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Le Figaro_-_10_05_2018

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jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 936 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ÉDUCATION
TRADITION ET EXCELLENCE,
LES BONNES RECETTES DES
ÉCOLES JUIVES PAGE 12
ENTRETIEN
SELON LE PRÉSIDENT DU PAYS BASQUE,
« LA POPULATION A TOURNÉ LE DOS
DEPUIS LONGTEMPS À ETA » PAGE 16
EUROPE
Macron tente
de secouer
à nouveau les
Vingt-Sept PAGE 6
CORÉE DU NORD
Négociations
serrées en vue
du sommet
Trump-Kim PAGE 7
ÉDUCATION
La fable
du papillon damier
qui n’arrivait plus
à évoluer PAGE 9
SOCIAL
Le gouvernement
dévoile son plan
pour l’égalité
professionnelle
hommes-femmes
Iran : crise ouverte
entre Trump et l’Europe
En sortant de l’accord sur le nucléaire iranien, le
président des Etats-Unis a tourné le dos à ses alliés
européens, exposés à des sanctions de sa part.
JONATHAN ERNST/REUTERS
ENVIRONNEMENT
PAGES 2 À 4, 14, 15 ET L’ÉDITORIAL
CHAMPS LIBRES
PAGE 19
La chronique
d’Éric
Zemmour
Le tête à tête
de Charles
Jaigu
La tribune de
Bruno Tertrais
L’entretien
avec Jean
Peyrelevade
La chronique
de Luc Ferry
L’analyse de
Laure
Mandeville
n
n
n
n
n
n
PAGES 12 À 15
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Agressions sexuelles :
faut-il imposer la
castration chimique pour
éviter la récidive ?
OUI
81 %
NON
19 %
TOTAL DE VOTANTS : 18 915
M 00108 - 510 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@p@b@a@k";
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sur lefigaro.fr
Approuvez-vous la
décision de Donald Trump
de rejeter l’accord sur le
nucléaire iranien ?
FRANÇOIS BOUCHON / LE FIGARO VINCENT WEST/REUTERS - JEANCHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Comment l’État pourrait
compenser la suppression
de la taxe d’habitation
Réforme des institutions :
face à Macron, Larcher
organise la riposte
La promesse présidentielle de
supprimer la taxe d’habitation
va priver les collectivités locales de 23 milliards d’euros de
recettes. Un rapport remis au
gouvernement suggère plu-
Une chose est entendue : le
président du Sénat, Gérard
Larcher, ne veut pas soutenir
le texte de la révision constitutionnelle sans garanties sur
les droits du Parlement et sur
sieurs pistes pour réorienter
d’autres impôts vers elles, afin
de préserver leurs ressources.
Les résidences secondaires seront toujours soumises à la taxe
d’habitation. PAGE 18
la représentation des territoires. Il l’a redit une nouvelle
fois mercredi après-midi,
alors que le texte était présenté le matin même au
Conseil des ministres. PAGE 5
ÉDITORIAL par Patrick Saint-Paul psaintpaul@lefigaro.fr
Coup de froid transatlantique
L
e scénario du pire redouté sur le
Vieux Continent au moment de
l’élection de Donald Trump vient de
prendre corps. L’ampleur du camouflet infligé par le président
américain à ses alliés européens a levé un
vent de stupeur. Au-delà d’une rupture hasardeuse, la décision de se retirer brutalement de l’accord nucléaire iranien, imposant
ses conséquences aux autres parties, jette un
nouveau coup de froid sur une relation transatlantique déjà malmenée.
En tournant le dos à l’approche multilatérale
tout en se posant en « gendarme économique
de la planète », Trump ne pouvait que provoquer la colère de ses alliés européens, dont il
s’est détourné, se montrant plus sensible aux
arguments d’Israël et de l’Arabie saoudite. En
imposant l’extraterritorialité des mesures
économiques dirigées contre l’Iran, le président américain place les entreprises européennes dans une situation inacceptable, les
mettant à la merci de la justice américaine.
Pour quel résultat ? Il est peu probable que
Trump obtienne un meilleur « deal », ni que
sa sortie de l’accord force l’Iran à revenir à la
table des négociations ou contribue à contenir
ses ambitions au Moyen-Orient. Au contraire, il renforce les éléments les plus radicaux
en Iran, qui s’opposaient depuis le début à un
contrôle du programme nucléaire iranien. Sa
décision de rétablir les sanctions d’avant
2015, au nom de la souveraineté américaine,
aura pour effet d’isoler les États-Unis.
Le monde est encore un peu plus incertain
depuis mardi. Quelle crédibilité les ÉtatsUnis auront-ils pour négocier avec la Corée
du Nord après ce revirement ? En déchirant
l’accord de Vienne
alors que l’Iran respectait ses obligations
et que les autres signataires réclamaient
son maintien, Trump
prend le risque de
déstabiliser un peu plus les relations internationales, un ordre dont les États-Unis étaient
les garants jusqu’ici.
Cette crise peut être salutaire si elle pousse à
un sursaut de l’Europe. Les aléas affectant désormais la garantie de sécurité américaine
soulignent l’urgente nécessité pour les Européens d’élaborer une stratégie autonome. Et
de s’en donner les moyens. ■
Logiciel de gestion d’entrepôt
Trump s’est
détourné
de ses alliés
européens
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ISSN 0182.5852
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A
Retour aux
fondamentaux
pour les futurs
programmes
du lycée PAGE 8
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jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
AIEA : TÉHÉRAN
REMPLIT SES
ENGAGEMENTS
L’Agence internationale
de l’énergie atomique (AIEA)
a confirmé mercredi
que l’Iran remplissait ses
« engagements en matière
de nucléaire », conformément
à l’accord de Vienne.
« L’Iran est soumis au régime
de vérification le plus fiable
au monde en matière
de nucléaire », a redit Yukiya
Amano, directeur général
de l’agence. L’accord de 2015
est une « avancée importante
en matière de vérification »,
selon l’AIEA qui « suit
de près les développements »
concernant cet accord.
Iran : Trump ouvre une crise
En dénonçant l’accord sur le nucléaire, le président américain tourne le dos aux
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
CORRESPONDANT À BRUXELLES
LE 8 MAI commémore la victoire de
1945, le 9 mai marque la journée de l’Europe. À cette double célébration, Donald
Trump vient d’ajouter une pierre noire :
le jour où l’Amérique a tourné le dos à
l’Europe, humilié ses trois plus grands
alliés dans l’Otan et mis en péril le travail de trois générations pour éloigner le
péril atomique. Avis de grand frais sur
l’Atlantique Nord ! La dépression guettait depuis l’investiture du milliardaire
de Brooklyn. Retrait de l’accord climatique de Paris, diatribe contre l’alliance
militaire jugée « obsolète », déménagement de l’ambassade américaine à
Jérusalem, chantage à la taxation des
importations d’acier, les signes n’ont
pas manqué. Mais il aura fallu attendre
16 mois pour que l’atmosphère devienne franchement électrique et que l’orage frappe directement l’Europe.
Le président Trump a claqué la porte
d’un accord ratifié par le Conseil de sécurité des Nations unies. C’était attendu.
Plus grave, il a imposé unilatéralement
des sanctions à effet immédiat au Vieux
Continent, comme pour le contraindre à
suivre un dangereux cavalier seul sur
l’Iran, sur les déchirements du MoyenOrient et sur la prolifération nucléaire.
Les arguments d’Israël, de l’Arabie
saoudite et des Émirats arabes unis ont
pesé plus lourd que ceux des Européens.
Le clivage crée, de l’autre côté, une
entente aussi hétéroclite de défenseurs
du « multilatéralisme » en général et de
l’accord de 2015 en particulier : l’Iran
bien sûr, mais aussi la Russie et la Chine,
en compagnie des trois signataires
européens, la France, l’Allemagne et le
Royaume-Uni. Les « 3M », Emmanuel
Macron, Angela Merkel et Theresa May
ont cimenté leur engagement dès mardi, en invoquant un souci de « sécurité
partagée », hors de l’Otan et de l’UE.
L’ancien président Obama a beau jeu de
dénoncer un successeur qui « sape la
crédibilité de l’Amérique et (la) brouille
avec les plus grandes puissances ». Les
sommets du G7, les 8 et 9 juin au Québec, puis de l’Otan, les 11 et 12 juillet à
Bruxelles, s’annoncent chahutés. L’Occident est déchiré.
L’UE aux abonnés absents
Et maintenant ? Que le président Trump
soit sincère ou pas dans la quête d’un accord « plus large » imposant un contrôle serré de la République islamique, la
responsabilité la plus lourde pèse désormais sur les Européens - ou plutôt sur les
épaules des « 3M » parce qu’on n’entend pas beaucoup les autres. C’est la
promesse d’Emmanuel Macron (voir-ci
Des Iraniens brûlent
des drapeaux
américains
et israéliens,
mercredi à Téhéran.
ATTA KENARE/AFP
Maintenant,
on dit qu’on
veut continuer
l’accord nucléaire
avec les trois
pays européens,
(mais) je ne fais
pas confiance à ces
trois pays (…) Vous
voulez conclure
un accord, obtenez
des garanties
réelles, car demain
ils feront la même
chose que ce que
les États-Unis
ont fait
»
A
LE GUIDE SUPRÊME ALI KHAMENEI
+
» Lire aussi PAGES 14 ET 15
Les six raisons du président américain pour dénoncer l’accord
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
DONALD TRUMP Et son entourage fournissent depuis mardi toutes sortes de
justifications à son retrait de l’accord nucléaire conclu en 2015 avec l’Iran. Elles
vont de ses promesses électorales à la
perspective aléatoire d’un « meilleur
deal » avec Téhéran.
Mais aucune n’explique en quoi
l’abrogation d’un compromis imparfait
est préférable à son maintien, même
temporaire, dans l’attente d’une solution
alternative. La Maison-Blanche n’invoque pas de violation précise de l’accord
et se dispense de proposer un « plan B »,
a fortiori une stratégie pour le cas où son
geste n’aurait pas les effets escomptés…
Pourquoi une décision aussi radicale sur
un argumentaire aussi imprécis ?
La première raison tient aux ressorts
personnels de la décision de Trump, qui
concrétise une réaction épidermique.
L’accord iranien (JCPOA) représente
l’un des principaux héritages de Barack
Obama en politique étrangère. À ce titre,
Trump l’a critiqué à longueur de campagne comme « le deal le plus désastreux
que les États-Unis aient jamais passé »,
avant même de pouvoir formuler à son
endroit des griefs précis. Ce péché originel est aggravé aux yeux du président
par la restitution de 400 millions de dollars d’avoirs iraniens en espèces, du fait
des sanctions limitant les transactions
bancaires. Prendre le contre-pied de son
prédécesseur sert de boussole par défaut
au chef de la Maison-Blanche.
Avant d’être une philosophie, le trumpisme est une méthode. Il sera dit que ce
président tient ses promesses électorales, quoi qu’il en coûte, qu’elles aient été
au départ mûrement réfléchies ou pas.
Ce fil rouge se manifeste quotidiennement sur le plan intérieur, dans le durcissement constant des règles d’immigration et la dérégulation à tout-va. « En
chaque occasion, il démontre qu’une promesse faite est une promesse tenue », s’est
empressé d’applaudir Brad Parscale, le
directeur de la campagne pour sa réélection en 2020, affirmant que Trump
« place l’Amérique d’abord en mettant fin
à ce mauvais accord ». Le président n’en
« totalement inacceptable » pour Trump,
pense pas moins : « Cette action envoie un
de même que l’absence d’entraves au
message crucial, a-t-il déclaré mardi.
programme balistique et à l’expansionLes États-Unis ne lancent plus de menaces
nisme iranien déstabilisant le Moyenen l’air. Quand je fais des promesses, je les
Orient. Ces failles sont reconnues par les
tiens. »
alliés européens de Washington, qui ont
Le troisième argument répond à l’improposé d’y remédier dans un accord
pératif d’apparaître fort, alpha et oméga
complémentaire. Le président américain
de la doctrine de Trump en politique
a préféré détruire le JCPOA, ce que Chris
étrangère, résumée dans son slogan « la
Ruddy, un ami personnel du président,
paix par la force ». Cette exigence cordépeint comme « sa tactique de négociarespond au tempérament de l’ancien
tion classique : je n’aime pas ce deal, je le
promoteur new-yorkais, à son penchant
déchire et j’en fais un autre ». Pour s’en
pour les dirigeants autoritaires et à son
justifier, Trump a renversé la charge de
image électorale. Sa première année au
la preuve : « Il est clair qu’on ne peut pas
pouvoir l’a en outre
empêcher une bombe nuconvaincu que les appels à
cléaire iranienne sous la
la prudence des « experts »
structure pourrissante de
reposaient sur des craintes
l’accord actuel. Si je permetexagérées. Le retrait du
tais qu’on le garde, il y aurait
Partenariat transpacifique
bientôt une course aux aret de l’accord de Paris sur le
mements
au
Moyenclimat, le transfert de l’amOrient. » Précisément ce
bassade américaine à Jéruque redoutent les critiques
salem (inaugurée lundi
de sa décision.
prochain) ou l’imposition
Plus profondément, la
de tarifs douaniers n’ont
cinquième motivation de
JOHN BOLTON
pas provoqué le chaos anTrump procède du sentiCONSEILLER À LA
SÉCURITÉ NATIONALE
noncé par certains.
ment anti-iranien toujours
À l’inverse, Trump a acrépandu aux États-Unis. Le
quis la certitude que seule
souvenir de la prise d’otaUne leçon
sa « campagne de pressions
ges de 1979 reste une humiapprise depuis
maximales » sur la Corée
liation nationale. Seuls 21 %
longtemps, mais
du Nord avait mené Kim
des Américains étaient famalheureusement
Jong-un vers la table de
vorables au JCPOA lors de
oubliée par
négociations et permis la lisa conclusion en 2015 et Bala précédente
bération mercredi de trois
rack Obama n’a même pas
Administration,
Américains emprisonnés
essayé de le faire valider par
est que nous
par Pyongyang. « Une leçon
le Congrès. Pour les faune négocions
qu’en position
apprise depuis longtemps,
cons, l’accord a offert une
de force
mais
malheureusement
légitimation à ce « régime
oubliée par la précédente
de terreur », « meurtrier
Administration, est que nous
d’Américains », selon les
ne négocions qu’en position de force », a
termes du président. Il n’a pas « modérappelé mardi John Bolton, le conseiller à
ré » la politique étrangère iranienne
la sécurité nationale. Pour cette Admicomme espéré, tout au contraire, et il a
nistration, la puissance américaine peut
« lié les mains » des Américains pour la
se permettre un unilatéralisme brutal.
contrecarrer efficacement. Un raisonne« Si un camp est prêt à utiliser la force et
ment poussé par Israël et l’Arabie saoul’autre non, la force gagne », postule
dite, deux alliés préférés aux Européens
Reuel Marc Gerecht à la Fondation pour
dans la décision présidentielle.
la défense des démocraties.
La sixième incitation à agir découle de
La quatrième raison tient aux lacunes
la conviction de Trump qu’il est un néréelles de l’accord nucléaire. L’expiragociateur hors pair et peut forcer les Iration de certaines clauses après 2025 est
niens à accepter un « meilleur deal ».
LAMARQUE/REUTERS
HO/AFP
Donald Trump montre
le document signé de sa main
réinstaurant les sanctions
économiques maximales sur
le régime iranien, après avoir
annoncé le retrait américain
de l’accord sur le nucléaire,
mardi à Washington. S. LOEB/AFP
»
« Naturellement, ils refusent (…). J’en dirais probablement autant à leur place, at-il déclaré mardi. Mais le fait est qu’ils
vont vouloir trouver un nouvel accord durable. » Cette assurance procède de
l’analyse du rapport de forces. L’économie iranienne est en crise, la population
s’agite : « Les indices sont mauvais, certains même prérévolutionnaires, c’est un
bon moment pour accroître la pression »,
plaide le faucon Reuel Marc Gerecht.
Cela ne fait pas pour autant une stratégie. Que se passera-t-il si, les sanctions
aidant, Téhéran s’estime libéré de ses
contraintes nucléaires ? « La folie d’une
bombe iranienne ne fera que mettre en
danger la survie du régime », a dit le président, renouvelant mercredi la menace
de « graves conséquences ». Le raisonnement américain est que la menace
crédible de la force constitue la meilleure
garantie contre son usage. Déclencher
une guerre contre l’Iran contredirait
tous les principes du trumpisme. Mais le
risque d’être entraîné dans une escalade
avec Israël n’est pas absent. « Même avec
Trump comme président – ce qui est pour
moi une source d’hésitation considérable
–, il est préférable d’avoir une crise nucléaire maintenant », tranche Gerecht.
L’argumentaire de la Maison-Blanche
ne résout pas ses propres contradictions.
Si le régime est tellement corrompu
qu’on ne peut lui faire aucune confiance,
pourquoi chercher un nouveau « deal »
avec lui ? Si l’objectif ultime de
Washington est d’éliminer les mollahs,
pourquoi ceux-ci se prêteraient-il au
jeu ? « Certains dans l’Administration
s’imaginent provoquer un changement de
régime juste en appuyant sur les bons boutons, c’est une vision extraordinairement
simpliste et naïve », estime Wendy Sherman, négociatrice avec l’Iran sous Obama.
Dans le monde de Trump et des faucons qui l’entourent, l’Iran et la Corée du
Nord n’ont pas d’autre choix que de se
plier aux injonctions américaines – et les
alliés sont priés de choisir leur camp.
« Toute nation garde le droit de corriger
une erreur passée », professe John Bolton
pour justifier l’abandon du JCPOA. Que
dira-t-il si Téhéran reprend la formule à
son compte ? ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 10 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
avec l’Europe
Européens, qui se retrouvent avec une lourde responsabilité.
quitter le juteux marché iranien. Tous
comme les constructeurs automobiles
allemands, directement rappelés à l’ordre par un ambassadeur des États-Unis
peu diplomate.
Vingt-quatre heures après le coup de
tonnerre, l’UE en tant qu’institution
reste comme en vacance, aux abonnés
absents. Rien au-delà de commentaires
convenus sur l’unilatéralisme de Donald
Trump et sa prétention d’imposer
l’« extraterritorialité » des décrets de la
Maison-Blanche. Au contraire de la récente passe d’armes transatlantique sur
l’acier et l’aluminium, Bruxelles n’a
même pas pris la peine d’esquisser une
possible riposte à Donald Trump.
Il existe pourtant un précédent : en
1982, à l’un des pics de la guerre froide,
le président américain s’appelle Ronald Reagan et la CEE le remet
vertement à sa place. Il vient de décréter un embargo total contre l’URSS et
la construction d’un gazoduc eurosibérien. Les Dix ne se contentent pas
de refuser souverainement d’appliquer
la punition. Ils décident de vraies représailles : réquisition du matériel destiné au chantier soviétique afin de couvrir leurs entreprises et poursuites
pénales contre ceux qui appliqueraient
les sanctions américaines. Cinq mois
plus tard, la Maison-Blanche jette
l’éponge. ■
Emmanuel Macron avec le président iranien Hassan Rohani, le 18 septembre dernier
à New York. STÉPHANE LEMOUTON / BESTIMAGE
Paris à la manœuvre pour
tenter de sauver le traité
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
Moscou se résigne à la décision de Washington
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
BIEN QUE « très préoccupé » par le
rejet américain de l’accord nucléaire,
un document qu’il a signé et dont il
souligne « l’importance », Vladimir
Poutine ne devrait pas faire front commun avec les Européens pour tenter de
le sauver. En préambule d’une discrète
rencontre avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, mercredi à Moscou, le président russe a
simplement qualifié la situation de
« tendue ». « J’espère que nous chercherons des solutions qui pourraient aider à
réduire les conflits aigus », a-t-il ajouté,
fidèle à sa position d’équilibriste au
Proche-Orient.
D’un côté, la Russie collabore étroitement avec son allié iranien, lui-même principal sponsor du régime
syrien, avec lequel il mène des pourparlers de paix sur la Syrie, au sein
d’une troïka associant la Turquie. Poutine, Erdogan et Rohani se sont vus le
4 avril à Ankara. De l’autre, Moscou
entretient d’excellents rapports avec
Israël alors que l’État hébreu est en
guerre contre Damas et compte Téhéran comme principal ennemi. Depuis
le début de l’année, Vladimir Poutine a
rencontré à deux reprises son homologue israélien, dont il partage les préoccupations sécuritaires.
Sur le papier, la Russie occupe une
position enviable. « Mais dans la mesure où Donald Trump a choisi la voie plus
dure de sortie de l’accord, elle ne peut
certainement pas jouer les médiateurs.
Son principal problème n’est pas l’abandon du document, mais le fait que cela
complique la situation en Syrie », explique Fedor Loukianov, directeur scientifique du club diplomatique Valdaï.
Poutine évite
toute position partisane
L’intensification, ces dernières semaines, des frappes israéliennes en Syrie
préoccupe Vladimir Poutine. Mais il se
retient de toute position partisane.
Lorsque ces dernières ne visent que les
intérêts de Téhéran dans la région, le
Kremlin se garde de les condamner publiquement, comme le tir qui a visé
mardi soir, au sud de Damas, un dépôt
Benyamin Nétanyahou, le premier ministre israélien, Vladimir Poutine, le président russe,
et Aleksandar Vucic, le président serbe, mercredi, à Moscou, lors de la célébration
du 73e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie. ALEXEI DRUZHININ/AFP
des gardiens de la révolution, l’armée
d’élite du régime iranien. Même silence
le 30 avril, lorsque Israël a été accusé
d’avoir frappé des cibles iraniennes
dans les provinces d’Alep et de Hama.
En revanche, lorsque les missiles israéliens touchent son indéfectible allié
syrien, Moscou s’aventure à chapitrer
Tel-Aviv. Déclenchés cinq jours avant
les frappes alliées à Damas en lien avec
l’attaque chimique de Duma dont le
Kremlin niait l’existence, les bombardements israéliens contre l’aéroport
militaire syrien T4, près de Homs le
9 avril, ont été qualifiés de « développement très dangereux » par le chef de
la diplomatie, Sergueï Lavrov. En attendant, sous la pression d’Israël, la
Russie pourrait renoncer à livrer à
Damas les missiles S 300 qu’elle lui
avait promis au lendemain des frappes
occidentales.
« Tout ce que peut faire la Russie est
de tenter de contenir les actions de l’Iran
en Syrie, mais ses ressources sont limitées car Téhéran a plus d’influence sur le
plan militaire terrestre. Et si on chatouille
trop Téhéran, Moscou deviendra totalement impuissant », redoute Mariana
Belenkaya, analyste au Centre Carnegie. Si ce point de rupture devait arriver
par la faute de Washington, le Kremlin
se contenterait d’assister en spectateur
à son agonie. Le pouvoir russe ne se fait
guère d’illusions sur la capacité et la
volonté des Européens de tenir tête à
Donald Trump.
Tenu à une solidarité de façade avec
les Occidentaux à l’époque où les sanctions frappaient Téhéran, le Kremlin se
verrait cette fois délier les mains par
l’oukase de Trump. « La Russie est déjà
sanctionnée de toutes parts, et contrairement aux entreprises européennes qui
ont plus à perdre des représailles américaines, elle pourrait en profiter pour renforcer ses liens d’affaires avec Téhéran », pronostique Fedor Loukianov.
Moscou est prêt à débloquer 2,2 milliards d’euros de crédit pour la
construction d’une centrale électrique
dans la province d’Hormozgan et
l’électrification d’une ligne ferroviaire
reliant Garmsar et Incheh Boroun, à
l’est de Téhéran. ■
DEPUIS QUE les négociations sur le nucléaire iranien ont été amorcées en
2003 par les Européens, la France a
toujours eu un rôle moteur. Membre
permanent du Conseil de sécurité de
l’ONU, dont elle est l’une des cinq puissances nucléaires, très engagée dans les
processus internationaux de désarmement, elle possède l’une des meilleures
expertises mondiales sur le sujet. En
2015, sous l’impulsion du ministre des
Affaires étrangères, Laurent Fabius,
c’est Paris qui avait durci l’accord arraché par la communauté internationale
à Téhéran, là où Barack Obama se disait
prêt à davantage de concessions. C’est à
ce titre, et parce que la France a aussi
des responsabilités européennes qu’elle
se place au centre du jeu pour sauver ce
qui peut encore l’être des restes de l’accord du 15 juillet.
« Ce n’est pas la fin de l’histoire, mais
un nouveau chapitre. Nous devons garder cet accord et le compléter », assure
une source à l’Élysée. Paris compte sur
« la capacité d’Emmanuel Macron à
parler à tout le monde » pour limiter les
dégâts. C’est dans cet esprit que Paris,
Londres et Berlin, les trois pays européens les plus engagés dans l’affaire
iranienne, ont demandé à Téhéran de
continuer à respecter ses obligations
malgré le retrait américain. Encercler
les États-Unis, compenser leur départ.
Construire l’unité de l’Europe. Rallier
la Chine et la Russie. Continuer à travailler avec l’Administration américaine, notamment sur le rythme du
rétablissement des sanctions et promouvoir une «approche globale» sur
le sujet. La méthode a déjà été testée
avec l’Accord de Paris sur le climat,
dont les États-Unis se sont retirés en
juin 2017. « Nous n’avons eu de cesse
d’essayer de le maintenir. Et de fait, il
n’y a jamais eu une mobilisation aussi
forte pour cet accord dans la communauté internationale », fait valoir une
source diplomatique.
La marge de manœuvre dont bénéficient Emmanuel Macron et ses alliés
européens est pourtant faible. Le compromis sur le nucléaire iranien est plus
complexe à gérer que l’Accord sur le
climat. L’activité diplomatique intense
déployée ces dernières semaines, qui
visait, selon une source proche du dossier, à « éviter un saut dans le vide »,
une période de « sidération absolue »,
n’a pas permis de limiter, dans son intensité, la réaction américaine. Emmanuel Macron, qui a cultivé sa bonne relation avec Donald Trump, espérait
pouvoir l’influencer. Le verdict iranien
de la Maison-Blanche a constitué un
net désaveu.
Le chemin n’est guère plus large en
direction de l’Est. Si le président iranien modéré Hassan Rohani n’a pas exclu, face aux Européens, de rester dans
l’accord, il n’est pas forcément celui qui
décidera à Téhéran. L’ayatollah Ali
Khamenei, le guide suprême et l’homme le plus puissant d’Iran, a exigé des
Européens qu’ils fournissent des « garanties réelles ». « Je ne fais pas
confiance à ces trois pays, a-t-il dit, car
demain ils feront la même chose que les
États-Unis. »
La question des « trois piliers » que
les Européens aimeraient aborder avec
la République islamique et dont ils ont
durci l’esprit ces derniers mois pour
convaincre Trump de rester à bord,
bute sur les rivalités politiques interiraniennes mais aussi sur ce que Téhéran considère comme ses intérêts stratégiques. Qu’adviendra-t-il de l’accord
en 2025, lorsque les clauses gelant son
programme nucléaire tomberont ?
Comment museler le programme balistique iranien ? Comment freiner ou réduire l’influence militaire déstabilisante exercée par les milices iraniennes et
leurs affidés en Syrie ? En 2015, avec un
Barack Obama pourtant ouvert vis-àvis de Téhéran, il avait déjà été impossible de prendre en compte les questions du programme balistique et les
tentations hégémoniques de l’Iran.
C’est l’une des raisons pour lesquelles
l’accord avait été jugé imparfait. Mais la
France estimait qu’elle était allée au
bout des pressions qu’elle pouvait, seule, exercer vis-à-vis de ses partenaires
sans risquer de faire capoter l’accord.
Aujourd’hui, Paris appelle Téhéran «
à la retenue et au dialogue ». L’intérêt
de l’Iran, pensent les diplomates de
l’Élysée, est que la région soit « stabilisée » et que se poursuive « la lutte collective contre le terrorisme en Syrie ».
Mais si la France croyait deviner chez
Hassan Rohani « un état d’esprit
ouvert », nul doute que la décision
américaine aura eu l’effet d’une douche
froide, même sur les réformateurs.
La décision de Trump
risque d’entraîner les
acteurs régionaux dans
une dangereuse escalade,
alors que l’Iran et Israël
sont déjà au bord
de la guerre en Syrie
Si les ouvertures ne sont pour l’instant guère visibles, les risques, eux, le
sont. Dans une interview publiée le
6 mai dans Der Spiegel, Emmanuel Macron a évoqué la possibilité « d’une
guerre ». Mercredi, le président français a déclaré, cette fois à la télévision
allemande, que l’Europe était désormais « en charge de garantir l’ordre
multilatéral » mondial. L’Élysée redoute un affaiblissement de la lutte contre
la prolifération nucléaire, un « objectif
majeur pour la France ». Si l’Iran chiite
décidait, officiellement ou clandestinement, de remettre en marche ses centrifugeuses et de reprendre sa marche
vers la bombe, les pays sunnites de la
région, Arabie saoudite, Égypte ou Turquie, pourraient être tentés à leur tour
d’emprunter le même chemin.
L’ouverture de la boîte de Pandore
pourrait entraîner ce qu’on appelle une
« cascade » de prolifération.
L’affaiblissement du système multilatéral est un autre élément d’instabilité
dans les relations internationales. La
décision de Donald Trump met en cause la crédibilité des accords internationaux, même ceux qui sont entérinés
par les Nations unies. Elle affaiblit la
parole des États-Unis, qui avait déjà été
malmenée en Syrie par Barack Obama.
Elle risque enfin d’entraîner les acteurs
régionaux dans une dangereuse escalade, alors que l’Iran et Israël sont déjà au
bord de la guerre en Syrie. La perspective d’une solution pacifique au conflit
syrien s’éloigne. Celle d’une victoire
des conservateurs en Iran, au contraire, se rapproche.
Des vents noirs soufflent en direction
du Moyen-Orient. Seront-ils stoppés
par ce qu’un observateur avisé nomme
« la ligne rouge invisible » du nucléaire
iranien ? Celle qui provoquerait une réponse militaire américaine si elle était
franchie. Et qui pourrait s’avérer être
plus efficace « que les lignes rouges tracées dans le sable ». ■
A
contre). C’est aussi le constat du président iranien, Hassan Rohani, prêt à relancer les centrifugeuses et l’enrichissement de l’uranium si rien ne stoppe
l’étau américain.
L’horloge tourne et la question hantera jeudi prochain un sommet des
Vingt-Huit à Sofia. Le pacte noué avec
Téhéran grâce à des années de patience
européenne est à l’agonie. Il recevra le
coup de grâce si les multinationales du
Vieux Continent déjà peu rassurées désertent l’Iran, le privant des investissements et des revenus censés récompenser le respect de la parole donnée.
Airbus, sur liste du Trésor américain en
compagnie de Boeing, est déjà prié de
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Abolghassem Delfi : « Pour sauver
l’accord, l’UE doit l’appliquer »
Selon l’ambassadeur d’Iran, Téhéran souhaite continuer à dialoguer avec les Européens.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALAIN BARLUET £@Barluet
ET PATRICK SAINT-PAUL £@psaintpaul
L’AMBASSADEUR de la République islamique d’Iran, Abolghassem Delfi, réagit
pour Le Figaro à la décision américaine de
se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien.
LE FIGARO. - Les Européens peuvent-ils
sauver l’accord sur le nucléaire
et comment ?
Abolghassem DELFI. - La décision américaine n’est pas une surprise pour nous.
Dès la signature de l’accord, en 2015, les
États-Unis ne se sont pas engagés pleinement pour son application et cela, même
sous le mandat de Barack Obama. Avec
l’arrivée de Donald Trump sur la scène
politique, leur attitude s’est durcie. Les
slogans de campagne du candidat républicain, sa façon de parler de l’influence
de l’Iran au Moyen-Orient, tout ceci a
contribué à empêcher une application
normale de l’accord, comme les ÉtatsUnis auraient dû le faire s’ils avaient agi
de façon responsable. Au contraire, ils
ont invoqué des prétextes mensongers et
hypocrites pour se retirer d’un accord international approuvé par la résolution
2 231 du Conseil de sécurité des Nations
unies.
Donald Trump prétend que l’Iran agit à
l’encontre d’un accord qui prescrit
l’arme nucléaire. Or l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a pu
constater lors de ses inspections régulières que nous respectons scrupuleusement
cet accord. D’ailleurs, avant même sa signature, nous n’avons jamais cherché à
nous doter de l’arme nucléaire.
Venons-en aux Européens : selon nous,
ils n’ont pas complètement joué le jeu
avec l’Iran. Les entreprises, les banques
n’ont pas vraiment été dans le sens d’une
application de l’accord qui était pourtant
censé instaurer des relations économiques normales entre l’Iran et le reste du
monde.
Lorsque les Européens disent : « nous
sommes pour le maintien de l’accord »,
nous répondons « ce n’est pas suffisant, il
faut l’appliquer ». Il faut qu’ils s’affranchissent de la crainte de l’extraterritorialité imposée par les Américains. À partir
du moment où on nous demande de respecter l’accord, il est indispensable que
nous puissions pleinement en bénéficier.
L’accord peut-il survivre
sans les Américains ?
La responsabilité de chaque puissance est
engagée dans cette affaire. La Russie et la
Chine ont montré leur volonté de voir
continuer l’accord. Les Européens disent
la même chose. Mais il est certain que,
même s’ils restent dans l’accord, le retrait
américain va entraîner des difficultés. Le
“
propres
À la France
et aux Européens
d’agir en fonction
de leurs intérêts
Quel peut être le rôle d’Emmanuel
Macron ?
Notre relation va dans la bonne direction
même si nous avons parfois des différences de point de vue. Le président Macron
a déployé beaucoup d’efforts pour tenter
de convaincre Donald Trump lorsqu’il
s’est rendu aux États-Unis. Nous avons
malheureusement pu constater mardi
soir que ces efforts n’étaient pas suffisants. Pourtant, les Américains ne peuvent pas imposer aux autres pays leur façon de voir. À la France et aux Européens
d’agir en fonction de leurs intérêts pro-
pres. Dans cette perspective, nous pourrons travailler ensemble sur bien d’autres
sujets, comme le Liban, par exemple.
La décision américaine peut-elle avoir
des répercussions en Iran en donnant
des arguments aux forces politiques
les plus conservatrices ?
Dès le début, un certain nombre de personnes en Iran ont été opposées à l’accord
sur le nucléaire parce qu’elles ne faisaient
pas confiance aux États-Unis. La décision
annoncée par Donald Trump prouve que
ces Iraniens avaient raison. Notre guide a
pris position dans ce sens aujourd’hui
même. Comme partout, il y a chez nous
différentes tendances. Mais sur cette
question, c’est le rassemblement qui domine et les grandes institutions du pays se
sont exprimées dans le même sens. ■
jours
de période transitoire
avant que les Etats-Unis
ne rétablissent une large
palette de sanctions,
qui viseront notamment
le secteur pétrolier
iranien
et les transactions
en dollar avec la banque
centrale iranienne
Les députés du Parlement
iranien scandent des slogans
anti-américain, mercredi
à Téhéran, après l’annonce
par Washington
de l’annulation de l’accord
sur le nucléaire. HO/AFP
”
ABOLGHASSEM DELFI,
AMBASSADEUR D’IRAN EN FRANCE
LARTIGUE STEPHANE/PHOTOPQR/SUD OUEST/MAXPPP
président Hassan Rohani, qui s’est entretenu mercredi avec le président Emmanuel Macron, a exprimé son souhait de
continuer à dialoguer avec les Européens
avant de prendre des décisions.
Que pensez-vous du souhait
des Européens, et notamment
de la France, d’élargir l’accord à d’autres
sujets, comme l’avenir du nucléaire après
2025 ou l’influence de l’Iran
dans la région ?
L’accord de Vienne a, dès le début, été un
sujet nucléaire et doit le rester. En revanche, à partir du moment où il y aurait une
application complète de l’accord, pourquoi ne pas évoquer d’autres sujets comme les tensions régionales, les questions
militaires, la Syrie, l’énergie… Nous avons
des difficultés avec l’Arabie saoudite, qui a
attaqué le Yémen… Nous sommes prêts à
Des sanctions à la portée
incertaine pour les Français
prévenu ces dernières semaines que s’il
L’ÉLYSÉE l’assure, les Européens vont
n’obtient pas d’exemption avec le sou« tout faire pour protéger les intérêts »
tien du gouvernement français, il se rede leurs entreprises en Iran. Avec une
tirera du projet de South Pars. Les acdifficulté majeure : pour l’heure, l’imcords prévoient que le chinois CNPC
pact précis de la réactivation des sancreprendrait la participation du géant
tions américaines est difficile à mesurer.
français dans le projet (50,1 %). Patrick
Réunions interministérielles, consultaPouyanné, le PDG de Total, assurait le
tions détaillées entre le gouvernement
mois dernier qu’à l’échelle de son grouet les entreprises françaises, analyses de
pe, l’enjeu est mineur (une exposition
juristes, les échanges sur la nouvelle crifinancière de 1 milliard de dollars sur
se iranienne vont se multiplier dans les
140 milliards de capitaux employés dans
prochaines heures.
le monde). Un groupe d’envergure
L’accord de 2015 sur le nucléaire avait
mondiale comme Total qui traite en dolsonné, pour les investisseurs européens,
lars et opère aux États-Unis
l’heure du grand retour sur
ne peut se permettre de viole marché iranien et ses
ler des réglementations
80 millions de consommaaméricaines.
teurs, frustrés par les sancDe son côté, PSA, dont
tions, avides de biens de
445 000 voitures ont été
consommation et d’infrasmilliard d’euros vendues en 2017 sous la martructures.
que Peugeot, attend « la poEntre 2014 et 2017, les exc’est le montant
sition officielle de l’Union
portations françaises vers
des exportations
l’Iran ont triplé, passant de françaises vers l’Iran européenne, que nous espérons singulière », indique un
0,5 à 1,5 milliard d’euros. La
en 2017
porte-parole.
France est le troisième parSur le papier, toutes les
tenaire européen de Téhéentreprises étrangères ne devraient pas
ran, derrière l’Allemagne et l’Italie. Les
souffrir des sanctions américaines. Les
entreprises hexagonales ont enchaîné
PME dans la cosmétique ou le luxe ont
les contrats depuis deux ans. Total a été
déployé des solutions pour être payées
la première major pétrolière occidentale
sans passer par le dollar, explique la
à conclure, fin 2016, un accord pour déFranco-Iranienne Zahra Giacomini, qui
velopper le champ gazier géant de South
accompagne des clients en Iran. Dans les
Pars. Airbus avait signé, juste après, un
couloirs des ministères parisiens, on est
contrat portant sur la vente de 100 applus prudent même au sujet des PME.
pareils à deux compagnies dont Iran Air,
Des entreprises ayant même très peu de
qui a par ailleurs commandé 80 Boeing.
liens avec les États-Unis pourraient
Le groupe PSA avait aussi opéré un renéanmoins être concernées par les sanctour à Téhéran dont les rues sont sillontions américaines à portée extraterritonées depuis des années de Peugeot 408
riale.
produites localement. Un projet d’usine
Sanctions ou pas, « depuis l’arrivée de
pour la production de modèles plus réTrump, l’activité en Iran de mon agence
cents en coentreprise avec Iran Khodro
de communication, CosmopoliStan, a
a été lancé.
quasiment cessé », confie Zarah AzmouLes entreprises françaises analysent
deh. Très pessimiste, elle avertit : « Plus
encore l’impact des décisions de Donald
on étouffe le pays, moins il y aura de
Trump et limitent pour l’heure leur
consommation, donc d’activité. »■ F.N.-L.
communication. Total, pour sa part, a
1,5
A
discuter de tous les sujets qui concernent
la sécurité dans notre région. La France,
en tant que membre permanent du
Conseil de sécurité, et les Européens peuvent jouer un rôle dans ce dialogue.
90 à 180
Me Dorgans : « Les avoirs de
Total pourraient être gelés »
PROPOS RECUEILLIS PAR
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
OLIVIER DORGANS, avocat au cabinet
Brown Rudnick, à Paris, conseille des
entreprises sur le marché iranien.
LE FIGARO.- Concrètement, qu’est-ce
qu’une entreprise française comme
Total ou PSA risque si elle poursuit
ses activités en Iran ?
Olivier DORGANS. - L’Ofac, le service
de contrôle des actifs étrangers du Trésor américain, a publié dès mardi 8 mai
un document de 10 pages donnant des
indications détaillées. Les sanctions dites secondaires, qui avaient été levées
par l’accord de 2015 sur le nucléaire,
vont de nouveau s’appliquer, dans un
délai 90 jours (à partir du 6 août) pour
le secteur automobile et dans un délai
de 180 jours (à partir du 4 novembre)
pour le secteur pétrolier. Si par exemple, au-delà du 4 novembre, Total
continue de travailler avec la compagnie pétrolière nationale NIOC, l’Ofac
peut constater une violation des sanctions. Le président américain a le pouvoir discrétionnaire de placer l’entreprise contrevenante sur la liste dite
SDN (List of Specially Designated Nationals).
Avec quelles conséquences ?
Si on reprend cet exemple, tous les
avoirs de Total aux États-Unis seraient
alors immédiatement gelés. Et les banques américaines auraient interdiction
de financer la compagnie française. En
outre, l’immense majorité des banques,
y compris BNP ou la Société générale,
s’interdiraient de travailler avec des
sociétés placées sur cette liste SDN.
Comment l’État français peut-il
protéger les entreprises françaises
contre ces sanctions américaines ?
Le seul moyen de contrer ces mesures
est une réponse politique. La menace
de contre-mesures de la part de
l’Union européenne - par exemple geler les avoirs d’Exxon en Europe en riposte à un gel des avoirs de Total - est la
seule alternative crédible pour encourager les acteurs européens à continuer
de travailler en Iran. Évidemment ce
serait une décision très lourde de
conséquences.
Dans l’aéronautique, l’européen Airbus
va être impacté, mais qu’en est-il
de Boeing ?
Les livraisons d’Airbus à la compagnie
Iran Air vont devoir s’interrompre.
Après l’accord de 2015, Boeing, comme
Airbus, avait obtenu de l’Ofac une licence pour vendre des avions. Le document de l’Ofac précise que la licence
est révoquée avec un délai administratif. Autrement dit, si Boeing prévoit
une livraison d’appareil dans quelques
jours, il pourra le faire. Boeing ou Airbus pourront aussi recevoir des paiements iraniens prévus dans les
contrats. Mais vu les circonstances, il
faut s’attendre à ce qu’Iran Air interrompe ses versements aux avionneurs
si ceux-ci ne peuvent plus livrer.
Qu’en est-il des transactions en dollars
réalisées avec des entités iraniennes ?
Des entreprises comme PSA commercent déjà en euros car les sanctions sur
les transactions en dollars n’avaient pas
été levées. Les grandes banques françaises envoyaient un questionnaire à
leurs clients pour savoir s’ils exerçaient
en Iran. Jusqu’à présent, elles toléraient une activité en Iran qui pesait
peu dans le chiffre d’affaires. Avec le
nouveau contexte, les banques, soucieuses d’éviter des sanctions américaines, risquent d’être moins tolérantes
avec leurs clients.■
PÉTROLE :
LE PRIX FLAMBE
La décision de Donald Trump
a fait bondir les cours
du pétrole : le baril de Brent
flirtait mercredi avec
les 77 dollars, son niveau le plus
élevé depuis fin 2014.
La décision américaine fragilise
l’équilibre géopolitique du Golfe
au risque d’entraîner un conflit
entre Israël et l’Iran. Le potentiel
d’exportation de Téhéran,
troisième producteur d’or noir
de l’Opep (Organisation des
pays exportateurs de pétrole),
pourrait être réduit, même si
cela reste incertain. L’Iran
produit près de 3,8 millions
de barils par jour (mbj), dont
plus de la moitié est exportée,
essentiellement vers l’Asie
et l’Europe. Si elles continueront
à tirer le cours de l’or noir
à la hausse, les incertitudes
créées par Donald Trump
n’entraîneront pas forcément
de pénurie. L’Arabie saoudite,
très satisfaite d’obtenir
les mesures anti-Iran qu’elle
attendait depuis des années,
s’est engagée dès mardi à agir
pour éviter tout problème
d’approvisionnement
du marché mondial.
