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Le Figaro - 11 05 2018

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vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 937 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ENQUÊTE
DAN CARTER
LA TENTATION
BARCELONAISE
DE MANUEL VALLS PAGE 13
LA STAR ALL BLACK RÊVE
D’OFFRIR LA COUPE D’EUROPE
AU RACING. ENTRETIEN PAGE 11
Mairie de Paris : les grandes
manœuvres ont commencé
EXÉCUTIF
Macron exhorte
Merkel à réformer
l’Europe PAGE 5
MALAISIE
La revanche
éclatante
de Mahathir PAGE 7
Les Républicains comme les macronistes veulent profiter des multiples revers d’Anne
Hidalgo, à la tête de la mairie depuis 2014, pour tenter de conquérir la capitale en 2020.
JUSTICE
La police dénonce
les bugs
à répétition
des écoutes
judiciaires PAGE 8
Le renouvellement raté du
Vélib’, la propreté qui ne
cesse de se dégrader, les
embouteillages permanents
et les nouvelles règles de
stationnement ainsi que
l’image autoritaire et dogmatique d’Anne Hidalgo in-
POLÉMIQUE
Les héritiers
de Boris Vian
veulent débaptiser
sa rue à Paris PAGE 9
citent de nombreux candidats à vouloir tenter leur
chance pour les prochaines
municipales dans la capitale.
Les macronistes fourbissent
déjà leurs armes. Benjamin
Griveaux, le porte-parole du
gouvernement, mène d’ores
et déjà une campagne aussi
discrète qu’assidue. Mais il
se voit depuis quelques jours
concurrencé par un nouveau venu , Gaspard Gantzer, ancien conseiller de
François Hollande à Élysée
et surtout de Bertrand Dela-
L’inquiétante escalade
entre Israël et l’Iran
GÉNÉTIQUE
Les origines
d’anciennes
populations
nomades retracées
par l’ADN PAGE 11
L’armée israélienne a riposté, jeudi, à des tirs
de roquettes iraniens sur le plateau du Golan
en ciblant des installations de la République islamique
sur le territoire syrien. PAGE 6
SANTÉ
n
Le parquet
national
antiterroriste
déjà
enterré ?
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
n
PAGES 14 ET 15
@
Réponses à la question
de jeudi :
Approuvez-vous
la décision de Donald
Trump de rejeter l’accord
sur le nucléaire iranien ?
OUI
31 %
NON
69 %
TOTAL DE VOTANTS : 70 008
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
L’ancien premier ministre
Manuel Valls doit-il
se présenter à la mairie
de Barcelone ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@p@b@l@a";
PAGES 2, 4 ET L’ÉDITORIAL
n
FIGARO OUI
FIGARO NON
M 00108 - 511 - F: 2,60 E
è PARIS : L’ÉLECTION
MUNICIPALE DIVISE DÉJÀ
LA DROITE
SPORTSFILE / ICON SPORT PAU BARRENA / AFP
A
Après le fiasco Hidalgo
lors que son parti a été emporté
par le tsunami Macron, la maire
socialiste de Paris fait un peu figure de rescapée sur la scène politique. Pour combien de temps
encore ? Elle entend bien défendre son trône
aux élections municipales de 2020, mais elle
se sait en grand danger. Sa citadelle est assiégée : les flèches empoisonnées pleuvent de
toutes parts, ses adversaires fourbissent leurs
armes, certains de ses alliés sont à présent
prêts à la trahir. La reine Hidalgo est de plus
en plus seule, comme un vestige d’un ancien
régime.
Celle que certains surnomment Notre-Drame
de Paris y a mis du sien pour en arriver là.
L’héritière de l’habile Bertrand Delanoë s’est
montrée autoritaire, n’en faisant souvent
qu’à sa tête. Pareille attitude s’est soldée par
un fiasco politique. La ville est sale, les embouteillages y sont monstres, les vélos ne
marchent plus, les procès contre la municipalité sont légion. Dans le même temps, les
effectifs du cabinet de la maire ont enflé sans
raison et la dette de la capitale s’est envolée.
Les Parisiens ne sont pas à la fête.
La bataille de la succession est donc engagée.
Elle s’annonce acharnée, sans répit et sans pitié. Dans la tourmente, Anne Hidalgo a une
chance : la division de ses opposants. À La République en marche, le secrétaire d’État Benjamin Griveaux se verrait bien en premier de
cordée. Il s’y emploie. Mais, dans son camp,
ses prétentions suscitent jalousies et rivalités.
Et puis, Emmanuel Macron n’a pas encore
parlé. Nul doute que, compte tenu de l’enjeu,
le président de la
République aura le
dernier mot sur le
choix du prétendant.
Plongée dans des
guerres picrocholines, la droite, quant à
elle, se cherche désespérément une tête
solide et audible. Elle
ne s’est, en fait, jamais relevée du départ de
Jacques Chirac en 1995. Depuis, la ville a
changé et la droite n’a pas toujours su adapter
son discours à la capitale des bobos.
Crier haro sur Hidalgo est une chose. Présenter
un programme susceptible de réveiller la belle
endormie qu’est Paris aujourd’hui en est une
autre. Les uns et les autres sont prévenus. ■
La bataille
de la
succession
s’annonce
acharnée
et sans pitié
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ISSN 0182.5852
A
CHAMPS LIBRES
n
OMAR SANADIKI/REUTERS
CANNES
La tribune
de Dominique
Reynié
La tribune
d’Aurore Bergé
Le bloc-notes
d’Ivan Rioufol
L’analyse
de Florentin
Collomp
è ANNE HIDALGO OBSERVE
LES MANŒUVRES
DES MACRONISTES
Annoncée par la ministre de la
Justice en décembre, et confirmée en janvier par le président
de la République, la superstructure judiciaire qui devait centraliser tout le contentieux terroriste a fait long feu. Sans bruit,
la Chancellerie a retiré de la future loi les articles qui fondaient
cette entité autonome du parquet de Paris. La réserve du
Conseil d’État, dans un avis fin
avril, mais aussi le jeu d’influences du monde du renseignement semblent avoir eu raison
du projet, au grand soulagement de ses détracteurs PAGE 8
La téléconsultation
en passe d’être
généralisée
en septembre PAGE 18
Serebrennikov
électrise
le Festival PAGES 24 ET 25
noë à la mairie de Paris. À
droite aussi, les appétits
s’aiguisent et opposent déjà
les tenants de la ligne Wauquiez et les autres, plus
ouverts sur une alliance
avec le centre « Macroncompatible ».
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vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
«
«
On peut mieux faire sur beaucoup
de sujets qui concernent le quotidien
des Parisiens. Je pense au transport,
à la propreté, aux questions de sécurité
où, manifestement, il y a
un mécontentement des Parisiens
Aujourd’hui, il y a un désir
de changement dans la capitale
et l’attente d’une nouvelle
génération pour régler les problèmes
du quotidien des Parisiens
»
»
GASPARD GANTZER, ANCIEN CONSEILLER
À LA COMMUNICATION DE FRANÇOIS HOLLANDE
BENJAMIN GRIVEAUX , PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
La mairie de Paris
aiguise les appétits
Les multiples revers d’Anne Hidalgo donnent
aux macronistes l’envie conquérir la capitale en 2020.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
LES AMBITIONS fleurissent sur les déchets et détritus qui s’amoncellent dans
les rues de Paris. Fragilisée par la saleté
persistante dans la capitale, le fiasco
retentissant du nouveau Vélib, la fermeture contestée des voies sur berges et
les hordes de rats qui pullulent dans les
jardins publics, Anne Hidalgo observe
les prétendants à sa succession organiser le siège de la mairie. Eux-mêmes
ne s’en cachent pas.
À commencer par LaREM, le parti du
président de la République, qui établit
en ce moment un diagnostic de la capitale auprès des Parisiens, sur le modèle
de la grande marche organisée en 2016
par Emmanuel Macron. « Les Parisiens
ont le sentiment qu’il y a du désordre dans
l’administration de la ville, observe le
député LaREM de Paris Pacôme Rupin.
Ils ressentent aussi une forme de dogmatisme chez la maire de Paris et ont l’impression que les décisions sont prises plus
par idéologie que par réalisme. » Haro
sur Anne Hidalgo donc. Mais qui pour la
remplacer ?
Si LaREM renvoie la question de son
candidat à un processus ultérieur, prévu
pour 2019, un nom circule toutefois avec
insistance, celui de Benjamin Griveaux,
le porte-parole du gouvernement. Lequel est persuadé qu’une fenêtre de tir
est ouverte pour s’emparer de Paris.
« Les Parisiens ne se reconnaissent ni
dans la droite ultraconservatrice de Laurent Wauquiez ni dans la gauche archaïque et sectaire d’Anne Hidalgo », assuret-il. Il y aurait donc de la place pour lui.
« Il faut faire les choses dans l’ordre,
élude toutefois Benjamin Griveaux. Le
temps n’est pas celui de la candidature. »
D’abord le diagnostic, donc, ensuite les
propositions et enfin le candidat. Voilà
la procédure. « La question de la candidature est secondaire, mais ceux
qui auront montré de l’envie seront forcément bien placés pour obtenir l’investiture de LaREM », souligne toutefois
Stanislas Guérini, député de Paris de la
majorité. La voie royale pour Benjamin
Griveaux ? Pas forcément.
Car un grain de sable est venu se glisser
dans cette mécanique bien rodée. Il s’appelle Gaspard Gantzer, il est l’ancien
conseiller en communication de François
Hollande à l’Élysée, il a travaillé avec
Bertrand Delanoë à la mairie de Paris et il
nourrit lui aussi des ambitions pour les
élections municipales. « Aujourd’hui, il y
a un désir de changement dans la capitale
et l’attente d’une nouvelle génération pour
régler les problèmes du quotidien des
Parisiens », explique-t-il.
loir faire de la politique politicienne, a
fortiori lorsque l’on vient de se faire élire ou
nommer au gouvernement », ajoute
Gaspard Gantzer à l’attention, notamment, de Benjamin Griveaux.
C’est peu dire que l’irruption surprise
de l’ancien conseiller de François Hollande dans l’arène parisienne a agacé
chez LaREM. « Les municipales, ce n’est
pas un concours d’ego, balaye Benjamin
Griveaux. Il faut d’abord expliquer pourquoi on y va. » Depuis son bureau de
l’hôtel de ville, Anne Hidalgo ne manquera pas d’observer avec gourmandise
ces premières escarmouches entre prétendants à sa succession. Comme le souligne un cadre de la mairie de Paris, « il
faut se méfier des morts en politique. On a
déjà vu des résurrections improbables ». ■
Premières escarmouches
Le discours n’est pas éloigné de celui que
pouvait tenir Emmanuel Macron avant
son improbable raid sur l’Élysée. Lui
aussi part à la bataille sans rien. « La leçon de 2017, c’est qu’il faut arrêter de vou-
Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, sur le toit du ministère
de l’Économie et des Finances, à Paris, en juillet 2017. JOEL SAGET/AFP
Municipales de 2022, les leçons des élections de 2017
La présidentielle
La situation actuelle
ÉTIQUETTE POLITIQUE
DES MAIRES D’ARRONDISSEMENT
PS
EELV
XVIIe
LR
VIIIe
Jean-Luc Mélenchon
IIIe
XIe
IVe
Ve
XIIe
e
XV
XIVe
1. dont une non inscrite LFI
2. dont deux non inscrits ex-LR
XIIIe
Les législatives
La présidentielle
par circonscription
ÉTIQUETTE POLITIQUE
DU CANDIDAT ÉLU
par arrondissement
3e
18
4e
Agir (3)
e
17e
16e
5e
1re
6e
14e
LFI
3. ex-LR puis Agir, la droite constructive
12
13e
2
e
15e
7e
e
8e
11e
10e
9e
CANDIDAT ARRIVÉ EN TÊTE
AU 1ER TOUR
Infographie
Sources : mairie de Paris, ministère de l’Intérieur et
J. Fourquet et S. Manternach, Permanences et bouleversements
de la géographie électorale parisienne, Ifop Focus n°162.
Cartographie réalisée par Céline Colange,
©UMR CNRS 6266 IDEES, Université de Rouen.
F. Fillon
E. Macron
J.-L. Mélenchon
Anne Hidalgo observe les manœuvres des macronistes
Philippe Grangeon, le PDG de Capgemini, pour la présidence de Paris&Co,
l’agence parisienne de développement
économique et d’innovation. L’homme
est un influent conseiller de l’ombre du
président de la République.
Mais la menace ne viendra pas que de
La République en marche. À gauche,
certains imaginent encore pouvoir jouer
A
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@Tristanqm
À L’HÔTEL DE VILLE, on observe avec
malice les ambitions de La République en
marche. « Ils ont du mal à trouver un candidat », tente-t-on de se rassurer dans
l’entourage d’Anne Hidalgo. Benjamin
Griveaux qui avance ses pions ? « Il n’est
pas le candidat prioritaire de l’Élysée »,
pensent les socialistes. Ils en veulent
pour preuve le démarchage récent du
chef d’entreprise Xavier Niel par Alain
Minc, un soutien d’Emmanuel Macron à
la présidentielle. Le fondateur du groupe
de télécommunications Iliad a tout de
suite écarté l’idée de se présenter. Surtout, il a téléphoné à Anne Hidalgo pour
le lui dire directement. « Ils s’entendent
très bien, ils ont souvent travaillé ensemble », souffle un proche de l’édile.
Anne Hidalgo ne perd jamais une occasion de rappeler sa proximité avec des
grands patrons, séduits par Emmanuel
Macron, pour démontrer la porosité de
son électorat et de celui de LaREM. Dans
cette logique, elle vient de donner une
interview au magazine régional du
XXe
VIe
Majorité : PS, EELV, PRG, Front de gauche
Opposition : UDI-MoDem, LaREM, Agir, LR
PS
Emmanuel Macron
IIe
VIIe
LaREM et MoDem
François Fillon
Xe
Ier
XVIe
CONSEIL DE PARIS (composition le 10 mai 2018)
10
19
8 9(1)
46 (2)
CANDIDAT ARRIVÉ
EN TÊTE AU 1ER TOUR
XIXe
IXe
LR
par bureau de vote
XVIIIe
“
La bataille est stimulante
et Anne Hidalgo a encore de
grandes cartes en mains
”
CHRISTOPHE GIRARD, ADJOINT D’ANNE HIDALGO
Anne Hildalgo, sur les Champs-Élysées,
en avril dernier. J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Medef. « Elle aime les entreprises », proclame l’adjoint Christophe Girard, qui
s’est donné pour mission de faire le lien
avec les électeurs macronistes. Ce n’est
pas non plus un hasard si elle a soutenu
le rôle de plan B en cas de défaillance de
la maire. Du côté de Génération.s, le
mouvement de Benoît Hamon, on ne
s’interdit pas d’imaginer une liste autonome. Et l’ancienne ministre et maire du
IVe arrondissement, Dominique Bertinotti, y réfléchit. Le nom d’Emmanuelle
Cosse, son ex-collègue du gouvernement, circule également pour représenter l’Union des démocrates et des écologistes (UDE). « Nous n’écartons aucune
hypothèse, y compris celle de rassembler
les écologistes et les démocrates autour
d’une candidature », indique le délégué
général de l’UDE, Mathieu Cuip. Moins
identifiable sur l’échiquier politique,
Gaspard Gantzer, l’ex-conseiller de
François Hollande et camarade de
promo d’Emmanuel Macron, fait - pour
l’instant - sourire les stratèges de la Mairie : « Quelle est la part de second degré de
sa démarche ? […] Paris a toujours aiguisé
les appétits, encore faut-il avoir les épaules et les capacités. »
Toutefois, en privé, des adjoints
confient de plus en plus souvent leurs
désaccords avec la patronne de l’Hôtel
de ville. La succession de mauvaises
nouvelles de l’hiver (nouveau contrat de
Vélib’, polémique autour de la sépulture
de Michel Déon, voies sur berge…) a
miné le moral des troupes. « On s’est
pris une campagne médiatique violente
pendant quatre mois, dont le but était de
diviser la majorité », peste un conseiller
de la maire. Malgré tout, à défaut d’une
ligne claire qui se dessine à LaREM et à
droite, les socialistes reprennent espoir.
« La bataille est stimulante et Anne
Hidalgo a encore de grandes cartes en
mains », lâche Christophe Girard. ■
Danielle Simonnet,
le missile Insoumis
qui inquiète le PS
Plus que La République en marche,
La France insoumise pourrait être
l’épine dans le pied d’Anne Hidalgo.
Dans les XVIIIe, XIXe
et XXe arrondissements, Jean-Luc
Mélenchon a réalisé des scores
importants lors de la présidentielle.
En mars dernier, un sondage de l’Ifop
pour le JDD a crédité la conseillère
de Paris LFI Danielle Simonnet de 11 %
à 12 % des voix selon les scénarios.
Permettant ainsi à LFI de se maintenir
au second tour dans plusieurs
arrondissements. Au risque de gêner
le PS au cœur de ses bastions. « C’est
une aventure solitaire. Elle n’a jamais
fait émerger une équipe », tacle un
conseiller de la maire. Pour la contrer,
Anne Hidalgo devrait pouvoir compter
sur le soutien de son médiatique adjoint
chargé du logement, le communiste
Ian Brossat. « Hidalgo, c’est la seule
chance pour la gauche. Je souhaite
continuer avec elle », dit-il au Figaro.
T. Q.-M.
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vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
«
Sur la question des candidatures
à l’Hôtel de ville, beaucoup
d’élus de droite pensent
que le temps des déclarations
n’est pas venu.
Le temps n’est pas aux ambitions
personnelles. […] Je suis très serein
sur la capacité de nos élus à garder
leurs convictions
ALBERT BERGONZO
»
GEOFFROY BOULARD, MAIRE LR DU XVIIE ARRONDISSEMENT
Paris : l’élection
municipale
divise déjà
la droite
ront, selon lui, sur des questions concrètes liées à leur vie quotidienne et la droite
ne gagnera pas sans bâtir une coalition,
comme ce fut le cas pour Laurent Wauquiez, élu à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes avec le soutien du
MoDem. Le maire du VIe arrondissement
pense aussi qu’une éventuelle modification du mode de scrutin pour instaurer le
suffrage universel direct aura un impact
sur la stratégie de la droite à Paris. « Le
niveau de Macron dans les sondages en
2020 sera aussi déterminant », croit-il.
En reconstruction
Dans la perspective du scrutin de mars 2020,
deux stratégies se dessinent.
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
A
LES DISSENSIONS constatées à droite
depuis la présidentielle se retrouvent sur
la scène politique parisienne deux ans
avant les élections municipales. Déjà,
une différence d’approches apparaît
nettement entre les Républicains de la ligne Wauquiez et les LR « Macron-compatibles ». Certains envisagent de mobiliser les troupes autour d’un projet en
restant fidèles aux « valeurs de la droite »,
quand d’autres misent sur la construction d’une offre ouverte « de la gauche à
la droite modérée », en considérant
l‘élection présidentielle comme un
exemple à suivre.
Sur la question des candidatures,
beaucoup d’élus pensent que le temps
des déclarations n’est pas venu. Il est
surtout urgent, plaident-ils, de se
concentrer sur l’élaboration d’un « projet », d’une « vision » et d’une « alternative » à Anne Hidalgo. L’épuisement
politique de la maire semble évident
après six années ponctuées de difficultés
et de critiques. Tourner la page Hidalgo
est l’un des rares objectifs sur lequel
s’accordent les deux droites. Mais
personne n’ose promettre l’échec électoral de l’édile socialiste, candidate à sa
réélection.
Pour l’affronter, plusieurs noms circulent depuis quelques mois. Rachida
Dati, maire du VIIe arrondissement, a fait
connaître ses prétentions dans l’hypothèse où sa famille politique y serait favorable. Pierre-Yves Bournazel, député
UDI-Agir-Indépendants du XVIIIe arrondissement, n’est pas secret sur ses
ambitions dans une ville où il croit que la
« droite identitaire » et la « gauche révolutionnaire » n’ont aucune place. Cer-
tains ont également imaginé que Paris
pourrait être une sortie idéale pour le
premier ministre Édouard Philippe dans
la foulée de Matignon, même si ses proches ont démenti. L’hypothèse Valérie
Pécresse, présidente de la région Île-deFrance, a également été évoquée, tout
comme Virginie Calmels, première viceprésidente des Républicains. Par ailleurs,
les noms de Florence Berthout, maire du
Ve arrondissement et présidente du
groupe LR au conseil de Paris, de JeanPierre Lecoq, maire du VIe, ou d’Alexan-
dre Vesperini, président du groupe
Constructifs au sein de la collectivité parisienne, ont un peu fait parler.
« Croire qu’il suffit de faire de la com
pour être élu maire de Paris est une erreur », ironise Jean-Pierre Lecoq en évoquant la candidature de Gaspard Gantzer, l’ex-conseiller de la communication
de François Hollande et camarade de
promo d’Emmanuel Macron à l’ENA. Lecoq se dit convaincu que « beaucoup
d’eau aura coulé sous les ponts de Paris »
avant 2020. Les Parisiens se détermine-
Pour expliquer la difficulté de la droite
parisienne à faire émerger une personnalité consensuelle, on pointe les multiples « divisions » et les freins de ceux qui
ont préféré privilégier leur carrière plutôt que le « renouvellement ». « Nous
avons également eu un maire de Paris qui
avait dominé tout le monde pendant des
années : Jacques Chirac. On ne s’en est jamais remis », estime un élu LR.
« Le temps n’est pas aux ambitions personnelles », juge Geoffroy Boulard, maire
du XVIIe arrondissement et nouveau secrétaire départemental de la fédération
LR de Paris. À 39 ans, cette figure du renouveau plaide pour un rajeunissement.
Lui qui s’apprête à rassembler 80 élus
dans le XIIe arrondissement, le 18 mai,
observe une droite parisienne en phase
de reconstruction. En attendant, il juge
les Marcheurs parisiens « très divisés ». Il
ne croit pas au risque de voir un certain
nombre de LR basculer en Macronie. Déterminé à préparer méthodiquement le
grand match électoral de Paris en 2020,
Geoffroy Boulard prévient: « Je suis très
serein sur la capacité de nos élus à garder
leurs convictions. Si j’ai accepté cette mission, ce n’est pas pour négocier une alliance avec En marche !. Je ne suis pas mandaté pour ça. » ■
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LE FIGARO
vendredi 11 mai 2018
POLITIQUE
5
Macron exhorte Merkel à réformer l’Europe
Le président a pressé l’Allemagne d’accepter un budget de la zone
euro et de sortir du « fétichisme » des excédents budgétaires.
ALEXIS FEERTCHAK £@Feerchak
EXÉCUTIF C’est en défenseur de la souveraineté européenne qu’Emmanuel Macron s’est présenté à Aix-la-Chapelle.
Quelques minutes avant ce discours européen, qui est son quatrième après ceux
d’Athènes, de la Sorbonne et de Strasbourg, le chef de l’État avait reçu, des
mains d’Angela Merkel et dix ans après
elle, le prix Charlemagne qui récompense
tous les ans depuis 1950 les personnalités
les plus engagées dans la construction
européenne.
Ce prix apparaît, à l’image de son discours, davantage comme un encouragement que comme la consécration d’une
action, car, en matière de politique européenne, le bilan d’Emmanuel Macron est
encore maigre. Le couple franco-allemand n’a pu avancer en la matière, fragilisé par la difficile réélection d’Angela Merkel, à qui il a fallu près de six mois pour
former un nouveau gouvernement. Il y a
eu également les élections en Italie, remportées à la fois par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles, deux partis eurosceptiques,
et celles en Autriche, qui ont permis à
l’extrême droite de faire son entrée au
gouvernement.
intégrée avec un budget propre permettant
les investissements et la convergence parce
que c’est le seul moyen de permettre à tous
les États qui souhaitent aller de l’avant d’aller dans cette direction », a expliqué Emmanuel Macron. Le président a invité les
Allemands à prendre conscience de l’ampleur des réformes économiques et sociales menées en France depuis son élection,
et dit sa confiance dans la capacité de l’Allemagne d’évoluer.
Après avoir défendu les réformes
conduites en France pour diminuer la dépense publique, Emmanuel Macron a
néanmoins exhorté l’Allemagne à dépasser son « fétichisme » pour les excédents
budgétaires et commerciaux, dans le cadre des réformes nécessaires en Europe.
« En Allemagne, il ne peut y avoir un féti-
chisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux, car ils sont faits aux
dépens des autres », a-t-il déclaré en présence de la chancelière.
Emmanuel Macron a renouvelé sa mise
en garde à propos de la pérennité de l’Europe et de la zone euro, alors que les menaces internes et externes se multiplient.
Il a, dans ce contexte, insisté sur l’urgence
pour la France, l’Allemagne et tous les
Européens de travailler ensemble et sans
attendre au renforcement de l’UE. « De
part et d’autre, nous devons savoir dépasser
les replis, les musiques qui nous conduisaient au pire pour acter d’une chose, c’est
que l’unité entre la France et l’Allemagne est
la condition de possibilités de l’unité européenne qui seule nous permettra d’agir », a
poursuivi le chef de l’État français. ■
Emmanuel Macron a reçu des mains de la chancelière allemande, Angela Merkel,
le prix Charlemagne, jeudi à Aix-la-Chapelle (Allemagne). LUDOVIC MARIN/AFP
ZOOM
Migrants : Nathalie Loiseau
regrette d’avoir parlé
de « shopping de l’asile »
“
L’Europe est une utopie
et pourtant, vous êtes là.
Les utopistes
sont des pragmatiques
et des réalistes
”
Décrivant ce contexte européen, Macron a proclamé dans son discours les
quatre impératifs qui, selon lui, sont nécessaires pour forger une véritable « souveraineté européenne ». « Ne soyons pas
faibles […] Ne soyons pas divisés […]
N’ayons pas peur […] N’attendons pas », at-il martelé, estimant que « les nationalistes et les populistes étaient clairs » et que
« les volontaires de l’Europe devaient l’être
aussi ». « L’Europe est une utopie et pourtant, vous êtes là. Les utopistes sont des
pragmatiques et des réalistes », a-t-il lancé en conclusion d’un discours ponctué de
références culturelles, comme cette opposition qu’il établit entre le « rêve carolingien » d’une Europe unie, menacé par le
« risque lotharingien » de la division, en
référence à l’arrière-petit-fils de Charlemagne, dont le royaume de Lotharingie
fut l’objet de nombreuses luttes.
Mais, derrière ce rappel historique et
cette ambition affichée d’une Europe qui
se projette dans « trente ans », Macron
s’est également adressé sans détour aux
Allemands, les pressant de lui faire
confiance en oubliant certains tabous, afin
de réformer l’Europe et la zone euro. Le
président français s’engage dans une difficile négociation avec la chancelière Angela Merkel pour écrire une feuille de route
de réformes acceptée tant à Berlin qu’à
Paris. De nombreux conservateurs alliés à
la chancelière s’opposent notamment à
l’un de ses principaux souhaits : la création d’un budget propre de la zone euro,
qu’il veut annoncer pour le Conseil européen de la fin juin.
« Je crois à une zone euro plus forte, plus
AIR
NAVITIMER 8
EMMANUEL MACRON
TERRE
ME
R
NAVITIMER 8 B01 CHRONOGRAPH 43
CALIBRE MANUFACTURE B01
CERTIFIÉ CHRONOMÈTRE
BOUTIQUE BREITLING
10 RUE DE LA PAIX
PARIS
La ministre chargée des Affaires
européennes, Nathalie Loiseau,
s’est expliquée jeudi sur son
emploi « malheureux »,
a-t-elle reconnu, de l’expression
« shopping de l’asile », qui a suscité
de nombreuses réactions
d’indignation. Nathalie Loiseau
avait déclaré : « Lorsqu’on arrive
du Sud-Soudan, on peut décider
de faire du shopping de l’asile
et décider qu’on est mieux en Suède
qu’en Italie. Mais enfin tout
de même ! » Ces propos ont aussitôt
suscité de vives réactions.
La sénatrice écologiste Esther
Benbassa a dénoncé sur Twitter
un « vocabulaire indécent ».
« Le mépris de la misère, une
constante de ce gouvernement »,
a-t-elle ajouté, quand son
collègue Bernard Jomier qualifiait
les propos de « choquants
et déplacés ». « Non, Madame
Loiseau, les réfugiés ne font pas
du shopping de l’asile, mais fuient
la mort, les persécutions et la
misère », a réagi la maire PS
de Lille, Martine Aubry, quand
Boris Vallaud, porte-parole du PS,
a fustigé des propos « honteux ».
Le député LaREM Matthieu
Orphelin a lui aussi dénoncé
l’expression, la qualifiant
de « formule très malheureuse
et surtout si lointaine de la réalité
de ces destins brisés ».
L’expression « est pourtant
communément utilisée par
les institutions et les spécialistes
européens du droit d’asile »,
se défend Nathalie Loiseau.
« Elle désigne une pratique
constatée : le fait que,
contrairement au droit européen
en vigueur, certains demandeurs
d’asile effectuent leurs démarches
non pas dans le pays européen
dans lequel ils sont entrés
mais dans un autre État membre,
en fonction des conditions d’accueil
ou de la probabilité de succès
de leur démarche. »
À Moscou, Mélenchon célèbre la « Marche des immortels »
CORRESPONDANT À MOSCOU
GAUCHE Si, en France, Jean-Luc Mélenchon est perçu comme le premier opposant à Emmanuel Macron, il lui reste
beaucoup de chemin à parcourir pour acquérir le même statut en Russie, contrairement à Marine Le Pen ou aux députés
LR, qui furent accueillis à bras ouverts ces
dernières années. Y compris par Vladimir Poutine, s’agissant de la présidente
du Front national.
Le leader de La France insoumise a
achevé jeudi un discret voyage de trois
jours à Moscou, où il était venu délivrer
un message « d’amitié et de fraternité » à
un pays qu’il refuse de « diaboliser ».
Point fort de son déplacement : sa participation, le 9 mai, jour de célébration de
l’armistice, à la Marche des immortels, un
rassemblement patriotique où les Russes
sont invités à descendre dans la rue en
brandissant un portrait de leurs aïeux
morts durant le second conflit mondial.
« Il s’agit d’une idée magnifique qui
transcende toutes les contradictions politiques », s’est félicité Mélenchon, qui a défilé ceint d’une écharpe bleu-blanc-rouge. « Je ne veux pas ajouter ma voix au
concert d’hystérie antirusse sous prétexte
que Vladimir Poutine est au pouvoir », a
ajouté le député Insoumis, qui souhaitait
faire de la Russie une étape dans son
mouvement de création d’un Front de
gauche paneuropéen, aux côtés notamment des Espagnols de Podemos.
Pour ce faire, il avait choisi comme
point d’appui le leader du Front de gauche, Sergueï Oudaltsov. Ce militant léniniste avait été l’un des leaders des gran-
Jean-Luc Mélenchon, le 8 mai, à Moscou.
des manifestations anti-Poutine de
l’hiver 2012 avant d’être condamné à
quatre ans et demi de prison pour troubles massifs à l’ordre public. Depuis sa libération, ce dernier dénonce la politique
économique du Kremlin et le « manque
d’honnêteté » des élections, mais soutient
l’annexion de la Crimée.
Dans le climat politique russe très polarisé, il s’agit d’un exercice d’équilibriste auquel Jean-Luc Mélenchon a dû également se plier pour acquérir un peu de
visibilité. Il a pointé la responsabilité de
l’Otan dans l’éclatement de la crise
ukrainienne tandis que sa détestation des
États-Unis lui suscite naturellement des
amitiés. « En s’alignant sur Washington,
les Européens s’isolent alors que la Russie
est ouverte sur le monde », estime-t-il.
Venu également à Moscou pour faire
connaissance à la Douma avec un député
communiste frondeur, Sergueï Chargounov, le parlementaire français a été coupé
dans son élan par l’arrivée impromptue,
au début de la réunion du président de la
commission des Affaires étrangères, Leonid Sloutski, un député à la réputation
sulfureuse. Ce membre du parti nationaliste LDPR, accusé de harcèlement sexuel
et interdit de séjour dans l’UE dans le cadre de la crise ukrainienne, a phagocyté
la réunion, n’accordant que peu d’attention aux propos de son hôte français.
Le député Insoumis n’a pas caché son
agacement devant l’irruption de cet invité surprise avant de ranger l’incident
dans la catégorie des « obligations protocolaires ». Une manière de se distinguer
des ex-visiteurs de Moscou, Thierry Mariani ou Marine Le Pen qui, eux, ont toujours apprécié le compagnonnage de leur
collègue russe. ■
A
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
ALEXANDER NEMENOV/AFP
Le leader de La France insoumise a passé trois jours en Russie, où il a notamment rencontré le leader du Front de gauche russe.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Escalade inédite entre Israël et l’Iran
Tsahal a riposté,
jeudi, à des tirs
de roquettes sur
le Golan en visant
des installations
iraniennes en Syrie.
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT L’armée israélienne
n’attendait de toute évidence qu’un prétexte. Dans la nuit de mercredi à jeudi,
son aviation a frappé plusieurs dizaines
de positions iraniennes dans le sud de la
Syrie. Cette campagne, d’une ampleur
sans précédent depuis l’accord de désengagement signé après la guerre d’octobre
1973, a été présentée comme une riposte
au tir d’une vingtaine de roquettes, peu
auparavant, en direction de bases militaires israéliennes sur le plateau du Golan. Selon le ministère russe de la Défense, le raid israélien a impliqué 28 avions
de chasse et pas moins de 70 missiles.
L’Observatoire syrien des droits de
l’homme affirme que 23 combattants syriens et étrangers ont péri dans ces bombardements. « Nous avons frappé la quasi-totalité des infrastructures militaires
iraniennes en Syrie », a triomphé le ministre de la Défense, Avigdor Lierberman, avant d’ajouter : « S’il pleut chez
nous, ils doivent savoir qu’il y aura un déluge chez eux. »
L’État hébreu, qui a mené ces dernières
semaines plusieurs frappes contre des
positions militaires iraniennes en Syrie,
était depuis plusieurs jours en état d’alerte. De hauts dirigeants iraniens avaient
promis une riposte après le raid conduit
le 9 avril dernier contre la base T-4, près
de Palmyre, lors duquel sept gardiens de
la révolution auraient été tués. Mardi
soir, quelques minutes seulement avant
que Donald Trump ne prenne la parole
pour dénoncer l’accord sur le nucléaire
iranien, l’armée avait appelé la population du Golan à ouvrir les abris au cas où
les gardiens de la révolution décideraient
de passer à l’action. Leurs faits et gestes
en Syrie n’ont visiblement pas beaucoup
de secrets pour les renseignements militaires israéliens…
À en croire le porte-parole militaire israélien, les premiers tirs ont été conduits
par la Force al-Qods, l’unité d’élite des
gardiens de la révolution, au moyen d’un
lance-roquettes multiple de type Uragan
Des soldats libanais
inspectent les restes
d’un missile,
jeudi à Hebarieh,
au sud du Liban.
ALI DIA/AFP
positionné près d’al-Kiswa, au sud de
Damas. Les sirènes d’alerte ont immédiatement résonné dans les localités israéliennes du plateau du Golan, bien
qu’aucun projectile n’ait apparemment
atterri de ce côté de la ligne de cessez-lefeu. La plupart semblent avoir fait long
feu tandis que quatre auraient été interceptés par les batteries antiaériennes
« Dôme de fer ». « Cette attaque a été ordonnée directement par Qassem Soleimani
(le général qui commande la Force al-
Qods, NDLR) », a affirmé le lieutenantcolonel Jonathan Conricus. Un haut responsable sécuritaire iranien, Abou alFadl Hassan al-Baiji, a de son côté nié
l’implication de son pays.
Pleine liberté d’action
L’armée israélienne, quoi qu’il en soit,
n’a pas fait dans le détail. Outre l’engin
impliqué, elle dit avoir visé pêle-mêle
« des postes d’observation contrôlés par
l’Iran ainsi que par l’axe radical », « une
Escalade militaire entre l’Iran et Israël
SYRIE
LIBAN
Duma
Golan syrien occupé
par Israël depuis 1967
Damas
Territoire syrien sous
le contrôle des forces
du régime et de ses alliés
Frappes israéliennes
dans la nuit du mardi 8
au mercredi 9 mai
Frappes israéliennes
dans la nuit
du mercredi 9
au jeudi 10 mai
Al-Kiswa
Qunaytra
Golan
Haïfa
ISRAËL
Deraa
Cisjordanie
JORDANIE
50 km
Suayda
Infographie
Sources : syria.liveuamap.com et Israeli Air Force
base logistique de la Force al-Qods »,
« des entrepôts situés à al-Kiswa et au
nord de Damas », « un stock de munitions
situé sur l’aéroport international de Damas » ainsi que plusieurs postes militaires situés dans la zone-tampon qui sépare
le plateau du Golan occupé par Israël du
territoire syrien. Les avions israéliens,
qui ont été ciblés en vain par les défenses
antiaériennes de l’armée syrienne, ont
aussi frappé plusieurs de ces batteries. Le
ministère syrien des Affaires étrangères a
dénoncé « une nouvelle phase de l’agression israélienne ». Un calme tendu régnait
jeudi matin sur le Golan, où l’armée a
autorisé l’ouverture des écoles et les travaux agricoles tout en appelant la population à la vigilance.
Ces derniers jours, plusieurs hauts dirigeants israéliens ont mis en garde
contre les conséquences d’une attaque
pilotée par l’Iran depuis la Syrie. « Si Bachar el-Assad continue de permettre à
l’Iran de transformer son pays en base
avancée d’opérations militaires contre
nous, il doit savoir que cela entraînera sa
fin », a prévenu Yuval Steinitz, le ministre israélien de l’Énergie. Avigdor Lieberman a pour sa part menacé de frapper
Téhéran dans l’hypothèse où les gardiens
de la révolution viseraient Tel-Aviv.
Cette escalade verbale et militaire intervient sur fond d’ambitions conflictuelles entre Israël et l’Iran. La République islamique, dont l’intervention
militaire directe, ainsi que par l’intermédiaire de diverses milices, a fortement
contribué à sauver Bachar el-Assad, entend pousser son avantage en créant une
implantation militaire durable en Syrie.
Les dirigeants israéliens, jugeant que ce
projet menace directement la sécurité de
l’État hébreu, ont décidé de le contrer en
frappant les sites où ils accusent les gardiens de la révolution d’entreposer systèmes perfectionnés de défense antiaérienne, missiles balistiques de précision et
drones d’attaque.
Benyamin Nétanyahou, qui revendique
à cet égard une pleine liberté d’action,
s’est rendu mercredi à Moscou pour évoquer avec Vladimir Poutine la coordination entre leurs deux armées. Le président
russe, en position d’arbitre, a récemment
accueilli avec agacement la multiplication
des frappes israéliennes contre les positions iraniennes. Il craint apparemment
que la tension entre Israël et l’Iran ne menace à terme la stabilisation du régime de
Bachar el-Assad. Jeudi matin, l’État hébreu s’est empressé de faire savoir que
Moscou avait été prévenu à l’avance des
raids aériens menés dans le sud de la Syrie. Sergueï Lavrov, le ministre russe des
Affaires étrangères, a prié Israël et l’Iran
de privilégier le « dialogue » ainsi que de
s’abstenir de toute action susceptible
d’alimenter « une spirale de conflit ». La
France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont également appelé au calme. ■
Les faucons washingtoniens de 2018 ne sont pas ceux de 2003
LAURE MANDEVILLE £@lauremandeville
ALORS QUE LA TENSION monte entre
Iraniens et Israéliens en Syrie, où l’État
hébreu dit avoir bombardé des dizaines
de cibles en représailles à une attaque de
la Force al-Qods sur le plateau du Golan,
maints experts et diplomates occidentaux sont persuadés que le retrait des
États-Unis de l’accord nucléaire de 2015
marque le grand retour à Washington
d’une faction de faucons prêts à répéter
en Iran l’aventure irakienne de 2003.
Bref, à en découdre militairement avec la
République islamique afin d’y provoquer
« un changement de régime ». « Les faucons sur l’Iran sont les nouveaux faucons
irakiens », a mis notamment en garde
l’éditorialiste Peter Beinart, dans The Atlantic, alors même que le président
Trump annonçait théâtralement sa sortie
de l’accord « pourri » négocié par Obama
en 2015.
