tête de la
contestation et emmené avec elle de
nombreux élus franciliens, le nouveau
texte municipal sur la piétonnisation
des voies sur berge n’essuie plus le
même tir de barrage politique. À ce jour,
seul Jean-François Legaret a de nouveau déposé un recours. Vendredi dernier, le maire LR du Ier arrondissement
parisien a, en effet, saisi la justice. « Je
l’avais fait pour le premier texte. Restant
constant dans mon combat, je le fais donc
pour ce deuxième arrêté, parfaitement
infondé et même davantage que le premier », martèle l’élu, qui entend défendre les Parisiens de son arrondissement.
« Venez-y et vous verrez les embouteillages générés par la fermeture des berges,
s’agace-t-il. L’évaporation du trafic
qu’Anne Hidalgo avait mise en avant n’a
évidemment pas eu lieu. »
« Un combat politique »
La responsable LR de la région, Valérie
Pécresse, a choisi, elle, une autre stratégie. Renonçant à croiser le fer à la barre
d’un tribunal avec la maire de Paris, elle
compte se battre sur le terrain politique.
« La région ne déposera pas de recours car
mon combat n’est pas juridique, il est social et environnemental, explique-t-elle.
Aujourd’hui, ce que je souhaite, c’est obtenir des mesures compensatoires pour
que, au lieu de déplacer la pollution comme
l’a fait la Mairie de Paris, on la réduise
réellement et durablement. » L’annulation du premier arrêté, contre lequel elle
s’était battue, lui a d’ailleurs permis de
faire avancer des dossiers auprès des
services de la maire de Paris. « Grâce à
notre premier recours, nous avons obtenu
la division par deux des tarifs des parkings
aux portes de Paris. Ce dossier était blo-
qué depuis plus d’un an et c’est une vraie
victoire », se félicite-t-elle, avant de
préciser : « Paris doit aussi s’engager à
réorganiser les carrefours, à aménager
des dépôts de bus et les voiries pour permettre de faire circuler des bus électriques. » Mais en abordant ce dossier sensible, la présidente de région tacle l’État
au passage. Avec l’annulation du premier arrêté, le trafic aurait dû reprendre
sur ces 3,3 km piétonnisés. Il n’en a rien
été. « Aujourd’hui, je prends acte de la lâcheté absolue de l’État dans cette affaire,
qui a refusé de faire appliquer le droit et les
décisions de justice. » ■
A. N.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 7 mai 2018
SOCIÉTÉ
L’École nationale
de la magistrature
tourne
à plein régime
ZOOM
Une peine de prison pour
les manifestants masqués
Le député des Alpes-Maritimes
Éric Ciotti (LR) a déposé vendredi
une proposition de loi visant
à renforcer l’interdiction
de dissimulation du visage lors
d’une manifestation. Il entend
ainsi réagir aux débordements
du 1er Mai à Paris, où quelque 1 200
casseurs encagoulés ou masqués
avaient provoqué des
dégradations. À la peine d’amende
déjà prévue dans la loi du
11 octobre 2010 (1 500 euros et
3 000 euros en cas de récidive),
Éric Ciotti veut ajouter une peine
d’emprisonnement de 6 mois.
Admirée pour son excellence ou honnie pour
son formatage, la célèbre institution glisse
sur les polémiques et forme les magistrats
à tour de bras, dont 6 000 étrangers en 2017.
JUSTICE Elle est vilipendée par les uns
pour être le creuset du corporatisme et
de l’entre-soi judiciaire, adulée par les
autres pour être un lieu d’excellence.
Depuis sa création, l’École nationale de
la magistrature (ENM) déchaîne par
spasmes les controverses. Pour dénoncer le formatage et l’esprit de corps de
l’école, Nicolas Sarkozy avait en son
temps comparé les magistrats à des petits pois. Il y a un an, alors que la campagne présidentielle s’était transformée en
pugilat politico-judiciaire, l’ENM était
encore au centre des polémiques. Le
candidat François Fillon promettait de la
supprimer, tandis que des voix de professionnels, et parmi eux bien des ténors
du barreau, proposaient la création
d’une grande école du droit, permettant
un cursus commun à toutes ces professions. Comme imperméable aux attaques, la grande école de Bordeaux, elle,
recrute et forme à tour de bras les futurs
magistrats. Et se flatte de vendre son
modèle à l’étranger : pas moins de 6 000
magistrats étrangers ont été formés sur
ses bancs en 2017.
Après les années de disette du quinquennat Sarkozy, où les promotions ne
dépassaient pas 80 étudiants, l’inquiétante démographie judiciaire a obligé
l’État à un recrutement massif pour
pallier la pénurie de magistrats du siège
et du parquet. La promotion 2016, qui
s’apprête à entrer en juridiction en
septembre prochain, est un record en
termes d’effectifs, avec 359 « auditeurs
de justice ». « L’école tourne à plein régime, affirme l’encadrement. Mais nous
sommes au maximum de ce que peut absorber la structure. » « Pour la première
fois depuis des années, nous sommes en
solde excédentaire par rapport aux départs en retraite », se félicite Céline
Parisot, secrétaire générale de l’Union
syndicale des magistrats (USM), qui
suit l’évolution des effectifs comme le
lait sur le feu.
Ces derniers sont recrutés selon deux
procédures. La plus importante est celle
des trois concours. Si le concours « étudiants » représente le gros des troupes 245 personnes -, deux autres permettent d’absorber des fonctionnaires mais
aussi des candidats totalisant huit années d’activité dans le privé. Par
ailleurs, 78 ont été sélectionnés sur dossier parmi des professionnels : avocats,
Un outil pédagogique
en perpétuelle réflexion
L’école revendique qu’un auditeur sur
deux ait déjà eu une expérience professionnelle. « Sa capacité à nous accepter,
nous, les reconvertis, montre bien que
l’école est ouverte, affirme cet auditeur
de la promotion 2016. En revanche, il est
vrai qu’elle ne nous parle pas comme à des
adultes, alors que nous sommes père ou
mère de famille et que nous avons déjà
travaillé. Elle ne prend pas non plus en
compte la plus grande difficulté pour
nous, absorber les enseignements théori-
EN BREF
Un gendarme visé
par une procédure pour
avoir comparé les Guyanais
à des animaux
EUGÉNIE BACCOT/DIVERGENCE
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
greffiers mais aussi forces de l’ordre - à
condition d’être âgé d’au moins 31 ans
et d’avoir au moins quatre ans d’expérience dans son domaine. Enfin, un
concours complémentaire permet d’intégrer l’école, après une expérience
professionnelle, pour une formation accélérée. Les 31 mois de formation sont
alors réduits à un an, les candidats pouvant être refoulés à la fin. « Il y a 30 à
50 % d’échec, ce qui est décourageant
pour ceux qui prennent le risque de relancer les dés », regrette Céline Parisot.
9
Un chef d’escadron est visé par
une procédure disciplinaire après
avoir comparé la population
guyanaise à des animaux. Lors
d’un discours fin avril, à l’issue
d’une mission de sécurisation
de trois mois, le gendarme
les a notamment taxés de « singes
hurleurs » et de « petits caïmans
trempant jour et nuit dans
l’alcool ».
L’ENM de Bordeaux est l’unique école de formation des magistrats en France,
dont la promotion 2016 est un record en termes d’effectifs.
ques, qui fait que nous sommes toujours
moins bien classés. »
Depuis le séisme de l’affaire Outreau,
l’école affirme cependant avoir fait son
aggiornamento et être en perpétuelle
réflexion sur son outil pédagogique : rotation des formateurs, multiplication
des expériences de terrain, en juridiction mais aussi en cabinet d’avocat, ou
dans les grands services de la justice
comme la pénitentiaire fermée, les services d’insertion et de probation ou la
protection judiciaire de la jeunesse. Son
grand défi reste celui de la démographie
Manifestation de catholiques
luttant contre la pédophilie
sous les fenêtres du Pape
judiciaire qui, depuis maintenant quatre
ans, montre que les femmes représentent près de 70 % de la magistrature.
« L’esprit de corps ? Il n’est sans doute
pas moins important que chez les avocats.
C’est le monde de la justice dans son ensemble qui est tendu, voire compassé. Et
c’est sans doute la rançon de la notabilité », note ce futur magistrat. Et de soupirer : « L’autorité judiciaire veut être un
pouvoir en République, et les avocats supportent mal d’avoir perdu leur influence
politique au profit des acteurs économiques et financiers. » ■
Plusieurs dizaines de militants
de l’association catholique Meter,
luttant contre la pédophilie dans et
hors de l’Église, se sont rassemblés
dimanche sous les fenêtres du
pape François pour réclamer une
réelle « tolérance zéro ». Ils ont été
salués par le Pape et encouragés
« à continuer dans l’engagement
en faveur des enfants victimes
de la violence », a déclaré François.
Quand l’ENM s’ouvre à son plus grand détracteur…
Je ne
« veux
rien
supprimer
du tout.
Il faut bien
apprendre
à rédiger
une audience
de renvoi
»
ÉRIC DUPOND-MORETTI,
AVOCAT PÉNALISTE
IL VOULAIT la supprimer, elle l’a
invité en ses murs pour une discussion à bâtons rompus. Les 300 élèves de l’École nationale de la magistrature (ENM) avaient été « briefés »
avant de recevoir Éric DupondMoretti, le célèbre avocat pénaliste
qui, d’ouvrages en plateaux de télévision, la dénonce sans relâche et
appelle à sa fin. « On nous a rappelé
que nous représentions l’institution
judiciaire et qu’il fallait nous tenir, en
quelque sorte. La direction ne voulait
pas que ça dérape », sourit cet auditeur en jurant qu’« ici plus personne
n’a peur de Dupond-Moretti ».
Dans cette affirmation filtre tout
de même la réputation d’ogre des
prétoires que l’avocat a construite
au fil de trois décennies de procès et
de plaidoiries. Ces « trente-quatre
ans d’expérience », il les a opposés à
« l’espérance que vous avez en la justice », a-t-il dit à son auditoire, en
soulignant : « Vous en témoignez
avec émotion et dignité. » Des mots
lancés à la fin d’une présentation de
l’école faite par un petit groupe qui a
habilement alterné propos humoristiques et témoignages sensibles
de leurs expériences à l’école. De
quoi donner le ton des débats. Celui,
finalement, de l’échange courtois,
bien loin des provocations attendues. Si loin d’ailleurs que, très vite,
s’éloigne le spectre de la condamnation à mort de l’école et de son
enseignement : « Je ne veux rien
supprimer du tout, lâche DupondMoretti. Il faut bien apprendre à rédiger une audience de renvoi »,
concède-t-il.
De s’en tenir alors aux seules critiques du corporatisme et de ses
biais, du comportement inadmissible de certains magistrats, et de solenniser la responsabilité de juger.
Intelligemment, Olivier Leurent, le
directeur de l’école, avait déminé le
terrain, relevant sans indulgence
« les griefs » imputables aux déclarations et écrits d’« un grand avocat », rappelant qu’« il n’y a pas de
justice de qualité sans avocat de qua-
lité » et que « magistrats et avocats
sont des maillons complémentaires :
quand l’un dysfonctionne, c’est toute
la chaîne qui déraille ». Il n’a pas fait
l’impasse sur quelques blâmes au
pénaliste, lui reprochant cette succession d’anecdotes personnelles au
détriment d’une vision d’ensemble
de l’institution judiciaire, autant
que ses outrances verbales.
Des interrogations
légitimes
Durant ces deux heures trente
d’échange, Éric Dupond-Moretti a
certes poli son verbe mais s’est bien
gardé de renoncer à ses talents de
conteur, dont émergent des interrogations légitimes qui agitent régulièrement l’institution elle-même. Faut-il séparer le corps
judiciaire et établir une séparation
stricte entre juges du siège et du
parquet, qui sont sur les mêmes
bancs de l’ENM et dont les bureaux
se jouxtent ? Faut-il revoir la politique disciplinaire du corps pour
évincer les mauvais magistrats
connus de tous et qui font carrière
en toute impunité, malgré leur
comportement inadmissible ? Le
Conseil supérieur de la magistrature tente d’affiner son outil disciplinaire, mais, pour le grand public,
comment ne pas douter de l’impartialité d’une justice qui se juge
elle-même ? Quant à la responsabilité de laisser instruire de grosses
affaires par les plus jeunes, la question demeure. « Tout n’a pas changé depuis Outreau, souligne cette
magistrate au long cours. Faute de
moyens, les petites juridictions sont
bien obligées de confier des dossiers
difficiles à de trop jeunes magistrats.
Passer par le parquet, qui fonctionne
en équipe, devrait être obligatoire. »
Pour Éric Dupond-Moretti, c’est
par la case avocat que tous les magistrats devraient passer pour apprendre ce qu’est « la position de
celui qui quémande et qui, toujours,
est dans une posture d’humilité ». ■
P. G.
Sur le modèle de Londres, adapter Paris au handicap
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
JEUX OLYMPIQUES la station Southwark,
dans le sud de Londres, et celle de Bond
Street, en plein centre, Sophie Cluzel teste un parcours d’accessibilité du
« Tube », le métro de la capitale britannique, fait d’ascenseurs, de quais surélevés
par endroits et d’une signalisation claire.
La secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées a mené, jeudi et vendredi dernier, une mission d’exploration
outre-Manche pour tirer les leçons d’un
pays qui en a plus d’une à donner à la
France dans ce domaine, dans la perspective des Jeux olympiques et paralympiques de Paris en 2024.
Quelque 72 stations du Tube sont accessibles en chaise roulante, soit 27 % du
réseau. Grâce à un investissement de
200 millions de livres (226 millions
d’euros), une trentaine de plus le seront
d’ici à 2022, portant le niveau à 40 %.
À comparer aux… 3 % du métro parisien,
soit la seule ligne 14, la dernière construite. À quoi il faut toutefois ajouter la majorité des stations des lignes A et B du RER
et le réseau de bus, qui ont été adaptés
depuis une dizaine d’années.
« Nous avons reconnu avant les Jeux de
Londres, en 2012, que notre réseau, vieux
de plus de 150 ans et contraint par l’espace,
n’était pas à la hauteur, explique Mark
Evers, en charge du dossier à la société
publique Transport for London (TFL). Les
Jeux ont été un formidable catalyseur pour
améliorer les choses, avec l’objectif de faire
en sorte que tout le monde puisse y participer. Cela a permis de débloquer un investissement durable de 6,5 milliards de livres
(7,3 milliards d’euros, NDLR) dans les
transports. » Pour Sophie Cluzel, ces Jeux
Le métro de Londres compte 72 stations
accessibles en chaise roulante, contre
9 à Paris. RICHARD GARDNER/SHUTTER/SIPA
de 2012 « ont été un accélérateur non seulement pour les travaux d’infrastructures,
mais aussi pour les mentalités ». Selon
elle, la France « a un vrai challenge : prendre 2024 comme une opportunité de changer la donne ». Londres, en 2012, a été le
premier hôte de l’histoire à placer les
Jeux paralympiques sur un pied d’égalité
avec la compétition olympique.
Selon Greg Nugent, alors en charge du
marketing de l’événement, l’impact sur
la société a été majeur. « Il s’agissait de
montrer que le handicap n’était pas synonyme de désavantage, de présenter les
handicapés comme des héros », racontet-il. Depuis, ces derniers figurent en bonne place dans la production télévisuelle
ou la publicité. La BBC emploie une présentatrice météo à qui il manque un bras.
« Au-delà de héros, il faut que les gens
puissent mener la vie la plus ordinaire possible », plaide la ministre française, mili-
tante de longue date de la cause et mère
d’une fille trisomique. Au théâtre londonien spécialisé dans la danse Sadlers Wells, le handicap est intégré de part et
d’autre du rideau : chez les spectateurs
comme sur scène. Après avoir organisé
plusieurs années un festival accueillant
des troupes handicapées, comme Candoco Dance Company, celles-ci ont désormais leur place à part entière dans le programme général. 10 % des subventions
publiques en faveur d’un programme de
danse pour les jeunes sont destinées à des
artistes en herbe souffrant de handicaps.
Côté public, les spectateurs autistes ou
trisomiques peuvent assister à des représentations « relax », aux conditions aménagées, et les malentendants à des spectacles traduits en langue des signes. Une
représentation « tactile » d’un spectacle
du Français Bartabas a permis au public
non voyant de toucher ses chevaux. ■
A
Pour les JO de 2024 dans la capitale, la secrétaire d’État aux Personnes handicapées veut s’inspirer de l’exemple britannique.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
PHILIPPE JUSTE/PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP
Dans les Alpes,
moins de neige
en moyenne
altitude
Avec le réchauffement climatique,
les hivers très enneigés, comme celui
qui s’achève, seront de plus en plus rares.
MARIELLE COURT £@MarielleCourt
CLIMAT Soleil et chaleur faisant soudainement leur apparition en France, le
thermomètre battant même des records
ces derniers jours en différents points de
l’Hexagone… le signal est donné pour la
fonte des neiges dans tous les massifs
montagneux. Une neige qui a été exceptionnellement abondante pour la plus
grande joie des stations de ski et tout
particulièrement celles de basse altitude,
qui n’avaient pas connu de telles quantités depuis bien longtemps.
Pas de quoi toutefois tordre le cou à la
tendance générale de la diminution de
l’enneigement observée depuis plusieurs
décennies, en lien avec le réchauffement
climatique. Les données sur le lien entre
hausse globale des températures et précipitations neigeuses sont même de plus
en plus précises, au point que les chercheurs peuvent désormais effectuer des
projections pour des lieux donnés.
Les modèles globaux qui permettent
d’établir les projections climatiques sont
de plus en plus nombreux et sophistiqués,
et ils parviennent maintenant à apporter
des informations à l’échelle régionale.
Dans une étude publiée dans la revue The
Cryosphere, des chercheurs du Centre
national de recherche météorologique
(Météo-France, CNRS) et du laboratoire
Érosion torrentielle, neige et avalanches
(Etna/Irstea) s’appuient ainsi sur les projections mondiales les plus récentes pour
alimenter des modèles régionaux et établir ainsi des projections au cours du
XXIe siècle pour des zones précises, en
l’occurrence à 1 500 mètres dans le massif de la Chartreuse (dans les Alpes, entre
les départements de l’Isère et de la Savoie). « Nous nous sommes appuyés sur
treize couples de modèles globaux et régionaux, ce qui nous a permis de bien mieux
balayer les incertitudes », rapporte Sa-
muel Morin, auteur correspondant de
l’étude et directeur du Centre d’études de
la neige (une équipe du CNRM basée à
Grenoble). « Avoir des résultats le plus fiables possible est très important pour ceux
qui ont en charge les aménagements futurs
en montagne », souligne Nicolas Eckert,
chercheur à l’Irstea et également signataire de l’étude.
Les résultats des travaux confirment
bien « la tendance à la baisse de l’enneigement pour tous les scénarios de concentration de gaz à effet de serre au XXIe siè-
La station Saint-Pierre-de-Chartreuse a ouvert son domaine skiable l’hiver dernier, pour la première fois depuis cinq ans.
cle », précise le communiqué des
laboratoires, mais ils permettent également d’apporter des précisions essentielles. La première, c’est que la tendance à la baisse n’est pas linéaire, comme
certains pourraient le penser. L’épais-
Les taux d'enneigement reculent tandis
que les températures augmentent
seur du manteau neigeux ne diminue pas
régulièrement de quelques centimètres
année après année. « On va continuer à
avoir une variabilité interannuelle élevée,
avec des années où il y aura beaucoup de
neige et d’autres où il y en aura très peu,
comme c’est le cas actuellement. Simplement, les années avec un fort enneigement
devraient être de moins en moins fréquentes », précise Samuel Morin.
NIVEAU D'ENNEIGEMENT MOYEN* AU COL DE PORTE (1 325 m, Chartreuse), en cm
Liens de cause à effet
L’autre intérêt de ces travaux est que les
modèles sont suffisamment sophistiqués
pour établir des liens de cause à effet entre hausse des températures à l’échelle
planétaire et quantité de neige dans un
territoire circonscrit de la taille de la
Chartreuse. Un lien qui est proportionnel. Si on réussit à contenir cette hausse à
+ 1,5 °C par rapport aux températures de
l’ère préindustrielle, correspondant aux
objectifs de l’accord de Paris, la diminution de l’épaisseur moyenne de neige par
rapport à une période de référence (65
centimètres entre 1986-2005) sera d’environ 24 % et la durée de la saison d’enneigement se réduira de 23 jours.
Quand on passe à une hausse des températures de 2 °C, les chiffres sont respectivement de 32 % et 34 jours. « Quand
on utilise les projections climatiques correspondant à une hausse des températures
de 3 °C ou à 4 °C, la perte en épaisseur de
neige est respectivement de 65 % et de
80 % au cours de l’hiver », précise encore
Nicolas Eckert. Si l’on devait atteindre de
tels extrêmes, inutile de dire que les hivers bien enneigés seront de plus en plus
rares à cette altitude en Chartreuse. ■
200
150
Moyenne glissante
sur 15 ans
100
50
Hiver 1959-60
1989-90
2019-2020
TEMPÉRATURE MOYENNE* AU COL DE PORTE (1 325 m, Chartreuse), en °C
4
3
2
1
0
-1
Moyenne
glissante
sur 15 ans
-2
Hiver 1959-60
Source : ONERC
2019-2020
1989-90
*du 1er décembre au 30 avril
Infographie
L’ail, un mystérieux condiment sulfureux
Des chercheurs britanniques viennent d’expliquer pourquoi la biochimie de l’ail est si compliquée,
ce qui offre désormais des perspectives pour mieux comprendre ses éventuels effets bénéfiques.
A
ALIMENTATION L’ail, depuis la nuit des
temps, est paré d’innombrables vertus
pour la santé. Il protégerait des maladies
cardio-vasculaires, du diabète ou de certains types de cancers. Les antioxydants
qu’il contient aideraient à prévenir de façon générale les maladies liées au vieillissement. Il aurait aussi des propriétés antimicrobiennes.
Si certaines expériences et essais ont
tenté de comprendre le mode d’action
des composés de l’ail, les résultats sont
mitigés et souvent peu significatifs. On
est ainsi incapable de dire à quelle dose il
faudrait en consommer s’il est bénéfique plutôt cru, haché, cuit ou confit, en
huile ou en teinture… s’il est toxique et à
quelle dose… Finalement, tout cela ne
serait-il que légendes ? Des chercheurs
britanniques viennent d’expliquer
pourquoi la biochimie de l’ail est si compliquée, dans la revue Trends in Pharmacological Sciences, et proposent des
pistes de recherche pour éclaircir le
mystère.
L’ail appartient à la famille des alliacées, comprenant oignon, échalote, ciboulette, ciboule, poireau… Il est riche en
vitamine B6, en magnésium et en cuivre,
est source de fibres, de vitamine B9, C,
B1, de potassium et de phosphore. Il est
surtout très riche en composés soufrés,
sous forme de sulfates et de sulfures, qui
lui donnent son goût et son odeur carac-
PHILIPPE PRUDHOMME/STOCK.ADOBE.COM
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
Des chercheurs tentent de déterminer les vertus sanitaires de l’ail.
téristiques. Les sulfates et sulfures, comme le disulfure d’allyle dans l’ail, sont indispensables à l’organisme car ils
permettent de fabriquer les protéines.
Communication cellulaire
Une fois l’ail coupé, l’allicine, composé
organo-soufré très réactif, s’oxyde très
rapidement. Elle peut donner naissance à
une cinquantaine de produits dérivés,
certains étant volatils et eux aussi très
réactifs. Chaque forme de traitement de
l’ail, frais, cru ou cuit, macéré dans l’alcool, pressé pour son huile, produit des
composés différents. « Chaque préparation de l’ail produit des dérivés qui pourront
avoir des effets différents sur un organisme, affirme Peter Rose, auteur senior de
ces travaux. C’est pourquoi leur étude est
si complexe. De plus, nous ignorons en
grande partie comment ils sont métabolisés
dans le corps. »
La réactivité de ces molécules est très
élevée : elles peuvent donner lieu à beaucoup de réactions chimiques, ce qui explique qu’elles puissent être toxiques et
allergènes (c’est pourquoi l’huile d’ail
doit être utilisée avec beaucoup de pré-
caution). Cela explique aussi pourquoi les
études les concernant donnent des résultats mitigés et parfois contradictoires.
Les chercheurs anglais se sont plus
particulièrement intéressés aux dérivés
soufrés qui pourraient jouer un rôle dans
les échanges gazeux (oxyde nitrique et
sulfure d’hydrogène) entre cellules. On
sait qu’un déséquilibre dans leur production peut entraîner diverses pathologies.
Les composés organo-soufrés issus de
l’ail pourraient jouer un rôle dans la communication cellulaire.
« Cette étude est surtout intéressante
pour cette dernière proposition et les pistes
de recherche présentées, estime Paule
Latino-Martel, directrice de recherche à
l’Inra, coordinatrice du réseau National
alimentation cancer recherche (réseau
NACRe). Car leurs références concernant
les vertus supposées de l’ail contre le cancer sont un peu anciennes. Les dernières
données en notre possession sont moins
positives. » En tout cas, la chercheuse
souhaiterait elle aussi des études supplémentaires. « Une étude de 2015 avait comparé deux groupes de volontaires, l’un
étant supplémenté pendant plusieurs jours
en ail cru, l’autre non. Les chercheurs
avaient constaté d’importantes différences
dans l’expression des gènes entre les deux
groupes. Il faudrait savoir interpréter
cela. » En attendant de savoir comment
profiter d’éventuelles vertus sanitaires,
on peut continuer à profiter des vertus
gastronomiques de cet excellent condiment et de ses cousins. ■
Au col de Porte,
la neige a diminué
de 39 cm en 30 ans
Au cœur du parc naturel régional
de la Chartreuse se trouve le col
de Porte (1 325 mètres d’altitude)
dont le niveau d’enneigement
est observé depuis le début
des années 1960. Il constitue
à ce titre un des indicateurs
de l’Onerc (Observatoire national
des effets du réchauffement
climatique). Or, entre les périodes
1969-1990 et 1990-2017,
le manteau neigeux y a déjà diminué
de 39 centimètres. Cela représente
une baisse de 40 % environ. La
température sur la même période
a augmenté de 0,9 °C. Enfin,
le nombre de jours où la hauteur
de neige est supérieure à 1 mètre
a diminué de 45,7 toujours sur
les trente années écoulées et il y a
24,2 jours en moins durant lesquels
la hauteur de neige est supérieure
à 5 cm. « Les fluctuations observées
attestent à la fois du changement
climatique et de la variabilité
interannuelle, qui est importante »,
rappelle l’Onerc sur son son site.
Lorsqu’elle fond, la neige est
essentielle pour alimenter rivières
et fleuves au printemps et
en début d’été.
M. C.
EN BREF
La sonde Insight
en route vers Mars
Lancée samedi avec succès depuis
la Californie, la sonde Insight est
en route vers Mars. Elle entrera
dans l’atmosphère martienne
le 26 novembre prochain.
L’atterrisseur de 300 kg devra
négocier une périlleuse descente
de 7 minutes pour se poser
à la surface. Puis déposer sur le sol
le principal instrument scientifique
de la mission, le sismomètre,
fabriqué par la France, qui
permettra de sonder les entrailles
de la planète rouge. De la taille d’un
ballon de foot, cet engin est un petit
bijou de technologie capable
de détecter des mouvements du sol
plus fins que le rayon d’un atome.
Si tout va bien, il faudra encore
compter 2 mois après l’arrivée sur
Mars pour recueillir les premiers
signaux sismiques.
Retour de la capsule
Dragon de SpaceX
La capsule non habitée Dragon
a regagné la Terre sans encombre
- l’amerrissage a eu lieu au large
de la Californie - samedi aprèsmidi, quelques heures après
s’être détachée de la Station
spatiale internationale (ISS).
Après avoir livré de la nourriture
et du matériel scientifique,
elle rapporte 1 800 kg de matériel,
dont une multitude d’expériences
scientifiques, y compris des souris
de laboratoire qui ont été
observées en orbite pour voir
la façon dont leurs os ont réagi
en microgravité.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 7 mai 2018
SPORT
11
Top 14 : Lyon et Castres rient, Clermont pleure
Le LOU et les Tarnais se sont qualifiés pour les barrages. Le stade Marcel-Michelin a accompagné sa légende Rougerie avec émotion.
WALDEMAR DE LAAGE£@delaagewaldemar
RUGBY Mené d’un point à dix minutes
du terme, Lyon s’est finalement imposé
face au leader Montpellier (32-24) lors
de la 26e et dernière journée du Top 14.
Un exploit rendu possible grâce à un essai de Xavier Mignot à trois minutes du
terme, et au sang-froid de Frédéric Michalak auteur de cinq points dans les
dernières minutes. Le LOU avait loupé
le coche l’an passé, cette saison pas
question de voir le top 6 lui échapper.
Et ce, malgré un retour express de
26E JOURNÉE TOP 14
BRIVE (14)
CASTRES (6)
LYON (5)
LA ROCHELLE (7)
PAU (8)
RACING 92 (2)
CLERMONT (9)
22-20
54-3
32-24
31-7
38-26
42-13
36-26
BORDEAUX-B. (10)
OYONNAX (13)
MONTPELLIER (1)
ST. FRANÇAIS (12)
TOULON (4)
AGEN (11)
TOULOUSE (3)
La Rochelle, vainqueur d’un bien triste
Stade Français (31-7).
Les Parisiens, douzièmes, doivent
leur salut à Castres, vainqueur (54-3)
d’Oyonnax (treizième à trois points du
maintien), qui devra passer par un barrage contre Grenoble, finaliste malheureux de Pro D2 (Perpignan, quatre ans
après sa descente en Pro D2, retrouvant
lui le Top 14), pour tenter de se sauver.
Castres jouera également des barrages,
mais pour le titre. Sixièmes, les Tarnais
iront à Toulouse. Ces derniers, défaits
par Clermont (36-26) manquent de peu
la deuxième place, à l’instar de Toulon,
battu par Pau (38-26). Montpellier et le
Racing sont qualifiés directement pour
les demi-finales. Les Franciliens auront
dû attendre l’ultime journée pour ce
ticket, en assurant contre Agen (42-13).
Frédéric Michalak a donc décidé de
faire de la résistance. Avec la victoire de
Lyon, l’ouvreur star du rugby français
s’est offert au minimum un match de
plus. Retraité en fin de saison, il est le
symbole d’une génération qui s’éteint.