Le royaume en a « la volonté
et les moyens. Son géant
pétrolier Aramco peut
en un mois mettre beaucoup
plus de pétrole sur le marché »,
souligne Francis Perrin,
directeur de recherche à l’Iris.
Riyad, qui pompe 10 millions
de barils par jour, peut porter
sa production à quelque
12 millions de barils.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 10 mai 2018
POLITIQUE
5
Réforme constitutionnelle :
Larcher dénonce
une « faute de carre »
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Un débat de plus en plus
sibyllin pour les citoyens
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
INSTITUTIONS Le projet de loi constitutionnelle, déposé par le gouvernement
en Conseil des ministres mercredi, ne
sera pas soutenu par les sénateurs s’il se
fait au détriment des droits du Parlement et de la démocratie représentative. « Et cela n’est pas négociable. Comme
ça, c’est clair. C’est dit », a déclaré, avec
fermeté, le président LR du Sénat, Gérard Larcher.
Si le gouvernement laisse travailler le
Parlement, dans un « dialogue positif »,
en respectant ces deux limites indépassables, les élus de la Chambre haute ne
s’opposeront pas au texte de la révision.
Pour Larcher le temps du débat strictement parlementaire a débuté mercredi,
à midi. Désormais, tout en plaidant pour
une position constructive des parlementaires sur un sujet qu’il juge essentiel,
Larcher souligne l’importance des « actes » comme condition de la confiance.
Depuis ses premiers échanges avec le
président de la République sur les
contours de cette réforme, le président
du Sénat avait toujours vanté la qualité
et la franchise de leur dialogue. Il avait
eu le sentiment d’être non seulement
écouté mais entendu, sur quelques
principes majeurs. Or, en prenant
connaissance du projet final, Gérard
Larcher ne pouvait être que surpris. « Ce
mercredi, certaines déclarations du
président de la République lors de la
réunion du Parlement en Congrès. Les
mots du chef de l’État, prononcés à
Versailles en juillet 2017, constituent
« la table de référence » du président du
Sénat. Il en a cité deux extraits : « Il
n’est pas de République forte sans institutions puissantes » et la révision constitutionnelle ne peut pas avoir « pour
but de nourrir cet antiparlementarisme
ambiant ».
Or, en découvrant le texte soumis au
Sénat, Larcher a constaté qu’il ne correspondait pas à l’esprit de la déclaration du Congrès, et ce « malgré l’alerte »
qu’il avait adressée au président de la
République, le 17 avril. Le projet ne lui
semble pas davantage en phase avec la
« tonalité des échanges » entretenus
avec le gouvernement. Comme une sorte de rappel aux engagements tenus,
Gérard Larcher attend une évolution du
débat parlementaire dans le prolongement du discours présidentiel qui avait
posé les jalons de la réforme.
Face à la réduction du nombre de parlementaires et aux conséquences de
l’introduction d’une dose de propor-
tionnelle sur la représentation des territoires, le président Larcher a mis en garde l’exécutif. « Il faut être très attentifs.
Le concept du parlementaire détaché de
tout territoire est un concept dangereux »
a-t-il averti. Les mêmes craintes ont été
exprimées, le jour même par plusieurs
élus de la droite tels Damien Abad, 3e vice-président des Républicains, Christian Jacob, président du groupe LR à
l’Assemblée ou Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France.
Après avoir dénoncé les nouvelles limites au droit d’amendement, la « mise
sous tutelle » du pouvoir législatif, le
renforcement du fait majoritaire au détriment de la navette parlementaire et la
création d’une « nouvelle superpriorité
gouvernementale » préemptant l’ordre
du jour, le président du Sénat a résumé le
scepticisme croissant des sénateurs en
une phrase. « Je ne vois pas comment on
pourrait nous expliquer que ces dispositions ne vont pas dans le sens de l’affaiblissement du Parlement bicaméral et de
la reconcentration du pouvoir par l’exécutif. » Une dernière critique qui, décidément, a le vent en poupe dans les
rangs de l’opposition. ■
Larcher est
le seul
opposant
politique avec
lequel le chef
de l’État peut
construire
un consensus
minimal
»
“
Il faut être très
attentifs. Le concept
du parlementaire détaché
de tout territoire est
un concept dangereux
GÉRARD LARCHER
”
texte est une faute de carre de leur part
parce que je suis le seul à droite qui peut
permettre des convergences. Mais j’ai besoin d’un signal de confiance. Or le texte,
tel qu’il est, n’a pas envoyé la confiance.
Maintenant, la confiance attend l’épreuve
des faits », a-t-il confié au Figaro. Il
constate une régression des droits du
Parlement et une atteinte à l’équilibre
des pouvoirs « pour la première fois dans
l’histoire de la Ve République ».
Comparant ses propres interrogations
aux doutes de l’apôtre Thomas, qui ne
voulait pas croire avant d’avoir vu, Gérard Larcher n’a pas perdu l’espoir de voir
le débat parlementaire prendre en compte les attentes sénatoriales. Il veut croire
que les « amis députés » auront à cœur de
« défendre le Parlement ». Il a le sentiment
aussi que le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, est favorable à
cette idée. Surtout, il pense qu’Emmanuel
Macron, dans son costume de chef de la
majorité, pourra peser sur les députés LaREM. « A priori, le chef de l’État a une capacité de persuasion de sa majorité plus
grande que la mienne… » Le chef de l’État
reste son interlocuteur privilégié sur le
fond, même s’il discute « naturellement »
avec le premier ministre.
Les droits du Parlement et la représentation territoriale ne seront pas négociables et Gérard Larcher a rappelé,
Le président du Sénat, Gérard Larcher, mercredi au Palais du Luxembourg.
SÉNAT/CÉCILIA LEROUGE
Un renouvellement unique pour le Sénat en 2021
La réduction du nombre de
parlementaires, l’introduction d’une dose
de proportionnelle et le non-cumul des
mandats dans le temps, pourraient avoir
une conséquence sur la durée des
mandats des sénateurs en cours. Ces
mesures s’appliqueront pour l’Assemblée
nationale à compter de son prochain
renouvellement (2022 en principe) et
pour le Sénat en septembre 2021. Les
textes prévoient alors un renouvellement
intégral de la chambre haute, et non par
moitié comme actuellement. Or, instaurer
dans trois ans un renouvellement unique
au Palais du Luxembourg, aurait une
incidence directe sur la durée des
mandats en cours. En effet, les prochaines
élections sont prévues en 2020 et 2023.
Organisée en 2021, l’élection pourrait
prendre en compte le corps électoral issu
notamment des municipales de 2020
et des régionales et départementales
de 2021. Les sénateurs élus en 2014
devraient donc voir leur mandat prolongé
d’un an. À l’inverse, ceux élus en 2017,
verraient le leur raccourci de deux ans.
Si le prolongement d’un mandat ne pose
a priori pas de problème, sa réduction est
bien plus délicate. Outre que la mesure
reste mal vue par les sénateurs
concernés, elle pourrait sans aucun doute
faire l’objet d’un recours devant le Conseil
constitutionnel.
A. Z.
Ferrand appelle les députés LaREM à « battre la campagne »
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
ILS ne s’étaient pas retrouvés depuis
l’adoption du projet de loi « asile et immigration », le soir du dimanche 22 avril.
Un texte qui avait révélé des lignes de
fracture au sein de la majorité et suscité
nombre de commentaires. Le malaise
était tel qu’un grand nombre de députés
La République en marche (LaREM)
avaient choisi de ne pas prendre part au
vote… Au final, quatorze élus s’étaient
abstenus, et un parlementaire, Jean-Michel Clément, avait voté contre, annonçant dans la foulée son départ du groupe.
« C’est la dernière loi que je vote sans bron-
cher », menaçait un cadre du groupe, peu
après cette période de tensions, admettant qu’il y aurait « un avant » et « un
après » loi Collomb. « Le groupe va se
réapaiser », espérait de son côté Aurore
Bergé, porte-parole des députés LaREM,
qui a peu goutté les expressions de certains de ses collègues contre le ministre
de l’Intérieur et contre ce texte qu’elle
considère comme un « juste équilibre entre fermeté et humanité ».
Rappels à l’ordre
Mercredi matin, en réunion de groupe de
rentrée, le président Richard Ferrand a
soigneusement évité de revenir sur cet
épisode sensible. Le parlementaire a seu-
lement exprimé sa « satisfaction » d’avoir
réussi à faire passer ce texte avant les
deux semaines de suspension de travaux.
Après avoir prononcé plusieurs rappels à
l’ordre pendant l’examen de la loi
controversée, le chef de file des députés
macronistes a une nouvelle fois souligné
l’importance de la discipline de groupe.
« Il a insisté sur ce point en indiquant que si
on n’obtient pas d’arbitrage favorable du
groupe en amont, cela ne sert à rien de redéposer des amendements, confie un député macroniste. Sinon, cela donne la loi
asile, et on ne retient que les divisions. » Un
« simple rappel de méthode », commente
un autre, alors que de nouveaux textes le projet de loi alimentation, par exemple
- font l’objet de nombreux amendements
de la part des membres du groupe.
Richard Ferrand a surtout sommé ses
troupes d’occuper le terrain. À l’occasion
du premier anniversaire d’Emmanuel Macron à l’Élysée et de celui de l’élection des
députés, le 18 juin, le parlementaire a demandé aux députés « de battre la campagne » et de « ne rien lâcher ». « Il est dans
son rôle, nous devons collectivement faire cet
effort de pédagogie, quitte à prendre des
coups. Les Français ont besoin d’explications », observe Ludovic Mendes, député
LaREM de Moselle. En avril déjà, le président de groupe avait fait passer la consigne
d’aller à la rencontre des cheminots pour
expliquer la réforme de la SNCF… ■
et le niveau de soutien sont différents
ne facilite pas les choses. D’autant
que, plutôt que les questions soient
aplanies ou tranchées au fur et
à mesure, de nouveaux points de
blocage surgissent à chaque étape.
Ainsi, début avril, un accord
semblait avoir été trouvé entre
Macron et Larcher. Réduction du
nombre de parlementaires, dose
de proportionnelle, limitation dans
la durée : le chef de l’État avait
imposé ses trois « fondamentaux »
et, en échange, le président du Sénat
avait obtenu des garanties, à
commencer par le maintien d’au
moins un député et un sénateur
par département. Mais patatras !
Les dispositions jusqu’alors non
connues sur la procédure
parlementaire, renforçant la
suprématie de l’exécutif sur le
législatif, remettaient le feu aux
poudres. Un mois plus tard, bis
repetita avec la rédaction des deux
projets de loi simples et organiques.
En durcissant la limitation dans le
temps (le mandat en cours est pris
en compte) et surtout en annonçant
un renouvellement total du Sénat
en 2021, et non partiel comme
c’est la règle depuis sa création,
le gouvernement relance l’ire de
Gérard Larcher. Défense des droits
du Parlement, défense des
territoires, défense du Sénat comme
assemblée d’équilibre : voilà des
fronts que Macron aurait pu
s’épargner. Soit en s’en tenant à son
« deal » initial avec le président du
Sénat ; soit en mettant tout d’emblée
sur la table. L’impression, à tort ou à
raison, d’en découvrir à chaque fois,
n’aide pas à construire la confiance
avec celui qui est, malgré tout, un
partenaire obligé. Or, par fonction
autant que par tempérament,
Larcher est le seul opposant politique
avec lequel le chef de l’État peut
construire un consensus minimal.
Le sentiment de flou ressenti
par l’opinion s’explique aussi
par la propension de toutes les
parties à préférer des arguments
clichés à une authentique pédagogie.
Pourquoi réduire le nombre
de parlementaires ? Parce que le
président s’y est engagé dans
sa campagne, martèle Édouard
Philippe. Certes. Mais il serait plus
utile d’expliquer concrètement en
quoi leur travail sera plus précis,
plus efficace, plus pertinent s’ils
sont moins nombreux. Défendre les
droits du Parlement, disent les
oppositions ? Très bien. Mais cela
interdit-il de toiletter, simplifier,
accélérer la procédure ? Ce sont
souvent les mêmes qui se lamentent
de la lenteur du travail parlementaire
lorsqu’ils participent à l’exécutif,
et qui se font gardiens vigilants
des droits du Parlement quand ils
y siègent du côté du législatif.
Dans cette querelle d’experts et
ces joutes riches en sous-entendus
et arrière-pensées, les citoyens sont
donc chaque jour mis davantage
à l’écart. Et privés d’un débat utile
celui-là, sur la finalité des
institutions. ■
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sur Radio Classique
ZOOM
Emmanuelle Ménard
dénonce une « faute »
de l’État après l’agression
de son mari
La députée d’extrême-droite
Emmanuelle Ménard a dénoncé
mercredi une «faute» de l’État
après la « lâche et violente »
agression de son mari, le maire
de Béziers Robert Ménard,
en Gironde samedi. Lundi, la
parlementaire a écrit au ministre
de l’Intérieur, déplorant que les
gendarmes n’aient pas empêché
l’agression. «Je n’ai reçu aucune
réponse» du ministre, a-t-elle
expliqué à l’AFP, ce qui l’a décidé à
rendre publique sa lettre mercredi.
A
O
n ne sait pas s’il faut parler
de dialogue de sourds
ou d’un jeu de postures.
Mais, à l’évidence,
le gouvernement et Gérard Larcher
ne parviennent pas à s’entendre. Le
débat sur la réforme institutionnelle
semble s’opacifier à mesure qu’il
avance. Si l’intention était de rendre
la vie politique plus proche, plus
attirante et plus transparente pour
les citoyens, c’est mal parti !
Pourquoi cette impression ?
La matière institutionnelle est certes
par nature aride. Et que le « paquet »
voulu par Emmanuel Macron soit
éclaté entre plusieurs textes dont
la nature, le mode de ratification,
la portée politique et symbolique
Le président du Sénat ne veut pas soutenir le texte sans garanties
sur les droits du Parlement et la représentation des territoires.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
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POLITIQUE
Macron tente
de secouer
à nouveau
l’Europe
Le président de la République reçoit
à Aix-la-Chapelle le prix Charlemagne pour
récompenser son engagement européen.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
ÉLYSÉE À défaut de résultats, voici déjà
une récompense. Emmanuel Macron
reçoit jeudi à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, le prix Charlemagne qui récompense tous les ans depuis 1950 les personnalités les plus engagées dans la
construction européenne. Une reconnaissance pour le chef de l’État, donc, qui
avait mis l’Europe au cœur de sa campagne présidentielle en 2017 et qui, une fois
élu, avait prononcé pas moins de trois
grands discours pour relancer l’Union.
D’abord sur la colline du Pnyx, à Athènes, pour réinscrire le projet européen
dans une perspective historique, ensuite
à l’université de la Sorbonne, à Paris,
pour le propulser vers l’avenir, enfin au
Parlement européen, à Strasbourg, pour
en décrire la technique opérationnelle.
À Aix-la-Chapelle, ce sera la quatrième grande prise de parole d’Emmanuel
Macron. Ce sera « un discours de projection » tourné sur « le rêve et l’utopie européenne » à l’horizon « 2030-2050 », indique l’Élysée. Le président de la
République ne veut pas « répéter les messages déjà passés », ajoute-t-on. C’est
Angela Merkel qui lui remettra le prix,
dix ans après l’avoir elle-même reçu.
Comme un passage de témoin.
Après avoir pesé sur les orientations
européennes tout au long de ses trois
derniers mandats, la chancelière allemande apparaît en bout de course. Depuis son élection l’année dernière, Emmanuel Macron affermit peu à peu son
emprise sur le leadership européen malgré un bilan assez faible. Le chef de l’État
a certes réussi à obtenir des avancées sur
la directive des travailleurs détachés, de
l’harmonisation fiscale ou du financement de la défense. Mais pour le reste,
c’est la stagnation, notamment sur la
question du budget européen que défend
Emmanuel Macron.
Une nouvelle impulsion
Emmanuel Macron (ici en avril) fera « un discours de projection », indique l’Élysée.
Il y a d’abord les élections allemandes
qui ont mis longtemps à déboucher sur
un accord de coalition et ont fait perdre
près de six mois à Emmanuel Macron. Il
y a ensuite la perspective des élections
européennes de 2019 qui ralentit naturellement les initiatives. Ces deux éléments combinés ont plongé le couple
franco-allemand dans la paralysie.
Pourtant, à l’Élysée, on souligne que la
fenêtre de tir pour refonder l’Europe est
inédite. À Paris comme à Berlin, on dispose désormais de « quatre années utiles » jusqu’aux prochaines élections
pour engager les réformes.
« Je suis convaincu que la présidence
d’Emmanuel Macron et sa coïncidence
avec le quatrième mandat d’Angela Merkel offrent la meilleure chance de compromis, au moins depuis la coopération entre
François Mitterrand et Helmut Kohl », assure ainsi le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier, dans un entretien
aux Échos. Charge au président de la République de donner une nouvelle impulsion à l’Europe avec son discours d’Aixla-Chapelle.
« Merci pour cet honneur. L’Europe mérite qu’on la défende et qu’on la refonde ! »,
FREDERICK FLORIN/AFP
avait réagi Emmanuel Macron en apprenant en décembre dernier qu’il serait
lauréat du prix cette année. Il est le
deuxième président français en exercice,
après François Mitterrand en 1988, à recevoir ce prix Charlemagne. Outre l’ancien président socialiste, il inscrit son
nom aux côtés de personnalités comme
Simone Veil, Jacques Delors ou le pape
François.
Après la cérémonie officielle de remise
du prix, Emmanuel Macron participera à
un échange avec des étudiants d’Aix-laChapelle. Une formule de débat qu’af-
fectionne le président de la République et
qui lui permet de sortir du cadre du discours officiel.
En toile de fond de la tentative de relance de l’Europe par le couple francoallemand s’inscrit la montée des populismes. Faute de répondre aux attentes des
citoyens européens, elle risque de se
prolonger aux Européennes de 2019.
C’est le pari d’Emmanuel Macron que de
réussir à la contenir voire à la faire refluer. Mais pour y parvenir, il a besoin de
résultats, ceux-là mêmes qui tardent à
venir. ■
La pré-campagne européenne des macronistes continue
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
C’EST UNE CAMPAGNE qui passe
un peu inaperçue, et pourtant les
Marcheurs le martèlent : la mobilisation est au rendez-vous. DeC’est
puis le 7 avril, La République en
un vrai
marche (LaREM) a lancé son opésuccès de
ration de porte-à-porte sur l’Eumobilisation rope, calquée sur le modèle de la
Grande Marche qui a précédé la
CHRISTOPHE CASTANER,
campagne présidentielle d’EmDÉLÉGUÉ GÉNÉRAL
manuel Macron. Ces actions se
DE LAREM
poursuivent sur tout le territoire
jusqu’au 13 mai.
Mais plus d’un an avant le scrutin européen et en pleine grogne
sociale en France, cet événement
de terrain est passé sous le radar
«
»
de l’actualité. « C’est un vrai succès de mobilisation », assure pourtant Christophe Castaner, délégué général du mouvement
présidentiel. « Le niveau d’accueil
était très élevé, les gens étaient
très intéressés par l’Europe, y
compris quand ils sont critiques. »
À ce stade, le QG revendique
4 500 actions menées partout sur
le territoire, et 180 000 portes
« frappées ». « C’est plus qu’en
2016 », insistent les cadres macronistes. Environ 45 000 questionnaires remplis ont été retournés au QG. « En réalité, quand les
portes s’ouvrent, beaucoup de personnes nous parlent de politique
nationale », reconnaît un député.
« Cela a l’avantage d’occuper le
terrain, de répondre aux interrogations sur des sujets divers. L’accueil est plutôt bon », nuance un
militant parisien.
Nouer des partenariats
Les retours de terrain sont aussi
compilés dans une boucle Telegram dédiée. « C’est ma pause, le
soir. Je lis tous les messages, il y en
a parfois 200 », s’amuse Christophe Castaner.
En parallèle de cette « phase
d’écoute », Castaner, qui discute
régulièrement avec Daniel CohnBendit, a prévu une tournée
européenne, à partir du 14 juin.
Le patron des Marcheurs devrait
visiter environ cinq pays, et notamment passer par l’Europe du
Nord, à la rencontre de partis politiques, d’ONG et de personnalités diverses, pour dialoguer et
nouer des partenariats.
À partir de la rentrée, le mouvement planchera sur l’élaboration d’une plateforme programmatique, destinée au MoDem et
aux alliés potentiels. La question
de la tête de liste n’est toujours
pas tranchée. « Il y a plein de profils possibles, cela sera décidé début 2019 », fait savoir Castaner.
« Une chose est sûre : on n’enverra
pas les recalés au Parlement européen comme l’ont fait Les Républicains », tacle une ministre. Emmanuel Macron, qui sans surprise
contrôle tout le dispositif, n’aurait
pas encore fait son choix. ■
Les jeunes du FN se rebaptisent « Génération Nation »
Comme son aîné, le FNJ changera de nom au mois de juin et ambitionne de rassembler au-delà du parti de Marine Le Pen.
CHARLES SAPIN £@csapin
FN Les cadets du Front veulent, eux aussi, leur refondation. Alors que le FN a
dépoussiéré ses statuts, revu son organisation interne et s’apprête à changer de
nom au mois de juin prochain, son pendant jeunesse entend, lui aussi, faire
peau neuve.
Doté d’un nouveau patron depuis le
mois de mars, le Front national de la jeunesse (FNJ) devrait remettre à plat son
organisation en mettant l’accent sur la
formation de ses militants et sur une communication plus « incisive ». « Marine Le
Pen m’a demandé de refaire du FNJ une véritable école des cadres, rapporte son nouveau directeur national de 22 ans, Jordan
Bardella. Dans la continuité des transformations qu’est en train d’opérer le FN, nous
devons nous ouvrir, être plus dynamiques et
rendre nos actions plus visibles. »
À l’image de son aîné, la jeunesse frontiste veut acter un tournant dans son histoire en abandonnant son appellation
vieille de 45 ans. Au mois de juin, le FNJ
laissera ainsi place à « Génération Nation ». Une dénomination déjà utilisée
par le mouvement lors des européennes
en 2014, qui ne va pas sans rappeler l’association par laquelle Marine Le Pen a
préparé son accession à la tête du parti :
Générations Le Pen. D’aucuns pourraient
y voir également un clin d’œil au sulfureux collectif d’extrême droite, Génération identitaire, dont les actions « coup
de poing » font régulièrement parler de
son
mais pas
le même
sens
A
« Ce qui est compromettant, c’est qu’on promet tant… »
FIGARO MAGAZINE
le même
“
Nous devons
nous ouvrir, être
plus dynamiques
et rendre nos
actions plus visibles
”
JORDAN BARDELLA, DIRECTEUR DU FNJ
lui, comme le mois dernier, où une centaine de ses partisans ont tenté de bloquer
le passage de migrants dans les Alpes.
Une opération saluée par Marine Le Pen.
« Génération Nation est là pour former
des militants comme les futurs cadres du
parti. Nous ne sommes pas sur le même
terrain que Génération identitaire », distingue le conseiller régional d’Île-deFrance, Jordan Bardella, qui n’exclut pas
pour autant de recourir à des opérations
d’envergure similaires. « Lors des dernières élections européennes, nous étions
le premier mouvement jeune de France
avec 25 000 militants. D’ici à mai 2019,
notre objectif est de le redevenir », ambitionne-t-il.
Avant d’y parvenir, cet étudiant en
géographie devra remettre de l’ordre
dans le satellite jeune du FN, longtemps
tenu à l’écart en raison de ses nombreux
dérapages. Sur fond de querelle de succession à la tête du FNJ, la diffusion d’une
vidéo montrant Davy Rodriguez - alors
numéro 2 du mouvement, aujourd’hui
retiré de la politique - proférant des insultes à caractère raciste contre un videur
à la sortie d’un bar de Lille, avait largement parasité, en mars dernier, le
« congrès de la refondation » du FN.
Le jeune porte-parole balaye l’épisode
et dit préférer travailler aux prochaines
européennes. Pour ce faire, il s’est entouré de quatre délégués nationaux : Émilien
Noé en charge de l’implantation locale,
Bruno Lervoire pour la communication
notamment numérique, Arnaud de Rigné
qui coordonnera la formation militante et
Manon Bouquin, responsable de la vie
étudiante. Comme le futur Rassemblement national, son mouvement jeune entend jeter des ponts avec ses homologues
européens. Une rencontre a été organisée
le mois dernier au Parlement européen,
avec le chef de file des jeunes du parti nationaliste flamand, Vlaams Belang. Ils
participeront ensemble, début juin, aux
rencontres des jeunes européens (EYE)
organisées par le Parlement européen à
Strasbourg. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 10 mai 2018
INTERNATIONAL
7
Négociations serrées en vue du sommet
Trump-Kim sur le nucléaire nord-coréen
Le secrétaire d’État,
Mike Pompeo, était
à Pyongyang pour
aplanir les derniers
obstacles avant la
rencontre de juin.
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
SÉOUL
Fin avril, à à Puyongyang, Mike Pompeo,
le secrétaire d’État américain et Kim Jong-un,
le dirigeant nord-coréen, échangent
une poignée de main à l’issue d’une réunion
préparatoire à la venue de Donald Trump
en juin prochain. THE WHITE HOUSE/AP
hâte de rencontrer. » Mais le voyage du
chef de la diplomatie américaine visait
surtout à préciser les contours d’un accord sur le dossier nucléaire que les deux
dirigeants pourraient conclure lors de
leur rencontre attendue en juin. Les deux
parties sont entrées dans le vif du sujet,
mais les différences pointent sur la définition et le calendrier de la « dénucléarisation » de la péninsule. Ces difficultés
pourraient expliquer le report de l’annonce de la date du sommet, promise par
Donald Trump la semaine dernière.
« L’enjeu central de la négociation est la
durée du processus de dénucléarisation »,
juge Alain Nass, spécialiste des questions
de sécurité basé à Séoul. Une feuille de
route visant à un démantèlement de
l’arsenal atomique d’ici à 2020, et la prochaine élection américaine, est sur la table des discussions, selon Cheong
Seong-chang, expert au Sejong Institute.
Mais les partisans d’une ligne dure, tel
le conseiller à la Sécurité, John Bolton,
plaident pour un délai le plus court possible, selon un modèle libyen. Mike
Pompeo a martelé ces derniers jours une
position de fermeté, exigeant un démantèlement « permanent » de l’arsenal
nord-coréen, lors de sa cérémonie d’intronisation au département d’État. Cet
adjectif s’ajoute au mantra d’une dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible » (CVID) utilisé dans les négociations du passé. Pompeo jure que
Washington ne reproduira pas les « erreurs » commises par ces prédécesseurs.
« Nous n’allons pas suivre une stratégie
des petits pas. Nous ne lèverons pas les
“
L’enjeu central
de la négociation est
la durée du processus
de dénucléarisation
”
ALAIN NASS, SPÉCIALISTE DES QUESTIONS DE
SÉCURITÉ
sanctions tant que nous n’avons pas atteint notre objectif », a prévenu Pompeo.
Cette position contraste avec celle affichée par Kim Jong-un, à l’occasion de
son deuxième sommet surprise avec le
président chinois, Xi Jinping, mardi à
Dalian. Le « Leader suprême » compte
proposer à Trump une dénucléarisation
« par étapes » accompagnée de « mesu-
res synchronisées », affirment les médias
officiels chinois. Kim veut toucher rapidement des bénéfices de son ouverture.
Cette visite surprise, à bord de son
avion personnel - une première - illustre
sa volonté de serrer les rangs avec son
principal allié, avant d’entrer dans l’arène face à la première puissance mondiale. « Pyongyang est passé maître dans
l’art de jouer les grandes puissances les
unes contre les autres. La Chine sait qu’il y
a un risque que son allié se rapproche de
Washington », estime Zhao Quansheng,
professeur à l’American University. Le
lieu du sommet fait partie intégrante de
la négociation et ferait débat au sein de
l’Administration. Trump a affirmé mercredi qu’il n’aura pas lieu à la frontière
intercoréenne. Selon le quotidien Chosun
Ilbo, Singapour tiendrait la corde. Ce terrain « neutre », loin de la Corée, serait
poussé par certains conseillers, qui redoutent que le président téléphage ne
cède aux sirènes de la célébrité en signant un accord au rabais, sous l’influence de l’entremetteur sud-coréen
Moon Jae-in, chaud partisan du dialogue. Le lieu et la date devraient être révélés « dans les trois jours ». ■
Candidate à la direction de la CIA,
Gina Haspel passe sur le gril du Sénat
La commission sur le renseignement exige de connaître sa responsabilité passée dans l’usage de la torture.
Feinstein confesse « aimer beaucoup »
Haspel, elle aussi. « Mais c’est pour cela,
hélas, que cette audition s’annonce la plus
dure de mes deux décennies au Sénat »,
ajoute-t-elle. Haspel, en effet, se retrouve
malgré elle au cœur du débat sur l’usage de
la torture, ayant servi comme directrice du
Detention Site Green en Thaïlande en 2002
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
ÉTATS-UNIS La voix légèrement nasillarde trahissant son Kentucky natal, Gina
Haspel répond sans ciller à un feu roulant
de questions incisives. Candidate au poste
de directrice de la CIA, cet ancien agent
clandestin de 61 ans fait face aux membres
de la commission sénatoriale sur le renseignement, qui exigent de connaître ses responsabilités passées dans l’usage de la torture, cette tache indélébile sous la
présidence de George W. Bush (20012009).
Bouille ronde, le regard plissé et grave
derrière ses fines montures, Haspel sait
qu’elle doit montrer patte blanche, tant la
controverse est virulente à son sujet depuis l’annonce de sa nomination par le
président Donald Trump. Avant de devenir la première femme en charge de la
« Centrale » de Langley (Virginie), en
bordure de Washington, il lui faudra passer sous les Fourches Caudines des sénateurs. Et ceux-ci ne ménagent pas leur
peine pour la déstabiliser au sujet des redoutables techniques d’interrogation
renforcée, assimilées à la torture et employées par la CIA dans des prisons clandestines dites « black sites ». Celles-là
mêmes qu’elle jure solennellement de
« ne jamais employer à nouveau », au nom
d’un « très fort compas moral ».
Gina Haspel en a vu d’autres : trente ans
« Où en était alors
votre compas moral ? »
Gina Haspel devant la commission
sénatoriale sur le renseignement,
mercredi à Washington. MANDEL NGAN/AFP
de service sous couverture pour arriver au
rang de numéro deux de l’agence depuis
quinze mois, sous les ordres de Mike Pompeo, tout juste promu secrétaire d’État. On
raconte, en outre, qu’elle bénéficie du
soutien « enthousiaste » de ses pairs, insiste le républicain James Risch, qui « dormira mieux la nuit » si elle emporte la décision. Surprise, la démocrate Dianne
Les élus démocrates ne sont pas la seule
menace dont Haspel doit se défier. Depuis
sa geôle de Guantanamo où il croupit depuis 2009, le cerveau opérationnel des attentats du 11 septembre 2001, Khaled
Cheikh Mohammed, veut soumettre « six
paragraphes » la concernant. Arrêté en
2003 et séquestré dans plusieurs black sites
en Pologne ainsi qu’en Afghanistan, il a été
soumis à 183 simulations de noyade successives. En présence, semble-t-il, de Gina
Haspel. Aurait-elle pu refuser d’obtempérer, tandis qu’un prisonnier était soumis à
ce traitement inhumain ? demande le démocrate Roy Wyden. Faire la part des choses ? « Où était alors votre compas moral ? » renchérit le démocrate Heinrich.
« Après le 11 Septembre, je n’ai pas postulé à un job en Suisse », s’agace Haspel, qui
invoque « des circonstances extraordinaires » après les attentats, une « époque tumultueuse » lorsque l’Amérique était attaquée par un ennemi mortel, et
insaisissable. Plusieurs sénateurs démocrates insistent sur les deux talons
d’Achille de Haspel : son soutien appuyé à
la destruction des 92 cassettes vidéos relatives à de tels interrogatoires, au nom de la
protection des agents de la CIA apparaissant sur les bandes, et sa propension à
obéir fidèlement, même si cela semble
contredire son « compas moral ». Oseraitelle défier un ordre émanant du président
lui-même ? La question n’est pas saugrenue, Donald Trump ayant souvent partagé
sa conviction que la torture « marchait »,
notamment le 25 janvier 2017 sur ABC. « Je
ne pense pas que le président me poserait jamais une telle question », rétorque Haspel,
vaguement gênée, qui ajoute : « Je ne pense pas que la torture fonctionne, même si
nous avons obtenu des informations de valeur de la part des dirigeants d’al-Qaida. »
Soudain, une femme dans l’assistance
se dresse, dévoilant un t-shirt orange arborant un slogan récurrent des années
Obama : « fermez Guantanamo ». « Vous
êtes Gina la sanglante ! », hurle la militante, expulsée de la salle. Haspel esquisse un léger rictus, visiblement amusée
par cette interruption de séance. Elle
préférerait évoquer la lutte contre les
quatre grands adversaires de l’Amérique : la Chine, la Corée du Nord, l’Iran et
la Russie. Mais le vote du Sénat ne se
jouera pas là, subodore-t-elle. La veille,
un Donald Trump enthousiaste tweetait
qu’« il faut une telle femme à la CIA », car
elle a toujours été « implacable face à la
terreur », et « c’est bien pour cela que les
démocrates ne veulent pas d’elle ». ■
ZOOM
Attaques coordonnées
à Kaboul
Au moins cinq personnes ont été
tuées mercredi dans des attaques
apparemment coordonnées contre
deux commissariats de police
de Kaboul, où les autorités
redoutent de nouvelles violences
dans les jours à venir. Une série
de fortes explosions, suivies de
rafales d’armes à feu opposant
assaillants et forces de l’ordre, ont
secoué Kaboul en fin de matinée.
Une autre forte déflagration s’est
produite en fin d’après-midi,
causée par un kamikaze qui
a actionné sa charge. Les talibans
et l’État islamique ont chacun
de leur côté revendiqué les
attentats de mercredi. Mais les
services de renseignement afghans
les ont attribués au réseau
Haqqani, allié des talibans et au
groupe insurgé pakistanais
Lashkar-e-Taiba. Le Pakistan a
condamné les attentats.
EN BREF
Madrid s’oppose
à une réélection
de Puigdemont
Le gouvernement espagnol
est intervenu mercredi pour
barrer la route à une réélection
de l’ex-président indépendantiste
de Catalogne Carles Puigdemont.
Le Conseil des ministres a décidé
de saisir la Cour constitutionnelle
pour qu’elle annule une loi votée
la semaine dernière au Parlement
catalan qui permettrait d’investir
en son absence l’ex-président.
Carles Puigdemont est en
Allemagne dans l’attente d’une
éventuelle extradition vers
l’Espagne.
Le Paraguay va transférer
son ambassade en Israël
à Jérusalem
Le Paraguay va transférer son
ambassade en Israël de Tel Aviv
à Jérusalem, dans la foulée
des États-Unis et du Guatemala.
Donald Trump a annoncé
en décembre sa décision
de reconnaître Jérusalem
comme capitale d’Israël.
Deux missiles interceptés
au-dessus de Riyad
La défense antiaérienne
saoudienne a «intercepté»
mercredi deux missiles
balistiques au-dessus
de la capitale Riyad. La chaîne
Al-Massirah, contrôlée par
les rebelles Houthis du Yémen,
a revendiqué le tir sur des sites
économiques de la capitale
saoudienne, sans préciser
le nombre de projectiles.
A
RENDEZ-VOUS au Koryo Hotel pour
Mike Pompeo. Le nouveau secrétaire
d’État américain marche sur les traces de
l’Inspecteur O, célèbre héros de la littérature policière à Pyongyang, mais cette
fois, l’énigme à élucider est nucléaire.
Dans le décor rétro de ce palace stalinien, l’émissaire de Donald Trump a effectué mercredi sa deuxième visite surprise en quelques semaines dans la
capitale nord-coréenne, avec pour mission d’aplanir les derniers obstacles, en
vue du sommet entre le président américain et le « Leader suprême » Kim Jongun attendu en juin. « Pendant des décennies, nous avons été adversaires, mais
nous espérons maintenant coopérer pour
résoudre ce conflit, dissiper les menaces
qui pèsent sur le monde et faire en sorte
que votre peuple ait toutes les opportunités
qu’il mérite », a déclaré Pompeo, avant
de déjeuner avec l’ex-chef des renseignements nord-coréen, Kim Yong-chol,
désormais en charge des relations avec
Séoul. Mais, dans l’avion qui l’emmenait
vers la péninsule, l’ancien champion du
Tea Party s’est montré moins affable,
écorchant même le nom du dirigeant
nord-coréen, devenu Maréchal « Un ».
De quoi nourrir l’inquiétude des experts
sur le niveau de préparation de l’Administration, avant son rendez-vous au
sommet avec l’héritier de la seule dynastie communiste de la planète.
Cette deuxième mission commando à
Pyongyang, après celle du week-end
pascal a d’abord permis à Mike Pompeo
de ramener les trois « otages » américains, dont un missionnaire, condamnés
aux travaux forcés, pour espionnage.
Donald Trump l’a annoncé sur Twitter
mercredi : « Je suis ravi de vous informer
que […] Mike Pompeo est dans les airs de
retour de Corée du Nord avec trois merveilleux messieurs que tout le monde a
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
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SOCIÉTÉ
Lycée : retour aux
fondamentaux
pour les futurs
programmes
La présidente
du CSP sur la même
ligne que Blanquer
Le CSP recommande plus de dissertations,
de chronologies et de démonstrations.
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
ÉDUCATION La « démonstration » en
mathématiques, la « dissertation » en
français, la « chronologie » en histoire…
Le ton est donné sur les futurs programmes du lycée, qui arriveront dans
les classes à la rentrée 2019, dans le cadre de la réforme du baccalauréat. Dans
une note d’analyse rendue le 7 mai au
ministre de l’Éducation, le Conseil supérieur des programmes (CSP), l’instance chargée de réfléchir aux contenus
et modes d’évaluation, fait une série de
recommandations. Un document d’une
trentaine de pages, où les mots « exigence », « ambition », « savoirs » ou
« réflexion » sonnent comme le changement de cap brandi par Jean-Michel
Blanquer sur tous les fronts.
En français, le conseil des programmes recommande fortement de réduire
le nombre d’épreuves. Dans le viseur ?
L’écriture d’invention, cet exercice
créatif proposant de rédiger « à la manière de » et donnant lieu aux pires
anachronismes. Introduite dans les
programmes de français en 2002, elle
est le symbole d’une fracture qui sépare
le camp « pédagogiste » du camp
« conservateur ». Chez les professeurs,
elle suscite « des réticences dans l’évaluation », explique le CSP, qui a audi-
tionné depuis le 18 janvier une quarantaine d’associations disciplinaires,
syndicats et doyens. A contrario, « le
commentaire littéraire et la dissertation
ne sont pas critiqués, paraissant aux
professeurs consubstantiels à la discipline », poursuit l’instance.
« Sélection dès la seconde »
En mathématiques, elle observe une
« baisse de l’exigence vis-à-vis du raisonnement », qui a conduit à « proposer
des exercices altérés car segmentés et
appareillés de consignes guidant à l’excès la réflexion ». Les élèves se trouvent
ainsi « démunis devant des situations
inédites qui requièrent néanmoins les
mêmes outils et les mêmes procédures »,
explique-t-elle. En physique-chimie,
la « démarche expérimentale » a empiété
sur les savoirs. Et pour le CSP, la discipline doit être « remathématisée ».
« Cette volonté de recadrage en sciences est clairement liée aux attendus en
classes préparatoires. Depuis plusieurs
années déjà, les professeurs de prépa
parlent d’une baisse de niveau », rappelle Claire Krepper, à l’Unsa. Mais le syndicat, proche du parti socialiste et plutôt éloigné du ministre Blanquer, pointe
« le risque de tomber dans la sélection dès
la seconde ». « Les recommandations du
Conseil des programmes sont un vrai
plaidoyer en faveur des exercices cano-
Jean-Michel Blanquer (ici en avril à l’Élysée) saisira à nouveau le Conseil supérieur
des programmes dans les jours qui viennent. ÉRIC FEFERBERG/AFP
niques, qui mettent souvent les élèves en
difficulté, poursuit Claire Krepper. Ce
n’est pas pour rien que, en 2010, les programmes ont été revus ! » estime-t-elle.
En 2010, sous le ministère de Luc
Chatel - dont le numéro deux n’était
autre Jean-Michel Blanquer -, les programmes de l’ère de l’Internet ont
choisi de faire la place à la recherche et
la vérification de l’information, au nom
de la formation de l’esprit critique. Au
point d’en oublier l’importance des savoirs ? C’est ce que constate, en filigrane, la note d’analyse du Conseil des
programmes. « L’enfermement dans un
présent continuel représente un risque
d’aveuglement chez les jeunes générations : il importe d’ouvrir leur horizon
temporel et de les amener à comprendre
comment le contemporain émerge et se
nourrit de l’ancien », explique le document. Fort de cette ambition de recon-
Souâd Ayada, 47 ans. C’est à cette
agrégée de philosophie que le ministre
de l’Éducation a confié, en novembre
dernier, les rênes du Conseil supérieur
des programmes. Son prédécesseur,
le géographe Michel Lussault, proche
de l’ancienne ministre Najat VallaudBelkacem - qui l’avait chargé de
réécrire les programmes du collège -,
s’en est allé. Incompatibilité d’humeur
entre les deux hommes. Avec Souâd
Ayada, Jean-Michel Blanquer partage
la même ligne de conduite : ne pas
renoncer, au nom de l’égalité des
chances, à l’exigence. Pour la présidente
du Conseil des programmes, née
au Maroc et arrivée en France à l’âge
de 4 ans, la dissertation est ainsi
« l’exercice le plus égalitaire ». Le
« discours condescendant » à l’égard
des classes populaires est, pour elle,
exclu. Comme le ministre Blanquer, elle
invoque régulièrement les Lumières.
Spécialiste de la spiritualité islamique elle a écrit un essai sur le philosophe et
médecin musulman Avicenne -, elle
estime que la laïcité permet de « faire
coexister des gens que tout sépare ».
Rigoureuse, pesant chacun de ses
mots, Souâd Ayada partage aussi
avec le ministre une certaine forme
d’austérité. C’est sur elle qu’il a choisi
de s’appuyer pour réécrire les
programmes du lycée, dans le cadre
de la réforme du bac. Mais aussi pour
revoir les programmes du collège
mis en place sous le précédent
quinquennat.
C. B.
necter le passé et le futur, le CSP suggère aussi davantage de chronologie dans
les programmes d’histoire, mais aussi
en littérature.
Dans les jours qui viennent, le ministre de l’Éducation saisira à nouveau le
CSP. L’instance devra alors sortir des
généralités et entrer dans le vif du sujet,
en réunissant des groupes d’experts
chargés d’écrire, dans le détail, les
nouveaux programmes du lycée. ■
L’organisation des urgences « à bout de souffle »
Après le drame de Strasbourg, qui a mis en lumière de graves dysfonctionnements, réunions au ministère et enquêtes s’enchaînent.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
SANTÉ Ouverture d’enquêtes administratives, d’une enquête préliminaire du
parquet de Strasbourg, suspension d’une
opératrice du Samu… Si la mort, en décembre dernier, d’une jeune femme de 22
ans, dont l’appel au Samu de Strasbourg
n’avait pas été pris au sérieux, est imputable à une « erreur humaine », selon la
ministre de la Santé Agnès Buzyn, elle a
déclenché, en quelques heures, tout une
série de mesures, et ouvert un débat sur le
fonctionnement des urgences en France.