« Ce retrait du pacte nucléaire pourrait
facilement mettre les États-Unis ou Israël,
ou les deux, sur le chemin d’une guerre
avec l’Iran », avertit le journaliste, soulignant le parallélisme des arguments utilisés pour durcir le ton et le rôle joué en
2003 par le premier ministre Benyamin
Nétanyahou et le nouveau conseiller à la
sécurité nationale de Trump, John Bolton, deux acteurs clés de la dynamique
actuelle.
Il est juste de souligner que la faction
des faucons néoconservateurs, communauté intellectuelle puissante, a relevé
la tête et s’est remise à espérer un retour
de l’interventionnisme américain, notamment depuis la nomination de l’ancien ambassadeur à l’ONU John Bolton
au poste de conseiller à la sécurité nationale de Trump. Dans les rangs républicains, George W. Bush, le président
de l’invasion de l’Irak, a retrouvé une
popularité de 76 % de soutien. Les sentiments très pro-israéliens de la population plaident aussi en faveur d’une approche dure vis-à-vis de l’Iran. Les
chrétiens conservateurs, réservoir de
voix pour Trump, ont des liens étroits
avec la droite israélienne.
« Rapport de force »
Mais faut-il pour autant en conclure que
cette faction a pris le pouvoir ? Les choses
apparaissent bien plus compliquées.
Chercheur à la Fondation pour la défense
des démocraties, Reuel Gerecht, un faucon qui continue de « défendre l’intervention en Irak de 2003 », se dit en phase
avec John Bolton et le nouveau secrétaire
d’État, Mike Pompeo, « deux gentlemans
favorables à une politique visant à contenir, pressurer et étrangler » l’Iran, « comme le fit l’Amérique avec l’URSS ». Mais il
est beaucoup plus sceptique vis-à-vis de
Donald Trump, dont « l’allergie au
Moyen-Orient est aussi forte que celle
qu’avait le président Obama ».
Benjamin Haddad, chercheur français
à Washington, ne croit pas non plus à un
scénario à la 2003 : « Trump comme les
Israéliens ne veulent pas d’un scénario militaire contre l’Iran, ils veulent juste appliquer un rapport de force, en dehors de tout
cadre multilatéral. » Haddad dit avoir le
sentiment que « l’Amérique de Trump
ressemble surtout à celle de W. Bush en
2002 », « quand la frénésie d’unilatéralisme projetée par Bush après le 11 Septembre
a mené les Libyens à renoncer au nucléaire
et les Iraniens à geler leur programme »,
dit-il, notant que le « désastre d’Irak » a
ensuite changé radicalement la donne.
Ces nuances sont très importantes, car
Donald Trump, loin d’être un néoconservateur croyant au rôle de gendarme
de l’Amérique et à l’exportation de la démocratie, a une définition plus restreinte
des prérogatives mondiales de son pays.
On se souvient d’un débat homérique
BENJAMIN GRIVEAUX
A
Porte-Parole du Gouvernement
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL / ALEXIS BREZET - LE FIGARO / ADRIEN GINDRE - TF1-LCI
Dimanche 13 Mai 2018 I 12H-13H
lors de sa campagne, quand il fut le premier à jeter un pavé dans la mare du pool
des candidats républicains en affirmant,
en présence de W. Bush, que l’aventure
d’Irak avait été une catastrophe. Le camp
néoconservateur allait se liguer contre
lui, pour tenter de l’empêcher d’être
élu… « Son approche ressemble plus à celle
de “paix par la force” de Reagan qu’à celle
de Bush. La CIA, institution réaliste, a
beaucoup influencé Mike Pompeo pendant
l’année qu’il a passé à sa tête et il est, avec
le général Mattis au Pentagone, l’homme
clé du dispositif Trump », confie une source proche du renseignement américain.
à nouveau dans le jeu et s’est rapproché
d’Israël. Trump n’a sans doute pas perdu
espoir de diviser l’Iran et la Russie. Il y a
une stratégie structurée qui ne se réduit
pas à un tweet chasse l’autre », analyse
Gilles Kepel, directeur de la chaire
Moyen-Orient à l’École normale supérieure. Mais l’universitaire s’inquiète
néanmoins d’« un jeu à haut risque, car il
n’anticipe guère les réactions à Téhéran,
pouvant aller d’un changement de régime
à une marginalisation des pragmatiques
qui pourrait précipiter Trump dans une
guerre non préparée ». ■
« Diviser l’Iran et la Russie »
L’objectif de Trump, qui pense que l’accord nucléaire a échoué à « ramener »
Téhéran dans le jeu, serait de retrouver
une marge de manœuvre en privant
l’Iran d’oxygène économique, pour le
forcer, avec l’aide de l’Arabie saoudite,
d’Israël et peut-être un jour de la Russie – un vieux rêve trumpien -, à
renoncer à sa politique de déstabilisation et à revenir à la table
des négociations.
« Donald Trump pense qu’il
a une fenêtre d’opportunité
car il estime que l’Iran s’est
étiolé en s’engageant partout. Il
engage donc un bras de fer avec Téhéran,
via Israël et le soutien des Saoudiens. La
Syrie et le Hezbollah, c’est la frontière
avancée de l’Iran : si elle cède, la République islamique se sent en danger. Le jeu de
rapports de force de Trump s’inscrit dans
une logique qui rappelle les néoconservateurs de 2001, champions du changement
de régime. Mais ce n’est pas la même
chose, car à l’époque, l’Arabie saoudite
était soupçonnée d’être impliquée dans
le 11 Septembre ! Aujourd’hui, Riyad est
John Bolton,
conseiller
à la sécurité
nationale.
C. PURGAHN/AP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 11 mai 2018
INTERNATIONAL
7
Malaisie :
la revanche
de Mahathir
Âgé de 92 ans, l’ex-premier ministre
prépare son retour à la tête du pays.
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
SHANGHAÏ
ASIE Comme Donald Trump ou Emmanuel Macron, il a défié les pronostics,
pour remporter une victoire électorale
surprise contre le « système », ce mercredi 9 mai, en Malaisie. Comme eux, il a
usé de la corde patriotique pour « dégager » la coalition politique qui cadenassait le pouvoir depuis que le pays est devenu indépendant de la couronne
britannique il y a plus de soixante ans. Un
record mondial. Mais, à 92 ans, Mahathir
Mohamad est tout sauf un nouveau venu
dans la complexe arène politique de ce
pays mosaïque de 30 millions d’habitants
à majorité musulmane.
« C’est une légende », résume un électeur du Pacte de l’espoir, la coalition d’opposition qu’il a menée à une victoire historique contre le Barisan Nasional du
premier ministre Najib Razak, englué dans
un scandale financier retentissant chiffré à
4,5 milliards de dollars. « Docteur M » est
le père du « miracle économique » de la
Malaisie sur laquelle il régna d’une main
de fer pendant 22 ans (1981-2003), symbolisé par les tours jumelles Petronas qui
scintillent toujours d’une lueur argentée
dans la nuit moite de Kuala Lumpur.
Cette figure tutélaire de l’Asie émergente du XXe siècle s’apprête à devenir le
premier ministre le plus âgé de la planète,
renversant le système qu’il avait lui-même affermi. Un ultime coup de griffe de ce
prédateur qui croisa les pas du « Petit Timonier » Deng Xiaoping, comme de son
éternel rival singapourien Lee Kuan Yew,
et grand ami de Jacques Chirac. « Je ne
suis pas venu pour réclamer vengeance,
mais pour rétablir l’État de droit », a juré le
patriarche victorieux, après sa victoire
contre son ancien protégé Najib.
Ironie mordante, ce médecin d’origine
modeste au style autoritaire a gagné en
endossant le costume de champion de la
démocratie, faisant alliance avec son rival
progressiste Anwar Ibrahim, placé derrière les barreaux sous la coalition sortante.
Par sa stature, il a su retourner le vote des
campagnes en dépit des subsides et des
découpages électoraux opportuns manigancés par le pouvoir.
Il y a un an, le « vieux renard » y
croyait déjà dur comme fer, lorsqu’il avait
reçu Le Figaro dans son immense bureau
de Putrajaya, dans les collines luxuriantes
entourant Kuala Lumpur. Au mur, des
photos rétro du dirigeant serrant la main
de Margaret Thatcher, le président chinois
Jiang Zemin, ou Jacques Chirac, le plus
« asiate » des hôtes de l’Élysée. « Les gens
viennent me voir pour me dire “faites quelque chose !” C’est pourquoi je suis revenu en
politique », affirmait le stratège roué.
À l’époque les experts donnent peu de
chances au patriarche retraité. « Jamais je
n’avais pensé qu’un premier ministre pouvait devenir un voleur d’État à une échelle
aussi effrayante », confessait l’homme en
costume col Mao. Il fait allusion au scandale 1MDB, du nom d’un fonds de développement, qui a permis le transfert de
680 millions de dollars sur le compte personnel de Najib, via des sociétés écrans
dans des paradis fiscaux, avec la garantie
de l’État malaisien. L’un des plus grands
cas de détournement de fonds publics de
l’histoire selon le Trésor américain. Le
pouvoir a bloqué toute enquête judiciaire à
Mahathir Mohamad, jeudi à Petaling Jaya, en Malaisie.
Kuala Lumpur, ignorant même les demandes de Washington. Najib mise alors sur
son amitié tissée sur les greens de golf avec
Donald Trump pour échapper aux foudres
de la justice et se tourne vers Pékin en quête de subsides.
« Période d’incertitude »
La victoire de l’opposition devrait relancer l’enquête sur 1MDB aux ramifications
internationales allant de Hollywood à la
monarchie saoudienne, en passant par la
Chine. Le retour aux affaires de Mahathir,
champion du mouvement non aligné,
devrait aussi rafraîchir les relations avec
Pékin qui a fait de la péninsule une priorité de ses « nouvelles routes de la soie ».
« Najib nous a alignés sur la Chine, qui déverse des millions pour transformer les
pays de la région en vassaux », expliquait
LAI SENG SIN/REUTERS
Mahathir, pourtant foncièrement antiaméricain.
Mais, le plus dur commence, pour
maintenir unie une coalition disparate
réunissant la minorité ethnique chinoise,
et un parti islamiste modéré. « La victoire
ouvre une période d’incertitude. L’opposition était alliée par son désir de renverser
Najib. Désormais, les divisions risquent de
revenir à la surface », juge Peter Munford,
analyste au cabinet Eurasia. « Docteur M »
a promis de laisser les clés du pouvoir à son
ancien rival, le leader historique de l’opposition malaisienne Anwar Ibrahim, une
fois sa libération obtenue. Cette issue lui
permettrait de quitter la scène en champion de la démocratie. Mais la procédure
judiciaire est semée d’embûches et pourrait offrir au nonagénaire stratège le loisir
d’imposer une ultime fois sa marque. ■
EN BREF
Sommet Trump-Kim
le 12 juin
Donald Trump a annoncé, jeudi
sur Twitter, qu’il rencontrerait
le dirigeant nord-coréen Kim
Jong-un le 12 juin prochain à
Singapour. « Nous essaierons tous
les deux d’en faire un moment
très particulier pour la paix dans
le monde ! », ajoute le président
américain. Quelques heures plus
tôt, Trump avait accueilli, en
pleine nuit, les trois Américains
libérés par Pyongyang, une image
forte et chargée en symboles
à l’approche du sommet.
Quand son avocat
monnayait l’accès
à Donald Trump
Michael Cohen a empoché les bénéfices une fois
son principal client élu à la Maison-Blanche
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Donald Trump avait promis
« d’assécher le marigot de Washington »
où l’accès aux puissants se monnaye. « On
appelle cela payer pour jouer », s’indignait
le candidat en 2016, promettant d’y mettre fin pour « rendre le pouvoir au peuple ».
Si ses électeurs l’ont pris au mot, ses
amis savaient à quoi s’en tenir. À peine son
principal client élu, Michael Cohen, l’avocat personnel et « arrangeur » des soucis
privés du président, en a empoché les bénéfices. Il s’est présenté auprès d’entreprises comme un intime de Trump, l’un
des rares à comprendre son univers mental et ses méthodes de travail, soulignant la
fréquence de leurs conversations téléphoniques et distribuant des photos d’eux ensemble. Dans la foulée, le cabinet d’avocats Squire Patton Boggs lui a offert un
contrat de 500 000 dollars pour attirer de
nouveaux clients et doper ses connexions
avec la nouvelle Administration.
En parallèle, Cohen a développé sa propre clientèle via une société créée en octobre 2016 dans le Delaware (un paradis
fiscal), Essential Consultants LLC. Cette
coquille vide n’avait servi jusque-là qu’à
transférer 130 000 dollars à Stormy
Daniels, star du X priée de taire sa relation
avec Trump. Grâce à son avocat, Michael
Avenatti, les comptes bancaires d’Essential Consultants viennent d’être dévoilés
– une indiscrétion qui a déclenché une enquête du Trésor et une plainte de Cohen.
On y découvre quels gros poissons ont
mordu à l’hameçon de l’avocat, lui versant au total entre 2 et 4 millions de dollars
en moins d’un an.
Le groupe pharmaceutique suisse Novartis a passé un contrat de 1,2 million de
dollars avec Essential pour être éclairé sur
la réforme de l’Obamacare. Le géant des
télécoms AT&T lui a versé entre 200 000 et
600 000 dollars quand son offre de rachat
de Time Warner était examinée par l’Administration. Korea Aerospace Industries,
en lice pour un contrat avec le Pentagone,
a fait un chèque de 150 000 dollars en
échange des conseils de Cohen… en matière comptable. « Je casse la baraque », se
serait vanté l’avocat auprès d’un proche.
Caisse noire
Plus intrigant, Columbus Nova, un fonds
d’investissement de New York, a rétribué
Cohen 500 000 dollars entre janvier et
août 2017 pour ses conseils de placements
immobiliers. Le principal client de ce fonds
est un oligarque russe, Viktor Vekselberg,
à la tête d’une fortune de 13 milliards de
dollars. Columbus a été fondé par son cousin Andrew Intrater, un citoyen américain.
Tous deux ont généreusement contribué à
la campagne de Trump et à la cérémonie
d’investiture, où ils étaient présents. Il y a
environ deux mois, Vekselberg a été interrogé par le FBI à la descente de son avion
privé près de New York, à la demande du
procureur spécial Robert Mueller.
Même si Cohen n’est pas lobbyiste, se
faire payer comme intermédiaire n’est pas
en soi illégal. Ce serait différent s’il avait
obtenu des faveurs, mais AT&T a vu son
OPA contestée par le département de la
Justice et Vekselberg a été frappé de sanctions américaines en avril… La question
que semble se poser Robert Mueller est de
savoir si Essential Consultants a servi de
caisse noire à Trump, pour acheter le
silence de Daniels et d’autres… ■
A
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Le parquet national antiterroriste
encalminé à la Chancellerie
Annoncé en décembre dernier par la garde des Sceaux, le projet de cette entité semble enterré, après les réserves
émises fin avril par le Conseil d’État, mais aussi par le jeu d’influences du monde du renseignement.
Le Conseil d’État ne voit, dans la création du parquet national antiterroriste, qu’un simple avatar de l’organisation actuelle.
reur dédié, en charge de cet unique
contentieux devenu ces dernières années un contentieux de masse. Et déchargé de la lourde politique pénale du
parquet de Paris, le premier de France
en termes d’affaires. Le Conseil d’État
redoute aussi « un risque d’isolement des
magistrats […] avec l’inconvénient de
perdre la perception des liens entre la petite délinquance et le terrorisme, en particulier dans les parcours de radicalisation ». Un argument que les tenants du
projet réfutent, en rappelant que « le
texte proposait une délégation d’action
publique à des magistrats de province désormais dédiés à cette problématique ».
« Au moins une vertu »
Il est vrai que, même parmi les plus hauts
magistrats opposés au projet, tous reconnaissent qu’il aurait eu « au moins une
vertu », celle de « créer un maillage fort
entre les différents parquets de province et
l’entité parisienne ». Ce qui aurait permis
de traiter « les signaux faibles » par la
connaissance des bassins de petite et
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moyenne délinquance, berceau de l’islam
radical, et de travailler les dossiers sur le
terrain très en amont. « Le monde du terrorisme est un monde fini et fermé dont on
ne peut avoir raison que par le harcèlement
judiciaire. De dossier en dossier, on retrouve les mêmes individus qui se retrouvent
moins à la mosquée qu’au kebab du coin. Il
faut être suffisamment sur cette matière
pour s’en rendre compte », rappelle ce juge
correctionnel, fin connaisseur de la matière terroriste, qui regrette le manque de
relation avec les autres magistrats de l’antiterrorisme. Le projet défendait l’idée de
magistrats spécialisés, en lien constant
avec ceux sur le terrain. Mais voyait aussi
l’opportunité de « judiciariser » les données des services de renseignement, en
s’imposant comme interlocuteur de poids
face à la toute-puissance de ce monde de
l’ombre. Des missions de longue haleine
qui exigent d’ambitieuses montées en
puissance d’effectifs : en 1986, les magistrats du parquet étaient trois, ils sont
aujourd’hui près d’une vingtaine.
Officiellement, le parquet national antiterroriste reste en réflexion à la direction des affaires et des grâces pour une
nouvelle version. Mais il est bien probable
qu’il y demeure car, depuis la fin avril, il
n’en serait plus question au cabinet de la
garde des Sceaux. À moins d’une soudaine décision politique. ■
La police dénonce les bugs à
répétition des écoutes judiciaires
Depuis des mois, la plateforme d’interception de la Place Vendôme
complique et ralentit les enquêtes, malgré les promesses de mise à jour.
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
JUSTICE Il y a toujours de la friture sur
la ligne entre la police et la justice. En
cause : la Plateforme nationale des interceptions judiciaires (PNIJ) qui dépend du garde des Sceaux. Cet outil,
rendu obligatoire depuis septembre, est
censé centraliser toutes les écoutes téléphoniques et les captations de données numériques réalisées dans les enquêtes à la demande des magistrats.
« Et il rend fou les enquêteurs », des milliers sur tout le territoire, dénonce Synergie-Officiers, organisation majoritaire dans la police judiciaire
parisienne. Il est vrai que cette forme
d’espionnage électronique légal est devenue l’arme principale des services
d’investigation à l’heure d’Internet et
de la téléphonie mobile. Aussi bien pour
les grosses procédures criminelles que
pour contrer le terrorisme ou pour traiter le « petit judiciaire », des trafics à la
violence ordinaire.
L’objectif affiché par la Chancellerie
des 15 000 à 17 000 interceptions réalisables en simultané par son système serait loin d’être atteint. Quant à ses fonctionnalités pour géolocaliser en temps
réel ou infiltrer les boîtes de courrier
électronique des malfrats ou même des
poseurs de bombes, elles sont tout simplement en panne. Aux dires des policiers, la traque électronique administrée par la justice est amputée de ses
principaux atouts techniques et fonctionnerait au ralenti. Pour un prix pas
toujours compétitif d’ailleurs, alors que
la PNIJ devait permettre de réaliser des
économies.
En octobre dernier, Synergie, comme
d’autres organisations représentatives
de la police, avait déjà mis en garde
contre les bugs répétés des « grandes
oreilles » de la Place Vendôme. Reçus
en urgence, à l’époque, par le chargé de
mission du ministère en charge de ce
système, ses représentants avaient reçu
la promesse d’une mise à niveau rapide
de l’outil de gestion des interceptions
judiciaires.
Seulement voilà : six mois plus tard,
et alors que le système avait déjà pris
neuf mois de retard par rapport au calendrier initial, « aucune mise à jour ni la
moindre amélioration n’est intervenue et
les utilisateurs - souvent contraints – de
la PNIJ sont plus que jamais, et quotidiennement, confrontés aux faillites de
cet outil », déplore Synergie. La PNIJ
détient un monopole de fait et tout recours à un prestataire extérieur passe
par l’autorisation de ses administrateurs. « Elle peut décider de ne pas honorer une facture si la prestation assurée
entre dans le champ de ses compétences
techniques, et ce même si elle est défaillante sur bien des points », déplore
un officier de police.
Le dernier indépendant à tenter de
fournir une alternative en cas de carence est la société Elektron. Mais pour
combien de temps ? Bien d’autres,
comme Foretec, Amecs, Azur Integra-
“
Nous n’avons plus accès
en temps réel aux SMS ;
il faut se reconnecter
à chaque fois à la base
de données
UN ENQUÊTEUR
”
tion ou la SGME, ont déclaré forfait ou
sont sur le point de le faire.
« Cela ne serait pas fondamentalement
dérangeant si la PNIJ était en capacité de
répondre à ses objectifs, déclare le bureau national de Synergie. Or non seulement elle est erratique, mais en plus elle
complique considérablement le travail des
enquêteurs qui, pour une prestation même
pas vraiment équivalente, doivent produire deux fois plus d’efforts ! Cela, évidemment, au détriment de leur capacité
opérationnelle, et donc du service rendu à
nos concitoyens… » La charge est sévère,
mais cette exaspération est largement
partagée par les opérateurs du terrain.
Pour l’heure, en attendant des annonces sur les solutions mises en place
par les services de la garde des Sceaux,
Nicole Belloubet, les policiers listent les
problèmes qu’ils rencontrent. « Nous
n’avons plus accès en temps réel aux
SMS ; il faut se reconnecter à chaque fois
à la base de données et cliquer sur chaque
texto pour en connaître le contenu, ce qui
nous fait perdre un temps infini », regrette un enquêteur.
Autre faille : « L’envoi en temps réel
des fadettes (factures d’appel) conduit à
des déperditions de données qui obligent
à faire des réquisitions plus larges, jusqu’à J+3, pour être sûr de ne pas mettre
en procédure des informations tronquées », confie un officier de police judiciaire. Autant de rustines qui peuvent
mettre en péril les dossiers. « La norme
de transmission 4G des mobiles nécessite
aujourd’hui tellement de ressources que
le système n’arrive pas à gérer en même
temps trop d’interrogations sur de grosses quantités de data », lâche un expert.
Selon lui, avec tous ces bugs, « les enquêteurs sont bridés dans leurs enquêtes ». Un « outil de gestion des interceptions techniques raté » freine, de fait,
l’activité judiciaire. ■
DUBOIS/ANDIA.FR
JUSTICE « Le terrorisme, c’est un peu
comme les marins, dès qu’il fait un peu calme, on oublie qu’il y a eu la tempête. » La
création du parquet national antiterroriste (PNAT) annoncée par la garde des
Sceaux en décembre dernier, et confirmé
en janvier par le président de la République lors de la rentrée solennelle de la
Cour de cassation, a fait long feu. Sans
bruit, la Chancellerie a retiré de la future
loi les articles qui fondaient cette entité
judiciaire autonome du parquet de Paris,
comme cela existe pour le parquet national financier (PNF).
De quoi désespérer ses défenseurs,
face à une menace qui ne faiblit pas. Ils
voyaient dans cette nouvelle entité un
instrument à temps plein de prévention
du terrorisme, et plus seulement un organe de crise gérant l’après-attentat.
L’avis du Conseil d’État du 23 avril a signé l’enfouissement discret du projet
dans les sables de la Chancellerie. Au
grand soulagement de ses détracteurs.
« Les services de renseignement qui ont
l’oreille de l’Élysée n’ont jamais vu d’un très
bon œil la création d’un parquet antiterroriste dédié, qui aurait été sans cesse sur leur
dos pour judiciariser les dossiers (transformer en procédure judiciaire le renseignement, NDLR) », affirme ce spécialiste de
l’antiterrorisme. « Cette sphère d’influence a croisé celle des maximalistes qui voulaient pour ce parquet des compétences
élargies à la cybercriminalité et à la criminalité organisée et le voir doté d’une compétence d’appel, poursuit l’expert. Ces
deux courants opposés se sont retrouvés à
poursuivre le même but, celui de ne pas
laisser prospérer le projet du parquet national antiterroriste en l’état. » Les critiques
de certains hauts magistrats, comme
Jean-Claude Marin, procureur général de
la Cour de cassation, ou de Catherine
Champrenault, procureur général de Paris, ont joué. De même que l’opposition
des syndicats professionnels, comme
l’Union syndicale des magistrats et Unité
Magistrats, qui, dans un communiqué récent, disent s’être « toujours opposés à la
centralisation de la lutte antiterroriste entre
les mains du parquet de Paris ».
Les réserves du Conseil d’État ont fait
le reste. Ce dernier y voit un simple avatar de celui existant, sans réelle « plusvalue ». Pour les défenseurs du projet, le
Conseil d’État occulte l’idée d’un procu-
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
PAULE GONZALÈS £@paulegonzales
Les écoutes et les captations de données numériques sont devenues l’arme principale
des services d’investigation à l’heure d’Internet et de la téléphonie mobile.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 11 mai 2018
SOCIÉTÉ
9
ZOOM
La famille de Naomi Musenga
refuse de faire de l’opératrice
du Samu un bouc émissaire
La rue Boris-Vian, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Les ayants droit de l’écrivain estiment que l’état de ce passage porte atteinte à l’image de l’artiste.
F. BOUCHON/LE FIGARO
Les héritiers de Boris Vian
veulent débaptiser sa rue à Paris
Les ayants droit de l’artiste la jugent indigne de sa mémoire et croisent le fer
avec la Ville depuis des années. Anne Hidalgo promet un « point » avant la fin mai.
POLÉMIQUE Madame la Maire, « Je vous
fais une lettre Que vous lirez peut-être… »
Des échanges de courriers entre la Mairie
de Paris et les héritiers de Boris Vian, il y
en a eu des dizaines, ces dernières années, à propos de la rue qui, depuis 1992,
porte le nom de l’écrivain-musicien. Car
l’état de cet étroit passage, une série
d’escaliers sombres, sales et malodorants, nichés dans le quartier de la Goutte d’Or, dans le XVIIIe arrondissement,
porte atteinte à l’image de l’artiste, estiment ses ayants droit. Après avoir tardé
à trouver une sépulture parisienne pour
l’écrivain Michel Déon, Anne Hidalgo
va-t-elle laisser Boris Vian déserter le
lieu ? Les héritiers, qui ont longtemps
« accompagné les tentatives des habitants
du quartier d’obtenir de la mairie l’entretien et la rénovation urbaine du secteur »,
demandent désormais que la venelle soit
débaptisée. « C’est probablement la première fois dans l’histoire de Paris, notentils, qu’une telle démarche est entreprise. »
par plusieurs associations et habitants du
quartier, a « célébré une dernière fois »
l’écrivain et ironiquement rebaptisé le
passage « rue Anne-Hidalgo ». Le faux
panneau a depuis été retiré. « Ça montre
qu’elle a eu honte ! s’exclame Geoffrey. Je
la comprends : si on voulait rebaptiser cette rue à mon nom, j’en voudrais pas ! » Des
riverains se mobilisent : « Ras le bol que
nos enfants, nos ados, nos anciens soient
obligés de modifier leur itinéraire par
crainte de se faire agresser, s’insurge une
pétition. Ras le bol de l’insalubrité, de la
crasse, des dégradations que nous vivons
au quotidien. »
« Tout a été mal conçu »
Pour Olivier Russbach, de l’association
Cavé Goutte d’Or, « ça dépasse largement la rue ». « Tout a été mal conçu et
mal construit ici, poursuit-il. Mais au
moins qu’on ne maintienne pas ce quartier dans cette déshérence ! La Ville a
promis un projet de requalification avant
2020, date du centenaire de la naissance
de Boris Vian. Mais, hormis une palissade avec une fresque l’an dernier, on n’a
EN BREF
Seine-Maritime :
vol de lait infantile
potentiellement contaminé
pas vu grand-chose ! » Représentante
de la cohérie, Nicole Bertolt alerte aussi
sur l’état de la cité Véron, où habitait
Boris Vian, toujours dans le XVIIIe : « Il
l’appelait cité Étron, indique-t-elle.
Mais de l’étron, on est passé à des choses
plus difficiles : la drogue, l’alcool, la
prostitution… »
À la mairie du XVIIIe, on souligne
avoir « déjà fait de menus travaux, rue
Boris-Vian, en 2016 : éclairage, changement de la rampe, réfection des marches
cassées ». « Le temps de l’urbain est très
long, se justifie le cabinet du maire. Mais
depuis l’été 2017, nous avons les crédits
pour la réhabilitation des arcades et du
passage : 3 millions d’euros. Les engagements seront tenus. » Confirmation chez
Anne Hidalgo, qui a chargé la secrétaire
générale de la Ville de Paris de « faire le
point » sur ce dossier avant la fin mai.
« Ce jeudi, la secrétaire générale m’a demandé de renoncer à débaptiser la rue, au
nom de la littérature française, raconte
Nicole Bertolt. Moi, je demande d’abord
la propreté et la sécurité dans ce passage.
Au nom de la dignité humaine. » ■
Des boîtes de lait infantile
destinées à la destruction
pour soupçon de contamination
à la salmonelle ont été volées
mercredi en Seine-Maritime
et une enquête a été ouverte.
L’association des familles
de victimes s’est indignée,
demandant « depuis des mois
à ce que l’intégralité des boîtes […]
retirées du marché […] puisse
être incinérée et que des procèsverbaux de destruction
puissent être rédigés ».
Toulouse : enquête ouverte
après l’évacuation
de l’université Jean-Jaurès
Le parquet de Toulouse a ouvert
une enquête pour faire la lumière
sur les circonstances
dans lesquelles une personne
a été blessée par l’explosion
d’une grenade à main de
« désencerclement », lors de son
interpellation par la police. Les
faits sont survenus mercredi après
l’évacuation de l’université JeanJaurès par les forces de l’ordre.
Un site unique en France qui réunit les plus grands artistes !
3/07 - CARMEN PAR OPÉRA PLEIN AIR - OPÉRA 5/07 - CARMINA BURANA
PAR L’ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE DE TOULOUSE -CLASSIQUE-
8/07 - LE LAC DES CYGNES
PAR LE SAINT-PÉTERSBOURG BALLET THÉÂTRE - DANSE-
9/07 - PASSIONNÉMENT TOSCANINI
AVEC Francis Huster - MISE EN SCÈNE Steve Suissa -THÉÂTRE-
10/07 - VIVALDI «UNE SOIRÉE VÉNITIENNE»
PAR L’ORCHESTRE DE CHAMBRE OCCITANIA -CLASSIQUE-
11/07 - LA NUIT DE LA JEUNE CHORÉGRAPHIE
PAR LA CONFÉDÉRATION NATIONALE DE DANSE LANGUEDOC-ROUSSILLON -DANSE-
18/07 - LES NÉGRESSES VERTES
+ BERNARD LAVILLIERS -CONCERT19/07 - JAIN -CONCERT20/07 - SIMPLE MINDS -CONCERT21/07 - LOUANE -CONCERT22/07 - IAM - L’ÉCOLE DU MICRO D’ARGENT -CONCERT23/07 - JULIEN CLERC - LA TOURNÉE DES 50 ANS -CONCERT24/07 - a-ha - ELECTRIC SUMMER TOUR -CONCERT25/07 - ROBERT PLANT
& THE SENSATIONAL SPACE SHIFTERS -CONCERT-
12/07 - NUEVO BALLET DE MADRID
26/07 - AMADOU & MARIAM
+ YOUSSOU NDOUR
13/07 - ÉLOQUENCE À L’ASSEMBLÉE
27/07 - CALOGERO - LIBERTÉ CHÉRIE TOUR -CONCERT28/07 - JULIEN DORÉ - SOLO ACOUSTIQUE -CONCERT30/07 - BETH DITTO -CONCERT31/07 - BIGFLO & OLI -CONCERT-
ENCLAVE ESPAGNOLE (spectacle « E N PLATA ») -DANSEavec Joeystarr -THÉÂTRE-
15/07 - CAMILLE + ANGUS & JULIA STONE -CONCERT16/07 - SERGE LAMA -CONCERT17/07 - alt-J -CONCERT-
et le Super Etoile de Dakar -CONCERT-
www.festivaldecarcassonne.fr RÉSEAUX : FRANCE BILLET - TICKETMASTER - DIGITICK - BOX OFFICE
BAFVW
A
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
« Défense d’uriner et de déposer des ordures », prévient un panneau à l’entrée de
la rue Boris-Vian. Juste en face, un entrelacs de planches, de tringles métalliques
et de tuyaux jouxte des sacs-poubelle
éventrés. Dès les premières marches, une
forte odeur d’urine prend à la gorge. Derrière son guichet, le gardien du centre
sportif ne veut même pas ouvrir sa fenêtre : « Je ferme toute la journée, même s’il
fait trop chaud, souffle-t-il. C’est insupportable. » Geoffrey, fonctionnaire territorial, emmène ses trois petits garçons au
square : « Encore, là c’est plutôt propre !
observe-t-il. Souvent, on doit retenir sa
respiration. En plus, il y a des migrants et
des drogués qui se battent. Le soir, ils sortent les matelas et dorment sous les arcades. Et ils font leurs besoins partout. » Au
Leader Price qui fait l’angle, Eva, la responsable, confirme : « Parfois, les SDF
bouchent les grilles d’aération de notre réserve, indique-t-elle. Donc les plombs
sautent. Cela nous est arrivé deux fois cette
année de perdre tous nos surgelés.»
Le 2 mai dernier, jour de la Saint-Boris, la cohérie Boris Vian, accompagnée
« La famille ne souhaite absolument
pas que l’on charge uniquement
l’opératrice (du Samu, NDLR) »,
mais voudrait que l’on remonte
la « chaîne de responsabilités »,
a déclaré son avocat, Me Mohamed
Aachour. Les parents et la sœur
de Naomi Musenga,
cette Strasbourgeoise décédée
en décembre après de graves
dysfonctionnements dans
l’organisation des urgences, ont
demandé jeudi « que justice soit
faite ». Ils se sont émus des « fautes
gravissimes » mais aussi d’« un
manque d’humanité total », sans
« accompagnement » ni « suivi ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
Deux études génétiques retracent les origines
des anciennes populations nomades.
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
HISTOIRE Le moins que l’on puisse dire,
c’est qu’il y a eu du rififi dans les steppes eurasiennes entre 3000 avant J.-C.
et l’an 1000. D’innombrables peuples,
tribus, groupes, vivaient sur 8 000 kilomètres entre, à l’ouest, la Roumanie et
la Hongrie actuelles, et à l’est, la Mongolie et le nord de la Chine, en passant
par l’Anatolie et le Kazakhstan. Ils se
sont mélangés, affrontés, ont commercé, échangé, se sont alliés ou trahis durant l’âge du bronze, entre 3000 et 1000
avant J.-C., puis durant l’âge du fer, de
l’Antiquité jusqu’aux époques médiévales. Deux grosses études mêlant génétique, linguistique, archéologie,
viennent d’éclairer d’un jour nouveau
ces 4 000 ans d’histoire chaotique et
étonnante où vont apparaître les peuples anciens d’Asie mineure, les Hittites, puis les Scythes, les Xiongnus, les
Huns et bien d’autres.
Les chercheurs, sous la houlette de
l’incontournable Danois Eske Willers-
lev, patron du Centre de géogénétique
du Muséum national d’histoire naturelle de Copenhague, ont sorti les gros
moyens. L’une des études, parue dans
la revue britannique Nature, a mobilisé
49 chercheurs de 10 nationalités différentes pour étudier et comparer 137 génomes anciens, découverts par les archéologues dans des squelettes, couvrant toute la zone et toute la période et
500 génomes modernes venus de Sibérie, de Mongolie, du Kazakhstan…
L’étude de l’ADN ancien permet de voir
quels étaient leurs ancêtres, quelle était
leur descendance, s’ils ont disparu, s’ils
ont été remplacés par d’autres, s’ils se
sont mélangés…
L’un des enseignements majeurs de
ces travaux porte sur l’âge du fer et plus
particulièrement sur la culture scythe
(VIIIe au IIe siècle avant J.-C.). Celle-ci,
associée à la famille linguistique indoeuropéenne, a dominé les steppes eurasiatiques à l’âge du fer. Mais s’il y a bien,
comme l’attestent les archéologues, une
culture scythe dans ces steppes, il n’y a
pas à proprement parler de peuple scy-
DOMAINE PUBLIC
4 000 ans
d’histoire
des steppes
eurasiennes
décrits par l’ADN
Applique en or représentant des guerriers scythes avec des arcs, Panticapeum, Crimée. IVe siècle av. J.-C., Musée du Louvre.
La culture scythe, associée à la famille linguistique indo-européenne, a dominé les steppes eurasiatiques à l’âge du fer.
the. « Alors que les œuvres d’art, les rites
funéraires, etc., sont à cette époque pratiquement les mêmes de la Hongrie à la
Mongolie, les analyses génétiques ont
montré que les groupes humains qui les
pratiquaient étaient d’origines variées »,
assure Nina Marchi du laboratoire écoanthropologie et ethnobiologie du Musée de l’homme à Paris, qui a participé
aux travaux. « Chez les Scythes, unité
“
Chez les Scythes, unité
culturelle ne veut pas dire
unité génétique
LES CHERCHEURS
”
culturelle ne veut pas dire unité génétique. » On voit ainsi que « ces divers
groupes partagent tous des ancêtres rattachés aux cultures steppiques de l’âge
du bronze tardif (IIe millénaire avant
J.-C.). Ces éleveurs se seraient génétiquement mélangés avec des fermiers
européens pour les Scythes les plus occidentaux, avec des chasseurs-cueilleurs
sibériens pour un groupe scythe d’Asie
centrale, et avec des groupes génétiquement liés à des Iraniens néolithiques proches de la culture BMAC de la région du
Tian Shan », écrivent les chercheurs.
Cette culture BMAC (complexe archéologique bactro-margien), aussi appelée
civilisation de l’Oxus s’étendait sur le
Turkménistan, l’Ouzbékistan et l’Afghanistan actuels.
Puis entre le Ier siècle avant notre ère
et le IIe après J.-C., la culture scythe
disparaît, remplacée par celle de populations nomades venues de l’est, les
Xiongnus, qui plus tard engendreront
les Huns. À forte composante asiatique,
les études génétiques montrent que
certains individus présentaient pourtant des origines plutôt européennes.
Ces ensembles nomades auraient donc
sans doute été aussi des confédérations
de groupes d’origines variées.
L’autre étude, parue elle dans la revue
américaine Science, a requis la collaboration de 32 chercheurs, une grande
partie ayant participé à la première étude. Elle s’est appliquée à mettre en lu-
mière l’importance de la domestication
du cheval, survenue à la transition de
l’âge du cuivre et de l’âge de bronze environ 3 000 ans avant J.-C. Leur étude a
concerné 74 génomes anciens allant du
mésolithique (9 000 ans avant J.-C.) au
présent en passant par l’âge du cuivre,
celui du bronze et celui du fer. « Ces
deux études sont complémentaires », estime Ludovic Orlando, signataire dans
les deux publications et chercheur au
laboratoire CNRS Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse à l’université de Toulouse, qui a longtemps
travaillé avec Eske Willerslev à Copenhague. « Elles sont complémentaires au
niveau des génomes générés et analysés
et aussi au niveau des périodes couvertes,
l’une étant l’âge de bronze et avant,
l’autre plutôt pour les périodes suivantes,
en particulier l’âge de fer ». Une chose
est sûre, le cheval a joué un rôle très important pour définir le paysage ethnique
des steppes eurasiennes en accélérant
les migrations, en changeant le cours
des invasions et en favorisant les échanges commerciaux. ■
Le tourisme, une cause négligée
du réchauffement global
MARC CHERKI £@mcherki
CLIMAT L’empreinte carbone du tourisme mondial continue de s’étendre,
avec 4,5 milliards de tonnes de CO2
émises en 2013 contre 3,9 milliards en
2009. Le secteur représente presque un
dixième des émissions mondiales de
dioxyde de carbone (8,1 % en 2013) et
continue de croître plus rapidement
que le commerce international, ajoute
une étude publiée lundi 7 mai dans Nature Climate Change. Les chercheurs
ont tenté une nouvelle approche, pré-
conisée par des organisations des Nations unies (UNWTO, pour le tourisme
mondial, et l’Unep pour l’environnement). Au lieu d’évaluer les émissions
directes de CO2 comme la somme de
trois composantes (voyages, hébergement et services associés), les chercheurs ont calculé les émissions de gaz à
effet de serre pour ces trois activités,
mais également celles induites par des
secteurs annexes, comme l’achat de
souvenirs.