Dans son sillage se retirent aussi Florian
Fritz, Julien Pierre, et surtout Vincent
Clerc et Aurélien Rougerie. Les deux
hommes, finalistes du mondial 2011, ont
reçu de vibrants hommages. L’ailier du
RCT a vu son coéquipier Hugo Bonneval
lui offrir son 101e essai en Top 14, un record. Rougerie a, lui, eu la possibilité
d’achever sa carrière au stade Marcel-
Michelin, où après dix-neuf ans et deux
Brennus, l’élégant Auvergnat a signé son
ultime apparition sous le maillot jaune et
bleu. « Et voilà, c’est fini ! Je ne peux que
remercier du fond du cœur ce club. Finir
au centre de ce terrain, c’est fort », a déclaré celui qui intégrera le staff de l’ASM.
À Clermont, le temps d’un hommage
aura fait oublier la bien terne neuvième
place du champion en titre. Le Brennus,
quittera l’Auvergne pour se trouver un
nouveau champion, réponse le 2 juin. ■
BARRAGES (les 18,19 ou 20 mai) : Toulon-Lyon ;
Toulouse-Castres. Demi-finales les 25 et 26 mai à
Lyon. Finale au Stade de France, le 2 juin.
Ligue 1 : Lyon
et Monaco roue
dans roue, Metz
relégué en L2
L’OL a dominé Troyes et l’ASM s’est
imposée à Caen lors de la 36e journée.
Battus, les Lorrains quitteront l’élite.
journée (avant Marseille-Nice, dimanche soir) a, avec de multiples victoires à
l’extérieur, offert des retournements de
situation et entretenu le suspense à tous
les étages.
u
Lyon déroule,
Monaco s’accroche
Grâce à un doublé de Bertrand Traoré et
un but de Maxwel Cornet, l’OL (vainqueur de ses huit derniers matchs de L1)
a dominé Troyes (qui lutte pour le maintien) 3-0. Lyon n’a pas eu besoin de
l’apport de son trio de buteurs Mariano
Diaz (18 buts cette saison), Nabil Fekir
(17), Memphis Depay (16), le seul trio en
Europe à plus de 15 buts, le plus prolifique dans l’élite depuis les Lillois Pleimelding-Cabral-Olarevic, lors de la saison 1978-1979, selon une statistique
d’Opta. Monaco, en s’appuyant sur un
groupe rajeuni, a, de son côté, arraché in
extremis les 3 points de la victoire à Caen
(1-2) grâce à la réussite de son jeune at-
36E JOURNÉE LIGUE 1
AMIENS (13)
ST.-ÉTIENNE (6)
LYON (2)
CAEN (15)
DIJON (12)
METZ (20)
NANTES (10)
RENNES (5)
TOULOUSE (18)
MARSEILLE (4)
2-2
1-3
3-0
1-2
3-1
1-2
0-2
2-1
2-3
hier
PARIS SG (1)
BORDEAUX (9)
TROYES (19)
MONACO (3)
GUINGAMP (11)
ANGERS (14)
MONTPELLIER (8)
STRASBOURG (17)
LILLE (16)
NICE (7)
taquant Moussa Sylla (18 ans), auteur des
deux buts monégasques (12e, 91e), lui qui
fêtait sa première titularisation.
se rate
uSaint-Étienne
Invaincu depuis le mois de janvier et
s’appuyant sur 13 matchs sans défaite en
L1 (la meilleure série verte en championnat depuis 2013, 16 rencontres),
Saint-Étienne est tombé de haut dans
son antre de Geoffroy-Guichard contre
Bordeaux. Le pire moment pour griller
un joker. Les Verts (qui ont raté le penal-
Maxwel Cornet inscrit le troisième but lyonnais contre Troyes, dimanche,
au Groupama Stadium. EMMANUEL FOUDROT/REUTERS
ty de l’égalisation à 2-2 à la 89e), battus
3-1 (but de Cabella 28e sur penalty pour
Saint-Étienne ; Sankharé 30e, Koundé
36e et Malcom 90e + 5 pour Bordeaux)
voient Rennes (5e), Nice et même Bordeaux, parfaitement relancé, lorgner
une qualification en Ligue Europa.
bon coup de Lille
uLe
Mené 2-1 à Toulouse dans une ren-
contre entre mal classés, Lille a, grâce à
une fin de match étourdissante (victoire
3-2, avec des buts de Bissouma 80e et
Pepe 82e), plongé le TFC, en position de
barragiste, dans le rouge. Battu 2-1 par
Angers, Metz est officiellement relégué
en Ligue 2. Strasbourg, battu à Rennes
(2-1), glisse dangereusement.
uLe Paris SG déjà sacré champion de
France a, une semaine après le partage des
points contre Guingamp, concédé vendredi le match nul à Amiens 2-2 (son cinquième match nul en L1 cette saison ; deux
défaites). Un résultat et une prestation
complètement éclipsés par le retour en
France de la star Neymar, après deux mois
de convalescence au Brésil, où il a été opéré d’un os du pied droit, après sa fracture
contractée fin février. Pour les Parisiens se
profile, mardi (21 h 05 sur France 2 et
Eurosport) la finale de la Coupe de France
face aux Herbiers (National 1), l’occasion
pour les Parisiens de signer un triplé cette
saison et un quatrième titre consécutif en
Coupe de France. ■
J.-J. E.
Transat AG2R La Mondiale : les laboureurs
des alizés en approche de Saint-Barthélemy
VOILE La dernière ligne droite pour les
leaders de cette 14e édition de la Transat AG2R La Mondiale devrait ouvrir
ses bras aujourd’hui. Mais, sous les
crânes surchauffés des prétendants à la
victoire, la moulinette des neurones va
devoir déceler le bon moment pour
empanner ce lundi, surtout pour les
bateaux situés au nord de la flotte. Et
ce pour espérer en virant de bord s’offrir le meilleur angle et la route la plus
véloce en direction de Saint-Barthélemy. Pratiquement sur la même longitude hier soir avec un écart de 150 milles pour les plus extrêmes, ils étaient
encore sept duos sur les seize encore
en course à s’escrimer pour prendre
légitimement la tête de la meute. Un
jeu qui perdure depuis le départ de
Concarneau il y a maintenant quinze
jours. La lutte ayant été intense depuis
la Cornouaille avec de nombreuses têtes de gondole au fil des encablures ingurgitées en direction du but.
Rien n’était donc joué alors qu’il
restait moins de 1 000 milles à sillonner
hier soir. À labourer, plus exactement,
car la présence de sargasses, ces fa-
meuses algues brunes qui envahissent
actuellement de façon nocive le littoral
caribéen, est devenue un paramètre à
prendre en considération, comme le
précisait Corentin Douguet (NF Habitat) dimanche matin : « Il a fallu jouer
de la corde à nœuds pour les retirer, car
une grosse boule s’était coincée dans la
quille. De nuit, on ne les voit pas, et de
jour non plus, car elles sont parfois un
mètre sous la surface. On surveille quille
et safrans toutes les trente minutes, et
cela devrait durer jusqu’à l’arrivée. »
La présence de sargasses,
ces fameuses algues
brunes qui envahissent
actuellement de façon
nocive le littoral caribéen
freine les bateaux
et complique la course
Si, au classement de 17 heures dimanche, Adrien Hardy et Thomas
Ruyant (Agir Recouvrement), les plus
au nord, conservaient la tête au classement général avec une dizaine de milles d’avance devant Sébastien Simon
et Morgan Lagravière (Bretagne CMBPerformance), qui, eux, ont opté pour
une position intermédiaire, Gildas
Mahé (Breizh Cola), associé à Nicolas
Troussel, alors en 3e position, était attentif à ce qui allait se dérouler dans les
heures suivantes : « Nous espérons que
notre route sud portera ses fruits. L’idée
était d’avoir le maximum de pression de
vent le plus proche de la route sans investir plus haut pour chercher une rotation. Notre choix est différent, et on verra ce que cela va donner. »
Alexis Loison, coskipper avec Anthony Marchand sur Groupe Royer-Secours Populaire, croisait les doigts pour
que la bonne étoile leur procure une
place de choix : « On s’est arraché les
cheveux pour faire avancer le bateau, et
notre pointage est plus en notre faveur
par rapport à la nuit dernière, même si
notre retard sur les leaders est encore
important, de l’ordre de 35 milles. Il y a
encore une place à faire dans ce paquetlà, en espérant ne pas croiser derrière
ceux qui arrivent du sud. » Quatrième
au pointage, Pierre Leboucher (Guyot
Environnement) appréhendait, lui, les
caprices du vent : « Cette nuit, nous
avons pris un grain, et, de suite après, il
y avait zéro nœud. C’est aléatoire. Mais
Foot : l’Angleterre inquiète
pour Alex Ferguson
Sir Alex Ferguson (76 ans), opéré
samedi à la suite d’une hémorragie
cérébrale, a été placé en soins
intensifs. « Ferguson se bat pour
la vie » : le même gros titre
pour The Sun et les Sunday Times
et Sunday Telegraph. Déjà,
en 2003, il avait été opéré du cœur
pour des irrégularités du rythme :
il vit depuis avec un pacemaker.
XV de France : Iturria forfait
pour le stage de Marcoussis
Le deuxième ligne Arthur Iturria
a déclaré forfait pour le stage
du XV de France du 7 au 9 mai
à Marcoussis, en vue de la tournée
de juin en Nouvelle-Zélande,
et est remplacé dans le groupe
par son coéquipier à Clermont
Paul Jedrasiak.
Résultats du week-end
La bataille est féroce sur la course partie de Concarneau il y a 15 jours et dont l’arrivée est attendue jeudi.
SERGE MESSAGER
EN BREF
Le PSG la tête ailleurs
il y a encore du jeu, et il se peut aussi que
l’on arrive tous un peu en même
temps. » Une éventualité non négligeable qui avait vu lors de la dernière
édition cinq bateaux arriver en moins
de quarante-cinq minutes après
3 890 milles d’une course endiablée. ■
Auto : Fernando Alonso (Toyota
TS050 Hybrid) a remporté les Six
Heures de Spa-Francorchamps.
Hand : le Paris SG a remporté
la Coupe de France en battant
Nîmes 32-26.
Cyclisme : Elia Viviani (Ita, QuickStep) a, au sprint remporté
les 2e et 3e étapes du Tour d’Italie,
en Israël. Rohan Dennis (BMC,
Aus) conserve le maillot rose
avant le transfert vers la Sicile.
VENTES AUX ENCHERES PUBLIQUES
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lundi 7 mai 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
par téléphone
Christian Bréchot,
Marie-Laure Sanchez,
ses enfants,
Patrizia Paterlini-Bréchot,
sa belle-fille,
01 56 52 27 27
Jeanne-Marie B réchot,
Paul Sanchez,
01 56 52 20 90
Carole Solovei,
Nicolas Bréchot,
Cécile Alanio,
Davide Bréchot,
Lucas Bréchot,
Thomas Sanchez,
Nathalie Histin,
Chloé Sanchez,
ses petits-enfants,
par télécopie
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux
14 boulevard Haussmann,
75009 Paris,
sur notre site :
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Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
24 € jusqu'à 25 lignes
22 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
27 € jusqu'à 25 lignes
25 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés : nous consulter
Reprise des annonces sur :
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deuils
Montreuil-sur-Loir
(Maine-et-Loire).
Mme Jacques Bailliou,
née Marie l'Ecuyer de Villers,
son épouse,
M. et Mme Marc Renard,
Mme Laure Bailliou,
M. et Mme
Christophe B arbieux,
M. et Mme Frédéric Pinon,
ses enfants,
ses petits-enfants
et ses 14 arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
M. Jacques BAILLIOU
le 5 mai 2018, à l'âge de 8 8 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Montreuil-sur-Loir,
le mercredi 9 mai 2018,
à 15 heures.
Mme G érard Bérenger,
née Sabine de P réval,
son épouse,
M. et Mme Gilles Bérenger,
M. et Mme Renaud Caldaguès,
M. et Mme
Paul Guesdon Ve nnerie,
M. et Mme Nicolas Bérenger,
ses enfants,
Aymeric et Claire, Servane,
Théophane, Sosthène, Marie,
Thibault, Hortense, Vianney,
Alban, Inès, Hippolyte,
Capucine, Joséphine, Théophile
et Gaspard,
ses petits-enfants,
Mme Joseph de Camaret,
sa sœur, et ses enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Gérard BÉRENGER
le 4 mai 2018, à l'âge de 9 6 ans.
Neva, Igor et Nathalia Solovei,
Malo, Titouan et Ambre Alanio,
Louis et Marceau Sanchez,
ses arrière-petits-enfants,
Nous sommes priés d'annoncer
le décès de
Mme veuve Jacques
CRUVEILLIER
née Paule Ferrando,
fille du peintre
Augustin Ferrando
survenu le 3 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi 9 mai,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
27, rue d'Armaillé, Paris (17e).
L'inhumation aura lieu
au cimetière du haut
d'Annemasse (Haute-Savoie),
le vendredi 11 mai, à 14 heures.
toute sa famille e t ses amis
ont la tristesse d'annoncer
le décès de
Marie-Rose BRÉCHOT
née Tisné,
le 1er mai 2018,
dans sa 93e année.
Ancien médecin du travail
et pédiatre, ses compétences
professionnelles ont été
unanimement reconnues.
Elle a su également conserver
jusqu'à la fin de s a vie
sa culture e t sa mémoire
extraordinaires.
Sa gentillesse,
son intérêt profond et sincère
pour les préoccupations
et le sort des autres,
son respect des opinions
d'autrui, sa distinction
ainsi que sa gaité et son
courage restent inoubliables.
Elle a été entourée pendant
sa longue vie de l'amour
et de la profonde estime
de sa famille
et de ses amis.
La cérémonie sera célébrée
le mercredi 9 mai, à 10 heures,
en l'église Saint-Sulpice,
Paris (6e).
Nous nous souvenons
également à cette occasion
de son fils, Thierry Bréchot,
décédé en 1977
et de son époux,
le docteur Claude Bréchot,
décédé en 2013.
Isabelle Demnard-Tellier,
son époux et leurs enfants,
François Demnard,
son épouse et leurs enfants,
Laurence
Demnard-Della Torre,
ses enfants,
Anne Troadec,
sa compagne,
Patrick Demnard,
son frère,
ont la tristesse
de vous faire p artdu décès de
M. Gilles DEMNARD
survenu le 3 mai 2018,
à l'âge de 8 6 ans,
à Aix-en-Provence.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce lundi 7 mai,
à 11 heures, en la chapelle
Saint-Thomas-de-Villeneuve,
à Aix-en-Provence.
Le comte e tla comtesse
Loïc Pean de Ponfilly,
M. et Mme
Dominique Gambier,
ses filles et gendres,
le docteur et Mme
Olivier Chenevoy,
M. et Mme Jérôme Chenevoy,
M. et Mme Arnaud Chenevoy,
ses beaux-fils et belles-filles,
ses 17 petits-enfants,
ses 10 arrière-petits-enfants
Laurent et Catherine
Colin de Ve rdière,
Patrick et Cécile
Colin de Ve rdière,
Jean-Loup et Béatrice
Colin de Ve rdière,
Blandine e t Louis
Duffié de Tassigny,
Maÿlis et Patrick Papineau,
ses enfants,
Benjamin, Charlotte, Théotim,
Marion, Rémi, Pierre, Vanessa,
Aloïs, Tanguy, Roxane,
Héloïse, Clotilde, Nolwenn,
Aurore, Guillaume,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
ont la tristesse
de vous faire p artdu décès du
baron Hugues DESAZARS
de MONTGAILHARD
chevalier
de la Légion d'honneur,
croix de guerre des TOE,
survenu le 2 mai 2018,
dans sa 93e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le m ercredi 9 mai,
à 16 heures, en l'église
Notre-Dame-de-la-Paix,
à Saint-Raphaël (Var), suivie
de l'inhumation au cimetière
de l'Aspé, à Saint-Raphaël.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Bertrand
COLIN de VERDIÈRE
née C hantal Berthon,
le 4 mai 2018,
dans sa 82e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Sainte-Bernadette, à Versailles,
le mercredi 9 mai, à 10 heures.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
à Issy-les-Moulineaux,
en l'église Saint-Etienne,
le mercredi 9 mai, à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
au cimetière de C hamaret
(Drôme),
le vendredi 11 mai, à 11 heures.
L'inhumation aura lieu
au cimetière du Croisic
(Loire-Atlantique),
le vendredi 11 mai, à 15 h 30.
Une conférence
s’annonce toujours dans Le Figaro
Philippe Galli,
son fils,
Marlène G alli,
sa belle-fille,
Carla, Hugo, Baptiste, Charles,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de faire p artdu décès de
Jeanne GALLI
née Lusinchi,
Dominique Lévy,
sa fille,
Claude Hersent,
sa compagne,
Françoise et Jean Jacquet,
sa sœur et son beau-frère,
Gérard et Hélène Lévy,
son frère e t as belle-sœur,
font part du rappel à Dieu de
Mme Jean GASTINEL
née Mireille G andoulf,
le 29 avril 2018,
à l'âge de 9 2 ans, à
Guadalajara (Mexique), munie
des sacrements de l'Église.
Neuilly-sur-Seine
(Hauts-de-Seine).
Charlotte G ounant,
Clotilde Pidoux,
Elisabeth Gounant,
ses filles,
Jonathan Hébras,
Tara et Nicolas Pidoux,
ses petits-enfants,
Jean-Michel Attal,
François Pidoux,
ses gendres,
Eveline B rugier Ve rre,
sa sœur,
ont la tristesse
de faire p artdu décès de
Christine GOUNANT VERRE
survenu le 13 avril 2018,
à New Delhi (Inde).
Les obsèques auront lieu
en la salle de l a Coupole
du crématorium du cimetière
du Père-Lachaise,
71, rue des Rondeaux,
à Paris (20e),
le mercredi 9 mai, à 10 h 30.
Tenue claire.
12, rue Delabordère,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Le comte e tla comtesse
Hubert du Plessis de Grenédan,
M. (†) et Mme
Couriet-Bossan de Garagnol,
le comte e t la comtesse
de La Selle,
le baron (†) et la baronne
Bruno de C hillaz,
M. et Mme
François de G entil Baichis,
ses enfants,
ses vingt petits-enfants,
ses cinquante-cinq
arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse de L A SELLE
née Victoire de B engy,
le 4 mai 2018,
dans sa 100e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 11 mai, à 10 heures,
en l'église Saint-Jean-Baptistede-La-Salle,
182, avenue Jean-Jaurès,
à Reims, suivie de l 'inhumation
dans la chapelle familiale, au
cimetière de N ueil-sur-Layon
(Maine-et-Loire).
Une messe sera célébrée
ultérieurement à son intention.
Le Seigneur a accueilli
dans Sa Paix et la joie
de la Résurrection,
Annette
MEURISSE-CUVELIER
le samedi 5 mai 2018,
dans sa 86e année
et la 61e année de son mariage,
réconfortée p arles sacrements
de l'Église.
De la part de
survenu le 1 mai 2018,
à l'âge de 8 8 ans.
Didier Meurisse,
son époux,
Les obsèques auront lieu au
cimetière p arisien de B agneux
(Hauts-de-Seine),
le mercredi 9 mai, à 16 h 30.
Anne Meurisse
sœur Anne-Samuel,
bénédictine
du Saint-Sacrement,
Jean-Luc et Isabelle
Meurisse-Capoul,
Claude Meurisse,
ses enfants,
er
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Régis
Guillet de La Brosse,
née Guillemette de K eréver,
son épouse,
M. et Mme Alexandre Escolle,
M. et Mme Laurent
Guillet de La Brosse,
M. Géraud
Guillet de La Brosse,
ses enfants,
Lorraine, Bertrand,
Blandine e t Thomas, Renaud,
ses petits-enfants,
Marie-Françoise
Dubeaux-Cuvelier,
Jean-Claude Cuvelier,
sa sœur et son frère,
Arthur, Malo, Titouan, Victor,
Fleur, Saskia, Adèle, Olivia,
Oscar, Achille,
ses petits-enfants,
Charles Gheerbrant,
Bernard et Sylvie
Meurisse-Perrier,
Monique Lambert-Meurisse,
Monique
Hannebelle-Mermilliod,
ses beaux-frères
et belles-sœurs,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire p art
du rappel à Dieu de
et les descendants des familles
Cuvelier-Cardon
et Meurisse-Maroniez.
M. Régis
GUILLET de LA BROSSE
le 5 mai 2018, muni
des sacrements de l'Église.
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Neuilly-sur-Seine
(Hauts-de-Seine).
Mme André Gastinel,
sa sœur,
et ses nièces et neveux
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 9 mai,
à 11 heures, en l'église
de Jard-sur-Mer (Ve ndée),
suivie de l 'inhumation
au cimetière,
dans l'intimité familiale.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Jean-Baptistede-La-Salle,
70, rue Falguière, Paris (15e),
le mercredi 9 mai, à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
le même jour dans le caveau
familial, au cimetière
de la Porte-Notre-Dame,
à Cambrai (Nord).
182, rue de Vaugirard,
75015 Paris.
disparition
Pierre Rissient, œil d’or,
âme de pionnier
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Jean-Claude LÉVY
survenu le 3 mai 2018,
à l'âge de 8 2 ans, à Paris.
Les obsèques auront lieu
au cimetière parisien
de Bagneux (Hauts-de-Seine),
45, avenue Marx-Dormoy,
ce lundi 7 mai 2018, à 15 h 15.
Le comte e tla comtesse
Pierre-Eynard de Monteynard,
le comte e t al comtesse
Hubert de Monteynard,
M. et Mme Jean de Valbray,
le marquis et la marquise
d'Aviau de Ternay,
M. et Mme Desiront
Goethals de Nieuwland,
le marquis Alphée de S inety,
le comte e t al comtesse
de Sade,
M. et Mme
Le Monnier de Gouville,
Mme Alix de Sinety
et leurs enfants
JACQUES DEMARTHON/AFP
12
Pierre Rissient en 2005, à Paris. Rien de ce qui faisait le 7e art
ne lui était étranger, et moins encore indifférent.
font part du décès du
père Charles-Eynard
de MONTEYNARD
endormi
dans la Paix du Seigneur
le 4 mai 2018,
dans sa 91e année
et dans sa 65e année
de sacerdoce.
La cérémonie religieuse
sera célébrée à Paris, en l'église
Saint-Sulpice, Paris (6e),
le mercredi 9 mai, à 10 heures.
L'inhumation aura lieu
au cimetière de R ivière
(Indre-et-Loire),
à 17 heures, le même jour.
Le conseil de L'Eau Vive,
l'équipe des permanents
de L'Eau Vive
à Paris, Briançon et Blémur,
tous les membres
de l'encadrement, anciens
et actuels
vous font part
du rappel à Dieu du
père Charles-Eynard
de MONTEYNARD
père fondateur de L'Eau Vive,
le 4 mai 2018, à Paris.
Ils vous invitent à partager
leur foi en la Résurrection,
et leur espérance e n la Vie
éternelle, en participant
ou en vous unissant
à la messe qui sera célébrée
le mercredi 9 mai, à 10 heures,
en l'église Saint-Sulpice,
Paris (6e).
7, rue B lomet, 75015 Paris.
www.leauvive.com
MARIE-NOELLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
Alors qu’il s’apprêtait à venir présenter à Cannes la
version restaurée de son
film de 1981 Cinq et la peau,
qui ressortira sur les écrans
le 30 mai, Pierre Rissient
nous a quittés brusquement ce dimanche, et le cinéma est en deuil. Au Figaro, nous en sommes
d’autant plus émus que
nous venions de le rencontrer, vendredi, pour lui
consacrer un portrait. Et
rencontrer Pierre Rissient,
c’était comme s’embarquer à bord d’une caravelle
d’explorateur avec un
capitaine magnifique. Avec
lui, on traversait les années
et les continents, on doublait les grands caps américains, Fritz Lang, Raoul
Walsh, Clint Eastwood, on
cinglait
vers
l’Asie,
mouillant à Hongkong, à
Taïwan, à Ceylan, à
Manille. Ce découvreur infatigable rapportait à Cannes des trésors inconnus :
c’est lui qui a amené au
festival Pollack et Coppola,
Schatzberg,
Boorman,
Scorsese. Et, à peu près
90 % des films asiatiques,
évaluait-il.
Homme de cinéma
Roland Torossian,
son époux,
sa sœur,
ses neveux et nièces,
ses amis
ont la grande t ristesse
de vous faire part du décès de
Marthe TOROSSIAN
née R igaud,
survenu le 2 7 avril 2018,
à l'âge de 9 0 ans, à Montrouge.
Les obsèques se sont déroulées
dans la plus stricte intimité.
messes
et anniversaires
A l'occasion du premier
anniversaire de s ondécès,
une messe sera célébrée
à la mémoire de
France
de LAROSIÈRE de CHAMPFEU
Programmateur
talentueux du cinéma Mac Mahon à Paris, au sein du
groupe de cinéphiles devenu célèbre sous le nom de
mac-mahoniens, attaché
de presse avec Bertrand
Tavernier, assistant réalisateur notamment sur
A bout de souffle de Godard, réalisateur (trop peu,
hélas), producteur (de Jane
Campion ou d’Eric Rohmer), monteur à l’occasion, conseiller artistique
indépendant au Festival de
Cannes, rien de ce qui faisait le 7e art ne lui était
étranger, et moins encore
indifférent. Il jonglait allègrement avec toutes ces
casquettes, et le titre qu’il
préférait était celui que lui
avait décerné Todd McCarthy dans le documen-
taire qu’il lui a consacré :
Pierre Rissient, homme de
cinéma. C’est simple et
immense comme lui.
Se colleter à des
auteurs inconnus
Né en 1936 dans une famille
modeste aux valeurs traditionnelles, dont il gardera
le goût de la justice et de
l’intégrité, Pierre Rissient a
attrapé le virus du cinéma
au lycée Carnot, fréquenté
la Cinémathèque de Langlois rue de Messine, et
lancé le Mac Mahon, avec
notamment Michel Mourlet et Marc Bernard, pour
défendre des cinéastes
américains black-listés ou
injustement
méprisés
(Lang, Dassin, Losey, Preminger). Dans cette cinéphilie heureuse et fervente
des années 1950, qui était,
a dit Michel Mourlet « un
art de vivre », l’amitié tenait autant de place que la
liberté d’aimer et d’admirer sans préjugés, de voyager à la rencontre des films
et des auteurs avec une curiosité enthousiaste, et cette seule exigence : qu’il y
ait de la mise en scène.
Pour Pierre Rissient, le
vrai défi était de se colleter
à des auteurs inconnus :
discerner un talent neuf,
pressentir un auteur exceptionnel dans l’originalité d’un regard. Un seul
exemple ? Son « coup de
foudre amical » pour Clint
Eastwood, star plutôt méprisée des intellectuels
chez qui il a immédiatement perçu le futur grand
metteur en scène. Avec cet
« œil d’or » qui voyait loin
et cette âme de pionnier,
Pierre Rissient a maintenu
pendant plus d’un demisiècle à Cannes la flamme
intègre de l’art cinématographique, « presque comme un sacerdoce ». Indépendant et bienveillant,
fidèle à ses enthousiasmes,
simple et « souverain de
lui-même », comme il le tenait de son cher Roger
Vailland, c’est ainsi que
nous l’avons vu et que nous
le saluons, à l’heure du
grand voyage. ■
le jeudi 17 mai 2018, à 18 h 30,
en l'église Saint-Roch,
à Paris (1er).
Vous êtes invités à vous joindre
à cette c érémonie p ar
votre présence ou votre prière.
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pour accompagner les événements de votre vie.
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Pour le cent septième
anniversaire de l a naissance du
docteur Yvette CHARLOT
née Sebag,
disparue il y a deux ans,
nos chères pensées
lui sont adressées.
Ses fille e tpetite-fille,
Laurence et Olivia Guilbert.
Prénoms
Obsèques
Mariage
carnetdujour@media.figaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 7 mai 2018
CHAMPS
RÉCIT
LIBRES
13
Emmanuel Macron
dans la salle de réunion
de l’Airbus présidentiel
qui le conduit,
le 3 mai, à Nouméa.
François-Xavier Bourmaud
£@fxbourmaud
Envoyé spécial à bord
de l’avion présidentiel
LUDOVIC MARIN/AFP
a voiture d’Emmanuel Macron s’immobilise au pied de l’avion présidentiel. Son voyage en Nouvelle-Calédonie s’achève ici, sur l’aéroport de la
Tontouta. Le temps de saluer les officiels de l’archipel qui l’attendent au
pied de l’escalier, de prendre une dernière photo avec les gendarmes de l’aéroport,
d’adresser les derniers remerciements, le voilà qui
gravit les marches. Un peu plus lentement que d’habitude. La fatigue s’est accumulée. Sur le tarmac de la
Tontouta s’achève un périple d’une semaine au bout
du monde.
Six jours non-stop à enchaîner les discours, les entretiens bilatéraux, les visites, les cérémonies, les
séances de travail, les remises de décoration, les dîners et déjeuners, officiels ou non, les conférences de
presse… Six jours non-stop aussi à garder un œil sur
la France qui, en ce mois de mai 2018, voit resurgir
ses démons d’il y a cinquante ans, lorsque la convergence des révoltes étudiantes et ouvrières avait
plongé le pays dans la dernière grande crise de son
histoire. Mais Sydney n’est pas Baden-Baden, pas
plus que Nouméa. Emmanuel Macron n’a pas quitté
le pays sans prévenir, comme le général de Gaulle en
mai 1968. De l’Australie à la Nouvelle-Calédonie, des
villes de Sydney et Nouméa aux villages de Koné et
Pouembout en passant par l’île d’Ouvéa, il est venu
au bout du monde pour poser les jalons de sa politique internationale dans la région. Objectif à long terme : renforcer la place et le rôle de la France dans la
zone indo-pacifique alors que les rapports géopolitiques entre les grandes puissances sont en plein bouleversement dans cette partie du globe. De retour
vers le Palais de l’Élysée, il va d’ailleurs la survoler,
cette région, comme pour en prendre la mesure en
suivant cet axe Paris-New Delhi-Canberra évoqué
tout au long de la semaine. Cet axe, c’est le contrepoids qu’il s’efforce de bâtir pour contrer l’hégémonie chinoise qui ne cesse de se renforcer.
La semaine dernière, la chaîne de télévision américaine CNBC révélait que Pékin venait d’installer
des missiles sur trois îles de la mer de Chine méridionale, qu’elle dispute au Vietnam et aux Philippines.
Plus au sud, les Australiens redoutent de voir la
Chine développer ses implantations militaires et
s’inquiètent de voir la Nouvelle-Calédonie passer
sous domination chinoise si l’archipel devait choisir
l’indépendance le 4 novembre prochain. Voilà la toile de fond du déplacement d’Emmanuel Macron.
Pour l’heure, à peine entré dans l’A 340 présidentiel, il file saluer, comme à son habitude, les passagers du vol retour vers Paris, membres de son équipe
rapprochée, conseillers, gardes du corps… « Ça va ?