Le 29 décembre, Naomi Musenga, seule
à son domicile, souffre de fortes douleurs
au ventre et compose un numéro d’urgence. D’abord transférée vers le centre
d’appels des pompiers puis vers celui du
Samu, elle obtient une opératrice qui lui
répond avec dédain « Vous allez mourir,
certainement un jour comme tout le monde ! » et lui conseille d’appeler SOS Médecins. Après plusieurs heures et d’autres
appels, une intervention du Samu sera
déclenchée, mais la jeune femme meurt
peu après à l’hôpital d’une « défaillance
multiviscérale sur choc hémorragique »,
précise le rapport d’autopsie.
Le 3 mai, le directeur des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) a reçu des
membres de la famille de la victime pour
leur annoncer l’ouverture d’une enquête
administrative, qui devrait durer trois semaines. De son côté, Agnès Buzyn a demandé une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur « ces
graves dysfonctionnements ». Saisi par la
sœur de la jeune femme, qui « met en cause
les services du Samu et les personnes ayant
pris en charge les appels », le procureur de
Strasbourg a ouvert, mercredi, une enquête préliminaire pour non-assistance à personne en péril. La famille entend porter
plainte d’ici à vendredi, a-t-elle annoncé.
« Un système ancien »
« La réponse qui a été donnée, tant dans le
ton que dans la forme, n’est absolument pas
acceptable », souligne le président de
Samu urgences de France (SUDF), François Braun. Dans un communiqué commun avec l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), le SUDF
affirme que « les moyens doivent être mis
en place pour avoir des régulations médicales modernes et répondant à des critères de
qualité ». Les deux associations seront reçues lundi par la ministre. Et le lende-
Mayotte manifeste
pour rester française
Après la grève générale contre l’insécurité, l’archipel
craint la remise en cause de la départementalisation.
JÉRÔME MORIN £@je_morin
A
MAMOUDZOU
OUTRE-MER « Il y a un projet qui est proposé par le Quai d’Orsay de construire une
Communauté de l’archipel des Comores,
avec une cosouveraineté comorienne et
française à Mayotte. » Fin avril, la journaliste mahoraise et consultante en affaires internationales, Estelle Youssouffa,
« fait éclater le scandale » selon ses propres mots, au cours d’une émission diffusée sur la chaîne publique Mayotte La 1re.
L’île aux parfums, située dans l’océan
Indien, qui manifestait il y a quelques semaines encore contre l’insécurité, craint
désormais pour son statut de départe-
ment français acquis en 2011. Après plus
de cinq semaines de barrages routiers entre le 1er mars et le 9 avril et quelques cortèges monstres, les Mahorais descendent
à nouveau dans la rue ce jeudi matin. Le
mouvement, soutenu par l’intersyndicale et le collectif à l’origine de la récente
grève générale, s’annonce d’ampleur.
Une pétition mise en ligne par Estelle
Youssouffa, intitulée, « Il faut sauver le
101e département de Mayotte ! », a recueilli depuis le 1er mai plus de 7 500 signatures sur un territoire où peu d’habitants sont abonnés à Internet (7,9 % de la
population en 2015, selon l’Arcep).
« Pour certains hauts fonctionnaires, développer Mayotte, c’est jeter de l’argent
par les fenêtres, car un jour elle sera como-
main, au siège du Conseil national de
l’Ordre des médecins. Chez le Défenseur
des droits, on indique avoir traité « un peu
moins d’une dizaine de cas de défauts de
prise en charge par le Samu ou les urgences
en 2017 ». Dans Hôpitaux en détresse, patients en danger *, au chapitre « Le 15 ne
répond plus », le Dr Thibault Liot, médecin
urgentiste en Seine-et-Marne, décrit « un
système de téléphonie ancien » qui « ne
permet pas à un auxiliaire de régulation
médicale du Samu de gérer plus de deux à
trois appels en simultané ». « Plusieurs fois
par jour, dénonce-t-il, les régulateurs ne
peuvent répondre à tous les appels. »
Pour le vice-président de la Fédération
nationale des sapeurs-pompiers de France, Patrick Hertgen, « c’est l’occasion de
porter un regard sur un système à bout de
souffle ». « Le fait que Naomi n’a pu parler à
aucun médecin est une anomalie, hélas pas
exceptionnelle, poursuit-il. Les gens,
d’abord, ne savent pas vers qui se tourner :
le 15, le 17, le 18… C’est bien qu’on ait le 15,
mais le problème, c’est que tout converge
vers un médecin régulateur, qui ne peut pas
analyser tous les appels… C’est comme si,
sur l’autoroute A10, il n’y avait qu’une seule
file au péage ! Il vaudrait mieux que sapeurs-pompiers et Samu travaillent enfin
ensemble sur une plateforme commune et
perfectionnent leurs procédures de traitement des appels, afin qu’un tel drame ne se
reproduise plus. » Les annonces que doit
faire Emmanuel Macron « avant l’été » sur
la réorganisation du système de santé, assure Agnès Buzyn, « prendront en compte,
évidemment, d’éventuelles modifications sur
le traitement des urgences en général ». ■
*Éditions Flammarion, 2018.
étrangères, Jean-Yves Le Drian. Nous ne
transigerons pas sur le statut de Mayotte
au sein de la République française. » La
France « souhaite ouvrir de nouvelles
perspectives bilatérales, tenant compte de
nos intérêts respectifs et sans aucune discussion sur le statut de Mayotte », dans le
giron de la France depuis 1841, complète
une source diplomatique au Quai d’Orsay. La Communauté de l’archipel « n’est
pas qu’une vue de l’esprit », indiquait la
et nous continuons à y réfléchir”. » L’élu
sera dans le cortège jeudi. Il craint
« qu’on continue à régulariser à une échelle industrielle » les Comoriens qui arrivent dans des embarcations de fortune à
Mayotte, qui subit une forte pression migratoire. À terme, « on peut imaginer que
si on organise une consultation, la majorité
des électeurs voteront pour un rattachement aux Comores. »
C’est dans ce contexte que le ministère
des Affaires étrangères a « pris la décision
de suspendre à compter du vendredi
4 mai 2018 et jusqu’à nouvel ordre, la délivrance des visas demandés par les ressortissants comoriens à destination de la
France ». Un bras de fer diplomatique est
engagé depuis le 21 mars avec l’Union des
Comores qui refuse d’accueillir sur son sol
la très grande majorité des ressortissants
expulsés de Mayotte depuis que l’exécutif
français a accéléré la lutte contre l’immigration illégale dans le 101e département,
en réaction à la grève générale. En réponse à ces mêmes manifestants, Paris travaille également sur un plan de développement pour Mayotte que la ministre des
Outre-mer, Annick Girardin, viendra
présenter lundi prochain sur l’île. ■
“
Il faut sauver
le 101e département
de Mayotte !
Manifestation à Marseille de la
communauté comorienne et mahori,
le 24 mars. GEORGES ROBERT/CROWDSPARK
rienne », déclare l’auteur du texte.
« J’ai déjà eu l’occasion de dire dans cet
hémicycle que la rumeur sur la Communauté d’archipel des Comores était sans
fondements, a démenti mercredi, lors des
questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires
”
PÉTITION LANCÉE PAR ESTELLE YOUSSOUFFA,
JOURNALISTE MAHORAISE
veille le député mahorais (LR) Mansour
Kamardine. Il affirme avoir été approché
par l’actuel ambassadeur français délégué à la coopération régionale dans la
zone océan Indien, le 1er septembre dernier. « Il m’a dit : “Nous avons l’idée de
renforcer la coopération avec les Comores
et de construire une Communauté de l’archipel. M. Le Drian n’en veut pas, mais
nous considérons que c’est une bonne idée
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 10 mai 2018
SCIENCES
9
La fable du
papillon damier
qui n’arrivait
plus à évoluer
Une espèce du Montana n’a pas su s’adapter
aux changements liés à l’activité humaine.
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
ENVIRONNEMENT Jean de La Fontaine
en aurait fait une fable, sur le papillon, le
bœuf et le foin, sur fond de changement
climatique et d’activités humaines. Ou
comment un papillon peut se retrouver
piégé dans un « trou noir » de l’évolution. Le papillon en question vit une petite année, mais seulement quinze jours
sous sa forme papillon. Juste le temps de
pondre ses œufs sur la plante nourricière
adéquate. Les œufs se transformeront en
chenilles, dévoreuses des feuilles. Puis
donneront lieu à une chrysalide, puis à
un imago, le papillon adulte. Mettant à
profit leurs trente ans d’étude d’un papillon damier (Euphydryas editha) de
l’ouest de l’Amérique du Nord, Michael
Singer et Camille Parmesan, affiliés à
l’université de Plymouth, à l’université
du Texas à Austin, et bientôt à la station
CNRS d’écologie théorique et expérimentale de Moulis, en Ariège, viennent
de montrer que la capacité d’adaptation
des papillons aux changements provoqués par l’homme n’est pas sans limite et
peut conduire à des extinctions locales
(travaux publiés dans la revue Nature).
Ces papillons, aux riches motifs en damier rouge, orangé, marron et crème
disposés en lignes, prospéraient tranquillement dans les prairies du Montana
en association avec une herbacée, la collinsie à petites fleurs. Il y a à peu près un
siècle, une autre herbacée, un plantain,
arrivait d’Europe cachée dans du foin.
Cette plante « exotique » a supplanté peu
à peu la collinsie. Et les papillons se sont
gentiment adaptés, les chenilles passant
de la collinsie au nouveau venu européen. Au point, au début des années
2000, d’être 100 % plantain. Ces prairies
étaient utilisées pour faire paître des
troupeaux de bovins. Pour des raisons
économiques, le ranch a fermé en 2005.
N’étant plus broutées, ces prairies ont
très vite changé de physionomie, et le
plantain a été noyé dans d’autres plantes
et herbacées. Les œufs du papillon, ther-
“
Le changement
climatique en cours à
l’échelle de la planète dû
aux activités humaines
entraîne des changements
rapides
”
CAMILLE PARMESAN, EXPERTE AU GIEC
mogéniques, c’est-à-dire sensibles à la
température, se sont retrouvés enfouis
dans les herbes et ne disposaient alors de
plus d’assez de chaleur pour aller au bout
de leur développement.
En trois ans, les damiers disparurent
des prairies car ils n’ont pas pu revenir
en arrière et se servir de leur ancienne
plante hôte. De son côté, la collinsie, elle,
Après la supplantation des plantes où il pondait ses œufs, le papillon damier a disparu des prairies où il vivait.
n’avait pas été affectée par le départ des
bœufs et au bout de 5 ans, redominait
l’écosystème. Il accueille désormais, depuis 2013-2014, de nouveaux papillons
damiers, venus des régions alentour.
« Ceci est un exemple clair de comment
les hommes peuvent changer les habitats
plus rapidement que des espèces, même
très portées à l’adaptation, ne peuvent
changer leurs comportements », indique
Michael Singer, l’entomologiste. « Et ce
n’est pas un phénomène isolé. Des extinctions totales ne sont pas impossibles. »
Même son de cloche du côté de Camille
Parmesan. Pas étonnant puisque les deux
scientifiques sont mari et femme ! Et c’est
précisément l’étude de ces papillons qui,
il y a 35 ans, a rapproché la jeune étudiante du lépidoptériste. Camille Parmesan
est devenue une scientifique de premier
plan car elle a été l’une des premières à
montrer que les populations de papillons,
à cause du changement climatique, aussi
bien en Amérique du Nord qu’en Europe,
ont une tendance marquée à se déplacer
petit à petit vers le nord. Encore faut-il
qu’ils y trouvent un habitat propice. Elle
est aujourd’hui l’une des figures de proue
du Groupe d’experts international sur
l’évolution du climat (Giec), récipiendaire du prix Nobel de la paix en 2007. La
Texane, « réfugiée climatique » en Angleterre, à Plymouth, depuis 2011, a choisi
de retourner au Texas suite au Brexit en
2016. Mais patatras, en novembre de cette
année-là, Donald Trump est élu président. « Une véritable catastrophe, non
seulement pour la recherche sur le climat,
mais pour les sciences en général », avaitelle estimé. Et en 2017, elle répond à l’appel d’Emmanuel Macron de l’opération
« Make our planet great again » et décroche un financement pour la station de recherche internationalement reconnue de
Moulis en Ariège, où elle devrait s’établir
en octobre.
« Le changement climatique en cours à
l’échelle de la planète dû aux activités humaines entraîne des changements rapides, que ce soit sur le climat ou sur la raréfaction des habitats », assure-t-elle.
« Sans doute trop rapide pour que nombre
d’espèces aient le temps de s’adapter. »
Les deux chercheurs avaient exactement
prévu, dans un article publié en 1993,
dans cette même revue Nature, qu’un tel
scénario de « piège écologique » pouvait
tout à fait se produire. CQFD. ■
JUDY GALLAGHER/CC BY 2.0
ZOOM
Les rats éradiqués
de l’île de Géorgie du Sud
Les rats ont disparu de l’île
britannique de Géorgie du Sud,
située à l’extrême sud de l’océan
Atlantique, a annoncé mercredi
la Fondation pour le patrimoine
de l’île qui a mené un projet
visant à éradiquer « les rongeurs
envahissants » de ce territoire
pour y protéger les oiseaux.
Il a fallu 11,5 millions d’euros,
une décennie de préparation,
4 saisons subarctiques d’appâtage
et d’élimination pour avoir raison
du rongeur. L’île, 160 km de long
pour 30 km de large, avait été un
point de passage pour les navires
baleiniers, qui y avaient apporté
les rats. Ils avaient proliféré
en se nourrissant des oiseaux
présents sur l’île. Certaines
espèces d’oiseaux montrent
déjà « des signes de rétablissement
très spectaculaires », précise
la fondation.
Une flambée de
fièvre Ebola en RDC
tue 17 personnes
Le pays craint une propagation du virus, qui est
apparu dans un village facilement accessible.
SANTÉ La République démocratique du
Congo (RDC) est une nouvelle fois frappée par une épidémie d’Ebola. Le ministère de la Santé a annoncé la mort de 17
personnes, parmi 21 cas suspects à
Bikoro dans la province de l’Équateur,
dans le nord-ouest du pays. L’Institut
national de recherche biologique (INRB)
de Kinshasa a confirmé la maladie à virus Ebola chez deux patients sur cinq encore hospitalisés. « Depuis la notification
des cas le 3 mai dernier, aucun décès n’a
été rapporté ni parmi les cas hospitalisés
ni parmi le personnel de santé », précise,
rassurant, le ministère.
Habituée des épidémies d’Ebola - neuf
depuis la découverte du virus en 1976 -,
la RDC se montre toutefois sur ses gardes
et qualifie la nouvelle flambée « d’urgence de santé publique de portée internationale ». Car contrairement aux épisodes
précédents, les cas ne sont pas signalés
dans des villages isolés en forêt profonde. « Bikoro est un bourg construit autour
d’un lac et la zone qui l’entoure est composée de villages successifs qui échangent
beaucoup entre eux, notamment du manioc, décrit le Pr Éric Delaporte, membre
d’une unité internationale de recherche
de l’IRD, de l’Inserm et de l’université de
Montpellier associée à l’INRB de Kinshasa. Ils sont aussi reliés par des routes à
l’une des plus grandes villes du pays,
Mbandaka. Le risque d’extension de l’épidémie est donc réel. »
D’après les médecins congolais sur
place, l’épidémie aurait débuté après un
enterrement traditionnel. Une semaine
plus tard, les premiers décès ont été déplorés. Un scénario malheureusement
classique avec Ebola. « Au cours des rites
funéraires, les familles lavent le corps, le
touchent, entrent en contact avec des fluides contenant le virus », explique le spécialiste. Il précise que les premiers cas de
fièvre hémorragique et diarrhées sanglantes auraient été signalés dès janvier.
« Mais cela mérite d’être confirmé », insiste-t-il. De leur côté, la RDC et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) disent que les vingt et un cas ont été
rapportés au cours des cinq dernières semaines.
Vaccin non homologué
Des équipes de l’OMS et de l’INRB de
Kinshasa ont été envoyées sur place pour
investiguer ces cas, remonter la chaîne
de transmission du virus et identifier les
personnes qui ont pu être en contact
avec les malades. L’ONG Médecins sans
frontières est également présente depuis
samedi dernier pour épauler les soignants locaux et contrôler l’épidémie.
« Pour éviter la propagation du virus, le
gouvernement congolais autorisera peutêtre l’utilisation du vaccin développé lors
de l’épidémie en Afrique de l’Ouest. Il
l’avait autorisé l’an dernier quand une
épidémie s’était déclarée à Likati mais il ne
l’avait pas utilisé car elle s’était arrêtée
rapidement », souligne le Pr Éric Delaporte. Interrogée sur l’utilisation de ce
vaccin non homologué, l’OMS indique
que le sujet « est en cours de discussion ».
Ce vaccin, appelé r-VSV Zebov, permet
de protéger les individus qui risquent
d’être en contact avec des malades. Lors
des essais cliniques en Guinée et en Sierra Leone, il a montré une efficacité proche de 100 %. Une lueur d’espoir face au
virus responsable de la mort de 11 300
personnes entre 2013 et 2016. ■
A
ANNE-LAURE LEBRUN £@LebrunAnneLaure
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
10
SPORT
Debuchy : « Je reviens de tellement loin… »
Grâce à sa bonne seconde partie de saison avec les Verts, le défenseur postule à un retour en bleu pour le Mondial.
PROPOS RECUEILLIS À SAINT-ÉTIENNE PAR
FRANCK TALLUTO £@f_talluto
FOOTBALL Son retour en Ligue 1 n’est pas
passé inaperçu. Mis de côté à Arsenal,
Mathieu Debuchy s’est engagé pour six
mois avec Saint-Étienne le 31 janvier. Depuis, il contribue au redressement spectaculaire des Verts, 16e à la trêve et désormais à la lutte pour une qualification
européenne. De quoi permettre au latéral
droit de postuler à une place parmi les
23 Français qui disputeront la
Coupe du monde cet été en
Russie.
l’équipe tourne bien, je suis sur le terrain
tous les week-ends et ça se passe plutôt
bien pour moi… Après, ce sont les choix
du sélectionneur de m’appeler ou non.
Mais j’ai conscience qu’être appelé passe
par de bonnes performances avec SaintÉtienne.
Attendez-vous avec anxiété la liste
des 23 Français qui iront au Mondial ?
Honnêtement, non. Je le vis bien, je suis
concentré sur la fin de saison avec mon
club. On a des objectifs, ce n’est pas comme
si on n’avait plus rien à jouer.
Et puis je reviens de tellement
loin… Je ne suis pas retourné
en sélection depuis plus de
deux ans, les choses n’ont pas
LE FIGARO. Êtes-vous
été évidentes pour moi. J’essurpris de vos performances
saie de donner le maximum.
avec l’AS Saint-Étienne ?
Mathieu DEBUCHY.- Non, à
en équipe de France Et j’attendrai la liste sans
pression supplémentaire. Si
titre personnel, j’avais fait en
de 2011 à 2016
j’ai la chance d’être appelé,
sorte que cela se passe bien.
ce sera un plus. On a toujours
Même si je n’ai pas pu enenvie de revêtir ce maillot bleu, en plus
chaîner beaucoup de matchs (avec Arsepour une Coupe du monde. Forcément, j’ai
nal), j’ai disputé quelques rencontres de
envie d’y être.
Ligue Europa (4 matchs, 1 but). Sans être
au top niveau, cela m’a permis d’être
plutôt bien physiquement, car jouer et
Vous avez déjà disputé une Coupe
s’entraîner, ce n’est pas du tout la même
du monde (2014) et un Euro (2012), réalisé
chose. Sur le plan collectif, je suis arrivé à
le doublé Coupe de France-championnat
un moment critique pour Saint-Étienne,
en 2011 (avec Lille) et joué dans un grand
mais le staff, les recrues et des joueurs qui
club anglais. Avez-vous réalisé
ont élevé leur niveau de jeu ont fait que ça
tous vos rêves d’enfant ?
s’est tout de suite bien goupillé.
Une grande partie, oui. (Il sourit) Quand
j’étais petit, à l’âge qu’a mon fils aujourComment l’expliquer,
d’hui, je voulais devenir footballeur,
c’était la base. Petit à petit, quand tu
car le onze de départ a été chamboulé
entres dans le circuit professionnel, tu as
comme rarement au mercato ?
On s’est tous bien adaptés, et vite. De
d’autres ambitions. Quand on est foottoute façon, on n’avait pas le choix ! Il
balleur et compétiteur, on a toujours des
fallait être prêt tout de suite. J’ai pu direcobjectifs. Avoir pu affronter mon frère en
tement échanger dans le vestiaire, car
Coupe de France (Lille-Wasquehal, 32e de
j’avais déjà côtoyé pas mal de joueurs en
finale en 2011) fait partie de mes plus
sélection de jeunes ou chez les A, comme
beaux souvenirs.
Loïc (Perrin), Yann (M’Vila) avec lequel
j’ai fait l’Euro 2012, Rémy (Cabella) et
Saint-Étienne bouclera sa saison
Stéphane (Ruffier)… Ne pas être en terre
en recevant Lille, le club de vos débuts
inconnue, c’est beaucoup mieux pour
(233 matchs de L1). Quel regard
l’intégration, c’est évident.
portez-vous sur sa situation ?
C’est compliqué. J’ai un rapport affectif
Vos prestations font qu’on reparle
avec le Losc, que j’ai intégré quand j’avais
8 ans. J’y ai fait toutes mes gammes et
beaucoup de vous chez les Bleus…
Je jouais très rarement avec Arsenal, ce
cela me fait mal au cœur de voir toutes ses
difficultés, car les soucis ne se limitent
qui ne me permettait pas d’être sélectionné, et c’est logique. À Saint-Étienne,
pas qu’au terrain…
Gagner pour atteindre l’Europe
tout en risquant de faire plonger
Lille serait-il un dilemme ?
Non. Aujourd’hui je joue pour SaintÉtienne. Je suis donc focalisé sur ses
objectifs et je donnerai tout pour mon
équipe. Si cela venait à condamner le
Losc, je serais vraiment déçu pour ce club
qui ne mérite pas d’être dans cette situation. J’espère qu’il arrivera à assurer son
maintien avant qu’on l’affronte, car cela
me ferait de la peine, comme pour tous
les amoureux du Losc, de le voir descendre en L2. Ce serait terrible…
27
En fin de contrat en juin,
de quoi sera fait votre avenir ?
Je suis dans l’état d’esprit de bien finir et
d’être le plus haut possible au classement.
On revient de très loin, accrocher l’Europe ce serait donc énorme. Ensuite, on
verra. Cela ne dépend pas que de moi. Je
prendrai le temps nécessaire pour réfléchir à ce que j’ai envie de faire, étudier les
offres et prendre la meilleure décision. À
mon âge, je prendrai aussi en compte
l’aspect familial. J’ai quatre enfants, ma
fille va au collège, mon fils va suivre…
C’est un paramètre important.
sélections
Pourriez-vous continuer ici ?
Bien sûr, c’est l’une des possibilités. Pour
l’instant, je n’ai pas eu de contact avec les
dirigeants. Mais s’il y a une proposition,
j’y réfléchirai. Ce qui est certain, c’est que
je me sens bien à Saint-Étienne et dans ce
club.
À bientôt 33 ans, envisagez-vous déjà
votre reconversion ?
J’y pense depuis quelque temps, oui… J’ai
plusieurs projets en dehors du football. Il
y a les baby-foots (Debuchy by Toulet) et
je suis aussi en train de monter une société avec un associé autour du padbol,
un sport de la famille du padel qui se rapproche du tennis-ballon. Je dirai stop
quand je sentirai que je n’ai plus l’envie
ou la force de continuer. Mais ce n’est pas
encore le cas…
« On a toujours envie de revêtir ce maillot bleu, en plus pour une Coupe du monde.
Forcément, j’ai envie d’y être », confie Mathieu Debuchy. ROMAIN LAFABREGUE/AFP
Le bouclier de Brennus, nouveau totem fidjien
À l’initiative de Clermont, qui entretient des liens privilégiés avec la province de Nadroga, le trophée passe
une semaine aux Fidji, en remerciement à une île qui réserve ses meilleurs talents au rugby français.
GILLES NAVARRO
A
CORRESPONDANCE SPÉCIALE AUX ÎLES FIDJI
RUGBY Nadolo le Montpelliérain ? Nakarawa le Racingman ? Tuisova le Toulonnais ? Ou Kunatani le Toulousain ? Quel
joueur fidjien sera sacré champion de
France cette saison La succession de Peceli
Yato et Alivereti Raka, vainqueurs du Top
14 avec Clermont l’an passé, est ouverte.
En attendant ce dénouement, le bouclier
de Brennus est parti à la découverte des îles
Fidji. Une première pour le vénérable
trophée, plus habitué à fréquenter notre
terroir que les lagons et les cocotiers du
Pacifique.
On doit cette initiative à l’ASM
Clermont-Auvergne. « On sait tous ce que
nous devons, et le rugby français avec nous,
aux Fidji, explique Jean-Marc Lhermet,
ancien troisième ligne et capitaine de l’AS
Montferrand, qui accompagne le bouclier
dans son voyage exotique. Nos deux titres
de 2010 et 2017 portent la marque du rugby
fidjien, puisque les deux seuls essais que
nous avons inscrits en ces finales l’ont été
par des joueurs nés sur l’île : Napolioni
Nalaga en 2010 et Alivereti Raka l’an passé.
Nous nous étions dit qu’il serait bien d’associer les Fidji à notre succès. L’idée a fait son
bonhomme de chemin… »
Voilà comment le trophée le plus célèbre
du sport français a atterri dans la province
de Nadroga, au sud de Viti Levu, la grande
île. Le choix du lieu n’est pas anodin. C’est
de Nadroga que sont arrivés Nalaga et
Raka. C’est ici que Clermont a signé un
protocole qui a resserré ses liens avec le
rugby fidjien. Dimanche après-midi,
Lhermet, accompagné de Bertrand Rioux,
le directeur du centre de formation de
Clermont (et ancien demi de mêlée des
Jaunards) a prolongé cet accord de parte-
nariat qui unit les deux parties depuis 2010.
Clermont envoie du matériel et des observateurs, Nadroga réserve ses meilleurs
espoirs au club auvergnat, moyennant des
indemnités de formation.
Religion, jeu, combat.
Sur place, un technicien français, Franck
Boivert, installé aux Fidji depuis près de
trente ans, supervise les opérations. Il
échange en permanence avec les staffs
clermontois (seniors, espoirs, jeunes) sur
les orientations techniques, tactiques en
vigueur du côté de Clermont. La semaine
avant la visite du bouclier, Boivert recevait
Freddy Maso, directeur sportif du centre
de formation clermontois. Ils ont mené
ensemble des séances d’entraînement
auprès des jeunes rugbymen locaux. « Il
n’y a pas d’académie de rugby clermontoise
à Nadroga, précise Jean-Marc Lhermet.
Juste un partenariat qui se renforce année
après année. »
Depuis son arrivée sur l’île, le bouclier de
Brennus a été traité comme un prince.
Réception à l’ambassade, à Suva ; présentation officielle du trophée pendant le
match Nadroga-Suva : visite et bénédiction officielle par les autorités religieuses de
Nakorovatu, village où ont grandi Raka et
Yato. Brennus, dieu des Gaulois d’Ovalie,
est devenu l’espace d’une semaine, celui
des habitants de « Nadro ». Il a même eu le
privilège d’assister au sermon du pasteur
méthodiste et à la prière d’avant-match
des Stalions de Nadroga. Des « étalons »
fougueux qui arrachèrent la victoire à la
sirène (28-26) avant de chanter magnifiquement leur succès en brandissant le
bouclier.
Sur les murs des vestiaires du Lawaqa
Park, des slogans imprimés sur des affi-
Présentation du bouclier de Brennus au Stade Lawaqa Park à Sigatoka, aux îles Fidji,
le dimanche 6 mai 2018. GILLES NAVARRO / LE FIGARO
chettes, rappellent qu’ici le rugby est plus
qu’un divertissement. « Keep your head
up ! God gives his hardest battles to his
strongest soldiers ! » (« Gardez la tête haute ! Dieu offre ses plus belles batailles à ses
soldats les plus forts ! ») Religion. Jeu.
Combat. Tout le rugby fidjien est résumé
en ces trois mots. Confirmés par le nouvel
ambassadeur de France à Suva, Sujiro
Seam. « À quoi reconnaît-on la ferveur
d’une religion ? a-t-il joliment questionné
lors de son speech d’accueil du bouclier. À
l’heure de la messe, on ne voit personne dans
les rues. Ici, lorsque l’équipe de rugby des
Fidji joue, il n’y a pas un chat à Suva. »
Le sport comme une religion, la comparaison est osée. Mais quand on connaît la
foi des Fidjiens (deux tiers de chrétiens,
dont plus de 80 % méthodistes, un tiers
d’hindous), on peut imaginer l’importance
qu’ils accordent au rugby. Le monde
économique ne s’y trompe pas. Avec la
baisse des exportations de coprah (chair
séchée des noix de coco) ou les fluctuations
des cours de la canne à sucre, le rugbyman
est devenu un acteur économique majeur.
Lorsqu’il lui a fallu reconquérir des parts
du marché local, la Bred (groupe Banque
populaire) a joué à fond la carte rugby.
« On travaille avec la fédération, les clubs
et les joueurs expatriés, explique son directeur, Frédéric Reynaud. On a créé un
lien bancaire entre les Fidjiens de France et
leur île. » Produit d’exportation rentable –
il envoie une partie de ses gains récoltés en
Europe à sa famille restée aux Fidji -,
le rugbyman est adulé par son île. Et suscite des vocations. « Tous les jeunes rêvent
de jouer un jour en France », résume Frédéric Reynaud. Et tous rêvent de soulever
leur nouveau totem, le bouclier de Brennus. Comme Raka, Yato, et onze autres
Fidjiens depuis Bolo Bolo en 1998, avant
eux. ■
Et rester dans le monde du football ?
Je vais souvent voir mon fils jouer. Être
au bord du terrain donne envie d’entraîner. Travailler auprès des jeunes oui,
pourquoi pas. ■
EN BREF
Football : fin de saison pour
Manuel Neuer au Bayern
Ecarté des terrains depuis
septembre dernier en raison
d’une fracture à un pied, le
gardien de but allemand Manuel
Neuer, champion du monde en
titre et capitaine, ne disputera
pas comme espéré le dernier
match de Bundesliga avec
le Bayern, déjà champion,
et sa participation à la finale de la
Coupe d’Allemagne le 19 mai
contre Francfort, est incertaine.
De quoi s’interroger sur sa
présence en Russie avec l’équipe
d’Allemagne lors du Mondial.
Tennis : Djokovic sorti
au 2e tour à Madrid
Le Serbe Novak Djokovic s’est
incliné dès le deuxième tour du
Masters 1000 de Madrid, battu en
trois sets par le Britannique Kyle
Edmund (6-3, 2-6, 6-3).
L’ex-n°1 mondial , aujourd’hui
tombé au douzième rang,
restait sur une élimination
d’entrée à Barcelone il y a une
dizaine de jours.
Golf : Tiger Woods jouera
le British Open en juillet
L’ex-n°1 mondial Tiger Woods
(42 ans) a confirmé sa présence
aux organisateurs du British
Open, qui se déroulera au mois
de juillet à Carnoustie (Ecosse).
L’Américain, triple vainqueur
de cette épreuve du Grand
Chelem, jouera l’US Open
à la mi-juin, là aussi après
deux ans d’absence en raison
de blessures au dos.
Rugby : Cudmore manager
d’Aix-en-Provence
Le Franco-Canadien
Jamie Cudmore est le nouveau
manager de Provence Rugby,
qui vient de remonter en Pro D2.
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jeudi 10 mai 2018
LE CARNET DU JOUR
Laurent et Silvia Cheronnet,
Patrick et Juliette Barba,
Gaëtan et Catherine Mary
et leurs enfants,
Aurélie, Aude, Pauline,
Laurène, Achille, Elliot, Louis,
Inès et Anna,
ainsi que toute la famille
Les annonces sont reçues avec justification d’identité
par téléphone
01 56 52 27 27
ont la très grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
par télécopie
01 56 52 20 90
Angélique CHERONNET
le 6 mai 2018,
dans sa 38e année.
par courriel : carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux : 14 boulevard Haussmann, 75009 Paris,
sur notre site : www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC : Du lundi au jeudi
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 14 mai,
à 14 heures, en l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
Paris (17e).
24 € jusqu'à 25 lignes / 22 € à partir de 26 lignes
La marquise
de Ginestet-Puivert,
sa mère,
Vendredi ou samedi
27 € jusqu'à 25 lignes / 25 € à partir de 26 lignes
la comtesse Georges
de Ginestet-Puivert,
François et Jacqueline,
Aude, L aure, Louis,
son épouse et ses enfants,
Réduction à nos abonnés : nous consulter
Les lignes comportant des caractères gras sont
facturées sur la base de deux lignes ; les effets
de composition sont payants ; chaque texte
doit comporter un minimum de 10 lignes.
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
deuils
Charbonnière-les-Bains
(Rhône).
Catherine Baudot,
Patrick et Brigitte Baudot,
Florence et Jean-Claude
Thorent,
Chantal et Bernard Barbier,
Xavier et Isabelle Baudot,
Béatrice et Pascal Manu,
Jean-Luc et Laurence Baudot,
ses enfants,
ses 23 petits-enfants
et leurs conjoints
et ses 8 arrière-petits-enfants
ainsi que toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Georges BAUDOT
à l'âge de 90 ans, le 8 mai 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 12 mai, à 9 h 30,
en l'église
de Charbonnières-les-Bains.
La famille rappelle à votre bon
souvenir, son épouse,
Mme Jacqueline Baudot
née Frachon,
décédée en 2007.
Corinne, sa sœur,
Jérôme, son frère,
Timothée et Max,
ses neveux,
Mme Antoine Rousselot,
sa mère,
Archibald, Philomène, Eliott,
Melchior et Orville,
ses petits-enfants,
ont la profonde tristesse
de faire part du décès de
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 11 mai, à 15 heures,
en l'église Saint-Nicolas
de Clairefontaine-en-Yvelines.
Mme Aaron Lévy,
Paolo Lévy,
Jacqueline Lévy Igestedt,
sa famille,
ses amis
La vicomtesse Michel
de Champs de Saint-Léger,
son épouse,
ont la douleur
de vous annoncer le décès de
Laure
de Champs de Saint-Léger,
Bruno
de Champs de Saint-Léger (†),
Christine et David Genty,
Eric
de Champs de Saint-Léger,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
Une messe à son intention
sera célébrée ultérieurement.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 14 mai, à 14 h 30,
en l'église Saint-Germain
de Compiègne.
Dommartin (Nièvre).
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
Les obsèques ont eu lieu
dans l'intimité familiale,
le 9 mai 2018.
M. Jacques LECOEUR
survenu le lundi 7 mai 2018,
à Compiègne.
survenu le 6 mai 2018.
le bâtonnier Gérard Firmin,
son beau-père,
le 4 mai 2018.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Gilles BOUYER
Horace et Nathalie Pictet
et leurs enfants,
Sylvia de Meyer
et ses enfants,
ses cousins,
vicomte Didier
BAYARD de LA VINGTRIE
Mme Jacques Lecoeur,
son épouse,
M. et Mme Jacques Lamiot,
M. et Mme Nicolas Lecoeur,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
son frère, s a sœur
et toute sa famille
Marc LÉVY
La cérémonie d'adieu aura lieu
au cimetière Ben M'sik
de Casablanca,
le vendredi 11 mai 2018,
à 13 h 30.
Camille et Louis,
ses petits-enfants,
Levallois-Perret
(Hauts-de-Seine).
Sermages, Millay (Nièvre).
Christine et Hervé Papi,
Bernadette Milers,
Serge Le Breton,
ses enfants,
vicomte Michel de CHAMPS
de SAINT-LÉGER
le 6 mai 2018, à l'âge de 76 ans,
muni des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 11 mai, à 14 h 30,
en l'église de Dommartin.
Benoit et Jennifer Papi,
Amélie et Frédéric Paimparay,
Bertrand Papi et Caroline,
Martin Le Breton et Clarisse,
Charlotte Le Breton,
ses petits-enfants,
Arthur, Louise,
Baptiste, Edouard,
ses arrière-petits-enfants,
les familles Milers, Barré,
Adams, Roth, Müller
ont la douleur
de faire part du décès de
Naissance
André MILERS
Annoncez-la dans le carnet du jour
HEC 47,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
© shutterstock
survenu le 4 mai 2018,
à l'âge de 93 ans, à Paris (15e).
... et recevez Le Figaro gracieusement pendant 3 mois
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Gloria Ferreira,
toute la famille et ses amis
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme veuve François MIGUET
née Bernadette Baty,
survenu à Verneuil-sur-Avre,
le 8 mai 2018,
dans sa 87e année, munie
des sacrements de l'Église.
La messe d'inhumation
aura lieu
le samedi 12 mai, à 11 heures,
en l'église Notre-Dame
de Verneuil-sur-Avre,
où l'on se réunira.
Parking à l'abbaye
Saint-Nicolas.
Mme Alain Mongon,
née Maud d'Humières,
son épouse,
24, avenue de la Gare,
34160 Castries.
M. et Mme Arnaud Bouyer,
M. et Mme Florent Bouyer,
ses enfants,
Bernadette, Sophie, Frédéric,
ses neveu et nièces,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu du
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 11 mai, à 14 h 30,
en l'église Saint-Étienne
de Castries (Hérault),
suivie de l'inhumation
au cimetière vieux de Béziers.
Mme Gilles Bouyer,
son épouse,
François et Olivia,
Delphine (†), Marie, Antoine,
Lucie, Ludovic, Victor,
ses petits-enfants,
101, rue Paul-Doumer,
27130 Verneuil-sur-Avre.
le 6 mai 2018.
01 70 37 31 70
Mgr Philippe Miguet,
M. Nicolas Miguet,
M. Christophe Miguet,
ses enfants,
le marquis et la marquise
de Ginestet-Puivert,
son frère et sa belle-sœur,
MM. Frédéric et Christian
Poulle,
ses beaux-frères,
comte Georges
de GINESTET-PUIVERT
Téléphone Abonnements :
11
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Pierre
de Larochemillay (Nièvre),
le vendredi 11 mai 2018,
à 14 h 30, suivie de l'inhumation
dans le caveau familial
au cimetière de Larochemillay.
La famille tient à remercier
le personnel de la
Villa Beausoleil, à Levallois
et celui de la maison médicale
Jeanne Garnier, à Paris (15e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Bernadette Milers,
47, rue Saint-Ferdinand,
75017 Paris.
Condoléances sur registre.
M. et Mme
Emmanuel Mongon,
M. et Mme Hubert Mongon,
Mlle Valérie Mongon,
M. et Mme Thibaut Mongon,
ses enfants,
Erwan Mongon,
Alix et Jean-Samuel
de Boissieu,
Ghislain Mongon,
Priscille Mongon,
Jean Mongon,
Joseph Mongon,
Victor Mongon,
ses petits-enfants,
Antoine de Boissieu,
son arrière-petit-fils,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Alain MONGON
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
membre de l'Institut de France,
à Conros, le 7 mai 2018,
dans sa 87e année.
La messe d'A-Dieu
sera célébrée
le vendredi 11 mai, à 10 h 30,
en l'église
d'Arpajon-sur-Cère (Cantal).
Frédéric Janbon,
administrateurdirecteur général de
BNP Paribas
Asset Management
et l'ensemble des
collaborateurs de la société
ont la tristesse
de vous faire part
du décès soudain, de
Gaëtan OBERT
responsable mondial
du Sustainability Centre,
survenu le vendredi 4 mai 2018,
à l'âge de 49 ans.
Ils rendent hommage
à ses qualités humaines
et professionnelles,
à son engagement, et partagent
leur émotion et leur peine
avec sa famille et ses proches.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 11 mai,
à 11 heures, en l'église
de la Madeleine,
4, rue Saint-Jacques,
Vendôme (Loir-et-Cher).
BNP Paribas
Asset Management,
14, rue Bergère,
75009 Paris.
On nous prie d'annoncer
le rappel à Dieu,
dans sa 96e année, du
commandant Jean
QUIROUARD-FRILEUSE
chevalier
de la Légion d'honneur,
le lundi 7 mai 2018, muni
des sacrements de l'Église.
Ses enfants,
M. et Mme
Henri Quirouard-Frileuse,
Mme Régis de Thé,
M. et Mme
Alfred Quirouard-Frileuse,
Mme Isabelle
Quirouard-Frileuse,
M. et Mme
Emmanuel Duverger,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
sa sœur,
Mlle Quirouard-Frileuse.
Il rejoint son épouse,
née Monique Hugot-Derville
(† 2003).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 11 mai, à 16 h 30,
en la collégiale de Guérande.
Mme Paul Razel,
son épouse,
En vente
vendredi 11
et samedi 12 mai
Chantal Razel Rouanet,
Dominique Razel Dubrule,
Françoise Razel Brown (†),
Marie-Paule et Jacques
Meillère,
René-François et Laurence
Razel,
Christian et Catherine Razel,
ses enfants,
avec votre Figaro
Mathilde et Juan Pedro,
Flavie et Bastien, D avid et Eva,
Maxence (†), Ambre, M eredith,
Sébastien, A rthur, Alizée,
Audrey, M athieu, Candice,
Clarisse,
ses petits-enfants,
Samantha, Joao, Pablo,
Camille, Siloé, Capucine,
Maélie,
ses arrière-petits-enfants,
Claude et Chantal Razel,
son frère et sa belle-sœur,
Mona Bourgeot,
sa belle-sœur,
Yves et Debby Szmir,
Stéphane et Lily Szmir,
Kevin, Raphaël, S acha, Noa,
Liam,
ses beaux-fils, ses belles-filles
et leurs enfants,
ses neveux et nièces,
ses cousins et cousines,
les familles Razel, Delassus,
Riaux, Bourgeot, Mendlewicz,
Szmir, Schoonheere,
les collaborateurs
et le personnel de
l'Entreprise Razel Frères
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Paul RAZEL
ingénieur de l'École spéciale
des travaux publics (ESTP),
entrepreneur
de travaux publics,
officier de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
vice-président d'honneur
du Syndicat des entrepreneurs
de travaux publics de France,
" le 5 mai 2018,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 11 mai, à 15 h 30,
en l'église Saint-Jean-Baptiste
de Sceaux (Hauts-de-Seine),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Sceaux,
dans le caveau de famille.
5, cité Berryer (25, rue Royale),
75008 Paris.
Roquecourbe (Tarn).
On nous prie d'annoncer
le décès, le 7 mai 2018,
dans sa 97e année, de
M. Pierre SERVAT
chevalier
de la Légion d'honneur.
Le service religieux
sera célébré
le vendredi 11 mai, à 15 heures,
en l'église de Roquecourbe.
De la part de
ses enfants et petits-enfants.
#
Cet avis tient lieu de faire-part.
20 bis, rue Frédéric-Mistral,
30900 Nîmes.
souvenirs
Il y a 78 ans,
le 10 mai 1940,
Mohamed BEN HASSAN
nous quittait.
A la mémoire de tous les soldats
de la glorieuse Première
Division Marocaine envoyés
contre l'invasion hitlérienne
le 10 mai 1940,
qui s'était distinguée
à la grande bataille
de Gembloux et de Lille.
Les éditions du Figaro
Avec une pensée spéciale
pour tous ceux,
comme mon oncle
Mohamed Ben Hassan
dont les corps n'ont pu étre
identifiés après les combats.
Qu'ils reposent en Paix.