Afin d’avoir une image encore plus
nette, « dans l’étude, nous traçons à la
fois les émissions des sociétés touristi-
l’isf devient l’ifi,
mais cela ne change
pas les besoins
des plus fragiles.
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don-ifi.fondationcaritasfrance.org
ques mais aussi celles de leurs fournisseurs », explique Ya-Yen Sun, coauteur
de l’article et chercheur à l’université
de Tainan (Taïwan) et à celle de Brisbane (Australie). Et de préciser que, par
exemple, « le service d’une nuit d’hôtel
devrait nécessiter de l’énergie pour cet
hébergement, mais également de l’énergie utilisée par des fournisseurs pour
proposer de la nourriture, la literie, le
mobilier, des services Internet et le
transport ». Les chercheurs ont utilisé
un modèle qui prend en compte les dépendances entre les industries et les
services touristiques, au niveau national et international.
« Les émissions directes des sociétés
touristiques ont été estimées à 2,9 milliards de tonnes de CO2 équivalentes, et
les rejets indirects de leurs fournisseurs
autour de 1,5 milliard de tonnes, en
2013 », ajoute Ya-Yen Sun. Selon Paul
Peeters, professeur à l’université de
Breda (Pays-Bas) qui estima à 1,3 mil-
Les auteurs tablent
sur une taxe carbone
qui devrait nettement
renchérir le prix
des billets d’avion
liard de tonnes les émissions directes
du tourisme en 2005, soit à 4,9 % des
émissions mondiales, dans un rapport
de référence des Nations unies, « c’est
une tentative courageuse d’effectuer les
inventaires d’émissions avec cette méthode ». Cette nouvelle étude trouve
une contribution du secteur aérien de
550 millions de tonnes (Mt), soit du
même ordre de grandeur que les
515 Mt comptés en 2005.
Dans la dernière publication, les
scientifiques estiment les émissions à
partir des dépenses des touristes pendant leurs voyages, qui sont multipliées par un facteur qui varie selon le
pays visité et la technologie locale de
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Un nouveau mode de calcul évalue le poids du tourisme à 8,1 % des émissions
mondiales de CO2, le double des estimations de 2005.
Des touristes devant le Sacré-Cœur à Paris. Les Nations unies préconisent d’encourager
les voyageurs à choisir des destinations moins éloignées de leurs lieux de résidence.
production d’énergie. Ils ont pris en
compte d’autres gaz à effet de serre, y
compris les oxydes azotés - qui ne
contiennent pas de carbone mais notamment du protoxyde d’azote (N2O)
qui a un impact 300 fois plus important
sur l’effet de serre qu’une molécule de
CO2. Ce qui augmente l’empreinte climatique de l’alimentation au détriment des transports.
« Un autre mérite de cette étude est de
montrer qu’il y a une part du dioxyde de
carbone qu’il est difficile d’attribuer aux
touristes. Quand il se rend sur un lieu de
villégiature, ses émissions de CO2 pour
la nourriture sont-elles à prendre en
compte ou, au contraire, sont-elles simplement le déplacement d’une émission
de CO2 qui aurait été effectuée dans son
pays d’origine ? C’est le même problème
que l’on trouve pour l’estimation du CO2
associé à un bien importé en Europe,
produit en Chine », complète Ghislain
Dubois, cofondateur de la société de
conseil TEC, spécialisée dans l’accompagnement de politiques climatiques,
et ex-professeur assistant à l’université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Mais les auteurs de la publication
assurent que leur méthode évite le risque de double comptage.
Pour faire face au poids croissant des
émissions de CO2 dans le tourisme,
l’étude rappelle les préconisations des
Nations unies pour les atténuer : encourager les voyageurs à choisir des destinations moins éloignées de leurs lieux
de résidence, circuler en transports pu-
blics, limiter les déplacements en avion
et, par ailleurs, proposer des incitations
aux opérateurs touristiques pour qu’ils
améliorent leur efficacité énergétique
et diminuent leurs émissions de dioxyde de carbone.
Mais « nos résultats prouvent que ces
stratégies ont une efficacité très limitée », précise Arunima Malik, première
signataire de ces travaux et chercheuse
à l’université de Sydney. Les auteurs
tablent plutôt sur une taxe carbone qui
devrait nettement renchérir le prix des
billets d’avion. « L’idée d’une compensation pourrait s’imposer. Mais elle
n’est pas viable à long terme. Vers 2075,
les émissions de l’aviation deviendraient
plus importantes que celles de tous les
autres secteurs concernés par l’accord
de Paris sur le climat de 2015 (les transports aérien et maritime en ont été exclus, NDLR). Il faudrait alors qu’ils
achètent des “émissions négatives” à
d’autres secteurs, ce qui ne semble pas
possible », prévient Paul Peeters.
Grâce aux progrès technologiques
dans le tourisme et aux changements de
comportements des voyageurs, les
émissions pourraient tendre vers zéro.
À une exception près : le transport aérien, tant que les avions électriques
commerciaux n’auront pas fait leur
preuve ! Pour l’instant, l’Organisation
de l’aviation civile internationale
(OACI) s’est engagée sur une stagnation
des émissions nettes globales de CO2
des compagnies aériennes, sur la base
du volontariat, à partir de 2021. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 11 mai 2018
SPORT
11
Dan Carter : « Avec l’âge, il faut
être un peu plus malin »
Paris va-t-il vous manquer ?
Totalement. J’ai passé sincèrement des moments inoubliables
ici. Vivre en France, et à Paris,
c’est complètement différent
que d’y passer un week-end ou
des vacances. J’ai appris à me repérer dans cette ville, à savoir me
déplacer de manière autonome. Et
puis, j’ai découvert un paquet de restaurants, j’ai rencontré les chefs.
(Sourire.) C’est autre chose que de
choisir une table en fonction d’un
guide touristique. Les bâtiments,
l’architecture, l’histoire de Paris
vont me manquer. C’est tellement
différent de la Nouvelle-Zélande.
Mais je reviendrai, c’est sûr !
L’ouvreur star du Racing, opposé samedi au Leinster en finale de la Coupe
d’Europe, revient sur ses trois années passées au club francilien.
Avant, à 36 ans, de relever un dernier défi au Japon.
RUGBY Détendu. C’est pieds nus que la
légende All Black répond aux questions
du Figaro dans un bureau du centre d’entraînement flambant neuf du club francilien, au Plessis-Robinson. Une heure
d’entretien en toute convivialité.
LE FIGARO.- L’an dernier,
vous avez connu, sur et en dehors
du terrain, une année noire…
Dan CARTER.- Cette affaire de contrôle
antidopage (celle des corticoïdes dans laquelle il a été totalement blanchi comme Joe
Rokocoko et Juan Imhoff, NDLR) et ce
contrôle en état d’ébriété appartiennent
au passé… Ce ne sont pas des choses auxquelles je pense encore. J’avance et je ne
me retourne pas. Mais, sur le coup, ça n’a
été facile à vivre.
Il y a eu à l’époque des rumeurs
selon lesquelles vous vouliez quitter
la France après cette tourmente.
Ce ne sont que des rumeurs. Je n’ai jamais
voulu m’enfuir de France ! Ce n’est pas
ma façon de faire dans l’adversité. Évidemment, ce n’était pas facile, mais il fallait assumer. J’apprécie beaucoup ce que
je vis en France. Dans ces moments,
beaucoup de gens m’ont aidé, m’ont soutenu. Je ne retiendrai que les bons souvenirs que je me suis faits en France.
Vous aviez auparavant une image
immaculée. Est-ce que ces épisodes
nuisent encore à votre image ?
Le contrôle en état d’ébriété, c’était une
erreur de ma part. Je n’aurais jamais dû
faire ça, je le sais pertinemment. Mais j’ai
appris de mes erreurs et aujourd’hui je
suis une meilleure personne. L’affaire du
contrôle antidopage, c’est autre chose.
C’était… ridicule. Ça n’avait aucun sens.
J’aime tellement mon sport que je
n’aurais jamais fait quelque chose d’interdit. Ça a été très dur d’être accusé de
quelque chose que je n’avais pas fait. (Silence.) Oui, ça a été très dur, mais la vérité
a fini par sortir. Ça m’a fait du bien quand
cet épisode absurde s’est terminé…
Physiquement, vous avez aussi connu
des moments difficiles. Comment
surmontez ce vieillissement du corps ?
Je n’ai plus 20 ans ! (Rires.) Il faut être
préparé à l’idée que les blessures peuvent
arriver à n’importe quel moment. J’ai eu
quelques pépins depuis que je suis arrivé
au Racing. Mais, une fois la déception de
laisser tomber son équipe évacuée, on retrouve un surplus de motivation pour revenir plus fort.
“
Les bâtiments,
l’architecture, l’histoire de
Paris vont me manquer
”
Avec l’âge, avez-vous changé votre façon
de vous entraîner et de jouer ?
Il faut être un peu plus malin avec l’âge.
C’est ma seizième saison au plus haut niveau. Je commence à avoir pas mal de kilomètres au compteur. Il faut savoir
s’adapter et s’économiser. Plutôt que de
faire une séance de travail de vitesse,
préférer du wattbike. Il faut privilégier
aussi les soins, tout ce qui fait du bien au
corps. La récupération devient prépondérante. Mais cela n’enlève en rien mon
amour du jeu. Je prends le même plaisir
que quand j’ai commencé à jouer. Et
c’est, je pense, le plus important.
Est-il plus dur de devenir le meilleur
ou de le rester ?
(Rires.) C’est une bonne question ! Pour
commencer, je n’ai jamais pensé que j’étais
le meilleur. J’ai connu le succès très tôt
dans ma carrière, ce qui fait que, après,
l’attente et la pression sont énormes et ne
retombent jamais. C’est dur de toujours
garder le même niveau de jeu. Il y a les
blessures, les méformes… Je pense que la
raison pour laquelle j’ai eu autant de succès
et que je suis resté au plus haut niveau si
longtemps, c’est que je suis encore plus
exigeant avec moi-même que les gens le
sont envers moi. C’est ce qui m’a toujours
fait avancer. Quand les gens sont déçus de
moi, je le suis encore plus qu’eux. C’est
pourquoi je ne prête finalement pas beaucoup d’attention à ce qu’il se dit à l’extérieur. J’essaie, par contre, de rendre la
confiance que mes entraîneurs me font.
Est-ce compliqué, pour vous,
de désormais enfiler le costume
de remplaçant lors des gros matchs ?
Pour être honnête, je préfère être titulaire.
(Sourire.) Mais ce n’est pas mon choix. Tout
ce que je peux faire, c’est d’être concentré
pour être le meilleur possible quand j’entre
sur le terrain. Je n’ai pas à me dire : « Oh, je
ne joue pas » ou à être énervé par cette situation. L’individu passe toujours après l’équipe. On me demande d’être remplaçant ?
Très bien. Je dois faire de mon mieux quand
on fait appel à moi. Sur ces vingt minutes de
jeu, il y a moins d’opportunités à saisir. Il
faut donc être encore plus concentré. C’est
un rôle différent, mais je donne toujours le
meilleur de moi-même pour l’équipe.
c’était incroyable. À Perpignan, j’ai pu me
rendre compte et bien saisir l’importance
du bouclier de Brennus en France. Ça a été
une chance unique de vivre ces moments
deux fois en France.
Pourquoi tenter cette dernière
expérience au Japon ?
Je voulais continuer encore un peu à
jouer. Le faire au Japon me permettait de me rapprocher de ma famille,
qui va retourner en Nouvelle-Zélande. Et puis, les saisons y sont plus
courtes, elles ne durent pas onze
mois comme en France. C’est dur
pour une personne de mon âge…
Le rugby est aussi en plein essor
au Japon, qui accueille la prochaine Coupe du monde. Ça
peut être une expérience vraiment originale.
Comment jugez-vous l’évolution
du Top 14 ?
La qualité du jeu s’est nettement améliorée par rapport à la
première fois où je suis venu, il
y a bientôt dix ans. Le niveau
a vraiment augmenté. Les
équipes jouent beaucoup
plus. Par contre, je continue
à penser que les saisons
sont trop longues. C’est
très exigeant pour les
joueurs. Il y a donc des
périodes où on voit
du
bon
rugby,
d’autres où c’est
plus haché…
Songez-vous à devenir entraîneur ?
J’adore la vie que j’ai. Et c’est grâce au
rugby. Ce sport m’a tout apporté. Quand
j’aurai terminé ma carrière, j’ai envie de
redonner aux autres ce que le rugby
m’a donné. J’aimerais aider au développement du rugby auprès des enfants ou des pays en difficulté.
Donner le sourire aux gens… ■
Quel est votre meilleur souvenir
de vos deux passages en France ?
Il me reste encore quelques souvenirs à me
faire j’espère… J’ai la tête pleine d’excellents souvenirs. Évidemment, Barcelone restera un très grand moment.
Jouer devant 100 000 personnes, aider le Racing à gagner le Top 14,
« La qualité du jeu
en Top 14 s’est
nettement améliorée
par rapport
à la première fois
où je suis venu,
il y a bientôt dix ans »,
affirme Dan Carter.
Bio EXPRESS
CAROLINE BLUMBERG/
ICON SPORT
1982 Naissance à Leeston, en Nouvelle-Zélande.
2003 Première sélection pour les All Blacks.
2008 Recruté par Perpignan. Dispute 5 matchs
avant de se rompre le tendon d’Achille.
2011 Champion du monde. Il se blesse pendant la compétition
et rate les trois derniers matchs.
2015 Champion du monde. 112e et dernière sélection en finale.
2015 Rejoint le Racing 92. Champion de France six mois plus tard.
« Gagner le seul trophée qui me manque »
LE FIGARO. -Vous disputerez, samedi
contre le Leinster, la seconde finale
de Coupe d’Europe de votre carrière,
après celle perdue en 2016…
Dan CARTER. - J’ai hâte. Disputer des
gros matchs en Coupe d’Europe était
l’une des raisons de ma venue au Racing. Remporter le titre européen,
l’un de mes défis. On est passé tout
près il y a deux ans, mais on avait été
battus par meilleurs que nous (défaite
21-9 contre les Saracens). Cette saison,
on s’est redonné l’opportunité d’être
champion d’Europe. Je suis d’autant
plus excité et impatient que c’est ma
dernière saison ici. Mais, en face, il y a
le Leinster, probablement la meilleure
équipe en Europe. Il va falloir que l’on
sorte un très gros match si on veut
décrocher ce titre européen.
Le Racing paraît, cette fois,
plus sûr de sa force.
Oui. La saison dernière a été compliquée. On ne s’était même pas qualifié
pour les quarts de finale de la Coupe
d’Europe. Cela nous a donné une motivation supplémentaire pour cette saison. On s’est servi de cette déception
pour en faire une force. L’état d’esprit
qui règne dans l’équipe est remarquable. Le Leinster n’a pas perdu un
match cette saison en Champions Cup,
mais, de notre côté, je sens qu’on
monte en puissance. Notre plan de jeu
est vraiment bien assimilé. On essaie
de proposer du jeu, on y arrive, ce qui
fait qu’on est en confiance. Mais les Irlandais sont vraiment très solides. Il va
falloir qu’on réalise quelque chose de
« spécial » contre eux…
Avez-vous déjà affronté l’ouvreur
du Leinster, Jonathan Sexton ?
Je n’ai jamais joué contre le Leinster.
Mais la dernière fois que j’ai affronté
l’Irlande avec les All Blacks, en 2012, il
se partageait le poste d’ouvreur avec
Ronan O’Gara. À l’époque, il était encore en train de se faire un nom au niveau international.
Quel regard portez-vous
sur celui qui est considéré
comme le meilleur 10 d’Europe ?
C’est assurément l’un des joueurs clés
du Leinster. Il dirige très bien son
équipe, avec un excellent jeu au pied et
une très bonne vision du jeu. J’ai beaucoup de respect pour lui.
La finale de la Champions Cup
a lieu à Bilbao. Vous avez une histoire
vraiment particulière avec l’Espagne…
(Sourire) J’ai évidemment d’excellents souvenirs de Barcelone où on a
soulevé le bouclier de Brennus il y a
deux ans. Cette fois, on sera de l’autre
côté, au Pays basque. J’espère qu’on
aura de nombreux supporteurs derrière nous. On est la dernière équipe
française encore en lice… Toute la
saison, on a parlé entre nous d’aller à
Bilbao pour la finale. Maintenant
qu’on y est, il faut la gagner. On ne
veut pas s’arrêter là.
On imagine que vous rêvez
de quitter la France avec
un nouveau trophée…
Oui. En plus, c’est le seul qui me manque ! À titre personnel, ce serait vraiment génial de remporter ce titre. Mais
je ne joue pas pour moi, pour mon
compte personnel. Je joue pour mon
équipe, pour tous les jeunes joueurs du
Racing. J’aimerais partager cette expérience et ce moment avec eux. Ce
serait bien, pour le Racing, d’avoir une
première étoile sur son maillot. ■
EN BREF
Tennis : Garcia brille à Madrid
La no 1 française Caroline Garcia
s’est qualifiée jeudi pour les demifinales du tournoi de Madrid
en dominant l’Espagnole Carla
Suarez (6-2, 6-3). La 7e mondiale
affrontera la Russe Sharapova
(52e) ou la Néerlandaise Bertens
(20e) pour une place en finale.
Giro : Esteban Chaves
triomphe à l’Etna
Le Colombien a remporté jeudi
la 6e étape du Tour d’Italie, sur
les pentes de l’Etna, devant son
coéquipier Simon Yates, nouveau
maillot rose. Thibaut Pinot,
3e de l’étape, est 5e au général
à 46 secondes du Britannique.
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PROPOS RECUEILLIS PAR
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vendredi 11 mai 2018
12
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
du lundi au vendredi
de 9 h à 13 h
et de 14 h à 18 h
les dimanches et jours fériés
de 9 h à 13 h
(excepté les 1er janvier, 1er mai,
naissances
M. Ivan
LE MUET-LACORDELLE
et Mme, née
Samantha Herrera Laplace,
ont la joie d'annoncer
la naissance de
Jean
le 6 avril 2018,
à Neuilly-sur-Seine.
15 août, 25 décembre)
Elles doivent
nous parvenir avant
16 h 30 pour toutes
nos éditions du lendemain,
avant 13 h les dimanches
et jours fériés.
par téléphone
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux
14 boulevard Haussmann,
75009 Paris,
deuils
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
24 € jusqu'à 25 lignes
22 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
27 € jusqu'à 25 lignes
25 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
nous consulter
Les lignes comportant des
caractères gras sont facturées
sur la base de deux lignes ;
les effets de composition
sont payants ;
chaque texte doit comporter
un minimum de 10 lignes.
Naissances,
Adoptions,
Baptêmes,
Fiançailles,
Mariages,
Anniversaires,
Centenaires,
FêtedesMères,
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Saint-Valentin,
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Communications
diverses,
Conférences,
Thèses,
Portesouvertes,
Distinctions,
Nominations,
Commémoration,
Signatures,
Départsen
retraite,
Vœux,
Deuils,
Condoléances,
Remerciements,
Souvenirs,
Messeset
anniversaires,
Officesreligieux,
Prised’habit,
Jubilé,
Jubilésacerdotal,
Ordination,
Vœux
monastiques.
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
Tél Abonnements :
PROGRAMME printemps-été 2018
01 70 37 31 70
Orianne et Romain
Oger-Privault,
Adrien et Gaël Privault,
Franz et Laëtitia Caille,
Morgane et Hélène Caille,
ses petits-enfants,
Soline Oger,
son arrière-petite-fille,
ont la douleur
de vous annoncer le décès du
docteur
Françoise CAILLE-WINTER
médecin psychiatre
et psychanalyste,
Lyon.
survenu dans sa 90e année.
Mlle Marie-Pierre Alliod,
M. et Mme Noël Alliod-Beck,
M. et Mme Henry Alliod,
ses enfants,
ainsi que ses petits-enfants,
Mlle Marie-Madeleine Alliod,
sa belle-sœur,
les familles Alliod, Humbert
et Charat
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 16 mai 2018,
à 15 h 30, en l'église
d'Auvers-sur-Oise.
103, avenue Michel-Bizot,
75012 Paris.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Pierrette ALLIOD
née Charat,
survenu le 4 mai 2018,
dans sa 101e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 14 mai,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame-de-Bon-Secours,
à Lyon-Montchat (3e).
sur notre site :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Franck et Elisabeth Privault,
Pierre et Marielle Caille,
ses enfants,
Lyon (5e).
Ses enfants,
Sylvie, Thierry,
Isabelle, Olivier,
ainsi que leurs conjoints,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Henri AZÉMAR
survenu à Paris, le 9 mai 2018,
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 14 mai, à 14 h 30,
en l'église Saint-Jean-Baptistede-Grenelle,
place Etienne-Pernet,
Paris (15e).
L'inhumation aura lieu
au cimetière de Lanobre
(Cantal).
Laurence Berretti,
Stéphane Berretti,
ses enfants,
et sa belle-fille,
Maxime, Nicolas, Thomas,
Jérémy, Victor,
ses petits-fils,
Monique Rault,
sa sœur,
ainsi que toute sa famille
ont la tristesse
de vous annoncer le décès de
ont la tristesse
vous faire part du décès de
ses petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 15 mai 2018,
à 10 h 30, en l'église de
Sainte-Foy-lès-Lyon centre.
Mme René Macarit,
née Jeannine Suire,
son épouse,
ses enfants et petits-enfants,
sa nièce
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
commissaire divisionnaire
honoraire
de la Police nationale,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Sarah RANVAL
née Klajn.
La cérémonie sera célébrée
le lundi 14 mai 2018,
à 16 heures, au cimetière
parisien de Bagneux.
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
toute sa famille et ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Suzanne ROUSSEAU
née Lecocq,
survenu le lundi 7 mai 2018,
dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée,
le mardi 15 mai, à 15 heures,
en l'église de Damery (Marne).
L'inhumation se déroulera
le mercredi 16 mai, à 11 heures,
au cimetière du Plessis-Placy
(Seine-et-Marne).
Mme Albert Samoun,
son épouse,
M. Alain Samoun,
son fils,
Florent et Timothée,
ses petits-enfants,
ont la grande douleur
de vous faire part du décès de
survenu le 6 mai 2018,
à l'âge de 91 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Pallais,
à Saintes (Charente-Maritime),
le mardi 15 mai, à 10 h 30.
Paris. Le Plessis-Trévise.
Biarritz.
Gouvieux (Oise).
Tillenay (Côte-d'Or).
Paris (13e).
Les familles Ranval et Klajn
M. Philippe HOVELACQUE
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 15 mai,
à 14 h 30, en la chapelle
Notre-Dame-de-la-Paix,
quartier du Lac
de Saint-Jean-de-Luz.
M. René MACARIT
M. Jean-Pierre EYRARD
Mme Marie-Louise Azémar,
son épouse,
M. et Mme Michel Azémar,
ses enfants,
Céline Azémar
et Sylvain Morisot,
Antoine Azémar,
ses petits-enfants,
Juliette,
son arrière-petite-fille,
Mme Patrick Hovelacque,
ses enfants,
M. et Mme
Jean de Maupeou d'Ableiges
et leurs enfants,
M. et Mme
Gérald Hovelacque
et leurs enfants,
M. et Mme Arnaud Meunié
et leurs enfants,
Mme Armelle Bardin,
née Hovelacque,
son gendre et sa fille,
M. Thibault Gobert
et Mme, née
Diane de Mony-Pajol
et leurs enfants,
Noémie et Arthur,
M. Marc Hovelacque,
Valérie Dissaux
et leurs enfants,
Inès et Benjamin,
M. Albert SAMOUN
le dimanche 6 mai 2018,
à l'âge de 91 ans.
Les obsèques ont eu lieu
le mercredi 9 mai 2018.
50, boulevard Maillot,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Mme Jeannine PEZIER
Olivier-Pierre et Christiane
Gires,
Frédérique et Thierry Le Goff,
Vincent Gires,
ses enfants,
Pierre Le Goff,
son petit-fils,
et toute la famille
vous font part du décès de
Jean Pierre GIRES
ancien de la 2e DB,
chevalier
de l'ordre national du Mérite.
L'A-Dieu aura lieu
le mercredi 16 mai 2018,
à 10 heures, en l'église
Sainte-Geneviève
de Gouvieux, suivie
de l'inhumation à 17 heures,
au cimetière Saint-Roch
de Valenciennes (Nord),
où Jean Pierre reposera
au côté de son épouse, Jacotte.
Un registre à signatures tiendra
lieu de condoléances.
est décédée à l'âge de 86 ans,
après une vie professionelle
au côté de son époux, Jacques,
imprimeur, photograveur
et tous deux anciens
d'Oberthur.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 14 mai 2018,
en l'église Toussaints,
rue Dreyfus, à Rennes.
Mgr Philippe Miguet,
M. Nicolas Miguet,
M. Christophe Miguet,
ses enfants,
François et Olivia,
Delphine (†), Marie, Antoine,
Lucie, Ludovic, Victor,
ses petits-enfants,
Bernadette, Sophie, Frédéric,
ses neveu et nièces,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
née Bernadette Baty,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 14 mai, à 10 h 30,
en l'église Saint-Jean-Baptiste
de Neuilly-sur-Seine,
158, avenue
Charles-de-Gaulle.
Nous sommes priés d'annoncer
le décès de
Une messe aura lieu
le mardi 15 mai, à 10 h 30,
en l'église de Chamboulive
(Corrèze),
suivie de l'inhumation.
survenu le 2 mai 2018,
à l'âge de 73 ans, à Paris.
Mme Marie-Claude
HOLLEAUX
De la part de :
son fils et toute sa famille.
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Ses enfants et petits-enfants
ainsi que toute sa famille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Mme Pierre LABET
née Jacqueline Morin,
toute la famille et ses amis
survenu à Verneuil-sur-Avre,
le 8 mai 2018,
dans sa 87e année, munie
des sacrements de l'Église.
survenu le 8 mai 2018,
dans sa 83e année.
Mme Henri CHRÉTIEN
née Madeleine Aujoulet,
« Marinette »,
Gloria Ferreira,
Mme veuve François MIGUET
Ni plaques, ni fleurs,
ni couronnes.
Claude BERRETTI
remerciements
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
sa belle-sœur,
ses neveux et nièces,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
La messe d'inhumation
aura lieu
le samedi 12 mai, à 11 heures,
en l'église Notre-Dame
de Verneuil-sur-Avre,
où l'on se réunira.
Parking à l'abbaye
Saint-Nicolas.
Condoléances sur registre.
101, rue Paul-Doumer,
27130 Verneuil-sur-Avre.
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
offices religieux
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 11 mai 2018,
avant 21 h 02,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
être abonné au Figaro :
un véritable privilège !
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disparition
Per Kirkeby, figure
de l’art contemporain danois
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
FOUGUEUX, bouillonnant,
intense, parfois terrible par
ses colères, le grand peintre Per Kirkeby est mort le
9 mai à Copenhague, à
79 ans. Il souffrait depuis
des saisons des suites d’un
AVC. La nouvelle est venue
subrepticement cette nuit
de ses amis danois qui,
comme Jonas Storsve,
conservateur du cabinet
d’art graphique de Beaubourg, savent son importance dans le petit panthéon de l’histoire de l’art.
À la fois viril dans son
énergie brute comme un
bûcheron peint par son
contemporain Georg Baselitz, bourru comme un
tempétueux qui n’accepte
pas les limites, inspiré
comme un géologue tombé
dans l’art, Per Kirkeby
était depuis longtemps une
légende en son pays. Ce
peintre, sculpteur, romancier, poète, cinéaste était
ce talent multiple complètement inclassable, dans la
veine nordique de l’indomptable Picasso.
Grâce à son marchand
historique, l’Allemand Michael Werner, de Cologne
et Berlin, qui l’a exposé
dans les foires internationales et dans sa galerie de
New York, il était parti tôt
à la conquête du marché
anglo-saxon. Juste après le
drame du 11 Septembre, il
trônait ainsi en octobre
2001, avec ses très grands
formats
entre
terre
mouillée et soleil, dans la
galerie de Manhattan Uptown. Il s’était imposé surtout en Allemagne puis
dans les grands musées
voisins, de Bozar à Bruxelles à la Fondation Beyeler
de Bâle. Les grandes plages
vides au sable rose et à
l’éclat lunaire d’Edvard
Munch avaient une lointaine parenté avec ses natures
verticales, abstraites et
sensuelles. Kirkeby, c’était
le grand peintre des paysages entre abstraction et expressionnisme, le coloriste
fou venu d’un pays tout en
nuages et en éclaircies, le
sculpteur minimaliste aux
énigmatiques formes ancestrales du Danemark.
C’est d’ailleurs cet aspect
de son œuvre que les
Beaux-Arts de Paris ont
exposé, du 20 octobre au
22 décembre, dans le cadre
monumental de la Cour vitrée (« Sculptures en briques, 1966-2016 »).
« Kirkeby
était un homme
très présent »
Très tôt dans sa carrière,
Kirkeby avait introduit
dans son travail de grandes
sculptures en briques. Une
centaine de ces pièces ont
été construites, les archives de l’artiste font état
d’innombrables plans et
projets non aboutis à ce
jour, mais jusque-là aucune exposition n’avait été
exclusivement dédiée à ce
corpus. Paris fut donc son
dernier acte, pour ne pas
dire son mastaba. Initialement conçues pour les musées et galeries, ces formes
ambiguës, qui empruntent
à l’architecture ses techniques et parfois son échelle,
ont souvent trouvé place
dans les parcs ou les rues
de villes européennes, notamment en Allemagne,
aux Pays-Bas et dans les
pays scandinaves. Prenant
place dans le décor coloré
de la cour vitrée, les douze
pièces en briques de Kirkeby occupaient à Paris un
Per Kirkeby en 2009,
lors de sa rétrospective
à Düsseldorf. LENNART
PREISS/DDP IMAGES/AFP
lieu étroitement lié à l’histoire de la sculpture destinée pendant près d’un siècle (de 1874 à 1971) à la
présentation de moulages
en plâtres, copies d’après
l’antique qui servaient de
modèles pour l’apprentissage du dessin. « Je suis très
content de l’avoir rendu
heureux par cette dernière
exposition qui fut un défi artistique et humain, un tour
de force autant technique
que financier. Il s’agissait
de construire méticuleusement ces géantes puis de
détruire ces œuvres éphémères tout en collaborant au
plus juste avec Kirkeby »,
raconte avec émotion l’artiste Jean-Marc Bustamante, directeur des BeauxArts de Paris.
Un artiste érudit
aux multiples
facettes
Né en 1938 à Copenhague,
Per Kirkeby a développé
une œuvre singulière ancrée dans l’histoire de l’art
- des maîtres allemands et
français du XIXe siècle aux
mouvements expressionnistes des années 1980 - et
marquée dès le commencement par ses études en
géologie. Bien qu’il se définisse avant tout comme
peintre, Kirkeby le scientifique fut aussi sculpteur,
architecte, réalisateur et
auteur d’une soixantaine
d’ouvrages.
« J’ai toujours été fasciné
par l’art novateur de Kirkeby qui tranchait avec l’héritage tardif de Cobra et avec
l’art plutôt construit qui
dominait alors la scène danoise. Se dégageaient de son
œuvre une grande liberté et
une richesse singulière
nourrie par de précoces
rencontres et échanges avec
les grands peintres allemands », se souvient Jonas
Storsve, du Musée national
d’art moderne au Centre
Pompidou. « Je l’ai rencontré en 1987 lors de son exposition au Musée Ludwig de
Cologne. J’étais adolescent
et nous avons marché dans
les rues de Cologne en discutant de sculpture romane.
Il connaissait tout de cette
ville, c’était un vrai érudit et
un homme précis, géologue
de formation. Pour moi,
Kirkeby était un grand romantique. Comme je lui
parlais du besoin vital de
mes promenades en Bourgogne, au cœur de la nature, il m’a dit : “Je comprends, toute ma peinture
vient de là.” Les 19 dessins
qu’il a donnés au Musée national d’art moderne seront
accrochés dans la prochaine
exposition des acquisitions
du Cabinet d’art graphique,
en souvenir de l’artiste et de
sa générosité. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 11 mai 2018
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
13
La tentation barcelonaise
de Manuel Valls
Né dans la capitale catalane,
l’ancien premier ministre
avoue réfléchir
à une candidature
à la mairie de Barcelone
en 2019, sur une liste
anti-indépendantiste.
Ses éventuels opposants
fourbissent déjà
leurs armes contre
l’actuel député LaREM.
la cause unioniste. « Nous l’avons vu sur une chaîne de
télévision française, se souvient Miriam Tey, viceprésidente de SCC. Son discours correspondait exactement aux idéaux que nous défendions ! », s’enthousiasme-t-elle. Le 16 décembre 2017, SCC l’invite à
une table ronde au palais des congrès de Barcelone.
La Catalogne est en pleine campagne à la veille des
élections régionales catalanes du 21 décembre,
convoquées par Madrid après la destitution du gouvernement indépendantiste de Carles Puigdemont.
Le soir même, Valls est en meeting, aux côtés du Prix
Nobel de littérature Mario Vargas Llosa et de la tête
de liste de Ciudadanos, Inés Arrimadas. Il fustige le
nationalisme catalan qui partage « l’anti-européisme
des populismes de droite et d’extrême droite ». « C’est
là que le lien s’est établi », indique Joan Garcia, député
de Ciudadanos au Parlement régional catalan.
Tant que la décision de Valls n’est pas confirmée,
la direction nationale du parti évite de communiquer
sur le sujet. À la SCC, Miriam Tey assure qu’ils ont
« encouragé Valls à se lancer en politique en Catalogne », sans l’orienter vers un parti plutôt qu’un
autre. Le meeting du 16 décembre a suscité des envies parmi les rivaux unionistes de Ciudadanos. Pas
de jaloux ! L’ex-premier ministre finit par participer
à une réunion publique du PSC, et à une autre du
Parti populaire (PP, droite), la formation de Mariano
Rajoy. Mais après la tenue des élections, le député
apparenté LaREM affiche discrètement sa préférence. « Sur Twitter, il fait plusieurs clins d’œil à Arrimadas et à Albert Rivera, le président du parti », observe
Inaki Ellakuria, journaliste au quotidien La Vanguardia et auteur d’un livre sur Ciudadanos, Alternativa naranja (« Alternative orange »).
Mathieu de Taillac
£@mdetaillac
Madrid
U
Comme toute raillerie, la plaisanterie de « Polonia » a
aussi sa part d’injustice. Manuel Valls est né à Barcelone en 1962 d’un père catalan, le peintre Xavier
Valls, et d’une mère suisse italienne, Luisa Galfetti. Il
parle catalan mieux encore que l’espagnol. Sa première manifestation, il le revendique, fut celle du
11 septembre 1977, par laquelle les Catalans, après la
mort de Franco et avant l’adoption de la Constitution
démocratique, réclamèrent la liberté des prisonniers
politiques du franquisme et l’autonomie de leur région. À en croire ses amis, il est tout sauf étranger à
cette ville qu’il fréquentait très régulièrement avant
d’intégrer le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.
En 2010, Gabriel Colomé, professeur de sciences
politiques à l’Université autonome de Barcelone et
conseiller municipal (Partit dels Socialistes de Catalunya, PSC) de 2005 à 2011, présenta le livre Pouvoir à
l’Institut français de Barcelone. Sur les cartons d’invitation, Valls y est simplement défini comme
« auteur du livre et député maire d’Évry ». Un an
avant sa participation à la primaire socialiste, deux
ans avant sa nomination Place Beauvau, quatre ans
avant Matignon, Valls avait encore le temps de faire à
Barcelone la promotion de ses ambitions politiques.
C’est sans doute l’une des dernières fois, avant qu’il
ne soit happé par ses responsabilités ministérielles.
Jusqu’alors, Valls se rend tous les quinze jours ou
presque à Barcelone. L’un des motifs de ces déplace-
ments est public : le maire d’Évry va au Camp Nou
voir jouer son très cher Barça. La seconde raison est
intime : Manuel rend visite à sa sœur Giovanna, qui
se bat contre son addiction à l’héroïne, un combat
qu’elle racontera, une fois remporté, dans son livre
Accrochée à la vie. Et au passage, il rencontre ses
cousins politiques du PSC. « Il discute avec les responsables locaux, avec le premier secrétaire de l’époque, il
entretient ses relations avec les élus du terrain, témoigne Colomé. Le présenter aujourd’hui comme un parachutiste est de bonne guerre, mais cela ne correspond pas à la réalité. »
Une fois au gouvernement, sa passion barcelonaise est plus difficile à assumer. Quand, en 2015, il va à
Berlin assister à la finale de la Ligue des champions
entre le FC Barcelone et la Juventus de Turin, son déplacement dans un Falcon de la République déclenche une polémique nationale. En 2014, il trouvait encore l’occasion, lors d’un meeting de campagne des
élections européennes, de s’afficher aux côtés du
PSC dans son quartier natal, celui de Horta.
Les clins d’œil à Ciudadanos
Mais son passage aux affaires l’a distancé des socialistes catalans. « Sa politique de grande fermeté contre
l’immigration passe mal chez une partie du PSC, se
souvient Colomé. On entend alors qu’il est plus de
droite que de gauche. »
Ses échecs en France, à la primaire socialiste puis
pour intégrer La République en marche, coïncident
avec l’éclatement de la crise catalane. Invité par les
médias français à commenter l’actualité de sa région
de naissance, il tape dans l’œil des activistes anti-indépendance. Societat Civil Catalana (SCC), le grand
lobby hostile à la sécession, est l’un des premiers à
mesurer le potentiel d’un ex-premier ministre pour
Manuel Valls lors d’une manifestation
pour l’unité de l’Espagne et contre l’indépendance
de la Catalogne, le 18 mars dernier à Barcelone.
ENRIC FONTCUBERTA/EFE
COLLECTION PERSONNELLE
Il parle encore mieux catalan qu’espagnol
Offensive médiatique
L’entrée sur la scène politique se double d’une offensive médiatique. Dans la presse, à la radio et à la télévision, à Barcelone et à Madrid, Valls se démultiplie.
« Un ex-premier ministre français, lié émotionnellement à Barcelone, qui intervient dans le débat espagnol, et qui vient en plus nous dire que notre démocratie ne va pas si mal, bien sûr que ça nous intéresse ! »,
explique Antonio Ferreras, directeur et présentateur
d’« Al Rojo Vivo », l’émission politique matinale de
la chaîne de télé privée La Sexta. Le 19 avril, il est sur
son plateau. Ferreras, qui choisit rarement ses questions au hasard, lui demande si, dans l’hypothèse où
un parti lui proposerait de se présenter aux municipales à Barcelone, il accepterait. « Je vais y réfléchir »,
répond Valls.
Le lendemain, Valls formule une réponse similaire
à la télévision publique, TVE. La machine s’emballe
et Albert Rivera est sommé de se prononcer. Il
confirme que son parti lui a bien fait cette proposition. « Les conversations se sont faites au niveau de la
direction nationale. Pour moi et pour beaucoup d’élus
de Ciudadanos, ce fut une excellente surprise ! », reconnaît Joan Garcia.
Reste la grande question : Manuel Valls a-t-il la
moindre chance de l’emporter ? Si l’on observe les
résultats des municipales de 2015, la bataille semble
perdue d’avance. Avec 11 % des voix et 5 conseillers
municipaux sur 41, Ciudadanos fut le troisième parti,
derrière BComu et Convergencia (indépendantistes
de centre droit), et à quasi-égalité avec le quatrième,
ERC. Et l’addition des 4 élus PSC et des 3 PP est très
loin de donner une majorité à un éventuel bloc antiindépendantiste.
En revanche, aux élections régionales de décembre 2017, Ciudadanos s’est érigé à la première place
avec 24 % des suffrages à Barcelone. Certes, les
10 conseillers municipaux qui lui reviendraient, selon les projections de La Vanguardia, laissent Ciudadanos très loin de la majorité. Mais aux municipales,
la loi électorale espagnole prévoit que, faute de majorité alternative, le candidat de la liste arrivée la
première est désigné maire de la ville. Voilà l’étroite
fenêtre de tir, le coup de poker que Ciudadanos peut
offrir à Valls.