Pas trop fatigué ? » demande-t-il à chacun. Il chambre une collaboratrice qui a attrapé un sérieux coup
de soleil à Ouvéa quelques heures plus tôt. Il s’amuse
du bronzage de l’un de ses agents de sécurité arrivé
plus tôt que les autres en Nouvelle-Calédonie. Il assure à d’autres que, durant le vol retour, il va quand
même essayer de dormir et que tout le monde devrait en faire autant. Mais pas avant d’avoir débriefé
la journée. Un quart d’heure après le décollage, il
rassemble son équipe dans la salle de réunion de
l’avion présidentiel pour faire le point sur la journée.
Ouvéa ? Une réussite d’autant plus appréciée que
ce n’était pas gagné d’avance. Une petite partie des
indépendantistes menaçait de perturber sa visite,
dénoncée comme une provocation, trente ans jour
pour jour après l’assaut sanglant de la grotte de Gossanah dans lequel 19 Kanaks et 2 gendarmes furent
tués. Pour essayer de faire descendre la tension, Emmanuel Macron annonçait dès sa descente d’hélicoptère aux chefs coutumiers de l’île qu’il renonçait
à déposer une gerbe de fleurs au pied du monument
aux morts kanak, mais qu’il assisterait tout de même
à la cérémonie d’hommage. Résultat : pour la première visite d’un président de la République sur l’île
d’Ouvéa, il s’offrait quelques heures plus tard une
marche triomphale au cœur de la chefferie de Wadrillah, sous la surveillance de ses gardes du corps,
aux aguets comme jamais. Tous se retrouvent
d’ailleurs à l’arrière de l’avion présidentiel. Avant le
décollage, beaucoup plus détendus que sur l’île, ils
échangent des anecdotes sur la journée, la longueur
de la cérémonie, la chaleur, les bains de foule d’Emmanuel Macron. Si tout s’est passé sans encombre,
c’est aussi grâce à eux. Et de la petite histoire du garde du corps qui a trouvé un peu long de rester sans
bouger pendant toute la cérémonie à la grande histoire de la reconfiguration géopolitique de la région,
il n’y a qu’un pas.
L
Six jours non-stop
à enchaîner les discours,
les visites, les cérémonies
en Australie, puis
en Nouvelle-Calédonie.
Six jours aussi à garder
un œil sur la France qui,
en ce mois de mai,
voit resurgir ses démons
d’il y a cinquante ans.
Le président est de retour
à Paris, un an après
son élection.
Il se confie au « Figaro ».
Confetti sur la carte de la région, Ouvéa est un
maillon essentiel de la stratégie indo-pacifique du
président de la République. Ce qui se joue dans cet
atoll, c’est aussi la présence française dans le Pacifique. « Cet axe Paris-New Delhi-Canberra se prolonge
jusqu’à Papeete et Nouméa », explique-t-il dans le
discours qu’il prononce avant de quitter la NouvelleCalédonie. Or, dans six mois, le 4 novembre 2018, les
Calédoniens votent pour leur référendum d’autodétermination. Les sondages prédisent pour l’heure
une large victoire des loyalistes, ceux qui veulent
rester dans la République. Mais, au lendemain du
scrutin, il ne faudra pas humilier les perdants, les indépendantistes qui ont leur bastion à Ouvéa. Éviter
surtout que resurgissent les démons des affrontements qui ont ensanglanté l’île il y a trente ans. Durant ses trois jours sur le Caillou, Emmanuel Macron
s’est efforcé de projeter l’archipel au-delà du référendum. « Le soir de mon arrivée à Nouméa, lorsque
j’ai dîné avec les représentants de l’archipel, j’ai réalisé
trois choses, raconte Emmanuel Macron dans la salle
POOL/ABACA
« Sur l’avenir, tout le monde est d’accord »
de réunion de l’avion présidentiel. Quand vous leur
parlez du passé, toutes les divergences remontent.
Quand vous leur parlez du “jour d’après” le référendum, toutes les sensibilités apparaissent. En revanche,
lorsque, dans cette zone géographique, vous leur parlez de l’avenir, tout le monde est d’accord. Les plus
loyalistes comme les plus indépendantistes vous disent
que cela fait vingt ans qu’ils ne discutent que de cela. »
Or, pour peser dans la région, la France a besoin
d’une Nouvelle-Calédonie stable. Ce qu’a d’ailleurs
expliqué le chef de l’État dans le discours de clôture
de son voyage sur l’atoll. C’est aussi la toile de fond
de la deuxième réunion de travail qu’il tient à bord
de son avion pour le petit déjeuner. Cette fois, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin est présente
ainsi que le secrétaire d’État à la Transition écologique, Sébastien Lecornu. Pour l’occasion, Emmanuel
Macron a quitté le sweat à capuche aux couleurs de la
French Tech qu’il portait lors de l’escale de nuit à
Singapour et laissé apparaître une chemise Lacoste
aux couleurs de Paris 2024. Si les tenues sont décontractées, les sujets sont lourds.
« Il fallait dire quelques mots »
Emmanuel Macron le sait, les Australiens s’inquiètent de l’incertitude qui pèse sur l’avenir de l’archipel. Le premier ministre Malcolm Turnbull s’en est
ouvert quelques jours plus tôt lorsqu’il était à Sydney. Un voyage en Australie conçu dans le prolongement de celui qu’il a fait en Inde au mois de mars. Le
chef de l’État y avait posé la première pierre de sa
stratégie indo-pacifique en signant un accord de défense avec Narenda Modi, le premier ministre indien. Il s’agissait notamment de permettre aux navires militaires de New Delhi de pouvoir s’appuyer sur
les bases marines françaises dans l’océan Indien en
soutien logistique. Sur un navire de la marine australienne ancrée dans la baie de Sydney sur la base militaire de Garden Island, le chef de l’État a décrit l’esprit de son axe en gestation. « Ce n’est pas une
formule ni un slogan, c’est une réalité géostratégique
en construction, a-t-il lancé aux militaires australiens et français réunis sur le pont. L’axe Paris-New
Delhi–Canberra a pour moi vocation à devenir structurant sur la scène régionale et internationale. » Mais,
en Australie, ce n’est pas cet aspect du déplacement
qui a principalement retenu l’attention des médias.
Au lendemain du saccage de Paris à l’occasion du défilé du 1er Mai, ce sont ces images de la capitale en
flamme qui se sont imposées sur les unes des quotidiens locaux. Au point de pousser le chef de l’État à
sortir de la réserve qu’il se faisait fort d’observer hors
de France. « À l’étranger, je me suis fait une règle de
ne jamais parler de politique intérieure, rappelle-t-il
alors que son avion se rapproche de Paris. Mais, avec
les violences des black blocs, j’ai considéré que le sujet
On m’avait expliqué au début que je n’avais
que cent jours pour agir. Au bout de 365, je
peux toujours avancer. Sans doute parce que
ma détermination n’a pas bougé d’un pouce
EMMANUEL MACRON
»
était très sensible. À partir du moment où le débat se
cristallisait sur une défaillance supposée de l’État, il
fallait très vite clarifier les choses. Il fallait dire quelques mots. » Ce furent ces paroles prononcées depuis
Sydney dans lesquelles le président de la République
donnait l’impression de s’en prendre à distance à
Jean-Luc Mélenchon. Lequel ne mettait d’ailleurs
pas très longtemps à s’indigner de l’expression « pyromane indigné » employée par Emmanuel Macron
pour dénoncer les élus ayant tendance à chauffer la
rue avant de s’indigner lorsqu’elle s’enflamme. Un
dialogue à 20 000 km de distance entre le chef de
l’État et le leader de La France insoumise alors que les
manifestations s’enchaînaient dans le pays. Et notamment « La fête à Macron », organisée samedi par
François Ruffin et dont les lointains échos seront
parvenus au chef de l’État alors qu’il survolait la zone
indo-pacifique. « Il y a une démarche politique anarchiste violente, qui cherche à contester le vote des électeurs par la violence physique et la casse », dénonce
Emmanuel Macron. « Ce n’est pas ma victoire l’année
dernière, poursuit-il, qui a fait apparaître ces mouvements de contestation. Nuit debout préexistait à mon
élection. Mais ma responsabilité, c’est de m’attaquer
aux causes profondes du malaise qu’ils révèlent. Jusqu’à présent, la seule manière de faire ressentir rapidement un changement aux Français consistait à distribuer de l’argent public. Notre pays s’était habitué à
cette morphine. J’assume ce passage d’un traitement
symptomatique à un traitement plus en profondeur,
même si cela prend plus de temps. »
Plus l’avion présidentiel se rapproche de Paris,
plus l’atmosphère du pays imprègne la discussion
avec le président de la République. Lorsqu’il posera
le pied à terre pour se rendre à l’Élysée, ce sera pour
se reposer. Mais aussi pour passer le cap de sa première année de mandat. « Cela a été une année de
travail intense et sans relâche, raconte-t-il. Une année d’une intensité extrême durant laquelle nous
n’avons renoncé à rien pour construire le changement
promis lors de l’élection présidentielle. Mais cette date
du premier anniversaire ne marque rien. C’est une date
symbolique, ce n’est pas un point d’inflexion du quinquennat. Il y a des changements structurants qui restent à mettre en place et qui vont nous demander
autant de mobilisation qu’au cours de cette première
année. » Pour les mener a bien, Emmanuel Macron
pense encore disposer de marges de manœuvre importantes. « Le capital politique, cela se joue entre
vous et le pays, dit-il. On m’avait expliqué au début
que je n’avais que cent jours pour agir. Au bout de 365,
je peux toujours avancer. Sans doute parce que ma détermination n’a pas bougé d’un pouce. » Sans doute
aussi parce que, pour l’heure, l’opposition n’a toujours pas réussi à se remettre d’une élection présidentielle à nulle autre pareille. Ce n’est pas le moindre des actifs à porter au bilan d’Emmanuel Macron
que ce paysage politique morcelé dans lequel le PS et
LR semblent ne plus réussir à trouver leur place. « Ce
sont les électeurs qui ont cassé les partis, ce n’est pas
moi, plaide Emmanuel Macron. Enfin, quand même !
Ce sont les Français qui ont voté. C’est avoir peu de
considération pour eux que de considérer que leur vote
est sans importance. » Il est temps pour lui de les retrouver au terme de cette semaine au bout du monde. L’avion présidentiel vient de se poser à Orly. ■
A
Sydney–Nouméa–Paris,
vol retour avec Macron
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Quelle Russie veut Vladimir Poutine ?
e 7 mai 2018, Vladimir
Poutine va prêter serment,
inaugurant ainsi son
quatrième et dernier mandat
de président de la Fédération
de Russie. Pour nombre
d’Occidentaux qui préfèrent la caricature
à la réflexion, ce sera le triomphe
d’un dictateur, l’assurance du statut
de démocrature de la Russie et
d’une menace pesant sur les pays voisins,
voire sur la paix mondiale. Hillary
Clinton n’avait-elle pas comparé
naguère Vladimir Poutine à Hitler ?
Pourtant, la réélection de Vladimir
Poutine témoigne de l’accord
de la majorité de ses compatriotes
à ce nouveau mandat. Les sondages
l’annonçaient, les électeurs l’ont
confirmé, plus de 60 % d’entre eux
approuvent l’action de leur président.
Ce qui compte avant tout pour
la société russe, c’est la stabilité politique
du pays. Le souvenir du chaos des années
1990, la hantise d’une décomposition
du pays ou de nouveaux désordres
intérieurs expliquent son soutien
au président. Les Russes pensent aussi
que l’immensité du territoire russe,
l’hétérogénéité de la population – près
de cent cinquante nationalités,
trois grandes religions et d’innombrables
cultes – justifient la gestion centralisée,
voire autoritaire que revendique
leur président. De surcroît, stabilisée,
la Russie a aussi retrouvé le statut
de puissance qu’elle avait perdu en 1991.
Pour les Russes, le rôle joué par leur pays
en Syrie, sa capacité à participer
au règlement des grands problèmes
internationaux rachètent enfin
l’effondrement si humiliant des années
postsoviétiques où la Russie n’existait
plus sur la scène du monde.
Pour autant, nul en Russie,
et Poutine moins que quiconque,
n’ignore les faiblesses du pays.
Économiques d’abord. La Russie vient
de traverser une longue crise due avant
tout à la chute des cours de l’énergie et, à
un moindre degré, aux sanctions. Mais la
véritable cause en est l’échec du pouvoir
russe depuis 2000
à accomplir
les réformes
indispensables :
Se réconcilier avec l’Europe ou se tourner résolument diversification
de l’économie,
vers l’Asie : le choix de l’hôte du Kremlin, dont
investissements,
le nouveau mandat débute aujourd’hui, sera lourd
lutte contre la
de conséquences pour le Vieux Continent, explique
corruption. Poutine
le secrétaire perpétuel de l’Académie française*.
et Medvedev n’ont
+
» Lire aussi PAGES 2 ET 3
L
HÉLÈNE CARRÈRE D’ENCAUSSE
Mais la seconde partie du discoursprogramme prononcé le 3 mars n’est
pas moins importante, elle traite
de la sécurité et des intérêts
internationaux de la Russie. Comme
dans son discours de Munich en 2007,
Poutine avait alors insisté sur l’idée que
les Occidentaux – c’est-à-dire les ÉtatsUnis – ne pouvaient prétendre régenter
le monde. Depuis lors, la relation
de la Russie avec le monde occidental
guidé par les États-Unis n’a cessé de se
dégrader. Le « reset » (« remise à zéro »
des relations entre Washington et Moscou,
NDLR) voulu par Obama a échoué,
la crise ukrainienne de 2014 a isolé
la Russie de l’Europe autant que des
États-Unis. L’élection de Donald Trump,
qui semblait, a
priori, favorable à
À l’aube de son quatrième et dernier
un rapprochement
mandat, le président russe doit décider MoscouWashington,
de la voie qu’il entend suivre
a abouti au résultat
contraire.
L’establishment
américain a fait de la Russie, supposée
Depuis deux ans, le président de la Russie
avoir manipulé l’élection, un marqueur
a ouvert les organes du pouvoir régional
de la politique du président. Toute idée
à une nouvelle génération, véritablement
de « reset » est pour l’heure abandonnée.
postsoviétique, étrangère souvent
Les Européens de leur côté doivent
aux structures de sécurité et plutôt liée
décider s’ils persévèrent dans une ligne
au secteur privé. Ces gouverneurs de
proaméricaine et antirusse qui leur
région, fraîchement promus, détenteurs
est coûteuse, en termes d’économie
d’une autorité réelle peuvent annoncer la
d’abord. Si le commerce russo-allemand
relève « post-Poutine ». Il a aussi appelé
reste prospère et l’Italie suit la même
à l’administration présidentielle une
voie, la France souffre particulièrement
figure historique du mouvement libéral,
de la situation présente. Et Poutine
l’ancien premier ministre Kirienko.
a pu interpréter l’invitation du président
À ces signaux qu’on ne peut négliger
Macron à se rendre à Versailles comme
s’ajoute que les propos tenus lors
un signal de volonté de rééquilibrer
de l’Adresse annuelle aux deux chambres
la relation russo-européenne.
du Parlement, le 3 mars, résonnent
comme un programme pour le mandat
À l’aube de ce mandat, Poutine doit
à venir. Poutine y annonce un train
décider de la voie qu’il entend suivre.
de réformes d’inspiration libérale,
Ancrer la Russie en Europe, coopérer
insistant sur la numérisation de
avec l’Europe – indépendamment
l’économie, l’élargissement de l’espace
de la difficile relation avec les États-Unis
des libertés et la valorisation du capital
– ou bien se tourner résolument vers
humain. Ce programme est orienté
l’Asie et développer son projet eurasien.
vers deux priorités : progrès social
La Russie a déjà noué un partenariat étroit
et rattrapage technologique. Au premier
avec la Chine que l’on résume trop
point figurent la santé, l’éducation et
souvent au schéma : un milliard et demi
les infrastructures, notamment les voies
de Chinois en quête de terres face à cent
de communication essentielles pour
cinquante millions de Russes incapables
cet immense pays. Et Poutine insiste
de peupler leurs terres. La réalité est
sur son objectif final, diviser par deux
autre. La Russie n’est pas seule face à son
le nombre de pauvres en Russie.
partenaire chinois, elle a noué des liens
Les hausses de salaire très conséquentes
avec le Japon, l’Inde et plusieurs pays
accordées ces derniers mois témoignent
de l’Asie du Sud-Est. Elle copilote aussi
de l’attention prêtée au citoyen
avec la Chine le groupe de Shanghaï,
et confirment ces orientations sociales
une imposante union stratégique, tout
et politiques.
en s’insérant dans diverses instances
cessé de déplorer cet échec, mais sans
y remédier. La rente pétrolière est restée
la principale ressource russe.
En politique, le bilan des années
Poutine est aussi contrasté. L’opposition
de 2012, les manifestations spectaculaires
n’ont pas donné naissance à de véritables
forces alternatives. En revanche, la crise
ukrainienne, la confrontation avec
l’Occident ont favorisé la montée dans
la société et dans la sphère du pouvoir
d’un courant conservateur. Le discours
patriotique, un certain repli sur le passé
en témoignent.
Où se situe Poutine dans cette
évolution ? S’il semble dans son discours
en accord avec ce conservatisme,
il a multiplié aussi les signaux contraires.
«
»
multilatérales d’Asie. Le partenariat
russo-chinois est d’autant plus séduisant
pour une fraction de l’élite russe,
incarnée par le ministre des Affaires
étrangères Lavrov, qu’elle s’appuie sur
le constat en ce début de XXIe siècle du
basculement géopolitique vers l’Asie,
renforcé par le grand projet chinois
des « nouvelles routes de la soie », dont
l’Europe n’a pas encore pris la mesure.
Jusqu’à présent, Poutine a suggéré
que l’orientation asiatique n’était pour
lui qu’une hypothèse et que la ligne
prooccidentale restait à l’ordre du jour.
Mais il dépend désormais des Européens
qu’il la maintienne ou qu’il juge un avenir
asiatique plus favorable à la Russie.
Il pourrait d’autant plus être tenté
par ce choix que les relations de la Russie
avec ses anciennes possessions de l’URSS
– l’espace postsoviétique – constituent
un des grands échecs ou une des grandes
déceptions de ce début de siècle. Presque
tous les anciens États de l’URSS ont adhéré
à l’Otan – États baltes – ou rêvent de le
faire – Ukraine, Géorgie –, se plaçant
ainsi sous le parapluie américain contre
la Russie ; pour la plupart des autres,
ils se tournent vers l’Union européenne
et affichent leur méfiance à l’égard
des Russes. Les États alliés de Moscou
supposés les plus sûrs – Kazakhstan ou
Biélorussie – sont à peine moins distants.
Ayant échoué à créer un espace
postsoviétique amical, voire une zone
d’influence russe, la Russie doit trouver
un environnement où sa volonté d’exister
avec un statut de puissance, mais aussi sa
spécificité – une volonté démocratique
qui ne soit pas en rupture avec la longue
histoire et la culture russe –, soit acceptée.
Lavrov a résumé cette ambition en
évoquant « un ordre international
démocratique postoccidental dans lequel
chaque pays est défini par sa souveraineté ».
Cette ambition est présente dans la plupart
des pays qui aujourd’hui constituent cette
Asie émergente. La tentation peut être
grande pour la Russie de lui accorder
sa préférence. S’il en était ainsi, l’Europe
serait amputée d’une part d’elle-même
– car la Russie est d’Europe avant tout –
et serait isolée de l’Asie, centre désormais
du grand jeu international.
Espérons que le programme
qu’amorcera Vladimir Poutine après
le 7 mai soit celui qui réconcilie la Russie
avec l’Europe. Mais son choix dépend
aussi des signaux que lui enverront
les Européens.
* Dernier ouvrage paru : « Le Général
de Gaulle et la Russie » (Fayard, 2017).
Gérald Bronner : « Internet amplifie
la tyrannie des minorités actives »
DESSINS CLAIREFOND
LE FIGARO. - Récemment,
une rumeur a été entretenue pendant
plusieurs jours sur le supposé coma
d’un étudiant après l’évacuation
de Tolbiac, en dépit des démentis
répétés de la Préfecture de police.
Cette affaire vous semble-t-elle
caractéristique d’un certain
complotisme d’extrême gauche
qui se défie de la parole de l’État ?
Gérald BRONNER. - Cette affaire a
évidemment des relents de complotisme. Elle est typique de la viralité de
certaines rumeurs : elle prétend
d’abord se fonder sur des preuves
(une tache de sang, des témoignages)
qui disparaissent au fur et à mesure
qu’un travail d’investigation sérieux
est mené. Elle est ensuite majoritairement diffusée par des médias qui peuvent tirer idéologiquement parti de
cette affaire (Le Média, Reporterre,
Politis). Enfin, lorsque les éléments
s’accumulent qui devraient faire disparaître la rumeur, on prétend que le
« pouvoir » manipule l’information
pour cacher la vérité et l’on bascule
franchement dans le conspirationnisme. Certains affirment même que si la
rumeur était fausse, elle disait quelque chose de la réalité de la violence
policière contre les étudiants. Ce type
de justification a des relents idéologiques évidents.
A
ENTRETIEN
Le sociologue*, spécialiste de la crédulité,
s’interroge sur l’opportunité d’une loi contre
les « fake news ».
Dans la bande
dessinée Crédulités
et rumeurs,
que vous avez
conçue avec
le dessinateur
Internet crée moins de nouveaux
phénomènes qu’il n’en amplifie d’anciens. À ce titre, il donne une nouvelle
forme de puissance à la crédulité.
D’une part, la Toile augmente l’empire de la tyrannie des minorités actives
qui peuvent essaimer leurs arguments
au-delà des espaces de radicalité dans
lesquels ils étaient normalement
confinés.
De
nombreux traCertaines idées fausses ont plus
vaux de « web
science » le monde succès que des idées raisonnables
trent en convoet équilibrées parce qu’elles capitalisent
quant des données importantes.
sur des processus intellectuels douteux
D’autre part, cermais attractifs pour l’esprit
taines idées fausses
dominent,
perdurent et ont
parfois plus de succès que des idées
présent, pris conscience de l’ampleur
plus raisonnables et équilibrées parce
du problème qui met en péril les déqu’elles capitaliseront sur des procesmocraties et qu’il existe désormais de
sus intellectuels douteux mais attracnombreuses recherches pour trouver
tifs pour l’esprit. C’est ce que j’appelle
des solutions. Inquiet parce que le prola « démagogie cognitive ». Or celleblème est au cœur même à la fois de
ci est amplifiée par la dérégulation du
nos cerveaux et du marché de l’informarché de l’information que constimation. C’est une situation inédite que
tue Internet. Plusieurs études monnous devons affronter. Il faudra avoir
trent, par exemple, que les « fake
des décideurs à la hauteur de ce défi. Je
news » se diffusent beaucoup plus vite
ne suis pas certain qu’une loi sur les
et sont mieux mémorisées que les in« fake news » soit la réponse politique
formations fiables. Si l’on ajoute à cela
adéquate. L’une des initiatives fortes
que le fonctionnement des algorithdevrait venir de l’Éducation nationale,
mes et celui de notre cerveau même
mais pour le moment je ne vois pas de
ont tendance à créer une forme d’enprogramme de grande ampleur sur ces
fermement mental, on comprend que
questions.
la situation est complexe !
Les rumeurs semblent aussi vieilles
La défiance envers la presse,
que l’humanité. Qu’est-ce qui change
constamment accusée de produire
avec le numérique ?
Krassinsky,
vous essayez de combattre
les principaux ressorts
du complotisme. Êtes-vous optimiste
sur la capacité de nos sociétés
à surmonter la « nouvelle ère
des mythes » ?
Je suis à la fois optimiste et inquiet.
Optimiste parce que nous avons, à
«
»
des « fake news », est-elle un
phénomène nouveau ou lui aussi
universel ? Ce rejet des médias
vous inquiète-il ?
L’idée selon laquelle la presse est aux
ordres de puissances supérieures est
ancienne (et pas toujours fausse évidemment). Que l’on puisse publiquement douter des médias est plutôt rassurant dans un premier temps : cela
nous assure de l’existence d’une certaine liberté d’expression. Mais c’est
aussi assez préoccupant, surtout lorsque, comme aujourd’hui, la défiance
envers les médias atteint des taux très
élevés, confirmés enquête après enquête. Cela génère la volonté de s’informer ailleurs, notamment auprès de
médias autoproclamés indépendants,
qui ne sont le plus souvent que des ressources d’informations complotistes,
voire manipulés par des puissances
étrangères. C’est sans doute en constatant ce climat de défiance que Le Média
a été lancé - avec les résultats que l’on
sait. Cependant, d’une certaine manière, cette méfiance peut aussi revitaliser la pratique journalistique, aider
ceux qui font profession de diffuser de
l’information à mieux penser leur activité dans cette situation nouvelle qui
est la nôtre. Le problème est que cette
méfiance systématique envers les
journalistes n’est qu’un symptôme
parmi d’autres qui s’agrègent pour
ouvrir les portes à ce que j’ai nommé
ailleurs la « démocratie des crédules ».
* « Crédulités et rumeurs. Faire face aux
théories du complot et aux fake news »,
de Gérald Bronner et Krassinsky (Petite
Bédéthèque des Savoirs, 72 p., 10 €).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 7 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Les démocraties face à la violence
a violence est le plus grand
péril pour la liberté et
la dignité des hommes. Elle
est un cancer qui se diffuse
dans l’État et la société, et qui
détruit tout : développement
économique, fonctionnement de l’État,
citoyenneté et confiance dans
les institutions démocratiques.
Loin des illusions entretenues
sur l’avènement de la démocratie
de marché et la paix perpétuelle après
l’effondrement de l’Union soviétique, la
violence effectue un retour en force. Elle
gagne en intensité et change de nature ;
elle se radicalise et devient une fin en soi.
Au plan international, la dynamique
de la guerre est de retour, accélérée par
la désintégration de l’ordre mondial de
L
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
1945 sous les coups de boutoir de Donald
Trump. Guerre commerciale, monétaire
et technologique des États-Unis contre la
Chine, avec pour dommages collatéraux
l’Europe, le Japon et la Corée du Sud,
le Canada et le Mexique, soit les plus
proches alliés des États-Unis. Guerre
entre les États-puissance avec la montée
des risques de conflits en mer de Chine,
y compris autour de Taïwan, l’escalade
du carnage sans fin de la Syrie où prend
corps l’affrontement entre Israël
et l’Iran, la pression de la Russie et de la
Turquie sur les frontières de l’Europe.
Guerre de religion avec la poursuite
de la mondialisation du djihad,
du Nigeria aux Philippines en passant
par la reconfiguration de l’État islamique
en réseau social opérant au cœur
ENTRE GUILLEMETS
7 mai 1954 : chute du camp retranché de Diên Biên Phu.
Lucien Bodard,
« La Guerre d’Indochine »
RUE DES ARCHIVES/PVDE
Quoi de plus
démoralisant
que de se sentir
à la merci de consignes
absurdes ? »
ANALYSE
Jeanp-Pierre Robin
jprobin@lefigaro.fr
Le 200e
anniversaire de Karl
Marx déchaîne les passions
our le bicentenaire
de son rejeton le plus célèbre,
la ville de Trèves, située
à 79 kilomètres de Metz,
à vol d’oiseau, n’a pas lésiné.
Expositions, colloques,
concerts, pas moins de 600 événements
sont programmés pour les mois à venir.
Le clou des célébrations a eu lieu
ce 5 mai, jour de la naissance de l’auteur
du Manifeste du parti communiste, avec
l’inauguration d’une statue en bronze
de 5,5 m de haut figurant Karl Marx.
Un cadeau du gouvernement chinois ! À
Pékin, le président Xi Jinping en a profité
pour réaffirmer son attachement au
marxisme, qui, dit-il, est « totalement
adapté » à la Chine. Et d’exhorter les
membres du Parti communiste chinois à
faire des théories marxistes « un mode de
vie » et « une recherche spirituelle » (sic).
Jamais depuis la guerre de Troie, il y a
plus de trois mille ans, et son légendaire
cheval de bois qui avait permis la conquête
de la ville par les Grecs, une statue n’aura
suscité autant d’émoi. Sur le thème « je
crains les communistes, même quand ils
font des cadeaux », l’AfD (Alternative für
Deutschland), le parti d’extrême droite,
s’est écrié : « Déboulonnons Marx ! » C’est
le sort qui avait été réservé, il y a un peu
moins de trente ans, lors de la réunification
allemande, aux effigies géantes de Marx
et de Lénine dans l’ex-RDA. Les régions
où l’AfD recrute aujourd’hui ses plus gros
bataillons d’électeurs.
L’Union des groupes de victimes
de la tyrannie communiste s’est jointe
aux protestations. Wolfram Leibe,
le maire SPD de Trêves, prétend qu’il
s’agit d’« un simple geste d’amitié »
de Pékin, quand d’autres dénoncent
une monnaie d’échange pour attirer les
touristes et les investissements chinois.
P
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
des sociétés démocratiques. Guerres
civiles tournant au génocide, à l’image
de l’extermination des Rohingyas
au Myanmar.
Mais la violence prolifère également
à l’intérieur des démocraties.
Le djihadisme s’appuie sur une stratégie
de salafisation des communautés
musulmanes contre lesquelles
les attentats cherchent à dresser
la population afin d’enclencher
une logique de guerre civile.
L’antisémitisme connaît un sinistre
renouveau, au croisement de l’islamisme
et des démocraties illibérales d’Europe
orientale. Les opinions publiques
se polarisent et se radicalisent, portées
par le réveil des passions identitaires
nationales, sociales et religieuses.
La jeunesse bascule vers l’extrême
gauche et l’extrême droite. Les fractures
entre classes sociales, communautés,
générations et territoires se creusent.
Le réveil de la violence trouve
son origine dans l’inconséquence
des démocraties après la chute
du soviétisme, qui se sont abandonnées
aux vertiges de l’économie de bulles
et de la démesure. Les classes moyennes,
déstabilisées par la mondialisation et
la révolution numérique, ont été
ravagées par le krach de 2008. La crise
et la montée des inégalités ont atomisé
les individus, les livrant aux passions
collectives agitées par les populistes.
Le repli identitaire, exacerbé par
les réseaux sociaux, nourrit la haine : à
chaque homme et à chaque communauté
son humanité propre qui légitime
l’exclusion, voire l’épuration, de ceux
qui n’en font pas partie. Le relativisme
des valeurs, le mépris de la loi et le
discrédit du bien commun légitiment la
violence, qui, seule, parvient à fédérer les
individus autour de luttes hétéroclites.
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
au lieu de se contenter de l’interpréter » ?
Avec ce résultat que « les 40 %
de l’humanité qui ont vécu sous
des régimes marxistes pendant la plus
grande partie du XXe siècle ont enduré
famines, goulags et dictatures de parti »,
accuse The Economist. Mais, en même
temps, « il y a énormément à apprendre
de Marx », insiste l’hebdomadaire : ses
analyses sur « le capitalisme par essence
un système de rentes… le “précariat”
de la main-d’œuvre… l’émergence
inévitable de monopoles » dont Google et
Facebook sont aujourd’hui l’incarnation,
rappelle l’hebdomadaire britannique.