Dr. Abdel A. Ammoumi,
New York .
A l'occasion
du trentième anniversaire
de la mort de
Louis BOUZOLS
le 10 mai 1988,
Mme Louis Bouzols,
née Marie-Paule de Cadillan,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
remercient tous ceux qui,
par la prière et la pensée,
s'associent à sa mémoire.
En vente chez votre marchand de journaux
et sur www.figarostore.fr
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jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
12
CHAMPS LIBRES
REPORTAGE
Des élèves de quatrième du lycée Lucien-de-Hirsch suivent un cours de français donné par Elie Ebidia, également directeur de cet établissement parisien de confession juive, le plus ancien de France.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Les recettes des écoles juives qui
associent tradition et excellence
Marie-Estelle Pech
£@MariestellPech
«
Q
uand quelqu’un tombe dans la
rue, on a envie de rire. Pourquoi ? » Des doigts se lèvent :
« Parce que c’est drôle ! », rigole un adolescent. « Parce
qu’on est soulagé ? », tente
un autre qui porte une kippa,
comme la totalité des garçons de cette classe de quatrième. Filles et garçons ont revêtu la blouse en jean
bleu réglementaire de cet établissement privé juif
sous contrat avec l’État.
« Bravo ! Quand je vois tomber quelqu’un, je ris parce que je suis soulagé de ne pas être tombé. C’est la catharsis, la purgation des passions », enchaîne le volubile professeur de français, Élie Ebidia, avec quelques
traces d’accent séfarade. Cet amateur de Proust est
aussi le chef de cet établissement du XIXe arrondissement de Paris, Lucien-de-Hirsch, créé en 1901, le
plus ancien de France. Avec ses 1 200 élèves, c’est
aussi l’un des plus importants, avec Yabné dans le
XIIIe arrondissement. Une exception car, partout
ailleurs, la centaine d’établissements juifs affiche une
taille plus modeste. De Yavné à Marseille à Aquiba à
Strasbourg ou Maïmonide à Boulogne, la plupart ont
un point commun : de très bons résultats, qui s’améliorent depuis dix ans, des résultats souvent supérieurs à la moyenne nationale, selon Patrick PetitOhayon, directeur de l’action scolaire du Fonds social
juif et coordinateur des écoles juives. « Certainement
grâce aux enseignants, mieux formés, plus stables,
alors qu’ils étaient autrefois contractuels à 70 %. »
Lucien-de-Hirsch affiche 100 % de réussite au bac
et 60 % de mentions, dont une forte proportion de
mentions très bien, surtout en série scientifique. Un
résultat qui s’explique « par le travail, tout simplement, raconte le directeur. On n’a pas envie de faire
une école juive au rabais. Notre objectif ce n’est pas de
préparer au bac mais à l’enseignement supérieur ». En
plus des programmes de l’Éducation nationale, les
élèves suivent de quatre à douze heures d’enseignement religieux par semaine : talmud, histoire, hébreu, voire araméen. Un enrichissement mais aussi
un marathon qui décourage certains enfants, selon
des parents d’élèves passés par ces écoles.
En France, la centaine
d’établissements juifs
sous contrat avec l’État
accueille 31 700 élèves.
Un chiffre stable malgré
les départs accrus
vers Israël. Les parents
y cherchent un
enseignement religieux
et identitaire poussé,
l’excellence des résultats.
Et une protection face
à l’antisémitisme.
Reportage à Luciende-Hirsch, à Paris, le plus
ancien d’entre eux.
Des sas de sécurité impressionnants
A
FSJU
« Surinvestissement des parents »
Une pratique religieuse surchargée et trop scolaire
peut être néfaste mais « beaucoup ont revu leur copie
ces dernières années, avec une volonté pédagogique
plus subtile », insiste Patrick Petit-Ohayon. Il y en a
pour toutes les chapelles. Dans le réseau d’écoles de
l’Alliance israélite universelle et celui de l’Ort, on se
cantonne à quatre à six heures par semaine, avec une
« approche surtout culturelle ». Le réseau Ozar Hatorah, plus engagé religieusement, la Fédération nationale des écoles juives autonomes, à laquelle appartient Lucien-de-Hirsch, et les écoles juives
loubavitch affichent six à huit heures hebdomadaires. Mais des écoles plus orthodoxes demandent dix à
douze heures par semaine, voire de douze à quinze
heures dans le hors-contrat qui représente pas
moins de 24 % des écoles juives. Des écoles souvent
adeptes de la non-mixité entre garçons et filles et
dont l’attractivité progresse. L’école juive moderne,
récente et seule de son espèce, cherche quant à elle à
concilier tradition et modernité, à l’image de Delphine Horvilleur, rabbin du mouvement juif libéral.
« Plus on veut alléger, moins les enfants en font »,
estime cependant le directeur de Lucien-de-Hirsch,
selon qui les meilleurs élèves sont aussi ceux qui
réussissent le mieux dans les examens religieux.
« Vous êtes sûre qu’ils vont lire ou faire du sport quand
ils rentrent à la maison ? Non. Ils s’installent devant les
écrans. » L’école propose d’ailleurs de nombreuses
heures d’études surveillées après l’école. « Notre
mérite est relatif, nuance le directeur, nous sommes
très aidés par les parents, qui sont beaucoup derrière
leurs enfants. Certains connaissent tous les points du
programme ! Il ne s’agit pas d’oublier quoi que ce
soit. » Sarah*, professeur dans une école de la banlieue est, évoque ce « surinvestissement des parents »
et un « système un peu à l’ancienne »: «Travail, excellence et devoirs dans une ambiance bienveillante,
sans pour autant négliger les nouvelles technologies,
très présentes », détaille-t-elle. Certes, comme dans
les établissements catholiques élitistes, les élèves
trop moyens ne s’éternisent pas. « On fait bien comprendre à ceux qui stagnent à 10 ou 11 qu’ils feraient
bien d’aller voir ailleurs », raconte un père de famille
dont le fils, autoéjecté de Yabné, qui tient à ses 70 %
de mentions au bac, a fini par atterrir dans une boîte
à bac juive de l’Ouest parisien. « C’est vrai qu’à Yabné, une très forte discipline est attendue. Il faut bien
réussir, surtout dans les matières scientifiques », raconte une professeur d’histoire qui enseigne dans ce
lycée. Si les élèves y sont surtout issus de milieux
aisés, on y trouve aussi des boursiers avec des familles monoparentales ou divorcées, des Parisiens
venus de tous les arrondissements mais aussi des familles de Levallois, d’Ivry, du Kremlin-Bicêtre, etc.
Parfois, une candidature non juive arrive sur le bureau d’un directeur. « Dans ce cas, on décourage. On
insiste sur le fait que l’enfant risque de se trouver un peu
seul », raconte Martine Cohen, chercheuse au CNRS
et spécialiste des écoles juives en évoquant « une
pression à l’orthodoxie ». Le certificat de mariage juif
des parents est parfois demandé lors de l’inscription.
« Cela ne devrait pas être obligatoire puisque ce sont
des écoles sous contrat, censées accueillir tout le monde. » Un enfant dont la mère est non juive ou s’est
convertie chez les libéraux « peut avoir du mal à entrer dans certaines écoles », affirme-t-elle.
À un tel point que beaucoup de familles juives ne
souhaitent pas mettre leurs enfants dans une école
juive : « Mes parents ont préféré m’inscrire à NotreDame-de-Sion, un lycée catholique de bon niveau,
plutôt qu’à Yabné, qui est pourtant très bon, explique
un jeune juif marseillais. Pour moi, la religion doit être
transmise à la maison par les parents et le samedi à la
La plupart des établissements ont de très
bons résultats. Certainement grâce aux
enseignants, mieux formés, plus stables, alors
qu’ils étaient autrefois contractuels à 70%
PATRICK PETIT-OHAYON, DIRECTEUR DE L’ACTION SCOLAIRE DU FONDS SOCIAL JUIF
»
“syna”. Ceux qui fréquentent l’école juive sont plus religieux que moi dans leur pratique. Ils ne vont pas travailler le vendredi après-midi, par exemple, ce que
permettent ces écoles. Or, dans le monde professionnel, c’est compliqué de partir du travail tous les vendredis plus tôt pour préparer le shabbat. Cela restreint
beaucoup les possibilités. »
La communauté estime qu’un tiers des enfants
juifs sont scolarisés dans une école juive, un tiers
dans une école catholique, un tiers dans une école
publique. Si, en 1945, seuls 400 élèves étaient scolarisés dans une école juive, ils sont passés à 30 000
en 2008. Un accroissement lié à l’arrivée des juifs
d’Afrique du Nord, plus religieux. La montée de
l’antisémitisme dans les années 2000 a aussi joué
un rôle. Ils sont 31 700 en 2018, un chiffre stable, les
départs accrus vers Israël étant compensés par l’arrivée d’enfants venant d’écoles publiques.
Si, dans le XVIe arrondissement de Paris, les élèves
juifs sont souvent scolarisés dans le public « de bon
niveau et bien fréquenté », c’est moins vrai dans l’est
de la capitale où l’on peut être plus tenté par l’enseignement juif. « J’ai fait mes études au lycée public
Arago, place de la Nation », raconte Simon*, un informaticien du XIe arrondissement, « mais vu le climat d’antisémitisme, j’ai dû mettre mes filles dans une
école juive ». Très discrètes pour des questions de sécurité, ces écoles ont instauré des sas de sécurité impressionnants, avec vitres sans tain et code de sécurité à l’entrée. Un arsenal renforcé après les assassinats commis à l’école Ozar Hatorah de Toulouse, en
2012. « Les enfants font tout pour se fondre dans la
masse mais les faits les rattrapent. On les ramène à leur
identité juive, on les insulte, ils sont pris à part. Plus rarement, ça va jusqu’aux coups. Parfois, ce sont les enseignants qui font des réflexions… », raconte Yaël *,
mère de cinq enfants. « Une famille vient d’inscrire
ses enfants chez nous car les camarades de ses filles,
inscrites à l’école publique, chuchotent sur son passage : “Méfie-toi ! Elle est juive ! », raconte Élie Ebidia.
Cette crainte de l’antisémitisme, parfois un moteur,
ne suffit pas à expliquer ce choix. Même si le niveau
des écoles peut attirer certaines familles peu pratiquantes, par contraste avec le public, le choix est
d’abord identitaire, lié à la volonté de transmettre la
culture et la religion juive. D’autant plus que les fêtes
religieuses sont respectées. Pour Martine Cohen,
« c’est un monde préservé, un entre-soi. Le risque,
c’est que ça enferme. Certains ne côtoient pas du tout le
milieu non juif. Ils peuvent avoir peur en en sortant. »
Que deviennent les anciens élèves ? La plupart de
ceux de Yabné partent à Dauphine, en médecine, en
droit et dans des écoles de commerce. Par crainte de
l’antisémitisme et d’un avenir économique incertain, beaucoup partent à l’étranger. Et plus d’un tiers
des bacheliers fréquentant les écoles juives partent
faire leurs études en Israël, selon Patrick PetitOhayon. Une tendance induite par les lycées français
eux-mêmes puisque beaucoup participent au programme « bac bleu-blanc », chaque année en décembre, coorganisé avec l’Agence juive. Pour renforcer l’identité juive des élèves, ils visitent des lieux
emblématiques de l’histoire d’Israël, pendant une
dizaine de jours. Mais ils découvrent surtout ce
qu’Israël leur propose après le bac : études universitaires, Tsahal, service civil. Certains reviennent.
Mais beaucoup s’y installent aussi définitivement. ■
* Prénom modifié, la plupart de nos interlocuteurs
ont demandé l’anonymat.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 10 mai 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
13
Narcisse si laid en son miroir
Une réédition
bienvenue
du livre prophétique
du grand sociologue
Christopher Lasch.
Qui voit mieux que
personne la réalité
d’une société
individualiste
et nihiliste
« LA CULTURE
DU NARCISSISME »,
Christopher Lasch.
Champs Essais
Flammarion.
389 p. 10 euros;
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
N
ous sommes en 1979. La
France est giscardienne et
croit l’être pour longtemps. Le jeune président
a inauguré son septennat
par une série de réformes
qui doivent moderniser la société française : avortement, majorité à 18 ans, divorce
facilité, loi Haby sur le collège unique…
Tous ceux qui s’opposent à cette (R)évolution sont marqués du sceau infamant de
la réaction. De l’autre côté de l’Atlantique,
un livre paraît alors qui décrit déjà par le
menu toutes les conséquences déplorables
de cette « société libérale avancée ».
Notre avenir est son passé. L’auteur l’a
vécu, analysé, et ce n’est pas brillant. Ce
n’est pas de la science-fiction, mais il est
américain, sociologue, historien, et exaspère ses confrères universitaires par sa
méfiance des mythes progressistes. Il
s’appelle Christopher Lasch.
Depuis lors, le souffle prophétique est
passé, mais est restée l’analyse impeccable de ce qu’il a appelé la « culture du narcissisme ». Sa thèse est résumée en une
phrase au début de l’ouvrage : « La culture de l’individualisme compétitif dans sa
décadence a poussé la logique de l’individualisme jusqu’à l’extrême de la guerre de
tous contre tous, et la poursuite du bonheur
jusqu’à l’impasse narcissique de l’individu
par lui-même. » Lasch ne se contente pas
de poser le diagnostic ; il décline ensuite
dans tous les domaines qui sont affectés
par cette révolution : famille, nation, école, entreprise, et même religion et art.
tion universelle de jouir et de se donner en
jouissance… L’individualisme pur débouchait ainsi sur la répudiation la plus radicale
de l’individualité. » Cet individu qui ne
croit plus en rien, sauf en lui-même, est
en vérité incapable de se projeter dans
l’avenir, puisqu’il méprise le passé. Lui
reste des recettes, des techniques, pour
conjurer sa vacuité, qui ne mènent à rien :
« L’idéologie du développement personnel,
optimiste à première vue, irradie résignation et désespoir profond. Ont foi en elle
ceux qui ne croient en rien. »
De même, il ne lui a pas échappé que
l’éducation de masse allait provoquer une
baisse affligeante du niveau scolaire. « La
démocratisation de l’enseignement a
contribué au déclin de la pensée critique et à
l’abaissement des niveaux intellectuels.
Cette situation nous
oblige à nous demander
Lasch est l’un des analystes
si l’éducation de masse,
les plus redoutables des dérives
en fait – et comme les
conservateurs
l‘ont
de l’homme moderne. De son inculture,
toujours affirmé - n’est
de son mépris et oubli du passé,
pas incompatible avec
de son sentimentalisme niais
le maintien d’un enseignement de qualité. »
et nihiliste, de son narcissisme puéril
Il n’a pas grand mérite en vérité : le système éducatif amériDepuis lors, le capitalisme a muté, la
cain avait trente ans « d’avance » sur son
consommation est préférée à l’épargne, et
homologue français. Nous sommes désorl’expression des pulsions préférée à leur
mais ce qu’ils étaient alors.
répression. Dès les années 50, aux ÉtatsMais Lasch est le contempteur le plus
Unis, les malades ne présentaient plus les
acide et le plus lucide d’un mouvement
névroses décrites par Freud. Plus fort enféministe en qui il voit pertinemment l’incore que le thérapeute viennois, c’est le
carnation la plus aboutie de ce qu’il défrançais Sade qui « est le plus troublant des
nonce, cet individualisme poussé jusqu’à
prophètes de l’individualisme révolutionla guerre de tous contre tous (guerre des
naire, en proclamant que la satisfaction illisexes) et au narcissisme aveugle à tout ce
mitée de tous les appétits était l’aboutissequi n’est pas soi. Il a bien compris, avant
ment logique de la révolution […] Sade avait
tout le monde ou presque, que le capitalisperçu plus clairement que les féministes
me avait poussé à « l’émancipation des
qu’en régime capitaliste toute liberté aboufemmes et des enfants de l’autorité patriartissait finalement au même point : l’obligaNotre narcissisme individualiste détruit
les individus et les familles ; nous coupe de
notre passé et de notre histoire ; transforme les hommes politiques en machines à
séduire ; et assimile le sport au monde du
divertissement. Tout est divertissement,
tout est illusion, tout est spectacle. Reprenant les analyses de Debord, Lasch les
étend et les retourne contre les idéologues
progressistes. Ceux-là croient encore que
la libération générale – de la femme, de
l’enfant, du salarié, etc.- s’oppose à une
société capitaliste qui repose sur la répression des désirs et l’autoritarisme. On rit
aujourd’hui – en partie grâce à Lasch- de
tous ceux – et ils sont encore légion- qui
croient encore et veulent nous faire croire
à cette fable qui n’a correspondu qu’à la
réalité du capitalisme du XIXe siècle.
«
»
cale, pour mieux les assujettir au nouveau
paternalisme de la publicité, des grandes
entreprises et de l’État. » Il fait le procès du
sentimentalisme généralisé qui n’est pas
amour de l’autre, mais amour de soi.
« Notre idéal de “l’amour véritable” pèse
trop sur nos relations personnelles. Nous
demandons trop à la vie, pas assez à nousmêmes. »
Il brocarde les couples modernes qui
« passent trop de temps ensemble » et qui
ne jurent que par l’authenticité de leurs
sentiments : « Le culte de l’authenticité
confère une légitimité à la prolétarisation
du métier de parent, qui se produit lorsque
les professionnels de l’assistance s’approprient les techniques d’éducation de l’enfant
dès sa naissance. » Et ose dénoncer « le
nombre croissant de divorce, ainsi que la
possibilité omniprésente d’échec de n’importe quel mariage, (qui) concourent à
l’instabilité de la vie familiale et privent
l’enfant d’un minimum de sécurité
affective ».
Lasch est l’un des analystes les plus redoutables des dérives de l’homme moderne. De son inculture, de son mépris et
oubli du passé, de son sentimentalisme
niais et nihiliste, de son narcissisme puéril. Il montre parfaitement – même s’il ne
fut pas le seul - comment nos mouvements progressistes de ces quarante dernières années furent les idiots utiles d’un
capitalisme qui a su retrouver sa force révolutionnaire d’antan. En France, il faut
rajouter aux effets de ce capitalisme, ceux
d’un égalitarisme obsessionnel qui,
contrairement à ce qu’on croit, ne limite
pas mais démultiplie les effets délétères
déjà dénoncés par Lasch. L’exception
française, c’est devenu souvent cela :
avoir, le plus souvent, le pire des deux
systèmes, le pire des deux modèles, le pire
de l’Amérique et le pire de la France. ■
Diogène au pays des gauchistes
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
I
l y a mille manières de revenir
sur
les
événements
de
Mai 1968. L’une d’elles est
d’écouter la conférence d’un
des grands insoumis du moment. Ce que nous fîmes, le
4 mai dernier, jour officiel du début des
« événements » de mai. L’Italien Giorgio Agamben était l’invité de l’École
pratique des hautes études, qui célèbre
cette année le 150e anniversaire de sa
création. Agamben est un homme de
76 ans de fine silhouette, le visage ovale, légèrement couronné de cheveux. Il
est semblable à l’idée vague que l’on se
fait d’un Diogène souple et ironique.
C’est un polyglotte et un érudit. Il s’exprime en un français à peine accentué.
Il a un côté Umberto Eco de l’ultragauche - sans le chapeau à bords mous.
Il se promène avec une facilité envoûtante dans le jardin des lettres et de la
philosophie européenne.
Notre philosophe est à mille lieux des
célébrations fiévreuses de 1968. Pourtant, comme un signe ironique que les
temps ont bien changé, la conférence
d’Agamben a failli être annulée par les
mouvements de grève universitaires
qui tentent, en vain, de ressusciter les
débordements de 1968. Deux jours plus
tôt, en effet, les normaliens de l’ultra-
gauche ont fêté leur idole dans les jardins de la rue d’Ulm. Avec sa morale
diogénienne, l’idole aurait dû les envoyer promener, mais il accepta
l’échange. Sur ces entrefaits, les black
blocs, ces philosophes à coups de matraque, ont occupé l’École normale, la
main dans la main avec les enfants turbulents de l’élitisme républicain. La
Sorbonne, inquiète des fréquentations
d’Agamben, ou du sillage insurrectionnel qui l’entoure, a refusé au philosophe
italien l’amphithéâtre promis.
Ainsi, il dut migrer jusqu’à l’École de
chimie, toujours dans le Quartier latin.
La communication d’Agamben était intitulée « la voix comme problème philosophique ». L’assistance fut calme et
studieuse. Nul charivari, nulle interpellation. Nul cri. À ses côtés se tenait le
philosophe spécialiste des religions,
Vincent Delecroix - auteur d’un texte
récent Non ! De l’esprit de révolte - mais
aussi Christian Jambet, qui connut les
pavés de 1968 et la gauche révolutionnaire, avant de « brûler des voitures »
autrement, par l’étude passionnée et
érudite de la philosophie chiite, à la suite du regretté Henry Corbin.
Agamben n’a rien à voir avec les
autres gourous de la pensée de gauche,
comme Alain Badiou. Vu des fortins de
l’ordre libéral que représente Le Figaro,
Badiou n’atteint ni en finesse, ni en ironie, ni en radicalité mordante, le subtil
Agamben. Le premier étant le triste
épigone d’un 1968 ivre encore du mot
déjà fatigué de révolution. Le second,
ULF ANDERSEN / AURIMAGES
Les soixante« huitards
ont voulu
faire table rase du
passé et de l’avenir,
au nom du présent.
Agamben n’avait
rien à leur dire, hier,
comme il n’a rien
à dire, aujourd’hui,
aux hystériques
de Nuit debout. Il est
ailleurs. Il a substitué
l’attente de
l’apocalypse à celle
de la révolution
»
tout aussi sévère à l’égard du monde
comme il va, un porteur de l’anarchisme pur, un continuateur de la branche
situationniste – il était proche de Guy
Debord -, une espèce de curé défroqué
un peu quiétiste, un peu poète.
Fidèle à sa méthode philologique,
Agamben a analysé la voix humaine
sous sa forme exclamative, celle par laquelle on s’adresse à quelqu’un. Il a
donné l’exemple de Moby Dick : « Appelle-moi Ismaël ! » Le vocatif, nous a-til fait entendre, est le seul cas grammatical qui laisse place à la tonalité
singulière et vivante de celui qui parle,
et résiste à l’ordre réglé du discours,
dont la fonction est de dire quelque
chose sur quelque chose d’autre. « On a
la philosophie de sa grammaire », résume l’Italien qui voudrait faire de ce
« moment vocatif » une autre manière
de « décider de l’humain en nous ». Être
humain, selon Agamben, et pour autant
que l’on puisse le dire si vite, c’est refuser de se soumettre aux ruses de « la
biopolitique », ce système complexe de
contrôle de nos vies par la bureaucratie,
le droit, l’argent, les conventions etc.
Bienvenue au pays des anarchistes,
dont Diogène est un habitant dilettante.
Dans ce pays-là, on retrouve des enfants qui regardent par la fenêtre, des
artistes, des moines peut-être, et quelques anachorètes.
On était donc très loin de l’hédonisme proclamé de l’année 68. Les soixante-huitards ont voulu faire table rase du
passé et de l’avenir, au nom du présent.
Agamben n’avait rien à leur dire, hier,
comme il n’a rien à dire, aujourd’hui,
aux hystériques de Nuit debout. Il est
ailleurs. Il a substitué l’attente de l’apocalypse à celle de la révolution. Il a remis la théologie au premier plan, elle
qui avançait masquée, sous la forme du
marxisme. Et il fixe un point inatteignable - on a vu ce qu’il en coûtait de
vouloir l’atteindre ici et maintenant qui n’est même pas la fin de l’histoire,
mais ce qui se passe après la fin de l’histoire. Avec un sens aigu de la citation, il
fait revivre pour nous les eschatologies
juives et chrétiennes, les prophéties
messianiques, les textes millénaristes
qui décrivent la mort vaincue, l’injustice abolie, la souffrance dépassée, et la
fusion du règne humain et animal.
Agamben a joué, tout jeune, le rôle de
Philippe, disciple du Christ, dans le magnifique Évangile selon saint Matthieu
(1964) de Pasolini. Ami de ce dernier, il
aurait pu, aussi bien, jouer le personna-
ge du jeune homme scandaleux hébergé
par une famille bourgeoise dans Théorème. Mais il a arrêté là sa carrière d’acteur. À la place, il a suivi les séminaires
de Heidegger à Thor, avec et grâce à
René Char. Sa lecture de l’Épître de Paul
dans Le temps qui reste (Ed. Rivage) est
un tour de force. Sa critique franciscaine du principe de propriété dans De la
très haute pauvreté, en est un autre. Car
évidemment, il y a une parenté spirituelle avec le fondateur de l’ordre franciscain. Avec l’Église aussi. Agamben
n’a-t-il pas fait l’éloge du renoncement
de Benoît XVI ? La fascination apocalyptique dans le discours de cet italien
charismatique n’a pas échappé au pape
François. Et on susurre que le philosophe est un visiteur du soir du commandeur des catholiques.
Tout cela agace les gauchistes qui se
réclament d’Agamben. C’est le cas du
« Comité invisible », à l’origine de la
tentative supposée de sabotage d’une
ligne de chemin de fer à Tarnac, qui ont
finalement bénéficié d’une relaxe récemment. Sans doute l’ont-ils mal lu.
Car la pensée dont ils se réclament devrait les déprendre de l’injonction à
l’action. L’œuvre du philosophe fait de
son mieux pour nous libérer de l’efficacité, pour en appeler au désœuvrement,
et à la grève indéfinie. Agamben est à la
recherche d’un mode d’être radicalement nouveau et presque insaisissable.
Malgré ses variations de style et de ton,
ce n’est peut-être pas Diogène qui domine chez lui, mais le pessimisme des
gnostiques à l’égard de la Création. Si le
monde est mauvais sur toute la ligne, il
ne peut donc changer que par la fin des
temps. C’est pourquoi, bien sûr, nous
ne le suivons pas. Car nous pensons
comme les Grecs qu’il faut d’abord
comprendre ce qui est, et dans ce qui
est ce qui est beau, pour mieux admirer
et mieux aimer le monde tel qu’il va. ■
« LE TEMPS QUI
RESTE, UN COMMENTAIRE DE
L’ÉPÎTRE AUX
ROMAINS »
Giorgio Agamben,
Ed. Rivage, 284
p., 8,9O euros
A
Giorgio Agamben,
soleil de la gauche
la plus illuminée,
était de passage
à Paris la semaine
dernière, au moment
des « célébrations »
des 50 ans de 68.
Mais le philosophe
italien vaut beaucoup
mieux que ça !
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Retrait des États-Unis de l’accord iranien :
ce que doivent faire les Européens
+
ous avions beau être
prévenus, la décision est
d’une extrême violence.
Alors qu’il aurait pu choisir
une « sortie en douceur »,
en ménageant notamment
les intérêts européens et en donnant
du temps à la diplomatie avant
le rétablissement des sanctions,
Donald Trump a opté pour une véritable
« sortie de route ».
Trois raisons expliquent ce choix.
D’abord, l’obsession de défaire ce
qu’avait fait Barack Obama, depuis
la réforme du système de santé jusqu’à
la signature de l’accord de Paris
sur le climat. Mais on ne saurait se limiter
à cette explication. L’allocution
de M. Trump, qui se voulait solennelle,
a donné la clé : depuis 1979, une bonne
partie de l’Amérique déteste
profondément l’Iran. Non sans raison : le
véritable acte fondateur de la révolution
islamique fut en effet la prise d’otages
de l’ambassade des États-Unis et, si
« diabolisation » il y a, elle a toujours été
davantage le fait de Téhéran que de
Washington. De plus, l’Amérique n’a
jamais oublié les 241 morts de l’attentat
de Beyrouth en 1983, ou ceux des Khobar
Towers en 1996. La troisième raison est
que le président Trump estime qu’il peut
reproduire avec l’Iran ce qu’il aurait
réussi – selon lui – avec la Corée du Nord.
Une stratégie de « pression maximale »,
qui conduirait Téhéran à changer
radicalement de comportement, à la fois
sur le nucléaire et la politique régionale.
Il s’agirait au fond de
mettre la République
islamique à terre
pour l’amener
à résipiscence.
Selon le spécialiste de géopolitique*, la décision
Comme pour la
de Donald Trump est un immense gâchis
Corée du Nord
et contrairement
qui pourrait avoir des conséquences graves.
» Lire aussi PAGES 2, 3 ET 4
N
BRUNO TERTRAIS
les opérations au nord. L’État juif célébrera
ce lundi son 70e anniversaire, et c’est à
cette occasion que l’ambassade américaine
sera solennellement transférée
à Jérusalem. Le lendemain, les Palestiniens
veulent commémorer la « Catastrophe »
de 1948 : on peut compter sur le Hamas
pour attiser leur colère et multiplier
les provocations armées.
La crédibilité des États-Unis
s’en trouve affaiblie. Car si M. Trump
a ressoudé des alliances mises à mal
sous la présidence Obama (Arabie
saoudite, Israël), comment désormais faire
confiance à un partenaire qui peut du jour
au lendemain se retirer d’accords tels
que celui de Vienne ou celui de Paris
sans que les circonstances aient changé ?
On souhaite bonne chance à
l’administration américaine dans sa
négociation
avec
Comme pour la Corée du Nord
Pyongyang.
Tout cela
et contrairement à nombre de ses
pourrait mal
conseillers, Trump cherche moins
finir. Car
lorsque le
un « changement de régime » qu’un
« changement de comportement du régime ». président
Trump se
Mais sa stratégie est vouée à l’échec
rendra compte
que sa
moment – à partir de 2025 – où Téhéran
stratégie ne fonctionne pas – que ce soit
commencerait à reprendre une certaine
avec l’Iran ou avec la Corée du Nord –,
liberté dans ses activités nucléaires. Parier
il sera tenté de recourir à la force. Il faut
que l’on puisse régler l’ensemble des
espérer que le général Mattis – le seul
contentieux avec l’Iran par une nouvelle
responsable de poids qui ose tenir tête
négociation est une autre illusion.
au président – soit encore, à ce moment,
C’est donc un immense gâchis,
en charge de l’armée américaine.
et les conséquences de la décision
Que faire alors ? Pour les Européens,
de M. Trump pourraient être graves.
les choix vont être délicats.
Le Moyen-Orient est un mobile :
La fermeté vis-à-vis de Washington
toucher à une pièce, c’est mettre
s’impose d’autant plus qu’elle soudera
en mouvement toutes les autres.
les Européens davantage qu’elle ne
Or le contexte actuel est déjà explosif.
les divisera. Nous devons donner toutes
L’Iran s’installe en Syrie et n’hésite pas à
ses chances à la préservation de l’accord
provoquer Israël, qui multiplie désormais
de Vienne, mais il importe tout autant
à nombre de ses conseillers, Trump
cherche moins un « changement
de régime » qu’un « changement
de comportement du régime ».
Mais sa stratégie est vouée à l’échec.
Certes, renverser la table peut parfois
être utile, mais à condition d’avoir une
vraie stratégie de long terme, ce que
les États-Unis ne semblent pas avoir. La
tactique de l’humiliation – le président est
coutumier du fait – fonctionne rarement
dans les rapports de forces internationaux
et ne peut tenir de ligne diplomatique.
Espérer que Téhéran renonce à étendre
son influence régionale du fait de
nouvelles sanctions est une illusion.
Certes, l’accord de Vienne
a ses insuffisances, mais il était possible
d’engager patiemment une discussion
sur ce qu’il conviendrait de faire au
«
»
de limiter les dommages pour nos intérêts
économiques aux États-Unis et d’éviter
une fracture transatlantique dont seuls
les adversaires des pays occidentaux
sortiraient gagnants. Cela passe par une
diplomatie d’équilibre qui ne refuse pas
l’épreuve de force. L’Europe peut en jouer
si elle est unie : nous l’avions fait
il y a vingt ans en nous opposant
aux effets extraterritoriaux des sanctions
américaines contre l’Iran, nous pouvons
le refaire.
Il faut aussi séparer les dossiers.
La France a commis une erreur en
défendant l’idée de traiter simultanément
les imperfections de l’accord nucléaire,
la question des missiles balistiques, et les
activités régionales de Téhéran : cela a
limité sa capacité de jouer les bons offices.
Itzhak Rabin disait qu’il fallait « négocier
avec les Palestiniens comme s’il n’y avait
pas de terrorisme, et combattre le
terrorisme comme s’il n’y avait pas
de négociation ». C’est ce qu’il faudrait
faire avec l’Iran : être plus sévère
avec son comportement régional
tout en respectant l’accord nucléaire.
Si la stratégie d’Emmanuel Macron
vis-à-vis de M. Trump était ambitieuse,
avoir gagné la confiance du président
américain est un atout dont la valeur
n’a pas disparu. Cette confiance sera
importante pour tenter de limiter
autant que possible les dommages
économiques, pour les pays européens,
du rétablissement et de l’aggravation
des sanctions. Et si la situation
s’envenimait et qu’une escalade
aux extrêmes se profilait, il sera précieux
de disposer d’un canal de discussion
permanente au plus haut niveau.
Pour quiconque se souvient des
malentendus transatlantiques de la fin
2002 et du début 2003, ce n’est pas rien.
* Directeur adjoint (Deputy Director) de la
Fondation pour la recherche stratégique.
« Dans notre pays, le dialogue social reste
marqué par une atmosphère conflictuelle »
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARIE-LAETITIA BONAVITA £@mlbo
CLAIREFOND
LE FIGARO. - Vous dénoncez
la connivence entre patronat, syndicats
et État. Comment en est-on arrivé là ?
Jean PEYRELEVADE. - Dans notre
pays, le dialogue social reste marqué
par une atmosphère conflictuelle.
D’abord, en raison de considérations
politiques. La gauche, convaincue par
la théorie de l’exploitation marxiste,
n’a jamais accepté l’économie de
marché. S’appuyant sur le droit de
propriété inviolable et sacré inscrit
dans la Déclaration des droits de
l’homme, la droite, soutenue par les
patrons, considère que le pouvoir ne se
partage pas. Ensuite, s’ajoute la tradition française de la verticalité du
pouvoir. Au sommet, l’État arbitre les
frictions entre les appareils syndicaux
et patronaux, eux-mêmes organisés sur
un mode pyramidal avec les accords, de
haut en bas, interprofessionnels, de
branche et d’entreprise. Cette concentration du pouvoir aux mains de l’État
laisse aux syndicats seulement deux
capacités d’action. Celle de la contestation, comme on le voit aujourd’hui
avec les grèves de la SNCF et d’Air
France. Ou celle, politique, qui,
pour éviter une grève dure, aboutit à
un système de marchandage et de
connivence auquel les trois partenaires
- État, patronat, syndicats - ont largement recouru ces dernières décennies.
Avec, dites-vous, un prix
macroéconomique à payer…
Entre les charges sociales et la fiscalité,
nous surtaxons nos entreprises de
près de 10 % de
leur valeur ajoutée,
soit 100 milliards
d’euros, par rapL’essayiste, qui fut conseiller économique
port aux consœurs
de Pierre Mauroy à l’amorce de la rigueur, en 1983,
européennes.
Ce
plaide dans un nouveau livre* pour un meilleur
manque
de
partage de la décision en entreprise, à l’image de
compétitivité
se
solde par un faible
ce qui se fait dans tous les pays d’Europe du Nord.
A
JEAN PEYRELEVADE
taux de croissance et un haut niveau de
chômage.
fait renforcé la centralisation. Sa réforme
Je ne crois pas plus au postulat selon ledu droit du travail n’a pas réduit le nomquel les robots remplaceront un jour les
bre élevé de branches qui s’élève à plus
travailleurs de qualification moyenne. Il
de 700 dans notre pays contre une ceny aura toujours besoin de concepteurs de
Que proposez-vous ?
taine en Allemagne. Or, chaque branche
robots, de personnes chargées de leur
Je propose un meilleur partage de la défixe l’échelle des qualifications, soit une
maintenance. Aujourd’hui, les pays qui
cision et de la performance de l’entrevingtaine en moyenne par branche, cette
se portent le mieux industriellement sont
prise avec les salariés, à l’image de ce
échelle définissant elle-même des niplus informatisés et robotisés que nous.
qu’Emmanuel Faber essaye de faire
veaux de salaire minimum. Résultat :
chez Danone. Il existe en France des
chaque augmentaQue vous inspirent les appels
tion de smic engenà un retour au protectionnisme ?
Je propose un meilleur partage
dre une augmentaJe fais une distinction très claire entre le
tion en chaîne des
commerce et les capitaux. Pour le
de la décision et de la performance
salaires, sans lien
commerce, il ne s’agit pas de fermer les
de l’entreprise avec les salariés,
avec la performance
frontières, mais de s’assurer que tous les
à l’image de ce qu’Emmanuel Faber
des entreprises. De
acteurs jouent le jeu de manière équitamême,
les
réformes
ble. C’est le message qu’envoie Donald
essaye de faire chez Danone
concernant
l’apTrump en menaçant de prendre des meprentissage et la forsures protectionnistes sur l’acier. L’Eumation professionnelle ont renforcé le
rope doit, en la matière, renforcer ses
instruments pédagogiques très utiles
pouvoir de l’État. Sur le terrain de la fisprocédures. Pour les mouvements capique sont la participation - formidable
calité, Emmanuel Macron a, certes, fait
taux, je n’ai, en revanche, aucun doute
intuition du général de Gaulle en 1946 un pas important en réduisant la taxation
sur la nécessité de davantage de protecet l’intéressement mais leurs mécanisdes revenus du capital au taux forfaitaire
tion. L’achat en 2016 par le fabricant
mes restent compliqués et limités.
de 30 %. Malheureusement, il a supprid’électroménager chinois Midea de
Aujourd’hui, le total distribué grâce à
mé, en contrepartie, l’abattement de
l’entreprise de robotique allemande
ces deux dispositifs représente entre 10
40 % applicable à l’assiette des dividenKuka a été un vrai choc. La prise de
à 15% du profit des entreprises françaides, qui tenait compte d’un profit déjà
contrôle d’une société donne la liberté
ses. Je propose de monter jusqu’à 25%.
taxé au niveau des entreprises. Résultat :
de déplacer les sièges sociaux, les usines,
Je préconise surtout de supprimer toute
les revenus du capital investi en fonds
les centres de recherche, et donc pèse
intervention de l’État en mettant au
propres sont taxés à hauteur de 50 % et
sur l’avenir des territoires concernés.
point un statut qui laissera l’entreprise
libre d’adopter ou pas ces mécanismes
de distribution. À l’image de ce qu’il se
Comment
La prise de contrôle d’une société
passe dans tous les pays de l’Europe du
expliquez-vous
Nord -Allemagne, Pays Bas, Suède,
la montée
donne la liberté de déplacer
Norvège, Danemark, Finlande- dont les
du populisme
les sièges sociaux, les usines, les centres en Europe ?
performances économiques sont supérieures aux nôtres et le taux d’inégalités
Je vois trois raisons.
de recherche, et donc pèse sur l’avenir
inférieur ou égal. Dans tous ces pays, le
La première est que
des territoires concernés
dialogue social est décentralisé et colles citoyens ne
lectif. Les salariés sont non seulement
croient plus que
ceux des créances à 30 %. Cela contribue
plus nombreux au sein du Conseil de
l’Europe est une solution. Deuxièmeà fabriquer une économie sans capital !
Surveillance mais ils sont réellement
ment, la mondialisation a creusé l’écart
associés dans le Comité d’entreprise
entre les gens suffisamment qualifiés
aux décisions. Contrairement à la Franpour y participer et ceux laissés sur le
À quoi servent toutes vos propositions,
ce où les syndicats, dont le pouvoir se
bord de la route, ce qui nécessite un réépuisque le numérique doit conduire,
limite à un avis consultatif, entretienquilibrage. La troisième raison est la
selon certains, à la fin du salariat ?
nent avec les patrons une sorte de jeu de
pression migratoire, considérée, à tort
Je ne crois pas un instant à cette théorôles.
ou à raison, comme insupportable. Dans
rie. Les plateformes, comme Uber, resce domaine, la politique européenne est
tent des employeurs. Certes, les eminsuffisante. ■
plois des salariés deviennent plus
Peut-on dire qu’Emmanuel Macron
précaires. Aussi faudra-t-il un jour fai* « Changer ou disparaître. Adresse
mène une politique pro-entreprise ?
re entrer ces entreprises dans le champ
Partiellement. Sur le terrain du dialogue
au patronat », Éditions de l’Observatoire,
normal d’un dialogue social.
social, le président de la République a en
février 2018.
«
»
«
»
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LE FIGARO
jeudi 10 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
Les cinq critiques du transhumanisme
hybris, par orgueil et démesure, tout
ce qui touche au vivant appartenant à
Dieu et à Lui seul. La deuxième critique
s’effectue au nom de « l’ouverture à
l’Être » et de la bienveillante
acceptation de ce qui nous est donné,
que cette donation vienne d’un Dieu
ou de Dame Nature. Cette
argumentation est parfaitement
développée par Michael Sandel, le
philosophe américain aujourd’hui le
plus lu dans le monde, dans son petit
essai intitulé La Perfection en procès.
Une troisième critique, plus platement
politique, se déploie au nom de
l’anticapitalisme. On la trouve
notamment chez Jacques Testart ou
José Bové, et plus généralement chez
les anciens trotskystes. Ayant retrouvé
omme je l’ai montré ici
même, le mouvement
transhumaniste, qu’on
confond souvent à tort
avec un posthumanisme,
n’a en réalité qu’un
objectif fondamental : lutter contre le
vieillissement afin de retarder autant
qu’il est possible la mort naturelle. Or
le projet se heurte aujourd’hui à cinq
grandes critiques. La première se
déploie au nom du divin et relève de la
logique déjà développée de manière
limpide dans le Catéchisme officiel du
Vatican qui prohibe les PMA, les
manipulations génétiques et
l’euthanasie active. Dans tous ces cas
de figure, l’Église reproche à l’Homme
de se prendre pour Dieu, de pécher par
C
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
UNIVERSAL HISTORY ARCHIVE/UIG VIA GETTY IMAGES
10 mai 1940 : Winston Churchill devient premier ministre pour combattre Hitler.
Discours à la Chambre
des communes
Je n’ai à offrir
que du sang,
de la peine,
des larmes
et de la sueur»
ANALYSE
Laure Mandeville
lmandeville@lefigaro.fr
La méthode Trump :
« Hobbes version Manhattan »
ien n’est plus difficile que
de décrypter le chaos
disruptif et parfois créatif,
qui semble être devenu
la marque de fabrique
de la politique étrangère
américaine. Mais une chose est certaine.
Malgré son imprévisibilité tactique,
Donald Trump a toujours été un adepte
instinctif des rapports de force.
C’est Hobbes version Manhattan,
appliqué à la géopolitique mondiale.
Dans son célèbre livre – L’Art du deal,
écrit en 1988, l’homme d’affaires
décrivait une philosophie de la vie forgée
dans le corps-à-corps avec les requins
de l’immobilier new-yorkais qu’il avait
dû combattre, ainsi qu’une méthode
de négociation qu’il applique presque
au pied de la lettre, depuis qu’il a pris ses
quartiers à la Maison-Blanche. « La pire
chose que l’on puisse faire, en négociation,
c’est d’apparaître désespérément en quête
d’accord, écrit-il. Quand c’est le cas,
l’autre personne sent l’odeur du sang,
et vous êtes mort… » « La meilleure chose
que vous puissiez faire, c’est de négocier
en position de force », poursuit Trump.