Pour le politologue Lluis Orriols, professeur à
l’université Carlos-III de Madrid, « vu la grande atomisation de l’offre politique à Barcelone, le candidat
qui arrivera premier, quel qu’il soit, peut finir maire de
la ville. Valls ne va pas obtenir 50 % des suffrages,
mais il suffit d’un petit pourcentage pour prendre la
mairie ». Ciudadanos a-t-il vraiment la capacité
d’arriver premier aux municipales, où les électeurs
font habituellement des choix bien différents de ceux
exprimés aux élections catalanes ? « Ciudadanos
manque de racines locales, concède Orriols. Mais
c’est bien pour cela qu’ils ont intérêt à construire une
candidature de fort impact médiatique. Même si Valls
ne maîtrise pas parfaitement les problèmes quotidiens
de Barcelone, il peut, compte tenu des faiblesses du
parti, être un pari gagnant pour Ciudadanos. » Un défi
de judoka pour le fidèle supporteur du Barça. ■
Valls ne va pas obtenir
50 % des suffrages, mais il suffit
d’un petit pourcentage
pour prendre la mairie de Barcelone
LLUIS ORRIOLS, POLITOLOGUE
»
A
n taxi s’arrête, hélé par un passant. Manuel Valls monte à bord.
Il tente tant bien que mal d’indiquer son chemin parmi les rues de
Barcelone, la ville qui l’a vu naître
et que, dit-il, il connaît si bien.
Quelques secondes plus tard, alors
qu’il observe le paysage par la fenêtre, il s’exclame,
comme le ravi de la crèche : « C’est la mer ? Il y a la
mer à Barcelone ? ! » Le sketch enchaîne les gags sur
la supposée méconnaissance de la capitale catalane
par l’ex-premier ministre français et les rires en
boîte ponctuent les blagues. Avoir son personnage à
« Polonia », l’émission d’humour politique de TV3, la
télévision publique catalane, c’est un peu comme
avoir sa marionnette aux « Guignols » de la grande
époque. C’est d’abord une reconnaissance : Valls
l’anti-indépendantiste, à force de meetings, de manifestations et d’émissions télévisées, a acquis une
vraie notoriété dans la région ; c’est aussi un avertissement, encore aimable : s’il confirme son projet de
briguer la mairie de Barcelone en conduisant la liste
de Ciudadanos (centre libéral anti-sécession), il ne
sera pas épargné.
Comme toute caricature, le sketch a un fond de vérité. Il révèle comment une partie de la société catalane voit Valls, qui n’a jamais vécu à Barcelone, et comment les dirigeants indépendantistes souhaiteraient
que le perçoivent l’ensemble des électeurs. Alfred
Bosch, par exemple, le candidat d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, gauche indépendantiste)
aux municipales de 2019, considère « presque insultant pour les Barcelonais que quelqu’un qui prétende
être leur futur maire ne connaisse pas leur ville ».
Du côté de la formation de la maire actuelle, Barcelona en Comu (BComu, gauche radicale, ambiguë
sur la question indépendantiste), on ne dit pas autre
chose. « Barcelone est l’une des principales villes européennes, et elle est d’une grande complexité. Choisir un
candidat qui ne la connaît pas est une forme de mépris
et d’instrumentalisation politique de la ville », réagit
Gala Pin, porte-parole du parti. Si Valls se lance,
l’angle d’attaque de ses adversaires est tout trouvé : à
défaut de pouvoir lui reprocher un manque de « catalanité », ils diront qu’il n’a rien d’un Barcelonais.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Génération identitaire censuré : quand
Facebook s’arroge les pouvoirs d’un juge
l n’est pas nécessaire de partager
les idées de Génération identitaire
pour éprouver une vive inquiétude
face à ce qui vient de se passer.
Un porte-parole de Facebook a
confirmé ce vendredi 4 mai à l’AFP
la fermeture de la page du mouvement
français. L’entreprise justifie sa décision
en ces termes : « Nous n’autorisons pas
les discours incitant à la haine sur
Facebook, parce que ces discours créent
une atmosphère d’intimidation et
d’exclusion, et peuvent aboutir à des
violences dans le monde réel. » Exhibant
ensuite le « code de conduite » signé
avec la Commission européenne en 2016,
Facebook assure avoir l’obligation
de réagir en moins de vingt-quatre
heures quand un « discours de haine »
lui est signalé par des utilisateurs.
Pourtant, chacun peut consulter,
exemple entre mille, des comptes de black
blocks, agrémentés de vidéo ou de photos
montrant des policiers en flamme, des CRS
à terre et blessés, le tout accompagné de
commentaires jubilatoires qui expriment
souvent de la haine. C’est depuis l’un
de ces comptes, toujours actif et dont
je n’approuverais pas la suppression,
qu’à l’occasion du 1er Mai fut lancé un
événement promettant, je cite, « un mai
sauvage », auquel se sont inscrits plus
de 1 100 participants,
donnant lieu aux
manifestations de
haine dont on a pu
constater ce jour-là
Le directeur général de la Fondapol* s’inquiète
les effets, bel et bien
que les géants d’Internet prennent, en dehors
réels, dans les rues de
de tout contrôle, des décisions qui touchent
Paris, sans émouvoir
aux libertés publiques.
Facebook.
I
DOMINIQUE REYNIÉ
Pourquoi un tel parti pris ? Chacune
des innombrables venelles de cette cité
transnationale recèle un ou plusieurs
pas-de-porte depuis lesquels on
distribue des messages de haine.
Quel responsable politique, à part Nicolas
Dupont-Aignan, a pensé devoir
demander des explications sur
les mécanismes et les conditions
d’application de ce qui ressemble à un
acte de censure d’un genre nouveau ?
Qui peut dire comment et par qui a été
prise la décision de fermer le compte
de Génération identitaire ? Pourquoi ce
compte en particulier, parmi tous ceux
qui, souvent, devraient être frappés
de la même sanction ? Enfin, pourquoi
un préfet de la République, le délégué
interministériel à la lutte contre
le racisme, l’antisémitisme et la haine
anti-LGBT (Dilcrah), s’est-il
publiquement réjoui de la décision
de Facebook, dans un tweet dont le texte
et la forme semblent vouloir suggérer
qu’il avait lui-même pris part à cette
décision ou qu’il en avait été informé ?
S’agit-il d’un pacte de censure
entre la puissance publique
et l’entreprise privée ?
Déjà, en 2016, sous la majorité
socialiste, Laurence Rossignol avait
inventé un délit d’opinion, le délit
d’entrave numérique à l’avortement,
qui menace désormais ceux qui diffusent
sur le Web des arguments non pas contre
le droit à l’avortement, mais pour
la possibilité de ne pas y recourir.
Or, logiquement, le droit d’y recourir
appelant, par définition, le droit de ne pas
y recourir, suppose de pouvoir consulter
des sources conduisant à des points
de vue divers y compris des points de vue
opposés. Qui plus est, la répression de ce
nouveau délit d’opinion s’accompagnait
d’un mécanisme de censure mis
à la disposition du gouvernement par
les grands opérateurs du Web, ce que
ne dissimulait pas la ministre elle-même
en présentant sa décision
de « réorganiser, avec Google en
particulier, le référencement de façon
à ce que le site officiel qui est celui
une position non seulement
monopolistique - en France,
95 % des recherches sur internet passent
par Google – mais en quelque sorte
« architecturale », nos libertés
dépendant de plus en plus du Web.
Ces faits nous montrent ainsi que les
Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple)
sont devenus capables d’affirmer une
sorte de souveraineté privée, donnant
le sentiment de concurrencer ou défier nos
États, comme
l’illustrent
S’agit-il d’un pacte de censure
les contentieux
fiscaux, voire
entre la puissance publique
politiques dans
et l’entreprise privée ?
l’affaire Cambridge
Analytica.
du gouvernement, ivg.fr, soit le premier
À l’image de l’Europe qui se bat, non sans
accessible » (France Info,
succès, pour reprendre une partie
17 septembre 2016).
du terrain abandonné aux Gafa, chacune
des nations devrait veiller à ne pas installer
Disons, pour simplifier, que l’efficacité
ces entreprises dans un rôle qui ne saurait
de ce mécanisme de référencement
être le leur. Hélas, le Danemark vient
et de déréférencement suppose d’engager
de commettre une erreur et une faute,
beaucoup d’argent ou bien d’obtenir
en nommant un diplomate, Casper
la collaboration du maître des lieux, ici
Klynge, « ambassadeur » auprès
Google. Le gouvernement d’alors assumait
des géants de la « tech ».
l’emploi d’une procédure privée, aussi
La question posée par la fermeture
parfaitement invisible que terriblement
du compte de Génération identitaire est,
efficace, offrant le pouvoir de déclasser
à proprement parler, cruciale : il s’agit
- en fait d’enfouir - des opinions
de savoir si nous sommes engagés dans un
qu’il réprouvait au profit d’opinions jugées
processus de privatisation de nos libertés
conformes à une doctrine officielle.
publiques et en dehors de tout contrôle
Évidemment, le gouvernement
de type juridictionnel ou parlementaire.
n’aurait pu obtenir ce résultat
en saisissant une juridiction française
*Professeur des universités à Sciences Po
ou européenne, plus soucieuse de nos
et directeur général de la Fondation
libertés ; s’il y est alors parvenu,
pour l’innovation politique (Fondapol).
c’est en recourant aux services d’une
Dernier ouvrage paru : « Les Nouveaux
entreprise privée, globale, occupant dans
Populismes » (Pluriel, nouvelle édition
l’espace public, désormais numérique,
augmentée, 2013).
«
»
Les Gafa doivent être soumis aux mêmes
règles que les acteurs de l’audiovisuel
il est au monde une
propriété sacrée,
s’il est quelque chose
qui puisse appartenir
à l’homme, n’est-ce
pas ce que l’homme
crée entre le ciel et la terre, ce qui n’a de
racine que dans l’intelligence, et qui fleurit
dans tous les cœurs? Les lois divines
et humaines, les humbles lois du bon sens,
toutes les lois sont pour nous », écrivait
en 1835 dans sa Lettre aux écrivains
français Honoré de Balzac,
qui fondera la Société des gens de lettres.
La protection de cette création a été
consacrée. Elle se trouve aujourd’hui
fragilisée. Les circonstances nouvelles
auxquelles nous sommes confrontés
doivent nous conduire à affirmer
avec force qu’une société numérique
ne saurait être une société sans respect
pour ceux qui créent.
Soixante-cinq millions de vidéos
sont illégalement consultées chaque mois
par les Français. Ce vol massif bafoue
la propriété intellectuelle, ce hold-up
compromet
la liberté de création
et la pérennité de la
diversité culturelle.
Quelque 65 millions de vidéos sont illégalement
Le piratage fragilise
les emplois
consultées chaque mois par les Français. Il est urgent
de l’ensemble du
de mieux protéger la propriété intellectuelle
secteur audiovisuel
et d’encadrer les plateformes, argumente la députée*.
et bride l’innovation
S’
CLAIREFOND
«
AURORE BERGÉ
et les créateurs. Les règles en vigueur
doivent s’adapter à cette nouvelle donne.
« Les plateformes doivent être soumises
aux mêmes règles que les autres
diffuseurs, notamment en matière
d’obligations de financement
de la création, de diversité et de diffusion
des œuvres » : tel est l’engagement
que nous avons pris.
Cette bataille est européenne. L’accord
trouvé sur la directive Services de médias
audiovisuels (SMA)
est un premier
Les hébergeurs ne peuvent pas
progrès. Fait inédit,
prétendre qu’ils ne sont que des tuyaux les plateformes –
Amazon, iTunes ou
chargés de transporter et diffuser ce que Netflix – se verront
appliquer les règles
les utilisateurs veulent bien leur donner
des pays
dans lesquels
elles diffusent et réalisent leur chiffre
– CSA et Hadopi - doivent voir leurs
d’affaires. Elles devront investir une part
compétences élargies ; annonceurs,
de leur chiffre d’affaires dans
services de paiement et moteurs
la production d’œuvres françaises.
de recherche doivent cesser toute
Un quota minimal d’œuvres européennes
relation commerciale avec ces sites.
de 30 % dans le catalogue des plateformes
L’affirmer n’est pas remettre
de vidéo à la demande sera installé.
en cause la formidable opportunité
Ces mesures remédient en partie
que représente le numérique.
à des asymétries de régulation
Cette révolution des usages, du partage,
inadmissibles entre, d’une part,
de la collaboration, de la diffusion déploie
nos acteurs français et européens
devant nous des effets encore
de l’audiovisuel et, d’autre part,
sous-estimés.
les plateformes - qui échappent jusqu’à
Mais cette révolution doit
aujourd’hui à toute forme de régulation.
s’accompagner d’un cadre légal
qui permet de respecter le public
Il nous appartient d’aller plus loin :
en le privant de ressources. Stoppons net
ici toute tentative démagogique :
le piratage est un vol. Ceux qui y ont
recours doivent être sanctionnés,
les entreprises qui s’en rendent
complices, empêchées.
La ministre de la Culture, Françoise
Nyssen, a redit clairement l’engagement
de la France dans la lutte déterminée
contre les sites pirates pour les faire
disparaître : les autorités de régulation
«
»
les hébergeurs ne peuvent pas prétendre
qu’ils ne sont que des tuyaux chargés
de transporter et diffuser ce que les
utilisateurs veulent bien leur donner.
Les hébergeurs tiennent un discours
analogue à celui de la National Rifle
Association (NRA) aux États-Unis. La NRA
affirme : « Ce n’est pas l’arme qui tue,
c’est ceux qui appuient sur la détente. »
Les hébergeurs, quant à eux, affirment :
« Ce n’est pas nous qui sommes
responsables des contenus diffusés mais
ceux qui les publient. » Ainsi, ils
s’exonèrent de toute responsabilité en
matière de diffusion de contenus haineux
sur Internet ou des contenus qui portent
atteinte aux créateurs. En outre, ils éditent
leurs propres contenus, priorisent pour
nous ce que nous devons voir en fonction
de nos profils, et commercialisent des
contenus, voire, souvent, nos données
personnelles. Ce régime d’irresponsabilité
n’est plus acceptable. À nous de définir
un nouveau statut, hybride, entre celui
d’hébergeur et celui d’éditeur.
C’est un combat que la France mène.
Se battre pour faire respecter les droits
de ceux qui créent est tout sauf ringard :
c’est un combat pour la culture et contre
l’assèchement de la création, un combat
pour la diversité et non l’uniformité,
un combat pour l’émancipation.
* Députée LaREM des Yvelines, membre
de la commission des affaires culturelles
et de l’éducation.
BIBLIOTHÈQUE DES ESSAIS
A
■ Le Vendeur
de thé qui
changea le
monde avec
un hashtag
de François
Saltiel,
FLAMMARION,
160 P., 14,95 €.
■ MOT-DIÈSE « # ». Seul en tête de
phrase, ce croisillon paraît bien inoffensif.
Et pourtant. Il suffit de le compléter d’un
ou plusieurs mots et le voilà qui gagne en
épaisseur historique. #JeSuisCharlie, #BalanceTonPorc ou encore #OscarsSoWhite, autant de hashtags qui ont marqué
l’actualité de ces dernières années. Des
hashtags qui ont réussi à mobiliser et faire
débattre les internautes sur les réseaux
sociaux. Ainsi, début 2015, au terrible soir
des attentats de Charlie Hebdo, il suffisait
de cliquer sur un #JeSuisCharlie pour
connaître les horaires de rassemblement
sur le pavé parisien ou lire les tweets de
soutien venus du monde entier.
En raison de l’hégémonie des réseaux so-
ciaux, le hashtag, ou « mot-dièse » pour
l’Académie française, est devenu un outil
numérique de mobilisation et de contestation aux conséquences bien réelles. C’est
ce qu’explique le journaliste d’Arte François Saltiel dans son livre Le Vendeur de thé
qui changea le monde avec un hashtag, publié chez Flammarion. « Le hashtag est un
merveilleux prisme pour raconter notre société du XXIe siècle transformée par les réseaux sociaux […]. Ce symbole permet de
partager instantanément une indignation,
de rencontrer une communauté, de concerner et d’alerter l’opinion », analyse l’auteur
avec l’optimisme de Pangloss.
Durant une centaine de pages, François
Saltiel emmène le lecteur au Pakistan, en
Iran, en Somalie ou encore aux ÉtatsUnis à la découverte de ces appels à mobilisation en ligne qui agitent les foules
connectées et ne respectent aucune frontière. Sous forme de chroniques, l’auteur
ne se contente pas de l’écume des jours à
laquelle on résume les réseaux sociaux
par facilité. Il démêle l’histoire avec justesse. Nous découvrons un vendeur de
thé qui pacifie les tensions indo-pakistanaises par sa photogénie (#Chaiwala).
Une militante saoudienne nous conduit
dans les rues de Riyad malgré la fatwa
(#Women2Drive). Et le livre finit avec la
libération de la parole des femmes contre
les violences sexuelles via #MeeToo, dont
l’affaire Weinstein fut l’étincelle.
C’est tout ou rien. Une cause peut submerger l’espace public ou sombrer dans
les limbes d’Internet. On apprend
d’ailleurs que « MeeToo » existait depuis
2007, bien avant que l’actrice Alyssa Milano ne lance son appel. La Toile et la société n’avaient alors pas mis en avant le
blog homonyme tenu par une travailleuse sociale noire de Harlem. Comme si ce
n’était pas le moment. Selon François
Saltiel, Twitter est devenu « un gigantesque recueil de témoignages ». Et, sûr de
lui, le journaliste va jusqu’à louer « la capacité d’Internet à incarner un cinquième
pouvoir avec notamment la force de frappe
du hashtag ». Sacré croisillon !
Jean-Baptiste SEMERDJIAN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 11 mai 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Ivan Rioufol
irioufol@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/rioufol
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
La gauche vertueuse, fin d’une imposture
est à l’extrême gauche
que, peinards,
barbotent factieux,
racistes et antisémites.
Peinards, oui,
car les vigies n’ont
d’obsession que pour l’extrême droite.
Certes, il est probable que traînent
encore quelques orphelins du IIIe Reich
ou de la France de Vichy. Partant de là,
les sycophantes ne cessent de broder sur
les dangers de ce camp. Lors de la mise
à sac d’un quartier de Paris par les black
blocs, le 1er Mai, Jean-Luc Mélenchon
a accusé « des bandes d’extrême droite ».
Admettant le lendemain son erreur, il l’a
mise sur le compte de son « ambiance
mentale » : elle lui fait voir des fachos
partout, sauf chez ses camarades.
C’
ENTRE GUILLEMETS
11 mai 1904 à Figueras :
naissance du peintre
Salvador Dali
Journal
d’un génie
Ne t’occupe pas
d’être moderne.
C’est l’unique
chose que
malheureusement,
quoi que tu fasses,
tu ne pourras pas
éviter d’être
RUE DES ARCHIVES/BCA
»
On ne saurait mieux décrire
une pathologie. Elle permet à la gauche
radicale, drapée d’une vertu mitée,
de s’épargner l’autocritique. De fait, sa
complaisance pour ceux qui « détestent
la police », organisent des réunions
interdites aux Blancs et caricaturent
le juif en banquier est un scandale
qui n’émeut guère les moralistes.
Emmanuel Macron a un faible
machiavélique pour ces adversaires
répulsifs. C’est pourquoi il a intronisé
le président de La France Insoumise (FI)
en premier opposant. Le narcissique chef
de l’État a besoin de l’égotique tribun
pour asseoir son rôle présidentiel.
D’autant qu’une cohorte d’extrémistes
constitue la nébuleuse mélanchonienne.
Leur volonté d’en découdre permet au
chef de l’État de se hisser en personnage
inébranlable. Samedi, « La fête
à Macron » organisée à Paris par
le député (FI) François Ruffin, a su éviter
la violence. Quelque 40 000 personnes
ont défilé. Les observateurs n’ont vu
brandis qu’un slogan antisémite,
un drapeau palestinien, une effigie
d’un financier au nez crochu. Une seule
voiture de presse a été saccagée et un seul
bidonnage photographique a été signalé.
Trois fois rien, pour la maréchaussée
médiatique. Avec la gauche, le gendarme
a toujours été bon enfant.
Évidemment, un seul de ces signaux
aurait suffi à indigner les faux gentils
s’il avait été émis par des manifestants
de la droite « dure ». Contre elle,
rien n’est jamais excusé. En 2013,
la Manif pour tous avait été raillée par
les commentateurs pour son caractère
ethniquement homogène, sinon raciste.
Les mêmes pisse-vinaigre n’ont rien dit
de semblable, samedi, devant la foule
pourtant uniformément blanche, mais
« progressiste ». À l’époque, Manuel
Valls, ministre de l’Intérieur, avait mis en
cause « des militants d’extrême droite »
accusés d’avoir jeté des boulons sur les
forces de l’ordre, débordées sans doute
par les landaus des bébés et les familles
nombreuses. Cette fois, pas une voix
ne s’est élevée, sinon pour se féliciter
de la bonne tenue de la démonstration. Si
le « déferlement » que l’extrême gauche
promet pour le 26 mai s’annonce si peu
regardant, il y a de quoi s’inquiéter.
« Nous n’apportons pas la paix »
avait pourtant prévenu, dès mai 2016,
l’économiste Frédéric Lordon, gourou
de Nuit debout. Ce mouvement,
immobile et sectaire, s’était dissous
aux premières pluies sur la place
de la République. Depuis, Ruffin a recyclé
la cause révolutionnaire en l’affublant
du masque de la rigolade (« La fête
à Macron »). La gauche radicale se dit
désormais « joyeuse et souriante ». Mais
ses arrière-pensées la suivent comme
un effluve incommodant. Samedi,
à Saint-André-de-Cubzac (Gironde),
le maire de Béziers, Robert Ménard, a été
jeté à terre par des militants de gauche
sans que personne ne proteste. Jusqu’à
présent, la droite a su éviter de se raidir
à son tour, face à un centrisme qui
asphyxie les oppositions. Pour elle,
le piège serait mortel. En attisant la
colère gauchiste, Macron offre à la droite
l’occasion d’en finir avec l’imposture de
la gauche vertueuse. Il lui reste à prendre
la place exemplaire qui lui revient.
Droite complexée
La pensée totalitaire n’est jamais loin
de la gauche radicale. Quand Mélenchon,
juché samedi sur un bus à impériale,
en appelle au « peuple révolutionnaire »
qui a « jeté à terre l’Ancien Régime »,
il fait renaître le spectre de Robespierre
et de la Terreur. L’entendre déclarer :
«Nous croyons aux monopoles », comme
aux belles heures du communisme, fait
comprendre ses indulgences pour une
idéologie qui n’a jamais été confrontée
à ses victimes, comme le fut le nazisme
avec Nuremberg. Or la bien-pensance
continue à ne rien voir du danger
que représente cette gauche pour la
démocratie. Dimanche, le préfet Frédéric
Potier, délégué interministériel à la lutte
contre le racisme, l’antisémitisme
et la haine anti-LGBT, s’est flatté d’avoir
fait suspendre les comptes Facebook
et Instagram de Génération identitaire,
coupable de lutter symboliquement
contre l’immigration et l’islamisme.
En revanche, Potier n’a rien fait de tel
pour les comptes des black blocs, qui ont
la police pour cible. En 2015, en pleine
crise des migrants, Angela Merkel avait
demandé au fondateur de Facebook,
Mark Zuckerberg, s’il lui était possible
d’empêcher les critiques sur sa politique
migratoire. Il lui avait répondu oui *.
Malheureusement, le mythe
de la gauche immaculée et sermonnaire
reste ancré dans l’inconscient
des responsables de la droite complexée.
Il suffit de les voir s’aligner encore sur
les interdits du camp du Bien pour s’en
convaincre. Les leaders Républicains
répètent sagement que jamais
ils ne franchiront « la ligne rouge »
tracée par ceux qui leur interdisent tout
rapprochement avec le FN et ses alliés.
Or cette soumission à une gauche
insensible aux dérapages de sa propre
famille est absurde. La vieille extrême
droite, violente, raciste et judéophobe,
est devenue anecdotique. Elle n’est plus
représentée par la ligne politique du FN.
Marine Le Pen ne peut, honnêtement,
être affublée de ces immondices
qui sont bien ceux de l’extrême gauche.
Aussi est-il incompréhensible de voir
les Républicains refuser de soutenir
l’initiative de Nicolas Dupont-Aignan,
qui cherche à constituer une droite
unifiée par ses députés pour lancer
un référendum sur l’immigration.
Les droites n’ont plus à rougir
de ce qu’elles sont.
Soutien à Trump
Les belles âmes adorent plus que tout
haïr Donald Trump. Ces jours-ci,
elles offrent le spectacle affligeant d’une
Europe qui se fâche avec les États-Unis
pour leur préférer la dictature islamique
des mollahs iraniens. La décision
de Trump de rompre l’accord nucléaire
avec l’Iran, mardi, n’est pourtant pas
aussi insensée que l’unanimisme le
soutient (voir mon blog). Même la France
reconnaît des « lacunes » au traité signé
en 2015 par Barack Obama. L’angélisme
est l’autre imposture à dénoncer.
* Douglas Murray, « L’Étrange suicide
de l’Europe » (L’Artilleur).
VOX
ANALYSE
Florentin Collomp
fcollomp@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À LONDRES
Galileo, otage de la relation
future entre Londres et l’Union
e système de GPS européen
Galileo cristallise les tensions
entre le Royaume-Uni et les
Vingt-Sept. Les Britanniques
ont été profondément vexés
d’entendre Bruxelles remettre
en cause leur participation au projet
(presque abouti), en invoquant
des questions de confiance sur le partage
de données confidentielles.
L’Union européenne menace d’exclure
des entreprises britanniques participant
au programme en raison du Brexit.
La Grande-Bretagne rétorque qu’elle
va chercher à récupérer le 1,4 milliard
d’euros investi dans Galileo depuis
des années, soit 15 % du budget total.
Et évoque même le lancement
de son propre système de navigation
par satellites concurrent. Sur le fond,
l’administration britannique bougonne
que, si elle n’est pas jugée digne
de confiance par les Européens,
elle ne voit pas comment elle pourrait
poursuivre la coopération rapprochée
avec eux en matière de défense
et de sécurité qu’elle appelle de ses vœux.
Galileo sera donc vu à Londres
comme un test des futures relations
entre les deux rives de la Manche. « Nos
partenaires ont un choix : ils peuvent
nous traiter comme un pays tiers, selon
un modèle qui existe déjà avec d’autres,
et créer quelque chose qui est loin de notre
relation existante, ou ils peuvent adopter
L
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
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Habert, Bernard Monassier,
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SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
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Président
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Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
implique, il est clair au contraire
sur sa volonté de proximité en matière
de sécurité. Or, sur ce rare terrain
où le Royaume-Uni sait ce qu’il veut,
il s’inquiète des ambiguïtés européennes.
Bruxelles n’est-il qu’un monstre
légaliste incapable de voir les intérêts
communs au-delà des réglementations ?
C’est ce que craignent les politiques
britanniques en charge de la mise
en œuvre du Brexit. Ils se voient
en voisin idéal de l’Europe, avec des
valeurs communes,
partageant les
Pour certains, la position britannique mêmes menaces
extérieures, prêt
revient à vouloir le beurre et l’argent
mutualiser des
du beurre, sortir de l’Union européenne àmoyens
importants
en gardant les mêmes avantages
en termes
militaires, policiers,
diplomatiques, etc. Ils rappellent
sur la scène internationale. Comme l’a
que le Royaume-Uni n’a aucune
brillamment résumé le premier ministre
intention de devenir un « État voyou »
luxembourgeois Xavier Bettel, « avant,
à la faveur du Brexit. En témoignent
ils étaient dans l’Europe avec beaucoup
les positions communes dégagées après
d’“opt-out” (exemptions), maintenant,
l’empoisonnement de l’ex-agent double
ils sont dehors et veulent beaucoup d’“optSkripal à Salisbury ou en réaction
in” » (participations à des programmes
à l’attaque chimique de la Ghouta en
communs). Pour certains, cela revient
Syrie. Pour Londres, la poursuite de cette
à vouloir le beurre et l’argent du beurre,
coopération sera déterminante et jugée
sortir en gardant les mêmes avantages.
à l’épreuve des faits. Une ostracisation
Pour Theresa May, il s’agit de construire
du programme Galileo serait, aux yeux
un nouveau « partenariat spécial
du gouvernement britannique, le signe
et profond ». Si son gouvernement se
que les Européens ont tourné le dos
déchire encore au quotidien sur le degré
à leur voisin sur le départ.
d’intégration économique que cela
une approche plus souple dans laquelle
nous mettons en place la coopération
nécessaire pour lutter contre les menaces
à notre sécurité commune », s’impatiente
David Davis, le ministre de la Sortie
de l’UE du gouvernement britannique.
Ironie du Brexit : sorti de l’Union
européenne, le Royaume-Uni redoute
plus que tout de devenir un simple
« pays tiers » pour les Vingt-Sept,
au même titre que la Norvège
ou la Suisse. Isolé, voire insignifiant
«
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
»
Directeur artistique
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Rédacteur en chef
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…
HISTOIRE
« Ce qui m’a le plus
impressionné dans Mai 68,
c’est la place faite au vide »,
un témoignage de l’écrivain
et psychanalyste
Daniel Sibony.
… SOCIÉTÉ
« Le clivage entre la France
du oui et la France du non
au référendum de 2005
plus vivant que jamais »,
par l’essayiste et historien
Maxime Tandonnet
… ÉCONOMIE
« Que veut vraiment
faire le gouvernement
avec la SNCF ? », par
le journaliste économique
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Sur certaines éditions
Supplément 4
Magazine 140 pages
Cahier TV 64 pages
Supplément 5
Madame 188 pages
A
LE BLOC-NOTES
15
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vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
16
Mohammed Aïssaoui
hilosophe, romancier et professeur,
Charles Pépin aime transmettre. Après
Les Vertus de l’échec, livre qui fut un
grand succès, il vient de publier La
Confiance en soi, une philosophie (Allary
Éditions), ouvrage salutaire et intelligent
dans lequel chaque lecteur pourra puiser quelque chose de ces mystérieux ressorts sur lesquels s’appuie la
confiance en soi.
RENCONTRE
P
LE FIGARO. - On a le sentiment que les grands penseurs
ne sont pas très intéressés par nos tracas quotidiens.
Votre livre cherche-t-il à démentir cette idée ?
Charles PÉPIN. - Toutes les grandes écoles de philosophie grecques sont des écoles de philosophie appliquée.
L’épicurisme, le stoïcisme, le scepticisme… Ce sont des
écoles qui enseignent à vivre au quotidien. C’est cette
démarche que j’aime et que j’adopte : j’ai toujours vécu
comme cela. Les grands philosophes peuvent nous
aider à mieux appréhender les difficultés de l’existence.
Pourtant, la confiance en soi, qui est au cœur de votre
livre, n’est pas abordée par les grands philosophes…
C’est vrai. Je me suis rendu compte que ce sujet important pour tous n’était pas traité directement par les philosophes, mais indirectement, comme si ce thème
n’était pas digne d’être abordé. Par exemple, chez Sartre, c’est une philosophie de la confiance en l’existence
individuelle, mais il ne dit pas « confiance en soi ».
Nietzsche parle de la foi en la singularité. Évidemment,
chez Socrate, il y a une incroyable invitation à la
confiance, mais elle n’est pas si explicite. Bergson, lui,
dit que développer une capacité de rebond ou des ressources créatives au contact de l’adversité, c’est entrevoir la force de l’élan vital… Mais il n’y a pas de livre de
philosophie qui mette au jour cette thématique.
Pourquoi avez-vous souhaité la mettre en avant
dans un livre de philosophie ?
« En fait, mon travail a
surtout été un travail de
pédagogue où je mets au
jour la philosophie de la
confiance en soi qui est
déjà présente chez les
grands philosophes mais
qu’ils ne nomment pas.
Cette invitation à la
confiance en soi, on la
trouve aussi chez Kant,
Diderot ou d’Alembert. »
Charles Pépin : « Les grands
philosophes nous aident à vivre »
Dans « La Confiance en soi », livre qui connaît déjà un grand succès,
il développe une philosophie qui s’appuie sur les textes des grands penseurs.
De conférence en conférence, de salle de classe en salle
de classe, je me rends compte que la philosophie possède un potentiel d’aide psychologique pour les gens, et
notamment par le biais de la médiation des distinctions
conceptuelles. Un exemple, la distinction entre choisir
et décider, entre la peur et l’angoisse. Parfois, pour se
sortir d’une situation difficile, une distinction conceptuelle suffit, mais il faut bien la comprendre. Ainsi je développe, sur un chapitre, la différence entre choisir et
décider. Lorsque nous tergiversons, le plus souvent,
nous manquons simplement de confiance en nous. Or,
décider, c’est trouver la force de s’engager dans l’incertitude, réussir à y aller dans le doute, malgré le doute. Je
m’appuie aussi sur des grands psychologues comme
Cyrulnik, des psychanalystes comme Lacan.
crois que
« laJeconfiance
de soi se
conquiert
hors de soi,
dans la rencontre,
en l’autre,
dans le monde,
dans le passage
à l’action
»
CHARLES PÉPIN
Comment expliquer que l’un des rares philosophes
à avoir écrit sur ce sujet soit un Américain, Emerson ?
Par le fait qu’au fond il y a dans le livre d’Emerson quelque chose qui ressemble beaucoup à l’esprit pionnier
américain (La Confiance en soi et autres essais vient
d’être réédité par Rivages Poche, NDLR). Avec cette idée
que comme la nation est jeune, les Anciens sont moins
prégnants. J’aime Emerson, mais je me distingue de sa
philosophie de la confiance en soi. Je crois que la
confiance de soi se conquiert hors de soi, dans la rencontre, en l’autre, dans le monde, dans le passage à l’action. Je m’oppose à Emerson, et, en même temps, je lui
sais gré d’avoir écrit ce livre parce que c’était mon point
de départ. C’est le seul livre qui assume de parler de la
confiance en soi. Maintenant, si on analyse de près certains classiques tel Ainsi parlait Zarathoustra, ça ne parle
que de cela. En fait, mon travail a surtout été un travail
de pédagogue où je mets au jour la philosophie de la
confiance en soi qui est déjà présente chez les grands
philosophes mais qu’ils ne nomment pas. Cette invitation à la confiance en soi, on la trouve aussi chez Kant,
Diderot ou d’Alembert, qui disent, en substance : « Faistoi confiance, fais confiance en ton sens critique. »
Pourquoi ces grands philosophes sont-ils
si déconnectés de notre vie quotidienne ?
C’est « la » grande question. Je pense que la raison principale est la passion pour la pensée systémique. Ils en
sont tellement amoureux que ce qui prime, ce n’est pas
la vraie vie et ce qu’elle exige de soi, mais la cohérence
de son système philosophique. Moi, ce qui m’intéresse,
c’est le petit caillou qui enraye cet édifice d’où surgit la
vraie vie. Pourquoi j’adore Nietzsche ? Parce qu’il est
incohérent et se contredit tout le temps. Je préfère des
philosophes comme Clément Rosset, qui ne sont pas
systémiques mais ressentent dans leurs affects leur philosophie et assument leur ambiguïté, leur paradoxe ou
leur contradiction. Je pense que la vie est contradictoire : on peut être à la fois heureux et malheureux.
A
N’est-ce pas pour ces grands philosophes
une manière de fuir la vraie vie ?
L’autre explication est biographique : il y a beaucoup de
philosophes qui sont allés dans la philosophie parce
qu’ils ont fui la vie, tout simplement. J’ai vu certains de
mes amis étudiants en philosophie fuir la vie, l’amour,
la sexualité, les rencontres, la famille, pour dire : « Moi,
je suis spécialiste de Kant ou de Heidegger… »
Du coup, vous n’appartenez pas à une école ?
J’assume totalement cette position. Je ne suis dans
aucun camp philosophique. C’est mon rapport à cette
discipline, qui provient de l’esprit de la philosophie antique : une manière de vivre. J’adore ces chemins de
traverse, rencontrer d’autres champs : la littérature, la
bande dessinée, l’art, la musique… D’ailleurs, vous remarquerez que les philosophes vont plus loin quand ils
passent par la littérature. Et puis certains écrivains sont
tellement grands qu’ils sont philosophes aussi… ■
SANDRINE ROUDEIX/OPALE/LEEMAGE
maissaoui@lefigaro.fr
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vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 937 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
FRUITS
NETFLIX
SES ACHETEURS SONT
À CANNES MÊME SANS FILM
EN COMPÉTITION PAGE 22
La Sécu et les médecins sont
proches d’un accord sur les tarifs
pour démarrer les consultations
à distance en septembre. PAGE 18
La télémédecine
arrive enfin en France
Apple renonce à son data center en Irlande
Apple a perdu patience. Après trois
ans de bataille judiciaire, la société
américaine a renoncé à son projet
de construction d’un data center de
16 hectares en pleine campagne irlandaise, près du village d’Athenry.
« En dépit de tous nos efforts, des retards dans la procédure d’approbation nous ont forcés à envisager
d’autres plans », écrit la société
américaine dans un communiqué.
Annoncé en 2015, le projet était estimé à 850 millions d’euros. « Il
constituait une source importante
le PLUS du
FIGARO ÉCO
IMPRIMANTES
Les fabricants
se sont adaptés
au numérique
PAGE 22
LA SÉANCE
DU JEUDI 10 MAI 2018
CAC 40
5545,95 +0,20%
DOW JONES (18h)
24736,98 +0,79%
ONCE D’OR
1318,80 (1313,85)
PÉTROLE (lond)
77,090 (76,940)
EUROSTOXX 50
3569,71
0,00%
FOOTSIE
7700,97 +0,50%
NASDAQ (18h)
6943,73 +0,73%
NIKKEI
22497,18 +0,39%
d’investissement et de création d’emplois pour le comté de Galway », soupire la ministre irlandaise du Commerce et de l’Innovation, Heather
Humphreys.
Le projet s’inscrivait dans une stratégie globale afin d’héberger les
services en ligne d’Apple (iTunes,
Siri, Maps, App Store, iMessage,
Apple Music, iCloud…) en Europe
pour ses clients européens. Un data
center a depuis été construit au Danemark et un second devrait y
ouvrir en 2019, pour un coût estimé
à 900 millions d’euros. Les ambitions d’Apple en Irlande se sont
heurtées à une poignée d’habitants
qui s’inquiétaient de l’impact environnemental du futur data center.
Déboutés par la justice en première
instance, les plaignants avaient la
possibilité de formuler un appel devant la Haute Cour de justice, qui
pouvait elle-même se tourner vers
la Cour de justice de l’Union européenne. Autant de procédures qui
allaient singulièrement retarder la
pose de la première pierre. Apple a
donc décidé de tirer un trait sur
Athenry.
Les particuliers à l’origine des
plaintes se sont heurtés à l’hostilité
d’une autre partie des habitants
d’Athenry, bien plus nombreux,
qui espéraient beaucoup des retombées économiques de l’installation
d’Apple près de leur village. Des
marches de soutien à la venue de la
société américaine ont été organisées ces deux dernières années, regroupant jusqu’à 2 000 personnes.
L'HISTOIRE
Le géant britannique des télécoms
BT va supprimer 13 000 emplois
d’administratifs et de cadres. Il en
créera, à l’inverse, 6 000, mais techniques ou d’aide au consommateur,
afin d’accélérer notamment le déploiement de la fibre à très haut débit. Cela représente, en net,
7 000 suppressions, soit plus de
6,5 % des effectifs mondiaux d’un
groupe aux 106 400 salariés, dont
82 800 au Royaume-Uni.
La Grande-Bretagne supportera
seule deux tiers des suppressions.
La secrétaire nationale du syndicat
Prospect, Philippa Childs, a qualifié
cette annonce de « coup de massue ». Un porte-parole de la première ministre Theresa May a déclaré qu’il s’agissait d’« une décision
commerciale », et assuré que « le
gouvernement comprenait les moments difficiles vécus par les salariés et leurs familles », auxquels il
« viendra en aide ».
Étalée sur trois ans, la cure d’amaigrissement de BT vise à « simplifier
le modèle opérationnel », justifie le
groupe. L’enjeu est de taille : il s’agit
de réduire ses coûts de 1,5 milliard
de livres (1,7 milliard d’euros).
L’an passé, 4 000 suppressions
d’emplois ont déjà été décidées,
sanction d’un exercice 2016-2017
difficile, entaché par un scandale
comptable en Italie. BT assure, cette
fois, que les suppressions font, plus
offensivement, partie d’un plan
stratégique, visant à « créer de la
valeur à long terme pour les actionnaires en maintenant sa position
dominante dans les services télécoms au Royaume-Uni et vis-à-vis
des sociétés multinationales ». Parmi les autres mesures annoncées
figure la concentration des implantations, trop disséminées. Le siège
social quittera le cœur de la City.