En France, Patrick Artus, qui n’est pas
un économiste en chambre marxiste mais
un libéral affirmé et
qui dirige la recherche
Il retient curieusement l’attention
de la banque Natixis,
des tenants les plus enthousiastes
est sur la même
de la mondialisation libérale
longueur d’onde :
« La dynamique
passions et polémiques. Et curieusement
du capitalisme est aujourd’hui bien celle
son aura inspire beaucoup moins
qu’avait prévue Karl Marx », écrit-il
les classes populaires ou les milieux
dans une note et un livre où il propose
d’extrême gauche qu’elle ne retient
des pistes de réformes pour rendre
l’attention des tenants les plus
le système socialement plus inclusif.
enthousiastes de la « mondialisation
Car il ne s’agit pas de jeter le bébé avec
libérale », comme l’appellent
l’eau du bain. À la lumière des expériences
ses détracteurs.
du siècle passé, « le capitalisme est le pire
des systèmes à l’exception de tous
Ainsi The Economist, la bible
les autres », nous disent ces experts
des patrons et des hauts dirigeants
libéraux qui osent en finir avec les débats
des multinationales de la planète, de New
convenus du Cercle des économistes.
York à Pékin, l’écrit sans ambages dans
son édition du 5 mai : « Deux siècles après
En revanche, l’astre Marx a cessé
d’illuminer la scène politique
sa naissance, Karl Marx reste, de façon
surprenante, pertinent (surprisingly
proprement dite. Obnubilés par
relevant). » Oh my God ! Certes,
la dénonciation des élites et guidés par
l’hebdomadaire étrille toutes les erreurs
le ressentiment, les partis populistes
de prévision commises par le plus grand
ignorent les analyses « marxiennes ».
intellectuel fauteur de troubles
Le populisme serait-il la maladie sénile
du XIXe siècle. N’avait-il pas assigné
des sociétés matérialistes, pour
paraphraser une formule fameuse ?
à la philosophie « d’améliorer le monde
Venu de son Luxembourg voisin
assister aux cérémonies du week-end,
Jean-Claude Juncker a volé au secours
du grand barbu. « Marx n’est pas
responsable de toutes les atrocités dont
ses héritiers supposés doivent répondre »,
plaide le président de la Commission
européenne. Pas plus que Nietzsche
et Wagner n’ont participé à la folie
hitlérienne…
Mais tout le monde ne l’entend pas de
cette oreille. Cent trente-cinq ans après sa
mort, vingt-huit ans après l’effondrement
de l’URSS et du « marxisme-léninisme »,
l’internationaliste le plus virulent
de l’histoire - « Prolétaires de tous les pays
unissez-vous » - continue de déchaîner
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
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Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
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Direction, administration, rédaction
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Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
L’espace du débat public se décompose
sous le choc des « fake news », qui
exacerbent la polarisation de l’opinion
et laminent la démocratie représentative
pour faire émerger une démocratie
pulsionnelle où la raison est celle
du plus fort. La violence est d’autant plus
radicale qu’elle est nihiliste, continuant
à cultiver le mythe révolutionnaire mais
déconnectée de tout projet crédible
de construction d’un monde meilleur.
Les démocraties n’ont d’autre choix
que de rompre avec le déni pour
combattre la violence, dont il ne convient
pas seulement de contenir les effets
mais d’annihiler les causes. Et ce sans
confondre les moyens et les fins, c’est-àdire sans sacrifier la liberté. La solution
des hommes forts, qui consiste à ériger
la force en réponse à la violence, se réduit
à une grande illusion. Le pouvoir illimité
et la répression ne garantissent
nullement la sécurité des citoyens mais
produisent inexorablement la pauvreté
et l’anomie, l’oppression et le désespoir.
Pour autant, dans le cadre de l’État
de droit, il est grand temps que
les démocraties donnent la priorité
à leur première raison d’être, à savoir
la sécurité et l’existence d’un ordre
public sans lesquels la société se trouve
ramenée à l’état de jungle. Contre la
violence, les démocraties n’ont d’autre
choix que de nouer un nouveau pacte
citoyen. Elles doivent réarmer non
seulement au plan militaire mais au plan
politique, intellectuel et moral. C’est
la mission des dirigeants mais surtout
le devoir des citoyens. L’avertissement
que lançait Alexandre Soljenitsyne face
au totalitarisme n’a rien perdu de son
actualité : « L’homme qui n’est pas
intérieurement préparé à la violence
est toujours plus faible que celui qui
lui fait violence. »
VOX
… GRAND ENTRETIEN
« Blocages dans les facultés :
le printemps
de l’ignorance» , par
Élisabeth Lévy, directrice de
la rédaction de « Causeur ».
…
ÉCONOMIE
« Karl Marx ? Je l’ai bien
connu ! », par Bogdan
Calinescu, alias Nicolas
Lecaussin, essayiste
français d’origine roumaine
et auteur d’« Au secours,
ils veulent la peau
du capitalisme ! »
(First éditions).
…
JUSTICE
« La rapidité avec laquelle
l’affaire Fillon a été traitée
au début est stupéfiante »,
par Hervé Lehman,
avocat à la Cour et auteur
du « Procès Fillon »
(Éditions du Cerf).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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Édition nationale
1er cahier 16 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 8 pages
A
CHRONIQUE
15
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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lundi 7 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 933 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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RETRAITES
LUXE
LES FRANÇAIS PEU AU FAIT
DE L’AMPLEUR
DE LA RÉFORME À VENIR PAGE 20
LE MARCHÉ JAPONAIS
EN PLEINE FORME PAGE 20
Le centre commercial Ginza 6, à Tokyo.
SNCF : Matignon tente
d’apaiser les syndicats
Soucieux de défendre la réforme ferroviaire et de mettre fin au mouvement
de grève perlée, le premier ministre reçoit ce lundi les représentants du personnel.
Agenda chargé pour Édouard Philippe. Ce lundi, tous les rendez-vous
du premier ministre sont consacrés à
la réforme ferroviaire. Outre les
dirigeants des quatre confédérations
membres de l’intersyndicale de la
SNCF, il recevra Guillaume Pepy,
patron de la société, ainsi que les représentants des associations d’usagers.
Cette réunion de travail est un geste
de Matignon pour apaiser les syndicats, qui refusaient de poursuivre les
négociations avec Élisabeth Borne,
la ministre des Transports. Mais les
principaux points de la réforme ferroviaire, approuvés à l’Assemblée
nationale mi-avril, ne sont pas négociables. « Nous ne reviendrons pas
sur l’ouverture à la concurrence, nous
ne reviendrons pas sur la réorganisa-
tion de l’entreprise et sur la fin du recrutement au statut », a réaffirmé
Édouard Philippe vendredi. D’éventuelles précisions sur la future
convention collective, le fret et la
dette n’empêcheront pas la poursuite de la grève mardi et mercredi.
SERKAN ELBASAN/WWW.JEFILMELEMETIERQUIMEPLAIT.TV, S. DE SAKUTIN/AFP, DB – ADAGP, PARIS & JASPAR, TOKYO, 2018 G1226
èÉDOUARD PHILIPPE VA ÉPROUVER SES TALENTS DE NÉGOCIATEUR èLA REPRISE DE LA DETTE PAR L’ÉTAT, UN VÉRITABLE CASSE-TÊTE PAGES 18 ET 19
Air FranceKLM entre
en zone de
turbulences
La démission du PDG
plonge le groupe
dans l’incertitude.
La grève se poursuit,
les comptes sont
dans le rouge
et les négociations
salariales dans
l’impasse. « La survie
d’Air France est en
jeu », selon Bruno
Le Maire. PAGE 19
BLOC NOTES
Vive la fin
de l’exit tax !
PAR JACQUES-OLIVIER MARTIN
PAGE 21
LIBRES
ÉCHANGES
Macron : le bonheur
n’est pas au bout
du chemin,
le bonheur
est le chemin
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 21
RÉALITÉS
AUGMENTÉES
Ces petits signaux
du quotidien
qui décodent
l’économie
PAR ARMELLE BOHINEUST
PAGE 21
Baccarat : le retard
pris pour le rachat
Découvrir un métier en le filmant,
une façon originale d’aborder l’entreprise inquiète les salariés
L'HISTOIRE
entreprise aussi fait
son cinéma. Le 22 mai, soit
trois jours après la remise de la
palme d’or du 71e Festival de
Cannes, des claps de diamant,
or et argent seront décernés au Grand Rex,
lors de la 11e cérémonie du concours
« Je filme le métier
qui me plaît ». Cette
manifestation, organisée
par Euro-France Médias,
Euro-France association
et placée sous le haut
patronage du ministère
de l’Éducation nationale,
permet aux collégiens,
élèves de centres de
formation des apprentis,
lycéens et étudiants
d’aborder le monde
de l’entreprise de façon
originale. Épaulés par leurs
enseignants, ils réalisent
un reportage vidéo de
3 minutes sur un métier de
leur choix ou s’inscrivant
dans 12 catégories, parmi
lesquelles « Des métiers à
L’
la rencontre des autres », « Industrie
au féminin : relevez le défi ! », ou encore « La
passion du geste : savoir-faire d’exception ».
Des entreprises partenaires, dont Engie,
ouvrent leurs portes aux cinéastes en herbe.
Elles cofinancent les concurrents avec des
organisations professionnelles et fondations,
dont le Comité Colbert
et la fondation The Adecco
Group. Pour son édition
2018, 64 418 élèves se sont
lancés dans l’aventure.
Plus de 2 000 projets ont été
déposés, 850 films produits,
et 648 ont été présentés
en compétition officielle.
« L’originalité de l’approche
sur le métier, la qualité
du son et de l’image sont
essentiellement évaluées
par le jury », indique
Anne Fournier, cofondatrice
du concours, notamment
parrainé cette année
par le cinéaste CostaGavras et l’explorateur
Jean-Louis Étienne. ■
CORINNE CAILLAUD
Mais que fait donc le fonds
chinois Fortune Fountain Capital (FFC) ? La question obsède les salariés de la cristallerie
Baccarat, inquiets du retard
pris pour finaliser le rachat,
annoncé en juin 2017. En effet,
voici presque un an, le fonds
de la femme d’affaires chinoise Coco Chen a annoncé être
entré en négociations exclusives pour racheter 88,6 % de
Baccarat aux fonds américains
Starwood Capital Group et
L Catterton pour 164 millions
d’euros. Une nouvelle voie
pour cette marque prestigieuse, symbole du luxe et mondialement connue pour ses
verres, carafes, luminaires et
bijoux en cristal.
La discrétion des acheteurs
inquiète les 500 salariés de
cette cristallerie fondée en
1764. En fait, l’autorité des
marchés chinois n’a pas encore délivré l’autorisation de
transferts des fonds. Si ce retard ne met pas en cause la pérennité de l’entreprise, qui a
réalisé en 2017 un résultat net
de 3,4 millions d’euros pour
un chiffre d’affaires de
146 millions, son développement pourrait en revanche en
être affecté.
« Ce blocage fait que la stratégie gagnante de Baccarat ne se
met pas en place et que l’entreprise continue de végéter »,
s’inquiète Didier Guyot, expert-comptable mandaté par
les instances représentatives
de la manufacture. Contrôlé
depuis 2005 par Starwood, le
cristallier lorrain n’aurait pas
bénéficié des investissements
nécessaires pour se développer à l’international ou profiter du virage du commerce en
ligne. De plus, le projet chinois
prévoyait un investissement
de 20 à 30 millions dans l’immédiat et de 50 millions à
moyen terme. La direction de
Baccarat n’a pas souhaité
s’exprimer. Tous espèrent que
les actionnaires chinois seront
bien présents lors de l’assemblée générale, le 29 juin. CH. G.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
Plus de 42 000 actionnaires se sont
déplacés samedi à Omaha, petite ville
perdue dans les plaines du Midwest
américain, pour participer à la traditionnelle assemblée générale de
Berkshire Hathaway, la société de
Warren Buffett. Comme tous les ans
en mai, tous sont venus écouter religieusement « l’oracle d’Omaha »,
dont les investissements sont considérés par les milieux d’affaires comme un gage de confiance en l’avenir
d’une entreprise. Mais, cette année, le
milliardaire (82 milliards de dollars) qui
fêtera ses 88 ans en août a été assailli
de questions sur la capacité de l’entreprise à lui survivre. En janvier,
Berkshire Hathaway a en effet promu
deux dirigeants, Greg Abel et Ajit Jain,
au rang de vice-présidents et leur a
confié davantage de responsabilités
dans la conduite des opérations, ce
qui en fait des successeurs potentiels
de Warren Buffett.
Ce dernier s’est donc employé à rassurer ses actionnaires, affirmant que
le succès de son conglomérat allait se
poursuivre après son départ. Il a répété à plusieurs reprises que la réussite de la société pour dénicher de
bonnes affaires, réaliser des investissements se transformant en mines
d’or et effectuer de bonnes acquisitions était due à son bilan, et non à la
célébrité de son fondateur et propriétaire. « Si quelqu’un se soucie de
l’avenir de son entreprise, nous
(Berkshire) sommes les premiers à
qui il passera un coup de fil, et nous
continuerons à être les premiers », a
assuré l’emblématique investisseur,
aux côtés de son complice et directeur général de Berkshire, Charlie
Munger, 94 ans.
Les grands noms de l’économie américaine ont souvent le réflexe de se
tourner vers le milliardaire quand ils
traversent une mauvaise passe. Pendant la grand-messe de plus de six
heures, Warren Buffett, dont la société
disposait fin mars d’un trésor de guerre de 108,6 milliards de dollars, a également passé en revue ses investissements. Il a justifié ses achats massifs
d’actions Apple (5 % du capital) et s’est
dit prêt à renforcer ses investissements. En revanche, pas question pour
lui d’investir dans les monnaies virtuelles, dont le bitcoin, auquel il a prédit
« de mauvaises fins ».
D. G.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
18
L'ÉVÉNEMENT
SNCF : Édouard Philippe monte en première
Le premier ministre rencontre ce lundi toutes les parties prenantes au conflit pour tenter de trouver une issue
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
TRANSPORT C’est peut-être la
dernière possibilité pour une sortie
négociée du conflit à la SNCF. Ce
lundi, le premier ministre reçoit à
Matignon les quatre organisations
syndicales représentatives de la
compagnie ferroviaire : CGT, Unsa,
CFDT et SUD. Les rencontres menées par Édouard Philippe ne se limiteront pas aux représentants des
salariés. Il recevra l’ensemble des
parties prenantes au conflit :
Guillaume Pepy, patron
de la SNCF, les représentants des associations d’usagers et
Pascal Pavageau,
le nouveau secrétaire général de
FO, qui n’est pas
représentatif à la
SNCF.
Ce sont les organisations syn-
cinq semaines de discussions.
Mais ces éléments, fixés par le
gouvernement dès le départ de la
réforme, sont très mal passés
auprès de toutes les organisations
syndicales.
En rencontrant les syndicats, le
chef du gouvernement souhaite
passer à une nouvelle étape, qui
permettra de sortir du blocage actuel. « Il existe des points qui doi-
choisie au hasard. En effet,
Édouard Philippe, accompagné
d’Élisabeth Borne, la ministre des
Transports, va rencontrer chaque
organisation syndicale séparément. « Une bonne méthode pour
se dire les choses et sortir de la posture », constate Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT-cheminots. Car tous les syndicats ne
sont pas sur la même longueur
d’onde. Certains rejettent en bloc
la réforme. La CGT a été jusqu’à
présenter sa contre-réforme. Mais
tous ne sont pas sur cette ligne.
« Nous venons pour tenter de faire
bouger les choses, mais il faut entrer dans le concret maintenant »,
explique Didier Aubert, qui regrette que le gouvernement se soit
contenté, pour l’instant, de « mesures antisociales ». Avec Laurent
Berger, le patron de la CDFT, ils
vont arriver à Matignon avec pas
moins de 40 propositions
d’amendements pour l’examen du
texte au Sénat.
Pour le gouvernement, il faut
absolument fissurer le mur des
organisations syndicales. C’est la
seule possibilité pour permettre
de trouver une issue négociée à
ce conflit. Jusqu’à présent, la
“
Nous venons pour
tenter de faire bouger
les choses, mais il faut
entrer dans le concret
maintenant
”
DIDIER AUBERT, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
DE LA CFDT-CHEMINOTS
vent être précisés, notamment sur la
future convention collective, le fret
et, évidemment, la dette », explique-t-on du côté de Matignon. Les
contours exacts devront être définis avant que le projet de loi commence à être examiné par le Sénat,
le 23 mai prochain.
La méthode adoptée pour mener la consultation n’a pas été
GONZALO FUENTES/REUTERS ET PHILIPPE LOPEZ/AFP
Des cheminots
manifestent
le 3 mai à Paris.
dicales qui ont demandé ces réunions au premier ministre. Après
une déclaration de ce dernier parlant de la filialisation de l’activité
fret de la société ferroviaire, les
syndicats ont considéré que c’était
bien à Matignon que se prenaient
les décisions, et pas au ministère
des Transports. Après avoir refusé
dans un premier temps, Édouard
Philippe a fini par donner son accord. « Le rapport de force a gagné », n’a pas hésité à affirmer
Laurent Brun, représentant de la
CGT, jeudi 3 mai.
Difficile pour autant de savoir ce
qui sortira de ces rendez-vous. Officiellement, c’est « une réunion de
travail qui permettra d’échanger
avec les partenaires sociaux sur
l’ensemble des sujets de la réforme », selon Matignon. Certains
points sont non négociables.
« Nous ne reviendrons pas sur
l’ouverture à la concurrence, nous
ne reviendrons pas sur la réorganisation de l’entreprise et sur la fin du
recrutement au statut », a réaffirmé Édouard Philippe vendredi.
Ces points font partie du projet
de loi adopté en première lecture
par l’Assemblée nationale le
17 avril, après, tout de même,
Le premier ministre va éprouver
ses talents de négociateur
A
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
Édouard Philippe.
STEPHANE DE SAKUTIN/
POOL VIA REUTERS
Revoilà Matignon dans le rôle, classique, mais délaissé ces dernières années, de paratonnerre. Toute la journée, Édouard Philippe doit recevoir
les principaux syndicats de cheminots
ainsi que les représentants de la SNCF
et des usagers pour tenter d’envisager
une sortie de crise, alors que la grève
s’installe dans la durée.
C’est un rôle que le premier ministre a bien rodé : il a déjà servi de sas de
décompression dans d’autres dossiers
épineux, comme Notre-Dame-desLandes, le Grand Paris Express, la
Corse et la Nouvelle-Calédonie.
Cette prise en charge permet à
l’Élysée de rester en retrait et de servir de corde de rappel, si nécessaire.
S’il ne se met pas en scène dans ce
conflit, l’Élysée regarde toutefois le
dossier de très près – le conseiller
transport est d’ailleurs un collaborateur commun aux deux maisons.
Dans la tenue des discussions, les
interlocuteurs du premier ministre lui
reconnaissent une certaine qualité
d’écoute, de rondeur, de patience.
Mais les syndicats de cheminots dénoncent, aussi, son intransigeance,
puisque le gouvernement exclut catégoriquement de la négociation les
trois piliers que sont l’extinction du
statut, le changement de gouvernance, l’ouverture à la concurrence. Or,
ce sont les points qui fâchent les opposants. « On ne reviendra pas sur les
invariants de la réforme, votés en première lecture à l’Assemblée », rappelle-t-on à Matignon.
Ne reste donc à négocier que la
convention collective de la branche,
le plan de compétitivité de l’entreprise, l’évolution du fret, la gestion des
petites lignes par les régions (leurs représentants sont également attendus à
Matignon) et la question de la dette.
Samedi, une réunion préparatoire
s’est tenue autour d’Édouard Philippe
en compagnie du ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire,
du directeur de cabinet de Gérald
Darmanin (Action et Comptes publics)
et de la ministre des Transports, Élisabeth Borne. Cette dernière est montrée du doigt par les syndicats, qui ne
veulent plus négocier avec elle.
Jouant l’opinion publique
contre les salariés de la SNCF
Alors, pour ne pas la déjuger, Matignon assure qu’Élisabeth Borne demeure « au cœur de la conduite de la
réforme », mais que l’intervention du
premier ministre pour chapeauter les
négociations s’impose ce lundi car il
est question d’un sujet qui concerne
tous les « contribuables » : la reprise
« progressive » de la dette de la SNCF
à partir de 2020.
Dans ce conflit, certains commentateurs reprochent au premier ministre d’avoir trop chargé les cheminots,
jouant l’opinion publique contre les
salariés de la SNCF, au point d’avoir
hérissé les syndicats réformistes de la
SNCF.
« Idéologiquement, cela lui plaît sans
doute de rejouer une forme de second
tour de la grande réforme avortée
d’Alain Juppé en 1995 », grince un très
bon connaisseur du dialogue social. La
prochaine lecture du projet de loi au
Sénat doit intervenir à la fin du mois
de mai. Le temps presse donc pour
trouver un compromis. ■
La reprise de la
un véritable cas
ANNE DE GUIGNÉ£@adeguigne
ET DANIÈLE GUINOT£@danieleguinot
On ne
« reviendra
pas sur
les invariants
de la réforme,
votés
en première
lecture à
l’Assemblée
MATIGNON
»
Les représentants des cheminots
espèrent obtenir ce lundi des précisions sur la reprise par l’État de la
dette ferroviaire, qu’ils réclament.
Mais, il n’est pas certain que le sujet
soit à l’ordre du jour, même si
l’exécutif a bien conscience qu’il ne
peut promettre un nouvel avenir à
la SNCF sans la libérer de sa dette.
Mi-avril, Emmanuel Macron a
ainsi annoncé une reprise progressive et partielle de cette dette
(46,6 milliards d’euros fin 2017) à
partir de janvier 2020. L’État a
prévu une « clause de revoyure »
annuelle, permettant, si nécessaire, d’augmenter le montant de
dette revenant à sa charge. L’objectif est de permettre à SNCF Réseau, dont le statut s’apparentera à
partir de 2020 à celui d’une société
anonyme, de supporter un niveau
de dette résiduel sans avoir à s’endetter davantage pour y faire face.
Le niveau de fardeau que le
groupe ferroviaire peut supporter
sera évalué en tenant compte de
trois paramètres. À commencer
par le montant des dépenses indispensables pour moderniser le réseau. L’État a lancé en début d’année un vaste programme de
régénération du réseau ferré français, sur dix ans, pour un montant
de 46 milliards d’euros. Un élément purement financier sera par
ailleurs analysé - le ratio de dette
du groupe par rapport à son bénéfice avant intérêts et impôts
(Ebitda). Enfin, la société devra as-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 7 mai 2018
ENTREPRISES L'ÉVÉNEMENT
ligne
négociée.
manière de mener les discussions
n’a trouvé aucun écho favorable
du côté des syndicats. La journée
de lundi ouvre une nouvelle possibilité.
Édouard Philippe et Élisabeth
Borne feront un point à l’issue de
leur rencontre avec les représentants syndicaux, lundi en début
d’après-midi. Mais il ne faut pas
attendre des changements rapides
sur le front du conflit. L’intersyndicale a prévu de se réunir le 9 mai
afin de tenter d’adopter, à nouveau, une position commune. Il ne
sera donc pas possible de modifier
les deux prochaines journées de
cette grève en pointillé, prévues
les mardi 8 et mercredi 9 mai. Ce
sera le huitième épisode de cette
grève originale, rejetée par une
majorité des Français. Selon un
sondage Ifop pour Le Journal du dimanche du 6 mai, ils ne sont ainsi
que 44 % à soutenir ce mouvement. À l’inverse, 61 % des personnes interrogées souhaitent que
le gouvernement aille au bout de sa
réforme et 79 % pensent qu’il le
fera. Pour l’instant, c’est bien son
intention. Le calendrier d’une réforme conclue avant l’été reste
toujours d’actualité. ■
19
CHRONOLOGIE
15 FÉVRIER
Jean-Cyril Spinetta,
ancien PDG d’Air France,
remet un rapport explosif
sur l’avenir du transport
ferroviaire.
26 FÉVRIER
Le premier ministre
Édouard Philippe
lance officiellement
le projet de réforme, avec
l’ouverture à la concurrence,
la fin du statut
pour les nouveaux
embauchés
à partir de 2020
et la transformation
de la SNCF en société
nationale à capitaux publics.
15 MARS
Le projet est présenté
en Conseil des ministres.
Les syndicats décident
de lancer leur grève
par intermittence
- 2 jours de grève,
3 jours de travail pour une durée
de trois mois.
3-4 AVRIL
Premier épisode
de grève de deux jours.
Il y a eu sept épisodes
de deux jours
depuis cette date.
Air France-KLM dans l’impasse
en attendant l’arrivée d’un nouveau pilote
La grève se poursuit chez Air France malgré le départ du PDG du groupe.
Un dirigeant de transition sera nommé la semaine prochaine.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
Après le coup de théâtre de vendredi soir, les salariés consultés
rejetant à 55,44 % l’accord sur les
salaires proposé par la direction,
Air France-KLM doit se remettre
d’urgence en ordre de marche.
Depuis l’annonce du départ de
Jean-Marc Janaillac, le PDG du
groupe, qui avait mis son sort dans
la balance, une période d’incertitudes s’ouvre pour plusieurs mois
mettant en péril son avenir.
Samedi, le conseil d’administration d’Air France-KLM a demandé au PDG de rester à son
poste jusqu’à l’assemblée générale
prévue le 15 mai, ce qu’il a accepté. À cette date, « une solution de
gouvernance de transition sera annoncée ». Le conseil d’administration proposera de nommer pour
quelques mois l’un des membres
du conseil afin d’assurer l’intérim.
Ce membre pourrait être AnneMarie Idrac, ancienne ministre
des Transports et patronne de la
SNCF ou Anne-Marie Couderc,
ex-ministre chargé de l’emploi
puis dirigeante de Lagardère.
Cette transition sera d’autant
plus délicate que l’intersyndicale
n’a pas stoppé son préavis de grève. Les débrayages se poursuivent
lundi et mardi. Les représentants
des actionnaires espéraient une
trêve. Ce n’est pas l’état d’esprit
des syndicats, renforcés par le résultat du référendum. Les onze
syndicats se réuniront lundi en fin
de journée pour décider de la suite
du mouvement. Après quatorze
jours de grève, dont l’impact atteint plus de 300 millions d’euros,
ils semblent convaincus qu’une
issue sur les hausses de salaires est
proche. « Je pense qu’on peut en
sortir, s’est exclamé Yannick
Floc’h, le vice-président du SNPL,
dimanche sur BFMTV. On n’est
pas très loin. La compagnie propose
2 %, nous demandons 5,1 %, il y a
bien un espace de négociation entre
les deux, et on est loin d’avoir des
demandes exorbitantes. »
« La survie d’Air France
est en jeu », selon Le Maire
Le directeur général d’Air France,
Franck Terner, et le DRH, Gilles
Gateau, les négociateurs jusqu’alors, sont toujours en poste.
Mais sont-ils en mesure de négocier quoi que ce soit dans ce
contexte de flottement ? De source proche du groupe, l’exconseiller social de Manuel Valls
pourrait quitter la compagnie.
N’avoir pas su mesurer l’étendue
de la colère sociale qui s’est exprimée lors de la consultation relève
en partie de sa responsabilité.
L’équipe de direction d’Air France
pourrait évoluer lorsque le successeur « définitif » de Jean-Marc
Janaillac sera nommé.
Le conseil d’administration a
mandaté plusieurs cabinets de
chasse de têtes pour trouver
l’oiseau rare susceptible de piloter
le groupe. Ce dernier devra faire
l’unanimité au sein de la compagnie française, mais aussi chez
KLM, où l’on s’alarme des proportions prises par une négociation sur les salaires.
Ce dirigeant reprendra-t-il à
son compte les grandes lignes du
projet stratégique que Jean-Marc
Janaillac devait présenter en juin
prochain ? Ou décidera-t-il de
bâtir son propre plan de vol après
avoir analysé la situation du groupe dans un contexte économique
tendu ? En effet, Air France-KLM
a publié en 2017 des résultats financiers records ; mais depuis, le
prix du carburant est reparti à la
hausse. Et la concurrence se renforce en Europe. IAG, qui regroupe British Airways, Iberia, Vueling, a publié au premier trimestre
un bénéfice net de 794 millions
d’euros (206 millions d’euros hors
éléments exceptionnels). Le groupe lorgne Norwegian, la low-cost
très agressive sur les vols longcourriers.
Par comparaison, Air FranceKLM affiche une perte nette de
269 millions d’euros au premier
trimestre. Difficile d’évaluer l’impact de la grève sur les résultats financiers de l’année 2018. Mais les
effets cumulés du conflit social et
de la hausse du prix du kérosène
pourraient à nouveau menacer la
rentabilité du groupe.
Dimanche, Bruno Le Maire, le
ministre de l’Économie, n’a pas
caché son inquiétude pour le
groupe, dont l’État détient 14 % du
capital : « La survie d’Air France
est en jeu. Elle disparaîtra si elle ne
fait pas les efforts de compétitivité
nécessaires.» Le ministre a exhorté le personnel de la compagnie à
revenir à la raison : « J’en appelle
au sens des responsabilités de chacun, des personnels navigants, des
personnels au sol, des pilotes qui
demandent des augmentations de
salaire qui sont injustifiées. » Le
ministre a mis l’accent sur « l’importance du dialogue social ». Chez
Air France, c’est un Graal ! ■
sainir durablement sa gestion et
mettre en place un projet d’entreprise (prévoyant, par exemple, la
polyvalence des salariés…) afin de
réaliser 500 millions d’euros
d’économies par an. Ce projet, qui
entrera en vigueur en 2020, doit
être finalisé avant juillet.
Fourches Caudines
de Bruxelles
Le principe de demander des efforts aux cheminots n’est pas une
histoire morale de donnant-donnant… Mais la condition sine qua
non pour que l’opération passe
sans ombrage les Fourches Caudines de Bruxelles. Une reprise de
dette se traduit en effet par une dépense publique. S’il veut reprendre
sur son bilan 35 milliards d’euros
de dette, le haut de la fourchette
des sommes étudiées, l’État creusera son déficit d’un peu plus de
1,5 point. Si on se fie au programme de stabilité, envoyé en avril par
le gouvernement à Bruxelles, une
telle opération ne serait supportable pour les finances publiques
qu’à partir de 2020. À cet horizon,
le déficit français est prévu à 0,9 %.
Sous l’effet de la reprise de la dette,
il bondirait donc autour de 2,5 %.