De la Corée du Nord à l’Iran,
le président américain ne cesse de faire
savoir haut et fort qu’il ne se sent lié par
rien, et qu’il est prêt à tout remettre
en cause. « Il s’agit de choquer le monde »,
confie ce mercredi une source proche
du Renseignement américain, à propos
de sa décision de se retirer
unilatéralement de l’accord nucléaire
avec l’Iran. En montrant qu’il n’a peur
de rien, et certainement pas de dénoncer
unilatéralement un accord qu’il juge
« pourri » « à la racine », Trump cherche
à déstabiliser le régime iranien. « C’est du
Donald Trump classique, commente son
ami Chris Ruddy, patron du journal
Newsmax, dans le Washington Post. Il dit :
R
+
» Lire aussi PAGES 2, 3 ET 4
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
leur ennemi de toujours, l’affairisme
américanisé, bien que perclus de
rhumatismes au physique comme au
mental, leur haine atavique de la
liberté reprend du service. C’est
reparti comme en 14, ou plutôt comme
en 68 : le Grand Capital serait derrière
toute cette machinerie qui ne vise qu’à
recréer des inégalités afin de mieux
assurer l’exploitation de l’Homme par
l’Homme. Bien plus, c’est le fascisme,
voire le nazisme, qui se pointerait à
l’horizon, le transhumanisme n’étant
que le nouveau nom de l’eugénisme
hitlérien, « stade ultime du
capitalisme », selon l’heureuse formule
léniniste. Une quatrième critique se
veut plus factuelle. Elle dénonce
« l’imposture transhumaniste » au
nom de la « vraie science ». À l’en
croire, il serait impossible de dépasser
certaines limites génétiques, l’humain
étant programmé pour vieillir et
mourir sans qu’il soit possible de
stopper les processus de sénescence
au-delà d’un certain seuil. Le
problème, c’est que la recherche sur
les cellules-souches, la médecine
réparatrice, l’hybridation homme/
machine, les thérapies génétiques
rendues possibles par le Crispr-Cas9
(un génial sécateur d’ADN),
l’éradication des cellules sénescentes
et les nanotechnologies ouvrent des
horizons nouveaux à la recherche dont
nul ne peut dire aujourd’hui à quoi elle
ressemblera dans deux siècles, ce qui
semble beaucoup à l’échelle
individuelle, mais qui n’est qu’un clin
d’œil au regard de l’histoire
universelle. Du reste, si cette
argumentation était vraiment sûre
d’elle-même, il n’y aurait pas lieu de
s’en faire à l’excès : le transhumanisme
ne serait qu’une fiction, une lubie sans
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
régime à Téhéran, est en embuscade et
pourrait tenter de prendre l’avantage à la
Maison-Blanche.
Mais cette hypothèse sous-estime le
rôle central de Trump. « Son allergie au
Moyen-Orient reste un instinct primordial
du président », regrette l’analyste de la
Fondation pour la défense des
démocraties, Reuel Gerecht, qui
représente le camp des néoconservateurs
pro-israéliens. Une source proche du
Renseignement américain note aussi que
Mike Pompeo et Jim Mattis, personnages
clés de son entourage sont des réalistes
musclés plus que des va-t-en-guerre.
« Trump se servira des faucons mais
maintiendra son propre cap », estime pour
sa part le professeur de théorie politique
Joshua Mitchell, qui voit
dans sa méthode « celle
Trump se servira des faucons
d’un développeur
mais maintiendra son propre cap
immobilier, en opposition
JOSHUA MITCHELL, PROFESSEUR DE THÉORIE POLITIQUE
patente avec la méthode
des diplomates,
uniquement préoccupés des risques et donc
table des pourparlers, et va même jusqu’à
paralysés ». « Trump, lui, est dans
menacer ses propres alliés européens de
l’action. Il sort de l’accord, car en
rétorsions financières et économiques
perturbant le jeu, il obtient des informations
s’ils persistent à commercer avec Téhéran
qui lui permettent de déceler les vraies
sans arracher la nouvelle négociation que
lignes de fracture et les vrais dangers »,
Trump comme Macron appellent de leurs
analyse Mitchell.
vœux. Il parie sur la faiblesse
Contrairement à l’avis général des
de l’économie iranienne
experts, qui affirment que la sortie de
et le mécontentement croissant du peuple
l’accord iranien met en péril la
d’Iran, placé mardi au cœur de son
négociation avec la Corée du Nord,
discours. « Trump fait un pari
Trump estime que sa position dure vis-àgigantesque », commente Gerald Selb
vis de Téhéran, lui permet de prendre
dans le Wall Street journal, ajoutant qu’il
l’avantage vis-à-vis de Pyongyang, en
le gagnera peut-être, mais que les
faisant monter les enchères sur la
inconnues sont lourdes.
dénucléarisation. « Il sait aussi que s’il a
Experts, diplomates et responsables
un succès en Corée, cela l’aidera en Iran »,
politiques mettent tous en garde contre
note Mitchell, reconnaissant que « les
les risques du « poker » menteur du
risques sont grands, mais que la
président américain. Beaucoup estiment
philosophie de Trump est qu’il ne peut y
que la faction dure de l’Administration
avoir de succès sans prise de risques ».
Trump, favorable à un changement de
je n’aime pas l’accord, je le déchire,
je recommence de zéro ».
La deuxième étape consiste à établir
une pression maximale, en agitant l’usage
crédible de la force, comme il l’a fait par
exemple face à la Corée du Nord,
à la Chine, à la Corée du Sud et au Japon,
pour les convaincre tous de bouger leurs
lignes, technique du « madman »
empruntée à Richard Nixon, et destinée à
se présenter comme assez fou pour aller
jusqu’à une intervention militaire. Une
méthode qui a porté des fruits inattendus,
même si nul ne peut prédire ce qui sortira
du sommet Kim-Trump. Dans le cas de
l’Iran, fort de ses succès coréens, Trump
annonce le rétablissement de sanctions
unilatérales pour ramener les Iraniens à la
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
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Éditeur
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direction.redaction@lefigaro.fr
retombée réelle.
Enfin, une dernière critique, celle-là
purement philosophique, défend l’idée
qu’une vie non limitée par la mort ou
même seulement ouverte sur un temps
très long, perdrait tout son sens, l’être
humain étant voué à la paresse et à
l’inaction. Je laisse ici de côté les
problèmes factuels touchant la
démographie, l’écologie ou l’économie
politique, tous liés finalement à la
question de la surpopulation
qu’engendrerait le transhumanisme
s’il atteignait ses objectifs. Le problème
de ces critiques, quelle que soit ici ou là
leur pertinence, est double. Même en
se situant de leur point de vue, celui
d’une hostilité radicale, il est de fait
que la plus grande partie de la
population n’a aucune envie ni de
mourir, ni de vieillir. L’augmentation
des dépenses de santé, le succès de la
chirurgie plastique et des produits
cosmétiques en témoignent tous les
jours de manière éclatante.
Les bioconservateurs n’arrêteront
jamais les progrès qu’ils redoutent. En
plaidant sans effet réel pour leur
interdiction pure et simple, ils risquent
seulement d’occulter la seule question
qui vaille, non pas celle de la
prohibition, mais celle de la nécessaire
régulation. Car le problème n’est pas
tant lié à la technique qu’à la perversité
humaine qui engendra au XXe siècle
des centaines de millions de morts sans
recours à des technologies nouvelles.
Les géants du Net rendent service au
consommateur et nous, vieux
Européens, nous protégeons le citoyen.
Ils ont les Gafa, nous avons la Cnil, or il
nous faudrait les deux. À défaut, nous
mourrons avant l’âge, certes
républicains et fiers de l’être, mais
colonisés par eux.
VOX
…
CULTURE
« Quel avenir pour
le cinéma français ? »,
la tribune du cinéaste
Julien Richard-Thomson.
« De quelle littérature
Macron est-il le héros ? »,
la tribune d’André
Grjebine, directeur
de recherches
à Sciences Po.
…
INTERNATIONAL
« Poutine
est un mélange
de Brejnev
et de Khrouchtchev ! »,
entretien avec Vladimir
Fédorovski, auteur
d’« Au cœur du Kremlin.
Des tsars rouges
à Poutine » (Stock).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 16 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 8 pages
A
CHRONIQUE
15
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
16
Propos recueillis par
Mathieu de Taillac
£@mdetaillac
Envoyé spécial à Vitoria
endredi dernier, une conférence
internationale organisée à Cambo-les-Bains, au Pays basque
français, certifiait et mettait en
scène la décision d’ETA de se dissoudre, après 60 ans d’existence
et plus de 800 assassinats. Le président d’Euskadi, la communauté autonome du Pays basque espagnol, a reçu Le Figaro au siège du gouvernement basque à Vitoria pour évoquer la fin du
groupe terroriste né dans sa région. Le lehendakari - le titre du président régional basque - Inigo Urkullu, membre du Parti nationaliste basque
(PNV, centre droit), propose pour sa région une
évolution politique qui ne passe ni par l’indépendance ni par la voie unilatérale empruntée par le
Catalogne.
ETA laisse-t-elle une société divisée ?
Il y a peut-être une division ou une fracture politique, mais je ne crois pas qu’elle touche la société
en général. Deux personnes qui ne se parlaient pas
si elles se croisaient, à l’occasion d’une manifestation politique, pouvaient aussi bien participer à
une même chorale, à un déjeuner populaire, à un
syndic d’immeuble… Je crois que la réalité majoritaire a été celle du vivre ensemble.
Vous défendez un rapprochement des prisonniers
d’ETA de leurs familles…
Précisons bien que nous ne parlons ni de libération, ni d’amnistie, ni de mesures de grâce et que
nous nous opposons à l’éloignement des prisonniers de leurs familles, pas à leur dispersion. Car il
Inigo Urkullu : « Le peuple basque
a tourné le dos à ETA depuis des années »
Pour le président de la communauté autonome du Pays basque espagnol,
la voie de l’indépendance unilatérale n’est pas réaliste.
existe une manipulation politique qui entretient la
confusion sur ces concepts. La dispersion a été
mise en place pour éviter que les prisonniers
soient soumis aux directives de l’organisation. Ce
que nous critiquons, c’est de placer les prisonniers
à 1 000 kilomètres de leurs origines, ce qui constitue une punition non pas pour eux-mêmes, mais
pour leurs familles. Nous ne demandons pas que
les prisonniers purgent leur peine au Pays basque,
mais qu’ils soient placés dans des prisons à 200 ou
300 kilomètres de la communauté autonome.
Nous avons identifié jusqu’à 14 prisons qui répondent à ces critères.
Vous avez demandé aux partis représentés
au Parlement régional basque de réfléchir
à une réforme du Statut d’autonomie, le texte
qui organise les pouvoirs au Pays basque et définit
les liens entre Vitoria et Madrid. Pour votre part,
vous avez proposé certaines évolutions, telles que
la reconnaissance du Pays basque comme nation,
une réorganisation du système judiciaire
ou la participation d’Euskadi aux institutions
internationales. En revanche, vous ne défendez
pas l’indépendance. Pourquoi ?
La société basque est plurielle. Nous ne pouvons
pas construire une société sur des majorités de
C R O I S I È R E S
La société
« basque
est
C฀R฀O฀I฀S฀I฀È฀R฀E฀ M U฀ S฀I฀C A฀ L E฀฀
© O. Asmussen
avec Alain Duault,
conférencier,
directeur artistique
S฀ U R฀ ฀L฀A M
฀ ฀ O L฀ D A
฀฀ U ฀ E ฀T฀฀฀L฀’฀ E฀L฀B฀E
�n� pro�ra��ation ����ptionn�ll� av�� :
plurielle. Elle
a été conditionnée
par la souffrance
infligée par
une organisation
terroriste
qui défendait
soi-disant
des objectifs
politiques qu’elle
n’a pas réussi
à imposer.
Nous devons
donc chercher
la cohésion
»
Melody Louledjan,
soprano
Pierre Genisson,
clarine�e
Le Trio
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Vous découvrirez des joyaux du patrimoine architectural étroitement associés
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A
« Même Carles
Puigdemont parle
aujourd’hui d’alternatives
à l’indépendance,
de bilatéralité,
de confédération…
Des concepts que
je défends depuis
des années. »
w w w. c r o i s i e u r o p e . c o m
50-50. La société a été conditionnée par la souffrance infligée par une organisation terroriste qui
défendait soi-disant des objectifs politiques
qu’elle n’a pas réussi à imposer. Nous devons
donc chercher la cohésion. Ajoutons le contexte
européen du XXIe siècle : le processus de
construction européenne pose des difficultés, le
Brexit suscite encore des interrogations, de
même que la constitution du gouvernement italien, la stabilité du gouvernement allemand… Les
nationalismes sont présentés comme des populismes, de nouveaux mouvements migratoires
sont en cours, la politique en Pologne, en Hongrie
pose des difficultés… Nous sommes conscients de
cette réalité et nous devons inscrire notre réalité
dans le contexte de l’Union européenne. Nous
considérons donc que l’indépendance n’est pas
une priorité.
La division, l’unilatéralité, l’omission du contexte
international… Ce sont des phénomènes que vous
avez observés en Catalogne et que vous voulez
éviter au Pays basque ?
Oui. J’ai même dit à Carles Puigdemont (président
régional de Catalogne destitué par le gouvernement
espagnol, NDLR) que je ne crois pas à la voie unilatérale. Dans l’hypothèse d’un État indépendant
obtenu par un processus unilatéral, est-il réaliste
de penser que l’UE va accepter notre adhésion ?
Est-il réaliste de penser que l’État d’origine va
autoriser le nouvel État indépendant à faire partie
de l’UE ? Tout me conduit à penser que non. Même
Carles Puigdemont parle aujourd’hui d’alternatives à l’indépendance, de bilatéralité, de confédération… Des concepts que je défends depuis des
années.
Vous avez joué un rôle d’intermédiaire
entre Barcelone et Madrid, vous avez parlé avec
Puigdemont jusqu’au jour de la proclamation de
l’indépendance, le 27 octobre, pour le convaincre
de convoquer des élections anticipées et d’éviter
le choc avec le pouvoir central. Quel était votre
objectif ? Éviter l’application de l’article 155
de la Constitution, qui a permis la mise sous tutelle
de la Catalogne ?
J’ai accepté ce rôle parce que le président Puigdemont lui-même me l’a demandé. Je crois que
l’application de l’article 155 efface le principe du
gouvernement autonome. Il crée un précédent
qui est une menace pour les autres communautés
autonomes.
Carles Puigdemont a renoncé au dernier moment
à convoquer des élections et a préféré déclarer
l’indépendance. Vous, le président du Pays
basque, vous avez bien failli être le grand sauveur
de l’unité de l’Espagne !
C’est une ironie de l’histoire, mais ce n’était pas
là l’une de mes aspirations ! Jusqu’au dernier moment, cinq minutes avant d’expliquer sa décision
en conférence de presse, Puigdemont m’a demandé des garanties qu’en cas de scrutin, l’article 155 ne serait pas appliqué. Je lui ai dit que je ne
pouvais pas les lui donner, mais que je croyais que
le gouvernement espagnol aurait de grandes difficultés pour l’appliquer si des élections étaient
convoquées. Car, parmi les partis qui ont soutenu
la mise sous tutelle, certains diraient au gouvernement espagnol que leur soutien s’inscrivait
dans un autre contexte.
Comment sort-on de l’impasse catalane ?
La majorité indépendantiste doit se mettre d’accord pour investir un président catalan. ■
VINCENT WEST/REUTERS
LE FIGARO. - Pourquoi ETA s’est-elle dissoute ?
Madrid insiste sur les succès de la lutte policière
et judiciaire. Mais la prise de distance
de ses soutiens politiques a aussi pu jouer…
Inigo URKULLU. - Il y a une addition de ces deux
facteurs auxquels j’ajouterais un troisième : l’immense majorité de la société basque a exprimé
son mépris envers ETA et a exigé sa dissolution.
ETA a toujours prétendu, jusque dans son communiqué final, agir au nom du peuple basque. Or
le peuple basque lui a tourné le dos depuis de
nombreuses années. L’apparition de nouveaux
phénomènes terroristes en Europe qui ont créé
une nouvelle inquiétude vis-à-vis du terrorisme,
la disparition de l’IRA en Irlande du Nord, le fait
d’être la dernière organisation terroriste autochtone d’Europe, ont également contribué à cette
fin.
RENCONTRE
V
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 936 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
TOYOTA
UN PLAN POUR L’ÉGALITÉ
PROFESSIONNELLE
HOMMES-FEMMES PAGE 19
VENTES MODÉRÉES
MAIS BÉNÉFICES
RECORDS PAGE 20
Premières pistes pour la
refonte de la fiscalité locale
La suppression totale de la taxe d’habitation retire une recette essentielle
aux communes. Le gouvernement va donc revoir toute la répartition des impôts.
D’ici à 2021 au plus tard, plus
aucun contribuable ne payera de
taxe d’habitation. Or cet impôt
rapporte un peu plus 20 milliards
d’euros par an aux communes et
intercommunalités. Il faut donc
leur trouver d’autres ressources.
Pour réfléchir à cette épineuse
question, le gouvernement a commandé un rapport au sénateur LaREM Alain Richard et à l’ancien
préfet Dominique Bur. Ce docu-
ment, remis mercredi, propose
deux pistes : transférer aux communes la part de taxe foncière des
départements, ou leur accorder
des impôts nationaux. Ce jeu de
bonneteau risque d’avoir des
conséquences fâcheuses pour les
contribuables. Les maires pourraient être tentés de relever la taxe
foncière. Par ailleurs, la taxation
des résidences secondaires sera
maintenue.
èANDRÉ LAIGNEL, LE MAIRE QUI DIT NON À MACRON èLE RISQUE DE VOIR LA TAXE FONCIÈRE FLAMBER EST RÉÉL PAGE 18
REUTERS, , BRANIMIR76/GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO, GENE J. PUSKAR/AP
L’Argentine
appelle
le FMI
au secours
Le président argentin,
Mauricio Macri.
le PLUS du
FIGARO ÉCO
PAIEMENT
BNP Paribas inaugure
Paylib, solution
de paiement entre
particuliers PAGE 20
LA SÉANCE
DU MERCREDI 09 MAI 2018
CAC 40
5534,63 +0,23%
DOW JONES (18h)
24374,88 +0,06%
ONCE D’OR
1313,85 (1306,60)
PÉTROLE (lond)
76,940 (74,870)
EUROSTOXX 50
3569,74 +0,33%
FOOTSIE
7662,52 +1,28%
NASDAQ (18h)
6833,70 +0,27%
NIKKEI
22408,88 -0,44%
Le spectre de la faillite
de 2001 resurgit.
Pour enrayer la chute
du peso argentin
qui met en péril le
financement du pays,
le président Mauricio
Macri demande
une ligne de crédit
préventive au FMI.
Sans qu’elle soit
assortie de plans
d’austérité. PAGE 19
Succès pour Bob Action, la première
campagne citoyenne sur l’emploi
C
VALÉRIE COLLET
Le Lloyd’s n’assure
plus le lobby
des armes américain
L'HISTOIRE
ontre le chômage, on a tout
essayé, expliquait, totalement
défaitiste, François Mitterrand en
1993. Pas du tout, lui répondrait
aujourd’hui Paul Duan, jeune et
talentueux fondateur de l’ONG Bayes Impact.
À travers sa plateforme d’aide à l’emploi
Bob Emploi, il vient de boucler avec succès
une opération caritative
baptisée
Bob Action, qui s’est
notamment déclinée dans
le métro parisien et sur les
réseaux sociaux. L’idée de
cette campagne
citoyenne - dont Le Figaro
était partenaire - qui s’est
déroulée entre le 25 avril
et le 4 mai était simple :
que chacun s’engage pour
l’emploi en donnant un peu
de son temps pour
aider un chômeur dans sa
recherche, relire un CV ou
une lettre de motivation.
Les résultats, sans être
exceptionnels
comparativement aux
Toujours unis dans la grève jusqu’à
présent, les syndicats commencent
à diverger sur la stratégie à conduire
pour s’assurer du soutien de la
« base ». Inspirée par l’organisation
d’une consultation chez Air France,
qui se solde par le départ du PDG du
groupe, la CGT-cheminots a indiqué
qu’elle organiserait un référendum
pour savoir si les cheminots sont
d’accord ou pas avec la réforme ferroviaire. Cette consultation des salariés devait être débattue mercredi
en fin de journée lors d’une nouvelle
réunion de l’intersyndicale au siège
de la CGT.
Avant même la rencontre, Roger
Dillenseger, secrétaire général de
l’Unsa ferroviaire, prenait ses distances. « Le référendum est une
méthode assez intéressante de manière démocratique, à condition que
ce soit bien organisé, estime-t-il. Un
référendum n’a de valeur que s’il est
organisé pour l’ensemble des cheminots et de manière très, très précise, avec des modalités de scrutin
cadrées. » Le syndicaliste a été plus
loin, prenant position contre la
consultation : « Aujourd’hui, la proposition qui nous est faite à demimot par une organisation syndicale
nous semble pour le moins pas très
sécurisée. L’interprétation qu’on
pourrait en faire est tout aussi aléatoire. Nous, on ne souscrit pas. »
Le front uni des dernières semaines
est-il en train de se fissurer ? La volonté de l’Unsa et de la CFDT de se
rendre vendredi au ministère des
Transports à l’invitation d’Élisabeth
Borne pour discuter des amendements avant l’arrivée du projet de loi
au Sénat avait déjà marqué une forme d’indépendance à l’égard de la
CGT et de SUD Rail. Les quatre organisations devaient préciser mercredi soir si elles seraient main dans
la main pour immobiliser la circulation des trains le 14 mai dans le cadre d’une « journée blanche ». Mercredi, le taux de participation à la
grève à la SNCF était de 14,46 % en
moyenne : 53 % chez les conducteurs, 45,5 % chez les contrôleurs et
20,9% chez les aiguilleurs.
quelque 6,5 millions d’inscrits à Pôle emploi,
sont plutôt encourageants. Pas moins de
2 314 personnes se sont ainsi engagées à
réaliser une #BobAction, dont 826 pour relire
un CV ou 228 pour discuter d’un projet
professionnel autour d’un café. La campagne
a en outre généré plus de 500 publications sur
Twitter et touché plus de 1,7 million d’abonnés.
« Nos équipes sont
actuellement en train
de procéder à la mise en
relation des participants
et des chercheurs d’emploi,
indique Nicolas Divet, de
Bayes Impact. Certaines
lettres de motivation et CV
ont déjà été relues avec
succès. » De premiers
rendez-vous « in real life »
ont également été montés,
comme celui de Grégoire
Ducret, directeur de
l’innovation et de la stratégie
de la Croix-Rouge,
qui a échangé lundi avec
Catherine, une jeune
chercheuse d’emploi… ■
M. L.
Trois mois après la tuerie qui
a fait 17 morts dans un lycée
de Floride et qui a bouleversé
les États-Unis, le Lloyd’s de
Londres décide de rompre
toute relation avec la National Rifle Association (NRA),
le puissant lobby des armes.
Les conditions d’assurance
de la NRA et de ses affiliés
font «actuellement l’objet
d’une enquête du département
des services financiers de New
York (NYDFS) », a justifié
dans un bref communiqué la
vénérable institution londonienne créée en 1688. En
conséquence, Lloyd’s a décidé
d’ordonner aux assureurs de
son marché de clore les programmes de ce type en cours
et de ne pas en ouvrir de nouveaux. »
Actif dans le monde entier, le
Lloyd’s n’est pas une compagnie d’assurances en tant que
telle. C’est un marché dont
les membres se regroupent
en syndicats pour assurer les
risques. Grâce à un système
de mutualisation, les assurés
sont dédommagés en cas de
sinistre, même en cas de défaillance d’un des membres.
La NRA, qui revendique cinq
millions de membres, est
sous pression depuis l’action
criminelle perpétrée le 14 février en Floride. Plusieurs
entreprises
américaines,
dont les compagnies d’assurances Metlife et Chubb,
avaient annoncé peu après
qu’elles ne voulaient plus
être associées à la NRA.
L’annonce du Lloyd’s intervient après la condamnation,
annoncée lundi, de l’assureur Chubb par les autorités
de New York pour s’être associé à un programme d’assurance promu par la NRA.
D’après les autorités newyorkaises, celui-ci garantissait de façon illégale aux
contractants le paiement des
dommages dont ils pourraient être tenus pour responsables du fait de l’usage
D. G.
de leur arme à feu.
A
SOCIAL
SNCF :
LE RÉFÉRENDUM
DE LA CGT
DIVISE
LES SYNDICATS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
18
L'ÉVÉNEMENT
Les premières pistes de la grande
réforme de la fiscalité locale
Les résidences secondaires ne profiteront pas de la suppression de la taxe d’habitation.
FISCALITÉ Une promesse présidentielle de suppression d’un impôt
pesant 23 milliards d’euros ne peut
se réaliser sans chambouler le paysage. C’est pour explorer toutes les
conséquences de la suppression totale de la taxe d’habitation, et ses
contreparties aux communes impactées, que le gouvernement s’est
fait remettre mercredi un rapport
sur « la refonte de la fiscalité locale ».
Les propositions avancées dans le
document seront « soumises immédiatement à concertation avec les
collectivités territoriales », a indiqué, redoublant de prévenance, le
premier ministre Édouard Philippe
dans un communiqué. Le sujet est,
il est vrai, hautement inflammable
pour les élus, et particulièrement
pour les maires opposés farouchement à la disparition d’un de leurs
principaux impôts. L’exécutif veut
que sa réforme de la fiscalité locale
soit votée « avant la fin du premier
semestre 2019 », afin que 100 % des
Français ne payent plus de taxe
d’habitation en 2021 au plus tard, et
en 2020 au plus tôt.
«La suppression intégrale de la
taxe d’habitation vise à alléger la fiscalité des ménages à raison de leur
résidence principale. Il n’est pas nécessaire de l’étendre à la taxation des
résidences secondaires et des logements vacants », précise d’emblée
la mission. Le maintien d’un même
niveau de taxation qu’avant réforme sur ces logements « sous-occupés » passerait par une majoration
de la taxe foncière. De quoi minimiser de 2,5 milliards d’euros le coût
de ce big bang.
nier impôt sur lequel ils ont
pleinement la main. « Cependant, ce
scénario implique un effort de compensation des départements, qui perdent la taxe foncière, par un impôt
national partagé », ajoutent les
auteurs du rapport, l’ancien préfet
Dominique Bur et le sénateur LaRem
Alain Richard. Il s’agirait de la CSG
ou de la TVA. La compensation devrait être d’autant plus forte que la
mission recommande de transférer
des départements à l’État les droits
de mutation (plus connus sous le
nom de frais de notaires). Pour une
raison : ceux-ci varient fortement
d’une année sur l’autre selon le marché immobilier, ce qui complique la
gestion des départements.
La deuxième grande piste évoquée par la mission a pour intérêt
d’éviter le jeu à trois, en gardant la
part de taxe foncière des départements et en attribuant directement
une fraction d’impôt national aux
communes. Celles-ci n’y seraient
pas opposées si elles pouvaient
avoir un « pouvoir de taux ». Comprendre qu’elles puissent augmenter l’impôt concerné. Condition
inenvisageable pour la mission, qui
rappelle que les impôts nationaux
sont dynamiques.
Une chose est sûre : la facture
finale de cette réforme structurelle environ 20 milliards - reviendra à
l’État. Environ la moitié est déjà
financée, celle correspondant à la
La
« suppression
complète
de la taxe
d’habitation
interviendra
au plus
tard d’ici
à 2021
»
ÉDOUARD PHILIPPE
promesse présidentielle initiale
d’exempter de taxe d’habitation
80 % des ménages. Mais l’extension
de la promesse aux 20 % de foyers
restant coûtera 10 autres milliards.
Un quart sera financé par une imposition ad hoc des résidences secondaires. Mais pour le reste ? Moins
disert sur ce point, le rapport se
contente de lister les possibles : «renonciation à d’autres allégements fiscaux » promis par ailleurs, suppression de taux réduit de TVA, ou
économies supplémentaires. Matignon le dit et le répète : «Il n’y aura
pas de tour de passe-passe fiscal ;
l’objectif est que la réforme soit largement financée par des économies
budgétaires. » ■
G. G.
milliards
d’euros
C’est, peu ou prou,
la somme (non budgétée)
que l’exécutif va devoir
trouver pour financer
la suppression de la taxe
d’habitation pour les 20 %
des contribuables aisés,
représentant 7,5 millions
de foyers fiscaux,
qu’Emmanuel Macron
a décidé, une fois élu,
d’exonérer aussi. Il est
par ailleurs garanti
que le gouvernement
maintiendra la taxe
d’habitation sur les
résidences secondaires,
prélèvement qui rapporte
2,5 milliards d’euros par an
aux collectivités locales.
de hausse
Pour le reste, la réforme ressemblera
à un jeu de bonneteau entre communes, départements et État, où l’unité
de compte sera le milliard d’euros.
Le rapport imagine deux grandes
pistes pour compenser le trou creusé
dans les finances des communes par
la disparition de la taxe d’habitation.
La première consiste à allouer aux
maires la part de la taxe foncière finançant les départements. Ces derniers perdraient au passage le der-
Le premier ministre,
Édouard Philippe,
le 4 avril, à Matignon.
en substance de la taxe
d’habitation et de la taxe
foncière entre 2000 et
2015, représentant donc
un doublement de la note
payée par les ménages
assujettis. À titre de
comparaison, la richesse
nationale, mesurée
via le PIB de la France,
n’a progressé, elle,
que de 20 % seulement
sur la même période, soit
environ cinq fois moins vite
que la fiscalité locale
frappant les ménages.
GÉRARD JULIEN/AFP
André Laignel, le maire qui dit non à Macron
A
10
100 %
Jeu de bonneteau
Lui aussi a personnifié le « nouveau monde ». C’était en 1981.
André Laignel avait alors 39 ans et
faisait partie de la jeune garde
mitterrandienne à l’Assemblée.
Aujourd’hui premier vice-président délégué de l’Association des
maires de France (AMF), il fait figure de parangon de « l’ancien
monde » selon la dialectique macronienne. Il ne faut pas s’y tromper. Bien qu’inconnu du grand
public, hors d’Issoudun, où il est
maire depuis plus de 40 ans, c’est
l’homme fort de l’association
d’élus la plus puissante de France.
Bien davantage que le président de
l’AMF lui-même François Baroin,
médiatique mais rarement présent
au siège parisien de l’association.
« Les présidents de l’AMF passent
et lui, il reste », observe le rapporteur général de la commission des
finances de l’Assemblée, Joël
Giraud.
C’est donc le bosseur André
Laignel qui a contribué à
construire dans l’ombre la défense des maires face aux velléités de
la majorité de faire du chamboule-tout avec les finances locales.
Sans grand succès à ce jour. La
taxe d’habitation, précieux impôt
aux mains des maires, sera totalement supprimée à horizon 2020.
Les grandes villes vont devoir signer d’ici à fin juin un contrat
avec l’État pour maîtriser leurs
dépenses de fonctionnement.
« La vision d’Emmanuel Macron
est celle d’un techno de base, cingle-t-il. Mais, alors que François
Hollande s’attaquait à nos finan-
LES DEUX
CHIFFRES
QUI
MONTRENT
L’AMPLEUR
DU
PROBLÈME
ces, le nouveau président, lui, s’attaque à nos libertés. »
Depuis le début des années
2000, il a fait un choix : défendre
les communes à plein-temps, ou
presque, au sein de l’AMF. Tâche
ardue. L’échelon le plus local des
collectivités n’est plus jugé le plus
pertinent par les décideurs nationaux. Ils préfèrent l’intercommunalité, plus adaptée au monde
moderne.
Mais l’adversité, André Laignel
connaît bien depuis sa naissance.
De père éboueur municipal et de
mère cartonnière puis employée
d’assurance, ce Gavroche enchaîne dès 14 ans les petits boulots
dans le quartier de la Bourse, adhère - comme son père - à la CGT,
se fait licencier pour cela. La suite
relève de la plus pure méritocratie
républicaine, alimentée par l’ambition et le travail acharné. Lors de
son service militaire, il cravache
pour obtenir la capacité en droit,
sésame pour étudier sans avoir le
bac. Il décroche un doctorat en
droit, devient professeur assistant
à Nanterre.
Fidèle de Mitterrand
En politique, il est un des rares à
avoir rejoint François Mitterrand
dès 1968 et fera partie des privilégiés qui participent régulièrement aux « déjeuners des fidèles »
à l’Élysée après 1981. Député de
l’Indre, il se fait remarquer dans
l’Hémicycle par son sens de la
formule. « Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire », lance-t-
il à la droite lors des débats sur les
nationalisations. La formule restera. Avec la loi sur l’école privée
en 1984, il se découvre un des
plus fervents laïcards. Il accumule les ennemis et les surnoms :
« Napoléon d’Issoudun », « Joxe
terrier », « le petit satan socialiste » des sobriquets qui disent la
combativité, la petite taille et
l’ambition, bridée, de celui qui les
porte. Pourtant homme de
confiance du président - il sera
trésorier du PS durant les années
1980 -, il n’occupera jamais plus
qu’un secrétariat d’État à la Formation professionnelle ou à
l’Aménagement du territoire et
n’aura pas de maroquin sous la
période Jospin.
Réélu sans cesse dans son fief
d’Issoudun, le jeune chien fou a
mué au fil des ans en notable. De
l’avis de ceux qui travaillent avec
lui, il a gagné en diplomatie. André Laignel répète pour sa part inlassablement : « Je n’ai jamais
changé. » Le regard bleu, toujours
aussi intense, donne envie de le
croire. D’ailleurs, son discours
non plus n’a pas changé. « Il n’y a
plus de marge de manœuvre budgétaire », « les communes sont à
l’os » Depuis 2013 - au moins -, il
répète aux gouvernements qui
veulent rogner les moyens des
collectivités que les maires n’ont
plus un sou en poche. Cela paie
parfois, comme en 2016, lorsque
Hollande accorde une ristourne de
un milliard aux communes. Pas
sûr que Macron lui fasse aujourd’hui le même cadeau… ■
G. G.
Le risque de voir la taxe
foncière flamber est réel
DÉCRYPTAGE
Guillaume Guichard
gguichard@lefigaro.fr
La vision
d’Emmanuel
Macron est
celle d’un
techno de
base. Mais
alors que
François
Hollande
s’attaquait à
nos finances,
le nouveau
président,
lui, s’attaque
à nos
libertés
»
ANDRÉ LAIGNEL
La crainte est largement partagée
au sein des propriétaires. Et si la
suppression de la taxe d’habitation,
à horizon 2021, se traduisait par une
envolée de la taxe foncières ces
prochaines années ? Le raisonnement est des plus logique. Privés
d’un de leurs trois leviers fiscaux,
les maires actionneraient plus violemment les deux restants, à savoir
la CFE payée par les entreprises et la
taxe foncière réglée par les propriétaires et les sociétés.
Le rapport Bur-Richard «sur la
refonte de la fiscalité locale», remis
mercredi au premier ministre, accrédite cette perspective. «La montée en charge de la taxe foncière
comme principal impôt local servant
au financement du bloc communal, si
tel est le scénario adopté, devra
conduire le gouvernement à porter
une attention particulière aux mécanismes de maîtrise des taux au titre
de l’objectif de modération fiscale
pour les ménages comme les entreprises», écrivent-ils.
Une liberté fiscale bridée
Aujourd’hui, les maires ne peuvent
pas modifier comme ils veulent les
impôts locaux. Ils sont bridés par
une série de «règles de liaison des
taux» compliquées. En un mot, ils
ne peuvent augmenter la CFE ou la
taxe foncière au-delà d’une certaine limite, celle-ci étant définie par
la moyenne des taux départementaux ou nationaux, ou par le niveau... de la taxe d’habitation. Il va
donc falloir revoir cette règle.
La taxe foncière pourrait remplacer la taxe d’habitation dans ce mécanisme anti-dérapage. Toutefois,
cela ne protégerait pas suffisamment les contribuables. Notamment ceux qui détiennent plusieurs
logements.
Les
propriétaires
bailleurs ou de résidences secondaires ne votant pas dans la commune de leurs propriétés, ils ne
peuvent pas «faire pression à la
baisse sur les taux votés», relève la
mission. De façon plus générale, la
mission observe aussi l’effet néfaste
sur le marché immobilier de taxes
foncières parfois trop élevées. Ennuyeux pour un exécutif qui veut
accroître le nombre de logements.
Bref, conclut la mission, «la maîtrise de cette pression fiscale devra
passer par un plafonnement de taux
plus strict que celui en vigueur». Elle
recommande de plafonner les taux
de taxe foncière à 60% de la base
d’imposition. Un niveau très élevé,
mais déjà dépassé dans 590 communes. Les contribuables seront rassurés de voir que la mission a vu le danger qui les menace. Les élus locaux,
eux, seront furieux de voir qu’en plus
de la suppression d’un de leur impôt,
un deuxième levier fiscal à leur main
sera probablement bridé. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 10 mai 2018
ÉCONOMIE
19
Le gouvernement dévoile son plan pour
l’égalité professionnelle hommes-femmes
Issu d’une concertation avec les partenaires sociaux, ce projet durcit notamment les contrôles.
De plus, les entreprises auront
désormais une obligation de transparence sur leur politique d’égalité
salariale. Leur résultat global portant sur des écarts inexpliqués sera
publié sur leur site internet.
Concernant la formation professionnelle, tous les salariés à temps
partiel auront les mêmes droits que
les salariés à temps plein. Les femmes qui représentent 80% de ces
travailleurs seront les premières
bénéficiaires de la mesure.
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
Il y a 9 %
« d’écart
à
travail égal,
statistiquement
on appelle
ça l’écart
inexpliqué.
Pour moi,
il n’est pas
inexpliqué mais
inexplicable et
inadmissible
»
MURIEL PÉNICAUD,
MINISTRE DU TRAVAIL
SOCIAL L’égalité femmes-hommes
étant déclarée grande cause du
quinquennat Macron, le Premier
ministre Édouard Philippe avait
présenté aux partenaires sociaux, le
7 mars dernier, les orientations de
son plan stratégique en matière
d’égalité professionnelle. Actuellement la différence entre les salaires
d’une femme et d’un homme, tous
postes confondus, est en moyenne
de 25%. La première cause de cet
écart est liée aux freins rencontrés
par les femmes pour accéder aux
mêmes emplois que les hommes. Si
elles représentent 42 % des cadres,
elles ne sont que 17 % à des postes
de direction et 10 % dans le top management. En outre, à valeur de
travail égale, un écart de salaire injustifié de 9% persiste entre les
deux sexes. «Pour moi, il n’est pas
inexpliqué mais inexplicable et inadmissible» a dénoncé mercredi la
ministre du Travail Muriel Pénicaud, qui avec Marlène Schiappa,
secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes,
a présenté un plan d’action global.
Elaboré à l’issue de deux mois de
concertations avec les syndicats et
le patronat, ce plan se décline en
quinze mesures clés, dont cinq sont
destinées à lutter contre les violences sexistes et sexuelles et dix
contre les inégalités salariales et
Transparence accrue
Marlène Schiappa et Muriel Pénicaud, mercredi, dans les escaliers du ministère du Travail.
professionnelles. Parmi ces dernières, un vaste chantier va consister à
élaborer des critères objectifs de
calcul des écarts de salaire, afin
qu’une méthodologie commune
soit déployée. En effet, dès le 1er
janvier 2019, les entreprises de plus
de 250 salariés devront mesurer et
corriger ces écarts soit à partir d’un
dispositif spécial sur le logiciel de
paie, soit à partir des statistiques de
la déclaration sociale nominative.
Cette obligation s’appliquera aussi
au 1er janvier 2020 aux entreprises
de 50 à 250 personnes. Une mission
confiée à Sylvie Leyre, DRH France
de Schneider Electric, va se charger
de bâtir cette méthodologie et une
phase de test sera lancée dès le mois
de septembre.
En cas de différences persistantes de salaires, l’entreprise devra
constituer une enveloppe de rattrapage et disposera de 3 ans pour
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
se mettre en règle. Dans le cas
contraire, elle sera sanctionnée,
sanction pouvant aller jusqu’à 1%
de la masse salariale. On passe
donc d’une obligation de moyens
(actuellement, il suffit d’avoir signé
un accord sur l’égalité hommesfemmes) à une obligation de
résultat. Et les contrôles de l’inspection du travail en la matière
seront multipliés par 4, passant de
1 730 à 7 000 par an.
Autre nouveauté, chaque branche
professionnelle devra rendre
compte, dans le cadre de son bilan
annuel, de son action en matière
d’égalité professionnelle, afin que
les petites entreprises se sentent
concernées.
Par ailleurs, les sociétés cotées
devront responsabiliser leurs instances dirigeantes sur le principe
«appliquer ou expliquer» : le comité des rémunérations et le
conseil d’administration devront
mener une délibération sur les résultats en matière d’égalité salariale. De même, l’information annuelle du conseil d’administration
sur la mixité dans les 100 postes les
plus élevés de l’entreprise sera
obligatoire.
Les mesures législatives nécessaires à la mise en œuvre de ce plan
seront reprises dans le cadre de la
loi pour «la liberté de choisir son
avenir professionnel». ■
L’Argentine se tourne vers le FMI pour éviter la banqueroute
Forte chute
COURS DU PESO ARGENTIN,
ANNE CHEYVIALLE
£@AnneCheyvialle
en dollar
0,050
0,049
-1
0
%
0,048
0,047
0,046
0,045
0,044
0,043
0,0444 $
0,042
0,041
0,040
27 avril
9 mai
Source : Bloomberg
Infographie
AMÉRIQUE LATINE Dix-sept ans
après la dernière grande crise qui
s’est soldée par une cessation de
paiement, l’Argentine risque-telle une nouvelle faillite? La situation est jugée suffisamment
alarmante par le gouvernement
qui en appelle à l’aide du FMI. «De
manière préventive, j’ai décidé
d’entamer des discussions avec le
Fonds monétaire international pour
qu’il nous accorde une ligne de soutien financier», a annoncé mardi le
président Mauricio Macri lors
d’une allocution télévisée.
Le dirigeant centriste, aux manettes depuis décembre 2015,
prend un risque politique même
s’il est sorti renforcé des élections
à mi-mandat d’octobre dernier.
Pour nombre d’Argentins qui ont
en mémoire les cures d’austérité
imposées à la fin des années 1990,
le FMI fait figure d’épouvantail.
L’enjeu pour Macri est de calmer
les marchés, d’enrayer la chute du
peso qui a perdu 10% depuis deux
semaines, de montrer qu’il s’agit
d’une crise de liquidités passagère, provoquée par un choc exogène et des facteurs climatiques. En
l’occurrence une sécheresse exceptionnelle qui entraîne une
baisse de la production agricole,
secteur clé d’exportation.
La devise argentine pâtit comme l’ensemble des monnaies
émergentes de la hausse des taux
d’intérêt aux États-Unis et de
l’augmentation du dollar. Mais le
peso qui n’inspire pas grande
confiance même aux Argentins se
retrouve en première ligne. Il faut
dire que depuis l’abandon de la
parité 1 peso pour 1 dollar en 2001,
elle a perdu 95% de sa valeur.
Certes, depuis deux ans, Buenos
Aires a regagné la confiance des
investisseurs
internationaux,
après avoir soldé le contentieux
financier avec les fonds vautours
datant de la faillite de 2001 et surtout grâce à une normalisation de
l’économie - levée du contrôle des
changes, baisse des subventions
sur les services publics - après les
douze ans de l’ère populiste de
Kirchner. «Malgré les efforts, l’inflation reste élevée, 25% en moyenne, sans perspective de baisse rapide», note Éric Dor, directeur des
Études Économiques de l’IESEG
School of Management. Le gouvernement a envoyé un mauvais signal en fin d’année en revoyant à la
baisse ses objectifs, incitant la banque centrale à baisser ses taux».
Depuis quelques jours, c’est pani-
que à bord : hausse record des
taux d’intérêt de la banque centrale (40%), vente massive des réserves de dollars (8 milliards en
quelques jours sur un total estimé
à 55 milliards) pour stopper la spirale infernale.