Cette réorganisation intervient
alors que l’opérateur a annoncé un
chiffre d’affaires trimestriel en baisse de 3 %, à 5,967 milliards de livres,
en deçà des attentes, et prévoit
pour l’exercice en cours une baisse
de 2 % de son chiffre d’affaires ajusté (hors éléments exceptionnels).
L’action a chuté de plus de 9 % jeudi
en milieu de journée.
A.-S. C.
CHLOÉ WOITIER
PUBLICITÉ
Un adhérent Leclerc s’offre d’éminents
économistes pour son supermarché
e talent médiatique de MichelÉdouard Leclerc ferait-il
des émules chez ses adhérents ?
C’est que laisse croire l’initiative
d’un postulant Leclerc, dont
le projet de construction d’un supermarché
de 2 400 m2 dans la petite commune
d’Éguilles (Bouches-du-Rhône) est enlisé
depuis plusieurs mois, faute de permis de
construire. Pour pousser
son projet, Nicolas Caylet,
un entrepreneur local, a
en effet demandé une
étude d’impact d’Astéres,
le cabinet d’études
économiques du non
moins médiatique Nicolas
Bouzou (photo). Selon
celle-ci, non seulement
ce projet ne menacerait
pas les petits commerces
locaux, mais il les
renforcerait, les habitants
faisant leurs courses
dans les communes
voisines, dont la toute
proche Aix-en-Provence.
« Tous les indicateurs
L
sont au vert. À trop vouloir protéger
ses petits commerçants, Monsieur le maire
a fini par envoyer ses administrés dans
d’autres communes », appuie le porteur
du projet qui assure avoir toutes les
autorisations commerciales pour se lancer.
Selon l’étude, le projet doperait les recettes
fiscales de la commune de 300 000 €
et créerait 422 emplois directs et indirects.
Le verdict est
suffisamment tranché pour
que l’entrepreneur fasse
de l’économiste
et du co-auteur de l’étude,
Pierre Bentata, ses portedrapeaux d’un jour, via un
communiqué. Un site dédié
a aussi été créé.
Trop tôt pour dire si ces
ambassadeurs d’un jour
feront pencher la balance,
mais un acteur ne partagera
à l’évidence pas cet
enthousiasme : le Carrefour
Market voisin, situé
à trois minutes du potentiel
supermarché. ■
OLIVIA DÉTROYAT
BÉNÉFICIEZ
D’UNE EXPERTISE
RECONNUE
EN BOURSE
ÉLUE MEILLEURE BANQUE
POUR ALLER EN BOURSE
Classement des
MEILLEURES
BANQUES
PAR LE MAGAZINE
Capital
1ère BANQUE POUR ALLER EN
BOURSE
Parmi 110 établissements sur 7 profils et 3 produits.
J’aime ma banque.
Source Capital, juin 2017
Fortuneo est une marque commerciale d’Arkéa Direct Bank. Arkéa Direct Bank,
Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de 89 198 952
euros. RCS Nanterre 384 288 890. Siège social : Tour Ariane - 5 , place de la Pyramide
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FORTUNEO - TSA 41707 - 35917 RENNES CEDEX 9.
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ROMUALD MEIGNEUX/SIPA, GUILLAUME BONNEFONT/IP3 PRESS/MAXPPP, ST MAMET
LE NÎMOIS ST MAMET,
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EST À VENDRE PAGE 20
BT, LE GÉANT
DES TÉLÉCOMS,
SUPPRIME
13 000 EMPLOIS
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vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
La téléconsultation en passe
d’être généralisée en septembre
Les syndicats de médecins devraient valider le projet d’accord sur la télémédecine.
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
SANTÉ C’est la dernière ligne
droite. Après des mois de négociations, l’Assurance-maladie a
rendu fin avril ses propositions
fixant les modalités pratiques et
les tarifs de la télémédecine. Les
cinq syndicats représentatifs de
médecins (CSMF, FMF, SML, MG
France, Le Bloc) doivent désormais rendre leur réponse entre fin
mai et début juin…
Selon nos informations, l’issue
devrait être positive et permettre,
dès le 15 septembre, une ouverture
de la téléconsultation (consultation à distance entre un médecin
et un patient par visioconférence)
à tous les Français. La télé-expertise (un médecin qui sollicite l’avis
d’un confrère) serait, elle, réservée dans un premier temps à des
patients jugés prioritaires - notamment vivant en zones sousdotées en médecins ou atteints
d’une affection longue durée
(ALD) - puis étendue en 2020.
Aucune
« situation
clinique
ne peut être
exclue
a priori
de la télémédecine
»
LA HAUTE AUTORITÉ
DE SANTÉ (HAS)
Toutes les pathologies devraient
pouvoir faire l’objet d’une consultation à distance, en respectant
certaines conditions, a estimé la
Haute Autorité de santé (HAS).
Demander conseil à un dermatologue, faire un suivi avec un cardiologue ou parler à un psychiatre… « Aucune situation clinique ne
peut être exclue a priori », a indiqué la HAS, tout en soulignant que
la téléconsultation « n’est pas
adaptée aux situations exigeant un
examen physique direct ».
Même tarif qu’une
consultation classique
Sur les tarifs, nerf de la guerre, les
négociations ont permis d’avancer. L’Assurance-maladie propose
de facturer la téléconsultation
comme une consultation classique, soit 25 euros pour les généralistes et 30 euros pour les spécialistes. Pour la télé-expertise, le
médecin requérant (le plus souvent le généraliste) pourra facturer 5 ou 10 euros en fonction de la
1,3
complexité du cas soulevé et le
médecin expert, qui répond à la
sollicitation de son confrère,
pourra facturer 12 ou 20 euros.
« Ce n’est pas beaucoup pour un
avis expert engageant sa responsabilité. C’est pourtant essentiel alors
que les Français se plaignent de délais d’attente de plus en plus longs
chez les spécialistes », observe le
Dr Jean-Paul Ortiz, président de la
CSMF. Les médecins ont échappé
aux paliers tarifaires, initialement
proposés par la Cnam, dont ils ne
voulaient pas.
Seule ombre pratique au tableau : signer l’avenant télémédecine revient à reconnaître la totalité de la convention médicale
négociée en août 2016. Un enjeu
important pour la CSMF, premier
syndicat de médecins, qui a jusqu’à présent refusé de la parapher, notamment en raison de
l’article 99 sur les radiologues
permettant au directeur de la
Cnam de fixer les tarifs unilatéra-
prévus dans le budget 2018 de la
Sécu pour le fonds d’intervention
régional pour la télémédecine
d’économies espérés
par an en transports sanitaires
et hospitalisations évités
Malâtre-Lansac : « Ce n’est pas une médecine au rabais »
Angèle Malâtre-Lansac, directrice
déléguée à la santé à l’Institut Montaigne, explique en quoi la télémédecine est une vraie révolution.
LE FIGARO. – Avec la télémédecine,
qu’est-ce qui va changer ?
Angèle MALÂTRE-LANSAC. – Le
budget de la Sécu 2018 est à un tournant car il intègre la télémédecine
dans le droit commun. Cela va faciliter l’accès des Français aux soins, limiter les déplacements coûteux et
pénibles pour les patients. La télémédecine est aussi adaptée aux
professionnels de santé qui cherchent une meilleure organisation de
leur temps et à être plus en lien avec
leurs pairs. Ceci fonctionne déjà bien
dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et apporte un morceau de réponse aux déserts
médicaux ou à la saturation des urgences. C’est aussi un outil qui devrait se révéler utile auprès de populations spécifiques, comme la
population carcérale, où les soins
sont insuffisants en consultations
d’addictologie ou de psychiatrique.
Même en psychiatrie ? N’est-ce pas
un champ qui nécessite la présence
physique du médecin ?
C’est une idée reçue. En psychiatrie,
la télémédecine permet de dépasser
le côté stigmatisant qu’il y a à se rendre chez un psy, elle a un effet normalisant. Elle permet aussi d’améliorer l’observance des traitements.
A
»
AGNÈS BUZYN,
MINISTRE DES SOLIDARITÉS
ET DE LA SANTÉ
millions d’euros
milliards d’euros
d’actes de
télémédecine
anticipés
par an
en 2021
par l’Assurancemaladie
Il n’existe
pas de
solution unique
ou uniforme
mais la
télémédecine,
clairement,
est l’un des
outils dont nous
avons besoin
18
2,6
million
INSTITUT MONTAIGNE
lement, au mépris de l’esprit
conventionnel.
Mais ce frein devrait être levé.
« On a une approche qui nous laisse
croire que l’on devrait avoir un engagement ministériel en ce sens dans
des délais rapprochés », confie, en
termes choisis, Jean-Paul Ortiz.
Bref, le sujet paraît bien emmanché
et pourrait être présenté le 26 mai,
lors de l’assemblée générale extraordinaire du syndicat.
Selon le plan initial, les radiologues auraient perdu 35 à 40 millions d’euros par an sur trois ans.
Mais ils ont réussi à négocier un
plan pertinence des actes : exit les
baisses de tarifs automatiques,
avec en contrepartie l’engagement de mieux utiliser les actes
(avec, par exemple, moins de radios pour la lombalgie). Un vrai
tournant dans la coconstruction
qui devrait ouvrir la voie au lancement réel de la télémédecine en
France ! ■
Aux États-Unis, la caisse des anciens
combattants (Veterans Health Administration) a mis en place des téléconsultations sur la santé mentale
depuis le début des années 1980 et les
résultats sont très positifs sur la qualité des soins, la baisse des hospitalisations, la prise de médicaments.
C’est une idée fausse de croire que la
télémédecine serait une médecine
au rabais !
La télémédecine vise aussi à faire
des économies. Mais ne va-t-elle pas
commencer par une inflation
des dépenses ?
C’est un risque avec la rémunération
à l’acte, telle qu’elle est pratiquée en
France, à la différence du RoyaumeUni où les médecins sont salariés.
C’est pourquoi l’Assurance-maladie
avance prudemment. Mais deux
garde-fous devraient permettre de
contenir cette explosion des coûts.
D’une part, les téléconsultations
remboursées s’inscrivent dans le
parcours de soins et il faudra avoir
vu son médecin traitant dans les
douze mois précédant la téléconsultation pour être remboursé. D’autre
part, la généralisation de la télémédecine s’inscrit dans le plan de
transformation du système de santé
présenté par le premier ministre, qui
prévoit d’ici la fin de l’année prochaine de mettre en place des tarifications forfaitaires au parcours ou à
l’épisode de soins. Les actes de télémédecine pourront, à ce titre, entrer
dans cette enveloppe. De plus, il est
«
Il ne va pas y avoir de déferlante
dès le mois de septembre.
On peut néanmoins parier sur
un véritable effet boule de neige
ANGÈLE MALÂTRE-LANSAC (INSTITUT MONTAIGNE)
»
important de souligner que la télémédecine se met en place en même
temps que le dossier médical partagé
(DMP), dont la généralisation est
prévue d’ici la fin de l’année. Il permettra de suivre les patients et
d’éviter les actes redondants. Il est
essentiel que les deux aillent de pair
et que les DMP soient interopérables
afin de permettre un suivi et une traçabilité des actes. Nous sommes dans
un timing intéressant car tous ces
changements se mettent en place de
façon concomitante.
Les assureurs vont-ils en profiter
pour imposer leurs plateformes
de téléconseil, en dehors
du parcours de soins ?
Les assureurs comme Axa qui proposent des avis par téléphone ne
sont pour l’instant pas concernés par
l’avenant sur la télémédecine : leurs
services ne seront pas remboursés
par l’Assurance-maladie. D’autres
plateformes, comme le français
Qare, qui fonctionne pour le moment par abonnement mensuel, ou
le suédois Kry, qui a permis le déploiement de la télémédecine en
Suède, devraient pouvoir être intégrées car elles sont adaptées aux
pratiques d’aujourd’hui. Rappelons
qu’une personne sur cinq n’a pas de
médecin traitant. Le parcours de
soins n’est pas si central que ça.
Faute de 4G partout,
la télémédecine ne va-t-elle pas
d’abord profiter aux jeunes urbains ?
Sans aucun doute, cela va commencer ainsi. Il ne va pas y avoir de déferlante dès le mois de septembre.
On peut néanmoins parier sur
un véritable effet boule de neige :
désormais, aux États-Unis, 70 % des
offreurs de soins proposent de la
télémédecine. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR M.-C. R.
Les
« assureurs
comme AXA
qui proposent
des avis
par téléphone
ne sont pour
l’instant
pas concernés
par l’avenant
sur la
télémédecine :
leurs services
ne seront pas
remboursés
par
l’Assurance
maladie
»
En Écosse, l’hypertension
surveillée à distance
Avec ses paysages vallonnés, bordés par la mer, la région du Lothian,
pays natal de l’écrivain Robert
Louis Stevenson, est sans doute
l’une des plus belles d’Écosse. Mais
pour ses habitants, trouver un médecin relève du parcours du combattant. Et il n’est ainsi pas rare de
devoir patienter deux à trois semaines pour obtenir un rendez-vous.
Face à un taux élevé d’infarctus et
d’AVC dans la région, le gouvernement écossais a donc décidé de
mettre en place un système de télésurveillance de l’hypertension artérielle. Le système, baptisé Florence, est simple et fonctionne avec
n’importe quel téléphone portable.
« Le patient, à qui nous avons prêté
un tensiomètre, reçoit sur son portable un SMS qui lui rappelle de prendre
sa tension. Les données sont ensuite
transmises au médecin qui, si elles ne
sont pas bonnes, rappelle le patient »,
explique Mary Paterson, membre de
l’équipe Telescot en charge du programme. Les mesures se révèlent
fiables et plus précises qu’en cabinet
en raison de leur fréquence accrue.
Les patients qui ont adopté ce système sont satisfaits : ils mettent en
avant le gain de temps, notamment
la réduction des temps de transport,
souvent longs dans cette région, et
aussi le gain de confort.
Du côté des praticiens, le système
mise aussi sur la simplicité. « Les
médecins qui sont débordés n’ont pas
le temps d’aller consulter un site
Internet dédié avec des tas de données à analyser. Nous avons donc intégré les données directement dans le
dossier des patients et le médecin
reçoit un document récapitulatif,
avec un système d’alerte en cas de
problème », indique Mary Paterson.
Le système a été d’autant plus facilement adopté qu’il n’y a pas d’enjeu tarifaire : le service est entière-
ment pris en charge par le NHS, le
système de santé britannique, pour
les patients, et les médecins étant
salariés au Royaume-Uni, ces actes
sont inclus dans leur rémunération.
Bilan de l’opération ? « Au bout
d’un an, avec 60 % des cabinets médicaux de la région qui ont participé
au programme, on se rapproche de
l’objectif d’une pression systolique
normale de 13,5 et des progrès notables sont enregistrés dans la prise en
charge de l’hypertension artérielle »,
se félicite Mary Paterson. Non seulement les patients sont mieux pris
en charge, mais ils sont davantage
incités à suivre leur traitement.
« S’ils voient que leur tension prise à
la maison est élevée et qu’elle l’est
encore la semaine suivante, ils seront
plus incités à prendre leurs médicaments », précise Mary Paterson.
Expérimentation en France
Sans compter que ce programme libère du temps aux médecins pour
se consacrer à d’autres patients. Du
coup, l’Écosse envisage d’étendre le
système à la surveillance d’autres
pathologies chroniques, comme la
BPCO
(broncho-pneumopathie
chronique obstructive). En France,
la télésurveillance (qui permet à un
professionnel médical d’interpréter
à distance des données recueillies
sur le lieu de vie du patient) n’est
pas encore concernée par l’avenant
en cours de signature sur la télémédecine.
Les pouvoirs publics ont préféré
se laisser le temps d’expérimenter
pour des raisons de traçabilité et de
tarification. Mais sur les quatre plus
grosses pathologies (hypertension,
diabète, insuffisance cardiaque et
insuffisance rénale), les études
montrent qu’il pourrait y avoir jusqu’à 2,5 milliards d’euros d’économies par an à la clé. ■
M.-C. R.
H4D, DELPHINE PINEAU/PHOTOPQR/VOIX DU NORD, VINCENT VOEGTLIN/PHOTOPQR/L’ALSACE/MAXPPP
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LE FIGARO
vendredi 11 mai 2018
ÉCONOMIE
19
SNCF: les syndicats misent sur le référendum
Le gouvernement, qui reçoit deux syndicats vendredi, minimise l’impact de la consultation qui débute lundi.
ANNE-SOPHIE CATHALA £@Ascathala
TRANSPORTS L’unité syndicale a
failli voler en éclats cette semaine.
L’Unsa-ferroviaire a tout d’abord
émis des réserves face à l’idée de la
CGT d’organiser un référendum sur
la réforme ferroviaire auprès des
cheminots. Après une réunion
mercredi, la CGT a fini par rallier
toutes les organisations. L’intersyndicale (CGT, Unsa, SUD et
CFDT) organisera bien une consultation, du 14 au 21 mai, avec une
question : « Êtes-vous pour ou
contre le pacte ferroviaire porté par
le gouvernement ? » Elle ne s’intitulera toutefois pas « référendum »,
mais « Vot’Action », selon la CGT.
Une nuance de vocabulaire, à laquelle ont tenu l’Unsa et la CFDT. Il
s’agit d’éviter toute confusion avec
le récent référendum chez Air
France, qui a abouti à la démission
du PDG de la compagnie aérienne,
Jean-Marc Janaillac, lequel sera
reçu ce vendredi par Édouard Philippe.
Au-delà des mots, la portée du
vote des salariés de la SNCF, quelle
qu’en soit l’issue, n’aura pas autant
de retentissement. Bruno Poncet,
secrétaire fédéral de SUD-rail, a
bien précisé que l’idée « n’est pas
d’avoir la tête de (Guillaume) Pepy
(patron de la SNCF) », mais « de
permettre à tous les cheminots de
pouvoir s’exprimer » autrement que
par la grève, notamment « l’encadrement ».
Si les syndicats espèrent un non
massif, le premier ministre reste
ferme sur les grands principes de la
réforme. Notamment sur la fin du
recrutement au statut des cheminots au 1er janvier 2020, qui permettra, selon la ministre des
Transports, Élisabeth Borne, d’économiser 100 millions d’euros par an
sur dix ans. La ministre du Travail,
Muriel Pénicaud, a prévenu, dès ce
jeudi, que la consultation n’empêche pas la poursuite des discussions,
rappelant qu’il revient au Parlement et au gouvernement de décider. « Cette réforme ne concerne pas
simplement la SNCF en interne mais
tous les Français », a-t-elle déclaré
sur RTL.
Manifestation
de cheminots,
le 3 mai à Paris.
JACQUES DEMARTHON/AFP
syndicats de la SNCF à une rencontre. Sans doute sans la CGT, qui devait décider au dernier moment, ni
SUD-rail, qui a décliné. Seules la
CFDT-cheminots, dès 8 heures,
puis l’Unsa, vers 10 heures, seront
donc reçues au ministère. Pour la
CFDT, l’objectif est clair : discuter
des 42 amendements qu’elle veut
déposer sur le projet de loi avant son
examen au Sénat. Élisabeth Borne
s’est dite prête, cette semaine, à intégrer au projet de loi « tous les
amendements utiles à la réforme ».
L’ensemble des syndicats compte
ensuite solliciter Édouard Philippe,
qui leur a assuré une rencontre le 24
ou le 25 mai. La grève entamée début avril se poursuit, avec un nouvel épisode de deux jours dès samedi soir. Les syndicats espèrent une
mobilisation plus forte que d’habitude les 13 et 14 mai, même si la menace radicale d’une « journée sans
cheminot » pour le lundi 14 est
moins évoquée. Mercredi, le taux
de grévistes à la SNCF était de seulement 14,46 %. Certains ne peuvent pas faire grève pour des raisons financières, assure Laurent
Brun, secrétaire général de la CGTcheminots. C’est précisément pour
« casser cette idée que 80 % des cheminots soutiennent cette réforme »,
dit-il, que les syndicats jouent la
carte du référendum.
Gilles Le Gendre, député, porteparole du groupe LaREM, a rétorqué,
sur France Info, que ce référendum
entretenait « l’illusion selon laquelle,
parce qu’il y aurait une réponse
massive d’opposition à la réforme, on
pourrait revenir dessus ». « C’est la
loi qui décide », a-t-il insisté. ■
Le pouvoir de faire la loi
Pour Muriel Pénicaud, si le non
l’emporte, « cela voudra dire qu’il y
aura encore beaucoup de travail
d’explication à faire et qu’une grande partie des salariés de la SNCF ne
comprennent pas encore que (cette
réforme) va sauver la SNCF».
Guillaume Pepy, patron de la SNCF,
a également rappelé que « personne,
même pas les cheminots […], ne peut
priver l’Assemblée nationale et le Sénat dans quelques jours du pouvoir de
faire la loi ».
Ce vendredi matin, la ministre
des Transports a convié tous les
Italie : le flou politique
inquiète le patronat
Il redoute un creusement du déficit.
ROME
EUROPE Le patronat et la Banque
d’Italie expriment leur vive appréhension devant les risques d’une
détérioration des comptes publics
au moment où le Mouvement
5 étoiles (M5S) et la Ligue, les principaux vainqueurs des élections du
4 mars, ont recommencé à négocier. La route est encore longue
avant que leurs deux leaders, Luigi
Di Maio et Matteo Salvini, parviennent à former un gouvernement
commun. Unique certitude pour le
moment : ni l’un ni l’autre ne le dirigeront. Il sera fait appel à une tierce
personne. Un tel accord, s’il se fait,
reviendra à faire appliquer des promesses électorales qui font frémir
d’avance le patronat et les marchés.
Vincenzo Boccia, prudent président de la Confindustria, évalue ces
promesses à 45 ou 50 milliards
d’euros de dépenses : « revenu minimum de citoyenneté » (15 milliards), abolition du Jobs Act (loi sur
les contrats de travail) et de la réforme Monti des retraites (loi Fornero, 20 milliards), gel par décret de
l’augmentation prévue de la TVA
(12,4 milliards). Sans compter la
« flat tax » (tranche unique d’imposition à 15 %), le cheval de bataille
de la Ligue. « Quelqu’un peut me dire
où trouver ces ressources sans provoquer une hausse du déficit public et
de l’endettement ? », demande le
patron des patrons. Pour Vincenzo
Boccia, il faut conserver le Jobs Act,
qui a permis de créer un million
d’emplois en deux ans selon lui.
« Cessons de ne penser qu’aux élections. Il faut stabilité et réalisme »,
dit-il.
Alarme également de la Banque
d’Italie qui invite à ne pas financer
les réformes par le déficit, comme la
Ligue et 5 étoiles proposent de le
faire. Lors d’une audition au Parlement, son directeur général adjoint
Luigi Federico Signorini appelle à
défendre l’excédent primaire de
1,5 % du PIB, « notre boussole pour
les investisseurs », rappelant que de
1995 à 2000, l’Italie a eu un excédent primaire (c’est-à-dire hors
charge de la dette) de 4,5 % par an
qui a réduit l’endettement public de
douze points.
Convalescence
Pour l’économiste Marco Fortis, directeur de la Fondation Edison,
l’économie italienne est sortie de la
crise monétaire des années
2011/2012. Elle affiche un excédent
commercial pour les biens manufacturés de 100 milliards de dollars,
le cinquième excédent au monde
après la Chine, l’Allemagne, le Japon et la Corée. Les réformes des
gouvernements Renzi et Gentiloni
lui ont permis d’amorcer sa convalescence. L’excédent primaire, positif depuis vingt-deux ans, est
« l’un des plus élevés du G7 ». « Cela
permet de payer cash le service de la
dette (sur un endettement public de
133 % du PIB) sans devoir souscrire
de nouvel endettement », poursuit
Fortis.
L’économiste souligne que la
croissance est soutenue, les investissements privés en hausse de 30 %
l’an dernier, les exportations de
7 %. Le pays connaît la plus forte
hausse de la consommation par habitant des dix pays les plus riches de
l’Union européenne. Mais, avertit
Marco Fortis, « que perdure la crise
politique ou que des réformes populistes inconsidérées compromettent
les équilibres budgétaires, et l’économie italienne risque de retourner dès
2019 à des vieux démons ». ■
A
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
20
ENTREPRISES
St Mamet, le leader
français du fruit en
sirop, mis en vente
Rachetée en 2015 par le fonds Florac, l’entreprise
nîmoise, alors proche de la faillite, a rebondi.
ST MAMET
GUILLAUME MOLLARET
£@Newsdusud
CHIFFRES CLÉS
100
NÎMES (GARD)
millions d’euros
de chiffres d’affaires
en 2017
40 %
de part du marché
français revendiquée
pour le fruit
en conserve
73 %
du chiffre d’affaires
réalisé sous la marque
St Mamet. Les 27 %
restants sont vendus
sous marque
distributeur
AGROALIMENTAIRE St Mamet,
leader français des fruits en conserve – aussi appelés fruits en sirop -,
est en quête d’un repreneur. Deux
ans et demi après son rachat par le
fonds Florac, détenu par la famille
Louis-Dreyfus-Meyer, l’entreprise
s’est adjoint les services de la banque d’affaires Advision pour
l’opération.
« Cela arrive tôt, j’en conviens.
Simplement, je pense que nous entrons dans une taille critique qui ne
nous permet pas aujourd’hui d’envisager une accélération aussi forte
qu’on le souhaiterait si on ne change
pas la surface financière de l’entreprise », explique Stéphane Lehoux,
le PDG de cette entreprise installée
à Nîmes (Gard), et dont l’usine se
trouve quelque 30 kilomètres plus
au sud dans la petite cité camarguaise de Vauvert.
Créée en 1953, St Mamet,
contrairement à d’autres acteurs de
la filière - bien plus gros qu’elle tels
que Materne ou Andros -, maîtrise
sur le long terme ses approvisionnements avec les mêmes agriculteurs. En effet, 600 hectares de vergers sont exploités, certains à
proximité immédiate de l’usine, par
plus d’une centaine d’arboriculteurs membres de la coopérative
Conserve Gard, fournisseur exclusif
de l’industriel. Un capital sur lequel
compte précisément s’appuyer
Florac pour bien négocier sa sortie.
« Nous avons signé à l’automne un
contrat d’approvisionnement équitable courant sur vingt ans avec ces
agriculteurs. Le plan prévoit notamment une montée en charge progressive jusqu’à une conversion de 15 %
des vergers en bio à l’horizon 2022 »,
poursuit Stéphane Lehoux, qui souhaite que de nouveaux arboriculteurs rejoignent la coopérative.
Reprise en octobre 2015, St Mamet, qui réalise environ 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et
La cession partielle ou complète de St Mamet intéresse les sociétés Daucy, Bonduelle mais aussi Materne.
emploie quelque 200 personnes, est
au bord de la cessation de paiement
quand Florac la rachète au transalpin Conserva Italia. Parce que les
précédents propriétaires ont sousinvesti dans l’outil industriel, Florac met 12 millions d’euros sur la
table pour robotiser son usine de
Vauvert, et permettre notamment
le conditionnement de compotes,
un secteur revenu à la mode après
la création des gourdes Pom’Potes
par Materne.
Retour à l’équilibre
La volonté marquée de Florac de ne
pas investir davantage dans la marque - la seule du secteur agroalimentaire à son portefeuille - sonne
comme le glas d’une ambition affi-
chée en 2015 par le fonds de constituer un pôle agroalimentaire. À
l’époque, le fonds avait embauché
Matthieu Lambeaux, ancien président de Findus Europe du Sud, pour
raviver une belle endormie. Le dynamique quadragénaire avait amené dans son sillage d’autres professionnels de l’agroalimentaire et
l’entreprise avait beaucoup investi
dans l’innovation marketing. De
l’extérieur, le travail semblait porter ses fruits puisque l’entreprise,
après des années de pertes est revenue à l’équilibre. Las, en octobre
dernier, alors que l’usine de Vauvert venait juste d’être inaugurée,
le dirigeant et une partie de son
équipe ont été remerciés sans explication publique. Est-ce une consé-
ST MAMET
quence de ces départs ? La mise en
vente de St Mamet est en tout cas
annoncée dans le même tempo.
« Nous étudiions depuis plusieurs
mois la possibilité d’une cession partielle ou complète pour donner à l’entreprise les moyens industriels et
marketing de ses ambitions. Il se
trouve que, dans le même temps, un
fonds d’investissement a marqué un
intérêt pour St Mamet », avance
pour sa part Stéphane Lehoux, qui,
depuis, affirme avoir éveillé la curiosité d’industriels français. Selon
nos informations, Daucy, Bonduelle mais aussi Materne feraient partie
des sociétés en contact avec l’entreprise. Un comité d’entreprise
extraordinaire doit être réuni la semaine prochaine dans le Gard. ■
Total investit dans les camions américains au gaz naturel
Le groupe pétrolier devient le premier actionnaire de la société Clean Energy, spécialiste du carburant au gaz.
3%
des camions
roulaient au gaz
naturel aux États-Unis
en 2016
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
ÉNERGIE À l’échelle du groupe
Total, l’acquisition est modeste.
Elle symbolise néanmoins la mue
que poursuit le géant pétrolier
français en développant les énergies renouvelables et en misant
toujours plus sur le gaz, le combustible fossile le moins émetteur de
CO2. Total a annoncé jeudi un accord pour acheter 25 % de la société
américaine Clean Energy et en
devenir le principal actionnaire.
Une transaction à 83,4 millions de
dollars (70 millions d’euros) qui
devra être approuvée par l’assemblée générale des actionnaires de
Clean Energy le 8 juin.
L’entreprise américaine est l’un
des pionniers dans le gaz naturel
employé comme carburant. Clean
Energy gère un réseau de quelque
550 stations-service sur tout le territoire des États-Unis, qui distribuent du gaz naturel liquéfié, du
gaz naturel compressé ou encore
du gaz « renouvelable », issu de
décharges ou d’élevages. L’entreprise californienne propose un
éventail de services comprenant la
conversion des véhicules.
Adossé à Total, Clean Energy
prévoit de lancer un programme de
LES DÉCIDEURS
â AMOS GENISH
Telecom Italia-Tim
L’Israélien a été confirmé lundi comme
directeur général par le conseil d’administration de l’opérateur, contrôlé depuis la semaine
dernière par le fonds américain Elliott, au détriment de Vivendi, premier actionnaire avec
24 % du capital.
â THADÉE NAWROCKI
Lufthansa
Ancien directeur des ventes de Brussels Airlines, il occupera des responsabilités équivalentes
pour Lufthansa France et Luxembourg.
A
â SANDRINE DUQUERROYDELESALLE
La boîte boisson
Le groupement d’intérêt économique
(GIE) représentant l’industrie de la
cannette en France a élu Sandrine
Duquerroy-Delesalle, 45 ans, à sa tête. Diplômée de l’école de commerce de Tours et d’un
MBA, elle est aussi directrice commerciale
France, Allemagne et Benelux du fabricant
américain de cannettes, boîtes de conserve et
autres, Crowns. Elle succède à Philippe
Vanhelst, qui devient trésorier du GIE.
leasing de camions roulant au gaz
naturel. Grâce aux garanties financières de la multinationale française, l’objectif est d’assurer un prix
de carburant au gaz inférieur à celui
du diesel et un équipement en poids
lourds au gaz sans surcoût. Pour
Patrick Pouyanné, le PDG de Total,
cité dans un communiqué, le gaz
naturel offre « de fortes opportunités de développement dans le secteur
du transport notamment aux ÉtatsUnis, qui bénéficient de vastes réserves de gaz naturel à faible coût ». Le
patron de la major pétrolière estime que « le gaz naturel peut devenir
le carburant du futur ».
C’était déjà la ferme conviction
de T. Boone Pickens, le magnat du
pétrole qui a fondé Clean Energy, il
y a trente ans. Sa société a pris ce
nom en 2001 mais cette figure très
connue du monde de l’énergie
outre-Atlantique, qui soufflera ses
90 bougies la semaine prochaine,
avait commencé à déployer des
stations-service au gaz dès les années 1990, notamment sur les
aéroports pour les véhicules de
service.
Prix moins volatils
Les atouts ne manquent pas à ce
carburant. Il est moins polluant que
le diesel et l’essence. Ses prix sont
moins volatils que ceux du pétrole.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Philippe Hottinguer, banquier des
grandes fortunes et des… start-up
Discret banquier d’affaires
des familles fortunées,
Philippe Hottinguer a décidé de mettre son expérience au service des start-up.
En créant Ramp-Up, le banquier franco-suisse
propose à celles-ci de se financer sans sortir un
euro. Issu de l’une des plus vieilles familles de
banquiers d’Europe qui trouve ses racines à
Zollikon, sur les bords du lac de Zurich, en
Suisse, au XIVe siècle, Philippe Hottinguer,
49 ans, allie les valeurs d’excellence et de vigilance de la dynastie financière dont il est
l’héritier à la modernité et la technologie des
jeunes pousses à la recherche de fonds pour
accélérer.
« Nous leur proposons de les assister dans la
préparation de leurs levées de fonds en leur
offrant l’assistance d’experts et en s’associant à
leur succès pour toute rémunération. » Philippe
Hottinguer a fait le constat que ces nouvelles
entreprises cherchent à assurer le financement de leur développement rapide sans être
en mesure de s’offrir les services des banques
d’affaires dont elles ont besoin pour préparer
le succès de leurs levées de fonds. Avec le
modèle Ramp-Up, il propose de soutenir dans
leur montée en puissance les start-up déjà
constituées et disposant de projets réalisant un
minimum de chiffre d’affaires, sans dépenser
l’argent dont elles ont besoin pour financer
leur croissance. « Pour se développer, les startup ont besoin de fonds dont la levée s’inscrit
dans un parcours normé incontournable que
nous leur proposons d’assurer avec elles pour
assurer des levées de fonds optimales. »
Formé aux États-Unis, où il a obtenu un
bachelor en finance de la Northeastern University de Boston, ce père de cinq enfants a
ensuite obtenu à Dauphine une maîtrise d’économie appliquée en finance. À peine sorti de
l’université, Philippe Hottinguer intègre
Neuflize Schlumberger Mallet, en 1992. Une
première expérience hors du sérail familial
pour découvrir par lui-même ce monde dans
lequel les enfants de la famille tombent quand
ils sont tout petits… Il rejoint la Banque Hottinguer deux ans plus tard comme attaché de
direction puis directeur. À la suite du rachat de
la banque familiale par le Groupe Credit Suisse,
il prend ses distances et rejoint la direction
générale de Dexia Invest Conseil.
Gagné par la tradition entrepreneuriale inscrite dans son ADN, il crée le Groupe Philippe
Hottinguer en 2003. À la tête de la banque
d’affaires franco-suisse PH Finances et du
gestionnaire de fonds Gestion et Cie, il vit
entre Genève et Paris. Avec Ramp-Up, il
compte créer aujourd’hui les fortunes familiales dont il conseillera demain la gestion… C. B.
Un argument de poids dans un pays
où l’on roule beaucoup et où le prix
du gallon est scruté avec encore
plus d’attention qu’en France. Or,
entraînés par les cours du brut, les
prix à la pompe aux États-Unis sont
au plus haut depuis trois ans.
Reste que les véhicules au gaz
sont encore marginaux. Ils sont
quelque 175 000 aux États-Unis. En
2016, le parc de poids lourds ne
comptait que 3 % de véhicules roulant au GNL ou au GNC. Les véhicules adaptés restent chers, d’où
l’intérêt de l’offre de leasing que
prépare le tandem Clean Energy et
Total pour élargir la clientèle
d’entreprises. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â NICOLAS GOMART
Matmut
Le patron de l’assureur français,
Nicolas Gomart, poursuit la réorganisation de sa direction générale
dans le cadre de la diversification de ses activités et l’application du plan stratégique
Ambition Matmut. François Farcy, 58 ans,
titulaire d’une maîtrise en droit des affaires,
est promu à la tête de la coordination métiers.
L’ingénieur David Quantin, 46 ans, s’occupera quant à lui des systèmes d’information et
d’innovation. Enfin l’X Olivier Requin,
39 ans, prend les rênes de l’assurance IARD
(incendie, accidents et risques divers). Ils ont
chacun le titre de directeur général adjoint.
â LOU RIVIECCIO
UPS
Désormais à la tête du groupe de
logistique américain pour l’Europe, il
prend la tête de la plus grande
région, hors États-Unis. Avec 34 années d’expérience dans le groupe, où il a commencé
comme manutentionnaire de colis à temps
partiel, Lou Rivieccio a su gravir les échelons
et se construire une belle carrière. Il occupait
jusqu’alors la direction de la région UPS Est
aux États-Unis.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 11 mai 2018
ENTREPRISES
21
Wall Street accueille Axa sans enthousiasme
L’assureur met en Bourse sa filiale américaine Axa Equitable à un prix inférieur à ses prévisions.
ASSURANCE Axa est loin de réaliser une entrée en fanfare à Wall
Street. L’assureur a levé 2,75 milliards de dollars (2,32 milliards
d’euros) en introduisant jeudi sur
le New York Stock Exchange sa filiale américaine d’assurance-vie
et de gestion d’actifs, Axa Equitable Holdings.
Les modalités de l’opération
sont décevantes pour le groupe
français qui avait envisagé pour sa
filiale une fourchette de prix de 24
à 27 dollars. Axa a dû finalement
abaisser le prix de l’action à
20 dollars, ce qui valorise Axa
Equitable à 11,2 milliards de dollars.
Axa a par ailleurs dévoilé jeudi
les modalités de l’emprunt de
750 millions de dollars qu’il va
lancer sous forme d’obligations
échangeables en actions Axa
Equitable. Celles-ci seront émises
avec un taux d’intérêt fixe annuel
qui atteint 7,25 %.
L’argent levé doit financer en
partie le rachat de l’assureur bermudien XL Group pour plus de
12 milliards d’euros. Cette opération fera d’Axa le numéro un mondial de l’assurance-dommages et
de la réassurance (l’assurance des
assureurs) des entreprises.
AXA EN CHIFFRES
EN 2017
9 8 ,5
milliards d’euros
de chiffre d’affaires,
dont 24,8 % en France
et 17 % aux États-Unis
6 ,2
milliards d’euros
de résultat net
10 0
millions de clients
FRANCES M. ROBERTS/NEWSCOM/SIPA
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
L’introduction d’Axa Equitable est la plus importante de l’année à la Bourse de New York.
En avril, les dirigeants du groupe basé à Paris ont expliqué qu’ils
disposaient, si nécessaire, d’un
crédit-relais de 9 milliards
d’euros pour financer cette acquisition. Mais les analystes de la
banque Jefferies estimaient jeudi
qu’Axa doit encore trouver 300 à
600 millions d’euros pour couvrir
ses besoins de financement.
Les piètres performances boursières du secteur de l’assurance
aux États-Unis, en particulier en
assurance-vie, ont alimenté les
réticences des investisseurs vis-àvis des titres de la filiale d’Axa. La
stratégie de Thomas Buberl, le directeur général qui a pris la suite
d’Henri de Castries en 2016, doit
par ailleurs encore convaincre les
marchés. Le patron allemand du
groupe tricolore est partisan d’une
transformation radicale de l’entreprise fondée en 1985 par Claude
Bébéar. Il entend « créer un nouvel
Axa », tourné vers l’assurance-
dommages, en particulier pour les
entreprises, et axé par ailleurs sur
la santé et la prévoyance. Ces activités sont moins exposées aux risques financiers que l’assurancevie, l’épargne et la retraite, qui
souffrent de l’environnement de
taux d’intérêt très bas.
Repositionner le groupe
Avec la cession progressive d’Axa
Equitable, qui doit sortir à terme
du bilan d’Axa, et l’achat de XL
Group,
l’assurance-dommages
représentera la moitié du résultat
opérationnel de l’assureur, contre
39 % en 2016.
Sanctionné par la Bourse après
l’annonce en mars du rachat de
XL, une opération particulièrement importante dans l’histoire
récente d’Axa, Thomas Buberl expliquait comprendre les interrogations des marchés.