Le déficit resterait sous la barre fatidique des 3 %, mais l’opération
casserait la belle trajectoire d’assainissement des comptes publics
français. Bercy étudie alors la possibilité de demander à Bruxelles de
la traiter comme un « one-off »,
c’est-à-dire une dérive temporaire provoquée par une mesure exceptionnelle. Mais rien n’est encore arrêté. ■
17 AVRIL
Le projet de loi de réforme
de la SNCF est adopté
en première lecture
par l’Assemblée nationale
à une très large majorité
de 454 pour et 80 contre.
20 AVRIL
Les syndicats
suspendent
leur participation
aux réunions au ministère
des Transports.
Ils demandent à rencontrer
le premier ministre,
Édouard Philippe.
7 MAI
Le premier ministre,
Édouard Philippe,
rencontre
les organisations syndicales
pour faire le point
sur la réforme.
8 MAI
Début du huitième
épisode de la grève
par intermittence.
9 MAI
Réunion de l’intersyndicale
de la SNCF
pour examiner
la suite à donner
au mouvement
après la rencontre
du 7 mai.
23 MAI
Le projet de loi
commence à être
examiné par le Sénat.
Philippe Evain, président
du Syndicat national
des pilotes de ligne,
lors d’un meeting
de l’intersyndicale,
à Bobigny,
le 26 mai 2016.
Lors de la fête organisée pour la
naissance de la compagnie bleue,
Philippe Evain tout sourire assurait
qu’il allait « évidemment » voler
sur Joon et qu’il était ravi de ce projet de croissance.
Discours trop « rouge »
Philippe
« Evain
n’a
pas hésité à
se présenter
en uniforme
au tribunal
de Bobigny
pour soutenir
les
syndicalistes
de la CGT
licenciés
après
l’épisode
de la chemise
arrachée
en novembre
2015
»
D’une politesse onctueuse lors de
ses entretiens, il répond toujours en
déclinant le prénom ou nom de son
interlocuteur pour créer un lien.
Philippe Evain aime embobiner ses
contradicteurs. Les salaires des pilotes figurant dans le très officiel bilan social d’Air France ? « Faux »,
« mensonges », assure-t-il contre
toute évidence.
Philippe Evain fait penser à un
ancien chef scout poli et soucieux
du bien d’autrui qui serait passé par
l’école des cadres du Parti communiste. La grève ? Elle est toujours
« désespérante », dit-il sans rire.
Les centaines de millions envolés au
bout de treize jours d’arrêt de travail ? La faute de la direction qui les
y a « obligés ». Les salariés engagés
dans la grève ? Des victimes de patrons qui « raisonnent avec une calculette » à la place du cerveau.
Le discours détonne dans les
rangs du SNPL, le syndicat de l’élite
de la compagnie. Philippe Evain,
ex-copilote sur long-courrier dé-
sormais commandant de bord sur
A320, ne vole plus que 4 à 5 jours
par mois. Il s’est découvert une vocation syndicale au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de
travail (CHSCT) d’Air France, qu’il a
présidé. Membre du SNPL, il a profité de l’échec cinglant de la précédente équipe de direction du syndicat après la grande grève « inutile »
de 2014. Les pilotes de la compagnie, humiliés et montrés du doigt,
ont alors choisi de porter à leur tête
un bureau plus « dur ». Mais trois
de ces membres ont depuis préféré
prendre leurs distances.
Au SNPL, beaucoup ne se retrouvent pas dans le discours trop « rouge » de leur patron. Philippe Evain
n’a pas hésité à se présenter en uniforme au tribunal de Bobigny pour
soutenir les syndicalistes de la CGT
licenciés après l’épisode de la chemise arrachée en novembre 2015.
Son mentor ? Jean-Charles Corbet, alias « le Moustachu », président du SNPL à la fin des années
1990. Ce proche de Jean-Claude
Gayssot fut propulsé à la tête d’AOM
Air-Liberté, devenu Air Lib avant
de couler, entraînant 3 200 salariés
dans sa chute. Philippe Evain n’a pas
le même charisme. Espérons pour
les salariés d’Air France qu’il n’ait
pas le même destin… ■
V. C.
A
dette par l’État,
se-tête
Longtemps réservé à Fidel Castro,
le sobriquet dont Laurent Berger a
affublé le patron du principal syndicat de pilotes chez Air France
n’est pas pour déplaire au tombeur
de Jean-Marc Janaillac. « Lider
Maximo », voilà de quoi flatter
l’ego de Philippe Evain, arrivé en
décembre 2014 à la tête du SNPL.
Ce quinquagénaire au front dégarni balayé par une mèche savoure
sa victoire depuis le résultat du référendum vendredi. L’intersyndicale, dont il a pris la tête en affirmant en toute (fausse) modestie
qu’il n’en est que l’un des porte-parole, sort renforcée de la consultation des salariés, qui a conduit le
PDG du groupe à démissionner.
Avec 80 % de participation et
55,44 % de non, le syndicaliste-pilote, qui flotte dans son uniforme,
se sent pousser des ailes. « Bravo
aux salariés d’Air France qui ont su
résister à l’incroyable communication alarmiste de la direction de l’entreprise de cette dernière semaine,
s’est-il réjoui dans un tweet samedi. Vous m’avez tous scotché par votre esprit d’indépendance et d’analyse. On forme une belle équipe ! » Et la
grève continue : les débrayages se
poursuivent lundi et mardi.
En utilisant l’arme du référendum destinée à anéantir Philippe
Evain, le PDG du groupe a en fait
renforcé son adversaire. La personnalité de l’homme déconcerte. Ce
diplômé de l’Enac en 1992 a dû patienter cinq longues années avant
d’entrer chez Air France en 1997,
pénurie de recrutement oblige. Ce
quinquennat, en partie passé dans
un garage automobile de luxe, a-til suscité un désir de revanche ?
Certains décrivent en tout cas
Philippe Evain comme un « pervers
narcissique », capable de dire blanc
un jour et noir le lendemain… tout
en affirmant n’avoir jamais changé
d’avis. Ce fut le cas à la naissance de
Joon, contre laquelle il s’est battu
pendant des mois l’an passé. Las.
Ses pairs l’ont désavoué, et il a dû
signer l’accord avec la direction.
STEPHEN CAILLET/PANORAMIC/STARFACE
Philippe Evain, « Lider Maximo » de l’intersyndicale
Un usager attend
le départ d’un train,
le 9 avril, gare
Saint-Lazare à Paris.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
ÉCONOMIE
20
Japon : l’étonnante santé du marché du luxe
Le vieillissement de la population est plus que compensé par son appétit, son pouvoir d’achat et par les touristes.
RÉGIS ARNAUD £@regisarnaud
TOKYO
ASIE « G6 = × 5» : c’est l’équation
magique que mettent en avant les
propriétaires de Ginza Six, dit G6,
le nouveau grand magasin de Ginza, la Mecque du luxe de Tokyo. Un
an après son ouverture en fanfare,
le 20 avril 2017, ce mastodonte de
boutiques et d’expériences remplit
en effet ses objectifs : attirer une
clientèle nouvelle sans cannibaliser
celle du quartier. Les ventes de G6
sont même le quintuple de son prédécesseur sur le même terrain.
« Nos boutiques alentour aussi ont
vu leurs ventes augmenter », assure
Norbert Leuret, patron de la filiale
japonaise de LVMH. Le groupe est
doublement impliqué dans G6 :
outre les magasins qu’il y a ouverts,
le fonds L Catterton Real Estate,
dont il est actionnaire, a investi
dans le projet.
Ces résultats sont à l’image du
marché japonais du luxe. 2017 aura
été un excellent millésime pour le
leader mondial du secteur, avec un
chiffre d’affaires en euros en hausse de 12 %, à environ 3 milliards
d’euros. « Nous progressons dans
tous les domaines d’activité », se réjouit Norbert Leuret. Un constat
partagé par ses rivaux.
Le marché japonais du luxe revient de loin. De 2008 précisément,
lorsque, « choc Lehman » essuyé,
les grands journaux publiaient en
manchette son faire-part de décès :
« L’étoile japonaise perd son éclat »
(The Economist), « Le Japon n’aime
plus le luxe » (Financial Times)… Au
lieu de quoi, il représente toujours,
dix ans plus tard, un territoire à
part dans les rapports d’activité des
Ginza Six, dit G6,
le nouveau grand
magasin de Ginza,
le quartier du luxe,
à Tokyo, a ouvert
il y a un an.
DB – ADAGP, PARIS &
JASPAR, TOKYO, 2018 G1226
groupes concernés, pesant environ
10 % du total mondial.
Le secteur est en lévitation, défiant les lois de la gravité macroéconomique : bien qu’il s’adresse à
une population qui vieillit, rétrécit
(le Japon a perdu 227 000 âmes en
2017, selon le gouvernement, soit
622 personnes par jour), dont les
salaires stagnent et les impôts augmentent, il continue de tirer son
épingle du jeu. Au premier coup
d’œil, les grands quartiers du
shopping nippon ne désemplissent
pas. Derrière le cliquetis des tiroirs-caisses, on perçoit le bruit
des grues des constructeurs, occu-
pées pour les dix prochaines années à remodeler les hypercentres
des mégalopoles et à faire sortir de
nouveaux quartiers de terre.
Épicurisme de la jeunesse
Comment expliquer une telle forme ? D’abord par la taille et la solidité de la clientèle locale, souvent
sous-estimée à l’étranger. Avec la
moitié des « high net worth individuals » (personnes très fortunées)
d’Asie sur son sol (selon Capgemini), l’Archipel dispose de très
bons fondamentaux. Parmi eux, les
retraités nippons, dorés sur tranche. Ces oiseaux de mauvais augu-
re économique, d’ordinaire émissaires du repli, avaient 30 ans en
1988, lorsque l’économie était au
zénith ; ils ont conservé des goûts
de luxe et « décongèlent » leur
épargne pour les satisfaire,
d’autant qu’ils n’ont souvent pas
de descendance.
Les grandes marques décèlent
aussi une nouvelle tendance à
l’épicurisme dans la jeunesse nippone et peuvent compter sur la
clientèle touristique, en particulier
du monde chinois (Taïwan, Chine,
Hongkong). L’arrivée massive depuis 2012, date de libéralisation des
visas, de ces nouveaux venus affa-
Âge, niveau de cotisation, droits familiaux :
la réforme des retraites va toucher tous les Français
Piloté par Jean-Paul Delevoye, le haut-commissariat chargé de cet immense chantier
a lancé concrètement ses travaux en vue de proposer un texte de loi pour l’été 2019.
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
«
Un des plus
gros enjeux
sera de faire
simple et
transparent
pour
que les gens
n’aient pas
le sentiment
de se faire
avoir
»
A
UN PROCHE
DU DOSSIER
SOCIAL Les Français n’ont pas
encore pris conscience de la réforme d’ampleur qui se prépare
sur les retraites. Tout au plus ontils compris que les régimes spéciaux étaient menacés. C’est ce
qui remonte des « focus groupes »
réalisés par le Haut-Commissariat
à la réforme des retraites (HCRR),
chargé de piloter cet immense
chantier. Pourtant, cette nouvelle
réforme des retraites les concerne
tous. « Monstrueusement technique », selon les experts, le sujet est
aussi un enjeu financier massif
(14 % du PIB) et engage des choix
sociétaux profonds, comme le
choix du modèle conjugal de référence, alors que le mariage donne
actuellement des droits (par
exemple de réversion pour les
veufs), mais pas le pacs. Nommé
depuis huit mois, le Haut-Commissariat, piloté par l’ex-ministre
de droite Jean-Paul Delevoye et
une petite équipe très motivée, a
lancé concrètement ses travaux
en vue de proposer un texte de loi
pour l’été 2019. Et son programme
est pour le moins chargé !
Le HCRR va travailler en juin sur
les droits non contributifs (trimestres de retraite en cas de chômage, maladie ou maternité) et
des droits familiaux (pension de
réversion entre conjoints, trimestres et majorations pour enfants).
À la rentrée, il s’attaquera à l’épineuse question des âges de départ,
y compris pour les régimes spéciaux et catégories actives qui
peuvent liquider leur retraite plus
tôt. Pour l’heure, le HCRR multiplie les réunions bilatérales avec
les huit confédérations représentatives, salariales (CFDT, CGT,
FO, CFTC, CFE-CGC) et patronales (Medef, CPME, U2P), auxquelles s’ajoutent la FNSEA (agriculteurs) et l’Unsa (autonomes), et
pourrait organiser une multilatérale en septembre. De ces premiers échanges ressortent cinq
points principaux.
u
Le système actuel
est complexe et illisible
Ce ne sont pas 37, mais finalement
42 régimes différents de retraite
qui ont été recensés par le HCRR !
En 2017, on compte en moyenne
3,1 régimes par personne. Un tiers
des personnes auront cotisé à au
moins 4 régimes au cours de leur
carrière et près de 250 000 personnes ont 7 régimes ou plus ! À
cela s’ajoutent des circuits de financement complexes avec une
multiplicité d’intervenants (État,
Sécu, partenaires sociaux, sections professionnelles) et de sources de financement (cotisation,
fiscalité, subvention, compensation). D’où la nécessité, affichée
par le président Macron, de refondre tous les régimes pour met-
tre en place un système universel.
« Un des gros enjeux sera de faire
simple et transparent pour que les
gens n’aient pas le sentiment de se
faire avoir », indique un proche du
dossier.
système
uLe
est aujourd’hui inéquitable
Par exemple, le veuvage est mieux
pris en charge dans le public, où la
pension de réversion est garantie,
alors qu’elle est soumise dans le
privé à des conditions de ressources et d’âge pour la retraite de
base. À l’inverse, la maternité est
mieux valorisée dans le privé, où
deux enfants permettent de valider 16 trimestres, contre 4 dans le
public.
système freine
uLe
la mobilité
À carrière identique et rémunération égale (1,5 smic en fin de carrière), une personne qui passe
21 ans dans le privé d’abord, puis
20,5 ans dans la fonction publique, touche 1 151 euros de retraite
mensuelle, mais 1 074 euros si elle
Jean-Paul Delevoye
conduit
le Haut-Commissariat
à la réforme
des retraites (HCRR).
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
a commencé par le public et finit
par le privé. C’est l’impact de la
règle de calcul de la pension sur
les seuls six derniers mois de traitement dans le public, contre celle
des 25 meilleures années dans le
privé. Le changement d’activité
peut aussi modifier l’acquisition
des droits : un salarié qui a un tiers
de sa rémunération via un statut
d’autoentrepreneur validera un
trimestre de moins par an.
régimes
uCertains
ont beaucoup de réserves
Les régimes de retraite qui ont de
généreuses réserves entendent
bien les garder. Pas question de les
mettre dans le pot commun d’un
régime unifié ! Les partenaires sociaux gestionnaires de l’AgircArrco (retraite complémentaire
de l’ensemble des salariés du privé) s’inquiètent déjà d’une spoliation éventuelle par l’État de leurs
60 milliards d’euros de réserves.
De même pour les professions libérales (Cipav) et leurs 4,5 milliards d’euros de réserves.
niveaux de cotisation
uLes
sont aujourd’hui différents
Dans le futur système promis par
Emmanuel Macron, les pensions
seront proportionnelles aux cotisations versées. L’idée est donc
d’aligner les efforts contributifs
de chacun. Or, si le taux de cotisation des agents publics tend à
converger avec celui des salariés
du privé (bien que leur assiette de
cotisations exclue toujours les primes), les indépendants, eux,
paient moins… « Il va être difficile
de demander aux commerçants et
artisans de cotiser plus, alors qu’ils
ont déjà le sentiment de payer
beaucoup et que leurs rémunérations sont faibles », note un expert ■
més de luxe a comblé, dans tous les
sens du terme, les boutiques de
l’Archipel.
S’il est difficile de connaître leur
poids réel (G6 affirme de son côté
que les touristes représentent 30 %
de ses ventes), il est certain qu’ils
sont devenus une manne à la fois
indispensable et instable, sujette
aux variations du change, de l’économie et de la géopolitique. « Le
gouvernement chinois délivre les licences aux agences de voyages du
pays. Il suffit d’une crise diplomatique entre Tokyo et Pékin pour qu’il
ferme le robinet touristique vers le
Japon », rappelle Thierry Maincent, de l’agence de voyages Japan
Experience.
L’an dernier, Pékin n’a ainsi pas
hésité à interdire les ventes de
voyages organisés vers la Corée du
Sud afin de protester contre le déploiement par cette dernière d’un
système de défense antimissiles
qu’il estimait menaçant pour la
Chine. Bilan : un effondrement des
ventes du luxe dans le pays.
D’autres périls, moins spectaculaires, guettent le marché japonais.
Les avantages comparatifs de l’Archipel sur les autres pôles du luxe
(qualité, service, atmosphère) s’effritent, selon une récente étude de
McKinsey sur le secteur. Et la panne démographique se manifeste
dans ses rangs : 12 % seulement des
professionnels du secteur interrogés par McKinsey estiment que le
Japon dispose de « meilleurs talents » pour le luxe que le reste du
monde. « Le Japon, c’est le patrimoine, les valeurs sûres ; tandis que
la Corée du Sud, c’est l’innovation »
est ainsi une antienne fréquente
dans les couloirs des marques en
Asie du Nord-Est. ■
EN BREF
ÉTATS-UNIS :
LA HAUSSE DU
PÉTROLE INQUIÈTE
£ Les entreprises américaines
se sont montrées inquiètes face
à la hausse des prix du pétrole
et des métaux ainsi
qu’à la menace d’une guerre
commerciale lors de la
présentation des résultats
du premier trimestre.
Certaines, comme American
Airlines ou Arconic, ont décidé
de réviser à la baisse
leurs prévisions de bénéfice
pour cette année.
L’EX-MAISON MÈRE
D’ECOPLA CONDAMNÉE
£ Nicholl Food Packaging
(NFP), l’ex-maison mère
de l’entreprise de fabrication
de barquettes d’aluminium
Ecopla, ainsi que son
liquidateur judiciaire ont été
condamnés à verser 1,2 million
d’euros de dommages-intérêts
pour licenciements abusifs par
le conseil de prud’hommes de
Grenoble. Ce dernier a rejeté
le motif économique des
licenciements. Ecopla, qui
comptait 77 employés, a été
mise en liquidation judiciaire
en 2016.
CANADA :
TOYOTA INVESTIT
DANS DEUX USINES
£ Le constructeur automobile
japonais Toyota prévoit
d’investir 1,4 milliard
de dollars canadiens - soit
910 millions d’euros dans deux usines au centre
du Canada. L’objectif
serait d’y regrouper
la production nord-américaine
de véhicules hybrides.
+@
» Transports gratuits à
Paris : les pistes envisagées
» Des rassemblements en France
contre les compteurs Linky
www.lefigaro.fr/economie
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LE FIGARO
lundi 7 mai 2018
CHRONIQUES
21
BLOC NOTES
JACQUES-OLIVIER MARTIN
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
Il est heureux de faire… Les Français devraient en prendre de la graine.
Vive la fin de l’exit tax !
Addiction aux impôts et détestation des riches n’ont pas disparu
en France. La volée de critiques
adressées à Emmanuel Macron
après l’annonce d’une suppression de l’exit tax en est la plus
belle preuve. La gauche s’en est
donné à cœur joie. « Avec Emmanuel Macron, c’est encore et
toujours “exit la taxe” pour les
plus fortunés qui pourront désormais s’exiler fiscalement en toute
impunité », a déclaré le député
PS Boris Vallaud. À droite, le très
raisonnable Gilles Carrez, ancien
président de la commission des
finances de l’Assemblée, s’est
permis de jouer sur le même registre que François Hollande en
affirmant : « Je ne comprends pas
cette décision qui ne concerne pas
les très riches, mais les ultrariches. »
La gauche, qui n’aime ni la finance, ni la réussite, ni la richesse, tient son rang. Visiblement
déboussolée, la droite ose tout en
matière de commentaires des
réformes fiscales. Sur la suppression de l’ISF qu’elle n’a jamais engagée, ses représentants
aujourd’hui ne manquent pas
une occasion de critiquer un
Macron petit bras, incapable de
le supprimer en totalité. Sur
l’exit tax, en revanche, autre
chiffon rouge invitant les plus
entreprenants à s’installer sous
des cieux fiscalement moins
hostiles, elle argue qu’il s’agit
d’un cadeau aux plus aisés. Une
volte-face qui n’est pas sans
rappeler le triste épisode des critiques émises l’été dernier par
certains élus républicains contre
le souhait du gouvernement de
baisser le nombre d’emplois
aidés…
En réalité, dans un pays champion du monde des prélèvements obligatoires, ne faut-il pas
applaudir à toutes les suppressions de taxes et d’impôts, sans
distinction ? Et plus encore lorsqu’il s’agit d’un prélèvement
imbécile ? Car c’est bien de cela
qu’il s’agit. La mise en place
d’un péage sur le patrimoine de
tous ceux qui veulent quitter la
France est une arme de dissuasion économique. Elle détourne
les investisseurs étrangers intéressés par la France et pousse les
jeunes entrepreneurs mondialisés à se lancer à Londres ou
ailleurs.
En voulant supprimer l’exit tax,
après avoir instauré une « flat
tax », programmé la baisse de
l’impôt sur les sociétés et supprimé l’impôt sur la fortune sur
les valeurs mobilières, le chef de
l’État retire un à un ces petits
Macron : le bonheur n’est pas au bout
du chemin, le bonheur est le chemin
cailloux qui grippent la machine
économique française depuis des
décennies. Cette politique n’est
naturellement pas de gauche…
mais visiblement pas de droite
non plus.
CUMULUS EN VUE
La tête en bas et les pieds en
haut. Les antipodes, c’est le
monde à l’envers… Mais ne rêvons pas, les 24 heures d’avion
de notre président de la République pour se rendre de l’autre
côté de la terre n’ont pas chassé
les nuages qui assombrissent la
fin de la première année du
quinquennat.
Passons
sur
l’abracadabrantesque tempête
provoquée par l’annonce de la
prochaine suppression de l’exit
tax. Plus sérieux, le ciel économique, que l’on croyait éternellement bleu, laisse poindre quelques gros cumulus. Ainsi, la
croissance a ralenti en début
d’année et le recul des demandeurs d’emploi s’est avéré pour
le moins modeste.
Le gouvernement a naturellement minimisé ces statistiques
décevantes et promet toujours
des lendemains enchanteurs. Le
verre demi-plein plutôt que
l’inverse : il joue sa partition.
Ne balayons pourtant pas si rapidement ces chiffres. Ils sont
révélateurs d’une réalité que
nous avions un peu vite oubliée
avec l’euphorie de l’automne
nourrie par la bonne conjoncture mondiale et l’effet confiance
provoqué par l’arrivée d’Emmanuel Macron auprès notamment
des chefs d’entreprise.
La France est loin d’être guérie
des maux qui la minent depuis
des décennies. Le premier d’entre eux est toujours le manque de
compétitivité. À preuve, le déficit commercial se creuse en ce
début d’année. Or, il n’y aura
aucune reprise durable de la
croissance et des créations
d’emplois sans une amélioration
sur ce front. Les réformes sociales menées tambour battant, la
réorientation de l’épargne vers
l’entreprise vont certes dans le
bon sens, mais cela ne suffira
pas.
Une compétitivité durable n’est
envisageable qu’à condition de
baisser la dépense publique. Or
sur ce sujet, le gouvernement a
beaucoup promis et peu délivré.
Il y a pourtant urgence. Au prochain ralentissement de la
conjoncture mondiale, les pays
les moins compétitifs sont ceux
qui subiront plus vite et le plus
fortement un coup d’arrêt économique. Attention, danger ! ■
V
oici une image à laquelle il est difficile
d’échapper. Chacun
l’a vue au moins une
fois à la télévision, à
l’occasion de ses innombrables voyages à l’étranger : le
président de la République descend
de l’Airbus présidentiel et il foule le
tapis rouge, tout sourire dehors,
main dans la main avec « Brigitte »,
pour parler comme la presse people.
Le pouvoir rend-il heureux ?
C’est en tout cas l’impression qui se
dégage d’Emmanuel Macron un an
après son triomphe dans les urnes.
Peut-être s’agit-il d’une posture.
Mais même dans cette hypothèse,
les Français devraient lui en savoir
gré et il faut espérer que son activisme roboratif sera contagieux. Un
adage très en vogue chez les coachs
de PDG, qui ont lu Lao-Tseu et les
penseurs zen japonais, en donne le
secret : « Le bonheur n’est pas au bout
du chemin, le bonheur est le chemin. »
Faire les choses pour elles-mêmes et non à la recherche d’un profit ultérieur (un second mandat de
cinq ans ?). Voilà un principe de vie,
l’expression d’une certaine liberté
intérieure et un gage d’efficacité
dans le travail. Le mot « faire » est
d’ailleurs celui qui revient le plus
souvent dans la bouche de l’hôte de
l’Élysée, juste après « France », selon le site « Le poids des mots » de
Paris Match.
Le magazine a ausculté plus de
1,1 million de mots, prononcés sur
douze mois, dans les discours publics et autres exercices de communication de notre président. Ainsi
dénombre-t-on 3 068 occurrences
pour « faire » et 3 215 pour « France », « pays » occupant la troisième
marche du podium (2 706 fois).
Quant au « choc des photos », tout
aussi cher à Paris Match que « le
poids des mots », notre confrère n’a
pas ménagé sa peine : depuis le
7 mai 2017, sept couvertures de
l’hebdomadaire ont été consacrées
au Wunderkind de la Ve République
(dont six avec Brigitte).
Le discours macronien est donc
une longue anaphore de « faire ».
Certes, il faut se méfier des anaphores. François Hollande avait popularisé ce terme savant de rhétorique
avec sa litanie de « Moi président »
prononcé à quinze reprises lors de
son face-à-face télévisé avec Nicolas Sarkozy en 2012. Malheureusement pour lui, il semble s’être épuisé à le dire sans jamais réussir à
l’être vraiment, « Moi président »,
pendant son quinquennat long
comme un jour sans pain.
Pareille mésaventure guette-telle Macron ? Notons que la Constitution de la Ve République procure
un réel confort aux chefs de l’État
assurés de la durée de leur mandat.
« Point n’est besoin d’espérer pour
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
Erreur de tactique
Inutile de dresser le bilan d’un an de
pouvoir quasi absolu que son jeune
détenteur a osé comparer à Jupiter.
Les réformes engagées et les chiffres
sont archiconnus. L’essentiel est
ailleurs, dans la « transformation »
- autre mot fétiche - du pays et des
Français eux-mêmes.
« On ne change pas une société par
décret » : l’avertissement du sociologue Michel Crozier, dans les années 1970-1980, est plus que jamais
d’actualité. Votée tambour battant
par ordonnances à la fin de l’été
2017, la réforme du Code du travail
réussira-t-elle à rendre les Français
un peu plus « zen » dans leur activité professionnelle ? Il faut être
moins comptable de ses RTT et
beaucoup mieux investi dans sa tâche. À l’instar du chauffeur de taxi
de Tokyo prêt à se faire hara-kiri
quand il n’a pas réussi à conduire
Français devrait se montrer
« unLe peu
plus « zen » dans son activité
professionnelle ; il faut être moins
comptable de ses RTT et beaucoup
mieux investi dans sa tâche
»
son client à l’endroit exact (il n’y a
pas de nom de rue à Tokyo, ni de
numéro pour les immeubles).
C’est la révolution culturelle que
Macron souhaite mener. Faire partager à ses compatriotes la conviction que « le bonheur est dans la
marche », ce qui nécessite de solides chaussures et une bonne formation. Plus facile à dire qu’à faire.
Autant le reproche ressassé ad
nauseam d’être « le président des
riches » est démago, autant le grief
d’être « le président de la France
qui va bien » mérite attention.
Exemplifier les « startuppers »
comme modèle d’initiative et
d’imagination ne saurait en effet
être la panacée au chômage des jeunes sans diplôme. À sa décharge,
Macron répète à l’envi qu’il veut
« corriger les inégalités aux racines
et pas aux symptômes ». La démarche est louable et aux antipodes du
précédent quinquennat obnubilé
par « l’inversion de la courbe du chômage » sans jamais s’en donner les
moyens.
« Le bonheur est le chemin », et
ce conseil de sagesse s’applique à
nous tous, même si le chemin est
parsemé d’embûches, surtout pour
un président. Au cours de l’année
passée, on relève par exemple cette
erreur de tactique qui a consisté à
commencer par les hausses de taxes
sur le tabac et les carburants, avant
la baisse de la taxe d’habituation.
D’où le divorce, au moins temporaire, avec les « classes populaires ».
Comment se fait-il qu’aucun
conseiller technique ou ministre
n’ait prévenu Jupiter d’une telle
bourde ? Le « Prince » ne se méfie
jamais assez de ses courtisans et des
faux amis en général. Ainsi Emmanuel Macron a-t-il qualifié la semaine dernière l’épouse du premier
ministre d’Australie de « delicious
wife », oubliant que « delicious » est
un faux ami : en anglais l’adjectif
s’applique à un mets, jamais à une
personne, sauf dans le langage familier où il a une connotation
sexuelle. Horribile dictu ! ■
Le pouvoir rend-il heureux ? C’est en tout cas l’impression qui se dégage d’Emmanuel Macron un an
après son triomphe dans les urnes. MARK SCHIEFELBEIN/AP
IDÉES
LIVRES
entreprendre, ni de réussir pour persévérer » : la célèbre formule vaut
pour tout président français constitutionnellement indéboulonnable,
quels que soient ses résultats et les
péripéties politiques. Désavoué par
les « frondeurs » de sa majorité,
François Hollande a pu passer des
jours tranquilles, sinon heureux, à
l’Élysée. Privilège sans équivalent
dans les démocraties occidentales.
De même, l’euro offre à nos gouvernants une protection sans faille à
l’égard des marchés financiers. De
quoi inciter à l’audace ? En 1999,
Lionel Jospin a pu entreprendre sa
réforme fort périlleuse des 35 heures sans susciter la moindre hostilité
des milieux financiers vis-à-vis du
franc français, car ce dernier avait
été remplacé par l’euro…
Armelle Bohineust£@Armelella
George Bush fils et de Barack Obama, directrice adjointe de la stratégie d’UBS et est cofondatrice de
la société de drones H Robotics –,
les signaux sont partout. On les
KEN MCKAY/ITV/SHUTTERSTOCK/SIPA
MONDE Osée, la photo du mannequin Natalia Vodianova nue en
couverture de Vogue UK en juin
2009 ? Peut-être. Mais surtout révélatrice, estime l’économiste
américaine Pippa Malmgren dans
son livre Signaux. Comment
s’orienter dans un monde économique instable grâce aux signaux du
quotidien.