La dépréciation de la monnaie
pousse les prix importés à la hausse compliquant le financement du
pays qui n’a pas retrouvé d’appareil productif après la longue période d’économie administrée
sous Kirchner. L’Argentine a besoin de devises étrangères pour
couvrir le service de la dette et son
déficit commercial. L’inflation
pèse sur la fragile reprise en bridant le pouvoir d’achat des Argentins. L’objectif de Macri, qui
met en avant une situation héritée
du passé «que nous sommes en
train de remettre en ordre» serait
d’obtenir une ligne de crédit modulable sans conditionnalités. Cet
instrument, le FMI les réserve à
des pays dont l’économie est jugée
solide. «Cela sera difficile dans le
cas de l’Argentine à cause de l’inflation et des finances publiques.
Même si le niveau de la dette reste
faible, elle a beaucoup augmenté»,
note Éric Dor.
Cela
étant,
l’institut
de
Washington se montre aujourd’hui plus flexible dans ses programmes et ses conditions. «Le
fonds monétaire prétend moins détenir la vérité absolue, il a admis ses
erreurs dans la gestion de la crise
argentine il y a 20 ans, ajoute l’économiste. Les mesures d’économie
imposées à l’époque sans remettre
en cause la parité fixe au dollar ont
amplifié la déflation et l’appauvrissement de la population. ■
tié en Allemagne. Les premières
annonces de fermeture viennent de
tomber : Offenbach s’apprête à fermer ses portes. Leipzig est sur la
sellette. Mülheim et Duisbourg
subsistent mais au prix de pertes
d’emplois.
Le groupe précise que les fermetures « dans l’ensemble des sites de
la division Power & Gas à travers le
monde interviendront au cours de ce
prochain trimestre ». Le site historique de Dynamowerk, à Berlin, et
celui de Görlitz ont obtenu un saufconduit. Même si l’usine saxonne
doit accepter de se transformer à
terme en « Centrale mondiale pour
le commerce des turbines industrielles à vapeur ». Sans préciser le
nombre de postes sauvegardés et
sans s’engager pour l’avenir, la directrice des ressources humaines a
promis d’étudier « toutes les solutions possibles pour éviter les licenciements secs ». Après des mois de
mobilisation et de pressions syndicales et politiques, IG Metall et la
direction du groupe ont annoncé
un « compromis satisfaisant », scellé dans la nuit de lundi à mardi.
Un plan d’austérité vise aussi
cette division Power & Gas, qui
représente 18 % du chiffres d’affaires du groupe : limitation des voyages professionnels, encadrement
des activités de mécénat ou de
sponsoring. Rien ne peut prédire
une inversion de tendance dans ce
secteur. Et les perspectives géopolitiques, avec la pression exercée
par les États-Unis contre les partenaires de l’Iran où Siemens fait
commerce, risquent d’assombrir
encore un peu plus le tableau. ■
L’inflation pèse lourd
Siemens à la peine
dans sa branche énergie
Le groupe rencontre les mêmes difficultés
que son concurrent General Electric.
DAVID PHILIPPOT
BERLIN
INDUSTRIE C’est l’arbre qui cache
la forêt. Joe Kaeser, le PDG de Siemens, a pu présenter une copie
meilleure que prévue avec un bénéfice de 2,02 milliards d’euros au
premier trimestre. Les analystes
cités par le courtier Steubing tablaient sur un résultat net moindre,
de 1,14 milliard d’euros. La branche
transports (Mobility), sur le point
de fusionner avec Alstom, tire son
épingle du jeu en dégageant un bénéfice de 233 millions d’euros, en
hausse de 10 %. Un succès que le
PDG attribue « à la plupart de nos
activités, en particulier nos offres digitales, qui ont réalisé des performances impressionnantes permettant de compenser les défis
structurels de l’activité de production d’énergie fossile». En revanche, donc, la branche énergétique
du groupe, cœur de métier historique avec la production d’équipements pour les centrales électriques, doit encaisser une chute des
commandes de 70% sur un an. Une
baisse « sans précédent ».
Avec la montée en flèche des
énergies renouvelables, la produc-
Le site historique de
Siemens, Dynamowerk,
à Berlin.
STEFAN BONESS/IPON/SIPA
6emplois
900
seront supprimés
par Siemens
tion d’électricité classique a fondu,
équivalente à 100 centrales, soit un
quart de ses capacités de production dans le monde. Le grand
concurrent de Siemens, General
Electric (GE) est également touché
et prévoit de supprimer 12 000 emplois dans le monde au sein de sa
branche Énergie (GE Power).
Crise iranienne
Siemens, pour sa part, avait lancé
en novembre un plan de restructuration avec la suppression de 6 900
postes dans le monde, dont la moi-
A
Mauricio Macri espère une ligne de crédit préventive sans plan d’ajustement pour enrayer la chute du peso.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
20
ENTREPRISES
Walmart vient défier Amazon en Inde
Le groupe américain officialise l’achat de Flipkart, géant indien du commerce en ligne.
15
milliards
de dollars
Prix payé par Walmart
pour 70% du capital
de Flipkart
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
NEW DELHI
DISTRIBUTION La nouvelle devait sortir de la bouche du patron
de Walmart, Doug McMillon,
venu spécialement à Bangalore
mercredi pour l’occasion. Finalement, Masayoshi Son, PDG du
groupe japonais SoftBank, actionnaire de Flipkart, lui a grillé
la politesse quelques heures plus
tôt, confirmant ce que beaucoup
pressentaient depuis des semaines : Walmart a racheté Flipkart.
Leader du commerce en ligne en
Inde, l’entreprise a réalisé un volume d’affaires de 7,5 milliards de
dollars l’an dernier. Le géant
américain de la distribution ra-
chète de 77 % du capital pour
16 milliards de dollars, reprenant
notamment les parts de SoftBank.
Avec cette transaction, Walmart fait une entrée en fanfare
dans la vente en ligne et menace
Amazon, qui est implanté dans le
sous-continent depuis 2013. Pour
l’instant, Walmart n’était présent
qu’avec 21 magasins de vente en
gros pour les professionnels.
L’entreprise de Bentonville ne
pouvait guère aller vers son cœur
de métier : si la législation indienne autorise les investisseurs
étrangers à détenir l’intégralité
du capital de leur filiale pour le
« cash and carry », les contraintes réglementaires sont beaucoup
plus fortes dans la vente de détail
multimarque. Une façon de mé-
nager le puissant lobby des petits
commerçants.
Walmart s’empare de Flipkart
alors que le commerce en ligne
est en plein essor depuis 10 ans,
porté par l’explosion des ventes
de smartphones : entre 300 et
400 millions étaient en circulation l’an dernier, il devrait y en
avoir plus de 500 millions cette
année. En outre, le déploiement
de la 4G et la croissance du crédit
à la consommation dopent les
ventes sur Internet. Selon l’India
Brand Equity Foundation (Ibef),
institut de recherche lié au ministère du Commerce, celles-ci
représentaient un marché de
38,5 milliards de dollars en 2017,
chiffre qui devrait grimper à
50 milliards en 2018 et à 200 mil-
liards d’ici à 2026 ! Outre Flipkart
et Amazon, de nombreuses sociétés indiennes se sont positionnées
dans ce secteur comme BigBasket, qui livre les achats à domicile
ou encore Zomato service de livraison de repas aux particuliers
et aux entreprises.
Déjouer les difficultés
Flipkart et Amazon ont également su déjouer les difficultés inhérentes à l’Inde. Dans ce pays où
l’argent liquide domine 90 % des
transactions, les consommateurs
peuvent payer en espèces à la livraison. Pour encourager les règlements par carte, les livreurs
sont équipés d’un minilecteur relié à leur smartphone par une prise USB. Malgré des infrastructu-
res urbaines chaotiques, les colis
arrivent en quelques jours, une
prouesse alors que la plupart des
villes n’ont ni plaque de rue ni
panneau indicateur.
Pour gagner des parts de marché, Amazon et Flipkart se livrent
à une concurrence acharnée sur
les prix. L’arrivée de Walmart risque d’intensifier cette pression, au
grand dam des fournisseurs. « Les
produits subiront une baisse de tarif, ce qui compliquera le travail des
professionnels », déplore un porte-parole de l’All India Online
Vendor’s Association qui revendique 3 519 adhérents. Amazon, qui
n’est pas rentable en Inde, espérait d’ailleurs racheter Flipkart
pour mettre à terme à cette guerre
et endiguer ses pertes. ■
Toyota soigne ses marges
Le constructeur japonais a dégagé pour son exercice 2107-2018 un résultat net record.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
AUTOMOBILE Vendre moins de
voitures, mais gagner plus d’argent. C’est l’exploit de Toyota sur
son exercice 2017-2018, clos le
31 mars. Comme le constructeur
l’affirme depuis plusieurs années,
le volume des ventes n’est pas
jugé prioritaire. Conséquence : ses
ventes ont très légèrement reculé,
de 0,01 %, comparé à l’exercice
précédent. À 8,964 millions de
véhicules, le groupe japonais dispose de la taille critique en termes
de volumes. Mais il semble avoir
décroché par rapport aux 10 millions de véhicules de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi et de
Volkswagen. Le dynamisme des
ventes en Europe (+ 4,6%) n’a pas
compensé les baisses au Japon
(- 0,8 %) ou aux États-Unis
(- 1 %).
Ce recul n’a pourtant eu aucune
conséquence négative sur le plan
comptable. Le chiffre d’affaires, à
29 380
milliards
de
yen
(225,3 milliards d’euros), progresse de 6,46 %. Et la marge opérationnelle s’établit à 8,2 %,
contre 7,2 % un an plus tôt. Et le
résultat net, à 2 494 milliards de
yens (19,1 milliards d’euros) affiche un bond de 36 %. Il s’agit
d’une véritable performance, car
le groupe a été pénalisé par des effets défavorables. Il a néanmoins
fait des efforts considérables afin
de limiter au maximum les pro-
motions commerciales, ce qui explique la hausse du chiffre d’affaires. Le contrôle de ses coûts,
spécialité du groupe japonais, et la
maîtrise des investissements expliquent l’amélioration de la marge. Toyota a aussi profité d’un effet de base favorable, l’année 2016
ayant été très difficile. La marge
opérationnelle reste ainsi très en
deçà du niveau atteint en 2014
et 2015, où elle était de 10 %.
Profonde transformation
Ces résultats solides n’empêchent
pas Akio Toyoda, le PDG de Toyota, de faire preuve d’une grande
prudence, voire d’un réel pessimisme, pour l’avenir. Sur l’exercice 2018-2019, il table ainsi sur
une nouvelle contraction, à nouveau très faible, de 0,15 %, des
ventes, mais aussi sur une baisse
du chiffre d’affaires, de 1,3 %, et
des résultats, avec une marge
opérationnelle ramenée à 7,9 %.
Akio Toyoda a, une nouvelle
fois, insisté sur « la profonde
transformation » en cours dans
tout le secteur automobile, un
bouleversement « qui n’arrive
qu’une fois par siècle ». Un tel
changement nécessite de lourds
investissements, ce qui explique la
pression à venir sur les marges.
« Nous étendons nos investissements dans les voitures autonomes,
connectées et la motorisation électrique », a expliqué le dirigeant du
géant japonais. Cette orientation
vers l’électrique est relativement
nouvelle pour Toyota, qui a longtemps misé sur l’hybride et, pour
demain, sur la pile à combustible à
hydrogène. Une stratégie dictée
exclusivement par la volonté de
ne pas être à la traîne en Chine.
Or, les autorités chinoises poussent les constructeurs à miser sur
ce type de propulsion. Toyota a
donc annoncé, fin avril, le lancement d’ici à 2020 de dix nouveaux
véhicule électrifiés (à 100 % ou
hybrides rechargeables). Ce qui
montre bien qu’un constructeur
Toyota, qui s’oriente
vers la voiture
électrique, a longtemps
misé sur l’hybride avec
des modèles comme la
Toyota C-HR Dynamic
(notre photo). TOYOTA
global ne peut plus vraiment faire
l’impasse sur ces investissements.
La baisse des résultats de Toyota
doit cependant être relativisée. Le
géant japonais a pour habitude
d’être prudent. Il l’avait été dans
ses perspectives de l’année 2017,
avant de les réviser trois fois à la
hausse en cours d’exercice. Surtout, le niveau de marge opérationnelle de 7,9 % prévu sur
l’exercice en cours en ferait encore l’un des constructeurs les plus
rentables du monde. ■
Avec Paylib, l’argent circule entre les smartphones
BNP Paribas est la première banque à proposer l’application de paiement entre particuliers.
A
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
BANQUE Les Français vont-ils se
convertir au paiement par téléphone mobile ? Les banques, qui ont uni
leurs forces ces dernières années
pour développer Paylib, solution de
paiement sur Internet et sur smartphone, sont en passe de faciliter les
transferts d’argent entre particuliers. Les unes après les autres, dans
les prochains mois, elles proposeront à leurs clients d’effectuer des
virements de personne à personne,
en utilisant simplement le numéro
de téléphone du destinataire. BNP
Paribas est la première à se lancer
cette semaine. La Société générale
lui emboîtera le pas courant juin et
La Banque postale cet été. Le Crédit
agricole se lancera à la rentrée de
septembre, il sera suivi par BPCE
(Banques populaire et Caisses
d’épargne) et plus tard par le Crédit
mutuel Arkéa. LCL attendra le début de l’année 2019.
Désormais, le client de BNP Pari-
bas peut utiliser son téléphone pour
verser à un particulier, jusqu’à
500 euros par jour. Dans un premier
temps, si le destinataire n’est pas lui
aussi client de la banque, il sera nécessaire d’indiquer son code IBAN.
Mais une fois que Paylib sera devenu la norme dans tous les établissements bancaires, cela ne sera plus
nécessaire, y compris pour effectuer un premier paiement.
Solution universelle
Il suffira alors d’indiquer le numéro
de téléphone de la personne à qui
l’on souhaite transférer de l’argent.
Comme c’est aujourd’hui le cas
pour tous les virements, la somme
sera créditée sur le compte bancaire
un ou deux jours plus tard. Ce délai
sera réduit à quelques secondes
lorsque le paiement instantané entrera en vigueur à la fin de l’année.
« Paylib est la solution de paiement
entre particuliers la plus universelle,
car par nature les banques possèdent
les coordonnées bancaires de leurs
clients», souligne Marc Espagnon,
directeur des moyens de paiement
et cash management chez BNP Paribas. C’est ce qui fait la différence
avec PayPal, Lyf Pay, Lydia (qui cible les jeunes) ou Facebook, via
Messenger (avec le numéro de carte
bancaire), qui proposent eux aussi
depuis un certain temps d’effectuer
des virements entre particuliers par
téléphone portable. Mais, ces porte-monnaie électroniques fonctionnent en circuit fermé : seuls les
titulaires d’un compte peuvent en-
Le client de BNP Paribas
peut utiliser désormais
son téléphone pour
verser jusqu’à 500 euros
par jour à un particulier.
MANUEL-F-O/GETTY
IMAGES/ISTOCKPHOTO
caisser un paiement. « Nous ne
voyons pas ces portefeuilles électroniques comme des concurrents,
avance Marc Espagnon. Toutes les
solutions de paiement doivent s’enrichir les unes par rapport aux autres.
L’objectif est que les particuliers
prennent progressivement l’habitude
de payer avec leur smartphone, à
l’image de ce qui se fait en Scandinavie ou en Chine. »
Pour l’heure, l’utilisation du
smartphone comme moyen de
paiement reste marginale en France, qui accuse même un peu de retard par rapport à certains pays voisins. Pourtant, les offres se
multiplient. Deux ans après Apple
Pay, le système de paiement sur
smartphone d’Apple, Samsung Pay
vient d’être lancé en France. Il faudra sûrement encore un peu de
temps pour que les Français changent d’habitude. Mais, à terme, le
téléphone mobile devrait remplacer le chèque, une exception française et, dans une moindre mesure,
les espèces. ■
EN BREF
EDF CONFIRME
SES OBJECTIFS
£ EDF a réalisé au premier
trimestre un chiffre d’affaires
en croissance organique de 3%,
à 20,4 milliards d’euros, tiré par
des hausses de tarifs. Le groupe
confirme ses objectifs annuels.
La production nucléaire s’est
améliorée grâce à une meilleure
disponibilité du parc.
MITSUBISHI MOTORS
DANS LE VERT
£ Le constructeur japonais
Mitsubishi, membre de l’alliance
Renault-Nissan-Mitsubishi, est
redevenu bénéficiaire sur
l’exercice 2017-2018. Le groupe
a dégagé un résultat net
de 107,6 milliards de yens
(827 millions d’euros), contre
une perte de 198,5 milliards
de yens un an plus tôt. Il a
bénéficié de la forte croissance
de son activité, avec un bond
de 15% de son chiffre d’affaires,
à 2192 milliards de yens.
TOTAL CÈDE DES
STATIONS-SERVICE
£ Le groupe pétrolier Total a
annoncé mercredi avoir vendu
sa filiale de distribution
de produits pétroliers en Haïti
au consortium local Bandari
Corporation. L’entité comprend
92 stations-service et des
activités de commerce de gros.
» Jouer en ligne sur
Nintendo Switch deviendra
payant en septembre
» Appels à des humains, Gmail,
Android P : ce qu‘il faut retenir
des annonces de Google
www.lefigaro.fr/economie
+@
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 10 mai 2018
ENTREPRISES
Vodafone s’offre
le câble européen
de Liberty Global
pour 18 milliards
À Berlin, devant
l’une des antennes
locales de Vodafone
en Allemagne.
KRISZTIAN BOCSI/
BLOOMBERG
L’opérateur britannique vient piétiner
les plates-bandes de l’allemand Deutsche Telekom.
L’OPÉRATION
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
EN CHIFFRES
1 0 ,6
milliards de dollars
en numéraires versés
à Liberty Global,
plus 7,8 milliards
de reprise de dette
5 4
millions d’abonnés
fixe en Europe,
après le rapprochement
1 ,2
milliard d’euros
de synergie attendues
en année pleine
TÉLÉCOMS La consolidation dans
le câble se poursuit. Cette fois, le
britannique Vodafone est à la
manœuvre : il met 18,4 milliards
d’euros sur la table pour s’offrir
une partie des actifs européens de
Liberty Global.
Avec cette opération, Vodafone
veut donner un coup d’accélérateur à sa stratégie de convergence
fixe-mobile dans quatre de ses
principaux marchés (Allemagne,
République tchèque, Hongrie et
Roumanie). Le Britannique se hisse ainsi à la première place des
opérateurs fixes européens, avec
54 millions d’abonnés et 110 millions de foyers couverts. Grâce à
cette opération, il s’impose comme le premier concurrent de
Deutsche Telekom en Allemagne,
avec 30,8 millions d’abonnés mobiles, 10 millions à Internet et 14 à
une offre de télévision par câble.
Vodafone pourra proposer davantage d’offres quadruple play
21
(mobile, Internet, téléphone et
télé) à ses abonnés. Les ambitions
allemandes du britannique ne
s’arrêtent pas là. Il s’engage à apporter le très haut débit fixe à
25 millions de foyers d’ici à 2022.
Le britannique se positionne ainsi
en premier concurrent de Deutsche Telekom sur son marché national et en Europe centrale. « En
Allemagne, Liberty Global et Vodafone réunis sont deux fois plus
petits que l’opérateur historique. Il
est temps de changer la dynamique
du marché en libérant l’investissement et la concurrence », rappelle
Mike Fries, directeur général de
Liberty Global, ouvrant clairement les hostilités avec Deutsche
Telekom.
Consolidation européenne
En combinant sa base d’abonnés
avec celle de Liberty Global, Vodafone espère générer plus de
1,5 milliard d’euros de synergies
par an. Une des vertus attribuées
aux abonnements combinant une
offre fixe et mobile est de contri-
buer à la fidélisation des clients.
Or, c’est aussi un vecteur d’amélioration de la rentabilité. C’est
bien le moins, alors que la transaction valorise à 10,9 fois l’excédent brut d’exploitation les actifs
rachetés. Soit un multiple supérieur de deux à trois points à celui
d’opérations comparables dans le
secteur. Dans le détail, Vodafone
va débourser 10,8 milliards
d’euros en numéraire, essentiellement financés par l’émission
d’une nouvelle dette. Le solde de
l’opération, environ 7,6 milliards
d’euros, correspond à une reprise
de dette de Liberty Global. L’opérateur britannique a accompagné
son offre d’une promesse d’augmentation du dividende. Son titre
a progressé de 2,4 % à la Bourse de
Londres à 209,85 livres sterling.
En rachetant une grande partie
des actifs européens de John
Malone, aussi surnommé le
« cow-boy du câble », Vodafone
prend un train d’avance sur la
consolidation du secteur européen. Il grimpe aussi dans la hiérarchie mondiale des opérateurs
télécoms : il deviendrait le cinquième opérateur mondial et premier européen en termes de capitalisation boursière, juste devant
Deutsche Telekom. Les premières
places sont occupées par les Américains AT&T et Verizon devant
les Japonais NTT Docomo et Softbank.
De son côté, Liberty Global,
conseillé par LionTree et Goldman
Sachs, va empocher plus de
10 milliards d’euros. Les activités
cédées ont généré 28 % de son
cash-flow opérationnel en 2017.
Le câblo-opérateur n’abandonne
par l’Europe pour autant, restant
présent au Royaume-Uni, en Irlande, Belgique, Suisse, Pologne
et Slovaquie. La presse britannique spécule sur les éventuels investissements qui pourraient être
consentis pour améliorer le réseau
fibre au Royaume-Uni ou s’y renforcer.
L’opération reste soumise au
feu vert de l’autorité de la
concurrence européenne, qui devrait se prononcer d’ici à la mi2019. Jusqu’à présent, les régulateurs se sont montrés plutôt
favorables aux rapprochements
entre un opérateur mobile et un
câblo-opérateur. ■
Stokomani surfe sur l’insolente croissance du discount
Pour étendre son réseau, l’enseigne de bazar convoiterait le réseau de magasins de Toys“R”Us.
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
DISTRIBUTION L’appétit de Stokomani ne se dément pas. L’an dernier, l’enseigne de bazar a été candidate malheureuse, au sein d’un
consortium, au rachat de Tati. Selon nos informations, elle lorgne
maintenant les magasins de jouets
Toys“R”Us. Si la filiale française du
groupe américain ne trouvait pas
de repreneur global, Stokomani récupérerait bien tout ou partie du
parc hexagonal sachant que ses
magasins sont de taille similaire
(autour de 2 500 m2). « Nous étudions beaucoup de dossiers, nous
avons du mal à satisfaire nos projets
d’expansion, explique Delphine
Mathez, présidente de Stokomani,
«
Nous avons
aujourd’hui
le chiffre
d’affaires au
mètre carré
le plus élevé
du métier
»
DELPHINE MATHEZ,
PRÉSIDENTE
DE STOKOMANI
contrôlé depuis 2012 par le fonds
Sagard. À un moment où beaucoup
d’enseignes resserrent leur périmètre, nous avons l’intention d’être
un acteur de la consolidation du
commerce en France. » L’an passé,
l’enseigne avait repris des magasins
C&A.
Vers 200 à 300 magasins
La dirigeante ne cache pas ses
ambitions. Les 85 magasins Stokomani ont réalisé l’an passé un chiffre d’affaires de 450 millions
d’euros (+15 %). « Il y a de la place
en France pour 200 à 300 magasins
Stokomani, indique Delphine Mathez. Nous aimerions atteindre cette
taille de parc le plus tôt possible en
prenant soin de ne pas mettre en
danger l’entreprise. » Depuis son
arrivée il y a quatre ans, Stokomani
avance à marche forcée. L’entreprise est passée de 40 à 85 magasins
et de 1 500 à 3 000 salariés. Le
chiffre d’affaires a crû de 60 %.
Après avoir ouvert quinze magasins l’an passé, elle compte maintenir le rythme en 2018. Elle a
inauguré en début d’année un troisième entrepôt.
Deux autres sont à l’étude, toujours près du siège, en Picardie,
d’ici à cinq ans. « Il a fallu faire passer l’entreprise de l’ère artisanale à
l’ère industrielle », raconte Delphine Mathez. De l’informatique aux
achats en passant par le numérique,
tout a été repensé. « Nous avons
aujourd’hui le chiffre d’affaires au
mètre carré le plus élevé du métier »,
revendique la dirigeante dont les
clients dépensent 30 euros en
moyenne par visite. C’est le poids
des produits de marques discountés
(45 % de l’assortiment) qui attire
les clients. Les jours d’arrivage,
grâce à une communication sur les
réseaux sociaux, il y a souvent des
files d’attente à l’ouverture. Sur la
partie déstockage, Stokomani s’approvisionne auprès des marques ou
d’intermédiaires. L’une de ses forces est de renouveler chaque semaine les 75 % de l’assortiment des
magasins. Si les articles de cuisine
ont longtemps eu le vent en poupe,
le jardin et le sport ont pris le relais.
La part du textile tend à se réduire.
Stokomani a été créé par Maurice
Namani au début des années 1960
dans la foulée du roi du bazar, Tati.
Encore peu présente en région pa-
risienne et moins connue que
Foir’Fouille ou Gifi, l’enseigne, qui
revendique un côté « caverne
d’Alibaba » savamment organisé,
se distingue par son assortiment
composé à 40 % de textile et à 60 %
de bazar. « Nous sommes à mi-chemin entre la brocante et la chasse
aux trésors, commente Delphine
Mathez. Nous sommes l’anti-Amazon ! » Comme ses rivaux Centrakor
ou Action, Stokomani reste porté
par l’insolente santé du marché du
bazar (+7 % l’an passé). Face à l’essor de l’e-commerce et aux bouleversements de la distribution, Stokomani réfléchit à varier les
formats de magasin. Uniqlo, qui
combine au Japon flagships sur
plusieurs étages et boutiques dans
le métro, est sa référence. ■
LA SÉANCE DU MERCREDI 9 MAI
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,38 47,97
-0,28 108,5
-1,08 99,55
+1
29,445
-0,71 112,1
-0,82 22,58
+1,11
62,94
+0,68 43,13
+0,04 115,45
-0,99
16,735
+0,26
13,55
-0,99 65,58
-0,82
14,685
+0,26 115,45
-1,01 486,9
+0,55 201,1
-0,37 46,23
+0,39 66,2
+0,14 292,2
+0,3
118,85
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
47,43
107,8
98,7
29,025
111,1
22,125
62
42,52
114,85
16,47
13,435
64,53
14,51
114,65
477,7
198,6
45,7
65,76
289,35
115,6
0,325
0,246
0,184
0,164
0,218
0,381
0,297
0,239
0,177
0,399
0,154
0,241
0,234
0,137
0,221
0,076
0,066
0,129
0,07
0,372
+11,26
+2,1
+19,47
+8,46
-8,36
-9,68
+0,64
-0,53
+16,7
-8,31
-2,61
-7,48
+1,85
+0,35
+22,29
+8,73
-2,85
+3,04
+19,01
-1,59
JOUR
ORANGE ..............................................15,225
PERNOD RICARD ..................................
137,8
PEUGEOT ..............................................
20,01
♣ 62,32
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
88,54
SAFRAN ..............................................98,9
SAINT GOBAIN ..................................
44,43
SANOFI ..............................................66,26
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
75,22
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
42,33
SODEXO ..............................................83,5
SOLVAY ..............................................
115,1
STMICROELECTRONICS .............................
19,885
TECHNIPFMC ..................................27,85
TOTAL .............................................. 52,78
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
196,65
VALEO .............................................. 57,54
VEOLIA ENVIRON. ..................................
20,57
♣
VINCI .............................................. 85,16
VIVENDI ..............................................22,9
%VAR.
+0,53
-0,25
-1,48
-0,8
-0,66
+0,71
+0,46
+0,53
-0,24
+0,36
+0,36
+1,05
+1,48
+3,38
+1,87
-0,43
+0,45
-0,24
+0,47
-0,99
+HAUTJOUR +BAS JOUR
15,23
138,45
20,26
62,62
89,19
98,9
44,645
66,31
75,72
42,52
83,56
115,1
19,91
27,97
52,78
197,4
57,66
20,65
85,2
23,14
14,975
137,4
19,89
62
88
97,64
44,14
65,34
74,58
42,11
82,02
113,85
19,485
27,54
52,02
195,9
56,74
20,46
84,58
22,82
%CAP.ECH
0,228
0,117
0,359
0,195
0,327
0,186
0,218
0,166
0,181
0,453
0,23
0,185
0,188
0
0,239
0,286
0,706
0,268
0,172
0,213
LES DEVISES
31/12
+5,18
+4,43
+18,02
+10,01
+5,52
+15,12
-3,37
-7,78
+6,15
-1,67
-25,48
-0,69
+9,23
+7,74
+14,63
-6,36
-7,6
-3,31
+0,01
+2,14
estiment que ce retrait des États-Unis
est susceptible de réduire l’offre mondiale
de pétrole et de pousser les prix à la
hausse. L’Iran est en effet le troisième
plus grand producteur de l’Opep, avec une
production oscillant autour de 3,8 millions
de barils par jour. Même si l’Arabie saoudite, le premier exportateur mondial de pétrole, a déclaré que toutes les mesures
1 EURO=
1,5923
1,5299
0,8745
9,3248
130,24
1,1895
1,1879
2,9516
11,103
5,0824
21,08
7,5628
79,901
137,83
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35300
35100
+1,58
NAPOLEON ..................................................... 206,6
205,3
-0,14
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
212
214
-0,38
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1150
1150
-1,54
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
206
205
+0,98
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
300
290
-1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1314
1311
+0,31
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
111,9
109
+1,91
PIECE SUISSE 20F .....................................................
205
202
+1,13
PIECE LATINE 20F .....................................................
207
206
+2,02
SOUVERAIN ..................................................... 260,9
261,9
+0,08
KRUGERRAND .....................................................1165
1139,5
+4,13
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
284,26 04/05/18
FORTE HAUSSE DE L’ENSEMBLE DES VALEURS PÉTROLIÈRES
Le baril de Brent, la référence européenne
sur le marché pétrolier, a franchi ce mercredi le seuil des 77 dollars, son plus haut
niveau depuis fin novembre 2014. Cette
hausse est intervenue le lendemain de la
décision de Donald Trump de retirer les
États-Unis de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, avec un retour de toutes
les sanctions sur ce pays. Les opérateurs
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
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Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,78 04/05/18
BELLATRIX C ................................................
332,92 19/03/18
SIRIUS ................................................57,01 04/05/18
RETROUVEZ
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WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
nécessaires seraient prises pour empêcher des pénuries d’approvisionnement,
certains analystes redoutent une poussée des cours au-delà de 80 dollars le
baril. L’annonce par l’Agence américaine
d’information sur l’énergie (EIA) d’une
baisse surprise des stocks de brut aux
États-Unis a également contribué à soutenir les cours de l’or noir.
Dans ce contexte, l’ensemble des valeurs pétrolières ont fortement monté et
sur toutes les places boursières mondiales. Paris ne fait pas exception. Parmi les
sociétés du CAC 40, l’action TechnipFMC
s’est adjugé 3,38 %, à 27,85 euros, et Total 1,87 %, à 52,78 euros. Hors indice, Vallourec s’est envolée de 3,74 %, à
5,08 euros. Le titre du spécialiste des
tuyaux de forage sans soudure avait été
très affecté par la baisse du prix du baril
intervenue de fin 2013 au début de 2016. Il
s’est redressé au cours de ces dernières
semaines, mais il reste en retard par rapport aux plus grands intervenants du secteur parapétrolier qui avaient moins souffert de la crise. Même chose pour CGG, qui
a gagné ce mercredi 1,46 %, à 2,01 euros. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 47,84
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,2
AIRBUS .............................................. 99,16
ARCELORMITTAL SA ..................................
29,41
ATOS .............................................. 111,2
AXA .............................................. 22,34
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
62,65
BOUYGUES ..............................................
43,08
CAPGEMINI ..............................................
115,4
CARREFOUR ..............................................
16,54
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,44
DANONE ..............................................64,72
ENGIE .............................................. 14,6
ESSILOR INTL. ..................................115,35
KERING ..............................................480,6
L'OREAL ..............................................201,1
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
45,7
LEGRAND ..............................................66,14
LVMH .............................................. 292,05
♣
MICHELIN ..............................................
117,65
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
22
MÉDIAS et PUBLICITÉ
YouTube dope son offre vidéo payante
Son service Red a lancé sa première série, « Cobra Kai », et veut se positionner face à Amazon et Apple.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
Je ne pense
« pas
que
vous puissiez
rivaliser avec
Netflix à ce
stade. Ils sont
trop loin
devant. Mais
je pense que,
dans les
prochaines
années, nous
pouvons
concurrencer
Hulu,
Amazon et
certainement
Apple
»
SUSANNE DANIELS,
RESPONSABLE
DES CONTENUS
DE YOUTUBE
VIDÉO Après plusieurs effets d’annonces et quelques projets avortés,
YouTube Red commence enfin à
muscler son offre. Lancée en 2015,
la version payante de la plateforme
vidéo de Google vient ainsi d’inaugurer la série Cobra Kai, sa première production originale d’envergure.
Inédite, cette fiction inspirée des
films Karaté Kid, gros succès des
années 1980 au cinéma, constitue
un produit d’appel stratégique. En
jouant la carte de la nostalgie, YouTube Red espère élargir son public
et recruter au-delà des jeunes.
L’idée n’est pas d’arrêter la production de contenus premium
mettant en scène des stars de YouTube. Il s’agit simplement de
maximiser l’audience de la plateforme.
Le service, qui comptait déjà
quelques productions à son actif,
devrait s’étoffer rapidement. La
série fantastique Impulse, dérivée
du film à gros budget Jumper, sorti
en 2008, sera diffusée cet été. Le
film Vulture Club, mettant en vedette l’actrice multi-oscarisée Susan Sarandon, est également attendu dans les prochains mois. Il
démarrera toutefois sa carrière
dans les salles de cinéma avant
d’intégrer YouTube Red.
Ce renforcement de l’offre
payante de YouTube s’inscrit dans
un contexte de course à l’armement lourd dans le secteur du
streaming vidéo menée par
La série Cobra Kai, fiction inspirée des films Karaté Kid, gros succès des années 1980 au cinéma, constitue
un produit d’appel stratégique. YOU TUBE RED
d’autres titans du numérique tels
que Netflix, Amazon ou encore
Apple. Si YouTube affiche désormais 1,8 milliard d’utilisateurs
mensuels, il semble peiner à les
convertir à son offre Red. Du
moins reste-t-il avare de données
sur le sujet. En 2016, The Verge assurait que le service comptait
1,5 million de souscripteurs auxquels s’ajoutaient 1 million de personnes en essai gratuit. Un taux de
conversion epsilonesque de l’ordre
de 0,1 %… Autant dire que la filiale
de Google a encore du chemin à
parcourir pour peser face à ses rivaux.
Netflix hors de portée
Netflix, le leader du marché, fédère
désormais 125 millions d’abonnés à
travers le monde et dépensera
8 milliards de dollars cette année
dans les contenus originaux. Miavril, dans sa lettre annuelle aux
actionnaires, le PDG d’Amazon,
Jeff Bezos, dévoilait que son service
premium, Amazon Prime, avait
franchi la barre des 100 millions
d’abonnés dans le monde. Autant
de consommateurs potentiels pour
Amazon Prime Video, accessible
automatiquement à tout membre
de Prime. Pour les satisfaire, le
géant de l’e-commerce a déboursé
environ 250 millions de dollars afin
d’adapter prochainement en série
télé l’univers du Seigneur des anneaux. Quant à Hulu, dont la série
The Handmaid’s Tale a été gratifiée
de huit Emmy Awards, la plateforme vient d’annoncer qu’elle totalisait 20 millions d’abonnés américains à son offre payante, soit
3 millions de gagnés depuis janvier. Sans oublier Disney, qui prévoit de lancer son propre service
de vidéo à la demande par abonnement en 2019.
YouTube sait que la marche est
haute. « Nous sommes à un stade
encore précoce », a reconnu Susanne Daniels, la responsable des
contenus de YouTube, dans une
récente interview à IndieWire.
« Je ne pense pas que vous puissiez
rivaliser avec Netflix à ce stade. Ils
sont trop loin devant. Mais je pense
que, dans les prochaines années,
nous pouvons concurrencer Hulu,
Amazon et certainement Apple », a
poursuivi la dirigeante. En somme, YouTube acte le fait que la
compétition se joue désormais
pour la seconde ou la troisième
place du podium.
Le service peut compter sur des
moyens colossaux pour séduire les
talents. Au 31 mars dernier, sa
maison mère était assise sur une
montagne de cash de 103 milliards
de dollars. YouTube est en outre
une
marque
mondialement
connue et plébiscitée par un public
jeune. Enfin, l’offre Red, disponible pour l’heure dans cinq pays, les
États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Mexique et la Corée
du Sud, doit être étendue à plusieurs dizaines d’autres dès cette
année. En clair, YouTube n’a sans
doute pas dit son dernier mot. ■
Mark Zuckerberg bouleverse l’organisation de Facebook
Critiqué pour l’utilisation des données privées de ses usagers, le réseau social met de l’ordre dans ses activités.
PIERRE-YVES DUGUA £@pdugua
CORRESPONDANT À WASHINGTON
Mark Zuckerberg,
fondateur
de Facebook.
JOSH EDELSON/AFP
INTERNET Mark Zuckerberg réorganise Facebook pour mieux clarifier les responsabilités de ses lieutenants. Détaillée dans un
mémorandum adressé aux employés, la réorganisation est la plus
importante jamais décidée dans
cette firme née en 2004 mais qui a
grandi très vite. Elle intervient à un
moment crucial où, sous le feu des
critiques dans de nombreux pays,
le premier réseau social du monde
veut démontrer qu’il faut prendre
au sérieux ses promesses de
meilleure protection des données
privées de ses utilisateurs.
La société de Menlo Park (Californie) comptait 150 employés en
2006. Plus de 25 000 y travaillent
désormais. Ses multiples acquisitions ont souvent débouché sur des
situations accordant beaucoup
d’autonomie aux responsables de
ses diverses filiales comme Messenger, WhatsApp ou Instagram.
L’exemple de Google
Mark Zuckerberg s’est inspiré des
réformes instaurées en 2015 par
Google. Sur le modèle de sa grande
rivale, Facebook a concentré l’essentiel de ses activités les plus rémunératrices sous un pôle. Chris
Cox, entré chez Facebook en 2005,
dirigeait jusqu’à présent l’application Facebook. Il va maintenant
aussi chapeauter le développement
de la famille d’applications du
groupe, avec Instagram, WhatsApp
et Messenger. Dans un second pôle
baptisé « Nouvelles plateformes et
infra », le chef de la technologie de
Facebook, Mike Schoepfer, prend
les commandes de toutes les activités visant à développer de nouvelles technologies et applications, en
particulier celles qui incorporent
de l’intelligence artificielle. Sous
son autorité, David Marcus, qui
jusqu’alors dirigeait Messenger,
sera chargé d’examiner si la technologie du « blockchain », qui
charpente les cryptomonnaies
comme le Bitcoin, peut être intégrée aux applications et services de
Facebook.
La troisième unité, « Central
Product Services », sera dirigée par
un vétéran de Facebook, Javier
Olivan. Elle comprend les activités
de développement de la publicité et
la sécurité du réseau social. Assis
avec ses proches sur 18 % des actions de Facebook, Mark Zuckerberg contrôle en fait directement
60 % des droits de vote. On ne saurait donc dire qu’il agit sous la pression de ses actionnaires. Le fondateur tient aussi à souligner que cette
réorganisation n’est pas l’occasion
de faire tomber des têtes. Son bras
droit, Sheryl Sandberg, plus médiatique et moins technicienne que
lui, conserve toute son autorité.
On note cependant qu’Alex Stamos, responsable de la sécurité de
l’information, serait sur le départ,
selon le New York Times. Jan
Koum, un des fondateurs de WhatsApp, et membre du conseil d’administration de Facebook, veut
Le newsmagazine «Vraiment» cesse sa parution
Lancé en mars, l’hebdomadaire n’a pas trouvé son public. Le projet va être réorienté cet été.
40
000
exemplaires
A
par semaine : le point
d’équilibre prévu pour
« Vraiment ».
Les achats sont
tombés à 5 000
exemplaires
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
PRESSE Huit numéros et puis s’en
va. Deux mois à peine après son
lancement, l’hebdomadaire Vraiment a annoncé que l’édition sortie en kiosque ce mercredi sera la
dernière. «Les chiffres de ventes ne
sont pas à la hauteur des objectifs.
On ne peut plus mener le projet
comme nous l’avions prévu», explique Julien Mendez, président de
Polaris News, l’éditeur de Vraiment. Le plan d’affaires prévoyait
un point d’équilibre à 40 000
exemplaires par semaine, à parité
entre l’abonnement et la vente au
numéro. Mais après un lancement
à 18 000 ventes, les achats sont rapidement tombés à 5 000 exemplaires par semaine. «Il fallait être
responsable et prendre acte de la situation», poursuit Julien Mendez,
qui a pris la décision de suspendre
la parution de Vraiment il y a quelques jours. Le magazine, qui avait
effectué une première levée de
fonds auprès des proches de la rédaction, devait boucler un second
tour de table de 2 millions d’euros.
«Mais avec nos chiffres actuels, ce
n’était plus envisageable», souligne le président de Polaris News.
Second échec après Ebdo
Le projet Vraiment avait pris forme en mai 2017 auprès de Julien
Mendez et Julie Morel, passés par
le cabinet d’Emmanuel Macron et
de Michel Sapin à Bercy, et du
journaliste de France Info Jules
Lavie. Julie Morel a quitté la société en avril pour devenir directrice
de la stratégie chez Alstom. Le trio
avait recruté une vingtaine de salariés venus du Parisien ou du
Huffington Post, pour créer un
newsmagazine à destination des
30-40 ans qui se détacherait de
l’actualité chaude au profit de sujets de décryptage. En deux mois,
Vraiment s’est penché sur le québecois Mathieu Bock-Côté «nou-
vel idéologue de la droite française», le renouveau du féminisme
chez les jeunes femmes, la stratégie de séduction des Insoumis
dans les facs, ou, pour son dernier
numéro, sur l’empire Disney.
«Nous avons fait le magazine que
nous voulions faire et les retours des
lecteurs sont bons. Mais ils ne sont
hélas pas assez nombreux», indique Julien Mendez, qui tente
d’identifier les causes de cet
échec. «Nous avons fait de la communication digitale, mais ce n’était
pas suffisant», avance-t-il. Autre
point faible identifié, l’absence
d’articles consultables sur Internet pour se faire un avis avant
d’aller en kiosque.
Polaris News ne ferme pas pour
autant ses portes. L’équipe se donne jusqu’à cet été pour travailler
sur un nouveau format. Toutes les
options sont sur la table, du changement de périodicité au passage
au 100% numérique. Le nouveau
projet devra remporter l’adhésion
des investisseurs. D’ici là, aucun
licenciement n’est prévu.
Cette cessation de parution intervient peu après l’arrêt brutal
d’Ebdo, à court de liquidités après
deux mois de parution. L’hebdomadaire de Rollin Publication
avait des objectifs de ventes bien
supérieurs à Vraiment et une rédaction trois fois plus fournie.
Mais il réalisait en fin de vie moins
de 15 000 ventes par semaine.
Cette déroute a envoyé Rollin Publications au tribunal de commerce, où ses deux autres titres, XXI et
6 Mois, vont être cédés. Parmi les
candidats à la reprise, le groupe Le
Monde, Hildegarde (Première,
Studio, Causette) et Editis.
Trouver sa place dans le marché
des newsmagazines paraît plus
compliqué que jamais. Ces dernières années, seul Society a relevé le
défi (48 000 ventes par numéro).