« Nous devrons réussir la mise en
Bourse de nos activités américaines, intégrer le métier d’XL et enfin
réduire notre endettement au niveau d’avant la transaction. Si cela
marche, et je suis extrêmement
confiant, nous aurons repositionné
Axa pour le futur », résumait alors
le patron d’Axa.
En attendant, s’il est déçu par
la valorisation d’Axa Equitable,
Thomas Buberl peut se féliciter
d’avoir réalisé l’introduction la
plus importante de l’année à
New York. La cotation de la filiale d’Axa passe devant celles de la
société brésilienne de services financiers PagSeguro (2,3 milliards de dollars en janvier) et de
la plateforme de vidéos chinoise
iQiyi (2,4 milliards en mars). Il
s’agit par ailleurs de la deuxième
introduction dans l’assurance
aux États-Unis après celle de
Goosehead Insurance le mois
dernier. ■
Le nouvel élan international de Winoa, PME de la métallurgie
Le leader mondial de la grenaille abrasive se fixe un plan ambitieux pour doper sa croissance.
ANNE BODESCOT abodescot@lefigaro.fr
302
millions
d’euros
Chiffre d’affaires
réalisé par la société
en 2017
INDUSTRIE Près d’un an après
avoir changé de mains, Winoa, PME
tricolore aux allures de multinationale, reprend l’offensive. L’exWheelabrator Allevard est, depuis
juin dernier, la propriété du fonds
d’investissement américain KPS
Capital Partners, qui l’a rachetée à
KKR. Alors qu’elle affiche désormais de meilleurs résultats (un chiffre d’affaires de 302 millions d’euros
l’an dernier, en hausse de 10 %
après un net plongeon en 2016),
l’entreprise basée près de Grenoble
veut jouer sur de nouveaux leviers
de croissance. Elle détient déjà 30 %
du marché mondial de la grenaille
abrasive, ces morceaux de métal
aux formes diverses utilisés pour
nettoyer les pièces d’acier, étape
indispensable dans les fonderies.
Mais elle veut encore pousser ses
pions à l’international, surtout en
Asie, où elle réalise aujourd’hui
21 % de son chiffre d’affaires. Elle
cible notamment l’Inde et la Chine,
deux pays où elle estime pouvoir
accroître ses parts de marché. « Des
acquisitions sont à l’étude, mais il
nous serait possible aussi de renforcer nos équipes commerciales ou notre dispositif industriel », indique
Pierre Escolier, le PDG de Winoa.
Avec onze sites de production
aux quatre coins de la planète (et
même une usine en Russie), la
PME française, qui réalise sans intermédiaire 70 % de ses ventes, se
veut proche de ses 10 000 clients.
« Aucun de nos concurrents n’a une
telle présence globale, très pratique
pour travailler avec de grands
groupes ayant des activités industrielles dans de nombreux pays », se
félicite Pierre Escolier. Un défi
pour une PME de 1 000 salariés,
dont 200 en France.
Pour pousser son avantage,
Winoa cherche depuis un an à
diversifier ses marchés. Elle vient
ainsi d’obtenir la certification Bom-
bardier, le leader mondial de la fabrication d’avions et de trains. Cela
va lui permettre de travailler avec
toutes les filiales et les sous-traitants
du groupe américain.
« Accompagner nos clients »
« Notre métier n’est pas de vendre de
la grenaille mais d’accompagner nos
clients
dans
l’utilisation
de
nos 700 références, pour mieux régler les machines, optimiser les process, etc. », martèle Pierre Escolier.
Poursuivre les efforts dans cette
voie, qui fidélise les clients et permet de ne pas centrer toute la négociation sur le prix, est une priorité
pour l’entreprise. Elle développe
donc des modules de formation
pour aider les opérateurs dans les
usines à optimiser l’utilisation des
produits. Dans ses six centres d’essai, elle a même répliqué les machines de ses clients, pour tester de
nouvelles techniques.
Car, même dans ce métier très
classique, innover est une nécessité.
Winoa se plie donc à la règle, avec
deux centres de recherche.
Avec ces atouts, la petite entreprise, durement éprouvée par la
crise financière de 2008, mais
aujourd’hui redressée, espère croître plus vite que ses marchés, dont
la progression devrait avoisiner 2 %
à 3 % par an, selon son PDG. ■
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BOURSE
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Du 28.02.2018 au 30.05.2018. Conditions sur site.
LA SÉANCE DU JEUDI 10 MAI
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
-0,98 47,83
+0,37 108,95
+0,47 99,82
+0,51
29,825
+0,36 111,95
+0,13
22,46
+0,16
62,86
-0,49 43,17
+0,22 115,85
-0,42
16,595
-0,11
13,515
+0,77 65,31
0
14,615
-0,3
115,45
+1,56 488,1
+0,15 201,8
-0,15
45,99
+0,79 66,66
+0,1
293,7
+0,93 119,25
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
47,37
0,249
108,25
0,174
99,02
0,102
29,285 0,124
110,95
0,188
22,2
0,182
62,07
0,169
42,71
0,126
115,25
0,117
16,425 0,176
13,35
0,11
64,57
0,136
14,51
0,138
114,65
0,12
479,8
0,122
199,85
0,044
45,52
0,04
66,1
0,097
291,3
0,069
117,1
0,222
+10,16
+3,38
+20,04
+9,02
-8,03
-9,56
+0,8
-1,02
+16,95
-8,7
-2,72
-6,76
+1,85
+0,04
+24,2
+8,89
-2,1
+3,85
+19,13
-0,67
JOUR
ORANGE ..............................................15,145
PERNOD RICARD ..................................
138,7
PEUGEOT ..............................................
20,05
♣ 62,36
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
88,4
SAFRAN ..............................................99,74
SAINT GOBAIN ..................................
44,075
SANOFI ..............................................66,13
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
76,42
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
42,545
SODEXO ..............................................83,24
SOLVAY ..............................................
115,9
19,955
STMICROELECTRONICS .............................
TECHNIPFMC ..................................26,81
TOTAL .............................................. 52,71
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
196,4
VALEO .............................................. 57,38
VEOLIA ENVIRON. ..................................
20,66
♣
VINCI .............................................. 85,58
VIVENDI ..............................................23,1
LE CAC 40 AU PLUS HAUT DE L’ANNÉE
Comme la plupart des places boursières
mondiales, la Bourse de Paris était
ouverte le jeudi de l’Ascension. Les volumes d’échanges sont restés très faibles, mais la progression des cours
(+ 0,20 % pour l’indice de référence) a
suffi à pousser l’indice CAC 40 à son
plus haut niveau de l’année en clôture, à
5 545,95 points. Les valeurs françaises
%VAR.
-0,53
+0,65
+0,2
+0,06
-0,16
+0,85
-0,8
-0,2
+1,6
+0,51
-0,31
+0,7
+0,35
-3,73
-0,13
-0,13
-0,28
+0,44
+0,49
+0,87
+HAUTJOUR +BAS JOUR
15,19
138,9
20,19
62,72
89,07
99,92
44,475
66,13
76,42
42,795
83,52
115,9
20,05
28
52,9
196,7
57,48
20,74
85,88
23,12
15,02
137,65
19,875
62,06
87,7
98,92
43,94
65,47
75,16
42,405
82,48
114,25
19,665
26,49
52,28
195,85
56,92
20,45
84,98
22,8
%CAP.ECH
0,146
0,092
0,211
0,146
0,171
0,101
0,168
0,176
0,199
0,353
0,157
0,209
0,199
0
0,152
0,196
0,425
0,276
0,114
0,101
31/12
+4,63
+5,12
+18,25
+10,08
+5,35
+16,1
-4,14
-7,96
+7,85
-1,17
-25,71
+9,61
+3,71
+14,47
-6,48
-7,85
-2,89
+0,5
+3,03
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5865
1,5172
0,8781
9,3241
130,22
1,1908
1,1878
2,9516
11,103
5,0429
21,08
7,5419
79,8905
137,83
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35300
35300
+1,58
NAPOLEON ..................................................... 206,6
206,6
-0,14
PIECE 10 DOL USA .....................................................
588
588
PIECE 10 FLORINS .....................................................
212
212
-0,38
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1150
1150
-1,54
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
206
206
+0,98
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
300
300
-1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1314
1314
+0,31
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
111,9
111,9
+1,91
PIECE SUISSE 20F .....................................................
205
205
+1,13
PIECE LATINE 20F .....................................................
207
207
+2,02
SOUVERAIN ..................................................... 260,9
260,9
+0,08
KRUGERRAND .....................................................1165
1165
+4,13
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
285,09 07/05/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,78 04/05/18
BELLATRIX C ................................................
332,92 19/03/18
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rlaskin e@lefigaro.fr
ont été portées par la très bonne tenue
de Wall Street après des chiffres d’inflation un peu inférieurs aux attentes
outre-Atlantique, écartant le risque
d’une accélération par la Réserve fédérale américaine de son resserrement
monétaire. Les tensions croissantes
entre l’Iran et Israël, après le retrait des
États-Unis de l’accord sur le nucléaire
iranien, n’ont finalement pas pesé sur
l’indice parisien. Le cours du baril de pétrole s’est toutefois maintenu au-dessus de 77 dollars, dans la crainte d’une
réduction de l’offre mondiale d’or noir
alors que l’Iran est le troisième plus
grand producteur de l’Organisation des
pays exportateurs de pétrole (Opep).
Parmi les plus fortes hausses, EDF
(+ 3,04 %, à 12,22 euros) a bénéficié d’un
chiffre d’affaires en augmentation de
3,7 % au premier trimestre et de la
confirmation de ses objectifs financiers
pour l’année. Le producteur d’acier
inoxydable Aperam (+ 2,36 %, à
41,56 euros) a profité de ventes en progression de 1,5 % au premier trimestre
2018, malgré un bénéfice net en légère
baisse de 3,4 %. Après les fortes hausses de ces derniers jours, les valeurs
pétrolières ont subi des prises de bénéfices. TechnipFMC a ainsi fini en queue
du CAC 40 (- 3,73 %, à 26,81 euros), pénalisé par un bénéfice net inférieur aux
attentes des analystes, même si le
groupe est sorti du rouge au premier
trimestre et a confirmé ses objectifs. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 47,37
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,6
AIRBUS .............................................. 99,63
ARCELORMITTAL SA ..................................
29,56
ATOS .............................................. 111,6
AXA .............................................. 22,37
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
62,75
BOUYGUES ..............................................
42,87
CAPGEMINI ..............................................
115,65
CARREFOUR ..............................................
16,47
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,425
DANONE ..............................................65,22
ENGIE .............................................. 14,6
ESSILOR INTL. ..................................115
KERING ..............................................488,1
L'OREAL ..............................................201,4
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
45,63
LEGRAND ..............................................66,66
LVMH .............................................. 292,35
♣
MICHELIN ..............................................
118,75
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
22
MÉDIAS et ENTREPRISES
Au Québec, « La Presse » compte désormais sur la philanthropie
Le quotidien avait abandonné le papier. Mais les revenus publicitaires digitaux ne sont pas à la hauteur.
260 000
lecteurs
quotidiens
de l’édition gratuite
pour tablette
de « La Presse »
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
PRESSE Le quotidien qui avait osé
abandonner le papier doit aujourd’hui revoir son équation économique. Le 8 mai, la direction du journal québécois La Presse, l’un des
principaux médias de la province
canadienne, a annoncé à ses équipes le retrait de son actionnaire, la
famille Desmarais (Power Corporation). D’ici à quelques mois, le quotidien appartiendra à un « organisme sans but lucratif » (OSBL), la
version canadienne de l’association
loi 1901, et sollicitera des aides de
l’État et des dons de philanthropes.
« Qu’un journal naguère aussi ren-
table que La Presse devienne un organisme qui cherche des dons de
fondations est évidemment un énorme choc », note l’éditorialiste du
quotidien, Yves Boisvert.
Fondé en 1884, La Presse a lutté
de façon originale contre la crise
qui a frappé les médias écrits au début des années 2000. Plutôt que de
gérer le déclin, la famille Desmarais, propriétaire depuis 1967, a fait
le pari du numérique. Elle a investi
40 millions de dollars canadiens
(25 millions d’euros) en 2013 pour
créer l’application pour tablette
La Presse +. Entièrement gratuite,
elle permet de consulter les articles
du quotidien dans un format innovant. Avec 260 000 lecteurs quoti-
diens, le succès d’audience est tel
que La Presse stoppe ses éditions
papier de la semaine en janvier 2016. En début d’année, l’édition papier du week-end a été
abandonnée.
Refus du Web payant
La Presse a parié sur le développement de la publicité digitale. Mais
c’était sans compter le duopole Facebook et Google qui, au Canada
comme ailleurs, dévore plus de
80 % des revenus publicitaires sur
Internet. Cinq mois après l’arrêt
total du papier, la situation économique du journal est devenue préoccupante. Mais hors de question
de développer une offre numérique
payante, comme les autres grands
quotidiens mondiaux. « Maintenir
une offre d’information de qualité
accessible à tous est un enjeu de société », plaide son président, Pierre-Elliott Levasseur.
La direction du journal, qui n’a
jamais diffusé de bilan financier, est
en discussion depuis plusieurs mois
avec Québec et Ottawa pour solliciter des aides. Si la province a rapidement accepté de débloquer un
fonds de soutien aux quotidiens, le
gouvernement fédéral est plus réservé. Oui, il souhaite soutenir les
médias de qualité. Mais il refuse de
subventionner des journaux détenus par des milliardaires. Qu’à cela
ne tienne. La famille Desmarais a
décidé de se retirer, tout en faisant
un don de 50 millions de dollars
(33 millions d’euros) à La Presse.
Elle s’engage par ailleurs à continuer de régler les pensions des retraités du journal. Dès réception du
feu vert des autorités, La Presse
s’auto-appartiendra via une association loi 1901. Ouest-France a
adopté ce modèle en 1990. Mais au
Québec, La Presse ne vivra que de
ses maigres revenus publicitaires et
des aides d’État. Il espère donc pouvoir attirer des dons de fondations,
de grandes entreprises et de philanthropes, grâce à une législation
qui permettrait de défiscaliser en
grande partie les aides aux médias.
Un pari pour le moins risqué. ■
À Cannes,
Netflix est
de toutes les
conversations
La société a envoyé un contingent
d’acheteurs au Festival.
CAROLINE SALLE £@carolinesalle
CINEMA Netflix a beau avoir été
privé de tapis rouge, à Cannes, il
brille plus que jamais par sa présence. Le grand absent du Festival
international du film est en effet
de toutes les conversations.
« Netflix occupe tous les esprits »,
confirme Pascal Rogard, le directeur général de la société
d’auteurs SACD. Pas un jour ne
s’écoule sans que la Croisette ou
les médias évoquent le leader de
la vidéo à la demande par abonnement. Dernier bruissement en
date : selon le magazine Variety,
la firme de Los Gatos aurait manifesté son intérêt pour acheter les
droits de Everybody Knows, film
porté par les acteurs Penelope
Cruz et Javier Bardem et projeté
en ouverture de la manifesta-
tion… Focus Features l’a finalement emporté, mais Netflix ne
devrait pas manquer de faire encore parler de lui.
Après avoir été en compétition
pour la première fois l’an passé, la
plateforme de vidéo a été déclarée
persona non grata sur la Croisette.
La sélection en 2017 de deux de ses
films, Okja du Sud-Coréen Bong
Joon-ho, et The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach avait provoqué un tollé. Motif : Netflix préfère les distribuer directement sur
sa plateforme sans passer par la
salle de cinéma. Le Festival a donc
changé les règles du jeu en avril
dernier : tout film en compétition
doit dorénavant s’engager à sortir
en salle, ce que refuse toujours
Netflix. Cette modification, et la
polémique qu’elle a engendrée,
continue de susciter déclarations
et commentaires.
Martin Scorsese, qui a ouvert
avec Cate Blanchett la 71e édition
du Festival et reçu, mercredi, le
carrosse d’or, récompense décernée chaque année par la Société des
réalisateurs de films, a lui aussi jeté
un pavé dans l’écran. Le cinéaste
n’a pas hésité à défendre Netflix qui
a financé son dernier long-métrage Irishman. « Il faut tirer profit de
la technologie et des circonstances.
Mais le plus important : il faut continuer à faire des films », a expliqué la
star américaine. Des propos à rebours de ceux tenus par les organisateurs de Cannes…
Une polémique positive pour
la plateforme américaine
Si la plateforme a envoyé un
contingent d’acheteurs au Festival mais pas de porte-parole, elle
peut toutefois compter sur l’appui
de talents de premier ordre pour
prendre sa défense. « Netflix, qui
est aujourd’hui un acteur incontournable de l’audiovisuel, entretient un flirt compliqué avec le Festival de Cannes. S’il se met à
investir énormément dans le cinéma et privilégie d’autres festivals,
cela pourrait être dommageable
pour Cannes. Or son intérêt est de
sélectionner les meilleurs films.
Quant à Netflix, il se priverait
d’une vitrine prestigieuse », estime
Pascal Rogard. Et d’une formidable caisse de résonance. En définitive, Netflix peut dire merci au
Festival de Cannes. En alimentant
la polémique, les organisateurs
ont permis à la plateforme de saturer l’espace médiatique. Malgré
eux, ils ont montré que le géant de
la vidéo était d’ores et déjà un acteur incontournable du cinéma.
Netflix en rêvait. Finalement,
Cannes l’a fait. ■
Martin Scorsese,
mardi, lors de la
cérémonie d’ouverture
du 71e Festival de
Cannes. Le dernier film
du réalisateur américain,
Irishman, a été financé
par Netflix.
VALERY HACHE/AFP
RBS : 4,9 MILLIARDS
DE DOLLARS D’AMENDE
£ La banque britannique
RBS va payer une amende
de 4,9 milliards de dollars
pour mettre fin à une enquête
des autorités américaines
sur la conception et la
commercialisation de titres
adossés à des actifs immobiliers
avant la crise financière de 2008,
dite crise des « subprimes ».
SURVIE INCERTAINE
POUR LE CHINOIS ZTE
En France, ce marché génère aujourd’hui 8 milliards de dollars de revenus.
IMPRIMANTE L’impression n’est
pas morte. Ce secteur que l’on disait voué à disparaître face à la
montée en puissance du numérique s’offre un répit. Mieux, certains secteurs sont en croissance,
de 3 à 5 % par an. C’est le cas du
graphisme, domaine d’activité qui
englobe la signalétique, la publicité, l’emballage ou encore la décoration et le textile. Les nouvelles
technologies permettent aujourd’hui d’imprimer sur à peu près
tous les supports : plastiques, bois,
aluminium, sans oublier le papier !
Ce secteur représente le quart des
8 milliards de revenus générés par
l’impression en France.
Trois acteurs se partagent le gâteau. HP - qui a racheté la division
impression de Samsung en 2016 -,
domine la concurrence avec 45 %
de part de marché dans l’Hexagone, devant Canon et Epson, qui détiennent 45 % à eux deux. « Il n’est
pas vrai de dire que les gens n’impriment plus, ils impriment juste
différemment », estime Daniel
Groesser chez HP France. Les pro-
fessionnels impriment sur des bâches géantes ou de petits sacs en
tissu. Les particuliers, eux, continuent d’imprimer leurs photos et
leurs documents administratifs,
même s’ils ont été numérisés. « Les
contenus à imprimer se situent davantage sur les smartphones que sur
les PC, nous avons donc développé
des solutions adaptées, en privilégiant la connexion Bluetooth ou WiFi pour nos imprimantes avec des
applications dédiées », ajoute Daniel Groesser.
Le look des imprimantes a aussi
évolué. Canon a notamment rendu
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
07/05/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
A
Aviva Investors France
24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Vocation
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
144,18
64,57
617,28
769,74
921,30
144,93
64,75
617,64
771,95
925,19
PROCHAINE PARUTION : 18/05/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
ses imprimantes plus compactes et
plus jolies. L’autre défi des fabricants est d’encourager les consommateurs à utiliser leur équipement.
Face aux prix souvent très élevés
des cartouches d’encre, les clients
rechignent à investir. En faisant
des consommables une vache à
lait, les industriels ont pris le risque
de tuer la poule aux œufs d’or.
HP a fait le pari de baisser le prix
de ses cartouches et de lancer des
abonnements mensuels et même
un abonnement gratuit, permettant d’imprimer quinze pages par
mois pour encourager les particuliers à investir dans une imprimante. L’abonnement passe ensuite à
2,99 € par mois pour 50 pages imprimées. Les commandes se déclenchent
automatiquement
quand le niveau d’encre est bas. Le
leader mondial a aussi rendu certaines imprimantes compatibles
avec les assistants vocaux de Google (OK Google) et d’Amazon
(Alexa). Il suffit que l’imprimante
soit allumée pour la commander à
distance, par exemple depuis le
smartphone sur lequel les photos
sont stockées. ■
CHÔMAGE AMÉRICAIN :
PLUS BAS NIVEAU
DEPUIS 48 ANS
£ Les inscriptions
hebdomadaires au chômage
sont restées inchangées la
semaine dernière aux ÉtatsUnis. Elles sont proches de leur
plus bas niveau depuis plus de
quarante-huit ans.
Le secteur de l’impression se réinvente
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
EN BREF
contenus
« àLesimprimer
se situent
davantage
sur les
smartphones
que sur les PC,
nous avons
donc
développé
des solutions
adaptées
»
DANIEL GROESSER,
HP FRANCE
£ Privé de puces électroniques
américaines depuis
l’interdiction mi-avril des
exportations de composants
américains lui étant destinés,
le géant chinois des télécoms
ZTE a dû suspendre une très
grande partie de sa production.
Les États-Unis le sanctionnent
pour avoir réexporté
vers l’Iran et la Corée du
Nord des équipements achetés
aux États-Unis.
LE « NEW YORK TIMES »
ARRIVE À LA TÉLÉ
£ Le quotidien américain
a signé un accord avec la
chaîne FX et la plateforme
Hulu pour diffuser chaque
semaine l’émission « The
Weekly ». Le programme
se penchera sur l’actualité
en suivant le travail d’un
ou de plusieurs journalistes
du New York Times.
» Pourquoi la déconnexion
est la nouvelle lubie
de la Silicon Valley
» Nike confronté à de nombreux
départs
www.lefigaro.fr/economie
+@
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO - N° 22 937 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
HORLOGERIE
QUAND LES MONTRES
DE PLONGÉE SÉDUISENT
LES AVENTURIERS URBAINS
Longines
PAGE 27
JARDIN
À LA DÉCOUVERTE
DES PARADIS HORTICOLES
DE LA SARTHE
PAGE 28
Serebrennikov
VALERY HACHE/AFP
électrise Cannes
Assigné
à résidence
en Russie,
le réalisateur
de « Leto » a été
représenté
par son équipe
brandissant
une pancarte
à son nom lors
de la montée
des marches.
Son film retrace
l’émergence
de la scène rock
à Leningrad dans
les années 1980.
Un vent d’Est
rafraîchissant
sur la Croisette.
PAGES 24 ET 25
24 heures croisette
Par François Aubel
CHAISE VIDE ET DOLIPRANE
Lumière, le siège réservé à Kirill
Serebrennikov est resté vide,
mercredi soir, lors de la projection
officielle de son film, Leto (L’Été).
Sur les marches, son équipe, l’actrice
Irina Starshenbaum en tête, brandit
une pancarte à son nom. Toutes
les manœuvres diplomatiques
ont échoué. Visé par une affaire de
détournement de fonds publics, pure
fiction selon lui, « l’enfant terrible »
de la scène moscovite n’a pas pu
se soustraire à son assignation à
résidence. Elle a même été prolongée
jusqu’au 19 juillet. « Nous ne pouvons
que manifester notre opprobre fort
par rapport à cette situation »,
a déclaré Françoise Nyssen.
Poutine peut trembler.
LE FILM DE SA VIE
■ Pour le chevalier de la Mancha,
bon courage rompt mauvaise
aventure. Terry Gilliam a gagné son
bras de fer judiciaire avec le
producteur Paulo Branco. Après
vingt-cinq ans de batailles contre
des moulins, L’Homme qui tua Don
Quichotte sera donc bien projeté
en clôture de cette 71e édition.
L’affaire a pris une bien triste figure.
Elle a même failli être fatale au
cinéaste britannique. Victime d’un
AVC à Londres le week-end dernier,
LONGINES, SIMON LAGOARDE/WAAP.FR
on doutait sérieusement de sa
présence sur la Croisette le samedi
19 mai. Il sera là et a tenu le faire
savoir sur Twitter en postant une
photo. Un sourire aux lèvres,
certainement celui du défi, il y arbore
un tee-shirt sur lequel on peut lire :
« Pas encore mort. »
LA VOIX DU MAÎTRE
■ Martin Scorsese a donné sa
définition du cinéma : un accident
heureux. Pour la 50e édition
de la Quinzaine des réalisateurs,
le maestro a reçu le carrosse d’or de
la Société des réalisateurs français,
sous des applaudissements rythmés
comme il se doit par Jumpin’ Jack
Flash des Stones. Une standing
ovation que ses modestes « what
a crazy time ! » ont eu bien du mal
à contenir. Si Jacques Audiard ne
présente pas son film américain
sur la Croisette, il était bien présent
à Cannes pour lui remettre
solennellement cette distinction.
Au côté, notamment, de Cédric
Klapisch. Un peu plus tard, dans un
couloir du Marriott, on demande aux
deux réalisateurs si leur rencontre
avec le maître s’est bien déroulée.
Goguenards, ils répliquent :
« Oui, il a été très honoré de faire
notre connaissance… »
Suite pages 24 et 25
A
■ Dans la grande salle du Théâtre
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
SANS ORDONNANCE
■ Il y a plusieurs techniques pour
24 heures
croisette
par François Aubel
savoir si cette édition est enfin lancée.
Comme celle d’aller jauger si les
journalistes accrédités (plus de 4 000)
ont couru les buffets de la fête que
leur organise depuis 2016 le Festival.
La fameuse Welcome Party.
« Franchement, ce n’était pas terrible.
Certains doivent refiler leur invitation,
car je n’ai reconnu personne »,
explique l’une de nos consœurs
pourtant chevronnée. Elle a pu
JACOVIDES-BORDE-MOREAU / BESTIMAGE
24
se consoler avec la soirée de
la Quinzaine, prise d’assaut
cette année encore par tous
les festivaliers et où l’on a pu croiser
Reda Kateb ou Gaspard Ulliel.
L’autre moyen pour prendre
la température de la Croisette
est de pénétrer dans une pharmacie.
Au hasard, celle de la rue d’Antibes.
« Je vous confirme que le Festival
est sur les rails, nous explique
l’apothicaire. Je commence à
ne vendre que de la vitamine C,
« Leto » : back
in the USSR
EN COMPÉTITION Pour son second film,
Kirill Serebrennikov dresse le portrait
nostalgique d’un groupe de rock
à la fin des années Brejnev.
I
ÉRIC NEUHOFF
eneuhoff@le figaro.fr
l y a toujours un premier été.
Pour eux, ce sera celui de 1980. Leningrad est une ville triste. La jeunesse
trouve refuge dans les rares clubs de
rock autorisés. Mike s’y produit déjà.
Avec ses Ray-Ban et sa coupe à la Du
Guesclin, il enflamme le public. Dans
la salle, il n’est pas question de quitter
son siège. Les vigiles sont là. Le musicien a un bébé avec la belle, la douce
Natacha, petite brune qui a un charme
et un naturel à la Anna Karina.
Kirill Serebrennikov (Le Disciple)
filme ces années-là comme la Nouvelle Vague montrait Paris en noir et
blanc. Au cours d’une partie sur la
plage, la petite bande croise Viktor,
dont Natacha repère tout de suite le
talent. Cela chante en choeur autour
d’un feu de camp. Les bouteilles de
bière circulent. Un bain de minuit
clôture les festivités, annonçant un
épisode moins joyeux.
« Jules et Jim » soviétique
Brejnev est encore au pouvoir. Le
couple vit dans un appartement communautaire. La censure veille. Il faut
lui soumettre les textes. Mike prend
Viktor sous son aile protectrice et à
peine jalouse. Une sorte de Jules et Jim
soviétique se met en place. La vérité
oblige à préciser que le scénario s’inspire de personnages réels, Viktor Tsoï
et Mike Naumenko ayant bien existé.
Le film s’emballe assez vite, s’enchante de lui-même, brasse un tumulte de destins.
C’est un portrait de groupe, la peinture d’un pays et d’une époque. Les
concerts rythment l’affaire avec une
énergie communicative. Le rideau de
fer n’empêchait pas cette jeunesse de
guetter avec impatience les albums de
Lou Reed ou de T. Rex. Les épingles à
nourrice des punks voisinaient avec la
faucille et le marteau. Il y avait de la
fraternité et de la rivalité, des problèmes (qui va garder le bébé ?) et des
moments de complicité. Ah, le temps
des cassettes et des vinyles...
Une altercation dans un train entre
décadents et conservateurs se transforme en clip de Psycho Killer. Le procédé reviendra souvent, avec The Passenger ou A Perfect Day : astuces
visuelles, inventions graphiques, clins
d’œil à Michel Gondry. Les mois passent à une allure folle. Le succès s’invitera bientôt, au son de guitares sèches
et électriques. Soudain, nous découvrons que nous avons tous été membres d’un groupe baptisé Garine et les
Hyperboloïdes. Les jeunesses sont toutes les mêmes, à l’Est et à l’Ouest.
Serebrennikov filme la joie, les
corps, la vie. Il y a presque des instants
de grâce, cette femme en larmes sous
la pluie qui boit du porto dans une cabine téléphonique, cette admiratrice
qui inscrit son numéro au feutre sur
votre bras, ces jeunes filles qui boudent parce qu’elles ont peur de gâcher
ce qu’il leur reste d’enfance. Le film
est aérien, poétique et urbain, avide et
désespéré (il y aura des morts). On y
entend le bruit de pas qui s’éloignent.
On y distingue des silhouettes qui disparaissent à l’horizon.
Cet hymne au rock’n’roll rappelle à
quel point cette musique a aidé à sa
façon à renverser le communisme.
Les pochettes de disques rivalisaient
avec les affiches de propagande. Le
régime ne pouvait pas durer éternellement. Les enregistrements en studio
couvraient les discours des apparatchiks. Aujourd’hui, le mur est tombé
et Leningrad s’appelle à nouveau
Saint-Pétersbourg. Pourquoi tourner
en 2017 un film sur 1980 ? Peut-être
parce que nous avons vieilli et que ces
chansons nous ont permis de ne pas
nous en apercevoir. Finalement, lecinéma sert à ça : entretenir en nous
une adolescence qui ne finirait jamais.
Grâces en soient rendues à ces ménestrels d’un siècle enfui. ■
« Leto »
Drame de Kirill Serebrennikov
Avec Teo Yoo, Irina Starshenbaum,
Roman Bilyk
Durée 2 h 06
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
Sortie le 5 décembre
Roman Bilyk et Irina Starshenbaum, à l’époque où les pochettes de disques rivalisaient avec les affiches de propagande.
Roma Zver : « En Russie, beaucoup d’auteurs ne
OLIVIER NUC £@oliviernuc
Il est le chanteur et guitariste d’un des
groupes pop les plus populaires de
Russie, Zveri (« les animaux »). Roma
Zver, de son vrai nom Roman Bilyk,
40 ans, est à l’affiche du très bon Leto,
réalisé par Kirill Serebrennikov. En
l’absence de ce dernier, assigné à résidence par le gouvernement de Moscou
depuis neuf mois, c’est aux producteurs et acteurs de défendre cette évocation réussie de la scène rock underground de Leningrad du début des
années 1980. « Le contexte est très particulier : a-t-on déjà vu un réalisateur
devant terminer le tournage et effectuer
le montage de son film en ayant si peu de
contacts avec son équipe ? » On peut
pourtant citer l’exemple de Jafar
Panahi, le cinéaste iranien en compétition à Cannes cette année avec Trois
Visages.
Dans Leto, Zver incarne Mike
Naumenko, pionnier de la scène russe
et figure culte, mort d’une crise cardiaque en 1991, à l’âge de 36 ans.
« Lorsqu’on s’intéresse au rock en Russie, on est forcément familier du travail
de Mike », explique-t-il.
Écho troublant
Grand connaisseur des stars anglosaxonnes – le film montre le mur de son
appartement tapissé de pochettes de
Bowie, T-Rex, Joni Mitchell ou Billy
Joel –, Mike Naumenko fut l’importateur de cette culture, qu’il introduisit en
contrebande. Il fut aussi celui qui encouragea Viktor Tsoi, héraut du rock
soviétique des années 1980, à prendre
son envol. Leader du groupe Kino,
Vikto Tsoi put accéder à une grande popularité grâce à la politique d’assouplissement menée par Mikhaïl Gorbatchev,
la glasnost et la perestroïka. Loin d’être
un paresseux biopic autour de cette figure charismatique, mort en 1990 dans
un accident de la route, Leto s’intéresse
aux années pendant lesquelles le rock
n’avait pas droit de cité en URSS.
Né en 1977, Zver appartient à une
génération qui a encore connu des difficultés à se procurer de la musique
rock. « Je viens de province, on écoutait
tout ce qui voulait bien venir jusqu’à
nous. Il était aussi difficile de trouver
des albums de Mike que ceux des Américains de Sonic Youth. C’est grâce à des
types qui rejouaient leurs chansons à la
guitare en bas de chez moi que j’ai découvert de nombreux groupes russes. »
Le sujet du film – le pouvoir cherchant
à étouffer la création artistique de la
jeunesse - trouve un écho troublant
dans la situation actuelle de Kirill
Serebrennikov.
« En Russie, la plupart des artistes
dépendent des autorités et n’ont pas la
liberté de faire ce dont ils ont envie, pas
seulement dans la musique et le cinéma.
Beaucoup d’auteurs aimeraient s’exprimer mais n’en ont pas la possibilité »,
explique Roma Zver. Le musicien et
acteur considère la présence de Leto en
compétition officielle au Festival de
Cannes comme rien de moins qu’un
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
A
EN COMPÉTITION Cannes, terre de
contrastes. Passé le mélo sirupeux en
forme de carte postale des vignobles espagnols d’Asghar Farhadi (Everybody
Knows et son couple glamour Javier
Bardem-Penélope Cruz), le deuxième
film de la compétition est la surprise du
chef Frémaux. Yomeddine est un premier
long-métrage égyptien d’un illustre inconnu de 32 ans : A. B. Shawky. Il met en
scène un héros qui n’a pas tout à fait le
profil d’une star hollywoodienne : Rady
Gamal, un non-acteur lépreux.
A. B. Shawky, né de père égyptien et
de mère autrichienne, diplômé de la NYU
Tisch School à New York, a eu l’idée de
Yomeddine en tournant dix ans plus tôt
un court-métrage dans la léproserie
d’Abu Zaabal, à deux heures de route au
nord du Caire. Dix ans, c’est le temps
qu’il a fallu pour écrire le scénario et
trouver l’argent pour le financement.
Bizarrement, le film d’un débutant avec
un lépreux, cela n’a pas excité des masses
de producteurs. Aujourd’hui, Yomeddine
est en compétition à Cannes et on sait
déjà que ce n’est pas le plus mauvais.
Traité avec légèreté
Rady Gamal est le premier lépreux que
A. B. Shawky a auditionné. Il est guéri,
mais la maladie lui a laissé des cicatrices
profondes sur le visage et des doigts atrophiés. Beshay, son personnage, vit de
peu en fouillant les décharges. Quand sa
femme meurt, il part à la recherche de sa
famille, à l’autre bout du pays. Un orphelin nubien, Obama, l’accompagne dans
ce périple en charrette tirée par un âne.
Les deux compagnons useront de tous les
moyens de transport : train, camion,
moto (en stop). Partout où ils passent, ils
ne sont pas les bienvenus. Beshay ne ces-
se de répéter qu’il n’est pas contagieux.
On le regarde comme un monstre de foire. « Je ne suis pas un animal », protestet-il (il a dû voir Elephant Man de David
Lynch). Seul Hamed le cul-de-jatte se
montre bienveillant. Il héberge les deux
vagabonds dans sa cour des miracles, repaire de parias. Le nain Rayes dit à
Beshay : « Au jour du Yomeddine, nous serons tous égaux. » «Yomeddine » signifie « jour du jugement dernier ». En attendant ce jour, Beshay, le lépreux
chrétien, fait bonne figure. Il n’est pas du
genre à s’apitoyer sur son sort.
Yomeddine, malgré son sujet, n’est pas
plombant. C’est sa force et sa faiblesse. À
vouloir être léger, il reste à la surface.
Tout semble passer sur Beshay, qui fait
contre mauvaise fortune bon cœur. A. B.
Shawky enchaîne les péripéties et les situations sans toujours prendre le temps
de leur donner du poids et du sens. La
meilleure scène est celle où Beshay se re-
DESERT HIGHWAY PICTURES/LE PACTE
« Yomeddine », lépreux chevalier
À la mort de sa femme, Beshay (Rady Gamal), lépreux non contagieux, part à la recherche
de sa famille. Un sujet lourd qui ne plombe pas le film.
trouve en prison menotté à un Frère musulman. Un autre barbu cite le Coran :
« Fuis les lépreux comme les lions. » « Un
lépreux est aussi fort qu’un lion ? », demande Beshay avec une fausse ingénuité.
Avec une vraie lucidité, il leur dit s’appeler Mohammed. ■
« Yomeddine »
Drame d’Abu Bakr Shawky
Avec Rady Gamal, Ahmed Abdelhafiz,
Shahira Fahmy
Durée 1 h 37
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Date de sortie non communiquée
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 11 mai 2018
L'ÉVÉNEMENT
du Doliprane et du citrate
de bétaïne. » Certainement que
les photographes, une bonne
soixantaine, regroupés à la pointe
du ponton du Majestic jeudi matin
ont dû se procurer aussi de la Biafine.
Ils ont attendu près de deux heures
l’arrivée par bateau d’une partie
des égéries L’Oréal Paris. Soit,
par ordre de passage sur la passerelle :
Jessica Chastain, Penélope Cruz, Fan
Bingbing (sous une ombrelle), Maria
Borges et Marion Cotillard dont la
plus le président d’honneur de
la manifestation, âgé aujourd’hui
de 87 ans, promène sur la Croisette
son allure de « clergyman coincé »
(l’expression est de lui).
Mercredi matin, sa haute silhouette
appuyée sur sa canne, il attend
devant la boutique officielle
du Festival. Il a envoyé son chauffeur
vérifier si son Dictionnaire amoureux
du Festival de Cannes (Éd. Plon)
est en vente dans les rayons. Surtout
qu’en vitrine, apparaît Sélection
combinaison léopard ultramoulante
avait fait sensation la veille au soir,
au Martinez, à la soirée Chopard.
Foutu métier : le photocall a duré
à peine cinq minutes.
LA TUTELLE DE JACOB
■ Il est à Thierry Frémaux et Pierre
Lescure ce que le sparadrap est
au capitaine Haddock. Plus le tandem
veut se débarrasser de Gilles Jacob,
récemment exclu du conseil
d’administration de Cannes,
officielle, le journal écrit par Thierry
Frémaux l’an dernier. « Mon livre
n’y est pas, comme c’est étrange !,
commente Gilles Jacob, espiègle.
Pour cette fois, je vais leur accorder
la présomption d’innocence. »
Pas trop longtemps malgré tout.
Dès le lendemain, l’erreur
était réparée. Son dictionnaire
apparaît en très bonne place.
Du livre du délégué général
du Festival, on ne distingue que
la tranche. Quelqu’un l’a retourné…
25
+ @LE TAPIS
ROUGE DU WEB
» « 24 heures Croisette » : revivez
notre émission quotidienne
» La photo du jour : Julianne Moore,
femme de pouvoir
» Les chiffres mirobolants
du Festival de Cannes
www.lefigaro.fr/festival de Cannes
Guillaume Nicloux : ses moments de vérité
BAC FILMS/KINEVISTA
PORTRAIT « Cela ne vous dérange pas si
je fume ? » Tranquille, posé, Guillaume
Nicloux accueille dans un studio situé
dans une ancienne manufacture près
de la place de la Bastille, à Paris. « J’y
fais les montages de mes films depuis
quinze ans », confie le cinéaste de
L’Enlèvement de Michel Houellebecq.