Que le magazine ait cessé un
temps de célébrer la haute couture
est, pour elle, le signe que le secteur avait perdu une grande partie
de sa clientèle, en particulier les
jeunes qui achètent à crédit. Avec
l’arrivée de la crise financière,
« l’industrie de la mode a pris
conscience qu’elle n’avait pas la
moindre idée de qui seraient ses
nouveaux clients », affirme Pippa
Malmgren.
Pour cette économiste touche à
tout – elle a été conseillère de
PIPPA MALMGREN
SIGNAUX
De Boeck
trouve aussi bien dans les magazines de mode que dans les supermarchés ou même dans les incidents d’ordre militaire.
Ces signes nous permettent de
comprendre les changements économiques, assure Pippa Malmgren.
Et, d’une certaine façon, ils proposent de voir au-delà des grands
enjeux en cours, estime l’auteur à
succès. Dans son dernier ouvrage,
le fil conducteur de tous ces signaux épars est l’inflation, et ses
risques.
Inflation déguisée
Pour elle, les gouvernements ont
fait face à l’impopularité des impôts en augmentant l’inflation.
Les taux d’intérêt très bas, la diffusion massive d’argent dans
l’économie mondiale ont stimulé
les économies mais aussi augmenté le prix des actifs, des actions, de
l’immobilier. Et si l’inflation est
déguisée, elle est bien là malgré ce
que semblent indiquer les banques
centrales ou les données des économistes.
« Les jeunes n’ont plus les moyens
d’acheter une maison, les loyers
augmentent à tel point que les enfants retournent chez leurs parents.
Les tarifs ferroviaires, les factures
d’épicerie gonflent », écrit-elle. Et
quand les prix n’augmentent pas,
ce sont les quantités qui baissent.
Résultat, assure Pippa Malmgren,
« partout où vous allez dans le monde, tout le monde est totalement obsédé par la hausse du coût de la
vie ». Et c’est pire encore dans les
pays émergents, où non seulement
les biens de base, tels que l’équivalent du pain et du beurre, de millions d’individus subissent l’inflation, mais où les actifs et les devises
sont impactés.
Tout cela conduit aux troubles
sociaux que l’on a pu voir lors du
printemps arabe ou aux confrontations politiques de la mer de Chine
du Sud, estime l’économiste.
Dans son livre, plutôt fouillis
mais concret et grand public, elle
pointe également « la rupture du
cercle parfait ». Là ou des pays développés investissaient auparavant
au profit des marchés émergents
qui, en échange, leur vendaient
des produits bon marché, la hausse
des salaires dans les pays émergents comme la Chine a déséquilibré le système. Et dans de nombreux pays, le contrat social entre
les citoyens et les gouvernements
est altéré, indique Pippa Malmgren. Pour autant, elle ne propose pas de solution, mis à part la panacée devenue universelle qui
consiste à parier sur l’innovation. ■
A
Ces petits signaux du quotidien qui décodent l’économie
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lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
22
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Jean-Luc Chetrit (UDA) : « Il faut questionner
la valeur et l’efficacité des plateformes »
Le directeur général de l’Union des annonceurs est l’invité du « Buzz Média » du Figaro.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
PUBLICITÉ À la direction générale
du principal syndicat français des
annonceurs depuis un an, JeanLuc Chetrit est un homme très occupé. L’actualité est particulièrement chargée sur le front
publicitaire, avec en toile de fond
la migration des budgets des annonceurs vers Internet, phénomène qui a profondément modifié
l’écosystème de la communication
des marques. Ce mouvement massif, qui a fait du Web leur premier
support d’expression, entraîne de
nombreuses évolutions dans l’appréhension du marché et soulève
plusieurs questions.
glais la « brand safety » : s’assurer
que les marques se trouvent dans
un environnement de qualité pour
leur publicité. Les annonceurs
souhaitent aussi être rassurés sur
l’efficacité de leurs investissements. Après, est-ce que, de manière spécifique, l’affaire Cambridge Analytica a conduit à des
désinvestissements massifs ? Je ne
crois pas. Il y a eu quelques annonces mondiales et en France, mais
elles sont très limitées. Cette affaire nous amène plus profondément
à questionner la valeur et l’efficacité relative des plateformes par
rapport aux médias.
Avec l’Udecam, le syndicat
des agences médias, vous venez
d’élaborer un guide de la
transparence, présenté comme
LE FIGARO. - Facebook sort
un « New Deal » entre annonceurs
d’une crise majeure avec l’affaire
et agences. De quoi s’agit-il ?
Cambridge Analytica, qui jette
L’univers de la publicité digitale
l’opprobre sur l’exploitation
est opaque. Les annonceurs ne sade données. Quelle est la position
vent pas forcément là où ils sont
présents - ce que l’on appelle la
des annonceurs ?
Jean-Luc CHETRIT. - Les annontraçabilité - et, dans la chaîne de
ceurs, comme l’ensemble des
valeur, quels sont les intermédiaiFrançais et comme le monde enres et quelle part de leurs investistier, sont très concernés par ce qui
sements leur revient par rapport
s’est passé. La donnée est au cœur
aux médias. En moyenne, l’étude
de l’écosystème. Ce qui est en cauque nous avons conduite avec la
WFA (Fédération
mondiale des anLa pression publicitaire
nonceurs, NDLR)
montre qu’entre
aujourd’hui est trop forte. […]
30 % et 40 % de la
Nous devons en prendre
valeur revient aux
conscience et agir
médias et le reste
aux intermédiaires. Ce que nous
avons fait avec l’Udecam est une
se, c’est la confiance que donnepremière mondiale. Nous appelons
ront les consommateurs français
à un choc de confiance. Il s’appuie
aux plateformes qui utilisent les
sur notre demande de transparendonnées. C’est donc ce qui fera ou
ce et de connaissance de la répartipas notre capacité demain de leur
tion de la valeur entre médias et
adresser des messages personnaliintermédiaires. Cette demande
sés et d’entrer avec eux dans une
était fournie à seulement quelques
conversation. Or cette confiance a
annonceurs dans des conditions
été mise à mal par cette affaire.
particulières. Nous allons le systéNotre attention très particulière
matiser à tous les adhérents de
sur ce sujet - et nous en avons parl’UDA. Avoir accepté de rentrer
lé avec les dirigeants de Facebook dans cette démarche est une initient à ce que nous voulons toute la
tiative louable de la part des agentransparence sur ce qui s’est passé.
ces médias.
Nous voulons également des éléments de réassurance sur la prise
de responsabilité de Facebook Vous avez demandé
même s’il ne se considère pas dique les mesures d’audiences
rectement responsable - mais aussi
de Facebook soient certifiées.
des intermédiaires et de l’ensemAvez-vous obtenu gain de cause ?
ble des applications qui utilisent les
Nous sommes satisfaits que Facedonnées et de leur capacité à tous à
book ou Google aient décidé de remettre un terme à ces problèmes.
joindre le CESP, qui est l’organisme français de certification, donc
un tiers de confiance. Google est
Après cette affaire, y a-t-il eu
entré dans le processus de certifides coupes budgétaires sur
cation. Facebook ne l’a pas encore
cette plateforme ou d’autres ?
fait. Il demandait un préalable, une
Depuis un moment déjà, un cercertification par le MRC, qui est
tain nombre d’annonceurs réétul’organisme américain de certifidient leurs investissements publication. C’est désormais fait. Nous
citaires sur les plateformes et
avons donc des discussions pour
essaient de s’assurer de la protecles aider et les encourager à accétion de leur marque, c’est-à-dire
lérer l’utilisation du CESP. J’espère
de tout ce que l’on appelle en an-
«
»
que, dans les semaines ou mois qui
viennent, nous aurons de bonnes
nouvelles.
JEAN-LUC CHETRIT
dans le studio
du Figaro.
LE FIGARO
@
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
Les annonceurs réinternalisent-ils
leur communication ?
Il y a une profonde évolution de
l’écosystème des partenaires et intermédiaires qui travaillent avec
les annonceurs. Aujourd’hui, l’annonceur reprend en main un certain nombre de métiers, notamment tous les sujets stratégiques
autour de la donnée ou du search
(référencement payant, NDLR).
Dans le même temps, les agences
ou les cabinets de conseil accompagnent de plus en plus souvent les
annonceurs dans leur transformation. Le regard extérieur d’experts
ouverts à d’autres entreprises est
un besoin constant. D’ailleurs,
l’une des raisons pour lesquelles de
plus en plus d’entreprises nous rejoignent est qu’elles ont conscience qu’ensemble nous pouvons
améliorer les compétences sur ces
sujets.
Vous parlez beaucoup
de « publicité responsable ».
Que cela veut-il dire ?
C’est une publicité respectueuse.
Respectueuse de l’ensemble des
acteurs : depuis les consommateurs, évidemment, jusqu’à tous
les partenaires qui travaillent à
produire de la publicité de qualité.
Cela veut dire une publicité respectueuse en termes de traitement
des données personnelles et de son
souhait, exprimé ou non, d’avoir
RÉALITÉS AUGMENTÉES
une pression publicitaire réduite.
La pression publicitaire aujourd’hui est trop forte. Le digital l’a
fait monter et l’expression aujourd’hui d’un mal-être publicitaire
est devenue forte. Nous devons en
prendre conscience et agir. D’où
l’idée d’un programme de communication responsable, qui s’appelle « FAIRe », avec 30 marques
qui se sont déjà engagées en termes
de diversité, pour éviter la récurrence des stéréotypes, notamment, ou en termes de représentation du handicap.
Voulez-vous réconcilier
les Français avec la publicité grâce
au lancement de l’opération
« Labo créatif » ?
C’est une ode à la créativité. Après
avoir beaucoup parlé de data et de
techno dans la pub, nous venons
de lancer ce concours créatif avec
le soutien des réseaux d’afficheurs
et de la presse quotidienne régionale. Neuf grandes marques partenaires, dont Coca-Cola ou Bic,
donnent la possibilité à tous les
Français de s’exprimer en créant
pour elles des affiches. Sur le thème de la lutte contre les incivilités
aussi, tous les Français sont
conviés à créer des publicités qui
seront diffusées dans la presse régionale et sur les panneaux d’affichage. L’ensemble du palmarès
sera dévoilé le 22 juin prochain à
Cannes, à l’occasion des Cannes
Lions. Le même jour, les affiches
gagnantes seront exposées dans
dix grandes villes. ■
EN BREF
ALLIANCE FRANCE 3FRANCE BLEU
DANS HUIT VILLES
£ En septembre, les deux
réseaux vont créer ensemble
des journaux d’information
dans huit villes de France.
Ces journaux d’une vingtaine
de minutes seront diffusés dans
la tranche horaire 7 h-8 h.
Selon Le Journal du dimanche,
il ne s’agira pas de radio filmée,
mais de véritables rendez-vous
d’information produits
avec les moyens techniques de
France 3. L’expérimentation
sera menée à Paris, Lyon,
Marseille, Nantes, Bordeaux,
Strasbourg, Toulouse et Lille.
FACEBOOK : FAIBLE
IMPACT DE CAMBRIDGE
ANALYTICA AUX USA
£ Trois quarts des Américains
inscrits sur le réseau social
l’utilisent autant, voire
davantage, depuis le scandale
Cambridge Analytica,
selon une enquête
Reuters-Ipsos. Seul un quart
des personnes interrogées
entre le 26 et le 30 avril
déclarent avoir réduit
leur fréquentation
ou supprimé leur compte.
La moitié n’a rien changé
à ses habitudes.
PAR CAROLINE SALLÉ
A
Consommation vidéo : « Chérie, j’ai imité les gosses »
La
télévision
traditionnelle
n’échappera pas à une profonde
refonte de son modèle. Les jeunes
considèrent le poste du salon
comme une relique surannée du
monde d’avant. Et si les seniors
s’y accrochent encore, la génération qui suit est en train de muter
radicalement.
Il n’y a pas si longtemps, les patrons de chaînes se berçaient encore de douces illusions. Le jeune,
pensaient-ils, n’est rien de plus
qu’un vieux téléspectateur qui
s’ignore. Une fois mis dans le droit
chemin de la routine, il se pliera
lui aussi au sacro-saint rythme du
métro-boulot-télé-dodo. Bref, il
fera comme ses propres parents
avant lui. Mais la révolution du
streaming a balayé définitivement
ce fol espoir. Libéré du carcan de
la grille des programmes, le téléspectateur a pris goût à la liberté de
visionner ce qu’il veut, quand il en
a envie. Qu’il soit jeune ou plus
âgé. La 12e édition du Digital Media Trends Survey de Deloitte met
clairement en évidence ce phénomène.
CONVERGENCE
DES USAGES MÉDIAS
L’étude montre en effet qu’aux
États-Unis, en matière de
consommation média, les comportements des générations X (3551 ans), Y (les fameux millennials
entre 21-34 ans) et Z (14-20 ans)
sont devenus largement similaires.
À tel point que Deloitte a créé un
néologisme pour définir ces trois
générations combinées dont les
usages convergent : les MilleXZials. En 2017, 70 % des sondés de
la génération Z disposaient par
exemple d’un abonnement à un
service de vidéo à la demande type
Netflix ou Amazon, suivi de près
par les millennials (68 %) et les 3550 ans (64 %). Deux à trois fois plus
que leurs aînés…
Non seulement les MilleXZials
plébiscitent les services de streaming vidéo, mais ils les utilisent
plus souvent que le reste de la population. Environ 70 % des
millennials ainsi que des 14-20 ans
et 60 % de la génération X y regardent des films au moins une
fois par semaine, contre environ
30 % des baby-boomers. Encore
plus fort, ils sont tous de fervents
pratiquants du « binge watching », qui consiste à visionner
plusieurs épisodes de séries à la
suite. Ainsi, 91 % des 14-20 ans,
86 % des millennials et 80 % de la
génération X s’affichent comme
des consommateurs boulimiques.
« Certains espéraient que les
millennials, en grandissant, finiraient par regarder la télévision
payante, confie Jeff Loucks, directeur exécutif chez Deloitte au département technologie, média et
télécoms. Raté : c’est finalement
tout le contraire qui est en train de
se produire. « Au lieu de cela,
poursuit l’expert, ce sont leurs parents, issus de la génération X, qui
se comportent comme les millennials, utilisant des services de
streaming, regardant des émis-
sions de télévision, des films et du
sport directement depuis leurs
smartphones et ingurgitant des séries entières d’une seule traite. » Il
s’opère en quelque sorte une
transmission inversée des usages.
Ce ne sont plus les aînés qui montrent l’exemple, c’est désormais la
génération connectée qui est prise
pour modèle. « Chérie, j’ai imité
les gosses », pourrait affirmer la
génération X.
Certes, la France n’est pas l’Amérique. Mais il s’agit d’une tendance lourde. Et cette lame de fond ne
manquera pas d’arriver aussi chez
nous. Les patrons de chaînes de
télévision ne pourront pas dire
qu’ils n’ont pas été prévenus. Les
35-51 ans sont devenus des jeunes
comme les autres. ■
Certains
espéraient
que les
millennials,
en grandissant,
finiraient
par regarder
la télévision
payante
»
JEFF LOUCKS, DIRECTEUR
EXÉCUTIF CHEZ DELOITTE
AU DÉPARTEMENT
TECHNOLOGIE, MÉDIA
ET TÉLÉCOMS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 7 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 933 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
COLLECTION
HIGH-TECH
MIUCCIA PRADA A CHOISI NEW YORK
ET SON SIÈGE AMÉRICAIN POUR
PRÉSENTER SA CROISIÈRE 2019
Prada
LES ROBOTS TONDEUSES
PRENNENT LE POUVOIR
DANS LE JARDIN
PAGE 26
PAGE 27
Au siège de
Christie’s où se
tiendra la vente
de la collection
David et Peggy
Rockefeller.
VISKO HATFIELD/ROCKEFELLER ARCHIVE CENTER, 2018
La vente
du siècle
À New York, le monde entier se presse chez Christie’s pour assister à la vente de la collection légendaire
de David et Peggy Rockefeller, qui aura lieu du 8 au 10 mai. Tableaux, objets d’art… plus de quatre mille pièces
sont présentées. L’ensemble pourrait atteindre le chiffre record de 1 milliard de dollars. PAGE 24
Les mésaventures de Gustavo Dudamel au Venezuela
LIVRE « Un orchestre pour sauver le monde » décrypte l’aventure de cet orchestre réservé aux jeunes défavorisés
qui a rendu célèbre le chef vénézuélien. De son ascension à sa récupération par un État autoritaire et corrompu.
Christian Merlin
Le chef Gustavo Dudamel, qui s’est
produit à la Philharmonie de Paris
samedi et dimanche, est devenu un
symbole au-delà du microcosme classique. S’il a dirigé cette fois le Philharmonique de Los Angeles, dont il est directeur musical, il est devenu célèbre
par ses concerts à la tête de l’Orchestre
des jeunes Simon Bolivar du Venezuela, son pays natal. Ce fut l’occasion
pour le monde occidental de découvrir
avec fascination le « Sistema », cette
structure donnée en exemple comme
un modèle d’intégration sociale de la
jeunesse par la musique.
Pourtant, l’étoile du Sistema a pâli.
Longtemps silencieux alors que son
pays était en proie à une répression
violente, Dudamel s’est vu accuser
PRADA, HUSQVARNA, STOCK, CHARLES D’HÉROUVILLE
Au-delà de la carte postale
Gustavo Dudamel dirigeant le Philharmonique de Los Angeles dimanche
à laPhilharmonie de Paris.
d’opportunisme et de collaboration,
ne voulant pas s’attirer les foudres du
régime. Il a fini par rompre son silence
après la mort d’un jeune musicien, et
le résultat ne s’est pas fait attendre : le
président Maduro a annulé les prochaines tournées du « Bolivar » sous la
direction de Dudamel.
Il tente de pénétrer la personnalité
énigmatique du fondateur du Sistema,
José Antonio Abreu, mort juste avant
le bouclage du livre. Ce jésuite ascétique, économiste et chef d’orchestre,
réunit pour la première fois onze
adolescents dans un garage en 1975,
point de départ d’une institution tentaculaire qui a essaimé dans tout le
pays. Saint laïque ou Machiavel ?
Au-delà de la carte postale, Agrech
n’élude aucun sujet qui fâche. La récupération du Sistema par un État
autoritaire et corrompu, pacte faustien. L’inégalité musicale entre capitale et province. L’interrogation sur
l’orchestre comme modèle d’une société hiérarchique et la musique classique occidentale imposée au détriment des autres cultures, relançant le
débat sur universalisme et communautarisme. Le manque de réflexion
sur les méthodes pédagogiques.
L’examen critique des nombreuses
tentatives, dans le monde entier, de
créer des réseaux d’orchestres de jeunes. Mais malgré
toutes les questions, ce qui reste
de
cette
lecture,
c’est
une formidable
leçon de vie. ■
Un orchestre pour
sauver le monde,
de Vincent Agrech,
Stock, 320 p.,
20 euros.
A
Comment en est-on arrivé là ? C’est
ce que retrace un livre passionnant,
Un orchestre pour sauver le monde, de
Vincent Agrech. D’une écriture fluide
et aisée, l’ouvrage opère par aller-retour entre étude historique, entretiens
et reportages : l’auteur est allé plusieurs fois au Venezuela, suffisamment
longtemps pour ne pas se contenter de
la vitrine officielle.
MORCEAU CHOISI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
DU PLUS PETIT
AU PLUS GRAND
La vente de tous les possibles
MARCHÉ DE L’ART Ce 8 mai, à New York,
s’ouvre la dispersion de la collection
de David et Peggy Rockefeller. Le record
de 1 milliard de dollars attendu sera versé
à des œuvres de bienfaisance.
ENVOYÉE SPÉCIALE À NEW YORK
n ne pouvait rêver plus belle
adresse pour disperser la collection de David
et Peggy Rockefeller que le siège de Christie’s,
installé au sein de l’immense complexe immobilier construit dès les années 1930 par
cette illustre famille. Au Rockefeller Plaza, la
maison de ventes aux enchères a mis le paquet pour exposer pendant dix jours plus de
4 000 pièces de cette collection-fleuve, impossible à quantifier précisément. Celles-ci
ont été regroupées en 1 768 lots (668 seront
vendus en ligne) dans un catalogue en cinq
volumes au prix de 750 dollars !
Jusqu’à la veille de la première vente du
soir, le 8 mai, l’immeuble n’a pas désempli. Il
fallait s’inscrire pour avoir le droit d’entrer
après réception d’un passe, petite carte dans
son étui gris gravé du « R » des Rockefeller et
orné du tableau des Nymphéas en fleur de
Claude Monet, l’une des pièces phares, estimée entre 50 et 70 millions de dollars. À Londres et à Paris, où un petit choix de pièces
avait été montré, il y avait une queue sans fin.
Pour New York, dernier round de la tournée
de la collection après Hongkong, Pékin,
Shanghaï et Los Angeles, Christie’s a pris les
devants. « Pour onze jours d’exposition, nous
avons compté une moyenne de 300 personnes à
l’heure », estime le grand organisateur de
cette vente, Jonathan Rendell. Vice-président et conseiller senior de Christie’s Americas, celui qui a été aussi aux manettes de la
vente de la collection Pierre Bergé & Yves
Saint Laurent en 2009 au Grand Palais
(343 millions d’euros) ne compte plus ses
heures. Chaque jour, il a commencé les visites privées à 7 heures jusqu’à 22 heures. Sous
l’œil de Marc Porter, 58 ans, le patron de
Christie’s Americas, fin limier des affaires
qui, de par ses relations, a décroché la vente
Rockefeller et négocié tous les dessous.
« Chaque pièce a été choisie
et porte en elle une histoire »
La machine de guerre est en marche depuis
des mois tant les retombées médiatiques sont
primordiales pour que la maison de François
Pinault garde sa place de numéro un sur un
marché concurrentiel. Ce dernier était là samedi matin avec son fils, François-Henri,
ainsi que plusieurs grandes pointures des affaires. À commencer par John Paulson, le roi
de Wall Street, qui a encaissé des milliards de
dollars en pariant sur la crise des subprimes
en 2007. Ou encore, en polo et jeans, Jeff
Bezos, PDG d’Amazon, dont la fortune a été
estimée en 2018 par le magazine Forbes à plus
de 130 milliards de dollars. Pour s’assurer du
succès de cette dispersion, attendue comme
la « vente du siècle » en doublant son estimation pour atteindre la barre record du milliard de dollars, Christie’s avait dégainé dès
janvier en proposant à une centaine de gros
collectionneurs de voir les œuvres en avantpremière à Manhattan…
En entrant, le visiteur est dans l’ambiance.
Au pied du grand escalier de son siège newyorkais, Christie’s a installé une photo géante
en noir et blanc du Rockefeller Center avec
ses puissants bas-reliefs et ses sculptures en
ronde-bosse Art déco. Le « R », une simple
lettre au contour noir dessiné comme sur un
bristol, est partout sur les murs. La scénographie de la designer de Christie’s, Kayla
Cohen, est sobre et élégante. À l’image des
Rockefeller, dont les photos de famille sont
projetées dans une série de vidéos à l’entrée
de l’exposition. Un film, très court, en couleur cette fois, nous ramène avant la mort de
David, en mars 2017, qui a entraîné cette dispersion historique et la vente de toutes leurs
propriétés à New York et à la campagne.
Selon les dernières volontés de David, le
produit de la vente sera réparti entre plusieurs associations, musées et fondations.
Tous les étages de Christie’s ont été investis. Pas un mètre carré n’a été laissé libre. « Il n’était pas question de faire une reconstitution de leurs différentes maisons
mais de créer plutôt une conversation entre
les tableaux et les objets d’art », explique Jonathan Rendell, qui a œuvré pendant cinq
jours pour tout mettre en place. Le résultat
est à l’opposé des collections d’aujourd’hui
qui font passer l’argent avant le goût et la
culture. Il reflète l’époustouflant flair et la
sensibilité artistique de cette famille discrète, anti-bling-bling, dont Peggy et David étaient les dignes représentants. « Jamais plus on ne reverra une collection comme
celle-là. Elle serait impossible à refaire
aujourd’hui, tant chaque pièce a été choisie
et porte en elle une histoire », ajoute Rendell.
Il y a des histoires sur chaque tableau. À
commencer par celle du Picasso La Fillette
à la corbeille fleurie, nu énigmatique et sensuel de 1905, dont on n’attend pas moins
de 100 millions de dollars. Lorsque la succession de la poétesse Gertrude Stein fut
mise en vente en 1968, David Rockefeller
forma un syndicat de commissaires du
MoMA pour l’acheter. Ses membres se mirent d’accord pour tirer des nombres dans
un chapeau de feutre. « Le premier choix de
David fut le Picasso ; c’était très osé à l’époque », explique le grand marchand anglosaxon David Nahmad, lequel sera sur les
rangs pour acquérir la toile qui n’a pas
bougé depuis qu’elle fut accrochée dans le
bureau de la 65e Rue. Si l’accrochage des
tableaux reste classique, tout comme celui
de l’art américain avec ses magnifiques
Georgia O’Keeffe, celle des objets l’est
beaucoup moins. Devant l’abondance des
67 services de table utilisés au quotidien
par les Rockefeller, Christie’s a reconstitué
des atmosphères. Le plus amusant est à
l’étage. Dans un écrin de verdure avec des
bruits d’oiseaux répondant à ceux en céramique accumulés sur les étagères trône un
énorme panier à pique-nique, avec ses
boîtes en plastique jaune portant une plaque en argent gravé du nom des Rockefeller. Il fut donné par le roi du Maroc. En
échange, Peggy lui envoya une vache qui
broutait l’herbe de sa propriété de Hudson
Pines. Cette vente historique marque de
toute évidence la fin d’un monde… ■
■ Du 8 au 10 mai. www.christies.com
MAURIN PICARD £@maurinpicard
Riche et bien portant. L’adage seyait
comme un gant à David Rockefeller Sr.
Décédé en 2017 à l’âge de 101 ans, le patriarche new-yorkais avait réussi à faire
fructifier l’héritage de ses aïeux et à
pérenniser son patronyme, assimilé depuis un bon siècle au superlatif absolu :
« les plus riches parmi les plus riches ».
Tout ça parce qu’un expert-comptable,
John D. Rockefeller (1839-1937), avait
judicieusement investi 4 000 malheureux dollars dans l’industrie pétrolière,
amassant une extraordinaire fortune,
pour devenir l’homme le plus riche du
Nouveau Monde et faire de New York la
capitale de son empire, la firme Standard Oil.
Étroitement associé à la frénésie immobilière de Manhattan, le premier des
Rockefeller « n’a certes pas la fibre
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
en partenariat
avec
La vente comprend 80 canards
en bois de la fin du XIXe et
du début XXe siècle (à partir
de 2 000 $). Tous de provenance
américaine, ces objets
du quotidien qui servaient
à attirer les volatiles pour
la chasse sont devenus au fil du
temps des objets de collection.
Anecdotiques, ils montrent
l’éclectisme de cet ensemble.
SÈVRES
Les Rockefeller possédaient
67 services de porcelaine,
dont ce fameux service
Marly rouge fait
pour Napoléon, dont les musées
français possèdent déjà
plusieurs exemplaires
(de 150 000 à 200 000 $).
Ce débordement de porcelaine,
admirablement mis en scène
chez Christie’s, est l’un
des points forts de la collection.
La Fillette à la corbeille fleurie, de Picasso, 1905 (100 M$).
Un symbole de fortune et de philanthropie
LES MATINS.
franceculture.fr
@Franceculture
MEMORABILIA
PICASSO , CLAUDE MONET/CHRISTIE’S, CHRISTIE’S
O
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
L’esprit
d’ouverture.
humaniste », concède l’historien David
Nasaw, mais il insuffle autre chose à sa
progéniture : la philanthropie, sans modération, « puisque tout droit induit une
responsabilité, toute opportunité une
obligation, toute possession un devoir ».
John Jr. (1874-1960), l’héritier, réinvestit les pétrodollars dans des œuvres
de bienfaisance culturelle. En bénéficieront notamment le Metropolitan, le
YMCA, le MoMA, l’Asia Society et le site
de Battery Park.
Triomphes et tragédies
Cinq générations plus tard, les Rockefeller ont certes perdu de leur superbe,
face à la vogue des nouveaux milliardaires, ces freluquets de la Silicon Valley et
de la « start-up économie ». « Le nom
signifie encore beaucoup, mais les descendants ont surtout un pouvoir collectif,
à défaut de pouvoir individuel », relève
Michael Gross, de l’hebdomadaire Avenue. Si l’on parle beaucoup moins
aujourd’hui des Rockefeller que des
Getty ou des Hearst, ces grandes fortunes de la côte Ouest, chaque génération
a connu triomphes et tragédies : John Jr.
est celui qui offre une vaste étendue de
terrain à l’Organisation des Nations
unies embryonnaire, après 1945, sur les
rives de l’East River. Un de ses fils,
Nelson, a laissé l’empreinte la plus mémorable dans la conscience collective :
gouverneur de l’État de New York, il
deviendra même le vice-président de
Gerald Ford après la démission de
Nixon. Mais ce républicain modéré qui
se serait bien vu à la Maison-Blanche
sera court-circuité dans son ascension
par une lame de fond conservatrice
venue de Californie : Ronald Reagan.
Nelson décède d’une crise cardiaque en
1979.
Un de ses fils, Michael, a connu une
mort atroce : en 1961, alors âgé de
23 ans, il disparaît au large de la Nouvelle-Guinée. Passionné de culture papoue, il aurait nagé jusqu’à la côte pour
être tué et mangé par une tribu cannibale. À des années-lumière des soirées
mondaines new-yorkaises où les Rockefeller conservent une aura sans égale,
malgré la dissémination de leur fortune,
aujourd’hui estimée par Forbes à
11 milliards de dollars, que se partagent
près de 150 descendants ! Un trait demeure, cependant : aucun parmi eux ne
s’est jamais permis de fanfaronner
quant à son opulence. « Pérorer n’a jamais été le genre de la maison », sourit
l’auteur Dan Okrent, qui rappelle, taquin, que John Jr. rechignait à apposer
son nom en lettres dorées sur le désormais célèbre Rockefeller Center, jugeant une telle éventualité « flamboyante et de mauvais goût ». Tout le monde,
en 2018, ne peut pas en dire autant. ■
PICASSO
La vente débute avec ce petit
tableau de 1914 qui a tant compté
pour Gertrude Stein (de 1 à
1,5 M$). Quand elle s’est brouillée
avec son frère Léo, il a emporté
les Cézanne. Pour la consoler,
Picasso lui a offert cette pomme
faite d’après le maître.
MONET
De par leur grande taille,
ces Nymphéas en fleur
(de 50 à 70 M$), qui ont voyagé
jusqu’à Hongkong et Shanghaï
avec d’autres pépites
de la collection, pourraient
intéresser le marché asiatique.