Mais le magazine de So Press a
opté pour le rythme bimestriel
plutôt qu’hebdomadaire. ■
aussi quitter le navire. Il est frustré
des lourdeurs du travail d’une
grande entreprise mais aussi en désaccord avec la manière dont des
publicités seront introduites dans
WhatsApp.
Depuis le pire du scandale qui a
révélé que Facebook avait laissé un
cabinet britannique de marketing
politique détourner les données
personnelles de 87 millions d’usagers, le cours de l’action a rebondi
de 18 %. Les analystes pensent que
les meilleures protections exigées
par l’UE concernant les informations privées des usagers des réseaux sociaux peuvent peser sur la
croissance de l’entreprise, surtout
en Europe. Mais ils estiment qu’elles ne remettront pas en cause son
modèle économique. ■
EN BREF
« L’ÉTUDIANT»
VA CHANGER DE MAIN
£ L’organisateur de salons
Comexposium est en
négociations pour acquérir 51%
de Coalition Media Group (Marc
Laufer), qui édite L’Etudiant
et détient les salons Job
Rencontres et Salon du Travail.
AUDIENCE RECORD
DE FRANCE 2 POUR
LA COUPE DE FRANCE
£ Mardi soir sur France 2, la
finale de la Coupe de France
de football a été suivie
par 6,4 millions de
téléspectateurs, soit 28,3%
du public, selon Médiamétrie.
FOX RACHÈTE
DES CHAÎNES DE TÉLÉ
£ 21st Century Fox a racheté
sept stations de télévisions à
Sinclair Broadcast Group pour
environ 910 millions de dollars.
L’opération permet au réseau
de Fox de couvrir près de la
moitié des foyers américains.
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jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 936 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
MODE
ROCKEFELLER
PAGE 27
PAGE 26
LES COLLECTIONS
DU PRINTEMPS SOUS
INFLUENCE POP ART
Prada
LA PREMIÈRE VENTE
DE LA COLLECTION
TIENT SES PROMESSES
24 heures
croisette
« Plaire, aimer et courir vite »
par François Aubel
Rencontre du dernier type
EN ATTENDANT
GODARD
Ce n’est pas une « fake news ». L’insoumis
Gérard Miller, réalisateur à ses heures, s’est
plié au protocole cannois pour l’ouverture
du Festival. Il a monté sagement les
marches, à l’extrême gauche du tapis rouge.
Quelques minutes après, Isabelle Adjani,
drapée dans une longue robe en tulle grège
brodée de fleurs. « Elle est aussi belle que
sa première fois à Cannes », écrit l’une de
nos consœurs louangeuse. Aurait-elle une
interview programmée avec l’actrice ?
SEIN DES SEINS
JEAN-LOUIS FERNANDEZ/AD VITAM
Au pied du Palais, les membres de la brigade
anti-selfies portent leur tenue
de camouflage : un smoking. Aucune
expulsion du Palais n’est pour l’instant
à déplorer. Une audacieuse a bien tenté
une ruse, réajustant sa coiffure face à un
portable levé un peu trop haut. Pas le temps
de sourire que l’un des agents de sécurité
a surgi pour interposer une main autoritaire
Pierre Deladonchamps,
Vincent Lacoste
et Denis Podalydès.
Présenté en compétition au Festival de Cannes, le film de Christophe Honoré
évoque avec grâce l’hécatombe des années sida. Une chronique portée par un excellent
trio d’acteurs. PAGE 24
Un « Werther » à pleines voix
OPÉRA À Nancy, l’œuvre de Massenet marque surtout pour la qualité
devant le visage de la festivalière.
Elle est prévenue, on la tiendra à l’œil.
Tout comme l’on guettera Patricia
Contreras. Le bustier de la plantureuse
actrice mexicaine a malencontreusement
glissé, laissant poindre une partie de son
sein. Le gauche. On en a vu d’autres.
C’est avec l’une des bretelles de sa robe
Chanel, d’inspiration flamenco avec ses
dentelles et volants, que Penélope Cruz a eu
des ennuis. Rien d’alarmant en comparaison
de ce qui l’attend à l’écran, dans Everybody
Knows, le film de l’Iranien Asghar Farhadi
présenté en ouverture.
Suite page 24
L’ ICÔNE.
de sa distribution. Dont les deux premiers rôles, qui se répondent parfaitement.
Christian Merlin
hacune des trois dernières soirées lyriques auxquelles nous
avons assisté est représentative d’une dimension d’un opéra réussi : du Lohengrin de
Bruxelles, on retiendra avant tout le
chef, de celui de Marseille la qualité de
l’orchestre et du chœur, et du Werther
de Massenet actuellement à l’affiche de
l’Opéra national de Lorraine, c’est la distribution qui nous laisse un souvenir
marquant. La représentation est en effet
littéralement portée jusqu’à l’incandescence par ses deux interprètes principaux.
Première Charlotte pour Stéphanie
d’Oustrac : prise de rôle à enjeu pour
toute mezzo-soprano, a fortiori française. Plein succès dès la première. Si le
premier acte la voit encore quelque peu
C
sur ses gardes, ce que justifie l’évolution
du personnage de la jeune bourgeoise
bien élevée vers l’amoureuse passionnée, elle se libère à mesure qu’elle se
rend compte que sa voix répond à ses intentions. Son mezzo est charnu mais pas
épais, le timbre ni trop sombre ni trop
clair, la sensualité va de pair avec la dignité, les élans romantiques échappent à
l’emphase grâce à la discipline classique.
“
Le chef Jean-Marie
Zeitouni privilégie clarté
et vivacité
”
Ajoutez une présence habitée, et vous
aurez une idée de ce que veut dire incarner un rôle.
Tout aurait été déséquilibré si elle
n’avait pas eu un interlocuteur à sa mesure. Or, le ténor lituanien Edgaras
Montvidas « est » Werther dès son entrée en scène, par le physique comme
par la voix. La couleur ambrée de celleci est immédiatement prenante, avec
une teinte mélancolique qui colle au personnage, dans la puissance comme dans
la nuance. D’un bout à l’autre, on y croit.
Albert très stylé de Philippe-Nicolas
Martin, Sophie piquante mais un peu
acidulée de Dima Bawab, seconds rôles
idéalement en situation.
À la tête d’un orchestre symphonique
et lyrique de Nancy bien sonnant, la direction du Québécois Jean-Marie Zeitouni ne cherche pas de langueurs fin de
siècle mais privilégie clarté et vivacité,
bien dans l’esprit opéra-comique : on
peut préférer un peu plus de nostalgie
automnale, mais ce style français est très
fluide et vivant. La mise en scène de
Bruno Ravella, qui opte pour des costumes de l’époque de Goethe et des décors
à la Poussin, joue essentiellement sur le
huis clos et les paysages intérieurs, grâce
à des éclairages subtils. Mais elle sait surtout se faire discrète pour mettre en
avant deux chanteurs que l’on n’oubliera
pas. ■
Werther, Opéra de Nancy (54), jusqu’au
15 mai. www.opera-national-lorraine.fr
L’ÉMOTION ABSOLUE
w w w. b e rn ard -mag re z . c om
PRADA ; JULIE JACOBSON/AP ; LOIC VENANCE/AFP
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
P RO P R I É TA I R E
A
MORCEAU CHOISI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
L’amour comme un défi
24 heures
croisette
»» SUITE DE LA UNE
■ Dans la salle du théâtre
Lumière, Anna Karina ôte
son chapeau et se glisse
dans son fauteuil. Impossible
de rejouer le baiser
de Pierrot le fou, immortalisé
sur l’affiche de cette
71e édition. Jean-Paul
Belmondo est absent.
Tout comme Jean-Luc
Godard. Viendra-t-il cette
année, alors que
Le Livre d’image, sa nouvelle
« parabole » est présentée
officiellement en compétition
ce vendredi ? Un demi-siècle
après avoir prouvé, selon
les mots de Robert Favre
Le Bret, ancien patron
du Festival, « qu’un Hélvète
anarchiste peut être
parfois plus sectaire
et plus fanatique encore
qu’un moine défroqué ».
En l’attendant, consolonsnous, ou pas, avec le
synopsis de son film :
« Rien que le silence, rien
qu’un chant révolutionnaire,
une histoire en cinq
chapitres, comme
les cinq doigts de la main. »
Cela ressemble à une
divagation d’Édouard Baer
qui a brillamment ouvert
la nuit cannoise. En habitué.
Derrière son pupitre,
il affuble Thierry Frémaux
du titre de « président ».
Puis se ravise aussitôt :
« Mais c’est vrai que vous
avez de l’ambition… »
« Ce mec est un génie »,
commente, admiratif,
notre voisin. « Vous êtes
indulgents avec
un quinquagénaire sur
le retour », dira plus tard
l’intéressé à ceux qui,
nombreux, viendront
le congratuler.
Au cours du premier dîner
d’ouverture du Festival,
sous la tente de l’Agora,
le maître de cérémonie visite
les tables une à une comme
un jeune marié. Membre
du jury, le réalisateur
québécois Denis Villeneuve
confie avoir ressenti
une vraie pression
dès les premiers plans
du film d’Asghar Farhadi.
« C’est là que j’ai compris
que j’étais passé de l’autre
côté. Que j’avais une vraie
responsabilité par
rapport aux cinéastes
en compétition », expliquet-il un peu tétanisé.
Pierre Lescure fait applaudir
Cate Blanchett qu’il trouve
« lovely » et non
« delicious ». Les mots
ont leur importance, surtout
aujourd’hui. Avant que
Thierry Frémaux ne salue
la mémoire du grand
cinéphile et ami du Festival,
Pierre Rissient, disparu
samedi à Paris (lire notre
édition du 7 mai). La devise
de celui qui fut assistant
réalisateur sur À bout
de souffle était, rappelle
le délégué général, qu’il ne
suffit pas d’aimer un film,
mais encore faut-il l’aimer
pour de bonnes raisons.
EN COMPÉTITION Premier film
français en lice pour la palme d’or,
« Plaire, aimer et vivre vite »
de Christophe Honoré raconte
le dernier amour d’un écrivain au
temps du sida. Brillant et émouvant.
ans – un âge où « il est déjà trop
tard pour mourir jeune ».
Christophe Honoré raconte, ditMARIE-NOËLLE
il
« un premier amour et un dernier
TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr amour. Le film voudrait conjuguer
cette association de deux sentiments
: l’élan et le renoncement ».
e toutes les manières
possibles de vivre un dernier été,
Cette longue chronique homoJacques (Pierre Deladonchamps)
sexuelle se situe en 1993, au temps
a choisi la plus improvisée en apnoir de l’épidémie du sida. Honoparence, la plus concertée, au
ré n’en fait pas un film militant,
fond. Écrivain et auteur dramaticomme récemment Robin Camque, il est attendu dans un théâtre
pillo dans 120 battements par mide Rennes, et s’y rend en maunute (grand prix du jury à Cannes
gréant. L’hôtel est moche et la
l’an dernier). On est loin aussi de
soirée ne s’annonce pas brillante.
la vision brutale et glauque de
Mais il croise le chemin d’Arthur
L’Homme blessé (1983) de Patrice
(Vincent Lacoste), étudiant charChéreau, écrit avec Hervé Guimeur et mutin, très disposé à faire
bert. Et de la rage exaltée des Nuits
une passe. Jacques remet la chose
fauves de Cyril Collard (1992).
au hasard, en indiquant à l’inconPlaire, aimer et courir vite ne chernu l’heure de sa sortie du théâtre.
che pas les effets chocs ou sordiIl y sera ou non. Il y est, lorsque
des - s’il est question des histoires
Jacques sort, rejoint par une acde chiottes, c’est dans les dialotrice du spectacle qui insiste pour
gues, pas dans les images. Au lieu
le raccompagner. Arthur les suit
d’accentuer l’isolement et le pard’un peu loin, amusé. Christophe
ticularisme agressif, le film parie
Honoré soigne les préliminaires,
sur le naturel des émotions, des
pratique l’art du détour nonchasentiments. Il s’inscrit dans la
lant et moqueur. Plaire, aimer et
réalité quotidienne, ennuyeuse,
courir vite dessine autour des perdrôle, tendre, chaotique, déchisonnages de longues boucles
rante, traversée par des persond’espace et de temps, qui se resnages très tenus. Jacques et Maserrent peu à peu, jusqu’au sprint
thieu (Denis Podalydès), son vieil
final.
ami et voisin, pratiquent un minimalisme complice, une ironie
La relation qui s’engage entre
d’intellectuels un peu dandys, qui
Jacques et Arthur dépasse vite la
ne s’épanchent pas. Dans le comibrève rencontre sexuelle. L’étuque, le film va jusqu’au théâtre de
diant de 20 ans hésite encore entre
boulevard, à trois dans un lit; dans
filles et garçons. Il a une petite
le tragique, jusqu’à une scène
amie qui voudrait bien le voir plus
bouleversante de bravoure et de
résolu. Bientôt, elle ne fait plus le
tendresse, où Jacques baigne délipoids. Arthur est subjugué par la
catement son ami Marco, sur le
personnalité de l’écrivain, son
point de mourir.
prestige intellectuel, sa désinvolAvec Pierre Deladonchamps,
ture ironique. Pour Jacques, qui se
très physique, Vincent Lacoste au
sait condamné, cet éphèbe dans la
charme fantasque, Denis Podalyfleur de l’âge est comme une
dès spirituel et désabusé, Christotransfusion de jeunesse, conjurant
phe Honoré a trouvé un trio d’acl’usure et l’amertume de ses 35
D
JEAN-LOUIS FERNANDEZ/
AD VITAM
teurs virtuoses qui s’équilibrent et
se complètent très justement pour
faire vibrer les cordes du mélodrame - Honoré ne refuse pas le
mot - le désir, l’amour, la mort.
Le réalisateur n’abandonne pas
complètement tout militantisme,
il le met en sourdine. Les péripéties du scénario, entre la Bretagne
d’Arthur et le Paris de Jacques,
composent peu à peu un tableau de
mœurs précis, qui note aussi bien
l’âpreté sexuelle que les pathétiques ravages de la maladie, montre la relation raisonnable de Jacques avec la mère de son fils
Loulou, dont ils partagent la gar-
de, dénonce l’intolérance de la société. La colère de Jacques explosera à la fin dans le rejet violent de
sa famille qui l’a lui-même rejeté.
Hédonisme funèbre
Mais ce n’est pas à la revendication sociale qu’il consacrera son
dernier été. Et pas davantage à son
petit garçon, témoin silencieux
qui absorbe des bribes de tragédie.
En guise d’adieu à une génération
d’artistes fauchée par l’épidémie,
dont il reste inconsolable, Christophe Honoré choisit de célébrer
ce qui fait le plaisir et la tristesse
d’être en vie. Plaire, aimer et cou-
Denis Podalydès : « C’est comme une classe d’âge décimée par
Denis Podalydès n’est pas à Cannes. Il regrette de ne pas pouvoir
découvrir le film de Christophe
Honoré dans le Palais des festivals.
Le sociétaire de la Comédie-Française est à quelques jours de la
première du Triomphe de l’amour,
de Marivaux, qu’il met en scène à
la Maison de la culture d’Amiens.
Avant une tournée et une longue
série au Théâtre des Bouffes du
Nord à Paris, du 15 juin au
13 juillet. Entretien avec un acteur
tout-terrain.
LE FIGARO.- La dernière fois
que l’un de vos films était
en sélection officielle, c’était
La Conquête, en 2011. Vous jouiez
Nicolas Sarkozy, alors président
de la République en exercice…
Denis PODALYDÈS. – C’est drôle
parce que c’est l’année de l’affaire
DSK, en plein Festival. Je suis arrivé à Cannes pour la montée des
marches sans rien savoir. Je demandais à mon frère (le réalisateur
Bruno Podalydès, NDLR) : « Mais
qu’est-ce qu’il se passe avec
DSK ? » Sarkozy, c’était un personnage en or, je me suis beaucoup amusé. Je l’ai rencontré juste
avant Cannes. Ce n’est pas donné
à tout le monde de rencontrer son
personnage. Il m’a fait visiter
l’Élysée et m’a demandé quelles
étaient les scènes les plus difficiles. Je lui ai répondu que c’était les
scènes d’intimité, pour lesquelles
il n’y avait pas de documentation.
Il n’avait aucune envie de voir le
film qui racontait une période de
sa vie révolue. À un journaliste, il a
confié ensuite : « Je m’étonne qu’ils
aient pensé à lui pour me jouer, il a
l’air tellement fragile. » Cela m’a
beaucoup plu.
Plaire, aimer et courir vite
se situe en 1993, quand le sida
fait encore des millions de morts.
Quel souvenir gardez-vous
de cette période ?
Je me souviens très bien quand j’ai
entendu pour la première fois parler du sida. C’était en 1981-1982.
J’étais en khâgne au lycée Fénelon
et deux de mes camarades gays
parlaient à la cantine de cet herpès
qui tue des homosexuels. Ils en
riaient presque. Je me rappelle les
morts successives : Klaus Nomi,
Michel Foucault, Rock Hudson… À
Normale sup, au Cours Florent,
j’apprenais que des camarades
étaient malades. C’était impensable, la mort frappait de très jeunes
gens, des êtres brillants.
Le théâtre a payé un lourd tribut.
Plaire, aimer et courir vite évoque
les figures de Bernard-Marie
Koltès et Jean-Luc Lagarce,
tous deux morts du sida…
C’est comme une classe d’âge décimée par la guerre et amputée de
ses très bons éléments. La ComédieC’était un autre temps,
Française aussi a
la plupart des homosexuels connu des pertes. Je
pense à Richard Fonavaient une jeunesse
tana et René Garracatastrophique
lon, un jeune acteur
extrêmement proDENIS PODALYDÈS
«
A
Pierre Deladonchamps
(à gauche) et Vincent
Lacoste nouent une
relation homosexuelle
sentimentale en 1993,
aux heures les plus
noires de l’épidémeie
du Sida.
»
Denis Podalydès,
le 25 août lors
du Festival du film
francophone
d’Angoulême. L. GUERICOLAS
/MPP/BUREAU233
metteur. C’était un autre temps,
la plupart des homosexuels
avaient une jeunesse catastrophique. Un de mes camarades avait
été battu à mort par son père
quand il lui avait révélé son homosexualité. Un autre avait une
fausse petite amie qu’il ramenait
chez lui pour servir d’alibi… Ces
jeunes hommes se défoulaient
dans les backrooms.
Avez-vous vu 120 Battements
par minute, le film de Robin
Campillo sur les militants d’Act
Up au début des années 1990 ?
Oui, et je crois qu’il y aura
d’autres films sur ce sujet et cette
époque. Il faut entre vingt-cinq et
trente ans pour qu’une période
s’ouvre à la fiction. Les scènes de
danse de 120 Battements par minute m’ont saisi. Dans mon groupe
de théâtre du lycée Fénelon, il y
avait beaucoup d’homos. Je les revois sur la piste de danse, beaux,
brillants. Ils sont tous morts.
Vous n’avez jamais été tenté
par l’homosexualité ?
Non, je suis resté hétéro du début
à la fin ! Malgré le discours ambiant : « Tant qu’on n’a pas essayé,
on ne sait pas qu’on est homosexuel. » Moi, ça m’amusait, je
n’avais pas de doute sur ma
sexualité.
Votre personnage de journaliste
moustachu, Mathieu, ressemble
à Serge Daney, critique de cinéma
aux Cahiers du cinéma et à
Libération dans les années 1980…
Mathieu s’inspire de plusieurs figures. Honoré m’a parlé de Daney, mais il ne voulait pas d’imitation. J’ai beaucoup lu Daney à
une époque, quand mon frère
m’en rebattait les oreilles. J’aime
beaucoup ses écrits sur le tennis.
Mathieu est un homosexuel qui vit
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 10 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
25
« Wildlife. Une saison ardente » : pudique
ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr
SEMAINE DE LA CRITIQUE Il fau-
drait encore déménager. Pourtant, ils
viennent à peine d’arriver dans le Montana. Le père a déjà perdu son job au
club de golf : trop familier avec les
membres. Sa femme le console. On sent
qu’elle n’en peut plus. Joe, leur fils de
14 ans, observe la catastrophe. Jerry en
veut à la terre entière. Ça n’est jamais sa
faute. Jeanette soupire. Elle tremble
d’insatisfaction. Il bouillonne de colère
rentrée, maudit sa faiblesse intérieure.
Quand son aboulique de mari (Jake Gyllenhaal, fébrile et désemparé), assez jaloux qu’elle ait trouvé un emploi à la
piscine locale, annonce qu’il part rejoindre les pompiers chargés d’éteindre
un incendie dans les montagnes, la nouvelle la soulage presque.
« Plaire, aimer
et courir vite »
Comédie dramatique
de Christophe Honoré.
Avec Vincent Lacoste, Pierre
Deladonchamps, Denis Podalydès.
Durée 2 h 12.
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
En salle ce jeudi 10 mai.
la guerre »
d’Ivo van Hove, NDLR) !
seul et qui a des amours tarifés. Il a
un côté Roland Barthes, un peu
désuet, un peu vieille France.
Où en êtes-vous de votre
complexe d’infériorité vis-à-vis
des acteurs qui ont un charisme
Christophe Honoré est cinéaste
naturel ?
et metteur en scène de théâtre.
Je l’ai à la base, il fait partie de ma
Cela en fait-il un directeur
formation. Entre les acteurs ford’acteurs différent ?
més comme moi au Conservatoire
Honoré a une attention au jeu très
et ceux castés dans la rue, la disprécise et subtile, avec une vraie
tinction se fait à tous les étages :
marge de liberté. Il a l’œil pour
théâtre vs cinéma,
Christophe Honoré
cérébraux vs instinctifs… Au Cours
a une attention au jeu
Florent, on m’a catatrès précise et subtile,
logué comme raiavec une vraie marge de liberté. sonneur. Dans les
les acteurs
Il a l’œil pour orienter un acteur, castings,
qui avaient « une
infléchir une séquence
présence » me passaient devant. Ce
DENIS PODALYDÈS
n’est plus le cas
aujourd’hui, mais cela m’a habité
orienter un acteur, infléchir une
longtemps. Aujourd’hui, je me
séquence. Une scène de cinéma ne
fous de ce qu’on pense de moi. À
tient à rien, à un battement de cils.
son âge, je n’aurais pas pu faire ce
Beaucoup de réalisateurs subissent
que fait Vincent Lacoste. J’étais
les acteurs. Honoré sait passer par
beaucoup plus empêché, à la fois
des métaphores, des mensonges.
timide et retors. Lacoste est un
Sur le tournage, il était très calme,
grand acteur, avec une aisance incharmant, plein d’humour.
croyable, un charme immédiat.
Vous semblez plus pudique
Vous êtes aussi un très bon
au cinéma qu’au théâtre, où vous
acteur de comédie…
n’hésitez pas à vous mettre nu…
Ma nature comique s’est révélée
C’est vrai. La scène du lit, dans le
plus tard, grâce à mon frère. Dans
scénario, était laconique : « Trio
Bécassine ! (en salle le 20 juin,
sexuel. » Honoré m’a demandé
NDLR), on s’est beaucoup amusé à
jusqu’où je pouvais aller. Au cinése battre à coups de tapettes à
ma, je suis assez gêné par l’équipe
mouches. Les prises duraient de
technique qui est très proche de
plus en plus longtemps. C’est une
vous, par l’idée de faire plusieurs
chance inouïe de jouer avec
prises. Sur un plateau de théâtre,
Bruno. Quand on tourne ensemle monde clos de la représentation
ble, on retombe en enfance. ■
me rassure. Je peux jouer un nazi
qui se met à poil (Allusion aux
Damnés, dans la mise en scène
PROPOS RECUEILLIS PAR É. S.
«
»
Carey Mulligan incarne une femme au foyer désespérée et adultère dans l’Amérique
profonde du début des années 1960. ARP SÉLECTION
En 1960, dans l’Amérique profonde, les
femmes au foyer n’avaient pas le droit
d’être désespérées. Elles patientaient.
Jeanette ne mange plus de ce pain-là.
Elle a rencontré un concessionnaire de
voitures qui a une jambe raide et fume le
cigare. Il ne s’agit pas d’un Apollon. Il est
riche, divorcé. Cela la rassure. Elle
étouffe. Il lui apporte un peu d’oxygène.
Tout cela se déroule sous les yeux de
l’adolescent. Il voit tout. Il comprend le
reste. Les choses sont mystérieuses, inquiétantes. Il les observe par des portes
entrouvertes, à travers des rideaux. La
vérité ne peut pas être celle-là.
Une immense tristesse s’abat sur ses
épaules. Elle imprègne tout le film, qui
baigne dans un éclairage à la Edward
Hopper. Il y a cette scène de dîner trop
arrosée où Carey Mulligan, sur le visage
de laquelle se percutent un tas d’émotions, danse le cha-cha-cha devant le
garçon perplexe, dévasté, silencieux.
Elle ne sait pas ce qu’elle veut. Voir sa
mère embrasser un autre homme, existe-t-il quelque chose de pire quand on a
cet âge-là ? Se rend-elle compte qu’elle
en fait un complice ? Une famille vole en
éclats au ralenti, sous l’œil d’un gamin
qui ne s’en remettra sans doute jamais.
Il n’osera pas l’avouer, mais ce sont les
pires journées de sa vie. La suite, quelle
qu’elle soit, ne sera rien à côté.
Le jeune Ed Oxenbould ressemble à
Paul Dano : visage poupin, air quasi
chafouin, lèvres pincées pour ne pas
hurler de douleur ou de déception. Il va
grandir, assister un photographe, tâcher d’oublier cet épisode. Grâce à Wil-
dlife. Grâce à Wildlife. Une saison ardente, adapté d’un récit de Richard Ford,
Paul Dano réussit son passage derrière
la caméra. Il reconstitue l’époque avec
la minutie d’un Todd Haynes, s’attarde
sur les rangées de boîtes de conserve
multicolores au supermarché, pose des
33-tours sur les pick-up. Une mélancolie de tous les instants submerge le
spectateur. Un cinéaste est né. ■
« Wildlife. Une saison ardente »
Drame de Paul Dano
Avec Jake Gyllenhaal, Carey Mulligan,
Ed Oxenbould
Durée 1 h 44
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Sortie le 19 décembre
« Les Oiseaux de passage » : chamanique
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
LA QUINZAINE DES RÉALISA-
TEURS Les Wayuus dansent et chantent,
la jeune Zeida est devenue une femme
après une année d’isolement. Telle est la
tradition dans le désert colombien. Sa mère
Ursula veille au grain. C’est elle qui autorisera sa fille à épouser Rapayet, un membre
d’un autre clan à condition qu’il puisse apporter la dot ; quarante vaches, vingt chèvres, des colliers, etc. Dès le début on pressent le drame. « La mort va et vient »,
rappellent les aînés à Zeida. Les Oiseaux de
passage - titre du film - sont annonciateurs
de malheur. Ursula qui scelle le destin de sa
fille prévient qu’elle est « capable de tout »
pour sa famille et son clan. « Les esprits
t’auront à l’œil », lance-t-elle à son gendre.
Pour son quatrième long-métrage,
Ciro Guerra s’est associé à sa compagne,
la productrice Cristina Gallego, pour
conter, tels des prêtres chamaniques, la
guerre que se livrent deux bandes rivales
de trafiquants de marijuana, les précurseurs de Pablo Escobar.
Inspiré par l’histoire de sa Colombie
natale, le cinéaste livre un « western »
mâtiné de tragédie grecque ajoutant,
précise-t-il, une pincée d’un conte de
Gabriel Garcia Marquez. Avec Cristina
Gallego, il dirige de vraies « gueules »,
des personnages au visage rugueux striés
de rides comme les arêtes des montagnes
environnantes. Matriarcale à souhait,
Ursula s’impose dans un milieu mafieux.
Le sang a coulé et coulera au nom de
l’honneur. Œil pour œil, dent pour dent,
la loi entre les clans tient de l’univers impitoyable de Dallas.
Dans Les Oiseaux de passage, Ciro Guerra retrace la montée de la violence
en Colombie entre les années 1960 et 1980. LA QUINZAINE DES RÉALISATEURS 2018
Dans une mise en scène efficace qui a
dû composer avec l’âpreté du nord du
pays, Ciro Guerra et Cristina Gallego
ouvrent un « livre » composé de cinq
chapitres qui illustre l’escalade de la violence. Rien ne semble pouvoir l’arrêter.
Traditions ancestrales
Du premier « Chant », intitulé « Herbe
sauvage » qui commence en 1968. Au dernier, funèbre, « Les Limbes » qui se déroule
au début des années 1980. Entre les deux,
de nombreux assassinats sont perpétrés
suivis des deuils rituels. Mus par le désir de
vengeance, les clans parviennent encore un
temps à négocier le droit d’enterrer leurs
morts. Comme dans L’Étreinte du serpent
qu’il avait tourné en noir et blanc en 2015
- également sélectionné à La Quinzaine des
réalisateurs, le film avait été nommé aux
Oscars -, Ciro Guerra ravive les traditions
ancestrales qui déterminent l’existence des
protagonistes. Très sombre, Les Oiseaux de
passage apparaît comme la photographie
d’une époque révolue sans renier les mythes qui perdurent en Colombie. ■
« Les Oiseaux de passage »
Drame de Ciro Guerra
et Cristina Gallego
Avec Natalia Reyes, Carmina Martinez,
Jhon Narváez
Durée 2 h 05
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Date de sortie non communiquée
« Donbass » : chaotique
OLIVIER DELCROIX £Delcroixx
UN CERTAIN REGARD Présenté en
ouverture de la section parallèle, Donbass marque le retour de l’Ukrainien
Sergei Loznitsa à Cannes, un an après
Une femme douce. Ce film de guerre,
d’abord maquillé en comédie noire grinçante, plonge d’emblée le spectateur
dans une ronde « schnitzlérienne » de
saynètes qui semblent n’avoir rien à voir
les unes avec les autres. Déboussolé, on
pénètre dans le film en passant par une
caravane de cinéma. Des figurants y sont
grimés par une maquilleuse blasée qui les
« abîme » à coup de poudre cosmétique,
afin qu’ils témoignent « face caméra » de
l’attaque d’un bus. Le mensonge s’érige
en vérité, en direct à la télévision. On
saute ensuite d’une séquence à l’autre.
Dans le plus parfait désordre… Au cœur
d’une région sinistrée, le Donbass, à l’est
de l’Ukraine, un profiteur de guerre fait
croire au personnel d’une maternité que
les provisions ont été volées par les dirigeants. Un reporter allemand croit sa
dernière heure venue quand des soldats
le traitent de « fasciste ». Deux Ukrainiens traversent le « couloir des bâtons »,
fustigés par leurs congénères pour s’être
rendus en ville.
Lynchage populaire
Une séquence de mariage, filmée par
Loznitsa comme une émission de téléréalité, vire au délire hallucinogène. Menotté à un arrêt de bus, un soldat ukrainien est livré à un lynchage populaire où
colère, amertume, et violence s’expriment de manière glaçante. À un checkpoint, une jeune femme se demande si
elle achètera « deux ou trois tee-shirts ».
Soudain, une série de missiles explosent à
dix mètres d’elle, éventrant un autocar.
À chaque seconde, la mort rôde.
Loznitsa saisit des moments surréalistes,
des instants douloureux qui finissent par
esquisser le portrait d’un pays déchiré,
sous le joug d’une Russie dominatrice,
orwellienne. Pourtant, même si la parabole est trop appuyée, cette extension du
domaine de la confusion touche, car on y
voit la puissance évocatrice d’un vrai cinéaste à l’œuvre. ■
« Donbass »
Dramede Sergei Loznitsa
Avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriutã,
Tamara Yatsenko
Durée 2 h 01
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Sortie le 5 septembre
A
marque très personnelle. On peut
espérer autre chose que le nihilisme qui s’impose à la fin dans sa
brutalité. Mais on ne peut dénier
au cinéaste d’avoir su chanter cet
hédonisme funèbre. ■
rir vite est une sorte de tombeau
poétique à la mémoire de Guibert,
Koltès, Lagarce, Daney, Demy…
Un feu d’artifice léger avant la
nuit définitive. Car il n’y a pas
d’autre horizon. Le film retrouve
la grâce des poètes antiques pour
cueillir le charme du jour qui fuit,
avec un lyrisme élégant. Comme
dans cette jolie scène où Arthur
est seul sur un pont de Paris, dans
une attente songeuse. Ou cet autre
moment de solitude et de flânerie
onirique de Jacques au PalaisRoyal, sur un air d’opéra.
Sur un sujet dans l’air du temps,
Christophe Honoré appose une
Reconstitution minutieuse
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
26
CULTURE
L'ÉVÉNEMENT
Rockefeller sans
feu d’artifice
ENCHÈRES À l’issue de la première vente
du soir, qui totalise près de 650 millions
de dollars, Christie’s remporte son pari
mais sans l’excitation des grands jours.
Juliette Armanet a interprété, après le discours d’inauguration du Festival,
une jolie version des Moulins de mon cœur, de Michel Legrand. VALERY HACHE/AFP
À Cannes, on
connaît la musique
CHRONIQUE De nombreux films
présentés pendant le Festival mettent
les chansons à l’honneur.
LA MUSIQUE
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
lle avait gardé la surprise jusqu’au bout. Annoncée par
Édouard Baer à la fin de son
superbe discours d’inauguration, Juliette Armanet a enchanté les officiels comme le jury du 71e
Festival de Cannes avec une jolie version des Moulins de mon cœur, accompagnée par son pianiste. Composée par
Michel Legrand pour le film L’Affaire
Thomas Crown, en 1968, la chanson
avait reçu un Oscar à Hollywood. Cinquante ans plus tard, le Festival de Cannes ne décerne toujours pas de prix officiel pour les bandes originales.
Thierry Frémaux, qui n’a que le mot
« changement » à la bouche, consentira-t-il à y remédier l’année prochaine?
On peut rêver.
En attendant, le jury du prix Cannes
Soundtracks, monté en 2010 par Vincent Doerr, a commencé à plancher sur
le programme musical des films en
compétition officielle. Pas grand-chose
à se mettre sous la dent du côté de Everybody Knows, film aussi sourd
qu’inepte. Mais, passé cette exception,
de nombreux longs-métrages affichent
crânement leurs bandes-son. C’est le
cas de Leto, du Russe Kirill Serebrennikov, réalisateur privé de Croisette par
les autorités russes. On se penchera
avec intérêt sur cette reconstitution de
l’émergence de la scène rock qui a frappé Leningrad dans les années 1980.
Roma Zver, leader du groupe Zveri, in-
E
carne le rocker russe de l’époque Mike
Naumenko, en plus de signer la partition du long-métrage.
Plusieurs autres compositeurs de la
sélection sont présents, comme le
Français de Los Angeles Anthony Gonzalez, du groupe M83, Morgan Kirby,
ancienne de cette formation passée à la
musique de film, présente cette année
pour Les Filles du soleil. Et il n’y a pas
qu’en compétition officielle que la musique résonne. Elle l’a fait hier pour la
projection anniversaire de Mean Streets
de Martin Scorsese, bande-son très
rock de 1973, elle est à l’honneur chaque soir dans différents lieux de Cannes
(Keren Ann, Orelsan et bien d’autres
donneront des concerts pendant la
quinzaine) et à travers d’autres films.
Gainsbourg
s’invite chez Dano
Notamment le documentaire Whitney,
de l’Écossais Kevin MacDonald, qui retrace l’ascension puis la déchéance de
la superstar américaine des années
1980-1990 Whitney Houston. Dans
Wildlife. Une saison ardente, excellente
première réalisation de Paul Dano,
Serge Gainsbourg s’invite avec son
cha-cha-cha du loup dans une des scènes clés. Un morceau que personne
n’écoutait dans le Montana en 1960,
mais cela ne nous empêche pas d’apprécier le clin d’œil. On surveillera
également le musicien brésilien Joe
Penna, qui présente sa première réalisation cinématographique cette année,
Arctic, tourné en Islande avec Mads
Mikkelsen. On profitera aussi de la
présence de la chanteuse Khadja Nin
dans le jury pour partir à la découverte
de la musique burundaise. ■
Terry Gilliam
gagne une manche
HORS COMPÉTITION Le tribunal de Paris
autorise la projection de « L’Homme qui tua
Don Quichotte » en clôture du Festival.
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
erry Gilliam en aurait-il fini
avec la guigne ? Si L’Homme
qui tua Don Quichotte n’a pas
encore son visa d’exploitation,
le Festival de Cannes pourra
bien le montrer en clôture le 19 mai, a
annoncé mercredi Thierry Frémaux.
Océan Films, distributeur du film en
France, a confirmé le maintien de la projection sur la Croisette. Le dernier longmétrage du réalisateur britannique, véritable Arlésienne du septième art, était
l’objet d’un bras de fer judiciaire entre
l’ex-Monty Python et le producteur Paulo Branco, d’abord alliés puis adversaires.
Les deux hommes avaient commencé à
travailler main dans la main en 2016
avant d’être en désaccord sur à peu près
tout (financement, équipe technique,
A
T
casting…). Gilliam a continué seul
l’aventure avec d’autres producteurs.
Depuis, Branco, via sa société Alfama
Films, réclame des droits sur cette adaptation très libre du classique de Cervantes, et se démène pour empêcher sa diffusion. Hier, Amazon annonçait dans la
foulée qu’elle ne distribuerait plus le film
aux États-Unis. De quoi entretenir la légende et la malédiction d’une œuvre que
le réalisateur de Brazil essaye d’achever
depuis plus de vingt ans. Branco avait
saisi la justice française en référé. Le tribunal de grande instance de Paris a tranché hier après-midi en faveur de Terry
Gilliam et de Cannes. Voilà qui devrait
mettre du baume au cœur du cinéaste,
victime d’un accident vasculaire cérébral
le week-end passé à Londres. S’il est
rentré chez lui, on ne sait pas s’il sera rétabli d’ici à dix jours pour fouler le tapis
rouge du Palais des festivals. ■
LE FRANCPARLER DE
GILLES JACOB
Avec Polanski,
président
du jury, c’était
compliqué.
Tous les soirs,
quand il montait
les marches, il me
disait : “Tu n’as
rien d’autre
à me montrer ?”
»
En 1964,
j’étais jeune
journaliste.
Au service de
presse on m’a dit :
«Monsieur, il ne
faudra pas venir
aux séances
du soir, elles sont
réservées aux gens
importants.»
Douze ans après,
j’ai été nommé
directeur et j’étais
le patron de cette
directrice de presse
qui m’avait fait
cette mauvaise
manière !
»
Changer
les horaires
de projection
pour la presse,
c’est une erreur
sur laquelle
Thierry Frémaux
reviendra l’année
prochaine
»
* Gilles Jacob était l’invité
de notre émission
«24 heures croisette »
LE TAPIS ROUGE
+ @ DU WEB
» En vidéo - « 24 heures
croisette » : pour Gilles Jacob,
les nouvelles règles du Festival
de Cannes sont une erreur
» La photo du jour : Cate Blanchett
» Tout ce qu’il faut savoir sur
la première journée du Festival
» 71e Festival de Cannes : une
ouverture chic, sobre et élégante
www.lefigaro.fr/culture
Les Nymphéas en fleurs, de Monet, s’est envolé à 84,6 millions de dollars
par téléphone. JULIE JACOBSON/AP
E
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À NEW YORK
n dispersant la mythique
collection de David et Peggy Rockefeller, l’important pour Christie’s était de
décrocher la palme de la « vente du siècle » ! De ce point de vue, la maison de
François Pinault - présent à la vente - a
atteint son objectif en totalisant, dès le
premier soir, plus de 646 millions de
dollars (frais compris), avec 100 % des
44 lots vendus, soit plus que l’estimation de 490 millions. Compte tenu de
l’énorme battage médiatique et du
montant de la garantie (autour de
650 millions de dollars, dit-on) pour
emporter la vente face à la concurrence, il fallait assurer un succès. En un
round seulement, Christie’s a donc
heureusement pulvérisé le record pour
une vente de collection privée, dépassant largement les 373,5 millions
d’euros de celle d’Yves Saint LaurentPierre Bergé orchestrée par ses soins,
en 2009, au Grand Palais.
En revanche, côté spectacle, la vente
n’en fut pas un. On aurait rêvé d’une
enchère à suspense pendant d’interminables minutes, comme pour celle du
Salvator Mundi de Léonard de Vinci,
adjugé
en
novembre
dernier
450,3 millions de dollars, laissant loin
derrière Les Femmes d’Alger de Pablo
Picasso, vendue 179,4 millions de dollars, deux ans plus tôt. Divisant les
connaisseurs pour son sujet atypique
(une jeune prostituée au visage déjà
vieilli et au corps fluet), le Picasso des
Rockefeller dont on avait appris au début de la soirée qu’il était garanti par
une tierce personne (ainsi que douze
autres lots) ne remua pas la salle. Après
une mise à prix à 90 millions de dollars,
l’enchère emportée au téléphone par
Loïc Gouzer, coprésident du département d’art contemporain et d’aprèsguerre de Christie’s Amérique, s’arrêta
net à 102 millions de dollars, soit
115 millions avec les frais.
De belles batailles
Pas une once de bataille donc pour cette
drôle de Fillette à la corbeille fleurie de la
période rose (1905) dont le grand marchand David Nahmad avait pourtant
vanté l’importance. « Malgré ce prix, il
n’en reste pas moins un tableau muséal,
de par son histoire et sa provenance,
Gertrude Stein, a-t-il souligné à l’issue
de la vente. Mais il n’est pas dans le goût
des collectionneurs d’aujourd’hui, qui
veulent du sensationnel. » De l’avis général, un tel prix est déjà énorme même
si la salle aurait aimé plus. « Le marché
est tellement faussé à cause des garanties par des tiers qui font espérer des résultats au-delà de ce que peut accepter le
marché. Du coup, cela crée des attentes
déraisonnables. Et il en ressort un sentiment de déception du fait de ne pas être
émerveillé, commente Thomas Seydoux, ancien de Christie’s. On oublie
que le marché est déjà stratosphérique.
Le miracle s’est produit avant la vente
quand Christie’s a revendu les garanties
à des tiers leur faisant miroiter des sommets », ajoute ce conseiller en art impressionniste et moderne.
Le scénario fut le même pour l’Odalisque couchée aux magnolias peint par
Henri Matisse en 1923 parti au ras de
l’estimation à 70 millions de dollars et
qui a pourtant fait un record, le double
du précédent pour une peinture :
46 millions de dollars, Les Coucous, tapis bleu et rose, de la collection BergéSaint Laurent ! Une fois encore la salle
s’attendait à plus pour cette icône reproduite partout et elle aussi garantie
par un tiers. Plusieurs lots ont quand
même connu de belles batailles comme
le très beau Juan Gris, La Table de musicien, adjugé au-dessus de l’estimation à
28 millions de dollars ou le très décoratif paravent à quatre panneaux, Les Délices de la vie, d’Armand Seguin, parti à
6,6 millions de dollars, soit six fois son
évaluation basse. L’enchère fut emportée au téléphone par la Chinoise Xin Li
Cohen, vice-présidente de Christie’s
Asie, ce qui laisse entendre que l’œuvre
aurait séduit ce continent.
Les Asiatiques conquis
On peut supposer de même pour le Monet, la seule enchère palpitante dans
une salle qui s’est vidée de moitié après
l’adjudication du Picasso. Après dix
bonnes minutes « d’un match de tennis à
cinq raquettes » comme s’est amusé à
noter l’auctioneer Jussi Pylkkanen,
Les Nymphéas en fleurs (1914-197) se
sont envolés au prix record de
84,6 millions de dollars au téléphone.