Sur deux écrans d’ordinateur et le mur
du fond, on voit des images de la série
qu’il prépare pour Arte : Il était une seconde fois, une « histoire d’amour »
avec Gaspard Ulliel et Freya Mavor,
une actrice « anglaise bilingue ». Que
ce soit pour la télévision ou le cinéma,
peu importe. Le film est un « objet
filmique », assure Guillaume Nicloux,
plus accessible dans l’intimité que dans
la frénésie cannoise.
Après avoir été en compétition sur la
Croisette avec Valley of Love en 2015, il
défend Les Confins du monde à la
Quinzaine des réalisateurs, de nouveau
avec Gérard Depardieu en écrivain et
Gaspard Ulliel dans la peau d’un soldat
rescapé d’un massacre qui a eu lieu en
Indochine, en 1945. « Je reviens à des
choses par lesquelles j’ai démarré. J’ai
exploré les films de genre, dramatiques,
poétiques, décalés. Là, je suis peut-être
plus dans une forme d’introspection.
Comme un nouveau cycle, mais ce n’est
pas conscient », confie-t-il.
C’est la productrice Sylvie Pialat qui
lui a parlé de ce massacre du 9 mars
1945. Son mari, le réalisateur Maurice
Pialat, avait longtemps imaginé un
projet autour de cet événement, de ces
premières années de combat, « les plus
floues et peu médiatisées ». Guillaume
Nicloux explique : « Peu d’historiens se
sont penchés sur cette période bordélique. Je me suis documenté. J’ai voulu
proposer un point de vue historique qui
n’appartiendrait pas à l’histoire officielle, un voyage où on réinvente ce que
cette période a pu être, sans prétendre à
une authenticité quelconque. »
Comme dans tous ses films,
Guillaume Nicloux souhaite toucher le
public par la « vérité » des personnages. « Ce sont eux qui nous entraînent
dans l’histoire. Je peux comprendre que
certains soient troublés face à la vision
de l’histoire que je donne dans Les
Confins du monde, à cette façon de
proposer un récit qui fasse abstraction
de la France, du gouvernement. À l’époque, 13 000 kilomètres, c’est loin.
Quand De Gaulle a voulu récupérer les
colonies à la fin de la guerre, les Japonais ont rigolé… »
Ce n’est pas tant le collectif qui l’attire que les individus qu’il met en
scène, ici, le soldat Robert Tassen,
peuvent pas s’exprimer »
Si les chansons originales des
groupes Zoopark et Kino sont au
cœur des passages live, Roma Zver,
chargé de la bande originale du film,
a dû les adapter considérablement.
« Surtout les chansons de Mike, dont
on ne pouvait pas conserver les arrangements originaux. Elles étaient
très longues, j’ai coupé de nombreux
passages du texte. Il ne fallait pas
moderniser la musique à tout prix
mais la rendre audible au public
d’aujourd’hui. » Les extraits musicaux constituent quelques-uns des
plus beaux moments du film. « Les
musiciens de Zoopark sonnent trop
amateurs pour les oreilles d’aujourd’hui. Avec mon groupe, nous avons
cherché un équilibre correspondant à
ce que Zoopark aurait pu devenir
aujourd’hui », ajoute Zver. Soit un
rock garage classique et honnête,
joué avec plus de cœur que d’expertise. « Parfois, nous nous sommes
amusés à changer d’instrument afin
de retrouver de la naïveté. » ■
UN CERTAIN REGARD
Casquette vissée sur le crâne, Kena
(Samantha Mugatsia) et Ziki (Sheila
Munyiva), aux dreadlocks couleur
arc-en-ciel, sont attirées l’une par
l’autre. Comme Roméo et Juliette,
les adolescentes ne devraient pas se
voir, leurs pères sont des adversaires
politiques à Nairobi. « Tu crois que ça
plairait à Dieu de voir des hommes
baiser ensemble ? », demande un
jeune homme à son copain. La
réalisatrice kényane Wanuri Kahiu, 38 ans, s’est inspirée de Jambula Tree, nouvelle
de l’Ougandaise Monica Arac de Nyeko, pour le scénario de son second film.
Romantique, pudique et sans tabous, elle filme ses héroïnes dans un quartier où tout
se sait très vite. Rafiki (« ami » en swahili) a déclenché la polémique au Kenya, où
l’homosexualité est punie par la loi. Le gouvernement de ce pays a menacé d’envoyer
un représentant à Cannes et, en avril, le Comité national de classification des films
a interdit la projection de Rafiki au prétexte qu’il « légitimait l’homosexualité ».
La cinéaste, qui risque la prison, espère ouvrir le débat avec cette « simple » histoire
d’amour. À la fin de sa projection, le film a eu droit à une longue standing ovation. N. S.
Date de sortie non communiquée
Gaspard Ulliel, tout en intériorité.
« C’est d’abord l’humain qui m’intéresse, insiste-t-il. La dualité d’un personnage qui a tout perdu, trouve ce qu’il y a
de plus beau et y renonce d’une certaine
façon. L’amour lui permet de passer une
étape supplémentaire dans sa quête.
Souvent, j’avance et j’évolue avec lui,
j’essaie de conserver le maximum de
liberté et de fraîcheur. »
“
Je tends plus
vers un cinéma
qui laisse des traces,
me bouscule
GUILLAUME NICLOUX
”
Gaspard Ulliel, qu’il a repéré dans
Hannibal Lecter : les origines du mal
de Peter Webber en 2007, « joue le
jeu », découvre les choses au moment
où il les fabrique. De même
« Gérard » (Depardieu) qu’il dirige
pour la troisième fois (Valley of Love et
The End). « Son génie, sa particularité
sont dus à sa liberté de jeu, estime le
metteur en scène. Il n’a pas besoin de
rationaliser les sentiments, ou la psychologie des sentiments d’un personnage. Il “est” là, simplement. Il n’y a rien
de plus excitant à filmer que quelqu’un
qui vous subjugue par cette justesse
dans l’instant. Deux secondes avant de
tourner, il peut vous parler de cuisine ou
de la Torah. »
Réaliser des films, pour Nicloux, est
une raison d’exister. Ce grand sensible
fonctionne à l’instinct. « Je fais des
films avec des gens. Il y a le scénario,
l’objet qui sert à inventer et le moment
où la vie prend corps, parce que Gérard
est unique, il installe cette magie dans le
cinéma. Il y a bien sûr ma cinéphilie qui
ressort. J’ai été élevé avec les films de
Claude Miller, Duras, dans lesquels il
était, mais aussi ceux de Zidi. C’est rare
de trouver un acteur avec qui vous êtes
d’emblée en connexion. C’est une entente qui ne repose pas sur l’intellectuel,
mais sur l’affectif. Le désir ne s’explique
pas. »
Guillaume Nicloux « souhaite que
l’acteur soit le plus libre possible. Le
tournage dans le nord du Vietnam, entre
Hanoï et la frontière chinoise, l’a marqué. La guerre est une horreur absolue
et en même temps extrêmement stimulante. Elle vous met dans un état d’hypersensibilité et réceptivité. L’amitié,
l’amour, la colère et la haine sont décuplés. On a le sentiment d’une vie plus intense face à la proximité de la mort. »
Raoul Coutard, directeur de la photographie disparu en 2016 avec lequel il a
collaboré pour quatre films, lui avait
apporté son éclairage sur la guerre
d’Indochine. « Il a eu du mal à revenir,
il avait une nostalgie d’émotions. »
Dans Les Confins du monde, Guillaume Nicloux s’est interdit de montrer
certaines images de violence même si
elle « fait partie de notre vie ». « Il y a
une porosité permanente entre ce qu’on
en accepte et le plaisir inconscient qu’on
éprouve à être fasciné par elle, réfléchit-il. Le plus grand plaisir que je peux
avoir, c’est quand un film continue
après la projection. Je ne suis pas contre
le film de divertissement qui s’arrête
quand on sort de la salle, mais c’est un
autre plaisir. Je tends plus vers un cinéma qui laisse des traces, me bouscule. »
Pour l’heure, il continue « d’apprendre
ou de désapprendre ». De faire en sorte
que chaque aventure filmique s’ouvre
vers un ailleurs inconnu. ■
A
COUP DE CŒUR
« Rafiki » ou
l’amour interdit
Guillaume Nicloux revient avec Les Confins du monde à la Quinzaine des réalisateurs.
BIG WORLD CINEMA/AFROBUBBLEGUM PROD.
miracle. « Cela fait au moins vingt ans
qu’on n’a pas filmé une histoire de ce
genre en Russie », concède-t-il.
Film politique s’il en est, le film de
Kirill Serebrennikov est aussi une
histoire d’amour autour du triangle
formé par Mike, son épouse, Natacha, et son protégé Viktor. Dépassé
par celui qu’il défend, tant en termes
de charme personnel que de modernité musicale, Mike est le sacrifié de
l’histoire. « Mike aimait passionnément le rock de Lou Reed et de Bowie
mais n’a pas su anticiper la nouvelle
vague incarnée par Viktor. C’est ainsi
qu’il a loupé le coche. » C’est à partir
des Mémoires de sa veuve que le scénario a été établi. « Le synopsis initial
était très brut et sommaire. Elle a été
consultée à plusieurs reprises pour
l’enrichir. Kirill avait cherché à discuter avec des amis et des connaissances
de Mike et Viktor, mais chacun transformait ses souvenirs dans le but de se
mettre plus en avant. Elle a été aussi
objective que modeste. »
NASSER BERZANE / VISUAL PRESS AGENCY
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
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vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
26
CULTURE
Petites et grandes batailles sur les planches
CHRONIQUE Filtre romanesque avec « Le Quatrième Mur », conférence très écrite avec « Longwy Texas », l’Histoire se dévoile.
LE THÉÂTRE
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/theatre
u Paris-Villette, le metteur
en scène Julien Bouffier,
metteur en scène qui, depuis
ses débuts avec Suerte,
d’après Claude Lucas il y a
plus de vingt ans, s’est souvent tourné
vers le monde réel et ses transpositions
mémorielles ou fictionnelles, propose
son adaptation du livre de Sorj Chalandon, Le Quatrième Mur (Grasset). À la
Maison des Métallos, où Philippe
Mourrat et Christine Chalas présentent
un cycle sur les luttes sociales, Carole
Thibaut, femme de théâtre complète, a
A
écrit Longwy Texas, d’après ses souvenirs et ceux de son père.
D’un côté le roman d’un grand reporter, témoin exceptionnel des conflits du
monde, qui, en un va-et-vient très maîtrisé, nous parle des désastres de la guerre
du Liban et imagine une utopique mise en
scène de l’Antigone de Jean Anouilh. Ce
livre, qui a reçu de nombreux prix, dont
le Goncourt des lycéens 2013, a fait l’objet
de plusieurs transpositions théâtrales. Et
pas seulement parce que s’y dresse l’héroïne tragique, celle qui dit non, celle qui
refuse la loi des adultes. Ce qui fascine
dans le livre tient à l’écriture, sobre et
puissante, à l’intrication de l’expérience
personnelle insoutenable – Chatila – et de
la fiction : un travail de troupe qui fédérerait tous les adversaires confessionnels.
Une œuvre sur la porosité, l’impossibilité
d’échapper à son temps.
Julien Bouffier a élaboré un spectacle
complexe qui s’appuie sur une transformation majeure, que l’on accepte sans
l’expliquer : le personnage central n’est
plus un homme, mais une femme. Au
cœur de la construction, Vanessa Liautey
impose sa forte personnalité, son lyrisme
tendu, sa sensibilité poétique.
Passage du temps
Le spectacle se développe selon plusieurs
registres : un film, tourné par Julien Bouffier, à Beyrouth, de nos jours. C’est là, sur
un toit-terrasse, qu’un groupe tramé
d’agressivité, tente de plonger dans Antigone. Autre registre, la musique et la voix
d’Alex Jacob, impressionnantes et belles,
jamais illustratives. Une autre transposition de l’encre de Sorj Chalandon. La présence d’une petite fille, apporte aussi sa
fraîche lumière. On le comprend, cette
version scénique du Quatrième Mur accomplit de façon très cohérente ses ferments dramatiques. Un « spectacle », très
fidèle par-delà les décisions dramaturgiques, un moment de théâtre pur parfaitement interprété : six comédiens filmés,
quatre sur le plateau, avec l’enfant, en
alternance, et Yara Bou Nassar.
Parmi les travaux précédents de Julien
Bouffier, il y a Les Yeux rouges de Dominique Féret qui s’inspirait du conflit Lip. On
y pense en écoutant Carole Thibaut,
auteure de grande qualité, comédienne,
metteuse en scène et directrice depuis
janvier 2016 du Centre dramatique national de Montluçon-Auvergne-Rhône-Alpes. Elle est née à Longwy. Son père travaillait aux acieries, comme son grandpère, comme son arrière-grand-père.
À l’orée de l’adolescence, elle a vécu la
fermeture douloureuse et les violentes
manifestations, expression du désespoir
ouvrier, en 1978-1979. Aujourd’hui, à la
place des hauts fourneaux de Longwy, il y
a un golf… Affreuse ironie du passage du
temps.
Debout, dans une combinaison-pantalon noire sexy, visage dégagé, féminité
éclaboussante, elle lit son texte net et
clair, diffusant en même temps, sur un
écran, photographies de famille et films
d’archives. Elle tresse serré, autour de la
figure de son père, si jeune alors, lucide
sur l’avenir impossible des usines, aveuglé par la vocation de sa fille, un récit qui
dit l’amour partagé des humbles et des
dirigeants pour leurs usines. Une tragédie
du quotidien. ■
Le Quatrième Mur, au Paris-Villette (XIXe)
jusqu’au 26 mai. Tél. : 01 40 03 72 23.
Longwy Texas, à la Maison des Métallos
(Paris XIe), jusqu’au 13 mai. Tél. : 01 47 00 25 20.
Bienvenue
chez MarieAntoinette
PATRIMOINE Le Hameau de la reine
rouvre ses portes après restauration.
Sa visite permet de mieux appréhender
l’intimité des souveraines, invisible
au château de Versailles.
O
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
n croit tout connaître de
Versailles, mais le domaine réserve encore quelques bonnes surprises. Depuis
une semaine, la maison de la reine, située à trois kilomètres du château, près
du Petit Trianon, a rouvert au public. On
pouvait, avant sa fermeture pour trois
ans de travaux, marcher autour de la
maison et à l’intérieur du Hameau,
construits pour Marie-Antoinette et devenus son refuge. Désormais, non seulement le jardin anglais – qui garantit
une promenade très romantique - mais
aussi la maison principale sont accessibles en visite guidée. Entièrement restaurée – elle a gagné un côté légèrement
flambant neuf -, meublée Empire, elle
devrait attirer ceux que la foule des
grands jours au château rebute. Avec
celle du Petit Trianon, en 2008, et celle
des appartements présidentiels du
Grand Trianon en 2016, la restauration
de la maison permet de mettre en valeur
la part intime des monarques, décrite
dans Marie-Antoinette, le film de Sofia
Coppola (2006), qui fut en grande partie
tourné au Hameau.
Jardins et maisonnées ont été
construits par le premier architecte du
roi, Richard Mique, à la demande de la
reine, qui voulait fuir les contraintes de
Versailles et disposait personnellement
du domaine du Petit Trianon. Comme
c’est la mode à cette époque, l’architecte va d’abord imaginer des jardins anglais, avec un temple de l’amour, une
petite grotte ou un belvédère. MarieAntoinette s’implique dans le chantier,
fait déplacer des tonnes de terre, créer
des étangs et des collines. Elle veut un
havre pastoral, celui dont Jean-Jacques
Rousseau parle dans son œuvre, celui
peint par Hubert Robert. En 1783, elle réclame la construction d’un village de
style normand, à l’image de celui de
Chantilly. Marie-Antoinette veut créer
un lieu où ses enfants seraient éduqués à
l’élevage et à l’agriculture, un endroit où
le protocole serait allégé.
Le Hameau est une véritable curiosité,
au XVIIIe siècle comme aujourd’hui. À
une demi-heure de marche de la cour,
une série de onze petites chaumières rus-
Après trois ans de travaux, le Hameau de la reine, construit pour Marie-Antoinette, est accessible au public.
tiques forment un ensemble bucolique.
Cinq d’entre elles – la maison, le billard,
le boudoir, le moulin et la laiterie étaient réservées à l’usage de la reine. Les
autres, ferme, grange ou colombier, sont
consacrés à l’occupation paysanne. Il
faut trois ans, entre 1783 et 1786, pour
construire ce rêve de simplicité, qui tient
du décor de théâtre. La surprise et le
contraste avec le château sont recherchés. Au centre du Hameau, la maison de
la reine est d’ailleurs de taille modeste.
Au rez-de-chaussée, une salle à manger ;
à l’étage, un salon et une chambre. Une
galerie en bois la relie à une salle de
billard et, à l’étage, à un petit appartement de repos. « Elle est le point central du
village, qui ressemble à un château éclaté », explique Jérémie Benoît, conservateur général au château de Versailles.
La Révolution survient à peine trois
ans après l’achèvement de la maison et
du Hameau. Tous les meubles seront
pillés, et les révolutionnaires en feront un
lieu de plaisir et de fêtes. Sous l’Empire,
Napoléon va remettre en état le Hameau,
ainsi que le Petit Trianon. Il fait cependant détruire une partie des maisonnettes. À son tour, Napoléon III utilisera la
maison de la reine pour Eugénie, grande
admiratrice de Marie-Antoinette.
Une abondante documentation
À partir de 1870, c’est l’abandon et une
dégradation rapide. « La maison et le
Hameau n’étaient pas construits pour
durer et n’ont même pas de fondations »,
explique Jacques Moulin, architecte en
chef des Monuments historiques, qui a
dirigé les opérations de restauration. Ce
dernier a pu s’appuyer sur une très
abondante documentation XVIIIe pour
remettre la maison normande en l’état.
Structures maçonnées, charpentes et
couvertures ont toutes été reprises,
ainsi que celles du réchauffoir, bâtiment annexe abritant la cuisine. « La
scénographie du Hameau avait été
conçue pour être vue lorsque l’on se tenait dans le jardin, derrière la pièce
d’eau, poursuit Jacques Moulin. J’ai demandé aux restaurateurs de forcer un
F. GUILLOT/AFP
peu le trait, notamment pour les dessins
de pierres. »
À l’intérieur, Versailles a choisi de
meubler Empire, selon le goût de l’impératrice Marie-Louise, seconde épouse de
Napoléon. Si le mobilier XVIIIe a disparu,
ou coûte une fortune lorsqu’on veut
l’acquérir, les meubles de Marie-Louise
étaient conservés dans les réserves du
château. Il faudra toute l’habileté des
guides pour faire comprendre aux visiteurs, notamment étrangers, que le lit
exposé dans la chambre n’est pas celui
de Marie-Antoinette, mais de sa petitenièce.
Les travaux ont été entièrement financés par Dior, maison qui entretient une
relation de mécénat ancienne et régulière avec Versailles, au point d’avoir été
autorisée à tourner une publicité dans la
galerie des Glaces. Et d’avoir accepté, en
retour, de consacrer 5 millions d’euros à
cette petite demeure champêtre. ■
À lire aussi : Le Hameau de la reine. Le monde
rêvé de Marie-Antoinette, de Jean des Cars,
Flammarion, 240 p. illustrées, 23,90 €.
Ils se lèvent tous pour le stand-up !
HUMOUR Alors que le Théâtre du Rond-Point étrenne son festival « Parlez-vous stand-up ? », les salles consacrées à ce genre
venu des États-Unis se multiplient. Au risque de ne pas toujours y trouver des spectacles de qualité.
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
enu des États-Unis, le standup a le vent en poupe en France. Les prétendants et les salles se multiplient. Pour la
première fois, le Théâtre du
Rond-Point, à Paris, lui consacre un festival, « Parlez-vous stand-up ? » avec des
pointures : Mathieu Madénian, Thomas
VDB, et des jeunes pousses, comme Fadily
Camara, Roman Frayssinet ou Djimo issus
du Jamel Comedy Club.
Cet exercice d’apparence facile a
l’avantage d’être économique. Il ne nécessite ni accessoire, ni décor, ni costume,
juste un micro et parfois un siège. Le
« stand-upper » est debout face au public
auquel il s’adresse plus ou moins spontanément. « Il n’y a pas de quatrième mur
comme au théâtre », précise Kader Aoun,
cocréateur en 1997 du Comedy Club avec
Jamel Debbouze, qui a concocté le pro-
JEAN LUC VALLET/OPALE/LEEMAGE
A
V
L’humoriste Mathieu Madénian
est à l’affiche de ce nouveau festival.
gramme au Rond-Point. « Cet art est en
vogue en France, mais Coluche, Robert Lamoureux, Guy Bedos ou Jean-Marie Bigard
faisaient déjà du stand-up. La nouveauté,
c’est que les spectacles sont 100 % en
stand-up, dit-il. C’est une forme très libre,
moderne, poétique, confessionnal, éditoriale, biographique, etc. »
Beaucoup de prétendants
Le Jamel Comedy Club à Paris est l’un
des premiers à avoir revendiqué et initié
ce genre avec ses codes américains nés
au XIXe siècle. Les mardis, une « scène
découverte » donne leur chance à des
humoristes en herbe. Depuis, d’autres
salles en reçoivent à des heures diverses :
le Sentier des Halles, le Trévise, le PointVirgule, la Brasserie Barbès, le Fat Bar…
« Tous les bars mettent maintenant à disposition un podium à la superficie réduite
pour attirer les gens. Mais ce sont plus des
ambianceurs que des artistes, remarque
Jean-Michel Joyeau, directeur artistique
du Jamel Comedy Club. Un stand-upper
ne cherche pas tout de suite à être en haut
de l’affiche et à entrer dans une troupe. »
De fait, l’éclosion des artistes et des
lieux n’est pas un gage de qualité. « Il y a
beaucoup trop d’amateurs et de salles. Elles
n’ont pas d’autre ambition que de vendre
des consommations, déplore Jean-Michel
Joyeau, très sollicité par des jeunes qui
souhaitent intégrer le Jamel Comedy
Club. On oublie qu’il faut être comédien,
prendre des cours et savoir écrire. Rares
sont ceux qui savent improviser. Un
stand-upper a quelque chose à dire et à
défendre. » À l’instar de Fabrice Éboué,
Thomas Ngijol, Chris Esquerre, Blanche
Gardin, Gaspard Proust, Fary…
Kader Aoun reçoit peut-être leurs
successeurs « chez lui », au Paname
Café, un bar dans le Xe arrondissement
de Paris. De Gad Elmaleh à Djimo, récemment grand prix du Festival d’humour de Paris. Il explique : « Cet endroit
est une usine à blagues. Les artistes testent
leur spectacle et se cooptent entre eux. »
« Maintenant, si on n’est pas dans le
stand-up, on n’est pas dans le coup, regrette Jean-Michel Joyeau. Ces standuppers ont un peu tué les sketchs d’autrefois comme ceux de Muriel Robin. Ils
aspirent à faire du théâtre ou du cinéma,
tels Malik Bentalha, Kev Adams ou Nawell
Madani qui font des entrées. »
Heureusement « deux ou trois » talents
se distinguent, comme Franjo, tempère
Jean-Michel Joyeau, qui sélectionne avec
Jamel Debbouze les prétendants et les fait
travailler pendant neuf mois. « Ceux qui
viennent du Canada, comme Roman Frayssinet (il s’est formé à l’écriture de scénario
à l’université de Montréal, NDLR), sont
d’emblée de vrais professionnels. Ils ont un
entraînement, l’expérience de plusieurs scènes et ils ont suivi des cours, se félicite JeanMichel Joyeau. On est heureux de les mettre
en lumière. » ■
« Parlez-vous stand-up ? », Théâtre du RondPoint (Paris VIIIe), du 15 au 26 mai.
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STYLE
vendredi 11 mai 2018
27
Sous le signe
de l’eau
DÉCRYPTAGE En bas ou en haut
de la pyramide horlogère, les montres
de plongée reviennent en force.
Et séduisent particulièrement les hommes
en milieu urbain. Voici pourquoi.
T
FABIENNE REYBAUD
freybaud@lefigaro.fr
ous les marchands s’accordent sur un point : 99,99 % de ce genre
de garde-temps restent sur la plage ou
sont portés en ville sous un costume
bleu marine. « Dans la plupart des cas,
les plongeurs professionnels plongent rarement avec un modèle automatique. Ils
préfèrent utiliser des pièces électroniques
qu’ils jugent plus fiables, déclare un important détaillant parisien. Nos clients
nous achètent des montres de plongée
pour leur look et leur allure. C’est le même
phénomène avec les chronographes dont
les fonctions ne sont quasiment jamais
employées. Avec un chrono, l’homme a le
sentiment de maîtriser le temps, avec une
pièce de plongée, il maîtrise la mer, donc
le monde. Ces deux familles de produits
contribuent à bâtir le mythe de l’homme
contemporain : être cool, à l’aise dans un
conseil d’administration comme sur une
plage à Saint-Barthélémy. »
Il n’empêche que depuis le début du
XXe siècle, la quête de l’étanchéité absolue a permis aux marques de fabriquer des montres mécaniques beaucoup
plus résistantes non seulement à l’eau,
mais aussi à la poussière, aux chocs, à la
surpression d’air, aux agents corrosifs…
Résultat : la plongée est devenue une référence en termes de fabrication de
montres de sport.
Une déferlante de modèles
Premier à avoir compris l’importance
du sujet, Hans Wilsdorf qui fonda Rolex
en 1905. « Sans cesse, je répétais à mes
collaborateurs techniques : “Nous devons
arriver à créer un boîtier dont l’étanchéité garantisse définitivement nos calibres
contre les dégâts de la poussière, de la
transpiration, de l’eau, du chaud et du
froid. Alors seulement sera assurée la
précision parfaite de la montre Rolex” »,
écrivait-il dans son livret Vade-Mecum
Rolex - d’étape en étape publié en 1945.
Il y parvient en achetant un brevet à
deux ingénieurs helvétiques, Paul
Perregaux et Georges Perret, inventeurs d’une boîte avec une couronne
vissée assurant l’étanchéité au niveau
de la tige de remontoir.
La première montre waterproof de
l’histoire voit le jour en 1926. Wilsdorf
la nomme « Oyster »(huître), en référence au mollusque. En 1953, la marque
à la couronne lance la Submariner, première montre étanche à 100 mètres (elle
fait d’ailleurs, ce mois-ci, l’objet d’une
exposition dans la boutique Rolex, place
Vendôme à Paris). En 1960, l’horloger
développe un prototype plongeant à
10 916 mètres dans la fosse des
Mariannes. En 2008, il présente la
Deepsea, étanche à 3 900 mètres. Quatre ans plus tard, c’est au tour du réalisateur américain James Cameron de
réitérer l’exploit de 1960 en s’immergeant à 12 000 mètres avec la Deepsea
Challenge. Aujourd’hui, le Genevois
parraine plusieurs expéditions sousmarines qui, à l’instar du programme
actuel de mise au point d’une capsuleobservatoire du jeune Français Ghislain
Bardout, ont pour objectif de sensibiliser les jeunes générations à la préservation des océans. Plus prosaïquement, la
société a présenté, en mars dernier à la
Foire de Bâle, une nouvelle version très
remarquée de la Deepsea.
M. AW, ALAIN COSTA/©ROLEX, TISSOT, ORIS, SEIKO, OMEGA, BLANCPAIN, BELL&ROSS ET AUDEMARS PIGUET
LE FIGARO
Les amateurs de sensations fortes partent plonger en Afrique du Sud.
Étanchéité à prix plancher
De fait, Baselworld 2018 a été le théâtre
d’une déferlante de modèles taillés
pour les eaux profondes. Omega a dévoilé le nouveau visage de la Seamaster
Diver 300. « Nous mettons à l’honneur
notre montre de plongée dont nous fêtons
les 25 ans en 2018, affirme Raynald
Aeschlimann, PDG de l’entreprise. Elle
fait partie des blockbusters d’Omega.
Nous en vendons entre 80 000 et
100 000 pièces par an. C’est sans doute
l’une des seules montres créées dans les
années 1990 qui peut se targuer d’avoir
un design qui est entré dans l’histoire. »
Ainsi, en 2018, la griffe phare du Swatch
Group, qui fabrique environ 700 000 garde-temps annuellement, gratifie cette
troisième génération de Diver des
avancées et améliorations techniques
développées ces dernières années.
Outre un design peut-être plus ergonomique, le boîtier s’équipe d’une lunette
en céramique suprarobuste, d’un calibre automatique Master Chronometer
qui résiste à des champs magnétiques de
15 000 Gauss…
Audemars Piguet célèbre également
les vingt-cinq ans d’existence d’un de
ses modèles : la Royal Oak Offshore.
Cette montre de poids réapparaît notamment dans des versions sous-marines hautes en couleur. Toujours dans le
secteur des garde-temps de luxe,
Jaeger-LeCoultre relance la mythique
Polaris Memovox dont la sonnerie a été
conçue, à l’origine, pour se faire entendre sous l’eau et indiquer au plongeur
son heure de remontée. Parmi les sujets
les plus emblématiques, outre les célèbres Radiomir que Panerai créa dans la
première moitié du siècle dernier pour
les plongeurs de la marine italienne, la
Fifty Fathoms de Blancpain figure en
bonne place. L’horloger suisse la développe au début des années 1950 pour
l’unité d’élite des nageurs de combat
formée par Bob Maloubier et Claude
Riffaud. La Fifty Fathoms (soit
« 50 brasses anglaises » qui correspondent à une profondeur de 91,45 m) sort
en 1953. Plus d’un demi-siècle après,
Blancpain ressort cette montre de plongée ultrasexy avec une grande date.
Last but not least, plusieurs griffes
sortent cette année des pièces hautement étanches à un prix plancher. À
l’instar de la Seamaster de Tissot, une
automatique à 700 euros. Ou la très désirable - et ergonomique - SPB079 automatique de Seiko qui plonge à 200 mètres et coûte autour de 900 euros. ■
Omega
Tissot
Oris
Seiko
Breitling
Rolex
Blancpain
Bell&Ross
Audemars Piguet
JEAN-BERNARD CARILLET
Sur le littoral français ou au bout du
monde, la période estivale se prête à de
superbes découvertes subaquatiques.
Au programme : des rencontres avec
une faune exceptionnelle et des paysages sous-marins bigarrés, sur des sites
de plongée adaptés aussi bien aux débutants qu’aux confirmés.
uAussi envoûtante sous l’eau que sur
En Corse, gang de mérous !
terre, la Corse est une destination pleine
de bonnes surprises pour les plongeurs.
Les sites diversifiés (dont plusieurs épaves), la faune méditerranéenne chatoyante et les eaux cristallines en font
un paradis presque tropical. Coup de
cœur pour les îles Lavezzi et le site de
Mérouville, au large de Bonifacio, où
évoluent plusieurs dizaines de gros mérous bruns, qui se laissent facilement
approcher dans moins de 10 mètres
d’eau.
Bonifacio Plongée, tél. 04 20 04 73 27
et www.bonifacioplongee.corsica
Deux plongées à partir de 122 €.
poissons-lunes
uÀetBali,
mantas au programme
Tandis qu’une grande partie de l’Asie
est exposée à la mousson en juillet et
en août, Bali offre des conditions météo optimales, sur terre et sous l’eau.
Dignes des plus beaux aquariums tropicaux, les fonds marins autour de
Bali bénéficient de leur position au
centre de la biosphère indo-pacifi-
que. Dans la partie sud de l’île, on
peut approcher des raies mantas et
d’énormes mola mola, des poissonslunes. Autre atout : l’épave du Liberty, un cargo de 120 mètres de long qui
repose entre 6 et 28 mètres de profondeur.
Séjour de 7 nuits, forfait de 10 plongées
inclus, à partir de 870 €, hors aérien.
Centre francophone.
Dune Atlantis Bali, tél. 04 88 66 48 13
et www.dune-world.com
du Sud, grand frisson
uAfrique
au banquet des prédateurs
Amateurs de sensations fortes, les côtes sud-africaines répondront à toutes
vos attentes. De mi-juin à mi-juillet,
on vient du monde entier pour assister
au célébrissime Sardine Run, quand
d’immenses bancs de sardines pouvant
s’étendre sur plus de 30 km remontent
les côtes vers le nord. Ce garde-manger itinérant est une aubaine pour des
milliers de prédateurs, qui en profitent
pour festoyer : dauphins, requins, otaries, baleines à bosses, fous de Bassan…
Un spectacle sous-marin exceptionnel,
dans moins de 10 mètres d’eau, que
l’on découvre en plongée ou simplement avec des palmes, un masque et
un tuba.
Séjour plongée 8 nuits, tout inclus,
à partir de 4 905 €.
Ultramarina, tél. 0825 02 98 02
et www.ultramarina.com
la plongée en liberté
uBonaire,
Située dans le sud des Caraïbes, à
proximité du Venezuela, cette île ari-
de et sauvage est précurseur en matière de protection de l’environnement, avec la création d’un parc
marin dès 1979. Principale caractéristique de Bonaire : c’est la capitale
mondiale de la plongée à partir du
bord. On part en 4 × 4 et on choisit son
site, matérialisé par une borne à côté
de la route côtière, libre de toute
contrainte. Pour les débutants ayant
besoin d’un encadrement, plusieurs
centres de plongée professionnels organisent des sorties accompagnées,
en bateau.
Séjour de 9 jours (7 nuits sur place),
6 jours de plongée illimitée du bord,
7 jours de location de voiture incluse,
à partir de 2 240 €.
H2oVoyage, tél. 02 41 24 69 00
et www.h2ovoyage.com
A
Plongée, nos 4 coups de cœur pour l’été
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vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
28
JARDIN
Balade
enchantée
dans les jardins
de la Sarthe
DÉCOUVERTE
Il n’est de jardin que d’hommes.
À seulement deux heures de Paris,
des passionnés ouvrent les portes
de leur paradis de verdure.
L
MARC MENNESSIER
£@MarcMennessier
ENVOYÉ SPÉCIAL AU MANS
a Sarthe, c’est bien plus
que les rillettes et les 24 Heures
du Mans ! Ce beau département que
l’on ne fait, bien souvent, que traverser sur la route des plages de Bretagne, recèle pourtant d’autres trésors.
À commencer par ses jardins chargés
d’histoire : la grande, qui remonte
parfois jusqu’au Moyen Âge et celle, ô
combien émouvante, de ces hommes
et de ces femmes qui les mettent en
lumière.
Dans leur livre Jardins d’émotions en
Sarthe*, Josiane Couasnon, présidente de la section Beaux-Arts de la Société nationale d’horticulture de
France (SNHF), et Sylvie Granger,
historienne à l’université du Mans,
présentent une vingtaine de ces lieux
exceptionnels que leurs propriétaires
ouvrent au public, du printemps à
l’automne, ou lors d’événements
particuliers. Comme les « Rendezvous aux jardins », organisés par le
ministère de la Culture chaque premier week-end de juin. Nous en
avons visité cinq.
Ballon : les jardins
de la forteresse
Bâtie sur un éperon rocheux, cette
place forte du XIe siècle offre une vue
à couper le souffle sur le nord de la
Sarthe mais aussi sur le département
de l’Orne d’où déferlaient les envahisseurs normands. « Aujourd’hui, les
éoliennes les ont remplacés ! », peste
Emmanuel Guéroult, en désignant la
nouvelle menace qui surgit à l’horizon. Avec ses sœurs Suzanne et
Virginie, notre guide a repris le flambeau de son père, Jean, qui, une fois
restauré le bâti en ruines, entreprit de
créer ex nihilo de splendides jardins.
« Ici, il y avait un champ de maïs »,
indique Emmanuel en empruntant la
longue allée de tilleuls, bordée d’hostas, de viornes et de rosiers grimpants
qui mène vers le jardin clos inspiré de
miniatures médiévales. Dans cet
univers minéral, les plantations,
harmonieuses et foisonnantes, viennent adoucir l’antique forteresse
qu’elles révèlent sous des angles
insolites. Comme ce berceau de hêtres d’où le visiteur aperçoit le donjon
à travers des meurtrières taillées dans
la ramure. Du grand art ! Récompensé l’été dernier par les lecteurs du
Maine libre qui ont élu le château de
Ballon « plus beau monument de la
Sarthe ».
www.donjondeballon.fr
La « maison-jardin » de Nuyet
À 15 km plus au sud, sur la commune
de Savigné-L’Évêque, la « maison »
de Bernard et Laure Artru apparaît en
majesté au bout d’une allée de tilleuls
taillés chacun à sa façon. « Nous ne
voulions pas d’un alignement trop
rectiligne », explique le maître des
lieux, un manoir du XVe siècle entièrement reconfiguré deux siècles plus
2
1
20 km
ORNE
Mamers
MAYENNE
Ballon
Crannes-enChampagne
Savigné-l’Évêque
Le Mans
Louplande
SARTHE
Poncé-sur-le-Loir LOIR-
La Flèche
MAINE-ET-LOIRE
Infographie
ETCHER
INDRE-ETLOIRE
La cour du manoir de Nuyet à Savignél’Évêque (1), le jardin clos du château
de Ballon (2), le grand potager du château
de Villaines (3), les ruines néogothiques
et le château de Poncé-sur-le-Loir (4),
le bassin du jardin du Mirail,
à Crannes-en-Champagne (5).
SIMON LAGOARDE/WAAP.FR
3
tard dans le style des Lumières et
dans lequel la famille vit depuis treize
ans. Derrière la monumentale grille
d’entrée, règne une atmosphère de
sérénité, malheureusement troublée
par la nouvelle ligne à grande vitesse
contre laquelle Laure a déterré la
hache de guerre. Les bâtiments,
préservés par leurs anciens propriétaires des outrages de la modernité et
admirablement restaurés, sont restés
« dans leur jus ». Celui d’une gentilhommière dont les habitants vivaient
en autarcie. Grâce, en particulier, au
potager d’un hectare, aménagé
aujourd’hui en « chambres » ceinturées de charmilles : l’« orientale »
avec ses cornus, ses érables et ses pins
en nuages, le « carré aux couleurs »
dont les tons changent chaque année
et la « chambre aux graminées »,
dans laquelle Bernard, chirurgien,
aime se recueillir le matin avant de
retrouver ses patients.
Contact : 06 07 36 00 97
Jardins pluriels
à Poncé-sur-le-Loir
À l’extrême sud du département, le
domaine de Poncé-sur-le-Loir rassemble une galaxie d’univers très
différents. Le château Renaissance,
avec son majestueux escalier à six
rampes, orné de plus de cent soixante
motifs allégoriques sculptés dans la
pierre, cohabite avec de spectaculaires ruines néogothiques bâties
trois siècles plus tard à flanc de falaise.
Cette folie des années 1830 figure parmi les deux cent cinquante sites sélectionnés pour le « loto du patrimoine »
organisé par Stéphane Bern. Côté jardins, de grands parterres de gazon
agrémentés de tulipes disposées en losange ou en arc de cercle, mènent vers
un labyrinthe de charmilles centenaires aux branches tortueuses, au milieu
duquel trône un platane monumental.
Sans oublier le jardin à l’italienne créé
dans les années 1930, à l’arrière du
château, par l’architecte Flandrin.
Propriétaires des lieux depuis
octobre 2010, le peintre Guy de
Malherbe et son épouse Marie-Hélène
organisent d’avril à septembre des
expositions d’art contemporain ainsi
que des concerts en plein air.
www.chateaudeponce.com
Château de Villaines :
un potager d’exception
C’est au débouché d’une longue allée
forestière que le château de Villaines,
situé sur la commune de Louplande,
apparaît dans toute sa splendeur. De
grandes surfaces engazonnées ponctuées de topiaires d’ifs et de buis renforcent encore le lustre de l’imposante bâtisse du XVIIe siècle, située
légèrement en contrebas, tandis qu’à
l’arrière une large ouverture guide le
regard vers la campagne environnante, comme un appel à la rêverie, dans
la plus pure tradition des jardins anglais. Le potager d’un hectare, entièrement ceint de hauts murs, est
l’autre grande attraction du domaine.