Pendant l’exposition
chez Christie’s, la toile
a été décrochée plusieurs fois
pour être montrée en privé…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 7 mai 2018
CULTURE
25
Un Fragonard
redécouvert
ZOOM
Jean Paul Gaultier
recrute Nile Rodgers
Le créateur de mode, qui
présentera le Fashion Freak Show
sur la scène des Folies Bergère
à partir du 2 octobre prochain,
a choisi Nile Rodgers
pour composer la musique
de son spectacle. Le musicien
américain, auteur du tube
des seventies Le Freak et
cofondateur du groupe disco
Chic, prévoit « des morceaux
classiques mais aussi modernes »
pour accompagner le spectacle
qui racontera la vie du styliste.
Entre défilé et comédie
musicale, on y verra des acteurs,
des mannequins et un chanteur
en direct. Une version
du spectacle pourrait être
adaptée pour la télévision,
selon le musicien.
CHRONIQUE À Grasse, la collection
du musée dédié au peintre et créée
par le parfumeur Jean-François Costa
vient de s’enrichir d’un chef-d’œuvre
qu’on croyait disparu.
LES ARTS
Adrien Goetz
L
a toile est encore sur un chevalet dans l’atelier de la restauratrice Isabelle Leegenhoek, qui vient de lui enlever
un bon millimètre et demi de
vernis opaque, révélant une composition éclatante et une touche brillante.
L’Oiseau chéri, mentionné comme un
Fragonard dans la collection de François Marcille au XIXe siècle, était porté
disparu. Passé en vente à Rouen en
1980, mais sous une prudente attribution à Marguerite Gérard, la belle-sœur
de Fragonard, qui travailla avec lui, il
n’était connu que par une petite photo
en noir et blanc.
Jean-Pierre Cuzin avait reproduit
cette image dans son catalogue raisonné de l’œuvre de Fragonard en 1987 en
indiquant « Marguerite Gérard (et Fragonard ?) » et Pierre Rosenberg dans les
annexes de Tout l’œuvre peint de Fragonard en 1989. Mais personne n’avait vu
le tableau. C’est l’historienne de l’art
Carole Blumenfeld, qui travaille sur
Marguerite Gérard et prépare une monographie de l’artiste à paraître dans
quelques semaines chez Gourcuff-Gradenigo, qui a eu la chance de le retrouver. Aussitôt acheté par Anne, Agnès et
Françoise Costa pour enrichir la collection Hélène et Jean-François Costa
– qui est exposée à Grasse, la ville de
Fragonard, dans le bel hôtel de Villeneuve –, il a pu enfin être étudié.
Peint très rapidement, sans doute
vers 1785, sur une préparation exécutée
à la hâte, comme le faisait Fragonard,
c’est un morceau de bravoure : une
robe brillante, aux effets de clair-obscur, évoque immédiatement Le Verrou.
Un enfant vivant, potelé, sculpté par la
lumière sur un fond sombre produit un
de ces effets « à la Rembrandt » que
Fragonard recherchait. L’accord des
rouges et des verts, dans la pénombre
du fond, est d’une subtilité magique. Le
blanc de plomb, mal broyé, trop rapidement, laisse voir des petits grains en
surface : rien de tel ne se retrouve dans
les peintures léchées et patiemment
élaborées de la méticuleuse Marguerite
Gérard.
EN BREF
Le festival photo MAP
fête ses 10 ans à Toulouse
Le lyrisme du peintre
Carole Blumenfeld, enthousiaste, a fait
venir chez la restauratrice l’ancien directeur du département des peintures
du Louvre : « Jean-Pierre Cuzin et moi,
nous recherchions ce tableau depuis
longtemps. Malgré les repeints et le vernis, nous avons tout de suite compris,
sans aucune hésitation, que la toile était
entièrement de la main de Fragonard. »
Le bambin de L’Oiseau chéri se retrouve ailleurs chez Fragonard, dans un
tableau du Spencer Museum, dans celui
de la collection Huntington, mais aussi
dans une miniature sur ivoire récemment acquise par la collection Costa de
Grasse.
L’Oiseau chéri, vers 1785, Jean Honoré Fragonard, huile sur toile, 60 x 46 cm.
GRASSE, MUSÉE JEAN HONORÉ FRAGONARD/COLLECTION HÉLÈNE ET JEAN-FRANÇOIS COSTA
Marguerite Gérard s’est elle-même
inspirée de L’Oiseau chéri pour peindre
Les Premières Caresses du jour, œuvre
connue seulement par une gravure, où
l’agencement est différent, sans qu’on y
retrouve le lyrisme de Fragonard exaltant l’enfance. Le public pourra admirer à Grasse cette découverte spectaculaire à partir du 26 mai, parallèlement à
l’exposition Parfums d’interdit. Dans sa
cage, L’Oiseau chéri a retrouvé son
maître – et ce n’est pas Marguerite… ■
« Parfums d’interdit. L’audace
sous le pinceau de Fragonard,
Marguerite Gérard et leurs pairs »,
au musée Jean-Honoré-Fragonard,
hôtel de Villeneuve, Grasse. Du 26 mai
au 23 septembre. À paraître :
Marguerite Gérard, de Carole Blumenfeld,
Éditions Gourcuff-Gradenigo, 39 €.
Dans une ancienne usine de
munitions, au milieu des tags et
des graffitis, le festival engagé
MAP (Mise au point) fête ses 10 ans
en combinant la photographie à
d’autres arts comme la peinture,
la musique, l’illustration
et le théâtre. Ce rendez-vous
d’amateurs réunit aussi quelques
grands noms, comme Antoine
d’Agata, de l’agence Magnum, ou
Marie Dorigny, de l’agence Myop.
Jusqu’au 20 mai à la Cartoucherie,
à Toulouse.
À Hollywood, des films
sauvés de l’oubli
Des passionnés de cinéma
visionnent des extraits de milliers
de vieux longs-métrages stockés
par la Bibliothèque du Congrès
américain, afin de les identifier
et de les classer. Parmi les bijoux
récemment retrouvés, un dessin
animé de 1928 de Walt Disney
et une comédie de John Ford
de 1927.
À New York, deux foires,
deux modèles
MARCHÉ DE L’ART Le gigantisme de la Frieze
avec une offre sans pareille contraste
avec le concentré haut de gamme de la Tefaf.
ENVOYÉE SPÉCIALE À NEW YORK
À
en juger par l’offre impressionnante proposée cette semaine dans les foires, les ventes et les galeries (show
historique chez Nahmad
Contemporary pour fêter ses 5 ans
d’ouverture), New York reste la plus belle
place forte pour le marché de l’art. Et une
démonstration flagrante de la toute-puissance de l’Amérique face aux autres nations. Des manifestations comme la Frieze
Art Fair, qui s’est installée, voilà sept ans, à
Randall’s Island, au nord de Manhattan, ou
comme la nouvelle Tefaf Maastricht, version américaine campée pour la deuxième
année à l’Armory Show, l’ont bien compris. Ici, il y a un niveau de collectionneurs
que l’on ne peut capter ailleurs. Toutes les
plus grosses fortunes sont là. Hormis à Art
Basel, avec laquelle aucune autre foire ne
peut rivaliser, jamais on n’a vu pareil public dans la Grosse Pomme. Mais entre
Tefaf et Frieze, il y a un grand écart. Ce
sont deux modèles totalement différents.
« Le premier a pris le contre-pied du second
en proposant un salon à taille humaine
d’une élégance digne de l’Upper East
Side », observe Mathieu Paris, de la galerie White Cube, qui a aussi un stand à
Frieze. Ce dernier a vendu, la première
heure, un Baselitz de 1976 (1,8 M$) et un
Basketball Drawing de l’artiste noir américain David Hammons à une fondation
(2,7 M$). « C’est tellement plaisant de pouvoir échanger et opérer dans un univers
feutré, presque religieux, qui rappelle une
certaine idée de ce qu’est le travail des
marchands en chambre », ajoute-t-il.
Le gigantisme et le bling-bling ne semblent plus à l’honneur. Lasse d’arpenter
des kilomètres de foires, la clientèle dis-
crète mais fortunée aspire à un entre soi
que les grandes messes de l’art contemporain, prises dans la spirale commerciale,
nous ont fait oublier. C’est la raison pour
laquelle Tefaf a réussi à capter nombre de
marchands français, tel David Fleiss (galerie 1900-2000), nouveau venu avec ses
écrins intimistes de tableaux et dessins
modernistes. Il a rejoint des vétérans parisiens comme ceux de l’Arc en Seine, qui
ont décidé désormais de se concentrer essentiellement sur New York, où ils ont eu
jadis une galerie (leur magnifique rampe
d’escalier de Diego Giacometti, vers 1970,
a fait la une du salon !). En deux éditions
seulement, la Tefaf a réussi à s’imposer
magistralement. Mais, même perdue sur
son île, où il vaut mieux aller à vélo ou en
bateau qu’en taxi, tant les embouteillages
sont dantesques, la Frieze Art Fair continue d’avoir ses adeptes. D’autant que celle-ci vient d’annoncer une nouvelle édition en février à Los Angeles.
Travail de fourmi
Cette année, les circonstances n’ont pas
été en sa faveur. Mercredi, pour le vernissage VIP, à 11 heures, il faisait plus de
30 °C. Et, sous l’immense tente blanche, la
fournaise était si infernale que les allées se
sont vidées en deux heures. Le lendemain,
devant les protestations de certains exposants demandant remboursement, les organisateurs ont rappelé les plus gros collectionneurs, leur proposant des voitures
avec chauffeur pour les ramener à la Frieze. Il semble que ce travail de fourmi a
porté ses fruits : les affaires sont reparties
de plus belle. Un signe qui ne trompe pas :
certains avaient déjà changé leur stand, tel
Perrotin, qui a vendu le premier jour la
moitié de son accrochage de Bharti Kher
(de 30 000 à 155 000 $) à de nouveaux
clients ayant vu son one-man-show dément de Murakami, dans sa nouvelle galerie de Lower East Side. ■
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
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lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
STYLE
26
À New York, Prada prend de la hauteur
COLLECTION Vendredi soir, Miuccia Prada présentait, au dernier étage de son siège américain, sa croisière 2019.
Un défilé sous influence « nineties » explorant les archives de la maison pour le bonheur des jeunes générations.
Collection Prada croisière 2019.
J
PRADA
ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À NEW YORK
usqu’à l’an dernier, Miuccia
Prada rechignait à consacrer un défilé à
sa collection croisière comme le font,
chaque mois de mai, Chanel, Dior,
Gucci et Louis Vuitton. Vendredi soir,
en un show aussi impactant qu’intelligent, l’Italienne a rattrapé le temps
perdu, jetant son dévolu sur New York
et les rives de l’Hudson pour dévoiler sa
collection croisière 2019.
Sur la courte liste des invités (200),
un peu de presse, quelques influenceurs
et une impressionnante brochette de
célébrités : les acteurs Uma Thurman,
Gary Oldman, Chloë Sevigny, Claire
Danes, Dakota Fanning, Gabrielle
Union-Wade, les réalisateurs David
O. Russell et Baz Luhrmann, mais aussi
les designers Marc Jacobs, Raf Simons
et les sœurs Mulleavy de Rodarte. « Cela
faisait un moment que nous n’avions rien
présenté à New York, explique Miuccia
Prada à l’issue du défilé. Nous n’avons
jamais montré au public notre siège américain, acheté il y a plus de quinze ans. »
Le bâtiment ? Un cube de béton
transpercé de lumière, ancienne fabrique de pianos redessinée par Herzog
& de Meuron, dont les deux derniers
étages viennent tout juste d’être achevés. Les architectes suisses, collaborateurs de longue date de Prada, ont également signé le décor du show, des
bancs bruts et froids et des panneaux de
plastique de couleurs masquant les fenêtres bandeaux et rendant irréel le
coucher du soleil sur la rivière. « En
2017, pour notre premier défilé croisière,
nous avions choisi Milan et l’Osservatorio
de la Galleria Vittorio Emanuele II, rappelle Stefano Cantino, directeur marketing, communication et développement commercial. Pour la présentation
homme, c’était l’espace de stockage de la
Fondation, toujours à Milan. Cette fois
encore, Mme Prada souhaitait trouver un
lieu emblématique de la maison, quelle
que soit la ville. Cet immeuble nous
représente bien, et le marché américain
est stratégique, surveillé par tous les
autres pays. »
Du rêve à la réalité
À cette heure, les images du défilé font
le tour du monde : des mannequins
coiffés de chapka en brocart matelassé
sur leur balayage peroxydé, moulés
dans des pulls chaussette, des jupes
longues à la taille basse, chaussés de
mocassins aux talons épais et aux
bouts carrés, un sac baguette en
nubuck calé sous le bras. « Ce n’est pas
un défilé sérieux, sourit Mme Prada.
C’est, entre le rêve et la réalité, ma vision fantasmée de ce qui est réel. Je n’en
fais pas toute une histoire, il n’y a, cette
saison, rien de dramatique ! Juste traduire ce que les femmes ont envie de
porter aujourd’hui. » Soit une mode
très influencée par les années 1990…
Cela tombe bien, l’époque était géniale
pour Prada. Les pantalons évasés cassant sur les sling backs reviennent
donc vingt ans plus tard, remis au goût
du jour dans des toiles brodées de fils
Lurex et des jerseys souples, tout comme les vestes, trop grandes, taillées
dans des cuirs gras vert mousse et caramel, les bonnets mauvais genre, les
bords côte orange chantier et les micro-tee-shirts à logo techno - « le
logo, graphique, rend toujours le vêtement plus intéressant, plus frais ». Les
chapkas ? « J’avais en tête cette photographie de Steven Meisel où Kate Moss
est coiffée d’une gigantesque chapka,
explique-t-elle. Et puis mon fils en porte une ramenée de Russie qui lui donne
une touche incroyable. »
Déjà, dans son vestiaire automne-hiver 2018 (présenté en février dernier à
Milan), la créatrice remettait le Nylon
sur le devant de la scène, matière iconique de la maison lancée à la fin des années 1980. Ceux qui ont conservé les
modèles originaux les ressortent fièrement, les autres se ruent sur le marché
de seconde main. Et pour les clients qui
préfèrent acheter du neuf, des versions
actualisées à coups de clous, de strass et
de broderies étoffent la ligne historique.
« Le Nylon a toujours représenté une
grosse partie de notre chiffre d’affaires,
les sacs et la bagagerie, poursuit Stefano
Cantino. L’idée était de le relancer à travers des pièces plus mode, que l’accessoire redevienne cool. Le résultat, immédiat, a permis d’attirer une clientèle plus
jeune qui, jusqu’à présent, ne se rendait
pas chez Prada pour ce genre de produit. » On pense aussi à la Linea Rossa,
la bande en gomme rouge signature de
la ligne Prada Sport, créée en 1996, arrêtée en 2003 et relancée lors du dernier show prêt-à-porter. Et qu’en est-il
d’une rétrospective de la maison italienne, imparable pour exhumer les archives et réinjecter une bonne dose de
désir ? Elle pourrait voir le jour, cette
fois pas à New York, ni à Milan… peutêtre à Paris. ■
Sander Lak, le jeune homme
pressé de Sies Marjan
PORTRAIT Basé à Manhattan, ce designer néerlandais s’active
aux commandes de la nouvelle marque qui monte à Big Apple.
FRÉDÉRIC MARTIN-BERNARD
fmartinbernard@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À NEW YORK
n air de gamin, Sander Lak
arrive comme un courant
d’air avec deux, voire trois
minutes au maximum de
retard. Dans le vaste loft du
Garment District, faisant office de studio de création et d’atelier de production de son label Sies Marjan, lancé en
2016, les coupeurs et autres tailleurs ne
lèvent pas l’œil de leur ouvrage, tant ils
se sont habitués à leur jeune boss éternellement pressé. « Je n’aime pas prendre mon temps. Je suis déterminé, je sais
ce que je veux et ne veux pas. Je n’ai
d’ailleurs pas fait de pause depuis la fin
de mes études », explique rapidement le
designer de 34 ans pour qui le succès va,
lui aussi, très vite.
Après cinq saisons, sa marque féminine est distribuée par une centaine de
magasins de référence à travers le monde, dont le Printemps à Paris. En outre,
il s’essaye, à partir de ce printemps-été,
au prêt-à-porter masculin avec un bel
A
U
à-propos. Si bien qu’en ces temps où la
mode américaine et la Fashion Week de
New York sont au creux de la vague,
bien des espoirs se concentrent sur sa
seule personne. Une aura précoce qui
ne lui monte cependant pas à la tête.
« Cinq collections, c’est beaucoup et rien
à la fois, relativise-t-il. On nous imagine
bien plus importants que nous ne sommes. Je veille à rester les pieds sur terre,
connecté à la réalité du marché et de
l’entreprise… J’ai travaillé pour de nombreuses marques de tailles différentes
avant de lancer la mienne. Il n’y a pas
“un” modèle de réussite. Chaque cas est
différent. L’important est d’être consistant, de ne pas se tromper sur sa propre
identité et de savoir où l’on veut aller. »
Lui voulait monter son affaire depuis
ses études au Central Saint Martins à
Londres. Louise Wilson, charismatique
directrice de cette école dont le francparler a guidé bien des élèves jusqu’à sa
disparition, en 2014, l’en dissuade : « Tu
es beaucoup trop jeune ! » Diplômé en
2008, il intègre le studio de la maison
Balmain à Paris, époque Christophe
Decarnin. Avant de travailler aux côtés
de Phillip Lim à New York, puis de Dries
Van Noten à Anvers. « J’ai passé toutes
ces années à dessiner des vêtements,
j’étais un styliste au sein d’une équipe, se
souvient-il. Je me suis vu faire ça toute
ma vie, alors que la mode englobe bien
d’autres métiers, de la conception des
modèles au merchandising des boutiques,
en passant par le commercial, le marketing, la publicité. L’envie de créer ma
marque pour toucher à tous ces aspects
m’a ainsi rattrapé. »
« Créer à partir du tissu »
Ce sera à Manhattan plutôt que dans
toute autre capitale, car les opportunités y sont plus faciles. « New York n’est
pas une ville d’histoire. Elle est tournée
vers le présent, vers le futur et, dans la
mesure où tu as une idée et que tu rencontres les bons investisseurs, on te dit
rapidement “Let’s do it !” Ici, tout est
plus simple, plus facile et, comme j’avais
beaucoup voyagé jusqu’alors, le point
d’ancrage de ma société n’avait guère
d’importance à mes yeux. »
Né de parents néerlandais, Sander
Lak a vu le jour au sultanat de Brunei.
Son père travaillant pour une compagnie pétrolière, il grandit ensuite au
Le styliste Sander Lak a présenté
sa collection Sies Marjan été 2018
dans son atelier (ci-contre).
PRESSE ; SIES MARJAN
Gabon, puis en Écosse et aux Pays-Bas,
avant d’atterrir à Londres pour ses études. L’esthétique de ses collections Sies
Marjan - les prénoms de ses géniteurs reflète ce brassage. La plupart des modèles, souvent drapés dans un esprit
sari, sont créés en tandem avec les petites mains qui composent sa garde rapprochée. « J’ai souhaité installer cet atelier de prototypes à demeure pour créer à
partir du tissu, sur un buste de couturière
ou à la machine, et non à partir d’un dessin. C’est aussi une manière de rappeler
que tout vêtement est fabriqué par des
personnes. Je ne suis pas certain que ce
soit évident à notre époque. Et puis, cela
m’impose de me tenir à un emploi du
temps, de ne pas céder à des envies de
dernière minute sans me soucier de comment les modèles seront réalisés pour défiler quelques heures plus tard… En fait, je
suis très hollandais par certains côtés,
donc organisé. » Une heure d’entretien
montre en main plus tard, et Sander Lak
file déjà à son prochain rendez-vous. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 7 mai 2018
HIGH-TECH
27
Un robot
sur la pelouse
LOISIRS Autonomes, silencieuses et écolos, les tondeuses connectées
se déclinent dans différentes versions pour s’adapter à tous les types de jardin et de budget.
vec l’arrivée des
beaux jours, chacun va enfin pouvoir profiter du jardin. À condition qu’il soit impeccable, ce qui
commence par une pelouse bien
tondue. Une opération facile pour
un petit terrain, mais nettement
plus fastidieuse avec les grandes
surfaces. Sans compter le bruit et
la pollution générés par la tondeuse. La solution, ce sont les robots
tondeuses. Silencieux, propres,
ces engins électriques se dirigent
tout seuls et assurent leur travail
sans qu’on s’en occupe. Ils peuvent même être pilotés à distance
et remplir leur mission automatiquement sans présence humaine.
Jusqu’à présent vendus très cher,
les robots tondeuses commencent
à se démocratiser avec des tarifs à
partir de 500 euros. Les plus perfectionnés, qui rappellent les voitures autonomes, peuvent dépasser les 4 000 euros.
La plupart fonctionnent sur le
même principe : il faut d’abord
déployer un câble tout autour de
la pelouse pour délimiter la zone à
tondre. Le robot suivra alors ce
câble pour mémoriser le terrain
et, éventuellement, programmer
ses itinéraires. Après quoi, il
s’orientera soit au hasard soit en
suivant un itinéraire précis. Dans
la majorité des cas, il saura même
rejoindre la station de recharge
quand sa batterie sera épuisée et
repartira une fois le plein d’énergie effectué.
Mais il est aussi possible de
contrôler et de programmer le robot à partir d’un smartphone. En
général, l’application associée
permet d’affiner le parcours de la
tondeuse en indiquant différentes
zones, de la démarrer à distance,
de suivre sa progression et de
consulter le niveau de charge de la
batterie. La qualité de l’appli peut
être déterminante dans le choix
du bon modèle. Mais le principal
critère, c’est la superficie de la pelouse. Pour un petit terrain
(500 m2), une puissance de
200 watts et une largeur de coupe
d’une vingtaine de centimètres
suffisent. Pour plus de 1 000 m2,
mieux vaut un plus grand modèle
(56 cm de largeur de coupe). Enfin, pour les très grands terrains,
surtout s’ils présentent des irrégularités, il faudra investir dans
une tondeuse haut de gamme, endurante et performante. À noter
que tous les robots tondeuses appliquent la technique du « mulching » : les chutes de gazon, pulvérisées, se transformeront en
engrais en se décomposant. Une
technique qui permet accessoirement d’échapper à la corvée du
ramassage d’herbe. Si la taille du
jardin détermine le modèle le
mieux adapté, d’autres critères
entrent en ligne de compte. Suivez le guide avec notre sélection de modèles correspondant à trois usages différents.
RX20 U :
uRobomow
petit prix pour petit terrain
Destinée aux jardins de 200 à
300 m2, cette tondeuse d’une
largeur de coupe de 18 cm se distingue par son tarif raisonnable
(675 euros) et par son capot bombé qui repose sur deux roues. Un
contrepoids à l’arrière permet
d’équilibrer l’engin et d’aplatir
l’herbe fraîchement coupée. La
tondeuse peut fonctionner automatiquement quand on actionne
son bouton de démarrage. Elle suit
alors un parcours aléatoire,
délimité par le câble
périmétrique,
et fait de-
Ci-dessus,
le robot tondeuse
Husqvarna Automower
450X.
Ci-dessous, les modèles
Robomow RX20 U,
et Bosch Indego.
HUSQVARNA, ROBOMOW,
BOSCH,
mi-tour quand elle touche un
obstacle. Si elle bascule ou qu’elle
est soulevée, son moteur s’arrête
immédiatement. Une fois appairée en Bluetooth avec un smartphone, l’appli permet de programmer les tontes sur un
calendrier et de choisir la durée de
l’opération, qui ne pourra pas dépasser deux heures, l’autonomie
maximum de sa batterie. Il faudra
quand même s’assurer que l’herbe
ne soit pas trop haute, faute de
quoi le RX20 U se trouvera en
difficulté…
Indego 350 Connect :
uBosch
une coupe au cordeau
Compact et élégant avec son
profil effilé, ce petit robot de
19 cm de largeur de coupe
convient théoriquement
aux surfaces de 350 m2,
mais sera surtout à l’aise
dans un jardin de 200 m2.
Son principal intérêt,
outre qu’il est livré avec le
câble de délimitation, est sa
capacité à analyser la configuration du terrain et à calculer les
trajectoires de tonte idéales. Non
seulement il mémorise les endroits où il est déjà passé, mais il
s’applique à suivre des bandes
parallèles, comme sur un terrain
de foot. Ses capteurs lui permettent de détecter les obstacles et
de les contourner. L’application
offre différentes fonctions pour
programmer les tontes, recevoir
des notifications en cas de problème et déclencher le robot à
LES PERSONNAGES
F. BOUCHON ET J.-C. MARMARA/LE FIGARO, COLLECTION PERSONNELLE, W. ALBAN/ABACA, J.-F.ROBERT/SEUIL, PROD, COADIC GUIREC/BESTIMAGE
Mathilda May a réussi la performance de réunir les Inconnus, séparés depuis des années,
sur la scène de l’Olympia. Dans
son livre V.O. (Plon), elle raconte comment elle a convaincu Bernard Campan et Didier
Bourdon de jouer les invitéssurprise de l’ultime représentation de Plus si affinités, la
comédie qu’elle avait coécrite
et jouée avec Pascal Legitimus.
Lorsque le trio s’est trouvé sur
le plateau, la salle s’est levée et
l’ovation a été telle qu’ils ont eu
du mal à jouer la scène prévue.
Cette pièce a permis à la comédienne de faire rire et de montrer ainsi, pour la première
fois, sa véritable nature. Quelques années plus tôt, lors de ses
débuts au théâtre dans une
pièce dramatique, Le Retour, de
Pinter, elle avait vécu des situations surréalistes et irrésistibles. Un dimanche après–
midi,
lorsque
Jean-Pierre
Marielle est entré sur le plateau
en lançant, comme le prévoyait
le texte, « c’est qui celle-là »,
une spectatrice s’est spontanément exclamée à voix haute :
« C’est Mathilda May ! » ■
Cyril Laffitau : des
inédits de Johnny
Laroche-Valmont :
le look cocomuniste
Leclerc : 50 points
de culture
Pendant
vingtcinq
ans,
Cyril Laffitau a fait partie des copains que
Johnny retrouvait pour parler
de tout, sauf de son métier. Il
signe aujourd’hui Dans l’intimité de Johnny, un livre où il a
réuni des photos inédites et
personnelles. On le découvre,
entre autres, au parc Disneyland d’Orlando, en train de
commander un hamburger.
Tout sourire, il serre ensuite la
patte de Roger Rabbit. Une
autre idole des jeunes. ■
Parodiant
sa
chanson T’as le
look, coco, Laroche-Valmont a
enregistré T’as le
look cocomuniste. Il a tourné un
clip où il chante, déguisé en
John Lenine et Sylvester Staline. Dans les paroles il évoque
entre autres, le look Coco Chanel à la Karl Marx Lagerfeld.
Fort d’un succès sur Internet, il
donne un concert le de 17 mai, à
l’Élysée Montmartre. En précisant qu’il ne chantera qu’en
présence de son «avodka». ■
Jeudi, à Paris, à
la Gaîté Lyrique, Dominique
Blanc a lu L’Art
de perdre, un livre d’Alice Zeniter, lauréate du
prix Landerneau des lecteurs,
organisé par Michel-Édouard
Leclerc. Ce dernier a donné le
départ du Festival Culturissimo
du 16 mai au 27 juin, dans
50 villes de France. Des rendezvous gratuits, auxquels participent plusieurs générations
d’écrivains et de comédiens. La
culture du printemps. ■
J’entends que Didier Deschamps et Laurent Blanc
seraient fâchés depuis que le premier a remplacé
le second à la tête des Bleus. À ma connaissance, cette
brouille n’existe pas. J’ai partagé un déjeuner avec eux,
et je ne les ai pas vus tendus, bien au contraire.
BIXENTE LIZARAZU – MES PROLONGATIONS – LE SEUIL
Patrick Préjean,
président à Cannes
Ancien joueur de basket,
Florian Hessique a écrit et réalisé La Légende, un film inspiré
de sa carrière sportive. Pour lui
donner la réplique, il a choisi
Patrick Préjean, qu’il avait fait
tourner dans À
votre service, un
programme humoristique sur
MCE TV. Dans ce
long-métrage,
l’acteur
interprète le rôle d’un président de
club, apparemment débonnai-
Automower 450X :
uHusqvarna
un air de voiture autonome
Un design futuriste et un équipement digne d’une automobile : coque noir mat, pare-chocs en
caoutchouc, enjoliveurs orange,
GPS intégré et… des phares, qui signalent sa présence la nuit et clignotent en cas de problème. On y
trouve même des sonars qui lui
permettent de détecter la présence
d’obstacles et de les éviter ou de
ralentir en conséquence. Ce robot
conçu pour les grands espaces
(jusqu’à 5 000 m2) sort du lot par sa
quantité de fonctions. Et par son
prix (4 199 euros) ! Grâce à son
GPS, il peut mémoriser les zones
déjà tondues et ne s’occuper que
du reste. Un moyen de compenser
une largeur de coupe assez limitée
(24 cm). L’Automower 450X est
doté d’un tableau de bord et de
boutons qui permettent de le programmer, mais peut aussi se
contrôler à partir d’un smartphone. On peut ainsi surveiller son
travail à distance, définir plusieurs
surfaces de tonte ou encore délimiter une zone de sécurité : si le
robot en sort, une alerte est transmise au mobile et sa position apparaît sur une carte. ■
EN BREF
Par Jacques Pessis
Mathilda May : les
fous rires de scène
distance. Mais on peut aussi se
reposer sur l’option qui suggère
un calendrier de tonte adapté à la
taille de la pelouse. Petit bémol,
l’autonomie de la batterie,
limitée à 30 minutes… Dommage
pour un produit qui coûte environ 1 000 euros.
»
re, dans un univers où les limites de la performance et le dopage sont présents en filigrane.
Une avant-première est prévue à Cannes avec une sélection et une projection en
ouverture de Cannes Écrans
Juniors. Un rendez-vous d’enfants de la balle. ■
Desfossé : rendezvous sur Internet
En créant un logiciel de réservation sur le site Internet de
Desfossé, son salon de coiffure,
Damien fait mentir l’expression
« minute de coiffeur », synonyme d’une attente trop longue. Cette application novatrice sur la Toile propose un
planning interactif permettant
de fixer, depuis n’importe
quelle ville du monde, le jour et
l’heure d’un rendez-vous,
quelques minutes ou plusieurs
jours à l’avance. Il est ensuite
respecté à la seconde près. La
demande arrive directement
sur un téléphone portable et,
grâce à une alerte, la confirmation est immédiate. Ne négligeant pas pour autant le passé,
le successeur de Guillaume
Sénéchal prépare une exposition de photos de stars venues,
un jour ou l’autre, avenue Matignon. Parmi elles figure un cliché des années 60, signé Henri
Cartier-Bresson. Devant la
façade, il a immortalisé Michael
Caine, après une coupe, sur un
vélo, en train de se mettre en
route vers la butte Montmartre.