Exposée à Hongkong, la toile avait tout
pour plaire aux nouveaux acheteurs de
l’Asie qui aime les grands noms et les
grands formats. Les ventes continuent
avec la peinture américaine, le mobilier
et les arts décoratifs. Mercredi matin, le
service Marly rouge pour Napoléon, estimé entre 150 000 et 250 000 euros
s’est envolé à 1,8 million d’euros ! Ce
qui laisse penser que les acheteurs vont
effectivement se venger sur les objets
qui risquent de flamber, notamment les
multiples services en porcelaine, pas
moins de 67, reflétant l’art de vivre de
cette famille de légende. ■
EN BREF
La littérature s’ancre
à Saint-Malo
Le 19 mai s’ouvrira à Saint-Malo
le 29e festival Étonnants
Voyageurs qui accueillera plus
de 200 invités parmi lesquels
le prix Nobel de littérature,
J.M.G. Le Clézio, l’Académicien
Dany Laferrière, ou encore
le lauréat du prix Joseph Kessel
2018 Marc Dugain.
Ce rendez-vous phare
de l’édition proposera près
de 300 projections, débats ou
rencontres, jusqu’au 21 mai.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 10 mai 2018
STYLE
27
Le pop art fait un cartoon sur les podiums
DÉCRYPTAGE De Mickey Mouse à Andy Warhol et Roy Lichtenstein, les figures de la culture populaire
américaine nourrissent, cette saison encore, l’imaginaire des designers.
Sur des marcels, de sublimes blouses de
pionnière, des robes en dentelle plastifiée, du denim brut griffés Calvin
Klein 205W39NYC s’affichent ainsi des
extraits de toiles, d’Electric Chair
(1964-1965) à Knives (1981-82), et de
sérigraphies dont Sandra Brant (1971) et
Dennis Hopper (1971). « Cette utilisation
de Hopper période Easy Rider est une
référence directe au climat politique
turbulent, empli de drogues mais non dénué d’espoir des années 1960-1970 »,
décrypte le Dr Rebecca Halliday,
professeure chercheuse à la Ryerson
University School of Fashion (Toronto,
Canada). Ce sont aussi les réminiscences d’une Amérique des sixties sous
le choc de l’assassinat du président
J. F. Kennedy et de l’exécution du
condamné à mort Caryl Chessman.
Difficile de ne pas faire le lien avec les
marches de protestation actuelles, et
sans précédent, en faveur d’un encadrement du deuxième amendement.
L’influence warholienne n’est pas visible que dans le vestiaire de la marque,
mais aussi dans ses espaces, boutiques
et showrooms, semblant réaliser la célèbre prophétie de l’artiste américain :
« Les grands magasins deviendront des
musées et les musées des grands magasins. » « Raf Simons a missionné l’artiste
Sterling Ruby pour signer la scénographie de ses défilés et de la boutique
new-yorkaise de Madison Avenue, à la
manière d’un musée. En février, l’espace
rendait hommage aux Silver Clouds de
Warhol, des ballons argentés imprimés
des mêmes sérigraphies que celles des
vêtements. Les clients pouvaient les toucher, interagir avec ces œuvres, analyse
Alix Morabito, fashion director des
Galeries Lafayette, qui distribue la marque à Paris. À l’heure de l’e-commerce,
les magasins physiques n’ont pas
d’autres choix que de créer une expérience, raconter une histoire et, surtout,
engendrer de l’émotion pour attirer de
nouveau les clients. Nous sommes passés
d’une logique d’optimisation du merchandising à des points de vente plus
forts visuellement. Cette notion artistique
est en train d’influencer la façon dont on
repense le mobilier et les installations.
D’ailleurs, on parle maintenant d’installations plus que de comptoirs ! »
Si Raf Simons incarne outre-Atlantique cette objection de conscience très
applaudie par un milieu de la mode
majoritairement anti-Trump, en Europe, le rôle de la militante est dévolu à
Miuccia Prada. Justement, son défilé
Prada du printemps-été renvoyait à
une esthétique de la bande dessinée
façon Roy Lichtenstein.
On ne saurait évoquer ce père du
pop art sans faire le lien avec celui qui
l’a lancé : Mickey Mouse (Look Mickey,
1961). Symbole de la société de divertissement et de consommation, la
souris a foulé plus d’une fois les podiums. Dernier show en date, celui des
New-Yorkais d’Opening Ceremony
sis, en février dernier, sur Main Street
dans le parc Disneyland historique du
comté d’Orange en Californie. « Nos
défilés ont souvent été engagés, nous
avons encouragé les gens à voter, etc.
Là, il nous a semblé juste de donner envie de sourire. Dans le monde actuel,
nous en avons tous besoin, explique
Humberto Leon, cofondateur du label.
Nous sommes des fans inconditionnels
de Disney, et quand nous avons été contactés pour célébrer les 90 ans de sa
souris, notre rêve est devenu réalité.
Au-delà de la collaboration, nous voulions créer des pièces intemporelles, à
partir d’une nouvelle version de Mickey,
dérivée d’anciens dessins. » En attendant la collection complète en novembre 2018, Opening Ceremony
commercialise une série de tee-shirts,
de survêtements et de sweats à capuche à son effigie. « La mode a tendance
à se servir de références culturelles et
historiques, conclut Mme Halliday, que
ce soit pour exprimer une nostalgie envers une période passée, faire face à des
incertitudes, des angoisses contemporaines, ou même offrir une joyeuse distraction. » ■
Des héroïnes de comics
Le décor du show comme la garde-robe présentaient les héroïnes de comics
et de mangas de huit dessinatrices, de
différents âges et nationalités, dont les
Américaines Tarpe Mills (en 1941, sa
Miss Fury est le premier comic strip
créé par une femme) et Trina Robbins
(la première à intégrer en 1972 des
homosexuelles assumées dans une
BD). « D’un côté, la mode dans ses
sphères les plus luxueuses transcrit les
aspirations des femmes jusque dans ses
défilés, à l’instar de Chanel et de sa
“manifestation” du printemps-été 2015,
et, plus récemment, de Dior via des teeshirts à slogans féministes, remarque
Rebecca Halliday. De l’autre, cette industrie est dorénavant forcée à revoir
ses pratiques d’embauches sexistes. » Si
la cabine de Miuccia Prada ne se pliait
pas à la fameuse démarche « inclusive » en termes de morphologie, ces
mannequins n’avaient rien des
blondes écervelées de Lichtenstein
(« Diamonds ! How many times did I tell
him… Diamonds ! »), dont elle détourne
les points noirs et les reflets peints
de blanc, avec une bonne dose de
second degré.
Calvin Klein 205W39NYC
PRADA, CALVIN KLEIN, OPENING CEREMONY
L’art au chevet
des boutiques physiques
Lors du défilé printemps-été 2018, Miuccia Prada a utilisé des dessins de huit illustratrices pour le décor et les vêtements.
Opening Ceremony
Disneyland, il était une fois le vintage
Quel a été l’accueil réservé
à ce nouvel espace ?
Nous avons ouvert le 29 mars dernier
et nous avons déjà dû réapprovisionner entièrement l’espace ! Les
portants se vidant très vite, les réassorts se font très régulièrement, tous
les deux ou trois jours. Nous sommes
encore en phase d’apprentissage et
voyons tout de suite ce qui plaît ou
non. Notre cible se situe entre 25 et
35 ans. Ce sont de jeunes adultes férus de mode qui ont l’habitude
d’acheter du vintage. Ils se tournent
essentiellement vers les pièces fortes,
très colorées, comme les imprimés en
all over. Plus largement, les clients
viennent pour la pièce qu’ils ne trou-
Le corner vintage, dans la boutique
Disney Fashion, à Marne-la-Vallée.
Pourquoi avoir choisi Disney Village,
loin du centre de la capitale ?
Je suis rattachée au parc Disneyland, à
ses boutiques et à celles de Disney
Village, et comme c’était mon idée, le
corner s’est implanté ici ! Évidemment, pourquoi ne pas nous exporter
un jour ? Mais avant tout, nous voulons devenir un véritable concept store, avec son lot d’événements réguliers et son compte Instagram, qui
tiendra les clients au courant des nouveaux arrivages. Histoire qu’ils reviennent, que la boutique devienne
une étape clé de leur séjour à Disneyland Paris. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR M. V.
C’était « le » multimarque
du Triangle d’or, Montaigne
Market, installé depuis 2005 sur
la célèbre artère. Sa fondatrice,
l’acheteuse Liliane Jossua, avait
créé un cercle de clientes férues
de son goût pour le noir couture
(Saint Laurent, Alaïa) et les robes
fleuries venues d’Australie.
2018, nouvelle ère, la Française
déménage sa sélection avenue
Matignon, à deux pas du Bristol :
380 m2 sur trois niveaux, en
dehors des sentiers balisés du
shopping, où l’on retrouve son
œil affûté pour les vestiaires
griffés, les robes hédonistes à
petits prix (August The Label,
Zimmermann), des trouvailles
dont les vestes Chanel
customisées par Tiger in the
Rain, du néostreetwear
(Off-White, Koché,
notre photo), etc.
Outre le corner
cosmétique
du - 1, on trouve
à l’étage un espace,
dédié le temps d’une
collaboration, à un label
de mode, une marque
de beauté
ou un artiste.
18, avenue Matignon
(Paris VIIIe).
+
pe, ce qui accentue le potentiel de
désirabilité. Nous proposons également du sportswear de seconde main,
comme des joggings Adidas, afin
d’attirer les plus jeunes sensibles à
cette tendance et qui s’habillent en
commençant par le bas : chaussures,
pantalon, top puis veste. Ils peuvent
ainsi se rhabiller de pied en cap. En
termes de prix, nous avons fait le
choix de rester accessible, c’est le
credo du parc : les vêtements se situent entre 25 euros et 90 euros, en
fonction de la marque et de la rareté.
veront nulle part ailleurs, un produit
unique, authentique. D’autant que la
sélection provient essentiellement des
États-Unis, d’Asie et de toute l’Euro-
MONTAIGNE MARKET
LE FIGARO. - Comment est née l’idée
de ce corner ?
Florence ROUSSEL. - Par mon parcours, je m’intéresse à la mode et suis
notamment sensible à la slow fashion et
au vintage. En septembre dernier, à la
suite d’une visite dans l’espace éphémère dédié à Mickey du BHV Marais,
nous avons eu le déclic quant à une
approche plus haut de gamme de
Disney. Nous nous sommes rapprochés
d’Éric Rey, directeur retail du groupe
Eureka Fripe (Kiliwatch, Kilo Shop,
Hippie Market…), leader de la fripe en
Europe. Dans la pratique, ses équipes
mettent de côté tout ce qui est signé
Disney et réalisent une première sélection que nous finalisons ensuite.
Cette dernière étape est cruciale afin
d’écarter les contrefaçons et ce qui ne
correspond pas à nos critères de qualité. La majorité de notre clientèle est
habituée à du neuf, il est donc important de lui proposer des vêtements de
bonne facture, non tachés, non usés,
pour ne pas la dérouter. Pour l’instant,
l’offre se réduit au textile, mais si nous
trouvons le partenaire adéquat, nous
pourrions élargir la gamme.
DISNEYLAND PARIS
Qui, en parcourant les boutiques de
Disney Village (Marne-la-Vallée), n’a
pas ragé de chercher en vain un teeshirt ou un objet à l’effigie de Mickey
de bon goût et de bonne qualité ? Le
genre de produits cool exhumés des
années 1980 qu’on s’arrache sur les
sites de seconde main. Enfin, le parc a
compris la valeur de son patrimoine et
a inauguré, le 12 avril dernier, dans le
magasin Disney Fashion, un corner
dédié au meilleur du textile vintage
estampillé Disney. Rencontre avec
Florence Roussel, directrice merchandise & retail de Disneyland Paris.
HORS LES MURS
A
on seulement l’histoire entre la mode et le pop art ne date
pas d’hier, mais elle ne cesse de se répéter. Prenons l’exemple d’Andy
Warhol imprimant, en 1965, ses boîtes
de soupe Campbell’s sur des robes en
papier vendues 1 dollar pour deux
conserves achetées. Rebelote, en 1984,
avec Jean-Charles de Castelbajac qui
salue son aîné en livrant sa propre version de la « Souper Dress ». Il est vrai
que, de Warhol, à peu près toute
l’iconographie s’est retrouvée un jour
ou l’autre sur le podium d’un défilé.
On pense à ses sérigraphies de Marilyn
qui tapissaient les robes sexy de Gianni
Versace en 1991 et qui, ce printempsété 2018, sont reprises par Donatella
Versace à travers une collection hommage à son frère assassiné.
Mais le designer qui, cette saison, en
a fait la réinterprétation la plus marquante et inédite est Raf Simons à la tête
de Calvin Klein. Le Belge avait déjà
noué un partenariat avec The Andy
Warhol Foundation for the Visual Arts
en 2014, alors qu’il dessinait les collections pour Dior. Il n’a pu résister à l’envie de réitérer l’expérience depuis qu’il
est à la tête de l’institution de la mode
US. « J’ai compris que le génie de Warhol
allait bien au-delà de la joyeuse soupe
Campbell’s. Il a capturé tous les visages
de l’expérience américaine, même ses
côtés les plus sombres », expliquait
Simons qui, à travers la collection
actuelle, veut raconter l’American
dream mais aussi son cauchemar. Et qui
mieux que Warhol pour traduire, par
une image a priori inoffensive, colorée
et attractive, la dualité de cette société
élevée au Coca-Cola continuant de
fasciner le monde entier ?
Focus
N
MADELEINE VOISIN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
2
8
TÉLÉVISION
«Trust », la chute
d’un clan damné
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
De quelques
poubelles
Dans une série vénéneuse où domine
le glaçant Donald Sutherland,
Danny Boyle raconte le rapt du petit-fils
du magnat du pétrole John Paul Getty.
« C’est que de la télé »
C8 | 17 h 45 | Mardi
I
Dans Trust, Donald Sutherland (John Paul Getty) règne sur une cour rongée par la luxure et les excès.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
À
Hollywood, les grands esprits
se rencontrent et sont même
parfois télépathes. Alors que
Ridley Scott défrayait la
chronique, fin novembre, en
remplaçant, à quelques semaines de la
sortie en salle de son film Tout l’argent du
monde, l’honni Kevin Spacey par Christopher Plummer, son confrère britannique Danny Boyle finissait de monter
Trust, une série de dix épisodes. Deux
formats, deux approches, sur un même
thème bien réel : le kidnapping du petitfils du magnat du pétrole John Paul
Getty, à Rome en 1973. Et le refus du milliardaire de payer une rançon.
Là où Tout l’argent du monde se
concentrait sur l’enlèvement en luimême, Trust qui démarre sur Canal +,
plonge dans le nid de vipères de la dynastie pétrolière. On pourrait être dans
Shakespeare ou à la table des Atrides.
Le malheur rôde chez ces êtres qui ne
sauront jamais être heureux. Sous les
traits du tycoon, Donald Sutherland
(Hunger Games, MASH) règne sur une
cour rongée par la luxure et les excès.
Musicien raté, toxicomane…, ses fils ne
sont qu’une source de déception pour le
patriarche qui entretient un harem de
maîtresses et une lionne dans son délicat manoir de la campagne anglaise.
Lorsque arrive d’Italie son bouillonnant
○○○¡
petit-fils hippie John
Paul Getty III (lumineux Harris Dickinson), c’est une tornade de charme. Amateur d’art, le jeune homme séduit cet aïeul pingre, qui
fait lui-même sa lessive à l’hôtel et a
installé chez lui un téléphone payant.
Mais l’adolescent de 16 ans est comme
tant de courtisans : il a besoin de
6 000 dollars pour rembourser des det-
KURT ISWARIENKO/FOX/CANAL+
tes, contractées auprès de la mafia. Et se
fait bannir sans ménagement.
Reconstitutions soignées
Créé par Simon Beaufoy (Slumdog Millionnaire, Battle of the Sexes), Trust, jeu
de mots entre le dispositif financier et le
mot « confiance » en anglais, avance
l’hypothèse polémique selon laquelle
John Paul Getty a orchestré son propre
enlèvement. La ruse fait
le sel vénéneux de ce récit et dresse une galerie
de personnages déliquescents, trop glaçants
parfois. Seuls tranchent
l’actrice oscarisée Hillary Swank (Million Dollar Baby), mère courage de John
Paul Getty, et Brendan Fraser. Le rescapé de la franchise horrifique La Momie
réalise un retour méconnaissable en
ex-militaire texan responsable de la sécurité des Getty. Jovial, cabotin, il
s’adresse régulièrement à la caméra.
21.00
Misant sur l’appétit - déjà bien comblé
à vrai dire - pour les biopics et les histoires criminelles (ces « true crime » dont
se régale American Crime Story avec
l’affaire O.J. Simpson et l’assassinat de
Versace), le feuilleton coche les cases attendues : pléthore de personnages, reconstitution soignée. Manque peut-être
à ce huis clos autour d’une famille damnée, pour être aussi mémorable que les
séries suscitées, une ouverture au monde, une lecture de la société. Réalisateur
des trois premiers épisodes, Danny
Boyle donne à chacun une tonalité bien
différente : l’austérité anglaise aristocratique, les excès romains, le thriller
hommage aux classiques des années
1970. On reconnaît la touche du metteur
en scène de Trainspotting, tantôt chirurgicale, tantôt virevoltante. Deux saisons
supplémentaires sont envisagées, avec
remontée dans le temps, à la construction de l’empire Getty. Pour comprendre ce qui a engendré le vice. ■
La renaissance de Robert Kennedy
Comment le frère de JFK s’engagea pour les déshérités et brigua la présidence.
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
J
«’
ai vu dans le delta du Mississippi, ici, dans ce pays, nos
concitoyens mourir de
faim. » Ces paroles, dites
par Robert Kennedy alors
qu’il vient de visiter, en mars 1967, des
taudis habités par des Noirs américains,
illustrent l’état d’esprit du frère de JFK.
Celui que l’on voyait brisé, le jour des
obsèques du président John F. Kennedy,
apparaît, quatre ans plus tard, comme
ressuscité, motivé pour combattre les
injustices sociales et raciales qui minent
l’Amérique. C’est la renaissance de
l’ancien ministre de la Justice de son
Robert Kennedy, à Los Angeles,
en 1964. STRINGER/REUTERS
frère que retrace l’instructif documentaire de Patrick Jeudy, Bobby Kennedy,
le rêve brisé de l’Amérique, diffusé ce soir
sur France 3.
Convention démocrate
Ce film, qui s’appuie sur le livre de JeanPierre Mignard Robert F. Kennedy, la foi
démocratique (Stock 2016), montre que,
pour celui qui est élu sénateur de l’État
de New York en 1964, l’enjeu est d’affirmer sa personnalité, de sortir de l’ombre de JFK. Bobby, comme on le surnomme, commence par
réciter ses discours,
avant de se libérer enfin, d’afficher avec for○○○¡
ce sa volonté de défen-
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4722
HORIZONTALEMENT
1. Saisi au vol. - 2. Clubs fermés
dans la Grèce antique. - 3. Le point
le plus haut ou le plus bas. - 4. Ai
du chemin à faire. Mal noté. - 5.
Difficiles à avaler. Deux fois lisible
dans lisibilité. - 6. Refuge de haute
altitude pour des lamas. - 7. Est
plus ou moins au large, en un sens.
Examen médical dans l’infirmerie.
- 8. Les dernières venues annoncent une certaine sagesse. - 9.
Gaélique des highlanders. Son
envers n’a aucune chance d’y être
admis. - 10. Grecque. Bien fournie.
- 11. Rappelés à l’ordre. Le premier
sur une table. - 12. Dispositifs servant à l’orientation des satellites.
VERTICALEMENT
1. Leurs chapeaux de fer dominaient les corons voisins. - 2.
Composé qui renferme six
atomes de chlore. - 3. Objets
encombrants. En anglais ou en
romain. - 4. Entre le bleu et le vert.
Homère fut le meilleur d’entre
eux. - 5. Ne se trouve pas dans
les grandes surfaces. Unilog
ou Capgemini. Risque de faire
scandale. - 6. Procéda à une mise
à pieds. Spécialité de pointer. - 7.
Il est pris quand le feu est dans
la maison. Homme de tête. - 8.
Adhémar dans l’histoire du droit.
Saint musical de la Belle Époque.
1
A
HORIZONTALEMENT 1. Émargées. - 2. Max Ernst. - 3. Blini. Be.
- 4. Anaïs Nin. - 5. Lula. Ego. - 6. Lte. Pont. - 7. Erses. Ay. - 8. Mi. Vis.
- 9. Être. Oui. - 10. Nie. Lues. - 11. Tonnelet. - 12. Snobisme.
VERTICALEMENT 1. Emballements. - 2. Malnutrition. - 3. Axiales.
Reno. - 4. Renia. Ève. NB. - 5. Gris. Psi. Lei. - 6. En. Néo. Soûls. - 7. Esbigna.
Ueém. - 8. Sténotypiste.
3
4
5
6
7
8
23.30
BRIDGE
PROBLÈME N° 2824 : 9 6 5
10 8
Vous avez dit
AR765
pourcentages ?
V 10 4
N
O
S
4
6
7
9
10
11
12
E
ARD
A73
432
A983
3
5
+
SUR LE WEB
» « L’Arme fatale » : Clayne Crawford
viré de la série après ses dérapages
sur le tournage
» «Koh-Lanta» : Pascal règle
ses comptes avec Dylan et Yassin
après leur passage sur « TPMP »
www.lefigaro.fr
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
2
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4721
2
dre les plus faibles. Ses prises de paroles
sont de plus en plus transgressives et
irritent l’Amérique profonde. En Californie, en 1966, le sénateur soutient un
militant d’origine mexicaine qui dénonce l’exploitation des travailleurs clandestins. En 1967, opposé au président
Johnson, il demande l’arrêt des bombardements au Vietnam. En mars 1968,
le sénateur se présente à la convention
démocrate. Le 5 juin à Los Angeles, deux
mois après l’assassinat de Martin Luther
King, Bobby est abattu. Dommage que
ce documentaire évoque trop peu la foi
catholique de Robert
Kennedy et son rôle
dans son engagement. ■
l faut être complètement cinglé
ou sévèrement fiévreux
pour regarder la télé à cette
heure-là, sur les coups sinistres
de 17 heures, 17 h 30 ou 18 heures,
alors que le doux soleil printanier
caresse encore les tables des cafés
et les épaules des filles, mais bon,
il faut bien faire son métier, ne
nous plaignons pas. À ces heureslà, donc, il y a des programmes
complètement improbables,
des débilités du genre « Quatre
mariages pour une lune de miel »,
« Bienvenue à l’hôtel » (TF1),
« Les Reines du shopping » (M6),
« Un dîner presque parfait »
(W9)… Une exception : l’instructif
« C dans l’air » sur France 5, qui a
certaines vertus curatives. Sur C8,
l’émission « C’est que de la télé »,
présentée par Julien Courbet,
tire plus ou moins son épingle
du jeu. Accompagné de quatre
chroniqueurs, pas toujours les
mêmes - mardi, nous avons eu
droit à une belle brochette,
aux journalistes Émilie Lopez
et Damien Canivez, au médecin
nutritionniste Jean-Michel Cohen
et Tatiana-Laurens Delarue,
une ancienne candidate de téléréalité -, l’animateur sympathique
Courbet décrypte l’actualité des
médias, un concept qui ne mange
pas de pain. Où nous avons vu un
petit reportage sur les « glaneurs »,
ces gens qui font les poubelles
des centres commerciaux pour
améliorer leur quotidien. Cette
mère de famille : « Regardez :
trouver des bananes comme ça,
c’est impensable. Et ces pommes !
Nous allons faire une bonne tarte.
Parfois, les supermarchés aspergent
de javel les produits invendus pour
ne pas qu’ils soient récupérés. »
Une pratique honteuse pourtant
interdite par la loi. Quel gâchis.
PS : Les Herbiers ont peut-être
gagné, eh oui, la Coupe de France.
Battus, les Vendéens ont fait la fête
malgré la défaite. N’ont pas pris,
face au PSG, une « valise »,
comme on dit dans le jargon
footballistique, juste 2-0.
Leur humilité n’a pas été humiliée.
Chapeau bas.
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
La séquence (Tous vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1SA passe 3SA
Entame : 2 de pour le 5, le 8 d’Est et votre
As. Vous jouez le 2 de pour l’As (Ouest
fournit le 9 et Est le 8).
RÉPONSES AU TEST D’ENCHÈRES N° 2823
Votre main en Sud
Le début de la séquence :
1 - RD8762
2-DV97
3-V876
4 - R V 10 6
5-AV943
97
876
76
76
76
V6
RV987
2
RD82
R76
♣ V 10 8
♣9
♣ADV765
♣AV7
♣R87
Sud
Ouest Nord
Est
1
passe
1
2
passe passe
?
Quelle est votre enchère en Sud avec
chacune des cinq mains ci-contre ?
Main 1 : 2. Enchère compétitive montrant six cartes, parfois cinq belles, dans la fourchette
6-9H.
Main 2 : 3. Le soutien compétitif est ici évident avec vos cinq cartes à . Notez qu’il n’est
pas impossible de posséder cinq cartes à dans cette situation.
Main 3 : 3♣. Cette enchère ne rallonge pas les , c’est un Canapé qui annonce six ♣ et
quatre .
Main 4 : 3. Cue-bid forcing de manche qui dénie cinq et promet formellement un fit à (piste d’atterrissage…).
Main 5 : Contre. Du jeu, positif, avec souvent cinq . Mais on pourrait aussi avoir RD43 762 A6 ♣ RV87.
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jeudi 10 mai 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
29
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Solange
Soleil : Lever 06h14 - Coucher 21h19 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Laurent Kerusoré.
19.05 Grey’s Anatomy. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
21.00 La face cachée de Margo
21.00
20.55
20.55
Film. Comédie
Magazine. Société
Film. Drame
MATIN
10
40
Film. Aventures. EU. 2015. Réal. :
Jake Schreier. 1h45. Inédit. Avec Nat
Wolff. Une adolescente demande à
son jeune voisin de l’aider à se venger de son petit ami.
10
10
10
7
7
11
14
10
9
7
10
11
12
11
23.00 Chroniques criminelles. Magazine. Présentation : Magali Lunel.
11
8
12
10
40
Astérix
aux Jeux olympiques
Fra-All-Esp-Ital-B. 2008. Réal. : F.
Forestier, T. Langmann. 1h57. Avec
Clovis Cornillac, Gérard Depardieu.
Astérix et Obélix doivent remporter
les Jeux olympiques.
23.15 Esprits criminels Série. Policière. (3 épisodes) 1.45 New York,
police judiciaire. Série.
Affaire conclue :
le prime
Prés. : S. Davant. 1h40. Tout le monde
a quelque chose à vendre. Inédit. Au
château de Meridon, Sophie Davant
va accueillir et accompagner les
heureux propriétaires de ces objets.
9
Les neiges
du Kilimandjaro
14
11
20.00 C à vous, la suite. Magazine
20.20 Entrée libre. Magazine.
12
13
10
15
20.50 La grande librairie
Mag. Littéraire. Prés. : F. Busnel.
1h30. Inédit. En direct. François
Busnel propose chaque semaine un
magazine qui suit l’actualité littéraire
sous toutes ses formes.
22.45 Soir/3 23.30 Bobby Ken-
22.20 C dans l’air 23.30 C à vous.
Magazine 0.25 C à vous, la suite
22.35 Affaire conclue : l’histoire
continue Magazine 23.35 Alcaline,
nedy, le rêve brisé de l’Amérique
le concert. Concert.
0.25 Il n’y a pas de Kennedy heureux
16
15
Fra. 2010. Réal. : R. Guédiguian. 1h45.
Avec G. Meylan. Lors de leur anniversaire de mariage, les amis et la
famille se cotisent pour offrir un
voyage à Michel et Marie-Claire.
12
10
15
12
15
10
15
APRÈS-MIDI
15
30
15
15
19.00 Les plus beaux parcs nationaux d’Asie. Série doc. 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu.
Prés. : Stéphane Plaza 19.45 Le 19.45
20.25 Scènes de ménages. Série.
21.00
20.55
21.00
Série. Drame
Série. Thriller
Série. Policière
16
17
13
15
18
16
17
16
16
20.55 Au cœur de...
16
16
Magazine. Société. Prés. : Ellen
Batelaan. 2h05. Écoles de graines
de stars : usine à rêves ? Inédit. La
plupart des stars sont passées par
la case formation.
16
16
14
17
40
15
18
16
17
23.00 Au cœur de... Magazine. Présentation : Ellen Batelaan.
21
19
23
16
17
22
18
20
20
19.00 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
Trust
EU. Saison 1. Avec Donald Sutherland, Harris Dickinson, Brendan
Fraser. 2 épisodes. Inédits. Rome,
1973. John Paul Getty III, héritier d’un
empire pétrolier, est kidnappé par la
mafia, qui exige une rançon.
23.05 SMILF Série. Comédie (2 épisodes) 0.00 HHhH. Film. Historique
2.15 Late Rugby Club. Magazine.
Les 7 vérités
Aus. Saison 1. Avec Leeanna Walsman. 2 épisodes. Inédits. Courtier
dans la finance, Joe doit récupérer
son fils de 7 ans à l’école, mais apprend que le garçon est parti avec
un inconnu.
22.45 Les 7 vérités Série 23.40
Happy Hour. Film 1.10 Dehors, c’est
l’été. Film 2.40 Les âmes baltes
19
T (en °c)
20.50 Nausicaa, le plus grand
aquarium d’Europe
Scorpion
EU. Saison 4. Avec Elyes Gabel, Katharine McPhee, Ari Stidham. 2 épisodes. Inédits. Les génies de Scorpion se rendent dans le laboratoire
le plus enfoui du monde, situé dans
les montagnes rocheuses.
Doc. Société. 2018. Réal. : F. Vrignon. 1h00. Inédit. Situé à Boulogne-sur-Mer, Nausicaa rassemble
36 000 animaux marins.
21.50 Naissance d’un océan.
Documentaire.
22.50 Scorpion Série. Dans sa bulle
- Malin comme un singe - Secret
toxique - Au bord du gouffre.
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. Avec
Jennifer Morrison. (2 épisodes).
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Star Wars : épisode 4 Un nouvel espoir
21.00 Joséphine
21.00 Rush Hour 3
Film. Science-fiction. EU. 1977. Réal. :
G. Lucas. 1h56. Avec M. Hamill. Le
jeune Luke Skywalker et Han Solo
tentent de délivrer la princesse Leia.
Film. Comédie. Fra. 2012. Réal. :
Agnès Obadia. 1h35. Avec Marilou
Berry. Une célibataire se retrouve
prise dans un tourbillon d’aventures
à cause d’un mensonge.
Film. Action. EU. 2007. Réal. : Brett
Ratner. 1h30. Avec Jackie Chan,
Chris Tucker. Un inspecteur et un
détective recherchent à Paris l’assassin d’un ambassadeur chinois.
23.15 Star Wars : l’empire des rêves.
Documentaire.
22.45 Relooking extrême : spécial
obésité. Téléréalité.
22.50 Rush Hour 2. Film. Action.
Avec Jackie Chan, Chris Tucker.
SU DO KU
GRILLE 2503 CONFIRMÉ
SOLUTION DU N° 2502
1 6 5
4
2
7
6
7
5
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8
NATIF
DU MIDI
MARIN EN
COURSE
CROCS
LOOK
ADMINISTRE
FAIBLESSE
MYTHIQUE
1
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9
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4
DIMANCHE
8/15
14/21
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14/22
10/12
7/12
7/15
8/16
16/23
12/18
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
FORCE 2
CADEAU
SUR
UN PLATEAU
BATAVE
PÉNINSULE
DU
MOYENORIENT
TOMBÉE
DE HAUT
2
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1
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9/24
22.40 Départ immédiat. Magazine.
Présentation : Sophie Pendeville.
MOTS FLÉCHÉS N°1967
C aqe ur un peu plus difficile
9
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1
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18/27
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17/25
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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7/14
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9/15
4/12
15/24
16/24
SAMEDI
9/19
Actualité. Prés. : S. Pendeville. 1h40.
Île de Ré : les secrets d’un coin de
paradis. Longue de 33 kilomètres et
n’abritant que dix villages, l’île de Ré
reste assez méconnue des Français.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
VENDREDI
21.00 Départ immédiat
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
18/24
15/19
11/14
12/19
8/16
15/21
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
IMAGE DE
RÉGLAGE
CHAUD
EFFROI
JOINT
IMPARTIAL
présente
SORTE DE
BELETTE
Volume
17
COURTIER
OUVRIR LA
FENÊTRE
CELA
DÉTEND
JEUNE
CANIDÉ
MÂLE
IL RÉUNIT
DES PIÈCES
VIOLET
ÇA FAIT
MAL !
TAMBOUILLES
APPELÉS
RIRE
DISCRET
RÈGLE
À BRANCHES
LE CUIVRE
BERCEUSE
ANGLAISE
SUR
LE SOL
ÉCOLE
POUR LES
GRANDS
RÉVISÉ
DORURES
CAP SUR
LA
BOUSSOLE
CE N’EST
PAS
DU TOUT
CUIT !
EXTRÉMISTES
GARDÉE
SECRÈTE
CHANGER
DE TIMBRE
BASE
DE TIR
TAXE
CLUB
DU VIEUXPORT
AUTORITÉ
SOUVERAINE
SORTI
CONFESSÉ
MOUTON
DU CIEL
L’ÉCRIVAIN
EN VIT
Édition Collector
G
A
S
AMEUBLIE
E
L
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
D
O
V
C
A
B
P
R I M P A
I N S T I L L E
A M A R R E R
S O L A I R
M B R E
S C R U T A T E U
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S E C U
R A N I
D
T E L E
R I V A L
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I N V I T E S
P O N T
R R A T U M
T
S A
G
N E
E P I E U R
E G E R E
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F
R
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01 70 37 31 70
A
20.20 Le petit cercle (C) 20.30 Le
journal du Festival (C). Magazine
20.50 Catherine et Liliane (C)
17
15
14
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. (2 épisodes).
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jeudi 10 mai 2018 LE FIGARO
30
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/ LE FIGARO
Jennifer Decker,
hors des sentiers battus
SUCCÈS Pensionnaire de la Comédie-Française, elle joue « Phèdre »
de Sénèque et ce, sans être passée par un cours d’art dramatique.
lle rit ! Elle rit comme une gamine
qui n’en revient pas tout à fait
d’être là où elle est. Elle rit comme
on se défend d’avoir peur. Et lorsque Jennifer Decker rit, elle est
encore plus séduisante que lorsqu’elle se consacre sagement à répondre sérieusement à nos questions. Tout est beauté et charme en cette jeune
femme, pensionnaire de la Comédie-Française
depuis dix ans et qui trouve, avec le personnage
de Phèdre dans la tragédie de Sénèque, un rôle à
sa mesure, un rôle qui permet de la voir bien et
de comprendre son talent profond, nuancé et sa
sensibilité vaste.
Elle rit ! Il fait si beau, enfin, ce jour-là, sur Paris.
Dans sa petite robe d’été rayée comme un sucre
d’orge, elle est franchement ravissante. Une silhouette fine, des cheveux sombres dégageant un
visage aux contours doux, un nez petit, des yeux
grands qui oscillent selon la lumière entre le marron doré et le vert, un menton ferme avec légère
fossette, quelque chose de sensuel dans les lèvres
bien dessinées et un petit air mutin pour effacer
tout esprit de sérieux. Elle est très jolie, vraiment,
et donne le sentiment d’une jeunesse et d’une fraîcheur touchantes sur un fond de gravité. On retrouve la Juliette qu’elle a été si jeune, alors qu’elle
était encore au lycée. À Viry-Châtillon, elle suivait
E
bons téléfilms tels Les Amants naufragés de Jeanl’option théâtre. Le prof, c’était l’écrivain et metChristophe Delpias, Les Amants du Flore d’Ilan
teur en scène Pierre Notte ! « Peter Brook était venu
Duran Cohen, Mange de Julia Ducournau et Virgile
faire passer des auditions. Il cherchait une DesdéBramly et, en 2006, au cinéma, dans Flyboys de
mone. Mais le spectacle ne s’était pas monté. QuelTony Bill, Jeune Homme de Christoques mois plus tard, c’est Irina, sa
ph Schaub, Hellphone de James
fille, qui se présente : elle cherchait JuHuth, Lulu und Jimi d’Oskar Roeliette ! J’avais 16 ans. Elle m’a choisie
hler, Erreur de la banque en votre faet hop, j’ai commencé… »
veur de Michel Munz et Gérard BitOn est en 2001. Les premières reton, et enfin L’Hermine de Christian
présentations ont lieu à Vidy-Lau1982
Vincent. On est en 2015. Elle a donc
sanne et Jennifer se souvient, émue,
Naissance à Paris.
retrouvé le théâtre avec Gabriel
de René Gonzalez. « Je l’ai revu car j’ai
1999
Garran et Pierre Notte ne l’a pas
travaillé avec Gabriel Garran, en 2008,
Pierre Notte est son
oubliée. Avec un groupe de filles
dans Louis Jouvet-Romain Gary
professeur au lycée.
hyperdouées, elle est à l’affiche de
1946-1951. Il y avait Jean-Pierre Léo2001
sa pièce Les Couteaux dans le dos, les
nardini, le critique, dans la distribuEst Juliette dans
ailes dans la gueule aux Déchargeurs
tion. René Gonzalez était encore là. »
« Juliette et Roméo »,
et est seule en scène pour Novembre
mis en scène par Irina
Un groupe de filles
de Manon Heugel.
Brook.
hyperdouées
2011
La « leçon »
Elle a donc affermi ses dons, directeEntre à la Comédiede Catherine Hiegel
ment sur les plateaux, au fil d’une
Française pour jouer
Et voici le grand tournant. Marielongue tournée. « J’ai appris beauMariane dans « L’Avare ». Sophie Ferdane a quitté le Français.
coup avec les 135 dates de Juliette et
2013
Muriel Mayette cherche une jeune
Roméo. Jacques Martial était mon
Est Dona Sol
comédienne pour être Mariane dans
père, Laura Benson, la nounou. Nous
dans « Hernani ».
L’Avare de Molière. « Je n’ai jamais
sommes restés amis… » À Paris, le
2015
oublié mon audition avec Catherine
spectacle se donne à Chaillot. Elle est
« La Maison de Bernarda
Hiegel dans les sous-sols de la Comérepérée et commence assez vite à
Alba », mise en scène
die-Française. Elle avait été “remertourner, pour le cinéma, pour la tépar Lilo Baur.
ciée” quelque temps auparavant et
lévision. « Ce sont des expériences in2018
c’est la première fois qu’elle revenait
téressantes, mais j’ai manqué cruelleJoue dans « Phèdre »
dans sa maison… Elle m’a fait passer,
ment de grands textes et de grands
de Sénèque
scène 2, acte II, la Reine d’Espagne
metteurs en scène de théâtre dans ces
et dans « Les Ondes
dans Ruy Blas et, ensuite, elle m’a
années-là. »
magnétiques ».
montré comment cela pouvait aussi
À partir de 2003, elle joue dans de
Bio
EXPRESS
être comique ! Quelle leçon ! Pour Mariane, dans sa
première scène, il fallait aller du fou rire aux larmes… »
Elle enchaîne ensuite avec des metteurs en scène qui lui ont beaucoup appris, et notamment Lilo
Baur avec qui elle a joué trois pièces de Gogol, de
Marcel Aymé, de Lorca. On ne peut ici citer tous
ceux qu’elle nomme. De beaux rôles, des rencontres, des amitiés dans la troupe. « Denis Podalydès
a été mon premier partenaire et je l’ai retrouvé en
jouant Ophélie dans Hamlet. Un modèle. Ici, tout le
monde m’a aidée. Lorsqu’il m’arrive d’être fort perdue dans un rôle, je parle aux copains. Tout le monde
se sent concerné par ce que traverse chacun. » La
saison dernière elle a été la charmante Marquise de
Musset, dans Il faut qu’une porte soit ouverte ou
fermée. Elle sculptait. Elle a appris. Elle y a pris
goût et continue…
Cette saison, elle a été l’une des sœurs de J’étais
dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne de
Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Chloé Dabert,
et en ce moment, elle est donc la bouleversante
Phèdre de Sénèque sous la direction de Louise Vignaud avec des partenaires magnifiques, Claude
Mathieu, Thierry Hancisse, Pierre Louis-Calixte,
Nâzim Boudjenah. « Je me suis rajouté beaucoup de
difficultés… J’ai perdu beaucoup de temps à avoir
peur. » Mais le résultat est là : un très grand spectacle. « Sénèque est puissant, mais il doit énormément
à la traduction de Florence Dupont. »
On la retrouvera bientôt dans Les Ondes magnétiques de David Lescot, plongée du côté des radios libres. Autre registre. Elle n’arrête donc jamais,
comme toute la troupe. Les loisirs ? Aller au cinéma,
applaudir ses camarades, lire, faire de la sculpture
et ne pas quitter son piano. Une vie bien remplie. ■
UN DERNIER MOT
« Un ouvrage rigoureux,
pétillant d’érudition, qui se lit comme
s’il s’agissait de vingt nouvelles policières. »
Jean-Christophe Buisson
Les grands mystères
par les grands
historiens
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Couple [cou-pl’] n. f.
Paire de France.
arlène Schiappa a déclaré que le peuple français aimait avoir un couple
à sa tête.
Le mot vient du latin copula, qui signifie lien, chaîne. Cette étymologie
assigne au couple une connotation quasi carcérale, aussi lugubre que le mot conjugal
qui, lui, évoque le joug.
Les grammairiens sont des gens avisés. Partisans de la paix des ménages,
ils ont pour le mot couple pris une décision sage : lui accorder le genre masculin,
et féminin à la fois : un couple désigne un groupe de deux personnes unies par un lien
affectif, et une couple deux choses de même type associées accidentellement.
Un président forme un couple avec son épouse, mais avec son premier ministre ?
Bien que les journalistes parlent hâtivement du couple exécutif, on a plutôt affaire,
sinon à une couple (associés accidentellement ?) du moins à un tandem.
Un couple au palais a toujours quelque chose de charmant. Et c’est inévitable
qu’il inspire des couplets flatteurs comme ceux de Madame Schiappa.
Mais point trop n’en faut : en la matière, la coupe est vite pleine. ■
M
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Message personnel d’une ex-épouse
de Donald Trump
Pour 33 dollars, Marla Maples (photo), deuxième épouse
du président des États-Unis, tourne de courts messages vidéo
souhaitant un bon anniversaire à des inconnus. L’actrice
de télévision, mère de Tiffany Trump, figure au casting du site
Cameo (https://www.bookcameo.com), qui propose
les vœux personnalisés de célébrités plus ou moins
identifiables. Marla Maples a été mariée avec Donald Trump
de 1993 à 1999. Sa dernière apparition télévisée remonte
à la saison 2016 de « Dancing with the Stars ».
Stars, pétanque
et gastronomie à Paris
Retrouvez-nous sur
A
et sur www.editions-perrin.fr
Pour la sixième année consécutive,
la pétanque va rencontrer
la gastronomie dans le joli cadre
du Paris Yacht Marina, sur les quais
de la Seine, port de Grenelle, à Paris.
Les 26, 27 et 28 juin, un tournoi
de pétanque ouvert à tous rythmera
les trois soirées de dégustation des plats
sortis des ateliers gastronomiques
installés sur place. Le soir de clôture,
des chefs étoilés, meilleurs ouvriers
de France et personnalités du monde
de l’entreprise, du sport,
de la politique, de la télévision
et du spectacle participeront à cette
grande fête du début de l’été.
Jonas Haddad,
la Normandie
sans plus
Cet avocat inscrit au barreau
de Rouen défend actuellement
Henda Ayari, l’une des femmes
qui ont porté plainte contre
Tariq Ramadan. Engagé
dans le débat politique
depuis longtemps,
responsable des Jeunes
Républicains en Normandie,
Jonas Haddad ne briguera pas
pour autant la présidence
de la fédération LR de SeineMaritime, comme
nous l’avions écrit dans
notre précédente édition.
BRENT N. CLARKE/AP
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
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