Ce bel espace, longtemps délaissé, est
admirablement redessiné et aménagé, dans les années 1990 par les propriétaires actuels, dans un style classique « à la française », en parfaite
harmonie avec le château et ses dépendances. La symétrie des carrés et
des allées qui débouchent sur des
bassins et des fontaines d’eau vive,
les bordures de buis, les cordons de
pommiers et de poiriers, les grands
arceaux de rosiers grimpants, et la
diversité des légumes cultivés ont
valu à ce lieu d’exception de recevoir,
en 2005, le grand prix du Concours
national des jardins potagers de la
SNHF.
www.chateaudevillaines.fr
Crannes-en-Champagne :
la renaissance du Mirail
Difficile d’imaginer l’état d’abandon
dans lequel se trouvait le domaine du
Mirail lorsque ses propriétaires en firent l’acquisition en 1987. « Seuls les
grands arbres et la toiture du manoir
émergeaient de la jungle », se souvient le peintre Thibaut de Reimpré
en désignant l’élégante bâtisse du début du XVIe siècle, entièrement restaurée. Après des années de défrichage, de recherches, de tâtonnements,
le jardin, conçu comme une suite de
tableaux, dégage une paix et un charme bienfaisants. En témoignent la
longue perspective gazonnée bordée
d’ifs et de charmilles qui descend en
pente douce depuis la terrasse, ces
pins d’Espagne altiers qui partent à la
conquête des étoiles, le petit rectangle d’eau habillé de nénuphars avec
ses deux chênes-lièges taillés en nuages devant lequel on s’assoit pour
méditer, les agrumes odorants de
l’orangerie de Nathalie, les rosiers
omniprésents qui se fondent, pour les
plus impétueux, dans la cime des
arbres… On quitte le Mirail à regret,
mais avec la ferme intention d’y revenir.
Contact : 06 85 94 18 70.
*Jardins d’émotions en Sarthe,
Éditions Libra Diffusio, 343 p., 29 €.
A
+ @ SUR LE WEB
4
5
» VIDÉO - Comment aménager
un jardin sur son balcon
» FICHE PLANTE - Tout savoir
sur la culture du pommier d’ornement
www.lefigaro.fr/jardin
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LE FIGARO
vendredi 11 mai 2018
GOLF
Évian Training Center.
Quoi de neuf dans les clubs ?
GOLFS D’ÉVIAN, DE CHANTACO ET DE SAINT-MALO
29
JEU Si le printemps tarde à s’installer, la saison sportive a bel et bien commencé avec son lot de nouveautés
à découvrir sur les greens. Revue de détails.
ans les golfs, cette saison a une saveur particulière. Comme
un avant-goût de Ryder Cup. Le grand
match opposant les meilleurs joueurs
américains aux meilleurs européens troisième événement sportif le plus
médiatisé au monde - se dispute, dans
moins de six mois en France, sur les
greens du Golf National. Alors que les
fans de la petite blanche l’attendent
avec impatience, les clubs espèrent de
leur côté profiter de cette « année du
swing ». Des resorts comme Évian ou
Saint-Malo, faire-valoir de l’image du
golf français à l’étranger (Évian, en
tant que théâtre d’un tournoi du
Grand Chelem ; Saint-Malo pour sa situation géographique, à deux pas des
îles anglo-normandes), ouvrent des
académies de renom ; des parcours
mythiques comme Chantaco s’offrent
une seconde jeunesse ; d’autres changent de cap pour retrouver tout leur
prestige.
Golf de Chantaco.
se relooke,
uChantaco
le Médoc accueille
le Lacoste Ladies Open de France
Mythique au Pays basque, le fief de la
famille Lacoste veut retrouver ses
heures de gloire. Celles qui ont fait le
succès de ce club, créé en 1928 et que
René Lacoste et sa femme, la championne de golf Simone Thion de la
Chaume, ont fait rayonner en y recevant tous les grands de ce monde
(Charlie Chaplin, le prince de Galles).
Le nouveau président du golf, JeanMarie Lacoste, ne s’en cache pas. Son
ambition est de « réveiller cette belle
endormie, de faire revenir Chantaco
dans le top 20 des meilleurs parcours
français ». L’organisation du Lacoste
Ladies Open de France depuis 2012,
sur ses terres, a certes mis un coup de
projecteur sur le golf, mais il a aussi
révélé les faiblesses de son tracé : des
trous encaissés entre les arbres, des
greens étriqués, des fairways trop secs
en été et, à l’inverse, humides et gras
dès que la météo devient capricieuse.
« Pour le rénover, nous avons fait appel
à Stuart Hallett, spécialiste des parcours signés Harry Colt, et pris conseil
auprès d’experts comme les agronomes
Golf de Saint-Malo.
de l’European Tour ou les enfants du
club que sont Dominique Larretche et
Jean Garaïalde », explique Jean-Marie
Lacoste.
Les premières améliorations techniques ont été lancées depuis deux hivers. Pour permettre à l’eau et à l’air de
circuler dans la terre, les fairways ont
d’abord été décompactés puis replantés avec des graminées, peu gourmandes en eau, résistant mieux au froid et à
la chaleur. La deuxième phase de travaux va redonner de la lumière au terrain et réhabiliter des axes de jeu d’origine. Exemples : au trou no 1, le départ
sera décalé vers la droite pour que le
trou soit plus franc ; au 3 et au 16, les
sommets des arbres élagués pour retrouver la vue sur la Rhune. Enfin, les
aires de départ vont être agrandies, les
bunkers refaits avec un fond drainant,
les greens, rénovés. Le club-house
aussi n’échappe pas à ce grand ravalement : nouvelles banquettes et
meilleure isolation phonique au restaurant, façade repeinte pour retrouver la couleur terre battue de sa jeunesse… Grand chantier oblige, le Lacoste
Ladies Open de France déménage, du 6
au 9 septembre prochain, à Bordeaux,
sur le parcours des Châteaux au Golf du
Médoc, théâtre de nombreux championnats pros et amateurs. Il réunira
non plus 78 mais 108 joueuses du Circuit européen avec une dotation augmentée à 275 000 euros.
www.chantaco.com
et www.opendefrancefeminin.fr
Accolez le nom d’un champion ou d’un
coach de renom à son académie est un
gage de prestige. En s’offrant les services
de Christian Cévaër pour son nouveau
Training Center, le Saint-Malo Golf
Resort ambitionne de devenir la référence du swing dans le Grand Ouest. Le club
breton, qui abrite déjà 27 trous et un hôtel 3 étoiles, vient d’ouvrir un bel espace
réservé à l’enseignement avec un practice aménagé de cibles, une dizaine de
postes couverts pour travailler par tous
les temps, une salle de vidéo, deux studios équipés d’équipements dernier cri
(radar TrackMan, planche Smart2move
pour étudier ses appuis…). L’ex-joueur
du Circuit européen, maestro du petit jeu
(régulièrement sacré meilleur putter de
l’European Tour), sera secondé par le pro
Erwan de Quénetain, et sera présent en
personne au moins une semaine par mois
à Saint-Malo. Autre lieu, autre ambiance : le Training Center de l’Évian Resort,
en Haute-Savoie, dont les infrastructures surplombant le lac Léman offre l’opportunité de s’entraîner dans un cadre
magique. Il vient d’ouvrir une académie
David Leadbetter, l’un des meilleurs
coachs au monde, drivée ici par JeanPhilippe Serres, formé depuis douze ans
à ses méthodes réputées pour ses exercices et ses outils pédagogiques facilitant
l’acquisition d’un bon geste. Cette pointure de l’enseignement, qui a entraîné
deux lauréates de l’Evian Championship,
Suzann Pettersen et Lydia Ko, est un peu
chez lui à Évian. Pour preuve, la suite de
luxe portant son nom à l’Hôtel Royal
qu’il inaugurera en septembre, lors de la
prochaine édition du cinquième tournoi
Majeur au féminin.
www.saintmalogolf.com
et www.evianresort.com
et Ormesson
uSeignosse
dans le giron d’Open Golf Club
La chaîne qui compte 53 golfs en France
dont quelques joyaux comme Le
Touquet, dans les Hauts-de-France, ou
Servanes, au cœur des Alpilles, vient de
récupérer dans son escarcelle deux
prestigieux clubs français : Seignosse
(Landes) et Ormesson (Val-de-Marne).
Le premier, régulièrement cité dans le
top 100 des meilleurs parcours d’Europe, est l’un des joyaux du Sud-Ouest.
« Nous souhaitons qu’il retrouve son
ADN, explique Laurent Boissonnas, le
directeur général d’Open Golf Club.
Celui d’un grand parcours de championnat, comme l’avait voulu l’architecte
Robert von Hagge à sa création. Pour
qu’il soit au top niveau, nous allons investir principalement dans l’entretien du
parcours. » Sont prévus : la rénovation
des berlinoises, l’aménagement des
routes pour les voiturettes, le remplacement des machines d’entretien…
Même souci d’excellence pour le golf
d’Ormesson, un club historique de l’Est
parisien, des rangs duquel sont sortis
des champions comme Alexander Lévy.
Laurent Boissonnas veut lui redonner
ses lettres de noblesse, son esprit de
grand club sportif qui a fait son succès.
www.opengolfclub.com
Green en marche
uBlue
vers la démocratisation du swing
Le golf prend trop de temps, il est coûteux et réservé à une élite… Ce réseau,
gestionnaire de 49 clubs en France, veut
en finir avec les idées reçues sur ce sport
et montrer qu’il est en réalité résolument dans l’air du temps. Il se joue en
plein air, peut être pratiqué à tous les
âges et réunir dans une même partie
plusieurs générations, répondant ainsi
aux attentes d’un mode de vie centré
autour de la nature et de la convivialité.
Arrivé à la tête de Blue Green il y a un
peu plus d’un an, son nouveau président, Manuel Biota, a donc imaginé de
nouvelles expériences golfiques. « Cinq
activités pour convertir les Français au
swing, à l’heure où nous nous apprêtons à
recevoir la Ryder Cup » : un « vrai » minigolf sur gazon synthétique pour découvrir les sensations du jeu et s’amuser
en famille ; des green-fees « au trou »
pour ne jouer, en fonction du temps
dont on dispose, que trois, quatre ou six
trous ; des practices ludiques et connectés ; des espaces d’entraînement, appelés « stadium », pour travailler le physique, la technique et le mental ; et enfin,
des after work pour jouer autour d’un
« drink ». Actuellement testées sur six
golfs, dont Rueil-Malmaison et SaintAubin en région parisienne, ces animations seront installées sur l’ensemble des
clubs Blue Green d’ici à la fin de l’année.
Le réseau qui vend 1,5 million de greenfees et forme 6 000 nouveaux joueurs
chaque année ambitionne de convertir
10 000 nouveaux adeptes et de casser la
barre des 2 millions de green-fees.
www.bluegreen.com ■
LA BOUTIQUE EN LIGNE DU FIGARO
S
P
www.igarostore.fr
S ’
31
PS
A
D
Cévaër à Saint-Malo,
uChristian
David Leadbetter à Évian
ALYETTE
DEBRAY-MAUDY
adebray@lefigaro.fr
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vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
Quand le petit écran surfe
sur l’actualité des princes anglais
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Big Mac
Chabat
Dans le flot des programmes sur la famille royale diffusés à une semaine du mariage de Harry
et Meghan, C8 consacre un documentaire aux fils de Diana qui ne tient pas ses promesses.
« Burger Quiz »
TMC | 21 h 00 | Mercredi
SRARAH LECOEUVRE £@SarahLecoeuvre
+ @SUR LE WEB
» Eurovision 2018 : comment Madame
Monsieur se prépare pour la finale
» « The Island célébrités » : Lââm
défigurée, la chute de Camille Cerf...
Voici les premières images
www.lefigaro.fr
a y est, les Français se mettent
à l’heure anglaise. À tout juste
une semaine du mariage entre
le prince Harry et sa dulcinée
Meghan Markle, les chaînes de
télévision dégainent leur documentaire maison. Après NRJ12, France 2 et Série Club, au tour de C8 de proposer un « royal » programme. Ce soir,
la chaîne du groupe Canal+ se demande
qui sont vraiment les princes William et
Harry. Comment sont-ils parvenus à
surmonter le décès de leur mère Diana ?
Pourquoi le peuple britannique les aime
tant ? Que disent leurs épouses d’eux ?
Quel rôle tiennent-ils auprès de leur
grand-mère la reine Elizabeth II ?
Sauf que la promesse n’est pas tenue.
Il s’agit plutôt d’un documentaire fourre-tout où toutes les
histoires de la famille
royale anglaise sont
passées en revue. Les
○○¡¡
préparatifs de l’union à
venir, un bref portrait
de Meghan Markle, l’accident de Diana
et ses obsèques nationales, la rencontre
entre William et Kate Middleton sur les
bancs de l’université St Andrews, les
excès de Harry, ses conquêtes puis son
coup de foudre pour sa future femme, le
mariage de son frère… Des rebondissements que le téléspectateur connaît par
cœur. Il savait déjà que William était le
plus sage de la fratrie et qu’il voulait vivre de façon discrète. Que Harry avait
le plus souffert de la disparition de sa
mère, mais que les Anglais lui pardonnaient ses dérapages. La naissance de
Louis, le deuxième fils de William qui
modifie l’ordre de succession au trône,
Ç
21.00
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
ans Requiem, la vérité est
ailleurs, mais pas la créativité
légendaire des fictions britanniques. Cette mini-série
de la BBC repousse sur Netflix
les frontières du réel. Elle démarre, comme tant de feuilletons policiers sur une
disparition d’enfant, puis glisse vers le
surnaturel et l’horreur façon Rosemary’s
Baby.
Violoncelliste prometteuse, Matilda
s’apprête à quitter Londres pour New
York lorsque sa mère se tranche la gorge
sous ses yeux. La police incrimine une
dépression mais Matilda, hantée par de
D
Lydia Wilson incarne Matilda,
une jeune violoncelliste prometteuse
happée par son passé.
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4723
VERTICALEMENT
1. Icône intouchable popularisée
par Jean Cocteau (deux mots).
- 2. Résultat d’un conformisme
totalitaire. - 3. Ne laissent rien
passer. Méthode infaillible. - 4.
Sur le Rhône ou à Jérusalem. Un
temps qui remonte à l’antiquité.
- 5. Non désorganisé. Me couvris
d’écume. - 6. Créent des bandes
dessinées. Rouleur capricieux.
En rogne. - 7. Il a des voisins qui
n’arrêtent pas de hurler. Ancêtre
du caniche, il était le chien préféré
des grognards. - 8. Habitante d’un
port normand où naquirent dans
la même rue Alphonse Allais et
Erik Satie.
1
2
3
4
Lassitude
Ce documentaire sert plutôt de prétexte pour surfer sur la vague du mariage à
venir. Il faut dire que les Français ont
déjà prouvé par le passé qu’ils étaient
friands des aventures de cette dynastie.
En 2011, l’union du prince William
et de Kate Middleton avait attiré plus
de 9 millions de Français sur TF1 et
France 2 (4 millions et 30 % du public
sur la Une, contre 5 millions et 41,8 %
de part d’audience - PDA - sur la
Deux). Cinq ans plus tard, lorsque W9
avait diffusé un documentaire sur la
« love story » entre la roturière et le
petit-fils de la reine d’Angleterre, la
chaîne de la TNT avait réalisé un beau
score avec 730 000 curieux comptabilisés (3,1 % du public). Un pic à
1,1 million de téléspectateurs avait
même été noté en fin d’émission. Toutefois aujourd’hui, la lassitude semble
gagner. Le 26 avril, ils n’étaient que
469 000 (2 % de PDA) devant Quand
Harry rencontre Meghan sur NRJ12.
Avec cette soirée de C8, ce phénomène
pourrait se confirmer. ■
5
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4722
HORIZONTALEMENT 1. Chapardé. - 2. Hétéries. - 3. Extremum. - 4.
Vais. Aie. - 5. Acres. Li. - 6. Lhassa. - 7. elÎ. IRM. - 8. Molaires. - 9. Erse.
ÉNA. - 10. Nu. Dotée. - 11. Triés. Un. - 12. Senseurs.
VERTICALEMENT 1. Chevalements. - 2. Hexachlorure. - 3. Attirails. In.
- 4. Perses. Aèdes. - 5. Are. SSII. Osé. - 6. Rima. Arrêt. - 7. Deuil. Meneur.
- 8. Esmein. Saens.
2
3
4
5
6
7
8
échappé (Brendan Coyle, le valet boiteux
mystérieux souvenirs d’enfance, retroude Downton Abbey). Peu importe que les
ve chez la défunte une boîte remplie de
moutons des pâturages voisins se retroucoupures de presse sur la disparition
vent décimés, que des miroirs soient brid’une fillette, vingt-trois ans plus tôt,
sés, que des symboles druidiques surgisdans la petite ville galloise de Penllynith.
sent. La quête d’identité de Matilda
Accompagnée de son meilleur ami, la
semble le fruit d’un esprit au bord de la
musicienne se rend sur place et reconfolie. La surprise et l’effroi n’en
naît, dans une chambre bleue
sont que décuplés quand Requiem
abandonnée d’un vieux manoir,
embrasse son côté obscur, inspiré
le lieu de ses cauchemars. Matildes travaux des alchimistes de la
da ne tarde pas à être convaincue
Renaissance. Le tout sublimé par
○○○¡
d’être Carys, l’enfant enlevée.
les paysages embrumés du pays
Conçu par Kris Mrksa, le scéde Galles. Si, avec sa peau diaphane et sa
nariste de La Gifle, Requiem construit son
chevelure blonde, Lydia Wilson, l’intersuspense insidieusement. Les premiers
prète de Matilda, fait penser aux bambins
épisodes ont tout de l’intrigue criminelle
du Village des damnés, ce n’est peut-être
classique, y compris le flic à la retraite
pas sans raison ! ■
désireux de boucler l’enquête qui lui a
BRIDGE
PROBLÈME N° 2825 :
Un peu moins de 10 %
7542
10 9 8 6
82
AD5
N
O
E
S
AR6
ARDV543
R 7
4
6
7
8
A
Camilla, la femme de leur père, le prince
Charles. Cette dernière n’est jamais
mentionnée. À se demander si elle fait
toujours partie de la famille…
« Requiem », une série de la BBC à l’intrigue classique qui glisse vers le surnaturel.
MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1. Travail critique sur le texte de
la Bible hébraïque. - 2. Tempo
lancinant. - 3. Pour un ardent
acteur du théâtre de la cruauté. 4. Moment dans l’infiniment petit.
Intégrée à Total en 2000. - 5. En
fin de compte. Anneau de fer
tenant écartées les tenailles du
forgeron. - 6. Devant Hayworth ou
Mitsouko. - 7. Croissance soutenue. Pris à la gorge. - 8. Possessif.
Beaucoup de vedettes passent
sur son écran. - 9. Commence à
charrier. - 10. Grand charbon
épineux des friches. Grand cycle
initial. - 11. Acheminements des
magazines. - 12. Finira tôt ou tard
par se mettre au travail.
Les princes William et Harry, lors de l’inauguration d’un centre sportif à Londres, le 26 avril.
n’est même pas évoquée. À en croire le
documentaire, la duchesse de Cambridge est toujours enceinte.
Pas de grandes révélations, donc. Au
contraire, des interrogations qui restent
en suspens. Si le document commence
par expliquer que Kate Middleton et
l’actrice Meghan Markle sont rivales, il
termine en indiquant que les futures
belles-sœurs cohabitent très bien ensemble à Kensington Palace. Déroutant.
Plutôt que de déchiffrer les dernières
rumeurs des magazines people, on
aurait préféré découvrir quelle influence
la reine Elizabeth exerce dans la vie de
ses petits-fils ou quelle place occupe
Le mystère de la chambre bleue
ADRIAN ROGERS/NETFLIX
D
isons-le tout net :
« Burger Quiz » est
vraiment l’émission
la plus désopilante, la plus inspirée
du PAF. Alain Chabat est le digne
héritier de Jean Yanne, ce n’est
pas rien. Son émission qu’il a
ressortie de son grenier Canal +
a l’air complètement idiote,
elle est très intelligente.
Une parodie de tous ces jeux
questions/réponses dont on nous
gave. Même décor qu’il y a seize ans
- un fast-food qui sent bon
le New York des années 1950
ou 1960 -, Chabat a donc repris
son tablier d’aubergiste. Deux
candidats s’affrontent, « aidés »
par deux personnalités qui font
le show. Mercredi, Brigitte était
épaulée par Malik Bentalha et
Bérengère Krief (équipe Mayo),
Antoine par Kad Merad et Fadily
Camara (équipe Ketchup).
Ici, ce que l’on gagne n’a aucune
importance. Un aspirateur-balai,
une centrale vapeur, une Jeep
Renegade « dont les roues tournent
dans le même sens », une Jeep
impossible à gagner lors
de l’ultime épreuve appelée
« le burger de la mort ».
Qu’importe. Les collaborateurs
d’Alain Chabat ne manquent pas
d’inspiration, ont mijoté leurs
questions décalées. Exemple :
« Une seule de ces photos a
réellement été prise. Est-ce ?
A/Une photo de Gilles Bouleau
et Patrick Chêne avec Michel Sapin
dans une forêt ?
B/Une photo de Serge Lama
et Bernard Lama avec un lama ?
C/Une photo d’Hervé Mathoux
et Bernard Minet avec le Chat
de Philippe Geluck ?
D/Une photo de Donald Trump
et Mickey Rourke avec Pluto
à Disneyland ? » La réponse ? La B.
Le tout est ponctué de fausses pubs
qui sentent bon l’époque des Nuls.
Des questions plus intellos, parfois :
« Vrai ou faux ? Hemingway a-t-il
écrit un roman d’une longueur de six
mots ? » Bentalha, très amusant,
avoue s’être « arrêté au portail
de l’école ». Oui, Hemingway avait
bien écrit ce roman : « À vendre
chaussures bébé jamais portées ».
Big Mac Chabat !
TOBY MELVILLE/REUTERS
30
9
10
11
12
Contrat : Sud joue 6 Cœurs.
Entame : 2 d’atout
(Est défausse le 6 de ♣).
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2824 :
Vous avez dit pourcentages ?
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
La séquence (Tous vuln.) : Sud ouvre de 1SA et Nord
répond 3SA.
Entame : 2 de pour le 5, le 8 d’Est et votre As. Vous jouez
le 2 de pour l’As (Ouest fournit le 9 et Est le 8).
A priori, la double impasse à ♣ a 76 % de gain (et vous disposez
de deux reprises au mort pour mener à bien la manœuvre)
tandis que le partage 3-2 des n’est que de 68 %.
Toutefois, vous avez d’ores et déjà appris que les ne sont
pas 5-0 et qu’Ouest n’a pas quatre (avec DV109 à ,
il aurait entamé de cette couleur et non dans V1072 à ).
Le pourcentage de 68% a donc substantiellement augmenté
et dépasse les 76 %. En outre, vous n’avez pas encore perdu
si Ouest n’a qu’un .
Voici donc la bonne ligne : à la troisième levée, descendez en
main à et jouez . Si Ouest fournit, mettez petit et soyez
(quasiment) certain qu’Est va fournir. Si Ouest défausse,
mettez le Roi de et présentez
965
le Valet de ♣, réalisant trois
10 8
levées avec les deux honneurs
AR765
V 10 4
à ♣ en Est ou un honneur se843
cond chez lui. Vous avez envi- V 10 7 2
N
V
9
4
2
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ron 9 chances sur 10 de gagner
O E D 10 8
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cette manche.
RD6
752
ARD
A73
432
A983
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 11 mai 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
31
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Mamert
Soleil : Lever 06h13 - Coucher 21h20 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Vestiaires. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Michel Cordes.
19.05 Grey’s Anatomy. Série. 2 épisodes 20.55 LolyWood
MATIN
9
21.00 Super Nanny
21.00
20.55
20.55
Jeu
Série. Comédie
Documentaire. Art
1h40. Tablette et téléphone portable : nos enfants sont accros aux
écrans, au secours ! Inédit. Super
Nanny rencontre des parents qui ne
savent plus quelle attitude adopter !
40
6
8
8
4
6
10
11
8
9
8
7
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22.40 Super Nanny. Divertissement
8
9
9
10
9
8
30
Koh-Lanta,
le combat des héros
Candice Renoir
Prés. : D. Brogniart. 2h15. Inédit.
L’aventure progresse et les places
sont de plus en plus chères. Chacun
compte ses alliés pour poursuivre
le jeu et accéder à la grande finale !
23.15 Vendredi, tout est permis
avec Arthur Prés. : Arthur. Invités
notamment : T. Lopin, Cartmann.
Fra. Saison 6. Avec Cécile Bois, Raphaël Lenglet. 2 épisodes. Inédits.
Un jogger matinal découvre le corps
d’une jeune femme sur un chemin de
campagne. À ses côtés, un chien de
race monte la garde.
22.40 Candice Renoir Série 23.35
On n’est pas couché. Talk-show
2.25 Faites entrer l’accusé. Mag.
Imitateurs, des voix
pas comme les autres
6
11
7
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
11
11
5
13
20.50 La maison France 5
16
11
Fra. 2018. Réal. : M. Jaubert. 1h50.
Inédit. Une immersion inédite dans le
monde fascinant des imitateurs, usurpateurs de génie, pour comprendre
qui se cache derrière ces voix.
Magazine. Société. Prés. : Stéphane
Thebaut. 1h30. Inédit. Au sommaire,
notamment : «Changer : Karine et
Gaëlle doivent créer un filtre entre
une cuisine et un séjour».
22.45 La vie secrète des chansons Magazine 23.45 Soir/3 0.20
22.20 Silence, ça pousse ! 23.15 C
dans l’air 0.20 C à vous. Magazine.
8
11
13
11
15
20
15
APRÈS-MIDI
18
Libre court. Magazine.
30
18
19
20.20 Le petit cercle (C) 20.30 Le
journal du Festival (C). Magazine
20.50 Catherine et Liliane (C)
19.00 Les plus beaux parcs nationaux d’Asie. Série doc. 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Magazine.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : S. Plaza 19.45 Le 19.45
20.25 Scènes de ménages. Série.
21.00
20.55
21.00
Film. Science-fiction
Série. Thriller
Série. Action
18
18
20
18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
20
19
13
19
20
19
20
19
21
20.55 Julie Lescaut
19
20
Série. Policière. Fra. 2003. Saison 12. Avec Véronique Genest.
Vengeances. Le patron d’une petite
agence de voyage est tué alors qu’il
déjeune seul dans un parc de la ville.
20
21
20
20
20
20
24
22.55 Julie Lescaut. Série. Avec M.
Diouf. Hors-la-loi - Soupçons.
22
21
22
18
21
24
23
19
19
20
20
19.00 Wheeler Dealers - Occasions
à saisir. Série documentaire.
18
T (en °c)
20.50 Aribert Heim, médecin
du camp de Mauthausen
Alien : Covenant
Les 7 vérités
MacGyver
EU-GB. 2017. Réal. : Ridley Scott.
2h02. Inédit. Avec Katherine Waterston. En atterrissant sur une
planète inexplorée, l’équipage du
«Covenant» découvre un monde
sombre et dangereux.
Aus. Saison 1. Avec Xavier Samuel.
2 épisodes. Inédits. Mitch, un collègue de Joe, est assailli de doutes
sur l’honnêteté de ce dernier et
confronté au départ de sa femme,
entre en contact avec Angela.
EU. Saison 2. Avec Lucas Till. 2 épisodes. Inédits. Matty charge Mac,
Jack et Riley de retrouver le lieutenant d’un parrain de la mafia
ukrainienne, prêt à collaborer pour
démanteler le trafic de son chef.
22.55 Selon Thomas 23.25 Pirates
22.45 Les 7 vérités Série 23.45
des Caraïbes : la vengeance de
Salazar Film. Aventures.
Personne ne bouge ! Magazine 0.20
Summer of Love. Documentaire.
22.50 MacGyver Série 23.35 NCIS :
Los Angeles. Série 2.05 The Strain.
Série. Autopsie du chaos.
Doc. Historique. 2018. Réal. : A. Berland. 1h10. Inédit. Aribert Heim, surnommé «le Boucher de Mauthausen», fut l’un des pires tortionnaires.
22.00 Alois Brünner, le bourreau de
Drancy. Documentaire.
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. La
Ténébreuse - Excalibur.
20.55 Mathieu Madénian et Thomas
VDB au bord de la crise de nerfs
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Mentalist
21.00 Enquête d’action
Série. Policière. EU. 2010. Saison 3.
Avec Simon Baker. 2 épisodes. Patrick Jane se fait kidnapper. Lisbon et
son équipe mettent tout en œuvre
pour le retrouver.
Société. Prés. : M.-A. Casalta. 2h00.
Gendarmes de campagne : affaires
sensibles dans le sud de la France.
Inédit. Zones rurales, villages, petites
villes : c’est leur territoire d’action.
21.00 William & Harry,
qui sont-ils vraiment ?
22.40 Mentalist. Série. Avec Simon
Baker. 3 épisodes.
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Prés. : Marie-Ange Casalta.
SU DO KU
GRILLE 2504 DIFFICILE
SUBTIL
NE POURSUIS PAS
TOUTES
DOUCES
BOIS
EN INDE
AVANT
LA MATIÈRE
4
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11/15
12/20
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
TUERIE
CHAPEAUX
PAPAUX
ANGOISSE
GRAND
RÉSEAU
MODERNE
présente
Volume
17
FAIRE
SON NID
FACTEUR
SANGUIN
CALMÉ
ÉPOUSTOUFLANTE
BÊTES
BIEN
OU MAL,
SELON
L’HUMEUR
DÉESSE
DU
MARIAGE
ORNER
ABÎMÉE
POISSONS
PLATS
5 1
2 4
3
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9
1
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6
7/14
par téléphone :
USER
PAR TROP
D’ABUS
CAPITALE
AU NORD
2
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15/19
7/13
9/15
RECONSTITUÉ
6
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6/14
CHOQUANT
1
5
10/17
FORCE 2
EN FORME
D’ŒUF
À L’ÉGARD
DE
ARBRE
À BOIS
CLAIR
ET DUR
FONCERAS
7
3
8/16
7/8
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
23.00 Diana, notre mère : sa vie et
son héritage. Documentaire.
LUNDI
9
1
5
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DEVANT
UN PÈRE
CARRÉ
EN TERRE
PISTOLET
LIER
DES
BRANCHES
DIRIGES
À
CE MOMENT
DU PIF
LIQUIDE
EN FÛT
SÉRIEUX
ÉQUERRES
BRUIT DE
CONTENTEMENT
NON DIT
L’UE JADIS
TITRE
HONORIFIQUE
QUATRE
APRÈS
HENRI
Édition Collector
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V
CANAL
INTERNE
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ANCIEN
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DE PAPIS
RUSSES
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P
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
M
C
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01 70 37 31 70
A
6 8
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22.40 Un soupçon de magie. Série.
Avec James Denton. 4 épisodes.
MOTS FLÉCHÉS N°1968
Chaque jour un peu plus difficile
SOLUTION DU N° 2503
Doc. Biographie. Réal. : M. Tavennec.
2h00. Inédit. Enquête sur les deux
fils de Diana, qui ont une place de
choix dans le cœur des Britanniques.
12/14
18/24
13/20
17/27
12/19
13/21
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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6/13
15/22
9/13
8/20
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8/18
8/9
15/25
16/25
DIMANCHE
12/18
Série. Fantastique. EU. 2016. Saison 3. Avec James Denton. 2 épisodes. Cassie reçoit une nouvelle
pensionnaire, mais cette chef de
cuisine n’arrive pas à se détendre.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
SAMEDI
21.00 Un soupçon de magie
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
18/25
14/21
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10/17
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
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vendredi 11 mai 2018 LE FIGARO
32
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Donat Mupapa Kibadi,
« Dr Ebola »
SUCCÈS Ce médecin congolais a acquis ses lettres de noblesse
en luttant contre cette fièvre qui resurgit ces jours-ci en RDC,
au cœur de l’Afrique. Aujourd’hui installé en France,
il a aussi l’ambition de conduire son pays sur le chemin de la paix.
Yves Thréard
ythreard@lefigaro.fr
l ne faut surtout pas lui demander de
décliner la liste de tous ses diplômes.
L’affaire pourrait durer des heures et
donner le tournis. D’autant que Donat
Mupapa Kibadi n’est pas du style à fleurir son propos d’anecdotes cocasses.
Dans sa mise, son discours, son regard,
cet Africain-là n’a rien d’exotique, de
chaloupé, de charismatique même. Il est vrai
que ce docteur en médecine a vu la mort de
près, et elle lui a glacé les sangs.
C’était en 1995, dans son pays, la République
démocratique du Congo (RDC), qui s’appelait
encore le Zaïre. Il dirigeait alors une équipe
chargée de soigner des patients atteints de la
fièvre Ebola. Un sale virus, qui tient son nom
d’une rivière de la RDC, au bord de laquelle il est
apparu pour la première fois en août 1976. Il
provoque notamment de violentes hémorragies
digestives. La consommation de gibier de brousse est considérée, entre autres, comme un vecteur potentiel de contamination.
Dix-neuf ans plus tard, donc, Donat Mupapa
Kibadi doit faire face à une épidémie qui touche,
non pas un village reculé, mais une grande ville
de 500 000 habitants, Kikwit. Le bilan sera de
plus d’une centaine de morts. « La vie est belle,
mais le monde est méchant », disait-on à l’époque à Kikwit. Depuis, la fièvre Ebola a beaucoup
I
tué en Afrique subsaharienne, surtout au centre
tification qu’il partagera avec le Pr Jean-Jacques
et à l’ouest. Une alerte sérieuse, en 2014, a frapMuyembe Tamfum.
pé la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia, cauNé en 1959, à quelque 300 kilomètres de
sant le décès de plus de 11 000 personnes en
Kinshasa, Donat Mupapa Kibadi a été obligé de
deux ans. L’Europe et les États-Unis, qui redouquitter très jeune ses parents pour aller étudier
taient d’accueillir les ressortissants venant de
chez les Jésuites puis les frères des écoles chréces foyers infectés, avaient imatiennes, avant de rejoindre l’uniginé l’installation d’un cordon
versité. Il vit en France, dans la
sanitaire. Tous les continents
banlieue parisienne, depuis 1998.
étaient peu à peu gagnés par la
Entre sa femme Gisèle, aide-soipanique. Ces jours-ci, une nougnante, née d’un père franco-porvelle épidémie a été signalée dans
tugais et d’une mère congolaise, et
31
décembre
1959
le nord-ouest de la RDC, faisant
cinq de ses sept enfants qui vivent
Naissance à Mokamo,
déjà plusieurs victimes. Une
encore à la maison, la médecine
juste avant
équipe de Médecins sans frontièoccupe tout son temps. À Paris, où il
l’indépendance
res est partie sur place la semaine
œuvre pour le Samu. Et dans le
de l’ex-Zaïre.
dernière.
Centre-Val-de-Loire, où il inter1986
vient chaque semaine. En voiture ou
« Un engagement total »
Premier engagement
en hélicoptère quand l’urgence
en politique.
commande, il avale les kilomètres.
Le tragique épisode de 1995 a for1989
Parallèlement à son activité de pragé le caractère de Donat Mupapa
Docteur en médecine.
ticien, il continue à consacrer ses
Kibadi. En Afrique et au-delà, il
1995
recherches au virus Ebola. Il est
lui a bâti sa légende. Celle d’un
Combat le virus Ebola,
aussi investi dans la lutte contre le
médecin à l’âme humanitaire,
sur le terrain,
sida, les hépatites et la drépanocy« d’un engagement total, même au
en
République
tose (maladie génétique du sang), à
péril de sa propre vie », dit de lui
démocratique du Congo.
travers de nombreuses associations.
l’un de ses amis. Cet épisode lui a
1998
Si Donat Mupapa Kibadi retourne
aussi valu un surnom, certes tout
S’installe en France,
rarement sur sa terre natale, il
trouvé : « Dr Ebola ». Son
comme médecin
nourrit pour elle une grande ambiprotocole de soins – l’immunourgentiste.
tion : lui donner le goût de la démothérapie – sera validé vingt ans
2015
cratie et de la liberté. Le défi ne lui
plus tard par l’Organisation
Reçoit le prix Rodolphe
fait pas peur. À tel point qu’il a
mondiale de la santé. Et récomet Christophe Mérieux
fondé un parti – la Fédération des
pensé, en 2015, par le célèbre
pour son action et ses
démocrates et républicains congoprix Rodolphe et Christophe Mérecherches sur Ebola.
lais – pour se présenter à la présirieux, à l’Institut de France. Gra-
Bio
EXPRESS
dentielle de 2016. Scrutin qui n’aura pas lieu, car
la RDC – et avant elle le Zaïre – a toujours été la
« propriété » d’un seul homme : Mobutu Sese
Seko pendant plus de trente ans ; et LaurentDésiré Kabila puis son fils, Joseph Kabila, qui
s’accroche au pouvoir depuis 2001.
Un idéal et un credo
Deuxième pays le plus vaste d’Afrique, la République démocratique du Congo est non seulement ingouvernable en raison de sa superficie
et de la diversité de ses ethnies, mais aussi à
cause des richesses de son sous-sol : coltan,
cuivre, diamant, or… Un trésor qui est autant
une malédiction qu’une chance. Il excite toutes
les convoitises, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières. Depuis son indépendance,
au tournant des années 1960, qui a d’ailleurs
commencé dans le sang avec l’assassinat de sa
figure de proue, Patrice Lumumba, l’ex-colonie
belge n’a jamais connu la paix.
« Dr Ebola », lui, a un idéal : « La renaissance
du grand Congo pour tous. » Et un credo : « Le
réarmement moral, sociétal et libéral » de son
pays. À l’étranger, une partie de la diaspora
mise sur lui, un homme sur lequel la corruption, pense-t-elle, ne peut avoir de prise.
L’ambition de Donat Mupapa Kibadi peut
pourtant paraître bien naïve dans ce pays traversé par tous les maux de la terre, mais pourquoi n’y croirait-il pas, lui qui a déjà réussi à
vaincre un jour une épidémie mortelle ? Le
succès, en politique aussi, vient de la pertinence du protocole choisi pour panser des plaies à
vif et ramener les gens sur le chemin de la
paix… ■
Pécresse surveille le coût des JO
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
PARIS SECRET
Paris est une fête, et surtout un mystère :
la ville de Saint Louis et d’Henri IV, de Victor
Hugo et de Balzac, de Modigliani et de Robert
Doisneau n’a pas fini d’éblouir. De Notre-Dame à
La Défense, de Montparnasse au Père Lachaise,
des hôtels particuliers aux passages couverts,
Le Figaro Hors-Série vous fait découvrir Paris tel
que vous ne l’avez jamais vu. Au fil de ses ponts,
de ses jardins, de ses palais, de ses boulevards,
Paris livre mille et un secrets. Partez à la chasse
aux trésors et revivez la légende des siècles, avec
la plus éblouissante des promenades parisiennes.
Le Figaro Hors-Série : Paris secret.
160 pages.
L’organisation des Jeux olympiques à Paris intéresse
Valérie Pécresse. La présidente Les Républicains de la
région Île-de-France veut une commission de suivi et
a confié à Jean-Pierre Lecoq, maire du VIe arrondissement,
le soin de constituer une équipe pour regarder de près
le volet budgétaire de l’organisation parisienne.
En matière d’investissement et de fonctionnement,
les élus veulent être vigilants sur les dépenses engagées, sachant que
le risque de dérapage existe, notamment dans le domaine de la sécurité.
La U Arena va devenir
Paris La Défense Arena
France-Vietnam :
priorité à la santé
Ce n’est pas encore officiel. Il faut
pour cela un vote positif des membres
du conseil d’administration de Paris
La Défense, le 17 mai, afin de valider
cette « stratégie de promotion du
territoire du quatrième quartier
d’affaires mondial ». Mais Jacky
Lorenzetti, propriétaire du Racing 92
et de la nouvelle enceinte sise à
Nanterre, est tout proche d’obtenir
ce naming tant convoité. En échange
de 8,5 millions d’euros par an,
sa U Arena devrait donc rapidement
être rebaptisée Paris La Défense Arena.
Un tarif similaire à ceux de la salle O2
à Londres ou de l’Allianz Arena
à Munich.
Un colloque de haut niveau se
tiendra à la Sorbonne, le 15 juin,
pour marquer les 25 ans
de coopération entre la France
et le Vietnam dans le domaine
de la santé, l’un des volets
les plus actifs de leurs relations.
Depuis 1993 et la signature d’un
accord intergouvernemental,
quelque 2 000 jeunes médecins
vietnamiens ont effectué des
stages dans les hôpitaux français
en tant qu’internes et de
multiples échanges ont lieu
entre les universités et
établissements médicaux
français et vietnamiens.
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17
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DO U BL E
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