Le symbole d’un acteur alors en
pleine ascension. ■
PATRICK ABRIAL, éloigné
de la scène depuis vingt ans,
sort un nouvel album L’Arnaque. Des duos avec le guitariste Jye, enregistrés en cinq
jours, avant une tournée qui
passera, le 13 juillet, par les
Francofolies de La Rochelle.
ANDRÉ TÉCHINÉ président
du Festival du film de Cabourg, qui se déroulera du
13 au 17 juin. Le metteur en
scène tourne actuellement
Les Ennemis, avec, pour la
8e fois, Catherine Deneuve
comme tête d’affiche.
INES DE LA FRESSANGE,
marraine des Petits déjeuners
du cœur au Café de la Paix. Du
5 au 15 juin, les recettes de
ceux servis en terrasse seront versées à l’association
Mécenat chirurgie cardiaque.
HENRI-CHRISTIAN
GIRAUD raconte dans L’accord secret de Baden-Baden,
comment de Gaulle a mis fin à
Mai 68. Il assure qu’en « théoricien de la surprise », il a
mené une opération diplomatique secrète (Le Rocher).
PIERRE CLOSTERMANN
avait écrit Le Grand Cirque,
inspiré par son journal de
combat pendant la Seconde
Guerre mondiale. Le film tiré
de ce récit par Georges Péclet
vient d’être restauré et sort
en DVD (Lobster).
A
A
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
28
TÉLÉVISION
Figaro top,
Figaro flop
FIGARO TOP
Le chef de l’État se
livre à un plaidoyer
pro domo dans
« Macron président,
la fin de l’innocence ».
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
L’île au
trésor
Le bilan d’Emmanuel Macron
par Emmanuel Macron, un gros plan
sur le métier d’actrice pour ouvrir
Cannes ou une série avec
Meghan Markle? Que voir,
ou pas, cette semaine
à la télévision.
« L’Info du vrai »
Canal +/18 h 40/Vendredi
PETER PARKS/AFP
L
17/20
cice du pouvoir. Un document éclairant, à
ne surtout pas manquer.
Il y a pile un an, Emmanuel Macron était
élu président de la République. Et plutôt
que de revenir sur l’histoire de sa victoire,
c’est à la première année de son quinquennat que Bertrand Delais s’est intéressé. Et
parce qu’il a noué une relation particulière
avec lui, il a eu un accès privilégié au président. Le chef de l’État se livre pendant
deux heures à un plaidoyer pro domo, se
faisant analyste et commentateur de sa
propre gouvernance. C’est parfois un panégyrique, mais souvent lucide et surtout
passionnant. On l’y voit détailler le sens de
son action, expliquer ses choix, justifier ses
décisions et redonner aux grands événements qui ont ponctué cette année une cohérence que certains n’avaient pas perçue.
C’est Emmanuel Macron lui-même qui
donne le titre de ce film en lâchant dès le
jour de son élection : « C’est la fin de l’innocence. Plus un geste, plus un choix n’est innocent. Faire ou ne pas faire a forcément un
sens. » Dès le premier soir, Macron est
conscient du poids des responsabilités qui
lui échoient désormais. Et pour un homme
que pourtant rien ne prédestinait à l’exercice du pouvoir suprême, il se montre déterminé à resituer son action dans l’histoire de France, acceptant immédiatement le
rôle de monarque républicain attaché à la
fonction de président dans la Ve République. Macron se livre à une longue introspection sur son rapport au pouvoir. Et le
moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne
doute jamais du bien-fondé de son action,
ne s’autorisant aucune critique. Celles-ci
sont adressées uniquement par les journalistes qui viennent, eux aussi, commenter
cette année politique si particulière. Et
pour le coup, les piques peuvent être acerbes, comme celle du correspondant suisse
à Paris pour qui aucune colère française
n’est apaisée depuis l’élection d’Emmanuel Macron, même si le journaliste lui reconnaît une certaine efficacité dans l’exer-
16/20
« PROFESSION : ACTRICE »
Canal +, mardi 8 mai à 22 h 40.
En ce jour d’ouverture du Festival de Cannes, Michel Denisot propose un savoureux
numéro de son magazine « Profession ».
L’animateur reçoit Juliette Binoche, Zita
Hanrot, Olga Kurylenko, Ludivine Sagnier
et Elsa Zylberstein. Ces comédiennes se livrent à cœur ouvert sur leur métier, face à
un intervieweur qui sait les écouter et intervenir seulement aux moments opportuns. En réaction à l’affaire Weinstein, Juliette Binoche confie : « La situation d’une
jeune actrice est fragile et doit donc être
protégée, ce qui n’est pas toujours le cas. »
15/20
14/20
« SUITS »
Sérieclub, lundi 7 mai à 21 h 40.
Depuis l’annonce d’un certain mariage
royal, Suits est devenue « le feuilleton qui
a révélé » Meghan Markle. Cette série est
« LA ZONA »
Polar +, lundi 7 mai à 21 heures.
« RED CREEK »
Studio +, à partir de lundi 7 mai.
FIGARO FLOP Lou de Laâge n’arrive pas à convaincre dans la série Red Creek
au scénario trop prévisible.
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4719
VERTICALEMENT
1. Se dirige obliquement. - 2.
Enchanteur de l’univers (prénom
et nom). - 3. Adoré à Karnak.
Passe-montagnes. - 4. Gardoise
au style carré. Après le nom de
la société ou en plein dedans.
Un peu idiot et vachement bête.
- 5. L’élixir des frères Gras. Eau de
Lourdes. - 6. Il se répand comme
une traînée de poudre. Il renforce
le juron mais il est raccourci.
Siège au tribunal. - 7. Plume
uruguayenne de La Vie brève.
Traversé par de nombreux ponts.
- 8. Dans ses volumes, on y enseigne la mesure des volumes.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4718
HORIZONTALEMENT 1. Coaccusé. - 2. Onguents. - 3. Pyrénées. - 4.
Écart. Ri. - 5. Rh. Signe. - 6. noB. Lieu. - 7. Ipomées. - 8. Chio. - 9. Ialta.
Pu. - 10. Églogues. - 11. Nie. Urne. - 12. Sessions.
A
7/20
De l’autre côté des Pyrénées, la fiction
MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1. La mort en personne. - 2. Il a
l’habitude de déjeuner sur l’herbe.
- 3. Exécrée au plus haut point.
- 4. Éléments de balcon. En transe.
- 5. Les oreilles de l’État. La famille
des grands gourous. - 6. Le cycle
de la nature. Ne connaîtra jamais
la vie de couple. - 7. Procède à une
expulsion bruyante. - 8. Fait
comme Pierre. Chef de meute.
- 9. Amène sur le trône. À dos
d’âne. - 10. Est passé des arènes
aux églises. Personne du même
rang. - 11. Pauvre verlainien. - 12.
Extrait la racine.
espagnole bouillonne. À l’image de ce
thriller sur fond de catastrophe nucléaire. Suite à une explosion de type Tchernobyl, une partie des Asturies a été vidée
de sa population. Mais quand une série
de meurtres cannibales survient trois ans
plus tard dans la zone de décontamination, c’est le branle-bas de combat parmi
les autorités, alors que les commémorations approchent. L’affaire semble trop
violente pour être l’œuvre de simples
contrebandiers. C’est à l’inspecteur
Hector Uria qu’il revient de mener l’enquête. L’homme qui a perdu une grande
partie de sa famille dans l’accident. Le
suspense est hitchcockien. Sans oublier
la pointe d’horreur qui perce ici ou là,
lorsque la nature et sa faune se transfigurent en menace. Pour autant, les créateurs Jorge et Alberto Sanchez-Cabezudo, qui planchent sur le feuilleton depuis
dix ans mais ont dû mettre leur projet
entre parenthèses suite à Fukushima, ne
font pas l’économie d’une poignante réflexion sur le deuil. La distribution rassemble le gratin du cinéma ibérique, notamment Eduard Fernández.
PRESSE
« MACRON PRÉSIDENT,
LA FIN DE L’INNOCENCE »
France 3, lundi 7 mai à 20 h 55.
une des sagas procédurales les plus pétillantes du PAF américain, grâce à des
personnages émouvants et bien dessinés.
Ces seize épisodes inédits sont les derniers où la fiancée du prince Harry apparaît. Ils prennent une saveur particulière
d’autant plus qu’ils se concluent sur des
noces. Le partenaire de jeu de Meghan
Markle, Patrick J. Adams, a lui aussi
choisi de quitter la série juridique. Plutôt
que de se noyer dans la nostalgie, Suits
confronte ses héros à leur vérité intérieure et les pousse à prendre des décisions
qui vont bouleverser leur vie et celle de
leur cabinet d’avocats. Devenu numéro
un, l’immature et play-boy Harvey (Gabriel Macht) est contesté par son protégé
Mike (Patrick J. Adams) et par son assistante Donna (Sarah Rafferty). La relation
ambiguë qu’il entretient avec cette dernière va prendre un tournant décisif. Ces
changements font que la série retrouve la
jeunesse de ses débuts.
VERTICALEMENT 1. Coperniciens. - 2. Onychophagie. - 3. Agra.
Boilles. - 4. Cuers. Moto. - 5. Centile. Agui. - 6. Une. Gien. Uro. - 7.
Sternes. Penn. - 8. Essieu. Buses.
2
3
4
5
6
7
8
Rien ne va plus à Red Creek, petite ville
du Canada anglophone : une adolescente
vient d’être enlevée. Cette série à l’image
soignée diffusée sur la plateforme Studio + (dix épisodes de dix minutes) aurait
pu séduire si l’intrigue n’était pas si prévisible (le gourou d’une secte apparaît
bien vite suspect). La narration, desservie par le scénario confus d’Aurélien
Molas, manque de rythme. Quant à Lou
de Laâge, dans le rôle d’une jeune policière française débarquant outre-Atlantique censée être une dure à cuire, elle ne
convainc jamais.
BLAISE DE CHABALIER,
CONSTANCE JAMET
ET ALBERT ZENNOU
BRIDGE
PROBLÈME N° 2821 :
Un p’tit coup de rouges
1
2
3
V32
R54
7654
A82
N
O
4
5
E
S
ARD
AV7
A R 2
R D V 10
6
7
Contrat : Sud joue 6 Sans-Atout.
8
Entame : 10 de pour votre As
(le 4 en Est).
9
10
11
12
u dans un livre de classe
encore tout taché d’encre,
manuel d’histoire illustré
retrouvé dans une malle et qui
doit bien dater des années 1970 :
« Le 18 juin 1815, c’est le désastre
de Waterloo, en Belgique. Napoléon
abdique de nouveau et se livre aux
Anglais. Cette fois, Louis XVIII est
assuré de ne plus retrouver “l’ogre
corse” sur sa route. Déporté à
Sainte-Hélène, Napoléon Ier y
mourra six ans plus tard persécuté
par ses geôliers. Les Français
oublient alors son despotisme,
sa soif de gloire, et ne voient plus en
lui qu’un héros malheureux dont les
soldats, les grognards, répandent
la légende dans tout le pays. »
Ça n’a pas l’air mal du tout,
Sainte-Hélène. Une île perchée
volcanique de 122 km2, située dans
l’océan Atlantique Sud à 1 856 km
à l’ouest des côtes de l’extrême
nord-ouest de la Namibie et à
3 286 km à l’est-sud-est de la ville
brésilienne de Recife. Bien située,
comme dirait Stéphane Plaza.
Genre d’endroit où le calme est
souverain. Excellent reportage vu
à la dérobée, sur Canal +, « L’Info
du vrai ». Nous sommes donc
à Sainte-Hélène. Sa singulière
position au milieu de l’Atlantique
aurait permis à l’Angleterre
de dominer les échanges
commerciaux avec le reste du
monde, escale stratégique sur la
route de l’Asie. 4 500 habitants
à tout casser qui rêveraient d’un
avenir meilleur. Napoléon ici
est un hôte de marque. On prie
chaque dimanche pour lui. Grâce
à lui, ici, le soleil ne se couche
jamais. Un pêcheur rentre de
sa pêche bredouille, mais il a
contemplé, ce n’est pas rien, un
ballet de dauphins. « Ici, tout
nous ramène à l’Empereur », dit
le prêtre. L’île voudrait-elle
échapper à son prisonnier,
elle ne le pourrait pas. Un bar ?
The Emporium. À Sainte-Hélène,
nous dit-on, pas de saison
régulière. « Un ciel toujours noir »,
selon Napoléon, qui forçait un peu
le trait. Sainte-Hélène ? On y va !
Ça a l’air assez fleuri et verdoyant.
+ @ SUR LE WEB
» « The Voice » : voici les quatre
finalistes de la saison 7
» Facebook s’offre Catherine Zeta-Jones
pour sa première grande série « Queen
America », une fiction de dix épisodes
www.lefigaro.fr
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2820 :
Cruelle déconvenue
Contrat : Sud joue 6 Carreaux.
Entame : Valet de .
Si vous décidez d’utiliser les pour couper deux ♣, vous
risquez une cruelle déconvenue. Imaginez que l’entame
provienne d’un singleton ou de six cartes… la chute est
immédiate.
Il y a bien mieux à faire, au vu de la qualité de vos .
Après le Roi de , donnez deux tours d’atout (ils sont 2-1,
parfait), prenez la Dame de de l’As et présentez le 9
de . Si Est couvre, coupez, coupez un ♣ et encaissez
vos deux affranchis. Si Est ne couvre pas, défaussez
votre perdant pour gagner même si Ouest avait
entamé dans Valet-10.
D8765
A9876
D42
R V 10 2
V
10 3
D76543
N
O
E
S
A94
10 5 4 3 2
5
A 10 9 8
3
RD
ARV9876
RV2
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
lundi 7 mai 2018
29
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Gisèle
Soleil : Lever 06h19 - Coucher 21h14 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Laurent Kerusoré.
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
12
21.00 Appels d’urgence
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie
Série. Comédie
Documentaire. Politique
Société. 0h55. Gendarmes de Nancy :
unités anti-cambriolages en action.
Inédit. Autour de Nancy, les cambriolages exaspèrent les habitants des
petites villes et des bourgs.
20
12
13
8
10
14
12
9
8
13
13
21.55 Appels d’urgence. Magazine.
Flics de choc pour quartiers chauds.
9
11
8
13
13
16
11
17
10
Camping Paradis
Fra. Saison 8. Avec Laurent Ournac,
Florence Coste, Dominique Frot. La
famille sans parents. Tom est ému
d’accueillir au camping Lucie qui, depuis la mort récente de ses parents,
a la garde de son frère et de sa sœur.
22.50 New York, unité spéciale
Série. Policière. EU. Avec Christopher Meloni. (4 épisodes).
Rizzoli & Isles :
autopsie d’un meurtre
EU. Saison 7. Avec Angie Harmon,
Sasha Alexander. 2 épisodes. Inédits. Juste avant le procès d’un criminel, la preuve principale disparaît
de l’entrepôt des scellées.
22.20 Rizzoli & Isles : autopsie
d’un meurtre Série 23.55 Stupéfiant ! Mag. Spéciale grand écran.
15
Macron président,
la fin de l’innocence
15
17
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
16
17
14
15
20.50 Une affaire de femmes
Film. Drame. Fra. 1988. Réal. : C. Chabrol. 1h45. Avec Isabelle Huppert.
Sous l’Occupation, une femme mariée et mère de famille s’enrichit en
avortant des femmes en détresse.
22.30 Président selon Macron
22.40 C dans l’air 23.45 Avis de sorties 23.55 C à vous. Magazine.
Débat. Prés. : F. Letellier 23.35
Soir/3 0.15 Qui sommes-nous ? Doc.
16
17
Fra. 2018. Réal. : B. Delais. 1h35. Inédit. Un an après la prise de pouvoir
d’Emmanuel Macron, des questions
se posent sur la manière dont le président endosse sa fonction.
14
13
18
16
17
5
16
APRÈS-MIDI
26
20
25
25
19.00 Les plus beaux parcs nationaux d’Asie. Série doc. 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 Scènes de ménages.
Série. Avec Marion Game.
21.00
20.50
21.00
Série. Drame
Film. Comédie dramatique
Film. Animation
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20.55 Crimes
26
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Magazine. Société. 1h50. Spéciale :
mon enfant à disparu. Au sommaire :
«Où est mon bébé ?» - «Djihad : un
aller sans retour» - «Disparition à
l’internat».
25
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22.45 Crimes dans la Sarthe. Magazine 0.40 Crimes. Magazine.
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20
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28
19.00 Car collection. Téléréalité.
Avis d’expulsion - Dernière chance.
Versailles
Blue Jasmine
Fra. Saison 3. Avec George Blagden,
Alexander Vlahos, Marie Askehave,
Evan Williams. 2 épisodes. Inédits.
Madame de Maintenon revient à
Versailles, ivre de pouvoir ; Louis la
nomme membre de son Conseil.
EU. 2013. Réal. : Woody Allen. 1h38.
Avec C. Blanchett. Lorsque son mari
est arrêté pour fraude financière et
qu’elle se retrouve fauchée, Jasmine,
New-Yorkaise snob et fragile, doit
s’installer chez sa demi-sœur.
22.45 L’effet papillon Magazine.
22.25 La Grande Bellezza Film.
Comédie dramatique 0.40 La supplication. Film 2.05 Le musée noir. Doc.
Reportage. Prés. : Daphné Roulier
23.40 Primaire. Film 1.25 Wùlu. Film.
20.50 Wheeler Dealers
Occasions à saisir
Pourquoi j’ai pas
mangé mon père
Fra. 2014. Réal. : Jamel Debbouze.
1h35. Inédit. Dans la jungle, l’épouse
du roi des Simiens donne naissance
à deux fils. L’un d’eux, malingre et
joueur, est rejeté par son père.
19
T (en °c)
-
Série doc. Science et technique. GB.
2016. 1h40. Porsche 912E 1976. Inédit. Mike s’intéresse au marché des
Porsche. - Ford Bronco 1970. Inédit.
22.30 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
23.00 Jamel et ses amis au Marrakech du rire 2016 Spectacle.
One-man show. Prés. : J. Debbouze.
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. La
voix de la liberté - La licorne.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Spy
21.00 Le pacte
21.00 Rush Hour
Film. Comédie. EU. 2015. Réal. : Paul
Feig. 2h00. Avec Melissa McCarthy.
Une modeste analyste de la CIA doit
infiltrer un réseau de trafiquants
d’armes pour sauver le monde.
Film. Thriller. EU. 2011. Réal. : Roger
Donaldson. 1h48. Avec Nicolas
Cage. Un enseignant dont la femme
a été agressée est contacté par un
homme qui propose de le venger.
Film. Action. EU. 1998. Réal. : Brett
Ratner. 1h35. Avec Jackie Chan. La
fille du consul de Chine est enlevée
à Los Angeles. Le consul fait appel à
un flic hors pair de Hong Kong.
23.10 Le transporteur 3. Film. Action
1.10 90’ enquêtes. Magazine.
22.55 Au cœur de l’étrange. Magazine. Prés. : Stéphanie Renouvin.
23.00 Walker Texas Ranger : la machination. Film TV. Action.
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OBJETS
DIVERS
FUME
LE HARENG
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ESTUAIRE
DANS LE
FINISTÈRE
BIEN
POSSÉDÉ
MANQUEMENT À
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AU FOUR
BRUIT
À RÉPÉTITION
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MONDE
DÉSERT
ENTRÉES
D’ASIE
COUPEVENT
QUI EST
ENFIN LÀ !
SYMBOLE
DU
SIEVERT
DES
LETTRES
POUR
LE PATRON
QUI PORTE
DES ŒUFS
LAPS DE
TEMPS
TRÈS
COURT
Édition Collector
PEINTURES
FANÉ
GRANDE
PUISSANCE
COMPRIMÉE
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8/14
FORCE 2
PALABRES
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de mercredi
8/13
15/21
13/18
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MOTS FLÉCHÉS N°1964
ARTISAN
FORGERON
PUNITION
DE MÔME
JEUDI
11/18
22.30 Kaamelott. Série. Avec Audrey Fleurot, Franck Pitio.
18/24
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9/21
16/26
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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16/21
13/24
16/23
11/26
9/18
15/26
16/25
MERCREDI
15/24
Série. Comédie. Fra. Avec Alexandre
Astier, Lionnel Astier, Anne Girouard. Le roi Arthur doit rechercher
le Graal, mais il n’est pas entouré par
la fine fleur de la chevalerie.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MARDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
16/22
17/23
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10/18
13/26
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
IL
CHERCHE
À ÉGALER
SON AÎNÉ
IL
ENTÉRINE
LE
MARIAGE
C’EST LE
DESSUS
DU PANIER
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
G
P
R M B O O D
MU S E
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L I A S S E
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18.40 L’info du vrai (C). Magazine
20.40 Canalbis (C). Divertissement
20.55 Catherine et Liliane (C)
24
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19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Johnny Galecki. (2 épisodes).
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lundi 7 mai 2018 LE FIGARO
30
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Yvan Benbanaste,
les us et costumes
SUCCÈS Ce tailleur ouvre Society Room,
une marque de sur-mesure hommes-femmes
qui joue aussi les salons mondains.
Jean-Baptiste Semerdjian
jbsemerdjian@lefigaro.fr
ress code : « GOLD ». C’était
pourtant écrit sur l’invitation
de cette soirée déguisée grâce
à laquelle on pouvait, entre
autres, croiser des pharaons à
paillettes en plein IXe arrondissement de Paris. Qu’importe. Coupe de champagne à la
main et sourire impeccable, Yvan Benbanaste
porte, lui, son habituel ensemble chemise blanche-cravate foncée-veste noire.
« Je suis obligé, c’est ma vitrine », commente le
fondateur de la toute jeune marque de sur-mesure pour homme et femme Society Room. Un
autre jour, lors de la soirée de lancement, Yvan
Benbanaste ne détonne plus du tout au premier
étage de l’Alcazar dans son complet trois-pièces.
Cette fois-ci, c’est la chevelure rousse de Régine
qui ressort dans l’océan des robes de cocktail.
Des fêtes déguisées du faubourg Saint-Denis à
l’institution du plus classique Saint-Germaindes-Prés, Yvan Benbanaste ne change pas, fidèle
à lui-même. « C’est un être polymorphe », commente son ami et organisateur de ladite fête
pailletée, Fabrice Gilberdy.
« Quand j’étais jeune, à Lyon, j’avais toujours
deux mille copains », exagère Yvan. L’homme est
un personnage, un mondain. Il parle fort, imite
l’accent pied-noir, sifflote, chante, propose du
D
des proportions, le mètre à la main, quand il
s’agit de confectionner une veste.
C’est dans une maison au fond d’une jolie cour
d’immeuble du quartier de la Madeleine à Paris
que se cache Society Room. Aucune plaque à
l’extérieur. C’est fait exprès. L’adresse est
connue par le bouche-à-oreille. Un nu du photographe Patrick Demarchelier
accueille le visiteur. Yvan y reçoit entre deux portants de chemises et une robe de mariée. Il
salue à peine et lance : « 50 ou 48
de largeur d’épaules ? Avec le
1971
pull-over, ce sera 50. » C’est le
Naissance à Lyon
grand jeu, le cérémonial du maî(Rhône).
tre tailleur. En essayant religieu1990
sement les vestes, on visite l’ItaS’installe à Londres
lie au fil des noms de
comme représentant
fournisseurs qu’il cite. Les cracommercial d’un
vates viennent de Côme, le tissu
grossiste en boutons.
de Biella, le cuir de Florence… Le
1991
tissu, la matière, c’est une histoiTravaille à Lyon
re de famille pour les Benbanasdans l’usine de tissus
te. «Je suis né à Lyon, là où vide son père.
vaient les canuts ! Mes arrière1998
grands-parents élevaient des
S’installe à Paris et
cocons de soie en Turquie. »
travaille dans le Sentier
(IIe arrondissement).
Usine paternelle
2005
Les dimanches de son enfance se
Prend la direction
passent dans l’usine de tissage
créative de Pal Zileri
paternelle. Et à 20 ans, il sauve
en Italie.
de justesse, avec son père, l’en2017
treprise familiale qui coulait. « Si
Crée Society Room avec
tu ne sais pas faire le travail
Fabrice Pinchart-Deny.
mieux que les ouvriers, tu ne sau-
champagne et lance des noms de famille connus
pour voir si on les saisit au vol. C’est le jeu. Son
amie, l’actrice Aure Atika, résume : « Yvan est
autant joyeux que sociable. Il a un grand réseau
dans tous les milieux et adore mettre les gens en
contact. » Le réalisateur Frédéric Jardin renchérit : « Il a réussi à construire un monde très agréable autour de lui. »
Boulimie mondaine
Derrière cette boulimie mondaine se
cache un ado provincial émerveillé
par Paris, « la capitale de la mode encore et toujours ». Yvan invoque alors
une tante parisienne. « Une tata dingue ! J’ai bu ma première vodka avec
elle à 16 ans. Elle était de la bande de
Georges Moustaki. Ils chantaient ivres
en pleurant jusqu’à 6 heures du matin.
Quel incroyable monde de libertés ! »,
rit-il. Plus sérieux, son associé et ami
de toujours, Fabrice Pinchart-Deny,
relève qu’« il faut bien connaître
Yvan pour s’entendre avec lui ». Sous
ses habits, le vrai Yvan joue à cachecache.
Ainsi va la comédie mondaine.
« J’aime profondément les gens mais
j’aime aussi mes instants de solitude,
mes bouquins, mes films… », glisse-til loin des oreilles de ses deux mille
amis. Comme l’acteur qu’il rêvait
d’être dans sa jeunesse, Yvan Benbanaste sait changer de costume, de
rôle, de ton. Le camarade de soirée à
cravate si sociable devient despote
Bio
EXPRESS
ras jamais les diriger », l’encourageait-il, à la
dure… Il étouffe et quitte le cocon familial. S’ensuivent des aventures rocambolesques entre le
quartier du Sentier de Paris et des marques de
luxe italiennes plutôt tape-à-l’œil. Yvan alterne
alors ses costumes, ses rôles, pendant sept ans :
quatre jours en Italie comme directeur de création et trois jours à Paris entouré de ses amis. Le
bosseur et l’hédoniste.
Quand il rentre définitivement d’Italie, il décide de lancer sa propre marque, Society
Room. «J’aime la notion de responsabilité sociale de l’entreprise», confie ce fils d’industriel.
Dans cette maison parfaitement décorée, Yvan
joue avec ses costumes, met en scène, jongle
entre le dé à coudre et la carte de visite, organise des dîners, convertit des amis en clients et
vice versa. « Mon idée est de créer une communauté. Ce n’est ni un showroom ni un magasin. »
Frédéric Jardin commente : « Faire des courses,
c’est un cauchemar. Là, on est bien reçu, bien
habillé. On prend son temps. » Comme chez Marie-Laure de Noailles, les gens sympathisent,
cancanent. Aure Atika conclut : « Il y avait les
salons littéraires, maintenant il y a les dîners
d’Yvan. »
Ce soir, à Society Room, on dîne, naturellement. Une odeur de poulet rôti vagabonde. Un
nez connu dans le monde des parfumeurs de
mode est déjà arrivé. Yvan sait qu’une certaine
image de ringardise lui colle aux basques depuis
l’Italie. Le secteur change. « Certains grands
créateurs ne savent même plus dessiner, grince-til. Ce métier fait parfois ressortir les pires des comportements. L’éducation disparaît. » Sous les
paillettes, la jungle. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Poucet [pou-sè]
PARIS SECRET
Paris est une fête, et surtout un mystère :
la ville de Saint Louis et d’Henri IV, de Victor
Hugo et de Balzac, de Modigliani et de Robert
Doisneau n’a pas fini d’éblouir. De Notre-Dame à
La Défense, de Montparnasse au Père Lachaise,
des hôtels particuliers aux passages couverts,
Le Figaro Hors-Série vous fait découvrir Paris tel
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De taille à affronter l’ogre.
emain soir, en finale de la Coupe de France, le Paris Saint-Germain affronte
l’équipe des Herbiers, à qui son modeste rang vaut le surnom de Petit Poucet.
L’expression vient du fameux conte de Perrault – « Il n’était guère plus gros
que le pouce » – et a été adoptée dans le football.
Incontestablement, face à la prestigieuse formation parisienne, Les Herbiers font figure
de Petit Poucet, mais, justement, cette équipe à la va comme je te pousse, bien décidée
à ne pas en céder un sur le terrain, peut fort bien pousser aussi les Parisiens : dans leurs
derniers retranchements.
Ainsi, qu’un joueur vendéen pousse le ballon au fond des filets adverses, cela signifierait
que le destin a décidé de donner un coup de pouce, et même de main, au Poucet.
Qu’adviendrait-il alors ?
Confrontés à ces jeunes pousses, les Parisiens, quoiqu’ils s’en défendent, regardent leurs
adversaires comme une poussière sur le chemin de leur sacre. Mais qu’ils prennent garde,
une poussière peut devenir un caillou dans la chaussure.
Un caillou ? On sait l’usage judicieux que le Petit Poucet en fit pour vaincre l’adversité. ■
D
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
À Paris, des policiers dorment
dans leur voiture
Alors que des élus LaREM de la Ville de Paris
proposent de vendre des HLM du parc de la capitale,
le sénateur LR de Moselle François Grosdidier
(photo) s’indigne que bien des policiers affectés
en Ile-de-France soient si mal logés. Selon lui,
« la Préfecture de police ne trouve pas de logement
à 1 000 policiers par an, affectés en région parisienne
et livrés à eux-mêmes, obligeant certains à dormir
dans leur voiture ou à être en colocation à six ou huit
en attendant une solution plus digne ». Les syndicats
de la « grande maison » ont salué son intervention.
Les Musées du Vatican,
entre tradition
et innovation
Une association
pour le 50e anniversaire
du 30 mai 1968
Barbara Jatta, la directrice des Musées
du Vatican, est intervenue vendredi
à Paris, lors d’un séminaire international
organisé par le Collège de France, avec
une conférence magistrale sur le thème
« Musées du Vatican, entre tradition
et innovation ». Cette femme, nommée
par le pape François, dirige le troisième
musée du monde. Il accueille 6 millions
de visiteurs chaque année et propose
plus de 20 000 œuvres, de l’Antiquité
à aujourd’hui, dont un joyau : la chapelle
Sixtine.
Les deux premiers manifestants
du grand rassemblement gaulliste,
Pierre Habib-Deloncle et Xavier
Louy, ont créé une association
pour célébrer le 50e anniversaire
de cet événement qui avait stoppé
net le mouvement gauchiste. Ils
appellent les gaullistes à se réunir
le 30 mai, à 18 h 30, au pied de
la statue du général de Gaulle,
près du Grand Palais, à Paris,
pour rappeler que, ce jour-là,
de Gaulle avait sauvé la France.
GISSELBRECHT/ANDIA.FR
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
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